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Full text of "Dictionnaire d'étymologie française d'après les résultats de la science moderne"

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DICTIONNAIRE 



D'ÉTYMOLOGIE FRANÇAISE 



D'APRÈS LES RÉSULTATS DE LA SCIENCE MODERNE 



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DICTIONNAIRE 



D'ÉTYMOLOGIE FRANÇAISE 



D'APRÈS LES RÉSULTATS DE LA SCIENCE MODERNE 



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DEPOSE AU VŒD DE LA LOI 



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DICTIONNAIRE 

D'ÉTYMOLOGIE FRANÇAISE 



1) APRES 



LES RÉSULTATS DE LA SCIENCE MODERNE 



PAR 



AUGUSTE SCHELER 

DOCTEUR EN PHILOSOPHIB ET LETTRES 

MEMBRE DE L'aCADÈMIB ROYALE DE BELGIQUE 

BIBLIOTHÉCAIRE DU ROI DES BELGES ET DU COMTE DE FLANDRE 

PROFESSEUR A l'UNIVERSITÉ DE BRUXELLES 



TROISIÈME ÉDITION 

REVUE ET AUGMENTÉE 



* "PtCSlÎ P ■: 



BRUXELLES 

LIBRAIRIE EUROPÉENNE C. MUQUARDT 
TH. FALK, ÉDITEUR, LIBRAIRE DE U COUR 



18-20-??, RUB DES PAROISSIENS 



PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 
E. BOUILLON ET E. VIEWEO. SUCCESSEURS 



67, RUE DB RICUFLIBU, 67 



1888 

TOUS DROITS RÉSERVÉS 



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/(^CU^Oà yc^-f'-<^. 




BRXJXBLUSS 

I^P.WEISSENBPCH.IMP.DU 

40, nus Dt7 POINÇON 







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PRÉFACES. 



PREMIÈRE ÉDITION. 

L'origine des mots français a, depuis trois siècles, occupé, en France et ailleurs, 
un grand nombre de savants, et la bibliographie des ouvrages consacrés à cette 
matière est passablement longue. Et cependant, j*ose me flatter qu'en publiant 
le mien, j'ai non seulement fait une œuvre utile, mais comblé en quelque sorte 
une lacune dans la littérature philologique française. 

Précisément en présence de la multiplicité des livres qui traitent d'étymologie 
française, soit d'une manière générale ou théorique, soit sous forme de recueils 
embrassant les faits en détail, il était désirable qu'il en surgit un qui, réunissant 
en un faisceau les résultats partiels de ces investigations diverses, les résumant, 
pour la facilité de l'usage, sous la forme d'un dictionnaire alphabétique, permît 
de saisir d'un coup d'œil l'état de la science en ce qui concerne chaque vocable 
de la langue. A ce titre seul, la composition de mon dict.onnaire me semble 
pleinement justifiée ; c'est un manuel qui dispense de longues recherches, qui 
renseigne promptement sur tous les points du vaste sujet. 

Toutefois, le but prédominant que je poursuivais n'était pas de fournir un 
simple relevé des solutions variées émises successivement sur des questions d'éty- 
mologie française. Ce que j'avais à cœur, ce n'était pas de remettre en circulation 
une foule d'erreurs évidentes, d'accorder l'honneur d'une nouvelle publicité à. des 
bévues trop longtemps accréditées. Je tenais plutôt à présenter an public lettré, 
d'une manière substantielle et concise, les fruits nouvellement acquis à la sciencej 
et à le familiariser avec les conquêtes récentes de la linguistique française. 

En effet, toute une phalange de philologues capables a pris à tâche, dans Iç 
cours du dernier quart de siècle, de faire profiter, à la science lexicologique, d'un 
côté, les progrès réalisés en ce qui concerne la théorie générale de la formation 
et du développement des langues et l'étude des idiomes romans en particulier ; 
d'autre part, les matériaux mis au jour par la publication d'intéressants monu- 
ments littéraires enfouis jusque-là dans l'obscurité des bibliothèques, ainsi que 
les ressources importantes offertes par les études qui, dans ces derniers temps, 
se sont portées sur les dialectes et les patois. Appuyés sur un système de lois et 
de principes généraux, qui constituent en quelque sorte la grammaire étymojo- 
gique, — fortifiés par de longues observations, — placés assez haut pour dominer 
du regard tout le vaste domaine des langues indo-européennes, et surtout pro- 
cédant avec la sévérité du juge consciencieux, — les travailleurs auxquels je fais 



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— VI — 

allusion sont parvenus, en matière d'étyraologie française, à dissiper enfin la 
défiance et le discrédit qu'avaient justement attirés à cette branche d'étude les 
assertions aventureuses d*hommes plus spirituels que soucieux de la vérité, ou 
les pédantesques et subtiles discussions de savants réels, qui s'avançaient sans 
boussole dans le fouillis des matériaux amoncelés autour d'eux. Malgré toute 
Testime que doivent inspirer les efforts des Nicot, des Ménage, des Caseneuve, 
des Du Cange, etc., et quelque justes qu'aient été, en mainte occasion, leurs 
jugements et leurs conjectures, on ne peut plus, en présence des théories nou- 
velles, les placer au rang d*autorités scientifiques, comme continuent à le faire 
la plupart de ceux qui, jusqu'à ce jour, se sont occupés, incidemment ou accessoi- 
rement, des origines des mots français. Montaigne disait : a Ne regarde pas qui 
est le plus savant, mais qui est le mieux savant )> ; c'est en suivant ce conseil 
que je me suis tourne vers la nouvelle école allemande, fondée par les Bopp, les 
Grimm, les Pott, les Diez, etc., sans dédaigner pour cela les philologues français 
que je viens de citer et qui conservent un incontestable mérite. 

Comme l'énonce le titre de mon ouvrage, le point de vue où je me place est 
celui de la science moderne. Tout ce qui ne peut être scientifiquement démontré 
par des preuves soit historiques, soit physiologiques, est relégué dans le domaine 
du caprice, de la fantaisie, de l'arbitraire. Ces éléments ont longtemps prévalu 
en matière étymologique; tantôt on les trouve mêlés à infiniment d*esprit et de 
grâce, tantôt à une prodigieuse érudition. Mais, à la suite du mouvement général 
de l'activité sociale de nos temps, et grâce h l'élargissement progressif de 
Fhorizon scientifique, à la multiplication continuelle des observations, la critique 
âpre et minutieuse est venue s'emparer du sujet, la synthèse des faits a dégagé 
des principes, et ce sont ces principes, vérifiés, éprouvés, sanctionnés, qui sont dès 
lors appelés à régner. De patientes et consciencieuses recherches ont révélé les lois 
d'après lesquelles les vocables se constituent, se développent, se dégradent. Ces 
lois veulent être respectées; il ne suffit plus, pour s'occuper des origines de nos 
mots, d'être doué d'un esprit fin et délicat, il faut passer par un long apprentis- 
sage pour s'initier à la physiologie du langage. Bref, la divination a fait son 
temps, et l'étymologie est parvenue au rang d'une science positive, nous dirons 
même d'une science exacte. Cette science, à la vérité, n'est pas faite encore, 
mais en pleine élaboration. 

Tirer au grand jour d'une publicité plus large, mettre à la portée de tous ceux 
qui ont reçu quelque culture littéraire, les fruits déposés par les savants de la 
nouvelle école dans des publications éparses et peu répandues dans le public 
auquel je destine ce livre, tel est le principal objet que j'avais en vue en entre- 
prenant ce dictionnaire. 

C'est, iavant tout, à l'homme éminent à qui revient la gloire d'avoir le premier 
fixé et méthodiquement exposé les lois qui président à la formation des langues 
néo-latines, au vénérable professeur Diez, de Bonn, que j'ai voulu rendre hom- 
mage, en consignant dans mon livre, pour mieux les faire valoir en dehors des 
frontières de sa patrie, ses heureuses découvertes, ses judicieuses démonstrations, 
ses habiles et prudentes conjectures. Les deux principaux ouvrages du philologue 
allemand, savoir : Grammatik der romanischen Sprachen (3 vol., 1"* éd. 
Bonn, 1836-1844; 2® éd., entièrement refondue. Bonn, 1856-1861) *, et Etymo- 



* Une troisième édition a paru en 1869; MM. Aug. Brachet, Morel-Fatio et Gaston 
Pans en ont entrepris la traduction française, publiée à Paris de 1874 à Ji876, en 
3 volumes. 



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— VII — 

logisches Wôrterbuch der romanischen Sprachen (Bonn, 1853) ', ne sont pas, 
il est vrai, restés inaperçus en France. Un homme d'une science reconnue et plus 
compétent, peut-être, en ces matières qu'aucun de ses compatriotes, M. Littré, 
de rinstitut français, a mis en lumière les grandes et solides qualités qui les 
distinguent, dans une série d'articles insérés, en 1855, dans le Journal des 
Savants, Néanmoins, en jugeant d'après ce qui, dans ces dernières années, a été 
jeté dans la grande circulation par des éditeurs français en fait de travaux 
lexicographiques, j'ai lieu de croire que Diez et son système ne sont pas encore 
naturalisés en France, n'y jouissent pas encore, dans le monde érudit, de toute 
l'autorité qu'ils méritent et qui, j'ai hâte de le dire, leur a été franchement 
accordée par les philologues belges : les Grandgagnage, lesBormans, les Oachet, 
les Chavée et autres *. 

Il va de soi qu'en exposant, par ordre alphabétique, l'origine des vocables 
français, je n'ai pas voulu me borner au rôle de simple compilateur et enregistreur 
des opinions d'autrui. Tout en m'appliquant à être bref, substantiel, dans les 
articles sujets à discussion, je me suis permis parfois d'énoncer mon avis, de 
proposer, avec toute la modestie qui convient en ces matières, la solution d'un 
problème ou d'émettre une conjecture personnelle. 

L'objet essentiel de chacun de ces articles, c'est d*établir le type immédiat d'où 
procède le mot français en question ; je me suis fait une règle de ne donner des 
développements, de ne discuter ou raisonner que lorsque ce type était contesté 
ou que le rapport de forme ou de sens entre le primitif proposé et le vocable en 
question présentait de l'obscurité ou soulevait des doutes légitimes. J'éprou- 
vais souvent la tentation de faire quelque excursion sur le domaine de Tétymologie 
latine ou germanique, mais à part de fugitives indications, je suis resté fidèle à 
ma règle. En générale, on remarquera que j'ai visé à être aussi bref dans la 
rédaction de mes articles que le permettait la clarté, écaitaut tout ce qui ne 
concourt pas, directement ou indirectement, à établir ou à confirmer une étymo- 
logie mise en avant. Je me suis abstenu ainsi de reproduire les diverses applica- 
tions passées ou actuelles d'un mot, quand des considérations tenant à mon sujet 
ne m'y engageaient pas. Les lecteurs auxquels je m'adresse possèdent sufQ- 
samment le grec et le latin pour que j'aie pu me dispenser de traduire ou de 
définir chaque fois les vocables de ces langues que je cite ; ils sont également 
censés être en état de vérifier les nombreuses citations tirées des autres langues 
européennes. 

Le cadre de mon travail ne comprend, en principe, que les vocables de la 
langue actuelle entrés dans la circulation commune ; il exclut par conséquent les 
mots appartenant à la terminologie des sciences spéciales, des arts et métiers, 
et qui sont restés en dehors de l'usage général. Toutefois, dans l'intérêt du lecteur, 
ce principe ne pouvait être observé dans toute sa rigueur; mieux valait, en 
pareille matière, fournir trop que trop peu. 

En vue de tant de méprises commises pour avoir négligé ces rapprochements, 
j'ai attaché une grande importance à la mention et à l'examen, à propos d'un 



* 2« éd., 1861-62 ; 3« éd., 1869-70; 4« éd., augmentée d un appendice par Aug. Scheler, 
1878 ; 5* éd., avec le même appendice, revu et augm., 1887. 

* A Tapparition de la 1^ éd. de mon livre Je navals pas encore pu mettre à profit Tacti- 
vite prodigieuse déployée depuis en France par toute une école d'explorateurs forte- 
ment armés et en tête desquels je nommerai toujours, avec une respectueuse gratitude, 
MM. 0. Paris et P. Meyer, deux coryphées de la science auxquels toute l'Europe rend 
hommage. 



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— VIII — 

grand nombre de vocables français, des formes collatérales à ces vocables dans 
les autres langues ou dialectes de souche romane. 

Je ne me cache pas les imperfections de ce livre; j'ai, dans le cours de mes 
recherches, trop bien appris que chaque journée d'étude fournissait de nouveaux 
enseignements, pour que je me fasse illusion sur la valeur de mon travail. Quelque 
solides que soient les principes sur lesquels la science étymologique est assise, 
que de fois l-occasion ne vient-elle pas se présenter où il faut humblement revenir 
sur une assertion carrément énoncée, démolir une conjecture péniblement 
élaborée, et émise, pour ainsi dire, avec triomphe ! D'autre part, je ne méconnais 
pas Futilité que j'aurais pu tirer de certains ouvrages qui ne se trouvaient pas à 
ma portée; bien des choses ont du m'échapper que tel livre aurait pu me révéler. 

Cependant, encouragé par le jugement bienveillant de quelques hommes 
compétents, et fort de la conviction que, tel qu'il est, l'ouvrage peut rendre des 
sei'vices, j'ai osé braver la publicité, résolu du reste de continuer à consacrer mes 
loisirs au perfectionnement de l'œuvre. Mon ambition ne va pas plus loin que 
d'avoir fourni un livre utile et qui ne soit pas trop indigne du rôle élevé assigné 
à l'art étymologique dans Tensemble des connaissances qui ont pour objet la 
génération et la manifestation des idées. 

Bruxelles, !«' novembre 1861. 



DEUXIÈME ÉDITION. 

L'accueil très favorable que mon livre a rencontré, tant auprès des critiques 
exercés que parmi les lecteurs qui Tout acquis dans un but d'instruction, — Tim- 
possibilité où se trouvait l'éditeur, depuis plusieurs années, de satisfaire aux 
personnes qui cherchaient à se le procurer, — enfin, le désir légitime de le per- 
fectionner en mettant à profit les enseignements nouveaux provenant soit de mes 
propres études, soit de source étrangère — m'ont fait un devoir et un plaisir d*en 
entreprendre une seconde édition. 

Tous les articles de la première ont été soumis à un soigneux examen, à la 
suite duquel j'ai retranché ce que j'ai reconnu comme inutile ou erroné et ajouté 
les solutions nouvelles qui me semblaient dignes d'être présentées. 

Un grand nombre d'articles nouveaux ont été intercalés; quelques-uns, relatifs 
à des mots abandonnés par l'usage, ont été éliminés; d'autres ont reçu de 
notables développements. 

Une des principales sources d'information où j'ai puisé pour mettre mon œuvre 
au courant de la science, est le gigantesque Dictionnaire de M. Littré, dont la 
publication, commencée en 1863, deux ans après l'émission de mon livre, est 
enfin sur le point d'arriver à son terme. L'illustre académicien, dont le nom 
figurera désormais au premier rang parmi les lexicographes français du xix* siècle, 
en exposant sous une rubrique spéciale l'historique de chaque mot, a singulière- 
ment facilité la tâche de Tétymologiste. Pour établir rationnellement la provenance 
d'un vocable, rien n'est plus fructueux que la connaissance de l'époque et du 
terrain où il apparaît pour la première fois. D'autre part, le Dictionnaire de 
M. Littré m'a non seulement renseigné sur un bon nombre d'étymologies qui 
m'étaient inconnues et méritaient toute mon attention, mais il m'a suggéré aussi 



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— IX ^ 

des indications propres à confirmer ou à invalider celles que j*avais posées ou 
adoptées. 

Si, par-ci, par-là, je me suis vu dans le cas de révoquer en doute les assertions 
ou les conjectures du maître, le plus souvent j*ai pu fortifier de son autorité ma 
propre manière de voir ou fonder sur elle l'abandon de certains passages de ma 
première édition. 

En relevant ici l'appui que j*ai trouvé dans Tœuvre magistrale du linguiste 
français, je ne puis résister au désir de déclarer aussi que la bienveillance et 
Testime témoignées à l'égard de mon livre par M. Littré et par un autre coryphée 
de la science, M. Diez, m'ont été la plus douce satisfaction pour les peines qu'il 
m'a données, et un puissant eocouragement à lui conserver la bonne réputation 
qu'ils ont concouru à lui créer. 

La deuxième et la troisième édition du Dictionnaire de Diez ont également 
fourni des éléments précieux à l'amélioration et au complètement du mien. 
L'ouvrage publié il y a deux ans par M. Aug. Brachetsous le titre: Diciio^inaire 
étymologique de la langue française^ a été moins abondant sous ce rapport ; 
l'auteur, aussi apte, cependant, que tout autre à se mêler à la discussion critique 
des faits controversés, s'est tracé un plan qui l'engageait à ne recueillir dans son 
livre que les étymologies définitivement reçues, en s'attachant surtout à en 
démontrer la justesse au point de vue phonéfique. Visant plutôt à faire 
connaître la science faite que la science en élaboration, il s'est abstenu de 
consigner les solutions sur lesquelles la certitude n'est pas encore acquise et qui 
pouvaient prêter matière à contestation. 

Mon intention avait été de faire précéder mon livre d'une introduction, dans 
laquelle auraient été méthodiquement exposées les lois principales qui ont présidé 
à la formation et à la transformation successives des mots français. Elle devait en 
quelque sorte servir d'appui aux faits étymologiques énoncés dans l'ouvrage; 
mais comme des aperçus de ce genre se rencontrent ailleurs et qu'un travail 
développé sur cette matière, traitée d'ailleurs en substance dans la grammaire 
de Diez, eût considérablement grossi le volume, j'y ai renoncé pour en faire, plus 
tard, l'objet d'une publication spéciale \ 

4 

Bruxelles, !•' novembre 1872. 

Auo. SCHELER. 



TROISIÈME ÉDITION. 

Quinze années se sont écoulées depuis l'apparition de la dernière édition de ce 
dictionnaire ; quinze années fructueuses en résultats scientifiques dans l'explora- 
tion du terrain spécial dont la culture est ma tâche. Que d'auxiliaires nouveaux 
ont surgi dans cet intervalle pour m'éclairer et me fortifier dans le travail que 
je poursuis depuis plus d'un quart de siècle! Puissé-je, en lançant cette nouvelle 

* Ce sera lampliflcation de mes Études sur la transformation française des mots latins 
qui ont paru en 1869 dans la Revue de f instruction publique en Belgique (tirées à part en 
un vol. de 199 pages in-8^;. — Cet ouvrage a paru depuis sous le titre : Exposé des lois qui 
régissent la transformation française des mots latins, Bruxelles et Paris, 1875, in- 12. 



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— X — 

édition, et c'est là mon unique ambition d'auteur, être jugé ne pas avoir décliné 
et ne pas avoir démérité des encourageants éloges accordés à mes efforts, tant de 
la part des critiques autorisés que du public qui leur a voué sa confiance; puisse 
la qualification de revue, corrigée et augmentée être reconnue pleinement justifiée. 

Rien dans le plan ni dans l'ordonnance et la méthode de mon livre n'a été 
modifié ; des suppressions d'un côté, des ajoutes et des rectifications nombreuses 
de l'autre, suivant que l'intérêt du sujet et le respect de la critique me les com- 
mandaient. Visant surtout à la concision, j'ai peut-être souvent compromis la 
précision, et je n'hésite pas à reconnaître le côté faible de ce travail : une allure un 
peu trop libre, parfois même désordonnée, dans la rédaction des articles. 

Je ne puis clore cet avant-propos sans faire mention de mes deux principaux 
nouveaux auxiliaires dans l'élaboration de cette troisième édition ; ce sont deux 
recueils périodiques de philologie romane, sous l'impulsion desquels la science 
que je cultive a réalisé des progrès surprenants dans ces derniers temps et qui 
continuent à la féconder de la noble émulation qu'ils ont suscitée : en France, 
la Romania de MM. P. Meyer et G. Paris, créée à Paris en 1872, et en Alle- 
magne, la Zeiischrifl fur romanische Philologie, fondée en 1877, et dirigée 
depuis par le professeur D^ Gustave Grôber, à Strasbourg. Presque chaque page 
de mon livre témoignera des ressources qu'ils m'ont fournies. 

Bruxelles, en octobre 1887. 

Auo. SCHELER. 



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ABRÉVIATIONS USITÉES DANS LÉ LIVRE. 



ags. 


— anglo-saxon. 




litt. 


— littéralement. 


alL 


— allemand. 




loc. 


— locution. 


anc. 


— ancien ou anciennement. 


mha. 


— haut allemand du moyen 


angl. 


— anglais. 






âge. 


ap. 


— apud. 




ML. 


— latinité du moyen âge. 


art. 


— article. 




mod. 


— moderne. 


auj. 


— aujourdliui. 




m. s. 


— même signification. 


autr. 


— autrefois. 




n. 


— nouveau. 


BL. 


— basse latinité 


; le signe com- 


néerl. ou ni. 


— néerlandais (terme géné- 




prend aussi 


la latinité du 




rique pour flamand et hol- 




moyen âge, 


par-ci, par là 




landais). 




indiquée par 


ML. 


nfr. 


— nouveau français. 


bret. 


— breton. 




nha. 


— nouveau haut allemand. 


c.-à'd. 


— c'est-à-dire. 




nord. 


— nordique (ancien Scandi- 


cat. 


— catalan. 






nave). 


cfr. 


— confer (comparez). 


norm. 


— dialecte normand . 


champ. 


— champenois. 




opp. 


— opposé. 


comp. ou cp. 


— comparez. 




P- 


— pour. 


cps. 


— composé. 




part. 


— participe. 


cymr. 


— cymrique. 




pic. 


— dialecte picard. 


D. 


— dérivé. 




port, ou pg. 


— portugais. 


DC. ou Duc. 


— Du Cange. 




pr. 


— proprement. 


dan. 


— danois. 




prov. 


— provençal. 


d^. 


— dérivé. 




qqch. 


— quelque chose. 


diaî. 


— dialecte. 




qqn. 


— quelqu*un. 


dim. 


— diminutif. 




roc. 


— racine. 


écoss. 


— écossais. 




rom. 


— roman. 


esp. 


— espagnol. 




se. 


— scilicet. 


expr. 


— expression. 




s. e. 


— sous-entendu. 


A^. 


— - figuré ou figu rément. 


s. V. 


— sub verbo. 


flam. 


— flamand. 




suéd. 


— suédois. 


/>•. 


— français. 




syn. 


— synonyme. 


fréq. 


— fréquentatif. 




t. 


— terme. 


gaél. 


— gaélique 




t). 


— vieux. 


golh. 


— gothique. 




val. 


— valaque (roumain) 


^• 


— grec. 




x>. c. m. 


— voyez ce mot. 


hoU. 


— hollandais. 




vfr. 


— vieux français. 


irî. 


— irlandais. 




vha. 


— vieux haut allemand. 


U. 


— italien. 




V. pi. h. 


— voyez plus haut. 


L. 


— latin. 




toall. 


— wallon. 



Rom. — Romania : Recueil trimestriel publié par G. Paris et P. Meyer. 

Zeitschr, ou Ztschr. — Zeitschnft filr romanische Philologie, heransgegeben von 
D' G. Grôber. 

Vastérisque placé auprès d'un mot français indique la forme antérieure du mot actuel ou 
un mot appartenant à Tancienne langue; placé auprès d'un mot latin, il (sât entendre que ce 
mot est fictif. 



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DICTIONNAIRE 



D'ÉTYMOLOGIE FRANÇAISE 



A. Cette pré|X)sition, dans la plupart de 
ses emplois, se rattîiche étymologiqucment à 
la prép. ad des Latins. Elle est devenue, dans 
le système des langues néo-latines, un instru- 
ment important pour suppléer aux. inflexions 
casuelles de la langue latine. On a prétendu 
(voy. Chevallet, III, 349) que le fr. à repré- 
sentait également dans certaines tournures, 
telles que : « ôter l'écorce à un arbre », la pré- 
position latine ab. Cela est erroné. Aussi bien 
vaudrait dire que le latin construisait mal en 
disant : « m'tam adimere alicuin. Evidemment, 
le datif dans cette phrase est aussi logique 
que dans la tournure française en question. 
Dans les phrases telles que : « l'homme à la 
jambe de bois », à représenta le prov. oô, lui- 
même issu, comme Fit. appo^ du L. apud 
(voy. avec). — La langue française a maintenu 
le ad latin comme élément de composition, 
comme préfixe. Elle s'en sert surtout pour 
créer des verbes factitifs (ex. attriste7\ assour- 
dir, alourdir^ adoucir, aviver, resp. de 
triste, sourd, lourd, doux, vif, ou à rcrSforcer 
des verbes simples sans modification sensible 
de leur signification (ex. : Orbaisser, a-ioumer, 
vfr. a'deviner)f ou enfin, comme moyen de 
dérivation (ex. : a-joumer dGJour;a-dossery de 
dos). Quant à la préposition latine ab, on n'en 
trouve plus de trace, en ce qui concerne des 
compositions verbales nées sur le terrain 
roman; même dans abattre, il n'est pas sûr 
que a soit issu du lat. ab. Dans arracher, il y 
a une transformation phonétique de l'ancien 
esrachier = exradicare. 

ABAISSE, morceau de pâte qui a été abaissé 
ou aminci par le rouleau. 

ABAISSER, forme extensive de baisser, cp. 
vfr. amonter. — En angl. abase. 

ABAIT, appât, vfr. et prov. abet, action 
à*abeter (attirer avec une amorce), fig. nise, 
tromperie; l'anc. verbe abeter, qui a survécu 
dans l'angl. to abet, instigucr, se rapporte à 
l'ags. baeten, mlia. beisen, mnl. beetmi, foire 
mordi-e. Cp. amorce do a-mordre. 

ABAJOUE, de à bajoue t Peut-être l'élément 



a est-il le résultat d'une confusion entre Vaba- 
joue et la bajoue îQ^. abée. 

ABALOURDIR. factitif de balourd. 

ABANDONNER, verbe formé de l'ancienne 
locution dt bandon, à volonté, à merci, donc 
pr. mettre à la merci. Quant au mot bandon, 
c'est un dérivé àoban, BL. bannum, bandum, 
proclamation publique, permission (voy. ce 
mot). « Mettre à bandon » voulait diro : 
mettre à discrétion, exposer, livrer, laisser 
aller, sacrifier, délaisser; «* bcstes à bandon » 
étaient des bêtes sans gardes. Le subst. verbal 
abandon a amené la conversion do l'anc. 
à bandon en à abandon, ou à V abandon. 

ABAQUE , du L. abacus, venu lui-même du 
gr. 565(1, buffet, table. 

ABASOURDIR, assourdir, étourdir. Ce verbe 
parait assez nouveau; il semble être formé 
dUassouMir, pour produire l'idée à bas, à 
terre fcfr. les expressions allemandes nieder- 
schmettern, niederdonnern), ou plutôt n'est-ce 
qu'une assimilation de forme à abahurdir. 
Nicot ne connaissait encore ni l'un ni rautrc. 
Le Dictionnaire liistorique de l'Académie, par 
une singulière méprise, fait venir abasourdir 
de l'adj. latin absurdus. 

ABATTRE, composé de battre. Cp. pour le 
sens fig., l'ail, niaderschlagen, le lat. affli- 
gère. Notre verbe entre dans les substantifs 
composés aboi jour, abat-vent, dbai-voix. Dér. 
abattage, -is, -oir. — Cps. r-abaUre. Le terme 
de marine abatée est, par sa terminaison, de 
mauvaise formation. 

ABBAYE, voy. abbé. 

ABBÉ, vfr. abbet, prdV. abbaJt, angl. abbot, 
ail. abt, du L. abbatem, ace. de abbas; ce 
dernier est tiré du syriaque abba, père, titre 
de respect donné primitivement aux moines. 
Du îémïnmabbatissa, prov. abbadessa, se pro- 
duit abbe-csse et par contraction abbesse. Le 
dérivé abbutia s'est romanisé en prov. cat. 
esp. abadia, it. abbadia, fr. abbeïe, ortho- 
graphié plus tard abbaye, quoique prononcé 
a-bé-ïe. 

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ABI 



— 2 — 



ABO 



ABC, norn donné à la collection des signes 
d'écriture qne l'on emploie dans une langue. 
Le mot est formé du nom des trois j>reiniers 
de ces signes. C'est ainsi que aipha^ beia, les 
deux premières lettres de la collection grecque, 
ont donné naissance au mot alphabet. — D. 
abécédaire f prov. becedari, L. abecedarius; 
dans ce mot la 4** lettre d est venue aider à la 
dérivation. 

ABCiS, L. abscessus (non pas ah-cessus, 
comme dit Littré); subst. de abs-cedere, qui 
lui-même a été reçu, dans son acception médi- 
cale, sous la forme abcéder; cp. l'analogue 
grec àTi6grrifi:ty ÎT. apostème, de àTOffrVîvai. 

AfiDIQUER, L . abdicare (se dédire, renon- 
cer). — • D. abdication y L. abdiccUio. 

ABDOMEN, transcrit du latin abdomen ^ 
ventre. 

ABECQUSR, aussi abéquer et nbécher, 
foime extensive de becquer, prendre ou don- 
ner la becquée ; voy. bec, 

ABÉE, ouverture par laquelle coule l'eau 
qui fait tourner un moulin. Ménage dérive ce 
mot à tort du L. abitus, issue, sortie; Vabée 
n'est qu'une fausse orthographe p. la bée. 
Bée do moulin se dit encore; c'est le subst. 
verbal du verbe béer, être ouvert (v. c. m.). 

ABEILIiE, prov. abelha, csp. abfja^ it. pec- 
chia (p. apecchia), est régulièrement formé 
de apicula, apic'la, dimin. de apis. On sait 
que pour se romaniser, un grand nombre de 
primitifs latins ont revêtu la forme diminutive 
(p. ex. oreille, oiseau, soleil, sommeil). Le 
primitif apis a laissé des traces dans l'an- 
cienne langue et dans les patois, sous les 
formes é (cas-sujet es), ef, abe, etc. On y trouve 
aussi les dimin. avette, avilie. Le dérivé apia- 
rium, ruche, existait en \'fr. sous la forme 
achier (pi devant une voyelle fait j^/, d'où ch, 
cfr. ache, de apium, sache, de sapiam). 

ABERRATION, L. aberratio,6cAti{errarc). 
Le mot a été d'abord employé dans un sens 
exclusivement astronomique. 

ABÊTIR, factitif do béte. La langue fran- 
çaise forme des verbes inchoatifs et factitifs en 
ïr, de primitifs ac^ectifs ou substantifs, au 
moyen du préfixe a, modifié diff'éremment 
suivant l'initiale du primitif; ex. : adoucir 
Moux), asservir (serf), aUendnr (tendre), ati- 
tir (vil), abâtardir (bâtard). 

ABHORRER, L. ab-horrere. On disait autre- 
fois de préférence abhorrir (cp. prov. aborrir, 
aorrir, it. aborrire). 

ABIGEAT, du L. àbigeatus (de abif/etis = 
qui abigit). 

ABIME, ABISME*, prov. obis et abisme. On 
rapporte généralement ce mot au L. abyssus, 
gouffre (lui-même tiré du grec «Suffao^), mais 
cette étymologie ne peut s'appliquer qu'à la 
forme prov. <âis et à l'it. abisso. L'explication 
la plus heureuse est incontestablement celle 
de Diez, qui dérive abisme, par l'efTet d'une 
contraction tout à fait régulière (cfr. vfr. 
boiiisme, aUisme, etc.), d'un substantif super- 
latif abissimuSf formation analogue au domi- 
nissimus de la moyenne latinité, et à oculis- 



stmus, employé par Plante. — D. nbimer; la 
sign. piV'oipiter dans un abimc sVst généra- 
lisée en celle de détruire, anéantir, ruiner 
(cfr. en ail. zu ffvioul richten), comme, dans 
un sens inverse, l'acception générale de necare, 
tuer, s'est s|KkMalisée en celle de noyer. 

ABÎMER, voy. abimc. 

ABJECT, L. ahjcctus{^2iTi. passé àeabjiccre, 
jeter loin), bas, commun, vil. — Subst. abjec- 
tion, L. abjeclio, état de ce qui est abject; 
autrefois, on avait aussi le néologisme «^Vc^^r, 
humilier, avilir. 

ABJURER, L. abjurare. Lo mot latin toute- 
fois impliquait l'idée de parjure; cette idée 
s'est eflacée dans le mot français. 

ABLATIF, sixième cas de la déclinaison 
latine, exprimant éloignement, séparation, 
du L. ablutivHS, formé de nblatum, supin do 
anferre, enlever. 

ABLE, petit poisson à ventre blanc ; ce mot 
devrait sonner alble {les Suisses et les Autri- 
chiens disent, en effet, albele, albel), car il vient 
de l'adj. albulus (dim. de albus, blanc). Les 
Romains désignaient Table par un autre dérivé 
ô!(dbus, savoir : albumus, d'où l'esp. albur 
(Rob. Estienne cite auboiime comme employé 
en Saintonge). — Dimin. ablette (angl. ablet). 
Autres dérivés : oblière et son dimin. ablcrct, 
filet pour pêcher des ables. 

...ABLE, suflSxe, := lat. a^iVi^; ce suflSxe 
est appliqué en français : 

1® A des verbes de toutes conjugaisons avec 
un sens tant actif que passif [adorable, rede- 
vable, vendable, convenable, aidable, sccou- 
rable, périssable); 

2° A des substantifs en té (charitable, équi- 
table, véritable, amistablé'), 

ABLÉ6AT, L. ablegaius, envoyé (ah-legare). 
La terminaison ai pour é (cfr. relégué, délé- 
gué) dénote lo caractère non vulgaire, non 
populaire, ou l'introduction relativement vé- 
cente d'un vocable ; nous citerons ici à l'appui 
les mots légat, délicat, rosat, renégat; ces 
mots' n'appartiennent pas au vieux fonds de la 
langue. Aussi bien ablégat est-il un terme de 
chancellerie romaine. 

ABLERET, ABLETTE, voy. able. 

ABLUER, L. abluere (ab, luo), enlever en 
lavant. — Ablution, L. oblutio, action do 
laver, purification. 

ABNEGATION, L. ab-negatio, de ab-ncgare, 
refuser, dénier. 

ABOI, voy. aboyer. 

ABOLIR, L. abolcre, arrêter dans sa crois- 
sance, faire dépérir, anéantir. — abolition, 
L. abolitio; de là lo néologisme abolition- 
niste, adversaire do l'esclavage. 

ABOMINER, L. abominari, propr. repous- 
ser une chose de mauvais augure [omcn], puis 
en général, abhorrer. — abomination, L. abo- 
minatio; abominable, L. abominabilis. 

ABONDER, L. abundare (unda), pr. débor- 
der, couler en abondance, être en grande 
quantité. — abondant, -ance. L. abundans, 
•aniia. — Cps. surabonder, L. superabim- 
dare. 



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ABO 



— 3 — 



ABR 



ABONNER, anc. aussi aboimer, abosnci', 
signifie propr. limiter, et vient do bonne, anc. 
forme de borne, limite. S'est employé parti- 
culièrement dans le sens de fixer ou régler, 
au moyen d'une convention, une redevance à 
payer; de là abonnement^ acx^ord entre un 
propriétaire et son fermier, puis convention 
quelconque relativement à un sei*vice à ren- 
dre d'une part et à payer de l'autre. Cette éty- 
mologie, approuvée par Littré, est parfaite- 
ment acceptable; cependant l'acception mo- 
derne du mot pourrait tout aussi bien être 
ramenée au primitif bon; s'abontier n'est 
autre chose que se faire bon, c. à d. foH (cfr. 
en ail. f/ut stehen, et en français « doimer im 
bon "), s'engager à payer au prix convenu 
une marchandise, dès que celle-ci sera pré- 
sentée, ou à l'échéance convenue. Diez allègue 
à l'appui de cette dernière manière de voir le 
terme espagnol abonar, répondre pour quel- 
qu'un, assurer. 

ABONNIR, inchoatif et factitif de bon. — 
Cps. r-a-bonnir. 

ABORDER, v. n., prendre terre; v. a., s'ap- 
procher de, arriver à; dérivé de bord, dans 
la signification de rivage (cfr. arriver). Dér. 
abordage, -ée, -able et subst. verbal abord, 
action d'aborder, * d'approcher, puis lieu où 
l'on aborde; par extension aussi action d'en- 
tamer, d'attaquer une chose ; de là les locu- 
tions : de prime abord, et simpl. d'abord = 
dès le principe, au commencement, cp. les 
anciennes locutions de venue*, de première 
venue*, 

ABORIGENES, L. aboi^igincs [ab, origine, 
dès l'origine), habitants primitifs. On en a dé- 
gagé un adjectif abœ'igâne, — Le mot est de 
formation peu correcte. 

ABORTIP, L. abortivus, formé de abortus, 
part, de ab-oriri, ne pas venir à l'existence, 
avorter. Ce terme est scientifique ; un autre 
dérivé du latin aboriri, savoir le fréq. abor- 
tare, s'est, par radoucissement habituel du b 
en V, romanisé en avorter. 

ABOUCHER, pr. mettre bouche à bouche, 
face à face. Autrefois, s*aboucher signifiait 
tomber le visage en avant sur quelque chose. 

ABOUT, voy. abouter, 

ABOUTER, joindre deux objets bout à bout 
(voy. bout). De là le subst. verbal about, l'ex- 
ti*émitô par laquelle on abouie. Les marins 
disent abutcr do but, .qui est étymologique- 
ment identique avec bout. — Un autre dérivé 
de bout est le verbe neutre aboutir (angl. 
abut), toucher par un bout à qqch., fig. se 
terminer par. De là : les aboutissants. 

ABOUTIR, V. l'art, préc. 

ABOYER, anc. bager, abaya*. L'étym. reçue 
porte sur lat. baubari, m, s.; Fôrster (Gro- 
bcr, Ztschr. V, 95) la conteste par des raisons 
phonologiques et prétend que ad-baubari n'a 
pu donner la forme ancienne a-baier, tandis 
que de celle-ci a régulièrement surgi aboyer, 
comme citoyen de citei-ien, soudoyer do sol- 
dei-ier, émoi du vfr. esmai. Quant à * bayer, 
il l'identifie avec l'it. bajare, qui a le même 



sens et ramène tous les deux à L. badare, 
oïivrir la bouche ; bayer ne serait donc qu'une 
variété de béer. Pour l'analogie des sens, il 
compare en ail. klaffen, ctro béant, ci hlâffen, 
japper, clabauder. Boucherie explique ainsi î 
adbaubare, d'où par syncope de la médialo b 
et conversion do au en a (cp. augustus de- 
venu *a-oiU), abayer, d'où aboyer. — Subst. 
verbal aboi, dont le pluriel exprime, au pro- 
pre, l'extrémité où est réduit le cerf forcé, 
loi*sque les chiens l'entourent on aboyant; au 
figuré, deraière extrémité. 

ABRÉGER, d'où Fangl. abridge. Ce mot se 
rattache au L. brevis, comme alléger à levis; 
l'un et l'autre dérivent directement des formes 
latines abreviare et alleoiare; cp. encore le 
vfr. assouager de suavis. On sait que dans 
les syllabes finales eus {ea, eutn) ou ius {ia, 
ium) les voyelles e et t se transforment, après 
des consonnes, en consonnes chuintantes; 
après une forte, en ch, après une douce, enj 
ou g. Exemples : somniare, songer; simia, 
singe; cambiare, changer; vindemia, ve^i- 
dange; lineus, linge; commeatus, congé; ru- 
peus, roche; propius, proche; apiarium, 
achier *. — D. abrégé. 

ABREUVER, faire boire, forme transposée 
du vfr. abeuvrer, abevrer, prov. abeurer, it. 
abbeverare. Le fond do ce vocable est le verbe 
lat. bibere, romanisé d'abord en bevre, puis en 
boivre et définitivement en boire. On trouve 
du reste dans l'ancienne langue, au lieu de la 
forme dérivative abeuvrer, une forme plus 
primitive, aboicre. Voy. aussi breuvage. 

ABRI, prov. oôncesp. abrigo, La forme 
du "verbe esp. abrigar, couvrir, protéger, a 
amené Dioz à recourir, pour l'étymologie de 
ce mot, à im verbe vha. supposé bi-rihan, 
couvrir (on trouve ant-rihan , découvrir) , 
auquel on aurait adapté le préfixe roman a. 
Le .savant linguiste croit devoir repous.sor 
l'étymologie qui se pré.sentcT le plus naturel- 
lement, savoir celle du L. apricus, vu la signi- 
fication contraire de ce mot : ouvert, exposé 
(aperire) au soleil, tandis qu*abri veut dire 
un lieu couvert et ombragé. " Quidquid in 
occuUo est, in apricum proferet aotas » 
(Horace). Diez invoque en outre contre l'ori- 
gine latine la circonstance que le mot fait 
défaut en italien dans le sens d'abri ; puis la 
.signification couvrir qu'a le vfr. abrier dans 
certains passages du Roman de la Rose et do 
Guill. Guiart. Ces scnipules ne semblent pas 
fondés à d'autres, comme Mahn, Littré et les 
autours du Dictionnaire liistorique;a/WîCMm, 
disent-ils, désignait bien aux Latins un lieu 
qui garantissait de l'ombre, du froid, de l'hu- 
midité ; mais de cette acception première pou- 
vait fort bien se déduire et se fixer le sens 
général de «* lieu protecteur»». — Diez, enfin, 
croit aussi digne de quelque considération 
l'ail, bergen, mettre en sûreté, à couvert (qui 
en vha. fait au i)résent birgu), lequel, par la 
métathèso ordinaire de l'r, pourrait fort bien 
avoir fourni le mot roman. Insistant surtout 
sur les acceptions bien constatées qu'avait 



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ABS 






ABU 



apricus dans la basse latinit<5, savoir : «* jucun- 
diis, dclectabilis, locus sine frigore, k>cus 
temperatus sine vento »>,ot se fondant, en 
oiiti*e, sur l'existence bien démontrée du verbe 
apHcare au sens de ♦* protéger, garantir «, 
Bugge (Rom. IV, 348) appuie décidément 
Vétym.apricwn. Pour ma part, je crois aussi 
que la série génétique : apricus-apricare^ 
d'où vfr. abricTy d'où subst. abri, est tout à 
fait plausible. I^ dér. abriter est en tout cas 
de formation moderne et arbitraire. — 11 est 
curieux encore de noter que le wallon et le 
bourguignon emploient la locution « être à 
l'abri »» dans le sens du lat. apricus, pour •« être 
exposé à ». 

ABRICOT, appelé chez Pline pninum 
Armeniacum. Les formes esp. et port, albari- 
coque, albricoque, ainsi que Fit. albercocco, 
albicocco, v. angl. apricok (ail. aprikose), 
donnent la clef de l'origine de ce mot. Elles 
se rattachent, comme le font voir les mots 
grecs du moyen âge Trpaixoxxiov et Trpeydxxio» 
(Dioscoride), au latin prœcoquus (cp. Mar- 
tial, 13, 46), prœcox, cuit ou mûri avant la 
saison, précoce, hâtif. L'arabe ayant emprunté 
le mot grec, en a fait birqûq et burqûq, et 
avec son article al, alberqùq, qui, en défini- 
tive, parait être l'original direct du fr. abri- 
cot (cp. gr. mod. ptpùMMv). — D'autres (Jolm- 
son et le P. Labbe) ont songé à apricus, 
exposé au soleil, que les formes correspon- 
dantes des autres langues ne permettent abso- 
lument pas d'accepter. 

ABRITER, voy. abH. 

ABROGER, L. ab-rogare, pr. demander 
l'annulation d'une loi. 

ABROUTI, part, d'un verbe inusité aôrow^iV, 
dér. de brout, 

ABRUPT, L. abruptus (rumpere), rompu, 
i-apide, escarpé. C'est, à ce qu'il pamit, tant 
au propre qu'au figuré, un mot d'introduc- 
tion toute moderne. — La locution latine ex 
abrupto, brusquement, est passée dans le dic- 
tionnaire français. 

ABRUTIR, factitif de briUe. 

ABSCISSE, L. abscissus, part, de abscin- 
dere, retrancher. 

ABSENT, L. absentem; verbe s absenter, L. 
absentare; subst. absence, L. abserUia, 

ABSDE et apside, du L. apsis, gén. apsi- 
dis (afs), arceau, voûte. 

ABSINTHE, L. absinthium (âif^veiov). 

ABSOLU, vfr. assolu, du L. ab-solutus, 
d'où aussi lesnéologismesa^w/a/iswc, -iste. — 
ABSOLUTION, L. absolutio; absolutoire, L. 
absoliUorius. 

ABSORBER, absorbir, vfr. assorber, du L. 
absorbere, engloutir. 

ABSOUI)RE, vfr. assoudre, L. absolvere, 
devenu d'abord absolre, puis par Fintercala- 
tion euphonique de d (cfr. «v5pa p. avip») 
absoldre, enfin par la permutation habituelle 
de l (suivi d'une consonne) en ii, absoudre. 
De la même manière s'est produit r/wudre de 
molere, poudre do pulverem, [Une ancienne 
forme fr. assoiUir, a laissé l'angl. assoit.] Ul 



radical reparaît, ainsi que le t, dans les 
flexions : absolvons, absolves, etc. Le part, 
pasiîé absolutus, accentué absôlutus et devenu 
absoVtus, a donné absout et par le maintien 
de Xs caractéristique du nominatif, absous; le 
fém. absoVta est devenu absoUe, absoute, fém. 
du part, passé, et à la fois, par l'habitude 
propre aux langues romanes de former des 
subst. abstraits au moyen du participe passé 
— p. ex. : allée, venue, perte (perdita), vente 
(vendita), chute (caduta), saillie, etc. — le 
substantif absoute. La fomie primitive abso- 
lutus s'est maintenue dans l'adj. absolu. On 
trouve de même du part, revolutus, dans la 
langue actuelle, à la fois révolu, a^j., et le 
subst. participial révolte, formé par la syncope 
de u, de revoluta. Le substantif absoute est, 
au fond, la même chose que absolution, qui 
est directement tiré du L. absolutio; l'usage 
seul les a distingués, comme il est arrivé à 
révolte et révolution. 

ABSTEME, L. abstemius, qui s'abstient de 
boire des liqueurs enivrantes; racine tetnum 
=» /liOv, primitif de temetum, vin. 

ABSTENIR (S'), \-fr. astenir, du L. abs- 
tinere. — Dér. savants : abstinent, L. absti- 
nens; abstinence, L. abstinentia. Nous avons 
tort de ne pas dire abstenant, abstenance, 
comme on disait jadis, et comme on dit encore 
attenant, contenatux. 

ABSTENTION, L. abstentio {au supin a&5te7i- 
tum). 

ABSTERGER, L. abs-tergere (tergere , 
essuyer). — D. abstergetit, L. abstergens ; àw 
supin latin abstersum viennent abstersion, L. 
abstersio, et abstersif. 

ABSTINENCE, voy. abstenir. 

ABSTRAIRE, du L. abs-trahere; le pai-ti- 
cipe abstractus a donné abstrait. 

ABSTRUS, du L. abstrusus, part, passé 
d'abstrudere, litt. poussé loin, enfoncé, éloi- 
gné, difficile à aborder ou à comprendre. Pour 
l'idée, cp. abstrait, qui originellement signi- 
fie également tiré loin, détaché, puis impé- 
nétrable, difficile à saisir. 

ABSURDE, L. absurdus; subst. absurdité, 
L. absurditas. 

ABUS, mauvais usage (anc. aussi ■• erreur), 
du L. abusus (ab, utor^; cfr. m5 de vsus. Le 
verbe abuser ne vient pas directement du 
subst. fr. abus, mais du fréquent, abusari, 
tiré par la moyenne latinité du supin aôw5«m, 
de abuti. C'est ainsi que user, raser, oser, etc., 
viennent, par les supins usitm, rasum, au- 
sum, de tUi, radere et audere. M. de Cheval- 
let (Orig.11,96, 97) commet une grave erreur 
en établissant à l'égard de ces verbes une per- 
mutation de d ou t en s doux. C'est un trait 
caractéristique do la langue romane, que de 
tirer ses verbes de la forme fréquentative 
plutôt que de la forme primitive. — Abuser, 
c'est aussi bien faire abus de quelque chose 
que de quelqu'un en le trompant, mais dans 
le sens do tromper, le verbe a pris la construc- 
tion active. — Cps. désabuser, détromper. — 
Le part, abusus a donné à l'ancienne langue 



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lin adj. abus, « qui se trompe, fourvoyé, 
troublé. 

ABUSER, voy. abus. 

ABUSIF, L. ab-usivus (abusus). 

ACABIT, qualité bonne ou mauvaise ; ap- 
pliqué d'abord aux fruits, légumes, ce mot a 
fini par devenir tout à fait synonyme de qua- 
lité, caractère, genre. Quant à son origine, il 
ast formé du BL. accapitum (ad, capere), prise 
de possession, achat; de bon acabit voulait 
dire de bonne prise, de bonne possession, 
avant de signifier : de bon genre ou de bonne 
condition. 

ACACIA, L. acacia (àxax£a). 

ACAJOU, d'après Devic, le mot provien- 
drait bien de l'Asie orientale, mais serait 
d'origine malaise. (Voir Littré, suppl.). 

ACANTHE, du L. acanthus (ixaveo«). 

ACARIATRE, d'une humeur fâcheuse, 
aigre ; ce mot, qui ne remonte pas au delà du 
xvi^ siècle, est, selon Diez, de la même ori- 
gine que les vieux verbes acarer, acarier 
(esp. carear, acarar], confronter (mettre face 
à face). Le primitif serait donc le mot roman 
cara (voy. chère), tête, visage, et le sens fon- 
damental « qui tient tête dans une confronta- 
tion»», difficile à convaincre. A cette étymol., 
Tobler(Zeitschr. rV,375) objecte qu'un verbe 
acarier n'a jamais existé et que acarer, con- 
fronter, était un terme réservé à la langue 
juridique et n'est d'ailleurs guère propre à 
engendrer la forme acariâtre. Mais sans 
insister sur la forme, l'éminentprof. de Berlin 
appuie sur la disparité des sens « confronter »♦ 
et " difficile, grondeur, hargneux »♦ , et s'adresse 
à une autre source. Il reconnaît dans acariâ- 
tre une création de Rabelais ou de quelque 
autre énidit, fondée sur lé gr. ôxstpt;» ^as- 
lat. acaris, trad. par un gloss. du xV siècle 
par « mal gracieiilx »» (voy. mon 011a Pa- 
t^Ua, 1879, p. 12;, auquel on aurait joint, 
très bien à sa place, le suffixe astre (cp. opi- 
. niâtre). — G. Paris (Rom. X, 302) n'est pas do 
cet avis, u La folie, dit-il, s'appelait jadis le mal 
saint Acaire parce que saint Acairo, évoque 
de Noyon, en guérissait; de là, à mon avis, 
acariastre, qui signifiait jadis « fou furieux »». 
(Voy. Sainte-Palaye aux mots Acaire et aca- 
riastre.) Sylvius, dès le commencement du 
XV* siècle, a rapproché les deux mots, mais il 
semble, d'après ce qu'en dit Sainte-Palaye, 
qu'il ait attribué à saint Acaire la renommée 
de guérir les acai*iastres à cause de la res- 
semblance de son nom au leur, tandis que le 
leur me semble dérivé du sien ; la tonninaison 
a sans doute été influencée par folastre. » — 
Rappelons encore que Ménage se tirait d'af- 
faire en imaginant un type aceriaster de acer. 

ACCABLER, dérive d'un vieux mot fr. coda- 
bk, caable, chaabh, BL. cadahula, qui signi- 
fiait machine de guerre pour lancer des pierres, 
puis action de jeter par ten'e, et que Diez 
rapporte justement à xaTa6o>.>5, renversement. 
Accabler a donc signifié en premier lieu jet^r 
bas, atterrer, puis abattre au sens figuré. Le 
mot fr. chablis, arbres abattus dans la forêt 



par le vent, est de môme origine et suppose 
un verbe chahler; il s'est anglisé en cablish, 
bois chablis. 

ACCAPARER (mot d'introduction moderne), 
arrher ou acheter tout ce qui se trouve oflTert 
en vente pour se i-endre le maître du cours, 
fig. prendre tout pour soi, vient du BL. ca- 
pan^a (it. esp. capa^^a), arrhes. Ce subst., à 
son tour, parait composé de capere et arrhae. 

ACCASTILLER, terme de marine, de castel- 
lum, château (dans son acception maritime). 

ACCÉDER, du L. accedere, marcher vers 
(cp., pour le sens figuré de ce verbe, l'ail. 
beitreten, consentir). — Accessit, mot latin, 
sign. « il s'est approché (du prix) »». — Dérivé 
moderne du mot latin : accessoire, pr. ce qui 
se joint à. 

ACCÉLÉRER, L. accelei^are (de celer, vite). 

ACCENT, pr. intonation, du L. accentus 
(rac. cano, chanter, cp. le grec npoç-v^lx). — 
D. accentuer, formé de accentus, comme gra- 
duer, statuer, de gradus, status. 

ACCEPTER, L. acceptare (frôq. de accipere\ 

ACCEPTION, action ou manière de prendre, 
d'admettre, du L. acceptio (accipere). 

ACCÈS, L. accessus (ac-cedere), approche. 

ACCESSIBLE, L. ' accessibilis (accedere), 
dont on peut approcher. 

ACCESSIT, voy. accéder. 

ACCIDENT, du L. accidens, ce qui tombe 
ou arrive, en bien ou en mal, « quod casu ac- 
cidit ♦» ; accidere, advenir, est un composé de 
cadere, verbe simple qui a donné le fr. choir; 
cp. l'ail, jiu-fallf fait accidentel, hasard. 
L'acception « manière d'être fortuite, impré- 
vue, irrégulière »» a donné lieu au terme acci- 
dent de terrain, d'où l'adj. participial acci- 
denté, inégal, d'aspect varié. — D. accidentel 
(on trouve le L. accidentalis dans Boëce). — 
Le mot accident, pour l'origine et le sens, 
rappelle incident (v. c. m.). 

ACCISE, BL. accisia, dér. du part, accisus 
(de accidere, composé de caedere, couper). Les 
Anglais disent, avec un autre préfixe, excise; 
cp. le terme taille, de tailler. D'autres ^Du 
Cange, Diez) prennent accise pour une variété 
ortliographique de assise, fixation ou assiette 
de l'impôt; nous pensons qu'ils ont tort. 

ACCLAMER, L. ac-clamare, crier vei-s. 

ACCOINTER, prov. acoindar,Q.ng\. acquaint, 
BL. accognitare, faire faire connaissance, 
mettre en rapport, vient du L. cognitus, 
cx)nnu (lequel, par cognHus, congtus, a donné 
l'ancien acy. cointe = qui s'y connaît, habile, 
bien appris, de bonnes manières. L'ail, kund 
n'a rien à voir ici. — D. accointance (angl 
acquaintance). Notons encore vfr. acointe, it. 
acconto, familier, ami intime. 

ACCOISER, tranquilliser, prov. aquesar, 
du L. quietus (par une dérivation verbale 
quieliare; voy. cot), 

ACCOLADE, voy. le mot suiv. 

ACCOLER, prendre au cou, embrasser, puis 
joindre, réunir; de col, cou. — D. accolage, 
-ure, -ode, et racoler, qu'il faudrait, par 
analogie, écrire avec deux c. Quant à la ter 



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minaison ade dans accolade, nous i)renons 
occasion de remarquer ici qu'elle reprc>scnte 
d'abord l'ital. cUa et le prov. ada, et par là le 
féminin particii)ial ata des Latins, qui a sei-vi 
de moyen dérivatif pour faire des substantifs 
verbaux. La termin. ade a un caractère 
étranger ; elle est introduite dans la langue 
l)ar imitation, son correspondant vraiment 
français est ée. Accolade est un terme relative- 
ment moderne ; les anciens disaient accolée, 
comme on disait calée pour le prov. colada 
(coup sur le cou). Aujourd'hui encore, nous 
disons à la fois escapade et échappée. 

AOGOHMODBR, pr. rendre commode, conve- 
nable, puis arranger, ajuster, apprêter, mettre 
d'accord, concilier, L. ac-commodare (com- 
modus) ; composé : r-accommoder, remettre 
en état, réconcilier. 

ACCOMPAGNER, dérivé du vfr. caupaing, 
primitif de contpagnon{\. c. m.). — D. accom- 
pagnaietir^ -atrtce, -emait. Accompagnateur 
est un mot mal fait. On ne peut appliquer la 
terminaison ateiir (= lat. aior) à un mot 
essentiellement roman, c'est-à-dire non latin ; 
c'est comme si du verbe ouvrer , romani sation 
du L. operart, on voulait faire un subst. 
ourrateur, au lieu de oitvreitr. Pour satisfaire 
à la loi étjTuologique, il fallait dire acootn- 
pagneur et non accompagnateur , comme on 
dit dégraisseur et non pas dégraissateur . 

ACCOMPLIR, L. complere, avec préfixion 
romane de la particule ad^ cp. vfr. a-emplir, 
de implere. 

ACCORDER, BL. accordare, réunir les cœurs 
(corda), concilier, mettre en harmonie. De 
l'anc. acception neutre consentir, être de 
même sentiment relativement à un deman- 
deur, s'est dégagé le sens actif concéder, 
conférer, octroyer. Cp. le même mouvement 
de sens dans consentir une chose. — L'ex- 
pression accordei* un instrument a fait déri- 
ver accorder de chorda, corde; mais cette 
dérivation, justifiable à la lettre, ne se re- 
commande pas en vue des diverses applica- 
tions du mot. Accorder appartient à la même 
famille que concorde et discorde. — D. subst. 
verbal accord (en vfr. aussi le fém. accorde), 
rapport harmonieux, concordance, assenti- 
ment, convention ; accordailles (terminaison 
assimilée à fiançailles, épousailles). Compo- 
sés : désaccorder, désaccord; raccorder, rac- 
cord. 

ACCORE, t. do marine, est prob. = escore 
(conversion de préfixes fréquente), donc dans 
SCS diverses applications, le môme mot que le 
nord, sliora, ni. schoor, angl. shore; cp. csp. 
cscora = accore. 

ACCORT, avisé, subtil, adroit, insinuant. 
L'emploi de cet adj. ne remonte pas au delà 
du xvi<^ siècle. L'accei)tion première, d'après 
. Nicot, était : avisé d'entendement, clain'oyant, 
de bon esprit et jugement, et dans la suite il 
a pris celle de conciliant, d'humeur facile. 
11 est directement tiré de l'it. accorto, avisé, 
letiuol se rattache au verbe accorgcrsi, s'aper- 
cevoir (foi'mé de ac-corrigei^e). Reste à expli- 



quer le pa.ssage de l'ancienne signification à la 
moderne; n'y aurait-il pas eu ici quelque 
malencontreu.^ influence du mot accord, ou 
(juelque faux rapport avec corte, d'où cortese, 
fr. courtois f Cependant l'idée d'adresse peut 
fort bien engendrei', au point de vue des ivla- 
tions sociales, celle do complaisant, d'un 
commerce facile. Voltaire, en commentant 
Corneille, s'est fourvoyé en rattachant .sans 
plus accoH au verbe accoi'der. — D. Accort a 
produit deux formes .substantivales : accor- 
tesse et accoHise; toutes deux répondent à l'it. 
dccortesza. 

ACCOSTER, BL. accostare, iovmé de costa, 
cùte, comme aborder de bord. — D. accos 
table, abordable, d'un accès facile. 

ACCOTER, V. a. appuyer, v. n. (en i>arl. 
d'un navire) être couclié sur le cC\ié, n'e.*<t pas 
une variété du précédent et ne vient i)as de 
cote. Le mot, très fréquent dans l'ancienne 
langue dans le sens tantôt d'appuyer, accx)u- 
der, tantôt de se coucher, reproduit un type 
latin accubitare, qui à son tour repi'ésente 
aussi bien le fi*éq. de accubare (cp. doter*, 
douter, de dubitare), qu'un dérivé de cubitus, 
l'original de coûte', coude. Notre verbe mod. 
accouder ne fait que remplacer l'anc. acoter 
ou a^oiUei\ comme coude s'est substitué à 
coûte. — 11 se peut que dans « chemin d'rtc- 
cotemeyU » l'idée de côte se soit mêlée au sens, 
qui d'abord est appui. 

ACCOUCHER ou s* accoucher, pr. se mettre 
en \vL couche (v. c. m.), tomber malade, et par 
métaphore au sens actif, délivrer d'enfant. 
Le terme est donc au fond identique xi\ oc ali- 
ter et a subi une restriction de sens. — Le 
vfr. disait do même agesir p. accoucher; 
c'est le latin ad'jacere(v. gésir). On y emploie 
(iwas'i gésine = coucher, puerperium, ci qui 
gist d'enfant «= puerpera. 

ACCOUDER, vfr. acouter, voy. accoter. — 
D. accoudoir. 

ACCOUER, pr. suivre à la queue, de coe\ 
coue*, anciennes formes ([e queue. 

ACCOUPLER, dér. de couple. 

ACCOURCIR, dér. de court. Quant à la ter 
minaison en cir, nous remarquons ici qu'elle 
correspond à l'esp. et au port, ecer (a ne. escci^) 
et au prov. ezir, et qu'elle rejiroduit la ter- 
minaison inchoativo latine escere. Le sens 
inchoatif a, dans le^s langues nouvelles, fait 
place au stms factitif. C'est ainsi que se sont 
produites les formes noircir (esp. negreccr, 
prov. negrczir, lat. nigrcsccre), obscurcir, 
éclair cir, durcir. — L'anc. forme acorcicr se 
rapporte à im type roman accurtiare, dérivé 
de cuHus (comme altiare, fr. haucier', haus- 
ser, de altus). 

KCGOXTBJR {vît. acorre, acourre), L. ac-cu,r- 
rcre. 

ACCOUTRER, acoustrer\ prov. acotrar; 
d'a})rôs Diez, pour accouturer, de couture (it. 
costura); .^elon d'autres, de coustre, coutre, 
sacristain chargé do la toilette de la Vierge 
et de l'arrangement du mobilier d'une église. 
La .seconde étvm(»logie n'a aucune valeur; la 



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prcmiôrc se recommande davantage, et cepen- 
dant nous n'oserions l'admettre, surtout en 
pi-ésence des expressions anciennes : « Accous- 
trer des cheveux, un lien, un repas, des 
navires, ♦» etc. Une origine tii-ée de cuit ara y 
pris dans le sens do cuUus^ soin. an*ange- 
ment, mise, toilette, no serai t-ello pas plus 
pi-obable ? Vs do la forme accousirer peut fort 
bien n'êtixî que prosodique, comme dans 
ti'osne, pasle, {^. tiy)iu, paie), etc.; d'ailleurs, 
il n'existe pas dans la forme provençale. 
Notre supposition est cx)rrobor6o par l'expres- 
sion « un chEimp bien accoutré » = bien tenu, 
bien cultivé, que nous avons rencontrée dans 
Noël du Fail. Pour la forme, cp. cùUrer do 
cincturare, — Une explication parlât, culcttra, 
vfr. contre, couverture (accoutrer serait pr. 
couvrir), a été mise en avant par M. Ulricli 
(Ztschr. III, 266), mais elle ne me sourit guère. 
— D. accoutrement, habillement. — Cps. 
raccoxitrer, 

ACCRÉDITER, terme modeme, mettre en 
crédit, 

ACCROC, subst. verbal do accrocher. 

ACCROCHER, suspendre ou attraper, saisir 
ûu moyen d'un ci*oc (v. c. m.); en termes de 
marine, jeter les grappins pour l'abordage. 
Au fig. attraper adroitement. S'accrocher, 
s'attacher à quelque chose de crochu , puis en 
général s'attacher; ep. se cramponner. — D. 
accroc, subst. verbal, exprimant à la fois l'acte 
do s'accrocher ou d'accrocher, et le résultat 
de cet acte, une déchirure on bien encore un 
embarras, un obstacle. — Cps. raccrocher 
(d'où raccroc). 

ACCROIRE, du L. oc-crerf^e, ajouter foi. 
Anciennement, accroire signifiait aussi con- 
fier ; accroire (de l'argent) =» donner (et par 
corrélation, aussi prendre) à crédit ; cp. L. 
credcre pecuniam. 

ACCROÎTRE, verbe neutre et actif, du L, 
accre>Écere. — D. accroissement^ accrue. 

ACCROUPIR, voy. croupe. 

ACCUEILLIR, BL, accolUgere; extension 
du simple ci^eiY/îV. Comparativement k cueillir 
et à recueillir, le sens primitif de réunir, 
assembler des objets multiples (res collectas), 
s'est élargi dans accueillir en celui de rece- 
voir en général. L'idée de collection s'en est 
donc cifacée (cp. le verbe ramasser). — Dans 
l'ancienne langue, le verbe avait pris des sens 
plus variés : prendre, saisir, attaquer; p. e. 
acueillir un chemin, prendre un chemin ; être 
accueilli par l'ennemi, par la tempête. On 
dit encore à Liège acoï p. assaillir. — D. 
subst. verbal accueil. 

ACCULER, pr. pousser qqn. le cul contre 
un mur, pousser au pied du mur ; lat. in an- 
gustias, vel in arctum redigere. — D. subst. 
verbal accul, d'abord action d'acculer, puis 
le lieu où on est acculé, lieu sans issue. 

ACCUMULER, du L. accumulare (cumulus). 
La vraie forme française acombler s'est perdue, 
tandis que l'introduction dccumule^^ïia point' 
fait disparaître combler. 

ACCUSER, L. accusare (causa). 



-ACÉ, suffixe introduit \vir la science mo- 
derne, en imitation du latin aceits, et con- 
trairement aux règles, Ye n'étant pas tonique 
en latin. La vraio francisation de aceiis, acea est 
as, ace ou «55^ ou ac^,formes appliquées dans 
fatras, fouace, cuii'usse, rondache, etc. Aussi 
bien cétacé, rosacé, liliacé et sembl. sont-ils 
exclusivement du domaine scientifique, tandis 
que rosace appartient à la bonne souche fran- 
çaise. 

ACBNSER, anc. acensir, donner à ce>w(cp. 
ni*renter do rente). — Subst. ace)is, terre 
tenue à cens. 

ACERBE, L. acerbus, m. s. 

ACÉRBR, voy. aciei\ 

ACÉTATE, terme do chimie, représentant 
un pail;. latin acetatus, de acetare, verbe formé 
de acetum, vinaigre. Ce dernier substantif a 
donné encore à la langue savante les ac^. 
acétique et acéteux, 

ACHALANDER, pourvoir do chalands 
(v. c. m.). 

ACHARNER, propr. donner le goût et l'ap- 
pétit do la chair, anc. charyi, char (v. c. m.), 
fig. irriter : mot appliqué d'abord aux chiens 
ou aux loups " qui s'addentent sur quelque 
bostc sans qu'on les puisse retirer » (Nicot). 
— D. acharnement, fureur, animosité. 

ACHAT, subst. verbal do achaier, anc. 
forme do acheter, 

ACHE, pr. api, esp. apio, du L. apium 
(5m5v); cp. sache de sapiam, proche do pro- 
pius. 

ACHEMINER , mettre dans lo chemin 
(v. c. m.), fig. mettre en bonne voie pour 
réussir. En vfr. on disait aussi s'arouier, so 
mettre en route. 

ACHETER, anc. achaier, acater, it. accat 
tare = emprunter, v. esp. acabdctr, du BL. 
accaptare, litt. prendre à soi. Lo radical est 
donc lo verbe capei*e. [D'autrep, toutefois, 
voyant dans accaptare une forme syncopée de 
accapitare, prendre en possession, partent 
d'un radical caput dans son .sens do bien 
meuble ou capital.] — Ac-captare s'est sub- 
stitué au latin classique emere, qui se prêtait 
mal à la romanisation. D'ailleurs, le rapport 
idéal entre prendre et acheter se révèle déjà 
dans le latin emere, qui, en premier *lieu, 
signifiait prendre, comme son composé su- 
niei^e (= sub-emere), et sumere lui-même n'a- 
t-il pas également signifié acheter, acquérir? 
Les Espagnols, les Provençaux et les Italiens 
ont remplacé emere par le verbe comparare, 
acquérir, devenu comprare et comprar. — 
D. achat, subst. verbal so rattachant à la 
forme première achaier. — Cps. rach^er[à^o\x 
rachat). 

ACHEVER, esp. port. prov. acabar, angl. 
achieve, mener à fin, à chef (v. c. m.); on 
disait aussi venir à chef, p. venir à bout. — 
Cps. parachever (cîv. les formations anciennes 
paraimer, paremplir et sembl.). 

ACHOPPER, hourtcr du pied, vîr. assouper; 
de a -\- chopper, donc chopper contre, — 
D. achoppement. 



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ACT 



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ADl 



AGHORES, croùtos do lait, du grec «-/«iip. 

ACHROMATIQUE, non chromatique, du 
gr. yrjôtjjLT^t couleur, et de l'a privatif. 

ACIDE, -ITÉ, L. aciduSy -itas, Dimin. aci- 
duk, L. aciduhiSy d'où le verbe aciduler. 

ACIER, it. acdajo, esp. acero, prov. aciei\ 
vfr. acer, BL. actarium, dér. de actes se. ferri, 
fer durci. — D.acérer, fig. rendre plus tran- 
chant, plus vif (do la fonne ancienne acer), 
et aciérery convertir en acier (de la forme 
nouvelle acier). 

ACOLYTE, lat. acoluthus et acolythus, du 
gr. à.Y.6lo\i^o^^ celui qui suit, semteur. La ter- 
minaison yte p. ou^oi est incorrect<3 : il fau- 
drait acoluthe ou -lythe; cp. le t. de gramm. 
an-acoluthe (pr. manque de suite). 

ACOMPTE, terme commercial, payement 
fait à compte. 

ACONIT, L. aconitum (à/ovirov). 

ACOQUINER, propr. allécher, attirer à la 
cuisine, apprivoiser, fig. faire contracter une 
habitude basse, du L. coquina^ cuisine. Littré 
y voit un factitif de coquin ; cela ne me semble 
pas probable. 

ACOUSTIQUE, gr. ixow^nxo,-, de à/.oûciv, 
entendre. 

ACQUÉRIR, vfr. aquen^ey du L. acquirere. 
Les composés conquérir, acquérir, enquérir, 
requérir ont tous été adaptés au verbe simple 
quérir (v. c. m.). — D. acquéreur. Le subst. 
acquisition est tiré directement de acquisitio; 
mais le roman a créé un autre dérivé syno- 
nyme au moyen du participe acquisitus, con- 
tracté en acquistus ; c'est acquêt (comparez 
quête, requête, etc.), anc. = gain, profit. 

ACQUÊT, voy. acquéi'ir, — D. acquéter. 

ACQUIESCER, L. acquiescere (m sign.). 

ACQUITTER, rendre ou tenir, quitte de qqch. 
(v. c. m.), dégrever ; do l'idée se libérer en- 
vers quelqu'un, se dégage le sens de payer. 
— Subst. verbal acquit. 

ACRE, BL. acra, acritm. Les uns font venir 
ce mot do acker, mot ail. signifiant champ, 
et désignant aussi une mesure de terre ; les 
autres l'expliquent par une transformation 
du L. OAma, mesure agraire (cfr. diacre, pam- 
pre, de diacotius, pampinus), 

ACRE, L. acris; mot d'origine savante, fai- 
sant double emploi avec aigre, qui reproduit 
le même mot latin. Le circonflexe dans acre 
n'a pas de raison étymologique. — âcreti^, 
vfr. aigreté, L. acritas ; acrimonie, L. acri- 
monta, d'où acrimonieux. 

ACROBATE, mot fait sur un type gr. 
ày.po^àrrji (xxpoi, extrême -|- ^à'^i* qni mar- 
che), prim. du verbe gr. àx/sojSaréw, marcher 
sur la pointe des pieds. 

ACROSTICHE, du gr. à^pôinxoi, propr. 
pointe, extrémité, commencement do vers 
(xxpoi + 'srlyoç). 

ACTE. Ce mot représente à la fois le L. ac- 
tifs, opération, action, acte d'une pièce do 
théâtre, et le lat. actum, chose fait<i (p. ex. 
dans acta apostolorum, actes des api^tres) et 
l'exposé écrit de ce qui s'est passé ou do ce 



qui a été discuté ou négocié. — D. verbe ac- 
ter (néologisme), actuaire, BL. actuarius, 
greffier. 

ACTEUR, actrice, L. actor, actrix (agere). 
ACTIF, L. activus {agcrG), qui agit. Hn latin 
classique, cependant, ac<irw5 n'avait pa.s encore 
le sens de u solei*s, industrius «. Sénèque 
l'emploie dans le sens de pratique, opposé à 
speailativus . — D. activité, L. actiritas; verbe 
activer (néologisme). 

ACTION, L. actio (rad. offere). Déjà le mot 
latin possédait les deux acceptions princiimles 
du français, savoir : l. opération, 2. pour- 
suite en justice (d'où actionner). Quant à la 
signification commerciale et industrielle du 
mot action, titre de créance, etc. (D. action- 
naire), elle est tout à fait moderne ; c'est en 
Hollande, à ce qu'il parait, que le mot actie, 
forme hollandaise de actio, a été en iiremier 
lieu employé pour désigner la quittance jM)ur 
le vei-sement effectué d une somme contribu- 
tive à quelque entreprise de société. — Cps. 
inactio7t . 

ACTUEL, propr. effci*tif, réel, puis syn. de 
présent, L. actualis (de actus). — D. actua- 
lité, actualiser (néologismes). 

ACUITÉ, mot forgé au xvi* siècle, pour 
donner un subst. abstrait à Tadj. a^utus (fr. 
aigu). Il est mal fait ; aussi bien vaudrait tirer 
minuité de minutus. 

ACUPONCTURE, piqûre à l'aiguille; terme 
technique formé au moyen du L. ax^us, aiguille, 
et de pungei'e, poindre, piquer. 
ADAGE, L. adagium (ad-agendum) 
ADAGIO, tonne de musique ; c'est Fit. ad- 
agio, pr. à taise, Voy. aise, 

ADAPTER, L. adaptare (aptus) ; cj), le terme 
analogue approprier de propre, et l'ail, an- 
passen de pass. 

ADDITION, L. additio (de addere, ajouter). 
— D. additionnel, additionner. 

...ADE, suffixe de subst. ; voy. accolade, 
ADENS, terme adverbial du vfr., à plat 
ventre, do à dents, litt. sur les dents ; de hl 
vfr. adenter, renverser, coucher par terre. 
Cp. l'art, aboucher. 

ADEPTE, L. adeptus (part, de adipisct), 
qui a obtenu, trouvé, .saisi, qui s'est initié. Se 
disait particulièrement dos alchimistes qui 
croyaient avoir trouvé la i)ierre philosophale. 
ADÉQUAT, L. adaequatus^ mis do niveau, 
mis en juste propoi'tion. 

ADEXTRÉ, terme de blason, accompagné 
du côté droit, du L. dexter, droit. En vfr. 
adestrer était syn. d'accompagner. 

ADHÉRER, L. ad-hœre^*e, s'attacher à. [Xd- 
han'Ci'e, traité d'ai)rôs la 3*^ conjugaison, a 
donné aussi le vfr. aih'dre et ahierdre, s'atta- 
cher à, prendre, saisir.] — adhérent, L. ad- 
hœrens; adhérknck, L. adhcprentia. — adhé- 
sion, L. adhœsio (du .supin ad-7iœsuui). 

ADIEU, == à Dieu ! cfr. it. addio, ail. Gott 
hefohlen i La locution pleine est à Dieu soyez 
(prov. a Dieu siatz) ou à Dieu vous com- 
mande, qu'on rencontre souvent dans la 
vieille langue. 



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ADM 



— 9 — 



ADR 



ADIPEUX, L. adiposus (do adeps, graisse). 

ADIREE, terme cîc palais, perdre, égarer 
une pièce de procédure, anc. perdre en géné- 
ral, BL. adirare; l'origine en est obscuixî. 
Du Cange propose les étymologies ad-œrare, 
fixer le prix de la pièce perdue, qu'il s'agit 
de ré^wirer, on l'it. ad-irato, " nam qui sunt 
irati seu quonim ira' provocatur, ab eorum 
consortio abstinent quibus iraseuntnr, ut 
aniplius non compareant uti prius cum iis «; 
adiré serait, d'après cette manière de voir, 
propr. celui qui, par colère, ne se présente 
plus. C'est par trop subtil ! Henscbel préfère 
adextratiis, éloigné de la main; Cbevallet 
invoque aderrare, orrer, aller çà et là ; tous 
deux sans se soucier de l'impossibilité plioné- 
tique d'une pareille transformation. Selon 
Nu blé (dans Ménage), de l'expr. à dire, en 
défaut, dans la locution : « Il s'y est trouvé 
à dire un écu. »» Cette locution est fréquento 
en vfr., cp. Cbron. de Norm. f. 169 : ♦« Aisi 
cum nef n'en fu à dire, i arrivent à sauve- 
ment. »» C'est cette derniôro panière do voir 
qui parait être dans le \Tai. 

ADinON, L. aditio (ad- ire); cfr. ail. cine 
erbscliaft antreten. 

ADJACENT, L. adjacens, situé près. 

ADJBCTION, L. adjectio (jacere) ; adjectif, 
L. adjectivits, qui s'ajoute, traduction du gr. 
tnieiTOi, épithète. 

ADJOINDRE, L. aàjungere (voy. joindre). 
— ADJONCiiox, L. adjwictio. 

ADJUDANT, terme moderne, ail. adjiiiant, 
aide de camp, du L. adjutmxs, qui aide, ser- 
viteur. Voy. aide, 

ADJUGER, L. adjiidicare, voy, juger; à 
Toriginal latin se rattachent directement les 
dérivés : adjudication, -o/i/, -ataire. 

ADJURER, L. ad'jurare. 

ADMETTRE, L. ad-mittei^e (cfr. ail. sulas- 
sen). — Du supin admissum : L. admissio, 
fr. admission. Néologisme : admissible. 

ADMINICULB, L. admiyiicidiim, appui, 
.soutien. 
. ADMINISTRER, vfr. amenistrer, L. admi- 
nistrare (minister). 

ADMIRER, L. ad-mirari. 

ADMONÉTER ou admonester* y vfr. amones- 
ter, du L. admonitare, fréq. de admo7iere. 
L'insertion de 1'* (cfr. csp. prov. amonestar, 
port, amoestar) devait avoir pour effet, selon 
la c<)njecture de Diez, d'empêcher monitare 
de se romaniser en monter (cfr. L. vanitare, 
fr. vanter)y ce qui eût produit une confusion 
avec monter = ascendere. — Cette manière 
do voir a trouvé des contradicteurs. Cornu 
s'est prononcé en faveur de "admolestare 
(ennuyer, fatiguer) ; n p. / ne ferait pas diffi- 
culté, et il rapproche monaxtâ, qui s'emploie 
à Montbovon (Haute-Gniyère) daiLs le sens de 
« dire à quelqu'un qu'il a mauvaise conduite, 
l'ennuyer de reproches. »» (Voy. Rom. 111,377.) 
Quelques années plus tard (ib. VII, 365), 
traitant de la mutation d en n, le môme 
savant se montre favorable à un type *admO' 
destare, ce qui me semble par tro[> subtil. On 



a beaucoup invoqué encore (voy. Littré et 
Rom. VIII, 264) l'existence d'un part, bas-latin 
vionestiis, analogue ù de nombreux paH. en esto 
dans les dialectes nord-italiques et qui expli- 
querait aisément pi'ov. monestar, amonestar 
et les autres formes romanes citées, mais il se 
trouve qu'on n'en rencontre aucune trace dans 
les dialectes italiens. D'ailleurs, il est pro- 
bable que comme submmntits a donné au 
prov. somos, somost, admonitus eût fait amos, 
amost, donc aussi amostar. En partant môme 
d'un thème participial monsi, il faudrait, sans 
être appuyé d'aucun précédent, admettre qu'il 
s'en soit dégagé une forme allégée, monest. 
Ni Diez, ni Mussafia (voy. son étude sur les 
part, en -ect et -est, Grôb. Ztschr. III, 267 et 
suiv.) ne sont disposés à sanctionner cette 
explication. — On a relevé un subst. vfr. 
moneste, « admonestation » (Théâtre fr., p. 
Monmerqué et Michel, p. 446), mais ce mot a 
tout lair d'un simple subst. verbal de mortes- 
tare, dont il s'agit précisément d'élucider la 
formation. — D. admonestation, coexistant 
avec admonition, qui est tiré directement du 
L. admonitio; admonitenr, L. admonitor. 

ADOLESCENT, -ENOE,L. adoîescens, -entia; 
le participe passé du même verbe adolescere 
(grandir, pousser), adultus, a donné adulte. 

ADONISER, parer, faire beau comme un 
Adonis. 

ADONNER (S'), extension de donner; cfr. 
en ail. sich hingeben, 

ADOPTER, L. ad-optare, fréq. d'un primi- 
tif iniusité ad-opcre; c'est du supin de ce der- 
nier que .s'est déduit le subst. adoptio, fr. adop- 
tion, et l'adj. adoptivus, fr. adoptif. 

ADORER, vfr. a-ourer, du L. ad-orare (par 
1er à). 

ADOSSER, mettre le dos contre qqch. 
En vfr. ce verbe avait aussi la signification de 
jeter derrière soi, abandonner, mépriser. — 
D. ados (terme de jardinage). 

ADOUBER, it. addobbare, esp. adobar, BL. 
adobare, Diez, suivant en ceci les bénédictins 
éditeurs de Ducange, part do l'anglo-saxon 
dubban, angl. dub, v. nord dubba (wallon de 
Namur dauber), toucher de la main, frapper ; 
de là adouber à cJievalier, frapper, c.-à-d. 
armer chevalier. L'idée primitive toucher (cp. 
le wallon adobé «= qui a reçu un fort coup), 
mettre la main à qqch., s'est étendue et 
développée en celle d'équiper, arranger, répa- 
rer, raccommoder (dans ce sens, le fr. se sert 
plutôt du cps. r-adouber). — D. vfr. adoub, 
armure, harnais, équipement. 

ADOUER, accoupler, dér. do deu, deux. 

ADRAGANT, cormption do T/9«yàxavex, tra- 
gacanthe, pr. épine de bouc (rpàyo;, axavOo^). 

ADRESSE représente : 1® le subst. verbal 
do adresser, diriger, donc au fond direction 
(anc. = chemin); 2® le subst. abstrait de 
adroit = habile (v. c. m.). 

ADRESSER, it. addirizzare, esp. adei*ezar, 
pr. diriger vers, d'un type ad^irectiare, déri- 
vation romane de ad-directus (cp. dresser). — 
D. adresse (v. c. m.). 



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AFF 



10 — 



AFF 



ADROIT, pr. bien dirigé, du type ad-direc- 
tiis. — l). adresse^ habilcti'(v. c. m.). — I/adv. 
vfr. adroit peut être envisagé soit comme notre 
adj., dépourvu delà désinence adverbiale, ou 
comme la réunion des mots à droit =■ rectc, 
convenablement . 

ADULER, L. adulari, flatter. 

ADULTE, voj. adolescent. 

ADULTÈRE, adj., L. aduUer (rac. aller). 
Le vieux français avait trausfoiTné ce mot en 
aouUre^ puis (par l'intercalation euphonicpie 
de r) avoulire, aroutre. — adultère, subst., 
vfr. aroutierge, avoutire^ angl. adtoutry, du 
L. adulierium ; adultérin, L. aihdterinus ; 
ADULTÉRER, L. odulierare. 

ADUSTE, L. adiistiis (part, de adurere^ 
brûler), subst. adtisiion, L. adustio. Le part, 
présent adureiisa donné l'adj. adurent (dans : 
fièvre adurente). 

ADVENIR, forme concurrente et savante de 
avenir (v. c. m.). 

ADVENTICE, L. advaiticins (ad-venire). 

ADVBNTIP, L. adve^itivus' (quod advcnit). 

ADVERBE, L. adverbiiim, 

ADVERSE, \fr. arers, du L. ad-versus, pr. 
tourné contre : adversaire, L. -arius( le vfr. 
arersier ou aversaire se disait particulière- 
ment du diable) ; adversité, L. adversitas. 

AÉRER, L. aërare (aër). — aérien, du L. 
aerianus, extension de aër i us. 

AÉROGRAPHIE, grec às/soy^oa-^ix, descrip- 
tion de l'air ; aéorologie^ iipoïoylv., science de 
lair; a&romancie^ àe/oo/xavTîfa, divination par 
le moyen de l'air; aérotnHre^ litt. mesureur 
de l'air ; aih'olithe, pierre (if^o^) tombée de 
l'air; a&ronautey qui navigue (v«ûr>3;) dans 
l'air ; aérostat^ i\\\ï se tient (îràryji de llk-oi) 
dans les airs. 

AÉTITE, gr. àiTérn?, pierre d'aigle (iîTo;). 

AFFABLE, L. affabilis(fixr\), pr. d'un abord 
facile. 

AFFABULATION, L. affabulatio (fabula), 
Priscien, p. 1330. Ce grammairien a forgé 
ce mot d'après le terme gr. sm/xû^iov, mora- 
lité ajoutée au /^ySoç. 

AFFADIR, rendre fade. 

AFFAIRE, subst. formé de à faire, comme 
avenir àQ à venir. La diflerencc du genre pro- 
vient de la terminaison respective des deux 
substantifs. L'italien «^are, d'ailleurs, est mas- 
culin, comme l'était anciennement aussi le 
mot français. — D. affairé, qui a beaucoup 
d'affaires, anc. aussi affaireux = embarrassé 
dans ses affaires. 

AFFAISSER, de faix, poids ; propr. faire 
courber, jdoyer sous le faix. 

AFFAITER, anc préparer, instruire, dres- 
ser, élever (vfr. afaitié = bien élevé, cour- 
tois), auj. t. de fauconnerie pour apprivoiser; 
romanisation du L. affeclare, ou plutôt, stric- 
tement, du type af-factare, préparer, a])]n'o- 
prier à l'usage voulu. Froiss;irt emploie 
affaitier dans le sens de mettre au fait : w mes- 
sages (m(»ssagers) affaitiés de ce faire, n Voy. 
aussi affectei\ 



AFFALER, abaisser, du néerlandais afha- 
len, tirer en bas. D'autres y voient un com- 
posé do l'allemand fallen, tomber. — Voy. 
aussi rafale. 

AFFAMER, dér. de faim (L. famés). 

AFFECTER, du L. aff^tare. Le roman a 
ajouté aux acceptions déjà propres au verbe 
latin (reclierclier, viser à] celle de destiner, 
approprier, inhérente aussi à la forme «//ai^^îr 
(affectare, fréq. de affîcere signifie, en eflet, 
très convenablement faire ou produire une 
chose dans un but déterminé) et celle d'im- 
pressionner, toucher, affliger (=* L. affîcere). 

— D. adj. affecté et affété (pour la .«^yncoiMS 
du c, cp. refltHer); afféterie, fonnô à l'imita- 
tion do sensiblerie, prudtrrie, etc., et faisant 
double em]>l()i avec affectation. 

AFFECTIF, L. affectivus (quod aflîcit). 
AFFECTION, L.affedio, inclination, amour. 

— D. affectionner, dont \c\)a\i\cii)o affectionné 
signifie à la fois, activement, « qui a de l'af- 
fection «, et pa^^sivement, « qui en est l'objet «; 
désaffection , désaffcctionncr . 

AFFECTUEUX, L. affectuosus (affectus). 

AFFÉRENT, <iui revient, cpii est dû ; c'est 
le paît. prés, du verbe vfr. affei*ir, convenir, 
ap]>ai-tenir(prés. il affîert). Quanta cxi dernier, 
il ne représente pas le verbe L. afferre, ou, 
selon le type roman, affei'eir, mais, comme le 
])rouve le ]>articipe affcrissant, un composé 
de férir, frapper, toucher; on pourrait en 
rappi'ocher le terme similaire ail. anschlagen 
a prodesse. — Cette étymologie éCaffth^ent, 
(|ue nous donnons i<ur les traces de Littré, 
n'est cej)endant pas à l'abri de tout* doute; 
d'abord, le terme n'est pas dans la vieille langue; 
puis, il faudrait afférant ; enfin, le latin affc- 
rens peut foit bien avoir d<*£ragé le sens de »« se 
ra])portant «, qui, au fond, est bien celui du 
mot dans l'expression « la part afférente «. 
En tout cas, le terme d'anatomie afféi'cni est 
bien = lat. afferens. 

AFFERMER, anc. = affirmer; auj. = don- 
ner ou ])rendre à ferme [v. c. m.) ou à bail. 

AFFERMIR, factitif de ferme. — Cps. 
r-affermir. 

AFFÉTÉ, AFFÉTERIE, voy. affecter. 

AFFICHER, coller un placard contre un 
mur, dans un but de publicité, fig. exposer 
on public, étaler; exteiision de ficher. En 
vfr. le mot était synonyme de aflinner, comme 
fixi'.s est syn. de fin/iiis ; s'afîchier s'y ren- 
contre p. s'attacher, s'a])pliquer, s'engager, 
promettre. — I). sul)st. verbal ay/îc/*^, placard. 

AFFIDÉ, vfr. afïé, du BL. affidatus (fides), 
u qui fidem suam alicui obstrinxit «. 

AFFILER, donner le fd(y. c. m.). 

AFFILIER, du HL. affiliare, in filium 
adoptare, par extension, recevoir dans un 
ordre ou une corporation. La vieille langue 
disait aussi affrérir (de fréi'e) pmir associer, 
rendre participant. 

AFFINER, rendre fin, c. ii à. pur (BL. 
affînare, ])urgare, exciKpiere metalla) ; fin =■ 
nisé a donné, d'autre part, affiner, avec le 
sens de tromper, duper. En vfr. le mot signi- 



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AFF 



— il — 



AGA 



fiait aussi certifier, affirmer (de fin =« vrai). 
Cps. r-affiner. 

AFFINITÉ, L. a^ni/flw /finis). On avait anc. 
aussi l'adj. affîn(L. affinis), allié par mariage. 

AFFIQUBT. dimin. du vfr. afpque, dér. do 
affiquer, qui n'est qu'une variété de afficher; 
cp., pour le sens et la forme, le mot colifichet. 

AFFIRMER, vfr. afermer, afreniei\ L. 
afprmare (firmus). 

AFFLEURER, être ou mettre à fleur 
(v. 0. m.), c. à. d. de niveau : cfr. effleurer. 

AFFLIGER (xiv. aflire qui est la vraie 
forme française), du L. affligere (rac. pl.\g, 
d'où flagellum). — affliction, L. affiictio; 
AFFLICTIF, L. afflictk'us. 

AFFLUER, L. affluere, 1. couler vei-s, 
2. couler en abondance; — affujknt, L. 
affluais; affluknck, L. affluetUia. 

AFFOLER, rendre fol ou fou. Composé 
raffoler, sens neutre, être fou. — En ce qui 
concerne l'ancien verbe affoler, « endom- 
mager, blesser « , Tobler a péremptoirement 
démontré qu'il « ne doit pas être st'^parô du 
même verbe au sens de rendre fou » (voy. 
Kuhn, Ztschr. XXIU, 419). G. Paris l'ap- 
prouve pleinement Rom. VI, 156. J'ai, de 
mon côté, à l'appui de cette manière de voir, 
invcKjué le sens ancien du mot folie =^ dom- 
mage, porte, ainsi que celui de folier, aler à 
folie -» courir à sa perte : voy. mon Bastart 
de Buillon, ad v. 1058. — Le verbe affolir, 
devenir fou, a vieilli. 

AFFORAGE, BL. afforagium, droit do fixer 
le prix des denrées, surtout du vin ; du vieux 
verbe afforer, affeurer, mettre le prix aux 
denrées; dérivé du L. forum, marché, prix. 

AFFOUAGE, BL. affocaf/ium, affoar/ium, 
droit de couper du bois dans une foret pour 
son usage ; du BL. affocare, mettre au foyer, 
ad focum. 

AFFOUROHBR, dér. do fourche. — I). 
affourçhe. 

AFFRANCHIR, rendre franc. 

AFFRB, eflroi, terreur ; du vha.eù'er, eipar, 
acer, liomdus, inunanis. Cette étymologie, 
patronnée i)ar Grimjn et par Diez, convient 
pour le sens et la lettre. C]). l'it. afro, âpre, 
aigre. — Quiclierat ra])poi*te le mot à L. affa- 
niœ, qui dans un glossaire latin-grec traduit 
odlrifjLoiTx (vulnera), et dans lequel il voit un 
correspondant de l'it. affanno, angoisse; ce 
rapport me semble douteux. — D. affreux. 

AFFRÉTER, forme extensive de fréter (v. 
c. m.). 

AFFREUX, voy. affre. 

AFFRIANDER, rendre friand, attirer par 
des friandises. 

AFFRIOLER a le même sens (pie affriander, 
et vient du \iv. friole =»-= friand ; verbe friolei', 
frire et être friand, désirer vivement. 

AFFRONT, voy. affrontei\ 

AFFRONTER (it. affronlare, esp. prov. 
afrontar), se mettre intrépidement en face de, 
braver avec courage, mais aussi braver avec 
déilain ou avec insulte (de \ù. le subst. verbal 



affront, it. affronto, acte de mépris jeté en 
face). De front; cj). lexpr. ail. « die stirno 
bieten n, ou plutôt « einen vor die stirne [ad 
fj*ontem) .stossen «. 

AFFUBLER, \'fr. afeuler, afuler, afumbler 
(=> coiffer, se couvrir), reproduit L. affibu- 
lare (it. affibbiare) et dérive de fibula (prov. 
furcla), boucle ; la signification propre serait 
ainsi agrafer, boucler. L'anc. forme afeuler 
est à affibulfire, comme estcule (auj. éteule) est 
à stipula, dit foi-t bien Orandgagnage. Cp. 
encore, à l'égard do Xu p. f , chasuble de casi- 
bula et truble de tribuUi. L'anc. fr. et les dia- 
lectes ont aussi défubler, défuler, p. désha 
billor. 

AFFUT, composé de fust, fût (v. c. m). Afl*iït 
signifie propr. le bois d'urf instrument, d'une 
machine, donc la partie accessoire, la chose 
de peu de valeur; c'est ainsi qiio affiitiau, 
qui correspond par sa facture à un diminutif 
latin 'affustellus, a pu prendre le sens de 
chose futile, bagatelle. — D. affiUer, ajuster 
les outils aux fiit^ qui les maintiennent, les 
mettre en état, aiguiser un burin, disposer 
un canon pour tii'er, jiuis disimser, préparer 
en général. Dans ce dernier sens, le verbe a 
dégagé le substantif verbal affût dans la locu- 
tion " se mettre à Vaffût « = en position, en 
garde. 

AFFUTIAU, voy. l'aH. préc. 

AFIN, pour à fin; fin =» but, intention. 

AGACE ou AGASSE, it. gasza, gaszera, 
prov. agassa, corruption du vha. agalsira, 
l)ie (contracté dans l'allemand moderne en 
clster). — D. agassin, agacin (])opul.), bour- 
geon, cor au pied; cp. l'ail, elstei'-auge (\i\\ 
œil d'agacé), cor au pied, et l'expression fran- 
çaise " œil de perdrix »». 

AGACER, irriter, provoquer, it. agaszare; 
du vha. hazjan (auj. hetzen), poursuivre, har- 
celer; c'est le pi-éfixe a qui, ayant rendu le h 
médial, a motivé le durcissement do celui-ci 
en g (cp. le mot populaire agonir, injurier, 
p. ahonir) — I). agacerie. — Dans l'expres- 
sion agacer les dents, le verbe n'est plus le 
môme; l'emploi fréquent en vfr. de aaciei* 
les dens a fait penser à une composition a -f- 
acer et partant au radical a/: do acei'e, être 
acide (l'agacement dos dents provenant du 
contact des acides), mais l'im^ertiondu^ reste- 
rait inexpliqué, cuvaacier ne semble être autre 
chose qu'une forme syncoiM»e de agacei\ — 
Diez conjecture modestement, pour agacer 
appliqué aux dents, un prijnitif allemand 
gatze7i, qui i*épondrait à un vha. ga-az- 
jan, donc à lui composé de àtzen, agir sur 
im objet au moyen d'acidas. Palsgravo a les 
mots agasscté, agassure, qu'il traduit par 
« bluntness of any edged toolo ". — Littré, 
ne distinguant pa.s entre les deux verbes 
agacei', part d'un verbe ancien agasser (crier 
comme une agasse), et la série des sens serait 
d'après lui : crier comme une pie qui chasse 
les autres oiseaux ; puis piquer, irriter, pro- 
voquer, et enfin irriter les dents. — On a 
aussi mis en avant le gr. «xàjïiv, aiguiser; 



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AGO 



— 42 — 



AUA 



étymoloprie insoutenable. — Wcdgwood (Rom. 
VllI, 435) ramène les deux sens ù, laha. 
hwassi, mha. wasse, tranchant, d'où lall. 
mod. welzeUi aiguiser. Ses obsci-vations sont 
dignes d'attention, mais ne persuadent jms ; 
son explication, aussi bien que c^Uo de Diez, 
restera douteuse, tant que l'on n'aura pas con- 
staté l'emploi de agacer (les dents) au moyen 
âge ; la forme constante y est aacier, — Il est 
bon, pour aider à la solution du problème, 
de rappeler que Rabelais employait esgouassié 
au sens de dégoûté, et à celui d'agacé, en 
parlant des dents. 

AGAPE , repas d'amour, do àyàTrv?, amour. 

AGARIC, L. agaricum (àya/iixov). 

AGATE, L. achates [^x^mi) 

... AGE, suffixe franc., appliqué surtout à 
des adj. (pour marquer la disposition à, cp. 
volage) et à des subst. marquant l'action (cp. 
assemblage), et répondant au latin -aticus 
(-nm), it. 'oggiOf osp. -âge, prov. -atge. 

AGE, vfr. edage, eage, aage, etc., d'une 
forme latine aetaticum^ dér. de aetas. C'est 
un de ces mots de la langue française que la 
contraction a l'éduits à la simple terminaison ; 
cfr. oncle do av-unculus. Aetas (thème aetat) 
a donné au prov. et à l'esp. edad, à l'it. elà et 
au vfr. aé. 

AGENCER (type latin 'a-gentiare), ajuster, 
dér. de l'adjectif ^e>if (v. c. m.). 

AGENDA, mot latin, = les choses qui sont à 
faire, puis les livres où on les inscrit. 

AGENOITILLBR, voy. genou. 

AGENT, du L. agens (qui agit). — D. 
agence. 

AGGLOMÉRER, L. agglomerare (de glo- 
mus, -eris, peloton). 

AGGLUTINER, L. ag-glutinare {de gluten , 
glu, colle). 

AGGRAVER, vfr. agreoer, L. ag-gravare 
(de gratis, pesant). — Subst. verbal aggrave 
(t. d Rglise), deuxième monitoire. 

AGILE, L. a{iUis (tigerc); mot d'introduc- 
tion savante, car, selon le génie naturel de la 
langue, agilis eût donné aile, comme fragilis 
a donné fraile, frêle. 

AGIO, t. de banque, de l'it. o^gio, forme 
variée de agio, aise. Le bénéfice résultant du 
change de la monnaie et des valeurs en papier 
a été envisagé comme une aisance. — D. 
agioter (le t sert à la dérivation comme dans 
abriter, feutier, etc.). 

AGIR, L. agere. — Cps. ré-agir, 

AGITER, L. agitare (fréquent, de agere), 
mettre en mouvement. 

AGNEAU. agneT, L. agneJlus, dim. de 
açnus. De là : dimin. agnelet, adj. agneJin, 
verbe agneler, mettre bas, en parlant de la 
brebis. 

AGNUS, mot latin .signifiant agneau, appli- 
qué à la cire bénite par le pai>e, sur laquelle 
est imprimée la figure d'un agneau (l'agneau 
de Dieu). 

AGONIE, lutto de la mort, L. agonia (S. 
Jérôme), anxiété, trouble; tiré du gr. àywv, 
combat; agoniser, L. agonisnre, gr. à-/<aiiuv. 



AGRAFE, crochet, it. graffîo, esp. garfio, 
garfa, prov. grnfiô, vfr. graffbn ; vevhe agra- 
fei\ it. aggraffare, esp. agarrafar (wall. 
agrafer, saisir); du vha. krapfo ou krapQo, 
crochet, crampon. La vieille langue possédait 
aussi un vevhe agrapper, avec le .sens de saisir, 
accrocher; ce n'est qu'une variété d'agrafer 
(cp. griffer et grippei')\ voy. aussi grappe, 

AGRAIRE, L. agrarius (ager); vfr. agrier. 

AGRÉABLE, pr. digne d'être agréé. — Cps. 
désagréable. 

1. AGRÉER, it. aggradare, prov. agradar, 
agreiar, 1° prendre à gré, trouver bon; 
2** être à gré, plaire ; de L. grains, agréable 
(voy. gré). — D. adj. agréable ; ?,\\h?X. agré- 
ment ^ 1« approbation, 2® plai.sir, qualité de 
ce qui plaît, 3<* ornement. — Cps. désagréer, 

2. AGRÉER, t. de marine, mettre \e^ agrès 
(voy. ce mot). 

AGRÉGER, L. ag-gr égare (grex), pr. incor- 
porer au troupeau. Terme savant : o^régaX, 
assemblage. — Cps. désagréger, 

AGRÉMENT, p. agréement^ voy. agi*éer 1. 
— Cps. désagrément. — De agrément, on a 
fait agrémenter, orner d'un agi'ément. 

AGRÈS, apparaux, plur. de 'agret (aussi 
vfr. agrei et agrot) préparation, équipement; 
subst. verbal de agréer', anc. aussi agreier, 
forme extensive de gréer. Quant à gréer, il 
dérive du ni. gereide, gerei, appareil, lequel 
correspond à l'ail, ge-ràih, outillage, usten- 
siles (islandais redi, reidi), dérivé lui-même 
d'un primitif signifiant ordonner, préparer 
et que représente fort bien le gothique raidjan , 
ga-raidjan, ou l'anglo-saxon gerœdian. Le 
même radical s'est conservé dans l'ail, be-reit, 
prêt, verbe berciten, suéd. reiia, préparer; 
angl. ready, ni. gereed, etc. 11 a, en outre, 
donné naissance aux vocables français suivants, 
dans les lu Is le préfixe ge est supprimé ou 
remplacé : 

1 . ROI*, REi', RAI*, ordre, arrangement. 

2. ARROi, ordre, disposition, appareil, 
train, équipage, subst. du vîv. arroger, arréer, 
préparer (it. arredare, angl. array); de là 
désarroi, autrefois au.ssi desroi, dé.sordre. 

3. coNROi", ordre, cortège, troupe rangée 
(voy. corroyer). 

AGRESSION, AGRESSEUR. L. aggressio, 
aggressor (de aggi^edi, marcher contre, atta- 
quer). — D. aggressif [moi nouveau). 

AGRESTE, L. agresits (ager). 

AGRICOLE, anciennement un subst., n'est 
plus employé que comme a(\j.; du L. oxp^icola 
(qui colit agnmi). — agriculteur, -turk, L. 
agricultor, -tiira. 

AGRIPPER (S'), dér. de griffe (v. c. m.). 

AGRIPPER, cps. de grippa* (v. c. m.). 

AGRONOME, gr. àypovôfjLoç. D. agronomie, 
-ique. 

AGUERRIR, habituer à la guerre (cp. pour 
la cx>m position, acclimater). 

AGUETS (plur.), subst. verbal de l'anc. 
verbe agneticr ou agaitier, cps. de guetta^' 
(v. c. m.). 

AHAN, APAN*, affanno, esp. port. prov. 



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AIG 



— 13 — 



AIG 



afan, travail corporel, peine, martyre. Le 
baïi-latin ahanare, et lo vfr. ahaner ou «/fa- 
ner* s'employaient beaucoup en parlant du tra- 
vail agricole, de là l'ancien subst. ahan = 
terre de labour ; l'anc. langue présente aussi 
en Aan, angoisse, et les verbes ^«er, enhaneTy 
labourer, cultiver. Ducange, ainsi que Pas- 
quier et autres, assignent à ce mot une ori- 
gine onomatopoétique, en rappelant le cri han 
que laissent échapper avec une respiration 
pressée les personnes qui font un travail 
pénible, conune les forgerons, les bûche- 
rons, etc. C'est le son qui s'échappe d'une poi- 
trine essoufflée ; d'où l'idée de peine, fatigue, 
labeur et labour, qui s'est attachée au vocable. 
Diez est disposé à se ranger à cette opinion ; 
cependant, il cite l'existence tout à fait isolée 
du mot afany querelle, trouble, dans un 
poème en dialecte kymrique. Pour la permu- 
tation de h et f, on sait qu'elle se présente 
souvent dans lo domaine roman, cfr. Hei'- 
nando et Fernando, L. foras et fr. hors; il 
faut dire toutefois que, si l'on voit bien le /*, 
aspiration labiale, se convertir en /i, aspiration 
gutturale, nous ne connaissons guère do cas 
du contraire, si ce n'est it. falda, de Tall. 
halde, et le sicilien finnire pour hennir. Le 
radical pourrait donc bien être fan plutôt 
que han, 

AHURIR, étonner, interdire, troubler; de 
hure, chevelure hérissée, puis tête d'animal. 
Le mot rappellerait l'ail, anschnauzen, ru- 
doyer, brusquer (de schnauze, museau, 
groin), si le sens propre d'aAètnr ne paraissait 
être plutôt celui de faire dresser les cheveux. 
Comparez le rapport d'idée entre le mot 
burra, qui au fond signifie « gros poils », et 
bourru, grossier, et prov. abu7*rar, esp. 
a-burrir, effrayer, ahurir. Eispidus, hérissé, 
est également au fond do hisde*, hide', effroi 
(d'où hideux). 

AIDE, vfr. aide, aïe, et ajude, cpue, prov. 
ajuda, esp. ayiida, it. aiuto, aita; subst, 
verbal du verbe aider (v. c. m.). 

AIDER, vfr. aïder, al'er, qjuer, prov. aju- 
dar, esp. ayudar, it. ajiUare, aitare. Le type 
latin est adjutare (fréq. de adjuvare); la 
foi-me aider (d'où aider) repose sur la syncope 
aftare, où j s'est résolu en i (cp. bailler de 
baj(u)lare. La fluctuation entre les thèmes 
aju et aid se manifest-e déjà dans la conju- 
gaison ancienne do notre verbe ; devant une 
syllabe tonique, elle employait «;?<, devant une 
syllabe atone, aid: le présent ét^it donc au 
sing. ajô, cyxles, ajiie, auplur. aidûns, aidiez, 
ajîieni. Voy. Darmesteter, Rom. V, 154. — 
D. aidable, autrefois = qui peut aider, se- 
courablo (dérivé du subst. aidé), auj. = qui 
peut être aidé (dérivé du verbe aidei'), 

AÏEUL, it. atolo, prov. aviol, esp. abuelo, 
du L. avolus (strictement, pour le franc, et lo 
prov., d'une forme rustique dviolus), dim. de 
avus; la forme diminutive était nécessaire à 
cause du peu de consistance du primitif ao-its. 
AIGLE, prov. aigla, it. aquila, angl. eaffle, 
du L. aquila, dont l'a^j. aquilinus a donné 



iiquilin. On trouve on vfr. aussi aille, fornrîo 
tout aussi i*égulièro que caille de BL. qua- 
quiUi. — D. aiglon, aiglette, aigliau. 

AIGRE, prov. agre, angl. eager, du L. acris, 
qui, dans la nouvelle langue, a également 
donné acre (v. c. m.). En vfr. aigre signifiait 
vif, empressé, acharné. — D. aigreur (on 
trouve acror dans Fulgence), aigrir, et les 
dim, aigret, aigrelet. 

AIGREFÔf, escroc, chevalier d'industrie, 
aussi égkfin, égrefin; pour aigle fin, comme 
on dit fin renard. Littré, cependant, explique 
le mot par aigre faim (donc pr. homme 
affamé, ail. hungerleider). Toutefois, il ne 
reproduit plus cette et. au suppl. — Le mot 
désigne aussi un poisson du genre gade (éga- 
lement prononcé aiglefin, éclefin, églefin); 
c'est sans doute un homonyme. Dans le 
Gesprâchbttchlein du xiv* siècle publié par 
Hoffmann von Fallersleben(Hor88belgic», IX), 
je trouve eschfin traduit par scelfisch ; cela 
met sur la voie de l'étymologie. La finale fin 
peut avoir été, populairement, substituée à 
fisch. 

AIGREMOINE, prov. agrimen, du L. agri- 
monia (Pline), qui est le gr. àyps/iàvTj. 

AIGRETTE, 1 . soi-te do héron, 2. l'aigrette 
qu'il porte; dimin. du vha. heigir, heigro, 
qui est aussi le primitif du mot héron, 

AIGU, prov. agui, it acuto, aguto, du L. 
acutus. Le dérivé BL. aciUiare a donné ai- 
guiser, prov. agusar, it. aguzzare; cp. fr. 
tnenuiser', de tniniitus, 

AIGUAIL, rosée, dér. de aiguë (v. c. m.), de 
même que aiguayer, laver, baigner. 

AIGUË*, ancienne forme pour eau, repré- 
sente le L. aqua. Rien de plus varié que la 
manière dont ce vocable latin s'est reproduit 
dans la langue d'oïl; on y rencontre : aiguë, 
' aixjoe, aive, avoe, eve, iece, iave, eave, eaue, d'où 
finalement a procédé la forme eau, réduite 
pour l'oreille au son o, qui certainement ne 
rappelle plus guère le mot primitif. La forme 
aiguë nous est restée dans quelques noms de 
lieux : Aigues-Bonnes, Aigues-Caud^, etc., 
Aix, puis dans l'expression aigue-marine et 
dans les dérivés : aiguail, aiguayer, aiguade, 
aiguière, — On retrouve ève dans évier, — 
Dérivés directs et savants de aqua : aquati- 
que, L. aquaticus; aqueux, h, aquosus; aque- 
duc, L. aquseductus. 
AIGUIÈRE, voy. aiguë, 
AIGUILLE, patois agouille, it. aguglia, esp. 
prov. agulha, du latin acucula (dim. de acus), 
forme secondaiix3 de acicula (cfr. genuculutn, 
d'où genou, coexistant avec geniculum). — 
La prononciation moderne aig-ui-lle au lieu 
de ai-gul-le, quoique recommandée déjà par 
Chifflet, est abusive ; elle s'est produite par 
une fausse représentation de l'orthographe 
tiille, où i n'a pas plus la valeur de i que dans 
quenouille, et n'est qu'un signe grapliique du 
mouillement de //. On a eu tort d'en tirer des 
arguments contre l'étymon acucula. C'est à 
acicula, toutefois, qu'il faut attribuer le wallon 
I aweie, awie et le berrichon agueille. — D. 



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AIK 



— U ~ 



AIN 



aiguillée, aiguiller [\cvhe), aiyuillier (siibst.); 
aiguillelte; aiguillon. 

AINSI, vfr. ainsinc, issi, prov. acsi, aissi, 
V. csp. ansiy auj. asi, est formé du L. œque 
sic, d'où s'expliquent aussi parfaitement les 
formes it. cosi p. cu5i, sic. accussi (cfr, quant 
à la mutation ain et an p. œq les formes esp. 
aun = adluic, nin = nec, sin = sic). Ménage 
(auquel se rallient Littré et Brachct), se fon- 
dant sur l'ancienne forme ensi, fait venir 
ai^isi de in sic, et le prov. aissi do ad sic, 
L'étymologie ci-dessus, démontrée jmr Diez, 
nous semble plus rationnelle et parfaitement 
conforme aux procédés habituels de romani- 
sation. 

1 . AIR, dans le sens physique, prov. ae7% 
air, aire, it. aria (poét. aère), esp. atVe, port. 
ar, du L. aër (à»}/»), 

2. AIR, vfr. aire, it. aria, prov. et v. it. 
aire, apparence extérieure, mine, façon (le 
prov. et vfr. aire prennent, en outre, le sens 
de : origine, race). On a beaucoup agité la 
question de savoir si notre mot, dans cxîs 
diverses significations, est identique avec le 
précédent. Diez ne le pense pas : il proposait 
à son égard la racine ar, qui dans le vieil 
allemand a produit aran, labourer, et de là 
le dérivé art, qui signifie d'abord sol, puis 
provenance et disposition naturelle; mais, 
dans les éditions subséquentes de son livre, 
il abandonne cette étymologie et discute, pour 
le sens origine, i^ce, et sans se prononcer, 
les titres des mots lat. agrum (BL. arum) de 
ager, signifiant lieu, et atrium, place de la 
maison où se trouvait le lit coi^ugal. Bur- 
guy, par contre, rappelant les acc^^ptions 
déduites du L. spiritus, esprit (air, souffle, 
ton, bniit, passions, humeur, disposition), 
croit à la communauté d'origine des deux 
homonymes. Littré est d'avis que le mot en 
question, dans toutes les acx'eptions mention- 
nées, est le môme que aire = nid (v. c. m.) 
et il admet la filiation suivante : place et nid, 
demeure, famille, qualité, manière. Aire se 
serait transformé en air \\slv confusion. — 
Les anciennes expressions de mal aire, de 
put aire (de mauvais naturel) et de bon aire 
(de bon naturel) ont laissé l'ac^ . debonaire', 
débonnaire. Littré et Génin admettent que, 
daas ces .locutions, aire est le môme mot 
que aire, nid d'aigle; de bonne aire équi- 
vaudrait à : issu d'un bon nid, donc de bonne 
race. C'était déjà l'opinion de Henri Esticnnc. 

3. AIR, suite de tons et de notes, it. aria 
(d'où le dimin. fr. ariette), est le même mot 
que le précédent; en ail. aussi, le mot loeise, 
manière, a dégagé le sens de mélodie, air. 

AIRAIN, prov. aram, esp. arambre, alam- 
bre, it. rame, wal. aramë;à\x L. œramcn[ie&, 
aeris), forme mentionnée dans Festus. 

1. AIRE, place unie, du L. area. 

2, AIRE, nid d'aigle, se rattache peut-être 
à l'ail, aar, aigle. Ducangc dérive BL. aJ^'ia 
nidus accij)itris, du fr. aire, et non pas le der- 
nier du latin, ce qui n'était cependant pas 
inadmissible. Diez rappoi-te aire, nid, au vfr. 



aire, origine, race (voy. air 2) et s'appuie sur 
rcxpression, « un fouoon de bonne aire «. 
Littré, comme l'Académie, l'identifie avec aire 
= area, donc pr. « surfa<"e plane de rocher où 
l'aigle fait son nid n. — D. aircr, faiiesonnid. 
AIGUILLETTE (angl. aglet, aiglet), dim. de 
aiguille, — D. aiguillcter ; subst. aiguilletier, 
AIGUILLON, do aiguille et non pas d'un 
subst. fictif aculeo, -o)iis (de aculeus). De là : 
verbe aiguillonner, 
AIGUISER, voy. aigu. 
AIL, prov. alh, du L. allium. — D. aillade. 
... AIL, suffixe, = latin aculum {ac'lum); 
ex. trab'OCulum, fr. travail. 

AILE, du L. al<i; dimin. aileron, ailette; 
aôj. ailé, L. alatus. 

... AILLE, suffixe, représentant: 1. L. 
plur. -alia, -ilia (muralia, muraille, ovilia, 
ouaille)\ il sert surtout à indiquer la pluralité; 
2® L. -acula, -acla (tenacula, tenaille). 
AILLEURS, du L. aliorsum, 
AIMANT, vfr. aimant, aiemant, prov. adi- 
man, asiman, jx)rt. et esp. iman, du L. 
adamas, -antis, fer, acier, diamant (du gr. 
xSxfixi, indomptable). Au moyen âge, ada- 
mas était devenu synonyme de magnes. Par 
contre, on y rencontix) aussi le mot aimant 
avec la valeur de diamant (v. c. m.). — D. 
aimanter, aimanlin (L. adamantinus). 

AIME, mesure de capacité, du L. hama 
(xfiri), seau, BL. ama, vase, gros tonneau. 

AIMER, vfr. amer, L. amare; amans, 
amant, variété du part, aimant; amator, 
ama^ei'.r ; amabilis, -itas, aimable, amabilité. 
... AIN, suffixe, i-épondant : !• à L. -amen 
(aeramen, fr. airain) \ examen, fr. essaim; 
2** à L. -anus (mnndanus, fr. mondain). 

AINE, vfr. aigne, prov. mod. ley^gue (p. 
rcnguc), esp. engle, it. inguine, du L. inguen, 
-inis, aine. 

aîné, anc. ainsné, mot composé de ai)is* 
= ante, et né = natus ; il fait opposition à 
iniiné, qui représente « postea natus ». — D. 
aînesse, contraction du vfr. ainsnccce (type 
latin antenatitia). 

AINS*, ancien adverbe et préposition, 
foi-me romane française du lat. antc, devenu 
en it. ansi, en esj). et port, antes, en prov. 
ans, ant, La finale s est particulière à 
lui grîind nombre d'adverbes romans (p. ex.: 
sans, ores*, p. ore, or, lors, certes, etc.). La 
signification adverbiale avant, jfltUôt, a pas.<é 
aussi en colle de mais, marquant ainsi l'op- 
position. La vieille langue avait encore formé 
de la combinaison ante ipsum, les adverbes 
ançois, anchois, ainçois, etc., prov. anceis, 
signifiant avant, mais, jdutôt. Puisqu'il s'agit 
du L. ante, mentionnons ici ses autres reje- 
tons romans. Ce sont : 

1. ANCIEN, a^j. reproduisant BL. antianus, 
it. anziano, esp. anciano, prov. ancian, et 
signifiant ainsi au fond : ce qui est ou a été 
avant, antérieur. 

2. AVANT, it. avanti, prov. aba)is et avant, 
de la combinaison ab-ante, que l'on rencontre 
sur des inscriptions romaines de l'empire. 



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AJO 



— 15 



ALO 



3. DE\'ANT, vfr. et dial. aussi davani^ it. 
davanti, prov. davan et devant^ synon. du 
prt.'^cc'^dcnt et formé de celui-ci au inuyen du 
préfixe de. 

AIRELLE, myrtille, port, airella, me Mim- 
ble être un dérivé diminutif du L. atery atra 
noir; cp. pour la lettre, patreni, prov. paire, 
fr. pèi-e, vfr. airemc7it =« L. oiramcnium; 
pour le sens, l'ail, schwarz-beere, myrtille 

Aïs, planche, du L. axis, assis. — Dim. 
aisseau, bardeau. 

AISE, subst., contentement, commodité 
(dans l'ancienne langue aussi = provisions, 
choses nécessaires, puis facilité, occasion), 
it. offio, prov. ais, aise, port, azo. Le même 
mot sert aussi d'adjectif avec le sens do con- 
tent, joyeux (anc. =» facile); il a donné les 
anciens verbes aisier et a-aisier, fournir du 
nécessaire, soigner, mettre à l'aise (d'où nous 
est venu Tadj. participe aisé, mis à l'aise, 
rendu facile), et le subst. abstr. aisance. Quant 
à son origine, les uns, comme H. Estienne, 
invo(pient le grec ai^ws, de bon augure, heu- 
reux, convenable (le subst. aise signifierait 
ainsi ce qui convient, ce qui est commode); 
Ménage songe hardiment à oiiiim, Ferrari à 
ad-apiare, Frisch au radical de l'ail, behag- 
lich, à l'aise; Grimm, Diefenbachct Diez, sur 
les traces de Junius, Schilter et Castiglione, 
s'arrêtent sur la racine hypothétique asi, d'où 
procède l'adj. gothique azêls, facile, com- 
mode, et le subst. asêti, commodité. Selon eux, 
l'expression provençale viure ad ais serait 
analogue au goth. vizoïx in azétjam. En 
basque, on trouve aisia, repos, et aisina, 
loisir, mais Diez a des raisons pour attribuer 
à ces mots une provenance provençale. Il est 
curieux de voir, en provençal, se déduire de 
aise le subst. a/^i, avec le sens de demeure, 
maison, asile, et les verbes ai sir, aisivar = 
accueillir. — En dernier lieu, Bugge (Rom. 
IV, 349) établit comme étymon le lat, vulg. 
osa (== ansa) ou plutôt une forme dérivative 
*asium, *asia (cp. praesepium de praesepe 
et tant d'autres). Rien à objecter quant à 
la lettre; rien non plus pour le sens. Ansa 
signifiant au fig. « prise, facilité, occasion, 
aise «, est bien constaté et déjà Darmeste- 
ter (Rom. I, 157) avait, dans un texte du 
xi*^ siècle, relevé pour aise la valeur «» espace 
vide aux c6tés do quelqu'un » . En effet, aise 
emporte l'idée de facilité dans les mouvements; 
avoir ses aises, être à son aise éfjuivaut à 
avoir ses coudées franches. Cette cxplic^ition 
est, à coup sûr, à la fois ingénieuse et plau- 
sible; aurions-nous la solution du problème? 
— C^s. malaise, anc. mesaise (v. it. misagio). 
Le mot alèse, drap qu'on met sous les malades, 
est-il formé do à Vaiset C'est possible et 
probable, puisqu'on l'orthographiait aussi 
alaise. 

AISSEAU, voy, ais. 

AISSELLE, it. ascclla, cat. axclla, du Iv. 
axilla, m. s. 

AJONO (arbuste épineux), Berry ajon, aujon , 
BL. adjotnm\ vfr. ryout, njon, adjoub, à la 



f<^is r= ajonc et terrain planté d'ajoncs. D'ori 
gine inconnue. 

AJOURNER, di<ijorn\jour (v. c. m.), citer 
à jour fixe, renvoyer à un autre jour; cfr. 
l'ail, vei'tagcn ; en vfr. aussi = faire jour. 

AJOUTER, ojouster, pr. mettre à côté, ad- 
joindre, vient du vîwjouste, à côté, qui est le 
\ixW\\juxla (rac. jug, jung, joindre). Subst. 
verbal ajoute. — Voy. aussi ^ou^cr.' 

AJUSTER, dans le sens do accommoder, 
assembler, joindre, arranger, parer, n'est peut- 
être qu'une variété du mot précédent. — D. 
ajustement; ajiUoir ou a/ojtioir (syncope de l's). 

— Dans la signification de rendre un poids ou 
une mesure juste, et dans celle de viser, le 
verbe ajuster est factitif et tiré de V^dy juste. 

— D. ajusteur, -oir, -âge; désajuster, 
rajustei\ 

AJUTOIR, voy. l'art, préc. 

AliAISE, anc. orthographe de ali)3e (v. c. m .). 

ALAMBIC, it. lambicco, esp. alambique, de 
l'arabe al-anbiq, vase à distiller, qui lui- 
même est d'origine étrangère; le grec a le 
mot «/*6i|, calix, vas, cadus. — D. alambi- 
quer, dont le sens est exclusivement figuix5 : 
subtiliser. 

ALAN6UIR, extension de languir, avec sens 
factitif ou inchoatif ; la vieille langue avait 
tiré de langueur le verbe alangourir. 

ALARGUER, it. allargare, gagner le large. 

ALARME, de l'it. alV arme, aux ai-mes, ou 
plutôt (car le mot est ancien) du fr. à Varme! 
Comparez l'expression alerte. D'autres y voient 
à tort un dérivé de l'ail. Utrm, bruit, tapage. 

— D." alarmer, donner l'alarme. 
ALATERNE, L. alaternus. 

ALBATRE, L. alabastrum (iXûZxavpov). 

ALBER6E, anc. auberge, soiix3 de pêche; 
selon Ménage, dér. de albus, à cause de la 
chair plus claire de cette pêche; Saumaiso 
propose une origine arabe : al-beg; Frisch, le 
latin persicum, augmenté de l'art, arabe al, 
en supposant une forme intermédiaire alver- 
chia. L'espagnol dit albérchigo, dans lequel 
M. Devic voit l'arabe albirqouq, abricot. 

ALBIQUE, craie blanche, dér. do albus, 
blanc. 

ALBINOS, de l'esp. albino, nègre blanc. 

ALBUGO, mot latin, tache blanche sur les 
yeux; du dér. albuginosus : fr. albugineux. 

ALBUM, mot latin, sign. tablette blanche 
(blanchie avec du plâtre). 

ALBUMINE, du L. albumen, blanc d'œuf 
(régulièrement francisé dans le vfr. aubun). 

ALCADE, juge en Espagne, esp. alcalde, do 
l'arabe aUqâdi, juge. 

ALCALI, mot tiré de l'arabe al-qalif sel de 
soude, 

ALCHIMIE, prov. alkimia, esp. port, alqui- 
mia, it. akhimia, ail. alchemie et alchymie ; 
moy. gr. àp^Tifilx, vfr. alquemie, arquemie; do 
l'arabe al-kîmiâ, qui est le mot chimie, aug- 
menté do l'article arabe al. — [Scaliger sur le 
Culex de Virgile : Arabes addito suo al, ple- 
raque gi'aeca ad morem suum interpolanint. 
Ut Liber Ptolemwi est Almageste : est enim 



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ÂLE 



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ALI 



Sic Almanak, kalendariiim, /*av5cz©; a luiia et 
mensibus; undc circuliis lunaris apud Vitru- 
viiim iioLvoLAÔi, Sic Alambic a greeco «/x6iÇ apud 
Dioscoridem.] 

ALCOOL, anc. alcohol, de l'arabe al^oçlU^ 
poudre très volatile pour noircir les pau- 
pières; l'extrême ténuité parait avoir déter- 
miné les chimistes à appliquer le mot à l'es- 
prit-dc-vin (signification encore étrangère au 
mot arabe). 

ALGORAN, mot arabe, composé de l'art, al 
et do coi'an, lecture, chose lue. 

ALCOVE, selon Grimm et autres, du vha. 
alah^kovo , composé hypothétique de alah, 
temple, et de himo (^= nha. kofen, koben), 
réservoir; d'autres, avec plus de raison, le 
dérivent dii-ectement de l'esp. alcoba, que l'on 
rattache à son tour à l'arabe al-qobbah, voûte, 
tente. Cette dernière signification se retrouve 
dans le prov. alciiba et vfr. auciibe, qui sem- 
blent ainsi provenir de la même source. 
ALCTON, mot latin, tiré du gr. «ixwàv. 
ALÉATOIRE, L. aleatorius (de aléa, dé, jeu 
de hasard). 

ALENE, alesne'f esp. alesiia, it. Usina; du 
vha. alansa (même sens), transposé en alasna, 
La forme italienne lésina (les aphérèses de l'a 
initial sont fréquentes dans cette langue) a 
fourni aussi à la langue française le mot 
lésine, épargne sordide; et voici comment, 
selon Ménage, s'est opéré le passage d'idée 
entre poinçon et éimi^ne : u Lésine, lat. 
nimia parcimonia. Du livre intitulé : « DcUa 
famosissima compagnia délia Lésina», lequel 
contient divei*s moyens de ménage. L'auteur 
de ce livre, qui est un nommé Vialardi, feint 
que cette compagnie fut ainsi appelée di certi 
taccaffno7ii, i quali pcr marcia, miseria et 
avarijsia si metieûano iiisiiio a raitacotiar le 
scarpette e le pianeUe, con le loro proprie 
mani per non ispendere, E perche tal mestier 
del raUaconare non si puo jure sensa lésina, 
ansi è la stromento principale, presojxo questo 
nome délia Lésina. Quant à l'étymologio de 
alesna, voici, pour distraire, la filière fantas- 
tique mise en avant par Ménage : aculeus, 
aculcsus,aculcsinus, aculesina, alesina, alesna. 
On va loin avec ce procédé-là. 

ALENTIR, anc. aussi alenter, factitif de 
lent. CoTn\)osé raleiUir. 

ALENTOURS (les), subst. formé de l'expres- 
sion adverbiale à Ventour ; voy. enlour. 
ALÉPINB, de la ville à'Alep, en Syrie. 
ALÉRION, petit aigle (t. de blason), du BL. 
alario, que Littré est d'avis d'expliquer par 
aquilario (augmentatif barbare do aquila), 
étymologie beaucoup moins plausible que celle 
qui s'adresse au v. ail. adekir, auj. adler (pr. 
aigle noble). 

ALERTE, adv., adj, et subst., de l'italien 
air eria, qui signifie : debout, sur vos gardes, 
garde à vous î (cfr. alarme). Quant au subst. 
it. erta, il vient de ra(\j. erio, abrupt, escarpé, 
part, passé de ergere, (jûi est le latin erigere. 



dresser. D'où l'expr. stare alVerta, user de 
précaution, se tenir sur ses gardes. 

ALESER, aussi aliser, rendre uni, e.sp. ali- 
sar, rendre poli ; du vfr. alis, doux au tou- 
cher, prov. lis (voy. lisse), esp. liso. 

ALEVIN, alvain\ menu jKiisson de repeu 
plement. dér. de alecer, anc. forme pour 
élecer (v. c. m.). Cp. le terme analogue nour- 
rain de nomi^ir (anc. =• élever). — D. aleci' 
nei" (un étang). 

ALEZAN ou ALZAN, de Tes p. aZasan; ce 
dernier, d'après Pihan, de l'arabe al-kasan, le 
beau ; d'après d'autres, de aVaihan, la fumée ; 
d'api'ès Dcvic, de l'ar. ah/as, fém. halsà, qui 
cai*actérise un cheval de couleur alezane. 
ALEZE, voy. sous aise, 
ALFANGE, sabre, coutelas, cimeterre, de 
l'esp, ai fange, qui lui-même est tiré de l'arabe 
alchangar, poignard. Voltaire, par méprise, 
a employé le mot dans le sens de phalanges. 
(Orphelin de la Chine, I, 3.) 

ALGALIE (anc. algarie) , esp. aJgalia, 
Propr. instrumentuminquo liquores injiciun- 
tur in vesicam, quod etiam siringa dicitur. 
D'après Ménage, du grec barbare ipyalsîov, 
dit pour loya>i(oy, le<iuel signifiait instrument 
en générai, puis particulièrement instnimcnt 
pour jeter de l'eau. Cette étymologie satisfait 
pleinement. 

ALQARADE, de l'esp. algarada, tumulte do 
guerre, dérivé de algara (arabe al-gàrah), 
incursion sur le territoire ennemi. On sait 
qn'algarade avait d'abord un sens militaire : 
attaque brusque. Fleury de Bellingen fait 
venir le mot des pillages (pie font les corsaires 
(ï Alger ; il serait p. algerade! Oudin a pensé 
de même. 

ALGÈBRE, esp. et it. algébra, de l'arabe 
al-djabr, propr. reconstitution d'objets dis- 
loqués (le mot espagnol algebra a conservé 
cette acception première), puis reconstitu- 
tion en un tout d'éléments divers. Ménage : 
« L'algèbre est la peifection et comme la répa- 
ration do l'arithmétique, que les Arabes ap- 
pellent attaçsir, c'est-à-dire fraction. » 
ALGIDE, L. algidus, froid. 
ALGUAZIL, mot espagnol (alguacil et alva- 
cil, port, alguazil, alvacil, alvacir, magis- 
trat, port, guasil, ministre), formé de l'arabo 
al'Vazir, administrateur de l'Eta-t. De aigiia- 
sil pourrait bien, selon Ménage, s'être pro- 
duit par corruption le fr. argousin (Rabelais : 
algosans), et l'it. agussino, .surveillant des 
forçats dans les bagnes. 
ALGUE, L. alga (m. s.). 
ALIBI, subst., de l'adv. laiin o/t&z, ailleurs. 
Ce même adverbe, au moyen de la terminai- 
son anxAS, a donné le BL. albanits, d'où al- 
bain, atcbain, étranger (v. c. m.). 

ALIBORON (maître), homme ignorant, qui 
prétend tout savoir. Ce mot doit son origine 
à une anecdote, à ce que l'on prétend. Un 
avocat,, dans sa plaidoirie, fit un jour en- 
tendre la phrase que voici : « nulla ratio est 
habenda istorum aliborum « ; voulant dire 
par là cpi'il ne fallait tenir aucun compte des 



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alibi dont so prévalait la partie adverse. Ce 
génitif hardi aliborwn resta pour désigner 
plaisamment les avocats de cette force. C'est 
l'abbé Huet qui est l'inventeur de cette histo- 
riette. D'autres, moins Imaginatifs, allèguent 
le subst. arabe alborân, âne (plutôt bête de 
somme), comme l'original du mot en question, 
ce qui concorderait certainement mieux avec 
l'emploi qu'en a fait Lafontaine, mais on ne 
trouve pas que le mot ait été appliqué à l'âne 
avant l'illiuttro fabuliste. Le sens premier 
parait être, au contraire, « savant, docteur «, 
d'où s'est dégagé le sens péjoratif de faux 
savant, sot qui se donne de l'importance. 
Cette circonstance, parmi une foule do ten- 
tatives d'explication, tant plaisantes que 
sérieuses, donne plus de crédit à deux étymo- 
logies développées par un collaborateur de 
X Intermédiaire (1866, p. 276). Il propose, 
comme origine du mot, soit Al-Biroûni^ le 
nom d'un mathématicien, astronome ai géo- 
graphe, qui a joui au moyen âge d*uno i*épu- 
tation immense dans les écoles arabes (c'est 
là l'ét. professée par Devic), soit le mot hdle- 
borunit nom latin de Vellébore; ce dernier 
primitif expliquerait à la fois aliboron, em- 
ployé comme nom de plante dans le Roman 
du Renard, et l'application du mot à Fapothi- 
caire dans le Testameut de maistro Pathelin, 
où l'expression « maistre Aliborum » so pré- 
sente pour la première fois. — Quant au sens 
de « diable » que le mot prend dans le procès 
d'P^gidius du Rays (1440), cité par Ducange, 
et qui a fait produire l'étymologie altboran 
(mot allemand signifiant vieil ennemi), le 
même savant est d'avis qu'il faut n'y voir 
qu'un mot mal entendu par un témoin. 

ALIOHON, ais de roue de moulin à eau, 
probablement un diminutif de ala, aile (ep, 
anichon, petit âne). 

ALIÉNJIR, L. cUiefiare, litt. transporter à 
d'autres (de alienus^ étranger, dérivé de 
aliuSt autre). L'expression classique ** alie- 
naixî mentem »» (perdre ses facultés mentales) 
a donné le réfl. s'aXié^xer = tourner à la folie, 
et le partic.-acy. aliéné = fou. — I). alié- 
niste. 

ALIGNER, ranger sur une Hgtie. 

ALDOiNT, L. alimeiitum {alcre, noumr). 
— D. alimenter, -aire, -eiix. 

ALINÉA, de ad-lineam, à la ligne! D'après 
Littré, plutôt de la foimule a linea = quittez 
la ligne ! 

ALISE ou ali^e, de l'ail, aise ou else (dans 
dse-beere, crataegus torminalis). — D. alisiei'. 

ALITSR, mettre au lit, 

ALIZÉS (VENTS), esp. alisios-, de l'ancien 
verbe aXiser, unir, polir; donc vents unis, 
réguliers. Etymologie problématique, mais 
plus plausible que it. cUitOy souffle, L. electi 
(vents choisis) et auti*es du même acabit. 

ALLAITER, L. al-lactare (de lac, lactis, 
lait). 

ALLÉCHER, it. allettare, du L. allectare 
(fréqu. de allicere). Malgi*é l'existence de l'it. 
alleltare, cjui est certainement = L. allectare. 



le mot français, vu la forme picarde alequier, 
me semble appeler un thème Isk et avoir pour 
signification première celle d'affriandcr; j'ai 
de la peine à le sépai^or du BL. lecatoi; vfr. 
lecheeur, lecheiir, pr. gourmand, puis séduc- 
teur, corrupteur, et le rattache de préférence 
à la famille du verbe lécher, par l'intermé- 
diaire d'un adj. verbal leque, lèche, friand, 
glouton = ail. lécher. Voyez mon étude lexi- 
cographique sur les poésies de Gillon le 
Muisit, s. V. alehier. — L'étym. par allec- 
tare, fréqu. de allicere, est d'autant moins 
admissible que le passage ôe et on ch n'est 
possible que devant un i suivi de voyelle (cp. 
'fachon, façon; 'lechon, leçon). Fr. fléchir ne 
vient pas directement de L. flectere, Homiuig 
a proposé le type alledicare; il serait correct, 
mais ne s'acxîordcrait pas avec alequier. 
ALLÈGE, subst. verbal dUalléger. 

1. ALLÉGEANCE, adoucissement, de alté- 
ger. 

2. ALLEGEANCE» dans u serment d'allé- 
geance «, du BL. adrlegiare, se faire lige 
(BL. ligius, legius), 

ALLÉGER, BL. aMeoiare (levis); cp. abré- 
ger, de breois. En terme d'arts et métiers, on 
dit aussi allégir, 

ALLÉGORIE, gr. àUviyopU, du verbo 
àXlri'/opita, dire (otyo^km) autre chose (xXXov) 
que ce qu'on parait dire. 

ALLÈGRE, vfr. alaigre, haligre (verbe vfr. 
salégrer, se réjouir), du latin alaa'is, dont 
la 2« syllabe, traitée en longue, a pris l'accent 
tonique. L'italien allegro parait, à cause du 
double /, emprunté au français. — D. allé- 
gresse. 

ALLÉGUER, L. al-legare, citer, invoquer. 

ALLÉLUIA, phrase hébraïque, signifiant : 
Chantez le Seigneur. 

ALLEMAND, du vba. aleman, propr. réu- 
nion d'hommes; terme collectif de nationa- 
lité. Le d final est paragogique. Le subst. 
Allemagne procède de la forme latine Alle- 
mania. — D. allemande, danse vivo à deux 
temps. 

ALLER, it. andare, esp. port, andar, cat. 
prov. anar, vaudois a^inar, vfr. aner, aler. 
L'origine de ce mot si important de la langue, 
qui s'est substitué au vocable ire dos Latins, 
trop inconsistant pour se soutenir, a beau- 
coup torturé les.étymologistes, et malgré tous 
les eflbi'ts, elle échappe encore à la certitude. 
On a mis d'abord en avant une contraction 
de ambularej qui effectivement avait pris 
au moyen âge le sens général d'aller ; mais 
une contraction semblable n'a pas de précé- 
dent dans la langue, et comment concilier 
cette etymologie avec les correspondants des 
langues sœurs? — Ménage, lui, y va ronde- 
ment ; il rattache toutes les formes en ques- 
tion à un type grec céoi (= r« et L. eo), qui 
se serait modifié : 1. en cevo», d'où la Jformo 
prov. anar, 2. en 5v5w, d'où a7idare, 3. en 
«Xw, d'où aler, enfin 4. en âtSw, d'où ambo* et 
le dérivé ambulo. — D'autres ont tout aussi 
étourdiment invoqué l'allemand wallen, mar- 

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cher solennoUomont, et lo vha. wandalon, 
auj. wandeln, marclier! — L'étymologie ad- 
nare (ad -|- na^'^t cfr. arriver do adripare) 
so présente avec plus do chance ; par trans- 
position on obtient en effet andare ; l'assimi- 
lation annare expliquerait la forme anar^ 
d'où, par la mutation de n et /, le fr. aler. 
Mais lo sens primitif de adnare a cependant 
quelque chose de trop spécial qui fait recu- 
ler devant cette explication. — Ambitare, 
fréqu. de ambire, fournirait également la clef 
des diverses formes néolatines ; contracté en 
amiare, il deviendrait andare (cfr. en esp. 
conde de com*tem, senda de senita) et par 
syncope du rf, anar (forme catalane et prov.; 
cfr. manar, fonar, de mandare^ fundare), 
puis (/ pour n) le fr. alei\ Mais la forme ita- 
lienne andare, d'après les lois phonologiques 
propres à cette langue, ne peut proct^der d'un 
type am'tortf, et l'on no peut admettre qu'un 
mot aussi usuel ait été introduit du dehors. 
— Diez, après avoir discuté minutieusement 
ces diverses étymologies, part d'un verbe fré- 
quentatif latin aditarey déjà proposé par 
Muratori (Ennius : ad eum aditaoerCy ils 
allèrent près de lui). Comme on a vu lo subst. 
lat. aditus se transformer en andiio (it. et 
^p.). et reddere devenir rendere, on est, en 
effet, autorisé à admettre une intercalation 
de n dans aditare, ce qui donne anditare. 
Alléguant en outre le vieux mot esp. et it. 
re:ixda p. reddita, Diez se croit en droit do 
passer de anditare à la forme simple andare. 
Cette dernière une fois établie, il n'y a plus 
de raison phonétique pour repousser l'équa- 
tion andare -= anar, aner = aler (cfr. *v€li7i 
p. venin, orphelin p. orphenin). Ce qui re- 
commande encore la conjecture du linguiste 
allemand, c'est que toutes les formes corres- 
pondantes des idiomes néo-latins .se dédui- 
raient, selon les lois générales de transfor- 
mation, d'un même type, appartenant à la 
langue vulgaire des Latins, qui a fourni aux- 
dites langues un si grand nombre des tenues 
les plus usuels. — Depuis l'apparition du 
dictionnaire de Diez, M. Langcnsiepon, réfu- 
tant l'opinion de celui-ci, propo.se pour le 
problème qui nous occupe une autre solution. 
Il ramène toutes les formes en question au 
lat. addere. Pour la forme, il se fonde sur 
l'existence ancienne de andei'e, formé comme 
rendere de reddere, Andere, passant de la 
3* conjugaison à la 1™, serait devenu andare 
(comme con$umere est devenu cmisumare). 
Une dérivation andulare (cfr. it. crepolare de 
crepare, fr. mêler =« misculare de miscere) 
aurait produit ultérieurement anulare, an* 
lare, allare, fr. aler et aner. Quant au sens, 
l'auteur de cette solution, en tout cas ingé- 
nieuse, rappelle le pas.««ige de Virgile : 
fGéorg. I, 513) quadrigœ addunt in spatia 
(cfr. Silius Italiens 16,374), et Tcxpression 
addere (= accelerare) gradum, doubler le 
pas; il cite en outre l'expression familière 
allemande voranmachen (littéral, latin profi- 
cisct). En un mot, ix)ur M. Langensiepen, 
addere devait avoir, dans le langage du peuple, 



pris le sens de marcher et servi ainsi à rem- 
placer le terme usuel ire. « Aller, du reste, 
dit-il, n'est-c-o pas une espèce d'addition ! — 
On a récemment fait de nouveaux efforts pour 
défendre les types ambulare ou addere, mais 
ils ne résistent pas à de sérieuses objections. 
Ainsi Foerster, insistajit avec raison sur le 
fait que la source du mot roman andare (d'où 
aTuir, aner, aler) doit être un vocable d'un 
usage cx)mmun à tous les âges du parler latin, 
a posé l'étymon vadere, pour lequel il a con- 
staté la forme barbare vandere ;yoy. Bohmer, 
Rom.Studien, IV, 196, et Grober, Ztschr.III, 
564. — Schuchardt, en ce qui concerne fr. 
aler, incline à admettre une origine celtique, 
le radical al, el = aller se rencontrant dans 
divers dialectes britanniques (voy. Ztschr. IV, 
126). — Enfin, je ne puis omettre une coiyec- 
ture émise par M. Baur (Ztschr. II, 592). Un 
infinitif roman a//are .se serait dégagé du part. 
ailolus (cp. Virgile : hanc urbem afferimus), 
comme le mot vomdJi prostrare de prostratus. 
G. Paris oppose à cette explication une obser- 
vation qu'il a faite, c'est que aler, de même que 
andare, expx^nVo toujours une idée d'éloigne- 
ment et que tout étymon contenant l'élément 
ad doit être écarté. (Rom. VIII, 298.) Cepen- 
dant celle des solutions du problème qui l'at- 
tire le plus est addere au sens de « addere 
gradum »» , marcher, avancer ; cet addere serait 
deyemiaddare, non parle passage à la 1 "'con- 
jugaison, mais « par le phénomène roman 
bien connu do la restauration dans les com- 
posés dé la voyelle du simple » (Rom. IX, 174 
et 333). Disons encore, en faveur delà coiyec- 
ture allare de alkUus, que le BL. présente col- 
lare = confei'rey qui ne se comprend que par 
collatus, et cjue Godefroy cite un cas de fr. 
coler, qu'il traduit dubitativement par colla- 
tionner, vérifier. — Avant de quitter le terrain 
des conjectures, n'oublions pas de rappeler 
que le français, pour conjuguer aller, em- 
prunte quelques formes (je tais, tu vas, il 
va, ils vont) au L. vadere, et que le futur 
et le conditionnel (irai, irais) procèdent du 
L. ire. — Dérivés : allée (.subst. participial), 
allure; ils correspondent à it. andata, anda- 
tura, prov. anada. La forme andare a donné 
au français andain, ce qu'un faucheur peut 
faucher à chaque pas qu'il avance ; ce subst. 
se rattache à un type andanien (cfr. airain 
de aeramen). M. Langensiepen, toutefois, 
prend cet andamen non pas pour un dérivé de 
andare, signifiant marcher, mais pour une 
modification littérale de addamen (=: addiia- 
mentum) ; andain serait ainsi l'espace ajouté 
à chaque nouveau pas que le faucheur fait en 
avant. — En Bourgogne, on dit andée =■ 
sentier dans la vigne. 

ÂLLEU, prov. aloc, vfr. aloud, alou, aluef, 
vient directement du BL. alodium, qui s'est 
changé on prov. aloc, comme fastidium en 
fastic. Quant au tenue alodium (lui saliquc 
alodis), il vient de l'allemand al-ôd, propriété 
entière, fonds dont on peut dispo.ser, opjwsi'^ à 
bien bénéficiaire. — D. allodial,hh. allodifi- 
lis; alleutier (Chateaubriand). 



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ALM 



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ALT 



ALLIER, vfr. aloier, L. al-ligare, attacher. 
Cps. rallier \ més-allier. Remarquez qucliffare 
et ses composés ont syncopé en français le g 
radical, à l'exception de obligare^ fr. obliger; 
cette exception prouve l'introduction relati- 
vement moderne de ce dernier. 

ALLIGATOR; ce mot nous est venu de l'an- 
glais; c'est d'après Mahn, une latinisation 
arbitraire de l'esp. el lagarto ou port, o 
lagarto (lagarto = L. lacertus, voy. lézard), 
qui est la véritable dénomination du croco- 
dile ou caïman d'Amérique. Cette étymologie 
est corroborée par la dénomination allegar- 
deit, que l'on trouve employée par un voya- 
geur allemand de 1549. 

ALLITERATION, mot savant, fait sur im 
type verbal fictif allitterare, adapter à la 
lettix> (littera). 

ALLOCATION, L. aUocaXio. Le primitif de 
aliocatiOy le verbe non classique allocare, est 
devenu le fr. allouer dans « allouer une somme 
d'argent «, propr. placer une somme, la des- 
tiner à qqch. L'étymologie qui fait venir 
aHoiier de allaudare n'est pas fondée; la 
valeur accessoire que prend ce verbe, savoir 
celle d'approuver, d'accorder, décx)ulo natu- 
rellement de celle de placer, destiner, établir, 
inhérente au L. allocare, prov. alogar, it. 
allogare, vfr. alcuer. 

ALLOCUTION, L. alhcutio (de alloqui, 
adresser la parole). 

ALLODIAL, voy. cdleu, 

ALLONGER, rendre plus long. En vfr. 
alongier^ aloigner se disait pour eslongiery 
esloigneTf par la même permutation de pré- 
fixe qui a donné alever p. eslever, élever et 
ametuler p. émender. — D. allonge. 

ALLOUER (d'où l'angl. allow), voy. alloca- 
tion. 

ALLUMER, vfr. alumer (éclairer, au sens 
neutre : briller), it. alluminare, esp. aXum- 
brar, prov. altim^iar, aliimnar, BL. allu- 
minare, extension du L. luminare. Pour la 
forme, cp. prov. nomnar^ fr. nomer *, nom- 
me**, du L. nominare, et semer de L. semi- 
nare. — D. allumette. 

ALLUSION, L. allmio (de ludere, j^iicr); 
le sens classique « badinage »* s'est modifié en 
celui de « jeu de mot ", parole destinée à rap- 
peler un fait ou une chose, avec ou sans inten- 
tion malveillante ou ironique; cfr. l'expres- 
sion allemande anspielung; les Anglais ont 
conservé le verbe L. alludere dans to allude. 

ALLUviON, L. ailuvloiào alluere, arroser). 

ALMAGESTE, voy. sous alchimie. 

ALMANACH, voy. sous alchimie. Outre 
l'étymologie consignée sous cet article, on peut 
encore choisir entre les suivantes. Pour l'élé- 
ment al, tout le monde est à peu près d'ac- 
cord pour y voir l'article arabe; quant à 
mmtach, il représenterait, suivant les avis 
divers, soit l'arabe mannj, fouillot, d'un verbe 
mafui/\ nombixir (Saumaise, arabicum alma- 
nach idem proi-sus sonat, quod Gra3corum 
ir(vxÇ, brevis in quo res plures ordinc enume- 
rantur ac recensentur), soit le verbe manaha^ 



donner en cadeau ^lalmanach serait un ca- 
deau de nouvel an). Lenormant, enfin, expli- 
qne almanach par les éléments coptes al 
(calcul) et m^n (mémoire), *♦ calcul pour la 
mémoire « . La pix)venance égyptienne du mot 
résulte, en efl*et, d'un passage de Porphyrius, 
cité par Eusèbe, où il est question do calen- 
driers appelés ài/Acyi;çi3txà. Il va de soi que 
nous ne nous prononcerons pour aucune de 
ces tentatives. 

ALOÈS, L. aloe [iXàrf). 
ALOI, BL. alk'gium, subst. dér. do l'anc. 
verbe aloyery mettre (les monnaies) en confor- 
mité avec la loi (ad legem), correspondant do 
rit. alk'garcy esp. alvar. La racine est donc 
Ivg du L. lex[Qn ail. on dit legiercn), et il faut 
abandonner l'étymologie qui rapporte aloi à 
aioyc7\ anc. forme de allier ^ à cause du carac- 
tère bien prononcé des vocables correspon- 
dants dans les langues congénères, bien que. 
dans certains emplois, le sens ôHaloi se con- 
fonde avec celui ^alliage Aloi est employé 
pour : 1 . l'action d'aloyor les monnaies, 2. le 
titre reconnu, la qualité constatée A la suite 
de la vérification, 3. bonne ou mauvaise qua- 
lité en général. 

ALORS, it. allora, formé de ad iUam horam, 
à cette heurC'Xk (heure ■=» moment, temps). 
Autrefois, on di.sait aussi simplement a oi*e «= 
L. ad horam (prov. aora^ aoras, adoras, esp. 
ahora) p. maintenant, à cette heure. La forme 
lors ou Iwes ' représente la formule iUa hora, 
comme le port, agora vient de ^oc hora. Le 
subst. Iiora a donné naissance en outre aux 
adverbes ores \ ore *, or et encor, encore, it. 
ancora (= lat. hanc horam, jusqu'à cette 
heure). Il est encore au fond des composés : 
doréiiarant, anc. d'ores en a;oant, et désor- 
mais, anc. des ore mais, de cette heure en 
plus {mais =» magis), c. à. d. on avant. La 
finales dans lors, alors, ores *, est le même 
signe adverbial (ju'on remarque dans les ad- 
verbes ains ', jadis, tandis, guères, jusqucs, 
volontiers, oncques *, etc. 

ALOSE, L, alausa ou alosa (Ausone). 

ALOUETTE, dim. do vfr. aloue\ ce dernier 
reproduit L. alauda, que Pline, Suétone, Mar- 
cellus Empiricus et Grégoire de Tours citent 
exprassément comme étant d'origine gauloise 
ou celtique. En eifet, on trouve en bas-breton 
les formes alcJwuéder, oZclwuédes, qui con- 
firment cette assertion. Le latin alauda est 
aussi le primitif de : it. aUodola, lodola, 
V. esp. alocta, n. esp. alondra, prov. alauda, 
alaujjota, sicil. lodana. 

ALOURDIR, factitif do lourd. — L'ancienne 
langue avait aussi eslordcr, étourdir. 

ALOTAU, d'après Ménage de orf + lum- 
belliis, w chair qui est au dos » ; d'après Roque- 
fort, c'est une forme vulgaire modifiée do 
allodial ; l'alloyau serait ainsi la pièce noble ! 
Nous ne citons naturellement ces étymologies 
de fantaisie que pour mémoire, en attendant 
la véritable. 

ALPHABET, voy. al)écé.-'D. alphabétique. 

ALTERCATION, L. aUercatio (de aUercari, 



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ÂMÂ 



— 20 — 



AMA 



disputer, anc. altcrquer). — La forme insolite 
aller cas représente le subst. latin de la 4* décl. 
altcrcattis au cas du sujet sing. 

ALTÉRER, BL. alterare, changer, do L. 
aUer, autre; cp. ail. ândem^de ojw/ct, autre. 
De changer, gâter, troubler le sens a passé à 
celui de « émouvoir, afiecter péniblement « . 
L'acception « causer de la soif « (d'où aliéré, 
désaltérer) s'explique par Tintermédiaire de 
l'idée : « mettre en effervescence, embraser». 
Cependant Egger, approuvé par Diez, y voit 
une corruption de artérier, en alléguant le 
BL. arieriatus •* cujus fauces rheumatizant ". 

ALTBRNS, L. altemus; alteimer, L. alter- 
nare; altemation, L. alternatio. — D. alter- 
natif, alternative. 

ALTESSE, directement de Tit. oMcszaj 
formé do L. aUus, haut. La forme vraiment 
française est hautcsse (voy. haut). 

ALTE5R, de Vit. aUiero, formé d'un type 
bas-latin altariiis, dérivé de altus, comme 
plenarius de plenxis. Le mot fait double 
emploi avec hautain, de haut. 

ALTISE, genre de petits insectes coléop- 
tères, ail. erdfloh, springer; tiré du grec 
oàloii oLi, sau ter (cp. gr. àirixo«, sauteur). 

ALTITUDE, L. altitudo, hauteur. 

ALUDE, vfr. aine, du L. aluta, cuir souple. 

ALUDEL, t. de chimie; de l'ar. al-outhet, 
instrument pour sublimer (Dozy). 

ALUINE, nom vulgaire de l'absinthe, dérivé 
de aioë. Cette étymologie est connecte, mais 
Diez observe avec raison qu'il faut tenir 
compte des formes anc. aloisnc, aJogne, esp. 
alosna, port, losna, BL. aloxinum (Gloses 
de Reichenau, 40)', dont l'origine reste à 
éclaircir. — Godefroy consigne ra<y. aluis- 
nier, ce qui suppose le subst. aluisnc et 
confirme Tétymon aloxinum. 

ALUMELLE, vfr. aussi alemele, formation 
produite sous l'influence de l'article ; lalemele 
a été altéré en V alemele et le mot lemele répond 
à un type latin lamella, diminutif de lamina, 
fr. lame. Pour Vu p. e dans alumslle, cp. cJm- 
lumeau p. chalemeau, 

ALUMINE, voy. alun. 

ALUN, L. alumen. — D. aluner, alunier, 
alunière. Les savants ont dire directement du 
latin les termes alumine (cp. albumine p. 
aubun)^ alumineux et aluminium, 

ALVEOLE, L. alveolus (dim. de cUveus, qui 
a donné auge). 

ALvUi, L. alvinus (de alvusy ventre). 

AMABILITÉ, voy. aimer. 

AMADOU, voy. l'art, suivant. 

AMADOUER, allécher par des flatteries, 
des caresses; Diez, pour expliquer ce mot, 
remonte au vieux nordique mata (dan. mode), 
donner à manger, appâter. La terminai.sou 
ouer serait, d'après lui, analogue à celle de 
bafouer. C'est jusqu'ici la plus probable des 
étymologics présentées. — Ménage suppo- 
sait une forme monstrueuse amatutare tirée 
de amatus. D'autres, partant de l'acception 
caresser, proposent un original ad-manutum 
(do maiîKS, main). Tout cela est aussi absurde 



que l'étymologie a man (main), douce. Une 
dérivation de matou (cp. chatouiller de chat) 
nous sourirait davantage, quoique nous ne 
la proposions pas comme sérieuse. On a 
également songé au vfr. amadour = amou- 
reux; mieux aurait valu proposer l'esp. 
amado, le mignon. Grandgagnage, en vue 
des formes wallonnes adawi^ adouler, andou" 
1er, part d'un primitif of/oit/cr == h.adulari, 
d'où, par syncope, adouer, et avec le pré- 
fixe a, lié euphoniquement au primitif par 
un m, amadouer» Cela est plus que douteux. 
Littré pense que notre mot, assez récent dans 
la langue, est venu des patois du Nord, et 
opine en faveur de l'explication de I)iez. Le 
picard dit amidouler. — Le subst. amadou 
est tiré du verbe amadouer dans son sens 
d'allécher, attirer. On peut comparer pour 
ce rapport le synonyme it. et prov. esca (vfr. 
èc?ie) et esp. gesca venant du lat. esca, appât, 
amorce, et signifiant amadou. 

AMAIGRIR, factitif de maigre. 

AMALGAMER, d'où le substantif verbal 
amalgame, &, selon Diez, pour primitiflegr. 
fiÂloLfixoL (ramollissement), transposé en /lâl- 
yayuia. Cette étymologie l'emporte, à coup sur, 
sur celle des lexicographes français : ifut, 
yx/itiv, marier ensemble, avec un X explétif! 

— Devic rapproche, sans rien affirmer, 
l'arabe amat-al-djàm'a, l'œuvre de la con- 
jonction. 

AMANDE, dial. amandclc, amandrc, vfr. 
alcmande (transposition de amandclc, cp. 
angl. almond), prov. almandola, esp. cUmett- 
dra, it. mandorla, mandola, ail. mandel, 
ni. amandcl, toutes formes gâtées du L. 
amygdala (iiAvyixïti). En valaque : mygdali 
et manduli. Le if\iQ commun des formes 
romanes est amiiviala, qui se rapi^rte à 
amiddala, amidala *=» amygdala, comme 
fr. rendre à rcddere, it. imbriaco à ebriacus, 
it. fangoUok fr. fagot (Havet, Rom. Vin,94). 

— D. amandier, 
AMANT, voy. aimer. 

AMARANTE, de àfiàpavroi {/ixpahv)), •* qui 
ne se fane pas. » 

AMARINER, dor. de marin. 

AMARRER, esp. port, amarrar, du ni. 
mari'cn, merren (ags. merran, vha. marr* 
jan), retenir, attacher. D'autres pro^xisent 
l'arabe marr, corde, mais Torigine germa- 
nique est plus prebable. — Le contraire est 
rendu par démarrer. — Subst. verbal : 
amarre. 

AMASSER, dér. de masse. — D. amas^ 
subst. verbal, sign. 1. action d'amasser, 2. 
ensemble de choses amassées. — Cps. ra,ma^* 
ser, d'où ramas, ramassis. Il est curieux de 
voir, dans ramasser, l'idée s'élargir en celle 
de relover ce qui est à terre, sans égard au 
nombre ou à la quantit<^ des objets, ce qui 
l'éloigné tout à fait de son primitif. Un fait 
analogue se présente dans le verbe accueillir, 

AMATEUR, voy. aimer; fém. amatrice 
(rare aiyourd'hui , sans doute à cause du . 
calembour que présente ce mot). Amateur 
est une fonne savante, pour laquelle l'anc. 



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AME 



— 21 — 



AMO 



langue employait au sujet sing. amure et au 
régime amcour. 

AMATIR, fachtif de mat (v. c. m.). 

AMAUROSE, du gr. àjuaOp««,-, obscurcisse- 
ment. 

AMAZONE, L. amazo^i (à^/ajôiv). 

AMBAGT, étendue de juridiction féodale, 
ail. ambacht, gotli. andbahii, vha. ampaht, 
ministerium, d*où par contraction l'allemand 
amt, office. Selon Grimm, le mot signifiait 
aussi minister, diaconus. C'est là également 
le sens du mot aynbaclus employé par César, 
B. G. 6, 15; de ce dernier s'est produit le 
subst. BL. ambadia, service, office, mission, 
modifié en ambassia, ambascia. Ce substan- 
tif, à son tour, a donné naissance au verbe 
ambasciarr, accomplir une mission, d'où it. 
ambasdata, ambasciatore, et fr. ambassade, 
ambassadeur. 

AHBAQES, L. ambages, détours (ambi- 
ago) 

AMBASSADE, voy. ambact. 

AMBE, du L. ambo, deux. 

AMBESAS = L. ambas asses, deux as. 

AMBIANT, L. ambie)is, allant autour. 

AMBIGU, L. ambiffiitis, litt. qui pousse des 
deux côtés; ambiguïté, L. ambigtdtas. 

AMBITION, L. ambitio, du verbe ambirc, 
circonvenir quelqu'un pour obtenir son suf- 
frage. — D. ambitionner. — Ambitieux, L. 
amintiosiis. 

AMBLE, voy. ambîer. 

AMBLER, it. ambiare, est le L. ambulare, 
qui s'employait au moyen âge en parlant d'un 
cheval « qui cura alterno cnirum explicatu 
mollem grossum glomerat ". — D. .subst. 
verbal amble (anc. amhlure)\ ambleur. 

AMBRE, it. ambra, esp, port, ambar, alam- 
bar, al ambre, directement de l'arabe an bar, 
qui lui-même est de source étrangère. — D. 
ambrer; ambrctte. 

AMBROISIE, vfr. ambi'oise, du L. ambrosia 
(ù/i^oo'7l%). — D. ambrosien. 

AMBULANT. L. amb^ilans. — D. ambu- 
lance, hôpital ambulant. — Ambulatoire, L. 
ambulatorius, qui n'a pas de siège fixe. 

AME, vfr. anme, anime, anrme, arme, 
aJm^e, prov. anma, arma, esp. it. aima, du 
L. anima (Sinft.oi). 

AMÉ, anc. forme pour aimé, L. amatus; 
cfr. amant pour aimant. 

AMÉLIORER, L. ameliorare (melior). 

AMEN, adverbe hébraïque, signifiant : en 
vérité, ainsi soit-il. 

AMÉNAGER, mettre en ordre, régler, voy. 
ménager. 

AMENDE, voy. amender. 

AMENDER, rendre meilleur, anc. corriger, 
punir, modification du vfr. esmender == L. 
emendare (mendxim, faute),* prov. emendar. 
L'ancienne langue disait do même alei^er p. 
élever. Dans Boëthius, on lit v. 12 emenda- 
ment et v. 250 amendement. — D. amende, 
correction, punition, réparation : amendable, 
•ement; ramendcr, baisser de prix. 

AMENER, cps. de mnier. It. ammainare. 



et esp. port, amainur s'employont seulement 
dans le sens de amener les voiles. — D. ra- 
mene7\ 

AMÉNITÉ, L. amoenitas (àeamoenus, agré- 
able, gracieux). 

AMENTEVOm et RAMENTEVOIR, vieux 
mots formés de mente habere, avoir à l'esprit; 
on trouve dans la vieille langue aussi mentoi- 
vre et inentevoir (cfr. reçoivre*, doiwe*, variant 
avec recevoir, devoir); l'expression s'accorde 
avec l'it. avn'e a mente, et doit avoir signifié 
d'abord se souvenir, avant de prendre l'accep- 
tion factitive de faire souvenir. 

AMENUISER, rendre plus mince, plus ?wcn?«, 
composé de menuiser (v. c. m.). 

AMER, L. amatnis; subst. amertume, L. 
amaritmUnem. Voy. l'art ...tume. Le vfr. 
disait également amerté, voire amertonde, 

AMÉTHYSTE, L. amethystus {ifii^wjrôi). 

AMEUBLER,gamirdemcM6/<'^(v.c.m.),d'où 
ameublcnwnt. — Ameublir, rendre meuble 
(v. c. m.), d'où ameid)lisscme7it. 

AMEUTER, mettre en meute (v. c. m.), en 
mouvement. 

AMI, prov. amie, L. amicus; fém. amie, 
prov. amiga, L. amica; amical, L. amicalis; 
amiable, prov. amicable, L. amicabilis; ami- 
tié (v. c. m.). 

AMIABLE, voy. ami. 

AMIANTE, L. amiantus (gr. ùfiUvrôi, qu'on 
ne peut souiller, incombustible). 

AMICAL, voy. ami. ^ 

AMIGT, L.amictus(deamicire, envelopper, 
couvrir). 

AMIDON, it. amido, esp. almidon, du L. 
ami/lum(ifi\jXov)\ pourZ changé en e/, cfr. port. 
escada descala. — D. amidonner. — Amylum 
a fourni encore aux savants l'a^j. amylacé. 

AMINCIR, factitif de mince (v c. m.). 

AMIRAL, vfr, amirant,amiras,amire, etc., 
it. esp'. port. prov. amiran, prov. amiralh, it. 
aussi ammiraglio, almiraglio, grec du moyen 
âge : ùfi^o^LÏ-rii, Ce mot vient, selon Mahn, do 
la formule arabe amir-al-bahr, commandant 
de la mer, par apocope de la dernière syllabe. 
Un faux rapport avec admirari aurait donné 
naissance aux formes BL. admiraldus, admi- 
rabilis, d'où ail. et angl. admirai. Diezoppose 
à l'opinion de Mahn que le sens ancien était 
plutôt chef d'infidèles que commandant de flotte 
et s'en tient à un primitif arabe amir, prince, 
que les Occidentaux auraient habillé de diffé- 
rentes façons au moyen de suffixes variés. — 
D. amiralt^, amirauté, 

AMITIÉ, vfr. amistiet, it. esp. amistad, de 
L. amicitatem, forme nistique p. amicitia. 
Cp. vfr. mendistié (chanson de Roland) de 
mendicitatem. 

AMMONIAQUE, L. ammoniacum, gomme 
que distillait un dos arbres du temple de 
Jupiter Ammon, en Lybie. 

AMNISTIE, gr. iixvnirlx, oubli, — D. am- 
nistier. 

AMODIER, donner à ferme, BL. admodiare, 
vfr. amuidier, do ad -|- modius (boisseau. 



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AMU 



— -22 



ANC 



voy. midd); propremi'iit, fixer les i)rostations 
cil grains. 

AMOINDRIR, factitif de moimlrr. 

AMOLLIR, factitif de tnoL — Cps. ramollir. 

AMONCELER, de numaT, inoiiatiH. 

AMONT, du L. cul mimtctUy cfr. aval àc ad 
valletn. 

AMORCE (anciennement écrit amor se), subst . 
formé du participe pasi;é anwrs du vfr. amirt'- 
dre =» anKtrccr; il signifie : 1. appât, 2. par 
extension, poudre du bassinet d'un fusil, tpii 
fait prendre le feu à la charge. — I). amarcrr, 
— Le sens primitif du classKjuo admordn^c 
perce encore dans le nom de l'outil appelé 
amorçoir. 

AMORTIR, vfr. au.ssi amoHer, factitif de 
mort, rendre moins vif, moins dur, éteindre, 
affaiblir. 

AMOUR, vfr. amor, L. amôreyn (accus, de 
amor; je mets l'accusatif, parce qu'il porte 
l'accent sur l'o). — La terminaison latine r/r, 
gôn. oris a donné au vfr. aussi bien oar que 
eiir (ItO)i)ieur et hon(nir)\ au fr. mod. car s<'U- 
lement, et atrumr constitue une exception uni- 
que à cette règle cur labour est tiré non pas du 
lat. laborem, mais du verbe labourer. — I). 
dim. amniirclte; ac^ . armnirrux, verl)es (Driou- 
rachcr (fait sur l'it. auioracrio, amour déré- 
glé) et s'énamourer. 

AMOVIBLE, L. amovibilis (a-movere). 

AMPHIBIE, gr. àix^iUoi, à double vie, 

AMPHIBOLOGIE, L. amphibolorpa, mau- 
vaise combinaison de à^yffio^ioç, qui porte do 
deux cOtés, ambigu, et de >o/oç, discx)urs, 
parole; il faudrait amphibolologia. Les Latins 
ont fait do môme idolâtres p. idololalres. 

AMPHIGOURI, mot de fantaisie, d'intro- 
duction récente, que nous nous abstenons, et 
jKJur cause, d'analyser. Docliez, copiant Bes- 
cherelle : de àfi^iy autour, et yûpo;, cercle. 
Mais, .sans parler de la finale, yOpoç ne sonne 
pas yoûpo^. — D. amphigourique. 

AMPHITHÉÂTRE, gr. à/xç.i&èarpov, théâtre 
circuUiire. 

AMPHITRYON, nom propi-e grec, qui a 
reçu sa signification actuelle du personnage 
de ce nom dans la comédie de Molière, lequel 
y donne un grand repas aux officiers de son 
armée. 

AMPHORE, L. amphora (i/iipoptùi), vase à 
deux ansa*^. C'ast ainsi que l'ail, suber, cuve, 
tine, signifie étymologiquement «* qui se iK)rte 
moyennant deux anses « . 

AMPLE, L. ampliis. — D. ampleur , anc. 
amplete. — amplier, L. ampliare (amplus), 
agrandir, élargir, augmenter. — ampmfikr, 
L, ampli ficare (amplus), d'où amplification y 
L..amplificatio. — amplitude, L. amplitudo. 

AMPOULE, 1. fiole; 2. tumeur; du L, 
ampidla, qui .signifie : 1. vase à large ven- 
tre; 2. enflure, emphase du style. — D. 
ampoulé. 

ABfPUTER, L. ampulare (c(»u]>er autour). 

AMULETTE, L. amulrtum (dans Pline). 
Quelques-uns cherchent Tétymologie de ce 
mot, écrit aussi amoletum, dans le verbe 



amolin, éh)igner ; iK>ur ainsi diiv ad aitut 
liniduf/i fa.^cifium. Cela n'est jmus .M^mtenable. 
Le mot est d'origine .s<^miti(pie. Dozy, dans 
ses Oosterlingen, faisant ab>traetion de i\în- 
ploi du mot elu'Z Pline, tient le mot jKMir 
moderne et le rap]M >rte au verlxî arabe hatuala, 
porter, l'amulette étant suspendu au C4>u. 

AMUSER, fixer l'attention de qqn. surq(ich., 
arrêter inutilement, faire perdre le temi>s, 
puis diveitir, coniposé de mttser (v. c. m.), 
regarder fixement comme un .sot. — D. nmit- 
srtfr. 

AMYGDALE, gr. uf^u/Su'i^n, amande. 

AN, L. anuus. — I). année, durée d'un au 
(cfr. jour, journée ; soir, soirée, etc.). 

ANABAPTISTE, mot .savant fait de iv« 
marquant réi)étition, et ^ajrrfjiiv, bapti><M\ 
donc = qui baptise une .seconde fois. 

ANACHORÈTE, de àjzxotpr.Tr.i, qui va à 
l'écart, dans la retraite. 

ANACHRONISME, de àvaxpoviv/io;, faute 
contixî la chronologie (y^pô-joi, temps). 

ANACOLUTHE, t. de gramm., pr. manque 
de suite, de àvawo>ow&05 = siins suite. Cp. 
acolyte. 

ANAGRAMME, do ivàyprfxuoc (gén. -yroi), 
inversion ou trans]>ositi(m de lettres. — I). 
anaf/rammatiste, -tiser. 

ANALECTES, de à vàit/ra, fragmentas choisis 
(ava/iyciv, recueillir). 

ANALOGUE, de ivâioyoi, propoi-tionné, 
conforme; analogie, àvxXo'/U; analogique, 

ANALYSE, do {ivâ>w9i« [U^), résolution, — 
D. analyser. — Analytique, eèyziurt/o;; ana- 
lyste, mot nouveau foi*mé contre toutes les 
réglas; il faudrait d'après ivaiÛTïj;, analyte, 
ou bien, d'après d'autres précédente, analy- 
ticien. 

ANAMORPHOSE, mot forgé d'après m^Ha- 
mttrphose et voulant dire pr., selon la valeur 
de a va, transposition de forme. 

ANANAS, it. esp. ananas; jx>rt. ananas; 
le mot nous vient avec la chose de l'Amérique 
du Sud. Le dictionnaire de la langue Tuxis 
(Bi-ésilion) {K)rtc anana ou nana. 

ANARCHIE, de àvap/ta, absence de gouver- 
nement. — D. anarchisme, -iste. 

ANATHÉME, de àvâ^s/xa (gén. -xto;), chez les 
auteurs sacrés un homme exposé {ivxrl^fn, 
exposer) à la honte et à la malédiction; 
anathématiser, L. anathematizare, gr. àvzOs- 

ANATOMIE, art de la dissection (ivaro/nî, 
subst. de àvartjuviiv. disséquer). 

ANCÊTRE, ancestre', du L. antecessor 
(prov. ancessor, esp. antecesor). Dans l'an- 
cienne langue, le mot ne .s'appliquait stricte- 
ment qu'au nom. sing., les cas-régimes étaient 
ancessor au sing. et ancesstfrs au plnr. (cp. 
pastre qX pa teur). On sait que ce dualisme 
cA fondé sur la diflérenœ de l'accent dans 
antecéss(tr et antecessôrem. 

ANCHE, tuyau, du vha. rt»r/m, jambe, tibia. 
Ce même original germanique (ail. mod. 
anke) signifiait aussi nuque, os aiticulé, 



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AND 



— 23 — 



ANI 



propr. courbure, flexion ; duns co sons, il a 
donné BL. ayica, it. port. esp. anca^ fr. 
hanche, anche\ angl. haimch. Anche et 
hanche (la lettre h sert à différencier) sont 
donc originairement identiques. (Voy. tonte- 
fois une autre manière de voir à l'art, hanche.) 
Ménage faisait venir hanche du gr. «/,?>;, 
coude. 

ANCHOIS, esp. anchoa, port, anchota, 
holl. antsouwe, angl. anchœy. Ces mots dé- 
rivent, selon Diez, directement de l'it. acciitr/a 
(p. ajyf-uffa), qui, à son tour, serait formé du 
L. aphya, apiia, gr. à^wu, au moyen de la 
teiTuinaison iiffa. — Mahn rattache toutes les 
formes romanes au basque antsua, sec (forme 
secondaire anchua ; la permutation de tz et 
ch est fréquente en basque). Il voit dans 
la forme italienne une assimilation au verbe 
asciiigare, sécher, torréfier, et un souvenir 
de l'idée foncière propre au primitif basque. 
Les dialectes italiens différent ce|)endant 
entre eux pour la forme de ce mot : Sicile, 
anciova, Vérone, ancioa, Gênes, anciiia, 
Venise, anchioa. 

ANCIEN, voy. ains, — D. ancienneté. 

ANCOLIE, du latin botanique aquilegia, qui 
vient, dit-on, de aquilegiumy réservoir d'eau) 
jiar allusion aux pétales conformées en urne. 
Le vfr. disait aussi anqueJie et angorne; le 
vha. a agcleia (ail. mod. agiei), le v. flam. 
acolcic (ni. akeîei), 

ANCRE, it. esp. port. prov. ancora, vfr. 
anchore; du L. ancora (gr. âr/r,vp»), — D. 
ancrer; cps. désancrer, 

AND AIN, voy. aller (it. andarc). 

ANDANTE, mot italien, propr. en marchant 
(de andarc, aller). — Dim. anda?ttinn. 

ANDOUILLB, p. endouillcy d'après Diez, de 
l'adj. BL. inductiliSf que l'on trouve dans des 
glossaires du moyen âge comme signifiant 
boudin et qui dérive do hidiicere, introduira, 
de môme que le vieux terme allemand scubc- 
ling (espèce de saucisse) vient de scioban (ail. 
mod. schieben), pousser. D'autres étymolo- 
gistes avaient proposé, les uns (Huet) L. edti- 
liitmy mangeaille, d'autres (Ménage) le mot 
fictif indiisiola (de induere). Génin dérive 
andotiille de douille, adj. signifiant gonflé, 
rebondi en la forme d'un tonneau idolium) ; 
l'élément an ne serait autre chose que le pré- 
fixe in du latin. Andouille serait donc, d'après 
lui. pr. un boyau gonflé, farci. — Baist 
(Ztschr. V, 233) voudrait identifier ce mot 
avec les termes espagnols (d'origine arabe) 
albondiga , albondiguilla , ahnondiguilla 
(boulette de chair), mw«/o;i^o (tripes, intestins 
remplis de sang en forme de boudins). Il est 
bien difficile de l'approuver; l'étymon indue- 
tilis de Diez (op. d'ailleurs douille, douillet) 
parait assuré. — D. andouillette. 

ANDOUILLER, anccndouiller, petite corne 
de cerf. On pourrait songer à rattacher ce 
mot soit, par ressemblance de foi-me, au vieux 
mot andouiller, bâton pour suspendre les 
andouilles, soit à l'ail, ende, qui a la môme 
signification. Mais, outre que, pour la der- 
nière étym., il resterait à expliquer l'élément 



miiller, il parait que la forme primitive était 
aniouillcr (l'anglais a conservé le t dans an- 
tler)^ ce qui favorise l'étymologio donnée par 
Rowlin : ante^oculum, d'où l'on aurait fait 
l'adj. anfocularc (se. c^rnu). Ce qui me con- 
firme particulièrement dans cxîtte manière de 
voir, c'est l'expr. ail. augcnsprosse, pr. bour- 
geon oculaire, = andouiller. 

ANE, asne\ L. asinus. — D. ânesse, àne- 
rie, ànier, à)iée; dim. ànon, -ichon. 

ANÉANTIR, vfr. anicnter, dér. de néant, 
nient' . 

ANECDOTE, propr. particularité d'histoire 
inédite, du gr. àvè/JoTo^, inédit. 
ANÉMONE, L. anémone (àvi.uwvïj). 
ANETH, L. ancthnyn (i«v>j&ov). 
ANÉVRISME, gr. à-nùpuyfxx [iM-Jùt), dilata- 
tion. Mieux vaut l'orthographe anécrysmc, 

ANFRACTUEUX, L. anfractuosus (de an- 
fractus, échancrure, courbure, détour, sinuo- 
sité). 

ANGE, angle*, angre, prov. angd, du L. 
angcbts (gr. ficy/iXoî, messager) ; la forme latine 
est conservée dans le langage do l'Eglise pour 
désigner une prière qui commence par ce mot. 
— D. angelot, monnaie empreinte d'un ange ; 
angélique, L. angclicus. 
ANGELOT, dimin. d^angc. 
ANGINE, L. angina (de angerc, serrer, 
étrangler, suffoquer). 

ANGLE, L. angulus. — D. anglet, angleux 
(t. do botanique). Au latin rcmont<înt directe- 
ment les adjectifs anguleux, angulosus, et 
angulai7*e, angularis. 

ANGLOIS, auj. anglais, du L. anglensis = 
anglicus (de Angli). — D. anglaise et anglai- 
ser. — Anglican =» anglicanus, extension de 
anglicus; néol. angliciser, anglicisme, anglo- 
mane, -ie. 

ANGOISSE , it. angoscia, prov. angustia, 
angl. anguish, du L. angustia. — D. angoisser, 
angoisseux. 

ANGORA, adj. et subst., de la ville d'An- 
gora en Asie Mineure. 

ANGUILLE, L. anguilla, diminutif de an- 
guis, serpent. 

ANICROCHE, HANICROCHE, propr. une 
arme de main en forme de croc, puis obstacle, 
embarras, prétexte, vaine excuse. Quant à 
l'élément ani ou hani, on le rattache à l'ail. 
hahn, chien d'un fusil, ou à hand, main. Le 
mot reste encore obscur. 

ANIMAD VERSION, L. animadversio, répri- 
mande, de animadvn'iere, diriger l'esprit, 
remarquer, réprimander, châtier. 

ANIL, esp. atiil, anir, do l'ar. an-nîl, qui 
vient du i)ei*san nil, bleu. — D. aniline. 

ANIMAL, subst. et adj., L. animal et ani- 
malis. — D. animalcule, animalité, anima- 
User. — Du pluriel animalia s'est formé 
aumaillc, gros bétail, collectif et individu. 

ANIMER, L. animare; animation, anima- 
tio ; raytimer, redanimare ; inanimé, inani- 
matus, animosité, animositJVî. Tous dérivés 
de animus, esprit, ou anima, principe rital. 



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ANT 



— 24 — 



ANU 



ANIS,L. auisitm(gv. «vi^ov). — D.anispr et 
anisrttr. 

ANNAL, L. annalis (anmis) ; annalrs, L. 
annales (s. e. libri), récits faits année par 
année. — D. annaliste, 

ANNATB, BL. annota (annus), rcvcmi d'un 
an. 

ANNEAU, anel *, L. annellus, forme secon- 
daire de annuliis, — D. annelet; verbe anne- 
ler, — De la forme annulus : L. annularis, 

— osus, fr. annulaire, -eux. 
ANNÉE, voy. an. 

ANNEXE, L. annexus, part, de ad-necterc, 
joindre a, d'où aussi subst. annexio, fr. an- 
nexion. — D. annexei\ 

ANNIHILER, L. annihilare{àe niliil, néant). 

ANNIVERSAIRE, L. annivermHns , qui 
retourne tous les ans. 

ANNONCER, L. annnniiare. — D. annonce, 

— Annonciation^ L. annuntiatio. 
ANNOTER, L. annotare = ad-notare. 
ANNUAIRE, dér. de L. annuus, annuel. 
ANNUEL. L,a)inualiSf extension àannuus, 
ANNUITÉ, dér. de L. annuus, annuel. 
ANNULAIRE, voy. anneau, 
ANNULER, L. annullare (nullus). — D. 

annulation. 

* ANOBLIR, rendre noble. — D. -isseme^a. 

ANODIN, calmant, adoucissant, fipr. peu 
efficace, sans valeur. L. cmodynus (àvwcuvoç, 
sans douleur). 

ANOMAL. L. anomalus, gr. ivùfioLloi, iné- 
gal, irrégulier. — D. anomalie. 

ANON, voy. âne, — D. dnonner, faire le 
malhabile. 

ANONYME, gr.àvw»u/AOî (sans nom, otofiTt). 

ANORMAL, mot savant fait en opposition 
de normal, au moyen de l'a privatif gixîc. Il 
serait mieux remplacé par abnœ^me, du L. 
àbnormis, hors de la règle. 

ANSE, L. ansa. 

ANTAGONISME, — ISTE, gr. iyrcryàviT/*». 

— hmi (de àvTf, contre, et àyuv<{itv, com- 
battre). 

ANTAN, de L. ante annum. — D. antenois, 
agneau né Tannée avant. Ce mot très ancien 
est do formation bizarre ; le wallon dit aiiti- 
nia, le rouchi anteniau. 

ANTARCTIQUE, opiK)sé à arctique, gr. 
àvrapxTuo^. 

ANTE, . en technologie, manche, est le mémo 
mot que le vfr. hante, bois de lance, et vient 
de L. âmes, -itis, perche. 

ANTÉCÉDENT, L. anteccdens, qui marche 
avant, qui précède. 

ANTE . . . , préfixe employé pour marquer 
l'antériorité : antédiluvien, antépénultième. 
C'est le ante (avant) des Latins. 

ANTECHRIST, voy. anti , , , 

ANTÉDILUVIEN, dér. de L. ante diluvium, 
avant le déhigc. 

ANTEN NE, L. antenna. 

ANTENOIS, voy. antan. 

ANTÉRIEUR, L. antei-inr, qui est plus avant 
(prim. ante) relativement à un autre (dans 



l'ordre du tomps comme de l'espace). — D. auté- 
Ho7*ité. 

ANTHÈRE, partie de la fleur qui renfeimo 
le pollen, do Ta^j. iv^po;, formé do «vS^^, 
fleur. 

ANTHOLOGIE, gr. i-j^oXoylx, recueil do 
fleurs, employé figurément par les Gi*ecs déjà 
l>our recueil de |)oé.sies. 

ANTHRAX, du grec 5v&/>aÇ, charbon. — D. 
anthracite, gr. àv^poulrva. 

ANTHROPO-, élément do composition; du 
gre<' âv^pot7:oi, liomme : anthropologie, science 
de l'homme, anthropophage, mangeur d'hom- 
mes (yàyciv, manger). 

ANTI . . , préfixe marquant opposition, ex. 
anti-social, anti-pape; c'est le àvrf (contre) des 
Grecs. Dans le mot aniechHst, qui vient du 
vieux fonds de la langue, l'i s'est assourdi en 
cmuet. Anti est, par contraire, abusivement 
employé dans le sens du latin ante dans : 
antichambre et antidate (date antérieure à la 
véritable). 

ANTICIPER, L. anticipare, prendre par 
avance. 

ANTIDOTE, du gr. ivri^oTov, ce (jui est 
donné contre. 

ANTIENNE, formé jmr syncope du L. anti- 
phona, terme d'église, signifiant «* cantus 
ecdosiasticus alternus « et reproduisant le gr. 
«vT(9«i)yo{ =» qui ré|)ond; le prov. a antifena, 
Tags. antefn ; j>our la syncoiK» de f, comiMii*ez 
Estienne de Stephanus. 

ANTILOPE, mot d'origine inconnue. On a 
fait dériver ce mot do àv&o)«^, œil de fleur. 
Ce n'est là qu'un exi>édient ; un mot grec de 
cette conformation no peut être imaginé que 
par des ignorants, et encore l'original forgé 
répond-il mal au vocable français. 

ANTIMOINE, BL. antimonium, d'origine 
incertaine. Vossius imagine ce qui suit: »* Usus 
ejus est mulieribusin fucanda facie, quod quia 
dedecet homines religiosos, eo Italis antimonio 
videtur usurpari , ab àvW, contra, et Italico 
moine, monachus. » Cette étymologie est ridi- 
cule. Furotiôro raconte, do son côté, une his- 
toire de moine pour expliquer le mot. Selon 
Mahn, c'est une altération de alithmidum '=> 
arabe al -j- ithrnid = gr. ^rf/t/Ai, oxyde noir 
d'antimoine. 

ANTINOMIE, contradiction ave<^' la loi, con- 
tradiction entre deux lois, àvnvofjLU (vo>o«, loi). 

ANTIPATHIE. àvTnrà&it«, disposition con- 
traire ; opposé à ffuyuiTtàaciat, sympathie. — D. 
antipathique (le gr. dit àvriTra^iî;). 

ANTIPHONAIRE , de antiphona, voy. an- 
tienne, 

ANTIPHRASE, vM^poLtii, contradiction. 

ANTIPODES, gr. àvT(7ro5i;. L. antipodes, 
propr. qui ont le pied opposé (ivr», ttou,-). 

ANTIQUE, vfr. antif, L. atUiquus, — D. 
antiquité, antiquitas ; antiquaire, antiquarius; 
antiquaille, BL. antiqualia, 

ANTITHÈSE, gr. àvrlittii, opposition; adj. 
antithiHique, gr. àvTi&inxo;. 

A NTRE , L. antrum (ivr/jov). 

ANUITER (S'), de nuit. La vieille langue 



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API 



— 25 — 



APO 



avait le verbe neutre anuiiiert — h\ = faire 
nuit, signification particulière également au 
prov. anuchir et anoitar. 

ANUS, transcription du mot latin. 

ANXIÉTÉ, L. anxictas (de anxius, rac. an- 
gere, resserrer). 

AORTS, artère de la base du oœur, gr. 
àopvfi (de àiipfa, suspendre). 

AOÛT, (wust *, par syncope de la médialo g 
(cp. prov. agost, aost, esp. port. it. agosto), 
du L. augusiiis. Pour la prononciation ac- 
tuelle oi'Uf cp. soûl pour l'anc. saoul, — D. 
am'iter^ amttcron, 

APAISER, prov. apasiar, dér. de pais' , 
paix; cp. pour la dérivation, l'a^. paisible 
L'équivalent vfr. apaier répond à un type 
latin adpacare, 

APANA6C, BL. a])anagium. Ce mot vient 
de panis, pain ; être au pain de qqn. signi- 
fiait être sous sa dépendance ; ainsi s'est pro- 
duit le verbe apaner, nourrir, entretenir; 
apanage est donc propr. une dotation pour 
entretien, une pension, alimentaire. C'est la 
.seu le étymologie raisonnable parmi les diverses 
qui ont été mises en avant. — D. apana- 
gefi% 'iste. 

APARTÉ, lat. a parte, à part, de côté. 

APATHIE, gr. àTrà&ua, impassibilité. — 
D. apaihique. 

APERCEVOIR, extension de la forme per 
avoir . De pareilles extensions par le préfixe 
ad étaient autrefois bien plus fréquentes : 
ainsi l'on disait au xvi" siècle accomparer 
aussi bien que comparer. La langue a su, du 
reste, fort bien nuancer la valeur des deux 
termes percevoir et apercevoir. — D. aperçu, 
apcrcevable ; à forme savante et latine ; apcr- 
ception, aperceptible. 

APÉRITIF, qui ouvre, du L. apcrirc, ou- 
vrir. 

APERT ', ouvert, manifeste ; adv. aperte- 
ment; du L. apertus. L'acy . vfr. apert, habile, 
vif, adroit, preux, est, selon moi, un homo- 
nyme, qui, par changement de préfixe (cj). 
amender, alnser *), représente soit ex-perrcc- 
tiis, éveillé, soit expet^xis, expérimenté. C'est 
de ce second apert, en tout cas, que vient 
aprr/w«, adresse, proues.se. 

APERTISB, voy. apert. 

APBTISSBR (cps. rapetisser), de petit. Vss 
est dû au môme principe qui a donné vfr. 
acorcier, auj. accourcir (c = ^ dur). 

APHÉRÈSE, gr. à?»a(/5ni;, enlèvement. 

APHORISME, du gr. àfopi^fiôi, définition 
{àfopliîDt, délimiter, définir, déterminer). 

APHTHE, L. aphtha, du gr. «?»&« (iirrttv. 
mettre le feu, enflammer); cp. l'expression 
laifine « sacer ignis « pour aphthe. 

API, (pomme d*), du L. malum appianum; 
cp. it. mêla appiola. 

APITOYER, disposer à la pitié (y. c. m.). 
Ce composé (on disait sans doute aussi pHoyer, 
d'où pitoyable, ce qui fait pitié) doit sa termi- 
naison à une forme latine en icare, qui est le 
type du fr. oyer et que l'on retrouve dans 
verdoyer, fossoycr, guerroyer, etc. On trouve 



dans la vieille langue aussi la forme plus 
simple apHer, 

APLANIR, vfr. aplanin% aplaigner; facti- 
tif de plane, 

APLATIR, factitif do plcU. 

APLOMB, de à j>lomb; ce qui est placé à 
plomb, c. à d. dans la direction verticale du 
fil à plomb, est ferme, de là le sens figuré 
de solidité, assurance. 

APOCALYPSE (adj.-y/rfî^rMe), gr. <i7roxà>u|iç 
révélation (à7ro-/.aiu:rTfiv, découvrir). 

APOCOPE, gr. àTtoMTt-fi, retranchement 
(yoTTTuv, couper). Comparez syncope. 

APOCRYPHE, gr. àwoxoupoî, caché, obscur. 

APOGÉE, gr. àrroyaioi («îro, y*;), éloigné de 
la terre. 

APOLOGIE, gr. «îroXoyfa, de «Tro^oym^ai, 
s'excuser, défense, discours de justification. — 
D. apologétique, gr. à:ro>oy)irixo; ; apolftgisUi. 

APOLOGUE, gr. ànôXoyoçt narration, puis 
conte allégorique, fable. 

APOPHTHEGME, gr. àwop&ïyyua, parole spi- 
rituelle, sentencieuse (de ^&iyysi», parler). 

APOPLEXIE, gr. àTrôTriï^Çf» (inonHmt'j , 
frapper), étourdisscment, paralysie. — 'Atto- 
:rX>ïXTtxo5, apoplectique. 

APOSTASIE, gr. àfforraaia, défection, d'où 
le verbe apostasier. 

APOSTAT, gr. àitovràrru, qui déserte une 
cause. — D. vfr. apostater, dévoyer, se déré- 
gler (Gillon le Muisit). 

APOSTÉME, abscès, gr. àffoçT>îyui«(i7ro, «rràw). 
écart«ment. La forme usuelle et ancienne du 
mot est apostume, d'où le verbe apostumer. 

APOSTÎBR, it. appostare, du BL. appost- 
tare, fréq. de ap-poncre. 

APOSTILLE est le subst. verbal de apos- 
tiller, annoter ; quant à ce dernier, il est dé- 
rivé de la formule lat. post iUa, Vossius, dans 
son traité De vitiis sermonis, p. 551 ^ explique 
postula par explanatio: quia qui discipulis dic- 
tarent identidam in ore haberent « post illa »». 
pu ta, ad hsBC vel illa auctoris verba, adscri- 
bite. Cette opinion de Voss est approuvée par 
Diez. — Ménage établit la filiation suivante : 
posita, posta, postilla; adposita, adposta, 
apostilla. 

APOSTOLAT, -IQUE, de apostolus, voy. apô- 
tre, 

APOSTROPHE, gr iwo^rpoyïi, action do se 
détourner (à^roarpéf siv) de l'objet d'un discours 
pour s'adresser directement à la per.sonno 
intéressée, — D. apostropher, 

APOSTUME. voy. apostème. 

APOTHÉOSE, gr. à;rodè(tt9i«, divinisation, 
déification. 

APOTHICAIRE, du BL. apothecarius, dér. 
de apotheca (i;ro^y>î), dépôt, magasin. Ce 
même apotheca a, par aphérèse, donné it. 
bottega (Naples potega, Sicile putiga), esp. 
botica, prov. botica, fr. boutique, 

APOTRE, apostrc*, en vfr. apostlc, du L. 
apostolus, gr, àitô^roloi (vrlilciv, envoyer), 
envoyé, messager. En vieux roman, le mot 
apostole désignait le souverain pontife; ce mot, 
vu le déplacement de l'accent, appelle un typo 



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APP 



— 26 



APP 



immédiat apostàlius. — Pour la forme, com- 
parez épislrc do rjnstola, mot do la mémo 
famille orkXXtiv, envoyer. 

APPARAITRE, csp. aparccn\ corrcs|)ond à 
un type latin apjmrcsccrry tandis que l'ancien 
apparoir répond à L. apparrrr;tm a de mémo 
comparoir et comparaître. 

APPARAT, mot savant, tiré du L. apparatits 
(du verbe appararc, préparer), appareil som[)- 
tueux, pompe. 

APPARAUX, voy. l'aH. suivant. 

APPARSIL (it. apparocchio), subst. verbal 
do appareiJler (it. apparocchiarc^ esp. apare- 
jar, \iro\. aparrlhar,&ng\, apparcl). Ce verbe, 
dérivé de pareil (v. c. m.), sijrnifie propr. 
mettre ensemble des choses pareilles ou ser- 
vant au même but, assortir, puis réunir ce 
qu'il faut pour une œuvre ou une entreprise, 
faire les préparatifs nécessiiires , arranpcer 
(notez en anglais apparcl = habiller); toutes 
ces significations se reproduisent dans le 
subst. verbal appareil (plur. particulier apjni- 
raux ca ensemble des agrùs) et dans le terme 
de marine appareiller , mettre à la voile. — 
D. appareillage. 

APPARENT, -ENCB, L. apparens, -entia. 

APPARENTER, rouàvi^paroa. 

APPARIER, cat. prov. apaiiar, esp. apn- 
rcar, BL. appariare (rac. jiar, imire), assortir 
par paire, — D. apparierncnt ; désappaner. 

APPARITEUR, L. appaHtor, pr. qui appa- 
raît à l'appel du supérieur, d'où le sens : huis- 
sier assi.stant le magi.strat en fonctions. 

APPARITION. L. apparitio. 

APPAROIR, L. apparere; l'anc. conjugaison 
de ce verbe nous a laissé il appert = L. ap- 
par et. 

APPARTEMENT, dér. do vfr. apartir, par- 
tager, diviser; donc propr. une divi.sion de 
maison; en BL. appartimentum bonorum 
signifiait partage des biens; cp. dêpartcmeut 
et compartimeyxt. 

APPARTENIR, du L. ad-\-pertincre.—D. 
appartenance. 

APPAS, dans l'ancienne langue et d'après 
ses lois, était la forme normale du nom. sing. 
et du pluriel du mot ajtpast^ auj. appât (cp. 
repas). « D'un mot unique, dit fort bien Litti*é, 
on a eu le tort do faire deux mots différents »» . 
Les appas ne sont pas autre chose que des 
appâts. 

APPAT, ce avec qufti on amorce, on attire; 
subst. verbal du verbe appâter ^ donner la 
pâtée, amorcer, qui vient d'un type lat. ad- 
pastare {de pasci, swfi'in pastum). 

APPEAU se rapporte à appel, comme beau 
à bel, peau kpcV. 

APPEL, subst. verbal de appeler. 

APPELJBR, L. appellare. — D. appel; cps. 
rappeler^ rappel. 

ii^PENDIGE, voy. appendre. 

APPENDRE, du L. ap-pendêre, iwndre au- 
près; do là viennent L. appendix, d'où fr. 
appendice^ et appendicins, d'où vfr. apendise, 
dépendance, et lo mot appentis, bâtiment 
ajouté, adossé à un autre (pour la substitu- 



tion du t à d, dans appentis, voy. apprenti). 

APPENTIS, voy. appendre. 

APPERT (il), voy. .s<>us apparoir. 

APPESANTIR, factitif do ;>r5a»/. 

APPÉTER, L. ap-pi'iere, désirer, d'où déri- 
vent : appetontia, fr. apptitencc; appetitus, fr 
appt'tU. 

APPÉTIT, voy. appc'ter. — D. appétissant 
(p<jur la forme, cp. apetisser de petit). 

APPLAUDIR, L. ap-platidn-e (de plaitâere, 
batti-e des mains). 

APPLIQUER, L. ap^licare (pixy^r. plier ou 
tourner vci*s), vfr. aployn-. — D. application, 
L. applicatio; applicable; l'acy. participe 
applique =» studieux, zélé, présente une in- 
téressante métaphore. Au fond, co n'est qu'un 
transport d'im sons défini (appliqué à qqcli.) 
à un sens général; cfr. occupé, emporté, posé, 
qui expriment également des manières d'ôtro 
d'abord p;is.sagères, temporaires, puis perma- 
nentes ou habituelles. 

APPOGLATURE. terme de musique; do l'it. 
appof/f/iatura, dér. do appoggiare, forme ita- 
lienne du fr. appiiytT. 

APPOINT, la somme qu'il faut pour arriver 
aitpfjînt (<ul pnnctum) voulu, au solde entier 
de ce qui est dû ou exigé. Peut-être, cepen- 
dant, le mot n'est-il que le subst. verbal do 
appointe)', i*égler. 

APPOINTER, BL. appunctare, 1) régler, 
fixer les divers 7>oï«i;f dans un arrangement; 2) 
donner un salaire fixe. — D. appoi?itcrm^nt, 
règlement; salaire fixé, anc. aussi = conven- 
tion; f/t'if-a/jy>o/>i(tT, l)opp. de a/i/iot^î^rr, appli- 
qué à une i>ei's. = contrarier, tromper; 2) 
priver de salaire. Le verbe appoitUer signifie 
au.ssi rendre pointu et se rapporte alors au 
.subst. féminin pointe. 

APPORTER, L. ap'portare.--D. apport.— 
Cps. 7'appoi'ter, tradiiction du L. refen'e. 

APPOSER. comiK)sé de poser, d'après l'ana- 
logie do L. apjHiïiere. 

APPOSITION, L. apposUio. 

APPRÉCIER, L. appretiare (de pretium, 
prix). 

APPREHENDER, 1« saisir au corps; 2*» 
craindre (le rapport des deux sens s'établit 
ainsi : .saisir dos mains, fig. saisir par la 
pensée, pi-évoir, .se douter, craindre); du L. 
apprehendere, prendre, saisir, dont le subst. 
apprehensio a donné app)*ehension, d'où l'on 
a tiré l'adj. ap2)relu'nsif (cp. craintif). 

APPRENDIÛi, saisir par l'esprit, prendre 
connaissance. Du L. apprendere, forme con- 
tractée de apprehendere (voy. l'art, préc). La 
même métaphore se retrouve dans compren- 
dre, concevoir, apercevoir; nous citerons 
encore en grec nxcxXrfi^àvuv, prendre vers 
soi et apprendre, le latin accipere, l'arabe 
caphal, prendre et apprendre, l'hébreu lehaoJi, 
instruction, de lakach, prendre. Quant au 
])assage du sens « acquérir une connaissance *• 
à celui d'enseigner, il est l'effet do la mémo 
métonymie par corrélation qui se remarque 
dans les sens opposés attachés aux mots hùte, 
louer, etc. — Cps. dès-appi'endrc . 



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APR 



27 — 



ARC 



APPRENTI, vfr. apprentie (f6m. apprrn- 
ticr), i-ouclii apprcntichcy angl. et wallon 
(tp)'rjtdk'(\ osp. poi*t. ap7'cndis. Ce mot a pour 
iv[>e le BL. apprcnticins ; la terminaison is 
ou ice explique la dérivation apprentissaffc. 
La foiTïie apprc)ilif((6m. ivo) qui se produit 
au xv^' siècle et que Littnî donne à tort pour 
la normale, est aussi justifiable que celle en 
te (et, suivant les cas, «j;), mais en tout cas pos- 
térieure. — Le t dans ce mot (pour d), comme 
dans appentis, ponte et fonte, .st motivé peut- 
être par l'assimilation aux thèmes en t do 
rente, vente, entente, qui proviennent de 
formes participiales terminées on enditns; aussi 
la vieille lanj?uo avait-elle à la fois ap7'entiire, 
tiré d'un type imaginaire a-prend-itus, apren- 
t}is, et apresurc do aprcnsiis. 

APPRETER, factitif de ;>rc'^ Subst. verbal 
apprit. 

APPRIVOISER, factitif d'un a^j. privais 
(d'un type privensis) équivalent Hprivus. — 
Le vfr. disait, et les dialectes disent encore, 
apriver. 

APPROBATION. L. approbatio (do ap-prf}- 
bare, fr. approuver). 

APPROCHER, de proche; subst. verbal 
approche. — Cps. rapprocher, 

APPROFONDIR, factitif do profond. 

APPROPRIER. L. ap-propriarc. 

APPROUVER, L. ap-probaro. — Cps. dès- 
approuver. 

APPROVISIONNER, pouiToir àepi'acisimis. 

APPROXIMATIP, -ATION. dérivés du L. 
approximare, lui-même formé de proximiis, 
le plus proche, adjectif superlatif dont la lan- 
gue d'oïl avait fait proisme (prov. prosme). 

APPUI, voy. le mot suiv. 

APPUTER, vfr. aussi apoyi^, it. appfnj- 
(jiare; dér. du \'iv. pni, poi, qui signifiait col- 
line, lieu élevé, hautour. sommet (on trouve 
au.ssi vfr. puie, perron, balcon), et qui dérive 
du L. podium, tertre, base, piédestal (it. 
pof/gio, prov. pueg, puoi, esp. port poyo). 
De ce primitif /)Hî, la vieille langue avait tiré 
puiot, soutien, et puier, gravir, monter. 
Appuyer est donc i)rimitivement .**outenir au 
moyen d'un pui, c. à d. do quoique chose 
d*élové. — Subst. verbal rt/jpj^î (vfr. au.ssi a/jj«V). 
Le vfr. avait encore le dér. apoial, .soutien. 

APRE, aspre*, L. aspcr, — D. âprete, coexis- 
tant avec une forme savante, aspérité, direc- 
tement tirée du L. asperita^. 

APRES, it. appresso, est une forme exten- 
sive àcprès, it. jrresso. Tandis que ce dernier, 
ainsi que la combinaison auprès (anc. aussi 
Cfjprès), correspond pour le sens au latin 
prope, le composé après tient lieu do post. 
Le mot près représente le Tpsirt.pressus, pre.s.sé 
contre. Comparez en grec ây/t» q^i proprement 
signifie serré, en latin juxta, formé dejunf/ere 
(comme (y. joignant à(} joindre), secundum de 
sequi, suivre. — La prép. latme jarop6' s'em- 
])loyait encore dans la vieille langue sous les 
formes pro/*, pi'oefpref, aprop, aprof aprcf, 
mais, quoi qu'en dise Chovallct , ces formes n'ont 
étymologiquement rien de commun avec près 



ou a/>rtV. Composé : d* après, que l'usage aurait 
aussi bien pu nous transmettre sous une forme 
sans apostrophe : comparez deoant j)our de- 
avant, dans pour do-ens, dedans pour de- 
dans. 

APSIDE, voyez abside. 

APTE, L. aptus; subst. aptitude, L. aptitude 
(Boethof. Voy. aussi attitiide, — Voy. aussi le 
mot malade. 

APURER, factitif de p?(r. 

AQUARELLE, de l'it. acquareîla, couleur 
en. détrempe, formé lui-même du L. aqua, 
eau. 

AQUARIUM, mot latin, signifiant réservoir. 

AQUATIQUE. L. aquaticus (aqua). 

AQUEDUC, L. aquœductus, conduite d'eau; 
cfr. viaduc. 

AQUEUX, L. aquosus (aqua). 

AQUILIN. L. aquilinus, [aquiJa, aigle). 

AQUILON, L. aquilo gén. -onis. 

ARABE. L. Arabs. — D. arabique, -esque, 

ARABLE, L. arabilis, de arare (vfr. arcr), 
labourer. 

ARACK. d'après Mahn, de l'arabe araq, 
sueur, suc, du verbe araqua, suer, distiller. 

ARAIGNÉE (vfr. irainaie, iraignie), an- 
ciennement la toile d'araignôo, puis, par abus, 
l'insecto môme ; lo mot a pour type L. arane- 
aia, dérivé du L. avança, le nom de l'in- 
secte, qui est devenu on it. aragna, en prov. 
aranha, et en vfr. araigne, iraigne. Le mot 
latin correspond au gr. àpàx^ii, d'où arach- 
nide. 

ARAIRE, charrue, L. aratrum. 

ARASER, forme extensive de raser, pr. 
mettre à ras, de niveau. — D. subst. verbal 
plur. arases, 

ARATOIRE, L. aratœnus [arare, labourer). 

ARBALÈTE, arbaleste*, -estre', du L. arcu- 
balista, .syncopé arc' halista. — D. arbalestier, 
arbah'triei\ 

ARBITRE représente : 1. L. arbiter; 2. L. 
arbitrium; arbitraire, L. arbitrarius; arbi- 
trer (subst. -âge), L. arbitrari; arbitration, 
L. arbitratio; arbitral, L. arbitralis. 

ARBORER, voy. arbre. 

ARBOUSE ; on a songé à un type latin arbu- 
tea, tiré de arbxdum (d'où port, ervodo ; esp. 
albedro, arbousier), mais Paris (Rom. X, 42) 
repousse cette origine pour dos raisons do 
phonétique en ajoutant que l'arbouse est un 
fruit du Midi et que le nom lui en vient. — 
D. arbousier. 

ARBRE, it. albore*, aJbaxt, prov. arbre, 
albre, esp. albol, du L. arbor; dimin. arbris- 
seau, d'un type lat. arboriscellus (gloses de Rei- 
chenau arbriscellus); voy .Paris, Rom. Vin,6 1 9. 
ArboriceUus aurait fait arbroisel. — Autres 
dérivés du subst. latin arbor : arborer, élever 
droit comme un arbre (it. aiberare esp. aJho- 
rar) ; arboriste ; arbovisé ; arbroic*, lieu planté 
d'arbres. = L. arboretum. 

ARBUSTE, L. arbustum. 

ARC, L. arcus. Ce mot a poussé on fran- 
çais de nombreux rejetons, savoir : arquer, 
cx)urber (L. arcuare) ; — arche, forme fémi- 



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ARC 



— 28 — 



ARG 



nine de arc ; — archer, prov. arquicr, it. ar- 
dore; — arcade, BL. arcoLa; — arçon, prov. 
arson, csp. arzon, port. arzûOy it. arcione, 
d'un tyix)' latin arcio (Saiimaise : Arciones 
vocamiis ab arcu, quod in modum arcus sint 
incurvi; il allègue le mot zoû/jCia employé par 
les Grecs moderaes pour arçon); — les dimin. 
arceau et archet ; — anciennement encore les 
mots archée{^row. arqiœia, it. arcata) = portée 
d'arc; archoier, tirer do Tare; archière, 
meurtrière, etc. 

ARCADE, voy. arc. — D. arcatiire, 

ARGANE, L. arcamtm. 

ARGASSE, it. arcaccia, du L. arca, coÏÏve. 

ARCEAU, voy. arc, 

ARGHAISME, du gr. i/jx«'w/*è« (àpxatt?w). em- 
ploi de formes vieillies. De là, par dégage- 
ment, Tadj. archaïque, 

ARGHAL, it. oricalcn, esp. auricalco, du 
L. orichaîcum et aurichalcxtm, formé d'après 
le gr. opiixoilMi, litt. airain de montagne. — 
L'a initial protonique p. au (dans aurichàl- 
cum) se voit aussi dans aoiU de augustus. 

ARGHANOE, gr. àpxàr/*^oç. L'élément â/>x 
ou àp^t (en lat. archi, en ail. ers) se ratta- 
chant à âp^tiv, être à la tête, marque préémi- 
nence, supériorité, excès; on le trouve en 
français appliqué, avec ou sans précédent 
latin, aux mots suivants : 

Archkvêquk, L. archiepiscopus (v. êtéque). 
— D archiépiscopal, -ai ; archevêché, 

ArCHICHANCELIER, ARCHIPRÊTRE, ARCHIDUC 

et sembl. 

Architecte, L. architectus (du grec 
à/9xiTlxTû»v) ; do \k architecture, -tural, -tonique. 

Architrave, maîtresse poutro (L. trabs, 
trahis). 

Et enfin dans les expressions populaires 
telles que archibétc, archi fripon. 

1. ARCHE, vaisseau, cx)ffre, L. arca, 

2. ARCHE, partie d'un pont sous laquelle 
l'eau passe, voy. arc. 

ARCHÉOLOGIE, gr. àpxonoWM* science do 
l'antiquité ; archéologue, àpyjxioUyoi^ archéoUt- 
gique, ùp^vio^o'/ivéi. 

ARCHER, ARCHET, voy. arc, — D. arche- 
rot, 

ARCHEVÊQUE, voy. archange. 

ARCHÉTYPE, gr. ùpyirunoi, frappé le pre- 
mier, original, premier modèle; ce mot est 
synonyme de prototype. 

ARGHI, particule initiale, voy. archatige, 

ARCHITECTE, voy. archange, 

ARC HITR AVE, voy. archatige, 

ARCHIVES, L. archivum ou archium, dépôt 
de titres officiels, du grec ipytloç, ofiiciel (cp. 
Argimis, de *Apyi\o(^. — D. archiviste, 

ARCHIVOLTE, de l'it. archivolto, formé 
des mots L. arcus, arc, et volutus, roulé. 
D'après Littré^ de archi, princiiml, et volta, 
voûte. — Le mot ital. paraissant être plutôt 
empnmté soit au BL. archivoUum, soit au 
mot français, et l'idée de pritunpal, qu'impli- 
que l'explication de Littré, ne se comprenant 
pas trop bien pour la valeur actuelle du mot, 
le propose de traduire celui-ci par tête (ipyri) 



de rotUe, sons restreint, plus tard, à des déco- 
rations do cette têto do voûte. 

ARÇON, voy. a7*c, — D. arçonner, désar- 
çonner, 

ARCTIQUE, grec àpxTixo;, do Ûp^ro^, ours ; 
cps. antarctique, àvTapxTuo;, opposé au pôle 
arctique, 

ARDÉLION, L. ardelio (de ardcre, brûler, 
fig. être empitîssé). 

ARDENT, L. ardens, part. prés, de ardere, 
lequel verbe latin était représenté dans la 
vieille langue par ardre (part, passé ars). 
Ce verbe fr. ardre répond au mémo tyjîe latin 
ardere auquel se rapjwrte le part, latin arsus. 
A côté de ardre, on employait jadis aussi 
ardrdr == L. ardh*e. Un verbe franc, arder, 
bien que figurant dans Littré, n'existe pas en 
réalité. 

ARDEUR. L. ardorem, 

ARDILLON, it. ardtgliane, prov. ardalhon, 
mot d'origine douteuse, qui rappelle le grec 
âp^ii, pointe d'une flèche; Ménage part de 
dard, d'où dardillon, puis ardillon; Langen- 
siopen admet pour ty]>e artiglio, tiré de arti- 
cidus, Littré, insistant sur l'ancienne forme 
hardillon (avec h aspirée), explique le mot 
comme dimin. de harde, bâton, donc petit 
bâton, j>otite tige, cp. vfr. hardier, aiguil- 
lonner. Cotte dernière explication a contre 
elle le fait qu'en vfr. harde ou arrfe«= bâton, 
n'est pas constaté. 

ARDOISE, BL. ardesia, ardosia, it. arde- 
sia, port ardosia. Adelung admet, sans en 
fournir aucune preuve, une origine celtique ; 
Ménage parvient à dériver ardoise do argilla, 
et voici comment : argillus, ai*gillidus, argil- 
dus, argildcnsis, ardcnsis, ardese. Le chemin 
est long, mais à la fin on arrive. Philander : 
ardcsiam vocanuis credo ab ardendo, quod e 
tootis ad solis radios voluti flammas jaculatur. 
Vergy croit que le nom de l'ardoise lui vient 
de la ville d'Ardes en Irlande, supposition 
toute gratuite; Frisch : later Artesius (du 
pays d'Artois). Le Duchat conjecture, avec 
beaucoup plus de probabilité, selon Mahn, 
que pierre ardoise est une contraction pour 
pierre ardenoise, les Ardennes étant particu- 
lièrement productives en ardoises. Littré, 
appuyant sur la couleur, invoque le cymr. 
arddii, ardion, très sombre (Ardenne, forêt 
sombi-e). Diez ne se prononce pas. — D. ar- 
doisière. 

'ARDRE, voy. ardetU, 

ARDU, L. arduus, 

ARE, du L. area, surface, d'où vient aussi 
aire (v. c. m.) et le dérivé aréal. 

ARÉAL, voy. are et aire, 

ARÈNE, L. arcna; arêneuœ, L. arcnostis. 

ARÊTE, prov. aresta, du L. arista, barbe 
d'épi, employé déjà par le poète Ausone pour 
arête de poisson — D. arêtier, 

AR6ANEAU, it. arganello, dim. de it. ar- 
gano, vindas, cabestan. Il est diflîcile d'y mé- 
connaître le lat. organum, engin, instrument, 
pour la forme; cependant Diez admet que l'on 
ait emprunté fo dernier sous l'influence de 



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ARL 



29 — 



ARM 



lat. ergota (cabestan), moy. lat. argata (annu- 
lus crassior). Storm (Rom. II, 328) y voit 
plutôt iino transformation du celtique ^rarancw 
= gr. ykpavoi (grue), transformation amenée 
peut-être par le souvenir de organum. Aussi 
bien dit-on de même organeau p. arganeau, 

ARGENT, L. argenium, — D. argentier, 
erie; verbe argenta^; argentin; argentosus, 
argenteux, 

ARGILE, L. argilla (5/>ytAAo«); argileiix, L. 
argillosus. 

1. ARGOT, langage des voleurs, vocable 
d'origine encore inexpliquée ; on a voulu y 
voir une altération de l'it. gargo (fr. jargon), 
ou un dérivé du L. argutari, disputer (en 
wallon argoter). Cette dernière étymologie 
est fortifiée par le virallon argote, rusé, malin 
(L. argiUus). Diez rappelle, pour le radical, 
le vfr. arcage = langage, dialecte, que l'on 
rencontre dans Gui de Bourgogne («en arcage 
grezois «). 

2. ARGOT, branche morte, voy. ergot. — 
D. argoter, 

ARGOUSIN, voy. aJguasil, 

ARGUE, t. d'arts et métiers, certaine ma- 
cliine des tireurs d'or ou d'argent, s'explique 
parfaitement par L. organum, instrument, 
outil, d'où aussi it. argano, cabestan (v. pi. 
h. argafieau). Argue serait donc une forme 
variée de orgue; l'o tonique changé en a se 
trouve aussi dans dame de domina ; cp encore 
arpat7/cur,prononciation vulgaire pour orpaiV- , 
leur, — D. arguer, 

1. ARGUER (trissyllabique) , contredire, 
accuser, argumenter, raisonner, it. arguirc, 
csp. poi't. prov. argiiir, du L.ar^«erc (comme 
statuer de statuere). Anciennement, arguer 
signifiait tancer, attaquer, invectiver, harce- 
ler, aiguillonner. Il se peut très bien que le 
primitif du verbe, dans ses anciennes accep- 
tions, soit, comme l'affirme Littré, plutôt ar- 
gutare (= répéter sans cesse) que arguere, 
mais je ne vois pas que la phonologie refuse 
ce dernier et que arguer, venant de arguere, 
réclame nécessairement au présent f argue 
(prononcé arghe) au lieu de arguë, que pré- 
sentent les textes. Il no faut pas perdre de 
vue que le verbe arguer, du moins dans les 
applications modernes, est d'introduction sa- 
vante, et qu'il n'y a pas lieu d'insister sur Yti 
de arguere, comparé à Yû de argutare. 

2. ARGUER (pron. argher), voy. argue. 
ARGUMENT, L. argumentum (arguo). — 

D. argumenter, L. argumentari. 

ARGUTIE, forme savante, qui a supplanté 
le vfr. arguée; du L. argutia. 

ARIDE, -ITE, L. aridus, ariditatem. 

ARIETTE, voy. air. 

ARISTOCRATIE, gr. àpcffToxpaTcfx, gouver- 
nement des meilleurs (â/strroi). — D. aristo- 
crate, -tique. 

ARrràfÉTIQUE, gr. à/^i^/Ayjrtxo,', qui se 
rapporte au calcul [xp^iioi nombre, verbe 

ARLEQUIN, dans le sens actuel du mot, de 
rit. arhcchino. Mais celui-ci d'où vient-il? car 



il n'est pas né sur le sol italien. Représente- 
t-il originellement, comme certains pensent, 
le vfr. hellequin ou hierlequin, si souvent 
employé par les écrivains du moyen âge pour 
désigner le diable? - Tout éloigné qu'il est 
par son caractère du hellequin primitif, dit 
Gachet, arlequin a pourtant conservé l'accou- 
trement des farces du xiv* siècle : son masque 
noir annonce bien un fils de l'enfer et son 
vêtement composé de pièces jaunes, rouges et 
noires ne rappelle pas moins bien les flammes 
au milieu desquelles il se trépignait en tour- 
mentant les damnés n . Quant à hellequin (dont 
le Dante a fait alichino), son et. reste encore 
à trouver; les conjectures mises en avant jus- 
qu'ici ne donnent aucune certitude. La fac- 
ture du mot accuse une origine flamande. 
Aussi Mahn ramena harlequin, en détachant 
le suffixe diminutif kin, à l'ail, harl, variété 
de Karl (Charles), et s'appuie des expres- 
sions QiL2Xo^e&Pete>nnannchei%,Hûnneschen, 
Heinselmànnchen, toutes employées pour 
désigner des esprits familiers ou lutins. 
Comme on trouve aussi hennequin p. helle- 
quin, je prendrais volontiers cette forme pour 
la première et elle nous fournirait la repré- 
sentation néerl. de l'ail, hànschen, dim. do 
hans, qui est aussi le premier terme de l'ail. 
hanswurst (arlequin). — Weigand considère 
hellekin ** groupe aérien d'esprits se combat- 
tant avec bruit», comme le diminutif néerlan 
dais hellekin, petit enfer. — Génin (Varia- 
tions du lang. franc.) met ar^ian en rapport 
avec le cimetière d'Arles ou alescamps, dont 
le vulgaire aurait fait le nom d'un fantôme, 
toujours suivi d'une compagnie qui bruyait 
dans ce cimetière, — Nous rapportons encore, 
pour mémoire, l'explication donnée dans le 
dictionnaire de Dochez : »* Du vieux germa- 
nique erle, ou elle, aune, et kiTig, roi, roi des 
aunes et des fantômes qui habitent dans les 
bois. Cette opinion des fantômes et des fées 
germaniques se fondit avec celle de la danse 
des morts illustres, tombés autour de la ville 
d'Arles, dont le chef était enveloppé d'un 
manteau rouge et noir. Ces rapports de cos- 
tume avec le bouflbn italien amenèrent une 
complète tran.sformation des arlequins qui 
avaient efiï*ayé le moyen âge. » 

ARME, L. arma (plur.). Four le terme hé- 
raldique armes, cfr. en edlomand loaffe et 
wappen ; les annes sont la reproduction de 
l'écu avec ses blasons. — D. armer (L. armare), 
pourvoir d'armes ou mettre sous les armes, 
équiper un vaisseau ; garnir, munir ; armoier*, 
blasonner, d'où ai*moirie (cp. plaidoirie de 
plaidoger). 

ARMÉE, force armée, BL. armata (armare), 
it. armata, esp. -ada; angl. army. 

ARMBTilNE, du BL. armelinus = armeni- 
nus; voy. hermine. 

ARMER, voy. arme. — D. armaieur, ar- 
mature (mots savants), armure. — C. désar- 
mer. 

ARMET, p. almet, it. almete, angl. helmet; 
diminutif de healmc, halme, elme, aiy. 
heaume. L'absence d'ime forme almet dans les 



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ARR 



— 30 — 



ARR 



vieux textes fait incliner Littré pour une dé- 
rivation de arme. 

ARMTTiLKS, L. armiUa, bracelet. 

ARMISTICE, L. armistitium\ mot nouveau 
forgé, d'après l'analogie de solstitium, do 
arma et stare; cfr. le terme allemand toa/fen- 
stiUstand. 

ARMOIRE, armaire*^ vît, almaire^ au- 
maire ^ angl. almery, ambry^ a\\em. aimer; 
du L. armarium^ buffet, armoire (de arma 
dans le sens d'ustensiles). 

ARMOIRIB, voy. arme. — D. armorier, 
armoriait armoriste» 

ARMOISE (vulg. herbe de la Saint-Jean), L. 
artemisia. 

ARMOISIN, taffetas peu lustré, it. erme- 
sino, BL. ermesinuê) d'origine inconnue. 

ARMON, pièce du train d'un carrosse où 
s'attache le gros bout du timon, soit du L. 
ariemon (dans la basse latinité «■ timon), soit 
du L. armia, jointure, embolture. 

ARMORIER, voy. armoirie. 

ARMURE, voy. armer. — D. armurier, 
d'où armurerie, 

AROME, du L. aroma, gén. aromatis (gr. 
âpat/i», épice, herbe odoriférante), d'où pro- 
vient aussi la forme aromate. — D. aroma- 
tigue, aromatiser. 

ARONDE, voy. hirondelle. 

ARPÈGE, de Tit. arpeggio, subst. verbal 
de arpeggiare, fr. arpéger, pr. jouer de la 
harpe (it. arpa). 

ARPENT, prov. arpen. Pour le< final, cp. 
l'ancienne orthographe française chambel- 
lant, païsant (angl. peasant), tirant (angl. 
tyrantj, faisant et l'ail, pergament, parchemin 
comparé à l'it. pergamena. Du L. arepennis, 
que Columelle 5, 1 , 6 cite comme une expres- 
sion gauloise équivalente à un semijugerum. 
— D. arpenter. 

ARQUEBUSE, it. arcobugio, archibuso. 
L'étymologio arcus, arc, et biigio, buso, 
percé, donc « arc percé » , n'est guère admis- 
sible. Se fondant sur les formes harquebuse 
(wall. harkibuse) et kacquebute, Grandga- 
gnago et, d'après lui, Diez font venir le mot 
de l'ail, hakenbiichse,* ûtim. haeck-but/se, c. 
à d. arquebuse à croc, dont on appuyait 
l'extrémité sur une fourche. Orandgagnage, 
toutefois, ne condamne pas absolument l'cx 
plication arc-à-buse, c. à d. arc lançant dos 
traits au moyen d'un tube, l'arquebuse étant, 
en effet, à son origine une sorte d'arbalète. — 
D. arquebusier, arquebuser. 

ARQUER, voy. arc. 

ARRACHER, vfr. esrachier, esragier, ara- 
chier, prov. esraigar, araigar, du L. em-ra- 
dicare, avec changement du préfixe, comme 
àBXtëameiuîer de emendare. Pour la terminai- 
son de ces verbes, nous rappelons fr. pencher, 
prov. pengar^ du lat. pendicare, revancher 
«=a revengor. 

ARRAISONNER, vfr. araisnier, adross<»r la 
parole; do raison, dans l'anc. sens de proj>os, 
parole. 

ARRANGER, voy. rang. 

ARRÉRAGE, voy. arrii^e. — D. arrérager. 



ARRATER, arester', comp. de a et de res- 
ter; c'est tout bonnement le factitif de rester, 
signifiant faire rester, entraver la marche, 
fixer, clore (une délibération); subst. arr^ 
(esp.it. an'esto), et arrêté, jugement, résolu- 
tion. L'étymologio par gr. àptirov, rt^lution, 
invoquée parfois jxjur amH, est inadmissible ; 
la ressemblance de sens et de forme est for- 
tuite. 

ARRHES, vfr. erre, du L. arrha. — D. 
arrher. 

ARRIÉRE, vfr. arère, prov. areire, de la 
combinaison barbare ad-retro, comme derrière 
vient de de-rctru. — D. arriérer (esp. arrc- 
drar), arrérage (prov. arey rages). 

ARRIÉRE-BAN. Ce mot, quoique très an- 
cien, parait s'être formé par l'effet d'une feusso 
interprétation du BL. haribannnm, ariban- 
num =» ail. heer-bann (convocation de l'ar- 
mée), d'où aussi vfr. arban, herban (citation 
pour aller en guerre ou pour faire les corvées). 
Toutefois, d'Arboisde.hibainville(Rora.1, 141) 
refuse au mot bas-latin l'étymon vha. Jiariban, 
celui-ci n'étant point constat*^; selon lui, il 
remonte à la i)ériode franco-mérevingienne et 
représente charebannus [ck franc est l'équiva- 
lant de h des autres langues germaniques). 

ARRIMER, arranger la cargaison d'un bâti- 
ment, altération de vfr. arrumer, esp. arru- 
mar. Or, ce dernier dérive du subst. vfr. rum, 
fond de cale, lequel représente le ni. ruim, 
ail. rtim, aiy. raiim, osj)aco (en termes de 
marine : entrciK>nt), angl. room, — Arri- 
mer répond i>our le sons à ail. einrûumcn, 
emménager (des meubles). 

ARRISERetRISER toutcourt, t. de marine; 
du vha. risan, arrisan, tomber. 

ARRIVER, L. adriparc, prepr. toucher la 
ritye (comp. aborcUn', de bord). Le mot a géné- 
raliste son .sens en celui d'advenire. — D. ai^i- 
rage, arrivée; mcs-arriver. 

ARROGHE, irrégulièrement formé du L. 
atripïicem, m. s. ; it. atrepice, wallon aripe; 
on trouve en vfr. arasche (Wright, Vocab. , 
p. 141); l'angl. dit orocA. 

ARROGANT, -ANGE, L. arrogans, -antia 
(arrogare). 

ARROGER (s), L. ar -rngare sibi, demander 
pour soi, s'approprier. 

ARROI, voy. sous agrès. 

ARRONDIR, factitif de rond. — D. arron- 
dissement (comparez, i>our le sens de cir- 
conscription administrative, l'expression ana- 
logue cercle). 

ARROSER, prov. arrosar; le verbe, à l'état 
simple, sans le préfixe, n'existe pas dans la 
langue d'oïl, mais bien dans l'esp. rociar et 
le catalan rv^ar. Quant à ces dernières for- 
mes, Diez y voit des dérivés du L. roscidus, 
en alléguant limpiar de limpidiis ; mais il ne 
nous est [)oint démontré que les formes fran- 
çaise et i»rov. roser et rosar, et les formes 
rociar et ruxar se correspondent. Je ratta- 
cherais volontiei*s roser ou arroser aux verbes 
latins rorare ou adrorare, mais la permuta- 
tion de r et s (cp. les mots besirJr, chaise, 



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ART 



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ASl» 



poussière) est relativement trop moderne 
pour l'admettre ici, bien qu'elle fût particu- 
lièrement motivée dans notre cas par le désir 
d'éviter le concours de deux syllabes com- 
mençant par un r. Il vaut donc mieux, 
pour rosar et roser, admettre une dérivation 
directe du L. vos. — Le subst. verbal do ces 
verbes est respectivement rociada, riixada, 
rosada, fr. rosée, it. rugiada. 

ARS, t. de vétérinaire, le pli qui se remar- 
que à la réunion de la poitrine et du membre 
antérieur du cheval. Cachet le rattache au L. 
arca, coffre : il rappelle que dans plusieurs 
langues la poitrine est exprimée par un terme 
signifiant coffre, creux ; cp. esp. arcaSy les 
flancs, le cireux qui est au-dessous des côtes, 
angl. chest^ it. casso, cassero, thorax. Papias, 
en parlant du thorax, dit : « quam nos arcam 
dicimus, quod sit ibi arcanum », Diez oppose 
que ars ne désigne pas la poitrine, mais un 
joint, et rapporte le mot à L. amii«,jointure; 
Littré y voit une comparaison des deux mem- 
bres de devant du cheval avec un arc et s'en 
tient à arcus; d'autres établissent pour pri- 
mitif le latin artus, [articulation. — Dans 
tous les cas, Vs final est un reste de l'ancien 
nominatif, comme dans fils, rets, fonds. 

ARSENAL, it. arjtanà, arsenale, grec du 
moyen âge ipnv&Xvn ; ces vocables, auxquels 
se joignent it. darsena, partie séparée d'un 
port, fr. darse et darsine, viennent de l'arabe 
ddr çanah, persan tarsanah, maison de tra- 
vail, atelier de constniction. Arsenal paraît 
ainsi avoir sonné d'abord darsenal. Cependant 
Devic dit que, dans les formes sans l'initiale rf, 
le mot représente l'arabe as-sin(Va, qui se dit 
d'un arsenal maritime. 

ARSEMIG, du L. arsenicum (ùp<tiTnr.6vt pr. 
le métal mâle). On trouve en vfr. la forme 
correcte arsoine. 

ART, L. ars, artis; le mot latin signifiait 
dans la basse latinité aussi instrument, engin. 
— D. artiste. 

ARTERE, L. arteria (ipTnplx). 

ARTÉSIEN (puits), du BL. Artesia, fr. 
Artois, province où ces puits ont été établis 
en grande quantité. 

ARTICHAUT, de l'ital. articiocco, ail. ar- 
tischoke. L'étude qu'a faite M. Dozy expose 
que l'arabe ardhî-chauki (litt. terreux-épi- 
neux), loin d'être l'original de l'it. articiocco, 
en est plutôt la reproduction, favorisée par un 
rapport de son avec deux adjectifs que l'on a 
trouvés convenablement applicables à la chose; 
qu'il a été introduit en Syrie, où seulement 
on le trouve en usage à la suite des relations 
de ce pays avec l'Italie ; que le vrai et ancien 
mot arabe pour artichaut est harsjef, ou 
charsjof, et que c'est de là que proviennent 
les formes esp. alcarchofa, alcachova, port. 
alcachofra et l'it. carcioffo; enfin que car- 
cioffo s'est transformé en arciocco (forme citée 
par Dodoens), qui à son tour serait devenu 
articiocco, — Devic (Journal a.siat. , janv. ] 862, 
p. 83), explique articiocco par une corruption 
du gr. rà ctpruTixà, ** têtes d'artichaut «. 

ARTICLE, L. articnlus, dimin. do artnSj 



joint. Le môme mot latin a donné régulière- 
ment orteil (v. c. m.), anc. arteil. — Dérivés : 
articulare, articuler ; -Sit\o, -atiœi ; -avis, -aire; 
in?^rticulatus, inarticulé, 

ARTIFICE, L. artificium. — D. artificier ; 
artificialis, artificiel ; -osus, -eux, 

ARTILLER% munir d'engins (de là le terme 
de marine artille), du BL. artillum (dimin. 
do ars dans le sens d'engin). — De là : subst. 
artillerie, l'ensemble des engins, subst. artil- 
leur, anc. qui dirige l'emploi des engins, et 
enfin l'ancien adj. artilleuœ, aiiificieux, rusé. 
Pour le rappoit entre art et artillum, cp. 
engin, ingénieur et ingénieux, de ingenium. 
Comme engigner, notre verbe arliller a 
signifié aussi user d'artifice. En prov., on 
trouve artilha dans le sens de redoute. 
ARTILLERIE, voy. le mot précédent. 
ARTIMON, L. artenio (ipriyoiy). 
ARTISAN, it. artigiano, esp. artesano, 
dérive direct, d'un adj. artitianus formé du 
part, artitus, habile (« bonis instructus arti- 
bus r> Festus). C'est de la même manière que 
partisan s'est produit de partitus. Selon Flc- 
chia (Postille etimol. 13), la finale française 
isan ne représente pas un type itianus, mais 
une combinaison de -ensis (= is) + -anus 
(ea an\\ de même ^BXis partisan. 

ARTISON, vfr. artuison, insecte rongeur. 
Voici, d'après Bugge (Rom. IV, 350), l'his- 
toire de ce mot : Lat. tarmitem, devenu tar- 
mita, a donné tarte, d'où par aphérèse arte et 
artre (forme ancienne fréquente); de là un 
composé arie-toison, devenu artoison, -uison, 
-lison^ -ison, toutes formes constatées. Je ne 
trouve dans Godefroy que artre et l'adj. artui- 
sonneux au sens de tineosus. 

ARTISTE, BL. artista, dérivé do ars, artis. 
— D. artistique. 

AS, it. asso, angl. ace, du L. as, mot dési- 
gnant l'unité. 

ASBESTE, gr. 5»Scttoç, qui ne se consume 
pas au feu, litt. inextinguible. 

ASCARIDE, L. ascaris, -idis (à^xacCt). 

ASCENDANT, L. ascendens, part, de as- 
cendere, monter, d'où l'ancien verbe franc. 
ascendre (angl. asce)ià), qu'on a eu tort 
d'abandonner. — D. ascendance. — L. asccn- 
sio, ascension, d'où ascensionnel. 

ASCÂTE, gr. à«i»Tiï§, qui s'exerce. — D. 
ascétique ascétisme, 

ASILE ou ASTLE, L. asylum (a^ulov, lieu 
inviolable). 

ASPE (aussi a^ple), it. aspo, dévidoir, du 
vha. haspa (ail. mod. haspet), m. s. 

ASPECT, L, aspectus, de aspicere, regar- 
der. 

ASPERGE, L. asparagus (ividipxyoi). 

ASPERGER, vfr. asperdre, de aspergere 
(comp. de spargere). — Aspersio, aspersion ; 
aspersorium*, aspcrsoir. 

ASPÉRITÉ, voy. âpre. 

ASPHALTE, L. asplmltus (^T^alro,-). * 

ASPHODÈLE, gr. àioàhiUi. Dans l'ancienne 
langue, le nom de cette plante se présente sous 
les formes asphrodille, afrodille (Palsgrave); 
v. angl. affadill, auj. daffodill. 



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ASS 



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ASS 



ASPHTXIK, gr. à^fv^U, absence de pulsa- 
tion (tfvitiy, battre, en parlant du pouls). — 
D. asphyxier, 

1. ASPIC, plante (lavandula ^pica), p. es- 
pic, du L. spicum, dit par métaplai^me pour 
spica. 

2. ASPIC, serpent, L. aspis, -(dis, gr. 
à'ncii\ le prov. a aspis et aspic, l'esp. et le 
pfirt. aspid, Tit. aspide. Le c final de la 
forme provençale est resté en français ; et je 
croÎH que le prov. aspic vient d'un diminutif 
àrxlèiov, cp. dans cette langue fastic (L. £as- 
tidium), aloc (L. allodium) et autres mots où 
k c est un efict de Yi palatal de la terminaison 
ium. La vraie forme française est le vît. aspe, 

3. ASPIC, t. de cuisine, plat composé de 
viande ou de poisson froid et de gelée. D'où \ 
De la loc. •» être froid comme un a^pic « ? se 
demande Littré. 

ASPIRER, L. a-spirarc; — D. aspirant, 
aspiration, aspirail. 
ASBATTiLÏR, L. as-salire. 
ASSADUR, fact. de sain, — D. assainisse- 
ment. 

ASSAISONNER, propr. rendre convenable 
à la saison (v. c. m.), puis porter qqch. à son 
point voulu, enfin accommoder convenable- 
ment (cp. ail. surechl machen), rendre plus 
agréable. L'idée de saison a fini, comme on 
voit, par s'eflacer entièrement. 

ASSASSIN, subst. et adj., vient de l'arabe 
ha^chischin, qui est le nom d'une secte reli- 
gieuse dont les adhérents ont fait vœu de 
c^>mmcttre tout meurtre qui leur serait or- 
donné par leur chef (appelé le seigneur de la 
montagne, sch^ch algabal), en s'enivrant à 
cet effet d'une boisson préparée avec le chan- 
vre {haschisch). Le nom de ces sectaires est 
dans la suite devenu synonyme de meurtrier 
soudoyé. — D. assassiner, assassinat, 

ASSAUT, it. asalto, BL. assaltus, subst. 
verbal du BL. assaltare, vfr. assauter, fré- 
quent, de as-salire, fr. assaillir. 
ASSÉCHER, factitif de sec (v. c.'*m.). 
ASSEIDBLER représente une forme latine 
assimulare, dérivée de l'adv. simul, en même 
temps, à la fois ; assembler, c'est faire venir ou 
mettre ensemble (v. c. m.). Dans l'ancienne 
langue le verbe signifiait combattre (cp. jou- 
ter àc JHxta. — D. assemblée, assemblage; 
de'sassembler, rassembler. 

ASSBlASR, dans l'ancienne langue, signifiait 
diriger ; le mot n'est resté cpie dans la locu- 
tiod assener un coup. 11 vient de sen, sens, 
dii-ection, qui est aussi le primitif de forsené', 
forcené. 

ASSENTIR*, vieux verbe fr., du L. as-sen- 
tire; il nous en est resté le subst. assentiment. 
Il est curieux do remarquer à côté de la ter- 
minaison iment, dans assentiment, ressen- 
timent, celle en emefit dans consentement. 
Les anciens employaient, du reste, la forme 
noriHale assentement. 

ASSEOIR. Le verbe seoir (pron. soir), 
ane. scdeir, sëeir, seoir, représente le L. «c- 
drre (cp. veoir, voir, de viderc) ; asseoir, le 
composé assidrre. Seulement, le eomi>os 



français est actif (= poser, fixer i, tandis que 
le terme latin est exclusivement neutre (être 
assU). La langue d'oîl avait aussi la forme 
assire, qui répond à un primitif latin assi- 
drre. Le participe assis reproduit le L. asses- 
sits {cp. pris de presits p.prensus"^. C'est de ce 
participe cusis que vient le subst. assise, 
assemblée, séance de juges, puis, par exten- 
sion, le jugement porté par eux, ou bien aussi 
imposition, taxe décrétée par l'autorité. Le 
sens primitif et matériel du mot reparait dans 
assise signifiant couche de pierres. — Com- 
posé : rasseoir, rassis, 
ASSERMSNTER, lier par serment. 
ASSERTION, L. assertio, subst. de asse- 
rere, prétendre, afiîrmer. 

ASSERVIR; factitif de serf, conune assu- 
jettir de sujet. Cette étymologie fait compren- 
dre la différence de conjugaison qui se remar- 
que entre asservir et sertir. Le latin o^^errtre 
n'avait qu'une signification neutre. 

ASSESSEUR, L. assessor (de assidere, s'as- 
seoir auprès) ; l'allemand a imité le terme latin 
par le mot beisitzer. 

ASSEZ, pr. assois, it. assai, de l'adverbe 
composé L. ad'Satis, assatis (cfr. pour la 
finale es, L. am atis et fr. aimes). 
ASSIDU, -ITi, L. assiduus, -Uas (assidere). 
ASSIÉGER se rapporte à siéger (voy. siège, 
comme le mot latin assidere, qui a le même 
sens, au primitif sedere. Jadis on disait plu- 
tôt asseoir une ville. 

ASSIETTE. Les diverses significations pro- 
pres à ce mot dans la langue ancienne et mo- 
derne, jointes à sa similitude avec la forme 
verbale assiet, assied, font difiicilement renon- 
cer à la supposition d'un rapport étymolo- 
gique avec le verbe asseoir, lat. assidere. Je 
disais dans ma dernière éd. que ce rapport 
ne se laissait établir, à moins de violenter 
la phonétique, qu'en partant d'une forme ty- 
pique imaginaire, c'est-à-dire non constatée' ; 
le fréquentatif asseditare, tiré d'un supin bar- 
bare seditum pour sessum. Ce type, disais-je, 
nous mènerait naturellement à un infinitif 
prov. asetar, fr. aseter, assieter, et au sub- 
stantif verbal assiette, en invoquant l'analogie 
de pedito (-onis) devenu piéton et de peditare 
(dérivé do peditus) devenu petar, péter. Il 
expliquei-ait également, continuais-je, l'espa- 
gnol et le prov. sentar, asentar, it. sentare 
et assentare, vieux fr. assenter = asseoir, 
qui se l'apporterait à seditare comme renta, 
rente à reddita (1). Dans mon hypothèse d'un 
supin seditum (ce barbarisme ne serait pas 
plus étrange que le premitum pour près» 
sum,, auquel l'on doit imprenta et emprei>tte), 
je prétendais que les déductions que j'en 
tirais ne soulèveraient aucune difficulté sé- 
rieuse, tandis qu'il y en a de très graves 
à voir avec Littré, au fond du mot assiette, 
un thème siet, répondant à L. situs. D'abord, 

(1) Diet voit dans ces formes des dérivations du parti- 
cipe présent sfdeiitein, mais la lettre s'y oppose, À c« 
qu'il me semble ; en français la marche : sedtntar^, 
si^tttrr. santet', pourrait être admise sur Tanalotne de 
ctedentare-créanter -cranter, grantfr. mais en est-il de 
mt^me pour les lanini^s du Midi f 



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ASS 



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ASS 



on ne connait aucun exemple d'un t bref 
latin se francisant par te; puis la citation 
du Recueil de Tailliar, dont s'appuie l'auteur 
du Dictionnaire de la langue française : un 
jour con i a siet, prouverait au contraire, à 
cause de l'emploi actif de ce participe siet, en 
faveur d'un participe seditus. Aujourd'hui, 
grâce au Dictionnaire de Godefroy, il est per- 
mis d'abandonner le terrain conjectural, et 
de fonder sur le vfr. asseter, assetter = 
asseoir, placer, disposer, dont ce dict. nous 
donne de nombreuses preuves, l'étymologie : 
assiette f subst. verbal fém. de assetter (la 
diphtliongue te en syllabe tonique est de 
r^le). D n'y a que pour l'acception « plat »» 
qu'il peut encore rester quelque doute (v. pi. 
loin). — Mais nous avons, à propos de la 
famille du L. sedëre^ encore d'autres formes 
romanes à débrouiller. L'espagnol sitio (place, 
siège) est, selon moi, le substantif verbal 
de sitiar (composé : asitiar, prov. asetiar^ 
asetjar). Ce sitiar, je serais disposé à le rame- 
ner à un type sitiare, formé de situs, comme 
acutiare^ captiare, tractiare^ etc. de acutus, 
captiis, tractuSy si ce procédé de dérivation 
verbale, fort usuel en roman, ne se produisait 
pas en espagnol par un simple s iaguzary 
casar, trazar). Cette dernière circonstance 
m'engage à me rallier à Diez, qui conjecture 
pour primitif des formes en question (voyez 
son article sitio) le vieux haut-ail. sisan, 
vieux saxon sittian (sedcre). — Le provençal 
assestar (placer, asseoir) et l'italien assestare 
(actif = arranger, ajuster, neutre = seoir, 
convenir) ne reposent pas, comme le pense 
Littré, sur une mixtion du supin sessum avec 
situSt, mais iU ont pour type assessitare, dé- 
rivé de assessum, assessare (le simple sessi- 
tare est, comme on sait, classique). C'e.st ainsi 
que laxum, supin secondaire de tagere*^ tan- 
gère, a produit iaxitare, d'où it. tastare, prov. 
tastar, fr. tâter. — Jusqu'ici, nous avons su, 
sauf la forme sitiar, nous accommoder du 
primitif sedere, soit par sedittim ou par ses- 
sttm. En sera-t-il de même à l'égard de l'ita- 
lien assettare, ajuster, agencer, disposer, 
asseoir, châtrer? Je ne le pense pas. Le double 
t, d'après les règles de formation italienne, ne 
permet point d'y voir une simple modification 
formelle de asetar ou de asestar traités ci-des- 
sus; et malgré la conformité de son et la 
coïncidence des significations, il faut lui 
chercher un autre original. Or, la facture du 
mot appelle nécessairement ossectore, fréquen- 
tatif de as-secare, couper pour chacun et 
pour chaque chose dans les proportions vou- 
lues, diviser par justes parts, répartir, arran- 
ger, placer, asseoir convenablement, assigner, 
fixer. Arrangement, disposition, placement, 
sont des idées qui découlent naturellement 
de couper, diviser, et d'ailleurs le sens châ- 
trer vient en surplus corroborer cette étymo- 
logie, que je ne fais que reproduire après 
Diez. — Et maintenant, pour en revenir à 
assiette, point de départ de ce long article, ne 
vaut-il pas mieux, pour l'expliquer, laisser là 
le type asseditare, assigner au mot français la 



même origine qu'à l'italien assetto, agence- 
ment, ordre, et le faire passer par la même 
filière idéologique : couper, diviser, répartir, 
arranger, asseoir, placer à table? Pour la 
lettre, nous aurions pour nous le mot disiette*, 
disette de disecta (retranchement de vivres), 
et pour le sens, la conception primordiale 
« tailler » ne perce- t-elle pas encore dans le 
terme assiette (taille, répartition) des impôts, 
puis dans l'expression usuelle en termes d'eaux 
et forêts : Vassiette des ventes [on marquait les 
bois à vendre en les entaillant), et enfin dans 
l'emploi du mot assiette désignant le plat sur 
lequel on sert ou on mange, et au sujet duquel 
il me reste encore quelques mots à dire. 
Assiette = vaisselle plate, peut être une mé- 
tonymie de assiette = service, mets (ce qui 
est mis sur table), mais l'inverse est égale- 
ment possible, et plus probable (comparez les 
termes fr. plat et angl. disk = mets). Dans 
les deux cas (l), il peut y avoir au fond l'idée 
de trancher les viandes (il faut les trancher 
avant de les servir), et dans le deuxième, on 
est involontairement i*appelé à nos vieux mots 
tailloir et tranchoir, à l'it. taglière, esp. ial- 
1er, ail. teller. On le voit, je reste dans l'indé- 
cision pour ce qui concerne le mot assiette : 
l'élément secare paraît y avoir autant de droit 
que sedere. 

ASSIGNER, vfr. assister, assener, du latin 
assignare. 

ASSIMILBR, L. assimilare (similis). 

ASSISE, voy. asseoir. 

ASSISTER, L. ad-sistere. — D . assistance, 
1. présence, aide, secours; 2. ensemble des 
personnes présentes. 

ASSOCIER, L. adrsociare (socius, compa- 
gnon). 

ASSOLER, de sole (v. c. m.). 

ASSOMBRIR, rendre sombre. 

ASSOMMER, selon les uns, de somme ==s 
L. somnus; assommer, qui s'employait autrefois 
en eifet pour assoupir, serait ainsi employé 
métaphorrquement pour tuer, comme l'expres- 
sion « in soporem collocare » dans Planta, 
Amphitr., 1, 147; selon d'autres (Ménage et 
Diez), de somme, fardeau (v. c. m ), do ma- 
nière que assommer serait propr. accabler 
sous la pesanteur d'un poids. Nous tenons la 
dernière explication pour d'autant plus accep- 
table que le verbe signifie aussi fatiguer, 
afiliger. Cependant, l'ancienne acception « me- 
ner à fin w qui, ainsi que celle de « énu- 
mérer », se rattache à « summum, summa », 
engage à admettre ce dernier primitif aussi 
pour le sens u tuer ». — D. assommoir, 

ASSOMPTION, L. assumptio, substantif de 
assumere, prendre à soi. 

ASSONANT, L. ad-sonans. — D. asso^ 



(1) L'emploi du mot afisifitte pour vaisselle plate, 
d'après les citations de M. Littré, ne paraît remonter 
qu'au x\iv siècle. Cela parle en faveur de l'antério- 
rité du sens mets, service. — Godefroy ne cite qu'un 
seul ex. de assiecte^ où ce mot revient plusieurs fois dans 
cette liaison . «• une chainture a assiecies d'argent et de 
perles »; il traduit parplaqvte; j'y vois plutôt la valeur 
- pièce, parcelle »-. 



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AST 



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ATI 



ASSORTIR, V. act. , mettre ensemble selon 
les sortes, assembler d'une manière conve- 
nable, pourvoir un magasin de diverses sortes 
convenables; neutre, être de môme sorte, 
convenir; de sorte {y. c. m.). — D. assorti- 
ment; désassortir. 

ASSOTER, factitif de sot, comme affbl4fr 
de fbl; cps. rassoter, 

ASSOUPIR, du L. sopire, endormir (rac. 
QOP, d'où sopnus', somnus). 

ASSOUPLIR, rendre souple. 

ASS OURDI R, rendre sourd. 

ASSOUVIR a lair d'être une forme variée, 
adoucie {p en r), de assoupir ; le latin sopire 
signifiait également calmer, apaiser. Cepen- 
dant, cette étymologie pourrait n'être que 
spécieuse. Diez, dans la 1" édit. de son dic- 
tionnaire, dérive le mot du goth. ffasôtlyati, 
rassasier ; le fait de l'élision de la dentale et 
de son remplacement par un v euphonique se 
rencontre aussi dans pouvoir pour podoir 
(prov. poder). Mais, dans les éd. suivantes, 
pour rester dans le domaine latin, il a préféré 
identifier assouvir avec vfr. assouffir, satis- 
faire, contenter, qui vient du latin sufficere, 
bien que le changement de ff'en v soit insolite. 
Littré, insistant en outre sur les anciennes ac- 
ceptions parfaire, accomplir, pense qu'il peut 
y avoir eu confiision en un seul des deux 
verbes : assopire (satisfaire la faim, l'assou- 
pir) et assufficere, suffire, satisfaire, achever. 

ASSUJETTIR, factitif de sujet . 

ASSUMER, prendre sur ou pour soi, du L. 
assumere. 

ASSURER, vfr. asseffurer, asseiirer, L. 
assecurare. — Cps. rassurer. 

ASTELLE (on dit plus souvent attelle), 
lame de bois, du L. astella, p. astula, frag- 
ment de bois, ais, bardeau. L'étymologie has- 
tella, dimin. de hasta, lance (Littré), no con- 
vient pas au sens. 

ASTER, plante, du grec àttr^p, étoile, qui 
est aussi le primitif de astérie, astérisme, 
astéroïde, astérisque (àurtplnoit petite étoile). 

ASTHME, vfr. asme, esp. it. prov. asma, du 
grec affâjna, respiration. — D. asthmatique, 

ASTIG, ou asti, instrument pointu des cor- 
donniers pour lisser le cuir ; subst. verbal de 
astiquer (v. c. m.). 

ASTICOTER, voy. astique7\ — D. asticot, 
ver que l'on pique à l'hameçon, pour prendre 
les poissons ; anc. «=■ irritiation ; cp. wallon 
asticote, contrariété, indisposition légère. 

ASTIQUER, employé familièrement tantôt 
pour toucher légèrement à une partie malade 
(rouchi), tantôt pour ajuster, parer (surtout 
au réfl. s'astiquer), tantôt pour frotter le cuir 
avec un polissoir pointu (voy. astic); dérivé 
de la racine germanique stech, stich, pic^uer. 
pointer. De là subst. astic (v. c. m.); le fréqu. 
asticoter (v. c. m.), pointiller, irriter, tour- 
menter (cp. l'ail, sticheln). 

ASTRAGALE, L. astroffolus (à^T/sàyaioç). 

ASTRE, L. astrum. — D. désastre (c(v. M. 
unstern), et malotru (v. c. m.). 



ASTREINDRE, L. ad-str ingère. — Du part, 
latin ostriHf/ens : fr. astringent, du subst. 
astrictio : fr. astriction. 

ASTROLABE, du gr. àirpôlato-^ (àvrpoXaeixov 

6p'/oLvov). instrument pour mesurer les dimen- 
sions des étoiles. 

ASTROLOGIE, gr. àirpoU/l^^ astrologue, 
àjTpoXôyoi ; 'ique, -i/o,-. 

ASTRONOMIE, gr. irrpovofiU ; astronome, 
ivrpovôijLOi ; 'ique -ixo;. 

ASTUCE, L. astutia. — D. astucieux. 

ATELIER. Le prov. atelier et esp. a^il- 
lero signifient un râtelier pour les lances et 
se rapportent à hasta. Diez pense (\\\'aielier 
est le même mot et que le sens actuel serait 
déduit de celui de « dépôt d'outils »». — 
D'autres y voient le BL. artillaria, boutique 
de travail (de artiUuta, outil, voy. artiUër), 
mais l'élision de IV fait difficulté. — Littré 
pense que le primitif e.^t attelle ou astelle, 
petite planche ; il s'agirait ainsi d'un lieu où 
l'on prépare les attelles ; en d'autres mots, un 
atelier de menuisier. Rônsch aussi part d'un 
type lat. astularium, lieu où il se fait des 
astulœ, des éclats de bois ou de pierre, donc 
lieu de travail, où l'on charpente, taille, etc. 
C'est peu plausible, bien que astula « éclat 
de pierre, soit constaté dans Vitruve (Archit., 
7, 6). — Enfin, feu M. le prof. J.-H. Bor- 
mans, de Liège, veut apparenter notre mot 
avec rit. attiUare, mettre en ordre, arranger, 
et avec l'expression wallonne en atileure, en 
ordre, en bon état, et ceux-ci avec l'ags. tilj'ai}, 
arranger, construire. — C'est cette dernière 
explication qui me sourit le plus ; seulement, 
au lieu d'alléguer l'italien, je rappelle le bon 
vieux mot fr. atiUier, arranger, ajuster, pi'é- 
parer, équiper, armer, d'où subst. atil, action 
à'atillêr, de préparer ce qu'il faut ; do là à un 
subst. atilier, atelier, lieu de travail, labora- 
toire, il n'y a pas loin. Reste û savoir l'origine 
de atillier = prov. atilhar, it. attillare, esp. 
atildar. Diez, qui ne connaissait pas notre fr. 
atillier, rattache, avec (juclque hardiesse, ces 
derniers verbes à un type attitulare, de titulus 
(it. titolo, esp. tilde) ^= le point sur l'i. 

ATERMOYER, recider le terme. Pour la 
terminaison dérivative oyer (= L. icare), 
cfr. tournoyer, flamboyer, rudoyer, etc. 
L'ancienne langue disait atermer. 

ATHÉE, gr. s-^jo,-.— D. athéisme. 

ATHÉNÉE, gr. «i^vaTov (de 'A^v»7, Minerve, 
déesse des sciences). 

ATHLÈTE, gr. ci^t»5T^;, combattant. 

ATINTER, ajuster, parer, attifer, anc aussi 
armer, éciuiper; vfr. atinteU, paré, attifé. L'ori- 
gine de ce vieux mot, synon. de atillier (voy. 
atelier), n'est pas encore tirée au clair. L'éty- 
mon le plus naturel, *attinctare, fréqu. do 
attingere, attouchcr, oflrc cela d'irrégulier 
qu'il suppose un supin iinctum au lieu do 
tactum; mais cette invf^ularité a de nom- 
breuses analogies et n'est pas plus cho((uant<î 
que celle qui îaït scditum do sederc ; pour les 
acceptions tirées de Tidéc foncière " toucher»', 
ce sont les mêmes que collch propras à l'an- 



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ATT 



35 



ATT 



cien adouber, « vêtir, armer, équiper, ajuster, 
soigner »», lequel on est d'accord à rattacher 
à un mot germanique signifiant toucher. J'es- 
père que mon' explication trouvera meilleur 
accueil que les tentatives faites par Littré à 
l'aide de vfr. tin «=■ tempe [atinter serait pr. 
orner la tète) ou du vfr. tin, pièce de bois. Rap- 
pelons encore comment les verbes tirer, tour- 
ner, dresser ont développé des significations 
analogues {voy. atour et attirer), — Littré (au 
Suppl.) signale le roumain atintar (pron. 
a-tsin-ta), fixer, attacher, dér. de tinta, clou, 
pointe. 

-ATION, terminaison reproduisant le latin 
'Otionem ; elle appartient, comme -ateur 
= L. -atorem, au domaine savant ; réguliè- 
rement la langue d'oïl en a feit aiso7i, 
oison, ison; ces finales ont survécu dans 
oraison, pâmoison, vfr. et angl. vcnison. L'a 
du latin est atone ; c'est ce qui explique sa 
conversion multiple en ai, oi et i. 

ATLAS, recueil de cartes géographiques ; 
cette signification a été donnée à ce mot en 
premier lieu par Mercator, par allusion à 
Atlas, le Titan, porteur de la voûte céleste. 

ATMOSPHÈRE, mot scientifique formé de 
àrfjLÔit vapeur, et (xfoûpa, globe. 

ATOMI, gr. ûrofjLoç indivisible (de ri/Avu, 
couper). — D. atomique, atomisme, -iste, -is- 
tique, 

ATONIE, gr. àrovloc, absence de teasion 
(rtlvoè, tendre). 

ATOUR, vfr. atom, parure, subst. verbal 
du vfr. atoumer, diriger, tourner vers, puis 
arranger, «guster, parer. 

ATOUT, de à tout, fort contre tout. 

ATRABILE, du latin atra bilis, bile noire, 
mélancolie. — D. atrabilaire, 

A 

ATRE, anc. a^tre, aistre, propr. le bas 
d'une cheminée garni de carreaux, de l'adjec- 
tif BL. astricus, qui a donné aussi le vha. 
astrih et l'ail, mod. estrich, pavé, plancher 
carrelé. Diefenbach rattache notre mot au 
L. asser, ais, solive, latte, planche. L'idée de 
pierre ne serait dans l'origine que l'accessoire. 
Diez pense que it. astrico et BL. astricus sont 
issus de l'it. lastrico, pavé, dalle, par l'aphé- 
rèse de l'initiale (prise pour l'article), et quant 
à lastHco, il le dérive du BL. plastrum 
(^ifx'jtXa'STpov, sol pavé, vfr. plaistre, ail. pflas- 
ter), 

-ATRE, dans blanchâtre, marâtre, etc., 
suffixe péjoratif ou afiaiblissant. représente 
L. -aster, danspatraster, surdaster. 

ATROCE, L. atrocem; atrocité, L. alroci- 
tatem. 

ATROPHIE, gr. irpofloc, pr. absence de 
nourriture, puis dépérissement. — D. verbe 
atrophier, 

ATTABLER, mettre à table. 

ATTACHER, it. attaccare, esp. atacar. Ce 
mot n'est qu'une variété dialectale de attaquer; 
cp. toucher et toquer. L'un et l'autre, ainsi 
que le terme contraire détacher, proviennent 
d'rfne racine teu;, qui se rencontre avec des 
significations variées aussi bien dans les 



langues germaniques que dans les idiomes 
celtiques, et dont le sens fondamontxil est 
« chose proéminente qui sort à fixer « ; la lo- 
cution s*attaquer à est, pour ainsi dire, iden- 
tique avec s'attacher à, entreprendre ; c'est 
d'elle que procède le sens actif du verbe atta- 
quer, cfr. l'expression grecque ScTtrtt^ui ti»o« ; 
attacher, c'est fixer à. L'étymologie attexerc 
est une bévue. — D. attache, attachement, 
rattacher ; notez encore le terme de couturier 
ou de passementier soutacher (d'oti soutache) 
pour sous-tachcr, Voy. aussi l'article tache. 

ATTAQUER, voy. attacher. Attaquer, dans 
son sons actuel, est venu, au xvi" siècle, se sub- 
stituer aux anciennes expressions env>atr, em- 
peindre (impingere), requerre acoeillir, — 
D. attaque, attaquable. 

ATTARDER, factitif de tard. L'ancienne 
forme atargier, être en retard, se rattache à 
un type latin aUardiare, et nous ne pouvons 
admettre les raisons alléguées par Gachet 
pour prouver que attargié signifiait dans le 
principe « couvert d'une targe », embarrassé, 
gêné^ 

ATTEINDRE, L. attingere (tango). — D. at- 
teinte; ratteindre. 

ATTELER. L'étymologie de ce verbe, ainsi 
que de son c^jntraire dételer, est encore incer- 
taine. L'ancienne forme asteler ou estclcr 
permet de voir dans le mot une représentation 
de l'ail, spellen, mettre, placer ; Diez rappelle 
à ce sujet les termes esp. poner et angl. to 
put employés pour atteler. La forme ateler p. 
esteler n'est pas plus étrange que le berrichon 
atelon p. étalon. Littré admet pour primitif 
astellc ou attelle (v. c. m.), pris dans le sens 
de M partie du collier des chevaux à laquelle 
les traits sont attachés » . Il rappelle qu'aste- 
let s'est dit pour le bois du collier des che- 
vaux. D'autres ont pen.sé au radical tel qui est 
au fond du prptelum boum (trait de bœufs; do 
Pline, du verbe protelare, tirer en longueur ; 
on pourrait, en efiet, admettre l'existence d'un 
subst. latin telum ou tela, signifiant timon, 
et qui serait, comme nous le supposons, à 
l'égard de telum, javelot, ainsi que de tela, 
toile, une contraction de tendlum ou tedlum. 
Un pareil rapport entre tmdere et telum, s'il 
était justifié, rappellerait les expressions alle- 
mandes anspannen et ausspannen; mais l'éty- 
mologie stcllen se prête, pour la forme, bien 
plus naturellement. Enfin, ie citerai l'opinion 
de Langensiepen, qui dérive atteler du L. *ap- 
tularc, fixer à, attacher ; à part l'étrangeté do 
la forme diminutive, elle ne convient nulle- 
ment pour le composé dételer, qui évidem- 
ment représente de-steler. 

ATTELLE, voy. astellc. 

kTTWANT, participe de l'ancien verbe 
attenir, confiner, être parent, L. attinere. 

ATTENDRE, du L. attendere, tendre les- 
prit vers qqch., prendre garde; le sens latin 
est resté à l'angl. to attetul, et dans les dérivés 
fr. attention (L. attentio) et (Utentif, — D. at- 
tente (cp. descente, rente, vente, de descen^ 
dre, rendre, vendre), vfr. atendue. 

ATTENDRIR, rendre tendre. 



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AUB 



:Mi — 



ALT. 



ATTEHTER, L. atl-irtUfirr, litt. faire nn«* 
tentative sur. — D. atttutat (rnot .sitvant i, 
d'où rittr,ttfftffire. 

ATTEKTIF , ATTEHTION, vov. aftnufrr, 

ATTÉHTIER, L. aW^nvarr (tr,n<tsy 

ATTERRER, it. atterrnre, esp. ai* tirar^ y- 
ter à Un-re^ terras,^r; en t. do marine, appro- 
cher de la ten'e. 

ATTE RRIR, prendre terre 

ATTESTK, L. attrstan(trstts, témoin-. 

ATTICISMS, du grec àrrut»î;iio>, mani<-re 
élégante de parler des habitants de VAttiqt'f 
ou Athéniens. 

ATTIÉDIR, rendre tMe. 

ATTIFER, ATTIFFER, vfr. ttffer, en Pic-- 
mont, tiflé, anc. angl. tife, parer, coiffer, du 
germanique tippatu toucher de la jK^inte des 
doigts (ni. aantippen, c()\i\)cr les pointes des 
cheveux). — D. atiifety omoinent de tête. 

ATTIQUE, terme d'architecture, pi'tit étage. 
supérieur, se rap[)Orte à Atticas = jmi-ticulier 
aux Athéniens. 

ATTIRAIL, voy. attirer. 

ATTIRER, tirer à soi, après soi, faire venir 
(voy. tirer). Dans le vieux langage, ce verbe 
signifiait aussi ajuster, orner, décorer, pn^- 
parer, dis|)oser (cp. atoumer^ tourner vers et 
décorer, parer, et Tangl. dress, habiller, du 
fr. dresser). C'est à cette dernière significa- 
tion (elle est encore propre à langl. to attire) 
que se rapporte le subst. attirail, tout ce qui 
eut nécessaire pour une oj)ération, terme 
analogue, pour la valeur, à aj/pareil. 

ATTISER, voy. tison. 

ATTITUDE, it. attitudine, disix)siti<)n ou 
position convenable ; ce n'est qu'une variante de 
aptitude; cp. ladj. italien atto^h. aptus. — 
L'étymon habitudo n'est pas soutenable. 

ATTOUCHEMENT, de l'ancien verbe attou- 
cher, toucher à. 

ATTRACTIF, ATTRACTION. L attractirvs, 
'tio, de attractitm, supin de at-trahei-e, at- 
trairo. 

ATTRAIRE, it. attrarre, du L. attrahcrc. 
— D. attrait, subst. participial, exprimant 
l'action, ou subst. verbal du vfr. atraitier = 
'aitractarc, 

ATTRAPER, prendre à un piège, tromper, 
puis saisir au passage, atteindre, obtenir, 
prov. esj). atrapar, en esp. au.ssi atramiiar, 
ital. attrapjjay^c; de trappe^ piège. — D. at- 
trape, attrapoire. — Cps. rattrape7\ 

ATTREMPER, vfr. attcmprer, propr. mo- 
dérer; voy. trcmj/er. 

ATTRIBUER. L. attribucrc; attributio, at- 
tribution, — D. attributif; attribut du L. at- 
tributum, chose attribuée. 

ATTRISTER, rendre triste. 

ATTRITION, L. attritio (tcrere). Cfr. co7itri' 
tien. 

ATTROUPER, réunir en trouj)e. 

AU, anc. ai, conti*aeti<>n de ù le; pliir. atf.j^, 
pour aïs, =^ à les. 

AUBADE, voy. aube 1 . 

AUBAIN, étranger, BL. albanus, dérivation 
do Tadv. alibi (cfr. n)icien de a)Ue, jjrochain 



d*'yy/Y>c///'). — D. at'ff^i/ne, >ucct*»ion aux biens 
diin aubain. 

1. AUBE, oUm'', \¥nut du jour, it. alba, du 
L. nll*a du <, cfr. l'eipre^'-ion latine •* cœlum 
alb«t ". — D. ai'bfide, esp. allnida, concert 
donné à Taulx^ du jour, cfr. sérénade, 

2. AUBE, j>rov. aJlxi, vêtement de toile blan- 
clie. du L. nlbus, blanc. 

3. AUBE, ai> ou palette d'une roue, t. d'hy- 
draulique; selon Littré, du vfr. aube, bois 
blanc, qui vient du L. aibtis; Darmesteter 
pense que le tenue a été appliqué à la palette 
d'une roue hydraulique par extension decuibe 
= toile blanche des ailes de la roue. 

AUBÉPINE, aid^espiiie' , L. alba spitia, épine 
blanche. 

AUBÈRE, d'un type L. alherius, de albus, 
blanc. D'apnV Dozy = esp. overo (anc. hobero), 
de lar. hoheri, aubèi*e. 

AUBERGE, prov. alberc, it. albergo, vfr. 
herberc, helberc, hrrbert et fém. herberge 
(prov. albtr'f/a). Du vha. hcriberga, campe- 
ment militaii*e (ail. m^jd. herberge, auberge). 
— D. aubergiste. — De l'ancienne forme hcr- 
berge vient le verbe Jn'berger, 

AUBERGINE, dim. de albergc (y. c, m.) ou 
auberge. D'après Davie, aubergine ne vient |)as 
à'auberge, mais de Varahc al-badindjan, d'où 
esp. aberengena. 

AUBETTE, c(:»ri)s de garde; propr. le buivau 
où les wjus-oflSciers d'une garnison vont à l'or- 
dre; «* dim. de aube, à cause que l'on va d'or- 
dinaire à l'ordre de bon matin •* (Littré). Cette 
étymologie peut être vraie, mais laisse quelque 
doute. 

AUBIER, prov. albnr, bois blanchâtre entro 
l'écorce et le coq)s de l'arbi'c, dérivé du L. 
albus, blanc. Cfr. aubour, du L. albumum, 
prov. alb(/rn. 

AUBIFOIN, du L. album fœnum, »»cyamus 
flore albo", appliqué plus tard au « cyamus 
flore cferuleo -^ . 

AUBIN, t. de manège, est une variante ortho- 
graphique de hobin (v. c. m.). — D. aubiner. 

AUBRIER, nom vulgaiiv du faucon hobe 
reau ; selon le Dict. de Trévoux, de aubère, 
blanc tacheté, cp. en prov. alban, albanel, et 
en it. albanello, qui signifient la même chose. 

AUCUN, alcun'y it. alcuno, esp. alguno, du 
L. alifpfis unus, comme chacun de quisque 
unus. 

AUDACE, L. aï'dacia. — D. audacieux. 

AUDIENCE, L. audientia (audire), mot appli- 
qué au moyen âge à l'action d'une cour de 
justice qui « tVoute « les débats d'un procès. 
Le représentant vraiment français du mot 
latin est le \fv, oiancc, — D. aiulimcier. — 
Auditor auditeur; auditorium auditoire, au- 
ditio audition ; auditivus auditif. — Le verbe 
audire s'est francisé en ouïr (v. c. m.). 

AUGE, it. alten, du L. alteus (cp. L. salvia, 
fr. sauge). — D. dim. augct, augel<4, augette; 
verlM' aitger^ ci'euseï- en jL'outtiêre, 

AUGMENT, L. augnteutum [au.gei\\ accinji- 
tre). — D. augmenter, L. augnïcntaiv. 

AUGURE, L. augurium (voy. lieur); augu- 
rer', L. augurari; augurai, L. auguralis. 



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ALT 



37 — 



AIT 



AUGUSTE , L. o'ÇHstus. 

AUJOURD'HUI, p. aujourdlmi. Vov. htn. 

AULIQUE, L. aitiicics, adj. do «»'/<!, o«>ur. 

AUMAULS, alniaiUe\ terme *\4Kx'tif ep. 
b'-tiul, roiaiilc}, propr. In'-tail; du pliir. l^iiii 
(un'mah'a. 

AUMONE, altnosne'y prov. (UmrtS/ia, ail. al- 
mosen, angl. ahns (v. angl. almosc), it. //>^k>- 
*t;»a, esp. limosna, du gr. iXs>;;x93Ûyii, commi- 
sération, employé par les pèi^s de rÈirlise 
latine pour acte de charité. — D. aimumier; 
aumànière, propr. bourse renfennant Tai-gent 
destiné aux aumônes. 

AUMUSSE, aunmce', primitivement un b(m- 
net de peau dagneau avec le poil, pi*ov. al- 
mitssa, esp. almvciit; dim. (wtiutcette*, esp. 
mticeta, it. tnosscita. Expli<jué justpi'iei 
comme composition de l'art, arabe al et de 
quelque subst. corresjx)ndant à Tall. tnittse, 
néerl. nnUs, bonnet (de vha miiosan^ a>uvrir). 

1. AUNE (mesure), it. altui, auaa^ alla, 
prov. aJua, dii-ectement du BL. aima = goth. 
aleina, vha. elina, mha. et nha. elle. Les prin- 
cipes phonétiques n'autorisent pas à admettre 
une dérivation immédiate du L. nlna. — 
D. aimer, -âge. 

2. AUNE (arbi*e). L. al nus, d'où alnctum, 
fr. aiinaie. 

AUNÉE, du L. helenata, dér. do helcnium 
(fièvtov). 

AUPARAVANT.= rtKparar<ïn/; pour cette 
dernière com[K)sition, c^. par après, par delà, 
etc. 

AUPRÈS, voj. sous après, 

AURÉOLE, L. aurettla, couronne d'or. 

AURICULAIRE, L. auriculan'us; adj. du 
subst. anricula, devenu le fr. oreille (v.c.m.). 

AURIOL, voy. loriot. 

AUROCHS, de l'ail, anerochs, composé de 
auer, qui est le latin ums, et ochs, bœuf. 

AURONE (plante), très régulièrement formé 
du L. abi'otonum H^porovov). 

AURORE, L. aitrora. 

AUSCULTER, L. aiiscultare, dont la vraie 
représentation française est asconter, PScoiUcr, 
écouter, 

AUSPICE, L. aitspiciiim. 

AUSSI, alsi', de la formule lat. aliud sic. 
De aliitd la langue d'oïl a tiré al, signiiiant 
« autre chose «, et qui se trouve encore dans 
autant, qui représente la formule aliud tmi- 
tum. I^ vieille langue disait également altrcsi 
(conservé en it.), et altretant, de altcrum sic, 
alterum tantum. — Composé aussitôt, voy. 
tôt. 

AUSTÈRE, L. austenis {aùv-nipôi). 

AUSTRAL, L. australis, de auster, vent du 
midi. 

AUTAN, L. àltanus, vent (pii souffle de la 
haute mer {al tum). 

AUTANT, voy. aussi. 

AUTEL, vfr. alter, autier, prov. altar, it. 
altare; du L. altare, pr. partie supérieure 
de l'autel (de al tus). Le cîïangement de la 
finale ar en el en syllabe tonique et finale est, 
je pense, sans exemple. 



AUTEUR. L. (H(t(n' ou plutôt auctor. Auc- 
toritos, autoriti'; auctorizare" ^BL.), autth- 
rtser. 

AUTHENTIQUE, L. authenticus, qui relève 
d'une MMUxv originale, = gr. aJîrsvnxo^ ydo 
aOrîvTfl;, ne déiRMidant que de soi, maitre). — 
D. ai'theuticit*\ verbe authentiquer, 

AUTOCHTHONE. grec aOrox^i*. ^m pays 
même. 

AUTOCRATE, gr. aOrox/jim,-, puissant par 
s<~»i-mème. — D. autocratie, -ique. 

AUTO-DA-PE, mots jwrtugais signifiant 
«. acte de foi •», décision en matière de n.»li- 
gion. 

AUTOGRAPHE, gr. aC^oypafOi, écrit do la 
propre main de l'auteur. 

AUTOMATE, gr. aÙrôuxTOi, de son propre 
mouvement, sans impulsion étrangère. 

AUTOMNE, L. autumuus.—D. automnal, 
latin autumnalis. 

AUTONOME, gr. «^rovoao;. se gouvernant 
sehm sa propre loi; autonomie, gr. ocùvovo/Aia. 

AUTOPSIE, gr. aûrof <«, action de voir par 
soi-même. 

AUTORISER, voy. auteur. 

AUTORITÉ, voy auteur. — D. néoL auto- 
ritaire. 

1 . AUTOUR, de au tour, voy. tour. 

2. AUTOUR, oiseau, it. astore, prov. austor, 
vfr. ostor. Diez s'oppose à une dérivation du 
L. astur, -iiris; cet original aurait, selon lui, 
produit la forme astre. Il fait donc venir a5<pr, 
astour, autour à\\ne forme acceptoi', -ôris 
(=accipiter). citée par le grammairien CajMîr. 
Les Es|)agnols et les Portugais ont, de accep- 
tor, fait a2or, absolument comme ils ont ti*on- 
qué recitare en rezar. — D'autres ont ratta- 
ché autour, sinon à astur, du moins à la 
forme adjective aMurius, comme Diez lui- 
même rapi>orte vautour, pour sauver la règle 
de l'accent, plutôt à vuUurius qu'à vultur. 
Cette étymologie convient parfaitement, car 
la nuitation a en au ou o devant s n'a rien 
d'étrange (cp. le prov. austrmiomia et fr. 
malotru du prov. malastruc). Langen&iepen 
propose, d'après l'analogie des termes au- 
truche, outarde (v. ces mots), la composition 
avis-taurits, qui aurait été une désignation 
populaire do l'autour. Ces deux conjectures 
peuvent être abandonnées au profit de l'expli- 
cation de Diez, que Fôrster (Ztschr., II, 166, 
note) appuie en citant le passage suivant des 
Moralités sur Job, de Grégoire : Accipere nam- 
que aliquando dicimus auferre, unde et aves 
illœ que .sunt rapiendis avibus avidae acct- 
pitres vocantur. 

AUTRE, vfr. altre, du L. alter. Du génitif 
alterius, vient, par transi)osition do tu en mi, 
autrui, forme propre aux cas indii*ects, cfr. 
lui de illius, nuluf de nullius, etc. La valeur 
génitivale de autrui ressort bien du passage 
de Saint-Bernard : « Force que la mahce 
altrui l'avoit supplanté, si le pooit aider la 
charité altrui y>, et de l'expression Vautrui ^ 
le bien des autres. Diez, toutefois, vu l'étran- 
getédc la transposition lu en ui, préfère expli- 
quer a//r«?, autrui, par aUer-huic. — C. au- 



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AVA 



38 — 



AVE 



Irefois^ une autre fois (se disait anciennement 
tant pour «« alias « que pour « quondam «). 

AUTRUCHS, du L. avis struihio, esp. at>es- 
iruz. La forme autruche est dialectale pcnir 
autruce. Le BL. disait si-rucio pour stnithio. 
— Pour la combinaison avis avec le nom de 
l'oiseau, cp. outarde. 

AUTR UI, voy. autre. 

AUVENT, répond au prov. aiitxin, rempart, 
retranchement; pour an changé en au, cp. le 
vieux mot erranment (sur le-champ) alt^îrnant 
avec erraument. Quant à anvan, il vient, 
d'après Diez, de ayitevannus, van avancé, 
dénomination fondée sur quelque similitude 
de la chose. Ducange explique notre mot par 
altus vannus. La forme française, avec le t 
final, accuse une étymologie imaginaire ante- 
ventum^ abri contre le vent. Aux xv^" et xvi*" 
siècles, on rencontre aussi oslevent, ostverit; 
c'est là une interprétation, mais non pas 
l'étymologie réelle du mot auvent. Le bas-latin 
a auvannus, auvetitus. 

AUXILIAIRE, L. auxiliaris (de auxilium, 
aide). 

AVACHIR, .se détendre, se relâcher; selon 
Diez, du vha, ai^waichjan, amollir. Par luie 
note manuscrite du prof, de Bonn, je vois 
qu'il songeait aussi au L. vascus = vacuus, 
consigné par Quicherat et signifiant inanis, 
vanus. En wallon liégeois, savachi signifie 
s'affaisser. Le champ des conjectures étant 
ouvert, je cite encore l'ail, watscheln, branler 
le corps, se dodiner, adj. tcatschiff, toatsche- 
liff, dodu, grassouillet; tout le mouvement 
d'idées qui se rattache au mot avachir per- 
met aussi de placer ce dernier dans la famille 
du lat. vacillare, manquer de fermeté, de 
consistance. 

AVAL, p. à val, du L. ad vallem, comme 
amont de ad montent. D'adverbe le mot s'est 
fait subst. dans la locution à l'aval, et comme 
terme de commerce (souscription mise en bas 
d'un effet). — D. avaler, propr. faire des- 
cendre, abaisser, employé auj. exclusivement 
p. faire descendre par le gosier; anc. aussi 
neutre, descendre. 

AVALAISON, -ANCHE, -ASSE, voy. avaler. 

AVALER, voy. aval. — D.avaJaison, -asse, 
pr. descente; avaloire; avalanche, anc. ava- 
lante; le synonyme lavange ou lavanchee^i, 
d'après Diez, soit une corniption de avalanche, 
soit un dérivé du L. labina, éboulement(de^6f , 
glisser; employé par Isidore). — C. ravaler. 

AVANCER, prov. et esp. avanjsar, it. avan- 
jfare, dérivation verbale de avant. — D. 
avance, avancement. 

AVANIE, mot d'origine grec -vulgaire; 
àîa-Aa, affront avec supercherie, paraît être 
le turc avan, vexation; en hébreu, on trouve 
iven pour iniquité. — Quoi que vaille cette 
étymologie, il est difficile de considérer ava- 
nie comme dérivé du vfr. avanir (ordonnance 
do Philippe le Bel, xiii* siècle : « Son droit 
n'est amoindri, ne son honneur avani»), qui 
n'est autre chose qu'un factitif ou inchoatif de 
L. vai^tis, vain. — Voy. d'autres conjectures 
au suppl. de Littré. 



AVANT, voy. atns. En composition, le mot 
exprime antériorité ou priorité (avant-coureur 
(L. prsBCursor), avant-propos (= latin pne- 
fatio). 

AVANTAGE, dér. de avaitt. L'avantage est 
une avance sur autrui. — D. avantager, avan- 
tageux, désavantage. 

AVARE, L. acarus; l'ancienne langue d'oïl 
disait, et le picard dit encore, aver pour 
avare, comme on a fait amer de amarus. — 
D. avarice, L. avaritia; ^G\ikavaricieux. 

AVARIE, dommage, perte, particulière- 
ment dommage éprouvé par un navire ou imr 
les marchandises qu'il contient, it. esp. ave- 
ria, haberia; holl. havèrij, ail. haferei. Il est 
difficile de disjoindre le mot de la racine 
gcrm. haf, mer en général, ou du dér. hafen, 
haven, poi*t do mer. Cependant, Dozy le fait 
venir du subst. arabe avoàr, défaut, dommage. 
— Le même mot avarie, dans l'acception de 
droit d'ancrage, parait être indépendant et 
vient de havre, havene, ni. haven, ail. hafen, 
port. — D. avarier, gâter. 

AVÉ MARIA, mots latins, « salut, Marie! » 
premiers mots de la salutation angélique. 

AVEC était d'abord adverbe, avant d'être 
employé comme préposition. Cet adverbe, 
écrit aussi anciennement avoec, avuec, avoc, 
etc., et renforcé parfois imr la terminaison 
adverbiale es {avecques), est le résultat de la 
combinaison de la prép. ave, ove, qui repré- 
sente le apud latin, et du pronom oc, cela, 
= latin h^. Comparez les compositions ana- 
logues des mots latins antea (ante-ea), postea 
(post-ea), de it. perô, par cela, pour cela, 
prov. senso, sans cela, vfr. puroc, pour cela, 
senuec, sans cela. L'adverbe avec fut dans la 
suite employé comme préposition, comme il 
est advenu aux adverbes dessus, dedans, 
devant, etc. — Primitivement, le cum latin se 
rendait dans la langue d'oïl par les formes 
ave, ove, ad, a, od, o, toutes altérées de apud, 
préposition qui s'employait dans la basse lati- 
nité fort souvent avoc la valeur de cum. 

AVEINDRE, aller prendre qqch. à la la ré- 
quisition de qqn., ne vient pas de advenire, 
comme on admet généralement, mais d'un 
verbe abemere, ôter, cité par Festus (cfr. 
gemere devenu geindre). Cette étymologie de 
Diez satisfait beaucoup mieux et le sens et, la 
forme. L'analogie do aduUer, i-fr. avoutre, 
permettrait, du reste, aussi de dériver ce mot 
de adimere. 

AVEINE, variante dialectale de avoine, latin 
avena. 

AVELINE, avelaine*, L. avellana, noisette 
(de Avella, ville de la Campanie). — D. ave- 
linier. 

AVENANT, propr. qui convient, qui est 
conforme (de là la loc. à Vaveyiant), puis qui 
est agréable, qui plaît; de avenir, dans l'an- 
cienne acception convenir. Vfr. aussi ave- 
nable. 

1 . AVENIR (aussi advenir), arriver, se faire, 
L. advenire. — D. aventure (ang\. adventure, 
mha. aventiure, nha. ahenteuer), ce qui ad- 
vient, particul. ce qui advient à!nï\ù maiiiôro 



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AVI 



— 39 — 



AZY 



imprévue, événement, action hasardeuse, 
hasard, péril [le mot ne vient pas plus de 
avciituriis (Brachct) que peinture ne vient do 
picturus; c'est le suffixe ?fr6' applifjué, comme 
toujours, au supin : adventnm^ achentura]; 
avenant (v. c. m.); avènetneni ; avenue, chemin 
par où Ton arrive. 

2. AVENIR, subst., de à venir, comme 
affaire de à faire. 

AVBNT, pr. l'avènement (do Jésus-Christ), 
du L. adveniiis. 

AVENTURE, voy. avenir. — D. aventurer, 
risquer, aventureux, -ier. — C. m(^S'<wc7iture. 

AVÉRER, certifier, constater, du L. verus, 
vrai. Do là avérage, la moyenne constatée. 

AVERSE, de à verse, voy. verser. 

AVERSION, L. aversio, éloignement (de 
avcrtere, détourner). Cp., pour le sens, répul- 
sio7i do repellere, repousser. 

AVERTIN, vertige, de avey-tere, détourner, 
égarer. 

AVERTIR, L. advertere, tourner ou faire 
tourner (l'attention) vers. — D. avertissement. 

AVET, espèce de sapin, du L. abietem. 

AVBTTE*, voy. abeille. 

AVEU, voy. avouer. 

AVEUER ou AVUER, tenir en vue, suivre 
do l'œil, dér. de veue', vue. 

AVEUGLE, vfr. aveule, it. avocolo, vocolo, 
se rapporte à un mot barbare alH)culus, .sans 
yeux, formé d'après l'analogie do ab-normis, 
a-mens. Le grec du moyen âge avait de môme 
àffo>/A«To« pour i^ôfifiaroç. — D. aveugler ; anc. 
aussi aveuglir, devenir aveugle. 

AVIDE (mot savant), L. atidus. — D. avi- 
dité, L. aviditas. 

AVILIR, rendre vil. — Cps. ravilir. 

AVINER, imbiber do vin. 

AVIRON est généralement tiré de virer. 
Grandgagnago, à cause de la forme naviron 
qu'a le wallon, et remarquant que l'aviron ne 
sert qu'accessoirement à virer, dérive aviron 
de navirer, naviguer ; il no tient pas compte 
de l'apocope de l'initiale, bien qu'il eût pu 
alléguer l'angl. apron p. napron et autres cas 
de ce genre. Littrô oppose à cette étymologie 
que aviron est trop ancien dans la langue 
pour permettre cette explication. En eflfet, il 
est probable que le wallon naviron, aviron, 
n'est qu'une assimilation au naviron du môme 
dialecte signifiant nageoire. 

AVIS, opinion, manière de voir, répond, 
comme il ressort des anciennes formules : •« il 
m'est vis, m'est avis », au participe advisum, 
forme composée de visum, donc ce qui est 
vu, ce qui semble. Quant à avis, avertisse- 
mont, c'est le subst. verbal de aviser. 

AVISER, d'abord voir, apercevoir, puis voir 
avec attention, examiner, réfléchir (do là 
avisé, réfléchi), puis pourvoir, puis avec un 
rég. direct personnel, faire voir à, instruire, 
conseiller (de là aussi s*aviser, d^abord se faire 
voir une chose comme bonne ou possible, puis 
prendre une résolution); du BL. advisare, 
forme dérivée de BL. advidere. — D. avis (v. 
c. m.). — C. raviser. 



AVISO Hi^t le mot espagnol répondant à 
avis; donc, barque d'avis. 

AVITAILLER, de vitailles, ancienne forme 
de riclnailles (v. c. m.). — C. ravitailler. 

AVIVER, rendre vif — C. raviver. 

AVIVES, vfr. vives, glandes à la gorge des 
chevaux. Nicot : « Avives pour eaux vives, 
car les chevaux communément prennent ce 
mal par boire des eaux vives, comme on voit 
à Estampes. » Les Italiens di.sont vivole. 

AVOCAT, L. advocatits, appelé en aide. — 
D. advocacie*, d'où avocassier, avocasser, 
avocasseric. — Avocat est très ancien dans la 
langue, mais n'en est pas moins un terme 
savant ; la vraie francisation de advocatus est 
avoué, qui anc. signifiait protecteur, défen- 
seur, particulièrement des droits d'une église 
ou fondation. Cfr. ail. vogt, de vocatus. 

AVOINE, aveine» L. avena. 

AVOIR. AVBIR*, L. habere; part, eu, 
p. ë-u, de habutus, forme barbare p. habitus 
fcfi'. voir, vu p. vëu, de vidutus). — D. avoir, 
infinit, subst. = bien, richesse, employé dans 
ce sens déjà dans les lois do Guillaume. 

AVOISINER, être voisin. 

AVORTER, esp. port, abortar, du L. abor- 
tare {V&rTon), fnôq. do aboriri; l'anc. forme 
aboHir, prov. abordir, it. abortire, procède 
diroctomont du L. abortire. — D. avorte- 
ment, avoHon. 

AVOUÉ, voy. avocat. — D. aoouerie. 

AVOUER, prov. avoar, pr. accorder, con- 
sentir, puis reconnaître, confesser; de ad 
votum selon le vœu (voy. ce mot) ; le subst. 
fr. aveu parait plutT^t le primitif que le dérivé 
du verbe avouer. Gachet, se fondant sur le 
sens reconnaître, donné souvent au verbe 
advocare dans la basse latinité, prend ce der- 
nier pour le primitif aussi bien du verbe 
avouer que du subst. avoué, et rejette l'éty- 
mologie ad-votum, proposée par Raynouard. 
Diez se rallie à l'opinion de Gachet. — C. 
désavouer, ne pas avouer, ne pas justifier ou 
ratifier. 

AVRIL, L. aprUis. — D. avriUet, blé semé 
en avril. 

AXE, L. 00715. 

AXILLAIRE, du L. axilla, aisselle. 

AXIOME, gr. àÇfw/Aa, proposition. 

AXONOE, L. axungia (do axis -j- ungero), 
graisse pour les essieux. 

AZALÉA, du gr. à^aUo^, sec. 

AZIMUT, de l'arabe aî-semt, assemt, le 
chemin. Voy. aussi zénith. 

AZOTE, terme diimique tiré, un peu mala- 
droitement, du gr. «{«9ç, sans vie. l'azote 
étant impropre à la respiration 

AZUR, it. azurro, BL. lazur, lazurius^ 
iajw/um ; aujourd'hui, les naturalistes nom- 
mont c^tte pierre lapis lazuli ou lasiUite. 
Le mot vient du persan lajouward, pierre 
bleue, par l'arabe làzoeward (adj . lazouwardi ; 
ïl initial, ayant été pris pour l'article, a été 
retranché comme dans le fr. avel" de lapilltis, 
once (it. lonza) de lynx, it. usignuolo de lus- 
cinia, etc. — D. azurer. 

AZÎME, du gr. âiufjiOi, sans levain (JVï)- 



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BAC 



— 40 — 



BAC 



BABEURRE, mot d'origine incertaine. I»iez 
le rapporte à battre le beurre, d'autres à bas 
beurre ; Littré voit dans ba le préfixe péjora- 
tif bes (v. barlong). L*étymologie de Diez est 
appuyée par la forme wallonne bal Vbùr, 

BABICHS» corruption de barbiche, 

BABILLER, mot naturel, qui se retrouve 
partout et procède des syllabes imitatives ba 
ba ba, qu'émet l'enfant en s'efforçant de par- 
ler; cp. en angl. babble, en ail. babbein, 
en grec ^stêàjuv. Il n'est pas besoin, pour 
expliquer ce vocable, de recourir, avec Nicot, 
à la villede Babel « ubi exstitit linguarum 
confusio w. Les efforts de Ménage, qui, par- 
tant de bambin, pose la succession de formes 
suivantes : bambiyio, enfant» bambinare, bam- 
biniilure, bambillare, babillare, sont égale- 
ment en pure perte. — D. babil, babillard, 
babillage. 

SABINE, lôvre de singe ou mufle de vache, 
probabl. un mot imitatif; milanais babbi, 
cfr. en ail. populaire ôâ/^p^», gueule. 

BABIOLE ; ce vocable appartient à la même 
racine que les mots latins babtdus, babtirnis, 
insensé, baburra, sottise, it. babbeo, babbac- 
cio, etc., sot, babbole, babioles. De la même 
famille sont irl. et cymr. baban, enfant, angl. 
babe, baby. Voy. aussi bambin. 

BABORD, de l'ail, bakbord, bord ou côté 
de derrière, « parce que le pilote conduisant 
le gouvernail tourne le dos au côté gaucbe du 
navire »» (Diez et Grimm). Littré explique le 
mot allemand par bord du château d'avant, 
« parce que, dans les anciennes embarcations 
du Nord, le château d'avant était sur la gau- 
che ". Kiliaen : backbord, navigii sinistra 
pars : pars navigii qu8B ftimum et focum con- 
tinet. Cette définition parait rattacher bock à 
ail. bache^i, cuire. 

BABOUCHE, de l'arabe bâbusch, qui vient 
du persan pâpusch, litt. vêtement de pied. 

BABOUIN, espèce de singe, puis figure gro- 
tesque, it. babbiiino, esp. babiiino, ail. ba" 
vian, pafian, BL. babouimis, babenoymis, 
Ce mot étant aussi appliqué aux enfants 
badins et étourdis, il faut lui supposer une 
origine commune (rac. bab) avec babiole, Dau- 
nou (Histoire littéraire, t. XVI, p. 39) dit que 
tracer ou peindre les figures marginales sur 
les manuscrits s'appelait babuviare, et que 
babouin avait, au xiii® siècle, la valeur de 
homuncio, petit bonhomme. Cette valeur 
d'enfant se trouve encore dans le dérivé em- 
babouiner, déterminer à quelque chose à 
force de cajoleries. — Rappelons encore qu'en 
vfr. baboue signifiait à la fois moue, grimace, 
croquemitaine et bagatelle, babiole. 

BAC, du néerl. bak, auge, ou du breton 
boff, bak, barquette. — D. dimin. baquet, 
bachot, bachotte, — Bac est probablement 
aussi le primitif de bacin\ orthographié plus 
t^rd bassin (v. c. m.), 



BACCALAURÉAT, vr>y. bachelier. 
BACCHA NAL ES, L. baccfianalia (Bacdius). 
BACCHANTE, L. bacchans (Bacchus). 
BACHA, voy. pacha, 

BACHE; l'idée de voûte ou de creux, notam- 
ment dans l'acception de caisse vitrée, engage 
& prêter à ce mot une origine commune avec 
ba/:. — L'acception « grosse toile dont on 
recouvre les voitures « est également propre 
à vache (voy. ce mot dans Littré sous le 
n®10); elle appartient donc prob. à un homo- 
nyme. — D. bâcher. 

BACHELETTE, voy. l'article suivant. 

BACHELIER, bacheler, baceler\ it. bacca- 
lare, prov. bacalar (les formes it. bacceliere, 
esp. bachiUer, port, bacharel, se sont pro- 
duites sous l'influence du mot français) ; BL. 
baccalarius. La signification primitive de ce 
mot est, selon Diez, propriétaire d'une métai- 
rie (BL. du IX* siècle baccalaria) ; elle s'éten- 
dit ensuite au jeune chevalier, qui, trop 
pauvre ou trop jeune pour avoir sa propre 
bannière, se rangeait sous celle d'un autre ; 
puis au jeune homme qui avait acquis la di- 
gnité inférieure à celle de maître ou de doc- 
teur; en dernier lieu, le terme (surtout l'angl. 
bachelor) est devenu synonyme de garçon. 
Comme terme d'école, il a été plus tard lati- 
nisé et transformé en baccalaureus, « do bac- 
charo (ganteléej e do sempre verde louro » 
(Lusiade, 3, 97), d'où le subst. baccalauréat. 
Quant à l'étymologic, on en avait proposé 
diverses, naturellement sans s'inquiéter du 
développement dos sens, tel qu'il est présenté 
ci-dessus, entre autres : bas-chevalier, puis 
L. baculus ou plutôt le gaél. bachaU (irl. 
bacaX), bâton (conmie signe de la dignité), 
mais ce ne sont là que de vaines tentatives, 
que n'autorise nullement l'histoire du mot. Le 
mot baccalaria, métairie, d'où part Diez, 
rapproché de baccalator = vaccarum custos, 
renvoie naturellement au mot bacca, employé 
au moyen âge pour vacca. D'autres étymolo- 
gi.stes, et avec raison peut-être, partent de la 
rac. celtique bach, petit, jeune, d'où se dé- 
duisent naturellement les vieux termes ba- 
chele, bachelette «= jeune fille, servante ; et 
baceller, faire l'amour, commencer son ap- 
prentissage (vfr. bachelage). Bachele, à son 
tour, aurait engendré la forme baclielier, 
•« On dit encore en Picardie baichot, et en 
Franche-Comté paichan pour petit garçon »» 
(Chevallet). — Littré remonte avec Diez à 
baccalaria, domaine rural, mais il préfère 
dériver celui-ci dos mots celtiques bachall, 
bacal, bâton, pièce de bois. Il aurait pu invo- 
quer en sa faveur l'origine analogue de ba- 
raque et de bordel (maisonnette). 

BACHIQUE, L. ôoccAf cm* (Bacchus). 

BACHOT, voy. bac. — D. bacholeur, 

BACLER, prov. baclar, pr. fermer (une 
porte) avec une barre de bois, du L. baculus 



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BAG 



— 41 — 



BAI 



bâton. Cp. barrer de barre, et le wallon asio- 
ker, m. sign., de Tall. stock, bâton. Le circon- 
flexe n'est pas motivé par Tétymologie. — D. 
débâcîer, pour ainsi dire dés-obstruer, débar- 
rasser. 

BAGUL, croupière, = bat-cul. 

BADAUD, voy. bayeï\ — D. badauder, 
badauderie. 

BADIOEOH, mot d'introduction moderne. 
Bugge (Rom., IV, 351) est porté aie rattacher 
à l'ail, batze {accusatif balsen), masse. pât«, 
matière adhérente mise en une masse et 
comme pétrie ensemble ; verbe baizen, adhé- 
rer. — D. badigeonner. 

BADIN, voy. bayer. — D. badiner, -âge, 
-cjne; badine, canne mince et souple, servant 
à s'amuser plutôt qu'à se soutenir ou se dé- 
fendre. 

BAFOUER est une forme dérivée d'un pri- 
mitif baffer ou beffer, analogue à it. beffare, 
esp. befar (anc. bafar), qui signifient railler. 
Les subst. sont : it. beffa, esp. bcfa, prov. 
bafa, et vfr. baffe, beffe, raillerie (vfr. baffe, 
aussi soufflet). L'origine de ces mots est pro- 
bablement germanique, cfr. le bavarois bef- 
fen, ni. baffen, aboyer, clapir, bougomier 
(Grimm consigne une forme dérivée bœfsen). 
Diminutif de beffer : vfr. befler, angl. ta bafpe. 

BAFRER, d'où le subst. bâfre. Ce mot appar- 
tient sans doute à la même famille que bace, 
cfr. le pic. bafe, gourmand. En Hainaut on 
dit bafreux^ en Piémont bafron, pour glou- 
ton. — Dans le Novum Glossarium do Diefen- 
bach fl867) on trouve : L. bafer, grossus, 
agrestis, corpulentus. Il pourrait bien être le 
primitif de bâfrer, s'engraisser. — Divers 
dialectes du nord de lltalie ont baffa, bafa, 
au sens de flèche de lard, tranche de lard, 
substance graisseuse. Voy. Mussafia, Bei- 
trag, etc.. p. 31. 

BAGAGE, terme collectif dérivé de bague. 
faisceau, hardo (cfr. la locution : se retirer 
bagues sauves). Quant au mot bague (en BL. 
baga signifiait aussi coffre), on le retrouve 
dans le gaél. bag, cymr. baich, bret. beach, 
fardeau, paquet; nous citons encore les 
verbes gaél. bac et vieux nordique baga, sign. 
embarrasser, impedire. Il n'est pas nécessaire, 
on le voit, de dériver bague de l'ail. joocA, 
d'où le fr. paquet. 

BAGARRE, tumulte, encombrement. Ce 
dernier sens engagerait à le rattacher aux 
verbes cités sous bagage, et signifiant »» en- 
combrer ». Partant de la signification que- 
relle. Diez cite le vha. bâga^ dispute, que Che- 
vallet aurait bien fait de ne pas mettre en 
rapport avec baJgen (se chamailler), ce der- 
nier appartenant à une racine toute différente. 

BAGASSE, vfr. baiasse, d'abord servante, 
puis mauvaise femme, it. bagascia, esp. ba 
gasa. Si l'on ne veut pas décomposer ce mot 
en ba{;ue (v. pi. h. sous bagage) -|- la termi- 
naison asse = lat. acea, et y voir, quant au 
sens, une analogie avec le terme iiyurieux 
des Allemands : lumpenpack, on peut avoir 
recours au cymr. bâches, petite femme, de 



bach, jKitit, ou à l'arabe biigcz, honteux, ou 
bâgi, prostituée. 

BAGATELLE, de l'it. bagatella. Ce dernier 
suppose un primitif 6a^fl^to ou baghetta, qui à 
son tour, d'après Diez, est dérivé de liufa, 
vieux mot roman que nous avons indiqué 
comme primitif do bagage. On trouve, en 
effet, dans le dialecte de Parme, le mot ba^ 
gaia, avec le sens de petite chose. 

BAGNE, it. ba{fno, esp. bano, lieu où l'on 
renferme les esclaves ou les forçats, propr. 
= bain. On prétend que le cachot des esclaves 
à Constantinople ayant été établi par les 
Espagnols dans une maison de bains, le nom 
pour bain a reçu sa signification actuelle. 

BAGUE, anneau. Du L. bacca, signifiant 
perle, globule, anneau de chaîne. Ce même 
mot latin, toutefois, dans son sens propre de 
menu fruit, baie, a produit le fr. baie, it. 
bacca, esp. baca, port, baya, prov. baca, 
baga. D'autres citent, comme primitif de ba- 
gue, l'anglo-saxon beag, beah, couronne, an 
neau, collier. 

BAGUENAUDE, d'où baguenaudier, en bo 
tanique colut«a vesicaria ; baguenauder, pr. 
faire claquer des baguenaudes, fig. s'amuser à 
des choses frivoles; baguenauderie, futilité. 
D'origine inconnue. Ménage, dans son em- 
barras, s'est amusé à enchaîner : bacca, bac- 
cana, baccanalda. Avec ce procédé-là, on est 
toiyours sur d'aboutir. 

BAGUER, anc. lier, attacher, trou.<^er, se 
rattache à bague, faisceau, mais en est-il do 
même de baguer, coudre à gros points î 

BAGUES, voy. bagage. 

BAGUETTE, comme l'esp. bagueta, vient 
directement, paraît-il, del'it. bacchetta (à\m\n, 
debacchio, bâton = L. baculus); cependant, 
le ccA rendu par g est contre l'analogie de 
raquette de racchetla, 

BAHUT correspond à l'it. bat'de, esp. baûl, 
port, bahul, prov. baiic. Les formes avec la 
finale l font incliner pour l'étymologie du L. 
bajulus, porteur, déjà proposée par Nicot 
(cfr. it. gerla, corbeille, pour gerula, de 
gerere, porter); il faudra alors admettre avan- 
cement de l'accent tonique de l'antépénul- 
tième sur la pénultième, comme on le trouve 
dans esp. casuUa, du L. casula. Il faut observer 
que le t final dans bahut, étant d'introduction 
postérieure, ne peut être invoqué contre cetto 
étymologie. Ménage, Chevallet et autres font 
venir bahut, du vha. behuotan (ail. mod. 
behiUen), garder, conserver; Mahn invoque 
le subst. mha. behut, garde, magasin; en 
tout cas, cette étymologie ne pourrait conve- 
nir qu'aux formes fr. et prov. 

BAI, it. bajo, esp. bayo, prov. bai; du L. 
badius, bnin, châtain (Varron). De là le 
dimin. baillet, roux tirant sur le blanc; 
celui-ci est fait d'après un type latin badio- 
lettus. Baillet, toutefois, pourrait aussi, d'après 
Diez, être un dimin. du L. balius; cp. balio- 
liis, bnin marron, dans Plante. 

1. BAIE, petit golfe, it. bctfa, esp., prov., 
sarde bahia. Isidore : hune portum veteres a 
« bsgulandis » mercibus vocabant bigas. Cela 



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BAI 



— 42 — 



BÂL 



n'est fçuôre vraisouiblablo. Fiiscli, prêtant au 
mot lo sens fondamental d'ouverture, le rat- 
tache à hayer^ do bndnre. Cette manière do 
voir est corroborée par l'existence d'ime forme 
catalane badia. D'autres prennent bahia pour 
un mot bai^quo, qui aurait aussi donné le nom 
à la ville de Bat/oua, qu'ils décompostmt en 
baia, port, et ona, bon. D'autres, enfin, citent, 
avec raison peut-être, les mots celtiques badh 
ou boffht qui signifient la même chose. Littrô 
se décide pour B(yae^ lieu agréable sur la 
côte de la Campanie, qui aurait fini par 
prendre le sens de tout lieu maritime agréable 
et enfin celui de refuge jK)ur les marins. 
I /accent nation csp. bahia est expliquée par 
la forme gr. /Satai. — L'étymologie, parité, 
ouverture (v. c. m.), conviendrait pour lo 
sens, mais pour la lettre, il y a cette diffi- 
culté qu'au vi* siècle, dans le glossaire d'Isi- 
dore, lo dérivé de badare se serait présenté, 
non pas sous la forme de baia^ mais sous 
celle do bada, Grimm ramène le mot à la 
racine ail. biegen, courber, ce qui n'est pas 
. plausible. 

2. BADB, menu fruit, du L. baca (forme 
soeondaire de bacca)^ m. s. Voy. bagufu 

«3. BAIE, ouverture (cp. ail. beie et angl. 
bay^ fenêtre), de bayet\ être ouvert (v. c. m.). 

4. BAIE, tromperie, mystification, pr. 
vaine attente, de bayer, tenir la bouche ou- 
verte, attendre vainement. 

BAIGNER, voy. bain, — D. baigneur, -oire. 

BAIL, pr. action de donner, prêter, louer, 
subst. verbal de bailler, donner. Il existait 
dans l'ancienne langue un autre subst. bail, 
avec la signification de tuteur, précepteur, 
administrateur; ce dernier correspond à it. 
bailo, balio (Dante : balia, nourrice), esp. 
bayle, port, bailio, prov. baiU; c'est le primi- 
tif : 1) du vieux verbe baillir, it. balire, prov. 
bailir, administrer, gouverner, traiter, d*où 
vfr. bail, tutelle, et baillie, it. balia, esp. et 
prov. bailia, administration, garde, pouvoir, 
domination et ressort d'une juridiction ; 2) 
du subst. bailli, anc. bailli f (fém. baillive), 
angl. bailif, it. balivo, prov. bailieu, d'où 
bailliage; enfin 3) du verbe bailler, donner à 
administrer, mettre en main, confier au soin, 
puis par extension donner, livrer en général, 
d'où bail, dans l'acception encore usuelle de 
ce mot. Quant à l'origine de bail, tuteur, on 
admet généralement comme telle le L. bqfu- 
lus, pointeur, qui dans la basse latinité avait 
pris l'acception de •« custos w ou « peedago- 
gus », élargie plus tard en colle de « procu- 
rator, œconomus, gubemator ♦» (BL. bajulare 
= officium gerere). 

BAILLE, baquet (terme de marine), du BL. 
bacula, bâcla, dimin. de bac (v. c, m.). 

BAILLER, anc. baailler, it. badigliare, 
prov. badalhar, extension du type badare, 
qui a donné béer et bayer (v. c. m.). Composé 
enLrC'bAiller . 

BAILLER, voy. bail. 

BAILLET, voy. bai. 

BAILLI, BAILLIAGE, voy. bail. 



BAILLON, accuse un type latin baculo, gén. 
-oiiis, tiré de baculits, bâton. Cependant, le 
BL. batlallnm porte à croire que le mot est 
un déi'ivé de bâiller : donc propr. ce qui tient 
la bouche ouverte. — D. bâillonner. 

BAIN, it. boApw, esp. bano, prov. banh, 
du L. balneum, avec syncope de /. — D.^i- 
gner, L. balneare. 

BAÏONNETTE. Cette arme tire, dit-on. son 
nom de Bayonne, parce que, selon quelques 
auteurs, elle fut employée en premier lieu à 
l'assaut de cette ville en 1665 ; selon d'autres, 
parce qu'elle y fut inventée (selon Heyse, en 
1640). — Quoi qu'il soit de l'étymon 
Bayonne, l'existence do la baïonnette et de 
son nom est constatée dès 1575. D'autre part, 
il faut aussi tenir compte do ce que l'on trouve 
dans G)tgravo (1611) à l'article Baionette : 
a A kind of small flat pocket dagger, fiir- 
nished with knives, or a great knife to hang 
at the girdle like a dagger; baienier, un 
arbalestier. » 

BAISER, L. basiare. — D. infin. -subst. bai- 
ser; baisotter, baisure, 

BAISSER, voy. bas. — D. baisse, baissier, 
baissière; composé abaisser (v. c. m.), sur- 
baisser. 

BAJOUE, selon Littré de ba, préfixe péjo- 
ratif, et joue. 

BAL, subst. verbal de baller (v. c. m.). 

BALADIN, voy. ball^, 

BALAFRE ; Diez, rappelant les formes wall. 
berlafe (Hainaut), milan, barleffi, it. sberleffe, 
prend ce mot pour un composé de la parti- 
cule péjorative bis, ber (voy. sous barlong) et 
le vha. le/fur, lèvre. iJvr^ serait alors pris 
dans le sens fig. de plaie béante, comme le 
gr. x"^<'s» ®t balafre signifierait litt. mau- 
vaise blessure. Dans le patois de Champagne, 
on dit berlafre pour mal à la lèvre. — Selon 
Grandgagnage : du wallon lafrer, gâter, et 
le préfixe bar, de travers, donc une blessure 
oblique — D. balafrer, 

BALAI, d'où balayer ; la signification pri- 
mitive de balai est verge, rameau, particu- 
lière aussi au prov. balai (verbe balaiar, 
flageller, recurer). Dans les patois, on dit 
balai pour genêt. L'origine est prob. celtique. 
On trouve cymr. bala, taillis (pluriel balàon, 
bourgeons d'arbre), bret. balaen, balai (de là, 
peut-être, la forme balain employée pour 
flagellum dans le Livre des Rois), bret. balan, 
genêt (cp. en angl. broom «=» genêt et balai). 
La tenninaison ai n'étant pas appliquée en 
français à la formation do substantifs, Diez 
est d'avis que balai a été tiré tout fait de 
quelque dialecte celtique. — Voy. aussi 
balayer. 

BALAIS (rubis), it. balascio, esp. balax, 
prov. balais, baïach, de Balaschan (Balaxiam, 
auj. le khanat de Badak.schan), près de Sa- 
markand, lieu où cette pierre précieuse a été 
découverte. Voy. Ducango, v® balascus, 

BALANCE, it. bilancia, esp., milan., vénit. 
balanza, prov. balans, du L. bilanx, gén. 
-ancis, litt. « qui a deux plateaux w. Du môn^e 



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BAL 



— 43 



BAL 



primitif sest pixxluit le terme td^hnique com- 
mercial bilan, qui signifie la balance entre 
doit et avoir. — D. balancer, -ter, -ot'rc, — 
La syllabe protonique ôa p. bi est conforme 
aux habitudes du roman ; cp. calandre, de 
cylindrus et voy. barlong. 

BALANDEAK ou balandras, it. palan- 
drano, « veste lunga e larga », dérivé de 
palandro « vestito duomo con molta falda >*, 
BL. « balandrana et supertoti », balandrans 
et surtouts (Règle de saint Benoit, 1226). 
D'origine inconnue. Schuchart y voit des 
vêtements de gens mal famés et voudrait 
rattacher ces mots à lat. balatro, it. balan- 
dron, dans les patois balandni, fripon, vaga- 
bond. 

6ALANDRE, it. paJandra, BL. palandra, 
bâtiment de transport. D'origine inconnue. 
' N'est-ce pas le même mot que bélandre t 

BALAÙSTS, fleur du grenadier sauvage, 
L. balausHum (^iaû^rcov). Voy. aussi balustre^ 
— D. balaustier. 

BALATCB, voy. balai. Il se peut que ce 
verbe, plutôt que d'être tiré de balaie en soit 
le primitif et que, comme les formes baloier^ 
balier = balaier^ il soit identique avec le 
verbe vfr. baJoier, balier, se remuer de côté 
et d'autre, voltiger, flotter dans les airs. Pour 
la forme, cp. frayer = froier; naier (dial.) = 
nier, noier (negare). Quant au rapport des 
aoîeptions, cp. en ail. schwanhen, flotter, 
vaciller et schtoenken, nettoyer, rincer. Seu- 
lement, dans cette hypothèse, déjà émise par 
Littrô, il faudra séparer les mots celtiques 
allégués à propos de balai comme non con- 
nexes avec le verbe et formant un groupe à 
part. 

BALBUTIER, mot incorrectement tiré du 
L. balbiUire. Il se peut que le verbe ait été fait 
directement sur le subst. balbutie ■= BL. 
balbuties, tiré lui-même d'un primitif fictif 
balbutus. — Le vfr. disait bauboyer, -ier, d'un 
type balbicare (L. balbus). 

BALCON, it. balcone, esp. balcon, port, bal- 
câo; du vhsipalcho, balcho (ail. mod. balke), 
qui signifie poutre. Dans cette dernière accep- 
tion on rencontre en picard banque, régulière- 
ment formé de l'ail, balke. Quelques-uns pré- 
' fèrent l'étymologie du persan bâla kJuineh, 
chambre ouverte au-dessus de la grande 
entrée. 

BALDAQUIN^ anc. baudequin, it. baldac- 
chino, esp. baldaquin, de Baldacco, forme 
italienne du nom de la ville de Bagdad, d'où 
se tirait l'étofllB, tissée d'or et de soie, employée 
à la confection des dais. Le mot ancien baude- 
quin, angl. batodhin, s'appliquait d'abord à 
l'étofle. 

BAL EPtl l, L. balœna. — D. baleineau, 4€r, 

BALÉVRE, anc. lèvre en général; prob. 
formé, comme bajoue, balafre, au moyen du 
préfixe péjoratif ba ■= bar, ber, 

1. BALISE, terme de marine, anc. aussi 
balis, esp. balisa; l'étymologie est très incer- 
taine : un type latin palitia, de palus, pieu, 
poteau (cp. palissade) satisferait pleinement, 
mais, comme remarque Diez, l'adoucissement 



de p initial en b eu esp. et en fr. est ti-op raixï 
pour oser l'admettre en notre cas. Chevallet 
invoque le ni. balie, cuve, mais à imrt qu'une 
cuve n'est pas une tonne, les Néerlandais n'ai>- 
pliquent jamais ce mot à une balise (perche, 
tonne). — D. baliser. 

2. BALISE, BALISIER, t. do botanique; 
étymologie inconnue. 

BALISTE, L. ballista (de /iâUsiv, lancer). 

BALIYEAU, vfr. baiviau, boiviau, BL. bai- 
œllus, -arius; d'origine inconnue. On soup- 
çonne quelque rapport avec bajulus, porteur, 
soutien_^ 

BALIVERNE. Origine obscure. Nous lais- 
sons à Ménage la responsabilité de la filiation 
suivante : bqfulus, bajulivus, bqjulivarius, 
bajulitarinus. Baliverne serait ainsi un dis- 
cours de iK)rtefaix ou crocheteur (b^julus/! 
On va loin avec ce système de Ménage, mais 
on est sur d'arriver. Dochez, lui, fait plus 
cavalièrement venir baliverne de bâter! — 
En vénitien, bcUiverna signifie une masure. 

BALLADE, voy. balller. 

BALLAST, mot ail. (aussi angl. et néerl.), 
signifiai|t lest et que Mahn, oontrairement à 
d'autres opinions qu'il réfute, décompose par 
beal, mot irlandais signifiant sable, et last, 
poids, charge. 

1. BALLE, it. balla, palla, esp., prov. bala, 
globe, boule, paquet de forme ronde; du vha. 
balla, palla, même sign. Dérivés : 1. it. bal 
lone, esp. balon, fr. ballon; 2. baUot; 3. dé- 
baller, emballer. 

2. BALLE, BALE, pellicule qui recouvre 
l'avoine, l'orge, etc.; on a proposé le latin 
palea, paille, l'ail, balg, peau, enveloppe, et 
le cymr. ballasg, peau, glume, gousse. Toutes 
étymologies sans solidité; voy. plus bas balier, 

BALLER (mot vieilli), danser, L. bal lare (gr, 
/Sàiitt», ^ll{{fti).— D. subst. verbal bal, danse; 
b(dlet, dimin. de bal; ballade, pr. chant accom- 
pagné de danse, d'où baladin, anc. balladin, 
pr. danseur de profession sur les théâtres pu- 
blics, puis danseur grotesque. L'ail, bail est 
tiré du roman; Chevallet a pensé le contraire. 
Wackemagel, suivi par Burguy, met le vorbo 
balier en rapport d'origine avec le jeu de 
paume, jeu de balle. Nous pensons qu'il se 
trompe. Notre mot balier, baler, appartient 
au même radical exprimant »• remuer, vacil- 
ler», qui se trouve dans vfr. baloier, men- 
tionné sous balayer et qui se retrouve encore 
dans notre fr. ballant — oscillant. On le voit 
encore dans le vfr. baler ■» secouer, vanner, 
et je suis porté à croire que notre baie, balle 2 
(enveloppe des grains), dont on ne connaît pas 
l'origine, n'est autre chose que le subst. verbal 
de ce verbe baler et signifie le produit de 
l'opération du vannage, c.-à.-d. la paille qu'il 
détache du grain. 

BALLET, voy. balier. 

BALLON, voy. balle, 1.— D. ballonner. 

BALLOT, voy. balle, 1. — D. ballotter, se 
renvoyer la balle. Dans le sens de : donner 
des sufiVages, ce verbe vient du subst. ballotte, 
petit bulletin, ou petite boule de diverses cou- 
leurs, servant à tirer au sort dans les élections. 



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BAN 



U — 



BAiN 



— L'acception « agiter en st^iis coiitruii-e » se 
ramène facilement au sens propre se renvoyer 
la balle, mais elle pourrait tout aussi bien se 
rattacber au radical &a7, marquant « agitation, 
fluctuation « et traité sous baller, 

BALOURD, direct, de Tit. balonlo. Le i)v6- 
ûne ba est le même que nous avons relevé 
sous bajoue, balètre et qui est aussi propre à 
l'italien (cp. barlume, lueur faible). — D. ba- 
lourdise. 

BALSAMINE (le wallon a transformé ce mot 
en berijamvie, rouchi beljamwe),gv. fi^Xgocfilvri; 
balsamique, balsamicus (balsamum, baume). 

BALUSTRS, it. balaustm, esp. balaustrc, 
pr. petite colonne d'ornement, du L. balau- 
sthtm (,33claôîTiov), fr. balauste, it., esp. balan- 
stra, calice de la fleur de grenade. Cette éty- 
mologie est fondée sur quelque ressemblance 
de forme entre les deux choses. Pour Wedg- 
wood, la forme secondaire esp. barausie est 
la bonne; d'après lui, le mot vient de bara ou 
vara, verge, perche, de même que baranda, 
barandilla, garde-fou, barandado , balus- 
trade. Mais comment expliquer la terminai- 
son liste f L'r après t est épenthétique comme 
dans it. giostra (joute), fr. registre, etc. — 
D. balustrade, it. balaustrata. 

BALZAN, vfr. bauçant, marqué de blanc, 
bigarré de noir et de blanc, it. balsano, prov. 
bausan; d'après Diez de l'it. bal 2a, bordure, 
frange, walaque baltjs, lacet, que l'on rattache 
au L. balteus, ceinture. Cette manière de voir 
se confirme par la valeur de balzane, tache 
blanche circulaire. D'autres proposent l'arabe 
bâlthasan, pourvu du signe de beauté ; mais 
notre mot manquant à l'espagnol, on peut dou- 
ter de la provenance arabe. — On a toutefois, 
en dernier lieu, aussi cité arabe ablaq, (ém.baJ- 
qua\ plur. bolq, selon Freytag = nigro alboque 
colore varie^atus ; farcLS bal que, jument bal- 
zane. Cet étymon pourrait bien l'emportei' sur 
celui de Diez. ^ Chevallet place le mot dans 
l'élément celtique, et allègue le breton bal, 
tache blandie au front des animaux, mais il 
passe sur l'élément 2 ou g, qui cependant 
veut être expliqué. 

BAMBIN, de l'it. bambino, comme bambo- 
che, marionnette, de l'it. bamboccio, tous deux 
dérivés de bambo, enfantin, puéril. Tous ces 
mots ont une origine commime avec L. bam- 
balio, surnom romain, et le grec ^à/xtaXoi, qui 
bégaye. La racine est bab; voy. babiole, 

BAMBOCHE, voy. bambin. L'acception dé- 
bauche, ripaille, dérive, je pense, de l'idée de 
puérilité, pétulance juvénile. — D. bambo- 
cher, — Le tcritie bambochade est tiré de l'it. 
bambocciata, peinture à la manière de Pierre 
de Laer, surnommé, à cause de sa personne, 
Bamboccio (poupée). 

BAMBOU, mot d'origine indienne. 

BAN, prov. 6a;i,it., esp., port, bando, pro- 
clamation publique ; de là les verbes it. ban- 
dire, esp., prov. bandir, fr. bannir, pr. publier 
à son de trompe, d'où s'est produit le sens 
spécial de proscrire. It. bandito désigne un 
homme mis au ban, un proscrit, un brigand ; 
de là notre bandit. De bonne heure oa ren- 



contre dans le latin du nioyen âge les termes 
banjuim, bandium = edictum, interdictum, 
bandire, bannire =» ediccre, citare, relegare. 
Ils sont d'origine germanique et viennent dii 
gothicjue bandrjan, désigner, indiquer, subst. 
bundva, signe; la forme secondaire, sans d, 
banvjan, semble avoir déterminé la forme 
romane bannir pour bandir. Directement, 
cependant, le roman doit avoir, selon Diez, 
emprunté le mot à quelque dialecte où le r 
des formes gothiques .s'est effacé. La forme 
ail. bannrn, qui a la valeur de edicere, inter- 
dicere, proliibere, cxpollcre, ne peut être le 
primitif immédiat : il aurait donné bannn', 
non bannir bandir. De bannum ou bandium 
vient le vfr. bandon, qui signifiait : 1. ban, 
p. ex : vendre gage à bandon ; 2. gré, merci, 
p. ex : tôt à vostre bandon. De cette locution 
adverbiale à bandon s'est formé le verbe aban- 
donne)' (v. c. m.). Composés de bannir ou 
bandir : 1 . l'anc. verbe forbannir, reléguer du 
pays par un édit public (for^fm^as, dehors), 
d'où le subst. forban, d'abord action de for- 
bannir, puis celui qui est l'objet de cet acte : 
exilé, pirate ; 2. it. contrabbando, litt. contre 
la loi, d'où fr. contrebande; 3. arrière-ban 
(v.c.m.). — D. de ban dans le sens de « publi- 
cation du seigneur féodal pour se faire rendre 
les hommages ou lui payer les redevances »» 
vient l'adj . banal, désigné par le seigneur pour 
l'usage de tout le monde, commun, vulgaire. 

BANAL, voy. ci-dessus, sous ban. — D. 
banalité. 

BANANE, BANANIER, mot d'origine in- 
dienne. 

BANC, i t., esp., port, banco, prov. banc, du 
vha. banch. Outre la forme masculine, il s'est 
produit une forme féminine : it., esp., poi*t., 
prov. banca. L'it. banco, désignait le .*^iège, le 
comptoir où les banquiers s'asseyaient dans 
les places de commerce; de là le fr. banque. 
— D. banquet (v. c. m.) et banquette. 

BANCAL, BANCROCHE. Les étymologistcs 
nous laissent au dépourvu sur ces deux 
termes. Nous sommes étonné de ne pas voir 
Ménage proposer à sa manière l'enfilade sui- 
vante : L. valgus (qui signifie bancal), valcalis, 
vancalis, bancalis, bancal! En att^^ndant 
mieux, il faut s'en tx^nir à l'étymologie fondée 
sur l'expression populaire « avoir les jambes 
en pieds de banc », les pieds d'un banc étant 
rapprochés par le haut et éloignés par le bas 
(Littré, suppl.). 

1 . BANDE, pièce d'étoffe coupée en longueur 
et servant à lier; it., esp., prov. banda; du 
goth. bandi (fém.), ou du vha. band (neutre), 
lien, ou, en ce qui touche les formes avec e 
(it., prov. benda, esp. vendu), de l'ail, binde, 
m. s. — Dimin. bandeau, bandeV, d'où ban- 
delette ; *bandier, d'où bandereau. 

2. BANDE, troupe, compagnie, est le même 
mot que le précédent, du moins il se rattache 
évidemment à l'ail, binden, lier, réunir. Il 
peut aussi avoir été introduit sous l'influence 
dr l'ail, band, dans son acception de drapeau 
(BL. bandum, vexillum). L'ail, mod. bande 
est repris du français. 



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BAN 



— 45 — 



BAR 



BANDER, serrer avec une corde, mettre un 
bandeau ; se bander, se roidir ; de bande 1 . 
Pour le sens tendre, roidir, il se déduit de 
bande de la même manière qu'en angl.^^Wn^ 
signifie à la fois corde et tendre, serrer ; com- 
parez encore en allemand le rapport entre 
' strickf corde, et strecken, tendre, ou entre 
strang, corde, et an-strengen, tendre, faire 
faire un effort. — D. bandage (d'où banda- 
giste). — Composé débander, 

BANDEROLE, voy. bandière. 

BANDIÊRE, it., prov. bandiera, esp. ban- 
dera, de l'ail, band, bande, drapeau, BL. 
bandum = vexillum. — Par la chute du d, 
le mot est devenu banière* , bannière. — Dim. 
banderole. 

BANDIT, voy. ban. 

BANDOLIER, brigand, esp. bandolero, fac- 
tieux, séditieux, de bandola, dim. de banda, 
troupe. 

BANDOULIÈRE, esp. bandolera, ail. ban- 
délier, de l'esp. bandola, dim. de banda, lien, 
ruban. 

BANLIETJE, BL. banleuca, banniim Uiicœ, 
composé de ban, juridiction, et lieue, mille, 
champ, territoire; donc le territoire soumis 
à une juridiction, espace dans leuuel un ban 
était valable. L'allemand a traduit banleuca 
par bannmeile. 

BANNE, vfr. benne, grand panier (Nicot), 
auj. aussi grande toile (syn. de bâchs), dont 
on recouvre des voitures de roulage ou des 
vaisseaux. Festus : Benna, lingua gallica 
genus vehiculi (voiture à panier, tombereau), 
appellatur. Le mot est très répandu dans les 
langues romanes et germaniques; dans les 
idiomes celtiques, la forme m«n (cp. fr. manne) 
prédomine; cependant, le cymr. a benn, voi- 
ture. Dimin. banneau^ benneau, bannelle; 
bonnette, -elon. 

BANNIÈRE, voy. bandière. De là l'allemand 
banier, panier, banner. — D. banneret (cp. 
les composés ail. bannerherr; flam. (Kiliaen) 
banerheere, banderheere). 

BANNIR, voy. ban. 

BANQUE, voy. banc. — D. banquier; cp. 
en gr. le terme analogue xpotiti^ir/ii. 

BANQUEROUTE, angl. banhrupt,dX\.banh' 
rott, do rit. banco rotto [rotio =^ L. ruptus), 
banque rompue ; on rompait le banc qu'occu- 
pait le marchand failli sur les marchés. 

BANQUET = repas (d'où verbe banqueter) 
a été jusqu'ici tenu pour un dérivé de 
banc (cp. en ail. tafél, table et repas), mais 
Tobler est venu récemment discréditer cette 
manière de voir (Ztschr. III, 573). Il voit dans 
banquet un dim. de ban (convocation, invita- 
tion), qui aurait été confondu avec banc et 
allègue, comme analogie, l'ail, gastgebot, 
régal, festin, litt. convocation de commen- 
saux. — G. Paris (Rom. IX, 334) objecte 
contre cette étymologio nouvelle ce qui suit : 
" Au XV® siècle, où le mot apparaît, il ne 
signifie jamais, comme dans l'exemple cité 
par T., que petit repas pris après le souper, 
dans la soirée » (voy. notamment la moralité 
bien connuG delà Condamnation de Banquet); 



c'est donc en partant de ce sens qu'il faut 
chercher l'étymologie du mot, qui n'est peut- 
être pas français d'origine »». — A mon avis, 
ce qui vient à l'appui de la thèse du profes- 
seur de Berlin, c'est l'analogie du vfr. convi, 
qui, à son sens naturel « invitation, appel », 
joignait celui de " festin, banquet » (Godefroy 
en donne de nombreux exemples, et Littrô 
lui-même cite de Commines « les convis et 
les banquets «). A la vérité, on pourrait, dans 
' la formation du sens secondaire do convi, soup- 
çonner l'influence d'un souvenir du L. convi- 
vium. 

6ANSE, manne, BL. bansta, vfr. banste, 
du goth. batvits, grange, d'où aussi l'ail. 
banse, 1 . partie de la grange où l'on place les 
gerbas; 2. grande corbeiUe carrée. — BL. 
banasta (corbeille) est un dér. de benna, fr. 
banne {v.v\, h.). 

BAPTÊME, it. battesimo, du L. baptisma 
(;5àTTt7/Aa); baptismal, baptismalis ; baptistère, 
baptisterium ; baptiser, baptizare (^xwrfjïtv, 
dér. do ^TTTgiv, immerger). L'acyectif baptis- 
taiî'e répond à un type latin baptistarius. 

BAQUET, voy. bac. 

BAR, voy. bard, 

BARAGOUIN, mot formé du breton bara, 
pain, et de gtoin, vin; ce sont ces deux 
mots qui, dans le langage des Bretons, frap- 
pèrent le plus l'oreille des Français et qui 
leur servirent à désigner ce langage inintelli- 
gible. Voy. Villemarqué, Dictionnaire franc. • 
bret., p. XXXIX. L'étymologie bargina, mot 
du BL. signifiant étranger, est moins pro- 
bable que celle que nous citons et qui a été 
adoptée par Diez et Littré. Une explication, 
tout aussi peu plausible, par bret. bara pain 
-|- gwenn, blanc, se trouve au suppl. de 
Littré. — G. Paris (Rom., VIII, 619) est d'avis 
que baragouin est de la même famille que 
M'ii.baracundia, baraonda, confusion, tumulte, 
dont l'origine hébraïque est démontrée par 
Caix, Studi, n<* 181. — D. baragouiner. 

BARAQUE, it. baracca, esp. barraca, ôcoss., 
irl. barrachad; dér. de barre, longue pièce 
de bois (v. c. m.), cp. it. trabacca, m. s., de 
trabs. D'après Dozy (voy. Littré, suppl.), le 
mot est d'origine berbère. — D. baraquer. 

BARAT', barate*, it. baratto, ancien esp. 
barato, prov. barat, tromperie, troc fraudu- 
leux, désordre, confusion; de là le verbe ba- 
réter', faire un mauvais commerce, friponner, 
angl. to barter. Diez, parmi les diverses expli- 
cations étymologiques qui se présentent (Che- 
vallet cite plusieurs mots celtiques, brad ou 
bar ad, signifiant tromperie et que Diez 
n'allègue point), incline pour le grec npicrruv, 
trafiquer, user de pratiques (en serbe, baratati 
signifie faire commerce); l'Occident aurait 
emprunté ce terme, en lui donnant une mau- 
vai.se acception, aux marchands grecs. Nous 
rappellerons à l'appui de cette opinion l'ex- 
pression allemande schachern, brocanter, 
grappiller, faire un négoce sordide, mot 
appliqué surtout aux trafiijuants juifs et tiré 
d'un mot hébreu qui signifie tout simplement 
faire commerce. — D. baraterie. 



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BAR 



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BAR 



BARATTIR, battre du beurre; Diez est 
âhpfjpé à rattacher ce rerbe au mot barat 
ci-dessus ; le sens propre en serait brouiller. 
— On pourrait aussi, sans trop s'aventurer, 
donner à barcUte le même primitif qu'à barit 
et barrique: cp. en bret*>n bavas, baquet, 
baril, baratte. — D. (ou primitif?) baratte, 
vaisseau à baratter. 

BABBAGAHl, it. barbacane, esp., pror. 
barbacana. Ducange, v« barbacana, inter- 
prète ce mot par « propugnaculom exterius 
quo oppidum ant castrum, praesertim vero 
eorum portœ aut mûri muniuntur «; auj. 
cette signification s'est rétrécie en celle de 
meurtrière (wallon babecine «=■ lucarne) ou 
d'égout. Gacbet remarque que, dans Gode- 
froid de Bouillon, barbacane a toujours le 
sens de herse. On prête généralement à ce 
mot une origine arabe; M. Piques, docteur 
en Sorbone, cite babi-al-hhanehy litt. porte 
de la maison des eaux ; Pougens le rattache à 
bar-bah-hhaneh, galerie qui sert de rempart 
à la porte ; Wedgwood,au même bâla-hkaneh 
qui est cité sous balcon. Toutes ces explica- 
tions laissent à désirer. 

BARBARE, L. barbaries, étranger, puis 
grossier, sauvage, cruel. — D. barbarie, ber- 
baria; barbarisme, barbarismos. 

6ARBB, L. barba, — D. barbeau (poisson), 
barbillon, barbet /chien); — barbiche, barbt- 
chon ; — barbote (poisson) ; — barbeyer, raser 
la voile; barbeUe, barbelé; barbier; barbiUe, 
filament des monnaies; barbon; barbu; bar- 
bue (poisson); ébarber, couper les barbes; 
rebarber', contrarier, d'où rébarbatif (y. cm,). 

BARBITON, L. barbitum (^àpUrov). 

BARBOTER, paJt&uger dans la boue et mar- 
motter, bredouiller ; Tassociation de ces deux 
sens se comprend, le second se rapportant au 
bruit du bouillonnement de l'eau occasionné 
par le barbotement. En it. on a barbottare et 
borboUare, en esp. barbotar et borbotar, pour 
l'une ou l'autre des deux acceptions du mot 
français ; cp. vfr. borbeter, patauger. Si l'on 
considère encore l*it. borbogUare, pic. bor- 
boulier (marmotter), esp. borbollar, bouil- 
lonner, fr. barbouiller = barboter, prononcer 
indistinctement, on verra que les formes en o 
et en a ne sont au fond que des variations de 
son; peut-être celles en a se sont-elles pro- 
duites sous l'influence de barbe (cp. l'expres- 
sion ail. in den bart brummen, grommeler 
dans sa barbe, entre les dents). Les formes 
au thème borb rappellent borbe, bourbe, qui 
au fond signifie de l'eau bouillonnante (ep. 
fiéppopoi, bourbe, et ^op^opùinv, bniire)." 
BorbogUare et ses parallèles ont, outre leur 
thème borb, une terminaison qui donne au 
mot un certain air de parenté avec bullare, 
lancer des bulles, bouillonner. Il est intéres- 
sant, pour la liaison des seiLs, do porter ici 
l'attention sur les mots ail. brod^ln, br\idehi, 
sprvdeln signifiant à la fois bouillonner et 
parler indistinctement, et le mot mousser 
n'est-il pas identique avec L. mussare, parler 
entre les d^nts? 

BARBOUILLER, parler confusément, mdi?- 



tinctcrncnt, est expliqué suffisamment par ce 
qui précède sous barboter. D n'est donc pas 
nécessaire de d«x*omposer le mot, comme fait 
Littré, par bar (préfixe péjoratif) -f- bouille 
(ancien m(A signifiant bourbier), ou avec 
Génin jmr bar-j- houille (perche pour remuer 
la vaso). Les acceptions salir, étendre gros- 
sièrement une couleur avec une brosse expri- 
ment, comme la première, confusion, trouble, 
absence de netteté et de précision. Ici encore 
nous dirons que la forme barbouiller peut 
avoir sa cause dans quelque rapprochement 
du mot barbe, très voisin par le sens de 
celui de brosse. 

BARBU, de barbe; cp. membru, lippu, che- 
velu. — D. barbue (i)oisson). 

BARGAROLLE, de lit. barcarola, chant de 
batelier [barcaruolo, de barca, barque). 

BARD, BAR* (le d dans bard est parasite), 
du vha. bàra, civière, brancard, ags. baer, 
bére, m. s. (cfr. goth. bairan, porter, ail. 
mod. bahre, flam. baere, civière.). Le mot 
bière 2, it. bara, est de la même origine. — 
D. barde r. 

BARDAOHB, pathicus, mignon, it. bar- 
dascia, esp. bardaxa, de l'arabe bardaj, 
esclave. 

1 . BARDE, selle, armure de cheval, it. et 
esp. barda. Il nous manque une étymologie 
tout à fait satisfaisante pour ce mot; aussi 
Ménage en es^il réduit à un de ses tours de 
force habituels ; il établit la filiation suivante : 
cooperta, cooparia, parta, barta, barda. Le 
sens premier semble être bât, selle, d'où s'est 
déduit celui darmure de cheval en lames do 
fer, ainsi que celui de mince tranche de lard. 
Quelques provinces emploient aubardep, selle; 
c'est l'esp. et port, albarda, bât. Littré 
indique pour primitif l'ar. bardahet, couver- 
ture placée sous le bât (du persan barsahet)\ 
Diez, le nord, bardi, bouclier. — Le vfr. barde, 
hache, répond au vha. barta, ni. barde, 
hache. — D. bardeau, ais mince et court ; 
bardelle, espèce de selle ; bardot, le mulet cou- 
vert d'une .selle qui porte le muletier; verbe 
barder. 

2. BARDE, poète, L. bardus {moi gaulois); 
barda, L. barditus. 

BARDEAU,. -ELLE^, voy. barde, 1. 

1. BARDER, charger sur un bard. — 
C. débarder. 

2. BARDER, couvrir un cheval de sa barde. 
BARDOT, voy. barde, 1. 

BARÉGE, de Baréges, village des Pyrénées, 
lieu de fabrication. 

BAREME, du nom de François Barrêrae 
(mort en 1703), auteur d'un recueil intitulé : 
Comptes faits, 

BARGE, embarcation plate, BL. bargia, 
prov. harja; voy. barque. 

BARGUIGNER, jadis aussi bargaigner, anc. 
= marchander (signification encore vivace 
dans l'angl. bargain, it. bargagtiare, port., 
prov. barganhar, BL. barcaniare), auj. avoir 
do la peine à se déterminer. Vu la forme bas- 
lat. , Diez rapporte le mot à barca, la barque 
étant destinée, d'après la définition d'Isidore, 



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BAR 



— il — 



BAR 



à apporter les marchandises vers le navire et 
à les en rapporter. Il y aurait donc au fond 
du mot l'idée do va-et-vient, d'où se serait 
développée celle de « marchander, balancer, 
hésiter, tergiverser « . Cette explication semble 
un peu forcée. Chevallet cite l'écossais bara- 
gauy marché, traité, accord; bret. barhana, 
marchander. Mais ces mots peuvent-ils compter 
pour primitifs? L*étymologie bar -f- gagner^ 
mise en avant par Génin, n'a pas de probabi- 
lité non plus. — Selon Ulrich (Ztschr., III, 
266), de Tall. borgeti^ « mutuum dare et acci- 
pere », sur la base d'une forme vha. terminée 
en anjan. C'est ainsi qu'on tire guadagnare 
(d*oû fr. gaagtier, gagner) d'un type vha. 
yoeidanjan supposé. A p. o ne ferait pas diflS- 
cnlté. Mussafia (Beitrag, etc., p. 36) men- 
tionne des formes ital. (dialect.) transposées, 
surtout un terme vénitien rustique bragagiiar 
signifiant « tàter, palper » , puis un bragagnar 
et bragoiar défini par « prendere in mano, 
brancicare, come si usa colle cose poste in 
vendita ». Ailleurs, dans MutinelU, on voit_ 
bragolo,*^ mercato ». Y-a-t-il entre Fit. barga- 
gnare^ •* marchander », et le vén. bragagnar^ 
•» palper », homonymité fortuite ou commu- 
nauté originelle? Dans ce dernier cas, quelle 
est la valeur primordiale? Dans le premier 
cas, quelle est la source de l'un et de l'autre? 
Notez que dans l'anc. vénitien on trouve aussi 
bragoiar r=3 pêcher. — Mussafia se garde de 
rien trancher sur ces* questions. J'en fais pru- 
demment de même. 

BARIGSL ou BABISEL, chef des sbires, » 
it. bargelîo, esp. barrachd, BIj. barigild\i$; 
mot d'origine germanique, mais encore inex- 
pliqué. 

BARIL, it. barile, esp., port, barrih^ EL. 
barile, bariUus, de même que barrique ^ et vfr. 
barrot, sont, selon Diez, des dérivations d'un 
mot bar, branche d'arbre, qui se rencontre 
dans phisieurs idiomes celtiques, et auquel se 
, rattache également le mot bnrre. Du reste on 
trouve en cymr. baril et en gael. baraill avec 
le même sens. — D. barillet , -on. 

BARIOLER; rétymol..rarto/are (de wirius) 
est à juste titre repoussée par Diez ; il n'y a 
aucune probabilité que r initial ait été changé 
en 6 ; il propose donc, et est en cela suivi par 
Littré, une composition bar^ (la particule pé- 
jorative) + riolé, rayé (dans « riolé et piolé »). 
— Le type bis-regiilare, proposé par Darme- 
steter, est inacceptable, car regidare ne jKîut 
donner que rieuler, riuler (2 syll.); mais non 
pas ri-oler. 

BARLONO, berloïig", qui a la figure d'un 
carré long mais irrégulier, défectueux, est p. 
beslong (on trouve dans la langue d'oïl aussi 
bellonc), it. bislungo. — Bis (en français 
aussi bes, puis béy &«) est une particule romane, 
appliquée en composition et exprimant une 
idée d'infériorité, d'inconvenance, do fausse 
application. Parfois ce préfixe péjoratif se 
modifie euphoniquement en ô<?r, bar ou bre. 
" Bar y dit Nicot, diction indéclinable qui 
empire le mot auqud elle est jointe par com- 
position, comme en barltie (voy. notre mot 



berlue) et barlong. » Exemples : it. biscan 
tare, mal chanter, fredonner; prov. beslei, 
fausse croyance; barlume p. bislume, lu- 
mière faible, douteuse; fr. bertoitser, tondre 
avec de.s inégalités (cité par Ménage), béouey 
p. besvue, vue fausse; vfr. bestor, bestoumer; 
piém. berlaiia, petit lait; cat. besœmpte = 
mécompte; wall. bestemps, mauvais temps; 
notez encore Fane, verbe besfiiger , mal 
juger. Diez, examinant l'origine de cette par- 
ticule bis, après avoir rejeté les coi^jectures 
portant sur L. vice ou m'j?, s'arrête à ladv. lat. 
biSy deux fois, d'où se serait dégagé le sens 
de trop ou de mal ; il fonde cette explication 
sur des mots tels que l'esp. bisqjo, à double 
vue, louche; fr. bi-ais (v. c. m.), à double face; 
vfr. beS'ivre, fort ivre, bes-order, souiller for- 
tement. — Voy., sur la particule bis au sens 
dépréciatif, d'intéressants rapprochements avec 
la valeur propre aux particules congénères 
gr. Sviy 5i;, 5fx5t. Darmesteter, Traité de la 
formation des mots composés dans la langue 
française, p. 109. 

BARNAGHS, -AOLE, -IGLB (aussi ber- 
fiache, etc.), espèce d'oie sauvage, de bar- 
nacle^, espèce de coquillage (lepas anatifera), 
où cet oiseau place son nid. D'origine cel- 
tique. 

BAROMÈTRE, mot techn. composé du gr. 
fAirpov, mesure, et pàpoit pesanteur, 

BARON, propr. forme d'accusatif, le subst. 
nominatif étant ber; correspond au prov. bar, 
it. barone, esp. varœie. Ce vocable signifiait 
d'abord tout simplement, comme le latin rir, 
l'homme opposé à la femme. Puis il s'y rat- 
tacha le sens de viril, fort, courageux, bravo 
(de là les dérivés anciens : prov. bamatge, 
vfr. baronie^ bamie, bravoure, embarjiir^ se 
fortifier). A ces significations se joignit de 
bonne heure celle d'homme libre, de grand 
de l'empîre ou vassal. L'étymologie du mot 
n'est pas encore éclaircie; il paraît n'avoir 
rien de commun avec le baro du latin clas- 
sique. (Cornutus, un commentateur de Perse, 
attribue à baro le sens de « servus militum » 
et une origine gauloise ; Isidore le glose par 
mercenarius, en le dérivant de pxpù;, fort, 
grossier, fortis in laboribus.) On trouve en 
celtique (ancien gaôl.) un mot bar avec la 
valeur do héros ; mais une circonstance digne 
de c-pnsidération s'oppose à ce que l'on reven- 
dique une origine celtique à notre vocable 
français. C'est que ber ou bar français fait 
aux cas obliques baron, avec l'accent sur la 
terminaison, et que tous les mots do cette 
nature sont de provenance soit latine {drac, 
dragon; laire, lairon), ou germanique {fel, 
félon; Uc, Ugon). Diez, par conséquent, 
pense que le baro latin, qualifié de gaulois 
par le scoliaste Cornutus, avec le sens de 
goujat d'armée, représente plutôt un vha. 
bero (accus, berun, beron), porteur, dérivé 
naturel du vha. beran, goth. bairan, porter, 
et que le fr. ber, baron est tiré du même 
radical. Du sens primitif porteur, se seraient 
successivement déduits ceux de « fort », puis 
do M homme » et enfin de « homme puis.sant, 



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BAR 



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BAS 



vassal » . Tout cela, du reste, est encore pro- 
blématique. Pour notre part, nous préférons 
nous en tenir à une communauté d'origine de 
baron avec les mots vha. bmm, infans, proies, 
et beor7i (ags.), homme fort, qui d'ailJeurs 
remontent également en dernier lieu à bairan 
ou beraiiy porter, produire. — D. baronne ^ 
etriCt-offe. 

BAROQUE était d'abord un t«rme de joail- 
lier, indiquant une perle qui n'est pas parfai- 
tement ronde ; de l'esp. bannieco, berruecœ^ 
port, barroco (aussi avec le sens de rocher, 
raboteux). Four l'étymologie, on a proposé 
le L. vo'nœa, roclier, verrue (employé par 
Pline pour une tache dans une pierre pré- 
cieuse), puis brochiis, dont saillante, défec- 
tueuse, enfin bisroca, en donnant à bis la 
valeur que nous avons exposée sous barlong. 
Nous nous prononcerions le plus volontiers 
pour la dernière conjecture : roche avec un 
défaut. 

BARQUB,it. ,esp. ,prov. , port. ôarca. Isidore : 
« Barca, quœ cuncta navis commercia ad lit us 
portât » . Barque paraît être, en français, d'in- 
troduction savante ; le mot propre était anc. 
barge, auj. berge (prov. barjd), formes qui 
accusent l'existence d'une forme latine barica, 
(cfr . carrica — charge ; serica — serge). Quant 
à barica, il parait être (comme auca, avica, de 
avis) une dérivation de baris, canot (^Àpî). 
Barca serait ainsi une contraction de date 
ancienne pour barica. Wackernagel préfère 
le nordique barhr, m. s., litt. bateau fait 
d'écorce {bôrkr.^ suéd., angl. bark, écorce). — 
D. barquette, embarquer , débarquer. 

BARRE, it., esp., prov. barra, angl. bar, 
pièce de bois (ou de métal) menue et longue 
(servant à fermer). Le mot est celtique : cymr. 
bar, branche de bois. Dérivés : barreau ; bar- 
rière; bandas'; verbe barrer (voy. ces mots). 
Voy. aussi baraque et baril. 

BARRAS* ; ce mot, non constaté dans les 
textes français, et répondant au prov. barras, 
bari*e, bâche, est le primitif des verbes embar- 
rasser, obstruer, gêner, et débarrasser, 

BARREAU, diminutif de barre, puis clô- 
ture, puis enceinte réservée aux avocats, lieu 
où l'on plaide, etc. 

BARRER, de barre; pr. fermer, obstruer, 
rayer. — D. bai*rage. — Cps. sembarrer, 
débarrer. 

BARRETTE, prov. berreta, barreta, esp. 
birreta, BL. birretum, it. berretta. Se ratta- 
che au mot latin btri'us (byrrhus), sorte 
d'étoffe grossière. — Le rapport étymologique 
avec biiTus, burrus, peut être fondé, observe 
Baist (Ztschr., VI, 1 16), soit sur la couleur 
rouge, soit sur ce que le couvre-chef en ques- 
tion faisait d'abord partie du manteau (fUppov 
«= manteau). Cfr. l'origine de cJuipeau. — 
Une variété du même mot est le masc. béret. 
— Voy. aussi bure. 

BARRICADE, voy. ban-ique. — • D. barri- 
cader (vfr. ban^quey'). 

BARRIÈRE, prov., it. barriera, esp. bar- 
rera, d'un type barraria, dér. de barra, 
barre. 



BARRIQUE, voy. baril. — D. it. barricata^ 
retrancliement fait avec des barriques, fr. 
barricade. 

BARS, pois.son ; ail. bars, barsch, 
BARTTON, it., esp. ^anYono, du gr. ^a/ouro- 
voç, qui a la voix grave. 

1 . BAS (fém. basse), it. basso, esp. bcy'o, port. 
baixo, prov. bas, BL. bossus. Le glossaire 
d'Isidôi'o dit : •* Bassus crassus pinguis », 
celui do Papias : « Bassus curtus humilis » . 
Il faut déduire de là, obsen'e Diez, que le 
sens fondamental du mot bassus est celui de 
trapu, court et large. En effet, la langue 
d'oïl présente souvent l'adj. bas avec le sens 
de large et court. Pour la provenance de bas- 
sus, il est inutile d'en chercher l'origine soit 
dans le grec ,%à»y6iv ^comparatif de /9a6ù;, pro- 
fond) ou dans le celtique. Les Romains possé- 
daient déjà le mot, mais nous ne le rencon- 
trons plus que comme surnom ou comme 
véritable nom propre. — Dérivés : bassesse; 
basse (t. de musique), basson; basset, chien 
de cliasse de jKîtite taille ; bas, vêtement de 
jambes, abréviation de bas de chausses, opp. 
à haut de chausses; verbe baisser (v. c. m.). 

2. BAS, vêtement des jambes, voy. bas ci- 
dessus. 

BASALTE, L. basaltes. Du pays de Baschan 
en Palestine, gr. Bxa&ync. 

BASANE, de l'esp. badana, m. s., qui vient 
de l'arabe bilatuxh. La lettre s accuse pour 
intermédiaire un prov. basana (cp. Mondaine 
p. Madeleine). — D. vfr. bananier, cordonnier; 
basaner, donner à la i>cau une teinte noirâtre; 
cp. le sens du vfr. ta:nyie, roux, brun. 

BASANER, voy. basane. 

BASGOUETTE, espèce de mésange (en ail. 
schwanzmeise), composé populaire de battre 
-\- couette (petite queue), donc un « volatile 
dont bat (= danse) la queue «; cp. batte- 
queue, un des noms de la borgeronncttc. Si 
cette étymologie de Meunier est la bonne, il 
faudra considérer la forme basconette que 
donne Littré conjointement avec bascoucUe, 
comme une altération de ce dernier. 

BASGUL, aussi ba/ml, nom donné à'certaines 
pièces du harnachement des chevaux (voy. 
Littré), est un composé de battre -}- cul. Cp. le 
nv)t suiv. 

BASCULE, ane. bacule, signifie pr. une 
planche qui « bat le nduI » ; selon Meunier, ce 
qui a donné naissance aux diverses acceptions 
de ce mot, c'est le jeu des enfants se balançant 
Sur une planche dont l'un des bouts se lève 
tandis que l'autre frappe réellement le cul. 
C'est bien là l'origine du mot, et il est inutile 
de reproduire les autres explications mises en 
avant. L'^r dans l'élément bas est parasite ; de 
même dans bascouettc (v. pi. h.). — D. bas- 
culei\ 

BASE, L. basis (gr. /9â9(;, plante du pied). 
— D. baser. 

BASILIC, lézard, L. basUiscus (^3a9«>(ffxo{, 
litt. petit roi). 

BASILIQUE, église, du L, basilica{ii^ctltiri), 
qui désignait d'abord un édifice public pro- 
fane, pr. maison royale. 



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BÂT 



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BAT 



BASIN, forme tronquée de bombcisin; de 
l'it. bamhagino, qui est dérivé de bambagio, 
BL. bambaciurriy grec du moyen âge ^afitkxiov, 
coton. I-,e primitif de ces mots est le L. bombiao 
{^>6wÇ), soie. 

BASOGHS , du L. basilica, lieu où se tenaient 
les tribunaux. La terminaison iîica, par ilca, 
s'est régulièrement francisée par euche,ouche, 
oche (cp. le mot fougère). 

BASQUE, pan dliabit ; d'origine inconnue. 
Huet, évêque d'Avranches, croit qu'on a dit 
basques de pourpoint, parce que la mode d'en 
porter est venue de Biscaye. — D. basquine, 

BASSIN, bacin'y bachin*, BL. bacinns, ba- 
chinurriy it. bacino, prov., esp. bacin. Des 
raisons phonologiques font rejeter à Diez la 
dérivation de l'allemand becken^ qui a le 
même sens ; il faudrait, prétend-il, pour cela 
la forme baqiiin. Le mot vient de quelque 
racine celtique, comme bac, creux, cavité, 
d'où bakiniis, baamts, bacin (voy . bac). Ce qui 
confirme cette étym., c'est que Grégoire de 
Tours parait indiquer bacchinon comme 
appartenant à la langue du pays. — D. bas- 
sillet, bassme7\ bassinoire. 

BASTER, vfr. suflBre (resté dans bastant, 
suffisant, et l'interjection basté), = it. bas- 
tare, esp., port., prov. bastar, suffire, d'un 
adj. basto existant encore en esp. et en port., 
et signifiant rempli. Diez, pour le sens, rap- 
proche l'esp. harto = rempli et suffisant. 

BASTERNE, L. bastei^m. 

BASTIDE, BASTION, BASTILLE, voy. bâtir. 

BASTINGUE, défense mobile, ital. bastinga, 
prob. de bastir comme bastide, bastion. 

BASTONNADE, voy. bàtoii. 

BASTRINGUE, mot populaire qui reste à 
éclaircir. C'est peut-être le même mot que 
bastingue (dér. de bastir), signifiant d'abord 
hutte, guinguette, puis bal de guinguette. 

BAT, t. de pêche, queue (de pois.son), d'après 
Littré de battre; daprès d'autres, dol'écoss., 
iil. bod, queue. 

BAT, bast\ it., esp. ba^to, prov. bast, ail. 
suisse bast, BL. bastum, clitella, sella, sagma, 
Diez suppose que basium pourrait bien appar- 
tenir à la langue romaine vulgaire, et avoir 
pour signification fondamentale celle d'appui, 
base, support, soutien (cfr. jâaffTàJeiv, ^à^raÇ, 
et bastema, litière). — D. bâter, débâter, 
etnbâter. 
' BATACLAN, mot onomatopée. 

BATAILLE, voy. battre. — D. bataillon, 
batailler. 

BATARD, bastard\\i., esp. port, basiardo, 
prov. bastard, ail., angl. bastard, hoU. bas- 
tert, lith. bostras; équivaut à l'expr. vfr. fils 
ou homme de bast ou de bas. (On disait de 
même venir de bas.) Ce mot bast, d'où dérive 
bastard, est identique avec bât, selle de 
somme, traité ci-dessus. Diez, tout en admet- 
tant ce rapport de forme, ne dit rien pour 
l'expliquer quant à l'idée. Burguy et Mahn 
sont plus explicites à ce sujet : « On sait 
assez, dit Burguy, la vie que les conducteurs 
àe mulets menaient avec les filles d'auberge. 



pour croire à im grand nombre d'enfants 
conçus sur les bâts et à une généralisation du 
nom. » Ce savant appuie son explication sur 
l'analogie des expressions fr. coitard, c.-à-d. 
issu du coitre (matelas), et ail. bankert.^ issu 
du banc, wm der banh fàllen, avoir une nais 
sance illégitime. — Autre est l'explication de 
Caix (Studi, n*» 8); d'après lui, bastardo signifie 
pix>pr. « porteur du bât, bête de somme », et 
équivaut à « mulet »; de là lo sens « filius 
spurius » . C'est ainsi que mulus a donné esp. 
mulato (fr. mulâtre), ** né de parents de con- 
ditions (c.-à-d. couleurs) diverses »; c'est ainsi 
encore que lat. biirdo, mulet, est connexe 
avec esp. borde, prov. bort, vfr. borde, sard. 
burdu, qui signifient bâtard. L'expression 
M fils de bast » ne serait, dit Caix, qu'une 
interprétation populaire de bastardo. Voy. à 
ce sujet les doutes de G. Paris (Rom., VIU, 
618). Citons en dernier lieu l'avis de Grimm, 
pour qui le germ. bast (écorce) aurait déve- 
loppé le sens « res vilis nullius pretii »» et de 
là celui de « homo spurius illegitimus »» . — 
D. bâtardise, abâtardir. 

BATARDEAU, anc. bastardeau, construc- 
tion hydraulique, dimin. de vfr. bastard, m. 
s., qui paraît être dérivé de bastir ou bâtir 
(racine bast). Le wallon a le mot bâte dans le 
sens de fascinage au bord d'un cours d'eau, 
de batardeau et de quai ; est-il de la même 
famille? 

BATEAU^ bateV, prov. bateîh, esp. batel, 
it. batello, dimin. de batto, BL. baius, vais- 
seau à rames. Se rattache à ags. bât, v. nord. 
bâtr^ petit vaisseau; on trouve aussi cymr. 
bâd, nacelle. — D. batelier, batelct, batelée. 

BATELEUR, basteleur, charlatan, boufibn; 
selon Saumaiso, de BL. batdlator, batailleur, 
c.-à-d. qui fait dos tours surprenants avec les 
armes ; Guyet, plus sobre, dérive ce mot de 
bastel, qui, formé de bastum, signifierait un 
échafaud de bois, un tréteau; bateleur serait 
donc une espèce de saltimbanque. D'autres 
proposent un mot gaulois baste, qui signifie 
tromperie. Nicot pense au grec pccTrolôyo^, 
hâbleur! Après ces tentatives-là, nous hasar- 
derions bien aussi une conjecture, savoir: 
bastclei" = faire des tours d'adresse sur un 
bast o\xbât[\.Q. m.), puisque nous savons que 
les petits meubles à l'usage des escamoteur?, 
appelés aujourd'hui des gobelets, s'appelaient 
au moyen âge des basteaux, et que l'on disait 
Jongleur ou faiseur de basteaux, etc. C'est 
donc bien évidemment un primitif bastel qui 
a produit basteler* et bateleur. Quant à bastel, 
ce pourrait être une variété de baston et signi- 
fier baguette. Cp. « tour de bâton ». Quoi 
qu'on ait dit, il n'a rien à faire avec bateau. 

BATIFOLER, folâtrer, s'amuser; de l'it. 
battifolle, par quoi l'on désigne certaines 
tours de bois érigées sur les remparts et les 
beffrois, et où les jeunes gens allaient jouer 
et badiner. Pour le mot italien, cp. BL. bat- 
tifollum = bastion et moulin à vent. 

A* 

1 . BATIR, bastir, it. bastire, pr. bastir, con- 
struire. De la même racine bast, exprimant 



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BAV 



— 50 — 



BEA 



appui, soutien, fondement, base, d*où bât, 
biuon, — D. bâtiment, bâtisse ;prov. b(uHda, 
fr. bastide; it. bastia, bastione, prov. bastio, 
fr. bastion ; enfin bastille, 

2. BAnR, coudre à gros points, esp. bas- 
tear, embastar, it. imbastare, angl. baste, du 
Tha. bestan, rentraire. 

BATISTE, toile de lin très fine, tire son 
nom du premier fabricant de cette toile. 

BATON, propr. soutien, appui, dérive de 
bât^ qui lui-même, parait-il, exprime propr. 
appui, base, sur quoi se place la charge 
d'une béte de somme. 11 est intéressant de 
remarquer à cette occasion que le nom du 
mulet, en tant que porte-charge, a développé 
à son tour le sens de bâton; voy. l'art, bour- 
don 1. — D. bâtonnier, bastonnade (anc. bas- 
tonnée) ; bâtonnier. 
BATTU, voy. battre. 
BATTERIE, voy. battre. 
BATT0L06IE, gr. ^«TToloyfa, m. s. 
BATTRE, prov. boire, esp. bâtir ^ it. battere, 
du L. battiere, corrompu en battere. Dérivés : 
batteur, -a^e, -ont, -ement; battue, batte, 
battoir, batterie, bataille^ it. bataglia, esp. 
batalla ^Adamantinus Martyr : batualia, quae 
vulgo baUalia dicuntur). — Composés de bat- 
tre : abattre, combattre, débattre, ébattre, 
embattre, rebattre (v. ce. mm.). 

BAU, poutre, anc. banc, de l'ail, balh, 
bàlke^ m. s. Voy. aussi balcwi. 

BAUB, nom d'une race de chiens courants, 
appelés aussi chiens muets. Cette dernière 
dénomination a donné lieu aux étymologies 
gaél. baoth, soxxrà, goth. bauth, sourd, muet, 
auxquels Dicz ajoute le norm. baude, en- 
gourdi. Littré indique le vfr. baut, hardi 
(voy. bandir). 

BAUDET, dimin. de baud (en rouchi, fém. 
bande), de baut\ gai, liardi (voy. baudir). 
L'âne serait ainsi l'animal plein de contente- 
ment et de hardiesse. La fable l'appelle bau- 
douin{(ïoi\ le terme baudouiner àe Rabelais). 
BAUBIR, pr. réjouir, puis exciter, et son 
composé s*ébaudir, it. anc. sbaldire ; dér. de 
l'adj. bauC, prov. baut, it. baldo, hardi, in- 
solent, joyeux, qui correspond à angl. bold, 
courageux, goth. balths, vha. bald, hardi, à 
cœur ouvert. 

BAUDRIER, en vfr. baudré, prov. baudrat; 
du vha. balderich, v. angl. baldHck, bau- 
drick. Cos mots sont des formes dérivatives 
de Tags. belt, qui pour le sens et la forme 
correspond au L. balteus, bord, encadre- 
ment, ceinturon. Dans la grammaire proven- 
çale de Faidit, on lit : balta, corea (courroie). 
BAUDRUCHE ; ce mot est sans doute de la 
même famille que Fane, verbe fr. baudroyer, 
préparer des cuirs, et par conséquent de celle 
de baudrier. 

BAUGE, mortier, crépi ; anc. bauche. Voy. 
& l'art, débaucher. 

BAUME, anc. baiisme, basme, du L. balsa- 
mum (par bals'mum, balmum), — D. bau- 
mier, embaumer. 
BAVARD, voy. bar>€, — D. bavarder. 



BAVl, it. bâta, esp. baba ; verbe baver. 
Parait être un mot onomatopée pour expri- 
mer la salive qui accompagne le babil des 
petits enfants; aussi dans Fancienne langue, 
bave signifie-t-il également babil, caquetage 
inintelligible (cp. en grec ^xtàittf), — D. ba- 
tette, baveux, bavard (nous trouvons dans 
Calvin, avec la même sign., bavereau); ba- 
tasser = bavarder; bavure, bavoche, carac- 
tère d'imprimerie qui ne vient pas net et qui 
parait avoir de la bave; Fane, mot battere 
signifiait d'abord bavette et a été appliqué 
dans la suite à la partie de Farmure dont on 
protégeait le cou et le menton ; de là b<w€- 
rette et baverole. 

BAVOCHE, voy. bâte, — D. bavocher. 

BAVOLET ; n'est ni étymologiquement con- 
nexe avec bâte (cp. bavette, batière), conrmie 
j'ai pensé d'abord, ni dérivé de bas + toler, 
mais, d'après Darmesteter, = bas tolet. En 
vfr. x>olet signifiait pièce d'étofle flottante (qui 
tôle), spécialement une pièce d'étoffe qu'on 
mettait sur la tête ; le batolet est un tolct qui 
se met en bas du chapeau, sur la nuque. 

BATER, vfr. baer, béer, it. badare, prov., 
cat. badar, BL. badare. Ces mots signifient 
1 . ouvrir la bouche, 2. attendre bouche béante, 
attendre en vain, puis anc. aspirer à qqch. 
Dante, Inf. 31 , 139 : Stare a bada, = prendre 
garde à. Plutôt que de recourir au vha. bci- 
ton (ou baidôn), attendre, tarder, qui ne 
répond pas à la signification première de 
badare, Diez part d'une racine onomato|)ée ba. 
— Dérivés: prov. badalhar, baailler , bâiller ; 
badaud, prov. badau (dans le patois de Mons 
béaut, beyaut); badin, que les lexicographes 
du xvi« siècle traduisaient encore [mr ** inep- 
tus »». 

BAZAR, mot persan signifiant marché cou - 
vert. 

BÉANT, part, de béer, forme variée de 
bayer (voy. ce mot). — Notez encore les vieux 
mots bée, ouverture, vaine attente, et béance, 
désir, aspiration. 

BÉAT, mot savant, L. boatus ; béatitude, 
béatitude; béatifiqxte, beatificus; béatifier, 
béatification, beatiticare,-atio. — D. béatilles, 
menues cho.ses précieuses, restreint auj. aux 
menues choses délicates dont on garnit les 
pâtés; pr. petites choses d'heureux. 

BEAU, BEL, it., esp., port, bello, du L. bel- 
lus, — D. beauté, bellâtre, bellot, embellir. 
Vfr. abélir, prov. abelhir -« plaire, être 
agréable ; abeausir, t. de marine, répond au 
pr. abellezir. — Le mot beau dans beau-père, 
belle-mère, beau-frère, belle-sœur, beau-fils, 
belle-fille, est une expression lionorifique 
pour distinguer les membres nouveaux intro- 
duits par le mariage dans ime famille. La 
langue néerlandaise applique de la même 
manière l'adj. schoon, 

BEAUCOUP, de beau coup (cfr. faire un 
beau coup, = prendre un grand nombre à la 
fois) ; cette locution s'est peu à peu substituée 
à 1 adverbe moult ^^L. multum, qui s'em- 
ployait généralement dans Fancienne langue 



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BED 



— 51 — 



BEI 



d'oil. On disait ancienne nient aussi ffra*id \ 
coup 

BSAUPRÉ, de Fall. Uç^^inid, ou n^il. 
loeffspriet, angl. bo%cspr<t, mots ccmposésde 
boç, boeg^ boic, flexion, proue, et sprirt ou 
fprit, perche, mât. 

BEAUTÉ, anc. bfoltrt, MU, tôt U^ju. 

BÉBÉ, firancisation de langl. babtf, petit 
enâmt. 

BBC, it. becco, port, lico; Suétone, dans 
Mtellius, 18,cite ce vocable comme gaulois. En 
eflet, on trouve gaél. frrtc, bret. brk. — . 
D. béqitet i^petit bec» ; becqurr, -&•, d'où abiT- 
çuer, donner la becquée, becqueter ^ fc^r»*, se 
rebéquer (familier), répliquer à un supérieur. 
Notez aussi vfr. bechier^ frapper du bec. Déri- . 
vent encore de bec: 1. prov. bcca, croc jprob. , 
identique avec le fr. béchr^ t^^che\ malgré , 
Vs intercalaire-: 2. bécasse; 3. beccard ; 
4. béchot, bécol, béqttU, bécasseau ; 5. fM^uUle; ! 
6. béqtict, becqueta noms vulgaires du bro- 
chet et du saumon. etbécttt4r, poisson ressem- 
blant au brochet. 

BÉGABUNGA, espèce de véronique qui 
croit sur le bord des ruisseaux; du bas-ail. 
bcckebungc^ ail. mod. lachbxmge, litt. tuber- 
cule de ruisseau. 

BÉGARBS, t. de musique, de lit. Ipcqvodro 
c= b carré. — D. bécarrer, 

BÉCASSE, it. b^ccaccia, catalan becada, 
dér. de bec. — D. bécasseau, -ni, -iiie^ -on, 

BEC (ou BECQUE) -COBKU, sot, imitation 
de rit. becco (= bouci coniirfo. 

BÊCHE, d^^cAé»*, BL. Iccca, besca, voy. bec. 
— D. dim. béchctte, béchct, verbe lécher. 

BÉ6H0T, bécasseau, voy. bec. 

BECQUEE, primitif de becqueter, doii les 
composés becquebois, becquefleurs, hecfigue 
(it. beccafico). 

BED AIME, panse (anc. vase à grande panse) 
et bedofi, homme gras, tambour (il existe une 
forme fusionnant en quelque sorte ces deux 
termes : bedondaine), sont sans doute des 
rejetons dune même racine; cp. dans le dial. 
de Côme bidon, gras et paresseux, dans celui 
du Hainaut bidon, grand lourdeau. Diez 
croit que cette racine bed est identique à bid 
dans bidet (v. ce mot) ; il cite le mot hennuyer 
bedéne, qui réunit les acceptions de bedaine 
et de indet. Nous hésitons à adopter ce rap- 
prochement, puisque Tune de ces racines 
désigne quelque chose de gros, l'autre quel- 
que chose de petit. Il est probable que le sens 
primitif de bedaine et de bedon était resp. 
boule et tambour. On trouve d'ailleurs aussi 
boudaine, boudiné, p. ventre, ce qui me fait 
voir dans bed une forme assourdie de bcd, 
boud (voy. bouder). 

BEDEAU, BEDIL', it. bideJlo, esp.,prov. 
bedeJ, BL. bedeJlus ; du vha. petil, cmissarius, 
ags. bydeJ, messager, ou du vha. huiil, prseco, 
apparitor (ail. mod. biittel), 

BEDON (norm. = clochette) ; voy. bedaine. 
— D. bedon eau', bedouan (en Normandie 
bedou), nom donné au blaireau. 

BEDONDADIE, voy. bedaine. 



BÉDOum. mot an.lK' = qui dt-nxure dans 
le dt'-sert /*<V<*i(\ 

BÉE jà guouïo ffe\ dans futailles a gueule 
béo ; du verbe hétT, avoir la bouclie «.«u verte, 
Vfv. l^\7tit et bayrr. Cette expression gueuie 
l*ft -cfr. it. bfcca badiufa se rrtnMive retour- 
na dans bt'gvcfle, qui signifiait d'abord 
mais, imbécile. • Singulière «lest imV des mots, 
dit iîachet, }Hiisqu'une bégueule i»out aujour- 
d'hui faire la petite bouche. - 

BEFFROI, berfnn, beffn,it\ angl. Ulfty, 
BL. btrfredus^ Mfrt'dus; du m ha. fnrgrnt, 
bcttrit, tour *» qui garantit la sûreté • ; on 
appelait beffrffi d'aU^rd une tour de défense 
nK*bile, ptiis une tour située dans l'intérieur 
dune cité, d'où Ton sonnait lalain.e. On a 
faussement rattaché ce mot à beU, mot fla- 
mand et angl., signifiant cloche. Lit. batti- 
fretlo repi'St^ sur un faux rappix^^hemcnt avec 
boit ère. 

BÉGAUD, sot, ignorant; dérivé de bègue; 
cp. le synonyme pr. b<*b, esp toto, dér. de L. 
baibus. 

BÉOATER, voy. bègue. 
BÉGU, t. d'art vétérinaire, anc. aussi bigu; 
d'origine inconnue. 

BEGUE, pic. beique, biéque, mot d'origine 
inci^nnue. Diei émet c(>mme simple conjecture 
l'idée d'une contraction du prov. bavcc, sot 
bavard (voy bave). — D'après Bugge (Rom. 
IV, 35 1^ bègue serait une forme tronquée 
d'un ancien baubègue, qui serait un dér. de 
L. balbuSy vfr. baube. On retranche quel- 
quefois, dit-il, la première syllabe dans les 
mots de plus de deux syUabes où la seconde 
syllabe a la même consonne initiale que la 
première; de là basin p. br-mbasin, cincUe, 
p. coccinelle. Quant au suffixe, il rappelle it. 
mocceca (niais), spi^seca (ladre), prov. bavec 
(bavards ufec (orgueilleux). Il est fâcheux 
qu'il n'y ait pas d'analogue français pour le 
suffixe en question, qui d'ailleurs est d'une 
nature assez obscure. — D. bégayer, au 
XV* siècle besgoycr ; les dialectes ont bèguer, 

bèketer. 

BÉGUEULE, voy. bée. 
BÉOUINE,nom d'une coqx>ration religieuse, 
fondée par sainte Begge, dont elle aurait tiré 
le nom; d'autres font dériver ce nom, comme 
celui des Béguins et Béguards, du verbe 
angl. beg, mendier, à cause de la pauvreté à 
laquelle ces hérétiques se vouaient. On se 
demande encore si la coiffe de linge appelée 
béguin doit, ou a donné, son nom aux 
béguines. — D. béguinage; etnbeguiner, 
mettre un béguin. 

BEIGE (laine) = it. bigio, voy. bis, 
BEIGHET, bigneC, sont des diminutifs de 
beigne', bigne, bugne, sorte de crêpes roulées 
et frites (angl. bun), et sont de la même 
famille que les mots italiens des dialectes de 
Milan, Venise, etc , bugna, bogna, vfr. bugtte, 
qui signifient bosse, tumeur. Diez rapproche 
ces vocables du vha. bungo, bulbe, v. angl. 
bung, bunny, enflure. Quant au passage de 
u en f, cp. billet, billon, de bulla, frume et 
frime. Pour le rapport entre choses arrondies. 



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BEL 



52 — 



BER 



bulbe, bosse et pâté, nous rappelons boulange' 
^d'où boxilangct"), do boule, 

BÉJADNS, corruption de bec jaune; cfr. en 
ail. gelbschnabel f m. s. 

BEL, voy. beau, 

BÉLANDRE, esp. de bateau de transport à 
fond plat, du lioll. bijlandevy bâtiment qui 
côtoie la terre (bij, près, et /a>it/, terre). Voyez 
aussi balandre. 

BÊLER, vfr. beUcr, du L. belare, employé 
par Varron p. balare. Le circonflexe accuse 
une fonne besler, et par conséquent une inter- 
calation purement prosodique d'un s (cp. 
pasJe, paie, p. palle), — D. bêlement 

BELETTJB, diminutif de beîe\ esp. beleta, 
milanais bcllora^ peut être rapproché du 
cymr. bêle ou de Tall. bille (Frisch, I 97 ; 
manque dans Grimm), vha. bil-ik (auj, bilch), 
zizel. Toutefois, Diez préfère voir dans bêle le 
mot latin bel la, en se fondant sur des expres- 
sions analogues employées dans d'autres lan- 
gues pour désigner la belette, p. ex. le bava- 
rois schonthierlein oxxschôndinglein, le danois 
dcn kjùnne (pulchra), le vieux angl. fairy. 
En Normandie, on dit roselet, en Lorraine, 
moteile (du L. mustela), 

BÉLIER; voici les étymologies diverses 
mises en avant sur ce mot : balarius, de 
balare, bêler (Grimm adopte cette étymologie) ; 
— vellarius, le velu, de vellus, toison; — 
bell, mot néerl. et angl. signifiant cloche 
(cfr. belière), le bélier précé^Uuit le troupeau, 
muni d'une clochette. Diez, rappelant les 
expressions néerl. belham€l,&ng\. bellwcther, 
fr. clocheman, et mouton à la sonnette, s'en 
tient avec raison à la dernière. La fable donne 
au bélier le nom de Bélin, 

BÉLIÉRE, dérivé du mot bell, cloche, men- 
tionné sous bélier, 

bélître, BELISTRE*, gueux, mendiant, 
homme de rien, d'où l'esp. belitre, port, biltre; 
dér. it. belitrone, L'étymologie la plus rai- 
sonnable, tout en restant suspecte, est celle 
de Nicot, qui voit dans ce mot une transposi- 
tion de l'aÙ. bcttler; d'où bleter, bliter, fran- 
cisé par belitre. (On trouve dans des textes 
officiels du commencement du xvi* siècle le 
fém. blitresse, les subst. bliterie et blitreau.) 
Pour l'intercalation de Vs, cp. besler p. bêler. 
D'autres ont proposé L. balatro, farceur, vau- 
lien, ballistarius, soldat qui servait les ba- 
listes, blitum, herbe sans saveur, d'où, par 
métaphore, homme stupide, enfin Velitrensis, 
de Velitrse, ville des Volsques. Citons encore 
l'explication de Atzler par L. benedictor , 
« celui qui vous comble de bénédictions » ; la 
lettre s'y prête [beneïtre, benitre, belitre), et 
pour le sens, Diez cite l'esp. pordiosero (men- 
diant), dér. de la phrase por dios, pour 
l'amour de Dieu ! 

BELLADONE, de Tit. bella donna, belle 
dame. Les Italiens ont appelé ainsi cette 
plante, parce qu'ib s'en servent pour faire du 
fard. 

BELLI6ÉRER (n'est guôi-e employé qu'au 
pai-t. prés.), mot savant nouveau, formé de 
hélium gcrci^e, faire la guerre. 



BELLIQUEUX (mot nouveau), L. bellicosus 
(bellum, guerre). 

BELVÉDÈRE ou BELYEDER, mot italien, 
qui se traduit en français par beativoir, beau- 
regard, belletue. 

BEMOL, de b mol; it. bimmolle. Voir là- 
dessus les dictionnaires et les manuels de mu- 
sique ; cfr. bécarre B est la deuxième note de 
la gamme en la et la première qui se présente 
pour être baissée d'un demi-ton ou amollie ; 
le nom b mol s'est étendu à toutes les notes. 

BÉNÉDICITÉ, mot latin (impératif de 6ent'- 
dicere), sign. bénissez , rendez grâce. Le verbe 
benedieere (d'où le subst. bededictio, fr. béné- 
diction, vfr. benëiçon, benisson, angl. bcni- 
son), it. benedire, s'est contracté en français en 
benëir, puis bàiir, anc. aussi, par l'intro- 
duction d'un t euphonique entre la sifflante c 
et rr(cp. cognoistre, de cognosc*re), bene'istre, 
benistre. On disait de même anciennement, 
pour L. malcdicere, maleïr. 

BÉNÉDICTIN, de Benedictus, forme latine 
du fr. Benoit, 

BÉNÉDICTION, voy. bénédicité, 

BÉNÉFICE, L. beneficium, bienfait, avan- 
tage, profit ; au moyen âge, ce mot était 
appliqué à un bien tenu en vertu du bon 
vouloir d'un seigneur. — D. bénéficiai, -iaire, 
-ier ; verbe bénéficier. 

BENET, BENEST', variante dialectale de 
benoit. 

BÉNÉVOLE, L. benevolus, bienveillant. 

BÉNIN, anc. bening, fém. bénigjie, it. beni- 
gno, du L. benignus; bénignité, L. beni- 
gnitas. 

BÉNIR, voy. bénédicité. Le participe baie- 
dictus est devenu à la fois benéoit [ici régu- 
lier, transformé en oit), d'où benoit (le circon- 
flexe est sans raison), et beneît, contracté en 
bénit, fém. bénite, La forme béni, -ie, est 
faite en conformité de la coi\jugaison des 
verbes en ir, mais contraire à l'étymologie. 
— De bencdictaHum, terme de l'Eglise pour 
vaisseau à eau bénite, s'est produit le fr. 
bénitier, anciennement benoistiei', betiestier, 

BÉNIT, BÉNITIER, voy. bénir, 

BENJOIN, esp. benjui, it. belsuino, bel- 
guino, de l'arabe louban djawi, encens java- 
nais. 

BENNE, hotte, variété de banne (v. c. m.). 

BENOIT, voy. bénir. Propr. béni, puis par 
ironie, ainsi que benêt (v. c. m.), dévot, 
béat^ sot, niais. 

BÈQUET, voy. bec. 

BÉQUILLE, dérivé de bec (v. c. m.). 1. bâ- 
ton recourbé, 2. instrument aratoire. Dans 
ce dernier sens, peut-être un dimin. de bêche 
(BL. becca). — D. béquillard, béquiller. 

BERCAIL, voy. brebis. 

BERCEAU, voy. bercei-. 

BERCER, prov. bressar, anc. esp. brizar. 
Selon Ménage et Chevallet, de versare (fréq. 
de tei'tere)\ cela n'est pas soutenable. Diez 
croit ce mot identique avec l'anc. verbe ber- 
cer, bcrser, qui signifiait chasser à l'arc (ail. 
birschen), dont |il puise l'étymologie dans le 



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BER 



— 53 — 



liES 



passage suivant d'une chronique italienne : 
« Trabs fenrataquam berceUum appollabant « . 
Ce mot bercellus désigne clairement la ma- 
chine de guerre que l'on nomme ailleurs un 
bélier, et peut, par conséquent, fort bien 
dériver, ainsi que le verbe herser, transper- 
cer, tuer, de herhex, gén. berbicis, mouton ; 
berbicellus^ berhiciare se seraient contractés 
en bercel, bercer. Quant à la signification 
branler, agiter, elle proviendrait du mouve- 
ment imprimé au bercellus. Comme analogie, 
Diezcite le terme bas-latin offitatoHum, pour 
berceau. — Le subst. bercel\ berceau, est la 
francisation du bercellus traité ci-dessus. Au 
lieu de eette forme diminutive berceau, nous 
trouvons un grand nombre de fonnes radi- 
cales ayant le même sens : vfr. bers, biers, 
prov. bers, bres, bretz, cat. bres, picard et 
norm. ber. A Bruxelles, nous entendons aussi 
la berce. « Il est remarquable, dit Cachet, 
que l'espagnol appelle breso, bleso, un lit 
d'osier, et ({wc comble sa signifie concubine. » 
Ce fait donne, en effet, à réfléchir sur la jus- 
tesse de l'étymologie de Diez ; il pourrait bien 
y avoir au fond du mot bers et berceau une 
idée de claie, de treillage, de sorte que 
berceau, dans le .«^ns de voûte en treil- 
lage, charmille, ne serait pas une expres- 
sion tirée de quelque ressemblance avec la 
forme d'un lit d'enfant. Aussi bien Ducange 
tire-t-il bei^ceau d»i BL. bersn, claie d'osier 
dont on entourait les forêts de chasse. 

BÉRET, BBRRBT, voy. barrette. 

BERGAMOTE, du turc beg armôdi = poire 
du seigneur. 

1. BERCrE, bateau, voy. barque. 

2. BERCrE, bord relevé d'une rivière, esp. 
barga; mot prob. celtique : cymr. bargodi, 
surplomber, bargod, bord, gouttière. 

BERGER, voy. brebis. — D. bergerie ^ et les 
noms d'oiseaux bergère, bergerette (v. c. m.), 
bergeromiette (qui habitent avec les bergers). 

BERGERETTE, 1. petite bergh-e; 2. = 
bergeronnette; 3. anc. fr., chant de berger 
qui se chantait le jour de Pâques en certaines 
contrées ; de là : 4. bois.son composée de vin 
et de miel, dont on faisait usage quand on 
chantait la bergerette. 

BERGERON, forme extensive do berger, do 
là : bergeronnette, pr. la petite bergère, l'oi- 
seau qui vit dans les prés, en compagnie des 
troupeaux (cp. bouvreuil ^ le petit bouvier). 

BERIL. voy. beiyl, 

BERLINE, carrosse inventé à Berlin. — 
D. berlingot. 

BERLOQUS, voy. breloque. 

BERLUE est le même mot que le vfr. bellu- 
giie et^vov. béluga, qui signi fie étincelle et 
dont le diminutif est beluette (patois norm. 
aussi berluette), aiyourd'hui contracté en 
bluette. L'un et l'autre sont composés du L. 
lux, lumière, et de la particule péjorative bis, 
bes, ber, dont nous avons parlé sous barlong; 
le sens foncier est fausse lueur. Cfr. un mot 
de signification analogue : l'it. barlume, 
faible clarté, Tesp. vislumbre(de bis et lumen). 
Remarquez encore les mots du dialecte de 



Berry éherluette •=■ berlue, et éberluter, 
éblouir. Quant au prov. béluga, pour bes- 
luga, bellugue, il est de formation analogue 
à l'ancien belloi, pour besloi, mauvaise loi, 
injustice. 

BERME, terme de fortification, bord; du 
nécrl. brème, ail. brame, angl. brim, bord; 
cfr. le flam. bei'm (Kiliaen), digue. L'ail. 
berme est tiré du français. 

1. BERNE, t. de marine, d'origine incon- 
nue. L'it. dit derno. 

2. BERNE, subst. verbal de berner. 
BERNER, faire sauter qqn. en l'air dans 

une couverture; du vfr. berne, manteau 
d'étofle grossière, que les Latins appelaient 
sagum (de là sagoXio, le jeu de berner) et qui 
seiTait à berner. Quant à berne, it., esp. b&r- 
nia, il vient, selon Nicot, do Hibemia, pays 
d'où l'on tirait l'étoffe. 

BERNIQUE, interjection dont l'origine nous 
est incx)nnue. Est-ce le ber péjoratif -j-w^^we^ 
Quelques-uns y ont vu une altération de l'ail. 
aber nicht, mais non î Littré rappelle l'anc. 
locution M envoyer qqn. au berniquet «, le 
ruiner, et conjecture que berniquet se trou- 
vant avec le sens de coKve à mottre le son, le 
primitif bernique a pu signifier son, une 
chose do rien. Or, bernique serait pour breni- 
qiœ et viendrait de bran, bren, son. 

6ERTAUDER, voy. bretauder. 

BÉRTL, aigue-marine, vfr. bericle, du L. 
beryllusl^/.pvAÏo;). \oy. aussi besicles, 

BESACE, it. bisaccia, e.sp. bisaza, du L. 
bisaccium. plur. bisaccia (Pétrone), pr. sac à 
deux poches. Le mot raasc. bissac, piém. 
bersac, répond à un type latin bisaccus. 

BESAIGRE, composé de la particule péjo- 
rative bis, bes (voy. barlong) et de o^er = 
aigre. 

BESAIGUË . = doublement (bis) aiguë, c . -à-d. 
à deux taillants. 

BESANT. it. bisante, esp., port, besante, 
prov. bes an, BL. bg s an tins, bysantus, mon- 
naie de Bysance. — D. besanté, t. de blason. 

BESAS. Voy. le mot suiv. 

BESET, altération, dit-on, de besas, qui dit 
la même chose et qui est =^ bis -\- assis. Je 
préfère y voir l'adv. lat. bis muni du suffixe 
et, comme dans besson, jumeau, le môme bis 
avec la terminaison on. 

BESICLES; l'éty m. par bis-cyclus, à deux 
ronds, est aussi fausse que celle de bis-circuli 
ou de his-oculi; d'après Ménage, le mot n'est 
qu'une modification de l'anc. bericle (wall. 
berik), qui, lui, représente une transforma- 
tion de beryllus, signifiant au moyen âge lu- 
nette, et que représenta également l'ail, brille, 
Poiir s = r, cfr. chaiw p. chaire. 

BESOGNE est la forme féminine de besoin, 
besoing* (cfr. prov. besonh et hesonha); ce sont 
des composés de soin, dans le sens duquel 
aussi les acceptions des deux formes se con- 
fondent. La vieille langue possédait (mi outre 
du même radical : essoigne, exoine, n<vcssité, 
difficulté, embarras, empêchement, excise en 
justice (d'où le verbe essoigiier) et ensoignier^ 
I occuper, resoignier, craindre. Dès le moyen 



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BÉV 



— 54 — 



BIG 



âge le plus reculé on rencontre les mots BL. 
sunnis, sunnia, sonia, avec le sens d'empê- 
chement légal ; de là l'idée de s'arrêter à une 
affaire difficile, de soin. Grimm tient simnis 
pour un mot tudesque, identique avec le nord, 
^yn, abnegatio, et rapproche de celui-ci le 
goth. simja^ vérité, et siinjôn, justifier, puis 
le vieux saxon 5 wnnea, justification, nécessité, 
«mpèchement. Cependant, le préfixe ô«, que 
les formes orthographiques de besoin, pas plus 
que le sens, ne permettent d'envisager comme 
la fameuse particule péjorative bis (voy. bar- 
long, berliœ, besaigre), fait préférer l'étymolo- 
gie bi'Siunigi, mot vha. qui signifie scrupulo- 
^itas, et dont se laisse fort bien inférer bisiuni, 
qui serait définitivement le type do besoin. 
Ducange propose comme original de soin le 
latin somnium, ayant trouvé dans un ancien 
glossaire : somnium fpovrli^ mais ni la forme 
ni ridée no permettant de le suivre. Impos- 
sible aussi de rattacher le néerl. bezig, occupé, 
à besoin et besogne. Disons finalement que les 
mots soin, besoin et besogne ne sont pas encore 
tirés au clair, malgré les efforts des savants. 
— D. besoigneitx ; besogner (autrefois ce verbe 
-équivalait à être nécessaire). 

BESOIN, voy. l'article précdent. 

BBSSON, jumeau, BL. bisso, voy. beset, 

BÉTAIL, voy. bête. 

BÊTE, BESTE", L. bestia,^ D. bêtise, abêtir, 
embêter ; sans doute aussi le terme populaire 
bêta. — Bestialis, bestial; bestialitas, bestia- 
lité; bestiarius, bestiaire; bestiola, bestiole. — 
Bétail, p. bestail, et leplur. bestiaux, viennent 
du BL. bestiale. Le sens collectif était exprimé 
autrefois par la forme fém. bestaille, qui ré- 
pond au plur. neutre bestialia (cp. aumaille), 

BIITOIKE, de bettonica, variété du L. vetto- 
nica, que Pline, xxv, 8, dit être d'origine 
gauloise. On trouve aussi dans les auteurs la 
forme vétoine. 

BETON, sorte de mortier, anc. betun, gra- 
vois, boue, fange. Etymologie incertaine. 
Betun pourrait s'expliquer par bitume:n (prov. 
betum), si le sens s'y prêtait davantage. Littré 
le rapproche de l'anc. verbe beter, durcir, se 
cailler, dont l'origine n'est pas sûrement 
établie (d'après Diez, de l'ags. bœten, ail. bei- 
jten, faire mordre, corroder, mortifier). 

BIITON, au sens de « lait trouble qui se 
trouve dans les mamelles au moment de 
l'accouchement »»; peut-être, selon Bugge 
(Rom. III, 145), un dérivé du vhA.piost, ail. 
mod. biest (colostra, np^ard'/xlcr). Cotte etymo- 
logie, phonétiquement correcte, supposé une 
forme antérieure beston . 

BETTE, L. beta; cps. betterave, L. beta 
râpa. 

BEïïCrLER, vfr. biigler, mugir comme un 
bœuf, du L. i?îœul us, jeuno taureau ; ce même 
primitif a aussi fourni le vfr. bougie, bœuf. 

BEURRE, du L. butyrum (gr. ^îovrvpov). 
L'allemand butter, néerl. boter, comme l'it. bu- 
tiro, contracté burro, sont de la même source. 

BÉVUE, composé de bes =» mal (voy. sous 
barlong) et vue. 



BÉZOARD, it. belzuar, port, bezuar; du 
persan pàdzahr, composé àQpàd, qui chasse, 
et sahr^ zahir, poison. En arabe bàdizahr, 
bàzahr. 

BIAIS, proT., esp. de Valence et catalan, 
biax, angl. bias, sarde biasciu, it. (avec 
un s prépositif) sbiesco (Naples sbiaso). Par 
syncope, du L. bifax. Isidore, gloss. : bifax 
duos habens obtutus, donc = « à deux vues, 
louche »; comparez esp. bis-qjo à deux yeux, 
louche. Papias donne la même définition « à 
deux vues »» à ra<y. bifacius ; aussi trouve-t-on 
dans la latinité du moyen âge bi fades (subst.) 
avec la signification de dissimulation. De bifax 
(bis-fax = bis-oculus) s'est produit bifais et 
en dernier lieu biais (pour la syncope de f, 
cfr. prov. reusar de refuser, preon de pro- 
fundus). Biais a donc pour acception primi- 
tive celle de louche, d'où celle d'obliquité. 
L'it. bieco, louche, de travers, n'est cependant 
pas le correspondant du fr. biais, si l'étymo- 
logie donnée ci-dessus d'après l'opinion de 
Diez est juste; bieco vient, selon Diez, par 
aphérèse du L. obliquas, — D. biaiser. 

BIBELOT, variété de bimbelot. 

BIBERON, qui aime à boire, forme exten- 
sive de L. bibo, bibonis, buveur. — Le même 
mot s'est appliqué au bec d'un vase et aux 
appareils destinés à faire boire les malades ou 
les enfants. — J'ai relevé dans mon OUa Pa- 
tella la glose bibilo, fr. biberon au sens de 
« culex nascens in vino « (dans Isidore : Hbio). 
Cp. vfr. bibet, moucheron. 

BIBLE, du pluriel L. biblia (^f«)i«, les 
livres). — D. biblique, L. biblicus. Termes 
formés avec le mot grec /SfSiiov, livre : 

1 . Bibliographe, qui décrit les livres ; en 
grec cependant, ^tSlioypayo^ signifiait qui 
écrit des livres. 

2. Bibliophile, qui aime les livres. 

3. BiBLiOMANE, qui raffolo des livres 
(,ax£vii^at). 

4. Bibliothèque, ^»S)io&>jxiî, dépôt de livres. 
BIBUS dans chose de bibus, chose de rien, 

sans valeur. Prob. un terme de fantaisie créé 
par l'humour de quelque moine sur la base 
du vfr. bibaille, petit don fait pour boire 
[bibere). 

1. BICHE, femelle du cei*f, \'fr. bisse, yfi^Vi. 
bih, n. prov. bicho, piém. becia; c'est, selon 
quelques-uns, le même mot que bique(y. c. m.); 
selon d'autres, du L. ibex, bouc, chamois (vfr. 
ibiche). La deuxième etymologie est plus 
acceptable, bien que douteuse. — D. bichette. 

2. BICHE *, petite chienne, de l'ags. bicce, 
angl. bitch, nord, bikkia, ail. betze, Frisch 
supposait une mutilation ; le mot complet 
serait, selon lui, barbiche, d'où babiche, biche 
(cfr. barbet). — D. bichon. 

3. BICHE, t. de blason, variété de bisse. 
BICHON, voy. biche 2. — D. bichonner. 
BICOQUE, it. bicocca. Ce mot vient, disent 

les dictionnaires, d'une place du duché de 
Milan «« qui était une simple maison de gen- 
tilhomme, entourée de fossés, et dans laquelle 
les Impériaux, s'étant postés en 1522, sou- 
tinrent l'assaut de l'armée française comman- 



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BIE 



— 55 — 



BIG 



dée par le seigneur de Lautrec. Cette bataille 
s'appelle la journée de la Bicoque. *» L'étymo- 
logiste no s'accommodera guère de cette expli- 
cation historico-géographique. Il s'agit plutôt 
de trouver sérieusement l'origine de tout un 
ensemble de mots romans, réunis par Diez, 
savoir : it. bicocca (aussi bicciocca, bicicocca)^ 
échauguette ou petit castel sur une hauteur, 
vénit. bicoca^ maison caduque, sarde bicocca^ 
petite maison, escalier à deux paliers, terrasse, 
îomb. bicocca, toumette, guindre, esp. bicoca, 
guérite en pieiTc, chambrett«, place mal for- 
tifiée ; enfin fr. bicoque, 1 . place mal fortifiée, 
2. maison chétive ; masc. bicoq, pied-de-chèvre 
(machine) ; verbe Iomb. bicocà, balancer. Rap- 
pelons encore l'esp. bicoqiwte, bonnet de 
paysan, bicoquin, bonnet à deux bouts, piém. 
bicochin, bonnet de prêtre, fr. bicoquet, espèce 
de chaperon. Pour beaucoup de ces termes, 
une explication par bis (marquant ce qui est 
double et ce qui est mauvais) -f- cocca, coque 
(coquille, au figuré = cabane, maisonnette, 
chaperon) parait assez satisfaisante. 

BIDET, cheval de petite taille. La racine 
est celtique; gaél. bideack, menu, bidein, 
petite cp^ature, cfr. cymr. bidan, homme 
faible, bidogan, petite arme. 

BIDON, peut-être de la même famille que 
bedon t tambour, vaisseau bombé, ventru. — 
D'après Bugge (Rom., III, 145), il parait être 
emprunté aux langues du Nord; l'isl. a bydha, 
vase rétréci par le haut ; les dialectes norvé- 
giens ont bide y baratte, bidne, broc. 

BŒP, voy. biez. 

BIEN, adv., du L. bene. La forme adver- 
biale s'est substantivéo dans le bien, rendant 
le neutre latin bonicm. Cp. en it. subst. ben, 
plur. béni (Dante). Composés avec cet ad- 
verbe : bien-être (cp. ail. wohhcin), bien- 
faire*, bienfaisant, -ance (du L. benefacere); 
bienfait, L. benefactum; bienfaiteur, L. be- 
nefactor; bienheureux, bienséant, bietitôt, 
bienveillant (cette forme veillant = voulant, 
est remarquable ; c'est ou une corruption de 
l'ancienne forme vœillant voillant ou un sou- 
venir de l'infinitif latin velle) ; bienvenu, bien- 
venue (de boicvenîre l'ancienne langue avait 
fait un verbe actif bienveigner »=■ bien accueil- 
lir ; nous avons con.servé ce sens actif à bien- 
venir dans se faire bienvenir). 

BIENNAL, L. biennalis (de biennium, pé- 
riode de deux ans, rac. annus), 

1 . BIÈRE, boisson, it. birra, du mha. Mer, 
On rencontre ce mot sous difl^ârentos formes 
dans les idiomes germaniques et celtiques. 

2. BIÈRE, civière, cercueil, voy. bard. 
BliVRE, castor, angl. beaver, ail. biber, 

néerl. bever, it. bibaro, esp. bibero, bevaro, 
lith. bebrus. Le L.&fiber, mais unescolie do 
Juvénal présente l'a^. bebrinus. — La muta- 
tion de ï en ie est correcte, observe Fœrster ; 
elle est amenée par la labiale suivante, comme 
dans genièvre de junîperum, antiefne, an- 
tienne, de atUîphona{f^\\^Qt, p. 346). 

BIEZ ou bief, BL. bedium, vfr. bied, breton 
béj; de l'angl. bed, aU. bett, lit. 



BIFFER, d'origine inconnue; prob. d'un 
subst. biffe, signifiant raie (l'ancien français 
avait nnmot biffe, signifiant une étoffe rayée). 
— C. débiffer, 

BIFTECK, gâté de l'angl. beef-steah, tranche 
de bœuf. 

BIFURQUER, de l'ac^. L. bifurcus (bis, 
fiirca). 

BIGAME, L. bigamus (St. Jér.), deux fois 
marié (mot hybride formé du L. bis et du 
grec y«/AJw, se marier). — D, bigamie, 

BIGARRER; selon Ménage, du L. bis-va- 
riare (pour v devenu g, cfr. giron) ; d'après 
Diez, un adoucissement de bicarrer, com- 
posé de bis (voy, barlong) et carrer, échique- 
ter. Littré rappelle en faveur de l'étym. de 
Ménage les termes berrichons gare, gariau, 
etc. = de couleur variée. — D. bigarrure, 
bigarreau, bigarade, sorte d'oiunge (?). 

BIGLE, anc. bide, louche. Ce mot est-il a> 
it. bieco (qui vient de obliquus) pai* transpo- 
sition de /; ou (cp. esp. bisojo) contracté de 
bis oculus (bisigle, bisgle, bigle)^ Diez «lonne 
la préférence à la dernière supposition, en 
citant le mot bornicle, borgne, du dialecte du 
Jura. — D. bigler. 

BIGNE, tumeur, patois beugne, voy. bei- 
gnet, 

BIGORNE, p. bicorne, L. bicornis; enclume 
à deux cornes ou pointes. 

BIGOT, terme ii\jurieux appliqué en pre- 
mier lieu, dit-on, aux Normands. L'explica- 
tion et l'occasion do cette injure sont exposées 
dans Ducange, qui, sous le mot Bigothi, rap- 
porte le passage d'une chronique d'après 
lequel le duc Rollon se serait refusé à baiser 
le pied du roi Charles, en disant en anglais : 
« Ne se W God » pâmais par Dieu). Cette anec- 
dote, observe Diez, peut avoir été inventée 
pour expliquer le terme, bien qu'elle ne soit 
pas invraisemblable on elle-même. On peut 
admettre que les Normands, se servant sou- 
vent de ce juron, l'aient reçu pour sobriquet. 
Si god, dit encore Diez, ne s'est pas trans- 
formé en goi, comme dans les jurons vfr. 
vertu-goi, prov. mod. tron [de goi, cela peut 
tenir à l'influence du synonyme cagot. Fran- 
cisque Michel a proposé Visigothus, D'autres 
voient dans bigot, it. bigotto, une forme se 
rattachant à Beguini, Beghardi, BegiUtae, 
noms de sectes religieuses aspirant à une vie 
de dévotion et portant l'habit gris des francis- 
cains (voy. béguine), et Wedgwood n'hésite 
pas (évidemment à tort) à déduire toutes ces 
dénominations, auxquelles il ajoute Bizzoechi, 
Bizoccari, à l'acyectif it. bigio, vénit. bizo 
(voy. le mot bis), gris. Quoi qu'il en soit, le 
sens que nous attachons à bigot ne date pas 
d'avant le xvi« siècle. Pour décider la ques- 
tion de l'origine du mot, il faudra, observe 
Diez, s'occuper en même temps de l'espagnol 
bigote, moustache (de là le vfr. bigotere ou 
bigotelle, pièce d'étoffe pour retenir la mous- 
tache en état, et l'expression espagnole hombre 
de bigote, homme d'un caractère ferme et 
sévère), en outre de l'it. sbigottire, faire per- 
dre courage, et du vfr. bigoter, irriter. Aussi 



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BIL 



56 — 



BIQ 



Langensiepen rattache-t-il liardiment tous ces 
vocables au L. obîiqiais {ô!oii Vit, bieco et bico, 
de travers, loucbe) ; il prend donc bigot pour 
obliquottiiSy en lui donnant le sens métapho- 
rique de faux dévot ; Fit. sbigottire est expli- 
qué de la même manière par faire aller de 
travers, faire perdre contenance, et enfin 
bigote, moustache, par barbe transversale. Il 
pense que le mot bigot a pris naissance soit en 
Italie, soit en Espagne, mais non pas en 
France. Nous tenons cette explication pour 
peu plausible. — Littré incline pour Vm- 
goth ; cette étymologie permet de voir dans 
bigot à la fois un terme de mépris et un terme 
d'éloge, avant pu, selon le point de vue, expri- 
mer ou un homme méchant ou un homme 
brave et courageux ; le changement du r en b, 
toujours difficile en français, a pu se faire 
dans les autres langues romanes, qui le com- 
portent davantage. 

BIGRE, jurement adouci de bougre. 

BIJOU est expliqué par un type bijociis, 
tiré de bis-jocare ; ce serait quelque chose de 
taillé et de brillant de deux côtés, à deux fa- 
cettes. Chevallet, approuvé par Diez, dérive le 
mot du celtique : breton bizou, bézou, bague, 
de biz, doigt. Langensiepen propose un ori- 
ginal bijugus, à deux dos, à deux faces. — D. 
bijoutier. 

BILAN, L. biJanXf voy. balance. 

BILBOQUET, de bille -\-boquet, petit bojs? 
voy. bois. Frisch : de bille -\- bocca, bouche, 
trou. Selon d'autres : de bille -\- bocquet, fer 
de lance. 

BILE, L. bilis; bilieux, L. biliosus. 

BILL, mot anglais, mais d'origine française 
et représentant fr. bille*, primitif de billet, 

BILLARD, d'abord bâton recourbé pour 
pousser des boules, puis queue de billard, 
puis la table sur laquelle on pousse des boules 
avec le billard ; le mot ne vient donc pas do 
bille, boule, mais de bille, pièce de bois. 

1. BILLE, boule, it. biglia, esp. billa, 
d'après Diez prob. du mha. bickel, osselet, 
néerl. bikkel ; d'après Littré, il y aurait assi- 
milation entre bille, bâtonnet,et bulle, boule. 

2. BILLE, pièce de bois, tronc, branche, 
anc. aussi quille ; du celtique : irl. bille, bret. 
bill, pill, gAël.pill, tronc d'arbre. — D. bil- 
lot; billon, sarment; verbe biller. 

BILLEBARRER, barrer avec des billes [bille 
dans le sens de bâton), cp. le terme bétonner. 

BILLEBAUDE, désordre, confusion; de bille, 
boule, et bande, hardie, folle (voy. baudet) ? 
Le terme se rapporterait d'abord au jeu de 
quilles ou de billard. D'après Littré : belle 
hardiesse [baude pris substantivement). 

BILLET, pour bullet, it. bolletta, bulletta, 
propr. petit papier muni d'un sceau. C'est le 
diminutif de bille p. bulle, cédule (v. c. m.). 
Pour l'altération de buUet en billet, cp. bigne, 
de btigne. — D. billette (v. c. m.) bilîeter, 
étiqueter. 

1. BILLETTE, vfr. bulleite, petit écriteau, 
forme fém. de billet. 

2. BILLETTE, bois de chauffage ; en t. de 



blason, figure en forme de carré long, dim^ 
de bille 2. 

BILLEVESÉE; selon Leduchat : de bille 
(boule) et vesée (soufflée), cp. veze, pleine de 
vent, dans Rabelais ; d'après Littré : = belle 
vessie, chose de vent, chose de rien. 

BILLION, " mot formé sur le modèle de mil- 
lion, avec bi pour bis, le degré au-dessus de 
million » (Littré). 

BILLON, it. biglione, esp. vellon, BL. billio. 
Les étymologies ne font pas défaut. Covarru- 
vias fait venir billon et vellon du L. velhts, 
toison, parce que les Romains marquaient 
anciennement leur monnaie do cuivre de la 
figure d'une brebis, Antoine Nebrissensis. au 
lieu de vellon, écrit villon, qu'il dérive de 
vilis. Ménage propose bulla, conformément à 
l'avis de Scaliger, qui, à propos du moy.-grec 
^oullfarôpiov = cuneus monetae, s'exprime 
ainsi : « bulla enim est diploma regium; ita 
quoque dicta est monotae matrix; quia regiam 
habcat effigiem. tt Btllon serait ainsi, comme 
billet et bulletin, un rejeton do bulla, fr. bulle 
(v c. m.). Voici, d'après Littré, la série des 
.sens de ce mot : Le sens primitif est lingot, 
soit d'or, soit d'argent (or et argent en bille 
opposé à celui en plate); puis lieu où l'on fait 
des billons, où l'on fabrique la monnaie; en 
troisième lieu, monnaie bonne ou mauvaise 
qu'on porte au billon, à l'hôtel des monnaies 
pour y être refondue ; en quatrième lieu, mau- 
vaise monnaie, cuivre avec alliage d'argent, 
et même cuivre seulement. »» Littré fait ainsi 
venir billon de bille, pièce de bois allongée 
(cp. billette). Pour la forme angl. bullion, il 
n'y voit qu'une altération du mot français. 

BILLOT, voy. bille 2. 

BDfBELOT, aussi bibelot, jouet d'enfants, 
propr. poupée ; de la même racine bimb ou 
bamb qui a donné bambin, anc, ital. bimbo, 
enfant, poupée. — Dans ma lexicographie la- 
tine du XII® et XIII® siècle (p. 135) j'ai consigné 
L. recj«/a (petite chose) glosé par fr. benbeloz. 

BINAIRE, L. binarius. ' 

BINARD, chariot ayant les deux paires de 
roues d'égale hauteur, de L. binus double. 

BINER, donner un second labour, du L. bi- 
nus. — D. bi)iette; binot, charrue, 

BINET, petite bobèche ; peut-être de binus, 
le binet étant envisagé comme un deuxième 
chandelier. 

BINOCLE, de L. binioculi, deux yeux, donc 
lunette double. C'est un mot inventé en même 
temps que la chose. 

BINOME, terme scientifique, composé de L. 
bis et du gr. vofi/i, division. Le circonflexe 
est sans raison. 

BIOGRAPHE, mot nouveau, de ;9fo;, vie, et 
ypkfHv, écrire. — D. bioginphie. 

BIPÈDE, L. bipes, -edis, à deux pieds. 

BIQUE, chèvre, correspond à Fit. becco,houc 
On trouve déjà sur une inscription romaine 
le mot becco, accompagnant la figure d'un 
bouc. Ce mot doit être d'origine différente que 
bouc. Cfr. dans les patois : beqtd = chevreau 
(Jura), bequot, id (Champagne), bequeriau. 



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BIS 



— 57 — 



BIS 



&gneau Hainant. ^A^tm/, btHier,NoiT.»and:e , 
— D. biquftf 1. dimin. de bique, :?. t^j^èce 
de trébncbet, cp. ch^cr^, cherroji. 

BIRIBT, nom d'un jeu, de Ht, l*inbisso, 
m. s., dont j'ignore Tongine. 

BIROUGHETTE. voy. br^jurtu. 

1. BIS, adverbe Uinn. sign. deux fois. Env 
ployé comme préfixe dan-i hisaintl^ fri>aH.nW, 
biscot'tiH, bt'scititeU avec reîranehemem de 1>, 
dans biffftrne, bif>h.^t\ etc. StMis la fom^e plus 
française bes, bf, nous tn^ivons le mot dans 
les composés besacr et besaiçtu'. Pimr la va- 
leur toute s|*éciale, c.-à-<l pôjoraiivo ou d*'^ 
prêciative de ce préfixe et ses ahénitions en 
6t'^, bê, 6tT, bre, bar, voj. sons barl'^iu;. — 
D. bisser^ t. d.^ théâtre. 

2. BIS. de couleur grise, noiràrre, prov. 
bis, it. biffio. Isaac \\>ss d'^rive è*>d\in adj. liv- 
pothétique bi/ssetts, de couleur coton. Outre 
que les noms des ci>u leurs s^-^nt sujets aux 
variations de sens les plu:^ diverses, tvtte éty- 
mologie gagne en probabilité de ce que le gr. 
^<tT7'>i sigTiifie aussi la s^^ic brune de la pinna 
marina, et de ce que le portugais pi^^nte 
pour ^i> la forme btt^io. Le double s simpli- 
fié ne fait pas difficulté, cp. fr. misr du L. 
missa. Toutefois, Diez se prononce en faveur 
de létymologie bojéibt/ritts de coton', mot qui 
existe et dont la première syllabe a été retran- 
chée comme dans basin. — Le mot fr. bist\ 
vent du nord len vfr. aussi = conti>ét^ septen- 
trionale\ pourrait être considéré ct^mme un 
dérivé de la^j. bis, puisque en latin aussi 
nord et sombre ou noir sont synonvmes, 
comme le prouvent aquilo, vent du nord, et 
aquiJus, brun, noiràtix*; cependant ce mot 
bise parait être plutôt d'origine germanique, 
et venir de bisa, pisa, vent orageux, que l'on 
trouve dans les plus ancien^ monuments du 
haut allemand (cfr. le suisse-ail. bise qX bcis- 
iTMif/, vent du nord*. A Corne, le mot biss, 
sombre, s'applique particul. au temps cou- 
vert. — Enfin, peut-on se demander, le nom 
de couleur viendrait-il du nom du vent? Tout 
cela est difficile à débrouiller. — L'esp. dit 
pan bazo pour pain bis; Mahn tient ce mot 
ba20 pour identique avec le basque basa, 
besa, noir, auquel il rattache également Tit. 
bigio et le fr. bis, tandis que Diez rattache 
baso à bombacius, variété de bombyceus. 
Ménage avait proposé piceiis (de pix, poix). 
— D. de l'a^j. bis : biser, noircir (en parlant 
des blés céréales); bisaille, farine employée 
pour le pain bis ; biset, pigeon sativage de 
couleur bise ; bisette (v. c, m.) ; bisowie, sorte 
de toile grise. 

BISAILLE, voy. bis. 

BISBILLE, de'lït. bisbiglio, bruit sourd et 
confus. 

BISCORNU, du L. bis comiUus, à deux 
cornes ; puis, bis revêtant son sens péjoratif. 
==• qui a une forme irrégulière, baroque. 

BIS COTT E, voy. biscuit. 

BISCUIT, vfr. becuit (Joinville), it. biscotto, 
esp. biscocko, du L,bis coctus, deux fois cuit. 
Les mots français biscotte et biscotin (BL. 



biscnttiiiit sont tirés dîrocren^trnt de la forme 
italienne. 

BISE, vent du nord, Vv^v. lis, ^r\<^. 

BISEàU, esp. bisei, K^rd taillé obli.iuc- 
ment, angl. b^scl, chaton d ;ine bague, h'i.<il 
= fr. bist\in. On fait dt^rivor ce nK>t du L. 
bis, sans bien s en rend:v tvmpte. Diez rap- 
pelle à cet effet les mots fr. htais - v. c. m. et 
esp. bisiijo (fr. bit;Jt\ dr.n> Ks^juels TidtV de 
bis toiinie en colle do îi-avei'^, oblique. — 
Biseau ne serait-il j\as di-nvé dr L. bis comme 
signifiant bordure à df'X facenes tailUvs 
obliquement, en talus? Ou, comme Tindique 
Littré, de biseih'ttm, traduction de c irea, 
dièdre. — D. biseauter, efnW'er. 

BIS ET, vo y. bis. 

BISETrE, dentelle de Ki< prix, de bis, gris; 
cp. it. biffieUo, et le fr. (/n\<ctte. Cp. aus<i 
blonde, dentelle de sc>ie. 

BISMUTH, ail, bissutith or tcissmuth, dan, 
bismut. Origine inconniio. 

BISON, boeuf sauvage. L. bison i:j4iv\ 

BISONNE, voy. bis 2. 

BISQUE; ce mot reste oWur soit dans le 
sens de potage, soit coiuîp.o terme du jeu de 
paume. On dit en it. bisca, p. jeu, trii>ot. 

BISQUER; éprouver du dépit ; on indique 
nord, bt^k, v. angl. baish, aign>; ou le mot 
viendrait-il de bisque, conv.ne terme du jeu de 
paume, avec le sens d'aoïvpter la bisque, 
savouer plus faible? Ainï>oi'e |>ensait  lit. 
bissa, colère; il faudrait pi>ur cela un intoi^ 
médiaii'e bissicave. Le prov. a biscar, que 
les étymologistes expli«niont jv^r semï>ortor 
ou s'impatienter comme la ohôviv bisca\ 

BISSAC, voy. besace. 

BISSE, t. de blason, couleuvre, it. biseiu; 
d après Diez, d'un subst. fiotif vha. biso, bête 
mordante; cp. dans les dial. lombards bisia, 
besia, piquer, bisieil, aiguillon d'abeille, 
norm. beser, être piqué. 

BISSSCTION, section en doux, du L. bis + 
seetio. 

BISSER, faire rt^péîer un moiveau, du 
L. bis, deux fois. 

BISSEXTE, jour intercalé après le 24 (ô- 
vrier, qui était le 6 des calendes de Mars, do 
sorte qu'il y avait deux sixièmes [bis sejr:us\ 
adj. bissextile, L, bissejctilis^ qui contient un 
jour bissexte. De bissextus, jour réputé mal- 
heuix»ux déjà par les Romains, vient, par cor- 
ruption, l'ancien mot bissétre, bissesit^ ^ 
malheur. 

BISTOURI, vfr. bistorie, couteau, poignard. 
On a en BL. bastoria, gourdin, massue, à\\ 
même radical que b<Uon; mais l'identité do 
ce mot avec bistoitrie reste problémiitiquo. 
Elle est en tout cas moins improbable que los 
étymologies bis-toHiiosus ou pistoriensis (do 
la ville de Pistoie). que l'on a sérieusement 
mises en avant. 

RISTOURNER, BBSTOURNER*, mal tour- 
ner, déformer, do bis, mal (voy. barlonp) -|- 
toumer. 

BISTRE, suie cuite et détrempée, ail. bies- 
ter. Beaucoup de dictionnaires rapportent ce 
mot à bis^ mais cette presque unanimité d'opi- 



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BLÂ 



— 58 — 



BLA 



nion ne nous convainc pas sur l'exactitude 
de ce rapport. — D. bistrer. 

BITARDE» BISTARDE, voy. outarde, 

BITORD, espèce de cordage, du L. ^ tor- 
tus, tordu deux fois. 

BITTE, pièce de bois, pieu, it. bitta; du 
nord, biti, poutre transversale, angl. bit; 
gloses d*Erfùrt > bitus, lignum quo vincti 
flag ellan tur. 

BITUME, prov. betum, esp. betitn, du L. 
biti('me7if m. s. 

BIVÂG ou BIVOÏÏÂG, do l'ail, bivoacht ou 
beiwacht^ garde accessoire et extraordinaire 
[bei, auprès, toacht, garde). — D. bitaquer 
ou bivouaquer. 

BIZARRE, drôle, capricieux, it. bisarro, 
colère, vif, entêté, drôle, esp. et port, bizay^o, 
chevaleresque, magnanime. Il est difficile 
d'expliquer soit l'origine, soit le rapport ré- 
ciproque de ces mots. Le subst. bizsa, colère, 
parait avoir été déduit de l'adjectif. La langue 
basque possède l'adj. bizarro avec le même 
sens que l'esp., et en outre le mot bizarra, 
avec l'acception barbe. Mabn établit ainsi la 
filiation des sens, en partant de barbe : barbu, 
viril, brave, cmirageux, violent, vif, etc. On 
disait autrefois bigearre; la satire Ménippée 
a se bigearrer p. se disputer. 

BLAGBOULER, néologisme, imité de Tangl. 
blackbail, rejeter au vote par une boule (angl. 
bail) noire (angl. black). 

BLAFARD, selon Diez, du vha. bleih-faro, 
de couleur pâle. Le d serait ajouté comme 
dans homard, bard, etc., pour obtenir une 
forme plus française. — Le mot n'apparais- 
sant pas avant le xiv® siècle, Storm (Rom. V, 
168) en conclut qu'il n'est pas germanique; 
il y voit une altération de blavard et le tire 
du prov. blau, blava, livide. Pour v devenu /", 
cp. toutefois de toutevoies, it. schifare •= fr. es- 
quiver, — Anciennement, le mot s'appliquait 
aussi à la mollesse de caractère. 

BLAGUE, vessie ou petit sachet de toile ou 
de peau ; de là blague^', hâbler, faire des contes 
ou des blagues. Pour le rapport d'idée entre 
•< chose vaine » et " chose enflée »» , comparez 
boursoufler, billevesée et autres expressions 
analogues. Blaguer peut, du reste, aussi bien 
n'être qu'une modification de braguer (v. c. 
m.), cp. flairer p. frairer. Le substantif 
blague, s'il ne vient pas du celtique (gaël. 
blagh, souffler), pourrait être une métathèse 
de l'ail, balg, dont le sens premier est outre, 
soufflet, et qui vient d'un verbe belgan, s'en- 
fler. Il y a également affinité enti-e ce balg 
germanique et le mot gaulois-latin bulga, 
bourse, fr. bouge, 

BLAIREAU, BLÉREAU*, accuse un type 
\dX\Tibladarellus, diminut. de bladarius, mar- 
chand de blé, vfr. blaier, dér. de bladum, 
blé ; le blaireau a été dénommé ainsi comme 
voleur de blé, destructeur des campagnes; 
par la même raison, cet animal s'appelle bad- 
ger chez les Anglais, mot gâté de bladger == 
bladarius. Cette étymologie suffit à toutes les 
exigences. Aussi Diez repousse-t-il celle éta- 
blie par Diefeubach, d'après laquelle blaireau 



viendrait de l'acy. cymrique blawr, gris de fer 
(cfr. en anglais gray, qui signifie à la fois 
gris et taissmt, et le pic. grisard, qui est 
aussi le nom du blaireau dans le Renard); non 
seulement il n'existe pas de trace d'un adjec- 
tif fr. blair, mais encore l'équation cymr. aïo 
«3 fr. ai est contre l'analogie. Saumaise, peu 
scrupuleux, admettait l'identité de blérel ' et 
de L. glirellus, petit loir, parce que l'un et 
l'autre de ces animaux s'engraissent en dor- 
mant. Guyet songeait à un original melarellus, 
formé de melis ou mêles, martre. Nous citons 
ces étymologies pour mémoire, ainsi que l'opi- 
nion de Littré (Journal des Savants, 1855), 
qui pensait à un rapport d'origine entre blai- 
reau et bêle', primitf de belette, (Depuis lors, 
le savant et consciencieux auteur du Dict. de 
la langue fr. s'est rangé à l'opinion de Diez.) 
Une autre dénomination anglaise du blaireau, 
bawstn, que Mûller croit identique avec fr. 
bauçant (voy. balzan) et qu'il rapporte à la 
barre blanche sur le visage du mammifère, lui 
suggère le soupçon que badger pourrait bien 
venir de badge, signe, et blaireau du néerl. 
blaere « vacca nigra, sed fronte albo »» (Ki- 
liaen). — L'étym. « marchand de blé « est 
appuyée (Rom., VIII, 436) par Wedgwood 
sur les traditions populaires anglaises, et ap- 
prouvée par G. Paris. 

BLAIRIE, droit perçu par le seigneur (sei- 
gneur blayer) pour la permission de faire 
paitre sur les terres et prés dépouillés ou 
dans le» bois non clos ; BL. bladaria, de bla- 
dum, blé. 

BLAMER, BLASMER*, it. biasimare, du 
lat. ecclésiastique blasfemare (gr. ^Xx'r^/ifitlv), 
qui au moyen âge avait pris l'acception de 
vituperare, damnare, culpare. L'original s'est 
conservé intact dans le terme savant blasphé- 
mer. Le subst. blasfemia a, par un change- 
ment remarquable de Vf en t, produit aussi le 
vfr. blastenge, prov. blastenh, it. biastemmia 
[diussibestemmia), — D. blâme, prov. blasme, 
it. biasimo, biasm^, 

BLANC, it. bianco, esp. blanco, prov. blanc, 
— Le mot vient incontestablement du vha. 
blanch, ail. mod. blank, brillant, blanc (de 
la même famille que le verbe allemand blin- 
ken, briller). Comparez L. candidus, de can- 
dere. — D. blancheur, blanchâtre, dimin. 
blanchet, blanchir, blanchaille; blanque, 
blanquet, blanquette, 

BLANCHIR, fact. et inchoat. de blanc, — 
D. blanchiment, -isseur, -isseuse, -issage, 
-isserie. 

BLANDIR', L. blandiri; subst. blandices* 
(encore employé par Chateaubriand pour flat- 
terie caressante), L. blantiiiœ, 

BLANQUE, espèce de jeu, direct, de l'it. 
bianca. Dans ce jeu, la blanche est signe de 
perte. 

BLANQUETTE, ragoût deviandes blanches. 

BLASER, verbe inconnu aux anciens dic- 
tionnaires et dont l'étymologie n'est pas fixée. 
Nous ne prenons pas au sérieux les renvois 
au grec ^)àjfiv, dire des sottises, ou à l'ac^jec- 



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BLÉ 



— 59 



BLE 



tif ,3iiÇ, mou, relâché. Autant vaudrait allé- 
guer lall. bîass, pâle, ou radjectif-participe 
aufyebîaseti, orgueilleux (de blasen, souffler). 
Littré rappelle, avec plus de probabilité, le 
mot blaser des dialectes signifiant brûler, 
dessécher, lorsque cet eflfet est produit par 
lusage excessif des liqueurs fortes (c'est Tangl. 
bîaze). 

BLASON, armoiries, science héraldique, it. 
blasone^ esp. blason, port, brasâo. Le mot 
blason (prov. blezô, blizô) se produit d'abord 
avec le sens de bouclier ou d'écu, surtout 
d'écu orné. Jaume Febrer, poète de Valence 
de la fin du xiu* siècle, emploie blasô à la fois 
pour armoiries, et pour gloire, éclat, signi- 
fication encore attachée au mot espagnol. 
Diez en cherche l'origine dans l'ags. blaese, 
angl. blaze, flambeau, d'où se dégagerait le 
sens d'éclat, de magnificence ; de là le terme 
aurait été appliqué aux écus rehaussés de 
couleurs ; cp. prov. blejô = écu « cubert de 
teins e blancs e blaus »». Si nous saisissons 
bien la pensée de Diez, il faudrait laisser se 
développer le sens de blason de la manière 
suivante : flambeau, lustre, gloire, enfin ar- 
moiries, reflétant les hauts faits ou l'illustra- 
tion d'un gentilhomme. Généralement, on 
rattache blason à l'ail, blaseti, sonner du cor, 
angl. blase, publier, néerl. blazen, vanter, 
parce que ceux qui se présentaient aux lices 
des anciens tournois sonnaient du cor pour 
faire connaître leur venue. Les hérauts en- 
suite sonnaient à leur tour, puis blasonnaient 
les armoiries de ceux qui se présentaient; 
quelquefois même ils s'étendaient sur les 
louanges et les exploits de ceux-ci. D'après 
cette explication, blasonner serait pr. publier 
au son de la trompette, et blason l'objet de 
cett« publication. 

BLASPHEHER, voy. blâmer.— D. blasphe- 
tnateur, -atoire; le subst. masculin blasphème 
est le subst, abstrait du verbe blasphémer et 
non pas le représentant du mot latin 
blasphemia. 

BLATIER, marchand de blé, anc. bladier, 
BL. bladarius, de BL. blatiim, bladum, blé. 

BLATTE, L. blatta, 

BLAUDB, voy. bloiise, 

BLÉ, vfr. bled, bleif, prov. blat, it. biado; 
formes féminines it. biada (dial. biaoa), vfr. 
blée. Le BL. dit bladum et blatum. Diez n'ad- 
met point l'origine german. de ce mot (ags. 
A^oerf, fruit, bénédiction), les idiomes german. 
n'ayant fourni qu'un fort petit nombre de 
termes agricoles aux langues romanes. D'autre 
part, le cymr. blatod, farine, mis en avant 
par J. Grimm, ne s'accorde pas avec la lettre 
de la forme romane. De tout cela Diez conclut 
à la nécessité d'une étymologie latine; elle 
lui est fournie par le participe ablata (pluriel 
neutre), choses enlevées, dépouille, récolte, et 
il cite à l'appui l'ail, getreide, qui vient de tra- 
gen, ainsi que herbst, moisson, et /«oTro,-, fruit, 
qui, de même, signifient pr. choses enlevées. 
Avec l'article, ablata serait devenu Vablata, 
Vabiada, la biada,, et traité en masc. , il biado. 
On trouve, en effet, au moyen âge, ablatum. 



abladium pour blé récolté. Pour établir la 
dérivation « bladum, blada de L. ablatum, 
ablata », il n'est pas même nécessaire d'ad- 
mettre une influence de l'article ; l'aphérèse 
de a ne serait pas plus étrange que celle do o 
dans le mot du dial. de Crémone biada, pour 
oblata, fr. oublie. — Mahn défend la prove- 
nance celtique de blé; il croit à l'existence 
d'un celt. blad, avec le sens de fruit, froment, 
blé. — Dérivés de bladum : blairie (v. c. m.), 
blatier ou bladier; BL. imbladare, d'où eyn- 
blaver (p. embla-er), ensemencer, autrefois 
aussi embléer, emblayer)\ BL. debladare, fr. 
déblayer, debléer*; blavet, blavéole, anciens 
noms pour bluet. 

BLàOHE, vfr. blaisch^\ blaiche\ blèque\ 
mou, du grec p^kl, môme signification (cp. 
BL. blao!, stultus). Selon Grandgagnage, de 
l'ail, bleich, ni. bleek, pâle, ce qui nous plaît 
davantage. — D. blêchir. 

BLEICS, blesm^'iys ne parait pas organique, 
car les textes anciens ont aussi blême), très 
pâle ; de là le verbe blêmir (angl. blemish). 
Ce dernier signifiait dans Tancienne langue à 
la fois frapper (pr. faire des taches bleues), 
léser, blesser et salir ; c'est ce qui engage Diez 
à rattacher ce mot, autrement inexplicable, 
au nord, blàmi, couleur bleue [blâ, bleu). 
Blême serait dont primitivement = bleuâtre. 
— Bugge, à l'appui de l'explication de Diez, 
allègue le subst. norois blaman « tache bleue 
produite par une contusion »», lequel suppose 
un verbe ôZama, faire des taches bleues (Rom., 
UI, 146). Il faut écarter les types latins bled- 
mus (de l'ail, bleich, ags. blaec) ou blaximus 
(de ^iàÇ, mou, faible), mis en avant resp. par 
Chevallet et Ménage. 

BLÉSER, du lat. blœsus (piï)v. blés, vfr. 
blois), d'où aussi le subst. blêsité. 

BLESSER, BLEGIER'; Diez rappelle le mha. 
bletsen, sarcire, reficere, et le subst. bletz, 
morceau d'étofle, d'où blesser se serait produit 
avec le sens du composé mha. zébletzen, met- 
tre en morceaux. L'étymologie be-lctzen irait 
mieux, si l'allemand présentait cette forme 
composée de letsen, comme il a ver-letzen, 
équivalent du fr. blesser. Les anciens philo- 
logues ont eu recours au grec, en proposant 
soit itïrittu'j, frapper, soit l'infinitif-aoriste 
^>àf at, nuire ; c'est aussi peu admissible que 
l'avis de Ménage, qui explique blesser par lœ- 
sare (de lœdere) avec un b prosthétique. — 
Pour moi, je pense, comme Diez, que le mot 
est l'ail, blet zen, mais non pas dans le sens 
qu'il lui prête ; je le rapporte à ce verbe dans 
sa signification de marquer par une tache ou 
une incision (einen baum bletzen, marquer un 
arbre, t. d'eaux et forêts) ; d'ailleurs, le primi- 
tif 6/^ j lui-même a parfois la valeur de lésion, 
blessure (voy. Grimm). Cp. l'ail, fleck, qui 
signifie lambeau et tache ; cp. aussi les sens 
divers de fr. tache. En dernier lieu, j'ai vu 
poser comme la source de blesser le vha. 
bleizza, mentionné à l'art, blet. En eflet, notre 
mot se retrouve dans les dialectes morvan et 
berrichon avec les sens de pâlir, devenir 
blême ou de blettir, et repose, d'après les con- 



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BLO 



— 60 



BOB 



statations nouvelles, sur l'idée fondamentale 
« amollir, aflaiblir, meurtrir »' ; on a dit 
« blecier des olives »» p. les amollir en bat- 
tant. 

BLET, dans « poire blette »; d'après Diez, en 
rapport avec le vha. bleissa^ tache bleue pro- 
venant d'une contusion. On trouve aussi poire 
hlèque; ce mot serait alors le même hlèque 
qui est mentionné sous hlèche, Voy. aussi 
l'art. blessei\ 

BLEU, vfr. hloif it. (dialectes) biavo, anc. 
esp. blatOy prov. blate (fém. blava); du vha. 
bido, blaw, ail. mrd. blau. — D. bleuir, 
bleuâtre, bleuet ou bluet (v. c. m.). 

BLINDER, couvrir, masquer, rendre invi- 
sible; d'orig. allemande : goth. blindjan, 
vha. blendan, ail. mod. blenden, aveugler, 
boucher [die thorc bleiulen, fermer les portes ; 
einen schacht blenden, fermer un puits ; cp. 
en fr. aveugler une voie d'eau). — D. blindes. 

BLOC, du vha. bloc, bloch (ail. mod. block), 
d'abord verrou, clôture, puis tronc, souche. 
Ces mots sont composés du préfixe bi et de 
loh, et dérivent du vha. liechen,goth. luhan, 
fermer. Le bloc est dçnc une pièce ou un 
ensemble de pièces destinées à boucher les 
abords d'une place, puis, par extension d'idée, 
une masse quelconque. — D. bloquer d'où it. 
bloccare, esp. bloquear), blocage, blncaille, 
débloquer. — Le terme blocus vient do l'anc. 
ail. bloc-huSy auj. block-haus, fortin; le î^ons 
concret s'est dans la suit« converti en sens 
abstrait : action de bloquer. 

BLOCUS, voy. bloc. 

BLOND, it. biondo, prov. blon (l'ail, blond 
est un emprunt fait au français). On trouve 
dans l'anglo-saxon le terme blonden-feajc = 
à cheveux mélangés, c.-à-d. gris. Le sens de 
gris a-t-il dégénéré à la longue en celui do 
fauve et de blond? Cela est possible, vu les 
changements de sens que l'on voit subir aux 
noms de couleurs, mais toujours quelque peu 
problématique. Le mot ne se pré.sente que 
tard dans le latin du moyen âge. — Ou bien, 
et c'est là une conjecture émise par Diez, blond 
serait il pr. un synonyme du nord, blaud, 
dan. blôd, suéd. bîôt, qui signifie doux, mou, 
le blond étant la couleur de la douceur? L'in- 
tercalation de la nasale n est, comme on sait, 
chose fort commune. — Quant au vfr. bloi\ 
blond ardent, jaune, synonyme de blond, ce 
n'est qu'une forme variée de bleu, dont l'ori- 
ginal germanique signifiait à la fois flavus et 
cseruleus. (Pour les formes diverses, compa- 
rez pau, poi, peu, du L. paucus. ) Bloi a été 
latinisé en bloius et blodius. Cette dernière 
forme, nasalisée, n'aurait-elle pas engendré 
la forme française blond t — D. blondir, 
-oyer; blondin; blonde (espèce de dentelle). 

BLO QUER , voy. bloc. 

BLOTTIR (SE), se tapir, se ramasser en 
petit volume ; Diez laisse le choix entre ballot 
{blottir serait pour balhttir, comme frette p. 
ferrette, gline p. geline) et l'ail, blotsen, frap- 
per, écraser. On pourrait appuyer cett^ der- 
nière étym. des sens premiers des mots tapir 
et caclier. Ménage, rapprochant l'expression 



synonyme se motter, dérive blottir de lanc. 
fr. blote, bloutre, motte de teiTc. Dans l'incx^r- 
titude, il est permis encore d'indiquer bloc, 
qui, orthographié blot, signifie en t. de faucon- 
nerie, le chevalet où repo.se l'oiseau. 

1. BLOUSE, ^rou de billard; le néerl. 
bluts, trou, conviendrait parfaitement, mais 
en admettant cette origine, il faudra admettre 
aussi que l'ancienne forme behuse est une al- 
tération de blouse, pour l'explication duquel 
on n'a que le terme BL. belosius, sorte de 
drap. — D. blouser, jeter dans la blouse; fig. 
.se blouser •= se perdre, se tromper. 

2. BLOUSE, vêtement ; ce vocable est sans 
doute le môme que blaude et biaude, mot 
bourguignon pour sarrau, dont on trouve 
aussi les variétés vfr. bliant, lyonn. blode, 
norm. plaude, pic. bleude. L'origine n'en est 
pas établie. Mahn indique le persan bal j ad, 
vêtement. Le BL. belosius, signifiant une 
sorte d'étoffe (v. l'art. pi*éc.), est peut-être 
connexe avec blouse. 

BLUET, p. bleuet, de bleu 

BLUETTE, petite étincelle pour bel luette 
ou belluguette, voy. sous berlue. 

BLUTEAU, voy^. l'urt. bluter. 

BLUTER est généralement dérivé, par mé- 
tathèse de /, de ré(juivalent ail. beutrln, anc. 
biuteln. Diez trouve cette métathôse trop irré- 
gulière et avance une tout autre étym., beau- 
coup plus plausible. I^ latin du moyen âge 
dit buletellum pour cribrum farinarium. et 
bidetare pour farinam cribro secernore ; cela 
concorde avec les formes anc. bulteau et bnle- 
ter, pour blut^au et blider (dans le Hainaut 
et à Namur, on dit encore bulter). Au lieu de 
buletel, la vieille langue présente burctel, le 
bourguignon burteau, formes qui concordent 
avec it. buratello, prov. buratel (aussi baruteï), 
dim. de buratto, qui signifie bluteau. Or. bu- 
ratto\\eni du vfr. bure, étoffe de laine gros- 
sière. Nous avons donc la succession que 
voici : buretel, buletel, blutel, bluteau, et ces 
mots signifient propr. une étoffe grossière, 
propre à tamiser; d'autre part, burette, bule- 
ter, bulter, bluter. Pour le rapport des idées 
bure et bluter^ on peut comparer filtt-e et 
feutre, deux formes et deux acceptions diffé- 
rentes du même mot. — L'ancien buleter a 
donné l'angl. boult, boit. 

BOA, L. boa, espèce de serpent do mer. 

BOBAN*,BDBANCE*,auj. bombance, pompe, 
faste vaniteux, du L. bombus, bourdonne- 
ment, bruit. Vénance Fortunata l'adj. bombi- 
eus, vaniteux, bruyant; cp. en prov. bomba 
= bobansa. 

BOBÈCHE. Ce mot a-t-il le même radical 
que bobine î La forme de l'objet porte à n'y 
voir q'ie le même mot avec un changement 
de terminaison. 

BOBINE, angl. bobbin ; selon Saumaise, do 
bombyx, à cause de la ressemblance de la 
bobine garnie de fil avec le cocon du ver à 
soie ; Diez préférerait, sans l'établir, l'étymolo- 
gie bombus, bourdonnement, à cause du bruit 
do la bobine en mouvement. Wedgwood indi- 
que gaél. baban, une tassette de fil. Il est 



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BOl 



61 



BON 



douteux que bobtnette, petite pièce de bois 
mobile pour former les porte-s, soit un dimin. 
de bobine. 

BOGâOE, voy. bois. — D. bocar/er, 

BOCAL, vfr. boiical, boucel, it. boccaîe^ esp. 
bocal; les uns, à cause du BL. bancale, citent 
le grec ^%<ja%U ou ^azu/à/iov, vase à goulot 
étroit; d'autres, le L. bucca, it. bocca, donc 
vase pour la bouche (cp. l'it. bocda^ qui si- 
gnifie également carafe). 

BOGARD, machine à écraser la mine, de 
l'ail, bochen, pochen, frapper. 

BOCK de bière, néolog. , contenu d'un grand 
verre. A signifié à Paris en premier lieu la 
bière de Munich appelée bochbier (litt. bière 
de bouc) ; puis le verre dans lequel on sentait 
cette bière; enfin, le mot s'est appliqué à verre 
de bière en général. 

BODINE, quille de marine, de l'ail, boden, 
m. s. (voy. bomei'ie). ■ 

BŒUP, du L. bos, gén. ^ofw (cp. œuf de 
ovum). Ce même primitif latin a produit : 
bovin f L. bovinus; boiœeau, boiwillon\ bon- 
mei\ BL. bovarius, bouverie, bonerie, BL. 
bo varia. 

1 . B06IJS, poisson, le « Boops vulgaris » de 
Cuvier, it. boca, esp. bogo, prov. bu(/a, du L. 
boXf bocis, aussi bocs (gr. fioaÇ, ^ui). — D. 
boiu/uiè}'e, « filet très délié « ; c'est, on n'en 
peut douter, proprement un filet pour pren- 
dre les bogues ; il se retrouve, avec le même 
sens, dans l'it. bogara^ esp. bogucra^ port. 
bogueiro. — Voy. Banquier, Rom., VI, 269 
et suiv. 

2. BOGUE, enveloppe piquante de la châ- 
taigne, du BL. bauca^ bracelet, lequel vient 
du vha. bougoy bracelet (de bingan, fléchir, 
courber). Cp. vfr. bon, anneau. 

BOIRE, vfr. boivrCf bevre, beire, du L. bi- 
bere; part, bu p. bé-u, de bibutiis, forme bar- 
bare ; buvons, biœez sont des formes irrégu- 
lières pour bevonsy -cz (qu'employaient les an- 
ciens). — Du latin bibitionon, bib'tionem 
s'est régulièrement déduit beisson, boisson. 
De becre\ anc. fonne française pour boire, 
vient bevrage (it. beveraggio, prov. beuratge, 
angl. beveragé)y d'où beurage, beuvrage et, 
enfin, par transposition de l'r, breuvage (voy. 
abreuve^'). La permutation de l'c atone on u 
dans les formes verbales buvons, buvez, etc. , 
s'est étendue aux dérivés buvable, buvette, bu- 
vetier, buveur, buvotter. Est encore dérivé de 
^oirele subst. fém. boite, degré auquel le vin 
devient bon à boire; il répond au partiçk 
fém. bibita (bib'ta). 

BOIS, prov. bosc, ït.bosco, esp., port, bos- 
que, du BL. boscus et buscus (cfr. néerl. bos, 
bosch ; l'ail, busch parait être emprunté aux 
langues romanes). Ce mot boscus est dérivé, 
suivant Grimm, d'un adj. vha. hypothétique 
buwisc, buisc, formé de bauen, bâtir, et signi- 
fierait ainsi propr. matériel à bâtir. Le franc. 
bois a étendu la signification ordinaire de boscus 
et des formes parallèles, qui est celle de silva 
(réunion d'arbres), à celle de lignum (matière 
de l'arbre). — On conteste aujourd'hui l'origine 
germanique du BL. boscus, Canello y voit legr. 



^ÔTxoi « pâturage » (cp. le mélange des sens 
« pâturage et bois » dans les mots latins sal- 
tus, iiemus, silva); Storm, lat. buxus, « buis »• 
(le nom de l'espèce appliqué au genre, comme 
l'inverse se présente dans le gr. ^aû;, pr. ar- 
bre, puis chêne). Voy. Rom., V, 169. — D. 
boiser, boiserie. 

BOISSEAU, boisseV, buissd', wallon bois- 
teau, BL. bustellus; selon toute apparence, 
un dérivé de boiste, boite, voy. ce mot. De 
buissel les Anglîds ont fait bushel. — D. bois- 
seléc, boisselier. 

BOISSON, voy. boire. 

BOITE, voy. boire. 

BOITE, boiste", prov. bostia, boissa et In^os- 
tia. Ce mot vient du BL. buxida, accus, de 
buxis (grec ttûçi,). Buxida transposé en bux- 
dia, bustia, a donné bostia oi enfin fr. boiste. 
De boUe vient déboiter, faire sortir (un os) de 
son articulation, disloquer; c'est à cette der- 
nière acception que se rapporte, selon toute 
probabilité, le terme boiter (wall. boisti), pr. 
avoir mal à la boite ; il vaudrait donc mieux 
l'écrire, comme jadis, avec un circonflexe. 
— Autres dérivés directs de boite : boitier, 
emboîter, opp. do déboiter. 

BOITER, voy. boite. — - D. boiteux (anc. 
boisteus"). 

1 . BOL, terme de pharmacie, L. bolus (do 
^wioî, motte de terre). — D. bolaire. 

2. BOL, coupe, vase hémisphérique, est, 
comme l'ail, bowle, emprunté à l'angl. boiol, 
qui lui-même est = ags. bol la, vase à boire, 
et appartient à la même famille que ail. 
bolle, oignon, L. bulla, fr. boule. 

BOLIDE, du gr. ^oXii, -tooj, chose lancée 
(de ^àÀisiv, lancer). 

BOMBANCE, pr. magnificence, faste; voy. 
boba7t, 

BOMBARDE, comme instrument de guerre 
et comme instrument de musique, de L. boni- 
bus, bruit, fracas. — D. bombarder, -ier. 

BOMBASIN, voy. basin. Il est curieux de 
voir comment de bombasin se sont produit^, 
par une fausse interprétation étymologique, 
les termes germaniques ail. baumioolle, qui 
a l'air de dire « laine d'arbre », et angl. 
bombast, qui, d'abord le nom d'une étofle des- 
tinée à ouater, a, sous l'influence de bom- 
bance, pris l'acception de parole empoulée, 
phébus. 

BOMBE, it. bomba, a.ng\.bomb,a]l. bombe, 
du L. bombus, à cause du bruit sourd qui 
accompagne le lancement delà bombe. — D. 
bomber, rendre convexe à la façon d'une 
bombe. 

BOMERIE, contrat ou prêt à la grosse 
aventure sur la quille du vaisseau. De l'ail. 
bodmerei, qui vient de bodem*, boden, carène 
(fr. bodine). Cp. angl. bottomry, m. s., de 
bottoin, carène. 

BON, L. bonus. — D. bonace (v. c. m.); 
adj. bonasse (le suflîxe CLsse avec sens péjora- 
tif) ; bonne, garde d'enfants ; bonbon, d'abord 
un terme enfantin ; abonnir et abonner (v. c. 
m.); bonté, L. bonitatem. 



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BON 



— 62 — 



BOR 



BONâGE, calme de la mer après un orage, 
it. boixaccia, esp. bonanza, prov. ùoîjossa; 
de bonus, bon; cp. anc. esp. malina, orage, 
tempête. 

BON-GHRÉTIEH (poire de). Ce nom, selon 
une opinion sérieusement accréditée, vient 
de saint François de Paule, dit le bon chré- 
tien, qui apporta ces poires d'Italie en France. 
Voy. Darmesteter, Compos., 25. 

BOND, angl, bound, subst. verbal de bon- 
dir {y. c. m.). 

BONDE, 1 . bouchon, tampon, 2. le trou du 
tonneau à boucher; mot germanique. On 
trouve encore avec le même sens le suisse 
puni, le souabe bunte, etc.; le vha. a la forme 
renforcée spuptt, d'où le mot actuel spund, 
holl. spond, — D. bondon, débonder, — Le 
vfr. bonde, limite, borne, a une autre origine, 
voy. borne. — Dans le dial. de Come, bondon 
signifie une grosse petite femme, et boldon, 
bouchon, ce qui permettrait aussi de ranger 
bonde sous le radical bod (voy. bouder) et de 
le rattacher à bodne, bonde, bonne, auj . borne 
(v. c. m.). Voy. Mussafia, Beitrag, p. 35 
(note). 

BONDIR, picard bander, angl. bottnd ; dans 
la langue d'oïl et en prov. bondir signifie re- 
tentir (Ducange cite BL. bunda = sonus tym- 
pani, vfr. subst. bondiè, bruit retentissant], ce 
qui justifie l'étymologie bombitare, bourdonner, 
contracté en bontare, bondare. Quant à l'infi- 
nitif en ir, on a l'analogie de retentir, de tin- 
nitare; pour le d, celle de coude, de cubitus, 
(on trouve du reste aussi bontir, avec un t). 
Mais ce bondir = sonner, est-il bien le même 
que le bondir = sauter? Ce serait l'effet, 
c.-à-d. le rebondissement, la répercussion du 
son, nommés d'après la cause, c.-à-d. l'émis- 
sion du son. Si cette métonymie est admise 
(et l'ail, prallen, qui se rapporte également 
au coup et au son, la rend très plausible), il 
faudra rejeter l'étymologie posée par Ménage, 
qui rapproche l'expression espagnole botar la 
pelota, faire bondir la balle. Botar, par l'in- 
sertion de n, peut fort bien avoir donné bon- 
der et bondir, mais de toute manière, il est 
inutile de recourir à l'espagnol, botar étant 
identique avec le fr. boter*, bouter. — D. bwid ; 
reboyidir. 

BONDON, voy. bonde. — D. bondonner. 

BONHEUB, = bon heur, voy. heur. 

BONI, génitif neutre du L. bonus, c'est 
« ce qui reste de bon ». 

BONIFIER, L. mod. bonificare, rendre bon, 
(bonum facere). — D. bonification. 

BONNET, prov. boneta, esp., jport. bon ete, 
Caseneuve : « C'était certain drap dont on 
faisait des chapeaux ou habillements de tête, 
qui en ont retenu le nom et qui ont été appe- 
lés bonnets, de même que nous appelons cas- 
tors les chapeaux qui sont faits du poil de cet 
animal. Le roman de Guillaume au court nez 
dans le Charroy de Nismes : « Un chapelet de 
bonnet en sa teste ». Quant à l'origine du 
mot, on la cherche encore. — D. boymetier, 
bonneterie ; bonnetcr, saluer du bonnet. 

BONNIER, mesure agraire, voy. borne. 



BORAX, mot arabe : baurak, bôrak, du 
persan bourah. De borax, les chimistes ont 
dégagé le subst. bore (d'où borate, -ique). 

BORD, dans le sens d'extrémité d'une sur- 
face, lisière, rive, se trouve dans la plupart 
des langues germaniques : vha. port, goth. 
baurd, ags. bord, angl. board, nécrl. bord et 
boord, suéd., dan. bord; BL. bordus, bo)*da, 
bo7'dum, it., esp. boi-do. — Dérivés de bo7'd = 
côté : bordée, bf/rder, bordeyer ; aborder, dé- 
border^ rebord. — Dans le sens de « mem- 
brure de navire «, bord vient également des 
langues gennaniques, où Ion trouve ce mot 
avec le sens de planche, madrier, et ensuite 
avec celui de « vaisseau ». Faut-il déduire 
l'acception « vaisseau » de celle de planche ou 
plancher (au fond, le mot bord ne désigne que 
la membrure du vaisseau) ou de celle de bord, 
extrémité, côté (le tout pour la partie). C'est ce 
que nous ne saurions établir; cependant, 
l'analogie du L. trabs, poutre et vaisseau, fait 
opter pour la première métonymie. — Le vha. 
bort, goth. baurd, planche, madrier, a encore 
fourni aux langues romanes les mots suivants : 
prov. et cat. borda, fr. borde, baraque, petite 
maison rustique ; de là les dimin. it. bm'dello, 
fr. et prov. bordel, esp. burcfel, angl. brothel, 
BL. bordellum (cfr. l'ail, hiittchen, bordel, de 
hutte, cabane). Le sens de planche ressort 
encore clairement dans les dér. borda% -âge, 
bordaille, en tant que termes de marine. 

BORDE, métairie, voy. bord. — D. bordiei'*, 
métayer. 

BORDEL, bordeau*, pr. petite cabane, voy. 
bord. 

BORDÉE, toute la ligne d'artillerie placée 
sur le même bord d'un vaisseau, puis dé- 
charge simultanée de cette ligne. 

BORDER, voy. bord. •— D. bordure. 

BORDEREAU, dimin. de bord, petit bord de 
papier. Cp. l'origine analogue de liste. 

BORÉE, BORÉAL, L. bœeas, bœ-calis. 

BORGNE, it. bornio, cat. boiiii, limous. 
borli. L'expression bornicle, œil louche (dial. 
de Genève) et bornicler, loucher (dial. du Jura), 
ainsi que le vocabulaire de Douai qui traduit 
borne par strabo, attestent que le sens pri- 
mordial du mot était ** louche ». Diez le rap- 
proche donc de l'esp. bornear, fléchir, cour- 
ber, en comparant les expressions esp. tuerio 
(pr. tordu), louche, borgne, et turnio, borgne 
(de tomear, tourner). Mais l'origine de ce 
verbe esp. bornear est tout aussi incertaine 
que celle de borgne (le breton born, borgne, 
parait emprunté du français). Notons encore 
que dans le languedocien, boi'ni a signifié 
aveugle ; Cupidon y était appelé lou picho 
(petit) borni; que le vocabulaire de Douai, 
déjà cité, traduit bornier par lippire (être 
chassieux); enfin que dans le dial. ail. de la 
Silésie, on appelle bortiickel la tumeur ocu- 
laire dite orgelet. — J. Ulrich (Ztschr., III, 
. 266), se fondant sur l'affinité des idées forer et 
tourner, propose pour borgner (d'où vien- 
drait l'adj. borgne), Tall. bohren, forer, en ad- 
mettant l'existence anc. d'une forme dérivative 
en anjan; cp. fr. épargner, qui est de même 



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BOT 



— 63 — 



BOU 



expliqué par ail. sparen moyennant une forme 
hypothétique sparoBJan. Cette étrmologie est 
par trop forcée. — D. horgnesse^ bomoj/rr, 
éborçiier. 

BORHX, vfr. bonne, boune, bosne, bodne, 
bonds. Ces vocahles procèdent d'une forme 
plus ancienne bodina, bodena. Celle-ci donne 
d abord bodne, d où, par assimilation, bon f te 
(BL. bonna„ et par transposition bonde (BL. 
bonda, angl. bound)-^ d'autres modifications 
de bodne sont bosne, d où borne ; cp. d'une 
part R/iônt, Rhosne, de Rhodanns, et d'autre 
part, pour la substitution de r à 5, tarlet* de 
vaslet. Mais d'où viennent bodina .forme pri- 
mitive du mot bonna et qui exclut absolument 
la dérivation du gr. ^0*95, colline, proposée 
par Caseneuve^ et la forme variée bodida, 
d'où le prov. bosola (= borne ? Ils appar- 
tiennent, selon Diez, à la même racine bod, 
enfler, qui a donné bouder, boudin (voy. ces 
mots); la borne serait donc qqch. en relief, en 
saillie, une butte de terre (cfr. l'ail, schwelle, 
seuil, de schtcellen, s'enfler'). La forme BL. 
bonna a pour dérivé bonnariiim, mesure 
ag^raire, d'où le fr. bonnier, flara. blinder, — 
D. borner, 

BOSQUET, dimin. du BL. bosciis (=» fr. 
bois) ; Froissart emploie le diminutif bosqiie- 
tel et boquetel. 

1. BOSSE, enflure, relief, it. bossa, prov. 
bossa, flam. butse, vient de l'anc. ail. bas en, 
pousser, reposser (d'où ail. buts, chose ren- 
flée, ramassée). Cp. aussi bret. bos, cymr. 
both, tumeur. — D. dim. bossette; verbe bos- 
seler (delà ail. bosseln, travailler en bosse, en 
relief, aussi bossiren); adj. bossu, qui a une 
bosse (anc. aussi appliqué aux chosc^. 

2. BOSSE, bout de corde (t. de marine), le 
même mot que le préc., à cause de la forme 
nouée — D. bosser d'où bossoir; embosser. 

BOSSELER, voy. bosse. 

BOSSEMAN, du v. ail. bootsmann (ni. boots- 
man), marin; litt. homme de bateau. 

BOSSU, voy. bosse. — D. bossuer. 

BOT (pied), esp. boto, tronqué, et botte, 
faisceau (cp. ail. bosse, bote, fasciculus, voy. 
Grimm), paraissent appartenir à la même 
racine germanique bôsen, boszen, goth. bau- 
tan, frapper, pousser, repousser, enfler, faire 
boulé, que nous avons signalée dans l'article 
bosse. Il faut encore observer que l'acy. bot 
rappelle l'ail, bott, butt, ni. bot, goth. bauths, 
signifiant stupidus, hebes, obtusus. 

BOTANIQUE, gr. ^oravtxi} (àe^or&vri, plante). 
— D. botaniste. 

1 . BOTTE, faisceau, liasse, voy bot. — D. 
dim. bottillon; verbe botteler. Du dim. botel, 
boteau, vient Fangl. bottle, botte de foin. 

2. BOTTE, chaussure, est le même mot que 
botte, tonneau ; l'un et l'autre expriment quel- 
que chose de creux. On trouve des mots simi- 
laires dans beaucoup de langues, p. ex. gr. 
fieûm, /SÛTi;, bouteille; BL. butta, ags. butte, 
angl. butt, ail mod. bOtie, grand vase. — Dér. 
de botte, chaussure : botter, bottier, bottine, 
débotter. — Dér. de botte, tonneau, vase (vfr, 
aussi boute, outre, grosse bouteille) : le dimin. 



BL, buticula, it. bottiglia, esp. botïlla, butija, 
fr. bouteille, angl. bottle. 

3. BOTTE, tonneau, voy. l'art, précédent. 

4. BOTTE, terme d'escrime, de l'il. botta 
(de bottare, frapper, voy. btniter,. 

BOUC ; ce mot se présente, avec de It^gère ; 
variantes littérales, dans les langues celtiques 
aussi bien que dans les langues germaniques. 
Gnmm rapporte le mot au verbe ail. pochen, 
bochen, heurter. — D. bouquin ; sixhst. bou- 
cher (V. c. m.). 

1. BOUOAN, gril de bois où les Caraïbes 
fument leurs viandes ; mot caraïbe qui signi- 
fie claie. — D. boucaner. 

2. BOUCAN, vacarme, bordel. Ce mot m v 
deine ne viendrait-il pas, demande G. Paris, 
de rit. baccano, qui signifie aussi à la fois 
*» fracasso «et « bordello » et que Storm rat- 
tache à bacchanale f Voy. Rom., IX, 624. 

BOUCANER, 1 . faire sécher à la (um^, de 
boucan 1 ; 2. aller à la chasse des bœufs sau- 
vages. Cette dernière acception serait-elle 
sans rapport avec bos, bocis, par bovicus, iMtri- 
canusf — D. boucanier, qui chasse le bte if 
sauvage; fusil servant pour cette chasse; fli- 
bustier dos Antilles. 

BOUGASSIN, futaine, it. boccacino, esp. 
bocaci. « Ce mot n'appartiendrait-il pas au 
même radical que bucherame = fr. bougran t 
Question posée par Mussafia (Beitrag, 34). — 
Baist (Ztschr. V, 556) l'explique par l'angl. 
buckskin == peau de daim. 

BOUGAUT, tonneau, prob. de la m5me fa- 
mille que bocal. 

BOUCHE, it. bocca, esp., port., prov. boca, 
du L. bucca, joue, cavité, puis cavité buccale, 
bouche, ouverture. — D. bouchée, aboucher, 
déboucher (sortir d'un défilé); emboucher. 
Voy. aussi boucher, bouchon, bouque. Signa- 
lons encore le vieux mot boucon ^ appât, 
aussi breuvage empoisonné, prov. bocon, 
morceau, bouchée. 

1. BOUCHER, fermer une ouverture, de 
ôoi«c^ = ouverture ; cp. bondon, trou de ton- 
neau, et bondonner, boucher. Littré, toutefois, 
préfère pour primitif le vfr. bouche, gerbe, 
botte, faisceau de paille, mentionné par Du- 
cange et qui se rapporte, comme bouquet, au 
BL. boscus, bois. La forme anc. boschier, 
et les acceptions diverses de bouchon, donnent 
quelque crédit à cette étymologie. — Cps. 
déboucher. 

2. BOUCHER, subst., propr. le tueur de 
boucs; cp. it. beccaio, beccaro, boucher, de 
becco, bouc. — D. boucherie. 

1 . BOUCHON, objet servant à boucher; peut 
venir tout simplement du verbe boucher, 
comme torchon de torcher. Cependant Diez 
identifie le mot avec prov. bocon, it. boccone, 
bouchée, morceau ; donc, ce qui remplit la 
bouche ou une ouverture quelconque. Littré 
ramène le mot à. bouche', faisceau de bran- 
chage, dont il dérive également le verbe bou- 
cher, ainsi que le mot suivant. 

2. BOUCHON, bouquet jde verdure servant 
d'enseigne à un cabaret, puis le cabaret lui- 
même ; poignée, torchon de paille ; de bouche*, 



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BOU 



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BOU 



faisceau (voy. boucher 1). Cp. en wallon, bou- 
cho7i, bouhon = buisson. — D. boixhcruner, 

3. BOUCHON, dans « tomber à bouchon », 
de bouche; tomber sur la bouche, sur le vi- 
sage (cp. les expressions vfr. analogues à dens, 
s'adenter^ s^abouche?'). 

BOUCLE, angl. buckJe, anneau de métal, 
puis anneau que forment les cheveux frisés; 
vfr. bocle, patois divers blouque, dim. blan- 
quette, prov. bâcla, bloca, bosse ou éminence 
métallique au centre du bouclier, BL. bucuJa 
scuti (d'où le mha. buckcl)\ du latin buccula, 
joue, donc proprement chose rebombée ou en 
relief. — D. bouclier, angl. buckler, prov. 
bloquier, it. brocchiere; verbes boucler, dé- 
boucler, 

BOUCLIER, ancienn. adjectif, BL. buccula- 
rius ; escut bouclier est = écu à boucle ou écu 
bombé ; l'épithète a pris le sens de la chose 
qu'elle qualifiait, voy. boucle, 

BOUCON, voy. bouche, 

BOUDER, pr. enfler la lèvre inférieure par 
mauvaise humeur (en rouchi, boder = enûer). 
Bouder, gonfler et être de mauvaise humeur, 
peut se comparer à bouffer qui avait les deux 
sens et au L. turgcre, être gonflé de colère. Ce 
mot appartient à la racine bod exprimant quel- 
que chose de repoussé, desaillant, d'enflé. On 
la retrouve dans boudin, espèce de saucisse, et 
boudiné, nœud du verre, anc. nombril, dans 
boursoufler, pour boudsouffler (voy. ce mot) et 
dans le mot BL. bodina qui a donné bodne, 
bonne et bo^'ne (v. c. m.). Il se peut qu'elle 
soit latine et identique au bot qui a fourni bo- 
tulus, botellus, d'où bot/au. — D. boudoir, 
cabinet où les dames se retirent quand elles 
veulent être seules (cp. les expressions alle- 
mandes : schmollkànima^chen, launaistiXb- 
che)i, trutzwinkel). 

BOUDIN, voy. bouder. 

BOUDINE, voy. bouder. Cachet consigne 
boudiné avec le sens de ventre, employé dans 
la chronique rimée de Godefroid de Bouillon. 

BOUE, BOB'. En vfr. on trouve broue, p. 
boue; si cette forme est la primitive (c^ qui 
est fort douteux), on pourrait prêter à ce mot 
une communauté d'origine avec l'it, broda, 
qui signifie à la fois boue et bouillon, et par 
constkluent avec le fr. brouet (v. c. m.). — En 
cymr. on trouve avec le même sens baw {bxid- 
hyr, boueux), mais on ne saurait y rapporter 
les formes angl. bog, marais, it. (lombard et 
coma.sque)6c^. Leur liaison avec la racine goth. 
boifg dans le verbe composé ^oth.. us-baugij an , 
nettoyer, reste douteuse. Le mot boue a-t-il 
quelque rapport avec les formes boitasse, etc., 
mentionnées sous bouse? Les formes bodère 
(en Lorraine), boue, et picard baudelé, crotté, 
parlent en faveur d'un thème bod, bot. Ma 
conjecture serait donc de partir du BL. botta, 
bota, mare, dont l'étymologie reste à trouver. 
— D. boueux. 

BOUÉE, forme dérivative du vfr. boie, buie, 
esp. bot/a, ail. bqfe, angl. btioy, néerl. boei, 
qui vient du latin boja, chaîne, corde; la 
bouée est une pièce de bois flottant sur l'eau 
et retenue par une corde. 



BOUFFER, BOUFFIR, souffler, s'enfler les 
joues, anc. être de mauvaise humeur; ^-fr. 
buffier, souffleter, frapper; it. buffo, coup de 
vent, vfr. buffle, coup, heurt (d'où rebttffer, 
angl. rebuff, subst. rebuffade) et dim. buffet, 
soufflet (d'où le v. mot buffeter, souffleter). 
Tous ces mots, ainsi que pouffer, sont les dé 
rivés de l'interjection buf, bouf ou pouf! pro- 
duite par le gonflement des joues. 11 n'est pas 
nécessaire de les rattacher à des produits ana- 
logues dans les langues germaniques ; ce sont 
évidemment des vocables de formation sponta- 
née. Cp. pour le rapport d'idée entre .souffler 
et frapper, le verbe angl. blow, souffler et 
frapper, et le mot fr. soufflet, de souffler, — 
D. bouffée, bouffer (manger goulûment), 
bouffette ; bouffissure. Voy. aussi bouffon. 

BOUFFON est tiré direct, de l'it. buffbne, qui 
vient de buffare, souffler (gonfler les joues), 
puis plaisanter (pnmitif aussi de buffa, plai- 
santerie, d'où fr. bouffe). Buffare est notre 
bouffa'; les idées d'enflure et de plaisanterie 
se touchent ; un rapport analogue me semble 
lier l'ail, bôsen, repousser (voy. bosse), à bosse, 
posse, plaisanterie; cp. encore les sens divers 
. de boffuoiaude et de blague. 

BOUGE, réduit étroit ; it. bolgia et vfr. boge, 
bouge, sac de cuir; directement d'un adj. 
latin bulgia, dérivé de bulga, que Festus dé- 
signe comme un mot gaulois : « bulgas Galli 
sacculos scorteos vocant « ; en effet, l'on 
trouve gaël. builg, et anc. irl. bolc, mais on 
rencontre aussi en vha. le subst. bulga (ce 
dernier issu du verbe belgan, enfler). Le dimi- 
nutif bougette, petit sac, a donné l'anc. angl. 
bogette, bougett, transformé dans la suite en 
budget. Sous ce costume anglais, le mot est 
revenu en France avec une signification pu- 
pfement financière. Pour le passage du sens 
de bourse à celui de petit réduit attaché au 
masc. bouge, il ne fait pas difficulté. L'inter- 
médiaire est celui de « chose qui renferme » ; 
en it. bulgia signifie à la fois bourse et ca- 
veau. D'autre part, le radical exprimant aussi 
enfler (les mots celtiques bolg, bulg, baJg, si- 
gnifient saccus, pharetra, venter, pustula, 
follis), on comprend la valeur secondaire de 
bouge : la partie la plus bombée du tonneau. 

BOUGEOIR, chandelier poiiatif; on peut 
hésiter, pour l'étym., entre bouger et bougie. 

BOUGER, wallon bogê, angl. budge, prov. bo- 
jar; selon Leibnitz et Frisch, du vha. biugan, 
ail. mod. beuj/en ou biegcn, fléchir; selon 
Diez, plutôt de la forme vha. bogeii, nord. 
buga, courber. Cette étymologie cependant, 
obsei^e Diez, perd en probabilité par la com- 
paraison de la forme provençale correspon- 
dante, quiest&o/fî^ar = it. bulicare (la forme 
prov. bnjar parait être empnmtée au fran- 
çais). Quant à bolegar (à Lyon bouliguer), dont 
bouger se déduit très régulièrement, c'est un 
dérivé de bidir, bolir, fr. bouillir, et signifie 
propr. être en ébullition, fig. ne pas rester 
en place. Le portugais dit également bulir 
dans le sens de bouger, et l'esp. buTlir dans 
celui d'être en mouvement continuel (cp. notre 
expression : bouillonner d'impatience). Che- 



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▼allet fait venir, bien maladroitement, bouger 
de Tall. betcegen, mouvoir; Ménage, non 
moins hardi, pensait à Tall. toogen, s'agiter. 
— D. bougeoir (î), bougillon, 
BOUGSm, voy. bouge. 
BOUGIE, it. bugia, esp., prov. bogia, de 
Bougie, ville du nord de l'Afrique qui four- 
nissait la cire. — D. bougeoir if), bougillon, 
BOUGON, d'où bougonner, gronder entre 
ses dents, se rattache sans doute à bucca, 
bouche, comme fourgon à furca ; cp. une ex- 
pression analogue en allemand : maïUen, de 
maul, bouche. 

BOUGBAN, vfr. bouquerant, it. bucherame, 
cat. bocaram, prov. bocaran, boqueran, iingl. 
buckram, tissu fait primitivement de poils de 
chèvre, ce qui a donné lieu à Tétymologie 
bouc, boc. Schmeller cependant dérive le mot 
de l'italien bucherare, trouer (primitif buca, 
trou) y bougran serait ainsi pr. une étoffe 
lâché, à mailles peu serrées, roidie ensuite à 
Ur coÛe. D'après Baist (Ztschr. V, 556), bou- 
gran et ses correspondants romans seraient 
= arabe barcàn, barracân (d'où aussi ail. 
barchent, futaine); par métathèse bacaran; 
par adaptation à bock, angl. buck, fr. bouc 
(cp. boucassin), bocaran, etc. — G. Paris tire 
notre mot du nom de Bouhhara. — Les dic- 
tionnaires présentent encore baracan et bou- 
racan (v. c. m.), espèce de tissu de laine. 

BOUGRE, de Bulgarus. Les Bulgares ont 
fourni ce terme d'injure en tant qu'hérétiques 
manichéens. Nicot donne à ce terme la valeur 
de pœdico et Ménage suppose que c'est parce 
que les hérétiques et les pédérastes étaient 
passibles de la mémo peine. — D. bougrerie; 
pour rabougrir, v. c. m. 

BOUGUIÊRE, sorte de lilct, dér. de bogue 
(voy. pi. h.). 

BOUILLE, voy. l'art, suivant. 
BOUILLIR, du L. bullire (rac. bulla). — 
D. bouillon (it. bollone); bouilli, -te, -oire; 
ébouillir, L. ebuUire, ébulliiion, L. ebuUitio. 
Le verbe actif boitiller, mettre en agitation, 
d'où bouille, perche pour troubler l'eau, 
parait être le même- mot que bouillir ; de là 
aussi le nom de l'instrument pour remuer la 
chaux, dit bouloir. 

BOUILLON, dans ses diverses acceptions, 
dérivé de bouillir, jeter des bulles, cuire. — 
D. bouillonner. 

BOUILLOTTE, de bouillir; pr. bouilloire, 
puis le nom d'un jeu de cart^; les diction- 
naires n'établissent pas le rapport entre ces 
deux significations; quelqu'un a dit que 
l'idée qui les relie est celle de la vitesse avec 
laquelle le jeu de la bouillotte se joue. J'at- 
tends confirmation. 

BOULAIS, voy. bouleau, 
BOULANGER, BL. bulengarius ; l'esp. bollo, 
pain au lait, et l'it. de Cème bulet, espèce de 
pain, justifient l'étymologie de Ducange, qui 
fait dériver boulanger de boule; la filiation 
se présente ainsi : boule, boulange (en Berry, 
= mélange de foin et de paille pour la nourri- 
ture des bestiaux), de là : 1 . boulanger, fai- 
seur de boulanges ou pains arrondis ; 2. verbe 



boulanger, fiûre les boulanges. — Wedgwood 
(Rom., Vm, 436) présente une autre explica- 
tion du mot. Il part du vfr. bolenge (Walter 
de Biblesworth) »- blutage, lequel aurait la 
même origine que le néerl. builen (bluter), 
qui est contracté de buideleit. Je préférerais 
remonter au thème bul de buletus*, bidetellum 
(fr. bluteau), buletare (fr. bluter), qui à son 
tour parait être transformé de bur (voy. blu- 
ter, 

BOULE, du L. bulla, qui est également 
l'original de bulle (v. c. m.). Le sens primitif 
de bulla est encore attaché au pic. boule «=> 
enflure, et au verbe bouler, enfler la gorge 
(en parlant des pigeons). — D. boulet (angl. 
bulût), boulette, bouleux, boulin, -iche, bou- 
lon, cheville à tête ronde ; ébouler, boulever- 
ser (boule -\- verser = retourner). 

BOULEAU, dimin. de l'anc. subst. boule, m. 
s., encore employé dans les patois et contracté 
de béoule; quant à ce dernier, il vient du 
L. betulla, m. s. Ce mot latin est, d'après 
Pline, 16, 18, d'origine gauloise; on en trouve 
en effet la racine dans ï'irl. et l'écoss. beith, 
bouleau. — D. boulai e, d'après l'analogie 
de saulaie, aunaie, etc. 

BOULEDOGUE, de l'angl bulldog, pr. chien- 
taureau. 

BOULER, enfler son jabot (en parlant du 
pigeon), voy. boule, ^ 

BOULEUX, cheval de fatigue, de l'anc. 
verbe bouler, rouler (de boule). 

BOULEVARD, anc. boulevert, représente 
l'ail. boUxoei'k. Ce mot, né au xv« siècle, avec 
la valeur de •* défense, rempart », est décom- 
posé par les uns en toerk (ouvrage) et vha. 
bolofi (lancer;, donc pr. une machine à lancer, 
un engin de guerre, puis la place où elle est 
montée; — par les autres en loerk -\- bohle 
(ais, planche), donc une construction en plan- 
ches. Le mot est devenu l'angl. bulumrk, le 
ni. bolvoerk; l'it, baluarto et l'esp. baluarte 
sont tirés du français. — Voltaire expliquait 
boulevart de boule et vert : place verte à jouer 
aux boules ! — Les boulevards sont devenus 
des promenades après avoir été des terre- 
pleins de remparts. 

BOULEVERSER, voy. boule. 
BOULIMIE, gr. ^ouUfiix (faim de bœuf). 
BOULIN, pot de terre qui sert de retraite 
aux pigeons, etc. ; de boule, à cause de la 
forme arrondie. 

BOULINE, vfr. bolinghe (Jean Lemaire de 
Belges), est le même mot que dan. buglifie, 
corde à l'avant, angl. boxoline, boline, cor- 
dage de proue, hoU. boelijn, ail. boleine, — 
D. bouliner. 

BOULINGRIN, de l'angh bowling-green, 
gazon où l'on joue à la boule. 
BOULOIR, voy. bouillir. 
BOULON, voy. boule. — D. boulonner. 
BOUQUE. forme picarde p. bouche (ouver- 
ture) ; de là les termes de marine embouquei', 
débauquer. 

BOUQUER, 1. baiser, baiser de force, de 
bouque, forme picarde de bouche; — • 2. se 
plier, se soumettre, de l'ail, biicken, néerl. 



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biik?ien, plier, courber. — Le même verbe, 
dans 8a dernière acception, se trouve dans le 
composé reboucher, fausser, émousser un 
dard ou autre instrument pointu, pr. le 
courber; vfr. rebuchier, reboitquer, L'angl. 
rebuke est le même mot avec une acception 
détournée : censurer, gronder. 

BOUQUET, bosquet, puis assemblage de 
fleurs, variété de bosquet (v. c. m.). 

BOUQUETIN, écrit par Belon bouc-estain; 
de l'ail, stetnboch, bouc des rochers. 

BOUQUETTE, blé sarrasin, du flam. boek- 
toeit, m. s., litt. froment de hêtre, à cause de 
la forme du grain, qui ressemble à la faine. 
On trouve aussi, avec changement de termi- 
naison, bucail. 

1 . BOUQUIN, voy. bouc. — D. bouquiner. 

2. BOUQUIN, vieux livre, de l'anc. néerl. 
boeckin, petit livre; le suffixe diminutif néer- 
landais ktn se trouve encore en français dans 
mannequin^ brodequin, vilebrequin, etc. — 
D. bouquiner, bouquiniste. 

BOURAGAN, autrefois baracan, esp. bar- 
raffauy sorte de gros camelot, BL. barraca- 
nus; se retrouve dans le dan. barcan, angl. 
barrakan, ail. bei'kan et barchent; de l'arabe 
barrakàn, vêtement, qui vient du persan 
larihona, espèce de tissu de laine. 

BOURBE, du gr. pôrAopoi ; Tapocopo de la 
terminaison cpoi est un effet naturel de l'ac- 
centuation. Il est probable que le latin vul- 
gaire a également eu le terme borbcrrus. — 
Littré a recours au radical celtique berw ou 
bo7t, exprimant bouillonnement. — D. bour- 
beux, bourbier, -illon, -otte (poisson), verbes 
etnbourber, lUbourber. Voy. aussi barboter. 

BOURDE, mensonge, vfr. bourdeur, syn. 
de menteur, verbe bourder -= garrire (voc. 
d'Evreus). Le v. flamand avait également 
boerde = nugae. En picard et en wallon, un 
bourdeux est un menteur. L'ancienne accep- 
tion de réjouissance, iilaisanteric, parle en 
faveur du rapport de ce mot avec l'anc. bou- 
hordcr, jouter, et, par extension, s'amuser, 
folâtrer La langue provençale présente déjà, 
pour bouhourder, beltourder, les fonnes con- 
tractes biordar, bordir, burdir, avec le sens 
de s'iimuser, et les subst. biort, borty^on clie- 
valeresque. Les mots analogues du celtique 
ont lair d'être d'origine romane. Quant à 
bouJiourder, on n'est pas au clair sur son 
origine; Diez voit dans hourd l'ail, hiirde, 
BL. hourdum, rouchi hourd, clôture, et dans 
bo, bou le mot bouter; donc jeter la lance 
contre l'écliafaudage de l'enceinte. 

BOURDIOUE ou bordigue, espace retranché 
avec des claies pour prendre le poisson ; du 
BL. bordif/ida, bordicidum, prob. un dimin. 
de borda, borde', hutte (voy. bœ^d). 

1. BOORDON, long bâton de pèlerin, it. 
bordone, esp., prov. bord on ; métaphorique- 
ment tiré du L. burdo, bête de somme, mulet. 
Covarruvias cite à l'appui de cette dérivation 
l'esp. muleta, qui signifie à la fois mulet, 
soutien et béquille. — On avait aussi anc. 
la forme simple borde, bourde pour bâton, 
béquille. 



2. BOURDON, tuyau d'orgue, puis ton de 
basse, et abeille mâle. La signification 
« tuyau »» engage Diez à rattacher notre mot 
à bourdon, long bâton. Il faudrait alors con- 
sidérer le gaél. bûrdon «= bourdonnement, 
comme un emprunt fait au roman. Cette 
langue employant cependant dans le même 
sens aussi durdon, il est préférable de consi- 
dérer les syllabes burd, durd comme des 
onomatopées, et la signification tjuyau d'orgue 
comme découlant du bruit exprimé par le 
mot. 

BOURG, dans le principe ■= ville défendue 
par une iforteresse, opposé à la ville, lieu 
ouvert; it. borgo, esp., port, burgo, prov. 
boix ; du latin vulgaire burgus (Vegèce, De 
re milit., 4, 10 : Castellum parvum, quem 
burgum vocant). Il n'est pas nécessaire de 
déduire directement le mot bourg des langues 
germaniques, où il se rencontre partout, et 
qui en ont aussi le primitif, savoir : bergan, 
goth. bairgan, cacher, protéger. C'est la 
langue latine rustique qui parait l'avoir 
transmis aux langues romanes. Le grec 
Ttùp'/o; est de la même famille. — De burgus 
dérive l'adj. burgensis, d'où it. borgese, esp. 
burges, fr. bourgeois. Diez suppose néan- 
moins dans les formes boi'ghese, port, bur- 
guez, prov. borgues, vfr. borgois, toutes 
formes où le ^ a le son guttural, une influence 
directe du germanique burg. — D. bourgade. 
Le mot bourgmestre est un composé de bourg 
et du néerl. meester, maître, chef; latinisé 
par burgimagister, l'ail, biirgenneister est 
= maître des bourgeois. 

BOURGEOIS, voy. bourg. — D. bourgeoisie. 

BOURGEON, angl. burgeon, \îr. bourion, 
burjon. Diez trouve une dérivation du vha. 
burjan, lever, parfaitement acceptable au 
point de vue des lois grammaticales; bour- 
geon désignerait donc quelque chose qui lève, 
qui pousse Bourgeon .s'appliquait primitive- 
ment à la vigne et traduisait dans les glos- 
saires L. botrus; je le ramène donc au BL. 
botrionem. — D bourgeonner; débourgeon- 
ner, ôter les bourgeons. 

BOURLE, voy. s. bourre. 

BOURGMESTRE, voy. bourg. 

BOURNOUS, mot arabe : boj^nos, vêtement 
à capuchon, esp. albornos. 

BOURRACHE, it. borraggine (contracté bor- 
rana), esp. bon'aja, prov. boi'rage, ail. boi*- 
retsch, latin mod. borrago, -inis. Diez tiix> le 
mot du radical burra, â cause des feuilles 
hérissées de poils. 

BOURRAS, voy. boui^e. 

BOURRASQUE, de l'it. burrasco, esp., 
port., prov. borra.^ca\ selon Diez, de borea 
ou bora (forme particulière à quelques dia- 
lectes), vent du nord (du L. boreas):, c'est 
ainsi que de l'esp. nièce, neige, s'est formé 
netasca, une tombée de neige. Le redouble- 
ment de ïr n'a rien de gênant pour cette 
étymologie. 

BOURRE, it., esp., prov. borra, pr. flocon 
de laine, etc. , du L. burra, m. s. , singulier 
inusité de burrœ, niaiseries, fadaises; le sin- 



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gulier présente le sens propre, le pluriel le 
sens métaphorique. La morne métaphore se 
rencontre dans le latin florcuSy qui signifie 
flocon de laine, poil d'une étoflo, et bagatelle. 
— D. bourras, bouras, étoife grossière, prov. 
barras; bourrer, d'où débourrer, ébourrei\ 
cmbourrer, rembouiTer; boui^ée; bourrade; 
bourru, grossier (cp. angl. boiTcI, homme 
grossier) ; prov. borrel, vfr. bow'rel ~ bour- 
i*elet, d'où bourreler, bourrelet ou bourlet. 
Peut-être faut-il rattacher ici le mot rebours 
(v. c. m.) dans le sens de revéche, BL. rebur- 
rus. Voir aussi brosse. — Le dim. burrula 
a donné l'anc. fr. bourle, attrape, tromperie. 

BOURREAU, prov. borel. A la lettre, bour- 
reau correspond à angl. bonvl, homme ni de, 
grossier (voy. bourre). Le sens du mot fran- 
çais pourrait bien s'en être dégagé. Ménage 
aventure l'idée d'ime contraction de bouche- 
reau. D'après Diez, borel se déduit facilement 
de l'it. boja (wall. boie), qui a la même signi- 
cation, au moyen du double suffixe ei'-ell, 
dont la langue française présente tant 
d'exemples (cfr. mât, mâtereau) ; le mot cor^ 
respondrait donc à une forme italienne hypo- 
thétique bqjarello. Nous rapportons pour ce 
qu'elle vaut l'observation de Dochez : De Borel, 
possesseur du fief de Bellccombe en 1261, à 
charge de pendre les voleurs du canton. (Littré 
observe que ce nom propre pourrait bien être 
un surnom, donné d'après les fonctions.) — 
Quant à it. boja, bourreau, il parait identique 
avec boja, carcan. 

BOURRBLER, ET, voy. bourre. 

BOURRICHE, <*>péce de panier oblong (pour 
gibier, poisson, etc.); Ménage rapporte le mot 
à bourre, à cause de la bourre, foin ou paille, 
dont on garnit les bourriches; j'aimerais tout 
autant une étymol. burricius, de burricus, 
bourrique; donc pr. panier de marché, porté 
par des ânes. 

BOURRIQUE, esp. borrico, it. brico, du L. 
burricus (Isidore : Equus brevior quem vulgo 
buricum yocant;. Quant à burricus, les uns 
le font venir, à cause de la peau velue de 1 ane, 
de burra, flocon de laine (l'csp. et le port, 
disent aussi burro pour âne, et dans le Berri- 
chon l'ànon est appelé bornait) ; d'autres, de 
burrus, rougeàtre. — D. bourriquet. 

BOURRU, voy. bourre. 

BOURSE, it., T^rov.- borsa, esp., \^ori. boisa; 
du BL. byrsa, bursa, qui est le gr. ,50:72, 
peau, cuir. — D. boursiei'; boursiller; bour- 
sicot (mot populaire, d'où boursicoter), débour- 
ser, débours; embourscr , rembourser. Quant 
au mot bourse, en tant qu'il signifie lieu de 
réunion des banquiers, agents de change, etc., 
Guichardin en établit l'étymologie qui suit : 
La première place qui correspond à ce que l'on 
appelle bourse aurait été celle de Bruges 
(xiv« siècle); c'était l'hôtel d'une famille pa- 
tricienne appelée Van den Beurse (fr. de la 
Bourse), dont les armes sculptées qui surmon- 
taient la porte et qui se composaient de trois 
bourses auraient donné le nom à tous les 
bâtiments de l'espèce. Ce qui rend cette expli- 
cation de bourse = forum mercatorum plus 



que suspecte et ce qui oblige à donner raison 
à ceux qui déduisent cette valeur du BL. bursa 
= sac de cuir, bourse, c'est que, dès avant le 
XIV* siècle, le mot latin funda, bourse, a 
signifié « locus publicus ubi conveniunt mer- 
catores de rébus suis et commerciis acturi » 
(voy. DC). Voy. aussi, dans Godefroy, l'art. 
fonde = lieu de réunion des commerçants. 

BOURSOUFLER, selon Diez, pour boud- 
souffler, analogue au prov. mod. boud-enflà, 
boudouflà, boudifia, gonfler. Quant à l'élé- 
ment bod, boud, voy. sous bouder. Toutefois, 
Diez ne rejette pas absolument l'étymologie 
bour se-en fier, et cite même l'expression wa- 
laque bos-unfia. Grandgagnage explique le 
mot par boule-sou ffler, souffler en boule; 
Littré par •« .souffler en bourse «, en citant 
l'anc. fr. bourser, enfler. 

BOUSCULER, altéré du vfr. bouteculer, qui 
vient de bouter et cul. 

BOUSE, prov. bosa, buza, d'origine dou- 
t<iuse. On trouve dans l'anc. langue bouasse, 
bouace (cfr le grison bovatscha, dial. de Côme 
boascia, de Parme bousza, avec la même 
signification), mais il n'est guère permis de 
voir dans bouse une contraction de bouasse, 
dérivé de bos, bœuf; les mots bretons beitsel, 
bousel, bousil ont l'air d'être tirés du fran- 
çais. Frisch rappelle l'ail, but se, monceau, 
employé en efl*et pour la morve, et, comme dit 
Grimm, pour " quidquid emungitur ". — Si 
bouc, comme je le pense, vient d'un radical 
bot, bod, les formes bosa, bouse pourraient 
bien n'en être qu'une variété (en prov.,;? pour 
d est tout à fait normal), mais l'objection qu'on 
fait à cette étymol. (voy. Van Hamel, Gloss. 
du Reclus de Moliens), c'est que boue avait 
primitivement To ouvert. — Le plus ancien 
exemple du mot est dans le Miserere du 
Reclus de Moliens (xii® siècle) : 

Ki de tel viche est embousés. 
Se devant mort n'est desbousés, 
Il muert corne bues en se bouse. 

D. bouser, bousille)'; bousin, tourbe de 
mauvaise qualité, croùt« terreuse et friable 
(de là ébousiner). 

BOUSINGOT, chapeau de marin, dér. de 
l'angl boxosing, cabaret do matelots. 

BOUSSOLE, de l'it bossolo, voy. buis. 

BOUT, Ô6r,subst. verbal de bouter, pousser, 
repousser; donc chose en relief, en saillie, 
puis pointe, extrémité. — D. debout (v. c. m.), 
aboutir, emboutir. 

BOUTADE, forme étrangère p. boutée (pous- 
sée), de bouter, heurter. Corneille a le mot 
dans le sens de jet d'inspiration : •* pousser un 
sonnet par boutade, sans lever la plume. « 

BOUTARGUE, sorte de mets, it. bottagra, 
esp. botagra. de l'arabe boutarha, m. s. 

BOUTE, variété de botte, tonneau. 

BOUTEILLE, voy. botte 2. — D. boutillier, 
angl. butler. 

BOUTER, pousser, heurter, frapper, mettre 
en poussant, du mha. bôj^en, heurter, frappe», 
ou plutôt d'une forme antérieure bautan, 
botan. — D. bouton (v.c.m.); boutade [^f .o, m.); 



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bouture, branche boutée en terre; boutoir , 
'Crolle ; suhst, verbal bout (v. c. m.), botte, 
coup (v. c. m.); composés boutefeu, boiUe-en- 
train, boute-hors, boute- selle; verbe composé 
débouter, repousser. 

BOUTIQUE, voy. apothicaire. 

BOUTON, it. boitone, prov. et esp. boton, 
pr. chose qui repousse, qui fait relief; de bout 
ou de bouter, — D. boutonna', déboutonner. 

BOUTURE, voy. bouter. — D. bouturei\ 

BOUVEAU. -BRIE, -ILLON, -IBR, tous déri- 
vés de bœuf. 

BOUVREUIL, aussi bouveret, bouvron, pr. 
« le petit bouvier •», parce qu'il suit le labou- 
reur qui promène sa charrue dans son champ, 
afin de se nourrir des vers ou des graines qui 
sont mis au jour ; il passe même pour pincer 
les bœufs et les aiguillonner ainsi à sa façon 
(G. Paris). Cp. les expressions analogues ail. 
buUenbeisser (mordeur de taureaux), angl. 
bulfink /pinson des taureaux). 

BOVIN, voy. iœuf. 

BOXER, de langl. box, m. s. 

BOYAU, vfr. boël, it. budello, du L.boteUus, 
petit boudin (Martial); la signification actuelle 
de boyau était propre au mot botellus dès les 
premiers temps du moyen âge : L. Angl. : 
« Si intestina vel botelli perforati claudi non 
potuerint ». Voy. aussi boudin sous bouder, 
— D. boyaudier, 

BRACELET, dim. de vfr. bracel, brachcl 
(Vie de saint Eloi, 26*>), anneau de bras; cp. 
lat. brachile, cingulura. 

BRACHIAL, L. 6mcA taZw(brachium, bras). 

BRACONNER, voy. braque, 

BRAQUER, mener grand train, faire Télé- 
gant, fanfaronner ; mot germanique : nord. 
braha, faire du bruit, parader. L'angl. bi'ag 
parait emprunté du fr. — D. bragard, vani- 
teux. — .Cp. aussi le wallon brâkeler, habler. 

1 . BRAI, suc résineux, goudron, anc. fange, 
it. brago, prov. broc, fange; Ménage propose 
le gr. Bp&yoç, marais (Hesyche); d'autres, le 
nord, ordk, goudron. — D. brayer. — Le 
mot braye, fange, boue, terre grasse, est la 
forme féminine de brai, 

2. BRAI, escourgeon, orge broyée pour la 
bière, vfr. brais; du gaulois latinisé brace, 
espèce de blé (voy. brasseï'), 

BRAIE, anc. culotte, auj. lange d'enfant, it. 
bi'aca, esp., port, braga, prov. braya, du L. 
braca, désigné par les auteurs comme mot 
gaulois (breton bi*agez), — D. bray^e; vfr. 
braiel, ceinture placée au-dessus des braies, 
d'où le verbe fr. débrailler, pr. lâcher la cein- 
ture qui retient les vêtements ; brayer, prov. 
braguier, ceinture, bandage. 

BRAIL, piège, voy. brayon, 

BRAILLER, voy, braire. — D. bi-atUard. 

BRAIRE, signifiait d'abord crier en général 
(de là le subst. partie. brait\ auj. braiment), 
prov. braire; cp. BL. bragire. L'analogie de 
bruire, formé de rugire avec b initial addi- 
tionnel, engage à voir dans braire le verbe 
raire (v. c. m ) augmenté d'un b. On a aussi 
rattaché ce mot au gaél.^ro^a»?, crier, cymr. 
bragal, faire du bruit, vociférer. De la forme 



participiale brait viennent prov. braidar, 
port, bradar, et l'adj. prov. Iraidiu, vfr. 
braidif, pr. hennissant, puis ardtnt, fou- 
gueux. De braire vient brailler (cfr. anailler 
de criei', piailler 4e pier (inus.) = it. piare). — 
La foi me fr. traire appelle, selon la règle, 
un type latin immédiat li*agci'e. 

BRAISE, it. brayia, brascia, brada, esp., 
prov. Irasa, pcrt. braza, flam. brase, BL. 
brasa ; ainsi que le verbe Iraser, anc. brûler, 
auj. souder, du nord. Irasa, souder, suéd. 
brasaj flamber. Cfr. en dial. de Milan brascà, 
allumer. — D. braiser, braisier, -ière; bra- 
sier, brasiller; embraser, vît, esbrasei\ 

BRAMER, crier, it. Iramare, désirer 
ardemment (pour ce transpoi-t d'idée, cfr. le 
passage de Fe.stus : Latrare Knnius pro poscere 
posuit), du vha. breman, néerl. bremmen; 
mugir, qui répond au gr. Ppifitiv. 

BRAN, excrément, oraure, déchet, son, 
dial. ital. brcnno, vieux fr., prov. et vieux esp. 
bren. Mot celtique : gaél. bran, cymr. bran, 
bret. brenn, angl. bran, son. — D. bre^ieux, 
ébrener, cynbrener, 

BRANCARD, voy. bramhe. 

BRANCHE, it.,prov., v. esp. branca, prov. 
aussi branc, BL. branca, angl. branch. Une 
dérivation direct© de brachium est inadmis- 
sible; il faudrait pour cela une forme latine 
brancia. Diez croit que le mot branca appar- 
tient au fond de la langue vulgaire latine, et 
allègue des raisons à cet égard. Il admet 
toutefois la parenté de ce mot rustique avec 
l'anc. gaél. brac, corn, brech, cymr. breich, 
bras (bret. braiik ==- branche). — D. branchu, 
brancher; ébrancher, embrancher; brancard, 
litière à branches. — Depuis que Diez postu- 
lait un mot latin branca, ce dernier a été 
dûment constaté dans les Gromatiques avec 
la valeur de « griffe, ongle n (branca lupi, 
ursi), qui se déduit naturellement du .<*ens 
branche. — Neumann (Ztschr., V, 386), so 
fondant sur l'ail, zioeig (branche), qui est un 
dérivé de zwei, deux, à cause de l'idée do 
bifurcation, propose pour lat. bra^ica l'étym. 
bi-ramica (bis -|- ramus). 

BRANCHIES, gr. ^pâ/^cr. 

BRANDE, sorte de bruyère, broussaille; 
sans doute de l'ail, brand (combustion), au 
sens de L. novale : •• ubi sylva eradicata et 
ligna inutiliacombusta sunt ». — Vfr. brandoi, 
champ de bruyères. 

BRANDADE, du prov. brandar, remuer, 
agiter, à cause que la morue •* en brandade » 
doit être agitée pendant tout le temps de la 
cuisson. 

BRANDEBOURG, nom tiré des casaques que 
portaient les gens de l'électeur de Bfande' 
bourg lors d'une invasion ea France en 1674. 

BRANDEVIN, francisation de l'ail, brant- 
wein, cau-de-vie (pr. vin brûlé), 

BRANDIR, angl. brandish, prov bratular, 
d'abord agiter l'épée, puis agiter en général, 
du vfr. brant, branc, bran, lame de l'épée (it. 
brando, prov. bran), qui vient lui-même du 
vha. brant, tison, nord, bratuir, glaive; pour 
le rapport des idées, Diez rappelle le nom 



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BRA 



— 69 — 



BRA 



d'épée esp. Tizon. — D. les dimin. brcux- 
dûler et brcuiler (angl. brandie et hranglé)^ 
contraction de vfr. brandeler, it. brandolare, 

BRÂHDON, prov. brandon esp. blandon^ 
du vha. brantf tison (rac. brinnan, ail. mod. 
brennen, brûler). 

BRÂNLKR, voy. brandir. — D. branle, 
branknre, bmnle-bas, ébranler. — Je ne cite 
que pour mémoire l'explication du mot bran- 
ler par un type latin imaginaire ribrantulare, 
qu'a mise en avant M. Boehmer. 

BRAQUE, broche , chien de chasse, fig. 
étourdi, dér. bracon; du vha. braccho, aÛ. 
broche, m. s. — De bracon vient braconnier^ 
dont la première signification était « cui brao- 
conum cura est »,c.-à-d. piqueur conduisant 
les limiers, opposé au fauconnier. De bracon- 
nier, dans sa signification moderne, s'est 
dégagé le verbe braconner, 

BRAQUEMART, épée courte et large ; éty- 
mologie incertaine ; Roquefort y a vu le gr. 
pp^xtir fixyvior, courtc épée (étymologie de 
fantaisie). Braque, sabre, épée, existe en vfr. 
et dans les patois (Grandgagnage rapproche 
le dim. bavarois bràchzeti, sorte da serpe, et 
par mépris, épée), mais que faire de l'élément 
martf 

BRAQUER, plier au point voulu, pointer; 
d'après Diez, du nord. 6raka, fléchir, assu- 
jettir. 

BRAQUES, pinces d'une écrevisse, forme 
picarde du vfr. brace; du lat. brachium, 
bras. 

BRAS, vfr. brace (brace levée. Chanson 
d'Antioche), it. braccio, esp. brazo; du L. 
brachium. Dans le dial. picard, à l'accus. 
sing. et au nom. plur., broc, brach, brace; 
\s dans bras n'est pas plus la flexion du no- 
minatif que dans so^ = setacium ; achium y est 
traité comme acium, tandis que la forme pi- 
carde brac a sauvé le son guttural primitif. 
— Du plur. brachia vient le nom de mesure 
brasse (v. c. m.), prov. brassa, esp., port. 
braza, longueur des deux bras étendus (d'où 
brassiage). Dérivés de brus ou brace : brace- 
let, brassard, brassée; embrasser, rebrasser 
(ses manches) = retrousser. 

BRASER, BRASIER, BRASILLBR, voy. 
braise. 

BRASSE, nom de mesure, du L. brachia 
(v. bras), ou plutôt le subst. du vfr. braiser, 
mesurer avec les bras (on trouve aussi bra4- 
seier = prov. In'aciar). 

BRASSER, bracej^* (wallon brèser), BL. 
braciare, braxare, brassare; dér. du subst 
vfr. braz, breiz, brés, malt, blé préparé pour 
faire de la bière (grain torréfié après l'avoir 
fait germer), BL. bracium; mot gaulois 
r Pline, XVm, 11, 12, 4, cite le mot brace 
comme une espèce do blé gaulois, dont on 
préparait de la bière) ; gaél. braich, brocha, 
corn, bràg, anc. wallon ôra^(auj.6r<t), grain 
fermenté. Il y a probablement communauté 
d'origine entre le celtique brace et le germa- 
nique brauen = coquere, angl. hrew, flam. 
brouvoen (voy. Grimm, v* brauen), — D. 
brasseur, -erie, brassin. 



BRAVE, it., esp., port, braco, prov. brau 
(fém. br<wa . La plus ancienne signification 
de cet adjectif est sauvage, dur, fougueux (BL. 
bracus bos) ; le mot français, resté étranger à 
ce sens primitif, paraît être tiré directement 
de rit. ou de l'espagnol ; il manque du reste à 
l'ancienne langue, où« comme le remarque 
Diei, il se serait produit sous la forme brou. 
Et cette forme se pi-ésente en effet avec l'ac- 
ception primitive dans les verbes s^ébrouer, 
s'effrayer (en parlant du chevalK et rabrouer, 
repousser avec rudesse. Elle découle de brau, 
forme provençale, comme clouer de clan. — 
L'éty mologie de bravo est encore douteuse On 
a proposé diverses dérivations : celles du L. 
pravus, du cymr. braw, ten'eur, et du vha. 
raw, cru, rude. Diez, penche pour la der- 
nière; pour le sens, il pense que de raw pou- 
vaient, tout aussi bien que du L. crudus, se 
dégager les significations « indomptable, 
sauvage, nide, vaillant », et quant à la forme, 
il rappelle bruire de rugire, braire de raire, 
brusco de rascum. Au lieu de l'ail, raie, 
Langensiepen préfère le L. rairus, rauquo 
(Festus; Sidoine Apollinaire). Cette origine 
s'accorderait mieux avec le sens de s'ébrouer, 
rabrouer, esp. bramar, migir. Pour la pros- 
thèSe du b, il rappelle celle d'un f dans rau- 
eus, devenu fraucus, ftaucus, puis it. fioco, 
rauque. — En dernier lieu, et par la même 
méthode, Storm propose (Rom., V, 170).pour 
source de brato, L. rabidus, avec un b pros- 
thétique, d'où découleraient à la fois réguliè- 
rement les formes brado (taureau) et bravo. 
En effet, le sens premier doit avoir été ** sau- 
vage, indomptable ». — Quant au mot brave 
signifiant magnifique, beau, paré, on le trouve 
avec le même sens dans les idiomes celtiques 
et dans l'anc. anglais; cette acception est-elle 
déduite de celle de vaillant, noble, ou se rap- 
porte- t-elle à un autre primitif? La question 
reste ouverte. — L'emploi du mot allemand 
brav no parait pas remonter, selon Grimm, 
au delà de la guerre do Trente Ans. Brink- 
mann (Metaphern, pp. 443-51) a consacré an 
mot roman brave et à ses nombreuses appli 
cations une étud3 pleine d'intérêt ; à son avis, 
toutes les significations ronv>ntent à l'expr. v.it. 
unde brave (vagues battues par la tempêta ou 
battant contre le rivage), ce qii lui fait poser 
comme origine du mot l'adj. goth. blagg- 
vus, supposé par Grimm et Diefenbach comm3 
la base di verbe bliggvan, frapper. — D. 
braver, brav>aic (it. bravata), braccrie, bra- 
voure (de rit. bravura], bravache (it. braoac- 
cio). Sont pris aux Italiens le subst. bravo 
(pi. braoi), assassin à gages, et les interjec- 
tions bravo, bravissimo. 

BRATfi. voy, brai. 

BRATjîR, -BTTE, voy. braie, 

BRATON, piège, vfr. broion, dér. du vfr. 
bret, broi, piège d'oiseau. Ce dernier corres- 
pond à rit., esp., port., brete, prov. brec, brei, 
m. s. Le mot brail, piège, parait être un dé- 
rivé de bretet répondre à un typo bretaculum, 
d'où bre-ail, puis brail. On trouve aussi avec 
la même valeur, bril (Watriquet de Couvin, 



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BRE 



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BRE 



p. 249), d*où le dim. brillet\ et le verbe 
brilUr (Cîotgrave : breller), faire la chasse, pr. 
mettre des pièges (cp. le néerl. briUen, sur- 
prendre, tromper) ; ce bril, s'il ne vient pas 
du néerl. hrillen et que celui-ci n'est pas plu- 
tôt tiré du fr., je lui donnerais pour type bre- 
ticuliis, d'où breïl, bril (cp. gril de crati- 
cul us). Quant au radical bret, j'y vois l'ail. 
bret, planche, qui, d'après Grimm, s'emploie 
aussi pour trappe. Mahn établit pour brett 
piège, qu'il interprète plutôt par lacet que 
par trappe, l'étym. brettan, verbe vha signi- 
fiant serrer (cps. gSL'brettan, contexere), ags. 
bredan, tresser. Il peut avoir raison. Bret, 
selon lui et Diez, serait aussi le primitif de 
bretelle. 

BREANT, autre forme de bruant. 
BREBIS, prov. berbitz, vfr. et pic berbis, 
it. berbice, BL. berbix, du L. berbex^ forme 
vulgaire employée par Pétrone au lieu de 
vervex, bélier. Du dérivé bcrbicarius s'est 
produit par contraction le fr. be^-ger. Un type 
latin berbicale a donné bercail; lanc. bercil, 
même sign., suppose un i^riin'it'iî berbicile. 

BRÈCHE, it. breccia, angl. breach. Ce mot 
doit être le vha. bi'echa, action de rompre 
(ail. mod. brechen, rompre). Les Allemands 
ont repris le fr. brèche sous la forme bresche. 
On allègue cependant aussi comme primitif 
le cymr. brêg, rupture. — D. ébrécher. — Le 
mha. brëchel, rompeur, catapulte, pourrait 
avoir fourni it. briccola, esp. brigola, fr. bri- 
cole^ machine à lancer des pierres. 

BRECHET, vfr. bi^uschet, brichet, angl. 
brisket; du cymr. bryscedy bret. brusck, bru- 
chedy poitrine d'un animal, estomac. 

BREDI-BREDÂ, expression familière et ono- 
matopéique, qui a peut-être donné naissance 
au mot moderne bredouiller. 

BREDOUILLER, d'après Diez du vfr. brai- 
dir, bredir, prov. Irraidir, hennir (voir sous 
braire). Ménage, parle procédé qu'il a inventé, 
établit le L. blœsus, bègue, comme primitif 
de bredouilla'! DocLez montre encore plus de 
sagacité en disant : du celtique b7X>ë, verbiage 
ou broiement de paroles! ^ Bredouiller sïgin- 
fiant parler d'unç manière confuse ou préci- 
pitée, on est tenté de rapprocher ce vocable 
des formes ail. brodeln, binideh, bradch^ 
qui expriment la même chose. Le français 
aime la terminaison ouiller dans les verbes 
exprimant une succession rapide de sons ou 
de mouvements, cp. gasouilU r, chatouiller^ 
popul. cafouilhT, fafouiller, tntouiller. — 
Ajoutons encore une dernière conjecture. Bre- 
douilhr pouirait au.ssi, par sa racine, tenir du 
prov. brels (Faidit; = homo linguœ impe- 
ditse, d'où verbe bretonriar = loqui impedite 
(la leçon du texte « impetuosc » est, selon 
G. Paris, une erreur du scribe). - Il est utile 
de noter que les patois du nord ont berdeler, 
gronder entre ses dents, en picard bertonner, 
et qu'on dit aussi en vfr. bredaler pour le 
bruit du fuseau d'un rouet. Cp. aussi berda- 
cher (patois deMons), barboter, et bcrdouille, 
boue. Voy. aussi l'art, préc. 



BREF, BRÈVE, adj., aussi avec Ye diphthon- 
gué brief, briàve, du L. brevis. Le neutre latin 
brève, ayant pris au moyen âge le sens d'écrit 
officiel, a donné le subst. brefioll. brief, lettre), 
d'où brevet. — Lat. brevitas, bti^oete; abbre- 
viare, abréger (voy. ce mot); breviarium (litt. 
abrégé), bréviaire, 

BRÉGUET, d'après le nom d'un manufactu- 
rier né à Neuchâtel en 1747, mort à Paris 
en 1823. 

BREHAIGNE, stérile; autres formes : barai- 
gne, wall. brouhagne, dial. de Metz bereigne, 
pic. breine, anc. angl. barrayne, angl. mod. 
barren. Diez propose l'étymologie &ar, homme 
opposé à la femme (voy. baron):, une baraignc 
serait ainsi une .femme-homme, "une hom- 
masse; comparez esp. machorra, femme sté- 
rile, de macho, mâle, prov. ioriga, de taur^ 
taureau. D'ordinaire, on rattache le mot au 
bret. brec'han, mais ce mot fait défaut aux 
autres dialectes celtiques et parait être d'ori- 
gine romane. Nous rattacherions volontiers 
brehaigne à l'ail, brach, qui signifie infertile, 
en friche, en jachère; mais il reste douteux si 
le radical primitif est bar ou brah, breh. On 
trouve aussi brehaigne avec le sens d'impuis- 
sant 

BRELAN, bcllanc", brelenc*, bei*lenc*,]e\x de 
cartes. Le mot signifie proprement la planche 
pour jouer aux dés et parait venir de l'ail. 
bretli7ig (de brctt = planche). De là l'esp. ber- 
langa, jeu do hasard. Génin tient berlenc, 
brelenc, brelan pour des variations de forme 
de barlong. Berlenc serait d'abord un ais 
barlong. — D. brelander, brclandier. 

BRELLE, assemblage de pièces de bois, ra- 
deau ; du verbe breller, lier des poutres ou 
madriers, dont l'étymologie est inconnue; 
serait-ce un dim. de b7*eter' = vha. bretten, 
serrer? Donc breteler, bretler, breller î 

BRELOQUE, bei-loque'. L'élément loque pa- 
rait être identique avec loque, morceau d'étofle 
pendant, lequel vient, selon Diez, du vieux 
nord, lokr, quelque chose de pendant. Cp. le 
{Qvmc peiulelcK[ue. Quant à la première partie 
• du mot, elle n'est point encore expliquée. 
Grandgagnage pense qu'elle n'est autre chose 
que le bar, bre, coiTuption de la particule 
préjorative bis, dont il a été traité sous bar- 
long et signifiant de travers, en biais : le 
verbe wallon barloher, pendiller, vaciller (cfr. 
patois de Reims balloquer, grisou balucar) 
signifierait pr remuer obliquement, se mou- 
voir en biais. Quant à breloque, ou berloquc, 
batterie de tambour (fig. battre la berloqne, 
déraisonnera, Génin y voit une composition 
ber-cloque, cloche d'alarme, batterie irrégu- 
lière {bc7% la particule péjorative). Cette expli- 
cation n'est guère acceptable; Littré admet 
une comparaison de la batterie de tambour 
avec la breloque, chose agitée, à cause du 
mouvement qu'elle produit. Je croirais plutôt 
que breloque, dans son premier emploi, s'ap- 
pliquait à des clochettes, d'où le mot s'est 
étendu d'une part à de petits bijoux suspen- 
dus à une chaîne, d'autre part à l'appel fait 
au son de la cloche ou du tambour. 



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BRE 



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BRI 



BRAMK, poisson (Nicot : brame et bremme), 
pour bresme de l'ail, brcuihsen, mha. brahsem, 
BL. braximiis, néerl. brasem. 

BRINBUX, voy. bran. 

BRIQUlN, outil pour percer, voy. vilebre- 
quin 

BRSSIL, bois rouge de teinture, prov. bre- 
lilh, esp., port, brasil, it. brasile; c'est à 
l'abondance de ce bois que le Brésil doit son 
nom. Diez tire le mot du prov. brisa, petit 
morceau (de brizar, briser), à cause de la 
forme brisée, feuilletée, sous laquelle le brésil 
^'importait de tout temps en Europe; c'est 
également la forme qui a donné le nom à la 
grana, cochenille, et à la cannelle (v. c. m.). 
D'autres ont proposé brasa, braise (à cause de 
la couleur). — D. brésiller, teindre avec du 
brésil ; brésillet, 

BRÉSILLSR, rompre par petits morceaux, 
prov. brezUhar, ni. brijselen, diminutif de 
brizar, fr. briser. Voy. aussi l'art, précédent. 

BRÉTÂILLSR, voy. brette, 

BRETÂUBER, tondre inégalement,' couper 
les oreilles à un cheval ; anc. bertauder, ber- 
to)ider; c'est un mot populaire, qui se décom- 
pose par bre (préfixe péjoratif) et to>ider 
(tondre), d'où touder, taiider. Mieux vaut, 
comme formation, l'anc. berioiiser {ber ou bre 
-\- toTisiis). Le latin tansus, tondu, imberbe, 
est aussi le primitif de toiise", jeune fille, et 
toiisel, jeune garçon. — Diez admet, pour 
notre mot, un radical bert, en rappelant it. 
bertone, cheval qui a les oreilles coupées, le 
cotnasque bertoldd =» bretauder, prov. ber- 
taiU, pauvre diable, rouchi bertaud, châtré. 
Il ramène ce radical bert, exprimant mutila- 
tion et au figuré moquerie (it. berta, raillerie, 
berteggiare, railler), au mot berta, instru- 
ment servant à enfoncer des pieux dans la 
terre, hie. demoiselle. Et pour ce bertaAk, il 
rappelle la Berta de la mythologie germa- 
nique, qui s'appelle pArticulièi'ement ** la pié- 
tineuse « . Diez ne veut cependant pas décider 
si réellement bretauder doit être mis en rap- 
port avec berta, moquerie, et par là avec berta, 
hie, ou s'il en est indépendant ; si les corres- 
pondants des autres idiomes romans ont une 
autre provenance que celle-là, ou non. — 
Burguy présente bertauder, anc. bertoder, 
comme un composé d'un celtique berth, riche, 
beau, parfait, et d'une syllabe ud; il signi- 
fierait propr. ôter ce qui rend beau, décom- 
pléter une personne. Chevallet, de son côté, 
cite des mots celtiques bearr, bearrta, signi- 
fiant couper, écourter, tondre (racine hcr, 
court). Le champ do la discussion est donc 
encore ouvert. Mussafia, dans son Beitrag, 
p. 33, à propos des formes bertonar, sber- 
tona, etc. des dialectes du nord de l'Italie, 
s'occupe de la question soulevée par notre 
mot, mais n'arrive pas à la débrouiller com- 
plètement. — J'ajouterai que, dans l'ancien 
français, bestondu était une qualification inju- 
rieuse. 

BRETÂCHE, prov. beriresca, ît. bertesca, bal- 
tesca, BL. bretachtœ, échafaudage de guerre. 
Origine inconnue; ail. bret, planche? D'après 



Fôrster(Ztschr. , VI, 1 13), brelèche répond à un 
type lat. brilisca, et vient de Britto, vfr. Bret. 
L'application de ce mot à l'espèce de tour ap- 
pelée bretèchc serait fondée sur une raison 
analogue À celle qui a donné le nom à la sar- 
rasine (it. saracincsca). — D. le t. de blason 
bretessé. 

BRBTILLS, sangle ou courroie pour sup- 
porter un fardeau, soutien de pantalon, filet 
pour prendre les chiens de mer; d'après Diez, 
de la même famiUe que le vfr. bret, lacet, piège 
(voy. bi'ayon). Cette étymologie est admis- 
sible, car le mot n'est que du xvi* siècle et 
parait importé (cp. le comasque bretela, crou- 
pière), de sorte que le maintien du t ne fait 
pas difficulté (l'anc. fr. eût fait bréelle ou 
brayelle). Une autre étymol. pourrait être 
établie directement sur le vha. pritiî, brit- 
tiJ, d'où bride (v. c. m). 

BRBTTB, longue épée; de brette^ bretonne, 
de la Bretagne ; donc pr. épée de Bretagne ; 
Diez en rapproche inutilement le nord, bredda, 
couteau court. — D. bretteur, brétailler (cp. 
ferrailler), 

BRXTTER, BRETTSLSR, graver, gratter, 
ébaucher; peut-être, dit Littré, du nord. 
bredda, couteau court (voy. brette). J'aimerais 
tout autant le vha. breton, tailler. — En picard 
on trouve le subst. bertègue pour désigner « un 
instrument fendu de traces inégales et destiné 
à gratter les pierres ou à tailler les murs » . 

BREUIL, taillis clôturé de haies, fourré, 
it. broglio, bniolo, prov. bruelh; formes fémi- 
nines port, brulha, prov. bruelha, vfr. bruelle; 
BL. brogilus, broihis, broliiis. On croit l'ori- 
gine de ce mot celtique ; le cymr. brog signifie 
gonfler, idée corrélative de germer, pousser; 
mais le suffixe il, observe Diez, accuse une 
extraction directe germanique, que la racine, 
en allemand, soit originaire ou empruntée; 
on trouve, d'ailleurs, beaucoup dô noms de 
localités allemandes qui la représentent. Nous 
pensons, pour notre part, que l'idée de maré- 
cage s'attachait primitivement à breuil ou bro- 
gilus (d'abord = pratum palustre) et nous y 
voyons de préférence l'ail, briihl, marais (for- 
mes variées brogel, brôgel), qui vient, par l'in- 
termédiaire de briichl, de bruch, lieu maréca- 
geux, ags. brooc, angl brook, hoU. broeh. — 
Voir aussi brouiller. 

BREUILLES, entrailles do poisson; même 
mot, selon G. Paris (Rom., VI, 133), que vfr. 
buille, entrailles, avec un r intercalaire (cp. 
vrille, fronde). Quant à buille, bouille, il 
représente une forme fém. du lat. bolulus, 
boudin, boyau, mot signalé par Aulu-Gello 
comme populaire (voy. Rom., V, 382). — 
L'ét. BL. burbalia (intestina majora), indiqué 
par Littré, doit être abandonné en ce qui con- 
cerne breuilles, mais il se recommande, à 
mon avis, pour la forme brouailles. 

BREUVAGE, voy. boire. 

BREVET, dim. de bref, lettre. — D. breve- 
ter. 

BRÉVIAIRE, voy. bref. 

BRIBE, vfr. brimbe, BL. briba, morceau do 



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BRI 



72 — 



BRI 



pain destiné au mendiant, wall. brib, aumône, 
verbes wall. hriber, brimber, mendier, gueu- 
ser. La forme picarde est brife, de là le fr. 
brifer, manger avec avidité comme un men- 
diant, brifauty glouton. Les Espagnols ont 
bribaTy gueuser, subst. briba, vie de gueux, 
bribon, gueux, vagabond; les Italiens, birba, 
gueuserie, et birbone, birbante^ gueux == vfr. 
briban, briberesse. Grandgagnage, d'après 
Diefenbach, met en avant le cymr. 6r?io, 
rompre, briser, et en tire bribe, morceau, et 
briber, vivre' de bribes ou quêter des bribes. 

BRIC, dans de bric et de bix>c, et bric-à-brac, 
reste obscur; il est fait, semble-t-il, pour 
trancher avec broc et broc. Quant à ce der- 
nier, il rappelle l'ail, brack, déchet, mauvaise 
marchandise. 

BRICK, de l'angl. brig (que l'on tient pour 
une forme écourtée de brigantiné), 

BRIGOLli, engin de guerre pour lancer des 
pierres, it. briccola, esp. brigola, BL. bricola; 
dér. du vfr. briCy briche, piège, dont l'origine 
est incertaine (voy. cependant l'art, brèche). 
La machine à lancer a donné le nom au bond 
de la pière lancée (d'où bricole comme t. du 
jeu de paume et de billard). Mais la valeur 
de bricole, comme pièce de harnais ou comme 
bretelle, lanière de porteur, se déduit diffici- 
lement de bricole, catapulte ; le mot, dans ces 
sens, ne serait-il pas plutôt altéré de bride- 
coït — D. bricoler; le sens d'engin perce 
encore dans le verbe actif bricoler = mani- 
gancer, agencer, que l'on rencontre dans 
Corneille. 

BRIDE, esp., port., prov. bridn, dim. vfr. 
bridel, angl. bridle, it. predella; du vha. brit- 
til, pritil, dér. d'une racine signifiant serrer, 
tisser, nouer. Cp. l'art, bretelle, — D. brider, 
bridon, débrider, 

BREBF, voy. bref, 

BRIFE, d'où brifer, brifaut, voy. biibe, 

BRIGADE, voy. brigue. 

BRIGAND, d'abord soldat à pied, apparte- 
nant à ime troupe ou brigade {BL. brigantes), 
puis soldat mal discipliné, enfin pillard, vo- 
leur. Cette étym. est trop bien appuyée pour 
être admis à passer les autres sous silence. — 
D. brigander, brigandine; brigantin, de l'it. 
brigantino, dans le principe navire de pirate ; 
brigantifie. 

BRIGNOLB, prune tirée de la ville de Bri- 
gnôles en Provence. 

BRIGUE, anc. querelle, puis réunion tu- 
multueuse pour faire réussir une entreprise, 
manœuvres, intrigues; it. briga, esp., prov. 
brega, querelle ; verbes it. brigare, fr. briguer, 
désirer, solliciter vivement, esp. bregar, que- 
reller, s'efforcer; subst. it. brigante, intri- 
gant, perturbateur, port, brigâo, querelleur, 
esp. bergante, port, bargatite, fripon, fr. 
BRIGAND, voleur de grand chemin ^v. c. m.); 
it. brigata, troupe, assemblée, division d'ar- 
mée, de là BRiGADK. A tous ces mots se rat- 
tache un sens fondamental d'activité inquiète 
et de perturbation. Où faut-il en chercher la 
racine? Les langues germaniques n'offrent 



aucune ressource, et le briga des idiomes 
celtiques (élément d'un grand nombre de noms 
de ville, puis cymr. brig, cime) ne nous 
avance pas non plus. Il faut presque déses- 
pérer de la trouver. L'opinion de ceux qui 
rattachent brigand aux Brigantes, peuple de 
la Rhétie, n'est fondée sur rien ; l'it. brigante 
est tout simplement le participe présent du 
verbe brigare. — Voici, sur le problème qui 
nous occupe, en résumé, l'opinion de M. Storm 
(Rom., V, 171) : L'it. briga, source du mot 
français signifiant bruit, querelle, indique 
goth. brihan, rompre, qui signifiait aussi lut- 
ter (cp. lat. fragor, bniit, de frangere). Le 
sens mod. de brigue répond pour 'le sens au 
norois brek, instance ou intrigue, verbe 
breka, tâcher d'obtenir ce à quoi on n'a pas 
droit. 

BRILLER, it. brillare, esp., prov. brillar; 
c'est un dérivé de beiyllus (dont l'ail et le dial. 
de Parme ont fait brill). Cette étymologie est 
confirmée par la circonstance que la forme 
italienne n'est pas hrigliare, mais brillare. 
L'étymologie vibrillare ou vibriculare exige- 
rait en it^ien soit brAlare ou brigliare. — 
D. brillant, brillante^'. Un subst. bril, éclat, 
se trouve dès le xiv« siècle. 

BRIMBALER, agiter, branler, osciller. On 
explique ce verbe tantôt par le verbe picard 
brimber, « aller et venir », tantôt comme con 
tracté de bringuebaler = mettre tout en 
briiigues (pièces), bouleverser. Voy. Littré. 
Ces explications sont peu satisfaisantes; la 
seconde est contraire au sens, et quant' à 
brimber, il signifie gueuser, vagabonder. — 
D. subst. verb. brimbale, aussi bringuebale, 
levier qui est au sommet d'une pompe. 
— Puisque, sur ce mot populaire brim- 
baler, le champ des coi\jectures reste ouvert, 
j'oserai bien risquer la suivante : Il me 
parait reposer sur une combinaison des deux 
radicaux équivalents brand-\T et bal-er (voy. 
bal). De là : braindebaler, brindebaler, brin- 
guebaler, brimbaler*. Pour an devenu ain, in, 
• cp. brindille; bringue p. brinde porte tout à 
fait le cachet du procédé populaire (cp. quinte 
issu de quinquc) et peut d'ailleurs avoir été 
influencé par iringuebaler (d'où trimbaler). — 
C'est du verbe que procèdent les subst. brin- 
guebale et brimtale, cloche, clochette, levier 
au sommet d'une pompe. 

BRIMBORION, briborion*, d'après Pasquier 
(approuvé par Littré), à cause de la termi- 
naison et du sens de prières qu'il avait autre- 
fois, de breviarium, estropié en briborion, 
brimborion. Le peuple aurait étendu le sens 
prières de bréviaire à des choses do rien, ba- 
gatelles. Cette étymologie est peut-être vraie, 
mais ne sourit ni pour la forme, ni pour le sens; 
j'admettrais donc plutôt une dérivation de 
bribe, brimbe, avec une terminaison de fan- 
taisie. Les brimborions, prières, pourraient 
bien n'être que des « petits morceaux » réci- 
tés par les prêtres. Le mot, d'ailleurs, a tout 
l'air d'une création monacale. 

BRIN, jet de bois, pousse grêle et allongée, 
petite partie d'une chose allongée, prov., esp. 



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BRI 



— 73 



BRO 



brin; d'après Diez, de même origine que 
btxtn, bren^ déchet. Etymologie peu plausible. 
L'ancien mot brin, dans sa signification de 
bruit, cri, orgueil, est rapproché par le même 
philologue au nord, brim, grondement des 
flots. Les deux valeurs, Tancienne et la mo- 
derne, se rattachent-elles à un seul et même 
raot? On n'a rien pour se fixer à cet égard. — 
D. brindiUe(r). 

BBIN D'£STOG. mot façonné, dit-on, sur 
Tall. spring-stock, bâton servant à sauter. 

BRDIDI, coup que Ton boit à la santé de 
qqn., en patois roman bringue, de Vit. brin- 
disi. Diez explique le terme italien par l'ail. 
brin// dir*s, je te la porte; en Lorraine, brin- 
guéi signifie boire à la santé de quelqu'un. 

BRINDILLE, petite branche; d'origine 
incertaine. Peut-être un dérivé de brande 
(v. c. m J; pour la mutation de in et an, cp. 
fr. sangU et L. cingulum. — Le prov. a 
brondelh, rameau, branche. 

BRINGUE, dans la loc. en bringues, en 
pièces et morceaux, en désordre, est une 
déformation de brimbe ^= bribe (v. c. m.). 

BRINQUEBALE = brimbale; voy. brim- 
baler. 

BRIOCHE, etymologie inconnue. I^ P. Tho- 
massin appelait à sjn secours l'hébreu bar, 
froment, ou ^rt, gras! Je chercherai plutôt 
l'origine chez les boulangers français, qui 
disent brier la pâte, pour l'écraser, lequel 
bHer est le même mot que broyer. D'ailleurs, 
Cotgrave indique un mot brioche avec le sens 
d'instrument à broyer le chanvre. 

BRIQUE, it. bricco; de l'ags. brice, angl. 
brick, fragment ; dans certains patois, brigue, 
brèche, en vfr. briche, signifie morceau tout 
bonnement. L'acception moderne est donc 
secondaire. Le dimin. briquet serait-il ainsi 
simplement un morceau de métal? D'autres 
ont vu dans brique le L. imbreœ, -icis, tuilo 
faîtière. — D. de brique, morceau de terre 
cuite : briquet, -etie; briquetier, briquetcr, 

1. BRIQUET, morceau de fer ou d'acier, 
voy. brique. 

2. BRIQUET, petit chien de chasse, variété 
de braquet, dim. de braque. 

BRIS, subs. verbal de briser. 

BRISE, angl. breeze, it. bressa, milan. 
brisa, léger vent du nord, esp. brisa, vent du 
nord-est; d'origine incertaine. Diez propose 
rezza (forme écourtée de oressa, vent doux) 
avec un b pi*épositif. Ores sa, à son tour, est un 
dérivé de L. aura. — Peut-être, comme pen- 
sait déjà Diez, une modification de bise (voy. 
Schuchardt, Rom., IV, 256). — Il est à noter 
que brise est un mot récent, introduit dans le 
Dictionnaire de l'Académie en 1762 seulement. 
— Heyse admet une provenance celtique et 
cite les adjectifs com. brysg, gaél. briosg, vif. 

BRISÉES, branches rompues, indiquant la 
piste d'une bête, de là l'acception - trace « ; 
de briser. 

BRISER, fivov,, brisar, brisar, réduire en 
morceaux; d'après Diez, du vha. brëstan, 
bristan, rompre. Pour l'élision du t, cp. 
lisière. Je doute de cette etymologie, et rap- 



porte plutôt briser au L. brisa, marc de 
raisin, qui se trouve dans Columelle et qiii, 
d'après Diefenbach, est un mot celtique. Brisa, 
d'usage encore en Espagne pour marc de 
raisin, est le subst. do brisar, écraser (dial. 
angl. brise, brisse, écoss. bris, bHss, oonte- 
rere, gaél. bris, brisd, frangere). — Un radical 
brus est au fond de l'ags 6ry*a«,angl. brut se, 
vfr. bruiser, bruser, écraser, concasser ; Dioz 
le rapporte au vha. brochison, m. s. — I). 
subst. verbal 6m; Insant ; brisée; dim. bré- 
siller (v. c. m.); vfr. debriser, d'pu débrùt. 

BROC, anc. broche, prov. broc, it. brocca, 
vase à liquide; prob. de broche, chose pointue, 
à cause de la forme resserrée du goulot ou du 
bec ; Diez rapproche bs dérivés prov. broisson, 
goulot, et pic. brochon, visière du c^is<juo. 
L'étymologie, proposée par Ferrari, gr. 
ity6/'i\j;, cruche à eau, est trop hardie. 

BROCANTER vient immédiatement du 
swhsX. brocante, »^ terme technique des ouvriers, 
désignant un ouvrage fait irrégulièrement en 
dehors des heures do travail payées par le 
patron, un ouvrage qui n'ira pas dan> la bou- 
tique, mais que l'ouvrier vendra do gré à gré, 
pour son propre compte, quand il pourra, en 
l'offrant à celui-ci, à celui-là »» (Génin, Rc^a^M- 
tions philologiques, II, 67). Èrocanti^r, c'est 
donc pr. acheter et revendre de la brocante. 
Mais d'où vient brocante t En BL. on disait 
abrocamentam pouV achat de marchandises 
neuves en gros, destinée- à être revendues en 
détail; aôrocafor pour entremetteur, courtier. 
Il est plus que probable q»ic ces mots sont de 
la même famille que brocanteur, qui du temps 
de Ménage signifiait marchand en gros. Nous 
ne pensons pas qu'on puisse voir dans abro- 
cator une altération, par l'r euphonique inter- 
calaire, de abboccator, pr. = qui sabr)uche 
(bucca, it. 6occa),et qui signifiait cfljctivfmcnt 
courtier, entremetteur. Il y a évidemment 
connexité entre le radical de notre mot et 
l'angl. broke, faire le courtier, broker, cour- 
tier. — Le BL vendore vinum ad brocam, 
vendre le vin en détail, fait penser à l'ail. 
brock, morceau. Cei)endaut, broca parait 
plutôt être = broc, pot. 

BROCARD, raillerie. Expression mt^tapîio- 
rique qui se rattache probablement au verbe 
brocher, piquer, broder. — D. brocarder 
Calvin : brocard3r et médire. 

BROCART, voy. broche, Dim. brocatelle, 
direct, de l'ital. broccato =■ fr. brocart. 

BRO OHE. BL. et it. brocca, prov et esp. 
broca, dial. pic. broque, chose pointue, 
aiguillon, etc. (vfr. aussi ftroc); verbe ^roc^^r, 
prov. brocar, ital. broccare, piquer, pointer, 
donner de l'éperon, broder (de là it. broccato, 
fr. brocat*, brocart, étoffe brochée). Diez avait 
pensé d'abord à L. brocchus, broccus, dent en 
saillie (en termes de vénerie, broches signifie 
encore les défenses du sanglier), mais il a 
abandonné cette etymologie, vu que l'on a 
découvert que brocchus ne signifie pas dent 
proéminente, mais lèvre courte ou grosse. Ne 
pouvant se rallier aux tentatives faites avec L. 
veru (verucus, veroc, vroc, bi'oc), ou ail 



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BRO 



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BRO 



brock, bntck, morceau, fraction, il s'en tient 
à brog (irl. et gaél.), alône, si toutefois ce 
vocable n'est pas lui-même tiré du roman. — 
D. brochet (v. c. m.), brochette; verbes brochei\ 
embrocher. 

BROGHSR, voy. broche, — D. brochure, 
petit ouvrage qui nest que broché. 

BROCHET, poisson, dérive de broche, à 
cause' de la bouche pointue, cfr. en angl. pihe, 
qui signifie à la fois lance et brochet, fr. 
beqtiet = bec et brochet, /a«c<?7'o«, jeune bro- 
chet, de lance. — D. bî^ocheton, 

BROCOLI, chou d'Italie, plur. du subst. it. 
broccolo, tendron, rejeton, dim. de brocco, 
rejeton, branche pointue (fonne masc. du fr. 
broche). 

6R0DSQUIN. it. borsacchino, esp. borce- 
gui, du flamand brosekin, brosehen (Kiliaen), 
diminutif de broos, m. s., qui est supposé être 
une transposition de byrsa, cuir; cp. flam. 
leerse, botte, do leer, cuir. Une et. arabe, 
quelque peu obscure, par Dozj, est donnée 
dans Littré, suppl. 

BRODBR, cat. b^'odar; mot celtique : cymr. 
brodio, gaél. brod, bret. broitda, anc. angl. 
brode, angl. mod. broider. Cp. en ail. sticken, 
broder, propr. piquer. Les formes BL. 
brosdus, brustus, wall. brosder, anc. esp. 
broslar, pour bi*osdar, se rattachent toutefois 
mieux à vha. ga-prorton, broder, ags. brord, 
nord, broddr, pointe, qui font supposer un 
goth. brmdon. D'autres enfin, séduits sans 
doute par la forme esp. lordar, supposent 
dans broder une simple traasposition de 
border. — D. brodeur, -erie, 

BROIE, voy. broyer. 

BRONCHES, du gr. }r,6iyy,y gorge. — D. 
bronchique, bronchite. 

BRONCHER, du subst vfr. bronche", buisson, 
anc. esp. broncha, rameau, it. bronco, tronc. 
Pour le rapport logique, cfr. it. cespo, petit 
buisson, et cespicarc, broncher, ail. strauch 
et straucheln. Pour bronche, bronco, Diez 
propose vha. bruch, néerl. brok, chose cassée, 
.tronquée (cfr. le prov. bruc, tronçon, et burcar 
pour brucar, broncher). — Une autre expli- 
cation du verde broncher s'est fait jour ces 
dernièros années. Dans l'anc. langue, ce verbe 
signifiait baisser, pencher, surtout baisser 
tristement le visage (dans ce dernier sons, 
plus souvent embronchier). C'est à ce mot 
français, et non pas à l'it. bronco, tronc, qu'il 
faut, d'après Fôrster, rapporter le sens 
« mettre le pied à faux «•. Le professeur do 
Bonn ne fait que poser cette opinion dans son 
Glossaire du Chevalier as dous espées, sans la 
motiver et sans rien nous dire sur l'origine de 
broncher, baisser (Diez admettait par conjec- 
ture, pour vfr. embronchier, un type lat. 
im-pronicare, do promis). Je no sais si je dois 
me rallier à l'opinion do Fôrster; d'une part, 
le passage do l'idée do tronc, souche, à celle de 
chopper, broncher, est confirma par les 
term3s analogues cités plus haut et auxquels 
j'ajouterai chopper, do vfr. chope, tronc, 
souche, choquer do vfr. choque, bloc. D'autre 
part, la transition logique do pencher à chan- 



celer se présente encore dans L. nutare, 
clianceler (de nuere, inusité, qui doit avoir 
signifié bai.sser la tête), et, circonstance acces- 
soire, le vfr. tronche, primitif immédiat de 
notre mod. broncher, n'est pas constaté. — 
Dans Baud. de Condé, 1, 6, j'ai noté bronchier 
avec le sens de « hésiter » (signification né- 
gligée par Godefroy); cela nous rappelle ail. 
stochen, m. s., de stock, tronc, souche. 

BRONZE, it. bronzo, esp. bronce, d après 
Muratori, approuvé par Diez, de bruno, brun, 
par l'intermédiaire du dérivé brunizzo, irré- 
gulièrement accentué brûnizo et contracté en 
bronso. Dozy y voit le persan bourindj ou 
birindj, cuivre, airain de montagne. L'ags. 
brds, angl. br(xs8, bronze, doit être mis hors 
de cause. 

BROSSE, broce (wall. brouche), BL. brus- 
tia, vfr. broisse, angl. brush, preni. sign. 
menu bois, broutilles (cette aceeptîon s'est 
conservée dans le verbe brosser, brousser, en 
langage do chasse = courre à travers des 
bois épais), esp. broza, déchet des arbres, 
puis brosse, prov. brus, bruyère. Du vha. 
burst, brusta, quelque chose de hérissé, ail. 
mod. borste, soie, c.-à-d. poil roido d'un ani- 
mal, et bilrste, brosse. De brosse =• menu 
bois, branche, rameau, vient broussaille, cp. 
en latin virgultum, ronces, de virga, verge. 
La forme du primitif fri<r5i perce encore dans 
rebours, à contre-poil, BL. rebursus, d'où 
rebourser, transposé en rebrousser. — D. 
brosser. 

BROU, enveloppe verte de la noix, vfr. 
broust, BL. brustum ; de la même famille que 
brosse, à cause des piquants du brou t 

BROIJÉE, subst. participial d'une origine 
obscure. Le pic. en a tiré brouache, pluie 
fine, le dial. de Berry brouasser, faire do la 
pluie fine. Il parait être de la même famille 
que brouillard, son synonyme (voy. brouiller) 
et appartenir au radical brodh, vapeur. 

BROUAILLES, intestins de poisson, voy. 
breuilles. 

BROUET, it. brodetto, formes diminutives 
de it. brodo, broda, esp. brodio, bodHo, prov. 
bro, vfr. bi^eu, BL. brodum, brodium; le vha. 
brod, ags. brod, angl. broth, gaél. brot, ont 
tous la môme signification : jus, sauce, 
bouillon. 

BROUETTE, p. birouette, wall. bei*wette, 
Borry berouette, charrette à deux roues, du 
L. bis + rota. Il est vrai, la brouette actuelle 
n'a plus qu'une roue, mais elle en avait doux 
d'abord, et Grandgagnage a tort de voir dans 
brouette (vfr. barouete) un diminutif du vfr. 
barot, rouchi barou, qui signifie tombereau, 
et qu'il rattache à la famille germanique bae- 
ren, porter. Barot répand à BL. birotum 
(bis-rota). L'it. a aussi baroccio, biroccio, 
charrette ; c'est do là que nous tenons la 
birouchette. — D. brouetter. 

BROUILLAMINI, voy. brouiller. 

BROUILLARD, voy. brouiller. 

BROUILLER, mettre en désordre, mêler, 
confondre, troubler. Nous pensons qu'il faut 



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BRU 



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BRU 



séparer ce verbe du mot prov. bir>lhar, bruel- 
har, bourgeonner, surgir, pousser, qui est 
un dérivé du subst. bruelh, britoiî, bois, bran- 
chage, fr. breitil (v. c. m.), bien que le terme 
s'embrouiller s'expliquerait assez facilement 
par s'engager dans un taillis, un fouiTÔ. 
Brouiller (comme Fit. brogliare nous semble 
représenter l'allemand brudeln ou brodeln, 
jeter des vapeurs, bouillonner, remuer, 
brouiller (on dit p. ex. weine brudeln^ mêler 
des vins;. Cette origine explique également le 
subst. brouillard, vfr. brouillas, prqpr. 
vapeur. Pour la conformité littérale entre 
brouiller, it. brogliat^ et ail. brudeln, nous 
rappelons it. bHglia (bride), de l'ail, bridel, 
fr. haillon, do l'ail, hadel, et, avec doute, 
aussi souiller, de l'ail, sudeln. La racine de 
brudeln est l'ags. brodh, vapeur, ail brodem, 
m. s. — Dérivés, outre b7*ouillard : brouille, 
brouillon, -erie, etnbrouiller, débrouiller; 
bi'ouillamini, terme burlesque formé avec 
une terminaison latine du 2® plur. de Tindicat. 
prés, du passif (comm^ pour dire : vous êtes 
brouillés), et que l'on a fait sérieusement 
venir de boli armenii, parce que Ton appelle 
brouillamini une sorte d'emplâtre pour les 
chevaux, préparé avec le bol d'Arménie. 
Cependant, Littré, au suppl., consigne un 
passage de 1664, qui parait confirmer cette 
étymologie. 

BROUIR. vfi-. bruir, brûler; on le rattache 
à mha. brutjen (nha. briihen), néevl. broeijen, 
échaudor. rôtir ; la forme occitanienne braouzi 
=8 prov. braujir (qui se rapporte à brouir, 
comme auzir à ouïr, jauzir à, jouir) fait sup- 
poser l'existence d'un vha. brodjan ou braud- 
jan, source de ce Irrauzir. — D. brouissure. 

BROUSSAILLBS, voj. bt-osse. 

BROUSSIN, excroissance de quelques 
arbres, dimin. de broust (voy. brout). 

6R0UT, broust", brost', pousse, jet d'arbre, 
de l'ags. brustiati, bourgeonner (bret. broust, 
buisson), ou du vha. p7'os, bourgeon (ail. 
mod. bross), — D. brouter, prov. brostar, 
manger les pousses; broutilles. — Il y a 
quelque air de famille entre brost, broust et 
le thème borst, d'où brosse {v. pi. h.). 

BROTER se rattache au goth. brikan, 
rompre, conrmie ployer à L. plicare, noyer à 
necare, vfr. noier à negare ; une forme stîcon- 
daire est brier, écraser la pâte; cp. plier 
= ployer, etc. A rapprocher encore prov. 
briga, miette, es-brigar, émietter. — D. 
broie, instrument pour broyer. 

BROTON, variété de brayon (v. c. m.). 

BRU, brut^, broit\ brui', femme du fils; 
mot germanique : goth. bruths, vha. bri'U (auj. 
braut), néerl. bruid, ags. bryd, angl. bride, 
fiancée ou jeune mariée. C'est le seul terme 
de parenté d'origine germanique qui se ren- 
contre dans les langues romanes. 

BRUANT, aussi bi^éant, nom vulgaire de 
l'embérize citrinelle. Sur la base d'une forme 
fictive ail. embering «=» Ûmm^n^ng, Bugge 
(Rom., IV, 351) établit la succession suivante, 
phonétiquement correcte, mais purement fac- 
tice : emberenc, eberenc, berenc, berant, 



brea)U, bruant. Pour le moment, ce n'est là 
qu'un tour de force par trop à la Ménage. 

BRUCSLIiBS, sorte do petites pinces; du 
verbe bruci, pincer, mot du patois limousin 
d'origine inconnue. 

BRUCOLAQUI. mot employé par Victor 
Hugo, dans les Travailleurs de la Ma* avec 
le sens de vampire, spectre (?). Sans dout^ le 
même mot que l'anc. slave vluhodlahu, rou- 
main vaivolac, bulgare vruholak, gr. mod. 
^oul/olaxst, liootjKÔlxAxp ; il signifie primitive- 
ment : homo lu pi spociem habens ; russe vol- 
kulak = incantator qui in lupum vel ursum 
se mutare potest. — Voy. Gaster, Ztschr., 
IV, 585. 

BRUGNON, it. brugtia, port, brunho, dé- 
rivé d'une {ovmo prugna,àQ prunea (prunus, 
prunier). Ane. on disait brignon (i p. u 
comme dans big>iet ou beignet p. bugnet ; 
billet p. bullet, etc.). 

BRUINE, prov. bruina. Diez et Grandga- 
gnage, l'un pour des raisons grammaticales, 
l'autre pour des raisons logiques, rejettent 
l'étymologie L. pruina, gelée blanche. La 
racine de bruine est peut-être le celt. bru, 
pluie. L'anc. fr. broïne, pic. brouaine, wall. 
brouhène, etc. , toutefois, rendent l'étymologie 
brodh, vapeur (d'où brouée, brouas' et brouil- 
lard) assez plausible ; le subst. bruine vien- 
drait directement du verbe bruïr, faire du 
brouillard (mot champenois), en t. de métier, 
imbiber de vapeur. — D. bruiner. 

BRUIRE, it. bruire, prov. brugir, bruzir; 
subst. bruit, it. bruito, prov. bruit, bruida. 
Du lat. rugire, renforcé d'un b euphonique 
(voy. braire) — D. bruissement. 

BRUIT, voy. bruire. — D. ébruiter. 

A 

BRULER, brusler*, directement d'une forme 
brustulare, it. brustolare. Do perustus, part, 
du verbe latin perurere, s'est produit le fréq. 
perustare, syncopé en pj'ustare, de là brus- 
tare, et par un procédé fréquent, it. brus- 
ciare, bruciare, prov. bruzar, pour Innissar. 
Debrustare s'est tirée, ultérieurement, la forme 
diminutive bi'ustolare (correspondant à un 
type loXÀn perustulare, cfr. le simple ustolare, 
anc. esp. uslar, prov. usclar, vfr. urler, 
walaque listura); do là hnistlar, brusler, 
bouder. — La genèse de brûler est autrement 
présentée par Storm(Rom., V, 173) ; il part 
du composé comburere; le participe de ce 
dernier, combustus, aurait, sous l'influence 
de bustum, perdu le com, d'où se serait pro- 
duit bustulare (cp. lat. ustulare) et, par 
l'épenthèse (fréquente) d'un r après b initial, 
brustulare, brust'lare, fr. brusler, binder. — 
Avec ce procédé, je ne vois pas pourquoi l'on 
ne partirait pas tout aussi bien de burere, 
bustus (subst. bustum), que Corssen rapporte 
à sanscrit prus. 

BRUME, brouillard, du L. bruma, hiver. 
— D. brumeux; -aire, -al ; embruma. 

BRUN, du vha. brun (ail. mod. braun). — 
D. brunâtre, brunet, Wune ; crépuscule du 
soir ; brunir, rendre brun (angl. par transpo- 
sition burnish); embrunir, rembrunir, — 



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BUC 



— 76 — 



BUG 



Brunir, rendre brillant, polir (d*où l'ail, bru- 
nieren)t anc. burnir, angl. bumish, se rat- 
tache directement à la racine bern^ butm, ex- 
primant brûler et briller, sans Tintermédiaire 
de brun, nom de couleur, bien que celui-ci 
procède au fond de la même racine. 

BRUNIR, voy. brun, 

BRUSC, it. brusco, du L. ruscum, fragon 
épineux, renforcé d'un b initial (voy. bruire, 
et braire). 

BRUSQUX, vif, qui s'emporte, it. brusco, 
aigre, colère, esp., port, brusco m. s ; d'après 
Diez, du vha. bruUisc, sombre, fâché. L'éty- 
mologie du celt. brise, prompt, impétueux, 
ne s'accorde pas avec la lettre, mais bien avec 
le sens. Si l'idée foncière est la rudesse, la 
grossièreté, et non pas la vivacité, la promp- 
titude, on peut admettre connexité entre notre 
brusque et brusc, bruyère. — D'après Bugge 
(Rom., III, 351), le mot fr. brusque, vient de 
l'it. brusco, aigre, âpre. La notion originaire 
est prob. la rudesse (on disait au xvi* siècle 
« diamant brusque »») — Le mot serait-il iden- 
tique avec lat. brusc um (tuber aceris arboris 
intorte crispum. Pline, H. N., XVI, 16, 27)? 
Pour la connexité des idées, cp. ail. knolle, 
nœud dans le bois et homme rude, nistre. » 
— Quant au lat. ^M5ci«m, selon Baist(Zeitsclir. , 
V, 137), c'est le même que L. ruscum, d'où 
fr. brusc, et angl. rusk, biscote; l'idée fon- 
cière serait : raboteur, rude, crépu. — D. 
brusquer, brusquerie. 

BRUT, du L. brutus, lourd, stupide. — Cet 
a<yectif formant une épithôte habituelle de 
bête, bruie est devenu synonyme de bête, et a 
déterminé le sens de brutal et brutalité — 
D. abrutir, rendre brute; d^yrutir, dégros- 
sir, polir. 

BRUTÈRB, cat. bruguera, milanais bru* 
ghiera, BL. bruarium, bruera; d'un primitif 
brug, qui se trouve dans le prov. ôrwc (nomin 
brus), vient, d'après Diez, du cymr. brv>g, 
forêt, buisson, breton bnïg = bruyère (en 
suisse ônêc^). — Selon Schuchardt (Ztschr. , 
IV, 148), le primitif de bruyère savoir 
prov. bru, catal. bruch, milan, briig, est le 
correspondant roman de l'anc. irois froech 
(auj. fraoch), cymr. grug. Le breton brùg 
parait influencé par la forme romanisée. 
Quant à brwg^ forêt, allégué par Diez, il n'est 
pas de la famille. 

BUANDIER, voy. buée. 

BUBALE, du L. bubalus, qui a aussi donné 
buffle. 

BUBE, bouton, ampoule, voy. l'art, suiv. 

BUBON, it. bubbone, esp. bubmi, du gr. 
/SouSàv. tumeur à l'aine. De cette forme bubon 
on a dégagé un primitif esp. buba, bua, fr. 
bube. 

BUGAIL, blé sarrasin, autre forme do bou- 
quette (v. c. m.). 

BUCCAL, L. buccàlis (de bticca, bouche). 

Bu CEE, vfr. buisse, boisse, it. busca, du 
BL, busca, forme fém. de buscus, boscus, 
voy. bois. — D. bûcher (verbe et subst.); 
bûchette, btïcheroji (cp. vigneron de vigne). 



BUCOLIQUE, gr. powoUxô;, pastoral. 

BUDGET, voy. boitge. — D. budgétaire. 

BUÉE, lessive, bourg, bute, it. bucato, esp., 
prov. bugada, angl. buck; verbes buer', angl. 
buch, néerl. buken, lessiver. Ces mots sont 
radicalement identiques avec l'ail, bauchen, 
lessiver, mais n'en sont pas dérivés. Ferrari 
les fait très convenablement venir de Fit. 
bucare, filtrer, dér. de buca, trou, la lessive 
étant tamisée à travers un linge percé de 
petits trous (cfr. l'esp. colada, lessive, de colar, 
couler). Wedgwood rattache l'angl buch au 
gaél. bog, tendre, mou, bret. bouh m. s., et 
rappelle fr. mouiller àe mollis et ail. einxjoei- 
chen, laisser tremper, de loeich, mou. 

BUFFET. Ce vocable est généralement rangé 
dans la famille bouffer (voy. ce mot) et les 
acceptions « coup sur la joue, soufflet » (ce sens 
s'est perdu) et « partie du casque qui couvre 
les joues « ne font à cet égard aucune difficulté. 
Mais le rapport entre notre mot daus l'accep- 
tion usuelle, et l'idée d'enflement n'est pas 
aussi évident. Voici l'explication bien problé- 
matique de Burguy : « Le buffet était, dans 
le principe, une sort« de table placée près de 
la porte, à laquelle on admettait les pèlerins, 
ménétriers, etc. qui réclamaient l'hospitalité. 
Les gens de cette espèce étant doués d'un 
bon appétit, tout ce qui venait du dois ou 
grande table (voy. dais) passait et disparais- 
sait à l'endroit qu'on nommait bufei par oppo- 
sition au dois, c.-à-d. que bufct fut d'abord 
le lieu à se bouffir, le lieu bouffi, et de là peu 
à peu les significations actuelles. « Tant 
qu on n'aura pas de preuves historiques pour 
soutenir cette étymologie, nous pnSférerons 
l'opinion de Ménage, qui dérive buffet de 
buffare, les premiers buffets •« ét^nt d'une 
figure courte et grosse, ou, pour mieux dii*e, 
d'une figure enflée »». On serait tenté do croire 
que buffet est une corruption de buvette; ou 
du moins que le sens actuel s'est produit sous 
l'influence de ce mot. Du Gange prend en efiet 
le BL. bufetagium, bufetaria, impôt, accise 
sur la boisson, pour équivalent de fr buve- 
toge, buveterie, et y rattache le mot buffet. 
Mais très anciennement buff'et s'employait 
(comme esp. bufete encore maintenant) pour 
un bureau à écrire. Nous tenons l'opinion de 
Ménage pour d'autant plus juste, que buffTet 
semble s'appliquer en premier lieu à un petit 
meuble superi)osé à un autre, qu'il a l'air de 
renfler. Diez ne se prononce pas.Mahn voit dans 
buffet une table de parade, qui sert à buffer, 
ce buffer ou bouffer étant pris dans le sens 
de s'enfler, être orgueilleux ; cp. bnffoi', faste, 
orgueil. A mon avis, tous les sens prêtés suc- 
cessivement à buffet : .seuil d'une port<î (cp. 
ail. schwelle de schwcllni, enfler), meuble 
d'étalage, table servant à divers usages, ar- 
moire, d'5cx)ulont d3 l'idée première : « chose 
renflée ou chose creuse n . 

BUFFLE, du L. bufalus, forme postérieure 
à bubalus. — D. bufpetin, buffleterie. 

BUGLE, vfr. bougie, instniment de musique. 
En anglais, bugle signifie 1 . une espèce do 
bœuf sauvage, 2. un cor de cha.sso. p. bugle- 



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BUS 



— 77 - 



BUT 



liorn^ corne de buglo. C'est le L. buculus, 
bouviilon, lequel a aussi doiiLé leuglei\ 

BUIRE, primitif de burette, vase à liquide. 
D'origine incertaine; peut-être du même mot 
ail. bùr, baiier, maison, cage, d'où viennent 
vfr. biiron, buiro7i, maisonnette, panier. 
Grandgagnago t re L tiret e du wall. bcùre^ 
boire; cette étymologie ne convient assuré- 
ment pas pour buire. 

BUIS, it. bosso, esp. box, ix)rt. btixo, prov. 
bois, angl box, ail. buchs, du L. buxus. — D. 
it. buscione, prov. boisson, fr. buisson (v. c. 
m.); it. bossoh, boite en buis, esp. bruxula 
(pour l'insertion de r, cfr. brostia, boîte, p. 
bostia), fr. boussole. 

BUISSON, voj. buis. En rattacliant buisson 
au primitif buis, nous reproduisons l'avis de 
Diez, fondé sur la forme prov. boisson, qui 
serait bosœn, selon ce philologue, si le pri- 
mitif était bois ou bosco, bosc (voy. bois). Nous 
penchons néaimioins pour l'étymologie bois, à 
eause de la signification et de la forme ita- 
lienne. Le prov a du reste aussi boyssada, 
forêt, bois, « it. boscata, et certainement on 
ne rattachera pas ce dérivé au primitif bois, 
buis, mais bien à bosc, bois. En outre, nous 
rappelons la forme \fr. buisse, p. bûche. — 
D. buissonneux, -ier. 

BULBE, en L. bulbus (gr. ^oX^ôi). — D. 
bulbeux, 

BULLE, du L. buUa, d'où également boule 
(v. c. m.). Uacception sceau provient de ce 
que le sceau était renfermé dans une boule de 
métal ; celle de sceau a, à son tour, déterminé 
celle de bref, lettre patente — D. buîhrt', 
billet; buUette*, certificat, diplôme, enfin it. 
bullettitio, = fr. bulletin, 

1. BURE, grosse étoflfe de laine, BL. bura; 
on rattache ce mot au vfr. bure', buire', 
rouge brun, qui répond à un type adjectival 
burins, formé du L. burrus (grec -n^j^j^ô^), 
lequel parait être identique avec birrus, man- 
teau de grosse laine contre la pluie. — D. 
burat, buratin; bureau (v. c. m.). 

2. BURE, puits d'une mine, en wallon beur, 
probablement de l'ail, bohreii, trouer, percer. 

BUREAU, burel, 1 . grosse étoffe de laine, 
2. tapis de table, 3. table couverte d'un tapis, 
servant à écrire, etc., 4. chambre do travail 
des employés aux écritures, etc. On voit, le sens 
s'élargit de plus en plus. C'est le dimin. de 
bure, étoffe de laine. — D. buraliste; bureau- 
a'ote (néologisme). 

BURETTE, dimin. de buire {y. c. m.). 

BURGRâVS; de Fall. burg-graf, comte du 
château. 

BURIN, it. borino, esp., port, buril; du 
vha. bora, foret, borôn, percer. — D. buriner, 

BURLESQUE, de l'it. burlesco, dérivé de 
burla, farce, tiré lui-même du L. burra, farce, 
niaiserie [burra, burrula, burla), 

BUSARD, voy. buse. 

BUSG, basque', du BL. buscus, busca, 
bois ; les buses étaient d'abord des lames de 
bois. — Littré s'avance un peu trop en iden- 
tifiant busqué oyoc buste ■= corps de jupe. — 
D. busquer, busquière. 



1. BUSE, tuyau, cavité, vfr. buise, néerl. 
buis ; c'est le même mot que it. buso, bugio, 
vide, d'où bugta, mensonge (pr. chose creuse), 
mais d'où vient-il? L'étymologie BL. butta, 
btUtis = /iovTi;, vase, ne satisfait ni pour le 
sens, ni pour la forme. 

2. BUSE, BUSON, oiseau, it. bujsza, du 
L. buteo, espèce de faucon. — D. busard, ail. 
busshart (et même par interprétation popu- 
laire buss-aar), angl. bussaixl, néerl. bui- 
sert, prov. bu sac, it. bojgzago, 

BUSSARD, anc. mesure de capacité, dérivé 
do busse', BL. buza = botte, tonneau, bar- 
rique. 

1. BUSTE, t. de commerce, boite pour 
conserver le raisin de Damas, du BL. busta, 
coffre, caisse (primitif de btistellus, fr bois- 
seau) ; or. busta est formé de buxida, pixyda 
(voy. boite). 

)i. BUSTE, it. esp. busto, prov. bust, par 
tie supérieure du corps ; c'est le même mot 
que le mot précédent, qui a pris le sens de 
tronc du corps ; cp. BL. arca, it. casso (cap- 
sus), angl. chest, ail. brust-hasten, etc., qui 
tous offrent la même assimilation d'idée. — 
Le mot buste est d'un emploi assez récent ; 
l'ancien terme était bue, bu, qui s'accommode 
très bien, pour l'étymologie, du vha. pûh, 
bûh (mha. bitch, nha. bauch), ventre et car- 
casse (c'est aussi le primitif du prov. bue, 
ruche). A côté de bu. Fane, langue et le prov. 
présentent, pour tronc du corps, aussi lyruc 
[brut n'est qu'une variété orthographique), 
que Diez explique par vha. bruh^ nha. bruch, 
fragment, et qui pourrait bien n'être, car on 
trouve aussi brusc, que le même mot que le 
prov. brusc, ruche, rouche (voy. ruche). L'ail. 
Orust doit, pour tous ces mots, être laissé en 
dehors. Gachet est d'avis que le vfr. bus, bue, 
bu, rouchi busch ■=■ buste, tronc humain, le 
wallon et prov. bue, BL. buca, busca, tronc 
d*urbre, sont des mots identiques, procédant 
tous de boscus, buscus, bois. Busca se serait 
modifié en busta, arbor ramis truncata, de 
là le fr. buste. Pour le changement de c en t, 
Gachet cite vfr. mustiax, j&vret, wall. mustai, 
rouchi mutiau, qui viennent de musculus, 
n soris de jambe » (Gloss. lat.rom. de Lille). 
La forme intermédiaire a dû être musquiau, 
muquiau. Cette manière de voir présente di- 
verses difficultés. 

BUT, variété de bout (v, c. m.), pr. chose 
on relief, proéminente, puis particulièrement * 
lo point de mire du tireur, ce à quoi l'on vise, 
la fin de la carrière, extrémité. La forme fé- 
minine du mot est butte, petit tertre, massif 
do terre où l'on place le but pour tirer. — Lo 
Torbe buter est de double nature : dans sa si- 
gnification de heurter, pousser, appuyer, il 
est une variété de bouter et le primitif de 
but, butte, chose repoussée ; d'autre part, si- 
gnifiant frapper au but, il est un dérivé de 
but. Voir aussi début et rebuter. 

BUTER, voy. but. — D. butoir. 

BUTIN, it. bottino, esp. bolin, dér. du nord. 
byti, angl. booty, mha. bùten, ail. beuie, 
même sign. — D. butiner. 



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CAB 



— 78 - 



CAB 



BUTOR, oiseau de proie, du L. bos-taunts, 
selon Belon, Nicot, etc. ; d'après Ménage, de 
hxigi'tauriiSf pour mugUauriis^ Les formes 
wall. puttoir, flam. putoor, v. angl. bittour, 
bitnre (op. BL. bitorius), angl. mod. bittern 
(cp. aussi esp. bitor, roi des cailles) démon- 
trent la vanité de cesétymologies. Le mot 
reste à éclaircir. 

BUTTE, voy. but. — D. butter (pour l'ac- 



ception chopper, faire un faux pas, voy. des 
. métonymies analogies dans l'art. broncher)\ 
buttée. 

BUVABLE, -arcL -ce, -ette^-eur, -otteTy tous 
dérivés de botre, par un radical buv pour bec 
(lat. bib). Ce changement de i ou f ou u n'est 
propre qu'à la langue moderne et s'est proba- 
blement opéré sous l'influence du participe bu. 

BYSSUS, mot latin, tiré du gr. ^(fjioi. 



C 



ÇA, contraction familière de cela. 

ÇA, adverbe de lieu, prov. sa, sai, contrac- 
tion de la formule latine ecce hac, comme ci 
vient de ecce hic. — Les formes it. qua, esp. 
acà, port, cà, viennent du L. eccu'hac. — 
Composé : deçà. 

CABALE, it., esp., port, cafta/a, interpréta- 
tion mystique du Vieux Testament ; de là les 
acceptions modernes : pratiques ou machina- 
tions secrètes, etc.; de Hiébreu kabalah, tra- 
dition, science occulte. L'opinion qui rattache 
lurigine de cabale aux lettres initiales des 
cinq ministres (Cliflbrd, Ashley, Buckingham, 
Arlington et Lauderdale) composant en 1670 
le cabinet du roi Charles II d'Angleterre, est 
erronée, malgré le crédit que lui ont donné 
de graves historiens. L'emploi du mot cabale 
est antérieur à 1670; il figure déjà dans le 
dictionnaire de Monet (1636). — D. cahaler, 
intriguer; cahaliser; cabaliste, savant dans la 
cabale des Juifs. 

CABAN, d'un mot bas-latin capanus dérivé 
de capa ou cappa, voy. chapeau. A caban 
correspond lit. gabbano, sarrau, balandran, 
esp. gaban. D'autres rapportent le mot à l'arabe 
aban, capote avec des manches et un capuchon ; 
le mot arabe a pour initiale un ain, lettre 
gutturale permutant facilement avec c ou ^. 

CABANE, it. capanna, esp. cahana, prov. 
cabana; du BL. capanna, maisonnette de 
chaume, mot mentionné par Isidore, et qui 
parait identique avec le cymr. caban, même 
sign., dimin. de cab. Les étymologics capere, 
contenir, et cappa, manteau (qui se rencontre 
en V. esp. et en milanais avec le sens de ca- 
bane) sont fautives, le suffixe anna étant 
étranger aux langues romanes. Ménage dé- 
rive le mot de x2€àv>j, étable, coche (il faut 
lire xaîrivïj), — D. cabanon, cabana'. — Une 
modification de cabane est l'angl. cabin, fr. 
cabine (Palsgrave donne un masc. cabain), 
d'où le dim. cabinet. 

1 . CABARET, l'origine de ce mot est encore 
à trouver ; Ménage le dérive de x&nrj, lieu où 
l'on mange, crèche (de xàTTrciv, manger à gou- 
lée); de là se seraient produits successive- 
ment caparis, caparetum, cabaret. Du même 
Kà:rT«iv vient, en effet, x&:r>j>o«, marchand de 
vivres, puis petit marchand et tavemier. — 
Frisch voit dans cabaret une corruption de 
caponerctte, et le rappoi'te au L. caupona, 



auberge, taverne ; Heyse, à son tour, l'expli- 
que par caban(Tct (de cabane). 

2. CABARET, plante ; d'après Ch. Etienne, 
p. bacaret, du L. bacchar ou beccar, nard 
sauvage ; d'après Saumaise, gâté de combre- 
tum ou cobretHyn, espèce de jonc. 

CABAS, CABACHE*, esp. capaso, capacho, 
port, cabas, accuse un type latin cabacetts, 
que Ménage rapporte à un mot grec hypo- 
thétique y.ixtxroi qui viendrait de xâ«, verbe 
inusité, auquel il prête le sens de capere, 
contenir. Mieux vaut ranger le mot sous le 
primitif ca/)j»a, dont il .sera question sous cape, 
ou sous la racine cap de capere. — M. Defre- 
mery (Revue crit., 18 déc. 1868) indique 
ViXTiihQ gafas, cage, panier. — D. cabasset, 
espèce de petit ca.<que ; cabosser, empocher, 
filouter (angl. cabbagc, ni. cabassen). 

CABESTAN, de l'angl. capstan, capstern ; 
celui-ci de l'esp. cabrestante, cabestrante (ra- 
cine : copra, clièvre). On sait que, dans beau- 
coup do langues la chèvre et le bouc ont 
prêté leur nom à des machines servant à sou- 
lever dos fardeaux. Cabrestante veut dire 
chà're debout. Les. Néerlandais ont gâté le mot 
en kaopstonder et les Allemands en kopfstàn- 
dei\ — Mahn, à tort, préfère pour primitif 
l'esp. cobestrar, mettre un licou (de copcstro, 
fr. chevet rr). 

CABILLAUD, CABLIAU, du néerl. kabel- 
jaauxc ; quant à celui-ci, on le fait venir par 
tran.«position de lettres de bacalaiba, nom 
basque do la morue, qui a donné l'esp. baca- 
lao, fr. bacaliou, et le ba:)-all. bakkeljau 
(Venise : bocal à). 

CABINE, CABINET, it. gabinctto, esp. ga- 
binete, voy. cabane. 

CÂBLE, CHABLE, it. cappio (cordon, 
nœud), esp., poi-t. cable; du BL. capulum 
(Isidore : capulum, funis). Le grec du moyen 
âge présente xà:r)iov, le néerU kabel. La pro- 
venance du mot est incertaine. On a proposé 
tour à tour le grec xà/tcXo;, corde, l'hébreu 
chabal et l'arabe habl, qui signifient la même 
chose, mais ces suppositions sont dépourvues 
de fondement. (Les mots d'origine arabe sont 
postérieurs à Isidore.) Qui oserait affirmer 
que capulum n'appartient pas au fond latin ? 
— Pour un autre mot cable*, chaable', voy. 
l'art, accabler. — D. câbleau ou câblot, câbler; 
aussi chableau, chabler. 



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CAC 



— 79 — 



CAD 



GABOGHI, mot burlesque pour désigner la 
tête ; de Fit. capocchia, employé encore pour 
la tète d'un clou, d'une épingle, ainsi que pour 
le gros bout d'un bâton (primitif capo, tête 
*= L. caput). — D. cabochmt, terme de 
joaillerie. 

CABOTER, naviguer de cap en cap (esp. 
cabo). Telle est l'explication courante de ce 
terme maritime, mais elle n'est pas soute- 
nable. — J'ai lu (Nederlandschc Spectator, 
1875, n*> 27), dans le récit fait par M. Félix 
Bovet d'une renconti-e avec un Américain, 
descendant de Jean et Sébastien Cabot, 
grands navigateurs du xvi« siècle, que 
celui-ci prétendait qu'une tradition de fa- 
mille attribuait à ces navigateurs l'origine 
du terme maritime caboter. A l'appui de 
cette attribution, je remarquerai que ni l'it., 
ni l'esp. n'ont formé de capo, cabo un verbe 
analogue. — D. cabotage, -ter., 

CABOTIN, comédien ambulant; non pas 
de caboter f mais d'après un célèbre opéra- 
teur charlatan de la seconde moitié du xvn® 
siècle, appelé Cabotin, (Voy. Littré, suppl.) 

CABRER (SB), du L. capei\ gén. capri, 
bouc, dont le propre est de se cabrer. 

CABRI, vfr. cabril\ du L. capriUuSy forme 
secondaire de capreohis, chevreuil. 

CABRIOLER, pr. sauter comme une jeune 
chèvre, du L. capreola, chèvre sauvage. — 
D. cabriole, cabriolet, voiture sautillante. 

CABUS, dans chou-cabtts et laitite-cabiisse, 
de l'it. cappitccio, petite tête. Cp. ail. kappes, 
angl. cabbage; flam. cabiiyskoole (Kiliaen). 
L'orthographe cabiit engageait Ménage à 
faire venir le mot français d'un participe 
fictif cap wfiw, pourvu d'une tête. 

CACADE, du L. cacare. 

CACAO, mot américain : mexicain haha- 
huaiJ. L'arbre est nommé en esp. cacagual. 

CACATOIS, 1. nom d'oiseau; 2. nom de 
mât (op. perroquet) ; au fond, une onomato- 
pée du cri de l'oiseau, mais tiré directe- 
ment du malais kahatoua, 

CACHALOT. Le. nom de ce mammifère cé- 
tacé, qui se retrouve aussi en anglais, repro- 
duit directement l'esp. cachalote. Or, celui-ci, 
à l'avis de Tobler (Ztschr., IV. 376), n'a 
rien à faire, comme on a prétendu, ni avec 
qu\jal « dent », ni oyecquijar, « mâchoire », 
étant l'augmentatif de cachuelo, qui se dit 
d'une espèce do poisson de rivière, mais 
qui dans le principe, comme cachorro, a la 
valeur de jeune chien. Cacho, le primitif, 
signifie de même en esp. à la fois jeune 
garçon et une espèce de barbeau; en port. 
cachorra signifie à la fois chienne et cacha- 
lot. L'original est donc, selon les règles, le 
lat. catiflus. L'irrégularité cachalote p. ca- 
cholote, c'est-à-dire a p. o, en syllabe atone, 
n'est pas rare en espagnol. 

CACHEMIRE, tissu ; de Kaschmir, capitale 
d'une province du même nom dans le royaume 
de Lahore. 

CACHER, ce verbe répond à un type latin 
coacticare, tiré régulièrement du participe L. 
coactus, serré, resserré, enfermé. Pour coa 



contracté en ca, cfr. cailUn-, de coagitlare. 
Le part coactus est aussi l'original de l'it. 
quatto, tapi, caché. — D. cache; cachette, 
cachot; verbes dimin. cacheter (anc. celer, 
puis rendre invisible le contenu d'une lettre 
au moyen du cachet) et cachotter. — Le sens 
foncier de comprimer s'est conservé dans éca- 
cher (v. c. m.). 

CACHET, subst. verbal de cacheter (comme 
projet de p^'qjete?'), car je j^ense que le verbe 
a préexisté. 

CACHETER, voy. cacher, — D. cachet; 
composé décacheter. 

CACHEXIE, gr. xa/s^oc, mauvaise disposi- 
tion (x«xo,-, mauvais -f- «î15. état). 

CACHOT, dim. décoche (voy. cacher). 

CACHOTTER, dim. de cacher.— D. cachot 
terie. 

CACHOU, de l'indien catechu 

CACOCHYME, gr. y. xoxuao;, qui a de mau- 
vaises humeurs. — D. cacochymie. 

CAC06RAPHIE, terme grammatical formé, 
d'après l'analogie de ip^oypx^ia, au moyen de 
xaxà;, mauvais, et de yp^yn-j, écrire. 

CAC0L06IE, terme technique formé de 
/.5C/.05 + >d/Oi, mauvaise expression ou façon 
de parler. 

CACOPHONIE, gr. x«x5î»wv{a, dissonance, 
litt. mauvais son. 

CACTUS, gr. xà/To,-. — D. cactier, cactée. 

CAB ASTRE, it. esp. catastro, du BL. capi- 
tastrum, pr. liste de l'impôt capital, dérivé 
do caput, tête (cfr. en esp. cabeson, rôle des 
impositions, de cabesa, tête). Grégoire de 
Toui*s employait capitularium au même sens 
que capitastrmn. 

CADAVRE, L. cadaver {ysic. cadei'e, tomber). 
. — D. cadavéreux, L. cadaterosus. 

CADEAU, anc. cadel ; on appelait ainsi 
anciennement les traits « enchaînés » ou 
entrelacés dont les maîtres calligraphes en- 
tourent ou ornent leurs modèles d'écriture 
(de là l'ancien terme : écriture cadeJée) ; puis, 
par extension, petit diveitissement, partie de 
fête; enfin, petites choses inutiles, accessoires, 
de pure fantaisie, données en présent. Du L. 
cateUus, dim. de catena, chaîne. — Cette éty- 
mologie traditionnelle a été renversée depuis 
que Brachet (Doublets français, suppl., p. 17) 
a posé pour cadeau, dans son premier sens, 
celle de L. capitelîum; cp. p. la forme ca- 
dastre de capitastrum, et pour le sens, l'ex- 
pression " lettre capitale » . — Cette expli- 
cation a eu du succès, et elle le mérite au 
point do vue du sens et de la lettre ; mais la 
transition du sens lettre capitale, cadclée, à 
celui de fête, partie de plaisir, telle qu'on la 
représente dans les dictionnaires et qui m'a 
toujours semblé quelque peu factice, n'en est 
pas rendue plus plausiblo. En tout cas, je m'y 
rallie franchement, en considérant que si ca- 
deau est réellement du crû français, le L. 
catelîus ne serait pas devenu cadel, mais caiel 
ou chayel. — Rônsch, en ce qui concerne 
l'acception •« don, présent », la rapporte 
aux chaînettes (cateîli) d'or dont (selon Tite- 
Live, XXXIV, 31, 18) on récompensait les 



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CAH 



soldats romains. Mais encore une fois, cadel^» 
cateHits heurte trop les lois de formation 
françaises. 

CADENAS, de Fit. catoiacciOf dérivé de ca- 
* tena, cbaiue. Anciennement, le cadenas avait 
une petite chaîne au lieu de ce que nous nom- 
mons aujourd'hui l'anse ou Fanneau du cade- 
nas — D. cadenasser. 

CADENCE, it. cade^na, du BL. cadentia, 
subst. dérivé de cadette, tomber; cadaice est 
donc pr. la manière dont le ton musical s'élève 
ou s* abaisse f puis la mesure qui règle les 
mouvements. Ce terme cadence est savant, 
car la transformation véritable de cadentia 
est cheance't chance (v. c. m.). — D. cadencei\ 
-CADENE, de cadena, forme provençale et 
espagnole du L. catena, chaîne. — D. cade- 
nette. J'apprends, cependant, par le Dict. de 
Littré, que \B,cadenette tire son nom d'Honoré 
d'Albret, seigneur de Cadenet, qui affection- 
nait particulièrement les cheveux en cade- 
nette. 

CADENETTB, voy. l'art, préc. 

CADET, fém. cadette, it. cadetto, angl. ca- 
det, du L. capitettum (cp cadastre de capi- 
tast7tim)t diminutif barbare de caput. Le 
cadet est donc envisagé comme la « jeune 
tête ", - le petit chef »» de la famille, relative- 
ment à l'aîné, qui en est la tête, le chef pro- 
prement dit. — Le type fictif capitettum est, 
dit P. Meyer (Rom. III. 316), une hypothèse 
superflue ; cadet , mot entré dans le français 
au XVI® siècle, est le béarnais ou gascon cap- 
det, qui, selon une particularité phonétique 
de ce dialecte, répond au prov. capdel (chef) 
=* lat. capitelliim, 

CADMIE, L. cadmia («cao^us^a). 

CADRE, it. quadro, du L. quadrum, carré. 
— D. encadrer. A la même famille appar- 
tiennent : 

Cadrer, L. quadrare. 

Cadran, L. quadrans; les cadrans solaires 
sont carrés. 

Cadrât, L. quadratiis ; dim. cadratin, 

Cadraturk, L. quadratura. 

Tous ces termes sont savants ou nouveaux ; 
pour la langue vulgaire, le radical quadr est 
devenu carr, en vertu de l'assimilation liabi- 
tuelle. En voici les rejetons : 

Carré ■» L. quadratus; carrer = qua- 
drare; CARRIÈRE «=* BL quadraria, lieu où 
l'on extrait les pierres ; équbrrb, équarrir, 
etc. (voy. ces mots). 

CADUC, L caducus (de cadere, tomber). — 
D. caducité, L. caducitas, 

CADUCÉE, L. caduceus (qui représente le 
gr. x»ï/&ux«îov, bâton de héraut). 

CAFARD, anc. cafar, hypocrite, bigot; on 
a proposé esp. port, cafre, rude, cruel, de 
l'arabe kâfir, infidèle, perfide, ingrat. Cafard 
disignerait proprement un infidèle qui se 
fait d'une autre religion, sans bonne foi, sans 
conviction. Littré, à cause de l'orthographe 
anc. caphard, préfère l'étymologie de Du- 
cange, savoir caphardum, sorte de vêtement 
mentionné au xiv* siècle dans des statuts 
d'université ; mais Ducange ne dit rien de plus 



ni sur l'origine de ce mot, ni sur le rapport 
des idées. D'après Bovet, le mot se rattache 
à la secte des cathares (xxByp'A), le 9 étant 
rendu par f comme dans Féodor p. Théodore. 
Voy. Littré, suppl. En somme, Tétym. du mot 
reste incertaine. 

CAFÉ, esp. café, it. caffe, angl. coffee, ail. 
haffee; de l'arabe qahvah, turc kahweh, vin, 
puis boisson de baies cuites; d'autres, avec 
peu de probabilité, tirent café de haffa, nom 
d'une contrée d'Afrique, pays originaire du 
café. — D. caféier ou cafier; cafetier, -ère. 

CAGE, angl. cage, it. gabbia, esp. gaxna, 
du L. cavea; pour la consonnification de eoui 
devant une voyelle, cp. abréger de abreviare, 
singe de simia, pigemi de pipio, congé de 
cmnmeatus, linge de Hneum, etc. — D. cagée, 
encager, 

CAGNARD, fainéant, paresseux, do cogne' 
(se dit encore pour mauvais chien), it. cogne, 
chienne (L. canis). Autrefois le subst. cagnard 
se disait aussi pour chenil. — D. cagnarder, 
'ise, s^acagnarder, — Le même primitif co^^ie, 
chienne, puis aussi terme d'injure, a donné 
cagneux (la plupart des chiehs sont cagneux, 
dit Ménage), cagnot, chien de mer, et acagner 
(patois berrichon), combler d'iiyures. 

CAGNE, CAGNEUX, voy. l'art, préc. 

CAGOT ; l'acception d'hypocrite attachée à ce 
mot ne remonte pas au delà du xvi* siècle. 
Quant à l'origine du mot, on le croit identique 
avec le nom d'une caste ou d'une race disper- 
sée dans le Béam et les contrées avoisinantes. 
Une bande de Goths et d'Arabes, dit-on, qui 
s'étaient réfugiés en Guienne, obtinrent de la 
part de Charles Martel et de ses successeurs 
appui et protection; mais les indigènes les 
traitèrent d'Ariens et de lépreux et les frap- 
pèrent du surnom de cagots, c.-à-d. canes 
gothi. L'étymologie n'a rien à opposer, observe 
Die2, à cette ancienne explication du mot 
cagot, qui peut fort bien être composé du 
prov. cà, chien, et de Goth; on aura fait dé- 
vier le sens primitif de cagot, savoir : « infi- 
dèle n, en celui d'hypocrite, homme qui, contre 
sa conscience, suit les pratiques de la religion 
catholiq\ie (cp. pi. h. une étymologie analogue 
attribuée à cafard). — Frisch décompose le 
mot en prov. cap, tête, et ail. Gott, Dieu ; 
capgot, cagot, serait un juron; « par la tête 
de Dieu " , que les hypocrites aiment particu- 
lièrement à prononcer pour dissimuler leur 
mauvaise foi. — Des études nouvelles sur les 
cagots (voy. V. de Rochas, Les Parias de 
France et d'Espagne. Paris, 1876) indiquent, 
cx)mme origine du mot, le breton cacodd 
K lépreux ». La signification moderne a pu 
s'être produite sous l'influence de bigot. 

CACtoUILLE, 1. nom patois du colimaçon. 
2. volute ornant le haut de l'éperon d'un vais- 
seau. — Cp. pour le thème cag le prov. mod. 
cacalan, escargot, bitarrois cagarol. 

CAHIER, anc. cayer, pic. coyer, roudii 
quoger, en angl. quair, puis quire. Du L. 
quaternum (cp. hiver de hibernum, etifcr de 
infernum), liasse de quatre feuillets. Cette 
étymologie est assurée par l'emploi fréquent 



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du mot quatemum ou quatemio (« chartœ 
Compact» *») dans le latin du moyen âge, et 
les formes prov. c(uem^ quadem. Un ano- 
nyme français, faisant la critique du diction- 
naire de Diez (Athenceum français, 1853), 
prétend avec autorité que caAier vient de qua- 
temio Ce critique est peu initié aux procédés 
mécaniques de la romanisation ; quatemio n'a 
jamais pu faire cahier, mais bien cargiuni 
ou chargnmi (on trouve en effet la forme 
charreignon), — L'étym. L. codicarium, con- 
damnée par la phonétique, doit être aban- 
donnée. — Voy. aussi carnet et caser7iet. 

GAHIN-GAHA, du L. qiia hinc qua Jiac 
(Ménage). 

CAHOTER, étymologie inconnue. Ménage 
indique une forme cadutare, faire des chutes 
V. c. m.), comme ayant pu donner naissance 
à ce mot (il allègue à l'appui le nom propre 
Cahors, de Cadurcum). Nous y voyons de 
préférence une onomatopée, ou bien, vu la 
forme wallonne kihoter (ht, préfixe, «« fr. co, 
con), le radical ail. hot, marquant secousse, 
balancement (cp. ail. hotse, berceau). — 
Bugge admet pour type une forme romane 
quatottare, fréquent, de quatere. Cahoter se 
serait produit comme haisoter, grignotery 
trembloter, etc. J'approuve, en théorie et pho- 
nétiquement, cette étymologie; mais je la 
tiens pour suspecte tant qu'on ne produira 
pas à l'appui d'autres verbes en oter ne décou- 
lant pas d'un autre verbe français préexistant. 
Je m'en tiendrai donc au wallon kihoter, dont 
Bugge ne fait pas même mention. — Subst. 
verbal cahot. 

CAHTJTS, anc. cahutte, cahuctte, dan. ka- 
hyt, suéd. kajuyta, haota, kota (holl. kajitit, 
cabine d'un navire). La forme actuelle cahute 
parait être une contraction de cahuctte; le 
primitif serait alors cahue, BL. cahua, et 
répondrait à l'ail, haue, réduit, ni. kouw, 
L'anc. fr. et certains patois emploient cahuet 
p. capuchon ; cela fournit un nouvel exemple 
de ce rapport idéologique entre les mots ex- 
primant maison et habillement, que nous 
avons relevé dans caban, chasuble et casaque, 

CAIEU, bulbe, oignon; étymologie incon- 
nue, 

CAILLE, it. quaglia, prov. cdlha, angl. 
quail, du BL. quaquila, quaîia, v. flam, 
quakele. Papias : « Quaquila, genus avis, 
vulgo coturnix, a vocis sono. » Cfr. l'ail, qua- 
ken, coasser. — D. caillette, femme babillarde 
(angl. collet), caïlleteau, cailleter. 

CAILLER, vfr. coailler, it. quagliare, ca- 
gliare, esp. cuajar, port, coalhar, du L. coa- 
gulare. Ce primitif latin a été une seconde 
fois introduit dans la langue par les savants 
sous la forme de coaguler, — D. caillotte; 
caillot, Cps. caillebotte, de caille + botte, 
faisceau, monceau (voy. bot). 

CAILLOU, rouchi caliau, pic. cailleu, prov. 
calhau. Grandgagnage propose comme source 
de caillou le néerl. hm, hei, ou le cymr. caU 
lestr, bret. calastr, même signif. Diez ratta- 
che caillou à cailler : caillou ■- pierre caillée; 



il se fonde, en faisant cette coi\jecture quelque 
peu hardie, sur une origine tout à fait ana 
loguc de l'allemand kiesel, qui signifie à la fois 
caillou et grêlon. L'explication la plus naturelle 
est, à mon avis, la succession de formes : L. 
calculus, calcolus, callocus, fr. caillou, cail- 
leu, ou celle-ci : calculus, caculus (la sup- 
pression de l radical me semble très admissi- 
ble), caclus : d'où chail, cail, caille (formes 
en usage dans les patois), puis au moyen des 
suffixes ol, ou, eul, ot, les diverses formes 
caillot, -ou, -eul, ot. (C'est cette dernière ma- 
nière de voir que Diez avait adoptée en der- 
nier lieu.) — D. caillouter, caillouteux (ces 
dérivations par t sont modernes). 

caïman, du caraïbe accti/oMmaw, crocodile. 

CAIQUE, espèce de vaisseau de mer; mot 
turc. 

CAISSE, it. cassa, esp. caxa, prov. caissa, 
angl. cash; du L. capsa (xàfa), coffre. — D. 
cassette, caisson, caissier, encaisser. — Le 
latin capsa se trouve encore dans la langue 
française sous la forme de casse (t«rme d'im- 
primerie), d'où casseau, et sous celle de châsse 
(voy. c. m.). 

CAJOLER, anc. chtmier (*i cageoller comme 
un gay «, dit Paré); le sens semble donc être 
« enchanter, gagner par de douces paroles " . 
N'était le sens premier de chanter, l'étymol. 
cageole =»» petite cage ( == L. caveola ; cp. 
geôle), conviendrait assez bien ; cajoler serait, 
comme enjôler (v. c. m.), finir par attraper 
l'oiseau et le mettre en cage. Mais la première 
signification du mot oblige à chercher ailleurs. 
A Namur, on dit cajoler dans le sens d'eiyoli- 
ver ; or, en présence du préfixe ca assez fré- 
quent dans les dialectes wallons et dont le sens 
parait être itératif, on est autorisé à s'adresser, 
avec Grandgagnage, au thème Joi de joli, qui 
signifie, en premier lieu, gai. 

CAJUTE, autre forme de cahute, tirée di- 
rectement du ni. hajuit. 

CAL, du L. callus; on dit aussi en fr. calus. 
— D. calleux, L. callosus. 

CALADE, t. de manège, de l'it. calata, des- 
cente ; celui-ci du verbe calare, baisser ; voy. 
cale. 

CALAIS, sorte de panier, d'un type cala- 
tium (cp. palais de palatium), dérivé de cala- 
thus, xàXa^oi (en grand usage dans le bas 
latin); voy. Bugge, Rom,, IV, 352. 

CALAMENT, gr. xulufih^ (litt. belle 
menthe). 

CALAMINE, vfr. chalemine, BL. calamina, 
paraît être altéré du L. cadmia (xuS/ulx), m. 
s., dont le terme ail. ^a/m«y se rapproche 
davantage. 

CALAMISTRBR, L. calamistrare, de cala- 
mister, fer à friser (dér. de calamus), 

1. CALAMITE, gonmie-résine, qu'on re- 
cueille dans des tiges de roseau; du L. cala- 
mus, roseau. 

2. CALAMITS, aimant, it., esp., port, ca/a- 
mita, prov., catal. caramida; soit de calamus, 
chaume, soit de xxkaixirtu, grenouille verte. 
Diez, observant que l'ancien fr. n'appliquait 

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CAL 



guère la dérivation par ita à des noms de 
choses, opte pour le dernier. « Avant l'inven- 
tion de la boussole, on mettait cette pierre 
dans un bassin d'eau, suspendue entre deux 
fétus, où elle nageait comme une grenouille. »» 
(Le père Fournier.) 

GALAMITi, L. calamitas, — D. calami- 
ieuœ, L. calamitosus, 

1. GALANDRB, alouette huppée, all.ffalati' 
der; vfr. caradril et caladril; on avait pro- 
posé, les uns ffoiarita, nom latin de loiseau, 
les autres caltendrum, bonnet, huppe. Diez, 
se fondant sur une forme secondaire esp. cala- 
dre, préfère le gr. xapaôjçioi, pluvier, d'autant 
plus (jue les vieux glossaires latins-allemands 
traduisent caradrius par alouette. Je trouve 
cependant dans les dictionnaires aussi la forme 
xÀiatv^jOOi comme nom d'alouette. 

2. GALANDRB, charançon, angl. calender, 
ail. kaïander, glander ^ ni Mander; du BL. 
caladrius, culendra; prob. étymologique- 
ment identique avec le nom de l'oiseau. 

3. GALANDRE, machine à tabiser les étoffes, 
esp. calandrta, angl. calander; du L. of lin- 
drus (xO)cv5/»9i) ; la bonne orthographe serait 
colendre, qui est la formation régulière de 
q/lindriis. — D. calandrer, 

CALANGUS ou carangite, petite baie, it. 
calanca; dérivé de cale 2. 

GALGAIRE, L. caJcarius (de calx^ chaux). 

GALCINBR, BL. calcinare (calx), transfor- 
mer en chaux. 

GALGUL, 1. pierre (en médecine), L. calcu- 
las (dimin. de calx)^ d'où calculeiix; — 
2. subst. verbal de calculer, L. calculare. 

1 . GALE, plan incliné, fond de navire, châ- 
timent usité en mer; se rattache au verbe 
caler y baisser, enfoncer, it. cal are, esp. calar, 
BL. calarcy qui est le L. chalare^ lâcher, 
faire descendre, suspendre (gr. x«iâv), d'où 
caladCf calaison. 

2. GALE, abri entre deux pointes de ro- 
chers, petite baie. Du gaél. cala, baie, port, 
ou de calare, caler, descendre (dans le port). 

3. GALE, morceau de bois, de pierre, etc., 
placé sous un objet pour l'assujettir et lui 
donner de l'assiette. L'ail, keil (vha. jchail), 
coin, satisferait au sens et à la lettre (cp. 
gale' de getl). Diez, cependant, rapporte le 
mot à caler (voy. cale 1), au sens d'enfoncer. 

GALEBA8SE, courge, gourde, de l'esp. 
calahaza (cat. caraàassa), qui lui-même vient 
peut-être de l'arabe querbaà, outre (plur. 
qcràhat). — D. calebassier, 

GALEGHE, it. calesso, esp. calesa, angl. 

calash;cc»t le bohème kolesa, dim. holeska 

(polonais kolasa, -aska), dér. de kolo, roue. 

GALEÇON, de l'it. cahone, dérivé de calzo 

(voy. chausse). 

CALÉFAGTEUR, -PAGTION. L. calefactor, 
tio (de calefacere, chauffer). 

GALÉIDOSGOPE, mot nouveau, fait par 
l'inventeur (Brewster à Edimbourg, 1817) 
avec les éléments grecs suivants : xaXà tïSrj =« 
de belles images, et axoTiiû», je vois, je con- 
temple. 



GALEMBOUR, étymologie inconnue. Phil. 
Chasles indique l'abbé de Calemberg, person- 
nage plaisant de contes allemands (d'autres 
disent conteur burlesque lui-même). Autre 
histoire : un souverain de Nancy avait à sa 
cour un certain comte de Kalembourg ; cet 
Allemand parlait si mal le français qu'il fai- 
sait à chaque instant des équivoques par le 
double sens des expressions dont il se servait 
à tort et à travers. De là « expression à la 
Kalembourg » et Kalembourg tout court. 
Citons encore l'explication de Boiste : de l'it. 
calamqfo, encrier, et burlare, railler, et celle- 
ci : vlolH (belle) -[- bourde, — Mot de la même 
façon : caiembr^ine, bourde, absurdité, en 
picard bredaine tout court, à Genève calem- 
bourdaine. Darmesteter (p. 114) décompose 
ce mot en calem (la, particule péjorative cali 
nasalisée devant la labiale) -^ berdaiîie ou 
bourdaine (de bourde), Calembourdaine, 
selon lui, donne l'étym. de calembour, qui se 
trouve être la forme masculine de calembre- 
daine; en effet, «goute-t-il, aux environs de 
Chateaudun calembour se dit au sens de 
calembredaine, — Voyez a\issi Littré, suppl. 
GALEMBREDAINE, voy. l'art, préc. 
GALENDE8, L. calendœ. — D. calendrier, 
anc. calendier = L. cale7idarium, it., esp. 
calci'idario. 

GALENDRIER, voy. calendes, 
GALEPIN ; ce mot a pour origine le diction- 
naire polyglotte composé, vers la fin du 
XV® siècle, par Ambroise Calepin; ce gros 
dictionnaire était considéré comme un volume 
indispensable, et le nom de son auteur a fini 
par désigner un livret portatif servant à in- 
scrire des notes. 

GALER, 1 . baisser, 2. assujettir au moyen 
d'une cale, voy cale 1 et 3. 

GALFATER, de l'it. calafatare, calefalare, 
esp. calafatear, grec vulgaire x«}.af xtùv. Ces 
verbes viennent de l'arabe qallef •» ferrumi- 
nare »». On disait autrefois aussi calfatrer, 
d'où, sous rinfl\ience de feutre peut-être, s'est 
produite celle de calfeutrer. L'allemand dit 
calfate^m. — D. calfat, subst. verbal. 
CALFEUTRER, voy. l'art, précédent. 
GALIBRE, it. esp , port., ca/t&ro, v. esp. 
calibo, capacité ou diamètre d'un tube ; moule 
à briques, etc.; d'après Herbelot, de l'arabe 
kalih, modèle, moule. Le dictionnaire arabe 
de Freytag donne qAlab, modèle, et qalib,fon' 
taine. Mahn conjecture inutilement une éty- 
mologie : qua librat (de quel poids?), en se 
fondant sur l'ancienne orthographe qualibre 
(R. Etienne et Cotgrave). — D. calibrei: 

1 . GALIGE, du L. calix, <cis, vase à boire. 

2. GALIGE, t. de botanique du L. calyx 

(.àiuÇ). 

GALIGOT, de la ville de Calicut (Inde an- 
glaise), d'où cette étoffe fut d'abord importée. 

GALIFOURGHON, anc. calfourchon, cafour- 
cho72; le premier élément cali représente, 
d'après Darmesteter (Mots composés, p. 112) la 
particule péjorative cal, cali, ca. — A cali- 
fourchon dirait donc pr. « mal enfourché ». 



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CAL 



83 — 



CAM 



CALIN. Ce mot moderne, auquel Littré 
attribue les deux sens *« dépourvu d'activité 
et d'intelligence » et « cajoleur »>, a un histo- 
rique trop maigre pour oser établir une 
étymologie définitive. Trévoux l'interprète par 
paysan, fainéant, gueux ; cela concorde assez 
bien avec le wall. colin, coquin (dans Grand- 
gagnage; Forir ne l'a pas accueilli). En atten- 
dant des renseignements plus sûrs, je main- 
tiens l'étym. catellus', petit chien ou petit 
chat, d'où catelinus', caelin, câlin. — Brink- 
mann (Metaphem, p. 227) n'hésite pas à voir 
dans câlin une transformation euphonique de 
canin (cp. wallon faim câliné) ; c'est donc un 
dérivé de canis, chien, par application méta- 
phorique d'une des qualités caractéristiques 
de cet animal. Cette explication mérite toute 
attention. — D. câliner, câlinerie. 

CALLEUX, L. callosus. — D. callosité, 

CALLIGRAPHE, -lE, -IQUE, composés des 
mots grecs xài>o«, beauté, et yf^àfitj, écrire. 

CALMANDE, aussi calamandre, sorte 
d'étoffe, esp. calamacOf anglais calamanco, 
ni. Aa/wîM A. D'origine inconnue; vu le grec 
mod. r.afAgXoiù/.tov, on a pensé à une origine 
analogue à celle de camelot. 

CALMAR, étui à plumes, du L. calama- 
rium (calamus). Rabelais a dit galemar, 

CALME, it., csp., port, calma, pr. absence 
de vent. En esp. et en prov. calma, signifie 
aussi la partie de la journée où le soleil est 
le plus ardent, ce qui donne lieu à voir dans 
calma une transformation du BL. cauma, 
ardeur du soleil, qui est le grec xaûfix, cha- 
leur. Le changement de au en al est rare ; on 
peut citer l'it. aldire, du L. audire, aldaçe, 
du L. aiidax, palmento p. paumento, du L. 
pavimentum, et le cat. ffalta p. ganta, joue. 
Dans notre cas, il peut avoir été produit par 
une influence du mot calor. La partie du jour 
où le soleil est le plus chaud entraine l'idée de 
cessation de travail, de repos, de tranquillité; 
aussi le mot chômer, p. chommer, chaiimer, 
n'est-il, à l'avis de Diez, qu'une modification 
de calmer. En provençal et autres dialectes, 
chaume signifie encore aujourd'hui le temps 
de repos des troupeaux. — D'autres ont proposé 
le grec fixl^xài (d'où fixXxxlx, L. malacia, 
calme de la mer), modifié par transposition 
en xaia/Ao';. — D. calme, adj,, et calmei% 
verbe. 

CALOMNIE, L. caliimnia; verbe calom- 
nier, -ateur, L. calumniari, -ator; calom- 
nieux, L. calumniosus. Le vieux fr. disait 
correctement calonge, chalenge, p. calomnie, 
mais avec le sens de reproche, défi (cp. angl. 
challenge). 

CALORIQUE, CALORIFÈRE, CALORIMÈ- 
TRE, termes formés du L. calor, chaleur. 

CALOTTE, 1. sorte de coiffure, vfr. calette; 
2. fig. un coup sur la tète, BL. calota C'est 
un diminutif de l'anc. cale, nom d'une coif- 
fure de femme, dont nous ne connaissons pas 
la provenance. Le L. calautica, coiffure de 
femme descendant sur l'épaule, pourrait à la 
rigueur, par l'apocope du suffixe ica, avoir 
donné caJaute, calote, mais il faut partir de 



cale. — D. calotin, terme de mépris en par- 
lant des prêtres (porteurs de calottes) ; calot- 
ter. — Dans ma Lexicographie latine, p. 135, 
j'ai signalé la glose : reticulum (réseau) calle. 
CALQUER, it. calcare, angl. chalk, calh, 
du BL. calcare, vestigium alicujus premere, 
insequi (rac. calx, talon, au fig. trace). Cette 
étymologie, cependant, reste encore à véri- 
fier. On y oppose une autre, tout aussi accep- 
table; celle de L. càlx, chaux, de manière 
que le premier sens de calquer serait trans- 
porter un dessin sur de la chaux fraîche, puis 
le reporter de là sur le papier [décalquer). 

CALUMET ou chalumete&i, cx)mme chalu- 
meau, un dimin. du L. calamus, roseau. 
CALUS, voy. cal. 

CALVAIRE, L. calvarium, traduction du 
mot sémitique golgotha, qui signifie « lieu 
du crâne (L. calvaria) » et qui est le nom de 
la montagne où Jésus fut cnicifié. 

CALVITIE (mot savant), L. calvities (de cal- 
tus, chauve). 

CAMAÏEU, voy. camée. 
CAMAIL, it. camaglio, prov. capmalh; 
c'est pr. la partie de la cotte de mailles 
[malha) qui couvre la tcte [cap). 

CAMARADE, it. camerata, esp. camarada, 
ail. kamerad, angl. comrad, compagnon de 
chambre (L. caméra). La forme de ce mot 
accuse le passage du sens collectif chambrée 
en sens individuel; cp. en àW.fraucnzimmer, 
litt. chambre des femmes, puis l'ensemble des 
femmes habitant une chambre, enfin dame, 
femme ; cp. aussi l'ail, bursch, d'abord «= 
contubernium, puis •=* contubernalis, compa- 
gnon, enfin le piém. mascarade, réunion de 
masques, puis personne masquée. 

fiAMARTT.TiA, diminutif de l'esp. camara, 
chambre. 

CAMARD, dér. de camus (v. c. m.). 
CAMBISTE, de l'it. cambio, change. 
CAMBOUIS, selon Raynouard, du prov. 
camois, boue, souillure, 

CAMBRER, arquer légèrement, du L. ca- 
merare, voûter (de caméra, nufiécpr, voûte). 

CAMBUSE, néerl. kabuys, angl. caboose, 
ail. kabuse; prob. comme cabaret, un dérivé 
du radical cab, d'où cabane, cabine. Le sens 
général de hutte s'est spécialisé en celui de 
cajute, cabine, et de nouveau en celui de cui- 
sine ou dépense de vaisseau. Kiliaen : kom- 
buys, promptuarium navis. 

CAMÉE, camaïeu, it. cam^neo, cameo, 
esp. camafeo. Mots d'origine obscure. On 
trouve dans le latin du moyen âge les formes 
suivantes : camahutus = sardonyx, camaho- 
tus,camahelus, camasil,camaeus, camaynus, 
camayx; en fr. camaheu, camahieu, cama- 
hier, camayeu. On s'est épuisé en conjectures, 
dont nous ne relèverons que les principales, 
puisque aucune ne présente un cachet de pro- 
babilité. Mahn, qui les a toutes soumises à sa 
critique éclairée, présente la solution suivante 
de ce problème étymologique : Camma ou 
cama est au moyen âge le représentant du 
mot classique gemma (vfr. game, vha. 



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CAM 



— 84 — 



CAM 



kimma); de là camceus, it. cameo, fr. ca- 
mée. Quant à la forme camahotus (d'où les 
mots fr. camaheu*, puis camayeu, camaïeu, 
se sont aussi régulièrement produits que vœu 
de votum, neveu de nepotem), il y voit une 
altération de camœus altus (aUiis =s vfr. 
hault, prov. aut). Le camaïeu exprimerait 
.donc étymologiquement une « gemme en haut 
relief w . Diez objecte que l'initiale ff changée 
en c, ainsi que la dérivation par œus, sont 
contraires au génie roman ; camaheu lui parait 
plutôt avoir donné naissance au BL. cama^ 
hotus qu'en être issu. Il propose, très dubi- 
tativement, un mot roman commatulum 
(dimin. de gr. ïtàfx/Aot, ciselure, empreinte), 
d'où camaïeu se serait produit comme vieu^ 
de vetuhts ; pour ca substitué à, co, il allègue 
calessa, calandre, canapé, p. colessa, calan- 
dre, canopé. — Littré enfin, négligeant l'exa- 
men de la terminaison des mots français, part 
du gr. /â/Aviiv, travailler, d'où le bas-grec 
xûfjL^Tov, travail, œuvre, xa/AsIov, ateher, etc. 
Cette étymologie me sourit assez : cama- 
tum, œuvre d'art ou pierre travaillée, peut 
donner camé, le fém. camata, camée; du 
dimin. camatellum, d'autre part, peuvent 
s'être produits caméel, cameiel, camaïeu, etc., 
car j'admets avec Diez que les formes bas- 
latines ne font que reproduire les diverses 
formes françaises. L'esp. camafeoest fondé sur 
camaheu {f^p. h, comme d'ordinaire). 

CAMÉLÉON, du gr. xar^atiîwv (litt. lion ter- 
restre). 

CABfELLIA, du P. CameUi, qui a introduit 
la plante en Europe. 

CAMELOT, angl. camiet, étoffe grossière 
en poil de chameau, du L. camelus; de là 
aussi, en terme de relieur et d'imprimeur, 
camelote, ouvrage mal fait, sans valeur. — 
D'après un article du Journal officiel du 
12 mai 1874, de l'arabe seilel kernel, qui est 
le nom de la chèvre angora (Littré, suppl.). 

CAMELOTE, voy. camelot. 

CAMÉRIER, L. camerariu^, officier de la 
chambre [camera)\ cimériste, it. camerista, 
dame de chambre ; camerungue, it. camer- 
lingo, vient de l'ail, kâmmerling, formé de 
kammer, chambre; voy. chambellan. 

CAMION, 1. chariot; 2. épingle; etc. Ety- 
mologie inconnue. — D. camionner. 

CAMISABE, it. incamiciata, esp. encami- 
sada, attaque faite de nuit, l'armure couverte 
d'une chemise, L. camisia. — De là aussi le 
nom des Camisards. 

CAMISOLE, de l'it. camiciuola, dér. de 
camicia = fr. chemise, 

CAMOMILLE, anc. aussi camamille, ail. 
kamille, du L. chamœmelum{r.xijLxifir)y^ov, litt. 
humile malum). On trouve cependant déjà 
camomilla chez Plinius Valerianus, médecin 
du IV® siècle. 

CAMOUFLET, d'après l'opinion reçue, du 
L. calamo flatus, soufflé avec un chalumeau. 
On trouve, en effet, à l'appui de cette explica- 
tion, la forme chaumouflet. L'expression 
chaud mouflet = grand soufflet, que Ton 
trouve dans un mystère du xv® siècle, pourrait 



bien n*être qu'une interprétation arbitraire 
du mot. Grandgagnage est d'avis que le mot 
est tiré par transposition de l'équivalent wal- 
lon cafouma, qu'il fait dériver d'un verbe 
cafoumer, noircir de fumée. 

CAMP, L. campus. Ce vocable latin a pris 
au moyen âge l'acception de castra, c.-à-d de 
terrain occupé par une armée. Nous prenons 
occasion de traiter en une fois les principaux 
mots français de la famille latine campus. Ce 
primitif s'est francisé et conservé sous deux 
formes. 1. champ. 2. camp. A l'acception 
classique de campus se rapportent, outre 
champ, les mots suivants : 

CAMPAGNE, étendue de pays plat et décou- 
vert, paysage, BL. campania (comme nom 
propre Champagne). 

CHAMPÊTRE, L. campcstris. 

CHAMPIGNON, agaricus campestris, it. cam- 
pignuolo. 

CHAMPART, du BL. campî pars et campars, 
portion de champ. 

A la signification « lieu ou théâtre d'une 
action miUtaire », signification particulière à 
la forme camp, se rapportent : 

CAMPAGNE, dans ses diverses acceptions mi- 
litaires. 

CAMPER, d'où décamper, lever le camp. 

CHAMPION, voy. ce mot. 

CAMPAGNE, yoy. camp. — D. campagnard; 
campagnol, rat des champs. 

CAMP ANE, de l'it. ,esp. ,cat. ,prov.campana, 
cloche (quelques dialectes français ont aussi 
le mot campana pour cloche, p. e. Limousin 
campano, Berry campaine). Le nom de cam- 
pana donné à la cloche provient, dit-on, de 
ce que les cloches d'église ont été introduites 
en premier lieu dans la Campagne romaine. 
— D'autres, comme Littré, se fondant sur ce 
que la première mention de campana est dans 
Isidore avec le sens de plateau de balance 
(avec la note que la campane est un genre de 
balance inventé en Campanie), pensent que le 
sens de cloche est déduit de celui de plateau 
creux. — D. campanile ou -ille, clocher; cam- 
panule, plante à fleurs en forme de clochettes. 

CAMPÊCHE, de la baie de ce nom au 
Mexique. 

CAMPER, voy. camp. — D. campement. 

CAMPHRE, BL. camphora, formé de 
l'arabe kafor, avec insertion de n ou m ; it. 
canfora, cafora, esp. canfora et alcanfor, — 
D. camphrer, camphrier. 

CAMPOS. mot latin, tiré de la locution 
campas habere, litt. avoir les champs, fig. 
avoir congé. Les champs sont ici mis en oppo- 
sition avec les quatre murs de l'école ; cp. la 
locution « prendre la clef des champs »», se 
rendre libre. 

1 . CAMUS, qui a le nez court et plat, prov. 
camus (fém. -usa), it. camuso, oamoscio; 
d'origine fort problématique; les langues 
romanes n'ont pas de suffixe us qui puisse 
autoriser à dériver camus du cymr. cam, 
courbé, tortu. — Le latin présente le mot 
cdmurv^ avec le sens de recourbé ; mais la 
transformation de r en s est non seulement 



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CAN 



— 8S 



CAN 



un phénomène qui ne se présente que tard en 
français, et qui est inconnu en it. et en 
prov., mais la différence de l'accent s'y oppose 
également. — D'autres ont pensé à chamois^ 
it. camosciOy esp. camu^ia, le chamois étant 
camus. — Diez, à cause de l'it. camoscio, se 
prononce pour le vfr. camoissié, contusionné, 
meurtri. — D'après Brinkmann (Metapheru, 
p. 263), le mot roman camuso est composé 
de canis + muso (cp. caçot) et signifie donc 
pr. « qui a un museau de chien ». — En 
somme, l'étymologie reste encore à fixer. En 
attendant, j'avancerai une modeste conjecture : 
si camuriis fait difficulté, il n'en serait pas de 
même pour camitstis ou camusius; or, cette 
forme peut être supposée avoir existé dans la 
langue rustique, d'après l'analogie de asetia, 
osa, hausio, qiiaeso, etc., formes concur- 
rentes de arena, ara, haurio, qiicero, etc. — 
Pour la forme camard, il faut admettre une 
modification arbitraire de la terminaison tts 
en ard, 

2. CAMUS; embarrassé, confus, prov. 
camus, gamus, niais, sot. Peut-être est-ce le 
même mot que le précédent, dans un sens 
figuré; cp. le sens figuré qu'ont pris les mots 
aplati, écrasé ; ou bien serait-ce un mot venu 
du nord et composé du préfixe ca (voy. cajoler) 
et du radical mu^ de muser (avoir la bouche 
béante)? 

OANAILLE, it. canofflia, esp. canalla^ du 
L. canis ^ chien, donc propr. race de chien. 
Anciennement on disait chienaille. — D. enca- 
naiUer. 

CANAL. L. canalxs (rad. canna) \ le même 
vocable latin a donné aussi chenal et chêneau. 
L'anglais a trois formes diverses se rattachant 
au L. canahs, savoir channel, kennel et canal, 
— D. canaliser, 

GANAMELLE, du BL. cannametla^ canne à 
miel, c.-à-d. à sucre. 

CANAPÉ, it. canopè, angl. canopy, du L. 
conopeum (xwvûiTffïov), rideau destiné à ga- 
rantir des cousins; ce mot désignait d'abord 
un lit de repos pourvu d'un rideau de ce 
genre ; cfr. le mot bureau^ qui signifie d'abord 
une étoffe, puis une table garnie de cette 
étoffe. 

CANAPSA, du ni. knapsak, ail. knappsack, 
petit sac à provisions (de hnappen^ manger, 
grignoter). 

CANARD, dérivé de ca?ie. — D. canarder, 
faire feu d'un lieu où l'on est à couvert, 
d'après la manière dont on tire le canard au 
marais. 

CANARI, serin des îles Canaries. 

CANASSB, CANASTRB, caisse, boite, esp. 
canasto, canastro, du gr. /.àvacar/jov, L. cani- 
strum, corbeille. 

CANCAN, pr. bavardage, est, semble-t-il, 
le subst. verbal de cancaner^ et celui-ci tiré, 
par onomatopée, du cri du canard, comme le 
synonyme caqueter de celui de la poule ; l'éty- 
mologie tirée du L. quamquam, à cause de 
la querelle des écoles sur la prononciation de 
ce mot, est de pure fantaisie. Certainement, le 
mot peut s'être formé ou du moins soutenu 



sous l'influence d'un vieux mot très ancien 
dont le sens est voisin de cancan et qui, par sa 
facture, non élucidée encore, n'en est pas 
éloigné : c'est caquehan, taquehan, tanquehan 
qui s'est dit d'une assemblée tumultueuse, où 
l'on cabale, conspire, diffame, et dont on peut 
trouver de nombreux exemples dans Godefroy 
et dans Ch. Nisard (Curiosités de l'étym. fr., 
p. 180). — Comment expliquer l'acception 
moderne de catwan, « danse effrénée, désor- 
donnée w ? Y aurait-il là aussi un souvenir du 
dérèglement qui régnait dans les assemblées 
dites caquehan f 

CANCfiL, du L. cancelluSy barreau, treillis, 
espace entouré de barrières. 

CANCEIiliER, du L. cancellarc, bàtonner 
un écrit, l'effacer en forme de treillis (can- 
ceUus). 

CANCER est le mot latin cancer:, outre cette 
forme latine, la langue française a, du même 
primitif, fait cancre^ dans le sens propre 
d'écrevisse, et chancre^ dans un sens médical 
ou métaphorique. — D. cancéreux, 

CANCRE, vov. cancer, 

CANDEUR, L. candor, blancheur, pureté. 

CANDÉLABRE (dans VXleuïs.chandelaln-e), 
L. candelabrum (candela). 

CANDI (sucre), it. catuiito ou candi, esp. 
cande, ail. katidies, est généralement rap- 
porté à la famille camlere, être blanc. Mahn a 
démontré la fausseté de cette étymologie tra- 
ditionnelle, que cependant la couleur seule du 
sucre dit candi rendait suspecte. Candi vient 
directement de l'arabe qatui, mel arundinis 
sacchariferae concretum i. e. saccharum candi 
(Freytag), mais ce mot arabe, de son côté, est 
d'origine persane et identique avec l'indien 
khanda, morceau, puis sucre en morceaux, 
cristallisé (rac. khad, fendre, rompre). — D. 
verbe candir. 

CANDIDAT, L. catulidatus, vêtu de blanc 
Les brigueui*s de dignités à Rome étaient 
habillés de blanc. 

CANDIDE, L. candidus, blanc, fig. inno 
cent, sincère. 

CANDIR, voy. candi. 

CANE a signifié d'abord bateau, de là canot 
(cp. BL. canardus, sorte de bateau); puis on 
a transféré le mot à l'oiseau nageur par excel- 
lence, la cane. Le mot vient du ni. kaan, ail. 
AaA/^ barquette. L'ancienne langue avait ane, 
du L. anas, canard. On y trouve aussi quenne 
opposé à mallarty malarl, et ceci me suggère 
la pensée que comme mallart (p. maslart) 
vient de masle, mâle, quenne pourrait être 
le quinna, quân, quenne, etc. des langues 
germaniques,qui signifie femelle, femme; or, 
ca7i«?,ca>;;M peut fort bien n'être qu'une forme 
variée de quenne (cp. benne et banne). Dans 
cette hypothèse, l'étymologie tirée du néer- 
landais' tomberait à néant. — D. canette, 
caneton, canefer, catiard; vfr. ca7iot, canard. 

CANEPETIÉRE, outarde naine (primitive- 
ment écrit en deux mots). Le sens de l'ac^ectif 
petière reste obscur. — En Normandie, cane- 
petière est une canne creuse dont les enfants 
se sen'ent pour lancer bniyamment des balles 



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CAN 



— 86 



CAP 



de filasse; c'esfc un tout autre mot, qui veut 
dire « canne bruyante n. Voy. Darmesteter, 
Forin. des mots comp., p. 29. 

1 . CANETTI, petite cruche, de Fall. kanne, 
pot, cruche. Le même primitif a donné caTion^ 
mesure de liquide. Le simple canne était 
d'usage dans le nord de la France : « Tant va 
la canne à Tiauve qu'en le fin est brisians. n 

2. OANETTE, dimin. de cane. — D. caneton, 
CANEVAS (angl. canvass), it. canaimccio, 

prov. canabas, toile grossière. Ces mots sont 
dérivés, par le suffixe aceus, fr. as, du L. 
cannabis (xàwaSi;), qui lui-même s'est con- 
servé sous les formes it. canapé esp. canamo, 
prov. canebe, cambre, fr. chanvre, 

CANEZOU ; étymologie inconnue. Peut-être 
le même mot que prov. camjil, pannus lini 
subtilissimi. 

CANGRÉNB, voy. gangrètte. 

CANI, t. de marine, bois qui commence à se 
pourrir, du verbe canir' =■ L. canescere, 
blanchir, vieillir. 

CANICHE, soit du L. ca7ns, chien, ou du fr. 
cane^ canard, à cause du goût que ce chien a 
pour l'eau. 

CANICULE, L.caiw'cM7a(canis); caniculaire, 
L. canicularis. 

CANIF, du nord, knifr, ags. cnîf, angl. 
knife, = ail. kneip, kneif. — Dér. ganivet, 
vfr. aiivet, prov. canivat. 

CANIN, L. caninus (adj. de canis), 

CANIVEAU, pierre creusée dans le milieu 
pour l'écoulement des eaux. D'après Bugge. 
= lat. colliquiaJis, dér. de coUiciœ ou coUi- 
quiœ, gouttières (cp. dans Caton colUciaris 
tegula, qui signifie la même chose que notre 
caniveau). Cette explication est aus.si ingé- 
nieuse que plausible. Coliveï, conivel, canitcl 
constituent un enchaînement de formes par- 
faitement correct. 

CANNE, L. canna, roseau, jonc, tuyau. — 
D. cannelle, pr. petit tuyau; canneler^ pr. 
faire des creux ; camiette ou cannelle, robinet ; 
cannetille (v. c. m.), canule, L. cannula; ca- 
non (v. c. m.), pr. tube. 

CANNELER, voy. canne. — D. cannelure. 

CANNELLE, voyez canne. — D. camielas, 
cannellicr. 

CANNETILLE, do l'esp. cahutillo, it. cana- 
tiglia^ dér. du L. canna, tuyau. 

CANNIBALE, du nom d'un peuple aborigène 
des Indes occidentales; cp. esp. caribe (Ca- 
raïbe), m. s II se peut que l'esp. Canibal so\t 
une variété de Caribal, et que les deux mots 
Caraïbes et Cannibales n'en fassent qu'un. 

1. CANON, ït.cannone, prov. canon, angl. 
canno)f, 1. tube cylindrique; 2. pièce d artil- 
lerie; dér. de canne, roseau, tuyau. Les Ita- 
liens emploient encore le primitif dans ca7ina 
d*archibuso, canon de fusil. — D. canonncr, 
canonnade, canonnier, -ière. 

2. CANON, règle ecclésiastique, du L. canon 
(xavwv), règle. — D. canon, adj. dans droit 
canon, d'où vanoniste (en angl. canon, subst. 
= chanoine); canonki», chanoine; canonialis, 
cano^im/ ; canonicus, canonique; canonicatus, 



canonicat (vfr. canongé):, canonicitas, cano- 
nicité; canonizare, canoniser. 

3. CANON, mesure de liquide, voyez ca- 
neUe 1. 

CANOT, voy. cane. Les mots esp. et it. ca- 

noa, angl. canoë, sont tirés de canàoa de la 

langue des Caraïbes. Canot est-il, ou non, in- 

• dépendant de ces formes? C'est difficile à 

décider. — D. canotier, 

CANTABILE, mot italien, sign. chantable. 

CANTAL, fromage du mont Ckintal en 
Auvergne. 

CANTALOUP, sorte de melon, de Canta- 
luppo, maison de campagne des papes, près 
de Rome, d'où est venu ce melon. 

CANTATE, de l'it. cantata (= fr. chantée}; 
dimin. cantatille. 

CANTATRICE, it. cantatrice, L. cantatrix, 
chanteuse. 

CANTHARIDE, L. cantharis, -idis (xav^xpi,-). 

CANTILÉNE, L. cantilam. 

CANTINE, it., esp. cantina, angl. ca)iteen. 
Selon Diez, dérivé du vfr. cant, it. esp. canto, 
qui signifie coin (voy. s. canton); cantine 
serait donc un « coin «. où l'on donne à boire 
et à manger (cfr. le néerl. winhel = coin et 
boutique); d'autres, avec bien peu de vraisem- 
blance, y voient une contraction de canovettina, 
dimin. de canova, mot it. signifiant cave. Enfin, 
Tardieu y reconnaît le L. quintana, petite 
place dans les camps romains où se tenaient 
les vivandières et où les soldats vendaient leur 
butin. On trouve, en eflet, dans Ducange, 
quintana avec la valeur de bannum vini ou 
banvin. Cantina serait ainsi produit par l'in- 
termédiaire d'une forme quinti7ia, d'où quen- 
tine, quantine, cantine; les mots esp. et it. 
sont peut-être de provenance française. — D. 
cantinier, -ère. 

CANTIQUE, L. canticum. 

CANTON, it. cantone, esp. prov. capiton, pr. 
coin de terre, portion de pays; dérivé du mot 
roman can^o, vfr. ca)it, coin, côté, mentionné 
sous cantine. Quant à ce primitif, on le rap- 
porte tantôt au L. canthus, cercle de fer au- 
tour d'une roue (qui est le gr. xav&o«, coin de 
l'oeil et cercle de roue), tantôt au cymr. cant, 
clôture, cercle, bande de roue, bord ; ou au 
v. frison haed, nord, kantr, ail. kante, côté 
aigu, bord. Il serait difficile d'établir duquel 
des trois il faut déduire le mot roman canto, 
côté, coin (en esp. et port., il prend aussi le 
sens de pierre). — D. cantonner; cantonnier, 
homme chargé d'une portion de route; can- 
tonnière, draperie qui couvre une partie d'un 
objet. 

CANTONADE, de l'it. cantonata, m. s., dér. 
de ca)Uone, coin (voy. canton). 

CANULE, petit tuyau, voy. canne. En vfr. 
canole veut dire le canal de la respiration. 

CAOUTCHOUC, de cahuchu, nom indien de 
cette substance. 

CAP, 1 . tête ( « de pied en cap »» ), 2. pro- 
montoire, 3. proue d'un navire. Du L. caput, 
it. capo, prov. cap. La forme ordinaire sous 
laquelle le radical cap, de caput, s'est fran- 
cisé, est chef^ — D. décaper, sortir d'un cap. 



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CAP 



— 87 — 



CAP 



GAPABLK ; c'est le latin capax (de capere, 
saisir, comprendre), dont la terminaison ax a 
été échangée contre la terminaison able. Ce 
mot est formé comme s*il avait jamais existé 
un verbe caper. On trouve capabilis déjà dans 
Cassiani Incam. (=» qui contineri potest), et 
dans Epiphanii Hist. eccl. (= capax). 

GAPàOITÉ, L. capacUas, — D. capacitaire 
(néol.), pourvu de la capacité légale de voter. 

CAPARAÇON, angl. caparison, de l'esp. 
caparajon, augmentatif du BL. caparo, cha- 
peron. 

OAPI, même mot que chape, it* cappa, 
esp., port., prov. capa. Ce mot roman est de 
très-ancienne date et pourrait bien remonter 
à la rustique des Latins. La dérivation de ca- 
put est erronée ; mieux vaut celle de capere 
(Isidore : Capa, quia quasi totum capiat homi- 
nem), cfr., vha. gifayig, habit, de fahan «■ 
capere. Les rejetons principaux de capa, 
dont le sens fondamental est chose qui couvre, 
sont : 

1. It. capello, fr. chapel", chapeau (l'ail, 
emploie le primitif kappe également dans le 
sens de couvre-chef) ; chapel, à son tour, dans 
le sens de couronne [chapel de roses), a donné 
chapelet = rosaire. 

2. It. capella, fr. chapelle. Selon Ducange, 
le mot capelJa, dimin. de capa, et signifiant 
une petite cape ou chape, s'appliquait parti- 
culièrement à la •* chape de S. Martin • et a 
été ensuite affecté au lieu sacré où cette chape 
était conservée : «* in quam (aedem) etiam 
praecipua sanctorum aliorum Ui^xfOL iUata, 
unde ob ejusmodi reliquiarum reverentiam 
aediculae istae,sanctaecapellaeappellantur. n 
C'est ainsi que, par métonymie, capella serait 
devenu synonyme de sacellum. D'autres, reje- 
tant cette étymologie historique, attribuent à 
ce mot le sens premier de couverture, de 
dais surmontant un autel, d'où, par exten- 
sion, se serait produite l'acception « lieu 
séparé dans une église, chapelle « . Il est pas- 
sablement hardi de rapprocher, comme fait 
Chevallet, capella de capseUa, petite châsse. 

3. It. cappotto, esp. capote, fr. capot et 

CAPOTE. 

4. It. cappuccio, fr. capuce, d'où capuchon, 

5. It. capperone, fr. chaperon. 
OAPELINII, dér. du BL. capellus, fr. cha- 
peau. 

CAPBNDU, aussi carpaxdu, altération de 
court'pendu; les pommes ainsi nommées le 
sont à cause do leur courte queue. — Darmes- 
teter, cependant, considère l'initiale ca comme 
le préfixe péjoratif. 

GAPHARNAUM, lieu de désordre, confu- 
sion. Allusion à la ville de Caphamaûm, en 
Palestine, où se faisait un grand trafic et où 
se rencontraient des hommes de nationalités 
très diverses. Mieux vaut invoquer le passage 
de l'Evangile de S. Marc, II, 2, où il est fait 
mention d'un entassement confus de monde. 

GAPILLAIRE, L. capHlaiHs (de capillus, 
cheveu). 

CAPILOTADE, Rabelais calnrotade, esp. ca- 



pirotada, it. capperottato. Étymologie dou- 
teuse ; on a songé à un primitif capo, chapon ; 
d'autres à l'esp capirote, chaperon (« le plat au 
chaperon >•), ou au gr. uritupôi, sec, t*itvoiSix, 
sorte de gâteau. Tout cela ne peut satisfaire, 
n se peut que le mot procède du verbe capu- 
lare, fr. chapeler, 

GAPITAINS, qui est â la tête (caput) d'une 
troupe ; l'anc. langue, comme elle a fait chef 
de caput, a fait chetetaine de capitanus (d'où 
l'angl. chieflain). — La forme vfr. catagne 
renvoie à une forme acyectivale capitaneus. 

CAPITAL, L. capitalis (de caput, tête), 1 . où 
il s'agit de la tête, 2. principal. Comme subst. 
(principal d une dette ; ensemble des produits 
accumulés, biens, richesse), le mot se produit 
dans la langue vulgaire sous la forme cheptel 
(v. c. m.). — D. capitaliser, -iste. 

GAPITAN, forme espagnole de capitaine, 
employée pour rodomont, fanfaron. 

GAPITATION, L. capitatio, impôt par tête 
{caput), 

CAPITEUX, qui porte à la tête (caput). — 
Cette signification est moderne ; BL capitosus, 
it. capitoso signifient entêté, emporté. 

CAPITON, de l'it. capUone, pr. la bourre, le 
plus gros ou le fond de la soie (rac. caput). — 
D. capitonner. 

CAPITULER est un dérivé de capitulum, 
chapitre, division d'un écrit, d'une charte; 
c'est proprement fixer les articles d'une trans- 
action ; le sens actuel du verbe en est déduit. 
— D. capitulation. — Du L. capitulum, qui 
s'est francisé en chapitre (voy. ce mot), sont 
issus : le subst. capitulaire, règlement rédigé 
par chapitres, et l'adj. capitulaire, qui appar- 
tient à un chapitre de chanoines. Le mot capi- 
tule, terme de liturgie, est calqué sur l'origi- 
nal latin. 

CAPON, hypocrite, joueur nisé, poltron, 
n'est qu'une forme variée de chapon ; au moyen 
âge cappus était synonyme de juif (voy. Du- 
cange), « ob circumcisionem », à ce qu'il pa- 
rait. Dans charge caponne (sinécure), caponne 
vient de l'esp. capona en la locution llam ca- 
pona, clef châtrée, o.-à-d. office de chambellan 
sans exercice ni appointement. — D. caponner, 
faire le capon. 

CAPONNIÂRE, de l'esp. caponera, chapon- 
niôre, mue à engraisser les Volailles (de capon, 
chapon). 

CAPORAL, it. caporale, dér. de capo, tête, 
chef. On prétend que le mot corporal, ancienne 
forme de caporal, conservée encore en ail. et 
en angl. et dans plusieurs dialectes français, 
est gâtée de caporal. Le contraire ne serait- 
il pas tout aussi vraisemblable? La termi- 
naison de caporal est suspecte ; or, corporal 
rend parfaitement l'idée de chef d'un corps de 
garde et dérive régulièrement du L. coipus, 
'Oris. — L'explication de Langensiepen : ca- 
poreale, chef royal, n'est pas soutenable. 

1 . CAPOT, CAPOTE, grand manteau, dérivé 
de cape (v.'c. m.). 

2. CAPOT, t. de jeu; selon Littré, du capot 
précédent, pris métaphoriquement, la défaite 
au jeu étant considérée conmie une capote 



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CAQ 



— 88 



CAR 



qu'on jette sur le vaincu. — Uall. a le mot 
caput •» perdu, abimé. Ce terme est-il tiré du 
français, ou le français de capiUf Car il se 
pourrait que des joueurs savants aient rendu 
par le mot latin caput l'expression allemande 
« aufs haupt schlagen », battre complète- 
ment. Ou enfin, en présence du terme ail. 
hapuniercn, faire capot, qui reproduit le fr. 
chaponner, it. caponnare, ne pourrait-on pas 
expliquer capot par châtré, rendu impuis- 
sant? 

CAPOTE, it. capotto, voy. capot 1 . 

CAPRE, vaisseau corsaire ; c'est le néerl. 
haper, dér. du verbe kapen, ravir, voler (-« 
L. capere f), ail. capem, prendre un vaisseau 
en faisant la course. 

A 

CAPRES (Nicot : cappre), it. cappero, L. 
capparis, gr. xàTtitxpii, arabe al-kabar, — D. 
câprier, 

CAPRICE, volonté d'esprit qui vient sans au- 
cune raison, it. capriccio, esp. capricho, dér. 
de capra, chèvre, à cause des bizarreries, 
des mouvements brusques de cet animal. On 
remarque un transfert d'idée semblable dans 
l'it. ticchio «» caprice, dér. du vha. jgihe =« 
capra, et dans fr. verve du L. verveœ, enfin 
dans l'it. nucia (dial. de Côme), chevreau, et 
nuce, caprice. — D. cap^ncieux. 

CAPRICORNE, L. capricornus (capra + 
cornu). 

CAPRISER, sautiller, en parlant du pouls, 
BL. caprizare (de capra, chèvre). 

CAPRON ou CAPBRON. fraise ; selon Gébe- 
lin, de câpre, à cause du goût aigrelet de 
cette fraise ; selon Ménage, le mot vient du 
BL. capero, chaperon, et signifierait propr. 
« petite tête », ou « petit capuchon » . 

CAPSE, forme savante p. caisse. — D. cap- 
sule, L. capsula ; capsulaire. 

CAPTAL, chef, du L. capitdlis, pris dans le 
sens de capitanus. 

CAPTER, L. captare, fréq. de capere. — D. 
captateur, -ation, -atoire. 

CAPTIEUX, L. captiosiis (de capere). 

CAPTIF, it. cattivo, esp. cautivo, du L. cap- 
tivus (capere). — D. captivité, vfr. chaitiveté, 
L. captivitas; captiver, L. captivare. — Le 
latin captivus a fourni aussi au vieux fonds 
français chaitif*, chétif, prov. caitiu, esp. 
cativo, angl. caitiff, esclave. De l'idée captif 
se déduisit naturellement, comme signification 
accessoire, celle de malheureux,- misérable ; 
c'est la seule qui soit restée à la forme chétif; 
voy. notre observation à l'égard du sens figuré 
de chartre, prison. 

CAPTURE, L. captura (capere). — D. cap- 
turer. 

CAPUCE ou capuche, voy. cape. — D. capu- 
chon, d'où encapuchonner ; capucin, d'où 
capucinade; capucine (plante ainsi nommée à 
cause de ses fleurs à forme de capuchon). 

CAPUCHON, voy. capuce. 

CAQUE, voy. l'art, suivant. 

CAQUER (des harengs), du néerl. haaken, 
propr. couper les ouïes [kaecken), puis prépa- 
rer le poisson pour le mettre en caque. — Le 



mot caque =« baril, paraît être indépendant 
du précédent et se rattacher à hak, vieux 
mot néerlandais qui signifie tonne (cfr. angl. 
cag, suéd. hagge); de ce subst. caque vient 
encaquer. 

CAQUBSANGUB, dysenterie, de l'it. caca- 
sangue (litt. chie-sang). 

CAQUET, subst. verbal de caqueter ; celui-ci 
est un mot onomatopée ; cp. gr. X9rx^{scv, ail. 
gachen, gachem, angl. cachle, gaggle, suéd. 
hahla, holl. hakelen. 

CAR, vfr. et prov. quare. Du latin quare, 
c'est pourquoi ; la conjonction car équivaut à 
« voici pourquoi ». La langue ancienne em- 
ployait le mot avec l'impératif pour renforcer 
l'exhortation. — Le ykp des grecs n'a étymo- 
logiquement rien de commun avec notre car. 

CARABIN signifiait anciennement : 1. blé 
sarrasin, 2. cavalier (de là carabine, arme des 
carabins); auj. le mot signifie garçon chirur- 
gien et joueur m<^ticuleux. L'origine du mot 
est incertaine. Selon Diez, carabine aurait 
précédé le masculin caraffin, et ce dernier 
signifierait un caval'er pourvu d'une carabine. 
La forme anc. calai rin, it. calabrino, lui fait 
dériver ces mots du j^rov. caïabre, instrument 
de guerre pour lancer des pierres, lequel mot 
serait transformé du BL. cadabuîa (voy. le 
mot accabler). Les engins de guerre en usage 
avant l'invention de la poudre à canon ont 
prêté leurs noms à ceux qui ont suivi cette 
invention. Pour Ducange aussi, carabin est 
p. calàbrin, mais ce mot signifierait soldat 
de la Calabre, cette sorte de cavalerie étant 
venue de la Calabre. — La signification ac- 
tuelle vient, dit-on, de la formule ** carabin 
de Saint-Côme » (école de chirurgie à Paris). 
Voy. une autre explication historique par un 
terme escarrabi ■* infirmier (trouvé dans des 
actes de Montélimart en 1543 et 1583), dans 
Littré, suppl. 

CARABINE, voy. l'art, préc. — D. carabi- 
nier; verbe carabiner. 

CARACOLE, de l'it. caracollo, mouvement 
en demi-rond que le cavalier fait exécuter à sa 
monture ; ce mot, identique avec Tesp. cara- 
col, et signifiant proprement limaçon, co- 
quille en forme de vis (dans ce sens. Fit. dit 
caragoUo), puis escalier tournant, est d'ordi- 
naire tiré de l'arabe karkara, tourner en 
cercle. Mieux vaut, selon Diez, le rattacher au 
gaél. carach, tordu, tourné. — D. caracoler. 

CARACTÈRE, L. character, du gr. ^ap«xT>i/>, 
empreinte, cachet, donc propr. la marque 
des qualités de qqch., puis ces qualités mêmes. 

— D. caractériser, caractéristique. 
CARAFE, it. caraffa, esp. garrafa, sicil. 

carrabba ; du verbe arabe garafa, puiser. — 
Mohl allègue le persan garabah, bouteille en 
verre à gros ventre, destinée à laisser reposer 
le vin pendant quarante jours (Littré, suppl.). 

— D. carafon. 

CARAMBOLE, esp. carambola, la bille rouge 
au jeu de billard, puis partie qui se joue avec 
cette bille; verbe caramboler, toucher les 
deux billes du jeu avec la sienne. Étymologie 
inconnue. 



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CAR 



89 — 



CAR 



GABAMSL, esp. , it., port, caramelo; d'après 
Littré, de l'arabe hora mochalla, boule douce. 
Étym. peu probable. Je pense que le cara- 
mel tire son nom de sa forme tubulaire et 
vient de L. calaméllus, petit tube; cp. en esp. 
caramillo, prov. caramel, chalumeau. 

GARAPâGE, esp. carapacho; d'origine in- 
connue. Ne serait-ce pas une transposition de 
caparace, d'où caparaçon t le sens du mot s'y 
prêterait parfaitement. L'espagiKil caparazon 
signifie éjfçalement carcasse d'oiseau. Littré 
rapproche le mot du catalan carabassa «= fr. 
calebasse, 

GARA.QUE, it. caracca, esp. carraca^ ni. 
kraecke, ail. karracfte, angl. carach; d'ori- 
gine orientale. De l'arabe qorqour, grand ba- 
teau marchand, plur. qarùqir (Dozy et Defro- 
mery). Quant au mot arabe, Devic le tire du 
malais kourakoura (tortue de mer), korakora 
(grand bateau), que reproduisent port, cora- 
cora^ corocora, esp. caracoa. 

GARAT, it. carato, esp. quilate, anc. port. 
quirate, petit poids; de l'arabe qîrât, lequel, 
lui-même, vient du gr. xi/sànov, pr. petite 
corne, puis la silique, fruit du caroubier, ser- 
vant de poids, latinisé par Isidore en cerates 
« oboli pars média est, siliquam habens unam 
et semis » . 

GARAVANE, mot oriental, arabe kairawan, 
persan kartoan, troupe de personnes voya- 
geant ensemble. — Composé caravansérail, 
maison de caravane. 

GARAVELLB, it. caravella, esp. carahela, 
dim. de carabus, « parva scapha « (Isidore, 
19. 1, 26) = gr. xàp«69;, barque et crabe. 

CARBONADB, vov. l'art, suiv. 

GARBONE, GARBONIQÏÏE, GARBONISER, 
GARBONATE, termes savants, tirés du L. carbo, 
charbon. Les chimistes, avec un suffixe ure, 
ont fait le terme carbure. — Carhonade, de 
l'it. carhonata ou esp. carbonada, grillade sur 
des charbons ; au xvii« siècle on se servait 
encore du mot vraiment français charbonnée. 

GARRONGLE, 1. pierre rouge, rubis; on 
dit aussi carboucle et escarboucle, angl. car- 
buncle, ail. karfunkel; 2. en médecine, fleg- 
mon enflammé ; puis l'ancien nom de la mala- 
die appelée le charbon. Du L. carbunculus 
(litt. petit charbon), qui avait déjà les diverses 
acceptions du français. — La forme carbonille, 
carie du froment, renvoie à un type lat. car- 
bucula. 

GARGABET, caille, et carcaïller, crier 
comme une caille, paraissent tenir au L. 
querqtiedula^ sarcelle. 

GARGAN, prov. carcan, collier, ni. kar- 
kant, ne vient ni du L. carcer, prison, ni du 
gr. xrpxhoi, écrevisse, tenailles, ni de l'ail. 
kragen, collet; c'est, selon Diez, un dérivé du 
vha. querca, nord, qverk, gorge, cou. Cer- 
tains dialectes fr. disent charchant, cher- 
chant. En prov. l'on trouve aussi la forme 
carcol pour collier. — Bugge(Rom.,in, 165, 
tout en admettant l'étymologie de Diez, est 
d'avis que, plus exactement, vfr. carcant 
représente le composé norois querk-band (ju- 
gulaire, mentonnière), d'où ^carquebant, *carc- 



bant et finalement carcant, carcan. Cela mè 
semble hardi ; la terminaison ancienne en ant 
est p. an (cp. a,nc. paysant, faisant); aussi 
le moy. lat. n'a-t-il que carcantis, carcannus 
(ou -iim). Le vfr., d'ailleurs, offre aussi car- 
caille. 

GARGASSE, it. carcassa, esp. carcasa. La 
deuxième partie de ce composé est le mot 
capstis (BL. cassus), poitrine, thorax (en 
dial. de Parme, on dit, pour carcasse, simple- 
ment cassiron); la première parait être le 
mot caro, chair. Le sens primitif serait ainsi 
" caisse à chair «. — Quelle que soit l'origine 
de carcasse, il est étymologiquement distinct 
de carquois. 

GARDE, nervure des feuilles du cardon, 
chardon à foulon, machine à peigner le drap, 
it. cardo, esp. carda; du L. carduus, char- 
don. — D. carder; cardon, espèce d'arti- 
chaut. 

GARDINAL, L. cardinalis (primitif cardo, 
gén. cardinis, gond, pivot), principal, ce sur 
quoi tout roule; do là nom d'une dignité 
ecclésiastique. 

GARDON, mot savant pour chardon. 

GARÊME, it. quaresima, esp. quaresma, 
prov. caresma, contraction du L. quadrage- 
sima, le quarantième jour (avant Pâques); on 
dit de même en gr. mod. TCT^ap^xo^Tv}. 

GARENGE, t. de jurisprudence, L.caroUia; 
decarere, manquer. 

GARÊNE, it. caréna, L. carina. — D. ca- 
réner. 

GARESSER, de l'it. carotzare, dér. de caro 
(L. carus), cher, affectionné. D'après Dochez 
et Bescherelle,du grec xa^'/Jé|îiv(p. /«ra^^î^nv), 
flatter, apaiser; c'est faire de l'érudition en 
pure perte. — D. caresse. 

GARGAISON, subst. dérivé de carguer (v. 
c. m.). 

GARGÏÏER, forme provençale p. charger; 
de là : cargaison, charge. — Carguer les 
voiles, c'est en faire une charge, un paquet. 
— D. cargue, cordage servant à carguer. 

GARIATIDE,gr. (plur.)/a/5wxTi5î5. les jeunes 
filles de Caryee. 

GARIGATURE, de l'it. caricatura, qui est 
un dérivé de caricare, correspondant du fr. 
charger. Cp. l'expression française charge = 
caricature. 

GARIE, mot savant, L. caries. — D. carier ; 
carieuœ. 

GARQiLON, selon Ménage, d'un vocable 
BL. quadrillio, pr. assemblage de quatre 
cloches. — Le vfr. carenon, m. s., vient de quar 
temio, dit Littré ; selon moi, plutôt d'un type 
quadrino. 

CARLIN, it. carlino « Carolinus. Cp. les 
termes : un louis, un napoléon, et sembl. 

1. GARMAONOLE, espèce d'habit ou de 
veste fort en vogue pendant la Révolution. 
D'origine incertaine ; de la ville de Carma- 
gnole en Piémont? ou de l'ancien cramignole, 
sorte de vêtement de tête ? 

2. GARMAGNOLE, chanson et danse révo- 
lutionnaires. Origine inconnue ; chant exécuté 



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CAR 



90 — 



CAR 



par des gens vêtus de la carmagnole ? le chant 
liégeois dit cramignon n'y est-il pour rien? 

OARBOD, coup de dé qui amène les deux 
quatre, anc. carne, du L.qucUemus, coup de 
quatre. 

GARUES, nom des membres de l'ordre du 
mont Carmel, d'où aussi carmélite, religieuse 
du même ordre. 

CARMIN, it. carminio^ ainsi que cramoisi 
(transposé de carmoisi , it. camiesino, cre- 
misiy cremisino, esp carmesi, viennent de 
l'arabe germez, écarlate, adj. qermazi. 

GARNAOE, CARNATION, GARNIER, déri- 
vés do l'anc. carn^ car, ai\j. chair, = L. 
caro, gén. carnis. — Du prov. camaza, 
chair morte : l'adj carnassier et le subst. 
carnassière, gibecière. 

CARNASSIER, voy. l'art, prôc. — En vfr., 
camacier signifiait bourreau. 

CARNAVAL, de l'it. cametale, carnaval e, 
esp. carnaval. Le mot italien est composé, 
dit-on, de came, chair, viande, et du subst. 
vale, adieux, et signifie les adieux faits à la 
viande (cp. les expressions analogues BL. 
camiprivium, privation de chair, et l'esp. 
camestohnxdas, retranchement de viandes). 
Cette étymologie, toutefois, n'est que spécieuse. 
Il faut savoir que le type primitif est le BL. 
çamelevamen (carnis levamen), d'où carnele- 
vcUe, plus tard étranglé en carnevale. C'est 
donc pr. soulagement de la chair, plaisir per- 
mis la veille du carême, cp. les autres termes 
employés pour la même idée : BL. carnica- 
pium, it. camelascia (camem laxare), d'où, 
par corruption, camasciale, 

CARNE, angle saillant, du L. cardinem, 
gond (cp. charnière). 

CARNEAU, CARNELER, voy. sous cran. 

CARNET est p. caernet, dim. de caer, cahier 
(lat. quatemum, voy. sous cahier), donc un 
petit cahier. D'autre part, la forme prov. 
cazern a fourni au français le terme maritime 
casernet, cahier de bord. 

CARNIVORE, L. camivoTnis, composé de 
caro, gén. carnis, chair, et vorare, manger. 

CAR06NE, t. d'ii\jure, variante de cha- 
rogne, 

CARONABE, espèce do canon, du nom pr. 
Carron, propriétaire de forges considérables 
en Ecosse. 

CARONCULE, L. caruncula, petite chair. 

CAROTIDE, gr. plur. ^%pii-niu, m. s. 

CAROTTE, du L. carota ^Apicius). — D. 
carotter; sur le sens figuré de ces mots, voy. 
Uttré. 

CAROUBE, de l'it. camibo, esp. garrobo, 
algarrobo, de l'arabe charrub, m. sign. — 
D. caroubier. 

CAROUGE, variante de caroube, et répon- 
dant aux formes it. carrubbio, esp. garrubia. 

1. CARPE, poisson, BL. carpa, prov. es- 
carpa, it. carpione; du vha. charpho, ail. 
mod. karpfen, angl. carp. L'affinité des mots 
germaniques avec le grec xu7r/9Îvoi, L. cypri- 
nus, doit être contestée. — D. carpeau, car- 
pillon. 



2. CARPE, t. d'anatomie, poignet, du grec 
xypnô;, m. s. 

CARPETTE, gros drap rayé, etc., angl. 
carpet, vfr. carpite, BL. etit. carpita; du L. 
carpere, détirer de la laine (voj, charpie). 

OARQUOIS, vfr. carquais, it. carcasso, esp. 
carcax; l'étymologie la plus plausible est L. 
carchesium, coupe à anses, hune d'un vais- 
seau ; il peut y avoir eu confusion idéologique 
entre rarcasse et carqnois. On est en droit 
aussi d'expliquer carquais ou carquois par 
l'ancienne forme tarquais, qui vient du per- 
.san torhach (d'où l'arabe tarkach, l'it. tur- 
casso, et bas-grec T^/»>ti«ov), étui à fiôches; le 
changement de ^ en A peut encore être l'efiet 
d'une assimilation avec carcasse; nous avons 
vu une permutation analogue, à propos de 
cancan, entre les mots vîv.caquehan et toque- 
han. Caroline Michaelis ne doute pas de 
l'étymon xa/5x^«9v. mais elle sépare le mot de 
vfr. tarquais, qui est, d'après elle, le turc 
terkasch, persan tarhasch - pharotra »» ; vfr. 
turcois serait une altération de tarcais par 
assimilation à turc (Jahrbuch, XIII, 313). — 
De son côté, Fôrster (Grôber Ztschr.. I, 156) 
expose comme quoi l'ancienne littérature 
française ne présente ni carquois ni carquais ; 
les seules formes authentiques sont turcais 
(moy. lat. tu7vasia, it. turcasso) et tarcais. 

CARRE, angle, carrure, subst. verb. de 
carrer. 

CARRÉ, CARRER, voy. cadre. — D. car- 
rure; cps. contrecarrer (v. c. m.) 

CARREAU, vfr. quarrel, it. quadrello, du 
BL. quadrellum, petit cadre. — D. carreler, 
décan^eler; carrelet, poisson ayant des taches 
en carreaux. 

CARREFOUR, prov. carreforc, représente 
un mot latin quadrifurcum, litt. à quatre 
fourches. 

CARRICK. mot anglais. 

1 . CARRIÈRE, BL. quadraria, lieu où l'on 
extrait des pierres de taille (en ail. quader, 
pierre équarrie) ; voy. sous cadre. — Le type 
masc. quoulrarius a produit fr. carrier, ou- 
vrier qui extrait des quadros lapides. 

2. CARRIÈRE, lieu do course, puis étendue ' 
de la course à fournir, it. carriera, esp. car- 
rera, prov. carriera (nie), angl. career; dér. 
do carrus, char ; donc propr. voie d'un char, 
route carrossable; l'ancienne langue disait 
aussi charrier e et quarrière. 

CARRIOLE, de l'it. carriuola, dimin. do 
carro, fr. char. 

CARROSSE, de l'it. carrozza ou plutôt du 
masc. carroccio, dér. de carro, char. — D. 
carrossier, carrossable. 

CARROUSEL, it. carosello, garosello. Ce 
mot a-t-il du rapport avec carrus, char? Ou 
carr représente-t-il le quadr de quadrille? 
Nous ne pensons pas ni l'un ni l'autre, et nous 
y voyons plutôt un diminutif de carrousse 
(v. c. m.). 

CARROUSSE, grand régal, fête, partie de 
boire, angl. carouse, vfr. carrous, v. esp 
carauz; étymologie douteuse; nous ne sau- 
rions accepter l'ail, garaus trinhen, boire 



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CAS 



— 91 



CAS 



jusqu'à bout, que s'il était démontré qne le 
mot n'est en effet qu'un terme de caserne in- 
troduit par la soldatesque allemande. 

GÀRTilBLB, portefeuille d'écoliers; cp. 
les mots wallon cartabel, it. scartabello, esp. 
cartapeJ, composé de charta et pellis, Voy. 
Caix. Studi, n» 520. 

GARTATSR, selon Littré, de quatre (mieux 
vaudrait de quart) ; « cartayer, c'est couper en 
quelque sorte la route en quatre, c'est tracer 
une quadruple voie, les deux ornières et les 
deux voies des roues ». N'était cette définition, 
j'aurais interprété notre mot par carettc (char- 
rette, angl. cart) ~\- suffixe icare; cp. l'it. 
carreggiare, conduire un char, de carro, 
char. 

CARTE, variété savante de charte, du L. 
charta («^âpr^jj). — Dérivés : cartel, -on, 
-oiiche, 'ie7\ — Je ne puis adhérer à l'opinion 
qui voit dans carte le L. qitarta au sens de 
quart de feuille de papier; fr. quarte et BL. 
quarta sont des modifications orthographiques 
introduites sous l'influence de quartiis. 

CARTEL, de l'it. cartelîo, esp. cartel, petite 
carte, affiche, puis, spécialement, provocation 
en duel par écrit. 

OARTILAGB, L. cartilago, -inis, — D. car- 
tilagineux, 

CARTON, de l'it. cartone, augmentatif de 
carta, — D. cartonner, cartonnier, 

CARTOUCHE, de l'it. cartoccio, cornet de 
papier, gargousse (dér. de carta). 

CARTULAIRE, recueil de cartules (L. char- 
tulœ), actes, titres. Le mot fait double emploi 
avec chartrier. 

CARUS, t. de médecine, du gr. T^&poç, som- 
meil profond. 

CARVI, it., esp. carvi. Directement de 
l'arabe karaioia ou kartoia, formé à son 
tour d'une forme grecque hypothétique xatpu^x 
ou x7/9jufa, dérivée de xàp«v, xicptov, lat. ca- 
rum, careum (Devic). — Voy. aussi chervis. 

1. CAS, du L. casus, chute, événement, 
désinence (de cadere, tomber). 

2. CAS, adj., fém. casse, cassé, du L. quas- 
sus, brisé. 

CASANIER, attaché à la maison, représente 
un type latin casanarius, du BL. casana, 
forme dérivative de casa, maison. — L'it. 
emploie dans le même sens casalingo. 

CASAQUE, it. casacca, esp. casaca, angl. 
cassock, dér. de casa, case; pour le rapport 
d'idées, cfr. le BL. casula, qui signifie à la 
fois petite case et vêtement ; l'idée d'abri, de 
protection, relie les deux acceptions. Ainsi, de 
la même racine cap nous voyons procéder 
capanna, fr. cabane, et cape^ chape, chapeau, 
etc. Quant à la terminaison acca, cfr. it. 
gxmmacca, espèce de pardessus. — D'autres 
tiennent le mot pour slave et identique avec 
cosaque, — D. casaquin. 

CASCADE, de l'it. cascata, dér. de cascare, 
tomber, verbe italien qu'il faut rattacher à 
une forme antérieure casicare, issue à son 
tour du L. cadere, par le supin casum. — 
D. it. cascatella, fr. cascatelle 



CASE, maison, loge, compartiment, L. casa, 
hutte, maison. C'est casa aussi qui a fourni 
la prép. fr. chez (v. c. m.). — D. caser, pour- 
voir d'une place, établir; cahier, bureau 
garni de cases ; voy. aussi caserne. 

CASÉEUX, CASÉUM, t. de chimie, dér. du 
L. caseus, fromage. 

CASSMATE,de l'it. casamatta ou esp., port. 
casamata, dont Tétymologie est douteuse. On 
a décomposé le mot par casa-matta, et l'on a 
prêté à cette expression matto tantôt le sens 
de caché, borgne, tantôt celui de pseudo, 
faux, ou de sombre ; enfin, on a expliqué le 
mot par • maison {casa) de la tuerie (nuita) « , 
expression analogue à l'ail. mordkeUer, case- 
mate, litt. caveau de meurtre^. Ménage avait 
songé au gr. yà^/ta, fosse, caverne (plur. 
xàtfATCT»); étymologie inacceptable, bien que 
Rabelais ait employé la forme chasmate. Ci- 
tons encore une conjecture de Devic, qui se 
demande si le mot italien n'a pas été créé sous . 
l'influence de l'ar. qasaba, forteresse. 

CASER, voy. case. 

CASERNE, it. caserma, esp., port, caserna, 
dérivé de casa, maison, par le suffixe émus, 
comme caverne de cave, Diez, patron de cette 
étymologie, dans sa dernière éd., ne se rallie 
pas à l'opinion de Mahn, qui, à cause de l'it. 
caserma, walaque çesarme, anc. ail. casarm, 
avait proposé avec quelque doute casa d*arme, 
maison d'armes. — Dans Furetièro, on lit : 
« Casernes, ce sont de petites chambres bâties 
sur le rempart des villes de guerre pour loger 
les soldats de la garnison ; on y loge ordinai- 
rement six soldats qui montent la garde alt-er- 
nativement. » En supposant qu'on y ait pri- 
mitivement logé quatre soldats, G. Paris pose 
pour étymon prov. cazerna (qu'il déduit du 
verbe d^scazernar, expulser, déloger) = lat. 
quatema. Ce serait donc propr. une escouade 
de quatre hommes. — D. caserner, 

CASBRNET, cahier de bord, voy. carnet. 

CASIMIR, angl. cassimer, variante de 
cache>ni7^e. 

CASINO, mot. ital., dér. de casa, maison. 

CASOAR, oiseau, esp. casobar, angl. casso- 
wary, du malais ca^suwaris. 

CASQUE, it. et esp. casco. Le mot est assez 
récent en fr. et a supplanté l'anc. heaume. 
Ménage le rattache au L. cassis, par l'inter- 
médiaire cassicus, mais Diez observe que le 
suffixe ic no produit en roman que des subst. 
féminins. En espagnol, casce signifie en outre 
têt, tesson (pr. chose brisée, car le mot vient 
de cascar = quassicare), puis crâne, coque de 
navire, etc. La comparaison des diverses 
significations du mot latin testa (d'où fr. tét, 
tesson, tête) autorise à voir dans casco, signi- 
fiant casque, le môme mot que casco, chose 
brisée. Les significations s'enchaînent ainsi : 
débris, tesson, têt, armure de tête. — D. 
casquette. 

CASSADE, de l'it. cacciata, cassade au 
brelan, de cacciare, chasser, pousser. « Cas- 
sade s'est dit d'abord au brelan, puis pour 
toute espèce de feinte, de bourde • (Littré). 
Voy. casser. 



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CAT 



— 92 — 



CAT 



1. CASSE, t. d'imprimerie, caisse à com- 
partiments, voy. caisse, — D. casseau, cas- 
setin. 

2. OASSE, fniit du cassier, BL. cassia, 
casia, angl. cassia, ail. cassie, du gr. xx99lx, 
%x9lx, — D. cassier, 

3. CASSE, poêle à queue, lèchefrite, it. 
cajtzay cat. cassa; du vha. chejsi, kezi^ v. 
nord, hati, vase à cuire, d'où l'ail, kessel, 
flam. ketel. — D. it. cazjxuola, esp. caauda, 
et fr. casserole (it. casserola)\ pour l'insertion 
de er, cfr. mouch-er-olle, mus-er-olle, etc. 

4. CASSE, subst. verbal de casser, 
CASSER, briser, angl. quash, du L. quas- 

sare, briser, dér. de quassus^ participe de 
quatere. Le partie, qwissus s'est conservé 
dans le prov. quass et le fr. cas = brisé. — 
D. casse, action de casser; cassement; cas- 
sure; d'un composé conquassare on a fait 
concasser, — Dans le sens « annuler « , casser 
vient du L. cassare, dér. de cassus (vfr. quas, 
prov. cass, it., esp. ca55o), vide, vain, inutile. 
De là le subst. cassation. 

CASSEROLE, voj. casse 3. Quelques dia- 
lectes disent castrole ; l'allemand en a tiré son 
koMrol. 

CASSETTE, voy. caisse. 

CASSIER, arbre, voy. casse 2. 

CASSINE, dérivé de la forme BL. cassa p. 
casa. 

CASSIS, groseillier dit ribes nigrum ; éty- 
mologie inconnue. 

CA3S0LLE, autre forme pour casserole, it. 
cazzuola, voy. casse 3. — De là cassolette. 

CASSON = caisson; cette dénomination 
vient de ce que le sucre casson se met dans 
des caissons. — D. cassonade (port, casso- 
nada). 

CASSONADE, voy. casson, 

CASTAGNETTES, de l'esp. castahetas, dér. 
de castana, châtaigne, à cause de la ressem- 
blance des castagnettes avec les châtaignes. 

CASTE, esp., port, casta^ race, pr. quelque 
chose de pur, non mélangé. Du L. castus, 
pur. 

CASTEL, angl. castle, du L. castellum, 
dim. àe caslmm. Castel est la forme savante 
de chastel\ château (v. c. m.). 

CASTDjLE, petite querelle, subst. verbal de 
se castiller. Autrefois la castille désignait une 
espèce de joute, et tire son nom de l'esp. 
castillOy château, parce que dans ces joutes on 
attaquait des simulacres de châteaux, de 
tours, etc. 

CASTOR, vfr. castoire, L. castor (/.àjTw/a). 
— D. castoreum, mot latin ; castorine. 

CASTRAT, de l'it. castrato = L. castraius, 
fr. châtré. — Castration, L. castratio. 

CASUEL, CASUISTE, mots savants, dérivés 
de casus, cas. 

CATACHRÊSE, du gr. nxrôcYP^i'jii, abus. 

CATACLYSME, du gr. x«Tax>uï/*(/ç, inonda- 
tion, déluge. 

CATACOMBES, d'après Diez, composé de 
catar, — verbe roman qui signifie voir et que 
l'on retrouve dans les compositions catafalque, 
et it. cataletto, lit de parade — et de tomba, 



tombe. Catacombe serait une altération de 
catatombe (forme que l'on rencontre parfois) 
et signifierait « tombe exposée à la vue des 
fidèles ». On peut cependant aussi prendre 
l'élément combe pour l'esp. coTTiba, qui signifie 
voûte. Bellermann, auteur d'un ouvrage sur 
les plus anciens tombeaux des chrétiens, fait 
venir catacombe d'un mot grec supposé 
xocTXTÙfiiiov ; pourquoi pas tout aussi bien de 
xaroxûjuScov (de xû/aSoç, cavité)? 

CATAFALQUE, it. catafalco, esp. cadafalso, 
cadahalso, cadalso, prov. cadafalc, vfr. esca- 
défaut, cadefauz, d'où le mot actuel échafaut 
(champ, code faut). Les mots ail. schafott, 
flam. scavaut et angl. scaffold, sont tous des 
modifications du fr. échafaud. — Catafalco 
est composé de catar, voir, et de fodco, corrup- 
tion de palco, assemblage de poutres (mot 
italien d'origine germanique). Catafalco si- 
gnifie donc proprement un échafaudage de 
parade, cp. it. cataletto, lit de parade (voy. 
châlit) et fr. catacombe (v. c. m.). Quant au 
verbe catar, qui dans le vieil esp. signifiait 
voir avec soin (Lex. roman de Raynouard, 
verbo catar : «• es dit cat, quar catar vol dire 
vezer) »» et qui signifie auj. examiner, c'est le 
captare des Latins, pour ainsi dire captare 
oculis, saisir des yeux. Ménage cite un verbe 
fr. catiller, employé par Monstrelet dans le 
sens d'espionner, et l'exiflique également par 
captilare, dim. de captare. Cette étymologie 
de Diez satisfait pleinement et doit l'emporter 
sur celle de Ducange : x«Tà.-|- palus ou fala 
(échafaudage). 

CATALECTBS, recueil de pièces détachées, 
du gr. xaràîiexTa, choses choisies. 

CATALEPSIE, du gr. /«râinf^, saisisse- 
ment. — D. cataleptique. 

CATALOGUE, du gr. xarxlo/'n, recensement. 
— D. cataloguer. 

CATAPLASME, du gr. xaràîriaï.ttx, action 
d'enduire. 

CATAPULTE, L. catapulta (xaTa7raT>j;). 

CATARACTE, chute, L. cataracta, du gr. 
^uxa^pkxTfii, litt. qui descend en se brisant, de 
xara/^/Myvu/xi, briser (au passif, tomber avec 
violence). Comme terme de chirurgie, le mot 
signifie pr. une clôture ou coulisse et se rap- 
porte au même subst. grec au sens de porte 
coulisse. 

CATARRHE, L. co/arr^iw, du gr. xarà^o^ou;, 
subst. de xxTa^/6éw, couler en bas. — D. ca- 
tarrhal, -eux. 

CATASTROPHE, du gr. xaT«»r/5o^>î, renver- 
sement, dénouement dramatique. 

CATECHISER, gr. xar^ïx^ Juv, enseigner par 
demandes et réponses; catéchèse^ va.r^x^'^^i* 
instruction ; catéchisme^ xact^x*»/'-©»» catéchiste^ 
K.oLTnxit'rni ; catéchumène, nurYiyovfitvoi (part, 
prés, passif de xxt^xIûi, primitif de /«mx^Sw)» 
celui que l'on catéchise. 

CATÉGORIE, gr. i^xTrjyopix, attribut, qua- 
lités ou propriétés attribuées à qqn. ou à 
qqch.; catégorique, xanjyo/sixo;, qui énonce 
nettement un fait. Comme terme de logique 
KctTrtyopiuy pr. parler sur quelqu'un, signifie 
établir positivement les particularités, les 



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CAU 



— 93 — 



CED 



caractôres distinctifs d'une chose ou d'une per- 
sonne. 

GATEL, voy. cheptel. 

CATHÉDRALE (église), église établie au 
siège d'un évéque, du L. caUiedra (jtàd«5p«), 
siège (voy. chaire), 

CATHOLIQUE, L. cathxdicu^ du gr. 
xa&oÀiKOi, universel. — D. catholicisme, catho- 
licité. 

1. CATIN, forme familière pour Catherine, 
puis appliquée dans un mauvais sens ; cfr. en 
ail. Kathe, bubeyihothe 

2. CATIN, bassin, du L. catinxts, m. s. 

CATIMINI (EN), en cachette, mot de fan- 
taisie, tiré de catir, cacher, peut-être sous 
l'influence du vfr. catamini (gr. y.aTa/xijvca), 
les menstrues, état que les femmes cherchent 
à cacher. 

CATIR, presser une étoffe pour lui donner 
le lustre; anc. = cacher; du L. coactus, 
pressé (voy. cacher). — D. cati ; cps. décatir. 

CATOPTRIQUE, gr. /aroTTr^ixo;, dér. de 
xàroitrpovf miroir. 

CAUCHEMAR, pic. cauquemar, est composé 
du verbe ancien caucher (= pic. cauquer, 
bourg, coquai, it. calcare, L. calcare), pres- 
ser, fouler, et du mot germanique mar, qui 
se retrouve dans Tall. nachtma^, angl. night- 
tnare, incube de la nuit. Le wallon dit aussi, 
sans le premier élément, marke, pour cauche- 
mar. Les termes équivalents dans d'autres 
langues expriment tous l'idée de poids, d'op- 
pression, p. ex. esp. pesadilla, it. pesaruolo, 
ail. alpdriichen. Nicot expliquait cauchemar 
par calca tnala, mauvaise oppression. Pou- 
gens, avec beaucoup de science, établit la 
valeur de cauchemar comme étant «« la sor- 
cière, le génie femelle do la suffocation »». 
Pour \uï,cauc?ie est l'ail, hauch, keuch, angl. 
couffhf difficulté de respiration, et war, le 
Scandinave maer, femme, vierge, nymphe. 
Les Lyonnais désignent, au rapport de Mé- 
nage, le cauchemar par cauchevieille. 

CAUCHER, t. de dorure, répond à un type 
calcariitm, dér. de calcare, fouler, battre, 
presser. 

CAUCHOIS, du pays de Ckiux. 

CAUBATAIRE, qui porte la queue, du L. 
cauda. 

CAUSE, du L. causa. Ce dernier a égale- 
ment donné c/iose. Cause a été' tiré de causa 
par le langage savant ; c?U)se en est issu par 
procédé naturel. — D. causal^ -alité, L. cau- 
salis, -alitas; causatif, L. causativus; causer, 
dans le sens de « être cause ** . 

CAUSER, s'entretenir familièrement, est de 
formation autre que causer, être cause; il 
vient du L. causari, disputer, discuter (it. 
cusare, prétendre, prov. chausar, vfr. choser, 
disputer;; ce même causari s'est également 
reproduit dans le vha. chosoti, ail. mod. kosen, 
parler amicalement. — D. causeur, causerie; 
causeuse, espèce de petit canapé qui invite à 
la causerie. 

CAUSTIQUE, L. causticus (y.xu7uy.6i), brû- 
lant, mordant, incisif. — D. causticité. 



CAUT*, prudent, du L.. cautus (cavorej, 
m. s. 

CAUTÉLE, L. cautela (de cautus, voy. caut). 
— D. cauteleux, 

CAUTÈRE, L. cauterium (xawnj/îcov); cauté- 
riser, L. cauterijare (xaun^pf^jcv). 

CAUTION, L. cautio (cavere), garantie, 
sûreté; — D. cautionner. 

CAVALCADE, de Tit. cacalcata, dér. de 
cavalcare = fr. chevaucher ; cavalcadour = 
esp. cahalgador, 

CAVALE, fém. de cheval; du L. caballus, 
mot employé par la langue rustique au lieu de 
equus. Ce caballus (it. cavallo, esp. caballo, 
prov. caval, fr. cheval), a produit les dérivés 
suivants : 

1 . It. cavalcare, esp. cabalgar, fr. chevau- 
cher, BL. caballicare (cfr. en latin equitare 
de equus, en grec ctt^iôiiv de ctttto;); subst. 
chevauchée, mot qui rendait inutile celui de 
cavalcade, tiré du parallèle italien cavalcata. 

2. BL. caballarius, it cavalière, fr. che- 
valier et CAVALIER (voy. ces mots). 

CAVALIER, même mot que chevalier, mais 
tiré directement de Fit. cavalière (voy. plus 
haut cavale). — D. cavalier, adj.; cavalerie , 
it. cavalleria. 

CAVATINE, do Vit. cavatina, air de musique, 
dont l'étymologie nous échappe. 

CAVE, acy., L. cavus; verbe caver, L. 
cavare; cavité, L. cavitas. L'adjectif cavus, 
creux, voûté, a donné aussi le subst. fém. 
cave, grotte, partie souterraine de la maison 
(it., esp., port. cava). — D. caveau, cavier; 
cavée, chemin creux ; encaoer. 

CAVECÉ de noir, en parlant d'un cheval ; de 
Tesp. cabesa, tête. 

CAVEQON, wall. cabaçon, it. cavezzone 
(esp. cabezon, col de chemise), dérivés resp. de 
it. cavesza, licou, esp., port, cabeza, tête. 
Ces derniers accusent un type latin capitia 
(dér. de caput, tête). Notez encore le vfr. 
chevece, ouverture d'une cotte par où on passe 
la tête. 

CAVERNE, L. caverna (cavus). — D. caver- 
neux, 

CAVIAR, it. caviate, esp. cabial, port. 
caviar, gr. mod. x«vcà/5i, turc haviâr. Mot 
d'origine tartare, dit-on. 

CAVILLATION, L. cavillatio. 

CE, vfr. iço, ço, ceo, it. cià, prov. aisso,so. 
Ce pronom représente le latin ecce hoc (cp. 
çà). Composés ceci (^= ce ici) et cela (= ce là). 

CÉANS, vfr. çaiens, prov. saïns, adverbe 
composé de ça, sa et de e>is, L i7itus, et signi- 
fiant « ici dedans n. L'expression corrélative 
vfr. laiens, prov. lai)is, fr. léa^is, est formée 
de la même manière de là + ^'W. 

CECI, voy. ce, 

CÉCITÉ, L. cœcitas (de cœcus, aveugle). 

CÉDER, du L. cedere, dans le sens res- 
treint de se retirée devant qqn., lui faire place. 

CÉDILLE, it. zediglia, esp. cedilla, dimin. 
de zêta, nom de lettre, propr. petit zed 
sgouté au c pour donner à celui-ci la valeur 
de s. 



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CEN 



— 94 — 



CER 



CÉDRAT, de l'it. cedrato, dér. du L. cUrus, 
citron. 

0ÈJ>BX,L,cedrus(xkSpoç).^D.c^rie(^Bpl7). 

GÉDULE, it., esp., prov. cedola, BL.cedula, 
pour schedula, dim. de sc?i€da(9xiSri), feuillet ; 
cp. vfr. cisme de schisme. 

GEINDRE, L. cingere; cfr. peindre de 
pingere^ astreindre de astringere, etc. — 
D. ceinture, L. cinctura, D*un verbe dérivé 
L. cindurare, formé de cinctura ^ on a fait 
cintrer, d'où le subst. cintre. Composé : dé- 
ceindre. 

CEINTURE, voy. ceindre. — D. ceinturier, 
ceinturon, 

CELA, voy. ce. 

CÉLADON, vert pâle, couleur dite ainsi 
d'après Céladon, personnage d'une tendresse 
fade du roman de l'Astrée. 

CÉLÈBRE, L. celebris; célébrer, L. cele- 
brare ; célébrité, L. celebritas. 

CELER, L. celare. — Cps. déceler; receler. 

CÉLERI, piém. seler, à Côme, selar, Venise 
seleno, it. sedano (et sellaro), ail. seUeri, du 
gr. ffîicv^v, persil. 

CÉLÉRITÉ, L. celeritas (de celer, vite). 

CÉLESTE, L. cœlestis (de cœlum, ciel). 

CÉLIBAT, L. cœlibatus (ccelebs). — D. 
célibataire. 

CELLE, voy. celui. 

CELLIER, L. cellarium (cella); cellérier, 
préposé au cellier, BL. cellerarius. 

CELLULE, L. cdliUa (ceUa). — D. cellu- 
laire, celluleux. 

CELUI, propr. une forme de génitif de ceV 
(cfr. lui, autrui) ; quant à cel, fém. celle, ils 
correspondent à it. quello, quella, esp. aquel, 
prov. aicel, vfr. icel. Toutes ces formes repré- 
sentent le L. ecce ille; celui est le génitif ecc* 
illius. Ecce iste, d'autre part, a donné it. 
questo (costui), esp. aqueste, prov. aquest, 
aicest, vfr. icest, cest, et le fr. mod. cet, fém. 
cette. 

CÉHENT, L. cœmentum (contr. de cœdi- 
mentum), 1. moellon, 2. éclats, parcelles de 
marbre. — D. cémenter. — Le même original 
latin a fourni aussi le mot ciment (v. c. m.j. 

CÉNACLE, L. cœna^ulum (cœna), salle à 
manger. 

CENDRE, it. cenere, du L. cinis, gén. 
cineris; pour l'insertion du d, cfr. gendre, 
tendre, pondre. — D. cendrer, cendrier, cen- 
dreux , cendrillon. 

CÈNE, L. coeim, repas. 

CENELLE, fruit du houx, petit et rouge; 
mot tronqué de coccinella, dim. de coccina, 
dér. lui-même du L. coccum, kermès, cou- 
leur d'écarlate (voy. cochenille). 

CÉNOBITE, moine qui vit en communauté, 
BL. ccenobites, dér. du latin ccenobium, cou- 
vent, =: gr. xoivrfScov (composé de xoivo'j, com- 
mun , et ^/oç, vie). 

CÉNOTAPHE, gr. xsvoràf lov, tombeau vide, 
de simple parade. 

CENS, L. census, 1. recensement, état de 
fortune, contrôle, 2. au moyen âge, rede- 
vance annuelle (d'où ail. jsins), — Censé, 
métairie donnée à ferme, du BL. censa, fer- 



mage, puis ferme. — D. cetisier (BL. censa- 
rius), censitaire, censive. 

CENSER, part, censé, réputé, du L. cen- 
sere, compter, estimer. 

CENSEUR, L. censor. — D. censorial. 

CENSURE, L. censura. — D. censurer. 

CENT, L. ce^itum. — D centaine. — Cen- 
tenaire, L. centenarius; du même original 
latin aussi centenier, chef de cent hommes. — 
Centième, du L. centesimus, d'où vient égale- 
ment centisme*, centime, centième partie du 
franc et le dér. caUésimal. — Dans les compo- 
sitions on exprime par centi-, la centième 
partie d'une unité déterminée, p. ex., centi- 
mètre, centiare. 

CENTAUREE, du centaure Chiron, rangé 
parmi les habiles médecins. 

CENTON, du L. cento, couverture faite de 
plusieurs morceaux. 

CENTRE, L. centrum; central, L. cen- 
tralis. — D. centraliser, décentraliser; con- 
centrer, faire converger vers le centre; con- 
centrique; excetitriqus. 

CENTRIFUGE, CENTRIPÈTE, mots savants 
signifiant « quod fugit, quod petit centrum. *» 

CENTUPLE, L. ce7ituplus. — ïi. centupler. 

CENTURIE, L. centuria (centum). 

CEP, du L. cippus, pieu, barre; dans les 
gloses cippus est interprété par xopfiôi c.-à-d. 
tronc. La langue savante a, en outre, tiré de 
cippus, dans son acception de colonne tumu- 
laire, le mot fr. cippe. Le mot latin avait pris 
aussi le sens de « entraves de bois ou de fer 
mises aux pieds des criminels » ; de là. la 
locution : avoir les ceps aux pieds et aux 
mains, ainsi que le vfr. cepier, chepier^ geô* 
lier, BL. cippariiis. — D. cépeau (billot), 
cépée; recéper, encéper. 

CEPENDANT, pour ce pendant, pendant ce 
temps-là. 

CÉRACÉE, sorte de laitage, est prob. une 
mauvaise orthographe p. séracée, et un dérivé 
de lat. sérum, petit-lait. — Cp. seracium ap. 
Du Cange. 

CÉRAMIQUE (art), du grec /kpxfioç, vase en 
argile. 

CÉRAT, L. ceratum, de cera, cire. 

CERCEAU, voy. cerch. 

CERCELLE, prov. cercela (l'esp. a cerceta, 
sarzeta), du L. querquedula (querqued'la, 
querquella). — Sarcelle n'est qu'une variété 
orthographique de cercelle. 

CERCLE, L. circulus. — D. ceixler, encer- 
cler. — La forme diminutive latine circellus 
a donné naissance à cerceC, cerceau. 

CERCUEIL, vfr. sarquel, sarqucu, dérivé 
par le suffixe el, du vha. sarc (auj. sarg), 
même sign. Autres étymologies proposées, 
mais insoutenables : 1 . Contraction de sarco- 
phagulus (Saumaise et Caseneuve). 2. Du L. 
sarcophagus, par apocope des syllabes atones 
phagus. 3. D'un type sarcolium, formé de 
(jicpl : lieu où repose la chair. 4. De arca, 
coffre, par la filiation suivante : arca, arcula, 
arcola, arcolium, sarcolium, sarcoeil, cer- 
cueil ; (« sont Guyet et Ménage qui patron- 
nent la dernière. 



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CEU 



— 95 - 



CIIA 



GÉRÉALS, L. cerealis (de Cérès, déesse des 
moissons). 

CÉRÉBRAL, L. cerebralis (de cerebrum, 
cerveau). 

CÉRÉMONIE, L. cœrimonia, 

CSRF, L. cervus, — D. cervaison, cermn, 

CERFEUIL, L. cœrefoîium (/at/sifuUov), it. 
cerfogJio, esp. cerafoïio, angl. chervil. 

CERISE, it. ciriegia, esp. cereza, hoU. kerse, 
ail. kirsche.y ags. cirse, angl. cherry. Les for- 
mes romanes accusent pour type latin non pas 
cérasum, mais le dérivé féminin cerdsea (pour 
rit. ciriegia, cp. primiero de primarius). Le 
prov. cereira était précédé de cereisa, duquel 
découle directement lefr. cerise. — On trouve, 
du reste, déjà une forme latine ceresia chez 
Gargilius. auteur du ni* siècle. 

CERKE, it. césrcine, esp. cercen; verbes esp. 
cercenare, couper en rond, fr. cerner (v. mot 
encerner = entourer); du L. circinus, circi- 
nare {decircus, cercle). Le diminutif ctmne/- 
lus a donné cenxeau (pr. noix cernée, noix 
en coque), qu'il n'est pas nécessaire de déri- 
ver de l'ail, keruy graine, pépin, noyau. 

CERNEAU, CERNER, voy. cerm, 

CERTAIN, ac^ectif roman, dérivé du L. 
certus ; ce dernier, dans sa forme adverbiale, 
s'est conservé dans certes (v. c. m.). — D. vfr. 
acertetier, assurer. 

CERTES, L. certe. La finale s est adverbiale, 
cfr. ores\ jusques, lors, etc. 

CERTIFIER, L. certificare; subst certificat, 
L. c^rtificatum. 

CERTITUDE, it. certitudine, esp. certidud, 
du L. certitudo, 

CÉRULÉ, mot de formation savante et irré- 
gulière, L. cœrtdeus, 

CÉRUMEN, subst. latin, dér. de cera, cire. 

CÉRUSE, L. ceriissa. 

CERVEAU, cerppr (forme féminine cerreZ/e), 
it. cercello, du L. cerebellum, dim. de cere- 
bnim. — D. cervelet; cervelas (v. c. m.); écer- 
vêlé, pr. privé de cerveau. 

CERVELAS, anc. cervelat, it. cervellaia, dér. 
de cervelle. Sans doute on y faisait entrer pri- 
mitivement de la cervelle. 

CERVELLE, voy. cerveau. — En vfr. cervelle 
signifie souvent «nuque»; ainsi danslegloss. 
de Lille (mon éd., p. 15), lat. cervix est tra- 
duit par cerveille; dans ce sens, il reproduit 
lat. cervicula. 

CERVICAL, L. cervicalis (de cerviœ, cou). 

CERVOISE, L. cervisia (mot gaulois), voy. 
Pline, XXII, 25. — Strictement parlant, c'est 
la forme secondaire cervîsa qui a produit fr. 
cervoise. 

CESSER, L. cessare. — D. subst. verbal 
cesse; incessant; cessation, L. cessatio. 

CESSIBLE, L. cessihilis* (cedere; ; cession, 
L. cessio, d'où cessionnaire. 

CESTE, L. cœstxis, cestus. 

CÉSURE, L. cœsura, coupure (cœdere), 

CET, voy. celui, 

CÉTACÉ, mot savant, L. cetaceus*, dér. de 
cetus 'x^Tog), grand poisson de mer. 

OEl"rE , voy. celui. 

CEUX, cels*, plur. de ceV, voy. celui. 



CHABLE, CHABLEAU, CHABLER, voy. câ- 
ble, 

CHABLIS, bois abattus, voy. sous accabler, 

CHABOT, poisson, port, caboz; dér. de cap, 
tête (= L. caput) avec le suffixe o<, à cause 
de la grosse tête de ce poisson. Cp. en latin 
capito, gr. xs^alo;, noms d'un poisson. 

CHABRAQUE, ail. schabrache, du turct^c^- 
prak. 

CHACAL, mot oriental; en turc djakdl, 

CHACUN, vfr. cha^cun, chescun, cascun, it. 
ciascuno, prov. cascun, du L. quisqiie unus, 
quiscuniis. C'est de chacun que s'est dégagé 
chaque; bien que répondant par sa significa- 
tion au L. qutsque, on ne peut admettre que 
chaque (mot qui nest pas constaté avant le 
xvi* siècle) en soit d.rectement issu; Vi latin 
accentué ne devient lamais a. Le correspon- 
dant prov. de chaque est quecs pour quescs, 
qui, lui, est bien le qwjsquelsLtïn. 

CHAFOUIN, personne grêle et sotirnoise, 
ressemblant à une fouine ; composé de cluit et 
fouine. 

CHAGRIN, subst. et adj. Ce mot, dit Diez, 
inusité encore au xii®etau XJii* siècle, est sans 
aucun doute identique avec chayrin, cuir 
grenu, it. sigrino, dial. de Venise et de la 
Romagne ^a^rnVi, mha. sager, néerl. segrijn. 
Or, on dérive ces formes du mot tui^î sagri, 
croupe, la peau en question étant tirée de la 
croupe de lane et du mulet; les Arabes la 
nomment zargab. — Borel, dit Ménage, en 
dérivant chagrin de chat et de grain, comme 
qui dirait chat de grain marin, n'a pas bien 
rencontré. Comme on s'est servi des peaux de 
chagrin ou plutôt des peaux de phoque, à 
cause de leur rudesse, pour faire des râpes et 
des limes, on conçoit aisément que l'on ait 
métaphoriquement employé le mot chagrin 
pour désigner une peine rongeante ; le mot 
lima en italien, et scie en français, présen- 
tent des métaphores analogues et viennent à 
l'appui de cette étymologie. — D. chagriner, 

/s 

CHAINE, vfr. chaène, chaîne, du L. catena, 

— D. chainon,chaînette, enchaîner, déchainer, 

— Pour chainon, le vfr. avait la forme chaai- 
gnon, puis chaïgnon, de là est venu par con- 
traction chignon, qui signifiait autrefois aussi 
chainon ^cp. gril degraïl), 

CHAIR, vfr. car, carn, charn, prov. carn, 
du L. caro, gén. carnis. — D. cîiarnel, L. 
camalis, charnier, L. camarium; charnu, 
charnure, charogne (v. c. m.); dêcharner, 
acharner (v. c. m.), écharner, détacher la 
chair. 

CHAIRE, vfr. chaère, chayère, prov. cadeira, 
du L. cathedra (gr. xicdtSpoi), siège. Par la 
mutation de r en « s'est produite la forme 
chaise, que les anciens lexicographes ne con- 
naissaient pas encore. Le grammairien Pals- 
grave (1530 j signale le mot chèze pour chaère, 
comme un vice de la prononciation parisienne. 
Par extension, chaise, d'abord chaise à por- 
teurs, est venu à signifier aussi une espèce de 
voiture. 

CHAISE, voy. chaire. 



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CHA 



96 



CHA 



1 . CHALAND, bateau plat, vfr. calant, cha- 
landre, anc. cat. xelandrin, BL. chelandium, 
chelùida, laiandria, gr. moy. yO&viiov. Cette 
espèce de vaisseau était particulièrement eu 
usage chez les Byzantins; il se peut donc, 
observe Diez, que ces mots viennent par cor- 
ruption de 5(s)v^po5, tortue de mer, serpent de 
mer. — Quant au mot chalatid, acheteur ha- 
bituel, Diez le croit identique avec le nom de 
bateau : on aura comparé, dit-il, l'acheteur au 
bateau qui reçoit la marchandise du vendeur 
A l'appui de cette explication, il cite le mot 
barguigner de barca. Caseneuve, se fondant 
sur une citation de Papias poitant : calories, 
i. e. negotiatores, navi cuise, fait venir cha- 
land de calos homme de peine, mais la forme 
du mot s'y refuse. On pourrait, nous semble- 
t-il, ramener chalanï", qui propr. exprime des 
rapports d'attachement volontaire, au verbe 
chaloir, pr. être chaud, fig. s'intéresser; cp. 
l'expression nonchalant, 

2. CHALAND, acheteur, pratique, client, 
voy. l'art, pi'éc. — Mon explication par le 
partie, calentem, vfr. chalant (synon. de ac- 
cointe y ami, compagnon) est partagée par 
Tobler (Ztschr., I, 22). — D. chalandise, 
achalander, 

A 

CHALE, angl. shawl, du persan schàl, 
manteau d'une fine étoffe de laine, tirée de 
la chèvre du Tibet. 

CHALET, vfr. chaslet (champ, casalet), dér. 
de ca^a, maison ; selon Littré, d'un type cas- 
telletumy petit castel. 

CHALEUR, du L. calôrem; le nominatif 
calor a donné à l'anc. langue la forme caure, 
— D. chaleureux. 

CHALIT, vfr. chaelit, pic. calit, it. cataletto, 
lit de parade, litière, cercueil, esp. cadalecho, 
lit de branchages; d'un type catalectus, lit de 
parade (voy. catacombe et catafalque). L'éty- 
mol. chasselit [capsa lectij est erronée. 

CHALOIR, prov. caler, it. cal ère, du L. 
caler e, dans le sens métaphorique, de « être 
d'importance » (3® pers. ind. prés, chalt" chaut 
= L. calet). Il me chalt ou chaut = je me 
soucie; cp. la locution : cela ne me fait ni chaud 
ni froid. De l'opposé non-chaloir est resté l'adj . 
non-chalant, insouciant. — Voy. aussi cha- 
land 2. 

CHALON, anc. bateau, auj. grand filet de 
pêche traîné entre deux bateaux. Du BL. caZo, 
•onis, naviculaî 

CHALOUPE (angl. shallop, it. sciai uppa, 
esp. chalupa viennent du français); du ni. 
sloep, danois sluppe (angl. sloop). Ces mots 
tiennent sans doute du radical sliip, glisser. 

CHALUMEAU, pour chalemeau (cp. alu- 
melle, p. alemelle), vfr. chalemel, prov. cara- 
mel, esp. caramillo, ail. schalrnei; du L. 
calamellus, dim. de calamus, roseau. 

CHABflADE, it. chiamata, du port, chamada, 
appel, dér. du verbe chamar, qui est le L. 
clamare 

CHAMAILLER (SE) est généralement dérivé 
de camail (v. c. m.), armure qui couvrait la 
tête et le cou. Ce serait ainsi pr. frapper sur 



le camail. Nous doutons quelque peu de cette 
étymologie ; le mot, qui ne paraît pas remon- 
ter au delà du xvi* siècle, fait l'efiet d'être un 
synonyme de criailler, quereller, et de venir, 
aussi bien que chamade, du L. clamare. Cepen- 
dant, comme, à son origine, le terme implique 
une idée de combat plus sérieux qu'une criail- 
lerie, on pourrait aussi proposer une compo- 
sition capo-malleare, capmailler, chamailler 
= frapper sur la tète. 

CHAMARRER, de zamarra, chamarra, mot 
esp. signifiant vêtement large, robe de cham- 
bre, faite en peau de mouton [zamarro). L'an- 
cienne langue française avait d'ailleurs elle- 
même le subst. chamarre, avec le sens de 
pelisse, d'où s'est déduit celui d'ornement 
d'habit en général. C'est cette dernière accep- 
tion qui a donné naissance au verbe chamar- 
rer, orner, parer. — L'it. a zimarra pour 
robe de chambre ; c'est de là que nous avons 
reçu cimarre et sitnarre. — D. chamarrure. 

CHAMBELLAN, BL. chambellayms, forme 
romanisée du german. hâmmerling {m, sign.), 
dont on trouve les formes variées camhrelin- 
guc, Chamberlain, chambrelenc. — Chambre- 
lan, ouvrier qui travaille en chambre, est 
étymologiquement le même mot. 

CHAMBRANLE; étymologie inconnue. Y a- 
t-il rapport avec chambre, ou avec le verbe 
cambrer, voûter? Le BL. a caméra, avec le 
sens de boiserie. — Darmesteter se demande 
si le mot n'est pas altéré de chanlambre, = 
lambre (de lamina, cp. lambris) de chant, c- 
à.-d. planches des côtés (de la fenêtre). 

CHAMBRE, du L. caméra, qui signifiait 
voûte de chambre, puis chambre voûtée ; it. 
caméra, ail. hammer, — D. chambrer, être 
de la même chambre, mettre en chambre; 
chambrette; chambrée; chambrier, -ière, pour 
lesquels on a aussi tiré directement de l'it, 
cameriere les formes fr. camérier, -ière. 

CHAMEAU, vfr. chamoil, L. camelus 
(A&fivjïoi). — D. chamelier; chamelle. 

CHAMOIS, it. camoscio ; formes féminines : 
it. camozza, esp. camuza, gamuza, port, ca- 
^nuça, camurça; de même origine, sans doute, 
que le mha. gamz (contracté dun \hB..gamuz, 
cp. vha. hiruz, cerf), ail. moà. gemse. Le corps 
du mot serait-il, comme le pensait Cobarruvias, 
l'esp. ou port, ^amo, fém. ^ama, daim, lequel 
pourrait bien venir du L. dama, puisque l'on 
trouve dans ces langues golfin pour dolfin, 
delfin (L. delphinus)^ gragea pour dragea, et 
gazapo, lapereau, pour dazapo f — Pougens 
propose pour chamois une origine de l'arabe 
hohy-maïz, chevreau des montagnes. Cela 
concorderait, moins pour la lettre que pour 
la valeur, avec le terme latin rupicapra, chè- 
vre des rochers. — D. chamoiser, 

1. CHAMP, L. campus; voy. camp. 

2. CHAMP, côté étroit d'une pièce de bois 
ou d'une brique, employé surtout dans la 
locution adverbiale de champ; orthographe 
vicieuse pour chant, côté (voy. cantorC), 

CHAMP ART, voy. sous camp, — D. cham- 
parier. 



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CHA 



— 97 — 



CHA 



OHAMPIAUX» prés, prairies; reste de lanc. 
iocution prés champaux, prés des champs, 
opp. à prés de hyiôre; de Ta^j. campcUis (de 
campus}. 

GHAMPSTRE, L. campestris (campas). 

GHAMPI (ENFANT), enfiant trouvé, vfr. 
iihampily de campilis (de campvis) ; pr. enfant 
trouvé dans les champs. 

GHAMPIGNON» voy. sous camp. 

GHAMPION, it. campione, esp. campeon, 
ail. hampe; du BL. campus, champ clos, puis 
combat en champ clos. 

GHAMPLURE, trou pratiqué au fond d'un 
tonneau ; robinet d'un tonneau qu'on a mis en 
perce; c'est une corruption de chantepleure 
(Littré). 

GHANGB, contracté de chéance* (allem. 
schanze, it. cadenza); d'un type l&ûncadentia, 
de cadere, tomber; chance signifie propre- 
ment la tombée du dé, de là : hasard, sort, 
coup de fortune. Ce mot est la forme vraiment 
romane, cadencCy la forme savante, du L. ca- 
dentia. — D. chanceuso. 

GHANGELER, pr. croiser les jambes, pour 
s'empêcher de tomber, puis au fig. manquer 
de fermeté, du L. cancellare, faire un treillis. 
Diez (3« éd.) appuie cette étym. sur le mha. 
Mhranhen, chanceler, dérivé du subst. 
schranhe = treillis. Littré rapporte égale- 
ment chanceler au L. cancellare, mais en ob- 
servant que la vraie forme française est celle 
qui se trouve dans Job : scancelhier = échan- 
celer, donc sortir des barreaux. « Elle s'est 
confondue, »» dit-il, « avec chanceler, lat. can- 
ceUare, rayer, faire des raies, et, figurément, 
n'aller pas droit » . Cette étymologie est non 
seulement forcée pour le sens, mais elle a 
contre elle la circonstance que des glossaires 
du VIII® siècle prêtent déjà au verbe simple 
cancellare le sens de « nutare n. — L'étymo- 
logie chance, pr. chute, a été reconnue fautive 
et abandonnée par Diez dans sa dernière 
édition. 

GHANGELIER, L. cancellarius, huissier, 
scribe, greffier qui se tenait aux barreaux 
(cancelli, anc. fr. chancel) qui séparaient le 
tribunal de l'assistance. Angl. chanceUor, ail. 
hanzler. — D. chancellerie; chancelière, nom 
d'un meuble garni de peau (cp. les termes du- 
chesse, marquise, châtelaine et autres, appli- 
qués à dos meubles ou ustensiles). 

GHANGIR, moisir, sans doute du L. canus^ 
blanc, par le suffixe cir, comme noircir de 
noir (Rom., V, 142). — D. chandssure, 

GHANGRB (en wallon, par transposition, 
cranche), voy. cancer. — De la forme chancre 
procèdent : chancreux, échancrer. 

GHANDELEUR, du latin candelarum (ou 
plutôt, avec transposition de genre, candèlo- 
7mm); de candela, chandelle, dans la locu- 
tion « festum sanctse Marise candelarum n ; 
cp., pour la finale génitivale, le vieux mot 
pascour, dans le « temps pascour i», le temps 
de Pâques. 

GHANDELLE, L. candela.-— D. chandelier, 
Chandeleur (v. c. m.). 



GHANFREIN, anc. chamfrain, partie de 
l'armure qui couvrait la tête du cheval de ba- 
taille. Etymolojgie incertaine ; d'après Ménage 
du L. camus, licou, carcan, et frœnum, frein, 
« sorte de réduplication, dit Littré, où un 
mot moins connu est déterminé et expliqué 
par un mot plus connu » . — Comme terme 
d'architecture, chanfrein correspond à angl. 
chamfer, esp. chaflan. L'existence du verbe 
chanfreindre = faire un chanfrein, nous fait 
conjecturer, pour l'application de ce mot aux 
arts et métiers, l'étymologie cant, coin, côté 
aigu (voy. canton), et fraindre =■ L. frangere. 

GHÀNGER, vfr. cangier, wall. cangt, it. 
camhiare, cafigiare, esp., port, cambiar, prov. 
cambiar, camgar; du L. cambiare (loi sa- 
lique), pour cambire (Apulée). — D. change, 
changement, -eur; rechange. Le composé 
excambiare a donné l'it. scambiare et le fr. 
échanger. 

GHANOINE, voy. canon 2. 

GHANSON, vfr. c7iançon(c^. façon, rançon), 
it. canzone, du L. cantiônem (canere). — D. 
chansonnette, chahsonner, chansonnier. 

GEANT, L. cantus (de canere, chanter). 

GHANTEAU, chanteV, angl. cafUle, morceau 
coupé à l'extrémité, du BL. cantus, coin, côté; 
voy. sous canton. 

GHANTEPLEURE. sorte d'entonnoir (d'où it. 
et esp. cantimplora), - vient des mots clian' 
ter et pleurer, le chant étant représenté par le 
biiiit que fait l'eau de la chantepleure en sor- 
tant par ses petits trous, et les pleurs étant 
représentés par l'eau qu'elle répand » (Ménage). 
— Nous soupçonnons fort ce mot do n'être 
qu'une altération de champleure, en rouchi 
campélouse, norm. champelure, picard cham- 
pieuse, cannelle du tonneau. D'autres mots 
appartenant au domaine des arts et métiers 
nous révèlent l'existence d'un verbe champler 
avec une idée fondamentale d'entaille, de per- 
cement ou de creusement {champlever, creu- 
ser, champlure, trou). Il tient probablement 
de la môme racine c^p, mentionnée sous cha- 
peler et chapuiser, et qui est également au fond 
de chapon. Chantepleure est \m de ces motS 
populaires façonnés de manière à donner une 
forme plus saisissable à des mots incompris. 

GHANTER, L. cantare. — D. chanteur, 
-euse; chantre, directement de L. cantor, 
tandis que chanteur, vfr. chanteeur, vient de 
cantatârem ; chanterelle, corde la plus déliée 
d'un instrument et qui a le son le plus aigu ; 
chanteriUe, petite bobine (terme comparable 
avec l'expression chantepleure) ; chantonner ; 
cps. déchanter, pr. rabattre le chant, le ton. 

GHANTIER, lieu où Ion entasse des pièces 
de bois à brûler ou de construction, puis lieu 
où l'on travaille le bois, et enfin lieu de con- 
struction en général. Ce mot, dans ces diver- 
ses significations, nous semble se rattacher 
au vfr. cant, coin, côté (voy. canton), et dési- 
gner propr. le magasin de réserve où se met- 
tent de «Me les pièces de bois dont on n'a mo- 
mentanément pas besoin. Nicot le fait venir 
du L. canterius, qu'il dit avoir signifié, entre 
autres, magasin de bois, mais nous ne con- 

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GHA 



98 — 



GHÂ 



naissons pas cette acception prêtée à conte- 
rius. — Nous séparons le mot c?iantier, dans 
les significations ci-dessus énoncées» de chan- 
tier =» soutien, bois de soutènement, ma- 
driers pour soulever un poids, it. cantiere, 
port, canteiro. C'est ce dernier qui peut se 
rapporter au L. carUerius, auquel on con- 
naît des acceptions analogues : chevron, sou- 
tien. 

GHANTIGNOLS semble être une forme di- 
minutive de chantier, bois de soutènement, 
chose aplatie, brique plate ; ou dérive-t-il du 
vfr. cant, côté, bord? 

CHANTOURNER, composé de cJuint « 
cant*, coin, bord, et de tourner (cp. chan- 
frein). 

CHANTRE, voy. chanter. — h.chantrerie. 

CHANVRE, it. canapé, esp. cdnamo, prov 
canebe, cambre, du L. cannabis, cannabus 
(xétvvdtii, -oç). Vr est euphoniquement inter- 
calé ; des dialectes ont canve, chambe, cambe, 
Voy. aussi canevas et chèneds. 

UHAOS> L. chaos {yào^^. — D. chaotique^ 
dérivation incorrecte des savants modernes, 

CHAPE, variété de cape (v. c. m.). — D 
cTiapier. 

CHAPEAU, chapeT, voy. cape. — D. cha' 
pelicTt chapellerie. 

CHAPE-CHUTE, litt. chape tombée; elle 
forme une bonne aubaine pour celui qui la 
trouve et s'en empare. — Pour le participe 
fém. chute, voy. chute. 

CHAPELAIN, voy. chapelle. 

CHAPELER (du pain), vfr. chapler, capler, 
chaploier, du BL. capulare ^a tailler, tran- 
cher. On fait venir généralement ce capulare 
de capulus, poignée de Tépée. Que cela soit 
fondé ou non (nous optons pour la négative), 
notre avis est que chapeler est radicùement 
le même mot que chapoter, dégrossir le bois 
avec la plane, et le vfr. cJÎapuiser, prov. ca- 
puzar, couper menu. Le radical chap est, & 
ce qu'il semble, le cap de capo, capus, coq 
châtré ; la terminaison uiser dans chapuiser 
pourrait avoir été déterminée par l'anialogie 
•de menuiser, cfr. en it. tagliuggare. Dans 
beaucoup de dialectes, chapuis, pr. celui qui 
taille, s'emploie pour tailleur de bois ou char- 
pentier. — Ménage fait venir chapeler de 
scapeUare, dérivé fictif de scalpellum; c'est 
un peu hardi. Mieux vaudrait, s'il fallait 
chercher ailleurs que dans le domaine latin, 
invoquer dans le domaine germanique angl. 
chap, ni. kappen et ail. happen, fendre, cou- 
per. — D. chapelure. 

CHAPELET, couronne de grains ou de 
fleurs, rosaire, voy. cape, 

CHAPELLE, voy. cape. — D. chapelain, 
BL. capellanus, ail. haplan; d'où chapel- 
lenie. 

CHAPERON, voy. cape. Nous laissons à 
d'autres le soin de vérifier l'origine de l'ex- 
pression « servir de chaperon » à une jeune 
personne. Chaperon est-il pris fig. p. abri, 
protection? Je le pense: en allemand, hut si- 
gnifie au ipasc. chapeau, au fém. garde, pro- 
.tection. — D. chaperonner. 



CHAPITEAU, L. capitellum, diminutif de 
caput. 

CHAPITRE, angl. chapter, du L. capitu- 
lum (caput). Cfr. épttre de epistola, apôtre de 
apostolus. — « Capitulum, locus in quem 
conveniunt monachi et canonici, sic dictum» 
inquit Papias, quod capitula ibi leguntur. » 
On disait aller au chapitre, comme on dit 
aller au catéchisme. Cela fait que chapitre, 
dénomination de lieu de réunion, est devenu 
synonyme d'assemblée ou corps des moines et 
chanoines. — D. chapitrer, réprimander en 
plein chapitre, cp. l'ail, capitehi, einem das 
capitel lesen. 

CHAPON, it. capone, esp. capon, ail. Aa- 
paun, néerl. capoen, capuyn, angl. capon, 
du L. caponcm (xàttmv). — D. cTiaponneau, 
chaponner. — L'espagnol a un verbe capar, 
sign. châtrer; cp. aU. ftappen. Voy. aussi 
chapeler. 

CHAQUE, voy. chacun. -— Notez que ce 
mot ne date que du xvi* siècle. 

CHAR, angl. car, néerl. kar, ail. karren, 
du L. carras. — D. charrette, chariot, char- 
ron (vfr. carlier ■— carelier). Le dérivé latin 
carricare (saint Jérôme) s'est transmis au 
français sous diverses formes : 

1. Charger = it. caricare, carcare, esp., 
prov. cargar; forme picarde carguer; le sens 
premier est mettre sur un char. 

2. CHiiRRiBR =- it. carreggiare, esp . carear. 

3. Charrotbr, variété de charrier (cfr, 
plier et ployer). 

CHARABIA, d'après Dozy, de l'esp. aXgara^ 
bia, baragouin, galimatias /port, arabia tout 
court) = cU-arabpya, la langue arabe (un 
charabia pour ceux qui ne la comprennent 
pas). — Voy. aussi Rom. H, 87 (note). 

CHARADE; étymologie douteuse; motd'ail- 
leurs étranger aux anciennes éditions du Dic- 
tionnaire de l'Académie. Quelques-uns le font 
venir du verbe charer (dial. de Normandie), 
Languedocien chara, converser pour passer le 
temps, s'amuser, charada, babillage. La cha- 
rade serait ainsi dans le principe un amuse- 
ment par paroles. Cette manière de voir doit 
céder le pas à la suivante : Charade est une 
forme afiaiblie de vfr. charaude, aussi cha- 
raute, qui signifie charme, sortilège, et qui 
accuse le type caracta (voy. Raynouard) «— 
Kxpx^Tvip, signe, marque, et part. « schedula 
magicis notis seu litteris exarata ». A côté 
de charaute, l'anc. langue offre encore cha- 
rait, qui répond à *caractum, et charaie 
(aussi charoié), qui reproduit BL. caragius. 
La correspondance de lat. act avec fr. aut ou 
ait (charaute et charait) ne fait pas doute. Il 
n'est pas nécessaire de s'arrêter encore à la 
production du sens actuel de charade sur la 
base de la valeur « billet couvert de formules 
magiques ». Telle est la substance d'un art. 
do Fœrster, dans Ztschr., lU, 263. Il m'y 
reproche avec raison l'observation dont j'avais 
fait suivre l'étymologie par charer : « Il n'y a 
donc guère lieu d'admettre quelque rapport 
entre charade et les BL. caragus, cararius, 
caraula, carauda, sorcier, magicien, devi- 



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CHA 



99 — 



CHA 



neur », répudiant ainsi précisément les élé- 
ments qui devaient m'éclairer dans Tôlucida- 
tion du mot charade. Qu'il me soit permis, 
pour me disculper, de fidre remarquer qu'en 
1872, je n'avais point encore rencontré h» 
forme cliarcaite, et Teussé-je connue, je n'au- 
rais, dans l'état de la phonétique d'alors, pas 
osé assimiler c?uiraiUe à carada, ni charade 
à charaute, La loi de la résolution de ak par 
au n'était pas encore découverte. D'ailleurs, 
l'opinion du successeur de Diez n'est pas 
à l'abri de toute objection. Avant de s'y 
rallier, Gaston Paris (Rom., Vm, 629j 
demande ses apaisements sur les points sui- 
vants : A-t-on des exemples de charade pour 
eharautef Comment charaude a-t-il changé 
en français propre son au en a / A-t-on des 
preuves de la transition du sens? Le mot cha- 
rade ne parait pas plus ancien que la fin du 
XII* siècle; d'où sortait-il? 

CHARANÇON, étymologie inconnue. Un 
synonyme de charançon est calande\ calan- 
dre; le premier serait-il une dérivation du 
second? Cp. les dérivés écusson, arçon; r p. / 
ferait d'autant moins de difficulté si l'origmal 
de calandre (v. cm.) était le gr. KaoxBpiâi, BL. 
caradrius, — Le primitif immédiat du fr. 
charançon est fourni par le prov. carence (Liv. 
de Sydrac : malas bestias, escorpios, caren- 
ces), 

OHARBON, L. carbonem. — D. charbon- 
ner, charbonneux, charbonnée — carbon- 
nade (v. c. m.); charbonnier, L. carbonarius. 

GHARBOUILLER, gâter (en parlant de la 
nielle des blés), dér. du subst. carbouille, =■ 
L. ^carbucula, fém. de carbuculus = carbun- 
culus, charbon brouisseur. — En lat., carbun» 
culare a le sens neutre «* être atteint du 
charbon ». 

GHARGUTUfiB, dér. de char (chair) cuite. 

— D. ch^arciUer, charcuterie. 
Œi^DON, esp., prov. cardon^ dér. du L. 

carduus. L'it., l'esp. et le port, ont directe- 
ment tiré de cardus (p. carduus) la forme 
cardo, — D. chardonnette, artichaut sauvage ; 
chardonnet* ou c/iardonneret (cp. l'ail. disteU 
fink, litt. linotte de chardon); échardonner. 
Composé avec eœ, le L. cardus a produit it. 
scardo, d'où lo fr. écharde, 

OHABGBR, voy. c?iar, — D. charge; com- 
posés : décharger (L. discaricare)*^ surcharger. 
CHARIOT, aussi charriât^ dér. de char, 
CHARITÉ, L. caritatem, affection, amour. 

— D. charitable; le suffixe able, générale- 
ment appliqué à des verbes, se rencontre par- 
fois joint à des substantif, p. ex. équitable, 
véritable, vfr. amistable, 

CHARIVARI, vfr. caribari, chalitali, BL. 
charitmrium, chalvaricum, pîc. queriboiry, 
dauph. chanax>ari, prov. mod. taribari. On a 
fait des dissertations sur l'origine de ces mots, 
et l'on trouvera dans « Phillips, ûber die 
Katzenmusiken (1849) » une riche collection 
de termes analogues dans les diverses lan- 
gues et dialectes. Charivari est évidemment 
un composé ; l'élément vari se retrouve dans 
une foule d'expressions populaires marquant 



bruit, désordre (hourvart, boulecari, etc.); 
quant au premier élément, il semble avoir 
été formé par assimilation au second, et l'on 
suppose qu'il repuésente un mot signifiant 
quelque ustensile de cuisine et servant pour 
la circonstance d'instrument de musique ; cfr. 
en yifsMLoxLpailtège —i charivari, dér. à^paill, 
c.-à.-d. poêle. Le sens étymologique de cha- 
rivari serait donc « bruit de poêlons n . Aussi 
Diez est-il tenté de voir dans chali ou chari 
le latin calix, verre, pot; on a pour cela 
aussi beaucoup tenu à l'étym. L. chalyba- 
rium, de chalybes, objets en acier. Voy. aussi 
mon Glossaire de Lille, p. 24, où chalioali 
traduit à la fois morganicwn et larnacium, 

— Darmesteter (p. 113) analyse le mot par la 
particule préjorative cali-\-x)ari, «tumulte»» 
qui se retrouve dans les mots composés hour- 
vari, bouleoari, normand vaH/oara (en dés- 
ordre), etc.; cp. ail. toirr-^oarr, confusion, 
verbe vyirren, embrouiller. 

CHARLATAN, de l'it. ciarlatano, dérivé de 
ciarZare, = esp., port, charlar, val. charrar, 
fr. (norm.) charer, bavarder. 

1. CHARME, anc. chanson magique, sorti- 
lège (cp. vfr. charmeresse, sorcière); it. carme, 
chant, poésie; du L. carmen. — D. charmer, 
BL. carminare; a^j. charmant, 

2. CHARMB, arbre (Berry chame, Hainaut 
came), du L. carpinus, it. carpino, esp. 
carpe, — D. charmoie, charmille, 

CHARNEL, CHARNIER, CHARNU, CHAR- 
NURB, voy. chair, 

CHARNJXRfi, répond au type latin cardi- 
naria, du L. cardo, gén. cardinis, qui signi- 
fiait gond, pivot, poutres emboîtées, cavité, 
entaille, rainure. — D. enchamer, 

CHAROGNE, pic. carone, it. carogna, prov. 
caronha (esp. carono, pourri), anc. angl. ca- 
royne, n. angl. carrion, d'un type lat. caronea, 
formé de caro, chair. 

CHARPENTIER, angl. carpenter, it. car- 
pentiero, du L. carpentarius. Le mot latin 
signifiait charron, carrossier (de carpentum, 
voiture); le sens s'est peu à peu élargi en celui 
de « faber lignarius n en général. — D. cTuir- 
penter, charpente, charpenterie, 

CHARPIE (BL. carpia), subst. participial du 
verbe ancien charpir (comp. escharpir, des- 
charpir), qui représente le L. carpere, arra- 
cher, effiler, effilocher. L'it. carpire signifie 
accrocher, déchirer, puis^ rafler, enlever. 

1 . CHARRÉE, cendre lessivée. Joret, retenu 
par l'initiale ch, rejette le type cinerata et 
postule un radical car; il ramène donc le mot 
au lat. du moyen âge carrata, charretée (vfr. 
charée). Quant au rapport des sens, il ne sait 
pas l'établir nettement; « tout ce que l'on en- 
trevoit, c'est que cette cendre étant un engrais 
précieux que l'on recueille avec soin et que 
l'on exporte même de province en province, on 
a pu lui donner un nom emprunté à la ma- 
nière dont on la transportait *» (Rom. , VI. , 595). 

— Tobler, de son côté, n'approuve pas plus 
cette explication que celle par cinerata. Les 
formes prov. chairel, cheirel et surtout chadro 
lui paraissent indiquer un thème catr, cadr. 



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CIIA 



100 — 



CIIA 



2. OHARRÉE, larve dlnsecto qui sert d'ap- 
pât, vient, d'après Joret, de lat. camata (cp. 
l'équivalent esp. carnada, même sens), avec 
assimilation do n à,r, — Tobler le rattache 
de préférence au mha. herder, hcder, nha. 
kôder, appât. 

CHARRETTE, it. carretta, esp. carrela, 
angl. cartf dimin. de carrus, char, — D. 
charretier, charretée, charreton ou charton. 

CHARRIER, voy. char, 

CHARRON, dér. de char, 

CHAROYER, voy. c?iar, — D. charroi. 

CHARRUE, pic. querue, prov. camtga, du 
L. can'uca (carrus). 

CHARTE, variété de carte {y, c. m.). — La 
forme chartre (angl. charter) répond au 
dimin chartula [c^,\fr.glandre àeglandula), 

— D. chartrier = cartularium. 

1. CHARTRE, voy. charU. 

2. CHARTRE, prison, p. charcre, it. car- 
cere, esp. carcel, du L. carcer, gén. carceris. 

— De racception prison s'était déduite celle 
de tristesse, langueur, dépérissement; c'est 
ainsi qu'en Champagne, un enfant charcreux 
signifie un enfant chétif. Comparez le rap- 
port logique qui existe entre chétif et cap- 
tif, tous les deux de captiviis, 

CHAS, trou d'une aiguille, paraît être la 
forme masculine de châsse, ce qui enserre, 
enclôt (v. cm.). Dansl'anc. langue on trouve 
la forme fém. chasse. 

CHASSE, subst. verbal de chasser, 

CHASSE (le circonflexe n'a pas de raison 
d'être), du L. capsa. C'est donc une variété 
des mots caisse et casse, — D. chdssis, en- 
chasser (it. inca^sare). 

CHASSER, vfr. cachier, chacier, it. cac- 
ciare, esp., port, cazar, vieux esp cabzar, 
prov. cassar. On a beaucoup conjecturé sur 
la provenance de ces mots, mais aucune de 
ces coi\jectures ne peut convenir à la science, 
si ce n'est celle de Ménage, qui propose cap- 
tare. Seulement, il faut poser, comme l'origi- 
nal de chasser, non pas la forme captare, 
mais la modification captiare (formée du part. 
captns, comme BL. suctiare, do suctiiS, d'où 
sucer, conciare p. comtiare, de comptas, per- 
tugiare. p. pertusiare, depertusus, etc.). C'est 
évidemment de captiare que procèdent cJias- 
ser et les autres formes romanes citées. Les 
Latins déjà disaient captare feras, et dans 
un vieux glossaire on trouve « ^ptur^ç, cap- 
tator, venator »» . Du fr. chasser (dialecte rou- 
chi aussi cacher) viennent les deux verbes 
anglais catch et ch^ase, — D. chasse (BL. cap- 
tia, diplôme do 1162), chasseur; composé 
pourchasser, d'après l'analogie de poursuivre. 

CHASSIE, étymologie inconnue. L'it. dit 
pour chassie cacca d'occhj, ordure d'yeux; 
chassie pourrait donc venir d'une forme déri- 
vât ive caccia. — Grandgagnage suppose un 
rapport entre chassie et caseus, fromage, et 
cite l'expression allemande augcnhutter, 
beurre des yeux. — Littré pense à L. cœcutia, 
vue faible, en expliquant l'esp. cegajoso (chas- 
sieux) par cœccUiosus et le vSfr. chaceuol pat 



cœcutiolus. Le sens, pas plus que la lettre, 
ne favorise cette opinion. — D. chassieux, 
— L'anc. langue avait le verbe chassier, être 
chassieux; peut-être a^t-il précédé chassie, 

CHASSIS, voy. châsse, 

CHASTE, L. castus, — D. chasteté, vfr. 
chasteé, chaste, L. castitatem, 

CHASUBLE correspond étymologiquement 
à it. casipoîa, casupola, quoique ces derniers 
signifient petite hutte. Une autre forme fran- 
çaise était casule, qui répond au casulla des 
Espagnols (ail. casel), lequel à son tour est p. 
casupla, casubla ■= it. casupola (Storm, 
Rom., V, 174). Flechia voit dans cojrpuZa un 
dérivé de casa au moyen du suflSxe dim. 
pula ; Paris incline & croire que le mot ita- 
lien n'est pas du fonds latin. — Pour le rap- 
port d'idée entre hutte et manteau, cp. le mot 
cappa (fr. cap et chape), qui se trouve dans le 
vieux esp. et le milanais avec le sens de hutte. 
Voy. atissi casaque. — D. chasublier, 

CHAT, prov. cat, esp. gcuto, it. gatto; ce 
mot, répandu dans les idiomes germaniques 
et celtiques, ne paraît que tard en latin (chez 
Palladius) ; il doit cependant avoir existé dans 
la langue vulgaire. — D. chatte, chaion; 
chatter; chatoyer; chatouiller (?) (v. c. m.). 

CHATAIGNE, it. castagna, prov. castanha, 
du L. castanea (gr. xaïravzrxov xàouov, noix de 
Castana). Ane. angl. chesteyne, chesten, d'où 
le composé actuel chest-nut; mha. kestene, 
nha. kastanie. — D. adj. châtain; châtai- 
gnier, -eraie. 

CHATEAU, chastel *, L. castellum (dimin. 
de castrum). — D. châielet; châtelain, L. cm- 
tellanus; châtellenie, 

CHAT-HUANT, anc. orthographié chahuan, 
est probablement une transformation, opérée 
par l'étymologie populaire, du mot chouan, 
quoiqu'on rencontre le simple mot huant (pr. 
cheant; p. ex. dans la phrase suivante de 
Birter, aux grands pieds « les leus oy uller et 
li huans hua ». — Voy. sous chouette, 

CHATIER, vfr. chastier, castoier, chastoier, 
angl. chasiise, ail. casteien, du L. castigare 
(rac. castus; cp. purgare depurus). — D. c/i4- 
timent (vfr. chasti, chastoi),), castoiement. 

1. CHATON, petit chat (et terme de bota- 
nique), dimin. de chat, — D. cluUonner, 

2. CHATON, partie d'une bague qui ren- 
ferme la pierre précieuse, vfr. caston, chas- 
ton, it. castone; selon Diez, p. casseton, 
dimin. do cassette, dim. de caisse (L. capsa); 
selon moi, plutôt de l'ail, hasten, caisse, 
employé également pour chaton. — D. encha- 
tonner, en esp. engastonar, engastar. 

CHATOUILLER, vfr. catiller, catouiller. 
Diez tire ce mot du L. catulire, être en cha- 
leur (dérivé de catula, chienne), lequel se 
serait converti en catuliare, comme cambire 
en cambiare (voy. changer), et qui, par ce 
changement môme, aurait pris la significa 
tion factitive : faire éprouver, donner ce fré- 
missement des sens, cette sensation que nous 
appelons chatouillement. Cette étymologie est 



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ClIA 



101 — 



CllÉ 



difficile à vérifier, en présence de tant de 
formes approchantes et cependant variées 
dans les différents dialectes germaniques et 
romans ; nous n'en citerons qu'un petit nom- 
bre : wallon catt, gatt, gueti; bourg, gatailli; 
lorr. goutté; Piémont, gatié; ail. hitzeln (en 
Suisse kutzéln); bas-saxon keddeln; ags 
citelan (d*où angl. kittle et par transposition 
tickle); néerl. kittelen; suéd. kUtla, Partou 
un thème kcU, kut, ket ou kit. Qui suit si le 
L. titillare n*est pas aussi une altération 
euphonique de kitillare f — Ascoli (Arch. 
glott.. Il, 322) ramène aussi toutes les formes 
en question à catus, chat ; dans notre cas, par 
l'intermédiaire d'un dérivé catuculus. — D. 
chatouilleux, 

GHATOTER, changer de couleur, avoir des 
reflets comme Tœil du chat ; dér. de chat. — 
Dans le Berry, le mot signifie : flatter, cares- 
ser (cp. l'ail, kâtzdn). 

CHATRER, L. castrare, 

CHATTBMITB, du L. cota mitis, douce 
chatte. — D. chattemitterie, fausse caresse. 

GHAUGHER, autre forme de caucher (v. 
cauchemar) et de cacher ; elle s'est conservée 
dans chauche-hr anche, 1 . levier (branche qui 
presse les autres) ; 2. nom d'oiseau (litt. qui 
serre la branche), et dans chauche-poule^ nom 
vulgaire du milan. 

GHAUD, du L. calidus cal*dus. — D. chau 
DBAU, chaudel\ d'un type bas-latin caldellum ; 
CHAUDIÈRE, it caldaja, esp. caîdera, prov. 
caudiera, BL. caldaria; chaudron, it. calde' 
rone^ esp. càlderorit angl. cauUron ; échau- 
DBR, vfr. escauder, it. scaldare, angl. scald, 
■a L. excaldare\ 

GHAUDBAU, v. chaud. 

GHAUDIÊRE, v. cJiaud. — D. chauderon, 
chaudron. 

GHAUDRON, v. chaud et chaudière. — D. 
chaudronnier ^ -eric. 

CHAUFFER» angl. chafe; du prov. cal far, 
it. calefare, formes romanes du L.calefacere. 

— D. chauffe, chauffage, chauffoir, -eur, 
•erette; cps. échauffer, prov. escalfar, d'où 
récJiauffer. 

CHAUFOUR*, litt. four à chaux, — D. 
chaufournier. 

CHAULER, dérivation arbitraire de chaux. 

— D. échauler. 

CHAUME, du L. calamits, tige de toute 
plante élevée (x&Xu/AOi), BL. calmus. — D. 
cluiumer, couper le chaume; chaumière et 
chaumine, petite maison couverte de chaume ; 
déchaumer. 

CHAUSSE, vfr. cauche, it. calzo, calsa, 
esp. calza, prov. calsa, caussa, du L. caU 
ceus, soulier. Ménage s'est étrangement four- 
voyé en songeant au L. caJiga. — D. chaus- 
son^ it. calzone (de ce dernier fr. caleçon), 
chaussette, chaussetier, chaussure, chausser, 
L. calceare, cps. déchausser. 

CHAUSSÉE, vfr. cauc7/t«,catcci^, esp., port. 
ealzada, prov. caussada (ilam. hautsife,kauS' 
9\jde, kassije), correspond à un participe 
latin coUciata (s. e. via), dér. de calx, pierre 



à chaux ; chaussée est une route faite aveo 
des pierres calcaires broyées. D'autres (ainsi 
Ducango, Littré, Rônsch) interprètent cal- 
data par « la foulée n, en le ramenant à un 
verbe calciare, issu d'une forme BL. calcia «= 
calx, talon. Ds pourraient bien avoir raison. 

GHAUSSE-TRAPE, BL. calcatrepa, calci- 
trepa, signifie propr., à mon avis, soit - trape 
pour le talon » ou •• trape pour celui qui 
marche dessus »» ; l'élément chausse s'accorde 
pour la lettre avec le type calcitrepa, tandis 
que l'anc. forme concurrente chauche-ti'ape 
s'accorde mieux avec calcatrepa. Comme sens, 
cp. les expressions ail. fuss-anyel, fuss-eisen, 
— Le même composé français s'applique à la 
plante dite autrement chardon étoile; il tra- 
duit dans les glossaires du moyen âge le lat. 
saliwwa, au sujet duquel Jean de Gênes dit : 
« Est herba spinosa, a saiio, quod eam cal- 
cantes facit salire et vulgo dicitur calca 
crêpa, quod calcantes facit creparef » D est 
probable que cette forme calcacrepa, qui se 
voit en effet souvent dans les glossaires du 
moyen âge, à côté de calcatrepa, -tripa, 
4rippa, est l'effet do la conftision graphique 
de c et t. Le Glossaire et le Catholicon de 
Lille rendent saliunca par caudetrepe ou 
'trape; ailleurs, je trouve cauhetrap ou cauche- 
trape. L'anglais moderne en a fait caltrop; 
Vît, pour la plante, dit calcitreppo. — Littré 
et Darmesteter voient à tort dans notre com- 
posé le verbe chausser; Meunier (Les compo- 
sés, etc., p. 137), par contre, interprétant 
chausse par chaucher, fouler, traduit le terme 
par « elle fo ule, elle serre, la trappe n . 

CHAUVE, L. calvus. — D. chauveté, L. cal- 
vitas. — Quant à chauve-souris, Grandga- 
gnagc, se fondant sur les formes wallonnes 
chawe-soiri, chehau-sori, etc., supiw)se dans 
cette composition une transformation de choue- 
souris, équivalant à souris-hibou. Certains 
dialectes disent rat volant ou crapaud volant : 
prov. ratapenndda (cfr. ail. fledermaus), en 
Lorraine bo-volant. Dicz et Littré s'en tien- 
nent à l'interprétation par souris chauve (à 
cause des ailes dépourvues de plumes); d'après 
Baist (Ztschr. V, 264), souris est le lat. sorix, 
qui était déjà dans Marcius Victorinus un 
volatile nocturne, auquel le fr., pour plus de 
clarté, aurait préposé le mot cave, choe, le nom 
de la chouette. 

CHA UVE- SOURIS, voy. chauve. 

CHAUVIR des oreilles (Rabelais : chauver, 
cAoMer); pr. agiter les oreilles soit en les dres- 
sant, soit en les abaissant; d'après Littré, 
prob. de choe (voy. chouette), à cause de ce 
mouvement des plumes particulier à la 
chouette, qui figure des oreilles comme celles 
du chat. 

CHAUX, prov. cals, caus, esp. cal, it. caice, 
du L. calx, m. s. 

CHAVIRER, prob. pour cap-virer, tourner 
la tête en bas; cp. le terme analogue it. capo- 
volgere. 

OHÉBEC, it. sciabecco, stambecco, zambecco, 
esp. ocabcque, port, chaceco, esp. de vaisseau de 
mer. L'ét. est controversée entre l'arabe cha- 



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CHE 



102 



CHE 



beca, filet, anc. forme sounbehi^ et l'ail. 5tetn- 
becM bouquetin (voy. Littré, suppL). 

CHEF, francisation régulière du radical cap 
de L. caput; prov. cap, it. capo^ esp. cabo. Le 
mot signifie tête (fig. chose principale, article 
principal), puis extrémité en général, com- 
mencement ou fin; composés : rechef (dans 
derechef), prov. rescap, pr. recommencement; 
méchef (v. c. m.). — D. chevet, checeteau; 
chevage'f capitation, chevance (cfr. capital, 
autre dérivé do caput), chevetain^*, p. capi- 
taine (angl. chieftain); achever (v. c. m.); 
chevir^= venir à chef, à bout de qqch. — Chef 
prend un caractère d'adjectif dans la combi- 
naison chef-lieu. 

GHÊMER (SE), maigrir, répond à l'it. sce- 
mare, diminuer, affaiblir, prov. semar, dimi- 
nuer, que Diez tire du L. semis, demi, de sorte 
que le sens propre serait réduire à moitié (cp. 
en BL. semus, mutilé, verbe simare, estro- 
pier). 

CHEMIN, it. cammino, esp. camino, prov. 
camin, du L. caminus, four, cheminée, qui, 
dans la basse latinité, avait pris la significa- 
tion de via. Peut-être, toutefois, le caminits 
du latin classique et le caminus du latin du 
moyen âge sont-ils des mots tout à fait dis- 
tincts. En eflet, caminus, chemin, parait être 
un dérivé de la racine cam, si féconde dans les 
idiomes celtiques. Cette racine exprime cour- 
bure, incurvation; mais elle a fort bien pu 
dégager de cette idée primordiale le sens de 
circuler ou de marcher. On n'a, pour s'en con- 
vaincre, qu'à comparer les mots fr. tour (de 
promenade), it. t/irare, courir çà et là, circu- 
ler, ail. vxindern, toandeln, de wenden, tour- 
ner. Aussi le cymr. oflre-t-il les subst. cam, 
pas, et caman, chemin. Quant à la forme par- 
ticipiale cheminée, elle répond au BL. cami- 
nota (champ, caminade), = chambre pourvue 
d'un foyer (L. caminus, gr. xà/t*cvoç). Puis le 
sens do chambre à foyer s'est restreint à celui 
de foyer ; c est ainsi que le mot étuve signifiait 
d'abord chambre à étuve avant de signifier 
étuve ; il en est de même de poêle, pr. cham- 
bre à chaufier. — D. xle chemin : cheminer, 
acheminer. 

CHEMINES, angl. chimney, voy. chemin. 

CHEMISE, it. camicia, camiscia, esp. , port. , 
prov. camisa, du BL. camisa, carrtisia, dont 
on trouve la première trace dans saint Jérôme. 
Abandonnant l'étymologie vha. hamidi, he- 
midi, ail. d'aujourd'hui hemd = chemise, Diez 
prétend que camisia doit provenir d'un primi- 
tif camis. Or, il trouve ce primitif dans le vieux 
gaél. caimis (gén. caimse) = chemise, cymr. 
camse, long vêtement, ainsi que dans l'arabe 
qamiç, vêtement de dessous ; toutefois, il ré- 
serve la question de l'originalité des mots cités 
4ans les idiomes où on les trouve. Camicia est 
la forme extensive du mot italien camice, aube 
de prêtre, qui répond exactement au vfr. 
chainse, chinche, vêtement en toile; Isidore 
rapportait camisia à cama, lit, donc vêtement 
de lit, mais le suffixe isia fait quelque diffi- 
culté. Mahn se prononce en faveur de l'arabe 
qamiç, qu'il fait dériver du sanscrit hschauma, 



étofie de lin. — D. chemisette; voy. aussi ca- 
misole. 

CHENAL, variété franc, de canal (v. c. m.); 
chéneV, auj. chéneau, est une autre variété. 

CHENAPAN; c'est Tall. schnapphahn, terme 
figuré = brigand, litt. coq qui cherche à tout 
gripper (schnappen). 

CHENE, vfr. chesne* quesne*, BL. casnus. 
Chesne vient du L. quercus par l'intermé- 
diaire de l'a^j. quercinus, contracté en 
querç'nus et, par la chute de Yr devant la sif- 
flante (cp. dcsum p. dorsum), en quesnus 
(comp. rit. quercia ■=» chêne, de ra<y. latin 
quercea). Pour qu latin devant c ou t ■= cA fr., 
cp. chasque de quisque. — D. chéneau; chê- 
•naie'^ L. quemetum (p. quercinetum), ques- 
n^tum(d'où aussi le nom de ville le Quesnoy), 

CHÉNEAU, voy. chenal. 

CHENET, dér. de chen*, chien, à cause de 
la forme ou de l'ornementation donnée d'abord 
à cet ustensile « Cp. en normand quenot^^^ûi 
ch ien et chene t . 

CHENEVdiRE, du L. cannaharia, dér. de 
cannabis, chanvre. 

CHÊNE VIS, graine de chanvre, renvoie à 
un type cannabicium (la forme patoise chene- 
bou, à un type cannabolus). — Chenevotte est 
L. cannabis, avec le suffixe dimin. otte. 

CHENIL, angl. ke^inel, d'un mot latin co- 
rn^*, dér. de canis, chien (cp. les termes 
latins analogues ovile, bovile, equile, etc.). 

CHENILLE, prov. canilha. Voici trois éty- 
mologies diverses de ce mot : 1 . Catenicula — 
chainille — chenille, ko&use de la stinicture de 
cet animal. — 2. L. eruca (chenille), d'où 
erucana, erucanilla, canilla, chenille; c'est, 
comme on le devine, une conjecture de Ménage. 
— 3. Canicula, petit chien. On peut alléguer, 
pour la dernière, l'expression milanaise can ou 
cagnon (pr. chien) «=» ver à soie. Les Lom- 
bards disent pour chenille gatta, gaUola, ce 
qui signifie proprement petit chat; les Por- 
tugais, lagarta ■=* lézard ; les Anglais, Cater- 
pillar, mot dont on n'a pas encore su établir 
l'origine ; en France, on trouve aussi l'expres- 
sion choie peleuse- ou pelue (en Normandie, 
carpleuse). — D. écheniller. 

CHENU, prov. canut, it. canuto, du L. ca- 
nutus (dér. de canus). 

CHEPTEL est le même mot, sous forme vul- 
gaire, que capital; on trouve aussi cheptal; 
par l'élision du p on obtient la forme chatel, 
auj. catel. Le sens fondamental de tous ces 
mots est bien, surtout bien mobilier. L'angl. 
cattle et le genevois chédal ont rétréci cette 
signification, et ne s'emploient plus que dans 
le sens de bétail. 

CHÈQUE, t. de commerce, mot d'importa- 
tion anglaise (check). 

CHER, L. carus. ■— D. cherté (v. c. m.), 
chérir (v. c. m.). 

OHERGHER, vfr. cerchier, pic. cerquier, it. 
cercare, prov. cercar, sercar, val. cerca, alban. 
khërcôig, cymr. hyrchu, bret. herchat. Ce 
mot signifiait autrefois aller à la ronde, par- 
courir, et vient du L. circare, employé par 
Properce pour aller çà et là; il est inutile 



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GHE 



— toa — 



CHE 



d*avoir recours à un verbe hypothétique 
guœrtcare (de qiMerere, quérir). On trouve 
le même mot circare (Isidore : circat circum- 
▼enit) dans les subst. BL. circa^ la ronde, 
circator, le guet. — Cps. rechercher. 

GHÊRE signifiait, jusqu'au xvi* siècle, tête» 
visage, mine, semblant, et le signifie encore 
dans les dial. norm., lorrain et wallon. Nicot: 
avoir la chère baissée, vultum demittere. De 
l'expression faire bonne ou mauvaise chère 
(= mine) à qqn, s'est dégagé le sens accueil, 
réception, et enfin manière de traiter, de 
recevoir les amis, dépense pour la mangeaille 
(angl. cheer). Le subst. cTière, anc. care, tête, 
correspond à l'esp., port., prov. cara, visage, 
figure. Le mot cara se rencontre déjà dans 
Corippus, poète latin du vi« siècle. On le fait 
venir du grec x&pii, tête, visage, mais on sus- 
pecte avec raison cette étymologie, parce que 
ntalien> celle des langues néo-latines qui a 
reçu le plus de mots grecs, ne présente pas la 
forme cara, mais celle de cera, introduite du 
finançais selon toute vraisemblance. En BL. 
cera signifie effigie, visage, dével(9ppement du 
sens « sceau »; cela favorise Tét. x^p^ç dre. 

CHÉRIR, angl. cherish, dérivé de l'acy . cher, 
— D. chérissable; cps. enchérir, renchérir, 
9wrenchérir, 

OHiiRTS, subst. de clier, signifiait ancien- 
nement aussi amitié, tendresse, estime, abso- 
lument comme son analogie latin caritas, que 
le fr. a reproduit sous la double forme cherté 
et charité, 

OHÉRUBIN, de l'hébr. kherouhim, pluriel 
de kheraub, nom d'une figure de la symboli- 
que juive, emprunté aux Phéniciens. 

CHERVIS, GHERVI, esp. chirivia, le siser 
des Latins; toutefois, ce dernier ne peut en 
fournir l'étymologie; il faudrait la forcer au 
moyen de siservilla, serviîîa. Nous estimons 
Ç[ue carvi et chenois sont étymologiquement 
identiques, v. carvi, 

CHÉTIF, vfr. caitif, voy. captif, 

CHEVAL, voy. caoale. — D. cnevaler; che- 
txUet, machine de bois ayant la ressemblance 
d'un cheval (cp. en latin equuleus, petit cheval 
et instru ment de torture); a^. cheoalin, 

OHEVALISR, voy. cavale et canalier. — D. 
ch£oalière(hsLgxïe); chevalerie {angl, chivalry)\ 
chevaleresque (ce dernier imité de l'italien 
caballeresco). 

OHBVANCB, voy. chef, 

C HgyA ïïOHER, voy. cavale, 

GHEYSGIER, BL. capicerius, <* cui capicii 
ecclesiœ cura incumbit ». Le capicium ou 
capUium de l'église est ce que l'on nommait 
autrefois le cJi^et de l'église. Radical caput, 

CHIÎVB LÏÏ, voy. cheveu, 

GHEVER, creuser, t. d'arts et métiers, est 
la bonne forme française p. caver, 

CHEVET, dim. àechef(y. c. m.). Les Italiens 
et les Espagnols disent dans le même sens 
capejzale, cabeçal (comme cTievet, du L. ca- 
put). 

OhjkvAtRB, vfr. quevestre, chevoîstre, licou, 
it. capestro, esp. cabestro, prov. cabestre, du L. 
capistrum, muselière. La signification archi- 



tecturale de ce mot, « pièce de bois dans 
laquelle on emboîte les soliveaux d'un plan- 
cher I», est également déduite de capistrum. 
— D. enchevêtrer, it. incapestrare, esp. enca» 
besirar, ■- L. incapistrare (enchevêtrer, fig. 
embarrasser). 

CHEVEU, vfr. cavel, chevel, prov. cabelh, 
esp., port, cabello, it. capeUo, du L. capiUus, 
— D. chevelu, chevelure; décheveler (prov. 
des càbelha r), écheveler. 

CHEVILLE, it. cavicchia, caviglia, port., 
prov. cax)ilha; du L. clavicula (clavicla, puis 
cavicla, le premier jî ayant été élidé par eupho- 
nie comme dans foible p. floible). La langue 
savante a repris le même clavicula pour en 
faire clavicule, -— G. Paris (Rom. V, 382), 
rejette l'étymon clavicula en faveur de capi- 
tula (petite tête), devenu capitula, capùia, 
cheville. Je ne vois pas pourquoi il faudrait 
strictement abandonner clavicula, — D. cTie- 
vil lette, c heviller. 

, OHEVIOT, mouton des monts ChevUfs, en 
Ecosse 7 de là cheviote, laine d'agneau d'Ecosse 
et étoffe faite de cette laine. 

CHEVIR, venir à bout ou à chef de qqch., 
s'ac quitter de ses redevances ; voy. chef. 

CHÈVRE, du L. capra, — D. chevreau 
(prov. cabrd, vfr. chevrél)\ chevrier, prov. 
oabrier, esp. cabrero, L. caprarius ; chevrette 
(v. c. m.); chevreuil, prov., cat. cabirol, il. 
coMriuolo, L. capreolus; chevron (v. c. m.); 
che vrcfer, chevroH n. 

C HèV RiurjBUUuLE, L. caprifoUum. 

CHEVRETTE, nom d'une sorte de crustacé 
(le crangon ou le palémon); Diez et Joret le 
dérivent de chèvre (à cause de l'agilité de ce 
crustacé); selon Joret, par transposition s'est 
produite la forme secondaire crevette (v.c.m.). 
Pour Suchier, chevrette est formé, par un faux 
rapprochement avec chèvre et par le procédé 
dit « umdeutung »», de crevette, lequel, d'après 
lui, est le moy. ni. crevet (écrevisse). Voy. pL 
loin creve tte. 

CHEVRON, vfr. caprion, prov. cabrion^ 
cabiron (cfr. esp. cabrion, caviron, bloc de 
bois), dér. du L. caper, capri, bouc; com- 
parez en latin le terme analogue capreolus, 
éta nçon, s outien. 

CHEVROTINE, balle de petit calibre pour 
tirer le chevrot «■ chevreuil. 

CHEZ, = lat. apud, est une abréviation de 
r^c. formule en chez (v. esp. et v. port, en 
cas), qui équivaut à <* dans la maison », lat. 
in casa. Chez mon père, c'est étymologique- 
ment «< dans la maison de mon père » ; l'it. a 
la formule complète in casa ou a azsa; l'es- 
pagnol de même. L'étymolqg^ie de chez fait 
comprendre la combinaison de chez mon père. 
lia prép. lez s'est, de la même manière, pro- 
duite du subst. lotus, côté. Cp.le wallon amon, 
chez, de mon, contraction de mohon, maison. 
Cette étymologie, universellement reçue, ne 
fait pas doute ; c?iez est virtuellement »> casa; 
mais comment se rendre compte de la formel 
Pourquoi le mot latin a-t-il perdu sa finale, 
de manière que le radical ca5 a pu se 
franciser par c?iez, comme nasus par nez. 



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GHI 



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CHI 



rasus par rejt f Et encore^ pourquoi rancienne 
langue, qui n'aurait jamais toléré une forme 
diphtonguée niés, ries p. nejr, res, em- 
ployait-elle de préférence chiés f Cette question 
a été pour la première fois étudiée par 
M. Cornu (Rom., XI, 82); il conclut à attri- 
buer la chute de Va de casa dans esp. en cas, 
VÎT. en chiés, nfr. ches au fait que le sub- 
stantif complément de la préposition, par son 
accentuation plus forte et son contact immé- 
diat, réduisait la tonalité et la consistance du 
mot cdsa en un simple cas, fr. chiés*, chez. 
En esp. nous ayons à la fois a caso et à cas, et 
c'est la comparaison des applications de ces 
deux formes qui a pu faire arriver M. Cornu 
à sa conclusion; mais ce savant ne nous dit 
pas si, en français, il existe une trace d'une 
forme en chese (ou chiese) coexistant avec 
en chiés. Godefroy a de nombreux exemples 
de chiesedeu (== casa Dei, église); on se 
demande pourquoi Vc s'est maintenu dans 
ce composé, tandis qu'il a disparu dans en 
chiés le rey. 
CHICANE, voy. chiche, — D. chicaner, 

1. CHICHE, peu abondant, parcimonieux. 
Ce mot, dont les dérivés sont : chiqicet, chicot, 
chicoter, se rattache, ainsi que it. cica, baga- 
telle, it. ct^o^o et esp. chico, petit, exigu, 
au L. ciccum, bagatelle. Comparez en grec 
afititpôit petit, et 9fiixpivr)i, avare. Chicane, qui, 
dit-on, signifiait d'abord une miette de pain, 
est probablement de la même famille ; le sens 
se sera élargi en minutie, puis dispute pour 
un rien, tracasserie; cp. les termes chicoter, 
chipoter, véliller (v. c. m.), qui offrent des 
rapports d'idée analogues. Mahn rattache 
chicane au basque chihia, chikerra, petit. 
Littré, appuyant sur la signification « ma- 
nière de jouer au mail » et sur l'existence du 
bas-grec rjuxàviov, jeu de mail, prend ce der- 
nier (= persan tschaugan) pour l'origine du 
mot fr. et enchaîne ainsi les sens : jeu de 
mail, action de disputer la par-tie, manœu- 
vres processives. 

2. CHICHE, pois, it. cecci, esp. chicaro, 
prov. cezer, ail. hicher; du L. cicer, d'où 
vient aussi le dérivé diminutif cicerole, 

CHICORÉE, L. dchoreum (xix(£>/9tov). 

CHICOT, pr. morceau, fragment, dér. de 
chiche 1 (v. c. m.). Au xvi* siècle, c^icof expri- 
mait une qualité morale. Du Verdier : « Sa 
cour estoit pleine de bons esprits et de gens 
de sçavoir au lieu de fols, de chicots, de flat- 
teurs, d'harlequins. » — D. chicoter =» chi- 
caner sur des bagatelles. 

CHICOTIN, suc d'aloès, vfr. dcotrin. D'après 
Nicot, cicotrin est fait par corruption de coco- 
terin (port, çocotrino) et est l'épithète de l'a- 
loès pour en désigner la meilleure sorte. Cet 
adj. serait pris de Çocotare, qui est une île 
sur l'embouchure de la mer Rouge, d'où 
vient le meilleur aloès. 

CHIEN, vfr. et patois chen, chin, chein, du 
L. canis. Régulièrement, canis appelle fr. 
chain, mais nous trouvons encore a bref latin 
devenu ie dans prief (l&t. gravis) et vfr. chiet 



(«3 lat. coda de cadere). — D. chienne^ 
chienner; v. aussi le mot suiv. 

CHIENDENT; expression incompréhensi^ 
ble; l'ail, hundsgras se comprend {hunds- 
jtahn est imité du français), de même l'angl. 
dogsgrass, couchgrass (herbe qui rampe), 
mais que veut dire chiendent? Darmesteter 
juge que « ce doit être une création indivi- 
duelle de la Renaissance et prendre place A 
côté de fourmi4ion (Composés, p. 135.) 

CHIEB ; le vfr. a eschiter, qui est un mot 
d'orig^e germanique; vha. scizan (aiy. 
scheissen), ni. schijten, ags. scîtan (d'où angl. 
shite). Est-il l'original du fr. cAwr^ c'est dou- 
teux, mais toujours a-t-il, comme pense 
Diez, influencé ce dernier. Cacare lat. appelle 
en fr. choyer; néanmoins il faut le considérer 
conmie ayant donné chier, surtout en pré- 
sence du fréquent emploi, en vfr. , du composé 
conchier, souiller = L. con-cacare. D'ailleurs» 
Cornu explique Vi du verbe fr. par les mêmea 
raisons qui ont transformé lat. Jacentem en 
gisant etjactare en prov. gitar. 

CBIPPE, dérivé chiffon. L'arabe chiff « ves- 
tis tenuis et pellucida » , invoqué par Devic, 
paraît trop éloigné pour un mot si usuel. 
Grandgagnage identifiant chiffonner avec le 
wallon ca/bi<^nt, même sign., et chiffon avec 
cafou, chose sans valeur, recommande l'éty- 
mologie néerl. h/if, angl. chaff, balle de blé. 
Diez préfère celle du vha. ?ieva, silique, cosse. 
Génin voit dans chiffre une variante de chippes, 
rognures, et le rattache à l'angl. chip, couper 
par morceaux; la chiffe serait ainsi de la 
rognure — D. chiffo7inei; chiffonnier. 

CHIFFRE, signe de nombre, écriture se- 
crète, it. dfra, cifera, écriture secrète^ 
esp., port, cifra, signe de nombre, ail. ziffer,, 
c}nftce. Primitivement, ce mot désignait un 
signe de nombre sans valeur déterminée, un 
zéro, sens propre encore au valaque cifrë; cp. 
le Breviloquus : cifra figura nihili, et la locu- 
tion angl. ameredpher. L'Europe ayant tiré 
des Arabes le système numérique des Indiens, 
le mot doit être arabe. Dans cette langue, on 
trouve les mots çafar, cifr, vide, cifron (comme 
subst.) = zéro(v. c. m.). Le nom, par exten- 
sion, est devenu synonyme de signe numéri- 
que. — D. chiffrer, déchiffrer. 

CHIGNON, vfr. chaaignon, chaignon pour 
cTiatgnon, de chaîne, aig. cfiaine (v. c. m.). 
Chignon est donc une simple variété de chaU 
non, Nicot : chaînon du col = cervix, ver- 
tèbre du cou; cp. languedocien : cculena 
daoun col. 

CHIMÈRE, L. chimaera (de xlfiuipoi, chè- 
vre). — D. chimérique. 

CHIMIE, it., esp., port, chimica; arabe o^- 
kimia (voy. alchimie) ; le mot arabe, cepen- 
dant, n'est pas d'origine indigène. Malgré 
l'autorité d'Al. de Humboldt (Kosmos) et 
d'autres, qui pensent que chimie vient de 
x»iftix> selon Plutarque un des noms de 
l'Egypte, et que le mot désigne • la science 
égyptienne •», une étude approfondie de cette 
question engage Mahn à soutenir que chimie 
provient du grec x^t^^i* ^^^ î x^f^"'^^ r&xvn ^^* 



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cm 



— W6 — 



CHO 



primait d'abord Tari de tirer des sucs hors des 

Elantes, qui fut le point de départ de ce que 
i science a désigné plus tard sous le nom de 
chimie ou d'alchimie. Le souvenir du terme 
Xvifilçc, terre de Cham ou d'Egypte, a peut- 
être contribué à continuer le motcAimte pour 
exprimer l'art de feire de l'or^ que l'on savait 
être fort en estime chez les E^ptiens, et à 
introduire dans les textes grecs la variante 
X»i/*«'«» X^/*^«» *^ li®^ ^^ ^^^ primitif yyixtU. 
A l'appui de Tétymologie xu/io;, Mahn cite le 
sanscnt rasayana, clmnie, alchimie, poison, 
élixir de vie, composé de rasa, suc (aussi vif- 
argent), et de ayana, procédé, espèce, ma- 
nière. — D. chimique, chimiste, 

CHINA , voy. quiTiquina. 

CHINCHILLA, mot esp., litt. animal puant, 
de l'esp. chinche, punaise (L. cimex). 

CHINER, de Chine; chiner, c'est donner à 
ujie étoffe des couleurs ou des dessins à la 
manière chinoise, 

CHIOURME, it. ciurmay sicilien chiurma, 
esp., port, chusma, génois ciusma. Diez, 
partant de la forme espagnole, dérive ces 
mots de xiUu^fix, commandement, devenu suc- 
cessivement cleusma, chusma (cp. cliamar de 
damare). Le mot désignait d'abord le com- 
mandement de l'inspecteur des rameurs et 
a fini par être employé poiu* l'ensemble d'un 
équipage placé sous un même commande- 
ment. L'étymologie turma est fautive; le 
turc tcheiirmé «= chiourme est sans doute un 
emprunt fait au roman. 

CHIPER, voler, dérober une chose de peu 
de valeur, de chipe", lambeau, chose de mince 
valeur (voy. chiffe). «* Les couturières ap- 
pellent chippes ce qu'elles volent à leurs pra- 
tiques. » (De l'Aulnaye). Ce chipe correspond 
à angl. chip, copeau. 

CHIPIE, terme populaire, d'origine incer- 
taine. On rapproche de co mot le subst. vfr. 
chipoe, grimace, mauvaise .mine. Dans le pa- 
tois norm., chiper signifie crier; serait-ce le 
primitif du mot? femme criarde? En tout cas, 
l'ail, chepisa, aiy. kébse, concubine, qu'on a 
aussi allégué, n'a rien à voir ici. 

CHIPOLATA, de l'it. cipoîlata, m. s., dér. 
de cipolla, ciboule. 

CHIPOTER, s'arrêter à des riens, vétiller, 
lanterner, de *chipe, bagatelle, vétille (voy. 
chiper), — D. chipotier, 

1 . CHIQÏÏE, puce ; prob. le même mot que 
chiche l, petit. 

2. CMQUB, propr. petite quantité, petite 
chose, est, comme le précédent, une variété 
de chiche 1 , dans le sens de petit, mince. — 
D. dimin. chiquet, petite partie ; verbe chi- 
quer, manger, pr. broyer en petits morceaux, 
ou manger une chose de peu de valeur (cp. 
brifer de brife = brihe), 

CHIQUENAUDE, selon Génin, un composé 
de chique, petite chose, puis petite monnaie 
(voy. chiche), et de naud, qui serait une con- 
traction de nasaud; chiquenaude, d'après 
cette conjecture, serait une chique nasaude, 
Génin cite à l'appui l'expression allemande 
nasenstuberssadùquenaMàe, litt. stuber (nom 



d'une monnaie) de nez. Cette étymologie est 
sujette à caution. Le picard dit pikenote; 
Rabelais chinque-naude, 

CHIQUER, voy. chique 2. — D. subst. ver- 
bal chiqua (de tabac). 

CHIQUET, petite parcelle, voy. chique 2. 

— D. chiqueter, déchiqueter, 
CHIRACRE, goutte aux mains, de y^tipàypat 

{xtlp 4" i'/px), cfr. podagre, goutte aux pieds. 
Nous retrouvons encore l'élément chir ou 
chiro, représentant le grec x^ip» main, dans 
les mots usuels suivants : 

1. Chirographe, écrit de propre main» 
d'où chirographaire, 

2. Chiromancie, divination (/ixvttla) par 
l'inspection de la main. 

3. Chirurgie, gr. xtipovpylx, litt. opération 
avec la main. — D. chirurgien, vfr. sirur^ 
gien, surgien (angl. surgeon). 

CHLORE, CHLORATE, CHLORIQUE, CHLO- 
RURE, termes savants tirés du grec x^^P^^* 
vert clair, pâle. 

CHLOROFORME est forgé avec les éléments 
chlore et forme, abstrait du t. de chimie for^ 
mique (de L. formica, fourmi). 

CHLOROSE, gr. x^<i»p<»ni (de x>«p^$> P&le.) 

— D. chlorotique. 
CHOC, voy. choquer, 

CHOCOLAT, anc. chocolaté, it. cioccolata, 
esp. chocolaté. Le nom de cette substance est 
le mexic. chocolattl. Nous ne trouvons, quant 
à sa composition, pas d'autres renseignements 
que «e qui suit : 1 . « Du mexicain choco, bruit, 
et lattle, eau ; les Mexicains préparaient le 
chocolat en le faisant mousser dans de l'eau 
chaude. » (Bescherelle) ; 2. «Du mex. choco, 
cacao, et lattle, eau. » (Dochez.) Nous lais- 
sons à ces auteurs la responsabilité de ces 
assertions, que nous ne sommes pas à même 
de vérifier. 

CHŒUR, L. choisis (xopôç). Ce mot a fini 
par signifier aussi la « place « où se tient le 
chœur, et par désigner une des divisions prin- 
cipales d'une église. 

CHOIR, vfr. cheoir, du L. cadere (traité 
d'après la 2* coiyugaison, donc prononcé 
cadére), prov. caser, it. cadér. Du part, passé 
L. cadutus', it. caduto, fr. cJie-u chu, vient 
le subst. participial chute, prov; cazuta. Du 
part. prés, chéant vient chéo.nce\ chance 
(v. c. m.). — Composés : déchoir, échoir, 
mescheoir; rechoir d'où rechute. 

CHOISIR, primitivement = voir, aperce^ 
voir, discerner, rouchi chusir, prov. causir, 
chausir; du goth. hausjan, essayer, examiner 
(cfr. le nom propre Choisy, de Causiacum), 
Si la forme prov. était causar au lieu €b 
causir, Diez donnerait la préférence au goth. 
kiusan (ail. mod. hiescn), élire. — D. chois*, 
choix, angl. choice. 

CHOIX, subst. verbal de choisir, 

CHOMER, d'après Diez, de calme (v. c. m.)^ 
Littré oppose à cette étymologie que la plus 
ancienne forme du mot est chômer et non pas 
chaumer; il préfère donc le celtique : bret» 
choum, s'arrêter, cesser, gaél. cum, arrêter* 



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CHO 



— 106 — 



CIC 



Malheureusement, Arbois de Jubainville, 
grande autorité en cette matière, tient ces 
mots celtiques pour empruntés au roman. 

OHOPB (d'où chopiné), gobelet contenant 
environ un demi-litre; de l'ail. scJioppen, 
m. s. (de schôpfen, puiser). Ménage y voyait 
un L. cuppina, dim. àecuppa; mais le c latin 
devant o ou u ne devient jamais ch. 

CHOPINB, voy. chope. — D. chopiner. 

OHOPPER, vfr. souper, heurter du pied, 
trébucher ; vient du subst. vfr. chope, tronc 
d*arbre, souche (pour la filiation des idées, 
cp. broncher et choquer). Quant à c?iope, je 
nen connais pas l'origine; je doute de son 
rapport avec le verbe ni. schoppeti, aU. 
scnupfetif pousser du pied. — Cps. achopper. 

CHOQUER, angl. shock, esp. chocar, heur- 
ter du pied; du subst. vfr. choque (dimin. 
chouquet), it. ciocco, tronc, bloc, dont l'ori- 
gine est obscure. — D. subst. verbal choc; 
adj. choquant, 

CHORISTE, qui chante dans le chœur, et 
choral, chant, dérivés du L. chorus, fr. chœur 
(v. c. m.), dont la forme latine s'est conservée 
dans l'expression faire chorus, 

CHOSE, it., esp., port., prov. cosa, du L. 
causa (voy. cause). Le mot chose s'est substitué 
dans les langues romanes au latin res, dont 
Tacc. rem a donné rien. L'ail, sache réunit, 
comme le BL. causa, les deux significations 
de cause et de chose. 

^HOÏÏ, vfr. choV (plus souvent le dim. 
cholet), it. cavolo, esp. col, prov. caul, ail. 
hohl, du L. caulis, colis (xau>o«), tige, chou. 

CHOUC, choucas noir; du mha. chouch, 
hibou (voy. chouette). — D. choucas (prov. 
caucala). 

CHOUCROUTE, corruption de l'ail, sauer- 
kraut (composé de sauer, aigre, et kraut, 
herbe); l'élément chou s'est facilement sub- 
stitué à sauer (prononcé soûr par les Suisses), 
le tout désignant une espèce de chou. 

CHOUETTE (wallon chawetté), dér. de vfr. 
choe, pic. cave, prov. eau, chau. Autre dérivé 
du même mot : pic. cavxm, Anjou chouan, 
Berry chavant, prov. clmuana; bret. kaouan, 
BL. catxinnus (v« siècle). Le mot chat- huant 
nest probablement qu'une transformation 
populaire pour chaiXan, Le primitif choe doit 
être identique avec le mha. chouch, hibou 
(angl. chough, chouette); cp. néerl. Aauio, 
corneille. Voy. aussi chouc. On rencontre 
aussi, pour chouette, la forme dérivative 
chevêche, chavèche. 

CHOUQUBT, bloc de bois, voy. choquer. 

CHOYER, traiter soigneusement (hommes 
ou choses), ménager, « contregarder n (Nicot). 
Deux opinions méritent attention. Bugge 
<Rom., in, 146), mettant en parallèle vfr. 
suer, chuer, caresser, flatter (xiii" s.), it. 
soiare, flatter, propose le goth. suthjon, cha- 
touiller. Cette et. laisse des doutes, tant pour 
la lettre que pour le sens. Havet (ib. 331, 
note) part d'un type caucare =« cavicare (de 
eanere); il invoque le nonnand couayer 
(Guemesey), ménager, épargner; « couayer 
le feu »», prendre garde au danger du feu. — 



Ne vaudrait-il pas tout aussi bien partir du 
fréqu. BL. caxUare, traiter avec précaution! 

CfHREME, dugr. xyfff^ia. onction. — D.chré- 
meau. 

CHRSSTOMATHIE, gr. xpncrofi&âna, recueil 
d'extraits de choses intéressantes (xpti<rro;) & 
apprend re (/lae &gîv), tirées de différents auteurs. 

CHRÉTIEN, L. christianus (Christus). — D. 
chrétienté, L. christianitatem; christianisme 
est un terme savant, reproduisant exactement 
le gr. )fpi9rcavi7/Ao'ff. 

CHBJE, L. chria, de xp(<«> sentence. 

CHROME, CHROMATE, du gr. xyû/t», -aro$, 
couleur. — D. chromatique. 

CHRONIQUE, a^., gr. xpoyutoi, de xpo'voc 
temps; chronique, subst., du plur. xP^vutà, 
s. e. ^(Wia, les livres des temps passés. — D. 
chroniqueur. — L'élément xfiôvoç, temps, entre 
encore dans les mots suivants : 

Chronogramme, inscription marquant la 
date. 

Cronologib, science du temps. 

Chronomètre, mesure du temps. 

CHRYSALIDE, gr. xpyvxXXlç, -iSoç (de xp^séf, 
or). Cp. en latin aurelia de aurum. 

CHRYSANTHÈME, gr. xp^tk^t^tfiov , fleur 
d'or. 

CHRTSOCALE, mot industriel, litt. beau 
(xaici;) comme de l'or [-j^pxjvôi), 

CHRYSOIiTTHE, gr. xpw<«>>i&o«. pierre d'or. 

CHUCHOTER, autrefois chucheter, aussi 
chuchiller, prov. chuchutare, esp. cuchear, 
cuchuchear; mots imitant le chuchu que l'on 
entend quand on est près de deux personnes 
qui se parlent à l'oreille. Ce sont des onoma- 
topées, de même que les équivalents lat. 
susurrare, angl. wkisper, it. cicciorare, 
basque chuchurlatu. 

CHUT, onomatopée. Cp. it. zitto, esp. chito, 
— D. chuter, crier chut. 

CHUTE, voy. cTioir, — D. chuter, feir© 
chute. 

CHYLE, gr. -^uXé;, suc. — D chylifier. 

CHYME, gr. xw/*o';, suc. — D. chymifier. 

CI. Les formes vfr. iqui,equi, it. qui, esp., 
prov. aqui viennent du L. eccu'hic, tandis que 
it. ci, prov. aici, aissi, cat. assi, fr. ici et ci, 
accusent une provenance de ecce hic, contracté 
en eccic. Cfr. ça. 

CIBLE, anc. cibe; du vha. sciba, aig. 
scheibe, m. s. (angl. shivc, ni. schyfj. La 
lettre / dans cible est euphonique. 

CIBOIRE, vase consacré aux saintes hosties, 
L. ciborium (xil6ipiov). — On trouve sur une 
épitaphe gravée sur cuivre dans l'église de 
JoUain-Merlin, à une lieue et demie de Tour- 
nai : « Le chiboule pour mettre corpus 
Christi. ». Ailleurs chyboille. 

CIBOULE, vfr. civoUe, it. cipoUa, esp. 
cebolla, angl. chibbol, ail. swiebel, du L. 
cœpulla, dim.' de cœpa, oignon ?v. cive), — 
D. ciboulette. 

CICATRICE, L. cicatrix, — D. cicatriser. 

CICEROLE, voy. chiche. 

CICÉRONE, mot italien, tiré du nom de 
Cicéron, le grand orateur, à cause de la 
loquacité de ces gens. 



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CIN 



— 107 — 



Cli 



OIDRl, it. sidro, cidro, esp. sidra (anc. 
siffra), Yolaque ciffheaHu; du L. sicera 
(vlMpa), gâté en cicera, d'où cidra (cp. ladre 
de Lazarus), 

GIEL» L. ciF/um. 

CIERGE» prov. ciW, du L. cereus prononcé 
cerius (de cera, cire). 

OIOALS, it., pr., cat. cigaîa, esp. cigarra^ 
du L. dcada. Pour d = l, comp. it. ca/i«:o 
pour caduco, ellera (lierre) de hedera. — Je 
n'admets pas, avec Brachet, dans cigale une 
contraction de L. cicadula. 

CIGARE» de Tesp. cigarro, qui vient de 
cigarra, cigale, soit par une vague compa- 
raison de forme avec le corps d'une cigale, 
soit par l'intermédiaire du verbe esp. cigarrar, 
papilloter. — D. cigarier; cigarette. 

CIGOGNE, L. ciconia. En vfr , par la chute 
de la consonne médiane c (cp. vfr. ceûe *= 
ciguë), ciconia était devenu cëoigne^ puis 
eoigne; ce dernier nous fournira le primitif de 
eoignoie (v. c. m.). 

CIGUi, vfr. ceile, it., esp. cicuta, du L. 
cicuta, m. s. 

CIL, L. cilium. — D. ciller; composé décil- 
ler, orthographié plus tard dessiller, it. disci- 
gliare. 

CILICE, L. cilicium (xtlUtov), étoffe de poil 
de chèvre (de Cilicie). 

CIME, it.. esp., prov. cima, du L. cyma 
(xû/xx), pousse, pr. la partie la plus élevée d'un 
végétal. Cfr. it. vetta, qui signifie à la fois 
r^eton et sommet. — D. cimier, ornement 
qui surmonte la cime d'un casque, it. cimiero, 
esp. cimera. 

CIMENT, angl. cernent, du L. ccementum 
(ccedere), moellon ; il faut d'après cette étym. , 
supposer à ciment le sens propre : petits mor- 
ceaux de pierres. — D. cimenter, 

CIMETERRE, it. scimitarra, esp. cimitarra, 
mot probablement oriental ; on cite le persan 
chimchir. Si, toutefois, le mot est de prove- 
nance espagnole, dit Diez, l'explication de 
Larramandi, par le basque cime-tarra,** celui 
au fin tran<*hant », pourrait bien être fondée. 

CIMETIÈRE, it. cimeterio, esp. cimenterio, 
vfr. aussi chimentire, du L. ccemeterium 
(xoi/*>jr>5cov). pr. lieu de repos. 

CDOER, voy. cime. Ce même mot, employé 
comme terme de boucherie, a donné aux Alle- 
mands leur ziemer, 

CINABRE, it. cinabro, prov. cynobre, angl. 
cinnabar, ail. zinnober, du L. cinnabaris 

(jtiwàSyci). 

CINÉRAIRE, L. cinerarius(àecinis, cendre). 

1 . CINGLER, autref. singler, esp. singlar, 
vfr. sigler, naviguer ; du vha. segelen, nord. 
sigla, faire voile, avec insertion don. 

2. CINGLER, frapper avec quelque chose de 
léger et de pliant (fouet, lanière). C'est le 
même mot que sangler, qui s'emploie égale- 
ment pour fustiger. L'un et l'autre viennent 
de cingle, sangle, qui représentent le cingu- 
lum latin (voy. sangle). Cingle signifiant la- 
nière a produit le verbe cingler, comme fouet 
a donné fouetter, et it. staffile, étrivière, 
staffilare, fouetter. 



CINNAMOMB» L. ctnnamomum(xcvy&/M*/ftoy). 
De là : vha. sinamin, mha. zinment, d'où 
nha. zimmt, cannelle. 

CINQ, L. quinque. — D. cinquième. — 
Quinquaginta, cinquante, D. cinquantième, 
-aine, 

CINTRE, CINTRER, voy. ceindre. Nous 
ajouterons ici que les formes parallèles it. 
ceniina, centinare, qui paraissent plus an- 
ciennes, jettent de l'incertitude sur l'étymolo- 
gie cincturare. 

CIPPE, L. cippus, voy. cep. 

CIRCON-, forme que prend en français la 
prép. lat. circum, autour, dans les composi- 
tions; ne se rencontre que dans des composi- 
tions déjà latines ; nous ne connaissons comme 
nouvelle formation faite avec cet élément, 
parmi les mots usuels, que circonvoisin. 

CIRCONCIRE, L. circumcidere, couper au- 
tour; circoncision, L. circumcisio. 

CIRCONFÉRENCE, L. circumferentia (de 
ciiymmferre, litt. porter autour); cp. ittpiftplx, 

CIRCONFLEXE, L. circumflexus (flecto), 
fléchi des deux côtés. 

CIRCONLOCUTION. L. circumlocutio, tra- 
duction littérale du gr. Tttpifp-x9ii ; cp. l'ail. 
umschreibung, employé dans le même sens. 

CIRCONSCRIRE, L. circumscribere, tracer 
les limites autour d'un espace ; circonscription, 
L. circumscriptio. 

CIRCONSPECT, L. circumspectus (circum- 
spicere, regarder de tous côtés par prudence); 
cp. en ail. le terme analogue umsichtig. — 
D. circonspection, L. circumspectio. 

CIRCONSTANCE, L. circumstantia, traduc- 
tion exacte du gr. -jctoifT^iii, litt. état autour 
d'une chose, l'accompagnant; cfr. Tall. um- 
stand. — D. circonstancier, circonstanciel, 

dRCONVALLATION, du L. circumvallare, 
fortifier autour. 

CIRCONVENIR, L. circumi>enire, qui avait 
déjà le sens métaphorique propre au terme 
français. 

CIRCONVOISIN, extension de zHnsin au 
moyen de circum, autour; voy. l'art, circon. 

CIRCONVOLUTION, du L. circumoolvere, 
rouler, tourner autour. 

CIRCUIT, L. circuitus (circum-ire). Oase 
sert parfois aussi du verbe circuir, = L. 
circu-ire. 

CIRCULAIRE, L. circularis; verbe a'rcwZer, 
L. circulari. Primitif : circulus (dim. de ctr- 
cus), = fr. cercle, ail. zirkel, 

CIRE, prov., it., esp. cera, du L. cera, — 
D. cirer, cirage, cirier. 

CIRON, vfr, siron, bourguign. soiron, BL. 
sirio, siro, stirio, flam. siere (holl. zier), du 
vha. siuro,m. s. 

CIRQUE, L. circus. 

CIRRE, L. cirrus, boucle de cheveux. 

CIS-, préfixe, signifiant en deçà, du L. cis, 
m. s. 

CISAILLES, voy. ciseau, — D. cisailler, 

CISEAU, ciseV, esp. cincel, port, sizel, it. 
cesello, BL. cisellus, angl. chisel. L'étymo- 
logie L. cœsus, coupé, est fort problématique. 
Mieux vaut, d'après Diez, celle de sicUica 



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CLA 



108 — 



CLA 



(Plaute), petit instrument à couper; ce voca- 
ble aura été altéré en sicilicellus, scilcellus^ 
d'où les diverses formes romanes citées, — D. 
cisailles (cfr. tenailles); ciseler, oiselet. 

CISELER, -ET, voy. ciseau, 

GITABELLE» de Tit. cittadella, dimin. de 
città ■= cité. 

CITADIN, de l'it. cittadino, dér. de città = 
cité; cp. citoyen. 

CITÉ, it. città, esp. ciudad^ prov. ciutat, 
ciptat, angl. city, du L. civitàtem — D. citoyen 
(v. c. m .), concitoyen. 

CITER, L. citare; subst. citatimi, L. citaiio. 

CITÉRIBUR, L. citerior (de citra, en deçà). 

CITERNE. L. cistema, — D. citemeau. 

CITHARE, L. cithara (x^ap»), ail. cUher. 
Voy. aussi guitare. 

CITOTEN, vfr. citien, citeen, prov. dptadan, 
d*un type civitadanus, (do r/m*<cw); cp. mi- 
toyen = mitculanus, dér. de prov. mitad, fr. 
moitié. 

CITRON, dér. du L. ciYriw (citronnier), d'où 
aussi citrin, -ique, -ate, et citrouille (v. c. m.). 

— D. citronnier, 

CITROUILLE, par un type citrucula (p. citri- 
cula), du L. citrus, citron, à cause de la cou- 
le ur. 

dVE, L. cœpa, oignon. — D. citet, anc. 
civ4, pr. ragoût dans lequel il entre des cives; 
civette, espèce d'ail. L. œ changé en t, se 
rencontre encore dans ciboule, ciment et 
pivoine. 

CIVETTE, chat musqué, it. zihetto, cibetto, 
angl. civet, ail. zibeth, bas^rec ^aîrériov, de 
l'arabe zabdd, sebed, qui proprement signifie 
écume ; l'animal a pris son nom de la sécré- 
tio n odor ante qui le distingue. 

CIVIÈRE, vénitien civiei'a, milanais «doera, 
sont des formes dérivatives do l'it. civéa,civéo, 
traîneau à panier. On explique ce dernier par 
le BL. cœnovehum, charrette à transporter le 
fumier, puis brancard, civière, mais cette éty- 
raologie est douteuse. D'autres proposent 
pour sens premier un engin à transporter des 
provisions de bouche et pour étymon le L. 
cibus. 

Civil, L. civilis; civilité, L. civilitas. — 
D, civiliser. 

CIVIQUE, L. civicus» — D. civisme, néolo- 
gisme; terminaison grecque appliquée à un 
radical latin. 

CLABAUD, propr. chien aboyeur, appar- 
tient, comme clapir, glapir, à la racine ger- 
manique, d'où l'ail, klâffen, néerl. klappen, 
snéd. fflâppa, faire du bruit, bavarder, aboyer. 

— D. cïabauder. 

CLAIE, anc. cloie, prov. cleda, BL. clida; 
le type direct d'où vient claie est cleta (Gré- 
goire de Tours a le dim. cletella). Le mot est 
celtique : v. irl. clyath, cymr. cltoyd, même 
sign. (irl. ta, cymr. toy etë sont des modalités 
vocales qui se correspondent). — D. clayon, 
clayonnaffe, cloyère (tiré de l'anc. forme 
dcie). 

CLAIR, L. clarus. — D. clarté; clairet 
(angl. claret); clairière; clairon, BL. claro, 
angl. Clarion ; clarine, clarinette (cp. en latin 



le terme clarisonus) ; éclairer, éclaircir (v. 
ces mots). Composé : clairvoyant; claire-voie, 
anc. dairvoie (de voir ou de voief) ; clairsemé, 

CLAMEUR, L. clamor. L'ancienne langue 
se servait encore beaucoup de clamer, appeler 
(angl. daim), d'après le L. clamare. De cla* 
mosus, criard, vient clameux, p. ex. dans 
chasse clameuse ■=» chasse bruyante. 

CLAMP, morceau de bois servant à jumeler 
un mât; holl., angl. clamp, ail. klampe, 
crampon (tous mots congénères avec l'allé 
klemmen, serrer, presser). 

CLANDESTIN, L. clandestinus (rac clam). 

CLAPET, petite soupape, ail. klappe = cla<«. 
pet, valvule, languette (cfr. klappen, hlap^ 
pem, faire du bruit, claquer, cliqueter)» 
BL. clappa, trappe. 

CLAPIER, dérivé du prov. clap, tas de 
pierres (d'où aclapar, entasser), BL. clapus, 
acervus lapidum, hara cunicularia ; les ga^ 
rennes étaient formées d'abord au moyen de 
pierres superposées de manière à ménager des 
trous de retraite. Quant à clapus, les uns le 
rapportent au cymr. clap, clamp, masse, d'au^ 
très au nord, klaupp, roc. 

CLAPIR (dit du cri des lapins), de la mémo 
famille que clabaud, clapoter. 

CLAPIR (SE), se cacher, selon Diez, du L. 
se clepere, se dérober ; selon d'autres, le terme 
s'employant particulièrement des lapins, de 
clap (voy. clapier), donc pr. s'entasser. Du 
Cange pensait au BL. clappa, trappe, piège. 

CLAPOTER rappelle lall. klappen, angl. 
clap, clapper, tous verbes exprimant le bruit 
produit par le choc des corps. 

CLAQUE, mot onomatopée exprimant un 
bruit sec et éclatîmt, comme celui du coup du 
plat de la main ; cp. mha. Mac, néerl. A/aA< 
hen, claquer, ail. hlack (interjection) et klat* 
schen; cat. claca, babil, norm. claqxtard, 
babillard. Clac, d'ailleurs, n'est qu'une va- 
riété phonique de clap. — D. claquer, cla» 
queur, claquet; claqueter, claquette; daque- 
dent, misérable qui tremble de froid. — De 
la même espèce est l'ancien verbe cliquer, 
retentir. L'expression clique, société de caba- 
leurs, est tout à fait analogue à claque, réu- 
nion de claqueurs. — Cliques et claques, expr. 
populaire, = l'ensemble des choses d'une 
maison, réunies bruyamment pour les enle^ 
ver. L'ail, a le terme analogue geriXmpel, de 
rumpg/n, jaire du bniit. 

CLAQUEMURER, dérivé du subst. claque^ 
mur, « homme qui claque n (tape, bat) le mur 
de sa prison, prisonnier (Meunier). 

CLARIFIER, L. clarificare. — D. darifica^ 
tion. 

CLARINE, CLARINETTE, dér. de clair 
(v. c. m.). 

CLARTÉ, L. daritatem (clarus). En vfr. 
aussi = renommée. 

CLASSE, L. classis. — D. classique, L. das^ 
sicus (qui est de la première classe) ; classer, 
déclasser; classification. 

CLATIR, onomatopée d'une racine clat^ 
exprimant un bruit, comme clac, clap; cp, 
ail. hlatschen, ni. klateren. 



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CLI 



109 — 



CLO 



OLAÏÏDE, sot, imbécile; du nom de baptême 
Claude ;cTp. Benoit, Nicolas, etc., employés 
dans le même sens. 

OLAUDIOATION, L. claitdicatio,declaudiis, 
boiteux (voy. clocher). 

GLAUSS, pr. chose arrêtée, disposition, du 
L. clausa, substantif participial de claudere, 
clore, conclure; c'est le primitif du dimin. 
clausula, it. clausola, fr. clausule, ail. JUau- 
^el. 

CLAUSTRAL, L. claustralis, de claustrum 
= fr. cloître. 

CLAVEAU, clavel, 1. terme d'architecture, 
dér. de L. clavus, clou, le claveau étant taillé 
en forme de coin ; 2. terme d'art vétérinaire, 
maladie des bêtes à laine, dér. de clavus^ 
dou (la pustule étant comparée à un dou) ; 
de là claxfelée. — D'autres placent le nom de 
la maladie dans l'élément celtique : gaél. 
clavar, teigne, gale. 

CLAVECIN est tronqué de claoicymbalumt 
nom donné d'abord à cet instrument (it. clavir 
cembalo et gracicembalo, esp. claoecimbano), 
composé du L. clavis, au sens de touche mo- 
bile (d'où le mot clavier , ensemble des touches 
ou clefs du clavecin) et de cymbalum, instru- 
ment à forte résonance. 

CLAVETTE, dira, moderne, tiré de L. cla- 
ms , clef, 

CLAVICULE, voy. checille. 

CLAVIER, voy. clavecin. Clavier se repro- 
duit dans l'ail, klavier, devenu, dans cette 
langue, le nom du clavecin. 

CLAYON, voy. claie. 

CLEF, L. clavts (cfr, nef, de Tiavis; grief 
de gravis). 

CLEMATITE, gr. xXi7,aarlTC5 (de xlij/xaT^-, 
menue branche). 

CLEMENT, L. clemens. — D. clémence, L. 
clementia. 

CLEPSYDRE, it. clessidra, du L. clepsydra 
(xiîl/û^sa), m. s. 

CLERC, L. clericus (x>Ȕ;3ixo';), de clerus 
(xXyjpo;), clergé; pr. appartenant ou aspimnt à 
l'état ecclésiastique, puis homme lettré, enfin 
homme de plume, greffier, commis, apprenti 
(de là la locution ^a« de clerc ). De clerc pro- 
cède le vieux mot clergie, condition de clerc, 
doctrine, science. — Le latin clericus a pro- 
duit subst. clericatus, d'où fr. clergé, corps 
des clercs; — clericatura, fr. clericature; — 
clericalis, fr. clérical. 

CLERGÉ, voy. clerc. 

CLÉRICAL, CLERICATURE, voy. clerc. 

CLICHER, variété de cliquer; cp. en alle- 
mand le terme équivalent ab-klutschen ■= 
clicher, de kUxtsclien^ claquer. L'opération du 
clichage est envisagée comme se faisant avec 
le plat de la main. 

CLIENT, L. cliens.^D.clientèle,L.clien' 
tela. 

CLIFOIRE, jouet d'enfant, voy. sous écla- 
bousser. 

CLIGNER, vfr. cliner, clinner, du L. cli- 
nare, incliner, baisser la paupière. Pour la 
forme cligner, cp. vfr. aligne, p. crine, L. 
crinis; la forme vfr. clingier accuse un type 



clinicare. — D. clin (subst. verbal), cligne- 
ment \ dim. clignoter. 

CLIMAT, L. clima, gén. climatis (xit/x«). — 
D. acclimater. 

CLDIATÉRIQUE, du L.climactericus(Atfieat 
-mpiMi), de xUfAXKHip, échelon, puis les divers 
degrés de l'échelle de la vie humaine. 

CLIN, dans clin d*œil, voy. cligner. 

CLINGHE, ou clenche, principale pièce du 
loquet, en Belgique cliché et clichette, pic. 
cliquet; c'est l'ail, hlinke, néerl. hlink, 
loquet. 

CLINCAILLE, voy. clinquant. 

CLINIQUE, L. clinicus, gr. xitvixo,- (de xi^v»?, 
lit). 

CLINQUANT, lorr. clinclant, ptov. mod. 
clincan, soit de l'onomatopée allemande 
klingklang, soit un part. prés, de clinquer == 
néerl. klinken, ail. hlinken et klingen, son- 
ner, tinter, rendre un son métallique. Les 
Allemands rendent clinquant par rauschgold, 
litt. or bruyant. — Le subst. clincaille, dérivé 
du même radical, et signifiant ustensiles de 
ménage en métal, s'est altéré en quincaille, 
d'où quincaillier, quincailleiHe. 

CLIQUER, d'où clique, voy. claque. — D. 
cliqueter {d^oii cliquetis), cliquet, cliquette. 

CLISSE, vfr. clice (d'où le composé esclice*, 
éclisse), du vha. kliozan, fendre. Pour vha. 
io = fr. i, cp. fr. quille du vha. kiol. — D. 
clisser. 

CLIVER, de l'ail, klieben, ags. cleofan, 
angl. cleave, fendre. 

CLOAQUE, L. c/oaca(de cluere = purgare). 

CLOCHE, BL. c/oca (viii® siècle), prov. cloca, 
clocha. (En vfr. et quelques parties de la 
France, on appelle aussi cloche ou cloque un 
large manteau de voyage ; c'est de là que les 
Anglais ont tiré leur cloak.) Il y a lieu de 
douter si les formes germaniques : ags. clucga, 
nord. klucka,vh&. clocca (ix® siècle) etglocca 
(ail. mod. gloche, angl. dock), ou les mots 
celtiques, irl. clog, cymr. cloch, sont les ori- 
ginaux ou des reproductions du mot roman. 
On a donc proposé, pour ce dernier, diverses 
étymologies, telles que : verbe fr. clocher (v. 
c. m.) à cause du balancement de la cloche, 
— ags. cloccan, angl. cluch, glousser (cp. 
closser , — vha. hlochôn, frapper, — vha. 
kloppen, frapper, romanisé en cloppicare, 
d'où clocher. La dernière coiyecture se re- 
commande le plus à cause de l'existence du 
valaque clôpot ^=» cloche. Cp. aussi ail. hlôp- 
pel, battant de cloche. — D. clocher, BL. 
clocarium; clochette, clocheton. 

CLOCHER, boiter, pic. cloquer, prov. clop- 
char, vient ou du L. claudicare^ m. s., ou, vu 
la facture du mot provençal, d'un BL. cloppi- 
care, issu de BL. cloppus (voy. clopin), qui 
paraît tenir à l'ail, kloppen, frapper (en pre- 
mier lieu, comme klappen, produire un 
bruit). Cette dernière explication gagne en 
vraisemblance par le rapprochement de Tit. 
zoppicare, boiter, soppo, boiteux, qui se rat- 
tache à l'ail, schuppen, heurter, et celui du 
vieux verbe français doper = clocher (voy. 
clopin). L'idée boiter se déduirait donc du fer 



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CLU 



— HO — 



CGC 



d'un cheval, qui s'est détaché et qui clapote 
contre la terre, ou bien de l'effet de la clau- 
dication, qui est de se heurter, de trébucher. 

— Cps. à cloche-pied. 

OLOISON, du L. clausio closio, fermeture 
(de claudere). Cp. jx)i5on àepotio, — D. cUn- 
sonnoffe. 

CLOÎTRE, angl. cloister, ail. hloster, du L. 
daustrum, barrière, clôture. — D. cloîtrer, 

CLOPIN-OLOPANT, terme familier. Cette 
expression, comme le verbe ancien cloper et 
son dérivé clopiner, tire son origine d'un 
ancien acy. clop, boiteux, BL. cloppus (Lex 
Alam.). Ce clôppus, à moins que l'on n'ap- 
prouve Tétymologie aventureuse claudipes ou 
clodipes (de claudus et pes), ou bien celle du 
grec ^cwiofTrow;» perclus du pied, doit provenir 
du germanique kloppen, frapper (voy. clocher). 

— De clop : l'a^j. éclopé, boiteux, estropié. 
GLOPORTE,mot altéré de clausporque^^vcs, 

dusilis, porc enfermé. Cette étymologie se 
confirme par le rapprochement des noms 
donnés à ces insectes dans différents dialectes : 
en Languedoc jîOMrce^e^, en Italie ^orceWini, 
porceletti, en Aiyou et Bretagne irées (truiesj, 
à Lyon et en Dauphiné kaik)ns (cochons), en 
Champagne cochons de saint Antoine. Les 
Grecs et les Latins les nommaient des petits 
fines, gr. èvlnoç, L. aseUus, d'où YoW.assél^^ 
cloporte). Cœlius Aurelius, cependant, emploie 
déjà^xwceWto. — Bugge (Rom., IV, 353), se 
fondant sur le nom actuel de cloporte dans le 
prov. mod., porquet-de-crota, suppose comme 
forme première crote-porque (porc de cave, de 
grotte), d'où clote-porte (dota p. croia se dit 
encore en prov.), d'où cloporte (cp., p. la con- 
traction, champlure fr. chantepleure). La 
forme clausporque (xvii® siècle) parait être 
une interprétation ; on trouve, au xvi® siècle, 
clouporte, clooporte. 

CLORE, clorre'f du L. claudere, claudWe. 
Du part, passé clausus : fr. clos, employé à la 
fois comme adj, (« à huis clos, porte close •») 
et comme subst. dans le sens de « espace 
fermé »>. De là les dérivés closeau, closet, clo- 
sette, closerie. — Composés de clore : éclore 
(v. c. m.), enclore, déclore. — Éclore et en- 
clore sont étymologiquement identiques avec 
eosclure et viclure et tirés, sous l'influence du 
primitif cZore, des formes latines includere, 
excludere. — L'anglais a tiré sa forme close 
du fréq. clausare. 

CLOSEAU, CLOSERIE, voy. clore. 

CLOSSER, variété de glousser (v. c. m.). 

CLOTURE, dér. de L. claudere par un su- 
pin barbare claustum; l'anc. langue employait 
plu» souvent closure (de clausum). — D. clô- 
turer. 

CLOU, vfr. clo, wall. cld, prov. clau. esp. 
claoo, it. chiavo, du L. clavus. — D. clouer, 
esp. clavar, Bl. clavare; clouter, garnir de 
clous, p. cloueter; cloutier (cp. feutier de feuj. 
Composés : déclouer, enclouer. 

CLOTÉRE, panier à huîtres, dér. de dote, 
ancienne forme pour claie (v. c. m.). ' ' 

CLUB, mot anglais. — D. dubiste. 



CLTSOIR, du gr. x>û{ccv, laver, qui est le 
primitif aussi de xXvrrripf pr. le nettoyeur, 
d'où fr. cly stère. Du même x^ujtiv vient dyso^ 
' pompe (pompe à laver). 

CLYSTÉRE, voy. l'art, préc. 

CO-, CON- (par assimilation devant les la« 
biales com, devant 1, col, devant r, cor; de« 
vaut des voyelles co). Ce préfixe latin repré- 
sente, comme on sait, la préposition cum, 
avec. Nous n'avons pas à exposer ici les modi- 
fications de sens qu'il conférait en latin au 
primitif; les langues romanes ne s'en sont 
guère servies comme élément de composition. 
On ne le rencontre, à peu d'exceptions près, 
que dans des vocables formés d'après un pré- 
cédent latin. Quelquefois les composés latins 
en question, en se romanisant, se détériorent 
au point de ne plus laisser reconnaître la 
particule latine, ainsi dans cailler, couvrir, 
coudre, coucher, cueillir, etc. Dans les cas 
rares où le roman se sert de la particule 
pour créer des composés, elle exprime asso- 
ciation (p. ex,* coaccusé, compagnon, concis 
toyen, confrère, combattre), entourage (con^ 
townier), ou renforcement (controuver). — 
Nous omettons dans ce livre les mots de 
façon nouvelle, qui s'expliquent d'eux mêmes, 
comme coaccusé, coaâjuteur et sembl. 

COACTIP, COACTION (L. coactio), dérivés 
du L. coa/dum, supin de cogère (p. coagere), 
contraindre. 

COAGULER, du L. coagulare, qui s'est in- 
troduit dans le fonds populaire de la langue 
sous la forme cailler (v. c. m.). — D. coagu- 
lation. 

COALESCENT, -ENCE, du L. coalescere, 
s'unir à, faire corps avec. Du supin du même 
verbe, coalitum, le fr. a tiré : coalition; se 
coaliser (par un type fictif coalitiare). 

COALISER, COALITION, voy. l'art, préc. 

COASSER, L. coaxare (de AôàÇ, onomato- 
pée). 

COBALT, de l'ail, hobalt, m. s., sur l'ori- 
gine duquel voy. Grimm, s. v. 

COCAGNE, it. cuggagna, esp. cucaha, v. 
angl. cokaygne, signifie proprement une es- 
pèce de pain ou de gâteau ; de là l'expression 
pays de cocagne, pays où tout abonde, pays de 
délices, et les autres applications de ce mot. Le 
primitifestlemot cat. coca, pic. couque, gâ- 
teau (du L. coquere, cuire), qui a également 
donné l'ail, huchen, gâteau. Le v. angl. co^ 
kaygne parait être le primitif du mot actuel 
cokney (anc. côkeney), enfant gâté. — Le 
mot cocagne, pain conique de pastel, vient 
du L. coccum, kermès. 

COCARDE, it. coccarda, angl. cockade, 
wall. cocfiâd, dérivé probablement de coq, à 
cause de la ressemblance avec la crête de cet 
animal. Anciennement, cependant, le mot ne 
désignait pas un insigne porté au chapeau, 
mais un bonnet porté coquettement sur un 
côté de la tête ; Rabelais : bonnet à la co- 
quarde. Ce dernier sens renvoie à l'anc. a^j. 
coquart, vaniteux, fat. — Ou cocarde tien- 
drait-il à l'expression •« coque de ruban » (ru- 
ban plissé en nœud)! 



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coc 



111 — 



coc 



GOOASSS, étrange et ridicule, prob. dé- 
rivé de coq, comme coquard^ coquet. Jadis, on 
employait le mot pour coquille, mais, dans 
cette acception, il est différent du nôtre et 
Tient de coque, 

OOOATBIX, animal £mtastique, espèce de 
basilic, esp. cocotriz; mot altéré du vfr. coco- 
drille, esp. cocoèrix = crocodile, 

GOGjOINfiLLI!, nom savant de la bête à bon 
Dieu ; du L. coccinus, de couleur écarlate (de 
coccum, grain rouge). 

1. COCHE, vfr. coque, bateau, it. cocca, 
esp. coca, La forme italienne se refuse à Tétj- 
mologie L. caudica, que Papias interprète 
par naoicula, Diez le fait venir du L. concha, 
coquille, vase, et cite à Tappui it. cocchiglia, 
de conchyliwn, et le dim. vfr. coquet, qui si- 
gnifie bateau et vase. On trouve également le 
mot roman dans les idiomes germaniques 
et celtiques : vha. koccho, dan. kogge, néerl. 
hog, cymr. ciocTi, bret. koked, 

2. COCHB, voiture couverte, surtout grande 
voiture de transport en commun, it. cocchio, 
esp. coche, angl. coach, ail. kutsche, néerl. 
koets. La forme italienne favorise Tétymologie 
L. conchulus, petite coquille, ou cochlea, co- 
quille de limaçon. La dérivation du hongrois 
Aato^(valaque code, albanais cotzi, bohémien 
hotsch) ne s'accorde pas avec l'it. cocchio, bien 
qu'elle s'appuie d'un passage d'Avila où il est 
dit que Charles-Quint se mit à dormir dans 
une voiture couverte « al quai en Hungrialla- 
man coche, el nombre y la invencion es de 
aquella tierra » . Diez est donc d'avis que fr. 
coche vient de Fit. cocchio, comme niche de 
nicchia. — D. cocher; portQ cocher e, 

3. COCHB, entaille, prov. coca, it. cocca, 
angl. cock. Probablement d'origine celtique ; 
lé gaél. a sgoch, m. s., le breton coch. Le mot 
désigne particuUôrement l'entaille faite à l'ar- 
balète pour arrêter la corde ou à la flèche 
pour l'assujettir à )a corde. De là les verbes 
encocher et décocher, 

4. COCHE, truie, primitif de cochon (v. c. 
m.), esp. cochina. Coche ayant d'abord si- 
gmfié l'animal châtré, ce mot pourrait se rat- 
tacher au précédent signifiant entaille. Diez 
rapproche, pour justifier ce rapport, l'esp. 
camero, mouton, et le piémontais crina 
(truie), qu'il rattache à L. crena, entaille. Il 
repousse comme primitif le cymr. htoch, bret. 
hoc' h, houe' h, cochon (d'où l'angl. hog). Littré 
observe que la signification première d'ani- 
mal châtré, prêtée à coche, n'est pas consta^ 
tée et que l'origine celtique a plus de vrai- 
semblance [h aspirée changée en c dur). Le 
hongrois a hotsa, l'illyrien hutsUza, — D. co- 
chon (v. c. m.). 

COCHBHILLB, it. cocciniglia, esp. cochi- 
nilla, dérivés du L. coccinus (coccum), cou- 
leur d'écarlate. Voy. aussi coccinelle, L'esp. 
cochinilla signifie aussi cloporte, mais, en ce 
sens, il est distinct de notre mot et vient de 
cochino, cochon (voy. cloporte^. Le vfr. cou' 
chille est le diminutif de L. coccum, — D. 
verbe cocheniller. 

COCHER, subst., voy. coche2. 



COCHER, anc. coucher, chaucher, du L. 
calcare, fouler, presser, 

COCHET, dim. de coq, 

COCHEVIS, alouette huppée, pic. comot, 
wall. cohlicis (d'où fr. cochelimer). Grandga^ 
gnage croit le mot français cochevis formé du 
wallon et analyse celui-ci en livi ( =« ags. la- 
ioerh, néerl. leutoerik, alouette, d'où l'aU. ler^ 
che) et coh, ce genre d'alouette étant, relative- 
mentaux autres, quant à la forme, ce que le coq 
est aux poules. Mahn rapproche cochevis du 
port, cotovia, alouette (esp. totovia) et en voit 
l'origine dans le celtique : bret. hodioch^ 
D'après d'autres cohZitds, cochems représen- 
tent le cri de l'oiseau (Littré, suppl.). 

COCHON, porc, type de la malpropreté, 
voy. coche 4. De là : cochonner (ce verbe si- 
gnifiait anciennement tuer un cochon pour 
régaler les amis), cochonnerie, -ode, -et, 

1 . COCO, fruit du cocotier, angL cocoa, ail. 
kohos; on trouve déjà en gr. xoûxi. — D. coco^ 
tier, 

2. COCO, terme de caresse ou de moquerie, 
prob. p. cocot et dér. de coq; cp. cocote. 

3. COCO, sorte de boisson; d'origine in^ 
connue. 

COCON, dér. de coque, — D. coconner. 

COCOTE, poule, dér. de coq, 

COCTION, L. coctio (coquere). Coction est la 
représentation savante du mot latin ; la vraie 
forme française est cuisson. 

COCU, variété du mot coucou. Par anti- 
phrase, on a appliqué au mari trompé le nom 
de l'oiseau qui pond ses œufs dans le nid d'au- 
trui. Encore n'a-t-on pas besoin d'admettre 
une antiphrase, si l'observation du scoliaste 
Acron (ad Horat. Sat. VI, 7) est juste : « Cucu- 
lus avis hoc vitio naturali laborat, ut ova, ubi 
posuerit, oblita, sœpe aliéna calefaciat » . Le 
cocu de même nourrit des produits étrangers, 
L'étymologie ci-dessus est appuyée par le 
vieux substantif cous, celui « de qui sa femme 
fait avouterie » (adultère), comme di^le Père 
Labbe. Cous reproduit le BL. cugus (avec 
conservation de Vs nominatival), altération de 
cucus (Isidore) et primitif de cuculus, coucou. 
De ce cucus dérive BL. cucucia, adultère de 
la femme, et cucuciatus, mari trompé (prov. 
cogotz). Malgré le crédit dont jouit cette 
étym., qui convient, en effet, au prov. cogul, 
cat. cugul, esp. cuquillo, cucUllo, elle sou- 
lève de graves difficultés phonétiques en ce 
qui concerne le fr. cocu, qui ne peut s'accor- 
der ni avec le L. cucus, ni avec cuculus. Aussi 
bien que la forme prov. cucut (fém. cucuda), 
cocu accuse un type lat. cocuius et un radical 
coq. Or, en présence des termes synonymes 
chiamp. coquard, coquillard, aU. hahnret 
(qui, sans aucun doute, comme l'a démontré 
Grimm, est un composé de hahn, coq), angl. 
kuchold (=« hohe-wold), on ne saurait mécon- 
naître dans cocu, un dérivé de coq, l'animal 
jaloux par excellence ; le cocu, c'est celui qui 
se trouve placé dans la position du coq lésé 
dans ses droits de mari. C'est par une méta- 
phore analogue, tirée d'un animal tout aussi ar- 
dent et jaloux que le coq que l'on a qualifié le 



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COI 



— 112 — 



COL 



mari trompé de cornard ou porte^^ornes (gr. 
xKparloiÇf Mpcc9f6poi). Cette explication étym. 
de cocu par coq, que j*ai dubitativement 
émise dès 1861, a fait l'objet d'un long et sa- 
vant article de M. Brickmann dans ses » Meta- 
phem n (\^ vol., pp. 521-533). — D. co- 
cuoffe, cocu fier. — On voit l'adj. cocu appli- 
qué au sens de cornu à certains objets 
(heaume, pain, chaudron) ; peut-on admettre 
que la synonymie de cocu avec cornu au sens 
figuré se soit transférée au sens propre? 

GOBE, du L. codex, m. s. (pr. assemblage 
de planchettes à écrire, puis manuscrit, re- 
gistre), it. codice, esp. codigo, — D. codicille, 
L. codicillus; néolog. codifier, -fication. 

GOSMPTION, L. coemptio. 

COERCITION, COERCrriP, du L. co-ercere, 
forcer, vfr. coercer. Au lieu de coercition, on 
disait anc. cohertion; l'angl. a coercion. 

CCBUR, it. cuore, prov. cor, L. cor, — D. 
courage; écosurer, — La locution par cœur 
rappelle l'expression prov. et esp. dccorar, 
apprendre ou réciter par cœur. — Autre 
combinaison : contre-cœur, anc. subst. = 
dépit, répugnance, d'où la locution adver- 
biale : à contre<œur. 

COFFRE, it. cofano, esp., prov. cofre, angl. 
coffer; dans le sens de panier ou étui, esp., 
prov. cofin, fr. coffin (l'angl. coffîn signifie 
cercueil). Toutes ces formes reproduisent le 
L. cophinus (xo|>ivo5), panier. — D. coffrer 
(emprisonner); coffret, coffretier^ encoffrer. 

COGNAC, eau-de-vie, de Cognac, ville de 
France, département de la Charente, où se 
fabriquent les eaux-de-vie les plus renom- 
mées. 

COGNASSE, voy. coing, — D. cognassier, 

COGNAT, COGNATION, L. cognatus, -atio, 

COGNÉE, vfr. quignie; répond à BL. cuneata, 
dér. de cuneus, coin à fendre le bois. 

COGNER, fendre ou frapper avec un coin, 
se heurter contre un coin; dér. de coin, vfr. 
coing = L. cuneus (cp. L. cunearc). Voir 
aussi cognée, 

COHABITER, L. cohabitare (St. Aug.). 

COHÉRENT, L. cohœrens; subst. coJié- 
rence, L. cohcerentia, La langue a conservé 
adhérer, pourquoi repousse-t^lle cohérer pour 
rendre le L. cohœrere, qui dispenserait de 
bien des circonlocutions? L'allemand traduit 
fort bien le mot latin par zusammenhûngen, 

COHÉSION, L. cohœsio (cohœrere). 

COHORTE, L. cohors, -tis, 

COHUE, BL. cohiui, anc. halle de marché, 
aussi lieu où siégeaient certains petits tribu- 
naux. Probablement, d'après Diez, le sub- 
stantif verbal d'un verbe co-huer, crier en- 
semble. Voici ce qu'inventa Ménage pour 
sortir d'embarras : L. conoodum, ensemble 
de voix, convocum, convoca, coiioca, coOa, 
cohue J 

COI, autr. quei, quoit (de là encore le fém. 
coite), it. ch^to, esp., port, quedo, du L. quie- 
tus, tranquille. De quielus, par quietiare, 
vient le verbe coiser (cp. hausser de altus) et 
le composé aquoiser, apaiser. — Au moyen 
âge l'a^î . quietus avait pris l'acception « libre, 



libéré, dégagé»; Lex Longobardorum : sit 
quietus a« sit absolutus. Dans cette acception, 
on lui trouve la forme spéciale quitus. De lÀ 
viennent les adj. vfr. quite, cuite, auj. quitte, 
prov. gwïYî, esp. quito, ail. quitt, et les verbes 
esp. quitar, libérer, élargir, enlever, fr. quit- 
ter, renvoyer quitte, exempter, laisser aller, 
abandonner, it. quitare, chitare, céder son 
droit. 

COIFFE, it. cuffia, scuffia, esp. cofia, escofia, 
port, coifa (anc. escoifa), angl. coif, BL. cofea, 
cofia, cuphia. Comme l'original de ce voca- 
ble on a proposé : 1 . l'hébreu kohha, kova, 
casque, mais la facture du mot s'y refuse ; 2. 
ail. hauhe, néerl. huif, mais le durcissement 
de h initial en c dur ne se produit dans aucun 
appeliatif roman; 3. vha. kuppa, huppha, 
kuphya =» mitra. Cette dernière étymoiogie, 
mise en avant par Diez, est la plus probable, 
celle qui concorde le plus avec le BL. cuphia. 
Toutefois, ces vocables germaniques eux- 
mêmes sont des .emprunts faits au latin ; 
kuppa, kuppha représentent le L. cuppa, 
vase, gobelet, fr. coupe. Pour le rapport logi- 
que entre coupe et coiffe, cp. L.galea, casque, 
etgaleoîa, vase, et le vfr. bacin, prov. bassin, 
signifiant aussi heaume. — D. coiffer, -eur, 
'ure; décoiffer, 

COIN, vfr. coing, it. conio, esp. cuha, cuno, 
angl. quoin, coin, du L. cuneus, coin à fendre 
le bois, BL. = angle. — D. cogner (v. c. m.), 
encogner; cognée (v. c. m.); quignon (v. c. m.); 
recoin. 

COÏNODER, mot savant formé de co = cum 
4- incidere (rad. cad-ere), tomber sur, surve- 
nir. — D. cohundent, -ence, 

COING, anc. cooing, prov. codoing, it. coto- 
gna, du L. cotonia, forme accessoire de cydo- 
nium ou -a (xuJàviov), fruit nommé d'après la 
ville de Cydon dans l'ile de Crète. — D. 
cognasse, coing sauvage, coudoignac", coti- 
gnoX*, auj. cotignac, confiture de coings. 

COÏON, poltron, lâclie, prov. coJho, it. co- 
gJione, esp. cqjon, angl. cullion; par anti- 
phrase du L. coleus, testicule. — D. coïonner, 
coïonnade, 

COKE, mot anglais sign. charbon désoufré. 

COL, forme antérieure à cou et coexistant 
encore avec cette dernière, mais pourvue 
d'acceptions spéciales, du L. collum, — D. 
collier, L. collarium; collet, collerette; colée*^ 
coup sur le cou; accoler; décoller, -ation; 
fncolure. 

COLAS, homme stupide; abrégé de Nicolas. 

COLATÏÏRE, L. colatura, de colare, couler. 

COLBACK, du turc kalp&h. 

COLÈRE, it. collera, du L. choiera {xolkp%\ 
maladie bilieuse, choléra, plus tard = bile. — 
Notez l'emploi adjectival de colère, analogue 
à celui de chagrin, — D. colérique, — Colère 
était remplacé en vfr. par ire (L. ira) ou par 
cole (--= gr. yoH, bile) joint aux adject. maie 
ou cliaude, 

COLIBRI, mot de la langue des Caraïbes. 

COLIFICHET, composé de col, et fichet^ 
donc pr. chose petite attachée au cou en 



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COL 



— Ii3 — 



COM 



C^ise d'ornement; cp. afpquet. D'autres pré- 
tendent que ce mot signifiait d'abord des 
petÀts morceaux de papier ou de carton repré- 
sentant des images et collés sur du bois, et 
expliquent le mot par fichés (fixés; à la colle, 

COLIMAÇON, d'un type latin cochlolimax, 
limaçon à coquille? CochJo représenterait le 
grec Kày^loi «= concha, d'où L. cochlea, lima- 
i}on. — Pour la chute de la syllabe lo dans le 
tj'pe cochhîimax, cp. idolâtrie p. idololâtrie, 
matin p. matutin. — Darraesteter, alléguant 
les formes pic. et norm. calimachon, à côté 
de resp. limichon et Itmachorif voit dans l'élé- 
ment co la particule péjorative cal, ca. 

COLIN-MAILLARD, de Colin, nom d'homme, 
et maillard, qui paraît, comme maillot, être 
dér. de maille, filet, tricot. 

COLIQUE, L. colica (xwXtxvi), dér. de xw>ov, 
intestin. 

COLIS ou coli, de l'it. colli, pliir. de collo 
au sens de charge, ballot de marchandise. 

COLLABORER, L. collabœ-are, 

COLLATÉRAL, BL. collaterqlis, « qui ad 
^cUiiS est alterius, socius, amicus. »» 

COLLATEUR, L. collator (qui confère). 

COLLATION, L. collatio {con ferre), signifie 
conformément au latin : 1 . action de conférer ; 
2. action de comparer (d'où le verbe colla- 
tionncr). Une troisième signification s'y est 
attachée, celle de repas léger. En voici l'ori- 
gine la plus accréditée, telle que l'expose Du 
Cange : •* A collationihus monasticis (confé- 
rences, lectures de moines), quibus finitis ad 
bibitionom ibatur, scrotinse cœnae collatio- 
num appellationem sortit» sunt. » Collation 
serait ainsi un rafraîchissement pris à l'issue 
d'une conférence ; le terme a élargi ce sens 
primordial et a fini par passer du couvent 
dans le monde. D'autres, à tort, pensons-nous, 
ont vu dans la collation un pique-nique, pour 
lequel chacun coi\tribue (« confert »») sa part. 
Cette explication pourrait au besoin s'autori- 
ser du terme BL. confertum = compotatio, 
festin à écot. En it. , pour le sens repas, la 
forme savante collazione s'est modifiée en co7^i- 
aione, colesione, -isione, ce qui a fait surgir 
l'îdée que le vrai type latin est colationem «« 
bouillon, soupe (cp. souper de soupe); voy. 
Canello, Arch. glott. , III, 401. A cette expli- 
cation, Suchier(Ztschr., IV, 183) objecte fort 
bien que l'it. colazione ne s'est jamais appli- 
qué à un mets déterminé; on n'y voit jamais 
prendci'c ou mangiare colazione, mais tou- 
jours far colazioyie. 

COLLE, L. colla (xoi>a). — D. coller, dé- 
coller, encoller. 

COLLECTANÉES, recueil de différentes piè- 
ces, L. plur. collectanea. Cp. miscellanées, 

COLLECTE, BL. collecta, subst. participial 
du verbe colligere, recueillir ; cp. quête, subst. 
partie, de quœrere. Collecte est la forme sa- 
vante de cueillette, — D. collecter, -eur. 

COLLECTIF, L. collectivus, 

COLLECTION, L. collectio. — D. collec- 
tionner. 

COLLAGE, L. collegium, association, corps, 



compagnie (de colligere, réunir). — D. collé- 
gial; collégien, 

COLLÈGUE, L. collega, 

COLLER, vôy. colle, 

COLLERETTE, dimin. de collier, voy. col, 

COLLET, dim. ào col, — L. colleter, pren- 
dre au collet ; se décolleter, pr. ôter son col- 
let. — D'après Roulin, il faut séparer l'ex- 
pression collet de buffle, sorte de pourpoint, 
où collet se rattache à L. culeus, sac (voy. 
Littré, suppl.). 

COLLIER, voy. col. — D. collerette. 

C0LLI6ER, mot savant, du L. colligere, qui 
est également le type du verbe cueillir, 

COLLINE, it. collina, esp. colina, du L. 
collinus, ac^ectif tiré de coUis (it. colle), col- 
line. 

COLLISION, L. coUisio, rencontre, choc (de 
collidere, se heurter). 

COLLOCATION, L. collocatio, placement. 

COLLOQUE. L. colloquium, entretien. 

COLLOQUER, L. collocare, placer; forma- 
tion savante, car du même verbe latin le fr. a 
fait coucher (v. c. m.). 

COLLUDER, L. colludere; swhst. collusion, 
L. collusio; adj. collusoire, L. collusorius. 

COLLYRE, L. coUyrium (xoi).û/3i9v). 

1. COLOMBE, pigeon, L. colttmba. Du 
masc. columbus, le fr. a fait le masc. colon* 
coulon (it. Colombo, prov. colomb), — D. co- 
lombier, L. columbarium ; colombin, L. co- 
lumbinus. 

2. COLOMBE, grosse solive, anc. = co- 
lonne, du L. columna, prov. colomp^ia. — 
D. colombage, colonnade; colombelle, en 
typographie, le filet qui sépare deux colonnes; 
colombette, champignon. 

COLON, L. colonus (de colère, cultiver). 

COLON, gr. xwXov, membre du corps, et 
particulièrement un des intestins. 

COLONEL, vfr. coronel, esp. coronel, de 
l'it. colonello, chef de la colonne, — Colon- 
nelle = première compagnie d'un régiment. 
— L'étymologie corona, couronne, est fau- 
tive ; coronel est une modification euphonique 
de colonel. Les Anglais, tout en écrivant 
colonel, prononcent queurnel, 

COLONIE, vfr. cologne, colonge, du L. 
colonia (dér. de colonus), — D. colonial, co- 
loniser. 

COLONNE, vfr. colombe, L. columna, — 
D. colonnade, -ette, 

COLOPHANE, anc. colophone, du L. colo- 
phonid, résine de Colophon. 

COLOQUINTE, gr. xoioxûv&a, citrouille. 

COLORER, L. colorare (color). 

COLORIER, COLORIS, voy. couleur. 

COLOSSE, L. colossus (^0X0776;), — D. 
colossal. 

COLPORTER, de col -f porter, litt. == collo 
gestare. — D. colporteur, -âge, 

COLURE, gr. xoXouooi, 

COLZA, colsat (Richelet), du flam. kool- 
saed, semence de chou ; cp. en ail. rObsamen 
= colza, litt. semence de raves. ^ 

COMBATTRE, it. combattere, esp. comba- 
tir, voy. battre. C'est un des rares exemples 



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COM 



OÙ le français fait application de la particule 
prépositive co7i (cum). — D. œmbat, 

COMBE, vallon, gorge, prov. comba; sans 
doute le même mot que prov, comb, esp. 
combo, courbé. On trouve en BL. cumba^ 
comme nom géographique, dès 631 ; quant à 
son origine, les uns le tirent du BL. cumba 
p. cymba (xu/*6>î), barque (le point de rapport 
serait la concavité), les autres du cymr. ctrm, 
vallée, breton comb. Diez oppose à cette der- 
nière étymologie que acm laisse le b de la 
forme romane inexpliqué et que le breton 
comb pourrait être emprunté au français ; il 
Conjecture donc pour type L. côncava, qui, 
par la chute de la syllabe atone ca, a réguliè- 
rement pu produire comba ; il rappelle sur- 
tout les expressions usuelles du BL. « con- 
cava vallium, concava montium ». Cette opi- 
nion est contestée en faveur de q/mba^ par 
Storm, Rom. V, 175. 

COMBIEN, p. com bien (com = conune, et 
bien dans le sens de muitum), donc quam 
multum, cp. ail. loie viel, angl. how much. 

COMBINER, L. combinare (bini, deux). — 
D. combinaison, 

1 . COMBLE, substantif, it., esp. colmo. Pour 
l'étymologie de ce mot, on peut balancer entre 
L. culmsn, -inis (BL. culmus), faite, sommet, 
et L. cumulus, tas, amas, surcroît. Le sens 
et la forme permettent Fun et l'autre ; toute- 
fois, d'un côté la forme colmo fait pencher 
pour culmen, de l'autre le français comble 
pour cumulus, qui, au moyen âge, signi- 
fiait aussi faite, comble. C'est évidemment 
cumulhs qui a donné le port, côrnoro, 
combro, tas de terre, BL. combrus, prov. 
cômol, tas, ainsi que les composés fr. en-com- 
bre et décombre. On peut aussi distinguer 
entre comble, mesure qui déborde, haut 
degré, et comble, faite, en ramenant le pre- 
mier à cumulus, le second à culmen, par 
l'esp. cumbre(p. culmbre). — D. combler, it. 
colmare, esp. colmar, L. cumidare. Le latin 
cumvlare s'est reproduit aussi sous la forme 
savante cumuler, 

2. COMBLE, acyectif, tiré du verbe com- 
bler de la même manière qui a produit lâche 
de lâcher, trouble de troubler, à Genève 
gonfle, enfle = gonflé, enflé. 

COMBLER, voy. comble 1. 

COMBUSTION, L. combustio, du supin 
comhustum (comburere), dont est tiré, aussi 
l'adj. combustible, 

COMÉDIE, L. comœdia (xw/AuJ^a). — D. 
cotnédien. 

COMESTIBLE, BL. comestibUis (Isidore), 
dér. du L. comestum, supin de comedere 
manger; formé à la façon de combustible, 

COMÈTE, L. cometa (xo/ninjç, dexo>>7, che- 
velure). Notez le changement de genre du 
latin au français, dans ce substantif, comme 
dans plunète, 

COMICES, du plur. L. comilia (cum-ire). 

COMIQUE, L. comicus (x»^u</ç). 

COMITÉ, de l'angl. committee, tiré lui- 
même du L. committere, déléguer, commettre. 



De u commission •• le sens s'est étendu à 
« petite réunion ». 

COMMANDER, L. commendare (mandare), 
confier, transmettre, recommander, puis, 
dans la basse latinité, = ordonner, enfin 
avoir le droit de commander, dominer. — D. 
commande (it, comando, vfr. comant), comman- 
dement; commandant, commandeur, -eriei 
par un singulier métaplasme : it. commen- 
dita d'où fr. commandite, d'une forme latine 
commendire, cfr. le subst. vfr. comandie et 
commandise. — Cps. recommander, qui, 
malgré le re intensitif, exprime une action 
moins intense que le simple commatider, 

COMMANDITE, voy. l'art, préc. — D. com^, 
manditer, -aire. 

COMME, it. come, esp., port, como, prov. 
et vfr. com, cum, forme tronquée du L. quo- 
modo. Joint à l'élément adverbial ment, com 
est devenu prov. coment, fr. comment. L'ex- 
plication de comment par quomodo inde {com 
ent) est peu probable. Voy. pi. loin l'art. 
comment, — Le comme français exprime, de 
même que le vne des Allemands, aussi bien 
des rapports de comparaison que des rapports 
de temps ou de causalité. Les formes des lan- 
gues it., esp. et port, défendent de ratta- 
cher le mot dans cette dernière fonction au 
latin cum, 

COMMÉMORATION, -AISON, L. commemo- 
ratio, — Néol. commémoratif. 

COMMENCER, it. cominciare, esp., prov. 
comenzar, d'un type latin cum-miitarô (ini-. 
tium). Dans le Milanais, on emploie le mot à 
l'état simple (sans cum) : inza = L. initiare, 
— D. commencement, 

COMMENDE, it. commenda, subst. verb. 
du L. commendare, — D. commendaJtaire, 
BL. commendatarius. 

COMMENSAL, BL. commensalis, compa^^ 
gnon de table (L. mensà). 

COMMENSURABLE, mot ^ientifique, de 
cum (préfixe de corrélation) et nwnsurare^ 
mesurer. 

COMMENT, voy. comme, — Cornu (Rom., 
X, "216) repousse aussi bien l'explication 
étym. de cet adverbe par quomodo \- mente 
(Diez) que celle par quomodo -\- ent (Littré). 
Il démontre l'origine qua mente. L'a de qua 
s'est changé en m (la plus anc. forme est 
cument) ou o sous l'infiuence des deux la- 
biales (i? et m). G. Paris conteste cette expli- 
cation en note de l'art, de M. Cornu, et l'ét. de 
Littré lui parait encore la meilleure. 

COMMENTAIRE, L. commentarius. 

COMMENTER, L. commentari. 

COMMERCE, L. commercium, trafic, puis 
en général relation sociale. — D. comTjier* 
cer, L. commerciari (d'où commerçant) ; com^ 
mercial, 

COMMÈRE, BL. commater (qui est mère de 
société avec une autre, cp. compère), prov. 
comaire, esp. comadre, it. comare [-atre, 
-adre), — D. commérage, 

COMMETTRE, L. committere, litt. mettre 
ensemble, d'où les sens : préposer qqn. à une 
affaire ou confier qqch. à qqn., mettre ei^ 



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COM 



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COM 



mauvais rapport, compromettre, exposer; 
dans « commettre une faute »• , sens déjà clas- 
sique, committere se rapproche de permittere 
et exprime au fond l'idée de laiss «r aller, no 
point retenir. A ce verbe se rattachent les 
substantifs : commettant, commis (L. com- 
missus, préposé à); commise, commissaire, 
commission, 1. action de commettre, de pré- 
poser, de confier; 2. objet de cette action; 
3. ensemble des personnes commises. 

COMMINATOIRE, L. commtnatorius* (de 
comminari, menacer). 

COMMIS, pr. chargé d'une affaire, voy. 
eommettt'e. 

COMMISÉRATION, L. commiseratio, pitié. 

COMMISSAIRE, voy. commeUre. — D. com- 
missariat, 

COMMISSION, voy. commettre, — D. corn- 
missionner, -aire, 

COMMISSURE, L. commtssura, jointure. 

COMMITTIMUS, mot latin signifiant « nous 
commettons ». 

COMMODE, acy., L. commodus, — D. com- 
mode (subst., meuble); commodité, L. com- 
moditas; incommode, 

COMMOTION, L. commotio (com-movere, 
vfr. commouvoir), 

COMMUER, L. commutare, — D. com- 
miioble. 

COMMUN, L. communis. — D. commune 
(cp. en ail. gemeinde, de gemein); commu- 
nal, d'où communalté* communauté; L. 
communio, fr. communion, 1. communauté; 
2. participation au sacrement de Teucharistie ; 
L. communicare (en t. d'église, prendre part 
& la communion), d'où fr. : 1 . communiquer 
(mot savant); 2. communier. 

COMMUNAL, -AUTÉ, voy. commun. 

COMMUNIER, pr. rendre ou être partici- 
pant, voy. commun. — Cps. excommunier, 

COMMUNION, voy. commun. 

COMMUNIQUER, voy. commun. — D. com- 
municable, -ication, -icatif, 

COMMUNISME, -ISTE, néologismes^ tirés 
de commun. 

COMMUTATION, L. commiOatio (commu- 

COMPACITE. V. Fart. suiv. 

COMPACT, L. compactus (part, de com- 
pingere), resserré, pressé. Les physiciens ont 
tiré de cet acy. le mauvais subst. compacité; 
il £edlait, d'après les règles de l'analogie, com- 
pactité. 

COMPAGNE (fém.), vfr. compaing (masc.), 
it. compagno, esp. compano, ail. kompan; 
d'un latin barbare cum-panio, qui mange le 
pain avec (depanis, pain), donc = commensal; 
composition analogie au vha. gi-majo ou gi- 
leip (de gi *= L. cum, et resp. mazo, nour- 
riture, et- leip, pain). — D. compagnie (angl. 
Company); compagnon (qui en réalité n'est 
que la forme du cas-régime de l'anc. com- 
paing) ; compagner, fréquenter, et ojccompa- 
gner. — L'étymologie com-paganus, « qui est 
du même pagus, du même pays », bien que 
patronnée de nouveau par Grimm, est insou- 
tenable ; il faudrait compayen. Ce qui con- 



viendrait mieux, c'est un type compaginus 
(de compingere, réunir), analogue à compa- 
gina, réunion (iv* siècle), mais l'explication 
par patiis satisfait complètement. 

COMPAGNIE, COMPAGNON, voy. corn- 
pagne. 

COMPARAITRE, du L. comparescere tan- 
dis que la forme comparoir reproduit le 
L. comparere. — De comparens, fr. compa- 
rant; de cotnparitio, fr. comparution, forme 
vicieuse p. comparition. 

COMPARER, L. comparare (de par, égal. 
En vfr., cowjoarer, pr. égaliser, signifiait com- 
penser, payer, expier). — D. comparaison, 
L. -atio ; -able, L. -abilis; -atif, L. -ativus. — 
Le comparare latin, homonyme du précédent, 
composé do parare, et signifiant acquérir, se 
procurer, s'était conservé dans l'ancien com- 
parer, acheter (aussi comprer), qui corres- 
pond à esp., port, et prov. comprar, it. com- 
prare et comperare. 

COMPAROIR, voy. comparaître. 

COMPARSE, dans le principe un terme de 
carrousel exprimant l'entrée des quadrilles. 
Le sens propre est : apparition, car il vient 
de l'it. comparsa, action de paraître, puis, en 
sens concret, figurant de théâtre, subst. par- 
ticipial de comparire ; comparsa est un dou- 
blet de comparita. 

COMPARTIMENT, subst. du vfr. compara 
tir, L. compartiri, distribuer, diviser. La ter- 
minaison n'est pas d'accord avec département, 
appartement (cp sentiment et consentement). 

COMPARUTION, voy. comparaître. 

COMPAS, it. compasso, esp. compas, angl. 
compass ; d'après Diefenbach, du cymr. ciomp 
= cercle, cwmpas = circuit (cp. en ail. sirhel 
= cercle et compas). Malgré ces mots celti- 
ques, Diez, partant du sens primitif du vfr. 
et prov. compas, savoir « pas égal », propose 
l'étymologie L. com-pa^sus. (On trouve le 
verbe compasser, tenir pas égal, marcher au 
pas, mis en opposition avec trespasser, ne 
pas aller au pas, marcher outre, c.-à-d. pren- 
dre les devants.) De cette première accep- 
tion découla celle de mesure, juste mesure, 
régularité, puis d'instrument à mesurer. — 
D. compasser, faire selon la règle, etc. ; part. 
compassé, régulier, mesuré. 

COMPASSION, L. compassio, pr. souffrance 
commune (cum-passio, cp. l'ail. mit-Ieiden). 

COMPATIR, L. com-paJtiri, litt. souffrir 
avec; de là l'adj.-part. compatissant, d'où 
compatissance (néolog.). De là aussi l'adj. 
compatible d'après un type compatibilis - qui 
peut être toléré, qui peut s'accorder avec un 
autre; p. ex. compatibile beneficium i. e. 
quod potest cum aUo possideri. 

COMPATRIOTE, BL. compatriota {cum + 
patria), cfr. gr. avinroUrru, et fr. concitoyen. 

COMPENDIUM. subst. latin, signifiant 
épargne, action d'abréger. 

COMPENSER, L. compensare, pr. contre- 
balancer, équilibrer. — Cps. récompenser. 

COMPÈRE, it. compadre, compare, BL. 
compater, 1. parrain d'un enfant, relative- 



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COM 



— il6 — 



COM 



ment an père et à la marraine, cp. ail. gC' 
vatter, 2.^ sodalis, amicus. — D. compérage, 

GOMPÉTER. appartenir, revenir de droit, 
du L. competerCy m. s. {do petere y au sens de 
tendre vers). De là compétent, L. compe- 
tens, qui convient, d'où compétence. — Au 
même L. competere, dans son sens actif de 
rechercher ensemble et concurremment, se 
rapportent les subst. compétiteur et compéti- 
tion, L. competitor, -itio. 

COMPILER, L. compilare, pr. ramasser 
pièce à pièce, puis piller. 

COMPLAINDRE*, extension de plaindre, 
plaindre avec sympatliie, angl. complain. — 
D. comp7a2«^^, lamentation, chanson lugubre. 

GOISO^LAIRE, L. com-placere. — D. com- 
plaisant, qui cheixîhe à complaire ; complai- 
sance. 

GOMPLANT, t. d'agriculture, de complan- 
ter, planter en masse, comme plant déplanter, 

COMPLÉMENT, L. complementum (com- 
plere). — D. complémentaire. 

COMPLET, L completus, — D. compléter. 

COMPLEXE, L. completus, part, de com- 
plccti, enlacer, embrasser. — D. complexité. 

COMPLBXION, L. complexio, assemblage, 
arrangement; le mot s'applique en français à 
l'ensemble des propriét^^s physiques, disposi- 
tion g6n<^rale. En anglais, ce mot a rétréci 
cette signification de constitution, tempéra- 
ment, à celle de teint. ' 

COMPLICE, it., esp., angl. complice, du L. 
com,pleXy -iciSy ou strictement d'un type corn,- 
pliciits, litt. impliqué dans la même affaire. 
D. complicité. 

COMPLIES, prov., cat., esp., port, complé- 
tas , it. compléta, du BL. complétée, officium 
ecclesiasticum quod caetera diuma officia 
complet et claudit. 

COMPLIMENT, it. complimcnto (prov. com- 
pliment, achèvement), officiosa urbanitas, ci- 
vilité, du L. complere, au sens de officium 
exsequi, rendre ses devoirs, cfr. it. compier 
voti, effectuer ses \tbux (angl. comply, s'ac- 
commoder). L'it. a, pour L. cmnplere, outre 
compiere, la forme compire, faire son devoir, 
se rendre obligeant. La forme compliment 
(comme le mot complies) .se déduit de l'anc. 
verbe complir, et ne vient pas directement du 
latin complementum. — D. complimenter. 

COMPLIQUER, L. complicare. 

COMPLOT, pr. toute résolution prise en 
commun. Du L. complidtum complic'tum, = 
complicatio, intrigue. Complot est, d'après 
Diez, pour complote, comme frotter p. froiter. 
— Cette étymologie soulève quelques doutes. 
Pourquoi la forme comploit ne se présente-t- 
elle jamais comme esploit (de explicitum), et, 
d'autre part, pourquoi jamais esplot p. es- 
ploit f L'angl. a le simple plot, signifiant 
pièce de terre, plan, puis complot ; cette der- 
nière signification parait être survenue sous 
l'influence de complot, et il est difficile d'éta- 
blir une connexité de sens entre plot, pièce 
de terre, et plot, complot, si ce n'est par cette 
filière : terrain, plan, projet, machination (cp. 
dessin et dessein). Si l'angl. plot est le primi- 



tif du mot roman complot, d'où vient^il? 
D'après Wedgwood, c'est une forme parallèle 
de plat. — Il est bon de noter que complot se 
présente en vfr. aussi avec la valeur de foule 
et de bataille. — D. comploter. 

COMPONCTION, L. compunctio, de corn- 
pungi, pr. être piqué, blessé, fig. être tour- 
menté par les remords de la conscience. 

COMPORTER, du L. compœ^tare, mais, en 
latin classique, ce composé signifiait trans- 
porter plusieurs choses à la fois ou vers le 
même lieu, tandis que le mot français a pris 
l'acception : 1 . porter en soi matière à, don- 
ner lieu à; 2. au réfléchi, se conduire, cp. 
L. se gerere, ail. stch betragen. 

COMPOSER remplace le latin componere, 
voy. poser. — Cps. dé-, recomposer. 

COMPOSITE, t^rme savant, L. compositus, 
La vraie forme française de ce participe est 
compost, mélange de terre, de fumiers, etc. 
(en angl. t= engrais); au fémmin. composte*, 
compote, propr. mélange (it. composta). 

COMPOSITEUR, -ITION, L. compositor, 
-itio. — Forme syncopée : composteur. 

COMPOST, voy. composite. — D. compos- 
ter, fumer les terres, anc. aussi sophistiquer 
le vin. 

COMPOTE, voy. composite. — D. compo- 
tier. 

COMPRÉHENSION, -IBLE, L. comprehen- 
sio, -ibilis. 

COMPRENDRE, L. comprehendere, com- 
pretulere. 

COMPRESSE, subst. verbal de compresser'' 
(du L. compressus, serré). 

COMPRESSION, L. compressio (compri- 
mere). 

COMPRIMER, L. comprimer e. 

COMPROMETTRE, L. compromUtere ; le la- 
tin exprime pr. l'engagement pris par divers 
intéressés réunis à s'en rapporter au juge- 
ment d'un arbitre ; le mot fr. a développé en 
outre le sens de mêler quelqu'un dans une 
affaire, en l'exposant à l'une ou l'autre at 
teinte, de là Tacception exposer, mettre en dan- 
ger. — D. compromis, BL. compromissum. 

COMPTABLE, voy. compter. — D. compta- 
bilité. 

COMPTER, it. coniare, esp. coniar, prov. 
comtar, angl. count, du L. computare, comp'- 
tare, calculer, supputer. Substantif verbal : 
compte, it. computo, conto, BL. computus; 
ce dernier a donné aussi le terme scientifique 
comput. — D. comptable, mot détourné de 
son sens naturel « qui peut être compté » et 
signifiant : 1. chargé de tenir les comptes; 
2. responsable ; comptant (argent), forme ac- 
tive, sens passif; à-compte (un); comptoir 
(angl. couTiier); décompter, subst. décompte; 
mécompter, mécompte. — La langue savante 
se sert, outre compter, de la forme computer 
dans le même sens que supputer. Voir aussi 
conter, forme variée de compter, 

COMPULSER, BL. compulsare, fréq. de 
compellere, forcer, obliger quelqu'un à pro- 
duire des titres en justice ; de là, par une 
extension de sens, « compulser des registres >• , 



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CON 



rechercher des pièces dans les registres, puis 
« compulser des pièces •• . Du terme de droit 
«< litera compulsoria » vient le subst. fr. corn- 
pulsoire, ordre donné pour se faire expédier 
im acte, etc. 

COMPUT, COMPUTER, voy. compter. 

COMTE, it. coiite, esp., port, conde, angl. 
œunt, du L. cornes, comitis; à. la forme du 
nominatif come5 se rattachent prov. coms, vfr. 
cuens, quens, — D. comtesse; comté, BL. 
comitatus; comtal; cps. : vicomte = riceco- 
mes. 

CONCASSER, L. con-quassare. 

CONCAVE, L. concavus, 

CONCÉDER, L. con-cedere; du subst. lat. 
concessio, fr. concessiofi, d'où concession- 
naire. 

CONCENTRER, CONCENTRIQUE, voy. cen- 
tre, 

CONCEPT, L. conceptum (concipere), chose 
conçue, angl. conceit, it. concetto. Le plur. it 
concetti, pensées brillantes, fausse pointe, a 
été reçu dans le dictionnaire français ayec le 
même sens. 

CONCEPTION, L. conceptio (concipere). 

CONCERNER, BL. concemere (de cemere, 
voir); cp. Toxpression regarder dans » cela 
me regarde » et le L. spectare, — D. concer- 
nant, 

CONCERT, voy. l'art, suiv. 

CONCERTER, L. concertare, combattre, 
lutter, puis lutter en paroles, disputer, d'où 
s'est dégagé le sens moderne : conférer entre 
plusieurs pour l'exécution d'un projet; con- 
certé, qui a été l'objet d'une discussion, d'une 
entente préalable, puis (appliqué à des per- 
sonnes), ajusté, composé, trop étudié. — 
Substantif verbal concert, it. concerto, 1 . ac- 
tion d'agir en commun, 2. intelligence entre 
des personnes pour arriver à une fin; 3. 
lutte musicale, puis production musicale, 
avec le ccwttcours de plusieurs. — D. concer- 
tant; déconcerter, troubler un concert, un 
ensemble de mesures prises, faire perdre 
contenance. — On a aussi, vu surtout l'or- 
thographe it. conserto (coexistant avec con- 
certo), rapporté concert au L. coiuerere, lier, 
enchaîner, p. e. dans conserere sermonem, 
s'entretenir, converser. D'autres enfin, avec 
moins de probabilité encore, ont conjecturé 
dans concerto une altération du L. concentus, 
accord de voix, harmonie (gr. <rv/Af wvfa). 

CONCERTO, mot italien, « concert, appli- 
qué à un morceau écrit pour un instrument de 
musique, avec accompagnement d'orchestre. 

CONCESSION, voy. concéder, 

CONCETTI. voy. concept. 

CONCEVOIR, angl. conceive, du L. conci- 
pere (capere), traité par les langues romanes 
(de même que re-, décevoir) comme étant de la 
conjugaison en ère ou en ire; esp. concebir, 
it. concepire, port, conceber, fr. concevoir; à 
l'infinitif classique se rattachent toutefois le 
prov. concebre et le vfr. conçoivre, — D. con- 
cevable. 

CONCHTLIOLOCIE, science des xoyxuiist, co- 
quilles. 



CONCIERGE, BL. (texte de 1 \OQ)conserffius, 
esp. conserge; Gloss. de Lille (mon éd., p. 47): 
conservator conckierge. Le P. Labbo déduit 
notre mot de con-scario, composé du BL. 
scario, qui est le vha. skarjo, nha. scherge, 
sergent, guichetier; cette étym. pèche par le 
sens et la forme. Ménage établit pour type 
conservius de conservare, mais Diez objecte 
qu'il est insolite d'appliquer le suffixe tus à 
des verbes. Cette objection me semble trop 
absolue ; le BL. a bien fait de pelles parare 
le subst. pelliparius, pelletier (Gloss. de Lille, 
p. 46). D'ailleurs, s'il faut écarter conservius, 
je poserai la forme conservium, action de 
garder, que les formations analogues ea^er- 
minium, dispeTidium, repurgium, et même 
commercium autorisent à supposer, et dont le 
sens abstrait « garde » peut facilement avoir 
tourné en celui de « gardien »» (cp. garde, té- 
moin et autres). Le BL. consergius est calqué 
sur le français. — Diez, se fondant sur R. Es- 
tienne, qui définit concierge par m qui ha la 
charge du lieu d'exercice » et qui le traduit 
par gymnastarchus, prend ce mot gréco-latin 
pour la source du mot français ; la syncope en 
ayant fait gymsarchus, il a pu en effet, sous 
l'influence de conservare (car gym, régulière- 
ment, appelait ^on), s'être métamorphosé en 
conserge, consierge, concierge. — Littré, se 
mettant en contravention avec le principe 
posé par Diez et mentionné ci-dessus, enchaîne 
ainsi les formes et les sens : con-servire, être 
au service, conservius, serviteur en général 
(sens rétréci dans la suite), fr. consierge (cp. 
sergent de servieniem) et concierge. — D. 
conciergerie, 

CONCILE, L. concilium (de conciere, assem- 
bler). 

CONCILIABULE, L. conciliabuliim (conci- 
lium). 

CONCILIER, L. conciliare (1" sign. assem- 
bler, unir). — D. conciliation, -ateur, -able; 
cps. réconcilier, 

CONCIS, L. concisus, litt. coupé, morcelé. 
— Concision, L. concisio. — Cp. précis, pré- 
cision. 

CONCITOYEN, voy. citoyen, 

CONCLAVE, pr. lieu de réunion, du L. con- 
clave, appartement (sous une même clef). Pour 
la valeur actuelle du mot, comparez les termes 
analogues change, cabinet, consistoire, di- 
van, pris dans leur sens politique. 

CONCLURE, L. concludere (claudere).— D. 
conclua,nJt, Du supin conclusum : coticlusion 
(L. conclusio), et conclusif, 

CONCOMBRE, prov. cogombre, it. cocomero, 
esp. cohombro, angl. cucwnber, ail. kukum- 
mer, du L. cucumis, gén. cucumeris, 

CONCOMITANT, -ANCE. du L. concomitari, 
renforcement de comitari, accompagner. 

CONCORDE, L. concordia (cor). — Concor- 
der, L. coficordare, se mettre d'accord; D. 
concordant, -ance, -at. 

CONCOURIR, L. concurrere; cofwurrent. 
L. concurrens; concours, L. concursus. 

CONCRET, L. concretus fconcrescere). Un 
nombre concret est un nombre exprimé « con- 



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CON 



jointement »» avec Tespèce des unités; il est 
opposé au nombre abstrait. De là le sens phi- 
losophique du mot. 

CONCRÉTION, L. concretio. 

CONCUBINE, L. concuhina (con-cubare, cp. 
le gr. Traoà/oiTi^). 

CONCUPISCENCE, L. concupiscentia (de 
concupisceret convoiter). 

CONCURRENT, voy. concourir. — D. con- 
currence. Pour la loc. jusqu^à concurrence 
de^ cp. l'expr. ail. bis zum belauf (de laufen, 
courir). 

CONCUSSION, exaction, extorsion, du L. 
concussio, litt. secousse, employé dans le 
Digeste avec le sens du mot français. — D. 
concicssionnaire. 

CONDAMNER, L. condemnare. 

CONDENSER, L. condensare (densus). 

CONDESCENDRE, L. condescend ère, des- 
cendre, s'abaisser pour se mettre au niveau 
(de là le préfixe con)\ sens mod. céder com- 
plaisamment aux désirs ou aux goûts de qqn. 
L'anc. langue employait dans ce sens aussi le 
simple descendre. 

CONDIMENT, L. condimentum, assaisonne- 
ment (de conrfzre, confire). 

CONDITION, L. conditio (de condere, éta- 
blir, fixer), état, situation; pacte, clause. — 
D. conditionner, mettre dans tel ou tel état ; 
conditionnel. 

CONDOLÉANCE, subst. formé sur le patron 
du simple doléance, du verbe condouloir, L. 
condoJere, litt. souffrir avec (cfr. compatir), 
c.-à-d. prendre part à la douleur de qqn. 

CONDOR, de cimtur, mot de la langue des 
Incas. 

CONDOULOIR, voy. condoléance, 

CONDUCTEUR, L. conductor. Les anciens 
employaient le mot condniseur, tiré du fr. 
conduire (cp. faiseur à côté de facteur). 

CONDUIRE, L. condiicere conduire. — D. 
conduite, subst. part, fém., désignant l'action 
et l'agent ou l'instrument ; conduit, subst. ' 
partie, masc, exprimant auj. l'agent (autre- 
fois aussi l'action); de là sauf-conduit ; cps. 
éconduire (sens figuré), se mcconduire, recon- 
duire; inconduite. 

CONE, L. conus (/-wvç,-); le circonflexe n'a 
pas de raison étymolo<riquc. — D. conique; 
terme de botanique : conifh'e, qui porte du 
fruit en forme conique. 

CONFECTION, L. confcctio (conficerc). — 
D. conferMnnner. 

CONPÉDÉRER. L. confœderare (fœrlus, al- 
liance, traité). — D. confédération, -atif 

CONFÉRER, L. confei-re ^poun-n déjà de 
toutes les acceptions modernes). — D. confé- 
rence (autrefois aussi dans le .sens de compa- 
raison). 

CONFESSER, L. cnnfessari', fréq. de con fi- 
teri. Du part. lat. confessus -qui s'est confessé » 
vient conf)s; le fém. L. confessa, dans le sens 
de l'action, a donné confesse (cohii-ci pourrait 
cependant aussi répondre à confessio, comme 
préface à prœfatio). — Confessio, fr. confes- 



sion, d'où confessionnal, -aie. — Confesser, 
fr. confesseur. 

CONFIDENCE, voy. l'art, suiv. 

CONFIER, du L. confidere, qui n'avait 
encore que le sens neutre avoir confiance ; du 
part, latin confidens viennent : 1. confiant; 
2. confident; du subst. confidentia, 1. con- 
fiance, 2. confidence, d'où confidentiel. Le 
maintien du d radical caractérise les formes 
du fonds savant. 

CONFIGURER, L. configurare. 

CONFINS (plur.), L. confine.— D. cmifiner, 
1 . toucher aux confins, 2. reléguer dans un 
certain lieu (litt. assigner des limites), faire 
vivre à l'écart (angl. confine, bannir, empri- 
sonner). 

CONFIRE, régulièrement formé de conficerc 
conficWe f == préparer, apprêter), comme dire 
de dicere. L'acception générale préparer de 
conficere s'est, au moyen âge, restreinte à la 
confection de remèdes ou de préparations cu- 
linaires; aiy. confire signifie faire cuire des 
fruits, etc., dans un suc ou une liqueur qui 
pénètre leur substance. L'allemand emploie 
pour la même opération un terme analogue : 
einmachen. C'est ainsi que le sens général de 
préparer, inhérent au mot corroyer (v. c. m.), 
a été limité par l'usage à l'apprêt des cuirs, 
que necare, tuer en général, ne signifie plus 
que tuer par immersion, — Les formes esp. 
confitar, angl. confect, comfit, it. confettars 
sont tildes du dér. confectare". — Au moyen 
âge confectœ signifiait « fructus saccharo 
conditi »» ; la même signification s'attache en- 
core à l'ail, confect et it. confetto. — D. confi- 
ture (litt. = latin confectura), confiseur (de 
foiTnation moderne); cps. déconfire (\. cm.). 

CONFIRMER, anc. con fermer, L. confir- 
mare (firmus). 

CONFISEUR (les Anglais disent confectio- 
7ier], voy. confire. — D. confiserie. 

CONFISQUER, L. confiscare, adjuger au 
fisc. — D. confiscatioiî. 

CONFIT, L. confectus, voy. confire. 

CONFITEOR, mot latin. = je confesse. 

CONFITURE, voy. confire. 

CONFLAGRATION, L. conflagroUio, embra- 
sement. 

CONFLIT, L. conflictus, subst. de confligerc, 
se heurter l'un contre l'autre, combattre. 

CONFLUER, L. conflucre, couler ensemble; 
part. prés, confluois, d'où fr. confluent. 

CONFONDRE, L. confundere, verser ensem- 
ble, mélanger, mettre en désordre, en déroute, 
déconcerter. Du participe latin confusus, fr. 
confu>i\ du subst. confiisio, fr. confusioyi. 

CONFORME, L. conformis, qui a la même 
forme ; de là subst. conformitas, fr. confor- 
mité. 

CONFORMER, 1. L. cmiformare, donner la 
forme complète; de là conformation; 2. dérivé 
de conforme, = rendre conforme. 

CONFORTER, it. confortare, esp. conhortar 
(h = f), prov. conortar (d'après Diez, par 
chute de f, comme dans preon de profun- 
dus)\ du BL. confortare, fortifier (fortis). 
— D. confort, secours, consolation (puis bien- 



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CON 



%tre, aise, acception particulière au mot cor- 
respondant anglais, confortable, qui procure 
"du confort); — Cps. déconforter, réconforter. 

CONFRÈRE, BL. confrater. — D. confrérie, 
BL. confratria, association de conjfrères, 
confraternité, BL. confraternitas, rapport 
entre les personnes d'un même corps. 

CONFRONTER, pour ainsi dire mettre /ron< 
^ front; les Latins disaient pour la même 
chose, d'une manière moins imagée, conferre 
ou componere. A la longue, cœifronter s'est 
appliqué aux choses et a fini par devenir syno- 
nyme de comparer. Le BL. employait con- 
frontare dans le sens d'assigner des limites, 
et confrontari pour : être limitrophe; ces 
verbes sont tirés du subst. frons == frontière 

IV. c. m.); ils ont laissé des traces dans des 
ocutions telles que : « ce bois confronte du 
côté du levant au pré d'un tel ». — D. con- 
frontation. 

CONFUS, CONFUSION, voy. confondre. 

CONGÉ, vfr. conget, congiet, prov. comjat; 
xiu L. commeatus (meare), permission d'aller, 
puis permission en général. Le verbe congé- 
dier, qui a remplacé l'anc. congéer (d'où l'a^j. 
congéablé) ou congier, parait être formé sous 
l'influence de de l'it congedo, qui, lui, est tiré 
du subst. vfr. conget. Qui reconnaîtrait encore, 
sans le secours de la science, dans congé le 
verbe meare, élément fondamental de corn- 
tnecUxtsf 

CONGELER, L. con-gelare. 

CONGÉNÈRE, L. con-gener, du même 
genre. 

CONGÈNIâL, ou congénital, termes savants 
tirés do congenitus, né avec ; congénial, cepen- 
dant, par sa formation, implique aussi l'idée 
y qui a le même génie, le même naturel ». 

CONGESTION, L. congestio (congerere), 
accumulation, afflux. 

CONGLOMÉRER, L. conglomerare {glomixs, 
•eris), pelotonner. 

CONGLUTINBR, L. conglutinare (gluten). 

CONGRATULER, L. congratulari, féliciter. 

CONGRE, poisson, du L. congrus (/rfyvpoî)- 

CONGRÉGATION, L. congregatio, réunion 
^rac. grex, troupeau). Le terme congréganiste 
procède de BL. congreganus, « qui est du 
même troupeau » . 

CONGRÈS, L. congressus (congredi), entre- 
vue, assemblée. 

CONGRÈVE, du nom du colonel anglais qui 
inventa las fusées à la Congrève. 

CONGRU, L. congruus, conforme, conve- 
nabl e.— D . congruité; incongru, incongruité. 

CONIFÈRE, CONIQUE, voy. cône. 

CONJECTURE, L. conjectura (de conjicere, 
combiner dans l'esprit, juger). — D. conjec- 
turer, -aï. 

CONJOINDRE, L. conjungere, d'où pro- 
cèdent aussi : conjonction, L. coryunctio, con- 
jonctif, L. conjunctivus; conjoncture (mot 
moderne), liaison, enchaînement de circon- 
stances. Le terme participial conjoint, uni par 
mariage, est analogue au subst. latin conjux, 
époux ou épouse fcon-JUG, con-jungo), d'où 
l*a4j. coiyugalis, fr. conjugal. 



CONJONCTION, -TURE, voy. l'art, préc. 

CONJOUIR (se), L. cotigaudere; cp. condou* 
loir. — D. conjouissance, terme corrélatif de 
condoléance, qu'il ne faudrait pas abandonner. 

CONJUGAL, voy. conjoindre. 

CONJUGUER, L. conjugare /Jugum), pr. 
réunir, puis réunir toutes les formes diverses 
d'un verbe. — D. conjugaison. 

CONJURER, L. conjurare, pr. se lier par 
un mémo serment, conspirer, comploter. — 
L'acception moderne supplier, prier instam- 
ment, est analogue à celle de L. adjurare; 
c'est prier sous l'invocation de quelque chose 
de sacré ; cp. l'ail, beschvoôren, et le L. obse» 
crare, — D. conjuration. 

CONNAITRE, anccognoistre, L. cognoscere. 
— D. connaisseur, -ance, -able, -ement; com- 
posés : méconnaître, reconnaître. 

CONNÉTABLE, autr. conestable, it. cones- 
tabile et contestahile, esp. condestable, port. 
condestacel, angl. constahle, du L. cornes sta- 
buli, comte de l'étable. Cette dignité, dans 
l'origine, était donc à peu près celle d'un 
grand écuyer ; nous n'avons pas à nous occu- 
per ici des applications successives de ce titre. 
La langue néerlandaise, ayant gâté le mot en 
conincstavel, a donné lieu à la fausse étymo- 
logie « fulcrum régis », soutien du roi [coninc 
et5taoe/).La îovTneconestable^wcaXi irrégulière 
à côté des formes avec d ow t i contestabiU^ 
condestable. Une chute àxkt OMd est inadmis- 
sible ; elle s'explique plutôt par le BL. cônes- 
tabulus (a. 807), p. comestabulus . Jean de Gênes 
donne conestabularius. — D. connétablie. 

CONNEXE, L. conneœus (con-nectere) ; de 
là connexité. — Ckmnexion, L. connexio. 

CONNIL*, lapin, it. coniglio, esp. conefo, 
port, coelho, prov. conil, angl. coney, du L. 
cuniculus. Le même radical se retrouve dans 
vfr. connin, flam. honyn et, modifié, dans 
l'ail, kanin, dim. kaninchen. — D. coniller, 
avoir peur, se tapir, chercher des subterfuges, 

CONNIVER, L. connivere, cligner les yeux, 
fig. être indulgent. — D. connxvent, L. con- 
nivens, d'où connivoice. 

CONQUE, L. cotwha (xrfyx*?); la forme 
conque est savante ; la forme vulgaire du mot 
est coque (v. c. m.). 

CONQUÉRIR, vfr. conquerre, angl. con- 
quer, du L. conquirere (ou strictement cori' 
quœrere, voy. acquérir), rechercher avec ar- 
deur; l'acception romane est étrangère au 
latin classique et exprime le résultat de la 
recherche ou de la poursuite, le gain, la vic- 
toire. — D. conquérant; le vfr. conquéreur 
est resté dans l'angl. conqueror; du part, latin 
conquisitus, conquisHus viennent : 1 . conquét 
(=i acquêt), 2. cojiquéte, angl. conquest, it.» 
esp. conquista. 

CONSACRER, L. consecrare. En règle gé- 
nérale, le français adapte ses verbes composés 
à la forme du verbe simple ; c'est pourquoi 
consacrer et non pas consecrcr (cfr. acqxiérir, 
condamne}', etc.); Ve du mot latin reparaît 
dans le dérivé savant consécration (L. conse^ 
craJtio). 



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CON 



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CON 



GONSAKOUIN, L. consanguineus, stricte- 
ment consanguinus, — D. consanguinité ^ L. 
consanguinitatem. 

CONSGIENGE, L. conscientia. — D. con- 
sciencieux, 

CONSCRIPTION, L. conscriptio, enregis- 
trement ; conscrit, L. conscriptus (de con-scri- 
bere, inscrire sur un rôle, enrôler). 

CONSÉCRATION, voy. consacrer. 

CONSÉCUTIF, mot de formation nouvelle, 
tiré de consecutum, supin de consequi, suivre. 
Le part. prés, du même verbe, consequens, a 
donné conséquent « qui suit n et conséquence, 
suite. 

CONSEIL, angl. counsel, it. consiglio, esp. 
consejOy prov. consclh, du L. consilium, — 
Verbe conseiller , L. consiliari (composé : dé- 
C07W6r7/er); subst. conseiller, L. consiliarius. 

CONSENTIR, L. consentire, litt. sentir, 
penser de même ; le passage de ce sens primi- 
tif à celui de « acquiescer au désir de quel- 
qu'un, admettre, permettre » se présente aussi 
dans le mot accorder. — D. consentement, 

CONSÉQUENT, -ENCB, voy. consécutif. 

CONSERVER, L. conservare. — D. con- 
serve, subst. verbal = conservation, puis, au 
sens concret, = substances conservées (aussi 
espèces de lunettes pour conserver la vue) ; 
conservation, -ateur, -atoire. 

CK)NSn)ÉRBR, vfr. consirer, L. conside- 
rare, — D. considération, L. -atio; considé- 
rable, qui mérite considération, cp. les termes 
analogues ail. ansehnlich, betràchtlich (de 
ansehen, betracMen, regarder) ; considérant, 
substantif formé de la formule adverbiale ou 
gérondive considérant qui se trouve dans 
l'introduction des arrêts judiciaires; inconsi- 
déré, part, passif à sens actif (cp. réfléchi). — 
Cps. déconsidérer, mettre hors de considéra- 
tion. 

CONSIGNER, L. consignare, revêtir d'un 
sceau (signum), établir sous la foi du sceau, 
certifier, garantir, marquer, noter, ordon- 
ner. — D. consigne, cojisignation, -ataire. 
. CONSISTER, L. consistere, se composer de. 
— D. consistant, solide, et consistance, soli- 
dité, force de résistance, acceptions tirées du 
L. consistere au sens de tenir ferme, persis- 
ter ; consistoire, L. consistorium, pr. Heu où 
l'on se réunit (de consistere = s'arrêter, sé- 
journer, siéger), puis assemblée délibérante 
(cp. conclave, chambre et assemblée délibé- 
rante). 

CONSISTOIRB, voy. consister. 

CONSOLE, voy. l'art, suivant. 

CONSOLER, L. consolari, — D. consola- 
tion, -ateur, -able. Le verbe français a dégagé 
aussi le subst. verbal console, mais ce dernier 
offre un singulier retour du sens moral, inhé- 
rent au verbe consolari, au sens physique et 
primitif de ce mot, savoir soutenir, affermir 
(rac. sol, d'où solum, solidus), sens efiacé 
déjà dans la langue classique. Les mots cor- 
respondants it. consolo, esp. consuelo, sont 
synonymes de consolation, — Si l'étymologie 
que nous prêtons ci-dessus à console n'est 
point jugée digne d'approbation, il faudra le 



rattacher à consolidare; console serait tiréi 
d'un subst. consolida, comme pâle de pallia 
dus (retranchement du sufi&xe atone). Cette 
manière de voir serait justifiée par le fait 
que, dans les patois, on trouve console p. 
consoude, autre représentation du L. consoy 
lida. 

CONSOLIDER, L. consolidare. 

CONSOMMER, it. consumare, esp. consu% 
mar, du L. consumnwre, achever, parfaire. 
L'acception attachée au mot français dans 
«« consommer des denrées, des objets manu^ 
fecturés », ainsi que celle de « absorber, 
user », est moderne et déduite [de celle do 
« achever, venir à bout de ». Il est probable 
cependant que le latin consumere, fr. consu^ 
mer, a eu quelque influence sur la produo^ 
tion de ce sens nouveau ; aussi les Allemands 
traduisent le dérivé français consommaJteu/r 
par consument «=» L. cottsumentem; l'espa-^ 
gnol rend consommer = dépenser, user, etc.» 
par la forme consumir, qui se rapporte au 
consumere latin. La confusion des deux ver^ 
bes ressort du reste encore du fait que l'espa- 
gnol, pour consommer le mariage, contre le 
sens étymologique, dit consumir matrimonio. 
— D. consommation, -ateur; consomma 
(bouillon) = parfait. 

CONSOMPTION, L. consumptio, destruc^ 
tion (de consumere), 

CONSONNE, L. consona, litt. qui sonne en^ 
semble ; consonant, L. consonans, d'où con" 
sonance. 

CONSORTS, L. consortes, plur. de consors,, 
qui participe à, coïntéressé. 

CONSOUDE, plante, esp. consuelda, L, 
consolida. Voy. aussi cœisole. 

CONSPIRER, L. con^pirarc, souffler ensem^ 
ble, fig. comploter. — D. conspiration, -ateur. 

CONSPUER, du L. conspuere (souiller de 
crachat), ou plutôt du fréq. consputare, 

CONSTABLE, mot anglais qui n'est qu'une 
transformation de connétable (v. c. m.) ; titre 
officiel qui signifiait successivement gouver-^ 
neur, commissaire, officier de police. La 
forme constable peut s'être fixée par la suppo^ 
sition de quelque rapport étymologique aveo 
constare, se tenir fixe, être planté là (cp. le 
mot français platiton). Le mot allemand con'^ 
stabler, qui, entre autres acceptions, signifie 
aussi artilleur, est rapporté par quelques-uns 
à constabularius, ce mot étant pris non paa 
comme une des transformations subies par 
cornes stabuli, mais comme un composé dis-^ 
tinct de cum, avec, et de stabulum, écurie 
et signifiant propr. compagnon d'écurie ; on y 
a vu une latinisation du terme allemand staW-^ 
bruder, employé tout bonnement pour cama^ 
rade. Nous pensons au contraire que consta'^ 
bularius = compagnon d'une constabularia 
(compagnie militaire ou connétablie), ayant 
été étymologiquement mal compris et mal 
analjrsé, a donné naissance 'au terme alle^ 
mand stallbruder, qui serait ainsi une malen^ 
contreuse traduction du mot latin. 

CONSTANT, L. constans (de constare, tenir 



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CON 



ensemble, tenir ferme); constance, L. con- 
stantia. 

CONSTATER, mot nouveau, tiré du parti- 
cipe L. status, fixé, déterminé ; constater un 
fiiit, c*est le fixer, l'établir comme vrai, 
comme réel. Il se peut aussi que constater 
soit une formation fondée sur la loc. impers. 
constat (il est constaté;. 

CONSTELLÉ, L. constellatus ; constella- 
tion , L. constellatio. 

CONSTSR, L. constare, être établi, avéré, 
sur. Cp. constater, 

CONSTERNER, L. constemare, m. s. 
forme accessoire de constemere, jeter à, terre, 
atterrer (d'eflroi). — D. consternation, L 
consternatio. 

CONSTIPER, du L. constipare, presser, 
resserrer. — D. constipation, L. -atio. 

CONSTITUER, L. constUuere, établir, fon- 
der, instituer. — D. constitution, L. consti 
tutio (d'où les néolo^smes constitutionnel ^ 
-alité, -alisme) ; constituant, constitutif, 

CONSTRICTEUR, L. constrictor; constric- 
tion, L, constrictio; constringent, L. con 
stringens; tous termes savants, procédant du 
verbe latin constringere, signifiant resserrer 
et passé en fr. sous la forme contraindre, 

CONSTRUIRE, L. construere; d'où con- 
structio, -tor, fr. construction, -teur, 

CONSUL, L. consul, — D. consulaire, L. 
-ans ; consulat, L. -atus. 

CONSULTER, L. consultare (fréq. de con- 
suXere), examiner, réfléchir, demander con- 
seil. — D. consulte (subst. verbal) ; consuUa- 
tion, L. -atio, consultatif, 

CONSUMER, L. consumere, Voy. aussi con- 
sommer. 

CONTACT, L. contactus (con-tingere, tou- 
cher à). 

CONTAGION, L. contagio (con-tingere); 
contagieux, L, contagiosus. 

CO NTE, voy. conter. 

CONTEMPLER, L. contemplari, 

CONTEMPORAIN, L. contemporaneus ou 
plutôt contemporanus* . — D. contempora- 
néité. 

CONTEMPTEUR, L. contemptor (contem- 
nere). — Les anciens employaient encore le 
verbe contemner = mépriser, et Facy. con- 
temnible. 

CO NTEN ANT, -ANCE, voy. contenir, 

CONTENDANT, L. coTitendens, de conten- 
dere, au sens de combattre, lutter, rivaliser. 

CONTENIR, L. continere, 1. renfermer; 
2. maintenir, retenir. — Du part, continens : 
1. contenant, qui contient; 2. continent, a) 
a4j. qui se contient, chaste; b) subst., terme 
de géographie, pr. qui tient ensemble, qui 
forme une suite continue, de là continental, 
— De continentia : 1. contenance, a) capa- 
cité; b) maintien; de là décontenancer; 2. con- 
tinence, chasteté. 

CONTENT, L. contentus (continere), propr. 
qui se retient, se renferme dans certaines 
limites et ne vise pas au delà. — D. contenter, 
contentement, mécontent, 

CONTENTION, vfr. contençon, L. contentio 



(contendere), 1 . effort, tension ; 2. lutte, riva- 
lité, combat. — Contentieux, 1 . qui aime la 
dispute ; c'est l'acception du L. contentiosus ; 
2. q ui fait l'objet d'un débat. 

CONTER, variété orthographique de comp- 
ter (v. c. m.). Pour le rapport entre énumérer 
et narrer, nous rappelons le vha. zeljan, qui 
réunit également les deux sens (cp. en ail. 
mod. iàhlen = compter, et erz&hlen = con- 
ter). — D. conte, conteur. — Cps. vfr. acon- 
ter, d'où raconter, 

CONTESTER, L. contestari, avoir un débat 
judiciaire, avec appel et confrontation de té- 
moins [testes), entamer un procès ; de là Tao- 
ception mod. élever opposition. Ou a vu à 
tort dans contester une mutilation de contr es- 
ter (voy. contraster). — D. conteste, cotitesta- 
tion, -able. 

CONTEXTE, L. contextus (contexere). pr. 
tissu, enchaînement, contexture; de là l'ac- 
ception moderne : texte dans son ensemble ou 
son enchaînement. — Contexture, L. contex- 
tura, tissure. 

CONTIOU, L. contiguus (contingere), qui 
touche à. — D. cotitiguUé. 

CONTINENT, -ENCE, voy. contenir. 

CONTINGENT, du L. contingere, au sens 
neutre d'échoir, tomber en partage. 

CONTINU (vfr. contenu), L. cotUinuus, pr. 
qui tient ensemble. — D. continuel. — Con- 
tinuité, L. continuitas. — Continuer, L. con- 
tinuare; cps. discontinuer. 

CONTONDANT, du L. contundere, broyer, 
meurtrir. Du supin contusum : subst. contu- 
sio, fr contusion. 

CONTORSION, L. contortio (contortum, su- 
pin de contorquere, tordre, entortiller). 

CONTOUR, voy. l'art, suiv. 

CONTOURNER, du BL. contomare, 1 . tour- 
ner autour; 2. tracer les lignes extrêmes 
d'un corps, d'une figure (l'anglais désigne fort 
bien ces lignes par outlitie). Anciennement, 
contourner se prenait aus.si dans le sens de 
retourner, bouleverser et de détourner, soit 
en bien ou en mal. Cette signification est 
encore en vigueur au sens physique. — D. le 
subst. verbal contour, it. contomo. 

CONTRACTER, du L. contra^tare, fréq. de 
contrahere (vfr. contraire), 1® resserrer, ré- 
trécir, 2® conclure, faire un arrangement. Du 
participe passé de contrahere, contr actus, 
viennent : 1. vfr. contrait', contrefait, dif- 
forme; l'ail, dit encore dans ce sens kofi- 
trakt; 2. le terme de grammaire contracte. 
Le subst. contractus, pacte, convention, a 
donné contrat, d'où contractuel; le subst. 
contractio, fr. contraction. Néologisme, régu- 
lièrement tiré du supin contractum : con- 
tractile. 

CONTRADICTEUR, -TION. -TOIRE, L. con- 
tradictor, -tio, -torius*. Le verbe contradicere 
a été régulièrement francisé par contredire. 

CONTRAINDRE, angl. constrain, du L. 
constringere, serrer, lier, obliger. Pourquoi 
la terminaison aindre dans contraindre et 
celle de eindre dans étreindre, astreindre, 
restreindre, qui dérivent cependant tous du 



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CON 



même pvimïtàîstrinfferef — D. a^j. contraint, 
subst. contrainte. 

CONTRAIRB. L. contrarius (contra). — D. 
contrariété, L. contrarietas ; contrarier, -ant. 
On avait anciennement, p. contrarier, la 
fonne contralier; c'est Teffet dun change- 
ment euphonique. Le verbe cxmtrarier se liait 
jadis avec un régime indirect, contrarier à ou 
vers qqn. 

CONTRARIBR, voy. contraire. 

CONTRASTER, it. contrastare, prov. con- 
trastar, BL. contrastare, être contraire, faire 
opposition. Nous pensons que contraster, 
dans le sens moderne, est un emprunt fait à 
l'italien, la forme française du mot latin étant 
vfr. contrester, = résister ( •* rien ne lui pour- 
roit contrester », Marie de France). — D. con- 
traste, it. contrasto, 

CONTRAT, voy. contracter. 

CONTRAVENTION, dérivé, à forme savante, 
du L. contravenire, fr. contrevenir. 

CONTRE, L. contra. — D. contrée (v. c. m.); 
cps. encontre (v, c. m,). — La particule contre 
a servi dans les langues néo-latines à do nom- 
breuses compositions pour marquer l'oppo- 
sition (parfois aussi la juxtaposition, p. ex. 
dans contre-allée, ou la subordination, p. ex. 
dans contre-amiral, contre maître). La forme 
latine contra (oontro dans controverse) s'est 
maintenue dans plusieurs cas et accuse l'in- 
troduction récente du mot composé ; les com- 
posés du vieux fonds, tant ceux de provenance 
latine que ceux de façon romane, ont la forme 
contre. Nous ne consacrons d'articles spé- 
ciaux qu'aux composés qui nous semblent 
offrir quelque particularité intéressante, soit 
au point de vue du sens, soit pour la forme. 

CONTREBANDE, voy. ban,— D. contreban- 
dier. 

CONTRECARRER, selon Frisch (approuvé 
par Diez). de carrer = L. quadrare, pris dans 
le sens de compasser, i-égler, arranger ; donc 
= déranger, contrarier. — D. vfr. cmitre- 
quarre , opposition, rivalité. 

CONTREDANSE, danse où chacun fait en 
sens contraire ce que fait son vis-à-vis. Le mot, 
dans son application à une certaine danse 
rustique, importée d'Angleterre en France, 
est altéré du terme anglais country-dance, 
litt. danse de campagne. 

CONTREDIRE, L. contradicere. •— D. con- 
tredit, 

CONTRÉE, it., prov. contrada, angl. conn- 
try, du BL. contrata, le paysage qui s'étend 
devant [contra) vous; cp. en ail. le subst. 
gegend, contrée, ôlq gegen, contre. Ménage a 
commis la bévue de rapporter contrata à con- 
tracta s. e. regio. 

CONTREFAIRE, 1. faire contrairement à la 
règle (de là le part, contrefait = difforme); 
2. faire en opposition, ou en imitation de 
quelque chose d'autre. — D. contrefaçon ou 
contrefaction ; contrefacteur ou contre faiseur. 
Du part. cojUrefait (it. contrafatto, esp. con- 
trahecho, angl. counterfeit), l'ail, a tiré son 
.subst. honterfei, imago, portrait. L'anc. lan- 



gue avait aussi le subst. contrefaiture (cp. 
forfaiture). 

CONTREFORT est le subst. verbal d'un 
ancien verbe contreforter, renfprcer, servir 
d'appui (cp. confort de conforter). 

CONTREOARDBR*, garder contre les dan- 
gers, l'attaque ou la convoitise ; vieux mot qui 
méritait d'être conservé. De là le subst. cofitre^ 
garde, pr. ouvrage qui préserve. 

CONTREMANDER, it. contrammandare, 
donner un ordre en sens contraire; cp. l'ex- 
pression contre-ordre. 

CONTRE-MONT, adv. très ancien, signifiant 
(comme amont) en montant, vers le haut. Son 
opposé était contrecal. Contre exprime ici la 
direction. 

CONTRE-PIED, d'abord un t^rme de chasse ; 
chasse contre-pied, où les chiens suivent les 
voies de la bête, mais sur le chemin qu'elle 
vient de faire au lieu de suivre celui qu'elle 
fait. De là le sens métaphorique : l'inverse, le 
contraire do qqch. 

CONTRE-POINT, it.conirappunto; point,m 
musique, équivaut à note, et le contre-point 
est la science de mettre une note en rapport 
harmonique avec une autre. 

CONTRETEBIPS, inopportunité; propr. un 
terme de musique signifiant une infraction à 
la mesure, qui jette le désordre dans l'ensem- 
ble. 

CONTREVALLATION, de contre + L. val- 
latio, palissade. 

CONTREVENT exprime en termes français la 
même chose que paravent, qui est emprunté à 
rit. paravento. Voy. parapluie. 

CONTRIBUER, L. contribucre, litt. donner 
ou payer avec d'autres. — D. contHbtUion, L. 
contributio ; contribuable, sujet à contribution 
(la finale able prise en sens actif). 

CONTRISTER, L contristare. 

CONTRIT, L. coniritus, part, passif de con- 
terere, broyer, briser; contrition, L. contritio. 
Le sens métaphorique de ces mots leur a été 
donné par les théologiens ; le mot tribulaiion 
présente le même trope, il est également tiré 
de tererc. 

CONTROLE, autr. contre-rôle, d'abord deu- 
xième rôle ou registre servant pour la vérifi- 
cation du premier, puis marque de vérifica- 
tion, enfin vérification, critique. — D. contrô- 
ler, -eur. 

CONTROUVER, inventer une chose fausse. 
C'est une curieuse application du préfixe con 
à un mot non latin. Le même préfixe se trou- 
vait dans des termes analogues latins, tels 
que : comminisci , comme^itiri, confingere, 
contechnari. L'angl. aie vevhe coyttynve, signi- 
fiant inventer, en bon et mauvais sens; c'est 
une forme altérée du v. angl. controve, con- 
trêve. Le vfr. avait, et les dialectes ont encore, 
le subst. verbal coTitreuve = mensonge. 

CONTROVERSE. L. controversia, opposi- 
tion d'avis, dispute (de contro-versus, litt. 
tourné contre, opposé). — D. controoerseTt 
•iste. 



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CON 



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COQ 



GONTUMAX, mot latin, » récalcitrant, en t. 
de droit, qui refuse de comparaître en justice. 
On se sert aussi de la forme vraiment française 
contumace. — D. subst. contumace, L. con- 
tumacia; verbe cwitumacer, ^nger par contu- 
mace. 

CONTUSION, voy. con/omfani. — D. contu- 
sionner. 

CONVAINCRE, angl. conmnce, L. convin- 
cere, d'où subst. convictio, fr. conviction. 

CONVALESCENT, du L. conmlesçere, re- 
couvrer la santé. — D. convalescence. 

CONVENIR, L. convenire. Acceptions du 
mot latin : 1 . venir ensemble, s'assembler ; 
de là conventus, assemblée, corporation, fr. 
couvent (vfr. convent); convention m. s., fr. 
conveyition = assemblée constituante, et con- 
venticiUum, fr. conveniicule, petite assem- 
blée, réunion illicite; — 2. être ou tomber 
d*accord (de là conventio, fr. convention, 
pacte, accord). De cette dernière acception 
découle celle d'accorder, d'admettre une asser- 
tion avancée par un autre ; l'opposé de conve- 
nir, dans cette signification, est disconvenir; 

— 3. être conforme à ce que l'on désire ou 
exige. A ce sens du mot latin, qui s'est aussi 
communiqué au verbe français, se rattachent 
les dérivés convenance, L. convenientia, con- 
venable^ et déconvenue. 

CONVENTICULE, voy. convenir. 

CONVENTION, voy. convenir. — D. conven- 
tionnel, 1. conforme à une convention, 2. 
membre d'une convention. Cps. reconvention. 

CONVENTUEL, qui appartient au couvent, 
L. conventus, voy. convenir. — D. convenr 
tualité. 

CONVERGER, L. conver^erê (Isidore), pen- 
cher, tourner vers im point commun. — D. 
convergent y -ence. 

CONVERS, L. conversuSy converti ; en basse 
latinité = religieux sorti du monde pour en- 
trer au couvent; spécialement aussi = frère 
laïque chargé des travaux manuels des mo- 
nastères. 

CONVERSER (dans l'ancienne langue, ce 
verbe signifiait généralement demeurer, sé- 
journer), du L. conversari, demeurer, vivre 
en société ; sens actuels du mot : 1 . échanger 
des paroles; 2. faire un mouvement de con- 
version (^ L. convei'sare, fréq. de convertere). 

— D. conversation, L. -atio. 
CONVERSION, L. convei-sio (convertere). 
CONVERTIR, L. convertere. — D. conver- 

tible. cmivertissemcnt, -isscur. 

CONVEXE, L. convexus (convehere). — D. 
convexité y L. convexitas. 

CONVICTION, voy: convaincre. 

CONVIER, it. conmtare, esp., port., prov. 
convidar, d'un verbe bas-latin convitare = 
invitare; ce préfixe con parait avoir pour 
cause une assimilation au mot convive. — D. 
vfr. conviy it. convilo, prov. convit, invitation, 
repas, banquet. 

CONVIVE, L. co7iviva, commensal. En vfr. 
convive répondait à L. convivium, festin. 

CONVOCATION, voy. convoquer. 

CONVOI, voy. convoyer. 



CONVOITER (l'n est parasite), vfr. covoiter, 
coveiter, cuveiter, it, cupitare, cxfvidare,i^TOY. 
cobcitar, angl. cotet. Toutes ces formes diver- 
ses se rattachent à un type latin cupitare, 
fréq. de cupere, désirer. — L'adjectif conpof- 
teux, vfr. convoitons, coveitous, prov. cobci- 
tos, it. cubitoso, angl. covetous, est tiré du 
verbe convoiter, comme boiteux de boiter. 
Quant au substantif convoitise, covoitise", qui 
correspond à it. cupidigia, cupidezza, esp. 
'codicia (p. cobdicia), ^voy. cohiti3ia,cobezeza, 
il accuse pour type BL. cupiditia p. cupidi- 
tas (de ciipidust désireux). Le changement de 
d en t, cependant, étant insolite, j'aimerais 
autant considérer convoitise comme le dérivé 
direct de convoiter; cp. vfr. vantise, hantise, 
de vanter, hanter. 

CONVOLER en secondes noces, phrase du 
Digeste : convoi are ad secundas nuptias. 

CONVOLVULUS, nom latin du liseron (on 
l'a aussi francisé par convolve), dér. de co^i- 
volvere, rouler ensemble, dont le part, convo- 
lutus a donné le terme de botanique convo- 
luté, roulé en forme de cornet. 

CONVOQUER, L. convocare. — D. convo- 
cation ^ L. convocatio. 

CONVOYER (d'où it. convoiare, esp. con- 
voyar), accompagner, escorter, du BL. con- 
viare (via), faire route avec qqn. (cp. envoyer 
de inviare). Ménage a proposé Tétymologie L. 
convehere y qui est inadmissible. — D. convoi, 
pr. accompagnement, escorte. 

CONVULSION, L. convulsio, spasme, crampe 
{convellere)y d'où convulsionnaire. — Du même 
convellere y pa.r le supin conrw^^wm : l'adj. con- 
vulsif. 

COOPÉRER, L. cooperaH. 

COOPTER, L. cooptarCy choisir, se donner 
un collègue. 

COPEAU, BL. copelluSy vfr. coupeau, cou- 
pel, dérivé de coper == couper. On trouve 
aussi copon, correspondant à l'it. coppone, et 
formant une variété du mot coupoti . 

COPIE, angl. copy ; ce mot vient sans doute 
de la phrase latine « copiam facere scripti «, 
multipher les exemplaires d'un manuscrit. Il 
signifie: 1. transcription; 2. exemplaire de 
la transcription ; 3. en imprimerie, le manu- 
scrit d'après lequel on imprime. ^— D. copier* 
= transcrire; copiste, néolog-. (le BL. disait 
copiator p. librarius, écrivain); la termin. 
iste a été particulièrement choisie dans les 
temps modemas pour désigner des professions, 
p. ex. fumiste, lampiste, droguiste. — Du L. 
copiosus, adj. de copia, abondance : fr. co- 
pieux, angl. copions. 

COPIEUX, voy. copie. 

COPTER la cloche, p. clopter, clopeter, 
dim. du bas-ail. hloppe^i, frapper? Ou p. co- 
peter, de copet, petit coup? Nicot songeait à 
KOTTTciv, frapper. 

COPULE, terme savant, du L. copula, lien, 
union, francisé en couple (v. c. m.). 

1 . COQ, mot imitatif fait d'après le chant 
de cet oiseau « coquerico » ; cp. ags. coc, angl. 
cocky ail. gôchery gôckel, — Le primitif coq 
a engendré de nombreux dérivés « dont les 



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COQ 



— 424 



COR 



mœurs du ooq sont le type figuré », comme 
dit Ch. Nodier. Les principaux dérivés usuels 
sont : coquet, vain comme un coq ; dans l'an- 
cienne langue et dans les patois, on trouve 
aussi coquartf p. fat, élégant, niais, ridicule ; 
cocarde (v. c. m.); cocasse (v. c. m.); cochet, 
petit coq ; cocotte ; coqueliner, — Voy . aussi 
cocu, 

2. COQ, cuisinier à bord d'un vaisseau, du 
L. coquuSt cuisinier; cp. queux, 

COQUARD, vieux coq, fig. fou, benêt. 

COQUE, du L. concha, coquille. Pour la 
lettre, cp. coquille de conchylium. — D. co- 
quetier, cocon (v. c. m.). 

C0QUECI6RÙE, aussi cocdgrue, baliverne, 
balourdise; mot burlesque, dont nous n'es- 
sayerons ni d'établir î'étymologie, ni de 
réfuter ou d'approuver celles qui ont été 
émises. Seulement, nous nous passons la fan- 
taisie de traduire à notre tour la locution pro- 
verbiale « à la venue des coccigrues » (qui 
dit la même chose que «* quand les âne» 
voleront ») par « à la venue des grues écar- 
lates rt (coccum -\-ffrus). Evidemment, cocdgrue 
est le nom de quelque oiseau aquatique fabu- 
leux. Littré rapproche le mot d'autres compo- 
sitions similaires et tout aussi obscures pour le 
sens précis et l'origine : coquefague, coque- 
fredouille, coqueluirie. 

COQUELICOT, variété de coquericot, imita- 
tion du cri du coq; ces mots désignaient 
d'abord le coq, puis, vu la couleur de la crête 
du coq, le pavot des champs (cp le languedo- 
cien cacaraca, et le pic. coqriacot, signifiant 
également à la fois cri du coq et coquelicot). 
Chevallet y voyait le mot gaulois calocatonos, 
papaver sylvestre, cité dans Marcellus Empi- 
ricus, De remediis empiricis. 

COQUELOURDE, espèce d'anémone ; d'ori- 
gine douteuse ; d'après Ménage, de clocca lu- 
rida, cloche jaune; d'après Bourdelot = 
coqtce lourde, la coque de la coquelourde 
ayant plus de poids que celle des autres ané- 
mones. L'anglais nomme la coquelourde 
Flora*s bell, cloche de Flore. 

COQUELUCHE (d'où coqueluchon) , capu- 
chon, dérivé du L. cucullus, capuchon d'un 
vêtement. La maladie dite coqueluche a été 
ainsi dénommée, dit-on, parce que ceux qui 
en étaient atteints s'encapuchonnaient la tête. 
Du même primitif, les Italiens ont dénommé 
une maladie semblable coccolina. Nous ne ga- 
rantissons pas la justesse de cette explication 
du nom donné au rhume appelé coqueluche. 
Pour l'élément coque, il n'y aurait pas de 
difficulté à alléguer l'angl; cough, flam. AucA, 
respiration difficile, suflbcation, toux, et l'ail. 
keuchhusten = coqueluche, mais que faire de 
la fin du mot? — En Champagne, coqueluche, 
aussi cocloche, signifie un gâteau au lard. 

COQUEMAR, dérivé du L. cucuma, chau- 
dron; cp. it. cogoma, pot, coquemar. 

COQUET, dérivé de coq, l'oiseau vaniteux 
par excellence; voy. coq, — D. coqueter, 
coquetterie, 

COQUETIER, dér. de coque. 



COQUILLE, it. cocchigUa, du L. conchj/^ 
lium, BL. conquilium (gr. xoyxû>iov). — D. 
coquillage, coquillier, recoquiller. 

COQUIN, gueux, fripon. Voici les diverses 
étymologies avancées sur c© mot : 1. L. co- 
quina, cuisine ; coquinus serait un « sectator 
coquin» » (Nicot); 2. gr. xwxûiiv, pleurer; le 
coquin serait un pleurnicheur qui demande 
l'aumône; 3. nord. AoA, gouffif'e. hoka, ava- 
ler, dévorer (conjecture de Diez) ; 4. vfr. eau-- 
quain, chausson, dont coquin aurait été tiré 
pour désigner un homme de rien, un va-nu* 
pieds (l'auteur de cette étymologie a négligé 
un point essentiel, c'est qu'un va-nu-pieds ne 
porte pas de chaussons) ; 5. L. coquus, cuisi* 
nier; un coquin serait pr. un marmiton 
« homo vilissimus, nec nisi infimis coquins» 
ministeriis aptus » ; 6. coq; donc ime variété 
de coquet, mais avec un sens plus défavorable; 
enfin, 7. nous lisons ce qui suit dans la Meus& 
belge du docteur Fremder (M. Morel) : « Le 
même ordre (les Augustins) avait en villo 
d'autres représentants, entre lesquels, au bas. 
du faubourg Saint-Gilles, les frères Cockins, 
installés en 1150 par le vénérable Lambert 
le Bègue. Hâtons-nous de dire que, vulgaire- 
ment, un cuisinier s'appelait autrefois un coq 
(coquus). Les Cockins de Lambert le Bègue 
avaient des fourneaux charitables où ils cui- 
saient pour les pauvres. Mais les pauvres qui, 
sans travail, sans l'excuse des infirmités, de 
l'âge ou du manque d'ouvrage, trouvent à se 
faire nourrir de l'aumône, ne sont pas tou- 
jours de simples fainéants. Le coquin ali- 
menté par les Cockins est un vilain person- 
nage, flétri même autrefois. De là le mauvais 
sens du mot qui le désigne ainsi que les dis- 
tributeurs de sa pitance quotidienne : de 
même un hôte [hospes), c'est tour à tour celui 
qui donne et celui qui reçoit l'hospitalité. ^ 
On le voit, il n'y a que l'embarras du choix. 
Notons encore que dans les plus anciens 
exemples, le mot signifie truand, gueux. — 
D. coquiner, -erie. 

COR, 1. durillon; 2. instrument à vent^ 
3. corne qui sort des perches du cerf (ne 
s'emploie qu'au pluriel). Ce mot, masc. dans: 
ces trois acceptions, écrit primitivement corn,, 
est le latin co7*nu. — D. de cor, instrument 
à vent : cornet, petite trompe ; corner, sonner 
du cor. Voy. corne. 

CORAIL, L. coralium, aussi coralîitm 
(xo/d4»iov). — D. corallin. 

CORAN, mot arabe, signifiant « lecture «,. 
la lecture par excellence. Voy. aussi alcoran. 

CORBEAU, anc. corbel, dim. du vfr. corb,. 
m. s., prov. corp; ce primitif, comme l'it. 
corbo, corvo, esp. cuervo, vient du L. corvus. 
Pour ô « », cp. courbe de curvus. — De^ 
corbeau, corbeV, employé comme terme d'ar- 
chitecture, vient le composé encorbellement. 

CORBEUjLE, L. corbicula, dim. de corbis^ 
(ail. korb). — D. corbiilon, corbillard{v. c. m.). 

CORBILLARD, de corbeille; signifiait dana 
le principe une voiture tressée en jonc, un 
char â panier, cp. en ail. l'expression korb^ 
loagen. D'autres, se fondant sur l'ancienne 



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COR 



— 125 — 



COR 



signification du mot « coche d'eau faisant le 
service de Paris à Corbeil *», le font venir du 
nom do cette ville. 

OORBLEU , aussi corbieu , modification 
ouphémistique de cors Dieii (donc = par le 
corps de Dieu) ; cp*. morbleu ^ palsambleu. 

CORDE, L. chorda (xo/so/i). — D. corder, 
cordeau (d'où cordelle, cordeliery-ière); corder, 
cordeîer, décorder, cordier, -erie, cordage, 
coi*don . 

CORDIAL, BL. cordialis (de cor, cordis, 
cœur). — D. cordialité. 

CORDON, voy. corde. — D. cordonner, 
cordwtnet. 

CORDONNIER, gâté de cordouanier, en- 
core en usage dans les dialectes it. cordova- 
niere, angl. cord toainer. C'est un dérivé de 
cordoitan, prov. cordoan, esp. cordoban, it. 
cordovano, espèce de cuir, tiré de Cordoiie 
(Cordoba^en Kspagno. 

CORIACE, L. coriaceus*, de corium, cuir. 

CORIANDRE, L coriandrum (xcpixvSoov). 

CORME, dial. aussi corbe, d'après Littré,du 
L. cornurn, corme. Mais ce mot latin désigne 
la cornouille et non pas la corme. — D. cor- 
mier. 

CORMORAN ; ce mot représente le breton 
nwrrran (composé de môr, mer, et de bran, 
corbeau, précédé par pléonasme du mot 
roman coi'b, corbeau. Un semblable pléo- 
nasme se trouve dans la combinaison loup- 
garoii (v.c. m.;. Cette étymologie se confirme 
par le prov. corpmari, et port, corvoma- 
rinho, qui représentent le L.corviis marinus. 

CORNAC, mot indien, conducteur d'élé- 
phant. 

CORNALINE, voy. sous corne, 

CORNE, du L. coma, plur. de cormtm, 
forme accessoire do cornu. On sait que beau- 
coup de substantifs féminins français remon- 
tent à des formes plurielles neutres (par ex. 
fête, arme, file, joie, graine, etc.). Le smgulier 
cornu 0X1 corniim s'est reproduit dans le fran- 
çais sous la forme masc. corn*, cor (v. c. m.). 
Dérivés de corne ou de cor : 

1. Corné, adj. mal formé par les savants 
modernes du L. conieus, d'où le subst. cornée, 
(cp. en ail. hornhaiii), tunique extérieure de 
l'œil. 

2. Cornaline, prov. , port, comelina, esp. 
coi^nerina. L'it. dit, d'après l'adj. latin cor- 
neolus : corniola; l'angl. a cornelian ou car- 
fielian stone. Le nom a été donné à cette 
pierre à cause do sa transparence. Comparez 
le nom donné pour la même raison à l'onyx 
(de ^vu^, ongle). Une assimilation à caro, 
carnis (couleur de chair) a détenninô sans 
doute la forme ail. hameol au lieu de Aor- 
neol. Ménage voyait dans cornaline une modi- 
fication de coraline. 

3. CoRNARD, cocu, qui porto des cornes, 
expression très ancienne pour désigner un 
mari trompé. I-es Italiens disent becco cor- 
nuto, bouc cornu, ou simplement becco; les 
Espagnols, cabron, = bouc. 

4. CoRNRMUSB, de coTTie 4- muse (voy, mU' 
Sêtte); primitivement, cet instrument était 



pourvu de deux cornes. Il faut donc abandon- 
ner l'étym. f qui corne de la muse »». D'après 
Meunier, toutefois, l'italien cor)ia-m,usa, non 
pas como-musa, prouverait que c'est celle-ci 
qui est la bonne (Composés, etc., p. 138). 

5. Corner, sonner du cor ou de la trompe. 
— D. comeur. 

6. Cornet, diminutif de cor (corn) ou corne, 
1 . petite trompe ; 2. petit morceau de papier 
roulé en cône ; 3. autres objets (comme écri- 
toire) faits de corne ou en forme de corne. 

7. Cornette, BL. cœmeta, 1. coifllire de 
femme avec deux bouts ressemblant à des 
cornes ; anc. aussi chaperon de docteur (déjà 
le primitif corne signifiait jadis une coiflure 
de femme) ; 2. petit étendard de compagnie (à 
cause de sa forme); 3. genre masculin = 
porte-étendard. — D. encorneter, 

8. Corniche, 1. petite corne; 2. petit con- 
combre, d'où cornichon. 

9. CoRNiER, BL. corner ius, qui forme le 
coin (de là l'angl. coi^ner, coin). Le prim. 
corne s'applique parfois aussi pour désigner 
un angle saillant, p. ex. dans : faire une 
corne à un livre ; à cette signification se rat- 
tache encore le verbe écorner. — D. coi*- 
7iièrc, gouttière à la jointure de deux pentes 
de toit. 

10. Cornouille, it. corniola, angl. comel, 
ail. kornel kirsch e, BL. cornolium, La forme 
franc, procède de cornucula, dimin. du L. 
cornum, m. s. — D. cornouiller (arbre), 
anc. aussi corniller. 

11. Cornu, L. cornutus. — D. subst. cor^ 
nue, prov. cornuda, nommée ainsi à cause de 
sa forme recourbée ; cps. biscornu (v. c. m.). 

12. Les composés : bigorne (v. c. m.); «fcor- 
ner, rompre les angles saillants; encorner, 
racornir, rendre dur comme de la corne. Voy. 
aussi licorne. 

CORNEILLE, it. cornacchia, esp. cortiefa. 
prov. cornelha, du L. cornicula, dim. do 
cornix (grec /o/s^wj). 

CORNiBMUSE. voy. sous corne, 

1. CORNICHE, voy. sous corne. — D. cor- 
nichon . 

2. CORNICHE, terme d'architecture, it. 
cornicCf esp. cornisa, wall. coronise, ail. 
kamies, du L. coronis (/c/s'jvt;), fin, couron- 
nement. Toutefois, les formes franc., et ital. 
accusent plutôt comme primitif le L. cornix 
(corneille), auquel on a fort bien pu prêter 
le sens de cor&nis, d'autant plus qu'en grec 
xopitvri signifie à la fois corneille, courbure et 
couronne. 

COROLLE, L. corolla, dim. de corona. — 
D. corollaire, L. corollarium, 1. petite cou- 
ronne de fleurs ; 2. petit présent supplémen- 
taire ; de là 3. dans la basse-latinité, l'accep- 
tion : argument supplémentaire ; en mathé- 
matiques, conséquence naturelle découlant 
d'une proposition déjà démontrée. 

CORPOREL, voy. corps, 

CORPS, vfr. cors, du L. corpus, corporis 
(en opposition avec la terminaison us de la 
2* décl. lat., celle de la 3« décl. a transmis 
son s aux formes françaises, cp. temps, lez). 



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COR 



i26 — 



COS 



— Du primitif latin découlent : corporel, L. 
corporalis ; corporation, réunion de personnes 
formant un corps ; corpulent, L. corpulentus 
corpulence, L. corpulentia; corpuscule, L 
corpusculum. — Dérivés romans : corset, pr. 
petit corps (cp. les expr. angl. bodice de hody 
corps, ail. leibchen, de leib, corps, it. cor- 
petto, corpcttino) ; corselet, corsage, corsé. 

CORPULENT, CORPUSCULB, voy. corps 

CORRECT, L. correctus, participe de cor- 

rigere. — Correctif, correctivus' (corrigere), 

— Correction, correctio, d'où correctionnel 

— Correcteur, corrector. 
CORRÉLATION, CORRÉLATIF, mots didac 

tiques modernes, servant à mieux préciser les 
simples relation, relatif; le préfixe cor (cum) 
marque ici, comme souvent, correspondance, 
réciprocité. 

CORRESPONDRE, L. correspondere', com- 
* posé inusité de respondere ; ici encore le pré- 
fixe sert à mieux faire ressortir un rapport 
mutuel. — D. correspondant, -ance. 

CORRIDOR, de rit. corridore, esp., prov. 
corredor, dérivés du L. currere, courir; cp. 
couroir, t. de marine, passage, et ail. gang 
de gehen, aller. Le mot est fréquemment 
gâté par le peuple en colidor. Voy. aussi 
couloir. 

CORRIGER, L. corrigere, redresser, amé- 
liorer (rad. regere, diriger). — D. corrigible, 
' CORROBORER, L. corroborare, fortifier (de 
robur, force). 

CORRODER, L. corrodere (de rodere, ron- 
ger) ; du supin corrosum : subst. corrosio, fr, 
corrosion, acy. corrosivus. fr. corrosif. 

CORROI, substantif verbal de coi'royer (v. 
c. m.). 

CORROMPRE, L. corrumpere; du supin 
corruptum : corruption, corruptio; corrup- 
teur, -trice, corruptor, -trix; corruptible, 
'ibilité, corruptibilis, ibilitas. 

CORROSIF, -ION, voy. corroder. 

CORROTER, préparer les cuirs, le mor- 
tier, etc. ; signification primordiale : apprê- 
ter. Ce verbe correspond à it. corredare, 
garnir, équiper, meubler, prov. correar, yfr. 
conréer. Il se rattache par conséquent aux 
subst. it. corredo, prov. conrei, vfr. conroi, 
équipement, préparation, arrangement, etc. 
Or, ces subst. composés viennent, de même 
que le primitif vfr. -roi, ordre, soit de la 
même racine qui a donné goth. raidjan, 
déterminer, arranger, ags. gc-raedian, ail. 
be-reiten, préparer, néerl. reden, soit du 
gaél. reidh, uni, terminé, prêt, rangé (le 
breton reiz, règle, loi, raison, qui concorde 
parfaitement avec le vfr. roi, est probable- 
ment, selon Diez, un emprunt fait au fran- 
çais). Le mot agrès (v. c. m.) est de la même 
famille. — Ceux qui ont mis corroyer en 
rapport avec le L. corium, fr. cui>, ou avec 
courroie, ont bien mal rencontré. — D. corroi, 
corroyeur. 

CORRUPTEUR, -TION, -TIBLE, voy. cor- 
rompre. 

CORS, plur., voy. cor. 
CORSAGE, voy. corps. 



CORSAIRE, it. corsare, corsale, esp. eorsor- 
rio, cosario, prov. corsari, navire qui feit la 
course (esp., it., prov. corsa). 

CORSE, CORSELET, CORSET, voy. corps. 

CORSER, donner du cor* = corps (v. c. m.). 

CORSIN, banquier, usurier, mlat. caor- 
ci?tus, prov. chao^cin. De cadurcinus, habi- 
tant de Cafiors ou plutôt de Caorsa en Pié- 
mont (voy Littré, et Godefroy s. v. caorsin). 

CORTÈGE, de Fit. corteggio, pr. suite d'une 
cour, subst. verbal de corteggiare (en vfr. 
cortoier), faire la cour, dérivé de corte, cour. 

CORVÉE, BL. corvata, la tâche exigée par 
le seigneur. Ce mot est formé de corrogata 
(comme vfr. rover de rogare, enterver de 
interrogare, Bavay de Ba^axMm) et signifie 
propr. convocation, appel. Cette étymologie est 
appuyée par les formes prov. courroc, vfr.. et 
rouchi courowée, wallon et picard du xm® siè- 
cle coruée. On trouve même dans la basse la- 
tinité la forme-type corrogata avec le même 
sens que corvée. 

CORVETTE, anc. corbeUe, francisation du 
L. corbita, navire de transport, esp. corbeta. 

CORYPHÉE, du gr. Mpu^xioç, chef, particu- 
lièrement chef de chœur (de xo/5yy>i, sommet). 

COSAQUE, en langue kirghise kusak, cava- 
lier ou guerrier. 

'COSIŒTIQUE, gr. xo<T/i>ir(X(^; (xotr/xieu), qui 
orne, embellit. 

COSMO-, élément de composition, dexoV/io;, 
monde. On le trouve dans : cos^nogonie, 
M^no'fojix, genèse du monde; cosmographie, 
xofxfioypoiflx, description de l'univers ; cosmolo- 
gie, Miiiolofia, science du monde ; cosmopo- 
lite, M'Sfi.oTzolixvii, citoyen du monde. 

COSSE, forme écourtée de écowe p. escosse. 
Quant à ce dernier, il vient, d'après Frisch, 
du néerl. sckote, schosse (Kiliaen), m. s. Les 
étymologies L. excussa (Ménage) ou concha 
(Poitevin) ne sont pas heureuses. — D. écosser. 
— L'adjectif cossu se rattache naturellement 
à cosse; cependant on y a vu, avec quelque 
raison, pour certaines applications du mot, 
une altération de vfr. corsu, dér. do corps 
(cp. corsé, corset) et signifiant « qui a du 
corps, corpulent, gros ». — Génin prend 
cossu p. copsu et pose pour primitif L. cqpio- 
sus, abondant; c'est par trop étourdi. 

COSSER, frapper des cornes, it. cozzare; 
selon Diez, d'un type coctiare, issu d'un part, 
latin coctus p. co-ictus, de co icere; cfr. it. 
dirizsare, fr. dresser, de directus. — D'après 
Caix (Studi di etim.), l'it. coisare (d'où le 
mot français) vient de l'expr. dar di cozzo, 
donner de la tête, cozzo étant un terme popu- 
laire p. tête. 

COSSON, espèce de charançon, dérivé du 
L. cossus, ver de bois. 

COSSU, voy. cosse. 

COSTAL, adj. moderne dér. do costa, côte. 

COSTUICB, it., port, costuma, prov., cat. 
costum; ces vocables masculins correspondent 
aux formes féminines it., prov. costuma, esp. 
costumbre, fr. coutume. On sait que costume 
et coutiime ne difl*éraient anciennement que 
par une légère variation de forme et par le 



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COT 



— 127 — 



COU 



genre, et que leur signification commune 
était habitude. Costume, qui, d'ailleurs, parait 
d'importation italienne, a fini par particula- 
riser son acception et ne plus signifier qu'ha- 
bitude en matière de vêtement ; cp. L. fiabi- 
tus, habitude, devenu le fr. habit, vêtement. 
Les mots cités sont les représentants du L. 
consuetudinem. Pour la terminaison urne, 
voy. l'article amertume. La forme BL. cos- 
tuma se présente déjà dans un texte de 
l'an 705. — D. costumer, 'ter, 

COTE, it. quota, prov. cota, quote-part 
nombre indiquant le quantième, etc. , du L, 
quotus, en quelle quantité. — D. coterie (v, 
c. m.); coter, marquer, numéroter, it. quo 
tare, mettre en ordre, esp. , port, cotar, acotar, 
marquer suivant l'ordre des nombres ; cotiser i 
régler la quote-part de chacun. 

COTE, coste*, it., prov. costa, du L. costa, 
côte, flanc, paroi, côté. De costa vient égale- 
ment l'ail. kiXste, néerl. kust, angl. coast, 
rivage de la mer. — Dérivés : 1 . BL. costa 
tum, it. costato, esp. costado, prov. costat, fr 

œSTET*, CÔTÉ. 

2. CÎOTKAU (il faudrait à la rigueur un cir- 
conflexe sur Yo), d'un type latin costellus, 

3. Côtelette (d'où angl. cutlet), petite côte; 
le prov. dit costeta, 

4. Côtoyer, costoyer, costier, it. costeg 
giare, esp. costear, 

5. CôTiER, it. costiere; côtière, it. con- 
fiera. 

6. Accoster, accoter (v. ces mots); Écô 
ter, ôter les côtes. 

COTER, voy. cote, 

COTERIE, BL. coteria, anc. réunion de 
paysans exploitant les terres d'un seigneur, 
auj. compagnie de personnes qui cabalent 
dans un intérêt commun; d'après Diez, de 
cote, quote-part, chaque associé retirant sa 
quote-part; d'après Littré, du BL. cota, 
cabane (d'où angl. cottage), 

COTHURNE, L. cothurnus (xo'&opvoi). 

CÔTIER, voy. côte, 

COTIGNAC, voy. coing. 

COTILLON, voy. cotte, 

COTIR, meurtrir, vfr. coUir (Catholicon de 
Lille =» allidere, hurter) ; est-ce le mémo mot 
que quatir, catir = L. quateref ou bien, 
comme vfr. coilier (serrer, presser), dér. du 
L. cactus =3 coactus, serré? — Littré pense 
que cotir est le simple du prov. percutir, L. 
percuter e, — D. cotissure, meurtrissure. 

COTON, it. cotone, esp. algodon, ail. kaJt- 
tun, de l'arabe qoton, avec l'article : al-qoton, 
L'esp . algodon et alcoton signifie aussi 
ouate ; c'est de là que provient le prov. al- 
cotô, vfr. auqueton, auj. hoqueton, moy. ni. 
acotoen, casaque brodée. Glossaire de Lille : 
bombicinium, aucton ou pourpoint. — D. co- 
tonnier, -eux; cotonnade, -ine; se cotonner, 

CÔTOYER, voy. côte. 

COTRET, vfr. costeret, fagot de bois court 
et menu. Etymologie incertaine ; Ménage ad- 
mettait pour type L. costrictum p. constric- 
tum, serré, lié (it. costretto, renfermé, serré). 



Littré signale le vfr. costeret, panier, botto 
(« du poisson en costerés ») ; ce mot, BL. cos- 
teretum, vient de costa, dans le sons de 
panier, botte («« costa circulorum i», botte de 
cercles). De botte à fagot, la transition serait 
naturelle. — Savary (Dict. de commerce) tire 
le mot de Villers-Cotterets, premier lieu do 
provenance (réfuté par Littré). 

COTTE, vfr. cote, angl. coat, jupe, it. cotta, 
esp., port., prov. cota, BL. cotta, cotlus. On 
tire généralement ce mot roman des langues 
germaniques, où l'on trouve d'un côté ags. 
cote, angl. cot, ail. kote, ni. kot, hutte, 
cabane (nous avons vu, par les mots casaque 
et chasuble, que les idées hutte et vêtement 
sont connexes), de l'autre vha. chozzo, ail. 
mod. hotze, couverture à longs poils, kutte, 
froc, etc. Diez, qui pense que ces derniers 
sont empruntés au roman, est d'avis que cote 
pourrait bien représenter un type latin cuta 
(par métaplasme pour cutis, peau, enveloppe), 
dont le t médian, contre la règle, se serait 
maintenu comme dans bette, carotte et autres. 
— D. cotillon, cotteron, surcot, 

COU, voy. col. Composé courde-pied, vfr. 
col del pied, it. collo di piede. 

COUARD, vfr. coard (d'où angl. coward), 
prov. coart, it. codardo, v. esp. coôarrfo (dans 
ce dernier le 6==»t? est intercalaire, cp. Juricio, 
p. juicio), flam. kuwaerd, Ge mot roman 
vient du L. cauda = queue, vfr. coe, coue, 
pris soit dans son sens naturel, — les chiens 
et autres animaux, quand ils ont peur, serrent 
la queue entre les fesses, — soit dans un sens 
dérivé : queue d'une armée ; le couard serait 
celui qui se tient à la queue par poltronnerie ; 
Etienne : ultimus in bello aut acie ut primus 
sit in fuga. Le premier point de vue semble 
plus naturel. En langage héraldique, on ap- 
pelle non couard celui qui porte sa queue 
retroussée entre ses jambes. Dans la fable, . 
couard est devenu le nom du lièvre (cp. en ail. 
l'expression hasenfuss, poltron, litt. pied do 
lièvre). Mahn rattache également couard et 
ses correspondants à cauda, mais il l'inter- 
prète arbitrairement par : qui a la queue trop 
courte ; c'est à ce titre seulement que couard 
lui semble être devenu synonyme de lièvre, et 
par là de poltron. — D. couardise. 

COUCHER, vfr. colcher, BL. colcare, it. 
colcare, corcare, prov. colgar, contraction du 
L. coUocare, placer, coucher. — Nicot son- 
geait erronément à un type latin cubicare. — 
D. couche, prov. colga; couchette, -ée, -âge, 
couchant ; coucheur, avec qui l'on couche ; 
coMc/iw ;cps. accoucher, découcher. 

COUCI-COUCI, tellement quellement, imi- 
tation de l'it. cosi cosi (cp. ail. et angl. so so). 

COUCOU, est un mot onomatopée, comme 
Fall. kuckuck; le latin le rend par cucus (Isi- 
dore) et cucûlus, un des mots qui, par leur 
caractère imitatif, convaincront le plus faci- 
lement de la prononciation ou de la voyelle u 
chez les Latins. — L'it. dit cucûlo, le prov. 
cogûl, l'esp. cuclillo. 

COUDE, vfr. coiUe, it. cubUo, prov. coide, 
code, esp. codo (anc. cobdo), du L. cubitus,. 



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cou 



428 — 



COU 



€ub*tus. — D. couder^ -ée; coudoyer, accou- 
der et accoter (v. c. m.). 

1. COUDRE, verbe, p. cousdre; le d est 
intercalaire, comme dans moldre (aiij. mou- 
dre) p. moire. Du L. consuere, contracté en 
consre, cousre. Du Cange, du reste, cite déjà 
une forme latine cusere, et un glossaire arabe- 
latin porte cosere. Les formes it. cucire, eus- 
cire, esp. coser, cusir, se rapf)ortent en par- 
tie à une forme latine cusire, qui se trouve 
dans Isidore. — D. cousoir, couture — it., 
esp. costura = L. consutura; cps. découdre, 

2. COUDRE, noisetier, du L. corylus 
(xopuXoî), m. s., devenu d'abord coZn«, par 
syncope de Vy et la transposition des liquides, 
puis, par suite do l'intercalation euphonique 
de rf, coldrus, d'où coudre. — D. coudrier, 
coudraie^ coudrette. 

COUENNE, it. cotenna, codenna, prov. co- 
dera, dér. du L. cutis, peau, par un intenné- 
diaire cutanus, d'où d'abord couaine, puis 
couène, couenne. Cette explication, observe 
Diez, n'est admissible que pour le français, 
mais fait difficulté pour la terminaison des 
formes it. et prov. 

COUETTE, lit de plumes; anciennement 
orthographié cot7e, vfr. coûte, keute, quieiUe; 
formes issues de cuilte, coite, coûte, coite, 
coulte (anc. flam. hulckt, angl. quilt), qui re- 
présente le L. culcta, contraction de culcita. 

— A la forme latine culcitra remontent : it. 
coUrice p. colcitre, v. esp. colcedra, prov. 
cousser. Une forme contracte culdra a donné 
it. coltra, coltre, couverture, vfr. cotre, contre. 

— Enfin, cMfciïmwm, culc*tinum, forme dimi- 
nutive de culcita, a fourni le type à l'it. eus- 
cino, esp. coxin, prov. coissi, fr. coussin, 
angl. cushion, ail. kussen, kissen. — D. 
couetteux, efféminé (cp. polt7*on, mot logique- 
ment analogue). Voy. aussi le mot coutil, 
dérivé de coûte*, et courte pointe. 

COUILLE, vfr. coil, prov. colho, colha, du 
L. coleus, m. s. — D. couilkni, it. coglione. 
Le mot it., ainsi que l'esp. collon et fr. coïon 
(d'où coïonner, traiter avec mépris), s'emploie 
pour poltron et fripon. 

COULE, espèce de capuchon ; du L. cuculla 
par une forme intermédiaire cooule; cp. 
gourde de gougourde, par goourde (voy. 
courge). 

COULER, ce verbe, substitué en français au 
latin fluere, signifiait en premier lieu, d'après 
son primitif latin colare, filtrer, faire passer 
par un sas, signification encore propre à it. 
colare et esp. colar. Il a fini par exprimer 
tout mouvement fluide et est devenu aussi 
synonyme de glisser. — D. coulant, -âge, -ée; 
coulis, acy. (v. c. m.), vfr. couleSs, = prov. 
coladitz et L. colaticius ; — couloir, 1 . tamis, 
2. = corridor ; couloire, -ure. — Cps. écou- 
ler, découler. 

COULEUR, L. color. ■— D. colorer, L. colo- 
rare ; coloris (la finale 5 a été ajoutée à faux), 
it. colorito (part, d'un type fictif colorire = 
colorer); coloriste, La forme colorier a été 
dérivée dans les temps modernes du subst. 
coloris. 



COULEUVRE, du L. coluhra (it. colubro^ 
prov. colobre, du L. masc. coluber, -bri). 
Notez que le roman a fait subir au fém. côlu- 
bra un avancement d'accent et le traite 
comme colûbr a. — D. couleuvreau; couleu' 
vrine ou coulevrine, pièce d'artillerie fcp. les 
termes serpentin, et ail. feldschlange). 

COULIS, a(\j., qui glisse ou qui coule, voy. 
couler. — De là : vent coulis, et coulis, subst. , 
« éprainte de chappon ou autre chair bouillie 
à outrance, coulée avec le bouillon, qu'on 
baille aux malades >» (Nicot) ; coulisse, propr. 
fém. de l'acy. coulis, puis chose (rainure) pour 
faire glisser. 

COULOIR, corridor, galerie. Dans cette ac- 
ception, le mot est peut-être gâté de couroir, 
qui peut fort bien avoir existé, et qui répond 
aux équivalents it. corritoio, BL. corritorium 
(pour la confusion de r et /, cp. la prononcia- 
tion populaire colidor p. corridor). Sinon, 
cette acception doit être déduite do celle de 
conduit, canal, qui, comme celle d'écuelle à 
fond de toile par où l'on coule le lait que Ton 
vient de traire, se rapporte à couler. 

COULPE, vfr. aussi corpe, du L. culpa. — 
D. coupable^ L. culpabilis (à\\ verbe culpare, 
accuser), d'où le substantif culpabilité. Nous 
n'avons plus le verbe couljyer, accuser, incul- 
per, mais les patois ont le dérivé coupoier, 
qu'ils emploient pour médire. 

COUP, vfr. colp, col, it. colpo, v. esp. colpe^ 
esp., port, golpe, prov. col p. Par syncope du 
L. colaphus (xoiayoi), coup de poing, que l'on 
trouve, dans la basse-latinité, transformé en 
colapus, colopus, puis colpus. Le verbe dérivé 
colper*, couper, it. colpire, a signifié dans le 
principe abattre ; le sens de trancher, tailler, 
lui est survenu. Chevallet et autres se trom- 
pent en faisant venir colpcr du germanique 
hlopfen ou hloppcn; les langues romanes 
auraient, selon Diez, plutôt favorisé que dé- 
truit la consonnance initiale cl. D'autres en- 
core ont proposé vha. holpo, kolbo (ail. mod. 
liolben), ou le cymr. colp, désignant des in- 
struments à percer ou à frapper, mais l'étymo- 
logie latine l'emporte en vraisemblance. Celle 
du gr. xoTTTïiv est également insoutenable. 

COUPABLE, voy. coulpe. 

1 . COUPE, action de couper, 

2. COUPE, vase à boire, vfr. cope, it. coppa, 
esp., port., prov. copa, du L. cwppa. Ce mot 
latin est distinct de cupa, chose creuse, ton- 
neau, qui est le primitif de fr. cuve (v. c. m.), 
Dér. coupelle (v. c. m.). Composé : soucoupe. 

COUPEAU, COPEAU, sommet, dér. du vfr. 
cope, m. s., qui est peut-être le même mot 
que le précédent, lequel, désignant une chose 
concave, peut aussi servir d'appellation à une 
chose convexe ; renversez la tasse et elle prend 
la forme d'une montagne. Le primitif L. 
cuppa, dans le sens que nous lui attribuons, 
a donné l'ail. ?ioppe et huppe, m. s. — Quelle 
que soit l'origine de cope, copeau, on ne peut 
méconnaître la parenté de ces mots avec l'ail. 
hop, hopf, tête. Et tête lui-même vient d'un 
mot signifiant une chose concave. 



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cou 



— 129 — 



COU 



GOIJPIiLLB, petite coupe» du L. cappella, 
dim. de cuppa, — D. coupeller. 

OOUPSR, voy. coup, — D. coupe; coupé, 
division d'une voiture; coupeur; couperet; 
coupotr, 'On, -ure; copeau, composés : décou- 
per, entrecouper. 

COUPEROSE, it. copparosa, esp.» port, ca- 
parrosa, d'après Diez, du L. cupri rosa, rose 
de cuivre, expression imitant le gr. j^Xxxv^ov 
vitriol, couperose, litt. fleur de cuivre. La 
forme angl. copperas semble faite sur un type 
ail. kupferasche, cendre de cuivre, cuivre cal- 
ciné; le flam. dit koperrood, rouge de cuivre. 
— L'acception médicale de couperose parait 
fondée sur l'idée de rouge qu'évoque l'élément 
rose; ou peut-être sur une confusion avec 
goutte^rose, — Diefenbach, au mot coporosa, 
cite les trois termes ail. suivants comnl^ tra- 
ducteurs de ce mot : coperoch, hupferrauch, 
coperrait; ce sont des formations arbitraires, 
et elles ne peuvent guère être invoquées, 
comme l'a fait Littré (suppl.), ni pour ni contre 
l'étymologie de Diez. 

GOÏÏPIJS, it. coppia, du L. copula, lien, d'où 
viennent encore anc. it. côhhola, prov. cobla, 
strophe, c.-à-d. enchaînement de vers, signi- 
fication propre encore au diminutif français 
couplet. — D. coupler, accoupler, découpler, 

COUPLET, voy. couple, — D. covpleter, 

COUPOLE, de l'it. cupola, diminutif de 
coppa, voy. coupe 2; l'ail, en a fait huppel. 

COUR, anc. court, cort, esp., port., ït.corte, 
prov. cori, BL. cortis, curtis, du, L. cohors, 
chors, cors, -tis, cour de ferme ; escorte, cor- 
tège. Acceptions du terme en bas-latin : 
1. cour de maison, ferme, métairie, basse- 
cour, de là les dérivés : courtil, BL. curtile, 
wallon corti, jardin dépendant d'une habita- 
tion rurale ; courtine (v.c.m.); 2. cortis regia, 
regia aula, familia et domus principis ; de là : 
it. cortese, esp. cartes, fr. œuRTOis, répon- 
dant à un type latin cortensis; it. cortigiano, 
esp. cortesano, BL. cortisanus, fr. courti- 
SA.N (cp. la forme it. Parmigiano = Parmen- 
sis); verbe it. corteggiare, esp. cort^ar, prov. 
cortezar, fr. courtiser; corteggio, subst. de 
ce verbe, a donné au français le mot coRTÈas 
(v.c.m.). — Le mot latin chors, BL. cortis, 
s'est ainsi substitué au latin classique aula, 
dans les deux sens qu'avait ce dernier ; ces 
deux sens sont également propres à l'ail, hof. 
Nous rappellerons encore une troisième ac- 
ception du mot cour, dérivée de la deuxième, 
savoir celle de siège de justice. 

COURAGE (anc. = cœur, sentiméht), it. co- 
raggio, esp. corage, prov. coraXge, BL. c&ra- 
gium; dér. de cor, fr. cœur. L'absence du d 
radical (L. cor, cordis) prouve que le dérivé 
s'est produit sur le terrain roman, en dehors 
de toute influence latine ; il en est de même 
du dérivé vfr. corée, entrailles. — D. cou- 
rageux; encourager, décourager. 

COURBATU, part, passé d'un verbe fictif 
courbattre, que les uns expliquent par battre 
à bras « raccourci » (Littré), d'autres par 
•« courbe-battre », et qui, selon moi, repré- 
sente • frapper au cceur n ; cp. ail. herz- 



schlâchtig, courbatu, poussif, asthmatique 
(de herZ'Schlag, battement de cœur). La forme 
cour p. cœur en syllabe atone est correcte. 
Comme composition, cp. solbatu, — D. cour- 
bature, d'où courbaturer, 

COURBE, adj., prov. corb, du L. curvus 
(pour V médial, devenu b, cp. corbeau). — 
D. courbe, sub^.; courber (L. curvare), cour- 
bure, -ette; recourber. 

COURCAILLET, dans certaines contrées 
carcaillet, sifiiet pour appeler les cailles ; la 
première partie du mot seule est si^ette à ex- 
plication; est-ce peut-être une modification 
de cor, quoique le mot désigne un sifflet? Pe- 
trus de Crescentiis a traduit cet instrument 
par qualilatorium (quod qualiam affert?). 
Littré tient le mot pour une onomatopée. 

1. COURGE, anc. coourge, qui représente 
L. cucurbica, transformation du classique 
cucurbtta, qui de son côté a fait régulière- 
ment le prov. cougourde^ d'où fr. goourde, 
auj. gourde (en wallon cahoûte). 

2. COURGE, bâton recourbé à l'aide du- 
quel on porte sur l'épaule deux seaux, l'un 
en avant, l'autre en arrière. Etymologie incer- 
taine. Littré rappelle le corgo du moy. lat., 
que D. C. interprète par « stirps, truncus, fus- 
tis »; mais tout en admettant connexité avec ce 
mot, celui-ci n'est pas le primitif immédiat 
de courge. Notre vocable traduit dans le 
Gloss. de Lille (p. 53 de mon éd.)' le lat. 
coligerium (aussi coligeriatum), mot forgé 
de colla gerere (cp. fr. colporter) et resté in- 
connu à D. C. et à Diefenbach; mais on ne 
saurait faire sortir courge de coligerium. 

COURIR, vfr. carre, courre (forme conser- 
vée dans chasse à courre), L. currere. — D. 
courant, courante = diarrhée, coureur, cou- 
reuse; courrier. 

COURLIEU, courlis, courleri, angl. curlew, 
BL. corlivus, it. chiourlo, esp., chorlito, oi- 
seau nommé d'après son cri. 

COURONNE, L. corana. — D. couronner, 
L. coronare. 

COURRE, COURRIER, voy. courir. 

COURROIE, it. correggia, esp. port, correa, 
prov. correa, valaque cureà, du L. corrigia, 
courroie, lanière, fouet. 

COURROUX, vfr. coroce, prov. corrotz, it. 
corruccio. D'après Diez, ces mots sont formés 
de colroux, colruccia et viennent de choiera, 
bile, colère. Littré, se fondant sur l'it. corrotto, 
vfr. corrot (rare), deuil, qui répond à un type 
L. corruptus, action de corrumpere (au sens 
d'irriter, mettre en peine), estime que la forme 
corous, courroux (avec s, z o\\ x t la fin) ac- 
cuse pour type un subst. fictif corruptium. Il 
est difficile de ne pas souscrire à l'opinion de 
Littré ; selon moi, vfr. corrot, corropt repré- 
sente le subst. verbal de corruptare, courroux 
celui de corruptiare (cp. vfr. corroptios, 
coroços = L. corrupkosus) ; vfr. coreçon 
(courroux) =« corruptionem. — Pour le sens 
de « irriter, fâcher », dont corrumpere s'est 
revêtu, cp. ail. ârgem, fâcher, litt. gâter, et 
fr. altérer, propr. gâter, — D. courroucer 
(vfr. courecier, courder), 

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cou 



d30 — 



CRA 



COURS, it. corso, esp. curso, prov. cors, 
du L. cursus (currere). Les langues romanes 
ont en outre une forme féminine : it., esp , 
prov. corsa^ fr. course, action de courir. 

COURSE, voy. cours. — D. coursier, prov. 
corsier, it. corsiere; corsaire (v. c. m.). 

COURSON, voy. court, 

COURT, it., esp. corto, prov. cort, L. cur- 
tus. — D. courson, branche taillée de court 
(type lafein curtio)\ courtaud^ it. corlaldo; 
écourter, accourcir (v. c. m.). 

COURTAGE, voy. courtier. 

COURTAUD, voy. court. — D. courtauder. 

COURTEPOINTE, p. coulte pointe = cul- 
cita puncta, couverture piquée. Pour coulte 
= culcita, voy. couette. 

COURTIER, contraction du vieux mot cou- 
ratier, cour et ter, it. curattiere (p. curatiore); 
d'un type latin curatarius, dérivé du L. eu- 
ratus, chargé d'une affaire (de cura, soin). — 
Le subst. courtage se rapporte dir. au verbe 
cour et er, courter (peu usité). 

COURTIL*, voy. cour. — D. courttlière, in- 
secte qui ravage les jardins, taupe-grillon ; 
cp. le nom de l'insecte ait jardinière. 

COURTINE, it., esp., prov. cortina. Sont 
tirés du français : ail . gardine, angl. curiain. 
Isidore : cortinœ sunt aulœa. Comme au- 
laeum (^O^îa) se rattache à aula (aû)ï5), cour, 
courtine vient du BL. cortis, cour. Au moyen 
âge cortina signifiait « minor cortis », la 
petite cour, puis une certaine partie des 
remparts, encore aujourd'hui appelée cour- 
tine. Leur origine respective permet d'assi- 
gner à courtine et au L. aulœum pour signi- 
fication ])ivmière : mur de clôture, séparation 
entre doux cours, d'où dôcoule racception 
abri, rideau. Le cœ'tina du latin classique 
(espèce do vase) n'a de commun avec le 
cortina d»\s langues romanes, issu do cortis^ 
que la racine, qui exprime une chose ou un 
espace circulaire. — Bugge explique le cor- 
tina classique par une contraction de covor- 
tina, cf. l'ombrien covoHus. Voy. Rom., V, 
176, n«)to. — D. encourt! fu^r. 

COURTISAN, COURTISER, voy. cour. 

COURTOIS, voy. cour.— D. courtoisie, it., 
esp. cortesia, angl. courtesy. 

1. COUSIN, it. cugino, prov. cosin, est .selon 
roi)inion généralement reçue et sanctionnée 
par Dioz, une contraction du L. consohrinus. 
Les formes grisonnes accusent davantage cette 
origine : cusrin, cusdrin; l'esp. a sohrino 
■= neveu. Chevallet, à la suite de Nicot, pro- 
pose pour primitif une contraction de consan- 
guineus. Entre les deux contractions mises 
en avant, le choix ne peut rester douteux. — 
D. cousin er, -âge. 

2. COUSIN, anc. ciisin, moucheron, d'un 
type latin culicinus, diminutif de culex, cou- 
sin. Grobcr, récemment, a objecté contre 
l'étymon cuJex qu'il postule en fr. coucin ou 
coissin; mais que mettre à sa place? — D. 
cousiniùre. 

COUSSIN, voy. couette. — D. coussinet. 

COÛT, voy. coûter. 



COUTEAU, colteV, coutel, it. coltelîo, prov. 
coUelh, du L. cidtellus, dim. de culter. — 
D. coutelier (angl. cutler), coutellerie, coutelas 
= it. colteUaccio. 

COUTER, coustei**, it. costare, esp., prov. 
costar, ail. kosten, du L. constare, m. s. Pour 
la transformation du mot latin, comparez les 
mots costume et coutume, coudre, couture^ 
Coutance, nom de ville, de Constantia. — D. 
subst. verbal coût, prov. cost, it, costo; a<y. 
coûteux, esp. costoso. 

COUTIL, keiUiV, dérivé du vfr. coûte, coite, 
keute, r= L. culcita (voy. couette), toile dont 
on couvre des oreillers, matelas, etc. Autre 
dérivé du môme primitif : coutier, faiseur de 
coûtes, tisseur en coutil. 

COUTRE, it. roltro, du L. culter, -tri, soc 
de charrue. 

COUTUME, voy. costume. — D. coutumier, 
accoutumer {y . c. m.). 

COUTURE, yoj. coudre. — D. couturier. 

COUVENT, voy. convenir, 

COUVER, 1. en parlant des oiseaux, it. 
covare, prov. coar, du L. cubare, pris dans 
le sens do incùbare, être couché dessus ; de 
là : couraison, L. cubatio ; couvée, couvin = 
L. cubamen*; couveuse, couvi; 2. en parlant 
du feu, du L. cubare, dans le sens d'être 
couché (= caché sous la cendre); do là : cou- 
vet (bourg, couveau), chaufferette. 

COUVERCLE, it. coperchio, du L. coopeixu- 
lum (cooperire). L'ancien mot couverseau 
répond à un type coopcrcellum. 

COUVERT, voy. couvrir, 

COUVET, voy. couver, 

COUVRIR, angl. cot*^*, it. coprire, esp., 
prov. cubrir, du L. cooperire. Du part. L. 
coopertus, copertus : fr. couvert. — D. subst. 
couvert, 1 . ce dont on couvre une table, une 
lettre ; 2. ce qui couvre, abri, asile ; couverte, 
couverture, couvreur; cps. découvrir, recou- 
vrir, couvre-chef et scmbi. — Je tiens couvert 
et couverte pour dos subst. verb. d'un type 
dérivé coperturc. 

CRABE, mot d'origine germanique : ags. 
crabba, angl. crab, suéd. hrabba, sAl.hrabbe 
(cp. gr. yxprQo;). — D. crabier, oiseau qui se 
nourrit de crabes; dim. crevette (v. c. m.). 

CRAC, onomatopée (cfr. vha. krac, ail. 
krach, angl. crack, gaél. crac). — D. cra- 
quer, ail. h7*achen; craquelin = néerl. hra- 
keling. 

CRACHER (prov. es-cracar, vfr. escrachier) 
parait être un renforcement dos équivalents 
vfr. racher, wall. rachi, pic. raquer, prov. 
racar. Ces formes sont identiques avec le 
nord, hràhi, salive, hrœhia, cracher, ags. 
hraekan. Malgré ces rapports étymologiques 
incontestabîos, on est admis à ne voir dans 
cracher qu'une des manières adoptées dans 
les diverses langues pour imiter le bruit qu'on 
produit en tirant un flegme du fond de l'esto- 
mac. — D. crachat (cp. pour la ûnaXe pissai), 
crachoir, -oter, 

CRAIE, vfr. croie, it. creta, esp. greda, 



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CRA 



— iM — 



CRÉ 



anc. fiara. kri/d, ail. kreide, du L. creta, — 
D. crayeux, crayon^ rouchi croïon, 

CRAINDRE, vfr. cremre, criembre, cre- 
mir, prov. crenier, du L. tremere (prov. et 
vfr. tremir), avec changement euphonique 
de tr en cr. Pour la forme finale, cp. ffein- 
dre de gemere, empreindre de imprimere et 
sembl. — D. crainte, d'où craintif. 

-GRâMOISI (le peuple dit encore en quelques 
provinces, d'une manière plus juste, ker- 
moisi) t voy. carmin, 

GRAMPE, BL. crampa, d'origine germa- 
nique, = angl. crampf ail. krampf. Le mot 
est de la même famille que le suivant ; Fidée 
fondamentale est contracter, resserrer, re- 
courber. 

GRAMPON, de l'ail, krampe, crochet (vha. 
cramph, courbé); cp. it. grampa, griffe. — 
D. cramponner, -et. 

CRAN, wall. cren, vfr. crenne, entaille, 
pays de Coire crenna (cp. le mha. krinné), 
du L. crena, rainure, entaille. — D. créneau, 
vfr. cretiel, et par transposition de Vr : carnél, 
carneau, -èle (d'où carneler)\ créner, 

CRANCBLIN, de l'ail, hrânzlin, dimin. de 
kram, couronne. 

CRANE (mot inusité en vfr., où il aurait 
fait crangc), du L. craniumf gr. xpxvlov. De 
crâne, dans le sens métaphorique « écervelé, 
tapageur, rodomont »», vient le subst. crânerie. 

CRAPAUD, vfr. crapot, picard crapeux, 
prov. crapaut, grapaut, cat. gripau, limou- 
sin gropal. On fait généralement venir ce mot 
du L. crepare, le crapaud étant un animal 
prêt à a^ever; mais pourquoi, dans cette hy- 
pothèse, le mot ne s'est-il pas, conformément 
à la règle, francisé en crevaud f Chevallet 
prend crapaud pour une corruption du danois 
groenpadde = crapaud, mot composé de 
groen, vert, etpadde, grenouille ou crapaud, 
n cite à l'appui de sa supposition le passage 
suivant du Dictionnaire do Trévoux : * Le 
plus dangereux crapaud est celui qu'on ap- 
pelle crapaud verdier ou graisset ou raine 
verte (rana viridis). •» Nous ne nous rangeons 
pas à l'avis du linguiste français; les diverses 
formes romanes du mot nous disposent plutôt 
en faveur de l'opinion de Diez et autres, qui 
rattachent le mot à la racine, signifiant ram- 
per, des vocables germaniques: ags. creopan, 
angl. creep, néerl. hruipen. D'après Brachet, 
il existerait, en effet, en vfr. un verbe craper, 
ramper, mais il est inconnu à Godefroy . — Il 
faut, du reste, aussi citer ici le mot crape, 
qui se rencontre dans des patois français avec le 
sens d'ordure. Crapaud en serait-il un dérivé î 
Dans le dialogue français-flamand publié 
par Hoffmann de Fallersleben (Horse belgi- 
cœ, IX, p. 99), nous rencontrons crapois, 
traduit par merswin (marsouin). Cp. cra- 
poussin. Ménage invente pour le besoin une 
de ses enfilades favorites : repère, repare, re- 
paldus, crepaldus, crapaldus, crapaud, — 
On a vu aussi dans crapaud l'onomatopée du 
léger son guttural, court, flùté, que ces ani- 
Qiaux donnent vers le soir au temps de leurs 



amours. — Enfin, l'on a proposé le mot grec 
x7pi>uxto'î; pour notre part, nous ne connais- 
sons pas cette forme, mais bien un verbe 
n&pftiv, contracter. On voit que le nom de ce 
hideux reptile a beaucoup embarrassé les éty- 
mologistes. — D. crapaudine, -ière; crapelet^ 
jeune crapaud. 

CRAPAUDAILLE, espèce de crêpe ; corrup- 
tion pour crépodaiîle (radical crêpe, angl. 
crapej. 

CRAPOUSSIN, 1. sorte de crustacé (î); 
2. personne contrefaite, terme de dérision. 
Ce mot est sans doute du même lignage que 
crapaud. 

CRAPULE, L. crapula (tpxiizkU). — D. 
crapuler, -eux. 

CRAQUE, bourde, vanterie, = chose qui fait 
du bruit, sonore, qui craque; on a fait du mot 
un personnage de comédie. 

CRAQUELIN, voy. crac. 

CRAQUER, voy. crac; sens métaphorique, 
faire le vantard, débiter des mensonges (cp. 
angl. to crack). — D. craque, mensonge, 
gasconnade (v. c. m.); craqueur, -erie; craque- 
ler, -eter. 

CRASE, contraction, du gr. x/>âîi;, mélange, 
fusion. 

CRASSANE, sorte de poire fondante. Mot 
gâté de a^esane, par suite d'un faux rapport 
avec cra^sus, épais, ramassé ; il vient de Cre- 
sane, nom d'un village de la Nièvre (Littré, 
suppl.). 

CRASSE, adj. fém. (dans crasse ignorance), 
du L. crassus, épais, gras (voy. aussi gras). 
— D. crasse, subst., ordure épaisse et grasse, 
variété de graisse, à forme plus latine ; cras- 
seux, décrasser, encrasser. 

CRATÈRE, L. crata', gr. xpxr^p, pr. coupe 
où l'on mélange (Ktp&ca, mélanger). 

CRAVACHE, esp. corbacho, ail. karbatscke, 
hoU. karwats, russe harhaisch ; du turc kyr- 
batch, nerf de bœuf. 

CRAVATE (patois croate, croyate), it. cra- 
vatta, croatia. esp. corbata. Le mot s'est in- 
troduit en France dans la première moitié du 
XVII® siècle et vient du nom de peuple Cra- 
ixUte =3 Croate (esp. corvato). Le même mot 
cravate, au masculin, désigne un cheval de 
Croatie. 

CRATON, voy. craie. — D. crayonner. 

CRÉANCE, ancienne forme de croyance; la 
créance, dette active, est un effet de la con- 
fiance, de la croyance, du crédit accordé à 
qqn. Le mot est tiré de credens, vfr. créant 
(voy. croire). — D. créancier. 

CRÉATEUR, -TION, -TURE, voy. créer. 

CRÉCELLE, moulinet de bois qui fait un 
bruit aigre. Selon Ménage, de crécerelU, à 
cause de la ressemblance du son de la crécelle 
avec le cri de cet oiseau ; étymologie bien pro- 
blématique. Peut-être d'un type latin crôpt- 
cella, tiré du L. crepare, craquer, rendre un 
son, pétiller (cp. L. crepitaculum, hochet, 
crécelle); ou bien du hoU. hrekel, (alle- 
mand d'Aix-la-Chapelle, krecket) grillom (voy. 
criquet), ou enfin du v. néerl. hreken, cra- 
queter (angl. creak, creek). — Le Nomen- 



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CRÉ 



— 132 — 



CRE 



clator de Junius donne cercerelle, claquette, 
pour traduire crotalus, — Disons encore 
qu'on a proposé de rattacher crécelle à 
kyrielle, par kysielle (qui se trouve), d*où 
crisielle, créselle, cresseUe {Kom., VIU. 619). 
C'est par trop d'effort. 

GâCERE^LLE, anc. querquerelle, oiseau de 
proie ; variété de vfr. crécelle, homonyme du 
subst. traité plus haut. Ce primitif cr^ccZte 
est une modification de cerceUe (v. c. m.), qui 
Tient du L. querquedula, 

CRACHE, vfr. crehe, greche, wall. crêpe, 
cripe (angl. cratch, râtelier), prov. crepia, 
crepcha, it. greppia, du vha. krippa, krippea, 
vieux saxon cribbia, ail. hrippe, angl. crib. 
Pour la forme, cp. sèche de scepia (sepia). 

CRÉDENCE, mot d'introduction étranigère, 
it. credenza, esp. credencia, ail. krederu-tisch, 
du BL. credentia, 1 . prœgustatio, experimen- 
tum, épreuve ; 2. la table « in qua vasa in con- 
vivio reponuntur n. Du L. credere, croire. 
Avant de servir les vins et les mets, ils étaient 
dégustés, pour certifier qu'ils ne renfermaient 
rien de nuisible; cette dégustation, inspirant 
confiance, s'est appelée crédence, variété de 
créance et de croyance. L'acte a communiqué 
son nom à la table sur laquelle il s'accomplit. 
Le sens de crédence s'est dans la suite élargi 
et le mot signifie aiyourd'hui buffet, dressoir, 
chambre à provisions. — D. crédencier, BL. 
credentiarius. 

CRÉDIBILITi, L. credibilitas (de credibi- 
lis, croyable). 

CRÉDIT, it. credilo, ail. hredit, du L. cre- 
ditum, pr. la somme de ce qui est C7^, c.-à-d. 
confié à qqn., ou de ce qui lui est fourni ou 
prêté dans l'espoir d'un remboursement, puis 
= réputation de solvabilité, et, enfin, con- 
fiance en général. Crédit est le corrélatif de 
débit, L. débit um, chose duîe. — D. créditer, 
inscrire au crédit, créditeur; accréditer, pour- 
voir de crédit ; décréditer ou discréditer, pri- 
ver de crédit. 

CREDO, mot latin — je crois ; premier mot 
du symbole apostolique. 

CRÉDULE (en Champ., créole, criole), du 
L. credulus, m. s. — D. crédulité, L. -itas; 
incrédule, L. incredulus, qui ne croit pas. 

CRÉER, L. creare, — D. créateur, -ation, 
-ature , L. creator, -atio, -atura. 

CRÉMAILLÈRE, CRÉMÂILLON, vfr. cra- 
mail, wall. cramd, cramion, cramier, champ. 
cramaille, du bas-latin cramaculus, venu lui- 
même du néerl. hram, croc de fer. L'origine 
grecque xpf.aaaaoti. suspendre, est peu pro- 
bable. Du fr, crémaillère, l'espagnol a fiEÛt 
gramallera. 

CRÈME, prov. crema, angl. cream, du L. 
cremum (Vénance Fortunat), p. cremor. Cre- 
mor lactis, suc du lait est une expression sem- 
blable à flos lactis, it. fior di latte, fleur du 
lait ; l'it. dit aussi capo ou cima di latte. Vs 
dans vfr. cresme est intercalaire. — D. cré- 
mer, -eux, -ier; écrémer, 

CRÉNEAU, voy. cran, — D. créneler. 

CRÉOLE, anc. criole, de l'esp. criollo, qui 
parait être d'origine indienne. Le sens le plus 



large de ce mot est : individu de race étran- 
gère né dans le pays. 

CRÊPE, crespe\ du L. crispus, frisé. — Le 
subst. fém. crêpe, pâte faite de farine et 
d'oeufs, est le même mot; pour ainsi dire, 
pâte rugueuse, ridée. Anciennement on em- 
ployait, dans ce sens, aussi le dimin. crepet. 
Ou bien crêpe et crepet seraient-ils de la 
famille de l'ail, hrapf, dim. kràppel, espèce 
de gâteau? — D. crêper, L. crispare; crépir, 
enduire de mortier (les aspérités du crépi ont 
donné naissance à ce mot ; cp. le terme angl. 
rouçhcast); crépine, crépon (esp. crespon)^ 
crépodaille, gâté en crapaudaille; crépu. 

CRÉPIN (SAINT), ensemble de l'outillage 
d'un cordonnier, de saint Crépin (Crispinus), 
patron des cordonniers. 

CRÉPINE, prov. crespina, voy. crêpe. 

CRÉPIR, vfr. crespir, voy. créjpe. — D. 
crépi, crépissure. 

CRÉPITER*, -ATION, L. crepitare, -atio. 

CRÉPUSCULE, L. crepusculum, dim. d'un 
subst. (inusité) crépus, qui a laissé sa trace 
dans l'acy. creperus, sombre, douteux. — D 
cr^MSCulaire. 

CRÉQUIER, prunier (ou cerisier) sauvage» 
du vfr. crèque, prunelle; celui-ci = vha. criek, 
petit fruit à noyau; cp. dans quelques dia- 
lectes ail. krieke, krieche, cerise ou petite 
prune; dan. kràge, prunelle. 

CRESCENDO, terme de musique italien» 
mot latin signifiant • en croissant •. 

CRESSON, pic. kerson, BL. crissonus, it. 
crescione. Selon Ch. Estienne, « a céleri tato 
crescendi »; si cette étymologie est la bonne, 
il faut considérer comme- empruntés au roman 
les mots germaniques vha. chresso, nha. 
kresse, ags. cûrse, angl. cress, néorl. kerse ; 
Weigand, cependant, les rattache au verbe 
vha. chresan, ramper, à cause des tiges ram- 
pantes du cresson de fontaine. Le mot s'est 
aussi transmis aux langues slaves. Voy. aussi 
Hildebrand dans le Dict. do Grimm. 

CRÈTE, it , esp. cresta, angl. crest, =• L. 
crista. — D. crété; vfr. cresteau = créneau,, 
cp. prov. cristal, hauteur; écréter, t. d'art 
militaire. 

CRETIN, dans la Gironde crestin, dans lès 
Pyrénées crestian. L'étym. christîanus (bon 
chrétien, innocent, idiot), mise en avant par 
Bridel, Canello, Génin, ne laisse plus de 
doute ; les idiots, dit G. Paris, sont appelés 
dans toute la France des innocents. — D. 
crétinisme, 'iser. 

CRETONNE, toile blanche; du nom du pre- 
mier fabricant de cette toile, à Lisieux. 

CRETONS, déchets de graisse de bœuf ou 
de mouton. Origine inconnue; le picard dit 
croton pour graillon. Le mot pourrait se rat- 
tacher à crotte. 

CREUSER, voy. creux. 

CREUSET (angl. cruset, cruiset), vfr. croi- 
sel, creusol, croiseul^ lampe, esp crisol, creu- 
set, crisuelo, lampe; it. crogiuolo, creuset. 
Tous ces mots, comme leurs équiv£dents bas- 
ail. kreusel, krusel, etc., dérivent du mha. 
krus (nha.. kraus), pot, cruche, jatte, =néerL 



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CRI 



— 133 — 



CRO 



kroes, angl. cruse, cruise. — Le BL. crucibo- 
lies, crucibulum, lampe de nuit (d'où la forme 
angl. cructble, creuset), est une extension 
arbitraire du radical germanique, opérée 
peut-être sous l'influence de crux, à cause des 
mèches croisées de certames lampes. — Les 
formes picardes crochet, crechet et angl. creS' 
set, lampe, sont indépendantes de notre mot 
et tiennent à crache, graisse, suif. — Diez ne 
traite pas creuset; mais il rapporte, à tort 
probablement, l'esp. crisuelo et crisol au mot 
basque criselua, lampe; ce dernier paraît 
plutôt emprunté au roman. 

CREUX, prov. cros, BL. crosus, Etymolo- 
gie incertaine ; Diez émet modestement une 
conjecture, d'après laquelle le prov. cros 
serait ime forme contracte de corrosus. Il 
cite à l'appui un passage provençal : pan 
on raton fan cros, pain dans lequel les rats 
font des trous, « quem corrodunt » . Littré, 
tenant compte de formes dialectales creiit et 
du BL. crotum^ se prononce pour le L. crypta, 
grotte, mais il ne s'explique pas sur l'intro- 
duction de la finale s ou x, — Fôrster (Zeitschr. , 
VI, 109) condamne l'étymologie corrôsus (o 
fermé) comme contraire à la forme ue que 
notre adjectif présente en vfr. (crues) et qui 
postule absolument un type crosum (o ouvert), 
lequel fait défaut. Il va sans dire qu'il est 
plus sévère encore contre l'opinion de Littré, 
^ qu'il ne discute même pas. — Avant Fôrster 
'déjà, Paris avait élevé la même objection 
contre corrosus, 

CREVASSE, voy. crever. — D. crevasser, 

CREVER, prov. crebar, it. crepare, esp. 
qusbi*ar (rompre), du L. crepare, craquer, 
s'ouvrir avec bruit, éclater. Le roman a donné 
en outre à ce mot le sens de mourir en par- 
lant des animaux (=■ ail. krepiren); dans le 
sens actif, le verbe signifie faire éclater, rom- 
pre, percer {crever les yeux). — D. crevasse, 
prov. crebassa; cps. crève-cœur, it. crepa- 
cuore, 

CREVETTE, petite écrevisse; la provenance 
de crabe (v. c. m.) est combattue, au double 
point de vue du sens et de la phonétique, par 
Joret ; pour celui-ci, le mot vient du type 'cra- 
petta^ métathèse de *capretta (de capra), qui a 
donné chevrette. Sous ce dernier mot, nous 
avons déjà dit que Suchier conteste cette ma- 
nière de voir et rapporte crevette au moy. ni. 
crevet (écrevisse); on trouve au xvi« siècle 
une forme escrevette. La longue polémique 
entre les deux savants se déroule dans Rom. , 
Vm, 441 ; IX, 301. 431 ; Grôber, Ztschr., m, 
611; IV, 383; V, 173. 

CRIBLE, L. cribrum. Du dim. L. cribel- 
lum vient la forme it. crivelîo. — D. cribler. 
Directement de la forme latine cribrare pro- 
cède le terme de chimie cribration. 

CRIC, angl. creeh. Onomatopée, imitant 
le bruit de cette machine. 

CRIER (angl. cry), esp., port, gritar, it. 
gridare, prov. cridar, du L. quiritare (m. 
s.), par syncope critare (cfr. Cricq, nom 
propre, de Quiricus), Les gloses Lindenbr. 
portent « quiritant vermes cum vocem dant » . 



Inutile de remonter à des sources celtiques 
ou germaniques (goth.^^ton, pleurer, néerl. 
krijten, crier; ou bien vha. scrian, ail. 
schreien). — D. cri, vfr. et prov. crit, it. 
grido, esp. grito; crieur, -ard, -ee, -erie; 
criailler, prov. crizaillar; cps. décrier, 
s* écrier (it. sgridar, prov. escridar). 

CRIME, L. crimen. 

CRIMINEL, L. criminalis (crimen). — D. 
criminalité, -aliser, -aliste. 

CRIN, vfr. aussi crine (fém.), L. crimSy 
cheveu. — D. crinier, crinière; crinoline, 
étofie de crin; criïion, petit ver fin comme 
du crin. 

CRINCRIN, onomatopée. 

CRINÊÈRE, crinoline, voy. crin. 

CRIQUE, petite baie, = ags. crecca, angl. 
creek, hoU. creck. 

1. CRIQUET, insecte, angl. cricket, néerl. 
krekel (d'où picard crequeillon), cymr. cricell, 
wallon crikiod, crekion. Tous ces mots sont 
imitatifs. 

2. CRIQUET, petit cheval faible, cp. ni. 
kraah, ail. kracke, kricke (Luxembourg 
krck), m. s. En anglais, cncAe* s'emploie aussi 
pour tabouret; terme analogue à chevalet de 
cheval. 

CRISE, L. crisis (xpht;, jugement, déci- 
sion). 

CRISPER, L. crispare, friser, rider, con- 
tracter; c'est la forme savante de crêper. 

CRISSER, vfr. crinser (Froissart dit en 
parlant d'un doux vent : « si net et si serein 
que feuillettes n'en feisoient que crinser »). 
Ce verbe ne peut être identique avec grincer 
(v. c. m.); il appartient sans doute à la même 
famille que vfr. croissir, grincer des dents, 
it. crosciare, esp. cruxir. On trouve sou- 
vent dans les vocables exprimant un bruit ou 
un mouvement des modifications de voyelles, 
sans changement essentiel de sens; cp.cra- 
quer, criqucr*, croquer, claquer, cliquer. 
Comparez du reste encore hoU. krissen, bas- 
saxon krischen, krishen, ail. kreischen, pé- 
tiller, craqueter. 

CRISTAL, L. crystallum (xpûtra»©;). — 
D. cristallin, L. crystallinus ; anstalliser. 

CRITERIUM, latinisation du gr. xpt-rnpiov, 
moyen de juger (xpha \ 

CRITIQUE, gr. /piTiAo; (qui juge), fém. 
xpiTUTî, de rplvtu, juger. — D. critiquer. 

CROASSER, onomatopée; cp. L. crocire, 
gr. x/o6?«v. 

CROC, it. crocco, prov. croc, port, croque, 
esp. cloque; ce mot roman se trouve aussi 
bien dans les langues germaniques que dans 
les idiomes celtiques : v. nord, krokr, angl. 
crooh^ néerl. krooke (Kiliaen), cymr. crog. — 
D. crochet ; croche, a(y. et subst. ; crochu; 
verbes accrocher (v. c. m.) et décrocher, A 
croc, dent canine, se rattache peut-être cro- 
quer, mettre sous la dent, manger (v. c. m.). 

CROCHET, dér. de croche, voy. croc. — D. 
crocheter 9 ouvrir avec uû crochet; croche^ 
teur, crocheton. 

CROCHU, dér. de croche, voy. croc. 



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CRO 



— 134 



CRO 



OROCODILB, L. erocodiUis (xpoxoo€iio«). Par 
transposition do IV.-it. cocodrtîlo, esp., port. 
cocodrilo, prov. cocodrille, 

OROGUS, mot latin, gr. xprfxoç, safran. 

OROIBE, vfr. creire, du L. credere, cred're. 
Ane. part, présent : créant, conservé dans 
mécréant. De là le subst. créance, et le vieux 
verbe creanter, cautionner, assurer, dont la 
forme adoucie greanter, graanter est la source 
de l'anglais ^ran^, accorder. — D. croyable, 
croyance; cps. accroire, décroire, mécroire, 

CROISER, voy. croix, — D. croisé, croi- 
sade (it. crociata, prov. crozada, esp. ctiâ- 
soda), croisement, -ure; croisière, croisée, pr. 
fenêtre croisée par des montants et des tra- 
verses (cp. l'ail, kreuzstock, pr. montant en 
forme de croix). 

GROÎTRE, croistre', vfr. creistre, du L. 
crescere; du part, croissant^ les subst. crois- 
sant et croissance; du part, cru, les subst. 
cru, terroir où quelque chose croît (« vin du 
cru »), crue = croissance ; subst. verbal ra- 
dical : croit. Composés : accroître, L. accres- 
cere ; décroître, recroître, surcroître. Le latin 
excrescere a fourni en outre le subst. excrois- 
sance (cp. ail. auswuchs). 

CROIX, vfr. crois, wall. creus, it. croce, esp. , 
port, cruz, prov. crotz, angl. cross, ail. 
kreuz, du L. crux, crucis. De là : croiser (v. 
c. m.), prov. crozar; dim. croisillon, croi- 
sette. 

CROQUANT, homme de rien, va-nu^^pieds, 
vient peut-être de croc, croquer, comme le 
terme de mépris crocheteur de crochet, cro- 
cheter. 

CROQUE-MITAINE; la seconde partie de 
ce mot n est pas encore expliquée. 

CROQUER, variété de craqtcer, 1 . sens neu- 
tre, faire un bruit sec (« cela croque sous la 
dent »), de là croquant, croquet, croquette 
(cp. craquelin); 2. sens actif, manger des 
choses croquantes. Le sens général manger 
avec avidité, cependant, pourrait bien, cerne 
semble, se rattacher à croc, dent. — Cro- 
quer = cracher est une forme picarde. Jadis, 
croquer signifiait aussi dérober, enlever 
promptement, subitement ; cette acception lui 
vient également du primitif croc = au sens 
de crochet, instrument qui sert à saisir, agrip- 
per. Le terme métaphorique croquer, peindre 
à la hâte (d'où croquis), me parait dériver de 
ce sens accessoire enlever. Comparez l'expres- 
sion figurée : enlever un morceau de musi- 
que ; c'est enlevé ! La même acception enlever 
a donné lieu aux composés croque-maris, 
croque-note^. 

CR0QUI6N0LE ; désignant une pâtisserie, 
ce mot se rattache évidemment au verbe cro- 
quer, manger ; dans le sens de chiquenaude, 
je me l'explique par le verbe croquer, déro- 
ber, enlever, comme exprimant un petit coup 
donné rapidement et à l'improviste. On peut 
rapprocher l'angl. rap, qui signifie à la fois 
enlever et frapper vivement. La terminaison 
est en tout cas insolite et étrange, à moins 
d'admettre la filière suivante : croquet*, cro- 



quigner, croquigne, dim. croquignole. Le 
wallon dit crohète. 

CROQUIS, voy. croquer. La terminaison 
est analogue à celle de gâchis, chablis, et 
sembl. 

CROSSE, bâton pastoral, partie recourbée 
du fût d'un fusil, = it. croccia, gruccia, 
béquille, cruccia, boyau, prov. crossa, v. 
esp. croza, m. sens que le mot français. Diez, 
pour des scrupules fondés sur les règles de 
permutation littérale, conteste une origine 
de croc, chose crochue (qui aurait donné, selon 
lui, en fr. une forme croche) ; il pose par con- 
séquent l'étymologie crux, croix, par l'inter- 
médiaire d'un adj. cruceus. Nous ne compre- 
nons pas trop les scrupules du linguiste alle- 
mand, et pourquoi croceus, dérivé du roman 
croccus, ne peut pas aussi bien déterminer 
la forme crosse que cruceus, Sidj. de crux. 
Les divers objets désignés par crosse et les 
analogues étrangers ne permettent guère de 
renoncer à l'étymologie croc (cp. ail. kriiche, 
angl. crutch, béquille, et ail. krummstab, 
crosse, litt. bâton recourbé). Crosse, du reste, 
s'orthographiait autrefois croce, ce qui témoi- 
gne encore en faveur de l'étymologie commu- 
nément adoptée. — Ce qui, aux yeux de 
Fôrster, doit décider en faveur de crocceus, 
c'est que l'o de crosse a, dans l'anc. poésie, 
toujours été traité d'o ouvert, tandis que 
crucea eût produit un o fermé. — D. cros- . 
sette, crosser. 

CROTTE (ce mot se trouve déjà dans le 
Reclus de Moliens), angl. crottle, prov. crota, 
d'origine inconnue ; peut être, dit Diez, de la 
même famille que le bas-allemand et suéd. 
hlàt{= ail. hloss), angl. clod, dot, masse, 
boule, motte, grumeau. La forme prov. s'op- 
pose à l'étymologie latine crtista. — Quant 
au sens de galle ou de croûtes sur la peau, si 
l'on ne veut pas le déduire du sens primitif de 
globule (cp. grêlé), on pourrait au besoin 
l'expliquer par une altération du mot croûte. 
— D. crotter, décrotter, crottin ; les termes 
populaires croteux*, crotu, marqué de la 
petite vérole. 

CROULER, vfr. crodler, croller (it. crol- 
lare, prov. crotlar, crollar, ébranler, secouer), 
du h.co-rotulare*, contracté en crotulare, crot- 
lare (cfr. rouler de rotulare). Diez juge cette 
étymologie préférable à celle du nord, hrulla, 
mettre en désordre, brouiller. Crouler, c'est 
tomber par morceaux se détachant et roulant 
du haut en bas. Ce qui appuie cette étymo- 
logie, c'est l'analogie du terme ébouler, de 
boule et do l'ail. gerôUe, éboulis, de rollen, 
rouler. Diez invoque aussi l'expression an- 
cienne crouller les iex, synonyme de roïller 
les iex, et sur le terme crouler un vaisseau, 
le lancer, propr. le rouler à la mer. — D. 
croulicr, -ière. Cps. s'écrouler, 

CROUP, espèce d'angine, mot anglais et 
employé en premier lieu en Ecosse; d'une 
racine celtique marquant contraction, rétré- 
cissement; gaél. crup, contracté, crupadh, 
contraction. 

CROUPS, vfr. crope, prov. cropa, it. 



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CRU 



— 135 — 



CUI 



groppa, esp. yrupa. Ces mots paraissent ap- 
partenir à la même famille que groupe ^ angl. 
group, it. groppo, gruppo, esp. grupo et 
gorupo, et se rattacher à une racine mar- 
quant agglomération, quelque chose de ra- 
massé, faisant saillie en forme de boule. On 
la retrouve dans le vha. chroph (ail. mod. 
hrqpf), goitre, nord, krj/ppa, bosse, ail. 
kriippel, homme estropié, rabougri; puis 
dans le gaél. crup, rétrécir, contracter, déjà 
mentionné à l'art, précédent, cymr. cropa, 
gésier, goitre. — D. croupir, dont la signifi- 
cation propre est se tenir sur lacroujfe, auj. 
Œ» rester dans un état d'immobilité ; cx)m- 
posé s'accroupir (le préfixe ad^ comme dans 
asseoir) \ croupe, croupière ^ croupion (v. c. 
m.). La locution «< être assis en croupe der- 
rière qqn » a donné naissance aux termes de 
jeu croupe et croupier, 

CROUPIER, voy. croupe. 

CROUPION, it. groppone, voy. ci'oupe. En 
allemand burjtel = croupion, signifie éga- 
lement quelque chose de protubérant. — En 
vfr. on trouve aussi crépon crespon =« crou- 
pion, échine, et dans certains dialectes du 
nord, crépon ou querpon existe encore pour 
signifier la croupe d'un toit. Rabelais a cres 
pion pour croupion. Peut-être, dit Gachet, 
ces formes avec e ne sont-elles pas de la même 
famille que croupe, et désignent au propre 
la ^partie du corps de l'animal dont le poil se 
hérisse. Elles se rattacheraient alors au L. 
crispus. Diez, cependant, préfère dériver cré- 
pon du nord, krippa, forme secondaire de 
kryppa, bosse. 

CROUPIR, voy. croupe, 

CROUTS, crouste\ it. cnosia, esp. costra, 
ail. hruste, holl. horst, du L. crusta, — D. 
croùtelette, croûton crfmsttlle, croustiller, 
croustilleux (ne s'emploie qu'au figuré) ; cps. 
écroûter, encroûter. — Croûte, dans l'accep- 
tion do vieux tableau gercé par le temps, et 
dans celle de mauvais tableau en général, a 
produit croûtier, mauvais peintre, faiseur de 
croûtes (on dit aussi croûton), 

CROYABLE, -ANCB, voy. croire. 

1. CRU, subst., voy. croître. 

2. CRU, adj., L. crudus, — D. crudité, L. 
'itas. 

CRUAUTÉ, voy. cruel. 

CRUCHB, anc. cruie, prov. crugô, gasc. 
cruga, du cymrique crwc, vase arrondi. Cette 
origine est plus directe, selon Diez. que celle 
du vha. cruoc, crog (nha. krug), m. s. — D. 
cruchon, cruchée, 

CRUCIAL, L. cruciaïîs (de crux, croix). 

CRUCIFÈRE = crucem ferens, ^rte-cvoix, 

CRUCIFIER, prov. crucificar, du L. cruci- 
ficare, forme altérée de crucifigere (d'où it. 
crodfiggere), attacher à la croix. — Littré se 
trompe en identifiant l'élément -ficar, -fier 
avec le verbe ficher, 

CRUCIFIX, du part. L. crucifiants. 

CRUDITÉ, voy. cru. 

CRUE, subst. participai fém. de croître. 

CRUEL, L. crudelis (crudus). — D. cruaM, 



cruauté, L. crudelitas. — La forme crudité 
se rapporte à la forme anc. crual (cp. féal). 

CRURAL, L. cruralis (de cr^s, cruris, 
cuisse). 

CRUSTACÉ, L. crusiaceus* (crusta, croûte). 

CRYPTE, L. crypta, gr. xpùnrri, du parti- 
cipe xpunrôi, caché. De là l'ail, grufl, caveau. 
Voy. Siussi grotte. 

CRYPTOGAME, de Apxj:tTO'/àfioi, mot forgé 
de yxfiia, se marier, et de xpunrôi, caché, 
donc « qui a les organes sexuels cachés »» . 

CRYPTOGRAPHIE,écriture cachée ^xpu^roç). 

CUBE, L. cubus (xuSo;). — D. cuber, -âge; 
cubique, L. cubicus. 

CUBOÏDE, du gr. xu^otlirn, qui a la forme 
d'un cube. 

CUBÉBE, prov , esp. cubeba, de l'arabe 
ka bâbat. 

CUBITUS, mot latin = fr. coude. — D. 
cubital. 

CUEILLIR, anc. coillir, it. cogliere, prov. 
colher, esp. coger, du L. colligere, collig*re 
(légère). Pourquoi colligere n'a-t-il pas fait 
cueillire f cp. affligere, vfr. afflire.^Q n'ai pas 
de réponse à cette question, mais je décline 
celle de Littré, qui présuppose un type immé- 
diat colligirc. — D. cueillette, forme vulgaire 
du mot savant collecte «= L. collecta; Frois- 
sart emploie ce mot dans le sens de réunion : 
« cueillette de gens d'armes » ; cueilloir; cps. 
accueillir (v. c. m.), recueillir (v. c. m.). 

CUIDER*, prov., esp., port, cuidar, anc. 
it. coitare, du L. cogitare, cog'tare, penser. 
Ce verbe, abandonné par l'Académie, s'est 
conservé dans le cps. outrecuider. 

CUILLER, anc. masc., it. cucchiajo, prov. 
culhier; formes féminines : it. cucchiaja, esp. 
cuchara, fr. cuillère, du L. cochleare, plur. 
cochlearia. 

CUIR, it. cuqjo, esp. cuero, prov. cuer, du 
L. corium. — Le sens «• faute de langage » 
est attribué, dit Littré, à l'analogie que pré- 
sentent les expressions écorcher un mot et 
faire un cuir avec l'action d'enlever la peau 
des animaux pour en faire du cuir. Peut-être 
est-ce aussi à cuir de rasoir qu'il faut le rap- 
porter, les cuirs étant de prétendus adoucis- 
sements de la prononciation, comme le cuir 
adoucit les rasoirs. — D. cuirasse, formé 
sur l'exemple du prov. coirassa, esp. coraza, 
it. corazza. L'ancienne langue avait cuirie. 

CUIRASSE, voy. cuir. — D. cuirasser, 
cuirassier. 

CUIRE, it. cuocere, esp. cocer, prov. 
cozer et coire, du L. coquere, cocre. — 
D. CUITE, subst. partie. ; cuisson = L. coc- 
tio; cuiSTRB (v. c. m.); cuisine, it. cucina, 
esp. cocina, prov. cozirui, vha. kuchina (nha. 
huche), angl. hitchen, du BL. cocina, =« L. 
coquina, forme qui a remplacé dans les au- 
teurs de la décadence le mot classique culina. 

CUISINE, voy. cuire. — D. cuisinier, cui- 
sinière; verbe cuisiner. 

CUISiSE, prov. cueissa, coissa, it. coscia, du 
L. coxa, hanche. — D. cuissard, cuissot, 
écuisser. 



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CUR 



— 136 — 



CUV 



CUISSON, yoy. cuire, 

CUISTRE, valet de moines, répond, selon 
Diez, à un type latin coquaster, cp. prov. 
coguasiro (les gloses dTsidore portent cocistro). 
D'autres, comme Littré, supposent que cuistre 
n'est qu'une autre prononciation du vfr. cous- 
tre, sacristain (ail. kUstei'), qui vient du BL. 
cusior, = L. custos. G. Paris (Alexis, p. 184), 
tout en accordant que le cocistro d'Isidore 
soit la source du vfr. coistron, est du même 
avis. L'idée que cuistre est appelé à exprimer 
s'attache plus naturellement à un sacristain 
qu'à un marmiton. — Cette manière de voir 
est appuyée par vfr. coustor (cas-régime), citée 
par Littré au Suppl. 

CUITE, subst., voy. cuire, 

CUIVRE, esp., port, cobre, ail. kupfer, 
du L. cuprum ou plutôt quant à la forme 
française, à cause de la diphthongue ut, de 
l'adj. cupreum. — D. cuivrer, -eux. 

CUL, L. culus. — D. culasse; verbe culer, 
aller en arrière ; culée (l'it. dit, par un trope 
analogue, les cuisses [cosce) d'un pont); eu- 
Hère, culot, culotte. Cps. acculer = mettre à 
cul; éculer, reculei'; culbute (v. c. m.); cul- 
de-sac = fond de sac, fig. rue qui ne pré- 
sente pas d'issue, impasse. 

CULBUTE, voy. l'art, suiv. 

CULBUTER = buter, bouter (pousser) le cul 
en l'air ; d'après Darmesteter, = buter sur le 
cul; cp. en ail. burzelbaum, m. s., de burzel 
croupion, et bâumen, dresser en l'air. Le 
danois a, avec le même sens, huldbôtte, le suéd. 
hullbytte; sont-ce des mots exactement iden- 
tiques avec le français culbute t Nous ne som- 
mes pas à même d'en juger. — D. culbute, -is. 

CULÉE, CULER, -BÈRE. voy. cul. 

CULINAIRE, L. culinarius, de culina, cui- 
sine. 

CULMINER, L. culminare (culmen). 

CULOT, voy. cul. — D. culotter (une 
pipe). 

CULOTTE, voy. cul. — D. culotter (un en- 
fant). 

CULPABILITÉ, voy. coulpe. 

CULTE, L. culius (colère). Se rattachent 
encore au L. colère par le supin cultum : 
culture, vfr. couture, L. cultura; l'acyectif 
latin (inus.) cultivus, d'où le verbe BL. culti- 
vare, f r. cul tiver; inculte, L. incultus. 

CULTIVER, voy. culte. — D. cultivateur, 
cultivable. 

CULTURE, voy. culte. 

CUMIN, L. cuminum (xû/*ivov). 

CUMULER, L. cumulare (voy. aussi com- 
bler). — D. subst. verbal cumul; cumulatif, 

CUNÉIFORME, en forme de coin, du L. 
cuneus, coin. 

CUPIDE, mot savant, du L. cupidus (de 
cu pere ^ désirer) ; cupidité, L. cupiditas. 

CUPULE, L. cupula, petite coupe. 

CURABLE, L. curabilis employé par Cœ- 
lius Aurelianus (iii« siècle), dans le sens de 
«« qui sanari potest n. 

CURAÇAO, liqueur préparée en premier 
lieu dans l'ilc du même nom. 

CURATELLE, du L. curatela, mot intro- 



duit, au lieu de curatio, dans le latin du 
moyen âge sur l'exemple de tutela. 

CURATIF, L. curativus' (curare). — cura- 
teur, L. curatorem. Si ce mot s'était autant 
répandu dans le peuple que procurator (fr. 
procureur), il se serait francisé par cureeur*, 
puis cureur, 

CURE, 1. soin, souci; du L. cura, m. s.; 
2. charge ecclésiastique, pr. cure d'âme (cp. le 
terme allemand seelsorge), et par extension, 
habitation du curé; de là BL. curatus, 
chargé d'une cure, fr. curé, angl. curate, it. 
curato (l'esp. emploie le mot abstrait cura 
p. curé) ; 3. guérison, subst. verbal de curer ^ 
guérir. 

CURÉ. voy. l'art, préc. 

CURÉE, terme de vénerie, anc. cuirée, 
angl. 'querry, quarry ; de cwtr, parce que la 
cuirée se préparait et se donnait dans un cuir ; 
voy. Modus, f> xxiii, verso, passage cité par 
Littré, et décisif sur la question. Le vfr. 
Corée, courée (prov., esp. corada^ anc. it. co^ 
rata), viscères, entrailles, qui, comme le vfr. 
coraille, se rapporte à cor, cœur, présente- 
rait, malgré Yu dans curée, une excellente 
explication de ce mot, si l'on avait des exem- 
ples du mot Corée employé avex; le sens de 
curée. — Brakelmann pense que curée pour- 
rait dériver de l'angl. cur, vilain chien, = 
ail. kôter, m, s. (anc. chien de chasse). 

CURER; du L. curare, soigner. Cette si- 
gnification première du mot français s'est 
effacée dans la langue moderne. — L'accep- 
tion spéciale porter des soins à un malade, le 
guérir, encore vivace dans l'it. curare, esp. 
curar, ail. kurieren, s'est également perdue ; 
elle subsiste cependant dans les dérivés cure 
(aU. hur), curatif, curation, curable, incura- 
ble. Aujourd'hui, curer ne signifie plus que 
nettoyer, ôter las ordures. De là : curage, 
cureur, curette (t. de chirurgie), recurer, 
écurer; cure-dents, cure-oreilles. 

CURIAL, L. curialis, qui concerne le ser- 
vice religieux d'une curie; auj., comme au 
moyen âge, = qui concerne une cure (v. c. 
m.). Toutefois, le mot n'est pas tiré de cura, 
mais de curia. 

CURIEUX, L. curiosus, pr. soigneux, sou- 
cieux. L'acception « digne de curiosité »» était 
étrangère au mot latin. — D. curiosité, L. 
curiosiias, 

CURSIF, BL. cursivus (de currere, supin 
cursum). 

CUSTODE, vfr. garde, auj. rideau, du L. 
custodia, garde (BL. vélum, aulœum); cp. en 
allemand ^arc?2we, rideau mobile, flam, ^ar- 
dijne, gordijne (Kil.), mot étranger formé 
en réalité de courtine, courditie", mais sous 
l'influence de garder. 

CUTANÉ, L. cutaneus* (de cutis, peau). 

CUTTER, petit bâtiment qui tire plus d'eau 
à son arrière qu'à sa proue, mot anglais de 
eut, couper; donc « qui fend les eaux ». 

CUVE, du L. cupa, voy. coupe, — D. 
cuvée, cuvette, cuveau, cuvel* (d'où cuveler), 
cuvier; cuver, séjourner ou laisser séjourner 
dans la cuve, fig. laisser s'évaporer. 



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DAD 



— 137 — 



DAI 



GUYELER, propr. faire une sorte de cuoe 

rintériour du puits de mine ; dér. du dimin. 
cuvei, voy. cuve. 

CUVER, voy. cuve, 

CYCLE, du gr. xûx>o«, cercle. — D, cy- 
clique, gr. xuxiuto;; cyclone, tempête tour- 
nante. 

CYCLOPB, de xtixiwj/, à lœil rond. — D. 
cyclopéen et cyclopien, 

CYGNE, du L. cycnus, cygnus (xûxvo^). Le 
vfr. cisnet qui se retrouve également en esp. 
et en port. , a une autre origine ; il vient du 
BL. cecinus, cidniis, qui, ainsi que l'it. ce- 
cero (cygne), vient de cicer, pois, et se rap- 
, porte au tubercule sur le bec de l'oiseau. 

CYLINDRE. L. cylindrus (xu)iv5/39ç). Voy. 
aussi calandre. — D. cylindrer, -ique. 

CYMAISE, it. cimasa, terme d'architecture, 
L. cymatium, grec xuaiStriov, m. s. (litt. petite 
onde). 

CYMBALE, ail. zimbel, L. cymbalum, grec 
xû/x6a>ov, de xvfx^oç, cavité, vaisseau. Le vfr. 
présente la forme régulière cymble. — D. 
cymbalier. 

CYME, orthographe première de cime (v. 
c. m.). 

CYNANCHE ou cynancie, angl. quinsy, an- 
gine, dans laquelle les malades tirent la 
langue à peu près comme font les chiens hale- 
tants; du grec xwâyxv?» angine des chiens. La 
prothèse d'une s a fait de ce mot it. schi- 
nanzia, d'où anc. fr. squinance, esquinance, 
ai]\j. esquinancie. 



CYNIQUE, L. cynicus, gr. xuvixo;, dér. de 
xudtv, chien. Cependant, la philosophie cynique 
ne tire pas son nom directement de xudjv, 
mais d'un gymnase à Athènes où son fonda- 
teur, Antisthène, avait établi son école et qui 
s'appelait Kuvoiapyes . Il est vrai que l'on n'a 
pas tardé à faire dune épithète tirée d'une 
circonstance accidentelle une qualification ca- 
ractéristique de la doctrine même. Un ancien 
commentateur d'Aristote dit : - Les cyniques 
sont ainsi nommés à cause de la liberté de 
leurs paroles et de leur amour pour la vérité ; 
car on trouve que le chien a, dans son in- 
stinct, quelque chose de philosophique et qui 
lui apprend à distinguer les personnes ; en 
effet, il aboie à la vue des étrangers et flatte 
les maîtres de la maison : de même les cyni- 
ques accueillent et chérissent la vertu et ceux 
qui la pratiquent, tandis qu'ils repoussent et 
blâment les passions et ceux qui s'y abandon- 
nent, quand même ils seraient assis sur le 
trône »» . Pour être étymologiquement fausse, 
cette définition de la philosophie cynique n'en 
es t pas moins intéressante. — D. cynisme. 

CfYPRÈS, L. CUpressuS (xuirà/ac^jo;). 

CYST IftUE, -ITE, de xùtti,-, vessie. 

CYTISE, L. cytisus (xûriio;). 

CZAR (mieux vaut l'orthographe tzar), 
mot slave, que l'on suppose connexe avec 
le L. cœsar, d'où vient également l'ail, kai- 
ser, empereur. — D, czarine; czarowich 
(l'Académie écrit czarowitz) signifie fils du 
czar. 



D 



DA, dans oïd-da, nenni-da, vient de divd, 
ancienne interjection exhortative, contractée 
en dea, puis da. Nicot : « Dea est une inter- 
jection, laquelle enforce la diction où elle est 
apposée, comme non deà, oui deâ, mais en 
telles manières de parler on use plutôt de dà, 
fait dudit ded, par contraction ou syncope, et 
dit-on : non dû, oui dà. n — Pour diva on a 
proposé : 1 . la formule v>} tôv Afa, ou v>î H 
(Ménage), 2. Diva, mère de Dieu (Franc. Mi- 
chel), fr. 3. dis valet, imitation du L». die. puer 
fP. Paris), etc. Tout cela n'est pas soutenable. 
Diez y voit l'ancienne interjection va (impé- 
ratif du verbe aller), qui est employée dans un 
même sens, renforcée par di (impératif de 
dire), et fournit à cet égard des exemples par- 
feitement suffisants. 

DACTYLE, du L. dactylus (5àxTuioç), qui est 
aussi le primitif de datte (v. c. m.). 

DADA, vocable enfantin, exprimant les pre- 
miers essais à marcher ; cp. angl. to dade a 
child, apprendre à marcher à un enfant ; vfr. 
dadée, enfantillage. Cette même racine a 
donné le mot dadais, niais, nigaud ; nasalisée, 
elle est devenue, dit-on, la source de dandiner, 
balancer le corps; modifiée en dod, elle a 
donné dodiner. 

DADAIS, voy. l'art, préc. 



DAGORNE, vache à qui il ne reste qu'une 
corne; ce mot, abandonné par l'Académie 
dans sa dernière édition et repris par Littré, 
est analysé par ce dernier et pair d'autres : 
dague -\- corne, la corne unique étant compa- 
rée à une corne. Je partage l'avis d'un critique 
qui dit, à propos de cette étymologie, qu'une 
vache peut perdre son licou, mais non pas une 
corne, et qu'il ne peut y avoir dans aucune 
langue un mot substantif pour désigner une 
vache qui s'est cassé une corne. Je doute donc 
et de la définition, et de l'étymologie usuelle 
de ce terme, pour lequel, d'ailleurs, Littré ne 
cite aucun exemple. 

DAGUE, it., esp. daga. D'origine germa- 
nique : suéd. daggertf angl. dagger, néerl. 
dagge, m. s. (cp. l'ail, degen, épée). Les lan- 
gues celtiques ont également le mot. Le sens 
de pointe explique le mot dague en tant 
qu'il désigne le premier bois du cerf. La 
forme portugaise adaga, observe Littré, 
pourrait indiquer une origine arabe. — D. 
daguer ; daguet, jeune cerf. 

DAHLIA, du nom d'un botaniste suédois, 
Dahl, à qui Cavanilles dédia cette plante 
vers 1790. 

DAIGNER, it. degnarsi, du L. dignari, iviger 
digne. Composé : dédaigner, L. dedignari. 



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DÂM 



— 138 — 



DAN 



DAIM, vfr. dain (d'où le fém. daine), it. 
daino, daina du L. damus p. dama. 

DADïB, voy.datw. 

DAIS, modification du vfr. dois (cfr. épais, 
anc. espois), prov. deis. Le mot désignait 
une table à manger, surtout une table d'ap- 
parat; il est régulièrement formé du latin 
discuSt primitif de Fit. desco et de Tall. ttsch, 
table L'acception du mot moderne se rap- 
porte aux tentures en forme de ciel dont les 
dois ou dais étaient ordinairement surmontés 
pour empêcher que rien ne tombât du plafond 
sur les mets. — L'étymologie ail. dach, toit, 
ne peut être soutenue en présence des an- 
ciennes formes du mot. 

DALLE, tablette de pierre, tranche de gros 
poisson, tient sans doute à la même racine 
que goth. dailjan, ags. daelan, angl. deal, ail. 
theilen, bret. dala, irl. tallam, qui tous signi- 
fient fendre, diviser, partager. — D'après 
Mahn, du celt. dal^ dalen, feuille, planche 
mince (Herrig, Archiv, XXXVII, 133). — 
I^ mot dalUf employé dans quelques patois 
du Nord pour évier, et d'où vient dalot, gout- 
tière pour faire écouler les eaux hors du na- 
vire, représente plutôt une idée de concavité 
et rappelle la famille des mots goth. dal, ags. 
dâel, ail. thaï, signifiant vallée. Cependant, 
Diez préfère pour primitif l'arabe dalla, con- 
duire (cp. it. doccia, égout, du L. ducere, 
conduire); il se fonde sur le rapprochement 
de la forme espagnole adala *= dalle, évier, 
qui présente dans sa première syllabe l'article 
arabe al. — D. daller, couvrir de dalles. — 
Le vfr. dail, faux, prov. dalh, esp. dalle, 
d'où vfr. dailler, trancher, ferrailler, paraît 
être, selon Diez, un diminutif de daga, 
dague. 

DALOT, voy. dalle. 

DAM, dommage, du L. damnum, m. s. Le 
sufiixe offe en a fait damage (forme usitée en- 
core en anglais) et, par la mutation de a en o, 
domage* dommage. Voy. aussi danger. 

DAMAS, it. damasco et damasto, BL. efa- 
mascus, ail. damast; de la ville de Damas 
(Damascus), lieu d'origine de cette étoffe. — 
D. damasser. — Le même nom géographique a 
donné le mot damas, lame d'acier finement 
trempée, it. damaschino, d'où le verbe fr. da- 
masquiner. 

DAMASQUINER, voy. damas. 

1 . DAME, interjection, = domina (c.-à-d. 
la Vierge), ou plutôt = domine, cp. en vfr. 
l'expression dame Dieu, == dominus Deus. 
Nodier s'est trompé en y voyant le L. dam- 
num, 

2 DAME, subst, it. dama, vient du L. 
domina, de la même manière que le masc. do- 
minus a produit les formes vfr. dam, dan, 
dame, damp (dans damedieu, vidame, et les 
noms propres Dampierre, Dammartin). Pour 
la mutation o : a, rappelons encore vfr. da- 
mesche de dômes ticus, et vfr. danter de domi- 
tare. — Les formes correspondantes dans les 
autres langues, pour dominus et domina 
(Inscript, domnus, domna), sont en it. donno, 
donna; en esp. don, dona, dueha (de ce der- 



nier les Français ont fait duègne); en port. 
dom, dona ; en prov. don, donna. Les dimi- 
nutifs de ces formes diverses, représentant un 
type latin dominicellus {domnicellus, domi- 
cellus), sont respectivement : it. donzello,. 
-ella; esp. doncel, -ella; prov. donsel, -ella, 
fr. damoiseV damoiseau, damoisele' demov- 
selle. C'est des Français que les Italiens ont 
pris leur damigello, -ella. — Dérivés de 
dame : 1. dans son acception propre, dame- 
ret, it. damerino ; 2. dans l'acception que ce 
mot a prise au jeu des échecs et des dames, 
damier, verbes damer, dédamer. 

3 DAME, terme des ponts et chaussées, 
du flam. dam, ail. damm, digue. 

DAME-JEANNE, sorte de très grosse bou- 
teille, it. damigiana, prov. mod, dama-jana 
(Honnorat), fait l'effet d'être une altération po- 
pulaire et burlesque d'un mot français corres- 
pondant au synonyme it. damigiana, arabe 
damajan, qui ont la même signification, et 
dont l'origine reste à fixer. Le mot arabe 
paraît venir de l'étranger. On a pensé à une 
forme catalane (fictive) damajana, qui ré- 
pondrait à lat. dimidiana et s'expliquerait 
par « demi » -aime. Grôber (Ztschr., II, 352) 
remarque qu'en argot de Paris on dit dam^ 
blanche pour une bouteiUe de vin blanc, de 
manière que jaiu = jalne* jaune s'applique- 
rait à la couleur de l'enveloppe nattée de la 
bouteille. En définitive, l'histoire du mot est 
encore à faire. 

DAMER, DAMERET, DAMIER, voy. dame 2. 

DAMNER, L. damnare. 

DAMOISEAU, -ELLE, voy. dame 2. 

DANDINER, balancer niaisement son corps 
faute de contenance; selon Pasquier, de dan 
din ou din dan, terme imitatif pour désigner 
le bruit et le mouvement des cloches ; selon 
Diez, de l'ail, tand, niaiseries; cp. anc. flam. 
danten, ineptie, ail. tàndeln, badiner, angl. 
dandle, bercer; selon nous, de la rac. dad 
(voy. dada) exprimant les premiers pas tentés 
par un enfant, et appliquée ensuite fig. à un 
maintien peu assuré. Le mot peut d'ailleurs 
être considéré comme une variété de dodiner 
(v. c. m.). — De dandiner vient dandin, 
homme niais, fat, et peut-être l'anglais 
dandy. 

DA176ER, anciennement domination, auto- 
rité, particulièrement droit du suzerain relati- 
vement aux possessions de ses vassaux pour se 
dédommager éventuellement du non-acquit- 
tement de leurs obligations; de là la locution : 
estre en dangier de qqn., être sous sa puis 
sance, à sa merci. C'est ainsi que danger prit 
l'acception de violence arbitraire (sens inhé 
rent encore à ce mot en Normandie), puis 
celle de refus, contestation, diflBculté : faire 
danger de dire qqch. = refuser de dire qqch. 
Ces anciennes significations, ainsi que l'or- 
thographe dongier qui se rencontre assez sou- 
* vent, prouvent en faveur d'un type latin do- 
miniarium, dom*niarium, forme extensive 
de dominium, souveraineté, autorité. Le sens 
actuellement attaché au mot, celui de péril, 
peut à la vérité se ramener assez facilement à 



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DAT 



139 — 



DE 



celui de domination ou de son corrélatif dé- 
pendance ; être en danger de mort, c'est avoir 
la mort pour maîtresse, c'est être sous la 
puissance de la mort; cependant, la définition 
de danger par « situation où l'on encourt du 
dommage (damnum) » fait pencher beaucoup 
de philologues pour le type damnarium, 
d'où damnier, puis danger (cp. calenger p. 
calomnier) ; et, en effet, les deux étymologies 
proposées sont justifiables, suivant les deux 
significations puissance et péril, et Ton est en 
droit de soupçonner que les deux sens se rap- 
portent à deux homonymes. Il est curieux que 
la moyenne latinité ne présente ni dominia- 
rium^ ni damnarium, et qu'au xrv® siècle on 
ait latinisé dangier ou dongier par domige- 
rium, dangerium. — D. dangereux. 

DANS, vfr. deens dens, combinaison de de 
et ens (v. c. m.) = L. de intus. Par une nou- 
velle combinaison avec de, on a fait dedans, 
modifié par syncope en déans, d'où le cps. 
endéans. 

DANSER, angl. dance, it. danzare, esp., 
port., prov. danzar ou dansar, du vha. dan- 
sôn, tirer en long. La danse, étymologique- 
ment, désigne une chaîne, une file (cp. l'ail. 
reigen, danse, mot identique avec rethe, file, 
série). Le mot taruen de l'allemand actuel 
est un emprunt fait aux langues romanes. — 
D. danse, subst. verbal. 

DARD, it., esp. dardo, prov. dart^ de l'ags. 
daradh, darodh, angl. dart, nord, darradhr, 
vha. tart, lance. Le mot se trouve aussi dans 
les idiomes celtiques. — D. darder, 

DARNE, tranche de poisson, du cymr. ou 
bret. dam, morceau, pièce (cfr. sanscrit da- 
ranay division). 

DARON, maître de la maison, à Lille = 
mari ; Bugge y voit une forme familière déri- 
vée, peut-être sous l'influence de baron, du 
vfr. danre =« lat. dominum; cp., pour la 
chute de Vn, sire de senior, Berry dorée = 
denrée, — Notez que, dans les Assises de Jéru- 
salem, le mot daron signifie «« manoir sei- 
gneurial n . 

DARSE, darsine, de l'it. darsena, voy. 
arsenal. 

DARTRE, patois dertre. Diez rejette l'éty- 
mologie i^proi, écorché ; s'il avait fallu recou- 
rir au grec pour trouver un nom à la mala- 
die appelée dartre, les médecins y auraient 
puisé le nom propre de cette maladie, qui est 
Aetxiiv. Pictet opine pour un radical celtique, 
en alléguant le cymr. tanodan, m. s., bret. 
dartmâen, dervoéden ; on rattache aussi le 
mot à l'ags. teter, angl. tetter (ail. zitter), qui 
signifie dartre. Quelle que soit l'origine immé- 
diate du mot fr., celui-ci est incontestable- 
ment identique avec le sanscrit dardru, m. 
s., venant d'un verbe signifiant gercer. — D. 
dartreux. 

DAT AIRE, en BL. primus cancellariœ roma- 
n» minister, sic dictus a litteris expeditis, 
quibus vulgo addit : datum Romse. La charge 
de cet officier s'appelait dataria, fr. daterie. 
Cest aussi cette formule datum Romœ, donné 
à Rome, etc., qui a donné naissance au terme 



date = indication du lieu et du jour de l'ex- 
pédition ou de l'enregistrement d'une pièce, 
puis, en général, époque précise où une chose 
a été faite. 

DATE, voy. dataire. — D. dater, cps. anti- 
dater (mieux vaudrait antédater) et post- 
dater. 

DATIF, L. daiivus (dare). 

DATION, L. datio (dare). 

DATTE, anc. dacte (p. dactle, cp. amande 
p. amandîe), it. dattero,esi^.,pTOY.datil,a\\, 
dattel, du L. dactylus, m. s. — D. dattier. 

DAUBE, voy. dauber. 

DAUBER, frapper, angl. dab, de l'ags. dub- 
ban, m. s. (voy. adouber). — D. daxibe (pour 
être mise à la daube, la viande doit être frap- 
pée); endauber. 

DAUPHIN, prov. dalfin, L, delphinus. 
Comme titre de l'héritier du trône de France, 
dauphin vient du nom propre Dauphin, porté 
par plusieurs seigneurs du pays dit Dau- 
phiné. - Par le privilège de la donation que 
Himbert, dernier seigneur de Dauphiné, fit 
de sa terre, l'an 1349, à Jean Roy de France, 
autre ne peut estre Dauphin que le fils du 
Roy régnant. » (Fauchet). 

DAURADE (poisson), d'un type L. de-aurata 
(la dorée| ; donc de La même origine que le 
poisson dit dorade. 

DAVANTAGE, p. d*amntage, cp. it. dt 
vantaggio ; voy. l'art, ains. 

DAVIER, pince recourbée dont se servent 
les dentistes; origine inconnue. Comme on 
trouve dans Rabelais l'orthographe daviet, et 
que des noms propres sont parfois donnés à 
des outils, Littré émet conjecturalement l'éty- 
mologie Daviet, dimin. de David, qui a été 
aussi le nom d'un outil de menuisier ou de 
tonnelier. 

DE-, DÉ-, DÉS-, particules prépositives, 
répondant aux préfixes latins de et dis. 1 . Le 
de latin se retrouve en français sous la forme 
de et dé, tant dans les verbes transmis du latin 
(ex. demander, déclarer, désigner, déléguer) 
que dans ceux de création nouvelle (ex. dé- 
choir, défiler, découler). On remarque que la 
forme de (sans accent) se met de préférence 
devant des primitifs appartenant déjà au vieux 
fonds constitué de la langue, comme débout, 
dedans, devers, degré. La forme dé est d'in- 
troduction plus moderne; elle est générale- 
ment appliquée aux verbes, tant à ceux de 
provenance latine qu'à ceux de création ro- 
mane; exceptions : demander, devenir, de- 
meurer. — Le préfixe d^(it di, esp., prov. 
de) a servi particulièrement ^ exprimer éloi- 
gnement, privation, enlèvement. Comme le 
préfixe L. dis = fr. dés, il communique au 
primitif le sens du contraire : fr. débàUr, 
prov. de-bastir. Il se fait surtout remarquer 
comme l'opposé du préfixe en, p. ex. emfinjir- 
ber, débourber; embrouiller, débrouiller. — 
2. Le préfixe latin dis, di se retrouve dans 
des mots fr. de provenance latine (ex. discer- 
ner, dispenser, dilacérer). Appliqué à des 
vocables nouveaux, où il sert à exprimer sé- 
paration, cessation ou négation, il se trans- 



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DÉB 



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DÉB 



forme en dé devant les consonnes, en dés 
devant les voyelles ; parfois, cependant, devant 
des consonnes et dans des moû de formation 
savante, le dis latin reparait. Ex. désagréer, 
décharger f défaire y déranger, discontinuer; 
désarroi, désastre, désagréable, déloyal, dis- 
grâce. Il arrive que dés, à cause de son sens 
plus précis, a supplanté le de du composé 
latin : cp. L. de-armare, it. disarmare, esp. 
desarmar, fr. désarmer; il en est de même 
dans déformer, dénier, dénuer, etc., vfr. 
des former, desnier, desnuer, etc. Parfois il 
est difficile, même impossible, de décider si 
le préfixe dé se rapporte au L. dis ou k de; 
p. ex. déchoir, qui d'un côté correspond au 
prov. deS'Cazer, d'un autre à l'esp. de-caer. 
— Notez encore la forme des pour de, devant 
des primitifs commençant par *, ex. : dessus, 
dessous, dessécher, desservir, dessiller. 

1 . Dâ à coudre, forme apocopée du vfr. 
del. Ce dernier est contracté de deel (Anjou 
déau, Berry diau), lequel, ainsi que fit. 
ditale, esp. dedal, vient du BL. digitale (de 
digitus, doigt). 

2. DÉ à jouer, prov. dut, it., esp., port. 
dado, BL. dodus. Voici ce qui a été avancé 
sur l'étymol. de dodus : 1. = L. datus, de 
dore, jeter (dans des locutions comme « dare 
ad terram », etc.), donc chose jetée; 2. Go- 
lius : arabe dadd, jeu ; 3. Ménage : dez, de 
dati, donnés, c.-à-d. donnés de main en main ; 
4. DuCange, au mot decius (latinisation bar- 
bare du vfr dez), prétend que jeu de dé 
vient par corruption àQJuis ds Dé, lequel 
groupe de mots repTésenie judicium Dei, ju- 
gement de Dieu; dé, selon lui, se rapporte- 
rait ainsi à Deus. Au rapport de Ménage, Du 
Cange appelait cette découverte la reine de 
ses étymologies. — Pour notre part, nous ne 
souscrirons à aucune de ces assertions ou 
conjectures. Dé, à notre avis, représente L. 
datum, et a d'abord signifié le hasard, litt. ce 
qui est donné (cp. chance = ce qui tombe, 
quod accidit) ; jeu de dé est synonyme de jeu 
de hasard ; puis le nom s*est donné à l'instru- 
ment servant à consulter, à tenter la for- 
tune. 

DÉBÂCLSR, contraire de bâcler (v. c. m.), 
désobstruer, débarrasser, rompre. — D. d-é- 
bâcle, rupture des glaces, fig. changement 
subit, confusion. 

DÉBAGOULER, vomir des injures; puis 
vomir en général. Ce terme accuse un pri- 
mitif hagoule, auquel on doit aussi l'ancien 
verbe bagouler, bavarder, et le subst. bagoul, 
bavardage (usité dans les dial. du Nord). 
On peut aussi l'expliquer par ^ou7e,*^i*eM/e, 
muni du préfixe péjoratif ba, bé; une ba- 
goule serait une mauvaise langue ; cp. l'ex- 
pression vulgaire engueuler qqn. 

DÉBALLER, voy. balle. 

DÉBANDER, 1. ôter une bande, desser- 
rer; 2. rompre, disperser une bande de com- 
battants. — D. débandade (à la), néolo- 
gisme. 

DÉBAROADÉRE» voy. débarquer. 



DÉBARDER, enlever (des marchandises) au 
moyen du bord (v. c. m.). — D. débardeur, 

DÉBARQUER, sortir de la barque (v. c. 
m.). — D. débarcadère, terminaison espa- 
gnole, cp. esp. desembarcadero, m. s. (an- 
ciennement on disait débarcadour). 

DÉBARRASSER, esp. desembarazar, it. 
sbaroszare; voy. barre, — D. subst. ver- 
bal débarras. 

DÉBAT, subst. verbal de débattre, 

DÉBATTRE, composé de battre; se débat- 
tre est un terme analogue à se démener; le 
préfixe dé ne représente pas dis (car l'an- 
cienne langue ne disait pas desbattre), mais 
de, ayant force intensitive ; cp. it. dibattere, 
esp. debatir. 

DÉBAUCHER, d'un primitif bouche, vieux 
mot fr. signifiant boutique, atelier, et dont 
l'origine n'est point éclaircie. L'étymol. prov. 
bottica = boutique, n'est pas admissible ; le 
mot pourrait bien remonter au balk germa- 
nique, signifiant poutre, puis par extension 
hangar et choses sembl. Débaucher serait 
ainsi pr. tirer qqn. de son atelier, puis fig. le 
détourner de son travail, de ses devoirs ; 
embaucher, par contre, c'est attirer dans un 
atelier, enrôler. Nicot ne mentionne pas le 
sens de boutique attribué par Ménage au 
subst. bouche, mais bien celui de crépissure 
d'une muraille, barbouillage. Ce sens, qui 
indique un primitif de la famille du gaél. 
baie, croûte de terre, s'accorderait bien avec 
la signification d'ébaucher, dessiner grossière- 
ment ; cependant, ce verbe paraît avoir une 
autre origine (voy. plus loin). — En Sain- 
tonge, bouche signifie tâche, de sorte que 
débaucher serait détourner qqn. du travail, 
embaucher, l'y mettre (Littré, Suppl.). Mais 
d'où vient bouche = tâche? — D. subst. ver- 
bal débauche, pr. abandon du travail, puis 
dérèglement (d'où l'adj. débauché) \ débau- 
cheur. 

DÉBET, mot latin. « il doit. 

DÉBILE, du L. debilis, faible (contraction 
de de-habilis, inhabile). — D. débilité, L. 
-itas ; débiliter, L. -itare. — La vraie francisa- 
tion du L. dëbilis est deble, dieble, doivle 
qui ne se trouve que dans les composés vfr. 
endeble, endieble; y&i relevé endoivle dans les 
Poésies de Froissart, t. I, p, 131, 1518). 

DÉBINER, wall. dibiner, aller en déca- 
dence, perdre sa fortune (d'où subst. débine, 
misère); je ne connais pas l'origine de ce 
mot familier. Est-il identique avec le rouchi 
biner, débiner, qui signifient s'enfuir? Ou 
est-ce une formation de fantaisie, tirée de 
debere, avoir des dettes? 

DÉBIT, mot savant, du L. debitum, ce qui 
est dû, comme crédit de creditum, ce qui est 
cru (confié, prêté). De là débiter =» inscrire 
au compte du débit. Le mot debitum signifie 
également la marchandise vendue et portée au 
débit de l'acquéreur, comme due par lui ; de 
là le verbe débiter, dans son sens de vendre, 
surtout vendre en détail, Ûg. mettre en cir- 
culation, émettre (des nouvelles), réciter, 
produire en public. C'est à ce dernier que se 



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DEC 



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DEC 



rapporte comme subst. verbal le mot débit 
signifiant vente, droit de vendre, et fig. ma- 
nière de réciter, de prononcer. 

DÉBITER, voy. débit. 

DÉBITEUR, vfr. deteur, 1. « L. debitor, 
qui doit (fém. débitrice) ; 2. dér. du verbe dé- 
biter (voy. débit) = qui débite (fém. debiteuse), 

DÉBLAI, voy. déblayer. 

DÉBLATÉRER, L. deblaterare, jaser, dé- 
biter. 

DÉBLAYER, BL. debladare (bladum), voy. 
blé. — D. déblai. 

DÉBLOQUER, voy. bloc, 

DÉBOIRE, mauvais goût que laisse une 
boisson dans la bouche, fig. dégoût, regret. 
Infinitif subtantivé d'un verbe inusité, repré- 
sentant le L. debibere, boire de qqch., dégus- 
ter ; selon Littré, de dé, préfixe, et boire : un 
boire qui ôte Tenvie de boire. 

DÉBOÎTER, voy. boite. 

DÉBONNAIRB, voy. air. — D. débon- 
n aireté. 

DÉBORDER, pr. sortir hors de» bords, voy. 
bord. — D. débord, débordement. 

DÉBOUCHER, 1. v. a., opp. de boucher; 2. 
V. n., sortir par la bouche (ouverture) d'un 
défilé, d'une gorge, d'une rue, de là débouché, 
endroit où l'on débouche, issue, lieu d'expor- 
tation pour les marchandises. 

DÉBOUILLIR, renforcement de bouillir; 
op. L. decoquere, ail. abkoc?ien. 

DÉBOUQUER, terme de marine, variété de 
déboucJier. 

DÉBOURSER, voy. bourse. — D. débours. 

DEBOUT, p. de bout, sur le bout. Vent de- 
bout, vent qui souffle sur la proue (le bout) du 
vaisseau. 

DÉBOUTER, dér. de bouter, = pousser 
loin, repousser, voy. bouter. 

DÉBRAILLER, voy. braie. 

DÉBRIS, voy. briser; 1. (acception fort 
rare) action de débriser (verbe tombé en dé- 
suétude), destruction, rume; 2. reste d'une 
chose brisée. 

DÉBUCHER, sortir du bois ou buisson ; du 
BL. busciis, bois. 

DÉBUSQUER, variété de débucher; comme 
verbe actif, faire sortir de l'embuscade, fig. 
chasser d'un poste avantageux. 

DÉBUT, subst. verbal de débuter, jouer le 
premier coup au mail, à la boule, pr. tirer de 
but, du lieu où est le but, puis commencer en 
général. 

DÉBUTER, voy. de'but. — D. débutant. 

DEÇA-, dans les compositions décagramme, 
décalitre, etc. , marque le décuple de l'unité. 
Du grec iixat, dix. 

DEÇÀ, voy. çà. 

DÉCADE, dizaine, espace de dix jours, du 
gr. jtxÂ;, 'kloi dizaine. 

DÉCADENCE, L. decadentia*, dér. àedeca- 
dere, forme barbare pour decidere (primitif 
caderé). Le mot n'est qu'une forme savante et 
moderne de ^échéance, comme on a cadence 
concurremment avec chéance* chance. 



DÉCADI, mot créé pour le calendrier répu- 
blicain pour désigner le dixième jour de la 
décade, de déca, Ôèxa « dix, et dies, jour. 

DÉCAGONE, à dix angles (o^ixa, ywvo;). 

DÉCALOGUB, gr. ii^kloyoi, litt. les dix pa- 
roles. 

DÉCALQUER, voy. calguei-. 

DÉCAMPER, lever le camp, puis se retirer 
précipitamment, voy. camp. 

DÉCANAT, L. decanatus, dérivé de decor 
nus, litt. dizenier. Ce primitif decanus s'est 
francisé en doyen (cp. necare = noyer). On 
disait autrefois aussi, par la syncope du c mé- 
dial, dean, forme conservée dans la langue 
anglaise. 

DÉCANTER, it. decantare, esp. decantar, 
pr. verser une liqueur en penchant le vase ; 
dérivé de canthus, it. canto, coin, côté (voy. 
canton et champ 2). — J'abandonne ma coiyec- 
ture décaneter, de canette, petite cruche. 

1. DÉCAPER, pr. enlever la superficie, la 
croûte de qqch.; de cape, chape, vêtement, 
enveloppe. 

2. DÉCAPER, t. de marine, prendre la 
haute mer ; do cap. 

DÉCAPITER, BL. decapitare (caput), enle- 
ver la tête; cp. decollare, couper le cou. 

DÉCATIR, voy. caHr. — D. décatisseur, 
décatissage. 

DÉCÉDER, L. decedere, mourir, pr. s'en 
aller. 

DÉCELER, le contraire de ceU^ (v. c. m.). 

DÉCEMBRE, L. dece/yi6er (decem), ledixième 
mois de l'ancienne année latine. 

DÉCENNAL, L. decennalis (docom, annus). 

DÉCENT, L. decens (part, de decere), con- 
venable. — D. décence. L. decentia. 

DÉCEPTION. L. dcceptio, dérivé du verbe 
decipere = fr. décevoir. 

DÉCERNER, L. decernere. 

DÉCÈS, L. decessus, départ, dérivé de de- 
cedere, fr décéder. 

DÉCEVOIR, angl. deceive, du L. decipere, 
m. s. (cp. concevoir, recevoir de concipere, 
recipere). Les formes en -cevoir ont pour type 
L. -cipère; la bonne forme latine -cipere a pro- 
duit les anc. formes deçoivre, conçoivre, re- 
çoivre. — D. décevable. 

DÉCHAÎNER, it. scatmare, ôtor la chatne 
(v. c. m.). — D. déchaînement, signifiant à la 
fois l'action et l'état qui en résulte. 

DÉCHANT, deschant", it. discanto, angl. 
descant, BL. discantus, litt. variation de 
chant, discordance. — D. déchanter. 

DÉCHARGER == lat. dis-caricare (Venant. 
Fort.); it. scaricare, esp. descargar, angl. dif' 
charge. — D. décharge. 

DÉCHARNER, it. «camare, esp., prov. des- 
carnar, ôter la chair, cham *; voy. chair. 

DÉCHAUSSER, enlever la cAau^^e, esp. des- 
caïjsar; cp. lat. discalceare. — D. déchauos 
(carmes), vfr. descaus, forme a^j.» tirée du 
BL. disccUceus = discalceatus. 

DÉCHE, misère, terme populaire, dans 
M tomber dans la dèche ». Gomme l'équivalent 
débine, ne tiendrait-il pas à L. debere, par 



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DEC 



quelque type barbare débicare^ mettre en 
dette? ou par un subst. lat. debiaf 

DÉGHÉANOE, dér. de déchéant, part. prés, 
de déchoir; étymologiquement identique avec 
décadence. 

DÉCHET, dérivé bizarre de déchoir; l'ail, 
dit de même ab-fall^ litt.^= déchet. Le mot 
répond exactement au BL. decatum, decessio, 
imminutio. mais je suis porté à croire que 
decatum a été formé d'après le mot français ; 
or, ce dernier me semble issu du L. decasus, 
subst. de decadere, qui en BL. signifie la 
même chose que decatum; de là d'abord nom. 
dechez, puis, par méprise, déchet, Littré et, 
après lui, Brachet prennent déchet pour la 
prononciation normande de déchoit ^ et ce 
dernier pour un part, passé de déchoir. Un 
part, dechcoit p. decheii se rencontre en effet, 
et déchet pourrait au besoin s'y rapporter 
comme baiât à benoit. 

DÉCHIFFRER, ôter à qqch. son caractère 
déchiffré, c.-à-d. difficile, illisible, embrouillé. 
L'ail, dit do même entziffem; it. descifrar, 
esp. diciferare; voy. chiffre. 

DÉCHIQUETER, tailler menu, de chiguet 
(v. c. nru). — D. déchiqueture. 

DÉCHIRER, composé du vfr. eschirer, 
prov. csquirar. Ce dernier se laisse très bien 
rapporter au vha. skeiTan, scalpere, radere, 
eradere (ags. sceran, ail. scherefi, tondre, 
couper). 

DÉCHOIR, decheoir*^ prov. descazer^ d'un 
type de-cad^j'e. strictement -cadêre (= latin 
classique decideré); du môme type : angl. 
decat/ = déchoir ; voy. choir, — D. déchéance 
(v. c. m.). 

DÉCI-, mot de convention tiré du L. deci- 
mus, et employé pour former des noms de 
mesure, exprimant la dixième partie de 
l'unité : ex. déciare, décilitre. Cp. déco-, 

DECIDER, L. decideré (prim. cœdere), pr. 
trancher, fig. décider. Du supin decisum. : 
décision, L. decisio; indécis, itidécision; déci- 
sif. 

DÉCILLER, forme orthographique qui a 
précédé dessiller; dérivé de c// (v. c. m.). 

DÉCIME, dixième partie, du L. décima 
(sous-entendu pars), dont la vraie forme 
française est disme" dîme. De decimus déri- 
vent encore : décimer, frapper, punir le 
dixième; décimal; décimateur, qui lève la 
dimo. 
DÉCISIF. DÉCISION, voy. décider. 
DÉCLAMER, L. declamare (clamare). 
DÉCLARER, vfr. declaiiner, it. dichiarare, 
du L. declarare (clarus); cp. ail. erhlâren 
(klar). 
DÉCLIN, subst. verbal de décliner. 
DÉCLINER, 1. dévier, pencher vers la fin; 
2. terme de grammaire, fléchir la forme d'un 
mot ; 3. éviter, se soustraire (à cette dernière 
acception se rapporte le terme de procédure 
déclinatoire). Du L. declinare, qui a les 
mêmes significations. — D. déclin, déclinai- 
son, h. declinatio ; déclinable, 

DÉCUVE, L. declims (de clivus, pente). — 
D. déclivité, L. declivitas. 



DÉCOCHER, it. scoccare, litt. faire partir 
la flèche de la coche (v. c. m.). 

DÉCOCTION, L. decoctio (coquere). 

1 . DÉCOLLER, L. decollare, couper le cou 
(collum). — D. décollation. 

2. DÉCOLLER, détacher une chose collée, 
de colle. 

DECOLLETER, do collet, voy. col, 

DÉCOLORER, L. de-colorare, 

DÉCOMBRER, débarrasser; subst. verbal, 
pi. décombres ; voy , comble. 

DÉCONFIRE, défaire, détruire, d'un type 
disconficere, propr. désassombler les parties 
d'un tout. Voy. confire. — D. déconfiture. 

DÉCONVENUE, formé de la particule adver- 
sative dé = L. dis, et du subst. inus. con- 
venue, arrangement. Déconvenue signifie 
donc pr. le dérangement d'un plan, de là : 
contre-temps, mauvaise aventure, déception. 

DÉCOR, subst. verbal de décorer. 

DÉCORER, L. décor are (do decus, -oris, or- 
nement). — D. décor, décoration, -ateur, 
-atif. 

DÉCORUM, mot lat. sign. bienséance; 
propr. le neutre de l'adjectif dc^orus, conve- 
nable, décent. Ce terme étranger s'est popu- 
larisé, comme si la langue était impuissante 
à le remplacer par un mot français. Garder 
le décorum est devenu une locution tout à fait 
bourgeoise. 

DÉCOUCHER, autr. le contraire de couclier, 
donc se lever ; auj. = ne pas coucher chez soi; 
cp. L. decubare, coucher loin ou dehors. 

DÉCOUDRE, voy. coudre. — D. décousure; 
ce dérivé est tiré du partie, décousu, tandis 
que couture a pour primitif le latin consu' 
tura. 

DÉCOULER; cp. le L. de-flucre. 

DÉCOUPER, couper par morceaux ; le pré- 
fixe dé rend ici la valeur primitive du L. dis^ 
cp. l'ail, zer-schneiden, — D. découpure. 

DÉCOURS, L. decursus, cours descendant 

DÉCOUVRIR, pr. ôter ce qui couvre, angl 
discover; cp. ail. ent-dechen, L. de -tegere. — 
D. subst. participial découvert et découverte, 

DÉCRASSER, voy. crasse. 

DÉCRÉDITER, voy. crédit. Variété de dis 
créditer. 

DÉCRÉPIT, mot savant forgé par imitation 
de lat. decrepitus [i bref); le génie naturel 
de la langue avait transformé decrepare en 
decrever, au participe decrevà. Jean de Condé, 
I, 363 : Halos, magres et décrétés. — Le mot 
latin signifie propr. qui a cessé de faire du 
bruit (rac. crepare), puis fig. sans force, usé. 
— D. décrépitude. 

DÉCRET, L. decretum (decemere). — D. dé- 
créter; décr étale, L. decretalis, s. -e. epistola. 

DÉCRIER, crier ou proclamer en sens défa- 
vorable, rabaisser en criant. — D. décri. 

DÉCRIRE, du L. describere, primitif de : 
descriptio, fr. description, dcscriptivus, fr. 
ciescriptif. 

DÉCROCHER, détacher une chose accro- 
chée^; voy. croc. 

DÉCROIRE, ne pas croire, cp. L. discredei^e 
(Jules Valère). 



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DÉF 



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DÉF 



décroître, L. decrescere. — D. décroft 
(cp. croît), décroissement, -ance; décrue. 

DÉCROTTER, voy. crotte, — D. décrotteur, 
décrottoir. 

DECRUE, voy. décroître. 

DÉCRUER, lessiver le fil cru; d'un type 
discrudare, du L. cr^dus, qui avait aussi 
l'acception de •• non préparé ♦» [coriumcrudum, 
cuir non tanné). — La forme décriiser pour 
L. discrudare est conforme aux liabitudes des 
idiomes du midi de la France ; cp. L. cru- 
delis, prov. cruzel. 

DÉCUPLE, L. decuplus. — D. décupler. 

DÉDAIGNER, it. disdegnare, voy. daigner, 
— D. dédain (v. c. m.), dédaigneux. 

DÉDAIN, vfr. desdaing, subst. verbal de 
dédaigner, it. disdegno. 

DÉDALE, labyrinthe, de Dœdalu^, nom 
mytiiologique de l'architecte du labyrinthe de 
Crète (de ûxLhoàoi, savant, habile). 

DEDANS, voy. dam. 

DÉDICACE, L. dedicatio [dedicare, dédier). 
Dédicace, j^^éface et vfr. estrace = extraction, 
(peut-être encore populace) sont les seuls mots 
dans lesquels la désinence latine atio se soit 
convertie en ace au lieu de alion ou aison, 
qui, comme on sait, vient strictement de l'ac- 
cusatif aiionem, l'accent tonique sur o. Il est 
curieux de voir dédicace, appliqué à la dédi- 
cace d'une église, se corrompre en dicace, du- 
cace et ducasse, mots wallons exprimant la 
fête patronale de l'église et correspondant 
ainsi à l'ail, kirch-weih, néerl. kermesse (p. 
kerhniess, messe de l'église). Roquefort s'est 
fourvoyé en rattachant ducasse à duc (fête 
donnée par les ducs). 

DÉDIER, L. dedicare, d'où dédicace (v. c. 
m.), et dédicatoire. 

DÉDIRE, BL. dedicere = contredire, nier, 
désavouer. — D. dédit, 

DÉDOMMAGER, indemniser d'un dommage 
souffert. 

DÉDOUBLER, défaire le double, enlever la 
doublure. 

DÉDUCTION, L. deductionem, m. s. (dedu- 
cere). 

DEDUIRE, du L. deducere, tirer loin, éloi- 
gner. — Le subst. déduit, amusement, BL. 
deductus, est tiré du L. deducere, dans le sens 
de divertir que lui donnait le moyen âge ; cp. 
divertir, distraire, formés d'une manière tout 
analogue et signifiant litt. tourner en sens 
divers, c.-à-d. détourner des choses graves ou 
tristes. 

DÉDUIT, voy. déduire. 

DÉESSE, vfr. deuesse, it. deessa (aussi 
dea), prov. deuessa, diuessa (aussi dea). Pour 
donner au L. dea une terminaison plus sonore 
qu'un simple a ou e muet, on a eu recours au 
suflSxe essa, esse. L'espagnol a fait de dios, 
dieu, le fém. diosa. 

DÉFAILLIR, propr. manquer, faire défaut, 
s'affaiblir ; la composition avec de est peut-être 
faite sous Tinfiuence du L. deficere, m. s. — 
D. défaillance, défaillant. 

DÉFAIRE, it. disfare, esp. deshacer, prov. 
des far, BL. disfacere p. deficere, d'abord opp. 



de faire, puis désassembler, mettre en déroute 
(cp. déconfire, mot de formation et de signi- 
fication analogues). Pour la locution se défaire 
de (à laquelle se rattache défaite = débit, 
placement d'une marchandise), cp. l'ail, sich 
losmachen. — D. défaite, 1. état de celui 
qui a été défait, 2. excuse employée dans la 
défaite. 

DÉFAITE, voy. défaire. 

DÉFALQUER, it. diffalcare, esp. defalcar, 
prov. defalquar, est généralement rapporté à 
faix, faux, donc enlever avec la faux, pour 
ainsi dire défaucher. Diez cependant préfère 
le vha. falçan, falcan, priver, retrancher. — 
D. défalcation. 

DÉFAUT, anciennement fém. dé faute; ce 
dernier (cp. it. diffalta, prov. de fauta) se 
rapporte à défaillir, comme faite*, faute (v. c. 
m.) à faillir. Comme le verbe défaillir, dans 
sa structure, parait avoir subi l'influence du 
L. deficere, faire défaut, nous attribuons de 
même l'introduction du masc. défaut à l'in- 
fluence du subst. defectus = défaut, it. di- 
fetto. 

DÉFAVEUR, it. disfavore, voy. faveur; cp. 
disgrâce. — D. défavorable. 

DÉFÉCATION, voy. déféquer. 

DÉFECTIF, L. dcfectivus, de deficere, man- 
quer. De ce verbe procèdent encore L. defec- 
tio, abandon d'un parti, fr. défection; L. de- 
fectus, manque (mot con.servé dans défct, 
terme de librairie, = feuilles superflues, dé- 
pareillées d'un ouvrage, pr. ouvrage à défaut), 
d'où l'adj. fr. défectueux. 

DÉFECTION, voy. défectif. 

DÉFECTUEUX, voy. défecHf — D. défec- 
tuosité. 

DÉFENDRE, L. defendere, litt. détourner, 
repousser, écarter les dangers de qqn., puis 
protéger. La signification « interdire, prohi- 
ber », qui se tire naturellement du sens fon- 
cier « repousser, ne pas admettre n, n'était 
pas encore propre au mot latin. Au supin 
latin defensum remontent les dérivés : dé- 
fense, L. defensa (Tertullien); défe)is{^ois end.), 
L. defensum; défenseur, L. defensor; dé f en- 
si f, -ive (opp. de offensif, -ive). Sont dérivés 
du mot français : défendable, défendeur, 
-eresse, qui se défend en justice. 

DÉFENSE, voy. défendre. — D. défen- 
sable', en état de se défendre. 

DÉFÉQUER, L. defœcare, ôter la lie, les 
ftces [L. fsex). — D. défécation, L. defaecatio. 

DÉFÉRER, L. déferre, litt. porter vers, 
puis présenter, offrir, accorder, d'où la signi- 
fication moderne : céder, condescendre. — D. 
déférence, condescendance. 

DÉFERRER, 1 . ôter le fer, la ferrure; 2. ti- 
rer le fer, l'ôpée, dégainer. » ' 

DÉFET, voy. défectif 

DÉFI, voy. défier. 

DÉFICIT, mot latin, signifiant « il man- 
que » (de deficere, manquer). 

DÉFIER (SE), du L. diffidere, ne pas se 
fier. — D. défiant, adj., L. diffidens; dé- 
fiance, L. diffidentia. Le verbe défier, au sens 
actif de provoquer, braver, d'où le substantif 



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DÉG 



— 444 



DEG 



DKFi, vient du BL. dtffidare (prim. fidus), 
dont le sens est : a fide quam quis alicui débet 
aiit pollicitus est, per Ûtt^ras aut epistolam 
deficere; donc retirer sa foi, se mettre en état 
do guerre ouverte. It. sfidare, prov. desfizar. 

DÉFIGURER, gâter la figiire, déformer; 
verbe de création romane; it. dis-figurare, 
esp. desfigurar, 

DÉPILBR, 1. V. a., ôter le fil, voy. fil; 
2. V. n., aller Tun après l'autre, à la file. De la 
seconde acception dérive défilé^ 1 . action de 
défiler, 2. passage étroit, où il faut marcher 
un à un. 

DÉFINIR, L. definire, m. s. (litt. fixer les 
limites, fines), — D. définissable, indéfinis- 
sable, défini, indéfini. Au supin latin défini- 
tum ressortissent : définitif, -itivus, défini- 
tion, -^o, 

DÉFLAGRATION, L. deflagraiio, combus- 
tion. 

DÉFLSÏÏRIR, L. deflorere, cesser de fleu- 
rir; déflorei', L. deflorare, ôter la fleur, flé- 
trir. 

DÉFLORER, voy. défleurir. 

DÉFONCER, ôter le fond (vfr. fons), aussi 
fouler au fond, voy. fond, 

DÉFORMER. L. defoitnare. 

DÉFOURNBR, tirer du four (v. c. m.). 

DÉFRAYER, dispenser du payement des 
frais, payer pour un autre, entretenir. Voy. 
frais, — D. défrai', défraiement* , 

DÉFRICHER, faire sortir de l'état de friche 
(v. c. m.). 

DÉFROQUER, priver du froc (v. c. m.), fig. 
faire sortir de l'état monastique. — D. dé- 
froque, eflets, bardes, laissés par un religieux 
décédé; par extension, biens mobiliers laissés 
par un particulier décédé. Cp. le terme dé- 
pouille, 

DÉFUBLER, vfr. desfuler, dégrafer, désha- 
biller. Voy. affubler. 

DÉFUNT, L. defunctus (de defungi terra 
ou vita, ou simplement defungi, mourir); 
dans certains patois on trouve défunher, dé- 
functer p. mourir. 

DÉGAGER, opp. d*engager; par extension, 
désobstruer, débarrasser. — D. dégagement. 

DEGAINER, it. sguainare, esp. desenvai- 
nar, faire sortir de la gaine (v. c. m.). — D. 
dégaine, propr. manière, attitude de celui qui 
se mot en garde, puis par extension : tour- 
nure (ridicule), manière, maintien; dégaineur, 
batailleur. 

DÉGÂT, subst. d'un verbe dégàter (vfr de- 
ou desgaster) tombé en désuétude. La compo- 
sition dégâter est analogue à celle du L, de- 
vastare, Voy. gâter, 
* DÉGELER, contraire de geler. — D. d^el, 

DÉGÉNÉRER, L. degcnei-are, litt. sortir de 
son genre, perdre ses qualités génériques. 
D'un primitif non classique degetierescere, on 
a fait l'acy . dégéné7'escent\ et le subst. dégéné- 
rescence. 

DÉGINGANDÉ, anc. déhingandé, dial. nor- 
mand déguengandé, délabré, mal tourné. 
Roquefort pose pour étymologie L. dehinc- 



hanc, deçà et delà. Nous la renseignons pour 
mémoire. Le sens propre parait être « dislo- 
qué, désarticulé »» et la forme primitive, dé- 
gigandé (usitée à Genève, Berry déguigue- 
nandé)\ ce qui donne raison à Littré, qui 
explique le mot par le primitif gigu£ : « qui 
n'est pas bien sur ses jambes « . On trouve le 
verbe déhingander dans Rabelais : «< brûlez, 
noyez, crucifiez, bouillez, escarbouillez, escar- 
telez, dehingandez, carbonnadez ces méchants 
hérétiques, etc. »» Que voulait dire l'auteur 
par déhingander, sinon démembrer? — Bugge 
(Rom. ni, 146) rapproche l'it. sgangherato, 
pr. sorti des gonds, fig. dégingandé. Le pri- 
mitif gingand (norm. genguatid) serait une 
transformation de it. ganghero, prov. gan- 
guil, gond: d final serait paragogique; in, 
en, pour ain an; le 2® n fait l'effet d'une assi- 
milation au l*' (cp. milan, canchen = it. 
ganghero). 

DÉGLUTITION, L. d^gluHtio (de deglutire, 
avaler). 

DÉGOBILLSR, dér. de gober, avaler. 

DÉGOISER, Berry dégoisiller, parler avec 
volubilité, gazouiller, jaser; anc. chanter à 
pleine gorge, s'ébattre; se rapporte proba- 
blement au primitif de gosier; cp. égosiller. 
— Subst. verb. degois*, ébat. 

DÉGOMMER, terme populaire, tiré de 
gomme; propr. décoller, fig. déplacer d'une 
position où l'on se croyait sûrement établi. 

DEGOR, voy. l'art, suiv. 

DÉGORGER, 1 . rendre gorge ; 2. contraire 
d*engorger, — Substantif verbal dégor, tuyau 
de décharge. 

DÉGOTER, faire tomber au tir un objet 
placé conmie but ; fig. déposséder qqn. d'une 
position acquise. Anciennement degotier, dé- 
goutter; le sens premier serait-il « faire cou- 
ler bas n ou «« couler dessus •• ? 

DÉGOURDIR, contraire de eyxgourdir, de 
l'adj. gourd (v. c. m.). 

DÉGOÛT, prov. degot, subst. de dégouUer. 

DÉGOÛT, it., esp. disgusto, angl. disgust, 
absence de goût (v. c. m.). — D. dégoûter, 
ôter le goût, l'appétit, inspirer de la répu- 
gnance; acy. part, dégoûtant, 

DÉGOUTTER, couler en hsLS goutte à goutte 
V. c. m.), cp. le terme L. de-stillare. — 

. dégoût. 

DÉGRADER, L. degradare (Cod. Just.), 
faire descendre de son grade ; par extension, 
diminuer graduellement, puis détériorer, en- 
dommager. 

DÉGRAFER, opp. de agrafer (v. c. m.). 

DÉGRAISSER, contraire de engraisser, 
voy. gras. — Subst. verbal, dégras, graisse 
exprimée des peaux. 

DÉGRAVOYER, litt. enlever le gravois (v. 
c. m.) 

DEGRÉ, prov. degrat, port, degrao, com- 
posé du L. gradus. Le préfixe de, dont l'in- 
tention était de marquer l'abaissement, 
comme dans le verbe dégrader (intention sur- 
tout sensible dans dégradation des tons), cp. 
ail. abstufen, a eu pour eflet secondaire de 



i 



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DÉJ 



— 445 — 



DÉL 



différencier f^vé = gradus de gré = gra- 
ttim, 

DÉORÉER, ôter les agrès (v. c. m.); opp. 
do grén* et de agréer. 

DÉGREVER, opp. de grever {v. c. ni.). No- 
tez que le latin degi'atare signifiait juste l'op- 
posé du fr. dégrever t c.-à-d. courber sous le 
poids, surcharger. Le préfixe dc^ dans le mot 
latin, marque, conformément à sa nature, 
mouvement descendant, tandis que le préfixe 
français est la particule adversative. — D. de- 
grPvnnent, 

DÉGRINGOLER, rouler du haut en bas. Le 
P. Menestrier établit un primitif gringolc^ 
qui, selon lui, est à la fois un synonyme et 
une corruption de gargouille. Dégiingolei', 
serait ainsi tomber d'en haut comme l'eau qui 
tombe des gargouiller. Le picard a dérin- 
golei'y ce qui fait penser à un primitif ringole 
= rigole. Pour la pix)thèse de g^ cp. gre- 
nouille. Voy. aussi le mot gripgolé. 

DÉGUENILLÉ, de guenille (v. c. m.); litt. 
tombé en guenille. La composition n'est pas 
heureuse, puisqu'elle exprimerait tout aussi 
bien l'opposé, c.-à-d. «* privé de guenilles » . 

DÉGUERPIR, litt. jeter loin, abandonner; 
de l'ancien verbe giierpir wcrpir, BL. guer- 
pire, abandonner, quitter. Ce primitif vient 
du goth. vairpan, ancien saxon toerpan (ail. 
mod. werfer^^ jeter; L'expression guerpir 
avec le sens d'abandonner est fondée sur un 
ancien usage germanique, selon lequel on 
jetait un fétu dans le sein de qqn. pour sym- 
boliser un acte de cession, de renoncement à 
une propriété. — I^ signification neutre s'en 
aller est déduite de celle de renoncer. 

DÉGUISER, prov. desguisar, quitter sa 
guise habituelle ix)ur en revêtir une autre, 
travestir. — D. déguisejncnt. 

DÉGUSTER, L. dcgustare (gustus). 

DEHISCENT et déhiscence, du L. dehisccre, 
s'entr'ouvrir. 

DEHONTÉ, privé de honte (y. c. m.). On dit 
de même éhonté. Corneille s'est servi du verbe 
déhoyiter dans le sens de couvrir de honte. 

DEHORS, vfr. defors, voy. fors. 

DÉIFIER, L. deificare, mot de la latinité 
de l'Eglise, fait comme tant de mots modernes 
se terminant de môme, et fonnés d'après le 
précédent des vocables latins œdifœare, am- 
jplificarc {-ficare est un dérivé de ficus, adj. 
de /àcio, faire). — D. déification, 

DÉISME, DÉISTE, termes savants tirés du 
L. Beus, comme on a fait théisme, théiste, du 
grec eso;. 

DÉITÉ, L. deitas (deus), mot créé par les 
Pères pour divinitas, 

DÉJÀ, anc. deiijà, composé de la particule 
dès (v. c. m.), et de l'adverbe ja, qui est le 
latin jam, et qui s'est consené cncoi*o dans 
jadis et jamais. Déjà signifie donc au fond 
•» dès l'heure présente »» . 

DÉJECTION, L. dijectio (dejicere). 

DÉJETER, anc. = rejeter, L. dejcctarc\ 
frérj. do drjicerc. L'acception actuelle do se 
dicter, s'enfler, se courbcV, se contourner. 



rappelle l'expression allemande sich iccrjeu, 
angl. xoarp. 

DÉJEUNER, BL. disjcjunare, litt. cesser 
déjeuner; cp. l'angl. breakfast, litt. rompre 
le jeûne, et en ail. subst., friihstUck, dé- 
jeuner (d'où le verbe friïhstuchen), litt. = 
morceau matinal). En esp. on dit disagunar, 
litt. = dis-adjejunare. En italien, le composé 
digiunar, ainsi que le prov. dejunar, signifie 
jeûner (le préfixe, dans ces verbes, n'est pas 
négatif). — D. dtjeuner, subst. Dans l'anc. 
langue, desjewnr avait un sens plus large : 
act. nourrir, régaler, réfl. se nourrir, se ré- 
galer. 

DÉJOINDRE, du L. dejungcrc ou disjun- 
gère, comme on veut. En tout cas, le mot fait 
double emploi avec disjoindre. 

DÉJOUER, jouer (c.-à-d. travailler, ma- 
nœuvrer) en sens contraiie, faire manquer ou 
échouer un projet ; cp. le L. de-lxidere, jouer, 
tromper une pei'sonne, jouer contre elle. 

DÉJUC, voy. lart suiv. 

DÉ JUCHER, sortir du juchoir, voy. jucher; 
subst. verbal défuc, temps du lever des oi- 
seaux. 

DÉJUGER (SE), désavouer un jugement 
qu'on avait jîorté, cp. le tcunc se dédire. 

DELA, corrélatif de deçà, p. de là, it. di 
là, esp. de alla; combinaisons : ait delà, par 
delà. 

DÉLABRER, voy. lambeau, vfr. labcV 
labeau, cfr. l'ail, sei'-fetjsen. — D. délabre- 
ment. 

DÉLAI, voy. délaya^ 1. 

DÉLAISSER, abandonner ; le préfixe parait 
appliqué par imitation du L. de-sercre, de- 
relinquere. — D. délaissement; anc. délais. 

DÉLARDER, terme d'architecture; étymo- 
logie inconnue. Si parmi les divei-ses o^iéra- 
tions techniques désignées par ce verbe on 
peut réellement placer en premier lieu, 
comme le fait Roquefort, celle de piquer la 
pierre avec le marteau, alors il est permis do 
voir dans le mot un dérivé de lard, aussi bien 
que dans le verbe simple larder, dans son ac- 
ception métaphorique, percer de coups. Ou le 
sens foncier est-il rendre mince comme une 
pièce de lard? 

DÉLASSER = dés-lasscr, le contraire de 
lasser. Le lat. dc-la$save dit l'opposé du mot 
français; le préfixe y a une autre valeur. 

DÉLATEUR, L. delatœ* (déferre); terme lo- 
giquement égal au terme fr. rapporteur ou ail. 
hinterbriiiga\ 

DÉLATION. L. delalio. 

DÉLAYÉ = efl'acé; en parlant des couleui's : 
faible, blafard; du L. delavare, cp. ail. ab- 
xoaschen. Le vfr. deslavé, sale, est le contraire 
de lavé, comme l'indique le préfixe des = dis. 

1. DÉLAYER* et DILATER, retarder, dif- 
férer, du BL. dilatare, m. s., frécj. de diffcrre 
(cp. le L. pro'latare, remettre, difi'érer, do 
profcn'e); subst. verbal délai,' — Fôrster 
repousse le type dilatare, qui, dit-il, ne peut 
produire que dc-lacr, dc-lécr, formes introu- 
vables. 11 y voit un compo.sé de l'anc. verbe 

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DÉL 



— 146 — 



DÉM 



laier, laisser, tarder. J'accepte son étymolo- 
gie, mais en observant qu'en ouvrant le dict. 
de Godefroy, il verra maintenant que deléer^^ 
dilayer n'est nullement introuvable. 

2. DÉIiÂTSR, vfr. alayer, détremper dans 
un liquide, prov. des-leguar^ it. dilcguare; 
d'un type latin dis-Uquare (du L. liquare, 
rendre liquide). Pour le préfixe, il est ana- 
logue à celui de détremper. — D. délayajit, 
délayement. Dans l'expression « délayer son 
discours, ses idées »», on peut se demander 
auquel des deux homonymes il faut le ratta- 
cher. On peut invoquer d'un côté la phrase 
latine : dilatare orationem, argumcntum, al- 
longer un discours, développer un sujet; 
d'un autre, une métaphore tirée de délayer *= 
détremper serait tout à fait naturelle; cp. en 
allemand wûsserige schreibart, litt. style 
aqueux, p. trop fluide, lâche; et en fr. même 
le terme diffus, litt. répandu (L. diffusus, de 
diffïmdere). — Fôrstcr n'admet ni dilatare, 
étendre (voy. l'art, préc), ni dis-Uquare, qui 
ne répondrait qu'à déléguer, ou, dans l'hypo- 
thèse d'une forme lat. secondaire dislicare, à 
desleier, dislier, disloiier. L'examen phoné- 
tique de la question le pousse vers un type 
dis-lacare, de lacus (lac), d'où aussi it. alla- 
gare (vfr. alayei^) et dilagare, submerger, 
noyer (Ztschr., VI, 108). G. Paris (Rom., XI. 
444) sauve l'étym. disliquare, devenu disli- 
care, en invoquant l'anc. forme desleyer. Il 
n*y a donc pas lieu de séparer fr. délayer du 
prov. deslegar, it. dileguarc. 

DBLÉBILB*, L. delebilis (de delei^e, effacer). 
— D. indélébile, 

DÉLECTER, vfr. déliter (cp. lit de Icctus, 
confit de confectus), angl. delight; du L. de- 
lectare (fréq. do dclicere). — D. délectation ^ 
délectable, (vfr. délitablc); l'anc. langue avait 
en outre le subst. verbal délit = plaisir, agré- 
ment. 

DÉLÉGUER, L. delegare, m. s. 

DÉLÉTÈRE, gr. ^-nUTfipioif nuisible (ô>7>&w). 

DÉLIBÉRÉ, voy. l'art, suiv. 

DÉLIBÉRER, L. deliberare, pr. peser, pon- 
dérer, examiner (dér de libra, balance). — 
Le sens de l'adj. délibéré, résolu, se rapporte, 
comme l'anc. adj . rf^/icre, au verbe deliberare 
= rendre libre, dégager. 

DÉLICAT, L. delicatus (de deliciœ), 1 . char- 
mant, délicieux, 2. voluptueux, efféminé, 
douillet, 3. fin, doux, tendre. L'anc. fonds 
avait une forme plus française : delget, delgé 
(prov. delguat, delgat, csp. delgado), puis 
dengé, dougé. La langue actuelle a con- 
servé une autre forme tout aussi régulière- 
ment tirée du primitif latin, sans syncope de 
Vi radical ; c'est l'adjectif délié, menu, mince, 
fin (cp. plié, de plicatus), qui n'a, étymolo- 
giquement, rien de commun avec le verbe 
délier. — D. délicatesse, déliaiter; indélicat, 
«* qui manque de délicatesse. » 

DÉLICES, L. deliciœ. — D. délicieux, L. 
deliciosus. 

DÉLIÉ, menu, mince, fin, voy. délicat. 

DÉLIER = diS'ligare; le latin deligare est 
un intensif de ligare. 



DÉLIMITBR, du L. délimitait (limes, -itis), 
cp. ail. ab-grànzen. 

DÉLINÉÂTION, du L. delineare (linca), tra- 
cer les contours, esquisser. 

DÉLINQUANT, partie, prés, dedélinquer^ 
L. delinquere, manquer, faire faute. Du verbe 
latin vient encore le subst. delictum, primitif 
du fr. d<}lit. 

DÉLIRE, L. delirium; verbe délirer, L. 
delirare (sens litt. : sortir du sillon, de la 
ligne droite). 

1. DÉLIT, infraction à la loi, voy. délin- 
quant, 

2. DÉLIT, t. de maçon, pr. côté (d'une 
pierre) hors de son lit, Hq sa position natu- 
relle dans la carrière. — D. déliter. 

DÉLITESCENCE, du L. delitescere (latere), 
se cacher. 

1. DÉLIVRE, subst., nom des enveloppes du 
fœtus, qui, en sortant, délivrent la femme. 

2. DÉLIVRE, anc. adj. (voy. délibérer), 
conseiTé dans le t. de fauconnerie : un oiseau 
à délivre. Pour la forme, cp. comble, 

DÉLIVRER, 1. mettre en liberté, 2 ^ 
livrer, expédier; du BL. deliberare, composé 
de liberare. Le préfixe de est, dans les deux 
acceptions, parfaitement à sa place, puisque 
le verbe implique l'idée de séparation. — D. 
délivrance; subst. délivre (v. c. m.). 

DÉLOGER, contraire de loger, c.-à-d. quit- 
ter ou faire quitter un logement. 

DÉLOTAL, it. disleale, négation de loyal, 
— D. d^loialté* déloyauté. 

DELTA, quatriè;ne lettre de l'alphabet 
grec, ayant la forme d'un triangle. 

DÉLUGE, du L. diluvium (dilucre), d'où 
aussi les termes scientifiques diluvial, dilu- 
vien , dihtvion. 

DÉLURÉ, dégourdi, déniaisé, anc. déleurré, 
donc pr. qui ne se laisse plus piper ou leur- 
rer. 

DÉLUTBR, ôter le lut(L. lutum). 

DÉMAGOGUE, gr. i/ifjixyayôi, qui entraine 
le peuple (B-nfioi, oi/uv). — D. démagogie, 
•ique, isme, -iser. 

DEMAIN, it. dimani, domane, prov. de- 
man, du L. mane, matin, pourvu du préfixe 
de. — D. lendemai?i, it. VindUrtnani, composi- 
tion do le -\- 'endemain; l'ignorance étymolo- 
gique a fait que l'article s'est uni au corps du 
mot ; la môme chose est arrivée dans le subst. 
Iier7r (v. c. m.) ; le lendemain est une aber- 
ration de langage p. l'endemain. 

DEMANDER, it. domandare, prov., esp., 
port, demandar, L. detnandare. Le mot clas- 
sique ne signifie que confier, recommander ; 
la latinité du moyen âge donna à ce composé 
de mandare le sens de mander, faire savoir, 
pour faire connaître ce que l'on veut (cp. com- 
mander); enfin, de l'idée de prier que l'on 
fasse telle ou telle chose, s'est déduite une 
nouvelle et importante acception, savoir : 
prier que l'on dise, interroger. — D. demande, 
d^mand^ur, fém. -euse et -eresse. 

DÉMANGER, comp. de manger, « Ce mot 
a été dit par rapport aux parties de notre 
corps qui sont rongées des vers de notre 



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DÉM 



— 447 — 



DÉN 



vivant, lesquels, par leur mouvement, exci- 
tent en nous une démangeaison. » Nous 
n'ajouterons rien à cette explication, un peu 
crue, fort plausible du rest«, de Ménage (cp. 
en latin verminarCy de ve^'tnis, et en ail. 
wurrnen, de wurm, ver) ; nous dirons seule- 
ment que l'expression détyianger est logique- 
ment égale aux termes ail. beùsai, mordre, it. 
piszicare, pincer, csp. picar, piquer (nous 
disons aussi picotement p. démangeaison), esp. 
comeson = L. comestio, qui tous ont la 
même valeur que le mot français. — D. déman- 
geaison. 

DÉMANTELER, dépouiller du manteV man- 
teau, ce primitif étant pris dans le sens dérivé 
de rempart. 

DÉMANTIBULER, anc. démandibuler (pour 
d changé en /, cp. appentis et apprenti), pr. 
démettre la mâchoire (L. mandibula), puis 
disloquer, démonter en général. 

DÉMARCATION, tii-é du BL. wmrca, limite, 
d'après l'analogie de délimitation, 

DÉMARCHE, subst. verbal d'un ancien verbe 
dcnmrcher, se mettre en mouvement ; 1 . façon 
de marcher, allure ; 2. façon de se conduire, 
de s'y prendre pour arriver à un résultat. 

DÉMARQUER, ôter la marque. 

DÉMARRER, contraire de amarrer {v. c. m.), 
défaire un amarrage. 

DÉMASQUER, ôter le masque, fig. mettre 
à nu, d^écouvrir (une batterie). 

DÉMÊLER, contraire do mêler; fig. dé- 
brouiller, débattre une affaire, reconnaître 
qqch. au milieu de beaucoup d'autres, discer- 
ner. — D. démêlé, querelle, pr. action de 
débrouiller une affaire ; démêlement, -oir. 

DÉMEMBRER, it. smembrare, = dépecer, 
mettre en pièces, dér. de membre. — D. dé- 
membrement. 

DÉMÉNAGER, opp. de emménager, voy. 
ménage. 

DÉMENCE, L. demeniia (démens, sans 
raison). L'ancienne langue employait le verbe 
se démonter dans le sens de se lamenter. 

DÉMENER (SE), it. dimcnarsi, esp. me- 
nearse. Se mener = se conduire ; se démener 
= s'éloigner de la convenance dans una 
affaire, user de violence, se débattre; cp. 
déportement. Anciennement, démener n'avait 
pas toujoui*s un mauvais sens, c'était l'équiva- 
lent de diriger. Le subst. démènement (cp. 
angl. demeanour) est tombé en désuétude. 

DÉMENTIR, prov., esp. dc^mentir^ it. 
smentire, BL. dismentiri, convaincre de men- 
songe, prouver comme faux; se démentir, 
s'accuser de mensonge, se contredire; en 
pari, de choses, ne pas répondre à ce que 
l'on en attend, se montrer en défaut. Les an- 
ciens disaient « desraentir le haubert « , dans 
le sens de le percer ; c'est propr. faire voir sa 
faiblesse, son incapacité do remplir sa tâche, 
le mettre en défaut ; on employait de la môme 
manière le verbe fausser. Au fond du mot, on 
le voit, il y a l'idée d'annuler le mensonge, de 
mettre la vérité à nu. — D. subst. démenti. 

DÉMÉRITER, c'est faire le contraire do 
mà'ite}'. — D. défnérite. 



DÉMESURÉ, hors de mesure, excessif. 

DÉMETTRE, opp. de mettre, mettre lioi-s 
de sa place, disloquer, déposséder. Le terme 
français ne correspond pas logiquement au L. 
demittere, pas plus que le substantif rfe^i* 
sion (v. c. m.) au L. demissio. Le préfixe de 
du vocable français est négatif, c.-à-d. le de 
latin marquant éloignement, partant privation; 
dans le mot latin il exprime l'abaissement. 
Le vfr. a généralement démettre et non pas 
desmettre; le type latin, est donc bien de-mit- 
tere et non pas dis-mittere ou di-mittere. La 
dernière forme, cependant, peut être invo- 
quée en faveur du verbe « dém^tre d'un em- 
ploi »» ; cp. Tangl. dis-miss. 

DEMEURE, it. dimora, esp., prov. demora, 
subst. verbal de demeurer. 

DEMEURER, 1. s'arrêter, rester, tarder; 
2. séjourner, habiter. C'est le L. demorari 
(morari), dans le sens neutre de ce verbe. — 
D. demeure, 1. séjour, retard (signification 
propre déjà au L. mora), 2. .habitation; cp. 
maison = mansio, de m4i7iere, rester, de- 
meurer; demeurant, subst., = reste; loc. 
adv. au demeurant = au reste. 

DEMI, adj. L. dimidius, 

DÉMISSION, vfr. desmission, angl. dismis- 
sion, d'un type latin dis-missio (cp. l'ail, ent- 
lasswig). — D. démissioiuier, -aire. 

DÉMOCRATIE, gr. ^rnio^pkxn^, gouverne- 
ment du peuple ; de ce subst. abstrait on a 
dégagé le subst. personnel démocrate ^ qui 
est attaché à la démocratie. — D. démocra- 
tique, -isme. 

DEMOISELLE, anc. damoiselle, voy. dame. 

DÉMOLIR, L. demoliri, contraire de mo- 
IhH, bâtir. — D. démolisseur; démolition, L. 
demolitio. 

DEMON, L. dœmon (5af/iwv), esprit, génie. 
— D. démoniaque, du gr. oai/zovtxxo'î. 

DÉMONÉTISER, terme mod. tiré directe- 
ment du L. moneta, type du fr. monnaie. 

DÉMONSTRATION, -ATEUR. -ATIP, L. de- 
monstratio, -ator, aiivus; mots savants, tan- 
dis que démontrer, = L. demonstrare, ap- 
partient au fonds commun de la langue. 

DÉMONTER, pr. faire tomber ou descendre 
ce qui était monté, dressé, défaire ce qui était 
assemblé, arrangé. Voy. monter, 

DÉMONTRER, anc. demonstrer, du L. de- 
monstrare. 

DÉMORDRE, cesser de mordre, lâcher prise ; 
anc. employé en sens actif « démordre une 
opinion »». 

DÉMOUVOIR, L. democei^e, écarter. 

DÉNAIRE, adj., L. c^nanu^, qui contient 
le nombre dix. Le môme type a produit denier 
= dis as; cp. primaire et premier. 

DÉNATU^R, faire changer de nature, cp. 
défigurer. 

DENCHÉ, t. de blason, v. de^U. D'un type 
latin denticatus. 

DÉNÉGATION, L. denegatio. 

DÉNI, subst. verbal de dénier, 

DÉNICHER, pr. faire sortir du nid, fig. dé- 
busquer d'une retraite. Voy. ni^^her. Le con- 
traire, *« faire entrer au nid, faire couver «, se 



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DÉP 



— 148 — 



DÉP 



rendait autrefois par anicher (« un anicheur 
de poules », Noël du Fail). — D. déyiicheur, 

DENIER, L. deitarius, voy. dénaire, 

DÉNIER, L. denegare; voy. nier. — D. 
subst. verbal déni, 

DÉNIGRER, L. denigrare, noircir ; le mot 
français n'a plus que le sens figuré ; cp. ail. 
amchwârsen. 

DÉNOMBRER, L. denumerare, 

DÉNOMMER, L. denominarc, — D. déno- 
mination, -ateiir, -cUif, L. denominatio, -ator, 
-ativus. 

DÉNONOER» L. denuniiare. — D. cT^ion- 
dation, -ateiir^ L. denuntiatio, -ator. 

DÉNOTER, L. dcnotare (de nota, signe, 
comme designarc de signuai), 

DÉNOUER, défaire lo nœud, opp. de nouer, 

DENRÉE, prov. denairada, esp. dinerada, 
it. derrata, duBL. rfc«ara/a (aussi denariata), 
pr. somme ou valeur d'un denier [denariiis], 
puis valeur d'une chose en deniers, enfin toute 
espèce de marchandise qui s'acquiert à beaux 
deniers comptants; auj. principalement mar- 
chandise destinée à la nourriture. 

DENSE, L. dcnsiis, — D. densité, L. den- 
sita s. 

DENT, L. dcns, gén. d^ntis — D. de)i' 
taire^ L. dentarius ; dental, L. dent^lis ; denté, 
L. dentatus, opp. édenté; dentia', denture, 
dentiste; dentelle (v. c. m.); dentition, L. den- 
titio, du verbe dentire, faire ses dents. — Les 
t. de blason denché, denchure accusent pour 
source un type verbal denticare. 

DENTEIJiE, pr. petite dent, puis tissu à 
bords dentelés; aujourd'hui, cette définition 
ne suffirait plus à ce que nous appelons une 
dentelle. Le terme allemand spitsen = den- 
telles ne dit également que pointes. Ane. den- 
tille, qui répond à un type denticula, — D. 
dentelé, lire. 

DENTIFRICE, L. dentifricium, litt. frotte- 
dent (mot employé par Phne). 

DÉNUDER, L. denudare (nudus), mettre à 
nu. — La forme dànudcr est savante ; le fran- 
çiiis du fonds conmuin a, d'après la i-ègle gé- 
nérale de la suppression de la consonne 
mé dialc, la fomie dénuer. 

DÉNUER, voy. l'art. pi*éc. ; de mettre à nu 
s'est déduite l'acception* dépouiller de ce qui 
est nécessaire. — D. dénihnent. 

DÉPAREILLER, opp. de ajipareiller, 

DÉPARER, faiix3 le contraire de parer 
(orner), enlever ce qui pare. 

DÉPARIER (le i)euple dit plus naturelle- 
ment dépairer), sé^wirer ce qui fait la jyaire, 
opp. de appaHei\ 

DÉPARLER, cesser de parler ; en vfr. = 
parler en mal, décrier. 

DÉPART, voy. départir. 

DÉPARTEBIENT, voy. l'art, suivant. — D. 
élépartemetrtal, 

DÉPARTIR, anc. despartir, ïi.spartire, esp. 
despartir, L. dispartir e, 1. acception propre: 
distribuer, partager, diviser ; de là procède 
lo dérivé départ, séparation, triage, ai dépar- 
tement, pr. division ; 2. signification déduite, 
inconnue au latin classique : se départir, se 



séparer, se désister, s'éloigner, s'en aller ; de 
là le subst. départ (anc. aussi, tiré du parti- 
cipe, départi^, Voy. aussi partir, qui pré- 
sente les mêmes variétés d'acception; cp. l'ail. 
scheiden, v. a. -■ diviser, v. n. = partir. 

DÉPASSER, 1 . aller au delà, devancer, ex- 
céder en longueur ou en largeur (le préfixe 
est le L. de), 2. ft. d'arts et met.) retirer ce 
qui était passé (le préfixe est le négatif dis). 
Dans le premier ordre d'acceptions, le préfixe 
n'igoute guère au sens du verbe simple que 
l'idée d'un point servant de départ à la com- 
paraison, ou bien simplement l'idée d'éloigné 
ment, d'écart. 

DÉPATSER, litt. mettre hors de son pays; 
fig. dérouter, désorienter. 

DÉPECER, ou dépiécer, it. spezzare, mettre 
en pièces. Voy, pièce. L'ancienne langue disait 
aussi simplement pecier, peçoyer, 

DÉPÊCHE, voy. l'art, suiv. 

DÉPÊCHER, it. dispacciare, spacciare, esp., 
port, despachar ; subst. it. dispaccio, spaccio, 
esp. despacho, fr. d6pêchb. C'est le contraire 
de empêcher (v. c. m.). Quoique dépécher cor- 
responde, quant aux significations et même 
quant à la représentation métaphorique qui 
les a produites, au L. expedire, il n'est pas 
permis de rattacher le mot français, et encore 
moins ses analogues it. et esp., à un primitif 
latin dis-pedire ou dispedicare (ou, comme 
veut Ménage, depediscare). Nous le montre- 
rons à l'art, empêcher. Le sens fondamental 
de dépêcher est débarrasser. Il faut, toutefois, 
convenir que la forme vfr. despeecher, con- 
currente de despescher, accuse bien réelle- 
ment un type dispedicare, 

DÉPEINDRE, L. depingere. 

DÉPENAILLÉ. Ou ce terme s'appliquait 
d'abord aux oiseaux dans le sens de déplumé, 
ou plutôt « qui a le plumage en désordre »» 
(BL. depennare, déplumer), et vient du mot 
penne, L. penna = plume ; ou bien c'est un 
dérivé du vfr. dépané, déchii-é, en haillons 
(BL. depanare,= dilacerarc), qui a pour pri- 
mitif le L. pannus, morceau, lambeau, pan. 
Le mot penaille et l'analogie de déguenillé 
parlent en faveur de la seconde étymologie. 

DÉPENDRE, 1. sens actif, opp. dépendre, 
détacher une chose pendue ; 2. sens neutre, du 
L. dependcre, être subordonné, assiyetti ; de 
là : dépendant, -atice; 3. vfr. despendre, auj. 
dépendre, du L. dispendcre, dépenser. De ce 
dernier verbe latin procède le part, dispensus, 
d'où fr. despens^ dkpbns, ce qu'on dépense, 
frais ; puis BL. dispensare, fréq. de dispen- 
dcre, d'où fr. DKPENSKR. Le latin classique 
avait également produit un fi-éq. dispotsarc, 
mais avec le sens de distribuer ; c'est notre fr. 
DISPENSER (v.c.m.) = distribuer, qu'il faut dis- 
tinguer à son tour, étymologiquement, de dis- 
penser = exempter. 

DÉPENS, voy. dépendre, dans sa troisième 
acception. 

1. DÉPENSE, subst. verbal de dépoiser, 
voy. dépendre, treisième acception. — T^.dé- 
jycnsicr, acy., qui aime la dépense. 



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DÉP 



— 149 — 



DÉP 



2. DÉPENSE, promtuarium, lieu où Ton 
conserve et où Ton distribue les provisions de 
bouche, office, cambuse d*un vaisseau, subst. 
de vfr. despenser, notre dispenser actuel. — 
D. dépensier t économe, maître d'hôtel. 

DÉPENSER, voy. dépendre. 

DÉPERDITION, L. deperditio* (deperdere), 

DÉPÉRIR, L. de-perire. — D. dépérisse- 
ment, 

DÉPÊTRER, anc. depentrert débarrasser 
les pieds d'une entrave, opposé de empêtrer. 
Ces verbes, correspondants de l'it. impasto- 
jare et spwttqfare, ont pour primitif le vfr. 
posture (voy. paturon), BL. pastaritim (it. 
jjojfo/a) =■ compedos quibus equi, ne aberrent 
in pascuis, impcdiuntur, entraves dos chevaux. 
Empêtrer, dépétrei' sont des contractions de 
empâture9\ dépàturer (cp. accoutrer, de cul- 
ture, cintrer, de ceinture). Uétymologio de- 
petrar e (pet ra) est tout à fait rojetable. 

DÉPEUPLER, contraire de peupler. 

DÉPILER, L. depilare (de pilus, poil). 

DÉPISTER, découvrir la piste, — La struc- 
ture de ce verbe parait faite par assimilation 
à découvrir, dénicher. 

DÉPIT, despit* prov. despieg, chagrin mêlé 
de colère, déplaisir, humeur, du L. despectus, 
dédain, mépris (subst. de despicere, litt. voir 
du haut en bas). Pour la forme du mot fr., cp. 
répit de rcspectus, confit de confectus. Le 
sens classique prévaut encore dans la locution 
en dépit de, au mépris de, malgré, anglais in 
spiicof{cespitc est une mutilation de despité), 
— D. dépiteux *; dépiter = fâcher. Notez que 
le dépiter actuel est tiré de dépit ; c'est mettre 
en dépit. Par contre, le vfr. despiter, comme 
le prov. despeytar, it. dispettare, est le L. 
despectare, mépriser, fréq. de despicere. Ce 
dernier s*était aussi introduit dans l'ancienne 
langue sous la forme despire (cp. confi- 
cere, fr. confire), et se retrouve encore dans 
Tangl. despise. L'anc. langue avait aussi un 
a^j. despit = lat. despectus au sens de mépri- 
sable et de méprisant. 

DÉPLAOER, mettre hors de sa place ; le dé 
est le préfixe de Téloignement. 

DÉPLAIRE, anc. infinitif desplaisir, opp. 
déplaire; cfr. L. displicere. — D. déplaisir 
subst., déplaisant, -ance. 

DÉPLIER, anc. desplier, d'un verbe L. dis- 
plicare (inusité; on trouve bien de-plicare, 
mais le préfixe des du vfr. accuse un type 
dis), ^^^ 

DÉPLORER, L. deplorare, 

DÉPLOTER, forme secondaire de déplier. 

DÉPLUMER, L. deplumare. 

DÉPOPULATION, L. depopulatio. 

DÉPORTER, L. deportare, exiler. Se dé- 
porter a pris le sens littéral : se porter loin, 
se tenir à l'écart, puis s'abstenir, se désister. 
— Au moyen âge, deportare etdéporter avaient 
l'acception excepter, exempter, épargner; elle 
s'est tout à fait effacée. Comme divertir, pr. 
tourner en sens divers, et distraire, sens ana- 
logue, le mot déporter a revêtu aussi le sens 
de s'amuser ; enfin, nous lui trouvons encore 
l'acception du L. se gerere dans le subst. rf^- 



portement, conduite (ordinairement pris en 
mauvaise part), cp. fr. se coynporter, angl. 
portance, ail. betragen, conduite. — D, dé- 
port (dans l'acception délai, ce subst. accuse 
l'existence d'un ancien verbe déporter, avec le 
sens du L. differre, dont il est la traduction 
exacte), déportement, -ation. 

DÉPOSER, prov. depausar, composé de po- 
ser, d'après l'analogie du L. deponere, 

DÉPOSITAIRE, h.depositarius (depositum). 

DÉPOSITION, L. depositio. 

DÉPOSSÉDER, mettre hors de possession ; 
mot de création moderne et fabriqué comme 
si posséder signifiait mettre en possession ; 
mieux valait le vfr. despossesser (angl. dis- 
possess) = ex possessu mittere ; dépossession, 
action de déposséder, état d'une personne dé- 



DÉPOT, du L. depositum, depos'tiim. 

DÉPOTER, ôter du pot. 

DÉPOUILLER, csp. despojar, prov. despol' 
har, it. spogliarc, du L. despoliare, — D. dé- 
pouillement, action de dépouiller ; dépouille, 
ce qui reste après le dépouillement, puis ce 
que laisse une personne à sa mort. Ce com- 
posé s'est substitué au simple latin spolium, 
qui se retrouve dans vfr. espoilles, angl. 
spoils = dépouilles enlevées à l'ennemi, it. 
spoglio, spoglia (dégénéré aussi en scoglia), 
V. esp. espofo. Du Cange consigne BL. dis- 
polia dans une pièce de 834. 

DÉPOURYOIR, opp. de pourvoir; loc. au 
dépourvu = sans être pourvu ou préparé, à 
l'improviste. 

DÉPRAVER, L. depravare (de pravus, per- 
verti). 

DÉPRÉOATION, L. deprecatio (precari, 
prier). Cp. ail. abbitte. 

DÉPRÉCIER, L. depretiare (T^Tciium), bais- 
ser le prix, la valeur. Le bon mot français est 
dépriser. 

DÉPRÉDER, L. deprœdari {prœda, proie). 
— D. déprédation , -ateur, L. depr»datio, 
deprsedator. 

DÉPRENDRE, détacher, séparer; se dé- 
prendre, au fig., est l'antonyme de s* éprendre. 
Le part. vfr. despris signifiait dénué, pauvre, 
misérable. 

DÉPRESSION, L. depressio (deprimere). 

DÉPRIER, 1 . demander une remise au sei- 
gneur, du L. deprexiari (prier pour détourner 
un mal); de là l'anc. subst. dépri; 2. retirer 
une invitation, opp. àe prier, 

DÉPRIMER, L. de-primere (de premere, 
presser). Le vfr. disait depraindre, depresser. 

DÉPkISER despriser*, prov. despresar, 
fait double emploi avec déprécier; c'est un 
composé de priser, moins négatif que mépri- 
ser. — Subst. verbal d^^rts *. 

DÉPUCELER, priver du pucelage, voy. pu- 
celle. 

DEPUIS, voy. puis. 

DÉPURER, L. depurarc. — D. dépuration, 
dépuratif, -atoire. 

DÉPUTER, L. deputare, assigner, destiner, 
désigner pour. — D. député, -ation. 



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DÉR 



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DÉS 



DÉRACINER, arracher avec la racine, cp. le 
L. eradicare, exstirpare. Le picard déracher 
a pour type dis-radicare. Cp. arraclier, 

DÉRAILLER, sortir des rails. Voy. rail. 

DÉRAISON, contraire de raison. — D. dé- 
raisonner, -able. 

DÉRANGER, opp. de ranger, arranger. 

DERECHEF, voy. chef. L'it. da capo dit 
simplement dechef. 

DÉRÉGLER, faire sortir de la râgle. -— D. 
déréglé, -einent. 

DÉRISION, L. derisio (ridere); dérisoire, L. 
derisoriiis. 

DÉRIVE, subst. verbal de dériver 2. 

1 . DÉRIVER, vfr. des-river, quitter le ri- 
vage, de rire. 

2. DÉRIVER, vfr. dériver, 1. couler ou 
faire couler (lîg. provenir) de; 2. sortir ou- 
faire sortir de son courant. Du L. derivare 
(rivus). Nous ne voyons pas ce qui a pu enga- 
ger Chevallet à mettre dériver en rapport 
avecl'angl. drive (ail. treiben). Il-existe, à la 
vérité, dans le vieux fr., un verbe driver dans 
la locution « laisser driver un bateau »» p. le 
laisser flotter à la merci du courant; il se 
peut bien que ce terme de navigation soit 
empninté à l'angl. drive ou au flam. drijven, 
fluitare, fluctuare, mais il est indépendant du 
mot dériver. — D. dériver, dérivation, -atif. 

DERlfE, gr. iip/ix, peau. 

DERNIER, contraction de vfr. derrenier p. 
derrainier ; or, celui-ci est dérivé de Tancien 
adj. derrain, = dernier. Quant à derrain, 
vfr. dceiTain, il représente une forme barbare 
latine deretranus (de de rétro, dont un autre 
dérivé deretrariits a produit le prov. derrier 
= dernier). Le dernier est donc étymologi- 
quement celui qui est le plus par derrière, ou 
en arrière (v. c. m.). 

DÉROBER desrober, BL. derobare et dis- 
robare, dépouiller (qqn.), piller, enlever fur- 
tivement, puis soustraire, cacher. Se rap- 
porte à BL. roba, comme despoliare à spolium 
(dépouille) ; c'est pr. priver de la roba, pris 
dans le sens large de supellex en général 
(biens, vivres, équipement). Voy. robe. 

DÉROGER, du L. de-rogare, déroger à une 
loi. Du sens prinntif : annuler une partie d'une 
loi, porter atteinte à un droit, découle l'idée 
de manquer à son honneur, se discréditer, 
s'abaisser. — D. dérogation, L. derogatio; 
dérogeance. 

DÉROULER, étendre ce qui était roulé; 
terme analogue à déplier, développer, 

DÉROUTE, vfr. desroute, est la représenta- 
tion exacte du L. disrupta, substantif parti- 
cipial de disrumpere, vfr, dssrompre, rompre 
une ligne de bataille à divers endroits. L'it. a 
dans le même sens rotta, esp., port., prov. 
rota, et en vfr. route s'employait aussi p. dé- 
route. Tous équivalent au L. rupta. Le subst. 
route (v. c. m.), chemin, est étymologique- 
ment connexe avec route et déroute «= dé- 
faite. 

1. DÉROUTER, mettre hors de la bonne 
route (v. c m.). 



2. DÉROUTER (se), vfr. desrouter, rompre 
les lignes, .se débander; de dis-ruptare, fréq. 
de dis-rumperc. Voy. déroute. 

DERRIÈRE, it. dietro (p. diretro), prov. 
dereyre, du composé BL. de-retro, comme 
arrière de adretro. L'adverbe s'est substantivé 
dans le derrière, cp. V arrière, le devant. 

DERVICHE ou dervis, du persan denoisch, 
pauvre. 

DES, gén. plur. de l'article défini, contrac- 
tion de dels ; c'est donc le pluriel de del, voy. 
du. Comparez vfr. jf65 ^.jels = je les. Pour 
l'élision de l, cp. vfr. <w p. dis = aux. 

DÉS, depuis, à partir de, vfr. aussi dois, 
prov. des, deis, v. esp., v. port, des, n. esp. 
desde = des de. On a généralement expliqué 
cette préposition par une concrétion de de 
ipso ou de isto s. e. illo tempore, à partir de 
ce temps-là. Diez, suivi par Littré, est d'un 
autre avis; pour lui, dès représente l'associa- 
tion des deux prépositions latines de et ex. Il 
appuie cette opinion sur le caractère exclusi- 
vement prépositionnel de dès et en citant vfr. 
desanjs = de ex ante, v. esp. desent = de ex 
inde, desi = do ex ibi, esp. inod. despues = 
de ex post. Ces difl'érentes combinaisons néo- 
latines ont déjà en quelque sorte leur précé- 
dent dans le L. exante et exinde. — On trouve 
encore dès dans la combinaison adverbiale 
déso7*mais (v. c. m.). 
DÉS-, préfixe, voy. dé-, 
DÉSAPPAREILLER, 1 . enlever un appareil, 
un vêtement, une parure (signification obso- 
lète) ; 2. =• dépareiller. 

DÉSAPPOINTER, voy. appointer. 
DÉSARÇONNER, jeter hors des arçons. 
DÉSARROI, voy. sous agrès. 
DÉSASTRE, prov. desastre, it. disastro, 
pr. astre contraire, infortune ; cp. l'ail, «n- 
stern. — D. désastreux. 

DESCELLER, ôter le scel (sceau). 
DESCENDRE, du L. de-scendere (scandere). 
En vfr. descendre s'employait aussi p. con- 
descendre. — D. descente (d'un supin barbare 
descenditum ; le vfr. descense vient du supin 
classique desccnsum) ; desceiuiant, -ance. 

DESCRIPTION, -TIP, L. d^scHptio, -tivus, 
de describcre = fr. décrire, 

DÉSEMPARER, voy. emparer. — Autre- 
fois = démanteler (une place forte). 

DÉSERT, a^., L. desertus (part. pass. de 
desererc, abandonner); désert, subst., L. 
desertum ; déserter (ce verbe s'est aussi em- 
ployé jadis dans le sens do rendre désert), L. 
desertare', fréq. do deserere; désertion, L. 
desertin; déserteur, L. desertor. 
DÉSERTER, voy. désert, 
DÉSESPÉRER, négation de espérer ; déses- 
poir, négation do espoir. Le latin rendait la 
négation par le préfixe privatif de : de-spe- 
rare, d oii vfr. dcsperer, despoir. 

DÉSHÉRENCE, absence d'héritiers, com- 
posé du préfixe négatif dés et do hérence, 
dérivé de heir', hoi7'', héritier. 

DÉSHÉRITER, priver d'héritage; de dis et 
hœreditare' = hœredem fac<îre. 



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DES 



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DÉT 



DÉSIGNER» L. designare. Le même mot 
latin s'est vulgarisé en dessigner* dessiner 
(v. c. mj. 

DÉSINENCE, L. desinentia, de desinere, 
terminer. 

DÉSINTÉRESSER, le contraire de intéres- 
ser , propr. mettre les intérêts do qqn. hors 
de cause, les tenir saufs; dés-intéressé ^ adj. 
= qui détache son intérêt dans une aifaire ou 
qui en fait abstraction. — D. désintéresse- 
ment. 

DÉSINVOLTE, adj. employé par Voltaire, 
Chateaubriand, etc., imité de l'it. dis-involto, 
pr. non enveloppé (du L. involveré), libi-e, 
dégagé. — D. désinvolture, it. disinvoltura, 
tournure désinvolte. 

DÉSIR, subst. verbal de désirer; le mot ne 
vient pas, comme c'est le cas pour le vfr. 
desier, prov. désire, du L. desiderium, — 
D. désireux. 

DÉSIRER, du L. desiderare ; cp. vfr. con- 
sirer de considerare. — D. désir, désirable. 

DÉSISTER, jadis neutre, aiy. pronominal, 
L. desistere, litt. se t«nir loin. 

DÉSusuvidr, opp. de œuvré' = occupé, 
voj. œuvre. — D. désœuvrement, 

DÉSOLER, convertir en solitude, en désort, 
ravager, du L. desolare (solus), 1. ravager, 
dévaster, 2. fig. jeter dans le délaissement, 
dans l'affliction {** desolatus et exspes n). Le 
mot n'a que l'apparence d'être l'opposé de 
consoler, — D. désolant, -ation. 

DÉSOPILER, désobstruer, déboucher, néga- 
tif du L. oppilare, boucher. 

DÉSORMAIS, combinaison de des ore mais 
«=» dès cette heure en plus, c.-à-d. en avant, 
locution tout à fait analogue à dorénavant, 
qui est une concrétion de « de ore en avant « , 
it. d'or inyiansi. 

DÉSOSSER, dépouiller de ses os. 

DESPOTE, gr. ZitTtôxtn, maître, seigneur. 
— D. despotique, -isme. 

DESSAISIR, autrefois actif, = dépouiller, 
déposséder, voy. saisir; se dessaisir, se dé- 
pouiller, céder ce que l'on avait. — D. dessai- 
sissement, 

DESSÉCHER, du L. de-siccare (siccus), d'où 
les mots savants dessiccation, -atif. — D. des- 
sèchement. 

DESSEIN, it. disegno, esp. designio, angl. 
design, pr. tracé, puis plan, projet, inten- 
tion ; ce mot n'est qu'une variété graphique 
de dessin (voy. dessiner). 

DESSERRER, relâcher ce qui était serré. 
Subst. verbal d^serre, dans la locution « être 
dur à la desserre » , desserrer avec peine les 
cordons de sa bourse. 

DESSERT, DESSERTE, voy. desservir. 

DESSERTIR, opp. de servir, enchâsser. 

DESSERVIR, 1. opp. de sei^ir, enlever le 
service ou les mets d'une table ; de cette signi- 
fication relèvent : le subst. masc. dessert, ce 
que l'on sert à table quand les plats princi- 
paux ont été enlevés (l'allemand dit pour des- 
sert : nach-tisch, litt. arrière-table) ; puis le 
subst. fém. desserte = les mets desservis; 
2. = mal servir, rendre un mauvais office, 



nuire ; 3. = L. deservire, servir avec zèle, 
avec soin, remplir une fonction, faire le ser- 
vice d'une cure, de là desservant, prêtre fonc- 
tionnant, desserte, fonction du desservant; 
4. mériter (cp. ce verbe mmY<?r lui-même, qui 
dérive de merere, signifiant à la fois servir à 
l'armée et mériter) ; cette dernière significa- 
tion de desservir s'est perdue en fr., mais elle 
a survécu dans l'angl. deserve, 

DESSICCATION, -ATIP, voy. dessécher. 

DESSILLER, séparer les paupières, afin de 
faire voir clair; orthographe vicieuse, mais 
autorisée malheureusement, pour déciller, 
voy. cil. Le terme est tiré de l'usage de ciller, 
c.-à-d. coudre les paupières de l'oiseau de 
proie à dresser. 

DESSIN, voy. dessiner. 

DESSINER, anc. dessignsr, it. disegnare, 
esp. diseiiar, du L. designare (signum), 
marquer, tracer (cp. en ail. seichnen, dessi- 
ner, de zeichen, signe). C'est ôtymologique- 
ment le même mot que désigner; celui-ci a 
une forme plus latine que l'autre. — D. subst. 
verbal dessin, orthographié dessein dans le 
sens métaphorique de projet, intention; des- 
sinateur, il faudrait, selon la règle dsssi- 
neur; voy. mon observation au mot accompa- 
gnateur. 

1. DESSOLER, ôter la sole d'un cheval, de 
sole 2. 

2. DESSOLER, t. d'agriculture, changer 
l'ordre des soles d'une terre labourable, de 
sole 1. 

DESSOUS, voy. sous. 

DESSUS, voy. sils, 

DESTIN, voy. l'art, suiv. 

DESTINER, L. destinare, fixer, arrêter, 
désigner. — D. subst. verbal destin, it. des- 
tino, ce qui a été arrêté par la Providence à 
l'égard du sort de qqn., puis synonyme de 
providence, fatalité (cp. L. fatum, litt. ce qui 
a été prononcé, ail. geschick, ce qui a été 
envoyé par la volonté suprême); destinée, 
subst. participial, synonyme de destin, mais 
exprimant plus particulièrement l'effet du 
destin. 

DESTITUER, L. destituere (statuere), litt. 
=«= déplacer. — D. destitution. 

DESTRIER, it. destriere, du BL. dextra- 
rius (dérivé du L. dexter, vfr. destre), pr. le 
cheval que l'écuyer conduisait à sa droite, 
avant que le chevalier montât dessus; c'est 
donc propr. le cheval du chevalier, puis che- 
val de distinction, de bataille. 

DESTRUCTEUR, -TION, -TIF. L. destructor, 
•tio, -tivus, de destruere (fr. détruire), par le 
supin latin destructum. — Destructible, L. 
destructibilis, d'où destructibilité ; indestruc- 
tible. 

DÉSUÉTUDE, L. de-suetudo (opp. de con- 
suetudo, coutume), perte d'une habitude. 

DÉTÂCHER, destachier, it. staccare, opp. 
de attacher (v. c. m.); délier, défaire, puis par 
extension, séparer, éloigner. — D. détache- 
ment, 1 . action do détacher, éloignement, 2. 
partie de troupe détachée pour une mission 
particulière. 



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DÉT 



— 152 — 



DÉV 



DÉTAIL, subst. vcrb. de détaille}'. 

DÉTAILLER, pr. tailler en pièces, puis 
vendre par petites parties, ûg. exposer minu- 
tieusement. — D. détail, détaillant. 

DÉTALER, destaler*, opp. do étaler (v. c. 
m.); c'est remballer sa marcliandise , ûg. 
décamper, s'en aller au plus vite. — D. déta- 
lage.^ 

DETEINDRE, desteindre, opp. de teindre; 
faire perdre ou (sens neutre) perdre la cou- 
leur. 

DÉTELER, desteler\ opp. ào' atteler (v. c. 
m)., 

DETENDRE, destendre* opp. de tetidre; ce 
n'est pas logiquement le L. distetulere, qui 
signifie étendre, déployer. On trouve en latin 
de-tenderc dans le sens de notre détendre. — 
D. détente (cp. tente de tendere). 

DÉTENIR, L. d^jtinere, d'où detcntor, fr. 
détenteur; detentio, fr. détention. 

DÉTENTE, voy. tendre. 

DÉTENTEUR, -TION, voy. détenir. 

DÉTEROER, -ENT. L. d^ergere, -ens. 

DÉTÉRIORER, L. deteriorare, de deterior, 
pire. — D. détérioration. 

DÉTERMINER, L. detei-minarc (terminus), 
pr. marquer les limites, d'où l'idée circon- 
scrire, arrêter, fixer, préciser, résoudre. — 
D. détermination, décision, résolution; acy. 
déterminé, résolu (sens actif). 

DÉTERRER, tirer déterre, opp. de etUerrer; 
logiquement égîiMiL exhumer de humus, terre, 
opp. de inhumer. 

DÉTERSIF, dér. fle L. detersum, supin do 
detergerc, essuyer. 

DÉTESTER, L. detestari, pr. prendre (les 
dieux) à témoins, puis maudire, exécrer. 

DÉTIRER, d^tirer\ tirer en tous sons. 

DÉTISER, éloigner les tisons les uns dos 
autres, voy. attiser. 

DÉTONER, faire explosion, du L. detonare, 
éclater comme la foudre. — D. détO)iation, 
L. detonatio. 

DÉTONNER, sortir du ton, fig. faire dispa- 
rate. — D. détomiation. 

DÉTORDRE, 1. défaire ce qui était tordu, 
opp. de tordre, = L. distorquere; 2. dans « se 
détordis le pied »» , augmentatif de tordre, =* 
L. detorquere. 

DÉTORQUER, mot savant, du L. detor- 
quci'e, détourner par violence. 

DÉTORS. opp. de tors, tordu. 

DÉTOUPER, opp. de c'touper. 

DÉTOUR, subst. verbal de détourner. 

DÉTOURNER, destourner , pr. tourner en 
sens contraire, faire changer do direction, 
faire quitter le droit chemin. — D. détour, 
changement de direction, chemin qui éloigne 
de la Hïutc, fig. biais, ruse; détournement, 
action de soustraire qqch. à sa destination. 

DÉTRACTER, L. d^tractare, ravaler, déni- 
grer, fréq. de detrahere, tirer en bas; cp. 
ail. herabjfiehen = détvacter ; du supin cù' 
tractum : detractor, fr. détracteur; dctractio, 
fr. détraction. 

DÉTRANGER. cliasser les animaux nuisibles 
aux jardins ; renforcement par de de l'ancien 



verbe estra)igiei% mettre dehors, chasser, BL. 
extranearc (extraneum facere). 

DÉTRAQUER, pr. faire sortir de son allure 
habituelle, voy. trac, traquer; cp. le nécrl. 
vertrekkcn, déranger une chose en la faisant 
bouger de place. 

DÉTREMPER^ 1. opposé de tremper, faire 
perdre la trempe; 2. intensif de tromper; 
pour dé-, cp. délayer. — D. détrempe, 

DÉTRESSE, vfr. destrece, prov. destreissa, 
subst. verbal d'un ancien verbe d-estrecier, 
destresse}', prov. d^treissar, répondant à un 
type latin distiHctiare, formé lui-môme du 
part, district us (stringere), serré, oppressé. 
Détresse est donc logiquement égal à angoisse, 
qui vient de angustus, étroit, serré. 

DÉTRIMENT, L. detrimentum, dommage 
(de deterere, user en frottant). 

DÉTRITUS, du L. détritus, part, do dete- 
rere, user en frottant. 

DÉTROIT. £/e5(roi«', prov. destreit,destreich, 
représente le bas-latin districtum (de distrin* 
gère; cp. étroit de strictus) = via stricta, pas- 
sage étroit, gorge, défilé. Dans Tanc. langue, 
l'adj. destroit signifiait oppressé, tourmenté, 
et l'on disait estre en destroit, pour être à 
l'étroit; comme subst., ce mot était synonyme 
do détresse (v. c. m.). Le subst. bas-latin dis- 
trictus, d'où nous est resté le terme savant 
district, se rattache au même primitif latin ; 
il signifiait : 1 . amende, punition pécuniaire, 
d'après le verbe BL. distringe7*e (vfr. destrain- 
dre) en son acception punir, châtier (cp. cmi' 
traindre); 2. droit de justice; 3. étendue d'une 
juridiction, ressort administratif, circonscrip- 
tion; c'est le dernier sens qui est resté au mot 
fr. district (vfr. aussi destroit), it. distretto, 
esp. distrito. 

DÉTRÔNER, déposséder du t9'ô)ie. 

DÉTROUSSER, 1. opp. de trousser; 2. dé- 
pouiller qqn. de ses trousses, c'est-à-dire de 
son bagage; cp. dévaliser. 

DÉTRUIRE, destruire*, du L. destruere 
(struero), abattre, démolir. 

DETTE, L. débita deb'ta, plur. de debitum 
(dcbero). ce qui est dû. — D. eiidetter. 

DEUIL, vfr. duel, subst. verbal de l'ancien 
verbe doloir = L. dolei^e (cp. le vfr. vuel voel, 
volonté, de voloir r>ouloir). 

DEUX, vfr. d^us (au nominatif doi, dut), 
do l'accusatif lat. duos. — D. deuxième; cps. 
vfr. ambedui, aïidui = L. ambo duo, tous 
les deux. 

DÉVALER, descendre ou faire descendre, 
de tal (v. c. m.); cp. avaler, ravaler. Le pré- 
fixe dé marque ici le mouvement descendant. 

DÉVALISER, pr. dépouiller de la valise (v. 
c. m.). C\i. détrousser. 

DEVANCER, de devant, comme avancer de 
avant, voy. sous ains. — D. devance* (cp. 
av vice), d'où le subst. devancie7\ 

DEVANT, voy. sous ains. — D. devantier 
(anc. aussi devayitait), tablier; devantière; 
dccaiiture; devancer (voy. ce motK 

DÉVASTER, L. devastare (vastiis). 

DÉVELOPPER, it. sviluppare, prov. desvo- 



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DEV 



153 — 



DÉV 



îopar; opp. de e}we1oppei\ Ces verbes sont des 
composés (avec transi>osition des voyelles) du 
vfr. voleper, envelopper (anc. it. voluppare, 
anc. esp. etprov. volopar)^ lequel se rattache 
au subst. it. viliippo, assemblage confus de 
fils, touffe. Mais l'origine de viluppo reste 
encore à débrouiller. — D. développement, — 
Pour expliquer le thème roman volup, joolep, 
Storm (Rom., I, 187;, fait appel à un type lat. 
volittuare, tiré du subst. vohUits (comme flitc- 
tiiare de fliictus), d*où se serait produit volu- 
jMire comme pipita do pituUa (cp. dv = 6, dans 
lat. bis, bellum p. duis, duelhtm), 

DEVENIR, it. dwenire, du L. décentre, 
auquel le moyen âge a donné Tacception du 
classique evculere, dont le sens littéral corres- 
pon d exac tement à celui de devenire, 

DÉVERGONDÉ, part, do se déx>crgonder\ 
litt. se dépouiller de t>ergonde ou vergogne 
(honte); prov. desvergonhcU, — D. di^'oergon- 
doge. 

DEVERS, forme composée de vers, cp. 
deh ors, devant, dessus, etc. 

DEVERS, L. deversiis, tourné d'un c6té. — 
D. déverser, pencher, incliner (sens actif et 
neutre)^ 

1 . DÉVERSER, incliner, courber, de devers 
(v. c. m.). 

2. DÉVERSER, faire couler, répandre, com- 
posé de verser, — D. déversoir, endroit où se 
port^eTeau superflue d*un étang. 

DÉVIDER, vfr. desvuidier, dérivé de viéLe 
(v.c.m.). Dévider, c'est propr. vider le fuseau. 
— D. dévidoir. Jean do Garlande : Dovacua- 
tric es gal lice dasvitideresses dicuntur. 

DÉVIER, L. deviare (Macrobe), sortir du 
chemin; la bonne forme fr. du mot est : 
dévoyer (v. c. m.). — D. déviation, — Un au- 
tre verbe dévier, formé de vie, s'employait 
autrefois pour mourir, trépasser ; cp. l'expr. 
ail. ableben, 

DEVIN, du L. divinus, employé déjà dans 
la bonne latinité au sens do « ariolandi vel 
divinandi peritus ». — D. deviner, L. divi- 
nare. De là subst. devineur, fém. 1 . devitieuse, 
2. devineresse (cp. défenderesse, pécheresse). 
Cotte dernière forme n'est nullement, comme 
dit l'Académie, le féminin grammatical de 
devin, — Pour le vfr. devinement, on a préféré 
reprendre la forme latine divination (divi- 
natio). 

DEVINER, voy. l'art, préc. 

DEVIS, angl. device, prov. devis, it. diviso, 
est le subst. verbal de deviser = diviser (cp. 
deviner de divinare), it. divisare, esp. devi- 
sar. Lo mot devise (it. divisa, esp. divisa, de- 
visa) n'est également pas autre chose qu'un 
subst. verbal, à forme féminine, du mémo 
verbe. I^es significations do ces mots décou- 
lent toutes d'acceptions particulièi*es déjà au 
L. dividere (prov. devire) et passées naturel- 
lement à son fréquentatif divisare. Deviser 
(commo diviser, son correspondant à forme 
savante) veut dire tout simplement détailler. 
Un devis est la division, le <* détail » d'un projet 
en ses diverses parties, cp. les expressions 
logiquement analogues : le menu d'un dîner, 



les détails d'un récit. En ce qui concerne le 
sens do s'entretenir familièrement, propre 
encore au verbe deviser et auquel se rattache 
le subst. devis, discours, propos, il découle 
du L. dividere, en tant que signifiant détailler, 
exposer, discuter (divisus sermo = menus 
propos, cp. cfiedere sermones, dans Térence, 
Héaut. II, 3, 1). Quant au subst. fém. devise, 
on lui trouve dans l'ancienne langue les trois 
acceptions suivantes : 1. testament, pr. la 
division, le partage des biens; 2. division, 
portion do l'écu (t. de blason); 3. les robes ou 
habits bigarrés (« vesti divisati ») servant de 
marques distinctives soit des emplois que 
l'on occupait, soit des maisons au service des- 
quelles on se trouvait. Ces significations déri- 
vent clairement de l'idée diviser. La significa- 
tion actuelle : signe ou emblème distinctif, 
sentence choisie (cp. l'ail, loahlspruch) parait 
procéder de la troisième do ces applications 
(pr. marque de famille, ou de parti), ou bien 
elle tient à l'acception distinguer, choisir, 
inhérente déjà au L. dividere, mot organisé 
tout à fait de même que dis-cernere. Devise, 
dans sa valeur actuelle, peut aussi être ramené 
à devise «-> division de l'écu, étant d'abord le 
terme propre pour la légende placée au-dessus 
d'une fasce en devise, L'anc. locution à devise 
ou à devis »: à .<;touhait, suivant qu'on se l'était 
proposé, tient au verbe deviser, projeter, sou- 
haiter, lequel, à son tour, peut se ramener à 
divisare, régler les détails d'une affiiiro, si on 
ne préfère y voir un type devisare (dér. de 
devidêre), analogue à l'ail, ab-sehen, d'où 
abs icht, intention. 

DÉVISAGER, 1 . analogue de défigurer, 2. 
regarder quelqu'un longuement et avec effron- 
terie. Cette seconde acception métaphorique, 
omise dans le dictionnaire de l'Académie, dé- 
coule de la première, savoir : arracher le 
visage à qqn. 

DEVISE, DEVISER, voy. devis, 

DÉVOIEMENT, voy. dévoyer. 

DÉVOILER, ôtor le voile. Révéler ne dit lit- 
téralement pas autre chose. 

DEVOIR, L. débere, — D. devoir, subst. 

DÉVOLE. t. de jeux do cartes, vole man 
quéo. — D. dévoler. 

DÉVOLU (on trouve aussi dans l'anc. langue 
le participe devoU), L. devolutus, part, de devol- 
vere, pr. rouler d'un endroit à un autre, 
employé au moyen âge pour : transporter un 
bénéfice de l'un à l'autre; subst. dévolu tio, fr. 
dévolution, transmission d'un bien. La locu- 
tion jeter son dévolu sur tient à l'emploi sub- 
stantival do dévolu au sens de : provision 
en cour de Rome d'un bénéfice vacant par 
incapacité du titulaire; do là les phrases : 
obtenir un dévolu, plaider un dévolu; do 
même, jeter un dévolu sur un bénéfice, c.-à-d. 
l'impétrer, le solliciter par dévolu. C'est ce qui 
a fait donner à ladite locution la valeur de : 
prétendre à qqch., arrêter ses vues sur qqch. 
— Quel est l'infinitif du fr. dévolu f II faut 
bien lui en fixer un, puisque ce participe entre 
dans la coiyugaison (« on lui a dévolu »). On 
ne saurait, d'après l'analogie de résolu, qui 



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DIA 



— iU — 



DIE 



vient de resolvere, lui en établir un autre que 
dévoudre. Les anciens disaient dévolver, mais 
cet infinitif est savant et ne ciidre pas avec le 
participe dévolu (anc. devait). 

DÉVORER, L. devorare, 

DÉVOT, du L. devotus, dévoué, auquel le 
moyen âge a donné la valeur de pieux. — D. 
dévotion, piété, du L. devotio; dévotieux (mot 
mal fait du xvi« siècle). 

DÉVOUER, L. devotare, fréq. de devovere. 
— D. dévouement. 

DEVOYER, vfr. desvoyer, prov. et esp. des- 
viar, it. disviare, détourner de la voie, éga- 
rer ; c'est, au fond, le même mot que dévier, 
mais il a pris le sens actif. Parfois aussi = 
donner le dévoiement. — D. dévoiement, 1. en 
architecture =* inclinaison, en t. de marine = 
écartement de la direction, 2. flux du ventre 
(cp. l'ail. àb-v)eichent litt. = decursus). 

DEXTÉRITÉ, voy. l'art, suiv. 

DEXTRE, destre, vieux mot, « main droite, 
c6té droit, de l'acy. L. dexter (JeÇfre/soî), « qui 
est du côté droit w. Au sens figuré adroit 
(encore vivace dans l'adv. dextrernent) se rat- 
tache le dérivé L. dexteritas, fr. dextérité. 

DI, vieux mot français signifiant jour, du L. 
dies; ne subsiste plus que dans les composés : 
lundi, mardi, etc., jadis, tandis, midi; cet 
élément di est préposé aussi dans dimanche ; 
voy. ces mots. 

DI-, préfixe, voy. dis, 

DIABÈTE, gr. ^ikS^tiîî, m. s., de 5ia6«(v«iv, 
aller à travers. — D. diabétique. 

DIABLE, du L. diabolus [Zix^oloi, litt. le 
calomniateur ou accusateur). — D. diablesse, 
diablerie, diablotin, endiabler, adv. diable- 
ment. — Dérivé dir. du latin ou grec : diabo- 
lique. 

DIACRE, vfr. diacne (pour cette permuta- 
tion n-r, cfr. coffre de cophinus, ordre de 
ordi7iem, pampre de pam2nnus, etc.), du L. 
diaconus (ôià/ovo^), desservant, ministre. Dé- 
rivés du latin : diaco7iesse, diaconie, -at, -al. 

DIADÈME, L. diad^na {ii&BvjfjLOL, bandeau). 

DIAGNOSTIC, -IQUE, du gr. eiayv«aTi/oî; 
DIAGNOSE. gr. ^làyvwffiî, art de discerner (îia- 
yvûjçyetv = L. dignoscere). — D. diagnostiquer. 

DIAGONAL, L. diagonalis, du gr. ^layœvioç, 
qui va d'un angle (ywv{a) à l'autre. 

DIALECTE, L. dialectus {Si&Xtxroi). Ce mot 
dérive de ^la/iyî^aai, s'entretenir, discourir, 
dont relève aussi l'adj. subst. ^ix/sxti/ïî, s. e. 
rkyy/i, l'art de disputer, fr. dialectique, d'où 
dialecticien. 

DIALOGUE, L. dialogus, gr. 5iàl<jyo«, en- 
tretien, de ^iaUys7&3ti, s'entretenir. — D. 
dialoffique, dialogisme, dialoguer. 

DIAMANT, it., esp. diamante, prov. dia- 
man, angl. diamond; par corruption du L. 
adamas, gén. -antis (voy. aimant). Cette cor- 
ruption s'est faite peut-être, dit Diez, par 
quelque influence du mot diafano, diaphane. 
Le vha. avait la forme correcte adamant, 
écourtée et transfonnée depuis en demant 
(encore en usage chez les poètes); auj., les 
Allemands disent, comme les néo-latins, dia- 
m,ant. — D. diamantaire, lapidaire. 



DIAMÈTRE, gr. Siifurpoç, litt. qui mesure à 
travers, expression exactement traduite par 
l'ail, durchmesser. — D. diamétral. 

DIANE, dans - battre la diane », = battre 
le réveil, de l'esp. diana, étoile du matin, qui 
vient de l'aty. diano, dérivé de dia, jour. 

DIANTRE, euphémisme pour diable. 

DIAPASON, L. diapason, octave; de la 
phrase grecque ît« Traiwv ^op^wv wfjupotvU, litt. 
accord sur toutes les cordes ; ^laîraaûv signi- 
fiait chez les Grecs l'octave, comme ^ iii 
«ffoâpwv, la quarte, kJ ôià itivrt, la quinte. 
Aujourd'hui, le mot, détourné do son accep- 
tion originelle, exprime l'étendue des sons 
qu'un instrument ou une voix peut parcourir, 
puis spécialement un instrument d'acier pour 
prendre le ton. 

DIAPHANE, gr. 2iaf>a»}(, transparent. — 
D. diaphanéité (mot mal fait). 

DIAPHRAGME, gr. Siécf payfi,, m. s., pr. 
cloison intermédiaire. 

DIAPRER, varier de plusieurs couleurs, 
dérivé de vfr. diaspre, étoffe de couleur 
bigarrée ou jaspée, drap do soie à ramages, 
à arabesques. Quant à ce dernier, c'est le 
même mot que Jaspe, it. diaspro (pour j 
rendu par di, cp. la forme dialectale it. diacere 
= lat.jacère), — D. diaprure, 

DIARRHÉE, L. diarrhœa, du gr. «tà/î/ioi« 
(Sixp/iiu), que les Allemands ont traduit à la 
lettre par durch'lauf, et qui serait exacte- 
ment traduit en latin par un composé trans- 
fluxus. 

DIATHÉSE, gr. diidctn,', mot traduit litté- 
ralement par le L. dis-positio. 

DIATRÔE, L. diatriba, école, académie, 
puis discussion, conférence; du gr. îiaTjoiCïj, 
pr. manière d'user le temps, divertissement. 
On voit que le mot a singulièrement dévié 
de son sens primitif. 

DICTAME. L. dictamnus (otxTa/*v9v). 

DICTATEUR, L. dictator, — D. dictatorial, 
dictature. 

DICTER, L. dictare, fréq. de dicere. — D. 
dictée, 

DICTION, L. dictio (dicere), action ou ma- 
nière de dire. Un recueil de manières de dire, 
dictions, phrases, locutions, a été appelé un 
dictionnaire, terme étendu plus tard à toutes 
sortes de recueils disposés par ordre alphabé- 
tique. Cp. le terme gr. >cÇuov, lexique, de 
>fcÇi;, diction. 

DICTON, L. dictum, chose qui se dit. Cet 
original latin, francisé, est le subst. actuel 
dit, qui fait ainsi double emploi avec dicton, 

DDACTIQUE, ac^. gr. aiJaxrixo,-, qui con- 
cerne l'enseignement (Ji^à^xeiv, enseigner). 

DIÉRÈSE, gr. Sioths'sii, .séparation. 

DIÈSE, gr. 5{i7ii (subst. fém. de Siln/jn), ré- 
solution d'un ton. Le français a fait de dièse 
un subst. masc. — D. dicser. 

1. DIÈTE, régime hygiénique, du L. diœta, 
gr. oiy iTx, manière de vivre ; du verbe 
Sixirà-j^ai, mener un régime, vient l'adj. 
5iaiT0Ti/o;, fr. diététique. 

2. DIÈTE, assemblée politique, it., esp. 
dieta. C'est un dérivé de dies, jour. Au 



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DIG 



458 — 



DIM 



moyen âge, le mot dies signifiait accessoire- 
ment le jour fixé pour une délibération ou 
une réunion oflRciello, puis cette réunion 
même; p. ex. dies baronum, .« quo scilicet ba- 
rones convenire soient ad dijudicandas vassal- 
lonim lites ♦♦. La même valeur est attachée à 
l'ail, tag, qui signifie jour et assemblée; ainsi 
reichs'tag, assemblée, diète do l'empire, d'où 
le verbe tagen, être assemblé, siéger, traduc- 
tion du BL. dietare, commorari (le BL. a de 
la même façon fait dériver do dies l'adv. 
dtctim=^quotidie). C'est ce verbe BL. qui est 
le générateur direct du subst. dieta, fr. diète. 

DIEU, vfr. deu (cfr. lieu de vfr. leu), L. 
deus. Composés : adieu (v. c. m.), et l'excla- 
mation dame-dieu (voy. dame) = it. domened- 
dio (écourtô en iddio), seigneur Dieu ; Dieu- 
donné, nom de baptême, = a deo datus^ cp. 
le nom De'odcU. 

DIPPAMBR, L. diffamare (fama). — D. 
diffamateur, -ation, -atoire. 

DIPPÉRBNCE, voy. différent, — D. diffé- 
ren cier.^ 

DIFFÉREND, voy. différer, 

DIFFÉRER, abstrait du L. differre, 1. dans 
le sens d'iyourner (du supin dilatum : fr. délai, 
v. cm.); 2. dans celui d'être difl*érent. Du part, 
prés, différons, fr. différent (d'où difforentia, 
fr. différence et différentiel); le négatif indif- 
férent signifie, 1. qui ne donne pas lieu à 
faire une différence ; tel est aussi le sens du 
L. indifferens (trad. littérale du gr. à^tâ^^pos), 
2. qui ne met aucune différence, qui n'a pas 
de préférence. L'ail, gleichgiltig , indifférent 
(litt. équivalent), a également un sens double 
analogue. — Le terme différe^td, contestation, 
querelle, n'est qu'une variété orthographique, 
d'une introduction assez récente, de diffih^ent. 
L'adjectif. a pris la valeur du subst. diffé- 
rence, en tant que différence de vues, d'opi- 
nions; le BL. employait déjà differeniia pour 
controversia, dissidium. 

DIFFICILB, L. difficilis (facere); difficulté, 
L. difficultés. — D. difficultueux, dérivation 
moderne, tiré de difficultàs selon l'analogie 
de voluptueux de voluptas, 

DIFFORME, du L. deformis, avec change- 
ment du préfixe de en dis pour mieux accu- 
ser l'opposition ; on disait anc. aussi déforme. 
— D. difformité (Calvin et Montaigne di- 
saient encore déformité), difformer, syno- 
nyme de déformer. 

DIFFUS du L. diffusus, participe do dif- 
fundere, répandre. Diffus est un de ces nom- 
breux adjectifs-participes de la langue fran- 
çaise, dont l'énoncé s'applique d'abord à une 
chose, puis à la personne qui fait l'action ex- 
primée par le verbe ; ainsi diffus se dit du dis- 
cours aussi bien quo de l'orateur. Cp. réfléchi, 
reclierché, avisé, discret, et en latin déjà : 
circumsprctus. — Diffusion, L. diffusio. 

DIGÉRER, du L. digerere, qui siprnifiait : 
1 . distribuer, séparer, dissoudre, et dans « ci- 
bum digerere », digérer les aliments, litt. les 
distribuer dans tout le corps ; 2. classer, 
mettre en ordre, arranger. A la première si- 
gnification ressortissent les dérivés latins : 



digestio, digestivus* (p. digestorius), digesti- 
bilis, indigestus, d'où en fr. digestion, diges- 
tif, digestible^ indigeste ; à la seconde, digesta, 
pr. recueil méthodique, bien classé, puis spé- 
cialement le recueil de lois appelé code Justi- 
nien, fr. digeste, 

DIGESTE (anc. du genre fém.), voy. digé- 
rer. 

DIGESTION, voy. digérer. — D. indiges- 
tion. 

DIGITAL, L. digitalis (de digitus, doigt). 
La planto dite digitale a été ainsi nommée 
parce que sa corolle ressemble à un doigtier 
renversé. 

DIGNE, L. dignus; dignité, L. dignitas. — 
D. indigne, indignité; dignitaire. 

DIGRESSION, L. digressio (do digredi, 
s'écarter). 

DIGUE, it. diga. esp. diquc (masc.), du 
néerl. dyk, m. s. = ags. die, angl. dike, ail. 
deich. — D. diguer, endiguer. 

DILAOERER, L. dilacerarc (lacerare). 

DILAPIDER, L. dilapidare (lapis), pr. dis- 
perser des pierres, de là tig. jeter l'argent 
comme si c'étaient des pierres, dissiper, dé- 
penser follement. 

DILATER (mot savant),' du L. dilatare (de 
latus), élargir, étendre. 

DILATOIRE, L. dilatoHus* (de dilatum, 
supin de differre), qui fait différer et gagner 
du temps. 

DILATER, renvoyer à un temps plus éloi- 
gné, anc. delayar (v. c. m.). 

DILECTION. L. dilcctio, amour (diligere). 

DILEMME, L. dilcmyna, gr. lilri{x}xy., m. s., 
litt. action de prendre (i«/x6àvîivj par deux 
côtés. 

DILETTANTE, mot italien signifiant ama- 
teur, part. prés. do dilettarsi{=L. se delectare, 
fr. se délecter), prendre plaisir. — D. dilet- 
tantisme. 

DILIGENCE, voy. le mot. suiv. 

DILIGENT, L. diligens, attentif, .soigneux, 
assidu; c'est l'opposé de negligens. — D. dili- 
gence (L, diligentia), 1. soin, empressement, 
poursuite active, 2. voiture publique, ainsi 
nommée à cause de son service régulier et 
accéléré, cp. ail. eihoagen, m. s., litt. voiture 
qui se presse; — verbe diligente^*, hâter, 
presser. 

DILUVIEN, voy. déluge. Cps. anté-diluvien. 

DIMANCHE, vfr. diemenche, prov. dimenge. 
On explique généralement le mot par une 
contraction do dies dominica, d'où success. 
diedominica, died'niinca, fr. diemmiche, di- 
manche. La nécessité de supposer cette con- 
traction est basée uniquement sur l'élément 
die pour di dans l'anc. forme diemenche; les 
Italiens disent tout court doynenica, les Es- 
pagnols domingo. N'était l'ancienne forme 
française, on pourrait aussi no voir dans 
dimanclic que le simple mot dominica; le 
do se serait changé en di, comme domesticus 
a fait en italien dimestico. — Un type lat. dies 
domînia a motivé les formes vfr. die -moine 
ou -maine, ou (sans l'élément dies) demoine 
ou dcmaine. 



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DIN 



— inQ — 



DIP 



DIME, p. ih'sme, contracté du BL. décima, 
la dixième partie ; voy. aussi décime, — D. 
dimer. 

DIMENSION, L. dimoisio (dimetiri), me- 
sure. 

DIMINUER, L. dimimiere (de minus ^ 
moins). — I). diminution, L. diminutio; 
diminutif, L. diminutivus. 

DINANDBBIE, marchandises (ustensiles en 
cuivre jaune) qui autrefois faisaient la répu- 
tation de la ville de Binant en Belgique — D. 
dinaivlicr. 

DINDE, expression elliptique pour coq (ou 
plutôt poule) d*Inde, cp. angl. turhey-hen, — 
D. dindon, d'où dindonneau, 

DINER, anc. disncr, disgtun*, digner, it. 
desinare, disinare, prov. disnar, dimar, di- 
nar. Voici les étymologies diverses qui, à ma 
connaissance, ont été mises en avant sur ce 
mot. 1. grec Unt^Civ, devenu d'abord diner, 
puis, par l'ôpenthèse d'un s, disner. — 2. Dig- 
nare Domine, •« daigne. Seigneur! », com- 
mencement d'une prière de table ; cette éty- 
mologie s'est surtout accréditée par l'ortho- 
graphe digner. — 3. Decimare, manger à la 
dixième heure; on allègue pour justifier cette 
origine le vfr. noner, goûter, et quant à la 
permutation m^n, on pourrait au b^in s'ap- 
puyer de rit. decina, dizaine, dérivé de rfecem- 
— 4. Desinare, p. desinere, cesser de tra- 
vailler. — 5. DiS'jejunare, donc le même ori- 
ginal que celui de diyeuner. C'est l'opinion 
de Mahn. Enfin, 6. decœnare, d'où dece)iar€, 
desnare, disnare; pour la formation, cp. de- 
cima, desme, disme, dime; L. bucciim, it. 
busna; cp. surtout cecinus, primitif du vfr, 
cisne (cygne). La dernière étymologie, pa- 
tronnée par Diez et Pott, est celle qui se 
recommande le plus parmi celles passées en 
revue jusqu'ici. Tontes les formes diverses 
citées plus haut s'en déduisent facilement, 
sans sortir des règles de la romanisation. Elle 
s'appuie surtout de l'existence, dans l'ancienne 
langue et dans les patois, d'un verbe analogue, 
signifiant goûter, faire collation; c'est reci' 
ner) aussi receigncr, rechiner, rechigner, er- 
chiner), qui dérive do re-cœnare (d'où BL. reci- 
nium, merenda). On rencontre encore en 
italien pusignare, faire un repas après le sou- 
per, qui est évidemment le L. post-cœnare. 
Enfin, il ne faut pas perdre de vue que la 
forme disnare est celle qui remonte le plus 
haut, r* est par conséquent radical et essen- 
tiel ; on trouve au ix" siècle (Gloses du Vati- 
can) : disnavi me ibi, disnasti te hodie; dans 
Papias on lit : jentare disnare dicitur vulgo. 
Le préfixe dans decœnare a la même valeur 
logique que dans devorare, depascere, etc. — 
Aux six étymologies consignées ci-dessus, il 
y en a quatre nouvelles à ajouter dans cette 
nouvelle édition, à savoir : 7. Storm (Rom., 
V, 177) admet un type *discœnare, calqué sur 
disjejunare, d'où discnxare, dissenare, disi- 
nare, disnare. — 8. Suchier (Ztschr., I, 429) 
propose pour primitif discus, table, en moy. 
lat. = table à manger, d'où discinare, etc. — 9. 



R6nsch(ib., 418) : escare, escinarc, deesci 
nare (cp. l'expression ail. ab-fUttem), desci- 
nare, etc. — Toutes ces explications ont leur 
pour et leur contre. Voy. fmon Anhang, 
au Dictionnaire de Diez, p. 717. — 10, En 
dernier lieu, Gaston Paris (Rom., VIII, 95) 
dévelopj)e longuement l'équation disner ■=« 
dis 4" ju^^cL^^' Cette forme junare était 
usuelle en lat. populaire à côté de jejunare 
et a donné vfr. juner, qui n'est nullement 
une contraction de jeiiner — jejunare. A 
côté de juner existait aussi desjuner (con- 
curremment avec desfeU7ter), qui dans le prin- 
cipe, en se conjuguant, prenait dans les 
formes à terminaison accentuée le thème 
contracté disn. Ce phénomène verbal, bien 
connu des romaniste», a fait qu'il a subsisté 
dans la suite deux verbes distincts desjuner 
et disner; disant la même chose et dont l'un 
seul est parvenu aux temps modernes ; car il 
ne faut pas perdre de vue que notre déjeuner 
actuel (anc. desjeiiner), tout en coexistant 
avec desjune}* et disner (dont il était syno- 
nyme) est autrement fait : il vient de des et de 
jeun et signifie : « faire qu'on ne soit plus à' 
jeun ». L'étymologie exposée ici est on ne 
peut plus correcte dans ses moindres détails 
(Tobler l'a sanctionnée sans réserve); il ne res- 
tait plus que la signification foncière « déjeu- 
ner, prendre le premier repas * » à justifier. 
Or, G. Paris a démontré, par d'abondantes 
citations, que c'était bien là, et que c'est en- 
core, dans beaucoup de patois, le .sens vrai et 
exclusif du mot diner. D'ailleurs, déjà Papias 
(xi*' siècle) porte : -jentare disiiare dicitur », 
et le proverbe suivant n'en fait pas moins foi : 
« Lever à six, dinei* à neuf, souper à six, 
coucher à neuf, fait vivre d'ans nonante-neuf. » 
— Espérons que, par ce dernier avis, la cause 
est finalement jugée. — Il est encore digne 
de remarque que diner s'employait dans la 
langue d'oïl, avec l'acception active donner à 
diner, et qu'on disait, au lieu de diner, pren- 
dre son repas, se diner (voy. la phrase latine 
citée plus haut). Il en était de même de déjeu- 
ner, L'anc. forme digner p. disner est ana- 
logue à vfr. règne p. resne (rêne). — Dérivés 
du verbe diner : ditwr, subst.; dîneur, d(- 
fieUe, dînée, après-dinée, 

DIOOiSE, anc. féminin, du L. diœcesis =» 
gr. SioUtijii (jioixcw), administration, puis 
province, district. — D. diocésain, 

DIOPTRIQUB, gr. iioitrpiMi, de Hoirrpa, 
miroir. 

DIPHTHONGUB, prov. diptonge, du L. 
diphthongus (du gr. U^^oyi^i, à deux voix). 

DIPLOMATE, etc., voy. diplôme. 

DIPLOME, acte public, chartre, titre, du 
gr. UTcl<Ait%, gén. -«To;, pr. écrit plié en deux 
(du verbe ^%tc\6^), lettre ouverte, lettre de 
crédit. — D. diplômer, pourvoir d'un di- 
plôme ; diplomatique, qui se rattache aux di- 
plômes; comme subst. fém. «> science de lire, 
d'interpréter et de reconnaître les titres au- 
thentiques. Les savants appellent aujourd'hui 
les connaisseurs en diplomatique des diplo- 



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DIS 



— 157 



DIS 



matistes; ceux <}ui s'occupent particulière- 
ment des traités internationaux ont été nom- 
més des diplomates^ et leur profession a reçu 
le nom de diplomatie. Tous ces dérivés sont 
de création moderne. On ne se doute guère 
que le mot diplomate découle d'un terme mar- 
quant duplicité ! 

DIPTYQUS, du gr. ilnrvxoit * deux plis, 
double. 

BIRI, L. dicere, dic*re, — D. dire, subst. ; 
diseur , dit (voy. dicton). — Composés : contre- 
dire, dédire, maudire, médire, prédire, re- 
dire, 

BIRBOT, L. directiis, part, de dirigere. Le 
même type latin a donné le mot droit; direct 
appartient à la couche savante de la langue. 

— Direction, L. directio;rftr«c<eMr,L. direc- 
tor; directoire, L. directorium, d'où directo- 
rial, 

DIBIGER* L. dirigere (regere). 

DIRDIANT, adj., du L. dirimere, séparer, 
rompre. 

BIS-, particule-préfixe latine, marquant di- 
vision et opposition. Nous avons déjà fait re- 
marquer que cette particule s'est générale- 
ment francisée en dés ou dé (voy. dé), mais 
que néanmoins on la rencontre dans bon 
nombre de composés français sans précédent 
latin. C'est ainsi que de faveur on a fait l'op- 
posé défaveur, tandis que de grâce on a fut 
disgrâce. On peut établir que les composés 
avec dis appartiennent au fonds savant do la 
langue. Désavouer est du fonds ancien, dis- 
continuer, un terme savant. — Nous rappe- 
lons que L. dis reste invariable devant les 
voyelles et devant c, p, q, t et s (suivi d'une 
voyelle), qu'il assimile 1*5 final devant f(di(fa- 
mare p. dis-famare), et qu'il le perd devant 
les autres consonnes (diligere, dirigere, dimi- 
care, dividere). 

BISGALS, déchet dans le poids d'une mar- 
chandise ; verbe discalcr, perdre son poids ; 
d'un type lat. dis-calare, descendre, s'abaisser 
(voy. cale 1); cp. it. calo, déchet. 

BISCERlffiB, L. discernere, séparer, dis- 
tinguer. 

BISGIPLB, vfr. deciple, L. discipulus (de 
discere, apprendre). 

BISOIPLDfl, L. disciplina. -— D. discipli- 
ner, L. disciplinari (S. Aug.), discipUnable, 
disciplinaire, 

1. BISCORB, vfr. descort, adj., du L. dis- 
cors, -dis, qui est en désaccord. 

2. BISGOBD, vfr. descort, subst. verbal de 
discorder, 

BISGORBE, vfr. descorde, du L. discordia, 
BI800RBIR, L. discordare (opp, de con- 
cordare), — D. discord, discordant, -ance, 

BISGOIJRIR, L. discurrere, courir çà et là, 
employé déjà par Ammien Marcellin dans le 
sens figuré moderne : s'étendre sur un sujet. 

— D. discoureur, 

BISGOURS, du L. discursus, action de cft5- 
eurrere (s'étendre sur un stget). Le latin clas- 
sique ne donnsdt pas encore le sens figuré au 
subst. discursus. 

BISGRÉBITER, voy. décréditei\ 



BISGRET, du L. discretus, part, passé de 
discernere; l'acception classique est « quod 
discomitur », l'acception romane « qui dis- 
cemit », qui sait distinguer la convenance et 
l'inconvenance, de là «=» avisé, retenu, pru- 
dent. C'est un de ces adjectifs à forme passive 
et à sens actif dont nous avons parlé à propos 
de diffus. — Discrétion, L. discretio; ce 
subst. correspond à l'adj. discret dans toutes 
ses acceptions ; mais l'ancienne signification 
distinction, discernement, survit encore dans 
le dérivé discrétionnaire. Termes négatifs : 
indiscret, indiscrétion; ils se trouvent en 
latin, avec leur valeur actuelle, dans Corippo 
et dans S. Grégoire. 

BISGRÉTION, voy. l'art, préc. 

BISGULPER, vfr. descouper, du BL. dis- 
culparc, culpam amovere, cp. ail. ent-schul' 
digen. 

BISGUSSION, voy. l'art, suiv. 

BISGUTER, L. discutere (quatere), pr. sé- 
parer en frappant «a in partes divisas concu- 
tere, d'où l'acception figurée (étrangère à 
l'usage classique) : distinguer, démêler, bien 
examiner les arguments et les objections ; le 
mot débattre présente la même métaphore. Du 
supin latin discussum : subst. L. discussio, 
fr. discussion. 

BISE RT, L. disertus, éloquent. 

BISETTE, d'un type latin disecta, subst. 
participial de di-secare ; pr. état où l'on se 
trouve dépourvu, litt. retranché (cp. l'expr. 
ail. ahgeschnitten) de subsistances. — L'étymo- 
logie desita, part, de desinere, cesser, i>êche à 
la fois contre le sens et contre les règles pho- 
nologiques ; ce type aurait produit une forme 
deste, — L'anc. forme disjete, alléguée par 
Littré, est reconnue fautive ; elle est fondée 
sur disiete (e diphtongue en ie), abusivement 
lu disjctc, — D. disetteux, 

BISGRâGE, 1. absence de faveur; de là le 
verbe disgracier ; 2. absence de grâce, d'agré- 
ment; de làl'a^j. disgracieux, 

BISORÉOATION, de dU-gregare* {^Tex), dés- 
agréger, opp. de aggregare. 

BISJOINBRE, L. disjungere, d'où di^unc- 
tio, fr. di^onclion, disjunctivus*, disjonçtif, 

BI8L0QÏÏER, BL. dislocare, ioco movere, 
mettre hors place. Les anciens avaient une 
forme plus française de ce verbe ; ainsi on lit 
dans Biaise de Montluc : •« je me deslouay la 
hanche ». — D. dislocation, 

BISPARAÎTRB, négatif de /larai^rre; subst. 
dispantio}i, fait sur le modèle de apparition et 
comparUimi (qu'un mauvais usage a déna- 
turé en comparution), 

1 . BISPARATE, action capricieuse et dérai- 
sonnable, mot tiré de l'esp. disparate, sottise, 
extravagance (du verbe disparar, faire des 
sottises). 

2. BISPARATE, mot savant, acy. et subst., 
du partie, disparatus, difi*érent, de disparare, 
litt. dépareiller, difi*éroncier. 

BISPARITÉ, L. disparitas*, de dis-par, 
inégal. 
BISPARITION, voy. disparaître. 



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DIS 



— J58 — 



DIV 



DISPENDIEUX, L. dispendiosus (de dispen- 
dium, dépense, subst. de dispaidere, voj. 
dépendre). 

1. DISPENSER, vfr. despenser, distribuer, 
L. dispensare, litt. i)esor à divers^ donner à 
différentes pei-sonnes, voy. dépendre, et dé- 
pense 2. — D. dispeiisateur, -ation, L. -ator, 
-atio; mot moderne : dispensaire, du BL. 
dispensarius = dispensator. 

2. DISPENSER, exempter, d'un type dû- 
pensare, dér. do pensum, donc litt. déchar- 
ger de la tâche, du •« pensum »» imposé. — D. 
dispe^ise, dispensable, sujet à dispense; in- 
dispensable, non sujet à dispense. 

DISPERSER, L. dispersare', fréq. de dis- 
perycre (spargero), dont le supin dispersum a 
donné dispersio, fr. dispersion. 

DISPONIBLE, mot savant tiré de disijonere, 
et signifiant « dont on peut disposer ». 

DISPOS, anc. dispost (Ronsard a même le 
féminin disposte), du L. dispositus, disposé, 
contracté en dispostus. 

DISPOSER, composé de poser, d'après 
l'analogie du L. dis-poncre, dont il partage 
les significations, en y ajoutant celles de pré- 
parer, engager, « faire ce que l'on veut de 
quelqu'un ou de qqch. ». Nous voyons de 
mémo le verbe ordonner, pr. arranger, pas- 
ser au sens de commander. Le français a ingé- 
nieusement su distinguer entre je dispose mes 
soldats, je les range (selon mon bon plaisir), 
et entre je dispose de 7nes soldats, j'ai puis- 
sance sur mes soldats, c.-à-d. faculté de m'en 
.servir comme bon me semble. — Disposi- 
tion, L. dispositio, arrangement, ordre; terme 
savant : dispositif, 

DISPUTER, L. disputare, discuter, exa- 
miner, débattre. — D. dispute, disputcur. 

DISQUE^ L. discus, palet (itîzoj), voy. aussi 
dais. 

DISQUISITION, L. disquisitio (do disqui- 
rere, examiner en tous sens). 

DISSECTION. L. dissectio, subst. du verbe 
dissccare, disséquer. 

DISSÉMINER, L. disscminare (semen). — 
I). dissémination. 

DISSENSION, L. dissensio (dissentire). Fait 
double emploi avec dissentiment, qui dérive 
directement de l'ancien verbe dissentir. 

DISSÉQUER, mot savant et irrégulièrement 
tiré du L. dis-secare, m. s. 

DISSERTER, L. dissertarc, fréq. de disse- 
rere, discuter. — D. dissertation, -ateur, L. 
-atio, -at^r. 

DISSIDENT, L. dissidents (sedere), litt. qui 
siège à part, puis qui diffère d'opinion. — D. 
dissidence, L. dissidimtia. 

DISSIMULER, L. dissimulare. — D. dissi- 
muUdion, -ateur, L. dissimulatio, -ator. 

DISSIPER, L. dissipare (p. dis-si'pare [su- 
pare = jeter;. — D. dissipation, -ateur, L. 
dissipatio, -ator. 

DISSOLU, L. dissohUus, relâché (part, de 
dissolvere), d'où dissolutio, fr. dissolution, 
Voy. dissoudre. 

DISSOLUBLE, L. dissolubilis^ (àïssoUcre). 



DISSONER, L. dissoriare. — D. disso- 
nant, dissonance. 

DISSOUDRE, p. dissolre, L. dissolvere. Le 
participe dissolutus s'est produit sous deux 
formes : 1 . dissolu, employé au figuré seule- 
ment ; 2. dissous, fém. dissoute, directement 
de dissoltus, forme syncopée de dissolutus. 
C'est ainsi que absolu existe, avec le carac- 
tère d'adjectif, de concurrence avec absous. — 
D. dissolvant, L. dissolvons. 

DISSUADER, L. dissuadere; subst. dissua- 
sion, L. dissuasio. 

DISTANCE, voy. distant. — D. dUtancer, 

DISTANT, L. distans (de di-stare, être 
éloigné) — D. distance, L. distantia. 

DISTENDRE, L. distendere, tendre en tous 
sens. Le dis est loin d'être négatif dans ce 
verbe, bien que celui-ci soit étymologique- 
ment identique avec détetidre (du moins au 
point de vue de l'orthographe ancienne des- 
tendre). — Subst. distetision, L. distcnsio. 

DISTILLER, neutre, couler goutte à goutte ; 
actif, épancher, verser; signifie, technique, 
extraire le suc, l'esprit, avec l'alambic. Du 
L. distillare (stilla), forme concurrente de 
destillare, dégoutter. — D. distillation, dis- 
tillateur, anc. distilleur (d'où distillerie). 

DISTINCT, L. distinctus (part, do distin- 
guère). — D. distinctif. — Distinction, L. 
distinctio. 

DISTINGUER, L. di-stinguere (litt. séparer 
par des points) ; le terme scolastique distin- 
guo est du latin pur et signifie «je distinguo ». 

DISTIQUE, du gr. ^f^rixo;, litt. à deux 
rangs, à deux vers. 

DISTORDRE, du L. distorquere, dont le 
supin distorsum a donné distorsio, fr. distor- 
sion. 

DISTRAIRE, L. distraliere (op., pour l'ac- 
ception figurée, le terme analogue divertir de 
dive7^tere)\ du participe latin distractus, fr. 
distrait, procède le subst. distractio, fr. dis- 
traction. 

DISTRIBUER, L. distribuerc, d'où, par le 
supin distributum, les dérivés distribution, 
-teur, -tif. 

DISTRICT, voy. détroit. 

DIT, subst., voy. dire. 

DITHYRAMBE, L. dithyrambus, gr. etSû- 

DITO, mot fait d'après l'it. dctto (part, de 
dire) = déjà dit. 

DITON, intervalle composé de deux tons, 
de l'adj. gr. Uxo^oi = de deux tons. 

DIURNE, du L. diumus (dies), le même 
primitif d'où est issu le mot jour; diurnal, 
foiTnc savante do journtal, L. diurnalis. 

DIVAGUER, L. divagari, errer çà et là. — 
D. divagation. 

DIVAN, do l'arabe dixoân (d'origine per- 
sane), qui signifie d'abord registre, puis par 
extension, bureau des finances, conseil d'Etat, 
salle d'audience, cxibinet des ministres. Au 
moyen âge, l'arabe diwân s'employait particu- 
lièrement dans le sens de bureau de douane; 
latinisé par diuana, doana, duana, il est 
devenu le mot fr. douane. — L'acception sofa. 



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DOD 



— 159 — 



DOM 



propre à divan dans le turc actuel (et en fran- 
çais), est déduite de celle de conseil des minis- 
tres; le nom de celui-ci s'est transporté au 
meuble sur lequel les ministres sont assis. 
BIVE = divine, L. diva, fém. de divus, 
DIVEIR6ER, L. divergere, opp. de conver- 
gerez — D. divergent, -ence. 

BIVEIRS, L. divers us, pr. tourné on sens 
différents, part, do divertere, — D. diversité, 
L. diversitas; diversifier, du latin fictif rfiu^- 
sificare, 

DIVERSION, action de détourner et l'effet 
de cette action, L. diversio*, de divertere, 
détourner. 

DIVERTIR, L. divertcj'e, sens littéral : dé- 
tourner; sens figuré : distraire, amuser. — D. 
divertissement (appliqué au sens figuré seule- 
ment). Cp. déduit, 

DIVIDENDE, L. dividenda (s. e. pars), part 
à diviser, à partager. 

DIVIN, L divinus. — D. diviniser; divi' 
nité, L. divinitas; divination, voy. deviner. 
DIVIS, partage, subst. verbal de diviser. 
DIVISER, L. divisare, fréq. do dividere. 
Subst. verbal divis, — Dérivés du supin latin 
divisum : divisus, -a, d'où le subst. divise, t. 
de blason, et l'adj. indivis; divisio, fr. divi- 
sion ; diviser, fr. diviseur; divisibilis, fr. divi- 
sible, d'où indivisible, 

DIVISION, voy. diviser, — D. division- 
naire. 

DIVORCE, L. divortium (divertere). — D. 
divorcer, 

DIVULGUER, L divulgare, répandre dans 

le monde (vulgus), publier. — D. divulgation. 

DIX, vfr. dis, prov. r/€<^, du L. decem, — 

1). dixième, dizain, disaine (d'où disenier); 

dis eau. 

DOCILE, L. docilis, litt. qui se laisse ensei- 
gner (lat. docere). — D. docilité, L. docilitas. 
DOCK, mot anglais, = chantier, bassin. 
DOCTE, L. doctus (pr. part, de docere, 
instruire); docteur, L. doctor, pr. maître en- 
seignant, d'où doctorat, -al. 

DOCTRINE, L. doctrina (docere), enseigne- 
ment. — D. doctrinal, -aire; endoctriner, 

DOCUMENT, L. documentum, pr. moyen 
d'instruction. — D. documentaire. 

DODINER, DODELINER, aussi dondeliner, 
bercer un enfant pour l'endormir; expression 
onomatopéique, comme faire dodo, expression 
enfantine pour dormir. Dodo, comme dada, 
exprime vacillation; aussi se dodiner, pr. 
se balancer, se bercer, se dorloter, au sens 
figuré ■■= prendre soin de sa personne, n'est-il 
qu'une variété de se dandiner {raâxcal varié et 
nasalisé). — Appartiennent à la môme famille : 
angl. doddle (en province aussi daddle, dai- 
dle), se laisser aller nonchalamment, dandle, 
bercer, dorloter, it. dondolare = dodiner, 
dandiner. 
DODO, voy. l'art, préc. 
DODU appartient sans doute à la même ra- 
cine que vfr. dondé, gras, replet, nfr. dondon 
Cette racine pourrait se trouver dans le frison 
dodd, bloc, masse, ou bien dans le thème 
dod, exprimant mouvement vacillant, d'où 



sont sortis dodiner, dodeliner; le rapport de 
balancement et de corpulence n'a guôi-e besoin 
d'être justifié. 

DOGE, mot vénitien formé de L. duœ, ducis 
(voy. duc). 

DOGME, gr. ooy/xa (5oxî«), opinion, décision; 
Soyiixriy.ô;, dogmatique ; ^jy/iaWjeiv, dogmati- 
ser, d'où dogmatiste, -istne. 

DOGRE, esp. de bateau, du néerl. doggcr- 
boot, nom des bateaux pêcheurs du Doggers- 
bank. 

DOGUE, de l'angl. dog, chien. — D. doguin; 
cps. bouledogue (v c. m). 

DOIGT, vfr deit, doU, du L. digitus (cp. 
roide de rigidus, froid de frigidus). — D. 
doigter^ doigtier. 

DOIS, DOIT, petit cours d'eau, du L. ductus, 
conduit (dans aquse ductus). 

DOL. L. dolus, fraude. 

DOLABRE, L. dolabra. 

DOLBANCE, grief, plainte, de l'anc. adj. 
doléa^vt, forme incorrecte p. dolent. Cp. con- 
doléance. 

DOLENT, pr. qui souffre, du L. dolens, . 
part, de dolere (d'où fr. se douloir). — D. do- 
léance (v. c. m.); indolent, qui se soucie peu, 
nonchalant. 

DOLER, L. dolare; de ce dernier, BL. do- 
latoria, vfr. doleoire, nfr. doloire. 

DOLIMAN ou dolmen; mot hongrois : doU 
mang, bohème doloman. 

DOLLAR, mot angl., représentant l'ail, tha- 
ler, écu, lequel tire .son nom de Joachims-thal 
en Bohême, où cette monnaie a été frappée en 
premier lieu. 

DOLOIRE, voy. doler. 

DOM, ancien titre d'honneur do cléricature, 
du L. dominus. — D. domerie. 

DOMAINE, vfr. demaine, directement du L. 
dominium, propriété. Pour le changement de 
i en ai, cp. je maine (forme vfr. p. je moine, 
auj. mène, de minare, mener); l'une, langue 
offre, du reste, aussi la forme plus régulière 
deiuovw. — D. doma7iial. 

DOME, gr. Sôtfi^, maison, puis église, église 
à coupole (signification propre surtout à l'ail. 
dom et à l'it. domo). Au moyen âge déjà la 
signification s'est réduite à celle de coupole. 
Le gr. Sôtuoc, cependant, au dire de saint 
Jérôme, aurait déjà eu le sens réduit de tec- 
tum : ^ Doma in orientalibus provinciis ip.sum 
dicitur quod apud Latines tectum ; in Palses- 
tina enim et iEgypto... non habent in tectis 
culmina sed domata qu» Romie vel solaria, 
vel maîniana vocant, id est, plana tecta quse 
transvcrsis trabibus sustentantur ». Aus.si la 
Vulgate traduit-elle habiter au ooin d'un toit 
(Prov. 21,9) par « sedero in angulo domatis » . 
Ailleurs : « Eos qui in domatibus adorant 
militiamcœli,solem et Umam, et a.stra reliquat. 

DOMERIE. voy. dom. 

DOMESTIQUE, L. dom-sticus (domus). La 
vraie forme française du mot est le vfr. dômes- 
che (cp. f^vov. domesgue). — D. domesticité, 
L. domcsticitas ; verbe adomcMquer (Saint- 
Simon). 



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DON 



160 — 



DON 



DOMICILE, L. domicilium (domus). ^ D. 
domiciliaire, se domicilier. 

DOMINER, L. dominari, être le maître. — 
D. domiiiaieur, -ation, L. dominator, -atio. 
DOMINICAL» dér. du L. dominiciis fdomi- 
nus), 1. qui appartient au, ou qui vient du 
Seigneur, 2. relatif au dimanche, jour du 
Seigneur, voy. dimanche, 

DOMINO, mot esp. qui signifiait à l'origine : 
capuchon des ecclésiastiques, camail. De do- 
mino, titre d'ecclésiastique à certains degrés 
de la hiérarchie; les ministres du culte s'ap- 
pellent encore en Hollande des dominé. — Le 
jeu de domino, dit Littré, a été ainsi nommé à 
cause du revêtement noir que chaque dé porte 
en dessous ; mais voici une anecdote qui révèle, 
parait-il, la véritable origine du jeu et de son 
nom ; je l'ai cueillie dans mon journal et l'ai 
retrouvée plus tard dans le suppl. de Littré : 
Dans un des nombreux couvents entourant 
le célèbre monastère du Mont-Cassin, fondé par 
Saint-Benoit au sixième siècle, deux moines 
avaient été enfermés un beau jour dans la cel- 
. Iule de pénitence, par suite d'une infraction à 
la règle. Pour passer plus aisément le temps 
de leur réclusion, ils imaginèrent de tailler 
en forme de carrés, de petites pierres blan- 
ches (de craie probablement), sur lesquelles 
ils gravèrent des points noirs en nombre va- 
riable pour chacune d'elles. Puis ils disposè- 
rent ces petits carrés de manière à former des 
séries dont les diverses combinaisons tenaient 
leur esprit en éveil. Cette distraction leur fiit 
si agréable, que, sortis de leur cellule, ils 
mirent les frères du couvent dans le secret de 
leur invention, et tout le monde, depuis le 
prieur jusqu'au portier, se passionna pour ce 
jeu. Celui des joueurs qui avait trouvé le 
moyen de placer le premier tous ses dés té- 
moignait sa satisfaction, comme il est d'usage 
parmi les religieux, après un travail ou une 
rechei*che quelconque, en s'écriant : Benedi- 
camus Domino. De sorte que le mot domino, 
revenant toujours à la fin de chaque partie, 
finit par servir à désigner ce jeu, auquel on 
ne savait encore quel nom donner. L'exclama- 
tion : Domino! et l'expression faire domino, 
qui s'emploient encore ai\jourd'hui pour mar- 
quer la fin de chaque partie, prouvent bien 
que c'est là la véritable origine du mot dont 
nous parlons. — D. dominotier, dominoterie. 

DOMMAGE, voy. dam. — D. dommageable, 
dcdominage7\ endommager, 

DOMPTER, anc. donter, dantcr, angl. 
daimt, du L. domitare, — D. dompteur, 
domptable, indomptable. 

DON, L. donum. 

DONC, vfr; ditiic, donhes, it. dunque, prov. 
donc, doncas; sous forme composée vfr. 
a-donc, adonqiies, aussi adont. Le sens de donc 
était à l'origine alors; c'est de là que s'est 
déduite l'acception ei^go, cfr. Festus : igitur 
apud antiquos ponebatur pro inde et posiea 
et tum ; cp. en allemand le même rapport 
entre danii, alors, et la variété detin, donc. 
L'étymologic du mot n'e^t pas encore assurée ; 
un type de-ufiquam est contraire au sens, de 



même que ad hune (s. e. modum ou finem), allé- 
gué par Muratori. Diez s'en tient à <m?/c; seule- 
ment, vu l'inadmissibilité d'une mutation du t 
initial en d, il pense qu'il faut prendi*e pour 
base une forme barbare ad-tunc, d'où a-ttinc, 
adonc, puis, par aphérèse du préfixe, f?o«c(cp. 
lors p. alors). — Cornu (Rom. VII, 363) cherche 
à expliquer toutes les formes romanes par la 
formule numqua, plur. de numquid, d'abord 
interrogative, puis conclusive (cp. car de 
quarej ; pour n devenu d, cp. vfr. domer p. 
notner. — En dernier lieu, Fœrster (Roman. 
Forschungen, I, 322) propose lat. donique, 
altération de denique, 

DONDAINE, V. dondofi. 

DONDON, femme grasse et d'un teint frais, 
voy. dodu. — Diez est porté à voir dans ce mot 
un redoublement de don et rapproche don de 
l'angl. dump, radical de dumpy, court et 
épais, et de dumpling, petite personne grasse. 
Ijq mot dondaine, soit qu'il signifie, comme 
dans Froissart, une machine de guerre pour 
lancer de grosses pierres, ou qu'il s'applique 
à un instrument à vent du genre do la corne- 
muse, est sans doute une variété de dondon, 
et s'y rapporte comme bedaine à bedon, mi- 
taine à miton. 

DONJON, DONGEON, vfr. aussi doignon, 
dongnon, dangeon, ^rov, donjô,hL.domnio, 
le plus haut bâtiment d'un castel, maîtresse 
tour. Zeuss, sur la base d'une orthogi*aphe 
dangio, qui est dans Orderic Vidal, y i-econ- 
nait l'irl. daingean, fortification ; mais dangio 
n'est que l'imitation du vfr. dangeon, modifi- 
cation toute naturelle de dongeon (cp. volenté 
p. volonté, chalcnger' p. chcUonger), Grand- 
gagnage (Mémoires sur les anciens noms de 
lieux de la Belgique orientale, p. 77, ad 
vocem dunch, donch), après avoir expliqué le 
terme dune, dung, donk, suffixe si fréquent 
dans les noms de lieux des pays flamand et 
rhénan, par « locus e palustribus cmergens », 
définition déjà donnée parGramaye etHcylen, 
fait l'observation suivante : «• Une émiuenco 
entourée d'eau ou de mai-écagcs formant né- 
cessairement un lieu de refuge convenable ou 
un fort, on poun-ait peut-être dériver le mot 
français donjon de notre dungo, dwtg, forme 
citée par Heylen, aussi bien ou mieux que de 
l'irlandais dun, d'après Diez, ou de l'irlandais 
daingean, d'après Zeuss, qui signifient aussi 
un lieu fortifié ». A l'appui de cette significa- 
tion de refuge ou de fort que le savant philo- 
logue wallon prête au mot dungo, il cite le 
nom de lieu Ursidongus, expliqué par un 
biographe de saint Ghislain «* ideo sic dictus, 
quod ibi solita erat ursa catulos fovere », donc 
la tanière de l'ourse. Diez, abandonnant son 
ancienne opinion en faveur de l'irl. dim (lieu 
fortifié), par l'intermédiaire du BL. dunio, se 
rallie à celle qui admet pour type immédiat 
le BL. domnio (p. dominio), avec le sens de 
corps de bâtiment principal, dominant; elle 
est rendue indubitable, dit-il, par l'emploi de 
la forme dominion = donjon, relevée par Mus- 
safia dans l'écrivain milanais Bouvesin da Riva. 

DONNER» L. donai'e. — D. donnée, don- 



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DOT 



161 — 



DOU 



neitr, qui aime à donner ; donateur, L. dona- 
tor; dmiatioti, L. donatio; donataire, -cUif, 
L. donatarius, -ativus. 

DONT, it., esp., port, donde, prov. don, du 
L. de ttnde, composition barbare pour unde. 
Il faut obsei*ver que le simple imdc (it., port., 
V. esp. onde, cat. œi, prov. ont, on) avait pris 
le sens de où, ce qui justifie la comi>osition 
de-unde pour d*oû. L'emploi pronominal de 
unde ou de-unde n'a rien qui pui.sse paraître 
étrange ; le fr. d*0H s'emploie également pro- 
nominalement dans cei'taines applications, 
p. ex. : c'est vouloir renfermer un clicne dans 
le gland d*oiï il est sorti (Bern. do Sainte 
Pierre). Et, du reste, le latin en a déjà donné 
l'exemple : •* in fines suos unde erant profecti » 
(César) ; - hereditatem itnde ne numum quidem 
unum attigisset »» (Cic. de Fin., 2, 17). Dont 
est un adverbe pronominalisé avec caractère 
relatif, comme le sont en t= L. inde, et y = 
L. ibi avec caractère démonstratif. 

DONZILLS» de Fit. et prov. donsella, di- 
min. de donna, xoy. danie. 

DORADE, du part. prov. dorada »» fr. 
dorée; Ht. dit orata, — D. doradon, Voy. 
aussi daurade. 

DORÉNAVANT, concrétion des mots dore 
(de celte heure) en avant. Cp. désonnais, 

DORXR» L. de-aurare. — D. doreur, -ure; 
rfor(u/c (poisson); opp. dédorer. 

DORLOTER, du vfr. doreloi, mignon, favori 
(Rabelais emploie le mot pour enfant gâté). 
Diez rapporte dorelot à l'ags. dcorling (angl. 
darlinff), et rappelle le cymriqtio doriawd, 
qu'Owen décomjiose en dater, avoir soin, et 
Uauxl, garçon. Chevallet cite le tcn-me breton 
et gaél. dorlota => dorloter, qu'il dérive do 
dorlôi, dorlô, caresser avec la main comme 
on fait aux petits enfants. Mais ces mots pour- 
raient bien être empruntés. D'autres voient 
dans dorelot, mignon, une acception figurée 
d'un ancien subst.(/ort'/of signifiant une espèce 
de bijou, et qu'ils rattachent à dorer (cp. le 
terme de caresse : mon bijou !). On trouve en 
effet dans la vieille langue les mots dorlolier, 
dorloterie, désignant le métier de bijoutier. 
Tout en admettant qu'un mot jîopulaire dore- 
lot ait pu .se produire de doi'er sur le patron 
do bimbelot, bibelot, je pense qu'il est préfé- 
rable de ne voir dans dorelot, '^ojsw, qu'une 
acception déduite de dorelot, mignon. 

DORMIR, L. donnire. — D. dormeur, dor- 
meuse; dortoir, contracté du L. dormitorium; 
cps. Ciuiormir. 

DORSAL, du L. dorsum, dos. 
DORTOIR, voy. dormir. 
DOS, it., esp. dorso (it. aussi dosso), prov. 
et anc. catal. dors, dos; du L. dorsum, de- 
venu dossum (voy. Paris, Rom., X, 47). — 
Rabelais dit dours. — D. dossier, 1. dos d'un 
siège ; 2. terme d'administration : le carton 
ou la liasse relative à une afiaitx), étiqueté au 
dos; endosser, édosser. 

DOSE, L. dosis, gr. cûii;, quantité donnée. 
— D. doser. 

DOSSIER, voy. dos. — D. dosseret. 

DOT, L. dos, dotis. — D. dotal, L. dota- 



lis; doter, L. dotare, qui est aussi le primitif 
de douei\ pr. iK)urvoir; dotation, L. dotatio; 
douaire, BL. dotarium. 

DOUAIRE, angl. dawer, voy. dot, — D. adj. 
douaiHer, subst. douairière, veuve qui jouit 
d'un douaire (angl. dowager). 

DOUANE, it. dogana. Voici les diverses éty- 
mologies inacceptables qui ont été mises en 
circulation : 1. Frisch : Ducere, introduire 
des marchandises, mais on n'a pas d'exemple 
d'un suffixe ana joint à des radicaux verbaux. 
2. Ferrari : Doga, baril, tonneau, puis les 
marchandises arrivant dans des tonneaux; 
mais doga ne signifie jamais tonneau (voy. 
dour;e). 3. Ménage : ^o/àvi,, lieu de réception, 
puis lieu où l'on perçoit l'impôt, dérivé de 
ao'xïj = Joxïî (de 5èx«»^«0» rnais a^yàv,, n'a eu 
le sens de douane à aucune époque de la 
langue grecque. 4. Dogana serait la forme 
normale d'où se sont produites les autres : BL. 
duana, prov. doana, fr. douane, et .signifie- 
rait l'impôt du doge, comme les regalia sont 
rimi)ôt du roi. Cette dernière explication était 
celle que je hasardais dans ma première édi- 
tion ; depuis, j'ai cru devoir accueillir Tétyin. 
ix>sée par Diez et indiquée déjà sous divan. 
L'origine arabe du mot ros.sort surtout de 
l'esp. et port, aduana (le préfixe a rejirésen- 
tant l'ai-ticle arabe). Le g de Fit. dogana est 
intercalaire, comme dans ragunare p. rau- 
nare. — D. douanier. 

DOUBLE, L. duplus. — D. doubler, L. du- 
plare (Festu.s) ; doubleau, doublet, -ette, -on, 
'ure; cps. dédoubler, redoubler. 

DOUCET. -EUR, -IR, voy. doiu:. 

DOUGHE, do lit. doccia, conduit, tuyau, 
dérivé du verbe it. docciare, couler, verser 
(fr. doucher), qui lui-même représente un 
type latin ductiare, formé de ductus, comme 
suctiarclfv. sucrr) de suctus. 

DOUELLE, vfr. doelle, douille, lorr. dou- 
ville, dim. de douve {v. c. m.). Ces mots expri- 
ment un revêtement voûté ou une courbure 
quelconque. 

DOUER, forme vulgaire de doter, voy. dot; 
du L. dotare; angl. en-dow. 

DOUILLE, manche creux d'une baïonnette, 
etc., selon l'opinion très plausible de Diez, du 
BL. ductile, gouttière ; cp. andouille de in- 
ductile. Toutefois, douille i>ourrait bien être 
issu par contraction de dou-illc indiqué sou.s 
doucllr. ^ 

DOUILLET, diniin. de l'anc. adj. douille, 
doillc, niuu, qui vient du L. duclïlis, ductile, 
malléable; de \h douillette, vêtement ouaté. 

DOULEUR, vfr. dolour, L. dolor. — D. dou- 
loureux = L. dolorosus (Végèce); endolori. 

DOULOm (SE), du L. dolcre, éprouver de 
la douleur. 

DOUTER, L. duhitare (cp. coude, de cubi 
tus). Anciennement, douta* s'employait dans le 
.sens actuel de redouter, se doiUer, dans celui 
de se méfier. — D. doute, douteux*, redouter. 

DOUVE, it., prov., cat. doga, milan, dova, 
néerl. duig (sui.sse daugc), ail. daube (p. 
danirc). D<>ga se raijportc à fr. douve, connue 
L. rugarc au vfr. rouvcr; c.-û-d. qu'il y a eu 

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DRA 



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DRI 



d'abord syncope du g médial (dowe), puis 
intercalation de r [dowûê). Diez admet Fiden- 
titô de doga^ douve ^ ais de tonneau, avec le 
prov. doga, norm. douve ^ fr. douCt qui signi- 
fient revêtement d'un fossé. Quant à l'origine 
de l'un et de l'autre, Frisch a proposé le L. 
ducere (op. doccia, douche), comme ayant 
déterminé le sens de fossé, cavité. Mieux 
vaut l'étymologie do Ducange, savoir le latin 
doga, signifiant un vase ou une mesure et qui 
vient du gr. Sox^* receptaculum. La filiation 
logique serait ainsi : réservoir d'eau, creux, 
fossé (signification encore existante), puis 
revêtement ou parement d'un fossé, enfin 
planche d'un tonneau. — D. de la forme doue : 
le dim. douelle (v. c. m.); de douve : douvain. 

DOUX, fém. douce, vfr. dois, L. dulcis. — 
D. douceur, L. dulcor(Tertull.); doucet; dou- 
ceâtre, doucereux; doucir, L. dulcire (Lu- 
crèce); adoucir. Dérivés directs du thème 
latin : dulcifier; édulcorer, L. edulcorare. 

DOUZE, contracté du L. duodecim. — D. 
douzième, dousain, -aine. 

DOUZIL, DOUSIL, angl. dosil, fausset pour 
tirer du vin, cheville servant à boucher le trou 
d'un tonneau ; du BL. ducicuîus, m. s., dérivé 
de ducere. 

BOTEN, angl. dean, néerl. deken, voy. dé- 
canot. — D. doyenné. 

DRACHME, BRAGME, vfr. drame, du gr. 
ôpryfi^ (monnaie et poids). 

BRAGÉE, vfr. aussi dragie, prov. dragea, 
esp. et port, dragea (et gragea, grangea), it. 
treggea; BL. dragata, -eia, -ia; toutes for- 
mes altéi-ées de tragemata (Papias) =« gr. 
rptx'/^fjiXTx, friandises, de r/sa/elv, infin. aor. 2 
de rpii'/tiv, grignoter. — D. drageoir, sou- 
coupe pour servir des dragées. 

BRAGEON, rejeton, bouture, du verbe goth. 
traibja7t {a\ï. mod. treiben), pousser; cp. bou- 
ton do bouter, pousse de pousser. Cotte étymo- 
logie est préférable à celle du subst. fictif 
traducio, -onis (dér. du L. tradux, sarment 
de vigne), qu'avait avancée Ménage. — D. 
drageoixner. 

BRAGON, animal, L. draco, -onis. Quant 
à l'origine de dragon, en tant que terme mili- 
taire, les opinions varient beaucoup. Adelung 
pense que les dragons ont été nommés ainsi 
d'après leurs épaulières, app)elées dragoni; 
Voltaire, d'après Ménage, parc^ qu'ils portè- 
rent un dragon dans leurs étendards ; d'autres 
font remonter le nom au pistolet orné d'une 
tête de dragon dont les dragons auraient dans 
le principe été munis. Peut-être dragon 
est-il tout bonnement le nom de l'arme, 
étendu à ceux qui s'en servaient (cp. carabi- 
niers, mousquetaires); et quant au nom de 
l'arme, il serait analogue à celui de coulevrine 
(voy. aussi notre article mousquet). On peut 
encore admettre que le nom dragon ait servi 
de symbole pour exprimer l'audace et l'éner- 
gie militaires, sens qui s'attache encore accxîs- 
soirement à ce mot. — D. dragonne, galon 
d'une poignée d'épée ; dragonnier, plante d'où 
coule le sang-dragon ; enfin, les fameuses dra- 
gonnades, d'odieuse mémoire. 



1. BRAGÏÏE, instrument pour draguer, de 
Tags. drâge, angl. drag, crochet, râteau. — 
D. draguer, -eur. 

2. BRA6UE, orge cuite qui demeure dans 
le brassin après qu'on a cuit la bière, rouchi 
draque, wallon drâhe, du v. nord, dregg, 
angl. drcgs, lie, sédiment (ail. dreck, fumier). 

BRAIN, subst. verbal do drainer. 

BRAINER, terme d'agriculture, tiré du 
verbe angl. to drain, faire écouler l'eau, 
mettre à sec. — D. drain; drainage, 

BRAME, gr. SpâfjLx, pr. action, puis pièce de 
théâtre; o/9x/Aari/o{, dramatique; Spr/jL^Tiitiv, 
dramatiser, Zoris.xrltTni (inus.), dramatiste ; 
SpxfixTovpyài, litt. faiseur de drames, drama- 
turge. 

BRAP, it. drappo, prov., cat. drap, esp., 
port, trapo, BL. drappus, pannus. L'origine 
de ce mot n'est pas encore tirée au clair. 
Frisch a supposé quelque connexité avec l'ail. 
trappen, fouler, serrer. Diez, dans sa dernière 
édition, indique un mot allemand trabo, qui, 
dans un glossaire du xii* siècle, se trouve 
traduit par « trama, extrema pars vestimenti. 
fimbria »; le nom de la trame ou de la bor- 
dure a pu, dit^il, s'étendre à tout le tissu. — 
J'ai rencontré dans Jean de Çondé l'orthogr. 
trap. — Baist (Zeitschr. VI, 116) propose ags. 
trâf, = vfr. tref, prov. trap, tente en drap 
(opp. àloge, tente en feuillage), dont, d'accord 
avec Suchier (ib. I, 433), il conteste la con- 
nexité avec le lat. trabs, poutre. [L'opinion 
qui distingue entre vfr. tref, poutre, et vfr. 
tref, tente (=* ags. trâf) est péremptoirement 
renversée par G. Paris, Rom'. VI, 629.] — D. 
drapeau (ce mot a signifié autrefois aussi vê- 
tement; proverbe : « l'on ne connoist pas la 
gent au drapeau »; aujourd'hui encore les 
patois emploient ce mot pour linge et langes), 
du BL. drapellus, panniculus; drapier, dra- 
perie; verbe drape)'. 

BRASTIQXIE, gr. dpxsrtKài (^pAw), agissant, 
énergique. 

BRÈCHE, marc de l'orge concassée qui a 
servi à faire de la bière, est, d'après Diez, le 
vfr. drasche, BL. drascus, qui dit la même 
chose et qui vient du vha. drascan (ail. mod. 
dreschen), battre le blé en grange. La drèche 
serait donc le grain battu, trituré, le résidu. 
Il y a quelque difiiculté à identifier, étymolo- 
giquement, les mots drague et drèche. — D'a- 
près Bugge (Rom. III, 147), drèche représente 
i'aha. drastja, drestja, mot à supposer d'après 
l'ags. dœrste (« faex »), a. angl. drastes (pi.), 
résidu des grappes pressurées, ail. mod. tres- 
t&r. 

BRESSER, voy. droit, — D. dressoir, re- 
dresser. 

1 . BRILLE, camarade, du vha. drigil, gar- 
çon, serviteur, nord, thraell. 

2. BRILLE, lambeau, chifibn. Diez met en 
avant, avec quelque hésitation, le nord, dril, 
déchet. Chevallet cite le bret. trul, chiflbn et 
le cymr. dryll, lambeau, verbe drylliaw, 
mettre en pièces. — D. drillcr (v. pi. bas). 

3. BRILLE, foret, de l'angl. driU, ni. dril- 
len, percer, forer. 



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DRU 



— 163 



DUC 



BRILLER» 1 . aller vite, courir ; j'y vois l'ail. 
drillen^ tourner çà et là, aussi tourbillonner; 
2. ramasser des chiffons, voy. drille 2. 

DROG, un des noms de l'ivraie. En vfr. on 
trouve la forme fém. droe; Besant de Dieu, 
1593 : Dessus le biau furment sema | Garzerie 
e droe e neele | E ivraie. — D'autres exem- 
ples ap. Godefroy. 

DR06MAN, prov. drogouian^ esp. drago- 
mauy it. dragomanno; de l'arabe tardjoman, 
tordjoman, interprète (qui, selon Dozy, vient 
de tardjama, interpréter). Le même vocable 
oriental s'est encore introduit dans nos lan- 
gues sous les formes it. turcimanno, esp. 
trujaman, fr. trucheman, truchement, vfr. 
irughemant, 

1. DROGUE, épice, matière chimique, etc., 
it., esp., port., prov. drbga, angl. drug, du 
néerl. droog, sec, donc pr. marchandise sèche. 
— D. droguerie, droguiste, droguer, 

2. DROGUE, chose sans valeur, mauvaise 
marchandise ; prob. le mémo mot que le pré- 
cédent, pris dans une acception péjorative. — 
D. droguet, étoffe de laine de bas prix, angl. 
drugget. 

3. DROGUE, esp. de jeu de cartes (voy. Lit- 
tré), d'un mot gaulois signifiant nez ou bec 
(id., suppl.). 

DROIT, adj. ctsubst., prov. dreit, dreich, it. 
diritto, drtttn, esp. derecho, du L. directus 
(part. pass. de dirigerc), qui a la môme va- 
leur et qui, dans les langues romanes, a sup- 
planté le simple reclus. Le neutre directum 
s'est substitué au L. jus pour signifier le 
droit; cp. ail. rccJu, tirt» également d'une ra- 
cine rcg signifiant diriger, ajuster. Cicéron 
déjà a employé directum comme synonyme de 
justum et vorum. — D. droitier, qui se sert 
de la main droite; droiture, signification 
morale (dans Vitruve, on trouve directura 
dans le sens propre d'alignement). De droi- 
ture : vfr. droiturier, droit, juste, légitime. 
Composés : adroit (v. c. m.), endroit (v. c. m.). — 
Du part, directus s'est produit un verbe direc- 
tiare, d'où les formes it. dirizsare, driizare, 
esp. derezar, prov. dressar, fr. dresser, vfr. 
drecier (cps. adresser, v. c. m.). L'angl. em- 
ploie le môme mot dans le sens de préparer, 
arranger, puis spécialement dans celui d'ha- 
biller. L'it. possède en outre une forme riz- 
sare = dresser, tii'ée de rectiare*, de rectus. 

DROLE, mot inconnu aux lexicographes du 
xvi" siècle, bien qu'on le rencontre, orthogra- 
phié drolle, dès le xv^; sans aucun doute 
identique avec l'angl. droit, plaisant, comique, 
ail. et néerl. drollig, = drôle ; cp. néerl. 
drol, nord, drioli, gaél. droit, lourdaud. — 
D. drolatique (formation populaire y ; drôle- 
rie. Le féminin drôtesse se rapproche, par 
sa valeur, de l'ail, droite, femme commune, 
angl. trull, prostituée, et trollop, salope. 

DROMADAIRE, L. drotnadarius, dér. de 
dromas, -adis, = gr. ô/so/Aâ,-, coureur. 

DROSGHKI, espèce de voiture ; mot russe, 
ail. drosclike. 

DRU, adj., gaillard, vif, abondant, serré. 



épais. Ce mot est distinct du vieux subst. 
français drut, it. drudo, qui signifie ami, 
chéri, et qui vient de l'ail. t7'ùt (drùt), traut, 
m. s. Il dérive, dit-on, du celtique : gaél. 
druth, pétulant, cymr. drud, vigoureux, 
hardi. J'accepte cette ôtymologie pour le sens 
gaillard, mais (juant au sens abondant, dense, 
elle no me parait pas satisfaisante. Rabelais so 
.sert de dru avec le sens de dodu, bien nourri 
et dans celui d'épais. Gachct i)onse que cet 
adjectif pourrait se rattacher à l'islandais 
driugr et au su(5d. dry g, qui réunissent 
toutes les acceptions du mot français, accep- 
tions qui se retrouvent aussi dans l'adjectif 
grec iojso; (lisez k^aoi), indiqué déjà par H. Es- 
tienne Ce dernier, en effet, signifie à la fois 
robuste, foi*t, gras, serré, dense, abondant, 
luxuriant ; mais il n'a aucune affinité étymo- 
logique avec le mot français : à^po,-, d'après 
Buttmann, est une variété do àotvo'i, qui si- 
gnifie à peu près la môme chose et a pour 
racine a A, d'où aussi â^/îv, adv., à satiété. — 
Une transposition de durus ou de rudis n'est 
pas acceptable. — Nodier rattache dru, fort, 
vigoureux, à ^oOi, chêne, se fondant sur 
l'exemple de robustus, qui vient de robur, 
chêne; cette étymologio est spécieuse, mais 
insoutenable. 

DRUGE, pousse surabondante de pois ; vfr. 
provision, multitude ; vfr. dntgier, pousser 
abondamment (en parlant dos plumes); dans 
le Haut-Maine, d rugir = devenir dru, 
grand, fort. D'origine incertaine ; il est diffi- 
cile do .séparer le mot de dru (abondant, luxu- 
riant), dont la consonne finale a du être g. Le 
mot parait être identique avec vfr. druge = 
plaisanterie, bourde ; pour la relation logi- 
que, cp. l'expression bombance, qui implique 
à la fois l'idée de richesse, ampleur et celle de 
fanfaronnade. 

DRUPE, fruit charnu, portant un noyau ; 
d'origine incertaine. On trouve en latin 
druppa, en grec Sp.\f:nta, appliqué à l'olive 
trop mûre ou qui commence à mûrir, et rat- 
taché par Pline à l'adj. composé grec Spuntrru, 
signifiant •* qui tombe de l'arbre, mûr ». Lit- 
tré fait venir druppa, avec plus de probabi- 
lité, du gr. Bpu-ntn/ii en tant que ce composé 
(de $p^i -\- TTéTTTeiv) signifie ♦* mûrissant sur 
l'arbre » ; les lexiques, en effet, ont soin de 
distinguer entre les deux mots grecs. 

DU, vfr. deu, don, régulièrement formé de 
del =^ de le. 

DU, contracté de vfr. deû, du L. debutus, 
forme barbare p. dcbitus. 

DUALITÉ, -ALISMB, -ALISTE, dér. du L. 
dualis,' adj. de duo, deux. 

DUBITATIF, mot savant pour douteux, du 
L. dubitaiivus. 

DUO, it. duca, esp., port, duque, val. ducë. 
Du latin dux, ducis ; sauf l'italien duca, qui, 
selon Diez, remonte au L. diujo par l'intermé- 
diaire de la forme byzantine doûÇ (accus, ^oûxx) 
ou ooûxai, employée longtemps avant l'époquo 
littéraire de la langue italienne pour désigner 
le chef militaire d'une ville ou d'une province. 



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E 



— 164 



DYS 



Une dérivation directe du L. dux n*eùt jamais 
pu produire l'italien duca^ mais bien doce, que 
l'on rencontre en effet adoucie dans le vénitien 
doffe. — D. ducliesse, BL. ditcatissa; ducal; 
duché, it. ducato, esp. ducado, prov. ducat, 
BL. ducaius. Ce dernier terme ducatus signi- 
fiait aussi une espèce de monnaie, frappée 
d'abord par Roger II, roi de Sicile, pour le 
duché de Fouille (ducato d*Apuglia), vers 
1 140 ; de là fr. ducat et ducaton. — Duc est 
aussi devenu une appellation ornithologique 
pour désigner un genre d'oiseau nocturne; on 
distingue le grand duc, le moyen duc et le 
petit duc. 

DUCAT, voy. duc; dimin. ducaton. 

DUCHÉ, autrefois, comme comté, du genre 
féminin, voy. duc, — La forme vfr. ducîieet, 
ducheé (fém.) accuse un type ducitatem; de 
là s'explique, par contraction, la duché, 

DUCTILE, L. ductilis (ducere). Voy. aussi 
douille. — D. ductilité. 

DUÈGNE, de l'esp. dueiia, = L. domina; 
voy. dame. 

DUEL, combat singulier, du L. duellum, 
ancienne forme de bellum (celui-ci vient d'une 
racine bis, l'autre de duis, son équivalent; cp. 
duonus, ancienne forme de bonus). Ce n'est 
que dans le moyen âge que duellum a pris le 
sens actuel de duel. — D. duelliste. 

DUIRE, verbe neutre, convenir, plaire, du 
L. ducere, pris dans le sens de condtœere. Au- 
trefois, duire avait aussi le sens actif du L. 
ducere, conduire (un vaisseau), diriger, élever 
(un enfant), dresser (des animaux). 

DULCIFIBR, voy. doux. — D. dulvifica- 
tion. 

DULCINÉE, maîtresse; d'après le nom de 
la maîtresse de don Quichotte ; mot tiré de 
dulcis, doux. 

DULIE, gr. Souhjy., pr. culte scrvilc. 

DUNE, it., esp., |K)ii. duna; d'origine ger- 
manique : vha. dùn, dùna, promontorium, 
ikVm'I. duin, ags. dùn, angl. down. Ces mots, 
toutefois, appartiennent aussi aux langues 
celtiques : anc. irland. dùn, gaél. din, col- 
line, primitivement lieu fortifié. Cp. aussi gr. 
^ii â(v, butte de sable au bord de la mer, 
colline. Bun a donné le sufiixe des noms de 
lieux tels que Lugdunum, Augustodunum, etc. 
Voy. aussi l'art, donjon. — D. dunette. 

DUO, forme italienne et latine de deux. 

DUPE; étymologie inconnue. Frisch rap- 
proche le souabe diippel, imbécile (voy. 
Grimm, v^" dôbel et diippel). D'après Cheval- 



let, dupe a été le nom de la huppe, oiseau qui 
passe pour un des plus niais, et c'est ce qui 
expliquerait le sens attaché à ce mot dans la 
langue actuelle. Littré, qui approuve cette 
étymologie, compare la valeur analogue don- 
née à. pigeon (cfr. aussi celle de l'ail, gimpel, 
bouvreuil). Il est possible que Chevallet ait 
bien rencontré ; cependant, il est curieux de 
noter que le nom de la huppe a aussi donné 
naissance à l'a^j. huppé, dans le sens de fin, 
adroit : « les plus huppés y seront pris » . Cet 
acy. sauve un peu la réputation que fait à cet 
oiseau le mot dupe. En admettant que notre 
mot dupe vienne de dupe, huppe (le glossaire 
de Jaubert porte dube)^ il reste à trouver l'ori- 
gine de ce dernier. — D. duper, -eur, -etHe, 

DUPLICATA, pluriel neutre de duplicatus, 
participe latin signifiant doublé. 

DUPLICITÉ, L. duplicitas. Chez Horace 
déjà duplex avait le sens de faux, perfide, à 
double langage ; cp. le vfr. doubler, tromper. 

DUPLIQUER, répondre à une réplique, 
litt. doubler la réponse, en faire une deuxième; 
forme savante du L. duplicare. — D. duplique. 

DUR, L. durus. — D. duret; dureté, L. 
duritas ; durcir, L. durescere (cps. endurcir); 
durillon, bourg, duroillon (àQ dur-\-oeil f). 

DURER, L. durare (de duras, dur, résis- 
tant et par conséquent persistant). — D. du- 
rant (prépos.), durée, durable. 

DUVET, étymologie inconnue. Si l'on peut 
admettre l'identité de ce mot avec Tanc. mot 
dumet, m. s. (qui pourrait bien en effet s'être 
modifié dabord en dubet et de là en duvet), 
l'embarras disparait. Le vfr. du7i, duvet (d'où 
dumet), BL. duma, remonte au nord, dùn, 
qui est aussi le primitif des équivalents angl. 
doton et ail. dawic, — D. duveteux. 

DTNAMIE, gr. oûvauii (strictement Suvx/xfa), 
puissance. — D. dynamique ; dynamite. 

DTNASTE, gr. Vuvàir/3;, qui tient le \^o\\- 
voir (ôûvaci^ai); dynastie^ gr. ^uya^n'a, puis- 
sance; sens moderne : succession do souve- 
rains dans la même famille. 

DTSCOLE, difiicile à nourrir, de mauvaise 
humeur, gr. iùiAoUi, m. s. (de cû;, préfixe 
péjoratif, et xo'iov, nourriture). 

DYSPEPSIE, gr. ù^jimiu, digestion pénible 
(de Ttc^rriiv, cuire, digérer). 

DTSSENTERIE, gr. ^u7svrs/9(«, litt. mal aux 
intestins (svrî/»x). — I^ redoublement de \s 
est contraire à l'étymologio et vicieux. 

DTSURIE, gr. iv-tovolx (56,-, mal, -\- oùptlVf 
uriner.) 



E 



1 . B-, syUabe prépositive, devant les mots 
commençant par st, se, sp, sm. On sait que 
cette voyelle d'appui, que l'on a fort bien 
comparée à ce que l'on appelle appoggiature 
en musique, est également propre aux idiomes 
provençal, espagnol et portugais ; p. ex. L. 
stabulum, esp. c-stablo, port, e-stavel, prov. 
et vfr. e-stable. Avec le temps, Ys de la com- 



binaison a disparu en français : ainsi nous 
prononçons et écrivons état, élable, écrire, 
épée, émeraude, p. estât, estable, escrire, es- 
pée, esmeraude {diQ status, stabulum, scribere, 
spada, smaragaus). \Js s'est cependant con- 
servé dans estimer, estomac, esclandre, espace, 
espalier, espèce, espérer, esprit, estampe et 
quelques autres. 



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ÉBA 



165 — 



ÉBR 



2. É-, pi'i^fixo. La forme actuelle ^ résulte do 
l'élision do 5 dans l'ancien préfixe es, et quant 
à celui-ci, il représente le latin ex, qui, en 
composition, marque mouvement du dedans au 
dehors, par conséquent sortie, extraction, dé- 
pouillement de la chose, ou délivrance de 
la situation, exprimées par le radical, aussi 
aboutissement, parachèvement, renforcement. 
Les composés latins de cette espèce, qui se sont 
transmis à l'ancienne langue française, ainsi 
que ceux de création nouvelle, changent le pré- 
fixe latin ex ou e, quand il précède une con- 
sonne, généralement en es : p. ex. e libère, 
fr. eslire; ex-caîdare, fr. es-chauffer. Us du 
préfixe a fini par céder, sauf devant s; de là 
é-lire, é'Chauffh\ essouffler, essuyer, La lan- 
gue savante, dans ses emprunts au latin, 
maintient soit e, soit ex (^/"devant f)\ elle dit 
donc expirer (non pas épirer) de expirare, 
é-noncer de e-riuntiare. La romane d'oïl chan- 
geait ex aussi en es devant les voyelles, en 
doublant Vs : p. ex. essilicr, auj. exiler, esso- 
rer' (d'où essor), de exaurare. 

EAU, prov. aigua, esp., port, agua, it, 
acqua. Rien do plus varié que les formes sous 
lesquelles le mot latin aqua s'est modifié dans 
les idiomes français, et rien de plus bizarre 
que ce simple son o qui le représente aujour- 
d'hui et que trois voyelles concourent à figu- 
rer. Voici à peu près la succession phonéti- 
que do ces transformations diverses : ague, 
aiguo, âge, egue, atoe, èwe, ève, iave, iaue, 
eaue, eau. On soupçonne à bon droit le goth. 
ahva, vha. awa, fleuve, d'avoir exercé quelque 
influence sur la déformation du mot latin. Un 
philologue allemand, Langensiepen, a émis 
l'idée que les formes eaue, eau, procèdent 
d'une forme diminutive aquella ou aqucllus 
modifiée successivement en avellus, avel, evel, 
ëel, eau; mais cette conjecture est insoute- 
nable; Vu dans eau est un eflet de la vocali- 
sation du V dans iave, d'où iaue, eaue, eau. 
Pour les dérivés qu'ont laissés les formes 
aiguë et ève, voy. sous aiguë, Mahn voit dans 
la locution être en nage une mauvaise ortho- 
graphe, résultant d'une fausse interprétation 
étymologique de être en âge {âge = eau), 
être mouillé; cependant Ton disait aussi à 
nage, et le wallon dit été en nange. Voy. l'art. 
nager. 

ÉBAHIR (S'), prov. esbahir, wall. esbawi, 
it. sbaïre; le radical de ce verbe paraît être 
haJi, l'interjection de l'étonnement. Il aurait 
ainsi une origine analogue à celle de badare, 
d*où béer. — D. ebahissement. 

ÉBARB£R, pr. ôter la barbe, rogner. 

ÉBAT, subst. verbal de ébattre, 

ÉBATTRE (S'), vfr. esbatre, it. sbattere; 
ridée première est se débattre, se démener, 
puis s'agiter, se donner du mouvement, enfin 
se divertir. — D. ébat, subst. verbal. 

ÉBAUBI, d*un ancien verbe esbaubir (encore 
en usage en Normandie), qui variait avec 
abaubir; du vfr. baube (d'où fr. bauber, bal' 
bier = bégayer). Ce baube est le L. balbiis, 
bègue; ébaubir qqn., ce serait donc pr. le 
faire bégayer do frayeur. 



ÉBAUCHER, voy. débaucher. Le mot n'est 
pas très ancien dans la langue; au xv® siècle, 
on le trouve sous la forme esbocher, qui parait 
reproduire l'équivalent it. sbossarc (= abboz- 
. zare), dégrossir, donner la première forme. 
Esbocher^ p. esbosser, n'est pas plus étrange 
que la forme picarde boclie p. bosse (it. bossa), 
— Subst. verbal ébauche, 
ÉBAUDIR, voy. baùdir. 
EBBE, ÉBE, reflux de la mer, de Tangl. ebb, 
ail. ebbc, m. s. 

ÉBÊNE, L. cbenus (ISsvoî). — D. ébénier; 
ébéniste, ébénistene ; ébéner. 

ÉBE1ÎR, rendre bête. Le préfixe a ici son 
caractère intensif. 

ÉBLOUIR, vfr. esbloïr, esbleuir; l'étymo- 
logie bleu (♦« faire bleu devant les yeux ») con- 
vient très bien aux formes françaises, mais 
non pas aux termes esbaJauzir (p. esbiauzir), 
assourdir, et etnblauzir, étonner, ébahir, de 
la langue provençale. C'est pourquoi Diez se 
range de l'avis do Grandgagnage faisant re- 
monter ces mots au vha. blôdi, hebes, infir- 
mus, timidus (verbe blôdan, aflkiblir). L'alle- 
mand dit encore blôdsichtig, p. qui a la vue 
faible. Strictement, observe Diez, blauzir ap- 
pelle plutôt pour primitif un verbe gothique 
blauthjan, mais ce verbe ne se trouve pas avec 
le sens qu'il faudrait. 

ÉBORONER, rendre borgne (le préfixe est 
intensif). 

ÉBOULER, renforcement de bouler = rouler 
comme une boule. — D. éboulis, sment. 

ÉBOURIFFÉ, qui a les cheveux en désor- 
dre. Mot moderne d'une bizarre facture, 
assez diflicile à expliquer. La seule idée qui 
nous vienne, c'est de le rattacher à bourras- 
que : cheveux livi'ôs à la bourrasque ; cp. l'ex- 
pression allemande sersaust, qui dit la même 
chose que le mot fr. et qui exprime également 
les effets du vent sur les cheveux. Littrô pro- 
pose bourre, — Néol. ébouriffer, -ant. — Peut- 
être ébouriffé est-il une corruption de ébouf 
feré, qui se rapproche du prov. mod. rabu- 
ferai, rebufelat (même sens), lequel tient à 
rit. rabuffato, de buffare, souffler (Bugge, 
Rom., IV, 354). — Caix place notre mot sous 
l'it. rabbuffato, « désordonné, brouillé » . Celui- 
ci, selon lui, est une métathèse de baruffaio 
•• mêlé, confus » (cp. arruffato), qu'il fait déri- 
verjdu vha. biroufan; fr. ébouriffé, dans ce 
cas, serait p. ebirouffé, 

ÉBRANLER (préfixe intensif), voy. branler. 
ÉBRASER (aussi embi^aser), terme d'archi- 
tecture, élargir à l'intérieur, suivant un plan 
oblique, la baie d'une porte ou d'une fenêtre. 
D'origine inconnue. Voy. aussi embrasure, 

ÉBRÉGHER, patois ébercher, faire une brè- 
che{v. c. m.). Quelques patois du Nord disent, 
dans le sens d'ébrécher, escarder, écarder; 
sans doute de la famille de Tall. scharte, en- 
taille, brèche. 

ÉBRBNER, aussi éberner, de bran (v.c.m.); 
opp. de embrener, 

ÉBRILLADE, t. de manège, = it. sbrigliata, 
de briglia, bride. 
ÉBROUER; ce verbe, dans l'emploi réfléchi. 



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ÉCA 



466 — 



ÉCH 



=^ (^tomner, souffler, ronfler, est do mômo 
origine qu'au sens actif de laver, passer dans 
l'eau. L'un et l'autre viennent de 'broue (forme 
maso, breu), qiii correspond à vha. prot, prod, 
angl. broth, dL. brodum, et qui implique à 
la fois l'idée de bouillon (cp, ail. bruhe^ fr. 
brouet) et celle de « écume » (signification 
constatée pour le patois normand broue et 
pour l'angl. froth^ doublet de broth. De là, 
d'une part, ébrouer, pr. échauder, passer dans 
l'eau bouillante, d'autre part, s*cbrouei\ pr. 
rejeter Técume par la boucbe ou les naseaux. 
Il faut donc rejeter, pour le second, l'étymo- 
logie bravo posée par Diez et adoptée par 
Littré et moi. Voy. Joret, Rom. IX, 118. — 
Le primitif germanique signifiant aussi « va- 
peur », ébrouer est de la même famille que les 
vocables brouet, broue'e, brouine, bruine, 
brouillard (anc. brouilas) et très probable- 
ment aussi brouiller, 

ÉBRUITER, faire du brait d'une affaire; 
cp., pour le préfixe, ail. aus-plaudern , m. s. 

ÉBULLITION, L. ebullitio (de ebullire, fr. 
e'bouillir). 

ÉCAGHER, écraser, anc. escacher, esqua- 
chier, pic. écoacher, esp. acachar, ctgachar, 
de l'acy. esp. cacha, qui correspond à l'it. 
quatto, prov. quait, et représente le latin 
coactus, comprimé. Voy. aussi les mots cacher 
et caiir, 

É0A6NE, portion d'un éclieveau, voy. éche- 
veau. 

ÉCAILLE, escaille*, it. scaglia; d'origine 
gennanique : goth. scàlja, tuile, ail. schaJe, 
écaille. Une antre forme du même mot est 
êcale. — D. écailler, verbe; écailler (subst.), 
vendeur d'huîtres; écailleux. 

1. ÉGALE, voy. l'art, préc. — D. écaler, 
écalot. 

2. ÉGALE ou ESGALE, lieu de mouillage ; 
variété de échelle, m. s.; l'un et l'autre repro- 
duisent le lat. scala. 

ÉCARBOUILLER, pat. champ, écrabouiller, 
écacher, broyer; d'un type L. cxcarbiculare, 
réduire en cendres. A Bruxelles, j'entends 
nommer scrabouilles le résidu du charbon non 
entièrement consumé. Les verbes escarbiller 
(d'où escarbilles) et escarbouiller sont de sim- 
ples variétés de notre mot. 

ÉGARLATE, escarlate\ prov. escarlat, it. 
scarlatto, esp. escarlate, ail. scharlach, du 
persan sahirlàt. — D. scarlatine (fièvre), 
aussi écarlatine, 

ÉGARQUILLER, étymologie inconnue. Pour 
écartiller î Le fait d'une permutation entre k 
et t dans des mots populaires ne serait pas 
isolé ; nous rappelons la confusion faite entre 
tarquais et carquais (carquois), et fr. quinte 
p. Quinque. 

ÉGART, subst. verbal de écarter; voy. aussi 
le mot suivant. 

ÉGARTELER, anc. esquarleler, mettre en 
quatre quartiers ; forme dimin. de csquarter 
= it. squartare; de quart, L. quartus. Es- 
quarter a laissé le subst. verbal écart (anc. 
esquart), terme de blason, quart d'un écu 
partagé en quatre parties. 



ÉGARTER, it. scartare, esp. descartnr, 
d'abord jeter la carte hors du jeu, puis sépa- 
rer, éloigner en général; de L. carta, charta. 

— D. écart, écartement, écarté ^jeu de cartes). 

— L'étymologie tirée du jeu de cartes ne 
convient, paraît-il, qu'au terme de jeu; dans 
le sens d'éloigner, détacher, le mot date 
d'une époque bien antérieure au jeu de cartes. 
Littré (Suppl.) relève le passage suivant du 
xiii** siècle : • Li Bedoins et li Sarasins qui 
etoient espians entour l'ost quant il trouvoient 
qui avoient escarté l'ost, il leur couroient 
sus... n (Lettres de Jean Pierre Sarrasin, 
p. 262). De même dans Benoît, Chron. de 
Normandie, 9281, on trouve escard au sens 
de « moyen de se tirer d'affaire ». Je pense 
avec Littré que cet escarter est dérivé de 
quart signifiant partie, part. Notez encore le 
vieux terme escart appliqué à certains droits 
mobiliers dus au seigneur. 

ÉGARVER, t. de marine, joindre deux 
pièces de bois entaillées, de l'angl. ta scarf, 
ail. scharben, m. s. — Bugge (Rom. IV, 367) 
approuve cette étymologie et la confirme par 
des termes correspondants des langues du 
Nord. 

ÉGATIR = catir (v. c. m.). 

EGGHYMOSE, gr. ixx'i.«««?. effusion d'hu- 
meurs. 

EGGLÉSIASTE, -IQUE, gr. l//>^««7r>i;, 
-txo;, dérivé de iArïy^sLot, église. 

ÉCERVELÉ, it. scervellato, évaporé, tête 
chaude, pr. sans cervelle. Part, du vfr. escer- 
vêler, briser la cervelle. 

ÉGHAFAÏÏD, vfr. escadafaut, escaffatU, 
BL. scadafaltum, scafaldus, Voy. catafalque, 

— D. échafauder, -âge. 

ÉGHALAS, vfr. escaras, pic. écarats, piém. 
scaras; selon quelques-uns de scala, échelle. 
Mieux vaut le BL. carratium, m. s., joint 
au préfixe es; quant à celui-ci, il reproduit le 
gr. xâ/5«Çf pieu, échalas. Dans une charte du 
Beauvais de 1158, on trouve : ♦* Virgas ad 
vineas sustentandas que vulgo hescaraz ap- 
pellantur. » — D. échalasser. 

ÉGHALIER, anc. eschallier, forme variée 
de escalier. Le mot signifie d'abord une petite 
échelle pour passer au-dessus d'une haie, 
puis une clôture de branches d'arbre (ayant 
la forme d'une échelle). 

ÉGHALOTE, altération de vfr. eschxjdoigne, 
escalone (patois divers escalogne), it. scalogno, 
esp. escalona, du L. csepa ascalonia, ciboule 
d'Ascalon, introduite en Europe par les croi- 
sés; ail. aschlauch, eschlauch, aussi (d'après 
le français), schalotte. 

ÉGHAMPIR, réchampir, t. de peinture, dé- 
rivé de champ; pr. faire sortir du champ. 

ÉGHANGRER, évider en forme de crois- 
sant; de chancre = écrevisse, d'après la 
forme do ce crustacé. — D. échancruxe. 

ÉGHANDOLE. du L. scandula (scandere). — 
De la forme scindula (scindere), l'allemand a 
tiré schindel, m. s. 

ÉCHANGER, prov. escambiar, voy. chan- 
ger; op. pour le préfixe, ail. aus-tauschen. 
La chose échangée sort des mains de celui 



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ÉCH 



— 167 — 



ÉCH 



qui la tenait ; le préfixe est donc parfaitement 
à sa place. Subst. verbal échange, 

ÉGHANSON, esp. escanciano, port, escan- 
çdo, BL. scancio, dérivés des verbes vfr. 
eschancer, esp. escanciar, port, escançar. Du 
vha. scencan ou plutôt scançfan, verser à 
boire, ail. mod. schenken ; subst. scanqfo, ail. 
mod. mund-schenh^ échanson. — D. échan* 
sonner^ -erie. 

ÉCHANTIONOLB «=- chantignole (v. c. m.). 

ÉCHANTILLON, Hainaut A;an<i Won. propr. 
morceau, pièce, puis morceau de montre, 
étalon de mesure, direct, de 'eschantil, subst. 
verbol de 'eschanteler, 'eschantiller (angl. 
scantle), mettre en pièces ; Tanc. langue disait 
aussi eschantelot (angl. scantlet). Quant au 
verbe eschanteler, il dérive du vfr. cant, 
chant, coin, bordure, morceau (voy. cantine, 
canton). — D. échantillonner, 

ÉCHAPPER, it. scappare, esp., port., prov. 
escapar, wallon chaper, haper; dérivé du 
mot roman cappa, manteau. Échapper, éty- 
mologiquement, c'est se glisser hors de sa 
chape, se débarrasser du manteau, pour faci- 
liter la fuite; cp. en gr. M{ji;^%i, pr. se dés- 
habiller, puis s'enfuir. En dial. champ, j'ai 
trouvé exïier (L. exuere) = sortir, c'est une 
analogie digne de remarque. On ne saurait, 
sans faire violence aux règles, admettre dans 
it. scappare, fr. échapper, une altération de 
it. scampare, se sauver, échapper, fr. escam- 
per (auj. décamper), et encore moins l'étymo- 
logie ex-captus, signifiant sorti de la capti 
vite, posée par Roquefort. — Le mot échever 
employé par Montaigne pour fuir, est le vfr 
eschever =* esquiver, et tout à fait indépen- 
dant de échapper. — D. échappée, échappe- 
ment, échappade on escapade, échappatoire 

ÉCHARDB, voy. chardon. 

ÉCHARNBR, voy. chair. 

ÉCHARPB, d'où it. sciarpa, ciarpa, esp. 
charpa, néerl. scaerpe, ail. schûrpe, angl. 
scarf. Dans la vieille langue escharpe, es- 
cherpe, escerpe se disaient pour la poche sus- 
pendue au cou du pèlerin. C'est de là qu'on 
suppose que s'est déduite l'acception bande 
d'étoffe ; l'accessoire aurait fini par emporter 
le sens. Quant à escharpe, poche, on le met 
en rapport avec des mots germaniques ayant 
la même valeur, tels que : vha. scherbe, Bas- 
Rhin schirpe, bas-ail. schrap, angl. scrip. 
Nous doutons fort que le mot éduirpe =« bande 
allongée, ceinture, soit tiré de écharpe, 
poche ; le prov. eschaiyir et fr. écharper en 
indiquent suffisamment le sens primitif : cou- 
pon d'étoffo. Quant à ces verbes, voy. l'art, 
suiv. 

ÉCHARPER, vfr. escharpir, entailler, puis 
tailler en pièces; dim. écharpiller. Peut-être 
du simple charpir, d'où charpie (v. c. m.) ; 
mais on peut aussi s'adresser, soit à l'ail. 
scharf, angl. sharp (ags. scearp), tranchant, 
d'où les langues germaniques ont tiré bon 
nombre de verbes signifiant tailler, soit au 
néerl. schrapen, angl. scrape, gratter, scal- 
per. 



ÉCHARS, vfr. escars, ménager, chiche, it. 
scarso, prov. escars, escas, esp. escaso, néerl. 
schaars, angl. scarce. Du BL. excarpsus 
(aussi simplement scarpsus), participe de 
excarpere = excerpere ; le sens du mot serait 
ainsi « dont on a tout cueilli, qui en est réduit 
à rien >*. Donc, d'abord désignation d'une 
chose épuisée ou à peu près, transportée 
ensuite à une personne mesquine dans ses 
calculs ou ses dépenses. C'est là l'étymologie 
proposée par Muratori et accueillie par Diez. 
Dans Rathier de Vérone on trouve scardus 
pour avare ; cela ressemble bien au fr. échars, 
mais le d ne s'accorde pas avec les formes pa- 
rallèles indiquées ci-dessus. — Le mot écliars 
s'est aussi appliqué à une monnaie qui n'a pas 
son titre légal, et se dit encore, en termes de 
marine, d'un vent faible, peu prononcé. 

ÉCHASSE, vfr. eschace, wall. écache, du 
néerl. schaats, « grallse, vulgo scacœ, gai. 
eschasses, it. manche, hisp. cancos, angl. 
skatches • (Kiliaen). Aiyourd'hui les Italiens 
disent <rampo/t, les Espagnols zancos, Angl. 
skaie (=-= scaJtclie) et néerl, schaets signifient 
patin. — D. échassier. 

ÉCHAUBOULER, probablement de chaude 
boule [boule =* bulle). Les dialectes disent 
encore chaudebouillure ou chaubouillure, — 
D. échauboulure. 

ÉCHAUDER, L. ex-caldare, it. scaldare, 
prov. escauder, angl. sc*ild, voy. chaud. — 
-D. écJiaudé, petit gâteau de pâte échaudée» 
d oeufs, de beurre et de sel. 

ÉCHAUFFER, vfr. eschaufer, voy. chauf- 
fer, — D. échauffemeni, -aison, 'ure; cps. 
réchauffer. 

ÉCHAUFFOÏÏRÉE (le peuple dit échaffou- 
rééj ; mot difficile à expliquer. Littré cite non 
seulement deux passages de Rabelais où l'on 
trouve le verbe chauffourer employé, paraît* 
il, dans le sens de salir, maculer, et un de 
Montaigne, où on lit : •* l'idée de leur amen- 
dement est chauffourée n, mais il allègue 
encore un passage de Brantôme qui offre le 
composé escafourer (« j'ai délibéré de n'exco- 
fourer mon papier de si petites personnes »). 
« Êchauffourée, dit Littré, vient sans doute 
de ce verbe, mais chaufourer, d'où vient-il? 
Le verbe fourrer parait bien j être ; quant au 
préfixe cha ou chitu, on peut croire que c'est 
l'a(y ectif chaud : fourrer dans le chaud, c'est- 
à-dire dans le feu, de manière pourtant à 
s en retirer, à ne pas y périr >*. Cette expli.' 
cation de chauffourer ne cadre guère avec les 
exemples cités, et l'origine de notre sub- 
stantif doit s'expliquer autrement. Au fond, 
il ne dit autre chose que « entreprise faite 
dans un mouvement de colère, d'emportement, 
de chaleur; pourquoi le séparerions-nous du 
vfr. eschauffeUre, eschauffure (variantes de 
eschauffaison), par Tintermédiaire d'un verbe 
eschaujfourer, mettre en chaleur? Fix>issart 
(Chron. IV, 273, éd. Luce, ms. de Rome) em- 
ploie eschaufée au même sens que le mot qui 
nous occupe. Restent toujours à éclaircir les 
verbes employés dans les passages cités ci- 
dessus par Littré. 



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ÉCII 



i68 



ÉCH 



ÉCHAU6UETTE, vfr. eschargaile (d'où d'a- 
bord eschalffitette, puis eschauçuettc), signi- 
fiait en premier lieu une troupe qui fait senti- 
nelle, puis sentinelle isolée, puis guérite (pour 
cette filiation de sens, op. corps de carde ^ 
d'abord troupe, puis le lieu où elle se tient). 
Escargaite, BL scaraguayta, reproduit fidèle- 
ment l'ail, schaarwacht^ troupe-sentinelle 
(voy. guet). En wallon, l'on dit encore scar- 
ijcaiter pour être aux aguets. 

ÉGHAULER, cp. chauler , de chaux, 

âOHE. amorce» L. esca, 

ÉCHÉANCE, subst. tiré de échéant, part, 
de escheoir*, échoir (v. c. m.). 

ÉCHEC (jeu d'échecs), vfr. plur. eschacs, 
eschas, eschiés; it. scacco, esp., porLnxaque, 
prov. escac, BL. scaccus, ail. schach. Les lin- 
guistes hésitent encore entre deux étymolo- 
gies. Les uns (parmi eux Ducange et Diez) 
voient dans ce mot le persan schach, roi, le 
roi étant la pièce principale du jeu. En faveur 
de cette opinion on se fonde surtout sur ce que 
plusieurs des noms des figures du jeu, usuels 
dans l'anc. langue, ont incontestablement une 
origine orientale ^p. ex. fierce, la reine, au fin, 
le fou, roc, la tour). D'autres reconnaissent 
dans le jeu d'échecs la traduction de l'ex- 
pression ludiis latrunculorum, en usage chez 
les Grecs et les Romains et d'origine orientale. 
Les particularités que nous possédons sur ce 
jeu antique ne permettent aucun doute sur 
l'analogie qu'il présente avec le jeu d'échecs. 
Il se peut donc fort bien que l'expression même 
se soit transmise au moyen âge. Echec serait 
donc un nom correspondant par sa valeur à 
latrunculuSy voleur. Pour établir cette cor- 
respondance, les partisans de l'étymologie 
dont nous parlons prennent eschac, jeu, pour 
identique avec le vfr. eschac, eschec, prov. 
escac, BL. scacus, qui signifiait butin, prise, 
et qui vient du vha. scah, m, s., mha. schach 
(d'où l'ail, schûcher, larron), hoU. schaak. En 
flamand schaeken signifie à la fois jouer aux 
échecs, et enlever, ravir, voler. Cachet, qui 
incline pour cette dernière étymologie, fait 
encore ressortir la circonstance que le mot 
persan schach, roi, ne servit pas à désigner 
en Europe la pièce principale du jeu et que 
les trouvères donnent, au contraire, le nom 
échec à toutes les autres pièces, même en 
opposition avec le roi. Quant à l'expression 
échec et mat (pour le sens, elle correspond aux 
termes latins alUgatus, ou incitus, ad incitas 
redactus), on ne saurait lui contester sa pro- 
venance orientale ; elle reproduit trop mani- 
festement la formule persane schach mat. 
C'est d'elle que découle le sens figuré donné 
au subst. échec, savoir celui de mauvais coup 
de fortune, défaite, et les locutions tenir en 
échec, donner échec, — D. échiquier (v. c. m.), 
échiqueté (v. c. m.). 

ÉCHELLE, vfr. eschele, du L. scala (p. 
scad*la, de scandere). Dans le terme de ma- 
rine faire échelle (aussi écale, escale), le mot 
échelle «« port de mouillage, se rapporte au 
même primitif. L'échelle est essentielle pour 
relâcher dans un port. — D. échelette; éche- 



lon, degré, bâton d'échelle; verbe écheler. 
Sont d'une origine plus moderne et tarés soit 
des langues du Midi, soit directement du 
latin : escalier et escalade, it. scalata. 

ÉCHELON, voy. échelle. — - D. échelonner, 
ranger en échelons. 

ÉCHEVEAU, anc. eschevet, dim. du vfr. 
eschief. La chose désignée par ce dernier et la 
définition que lui donne Nicot •• spira filacea, 
orbis filaceus » font préférer l'étymologie pro- 
posée par Diez, savoir L. scapus, rouleau, à 
celle de cheoel, cheveu = L. capilhis. Le 
même primitif scapus a donné échevette, petit 
écheveau (= it. mod. sgaoettcL) et vfr. escha- 
voir, dévidoir. Chevallet s'est mépris en met- 
tant ces mots sur la même ligne avec vfr. 
eschagne, escaigne (auj . écagne, angl. skain), 
qui signifient « partie d'un écheveau », et qui 
procèdent d'un primitif celtique. 

ÉCH EVEL É, voy. cheveu. 

ÉCHEVETTE, voy. écheveau, 

ÉCHEVIN, it. scabino, schiavino, esp. escla- 
vin, BL. scabinus. D'origine germanique : v. 
saxon scepeno, vha. sceflhw, scheffen, nha. 
schôffe. Tous ces vocables se rattachent au 
verbe schaffen (bas-ail. schapefi), régler, soi- 
gner, administrer. 

ÉCHIF, voy. esquiver. 

ÉCHIGNOLE, espèce de bobine ou fuseau 
qui sert à dévider ; nous tenons ce mot pour 
un dérivé de escaigne, indiqué sous écheveau 
(cp. pour la voyelle, chignon de chaine), 

ÉCHINE (forme variée : esquine), it. schiena, 
esp., e^quena, prov. esquena, esquina. L'éty- 
mologie L. spina est rejetable aux yeux de 
Diez parce que d'un côté la mutation sp en se, 
sq ne se produit pas dans les idiomes néo- 
latins de l'Ouest, et que, d'autre part, Vi 
long de spina ne peut se convertir en e ou ie. 
Toutes les formes romanes s'accordent parfai- 
tement, selon lui, avec le vha. skina, aiguille, 
piquant (cp. le L. spina, qui signifie égale- 
ment â la fois épine et échine). — D. échiner, 
rompre l'échiné ; échinée, partie du dos d'un 
cochon. 

ÉCHIQUETÉ, divisé en carrés semblables à 
ceux d'un échiquier; forme diminutive de vfr. 
eschequié. 

ÉCHIQUIER, anc. escheqiàer, tableau pour 
jouer aux échecs (v. c. m.), cp. en latin tabula 
lairuncularia. La magistrature d'Angleterre 
et de Normandie, désignée par ce mot (BL. 
scacarium), a-t-elle tiré son nom, comme 
le pensent Diez et beaucoup d'autres, du pavé 
en forme d'échiquier de la salle où elle tenait 
ses séances, ou du bureau même autour du- 
quel siégeaient les juges et sur lequel on met- 
tait un tapis quadrillé ? Nous ne nous pro- 
noncerons pas à cet égard. Cachet est d'avis, 
ici encore, de remonter au primitif eschac, 
butin; maistredél eschekier, phrase employée 
dans le Livre des Rois avec le sens de •« super 
tri buta prsepositus », aurait, selon^ lui, si- 
gnifié d'abord préposé à la garde du butin, 
puis receveur des tributs et des impôts. Au- 
jourd'hui on. appelle encore en Angleterre/a?- 
chcquer l'administration du trésor royal,' la 



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ÉCL 



— 169 



ECO 



rour des finances ; les bons du trésor sont des 
billets de Véchiquier. Cbovellet déduit le mot, 
dans son sens financier, de Tallemand schatz 
(ags. sceat^ goth. shatt)^ argent, trésor. C'est 
inc-ontestablement «ne erreur. 

ÉCHO, L. écho, gr. rix^i. — D. échoïque. 

ÉCHOIR, anc. escheoir, représente L. exca- 
dère (p. ecccadëré), comme choir (v. c. m.) re- 
présente cadêi*e; part. prés, échéant , doù 
subst. échéance. 

ÉCHOMB (p. échaume\ t. de marine, it. 
scalmo, scarmo, du L. scalmiis, tolet. 

1. ÉOHOPPB, BL. scopa, petite boutique, 
bas-ail. schupp, néerl. schop, nha. schoppen, 
et schuppen, angl. shop, 

2. ÉCHOPPE, espèce de burin, anc. escho^ 
pie, altération du vfr. eschalpre, qui est le L. 
scalprum, lancette, scalpel, esp. escoplo, port. 
escopro. — D. échopper, vfr. eschopler. 

ÉCHOUER; d'origine incertaine. Du L. sco- 
pus, primitif de scopulus, écueil? ou, comme 
propose Diez, du L. caïUes, rocher? — D. 
échouement; cps. déchouer et dés-échouer. 

ÉCLABOUSSER, modification de l'anc. 
forme esclaboter, encore usuelle dans les patois. 
L'explication par «« éclat de boue » (Ménage 
et autres) n'est pas sérieuse ; il faut un thème 
esclab. Or, ce thème se trouve dans l'allemand 
schlabbeni, lapper, baver, jeter de la bave, 
souiller; Goethe sl ** bis iiber die ohren mit 
hoth beschlabbert •, couvert de boue jusque 
par-dessus les oreilles. — Littré est porté à 
voir dans esclaboter une •« transformation ir- 
régulière de l'anc. verbe esclafer, signifiant 
éclater et dont le radical cJaf ou clif se 
trouve sans doute dans clifinre ». 

ÉCLAIR, pr. lumière vive, subst. dérivé de 
éclairer, comme L. fiilgur, fulmeti, de fui- 
gère; cp. champ lumei*, faire des éclairs, du 
L. ïuminare; ailleurs écloise de exlucere, 
angl. lightening de light, vha. blig (auj. blitz) 
de bîikhen, briller, étinceler. 

ÉCLAIRCIR, forme inchoative (factitive) de 
l'adj. c/atr, cp. cf iov?«r, noir<ir,voj. accoiircir, 

ECLAIRER, it. schiarare,-^ L. ex-clarare. 
— D. éclairage, -eur. 

ÉCLANCHE, épaule de mouton (selon d'au- 
tres définitions, gigot de mouton; l'Acadé- 
mie, depuis 1835, s'est prononcée pour 
épaule). Clievallet, se fondant, je suppose, sur 
l'acception gigot, indique le vha. scinca, ail. 
mod. schinhen, angl. shank, jambe, jambon; 
il tient la lettre l pour euphonique. Génin 
consacre à notre mot plusieurs pages de ses 
Récréations philologiques et s'attache à dé- 
montrer qu'il désigne la partie gauche, ce qui 
revient à dire la partie antérieure, donc 
l'épaule, de l'animal et qu'il représente l'anc. 
adj. fém. esclenche = gauche. Ce dernier, 
dont Génin ne donne pas l'étymologie, est le 
néerl. slink (ail. link), gauche. On a pensé 
aussi au vha. hlanca, flanc, mais ce primitif 
est contraire à la lettre. — Baist, alléguant 
l'it. lacchetta et l'esp. catmero (dérivé de c^'ena), 
qui traduisent le fr. éclanche, pose pour 
étymon le fr. cran, entaille (par un verbe es- 
crancher, d'où esclancher). 



ÉCLATER, prov. escîatar, it. schialtarc*, 
schiantare, se fendre, se rompre, se briser 
par éclats et avec bruit; du vha. sleizan (ail. 
mod. schleissen, schlitzen), =« ags. slitan 
(aussi slaetan), angl. slit La correspondance 
de la diphthongue vha. ei avec la voyelle fr. a 
est le fait d'une règle commune, et si initial 
germanique est souvent romanisé par sel. — 
Le même mot exprimant un mouvement subit 
(propr. une rupture, une scissure) accompa- 
gné do bruit, et frappant la sensibilité audi- 
tive, a été transporté, comme il arrive sou- 
vent, dans le domaine de la sensibilité visuelle. 
I^ même vocablesignifiantfrappcrl'ouïe a servi 
pour signifier frapper la vue. On dit donc, 
aussi bien de la lumière que du son, qu'elle 
éclate. — Nous sommes loin de contester l'éty- 
mologie ci dessus établie pour éclater; elle est 
conforme aux principes phonologiques. Ce- 
pendant, ne pourrait-on pas aussi bien ratta- 
cher eS'Clater, en tant que signifiant bruit, à la 
racine klat d'où le néerl. hlateren => strepeve, 
fragorem edere? Le préfixe es serait le ex in- 
tensif, ou bien même le ex marquant mouve- 
ment du dedans au dehors. Les idées rupture 
et bruit, du reste, sont corrélatives; logique- 
ment il vaudrait mieux partir d'un verbe 
marquant rupture (cp. L. fragor, d'abord bri- 
sure, puis son éclatant), mais la transition in- 
verse se rencontre aussi dans crepare, d'abord 
faire du bruit, puis crever. En picard, éclater 
s'est régulièrement modifié en éclagei; verbo 
qui exprime la disjonction des douves d'un 
tonneau par l'cflet de la chaleur (cp., pour la 
forme, dilatare, fr. dilayer). — D. éclat de 
bois, de voix, de lumière; adj. éclatant. 

ÉCLECTIQUE (d'où éclectisme), gr. îx)e/ri^o;, 
de k/Xi/uv, choisir. 

ÉOLIÉ. qui se rompt, qui éclate, \^r. esclier, 
briser, d'où aussi subst. verbal éclt ; de l'ags. 
slitan = vha. sleizan (voy. éclater), 

ÉCLIPSE, L. eclipsis, du gr. I<i«ft;, pr. 
manque, défaut. — D. éclipser, faire dispa- 
raître, mettre dans l'ombre, effacer. — Éclip- 
tique, gr. UXuTzn^ô;. 

ÉCLISSE, vfr. esclic^., pic. éclèche, propr. 
morceau de bois plat, puis osier fendu, etc., 
voy. clisse. 

ÉCLOPÉ, voy. doper. 

ÉOLORE, esclorre* (part, éclos), prov. es- 
claure, du L. exrlaiidere', faire "sortir. Le 
verbe n'a plus aujourd'hui que le sens neutre. 
La forme vraiment latine, ex<ludere, a donn'S 
exclure ; le môme rapport existe entre enclore 
et inclure. — D. éclosion. 

ÉCLUSE, esp. esclusa, néerl. sluis, ail. 
schleuse, du BL. exclusa, scliisa, subst. de 
excludere (part, exclusus), défendre l'entrée. 
Donc litt. = retenue d'eau. — D. écluser, 
éclusier, éclusée. 

ÉCOBUBR, terme d'agriculture; la pre- 
mière opération de l'écobuage, c'est enlever 
d'un terrain couvert d'herbss des parties da 
plusieurs pouces d'épaisseur, à l'aide d'un 
outil appelé écobue. D'où vient ce mot? Y a-t-il 
communauté radicale entre écobue et écopet 



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ECO 



— i70 



ECO 



ÉG(BTJRBR, faire perdre le cœiir (le goût), 
dégoûter. 

ÉCOPRAI, ÉCOFROI, établi d'ouvrier, vfr. 
aussi es coffrais rfroir ; doit être une alté- 
ration du flamand schap-raede (Kiliaen : 
promptarium, repositorium), auj. schapracy, 
— I^ mot se trouvant avec le sens de bou- 
tique où l'on vend du cuir, Littré estime qu'il 
tient au german. schiih, soulier; c'est bien 
difficile à admettre. 

ÉOOINQON, terme d'architecture, dérivé de 
coin; cp. arçon de arc, éciisson de êcu. Le 
])réflxe es, é n'a pas plus de valeur que dans 
échantignole, écru, etc. 

ÉCOLE, L. schola. — D. écolier, L. scho- 
laris; écolâtre, L. scholasticus (r euphonique, 
cp. rustre de rusticus)\ écoJer , enseigner, 
d'où écolage. 

ÉCONDUIRI, litt. conduire hors, éloigner; 
de bonne heure le mot, quant à sa valeur, 
s*est confondu avec l'anc. verbe es-condire 
(type lat. ex-condicere), refuser, débouter. 

ÉCONOME, L. œconomus, du gr. olxoyo>oc, 
qui gouverne le ménage. — D. économie, 
tque, -iste ; économiser. 

ÉCOPE, aussi escope, escoupe; d'origine 
germanique : néerl. shop, ail. schuppe, angl. 
seoop, m. s. 

ÉCOPBRCHE ou es^vperche, t. d'arts et 
métiers ; d'après Littré, de escot (morceau de 
bois) 4" perche. L'anc. langue présente les 
formes escoherge, escorbei'ge, escouberge au 
sens de « petite perche do bois scié *>. 

ÉCORCE, prov. escorsa, it. scorza. On peut 
faire venir c^ mots soit de la forme adjecti- 
vale L. scortea, de cuir (cuir et écorce ont 
souvent la même appellation), soit du L. cor- 
tex, corticis, avec s prépositif, représentant 
un préfixe ex, ajouté sous l'influence d'un 
verbe ex-corticare, écorcer. J'incline pour la 
dernière dérivation. — D. direct du fr. 
écorce : verbe écorcer. — De coi^ex, par l'in- 
termédiaire de l'a^. corticeus, dérivent les 
formes it. corteccia, esp. cortexa, port, cor- 
tiça, signifiant également écorce ; puis les 
verbes it. scorticare, prov. escorgar (n. prov. 
escourtega), esp., port, escorchar, l'r. éoor- 
CHRR. qui tous répondent au L. e^ocorticare. 
La forme française, surtout en présence des 
mots similaires des autres langues, ne peut se 
déduire de excoriare; ce dernier a donné 
escoiirger (v. c. m.) ou écourger. 

ÉCORCHER, voy. écorce. 

ÉCORE, et par altération accore, terme de 
marine, lieu abrupt sur la cAte, représente 
l'ags. score, angl. shore, rive, propr. le lieu 
où la terre est coupée, cp. néerl. schorre, pr. 
ruptura, scissura. Pour le sens d'étai, cp. angl. 
shore, néerl. schoore, appui, étai. 

ÉCORNIFLER, « écorner les dîners, pren- 
dre une corne, un morceau à quelque bonne 
table d'autrui » ; dérivé de fantaisie de écor- 
ner (on trouve aussi escornicher, escomi- 
2er). Il est difficile de démontrer une con- 
nexité avec le mot ail. kamiffel, karnôffeî, 
qui signifie à la fois une hernie, et un célèbre 
jeu de cartes ; verbe kamôffeln, 1 . jouer au 



karnôffeî; 2. rouer de coups. Hildebrand, en 
traitant le mot allemand, cite le verbe angl. 
canifie, employé dans le Devonshire pour 
flatter. — L'étymologie de Ménage mérite 
bien une mention pour sa singularité. Les 
Grecs ayant nommé les parasites des xopxxi;, 
c'est-à-dire des corbeaux, il veut qu'^comt- 
fler tienne de ex-corniculare (rad. corniœ, 
corneille]. C'est pousser un peu loin l'esprit 
d'analogie. — D. écorni fleur, -erie. 
ÉCOSSER, voy. cosse. 

1. ÉCOT, escot*, it. scotto, esp., port, es- 
cote, prov. escot, BL. [scotum, contribution, 
taxe, cens. C'est le même mot que le v. fri- 
son skot, angl. scot, shot, gaél. sgot, ail. 
schoss, qui tous ont la signification imp6t, 
contribution. Tous ces mots se rapportent à 
la racine germanique skût (ail. mod. schies- 
sen), dont l'idée radicale est « sortir, faire 
sortir ». Cp. l'ail, su-schuss, contribution, 
écot supplémentaire. 

2. ÉCOT, tronc d'arbre mal dépouillé de 
ses menues branches, du vha. scuji, nha. 
schoss, angl. shoot, pousse, branche. Mot 
congénère avec le précédent. 

ÉCOUER, escoer\ couper la queue (vfr. 
coue). 

ÉCOUFLE, sorte de milan. Diez pense que, 
puisque les oiseaux de proie ont donné le 
nom à difliârents engins de guerre, il se pour- 
rait bien aussi qu'une arme de guerre ait 
prêté le sien à un oiseau de proie ; il propose 
donc, dans notre cas, l'ail, schupfer, nom 
d'une ancienne arme à projectiles, qui répond 
parfaitement à escofle, écoufle. Pour r changé 
en l, cp. crible de cribrum, temple (tempe) 
de tempora, escliople" de scalprum, I^ breton 
skoul, m. s., allégué par Chevallet, répugne 
à la lettre du mot français. 

ÉCOULER, composé de couler, litt. *= ex- 
col are, logiquement = effluere, ail. aus-flies- 
sen. 

ÉCOURGEON, voy. escourgeon, 

ÉCOURTER, it. scurtare, = L. ex-curtare\ 
voy. court. 

1 . ÉCOUTE, lieu où l'on écoute. 

2. ÉCOUTE, it. sccata, esp. escota, terme de 
marine, espèce de cordage, du suéd. skot, 
néerl. schoot, ail. schote, m. s. 

ÉCOUTER, anc. escouter, escolter, ascouter, 
it. ascoltare, scoUare, prov. escoutar, du L. 
auscultarc, gâté en ascultare. Les médecins 
ont tiré du même verbe latin le terme savant 
ausculter. — D. écoute, l. action d'écouter; 
2. lieu où l'on écoute, petite loge. 

ÉCOUTILLE, esp. escotilla, angl. scuttle; 
Wedgwood rappc^te le mot à l'esp. escotar, 
couper en forme de croissant, échancrer (le- 
quel verbe dérive, d'après Diez, du goth. 
skaut, vha. scox, ail. schoss, flexion, giron, 
sein); Mahn le dérive de écoute, lieu où l'on 
écoute, à cause de la communication que les 
écoutilles sont destinées à établir entre deux 
étages d'un vaisseau. Littré dit qn'escoutille 
a signifié le panneau qui recouvre l'ouver- 
ture; si c*est bien là le premier sens, on 
serait tenté d'indiquer le néerl. schutten. 



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ÉCR 



— ni — 



ECU 



fermer, obstruer, angl. shut^ subst. néerl. 
schut, ail. schuU, protection. — D. écoitiil- 
lon, 

ÉCOUVBTTE. petit balai; ^coia^7/on, linge 
ou peau à nettoyer; diminutifs du vfr. es- 
couve, vergette, balai, prov. esroba, qui est 
le L. scopa, menue branche, ramille; dans la 
Vulg. = balai. 

ÉCRAI6N£, aussi ecraine, escrenne, anc. 
hutte recouverte de paille et de gazon, dans 
laquelle les femmes allaient passer la veillée 
pendant l'hiver. De l'ail, schranne (vha. 
scranna), clôture de treillis, hutte, chau- 
mière. On a aussi proposé une origine du L. 
sannium, coffre (d'où fr. écrin et ail. ^^c^mn), 
dont le sens est voisin de celui de hutte. 

ÉCRAN, escran, escren\ escranne\ selon 
les uns du vha. scranna, mentionné sous 
l'art, préc. , selon les autres de l'ail, schragen, 
tréteau à pieds croisés (cp. flan de l'ail. 
fladen). Pour admettre l'étymologie de M. de 
Chevallet, savoir le vha. sceitn, abri, ail. 
mod. schirm, il faut supposer les transforma- 
tions suivantes : scerm, screm, scren, scran, 
écran, L'angl. sa'een parait tiré du mot 
français sous l'influence de scrinium, écrin. 
Wedgwood cite le bohème chranitt, schraniti, 
garder, protéger. 

ÉORANGHER, effacer les faux plis d'une 
étoffe; dérivé de cran, pur un type eœcreni- 
care; une forme variée est ërlancher. 

ÉCRASER, mot d'origine germanique : 
nord, krassa, triturer, suéd. hrasa, écraser, 
angl. crash etcrush. 

ÉCRBVISSE, escrevisse\ d'un thème ren- 
forcé scraà p. crab; cp. vha. chrepas (ail. 
mod. krcbs); en wallon du Hainaut, on dit, 
graviche, à Namur, gravase; le vfr. disait 
aussi crevice. — Pour le groupe initial scr p. 
cr ou gr, cp. en angl. grabble, griffonner (= 
ail. krabbeln) et scrabble, m. s. Voy. aussi 
l'art, écmi, 

ÉCRIER (S'), voy. oner.-— Pour le préfixe, 
cp. L. ex-clamare, ail. aus-rufeii, 

ÉCRILLE, prob. une mauvaise prononcia- 
tion p. égrtlle (le mot dit la même chose que 
égrilloir); j'y vois un subst. verbal d'un verbe 
es-griller, retenir par une grille. 

ÉCRIN, it. scrigno, angl. shrine, ail. 
schrein, du L. scrinium, pr. meuble pour 
conserver des objets. De l'ail, schrein, caisse, 
armoire, vient ail. schreiner, menuisier, si- 
gnification qu'avait également le vfr. escrimer 
(rouchi ecrenier). 

ÉCRIRE, escrire*, L. scribere, scrib're. — 
D. écrit, L. scriptum, dira, écriteau, vfr. 
escriptel, BL. scriptellum; écritoire, L. scrip- 
torium; écriture, L. scriptura; écrivain, BL. 
scribanus, p. scriba; écrivailler, -eur, -erie; 
écrivassiei* ; écriveur; écriveux (M™* de Sévi- 
gné). 

1. iSCROU, anc. écroue, trou pour faire 
passer une vis. On rapporte généralement ce 
mot à l'ail, schrube, schraube, vis, mais Diez 
est davis que ce primitif aurait déterminé 
une forme fr. écrue ou écru; il préfère L. 
scrobis, fosse, cavité (dont la connexité avec 



ags. sa'af.f, scraefe, scrufte, suéd. sh*ubb, 
cavité, ne saurait être ifiéconnue). L'angl. 
screto, vis, parait venir du français. Dans cette 
langue ou distingue fsmale screw == écrou 
(cp. ail. schraubenmxUter j eimaJe screw ^=»y\s. 

2. ÉCROU, article du registre des prisons 
indiquant le jour, la cause, etc., d'un empri- 
sonnement, d'où écrouer, inscrire au registre 
de la prison. Le» exemples cités par Littré 
et Godefroy démontrent que le sens originel 
d'écrou (vfr. esci'oe, «crowe) était lambeau, ban- 
delette, d'où cédule, liste. L origine reste dou 
teuse; l'angl. scroll, rôle, liste, ne peut servir 
d'étymologie au vfr. escroue; bien au con- 
traire, Wedgwood est d'avis qu'il est altéré 
d'une ancienne forme escrmo, qui reproduit 
le mot français; pour ce dernier, l'étymolo- 
gistc anglais cite le nord, skra, suéd. skrà, 
petit écrit. Pour ma part, je pense qu^escroue 
est identique avec le flamand schroode, 
schroye, que Kiliaen définit par « segmen, 
pars abscissa. pagella, segmen chartaceum, 
sceda » , et qui est le subst. du verbe schroo- 
den, truncare, resecare. — Mon ancienne 
conjecture, d'après laquelle écrouer serait le 
L. scrutari, examiner, doit naturellement 
être jetée par-dessus bord. 

ÉCROUELLES, du L. scrobella, dim. de 
scrobs (donc pr. fossettes ; allusion aux rava- 
ges que font les écrouelles sur la peau), ou 
du L. scrofella, p. scrofula. La dernière ori- 
gine, quoique approuvée par Diez, me semble 
moins bonne, vu la grande rareté de la syn- 
cope de 1/. Cette syncope se produit, à la 
vérité, dans Estienne et antimine, mais dans 
d'autres conditions; c'est là plutôt une assimi- 
lation qu'une syncope. On n'oserait donc trop 
se reposer sur ces exemples. 

ÉCROUER, voy. écrou, 2. 

ÉCROUES, plur., autrefois les états ou rôles 
de la dépense de la bouche pour la maison du 
roi ; c'est le même mot, à la forme féminine, 
({xC écrou 2. 

ÉCROUIR, battre à froid un métal pour le 
rendre plus dense; étymologie inconnue. 

ÉCROULER, voy. crouler. 

ÉCRU, escru, qui n'a pas été passé à l'eau 
bouillante; soie écrue <« soie naturelle. En 
présence du L. crudum scorium, cuir non 
tanné, crudum linum, lin écru, et du verbe 
fr. décruer la soie, on ne saurait se refuser à 
l'étymologie crudus. Êcru est tout bonnement 
une variété de cru; dans la langue des ouvriers, 
on trouve de nombreux exemples de cet es 
prépositif, ne répondant à aucune modifica- 
tion de sens, et ba.sé, soit sur l'euphonie, soit 
sur une fausse assimilation au préfixe es ou 
é. Ainsi les couvreurs disent échenal pour 
chenal; ainsi l'on dit encore indifféremment 
chantignole et échantignole, 

ÉCRUES, bois qui ont crû spontanément; 
forme participiale du vfr. escroistre =» L. ex- 
crsscere. 

ECU, escut\ bouclier, puis monnaie, ainsi 
nommée parce qu'elle était chargée de l'écu 
du souverain, it. scudo, du L. sciUum. — D. 
prov. escudier, it. scudiere, BL. scutarius, fr. 



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ÉDI 



172 — 



EFF 



escuj/er', écuykr, d*abord gentilhomme por- 
tant Vérii d'un Hiovalier, puis officier de cour 
en général, particulièrement celui chargé des 
écuries, enfin expert dans l'art de l'équitation, 
dresseur de chevaux. Du fr. esciiyer l'anglais 
a fait esquive et squire. — Le mot écusson 
(v. c. m.) répond à un type latin scittio (cp. 
L. arcus, arcio, = fr. arc^ arçon). Vient en- 
core d'écti : le vieux terme ccuage = BL. scu- 
tagitim, 

ÉGUBIER, aussi écuban (Littré cite encore 
les formes equibien, escouvan et escouve); 
d'origine inconnue. Le mot est sans doute 
connexe avec l'angl. scitppey^s, trou par où 
l'eau se décharge. 

ÉCUSIL, prov. escueJh, it. scoglio, esp. 
escollo, du L. scopuîus (t^ôTtùoi). 

XCUELLE, escuelle, prov. escxtdela, it. 
scodelia, du L-. scittella, dimin. de scutra. — 
Jadis on prononçait es-cu-ellc, 

ÉCULER, voy. cuL 

ÉCUME, it. schiuma, aussi scumaf s^ma, 
esp., port., prov. egcuma, du vha. scûm^ 
nord, skùm, gaél. sffûm, m. s. L'étymol. L. 
spuma est aussi insoutenable que celle de 
spina attribuée k échine, — D. écumer; le 
sens figuré de ce verbe : •« prendre çà et là, 
butiner », a donné lieu au terme écumer les 
mers (d'où écumeur de mers, pirate). 

ECTJRER, escurer\ it. sgurare, esp. escu- 
rar, du type latin excurare; donc un renfor- 
cement de curer, soigner, tenir propre. On 
pourrait ramener aussi le mot aux verbes 
germaniques ail. 'scheuem, néerl. schiireti, 
angl. scour, mais Dicz tient plutôt ces der- 
niers pour empruntés au latin. — D. récurer. 

ÉCUREUIL, escureuil', prov^ escurol, angl. 
squirrel, du BL. scuriolus, altéré du L. sciu- 
rulus, dim. de sciurus (t/é^ur-oi) L'it. scojat- 
toîo accuse de même un primitif latin scurius 
p. sciurus. 

ÉCURIE, escurie*, escuyHe*, prov. escuria, 
escura, du vha. scùra, skiura, BL. scuria 
(Loi salique) = stabulum (ail. mod. scheuer, 
grange). — Littré pense, avec raison, que la 
forme en rie du mot français escurie (qui n*est 
pas très ancien) s'est produite sous l'influence 
à'escuyer; il se fonde surtout sur l'it. scu- 
deria, écurie, qui évidemment vient de scu- 
diere, écuyer. 

ÉCUS80N (d'où l'angl. scutcheon), voy. écu; 
sign. 1. écu d'armoiri&s, 2. en horticulture, 
petit morceau d'écorce d'arbre, taillé en écus- 
son et portant un œil ou bouton, que l'on 
enlève pour l'appliquer ou l'enter sur le bois 
d'un arbre ; de là le verbe écussonner = gref- 
fer. 

ÉCUTER, voy. écu. — D. écuyère. 

ÉDEN, mot hébraïque (signifiant pr. délice), 
nom du lieu de séjour des premiers hommes, 
paradis terrestre, auj. employé au fig. pour 
lieu plein de charmes. — D. édénien. 

ÉDIFICE, vfr. edefce, du L. œdificium. 

ÉDIFIER, vfr. edefier, du L. œdificare (= 
œdem facere), d'où sedificator, -atio. fr. édi- 
ficateur, -atioft. Le sens figuré, religieux, de 



CCS termes est également propre à l'analogue 
allemand erbauen. 

ÉDILE. L. œdilis (de cedcs^ édifice). — D. 
édiJUé, auj. «= magistrature municipale. 

ÉDIT, L edictum, proclamation. 

ÉDITER, d'un type L. editare, fréqu. de 
edere, publier, dont le supin a donné : editor, 
fr. éditeur, editio, fr. édition, in-editus, fr. 
inédit. 

ÉDREDON (en angl. edderdoum), de l'ail. 
eiderdaun, composé de daun, nord, dun, 
duvet, et de eider, nord, edder, oie du nord; 
donc litt. =» duvet d'oie. 

ÉDUCATION, L. educatio, du verbe educare 
(fr. éduquer, mot dédaigné pour je ne sais 
quelle raison). 

ÉDULCORER, voy. doux; cp. L. edulcare. 

EFFACER, prov. esfassar, propr. enlever 
l'empreinte, la figure, la marque de qqch., 
puis en général faire disparaître. Du L. 
fades, figure, face. 

EFFANBR, ôter les fanes (v. c. m.). 

EFFARER, prov. esferar, du L. efferare 
(férus), rendre sauvage; sauvage pris dans le 
sens de timide, troublé, épouvanté. D'un dérivé 
de férus, L. ferox = fr. farouche, vient le 
verbe analogue effaroucher. 

EFFAROUCHER, voy. effarer, 

EFFECTIF, L. ^^ecf irw* (efficere), pratique, 
qui entre en action, d'où l'acception : réel, 
positif; cp. en ail. wirklich, m. s., de toirken, 
agir, et fr. actuel, de agere, agir. 

EFFECTUER, dér. du subst. lat. effectus 
(efficere), exécution, qui est le primitif du fr. 
effet. Cp. pour la formation, graduer de gra- 
dus, habituer de habitus. 

EFFÉMINER, L effemînare (femina). 

EFFERVESCENT, L. effertescens. — D. 
effeinoescence. 

EFFET, L. effectus (efficere); signifie : 1 . 
exécution, « mettre à effet »», 2. résultat de 
l'action. Le français y a ajouté l'acception : 
valeur effective, chose mobilière. 

EFFICACE, 1. adj., L. efficax, 2. subst.. L. 
effir'.acia = efficacitas (fr. efficacité). 

EFFICIENT, L. effîciens, agissant. 

EFFIOIE, L. effigies (fingere), image. — D. 
effigier, exécuter en effigie. Au xvii" siècle 
encore, ce verbe équivalait à L. effigiare, 
faire le portrait, et il se pourrait bien que 
effigie (si ce n'est pas un mot savant, car lat. 
effigies réclame effige) fut le subst. particii>ial 
de ce verbe effigier. 

EFFILER, prov. esfilar, 1. ôter les fils, 2. 
V. réfl. s'allonger en forme de fil; de là effilé, 
mince, étroit. 

EFFILOCHER, OQUER, voy. filoche. 

EFFLANQUBR, étirer les flancs, les affai- 
blir, rendre maigre. 

EFFLEURER, 1. Ater la fleur; 2. ne faire 
qu'enlever la superficie de qqch,, toucher lé- 
gèrement, raser, passer tout près, de fleur, 
niveau. — Au L. efflorescere, être en fleur, 
ressortissent le verbe effleurir, terme de chi- 
mie, puis efflorescent et efflorescence (enduit 
pulvérulent). 

EFFLUENT,-ENCE. du L. effiuere, s'écouler. 



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EGA 



— i73 



ÉHO 



EFFLUVE. L. efflumum, écoulement. 

EFFONDRER, prov. esfondrar et esfondar, 
défoncer un terrain, puis briser le fond. Du 
subst. fond, La forme effondrer ne parait pas 
reposer sur une intercalution euphonique d'un 
r, mais sur une correspondance avec la forme 
diminutive it. sfondolare, — D. effondrilles 
= ce qui reste au fond. 

EFFORCER, vfr. esforcer, it. sforzare, esp. 
esforzar, composition intensive de forcer \ 
anciennement, avec sens neutre = gagner do 
la force. — D. subst. verbal anc. es fors, auj. 
effort; cp. renfort de renforcer» 

EFFORT, voy. efforcer. 

EFFRACTION, L. effractio (de effringere, 
supin effraclum), 

EFFRAIE, nom d'une espace du genre 
chouette, du verbe effrayer ; c'est l'oiseau de 
mauvais augure, qui cause de l'effroi. Cet 
oiseau s'appelle aussi fresaie (v. c. m.). 

EFFRAYER. Voici la véritable histoire de 
ce moC pour la première fois établie par G. 
Paris (Rom. VII, 12^). Le type est exfridafe, 
litt. mettre hors paix (vha. fridu^ ail. mod. 
friede), d'où prov. esfredar, esfreiar^ fr. 
esfreer, afraer (dans les formes verbales toni- 
ques esfroiE, es fr aie) t enfin effroyer (d'où le 
subst. effroi) ^ effrayer. Voy. pour plus de dé- 
tails Fœrster, ZUchr. VI. 109, et Rom. X. 443; 
ib XI. 444. 

EFFRÉNÉ. L. effrenatus, sans frein {fre- 
nitm). L'opposé enfrené se trouve déjà dans 
les Lois de Guillaume. — D. effrènement. 

1 . EFFRITER une terre, l'épuiser, la rendre 
stérile, autrefois effruiter, donc un dér. de 
fruit; cp. prov. esfruguar, m. s., du h.frugeSt 
fruits. 

2. EFFRITER (S*), s'en aller en poussière, 
s'user, d'un type cffHctare, fréqu. de cffricare, 
enlever en frottant. 

EFFROI. BFFROtABLE. dériv. de effraye)-. 

EFFRONTÉ, prov. esfrontat, it. sfrontato, 
àôvÏKjxiïon participiale de l'adj. L. cf-frons 
(Vopiscus). m. s. (litt. = le front en avant, le 
front levé). Littré définit le mot par « qui a 
du front » et l'explique cependant étymologi- 
quement par « sans front »; cela ne s'accorde 
guère. — D. effrojtterie. 

EFFUSION, L. eflTusio {àeeff^usum, supin de 
effimdere, répandre). 

ÉFOURCEAU, espèce de chariot; peut-être, 
comme fourgon^ un dérivé do furca^ fourche. 

EGAILLER, vfr. esgailler, éparpiller, éten- 
dre (Littré, Suppl.). Répond, selon Joret, au 
prov. mod. eigalhar, dimin. de eigar, arran- 
ger, préparer, qui est = eisgar = ex(e)quare 
= exœquare (Rom. VIII, 440). Cette étymo- 
logie est contestée par Suchier (Ztschr. III, 
611); la forme s'y refuse aussi bien que le 
sens. 

EGAL, L. œqualis. — D. égalité, L. œqua- 
litas (d'où l