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Full text of "Dictionnaire général des lettres, des beaux-arts et des sciences morales et ..."

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DICTIONNAIRE 



r r 



GENERAL 



DES LETTRES, des BEAUX-ARTS 



BT DBS 



SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 



II 



A LA MÊME litBtlAIBIfi} 



VOYAGE AU CAMBODGE 

L'ARCHITECTURE KHMER 

Par L. DELâPORTE 

Lieutenant de vaisseaa, chef de la Mission d'exploration aax monumenti khmen. 

Avec une carte en chromo el plus de 500 gravures d'après les dessins de rauteor. 

Grand in-8 jésus. Broché 20 fr. t Richement relié, fers spéciaux, tranches dorées. 28 fr. 

Il reste quelques exemplaires numérotés sur vélin. Brochés : 40 fk>« 



LA MYTHOLOGIE 

DAlrs L*ART ANCIEN Et MODERNE 

Par RENÉ MËNARD, avec appendice par Eag. VâRON 

Ouvrage orné de 600 gravures dont 32 hors texte. 

tJn beau vol. grand in-8 jésus, titre et couverture en deux couleurs, broché 25 fr. 

«» richement relié, fers spéciaux, tranches dorées 32 fr. 



LE MONDE VU PAR LES ARTISTES 

GÉOGRAPHIE ARTISTIQUE, par René MÉNARD 

Magnifique ouvrage orné de plas de 600 gravures et de nombreuses cartes. 

Un beau vol. gr. in-8 jésus. Broché, 25 fr. : — Riche reliure, fers spéciaux, plats et tranches dorés, 32 fr. 

Il reste quelques exemplaires numérotés, sur vélin. Brochés, 50 fr. 



LE LIVRE DE LA FERME 

2 forts vol. ET DES MAISONS DE CAMPAGNE Prix des 2 vol. 

grand in-8 jésus PaBLié sous la direction db M* P. JOIGNEAUX 32 francs. 

FORMANT UNS VÉRTrABLE KNCTCLOPéDIB AGRICOLE DE 21 60 PAGES ILLUSTRÉES. 

La grande et la petite cullure» les meilleures méthodes et les instruments en usage, les moyens d'amé- 
lioralioos, assainissement des terres, défrichement, assolement, engrais et fumure, fourrages artificiels, 
céréales, prairies naturelles, etc. Elevage des bestiaux, éducation des abeilles et des vers à soie, entretien 
des basses-cours, des volières et des colombiers, des étangs, laiteries et laitages, pisciculture 

LÀ DBMl-RBUURB EN CHAGRIN DES 2 VOLUMES BN PLUS 8 PB. 

EN SOUSCRIPTION 
NOUVELLE ÉDITION, ENTIÈREMENT REFONDUE, 32 LIVRAISONS A 1 FR. 



8242-85. — CouBiL. Typ. et stér. CaiTi. 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉRAL 



DES 



LETTRES, DES BEAUX-ARTS 



ET DKS 



SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 



COSI PRENANT 



POUR USS UBTTBJESS : La Grammaire; — la Linguistique; — la Rhétorioue, la Poétique et la Versification; — la Critique; 

la Théorie et l'Histoire des diflTérents goures de Littérature ; — 1 Histoire des Littératures anciennes 

et modernes ; — des Notices analytiques sur les grandes œurres littéraires ; — la Paléographie et la Diplomatique, etc. 

POUR USB BEAUX» ARTS : L'Architecture : Constructions civiles, relij^ieuses, hydrauliques, militaires et narales; 
la Sculpture, la Peinture, la Musique, la Grarure, avec leur histoire : — la Numismatique ; 
le Dessin, la Litnographie, la Photographie ; — la Description des monuments fameux ; — les dirers arts et jeux 

d'agrément, de force, d'adresse ou de combinaison, etc. 

(y. B, Cette partie est ornée de figures dans le texte,) 

POUR UBB 8CISMGE8 K0RAZ<E8 ET POLITIQUES : La Philosophie : Psrcholoffie, Logique, Morale, Métaphysique, 

Théodicée, Histoire des systèmes phiIosophi(|ues ; — les Reliions, les Cultes et la Lituivie 

~ : Droit civil, politique, pénal et international ; Législation militaire, 



de tons les peuples; — la Jurisprudence usuelle: uroit cîvii, politique, p( 

■ "i Sci 

1 

Pédagogie et rB'ducation^ 



maritime, industrielle, commerciale et agricole; la Science politique; théorie 

goutemements ; ta Science de l'Administration, et l^istoire des institutions 
administratÎTes. — les Études Historiques et çéoçraphiques ; — le Blason; — l'Économie politique et sociale: Institutions 

rite, Banques, Bienfaisance publi.que, Hospices, Salles d*asUei — la Stattstiqae; 
la Pédairoffie et l'Éducation, ete. 



de crédit et de charité, 



PAR 



M. ThI^BACHELET 



L*un des auteurs-directeurs du Dictionnaire de Biographie et <r Histoire, etc 

ancien élève de l'École normale supérieure, 
agrégé de l'Université, professeur au lycée Coctteilie, de Rouen. 

UNE SOCIÉTÉ 

DE LITTÉRATEURS, D'ARTISTES, DE PUBLIGISTES ET DE SAVANTS 

et avec la collaboration 

DB 

M. CH. DEZOBRY 

AufSUH DB ROMB AU SIÉCLB d'AUOUSTB 

BT L*UN DBS AUTBURS-OIRBCTBURS 

DtJ D1CTI0?INAIRB DB BIOORAPilIB BT D*HI8T0IRB, BTCé 

DEUXIÈME PARTIE 



SEPTIÈMB ÉDITION 
Avec supplément rera et auffmaDié* 



PARIS 

LIBRAIRIE CH. DELAGRAVE 

15, RUE SOUPPLOT, 15 



1886 
Tous droits réservés. 



TouL exemplaire non revêtu de ia griffe de f éditeur sera réputé contrefait. 







L€ 



DICTIONNAIRE 



DES LETTRES 

DES BEAUX-ARTS 



BT 



DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 



G 



G^ 7* lettre et 5* consonne dans Talphabet latin et dans 
les alphabets qui en dérivent. Le gamma des Grecs et les 
caractères correspondants des alphabets orientaux oc- 
capent la 3* place. En français, le G a deux valeurs de 
prononciation : il est dur devant a, o, ti, <, n, r {golt, 
gosier, guttural^ glu, gnomon, gris)^ et alors c*est une 
lettre gutturale; il est doux, avec le son du j, devant 0, 
h y {gémir, gUet, gymnase)^ et il est alors une lettre 
chuintante. La distinction des deux valeurs du G existe 
aussi en italien, en espagnol, en allemand et en an^ais; 
mais si le G dur a une prononciation uniforme dans 
tontes ces langues, il n*en est pas de même du G doux, 
qoi se prononce dj en italien et en anglais, ch en alle- 
mand (foeg, wegen)^ et comme la jota en espagnol. En 
allemand, la. prononciation du g dur se conserve souvent 
devant IV et Vu — A la fin des mots, le G ne se prononce 
pas en français, sauf quelques exceptions, comme Joug, 
et à moins que le mot suivant ne commence par une 
voyelle, et alors il prend le son du k {sang impur, long 
espoir, rang élevé). Il est muet aussi quel^efois au mi- 
lien dés mots, par exemple dans vingt, dotgt, legs. 

Dans le passage d*une langue à une autre, certains 
mots présentent une permutation du G avec G (Cadix, 
du latin Godes; gras, de crassus: — F. l'art sur la lettre 
C), ou do G avec I {fuir, de fugere; lire, de légère)» 
Beaucoup de mots allemands, introduits dans le français, 
ont permuté W avec G {garde, de ward; gain, de u;tfi; 
gwrre, de toar; Guillaume, de WUTiem). La réciproque 
existe dans wallon, dérivé de gaulois. De vasco nous 
avons fait gascon. 

L'articulation gutturo^nasale gn, qvd te trouve dans 
beaucoup de mots français {bagne, règne, ligne, seigneur, 
agneau, signal, rogner )<t existe aussi : 1<* en italien {se- 
gno, signor) ; 2** en anglais, avec les deux mêmes lettres 
plac^ en sens inverse {sing) ; 3^ en espagnol, avec un n 
surmontée d'un trait {lefio, Mara/fion). Les Italiens ont 
une articulation particulière, gli, où Ton entend sucoes- 
iÏTement notre l mouillée et l't voyelle. 

Dans les abréviations des inscriptions romaines, G est 
pour GolMS, Gellius, gens, genius, gratis, gaudium, gUh- 
ria, etc. D. G. veut dire Dei gratia; S. G., Sa Grâce ou 
Sa Grandeur, Sur les anciennes monnaies françaises, G 
étût la marque de la fabrique de Poitiers. — Gonmie 
lettre numérale, le G valait 400 chez les Romains : sur- 
monté d'un trait horizontal, 400,000. Biais, en fprec, y ' 



lait 3, et ^ Y 3,000. — Dans le comput ecclésiastique, G 
est la dernière des 7 lettres dominicales, et marque sur 
le calendrier les dimanches, dans les années où ce Joor 
tombe le 7 Janvier. — Dans la notation musicale, G dé- 
signe le sol, qoi était la 7* note de la saipme ancienne. 
GABÂRE (dn bas latin cabarus, ou de l'hébreu haba- 
nh, bateau de passage), nom donné à deux espèces de 
navires d« cbai^ : 1* aux lourdes baïquest pontées on 



non pontées, à un seul m&t, allant à la voile et à Tavi- 
ron, et dont on se sert dans les norts pour porter à bord 
des b&timents en rado les objets ae consommation ; 2* aux 
grosses corvettes de liOO à 600 tonneaux, qui vont ravi- 
tailler les garnisons des colonies, les escaores et les sta- 
tions ! elles ont trois mAts, et portent de 8 à 12 canons 
ou caronades; les plus petites sont appelées aabarots, 
et les plus grandes, gabosses. Dans les ports, la marie- 
salope est quelquefois appelée gabare à vase, B. 

GABARB, filet à mailles serrées, soutenu à la surface de 
Teau par des morceaux de liège. On en fait usage sur 
nos côtes de l'Océan, à l'embouchure des rivières. 

GABARIT, modèle en bois ou en fer sur lequel tra- 
vaillent les ouvriers des constructions navales, et qui 
offre la forme, les contours et les proportions qu'ils doi- 
vent reproduire en faisant un b&timent. 

GABELLE. V, ce mot dans notre Dictionn. de Biogr, 
et d* Histoire, et, dans le présent ouvragé, l'art. Sel (Im- 
pôt du). 

GABELOU, nom donné Jadis aux commis des gabelles, 
et qui ne s'emploie plus que dans le langage populaire 
pour désigner les douaniers, les employés de 1 octroi et 
les commis des contributions indirectes. 

GABIE (du bas latin gàbia, cage, hotte), sorte de demi- 
hune en àdllebotis appliquée sur un des côtés de la tète 
des m&ts à antennes. 

GABIER, nom que Ton donne, sur les grands bâtiments, 
aux matelots qui, choisis par le commandant parmi ceux 
du service des hunes et du beaupré, ont la surveillanoe 
des gréements, et sont chargés ay faire les réparations 
nécessaires. On les distingue d'après le mât auquel ils 
sont attadiés : gabiers de grand^hune, au nombre de 16 
pour un valssean, de 10 à 12 pour une frégate ; gabiers 
de misaine, en pareil nombre; gabiers d^artimon et de 
beaupré, moins nombreux. Le titre de gabier implique 
un emploi et non un grade t il ne se porte pas à terre. Les 
contre-maîtres sont choisis de préférence parmi les ga- 
biers. Dans les nrises faites par les bâtiments de l'État, 
chaque gabier a 3 parte 1/29 (arrêté consulaire du ven- 
tôse an IV). 

GABION, aorte de grand panier eylindrique, sans fond, 
formé d'un clayonnage, et qu'on remplit de terre ou de 
toute autre matière. Il sert, dans les sièges, à garantir 
les troupes et les travailleurs contre la mousqueterie de 
la place. Les gabions de sape ou de tranchée, qui ont 
0<°,80 de hauteur, et 0'",65 de diamètre extérieur, sont 
remplis de terre t placés debout les uns à côté des autres^ 
ils forment, soit le parapet des sapes, des logements, des 
tranchées, soit le cavalier qu'on élève en avant du che- 
min couvert. Les gabions farcis ou roulants ont 2",30 de 
hauteur, 1™,30 à t'>*,50 de diamètre extérieur, et sont gar- 
nis de vingt-cinq à trente fascines, ou de laine, de bourre, 
de menus copeaux : on les emploie couchés, et on les 

61 



GAG 



950 



GAî 



ronle aa moyen d*un crochet en avant des travailleurs. 

GABLE, en Architecture, couronnement d'un mur de 
façade dans les édifices des périodes romane et ogivale. Il 
dérive du fronton antique, mais il n*en a conservé que la 
forme triangulaire. Il est simple et uni, ou découpé à jour 
«t très-^rné. Ses dimensions ne sont assujetties à aucunt» 
règle fixe; la hauteur dépend souvent du comble que le 
gable dans la plupart des cas est appelé à masquer. Dans 
les monuments romans, il est ordinairement surmonté 
d*une croix, tandis qu^à Tépoque ogivale il se couronne 
de bouquets en panaches, y. Pignon, Fronton. E. L. 

GABLETS, petits gables décorant les niches et les dais, 
<{ui même dans le principe en portaient le nom. 

GABORD. K. BoRDAGB. 

GABURON ou JUMELLE, pièce de bois qui recouvre 
un bas-m&t depuis sa naissance iusqu*au quart environ de 
sa longueur au-dessous de la hune, pour le renforcer, et 
pour le garantir des frottements du m&t supérieur qu*on 
monte ou qu*on descend. Gabwron est pour capwron, 
dérivé du latin ca'pxui^ tète. 

GACHIS (de l'allemand woAchfin^ laver), mélange de 
chaux, de sable, de plâtre ou de ciment délayé dans de 
Teau, et propre à la b&tisse. Gâcher serré, c'est mettre 
du pl&tre dans Teau ]usqu*à ce qu'elle soit tout absor- 
bée; gâcher lâche, c'est mettre peu de pl&tre et obtenir 
un mélange très-liquide. 

GAÉLIQUE, nom que les linguistes donnent à la 
branche des langues celtiques (V, ce mot) c|ui comprend 
l'idiome des montagnards de TÉcosse et celui des paysans 
irlandais. Cependant les écrivains anglais appellent gaé- 
lique la langue primitive de TÉcosse, à l'exclusion de 
celle de l'Irlande. C'est à elle également qu'ils donnent 
les noms averse et d'albanack, La déclinaison du gaéli()ue, 
qui a 6 cas, se fait en partie par flexion et en partie à 
l'aide de prépositions. Il n'y a pas de genre neutre. La 
conjugaison, riche en modes, puisqu'elle a un mode né- 
gatif, est pauvre en temps, car elle n'a que l'imparfait et 
le futur; les autres temps se forment par périphrases. 
Le passif se forme sans auxiliaires, si ce n'est aux modes 
optatif et conjonctif. A l'indicatif, la terminaison est 
invariable pour les deux genres et pour toutes les per- 
sonnes, et le pronom personnel se place après le verbe. 
Un certain nombre de particules, en se joignant à un 
adjectif, à un substantif ou à un verbe, en modifient le 
sens. Dans la construction, l'article, les verbes et les pro- 
noms possessifs se mettent avant le substantif, mais le 
nominatif ou le sujet est placé ordinairement après le 
verbe; les prépositions précèdent leurs régimes. Le gaé- 
lique est plein de sons gutturaux. Sans doute on ne 
l'écrivait pas avant Parrivée des Romains dans la Grande- 
Bretagne ; car on n'a découvert aucun manuscrit, aucun 
monument épigraphique antérieur à cette époque. L'al- 
phabet que l'on adopta dans la suite n'est autre que le 
latin : il se compose de 18 lettres, où ne figurent pas k, 
q, V, Xf y et z. L'écriture est hérissée de consonnes, qui 
cependant ne se prononcent pas. La prononciation a 
beaucoup yarié selon les localités, et l'orthographe selon 
les époques. On a distingué Jusqu'à 24 rhythmes dans 
la yersincation : l'emploi de la rime finale est rare, mais 
on se sert fréquemment des assonances, de l'allitération 
et même de la rime dans le corps du vers. Parmi les 
poètes dont on a conservé des chants gaéliques, on peut 
citer : Lacklan-BIhor-Mhuirich-Albinnich, barde du Lord 
des Iles au commencement du xv* siècle; Alexandre Mac- 
Donald et Jean Lom Mac-Donald, du xvni* siècle ; Mac- 
Intyre, dont les œuvres ont été publiées en 1768 ; Du- 
nald Buchanan, en 1770; Kenneth Mackensie, en 1796; 
John Mac-Gregor, en 1801 ; Allan Mac-Doupl , en 1800; 
Robert Donn, en 18^29. V. Shaw, Dictionnaire gaélique et 
anglais, Londres, 1780, 2 voL in-4o; j. Kelly, Gram- 
maire pratique de Vancien gaélique, Ibid., 1803, in-4<*; 
Stewart, Éléments de la grammaire paélique, 2* édit., 
Édlmbourff, 1812; Armstrong, Dictionnaire gaélique, 
Londres, 1825, in-4i^\ Dictionarium sootO'Celticum , ou 
Dictionnaire complet de la langue gaélique, publié par 
la Société des Highlands, Edimbourg, 1828, 2 vol. in-l». 

GAFFE, perche munie d'un fer à deux branches poin- 
taes, dont rune est droite et l'autre recourbée. Elle sert 
à pousser une embarcation au large, ou à la retenir en 
profitant d'un point d'appui quelconque. 

GAGE (de l'allemand wage, balance, équilibre), chose 
donnée comme sCireté de l'exécution d'une convention, 
et contrat qui confère un droit sur cette chose. Le droit 
de gage consiste dans la faculté de se faire payer sur la 
chose donnée en gage, par privilège et préférence aux 
autres créanciers {Code NapoL, art. 2073). Les droits 



2, 



d*antichrèse , de privilège, d'hypothèque {V. ce mots)* 
portent sur des gages : mais l'hypothèque est un droit réel 
et de préférence sur les immeubles ou leur usufruit; 
l'antichrèse, un droit de percevoir les fruits de l'im- 
meuble; le privilège, un droit né de la qualité même de 
la créance, qui peut exister sur les meubles ou sur les 
immeubles, ou sur tous à la fois; le gage proprement 
dit, un droit de préférence sur les meubles seulement. 
Le contrat de gage se forme par tradition de l'objet mo- 
bilier ; le droit ne subsiste sur le gage qu'autant que ce 
gage a été mis et est resté en la possession de celui qui 
a dû le recevoir {^Code NapoL, art. 2076). Le gage, pos- 
sédé à titre précaire, est imprescriptible ; le créancier ne 
peut se l'approprier ou en disposer, et doit recourir à la 
justice pour réaliser ses droits ou pour se faire inde!U- 
niser des dépeins et pertes que le gage a pu lui occa- 
sionner. Le gage est indivisible, et ne peut être réclamé 
par portion. Le débiteur peut exercer des recours pour 
détérioration de l'objet qu'il a engagé. F. Troplong, 
Commentaire du Nantissement, du Gage et de VAnti- 
chrèse, 1841, in-8°. 

GAGE (Lettre de). V. Lettiib de gage. 

GAGERIE (Saisii^-). F. Saisie. 

GAGES, salaires des domestiques et des ouvriers. 
V. Domestique, Salaibb. 

CAGES (Prêt sur). F. Prêt, et MoNT-DE-PiÉri. 

GAGEURE. V. Pari. 

GAGNE-PAIN , nom donné, pendant le moyen âge, à 
ceux qui faisaient profession de nettoyer et raccommoder 
les vases d'étain. C'est sans doute parce qu'on les payait 
avec un morceau de pain. Ils étaient exempts du service 
du guet. On les appelait aussi gagne-denters et gagne- 
maules. 

GAIDON, un des romans carlovingiens (F. ce mot), 
ui peut être considéré comme une suite de la chanson 
e Roncevaux. C'est le complément de la vengeance de la 
mort des douze pairs. Gaidon, duc d'Angers, est fausse- 
ment accusé par Thibaut d'Aspremont, frère du traître 
Ganelon, d'avoir voulu empoisonner l'empereur. De là 
une guerre entre le vassal et le suzerain. Charles est fait 
prisonnier; mais le vainqueur se jette à genoux devant le 
vaincu, en le suppliant de lui rendre son amitié. La paix 
est rétablie; la vérité parait au grand iour: Thibaut est 
mis à mort, et Gaidon épouse la reine de Gascogne. — 
La chanson de Gaidon, dans laquelle Charlemagne joue 
le plus triste rôle , se trouve à la Bibliothèque natio- 
nale de Paris dans deux manuscrits du xiu* siècle 
et dans un du xv«. Elle contient 10,887 vers, et a été 
publiée par MM. Guessard et S. Luce dans la collection 
des Anciens poètes de la France, Paris, 1862, în-i6. 
F. V Histoire littéraire de la France, tome xxii; S. Luce, 
De Oaidone, carminé gallico vetustiore, disquisitio crv- 
ttca, Paris, 1860, in-8°. 

GAILLARDE, ancienne .danse, originaire d'Italie, et 
qu'on appela d'abord la Romanesca (U Romaine). Elle 
s'exécutait à 3 temps, d'un mouvement vif et animé. Il 
en est resté le pas de gaillarde, composé d'un pas assem- 
blé, d'un pas marché, d'un pas tombé et qui se fait en 
avant et de côté. 

GAILLARDE. F. CARACTERES D'iMPRIVERIE. 

GAILLARDS, parties du pont supérieur situées à Vavant 
et à l'ambre des grands b&timënts. Le gaillard d'arrière 
s'étend depuis le couronnement (haut de la poupe) jus- 
qu'au grand m&t; le gaillard d'avant est compris entre 
les apôtres (allonges placées de chaque côté de l'étrave) 
et le bout de l'arrière du porte-haubans de misaine. Le 
pont supérieur, qui est aujourd'hui de plain-pied, réunit 
les deux gaillards; autrefois ils communiquaient par les 
passavants. Les gaillards, comme les autres ponts, 
portent des bouches à feu, mais d'un moindre calibre. 
Le gaillard d'arrière porte généralement une dunette 
(F. ce mot). En mer et dans la vie ordinaire du bord, 
les ofliciers et les passagers admis à leur table ont seuls 
le privilège de se promener sur le gaillard d'arrière. En 
rade ou £ins le port, le côté de tribord du gaillard d'ar- 
rière est la place d'honneur, et, quand le commandant y 
parait, tout le monde passe à b&bord s en mgr, c'est le 
côté du vent qui est le côté d'honneur. 

GAILLON ( Ch&teau de), à 15 kil. E.-S.-E. de Louviers 
fEure). Ce ch&teau, construit sous Louis xm, de 1502 à 
1509, pour le cardinal-ministre Georges d'Amboise, non 
par l'italien Giocondo, comme on l'a dit, mais par des 
architectes français, et détruit en 1792, fut une des pre- 
mières et des plus belles productions de la Renaissance 
en France. Il se composait de quatre corps de logis de 
hauteur égale, enveloppant une cour irrégulière, aa mi- 



GAL 



951 



GAL 



}ifude UqaeUe étsAt une fontaine à plusiean vasques de 
m<ixl>Te b'ianc superposées. Le clocheton, la dentelure et 
Voôve f^othiques s'y mariaient avec les pilastres italiens 
et it» arabesques florentines. Les b&timents étaient en- 
tourés de parterres^ terrasses, pièces d*eau, orangeries, 
serres chaudes, grottes et pavillons à l'imitation des villas 
de Vltalie. Sur remplacement du château, s'élève aujour- 
d'hui une maison centrale de détention, où Ton ne voit 
plus des constructions premières qu'un porche flanqué 
de quatre tourelles, une tour de la chapelle, une galerie 
et une terrasse. Une des façades, richement sculptée et 
ciselée, a été transportée par Alexandre Lenoir dans la 
première cour du palais des Beaux-Arts à Paris, où on la 
connaît sous le nom d'Arc de Gaillon: elle est de Pierre 
Faio, architecte rouennais. La fontaine se trouve au 
Louvre, dans le Musée de la sculpture française. Les boi- 
series et les stalles de la chapelle sont dans l'église de 
S'-Denis. B. 

GAINE, étui de couteau, de ciseaux, de poignard, etc. 
On donnait autrefois aussi ce nom aux fourreaux de 
labres et d'épées, d'où vinrent les expressions dégainer^ 
rengainer. — En Architecture, la gaine est un support 
s^évasant de bas en haut et servant à soutenir un buste : 
le corps est censé renfermé dans la gaine, et les pieds 
sortent par en bas. Quand la statue est ainsi complétée, 
elle prend le nom de terme. 

GAINIER, ouvrier qui fabrique les gaines. Les galuiers, 
fourreliers et ouvriers en cuir bouilli formaient autrefois 
à Paris un corps de métier, dont l'ordonnance d'établis- 
sement remontait à Tannée 1323. 

GAINS DE SURVIE, en termes de Droit, avantages sti- 
pulés entre particuliers au profit du survivant. 

GAITÉ (Théâtre de la), le plus ancien des thé&tres 
du boulevard du Temple à Paris. Fondé par Nicolet en 
1760, sous le titre de Théâtre des grands danseurs du 
roi, on y donna des danses funambulesques, des panto- 
mimes et de petites comédies bouffonnes, dont l'acteur 
Taconnet eut longtemps la fourniture. En 1792, il reçut 
le nom de Théâtre d'Emuiation, et, bientôt après, celui 
de Théâtre de la Gailé, Vers 1800, on y joua les premiers 
mélodrames, puis la célèbre féerie du Pied de Mouton. 
Les vaudevilles de Brazier et les drames de Pixérécourt 
lui donnèrent une grande vogue. En 1835, un incendie 
consuma tout l'intérieur et le matériel de la salle, qui fut 
reconstruite la môme année. Le théâtre de la Gaîté a 
eu quelques succès prodigieux, parmi lesquels il faut 
citer le Sonneur de Saint-Paul, la Grâce de Dieu, et les 
Cosaques, V. lo Supplément, B. 

GALA, ancien mot qui signifiait un vêtement riche et 
somptueux « dont les nobles se paraient pour les fêtes et 
les festins de cour. 11 ne subsiste plus que pour désigner 
un festin. 

GALANDRE, navire. V. Chalande. 

GALANTERIE, mot qui désigne les actes d'empresse- 
ment, d'égards et de protection de l'homme envers la 
femme dans les pays civilisés. Un homme galant est celui 
qui montre auprès des femmes cette assiduité, cet esprit 
de condescendance; l'expression de galant homme ex- 
prime une tout autre idée, celle d'un homme dont la 
conduite est probe, loyale et digne d'estime ; appliquée à 
la femme, l'épithète de galante est toujours prise en 
mauvaise part, et exprime d'une manière à peu près hon- 
nête une idée qui ne l'est pas. La galanterie est un sen- 
timent moderne, et particulièrement français. Elle a eu 
un âge florissant à l'époque de la chevalerie. Impossible 
en dehors des hommes bien élevés et polis, elle a dégé- 
néré souvent en abus et en scandales, même à la cour, 
où la dignité semblerait devoir la contenir dans de justes 
bornes : on Ta vue licencieuse au xvi", au xvn* et au 
xvm* siècle, et maniérée, pleine d'afféterie au sortir de 
la Révolution. 

GALANTS, coques de rubans employées comme garni- 
tore. Cétait un ornement de toilette au xvn* siècle. 

GALAUBAN. F. Galhauban. 

GALBE, (de l'italien garbo, bonne çrâce), en Archi- 
tecture et en Sculpture, contour arrondi d'un objet quel- 
conque. On dit qu*une colonne est galbée, lorsqu'au lieu 
d'avoir un fût rectilîgne, elle se renfle au milieu et di- 
minue dans les autres parties suivant des règles fixes. 
En général, on appelle galbe le chantournement d'un 
rase, d*un balustre, d^une console, le profil d'une sta- 
tue, etc. E. L. 

GALEA, genre de casque romain, en métal fourbi, sur- 
monté d'un petit anneau, et s^attachant avec une jugu- 
laire. Celui des officiers avait un cimier de plumes ou de 
cria. Le casque des trompettes était couvert d'une peau 



de lion avec sa crinière. Dans les jeux da Cirque, les 
cochers eurent des casques à ailerons, symbole de lé- 
gèreté. On voit au cabinet des antiques, â Paris, un 
casque romain fondu avec tant de délicatesse, qu'il n'a 
guère plus de 2 millimèt. d'épaisseur ei ne pèse qu'un 
kilogr. B. 

GALÉACE ou GALÉASSE (de l'italien galea, galère], 
gros navire à un seul pont, à trois mâts, et à 25 ou 
30 bancs de rameurs, employé dans l'Adriatique et la 
Méditerranée dans les derniers siècles du moyen âge. La 
galéace, étroite en proportion de sa longueur, qui attei- 
gnit quelquefois 60 met., avait les mêmes parties que la 
galère, mais était d'un tiers plus- longue, plus large et 
plus haute. A la poupe et à la proue étaient disposées 
deux grandes places pour les soldats et plus tard pour 
l'artillerie ; une espèce de rue ou coursive, entourant le 
navire à l'intérieur, servait aussi à loger des soldats, qui 
pouvaient tirer par des meurtrières en restant à l'twri 
des coups de l'ennemi. La galéace figura pour la l*** fois 
dans la marine française sous Philippe le Bel. B. 

CALÈCHE. V. Cuirasse. 

GALÉE, terme de typographie. V. CoMPOsmoif . 

GALÈRE, navire. ) V, notre IHctionnaire de 

GALÈRES (Peine des). J Biographie et d'Histoire. 

GALERIE, pièce plus longue que large, parfois d'une 
très-grande longueur, et qui sert dans les palais à réunir 
plusieurs appartements. Comme ces galènes offrent un 
bel emplacement pour les fêtes où l'on invite un grand 
nombre de personnes, on y a souvent placé des meubles 
de luxe, de belles tentures, des tableaux. Par suite, on 
fit des galeries spécialement consacrées aux objets d'art, 
et le mot galerie a désigné des collections artistiques. 

GALERIE, nom qu'on donne dans les églises aux espèces 
de nefs pratiauées au-dessus des voûtes des bas côtés, et 
donnant sur la nef majeure par plusieurs ouvertures. II 
n'y en a peut-être pas de plus remarquables que celles 

aui entourent le chœur et le sanctuaire de la cathédrale 
e Bayeux. Dans certaines églises, comme à Notre-Dame 
de Cliâlons-sur-Marne et à Notre-Dame de Laon, les ga- 
leries sont aussi larges que les nefs collatérales au-dessus 
desquelles on les a construites. Les monuments des xiu% 
XIV* et XV* siècles ne présentent généralement pour gale- 
ries que d'étroits passiages pratiqués dans l'épaisseur des 
murs. Quelquefois les galeries sont seulement simulées 
par l'ornementation, et ne font qu'indiquer un étage au- 
dessus des grandes arcades et des voûtes des basses nefs. 
On voit aussi des galeries extérieures qui coupent la fa- 
çade des cathédrales : les plus remarquabl.es sont celles 
d'Amiens, de Reiras, et de Paris, Enfin, d'autres jzaleries 
extérieures, placées au sommet des murailles, et souvent 
construites en encorbellement, sont destinées adonner 
passage â la base des combles et des charpentes. 

GALERIE, en termes de Fortification, conduit souterrain 
servant â l'attague et à la défense des places. La Galerû 
de communication mène les assiégés de la place aux tra- 
vaux avancés. La Gaierie de mine sert aux assiégeants 
pour arriver au pied des murs à l'abri de l'artillerie ; 
elle a environ 1 met. de largeur sur 1",30 de hauteur. La 
Galerie de contre-mine et d'écoute est destinée à contre- 
battire les travaux de mine faits par les assiégeants. Les 
galeries souterraines étaient employées par les Anciens 
comme moyen d'attaquer les places : on creusait sous les 
murs de longues galeries au'on étayait avec des pièces 
de charpente. Lorsqu'elles étaient terminées, on y entas- 
sait des matières combustibles; le feu, en détruisant les 
supports en charpente des voûtes, faisait crouler les murs. 
Les assiégés, de leur côté, minaient les travaux d'attaque 
pour les renverser et les incendier. 11 se livrait sous terre 
de terribles combats, parce que ces travaux étaient alors 
beaucoup plus considérables gue de notre temps. La ga- 
lerie d'approche s'appelait vinea (vigne, treille^, parce 
qu'elle était souvent faite à lour et recouverte d'un fort 
treillis en charpente qui la faisait ressembler à un ber- 
ceau de verdure. 

GALERIE, nom donné autrefois, dans la Marine, à une 
espèce de balcon établi à l'arrière d*un navire et un per 
en saillie au-dessus du gouvernail. Elle était ordinaire- 
ment décorée d'une balustrade, et servait de promenade 
au capitaine. Parfois il y en avait deux l'une au-dessuf 
de l'autre, et on les appelait Jardins^ parce qu'on les em- 
bellissait de fleurs. Elles se fermaient avec des rideaux^ 
— Aujourd'hui, la GcUerie est un couloir ou corridor pra- 
tiqué dans l'intérieur d'un bâtiment de guerre à la flot- 
taison, pour faciliter les réparations de la coque pendant 
le combat. 

GALERIE, espèce de balcon construit aux divers étagei 



GAL 



952 



GAL 



d*une ulle de spectacle, et destiné à recevoir, sur des 
ftles de banquettes, un ou plusieurs rangs de spectateurs 
en avant des loges. 

GALÉRIEN, mot synonyme de forçat. V. BAGfiB. 

GALERUS. V, ce mot dans notre Dictiotufoire de BiO' 
graphie et d'Histoire, 

GAL6ÂL. V. Celtiques (Monuments). 

GALHAUBAN, la plus longue des manœuvres dor- 
mantes d*un bâtiment, servant à assujettir, par le travers 
et vers rarrière, les m&ts de hune, de perroquet, et de 
cacatois. Les gajbaubans tiennent mieux les mAta élevés 
que les baubans. Sur les vaisseaux et les frégates, on en 
établit quatre de chaque bord sur le grand mAt de hune, 
autant sur le petit, trois au m&t de perroquet de fougue 
ou m&t de hune d'artimon, trois aux m&ts de grand et de 
petit perroquet, deux ou trois au màt de perruche, un 
' ou deux aux trois mâts de cacatois. 

GALIBI (Langue). V. CaraIbe. 

GALiaEN (Dialecte). C'est un idiome à part, presque 
aussi distinct du castillan que le catalan, sans ressembler 
cependant à ce dernier, et il présente, au contraire, 
beaucoup d'analogies avec le portugais ; mais il a du cas- 
tillan la richesse, la tendance aux contractions, aux sup- 
Ëressions de certains mots, tels par exemple que Farticle. 
e galicien suit à peu prés le portugais dans les formes 
de la conjugaison. La situation géographique de la Galice 
explique ces analogies. Vers le xu* siècle et le xui*, le 
portugais et le galicien ne formaient qu'un seul idiome. 
Plus tard, avec le progrès de la nationalité portugaise et 
l'établissement d'une cour, la langue portu^dse se déve- 
loppa, se polit, tandis que le galicien demeura dans sa ru- 
desse primitive, à l'état d'idiome local. Il s'est formé anté- 
rieurement au castillan : on connaît des monuments de 
la prose galicienne qui datent de 1150, et des fragments 
de poésies (|[ui remontent à l'an 1200. Vers la fin du xu« 
siècle, le galicien était l'idiome principal ou prédominant 
dans la péninsule : le roi de Castille Alphonse X s'en 
servit pour écrire sa Chronùme rimée. V, les Mémoires 
pour servir à Vhistoire de la poésie espagnole par le 
P. Sarmiento, et la fameuse Lettre du marquis de San- 
tillane au connétable de Portugal. E. B. 

GALTEN RÉTHORE, c-à-d. Galien le Restauré, roman 
du cycle carlovingien. Charlemaçne se vantant un Jour 
de sa puissance, l'impératrice Im dit que le plus grand 
des princes est Hugo, empereur de Gonstantinople. Il 
veut s'en assurer, et, accompagné de ses douze pairs, va 
faire ses dévotions à Jérusalem et visiter Hugo en pas- 
sant. Les extravagances chevaleresques sont poussées à 
xu tel excès pendant ce voyage, que l'auteur, selon quel- 
ques critiques, aurait voulu faire la satire des composi- 
tions de son temps. On y voit, par exemple, Charlemagne 
et ses pairs, assimilés à Jésus-Christ et aux Apôtres, faire 
de nombreux miracles. F. la Bibliothèque des romans, 
octobre 1778. 

GALIMATIAS, discours embrouillé et confus, qui 
semble dire quelque chose et ne dit rien. En voici un 
en manière de madrigal que Collé fit par plaisanterie, et 
qu'il lut un jour devant Fontenelle, chez M"' de Tencin : 

Qo*U est heureux de ae dtf fendre 
Quand le cœur ne a'eet pas renda I 
Mais quMl est fftchenx de se rendre, 
Quand le bonheur est suspendu l 
pana un discours sans snito et tendre, 
Egares un cœur éperdu ; 
Souvent par un mal entendu 
L'amant adroit se &it entendre. 

Fontenelle, croyant comprendre ce couplet, voulut le faire 
recommencer. « Eh ! grosse bête, lui dit M">* de Tencin, 
ne vois-tu pas que ce n'est que du galimatias! » 

Huet croit que ce mot est la réunion des deux mots 
latins Gain Mathias, dont se servit un avocat, au lieu de 
Gailus Mathiœ, au sujet d'un coq appartenant à une des 
parties qui s'appelait Mathias : à force de répéter ces 
deux mots, l'avocat, s'embrouillant, en intervertit l'ordre; 
et c'est depuis que ce mot galimatias, qu'on devrait 
écrire Galitmathtas, si l'anecdote est vraie, a été appliqué 
à tout assemblage de mots inintelligible. BoUeau a dis- 
tingué le geUimatias simple, que l'auteur comprend et 
que le public ne comprend pas, et le galimatias double, 
que ne comprend ni le i>ublic ni l'auteur. G. 

GALION, ancien navire qu'il ne faut pas confondre 
avec le galio ou galionus, petite galère ou galiote du 
moyen âge, et qui fut en usage aux xvi* et xvn* siècles. 
II tenait de la nef ou vaisseau rond par la forme géné- 
rale, et de la galère par la longueur. Le port des plus 



grands galions était de 1,000 à, 1,200 tonneaux. Dans les 
flottes on voyait des galions à '3 et 4 ponts, dont les su- 
périeurs portaient des canons. Les galions d'un faible 
tonnage marcliaient quelquefois à l'aviron; les grands 
n'usaient que de la voile. La m&ture consistait en trois 
mâts verticaux, le m&t de misaine, le grand m&t, et le mAt 
d'artimon; parfois on en arborait un 4' en arrière de 
l'artimon, le contre-artimon. Les voiles du m&t de mi- 
saine et du grand m&t étaient carrées et au nombre de 
trois, la basse voile, le hunier et le perroquet; celles de 
l'artimon et du contre-artimon étaient à la latine, c.-&r-d. 
enverguées sur des antennes. L'Espagne, voulant monopo- 
liser le commerce avec le Nouveau Monde, formait la 
flotte d*argent, convoi de douze forts galions portant les 
noms des douze apôtres. Mais ces navires , qui portaient 
tant de richesses, mal armés, peu propres au combat, 
devenaient souvent la proie des pirates. B. 

GALIOTE (de l'italien galiotta, petite galère), ancien 
navire léger, rapide & la course, et, par conséquent, tr^- 
favorable à la piraterie. Sa construction et son gréement 
étaient les mêmes que ceux de la felouque. Il ne faut pas 
confondre ce navire, qui fût adopté par les corsaires 
barbaresques, avec la g^iote hollandaise, large et lourd 
b&timent destiné à porter le plus de marchandises pos- 
sible, et dont la marche est pénible et lente. On a encore 
donné le nom de galiote aux coches d'eau qui servaient 
& voyager sur les canaux et les rivières. 

GAUOTB A BOMBES. V. BOMBARDB. 

GALLE (Tours de). V. notre Dictionnaire de Biogrch 
phie et d'Histoire, 

GALLÉE, nom que donnaient les Grecs du Bas-Empire 
à un vaisseau long à éperon (navis rostrata)^ allant à la 
rame et à la voile. 

GALUAMBIQUE (Vers), espèce d'hexamètre latin, 
dont la première partie ressemble assez & un vers ana- 
créontique ( o s.- ou — ou *> '^ -^ '^ ), et dont les trois 
derniers pieds sont un anapeste, un tribraque ou un 
ïambe, et un ïambe. La pièce 63 du recueil de Catulle est 
écrite en galliambiques. Les Galles, prêtres de Cybèle, 
faisaient usage de ce mètre pour leurs danses; de là son 
nom. P. 

GALLICANE (Église). F. Église gallicane, dans notre 
Dictionnaire de Biographie et d* Histoire, 

GALLICISME, idiotisme de la langue française, c-èrd. 
manière de s'exprimer particulière à cette langue. Le 
gallicisme peut se trouver : V* dans le sens d'un mot 
simple; ainsi, le mot sentiment, qui est commun à plu- 
sieurs langues modernes, n'a qu'en français le sens d'af- 
fection de r&me et de passion amoureuse, d'où est venu le 
mot sentimental ; *i^ dans l'association de plusieurs mots r 
sage-femme, forte tête, mauvaise grâce , etc. ; 2» dans 
l'emploi d'une figure : Comment vous portez-^vous? — 
Rompre en visière à tout le genre humain; être à bout; 
vous me la baillez bonne; une chose en l'air, etc.; 4<* dans 
la construction de la phrase : Que faire ?Jly a deux ans ; 
il n'y a pas jusqu'aux enfants qui ne s*en mêlent; U 
n'est rien moins que généreux; vous avez beau dire; st 
j'étais que de vous, etc.*, — Plus le sujet traité par l'écri- 
vain se rapproche du çenre familier ou populaire, plus 
le gallicisme abonde. Ainsi on en trouve bien plus dans 
les Lettres de M"' de Sévigné, dans les Fables de La Fon- 
taine et dans les comédies de Molière, gue dans Racine, 
Boileau, Bossuet ou Buffon. — Gallicisme signifie en- 
core « faute commise par un Français en parlant ou en 
écrivant dans une langue étrangère, » lorsqu'il donne aux 
mots de cette langue un tour qui n'est correct ou usité 

3ue dans la sienne propre. Ainsi, ce serait un gallicisme 
'écrire en latin Venu) ab hoc tibi dicendo, et en anglais 
Icome from saying it you, pour dire Je viens de vous le 
dire, ce qui s'exprime régulièrement dans ces langues 
par Hoc tibi paullo ante dixi, et / hâve just saui it 
you. P. 

GALLO-BELGE ou FLAMANDE (École), école musicale 
célèbre aux xv' et xvi* siècles. Elle se développa sous la- 
protection des ducs de Bourgogne, et fournit des compo- 
siteurs et des chanteurs à toute l'Europe. Jean Tinctor 
ou le Teinturier, de Nivelle, fut le plus savant théoricien 
du XV* siècle, et en même temps un compositeur habile : 
les ouvrages qu'il a écrits sur toutes les parties de la 
musique prouvent que Gaffbrio et les autres théoriciens 
de l'Italie y puisèrent leur science. Devenu maître de 
chapelle de Ferdinand d'Aragon, roi de Naples, il fonda 
la plus ancienne école de musique de l'Italie, et l'on 
conserve ses messes et ses motets en manuscrit dans la 
bibliothèque de la chapelle Sixtine. A la même épocpie, 
les musiciens flamands les plus remarquables étaient 



GAL 



953 



GAN 



Cilles ou Égide Binchoîs, Caron, Brassard, Régjs, Guil- 
jaame Dafay, Antoine Busnois, maître de chapelle de 
Charieale Téméraire, Jean Ockegliem et Josquin Després. 
Au siècle suivant appartiennent Adrien Wlllaert, de Bru- 
ges, qui devint maître de la chapelle de S*-llarc à Venise, 
et V établit une école où se forma Zarlino. le plus savant 
théoricien de Tltalie; Cyprien Rore, qui fut maître de 
chapelle du duc de Ferrare; Philippe Yerdelot, célébré 
par Rabelais, et mentionné par Zarhno comme un excel- 
lent maître ; Nicolas Gombert, Clément surnommé non 
^op^9 Pierre de la Rue, Jacquet ou Jacaues de Berchem, 
Philippe de Mons, Jacques de Kerl, Honrecht, Corneille 
Canis, Josquin Baston, Jacques de Tumhout, Thomas 
Crécpiillon, Dominique Phinot, Lupus Helling, Arnold 
de Prug, Jossen Junkers, Jean Castileti , Pierre Harse- 
nus, Matté Lemeistre, Arcadelt, Jacob Vaet, Jean Cres- 
pel , Sébastien Hollander, Eustache Barbion , etc. Il est 
généralement reconnu que les concerts d$ voix ont pris 
naissance en Flandre vers le milieu du xvi* siècle, ouand 
€barles-Quint établit sa cour à Bruxelles. Le plus célèbre 
compositeur de la seconde moitié de ce siècle, celui qu*on 
peut com^er à Palestrina et qui mérita d*ètre appelé 
comme lui te Prince des musiciens, est Roland de Lassus 
(Oriando Lasso), né à Mons. Depuis le xvi* siècle, Técole 
flamande cessa de produire de gprands musiciens : ce fut 
seulement au xvw* que les provinces belges virent naître 
Gossec et Grétry. F. Bblgiqite (Beaux-Arts en). B. 

GALLOIS (Idiome), un des idiomes celtiques, de la 
bfanche kymrique, appelé cimraëg ou kymraig par les 
habitants du pays de Galles, et welsh par les Anglais. Il 
est encore parlé aujourd'hui par les paysans gallois, et 
cultivé avec un zèle tout national par les antiquaires du 
pays. Ses monuments écrits sont fort anciens et assez 
nombreux. VArchéologie du pays de Galles, publiée en 
anglais en 1801, en renferme une collection tres-intéres- 
santé : il y a là des poésies qu'on peut rapporter, avec 
assez de vraisemblance, aux vi", vu* et vin* siècles. Le 
gallois forme sa déclinaison à la manière du français, en 
modifiant Tarticle ; il n*a que deux genres. Les substan- 
tifs ont un pluriel; mais les a^iectin ne varient jamais 
leur terminaison, ni par rapport au genre, ni par rapport 
au nombre. Les diminutifs sont très-nombreux. La con- 
jugaison est riche en temps, qui se forment par flexion 
comme dans le latin. On écrit le i;allois avec l'alphabet 
latin. V. W. Salisbury, Dictionnaire anglais et welche, 
Ldondres, 1547, in-8*; J. Davles, Dictionnaire gallois, 
1552, in-fol.; H. Perry, Grammaire welche, 1595, in-4*; 
W. Richards, Dictionnaire welchê-anglais, d^ns son An- 
tiqwB linguœ britannicœ thésaurus, Bristol, 1753, in-8®; 
IV. Evans, Dictionnaire anglais ^tvelche , Carmarthen, 
4771, in-8*; W. Owen, Dictionnaire gallois, Londres, 
4793, et Grammaire galloise, 1804. 

GALLOT, nom donné au patois de la haute Bretagne, 
dans lequel se sont perpétuées des expressions qu'on ne 
lit plus que dans les auteurs du xv* et du xvi® siècle. 

GALOCHES, souliers à semelle de bois, ou à semelle 
en cuir très-épaisse et garnie de gros clous. 

GALON, bande étroite d'un tissu fid>riqué avec des ma- 
tières trèsr-di verses, fil, laine, soie, or, argent, etc. Le 
galon est une des marques les plus usitées pour distin- 
Sner diverses conditions sociales, depuis la livrée du va- 
let Jusqu'à la toque du magistrat ou le riche habit du 
fonctionnaire. L'Église fait aussi un large emploi du galon 
dans ses ornements. Dans l'armée, les galons servent à 
distinguer les grades des sous-officiers : les caporaux ont 
deux galons de laine sur l'avantr-bras; les sergents, un 
^alon d*or ou d'axvent, selon le corps; les sergents-ma- 
jors, deux galons d'or ou d'argent; les fourriers, un galon 
d'or ou d'argent sur le haut du bras. Les tambours, 
trompettes et musiciens ont, au collet et aux manches, 
des nions dont la forme et le nombre ont beaucoup va- 
rié. Pour distinguer facilement les galons en or et en ar- 
gent, la loi a voulu, sous des peines sévères, que le fil 
d'or et d'argent fin fût placé sur de la soie, et que le 
chanvre ou le lin servit aux galons en faux. On appelle 
ifùhnspleùu ceux qui n'ont point d'envers et présentent 
des deux côtés ; galons figurés, ceux qui ont 



un 

un envers, mais formé des mêmes matières que l'en- 
droit; gahns systèmes, ceux dont le dessin et la matière 
ne parassent que d'un côté. Le prix élevé des galons fins 
a donné une grande extension à la fabrication des galons 
eoftoz. 
SALOff, en termes d'Architecture, bandelette garnie de 

perles. 

GALOP, danse à deux temps , d'un mouvement vif et 
oéioe emporté, et originaire de U Hongrie ou de la Barière. 



Elle parut à Berlin en 1822, et à Paris en 1827 dans le 
ballet de la Neige. Le galop de l'opéra de Gustave III, par 
Auber, est célèbre. Le galop est devenu le complément 

Eresqoe obligé de la contredanse, et le finale de tous les 
als. 

GALOUBET ou FLUTET (du provençal gai, Joyeux, et 
oubet pour aubet, diminutif de auboU, hautbois), le plus 
aigu des instruments à vent, espèce de flageolet à oec. 
Plus élevé de deux octaves oue la flûte traversière, et 
d'une octave que la petite flûte, il est en ton de ré. On 
parrient difficilement a en bien Jouer; car la main gauche 
seule sert à le tenir et à le mettre en Jeu, afin d'en tirer 
avec trois trous deux octaves et un ton. La gamme se fait 
de trois vents différents. Le galoubet, instrument cham- 
pêtre, ne va pas sans le tanux)ttrin IV.cemot)^ sur le- 
quel l'exécutant marque le rhythme et la mesure avec la 
main droite. 11 est depuis longtemps abandonné dans le 
nord de la France, mais il est encore très-commun en 
Provence s là on trouve des gens qui, sans être musi- 
ciens, exécutent des passages d'une justesse, d'une net- 
teté et d'une rivacité incroyables; s'ils sont en nombre, 
ils Jouent à deux parties, et quelque clarinettiste en 
improvise une 3'. A la fin du siècle dernier, J.-N. Gar- 
bonel, musicien de l'Opéra de Paris, était parvenu à 
jouer du galoubet dans tous les tons sans cnanger de 
corps; il a laissé une Méthode pour cet instrument. 
Plus récenunent, Ghàteauminois eut des succès sur le 
galoubet. B. 

GALVARDINE, anden manteau dont on se couvrait 
pour se préserver de la pluie. 

GAMBE, sorte de Jeu d'orgue de forme cylindrique, ftdt 
en étain, et ayant ordinairement huit pieds. La eambe, 
que l'on nomme aussi viola di gamba, rentre Sans la 
série des Jeux dont le «ilapason est étroit. Ce Jeu parle 
lentement, et imite le drottement de l'archet sur une 
corde de violoncelle. F. C. 

GAMBÎSON ou GAMBESSON (du rieux verbe gam- 
boiser, rembourrer), espèce de plastron en peau rem- 
bourrée de laine, d'étoupe ou de crin , que les cavaliers 
du moyen âge mettaient sous la chemise de mailles, et 
qui descendait Jusqu'aux cuisses. 

GAMELLE (du latin camélia, panier d'osier très^-serré), 
grand vase de bois ou de fer-blanc dans lequel étaient 
contenues la soupe et la viande de 8 soldats dans l'ai^ 
mée de terre, de 7 matelots dans la marine, et où ils 
mangeaient autrefois ensemble. Une décision du 24 dé- 
cembre 1852 a substitué dans l'armée de terre les ga* 
melles individuelles aux gamelles conmiunes. 

GAMMA, nom donné par quelques auteurs à une es- 
pèce de crosse dont la tête a la forme de la lettre grecque 
de ce nom. 

GAMME, nom de l'échelle musicale moderne, com- 
posée de sept degrés différents et de la répétition du pre- 
mier degré qui s'appelle alors octave, La gamme, inventée 
par Gui d'Arezzo, ne lUt d'abord composée que de 6 notes, 
ut, ré, mi, fa, sol, la; mais, par la suite, on y ajouta uno 
7* note, le su Une gamme se divise en tons et aemi-4ons, 
dont le lieu dépend du mode dans lequel elle est éta- 
blie; mais, dans chaque mode, elle ne peut contenir en 
totalité, du 1*' au 8" degré, qu'une valeur de 6 tons 
pleins. On appelle gamme dicttonique celle qui procède 
par tons et demi-tons, tels qu'ils se trouvent dans l'ordre 
naturel du ton et du mode où l'on est , et gamme chro- 
matique celle qui n'est composée que de demi-tons. Il y 
a deux sortes de gammes diatoniques : l'une, majeure, 
composée de 5 tons et 2 demi -tons, ces derniers placés- 
du 3* au 4* degré et du 7* au 8*; l'autre, mineure, où le» 
demi-tons sont du 2* au 3* degré et du 7* au 8*. Le nom 
de gamme rient de la lettre grecque gamma, par laquelle 
Gui d'Arezzo désigna la note (sol) qu'il aurait ajoutée, 
dit^n, au-dessous de la dernière note du système des 
Grecs. B. 

GANACHE. F. Caquetoibc. 

GAMD (Église S*-Bavon, à). Cette église, une des plus 
grandes et des plus belles de la Belgique, était primiti- 
vement consacrée à S' Jean. Elle prit le nom de S* Bavon 
en 1540, lorsque Charles-Quint, voulant élever une cita- 
delle sur l'emplacement de l'abbaye de 6*-Bavon, lai 
donna pour chapitre les religieux de cette abbaye suppri- 
mée, et on l'éngea en cathédrale en 1559. C'est un mo- 
nument fort peu orné à l'extérieur: les murs, malgré 
leur grande élévation, ne sont renforcés que par de 
minces contre-forts; les portails sont d'une extrême sim- 
plicité. La tour, b&tie de 1462 à 1534, est également plus 
remarquable par la hardiesse de ses proportions que par 
la richesse de ses ornements : quatre tourelles d'angles, 



GAR 



954 



GAR 



dégagées de la tour elle-mômevqai est octogone, la font 
paraître carrée. Cette tour, haute de 90'" ,06, supportait 
autrefois une flèche, qui rélevait jusqu'à 122 met., et que 
le feu du ciel a dévorée en 1603. La crypte qui s*étend sous 
le chœur fut bâtie au x* siècle et reconstruite en 1228 ; le 
rond-point du chœur est dans le style ogival du xiii* siècle ; 
le chœur, plus élevé que les nefs, paraît n*avoir été ter* 
miné qu'à la fin du même siècle; les nefs et les tran- 
septs offrent le style ogival du xv* siècle. Le plan général 
de réglise de S*-Bavon est celui de la croix latine avec 
transepts et collatéraux : il y a, tout autour de Téglise, 
des chapelles ornées de précieux tableaux. La chaire, 
sculptée en chêne et en marbre blanc, est Tœuvre de 
Laurent Delvaux. Le chœur est revêtu d'une décoration 
en marbres blanc et noir, dont le style classique n'est 
pas en rapport avec celui de l'édifice; on y voit quatre 
mausolées, dont le plus remarquable est celui de l'évêque 
Triest par Jérôme Duouesnoy, de belles stalles sculp- 
tées, et on maltre^utel entouré de trois portes de bronze 
an lieu de retable. V. Van Lockeren, Histoire de Vabbaye 
de S^^Bavon, 1855, in-8<*. 

GANNES (Tours de), i V. notre Dictionnaire de Bio- 

GANTELETS, GANTS. ) graphie et d'Histoire. 

GARAHOND, ancien caractère d'imprimerie, de la 
^sseur du petit-romain, et qui tirait son nom de son 
mventeur. 

GARANTIE (de l'allemand U)ahren, garder), sûreté 
contre une éventualité quelconque. On nomme garant 
celui qui la donne, et garanti celui qui la reçoit. Les co- 
héritiers sont respectivement garants les uns envers les 
autres des troubles et évictions soufferts par les biens 
héréditaires {Code Napol,^ art. 884). Le vendeur ga- 
rantit à l'acquéreur la possession paisible et durable de 
l'objet vendu. L'existence d'une créance, au moment de 
sa vente, doit être garantie (art. 1093). Le bailleur doit 
garantir son preneur contre les évictions de la chose 
louée (art. 1721 et 1727). I^ prêteur garantit celui qu'il 
oblige contre les pertes que les défauts à lui connus de sa 
chose pourraient occasionner. Les voituriers par terre et 
par eau (art. 1782 et suiv.), les aubergistes (art. 19.52 et 
suiv.), garantissent les objets qu'ils prennent en dépôt. 
L'entrepreneur est, pendant dix ans, responsable des 
vices de construction (art. 1 792 ). — La garantie est légale ^ 
quand la loi la suppose; conventionnelle, quand elle ré- 
sulte de l'accofd des parties. Elle n'est qu'une obligation 
accessoire au contrat, car les parties peuvent convenir 
qu'elles ne garantissent pas l'objet du contrat. On nomme 
garantie de droit celle qui porte sur le droit de la chose 
ou sur ses qualités capitales, essentielles pour l'usage 
qu'on en veut faire; garantie défait, celle qui regarde les 
vices et les qualités non essentielles de la chose : la pre- 
mière est de rigueur, la seconde doit être stipulée pour 
exister. En vertu de la garantie de droit, l'acquéreur a 
recours contre le vendeur, soit qu'une éviction on un 
trouble quelconque le prive d'une possession paisible, 
soit pour défauts cachés de la chose vecdue, lesquels 
auraient empêché le contrat ou en auraient modifié les 
conditions. Dans l'ancien Droit français, il y avait une 
garantie des faits du prince, c-à-d. que si le prince 
dépouillait un particulier d'un bien acheté, celui-ci avait 
recours contre son vendeur : cette garantie, étant de fait 
et non de droit, devait être stipulée. On distingue encore 
la garantie formelle, qui oblige le garant à prendre le 
fait et cause du garanti à qui l'on intente une action 
réelle ou hypothécaire, si celui-ci le requiert avant le 
Jugement {Code de Procéd. civ,, art. 182); et la garantie 
simple, en vertu de laquelle le garant peut intervenir si 
le ^iranti est inquiété par une action personnelle, mais 
sans se substituer à lui (/ôûi., art. 183). — Le délai pour 
appeler en garantie est de huitaine (/ôid., art. 175), 
délai augmenté selon les besoins des distances ou du 
nombre des garants. 

Dans les sociétés politiques, il existe des garanties in- 
dividuelles, nées des droits de chacun ( telles sont la liberté 
des cultes, celle de la presse, l'institution du Jury, l'in- 
amovibilité des Juges), et des garanties constitution- 
nelles, attachées à certaines positions, à certaines fonc* 
tions, telles .que l'inviolabilité du roi , des pairs et des 
députés établie par les Chartes de 1814 et de 1830. De 
même, les fonctionnaires publics ne peuvent être traduits 
en Justice, pour abus de pouvoir ou pour délit commis 
dans l'exercice de leurs fonctions, qu'en vertu d'une au- 
torisation (Loi du 22 frimaire an viii). V. Daunou, Essai 
sur les garanties individuelles, in-8<^; Cherbuliez, Théorie 
des garanties constitutionnelles, 1838, 2 vol. in-8^ 

«ARAMTiK DBS MATIÈRES d'or Kt d'arcent, administra- 



tion dépendant du ministère des finances, et dont la 
fonction est d'examiner et de marc[uer les matières d'or 
et d'argent converties en orfèvrerie ou bijouterie, afin 
d'indiquer leur degré de pureté pour la garantie des ache- 
teurs. Ce contrôle public et obligatoire remonte à l'origine 
de la corporation des orfèvres. Les règlements d'Etienne 
Boileau, du temps de Louis IX^ rappelaient que, dans nul 
pays, l'or n'était d'aussi bon aloi qu'en France, et recom- 
mandaient aux fabricants de maintenir cette supériorité. 
Les orfèvres de Paris portaient leurs ouvrages à la Mai^ 
son commune , où ils étaient essayés et poinçonnés sous 
la surveillance des gardes du métier. Au xvi" et au 
xvu* siècle, le fisc intervint, et perçut un droit sur les ma- 
tières d'or et d'argent : ce droit, fixé d'abord (déclaration 
du 31 mars 1672} à 20 sous par marc d'argent et à 30 sous 
par once d'or, s'était élevé en 1789, par des augmentations 
successives, à 6 livres 6 sous par once d'or et à 10 sous 
6 deniers par once d'argent (l'or paye aujourd'hui à peu 
près le même droit; l'argent paye un tiers en moins). 
Tout droit sur les matières d'or et d'argent fut aboli en 
1791. La loi du 19 brumaire an vi (9 nov. 1797} rétablit 
le centrale et le droit de garantie. Des bureaux oe garan- 
tie sont établis sous l'autorité du ministre des finances 
dans presque tous les départements, et composés d'un es- 
sayeur, d'un receveur et d'un contrôleur. L'essayeur es^ 
nommé par le préfet; le contrôleur et le receveur sont 
des agents de l'administration des contributions indi- 
rectes. Les bijoutiers et les orfèvres v portent leurs ouvra- 
ges, qui sont essayés, soit à la coupelle, soit aux touchaux, 
coupés s'ils sont au-dessous de tout titre légal, et, s'ils 
sont reconnus bons, acceptés et revêtus d'un poinçon dif- 
férent selon le titre. L'orfèvrerie française paye pour le 
seul droit de marque et par hectogramme : sur les ou- 
vrages d'or, 22 fr., et sur ceux d'argent, 1 fr. 10 c; pour 
(^ droit d'essai à la coupelle, 3 fr. par 120 grammes d'or, 
^ centimes par 2 kilogr. d'argent; pour le droit d'essai 
au touchau, 9 centimes par décagramme d'or, 9 centimes 
par hectogramme d'argent. L'orfèvrerie exportée a droit 
à la restitution des deux tiers du droit de marque, et 
dans certains cas à la totalité. Les orfèvres srvnt tenus de 
porter tous leurs ouvrages sans exception au bureau de 
garantie, et d'inscrire sur un livre coté et parafé toutes 
les matières d'or et d'argent qui entrent chez eux. Les 
employés du bureau, accompagnés d'un officier de police, 
font des visites chez les orfèvres, vérifient les livres, pé- 
nètrent dans l'atelier, se font présenter les marchandises, 
saisissent toutes celles qui sont terminées sans avoir été 
revêtues de la marque, et dressent procès-verbal. L'or- 
fèvre est condamné à une amende, et, après trois contra- 
ventions, défense lui est faite d'exercer le métier. Malgré 
cette surveillance et ces rigueurs de la loi , plus du tiers 
des ouvrages d'or et d'argent échappent à la marque et 
au droit. — Les lingots ne sont pas soumis aux mêmes 
règles que les ouvrages fabriqués et destinés à être ven- 
dus aux particuliers; ils sont essayés par les essayeurs 
particuliers du commerce, dont la rémunération n'est 
pas fixée par un tarif. Le maximum du prix qu'ils pren- 
nent est do 1 fr. pour un essai de matière d'or, et de 
75 centimes pour un essai de matière d'argent. Les lin- 
gots portent, outre la marque de l'essayeur, le chiffre 
des millièmes de fin, et il se vend sur cette garantie, dont 
répond l'essayeur. V. Raibaud, Traité de la garantie des 
matières et ouvrages d*or et d'argent, Paris, 1825, in-8°; 
Chaudet, VArt de Vessayeur, Paris, 1 835 ; Lachèze, iVou- 
veau Manuel simplifié de la garantie des matières et 
ouvrages d^or et d'argent, Paris, 1838, in-18. L. 

GARCETTES, en termes de Marine, cordes qui servent 
à prendre des ris, ou à attacher le tournevire au câble 
quand on lève l'ancre. Les garcettes des ris sont plus 
grosses au milieu qu'aux deux bouts; celles du tourne- 
vire sont d^égale grosseur partout. La garcctte était au- 
trefois l'instrument de discipline avec lequel on frappait 
sur le dos nu des matelots coupables de quelques méfaits. 

GARD (Pont du). V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire, 

GARDE (de l'allemand ti;a/ir6n , garder), nom donné, 
1*^ à une réunion de soldats ou autres agents de la force 
publique, désignés pour veiller, pendant un temps déter- 
miné, au maintien du bon ordre, à la conservation d'un 
monument, à la sûreté d'un poste, etc.; 2<^ au service que 
ce détachement armé accomplit. Monter la garde, c'est 
faire partie de la garde qui prend le service; relever la 
garde, c'est remplacer par une nouvelle earde celle dont 
le service est expiré; aescendre la garde, c'est rentrer 
au quartier ou au logement quand la garde a été relevée. 
Battre la garde, c'est exécuter la batterie de tambour qui 



GAR 



!)55 



GAR 



appelle les hommes à la garde. On nomme grand*garde 
uii corps assez considérable de cavalerie placé à la tête 
d'an camp, pour empocher toute tentative de Tennemi ; 
Va grand*garde est protégée elle-même par une garde 
avancée, — En beaucoup de cas, garde a le sens do gar- 
dien, de surveillant, de conservateur. 

GâXDE , partie saillante entre la poignée d*une épée ou 
d*nn sabre, et qui sert h. protéger la main. 

GAKDc-cATiAL, agent chargé de veiller à la conservation 
des canaux, et même des propriétés qui en dépendent, de 
constater les infractions faites aux règlements, ainsi que 
les délits de pèche, et d*en dresser procès- verbal. Ces 
agents sont placés sous les ordres des ingénieurs et des 
conducteurs des ponts et chaussées. 

GARDE cHAMPâriiE, sgcut préposé à la garde des champs. 
On rappelait autrefois messier (du latin messis, moisson ; 
ou du celtique messoer^ gardeur de bêtes), bangard en 
Lorraine, gastier en Auvergne, bannerot dans le pays 
Messin, et, dans diverses provinces, bannard, sergent de 
verdure, vigner ou garde des vignes, etc. D'après Tancien 
Droit français, les messiers devaient être idoines (ca- 
pables de remplir leurs fonctions), âgés de i8 à 22 ans 
selon les localités, et prêter serment devant le Juge, ou , 
à son défaut, devant l'officier de police (Édit de nov. 
1706). Une déclaration du 11 juin 1709 ordonna qu'il 
serait nommé dans chaque paroisse un nombre de mes- 
siers proportionné à retendue du territoire. Les messiers, 
oonunés pour un an , et même pour la seule saison des 
firuits, n'étaient pas tenus d'écrire leurs procès-verbaux, 
mais faisaient seulement des rapports verbaux au gref- 
fier, qui les inscrivait, et ces rapports, affirmés véri- 
tables, faisaient foi en justice. La loi du 28 sept. 1791 
exige que les gardes champêtres soient âgés de 25 ans au 
moins et reconnus pour gens de bonnes mœurs, et qu'ils 
prêtent le serment de « veiller à la conservation do toutes 
les propriétés qui sont sous la foi publique, et ôe toutes 
celles dont la garde leur aura été confiée par l'acte de 
leur Domination. » Celle du 20 messidor an m (8 juillet 
1795) ordonne qu'il y en ait dans toutes les communes. 
Un arrêté du 25 fructidor an ix décide qu'ils seront 
choisis parmi les vétérans dont les préfets auront dû 
dresser une liste, et que le choix, confié au maire, con- 
trôlé par le conseil municipal , sera admis par le sous- 
gréfet , lequel délivre la commission. Depuis le décret du 
-5 mars 1852, les gardes champêtres sont nommés par 
les préfets sur la présentation des maires. Ils sont agents 
de la force publique, et doivent prêter main-forte quand 
ils en sont requis : tout excès commis contre eux dans 
Texercice de leurs fonctions est de la compétence de la 
Coar d'assises {Code pénal, art. 228, 2.'^). Ils sont, de 
plas, officiers de police judiciaire, auxiliaires du procu- 
reur impérial, sous la surveillance duquel ils sont placés 
(Cddff ainsir. crtm., art. 17), et jouissent, à ce titre, des 
privilèges et garanties des membres de l'ordre judiciaire. 
ijBUTB fonctions ne sont pas annuelles comme celles des 
messiers, mais d*une durée illimitée; leur salaire est 
préleré sur les revenus de la commune, et complété au 
oesoln par des centimes additionnels à la contribution 
fonciàpe assise sur les biens ruraux. 

Incompétents hors du territoire pour lequel ils sont 
assermenté, les gardes champêtres parcourent ce terri- 
toire, porteurs d'armes autorisées par le préfet , et munis 
d'une plaque de métal ou d'étoffe, placée en endroit 
apparent et sur laquelle sont écrits leur nom, celui de la 
commune, et le titre de la loi. Ils constatent les délits et 
cootraventions qui portent atteinte aux propriétés ru- 
rales, et leur procès-verbal {V. ce mot) doit être remis 
dans le délai de trois jours, y compris celui du délit , au 
commissaire de police, ou, à son défaut, au maire ou ad- 
joint, devant lequel il faut encore qu'il soit affirmé véri- 
t^le. Puis la Juridiction compétente est saisie dans le 
délai de 8 Jours; si la poursuite n'est pas ensuite entre- 
prise dans le délai d'un mois par la partie lésée ou le 
ministère public, il n'y a plus heu à poursuivre (Loi du 
S sept 1791 ). Les gardes champêtres sont responsables 
des dâits qu'ils auraient négli^ de faire connaître. Si le 
délinquant pris en flagrant délit peut encourir, vu la grar- 
vitéda cas, la peine de l'emprisonnement, ou si c'est un 
indÎTida dénoncé par la clameur publique, ils peuvent 
rarrdter pour le conduire devant le juge de paix ou le 
nuàre et à cet effet se faire prêter main-forte. Si les 
dioces enlevées ont été transportées dans des lieux clos, 
ib ont le droit de les saisir pour les mettre en séquestre, 
Donrni ou'îls soient accompagnés du commissaire de po- 
fiM. dn iuiEe de paix, du maire ou d'un adjoint, qui 
• oe àïon ie procôa-verbal. — D'après un décret du 



Il juin 180G, les gardes champêtres font connaître leuf 
installation aux officiers ou sous-offîcicrs de gendarmerie 
de leur canton : ceux-ci surveillent leur conduite et la 
font connaître au sous-préfet , peuvent les mettre en ré- 
quisition pour les cas qui intéressent la tranquillité pu- 
blique, et leur transmettent le signalement des divers 
individus qu'ils ont ordre d'arrêter. Réciproquement, 
les gardes champêtres informent les maires de ce qu'ils 
ont découvert de contraire au maintien de Tordre, et les 
maires en donnent avis aux officiers de la gendarmerie. 
V. Du four. Manuel pratique des gardes champêtres, des 
gardes forestiers et des gardes-pêche, 2« édit., Paris, 
1824; Rondonneau, Nouveau Manuel théorique et pra- 
tique des gardes champêtres, forestiers et gardes-pêche, 
1829, in-i8; Boyard, Nouveau Manuel complet des gardes 
champêtres, communaux ou partici^liers, 1844, in-i2; 
Sorbet, Petit guide des gardes champêtres, 1851 , în-18; 
Larade, Guide et formulaire des gardes champêtres ^ 1858, 
in-18; Crinon et Vasserot, Le Forestier praticien , ou 
Guide des gardes champêtres, 1852, in-18; Marc Def- 
faux, Guide-Manuel général du garde champêtre et du 
messier, 1852, in-12; Gère, Nouveau Manuei du garde 
champêtre, forestier et particulier, 1853, in-18; Dubarry, 
Nouveau Manuel des gardes champêtres, des gardes fo- 
restiers, etc., 1850, in-12. 

GARDE-CHASSE. Dans l'ancienne monarchie française, 
rimportance (pie les seigneurs attachaient à leurs droits 
de chasse avait fait créer une vaste organisation pour 
veiller à la conservation de ces droits. Au sommet était 
un grand veneur, dont la charge, longtemps confon- 
due avec celle du grand maître des eaux et forêts, en 
fut séparée sous Charles YI, puis fut démembrée elle- 
même par l'institution du grand fauconnier. Le grand 
veneur, officier de la maison du roi, avait la haute main 
sur tous les officiers de la vénerie, auxquels il conférait 
les provisions et les emplois. Au-dessous du grand ve- 
neur, il y avait : 1° les capitaineries, composées d'un tri- 
bunal instruisant et jugeant les délits de chasse, d'un 
capitaine, de lieutenants et de gardes, chargés de la sur- 
veillance et de la conservation des droits de chasse; 
2' les capitaineries des maisons royales, qui connais- 
saient exclusivement des délits commis dans un rayon de 
trois lieues autour des maisons du roi, même par les 
particuliers sur leurs terres, où ils ne pouvaient chasser 
sans permission. Les maîtrises des eaux et forêts veil- 
laient aussi à la conservation du gibier. Les gardes-chasse 
n'avaient d'autre arme qu'un pistolet, et il leur était in- 
terdit de chasser. La Révolution détruisit toute cette 
organisation, et une loi du 3 nov. 1789 permit aux pro- 
priétaires de détruire comme ils l'entendraient le gibier 
sur leurs terres. Mais une loi du 30 août 1790 rétablit la 
police de la chasse, et la confia aux gardes champêtres, 
aux gardes forestiers et à la gendarmerie. La loi du 3 mai 
1843 régit aujourd'hui la matière : les officiers qui peu- 
vent dresser des procès-verbaux pour délits de chasse 
sont les maires et adjoints , les officiers , maréchaux des 
logis et brigadiers de gendarmerie, les simples gen- 
darmes, les gardes forestiers, les gardes-pêche, les gardes 
champêtres et les gardes assermentés des particuliers. 
Ces divers agents ne peuvent avoir un permis de chasse, 
et, en cas de contravention, le maximum de la peine leur 
est appliqué. Les délinquants ne peuvent être saisis ni 
désarmés; mais, s'ils sont déguisés ou masqués, s'ils 
refusent de faire connaître leur nom, ou s'ils n'ont pas 
de domicile connu, ils sont immédiatement conduits de- 
vant le maire ou le juge de paix, pour que leur indivi- 
dualité soit constatée. Les auteurs des procès -verbaux 
contre les délits de chasse ont droit à une gratification. 

GARDE DU COVMERCB. V. COMMERCE. 

GARDE DBS SCEAUX. V, notro Dictionnaire de Biographie 
et d* Histoire. 

GARDE-CÔTE. K. 06 mot dans notre Dictionnaire de Bio^ 
graphie et d'Histoire. 

GARDE FORESTIER , agent préposé à la garde des bois et 
forêts. L'organisation des agents de la police forestière 
remonte très-haut dans l'histoire de la monarchie fran- 
çaise. Une ordonnance de novembre 1219 nous apprend 
qu'il existait, sous la haute main des premières autorités, 
un conseil des gardes, qui connaissait des délits commis 
dans les forêts ; puis venait un maître garde, exerçant 
une espèce de garde générale, et ayant sous ses ordres 
deux classes de gardes, les sergents traversiers, qui fai- 
saient des visites extraordinaires de forêt en forêt, et les 
simples sergents des forêts, subordonnés aux précédents. 
L'ordonnance de 1669 supprima tous ces fonctionnaires' 
et créa une hiérarchie nouvelle, ainsi composée : les set » 



GAR 



956 



GAR 



$ent8 à garde ou gardes à pied, sardes d'an canton cir- 
conscrit ; les gardes généraux a cheval , qui devaient 
iorreiller les précédents ; les mattres particuliers, dont 
les soins s'étendaient sur une maîtrise ou groupe de can- 
. tons ; les grands mattres, chargés d*un vaste départe- 
ment forestier. Les gardes forestiers devaient être catho- 
liques, connus comme gens de bonne vie et mœurs, 
savoir lire et écrire, répondre à un interrogatoire sur tout 
ce qui était relatif à leur état, déposer un cautionnement 
de 300 livres, payer 12 livres pour leur réception, et prêter 
serment devant un maître particulier. Il leur était dé- 
fendu de boire avec les délinquants, et de tenir cabaret. 
Hs consignaient sur un registre, parafé par le maître 
particulier et par le procureur du roi, leurs visites, leurs 
procès-verbaux, et tout ce qu'ils avaient pu découvrir. 
Les gardes à pied portaient des pistolets, mais ne pou- 
vaient s'en servir pour la chasse; les gardes généraux 
avaient le privilège de porter un fusil, et devaient, en 
faisant leurs tournées, être porteurs d'une bandoulière, 
insigne de leur dignité. Ils ne pouvaient pousser leurs 
perquisitions dans rintérieur des enclos que s*ils étaient 
accompagnés d*un maître, du Juge de Tendroit, du maire 
ou d*un échevin. Leurs procâ-verbaux, légalement faits 
et affirmés, faisaient foi en justice, jusqu'à inscription 
de faux. En 1689, les places de gardes furent érigées en 
titres d'offices ; mais les prévarications de ceux qui occu- 
pèrent les charges mises en vente amenèrent la suppres- 
' ftion de ces charges par arrêt du Conseil en 1719. — De- 
puis le Code forestier de 1827, la France est divisée en 
Conservations forestières : sous la dépendance Immé- 
diate du ministre des finances est un directeur, assisté 
de 3 sous-directeurs ; il y a, dans chaque conservation, 
un conservateur^ des inspecteurs et sou^- inspecteurs 
correspondant à des subdivisions de la conservation, des 
gardes généraux, des arpenteurs, des gardes à cheval, 
et des gardes d pied. Le directeur nomme les agents 
inférieurs Jusqu'au grade de garde général exclusivement; 
ils prêtent serment devant le tribunal de l** instance do 
leur résidence. F. le Supplément, 

Les gardes forestiers ne peuvent exercer d'autres fonc- 
tions, soit administratives, soit judiciaires, ni faire com- 
merce de bois ou exercer un métier où le bois soit em- 
ployé. Leur uniforme se compose d'un habit, d'un gilet 
et d'un pantalon de drap vert, avec bandoulière chamois 
à bandes de drap vert et à plaque de métal blanc por- 
tant ces mots : « Forêts de l'État. » Le collet de l'habit 
des gardes à cheval est orné d'un rameau de chêne brodé 
en argent. Tous les gardes peuvent porter un fusil 
simple. Ils sont responsables des dégâts qu'ils auraient 
négligé de constater. Ils arrêtent le coupable pris en fla- 
grant délit, et peuvent reauérir main-forte ; pour péné- 
trer dans un lieu clos, ils doivent être accompagnés d'un 
représentant de l'autorité municipale. Les procès-ver- 
baux des gardes à pied, écrits de leur propre main, doi- 
vent être affirmés devant le Juge de paix, formalité à 
laquelle ne sont pas soumis ceux des gardes à cheval et 
des gardes généraux : ces procès -verbaux, signés par 
deux gardes, font foi Jusqu'à inscription de faux; signés 
par un seul , ils n'ont la même force que pour les con- 
traventions n'entraînant pas une condamnation à plus 
de 100 fr. d'amende et de dommages-intérêts réunis. Les 
agents forestiers ont qualité pour faire les citations et 
significations dans les poursuites exercées au nom de 
l'administration forestière ; ils taxent ces actes comme 
les huissiers des juges de paix. Ils exposent l'affaire et 
«ont entendus dans leurs conclusions devant les tribu- 
naux correctionnels, seuls compétents pour ces matières. 
Comme agents d'une administration putiiq^iu, les gardes 
forestiers ne peuvent être poursuivis qu'après autorisar- 
tion; en quahté d'officiers de police Judiciaire, ils ont 
le privilège de n'être luges que par une Cour d'appel. 

GARDB iHPteiALB. Y. ce mot daus notre Dictionnaire 
de Biographie et d'Histoire, 

GARDE-iNPANT, ospèco de vertugadîus ou de paniers dont 
la mode vint d'Espagne en France au commencement du 
xvn* siècle. 

GAEDB-MEOBLES , édifice OÙ l'ou garde les meubles de 
l'Etat ou du prince. Avant la Révolution, le garde-meu- 
bles de la couronne de France était le côté oriental du 
monument bâti par Gabriel sur la place Louis XV ^auj. 
place de la Concorde), et occupé maintenant par le mi- 
nistère de la marine. Toutes les résidences royales 
avaient leur garde-meubles ; un officier qui portait le 
même nom en avait la surveillance. Aujourd'hui, le 
Çtrde- meubles de la couronne, placé dans les attribu- 
tions du ministre de la maison ae l'empereur, se trouve 



dans l'Ile des Cygnes, près du pont d'Iéna, soas la sui^ 
veillancc d'un directeur et d'un inspecteur. 

GARDE -vmES, autrefois conducteur des mines, nom 
donné à des agents auxiliaires des ingénieurs des mines 
pour la surveillance et la police des exploitations, les 
levées et les copies de plans. Les gardes- mines sont 
nommés par le ministre de l'agriculture, du commerce et 
des travaux publics; ils doivent avoir subi un examen, 
et être ftgés de 21 ans au moins, de 30 ans au plus (35 ans 
pour les anciens militaires). On en distingue 5 classes, 

?ui ne diffèrent que par le traitement (900, 1,200, 1,5U0 
,800, et 2,000 fr.) et les frais de tournée. 
GARDE NATIONALE. V. ce mot dans notre Dictionnaire 
de Biographie et d'Histoire, 

GARDE PARTicouER, garde qu'un particulier peut établir 
pour veiller sur ses propriétés rurales. Autrefois les sei- 
gneurs seuls possédaient le droit d'en avoir. Ces gardes, 
reçus au siège de la maîtrise forestière du* ressort, ou 
simplement à la justice des seigneurs, pouvaient porter 
le fusil, mais seulement comme chasseurs de leur maître 
et sous condition d'une commission enregistrée au greffe. 
La loi du 20 messidor an m a autorisé tout propriétaire 
à avoir des gardes ; les fermiers eux-mêmes peuvent en 
nommer pour la conservation de leurs récoltes. Les 
gardes particuliers, pourvus d'une commission sur papier 
timbré, agréés par le sous-préfet, prêtent serment devant 
le tribunal de l** instance : ils peuvent alors verbaliser, 
comme les gardes champêtres, pour délits de chasse, de 
pêche, etc., et leurs procès-verbaux font foi Jusqu'à 

{>reuve contraire. Le propriétaire qui a un garde particu- 
ier n'en contribue pas moins au payement du garde 
champêtre de sa commune ; car celui-ci veille sur les 
propriétés protégées par un garde spécial aussi bien que 
sur les autres. 

GARDE-PÊCHE, agent chargé de veiller à Texécutlon des 
lois sur la police des eaux, fleuves et rivières relative- 
ment à la pêche, et de plus à la navigation. Aussi lui 
donne-t-on en certains endroits le nom de garde-civière. 
Les garde»-pêche appartiennent à l'administration fores- 
tière; leur condition et leurs droits, semblables d'ail- 
leurs à ceux des gardes forestiers (V, plus haut)^ sont 
déterminés par la loi du 15 avril 1829 sur la pêche flu- 
viale. Ils sont autorisés à saisir les instruments de 
pêche prohibés et le poisson péché en délit. Les éclu- 
siers, les officiers de police Judiciaire, les cardes cham- 
pêtres, les gardes assermentés des particuliers, peuvent 
aussi dresser procès-verbal des délits de pêche. 

GARDE-PORT, Rgout établi pour la police des porta sur 
les rivières navigables ou flottables. D'après le décret du 
Si août 1852, les çardes-ports sont nommés et commis- 
sionnés par le ministre de l'agriculture, du commerce et 
des travaux publics; ils prêtent serment devant le tri- 
bunal de l'* instance du lieu de leur résidence. Tout 
commerce et toute autre fonction salariée leur sont inter- 
dits. Ils surveillent l'amarrage, le garage, le tirant d'eau 
des bateaux ou trains, le temps qu'ils doivent rester le 
long des quais, assurent la conservation des marchan- 
dises pendant et après le débarquement, ainsi que dans 
les dépôts où elles séjournent, et ont la police du service 
général des quais. Leurs procès -verbaux doivent être 
affirmés par^dfevant le luge de paix, le maire ou Ta^joint. 
Ils sont responsables des délite cru'ils n'ont pas consta- 
tés, et passibles des amendes qui eussent été encourues 
par les délinquante ; les pcrtos ou avaries provenant de 
leur négligence peuvent donner lieu contre eux à une 
action en indemnité. Ils sont sous les ordres des inspec- 
teurs des porte et des ingénieurs chargés du service de 
la navigation. Leur rémunération consiste en rétributions 
dues par l'expéditeur lors de l'arrivage des marchandises, 
et par le destinataire lors do leur enlèvement, conformé- 
ment à un tarif. 

GARDE-VENTE, Rgeut que tout a4|udicateire des coupes 
de bois et forête doit nommer pour consteter les délite 
commis dans sa vente et autour de cette vente, jusqu'5 
Toufe de la cognée. Il prête serment devant le Juge de 
paix, inscrit Jour pa* Jour, sur un registre timbré, coté 
et parafé par les sous - inspecteurs de l'administration 
forestière, les bois di'^iiités, le nom des personnes qui les 
ont achetés et leur de»p:ieure, et veille à ce que les ou- 
vriers exploitente sp soumettent aux prescriptions et pro- 
hibitions que les loM «t ordonnances leur imposent. 

GARDERIE, nom qu'on donne quelquefois aux ciïchcs 
{V,ce mot). 

GARDES (Cent-). T. notre Dictionnaire de Biographie 
et d* Histoire^ au Supplément. 

GARDIEN JUDICIAIRE , celui que la Justice commet à 



GAR 



957 



GAR 



b c^rde d'objets saisis ou mis soos les scellés, moyen- 
nant des frais fixés par la loi. Il en répond s'ils sont dé- 
trmts, perdus ou endommagés, à moins qu'il ne prouve 
\e cas loriuit. Pour négligence, la peine varie selon la 
nature des choses mises sous scellé ; mais si le gardien 
commet le crime prémédité de bris do scellés , il est puni 
de i à 5 ans d'emprisonnement, et queI<|uefois plus. 

GARE , petit bassin naturel ou artificiel, qui sert de 
port dans les rivières. Des estacades le préservent des 
giaœs et d'un courant trop rapide. — On donne encore 
le nom de gare aux stations de chemins de fer, aux em- 
placements destinés au chargement et au déchargement 
des marchandises, et, par extension, aux salles réservées 
aux voyageurs. 

GARENNE (de l'anglais toarren, dérivé de toard, 
garde), lieu entouré de fossés et de murailles ou detreil- 
lacpes, pour élever des lapins , et, par extension , tout 
bms ou bruyère où abonde le lapin. Une garenne ne 
peut être établie sans l'autorisation du sous -préfet et 
sans l'avis conforme du conseil municipal, ni à moins de 
300 met. des propriétés d'autrui ; le propriétaire est res- 
ponsable des dés&ts causés par les lapins. Le droit de 
gar wi w d^eau consistait autrefois à interdire la pèche 
dans les étangs, rivières ou fleuves. L'art. 524 du Code 
tlapoléon fait des lapins de gaienne un immeuble par 



GARGANTUA, roman satirique en 5 livres composé par 
Rabebds. Le 1*' parut en 1533,1e 4* eni552, le 5* en 1558 
seulement. Le principal personnage n'était pas une in- 
vention de l'auteur : les contes populaires parlaient du 
géant Gargantua, et, dans une foule de localités, on ap- 
pliquait son nom à des monuments celtiques {V. ce mot). 
En 1532, on imprima un opuscule intitulé : Les grandes et 
inestimables cronicqties du grant et énorme géant Gargai^ 
tua^ contenant la généalogie^ la grandeur et force de son 
corps, aussi les merveilleux fakts d'armes qu*il ^t pour 
le roi Artus, Un grand nombre de passages, spécialement 
les prologues du l*' et du 3* livre, montrent en termes tan- 
tôt clairs, tantôt enveloppés, quelle a été la pensée de Ra- 
belais en écrivant son ouvrage : non-seulement Gargan^ 
tua, ainsi one Pantagrud qui lui fait suite, contient 
quantité d'allusions et. d'allégories aux hommes et aux 
choses de l'époque, mais il a été composé dans ce but; 
Rabelais s'est plu à construire une fable extravagante 
qui lui permit d'amener sur la scène, sous le voile des 
plus foUes fictions, toutes les conditions de la vie et tous 
les ordres de l'État Mais il ne faudrait pas applicpier à 
son œuvre un système régulier et suivi d'interprétation 
historique, inscrire, par exemple, sous le nom de chacun 
des personnages du roman, celui de quelque personnage 
réel, et voir, dans chacune de leurs aventures, le traves- 
tissement d'un événement contemporain. Certains com- 
mentateurs reconnaissent Louis Xll dans Grandgousier, 
François l*' dans Gargantua, ht reine Claude dans Bade- 
t>ec, Henri II dans Pantagruel, le cardinal Du Bellay dans 
Jean des Entommeures, le cardinal de Lorraine dans Pa- 
nai^, Maximilien Sforza dans Picrochole, Anne de 
Bretagne dans Gargamelle, la duchesse d'Êtampes ou 
Diane de Poitiers dans la Jument de Gargantua, Charles- 
Quint dans Bringuenarilles, Jules II dans le grand domp- 
teur des Cimbres, etc. : rien n'est plus douteux que la 
réalité de ces explications. Ce qui est vraisemblable, c'est 
que la majeure partie des personnages de Rabelais ne 
sont point, à proprement parler, des personnajges allégo- 
riques, mais des personnages imaginaires, destinés seule- 
ment à devenir roccasion et le centre d'allusions soit aux 
hommes, soit aux choses sur lesquelles l'auteur voulait 
8*eq>liquer, et, par conséquent, susceptibles d'être dans un 
moment donné la rqsrésentation d'un individu réel. Le 
mérite éminent de Rabelais est d'allier au même degré 
une extrême folie et une extrême sagesse ; une extrême 
folie quand il invente, une extrême sagesse quand il ju^. 
« Rabelais, dit un critique, n'est à la surface qu'un rail- 
leur trop souvent cynique; au fond, c'est un esprit s^ 
rieux, indigné des travers dont il rit, jaloux de déraciner 
les abus dont il se moque. Le travestissement qp\ le dé- 
guise le protège en même temps ; c'est une cuirasse, et 
aossi un bouclier derrière lequel il se retranche pour 
•anœr Impunément des traits qui portent coup. » 

GARGOUILLIS, dégorgeoirs saillants en pierre, placés 
sa moyen âge le long des gouttières élevées, et servant à 
jeter les eaux loin des murailles. Les artistes leur ont 
donné la forme qrmboliqne d'un dragon volant, souvent 
i face humaine et grimaçante. Les archéologues y volent 
rimÈge du démon ; en peuplant les goottièra et les ga- 
kritf aérieniMS de monstres infernaux, on rappelait aux 



fidèles qu'ils devaient toujours se mettre eu garde contre 
le démon, le tenir esclave et enchaîné, comme l'avait 
fait l'artiste, qui le forçait à préserver l'église des eaux 
pluviales en les écartant de la muraille. Quelquefois les 
gargouilles n'étaient mises que comme ornementation et 
pour compléter les façades. Aujourd'hui on ne les con^ 
serve également que comme décor, parce qu'on a reconns 
l'inconvénient qu'il y a de laisser tomber les eaux tout 
autour d'un édifice, dont les fondations se trouvent dé- 
gradées et les abords difficiles en temps de pluie. On 
donne de nos Jours le nom de gargouille à toute tête de 
gouttière plus ou moins saillante. — Du temps de Dago- 
bert, suivant une vieille légende, un dragon horrible était 
né du limon des eaux à la suite d'un long débordement 
de la Seine. Ce dragon, qui désolait la contrée, et que 
l'évêque S* Romain tua, s^appelait la Gargouille. Voilà, 
vraisemblablement, l'origine du nom donné à ces figures 
monstrueuses et fantastiques que les sculpteurs-imi^;iers 
représentèrent dans les gouttières des ^ises dites go- 
thiques. E. L. 

GARGOUSSE, autrefois GARGOOCHE et GARGOUGE, 
tube en papier ou en parchemin, rempli de poudre, pour 
la charge d'un canon ou d'un mortier. Son poids est le 
tiers de celui du boulet. Le papier fort est préférable au 
parchemin; car celui-ci laisse dans l'âme de la pièce des 
fragments enflammés, qui, à la recharge, causent de 
graves accidents. Dans l'origine, on introduisait la poudre 
à nu avec une grande cuiller appelée lanterne; nôais les' 
fréquents accidents qui résultaient de ce mode de charge 
le firent abandonner. Lors de la Révolution, on fit des 
gargousses avec les parchemins des familles nobles et des 
^établissements publics ou religieux : on détruisit ainsi 
des titres précieux pour l'histoire. M. de Laborde a re- 
trouvé dans les ma^sins de Yincennes un nombre con- 
sidérable de gargousses fabriquées de cette façon, et en a 
tiré d'intéressants documents nationaux. 

GARGOUSSIER, boite cylindrique dans laquelle on 
place la gargousse pour l'apporter dans la batterie au 

{premier servant chargé de l'introduire dans la pièce. On 
a nomme aussi garde-feu. 

GARIN DE MONTGLANE, l^* branche de la chanson 
de GuUlaume-au^ourt^Nex* Garin arrive à la cour de 
Charlemagne, et inspire une vive passion à la reine. 
Charles irrité le défie aux échecs : « Si Je perds, lui 
dit-il, vous recevrez tel don qu'il vous plaira, même 
celui de ma couronne et de ma femme; si je gagne. Je 
vous lais aussitôt trancher la tête. » La partie s'engage; 
Garin est vainqueur, et demande le fief de Montglane 
(Glanum, près de Tarascon?), alors occupé par un vassal 
rebelle. Il en fait la conquête, et épouse Mabile, sœur du 
comte de Limoges. — Un morceau curieux de cette chan- 
son est la description de l'échiquier de Charlemagne, 
dont la Bibliotlièque nationale de Paris possède une 
pièce; c'est un aufin ou éléphant, le fou du Jeu moderne. 
L'histoire de Garin de Montglane est conservée à la même 
Bibliothèque dans deux manuscrits, l'un du xiv* siècle, 
l'autre du xv« ; à bi Bibliothèque de l'Arsenal, dans un 
manuscrit du xiv*; au Musée Britannique, dans un ma- 
nuscrit du xui*; enfin au Vatican, dans un manuscrit 
daté de 1324. Une histoire en prose du Preux chevalier 
Guérin de Montglave a été imprimée plusieurs fois au 
XV* siècle et au xvi*; le titre de cet ouvrage est men- 
songer ; car il ne raconte que les aventures d^ enfants de 
Gann. V. l'ffist. titt. de la France, tome xxii. H. D. 

GARIN LE LOHÉRAIN (le Lorrain), 2« partie de la 
chanson des Lohérains, faisant suite au roman de Hervts 
(7. ce mot). Les Vandales ont envahi la France; Charles- 
Maurtel les bat, mais succombe à ses blessures. Pépin, 
son fils, est appelé au secours de Thierry, roi de Mau- 
rienne ou de bavoie, qu'attaquent quatre princes sarrap- 
sins; il tombe malade, et Garin le Lohérain est chargé 
du commandement des troupes. A la vue des infidèles, 
les Gascons ont peur et idiandonnent Garin, qui, aidé de 
son frère Bégon de Belin, défait les Sarrasins. Thierry, 
qui a été blessé mortellement, lui ayant confié sa fille 
Blanchefleur, il revient en France, et demande au roi 
la permisûon d'épouser la princesse, filais Froment, au- 
quel Pépin avait promis le premier fief vacant dans son 
empire, récUime Blanchefleur avec la Haurienne. Garin 
provoque Froment, et le combat s'eneage. Ici finit la pre- 
mière chanson de Garin. — Une véritable bataille est 
livrée, dans le palais même de Pépin, entre les Gascons 
sous les ordres de Froment, et les Lorrains commandés 
par Garin; les derniers sont vainqueurs; cependant la 
guerre continue pendimt plusieurs années ; enfin on con- 
vient de s'en remettre au Jugement du roi* Pépin ordonna 



UAR 



958 



GAU 



que Blanchefleur épouse Garin : mais Tarehevêque de 
Reims lui représente qu*il ferait mieux de l'épouser 
lui-même, et, au moment où Tunion de Blanchefleur 
avec Garin va être célébrée, quatre moines viennent 
jurer sur les reliques que les deux futurs sont cou- 
sins et ne peuvent se marier. Pépin épouse Blanche- 
fleur, et fait de Garin son échanson. Le Gascon Bernard 
insulte Garin à la table du roi : une lutte s'engage entre 
les Gascons et les Lorrains; Bégon, chef des cuisines, 
vient au secours de Garin, avec tous ses marmitons 
armés de broches et de crochets. La victoire reste aux 
Lorrains, et, après des alternatives de victoires et de dé- 
faites, les Gascons sont réduits à demander la paix. Ici 
finit la deuxième chanson de Garin. — La paix fut ob- 
servée pendant sept années. Bégon, dans son château de 
Belin (près de Bordeaux), est tourmenté du désir de 
revoir son frère : malgré les prières et les pressentiments 
de sa femme Béatrix, il se met en route, et tue un san- 
glier sur le domaine de son ancien ennemi Froment. 
Egaré dans la forôt pendant la nuit, il sonne du cor pour 
appeler ses compagnons; les forestiers de Fromont accou- 
rent, et le somment de se rendre; il refuse, et succombe 
dans une lutte inégale. Fromont reconnaît avec effroi 
Bégon, lui fait des funérailles honorables, et offre de li- 
vrer à Garin ceux qui ont commis le meurtre. Ses pro- 
positions ne sont pas acceptées; la guerre va recommen- 
cer. Telle est U troisième et dernière chanson de Garin 
le Lohérain. 

Le roman de Garin, publié par M. Paulin Paris, et 
dont Tinvention primitive est attribuée par Dom Calmet 
à Hugues Métellus, chanoine régulier de S*-Léon de 
Toul au XII* siècle, se compose d'environ (Quinze mille 
vers de dix syllabes ; les trois chansons qu'il comprend 
ne sont peut-être pas l'œuvre d'un seul auteur. LÀ 1*^, 
telle qu'elle existe aujourd'hui, paraît être moins an- 
cienne que les autres ; on y trouve moins de poésie, d'in- 
térêt et de vraisemblance. L'auteur fait une singulière 
confusion des événements historiques; il place auprès de 
Charles Martel S^ Loup et S^ Nicaise, qui vivaient au 
iv« siècle; et, au lieu du roi des Wisigoths, c'est Charles 
Martel qui périt dans la bataille. La 3* chanson est bien 
supérieure aux deux précédentes : les derniers instants 
de Bégon et le récit des vengeances ({ue sa mort occa- 
sionne sont des morceaux vraiment épiques. Nous savons 
par les manuscrits que c'est l'œuvre de Jehan de Flagy, 
qui vivait au commencement du xd* siècle. On suppose 
qu'il était Champenois. H. D. 

GARNACHE, nom d'une tunique à collet et à demi- 
manches larges et pendantes, qu'on portait au xiu* siècle. 
C'était une sorte de robe de chambre. 

GARNI (Hôtel). V. Maisons garnies. 

GARNISAIRES. V. ce mot dans notre Dictionnaire 4e 
Biographie et d^ Histoire, 

GARNISON ( du vieux mot toami, wamesture)y dési- 
gnait dans le principe les munitions et les vivres d'un 
eorps de troupes. Dans le bas latin , gamisio a la même 
signification. Au xv* siècle, le mot aamison commence à 
être synonyme d'établies on estaolies;. puis il finit par 
signifier à la fois le lieu consacré au logement des 
troupes et le corps de troupes lui-même. Ce fut Charles VU 
qui accoutuma les villes à recevoir de petites garnisons 
royales; c'était la conséc^uence forcée de la formation des 
troupes régulières. Les villes votèrent pour l'entretien des 
garnisons un impôt qu'on appela taille des gendarmes; 
mais elles exigèrent que la garnison ne dépassât pas 
30 hommes^ et que le maire seul eût le droit de les passer 
en revue. Louis XI grossit les garnisons, et Louis XII 
enleva aux maires le droit de surveillance. Machiavel 
nous apprend que les garnisons françaises de son temps 
étaient pendant la paix divisées en quatre grands corps, 
répartis en Guienne, Picardie, Boulogne et Provence; 
les municipalités se réservaient la fonte et la garde des 
bouches à feu, pour imposer aux compagnies dans le cas 
où elles viendraient à abuser de leur force. Sous Henri IV, 
les garnisons furent de petits corps de troupes portant le 
nom de leurs chefs, isolés des régiments, et changeant 
souvent de lieu. Il y eut aussi les mortes-payes, vieux 
soldats rassemblés par des gouverneurs, dont ils for- 
maient comme la défense et les gardes du corps : ces 
troupes irrégulières, n'obéissant qu'au chef qui les payait, 
étaient un danger et un sujet continuel de troubles; 
Louis XIV les abolit. Aujourd'hui les garnisons s'éta- 
blissent régulièrement dans les villes aux frais de l'État 
et des communes. 

GARROTTE, f V. ces mots dans notre Dictionnaire 

GARUM. S de Biographie et d'Histoire, 



GASQDET (do casque\ espèce de fez (V. ce mot). 

GASCON. V. le Supplément. 

GASTRONOMIE (du grec gastér, estomac, et nomos, 
loi), science du manger. C'est, selon la définition de 
Brillat^Savarin, a la connaissance raison née de tout ce 
qui a rapport à l'homme en tant qu'il se nourrit. » Le 
gourmet ne sait qu'apprécier; le gastronome remonte des 
eflets aux causes, analyse les substances alimentaires, 
recherche la meilleure nourriture possible au point de 
vue de la conservation des individus, et la veut aussi 
hygiénique qu'agréable. Il vit dignement, et doit être 
doué de sens sûrs, de jugement, et de fortune. Berchoux 
a publié, en 1800, un petit poème descriptif sur la gas- 
tronomie; l'ouvrage le plus agréable sur cette matière est 
la Physiologie du goût de Brillât-Savarin. 

GATE, nom donné pendant le moyen âge à une grosse 
galère à cent rames. 

GATTE, partie d'un vaisseau très-rapprochée des écu- 
biers, et qui est séparée du reste du bâtiment par une 
forte cloison élevée à quelques pieds au-dessus du pont 
de la batterie basse. Cette cloison retient l'eau qui pé- 
nètre par les écubiers, et dont on facilite ensuite l'écou- 
lement par des dalots percés dans la gatte. 

GAUCOURTE , robe courte, en usage dans certaines 
parties de la France au moyen âge. 

GAUDES, en latin gaudia, nom donné, dans certaines 
localités dtt la Provence, à des cantiques de Joie, à des 
espèces de noêls qu'on chante en l'honneur de la S** 
Vierge depuis la Nativité Jusqu'à la Purification. 

GAUDRON ou GODRON, ornement creux ou saillant, 
circulaire ou ovale, et arrondi comme une amande. 
Lorsque le gaudron est taillé en creux, il est souvent 
bordé d'un filet et orné d'une petite rose. La période 
romano-byzantine eh plaça quelquefois sur les chapiteaux. 
La Renaissance italienne en orna fréquemment les objets 
d'orfèvrerie. Dans la bijouterie, on nomme aussi gath- 
drons des ornements ciselés, consistant surtout en rayons 

3ui partent du centre du bijou. Au xvi** siècle, les gou- 
rons étaient les plis ronds qu'on faisait aux fraises. 
GAUFRAGE , opération à l'aide de laquelle on obtient 
des gaufrures ou dessins en relief sur du papier, des 
étoffes et des peaux. On se sert de fers chauds qu'on 
appelle gaufroirs, et qui se composent de deux parties : 
la i'*, de cuivre, est en creux ; la 2*, qui en est la contre- 
partie, est en relief, et de carton. Des chevilles de re- 
père servent à appliquer ces deux pièces exactement 
l'une sur l'autre : le papier humecté se place au milieu, 
et le gaufroir métallique échauffé lui fait prendre sa 
forme. On ne retire la pièce gaufrée qu'après le refroi- 
dissement. Ce procédé, bon pour les papiers légers, ne 
suffirait pas pour les» cartons et les peaux; le gaufrage se 
fait alors au cylindre combiné avec le système du calan- 
drage. 

GAUFREY, chanson de geste qui appartient au cycle 
des romans carlovingiens (F. co mot)^ et paraît avoir été 
composée vers le milieu du xiii* siècle. Le sujet en est 
assez complexe : c'est l'histoire des douze fils de Doon 
de Majrence, mais surtout de l'atné, Gaufrey. Il s'en faut 
toutefois que l'intérêt se concentre sur cette famille, à 
laquelle, par un manque d'unité dans la composition, 
une foule d'autres personnages font ombre : tels sont 
Doon lui-même, déjà célébré dans un autre poCme 
(V. DooN DK Mayencb), Garin de Montglane, qui est aussi 
le chef d'une famille héroïque (K. Garin de Montclanb), 
son serviteur Robastre, fils du génie Malabron, Berart 
de Montdidier, l'un des douze purs de Charlemagne, etc. 
L'auteur inconnu du poème de Gaufrey a imaginé la 
fable suivante : assiégé dans son château de Montglane 
par Gloriant, roi des Sarrasins, le vieux Garin implore 
le secours de Doon de Mayence, dont les 12 fils sont â 
la veille d'aller guerroyer en Syrie. Ceux-ci mettent en 
fuite les Sarrasins, qui cependant, au milieu de leur dé- 
faite, emmènent prisonniers Doon et Garin. La captivité 
des deux vieillards dure sept années, pendant lesquelles 
Gaufrey et ses frères font les conquêtes qu'ils projetaient 
au début du poème. Chacun d'eux se marie, et, tandis 
que Grifon, le seul des fils de l)oon qui ait forligné et 
failli à l'honneur, donne le Jour au traître Ganelon, si 
fameux dans la légende de Charlemagne, Gaufrey épouse 
la belle Passerose, dont il a Ogier le Danois, Vun des 
héros les plus fameux de l'épopée carlovingienne, celui 
dont nos Jeux de cartes perpétuent encore le nom et le 
souvenir. Les fils de Doon, Joints à ceux de Garin, son- 
gent enfin à délivrer les héros captifs. Robastre tue Glo- 
riant, et hérite à la fois de sa couronne et de sa veuve 
Mandagloire, préalablement bapUsée. — La chanson de 



GEN 



959 



GEN 



Gaatrev, dont il n*existe qu*un seul manuscrit, du 
xiv< siècle, conservé à la bibliothèque de la Faculté de 
médecine de Montpellier, a été publiée, dans la collection 
des Andms poëtes de la France^ par MBL Guessard et 
ChabaiUe, Paris, 1850, in-i6. B. 

GAULOIS (Art). V. Gbltiqobs (Monuments). 

GAULOISE (Langue). V. Cbltiqdbs (Langues). 

6ADL01SB (Religion). 7. DaoïDES, dans notre Diction- 
nain â/$ Biographie et d* Histoire, 

saoijOisbs (Monnaies). V, Françaisbs. 

GAUR (Langue). V. Bengau. 

GAUSAPB. 7 K. ces mots dans notre Dictionnaire de 

GAVOTTE. \ Biographie et d'Histoire, 

r,AYno\ V. Gmdon. 

GAZETTE. F. Journal, dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire, 

GEMARa. V, Talmdo, dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GÉMINtk, se dit, en Architecture, de deux baies, de 
denx fenêtres, de deux arcades réunies par une mou- 
lure commune, de deux colonnes ayant un chapiteau 
commun,etdedeuxcbapiteaux ayant un abaque commun. 
— Dans les inscriptions et les médailles, les lettres gé- 
minées marauent deux personnes, comme dans COSSet 
IMPP^ qui désignent deux consuls et deux empereurs. En 
Irançais, MM. (Messieurs^, LL. MM. (Leurs Majestés), 
LL. AA, (Leurs Altesses), sont des lettres géminées. 

GEMME (du latîn gemma)^ mot que les archéologues 
emploient comme synonyme de pierre fine soumise à 
l'action de la taille. 

GÉMONIES. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GENDARMERIE. Ge nom, qui a désigné autrefois di- 
ven corps de troupes (F. Gendarmerie, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire)^ ne s*applique plus 
qu'à une milice établie pour veiller au maintien de l'ordre, 
à la sûreté publique, et pour assurer l'exécution des lois 
et des arrdts judiciaires. Les attributions de la gendar- 
merie ont été fixées par la loi du 28 germinal an vi 
(17 ayril 1798). Elle a été réorganisée par décrets des 
n décembre 1851,19 février 1852, et l*' mars 1854. Les 
corps qui la composèrent alors furent : 1° un riment à 
2 bataillons de gendarmerie de la garde impériale, anc. 
gendarmerie mobile ou gendarmerie (f élite (supprim. en 
1860); 3** un escadron de gendarmerie d cheval de la 
garde impériale ; 3» la garde de Parts, précédemment ap- 
pelée garde réptiblicaine et garde municipale, composée 
de 2 bataillons et de 2 escadrons; 4P la gendarmene dé- 
partementale; 5* la gendarmerie colomalef comprenant 
4 compagnies pour la Martinique, la Guadeloupe, la 
Réunion, la Guyane, et 3 brigades aux lies S^-Pierre et 
Miqoelon; &* une compagnie de gendarmes vétérans; 
7* les voltigeurs corses. Un Comité de la gendarmerie 
est cliargé d'examiner toutes les questions intéressant 
l'arme. 

La gendarmerie départementale forme 26 légions, qui 
iR composent chacune de plusieurs compagnies, et dont 
le tableau suit : 



UgUnu. ClufsAùux. 
i~.. Paris 

2*. . • Rouen 

3«... Lille 

4*... Gh&lons.... 
d*. .. Nancy 

7*... Besançon... 

8*... Lvon 

^... Marseille... 
1(K... Montpellier. 
11*... Perpignan. « 

12*... Toulouse... 

IS'... Bayonne.... 

14*... Bordeaux... 

15^... Nantes. •... 

iC«... Rennes...» 
17*.. . Bastia 



Dépertentents. 

Seine , Seine-et-Oise , Selne-«t- 
Matne, Oise. 

Seine-Inférieure, Eure, Calvados. 
Orne. 

Nord, Pas-de-Calais, Somme. 

Marne, Aisne, Ardennes. 

Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vos- 
ges. 

Doubs, Jura, Haute-Marne, Haute- 
Saône. 

Rhône, Loire, Drôme, Ardëche. 

Bouches-du-Rhône, Vaucluse. 

Hérault, Aveyron, Lozère, Gard. 

Pyrénées - Orientales , Ariége 
Aude. 

Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne 
Lot, Tarn. 

Basses-Pyrénées , Landes , Gers 
Hautes- Pyrénées. 

Gironde , Charente - Inférieure 
Dordogne, Loi-ei-Garonne. 

Loire-In férieure , Maine-et-Loire 
Deux-Sèvres, Vendée. 

lUe-et-Vilaine, Manche, Mayenne. 
Corso. 



18*... Tours Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Sar* 

the. Vienne. 

19*... Bourges Cher, Nièvre, Allier, Indre. 

20*. . . Clermont. . . Puy-de-Dôme, Haute-Loire, Cantal. 

21*... Limoges.... Haute- Vienne , Creuse, Corrèze, 

Charente. 

22*. . . Grenobk. . . Isère, Hautes^Alpes, Savoie, Haute- 
Savoie. 

23*... Orléaui* Loiret, Aube, Eure-et-Loir, 

Yonne. 

24*. . . Dijon.. ..... Côte-d'Or, Saône-et^Loire, Ain. 

25«... Nice Alpes - Maritimes , Var, Basses- 
Alpes. 

2G«... Brest. Finistère, Morbihan, Côtes-du- 

^0^d. 

Chaque légion se compose de 29 officiers, 83 maréchaux 
des logis, 102 brigadiers, et 760 gendarmes; ensemble, 
974 hommes, dont 70 à pied et 875 à cheval. Le chef 
d'une légion est colonel ou lieutenant-colonel ; le service 
d'un département forme une compagnie, et est com- 
mandé par un chef d'escadron; celui d'un arrondisse- 
ment est dirigé par un capitaine ou un lieutenant. Les 
compagnies sont divisées en brigades; la brigade à pied 
est de 5 hommes, commandés par un brigadier ou un 
maréchal des logis ; la brigade à cheval est commandée 
par un bri^ier, si elle compte 5 hommes, par un ma- 
réchal des logis si elle en compte 6. 

Les simples ^ndarmes ont rang de brigadiers; ils se 
montent, s'équipent et s'habillent à leurs frais. L'arme- 
ment seul est fourni par TÉtat* il consiste, pour le ^n- 
darme à cheval, en un sabre de cavalerie de li'çne, pisto- 
lets et mousqueton , et, pour le gendarme à pied, en un 
fusil à baïonnette et un sabre-briquet. L'uniforme est : 
habit de dnp bleu, avec collet et parements bleus, revers 
et retrouBsis écarlate ; pantalon de drap bleu f blanc en 
grande tenue) ; chapeau à cornes (shako en Corse); aiguil- 
lettes et trèfles en fil blanc; buffleterie Jaune, bordée en 
galon de fil blanc; bottes demi-fortes pour la cavalerie, 
guêtres pour l'infanterie. Les ofiiciers portent l'épaulette 
d'argent. — La garde de Paris a pour uniforme l'habit 
de drap bleu, avec collet bleu, parements bleus à patte 
blanche, revers blancs et retroussis en drap écarlate, 
boutons Jaunes aux armes de la ville : l'infanterie porte 
le pantalon en drap blou, les épaulettes en laine rouge, 
le shako orné d'un galon aurore, et Taigrette rouge; la 
cavalerie a le pantalon de peau blanc, les contre népau- 
lettes et aiguillettes en laine aurore, et le casque à la 
dragonne, orné d'un plumet rouge. Les officiers portent 
l'épaulette en or. — Les voltigeurs corses ont rhid)it 
court, de drap bleu, boutonné droit sur la poitrine, avec 
retroussis, collet et parements de drap bleu, passe-poils 
Jonquille, trèfles en laine Jonquille, le pantalon de drap 
gris-bleu en hiver et de coutil bleu en été, les guêtres 
noires ou bleues, le shako. 

La Gendarmerie se recrute, soit au moyen de soldats 
gradés qui rendent leurs galons pour y entrer, et qui sont 
désignés, aux inspections générales, parmi les hommes 
ayant encore deux ans de service à faire, soit au moyen 
d'anciens militaires qui en ont fait la demande. Les gen- 
darmes qui ont accompli le temps de service imposé par 
la loi de recrutement sont libres de se retirer en donnant 
leur démission, leur séjour dans l'arme étant dès lors 
complètement volontaire. Jusqu'au grade de lieutenant 
inclusivement, l'avancement est réservé aux militaires de 
l'arme; un certain nombre d'emplois dans les grades su- 
périeurs est attribué aux officiers de l'armée du grade 
correspondant. Les gendarmes ne reçoivent des mariai ns 
de l'État aucune prestation en nature, si ce n'est quand 
ils sont détachés aux armées pour y constituer la force 
publique : dans leur situation normale, ils se nouirissent 
à leurs frais et comme ils l'entendent, au moyen de la 
solde qui leur est attribuée. V. Cochet de Savigny, Mé- 
morial complet dé la gendarmerie, 2* édit., 1851, 3 vol. 
in-8* ; Perrève et Cochet de Savigny, Formulaire général 
et annoté à l'usage de tous les militaires de la gendar- 
merie départementale, 1853, 3* édit.; Rouillard, Manuel 
de la gendarmerie, 1853, in-12; Cochet de Savigny, Dto- 
tionnaire de la gendarmerie, 5* édit., 1853, in-l8. 

GÉNÉALOGIE fdu grec génos^ race, et logos, disooors], 
exposition de la filiation d'un individu ou du développe- 
ment d'une fifmille, tableau de ses parentés et de ses 
alliances. Les Orientaux ont attaché de tout temps une 
grande importance aux généalogies, par lesquelles peut 
s'établir l'ancienneté des familles : aussi en voitron des 
exemples dans le PentaJteuque; le Nouveau Testamenl 



GÊN 



960 



GÉN 



nous donne la généalogie de J.-C Les Romains de dis- 
sinction conserraient avec soin leurs généalogies, et il 
en fut de même an moyen âge, où il fallut souvent, pour 
occaper certains emplois, prouver sa noblesse ou au 
moins un certain nombre d*aleux. Au]ourd*bui même, la 
généalogie est une affaire sérieuse, par exemple pour les 
questions de succession. 

GÉNKALOGIQUE (Arbre). V. Aasas. 

GÉNÉALOGISTE. { F. ces mots dans notre DietUm- 

GÉNÉRAL. r fiotr» d$ Bhoraphie et S Histoire. 

GÉNÉRALE, batterie de tambour par laquelle on donne 
Tjilarme aux troupes. Dans les places de guerre et les 
camps, dès qu'on bat la générale, tous les tambours doi- 
vent la répéter à Tinstant en parcourant les rues et les 
2uartiers, accompagnés de deux hoqimes srmés. Un ordre 
u Jour indique aux troupes les positions qu^elles doi- 
vent occaper en ce cas. La générale est battue dans les 
villes en cas d*incendie ou de révolte, et à Tannée en cas 
de surprise. Les chefs de corps peuvent faire battre la gé- 
nérale à rimproviste, pour ]u{^ de Texécution plus ou 
moins rapide de leurs ordres et tenir les troupes en ha- 
leine. Le soldat c[ui, au son de la générale, ne se rend 
pas immédiatement à son poste, encourt un emprisonne- 
ment d*un mois, et la récidive est punie de six mois de 
prison, puis de deux ans de boulet ; l'offider peut perdre 
son graae. n y a aussi des peines sévères contre ceux aui 
feraient battre la générale sans autorisation. 

GiNÉsALB (Proposition), proposition dont les termes ne 
s'appliquent pas à une pâraonne ou à une chose plutM 
qu^à une autre, on sont applicables à un très -grand 
nombre de personnes ou de choses : « Les princes g&tés 

{>ar la flatterie trouvent sec et austère tout ce qui est 
ibre et ingénu (FAieloii). '— QuMmporte de posséder 
une grande étendue de terre et de commander à un plus 
grand nombre d'hommes? On n'en a que plus d'emiiar- 
ras et moins de liberté. » (In. ) P. 

GÉNÉRALIFE, c-è-d. en arabe McMcn des fêtês, sorte 
de maison de plaisance bâtie par les Arabes sur une émi- 
nence voisine de Grenade. L'extérieur en est fort simple, 
comme toutes les constructions orientales, et ne présente 
que de grandes murailles sans fenêtres, surmontées d'une 
terrasse avec une galerie en arcades, le tout coiffé d'un 
petit belvédère moderne. Les délicates sculptures de Tin- 
térieur ont été emp&tées par le badigeon des modernes.' 
Une des salles contient ta suite des portraits des rois 
d*Espagne. Le véritable charme du Génâralife, ce sont ses 
iDrdms et ses eaux. 

GÉNÉRALISATION, opération de Fesprlt oui consiste 
t dégager le général du particulier, à ren séparer, ailn 
de le voir siparémsni, La Généralisation est de deux 
sortes, médiate et immi^aU, Dans le premier cas, l'es- 
prit part des notions concrètes et individuelles des êtres 
ou des faits; puis, par l'Abstraction et la Comparaison 
volontaire, il forme les notions générales é' espèce, de 
genre, de dasse, etc. Les modes et les rapports générali- 
sés, et reconnus comme les mêmes ou comme divers, de- 
viennent des caractères communs ou dififérents. La pré- 
sence de caractères communs dans plusieun objets fait 
réunir ces objets en un groupe, auquel nous joutons 
par la pensée tous ceux que nous supposons avoir les 
mêmes caractères; nous appliquons à cet ensemble la 
notion d'unité, et nous avons une espèce. De même, en 
saisissant les caractères communs entre plusieun espèces, 
et appliquant à l'ensemble la notion d'unité, on obtient 
un genre, et ainsi de suite. Dans cette opération il y a 
deux choses à observer : la compréhension et Vétendue, 
La première renferme le nombre de qualités communes 
aux individus contenus dans une classe; la seconde, le 
nombre de ces individus. La Généralisation immédiate ne 
résulte pas de la comparaison ; elle ne doit rien à la vo- 
lonté. C'est une opération de la Raison qui consiste à 
s'élever au nécessaire et à l'absolu, au moyen du contin- 
gent et du relatif : ainsi, à l'occasion de l'idée d'un temps 
limité, nous concevons nécessairement l'idée du temps 
sans limite. Cette sorte de Générailsation donne un ré* 
sultat tout différent de la première. Par celle-ci on ob- 
tient des principes qui résultent de recherches volon- 
taires, longues et laborieuses ; dans le second cas, certains 
principes nous apparaissent d'eux-mêmes et comme mal- 
gré nous; ils ont pour caractères d'être spontanés, né' 
cessaires, fsniversels. Ce ne sont plus des idées générales, 
mais universelles. V» Inès. R. 

GÉNÉRALISSIHE. j F. ces mots dans notre Dictiof^ 
GÉNÉRALITÉ. I naire de Biogr, et d*ffistoire, 
GÊNES (Monuments de). Parmi les édifices religieux 
de la ville de Gênes, un des plus remarauables est la 






cathédrale S^^Laurent, construite an oommencemeni <iu 
XI* siècle, et restaurée au xvi* par Galéas Alessi. A l'exté- 
rieur, elle est revêtue de marbres blanc et noir, disposés 
en aûlBes alternatives ; une seule des deux toun qui de- 
vaient surmonter l'édifice a été exécutée. L'intérieur, où 
l'on est frappé d'un singulier mélange de styles arohitec- 
toniques, contient beaucoup de statues, de bas-reliefs et 
de tableaux précieux. La chapelle de Smean-Baptiste est 
particulièrement ornée avec richesse : la châsse du saint, 
toute en argent, a été faite au xv* siècle. La belle mar- 
queterie des stalles du chœur est l'œuvre de Zabello, ar- 
tiste de Bergame. On conserve dans la sacristie le Sacro 
Catino (F. ce mot). — L'église de VAnnunziata, bâtie aux 
frais de la famille des Lomellini, sur les dessins de Scop- 
ticone et de Jacques della Porta, est d'une magnificence 
peu commune. Sans parler des œuvres d'art oui la déco- 
rent, elle a été presque complètement dorée il y a quel- 
(fues années. La façade, revêtue de marbre blanc, est 
inachevée. — L'église de S^MariC'de'Carignan ou de 
Y Assomption, située sur une hauteur d'où l'on domine la 
ville, a été construite par Galéas Alessi, de 1552 à 1600, 
aux frais de la famille Sauli. C'est un édifice complet, 
bien ordonné, et d'une parfaite unité : il forme un carré 
régulier de 50 met., sans compter l'abside, et est divisé 
en trois nefs; quatre pilîen supportent une grande cou- 
pole centrale, et d'autres coupoles plus petites s'élèvent 
aux quatre angles de la croix. L'oi^e passe pour être un 
des premiers d'Italie. — An nombre des monuments ci- 
vils on distingue : VUniversité, splendide bâtiment, con- 
stmit au x\ii*8ièclesur les dessins de Bartolommeo Blancos 
le Palais ducal ou ddla Citta, ancienne résidence des 
do^, rebâti au xvi* siècle par Andréa Vannone ; le Pki- 
lais Doria, csuvre de Perino del Vaga et de Hontorsoli; 
le Palais Royal on Palais Durazzo, élevé au xvn* siècle 
par Faicone et Cantone; le Palais Brignole^Sale, dît le 
Palais rouge â cause de la couleur de sa façade, et conte- 
nant une belle collection de tableaux ; le Palais Balbi, 
dont Bianco et Gorradi furent les architectes; le Palais 
Pallavicini, où se trouve une célèbre galerie de ta- 
bleaux, etc. V, Gauthier, Les plus beaux édifices de 
Gênes, Paris, 1800, S vol. in-fol. 

GENÈSE. I V. ces mots dans notre Dtcfl(m- 

GENETHUAQUE. ( naire de Biogr, et ^FHistoire. 

GENEVIÈVE (Bibliothèque S*«-), à Paris. Elle date de 
1624 : le cardinal de La Rochefoucauld, les savante Gé- 
novéfains Fronteau et Lallemand en sont les fondateun ; 
Dumoulinet, numismate distingué, Pingre, et Mercier, 
abbé de S^-Léger, contribuèrent â son agrandissement. 
L'archevêque de Reims, Le Tellier, lui léeua 16,000 volu- 
mes. Elle fut placée dans l'étue supérieur du couven* 
des Génovéfains (aujourd'hui le lycée Henri IV), for- 
mant une galerie en croix latine. Une perspective, peinte 
par Lafon, à l'extrémité du petit bras, lui donnait l'as- 
pect d'une croix grecque. Dans une coupole, au croise- 
ment des bras, Restoul peignit, en 1730, le triomphe de 
S ^Augustin. Avant la Révolution, la bibliothèque S^*-Ge- 
rieviève passait pour la mieux installée des bibliothèques 
de France. Le local en existe encore, mais il est consacré 
au service du lycée Henri IV. En 1850, la bibliothèque a 
été transférée dans un bâtiment de la place du Panthéon, 
construit spécialement pour la recevoir, sur l'emplace- 
ment de l'ancien collège Montaigu, qui servait de prison 
militaire. Elle se compose de 160,000 volumes et de 
3,500 manuscrits. On y peut travailler tous les joun de 
10 heures à 3 heures, et le soir do G à 10 heures. 

GBiEvifcvs (Ej^ise S**-). F. PAirrafon, dans notre DiC' 
tionnaire de Biographie et â^ Histoire, 

GÉNIE. Ce mot avait , au xvn* siècle, un sens plus gé- 
néral que de nos Joun : il s'entendait ordinairement de 
l'esprit et du caractère; 11 exprimait surtout l'intelligence 
active et dirigée par la volonté. Bossuet dit de la prin- 
cesse Palatine, que « son génie se trouva également propre 
aux divertissements et aux affaires. » H va même, dans 
rOndson funèbre du srand Condé, Jusqu'à faira du génie 
une faculté de rintelligence : « Vivacité, pénétration, 
grandeur et sublimité dn sénie, voilà pour l'esprit. > 
Cependant, Boileau, dans sa belle épttfe à Radne (Ep. 7), 

f»rend déjà ce mot dans le sens où nous le prenons au- 
ourd'hui , et l'applique à Molière et à Comcdlle aussi 
>ien qu'à son ami : 

Mais par les envieux un génie excité 
Au eomble de ton art eat mille fois nonttf. 

Les écrivains du xviii* siècle n'ont guère vu dans le 
génie que le talent porté à un degré supérieur. Voltaire a 
dit quelque part : « Au fond» le génie est-il autre chose 



GÉN 



9C1 



6ÉN 



«oe le tmlenit Qa*est-oe que le talent, sinoo la dleposi- 
«on à réussir dans un art? » Dans le Temple d» (kût^ Il 
en fait un synonyme de Timagination : 

De fimz brillants, trop de génie 
Uettent le Tmm un cran plut tas; 
ftUls que ne perdonne-t-on pas 
Pour Armide et pour HermliiieT 

Ces nuances avaient cependant été indiquées nettement 
par La Bruyère, dans cette réflexion qu'il laisse échapper 
en passant : « Talent, goût, esprit, génie, choses diné- 
rentes, non incompatibles » (Ch. 1*', Dei ùvivragBS dé 
l'esprit )• Aujourd'hui , le mot génie s*entend dans une ac- 
ception particulière, et représente une idée plus grande, 
celle des vastes et hautes conceptions de rmtellTgence; 
dans les arts, l'idée de création sublime; dans la vie et 
dans le çouYemcment, l'idée d'une énei^e de caractère 
nui domme les hommes et les maîtrise, les entraîne par 
1 admiration, les soumet par Tétonnement et quelquefois 
même par la crainte. U y a le génie de la politique et de^ 
la guerre, le génie des alfoires et de Tadministration , 
œmme le génie des sciences et des lettres. Il nous 
semble que, d'ordinaire, le génie se reconnaît à sa puis- 
sance , c esi-à-dlre à ses osuvres et à ses résultats. Le 
talent, plus facile à définir, n'est qu'une disposition heu- 
reuse de la nature, une supériorité relatlTe. Quelquefois 
même on appelle de ce nom, dans les arts ou dans les 
aflkires, l*habileté de l'exécution ; il ne s'arit plus alors 
que d'une aptitude acquise. Le génie ne s^aoquiert pas, 
et il est bien au-dessus de l'aptitude et de l'habileté ; son 
caractère essentiel est la grandeur dans l'originalité; le 
talent, même supérieur, ne s'élève pas an-dessus de la 
distinction, et n'atteint Jamais au génie. Aussi a-t-il pour 
effet de satisfoire, d'int&esser, de séduire même ; le génie 
éblouit et enlève les hommes, leur ète la râlexion ou en 
rend l'usage inutile; le talent ne leur cause que du plai- 
sir. U y a donc une Àroite parenté entre le génie et le su- 
blime. Dans la politique comme dans les arts, le génie 
conçoit et exécute les grandes choses : il est essentifelle- 
' ment créateur. Il y a encore une liaison naturelle entre 
le génie et l'immortalité, qui est le privil^ et le prix 
des actions et des ouvrages sublimes. Toutefois, dans les 
œuvres des arts, et surtout de l'esprit, l'immortalité, la 
léputation même ne s'attachent pss toujours dès l'abord 
nx vues ni aux créations de génie. On ferait une liste 
bien longue des inventeurs, des savants, des artistes, des 
poètes qui ont vu leurs conceptions méconnues, mépri- 
sées, livrées au ridicule par les connaisseurs atûsi bien 
Se par les imorants. Les calculs de Christophe Colomb 
dent des chimères, la découverte de la vapeur une 
folie, U Paradis perdu et Athalie des écrits ennuyeux , 
Jusqu'au Jour où la Providence a réformé les Jugements 
du public, et fait rendre an génie Thonneur qui lui était 
dû. Ce serait donc une mesure incertaine et sujette à 
l'erreur que d'estimer le génie par ses résultats immé- 
diats; le sublime n'est pas toujours reconnu, et l'immor- 
talité se fait attendre ; mais elle ne fait Jamais défaut à la 
vnde grandeur. La popularité d'ailleurs se trompe quel- 
quefois, et s'attache aux ouvrages et aux hommes mé- 
dioeres. Pompée était l'idole des Romains quand César 
commençait à grandir. Les savants et le public du 
XVI* siède décernèrent à Ronsard des honneurs divins. 
On sait comment la postérité se duurge de redresser de 
pareilles erreurs, ausu bien qu'elle corrige les injustices. 
Ce serait encore une mesure inexacte que d'estimer les 
créations d'un homme de génie, qui pâivent n'être que 
des ébauches, d'après les œuvres perfectionnées et pohes 
de ses imitateurs. Voltaire n'échappe pas à ce défaut 
ipand il fait bon marché de l'invention comparée à l'uti- 
lité, et qu'il écrit : « Tous les acheteurs vous diront : 
« Jinroue que llnventeor de la navette avait plus de génie 
«oue le manufacturier qui fait mon drap; mais mon 
« dr^» vaut mieux que celid de llnventeur... Enfin , 
« chacun avouera, pour peu qu'on ait de conscience, que 
« nous recpectons les génies qui ont ébauché les arts, et 
« que les esprits qui les ont perfectionnés sont plus à 
« notre usage. > Or, la Justice veut que nous fassions 
honneur au génie des progrès dont il est le premier au- 
teur. Il nous faut moins de quinze jours pour aller sûre- 
ment et commodément en Amérique; mais c'est Colomb 
qui a trouvé le chemin. 

Céme de la politiaite et de la guerre. — Les politiques 
et les militaires ne sont guère exposés à ce genre de mé- 
eomptea, parce qu'ils produisent des résultats positifs, 
immédlsits, où Ton reconnaît qu'ils ont la force, à laquelle 
les hommes résistant rarement. Depuis Périclès Jusqu'à 



JUchelien, depuis Alexandre et César Jusqu'à Napoléon, 
l'on a'est accordé à reconnaître tous les caractères du 
génie dans ces âmes vastes et puissantes, en qui se per- 
sonnifient l'intelligence, les volontés et les passions de 
l'humanité, et qui CEMcinent les hommes par la magie de 
la gloire, ou les subjuguent par hi supériorité des la- 
miâ-es et de l'énergie, ici même, hi Providence a donné 
an génie ce singulier privilège d'être loué des hommes à 
proportion de ce qu'il leur coûte, parce que la postérité 
reconnaît sa grandeur dans les coups mêmes qu'il a 
fnœpés, et que, pour emprunter le langage de Bossuet, 
« s il n'a pas les cœurs, il force l'admiration. » Montes- 
quieu a ingénieusement analysé cette remarquable loi des 
choses humaines dans le Dialogue de Sylla et d^Euerale; 
lorsque le philosophe dit à ce redoutable politique, cou- 
vert de sang plus que de gloire : « Je voyais bien que votre 
àme était haute, mais Je ne soupçonnais pss qu'elle fût 
grande. » Cela veut dire : « J'avais ignoré Jusqu^à présent 
que vous fussiez un homme de génie. » C'est un senti- 
ment analogue qui a fait dhne à M. de Lamartine (iVbiH 
velles Méditations, vu) : 

Et vous, fléaux de Dlen , qui islt si le génie 
ITest pas une de voe Yertns? 

Génie des sciences et des arts. ^ Le génie des sciences, 
des lettres et des arts est peut-être moins exposé à ces 
reproches, quoiqu'il y ait de déplorables exemples des 
abus auxquels il se prête : l'esprit prodigieux que Voltaire 
a dépensé en impiétés et en bouffonneries, l'ardente ima- 
gination et la prestigieuse éloquence de Rousseau, em- 
plovées à mêler perpétuellement le sophisme et la vé- 
rité, tout ce qiU fausse le Jusement, flétrit l'ftme ou 
étourdit la conscience, mérite-t-il encore le nom de génie? 
Le mot seul semble exclure l'idée du mal et de l'immora- 
lité, n faudrait ne pas accorder plus que le talent à des 
écarts déplorables, et, quoique la langue ait consacré les 
termes de génie malfaisant et dé génie de la destruction, 
elle devrait réserver la désignation glorieuse d'écrivains 
de génie aux maîtres irréprochables qui ne se sont Jamais 
servis de la parole et des arts que pour le beau et le bien. 
Nous n'essayerons pss d'en faire une revue qui serait né- 
cessairement incomplète, et uni, à l'honneur de l'huma- 
nité, serait pour ainsi dire innnie. Il faudrait commencer 
par Homère, père de toutes les sciences dans l'antiquité, et 
parcourir trente siècles pour s'arrêter où? aux découvertes 
de Cuvier ou bien aux Méditations de Lamartine? Ce 
n'est pas non plus le lieu de cheroher quel caractère le 
génie a pris dans les écrivains chrétiens, ni d'étudier au 
point de vue littéraire l'étonnante simplicité de S^ Paul. 
Il vaut mieux s'arrêter à notre xvii* siècle, qui nous offre 
l'expression la plus parfaite et la plus pure du génie des 
lettres, c-à-d. de l'humanité, et saluer dans le xix* les 
conquêtes magnifiques du génie des sciences, qui déter- 
mine la place des astres sans les voir, endort la douleur, 
fixe la lumière, et fkit voler hi pensée humaine aussi vite 
que la foudre. Remarquons seulement que les décou- 
vertes de la science n'assurent pas à leun inventeura la 
même gloire que les créations de l'éloquence et de la 
poésie. Buffon en a donné la raison, quand il a dit : « La 
« quantité des connaissances, la singularité des faits, la 
« nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs 
« garants de l'immortalité, parce que les connaissances, 
« les faits et les découvertes s'enlèvent et se transportent 
« aisément... Ces choses sont bon de l'homme ; le style, 
« c'est l'homme même. » {Discours de réosption,) Nous 
dirons également : le génie, c'est l'homme même, et ses 
œuvres les plus durables sont celles qu'il tire de son 
propre fonds, c-à^^ de son àme, parce qu'elles traduisent 
en termes immortels des vérités qui sont de tous les 
temps et intéressent tous les hommes. Cest la gloire des 
Anciens, et le secret de ces chefs-d'œuvre qui ont immor- 
talisé tant de petites dtés de la Grèce, et ajouté un tel 
éclat à la grandeur des Romains. Ce caractère de vérité 
neuve et puissante estl'origine d'une expression consacrée, 
le génie ancien, que l'on compare et que l'on oppose sou* 
vent au génie moderne. Il ne suflBt pas d'entendre par là, 
comme Voltaire, « le caractère, les mcBun, les talents 
« principaux, les vices même qui distinguent un peuple 
« d'un autre. » Cette explication ne regarde oue le carac- 
tère d'une nation, et il y a dans le mot génie quelque 
chose de plus, une idée de supériorité, de qualités per- 
sonnelles et élevées par où excelle un peuple ou une 
civilisation. Noua disons le génie ancien et le génie mo- 
derne, le génie espagnol et le génie anglais, pour exprimer 
plus qu'une singularité, c.-à-d. une ârigiaaUté aooomps» 

61 



6 EN 



962 



GÊN 



gnée do grandeor, ce qui est le tni sens du mot génie.» 
n y a bien des nuances dans une question si générale, 
et qui touche à tant d'antres : on peut distinguer encore, 
surtout dans la conduite des choses humaines, le génie 
de conception et le génie d'exécution, dont la différence 
est peut-^Mre plus sensible dans la politique et dans la 

Soerre. Un page de GustaTo-Adolphe, Torstenson, à la Tue 
'une mancBUTre inattendue des ennemis, change, de sa 
propre inspiration, un ordre du roi , qu'il était cbaigé de 
transmettre, et le roi le féUdte de cette désobéissance de 
génie. Il y a des génies incomplets ; c'est l'effet d'une loi 
dÎTine, qui condamne la sagesse et la grandeur humaines 
à être, comme dit Bossnet, « toujours courtes par quelque 
endroit. » Les critiques du xvm* siècle faisaient même de 
l'incomplet une condition ou un caractère particulier du 
génie. Marmontel disait : « Le génie est une sorte dinspi- 
« ration fréquente, mais passagère ;... les interralles du 
« génie sont occupés par le talent; quand l'un s'endort, 
« f antre veille; quand l'un s'est négligé, l'antre vient 
« après lui et perfectionne son ouvrage. » L'exemple fa- 
jon du temps à l'appui de cette théorie , outre bhaks- 
peare, que Ton ne comprenait pas, cMtait Corneille, que 
la mode sacrifiait à Racine, comme si Polyeucte et Cinna 
étaient le fruit d'une inspiration par accès et d'un génie 
intermittent. Nous sommes revenus de cette erreur, que 
Voltaire avait autorisée le premier par ses jugements, et 
nous croyons avec admiration à l'édité du génie de Cor- 
neille. Quoiqu'il ait subi cette loi fatale de la décadence 
attachée presque toi^ours à la vieillesse, ce n'est pas chez 
lui qu'il faut chercher l'exemple d'un génie incomplet , 
non plus que chez Boileau , si ridiculement attaqué de 
nos jours. En effet , le génie incomplet n'est pas celui qui 
ne suffît pas à tout, et qui n'a pas eu toutes les qualités, 
même celles dont il n'avait pas besoin ; c'est celui qui pou- 
vait arriver à la grandeur et à la perfection dans le genre 
qui lui convenait, ode, drame, histoire, éloquence, et 
qui , faute de vérité ou de goût, s'est arrêté en chemin. 
Il se rencontre d'ordinaire aux époques de déc^enoe. On 
a souvent et justement cité à ce propos le nom de Sé- 
nèque : les temps modernes, et notre siècle peut-être 

ϻlus que d'autres, fourniraient plus d'un exemple ana- 
ogue. Nous avons vu des hommes doués de qualités 
supérieures, et nés pour le sublime, s'interdire volontai- 
rement de l'atteindre, parce qu'ils manquaient de sincé- 
rité et de bonne foi , ou qu'ils méprisaient la critique et 
lacriflaient tout à l'idolâtrie d'eux-mêmes et à l'engoue- 
ment du public ; ou bien encore parce qu'ils ne respec- 
taient pas plus leur personne que leur talent Ce titre de 
génie incomplet sera en même temps leur récompense et 
leur condamnation ; car la vraie beauté et la vraie gran- 
deur, quoique soumises aux imperfections inévitables de 
l'humanité , n'existent pas sans l'ensemble et sans l'har- 
monie. — Il ne faut pas confondre avec ces génies incom- 
plets par leur faute ceux que le malheur a empêchés de 
parvenir au degré où ils étaient appelés : André Chénier 
en est le plus triste et le plus glorieux exemple ; il a com- 
posé des vers impérissables : V Aveugle et la Jeune cap- 
Hoe sont des oauvres de génie; et cependant, le regret 
amer qui lui échappa en présence de la mort exprimait, 
avec la conscience de ce qu'il pouvait faire, la douleur de 
perdre si cruellement ses droits à l'immortalité. C'est, au 
reste, un des traits supérieurs du génie, et l'un des plus 
aimables, que cette défiance de soi -même que Chénier 
portait jusque sur Téchafaud, et que Molière avouait no- 
blement à Boileau, quand il s'appliquait à lui-même ce 
vers du satirique (Sot. 2 ) : 

n platt à toat le monde, et ne saanit le plaire. 

En effet, l'écrivain de génie, les yeux attachés sur cet 
idéal qui recule toi^ours, est souvent d'autant pl|is près 
de la perfection qu'il se croit plus incomplet. 

Génie dês arts, — On comprend aisément que les lois 
du génie sont les mêmes dans les arts ; celui du sculp- 
teur, du peintre, du compositeur, se reconnaît aux émo- 
tions qu'ils font naître, à l'admiration qu'ils inspirent. 
Un artiste de talent fait plaisir ; mais il v a plus que du 
plaisir dans les impressions que produisent les chefs- 
d'oBuvre de Phidias et de Raphafil, de Gluck, de Mozart, de 
Beethoven, et de Rossini ; là, comme dans les lettres, les 
conditions et les caractères du génie sont la vérité, l'ori- 
^nalité, la simplicité dans la puissance, la sensibilité 
qui passe de l'àme de l'artiste dans celle du public Sans 
doute, les œuvres des arts n'échappent pas aux caprices 
de la mode et aux erreurs du goût (F. ce mot). La mo- 
que même est peut-être plus exposée aux méprises que 



les arts dn dessin, aoit parce qu'elle vieillit vite, soit 
parce qu'elle parie aux sens, et que la beauté de la voix 
et l'habileté de l'exécution exercent une séduction qui 
profite assez souvent à des œuvres ordinaires ou même 
médiocres. Mais ces jugements de passage se réforment 
comme tous les antres, et, dans un art si mobile et si 
fugitif, c'est le génie seul qui ne vieillit pas. A. D. 

oÉKa CIVIL, dénomination sous laquelle on comprend 
les corps des ingénieurs des mines et des ponts et cnans* 
Bées, r . M«ES, Ponts bt CHAOsséss. 

QiKa MAaimn. Ce corps, dont nous avons retracé 
l'historique dans notre Dtetûmnaire de Biographie et 
(F Histoire, est organisé de la manière suivante t 

Grades. Assimilation. 

i Inspecteur général . . . Contre-amiral, 
il Directeurs des construc- 
tions navales (l** et 2* 

classes) Après les contre^amiraux. 

38 Ingénieurs {V* et 2* 

classes) Capitaines de vaisseau et 

de frégate. 
14 Soua-ingénieurs (1», 2« 

et 3* classes) Lieutenants de vaisseau et 

de frégate. 

Et le nombre d'élèves nécessaire au service. Les traite- 
ments sont ainsi fixés : inspecteur général, 12,000 fr. ; 
directeurs, 10,000 et S,000 fr. ; iiménieurs, 5,000 et 
4,000 fr.; sous-ingénieurs, 3,000, 2,400 et 2,000 fir.; 
élèves, 1,200 fr. 

oiNiB MiuTAnuL Co coips, dout nous avons indiqué les 
vicissitudes dans notre Dictionnaire de Biographie et 
éP Histoire f a un état^mijor, qu'*2ne ordonnance du 31 oc- 
tobre 1845, modifiée en quelques points en 1860, fixa 
ainsi qu'il suit : 5 généraux de division, 8 généraux de 
brigade, 29 colonels, 20 lieutenants-colonels, 108 chefs 
de batainon, 150 capitaines de 1'* classe, 150 capitaines 
de 2 classe et lieutenants; en tout, 470 officiers. Il y eut, 
dans ta garde impériale, une division du génie, composée 
de 2 compagnies. Le corps du Génie est de 7,000 hommes 
environ, formant 3 régiments, plus 2 compagnies d'ou- 
vriers. L'armement consiste dans le fusil à baïonnette et 
le sabre-poignard. L'uniforme est ainsi réglé : habit bleu, 
à revers non adhérents, avec collet, revers, parements 
et pattes de parements en velours noir, et passe-poil 
écarlate; doublure du collet et des revers, brides d'épau- 
lottes, grenades d'ornement des retroussis, en drap bleu, 
retroussis et épaulettes écarlate; boutons jaunes, em 
prcdnts d'une cuirasse avec casque au-dessus; pantalon 
bleu, avec bandes et passe-poils écarlate ; shako en tissu 
de coton noir, avec pourtour supérieur en galon écarlate; 
plaque à aigle, ayant pour empreinte, dans l'écusson^ 
une cuirasse surmontée d'un casque et placée au-dessus 
d'une bombe ; pompon sphérique à flamme écarlate ; buf* 
fleterie blanche. Les officiers portent l'épaulette d'or. Un 
corps d'employés, chargé des détails du service des places 
fortes, des bâtiments et établissements militaires, est 
composé de 73 gardes principaux du génie, de 1 80 gardes 
du génie de l'* classe, et 332 de 2*. Les établissements 
du génie sont : le dépôt des fortifications, à Paris ; l'ar- 
senal du génie, à Versailles; les écoles régimentaires de 
Versailles, Arras et Montpellier, places spécialement 
affect ées co mme lieu de garnison aux trois régiments. 

GÊNrnF, flexion particulière aux noms, pronoms et 
partidpes des lansues à déclinaisons (gr^ latin, alle- 
mand). Cestl'un des cas obliques (F. Cas). Il exprime 
proprement un rapport de possession, de propriété, d*ap- 
psrtenance, comme les prépositions os et d en français t 
ainsi, « la maison de Paul; cette maison est à Paul ; Oo- 
mus Pauli; Hœc domus Pauli est. » Il détermine la 
qualité d'une personne ou d'une chose : « Puer optimie 
tndoliSf enfant d'un excellent naturel; » — la ouantité : 
« Claasis LXX natTtum, flotte de 70 navires; » —le poids : 
« Corona parvi ponderu, couronne d'un faible poids; » 
— la forme : « Navis inusitat» magnitudinis , navire 
(Tune grandeur extraordinaire ; » — la valeur : « Vestis 
magni pretii, un vêtement d'un grand prix. » Il sert de 
complément : 1° aux superlatifs et aux mots qui expri- 
ment la partie d'un tout : « Dimidium temporis, la moitié 
du temps ; AUissima arborum, le plus élevé des arbres ; » 
9? aux adjectifs qui expriment les idées de désir ou d'in- 
différence, de sécurité ou d'inouiétude, de savoir ou 
d'ignorance, de mémoire ou d'oubli, de piartidpation ou 
de non-participation, d'abondance ou de disette, de fécon- 
dité ou de stérilité, etc. ; 3« avec un certain nombre de 



6EN 



983 



GEN 



pwtldpeH pris a4|c€tiveiuent, comme sctêns; 4* avec di- 

ten moto «iprimant des idées de poursuite Jadic^aire, 

de qmdMniwfction^ d*acquitteinent, de culpabilité, dMnno- 

ce&ee^ etc : Proditionis insimulatus, accusé de trahi- 

Mn. » lA grec et le latin ont ces divers points de repsem- 

blance : mais, sur d'autres, ils se s^Mvent. Ainsi, maintes 

fois le otoitif grec répond à l'ablatif latin : par exemple, 

lofsqa*il s'agit d'exprimer le temps, le complément d'un 

oomparatif ou de tout mot marquant supériorité, infé- 

ric-ùà, diflérence, idée de départ, de sortie, d'extraction, 

de SMlière, enfin le complément circonstanciel connu 

MMB le nom de génitif absolu. Il a très-souvent la force 

de DM locations quant à, par rapport à, eu é^ard à, etc. 

n s'emploie dans certaines exclamations, et peut résulter 

anaal d une ellipse. Il exprime l*idée partitive absolument 

comme fait dé en français dans « donnez-moi du pain. » 

— Le rapport marqué par le génitif est souvent équi- 

vo<iQe ; ainsi, Amar Dn peut signifier, ou activement, 

ramour de Dieu pour les hommes, ou passivement, 

ramour dont Dieu est Tolriet. 

La flexion casuelle n'inmouant pas toi^ours assez nev- 
temeot le n^port d'un nom a un autre mot, on a souvent 
leeonrs aux prépositions; mais l'emploi de cette partie 
du dieooars avec le génitif est particulier à la langue 
grecque. Lorsque l'une de ces prépositions entre dans la 
composition d'un verbe, le complément ne se met au gé- 
oitif que si, sans rien changer au sens du verbe, on peut 
en dâacher la préposition et la placer immédiatement 
devant son cas. Souvent l'emploi du génitif dépend du 
sens même du verbe et non de la préposition. P. 

GÉNOIS (Dialecte), un des dialectes italiens, celui qui 
■e rapproche le plus du provençal. Il est en outre remar- 
quable par la fréquente substitution de Yr à 1'^, et par la 
wésence d'un certain nombre de sons rauques et singu- 
liers, qui semblent provenir du contact des Génois avec 
lea autres peuples dans leurs anciennes courses mari- 
times. I>uite reprochât au dialecte génois de son temps 
que, si on lui enlevait la lettre Zf il resterait muet : au- 
jourd'hui il n'a aucun mot ayant le s toscan. Une pro- 
priété qui le distingue des autres dialectes italiens, le 
vénitien excepté, c'est la suppression, dans certaines con- 
ditions, des lettres /, t, v : dnsi, nolo devient noo; dito, 
dio; nave, imm. La lettre l se supprime quand elle est 
suivie de d ou de t. Le génois possède les sons eu et u 
tençals; il a, comme le piémontais, les sons an^ in, on, 
m»; Il ^opprime la voyelle à la fin des mots terminés par 
ne, iM, no, et prononce bastion pour bastùme, manjponr 
manu II a reçu beaucoup de mots des Arabes, des Espa- 
gnole, des Grecs et des Français. Un recueil de poésies 
en dlâleetB génois a été publié sous le nom de Çittara 
sumeis9, par Gian-Jacopo Cavalli. 

GÉNOISE (École), une des écoles italiennes de pein- 
ture. Le plus ancien artiste qui la représente est Fran- 
ÎdIs d'Oberto, dont on a un tableau portant la date de 
368, dans l'église de S^-Dominique, à Gènes. On con- 
naît anssi quelques tableaux peints au xv* siècle par Jao- 
qnea Ifarone, Galeotto Nebea, Jean Massone et Tucdo 
d'AAdria. A la fin de ce siècle, Louis Brea fonda une école 
d'oA sortirent Charles de Blantegna, Aurel Robertelli, 
Nicolas Corso, André Morellino, Fr.-Laurent Moreno et 
Fr. Simon de Camnii. Le sac de Rome par les Allemands 
amena à Gènes, en 15^, Perino del Vaga, élève de Ra- 
phaël : linfluence ^e ce peintre modifia le ^le de l'école 
génoise, à laquelle appartiennent, dans sa nouvelle phase, 
Augustin Calvi, ses fils Lazare et Pantaléon, Lucas Cam- 
biaso dit Cangiage, Benoît Castiglione, Bernardin Ca^ 
telle et J.-B. Paggi. Ce dernier eut à son tour un grand 
nombre d'élèves, dont les voyages par toute l'Italie firent 
perdre à l'école génoise son ouiictere spécial, et parmi 
lesquels on distingue Valerio Castello, Dominique Piola, 
J,-i. Carlone, Bernard Strozzi dit le Capucin, et Raphaôl 
Soprani. Depuis le milieu du xvii* siècle, la réputation 
des artistes génois ne s'est plus répandue en dehors de 
leorpays. 

GENOUILLERE, pièce de l'armure au moyen âge, con- 
viant le genou, et reunissant les grèves ou Jambi^es aux 
coiisarda. Parfois elle était terminée sur le devant par un 
emement conique, et portait sur le côté extérieur une 
pointe longue et forte, pour préserver le cavalier d'être 
terré de près par d'autres cavaliers, dont les chevaux se 
seraient blessés contre ces pointes. — De nos Jours, on 
nomme gmouiUère le revêtement intérieur d'une batterie 
à embrasures ; sa hantenr est de i'",i9 pour les batteries 
deplein fooet, et de i",33 pour celles à ricochet. 

(jENRE, le premier des cinq universaux de l'École; 
Idée collective qui s'étend à d'autres idées encore oniver- 



jKlles. Telle est la substance par rapport au corps et à 
Vesprit, Yanimal par rapport à Vhomme et aux autres 
espèces, le quadrUatàre par rapport au parallélogramme 
et au trapèze. En soi le genre est la collection des espèces 
qui se ressemblent plus entre elles qu'elles ne ressem- 
blent à quelque espèce que ce soit d'un autre genre. 
Ainsi , diuis le genre animal, les espèces les moins sem- 
blables entre elles, les mammifères et les mollusques, se 
ressemblent plus entre elles qu'elles ne ressemblent 
l'une ou l'antre à quelque espèce que ce soit d'un autre 
genre, par exemple à une espèce v^^^ale. La notion des 
genres, à ses différents degrés. Joue un grand rôle dans 
toutes les sciences, les rapports et les vérités dont on 
s'efforce d'acquérir la connaissance étant des vérités el 
des rapports généraux. V. Universadx. B— b. 

GKNas, en Musique, manière d'assembler successive- 
ment par tons a par demi-tons les degrés de l'échelle et 
d'en former des mélodies. Il y a trois genres, le dto^o- 
nique, le chromatique et Venharmonique (V. ces mots), 

pENas, forme particulière que prennent les noms, les 
adjectifs et les pronoms, suivant le genre des êtres 
dont on parle. Naturellement tous les noms qui convien- 
nent à l'homme seul ou aux animaux mâles doivent être 
du genre masculin : Paul , père, fUs, frère, lùm, cheval. 
Tous ceux oui conriennent à la femme seule ou aux ani- 
maux femelles doivent être du genre féminin : Pauline, 
mère, fUU, sœur, lionne , jument , cavale, La langue 
françidse ne reconnaît dans les noms que les deux genres 
dont nous venons de parler : il en est de même de J'ita- 
lien et de l'espagnol. Le grec, le latin, l'allemand et l'an- 
glais en admettent un troisième , sous lequel on devrait 
ranger les noms qui ne sont naturellement ni masculins 
ni féminins : c'est le genre neutre (du latin neutrum, ni 
l'un ni l'autre). Mais on trouve à cet égard infiniment de 
caprice dans toutes ces langues : ainsi , en grec, le cœur 
est exprimé par deux mots, dont l'un est neutre et l'autre 
fcminm; de même en latin, mens, animus, ingenium, 
<i esprit », expriment la même idée avec trois genres dif- 
férents. Certains noms de femmes de bas étage prenaient 
dans ces deux langues la forme du neutre, en restant fé- 
minins. En français, en italien, en* espagnol, en all^ 
mand , môme caprice dans l'application du féminin ou 
du masculin aux êtres qui ne sont pas naturellemmit d« 
l'un de ces deux genres : ainsi arhre est du masculin, 
branche est du féminin; racine est du féminin ainsi que 
fige, tronc est masculin ; mont et vallon sont dn mas- 
culin, montagne et vallée du féminin, etc. Aussi les 
genres sont-ils loin de se correspondre dans les diverses 
langues : le mot poitrine, féminin en français, a pour 
correspondant en grec un nom masculin, en latin un nom 
neutre. — La langue anglaise est celle qui offre le moins 
d'anomalies à cet égard; elle a cela de particulier, qu'elle 
fait neutres tous les noms d'animaux. P. 

GBifaB ( Peinture de), nom sous lequel on comprend la 
bambochade ( V. ce mot)^ les scènes de la vie qui n'ont 
pas le caractère du style assigné à la peinture d'histoire, 
la représentation des animaux considérés isolément et 
non comme accessoires du paysage ou du tableau d^his- 
toire, les vues d'édifices pris aussi isolément, les inté- 
rieurs, les fleurs , les instruments , les ustensiles et tout 
ce qu'on appelle la nature morte. Aux tableaux de cette 
dernière espèce on réservait autrefois la dénomination 
de tableaux de genre; les autres s'appelaient tableaux de 
chevalet. En général, les tableaux de genre sont de pe- 
tites ou médiocres proportions. 

GENRES d'éloquence, DE UTTéBATCaB. V. ÉLOQUENCE, 
LiTTéRATDRE. 

GENS (Droit des). V. Daorr des gens. 

GENS DE LETTRES, qualification de ceux qui se li- 
vrent à la littérature et en font profession; elle est d'ori- 
gine romaine. Les premiers boni mes de lettres chez les Ro- 
mains furent des Grecs, des esclaves ou des affranchis; on 
les appelait rhéteurs ( 1^. ce mot). Mais des gens de lettres 
proprement dits, cultivant tous les genres de littérature, 
il n'y en eut à Rome qu'à dater de la fin de la république 
et surtout de l'époque des empereurs ; du temps d'Au- 
guste, leur condition fut assez digne : on sortait des guerres 
civiles, le pouvoir absolu avait à se faire pardonner son 
origine, et l'empereur voulait ne paraître que le premier 
magistrat de la république. Aussi , Virgile, Horace, Tucca, 
Vanus et d'autres furent autant les amis que les protégés 
d'Auguste et de Mécène. Plus tard, particulièrement sous 
les mauvais empereurs, les gens de lettres, en générale 
n'étaient guère plus mie des parasites. V. sur ce sujet les 
Études de mosurs et àe critique sur les poètes latins de là 
décadence, par M. D. Nisard, 2« édjt., Paris, 1 840, 2 v. in-8*. 



G EN 



961 



GEN 



En Grèce, sauf quelques exceptions pour de srands 
Ments ou de gprands Kénies, la profenion des lettres 
s'exerçait dans la patne ou m6me à Tétranger; c'était 
particulièrement de l'enseignement de la rhétorique que 
les lettrés viraient. Les Uttératears sérieux cultivaient 
les lettres pour la gloire, pour plaire an peuple, qui quel- 
ooefois les en récompensait par une gratification prise 
«ans le trésor de TÉtat; ainsi Hérodote ayant la aox 
Athéniens les morceaux de son Histoire qui devaient 
particulièrement les intéresser, le peuple lui fit don de 
10 talents ( &5,000 fr. environ ). Le même peuple voulut 
que Ton comptât au poète Cherilus un philippe d'or (34 
i 35 fr.) pour chaque vers d'une pièce où il avait célébré 
la victoire des Grecs sur Xerxès. 

Dans le nouveau monde chrétien , les gens de lettres, 
mêlés au clergé, servirent la cause de la civilisation, tout 
en perpétuant la tradition des sophistes. Pendant le 
moyen âge, aucun écrivain ne compta dans l'ordre social , 
s'il ne faisait partie du clergé, et alors la considération 
dont il Jouissait venait du corps dont il était membre, et 
non de son propre mérite. En dehors de l'Église, il n'y 
eut que des poètes et dea chroniqueurs asses misérables, 
qui faisaient profession d'amuser les loisirs des seigneurs 
et des princes. 

La période de la Renaissance parut être comme an âge 
d'or pour la littérature ; Charles-Quint rendait les plus 
grands honneurs â Gnichardin, qui était, il est vrai , en 
même temps qu'écrivain, homme d'État et guerrier. On 
faisait de riches présents aux gens de lettres, on leur 
donnait les revenus de riches abbayes, on les chargeait 
de missions diplomatiques. Hais ces faveurs étaient pour 
ceux qui Joignaient l'esprit des affaires à la culture des 
lettres : ceux qui n'étaient que littérateurs ou poètes 
étaient flattés et négligés; l'Arioste, par exemple, se plaint 
de ce qu'après l'avoir embrassé sur les deux Joues, le 

{)ape Léon X le laissait dans la misère. Les cens de 
ettres purement lettrés, et mieux avisés, traitaient ces 
singuliers protecteurs comme ils le méritaient; ainsi 
Paul Jove disait avoir deux plumes, l'une d'or et l'autre 
d'argent, afin de proportionner la louange aux dons, et 
tous, en général , pensaient comme le sculpteur Cellini : 
« Je sers qui me paye. » 

La domesticité des gens de lettres étidt comme une tra- 
dition qui passa d'Italie en France. Les littérateurs, les 
poètes ne pouvaient guère être que les complaisants et les 
flatteurs des princes : cela faisait, en quelque sorte, partie 
de leur profession. Le cardinal de Richelieu leur imposa 
son Joug avec dureté : de la même main qu'il brisait le 
protestantisme, il fit son empire de la republique des 
lettres. 

Louis XIV rendit la position des lettrés plus éclatante, 
mais non plus sûre : « L'intelligence, a dit Colbert, prêta 
hommage-lige au monarque. » Nous serons plus explicite 
et plus vrai en ajoutant qae les gens de lettres prêtaient 
leur hommage à tous les grands seigneurs qui pouvaient les 
protéger. Dans ce temps, où la noblesse de race avait une 
^ haute valeur et possédait de si grands biens, nul auteur 
ne publiait un ouvrage sans nne dédicace à quelque puis- 
sant du jour ; voyez celles de Corneille et de Racine, pour 
ne parler que des illustres : elles sentent la domesticité. 
Rappelons-nous qne Richelieu tenait à sa solde nne foule 
de gens de lettres, et que Fouquet, longtemps auprès, 
avait aussi nombre de pensionnaires de cette sorte, parmi 
lesquels on comptait La Fontaine, qui fut si Adèle au sur- 
intendant malheureux. 

Les auteurs bien accueillis du public trouvaient une 
rémunération raisonnable de leure travaux : P. Corneille 
tira 2,000 livres de chacune de ses tragédies à'AttUa et 
de Bérénice; Molière en reçut autant pour son Festin de 
Pierre, 1,100 pour ses Fâcheux et 1,000 pour ses Femmes 
savantes; les premières représentations d*Êsope d ta 
cour, comédie de Boursault, lui valurent tout près de 
3,000 livres. Rappelons-nous qu'alors l'argent avait en- 
viron 6 fois plus de valeur qu'aujourd'hui {V, Monhaib), 
et les sommes ci-dessus devront se traduire, en chiffres 
actuels, par 13,000 fir., 6,600 fr., 6,000 fr., et 18,000 fr. 
— Les manuscrits des livres se vendaient un peu moins 
cher, car Boilean ne reçut ponr son Lutrin que 600 liv. 
(soit 3,600 fr.), et Racine céda le manuscrit d^Andro- 
moque pour »)0 liv. (soit 1,200 fr.); on voit que ces 
prix sont assez équitables, Roileau était dans tout Féclat 
de sa réputation, et Radne conmiencait la sienne. — 
Les pensions royales, distribuées en 1663 aux gens de 
lettres, étaient fixées avec une vraie magnificence : Méze- 
rai , historiographe de France, en avait une de 4,000 liv. 
(24,000 tr»)i Chapelain, alon « le premier poète dn 



monde pour l'héroïque », d{saltH>n, recevait 3,O0U liv. 
(18,000 fr.); P. Corneille, 2,000 Uv. (12,000 fr.); Bense- 
rade, 1,500 liv. (0,000 fr.) ; Molière, qui n'avait encore 
donné que l'Êeolê des Femmes, sa première bonne comé- 
die, 1,W)0 liv. (6,000 fr.); et Racine, qui en était à la 
Thibifde, 800 Itv. (4,800 fr.). 

La position sociale des gens de lettres s'améliora pen- 
dant le xvm* siècle : la hante société, reconnaissant leur 
supériorité intellectuelle, vivait avec eux presque sur le 
pied d'égalité ; les srands seigneurs, tout en demeurant 
des protecteurs, recherchaient les lettrés, les admettaient 
dans les Jouissances de l'existence la plus opulente. 
Néanmoins, au fond, ils gardaient vis-àp-vis de ces privi- 
légiés de l'intelligence la morgue aristocratique. Ils ne 
faisaient rien pour eux : les récompenses les plus effectives 
qu'on leur accordait étaient des places près des ministres, 
des surintendants ou des princes, et des privilèges de 
Joumanx. Il y avait ausd des pensions, mais la plupart 
du temps le Trésor ne les payait p«i. L'accueil et les gra- 
cieusetés du grand monde devenaient une charge pour 
les gens de lettres mal rentes, et beauconp fuyaient cette 
chax^ en se réfugiant dans la retraite. Chamfort a bien 
peint , et sans doute éprouvé leur condition, lorsqu'il s 
dit , avec son acrimonie habituelle : « Les gens de lettres, 
surtout les poètes, sont comme les paons, à qui on Jette 
mesquinement quelques graines dans leur loge, et cpi'on 
en tire quelquefois ponr les voir étaler leur qneue ; tandis 
que les coqs, les poules, les canards et les dindons se 

f>romènent librement dans la basse-cour et remplissent 
eur Jabot tout à leur aise. » 

Les gens de lettres, en voyant lonre écrits, leura opi- 
nions attirer l'attention de la France et de l'Europe, sup- 
portaient difficilement cette position inférieure : Us se 
sentaient propres â tout, et la constitution de la société 
en faisait une espèce de classe d'inutiles, à laquelle au- 
cune carrière ne s'ouvrait dans l'administration on le 
puvemement de l'État. Aussi , quand vint la Révolution, 
ils prirent , de l'autorité du talent , la i 



place qu'on leur 
fusait depuis trois siècles, et, après n'avoir été rien dans 
l'État, ils y furent tout par la presse quotidienne on pé- 
riodique, et quelques-uns par la tribune. Lonqne le pays 
tomba à la merci de la Terreur, ce gouvernement consi- 
déra les gens de lettres comme ses ennemis, et en immola 
beaucoup; d'autres purent braver les tyrank, et mon- 
trèrent le plus noble courage : Chénier, en faisant ap- 
plaudir en plein théâtre, dans la tragédie de Coius GraC" 
chus, ces mots qui étaient une réclamation et une 
accusation contre les détenteura du pouvoir : « Des lois, 
et non du sang; » Delille, en composant, contre Robes- 
pierre tout-puissant, son dithyrambe sur l'immortalité 
de Tême; Laya, en donnant sa comédie de VAmi des 
lois, qui n'était pas un bon ouvrage, comme il le disait 
lui-même 30 ans après, mais qui était une bonne action. 
Les gens de lettres (et l'on pourrait en citer bien d'antres 
encore) se firent alon les vengeun de la morale pu- 
blique, de la liberté et de l'hnmanité indignement foo- 
lées aux pieds par les plus scélérats comme les plus 
ignobles de tous les tyrans. 

Ix>r8que le Consulat eut rétabli l'ordre dans le gouverne* 
mentd'aboid, puis dans les esprits; quand ensuite l'Em- 
pire eut tout pacifié à l'intérieur, les gens de lettres en 
général, voyant l'égalité établie et les oroits des citoyens 
assurés, d&abusés un peu de la liberté par les excès de 
la licence et de la tyrannie qne la France venait de subir, 
se rallièrent sousl'&ide du gouvernement rtoarateur d'un 
homme du plus puissant génie; ils se prêtèrent de nou- 
veau à Jouer devant le souverain le rôle des poètes et des 
littérateure du temps de Louis XTV. Ce rêle leur semblait 
d'autant plus séduisant, que les preroien d'entre eux 
étaient admis aux places, dignités et grands honneura 
politiques du nouvel Empire. Les antres recevaient des 
pensions, ou, dans les administrations, des plaoBS pen 
assujettissantes ; Français de Nantes, par exemple, direc^ 
teur général de la régie des Droits réunis, avait dans son 
personnel' beaucoup de poètes et de littérateurs, qui ne 
venaient guère qu'une fois par mois à leur bureau, pour 
V toucher les honoraires d'une place donnée comme un 
bénéfice n'obligeant pas à résidence. 

La Restauration continua ces errements en faveur de 
ses partisans; on se souvient que le poète Désaugien fut 
pendant longtemps investi du titre officiel de chansonnier 
de la ville de Paris, aux appointements de 6,000 fr. par 
an. Dans le même temps, a peu près, Roger, poète co- 
mique, qui a laissé 2 ou 3 jolis ouvrages, fut directeur 
général des postes; plus tard, M. de Barante, l'historien^ 
occupa la place de directeur général des contributions 



GÉN 



965 



GÉO 



Indiraelat: Copier fat conseiller d'Stkt et commissaire 
da Tol devant les chambres l^slatives ; Chateaubriand 
fut ambassadeor et ministre; SL Guizot et M. Thiers en- 
trèrent dans la hante administration, et bien d*autres 
eena de lettres prirent rang après eux, conséquence de 
la Rèrolution, qui arait ouvert toutes les carrières à 
toutes les intelligences. 

La prene périodique olTrit un attrait et un refbge aux 
écriTUDs plus indépendants, et quelquefois servit de 
mardiepied pour arriver à une foule de places, et même 
à de hauts emplois publics; M. de Bourqueney, par 
exemple, qui occupa successivement avec distinction les 
deux graindes ambassades de Constantinople et de Vienne, 
sortit de la rédaction du Journal des Débats, et, pendant 
Its dernières années de la Restauration, Chateaubriand 
fut un des rédacteurs les plus assidus de la même feuille. 
Le droit de publier ses pensées, sous quelque forme que 
ce fût, concédé, ou plutôt renouvelé par la Charte de 
Louis XVni, créa une carrière nouvelle pour les gens de 
lettres : 4>n mit tout en Journal ou en revue, depuis la 
littératare savante ou sûrieuse Jusqu'à hi littérature lé- 
gère et Jusqu'aux romans : en un mot, le livre se fit 
foomal, et les écrivains d'un talent véritable trouvèrent 
là une Juste et souvent très-libérale rémunération de 
leurs travaux. Cette combinaison de la presse périodique 
assura l'indépendance de Thomme de lettres, et le classa 
dans la société, non plus, comme sous l'ancien régime, 
par sa profession, inais suivant son plus ou moins de 
mérite. 

Yoîlà quel est aujourd'hui l'état, la position, la condi- 
tion des gens de lettres. Comme partout dans notre so- 
ciécé, lia sont enfants de leurs œuvres, se classent par 
leur mérite, et peuvent, dans les cas de talents distin- 
gués ma de génie, prétendre aux premiers rangs non- 
seulement dans le monde, mais dans nos grands corps 
politiques et dans les conseils du souverain. 

Mous parlons ici des gens de lettres vraiment doués 
pMmr exercer cette noble profession, et des chances pos- 
sibles iMur eux d'arriver, par beaucoup de travail, à 
conquérir une position dans le monde. Biais outre que 
les chances heureuses ne sont pas pour tous, le talent 
seul, sans certaines qualités du caractère, peut vous 
laisser dans une obscurité misérable. Une autre cause de 
non-réu^ite, c'est de prendre un goût, une passion 
même, si l'on veut, pour une vocation ; dans ce cas, la 
profeMion des lettres est la plus décevante, sous tous les 
rapports : ordinairement, elle vous attire le mépris des 
IjBtts sensés, ou qnel^efois, à grand'peine et par exoep- 
tîoD, ane froide et mmce estime toi;4onrs mêlée de pitié. 
Ge que nous disons là existe : comme nous ne fiusons 
pas des portraits, plus de détails seraient délacés ici ; 
mais nous avons dû constater un fkit, qui est comme une 
ombre appartenant à notre tableau. 

An milieu de ces deux extrêmes de gloire et de mi- 
aère, la condition des hommes de lettres, en général, a 
progressé avec celle des autres classes de la société : elle 
est, en mcijrenne, meilleure Qu'autrefois. — A Paris, ils 
■e sont constitués en Société; ainsi, il y a une Société 
des auteurs dranêotiques ( V. Aotboss), et une Société des 
gems de lettres: cette dernière est composée, en grande 
partie, d'écrivains de la presse périodioue littéraire : elle 
a poor objet de veiller aux intérêts ae tous ses mem- 
hfèa, dont le nombre est illimité, de leur faciliter les 
nMjfsns de tirer tout le parti possible de leurs ceuvres, 
de maintenir intacte leur propriété littéraire, enfin de 
secourir ceux qui sont dans le besoin. L'État a reconnu 
cette Société, ^et, depuis 1857, lui accorde une subven* 
tion annuelle *de 5,000 fr. Le principal revenu de la So- 
ciété vient de ses memlnres : il consiste en cotisations 
qu'un comité d'administration fixe suivant les besoins, 
mais qui, dans aucun cas, ne peut dépasser % fr. par 
mois. En outre, tout membre nouveau doit, à son en- 
trée dana la Société, verser à la caisse une somme de 
» Jh C D-tT. 

GÉRUFLEXION, acte de respect et d'humilité qui se 
ftdt en fléchissant le genou. Il en est fait plusieurs fois 
mention dans l'Anden Testament, et l'usage en exista 
de bonne heure parmi les chrétiens pendant leurs prières. 
De Piques à la Pentecôte on fsisait toutes les prières de- 
hont, en mémoire de U résurrection de J.-C Les Abys- 
sins, les Russes et les Juifs ne s'agenouillent pas. Au 
vm* siècle, la secte des Affonydites regardait la génu- 
fiedon comme une superstition. Plusieurs rois exigèrent 
qn'on fléchit le genoa en leur parlant. Autrefois les dé- 
potés do tien état parlaient à genoux an roi de France. 
tn vassanz rendaient de même hommage aux seigneurs. 



GEOFFROI rr Bi\(]NlSSËNDE , roman provençal da 
cycle d'Arthur. Geo(!h>i vient d'être armé chevalier par 
le roi en personne, quand un inconnu entre dans la salle 
du festin et tue un des convives d'Arthur. Geoflh)i obf 
tient la permission de poursuivre cet insolent chevalier t 
à travers mille aventures il l'atteint, et le défait en 
combat ringulier. Le prix de sa victoire est la belle Bru- 
nissende, dont il a délivré le père. — Ce roman, d'un 
auteur inconnu, a été publié par Raynouard, d'après 
deux manuscrits du xin* siècle. V* Histoire littéraire de 
la France, t. XXII. H. D. 

GÉOGRAPHES (Ingénieurs). V. iNGAfima. 

GÉOGRAPHIE ou DESCRIPTION DE LA TERRE (dtt 
grec ghè, terre, et graphéin, décrire). Elle touche aux 
sciences mathématiques, physiques et historiques, sui- 
vant que l'on considère le globe dans ses rapports avec le 
reste de l'univers, dans sa structure intérieure ou exté- 
rieure, enfin dans la manière dont sa surface a été ou est 
encore partagée entre les différents peuples. De là trois 
grandes avisions : Géogrc^hie mathématique, physique 
et politique. — La Terre n'étant qu'un des moindres 
globes de l'univers, on ne peut en aborder l'étude sans 
connaître quelles attractions réciproques l'unissent aux 
autres planètes oui composent avec elle le système so- 
laire, combien durent sa révolution autour du soleil 
et sa rotation sur elle-même, d'où naissent la différence 
des saisons et celle des Jours et des nuits; il faut con- 
naître aussi sa forme, ses dimensions, son volume, ses 
rapports avec la lune, son satetlite, dont les mouvements 
déterminent sur la terre les phénomènes des marées, 
toutes choses qui rentrent dans le domaine des mathé- 
matiques et de l'astronomie. Aux mêmes sciences appar- 
tient la construction des cartes et des globes représen- 
tant Ui Terre, puisqu'il est impossible déplacer exactement 
les différents lieux du globe sans y avoir tracé préalable- 
ment les cercles de longitude et de latitude. La géom- 
phie touche aux sciences physiques psr les reiattoni 
étroites des phénomènes de Talr et des eaux avec les 
climats et les productions du globe, par la nécessité de 
connaître les divers terrains qui composent la croûte ter- 
restre, d'étudier les végétaux qui la parent et les animaux 
qui l'habitent. A ne considérer même que les formes de 
la surface du globe, on dîrise encore la géographie phy- 
sique en orographie ou étude des parties solides, et ày- 
drographie on science des éléments liquides. Enfin, si, 
au-dessus des végétaux et des animaux, on examine 
l'homme, c'est l'histoire qui apprend les migrations des 
races humaines, les déplacements des peuples, et quelle 
partie de la Terre chacun a possédée ou possède encore. 
De là encore deux parties distinctes : la géographie po^ 
litique, enseignant les limites et les divisions intérieures 
des États d'aujourd'hui, et la géographie historique, celles 
des États çiui ne sont plus. 

Les trois psrties de la géographie sont si intimement 
liées, que la science n'a véritablement commencé d'être 
(Tu'apres les premiers développements de Tastronomie et 
des sciences d'observation , et avec l'établissement des 
grands empires civilisés; mais ces trois parties n'ont 
point marché d'un pss égal ; c'est par des travaux com- 
mencés seulement au si&Ie dernier que l'on a connu la 
forme exacte et les véritables dimensions de la planète i 
c'est seulement de nos Jours, après les grandes déeoo* 
vertes en chimie, en physique et en géolone, c[u'on a pn 
formuler les lois générales de la géographie physique. Et 
cependant il existe encore, après tant de navigations et de 
voyages, des contrées fermées à notre curiosité : sani 
parler des deux pèles, peut-être à Jamais inacoessibles9 
personne n'a risité encore le centre de l'Afrique et de 
l'Australie. Dans la géographie politioue seule, les An- 
ciens nous ont laissé, chez le géograpne Strabon et ches 
les grands historiens grecs et launs, des modèles qne 
notre siècle n'a pas surpassés. 

Histoire de la géographie dans l'antiquité, — A rori- 
gine, la gé^^phle est toute ethnographie. Le cha- 
pitre X de la Genèse n'est qu'une liste généalogique des 
peuples connus des Hébreux. Il en est de même de la 
géographie d'Homère, qui n'a fait autre chose que peindre 
par quelques épithètes les contrées bien connues des 
G3Eecs et entourer de légendes les pays les plus éloignés t 
il fiuit un reste de la dévotion superstitieuse dont quel» 
ques anciens honoraient leur pcistO} pour trouver un 
système géographique dans la descnpuon du bouclier 
d'Achille. Cest seulement au milieu du vi* siècle que 
commence la science géographique , avec les découvertes 
astronomiques et mathématiques de Pythagore qui en- 
seigne Ul sphéricité de la Terre,' avec les voyages du 8ap 



GÉO 



966 



GËO 



mien GoIctUi dans rEspagne méridionale et au delà da 
dâtxxiit de Gadès, avec les recherches des philosophes 
ioniens , entre antres d*Anaximandre, qui chercha à dé- 
terminer la grandeur de la Terre, enfin avec la fondation 
de Tempire des Perses, maîtres des trois contrées où 
s'étaient développées d*ahord les sciences mathématiques 
et nautiques, la Chaldée, rÉ|^pte et la Phénicie. L'ex- 
tension de cet empire vers rOnent, la fondation des co- 
lonies grecques sur les bords de la mer Noire et leur 
commerce avec les tribus septentrionales, permirent à 
Hérodote de donner le premier une idée précise de la 
Terre connue de son temps. Hérodote est le père de la 
géographie comme de Thistoire. S'il commet des erreurs 
tor l'étendue reUtive de l'Europe, de l'Asie et de la 
Libye, il connaît bien le bassin de la Méditerranée, prin- 
cipalement dans sa partie orientale; il décrit parfaite- 
ment la mer Noire et les fleuves qu'elle reçoit; il a vu 
r^^te et la plus grande partie de l'Asie occidentale; il 
tait d^à (ce qui a été contesté encore pendant cinq 
dècles) oue la Caspienne est une mer isolée; les tradi- 
tions qu'il a recueillies sur l'Inde, sur la circumnaviga- 
tion des Phéniciens autour de l'Afrique, sur le voyage 
des Nasamons au centre de ce continent, ont fourni de 
précieux renseignements lli la critique moderne; il men- 
tionne avec soin le climat et les productions des diverses 
contrées, note le caractère de leurs habitants, enrichit 
ses descriptions des traditions historiques des différents 
peuples, analyse leurs gqpvemements, et fait connaître 
les sources et l'étendue de leurs richesses. La géographie 
est encore mêlée à l'histoire, mais elle existe déjà comme 
science. C'est aussi l'époque où naît la Cartographie, 
dont les premiers éléments paraissent avoir été em- 
pruntés par les Grecs aux Êgvptiens et aux Phéniciens. 
Anaximandre dressa la première mappemonde connue, 
où il donnait à la Terre la forme d'un cylindre convexe 
\ sa partie supérieure et ayant un diamètre trois fois plus 
considérable oue sa hauteur. Un peu plus tard, Aruta- 
goras, ^yran oe Bfilet , apporte au roi de Sparte, Gléo- 
mène, pour le décider à soutenir les Ioniens contre les 
Perses et à aller attaquer le grand roi Jusqu'au cœur de 
ses États, une planche de ciuvre où étaient représentés 
les contours de la Terre, les mers et les rivières, les 
noms et l'emplacement des peuples établis entre la Grèce 
et le centre de l'empire persan. Hérodote, après avoir 
parlé de cette carte, donne la description d'un Itinéraire, 
véritable livre de postes, indiquant, par journées de routes 
et par parasanges, la distance d'Épnèse à Suze. 

Entre la fondation de l'empire des Perses et celle de 
fempire d'Alexandre, qui maûrque la seconde époque de 
la géographie ancienne, se placent plusieurs voyages 
qui étendent les limites du monde connu , et bientôt 
Aristote, ses disciples et toute l'école d'Alexandrie, re- 
cueillant ces connaissances, donnent à la science un im- 
mense développement. Ainsi, deux Carthaginois s'avan- 
cent bien au delà des Colonnes d'Hercule, Hannon sur 
les côtes occidentales d'Afrique, Himilcon sur celles d'Eu* * 
rope, où il est suivi, un siècle après, par Pythéas, qui 

Fenêtre Jusqu'au nord de la Grande-Bretagne et iusqu'à 
entrée de fa Baltique. Alexandre le Grand étendit les 
connaissances des urecs dans l'Inde, fit relever par ses 
bématistes ou ingénieurs-géographes, Diognète et Béton , 
les marches Journalières de son armée, et explorer les 
côtes de la mer Erythrée par ses amiraux Néarque et 
Onésicrite : cette expédition créa donc la topographie mi" 
lUaire et Vhydrographie maritime, branches importantes 
de la cartographie. Il ne manouaft aux Grecs que des 
connaissances mathématiques plus étendues; déjà cepen- 
dant Eudoxe de Cnide avait essayé d'assi^'ettir la géogra- 
{>hie à des observations astronomiques, et Pythéas, à 
'aide du gnomon, avait déterminé presque exactement la 
latitude de Marseille, sa patrie. Biais par l'expédition 
d'Alexandre, les nombreuses observations des Égyptiens 
et des Chaldéens devinrent accessibles aux Grecs et leur 
fournirent des données nouvelles. Aussi voyons -nous 
presque aussitôt Aristote enseigner la sphéricité de la 
Terre, en évaluer la circonférence presaue aussi exacte- 
ment que l'ont fait les modernes, et deviner le Nouveau 
Monde. Son disciple Dicéarque chercha à déterminer les 
Keux situés sous le parallèle de Rhodes; enfin un biblio- 
thécaire d'Alexandrie, Ératosthène, unissant aux re- 
cherches antérieures ses propres observations, créa un 
système complet de géographie et de cartographie crui 
resta classique pendant quatre siècles. Quoique connais- 
sant la sphéricité de la Terre, il crut , comme tous les 
géographes de l'antiquité, que la partie habitable du 
gloM B'oœupait qu'une surface assez restreinte de l'hé- 



misphère boréal, entre l'équateur et le pôle, et qu'on 
pouvait, sans grande erreur, considérer cette portion 
étroite <te la sphère comme une surface plane. De là une 
double erreur : d'abord la projection de sa carte, où les 
méridiens, comme les parallèles, étaient des lignes 
droites, était une projection plate par développement cy- 
lindrique qui défigurait les contrées septenoionales; eUe 
était ensuite beaucoup plus allongée de l'E. à 1*0. que do 
N. au S. De là le nom de longitude ou longueur donné 
par les Anciens à l'étendue de la Terre, mesurée d'Orient 
en Occident, et celui de latitude ou largeur, du Nord au 
Sud, noms conservés par les modernes, bien ou'ils ne 
représentent plus aujourd'hui qu'une idée fausse. D'autres 
erreurs venaient encore de la fausse direction du prind- 
pal méridien et du principal parallèle. Ce dernier était 
celui de Rhodes, appelé aussi diaphragme de Dicéarque, 
parce que cet astronome, d'après des observations erro- 
nées, avait placé sous ce parallèle de Rhodes les points 
principaux du bassin de la Méditerranée, les Colonnes 
d'Hercule, le détroit de Sicile, le cap Sunium,'lBsas, et 
une longue chaîne de montages appelée du nom gtodral 
de Taurus, et mi'il supposait s'étendre en ligne droite à 
travers toute l'Asie. Le principal méridien était celui 
d'Alexandrie, sous lequel Ératosthène, trompé par les in- 
dications toujours inexactes du gnomon , avait placé au 
Sud Syène et Méroé, au Nord Rhodes, Byzance et l'em- 
bouchure du Borysthène. Enfin, refusant de croire à l'as- 
sertion d'Hérodote sur l'isolement de la Caspienne, il 
faisait de cette mer un golfe de l'Océan septentrional , 
conformément à ses idées systématiques sur la connexité 
de toutes les men du dobe. Malgré ses erreurs, le sys- 
tème d'Ératosthène prévalut pendant quatre siècles sur 
celui de l'astronome Hipparque, beaucoup plus mathéma- 
tique. Hipparque démontra qu'on ne pouvait déterminer 
exactement les positions respiectives des lieux, qu'en par- 
tageant le globe en cercles correspondants et semblables 
à ceux de la sphère céleste; il voulut déterminer les U^ 
titudes et les longitudes au moyen d'instruments in- 
ventés par lui ou dont il fit le premier un fréquent 
usage, I astrolabe et la dioptre; U sui»titua à la projection 
plate d'Ératosthène un châssis à méridiens convergents, 
en tenant compte du décroissement des degrés de longi- 
tude proportionnellement à l'élévation des latitudes, 
c.-à-d. qu'il inventa la projection penpective stéréogra- 
phique. 

Les empires de Cyrus et d'Alexandre avaient principa- 
lement étendu ven l'Orient le domaine de la géographie : 
la domination romaine, qui forme la troisième gj^uade 
époque de la géographie ancienne, fit principalement con- 
naître l'Occident et le centre de l'Europe. L'Afrique car- 
thaginoise tut décrite par Polybe à la suite des guerres 
puniques : les conquêtes de César dans la Gaule et les 
expéditions de ses successeun dans la Grande-Bretagne 
et la Germanie doublèrent presque l'étendue du monde 
ancien. Mais la géographie mathématiqpe semble oubliée 
pendant deax siècles, et la science se nome à la géogra- 
phie descriptive et aux itinéraires, comme le prouvent les 
ouvrages de César lui-même, de Strabon, oe Pline, de 
Pomponius Mêla, de Tadte, les Périples de Denys le Pé- 
riégète et d'Arrien, et les Stathmes Piurthiques (stations 
des routes) d'Isidore de Charax : ces ouvrages étaient 
sans doute accompagnés de cartes itinéraires. César, et, 
après lui, Auguste, avaient ordonné à trois géomètres 
grecs, Théodote, Zénodote et Polvdète, de mesurer la 
surface de l'empire romain, et le gendre d'Auguste, 
Agrippa, avait exposé à Rome une carte du monde dont 
Pline fait souvent mention. C'est sans doute de cette 
carte que les Romains avaient extrait les itinéraires dont 
quelques-uns sont parvenus Jusqu'à nous (T. Imé- 
RAïass). L'ouvrage de Strabon représente l'état de la 
science au commencement de l'are chrétienne. Cet au- 
teur oriente mal l'Europe occidentale et les côtes méri- 
dionales de l'Asie : ainsi, il pense que les Pyrénées se 
dirigent du N. au S., et que le Rhin leur est parallèle ; 
que la Grande-Bretagne a une forme triangulaire, et qua 
rirlande est située entièrement an N. de la grande lie. U 
ne connidt rien au delà de l'Elbe, et, dans la Méditer- 
ranée même, il donne à l'Italie une direction presque 
entièrement de 1*0. à l'E. Gomme Ératosthène, il fait da 
la Caspienne un golfe de l'océan septentrional, et, dans 
sa pensée, la côte de l'Inde depuis l'indus Jusqu'en cap 
Comorin se dirige tout entière ven l'Orient. Mais la 
Grèce et la plus grande partie de l'Asie sont riches de 
descriptions exactes et de détails historiques du plus 
haut intérêt, et l'ouvrage de Strabon est le modèle la 
plus parfait de la géographie politique* Dans le second 



GÉO 



967 



GÉO 



ilède do rèie elirôtieime, la géographie mathématique 
«■t tiiée ds roubU par deux Grecs, lialin de l^et Pto- 
lémée. Marin lenoaTela le système des cartes plates 
d*EratoatbèQe ; mais ses cartes, comme ses ouvrages, 
tout perdoes, et Ptoiémée seul nous fait comialtre les 
unes 0t les motres. L*onvTage de Ptolômée est le résumé 
de toute la adenoo géographique de Tantiquité, à Tépoquo 
ds la plus grande extension de Tempire romain. E^lé- 
mée oriento bien plus exactement que Strabon TEspagne, 
l'Italie, la Gaule et les lies Britanniques; il connaît, 
quoique on peu confusément, le S. de la Baltique iusque 
vers m 58^ de latitude; en Afrique, ses connaissances 
sur le Niger et principalement sur le Nil supérieur sont 
faites pour nous étonner encore aujourd'hui ; en Asie, il 
revient à risolement de la Caspienne, tout en donnant à 
cette mer une fausse extension de TE. à rO. ; une partie 
de TAsie centrale est désignée sous le nom de Sérique, 
et l'Inde an delà du Gange assez bien décrite Jusqu'au 
Grand Golfe ( de Martaban }. Mais, à côté de ces mérites, 
on renoontre l'hypothèse étrange d'une terre continue 
allant de la c6te de l'Inde à celle de l'Afrique, et faisant 
de la mer des Indes une immense Caspienne, hypothèse 
qui s'est perpétuée pendant une partie du moyen âge, et 
a longtemps lait croire aux Européens qu'il éuit impos- 
sible d'arriver aux Indes en contournant l'Afrique. 11 ne 
fallait rien moins que l'expédition de Vasco de Gama 
pour détruire cette erreur. Dans ses cartes, Ptoiémée 
sobstîtiia aux nrojecdons d'Ératosthène et d'Hipparque 
la frqjêeUon âdimydcfidê (c-à-d. ayant la forme dHm 
manteau), projection par développement conique modi- 
fiée, et qui se rapproche beaucoup de celle que nous ap- 
pelons axjourd'hni projection de Flamsteed corrigée. Les 
parallèlee y sont paiement formés d'arcs de cercle con- 
centriques et équidistants, et les méridiens conservent 
leur espacement réel sur tous les parallèles. Ptoiémée 
donne, an dernier livre de sa Géographie, la description 
des 26 cartes (10 d'Europe, 4 d'Afrique, 13 d'Asie) qui 
accompagnent son ouvrage dans les manuscrits que nous 
avons conservés de lui ; mais on pense oue ces cartes 
sont, pour le dessin, l'osuvre d'un artiste Alexandrin du 
IV* siècle, Agathodœmon, qui les construisit d'après les 
calculs de Ptoiémée, et qu^elles ont été plus ou moins 
fidèlement reproduites par les copistes du moyen âge. 
Les latitudes et les longitudes de Ptoiémée sont loin 
d'être toijours exactes, et, par suite, ses cartes nous 
étonnent par la configuration souvent bizarre des pays 
qu'elles r^résentent : alnd, ses longitudes renferment 
principalement des erreurs énormes vers l'Orient, où il 
donne à la Méditerranée une étendue de 20 degrés de 
plus qu'elle n'en peut avoir, erreur qui a persisté )us- 
qu'anx cartes de Delisle au commencement du xvm" siècle. 
11 recule les bouches du Gange de plus de 46 degrés au 
delà de leur véritable position; mais c'est par cette hy- 
pothèse de l'extension exagérée de l'Asie vers l'Orient et 
du peu de distance auquel elle devait se trouver de l'Es- 
pagne par l'Ouest, que Colomb a été amené à chercher - 
vers rOcddent la route des Indes, et a découvert un 
Nouveau Monde qu'il prit pour une partie de l'Asie. 
Dans l'occident de la Méditerranée, les latitudes et les 
longitudes de Ptoiémée sont beaucoup plus exactes, et, 
par suite, le dessin de ses cartes, comme leur graduation, 
s'éloigne beaucoup moins du dessin et de la graduation 
modernes. 

Géogra^hiB du Moyen Age, — A partir du v* siècle et 
pendant près de 1,000 ans, les travaux géographiques de 
i'aatiqoité semblent n'avoir pas existé. Les secs abrégés 
d'Agathémère et de Marden d'Héraclée, le poème confus 
de Festos Aviénus, les Notices des provinces ou de l'Em- 
pire, les Dictionnaires géographiques de Vibius Sequester 
et d'EnsèbOt voilà les dernières productions de l'âge ro- 
main. Un moine égyptien du vi* siècle, Cosmas Indico- 
Çleosiès, représente, dans sa Topographie chrétienne, la 
erre comme une vaste surface plane entourée d'une 
mursilie; 11 ne peut comprendre la sph^dté de la Terre, 
et cette opinion lui semble une héréde et un reste de 
paganisme* Le dessin Joint à son ouvrage est la plus an- 
cienne mappemonde du moyen âge. Au vn* siède appar- 
tient une géographie en latin barbare, composée par un 
anonyme appelé le Géographe de Ravenne, et qui ne sert 
presooe qu'à nous (jdre regretter tous les ouvraces an* 
ourd'hui perdus qu'il a consultés. Les cartes de cette 
époque, oeUe de l'abbaye de SMSall an vn* dècle, et la 
mappemonde en argent que possédait Gharlemagne , n'é- 
taient pas sans doute moins barbares que les livres, 
ai l'on en loge par odle qui accompagne un manuscrit 
ée VjlpoeeuypM conservé à la Bibtioâièque royale de 



Turin. Cette mappemonde parait être du jx* dècle i la 
Méditerranée, qui y est représentée par tfn parallélo- 
gramme régulier, s'étend Jusqu'au miheu de la carte, où 
elle est rejointe à angle droit par une masse d'eau sépa- 
rant l'Europe de l'Asie, et se réunissant à l'Océan qui 
entoure la Terre; le Nil y est ausd large que la Méditer- 
ranée, et toutes les lies sont de forme carrée et d'une 
étendue à peu près égde. — Pendant que l'Europe occi- 
dentale était ploneée dans l'ignorance, les Arabes recueil* 
laient l'héritage de la sdence grecque. Au ix* siède , le 
calife Al-Mamoun fit mesurer un degré du méridien dans 
le désert de Syrie, entre Rakka et Palmyre, et traduire 
en arabe la géographie de Ptoiémée. C'est surtout vers le 
centre et l'orient de l'Ade , et vers les côtes orientales 
de l'Afirique que la domination arabe étendit les limites du 
monde connu. La conquête du bassin de i'Indus mit les 
Arabes en rdation avec l'Asie centrale et même avec la 
Chine, où ils se rendaient par deux routes, celle de terre 
qui leur fit connaître le Thibet, le Turkestan diinois et 
la Chine méridionale, et celle de mer qui les mena à Gey- 
lan, à Sumatra et à toutes les lies de la Malaisie. En 
Afrique, ils étendirent leur religion jusqu'à Sofala, et 
colonisèrent Madagascar, qu'ils appelaient Phanbalon. 
De ce mouvement de découvertes naquit une riche litté- 
rature géographique; parmi les géographes Arabes, on 
dte Ma^udi et ibn-Haukal au x* dède, Edrid au xu*. 
Ibn-d - Ooardy , HamdouUah , Aboul- Feda , El - Bakoni 
au xiv% et, au xv*, Léon l'Africain, qui appartient presque 
à la géographie moderne. Mais les cartes de ces géogia- 

{>hes sont inférieures à ce (fue pouvaient faire espérer 
eurs ouvrages. Les plus curieuses sont cdles, au nombre 
de 60, qui accompagnent l'ouvrage d'Edrid, et dont trds 
enrichissent la traduction qu'en a donnée M. Jaubert 
(Paris, 1836). — Les pirateries des Scandinaves firant 
connaître l'Europe septentrionale et même un nouveau 
monde trop tôt oublié. Le roi saxon Alfred le Grand 
nous a conservé les relations de deux Normands, Other 
et WulfÎBtan, qui, dans le ix* siède, explorèrent, lo pre- 
mier les côtes de l'Océan Gladal et de la mer Blanche, 
le second cdles de la Bdtique. D'autres naviguent an 
N.-O., découvrent les lies Féroé en 861, et en 872 lis- 
lande, d'où Erik Rauda s'élance en 982 pour aborder au 
Groenland, bientôt assez peuplé pour être divisé en deux 
cantons et recevoir un évêque. En 1002, Ldf, fils d'Erik, 
et Biôm cinglent au S.-0., découvrent une tle rocheuse 
qu'ils appellent Uelleland, puis une terre basse. Mark" 
land, et un pays couvert de vignes sauvages qui lui m^ 
ritent le nom de Vtniond. Le jour le plus court y ayant 
été observé de 8 heures, on ne peut méconnaître que les 
Scandinaves ont découvert les côtes du Canada actud et 
des États-lkiis jusque vers le 42* degré, et, par consé- 
quent, trouvé rAmérique avant Colomb. Ces contréoi 
inrent révélées à l'Europe par deux Vénitiens, les frères 
Zeni, qui y firent une expiédition en 1381 : la carte oui 
accompagna la relation de leur voyage, imprimée seule» 
ment en 1558, représente assez exactement les côtes do 
Danemark et de Norvège, l'Idande, et d'autres contrées 
dont le nom apparaît pour la première fois dans la carto* 
graphie, la Fnslande (éans doute les Féroè), le Groen- 
land, enfin Estotiland et Drocoo, voisins du Vinland, et 
qui paraissent être Terre-Neuve et la Nouvelle-Éoosoe. 
Mais l'invadon d'une flotte ennemie, en 141 8, détruisit ces 
colonies normandes de l'Amérique, et le monopoledu com- 
merce avec l'Islande et le Groenland que s était arrogé 
la couronne de Norvège enleva à l'Europe la connaisaanee 
de ces découvertes ; il est probable que Colomb, dans soa 
voyage en Islande, en l477, n'en eut aucune connais 
sauce, puisque, au lieu de se diriger vers le N.-0., où 
il eût été certdn de trouver des terres, il dla au Sud 
jusqu'aux Canaries, et de là vers le S.-O., dans les para^ 
îèles de l'Inde, dont il se flattdt de toucher les extréniités» 
— Après les Scandinaves, deux autres peuples firent fsirs 
à la géographie des progrès dont les iniits ne fùreat 
point perdus pour la sdence; ce sont les Italiens et les 
marins de la côte orientale d'Espagne, Catalans et M^|or- 
quins. Les Croisades rapprocheront les Européens des 
Orientaux, et l'invasion dies Mongols, qui, dans le ooo- 
rant du xm* dède, soumirent la plus snuide partie de 
l'Ade et détruisûrent l'empire des Califes, détermina 
les pi^Ms et les rois européens, entre autres S* Louis, à 
envoyer des ambassadeurs à ces ennemis des Musul- 
mans. Delà les voyages de Nicolas Ascelin, de Jean dm 
Plan-Carpin, de Rubruquis (1245-1295], qui firent asB« 
fidèlement connaître la Rusue et l'Ade centrde. Us eoal 
tous surpassés par le Vénitien Marco Polo, qui pareomt 
de 1271 à 1205 toute l'Asie centrde, la Chine qnm 



GËO 



968 



GËO 



appelle Cathay, visite le Japon, qo*il nomme Zipangou, 
■ekninie à Sumatra, et revient par le 8ad de l'Asie et 
TAÂiqae. Sa relation, sans cesse dtée par Colomb, le 
confirma dans la confiance qu'il accordait aux longitudes 
erronées de Ptolémée, et le poussa plus fortement encore 
à chercher la route des Indes par TOcddent. Les Croi- 
ttdes donnèrent encore l'essor aux marines de Venise, 
de Gdnes et de Pise, et firent faire de rapides progrès à 
U cartographie de la Méditerranée. Les neuf cartes ma- 
rines du Génois Visconti, datées de 1318, et conservées à 
la Bibliothèque impériale de Vienne, donnent, avec des 
formes assez justes et des proportions généralement ob- 
servées, la Méditerranée, le Pont-Euxin et l'O. de TEu- 
rope. Le Vénitien Sanuto, proposant, en 1321, une croi- 
sade commerciale pour arracher le commerce des Indes 
au Soudan d'Égjrpte, accompagna son livre ^Sicrsta Pi" 
ddium Crucis) d'une carte qui faisait connaître les pays 
dont il purlait ; elle a été reproduite par Bongars dans ses 
Gesta Ùei per Francos. Ce sont encore des Vénitiens, les 
firères Pidgauli, qui publièrent en 1367 une grande 
mappemonde (anj. à Parme), où les formes sont déjà 
exactes, les détails nombreux et disposés avec sagacité. 
De leur côté, les Bfajorquins avaient inventé, à la fin du 
xm* siècle, les cartes planes, et les Catalans le disputè- 
rent bientôt en hardiesse et en science nautiques aux 
républiques italiennes. Aucune carte de cette épooue n'a 
une plus haute valeur que VAAom Catalan de 1375 (à la 
Bibliothèque impériale de Paris ) ; l'Europe y est Téptê- 
sentée avec détaib, particulièrement dans le S.-0. ; le 
lac Issikoul, dans l'Asie centrale, y est figuré; mais ce 
qui est surtout curieux, c'est la représentation des côtes 
occidentales d'Afrique, où l'on trouve le cap Bojador, les 
Açores, Madère sous le nom analogue d'Isola di Legname 
(lie des forêts), et les Canaries, longtemps avant les 
voyages des Portu^s et de Béthencourt, à <jul l'on attri- 
bue ces découvertes : la gloire en doit revenir aux Mi^or- 
quins et aux Catalans. — Le xv* siècle est une époque 
mémorable dans l'histoire de la séographle. Le Normand 
Béthencourt oooquiert les Canaries pour la couronne de 
Gastille, et, depuis 1415, les Portugids, sous l'impulsion 
de l'infant D. Benri, dépassant les caps et les aiîchipeis 
visités par les Catalans, voient avec surprise, après avoir 
doublé le cap Vert , que la côte d'Afnque, an lieu de 
s'étendre à l'ocddent comme l'ensei^ait Ptolémée, se 
repliait vers l'est. Ce premier démenti donné par l'expé- 
rience aux hypotlièses anciennes fut suivi d'un second, 
quand on eut traversé en 1472 la région équatoriale, que 
les géographes représentaient comme inaccessible à cause 
de la c&aleur. En 148G, Barthélémy Diaz parvint an cap 
des Tourmentes, dont le roi Juan il changea le nom de 
nianvais augiire en celui de cap de Bonn#-Espârance ; 
pen après, les relations de Govilham et de Paiva, envoyés 
anx Indes par l'Afrique et la mer Rouge, firent connaître 
'la forme ae l'Afrique orientale et la possibilité d'arriver 
par mer aux côtes de l'Asie, contrairement à l'hypothèse 
de Ptolémée sur la terre continue s'étendant de la mer 
Ronge au pays des Sines. Enfin Vasco de Gama doubla 
le cap de Bonne-Espérance en 1497, et arriva, l'année 
tnivante, à Calicut. Cétait presque un nouveau monde 
révélé à l'Europe, séparée depuis tant de siècles de l'Asie 
méridionale. &i môme temps l'Espagne marchait sur les 
tnœa du Portugal, et le génie de Colomb révélait véri- 
tablement à l'anden monde un nouveau continent (1402). 
Un si prodigieux mouvement de découvertes devait in- 
floer sur la cartographie. Aussi les globes et les cartes 
du XV* siècle sont-ils bien supérieurs à ceux de l'âge 
précédent; il suffit de citer la mappemonde d'Andréa 
Bianco de 1436 (à laBibliot. St Marc de Venise), celle 
dn Vénitien Fra Mauro de 1450 (Bibliot. de Murano, près 
de Venise), le fameux globe de l'Allemand Martin Be- 
balm, compagnon du Portugais D. Cam, en 1484, globe 
eonstruit en 1492 (anj. à Nuremberg), enfin la prédouse 
mappemonde que Juan de la Cosa, pilote de Christophe 
Colomb dans son 2* voyage, composa en 1500 : die est à 
la Bibliot. royale de Madrid ; mais un fac-similé de 4 do 
ses parties se trouve dans VHutoire de la GéoffraphU du 
Nouiveau ConUnerU d'Al. de Uumboldt, t. V. 

Histoire de la Géographie dans les temps modernes. 
— A la fin du xv* siècle, la route des Indes et celle de 
FAmérique étaient trouvées; Tosuvre des siècles sui^uits 
tôt de compléter ces deux découvertes par la reconnais- 
sanoe de toutes les terres et des océans qui séparaient 
Jaa deux pays. Tous les peuples de l'occident de l'Eu- 
•eptae jetèrent dans cette voie avec une égale ardeur; 
Mis oTest encore anx Portugais et aux Espagnols qu'ap« 
yartient la gloire principale an xvi* siècle. Les sueces* I 



seurs de Vasco de Gama, Alméida, Albaquerque, Juan dt 
Castro, découvrent Madagascar, Geylan (1506), Malacca, 
les lies de la Sonde et les Moluques (1511), fondent Bfacao 
sur les côtes de Chine (1517), pénètrent jusqu'au Japon, 
et fondent un immense empire colonial, absorbé à la fin 
du siècle dans la monarchie espagnole. En Amérique, un 
de leurs marins, Cabrai, avait découvert en 1500 le Bré* 
ail ou Terre de S^*-Croix ; mais sur ce continent la prin« 
dpale gloire rerient aux Espagnols. Après Colomb, qul^ 
dans son 3* voyage (1498), avait longe la côte du conti- 
nent méridional jusqu'à POrénoque, Pinson et Vespuoe 
s'étaient avancés au Midi jusqu'au delà de l'Equateur 
(1490-4500), et Diaz de Solis Jusqu'à l'embouchure du 
Rio de la Plata (1516). Mais déjà le grand isthme central 
avait été traversé, et le Grand Océan aperçu et touché 
par Balboa (1513). De là l'entreprise hardie d'un Portu- 
gais au service de l'Espagne, Magellan, qui, cherdiant 
au sud du continent nouveau un passage eno^ les deox 
océans, traverse en 1520 le détroit qui porte son nom, 
franchit le vaste océan auquel il donna le nom de Paci- 
fique, et découvre les archipels des Mariannes et des Phi- 
lippines, où il est tué. Cano, son successeur, arrive par 
U route de l'ouest aux Moluques, que les Portugais 
avaient atteintes par l'orient, rerient en Espagne par le 
cap de Bonne-Espérance, démontrant ainsi la sphéricité 
de la Terre enseignée par Pvthagore et Ariatote, et ayant 
accompli le premier, en 1,124 jours, le tour du monde. 
Bientôt la conquête du Mexique par Gortez, du Pérou par 
Pizarre, du Chili par Almagro et Valdivia (1510-41), l'ex- 

Iiloration du fleuve des Amazones par Orellana (1541), de 
a Plata par Mendoza, U reconnaissance des côtes de 
la Californie par Ulloa (1539-40) et par Cabrillo (1542), 
donnent à l'Espaene les vastes contrées situées entre 
l'équateor et le 44r de latitude nord et sud. — Cet im- 
mense empire, dont Philippe n avait voulu presgue in- 
terdire l'entrée aux autres peuples européens, est forcé et 
démembré an xvn* siècle par les trois grands ennemis de 
l'Espagne, la France, l'Angleterre et la Hollande, qui se 
disputent la souveraineté des mers abandonnée par l'Es- 
pagne en décadence. Déjà, dès le xvi* siècle, par l'ordre 
de François I*', Verazzani en 1524, Jacq. Cartier en 1534, 
avaient révélé à l'Europe l'ancien Vinland des Scandi- 
naves, et remonté le S^-Laurent ; au xvu*,Champlain par 
la colonisation du Canada (1606-8), Cavalier de La Salle 
par l'exploration du bassin du Mississipi, qu'il appelle 
Louisiane (1670-82;, semblent Justifier le nom présomp- 
tueux de nouvelle-France donné à presque toute l'Amé- 
rique septentrionale. 

Les Anglais et les Hollandais nariguent intrépidement 
vers le pôle nord, cherchant de ce côté le détroit entre 
l'Atlantique et le Pacifique, que Magellan avait trouvé 
dans l'hémisphère opposé. Ainsi, dès 1553, l'Anglais 
Willoughby, renouvelant la navigation du Scandinave 
Otber, double le cap Nord, et parrient au port russe 
d'Arkhangel au fond de la mer Blanche. En 1596-7, les 
Hollandais Barentz et Hemskerk pénètrent jusqu'au nord 
de la Sibérie, hivernent à la Nouvelle-Zemble et au Spitz- 
berg, par 80* de latitude nord. Repousses au nord-est^ 
les marins anglais cherchent vers le nord-ouest ce pas- 
sage que leurs successeurs ont trouvé seulement de nos 
jours. Hudson découvre le détroit et la mer qui portent 
son nom, et meurt abandonné par son équipage (1610^, 
et Baffin s'avance inutilement jusqu'à plus de 70* vers le 
pôle nord. Mais c*est principalement aux Hollandais 
qu'appartient, au xvii* siècle, la plohre des grandes dé- 
couvertes maritimes et des plus importantea conquêtes 
coloniales. Lemaire et Schouten découvrent au sud de la 
Terre du Feu le cap Hom (1616), route plus abrégée que 
le détroit de Magellan, sinon plus sôre, pour pénéâw 
dans le Pacifique. Ils forcent l'entrée de ce mystârienx 
empire colonial que la jalousie espagnole avait voulu dé- 
robor à la convoitise de ses rivaux. Les Hollandais, y 
pénétrant d'un autre côté par la route du cap de Bonne- 
Espérance, s'emparent des lies de la Sonde, des Moluques, 
fondent Bataria (1618), et, jusqu'en 1644, ]& Papouasie, 
les côtes de la |;rande terre appelée bientôt Nouvelle- 
Hollande, déjà visitées par les Portugais et les Espagnols 
de 1511 à 1540, sont explorées par Dirck Nardighs, Car- 
penter, Nnytz, et surtout Tasman, qui, s'Avançant le plus 
loin de tous vers le sud et l'est, découvre la Terre de 
Van-Diémen et la Nouvelle-Zélande (1642). Mais par suite 
do la forme défectueuse donnée dana les cartes hoUan- 




xviii* siècle et aux navigateurs anglais et français, Car* 



CfiO 



969 



GÉO 



MM, Gook, BoagaîiiTllIe et La Peyrouse, qu'appartient 
la gloire d'ayoir véritablement fait connaître la cinquième 
partie du monde. Pendant oos deux aiècles, la géographie 
politique et la géographie mathématique marchent d* un 
pai qsal à ce rapide mouvement de découvertes. Les 
principaux recueils sont : le Théâtre de l'Univert d'Or- 
teihis (1570), VAtlas de Hercator (1595), auquel on doit 
la projection plaie corrigée qui porte son nom, V Atlas 
Mmor et VAtlas Major de Hondius, qui commence à ré- 
duire les dimensions exagérées données par Ptolémée à 
TAsie orientale, les Cartes t^ographiques des Blaeu, 
desSanson, des Duval, des Jaillot, les Essais de géogra» 
phi0 eomjHsrée d*Adrien de Valois et de Quverius, enfin 
le Globe et les Cartes de G. Delisle, qui, s*éclatrant 
des découvertes astronomiques du premier Cassini, ré- 
forma toute la géographie mathématique, et corrigea les 
erreurs persistantes dans les dimensions de TAsie et de 
la Méditerranée orientale. 

Au xviu* siècle, c'est vers la géographie du Nord-Est 
4e TAsie, du Nord-Ouest de VAménque et de TOcéanie 
centrale que se ]>ortèrent les efforts des marines russe, 
anglaiae et française. Les Russes, maîtres de la Sibérie 
oeddeotale depuis la fin du xvi« siècle, s'étaient avancés 
Jusqn*au fleuve Amour et à l'océan Pacifique à la fin du 
XTi^ ; mais rien n'était plus confus^ même dans les cartes 
de Delisle, que les contrées limitrophes du Japon et des 
extrémités septentrionales des deux continents. Ce furent 
deux Danois au service de la Russie, Spangenberg et 
Behring, qui reconnurent les lies Kouriles, la mer et le 
détroit de Behring, les lies Aléoutiennes, la presqu'île 
d*AlB8chka, et les rivages de l'Amérique Jusqu'au mont 
S*-Élie. Mais les contours de ces pavs ne furent parfaite- 
ment déterminés que par Cook et La Peyrouse ; le pre- 
mier, dans son 3* voyaîge, parcourut toute la côte améri- 
caine depuis 111e de Sitkha jusqu'au cap Glacé, par 70* 
bL nord; le second découvrit le détroit qui porte son 
nom entre les lies lézo et Tairakal, et la Manche de Tar- 
tarie, entre Tarrakai et le continent (1787). Un an aupa- 
ravant, La Peyrouse avait également parcouru la côte de 
FAmérique du Nord, au sud du S'-Élie, risitée après lui 
par Dixon (1787), Vancouver (170S-94), Brougnton et 
Gray, qui explorèrent la Colombia ou (hr^n (1792). On 
•iierchait déjà à relier ces découvertes, par des explora- 
tions sur terre, aux colonies anglaises de la Nouvelle- 
Bretagne. De là les voyages d'Hearne (1771) aux bords de 
la Coppermine, et de Mackensie (1789-93) sur le fleuve 
qui porte son nom. Dans TOcéanie, Dampier découvrit 
tai Nouvelle-Bretagne (1704), Wallis le sud de l'archipel 
vaoL et Otahiti déjà entrevu par Quiros en 1606, 
i la Nouvelle-Irlande (1707); Bougainville (1708), 
avoir touché à Otahiti, découvrit l'archipel diss Na- 
nrs et celui de la Louisiade; Cook, dans trois 
voyi^ges (1769-70), s'avança jusqu'aux banquises du 
> antarctioue, découvrit le détroit qui porte son nom 
les lies oe la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Call- 
explora la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, 
les lloQvelles- Hébrides, appelées lies du S^- Esprit par 
Qnim (1606) et Grandes -Gyclades jjieT Bougainville 
(1768), enfin découvrit l'archipel Sandwich, où il trouva 
la mort. La Peyrouse, après son expédition en Amérique 
et en Asie, parcourut aussi la plus grande partie de cet 
areliipel, et périt à Vanikoro (1788). D'Entrecasteaux, 
envoyé vainement à sa recherdie, explora mieux qu'on 
ne Pavait fait jusqu'alors la Papouasie et les lies vol- 
aines. — Ce siècle fut aussi très-fécond pour la géogra- 
phie mathématique et politioue, par suite du grand dé- 
Téteppenaent des sdences mathématiques et économiques. 
Les vo y ages de Maupertuis au cercle polaire et de La Ëon- 
damineà l'Equateur (1736), pour mesurer des arcs du 
méridien, commencèrent à faire connaître la forme vé- 
ritable et les dimensions exactes de la terre s Cassini de 
Tliury entreprit et Jacques-Dom. Cassini acheva la grande 
carte de France en 183 feuilles, modèle de tous les travaux 
de œ genre exécutés depuis par les gouvernements. D' An- 
ville perfectionna les xnéthodes de iSelisle, devina souvent 
par la foite de son esprit ce que les observations et les 
voyages ne démontrèrent que longtemps après, et ne pu- 
blia pu moins de 311 cartes et de 78 Hémoires plans 
d'émditioa êot tous les si^ets de géosraphle ancienne, 
da ffloyen Ige et moderne. Gossellin édain beaucoup de 
pofiits otoeors de la géographie mathématique des An- 
dèna, et enrfebit de cartes savantes la traduction de 
Staboo* Non moins Importants sont les travaux et les 
cartes de ilennell aar la géographie d'Hérodote, celle de 
flaàoasÈen et lee courants de la mer. La statistique fut 
oééa mr Èe ^ëograp^ allemand Btlaching, et la déve- 



loppement de cette science produisit un grand nombre 
de cartes détaillées dans tous les États de l'Europe : la 
carte de Belgique par Ferrari en 25 feuilles, en Alle- 
magne celles de Homann et de Sotsmann , de Cary en 
Angleterre, de Rizzi-Zannoni en Italie, de Buache, de» 
deux Robert de Yaugondy et de Bonne en France. 

Les guerres de la Révolution et de l'Empire interrom- 
pirent pour 25 ans les grands voyages de découvertes. 
On ne cite guère pendant cette période que quelques 
voyages scientifiques dans des contrées déjà explorées, et 
un grand développement de la cartographie militaire. 
Parmi les premiers, on remarque le grand voyage d'Al. 
de Humboldt et de Bonpland dans l'Amérique espagnole 
M799^804), ceux de Flindera et de Baudin sur les côtes 
méridionales et ocddentales de la Nouvelle- Hollande 
(1801-3); parmi les cartes de cette époque, VAtlas nch 
tùmai, en 85 feuilles, de Gianlaire ; les cartes de Hen- 
telle; la belle carte d'Italie de Bâcler d'Albe pour les 
campagnes de Bonaparte, en 30 feuilles ; celles d'Éjgypte 
et de Syrie, dont Jacotin enrichit la Grande description 
de VEgypte due aux savants qui avaient accompagné 
l'expédition française. — Avec la paix générale recom- 
mencèrent les grands voyages de découvertes, qui, pour- 
suiris jusqu'à nos jonra, ont eu pour principaux objets 
les deux pôles et le centre des deux continents d'Afrique 
et d'Océanie. Le pôle nord fût attaqué le premier, dans 
l'espoir de découvrir le fameux passage nord-ouest, oublié 
depuis Hudson et Baffin ; les Anglais eurent presque seuls 
l'honnear de ces découvertes. John Ross (1818 et 1829) 
découvrit les Highlands arctiques sur la côte occidentale 
du Grotoland, et la terre Boothia, la plus septentrionale 
du continent américain. Parry, dans quatre voyages suo- 
cessib (1819, 1821, 1824, 1827), franchit le détroit dei 
Lancastre où s'était arrêté Ross, découvre ceux de Bar- 
row et de |lelrille, l'immense archipel Parry, et, plus aw 
sud, le détroit de Fury et Hekia, l'Ile Cockbum et la» 
presqu'île Helville; puis, s'élevant directement ven le 
pôle an nord du Spitibeif;, 11 parvient jusqu'à 82° 45' de 
latitude. Ces grands résultats ne furent égalés que dans 
les voyages de Franklin en 1818 au N.-O. du Spitzberg 
jttsau'à 80° 34' de latitude; dans ses expéditions par terre 
(1819, 1835), où il reconnut Ih plus grande partie de la 
côte du continent, alon totalement inconnue, à TE. et 
à rO. des fleuves Coppermine et Mackensie; enfin dans 
son 4" voyage (1845), où il périt en 1847, mais après 
avoir, comme on le sut seulement en 1859, exploré l'ar- 
chipel Parry et atteint presque ven le sud le point où il 
était parvenu dans ses précédents voyages par terre. 
Dix-huit expéditions entreprises pour retrouver ses traces 
ont étendu conshlérablement le domaine de la géogra- 
phie. Enfin, en 1853, Hac-CIure, venant par les détroits 
de Behring, de Banks et de Melrille, et Inglefleld par 
ceux de Davis, de Lancastre et de Barrow, ont résolu le 
problème du passage Nord-Ouest. En môme temps l'Amé- 
ricain Kane, naviguant directement au nord de lis baie de 
Baffin, franchit le détroit de Smith , le canal Kennedy, 
et, pénétrant jusqu'au 82*, découvrit une mer libre de 

? laces qui seniole ouvrir le chemin ven le pôle arctique 
1853-1855 )• — Les découvertes furent moins considé- 
rables ven le pôle austral. Au sud de l'Amérique, les 
marines anglaise, française et russe rivalisèrent d'ardeur» 
Smith (1819), Powell (1821) etBisooé (1832) découvrirent 
les Shetland, les Orcades du sud et la terre de Graham f 
DumontHd*Drrille, les terres Louis-Philippe et Joinville 
(1838); Bellinghausen, les Iles Alexandre l*' et Pierre I*'. 
Au sud de rAustraliê, Dumont-d'Urville signala les côtes 
Clarie et Adélie (1840); mais l'expédition la plus mémo- 
rable est celle de James Clarke Ross, neveu de l'explora- 
teur des terres arctiques, qui, franchissant enfin le cercle 
polaire austral, trouva une mer libre de banquises, dé-> 
couvrit la terre Victoria, et releva une immense étendue 
de côtes du 10^ au 78* de latitude, où la découverte des 
volcans-glacien Erebus et Terror signala dignement le 
terme de ses travaux et la limite actuelle du monde an- 
tarctique. — L'Afrique, presque oubliée jusqu'à la fin do 
xvm* siècle, a été, depuis cette époque, le théâtre de 
nombreuses explorations. Le voyage de Bruce (17G9-73), 
qui découvrit les sources du Nil Bleu, et surtout la fon- 
oation, en Angleterre, de l'Association africaine en 1788, 
ramenèrent l'attention sur cette partie du monde. Les 
explorations furent glorieusement inaugurées par le double 
voyage de Hungo-Park (1795, 1803), qui découvrit le 
ooon supérieur et moyen du Niger. Il fut snlri par 
Denham et Clapperton, qui trouvent le lac Tchad M8Û)| 
les Maee Lander, qui explorent les bouches du Niger i 
Gaillié, le premier voyageur qui revint de Tomboudo» 



GÉO 



970 



GÊO 



(4828-30} ; Becroft et Laird., qai explorèrent le grand 
iffluent au Nig^, la Tchadda ou Benouè, pendant que 
de Tripoli partait, en 1850, la grande expédition de Ri- 
chardson, Overweg, Barth et Vogel, qui explorèrent toat 
le pays entre la Méditerranée et la Tchadda, entre Tom- 
bonctoa et le Ouaday. A Test, des expéditions mémorables, 
mais jusqu'à présent inrructoeuses, étaient tentées pour 
trouTer les sources du Nil. MéhéîaietrAli, envoya deux 
expéditions (1839-1841 ), qui, commandées par BL d'Ar- 
naud, remontèrent le Nil Blanc jusqu'à 4*42' latitude 
nord; le missionnaire allemand Knoblecher poursuivit 
ces recherches jusqu'à 4<* 0', Brun-Pollet jusqu'à 3^ Anj;. 
Vineo jusqu'à 2*; et aujourd'hui de nouveaux voyageurs, 
ritidien liiani, le Français Lejean et l'Allemand Hen^lin 
continuent ces recherches. A ces découvertes se relient 
celles qui sont entreprises à Test de l'Afrique par les 
missionnaires et les officiers anglais partis de Mombaxa. 
Parmi les premiers, Krapf et Rebmann découvrirent en 
1849 les glaciers- volcans Kenia et Kiliman4iaio , et 
Erhardt recueillit de précieux renseignements sur l'exis- 
tence de grands lacs intérieurs, iqwrçus enfin en 1857 
par Speke et Burton, et appelés par eux Ui^Ji et Ukérévé. 
En même temps, au S. de l'Aftique. le missionnaire an- 
ghûs liringstone, après avoir, en 1849, découvert le lac 
Ngami et les rivières qu'il reçoit, explora tout le cours 
du Zambèie, et, le premier des Européens, traversa toute 
l'Afrioue australe, de l'embouAhure de ce fleuve à 8^ 
Paul de Loanda sur la côte occidentale. Andersen, Gai- 
ton, Ladislas Magyar, ont poursuiri ces exploration!, et 
il n'y a plus aulourd*htti que le centre de l'Afrique, des 
•deux cotés de rÊquateur, qui se dérobe encore à notre 
curiosité. — La dernière découverte parmi les cinq par- 
ties du monde, l'Australie, a été aussi la dernière explo- 
rée, et, jusqu'en 1815, on ne connaissait que la ligne des 
«ôtes situées entre le Pacifique et les Hontagnes-Blenes. 
En 1815, Macquarie rranchlt ces montagnes et découvrit 
le fleuve qui porte son nom ; Oxley explora le Laehian 
(1817 ) ; Sturt, le Darling et le Hurrumbridge (1829-30). 
Au nord du continent, Mitchell et Leichards recon- 
nurent la côte et l'intérieur entre Sidney et le golfe de 
Carpentarie. Les frères Grégoiy, déjà connus par leurs 
«xploratioiis dans l'ouest, remontèrent la rivière Victoria, 
découvrirent la chaîne de partage entre les eaux de la 
côte et celles de l'intérieur (1855\ et, l'année suivante, 
traversèrent tout le nord pour arriver à Brisbane, sur la 
côte orientale. Au midi, Eyre découvrit, en 1842, le vaste 
lac Torrens. Sturt en 1844^ Babban en 1856, Grégory en 
1858, Mac-Dougal Stuart en 1800, parvinrent presque 
Jusqu'au centre du continent, mais sans pouvoir encore, 
en partant du sud, arriver jusqu'à la côte septentrionale. 
Dans des voyages maritimes ou terrestres, sans ftdre 
de découvertes nouvelles, on a recueilli d'innombrables 
•bservations sur tous les points de la géographie mathé- 
matique, physique et politique, et sur les sciences qui 
s'y rattachent, météorologie, histoire naturelle, ethno- 
graphie, linguistique. Parmi les premiers, nous dterohs 
•ceux de Frmrcinei, en 1817 ; de Duperrey, sur la Co- 
«uti/tf, en 1822; de Dumont-d'Urville, sur V Astrolabe, 
en 1820; de Wrangell et LQtke, qui explorèrent les côtes 
de la Sibérie et de la Nouvelle-Zemble (1820-23) ; de 
La Place, sur la Fawritë (1830) et l'ArUmisê (1837) ; de 
Dupetit-Thouars, sur la Vénus (1837-30); enfin de la 
frégate autrichienne Novara en 1857. Parmi les seconds, 
•on distingue ceux de Léopold de Buch dans la Scandi- 
iiavie, d'Al. de Humboldt dans la Sibérie occidentale 
(1829), de Gastren dans l'Altaï, de Middendorf (1844-55), 
•de Mourawiew (1854), de Maak sur l'Amour, de Khani- 
kow dans la région de F Aral, et plus récemment (1858) 
dans le Khorassan ; de Texier et de Tchihatchew dans 
l'Asie-Hlneure; de Laborde, Lepsius, Berton, Lynch, de 
'Saulcy, Tobler dans la Syrie, la Palestine et l'Arabie; de^ 
Botta, Fresnel, Layard, Rawlinson, Oppert dans l'an- 
> donne Mésopotamie, la Babylonie et la Perse; de Jacqu»- 
mont (1828-30), Everest, Hooker et des frères Schlagint- 
welt dans l'Hlndoustan. Dans l'Amérique du Nord, les 
explorations de Lewis et Clarke sur le cours supérieur 
de rorégon (1804), de Pike (1805) et Long (181(^ entre 
le Missiasipi et les montagnes Rocheuses, de Frémont 
entre ces montagnes et la Californie (1842-45); dans 
l'Amérique du Sud, les voyages d'Alcide d'Orbigny (1826), 
Aug. de Saint-Hilaire, Gastelnau, Pentland et Bowring; 
"Ceox de Squier, de Hellert et de GareUa dans l'Amérioue 
centrale, a Toocasion des projets de communication in- 
terocéanique. — A tous ces éléments de connaissance 
-Tiennent se Joindre les relevés de terrains ou de côtes 
•entrepris par les gouremeoieati pour les besoins de l*ad- 



ministration ou de la défense, et publiés par les états- 
m^ors des armées et les hydrographes de la marine. 
Tels sont, en France, les Dépôts de la marine et de la 
guerre; en Angleterre, les cartes de l'Amirauté; en AU^ 
magne, les publications des états- majors autrichiens, 
prussiens, bavarois, etc. ; les Dépôts topographiques de 
Naples et de S'-Pétersbourg; la Direction hydrographique 
de Madrid; TÉtat-Mi^or général hollandais; le Dépôt de 
la marine à Copenhague; le Bureau topographique fé- 
déral de Suisse; VHyirophical office des Etats- unis et 
les belles cartes de F. Biaury. Parmi les grandes opéra- 
tions géodésiques, il faut citer la mesure de l'arc de 
cercle entre Dunkerque et Fermentera, commencée sous 
le l*' Empire par les savants français Delambm., Mé- 
cbain, Biot et Arago ; celui de l'Hindoustan, entre THy- 
malaya et le cap Comorin, par le colonel Everest, et celui 
que les savants russes Struve et Woldstett ont récem- 
ment mesuré du om Nord aux bouches du Danube. — 
Tous ces travaux et les innombrables productions de sta- 
tistique faites par les gouvernements ou les particuliers, 
l'enseignement si fécond, en Allemagne, du célèbre Rit- 
ter, ont fait aujourd'hui de la géographie, naguère encore 
simple annexe de l'histoire, une sdence particulière. 
L'Allemagne et l'Angleterre marchent actueUement à la 
tète des nations européennes dans les sciences géogra- 
phiques, encore peu r^Muidues et peu goûtées en France, 
bien que notre pays ait fondé la premiâre Société géogra- 
phique à Paris en 1821 : depuis se sont établies celles 
de Beriin en 1827, de Londres en 1830, de Bombay en 
1831 , de Fhmcfort-sur-le-Mein en 1830, de Darmstadt 
et de S^Pétersbourg en 1845, de New-York en 1851, de 
Vienne et de (Senève en 1858. Toutes ces aodétés pu- 
blient des Bulletins et des Mémoires. Il faut y ajouter 
trois établissements particuliers importants : l'institut 
géographique de Weimar, VÊtablissemmt géographique 
de Vander^Moêlen à Bruxelles, et celui de Perthes à Go- 
tha, qui publie un important recueil, les MUthêiluttgênf 
dirigé par Petermann. Non moins important est le re- 
cueil des Annales des Voyages, fondé à Paris en 1808 par 
Malte-Brun, et continué aujourd'hui par son fils. C. P. 

GEOLE, logement des gardiens de prison, et autrefois, 
par extension, la prison même. Jadis le geôlier, chargé 
de la garde des prisonniers, percevait sur eux un geôlage 
{ V, ce mot dans notre Oicitotmatr» de Biographie et 
d^Histoire)» Depuis la Révolution, on a établi un traite- 
ment fixe pour tous les employés de l'administration det 
prisons, mais le geôlier perçoit encore des bénéfices dans 
les fournitures qu'il est autorisé à fi^re aux prisonniers. 

GÉOPONIQUES (du çrec ghè, terre, et ponos, travail), 
nom donné par les anciens Grecs à la sdence de Tagri- 
culture. Cest aussi le titre d'un recueil d'écrits en 
langue grecque, relatifs à cette sdence, recueil formé an 
IV* siècle par (^assianus Bassus. La meilleure édition 
srecque-laane est celle de Leipzig, 1781, 4 vol. in-4o ; les 
uéoponiques ont été trad. en français par Pierre de Nar- 
bonne, 1545-50, in-12. 

GÊORAMA (du erec gè, terre, orama, spectade), spec- 
tacle imaginé en 1823 par Ddanglard. Le spectateur se 
pla^t au centre d'une sphère de plus de 30 met. de cir- 
coniérence, en toile vernissée, sur laquelle on avait figuré 
toutes les terres du globe; il pouvait ainsi tout embrasser 
d'un seul coup d'onl, tandis qu'avec de grands glob^ 
vus extérieurement, on n'aperçoit à la fols qu'une petite 
portion de la terre. Un nouveau (xéorama fut ouvert en 
1844 par Ch.-Aug. Guérin aux Champs-Elysées, à Paris. 
— On donne aussi le nom de Géorama à une représen- 
tation en relief, sur une échelle plus ou moins grande, 
de l'ensemble ou d'une psrtle de la terre. 

GEORGES-DB-BOCHÉRVILLE (Église de Sararw). 
Cette église, bfttie pour un collège de chanoines par Raoul 
de Tancanrille, chambellan du duc de Normandie, Guil- 
laume le Bâtard, entre les années 1050 et 1000, et érigée 
en abbaye en 1114, s'élève sur le côté ocddental d'une 
haute colline, à 8 kll. S.-O. de Rouen. C'est un monu- 
ment roman, que l'achèvement de la construction, l'unité 
du style et le développement du plan rendent un des 
plus complets qui existent. La fa^e occidentale offine 
une porte à arcade pldn dntre, dont les voussoirs sont 
décorés de zigzags, de bâtons rompus, de dents de ade, 
de pointes de diamant, etc., et surmontée de deux rangs 
de trois arcades, le tout couronné par un haut pignon 
sans ornements. Elle est circonscrite par deux tourellee 
carrées, qui portent à leur sommet des campaniles dans 
le style du zm* siècle, et accotées d'ailes basses et étroitea 
correspondant aux bas côtés de l'édifice. L'église a , qq 
effet, trois ne&t terminées cJiaeune par une abside drcn- 



6É0 



971 



GÉR 



Un. A nntenection des traniepts s'élève une lanterne, 
fonnaat mi dehors on étage carré de 11 met de côté et 
de4 met. de hauteur pour les cloches : cet étage est 
eoilTé d'une flèche en charpente recouverte d'ardoise, 
liinta de fl met., et passant du carré à l'octogone au 
nojrendeooy&ttx sur les diagonales. L'intérieur de l'église 
s's qu'une ornementation fort simple, analogue à celle 
Al portail ; des feuillages et quelques figures se montrent 
lax chapiteaux des piliers, monuments de la sculpture 
du XII* ûède dans sa naïveté barbare. On remarque à 
l'extrémité de chaque transept une sorte de tribune sou- 
tenue par deuiL arâides qui se réunissent sur une même 
colonne massive. — Près du flanc septentrional de l'église 
est une belle salle ciq)itulaire ohlongue, construite à la 
fia da Tin* siècle ou au commencement du xiii* : elle est 
^dairée par de hautes fenêtres en lancette, au-dessous 
desquelles règinent, du côté de l'entrée, trois arcades à 
plein antre. Ce mélange de formes circulaires et de 
tonnes ogivales révèle le style de transition. V. Deville, 
Bs9tti historique nur Véglise et l'abbaye de S^-Georges- 
de-BoehervUU, Rouen, 1827, in-4o, B. 

GÉORGIENNE (langue), une des langues caucasiennes 
(F. os mot), rattachée généralement aux langues indo- 
earopéenne», bien que, selon les Géorgiens, elle en soit, 
par l'ét^mologie, complètement indépendante. Elle tient 
au sanscrit par l'intermédiaire des antiques idiomes de 
la Perse. Legécirgien est riche en flexions grammaticales. 
La déclinabon est la même pour les substantifs, les ad- 
fectifis et les pronoms. Ces mots n'ont qu'un seul genre. 
La langue admet beaucoup de mots dérivés et compo- 
sés; ellB ne connaît point Tusage de l'article. Dans le 
verbe, les personnes ont chacune leur caractéristique 
particidière ; les temps de l'indicatif sont au nombre de 
sept, dont trois passés et trois futurs; certaines parti- 
cues servent à convertir l'indicatif en conditionnel. Le 
sobjonctîf n'existe pas. Le passif se forme par des verbes 
aoxiUsires. Les prépositions sont jointes à la fin du nom 
qu'elles régissent. On distingue dans le géorgien 5 dia- 
lectes, ceux du Karthli, da Kakhéti, d'Imeréthie, de 
ICngrâie et du Gouria ; les Russes lui donnent le nom 
de ffrounen ou grousinien. Un certain nombre de mots 
persans, arméniens et turcs , sont souvent employés à la 
place de leurs synonymes dans cet idiome ; on trouve 
même des mots latins et français, venus pour la plupart 

rla voie de la Russie. La prononciation est rude, à cause 
raocumuladon des consonnes. — Les Géorgiens ont 
deax alphabets : le mUgaire ou mUilaire, dont ils font 
remonter l'usage ]usqu*à Alexandre le Grand, en faisant 
honneur de son introduction à Phamavaz, leur l*' roi; 
et VeedéMiastique, inventé par l'Arménien Mesrob. Ce 
dernier a aujourd'hui une double forme, se composant 
de no^juscules et de minuscules. Les philologues re- 
oaxient l'alphabet vulgaire comme une transformation 
de reodésiastique , et croient qu'il n'a été fixé qu'au 
inr* siècle. 

Les Géorgiens ont une littérature. Selon Tarchiman- 

drite Engénius {Tableau historique de la Géorgie)^ la 

jirosodie est fondée sur les tons ou accents; Brosset 

prétend, an contraire, que le nombre des syllabes, avec 

ta rime finale qui a été empruntée du turc, est la règle 

de la versification. Le j>lus ancien livre ^rgien que Ton 

poosMe est la traduction de la Bible, faite au viii* siècle 

par S^ Enpbémius on Eutiiymius. Un général Roustewel 

a compoeé nn poème que quelques critiques pensent 

aTOÎr &é en partie tiré de sources persanes, L homme 

i ^WÊê peau de tigre, ou Amours de Tarid et de iVe»- 

Daredian, On peut encore citer, parmi les monn- 

its de la littérature géorgienne, un poème héroïque, 

la Tamariani, éloge de la reine Thamar par Tsachru- 
daadsé; deux romans en prose, le Visramiam par Sarg 
de Tluno^wi, et le Dare^anianx par Mosé de Khoni ; le 
Datgyithi€mù recueil de poésies de David Gouramis Chvili; 
les satfres de Beasarion Gabas Chvili ; un recueil d'hymnes 
relipenx et nationaux formé au tvm* siècle par le pa- 
triarche Antoni ; le Code du roi Wakhtang, et la Chro-' 
«asQ«i# qui porte le nom de ce prince. K. Maggi, Syntag- 
wmala tmsn*arum orientalimn qua in Georgiœ regwnibus 
€sidhmtur, Rome, 1643, in-fol. ; Klaproth, Vocabulaire 
I fé org im Êr-fremçais elt français-géorpien, Paris, 1827, in-S*; 
~ '^ Alter, Sur la littérature géorgienne, en allemand, 
1798, in-8«; Brosset, Rscherches sur la poésie 



géorgiÊÊsnê, dans le Journal asiatique d'avril 1830; le 
m^^^ jfémoires relatifs à la langue et à la littérature 
sdbrmffMMf. Paris, 1833; la môme, éléments de la langue 

géomtenme, Pâr^ ip^. i"-»*. 
GBORGIQDfiS (du grec gé^ terre, et ergon^ travail >• 



poème didactique composé par Virgile, à la prière da 
Mécène, son protecteur, entre les année» 717 et lih de 
Rome (36 et 29 av. J.-C.}, dans le but de remettre en 
honneur parmi les Romains l'sgriculture aJt>andonnée 
pendant les guerres civiles, et de les ramener à la sim- 
plicité des mœurs de leurs ancêtres. Ce poème se com- 
pose de quatre chants, dont les s^jets sont : la culture 
de la terre, celle des arbres et de la vigne, le soin des 
troupeaux, et l'élève des abeilles. Des invocations, des 
préceptes sur le sujet spécial de chacun des chants, des 
épisodes destinés à prévenir la monotonie d'une exposi- 
tion continuellement didactique, telle est la marche con- 
stante de Virgile. On lui a reproché le manque d'ordre : 
mais, si la méthode n'est pas complètement rigoureuse, 
elle est suffisamment nette et claire, et on ne peut pas 
exiger d'un poème la même rigueur que d'un traité ré- 
gulier en prose. Virgile n'a pas épuisé tout son sujet; 
mais s'il a omis plus d'un point important, par exemple, 
la culture des ju^ns, c'est volontairement et déterminé 
par son goût de poète, ou bien parce que ces parties de 
l'a^culture étaient étrangères au but qu'il se proposait, 
l'utile, et non l'agréable. — Virgile (n, 175) semble se 
donner comme un imitateur d'Hésiode; cependant le 
poème les OEuvres elles Jours n'a presque rien de com- 
mun avec les Géorgiques que la similitude du genre. 
L'auteur latin a beaucoup moins emprunté aux Grecs 
qu'à Varron et à Caton : son ouvrage n'est pas seulement 
un résumé de la science antique; il contient aussi les 
résultats de sa propre expérience, et il est devenu une 
autorité pour les Anciens, puisque Pline et Colnmelle le 
citent fréquemment. Les (Uorgtques sont un parfait mo- 
dèle de l'art de relever et d'embellir les détails les plus 
communs de la vie rustique : la variété des tons, la ra- 
pidité de la marche, le charme continu du style, tout 
concourt à en faire un poème rempli de beautés supé- 
rieures, plein d'imagination et de goût, production d'un 
génie élevé, qui avait atteint toute sa vigueur et sa matu« 
rite. Virgile a eu des continuateurs ou des imitateurs, 
mais jamais de rivaux. Colnmelle a traité en vers des Jar- 
dins, dans le 10" livre de son Traité De re riÂStica; le 
P. Vanière a donné le Prœdium rusticum, en XVI chants ; 
le P. Rapin, Hortorum libri IV; l'Anglais Thompson, les 
Saisons^ en IV chants, imitées chez nous dans les Soi" 
sons de Saint-Lambert et les Mois de Roucher; Rosset 
a composé V Agriculture^ en IX chants. Les Géorgiques 
ont été traduites en vers français par l'abbé Marolles, 
Segrais, Martin, Le Franc de Pompignan, et enfin De- 
mie, qui les a fait oublier tous et a composé lui-même 
les Trois règnes en VIII chants, les Jardins en IV chants, 
l'Homme des champs en IV chants. Toutes ces œuvres 
complémentaires, toutes ces traductions, ne servent qu'à 
faire sentir plus profondément la désespérante perfection 
de Virgile. V. dans le tome II du Génie de Virgile par 
Malfll&tre, des Réflexions sur les Géorgiques, des ana- 
lyses, de nombreuses traductions et imitations en vers ; 
le Discours préitminaire en tète de la traduction de 
Delille; les Notices historiques, arguments et appré- 
dations littéraires de l'édition de Virgile, par H. Bou- 
chot 1860. F. B. 

GÉRANT (du latin gerere, administrer), celui qui ad- 
ministre les affaires d'autrui, soit d'un particulier, soit 
d*une société civile ou commerciale. Dans les sociétés en 
commandite, lee commandités seuls peuvent être gé- 
rants. Un gérant volontaire est tenu des obligations qui 
résulteraient d'un mandat exprès {Code Napoléon , W' 
ticle 1372). — Les lois du 11 juillet 1828 et du. 9 sep- 
tembre 1835 astreignent les sociétés qui publient un 
journal à avoir un gérant responsable, propriétaire d'une 
part ou action dans ce journal et d'un tiers du caution- 
nement, pour signer la feuille de chaque jour et répondre 
de son contenu. 

GÉRARD DE NEVERS (Roman de). F. Violette (La). 

GÉRARD D£ ROUSSILLON, poème provençal sur lea 
démêlés du duc Gérard avec Charles le Chauve, que 
l'auteur confond avec Charles-Hartel. Gérard, vaincu et 
proscrit, est réduit à errer avec sa femme de forêt en 
Ibrèt, d'ermitaoe en ermitage ; bref, il se fait charbon- 
nier, et la ducnesse devient couturière. Enfin, il obtient 
son pardon, ^pAce aux prières de la reine. Le Gérard du 
roman n'est pas un personnage imaginaire ; il fut réelle 
ment, au ix* siècle, comte de RousaUlon (près de Châtil- 
lon-sur-Seine) et duc de Bourgogne. Élevé dans le palaii 
de Louis le Débonnaire, il fut toujours fidèle à ce prince, 
et reçut de lui le comté de Pans. Mais, ayant suivi le 
parti de Lothaire, il fut dépouillé de ce comté par Charles 
le Chauve. Lothaire, avant de mourir, déaigna Gérard 



GER 



972 



GER 



Sar être le tuteur du roi de Provence, l'un de ses fils. 
I fut taon aue Gérard s'établit à Vienne, d'où il fit plu- 
sieurs expéditions contre les Sarrasins établis dans le 
delta du Rhône. En 863, le royaume de Provence fut 
conquis par Charles le Chauve; alors Gérard se retira 
dans son ch&teau de Roussillon, où il mourut en 878. 
n avait fondé plusieurs abbayes, dont la plus célèbre est 
eelle de Vézelai. Le poSme de Gérard de RoussUlon parait 
avoir été composé au xn* siècle; il existe manuscnt à la 
Bibliothèque nationale de Paris. — Un poSme en langue 
d'oil sur le même sujet a été publié en 1858 par M. Mi- 
(;nard, qui le rapporte à l'année 1316. F. Histoire HUé- 
raire de la France, tome XXII. H. D. 

GÉRARD DE VIÂNE, 2* branche de la chanson de 
Guillaume au court nez. Gérard, fils de Garin de Mont- 
glane, obtient de l'empereur le fief de Vienne; mais, in- 
sulté par la reine, il prend les armes contre son souve- 
rain. Assiégé dans Vienne, il résiste pendant sept ans. 
Cest à ce siège que Roland rencontre Olivier, et est 
fiancé à la nelle Aude. — Cette chanson, imitation du 
roman provençal Gérard de RoussUlon, est attribuée à on 
certain Bertrand, de Bar-sur-Aube. La Bibliothèque na- 
tionale en possède deux manuscrits du xiu* siècle ; le 
Musée Britannique en a également deux du xni* siècle 
et un du xiv*. Une partie de ce roman a été publiée par 
J. Bekkcr à Berlin, 1829, en tête du Fierahrat proven- 
çtd. Le texte complet a été publié par Tarbé, Reims, 
1820, in-8«. V. VËTisL litt. de la France, U XXD. H. D. 

GERMAIN (du laUn germanus)^ se dit des frères et 
des sœurs nés du même père et de la même mère, par 
opposition aux comanguins et aux utérim, V. Cousin. 

GERMAIN -L'AUXERROIS (Église SM, une des plus 
anciennes églises de Paris. Fondée par Ghilpéric sous le 
nom de S^ermam4e~Rond (à cause de sa forme), elle 
fut, lors des invasions des Normands, prise par les pi- 
rates, qui, l'entourant d'un fossé, la changèrent en for- 
teresse, puis y mirent le feu en l'abandonnant. Le roi 
Robert le Pieux la rebâtit en 1010. Il ne reste rien de 
cet ancien édifice. Le grand portail actuel parait dater 
de Philippe le Bel ; le pignon qui le surmonte supporte 
une statue de l'ange du Jugement dernier, exécutée de 
nos Jours par M. Marochetti. Le porche à triple arcade 
qui fait saillie sur ce portail date de 1429. Lorsque les 
rois habitèrent le Louvre, Téglise S^Germain-l'Auxerrois 
fut adoptée comme paroisse de la cour, et subit de no- 
tables changements : les piliers gothiques prirent une 
forme moderne ; on démolit le Jubé qui masquait rentrée 
du chœur, et on le remplaça par la grille de fer poli et 
doré qu'on voit aujourd'hui, et qui est, d'ûlleurs, un bel 
ouvrage de serrurerie; le banc d'œuvre a été sculpté 
d'après les dessins de Perrault et de Lebrun ; c'est peut- 
être le plus remarquable de ceux des églises de Paris. 
En 1831, l'église fut saccagée par une émeute populaire, 
et on la ferma Jusau'en le37 : alors elle fut restaurée, 
sous la direction ae Laàsus, et rendue au culte. Le 
portic^ue fut alors décoré de peintures murales, exécutées 
a la cire, par M. Mettez, à l'instar de beaucoup d'églises 
d'Italie. La pensée était heureuse, mais l'humidité de 
notre climat s'y prêta mal, et ai^ourd'hul ces peintures 
sont déjà un peu passées. On remarque, à l'intérieur, 
une fort belle chapelle de la Vierge, et des peintures à la 
cire exécutées par MM. Amaury Duval, Jean Gigoux et 
Couderc; des vitraux par M. Maréchal (de Metz); dans la 
croisée, un bénitier tnnitaire en marbre, par M. Joufi'roy, 
et surtout les sculptures en bois de la chapelle de la 
Passion. S*-Germain-rAuxerrois est un des plus curieux 
et des plus gracieux monuments religieux du xiv" et du 
zv* siècle. En 1860-61, on a élevé au Nord, à l'aligne- 
ment du porche, et y touchant presque, un élégant cam- 
panile (K. GaiiPAinLB), beaucoup plus élevé que celui 
qui existe au Sud, près du transept, et du haut duquel, 
en 1572, partit le signal du massacre de la S^Barthé- 
lemy. B. 

GERMAIN-DES-PRÊS (Êçlise S*-^, le plus ancien des 
monuments religieux de Pans. Childebert I*' la fonda en 
543, sur l'emplacement d'un temple consacré à Isis, pour 
y placer la tunique de S^^Vincent et une croix qu'il avait 
rapportées de sa campagne au delà des Pyrénées contre 
les Wisigoths, et la dédicace fut faite par l'évêque S* 
Germain en 558. Ce prélat fit bâtir, au midi de l'édifice, 
un oratoire sous rinvocation de S^ymphorien, où plus 
tard lui-même fut inhumé. Dans plusieurs actes des vn* 
et VIII* siècles, l'église est désignée sous le nom de S^-Ger- 
main et S^Vincent. Elle était alors décorée de mosaïques 
d'or, et sa couverture était en métal. En 754, le corps de 
S* Germain, exhumé de l'oratoire, fut déposé dans l'église, 



gui bientôt ne fut plus désignée que sous le seul nom de 
S'-Germain. Ravagée par les Normands en 845, 856 et 861, 
reconstruite par l'abbé Gozlin,puis encore livrée en proie 
aux pirates, elle ne se releva de ses ruines qu'aux xi* et 
xu* siècles, et le pape Alexandre III, qui la consacra ea 
1163, déclara au'elle ne relèverait que du saint-siége. 
L'architecture de l'Oise S^Germain-des-Prés marque 
une époque fort intéressante dans l'histoire de l'art, celle 
où, à côté du plein cintre roman, commence à poindra 
l'ogive. L'édifice est en forme de croix ; l'extrémité orien- 
tale est circulaire, et autour du rond-point rayonneni 
cinq chapelles également circulaires. Les transepts, qui 
sont fort courts, datent du xni* siècle. Les piliers de la 
nef sont carrés, et flanqués, sur chaque face, d'une co* 
lonne engagée; les arcades en plein cintre qui les unis- 
sent sont ornées d'un tore élégant sur Tarête. Sur les 
chapiteaux, d*un travail assez bvbare, on a représenté des 
figures entières, des monstres et des plantes exotiques. 
Cette partie-là est évidemment la plus ancienne. Dans le 
chœur, les fenêtres de la claire-voie sont à ogives; les 
colonnes de la galerie du premier étage sont couronnées 
par un entablement horizontal; les colonnes du rond- 
point supportent des ogives, tandis que les autres arcades 
du chœur présentent des pleins cintres. L'édifice fut ré- 

f)arâ en 1653 : ce fut alors qu'on pratiqua des ailes sur 
es deux côtés, et qu'une voûte remplaça le vieux lam- 
bris qui couvrait les murs. De nos Jours, l'église S*-Ger- 
main-des-Prés a subi une nouvelle et entière restaura- 
tion : M. Flandrin a peint à la dre divers sujets sur les 
murailles du chœur ; les piliers et les voûtes ont reça 
une peinture polychrome, qui rappelle la décoration de 
la S^'^hapelle; la flèche a été reconstruite en entier; 
enfin on a repris en sous-œuvre la tour, que les archéo- 
logues regardent comme un débris de l'édifice élevé du 
temps de Childebert. F. Bouillard, Histoire de Vabbaye 
royale de S^-Germain-des-Prés, Paris, 1724, in-fol. B. 

GERMAIN -EN- LA YE (Chàteau de S^-). En 1124, 
Louis Yl le Gros fit bâtir à S^-Germain un ch&teau fort, 
où ses successeurs séjournèrent fréquemment, et qui fut 
incendié par les Anglais en 1346. Les travaux de reédifi- 
cation furent commencés par ordre de Charles V, en 
1367. François I", non content de les achever, fit élever 
l'édifice d'un étage, et le décora de toutes sortes d'orne- 
ments, tels que chiffres, armes, salamandres, F cou- 
ronnés, et autres fantaisies élégantes dont les artistes de 
la Renaissance étaient prodigues. Comme le château avait 
néanmoins conservé l'aspect d'une forteresse , Henri IV 
voulut avoir une résidence rovale plus moderne, et fit 
construire, à une distance de 130 met. environ, par son 
architecte Marchand, un CliâUau neuf, dans le style de 
la Renaissance. Il était sur le bord de la colline au-dessus 
de la Seine, vers laquelle les Jardins descendaient en 
terrasses soutenues par des maçonneries; et, sous ces 
terrasses, on ménagea des grottes garnies de coquillages 
et de figures automates, ouvrage du mécanicien florentin 
Francini. Louis XIV, qui naquit dans ce château, dépensa 
plus de 6 millions pour l'embellir, puis l'abandonna après 
la construction de Versailles. Quand le roi Jacques II 
vint chercher un refuge en France, Louis XIV le logea au 
vieux chjlteîui de S^ermain. Pendant la Révolution, on 
fit une prison do ce chùteau sombre et triste. Sous le 
1*' Empire, on y installa une école de cavalerie; la Res- 
tauration en fit une caserne de gardes du corps ; après 
1830, on le transforma en pénitencier militaire ; Napo- 
léon III l'a consacré, en 1862, à un musée celtique et 
romain. Le château neuf fut abandonné pendant la mi- 
norité de Louis XIV, et il n'en reste aujourd'hui que 
quelques terrasses et un pavillon improprement appelé 
Pavillon de Henri IV ^ ancienne chapelle transformée en 
restaurant. Le vieux château, de forme pentagonale, est 
de briques et de pierres, et couvre une supeirficie d*un 
hectare 55 ares. Les cinq pros pavillons d'angle, bâtis 
par Mansard,en 1687, ont été remplacés de nos jours. La 
chapelle ogivale, située du côté de la place du Théâtre, 
fut peinte, au temps de Louis XIII, par Vouet et Lesueur . 
Autour du château, François I*^ avait fait planter un jar- 
din, qui fut agrandi sous Louis XIV et dessiné à nou- 
veau par Le Nôtre; les bassins et !es Jets d'eau furent 
comblés en 1750. La terrasse, une des plus magnifiques 
promenades de l'Europe pour l'étendue du parcours et 
du point de vue, fut construite par Le Nôtre en 1676 : 
elle a* près de 2,400 met. de longueur, 35 met. de lar- 
geur, et est soutenue par un mur élevé, avec cordon et 
uiblette de pierre. K. le Supplément. 

GERMAINS (Religion des). V. notre Dictionntnrê d9 
Biographie et d'Risloire, page 1176, col. 1. 



GER 



973 



GES 



GERMANIQUE (Droit). K. Bauavcs (Lois des). 

GERMANIQOES (Langues), mape de langues appar- 
Isnaat à la famille des langues indo-européennes (V. os 
moi), et comprenant le gothique, Tislandais, le suédois, 
te danois, Tanglo-saxon, Panglais, le bas allemand (au- 
quel se rattachent le frison, le hollandais, le flamand), et 
le haut allemand (allemand, souabe ou alémanique, etc.). 
Jacques Grimm leur assigne quatre caractères fondamen- 
tKix : 1* la propriété qu'a la voyelle de s'adoucir en se 
prononçant, pour indiquer une modification dans la si- 
gnifleadon ou remploi du mot; 2* la métathèse, c-à-d. 
h tranaUormatlon a'une consonne en une consonne de la 
mémeclasse, maisqui s'en distingue par une prononciation 
plus forte, on moins forte, ou plus aspirée; 3** Tezistence 
de oonjo^sons forte» et faibles, c-à-d. de conjugaisons 
dans leatraelles la Toyetle radicale change d'après certaines 
lois, et de conjugaisons dans lesquelles elle demeure in- 
variable; A* des déclinaisons faibles pour les substantifs 
et les adjectifs, c-4-d. ôt» déclinaisons dans lesquelles la 
foyelle radicale demeure la même aux diflérents cas, ces 
cas ne se distinguant que par les terminaisons. Des per- 
aratations de leàres s'opèrent non-seulement entre les di- 
rerses formes d'un mdme mot, ou en passant du mot 
.*adical ao mot composé, mais entre les mots des difFé- 
lents «fialectes. Les langues germaniques, très-riches sous 
le rapport du vocabulidre, sont assez pauvres quant aux 
temps des verbes : elles n'avaient originairement que 
deux temps, le présent et le passé, et elles ont dû recou- 
rir à des verba auxiliaires pour exprimer d'autres temps 
dont les progrès de la pensée rendaient la distinction 



GERMANISME, façon de parler propre à la langue alle- 
mande, ou encore empruntée à cette langue et trans- 
portée dans un autre idiome. 

GERMER (Église de S^), à 28 Ulom. O. de Beanvais 
(Oise). Cette église, commencée vers 1030, est un re- 
msrqoable monument du style de transition entre le 
roman et le gothique. Elle a 67 met. de longueur, et 
18 met. de Uu^ur. A l'extérieur, on la dirait entière- 
ment romane : les fenêtres sont à plein cintre, sauf au 
^d, où il y en a quelques-unes en ogive. La façade est 
moderne; les piliers qui paraissent au dehors et ceux de 
U première travée soutenaient ladis deux clochers, qui 
forent minés par les Bourguignons vers 1400. La neî est 
composée de 7 travées à arcades ogivales, séparées par 
des piliers chargés de 5 fllts engagés, non compris les 
etdonnes latérales : au-dessus de ces arcades est un ordre 
tfarcades bouchées, en plein cintre surbaissé, tenant la 
place du triforium, puis un autre ordre de petites fe- 
nêtres carrées bouchées, une galerie étroite portant sur 
une oonriche à consoles, et enfin la claire-voie à 7 fo- 
Bêtrea romanes étroites, inscrites dans des arcs ogives. 
Les voûtes, qui avaient été détruites par la chute des 
clocfaers, ont été rétablies en bois vers 1754. Les tran- 
septs sont, comme la nef, ogivaux au rez-de-chaussée, et 
ro maus dans les ordres supérieurs, sauf Quelques chan- 
gemeats causés par des réparations. Le chosur présente 
7 arcades à archivoltes découpées en rigzag; le triforium 
a des arcades romanes pareilles à celles des transepts, 
sanf les extrêmes latérales qui sont tripartites; la galerie 
à consoles et la daire-voie sont en tout semblables aux 
isêmes parties de la nef ; les voûtes oflOrent pour nervures 
de gros boudins chargés de bâtons croisés, de rubans, de 
feu i lies encadrées, et d'autres ornements d'un effet bi- 
zarre. Les collatéraux sont étroits, bas, d'un aspect lourd, 
à arcades en fer à cheval ; ils sont continués par une ga- 
lerie garnie de chapelles, qui forment autant d'arcs de 
oerde sur l'abside. — Par une allée pratiquée aux dépens 
de Tascade centrale de l'abside, on arrive à une seconde 
^iae, longue de 34 met., large de 9, et éclairée par 
i5 fenêtres, dont 5 à l'abside sont géminées, tandis que 
cbacane des antres embrasse quatre petites ogives réunies 
L groupes. Du côté de l'entrée est une magnifique 
dé 7",22 de diamètre. De superbes vitraux aes 
et \n* siècles représentaient l'histoire de S' Germer. 
mors étalent primitivement peints à fresque; ils 
ont été recouverts de badigeon. Uautel portait un beau 
letableen pierre peinte, chef-d'osuvre de la statuaire de 
Tépoque, oéposé aujourd'hui dans le musée de Cluny 
à Pans. Cette ^Ise, chef-d'œuvre de grftce et de !&• 
gl^reté, dans le style de la meilleure époque ogivale, n'est 
pas sans analogie avec la S*«-Chapelle de Paris. Les fo- 
oêtres sont soimontées extérieurement de frontons, dont 
OD a tnmqné le sommet. Des contre-forts à clochetons, 
«TDÀ d'alcades simulées , s*appuient an comble. Sur le 
cùcë méridional s'dlère ane tourelle hexagone, à arcades 



ogivales simulées, supportant une balustrade à Jour* 
GÉRONDIF, en latin Gertmdittm; forme particulière 
de la conjugaison latine, et oui n'est autre chose que la 
déclinaison de l'infinitif : uns! amandi est le génitif, 
amando le datif et l'ablatif de amare; amemdum en est 
raccusatif employé comme complément direct avec di- 
verses prépositions. Le gérondif se met là où on mettrait 
un nom de radical ou de sens analogue, à un cas expri- 
mant un régime indirect : ainsi tempus scribendi (le 
temps d'écriro) est pour tempus scriptionis, aptus seri" 
benao ou ad tcrioendum (apte à écrire) pour aptus 
fcrtp^tont on ad scriptionem, fessus scribendo (fatigué 
d'écrire) pour fessus scrjptûme. Les poètes nég^gent sou- 
vent l'emploi du gérondif, et le remplacent par l'infinitif: 
cantare peritus, au lieu de cantandu Le gérondif a donné 
naissance aux participes présents des langues néo-latines: 
la preuve en est dans l'emploi tr^videux du gérondif 
endok l'époque de la décadence du latin et surtout après 
les invasions des Barbares. Ce système est toutefois un 
peu contrarié en français par la variabilité qui caractéri- 
sait autrefois notre participe présent quant au genre et 
au nombre. V. Participe. P. 

GÊRONTE (du grec gérân, gérontos , ancien, vlml- 
lard), nom que les anciens auteurs comicpies francs ont 
donné au père, au peraonna^^ grave de leurs pièces. Les 
Gérontes n'eurent d'abord nen de ridicule ; puis on les 
fit durs, avares, entêtés, simples et crédules. Rotrou, dans 
sa comédie de La S<Bur (1647), a introduit un Gérante ve- 
nant de Constantinople, sous If* costume turc Ce person- 
nage a reçu de Molière son caractère véritable, dans le Mé' 
decin malgré lui et les Fourberies de Scapin, 1660-1671 1 
puis, Regnard remploya dans le Joueur, le Retour tm- 
prévu et surtout le Légataire vnioersét, 

GERYAIS (Église Saint-), à Paris. Commencée en 
1212 et dédiée en 1480, cette église de style ogival a un 

f>ortall d'un caractère tout dlfiérent , élevé en 1616 sur 
es plans et sous la direction de Jacques Debrosses. Ce 
portail réunit les trois ordres grecs d^architecture superpo- 
sés ; sa masse imposante, mus lourde et sans grftce, forme 
contraste avec les proportions délicates du gothique. On 
y a placé de nos jours les statues de S^ Genrais et de 
S* Protais, dues au dseau de Préault et de lioyne. L'église 
S*-Gervais a été dépouillée de ses anciennes richesses : le 
musée du Louvre lui a enlevé ses tableaux de Philippe 
de Champagne, de Lesueur, de Sébastien Bourdon; les 
vitraux de Jean Cousin ont presque complètement péri. 
On montre cependant encore un Père étemel , attribué 
au Pérugin, et un tableau sur bois, représentant en neuf 
compartiments neuf scènes de la Passion, et qu'on dit 
être d'Albert Durer. La chapelle de la S^* Vierge a été 
richement peinte et ornementée; on y voit une curieuse 
clef pendante, exécutée par Jacquet au xv* siècle. Préault 
a exécuté pour la chapelle des fonts baptismaux un 
Christ d'un effet saisissant. B. 

GÈSE, arme. F. notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 

GESTÂ ROMÂNORUH, titre d'une collection latine de 
récits généralement apocryphes et empruntés à l'histoire 
des Romains célèbres, formée pour offrir aux moines une 
instruction intéressante, et où l'on faisait des lectures 
dans les réfectoires aux heures des repas. Chaoue cha- 
pitre contient une histoire, qui s'appuie sur rautorité 
d'un écrivain de l'antiquité, et d'ordinaire on ne trouve 
dans cet auteur rien qui s'y rapporte. Les personnages 
historiques sont présentés sous des traits tout autres 
que ceux qu'on leur connaît. Cette collection, où 11 y a de 
la naïveté, une simplicité parfois puérile et un peu de 
mystidsme, est attribuée à un bénédictin du xm* siècle, 
Bertheur, mort prieur de l'abbaye de S^Éloi, à Paris. 
Elle obtint une vogue immense pendant deux siècles i 
les prédicateurs la citaient dans leun sermons; plusieurs 
conteurs italiens et Shakspeare lui-même lui ont fait des 
emprunts. Oubliée depuis la Renaissance, elle a attiré 
l'attention des érudits de nos jours : Douce et Swan Tont 
fait connaître à l'Angleterre; Gresse, qui en a publié une 
traduction allemande avec ample commentaire (Dresde, 
1843), croit, en raison des cermanismes et des angli- 
cismes qui V fourmillent, qirelle est Tosuvre d'un cer- 
tain Elinandus, moine allemand ou anglais. A. Keller a 
donné une édition du texte latin à Tubingne, en 1844. 
H. Brunet en a publié une vieille traduction française, 
qui porte le titre bixarre de Vto^ter des histoires it>- 
maines» B. 

GESTE, nom donné au langage d^action, aux mouve- 
ments du corps, soit naturels, soit artificiels, qui aident à 
traduixi nos sentiments et nos pensées. 11 comprend, par 



GES 



974 



GIL 



«MMéquent, reipression de la physionomie, la poio du 
corps, le» moavements dei bras et des mains. Uart du 
geste est une partie importante de l'action oratoire et du 
feu théâtral (K. ÂcnoH, DaAMATiQoa-Art , Mimique, Pan- 
tovoib). Dans Téloquence de la ciuûre, il eat plus néoea- 
saire qu'ailleurs de modérer, de régler les sestes; le 
P. Sanlecqne, dans on petit poème sur la Déclamation, 
a caractérisé d'une manière assex heureuse les dé&iuts 
aniquels on se laisse trop souvent aller : 

Songeons k ce doeteur dont U toIx péâanteiqae 
Donne un atr de relief k ion air soldatesqne. 
Veut le Toyes, campé comme an gladiateur, 
Le poing toi^oon fermé nargner ton aoditear : 
On dirait, quand 11 veut pousier an syllogieiil^ 
Qa*i] appelle en dael toat le chrietlanitnie ; 
On qae de sa foreur noua prenant pour témoins, 
D Teuille défier le diable k coups de poings.... 
Snrtout n*imitez pas cet homme ridicule 
Dont le bras nonchalant fait toujours le pendoto; 
Au travers de tos doigts ne tous fUtes point Toir, 
Et ne nous prêches pas comme on parle an parloir. 
Clies les nouTeauz aetears e*est un geste à la mode 
Que de nager au bout de chaque période. 
Ches d'aatres apprentis. Ton passe pour galant 
Lorsqu'on écrit en Tatr et qn*on peint en parlant. 
L*nn semble d'une main encenser rassemblée. 
L'antre à ses doigts crochus parait aroir l'onglée; 
Oelni-«i prend plaisir k montrer ses bras nos, 
Gélul-lii flslt semblant de compter ses éeas. 
Id , le bras manchot Jamais ne se déploie; 
Là, les doigts écartés font une patte d*ole. 
Souvent, charmé du sens dont mes diaoonn sont pleins, 
Je m*applandls mot-mème et fais claquer mea mains. 
SouTent Je ne veos pas qoe ma phrase finisse 
▲▼mat qoe, poor signal , Je ne firappe ma cuisse. 
Tantôt, quand mon esprit n'Imagine plus rien, 
J*enfonee mon bonnet qui tenait déjà bien. 
Qnâqnefols, en poussant ane voix de tonnerre, 
Je flûs le timbalier sur les bords de ma chaire. 

La science du geste est très-importante pour ceux qui 
se liTrent aux beiuiz-arts ; caril n*est pas, pour le sculp- 
tenr et le peintre, de moyen d'expression plus puissant 
que le geste. Il n*est pas étonnant que les Anciens aient 
rôprésenté si souvent leurs personnages nus on presque 
nus : en effet, il existe une grande différenee entre la 
force de signification d'une figure drapée et celle d*une 
figure nue, dont tontes les parties mettent en évidence 
tant de signes caractéristiques et correspondante, qui tous 
concourent à Tunité de l'expression. B. 

GESTES (Chansons de), nom donné aux romans de che- 
valerie, où Ton célébrait les actions (en latin mta), les 
exploite des héros. Les Chansons de gestes, mvisées en 
eonplets monorimes, étaient faites pour être chanté», 
comme les rapsodies des anciens Grecs, avec accompa- 
gnement d'instrumente. Fanriel avait émis, à leur si^et, 
plusieurs opinions que H. Paulin Paris a combattues 
avec succès : ainsi , il leur donnait à toutes le nom de 
fomofif caHovingiems, tendis qu'un grand nombre ne se 
rapportent ni à Charlemagne ou à sa famille, ni à ses 
contemporains; il les regardait, non comme des osnvres 
originales, mais comme des imitetions d*épopées proven- 
çales aujourd'hui perdues, ce qui est dénué de preuves 
sérieuses, car il est avéré, d'une part, que Gmxurd ds 
RoussUlon et FUrabrag sont les seuls romans que l'on 
possède en provençal , et , de l'autre, que les manuscrite 
provençaux ne remontent pas an delà du xiv* siècle ou 
tout au plus à la fin du xni* ; il ne croyait pas qu'elles 
fassent antérieures au xii« siècle, oubliant que les Trou- 
vères de ce siècle en citent les héros, que l'on entonna 
une de ces Chansons à la bataille d'Hastinn (1066), et 
qn'à la même époque Robert Guiscard se faisait chanter 
les vers de la Chanson de Guillaume au court ms; 
enfin, psr la raison qu'elles étaient trop longues, il ne 
croyait psa qu'on les eût Jamais chantées, comme si l'on 
n'avait pas récité dans l'antiquité Vlliade et ses 34,000 
vers, non pas chaque fois en entier, mais en prenant 
isolément un récit, ane description de combat, ete. Il 
est aujourd'hui hors de doute que les Chansons de gestes 
ont pris naissance chex les Trouvères, dans le domaine 
de la langue d'oïl. Elles furent vraisemblablement l'am- 
plification des chante guerriers qu'on appelait cantUènes 
dans les siècles antérieurs, et dont on trouve des échan- 
tillons dans le recueil de poésies populaires latines pu- 
blié par H. Edelestend du Méril : c'est ce one permet de 
supposer un fragment d'une épopée intitulée Gomumd H 
Isembard, laquelle est b&tie sur le chant composé en 
mémoire de la victoire de Louis m sur les Normands en 
882. V. Wolf , Sur les poëmes épiquês dês anciens Frai^ 
çoM, en allem.. Vienne, 1838, in-8«; Paulin Paris, les 



Chansons ée çosts, Paris^ 1899, broch. ln-8*; Ch. d'H6- 
ricault, Essa% sur Vorigtne de Vépapée française et sur 
son histoire au moyen âge, Paris, 1860, in-8*. B. 

GHAZ&L. F. Cassidè. 

GHEEZ ou GEUZ. V. ÉTHionsmiBS (Langues)» 

GHIOLOF (Idiome). V. Wolop. 

GHIRIF , sorte de petite flûte chez les Turcs. 

GIRAULT ou GIRBE, arme offensive du moyen àge^ 
massue selon les uns, fronde selon les autres. 

GIRECIÈRE, espèce de sac ou de bourse qu'on portait 
autrefois à la ceinture. Elle se rapprochait de l'aumO^ 
nière. Aujourd'hui c'est la poche on cuir et à filet où les 
chasseurs placent leurs ustensiles de chasse et leur 
gibier, et on U nomme aussi camier ou comosnérs. On 
appelle encore gibecière le sac de toile ou de cuir que les 
escamoteurs portent devant eux à la ceinture, et qui , di- 
visé à rinténeur en plusieurs poches où se placent des 
muscades et des boules de toute grosseur, sert, avec les 
gobelete, à exécuter les tours dite de qibedère, 

GIBERNE. V, ce mot dans notre Ih^kmnaire de Bio^ 
graphie et d'Histoire. 

GIBET, instrument qui sert au supplice de la pendai- 
son. On pense que son nom vient de Tarabe gibet (mon- 
tagne), ^rce qu'on dressait toujours le gibet sur un lieu 
élevé. Gibet est synonyme de potence et de fourches pa- 
tibulaires, 

GIG ou GUIGUE, canot très-léger, long de 7 à 8 met., 
profond d'environ 00 centimètres, à fond plst, les deax 
boute en pointe, et marchant au moyen de 6 avirons et 
d'une voile légère que porte un m&t très-court. 

GIGANTÉJA, c-èrd. Tour des Géants^ édifice construit, 
dit-on, par des Phéniciens dans 111e de Gozzo. Il se com- 
pose de deux temples hypèthres, placés parallèlement l'un 
à côté de l'autre, et composés de cinq absides à peu près 
circulaires, rangîftes autour d'une nef étroite : leur façade 
commune, tournée vers l'orient, est percée de deux 
portes par lesquelles on pénètre dans Tintérieur. Le plus 
considérable des deux temples a 26 met. de longueur, et 
23 met. dans sa plus grande largeur. Les murailles sont 
en blocs de pierre énormes, placés alternativement debout 
et dans le sens de leur longueur; les interstices eont 
remplis de pierres plus petites. Ces constructions ont une 
grande analogie avec celles des Pélasges. 

GIGUE, danse et air dont la«mesure est à six-huit et 
d'un mouvement vif et çai. Les gigues de Corelli ont eu 
beaucoup de succès ; mais airs ei danse sont entièrement 
passés de mode, excepté en Angleterre. Les danseurs de 
corde donnent le nom de gtgue à un de leurs pas. — Les 
anciens auteurs français parlent d'un instrument de mu- 
sique nommé giçue, inventé en Allemagne, où on l'appe- 
lait geige ou getqen. D'une forme analogue à celle d'une 
gigue ou cuisse de chevreuil , il ressemblait à la mando- 
fine moderne : le corps était bombé et à côtes, la table 
percée de deux ouïes, et le manche garni de trois cordes. 
C'est de cet instrument que la danse tira son nom. 

GIL-BLAS, célèbre roman de mosurs, publié en trois 
parties par Lesage (1715, 1724 et 1735). L'action, laiige- 
ment dessinée, commence vers la fin du xvi* siècle, et se 
poursuit pendant la première moitié du xvn* t elle se 
passe en Espagne, mais les personnages n'ont d'espagnol 

Se le nom et le costume, leurs mosurs sont françaises, 
supériorité de l'œuvre consiste moins dans le mérite 
de la conception que dans la vérité fn4)pante des détails 
et l'habileté de la mise de la scène; un esprit vif, enjoué 
et satirique l'anime d'un bont à l'autre ; le s^le est un 
modèle ae correction, d'aisance et de clarté. Gil-Blas, le 
doeteur Sangrado, rarehevèque de Grenade, sont restés 
populaires ; et il s'en faut de beaucoup que tous les per- 
sonnages soient de pure invention : lors de l'apparition 
du ronum , on cmt reconnaître les originaux d'une foule 
de portraite, et l'on publia une def, aujourd'hui perdue. 
Les gecs de théâtre, les médecins et leurs querelles, la 
prostitution des faveurs de l'autorité, les désordres et les 
gaspillages des grandes maisons, les bureaux d'esprit, Le- 
sage avait tout sous les youx, sans avoir besoin de rien 
emprunter à l'Espagne. On lui a reproché à tort d'avoir 
calomnié de parti pris l'humanite : il n'y a en lui rien du 
misanthrope, du moraliste sévère, du satirique acrimo- 
nieux ; il a simplement montré ce qu'il avût vu, sans en 
charger les couleurs, et son ironie est plutôt indulgente 
qu'amère et passionnée. — Du vivant même de Lesage, 
on nia l'originalité de son roman , et l'on prétendit qu'il 
l'avait tiré de l'espagnol. Il en est résulté une controverse 
qui a duré iusqu^à nos Jours. Bruzen de La Hardnière, 
dans son Nouveau Portefeuille historique, poétique et 
littéraire (2« édit., 1757), disait de Lesage à la fin de 



6IR 



975 



GIS 



nelqnosTéfleHoossiirson DiabUboiUuœ: « Coït sa ma- 
nère d'embelUr extrêmement tout ce qu'il emprunte des 
Bapagnols; c'est ainsi qu'il en a usé envers GU-Blas, dont 
lia Hait un chef-d'œuvre inimitable. » Voltaire alla plus 
k^: ne pardonnant pas à Lesage de Tavoîr désigné 
(Uy. X, châp. 4 ) sous le nom du po^ Triaquero ( mot 

ri Teut dire en espagnol charlatan, vendmir a orviétan), 
raccosa, dans son SUcU d» Louis XIV, d'avoir tout 
emprunté à l'ouvrage intitulé la Vida del escudero Don 
Marcot éCObregon. Biais, s'il avait réellement connu cet 
MTrage, publié par Vicente Eq>inel à Madrid en 1618, il 
aanit va que Leôage avait tout au plus arrangé avec tact 
■ne dizaine de passages, et que, malgré cette retouche 
habile, ce n'étaient pas les meilleurs de GU-Blas. L'ac- 
cassâon de plagiat fut renouvelée en 1787 dans un 
livre publié à Madrid sous le nom du P. bla , bien que 
ce savant fût mort depuis 1781 : on y soutient que Lesage 
reçut d'un Andalou, nommé Constantin!, le manuscrit de 
Gâ-Blas, qui n'aurait pu être publié sans danger en Es- 
pagne, pour qu'il le traduisit en françûs et le fit im- 
{ffimer à Paris. Ces assertions ont été victorieusement 
réfutées par François de Neufch&teau, dans une Disser- 
tation lue en 1818 à l'Académie française. En 1880, un 
savant espagnol, Llorente, dans des Observations cri- 
tiques sur le roman de GU-Blas, prétendit que le véri- 
table auteur de ce livre était Don Antonio de Solis y 
Ribadeneira, mort en 1686 , allégation qui fut l'objet d'un 
nouveau travail de François de Neufco&teau, et que re- 
poussa également Audiffret dans sa Notice historique sur 
Lesage (1821). Un professeur de l'université de Berlin, 
Frédéric Franceson, dans un Essai sur Vorigtnalité de 
QH-'BUu^ a récemment dressé une liste exacte et sûre des 
emprunts de Lesage, et il conclut que GH-Blas lui appai^ 
tient iMen en propre, et que, s'il a imité, c'est à la ma- 
nière de Shakspeîffe, de Molière et de La Fontaine. Outre 
la Vie de Vécuyer don Marcos de Obregon, Lesage a mis 
à contribution diverses pièces du thé&tre espagnol , Plaire 
et ne pas auner de Calderon, les Embarras du mensonge 
de Mendoza, le Mariage par vengeance de Rojas, Tout est 
pége en amour de Diego de Cordova, etc. P— s. 

GILLE, personnage de comédie, le niais des tréteaux 
et de Ja parade. Il est entièrement vêtu de blanc, et porte 
de longues manches pendantes. Rival d'Arlequin pres de 
Colombine, il sert de plastron aux deux amants. Son nom 
rient pent-ôtre d'un oouifon qui aurait créé ou fait va- 
loir remploi. 
GTNGRAS. F. Covos. 

GTNGRÊE, flûte des funérailles chez les Anciens. 
GIPPON, vêtement en usage en France au commence- 
ment du XV* riècle. C'était une sorte de gilet rond à 
manches, ou veste de dessous. 

GIRALDA (La), célèbre tour carrée construite à Sérille 
par les Mores Jmîqu'aux trois quarts de sa hauteur ; les 
chrétiens ont ajouté le couronnement. Le tout est sur- 
monté par une statue de la Foi. La partie qui est Tou- 
vnge des Mores est décorée de sculptures d'un genre 
beaucoup plus simple que celles de leurs autres édiflces. 
Dans l'intérieur de la tour, il y a un escalier tournant 
sans marches; il est si large et la pente en est si douce, 
que pinceurs hommes à cheval peuvent y monter de 
Dont , jusqu'à la hauteur où commencent les travaux des 
chrétiens : à cet endroit l'escalier devient plus rapide et 
■e compose de degrés. B. 

GIRANDOLE, assemblage de tuyaux formant une 
figure quelconque par leurs jets d'eau ; — chandelier à 
plaaieors branches, qui sert à l'ornement des salons et 
des galeries de fête; — espèce de boucles d'oreille for- 
mées de grappes de pierres fines. 
GIRARD. K. GÉRARD. 

GIRBERT DE METZ, roman de chevalerie qui fait 
suite à Garin le Lohérain (F. ce mot). Girbert, fils de 
Garin, entreprend de venger la mort de son père. Il y 
est aidé par l'empereur Pépin. Les Bordelais sont vaincus 
et demandent la |Mdx: Fromondin, fils de Froment, est 
rétabli dans Bordeaux; sa sœur Ludie est mariée à Her- 
nant , cousin de Girbert. Cette paix ayant été rompue par 
une trahison de Fromondin, Girbert enlève du cercueil le 
crfcne de Froment, le fait monter en forme de coupe, et 
y fait boire Fh>mondin. La guerre recommence plus ter- 
rible entre les deux familles : Fromondin vaincu se re- 
tire en Espagne dans un ermitage. Le hasard fait que Gir- 
bert, allant en pèlerinage à S^-Jacques de Compostelle, 
s*adicsse à Fromondin pour se confesser; le Bordelais 
reconnaît son ennemi et cherche à l'assassiner ; mais il 
tombe Joi-môme sous le fer de Girbert. — C'est ici que 
flnit la Chanson dss Lohéraias dans la plupart des ma- 



nuacrits. Cette branche, qui n'a pas été publiée, est con- 
servée à la Bibliothèque nationale de Paris dans dnq 
manuscrits du xn" siècle, du xui* et du xiv*. Une traduo* 
tion en prose en a été faite au xvi« siècle par Philippe de 




GIRGENn (Ruines de). V. Agrigentb. 

GIRON, en termes de Blason, une des pièces hono- 
rables de l'écu. Il est de forme triangulaire; sa base a 
pour Urgeur la moitié de celle de l'écu, au centre duquel 
atteint son sommet. 

GIRON LE COURTOIS, uu dos romans de la Table ronde 
( F. C0 mot), l'un des plus intéressants, et celui où la 
morale est la plus pure. Giron , dont le grand-père fut 
dépouillé du royaume des Gaules par Pharamond et les 
Francs, rit sous les règnes d'Cter Pandragon et d'Ar- 
thur. Pour ne pas tomber dans les pièges de la dame de 
Maloanc, mariée à son ami Danayn le Roux, il s'éloigne, 
se lance dans la carrière des aventures, et est grièvement 
blessé en défendant une demoiselle Bloye, attaquée par 
des chevaliers félons. Soigné par elle, il se soustrait aux 
élans de sa reconnaissance, et va faire de nouvelles 
prouesses. A ]& suite d'un tournoi où il s'est distingué 
incognito sous les yeux de sa dame, il apprend qu'un 
chevalier l'a enlevée; il la délivre en tuant le ravisseur 
au milieu d'une forât. Là, il va céder à sa pas^n, quand 
son épée, que lui avait léguée en mourant son tuteur 
Hector le Brun, sort du fourreau , et il lit sur la lame 
cette derise : Loyauté est au-dessus de tout, fausseté 
honnit tout. Honteux de la trahison qu'il allait commettre 
envers Danajrn, il se jette sur la pointe de son épée, et se 
fait une horrible blessure. Danayn surrient, et Giron lui 
apprend ce qui s'est passé. A peine rentrée chez elle, la 
dame de Maloanc est prise d'une fièvre qui l'emporte au 
tombeau. — Le roman de Giron le Courtois se disUngue 
des autres du même cycle, en ce qu'on n'y voit ni fées ni 
géants; le S^ Graal n'y exerce non plus aucune influence 
religieuse. Il fut composé vers le milieu du xui* siècle 
par Luce du Gast. Nous en possédons une version en 
prose, oubliée en 1510 à Paris. B. 

GIRÔNNÉ, en termes de Blason, se dit d'un écu diriséen 
6, 8,10, 1 2 et m ême 16 girons, de deux émaux alternés. 

GIROUETTE (du rieux français gtrer, virer), feuille 
métallique placée de champ au sommet des édifices, et 
disposée sur une tige de manière à pouvoir tourner libre- 
ment autour de celle-ci au moindre vent. Pour juger 
de la direction des courants d'air, on place^ au-dessous 
de la girouette, des lettres fixes qui désignent les quatre 
points cardinaux et quelquefois les positions intermé- 
diaires. Cependant ces signes indicatifs ne suffiraient pas 
pour les ODservations météorologiques ; on se sert, dans 
ce cas, d'un grand cercle dirisé en degrés ; et comme on 
ne pourrait atteindre jusqu'à la girouette pour constater 
la direction précise du vent et la marquer en degrés, on 
obtient par une transmission de mouvement la maïque 
des courants sur un cercle inférieur. On constate aussi 
avec une machine particulière appelée anémomètre la 
force et la ritesse du vent. L'idée de la girouette est fort 
ancienne. On raconte qu'Andronic de Gyrrha fit élever è 
Athènes la Tour des vents, et graver, i^ur les côtés, des 
figures qui représentaient les huit vents principaux : un 
tnton d'airain , tournant sur un pivot au sonmiet de la 
tour, posait une baguette qu'il tenait à la main sur le 
vent qui soufflait. La girouette était, au moyen âge, un 
attribut du seigneur, et ne pouvait être placée que sur 
les châteaux féodaux : figurée en pennon, elle annonçait 
la demeure d'un simple chevalier ; taillée en bannière , 
celle d'un banneret. — Dans la Marine, on nomme gt- 
rouette une bande de toile, blanche, bleue ou rouge, pla- 
cée aii sommet du grand m&t. Dans les escadres elle sert 
de signe distinctif pour les difi'ërents narires. 

GISORS (Château de). Ce château, b&ti de 1088 à 1097 
par Guillaume le Roux, duc de Normandie, pour son vas* 
sal Robert de Bellesme, et augmenté par Henri I*' Beau-< 
clerc, est un des plus vastes et des mieux conservés du 
moyen &ge. Il pouvait, dit-on, loger 10,000 hommes. Il 
se composait de deux enceintes, avec un donjon au milieu 
de la seconde. Ses ruines imposantes couvrent une col- 
line située à l'extrémité de la rille, près de la ririère do 
l'Epte. Les fossés et les remparts ont été transformés en 
belles promenades, et quelques constructions servent de 
halle : mais on voit toujours, outre le donjon, flanqué 
d'une tourelle qui contenait l'escalier , une grosse tour 
dite de St-Thomas, parce que Thomas Becket y trouva un 
asile, et une tour de la Passion ou du Prisonnier, ainsi 



GLA 



976 



GLa 



ippeléc de ce que, dans une de ses salles basses, les mn- 
railles sont couvertes de sculptures où un prisonnier dont 
la légende n*a pas conservé le nom a représenté, incor- 
rectement mais avec naïveté , au moyen d*un clou ar- 
raché à la porte de son cachot, plnsieurs scènes de la 
Passion de J.-G. et de la vie des Saints. B. 

cisoES (Église S'-GeavAis-Ei^^-PaoTAis, à). Cet édifice 
est de plusieurs styles. Le chosur (ùt bâti au un* siècle; 
on construisit ensuite les nefs; le portail du Nord, très- 
richement orné, date du iv* siècle. La façade occidentale 
appartient à Tàge de la Renaissance : c*est le plus pré- 
cieux monument de cette époaue oui soit en Normandie; 
Tordonnance en est belle, les détails et les Usures sont de 
récole de Jean Goufon, et presque dignes de lui. Cette 
façade est flanquée, à gauche, d*an clocher terminé, et, à 
^ite, d*un autre clocher de forme difTérente, dont il 
n*existe que la base, mais cependant remarquable comme 
oeuvre de la Renaissance. L*église est à 5 nefs, disposition 
trte-rare, et dans le pourtour sont 23 chapelles. 43 pi- 
liers de styles divers soutiennent les voûtes. Des vitraux 
du XVI* siècle ornent les deux étages de fenêtres. Parmi 
les cmriosités, sont : la tribune des orgues, un Arbre de 
JêiU sculpté dans la chapelle du Rosaire, de nombreux 
panneaux peints à Thuile, et un pavage parsemé d'épita- 
phes gothiques. V, Tavlor, Voyagn ptttoreviu»M dans 
Vancienne France, pi. 100 à 121. B. 

GITÂ-GOVINDA, on le Chant du Pastêur, poème sans- 
crit dont le principal héros est Krishna, désigné sous le 
nom de Gâvinda, qui signifie berger. Cet ouvrage a pour 
autenr Jayadèva, et pour s^Jet apparent les aventures 
amoureuses de Krishna avec les bergères nommées Gôpis. 
Ce n*eet pas une épopée, ni même à proprement parler 
une oeuvre épique, bien que cette forme ait été donnée 
par les poètes indiens à un grand nombre d'écrits. Son 
sqjdt semblerait devoir le ranger parmi les œuvres de 
poésie erotique; mais il est incontestable que Fauteur a 
voulu composer un poème symbolique et mystique, où les 
personnages et les aventures les plus romanesques ne 
sont que des figures recouvrant nne doctrine religieuse 
et métaphysique. Du reste, à le prendre tel quMl est, ce 
poème renferme souvent les analyses les plus délicates 
des sentiments intimes du cœur humain. Quant à sa 
date, il est difficile de la fixer d'une manière historique ; 
mais on peut dire ou'il appartient à une époque avancée 
de la littérature inaienne, et, d'un autre cèté, au temps 
où le culte de Krishna , l'un des derniers venus de la 
religion brahmanique, était dans toute sa vigueur. Em. B. 

GIVRK, en termes de Blason , nosse couleuvre, vipère 
«a serpent à queue ondulante. Quand elle est en fasce, 
OD la dit rampante; droite, on la dit en pal, 

GIVRÉE , nom qu'on donnait , dans la seconde moitié 
du xvm* siècle, à des surtouts de table imacinés par un 
Suisse nommé Soleure, et qui, au moyen d'une poudre 
de verre blanc semée sur des endroits gommés, figuraient 
le gkfre de l'hiver. 

GIZEH (Pyramides de). V, Pyramides. 

GLACES. La fabrication des glaces date du moyen ftge, 
«I les Vénitiens en eurent longtemps le monopole. Les 
l^aoea de Venise étaient légèrement violacées, on plutôt 
rwéet. et prêtaient ainsi au teint une nuance agréable. 
En 1634. Euatache Grandmont et Jean-Ant. d'Autonneuil 
obtinrent, pour la fabrication des glaces à Paris, un pri- 
vilège de iO années, qu'ils cédèrent, ans après, à Ra- 
phafil de La Planche, trésorier génàal des bUiments du 
roi. En 1665, Colbert érieea en manufacture royale ce 
premier établissement qui languissait, et fit construire, 
dans la me de Reuilly, des b&tlments destinés à faire 
des essais. Une manunicture fut fondée à Tour-la-Ville, 
près de Cherbourg, où elle n'a cessé d'exister qu'en 4808. 
Ce fut en i688 (m'Abraham Thévart, ou, selon quelques- 
uns, Lucas de Néhon, imagina, au lieu des glaces souf- 
flées d'après les anciens procédés, les glaces coulées ou 
laminées : les premiers travaux en ce genre furent faits 
dans les ateliers de la rue de Reuilly, vers 1604, mais 
on dut les abandonner à cause de la cherté de la main- 
d'œuvre et du bois, et ils ne furent repris qu'un peu plus 
tard à S^Gobain. La méthode du polissage a été inven- 
tée par Dufresny. Les deux compagnies de Tour-)a-ViIle 
et de SMjobain, réunies en une seule, se virent enlever 
leur privilège en 1701, à cause du mauvais éti^ de leurs 
affaires; en 1702, le privilège fut accordé à une compa- 
gnie dirigée par Antome d'^ncourt, qui porta la fabri- 
ration à un haut degré de perfection. On continua de 
souffler les glaces à Tour-la-Vil}e, et de les couler à S*-Go- 
bain : les glaces des deux manufactures étaient envoyées 
i Paris, et c'est dans la rue de Reuilly qu'elles étaient 



polies, étamèes et mises en vente. Plus tard, les atèMen 
de polissage furent transférés à Channy, et l'étamage 
seul fut exécuté à Paris. L'industrie des glaces tomba, 
durant la Révolution, dans un complet allanguisaement : 
on la vit renaître sous le i*' Empire, et une mannfacture 
du fànboura S'-Antoino à Paris, dépendance de l'établis- 
sement de SMfObain, envoya à l'Exposition de 1806 une 
glace de 3*,08 sur 1"*,62. Ce fut à peu près vers ce temp? 
que les verreries de SMJuirin et de Cirey (Henrthe) firent 
concurrence à SMSobain; en 1830. un accord sur lei 
prix mit fin à cette rivalité, et dès lors les deux compa- 
gnies n'ont eu qu'un seul tarif et qu'un seul dépôt à 
Paris; en 1830 aussi, les bâtiments de la rue de Reuilly 
furent convertis en caserne. On a vu à l'Exposition uni- 
verselle de 1855 une glace de S*-Gobain qui mesurait 
18",04 de supofide. une manufacture fondée depuis 
quelques années à llontluçon a pris un rapide dévelop- 
pement. Il en existe d'importantes à Aniche (Nord), à 
Blackwall près de Londres, à Oignies et à Floreflîe en BeU 
gique : on en a aréé une à Aix-la-Chapelle en 185.1. 

Ce fut peu de temps après la mort de Henri IV qu'on 
applimia aux carrosses des fermetures en glace, selon le 
modèle importé d'Italie par Bassompierre. Des dernières 
années de Louis XIV date l'usage de mettre des glaces sur 
les cheminées d'appartement, au lieu des tableaux, bas- 
reliefs ou grands ôûendriers qu'on y plaçait auparavant : 
l'idée en vint à Robert de Cotte, ou à François Mansard. 
De là vint la mode des appartements tapissés de glaces 
du haut jusqu'en bas, ainsi qu'on le voit dans les poésies 
de Régnier-Desmarais; raffinement de luxe imité de l'an* 
tiquité, et dont parle Sénëque ( Ep, 86). B. 

GLACBS ET NEiGBs. Los propriétaires et locataires sont 
tenus de faire casser la glace, balayer et relever les neiges 
qui se trouvent devant leurs maisons, cours et Jardins, 
jusqu'au milieu de la rue, et de les mettre en tas le long 
des ruisseaux, s'il y a des trottoirs, et, s'il n'y en a pas, 
près des bornes. Ils doivent tenir libres le ruisseau et les 
bouches d'égouts. En cas de verglas, il faut semer du 
sable, de la cendre, etc. L'amende infligée aux contreve- 
nants est de 1 fr. à 5 nr. 

GLACIÈRE, cavité ordinairement souterraine où l'on 
conserve de la glace. Elle a la/orme d'un tronc de cône 
renversé, et se termine à sa partie inférieure par un pui- 
sard recouvert d'une grille, ou s'écoule l'eau qui se forme 
par la fusion de la glace, bien que la température des gla- 
cières soit à peu près à 0**. Elle a des parois en maçonne- 
rie, qui supportent une charpente placée au-dessus du sol, 
recouverte d'une épaisse couverture en chaume, et dis- 
posée de manière à donner accès du dehors an dedans 
de la glacière an moyen d'un corridor; celui-ci, recouvert 
également en chaume, se ferme hermétiquement par pln- 
sieurs portes successives. La glace doit être arrangée et 
tassée avec soin, lUin que l'air circule difficilement entre 
les morceaux. On place ordinaL*ement les glacières sur 
le flanc d'un coteau qui regarde le nord ; on les entoure 
d'arbres touffus, qui les garantissent de l'ardeur du soleil. 
Aux États-Unis, lies glacières sont au-dessus du sol et se 
composent de plusieurs b&timents concentriques, dont 
les murs, trè»-épais, sont munis d'épais paillassons. — 
En 183... on a construit à S'-Ouen , près Paris, une 
ffladère souterraine qui peut contenir 8 millions de ki- 
logr. de glace, et en 1859, la ville de Paris en a établi, 
dans le Bois de Boulogne, vers la Mare d'Auteuil, une 
dont la capacité est de 10 millions de kilogr. Il existe en- 
core une glacière dans I^ris, au quartier de la Villette, et 
40 autres, environ, dans la banlieue; les principales sont 
à S'-Ouen, au N. ; Bobigny, au N.-E. ; Gentilly, Vanves, 
Issy, au S. ; Chaville au S.-0., etc. Elles tiennent en- 
semble plus de 20 millions de kilogr. V* au SupplémerU. 

GLACIS, pente de terre ordinairement recouverte de 
pzon. Le glacis joue un grand r61e dans la fortification; 
il sert à couvrir et à masquer les ouvrages. Le glads le 
plus avancé est celui qui relie la contrescarpe à la cam- 
pagne; il se prolonge en pente douce sur une grande 
longueur. Cest dans les glacis que l'assiégeant établit les 
cheminements d'approche et les batteries de brèche. ~- 
En Peinture, on donne le nom de glacii à de léeères 
couches de couleurs que les peintres appliquent sur leurs 
tableaux pour leur donner de la transparence et de l'éclat. 

GLAÇURE, nom donné, dans les arts céramiques, à 
une sorte de couverte légère. V, CouvBan. 

GLADUTEURS. F. notre DietUmnair^ de Biographie 
$t dr Histoire. 

GLAGOUTIQUE (du slave glagol, iwrole, discours), 
nom donné à un alpnabet slave, complètement difiérent 
du cyrillien (F. ce moty^^ et employé par le clergé cath^ 



GLO 



977 



GLO 



I1|M de Dttlmtttie pour écrire le Tieax 8la?on oo langue 
eeclédaatique. Gerudns savants ont attribué, nial« contre 
tente n«isembl&nce, Talphabet glagolitique à S* Jérôme, 
et le nomment hiéronyfnique;\e saint raurait inventé 
pour traduire en illyrîen la litui^e du rit latin. D'autres 
prétendent que c'est simplement le cyrillien , altéré à 
ieanin pour préserver les Slaves de rinfluence du rit 
crée, crae les évèques de ce culte cherchaient à intro- 
duire. Dobrowski a soutenu, dans ses Glagolitica (Prague, 
1807), qa^il jeremontait pas au delà du xui* siècle; mais 
KoDitar a publié à Vienne, en 1846, sous le titre de Glc^ 
goiUa Clozianus, un manuscrit glagolitique du xi* siècle, 
appartenaDt an comte Kloz. Jacob Grimm attribue aux 
caractères glagolitiques une bien plus haute antiquité, 
parce qo'il v trouve reproduits quelques caractères ru- 
niqoes. Ce fut en lettres glagolitiques qu'on imprima le 
pranier ouvrage slavbn. E^ Fragments glagoliiujues ont 
été publiés par Uofler et Schafarik, Prague, 1857, in-8^ 

GLAIVE, en latin gladiut, nom qui n'est plus usité 
Qu'au figuré et en poésie. C'était, chez les Anciens, une 
tpét à lame courte, large et à deux tranchants, assez 
lemUable an sabre-poignard de notre infanterie. Au 
mojen âge, on appela glaive une lance mince, armée 
(Tune pointe longue et aigué. 

GUÙf AGE, acte de ramasser à la main les épis restés 
isolément dans les champs, après la mise en bottes dans 
certains pays, et seulement q>rès l'enlèvement des gerbes 
dans d'antres. La loi de Moïse prescrivit aux Hébreux de 
laisser le pauvre, la veuve, l'orphelin et l'étranger glaner 
dans les champs. Chez nous, les lois du 3 et du 8 sep- 
tembre 1701, celles du 23 thermidor an iv et du S8 avril 
1S32, ont réglementé le glanage. Les femmes, vieillards, 
enfants et infirmes hors d'état d'aider à la récolte ont 
seuls le droit de glaner; le glanage n'est permis que dans 
les champs ouverts et quand le soleil est sur l'horizon ; il 
est accordé 2 Jours pour le glanase, et le propriétaire ou 
ramier ne peut, avant la fin du 2« Jour, envoyer son bé- 
tail dans les champs moissonnés; nul ne peut vendre le 
droit de glaner, ni s'opposer au glanage par violence ou 
autrement. Le Code pénal (art 471) punit d'une amende 
de 1 à 5 Cr. ceux qui glanent dans des champs non en- 
llèrenMDt moissonnés, ou avant le lever et après le coo- 
cher âa soleil ; un emprisonnement de 3 Jours au pins 
peat encore être prononcé selon les circonstances. 
. GL^NDÉE (Droit de), droit de mettre les porcs dans les 
bois et forêts pour leur faire consommer des glands. 11 
appartient aux habitants des communes voisines, on est 
concédé annuellement à des adjudicataires. 

GLAS (du grec JUaid, pleurer, ou klaxô, faire an bruit 
perçant; ou dn latin ctango)y en latin du moyen âge 
classicum, tintement lugubre, lent et mesuré d'une clo- 
che, qui annonce l'agonie ou la mort d'une personne. Au- 
trefois glas signifiait le branle simultané de toutes les 
cloches d'un clocher. — Le même nom a été étendu aux 
coupe de canon tirés à intervalles réguliers dans les céré- 
monies de deuil, aux batteries sourdes de tambour, au 
Jeo des instruments exécutant des airs funèbres. 

GLASS-CORD, instrument de musique inventé par 
Franklin. Cest une espèce de piano dans lequel les cordes 
noétalliques sont remplacées par des lames de verre, que 
soutiennent des chevalets libres à l'extrémité, et qoe firap- 
pent des marteaux soulevés par les touches. 

GLÈBE (du latin globus, motte de terre). Ce mot, par 
extension, a servi à désigner un fonds de terre. Chez les 
Romains, les esclaves attachés à on domaine s'appelaient 
servi glétxB adscriptiiii, Vxusgfi de transmettre les 
«achives scnc la terre passa du Droit romain dans le nètre. 
n a dùqMsru à la Révolution; mais il existe encore en 
Russie et aux États-Unis. 

GLEE , chant joyeux particulier à Angleterre. H est à 
^ 3, 4 oa 5 voix uniques, sans accompagnement, et ne 
doit lanuds être chanté en chœur. IHirmi les compositeurs 
de gUes, on dte Danby, Harrington, Cooke, Webbe, Cal- 
cott, Stevens, Beale, etc. 

GLOBE, manœuvre militaire. ( F. notre IHetionnaire 

6L0BI, embltoie de souverai- \ de Biographie et 
neté. ( d*nisUnre, 

CLOBB DB coMPSESSioii, foumeau de mine inventé en 
1732 par l'ingénieur Bélidor pour les attaoues de places. 
n sert à crever les contre-mines de l'assiégé, ou a faire 
sauter la contrescarpe et combler ainsi le fossé qui dé- 
fend l'approche de l'escarpe. 

CLOBB naaesTRE, représentation de la Terre avec ses 
meri, ses continents, les divers accidents du sol, les villes 
principales, enfin les cercles mathématiques qui servent 
a déterminer les rapports de la terre avec les astres ou 



des lieux terrestres entre eux. C'est la seule image exaele 
de notre monde et la seule qui donne la véritable po^ 
tion des lieux, puisque, une sphère n'étant pas dévelop- 
pable sur un plan, les cartes planes ne peuvent Januua 
offrir qu'une figure et des positions approximatives. Un 
globe terrestre se compose de deux parties distinctes, le 
globe lui-même, et les différentes pièces qui le supportent 
et l'entourent. Celles-ci sont, dans les globes les plus 
simples, su nombre de quatre : 1° le pied, qui porte tout 
l'appareil; 2<^ un grand cercle de métal appelé méridien 
général, sur lequd on marque les degrés de latitude, et 
même, dans les grands globes, les minutes et les se- 
condes; 3* un second grand cercle de métal, perpendicu- 
laire au précédent, qu'il coupe en deux parties égales; 
c'est l'Aortson rationnel: 4* un quart de cercle, lame de 
cuivre fixée au méridien général et à l'horizon, divisée en 
90 degrés, et tenant lieu de compas pour mesurer les 
distances. Le globe lui-même, ordinairement en ir.étal, 
tient au méridien général ijar des poinçons fixés à ses 
deux pèles; mais il est mobile sur un axe dont ces poin* 
çons sont les extrémités, et incliné de 06<* 32' sur Thori- 
zon. Il porte toutes les mêmes lignes que les cartes, 
équateur, parallèles, tropiques, cercles polaires, méri- 
diens, etc., et c'est après avoir tracé tous ces cercles que 
Ton dessine sur le globe lui-même la figure de la terre. 
Mais cette dernière méthode étant longue et coûteuse, on 
applique le plus souvent, sur la boule destinée à devenir 
un elobe terrestre, une carte générale du monde, con- 
struite exprès, et divisée en segments sphériques appelés 
fuseaux. 

Le plus ancien globe terrestre dont il soit fait mention 
est le globe en argent que possédait Roger II, roi des 
Deux-Siciles, et pour l'explication du'ruel Edrisi composa 
sa Géographie en 1154. Hais ce glot)e a disparu, et le 

glus ancien que l'on ait conservé est celui que Martin 
ehaim construisit en 1492, et que l'on conserve à la Bi- 
bliothèque de Nuremberg : U ofiïe les découvertes des 
Portugais sur les côtes d'Afrique Jusqu'au cap Negro, où 
aborda en 1485 Diego Cam, que Behaim accompagnait; 
le cap de Bonne-Espérance, découvert par B. Diaz en 
1486, y est marqué, mais non pas à sa véritable place, et 
tout près, au contnure, du cap Negro. Un autre globe de 
la même époque, mais dont l'auteur est inconnu, a étâ 
récemment trouvé à Laon : M. d'Avezac en a donné Isi 
description et le fac-Bimi!e dans le Bulletin de la Sociétk 
de Géographie (nov.-déc. 1860). Il porte au sud d( 
l'Alrioue la date de 1493; mais le point auquel elle 
s'applique n'est autre que le cap Ne^, comme dans le 
globe de Behaim. On connaît, de la première moitié du 
XVI* siècle, cinq globes importants pour l'histoire des dé- 
couvertes en Amérique : le plus ancien , conservé à la 
Bibliothèque de Nuremberg, fut exécuté par Jean Schœner 
& Bajtnberg en 1520; un autre, de la même époque envi- 
ron, sans date ni nom d'auteur, se trouve à FYancfort- 
sur-le-Mein ; des trois autres, postérieurs à 1524, puis- 
ou'ils représentent, sous le nom de Terra Francesca^ les 
découvertes que fit Verazzano en Amérique par les ordres 
de François i*', l'un est à la Bibliothèque impériale de 
Paris, l'autre à celle de Nancy, et le dernier, construit à 
Rouen, sans doute par quelque navigateur rouennais ou 
dieppois resté inconnu comme les auteurs des deux pré- 
cédents, se distingue par la coi^ecture hardie du détroit 
(découvert 200 ans plus tard par Behring) qui sépare 
l'Amérique de l'Asie. Ces globes sont en métal, la plupart 
en cuivre doré, et gravés en creux. Cependant, dès le 
commencement du siècle, existait l'art, attribué à Albert 
Dflrer, de dessiner et de graver des fuseaux destinés à 
être colIÀ sur une boule; ainsi était composé le globe 
qui accompagnait, en 1530, la Cosmographie de Gemme 
Frison. Les plus célèbres globes depuis le xvi* sièclf 
sont : les deux globes en cuivre construits par L'Hôte er 
1618, placés aujourd'hui à la bibliothèque de l'Institut 
et remarquables par la beauté de l'exécution ; le globe dit 
de Gottorp, œuvre d'OIéarius, en 1664, et qui se trouve 
actuellement à S*-Pétersbourg; les deux beaux globes, de 
4 met. de diamètre, qui ornent l'une des salles de la Bi-* 
bliothèque impériale à Paris, et qui furent terminés par 
Coronelli en 1683; celui de Cambridge, qui a 6 met. 
de diamètre; enfin les deux beaux globes manuscrits 
de Poirson, dessina sur la boule même avec tme grande 
exactitude; l'un, construit pour l'éducation du roi de 
Rome, a i",07 de diamètre; l'autre, de 0*,65, orne, an 
Louvre, la nierie du Musée de marine. C. P. 

GLOCESTER. F. Glooccstbs. 

GLOCKENSPTEL. V. Clochettes (Jeu de). 

GLOIRE» mot 9nufioyé comme synonyme d^awéole 

61 



GLO 



97S 



6LY 



(F. 00 mot)^ et qui ft*applique également, 1* à toute pein- 
ture représentant le ciel ouvert, avec lee trois personnes 
de la Trinité entourées d*angBS et de saints; 2* à ces 
rayonnements en bois doré dont on décore quelquefois le 
fond du sanctuaire, comme à la cathédrale d*Amiens et à 
Téglise S*-Roch, à Paris; 3* à une machine de thé&tre, 
composée d'un siège et de nuages qui Tenveloppent, et 
sur laquelle un personnage est emporté Ters les deux ou 
descend sur la aicène. 

GLORU m BXCELSIS, hymne de la liturgie catho- 
lique, dans laquelle il entra vers le vu* siècle. lies pre- 
mières paroles sont celles que les Anges, dans l*ÉvangiIe 
selon S^ Luc, adressèrent aux bergers en leur annon^t 
la naissance de Jésus. On ne sait qui composa la suite. 
Le Ghria in eoDcelsit , qu*on appelle aussi r/i^mne an- 
gHiquê, M chante à la messe i^près le Kyrie; on le sup- 
prime dans PAvent et depuis la Septuagésime Jusqu'au 
bamedi saint, ainsi qu'aux messes des morts. 

GLORIA PATRl, verset par lequel on termine le chant 
ou la récitation de chaque psaume. On croit que ce fut le 
pape Damase qui ordonna, en 368, de Vj placer, bien que 
BsjTonius prétende qu'il était en usage du temps des apô- 
tres. Philostor^, écrivain du rv* siècle, donne ces trois 
formules : Ghire au Pèrt, au Fils et au S^ Esprit; Gloire 
Ou Père par le Fils dans le S^-Esprit; Gloire au Père 
dans le FUs et le S^- Esprit, Sozomène et Nicépbore disent 
aussi : Gloire au Père et au Fils dans le S^Esprit, La 
1** formule est en usa^ dans les églises d'Occident; les 
trois autres sont d'origine arienne. Le 4* concile de To- 
lède, en 533, ajouta au mot gloria le mot honor, et sup- 
prima les paroles Sicut erat m principio et nune et 
semper. L'Eglise grecque se servit quelque temps de la 
formule catholique, et, plus tard, supprima les mots 
Séoul erat m prtncqno, qui d'ailleurs n'étaient ^ encore 
universellement adoptés au vi* siècle en Occident. V, 
DoxoLOGiB, dans notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire, 

GLOSE, explication de queloues mots oiMcurs, ou su- 
rannés, ou techniques d'une langue par d'autres plus 
intelligibles de la même langue. Ce genre d'explication 
fut d'abord appliqué chei les Grecs aux mots d*origine 
étrangère : la note était écrite à la marge du manuscrit. 
Plus tard la glose fut une explication détaillée, mais lit- 
térale, du texte d'un auteur, soit dans sa langue, soit 
dans la langue du slossateur si celui-ci était étranger. De 
ce genre sont les Gloses sur le Droit romain, et en par- 
ticulier la Grande Glose ou Glose continue d^Accurse 
(xv*etxvi* siècles). — Le mot glose est Taltération du grec 
qlôssa, qui, outre sa signification générale de langue, 
langage, désignait aussi un terme particidier d un art, 
ou introduit par des usages nouveaux, surtout lorsque 
ceux-ci venaient de l'étranger. Ce terme avait pour sy- 
nonyme glôsséma^ adopté par les grammairiens latins. 
Les recueils de gloses s'appelaient Lexiques chez les 
Grecs : le mot glossaire a été créé par les Romains. 
Quant au mot glossatewr {eMXeur d'une glose), il est 
moderne. — Quelques écrivains anciens sur la musi- 
que appellent glose tout ornement vicieux et de nuiuvais 
goût. P. 

GLOSSAIRE (du grec glôua, langue). Dictionnaire ou 
Lexique servant à expliquer les mots d'une langue qui 
ont vieilli ou changé d'acception. Ce genre de livres est 
né en Grèce ( V. Glosb). Il y a des Glossaires généraux 
qui expliquent les vieux mots d'une langue, et des Glos- 
saires particuliers ou spéciaux qui expliquent les termes 
vieillis d'un seul auteur. Les plus estimés parmi les pre- 
miers chez les modernes sont : le Glossartum archœolo- 
gicum de Spielmann, Londres, i 664-87, in-fol. ; le Glos- 
sarium ad scriptores meduB et infimœ grcsdtatis de 
Du Cange^ loron, 1688, 2 vol. in-fol. ; le Glossartum ad 
scriptores midiœ et infimœ lattnit€Uis du même auteur, 
6 vol. in-fol., augmenté du Glossarium novum de Car- 
pentler, Paris, 1766, 4 vol. in-fol.; le Glossaire roman 
de Roquefort; le Lexique roman de Rajrnouard; le GloS' 
sarium germanicum de Wachter, Leipzig, 1737 ; le Glos- 
sarium ad scriptores linguœ francicœ et alemanûsœ de 
Schiller, Ulm, 1727 ; le Glossarium germanicum medii 
œvi de J.-G. Scherz, annoté par Oberlin, Strasbourg, 
1781-84, 3 vol. in-fol. On peut citer comme exemples de 
Glossaires particuliers les Lexiques d'Homère, de Pin- 
dare, de Sophocle, de Thucydide, etc., dans lesquels on 
trouve seulement les mots qui figurent dans ces auteurs, 
avec les sens qu'ils y ont attachés. Les recueils de locu- 
tions techniques s'appellent aussi Glossaires. 

GLOUCESTER (Cathédrale de). Cette é^^ise, ancienne 
abbi^e de S^Piem, est une des plus belles de l'An- 



gleterre. Fondée en 1080, elle ne fût terminée qu'au 
xui* siècle. Son plan est en fo^me de croix : la longueur 
extérieure est de 140 met., celle du transept de 48 met. ; 
la voûte de la nef dans œuvre s'élève à 28 met., celle des 
collatéraux à 13 met. L'extérieur de l'édifice n*a rien de 
très-remarquable, sauf la tour centrale; le portail est 
fort simple. Tous les piliers de la nef sont ronds. Les 
fenêtres, larges et hautes, sont traversées de meneau t 
perpendiculaires. Les voûtes sont chargées de moulnru 
qui s'entre-croisent dans tous les sens. Parmi les tom- 
beaux on remaraoe ceux de deux fils de Guillaume le 
Conquérant, d'Edouard II, de l'évêque Warburton, de 
Jenner. La chapelle de la S**-Vierge, dont l'entrée est 
surmontée d'une espèce de tribune très-omée, et dont 
chaque côté est flamiué de deux chapelles absidales à 
cinq pans, forme une petite ^lise à cinq travées, avec 
transept et sanctuaire. A la cathédrale de Glouoester est 
attenant un beau cloître carré, de 48 met. de c6té, birge 
et haut de 6 met. 

GLOZA, sorte de composition particulière aux Espa- 
gnols, et que l'on pourrait comparer aux variations de la 
musique sur un air donné. Ils prennent un vers et en 
étendent la paraphrase en plusieurs stances, de manière 
que la même pensée se reproduise dans chacune, en fai- 
sant même revenir les expressions du vers fondaimental, 
et finir chaque stance par sa reproduction partielle et 
totale. 

GLOCKISTES et PICONNISTES. V, Fsancb (lln- 
sique en). 

GLYCONIQUE (Vers), espèce de vers lyrique chez les 
Anciens, composé d'un trochée, d'un dactyle, d'un dactyle 
ou d'un crétique. Il se trouve fréquemment en système, 
avec un phérécratien pour clausule. Le 1*' pied peut être 
un spondée. 11 en est de même du 2* ; mais alors les Grecs 
terminaient par un choriambe. Ils remplaçaient quelque- 
fois le spondée du 2* pied par un tnbraaue, rarement 
par un anapeste, plus souvent par un trochée. Quelque- 
rois, même lorsqu'il y a un tribraque au 2* pied, le 3* 
renferme deux tribraques : c'est que chaque longue du 
choriambe a été résolue en deux brèves. On trouve des 
exemples de tribraque au i*' pied, avec un dacQrle aux 
deux antres. D'autres fois le glyconique se compose d'un 
spondée ou d'un trochée entre deux dactyles, dont le 
dernier peut être un crétique. Chez les tragiques, les gly- 
coniques de différentes espèces peuvent se correspondre 
de la strophe à l'antistrophe. Dans les systèmes, on insé- 
rait fréquemment des vers de diverses espèces, par- 
ticulièrement de ceux qui se rattachent au système 
trochaique, ou choriambique, ou dactylique. Quelquefois 
ces vers ne sont que des fragments de glyconiques, ou des 
glyconiques hypermètres. Parmi les poètes latins, Ho- 
race n'emploie jamais le elyconique en système continu; 
il l'unit à l'asclépiade. r. Hermann, Épitome doctrines 
metricm, p. 200-208. P. 

GLYPHE (du grec gluphéin, graver), ornement architec- 
tural; canal creusé en portion de cercle ou en angle. Il 
sert par ses combinaisons à tracer une inscription, à 
graver une effigie ou des ornements sur une pierre tu- 
mulaire. 

GLYPTIQUE (du grec gluphéin, graver )| mot qui si- 
gnifie art de graver, mais que l'on emploie seulement 
dans le sens restreint de gravure sur pierres. Avant de 
graver une pierre, on la taille en rond ou en ovale, et on 
en polit la surface; si cette surface est bombée, la pierre 
se nomme cabochon (V, ce mot). Pour graver, on se sert 
d'un touret, espèce oe tour auquel est fixée une bouU' 
rolle ou tarière : ce petit morceau de fer ou de cuivre, 
que le touret met en mouvement, use et entame la pierre, 
et, pour aider son action, on emploie des poudres et des 
liquides. Les Anciens se servirent du naxmm, poussière 
de grès du Levant, puis du schiste d'Arménie, et enfin 
de Vémeri, qui est aujourd'hui en usage; on polissait les 
pierres avec Vostradte ou os de seiche, et avec la poudre 
de diamant, qui a prévalu chez les llodemes. Lespiem» 
gravées en creux s'appellent entailles^ et les pierres gra- 
vées en relief, camées {V, ces mots). Toutes sortes de 
pierres ont été employées par les graveurs : les tendres 
ou communes ont ordinairement été travaillées par des 
artistes vulgaires, les plus dures et les plus précieuses 
par des artistes habiles. On a surtout choisi Vaméthyste, 
Vaigue^marine. Vagate, U cornaline, la sarioine, les 
jaspes, etc. ( V, ces mots). Quand une gravure est ter- 
minée, on la polit avec du tripoli, et au moyen de petits 
instruments de bois ou d'une brosse; mais il ne faut pas 
un poli trop brilh^it, dont les reflets nuiraient à l'eflet 
du travail. Les œuvres de la glyptique sont précieui 



GLT 



979 



GLT 



M<4eulement par la matière qu'emploient les artistes, 
niôs eneore par la difficulté du travail : il faatiin grand 
ut fKMir obtenir la perfe^on des contours, et pour con- 
terrer les proportions dans les formes du relief. 

La connaissance des pierres gravées fournit d'utiles 
nnaelgnements à l'archéologie : souvent celles de TAnti- 
qQité représentent des épisodes mythologiques ou histo- 
riques qui ont rapport à des passages des poètes i ou bien 
eues reproduisent des statues et des basHrelieft célèbres, 
dont elliBs nous conservent seules le souvenir; elles peu- 
vent servir à restaurer des statues mutilées ou privées 
de leurs attributs, en ofirant les mômes sujets (^ans leur 
ensemble, avec tous les accessoires ; elles ont conservé 
les noms de plusieurs habiles graveurs, et peuvent aider 
ainsi à déterminer l'époque à laquelle i^partiennent quel- 
ques ouvrages de l'art. Pour réunir une suite de pierres 
gravées, il faut d'heureux hasards, des recherches lon- 
gues et persévérantes, et beaucoup d'argent; il n*v a 
guère que les souverains qui aient pu former des collec- 
tions considérables, liais, par le moyen des empreintes 
(F. cemot)^ on a mis, pour ainsi dire, les pierres gravées 
en la possMsion de tous ceux qui attachent moins de 
prix à la matière elle-même qu'aux renseignements don- 
nés par ces pierres : une collection d'empremtes a l'avan- 
tage de réunir les si^ets épars dans les divers cabinets. 

A part quelques traits disséminés dans les œuvres de 
Pline le naturaliste, on ne trouve pas, dans les écrits des 
Anciens, de détails sur leurs procédés de glyptique. S'il 
est présumable que nos procédés d'exécution mécanique 
sont plus parfaits, en revanche les meilleurs gruveurs 
modernes n'ont pas encore atteint la perfection artîstioue 
des Cbrecs. Les pierres gravées ne servirent pas seule- 
ment aux Anciens pour leurs anneaux et leurs cachets, 
Ua en firent des objets de toilette et de luxe : les femmes 
en om^ent leurs coiffures, leurs bracelets, leurs cein- 
tores, leurs agrafes, la bordure de leure robes ; les vases 
et les meubles pr^eux en furent enrichis. 

la glyptique psralt avoir pris naissance chez les Égyp- 
tiens. Les plus anciennes pierres gravées sont les scores 
béeSf ainsi nonmiées parce qu'elles ont la figure de cet 
insecte, oui était sacré en Égrpte : on y voit le plus sou- 
vent des niéro^yphes gravés en creux, ou des images et 
attributs de divinités. Les Éthiopiens gravaient aussi des 
cachets. Le rtUùmal du grand-prètre des Hébreux était 
orné de 12 pierres, sur lesquelles étaient gravés les noms 
des tribus. Comme monuments de la ^yptique ches les 
Babyloniens, nous possédons un certain nombre de cy- 
ImdirBs ( F. ce mot), Alexandre le Grand scella des actes 
avec le cachet du roi de Perse Darius ni. — Les Étrus- 
ques pratiquèrent de bonne heure la glyptique. Leurs 
pierres gravées se reconnaissent : 1* à la forme de sca- 
rabée, qui leur est assez ordinaire, et qu'ils ont sans 
doute empruntée à r£gypta ; 2« à un grènetis formé de 
points en ereux qui cernent le champ de la pierre; 3<* aux 
inscriptions tracées ^néralement de droite à gauche. 
Elles sont toutes perotes de part en part dans le sens de 
leur longueur, sans doute parce qu'on les montait sur 
anneaux, ou qu'on les employait à des colliers et comme 
amulettes. Les sujets qu'elles représentent sont, pour la 
plupart, empruntés à la religion ou à l'histoire héroloue 
des Grecs. Les foussaires ont beaucoup contrefait les 
pierres étrusques. — C'est aux Grecs qu'appartiennent 
les couvres les plus remarquables de la glyptique, parce 
qu'ils ont en le goût le plus pur. On ne saurait dire à 
quelle époque ils commencèrent à cultiver cet art ; mais 
n pins ancienne pierre gravée, de travail grec, qui nous 
soit parvenue, est une cornaline du cabinet de Berlin, où 
est représentée la mort du héros Spartiate Othryadès, 
événement du vi* siècle av. J.-C. Les pierres grecques 
sont, en général, de forme ovale et de peu d'épaisseur. 
Pour lea dioisir on s'attachait à certains rapports de leur 
ooulenr apec le sujet à graver ; ainsi, on mvait une 
flgmne de FroMrpinê sur une pierre noire, iVisp^un^ et 
les TWtont sur de l'aigue-marine, Bacchus sur une amé- 
thyste, Marsyas écorché sur du Jaspe rouge, etc. Un 
nom gravé sur une pierre grecque doit être généralement 
oonaidéré comme oâui dei'artiste qui l'a exécuté, tandis 
que, sur les pierres romaines, c'est plutôt celui du pro- 
priétaire. On n'a recueilli le nom d'aucun des artistes 
^ypliens ou étrusques, mais on connaît bon nombre de 
greveors grecs, entre autres Théodore de Samos, Apollo- 
nfde, SoloB^ Polyclôte de Sicyone, Pyrgotèle, Dioscoride. 
Jb préUMwit le nu aux figures drapées, et les sujets 
fflvâologigaes oa héroïques à ceux de l'histoire contem- 
oondne^-^ I^ '^'y ^"^ P^ d'école romaine de glyptique; 
HP niflRW gmTâee à Borne par les artistes grecs qu'on y 



attira appartiennent à l'école grecque, mais représentam 
surtout des figures romaines. Toutefois , quelques Ro- 
mains s'exercèrent à la glyptique, tels que Quintillus, 
Aquilas, Rufus, Félix (qu'on croit avoir été un affranchi 
de Cornélius Sévérus). La glyptique survécut aux autres 
arts dans le Bas-Empire, parce qu'elle était inséparable 
de l'art de sraver les coins pour les monnaies. 

En Oecident, après la chute de l'Empire romain, le 
goût des pierres gravées s'effaça. Heureusement, les Tiré* 
sors des églises conservèrent pendant le moyen âge qxu» 
ques œuvres précieuses, dans lesquelles une piété pea 
éclairée voyait des objets de dévotion (F. CAMés); 
d'autres servirent d'ornements aux châsses, aux reïi^ 
quaires, aux vêtements sacerdotaux. Depuis la Renais* 
sance dias arts, le godt de la glyptique s'est ranimé, les 
pierres antiques ont été recherchées avec empressement^ 
et les artistes ont essayé de marcher sur les traces des 
Andens. Au xvi* siècle on remarque surtout Jean et Do- 
minique, que leur habileté, l'un dans la gravure en 
creux, l'autre dans la gravure en relief^ fit appeler Jean 
des Cornalines et Dominique des Camées. Sur leurs tra- 
ces marchèrent Michelino, Blarie di Pescia, Castel Bolo- 
gaese, Valerio Vicentino ou Valérie Belli, Alessandro 
esari dit il Greco, etc. L'Italie a encore produit, an 
xvn* siècle, André dit U Borgognone, et, an xvm*, Sir- 
leti, les Costanzi, Ghinghi, les Torriccelli, Pichler. Resa. 
La glyptique fut importée en France par Ifatteo del Na- 
saro, sous François I*'* et, dès le règne de Louis Xm, 
Julien de Fontenay, dit Coldori, s'y distingua. Les Siriès, 
qui se sont succédé de père en fils comme graveurs de la 
galerie et à l'École des neaux-arts de Florence, sont ori- 
ginaires de Figeac (Lot). Parmi les artistes français qui 
se sont fait un nom dans la glyptique, on remarque : 
Ifaurioe, originaire du Milanais, mort en 1732 ; Baiîier, 
mort en 174fi; Jacoues Gua^, de Bfarsellle; et, au xix* 
siècle, Jeuffroy, Desoœufs, Domard, Faugînet, Mongeot, 
Hewite, Simon, Tiolier. Un prix de gravure en pierres 
fines et en médailles a été institué, en 1805, à l'École 
des beaux- arts de Paris. En Allemagne, la {pnavure en 
pierres fines remonte an xvi* siècle, et les srtistes de ce 
pays prétendent au premier rang après les Italiens : ils 
font encore beaucoup d'armoiries sur pierres dures. Les 
plus remarquables ont été Lucas Kilian, les Dorsch, 
Laurent Natter. L'Angleterre cite aussi quelques bons 
graveurs : au premier rang, Thomas Simon, qui grava 
le portrait de CromwelU 

Certains caractères servent à distinguer les pierres 
gravées antiques des modernes. D'abord, il faut examiner 
si la matière de la pierre a été connue et travaillée par 
les Anciens, si elle provient d'un gisement d'où ils auront 

Su la tirer, si les bons artistes l'ont employée. Puis, le 
ni du trevail, la fidélité du costume, le poli du fond de 
la mvure, sont encore des Indices assez certains d'anti- 
quité. L'entente de la perspective peut rendre une pierre 
suspecte, parce que les Anciens ont ignoré Jusqu'à un 
certain point cet art. Les faussaires ayant souvent inscrit 
des noms de graveurs célèbres sur des œuvres médiocres 
ou modernes, on doit examiner si la beauté du travail 
répond à la réputation de l'artiste, et le comparer aux 
autres ouvrages connus de cet artiste. La manière dont 
les lettres des inscriptions ont été gravées peut être aussi 
un bon indice : les grands artistes inscrivaient leur nom 
eux-mêmes avec beaucoup de soin; quelques graveurs 
modernes, tels que Pichler et Natter, se sont servis de ca- 
ractères grecs. 

V, Rossi, Gemme antiche figurate, Rome, 1707, 4 vol. 
in-i**; Gori, Thésaurus gemmarum antviuarum, Flo- 
rence, 1750, 3 vol. in-4<>; Uariette, Traité des pierret 
gravées, Paris, 1750, 2 vol. in-fol.; Natter, Traité de la 
gravure en pierres fines, Londres, 1754; Winckelmann, 
Description des pierres gravées du baron de Stock, Flo- 
rence, 1760, in-ibl.; Lachau et Leblond, Description des 
pierres gravées du duc d'Orléans, Paris, 1780, 2 vol. 
in-fol.; Eckhel, Pierres gravées ou Cabinet impérial. 
Vienne, 1788, in-fol.; Millin, Introduction à Vétude des 
pterres gravées, Paris, 1797, et Pierres gravées'inédites, 
1817, in-8«; Dubois, Choix de pierres gravées anttques, 
égyptiennes et persanes, Paris, 1817, in-4<*; Lenormant, 
Trésor de numismatique et de glvptiqtiê. B. 

GLYPTOGRAPHIE (du ginc glupta, choses gravées, et 
graphéin, décrire), description des pierres gravées. 

GLYPTOTHÈQUE (du grec glupta, choses gravées, et 
thèkè^ dépôt), collection de pierres gravées. Marcus Scau- 
rus, beau-fils de SyUa, fut le premier qui forma une col- 
lection de ce genre. Pompée suivit son exemple. César 
exposa dans le temple de Vénus Génitrix les pierres qu'il 



60B 



980 



GOD 



vnlx enlevées à Mithridate, et Marcellus, fils d'Octavie, 
Saissa le publie Jouir de la collection qu*il avait formée 
dana le temple a*Âpollon Palatin. Au xvi* siècle, les Hé- 
dids réunirent des pierres gravées, et tronvèrent bientût 
des imitateurs dans le reste de TEurope. Parmi les col- 
lections publiques, on distingue celles de la Bibliothèque 
impériale à Paris, du Vatican à Rome, de Berlin, de 
Vienne, de Dresde, de Munich, de Copenhague, de Saint- 
Pétersbourg. Au nombre des cabinets appartenant à des 
particuliers, on cite ceux de Strozzi et de Ludovlci à 
Rome, de Poniatowski en Russie, des ducs deDevonshire, 
de Carlîsle, de Bedford et de Ifarlborough en Angleterre, 
du duc de Blacas, du comte Pourtalès et du baron Roger 
à Paris. 

GNOIDQUE (Poésie), c.-à-d« sentencieuse; du grec 
m&mè, sentence morale. Elle consistait, chez les Grecs, 
à exprimer en vers précis, et dans un style élégant et 
naturel, les vérité morales les plus importantes, qui se 
gravaient ainsi plus aisément dans la mémoire. Phoçylide 
de llilet, Théognis de Mégare, au vi* siècle avant J.-C, 
sont les poètes goomiques les plus célèbres; mais nous 
n'avons que des fragments de leurs œuvres. V, les re- 
cueils de Brunck (1784), de Bekker (iS15), et les tra- 
ductions françaises de Lévesque et de Coupé. — Chez les 
modernes, on peut compter parmi les pofites gnomiques 
Dnfaur de Pibrac (xvi* siècle), dont les Quatrains mo- 
raux ont été longtemps célèbres, et Pierre Matthieu, 
mort sous Louis XIII. Quant aux Sentences de Publius 
Syrus, contemporain de Jules César, ce ne sont que des 
vers isolés extraits de ses Mimes, et qui n'appartiennent 
pas proprement à la poésie gnomique. P. 

GNOMON. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire, 

GNOSnCISME, du grec gn&sis, connaissance. On en- 
tend par là Tensemble des doctrines philosophiques et 
religieuses, basées sur une prétendue connaissance su- 
périeure et mystérieuse. Le gnosticisme se montra dès 
les premières années de Tère chrétienne. II eut des ori- 
gines diverses, et il comprenait un grand nombre de 
sectes; mais il y avait entre elles quelques principes 
communs : toutes expliquaient Torigine des êtres spiri- 
tuels par émanation du sein de Dieu ( V» Éons) ; à me- 
sure que ces êtres s'éloignaient du foyer divin, ils dégé- 
néraient et tendaient à se matérialiser. Jusqu'au retour 
de tous au |>oint de départ et au rétablissement de Thar- 
monie primitive. A ces données générales les gnostiques 
ajoutaient quelques doçnes secondaires, qui variaient 
selon les écoles, mais qui revenaient à dire oue la gnose 
était une tradition réservée à une race privil^ée, et que 
le gnosticisme pouvait seul conduire à la perfection. 
Tout le gnosticisme se divise en cinq groupes principaux, 
qui eux-mêmes se subdirisent en des rameaux nombreux. 
Ces dnq groupes sont : !• le groupe palestinien, qui a 
pour fondateur principal Simon le Magicien ; 2* le groupe 
syriaque, qui se rattache au précédent par son fondateur 
Saturnin; 3* le groupe égyptien^ qui comprend trois 
écoles: la première eut pour chef Basilide; la seconde, 
Yalentin; la troisième, sortie de la précédente, était celle 
des Ophites, ainsi nommés du rôle que le serpent Jouait 
dans leurs cérémonies; elle comprenait les Caiinites, qui 
regardaient Jéhovah comme un mauvais génie et la race 
de Cain comme celle des 'élus, et les SSthiens, qui se 
rattachaient au Judaïsme ; 4* le groupe sporadique, com- 
posé de petites fractions détachées du groupe éf^tien; 
5^ le groupe asiatique, dont les principaux organes furent 
Gerdon en Syrie, et Blarcion en Asie Mineure. Ce groupe 
fût celui qui causa à l'Église les plus vives inquiâudes. 
Cependant l'influence du gnosticisme fut bornée; com- 
battu par les Pères de l'Église et surtout par S^ Irénée, 
poursuivi avec rigueur par les empereurs grecs, il dispa- 
rut peu à peu, mais non sans laisser de traces, car on le 
retrouve en Orient chez les Manichéens, les Paullciens, 
les Bogomites; en Occident chez les Cathares, les Albi- 
geois, et chez d'autres sectes qui se rattachaient à ces 
dernières. V. Matter, Histoire critique du Gnosticisme et 
de son tnfiuence sur tes sectes religieuses et philoso- 
phiques des six premiers siècles de Vére chrétienne, 3 vol. 
in-8». R. 

GOBELET (du bas breton goh?)^ vase à boire dont on 
. se servait généralement autrefois. Chez les princes et les 
, grands seigneurs, il était d'or, couvert de riches clse- 
i lures, et pariois enrichi de pierres fines; chez les bour- 
geois, il était d'argent, et d'étain ou de bois dans la classe 
pauvre. La forme des gobelets a varié souvent; l'une des 
pins communes s'est perpétuée Jusqu'à nos jours dans 
les igobelets dont se aenrent sur les places publiques les j 



marchands de coco; ils sont évasés du haut, et soutenus 
par une base large et peu élevée. Les verres ont détrôné 
les gobelets. Des gobelets de fer-blanc servent aux esca- 
moteurs pour exécuter leurs tours de glbeci^bv. Parmi les 
senrices des maisons royales de France avant la Révolu- 
tion, il y avait celui du gobelet, oui se divisait en deu> 
parties : la pann^mie^Hiuche et Véchansonnerie-boiuche. 
Le chef de ce senrice se nommait chef du gobelet, et ser- 
vait le roi l'épée au côté ; il devait, en présence du premier 
valet de chambre, goûter de tout ce oui était servi. 

GOBEUNS (Manufacture des), célèbre manufacture de 
tapisseries et de tapis, entretenue à Paris aux frais de 
l'État. François I*', au lieu d'acheter ses tapisseries aux 
marchands de Paris ou de Flandre, établit au château de 
Fontainebleau un atelier royal, placé sous la direction du 
surintendant des bâtiments Babou de La Bourdaisière et 
du peintre Sébastien Serlio, et oui, sous Henri H, fut 
confié à Philibert Delorme. Henri IV installa des tapia- 
series de haute lisse à Paris, dans la maison des Jésuites, 
qui venaient d'être chassés de France; après le rappel de 
cette compagnie, il les transféra dans les galeries du 
Louvre. Des tapissiers flamands, appelés par le roi en 
1601, furent placés dans quelques restes du palais des 
Toumelles, puis au faubourg S'-Marcel, dans une maison 
dépendant des ateliers de teinture de la famille Gobelin. 
Ils eurent pour chefs Marc de Comans et François de 
La Planche, dont les fils, Charles de Comans et Raphaël 
de La Plancïie, se séparèrent en 1633, le premier restant 
aux Gobelins, le second allant s'établir au faubouiig S*- 
Germain, dans une rue qui porta son nom, là où passe 
aujourd'hui la rue de Varennes. Les deux fabriques 
furent subventionnées par le roi. En 1662, les ateliers 
du Louvre et de la rue de La Planche furent annexés à 
celui des Gobelins, où Colbert réunit des peintres, des 
sculpteurs, des graveurs, des orfèvres, des fondeurs, des 
lapidaires, des ébénistes, des teinturiers, etc. : le tout 
constitua la Manufacture des meubles de la Couronne^ 
sous la direction de Lebrun, peintre de Louis XIV. Tou- 
tefois cette organisation ne fut complète qu'en 1667. La 
manufacture embrassa dans ses travaux tout ce qui se 
rapportait à l'ameublement, et acquit bientôt un grand 
renom pour la beauté et l'excellence de ses produits. Les 
malheurs de la fin du xvii* siècle lui furent funestes, et, 
en 1694, pendant la direction de Pierre Mijpard, on con- 
gédia une partie des ouvriers; mais, en 1609, J.-H. Man- 
sard, surintendant des bâtiments, arts et manufactures 
du royaume, lui rendit sa première organisation, et en 
donna la direction à Robert de Cotte. L'établissement des 
Gobelins se maintint, avec des alternatives de succès 
plus ou moins grands, Jusqu'à la Révolution. On avait 
d'abord, pour Cure la tapisserie, coupé les tableaux par 
bandes, ou'on plaçait près de la chaîne : en 1747, on 
imagina ae prendre sur du papier transparent tous les 
traits du tableau, et d'appliquer ce papier sur la chaîne, 
comme on le faisait auparavant du tableau même. En 
1759, Vaucanson introduisit encore de nouvelles amélio- 
rations, ^n 1790, an salaire fixe pour les artistes et les 
ouvriers fut substitué au salaire à la tâche. A partir du 
1" Empire, la manufacture fut comprise dans la dotation 
de la couronne, dont elle n'a été distraite que ds 1848 à 
1852. En 1826, la manufacture de la Savonnerie {V, ce 
mot) lui fut annexée; il en fut de même de celle de Beau- 
vais, de 1848 à 1850. — Les tapisseries des Gobelins sont 
remarquables par la perfection des procédés, l'excellence 
de la teinture des laines, la beauté de l'exécution; elles 
reproduisent avec une surprenante exactitude les tid>leaax 
des peintres. La manufacture comprend une galerie d'ex- 
position, une école de dessin , et une école spédale de 
tapisserie. B. 

GOBETIS, nom qu'on donne quelquefois au crépt 
(K. ce mot), 

GODEBERT, partie du vêtement au .xiv<> siècle. Selon 
les uns, c'était une tunique qui recouvrait l'annore; 
selon les autres, une forme particulière de camail. 

GODEFROI DE BOUILLON (Les Enfances de), cin- 
ouième branche du Chevalier au Cygne, Hélias n^tablit 
dans ses domaines la duchesse de Bouillon chassée par 
un usurpateur; il épouse Béatrix, fille de la duchesse, et 
lui impose la condition de ne Jamais chercher à savoir 
son nom ni son pays. Après sept ans de mariage, elle 
oublie son serment; Hélias la quit<(* aussitôt. Sa fille Ida 
est mariée au comte de Boulogne; elle donne le Jour à 
Godefroi, qui, encore enfant, se distingue par tant de 
prouesses, que sa renommée va troubler dans La Mecque 
le Soudan Gomumaran. Ce chef vient en France pour 
connaître par lai-même le mérite de GodeSroi, et^ plein 



GON 



981 



fiOD 



ffadminsion. Il le déclare digne de Tempireda monde.— 
n existe deui leçons manusoltes des Enfances dv Godé* 
frot : la plus ancienne est sans nom d'auteur; Tautre, qui 
ett une amplification maladroite de la première, est Ton- 
v^^se d*an certain Renaut, gui écriTit dans les premières 
«nnées da xiu* siècle. V. Histoire littéraire de la France, 
t XXII. H. D. 

GODILLE, aviron qa*on place dans une entaille arron- 
£e sur Tarrière d'une barque, et au*un seul homme 
manie en imitant les mouvements de la queue d'un pois- 
son. Faire ayancer la barque par ce moyen, c'est gO' 
diller. ^ *— 

GODRON. F. Gacdron. 

GOD SAVE THE KING, c.-à-d. en anglais Diau sauve 
te roi! Cest le refrain et le titre d'un chant national 
anglais. Ce cliant, d'un caractère grave et d'un puissant 
eflfett n*a pas d'auteur cenain. Les uns prétendent qu'il 
Alt compoisé et exécuté pour la première fois sur Forgue 
en 4607 par un certain John Bull, organiste de la cha- 
pelle de Jacques I*'. D'autres disent que les paroles 
étaient : God save great James, our king ? que Dieu con- 
serve le grand Jacques, notre roi!); qu^n les mit en 
musique pour la chapelle catholique de Jacques II ; qu'on 
n*06a plus les chanter après la chute de ce prince, et 
qu'au hout de soixante ans, après les avoir quelque peu 
modifiées, on s'en servit pour les rois de la nudson de 
Hanovre. D'après une autre tradition, l'hymne et la mé- 
lodie auraient du poète Harry Carrey, qui aurait fait 
corriger et compléter son œuvre au point de vue de la 
composition muûcale par le célèbre Handel. On a même 
dit que l'air du God save the Jàng avait été tiré par 
Handel d'une InvoccUion aux Dieux mise en musique par 
Lulli sur des paroles de Quinault; on qu'on l'avait pris 
d'un Domine salvum écrit par le même compositeur 
pour les demoiselles de SM^yr, et transporté à la cour 
de Jacques II. Ce c[u'il y a de certain, c*est que l'hymne 
national fut imprimé en i745 dans le Gentteman's Ma* 
gasine, et qu'il devint immédiatement populaire. B. 

GOELETTE (de goëland?), petit et élégant b&timent à 
deux m&ts inclinés vers l'arriâne, portant depuis 30 Jus- 
qu'à 150 tonneaux. Les voiles inférieures sont trapé- 
zoïdal^, et du genre de celles qu'on nonmie latines; 
celles de l'avant ou focs sont triangulaires; celles qu'on 
hisse au haut des mâts sont carrées comme les humers, 

Quelquefois triangulaires et à antennes. La goélette est 
ne voilière et bonne marcheuse; mais, surprise par un 
grain, elle s'incline, chavire et sombre aisément sous ses 
voiles démesurées. Aux États-Unis, où l'on a inventé ce 
genre de bâtiments, on les nomme pUots-boats (bateaux- 
pilotes). En Europe, on a armé des goélettes en guerre; 
elles portent de à 8 câronades. Les Anglais appellent 
ces bâtiments scliooners, — On appelle goëlette-orick ou 
brick-noëlette un b&timent dont le prand m&t porte une 
voilure de goélette, et le m&t de misaine une voilure de 

brick. 

GOMRErrE (Loi). V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d^ Histoire. 

GONDOLE, embarcation de passage et d'agrément 
dont on se sert à Venise. Elle est à fond plat, et peinte 
en noir; son bau n'est pas grand en raison de sa lon- 
goeor, qui est de il met. environ; l'étrave et l'étambot 
(pièces de bois faisant suite à la quille, à l'avant et à 
rarrière) sont prolongés à une certaine hauteur, et les 
bouts finissent en volute recourbée au dehors; une ca- 
bine pour les passagers occupe le milieu. Deux hommes^ 
S lacés aux extrémités, suffisent pour mener une gon- 
ole ; ils sont debout, et rament en poussant devant eux. 
Comines dit que, lorsqu'il alla à Venise, on y comptait 
30,000 gondoles; au commencement du xix* siècle, il v 
en avait 6,500 ; ai^ourd'hui on en trouverait à peine 70(1. 
— Des omnibus et des diligences ont aussi reçu le nom 
de gondoles. A la bataille de Fontenoy (1745), le maré- 
chal de Saxe, qui ne pouvait se tenir à chevd, se fit 
porter dans une gondoh d'osier. 

GONFALON. K. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et dP Histoire. 

GONG, instrument de musique en usage chez les Chi- 
nois. Sa forme approche de celle d'une corne, et il est 
composé d'un alliage d'argent, de cuivre et de plomb. Cet 
instrument, dont le son est aigu et retentissant, s'em- 
ploie pour éveiller l'attention des auditeurs. Dans les 
châteaux du nord de l'Europe, on se sert d'instru- 
ments semblables, au lieu de cloches, pour appeler les 
Invités aux repas ; — on s'en sert également mamtenant 
les lignes de chemins de fer. 

«G. V. T41I-TAM. 



sur 
oomo 



GONGORISME. V. Espagrolb (Littérature). 

GONNE, nom d*cm vêtement de dessous à Tosage âc« 
hommes et des fenmies vers le xiii* siècle. On appela 
Gonnel le petit sayon des paysans. 

GORAH , instrument de musique des Hottentots. Il se 
compose d'une baguette tendue en forme d'arc au moyen 
d'une corde à boyau. A l'une des extrémités de cetto 
corde est fixé un tuyau de plume d'autruche. Ce tuyau 
étant placé entre les lèvres et soumis au souffle du joueur, 
la corde vibre, et l'on peut lui faire produire toutes les 
notes d'un accord parfait. 

(K)RGE, moulurv» concave qui représente dans son 
profil un talon renversé ou une courbe variable. L'archl* 
tecture ogivale dans sa 3* période fit un grand usape des 
moulures creusées en gorge. La Renaissance en tira un 
merveilleux parti pour les corniches des plafonds inté- 
rieurs des appartements. Les corniches à grandes mou- 
lures creuses se perpétuèrent Jusqu'au siède dernier, et 
on semble vouloir y revenir de nos Jours. 

GORGE, ter me d e Fortification. V. Rastion. 

GORGERETTE ou GORGIÈRE, nom donné an ziv* siè- 
cle à un collet de mailles, attaché le plus souvent aa 
haubert, et qui faisait l'office de cravate par-dessous le 
camail. 

GORGERIN, partie cylindrique et légèrement concave 
du chapiteau dorique , comprise entre l'astragale et les 
filets, et ornée quelquefois de fleurons et de cannelures. 

GOEOERDi, pièce d'armure. V. notre Dictiotxncàre de 
Biographie et d'Histoire, 

GORGHEGGIO, mot italien par lequel on désigne un 
passage rapide exécuté avec la voix, et une vocalise, 

GORMONT ET ISEMBART. V. le Supplément. 

GOTHIQUE (Architecture). V. Ogivalb (Architecture). 

GOTHiQDB f Écriture). V. ÉcarruRB. 

GOTBiQCB (Langue, Littérature). V. AtLEMANOE. 

GOTHS (Art des). V. Espagnb, Itaub. 

GOUACHE, autrefois Guazxe (de l'italien guaat») ^ 
flaque d'eau), sorte de peinture en détrempe dans la- 
quelle on emploie des couleurs broyées et délayées à 
Teau gonunée. Elle diffère de l'aquarelle (K. ce mot) en 
ce que les couleurs sont en p&te et se posent par couches 
successives comme dans la peinture à l'huile. Très- 
propre à peindre le paysage d'après nature, elle sert aussi 
a faire des esquisses pour de srandes compositions. On 
l'emploie pour les décorations de théfttre, pour celles des 
fêtes publiques, pour des perspectives. (îette manière de 
peindre, prompte et expéditive, a de l'éclat. Il ne faut pas 
oublier, en la pratiquant, que les couleurs sèbhent promp- 
toment, qu'il est impossiole de les fondre autant qu'on 
pourrait le souhaiter, et que les retouches sont à peu 
près impossibles. En Î839, à l'Exposition de peinture de 
Pïuis, on vit des essais de gouache vernie, qui a pour 
but de remédier à cet inconvénient. — Cest la gouache 
que les mpines du moyen âge employèrent pour orner les 
manuscrits de si^ets empruntés à la Bible. I>arml les 
peintres modernes qui excellèrent dans ce genre de pein- 
ture, on remarque : le Corrége, dont le Musée du Louvre 
possède deux beaux tableaux allégoriques {la Vertu vie* 
torieuse des Vices, et VHomme sensuel attaché au Plaisir 
par V Habitude); J.-G. Bawr, de Strasbourg, habile dans 
le paysage, la perspective et l'architecture, et dont le 
même Musée renferme une Cavalcade du pape et une 
Marche du Grandr^eigneur; Baudoin, gendre de Bou- 
cher, et auteur d'une suite de tableaux dans le genre 
libre et familier, entre autres le Coucher de la mariée; 
Noël, dont on a des marines très-estimées. Les Persans, 
les Chinois et les Indiens ont parfaitement réussi dans 
la gouache : on voit à la Bibliothèque nationale de Paris 
une série de portraits en pied et bBaucoup de sujets tur 
miliers, dessinés et peints avec une grande finesse, B« 

GOUDJERATE (Idiome). V. GozEftATB. 

GOUILLARDS. V. Clercs-Ribacds. 

(jOUJAT. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bto» 
graphie et d Histoire. 

GOULET, canal étroit qui sert d'entrée à une rade ou 
à un port. 

GOULETTE, nom donné, dans les cascades, à un petit 
canal en pente douce taillé sur des tablettes de pierre ou 
de marbre, et interrompu d'espace en espace par de 
petits bassins en coquille d'où sortent des bouillons d'eau* 

GOUM. V. notre Dictionnaire de Biographie et d'His* 
toire, 

GOUPILLON, aspersoir en usage dans l'Église catho» 
lique. Cest un petit b&ton portant une tète garnie de 
soies de porc. Le mot vient du vieux français goupil 
(renard), parce que c'était avec une queue de renard que 



GOU 



982 



GOU 



ie lUsaient anciennement les aspersions. Le goupillon 
est quelquefois tout en métal, et alors la tôte est formée 
d*ane boule creuse retenant Tean bénite, mats percée de 
petits trous qui permettent d^asper^^er les fidèles. 

GOURABE ou GOURABLE, gprande barque à trois mâts 
employée sur la mer des Indes, et remarquable par un 
gréement très-élancé, par la grosseur et Télévation exa- 
gérée de la poupe. 

GOURBIL. ) K . ces mots dans notre Dictionnaire de 

GOURDE. ] Biographie et d* Histoire. 

GOURMANDISE, amour déréglé du boire et du man- 
ger. C'est le 4* des pécbés capitaux. 

GOURMETTE, en termes de Marine, garde qu*on met 
sur un nayire pour veiller aux marchandises. — Les Pro- 
vençaux donnent le môme nom à un valet de bord 
char^ surtout du nettoyage du b&tlment et du service de 
Téquipage. 

GOUSSE , ornement architectursl en forme de gousse 
Tégétide. On le trouve principalement dans le chapiteau 
•unique, mais il s*écarte souvent de la forme naturelle 
pour en adopter d'autres variables. 

GOUSSET, partie des anciennes armures, qui avait la 
forme d'un mangle, et qui garantissait le dessous du 
bras. — Dans le Blason, on donnait le même nom à 
l'une des pièces honorables de l'écu , prenant en haut 
des deux angles et se terminant en pal à la pointe. 

GOUT. Le goût est plus facile à définir que l'esprit ou 
môme le génie ; et Voltaire, qui en avait tant , est un des 
écrivains qui en ont le mieux déterminé les caractères. 
« En n&néral , dit-il , le goût fin et sûr consiste dans le 
« sentiment prompt d'une beauté parmi des défauts, et 
« d'un dêTaut parmi des beautés. » Il a écrit encore, dans 
le Siècle de Lows X!V : « Le goût n'est que la suite d*un 
« sens dvoit, et le sentiment prompt d'un esprit bien 
« fait. » ije goût , en effet, se compose de deux âéments, 
rintelligenoe et la sensibilité. L'un sert à discerner le 
vrai du faux, le spécieux du solide, à distinguer les 
nuances, à pénétrer les secrets et les règles du beau : on 
rappelle également sem aritûiue. L'autre est frappé spon- 
tanément des défauts et des beautés, remplace le Juge- 
ment par l'émotion, et adopte ou repousse avec une é^ue 
vivacité ce qui lui plaît et ce qui lui répugne. Nous avons 
indiqué ailleurs (r. CaniQUB) le n^port et la propor- 
tion de ces deux facultés. Il semble cependant que le goût 
doit être essentiellement critioue, et saisir particulière- 
ment les défauts. Au reste, réduit à l'intelligence, il de- 
viendrait sec^ froid; réduit à la sensibilité, il tournerait 
en panégyriques enthousiastes ou en boutades d'impa- 
tience, et serait exposé à de fréquentes erreurs. On en 
foit la preuve dans les Jugements des connaisseurs et du 
public ; les premiers, plus éclairés et plus difficiles, rai- 
sonnent leurs impressions, les discutent, les soumettent 
à l'analyse, au lieu de s'y livrer fhinchement lorsqu'elles 
•ont (ustes et vraies. C'est pour eux que La Bruyère a i 
écrit : « Le plaisir de la critique nous ôte celui d'être 
^ vivement touchés des belles choses. » Le peuple, qui 
Abandonne tout entier aux choses qui le frappent, se ! 
laisse souvent prendre à la déclamation, à la fausse cha- j 
leur, aux artifices grossiers; il vaut mieux, avec lui, 
frapper fort que frapper juste. De ces deux manières de 
Jpger, laquelle est préférable? Au milieu du xvm* siècle 
Dalembert écrivait t « L'impression est le Juge naturel 
« du premier moment, la discussion l'est du second. Dans 
« les personnes qui Joignent à la finesse et à la prompti- 
« tude du tact la netteté et la Justesse de l'espnt, le se- 
« cond Juge ne fera pour rordinaire que confirmer les 
« arrêts rendus par le premier. » Et il ^joutait , à propos 
de cet esprit d'examen et d'analyse, devenu celui de 
r^oque sous le nom &esprit philosophique, et dont il 
était lui-même un des représentants les plus autorisés : 
« Tel est le malheur de la condition humaine. Nous n'ao- 
« quérons guère de connaissances nouvelles que pour 
« nous désaJ[>u86r de quelque illusion, et nos lumières 
« sont presque toujours aux dépens de nos plaisirs... Si 
« ces lumières peuvent diminuer nos plaisirs, elles flattent 
« en même temps notre vanité. On s applaudit d'être de- 
« venu difficile ; oq croit avoir acquis par là un degré de 
« mérite. » Ces lignes, écrites en 1757, ne semblent-elles 
pas faites pour nous? La métaphysique allemande a, de 
nos Jours, remplacé celle de l'Encyclopédie : elle a déve- 
loppé et porté plus loin encore l'esprit d'examen appliqué 
aux œuvres des arts^ et profondément altéré ce qui pou- 
vait nous rester d'émotions simples et naïves. Il est im- 
possible de revenir en arrière; mais on peut au moins 
s'arrêter sur la pente, et profiter des lumières acquises, 
pour mieux sentir des beautés qui n'ont pas toujours été 



bien saisies. Nous avons appris à aimer de grands esprits 
et des chefs-d'œuvre ii^ustement condamnés avant nous 
(V, Critiqoe, GâiiB); c'est un progrès du goût qui doit 
nous consoler de l'aSbus de l'analyse. Nous n'avons pas 
besoin de nous égarer dans les subtilités de Vesthétique; 
et , pour nous en tenir au siècle de Voltaire, un de ses 
contemporains les plus sensés et les plus aimables, Vau- 
venareues, a dit sur cette question le mot des esprits dis- 
tinfp& et des honnêtes gens : « Il faut de l'&me pour 
avour du goût. » C'est en effet l'&me, c-à-d. le sentiment 

I>as8ionné du vrai , qui place si haut la beauté idéale et 
a perfection , qui la cherchait avec Platon au sein même 
de la divinité \V, le Banquet)^ et qui, avec Fénelon, la 
ramène tout entière à la vérité et à la vertu. — A cette 
hauteur, le goût est le privilège d'un petit nombre d'es- 
prits trèi-supérieurs ; mais, à tous les degrés, le goût est 
toujours un privilège. Il n'est pas, à beaucoup prâ, aussi 
répandu ni aussi partagé que le bon sens; et, en effet, il 
n'est pas aussi nécessaire; on peut vivre sans avoir du 
goût. C'est ce qui faisait dire à Voiture : « On est affligé 
« quand on considère cette foule prodigieuse d'hommes 
« qui n'ont pas la moindre étincelle de goût, qui n'ai- 
« ment aucun des beaux-arts, qui ne lisent Jamais, et 
« dont quelques-uns feuillettent tout au plus un Journal 
« pour être au courant, et pour se mettre en état de 
« parler au hasard des choses dont ils ne peuvent avoir 
« que des idées confuses. Le goût est inconnu aux familles 
« bourgeoises, où l'on est continuellement occupé du 
« soin de sa fortune, des détails domestiques, et d*nne 
« grossière oisiveté, amusée par une partie de Jeu. J'a! 
« connu un commis des bureaux de Versailles, né avec 
« beaocoup d'esprit , qui disait : «t, Je suis bien malheu- 
« reox; Je n*ai pas le temps d'avoir du goût. » Toutefois^ 
nous matons ce reproche neaucoup moins que nos pères. 
Les Journaux et l'enseignement public, sans parler da 
thé&tre, se sont chargés de nous éclairer; et il serait trop 
sévère de répéter après Voltaire, « qu'il n'y a pas dans 
« Paris trois mille personnes qui aient le goût des beaux- 
« arts ; » car le progrès de l'éducation l'a rendu plus g6- 
léral et plus populaire. 

Le goût peut donc s'acquérir : il se forme, se déve- 
loppe, se rectifie même quelquefois, du moins chez les 
esprits droits et sensés ; car, dans les esprits faux et mal 
faits, le goût ne se redresse pas plus que le Jugement. 
Les modèles y contribuent plus encore aue les leçons, 
une fois que nous avons appris à les apprécier; et, d'ail- 
leurs, l'enseignement des maîtres, dans les arts comme 
dans les lettres, doit s'appuyer sur les chefs-d'œuvre. Les 
peuples apprennent et s'instruisent comme les individus ; 
leurs impressions et leurs admirations premières sont 
confuses, grossières, irréfléchies; la civilisation leur ap- 
porte la délicatesse avec la critique. Les Grecs seuls, 
merveilleusement doués pour tous les arts, atteignirent 
d'abord la perfection; et si leur goût s'est altère plus 
tard, dans la poésie et dans l'éloquence, si leur caractère 
propre s'est ^té par les côtés mêmes où il était original, 
si les défauts enfin ont prévalu sur les qualités, Tarclii- 
tecture et la sculpture ont échappé à cette décadence, et, 
sous l'Empire romain, ont produit des œuvres compar 
rables à celles de Phidias, ou du moins de Praxitèle. 
Mais les Romains et les nations modernes ont dû faire 
l'éducation de leur goût, et la faire à l'école de leurs pré- 
décesseurs. Horace a spirituellement raconté la conquête 
pacifique qui soumit a la Grèce vaincue ses farouches 
vainqueurs. Le monde moderne a subi le même ascen- 
dant, et pris des leçons de goût des peuples ou'il avait 
remplacés. Cette éducation ne se fait pas en un Jour dans 
les société non plus que chez les hommes. Les délica* 
tesses des arts ne sont pas populaires; elles ne se laissent 
pas pénétrer et manier indiscrètement; ce sont l'habi- 
tude et la réflexion, aidées de leçons intelligentes, qui 
nous apprennent à goûter les lettres, la peinture, la mu- 
sique, chose à laquelle ne suffisent pas les dispositions 
naturelles, à moins d'être singulièrement heureuses. Une 
oreille Juste, mais qui n'est pas exercée, ne distinguera 
pas les détails et les effets de l'harmonie : l'œil n'est pas 
frappé tout d'abord, dans un tableau, de la pureté du 
dessin, de la richesse du coloris, de la perspective et de 
la lumière ; l'intelligence même et le sentiment ne dé- 
mêlent pas à première vue, dans la poésie ou l'éloquence, 
toutes les beautés de la composition, de l'unité, de l'in- 
térêt. Le goût, d'ailleurs, n'est pas universel, et le beau, 
dans sa variété infinie, ne révèle pas tous ses secrets à 
tout le monde. On trouvera des écrivains supérieurs par- 
faitement incapables d'apprécier les beaux-arts ; un artiste 
n'entendra rien à la littérature. Peut^^tre se feront-ils 



GOU 



983 



GOU 



Imr édnmtioo Vna h Tautret et bo commaniqiieroiit-iU 
tel fmrties de ^ùt qui leur manquent; peat-ètre aussi 
n*y réuartront-ils Jamais, parce que leur nature s*y sera 
oMpément reruaée. Faire naître et former le goût des 
tettres et dea arta, c'est multiplier les jouissances les plus 
nobles et lea plua délicates; pour y réussir, il faut prendre 
MB à peu Teaprit des bons artistes et des bons auteurs. 
On acquiert, dana ce commerce, des idées saines et 
iostaa; on apprend à se défier de ces surprises des sens et 
de Ternit qiu peuvent égarer le goût; on apprend encore 
à ae tanir eo ^ude contre le raffinement et la subtilité, 
délaiita ordinairea des époques et des intelligences trop 
caltivées. La pente est facile de la délicatesse à Taffectar 
tion, et le goût se g&te avec auuint de rapidité quMi a mia 
de lenteur à se former. « Ce malheur, dit encore Voltaire, 
« arrive d'ordinaire après les siècles de perfection ; les 

• artiatea, craignant d'être imitateurs, cherchent des 
a routes écartées; ils s'éloignent de la belle nature que 
m leurs prédécttsenra ont saisie. Il y a du mérite dans 

• leuzB efforts; ce mérite couvre leurs défauts; le public, 
m amoureux des nonveautéa, court après eux ; il s'en dè- 
■ goûte bientôt, et il en parait d'autres qui font de nou- 

• veaux efferta pour plaire; ils s*éloignent de la nature 
« encore plus que les premiers. Le ^ût se perd; on est 

• entouré de nouveautés qui sont rapidement efiiscées les 

• iinea par les autres. Le public ne sait plus où il en est, 

• et fl regrette en vain le siècle du bon goût qui ne peut 
« ploa revenir; c'est un dépût que quelquea bons esprits 
« conservent ajora loin de la foule. » Les bons esprits 
ressemblent à cea sagea dont parle le poète Lucrèce, crai 
se passent, comme les coureurs athéniens dans le stade, 
le flambeau de la vie et de la civilisation. Nous n'avons 
pas à redouter ai^ourd'hui que le flambeau des sciences 
s'éteigne; nous pourrions craindre plutôt pour celui des 
lettrée; car, dans une société très-raffinée comme la 
Ddtre, le goût se fatigue et se lasse; et les auteurs ne se 
font paa faute de le réveiller, comme on excite les palais 
blasés par des mets épicés et des liqueurs fortes. Le seul 
remède à cette disposition maladive et dangereuse se 
trouTe encore dans les œuvres des grands maîtres et dans 
lea livrée dea bons critiques; là sont les destinées et 
Tavenir du goût. 

Dm variations du goût m France. — Le goût des arts, 
dana notre pays, a précédé le goût littéraire. Du xu* au 
XIV* siècle, Tarchitecture avait produit dea monuments 
admirables, quand la langue et la littérature en étaient à 
leurs premiers essais. Sous le règne des Valois, les élé- 
eanta édifices de la Renaissance s'élevèrent à côté des 
ejglîsee gothiques, pendant que nos écrivains cherchaient 
encore la forme la mieux appropriée à l'esprit francs. 
On connaît les fortunes singulières que cet art a subies 
diea nous, et comment l'architecture gothiaue, si dure- 
ment traitée par Fénelon, fit place, avec celle de la Re- 
naissance^ à la simplicité tour à tour sévère et imposante 
du XVII" siècle et aux pesantes copies de l'antique, œuvres 
du siècle suivant et du premier Empire, pour reprendre 
faveur à notre époque. Il a fallu bien des études, bien 
d» discussions et bien des progrès pour arriver à l'équité 
dea jugements, et à cette admiration intelligente de 
toutes, les formes du beau que l'on a décorée du nom un 
peu prétentieux d'éclectisme. La peinture a eu de même 
aea faYeors et ses retours, depuis le Poussin, Lesueur 
et Mignard jusqu'à l'école dite impériale; il faut chercher 
dana les auteurs compétents l'histoire des différentes 
éoolea, de leur populanté et de leur décadence. Nous no 
paiiona paa des modes. Volttiire, que l'on cite toi^ours 
avec pbuair en matière de goût, a dit : « Le goût est ar- 
» bitraire dans plusieurs choses, comme dans les étoffes, 
« dana les parurea, dans les équipages, dans ce qui n'est 
« paa au ran^ des beaux-arts; alors il mérite plutôt le nom 
m de fatUaisie. Cest U fantaisie, plutôt que le goût, qui 
« produit tant de modes nouvelles. » — Quant au goût 
littéraire, c'est un antre champ de bataille, où nous avons 
vu, comme dana lea arta, des luttes acharnées entre les 
dasngiMf et les romantiques, ainsi que les deux camps 
ennemis s'appelaient eux-mêmes vers 4830. L'histoire du 
goût en France, comme dans tous les pays, est plutôt 
l'histoire de la littérsM^ et des arta que celle de la cri- 
tique. Lea écrivains suivent les idées en vogue au moins 
autant qu'ila les dirigent, et il faut une grande force de 
bon sens et de courage pour corriger des erreurs accrédi- 
tées et applaudies. Ce bon sens courageux a été une partie 
de la gloire de noa grands écrivains au xvn* siècle ; mais, 
do reste, la perfection de leur génie n'exclut nullement 
les béantes dea autres époques ni dea autres littératures. 
Li RenaiMance eut dans toute l'Europe le tort de con- 



fondre le goût et le génie avec l'érudition. Elle admirait 
l'antiquité tout entière, sans choix ni réserve, et saluait 
avec enthousiasme les auteurs du temps crui, comme 
Ronsard ou Jodelle, essayaient de la traduire littérale- 
ment , au lieu de s'en inspirer. Les guerres, les affaires 
politiques, les relations continuelles avec l'Italie et l'Es- 
pagne mirent à la mode le goût des deux pays, c-à-d. 
l'emphase espagnole et l'affectation italienne, et la cour 
d'Elisabeth tint en grande faveur la recherche, les pointes 
et les ieux de mots, sous le nom A^euphuisme, Ni le génie 
de Rabelais et de Montaigne , si profonds érudits d'ail- 
leurs, ni celui de Shakspeare, qui ne baissait pas non 
plus le langage à la mode, ne corrigèrent le goût de leurs 
nations; aussi , pendant le siècle suivant, furent-ils en- 
veloppés dans une condamnation générale, qui s'étencUt 
à toute la Renaissance. La première moitié du xvn* siècle 
se ressent du mauvais goût étranger, malgré les efforts de 
Malherbe et ses colères contre Ronsard. Ce n'est pas seu- 
lement dans Théophile ou dans Voiture que l'on trouve 
les pointes et l'abus du faux esprit : Corneille paya tribut 
à la mode, et, malgré la puissance de son bon sens et de 
son génie, ne l'affranchit jamais complètement de cette 
servitude de sa Jeunesse. La grande société de l'Hôtel de 
Rambouillet n'était pas faite pour le corriger : le goût 
des Précieuses avait lait de la recherche et de la fausse élé- 
gance une loi suprême du beau langage ; le grand fin, le 
fin du fin régnait en dépit de la raison de Descartes et de 
Pascal. L'esprit fhmçais, si net et si droit de sa nature, 
pour revenir et s'arrêter au vrai, au simple et au grand, 
eut besoin de la critique incisive et mordante de Boileau 
et de Molière, du bon sens de Louis XIV, à qui Voltaire 
fait trop complètement honneur du goût général, et de 
cette admirable réunion de grands écrivains, d'excellents 
esprits et d'honnêtes gens qui formèrent, pendant qua- 
rante annéea, la société la plus polie que le monde ait 
Jamais vue. On peut seulement regretter que le goût du 
grand siècle ait été trop discret à l'endroit des grands au- 
teurs contemporains, qu'une sorte de pudeur empêchait 
souvent de louer, et trop insouciant des qualités qu'il au- 
rait trouvées dans les littératures étrangères : mais lea 
imitateurs de l'Italie et de l'Espagne avaient, par leur 
faux goût, ramené le public au culte des modèles an- 
ciens. — Le xvin* siècle, dont Voltaire fut l'expression la 
plus complète, et dont l'esprit demeura notre règle Jus- 
qu'à la fin du premier Empire, conserva pieusement la 
tradition littéraire du siècle de Louis XIV, tandis qu'il 
détruisait toutes les autres. Il la rendit étroite et exclu- 
sive : le Jour où Shakspeare pénétra en France, Voltaire 
demanda sa proscription en pleine Académie. Le goût 
français faisait également loi chez lea étrangers, et l'Al- 
lemagne ne connaissait plus d'autres modèles que les 
imitateurs de Voltaire, Jusqu'au Jour où Lessing, Schlegel 
et Schiller rendirent au génie allemand son véritable ca- 
ractère et sa liberté. Ils eurent en France une élève glo- 
rieuse, M*"* 'de Staél, dont les ouvrages exercèrent, avec 
ceux de Chateaubriand, une puissante influence sur le 
goût du public Bientôt, la ResUuration vit l'école ap- 
pelée romantique venger les littératures anglaise et alle- 
mande d'un mépris long et injuste, nier les principes et 
les règles, étemelles ou secondaires, indifféremment, 
émanciper la fantaisie, proclamer la théorie de Vart pour 
Vart, faire enfin du mot classique le synonyme de rou- 
tine, d'aveuglement et d'inepUe. On put craindre que le 
goût ne vint à périr parmi ces ridicules écarts, dont il 
reste ai^Jourd'hui un souvenir plaisant et des traces mal- 
heureuses. Mais la vérité ne change paa. L'esprit français 
est de race latine, et non de race germanique ; il s'est 
formé de cette langue et de cette littérature si fortes des 
Ronmins, qui ont laissé dans l'univers des empreintes 
ineffables ( V, Lattob — Langue). Là, plus encore qut 
dans le génie grec, est le fonds de notre goût, c-àrd. la 
vérité généralA et universelle; les étrangers ne nous ap- 
portent que des vérités secondaires. Au reste, les peuples 
du Midi n'ont guère d'influence ai^ourd'hui sur notre 
littérature ; elle a plutôt besoin d'être préservée de la 
bizarrerie anglaise et de. l'emphase nébuleuse des Alle- 
mands. A chaque peuple convient son goût, qui est une 
partie de son caractère national; et, quoique les diffé- 
rences de race et de langue soient peutrêtre destinées à 
s'efliscer un Jour, dans ce mouvement de chemins de fer, 
d'intérêts et d'idées qui tend à confondre tous les neuples 
de l'Europe, les gens de goût doivent en défendre le dépôt 
contre l'invasion étrangère et contre l'invasion dômes* 
tique, toutes deux également barbares 

Goût musical. — La musique, comme tous les autres 
arts, est l'expression du goût d'un peuple « nuda toutes les 



GOIT 



984 



GRA 



Bitkons De sont pas également organisées ponr Taimer et 
la cultiver. Il en est même qui n*y arriveront Jamais ; 
et, ches celles qui sont ou se prétendent musiciennes, 
elle est particulièrement soumise à Fempire de la mode 
et de la fantaisie. Notre éducation, à nous, a été longue 
et difficile. La lettre de J.-J. Rousseau Sur VOpéra fran- 
cais souleva des tempCtes; et cependant, avec beaucoup 
de verve mocrueuse, elle ne disait que la vérité. Les Itar 
liens et les Allemands, musiciens par excellence, ont eu 
bien de la peine à former les oraMes françaises; et Tltalie 
comptait déjà deux siècles de compositeurs, que la France 
en était encore k Rameau. Rousseau a beaucoup contribué 
à rendre popuUùre le plaisir de la musique; et, dans la 
première moitié de ce siècle, le goût a trouvé, pour se 

{produire et s*éclairer, des talents et des ouvrages excel- 
ents. On peut seulement être surpris de la mobilité du 
goût musical. Le ^nie de quelquq^ maîtres, la beauté de 
quelques compositions résistent seuls à Taction rapide 
et destructive de la vieillesse. Encore Tesprit de révolu- 
tion, qui n'épargne pas les beaux-arts, a-t-il menacé de 
substituer aux œuvres consacrées par une admiration 
universelle ce quMl appelle la musique de Vavenir, Biais 
le goût musical , comme le goût littéraire, trouve une dé- 
fense dans Tennui que causent les mauvais ouvrages; 
son influence est inévitable, irrésistible, et n*est inipuis- 
sante que sur le talent et le génie. A. D. 

GOUTTEREAU (M^r), nom donné par quelques écri- 
vains à la muraille d'église dans laquelle est percée la 
claire-voie. 

liOUTrES , petits cônes saillants qui ornent le soffite 
du mutule de la corniche dorique, ou qui régnent sous 
les triglyphes de la frise sur Tarchitrave. 

GOUTTIÈRE, conduit ou canal de forme et de matière 
variables oui reçoit les eaux d*un toit à sa base, où un 
tuyau de oeacente les mène |usqu*à terre. Au moyen âge, 
les couvertures ne portaient pas de gouttières, ou bien 
on les terminait par des gargouilles (V. ce mot). De nos 
fours, la police exige que tout toit ait sa gouttière, pro- 
scrit Pusage des gargouilles, et ordonne qu'elles soient 
remplacées par des tuvanx de descente. 

GOUVERNAIL (du latin gubernaculum)^ machine en 
bois, placée à Tarrière des navires, mobile autour d*un 
axe, et que Ton fait mouvoir, soit à Taide d'une barre ou 
timon qu'on pousse à la main , soit au moyen d'une roue 
ou treuil. Il est aux navires ce qu'est la queue aux pois- 
sons, et sert à les amener et à les maintenir dans telle 
direction que l'on veut. On lui donne ordinairement, par 
en bas, le 12* de la plus grande largeur du bâtiment, et, 
par en haut, c-àrd. au-dessus de la ligne de flottaison, 
les trois quarts de la dimension inférieure. La barre du 
gouvernail, qui est horizontale, est établie au-dessus du 
pont inférieur des vaisseaux, du faux-pont des frégates, 
et du pont unique des b&timents qui n'en ont qu'un seul. 
La perte du gouvernail à la mer est un accident très- 
grave; car, outre l'impossibilité où se trouve le navire 
de suivre aucune direction voulue et d'éviter les écueils, 
il présente constamment le travers au vent et aux lames 
pendant les tem|)êtes. — Le gouvernail n'était primiti- 
vement qu'un aviron attaché au flanc du navire; puis on 
en mit un k droite et à gauche. On ne sait à quelle époque 
il fut placé à l'arrière. 

En Numismatique, un gouvernail posé sur un globe 
accompagné de faisceaux marque la. puissance souve- 
raine. 

GOUVERNEMENT, autorité qui exerce la souveraineté 
dans un État (V, ce mot). Le Gouvernement ordonne, 
l'Administration exécute. Il y a trois formes principales 
de gouvernement , la Jlfonarc^M, V Aristocratie ^ la Dé~ 
mocratie ( V. ces mots)^ toutes ég^ement légitimes, 
pourvu qu'elles soient appropriées aux besoins, aux 
mœurs, à l'état de civilisation des peuples. Un gouver- 
nement peut être absolu, despotique (V. Absoldtisiir, 
Despotisme), ou constitutionnel, c-ànl. réglé dans ses 
actes par une Constitution. Ce dernier est dit aussi re- 
présentcUif et parlementaire. Le gouvernement a eu pour 
principe, selon les temps : 1* la supériorité des qualités 
personnelles; î,^ la supériorité de l'ftge ; 3* la supériorité 
de la naissance ; 4<* la supériorité de la fortune. Tout 
gouvernement n'a que trois fonctions simples , mais im- 
portantes, à remplir : protéger la société contre les atta- 
ques ou les violences des autres nations indépendantes ; 
garantir chaque membre de la société contre les effets 
de la malveillance et de rin|ustioe de tout autre membre ; 
enfin ériger et entretenir certains établissements utiles 
an public, qu'il n'est iamais dans l'intérêt d'un individu 
cm d'un petit nombre d'individus de créer et d'entretenir 



pour leur compte, par la raison que les dépenses occ»- 
sionnées par ces établissements surpasseraient les avan- 
tages que pourraient en tirer les particuliers qui les 
soutiendraient à leurs frais. Une des règles les plus géné- 
rales de l'Économie politique, c'est que les gouverne- 
ments ne doivent Jamais diriger le capital et nndnstrie 
des particuliers ; ils doivent, au contraire, laisser à cha- 
cun, tant qu'il se conforme aux lois, le soin de surveiller 
ses propres intérêts d'après ses vues personnelles. L'exé- 
cution de cette maxime offre la garantie la plus sûre 
qu'on obtiendra des produits constants et uniformes 
pour les booins de la nation. Dans les sociétés antiques, 
et même à l'origine des socillés modernes, alors que 
l'esprit d'assodauon n'avait point encore pris son essor, 
le gduvernement seul pouvait exécuter les grands travaux 
d'utilité publique : c'est ainsi que s'est établi le principe 
d'après lequel l'État doit rendre k la société les services 
collectifs dont l'industrie particulière ne se chargerait 
pas, et qui sont cependant considérés comme indispen- 
sables au bien-être de la société. Aujourd'hui encore, 
dans presque tous les pays du monde, à l'exception de 
l'Angleterre, de la Suisse et des États-Unis d'Amérique, 
le gouvernement est chargé de rendre à la société un 
grand nombre de services collectifs, en concurrence ou 
non avec l'industrie privée. Lorsque le gouvernement 
intervient dans ce qui peut être laissé à l'initiative de 
l'individu, il empiète sur la responsabilité des citoyens ; 
il dénie à ceux-ci la capacité de Juger eux-mêmes (^ 
l'étendue et de la nature de leurs besoins, en leur étant 
le choix des moyens de les satisfaire, et il prend sur lui 
une responsabilité correspondante à toute la somme de 
libertés individuelles qu'il anéantit, et eette responsa- 
bilité, devenue énorme pour tous les gouvernements in- 
terventionistes, est aujourd'hui une des causes princi- 
pales de leur instabilité et des fréquentes révolutions 
qu'ils subissent. Il en résulte aussi que ces gouverne- 
ments, pour se prémunir contre ces dangen, s'entourent 
d'appareils et de mesures de sûreté, les uns très-coû- 
teux, les autres très-oppressifs, pour les nations ainsi 
gouvernées. A. L. 

GRAAL ou GRÉAL {Le Saint), du vieux français 
graali, gréai on grasal, signifiant un vase en forme de 
plat. Cétait, dans les traditions du moyen ftge, un vase 
miraculeux, fait d'une seule pierre précieuse, apporté dq 
ciel sur la terre, gardé d'abord par des anges, puis par 
des hommes d'une pureté angélique, dans un temple 
fortifié sur le Mont Salvage {mons salvatumis). Le poète 

Çrovençal Guyot ou Kyot, qu'on suppose avoir vécu entre 
160 et 1180, fit un poème avec cette légende, qu'il disait 
avoir puisée dans un manuscrit arabe d'un More appelé 
Flegetanis, et dans une chronique latine de I*AnJou. 
Après lui, Chrestien de Troyes et d'autres Trouvères 
étendirent la légende en y rattachant celles du roi Arthur 
et de la Table ronde : ils confondirent san greal (saint 
vase) avec sang real (sang royal, sang du Seigneur ) ; ils 
imaginèrent que Joseph d'Anmathie, apètre des Celtes, 
avait recueilli dans le Graal , qui avait déjà servi à la 
Cène, le sang de Jésus crucifié, et que, ce vase ayant été 
perdu après lui, plusieun chevaliera se mirent a sa re- 
cherehe. Le Livre du saint Graal et de la TaUe ronde 
comprend trois parties considérables , le roman du Seùnt 
Gram, le roman de Merlin, et le roman de Lancdot; ce 
dernier subdivisé en cinq parties, Gallehot, la Charrette, 
Agravain , la Quête du Graal et la Mort d^ Arthur. Les 
romans du Saint Graal et de Merlin ont été rédigés par 
Robert de Borron, chevalier attaché au service du comte 
de Montbéliard, et Gasse le Blond, parent du roi Henri II 
Plantagenet; un chapelain de ce monaroue est auteur de 
tout le roman de Lancdot. Au xni* siècle, le poète alle- 
mand Wolfram d'Eschenbach tira de la iégenoe du Saint 
Graal deux romans épiques , Parcival et Titurel ( K. 
ces mots). 

Le Livre du Samt Graal et de la Table ronde s*ouvre 
par un prologue destiné à apprendre au lecteur comment 
cette histoire est parvenue à la connaissance des hommes. 
En l'an 417 de l'ère chrétienne, dans un lieu écarté et 
sauvage de la Bretagne, l'ermite Nascien a une vision : 
un personnage d'une beauté surhumaine et entouré d'une 
éblouissante clarté, Jésus-Christ lui-même , lui apporte 
un petit livre où est contenu ce qui va suivre, et dont il 
prend copie. Le romancier n'a pas craint de donner ainsi 
a son œuxrre le caractère d'une révélation. Puis com- 
mence la l'* partie de cette csuvre, la seule dont nous 
nous occupons ici, le Roman du Saint Graal. Le décn- 
rion Joseph d'ArimaUiie, s'étant assuré la possession du 
vase dont Jésus avait fait usa^e en célébrant la Pique 



GRA 



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GRA 



ivec te» apôtres chez Simon, obtient de Pilate le dbrps 
du San^ear crucillé, recueille les gouttes de sang qui 
9oaIent encore des plates divines, et met le cadavre au 
tombewDi. Les Juifs irrités s*emparent de lui, et reromô- 
nent dans un chftteaa da grand prêtre Caîphe : là, il re- 
çoit, de Jésus qui lui apparaît, le graal caché dans un coin 
de sa maison. Après 40 anq^ de captivité qui se sont 
écoulées sans quMl en sentit le poids, il est dfélivré lors 
de la prise de Jérusalem par Titus. Emmenant ses pa- 
rents chrétiens et quelques autres fidèles , il se dirige 
vers l*£uphnue, et arrive dans la capitale d*un Empire 
ippelé Sarras, hercean des peuples sarrasins, où son flls 
Josèphe est ordonné prêtre et évêque par un ange. Le 
rofl^cier nous raconte ensuite la propsgation de l'Évan- 
gile cbex les Arabes; le roi de ce peuple résiste long- 
temps; mais quand il a reçu, avec le baptême, le nom 
de Mordrain , il fait construire pour le graal un palais 
splendide , oui est appelé le PcUais spirituel. Toutefois, 
le vase sacré ne doit pas demeurer en Asie; Josèphe re- 
çoit Tordre de remporter en Occident. Arrivé an Dord de 
m mer, U Ate sa chemise , Tétend sur Teau, et ce radeau 
merveilleux remporte avec ses compagnons Jusqu*en 
Grande-Bretagne. La conversion de ce pays s'accomplit 
rapidement, mais non pas sans danger, et il faut que Mor- 
dndn vienne de TOrient avec une armée au secours de 
Josèphe. La fin du roman montre comment le graal s'est 
transmis de génération en génération. L*évêque Josèphe 
le confie à un cousin germain, Alain, Tun des 12 flls de 
Bion, qui était beau-lrère de Joseph d*Arimathie. Alain 
transporte le pr^eui vase duis le royaume de la Terre 
foraine, dont les habitants se convertissent; il le lègue 
en mourant à Josué, Tun de ses frères, dont les succes- 
seurs font construire, pour le conserver, le ch&teau de 
Gorbenic A l'extinction de la postérité d'Alain, le graal 
passe aux descendants de Nascien, beau-frère de Mor- 
drain, qui émigrent dans la Bretagne armoricaine, et 
desquels est issu Lancelot. Quant à Mordrain, il vit pen- 
dant 3U0 ans , comme un témoin irrécusable de tant de 
mervmlles. — Dans le Roman du Saint Graal, l'élément 
chevaleresque occupe peu de place; il n'y a presque pas 
de combats, de prouesses, de srands coups d'épée ; ce 
qui j domine, ce sont les miracles, les songes prophéti- 
ques, les conversions, les ch&timents des chrétiens indi- 
gnes ou des païens endurcis. Ce roman a été publié 
diaprés un manuscrit de la Bibliothèque nationale de 
de Paris par M. Francisque Michel, 1841, in«13. 6. 

GRABATAIRES» mot de même sens que Clintques 
{V,ce mot), 

GRACE , mot qui, dans le langage de la Théologie , 
signifie toute faveur que Dieu accorde aux hommes. On 
distingue : les Ikveurs ou grâcee naturelles, que nous 
recevons de Dieu par rapport à la vie présente (comme 
la vie, les qualités intellectuelles ou morales, la science, 
les richesses, etc.), faveurs purement gratuites, puis- 
qu'il ne les doit à personne ; et les grâces surnaturelles, 
qui se rapportent directement à la vie future, au salut. 
Parmi ces oemières, les unes sont extérieures, telles que 
l'Incarnation du Fils de Dieu, ses miracles, ses prédica- 
tions, la Rédemption, les bons exemples dont nous 
sommes témoins, les instructions que nous entendons, 
toutes choses qui déterminent notre volonté à la pra- 
tique des vertus chrétiennes et nous font avancer unsi 
vers nos destinées surnaturelles, mais qui cependant ne 
peuvent 6tre pour nous un principe efficace de Justifi- 
cation, de sanctification, de salut ; les autres sont mté' 
rieures, et se résument en une sorte d'infusion de l'Es- 
prit Saint, qui nous identifie à Jésus-Christ , nous fait 
agir et mériter en lui. La grftce intérieure est dite ao- 
tuelU, quand elle est un secours accordé par Dieu pour 
connaître et pratiquer le bien en telle ou telle occasion ; 
habiiudle, quand elle est un état permanent de Justice, 
résultant, pour l'Ame, de la pratique de la prière et de la 
fréquentation des sacrements. Veiïet de la grftce habi- 
tuelle est de sanctifier l'homme, de le rendre Juste et 
agréable à Dieu : aussi cette grâce est- elle appelée juxti- 
fianteon sanctifiante, 

L*É^îse enseigne que l'homme, dans son état actuel et 
Telativement au salut, a besoin de la grftce ou du secours 
de Dieu. Depuis q^e le péché orimnel l'a fait déchoir de 
rétat primitif dans lequel il avait été créé, il faut qu'il 
trouve en dehors de lui, en Dieu, un secours qui éclaire 
ion intelligence et porte au bien sa volonté entraînée par 
ose inclination violente vers le mal. Mais la nécessité de 
b grftœ est-elle condliable avec l'existence du libre ar- 
bitre T L*action de Dieu sur l'intelligence et la volonté 
iefboiBiiie est-elle à ce point déterminante, que l'homme 



son réduit a l'état de machine en ne fonctionnant que par 
une impulsion étrangère, oubienconserve-t-il sa libertél 
Ce problème a été fréc^emment discuté. Au v* siècle, le 
moine breton Pelage ma la nécMsité de la grftce, et sou- 
tint que l'homme avait en lui-même assez de force pour 
faire toute espèce de bien et arriver au saluU Sa doc- 
trine, condamnée par le pape Innocent I*' et par les évê» 
ques d'Afrique, est connue sous le nom de Pétagianisme. 
Elle fut propaj^ en Italie par Célestius, et présentée 
avec tant d'habileté, qu'elle trompa momentantoient le 
pape Zosime. Mais S* Augustin lui porta les derniers 
coups : ce Père affirme VeffU:acUé de la grftce; il enseigne 
que le libre arbitre , survivant sans doute dans son es- 
sence au péché originel, n'a conservé son énexigle que 
pour le mal, et que la grftce, en lui rendant son activité 
pour le bien, le restaure, le rétablit, et, comme dît 
S^ Paul, le recrée dans les bonnes oeuvres. Loin donc 
que le secours divin gêne l'action de l'homme, l'homme 
privé de la grftce est captif dans les liens du mal et n'a 
plus assez de liberté pour agir. Quelques auteurs, entre 
autres le P. Sirmond, ont accusé des disciples peu intel- 
ligents de S' Augustin d'avoir dénaturé sa doctrine en 
l'exagérant, et supprimé complètement hi liberté ds 
l'homme; ils les Qualifient de Prédestinatiem , c-èrd. 
partisans de la Prédestination, et attribuent la même er- 
reur à Gothescalk, moine du ix* siècle. Mais leur asser* 
tion ne repose que sur des monuments historiques dont 
l'authenticité ou la valeur est suspecte ; les savants de 
Port-Ro3ral ont pensé que les prétendus Prédestinatiens 
du V* siècle n'ont été que des disciples de S* Augustin 
auxquels les Pélagiens auraient Imputé faussement une 
doctrine condamnable. 

Pelage eut des disciples mitigés, qu'on nomma Semi" 
Pélagiens, Tels furent Cassien et les moines de S* Victor 
de Marseille, peutrêtre aussi quelques moines de Lérins 
et plusieurs évêques de la Gaule méridionale. Ils admet- 
taient la nécessité de la grftce pour le salut, mais affir- 
maient en même temps que la première grâce n'était 
accordée par Dieu qu'à l'homme qui Tavait méritée, et 
oue l'efficacité de la grftce dépendait de l'adhésion libre 
de la volonté humaine. Ce système est incohérent et hé- 
térodoxe. Si l'homme peut mériter la première grftce, 11 
peut les mériter toutes; s'il peut les mériter, son action 
est bonne en dehors de la nrftce, il peut pur lui-même 
faire le bien, la grftce ne lui est pins nécessaire. S'il 
donne à la grftce son efficacité par la libre adh^on de 
sa volonté, u peut npr librement pour le bien sans la 
grftce; le péché originel ne lui a pas imprimé une im- 

f)nlsion déterminante pour le mal; il Jouit de toute sa 
iberté pour agir dans un sens ou dans un autre. Le 
Semi-Pélagianisme ftit condamné par le 2* condle 
d'Orange. 

On le vit reparsltre au commencement du xvn" siècle 
dans le Molinisme, adopté par une grande partie de la 
Compagnie de Jésus. Molina n'admettait pas de ^rdct 
efficace proprement dite; il soutenait que Dieu donne à 
tous les hommes des grâces suffisantes^ qui deviennent 
efficaces par l'adhésion libre de la volonté. iUnsi, ce n'est 
pas Dieu qui opère par sa grftce sur le cosur de l'homme, 
c'est l'homme qui, par son adhésion, donne à la grftce sa 
véritable valeur. Cela revient à dhne que la grftce n'existe 
pas réellement, qu'elle n'est pas nécessaire, que l'homme 
agit sans elle pour le bien avec la plus ennère liborté. 
Ce Alt pour dissimuler ce que le Molinisme avait de trop 
hétérodoxe, que certains Jésuites imadnèrent le Con- 
gruisme {Y, ce mot) : maïs, au fond, le système est le 
même. Les docteurs dominicains, disciples de S* Thomas, 
et partisans de la grftce efficace, ont admis les grftcet 
suffisantes, mais sans attacher à cette expression le 
même sens que les Molinistes : pour eux, les grftces suf- 
fisantes sont des grftces qui ne suffisent pas, qui n'ont 
pas leur effet, et ils se refusent à admettre que la volonté 
de l'homme donne ft la grftce son efficacité. L'école de 
Port-Royal, qui combattit vigoureusement le Molinisme, 
fut accusée par ses adversures de n'admettre que des 
grâces efficaces obtenant toulours nécessairement leur 
effet, et, par conséquent, de rejeter le libre «rbitre. C'était 
une erreur : non-seulement les savants de Port-Royal 
ont poursuivi dans les ouvrages des calvinistes Jusqu'aux 
moindres traces de la doctrine prédestinatienne, mais ils 
ont admis avec S* Augustin des grâces eoDcitantes, dont 
l'effet est souvent nul à cause des mauvaises inclinations 
de l'homme et de l'abus qu'il peut faire de sa liberté ; si 
l'homme correspond à ces giicet excitantes, Dieu l'en 
récompense, disent-ils, en loi accordant des grâces effi^ 
caces, et son libre arbitre en reçoit une telle force, qu'il 



GRà 



986 



6RA 



opère , non pas nicessakremmt , mais certamemmU le 
bien. 

La grâce est-éUe ai abaolament nécessaire, que, sans 
elle, on ne puisse faire aucun bient A considérer le bien 
en Ini-mème, relatlYement à son objet, il est certain que 
rhomme, sans un secours surnaturel , et par Teffet de 
qualités morales purement naturelles, peut faire le bien , 
par exemple, respecter ses parente, donner Taumène, etc. 
Biais ce bien, relativement à notre action, est défectueux, 
en tant qu'il est produit par un être dégénéré. Il n'y a 
d'acte réellement parfait, que celui qui est fait sous l'im- 
pulsion de Dieu, sous l'inspiration de la grâce. 

Quant à la distribution des gr&ces. Dieu en aocorde-t-il 
aux uns de tellement efficaces, qu'ils pratiquent aisément 
la Tertut Pourquoi n'en accorde-t-il pas à d'autrest Com- 
ment se fait-il qu'il laisse tant d'hommes dans l'idoia- 
trie, l'hérésie ou le schisme? Comment les laisse-t-il 
mourir sans qu'ils aient été régénérés par le baptômet 
Ce sont des questions dont S^ Augustin a Jugé la solution 
impossible, des mystères que la raison ne peut et ne doit 
pas sonder. 

ORACB (Délai de). F. Dâju. 

rîîr! /î^Ï!lL*^5h l V. notre Dictionnaire de Bwgror 
oH^Ssterotsî: î Pki^^^<^ Histoire. 

GRACES EXPECTATIVES. V, EXPECTATIVES, dSUS nOtTODiC- 

tionnaire de Biographie et d'Histoire. 

GRACES (Jeu des), jeu qui ressemble à celui du Tolant. 
On se sert de bâtonnets ou petites baguettes, que l'on 
croise un peu pour lancer un petit cerceau ; l'autre joueur 
doit le recevoir et le lancer de même. 

GRACIOSO, personnage comique du théâtre espagnol. 
Son nom indique que la grâce, la douceur, l'amabilité et 
la légèreté doiTent être les caractères distinctifo de son 
Jeu. Ainsi conçu , le Gradoso a presque entièrement dis- 
paru de la scène t on l'a transformé en boutfon loquace, 
poltron, gauche ou déplacé dans ses plaisanteries. 

GRADATION (du latin gradus, degré). Cest, en Litté- 
rature, un arrangement d'idées tel que l'effet va en aug- 
mentant sans cesse et comme par degrés. Ainsi , un ora- 
teur dispose ses preuves en rt^servant les plus fortes pour 
les dernières. Dans une œuvre dramatique, dans un 
roman , les scènes et les tableaux se succèdent de ma- 
nière â produire, chez le spectateur, des émotions de plus 
en plus vives et profondes. — Dans la Rhétorique, la gra- 
dation est une figure de pensée, que les Grecs nommaient 
cHimax, c-àrd. échelle, et qui consiste â présenter une 
suite d'idées, d'images, de sentiments qui enchérissent 
les uns sur les autres. Elle est dite eucendante, comme 
dans cet exemple : Va, cours, vole ! On appelle gradation 
descendante une diminution successive et graduelle. 

Le mot Gradation s'emploie aussi dans les beaux-arts. 
Eo Peinture, il indique le passage insensible d'une cou- 
leur â une autre. Les peintres et les sculpteurs appellent 
encore Gradation l'arnflce de composition qui consiste â 
grouper les personnages de manière que les principaux 
soient en relief et que les autres s'affaiblissent gra- 
duellement quant â l'expression et au Jeu de la lumim. 
« H y a, dit Quatremère de Quinçy, gradation dans le 
système des ordres de l'architecture, lorsqu'on les consi- 
dère, toit sous le rapport des proportions, soit sous celui 
des ornements. Le oorique, qui est le plus fort et le plus 
simple, est suivi de l'ionique, plus élégant et plus varié, 
après lequel vient le corinthien, plus svelte encore et 
plus riche. » B. 

GpADE (du latin gradue, degré), nom donné, dans 
le langage militaire, aux degrés par lesquels on monte 
l'échefie de l'avancement. On en distingue onze dans 
l'armée française : caporal et brigadier, sergent et nuy- 
réchal des Iciis, souS'4ietUenant, lieutenant , capitaine, 
chef de bataulon ou à^escadron, lieutenant^olonel , colo^ 
fiel jfénéral de brigade, général de division, et mcâréch/od 
de France. Les titres de fourrier, sergent-major, maré- 
chal des logis chef, adjudant , cidjudant-major, officier 
payeur, quartier-inattre, trésorier, major, désignent des 
offices, et ne sont ras des grades, puisqu'on peut avancer 
■ans les recevoir. Dans l'armée de mer, les grades sont : 
quartier^maitre, maitre, aspirant, enseigne de vaisseau, 
timUenant de vaisseau, capitaine de frégate, capitaine de 
fxnsseau, contre-amiral, «fce-amtrol, et amiral. Depuis 
la loi de 1832, les grades sont donnés, soit â l'ancienneté, 
soit an choix (V. âvancbment). L'emploi est distinct du 
grade : la disponibilité et la retraite enlèvent l'emploi, et 
non le grade, qui ne se perd que par la dégradation. — 
Dans le clergé, grade se dit de la prêtrise et des deçrés 
flua élevés, même de l'épiscopat. — Dans les Univerattés 



et les Facultés, on confère les grades de frocMisr, de 
licencié et de diocteur. 

GRADINS, degrés, marches ou bancs disposés graduel- 
lement les uns au-dessus des autres en forme d'escaliers. 
Les Grecs creusaient les gradins de leiu« théâtres sur le 
flanc d'une colline, et formaient ainsi des sièges natu- 
rels; les Romains construisirent ces magnifiques édiflcea 
isolés, où d'immenses et solides (pndins recevaient des 
milliers de spectateurs. 

GRADUEL, répons oui se dit ou se chante â la messe, 
immédiatement après rÉpltre. Le nom vient de ce qu'on 
le chantait sur les degrés {gradue) du sanctuaire ou pen- 
dant que le diacre qui allait dire l'Évangile montait les 
degrés de l'ambon. L'usage du Graduel remonte aux 
papes S^ Gélestin ou S* Grégoire. — On appelle aussi 
Graduel le livre de lutrin qui contient les messes notées. 
Il est divisé, comme l'Antiphonaire, en Propre du temps 
et Commun des Saints. 

GRADUÉS. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio^ 
graphie et d'Histoire. 

GRADUS AD PARNASSUM, c.-â-d. degré pour at- 
teindre au Parnasse, titre sous lequel on connaît dans 
nos écoles secondaires le Dictionnaire poétique latin, 
donnant la quantité de chaque mot, ses synonymes, les 
périphrases a l'aide desquelles on peut le remplacer, les 
épithètes qu'on peut lui adljoindre , le tout à l'usage de 
ceux qui s'essayent aux vers latins. Ce fut le P. Aler qui 
imagina ce titre de Gradue, adopté plus tard par le P. Va- 
nière pour la seconde édition de son Dictionarium poe~ 
ticum. Sous le premier Empire français, Noèl s'appro- 
pria, au moyen de quelques modifications , l'œuvre da 
P. Vanière, et son Gradus est encore en usage dans les 
écoles. 

GRiECOSTASE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d Histoire. 

GRAIN, effet ({ue produisent les tailles de la gravura 
diversement croisées entre elles. 

GRAINS (Commerce des). V. Césléaias. 

GRAHMAIRE, terme formé d'un mot de la basse lati- 
nité, mais qui remonte au mot grec gramma (lettre, 
écrit). La Grammaire est l'art de parler et d'écrire cor- 
rectement, c-à-U. conformément à l'usage des personnes 
qui parlent bien et des meilleurs écrivains. Les Gram^ 
maires particulières traitent de telle ou telle langue dé- 
terminée et considérée isolément; elles exposent les prin- 
cipes de la déclinaison et de la conjugaison, de la varia- 
bilité on non-variabilité des diverses parties du discours, 
les principes de dérivation, de composition, les r^les de 
construction, de syntaxe, et rendent compte des anoma- 
lies, c-à-d. des déviations de la forme reçue pour telle 
classe de mots, des irrégularités de syntaxe et de con- 
struction sur lesquelles reposent les principales figures 
de grammaire et de mots et la plupart des idiotismes. 
Les Grfxmmaires comparées s'occupent de montrer les 
ressemblances et les différences des mots, des formes 
grammaticales, de la construction et de la syntaxe en 
usage dans deux ou plusieurs langues. Les procédés 
grammaticaux d'une langue peuvent être comparés iso- 
lément avec ceux d*une autre langue, par exemple le 
latin et le français, l'anglais et l'allemand. On peut aussi 
établir la comparaison entre un groupe de langues analo- 
gues et un groupe d'autres langues ayant entre elles aussi 
certaines affinités : ainsi, comparer les procédés généraux 
des langues sémitiques (chaldéen, syriaque, hébreu, 
arabe, etc.), avec ceux des langues indo-européennes 
(sanskrit, grec, latin, tudesque, etc.). On peut comparer 
les procédés des langues synthétiques, comme le sans- 
krit, le grec, le latin, avec ceux des langues analytiques, 
telles que le français, l'italien, l'espagnol, le portu^^, le 
grec moderne ou romalque, et exposer, comme conclusion 
de cette étude, le tableau résumé des avantages et des 
inconvénients attachés â chacun de ces systèmes. L'Ê^- 
molope (F. ce mot) est une branche importante de la 
Grammaire comparée, lorsqu'on étudie deux ou plusieurs 
langues issues d une souche commune, telles que Titalien, 
le français et l'espagnol , idiomes formte simultanément 
de la dissolution du latin aprte les invaaions barbares aux 
V* et VI* siècles. Elle est aussi d'un secours puissant pour 
l'étude approfondie de l'anglais, idiome formé principsr 
lement du saxon , mais avec des emprunts considérables 
â la langue française du moyen âge importée par la con- 
quête normande. La Grammaire générale et raisotméê 
ou philosophique embrasse ce qu'il y a de commun, d'es- 
sentiel, d'invariable dans le langage de toutes les na- 
tions, et cherche, dans la nature de l'intelligence hu- 
mainoi la raison des faits qui se tnNivent partout les 



6RA 



987 



6RA 



DMOMS aa miliea d» la plus grando diyonlté; car il y a 
d» principes fondamentaux commons, et, on peut le 
di re, an térieure à toute langue qiédale, immuaUea et 
aDhersela, comme tenant à la nature de la pensée même. 
La Grammaire^ dont les basea ont été posées par les 
lodena Grecs, est d*origine relativement récente : les 
premièrsa recherches sur les procédés du langage se 
trouTent éparees dans le Cratylê de Platon et dans le 



Une de VInierprékUion (de la pensée) par Aristote (iv* 
siècle vr. J.-C.). Les saTants d'Alexandrie firent faire, 



dès le aiède suivant, de notables progrès à la grammaire. 
L*Qn des plus distingués est Apollonius I>yscole (n* siècle 
de J«-C), qui, le premier, a rtduit la grammaire en sys- 
tëoie. Chez les Romains, il faut citer principalement 
Varren, contemporain de César, et I>riscien ( vi* siècle de 
notre &re). Chex les modernes, Sanchez (Sanctius), Vos- 
nos, Amanld et Lancelot {Grammaire d» Port^Aoual)^ 
DomAnais, Gondillac, Beauzée, Harris, De Brosses, Court 
de Gébdin, Sylvestre de Sacy, Destutt de Tracy, de Gé- 
rando. Clément, Charma, de Humboldt, etc., sont au- 
teurs de Gromifiatreir générales. Comme Grammaires 
eomparén, on connaît l'ouvrage de l'abbé Dangeau 
(xvu* siècle) sur les Conjugaisons dês langues anctmnet 
comparées oti» modernes, le Traité d'Henri Estienne 
f XVI* siècle) sur la ConfomUté du langage grec a/oec le 
langage français , et les Notions de Grammaire compc^ 
rés de M. Egger, i852. Pour les auteurs de Grammasres 
fariiculiàreSj V. les artides consacrés à chaque langue. 
Ghes les Anciens, le mot grammaire, et, par suite, le 
mot grammairien, n'avaient pas le même sens que chez 
nous : la grammaire, ou, comme ils disaient, la gram- 
matique, embrassait l'interprétation philologique, litté- 
raira» mythologique, critique, historique des principaux 
pofte*, à rétode desquels on passait aussitôt qu'on poa- 
iédaît les notions fondamentales sur la langue grecque 
on sur la langue ladne : c'était comme le deuxiraie dfr- 
gré de l'ensei^iement. Zénodote d'Ephèse, Aristophane 
de Byiance, Aristarqoe de Samothrace, se distinguèrent, 
le dernier surtout, par leurs études de toutes sortes sur 
les poésies homéri<fues, et leurs travaux servirent de base 
à œox qui se pubUèrent bientôt sur la grammaire pro- 
prement dite, ainsi qu'aux Lexiques et Glossaires, qui 
souvent ne se componient que d extraits de ces grands 
conunentateurs. Au moyen âge, les grammairiens grecs 
prirent le nom de scoliastes. Les andeos Romains dési- 

fiaient aussi ces savants par le nom de litterati. Quant 
Tétude des grands prosotenrr, elle faisait partie de la 
iUléionquey k cause de Ilmportanœ toute particulière 
que le talent de la parole et l'étude de ses procédés 
eurent pendant longtemps dans la république athénienne 
et dans la république romaine. Apres la chute de la li- 
berté, ^ entraîna celle de l'éloquence, la même division 
fut maintenne dans les écoles. Au moj^n Aj^e, la Gram- 
maire était au premier rang des Arts libéraux. Peu à 
peu elle se sépara de la philologie et de la critique litté- 
raire. — Le maître oui se chargesit d'enseigner les pre^ 
miers éléments de la langue s'appelait, chex les Giècs, 
grasnmaisstef et, chez les Romains, lUterator : il corres- 
pond à pen prèa à notre instituteur primaire, maître 
élémentaire, professeur de gmmmaire; nos professeurs 
i*hnmanitéa, de rhétorique et de Faculté, ne sont pas 
sans analogie avec le grammaikiue ou lettré et le rM- 
ieur de l'antiquité, considérés coomie hommes d'ensei* 
gnement. P. 

GRANDESSE. ) F. ces mots dans notre Dicttonaatrs de 

GRANDEUR, j Biographie ^ é^Ristwre^ 

GRAND'GARDE. V. Gardb. 

GRAKD-UVRE. V. CoMPTABiuré covmsrciali, et, dans 
aocre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, Livai ob 
la Demi posuqok. 

GR^^JOuSf: i ^- "^P^J^"^^ ^^ 
GRANDS OFFiaERS. S oraphut et d^ffutoire. 

GRANELLESCHI (Société des), sorte d'Académie qui 

«e forma à Venise vers 1740, pour s'opposer au mauvais 

goût de l'époque,* moins encore par des ouvrages sérieux 

qu'au moyen de productions satiriques et m>uffonnes. 

ha italien, un grandli est un sot, un niais, un imbédle. 

GRANGE, b&timent destiné à conserver les grains en 

Gerbes et les pailles, dans une exploitation rurale. On 

doit en éloigner toutes les causes d'incendie. Phas une 

grange se raporocbe du cube par sa forme, mieux elle 

répond à m destination, oui est de renfermer autant 

îTespaca que possibld; si l'on donne à la toiture une 

Krande hMtenr, on augmente ainsi la quantité de «erbes , 

qu 00 peot mottre A Tabri. Le sol de la grange doit être I 



surélevé par rapport au terrain envlronDant. et tonaé de 
matériaux secs. Si l'égrenage se fidt an fléau. Taire à 
battre doit être bien dressée, sans trous ni fissures où le 
grain pourrait se perdre, et bien ferme pour rédster aax 
chocs du fléau : on en fait, soit avec de la terre firanche 
un peu aïKileuse, dont on a extrait avec soin les corps 
étrangers, et à laquelle on mêle de la fiente de bétes à 
cornes, ou du marc d'olive ou du tan, ou de la bourre, 
ou du blanc de salpêtre, soit avec du bois, ou de l'as^ 
jphalte. Dans le midi de la France, en Espagne et en Italie, 
où le battage se fait en plein air immédiatement après la 
récolte, il n'existe pas de granges. V. Morel de Vindé, 
Essai sur les constructions rurales, 1824. 

GRANJA (La), château de plaisance des rois d'Espagne, 
bâti an villa^ de S^Ddefonse, à 8 kilom. de Ségovie, par 
ordre de Philippe V, qui voulait imiter le Venailles de 
son aïeul Louis XIV. Il thre son nom d'une ferme ou mé* 
tairie {granja en espagnol} qui appartenait aux Hiéro* 
nymites de Ségovie, et sur l'emplacement de lamielle on 
le construisit Les travaux durèrent de 1710 à 1746 1 Jo- 
bara, Sachetti, Procaccini, Sani, Firmin, Thierry et Do- 
mandré, y (tirent employés. La Granja occupe la partie hi 
plus élevée d'une place en pente, où elle oflre une façade 
peu remarquable, limitée par deux tours à flêdies al- 
gues, et au centre de laquelle se trouve l'abside de la 
chapelle. La façade prindpale est du cêté des Jardins t 
des pilastres et des demi-colonnes encadrent les fenêtres 
du rez-de-chaussée et de l'étage, que couronnent des 
Arotttons de forme baroque, et une corniche ornée de 
vases ; au centre s'élève un attique soutenu par quatre 
cariatides. Les appartements intérieurs sont remarquables 
par leur grandeur et leur richesse, mais présentent une 
monotone uniformité. On voit dans les salles basses une 
collection d'antiquités formée à Rome par l'ex-reine 
Christine de Suède, et achetée plus tard par Philippe V; 
les pièces supérieures sont ganiies de belles peintures. 
La chapelle, ornée avec peu de goût, contient le tombeau 
élevé par Ferdinand VI à la mémoire de son père. Ce 
qu'il y a de plus beau à la Granja, ce sont les Jardins et 
leurs eaux, dont certains Jets atteignent 40 à 45 met. de 
hauteur. Les plus belles fontaines portent les noms de 
Bains de Diane et de Fontaine de Neptune. B. 

GRAPHIUM. 7. ce mot dans notre Dictufnnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GRAPPIN, petite ancre à pattes on griflte recourbées, 
attachée par un anneau à l'extrémité d'une corde ; elle 
sert aux embarcations légères, n y a des grappins d^abor» 
dage, qui se lancent dans les haubans des navires qu'on 
veut accrocher. Les grappins de brûlots, placés au bas 
des basses vergues, sont quelque peu différents de forme. 

GRASSEYEMENT, vice de pronondation qui porte sur 
la consonne r, don\ il dénature et atténue le son. Il ré>^ 
suite d'une mauvaise direction donnée à la langue, qui, 
au lieu d'être portée vers le palais pour v ribrer au pas- 
sage de l'air poussé au dehors, est abaissée vers les dents 
Intérieures. Le son de Vr est quelquefois même supprimé, 
ainsi que le ftûsaient à dessein les Incroyables et les 
Jfs-fwulstwM du Directoire. La grasseyement choque peu^ 
quand il n'est pas trop prononoift, et il a même une cer- 
taine grâce efféminée. 

GRATIFICATION, libéralité faite anx employés de cen- 
taines administrations publiques et particulières, à raison 
des étrennes ou de tout autre événement. 

GRAU, petit canal entre un étang et la mer. 

GRAVE, qualification de certains sons musicaux, par 
nmport à d'autres qui sont aigus ( V. Aion). Plus les 
viorations du corps sonore sont lentes, plus le son est 
grave. La araf ite des sons dépend de la grosseur des 
cordes ou des tuyaux, de la longueur, du diamètre, et 
en général du volume et de la masse du corps sonore. — 
GrSoe est ansd le nom d'un mouvement un peu plus 
rapide que le largo, mais plus lent que l'addaîo. 

GRAVILLE (Abbaye de), au Havre. La construction^ 
commencée à la fin du xi* siècle, ne fut achevée qu'an 
un*; elle est de sQrle roman, sauf le chœur, où se trou- 
vent des arcades ogivales. L'abbaye de Graville est en 
forme de croix latine. A la gauche de l'entrée ocddentalt 
est une grosse tour carrée en ruine. Une autre tour 
earrée, de peu de hauteur, et surmontée d'une pvramidt 
en ardoise, s'élève à l'intersection des transepts. Les cha- 

f liteaux des piliers qui supportent la voûte en bois de 
'édifice, et les parois extérieures du transept septen- 
trional, ont reçu une ornementation grosdère, mais inté- 
ressante pour l'histoire de la sculpture. — Le dmetière 
attenant a l'abbaye contient une croix de pierre aases 
ornée, qui porte d'un cèté l'image du Christ, de l'autrs 



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mXI» de la Viem, et qui repoM sur an socle octogonal : 
cette croix lervit de modèle pour celle qui figura primi- 
àvement à rOpéra de Paris dans le 3* acte de Robwt le 
Diable. 

ORAVURB (du grec graphém, écrire, tracer), art de 
tiaoer on dessin sur une matière dure. Après n*avoir 
offert pendant longtemps qu*un intérêt secondaire, cet 
art a pris tout d'un coup une grande importance, lors- 
qu'on eut appris à tirer des planches gravées, par le 
moyen de Timpression, un nomiire indôflni d*épreuvee oi\ 
etkunpeSf auxquelles on donne également le nom de gra- 
vurei. Toutes les espèces de gravure se ramènent à trois : 
la Gravure en creux, la Gravure en relief, et la Gravure 
en bae^elief, 

I. Gravdrb en cbbox. La matière employée est toujours 
un métal. On prit, à Torigine, de petites plaques d*ar- 
jgent, quelquefois d*or, parce que la gravure ne servait 
qu'à orner des bijoox. Mais, lorsque luao Finiguerra eut 
trouvé, en 1452, te moyen de tirer épreuve dlune plaque 
au*il avait gravée pour Tégllse Saint-Jean ^ Florence 
V, Nielle), Mantegna, BaodoBaldini, Botticelli, Antoine 
Pollajuolo, Frauda, et d'antres ardâtes gravèrent sur 
des planches plus grandes, avec Tintention de tirer des 
épreuves : depuis ce moment, on fit usage d'un métal 




en manière de crayon, en mezzoiinte, au lavis; il faut 
ijouter la gravure ae musiqtie, la gravure mécanique, la 
gravure en typographie, et la gravure héliograpkique, 

La Gravure au buHn ou taille-douce est la pins ancienne 
et celle dont on obtient les plus beaux résultats. 11 est rare 
qu'on emploie le burin seul ; ordinairement on se contente 
de terminer avec cet instrument le travail préparé avec 
rean-forte, et les linges, les plumes, les parties les plus 
délicates des chairs sont terminées avec fa pointe sèche. 
Les tailles sont généralement croisées, excepté dans les 
parties qui approchent des lumières; graver avec un seul 
rang de tailles est une singularité ou un tour de force. 
La manière dont les tailles sont croisées n'est pas indif- 
férente : elles sont en carré pour les pierres et antres 
objets inflexibles, en losange pour les chairs ou les dra- 
peries. Avec les tailles croisées, on doit tâcher d'en avoir 
une principale qui soit placée dans le sens des muscles 
si c'est des chairs qu'on grave, dans le sens des plis si ce 
sont des draperies, et, si c'est un terrain ou un monu- 
ment, dans le sens de sa plus grande longueur et suivant 
la perspective. On ne multiplie le croisement des tailles 
que dans les fonds et quelques parties d'ombre. Elles no 
sont pas toujours de même force, mais on les fait plus 
fines et plus déliées dans les fonds et dans les demi- 
teintes, et souvent môme, en approchant des lumières, 
^ on les termine par quelques points qui ont l'air de pro- 
' longer la taille, bans lea premiers plans, les travaux doi- 
vent être plus larges; mais il faut éviter d*y placer des 
taillea qui choquent l'œil par leur épaisseur et qui laissent 
des blancs entre elles. — Aujourd'hui les graveura prépa- 
ient et avancent beaucoup leurs travaux à l'aide de l'eau- 
forte ( K. à la col, suio.) : mais, au xv* siècle, ce moyen 
était inconnu; on en faisait encore peu d'usage au xvi*, et, 
dans le xvii*, on trouve encore de très-belles gravures exé- 
cutées seulement au burin. — L'école française de gra- 
vure a commencé dans la seconde moitié du xvi* siècle, 
avec Jean Duvet, Etienne Delaulne, Noél Garnier^ Nicolas 
Béatrltet, P. Voeiriot, Jacques Périsin, Tortorel et René 
Boivin. Sous Henri IV fleurirent Léonard Gaultier, An- 
drouet Ducerceau, Etienne Dupérac, Philippe Thomassin 
et Thomas de Leu. An temps de Louis XllI, Callot, La- 
belle. Chaperon, Pérelle, brillèrent d'un vif éclat. Pendant 
le règne de Louis XIV, notre école devint la première de 
l'Europe, avec Poilly, Etienne Baudet, Pesne, Guill. ChAr- 
teau, Claudine Stella, Gérard, Audran, Ëdelinck, Nan- 
teuil, Masson, Van Schuppen, etc. Sous Louis XV, Benoit 
ei Jean Audran, Nicolas Dorigny, Charles et Louis Simo- 
neau, Gaspard Duchange, Nie- H. Tardieu, Alexis Loir,* 
Louis Desplaces, soutinrent la gloire de l'école, et après 
eux vinrent les deux Dupuis, Laurent Cars, Phihppe 
Lebas, les Drevet et les Balechou. Les étrangers venaient 
alors en France apprendre à manier le burin, par exem- 
ple, les allemands Wagner, Preisler, Schmidt et Wille, 
les anglais Strange, Ingram et Ryland : l'Angleterre nous 
enleva même Aliamet, Lempereur et Vivarais. M"* de 
pompadour donna l'exemple d'abandonner les principes 
sévères de l'école, pour ISàire du Joli et de l'effet; mais 
AnI. Trouvain, les deux Chéreau, DauUé, Larmessin, 
coBservèrent les bonnes traditions. A la fin du xvui* siè- 



cle, SainUAobln, Avril, Duplessis-Bertauz et Boissles 
nous amènent Jusqu'à la grande école du xix% formée 
d'après les inspirations de David, et qui a pour représen- 
tants Bervic, Desnoyers, Massart, Richomme, Henriquei 
Dupont, Sixdeniers, Lemaltre, Martinet, François, Blan- 
chard, etc. A notre époque on peut aussi mentionner 
Toschi, Anderloni, Garavaglia et Mercuri eu Italie, Sharp, 
WoUett, Earlom et Green en Angleterre. 

Pour la Gravure à Veau-forte, on prend une planche 
de cuivre ou d'acier, on la couvre d'un vernis inatta- 
quable aux acidea, et, avec une pointe, on dessine eo 
enlevant oe vernis, qu'on a eu soin de noircir à la fumée 
d'un flambeau. Parmi les artistes, les uns prennent une 
pointe fine, les autres une échoppe ou grosse pointe, dont 
le bout, en forme de triangle irrégulier, sert à faire des 
pleins ou des déliés, suivant la manière de tenir l'instru- 
ment. Il en est qui varient la grosseur de leur pointe, 
d'après la nature du travail qu'ils veulent faire. Le tra- 
vail de la pointe étant terminé, il reste à faire mordre, 
ce qui consiste à verser sur la planche de l'eau-forte on 
adde nitrique mélangé d'eau, qui entame le métal aux 
endroits ou la pointe l'a mis a découvert. On nomme 
eauoD-fortes de peintre les planches gravées ainsi d'une 
manière définitive, et eauaS^ortes de graveur oeilea où 
l'on a seulement préparé un travail qui doit être terminé 
an burin. Pour graver sur verre, on emploie l'adde fluo- 
rique an lieu d'eau-forte. — Les Italiens ont attribué à 
François Iftazzuoli, dit le Parmesan, l'invention de la 
gravure à l'eau-forte; cet artiste est seulement le pre- 
mier qui ait pratiqué cet art en Italie (1530). Les Alle- 
mands ont revendiqué la découverte pour Albert Dorer 
(1510). Biais il existe au Musée britannique de Londres 
une gravure allégorique et satirioue de Wenceslas d'Ol- 
mûtz, où l'on trouve la date de 14te, et qui est, par con- 
séquent , antérieure aux compositions de Darer et de 
lliàzuoli. Un certain nombre de peintres ont gravé à 
l'eau-forte, entre autres, Berghem, Paul Potter, Swane- 
velt, Everdingen, Henri Roos, Rembrandt, Annibal 
Carrache, le Guide, Salvator fUna, Castiglione, Claude 
Lorrain, Bourdon , Coypel. Parmi les graveun qui em- 
ployèrent à la fois le burin et l'eau-forte, on remarque 
Gérard Audran , qui a porté ce procédé à la perfection, 
Chasteau, HoUar, Desplaces, Duchange, Le Bas, Vivarais, 
Marc^Antoine Raimondi, les Ghisi, Longhi, Bartolozzi. 
Quelques-uns ne se sont servis du burin que pour r^ 
pren(tare des parties qui n'avaient pas mordu à l'eau- 
forte; tela sont Bartoli, La Belle, Callot, Abraham Bosse, 
Sylvestre, Chauveau, Le Potre, Lederc, Morin, Pérelle, 
Périer, Wagner. Le meilleur graveur à l'eau-forte de 
notre temps est Charles Jacque. 

La Gravure au pointillé n'emploie pas les taillea, mais 
des points disposés par séries. On lea obtient par l'eau- 
forte; le burin donne ensuite l'empâtement nécessaire 
aux ombres et aux demi-teintes, et la roulette fond ces 
dernières avec les lumières. Les plus anciennes estampes 
au pointillé, d'origine hollandaise, datent du commence- 
ment du xvn* si&le, et présentent un assemblage de 
pointa ordinairement triangulaires et d'une grosseur iné- 
gale, llorin et Boulanger ont arevé de cette manière 
plusieura portraits et des sujets historioues. A la fin do 
xvm* siècle, Bartoloszi mit le pointillé à la mode, parti- 
culièrement en Angleterre, et l'on vit se répanchre une 
énorme quantité de mauvais ouvrages, surtout des scènes 
domestiques et sentimentales. Au xix* siècle, Hopwood 
a fait des portraits d'un beau fini et d'un Joli ea&L, — 
La Gravure au maillet est une variété de la gravure an 
pointillé : les pointes avec lesquelles on fait les points 
sont enfoncées dans le métal à l'aide d'un petit maillet. 
Lutma est presque le seul artiste qui ait opéré ainsi, et 
il n'a laissé que quatre tètes ou portraits dans ce genre. 

La Gravure en manière de crayon a été inventée en 
1756 par François et Demarteau, graveun parisiens. 
Pour imiter l'irrégularité d'un crayon passé sur lea grains 
du papier, on -prend une planche de cuivre vernie ; on 
emploie, au lieu de la pointe ordinaire, une pointe di- 
visée en plusieura parties inégales, et on trace ainsi les 
contoure; puis on imite les hachures soit avec ces pointesi 
soit avec des roulettes qui présentent également à leuf 
circonférence des aspérités inégales. Cette manière de 
graver, qui était surtout en usage pour l'exécution des 
modèles destinés an^ écoles de dessin, est remplacée au- 
jourd'hui avec avantage par la lithognq)hie. 

La Gravure en mezzotinte on à ta manière noire, dont 
l'invention est, à tort, généralement attribuée à Louis 
Siegen, lieutenant-colonel an service du landgrave de 
Uesse-Caasel, ven 1643, remonte à 1601, et appartient à 



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PVioQois Aspruck, graTeur tout à fait inconnu, et dont il 
«xisiB à la Bibliothèque nationale de Paris plusieurs 
pUochea datées. Lea procédés en ont été bien perfeo- 
UooQéa depoîa. Oa prend un cuivre ordinairement 
iftaoe, plaoé avec grand soin; on y fait faire le grain 
psr on oaYiier au moyen d'un h€rc9au, large ciseau 
dont le bout, fait en portion de cercle, est stné et pré- 
sente des pointes tiés-aigués. L'ouvrier, en berçant sa 
main, fait entrer ces pointes dans la planche. Il passe le 
bereean sncoesaiTement par bandes parallèles sur la hau- 
teur, pais sur la largeur, et ensuite par chaque diago- 
osle, en recommençant Jusqu'à vingt fois de chaaue côté. 
L'épreaTO qu'on tire alors donne un noir parfait. Puis, 
le graveor, ayant décalqué son dessin sur le cuivre, prend 
on radoér, lame aiguisée des deux cètés, avec laquelle il 
abat Je pfain de la planche, d'abord en entier dans toutes 
les pcrtiee claixea, ensuite plus légèrement dans les demi- 
teintes et les parties plus ou moins ombrées. On emploie 
aoni , an Ueu du radoir, un ébarboir, barreau d'acier à 
trois OQ quatre faces, dont les angles moins aigus font un 
travail plus doux. Maia, en tout cas, le racloir ne suffit 
pas dans les clairs purs, parce qu'il peut occasionner 
queli^oes lécères rayures; on les efface au moyen du 
t^rum%s8oir^ instrument d'acier très-poli. Cette manière 
d'opérer est le contraire de la gravure ordinaire : car la 
pointe on le burin semble faire l'effet d'un cnuron noir 
sur un papier blanc, tandis q[ue le racloir produit celui 
dun crayon blanc sur du papier de couleur. La gravure 
à la manière noire est plus orompte et plus expédltive 
que Teau-forte et le bunn ; eue est susceptible de grands 
effets à cause de l'obscurité qu'elle laisse dans les niasses ; 
mais elle manque de fermeté et de hardiesse, ainsi que 
de finesse, par suite de l'espèce de velouté produit par le 
grain. Vaillant est à peu pres le seul artiste français qui 
ait employé la gravure à la manière noire sous le règne 
de Louis XIV; on trouve ensuite Leblond sous Louis XV, 
et, de nos Jours, JazeL Les Anglais y excellent : il n'est 
pas de graTeur plus remarquable que Blartin et Thomas 
Landaeer, nos contemporains. 

<a Graowr€ au lavis ou aquchtitUa imite les dessins au 
lavis faits à Fencre de Chine, au bistre ou à la sépia. Elle 
produit à peu près les mêmes effets que la mezzo-tinto ; 
mais, comme la gravure à l'eau-forte, elle s'exécute au 
moyen d'une action chimique : on grave d'abord à l'eau- 
fone les contours de la figure; on couvre ensuite d'un 
vernis noir impénétrable à l'acide nitricjue les parties de 
la planche où il ne doit y avoir ni trait ni ombre. Puis 
:q saupoudre la planche de colophane réduite en poudre 
très-fine, et on l'expose à une chaleur ardente jusqu'à ce 
qae la résine soit fondue. Par ce moyen, il se forme, 
entre lea molécules de la colophane, de petits espaces 
-^r lesquels radde nitrique peut s'insinuer et mordre. 
L adde est alors versé sur la planche, et on l'y laisse 
doq minutes, temps suffisant pour les ombres faibles. 
On oouTre ces ombres faibles avec du vernis, et on fait 
agir racide une seconde fois, et ainsi de suite Jusqu'à ce 
que les ombres les plus fortes soient tracées à leur tour. 
Telle est la méthode pour les sujets d'histoire et d'archi- 
tecture. Pour le paysage, on emploie un autre procédé, 
qui consiste à étendre sur la planche un bon vernis de 
graveur; puis on recouvre au pinceau toutes les parties 

2ui doivent être gravées^, avec un mélange d'huile d'olive, 
l'essence de térébenthine et de noir de fumée. Ce mé- 
lange amollit le vernis, qui peut être enlevé avec un linge 
tn^ en laissant paraître sur le cuivre les marques faites 
avec le pinceau. Alors on agit , comme dans le premier 
procédé, à l'aide de la colophane, et on répète l'opération 
plusieurs fois, suivant qu'on veut obtenir des teintes plus 
on moins foncées. — La gravure an lavis a été inventée 
en 1660 par Hercule Zeghars, ou en i762 par Fr.-Phil. 
Charpentier, graveur de Paris. D'antres l'attribuent à Le- 
prince. 

La Gravure sur pisrrs s'exécute sur pierre lithogra- 
phique; elle a été imaginée vers 18 ; c^est un procédé 
qui a son avantage pour la facilité du travail, mais il ne 
réussit bien que pour le dessin au trait, ou le dessin to- 
pographique on géographique ; il ne souffre pas de mé- 
dîMrité; aussi, en général, ce genre de gravure est sec et 
froid, comparé à la gravure sur cuivre ou sur acier. 

Pour la Gravurs de musique, on a'est servi d'abord de 
planchas en cuivre, puis en étain et en sine. Bien qu'on 
efnpkne le burin pour quelques parties, presoue tout le 
travail se Mi au moyen de poinçons quon frappe avec 
an marteau. S'il y a des paroles à graver, c'est par là 
que Ton commence, et c'est l'aflaire du graveur en taille- 
wan. C'est an conmienoeaient du xvm* siècle qu'on se 



mit à graver la musique, qui était précédemment impri* 
mée. L'idée en est attribuée au compositeur allemand 
G.-Ph. Telemann. 

On a imaginé, de nos Jours, diverses Machines à gra» 
ver. Celle de Conté sert à faire avec une très-grande x^ 
gularité des séries de lignes parallèles, également espa- 
cées, comme cela est nécMsaire pour les dâs des grandes 
navurea. Elle se compose essentiellement d'une règle ou 
d'un cylindre portant des ondulations que l'on fait mon- 
voir au moyen d'une vis de rappel parfaitement r^Utos, 
et d'une pointe qui trace une ligne le long de cette règle 
ou de ce cylindre. La machine de Collas sert à repro- 
duire, gravés en taille-douce, sur une planche d'ader on 
de cuivre, les effets de relief ou d'enfoncement d'une 
médaille, d'un basrrelief. 

La Gravure en typographie comprend toutes les opé- 
rations à l'aide desquelles se font les poinçons d'ader 
servant à frapper les matrices employées pour couler les 
caractères d'imprimerie. Elle est très-importante; car de 
la bonté et de la beauté de ce qu'elle produit dépendent 
les succès du fondeur et de l'imprimeur. 

La Gravure hMiographique, qui s'exécute sur ader et 
sur verre, n'a pas encore atteint une grande perfection. 
Après avoir obtoiu, sur une plaque enduite d'un vernis 
de benrine, d'essence de zeste de dtron et de bitume de 
Judée, une bonne image à l'aide de la chambre obscure, 
on la place dans une boite semblable à celle qui sert à 
paaser la plaque daguerrienne au mercure. Dans le fond 
de cette boite, que l'on ferme hermétiquement, est une 
c^isule de porcelaine contenant de l'essence de spic pure, 
que l'on chauffe très-fort avec une lampe à alcool. La 
plaque étant bien séchée à l'air, on la nit mordre par 
l'ean-forte. 

11. Gaawaa en sbuep. Cette manière de graver, plus 
lonpe et plus difficile que la gravure en creux, est aussi 
moins ancienne ; on rroit que les Chinois la pratiquaient 
dana le xi* siècle, liais, comme l'impression en est plus 
simple et plus fadle, c'est d'elle qu'on a tiré des épreuves 
en premier. La gravure en relief s'exécute ordinairement 
sur du bois, mus aussi quelquefois sur cuivre Jaune et 
sur ader. An xm* dède on exécutait en Allemagne des 
cartes géographiques gravées en relief sur bois; Il en 
existe des exemplaires à la Bibliothèque impériale de 
Paris. 

La gravure en relief sur cuivre et sur ader sert à ex^ 
cuter les estampilles, les poinçons, les vignettes em- 
ployées dans la fabrication des actions des compagnies 
industrielles, les ornements que les relieurs placent sur 
le dos ou le plat des livres, etc. 

On grave sur bois à une ou à plusieurs taUles. Pour 
graver à une seule taille, le buis est le plus généralement 
employé. On prend aussi du poirier pour les si^ets de 
grande dimension, ou quand le travail n'exige aucune « 
finesse, comme pour la fabrication de l'indienne ou du 
papier pdnt. Lorsque la plandie est bien dressée et 
polie, on la couvre d'une légère couche de blanc de cé- 
ruse ou de zinc délayée avec de l'eau gommée et un peu 
d'alun : le dessinateur trace alors avec un crayon dur la 
composition qu'il veut publier, et tout le travail du sra- 
veur se borne à enlever les partiea du bols restées blan- 
ches, et à laisser en saillie les traits et les hachures que 
l'artiste a dessinés et qui deviennent alors autant de 
tailles. Dans la gravure en creux, le sillon du burin ou 
de la pointe doit être rempli d'encre et produirai^ traits 
aperçus sur l'épreuve; dans la gravure en relief, ce qu'on 
enlève est la partie qui ne doit pas laisser de trace sur 
le papier, et on épargne les tailles qui doivent marquer à 
l'impression : de là vient le nom de gravure en taille 
d'épargne que Ton donne à la gravure en relief. — Autre- 
fois, les graveurs sur bois étaient appelés tailleurs de 
bois, et on donnait le nom de taille à \a planche taillée ou 
gravée. Aussi, quand on parle de gravure à plusieurs 
tailles, il ne s'agit pas du nombre des hachures, ni de 
leur croisement, mais des tailles ou planches diverses 
qu'on emploie pour graver en couleur. La gravure à plu- 
sieurs tailles est aussi connue sous les dénominauons 
de gravure en camaieu et de gravure en clair^chscur 
{V, Camaïeu). 

La gravure sur bois offrit à peine, à l'orighie, les fn^ 
ractères d'un art: elle servit à tailler des sceaux écono* 
miques, des lettres en relief, dont les scribes et enlo- 
mineurs faisaient usage pour imprimer les minuscules. 
On a des preuves que cette coutume s'établit dès le 
XII* siècle. La plus andenne mention d'un graveur en 
bois que l'on ait découverte Jusqu'id se trouve dans un 
obituaire dea Frandscains, à Nordlingen, lequel s'arrête 



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an cammeDcement du xv« siècle : œ grafenr se nommait 
Fr.-H. Loger, et était lalmie. Par conséquent, les Alle- 
mands sont aussi peu fondés à réclamer iHnvention dç la 
gravure sur bois pour Ulrich Vilgrim que les italiens 
pour Ugo da Qupi. Au xv* siède, l'art de tailler le bois 
pour en obtenir des estampes se répandit des monastères 
dans le monde séculier : de nombreux ateliers fonction- 
nèrent à Ulm, Nuremberg, Augsbourg, etc., et four- 
Bfarent dlmages Tltalie, la France et les Pays-Bas. Bn 
même temps que rimprimerie substituait les livres aux 
manuscrits, la gravure se substituait à la pdntore en 
miniature. Dans les estampes de ee temps, les figures, 
aussi bien que les fonds, les terrains, les arbres, les édi- 
fices, sont encore faits au trait, à peine ombrés de quel- 
ques hachures, et propres à recevoir une enluminure s 
e^est Part dans son enfance, avec sa naïveté, sa pàce 
quelquefois, mais aussi avec ses incorrections, son igno- 
rance de la perspective et du clair-obscur, son peu d'ha- 
bileté mécanique. Mais le perfectionnement de Texéeu- 
don artistique ne tarda pas à être sensible t pendant 
tout le XV* siècle, Tart de graver sur bols fit des progrès 
continus; Albert Durer et ses élèves lui donnèrent le 
plus grand éclat qu'il ait Jamais atteint avec Tancienne 
école. Parmi les graveurs français, on dte Tollat, Raefé, 
Pierre Voeiriot, Noôl Gamier, Bernard Salomon dit 1$ 
Petit Bernard, Jean Le Hattre, Moni , Georges Biathieu, 
Cruche, et le célèbre Jean Cousin. Puis, la gravure en 
rdief pencha peu k peu vers son déclin, en Jetant sur les 
Pays-Bas, pendant la seconde moitié du xvi* siècle, les 
derniers rayons de sa splendeur. On remarqua, sous 
Henri IV, Leclerc et Pierre Rochienne, et, sous Louis XIII, 
Etienne Duval et Palliot. La décadence, un moment sus- 
pendue par Rubens, devint plus rapide ajirès la mort de 
cet illustre artiste, et, pendant le xvm* siècle, ce fut un 
art presque abandonné. La France seule le cultiva d'une 
manière aases brillante pour prouver qu'il ne périrait 
point : deux familles se distinguèrent principakônent à 
cette époque, les Piq>illon et les Lesueur; auprès d'elles 
une foule d'artistes secondaires ornèrent les livres de 
flrontisplceS', de vignettes, de fleurons, et même exécu- 
tèrent de grandes planches. A la fin du siècle, si l'on ex- 
cepte Go<kupd d'AIençon, l'école française faiblit à son 
tour. Mais l'œuvre fut alors reprise et continuée par l'An- 
gleterre, dont les artistes, de 4800 à 1825, furent les seuls 
en Europe capables de graver avec goût: on doit men- 
tionner Thomas Bewick, Th. Hood, Harv^, Sears, Ta- 
bagg, Branstone, Clennell, Nesbitt, Thompson, etc. Us 
substituèrent la gravure sur bois debout et au burin à la 
gravure sur bois de fil et au canif. En France, la gra- 
vure sur bois ne s'était conservée ^'en province, à 
Épinal , par exemple, où on l'employait pour illustrer de 
rades empreintes les livres populaires, et confectionner 
ces images grossières qui tapissaient les cabarets et les 
chanmiores. A Paris, ouelques fleurons et culs-de-lampe 
étaient exécutés pour les publications de luxe par Best, 
Andrew, Leloir et Brevière. Le succès que le Penny Jfa- 
gcuinê, le Saturday Maganne et autres recueils illustrés, 
vendus à bas prix, obtenaient en Angleterre, donna l'idée 
de créer en France le Magasin jnUomque en 1833. Les 
fondateurs de l'entreprise, Charton et Lachevardière, 
s'associèrent Best, Andrew et Leloir; une nombreuse 
école de grav e urs se forma sous leur direction, et, après 
quelques années laborieuses et pénibles, le Magasin ptt- 
toresims a publié de véritables cnefs-d'œuvre de gravure, 
bien Apérieurs à tout ce qui se fait en Angleterre. Rurmi 
les artistes qui se firent un nom, on distingue Belhatte, 
Gherrier, Chevauchet, les deux Lacoste, Maurisset, Por- 
ret. Rouget, Tellier. VFUustration et le Monde Ulustré 
donnent aqjourd'hui, avec une étonnante rapidité, des 
gravures considérables comme étendue et comme valeur. 
Nous citerons encore V Histoire des peintres de toutes les 
écoles, publiée par Charles Blanc, et pour laquelle Du- 
Jardin, Gusman, Carbonneau, Dupré, Gauchard, Trichon, 
Ligny, Quartiey, Timms, Whitehead, Pannemaker, etc., 
ont gravé les tableaux des grands maîtres, d'après les 
dessins de Cabasson, Pftquier, Hadamard, Bocourt, nree- 
man, Beaucé, Gagniet, Marvy, Daubigny, etc. V Histoire 
de la Touraine^ publiée par Mame, les tkderves de l'Eu- 
ro^, V Imitation de Jésus-Christ, rivalisent avec V His- 
toire des peintres. 

m. Gravure en bas-reuep. C'est moins un genre de 
gravure qu'une espèce particulière de ciselure et de 
sculpture. Elle comprend la gravure de médailles et la 
gramêre sur pierres fines (7. Gltphqob, Médaillbs). 



iCOLXS DE «iRAVORB* 

ÊeoU française, — Elle est originaire d'Italie, ainsi 
qu'on le verra plus bas. Nous ne dirons qu'un mot de 
Noél Gamier et de Jean Duvet, malgré le mérite de ce 
dernier; mais on ne saurait reconnaître dans Dnvet, 
dessinateur fougueux et confus de VApoealypsef le génio 
caractéristique de la nation. Etienne de Laulne, An- 
drouet du Cerceau, sont de véritables dessinateurs fran- 
çais : l'un et l'autre ont eu le génie de la gr&oe. Rien de 
curieux pour l'histoire du temps, pour en connaître les 
nuBurs et les traits caractéristiques, comme le recueil de 
pièces historiques dû à Tortorel et à Périssim , et les 
estampes de Wo&iot, de Thomas de Leu, de Léonard 
Gaultier. Dans ce premier Age de la gravure française, 
qui a'étend jusqu'au commencement du xvn* siècle, 
Testampe se recommande moins par le mérite de l'artiste 
que par l'intérêt du sujet. Cette observation est encore 
vraie appliquée à Abraham Bosse; son œuvre si vaste 
renferme sur l'époque de Louis XIII, la vie domestique 
du temps, mœurs, habillement, meubles, etc., des do- 
cuments pleins d'intérêt. Callot a une place à part; bien 
que né k Nancy, il n'en est pas moins le premier grand 
graveur français, par l'esprit, l'entrain, la sagacité mor- 
dante, le bon sens sceptique et gouailleur, qui caracté- 
risent nos auteurs, artistes et écrivains, les plus popu- 
laires. Il a manié la pointe avec une dextérité inimitable. 
Une eau-forte de Callot se reconnaît au prunier coup 
d'œil entre toutes les gravures du monde. Mais Callot est 
une individualité plus remarquable par sa propre origi- 
nalité que par son influence sur la marche et les desti- 
nées de l'art. En France cette influence fût peu sensible. 
En Italie elle fit naître quelques imitateurs, tels que 
Canto Gallina, Cantarini, Délia Bella (La Belle). Cepen- 
dant la France, le pays des artistes, penseurs et philo- 
sophes, un pays où l'art n'est pas pittoresque, où les 
peintres mettent dans leurs productions plus d'idées que 
de dessin, et plus de dessin que de couleur, devait voir 
tôt ou tard la gravure briller d'un vif et durable éclat. 




très-remarquable. Btiénne Baudet, 
laume Château, les SteUa, Jean Pesne surtout, sans 
égaler comme éclat de burin, comme science de l'outil , 
les interprètes de Kubens, ne leur sont pas inférieurs 
sous le rapport de la fidélité et du sentiment. 

Nous entrons alors dans le second àçe de la gravure 
française. Les ^illy, Edelinck, Nanteuil, Masson, Van 
Schuppen, élève de Nanteuil, Pierre Drevet, élève de Ma»- 
son, portent l'art à une hauteur dont le nom de Gérard 
Audran marque le point extrême. On ne se hisse pas 
d'admirer dans les portraits et les e^ds sujets traités 
par ces maîtres la correction du dessin, l'habile distribu- 
tion de la lumière, l'adresse avec toquelle le même 
instrument fait reconnaître l'éclat du métal, la fermeté 
des chairs, le scintillement de l'eau, la transparence de 
la dentelle, hi douceur de l'hermine -et le degré de ve- 
louté et de finesse d'une étoff'e. A Le Brun revient une 
bonne part dans ce progrès. En possession de la direction 
de toutes les branches de l'art, il n'épsrgna pas les con- 
seils à Gérard Audran, et celui-ci les mit à profit avec 
tant d'intelligence, qu*ett interprétant Le Brun il sut 
régler, et rendre quelquefois même sa traduction supé- 
rieure à l'original. Les Batailles d! Alexandre, les pla- 
fonds de Versailles, presque toutes les pièces gravées 
pour le Cabinet du Boi, se recommandent par la fermeté 
brillante de l'exécution et la largeur du style. 

A partir de Gérard Audran, le sceptre de la gravure 
appartient à la France. Ce sont d'abord les élèves de Gé* 
rard : Benoist et Jean Audran, Nicolas Dorigny, Charles 
et Louis Simoneau, Gaspard Duchange, Alexis U>ir, Louis 
Desplaces, Nicolas-Henri Tardieu ; viennent ensuite les 
élèves de Tardieu, Laurent Cars et Philippe Le Bas ; ceux 
de Le Bas, Alliamet, Cochin, Wille, et puis Bervic, 
l'élève de Wille; Boucher-Desnoyers, l'élève de Bervic; 
Alexandre Tardieu, M. Henriquel-Dupont, élèves de De^ 
noyers. Ainsi, de Gérard Audran Jusqu'à nos Jours, les 
saines doctrines, par leur transmission, en maintenant 
la supériorité de la France, lui ont assuré le glorieux pa- 
tronage qu'elle continue à exercer auprès des Écoles 
étrangères. On a re<^rché dans leur temps, et on re- 
cherche encore, les productions de Bernard Picard, de 
Larmessin, de Dupuis, de Daullé, de Beauvarlet, de Le- 
prince, de Balechou, de Flipart, de Ficquet, de Sainte 
Aubin, etc., avec autant d'empressement que celles des 
graveurs que nous avons précédemment nommés. Par 



GRA 



991 



GRE 



tiq^ par ces maltreB habiles^ Tart da xvni* siècle Pat 
ttqifiiné avec ses qualités séduisantes et ses défauts. La 
Stsmre arrive Ters la fin du siècle à une véritable oriç- 
aalité dans la vignette ; l*artiste préfère souvent le burin 
u pinceau. Mais Tait, dans ce badinage, perd chaque 
|oar sooa le rapport de la force et du stvle. 

Avec le peintre David, il se relève enfin ; on entze dans 
vne manière large et sévère. Toutefois, il ne faudrait pas 
attribuer à David une action directe sur la gravure; nn- 
flnence fut tout à fait indirecte. L*art ramené h d*autres 
Idées y ramena naturellement le goût et la pens^ des 
fraveiira. Bervic devint un admirateur passionné d«ai bas- 
rdiefa du Panhénon. On pouvait lui reprocher, ainsi 
qu*à son maître Wille, Texagératlon du procédé, Taffec- 
tatiott de la science et de la dextérité de Toutil; une 
étude dea graveurs du xvu* siècle, alors plus assidue que 
celle des maîtres dont ils avaient à interpréter Toeuvre. 
Leurs élèves, avec moins de talent quelquefois, ont fait 
preuve de plus de modération consciencieuse. MM. Tar- 
dieu, Boucber-Desnoyers, ont laissé un grand nombre de 
productions très-distinguées, et quelques-unes capables 
de supporter la comparaison avec les chefs-d^œuvre de 
Vbix qôi les avalent devancés. Nous avons encore aujour- 
dlml de dignes héritiers de levrs doctrines, et la main 
moaraDts de Desnoyers a passé à M. Henriquel-Dupont 
ce sceptre de la gravure dont la France est en possession 
depuis deux cents ans. 

ECOLES éTKANGÈRBS. 

Êcoh aUemandê. — Son caractère peut se résumer en 
deux mots : Idéal et matérialisme. Le sentiment exquis 
de la beauté manque au vieux génie allemand. Albert 
Dorer est la personnification la plus complète de Tart de 
son pays; toute l'école allemande procède de lui, puti- 
cuUàrement Aldegrever et Hans ScheufDsden. Bientôt 
l'école d'Allemagne fut absorbée par celle d'Italie, et ne 
compta plus, au xvi* siècle, que des imitateurs de Marc- 
Antoine Raimondi. De nos Jours, TÉcole allemande s'est 
attachée à rendre la pureté des contours et la ligne, plus 
que l'efTet pittoresque. On cite parmi ses graveurs les 
plus distingués Merz, Felsing, Steinla, Joseph et Fran- 
çois Zeller. Le dernier a obtenu la médaille d'or à l'Ex- 
position des beaux-arts, en 1859, pour une belle planche 
de la Dispute du S^Sacrementf d'après Raphaél. 

ÊcoU anglaise. — Les graveurs ont commencé par 
marcher dans la voie de tout le monde, aux xvi* et 
XVII* siècles : Strange imita Laurent ptrs; Vivarès et 
Woolet prennent la manière de Le Bas ; mais les uns et 
les antres surpassent leurs maîtres, et Woolet, dans le 
maniement de l'outil, a fait de vrais tours de force. Les 
Anglais ont, en général, perfectionné les procédés et pro- 
duit des oeuvres remarquables, surtout dans la gravure 
en manière noire. Un de leurs perfectionnements, dû à 
Conaôl, est l'alliance de la manière noire et de la taille 
douce. Néanmoins on compte aussi chez eux d'excellents 
burinistes, et Raynbach, entré antres, s'est fait une Juste 
réputation par ses tiùlles-douces, d'après Willcie, surtout 
le Cnlin'MaiUlard, L'École anelaise réussit beaucoup 
daos les gravures d^imaux, etles planches de Landseer 
sont, ea ce genre, des chefs-d'ceuvre. Le grand style ne 
s'accorde pas avec la nature des Anglais; ils tombent 
alors dans le rolde et le théâtral. 

Èeols Ualimne, — Les premiers paveurs Italiens fu- 
rent des dessinateurs originaux, qui reproduisaient par 
le burin leurs propres conceptions, tels que Boticelli, An- 
ÉréÊL Biantegna, Pollajuolo; ils le firent avec une correc-' 
Jon et une fermeté de dessin admirables. Mais à partir 
de Maro-Aotoine iUdmondi, l'école des graveurs sur mé- 
tal se consacre à populariser les œuvres des grands 
peintres, ce qui la mit dans une excellente condition de 
progrès. Raimondi, élève de Raphafil, a reproduit, sons 
sa dîrectioii, les dessins des cartons de son maître, et a 
contribué à les populariser, n est demeuré chef d'école, 
et a laissé de nombreux élèves, Augustia de Venise, Marc 
de Bavemie, Vioo de l'arme, Buonaaone de Bologne, les 
Ghiai, etc., reoiarquablea par un dessin généralement 
«errect, un burin précis, serré, nuls sec. Ugo da Carpi 
parvint à donner trois et cruatre tons à la gravure en 
eamafen, Volpato, Raphaël Morghen, malgré leur repu- 
tttion, forant des gr a ve ui ' s monotones, qui ne surent pas 
prendre le caractère de leurs modèles, et portèrent par- 
tiBt une manière brillante et molle, la même pour tra- 
énlre le Grarége et le Poussin. Ils ont dû leurs succès à 
nteurenx choix des modèles d'après lesquels ils ont tra* 
viillé. Lea MoJIer, malgré leur origine germanique, ap« 



rrtfennent à l'École Italienne ; la Vierge à la chaise de 
Godard MuUer, et la Vierge de Sixte V de Guillaume 
MuUer, sont des œuvres estimables. — Aujourd'hui, 
l'École italienne suit les traditions de l'École française : 
elle en a U facilité et le brillant Nous citerons, parmi 
ses graveurs les plus remarquables, M. Toschi, auteur de 
Vmtrie d* Henri IV à Paru, d'après Gérard; Mercurl, 
à qui l'on doit les Moissonneurs dans les marais Pan- 
tins, d'après Léopold Robert; M. Calamatta, qui a gravé 
le Vœu de Louis XFII, d'après M. Ingres, etc. 

J^cole des Pays-Bas, — Le créateur de cette école est 
Lucas de Lqrde. Il mit dans les estampes te clair-obscnr 
et la couleur an moyen d'une distribution profondément 
sentie de la lumière. Les antres graveurs de cette école 
ont plus de métier qnie de goût et dinvention : Gomdlle 
Cort, interprète du 'Titien, manque de sentiment, et Jean 
Muller, Henri Goltzins et toute son école, ainsi que celle 
des Sadeler, se distinguent par la vigueur et la hardiesse 
du burin, bien plus que p«r un vru sentiment de l'art. 
— Rubens a créé une véritable école de gravure : il 
forma lui-même des graveurs, les dirigea, leur apprit à 
s'inspirer, avant tout, de l'œuvre qu'ils devaient repro- 
duire par leur burin, et à mettre de la couleur dans leur 
travail ; aussi , aucun œuvre n'a été mieux gravé que le 
sien. Ses élèves, Vosterman, Pierre Souteman, Pontius, 
Bolswert, ont été d*éminents graveurs, et jamais le burin 
n'a eu plus d'éclat, ni rencontré plus de ressources. — 
Cependant Rembrandt fut un homme à part; il illustra 
un procédé de gravure à l'eau-forte, qui lui est particu- 
lier, et où il est resté supérieur à tous ses imitateurs. 
Nul n'a mieux compris, m mieux rendu les oppositions 
d'ombre et de lumière. Ses défauts sont la vulgarité Jus- 
qu'au trivial, et l'absence absolue du sentiment de la 
OMiuté. Néanmoins, il est resté le plus grand coloriste de 
l'École flamande, qui, depuis lui, n'a pas prodoit un gra- 
veur digne de prendre rang parmi les maîtres. 

F. Humbert, Abrégé historique de Vorigine et des jpro- 
grès de la gravure et des estampes en bois et en ttsHle- 
douce, Berlin, 1 752, in-8o ; Fonmier, I>issertation sur Tort- 
gine et les progrès de fart de graver en bois, Paris, 1 758, 
m-8<>; Abr. Bosse, Traité de lagravure à Veau-forte et au 
burin, Paris, 1758 ; Traité de la gravure en bois par Pa- 
pillon, Paris, i 760, et par Jackson, Londres^ 1830 ; Jansen, 
lEssai sur l'origine de la gravure en bots et en taUle-' 
douce, Paris, 1808, 2 vol. in-8*; Deleschamps, Des mor- 
dants, des vernis et des planches dans fart du graveur, 
ou Traité complet de la gravure, 1836, in-S^*; Léon de 
Laborde, Histoire de la gravure en manière noire, 1839, 
in-8® ; J. Renouvier, Des types et des manières des maitres 
^.graveurs, pour servir à l'histoire de ta gravure, Mont- 
pellier, 1856, in-4*; Passavant, Le peintre-graveur, con- 
tenant Vhistoire de la gravure sur bois, sur métal et au 
burin, jusque vers la fin du xvi* siècle, Leipzig, 1860, 
2 vol. in-8*; J. Renouvier, Histoire de l'origine et des 
progrès de la gravure dans les Pays-Bas et en Alle- 
.magne jusqu'à la fin du xv* siècle, Bruxelles, 1860, in-8®; 
Enciclovedia metodica délie belle arit, par l'abbé Pierre 
Zani, Parme, 1819 (la première partie, donnant la table 
des noms propres, renferme 19 volumes in-8*; la se- 
conde, inachevée, présentant la liste des sqjets) est en 
9 vol. ln-8*; Kiinstler Lexieon, par Nagler, Munich, 
1835, 22 vol. in-8»; le Peintre graveur, par Bartsch, 
Vienne, 1818, 21 vol. in-8»; le Supplément, par Veigel , 
1 vol. in-8o; le Dictionnaire des Graveurs, de Strutt, en 
anglais, Londres, 1785, 2 vol. in-4«; le DicHonnaire des 
monogrammes, par Brulliot, 3 vol. in-4«, Munich, 1832- 
33-34; le Manuel des curieux et des amateurs de l'art, 
ou Notice des graveurs et de leurs principaux ouvrages, 
Zurich, 1797-1808, 9 vol. ln-8», par Huber et Rost, etc. ; 
le Peinire graveur français y par M. Robert Duménil, 
8 vol. in-8», 1835-1850; V Histoire de la gravure fran- 
çaise, de M. Georges Duplessis, ouvrage couronné par 
l'Académie des beaux-arts, en 1861, 1 vol. in-8<», etc.; 
le Discours historique sur la gravure, d'Émeric David; 
les excellents articles sur l'Histoire de la gravure, pu- 
bliés par M. Henri Delaborde dans la Revue des Deux 
Mondes, sont précieux à consulter : conçus à un point 
de vue élevé, ils abondent en vues Ingénieuses et pro- 
fondes. B. 

CRÉAL (Le Saint-). V. Gsaal. 

GRECQUE , ornement d'Architecture. V. Frrtb. 

oascQDB (Église). V. Égusb oascQui, dans notre Dio- 
tionnaire de Biographie et d^HisUnre, page 898, col. 2. 

ORECQDE (Langue), une des langues aryennes ou indo- 
enropéennes, la plus analytique de toutes celles du 
groupe m^dional. Le ré^me dea castes, auquel les 



GRE 



992 



GRE 



Anrens d'Asie farent soumlB, ayant été inoonna dans la 
Grece , on en peut conclure que les Aiyens oui s'établi- 
rent dans oe pays n'y trouvèrent déjà installées ni races 
iaunes, ni races noires, comme cela avait eu lieu en Asie. 
Issu du fond védique, mais déjà modifié sur sa route, 
ridiome qui devint plus tard le grec fut donc une langue 
populah«^,la langue de tous, et se forma en quelque 
sorte démocratiquement par le travail commun de tout 
un peuple. Les antiques hymnes orphiques, autant qu'on 
en peut Juger par les imitations alexandrines, ressem- 
blaient singulièrement aux hymnes du Véda, et remon- 
taient peut-être aussi haut dans le passé.* Mais la période 
épique des aèdes nous montre une langue se formant 
librement dans la bouche même du peuple et de ses 
chanteurs. Cette formation de la langue grecque con- 
traste avec celle du sanscrit, qui fût l'œuvre des brah- 
manes, c.-4-d. de prêtres philosophes et grammairiens, 
plus occupés de saijdr rensemble et les rapports des 
choses pour en tirer une théorie, que de les examiner 
en partioilier et en détail pour les faire tourner ensuite 
à leurs usages. Il est résulté de ces circonstances si op- 
posées, que le sanscrit est devenu une langue synth^ 
tique et le grec une hmgue éminemment propre à l'ana- 
lyse; le sanscrit est fait pour la contemplation, et le grec 
pour l'action. Toutefois, encore voisin de son oriçine , 
le grec conserva les avantages des langues synthétiques 
dans sa grammaire, analogue à la grammaire sanscrite, 
et dans la facilité qu'il a de composer des mots ou de 
les dériver les uns des autres ; 11 demeura donc tout h ùài 
propre à la poésie, comme il Tétait à la science et aux 
affaires. 

Les anciens Grecs ne nous ont rien appris sur l'origine 
de leur langue ; un préjugé invincible élevait dans leur 
esprit une barrière infranchissable entre eux et les au- 
tres peuples, ou'ils appelaient des Barbares, et ils n'eus- 
sent pas imaginé pouvoir trouver au delà des limites de 
la Gieœ la racine d'un mot grec Platon seul avoue qu'il 
fiuidrait recomir aux langues étrangères, pour découvrir 
les sources où ses eompatriotes avaient puisé la leur ; 
mais aucun travail de ce genre ne fut tenté. Hérodote 
prétend que les Pélasges, habitants primitif^ de la Grèce, 
parlaient un idiome spécial, éteint de son temps; mais 
on n'avait fait alors aucune étude comparative des lan- 
gues, de manière à reconnaître les radicaux sous leurs 
transformations diverses: et il n'est pas douteux aijour- 
d'hui que l'idiome des Hellènes provenait de la même 
source que celui des Pélasges, dont il se distingua seule- 
ment par un vocabulaire plus riche et un mécanisme 
plus parfkit. -«Le grec, avant d'arriver à l'état sous lequel 
nous le connaissons, a subi de grandes modifications. 
Dès les premiers temps de l'occupation hellénique, on 
distingua trois tribus |)rincipales , la tribu éolisnne , la 
tribu doriennê, et la tribu ionienne : de là trois formes 
principales de U langue commune, c-à-d. trois dialectes. 
Les différences qui séparaient ces dialectes furent sans 
doute peu tranchées d abord, à cause des relations à peu 
près constantes des peuples grecs entre eux dans les pre- 
miers temps de leur histoire» relations a t testée s par les 
exploits légendaires de Thésée, d'Hercule et autres héros, 
ainsi que par l'expédition des Argonautes, la guerre de 
Thèbes, et surtout la guerre de Troie. Les révolutions 
qui suivirent les temps héroïques, les émigrations nom- 
breuses des peuples du xu* au x* siècle av. J.-C, ne 
permirent pas à la langue de prendre un caractère 
d'unité , et, à l'époque d'Homère, c.-à-d. vers la fin du 
X* siècle, elle ne présente pas encore une parfaite uni- 
formité t l'ionien, sans doute, domine dans ses poésies ; 
mais d'autres formes en assez grand nombre y sont mé- 
langées, les unes éoliennes, quelques autres doriennes, 
d'autres dont il est impossil>le maintenant d'assigner le 
caractère. Au slède suivant, où fleurit Hésiode, la langue 
poétique, la seule usitée dans les œuvres littéraires, dif- 
fère peu de celle de Vlliade et de VOdysséê. Mais, du 
n* au VI* siècle, on voit se dessiner nettement chacun 
des trois dialectes oui Jusque-là n'avaient pas en de 
forme bien arrêtée : rionien apparaît plus net dans Ar- 
chiloque, Callinus, Tyrtée, Mimnerme, Anacréon; le 
dorien semble se fixer avec Alcman ; Téolien est porté à 
sa perfection par Alcée, Sappho, Érinne. Enfin, au 
Ti* siècle, l'idiome athénien, modification du dialecte 
ionique, se montre avec des caractères bien distincts 
dans les poésies de Selon. Au v* siècle, l'éolien est en 
décadence comme langue littéraire, et, se fondant avec 
le dorien, donne naissance au dialecte éolo-dorien des 
poésies de Pindare, de manière toutefois que l'élément 
oorien domine; on voit se fixer la prose ionienne, dont 



les osuyres d'Hérodote et d'Hippocrate sont les plus il- 
lustres' monuments, tandis que la prose et la poésie a tti- 
Îues sont portées à leur perfection, l'une par Antiphon, 
ndocide, Lysias et Thucydide, l'autre par les grands 
poètes dramatiques. La suprématie littéraire et intellec- 
tuelle conquise dans ce siècle par Athènes donne à sa 
langue, désormais fixée, une prépondérance marquée sur 
tous les dialectes, dont elle s'est assimila quelques 
formes, surtout dans la poésie ; Téolien semble dispa- 
raître définitivement de ut littérature ; l'ionien homéri- 
que devient de plus en plus une langue savante, à 
l'usage des poètes, et qui n'est plus guère comprise que 
dans les écoles et par les gens instruits ; l'iomen cesse 
peu à peu de s'écrire Après Démocrite et Ctésiaa; la 
Grèce a enfin une langue littéraire uniforme, qui est 
celle de Lysias, de Xénophon, de Platon, d'Iscorate, et 
de DémosUiène. Cette langue se répand dans tout l'Orient 
après les conquêtes d'Alexandre le Grand; mais cette 
diffusion même en altéra promptement la pureté; et 
l'influence toute-puissante de la Macédoine au lu* siècle 
en Grèce, en Egypte et dans l'Asie occidentale, amena 
dans le dialecte attique des modifications sensibles, 
contre lesquelles on sut réagir à Athènes et dans les 
principales écoles des rhéteurs et des sophistes, mais qui 
furent irrévocables en Asie, à Alexandrie, et même dans 
certaines parties de la Grèce européenne, puisque nous 
voyons Polybe écrire dans une langue qui se rapproche 
beaucoup plus de l'alexandrin oue de l'élégance et de la 
pureté attiques. L'alexandrin subsista Jusqu'au vu* siècle 
de l'ère chrétienne sans subir de modifications bien re- 
marouables : à cette époque il est définitivement rem- 
placé par le byzantin, qui s'est formé dès le v* siècle 
après J.-C, et qui, dégénérant peu à peu, devait aboutir 
au romalque ou grec moderne, r . Alexandrin, Attiqcb. 
DoBisR, ËouBN, lomxN, MacÉDONiER (Dialecte), Byzah- 
TncB (Langue^. 

Dans les plus anciens monuments de la langue grec- 
que (Vlliade et VOdy$sée)j on trouve déjà tous les ca- 
ractms essentiels qu'on lui voit conserver dans les temps 
postérieurs : une aéclinaison et une conjugaison très- 
variées et très-riches; une syntaxe éminemment mrnthé- 
tique; l'usage très-fréquent des ellipses, des syUepses, 
des attractions, des anacoluthes ; l'usage habituel de l'in- 
version, dans la prose comme dans les vers. Considérée 
au point de vue littéraire, elle est poétique et pittoresque 
entre toutes les langues, en même temps que mdve et 
simple. Elle excelle à exprimer, à l'aide de ses nom- 
breuses particules, des nuances fines et délicates ; ce qui 
contribue à lui donner une précision que les autres lan- 
gues ne sauraient atteindre au même degré, et qui fait le 
désespoir des traducteurs. Sa syntaxe est d'une merveil- 
leuse flexibilité, image de la mobilité et de la puissance 
d'imagination des grands écrivains. 

L'étude de la langue grecque, très - répandue dans 
l'Orient, où elle se maintint Jusqu'à la conquête otto- 
mane, s'introduisit à Rome au ii* siècle avant l'ère chré- 
tienne , et ne tarda pas à y prendre un grand dévelop- 
pement : sous les empereurs surtout , elle fut populaire 
dans les classes aristocratiques, et il fut souvent de mode 
à la cour de parler grec De Rome elle pénétra dans la 
Gaule Cisalpine, puis dans la Transalpine, où elle était 
parlée depuis longtemps sur la c6te S.-E., par Marseille 
et ses colonies, puis enfin dans l'Espagne. Elle parait 
même avoir été cultivée à Carthage, puisque Annibal 
savait non-seulement la parler, mais récrire; au temps 
de César et d'Auguste, le roi de Mauritanie Juba H com- 
posa en langue grecque une sorte d'Encyclopédie âont 
nous avons quelques fragments. L'invasion des Barbares 
du Nord porta à l'étude du grec un coup mortel dans 
toutes les contrées où la langue n'était pas celle des peu- 
ples; quelques écrits d'Aristote et de Galion, traduits en 
latin d'après des traductions arabes des viîi* et ix* siè- 
cles, furent, au moyen âge, les seuls débris connus, 
ftarmi nous, de cette lit<éra*»re, qui ne reparut dans 
'Occident sous sa forme originale qu'à la fin du xv* siôde. 
Cultivée en France avec ardeur par les savants du xn*, 
et enseignée an Collège ïioyal, elle pénétra dès cette 
époque dans les écoles de l'Université de Paris et des 
Jésiutes; interrompue par les guerres religieuses^ cette 
étude reprit quelque éclat au xvu* siècle. L'esprit nova- 
teur du xvm* affecta de la mépriser, sans s'inquiéter de 
connaître les orignaux, et lui fit perdre sa faveur. Res- 
taurée sous le I*' Empire, lors de la constitution de 
l'Université actuelle, elle a continué d'occuper dans les 
études secondaires et supérieures la place importante 
Qu'elle mârite à cêté du hitin et du français. Mais nullâ 



r.RE 



993 



GAE 



put elle ii*a été ealtlTée avec autant de patteoce et d*ar- 
dnir qa^en Allemagne, où cependant le point de yue 
aa<pel on Tétudie est plutdt critique et philologique que 
vraiment littéraire. — Considérée par rapport à Tutilité 
pntîqae , Tétude de la langue grecque est dans tous les 
pays un aecoors précieux pour Fintelligence prompte et 
nette des nombreux termes de sciences, d^arts et dMn- 
dustrie qu'on en a tirés directement ou que Ton a com- 
posés à Paide d'éléments et de radicaux isolés, que les 
Anciens n'ont pu songer à associer; aussi quelques-uns 
sont-ils combinés d'une manière plus conforme à l'eu- 
phonie telle crue la réclament nos oreilles françaises, 
qu'aux Yéritabies principes de la composition des mots 
mes. Étndiée plus à fond, et à un point de vue plus 
eleré, la langue grecque nous réYèle le secret merydlleux 
d'une alliance intime entre le naïf et le sublime (Ho- 
mère), entre le ton familier et la noblesse du stj^le 
(Platon et Sophocle); elle nous montre une simplicité 
élégante unie au pathétique chez Euripide, la finesse gra- 
eieose à une certaine nudité de style chez Xénophon, et, 
dans 1>émoathène, tout à la fois la gravité, la véhémence 
et le naturel. V. AinasMB. 

FrononciatUm du grec ancUn. — La prononciation du 
grec ancien est à peu près inconnue; et celle qu'on a 
adoptée dans l'Occident, le Nord et le Midi de l'Europe, 
est arbitraire et barbare, chaque peuple prononçant le 
grec d'après les règles usitée» pour sa propre langue. Au 
XV* siède, les Grecs réfugiés de Gonstanunople évident 
Importé en Italie, en Allemagne et en France la pronon- 
ciadon usitée de leur temps; mais des savants ayant 
démontré oue cette prononciation ne pouvait, dans un 
gnmd nombre de cas, s'appliquer à la langue de l'anti- 
quité, et ne concordait pas avec les observations éparses 
dans les critiques ou autres écrivains, avec l'orthographe 
de certaioes inscriptions, ni avec celle que les Grecs 
avaient adoptée pour reproduire dans leur langue des 
mots de la langue ladne, ni avec la manière dont les La- 
tins écrivaient certains mots grecs en caractères romains, 
elle fut peu à peu abandonnée, et l'on prit le parti de 
prononcer comme on fait aujourd'hui. Toutefois, on ne 
saurait nier que, tout altérée que doit être, chez les Grecs 
modernes, la prononciation de leurs ancêtres, sur beau- 
coup de points ils se rapprochent plus que nous de la 
▼enté. Le débat entre les partisans de la prononciation 
byzantine, représentés par Renchlin, et ceux de la pro- 
nonciation arbitraire, représentés par Érasme, roulait 
prindpalement sur certaines voyelles et diphthongues : 
^, V, i, et, 01, devaient-ils se prononcer uniformément 
comme t ? eni se prononçait-il af ou ou, su «fou 017? Telle 
est, en effet, la prononciation des Grecs modernes. 

Les consonnes présentent beaucoup moins de difficultés 
que les voyelles et les diphthongues ; et le système des 
partisans de la prononciation moderne est plus solide sur 
ce nouveau tenrain. Ainsi, il est à peu près certain que 
B avait un son demi-aspiré approchant de notre v : aussi 
voiv<»n le mot latin s^rvus écrit en grec aioSoç. Les 
lettres 0, f , % ont dû être des signes d'aspiration forte, 
et sont à peu pores exactement représentées par le th an- 
glais, notre A et le dk allemand. 

Bibliograjiiiû, — Un certain nombre de Traités gram- 
maticaux de la langue grecque nous ont été laiss& par 
les Anciens; on peut consulter : les Fragments d'Aristo- 
phane de Byzance, publiés par Nanck, Halle, i848^n-8*; 
•ceux de Philémon, édités par Osann, Berlin, i^i; le 
Traité d'Apollonius Dyscole. Dé constructions orationis 
{édlu de Bekkec, Berlin, iSi7), et celui De pronomine 
nbîd., 1813); la Grammaire de Théodose d'Alexandrie, 
éditée par Gœttling, Leîpz., 1822, in-8*; et les Gramma- 
Hci grwci de G. Dindorf, Leipz., 1823, in-8*. Nous avons 
aussi des Lexiques par Hésychius, Suidas, Photius, et 
Zonaras; un Onomastioon de Pollux, et un autre d^Orion 
de Thèbes. — Parmi les auteurs modernes de Gram- 
maires du grec ancien, nous mentionnerons : Constantin 
lascaiis, Grœnmaire grecque^ en f^rec, Milan, 147G; Aide 
Manuce, Grammaticœ grœcœ instiiuliofnBSy Venise, 1515, 
-in-4*; Théodore GtoA^lniroductiom grammaticœ lib.JV, 
Paris, 1589; G. Bodé, Commentarii linguœ çreecœ, Paris, 
1548, in-fol. ; J. Camerarius, Commentarii hnguœ grœcœ, 
Bftie, 1551 ; W. Camden, Grammaticœ qrœcœ institutio, 
Londres, 1501, in-8*; Lancelot, Nouvelle méthode pour 
' apprendre la langue grecque, dite Grammaire grecque 
de Port-Boyal, Puis, 1655, in-8**; Weller, Grammatica 
■ liraca, Leipz»^ 1781 ; J.-F. Fischer, Animadversiones in 
* Velleri grammaticam qrcecam, Leipz., 1798-1801, 4 vol. 
' tD-è*; G. Hennann, De emendanaa ratione gramma- 
MctB grœem, Leipz-t 1S91, in-8»; Viger, De prcecipuis 



qrmcœ Itnguœ tdiottsmis, 4«édit., 1834; Maittafafe, Greeem 
linguœ duUecti^ édit. de Sturz, Leipz., 1807; Ahrens, De 
dialectis grœcis, Gœttineue, 1843, 2 vol. ; J.-L. Bumouf, 
Méthode pour étudier la langue grecque, Paris, 1813, trte- 
souyent réimprimée; Ph. Buttmann, Grammaire greC' 
que, en allem., édit. de Lobeck, Berlin, 1830-39, 2 vol.; 
Aug. HatthisB, Grammaire grecque, trad. en français par 
Gail et Loogueville, Paris, 1831-42, 4 vol. in-S»; Thiersch, 
Grammaire grecque, 1826; KQhner, Grammaire grecque, 
1835; Rost, Gramm(ùre grecque, en allem., GcBttingue, 
1841, etc. — Les principaux Dictionnaires crées mo- 
dernes sont ceux de : H. Estienne, Thésaurus linguœ 
grœcœ, Paris, 1572, in-foI., réédité de nos jours chez 

F. Didot; J. Scapula, LeaÂcon grœco-latinum , 1580; 
Schrevelius, Lexicon manuale grœcO'-kUinum, L0yde, 
1045, in-8<* ; llcderich, Ijexicon manuale grœco-latinum 
et latinO'grcecwn. édit. do Pinzger et Passow, Leipz., 
1825-1827, 3 vol. in-8<>; J. Planche, Dictionnaire grec- 
français, Paris, 1809, in -S*, amélioré plus tard par 
Vendel-Ueyl et Pillon; Alexandre, Dictionnaire fran^ 
çais-gree et Dictiotmaire gi'ec- français , 2 vol. in-8». 
J.-G. Schneider, Rost, Passow, W. Pape, ont donné pour 
les Allemands des Dictionnaires grecs estimés. Benfqr 
a publié un Dictionnaire des racines grecques, Ber- 
lin, 1839; Goetttfng a écrit sur l'accentuation grecque, 
Spitzner sur la prosodie, Leusch sur la métnque. — 
Quant à l'histoire de la langue, on consultera avec fruit : 

G. Burton, Historia linguœ grœcœ, Londres, 1657, in-8*i 
Ingewald Elingius, Historia linguœ grœcœ, Leipz., 1691 ; 
L. Reinhard, Historia grœcœ lingtuB eriticoAitteraria, 
ibid., 1728, in-8<* ; Harles, Introductio in historiam linguœ 
grœcœ, Altenbourg, 1778, 3 toI. in-8*. P. 

GBEGQUB (Littérature). Les œuvres littéraires de l'an- 
cienne Grèce, lues dans l'ordre où elles ont été compo- 
sées, nous offrent un tableau complet et animé des 
doctrines religieuses et philosophiques, des conditions de 
la vie sociale et de la vie privée, des relations politiques 
des cités entre elles, de l'histoire, des arts, en un mot de 
tous les éléments de la civilisation d'un grand peuple, et 
cela pour une période qui ne comprend pas moins de 
dix siècles. En poursuivant cette étude Jusque dans les 
siècles oui ont suivi l'introduction du christianisme 
en Occiaent, on voit la littérature grecque renaître au , 
souffle de cette religion nouvelle, produire les grandes . 
œuvres des Pères de l'Église d'Orient, et se continuer de ' 
siècle en siècle jusqu'à nos Jours. 

Un fait domine l'histoire de la littérature hellénique, 
et la distingue de toutes les littératures anciennes et mo- 
dernes, à l'exception de celle de l'Inde : c'est son origi- 
nalité. Les Grecs n'ont point eu de maîtres : si, dans tes 
temps les plus anciens, ils ont eu des relations de pa- 
renté avec les races aryennes de l'Asie centrale, et s'ils 
ont apporté avec eux, dans leurs migrations vers l'ouest, 
les chants, la langue et les traditions de leurs aïeux, il 
n'en est pas moins certain que, une fois fixés sur le sol 
hellénique, ils s'y sont développés par eux-mêmes, ont 
tiré de leur propre fonds leurs œuvres de littérature et 
d'art, ont créé les genres, les ont développés et perfec- 
tionnés par un travail qui a été le leur et sous lai seule 
inspiration de leur génie. L'originalité et la perfection de 
leurs ouvrages en tout genre a fait d'eux les précepteurs 
et les modèles des peuples qui sont venus plus tard. 
Ceux-ci n'ont donc pu, par la force des choses, que re- 
faire, dans des conditions et à des points de vue différents, 
ce que les Grecs évident fait avant eux : les efforts des 
écoles appelées romantiques n'ont pas introduit, dans la 
littérature^ des genres nouveaux, oes formes nouvelles; 
prenant, comme les écoles classiques, les formes que les 
Grecs avaient créées, les romantiques des différents pays 
de l'Europe ont moins innové dans l'art d'écrire propre- 
ment dit que dans l'esprit même auquel ils ont demandé 
leurs inspirations. On pourrait même dire que plusieurs 
genres créés par les Grecs et portés par eux à une su- 
prême perfection ont été d'abord dénaturés par les Ro- 
mains, puis détournés de nouveau de leur origine et de 
leurs conditions essentielles par les peuples modernes 
qui les avaient reçus de l'Itahe; de sorte que ces genres 
n'ont plus été représentés dans les temps modernes, et 
demeurent, au moins dans leurs formes complètes. Tapa- , 
nage de la Grèce antique. Telle est, par exemple, l'ode 
pindarique; telles sont aussi, à bien des égards, la tra- 
gédie et l'épopée. 

Les œuvres littéraires de la Grèce, et principalement , 
la poésie, plus étroitement liée à l'art que la prose, ont v 
toi^ours, pendant une période de huit ou dix siècles, 
emprunté à la religion ses traditions, ses figures et ses 

63 



Gne 



994 



GRE 



qrmtwles. Il y a une alliance constante entre les lettres 
Krecques et la mythologie. La première condition pour 
bien comprendre et sentir les œurres du génie grec, c*est 
de se pénétrer des croyances religieuses de ces anciens 
temps. Mais il ne suffit pas ici de se donner une teinture 
de science mythologi({ne, et de savoir que Jupiter est flls 
de Saturne; il est indispensable de se rendre compte de 
la valeur de ces conceptions symboliques, et de saisir 
leur signification; car c'est toujours avec leur valeur 
représentative que les dieux et les déesses paraissent dans 

.la poésie et dans l'art; les actions qu'ils y accomplissent, 
les attributs qu'ils y reçoivent, ou sont consacrés par la 
tradition religieuse, ou ne sont inventés par le poète et 
l'artiste que conformément au symbole piimitifet fonda- 
mental. Ainsi entendue, la portion mythologique des 
œuvres littéraires de la Grèce s'anime d'une vie nouvelle, 
et tout l'art antique devient intelligible. Cette union 

. d'une mythologie symbolique et des conceptions du génie 
individuel est si étroite en Grèce, et en même temps si 
nécessaire, que Ton peut dater la décadence de la litté- 
rature et des arts, dans cette contrée, du jour où les 
symboles, perdant leur dgnification et leur empire, ont 
cessé d'être respectés par les poètes et les sculpteurs. 
Jusque-là, en effet, dans chaque c^nre, le génie propre 
de cnaque auteur s'appliquait moins à créer des tvçes 
nouveaux qu'à perfectionner, à polir, à rendre plus claire 
et plus saisissable à tous l'œuvre créée par ses devan- 
ciers. Le mouvement général qui portait l'esprit grec vers 
la perfection en toutes choees se produisait donc de 
mènie dans chaque genre particulier : il s'agissait moins 
de faire du nouveau que de faire mieux. C'est ce qui 
explique pourquoi la Grèce ancienne a rempli nos bi- 
bliothèques et nos musées des mêmes sujets mille fois 
répétés. Mais on doit observer que le fonds de la mytho- 
logie et de l'histoire héroïque est d'une abondance et 
d'une richesse excessives, et offre des sujets d'une variété 
infinie. Lorsque la perfection eut été atteinte dans chaque 
genre, c-à-d. lorsque l'on eut fait dire au symbole tout 
ce qu'il contenait, les poètes et les artistes se trouvèrent 
forcés ou de copier exactement l'œuvre des derniers 

« maîtres, ou de dénaturer les types pour faire du non- 

. veau. On prit ce dernier parti. Mais c'était là une rup- 
ture ouverte avec la tradition; c'était aussi une dé- 
gradation véritable de conceptions excellentes, que Ton 
changeait, mais qui, ne pouvant plus être perfectionnées, 
n'étaient modifiées ou'à leur détriment. On peut dater 
de l'époque d'Euripide, vers la fin du v* siècle et le com- 

, mencement du nr* av. J.-C, cette sorte de révolte contre 
le passé, et cette tentative d'introduire dans la poésie et 
les arts des formes nouvelles et un esprit nouveau. Cest 
donc pendant la période qui précède immédiatement ce 
poète, et à laquelle il appartient lui-même en partie, 
qu'il faut placer le point de maturité et de perfection des 
œuvres du génie grec. Cest de ce temps qu'il faut dater 
la décadence, lente d'abord et presque insensible, mais 

3ui ne tardera pas à se précipiter. La fantaisie s'intro- 
uit alors dans les conceptions de l'esprit individuel ; on 
s'affranchit par degrés de la tradition ; les grands genres 
s'épqlsent; l'art et la poésie ne sont plus qu'un jeu, et 
leurs œuvres des ob)ets de luxe payés par les princes et 
par les riches particuliers. 

L'originalité, Jointe au respect de la tradition natio- 
nale, a fait qu'en Grèce les genres littéraires se sont 
succédé les uns aux autres dans leur ordre naturel, et 
sont arrivés à leur temps et, pour ainsi dire, à terme. 
C'est la seule littérature qui, en Occident, présente ce 
caractère. En effet, les peuples oui sont venus après ont 
eu pour modèles, et tous à Hi lois, ces ouvrages qui ne 
&*étaient produits en Grèce que successivement et en 
vertu d'un développement libre et spontané. A la Renais- 
sance des lettres, soit à Rome du temps des Scipions, 
soit chez les Modernes à diverses époques, les lettrés et 
les poètes ont choisi parmi ces modèles ceux qui leur 
agréaient le plus, et les ont imités sans se soucier de 
l'opportunité des temps ni des conditions extérieures des 
genres. On a vu à Rome et chez les Modernes l'épopée 
se produire après les ouvrages du théâtre, et les poésies 
lé^rcs naître au même moment que l'épopée. Il en est 
résulté des littératures en partie artificielles, et des 
OBuvres oui, malgré leur excellence, ne tiennent pas au 
fond des idéee nationales et couvent n'intéressent que les 
hommes instruits ou spéciaux. La popularité, au con- 
traire, s'attachait en Grèce à des ouvTajges nés du cœur 
même du peuple et composés pour lui. 

Les Bymnêi sont la première forme qu'ait revêtue la 
pensée grecque durant une période antérieure à Phls- 



toire, antérieure même aux temps héroïques, et dont ii 
est impossible de fixer les limites. Les noms d*Orphée, 
de Musée, de Linus, sont parvenus jusqu'à nous, mais 
non leurs chants; encore ces noms sont-ils entourés de 
légendes fabuleuses, qui font de ces personnages des 
êtres presque mythologiques. Les poésies connues sous 
le nom d'Orphiquei n'ont aucun caractère d'authenticité; 
ce sont des productions des derniers temps de la Grèce; 
la langue parlée au temps des Argonautes, dont Orphée 
était le chiantre sacré, ne ressemblait certainement que 
de fort loin à celle des poésies Orphiques. Quant au 
fond même de ces poésies, il n'est ni pélasgique, ni hel-* 
lénique ; on y reconnaît de la manière la plus claire> à 
oêté de traditions grecques conservées dans les sanc- 
tuaires, des idées et des noms empruntés à l'Orient et 
particulièrement à l'Inde; de sorte qu'il est à peu près 
hors de doute que les poésies Orphiques ont été compo- 
sa en Egypte, et probablement à Alexandrie, à l'époque 
où les enfances de l'Orient et les idées philosophiques 
et religieuses de la Grèce tentaient de se combiner et de 
s'unir. Ces poésies ne peuvent donc nous donner qu'une 
notion très-imparfaite et même fausse de ce que furent 
dans les plus anciens temps les chants sacres connus 
sous le nom d'Hymnes. C'est d'ailleurs que peut nous 
venir sur ce point quelque lumière. En effet, les vieilles 
traditions helléniques, les légendes relatives à ces poètes 
primitifs les rattachent de très-près au centre asiatique 
d'où les populations grecques étaient venues; le nom 
même d'Orphée n'a nen de prec, ainsi que beaucoup 
d'autres du même temps, et il a, ainsi que plus d'une 
légende, son explication naturelle dans les poésies asia- 
tiques conservées par les peuples de l'Inde. Ces poésies, 
ces hjrmnes, nous en possiédons de volumineux recueils 
connus sous le nom de Védas {V. c$ mot). C'est donc 
dans les chants des Védas, et plus spécialement du 
RiO^Véia, qu'il faudrait chercher le type primitif et ori- 
ginal des hymnes Orphiques. Car le Véaa n'appartient 
pas plus à rOrient qu^à l'Occident ; il est la source com- 
mune des croyances religieuses, de la poésie, de la 
langue, en un mot de la civilisation de l'Inde et de la 
Perse, de la Grèce, de l'Italie, de la Germanie et des 
peuples du Nord appartenant à notre race. Il est donc 
vraisemblable que les poésies Orphiques, la langue dans 
laquelle elles étaient composées, les circonstances de la 
vie publique ou privée où elles étaient chantées, se vap- 

Srocbaient beaucoup de l'étot où noua les voyons dans le 
fig-Wa. 

Les Épopées sont venues après les Hymnes. Les popu- 
lations helléniques étaient depuis longtemps fixé^ sur 
le sol de la Grèce, des Iles et des rivages de l'Asie 
Mineure, lorsque les chants épiques parridrent à la 
forme littéraire qu'ils ont dans Homère. Cétait le temps 
de ces royautés féodales entre lesquelles le monde hel- 
lénique fut longtemps partagé. Chaque coin de terre, 
chaque colline dominant la plaine ou la mer, avait son 

f (rince héréditaire, à la fois général, administrateur, 
^slateur et Juge. Les aèdes ( V. ce mot) chantaient 
dans les festins de ces hommes puissants et riches, les 
uns attachés, comme Phémius dans VOdi'Ssée. à la cour 
dM princes, d'autres voyageant de ville en rille et chan- 
tant , la phorminx à la main , dans les assemblées des 
hommes et des femmes. Les sujets de ces chants inter- 
rompus étaient d'ordinaire empruntés aux légendes hé- 
roïques de la Grèce, aux exploits des guerriers de Fàge 
précédent, ou même aux expéditions contemporaines. 
La grande expédition de Troie, avec f» antécédents et 
ses lointaines conséquences, forma le cvcle épique par 
excellence, et la source inépuisable d'où découla la 
grande épopée des temps homériques. Ce serait une er- 
reur de i^Sduire ces œuvres de la poésie épique des Grecs 
à oe qui nous est parvenu aous le nom d'Homère : Ho- 
mère a été le plus grand des aèdes; mais tout le monde 
alors, Achille lui-même, était chantre de récits hérol* 

Sues, et chacun contribuait pour sa part à l'immense 
éveloppement que prit dans cette période le genre de 
l'Épopée. VIliaas n^Bst qu'un épisode de la guerre de 
Troie; VOdyssée en est un autre emprunté au même 
cycle héroïque. Il est hors de doute que les autres évé- 
nements du cycle troyen avaient été chantés en vers 
dans tout le monde apnec , et que, si le recueil de ces 
chanta avait pu se faire avant l'époque de Pisistrate, 
nous posséderions des épopées grecques rivalisant d'éten- 
due avec celles de l'Inde et les dressant peut-être. — 
Les aèdes épiques n'avaient plus nen de commun avec 
les chantres de la période des Hymnes : ceux-ci étaient 
des prêtres plus encore que des poètes, et leurs œuvres. 



GRE 



995 



GHE 



mnim. ses dans les familles et dans les sanctuaires, ont 
composé la litur^pe sacrée; rien de semblable pour Ho- 
mère. Les aèdes de son temps et lui-môme n'ont au- 
cune autorité publique « et ne psraissent dans les céré- 
monies cjoe comme simples psrticuliers ; leurs œuvres 
sont donc pour ainsi dire laïques , leur poésie est libre 
et sécularisée; leur génie seul donne toute leur valeur à 
leurs chants. On retenait, on redisait les meilleurs i 
leur nombre allsit grossissant , et à la fin, tous les évé- 
nements du grand cycle troyen se trouvant exprimés en 
vers dans la mémoire des hommes, il fut possible d*en 
rassembler les fragments épsrs et de composer de véri- 
tables épopées. Las Rapsodes sont venus presque en 
même temps que les aèdes ; mais il y en a eu longtemps 
après que la poésie épique se fut éteinte. Cest grâce à 
ces couseurs ae chants que les œuvres épiques du temps 
d'Homère se sont conservées, puisqu'il est à peu pies 
certain qn*à l'époque de ce grand poète les Grecs ne con- 
naissaient pss l'écriture. Les Diascévastês ou distribu- 
teurs, qui, au temps de Pisistrate, donnèrent de Vlliads 
et de YOdysséê une première édition complète, ne firent 
qae placer dans leur ordre naturel les pièces détachées 
one lem> fournirent les rapsodes. Cette appsrition tar- 
oive des épopées sous une forme systématique a sou- 
levé dans l'antiquité deux questions sur lesquelles les 
modernes sont encore partagés : Homère a-t-il existé, ou 
ce nom n'est-il qu'un symbole, une personnification du 
génie épique? S'il a existé, est-il également l'auteur de 
Viliade et de YOdysséê? Il n'y a aucune raison sérieuse 
de douter qu'il y ait eu un grand poète du nom d'Ho- 
mère, conune il y a eu un SOmund pour VEdda, un Vàl- 
mlki pour le lAmàyana. Biais il est permis de croire 
qu'il n'avait pas composé les épopées homériques avec 
la forme qu'elles ont ai:^ourd'hui, puisque cette forme 
leur fut donnée an temps de Pisistrate. On ne saurait 
^'appuyer sur l'unité de chacune d'elles, puisque les évé- 
nements eux-mêmes donnent l'unité à l'épopée, et que 
cette unité n'est ou'un cadre d'une grandeur indéfinie où 
l'on peut intercaler à volonté les épisodes. C'est ainsi 
qu'a été composé, on le sait, le Mahdbhârata, Enfin il 
est permis de croire que \ Iliade et VOdyssée ne sont 
Pœuvre ni d'un même Jbomme, ni d'un même temps, ni 
d'un même pays. — Ls langue des épopées homériques 
n'est pas la langue grecque usuelle , il n'y avait pas à 
cette époque une langue commune; chaque province ou 
platdt chaque race avait son dialecte, ueux des cètes 
d'Asie étaient mieux compris et plus perfectionnés que 
ceux du continent, à cause de leur contact Journalier 
avec les peuples civilisés de l'Asie. C'est l'ionien qui do- 
mine dans Homère, principalement dans Ylliade; mais 
ee dialecte est loin de s'y présenter avec la même pureté 
eue dans Hérodote, qui vindtcinq siècles plus tard; d'où 
Ton pent conclure que les épopées sont l'œuvre d'un 
homme ou de plusieurs hommes ayant ajourné dans 
<fiverses parties de la Grèce et ne parlant plus rigoureu- 
sement leur langue maternelle. Cette diversité des lieux 
et peut-être des temps se remarque aussi dans la grande 
épopée indienne. 

Les épopées homériques, admirables comme œuvres 
littéraires, ont été le modèle primitif imité par les poètes 
épiques des temps postérieurs. Mais ce oui leur donne 
une supériorité Incontestable, c'est qu'elles n'ont rien 
d^utillciel dans aocune de leurs parties, dans aucun 
récit, dans aucun tableau, et qu'elles sont l'œuvre de la 
nature dans toute sa spontanéité. Elles nous offrent de 
plus un tableau fidèle de la société hellénique du temps, 
avec ses croyances religieuses, ses symboles, sa vie pri- 
vée, ses souvenirs guerriers, ses courses aventureuses. 
tJn puissant intérêt s'attache à leur lecture, parce que , 
outre cette curiosité continuellement éveillée en nous et 
i chaque instant satisfaite, elles nous offrent l'expression 
naïve et vraie des sentiments les plus variés ne notre 
natore. Le nombre si grand des personnages et des situa- 
tions ne laisse endiHini en nous aucun de nos instincts ; 
tous se développent et parlent à leur tour, et cela avec 
une convenance et un naturel qui n'ont Jamais été snr- 



Cest à cette même période épique qu'appartient Hé- 
riode, dont les csuvres ont un caractère de personnalité 
incontestable : sa Théogonie est une tentative hardie de 
systématiser les croyances religieuses de son temps ; 
mais il ne semble pas que cette osnvre ait eu les consé- 
quences qne le poâe semblait eo attendre, car le prin- 
cipe oppMéà celui cruMl admettait a prévain dans presque 
tOQte la Grèce, et ron a continué a regarder le monde 
comme Issa d*an principe masculin et non d'nn principe 



femelle. Le fond d'idées contenu dans les deux poèmes 
d'Hésiode est peu favorable à la poésie, et explique suffi- 
samment leur brièveté. 

Un espace de temps considérable s'écoula entre l'époque 
homérique proprement dite et IJapparition des grands 
^nres qui devaient succéder à VÈpopée. Une transition 
msensible s'opère durant cette période entre l'état féo- 
dal et la constitution des cités oligarchiques ou démo- 
cratiques. La poésie se développe dans des genres secon- 
daires sur toute la surface du monde grec. En même temps 
que l'on continue à chanter ces fragments épiques connus 
sous le nom ^Hymnes d'Homère et à célébrer sous cette 
même forme les autres événements des temps hârolques,- 
Betours des héros, Thébaides, Héracléides, on voit naltri 
l'antique ÈlégiSf caractérisée par le vers de cinq pieds 
nommé élégos, et dans lamielle brillèrent Callinus et 
Tyrtée au vu* siècle av. J.-C. Vers le même temps flo- 
rissait aussi la poésie ïambique, qui fut la satire des 
Grecs, et à laquelle Archiloque a attaché son nom. La 
poésie s'exerçait même dès lors et dans le siècle suivant 
sur des sujets purement moraux et philosophiques : Mim- 
nerme. Selon, Phocylide, Théognis sont demeurés célè- 
bres dans ce genre. Mais ce sont là des genres inférieurs, 
et qui le cèdent à l'ode et à la poésie dramatique. 

La poésie lyrique est tout entière dans VOde, C'est à 
Lesbos, lie éolienne, que l'ode reçut au vn* siècle une 
forme définitive ; elle est, comme les autres genres, une 
création du génie grec, et rien n'indique qu'elle ait été 
conçue à limitation des chants hébraïques, qui n'ont 
avec l'ode aucun point commun. L'ode est née en Grèce 
avec la musique, et a toujours eu avec elle une union in-^ 
dissoluble ; c'est de ce rapport étroit qu'est venu à ce 
genre le nom de poésie lynaue, et les Grecs sont le seul 
peuple littéraire qui ait cultivé la poésie lyrique dans 
toute sa pureté. L^ode grecque est caractérisée par l'ab- 
sence de vers ; la mesure y est remplacée par le rhythme, 
et par ce mot les Grecs entendaient ce que nous appe- 
lons un atr. Il est aussi impossible de concevoir une ode 
grecque sans musique, qu'un opéra réduit aux paroles. 
La pensée lyrique se présentait à l'auteur sous la double 
forme d'une prose rhythmée et d'une mélodie. Telle es* 
l'essence de l'ode grecque. L'ode ne fut constituée que 
par l'invention de l'heptacorde, qui, donnant tonte la 
série des notes, permit d'exprimer tous les sentiments 
dans les modes musicaux qui leur étaient le mieux ap- 
propriés. Chaque dialecte eut ses poètes lyriques dans 
un temps où il n'y avait pas encore une langue com- 
mune; à chaque dialecte correspondait naturellement un 
mode musical déterminé; le plus musical de tous était 
le dialecte dorien, comme le mode dorien est le plus 
poétique des modes. — Les Ijrriques éoliens se ratta- 
chent à Orphée par les traditions de l'école d'Antissa, et 
aux provinces de Phrygie et de Lydie par la nature des 
modes musicaux dont ils faisaient usaige. Terpandre fat 
considéré par les Grecs comme le père de la po^e 
lyrique ; mais il appartient à peine à l'histoire. Alcée de 
Mitylène mit la Ivre au service de la politique duis un 
temps de discordfe, et de la volupté dans Vile la plus 
dissolue des rivages d'Asie ; c'est à lui qu'appartient le 
rhythme idcalque , si souvent imité par Horace. Sous la 
direction enthousiaste de Sapho, de Lesbos, l'école d'An- 
tissa se dédoubla en quelque sorte; Sapho institua des 
chœurs de leunes filles, dont les chants lyriques eurent 
un écho dans toute la Grèce. — A cette époque le génie 
dorien ajoutait au lyrisme des rivages de l'Asie l'eu- 
rythmie et la sévénté des formes; Alcman à Sparte, 
Stésichore en Sicile, constituaient le chœur dithyram- 
bique, créé par Arion , et le complétaient par l'épode. ^ 
Les Ioniens donnèrent ensuite an fond même de l'ode ce 
qui lui manquait encore, une entière liberté d'allure. 
Cette raoe pnvil^ée produisait à la fois le Joyeux et po- 
pulaire Anacréon, le savant et mélancolioue Simonide. 
Cest l'époque des grandes théories musicales, nées sous 
l'influence de l'école pythagoricienne, et (jui mirent entre 
les mains des poètes lyriques et dramatiques une puis- 
sance toute nouvelle. A ce siècle (52(M00) appartient le 
plus grand lyrique de tous les temps, Pindare. L'ode 
triomphale, créée par Simonide, était chantée soit en 
séance après les Jeux, soit en marche, soit même avec 
danse dans la demeure des vainqueurs. Elle a un carac- 
tère essentielleinent national et populaire; elle peut être 
écrite dans tons les dialectes, et chantée sur tous les 
modes. Elle est héroïque et calme, elle ne procède pas 
de la passion ; mais eue passe aisément des événements 
ordinaires anx réflœdons sublimes. Elle est religieuse, 
comme l'occasion qui l'a fait naître : Pindare compose 



6RE 



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GRE 



dftns les mêmes conditions que Phidias. En somme, l^ode 
triompliale, dans sa perfection pindaric[ue, est un ensei- 
gnement moral appuyé sur les traditions, ajrant pour 
motif une victoire aux grands Jeux de la Grèce, adressé 
aux hommes assemblés, et se fortifiant par le sentiment 
musical. 

La poésie dranuUique parvint à sa |)erfection pres- 
que en même temps que Tode; la Tragédie vint la pre- 
mière; la Comédie se forma sur son modèle. Cest vers 
le temps de Pisistrate aue le chant en Thonneur de Bac- 
chus, appelé Dithyrambe (V. ce mot)^ se transforma par 
degrés en tragédie, lorsque le poète, qui récitait ou chan- 
tait les aventures du Dieu, admit un interlocuteur, et 
mit son récit en action. Peu à peu le dialogue se sé- 
para du chant, et ce dernier constitua le chœur ( V. ce 
«not), lequel continua ses évolutions autour de Tautel. 
Thespis contribua plus que les autres poètes à cette trans- 
formation du chant bachique en tragédie; il n*admît 
qu*un seul personnage, qu*un seul acteur, lequel était 
toujours en scène pendant la représentation, et ne se re- 
posait que dans les moments remplis par les chants du 
chœur. Au temps d*Eschyle, on faisait encore des tra- 
gédies ayant cette extrême simplicité, offrant des chœurs 
très-développés, un dialogue assez court et une action 
presque nulle. Eschyle donna à la tragédie sa forme 
définitive, et nous avons de lui la plus grande œuvre 
dramatique qui existe, la trilogie nommée Orestie (F. ce 
mot), A cette époque Bacchus avait cessé d'être le 
personnage obligé de la tragédie ; les sujets étaient d'or- 
dinaire empruntés à l'histoire héroïque de la Grèce, sur- 
tout aux landes troyennes et thébaines; mais Eschyle 
mettait aussi sur la scène des sc^ets purement mytho- 
logiques, comme son Prométhée, ou purement histo- 
riques et contemporains, comme ses Perses, U n'y avait 
point d'entr'actes; les chants du chœur en tenaient 
lieu. Tous les personnages portaient le masque et le 
cothurne, le premier, parce que les conditions et l'esprit 
de l'art grec n'eussent pas permis qu'un acteur avec sa 
figure représentât Jupiter, Minerve ou Agamemnon ; le 
second, parce que, le masque étant admis, il fallait 
rétablir les proportions du corps de l'acteur en relevant* 
sa taille. Ces deux parties essentielles du costume tra- 
gique étaient, du reste, favorables à l'effet général dans 
les immenses théâtres de la Grèce. Le chœur tragique 
ne put parvenir k sa perfection qu'au temps d'Eschyle, 
lorsque tous les modes musicaux eurent été réunis dans 
une vaste synthèse, et que les poètes lyriques eurent conçu 
cet admirable ensemble mélodique connu sous le nom de 
strophe^ antistrophe et épode, — La tragédie grecque 
n'a Jamais eu plus de puissance et d'audace que dans 
Eschyle. Sophocle y ajouta cette justesse des proportions, 
cette grâce et cette sensibilité exquise, cette action con- 
tinue et progressive qui, sans nuire à la force et à la 
simplicité, ont fait de ses tragédies des modèles pour la 
postérité. L'art à cette époque atteignait en toutes choses 
a sa perfection ; tout ce qu'il y &^<^^ ^^ ^^^ ^°^ ^^ 
œuvres des précédentes générations disparaissait. C'était 
ce siècle, ou, pour mieux dire, cette période de Périclès, 
od la civilisation hellénique avait encore toutes les vertus 
du passé, sans avoir les vices et les défauto des temps 
postérieurs. Pindare, Sophocle, Phidias, Périclès lui- 
même, Hérodote, puis Thucydide et un grand nombre 
d'hommes d'un génie supérieur ont forme dans les arts 
et les lettres à la fois un ensemble qui ne se présente 
aussi complet à aucune autre époque de l'histoire. — 
Euripide n'est point un auteur de décadence , il est 

Îiresque contemporain de Sophocle; mais, concevant 
'art d'une autre manière, il y introduisit des usages 
nouveaux oui contribuèrent à l'altérer et à le perdre. La 
tradition nW plus respectée au même degré; les dieux 
et les héros sont amoindris, pour être rendus plus hu- 
mains ; la dignité du langage n*est plus observée comme 
dans Eschyle et Sophocle; on s'adresse moins à l'intelli- 
gence du spectateur qu'à ses passions ; on cherche le 
tragique et le pathétique, au lieu de ce odme et de cette 
majesté que les personnages conservaient Jusque dans 
leurs violences. Nul auteur tragique ne remue plus pro- 
fondément le cœur humain qu'Euripide; c'est lui surtout 
qui servait de modèle à notre Racine, qui a traduit du 
grec quelc^es-unes de ses scènes les plus émouvantes. 
La tragédie devient de plus en plus humaine; mais le 
niveau de l'art s'abaisse à chaque pas qu'elle fait en ce 
sens. — Nous ne citons id que les plus grands écri- 
vains. Mais l'histoire nous a conservé les noms de beau- 
coup d'antres, et nous montre que, dans la tragédie, 
comme dans les autres parties de la littérature, le génie 



Ca été d'une extrême fécondité. On fit des tragédies 
^temps après Euripide, et l'on en (Usait encore lorsque 
la Grèce, devenue province romaine, n'était plus que 
l'ombre d'elle-même. Mais la sophistique se mêla de plus 
en plus à la tragédie ; les sentiments et les idées, trop 
subtilement analysés, nuisirent à l'action ; les grandes 
pensées disparurent avec la foi religieuse et politique, et 
avec les bonnes mœurs; on peut dire qu'au temps 
d'Alexandre la bonne tragédie était morte et ne devait 
pas renaître. 

La comédie grecque naquit aussi dans les fêtes de 
Bacchus, mais de cette partie de la fête que l'on appelait 
comos , et que caractérisaient les ris, les chants joyeux 
et l'ivresse. Il n'y avait donc aucune tendance possible à 
unir la comédie et la tragédie, et à composer ces œuvres 
mixtes que les modernes appellent drames. Née presque 
en même temps que la tragédie , la comédie grecque ne 
tarda pas à prendre un caractère politique, et à devenir 
une satire personnelle des hommes du jour. Telle fut 
certainement la comédie entre les mains de Cratinos et 
d'EupoIis, qui, avec Aristophane, sont les poètes de Van- 
cienne comédie athénienne. Une licence extrême la ca- 
ractérise, non-seulement dans la critique des actions et 
des mœurs des particuliers, mais dans l'invention des 
personnages et des situations; une fantaisie sans limite, 

3ue les romantiques modernes et les auteurs d'opéras et 
e pièces à illusion n'ont pas égalée, anime les pièces 
d'Aristophane ; c'est là que s'étale dans toute sa gaieté 
licencieuse la vie exubérante des peuples du Midi. Mais 
les poètes prirent parti dans les événements politiques, 
et le grand nombre des spectateurs auxquels ils s'adres- 
saient leur donnant une influence démesurée, le gou- 
vernement d'Athènes supprima, en l'année 404, la paro" 
t>ase {V. ce mot), discours direct du poète aux spectateurs, 
et défendit qu'aucune personne vivante fût mise sur la 
scène. Ce décret des trente tyrans ne tut jamais rap- 
porté. Sous l'influence de ces conditions nouvelles et de 
la philosophie socratique qui se développait alors, la co- 
médie chercha quelque temps une voie nouvelle, et 
devint à sa renaissance une critique générale des mœurs 
et des travers de l'humanité ou de la société du temps. 
Telle fut déjà la comédie moyenne d'Antiphane et d'Alexis, 
dans ses incertitudes ; telle fut certainement la nouvelle 
comédie, qui, à la fin du iv* et au commencement du 
ni* siècle, jeta, avec Ménandre et Philémon, le plus vif 
éclat. Les siècles postérieurs, soit à Rome, soit chez les 
modernes, imitèrent, non Aristophane, qui est à peine 
imitable, mais les poètes de la comédie nouvelle, grands 
peintres de mœurs et de caractères, sachant faire naître 
une action et une intrigue des sentimente et des situa- 
tions initiales des personnages. 

La prose grecque, avant Alexandre, comprend surtout 
l'histoire, 1 éloquence et la philosophie. VHistoire, 
comme la poésie , naquit sur les rivages de l'Asie Mi- 
neure : Cadmos, Hécatée, sont de Milet ; Hellanicbs est 
de Mitylène, Hérodote d'Halicamasse; c'est ce dernier 
qui donna le premier une forme littéraire à l'histoire, et 
qui créa le genre. Il lui donna la forme d'une épopée , 
prenant pour sujet dominant la grande lutte de la Grèce 
et de la Perse qui dépassa de beaucoup la guerre de 
Troie, et amenant les histoires particulières des peuples 
de Grèce et d'Asie jusqu'au moment où Ils se trouvent 
partagés entre les deux camps. Cette forme donnée à 
l'histoire est moins humaine, moins politique que la 
forme chronologique; mais elle est certainement plus 
grandiose et plus littéraire; elle fait d'un livre d'histoire 
une véritable œuvre d'art; ; celle d'Hérodote est, du reste, 
sous l'invocation des neuf Muses, et elle fut présentée 
aux Grecs dans le grand concours des arts et de la po<teie, 
aux jeux Olympiques. Cette forme était parfaitement 
appropriée aux événements qu'elle revêtaJt, lesquels 
n ont rien de politique et sont les péripéties d'une lutte 
internationale, d'une guerre des deux mondes. L'his- 
toire grecque se présente tout d'abord avec le caractère 
de véracité qui 4a distingue des œuvres d'imagination; 
les accusations longtemps portées contre la bonne foi 
d'Hérodote tombent tour à tour devant les découvertes 
modernes. — Les faits qui suivirent la guerre médlqoe 
sont d'une nature politique ; la guerre du Péloponèse a 
ce caractère, puisqu'il s'agissait là d'un conflit entre 
deux constitutions, l'oligarchie de Sparte et la démo- 
cratie d'Athène. L'histoire qui la raconte est une his- 
toire politique; les récits ae Tliucydide ne sont plus 
groupes sous une forme poétique; ils se développent sui- 
vant l'ordre des années et des fiiits , comme un drame 
où les acteurs sont des hommes réels^ et où les soènet 



GRE 



9 ri 



r.RE 



pncMeftt des caractères de chacun deux et des condi- 
tions générales où ils sont placés. L*œuvre de Thucydide 
n*a été égalée par aucun historien des temps postérieurs ; 
car Jamais des formes oligarchiques et démocratiques 
aussi pures ii*ont été aux prises, et n*ont trouvé un 
homme qui ait su les approfondir et en exposer la lutte 
avec autant de génie que Tliucydide. Cet auteur marque 
le point de perfection de Thistoire chez les Grecs. — 
Xénopbon, qui le conUnue, est loin de régaler : This- 
toire entre ses mains est ou une simple narration, à la 
férité fort intéressante, ou des mémoires, ou des récits 
mêlés de fantaisie et destinés à soutenir un système de 
philosophie politique. — Nous n'avons aucun des ou- 
vrages historiques composés dans le iv* siède, et qui 
faisaient suite à Thucvoide et à Xénophon. ^histoire du 
genre ne peut être faite pour cette période que par con- 
jecture : Ctésias, Théopompe, Éphore ne nous sont con- 
nus que par des citations et des témoigna^ ; Tesprit 
de l*histoire se perd durant ce siècle , la fantaisie se mêle 
à la réalité. 11 faut descendre Jusqu'à Polybe. Mais ici 
inûstoire change de caractère et de matière. Rome a con- 
quis une grande partie de l'ancien monde ; c'est à dé- 
mêler les causes et les procédés de cet agrandissement 
que rhistoire s'applique ; elle devient donc plus générale 
et en quelque façon j>lus philosophique et plus instruc- 
tive pour les races futures : la vârité a repris tous ses 
droits ; elle exige de l'écrivain le savoir, la pratique des 
aflaîres, la clarté des déductions , la Justesse des Juge- 
ments et leur impartialité. Polybe est demeuré dans ce 
genre le modèle des historiens modernes ; mais il est 
moins politique que Thucydide. — U y a une grande 
décadence de ce genre de Polybe à Denys d'Halicamasse 
et à Diodore de Sicile. A cette époque les Grecs étaient 
répandus sur toute la surface du monde romain. — Plu- 
tarqne, au l*' siècle de notre ère, écrivait en grec dans un 
genre qu'il semble avoir orée , la biographie. Les Vies 
aes hommes illustres sont en histoire ce qu'en peinture 
est le genre du portrait; c'est l'histoire réduite à ses plus 
petites proportions. Il u*y a point d'art dans les Vies de 
Plutarque ; l'histoire mente à peine sous cette forme de 
compter dans la littérature; elle est à la portée des moins 
hahUes; c'est l'extrême décadence du genre inauguré par 
Hérodote. Cependant l'on continua toujours à écrire l'his- 
toire en langue grecque sous l'Empire romain et à Con- 
stantinopie; et c'est, de toutes les formes littéraires^ celle 
qui a montré le plus de persistance. 

UÊloQuencê grôcqne a deux grandes époques, Péridès 
et Démosthène. Cest de tous les genres littéraires celui 
qui appartient le plus évidemment aux temps histori- 
ques; en Grèce elle est née avec eux , elle a grandi avec 
rart oratoire; elle s'est montrée essentiellement poli- 
tique ou judiciaire; les Grecs n'ont point connu l'élo- 
quence sacrée, parce ou'il n'y avait pas en Grèce d'ensei- 
gnement religieux ni de chaires. L'éloquence grecque 
est liée avec la démocratie, et c'est dans Athènes que 
Tune et l'antre atteignent tout leur développement. 
L'nnité monarchique de Philippe et d'Alexandre met fin 
k réloquence. — Thémistocle peut être regardé comme 
le premier orateur qui ait paru en Grèce; en lui se per- 
sonnifia l'esprit athénien; après la guerre médique, il fut 
déclaré que, par l'art de la parole, il avait sauvé la na- 
tion. Perfectionnée rapidement pendant ce siècle, l'élo- 
quence parvient à sa plus haute expression dans la per- 
sonne de Péridès, dont la parole gouverna Athènes 
pendant quarante ans. Cest l'éloquence sans passion , 
sans gestes, sans action apparente, forte d'idées, maî- 
tresse d'elle-même, impersonnelle, sans artifices, bdle 
et calme oomme une statue de Phidias. Deux fléaux 
cbanoent alors l'esprit public, la peste nui démoralise 
la viUe, la guerre aérienne oui n'avait plus le génie de 
Péridès pour la diriger. La oémagogie est maltresse de 
la place publique; elle est armée de tous les moyens 
fomnls par la sophistique et la rhétorique ; Cléon, Alci- 
biade du cM des démocrates, Antiphon à la ville, Phry- 
nidios à l'armée du cèté de l'olig^u^chie, soulèvent des 
tempêtes et détournent l'éloquence de son but légitime ; 
c'est le règne de la terreur et de la violence. La victoire 
de Lysanore et l'établissement des Trente et des har- 
moales rendirent silendeuses toutes les tribunes en 
Grèce. Quand on fut sorti de cet état violent, on vit 
Bsltre râoqaence de cabinet : Lysias, qui la représente, 
fat os onteur judiciaire ; mais comme il n'y avait dans 
Athèoes ni avocats , ni ministère public , il ne parut 
qn'ooe tàiê an tribunal , et tons ses discours ont été 
composés pour d'autres personnes et prononcés par 
UkL Cett Je plus pur attidsme qui s'y fait remarquer; 



les règles de la rhétorique y sont scrupuleusement sui» 
vies. — Le professeur Isocrate n'a jamais prononcé un 
discours; il a écrit pour d'autres, comme Lysias; il a 
aussi composé des plaidoyers pour des personnages hé- 
roiques ou pour des causes imaginaires. Cependant il 
était regardé comme le plus grand orateur de son temps { 
il est donc évident pour nous qu'à cette époque élo- 
quence et rhétorique étaient confondues. Les trois grandes 
œuvres oratoires d'Isocrate ne sont pas des discours et 
n'auraient pu être prononcées; ce sont des brochures ou 
pamphlets politiques. — La grande éloquence se ranima 
sur les questions du temps : la plus importante , celle 
que les guerres médiques avaient soulevée, qu'avaient 
élaborée les Dix-mille et Agésilas, était la question de 
Perse ou d'Orient. Elle se compliqua, vers le milieu du 
IV* siècle , de la question du Mord ou de Macédoine. Les 
projets de Philippe partagèrent les orateurs en deux 
camps: d'une part Isocrate, Eubule, Eschine, usant d'ha- 
bileté et de sophismes; de l'autre Lycurgue, Hypéride, 
Hégésippe, Démostliène, s'appuyant sur le sentiment de 
l'indépendance nationale et luttant contre Philippe avec 
une âoquence qui croissait comme le danger. La dé- 
faite de Chéronée et le triomphe de la Macédoine mirent 
fin à l'éloquence grecque, à la démocratie et à l'indé- 
pendance. 

La Philosophie produisit le dernier venu des genres lit- 
téraires de la Grèce. Elle parla d'abord en vers, au temps 
où, se confondant avec les sciences particuli^ies, eUe 
cherchait elle-même sa voie. BAais l'enseignement socra- 
tique chaneea ses habitudes, et lui fit adopter la prose 
comme sa langue naturelle; toutefois, avant Socrate, 
les derniers philosophes des aViciennes écoles, Heraclite, 
Anaxagore, avaient composé des traités en prose, dont il 
reste des fragments. A cette même époque écrivait Hip> 
pocrate, que l'on peut nommer le philosophe de la mé^ 
decine, et qui fit dans cet art une réforme analogue à 
celle de Soarate dans la philosophie. De l'école de Socrate 
sortit toute une phalange d'écrivains philosophes, dont 
les plus illustres ont été Xénophon et Platon. La vie 
aventureuse du premier ne lui donna pas le loisir de se 
livrer tout entier à la composition d'ouvrages purement 
philosophiques; cependant plusieurs de ses écrits en ce 
genre sont demeurés célèbres, et offrent cette clarté de 
style et cet agrément dans la forme qui sont le caractère 
de cette école. Platon, l'un des plus féconds écrivains de 
la Grèce, adopta, pour exposer ses idées philosophiques, 
la forme du dialogue, empruntée au thé&tre, et mit en 
scène dans ses écrits les hommes les plus distingués de 
son temps. Il* n'y a pas moins d'art dans la composition 
de ces dialogues que dans les comédies du temps. Quelque 
grave que soit le sujet, il y s un charme infini dans ces 
ouvrages , et ce charme vient uniquement de la forme 
dont l'art grec, qui vit tout entier dans Platon, a su les 
revêtir. Les dialogues de Platon ont servi de modèles à 
un grand nombre d'écrivains philosophes, soit à Rome, 
soit chez les modernes; mais nul d'entre eux n'a pu les 
égaler ; car cette forme du dialogue n'est admissible qu'à 
la condition que les interlocuteurs ne soient pas des per* 
sonnages abstraits, et qu'ils aient autant de réalité que 
ceux de la scène. — L'œuvre de Platon est d'une diver- 
sité infinie; celle d'Aristote, son disciple et son rival, 
l'est également. Mais les écrits d'Aristote se présentent 
sous la forme de traités, sous la forme didactique, la- 
queUe est beaucoup moins littéraire que celle du dia* 
logue. Si le style des œuvres d'Aristote était bien celui 
de la littérature philosophique de son temps, la chuta 
que ce genre aurait faite ne serait pas moins profonde 
que rapide; mais on a lieu de croire que ce philosophe 
avait rédigé fort peu d'écrits , et que ceux qui nous sont 
venus sous son nom n'étaient que des notes du profes- 
seur et peut-être même de ses élèves. — Son successeur 
fut Théophraste, plus célèbre comme botaniste que 
comme philosophe ; il est difficile de juger de la valeur de 
ses écrits d'après les CarMtères qui. nous restent de lui; 
car ce ne sont que des fragments épars d'un grand ou* 
vrage perdu ; il y a dans ces morceaux plus de verve que 
d'art ; ils ont eu le mérite d'être le point de départ de 
La Bruyère. — A partir de cette époque les écoles phi« 
losophioues ont suoordonné la théorie à la pratique, et 
ont proauit un assez grand nombre de traita de morale, 
presque entièrement perdus. Épicure, Zenon, Qéanthe^ 
ont été les modèles imités par les philosophes latins. 
Après eux la Grèce n'a pas cessé de produire des écrits 
philosophiques; mais, sprès le règne d'Alexandre, un 
esprit nouveau se mêle a toutes ses productious ; c*wt 
l'esprit oriental. ( V, A^jbjjmbue — Ëoole d'«) 



GHB 



998 



GRE 



H nous reste à dire quelques mots d*un genre secon- 
daire qui a Jeté en Grèce un certain éclat. La littérature 
sicilienne a produit Vldylle, dont les formes, dans Théo- 
crite même qui en est le créateur, itont d*une Yariété 
très-grande. Quoiaue venue dans un temps de déca- 
dence et lorsque les idées de TOrient transformaient 
déjà les lettres grecques, Tidylle, dans Théocrite, a le 
charme et la gr&ce d'un tableau de çenre, d*un vase bien 
dselé, ou d*un bas-relief de petites dimensions, mais d*un 
travail fini. Bien et Moschos , ses successeurs, n*ont rien 
i^outé aux qualités du genre, et le petit recueil de Théo- 
crite, bien supérieur aux Éçlogues de Virgile , demeure 
encore le modèle de la poésie pastorale et bucolique. 

Le génie grec était alors dispersé dans tout le monde 
tntique ; il avait ses centres partout, principalement à 
Alexandrie. Là se donnaient rendez-vous toutes les idées, 
toutes les doctrines, toutes les religions, toutes les lan- 
gues. La critique et Térudition naquirent dans cette ville, 
où les Ptolémées s*en firent les protecteurs et les propa- 
«iteurs. Le Musée , inspiré par Démélrius de Phalèrê à 
Ptolémée Soter, vers Tan 306, réunit des savants et des 
professeurs de tout ordre. La flatterie inspira à des poètes 
des œuvres de nulle valeur, comme les anagrammes à 
Lycophron, les apothéoses de princes vivants à Calli- 
maque. Le poème des Argonautiques, qui est une œuvre 
d*érudition, et non une épopée, donne la mesure de ce 
qui 86 produisait alors en poésie. 

Il faut fhmchir le commencement de Tére chrétienne 
pour trouver encore de véritables écrivains grecs, liais 
dès lors un monde nouveau commence à naître : c*est 
Rome avec sa puissante organisation , c'est l'Inde et la 
Perse avec leur panthéisme symbolique, c'est la Judée, 
la Phénicie et l'Égvpte, et bientôt c'est le christianisme, 
qui , luttant avec les idées grecques proprement dites, 
ou leur donnant par le mélange une nouvelle fécondité, 
suscitent dans un monde décrépit des tentatives litté- 
raires animées d'un esprit nouveau. F. Byzantine. 

V. Fàbricius , Bibliotheca grmca , s$u notUia xcrtpto- 
fum veterum grmcorum, 4705-28, 14 vol. în-4% ouvrage 
réédité, mais sans avoir été achevé, par Harless, Ham- 
bourg, 1790-1809, 13 vol. in-S*"; Schœll, Histoire de la 
liitértUure grecque profane, Paris, 1813-1825, 8 vol. 
in-8<»; C-O. MQller, Histoire de la littérature grecque 
jusqu'au siècle d*Alexandref en allem., Breslau, 1841, 
2 vol. in-8»; Bernhardy, Esquisse âje la littérature 
grecquk», en allem.. Halle, 1838-1845, 2 vol. in-8»; Bode, 
aistoire de la poésie grecque, en allem., Leipzig, 1838- 
1840, 5 voL in-e*; A. Pierron, Histoire die la littérature 
arecque, 1850, in-12; Munk, Histoire critique de la 
langue et de la littérature de Vancienne Grèce, en an- 
imais, Londres, 1850; C-O. MOller, G. -G. Lewis et D' Do- 
naldson. Histoire de la littérature de l'ancienne Grèce^ 
en anglais, 1858, 8 vol. in-8<». Ev. B. 

GRECQUB (Philosophie). La philosophie grecque com- 
mence environ 600 ans av. I.-G,, et finit dans le vi* siècle 
de notre ère. Antérieurement on avait eu les Sentences 
des Gnomiques, mais sans aucun caractère spéculatif. 
Dans son développement de 1200 ans, la philosophie 
grecque se divise en trois grandes périodes : 1* depuis 
Thaïes jusqu'à Socrate; 2« depuis Socrate Jusqu'à l'école 
d'Alexandrie; 3^ la philosophie néoplatonicienne. La jpre- 
mière période s'ouvre avec les écoles Ionienne et Italtque, 
Les Ioniens ont pour chef Thaïes de Milet; après lui on 
dte Anaximandre, Anaximène, et d'autres moins célè- 
bres. Le principal caractère de cette école est d'avoir 
conçu le premier prindpe uniquement comme matériel , 
sans tenir aucun compte des choses incorporelles, et de 
n'avoir pas déterminé le principe du mouvement. Ne 
s'attachant qu'aux phénomènes, elle n'admettait que 
l'évidence donnée par les sens, et conduisait au fatalisme 
(y. loNiBNHB — École). Anaxagore se distingue des phi- 
losophes précédents en ce qu'il introduit l'intelligence 
comme principe d'ordre, sans toutefois ôter à l'école son 
caractère sensualiste. L'école italique, au contraire, au 
lieu de s'arrêter aux phénomènes, ne considère que leurs 
rapports; de là son double caractère mathématique et 
astro'nomique. Aussi fut-elle entièrement spiritualiste. 
Pour elle les nombres étaient les principes des choses, 
c.-à-d. des causes. D est probable, car il ne reste rien 
des premiers philosophes de l'école, qu'en disant que le 
monde s'était formé à l'imitation des nombres, les Pytha- 
goriciens voulaient dire que tout est sorti de la substance 
primitive comme les nombres naissent de l'unité en 
s'i^oatant sans cesse à elle-même. Dieu étant l'unité, la 
pearfectiott consiste à s*en rapproche^; aussi l'àme est un 
nombre, elle est immortelle et soumise à la métempsy- 



cose. L'école d'Italie est de beaucoup supérieure à celle 
d'Ionie par sa manière d'expliquer le système du monde 
(elle admettait que le soleil est fixe au milieu des pla- 
nètes), et par sa morale, qui suppose une sanction après 
cette vie(K. PyruAGoaiGiBivnE — Ecole). Elle eut pour fon- 
dateur Pythagore; les plus renommés après lui furent 
Empédode, qui , le premier, admit plusieurs éléments ; 
Épicharme; Archytas de Tarente, célèbre comme mathé- 
matiden. Gette école trouva son dernier développement 
dans celle d'Élée; en effet, Xénophane, et surtout Par- 
ménide et Zenon d'Élée, en vinrent à nier toute réalité 
matérielle, toute variété, et à ne plus admettre que l'unité 
absolue (k. Él^tiqub — École). Cet excès, opposé à 
celui des Ioniens qui n'admetudent que la pluralité, 
donna naissance à une secte qui fut celle des Sophistes 
{V,ce mot), Geux-ci, prenant les systèmes, démêlant 
avec sagacité leurs côtés négatifs et leurs endroits faibles, 
les opposant l'un à l'autre, arrivèrent par la confusion et 
la contradiction à une sorte de négation universelle. Une 
des conséquences de ce procédé était de porter atteinte à 
la morale; la philosophie était menacée dans son avenir, 
il lui fallait un sauveur; ce fut Socrate. 

Avec lui commence la deuxième période. Il détourna 
les esprits des hypothèses phvsiques et astronomiques, 
matérialistes et idéalistes de l'ftge précédent. Il assigna 
pour point de départ à la philosophie la connaissance de 
soi-même ; de là le caractère essentidlement moral et 
humain de sa doctrine. Il fut le premier moraliste, en ce 
sens que, le premier, il enseigna une moralité qui con- 
siste à faire son devoir pour le devoir. Enfin A donna 
une méthode à la philosophie, et prépara ainsi son bril- 
lant avenir. On vu naître après Im plusieurs écoles : 
cdle de Mégare, qui se borna à déterminer le bien en 
général , et à montrer que le fini ne pouvait être le vrai; 
cdle de Cjrrène, qui se rattache à l'épicuréisme, et celle 
des Cyniques, qui alla se fondre dans celle du Portique 
{V. MéGARiENNE, CyrénaIque, Ctnique). Mals les véri- 
tables écoles socratiques furent celles de Platon et d'Aris- 
tote. Platon, fondateur de l'Académie, embrassa à la 
fois la dialectique, la physique et la morale, en s'atta- 
chant surtout aux données de la raison. Les notions par- 
ticulières ne sont pour lui qu'un point de départ d'où il 
s'élève, par la dialectique Jusqu'aux idées en elles-mêmes, 
types éternds dont la réalité en ce monde n'est qu'une 
infidèle image. Ces tdées ont leur raison d'être en Dieu, 
en sorte que Platon considère la philosophie comme la 
connaissance des choses quant à leur notion essentielle, 
c-à-d. (niant à leur véritaole existence en Dieu , comme 
dans l'onjet infini et universel des conceptions de la 
raison. Au contraire, les notions que nous avons des 
choses d'après la perception sensible et les simples phé- 
nomènes de l'expérience sont des notions trompeuses. 
Cette théorie, appuyée sur la réminiscence (V. ce mot), 
supposait une vie antérieure où l'àme avait vu de plus 
près ces exemplaires en Dieu. Comme pour Socrate, Dieu 
est une Providence, organisateur et roi du monde; mais 
Pjaton ne va pas Jusqu'à l'unité absolue des Éléates. S'il 
est moins hardi sous ce rapport, il est plus moral ; il in- 
troduit dans la philosophie grecque des idées qui ont fait 
dire à S^ Augustin : « Si Platon et ses amis revendent au 
monde, ils n'auraient à changer que bien peu de chose à 
leur doctrine pour être chréaens » {V. Platonicieniib — 
École). Platon n'est pas idéaliste; mais ses successeurs 
immédiats Speudppe, Xénocrate, Polémon, Gratès et 
Cranter conduisent l'Académie à l'idéalisme et au pytha- 
gorisme. Après eux, Arcésilas, développant les germes de 
sceptidsme cachés dans la doctrine platonicienne, fonda 
la Moyenne Accuiémie, dont le principe était que la vé« 
rite ne doit être considérée que comme une simple con- 
viction personndle, une vraisemblance, en sorte que 
l'homme est pour ainsi dire condamné à ne rien savoir. 
Carnéade, en mitigeant un peu cette proposition, pré- 
tendit qu'il n'y a aucun critérium de la venté ; la pensée, 
modifiant l'objet, ne le laisse pas arriver Jusqu'à nous 
tel qu'il esL Carnéade fût le chef de la Nouvelle Acek- 
demie. On en compte une quatrième, sous la condT:dte 
de Clitomaque,- qui proclama hautement l'impuissance de 
rien comprendre. Bientôt après, sons Philon et Antio- 
dius, elle revint au dogmatisme (V. AcAoéifiB). 

Avec Maton , la philosophie grecque avait fût dim- 
menses progrès, surtout au point de vue moral ; il en ftit 
de même avec le fondateur du Lycée, sous le rapport 
sdentifique. Si Aristote est un grand métaphysiden, il 
est aussi un grand physicien ; avec lui l'esprit humain 
trouve et formule les lois du raisonnement déductif. Il 
en est de même de la poétique de l'éloquence et de la 



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poUtkme. AToe loi la philosophie devient réellemeiil la 
sdoQoe des canaes et des premiers principes. L*îdée quil 
B*est faite de la philosophie suffit pour montrer qu'il 
n'est pas aensualiste. Elle est surtout la science de res- 
sence, la oonnaiasance du but ou de la fin , et ce but, 
c'est le meilleur en chaque choee ; mais pour lui ce même 
but est quelque chose de réel , de concret, par opposition 
k Vidée de Platon. Dieu est la cause, le pnndpe, mais il 
n'est pas Providence. Du reste, Aristote paraît ne s'oc- 
cuper que de choses particulières et ne traiter de Dieu ou 
de rabsolu qu*à son tour, tout en reconnaissant qu'il est 
œ qu'il y a de meilleur (V. PéaiPATÉnciBNNB — École). 
Aristote n*est pas sensualista; mais son Dieu sans Provi- 
dence, Tàme dont la personnalité ne survit pas au corps, 
la préféreace qu'il donne au particulier et au contingent, 
devaient conduira au sensualisme; c'est ce qu'on vit chez 
ses disciples Théophraste, Dicéarque, Aristoxène, Straton 
surnommé le Physicien. Avec eux, comme avec les de»- 
ceudants de Platon , les grands systèmes dînèrent et 
font place à l'Êpciuréisme et au Stoïcisme {V\ ces moU)^ 
environ 300 ans av. J.-C. Le premier, avec la physique 
atomistique de Démocrite et d'Épicure, et sa morale de 
l'intérêt et du plaisir, conduisait à l'athéisme en méta- 
physique et à l'égolsme en morale. Le second , avec sa 
morale rigide, fut l'expression de. l'héroïsme moral du 
caractère socratique ; il subordonna l'intérêt au devoir ; 
mais, en commandant à l'homme de vivre selon la na- 
ture, il méconnut les droits de la sensibilité. Ces deux 
écoles, environ un siècle avant notre ère, introduisent la 
philosophie erecque à Rome ; Cicéron y représenta l'Aca- 
démie, Lucrèce 1 Épicuréisme, et Sénèique le Portique ; à 
Rome, la philosophie fut classique comme la littérature. 
Quand la philosophie semble s'éloigner de la Grèce, 
c'est à Alexandrie qu'U faut la suivre. Mais, avant ^'ello 
s*^ montrât avec un nouveau caractère, le scepticisme 
apparaît comme un résultat du conflit des systèmes an- 
térieurs. IM^à il s'était annoncé avec Pyrrhon (340 av. 
J.- C), mais c'était trop tôt. Le vrai scepticisme s'établit 
avec toute sa puissance dans la personne d'QEnésidème, 
qui en fit un système régulier, es lui donnant des prin- 
cipes et une méthode. Par là il mit en question toute 
crojrance et toute réalité. Ce système fut continué par 
A^ippa et Sextus Empiricus. Le procédé général de 
l'école consistait à opposer les idées sensibles aux con- 
o^tioDs de la raison, pour arriver au doute par la contra- 
diction. De là cette formule qui résume tout le scepticisme 
pratique de l'antiquité: « Pas plus i'un qu^ l'autre, ovdcv 
itôXXow. • 

Tel était, deux siècles après J.-C, l'état de la philoso- 
phie grecque. Alexandrie avait succédé à Athènes; elle 
était devenue le foyer des sciences et des lettres. Les dif- 
férents systèmes de philosophie s'y rencontrèrent et de- 
vinrent une cause de scepticisme ; mais ce dernier sys- 
tème ne pouvait pas satisfaire l'esprit humain ; de là na- 
quit l'école d'Alexandrie; son premier caractère fut 
réclectisme, ou plutôt le syncrétisme. Elle voulut en 
efiet tenter la conciliation entre les différents systèmes, 
et surtout entre Platon et Aristote; mais, çr&ce à l'in- 
fluence de l'Orient et des idées religieuses qui occupaient 
alors les esprits, un second caractère vint dominer le 
premier, ce fut le mysticisme. Expliquer la nature di- 
vine et la manière dont elle se manifeste, s'élever par 
Textaae au-dessus des données de la raison, t^ était 
l'objet principal de la nouvelle école, qu'on appela aussi 
NéopUUamcienne. Avec Plotin et Porphyre elle reste 
dans les limites d'un mysticisme qui n^ rien d'extrava- 
gant; mais avec Jamblique et ceux qui viennent après 
lui, elle tombe du mysticisme dans la théurgie, elle pra- 
tique révocation, elle lait des miracles. Avant de perdre 
le droit de narler au nom du paganisme, la philosophie 
grecque revint aux lieux où elle avait longtemps bnllé, 
et jeta un vif et dernier éclat à Athènes dans la personne 
de Ftodns. Bientôt k» portes de l'école furent fermées 
par un édit de Justiniea, en 529 (F*. Alixanosib -* 
École d'}. 

Cçtte philosophie, qui se développa dans un si long 
espace de temps, survécut à la nationalité grecque, sur- 
tout les doctrines de Platon et d'Aristote, qui se mon- 
trèrent dans la civilisation arabe, et qui exercèrent une 
influence incontestable et souvent utile sur la civilisation 
moderne. Outre les historiens de la philosophie, Brucker, 
Hedemann, Stanley, Tennemann, Degérando, Bitter, 
F. Bedurehes sur tes opmioiu, la théologie ei la pfctJo- 
Mpàfs dês plus anciens peuples, et surtout des Grecs, 
jusqu'au temps d^ Aristote (aUem.), in-8% Elbing, 1785; 
AoéenoOt us philosophie de VaincwMe Grèce (angL), 



in-8% Londres, 1701 ; Sacchi , Storia délia fUosofia grecé, 
4 vol. in-«°, Pavie, 1818-1820. B. 

GRECQUE (Beligion). L'étude dé la religion des anciens 
Grecs présente de graves difficultés, et les savants n'ont 
pu se mettre d'accord sur les questions qu'elle soulève. 
La Grèce n'eut Jamais de livre sacré, de symbole, de sa- 
cerdoce organisé pour la conservation des dogmes ; les 
poètes et lia artistes furent les véritables théologiens, et, 
la notion des divinités étant à peu près livrée à la concep- 
tion arbitraire de chacun, la religion n'eut Jamais de 
traits précis et arrêtés. Pourtant Hésiode, dans sa Théfh 
gonie, a systématisé les principales idées éparses dans la 
Grèce, et âabli un ordre chronologique dans la succession 
des dieux. 

Les dieux et les déesses, qu'on adorait en nombre 
presque infini, ne seraient, d'après une o|Mnion repré- 
sentée déjà dans l'antiquité par Évhémère, que des êtres 
ht: mains déifiés après leur mort à cause de leurs exploita 
ou de leurs vertus, et il ne faudrait voir dans les mythes 
que des faits historiques altérés par l'ignorance populaire 
et embellis par la fantaisie des poètes. D'autres mytho- 
logues, et c'est le plus grand nombre, regardent les dieux 
de la Grèce comme la personnification des éléments, des 
agents physiques, et croient découvrir sous le voile de la 
Fable l'expression figurée du rôle que les phénomènes 
naturels Jouent dans l'univera. Divisés quant aux idéet 
dont les divinités grecques étaient l'expression, les sa- 
vants le sont également sur la question de l'origine ou de 
la provenance de ces divinités : naquirentpelles sur le sol 
de la Grèce, ou n'ont-elles été que des transformations ds 
divinités apportées soit de l'Asie occidentale, soit de 
l'Egypte? L'impossibilité de distinguer les traditions po- 
sitives d'avec les créations de l'imagination poétique, les 
contradictions fréquentes qui existent entre les mythes, 
les modifications que ces mythes ont dô subir suivant 
les temps et les lieux, tout concourt à jeter de l'obscurité 
sur cette matière. 

Un fait incontestable, c'est que les divinités grecques 
peuvent se ramener à deux classes: i<^ celles qui, d\)ri- 
gine pélasgique , et suivant toute vraisemblance, appor- 
tées de l'Asie, furent reconnues et honorées dans toute la 
Grèce ; 2« celles qui natpiirent des idées et des croyances 
particulières à telle ou telle peuplade, et dont le culte, 
primitivement propre à certains cantons, se répandit de 
proche en proche dans les autres, par suite des rapporta 
fréquents qui existèrent entre les habitants de la Grèce ; 
oda explique la variété c|u'on rencontre dans les carac- 
tères des diverses dirinités, dont on confondit souvent 
tes attributs , et dans les cérémonies célébrées en leur 
honneur. 

Les plus anciens habitants de U Grèce, les Pélasges, 
que l'ethnologie rattache à la race indo-européenne, 
et qui rinrent d'Asie en Europe à une épooue très- 
reculée, eurent un certain nombre de grandes divi- 
nités, qui se placèrent plus tard à la tète du panthéon 
hellénique, Zeus (Jupiter), Hèra ( Junon), Ares (Alan), 
Vesta ou Hestia, Bermès (Mercure), Patios ou Athéné 
( Bfinerve). Le culte de Zeus conserva longtemps son im- 
portance à Dodone en Épire. Celui d'Hermès fut surtout 
en vigueur chez les Arcadiens. En Crète et à Samothraoe, 
la religion demeura dans un rapport étroit avec celles dé 
l'Asie occidentale, de la Phénicie, de la Syrie. Hérodote 
prétend que les Pélasges ne donnaient d'abord ancnn 
nom à leun divinités; des colonies égyptiennes leur 
auraient apporté les dieux qu'ils adorèrent plus tard el 
et qu'ils transmirent aux Hellènes. Mais aucun fait po- 
sitif n'établit qu'il y ait eu , dans ces temps reculés, des 
relations entre l'É^te et la Grèce; les noms des cÛeux 
pélasgiques n'existent pas dans le panthéon égyptien , et 
les ressemblances d'attributs qu'on pourrait trouver entra 
ces dieux et certaines divinités égyptiennes s'expliquent 
par l'identité du principe sur lequel reposaient les an** 
tiques religions, la personnification des forces de la na- 
ture. Le berceau des. dirinités pélasgiques doit plutôt être 
placé dans l'Asie occidentale, ou du moins quelques-uns 
de» mythes dont se composait leur histohre autdnt été 
empruntés aux dieux de ce pays. 

Aux éléments pélasgiques de la religion grecque s'i^oup 
tèrent deux autres ordres de dirinités. D'abora, des «► 
lonies venues de Phénicie, de Syrie, de Phrvgie, etc., 
apportèrent directement leure dieux, qui se mêlèrent pen 
à peu à ceux des anciens habitants de la Grèce. Ensmte, 
la religion se développa de bonne heure conforméniont 
au génie particulier de diaque contrée et de chaque 
tribu hellénique : des cultes et des rites locaux se for- 
mèrent en Thessalie, en Béotie, à Samoa, à Bhodes, eto.. 



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et c*est là principalement qu'il faut chercher les origines 
da polythéisme çrec. 

Le culte des héros acheva d'imprimer à ce polythéisme 
une physionomie distincte. Sous ce nom de héros on com- 

S rit les individus nés d'un dieu et d'une mortelle, comme 
ercule, ou d'un mortel et d'une déesse, comme Achille, 
et tous les personnages des temps fabuleux, chefs de 
races on de migrations, fondateurs de villes, protecteurs 
de cités et de familles, vainqueurs de bètes féroces, bien- 
faiteurs de leurs semblables. Des mythologues ont vu à 
tort dans quelques-uns de ces héros, tels qu'Hercule, 
Persée, Jason, etc., des divinités de l'Orient défigurées 
par le génie grec : si Ton a transporté sur leur tète cer- 
tains mythes relatifs à des dieux asiatiques, ces emprunts 
furent tardifs. 

Vanthropomorphisme (F. ce mot) a été enfin un des 
caractères essentiels du polythéisme. Les Grecs finirent 
par déifier tous leurs penchants* bons ou mauvais ; en 
sorte qu'en adorant leurs dieux, ils adorèrent leur propre 
humanité. Les appétits grossiers, l'amour des combats, la 
vengeance, eurent, dans l'Olympe, des représentants 
aussi bien que la justice et la piété. Les simulacres 
mêmes des dieux furent faits à l'image de l'homme, et 
les artistes cherchèrent à leur donner l'idéale perfection 
du corps humain. Dès le temps d'Homère, les dieux ne 
le distinguaient des hommes que par des organes plus 
parfaits, une plus haute stature, une voix plus puis- 
sante ; une nourriture diviqe éternisait leur vigueur et 
leur Jeunesse ; ils avaient en outre la faculté de revêtir 
à leur gré toutes les formes imaginables, depuis le cor|>8 
subtil et impalpable des météores Jusqu'à celui des ani- 
maux. 

Cest du VII* et du vi* siècle avant l'ère chrétienne que 
date l'importation des dogmes étrangers, qui a dénaturé 
le polythéisme hellénique. Les relations avec l'Asie de- 
vinrent fréquentes; les écoles pythagoricienne et platoni- 
cienne essayèrent tour à tour d'assimiler entre eux les 
dieux honorte chez les afférents peuples, afin de réunir 
les éléments vraiment religieux qui existaient dans ces 
cultes divers; le peuple grec attribua les noms de ses di- 
vinités aux divinités étrangères qui avaient avec elles 
quelque ressemblance, et ml* sur 16 compte de ses propres 
dieux les fables dont les dieux étrangers étaient l'objet. 
€e syncrétisme atteignit ses derniers développements à 
l'époque de l'école d'Alexandrie, qui voulut opérer une 
fusion complète entre les religions de l'Asie, de l'Egypte 
et de la Grèce. Alors aussi on prétendit donner aux 
m^es paiens un sens et une portée qu'ils n'avaient cer- 
tainement pas; on fit de ces mythes autant d'expressions 
figurées des phénomènes naturels, des révolutions astro- 
nomiques. Le polvthéisme fut ainsi totalement dénatmré, 
et ceAui qui le jugerait d'après les derniers éorivains 
greca s'en ferait l'idée la plus fausse. Au temps des 
Alexandrins, le polythéisme n'avait plus de rapport avec 
la religion d'Homère, d'Hésiode et de Pindare; les fables 
anciennes n'étaient plus que des allégories; les rites 
seuls étaient conservés, parce qu'ils constituaient géné- 
ralement pour le peuple toute la religion, et que les phi- 
losophes cherchaient à s'appuyer sur la tradition pour 
disaimuler la nouveauté de leurs idées; la religion n'était 
plua qu'un attachement routinier et inintelligent à des 
oMmonies ridicules ou surannées. 

Au reste, en défigurant le polythéisme, la philosophie 
en teura la doctrine. Le culte de divinités conçues comme 
de amples et imparfaites créatures, l'emploi de simu- 
lacres qui faisaient confondre l'être adoré et le signe 
sensible destiné à réveiller son souvenir, engendraient la 
superstition, et, chez le peuple du moins, le polythéisme 
* dégénérait en idolâtrie. Aucun dogme précis, aucune 
liturgie réglée par un corps sacerdotal, aucun enseigne- 
ment moral, ne réprimaient les dérèglements auxquels 
lonnaient lieu, par exemple, les fêtes de Vénus, d'Ado- 
nis, de Bacchus; les Mystères eux-mêmes, institués sans 
doute pour l'instruction des initiés, dégénéraient en cé- 
rémonies licencieuses, dont le secret ne faisait qu'as- 
■mer l'impunité. En un mot, le polythéisme avait des 
excitations pour tous les penchants vicieux ; il livrait 
l'homme à toutes ses passions. La philosophie essaya de 
corriger les croyances dépravantes par un enseignement 
capable de soustraire l'homme à leur Joug; elle repré- 
senta comme des fables les actions criminelles ou obscènes 
une Ton mettait sur le compte des dieux, ou leur donna 
des Interprétations qui en faisaient disparaître l'immora- 
lité et l'indécence. 

V. Woslcker, Sur la tnythologte des peuples [apéttques, 
tr. allem^ Glessen, i824, in-lf ; Fréd. Greuzer, Symbo- 



lique des religions de VantiquUé, trad. en français par 
M. Guigniaut; O. MQller, Prolégomènes d*une Mythologie 
scientifique^ en allem., 1825 ; Lobeck, Âglaophamus, sive 
de theologiœ mysticœ Grœcorum causis, Kœnigsberg, 
1829, 2 vol. in-8<*; Ph. Suttmann, Le Mythologue, ou 
Recueil d'études sur les croyances des Anciens, en allem., 
Berlin, 1829, 2 vol. in-8«; Bœttiger, Idées sur la Mytho- 
logis de l'Art, en allemand, Dresde, 1836, 2 vol. in-8*; 
E. Jacobi , Dictionnaire de la mythologie grecque et ro^ 
maine, en allem., Leipzig, 1847,2 vol. in-8®; Alfred 
Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, 1857 et 
suiv., 3 vol. in-8**. 

GRECQDB (Architecture). De tous les arts du dessin 
pratiqués et perfectionnés par les Grecs, l'architecture a 
été le plus idéal, c-iMl. celui qui s'est le plus détaché 
des conditions de la matière et des passions qu'elle sug- 
gère. Née de l'utile, elle s'en est bientôt détachée ; opé- 
rant avec le bois et la pierre, elle les a peu à peu cachés, 
au point de les faire disparaître aux yeux du spectateur 
pour ne lui présenter que des formes pures et immaté- 
rielles. Dans la période de sa décadence, cet art n'a 
Jamais fait reparaître la matière dont il s'é^t affranchi , 
et c'est plutôt par l'abus de la forme qu'il s'est éloigné 
de sa propre perfection. 

Cest une opinion exa^rée et exclusive de faire dériver 
toute l'architecture des Grecs de primitives constructions 
en bois, et de l'opposer par ce cèté seul à celle des Égyp- 
tiens, qui n'ont pas, eux non plus, emprunté leun mo- 
dèles uniquement à d'antiques maisons en pierres. La 
voûte telle que les Grecs l'ont pratiquée, à une époque 
fort ancienne, ne dérive nullement d'un échafaudage de 
bois, non plus que les murs des villes, dont les formes 
les plus antiques existent encore et ne supposent que la 
pierre. Toutefois, les plus beaux édifices de la Grèce, ses 
temples, ses thé&tres, ses portiques, ses odéons présentent 
des formes évidemment issues de la maison ae bois, de 
même qu'en Egypte les édifices d'un genre analogue ne 
supposent l'emploi de cette matière que dans quelques- 
unes de leurs parties accessoires. 

De bonne heure l'architecture, dont les conceptions 
sont géométriques, s'annexa deux arts qui lui sont natu- 
rellement étrangen, mais qui peuvent ajouter beaucoup 
à l'effet idéal des édifices, la sculpture et la peinture. 
Mais, jusque dans les dernière temps, les sculpteure et 
les peintres subordonnèrent leur conception et leur tra- 
vail à l'œuvre de l'architecte; et les ouvrages d'un goût 
médiocre que produisit l'âge de la décadence conservèrent 
ainsi leur unité et leur ensemble. Ce principe se retrouve 
appliqué avec rigueur dans l'art grec tout entier, qui sut 
toujoura subordonner la partie décorative d'une œuvre à 
l'osuvre elle-même. 

Les plus anciens monuments que la Grèce nous ait 
laissés se rapportent à l'art de la guerre : ce sont des 
mure pour encelndre des villes ou fermer des isthmes 
et des défilés ; ils sont connus sous le nom de murs cy- 
clopéens. Ces constructions sont l'œuvre des Pélasges, la 
plus ancienne migration asiatique dont l'histoire grecque 
fasse mention. L'Arcadie et TÉpire, moins mêlées que 
d'autres provinces aux guerres ultérieures, en conservent 
de grands exemples ; mais le sol de la Grèce, dans toutes 
ses parties, est couvert de ruines pélasgiques; l'Asie Mi- 
neure en renferme un grand nombre; l'Italie, la Sicile, 
le Sud de la France, les lies de la Méditerranée en offrent 
assez pour que l'on puisse constater le grand développe- 
ment de la race pélasgique autour de cette mer, sur les 
rivages du Nord. Les mure cyclopéens sont formés de 
blocs de pierre énormes, entassés les uns au-dessus des 
autres, sans ordre apparent, sans liaison. Les plus an- 
ciens ne portent aucune trace de travail humain; les 
angles des pierres y ont leun formes naturelles et pri- 
mitives ; ces fornies seules, en s'adaptant grossièrement 
les unes dans les autres, ont déterminé la place que le» 
constructeun leur ont donnée. Tels sont les mura de Ti- 
rynthe en Argolide, le mur qui fermait l'isthme de Go- 
nnthe, etc. Plus tard, les arehitectes pélasges firent 
tailler avec soin les angles de ces pierres colossales, de 
manière qu'elles ne laissassent point de vide dans leura 
Jointures; c'est ce que l'on nomme des constructions po- 
lygonales. Tels étaient les mure cyclopéens de Mycènes. Il 
ne semble pas, du reste, que ces deux manières de con- 
struire se soient positivement succédé l'une à l'antre ; 
lorsque Ton taillait les blocs dans certaines parties du 
monde pélasgique, on bâtissait encore en pierres brutes 
dans certaines autres. Mais doit-on aussi attribuer aux 
Pélasges, à cet ftge primitif de l'architecture antique, les 
constructions où les pierres sont carrées et dia^posées ei> 



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ittim? Nous ne le pensons pas; et cest de cette con- 
itniction régaliëre que nous datons Tarcbitecture hellé-' 
niqite, La majeure partie des ruines de Mycènes appar- 
tifsnt à cet âge, où Ton trouve déjà les portes en trapèze 
et la sculpture unie à Tart de b&tir (Porté dês Lions). La 
période des temps héroïques est la première en ce genre; 
elle a laissé de tr^beaux monuments dont plusieurs 
sobsistent encore; le Trésor des Atrides, ap[>elé aussi 
Tombeau d^Agamemnon, k Mycènes, est le mieux con- 
servé de tous. Cet édifice souterrain est formé d'assises 
drcnlaires superposées et de plus en plus étroites; de 
aorte qu*il a la forme d'une voûte, mais sans clef; c'est 
l'eaoK'bellement proprement dit. A cette époque se rap- 
portent les descriptions architectoniques données par 
Homère; le sol occupé jadis par les Grecs en offre encore 
de nomlMPeux débris. 

On ne peut fixer la date deVapparition des ordres dans 
le monde grec; on peut dire seulement qu'ils se sont 
succédé, et que le plus ancien est Vordre doriqtte. Le 
temple dorique est manifestement conçu à Timage de la 
maison de bois, dont il reproduit toutes les parties dans 
leurs moindres détails. Le vaoç, en effet, est la maison de 
la divinité, dont la statue y est conservée, et qu'elle- 
même Tient quelquefois habiter en personne ; le peuple 
D'y pénètre pas; les serviteurs du dieu seuls y sont ad- 
mis. Les premiers temples doriques ont encore la lour- 
deur des anciens temps : colonnes courtes et massives, 
souvent monolithes, chapiteaux saillants, énormes ar- 
chitraves. Mais les éléments essentiels de l'architecture 
hellénique s'r trouvent déjà : simplicité des rapports 
entre les parties, nombre restreint des membres, grandes 
lignes plus ou moins infléchies autour d'un axe vertical 
ou dans le sens de la courbure de la terre, portes hautes 
en trapèze, colonnades détachées des murs, longues per- 
spectÎTes adoucies, cannelures larges et en petit nombre, 
peinture plate sur toutes les parties de l'édifice, orne- 
ments courants, sculptures aux frontons, aux métopes, et 
en frises continues au haut des murs, caissons profonds 
et om6s sous les colonnades et à l'intérieur du temple. 
A cet Age appartiennent le temple de Némésis à Rham- 
nonte et celui de Corinthe; celui de Junon à Olympie 
était de la même époque, mids il est détruit. 

\Àordrt tonique parut à une époque qu'il est impossible 
de fixer, mais qui est certainement antérieure à l'année 
580 av. J.-C Les colonnes à bases, avec volutes au char 
pitean, le distinguent de Tordre dorique; mais cette pre- 
mière différence, unie à la légèreté du fût, en entraîne 
d'antres dans toutes les parties de l'édifice. L'élégance 
ornée caractérise cet ordre, moins essentiellement grec 
que le précédent, et qui ne prit un grand développement 

rdans les temps postérieurs. Nous voyons toutefois que, 
s les édifices fort anciens, l'ordre ionique était em- 
ployé à l'intérieur, même avec de grandes dimensions. 
Le temple de Diane k Éphèso était. entièrement ionique, 
et ne date cependant que du commencement du vi* siècle ; 
l'art de tailler la pierre et la science des formes étaient 
donc déjà fort avancés à cette époque {V, Grecque — 
Sculpture). — La seconde moitié du vi* siècle et la pre- 
mièiê du v* ont été marquées par un progrès rapide de 
tous les arts, des lettres, et en général do la civilisation 
b^^iqne. Toutes les formes architecturales se perfec- 
tionnent, deviennent plus élégantes, plus gracieuses ; le 
iond reste le même et constitue la tradition, mais la lour- 
deur disparaît sans que la force diminue; l'harmonie, 
reurythmie, sont l'objet d'études savantes, soutenues 
par un goût de plus en plus épuré. Quand on mesure la 
distance qui sépare les édifices de Sélinonte, d'Agrigente, 
^Êgine, de Pœstum et d'Assos, des commencements du 
siècle de Périclès, on comprend le chemin parcouru par 
les architectes et les sculpteurs dorant cette période. 
Cest de ce temps que semblent dater les colonnades in- 
lérioires, soit simples, soit superposées, et la grande 
ouverture centrale des temples hypèthres. Tonte la Grèce 
est couverte de ruines appartenant à cette période. Les 
édifices étaient de pierre; mais cette matière disparaissait 
sous un stnc janne d*une finesse et d'un éclat incompa- 
rables. Cest alors que la matière disparaît entièrement à 
rœil, et ne laisse plus au spectateur que l'impression des 
formes les plus splendides et les plus harmonieuses. Les 
édifices saoés, le plus cuvent élevés au sommet des 
coUines, se détÎM^haiênt au soleil sur le fond lumineux du 
dd bleu, et présentaient vraiment aux fidèles l'image de 
la demaure des dieux. Cest durant cette période aussi 
que commencèrent à s'élever des édifices utiles, comme 
les canaux et tes aqueducs. Les th^tres sont de la pé- 
riode suivante. •— I/invasion des Perses causa dans la 



Grèce une sorte de révolution, qui se fit sentir aussi bien 
dans les arts que dans la politique; la dévastation des 
cités détruisit un grand nombre d'édifices religieux ou 
militaires d'une date souvent assez récente et qu'il fallut 
relever. Le développement politioue et maritime d'Athènes 
fit affluer dans cette rille les ricnesses du monde grec, et 
lui permirent de sortir de ses cendies avec une magnifia 
cence inconnue aux temps postérieurs. L'art était alors 
dans toute sa force et touchait à sa maturité. On refit en 
marbre, avec une perfection k peine croyable pour nous, 
les édifices de pierre dévastés. Les temples, les théâtres, 
les Odéons, les Propylées, les portiques ont été construits 
dans toute leur beauté noble, granoiose et élégante, avec 
toutes les ressources des arts accessoires, à partir de 
l'administration de Cimon, et jusqu'à la prise d'Athènes 
par Lysandre en 404. Les quarante années de l'adminis- 
tration de Périclès ont vu l'architecture s'élever à son 
idéal le plus par&it. De Cimon date le temple de Thésée 
à Athènes, ouvrage d'une rare élé^ce. Mais un homme 
d'un génie supérieur, Phidias, imprima à toutes les 
œuvres architecturales de ce temps un caractère de 
beauté qui n'a point été égalé depuis : la force sans 
lourdeur, l'élégance sans affectation, l'idéal soutenu par 
une incroyable science de la statique et des proportions. 
Les lignes droites ont entièrement disparu; il n'y a plus, 
dans ces édifices qui semblent carrés, aucune surface ho- 
rizontale ou verticale sur laquelle une ligne droite puisse 
s'appliquer; tout est courbe, du pavé au faite; les murs, 
les colonnes, sont inclina avec une science infinie; 
l'effet risuel est calculé dans ses plus, petits détails. La 
solidité n'a jamais été ménagée avec autant d'art que dans 
les œuvres de ce temps. Sous la direction de Phidias, le- 
tinos éleva le Parthénon, Mnésiclès les Propylées. Toutes 
les constructions de ce temps nous montrent l'art de 
b&tir dans sa perfection : grands blocs de marbre égaux 
ou symétriques, reproduisant pour leur part les courbes 
et les inclinaisons dans lesquelles ils sont compris ; nul^ 
ciment pour les Joindre ; surfaces polies s'adaptant au 

{>oint de devenir indiscermd>les; nul glissement possible, 
es courbm et les pentes étant combinées en vue de la 
solidarité des parties et de l'unité compacte du tout. Ces 
beaux temples de marbre blanc n'en étaient pas moins 
couverts du stuc orangé traditionnel; car, pour être le 
plus parfait des matériaux, le marbre n'en est pas moins 
une matière, que l'art tout idéal des Grecs devait s'atta- 
cher à faire disparaître. La sculpture, dont Phidias est à 
cette époque le plus illustre représentant, apporta son 
concours à la décoration des temples : les frises du Par- 
thénon sont les plus grandes œuvres de sculpture que 
nous ait laissées l'antiquité; mais elles étident de beau- 
coup surpassées par la statue même de la déesse, toute 
d'ivoire et d'or, œuvre de Phidias. Sous l'impulsion don- 
née par cet artiste et par Périclès, la Grèce se couvrit 
d'ouvrages d'architecture d'un caractère grandiose et 
d'une richesse tout idéale. On n'éleva pas seulement 
des temples, mais aussi des théâtres de pierre contenant 
Jusqu'à 150,000 spectateurs, des portiques ou galeries 
couvertes ornées de colonnes et de peintures, des salles- 
de musique, des hippodromes à gradins, divers ouvrages- 
d'utilité publique. 

La guerre au Péloponèse, le règne de l'oligarchie, la 
prise d'Athènes par Lysandre, la tyrannie des Trente, 
ruinèrent une ville dont la peste avait déjà démoralisé 
les habitants. L'esprit public se détourna de rintérèt de< 
l'État vers les jouissances individuelles. L'architecture se 
mit, ainsi que les autres arts, au service des particuliers, 
et leur éleva des midsons qui rivalisaient avec les temples 
des dieux. On construisit fort peu d'édifices publics de- 
puis 404 jusqu'à la bataille de Chéronée; mais les villes- 
étalèrent un luxe inconnu aux temps antérieurs; non*- 
seulement on abattit les maisons anciennes pour en 
élever de nouvdles, mais les rues devinrent plus larges- 
et plus régulières. Le Pirée fut rebâti de la sorte, ainsi 
queSybans ou Thurii et d'autres cités, soit en Grèce, 
soit dans les colonies. 

La battue de Chéronée introduint dans le monde* 
grec l'esprit macédonien, positif et pratique, et A'envîsa- 
geant l'art et Ja littérature que comme ornements d'un 
règne ou moyens de gouvernement. Mais l'extension de la 
civilisation hellénique vers l'Orient à la suite d'Alexandre 
le Grand, et la fonoation des royaumes grecs de l'Asie et 
de l'Egypte, ouvrirent un champ immense à l'actirité des 
artistes. Des édifices grecs, temples, palais, villes en-^ 
tièrps, fiirent élevés par des arcnitcctes venus pour la 
plupart d'Athènes, ou du moins inspirés par l'art athé^ 
nien. La réaction de l'Oriont sur cet an fut à oeine aen- 



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dble; car le goût de la magnificence existait, comme le 
eonatate Démoathène, avant môme la bataille de Chéronée. 
Mais les ricbesaes de VAsie, rabondance et la variété des 
matériaux, le travail peu coûteux de masses popolaires ha- 
liitaées à une obéissance passive, mirent entre les mains 
des princes et des artistes des moyens d'une puissance 
Jusque-là inconnue. On doit ajouter aussi que le progrès 
npide des sciences, sous Tinfluence de Tesprit nouveau, 
créa des méthodes et des Instruments perfectionnés pour 
élever rapidement et à moins de frais d'immenses édi- 
fices. Les Séleucides, les rois de Pergame, les Ptolémées, 
rivalisèrent de sèle et de magnificence ; mais les exigences 
personnelles de maîtres enivrés par leur opulence n'exer- 
cèrent pas toujours une influence favorable sur Tart des 
architectes; on sacrifia beaucoup aux commodités d'une 
▼ie pleine de mollesse. C'est sous ces influences combi- 
nées que s'éleva de toutes pièces la ville d'Alexandrie, 
dessinée et construite par Dinocrate, et qui fut un mo- 
dèle pour les temps postérieurs. Antioche ne le céda en 
rien à Alexandrie pour la régularité de son plan et la 
splendeur des habitations particulières. A cet extérieur 
magnifique répondait une décoration intérieure pleine de 

5 oui et d'élégance, en même temps <}ue de richesse et 
'éclat. Toutefois, cette profusion venait en grande partie 
-d'une passion souvent désordonnée pour le luxe et les 
plaisirs, et d'une ostentation plus uivorable aux archi- 
tectes qu'à l'architecture : car les grands hommes qui 
■avaient élevé le Parthénon et décoré les Propylées ne re- 
cevaient qu'une rétribution minime pour leur travail; 
eeux, au contraire, qui travaillaient à satisfaire le poflt 
des princes et de» particuliers s'enrichissaient; mais le 
•caractère idéal de leurs couvres s'abaissent avec le but à 
atteindre, ils ont élevé en majeure partie des édifices 
■sans nom. — Cest pendant cette période que se développa 
dans toute sa richesse l'ordrv corinthien, moins élésant, 
mais plus somptueux que l'ionique. C'est lui qui fut 
adopté de préférence dans les siècles qui suivirent. 
. lÀ conquête de la Grèce par les Romains et la soumis- 
sion de l'Asie et de l'Afrique concentrèrent dans Rome 
la puissance politique et les trésors de ces riches contrées; 
sous cette autorité nouvelle, les arts de la Grèce conti- 
nuèrent à régner exclusivement. L'originalité puissante 
•de l'architecture hellénique avait soumis l'esprit macédo- 
nien, résisté aux influences dissolvantes de l'Asie, dressé 
*des dtte grecques en Égjrpte à côté de villes bâties sur 
un tout autre modèle; elle soumit encore l'esprit romain, 
en se mettant à son service. Cest donc encore son hte- 
toire qui se continue. Jusqu'à la fin de l'Empire, où elle 
devient l'architecture byzantine. L'utile, soit dans la vie 
privée, soit dans la vie publique, domine l'architecture 
au temps des Romains; mais ce principe est appliqué 
d'une manière grandiose et qui ne souffre rien de mes- 
quin; quoique l'art de bâtir n'ait Jamais produit sous les 
empereurs rien de comparable au Parthénon, cependant 
les constructeurs grecs employés par eux ont laissé des 
édifices très-solides et parfois d'un grand caractère. L'ar- 
•cade avait à peine paru dans les édifices grecs des temps 
antérieurs ; elle prend une importance majeure dans cette 
dernière période; elle a pour conséquence naturelle la 
voûte et le dôme, et pour complément les piliers rempla- 
•^ant les colonnes. L'addition ne colonnes, soit détachées, 
eoit engafldes, à l'extérieur de ces édifices, produisit un 
mélange de formes dont le goût du temps de Périclès 
n'eût pas été satisfait : mais ce mélange provenait du be- 
aoin de rendre plus légères en apparence les formes 
Itmrdes d'arcades portées sur d'énormes piliers. C'est ce 
même besoin qui lit naître le chapiteau composite, mé^ 
lange plus riche encore que le corinthien , mais d'qne 
eempositioa toi^ours difficile et rarement heureuse. Les 
jprandes dimensions des édifices, composés de plusieurs 
^Stages, suggérèrent l'idée de placer les ordres les uns au- 
dessus des autres, en commençant par le plus simple; 
mais à l'ordre donque,qui n'a point de base, fut substitué 
I9 toscan, plus en harmonie avec le genre des nouvelles 
•constructions. Tels sont les membres principaux auxquels 
se reconnaissent les ouvrages nés sous l'influence du 
génie romain. On en éleva dans tout l'Empire, depuis 
Tépoque de la conquête, et principalement sous Auguste 
•secondé par Agrippa, sous les FUviens et sous les Anto- 
nins. Les constructions romaines, que les Grecs d'autre^ 
Ibis avaient à peine pratiquées ou même entièrement 
ignorées, sont surtout les thermes, les aqueducs, les arcs 
•de triomphe» les amphithéâtres, les basiliques. La sran- 
'daur de ces constructions n'eût pas permis d'y appliquer 
r«rt infini du Parthénon ; il fallut donc recourir à des 
4Boyena plus économiques : de là l'usage universel alors 



de la brique ou des petites pierres carrées à l'extérieur 
des murs comme revêtement, et du mortier Jeté à l'inté- 
rieur avec des débris de toute forme et se prenant en une 
masse unique et presque indestructible; de là aussi l'em- 
ploi de pierres de taille dont l'extérieur n'est que dégrossL 
— Quant à la valeur architecturale des constructions de 
l'Empire, elle est en général tr^petite 1 les membres, 
empruntés aux ordres grecs, ne servent plus <(u'à dissi- 
muler la lourdeur des formes réelles des édifices; ces 
membres, on les modifie, on les accouple, on les engage, 
on les superpose, ou bien on s'en sert commode points 
d'attache à des ornements étrangers, de manière qu'ils 
perdent entièrement leur signification et leur valeur ar- 
chitectonique. Par cet abus qui prodigue la variété sous 
tant de formes, on tombe réellement dans une déplo- 
rable uniformité. Cest par ce mélange arbitraire de toutes 
les conceptions antiques que finit l'architecture grecque. 
Elle avait commencé par dos formes herculéennes; sous 
Périclès, elle avait atteint son point de maturité, forte, 
gracieuse, naturelle, idéale ; elle périssait sous le poids 
de la richesse, du bien-être et du luxe, accablée par ses 
ornements. 

K. J.-D. Leroy, Les ruines des plia beaux monumenti 
de la Grèce, Paris, 1753 et 1770, in-fol.; Hugues dit 
d'Hancarville, Recherches sur les arts de la Grèce, Lon- 
drea, 1785, 3 vol. in-8* ; Stieglitz, L'Architecture des Ati" 
ciens, en allem., Leipzig, 1706, in-^; le même, Archéo- 
logie de l'architecture des Grecs et des Romains, Weiniar, 
1801, 3 vol. in-80 ; Meiners, Histoire des arts de la Grèce, 
Paris, 1798, 5 vol. in-8*; Winckelmann, Histoire de 
l'art dans l'antiquité, Paris, 1802, 3 vol. in-4«; J. Stuart 
et N. Revett, Antiquités d^ Athènes, ouvrage traduit de 
l'anglais par Feuillet, Paris, 1808-1822, 4 vol. in-fol. ; 
Lebrun , Théorie de l'architecture grecque et romaine , 
Paris, 1807, in-fol.; J.-G. Legrand, Monuments de la 
Grèce, Paris, 1808, in-fol. ; Aikin , Essai sur l'ordre do» 
rique, en anglais, Londres, 1810, in-fol. ; HQbsch , Sur 
l'architecture grecque, en allem., 2* édit., Heidelberg, 
1824, in-4® ; Rosenthal, Sur l'origine et le sens des formes 
architectoniques des Grecs, en allem., Berlin, 1830, in-4o ; 
Bôtticher, L'Architecture des Hellènes, en allem., I^ts- 
dam, 1842-52, 3 vol. in-4* et atlas in-fol. ; Forchhammer, 
Sur les murs cyclopéens de la Grèce, en allem., Kiel, 
1847; Brunn, Histoire des artistes grecs , en allem., 
Brunswick, 1850-59, 2 vol. in-8*; Leake, La Topographie 
d'Athènes, avec des remarques sur ses antiquités, en an- ! 
glais, Londres, 1821 et 1841, 2 voL in-8«; Papworth,. 
Essas sur l'architecture grecque , en anglais ( en tète de 
son édition des Œuvres de l'architecte W. Chambers), 
Londres, 1820, in-4*; E. Dodwell, Vues et descriptions 
des constructions pélasgiqites ou cudopéennes en Grèce 
et en Italie, en anglais, Londres, 1834, in-fol.; Expé" 
dition scientifique en Morée, ordonnée par le gouverne-' 
ment français ^ Paris, 1835, 3 vol. in-fol.; De Clarac, 
Manuel de l'histoire de l'art chex les Anciens, 1847, 2 vol. 
in-12; Penrose, Recherche des principes de l'architecture 
athénienne^ en anglais, Londres, 1851, in-fol. En, B. 

GSBGQDB (I^inture). Les œuvres des peintres grecs 
sont perdues : il ne nous reste, pour en faire l'histoire, 
que les Jugements des Anciens, les traditions et les pein- 
tures d'époques relativement modernes et d'artistes se- 
condaires retrouvées dans les villes du Vésuve. Mais cet 
ensemble de documents est considérable. Il est difficile de 
fixer une date aux commencements de la peinture ; car 
cet art se borna longtemps à colorier les statues, les bas- 
reliefs et les temples, et à fournir des sujets de broderies 
aux femmes de la Grèce et de l'Asie Mineure. Les tradi- 
tions la font naître à Corinthe et à Sicyone, villes de po- 
tiers qui employaient des coloristes pour orner les vases 
de dessins en teintes plates ; nous avons quelques-uns 
de ces anciens vases. On ne voit pas qu'avant la guerre 
médique, la peinture se soit, comme srt, rendue indé- 
pendante de la sculpture, de l'architecture et de la céra- 
mique. Mais cette guerre contribua à donner aux Grecs 
la conscience de leur génie, et donna un élan singulier à 
tous les arts. Cependant la peinture conserva longtemps 
encore et peut-être toi^ours l'habitude de modeler ses 
conceptions d'après celles de la sculpture, et de disposer 
les personnages comme dans des bas-reliefs. Le dessin la 
préoccupa plus que la couleur^ et celle-ci ne parvint à 
toute sa perfection qu'au temps d'Alexandre. Jusque-là 
les figures sont en petit nombre, séparées les unes des 
autres de façon à ne pas se couvrir mutuellement; le co- 
loris est clair, transparent, peu modelé, les raccourcis 
évités comme dans les bss-reliefs, la perspective presque 
nulle. -T- La asinture fit un grand pas vers llnd^iendanoe 



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tonque, se détachant des temples et des vases, elle com- 
posa libremeiit sur des tables de bois ou sur des surfaces 
étendues préparées eiprès. Polygnote, qui Tirait an 
temps de Cimon et sous Pôriclès, trouTS rsrt de peindre 
presque dans Tenfance, et en ftt un rirai de l'art de Phi- 
dias. On nepeut douter que les peintures dont il orna le 
temple de Thésée et plus ttuil les temples de Delphes, de 
ixiatôe, et la Pinacothèque d'Athènes, n'aient été de 
ifanples ornements courants ou des tableaux de dievalet. 
Hais ce grand peintre avait décoré les murs de la Lesché 
à Gnide et du Pœcile à Athènes : dans le premier il avait 
rq)résenté la prise de Troie, le départ des Grecs, et l'évo- 
cation des morts par Ulvsse; dans l'autre, la lutte des 
Grecs et des Perses. A l'exécution de ces derniers ou- 
vrages travaillèrent aussi Mîcon et Panoanus. Dans le 
même portique étaient encore représentés plusieurs su- 
jets de l'histoire d'Athènes. On voit donc qu'à l'époque 
de P^clès et même de Thémistocle on pratiquait déjà la 
peinture historique sur de grandes dimensions; et cela, 
Don-seulement avec une erande pureté de dessin, oui n'a 
rien de surprenant dans Te pays des sculpteurs et des ar- 
chitectes, mais avec un coloris approprié aux person- 
na^ss, et nne expression en harmonie avec les caractères 
et les situations. 

Si la sculpture contribua à la perfection du dessin, 
fart des décorations scéniques contribua à celle de la 
perspective, c-à-d. surtout à la distribution des ombres 
et de la lumière. ApoUodore fit en cela une véritable ré- 
volution, dont profita largement Zèuxis. C'est donc d'Apol« 
lodore que l'on doit dater la seconde période de la pein- 
toTB ; car e^est plus encore par l'art ces ombres que par 
eelui du coloris ou même du dessin , c^ue l'on donne à un 
tal^ean cette magie qui produit l'illusion et charme l'es- 
prit. — Les descriptions oue lès auteurs anciens nous 
ont laissées des tableaux de ce temps (v* siècle) mon- 
trent aue la peinture était, quant à l'expression, dans 
nne voie tout autre que la sculpture : celle-ci , dans le 
grand art de Phidias et de Poiyclète, évitait de repré- 
senter les passions et de tourmenter les traits du visage; 
an contraire, les plus grands peintres d'alon, Zeuxis, 
Parriiasius, Timanthe, recherchaient ce que les mo- 
dernes appellent l'expression, ressource dont la plastique 
n'a pas besoin. Ce n'est donc pas seulement la majesté 
divine de Jupiter et la grâce ftaiinine d'Hélène, rendues 
par une expression générale, que l'on recherchait en 
peinture; c'était ou la gradation de la douleur paternelle 
dans Agamemnon, ou cette variété des qualités et des 
défauts du peuple même, que l'on s'étudiait à exprimer 
par la disposition habile des traits du visage, du geste, de 
la pose et des draperies. 

Sur la fin de ce siècle, les peintres grecs fbrmaient des 
éoolef rivales : celle dlonie, dont Zeuxis et Parrhasius 
étaient les chefs; l'école de Sicyon»^ sous Pamphyle; 
réoole Mlénique ou attique, qui finissait alors et ne 
povrut plus rivaliser avec la science nouvelle. De toutes 
ces éooles, celle de Simone, venue la dernière, fut celle 
qui porta le plus loin l'art de peindre; elle s'étend sur 
tout le siècle suivant, et produit des hommes d'un génie 
et d'une habileté supérieure. Leur premier maître fut 
Pamph]^e<, qui enseigna dans Sicyone pendant de lon- 
gues années; il commençait son enseignement par les 
mathématiques, c-àpd. par le dessin linéaire, la per- 
spective et la projection des ombres; le raccourci était 
on objet d'étuds tout particulier; la pureté du dessin la 
plus sévère était exigée ; le coloris venait ensuite : rendre 
les caractères et les passions ne pouvut être enseigné 
dans l'école que d'une manière générale; mais on sait 
avec quelle Justesse l'art de l'expression , soit générale, 
soit même indiridudle et locale, fht pratiqué dans l'école 
de Siqfone. Paosias, Euphrenor, Échion, Bfélantbius, 
IGeias, Théon de Samos, Arisdde de Thèbes, appartien- 
nent à cette époque, sans compter une foule d'autres ar- 
fistes renommés dont l'histoire a gardé les noms. Hais 
deux sortont se distingnent dans ce iv* siècle, Protocènes 
et Apeile. Geltd-ci, âève de Pamphvle, fut considéré 
par les Andens comme le plus grand peintre de l'anti- 
quité; Il serait jnste peut-être de distinguer dans ces 
âoges la part qui revient de droit à l'art de peindre, et 
celle qnl se rapporte au choix même des sc^ets et au 
earactère idéal des csuvres. 11 est incontestable que l'art 
était pins parfait et avait plus de ressources au temps 
d'Apdleqne dans le siècle précédent; qu'Apelle tira des 
fÊSis excellents de ces moyens, et porta plus loin que ses 
prédécesseurs la grioe des lignes, du dessin, du coloris, 

de 

ml, 



la composition, rédat de la Jeunesse, le charme sen- 
el, la vérité de l'expression et d<« ki représentation. 



Mais, dans la liste de ses œuvres, on voit dominer, comme 
dans tout l'art de cette période, les formes adoucies, les 
figures de femmes, les héros et les dieux dont la Jeunesse 
a quelque chose de féminin et de sensuel : la Vénus Anc^ 
dyomène fut le chef-d'œuvre de ce grand peintre. Proto- 
gènes se forma lui-même et sans maître, ne sinspirant 
aue de la nature ; mais il est érident qu'il était sous 
rinfluence directe, non-<6eulement des idées du temps, 
mais encore des écoles dominantes et particulièrement 
d'Apelle dont il était l'ami ; car il ne faisait aucun con- 
traste avec lui et peignait dans le même genre. — C'est 
aussi pendant cette période du iv siècle que se déve- 
loppa la représentation individuelle des personnes ou le 
portrait. Le v* siècle n'en faisait pas, eu du moins ne 
s'attachait pas à la ressemblance matérielle ; l'école de 
Sicyone, au contraire, conçut le portrait à la façon des 
modernes, c-à-d. comme la reproduction du caractère 
physique et moral de la personne. Apeile excella dans 
ce genre. — Quant à ces tableaux de la nature qae 
nous appelons paysagei, il ne semble pas que les Grecs 
les aient, à ancune époque, conçus à notre manière; 
si parfois la mer, les montagnes, les champs furent 
mis par eux en peinture, le paysage ne fbt qu'un fond 
de tableau où le sujet principal était une action hu- 
maine ou une scène de mythologie, ou un détail em- 
prunté à la vie des animaux. Mais il ne parait pas 
qu'avant le siècle d'Auguste on ait Jamais représenté un 
paysage pour lui-même et par amour pour le site; il n'y 
avait pas même en grec de mot pour désigner ce genre 
de peinture. 

Vencaustique, c.-à-d. la couleur broyée et mêlée à la 
cire, et appliquée à chaud sur le substratum. sorte d'en- 
duit poli, puis recouverte d'une couche de cne transpa- 
rente , fondue avec le cauterium, en manière de vernis t 
telle fut la façon ordinaire de peindre de toute l'antiquité 
gréco-romaine; mais l'application de la couleur sur une 
surface murale encore mouillée, c.-^-d. la fresque, fat 
également pratiquée par les Anciens. Toutefois la véri- 
table peinture, suivant les Grecs, fut la peinture de die- 
valet à l'encaustique. 

La période c^ui suivit Alexandre le Grand est marquée 
par nne diffusion générale de l'art de peindre, en Asie, 
on É^te, en Italie. La construction des grandes villes 
de rOnent, composées de palais et de maisons somp- 
tueuses, employa un nombre étonnant d'artistes. Mids la 
satisfaction du goAt et du caprice individuel des riches 
pour lesquels ils travaillaient fit déchoir rapidement la 
perfection matérielle et morale de leun œuvres. Cette 
période ne peut opposer aucun nom aux grands peintres 
de la période précédente : les scènes amusantes, ou vive- 
ment écUdrées, les dieux représentés par leur côté co- 
mique, souvent des images d'une grossière sensualité, 
tels sont les sqjets ordinairement traités dans ces temps 
de décadence politique et morale. Les décorations inté- 
rieures des maisons prennent une importance mineure 
dans la peinture : les arabesques, les encadrements de 
panneaux sur le fond desquels se détache ou une scène, 
ou un personnage ou un animal ; les tableaux de genre 
empruntés à la vie domestique et pdnts sur les mun des 
appartements; les guirlandes de fleura aux plafonds; les 

eerapectives architecturales prolongeant à l'œil les cham- 
res et les galeries; td est l'emploi ordinaire de l'art de 
peindre. Cest durant cette période qw naquit la mO' 
saujue, appliquée d'abord à terre sur le sol, puis verti- 
calement contre les mure, où elle rividisa avec la pein- 
ture même dans la représentation des sujets les plus 
complexes et les plus passionnés. On peut rapporter k 
cette époque la ^nde mosaïque de Pompéi, connue sons 
le nom de Bataille ^Arbelles. 

La conquête des pays grecs par Rome fit passer en 
Italie beaucoup de peintures de dievalet des meilleures 
écoles. La vue des cités luxueuses de Y Asie et de TÉgypte 
poussa lés Romains dans la même voie qu'elles, et dès 
lore les pdntres grecs travsillèrent pour leun maîtres et 
se soumirent à leun exigence. Les sujets les plus tra- 
giques de l'histoire héroïque et les portraits, voilà pour la 
peinture de chevalet; la décoration des maisons et des 
villas suivant le goût du temps, voilà pour le plus grand 
nombre des artistes. La peinture murale reçut donc un 
nouveau développement durant la période ImpMale; 
cette scénographie intérieure donna naissance à la véri- 
table peinture de paysage, dont la création remonte à Lu- 
dius, sous le règne d'Octave; toutefois le paysage était 
plutôt emprunté à la campagne, telle que les Romidns 
l'avaient faite, qu'à la nature libre des fleuves, des mon- 
tagnes et de la mer : des villas, des Jardins, animés par 



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des scènes d'uno gaieté comique, tels étaieat les si^ets de 
Ludittfl. 

Cette lonsae période de TEmpire est marquée par une 
décadence de plus en plus rapide de la pdnture : pas un 
nom Y pas un ouvrage qui mérite d'être signalé, à moins 
que Ton ne dte, sous Adrien , iEtion et son tableau de 
Èoxanê et Aleacandre, Alais du Jour où les esclaves furent 
chargés do peindre pour leurs maîtres et que Fart fut 
tombé dans ce discrédit, on peut dire que la peinture 
avait cessé d'être. Réfugias dans l'empire d*Orient et re- 
cueillie par les chrétiens ainsi que ta mosaïque, elle y 
devint la peinture byzantine, d*où la peinture moderne 
est sortie. 

V, Junius, De picturâ veterum^ Rotterdam, 1674, 
in-fol.; Durand, Histoire de la peinture ancienne, Lon- 
dres, 1725 (c'est une traduction du 35" liv. de Pline); 
Grunde, Essat sur la peinture des Grecs, en allem., 
Dresde. 1811, in-8°; C.-A. Bœttiger, Essai sur Varchéo- 
logie de la peinture, principalement chez les Grecs, 
Dresde, 1811, 2 vol. in-8°; Raoul Rochette, Peintures 
antiques inédites. Paris, 1836, in-4*^; Letronne, Lettres 
(Ttifi antiqtuùre a un artiste sur Vemploi de la peinture 
historique murale, 1835, et un Appendice, 1837, in-8®; 
O. MQller, Manud d'archéologie, traduit en français, Pa- 
ris, 1842, 3 vol. in-18 ; De Clarac, Manuel de Vhistoire de 
Vart chez les Anciens, 1847, 2 vol. in-12. En. B. 

GRBCQDB (Sculpture). La vie intellectuelle exprimée au 
dehors par des formes sensibles, et cela dans sa généralité 
et sa simplicité la plus grande , tel est le caractère do- 
minant de la sculpture grecque ; il s*est montré dès les 
origines de cet art, et il s'est maintenu Jusqu'à la fin. La 
sculpture s'est trouvée engagée dans cette voie, non-seu- 
lement par la nature même du génie hellénique à la fois 
réfléchi et plein d'expansion , miûs aussi par la poésie 
qui elle-même chantait sous l'inspiration des croyances 
religieuses. En effet, la religion des anciens Grecs avait 
l'avantage d'offrir à rrmagination des symboles en nombre 
presque infini, et d'une signification assez précise pour 
être représentés aux yeux dans touto leur diversité. Toute 
l'antiquité s'accorde à dire que les Grecs n'eurent long- 
temps d'autres statues que celles des <Ueux. Ces statues 
étaient des idoles, mot qui signifie image, représentation 
figurée; on les conservait, soit dans des constructions 
sacrées qui étaient la demeure des dieux ( votoç ), soit dans 
des encântes {temenos) circoubcrites et inaccessibles au 
vulgaire. Les dieux, conçus comme des puissances ayant 
chacune son domaine parmi les phénomènes naturels, 
reçurent des attributs en rapport avec ces phénomènes 
eux-mêmes : ainsi Jupiter, dieu qui préside aux mé- 
téores, eut le foudre et l'aigle, oiseau des airs ; Neptune 
eut le trident, c.-4-d. le harpon, arme des navigateurs; 
Apollon, dieu qui a son trône dans le soleil, eut l'arc et la 
flèche, symbole des rayons pénétrants du Jour. Ces attri- 
buts essentiels passèrent des sanauaires dans les ateliers 
des sculpteurs, avec leur valeur significative. A mesure 
aue l'art de tailler la pierre et le bois ou de modeler 
1 arçile se perfectionna, les formes des dieux et de leurs 
attributs acquirent plus de netteté et de précision. Les 
corps divins ne durent plus sembler faits sur un modèle 
unique ; il fallut que, par les proportions de leurs mem- 
bres, par leurs gestes, par l'action où on les représentait, 
ils exprimassent la nature même des phénomènes dont 
ils étaient les régulateurs. En effet le symbole n'est autre 
chose que la représentation, sous une forme sensible, 
d'idées abstraites qui n'ont en soi rien de matériel ni de 
figuré. IjSl s}rmbolique contient donc l'explication de la 
statuaire antiaue, laquelle reste sans elle une énigme in- 
déchiffrable; ta première condition pour comprendre et 
sentir les œuvres de la sculpture des Grecs, c'est d'ap- 
profondir leur mythologie. Ainsi entendue dans son vrai 
sens, la plastique ancienne est l'art spiritualiste par ex- 
cellence, puisque, loin de donner aux passions nées de la 
matière une expression qui émeut l'àme de sentiments 
bas, elle écarte d'abord ces sentiments eux-mêmes, et ne 
se sert des formes corporelles que pour exprimer et 
rendre saisissables au vulgaire les conceptions les plus 
immatérielles de l'esprit. Telle est aussi la cause et l'ori- 
gine de ce caractère dominant des œuvres antiques, le 
calme du visage, la sérénité d'&me des personnages 
divins. 

Toutefois, après le grand siècle de Périclès, lorsoue la 
majesté des dieux eut été rendue dans son expression la 
plus sublime, et que l'esprit public, devenu plus philo- 
sophique et moins croyant, eut commencé à faire avec 
Socrato un retour sur lui-même , les sculpteurs intro- 
duisirent peu à peu la passion dans les conceptions de 



la plastique, et accrurent ce que les modernes appellent 
l'expression ( ta pathè) ; comme les sujets donnés par 
la religion étaient trop symboliques pour comporter la 
variété et la violence des passions humaines, ils en vin» 
rent à représenter celles-ci directement, et à reproduire 
non-seulement des sujets humidns, mais encore des per- 
sonnes réelles et vivantes. L'usage des portraits-statues 
et des bustes se répandit promptement au temps des rois 
macédoniens, et devint universel sous la domination ro- 
maine. Les Anciens excellèrent dans ce genre, comme ils 
avaient excellé dans la sculpture symbolique; mais, 

auelle qu'ait été leur habileté à rendre la ressemblance 
es personnes, même idéalisées, on doit reconnaître que 
l'usage d'élever des statues à tout venant marque un 
abaissement de l'art antique. 

L'art du sculpteur comprenait dans l'antiquité, non- 
seulement la statuaire proprement dite, dont les matièrea 
ordinaires étaient le bois, la pierre, et, bientôt après, les 
métaux, mais encore le bas-relief, qui tient le milieu 
entre la statuaire et la peinture , la toreutique ou l'art de 
ciseler et do repousser les métaux , la céramique même, 
dans une certaine mesure, et enfin l'art d'orner les con* 
structions de formes en relief empruntées soit à la géo- 
métrie, soit à la végétation, soit même au r^e animal. 
Les modernes ont suivi en cela les usages des Grecs, et 
cultivent d'après les mêmes principes ces différentes 
branches de L'art du sculpteur. 

On peut diviser en cinq périodes l'histoire de la sculp- 
ture cnez les Grecs : les temps primitifs ou la scul|>ture 
hiératique, la période des guerres médianes, le siècle 
de Périclès, la période macédonienne, et la période ro* 
mai ne. 

/■'■ Période, — Les servantes d'or de Vulcain et le bou- 
clier d'Achille, dans Homère, ne peuvent être considérés 
comme faisant partie de l'histoire de la sculpture, et 
prouvent tout au plus que les Grecs de cette époque 
avaient déjà des notions de la plastique. Il n'en est pas 
de même des lions de Mycènes, le plus ancien ouvrage 
de sculpture qui nous soit venu de ces temps héroïques, 
conception symbolique analogue sans doute aux tètes de 
gorgone et aux images de dragon décrites par les anciens 
auteurs; ce sont là des sculptures adhérentes ou bas- 
reliefs, liais ce qui caractérise la plus ancienne statuaire» 
c'est l'usa^, très-général alors, des Çôova ou statues en 
bois des divinités. C'étaient de v^tables idoles, conser- 
vées, soit dans des temples, soit dans des grottes, comme 
le Palladium de Troie et la Cérès de Phigalie ; ces idoles 
étaient souvent monstrueuses, parce que l'art, ne distin- 

Suant pas encore les doctrines vraiment symboliques 
'avec celles qui doivent rester à l'état de mystères, 
faute de pouvoir être représentées aux veux, chargeait ces 
statues de formes bizarrement assemblées et multipliées. 
Ces idoles de bois étaient de toute grandeur, depuis la 
taille humaine Jusqu'à celle d'une simple poupée; elles 
demeurèrent, comme objets de vénération, longtemps 
après que l'art, dégagé des entraves du culte, eut donné 
des mêmes divinités des images plus belles, et en réalité 
plus Justes. La roideur, l'immobilité» les Jambes réunies 
comme celles des statues égyptiennes, les yeux à peine 
modelés ou d'une fixité singulière, l'adhérence des mains 
et des bras, tels étaient les traits ordinaires de ces anti- 
ques ébauches, auxquelles on rendait dans les sanctuaires 
les mêmes soins qu'à des personnes vivantes, soins qui 
du reste furent rendus dans la suite aux grandes œuvres 
des sculpteurs, conservées dans les plus beaux temples 
et aux époques les moins crédules. La famille Cretoise de 
Dédale, établie en Attique, celle de Smilis à Eglne, furent 
de véritables écoles, ou la sculpture, acquérant plus de 
liberté, fut enfin un art Dédale ouvrit les yeux aes sta- 
tues, détacha du corps les bras et les Jambes, ce oui fit 
dire qu'il les anima. Sicyone et l'île de Rhodes furent 
aussi des centres où se perfectionnèrent dès cette époque 
les représentations symboliques des dieux. En outre, sur 
la fin de cette période hiératique, parait l'art de repré- 
senter en métal battu, c'est-à-oire repoussé au marteau, 
non-seulement des scènes' mythologiques de petites di- 
mensions, mais des divinités de la taille d'un homme. 
Les potiers modelaient en petit des sigets analogues, et 
Ton trouve souvent encore dans l'Attique des terres cuites 
de ces anciens temps. 

//" Période. — Le développement de la poésie , qui 
d'épique devient lyrique et dramatique, c'est-à-dire plus 
humaine et plus passionnée ; les relations de plus en plus 
suivies des Grecs avec l'Asie ridie et civilisée; le perTeo- 
tionnement des métiere et surtout du travail des métaux 
dont les outils sont fabriqués ; en un mot le progrès de 



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reipfit public en toutes choses : telles sont les causes de 
rtctirité féconde déployée dans la sculpture au temps des 
|Qerres médiques. Cette période de puis d*un siècle (de 
570 k 450 environ ) n'est pas encore celle de la perfec- 
tion; mids elle est marquée par un effort puissant du 
génie grec pour échapper aux formes hiératiques, et, 
sans perdre la tradition, atteindre le naturel et Texpres- 
'don de la rie dans sa plénitude et sa liberté. L*art en 
. même temps se Tulganse, et passionne non-seulement 
. des individus on des familles crartistest mais des cités et 
' des peuples entiers ; les États consacrent à des œuvres 
d*aiichitectnre et de sculpture une partie notable de leurs 
rerenuB. La plastique, sous toutes ses formes, sort des 
sanctuaires, et devient partie intégrante de la vie pu- 
blioue et privée. En même temps Te style, encore tout 
archaïque an commencement de cette période, devient 
de plus en plus naturel en se sécularisant; Tusage des 
Jeux {aoônês) et des luttes athlétiques, devenu eénéral, 
offre aux yeux des sculpteurs les formes du corps humain 
dans ce qu'elles ont ae plus dégagé et de plus mobile; 
les pompies sacrées, les théories, les chœurs d'hommes 
et de femmes, les montrent dans Teurythmie et la dé- 
cence la plus complète : de aorte qu'ii la fin de cette pé- 
riode, la roidenr antique, la dureté du dessin, la lourdeur 
des proportions, le manque de rhvthme dans les gestes 
et de caractère [Hhos) dans les figures, ont en grande 
partie disparu. — Il nous reste un assez grand nombre 
d' ouv r ag e s de cette période, peu de statues, beaucoup de 
bas-reliefe et de terres cuites. En effet, l'usage du Dois 
diqMndt dans le milieu du vi* siècle; l'or et les matières 
précieuses sont employés pour les statues isolées des 
dieux, et en préparent ia spoliation et la destruction ; les 
bas-reliefs des temples, par leur position élevée, et les 
Uxres cuites, par leur peu de valeur matérielle, échappent 
mieux an ravage. Dipœnus et Scyllis de l'école de Dé- 
dale, Gitiadas de Lacédémone, Canachus de Simone, 
torentiden et fondeur, Agéladas d'Argos, fondeur, Critias 
dTAthènes, Onatas d'Égine : tels sont les noms les plus 
célèbres de cette période, où l'art se répand dans toutes 
les parties de la Grèce. L'emploi de la pierre et bientôt 
du marbre, qui font ressortir par leur couleur même la 
pureté des lignes, contribue au perfectionnement du bas- 
relief; celui-ci est alors pratiqué en grand et dans tout 
le monde hellénique, depuis la Sicile jusqu'en Asie Mi- 
neure; on en décore des autels, des bases de statues, et 
surtout des temples, qui le reçoivent sur quatre de leurs 
parties extérieures, le fronton, les métopes, la frise, et 
les acrotères. Voici les principaux ouvrages qui nous 
restent de cette période: les bas-reliefs de Sélinonte et 
ceux d^Asaos, la rssfa Giustiniani aux draperies presque 
cannelées, YatUd dês douze dieux (au Louvre), ouvrage 
plein d'élégance, les sculptures d'Égine, œuvre considé- 
rable conservée dans la Glyptothèque de Munich. 

IIJ^ Période, — La prépondérance d'Athènes, devenue 
le centre du monde grec par son génie démocratique, se 
hàx sentir dans les arts depuis le commencement de 
cette période. On avait placé vers la fin le point culmi- 
nant de l'art chez les Grecs; une plus Juste appréciation 
des oBuvres antiques l'a fait descendre au commence- 
ment ; aojourd'hui, c'est aux temps qui ont immédiate- 
ment précédé la guerre du Péloponnèse que l'on attribue 
les plus beaux ouvrages de la sculpture grecque. Les 
formes hiératiques ont entièrement disparu, pour faire 
place su naturel le plus libre et le plus vrai ; mais la 
sensualité n'est pour rien encore dans les conceptions 
des sculpteurs; le nu est traité avec un sentiment idéal 

£1 exdut toute passion, toute idée chamelle : le calme 
os la dignité, la modération dans la puissance, la sa- 
gesse avec la raison supérieure, caractérisent ces person- 
nages divins de l'époque de Périclès, uniquement occupés 
de leurs fonctions surnaturelles, et n'épousant les pas- 
sions humaines que dans une mesure compatible avec 
leur majesté. A aucune époaue de l'histoire, la sculpture 
if a atteint à une aussi granae hauteur idéale. — Mais la 
guerre du Péloponnèse, accompagnée de fléaux, de revers 
et dQ crimes, porta un coup k. l'esprit public et le fit d^ 
choir: on songea davantage h Jouir de la vie; et les 
Bcolptears, dont les moyens pratiques se perfectionnaient 
disque Jour, lurent entraînés vers des sujets où les pas- 
nons humaines et la sensualité pussent trouver niace 
(Yoy., sur cette transformation de l'esprit public les ar- 
ticles, UUératwre et Architecture grecques). On cessa de 
représenter les divinités d'un caractère tout k fait m&le, 
d*an âge mûr ou d'une nature impassible, et Ton choisit 
de préférence celles dont les formes Juvéniles avaient 
^oeiqoe chose de féminin, comme Bacchus, Apollon, 



l'Amour; il en fut de même des déesses, et tandis que 
Minerve est le grand modèle de l'époque de Périclès, 
celui des années postérieures est Vénus. La grâce et le 
charme des formes féminines, parfois même avec un 
certain mélange de sensualité, remplacent vers le milieu 
de cette période la puissance idéale, la beauté sévère et 
toute spirituelle du grand art antérieur. — La première 
époque nous offre les noms de Phidias et de Polyclète, 
qui représentent, le premier l'école athénienne, le se- 
cond récole de Sicyone et d'Argos. Autour do ces grands 
noms se groupent ceux de Polygnote, peintre et sculp- 
teur, de Myron, élève d' Agéladas, de Callîmaque, toreu- 
ticien et fondeur, du grand Alcamènes, élève et rival de 
Phidias, d'Agoracrite, de Socrate le philosophe, et d'une 
foule d'artistes de renom que nous ne pouvons citer ici. 
Les grandes œuvres de cette époque si féconde, œuvres 
dont une partie nous est parvenue, sont : la Pallas du 
Parthénon, grande statue a'or et d'ivoire par Phidias; le 
Jupiter d'Olympie, où toute la majesté du dieu était 
rendue; la grande Polios promacnos de la citadelle 
d'Athènes; Y Aphrodite des Jardins, par Alcamènes; le 
Doryphore de Polyclète, devenu le canon des propor- 
tions du corps humain ; sa Junon d'Argos, son Atiuuone: 
la vache de Myron ; et ces innombrables sculptures qui \ 
ornèrent les temples grecs relevés à cette époque, et dont 
nous possédons de si beaux débris dans les reliefs du 
Parthénon, de Phigalie, et dans les caryatides de l'Érech* 
theion d'Athènes. — La seconde époque est celle de Ly* 
sippe et de Praxitèle. Il n'y a pas de transition entre la 
manière de Phidias et la leur : le contraste est frappant; 
ils créent un ordre de beauté toute nouvelle, et font dire 
au marbre tout ce que la forme humaine peut avoir 
d'élégance, de grilce, d'harmonie, de souplesse et de 
charme voluptueux. Scopas de Paros entra le premier 
dans cette voie, où il fut suivi par toute la nouvelle gé- 
nération d'artistes: Polyclès, Léocharès, Euphranor le 
peintre, Praxitèle, Timothée, Lysippe, Silanion, etc. 
Leurs œuvres furent estimées à une incroyable valeur, 
qui s'accrut encore dans les siècles suivants. Voici les 
plus célèbres : V Apollon citharède de Scopas, son groupe 
d* Achille, sa Vénus populaire, k Élis ; les Niobides, que 
nous possédons encore et qui sont l'œuvre ou de Scopas 
ou de Praxitèle ; de ce dernier, le Satyre periboètos^ que 
nous possédons peut-être sous te nom de Faune, VAmour 
de Thespies consacré par Phryné, la Vénus de Cnide 
dont celle de Médicis semble être une imitation impar- 
faite; le Sauroctone du Louvre; V Hercule Famèse, imité 
de Lysippe par Glaucon ; la statue d'Alexandre par Ly- 
sippe, dont une copie (la tète seule) existe au Louvre. 

tV* Période, — La période macédonienne est marquée 
par un développement du génie grec dans les pays con- 
quis par Alexandre le Grand, et par une réaction de ces 
pays eux-mêmes sur le génie grec. La construction de 
villes entières en Asie et en Egypte par des artistes grecs 
augmenta le nombre de ces derniers, en même temps que 
les richesses de l'Orient, dont les conquérants avaient le 
maniement et dirigeaient l'emploi, mettaient aux mains 
des sculpteurs, des architectes et des peintres, des res- 
sources presque infinies. L'hifluence ue l'Orient sur la 
sculpture grecque se remarque surtout dans le goût de 
la magnificence et des proportions grandioses; maison 
même temps que le goût des beaux-arts se répand chez 
les particuliers, les besoins du luxe et d'une vie sensuelle 
font pénétrer la sculpture Jusque dans les appartements 
privés, et l'on voit se produire alors, k côté des œuvres 
colossales faites pour le public, une multitude innom- 
brable de petits ouvrages de sculpture, soit de marbre, 
soit de métal, soit de pUttre moulé, qui transforment les 
maisons en musées. Les autres arts fournissent aussi 
leur contingent à ces décorations intérieures, lUtes du 
reste avec un goût exquis et une grande élégance. Il est 
bien remarquable que, dans cet immense développement 
oue reçoit le génie artiste de la Grèce, il n'y a pour ainsi 
dire aucun nom qui ait surnagé et que l'on puisse rap- 
procher des grands noms des temps antérieurs. Cepen- 
dant l'étude de la nature physique et morale de l'homme 
étut poussée beaucoup plus loin, et avait atteint ce degré 
d'analyse que la sculpture ne peut pss dépasser sans 
devenir une dissection anatomique on un traité de psy- 
chologie: mais ces connaissances scientifioues, par l'excès 
même de leur précision, nuisaient à l'inspiration et 
étouffaient l'idée de l'ensemble ; de plus elles mettaient 
la sculpture à la portée de iout le monde, et faisaient que 
les artistes semblaient tous également habiles. L'art, 
durant cette période, gagne donc en étendue ce qu'il 
pod en inspiration : il s'est vulgarisé, mais en mêms 



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temps 11 est devenu plus vulgaire ; ses œuvres sont moins 
recherchées pour leur beauté idtele que comme des or- 
nements de luxe; et ce besoin du luxe, auquel la sculp- 
ture répond alors pour sa part, n'est pas moins recon- 
naissable dans les ouvrages publics que dans ceux que 
commandent les riches particuliers. — L'étude analytique 
des formes et des passions conduisit Fart vers Texpres- 
sion de l'individuel, où la tendance de la période anté- 
rieure le conduisait naturellement. Les rois macédoniens, 
les grands personnages, les riches particuliers, les 
hommes célèbres, commencèrent à voir leurs traits re- 
présentés en marbre ou en bronze; et pour laisser encore 
à ces figures privées d*idéal quelque chose qui sembl&t 
les relever an-dessus de la nature individuelle; on repré- 
senta fîréquemment ces hommes du jour revêtus d*onie- 
ments et d'attributs divins appropriés à leur caractère. — 
Quelques ouvrages eidstants permettent d'étudier l'art de 
cette époque dans ce qu'il a fait de meilleur : citons le 
Laocoony comme expression détaillée d'un sentiment 
complexe et multiple merveilleusement étudié ; le GlaMa- 
Uur d'Agasias (au Louvre), comme étude admirable des 
formes anatomioues ; le taureau Pamè$ê, reconnu infé- 
rieur à son anaenne renommée; le CoIossê d» Rhodes, 
œuvre de Charès, élève de Lysippe. 

V* Période. — Les principaux centres de sculpture 
avaient été en Asie pendant la période macédonienne i 
Rhodes, Pergame, Éphèse, riches cités, avaient vu fleurir 
des écoles demeurées célèbres. La conouète romaine eut 
pour suite le pillage de la Grèce et de l'Asie, qui virent 
transporter à Rome leurs plus beaux ouvrages de sculp- 
ture. Cette nouvelle capitale devint comme un musée où 
se trouvèrent réunies des œuvres de toutes les époques 
et de toutes les écoles; les artistes grecs y furent attirés, 
et par ces modèles nombreux, et par les travaux que 
les riches patriciens de l'école des Sdpiont leur firent 
exécuter. Les villes élégantes de l'Asie Mineure et de 
l'Egypte devinrent les modèles sur lesquels se formait la 
nouvelle cité romaine; et de plus, les habitudes agricoles 
des Romains et les progrès ne la grande propriéîiâ peu- 
plèrent les campâmes de villas somptueuses, qu'il fallut 
orner des dépouilles du monde grec et des œuvres d'ar- 
tistes contemporains; les villes municipales d'Italie ne 
tardèrent pas à imiter la grande ville; et ainsi le monde 
des artistes grecs émigra pour ainsi dire tout entier dans 
eette nouvelle patrie. Biais il fallut travailler vite, et se 
conformer souvent aux exigences de maîtres dont le génie 
n'a Jamais eu la finesse et la délicatesse exquises du génie 
des Hellènes. La cinquième période est donc celle de la 
décadence : plus d'inspiration pour des artistes travail- 
lant par ordre; plus d'élévation dans les idées; le luxe et 
la mollesse, l'amour des plaisirs et l'ostentation, se sont 
mis à la place des grandes pensées religieuses ou des tra- 
ditions de gloire nationale qui avaient inspiré les siècles 
de liberté. Il est digne de remarque cependant que les 
moyens matériels dont la sculpture disposait se perfection- 
naient chaque Jour : le grand colosse de Nérôn , statue 
d'airain fondue par Zénodore, n'avait pas moins de 36 met. 
de haut, et dépassait le colosse de Rhodes. L'art de repré^ 
senter les personnes vivantes se r^nd de plus en plus 
et devient véritablement l'art de la période romaine, soit 
qu'on les revête d'ornements divins comme dans la pé- 
riode macédonienne, soit qu'on les reproduise au natu- 
rel. Cette même tendance, désormais invincible, se 
retrouve dans la reproduction sculpturale des scènes his- 
toriques, où tout est fait d'après nature et sans idéal : tels 
sont les baa-reliefs des arcs de triomphe à Rome. Le 
nombre des portraits, soit en pied, soit en buste, qui nous 
restent du temps des Empereurs, est considérable : ils 
remplissent tous les musées de TEurope ; les femmes y sont 
en grand nonobre, représentées avec leur costume et leur 
coiflVire orielnale, rarement disgracieuse. — Quant aux 
sculptures des édifices pnblica, elles sont généralement 
lourdes et négligées, souvent grossières et presque bar- 
bares; cette remarque s'applique également aux orne- 
ments sculptés des temples et des autres édifices romains, 
dont la laideur est choquante si l'on rient à les comparer 
aux ornements analogues des édifices grecs. — L'époque 
de Trajan et d'Adrien produisit plusieurs OBuvres pour les- 
quelles la critique peut faire quelques réserves ; nous-clte- 
rons la colonne Trajane, la statue de Nerva au Vatican, 
celle de lfaro-i4ttré<e aujourd'hui sur la place du Capitole, 
ouvrages estimables. Mais les efforts des Antonins ne pu- 
rent relever un art marchant vers sa décadence, et qui, 
après avoir perdu l'inspiration et l'idéal, avait fini par 
oublier le naturel, la grftce des formes, et Jusqu'à la Jus- 
tesse dfli proportions. Le dessin devenait incorrect et de 



convention. Après l'invasion des idées panthélsdqœa dt 
l'Orient dénaturées et amoindries, les figures des dieux 
se transforment pour s'accommoder à un idéal indéds, à 
une conception mystique et nécessairement informe. Lbs 
premières osovres chrétiennes sont sèches et maigres, et 
d'ailleurs appartiennent plus souvent k la peinture «ra'à 
la sculpture. Les invasions des Rarbares portent le der- 
nier coup à un art qoi n'avait pas duré moins de qua- 
tone siècles. V* H. Meyer, Histoire tes arts pUutiques 
çhes. les Grecs et les Romains, en allem., Dresde, 1824-36, 
3 vol. in-8<» ; Thiersch, Sur les époques des arts plas^ 
tiques chez les Grecs, en allem., Munich, 2* édiu, 1S20, 
in-8<» ; Hirt, Histoire des arts plastiques chen les Anciens, 
en allem., Rerlin, 1833, in*^. Eu. R. 

GRECQUE (Musique). Le système musical des Greca 
s'est développé peu à peu depuis les temps les plua 
anciens de leur hisloire héroïque Jusqu'au v* siècle av. 
J.-C, époque où, sous l'influence directe de l'École py- 
thagoricienne, il se présenta dans son ensemble et avee 
tons ses moyens. Les instruments se sont aussi perfec- 
tionnés par degrés : depuis la simple flûte de Pan et 
l'instrument fait d'une écaille de tortue Jusqu'à la ma- 
gadis à ringt cordes, il y a une série de changements 
dans la théorie et dans la pratique musicales; et ces chan- 
gements accompagnent le développement parallèle de la 
poésie lyrique Jusqu'au Jour où l'instrumentation s'est 
séparée du chant, et a produit dans les Odéons et les 
concours musicaux des œuvres plus compliquées. Comme 
le système musical des Anciens diffère notablement du 
nùtre, nous allons l'exposer en noua plaçant au point de 
vue des Grecs eux-mêmes. 

Les sons forment une série continue de l'aigu au grave; 
on l'obtient en faisant glisser le doigt sur une corde 
tendue et ribrante; dans cette série l'on ne distingue 
aucune note particulière. Mais, en arrêtant le doigt à 
certaines places et en supprimant le glissement intermé- 
diaire, on obtient des sons distincts ou notes. Des lois 
mathématiques président à la distribution des intervalles 
de ces notes et en règlent la longueur. L'oreille observe 
dès lors que les sons s'appellent les uns les antres et for- 
ment des consonnances mélodiques. Toutefois, ces con- 
sonnances peuvent être établies sur une partie quelconque 
de la corde, c-à-d. de la série indistincte des sons. On 
peut prenibre pour point de départ de la série conson- 
nante soit la note aiguë, soit la gprave ; on lui donne alors 
le nom de note du ton (tovoç, tension de la corde) : les 
Grecs prenaient pour note du ton la note la plus aiguë de 
la série, et solfiaient en descendant. 

Il n'eixiste dans la série consonnaste que quatre notes 
fixes, formant trois intervalles : oe sont celles que nous 
nommons la première, la seconde, la quinte et l'octave. 
Mais l'octave n'est que la répétition de la première, soit 
à l'aigu, soit au grave; de sorte que, si l'on continue dans 
ces deux sens à faire résonner ces notes fondamentales 
dans toute la portée de l'oreille humaine, on obtient tou- 
fours cette même série se répétant elle-même. Les An- 
ciens ont nommé ton rintervalle oui s^Mure la première 
de la seconde; de la seconde à la cinquième, et de la 
cinquième à l'octave. Il y a deux intervalles de quarte. 
Le ton, partagé en deux, forme des demi-Ums; les demi- 
tons, partage en deux, forment des quarts de ton, 
auand les cordes sont entre elles comme 80 et 81, la 
ifiérence est appelée oomma; et le comma exprime aussi 
la différence du demi-ton maieur et du demi-ton mineur. 
Les intervalles de quarte, aans la série fondamenude, 
peuvent être dirisés par des notes dont la place n'a rien 
de Axe par elle-même, et les intervalles plus petits qui 
en résultent peuvent offrir des demi -tons, des tiers de 
ton, des quarts de ton, ou des espaces exprimés par 
d'antres fractions. Tel est le point de départ de la mu- 
sique antique et l'origine des écoles musicales ches les 
Grecs. 

L'intervalle de quarte est conunun à toutes les mu- 
siques humaines, parce qu'il exprime un rapport numé- 
rique très-simple et quil fait partie des consonnances 
fondamentales. Les musiciens gréco-asiatiques de Phrygie, 
de Lydie, etc., ont observé de bonne heure que les mêmes 
séries oonsonnantes ou mélodiques se reproduisent sur 
l'échelle des sons, offrant la même combinahon de ton|i 
et de demi-tons : do ré mi fa — sol la si do; ou bien 
ré mi fa sol — la si do ri: ou encore mi fa sol la — si 
do ré mi, etc. Telle est l'origine du tétracords ou série de 
quatre notes, qui est le fondement de toute la théorie 
musicale des Anciens. Ces tétracordes, comparés entre 
eux, par exemple celui de do avec celui de ré ou de mi, 
diffèrent uniquement par U place du demi-ton, qui est 



SRR 



J007 



GRE 



en effel à raiga, au milieu ou au grave. Pendant ploslean 
tiocllfia, toa plus anciens Grecs ne connurent que le té- 
traooTda, al conapoa^rent leurs chanta dans quelqu*une 
de ces comtes sénés mélodiques. Mais on finit par s'aper- 
cevoir qu'en mettant à la suite Tun de Tautre deux té- 
tncordes semblables, les deux notes extrêmes sont à 
Toctave l'une de l'autre, et qu*un ton sépare ces deax 
tétiacordea Tun'de l'autre. Toutefois, ce ton complémen- 
taire peut se trouver soit au milieu de l'octave, comme 
d-deasus soit au grave, comme dans la double série n- 
wûf mi-la, soit à l*aiga, comme la série k^ré, ré-sol. De 
tonte manière l'octave étant ainsi complétée, l'instru- 
ment peut rendre toute la série musicale par une simple 
r^étition des notes de l'octave, et faire entendre ainsi 
toute la gamme. Réunir deux tétracordes semblables, 
avec leur ton cimiplémentaire, s'appela t mettxB sept 
cordes à la lyre. 

Les modet (en grec amnonia) étaient primitivement de 
rimples tétraooidM, que llnvention de l'octave transforma 
en vrais pentacordes. Le mode est déterminé par la place du 
demi-toQ dans le tétracorde, et il se solfie en descendant; 
l'air on mélodie doit toujours finir sur la note extrême 
du mode, soit à raig;u, soit au grave. Les modes primitifs 
étaient le dorien (mt ré do si la), le phruoi^n (ré do si la 
sol), et le lydisi» {do si la sol fa). Ils eurent tipis modes 
subordonna, complétant l'octave k l'aigu/: Vhypodorien 
(la sol fa mi ré), Yhypophaygien {sol fa mi ré do), et 
rhupfriydien {fa mi ré do si). Enfin nn septième mode 
appelé mixolydien reposait sur le si grave de l'hjrpoly- 
dien, et produisait si ta sol fa mi. On doit observer que 
ce système, le seul complet dont l'histoire fasse mention, 
permettait de faire reposer une mélodie sur nne note 
cpicdoonque de la gamme, et produisait des airs essen- 
tieilement difTérents entre eux et d'une grande expres- 
sion. Le plain-chant, qui, n'ayant ni rhythme ni mesure, 
n'est pas proprement de la musique, tire encore de 
beaux effets de ces débris de la musique grecque dont il 
est composé. 

Nous avons dit qu'il n'y a de fixe parmi les notes que 
la 1'*, la 2*, la 5* et l'octave; les antres peuvent ôtre 
abaissées de quantités variables à volonté, sans que la 
mélodie soit troublée. Quand les intervalles obtenus sont 
tous des tons et des demi-tons, l'octave est appelée dto- 
(oni^tM, et, par une légère variation, l'on obtient le dia- 
tonûiuemou, dur ou moi/en. Biais si la qnantité dont les 
notes variables sont abaissées dépasse i/3 de ton, le genre 
est cliangé : si, par exemple, on arrive à des intervalles 
de i/2 ton à côté d'autres qui soient de i ton lyS, c'est 
le genre chromatique. Voici, comme modèle, le mode do- 
rien et bypodorien chromatisé : mi, ré b, do, <i, la, sol b, 
fa, mi, ri. Ce qui donne de la eoideur à cette gamme, 
laquelle n'admet aucune autre note que celles-là, c'est 
que l'accord sur une note y est à volonté m^eur ou mi- 
neor. Chaque mode a son genre chromatique. — Le 
genre enharmonique, entièrement perdu pour nous, fut 
ajouté aux deux autres par Olympe le Vieux. Composé 
par la même méthode que le chromatique, il n'admet 
que des Intervalles de 2 tons, 1 ton et 1/4 do ton. Voici 
le dorien enharmonique, en descendant : la, fa, fa 1/4, 
mi,, do, do 1/4, si, (a. Que l'on tente avec le violon 
d^exécutcr cette simple gamme, on verra qu'elle agit de la 
façon la plus puissante sur la sensibilité, lussant loin der- 
rière elle les modes diatoniques ou chromatiques les plus 
émouvants. Platon proscrivait le genre enharmonique. 

n y aurait de belles et curieuses recherches k faire sur 
Texécution musicale chez les Anciens, sur leurs instru- 
ments (Aristote seul en nomme 33 à venQ, sur les chœurs 
tragiques et comiques, sur le chant de la scène, sur les 
odes, sur les Odéons ou Conservatoires, sur les concerts 
privés et les grands concours de musique de l'antiquité. 
Tons œs sujets sont à peine effleurés psr la critique mo- 
derne. F. Burette, Ac, des fnse,, XVII; Vincent, Notice 
sur divers manuse, grecs, etc., 1847; Tiron, Études sur 
la musiq%ie grecque, le plain-chant et la tonalité mo- 
derne, Paris, 18C6. £m. B. 

GRECS MODERNES (Langue des). Cette langue, qu'on 
q>pela aussi romcOque parce que les Turcs du xv* siècle 
eonndârèrent comme romaine toute la population de 
l'empire grec qui était étrangère à leur race, dérive du 
grec ancien. Celui des antioues dialectes avec Iec[uel elle 
a le plus de rapport, c'est l'ionien, ou plutôt l'attique. On 
la parle dans le royaume de Grèce, en Albanie, en Thes- 
Mue, en Roumélie, dans une partie de l'Anatolie, dans 
les lleB de l'Archipel, à Chypre, à Candie, et dans les lies 
Ioniennes. Quelques cantons de l'intérieur de la Grèce, 
is pavs de Mégare, les tles les moins fréquentées de l'Ar- 



chipel, sont les lieux où elle a conservé le plus de pureté t 
dans les provinces septentrionales, elle est mélangi^ 
d'albanais; des éléments italiens s'y sont introduits dans 
les lies Ioniennes, à Athènes et en Morée. Il y a telles 
localités écartées, où l'on a conservé des mots, des locu- 
tions, des pbï'ases de l'ancien grec, dont on ne trouve 
plus trace dans les villes, telles expressions qui appar- 
tiennent au temps d'Homère, et qui ont disparu des 
auteurs postérieurs; tantôt les mots de la langue çla^ 
sique ont subi, dans le pec moderne, des contractions, 
des suppressions de désinence, qui les défigurent; tantôt 
les mots, en gardant plus ou moins fidèlement la forme 
primitive, ont changé de signification. En ce qui concerne 
la grammaire, le çrec moderne se distingue du grec an- 
cien par les particularités suivantes : le nombre duel 
n'existe pas; le datif a disparu de la déclinaison, et est 
remplacé par le génitif ou par une préposition qui régit 
l'accusatif; le premier nom de nombre sert d'article ind^ 
fini : les degrés de comparaison se forment à l'aide de 
particules, et plusieurs temps du verbe au moyen d'auxi- 
liaires; le verbe avoir Çt^tù) sert, comme dans les langues 
néolatines, à la formation des temps du passé, et le 
verbe vouloir (6£>a>), joint à une forme dérivée de l'an- 
cien infinitif, sert à composer, comme en allemand et en 
anglais, le futur et le conditionnel; l'infinitif, devenu 
hors d'usage, est remplacé par une périphrase dans 
laquelle le verbe se met au subjonctif; la voix moyenne 
a été supprimée ; enfin la construction est beaucoup moins 
transpositive. Le grec moderne a de& dialectes, dont la 
plupart ne sont que des patois produits par une pronon- 
ciation altérée et par des idiotismes venus de l'étranger. 
On distingue surtout le roma^ue propre, avec les sous- 
dialectes de Constantinople ou des Fanariotes,de S^onill, 
de Janina, d'Athènes et d'Hydra; et Véolo-niorien, com- 
prenant le mcUnote{k Sparte), le candiote et le cypriote, 
V, Martin Crusius, Turco-Grœcia, B&le, 1584; J.-M. Lan- 
gius, Philologia barbaro-grœca, Nuremberg, 1708, in-4*; 
Ananias d'Antiparos, Grammatica grœoa vulgans, Ve- 
nise, 1784, in-^**; Aibanase Christopoulos, ùrammaire 
grecque moderne, en erec. Vienne, 1805; Jules David, 
Méthode pour étudier la langue grecque moderne, Paris, 
1821, in-8% et Parallèle des langues grecques ancienne 
et moderne, en grec, Paris, 1820, in-^**; G. Kutuffîn, Corn-- 
pendio di grammatica délia lingua greca moderna, Li- 
voume, 1885, in-8* ; Lûdemann , Grammaire du grec 
moderne, en allemand, Leipzig, 1826 ; Blinolde Minasi 
Théorie de la Grammaire de la langue grecque, Paris, 
1827, in-8*4 Michel Schinas, Grammaire élémmtaire du 
grec moderne, Paris, 1829, in-8<*; Theocharopoulos, 
Grammaire grecque universelle, Paris, 1830, in-8<^; — 
J. Meursius, Glossarium grœco-barbarum, Leyde, 1614, 
in-4<^; Ducange, Glossarium ad scriptores mediœ et in^ 
fimœ grcBcitatis, Lyon, 1688, 2 vol. in-fol. ; Zalyk, Dùi" 
tionnaire français-grec moderne, Paris, 1809, in-8*t 
Dehèque, Dictionnaire grec moderne français, Paris, 
1825, in-16; Coumas, Dictionnaire grec moderne, en 
grec. Vienne, 1826, in-^**; Daviers, Dictionnaire français 
et grec vulgaire, Paris, 1830; Scarlatès de Byzance, 
Lexique grec moderne, Athènes, 1857 ; — MuUach, Gram* 
mcÀre de la langue vulgaire des Grecs dans son évolution 
historique, en allem., Berlin, 1856. 

GAECS noDBSNBS (UttératuTO des). Les plus anciens mo- 
numents de la littérature grecque moderne sont, au 
XI* siècle, une Chronique de Siméon Séthos, qui fut pro- 
tovestiaire à la cour d'Alexis l**" Gomnène, et, au xn*, les 
poésies de Théodore Prodromos. Il faut descendre en- 
suite Jusqu'au xvi* siècle, où l'on trouve les ceuvres de 
grammaire de Chrysoloras et de Lascaris, et les Annales 
universelles de Dosithée. Au xvii* appartiennent l'froto- 
crite, roman de chevalerie de Vincent Comaro, et r£ro- 
phile, tragédie de Georges Chortatzi. Pendant le xvui*, les 
Grecs ont fait de nonibreux emprunts aux littératures 
étrsngères : de cette époque datent les traductions de 
VHistoire ancienne de Rollin et du Télémaque de Féne- 
Ion. Eugène Bulgaris, archevêque de Kherson, traduit les 
Géorgiques et V Enéide de Virçle. Parmi les auteurs d'ou- 
vrages originaux, on doit citer : Mélétios, archevêque 
d'Athènes, qui recueillit les légendes de l'Archipel ; Pho- 
tinos, dont on a une Histoire ae la Thrace et de la Tran^ 
sylvante; le moine Grto>ire de Dodone, qui a publié la 
Biographie des patriarches de Jérusalem. 

Un mouvement littéraire assez important s'est déclaré 
au XIX* siècle; sans parler d'un grand nombre de livres 
de morale et d'éducation traduits de l'italien, du fhmçais, 
de l'anglais, et de l'allemand, il fout mentionner les trslr* 
tés de rhétorique et de philosophie d'QEkonomos et de 



GRE 



lOOS 



GRE 



▼ambas, les oavnns théologiquet de Theoclitos Parmaki- 
tis« lea écrita polinqaes de Minaa, de Polysoidte^ de PalG»- 
logoa et de 8pyri<Uon Vallettas, lea traTaiiz philoiogiquea 
de Oony^ de Néophytes Dukaa, de Darbaria, d*Aaopios, de 
VaDTaa, de Zenooioa Pop. Dans le genre historique Per- 
neboa a donné une Histoire de Souli (i8i5J et des Afe- 
moir^s sur la gwrre de Vindipsndanee de I8t0 (1830); 
Philippidis, une Histoire de ta Roumanie, 1816 ; Risoa Né* 
roules, une Histoire de ta Grèce moderne, 1828 ; A. Sout- 
•oa, une Histoire de la révolution grecque, 1829: Sonr- 
mélia, une Histoire d^ Athènes à Vêpoque de ta guerre de 
Vindàpendance, 1834; K.-D. Schinaa, une Histoire des 
anciens peuples^ 1845; Risos RangaTia, des Antiquités 
hdténiques, 1842, etc. — La Grèce moderne possède une 
poésie populaire, dans laquelle on remarque surtout les 
chanta dea KJephtes et ceux qui se rattachent à la çuerro 
de rind^ndance; des recueils en ont été publiés en 
ihmçala par Fauriel (1825, 2 vol.) et par le comte de 
llarcellus (1860, in-12). Mais elle a auasi une poésie sar 
Tante qui s*est essayée dans plusieurs genres. Rigas, Kal- 
Tos, SalomoB, Angelica Pâli, Karatchoutachaa, ont com- 
posé dea hymnes de guerre et de liberté. Les deux Soutzos 
et Orphanidia ont cultivé la satire. Christopouloa s'est 
exerce dans Tode anacréontîque; Risos Néroulos, Pikko- 
loa, Zampelios, les deux Soutzos, dana le genre drama- 
tique. Panagoa Soutzoa est auasi auteur d*nn poème 
épique et didactique, le Messie, et Alexandre Souuos 
d^un poème fort estimé, te Vagabond. Rangavis a chanté, 
dana le Séducteur des peuples, le moine monténégrin 
Stéphanos , l'un des faux Pierre UI qui parurent sous 
la czarine Catherine n. Zalakostas a publié en 1851 un 
poème sur le siège de Bflssolonghi, et« en 1853, un poème 
Intitulé Armatoles et Klephtes. 

GRÉEMENT (du vieux mot gréer, pour agréer, qui 
signifiait approprier), totalité dea voilea, dea pouliea et 
des cordages propres an service des vergues et des mâts 
d*un navire. 

GREENWICH (Hôpital de), magniflaue établissement 
fondé en 1696, k la place où était un palais des rois d*An- 
fleterre, pour recevoir les marins invalidée. Il peut loger 
4,000 personnea. L'aspect en est surtout majestueux 
qoand on y arrive par la Tamise, sur les bords de laquelle 
est un flrand square oCi s'élève la atatue de Geoi^^e II 
par Rysbrack. L'hospice se compose de dnq oon>s de 
Bâtiments : 1* celui oit du roi Charles, surmonta d'un 
dôme avec belvédère , œuvre de Christophe Wren , et 
contenant la bibliothèque affectée à l'usage des pension- 
nairea; 2<» celui de la reine Anne^ 3° celui du roi Gutî- 
laume; 4* celui de la reine Marte, où se trouve la cha- 
pelle; 5* V Asile on École, Au point de vue de l'art, la 
chapelle est fort Intéressante : les statues de la Foi, de 
l'Espérance, de la Charité, et de la Modestie, en ornent le 
Tesubule; le portail richement sculpté, les portes d'aca- 
jou maaaif, la décoration intérieure, composent un en- 
aemble qui n*a pas d'égal en Angleterre; sur l'autel est 
on trôs-bean tableau de West, représentant S* Paul 
échappé du naufrage. On remarque aussi la Galerie no- 
ffale, formée en 1823; elle comprend t 1* nn vestibule, 
où sont les statuea de Nelson, de Duncan, de S^ Vincent, 
et de Howe, plusieurs peintures de Tumer et de Louther- 
bourg, un portiaitde Van Tromp-, 2* une grande salle 
ornée de portraits d'amiraux anglais qui étaient autre- 
fois à Windsor et à Hampton-Gourt, et a'autrea peintures 
de marine; 3* une autre salle renfermant dea objets cu- 
rieux, dea modèles de vaisseaux, etc. 

GREFFE (du grec graphéin, écrire), dépôt où aont 
classés et conserva les registres et les actes des parties, 
pour ou'on puisse y recourir lorsqu'on veut en avoir des 
expéditions. Cest là aussi que s'acquittent les droits de 
Instioe et les amendes. Dans les greffes des tribunaux de 
l** instance sont également déposés les doubles des re- 
gistres de l'état civil dé chaque arrondissement. 

GREFFIER (du grec graphmu, écrivain), fonction- 
naire établi prea des Cours et tribunaux pour écrire lea 
arrêts, sentences, Jugements et autres actea prononcée 
on dictée par les Juges, en «arder les minutes, et en déli- 
vrer des expéditions à qui il appartient. Les greffiers des 
Juatioea de paix et dea tribunaux de l'* instance et de 
commerce doivent être &géa de 85 ana au moine; ceux 
dea Cours impériales, de 27 ans. On demande qu'ils 
aoient licenciés en Droit et aient suivi le barreau pen- 
dant 2 ans. Une Justice de paix n'a d'ordinaire qu'un gref- 
fier; lea tribunaux de 1'* instance et de commerce ont 
nn on plualeura greffiers-^^djoints ; le nombre de cea 
demlera est plus considérable dans les Cours impériales, 
^ù le premier des greffiers a le titre de greffier en chef* 



Ce fonetionn^re est aaaujetti à un cautionnement, dont 
le chiffre varie en raison de la population et du ressort 
du tribunal, n est soumis k la surveillance du préaiderit 
et du ministère public. Outre un traitement fixe, qui est 
médiocre, 11 touche, pour les rôles d'expéditions qu'il dé- 
livre, un droit qui, dans certaines localitéa, rend aon 
poste très^lucratif. Le traitement fixe des greffiers est de 
600 ii 800 fr. pour les JusUces de paix, d^ 600 à 1,200 fr. 

rmr les tribunaux de police (6,000 fr. à Paria), de 800 
1,800 fr. pour lea tribunaux de commerce, de 1,000 à 
2,400 fr. pour lea tribunaux de 1** instance (6,000 fr.i 
Paris), dft 2.000 à 4,000 fr. pour les Cours d'appel 
(8,000 fr. à Paris). Les droits de greffe aont fixés par les 
tarifs du 16 février 1807 et du 18 Juin 1811, par ordon- ' 
nance du octobre 1825, par arrêt du 8 avril 1848, et par 
décret du 24 mai 1854. Le groffier de la Cour de cassa- 
tion a un traitement fixe de 46,000 fr., snr lequel il paye 
4 commis et les fournitures du greffe. Lea greffiers ont la 
qualité de membres des Cours ou tribunaux auxquels ils 
sont attadiéa, et prennent rang i^rès lee officiers du mi- 
nistère public. La loi du 28 avril 1816 les autorise à pré- 
senter leurs successeurs. Ils ne peuvent être parents ni 
alliés. Jusqu'au degré d'onde ou de neveu inclusivement, 
d'un membre de la Cour ou du Tribunal, et dea dispenses 
ne aont accordées que dans les tribunaux composés de 
8 Juges an moins (Loi du 20 avril 1810). Leurs fonctions 
sont incompatibles avec toute autre fonction publique aa- 
lariée et avec tout office. Lk où il n'y a pas de commis- 
saires-priseurs, les greffiers des Justices ne paix peuvent 
procéder aux ventes publiques de meubles, et ausal des 
récoltes pendant par racines. V. GeEPPisa, dans notre 
Dictionnaire de Biographie et d'Histoire. 

GRÉGORIEN (Chant). Le chant grégorien, nommé 
aussi ptain^chant ou chant romain, est le chant ecclé* 
élastique en usage dans presque toutes les églises de l'Oc- 
cident, n fut r&lé à la fin du vi* siècle. par le pape 
S^ Grégoire le Urand, qui, aux quatre modes authen' 
tiques (F. ce mot) établis par S^ Ambroise, et formant 
la base du chant ambrosien (K. ce mot ), afouta les quatre 
modes plagaux {V.ce mot). Le chant grégorien a subi 
piusieura modifications dans le cours de son existence : 
la plua importante et la plus autorisée a eu lieu an 
XVI* aiède, à la suite du concile de Trente et par l'ordre 
du pape Grégoire XIII. Il existe un grand nombre d'édi- 
tions du chant gr^rien, et, ouoiqu'elles aient un fonds 
commun, elles offrent entre elles de notables différencea 
{V. Plaim-Chant). V, Nivers, Dissertation sur le chant 
grégorien, Paris, 1683, in-8*; Th. Nisard, Études sur la 
restauration du chant grégorien, Paris, 1855, in-8*. F. C 

eafooaiBN (Rit), rit réglé par le pape S^ Grégoire le 
Grand. Le pape Gélase avait réuni, dana un Sacramen- 
taire qui porte son nom, les prières conservées par la 
tradition ; S' Grégoire les mit dans un meilleur ordre, 
précisa lea cérémoniea du culte, et composa ainsi un nou- 
veau Sacramentaire, Il fit, d'ailleurs, peu de change- 
ments dans la liturgie, abrégeant surtout celle de GéUàe. 

GRÈGUES. F. BaAiBS. 

GRÊLIER, nom qu'on donnait Jadia à une aorte de 
trompe de chasse. 

GRÉMIAL (du latin gremium, giron), linge on mor- 
ceau d'étoffe que l'on place sur les genoux de Tévèque 
officiant, loraqu'il est assis, pour garantir la chaauble. 

GRENADE (Cathédrale de). Cet édifice, commencé en 
1529 sur les plans de Diego de Siloé, et inauguré en 
1560, meaure 119 met. de longueur sur 70 de largeur. Sa 
façade à trois portes est ornée de stittues et de bas-relieis. 
Il est distribué en cinq nefs, soutenues par d'énormea 
pillera en colonnes groupées. Les nefs latérales sont gar- 
nies de chapelles, dont les retables et les peintures ont 
généralement beaucoup de valeur. La Grande chapMe. 
qui occupe la largeur de trois nefs (32 met.), est une dea 
œuvres lea plua somptueuses de l'Espagne : ornée de ma- 
gnifiques peintures par Alonzo Cano et ses élèves, éclairée 
par ne bôtnx vitraux où l'on a représenté la Passion, 
elle est recouwte d'une coupole Jadis peinte en bleu et 
semée d'étoiles d'or, et dont la clef est à 47 met. au* 
dessus du sol. La Chapelle royale contient deux très- \ 
beaux mausolées, qui recouvrent, l'un les restes de Fer- { 
dinand te Catholique et de sa femme, l'autre ceux de ' 
Jeanne la Folle et de son mari Philippe le Beau. La tour 
de la cathédrale de Grenade a 56 met. d'élévation : do- 
rique au l"" étage, ionique au 2*, corinthienne au 3*, 
elle devait avoir un 4* étage toscan. 

caBNADB (l*alhambra de). F. Alhambra. 

oaENADB, projectile. F. notre Dictionnaire de Biogreh 
vhie et d* Histoire» 



GRE 



1009 



GRI 



GRENADIERS , soldats d^élite qui forment une com- 
(Agnie dans chaque bataillon d'infanterie de ligne. Us 
■ont choisis par le colonel , sur la présentation dâi cbefo 
de IxktaiUon , parmi les hommes de hante taille, ayant an 
moins six mois de service (une belle conduite à la 
gaerre dispense de cette condition), et réunissant les 
qualités qm font le bon militaire. Ils ont une solde plus 
forte que celle des Aisiliers, sont exempts des corrées oui 
roulent sur le régiment ou le bataillon, psrtagent avec les 
roHifleurs la garde du drapeau, et portent le sabre, les 
épauTettea rouges, et une grenade brodée sur Tuniforme. 
Jadis ils avaient le bonnet à poil, qui fut encore en 
sBsgB pour les grenadiers de la garde impériale. V. Ga»- 
Ràonas, dans notre Dictionnaire de Biographie et d*Bist, 
GRENAT, pierre précieuse, de couleur yineusOi qu'on 
emploie dans la byouterie. Le symbolisme chrétien en a 
fait un des emblèmes de la charité. 

GRENEUJi (Puits de). V, notre Dictionnaire de Bio- 
ffraphie et d^Histoire. 
caafBLLB (Fontaine de). V, Fontaoie, page 901. 
GRÈNETIS, bordure de petits grains qui entoure le 
type d'une médaille. 

GRENIER (du latin granarium, dérivé de granum, 
grain) , magasin où Ton cooserre les grains battus, no- 
tamment les céréales. Il est bon que, dans une ferme, le 
nenier soit à proximité des granges ou de la machine à 
battre, et, pour éviter Tinceume, dans un bâtiment isolé. 
On ne doit le placer ni an rez-de-chaussée, car la pre- 
mière condition d'un bon grenier est d'être parfaitement 
8ec« ni an-dessus des étsbles et des écuries, d'où s'exhale 
n:i air chaud et humide, nuisible à la conservation du 
grain. L'emplacement le plus convenable est au-dessus 
des hangars et des remises, ou dans le coxps de logis du 
coltivateur. Un grenier n'a pas besoin d'avoir plus de 
S à 3 mèL de hauteur, parce que le blé entassé sur une 
trop grande épaisseur tend k s'échauffer et que son poids 
sor le plancher est considérable; mais on peut super- 
poser plusieurs étages de greniers. Le toit doit être assez 
saillant, pour que Pintérieur du grenier soit mieux pro- 
tégé contre les eaux pluviales; des ouvertures percées en 
pâit nombre, an nord et au midi, établissent an besoin 
un ooorant qui renouvelle l'air intérieur, et on les tient 
exactement fermées à l'aide de volets, afin d'empédier la 
dnleiir d'y pénétrer. S'il y a plusieurs greniers super- 
posés, une ventilation énergique s'établit au moyen de 
trappes ouvertes dans leurs planchers, et qui servent 
tont à la fois au montage ou à la descente des grains, et 
à la formadon d'un courant d'air de bas en haut. Au- 
dessus d'une écurie ou d'une étable, le mieux est de car- 
reler le grenier; partout ailleurs un plancher en bols est 
préférable, pourvu qu'avant dlntroduire les grains on 
Tait nettoyé et brossé pour enlever la poussière et les 
insectes. Il est également profitable de blanchir chaque 
année les murs avec un lait de chaux, qui atteint les in- 
sectes dans les plus petites fissures ; à plus forte raison 
doit-on boncher tous les trous qui pourraient servir de 
gHe aux animaux rongeurs. 

camna, en termes de Marine, lit de pièces de bois ou 
de galets, préparé dans le fond de la cale d'un navire, à 
la hauteur d'un demi-mètre environ, pour recevoir des 
ballota, qui, sans cette précaution, seraient atteints psr 
rhumidité. 

«aoiiias d'abordaiici. V, notre Dictionnaire de Bio^ 
graphie et ^Histoire. 

GRÈS , un des matériaux employés à différentes 
époques dans la construction, surtout pour les édifices 
coondérables. Le temple de Jupiter Panhellénien à Êgine 
étsit en grès Jaune, et le tombeau de Hidas en ^rès rouge. 
Les Égyptiens élevèrent en grès la mineure psrtie de 
leurs temples, et taillèrent leurs statues dans une pierre 
de grès très^n. 

GRÈVE, bord de la mer ou des rivières que les basses 
eaox laissent à découvert en y abandonnant du gramier 
ou des galets. On donna longtemps à Paris le nom de 
grèioe à la portion du rivage de la Seine qui avoisine 
rHèiBl de me, et c'est sur la Place de Grève wm se 
firent les exécutions capitales Jusqu'en 1890. Gomme 
c'est là que les ouvrière en bâtiment se réunissent le 
mstitt, dqrais un temps immémorial , pour se renseigner 
mutoeUement sur les travaux en cours d'exécution et se 
fliire eorèkv par les entrepreneurs, comme ils y sont 
plus nombfvnx lorsqu'il y a des interruptions de tnvail, 
^assn s'est établi d'appeler arève toute suspension de 
travaupar suite de coalition. Y, GoAunon. 

GRÈVES, nièce d'armure. 7. notre Dieiiùnnaiire de 
Bkgra^km gi SHitUÀre. 



I GRIEANE, petit navire de 50 à 60 tonneaux, en usage 
sur les côtes de la Hanche. La gribane porte deux mâts 
très-courts et un beaupré ; lorsqu'il y a un hunier an 
grand mât, on met un mât de hune volant. 

GRIEFS, en latin graioamina, atteintes ou lésions 
graves contre lesouelles on réclame, soit en politique, 
soit devant la justice. 

GRIFFE, empreinte destinée à tenir lieu de signature, 
dont elle est le fao-simile, et instrument qui sert à la 
faire. Comme une griffe peut être facilement imitée, ou 
apposée par un autre que celui qui signe, il est interdit 
aux fonctionnaires publics d'en faire ussge. La griffe des 
commerçants, mise sur effets de commerce rendus à 
leure débiteun, vaut libéretion, à moins que ces derniers 
ne soient convaincus de l'avoir appliquée eux-mêmes. 

GRIFFES, ornement d'architecture de toutes les épo- 

2ues. A l'époque romano-byzantine, la base attique s'orne 
e griffes, de pattes ou de feuillages enroula sur les 
angles du soubassement; c'est un de ses caractères par- 
ticuliers. On rencontre des sriffes dans un grand nombre 
de meubles antiques et modernes. 

GRIFFON, animal fabuleux, Uon ailé â tète d'aigle, 
et qui se trouve dans l'ornementation des monuments à 
toutes les époques. On le voit aussi sur des médailles an- 
tiques. 

GRIGNOTIS, tailles de gravure courtes, vagues et 
tremblotées , interrompues par des points de toutes les 
formes. Ils conviennent principalement pour les feuilles, 
les troncs d'arbres, les temins, les vieilles murailles, 
les chaumières, les étoffes grossières et velues. 

GRIL, espèce de chantier établi â proximité d'un quai 
pour réparer les navires. 11 consiste en une plate-forme 
composée de pièces de bois disposées en grillai^ On y 
laisse échouer le bâtiment soumis à des répsntions que 
Ton ne peut exécuter que pendant les basses men. 

GRILLE , assemblage de pièces de bois ou de fer qui 
sert à fermer une enceinte. Les grilles en bois sont d'un 
grand usage; parfois très-riches, comme on en voit à 
l'intérieur de certaines édises, parfois très- simples, 
conune celles qui ferment les vrâgers et les enclos, elles 
ont suivi dans leur construction le goût des différentes 
époques, sans présenter des particularités aussi remar- 
quables que les grilles en fer. On a déplové dans celles-ci, 
surtout â psrtir du xv* siècle, lorsqu'elles étaient desti- 
nées â des intérieurs d'émises ou à des entrées de palais 
et de châteaux, un luxe inouï, qui en fait des chefs- 
d'œuvre de serrurerie. La place Royale à Psris était au- 
trefois entourée d'une fort belle grille, qui, sous Louis* 
Philippe, a.été remplacée par une grille moderne sans 
caractère ; le Palais de Justice est Justement renommé 
pour la grille de sa cour d'honneur. 

GIULLET , dans le Rlason, grelot qui parait en quel- 

2ues écus, et plus flréquemment aux jamoes des oiseaux 
e proie. 

GRIMBKLTNS, banquiers qui, an xvn* siècle, servaient 
d'intermédiaires entre les mîffcbands de bestiaux et les 
bouchon. 

GRIME, emploi de théâtre. 5e gnmer, c'est donner 
à sa physionomie certaines modifications, à l'aide. de 
moyens artificiels. Les grimée sont les vieillards ridicules 
ou comiques. 

GRINgOLÉ, en termes de Blsson, se dit des croix, 
sautoin, meubles, dont les extrémités se terminent en 
tètes de serpent. 

GRIPHE, en grec griphoe, énigme que, chez les An- 
ciens, les convives se proposaient mutuellement pendant 
le repas. Le mot signifie ^et ou reie d» pécheur, propre â 
prendre des poissons. 

GRIPSHOLM (Château de). 7. notre Dictionnaire de 
Biographie et d^ Histoire, 

GRISAIULES, pdntores formées en quelque sorte 
d'une seule couleur blanche ou grise passant par tous les 
tons du blanc an noir ; c'eat une espèce de camaïeu (V,ce 
mot). On peut citer comme des modèles de grisailles les 
magnifiques imiti^ons de bas^reliefs qui décorent la 
voûte de la grande salle de la Bourse a Paris, et dues 
â MiEQrnier et Abel de Pojol. — On dit que des'vitranx 
sont peinuen grissille, lorsqu'on ne s'est servi pour les 
sujets et ornements que de la seule teinte grise, lis appa- 
rslssent dte le xm* siècle. Quelques-uns de ces vitraux 
ne sont composés que de lacis et d'ornements, parfois 
rehaussés de touches en couleur qui leur donnent une 
grande vivacité. Dans les hautes Tarières des nefs et du 
haut chœur, les grands personnages se détachent son- 
vent, comme à Reims, à Amiens et à Tournai « sur un 
fond en gruaille. Les égUaes de Bourges, de Rouen, de 

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&M 



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Mboorg, ele.« en présentent auni des exemples. Au 
iiv* siècle, aonrès la découverte du Jaune d*amnt, les 
peintres ▼emers exécutèrent entièrement dee ntranx en 
grisaille et or. Au xy* et à Tépoque de la Renaissance, 
~aTec le perfectionnement de Tart do dessin, surgissent 
des yitraux à grands sujets- entièrement en grisaille : 
bien oue la facture en soit souvent admirable, on doit re- 
connaître qulls sont naturellement froids ; les grisailles 
offirent un JEfel aspect pour les ornements, lorsqu'elles sont 
légèrement rehaussées de couleurs. E. L. 

GRIS-GRIS. V. ce mot dans notre Dtctwnnain dt Bio- 
graphie et d* Histoire. 

GRIVOIS, nom qu*on donnait, au xvn* siècle, aux sol- 
dats pillards qui ulaient partout maraudant et se ^r- 
rut de butin , comme les grives qui s*enivrent de raisin 
s les vignes. Par suite, on remploya pour désigner 
tout homme d*humeur éveillée et hardie, souvent en dé- 
bauche. En passant dans la Littérature, le mot grivois 
s'est appliqué aux chansons Joyeuses et avinées. 

caivois , nom donné sous Louis XTV à une sorte de 
tabatière, munie d'une r&pe à tabac. 

GROAT, monnaie d'argent d'Angleterre, valant 4 penny 
(42 centimes ). 

GROENLANDAIS (Idiome ), le mieux connu des idiomes 
eskimaux (7. ce mot). Il diffère assex notablement des 
antres, pour que les tribus qui habitent au S. du détroit 
de Davis et de la mer de Bamn ne le comprennent qo*avec 
difficulté : on en peut signaler, entre autres motifs, la 
présence d'une assez grande quantité de termes dérivés 
du norvégien et que les anciens colons Scandinaves y ont 
introduits. Le groônlandais manque des articulations d, 
f, hf X et SI ; on n'y rencontre jamais b, g, l eiv comme 
initiales. H est rare que, dans le corps des mots, deux 
consonnes soient placées de suite; mais l'emploi domi- 
nant des lettres t, k etr donne à la prononciation une 
Sande dureté. Le çxsénlandais est une langue polysyn- 
étique on d'a^utînation, où l'on trouve (tes composés 
d*une excessive longueur; toutefois, lés règles fixes qui 
président à la formaUon des mots et à la syntaxe donnent 
de la clarté k cette langue, malgré son apparente compli- 
cation. Il n'y a pas de genre dans ies noms ; les cas so 
forment par des suffixes ou désinences. Ce sont aussi des 
changements de désinence qui expriment les degrés de 
comparaison. On ne connaît que les cinq premiers noms 
de nombre ; an delà, et Jusqu'il 20, on s'aide, pour comp- 
ter, des noms des doigts des pieds et des mains; puis. 
Jusqu'à 100, on emploie le mot signifiant personne pour 
exprimer 20, et Ton dit, par exemple, trois personnes 
pour le nombre 60. La dédinaison et la conjugaison ont 
les trois nombres singulier, pluriel et duel. La xni^ngai- 
son, très-riche en modes, n'a que trois temps : le présent, 
qui sert à exprimer le présent et un temps passé depuis 
peu; le prétérit; et le futur, qui a deux formes pour le 
futur indéfini et pour un futur peu éloigné. Il y a une 
forme particulière pour la conjugaison négative. La voix 
passive des verbes ne diffère de l'active que par une légère 
addition à la racine. Les conjonctions s'attachent au verbe, 
les prépositions au nom, et les adverbes à l'adjectif, sous 
forme de désinences. Les moindres nuances d'une action 
s'expriment par des termes distincts : ainsi , l'idée de 
pêcher se traduit par autant de verbes différents qu'il y a 
désertes de poissons. On dit que les femmes n'ont pas un 
vocabulaire identique à celui des hommes, phénom&equl 
% été remarqué aussi chez les Caraïbes et les Guaranis, et 
qn'on explique par la disparition d'une population m&Ie 
primitive, dont les femmes auraient été épargnées par de 
nouveaux venus. Balbi distingue dans le groénlandais 
tanoit dialectes , celui du Nora ou d'Upemavick, appelé 
hamouk ou kamouH; cekd du milieu, parlé dans l'Ile de 
Disco et sur la cète occidentale; celui du Sud ou de Julia- 
neshaab. V. Barthollnns, De Groënlandorum Unguà 
(dans les Tiransactions de médecine et de philosophie de 
Copenhague), 1675; Egède, Dictionartum groëtUandicO' 
danico-lcUinwn^ Copenhague, 1750, in-8**, et Grammor 
tica groènlandico-éanico^atina, 1760, in-8<^; Thorhal- 
lesen. Schéma verbi grammatid, Copenhague, 1776; 
Othon Fabridus, Dictionnaire groënlandais. ibid., 1804, 
in-8^ ; Kleinschmidt, Grammaire groënlawÈeûse, Berlin , 
1851. 

GROLLE, ancien vase, en forme de flacon, avec xme 
poignée. 

GROS, monnaie de France. Vi notre Dictionnaire de 
Biographie et d* Histoire. 

GROS, monnaie allemande. Dans les États de la Confé- 
dération germanique, les bons gros {gute groschen) 
valent 12 pfennige, et sont le 24« du thaler, qui vaut 



4 fir. En Rrusie, le gros émargent {sUbergrosehm) ne 
vaut que le 30* du tfaaler prussien de 3 fir. 75 c. En Saxe» 
le noîÊwau gros (nengroschm) vautlOprenfii^t. 

GROS FA. y. Fâ. 

GROSSE, nom donné aux expéditions des actes nota- 
riés et des Jugements qui sont prises sur Toriglnal et dé- 
livrées en la forme exécutoire. Cest la forme exécutoire 
qui distingue la grosse de toute antre expédition, et ellH 
donne le droit d'agir directement sans recourir aux tri- 
bunaux. Une grosse est ainri appelée, parce qu'on la 
copie ordinairement d'une écriture laige et grosse. Ell<» 
fait foi dans le cas où l'original viendrait à se perdre. Les 
notaires et les greffiers des tribunaux peuvent seuls dé- 
livrer des grosses : chacune des parties intéressées peut 
en obtenir une ; mais tout notaire ou greffier qui lui en 
délivrerait une seconde, sans une ordonnance du prési- 
dent du tribunal , encourrait la destitution. Les grosses 
des contrats de mariage qui ont subi quelques change- 
ments par des contre -lettres ne peuvent être délivrées 
sans la mention de ces changements. 

eaossB , en termes de Commerce, désigne on compte de 
12 douzaines d'objets; c'est comme qui dirait une groase 
balle (ballot). 

oaossE (Contrat à la). V. PrAt a la oaossi. 

GROSSERIE , nom sur lequel on comprend, en termes 
d'Orfèvrerie, la vaisselle de table et les vases destinés 
aux églises. 

GROSSESSE (Déclaration de). En Droit, la veuve qui 
reste enceinte doit faire sa déchuration de grossesse, et il 
lui est donné un cuirateur au ventre pour prévenir toute 
supposition de part ( V. es mot). — La femme condamnée 
à mort suspend l'exécution en déclarant une grossesse. 

GROSSO, ancienne monnaie de compte de Venise, va^ 
lait 2 centimes 1/2. Le Grossetto en était la 12* partie, 
tandis qu'en Dalmatie c'est ai^ourd'hui la 40" partie d'un 
ducat , environ 9 centimes 1/2. 

GROTE, monnaie de Brème, valant 5 centimes. 

(^OTESQUE, mot qui signifia originairement une de 
ces figures de caprice, de fantaisie, que l'on nomma aussi 
arabesques {V. ce mot). Du temps d'Auguste, le genre, 
dit arabesque par les modernes, était déjà en grande fa- 
veur à Rome dans la peinture décorative ; Vitruve le blâme 
en s'appujrant sur une fh>ide logique, un rigide bon 
sens qui ne tient compte ni de l'ingénieux, ni du gra- 
cieux dont brillent habituellement les bonnes composi- 
tions de ce genre. Au xvi* siècle, les mines souterraines de 
quelques monuments antiques, notamment des Thermes 
de Titus, à Rome, offrirent beaucoup de fragments de ces 
ci4>ricieuses compositions; les Italiens les nommèrent 
grotesques, de grotta, « grotte, » mot par lequel ils dé- 
signent tout lien souterrain. — Après les gens de goût, 
c.-à-d. les Anciens , vinrent les exagérateurs : outrant 
une idée qui était déjà un abus, mais que les inventeurs 
se faisaient pardonner à force d'élégance, d'imagimoion 
fine, spirituelle, et de correction, ils tombèrent dans le 
vulgaire, firent de la caricature, et gâtèrent la chose et le 
mot. Sous leur lourd crayon et leur imagination triviale, 
les grotesques devinrent des figures grimaçantes, où tout 
est tourné en défauts, antipodes du gracieux et de Télé- 
gant, autant que du sérieux et du correct, enfin où l'art 
véritable du dessin n'entre plus pour rien. A l'époque de 
la Renaissance, des graveurs s'attachèrent à produire des 
scènes imaginidres comiques ou hideuses, ne chordiant 
dans la nature humaine que des types défioctueux, dont 
ils exagéraient encore les défauts. Les artistes du moyen 
&ge cultivèrent ce genre avec prédilection ; ils en firent 
abus dans la sculpture décorative, en attachant aux 
églises les figures les plus monstrueuses, et sculptant, sur 
les boiseries d'intérieur de ces monuments, sur des stalles 
de chœur, les scènes les plus scandaleuses et les person- 
nages les plus propres à appeler la dérision. G. D— t. 

GROnCH, monnaie d'argent d'Egypte, vahint 30 cen- 
times. 

GROUP, en termes de factage et de messagerie, sac 
plein de numéraire et cacheté, qui doit être transporté 
d'un endroit à un autre. 

GROUPE, en termes de Beaux-Arts, ensemble de 
figures réunies dans une action commune et disposées de 
manière que l'csil peut les embrasser d'un seul coup. 
L'art de grouper les personnages fût porté à son degré le 
plus élevé dans l'antiquité, mais disparut avec la civili- 
sation romaine, et ne fiit nullement compris pendant le 
moyen ftge. Alors on rangea les personnages à la file, on 
leur donna des poses forcées et qui pouvaient prêter à 
rire, môme dans les sujets les plus graves. Les peintres 
de la Renaissance, abandonnant la routine, mirent dans 



GTIA 



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GUB 



kxn grovpoB da penonnagM le jea de la nature et Tex- 
pveMlon réelle de Taction. Ce progrès, préparé par les 
pebiSraB da xv* riècle, fui surtout réalisé par Miobel- 
AngiB, qui , en mettant au Jour son fameux carton de la 
faerre de Piae» montra aox artistea la voie véritablOé II 
n'est pas poaaible de donner des règles pour Tart de 
poaper; les modèles qii*ofire la natora sont en nombre 
mflni, et c*est à raruate de soine son inspiration en 
dw reh a nt tov^oars les combinaisons les plus naturelles 
et les plus parlantes. Mengs, en voulant éteblir des règles 
basées sur le nombre impair, s'est perdu dans des rai- 
aonnements diiltis et inutiles. Pour la sculpture, l*aati- 

rité nous a laissé des groupes très-heureux, le Laocoon, 
Tanrean Flamèse, les Dioecures, les Lutteurs de Flo- 
nnoe, etc. B. L« 

aacMirs, en italien grupetto, assemblage de trois ou 
^inatre petites notes de musique, dont la valeur se prend 
en avant de la note qui en est alfBctée, et qui s'exécutent 
avec rapidité. 

GRUE (La), danse des Anciens, instituée, dit-on, par 
Thésée, en mémoire de sa délivrance par Ariane, et qn*il 
exécuta avec les Jeunes Athéniens tirés du Ud>yrintbe. 
Celui <(ni menait cette danse faisidt et défaisait le cercle, 
pour simuler les tours et détours du Labyrinthe, et les 
autres danseurs le suivaient, à l'imitation des grues qui 
en suivent toujours une quand elles volent en troupe. 

GRUBRIË. K. ce mot dans notre DictUmnaiirB de RiO' 
ifraphie et d* Histoire, 

GRYLLES, nom que les Anciens donnaient aux objets 
d'art représentant des sujets grotesques. V. GAaiOLiVRs, 
dans le Supplément. 

GRYMPE, voile des femmes au ix« siècle. 

GRYPHE. V. GaiPHB. 

GUACAS ou HUACAS, lieux consacrés à la sépulture 
chez les anciens Péruviens. 

GCADALAJARA (Palais de), palais des ducs de Tln- 
Guitado, dans la Nouvelle-Gastille. C'est un monument 
de transition entre le style architectural du moyen âge 
et celui de la Renaissance. La construction en fut com- 
mencée en 1461 par le marquis Hurtado de Blendoza. La 
façade principale, d'un développement considérable, est 
semée de pointes de diamant qui marquent la jonction 
des pierres, percée de fenêtres de diverses dimensions, 
et couronnée d'une galerie saillante à mâchicoulis. Un 
srand écasson aux armes de la famille, tenu par deux 
Satyres, est au-dessus de la porte, qu'encadrent deux 
tourelles. Cette porte, ainsi que dans toutes les maisons 
de raristocratie espsgnole antérieures au xvm* siècle, 
ne se trouve paa an milieu de la façade, parce que, dit- 
oo, le droit d'avoir la porte au milieu du manoir était 
jadis un privilège de la souveraineté en Espagne. La dis- 
tribution intérieure du monument a subi, depuis l'ori- 
gine, toutes sortes de modifications qui ont mélangé les 
stf k». La cour est entourée de deux galeries superposées, 
soutenues, sur chaque côté, par six colonnes : les co- 
lonnes de la galerie inférieure sont rondes, en pierre, et 
d^ordre dorique, et supportent des espèces d'arcs mo- 
resques dont les tympans sont garnis de lions sculptés; 
celles de la galerie supérieure sont torses, et les tym- 
pans ornés oe griffons; on retrouve à Tentablement le 
style grec le plus pur. Dans les appartements, on admire 
la soubassements en azuléjos (V. ce mot)^ les plafonds 
k caftsons décorés de peintures, les cheminées vastes et 
richement sculptées. La Saile des races, ainsi appelée à 
cause de ses peintures qui représentaient les armoiries 
de la plupart des familles nobles d'Espagne, a été cé- 
lèbre par la magnificence de ses dorures, qui la firent 
nommer un brasier d'or; on la laisse dans un complet 
abandon. 

GU ANCHES (Idiome des). On ne possède qu'un mil- 
lier de mots environ de l'idiome des Guanches ou indi- 
gènes de l'archipel des Canaries. InsuflSsants pour servir 
de base à une étude approfondie de cet idiome, ils per- 
mettent néanmoins de le rattacher an berbère {r, ce 
mot). Cette filiation, indiquée dès le commencement du 
xv« siècle par les chapelains qui firent partie de l'expédi- 
tion de Béthencourt aux Canaries, ne résulte pas seule- 
ment de l'abeence des copulativea qu'on signale chez les 
Guanches et les Berbères, ni de leur prononciation égale- 
ment dure et gutturale, mais aussi de la nature des mots. 
V, S^n-Beruielot, Jf Anotrsi swr les Guatwhes (dans les 
tomes ï et 3 des Mémoires de la Société ethnologique de 
Paris) ; Da Costa de Blacedo, Remarques ethnographiques 
sur la langue origmaU des (les Canaries (dans le Journal 
4$ la Société de géographie de Londres^ 1841 ). 

G0ABAMIS (Idiomes), Idiomes parlés par les Guaranis 



du Brésil (F. ce moi). Les principaux sont le liipt el le 
fftioront propre. Ils diflèrent, selon Balbi, de toutes les 
langues ne rAmérique. On y remarque une multituds ds 
particules, qui souvent n'ont pas de signification par 
elles-mêmes, mais qui, en se groupant, forment des. 
termes d'un sens précis. Le guarani manque des oom»* 
sonnes fet l; 11 snbsiisue 4 cette dernière, dans les noms 
étrangers, la lettre r. L'aspiratiott de l'A y est fMqnents, 
mais très-adoucie; il a trois articulations correspondant 
au ch allemand, à notre gutturo-nasale gn, et à notre i 
mouillée. La déclinaison n'a qu'une seule forme ; le gé* 
nitif et l'accusatif lui manquent : le pluriel s'indique par 
le sens de la phrase, ou à l'aide d'un mot à part dési- 
gnant la pluralité. Les quatre premiers noms de nombre 
seuls existent en guarani ; pour les autres, les Guaranis 
se servent ai^oord'hui des termes espaignols. Il n'y a pas 
de verbe substantif. Les verbes ordinaires se conjuguent 
au moyen de préfixes indiquant les personnes, les temps 
et les modes. Un nom peut devenir verbe par l'a^oncdon 
du pronom personnel. On dit que, comme dans le ca- 
raïbe et le groénlandais, le vocanulaire des femmes n'est 
pas identique avec celui des hommes. V, Ruiz de Mon» 
toya, Tesoro de la Itnptia guarani, Madrid, 1639, in-4*t 
Bandini , Arte de la Ungua guarani , avec notes de Res* 
tivo, 1724, in-4». 

GUARIVE (Dialecte). V, CabaIbb (Langue). 

GDARRAZAR (Couronnes de}, couronnes d'or troiH 
vées en 1858 à Guarrazar, dans la province de Tolède, et 
achetées au prix de 100,000 fr. par le gouvernement 
fhmçais, qui les a placées au musée de Quny. Elles sont 
an nombre de huit, enrichies de pierreries, garnies de 
chaînes d'or destinées à les suspendre, et oméà de pen- 
deloques à l'intérieur et à la circonférence. De grandes 
lettres d'or suspendues à la plus importante de ces ooi^ 
ronnes forment le nom de Hecceswntkus , roi des Wis!- 
goths d'Espagne à la fin du vn* siècle; l'inscription d'une 
croix pendante au milieu d'une autre couronne porte le 
nom de Sonnica, qui est peut-être celui de la femme du 
même prince , et nous apprend que cette couronne fut 
ofierte à la Vieroe de Sonaces. Les couronnes de Guar- 
razar ftxrent probablement enfouies lors de l'invasion des 
Arabes, et elles se sont conservées intactes. 

GUDAK, violon à trois cordes des Rosses. 

GUDRUN. K. le SuppUmmU. 

GUEDRONS. \ V. notre Dictionnaire de Btographm 

GUÉRILLAS. ) et d'Histoire. 

GUÉGARIA ou GUÈG13E (Dialecte). F. Albanais 

GUÉRITE, petite loge ordinairement en bois, quelque- 
fois en maçonnerie, servant d'abri anx militaires en fac- 
tion. Dans les édifices du moyen âge, on construisait les 
guérites k toute hauteur et souvent en saillie ; après la 
découverte de la poudre à canon, on fut obligé d'y re- 
noncer, parce qu'elles servaient de point de mire aux 
boulets, qui les démolissaient en peu de temps. Les gué- 
rites sont maintenant établies dans les murailles épaisses, 
en façon de niche architecturale. 

GUERRE , lutte de deux peuples ou États cpi tendent 
à se limiter, à se subordonner ou à se détruure. Tantôt 
elle a pour but la conquête, tantôt elle est un moyen de 
contrainte pour obtenir l'exécution d'une promesse ou le 
redressement d'un grief. Elle décide les différends des 
princes plus souvent que ceux des nations. La guerre est 
défensive, lorsqu'elle est résistance à l'attaque ; offenswe, 
lorsqu'elle est m vasion sur le territoire ennemi. La guerre 
qui se poursuit entre deux armées manoravrant l'une 
contre rautre est qualifiée de guerre de campagne, par 
opposition à la guerre de siège. Une guerre qm a pour but 
la réalisation d'une idée est une guerre de principe, 
celle qui n'est que la satisfaction d'une passion est nne 
guerre dintérét : ces deux caractères sont rarement sé- 
parés, parce qu'on invoque toi^ours une idée, un prin- 
cipe, pour excuser l'emploi de la violence. Les guerres 
essentiellement politiques sont préférables aux guerres 
religieuses et aux guerres nationales, parce qu'elles sont 
en général plus courtes et moins acharnées; elles am^ 
vivent peu a la pensée politique qui leur a donné nais- 
sance. On a beaucoup discuté sur la Jusdce ou l'i^Justlcs 
de la guerre: en fait, il est presque toujours impoaaibis 
de démêler de .quel cûté se trouve le bon droit, à sop» 
poser qu'il existe dans l'un des deux; certaines confia 
nances, l'orgueil blessé, de mauvaises raisons plaidéas 
avec plus ou moins d'art, déterminent souvent les hosti- 
lités. Il n'y a qu'un seul cas où la guerre se justifie aux 
yeux de la raison et de la Justice s c'est celui où un peuple 
défend son tonitoire, ses lois, ses croyances. Plus d'une 
fois la guerre a été un moyen de civilisation, et peut-être 



GUE 



1012 



GUI 



était-eUe dans les lois de la ProTÎdence : tout dépend de 
savoir si le penple envahissant était plus civilise que le 
peuple envahi, et si la conquête eut pour but et réelle- 
ment pour effet la civilisation. Les causes qui donnent 
naissance aux guerres entre États peuvent aussi produire 
la guerre entre les membres d'une même société poli- 
tique : c*est alors une gu9rr$ cwUe ; là encore, celui-là 
teid a raison qui défend contre une oppression violente 
sa vie, sa famiue, sa liberté, ses croyances, les produits de 
son travail. 
aonon (Art delà). V, IfiuTAiRE (Art). 
GVBUus (Ck)nseil de^, tribunal chargé de Juger les dé- 
lits et crimes des militaires. La loi du 13 brumaire an v 
(8 nov. 1795) en a créé un par corps d'armée ou divi- 
sion militaire de Tintérieur. Il se compose d'un colonel, 
Snteident; d'un ofBder supérieur, de deux capitaines, 
*nn lieutenant, d'un sous-lieutenant, et d'un sous-offi- 
cier. Juges; d'un rapporteur, en même temps Juge d'in* 
strucâon; et d'un commissaire du gouT. taisant les fonc- 
tions du ministère public. Ces deux derniers magistrats 
sont pris parmi les chefs de bataillon ou d'escadron, ou 
les capitaines et les adjoints de 1** et de 2* classe de l'In- 
tendante militaire : ils ont des substituts du grade de ca- 
Sitaine ou de lieutenant. Les greffiers sont adjudants 
'administration ou officiers d'administration ; les com- 
mis-greffiers sont «yudants sous-officiers. Les débats 
sont publics. Trois suffrages favorables entraînent l'ab- 
Bolution ; il en faut cinq contraires pour appliquer une 
peine. Le Jugement est rendu sans désemparer; il est 
exécutoire 24 heures après que la lecture en a été don- 
née au condamné, s'il n'y a pas eu pourvoi en révision ; 
et, s'il y a eu pourvoi suivi de confirmation , dans les 
S4 heures du renvoi des pièces au Conseil. Les délits 
commis par des militaires éloignés de leurs drapeaux 
sont JugM par les tribunaux ordinaires, tandis que les 
individus à la suite de l'armée sont soumis aux Con- 
seils de guerre. Dans les places assiégées, le commandant 
choisit les membres du Conseil de guerre, dont les pou- 
voirs finissent avec l'état de siège, et duquel tous les 
citoyens sont Justiciables. Une loi du 18 vendémiaire 
an VI a établi dans chaque division militaire un Conseil 
de révision (F. ce mot)^ et un second Conseil de guerre 
chargé de connaîtra des jugements que celui-d a réfor- 
més. -* Dans la Marine, il y a deux espèces de Conseils 
de guerre : les uns, siégeant à bord des bâtiments de 
l'État, ont pour Justiciables tons les individus embar- 
qués ; les autres, placés dans les chefe-lieux des préfec- 
tures maritimes, étendent leur compétence à tous les 
officiers ou assimilés, ainsi qu'aux individus embarqués, 
lorsque leur bâtiment est dans l'enceinte de l'arsenal , 
et Jugent les faits de perte ou de prise de bâtiments 
de rËtat. — On appelle encore Conseil de guerre, 
Boit à l'armée , soit dans une place de guerre, une réu- 
nion d'officiers tenue pour donner un avis sur le parti 
à prendre dans quelques cas difficiles. 7. Uiutaibb 
(Justice). 

GUBBRB (Dédme de), imposition extraordinaire d'un 
décime par firanc en sus des droits d'enregistrement, de 
timbre, d'hypothèque, de çraffe, de voitures publiques, de 
garantie sur les mati^:es d'or et d'argent, de douane, etc., 
ainsi crue sur les amendes et condamnations pécuniaires. 
Cette imposition , établie pour une année par la loi du 
6 prairial an vn (25 mai 1799), à titre de subvention de 
guerre, s'est maintenue d'année en année jusqu'à pr^nt. 
u y a même eu quelquefois le doubU décnn$ de guerre. 

GUEPRB (Déclaration de). Chez les Romains, la déda- 
radon de guerre s'appelait elarigatio, paroe que c'était 
une publication à haute voix {clarà voce)^ faite par les 
PédaJs, personnages sacerdotaux qui Jetaient en outre 
une Javeune sur le territoire du peuple déclaré ennemi. 
Jusqu'au milieu du xvn* siècle, on conserva cet usage de 
tUre déclarer la guerre par des hérauts d'armes : au 
moyen Age, le héraut envoyé an chef ennemi Jetait à ses 
pieds un gantelet en signe de défi ; ou bien, il sonnait du 
cor sur la ligne de démarcation des parties belligérantes, 
et lisait à haute voix le cartel ; ou encore il l'affichait sur 
quelque arbre voisin de la frontière. Ai^o^*^!^ ou pro- 
clame l'état de guerre par des manifestes rendus publics 
et qu'on se notifie de part et d'autre; on rappelle les am- 
bassadeurs, chargés d'affaires et consuls, qui, avant de 
prendre leurs passe-ports, déposent les intérêts de leun 
commettants entre les mdns des agents de quelque na- 
<tion amie ; on rappelle ceux des sc^ets qui sont au scorvice 
<militidre ou dvil de l'ennemi, et même ceux qui se 
trouvent sans fonctions sur son territoire; on interdit 
toute relation de oommeroe. 



GDERRB (Dépôt de la). V. Dépôt ob la GoasaB, dans 
notre Dicttonnair9 de Biographie et dk Histoire, 

GUBRRB (Bfinistère de la). V. MmisràsB db la cuEaaB, 
dans notre Dictionnaire de Biographie et d^Histoire. 

onEaRB (Petite), simulacre <to guerre dans lequel des 
corps de troupes manœuvrent et feignent de combattre 
les uns contre les autres, en tirant seulement à poudre. 

GDBsaBS (Commissaires des), officiers qui avaient autre- 
fois pour attributions de veiller aux besoins des troupes, 
de pourvoir aux vivres et aux i4>provisionnements de 
toute sorte. Les sénéchaux et les btuilis remplissaient ces 
fonctions dans les limites de leurs bailliages, lorsqu'on 
1855 on créa un corps d'administrateurs militaires sous 
le titre de conducteurs des gens de guerre; on en compta 
12 pour toute l'armée. Une ordonnance db t373 autorisa 
les connétables, les maréchaux, les maîtres des arbalé- 
triers, à nommer, pour les gens gui étaient sous leurs 
ordres, des commis ou commissavres des guerres. Cet 
essai d'administration militaire fut abandonné au com- 
mencement du règne de Charles VII. Les commissaires 
des guerres furent rétablis en 1514, sous la dépendance 
du ministre de la gueire, et une ordonnance de 1553 leur 
accorda le droit de siéger au parlement ; on leur donna 
pour chef, en 1614, un commissaire général ^ qui fut 
rempUcé en 1635 par des commissaires ordonnateurs. 
Leur solde avait été fixée à 480 livres en 1514 : un arrêt 
du Conseil , de l'année 1693, donna à ceux qui avaient 
payé 50,000 liv. pour la finance de leur charge, 2,200 liv. 
de gages et 3,000 Ûv. d'appointements; à ceux qui avaient 
payé 40,000 liv.^ 1,600 liv. de gages et 3,000 liv. d'ap- 

romtements; à ceux qui n'avalent financé que 30,000 liv., 
,320 liv. de gsges, sans appointements. Pendant le mi- 
nistère du comte de Saint-Germain, il y eut 18 commis- 
saires ordonnateurs, assimilés aux colonels, avec 6,000 liv. 
de solde; 16 conmilssaires principaux, SO commissaires 
de 1** classe, 96 de 2*, tous assimilés aux capitaines, avec 
5,000, 4,000 et 3.000 liv. de solde. En 1788, la finance 
fut portée à 55,000 liv. Un décret du 20 sept. 1791 établit 
une organisation nouvelle, qui dura Jusqu'au 29 Janv. 
1800, époque où les fonctions attribuées Jusque-là aux 
commissaires des guerres furent partagées entre deux 
sortes de fonctionnaires, les inspecteurs aux revues et 
les commissaires des guerres. Ces derniers comprirent 
35 commissaires ordonnateura, 120 commissaires de 
l'* classe, 120 de 2*, et 35 adjoints ; supprimés par or- 
donnance du 29 juillet 1817^ ils furent remplacés par le 
corps de Vlntendance miiitatre, B. 

GUET. V, ce mot dans notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

GUET-APENS (c.-à-d. guet appensé, prémédité), ac- 
tion d'attendre un individu pour lui donner la mort ou 
exercer sur lui quelques violences. Le guet-apens dénote 
la préméditation, et est une circonstance acêiravante du 
crime ou délit auquel il s'applique. 

GUÊTRE, pièce de cuir ou d'étoffe qui couvre tout ou 
partie de la jambe et le dessus du pied, et qui se boutonne 
ou se boucle sur le côté. Les Anciens connurent les 
guêtres sous le nom de tibiaiia. Dans l'armée firançaise^ 
les guêtres furent, à partir du premier Empire, une pièce 
importante du vêtement : l'infanterie de ligne et les dra- 
gons à pied les portaient montantes au-dessus du genou ; 
celles de l*infanterie légère n'allaient qu'à mi-jambe, et 
étaient coupées en cœur sur le devant , avec un gland 
et une houppe de couleur. En 1810, les guêtres de l'in- 
fanterie de ligne descendirent au-dessous du genou. Au- 
jourd'hui l'infanterie française porte des guêtres de cuir 
pend antl*h iver, et de toile grise pendant l'été. 

GUETTE, nom qu'on donnait quelquefois à la tour la 
plus élevée d*an château, parce qu'elle servait à faire le 
guet. 

GUEULE, mot employé comme synonyme de Cymatse- 
(V.cemoÇj, 

GUEULES (de l'arabe gui , rose), en termes de Bla- 
son, désiçae la couleur rouge. C'était la plus honorable ; 
elle n'était portée que par les princes ou ceux auxquc^ 
la permission en avait été octroyée, et exprimait la Jus- 
tice, l'amour de Dieu, la vaillanœ. la magnanimité. 
L'émail de gueules est figuré par des nachures verticales 
sur le fond de l'écu. 

GUI ou BOHE. grande vergue en arc-boutant qui sert 
à étendre la partie inférieure de la brigantine. Le gui 
tient par un bout au mât d'artimon, sur lequel il tourne 
comme sur un centre ; par l'autre, il sort d'un quart de 
sa longueur en dehon du bâtiment. Placé trè»-près dv 
pont, u y cause un encombrement regrettable. 

GUI DE BOURGOGNE, chanson de geste qui appartiea* 



GUI 



1013 



GUI 



«1 cyde des romaus carlovingieiis (F. ce mot)^ et qai, à 
«n Joger par la langue et par certains détûia de moeurs et 
de costume, dut être composée à la fin du xii* siècle ou 
au commencement du xm*. Le sujet se rapporte à la con- 
^ète faboleose de TEspagne par Gharlemagne. Il y a déjà 
tï ans qae la guerre est commencée, lorsque de Jeunes 
cavaliers, dont les pères servent sous Tempereur, dé- 
cernent la royauté k Tun d*entre eux. Gui de Bourgogne, 
personnage qui n'a rien de commun avec celui que les lé- 
gendes font figurer parmi les paladins de Gharlemagne 
et que Ton trouve dans la chanson de Fierabrcu (V^ee 
mot). Gui, au lieu de gouverner paisiblement la France, 
enjoint à ses compagnons, après avoir reçu leur serment 
de foi et d'hommage, de le suivre en Espagne, où, 
^près de brillants exploits, il va se soumettre à Gharle- 
magne, et l'aide h prendre la ville de Luiseme, vaine- 
ment assiégée depuis sept ans. — Le Trouvère qui a écrit 
Gui de Bourgogne est inconnu ; il possède sur ses con- 
tempondns une supériorité évidente dans les scènes dia- 
loguées. Son poëme n'a été conservé que dans deux 
manuscrits du xm* siècle : l'un, conservé au Musée bri- 
tannique de Londres, a fait partie de la bibliothèque Har- 
léienne ; Fantre, qui est le meilleur, provenant du mo- 
nastère de Harmoutiers, et conservé à la bibliothèque de 
Tours, est celui qu'ont publié BiM. Guessard et BAichelant 
dans la collection des Anciens poëUi de la France, Paris, 
1850, ÛM6. B. 

GUI DE NAMTEUIL, chanson de geste qui se rat- 
tache an cycle des romans carlovingiens (F. ce mot)» Gui 
de Nanteuil est flls de Gamier de Nanteuil et d'Aye d'Avi- 
gnon; n a pour aïeul Boon de Nanteuil, le second des 
douze fils de Doon de Mayence. S'étant rendu k une cour 
plénière tenue par €3iarlemagne» il reçoit de ce prince la 
faveur de porter l'oriflamme. La famille de Ganelon en 
est Jalouse : Hervieu de Lyon, fils du fameux traître Ma- 
caîre et neveu de Ganelon, qui a récemment fait à l'em- 
pereur un riche présent pour obtenir la main de la belle 
Églantine de Gascogne, accuse Gui d'un meurtre. Celui-ci 
demande le combat, et Hervieu n'échappe à la mort que 
par une lâche intervention des siens. Pendant la mêlée, 
Goi a frappé le Jeune Hardré, l'une des espérances de la 
famille de Ganelon : poursuivi jusque sous les murs de 
Nanteuil par Gharlemagne et Hervieu, il voit arriver à 
son aide une armée de 100,000 hommes, sous les ordres 
de Ganor, le second époux d'Aye. La victoire n'est plus 
un instant douteuse; Hervieu périt sous les coups de son 
rival ^ et l'empereur, couvert de honte et de ridicule, est 
réduit à demander la paix. Églantine épouse Gui de Nan- 
teuil. — Ce roman, de 3,000 vers environ, fait suite 
immédiatement à celui ^Aye (F. ce mot); il est l'œuvre 
d'un trouTère inconnu, et semble avoir etk composé à la 
fin du xu* siècle. On n'en connaît aujourd'hui que deux 
manuscrits ; l'un, appartenant à la hibliothèque de la 
Faculté de Médecine de Montpellier; l'autre, en fran- 
çais fortement italianisé, conservé dans la bibliothèque 
de S^Marc, à Venise. Ils ont servi pour la publication 
du (rw de Nanteuil de P. Meyer, lequel fait partie de la 
collection des Anctens poëiês de la France, Paris> 1861. 

GUI DE WARWYKE. V. le Supplément. 

GUIBERT D'ANBRENAS, 9* branche de la chanson de 
GuiUaumê au court nez. Aimeri de Narbonne, chargé de 
gloire et d'années, n'a plus qu'un flls à pourvoir. Il lui 
donne la cité d'Andrenas, en Espagne, qu'il possédera 

rmd il en aura chassé les mécréaiats. Il part à la tête 
tous ses parents et amis pour mettre le siège devant 
Andrenas. Cette ville est livrée par la belle Guète ou Au- 
^ète, qui reçoit le baptême et épouse Guibert. — Cette 
chanson existe à la Bibliothèque nationale de Paris dans 
un seul manuscrit du xnr* siècle. V. Histoire littéraire 
de la France, tome XJUI. H. D. 

GOIBRE, en termes de Marine, synonyme d'^p«ron 
{V. ce mot), 

GUICHET, petite porte de service pratiquée dans une 
grande, pour éviter l'embarras ou l'inconvénient d'ou- 
vrir les grands battants. On en voit aux portes des pri- 
sons, des châteaux, des édifices publics. A Paris, on donne 
le nom de ffuiehete du Louvre aux arcades de ce monu- 
ment sons lesquelles passent les voitures et les piétons. On 
appelle aussi guichets de petites ouvertures pratiquée» 
dans les fendtres ou les portes, comme aux prisons et aux 
couvents, pour pouvoir parler du dedans au dehors sans 
être obligé d'ouvrir la porte. De là est venu le nom 
de ffuiehetiers donné aux geôliers de prison. — En Hy- 
dnnlique, les guichets sont de petites portes pratiquées 
dus les grandes portes d'écluses ; elles servent à Itusser 
l'ean en ^foantité moindre et avec moins de vio- 



lence ; on les manoeuvre au moyen de crics et de roues 
dentées fixées sur la tête des grandes vannes. 

GUIDE (La), en termes de Musique, partie qui entre 
la première dans une fugue, et annonce le sujet. 

Goms, nom que prennent les sous-officlers sur lesquels, 
dans les évolutions, les hommes d'une troupe doivent 
régler leurs alignements et leurs mouvements. 

GUIDE-ACCORD. V. au Supplément. 
.GUIDES, un des r^ments de cavalerie de la garde 
impériale en France. Un décret du 10 mai 1852 leur a 
donné pour uniforme un dolman et une veste de drap 
vert, avec brandebourgs de laine jaune, un pantalon ga^ 
rance, un colback avec flamme garance et aigrette en 
crins blancs. V. Goidbs, dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GUIDON, mot qui, après avoir désigné une espèce 
particulière d'étendard ( V, notre Dictionnaire de Biogra^ 
phie et d^Histoire)jt ne s'applique plus, dans l'armée de 
terre, qu'à un petit drapeau carré dont le manche peut 
entrer dans le canon du fusil , et qui sert aux aligne- 
ments. Dans la Marine, le guidon , plus court et plus 
large que la flamme (K. ce mot), est employé pour les 
signaux. — Dans le Plain-chant, on nomme ^tion un 
petit signe qu'on place au bout de chaque portée, pour 
indiquer la place qu'occupe la 1** note de la portée 
suivante. 

GUIGUE. V. GiG. 

GUILDER. V. GoLD. 

GUILDHALL, c-hré. en anglais Salle de la corportt» 
tion, nom donaé à l'Hôtel de Ville de Londres. Ce mo- 
nument, construit en 1411, brûlé presque entièrement 
en 1669, et aussitôt réédiflé, n'a eu sa façade terminée 
qu'en 1789. A l'entrée se trouvent les deux célèbres sta- 
tues de Gog et de Maeog. La grande salle, qui a 51 met 
de longueur sur 16",33 de largeur et 18'»,66 d'élévation, 
peut contenir de 6 à 7,000 personnes : c'est là qu'ont lieu 
les élections parlementaires et munidptdes, les réunions 
autorisées par le corps des aldermen, les repas, fêtes et 
bals donnés par la ville de Londres. 

GUILLAUME, monnaie d'or de Hollande, valant 
20 fr. 70 c. 

GoiLLAVHE (Les Enfauccs), 4* branche de la chanson 
de Guillaume au court nez. Aimeri de Narbonne envoie 
son fils à la cour de l'empereur Charles. Le Jeune homme 
rencontre en chemin une troupe de Sarrasins ; il les met 
en déroute , et fait savoir à la belle Orable, fille du roi 
d'Oran^, qu'il prétend l'épouser un jour. II arrive à 
S^Denis pour le couronnement de l'empereur, et y montre 
tant de bravoure et d'adresse, que Charles l'arme cheva- 
lier. La vie de Guillaume est ensuite remplie par une 
long^ue série d'exploits, tels que le Couronnement du rot 
Louis, le Charroi de Nismes, la Prise d'Orange, la So- 
taUle d^Aleschans. Enfin Guillaume, devenu vieux, songe 
à son salut éternel, et alors commence son Moniage, qui 
est la 13* branche de la chanson. Il construit le monas- 
tère de Gellone, non loin d'Aniane. Chassé bientôt par 
les moines d'Aniane, qui redoutaient sa force et sa vio- 
lence, il construit dans «une forêt aux environs de Mont- 
pellier la fameuse cellule de^S^-Guilhem-du-Désert Enfin 
il est appelé par l'empereur pour défendre Paris assiégé 
par les Infldèles. Reçu d'abord dans la maison de Ber- 
nard du Fossé ( maison devenue historique et qui est en- 
core mentionnée comme telle au xv* siècle), il délivre 
Paris en tuant le géant Isoré. L'endroit où eu^ lieu le 
combat s'appelle encore Tombe fsoùre; c'est la principale 
entrée des catacombes au delà de l'anc. barrière d'ArcueU. 
Guillaume retourne dans son ermitage, où son dernier 
exploit est une lutte corps à corps avec le Diable. H meurt 
en odeur de sainteté. — Ce Guillaume n est point un per* 
sonnage imaginaire. Gharlemagne l'avait nommé gouver- 
neur de Toulouse, et, à ce atre, il soutint de longues 
guerres contre les Gascons, qui prétendaient conserver 
leur indépendance. La tradition, en se transmettant d'&àe 
en à^ se transforma et s'agrandit ; Guillaume devint le 
vainqueur des Sarrasins, le conquérant de l'Italie ; on lui 
attribua les exploits des Normands. Quant à la sainteté 
de sa vie monastique, elle est attestée par un témoin 
oculaire, le moine Ardon, qui écrivit en 822 la vie de 
S^ Benoit. Les Enfances Cruillaume sont conservées à Ia 
Bibliothèque nationale de Paris dans quatre manuscrits i : 
le Moniage se trouve aussi dans ouatre manuscrits in«. ^ 
complets, dont un appartient à la oibliothèque de l'Ar- « 
seual. V. Histoire littéraire de la France, t. XXH. H. D. ^ 

GDiLL&oiiE AU coDST NEZ, srande chanson de geste sur 
les exploits d' Aimeri de Narbonne, de ses enfants et pe- 
tits-enfants. Cette chanson prend le nom du plus célèbre 



) 



GUI 



1014 



GUI 



des enCuits d*Aimeri , Gnillanme aa eonrt nei, antroment 
dit GaiUaome d'Oranee, GoilIaaiDe Fierebrace, SMaoîl- 
laume de Gellone. Elle se compose d*environ 120,000 
Ten, et on la divise en 18 branches, savoir : 



I. Garin de Montglane; 

n. Gérard de Viane; 
m. Aimeri de Narbonne; 
IV. Les Enfances Guil- 
laume ; 

V. Le Couronnement du 

roi Louis; 

VI. Le Charroi de Nismes; 
Vn. La prise d'Orange; 

VIII. Beuve de Comarchis; 
IX. Guibert d'Andemas; 
X. La mort d'Aimeri de 
Narbonne; 



XI. Les Enfances Vivien ; 
XII. La chevalerie Vivien 
etlabataiUed'Ales- 
chans; 
Xm. Le moinlage Guil- 
laume; 
XIV. Raînouart; 
XV. La bataille de Loqui- 

fer; 
XVI. Le moiniage Rai- 

nouart; 
XVn. Renier; 
XVni. Foulque de Candie. 



V. les articles consacrés à ces divers romans. H. D. 

GUILLEBfETS, signe typographique qui ae place avant 
et après une citation. Il est ainsi figuré : « ». L*usa^ 
■'en introduisit pour la première fois dans l'imprimene 
en 1546, et Ton croit qu'un certain Guillemet en fut Tin- 
yenteur. 

GUILIXXIHIS, ornement en forme de réseau ou de 
lignes ondulées, dont on embellit les pièces d'orfèvrerie. 
Il se pratique au moyen d'une machine appelée tour à 
guillocher, — En Sculpture, guUlochig est synonyme de 
grecqu» et de bàtoiu rompus, 

GUILLOTINE, instrument de décapitation usité surtout 
en France. Cest un pesant couteau d'ader, à tranchant 
oblioue, suspendu entre deux poteaux, abaissé ou relevé 
par le simple Jeu d'une corde, et qui tombe sur le cou 
du condamné garrotté horizontalement sur une planche. 
La guillotine est ainsi appelée d'un médecin nommé Guil- 
lotin, député à l'Assemblée constituante de 1780; non 
qu'il en soit l'inventeur, mais parce qu'il l'indiqua comme 
moyen uniforme d'infliger la mort, sans distmction de 
noblesse ou de roture, et comme le procédé le plus 
intMnpt, le plus sûr et le plus doux; Antoine Louis, se- 
crétaire de l'Académie de Médecine, et le mécanicien 
Schmidt, venaient de la perfectionner. Elle porta quelque 
temps le nom de la proùt Louwm^ la pettU Loution ou 
Louueit9^ par allusion au docteur Louis. Des machines 
analogues existaient antérieurement : Jean d'Auton ( His- 
toire ae Louis Xll) mentionne en 1507 la mamnaja em- 
ployée à Gènes; Robertson parle d'un instrument iH[>pelé 
moàdsn en Ecosse pour le supplice des nobles. D'an- 
dennes gravures allemandes de Pents, de H. Aldegrever 
et de Lucas Cranach offrent l'image de pareils instru- 
nenta de supplice, ainsi que l'ouvrage publié en 1555 

r Achille Bocchi sous le ntre de SymboUcœ quœsiianes 
u»to«rfo gensrs. On voit dans les Mémoires de Puy- 
■égur que le maréchal de Montmorency fut décapité à 
Toulouse, en 163S, au moyen d'une àolwrs glissant entre 
deux poutres. Avant la Révolution, on Jouait à Paris, sur 
le thé&tre d'Audinot, une pantomime des QwUrs fUs 
Aymon, où l'un des personnages était exécuté de cette 
flBJçon. V. Dubois, Recherches historiques et physiolo- 
guiues sur la guillotine, Paris, 1843, et un article de la 
moue britannuiue, décembre 1846. B. 

GUIMBARDE , instrument ou plutôt i^pareil vibratoire 
en fer, très-commun en Allemagne et dans les Pays-Bas. 
Ite forme à peu près ovale, comme l'anse ou poignée des 
anciens tire-bouchons, il oifre au milieu une languette de 
même métal , élastique, scellée par un bout au haut du 
eorps de Tinstrument , et dont rautre bout est recourbé 
pour que le doigt puisse aisément l'accrocher. On ap- 
plique la guimbarde contre les dents, et on l'y assiOetut 
par la pression des lèvres. Pour en jouer, on agite la lan- 
guette avec le doigt ; en vibrant elle produit un son , qui 
vénérait monotone n ses intonations n'étaient modifiées 
par Télargissement et le rétrécissement des lèvres. Les 
enfanta font de la guimbarde un Jouet plutôt qu'un in- 
strument ; mais il rest trouvé des artistes qui en ont tiré 
de prodi^eux effets, entre antres Koch, Eulenstein, Ku- 
nert, Deichmflller, Scheibler, an point de se ftdre ad- 
mirer dans les concerta. Ces artistes, pour exécuter des 
morceaux compliqués et passer dans divers tons, se ser^ 
talent successivement de plusieurs guimbardes, et les 
échangeaient sans interrompre le cours de la phrase mu- 
iicale. Scheibler avait façonné, sous le nom d*iliira, un 
instrument composé de douie guimbardes, pour lequel il 
écrivit une Méthode. B. 

GDimàaDB, grand chariot à S ou 4 roues, servant au 
transport des marchandiBesi ou des récoltes des champa« 



GuniBAani (Jeu de). V. BUaiéa (Jeu de la). 

GUIMPE (de l'allemand wùnpel, voile), morceau de 
toile qui couvre le cou et la poitrine des relif^eusas, et 
qui quelquefois encadre aussi le visage. Le vieux verbe 
guimper signifiait se faire religieuse. Les femmes do 
monde portent aussi des collerettes en forme de guimpe. 

GUDlDER, en termes de Marine, hisser sur les bea- 
màts les mâts de pexroquet et de cacatois. On noncme 
ffuindaiU la plus grande hauteur à laquelle on puisse 
élever une voile; ffuindal , une machine à hisser les fa^ 
deaux (^u'on doit embarquer sur les navires ; guindectu , 
un treuil à axe horixontal qui sert à retenir les c&bles et 
à lever les ancres. 

GUII9ÉE^ monnaie. T. notre DKtvmnaxre de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

GUINGUETTE (du vieux mot guinguet , petit vin ; dé- 
rivé lui-même de gwnguet, petit, mince, étroit), cabaret 
hors de la ville, par delà les barrières, où le peuple va 
boire et danser. — On donnait autrefois le même nom 
à une voiture découverte à deux roues, qui fut ensuite 
appelée PhaéUm, 

GUIRLANDE DE JULIE (La), recueil de madrisaux, 
que le duc de Montausier fit composer par les beaux 
esprits du temps, et dont il composa une partie, en l'hon- 
neur de M^* Julie-Ludne d'Angennes de Rambouillet, 
dont il était épris depuis 10 ans. C'est un volume manu- 
scrit sur vélin, de 00 feuillets in-folio ; 29 contiennent 
chacun une fleur peinte en miniature, et les autres un ou 
plusieurs madrigaux , au nombre total de 63, se rappoi^ 
tant à chaque fleur. Après trois feuillets de garde, on 
trouve le faux-titre, composé d'une çuirlande de fleurs au 
milieu de laquelle on lit : La Guirlande de Julie, Après 
trois autres feuillets blancs, on rencontre encore une mi- 
niature rel^résentant, au milieu d*un nuage. Zéphyr 
tenant une rose à la main droite, et, de la gauche, une 
guiriande de 29 fleurs qu'il souffle légèrement sur la 
terre. Le volume, relié en maroquin rouge, avec des J. L. 
enlacés (Julie-Ludne ), fut envoyé, en 1641 , à M^ de 
Rambouillet, le jour de sa fête, comme un bouquet plus 
délicat et plus durable ^ue celui de véritables fleurs. 

Les beaux-esprits qui assistèrent Montausier dans sa 
galanterie lurent : Antoine Amauld, Amauld d'Andilly, 
Amauld de Briotte marquis de Pomponne, Chapelain, 
Colletet, Conrart, CorbeviUe, Desmarets de Saint-Sorlin, 
l'abbé Habert, le capitaine Habert, Malleville, Martin, 
Monmort, Racan, Scudéry, et Tallemant des Réaux. D 
n'y a pas de bien grands poôtea dans cette eapèce de 

Eléiade, et l'ouvrage s'en ressent : c'est de l'esprit alam- 
iqué et vulgaire, fade et froid, tourné dans des vers ex- 
trêmement médiocres. Les deux madrigaux les plus passa- 
bles sont le quatrain suivant de Desmareta sur la violette ' 

Modeste en ma eonlenr, modeste en moa i^oUf 
Franche d*ambition, je me eache eou Therbe; 
Mal» ei enr TOtre firont Je imie me roir nn joor, 
La plQ» httmble des fleurs sera la plus superbe. 

et trois stances do Tallemant des Réaux sur le li$ 

Devant Tons Je perds la victoire 
Que ma blanchenr me fit donner» 
Kt ne prétends pins d'antre gloire 
Qne odle de tous oonronner. 

Le del , par nn bonheur Insigne» 
Fit choix de mol seul autrefois. 
Comme de la fleur la pins digne 
Pour fsire présent k nos rois. 

Mais si J^obtenals ma requftte. 
Mon sort serait {Ans glorieux 
D'être monté sur Totre tôte 
Que d'être deecendn des deux. 

Montausier composa 16 pièces dans la Guirlande de sa 
chère Julie : mais s'il tat inspiré par l'amour, il ne le fut 
guère par Apollon. L'écriture seule de ce recueil , en belle 
ronde, de la main de Jarry, noteur de la chapelle du roi , 
est Irréprochable; les miniatures, peintes par Robertet* 
artiste célèbre alors, ne valent guère mieux que la poésie. 
Néanmoins, ce cadeau ai galant exdta une admiration gé* 
nérale; il avança un peu les ailUres de Montausier, qin« 
quatre ans après, obtint enfin la nudn de Julie. — La di>» 
cbesse conserva toii^ours précieusement ce livre; lor^ 
qu'elle mourut, en 1671, le duc le recueillit. Après 
Montausier, la Guirlande passa à la duchease de Gruinol 
dlJzès et à aes héritiers, puis au duc de La Vallière; ud 
Anglais l'acheta 14,510 livrée; en dernier lien, elle appaiw 
tenait à M"** de ChAtillon. Une copie du texte a été im* 
primée, Paris, 1784, petit in-S», et 1818, in-18. G. D— T. 

GUISARBiE, lança dont le fer avait la famé d'an» 



GUL 



1015 



<rH2 



hache à deux tranchants, ou hache qnl portait un dard au 
uuunet de s» douille. 

GUITARB (dà grec kUhara), instrament de musique 
k cordet. I^ corps en est forme de deux tables parallèles, 
l'une en ssqtin , rautre en érable ou en acajou, assemblées 
par une édiaêe de 8 à 10 centimètres de hauteur. Il 
oAre deux dépreasions latérales, comme le riolon , avec 
cette différence qu*il n'y a point d*ang^es, tout étant 
arrondi. Le manche, divisé par des kmchis sur lesquelles 
so pose les doigta de la main gauche, et placées de façon 
à correspondre à autant de demi-tons, est terminé par un 
tiUet, et garni de chevilles qui servent à monter ou à des- 
cendre les cordes de Tinstrument, fixées par l'autre ex- 
trémité sur on chevalet fort bas. H n'v eut d*abord que 
4 cordes, puis 5; en 1773, Vanfaek, de l'Académie royale 
de musique de Paris, imagina des guitares à 12 cordes. 
Aujourd'hui on en met six. De ces cordes, les trois 
plus graves, dites bourdons, sont en sole revêtue de lai- 
ton, et les trois autres en boyau.* On les accorde par 
quartes Justes en montant, excepté la 4* et la 5*, entre 
lesquelles il n'y a qu'une tierce majeure : on obtient 
ainsi , du grave à l'aSgu, les notes mt, la, ré, sol, si, mi. 
La mnsiqoe pour guitare s'écrit en clef de sol; mais les 
soQs donnent l'octave basse des notes cpii les repré- 
seotent. On les produit en pinçant les cordes avec la main 
«Iroite. An milieu de la tMe supérieure est pratiquée 
une roêoee on rosette, grand trou circulaire au moyen 
duquel les sons vont retentir dans la caisse, d'où ils sor- 
tent «mpUfléa. La guitare est un instrument de peu de 
ressoorceB; les sons en sont voilés et les arpèges mono- 
tones. Elle ne peut guère servir qu'à accompagner la voix. 
En ofatre, il n'est pas facile de Jouer sur tous les tons : 
aussi art-on souvent recours à un petit mécanisme qui , 
s'adaptant an manche, hausse tout le système d'un ton et 
demi , oo à la scordatura (désaccordage), qui n*élève les 
sons Cfoe d'un demi-ton. — La guitare a existé dès les 
temps anciens : on en trouve la figure sur les monuments 
de rÉgypte. Les Arabes l'apportèrent en Espagne, où elle 
n'a pas cessé d'être en vogue. En France, elle fut connue 
depuis le xi* siècle sous le nom de guttariM. Dans notre 
siècle, Sor, Aguado, Huerta, Meissonnier, Carcassi, Ga^ 
mUi , ont été assez habiles sur la guitare pour en foire 
un instrument de concert; ils ont laissé des Méthodes. 
— Kn 1823, Staufer, luthier de Vienne, inventa une 
çuitare d^amour, plus grande que les guitares ordinaires, 
avec fond bombé, et montée de 7 cordes. Les sons aigus 
ont de la ressemblance avec ceux du hautbois, et les sons 
grares arec ceux du corps de basset. Un autre Allemand 
a imaginé à Londres la guitare à piano : le doigté pour la 
main gauche est le même que dans la guitare ordinaire ; 
mais la main droite Joue sur un clavier à six touches 
adapté à la partie droite et inférieure de la table d'har- 
monie, et qui fait sor^r du trou de résonnance autant de 
peti ts mart eaux pour fîrapper les cordes. B« 

GDITERNE. K. GurrASB. 
GUIVRE. V. Givaa. 
CUIVRÉ, Î^.ToRB. 

GUIZANDO (Taureaux de). V. Espagrb (Architec- 
ture en ). 

GULDEN ou GUILDER, monnaie d'Allemagne, dont la 
valeur n'est pas partout la même : le guld de Manheim 
Tant 2 fir. 85 c D^ns le Brunswick, on distingue le guld 
de 1784 (2 fr. 89 c), le guld commun (2 fr. 59 c), et 
le guld de 1795 (2 fr. 89 c). Toutes ces monnaies sont 
d'argent. Dans la Hesse-Dsrmstadt, le guld n'est qu'une 
monnaie de compte,, qui vaut 2 fr. 16 c. Le guld d'or de 
Hanovre vaut 8 fr. 70 c. 

GULLIVER (Les Voyages de), célèbre ouvrage de Swift, 
publié en 1726. Il est <Uvisé en quatre parties, dont on 
lit principalement les deux premières : ce sont les voya^ 
dans Tempire de LUlijnU et dans le royaume de Broàdm^ 
gnag. L'auteur disait dans une lettre qu'il adressait à 
l^pe, un an avant Timpression de son livre : « Le principal 
bot qae je me propose dans tous mes travaux est de vexer 
le monde plutùt que de le divertir... Voilà la grande base 
de misan&ropie sur laquelle J*ai élevé tout l'édifice de 
mes Voyages. » Cest, en eflét, la faiblesse, la vanité de 
ses 8em]>lâ>les que SwUt a voulu faire ressortir dans une 
fiction aussi ingénieuse aue hardie; en conduisant suc- 
cessivement son héros des un peuple de pygmées et 
chez un peapJe de géants, il le place dans des situations 
et des embarras où la misère humaine apparaît sous le 
Jour le plus ridicnle, et il fait Jaillir de cette combinaison 
une foule de contrastes inattendus et de comiques effets. 
• Le voyage à Lillfput , a dit Walter Scott , est une allu- 
doo à la OMir et à 1» politique de l'Angleterre; sir Robert 



Walpole est peint dans le caractère du premier mlnistie 
Flimnap. Les factions des tories et des whigs sont déai* 
gnées par les factions des talons hauts et des talons 
plats ; les petits boutiens et les gros boutiens sont les pa^ 
pistes et les protestants. Le prince de Galles, qui traitait 
également bien les whigs et les tories, est peint dans le 
personnage de l'héritier présomptif, qui porte un talop 
haut et un talon plat. Bléfuscu est la France, où Ormond 
et Bolingbroke avaient été obligés de se réfugier. Dans le 
voyage à Brobdingnag, la satire est d'une application plus 
géniale : c'est un jugement des actions et des senti« 
ments des hommes porté par des êtres d'une force im- 
mense, et en même temps d'un caractère froid, réfléchi 
et philosophique. Les mêmes idées reviennent nécessai- 
rement; mais, comme elles sont renversées dans le rêle 
que Joue le narrateur, c'est plutôt un développement 
qu'une répétition. On ne saurait trop louer l'art infini 
avec lequel les actions humaines sont partagées entre ces 
deux races d'êtres imaginaires pour rendre la satire plus 
mordante; à Lilliput, les intrigues et les tracasseries po- 
litiques, qui sont les principales occupations des gens de 
cour en Europe, transportées dans une cour de petites 
créatures de six pouces de haut, deviennent un objet de 
ridicule, tandis que la légèreté des femmes et les folies 
des courtisans, que l'auteur met sur le compte des per- 
sonnages de la cour de Brobdingnag, deviennent mons- 
trueuses et repoussantes chez une nation d'une stature 
effrayante. » Les deux dernières parties des Voyages dt 
Gulliver offrent plus de désordre et de négligence que les 
premières ; les fictions y sont encore plus hardies, mais 
moins heureuses. Toutefois , c'est la même verve sati- 
rique. Dans le voyage à Laputa, Swift tourne en ridicule 
les géomètres, les astronomes, les philosophes contemplar 
tiCi,.]es amateurs des sciences abstraites, et les faiseurs 
de projets. S'il évoque, à propos de l'Ile des Magiciens, 
4es ombres de plusieurs personnages illustres de l'anti- 

2uité, c'est encore pour faire des nlvélations malignes et 
es sidllies de scepticisme historique. Chez les Houyhnms, 
il pousse le sarcasme Jusqu'à la violence, et le dédain des 
bienséances jusqu'au cynisme, pour sctisfaire sa haine 
contre la société et contre l'humanité. En somme, les 
Vouoges de CMlwer, écrits d'ailleurs avec un naturel 
parfoit, avec une simplicité de langage inimitable, avec 
une fécondité dlmasination qui les fait lire par les en* 
fants comme de véritables contes de fées^ sont pour les 
hommes faits une triste et amère ironie. Les tableaux de 
Swift découragent et ne corrigent pas : ce n'est point aux 
vices et aux travers, mais à la nature même de l'homme 
qu'il fait le procès, et l'homme trouve en lui un accusa^ 
teur passionné. Sa philosophie est encore plus chagrine, 
plus désolante que celle de La Rochefoucauld, en oui , 
disait-il , il reconnaissait son caractère tout entier ; et L'on 
ne peut s'étonner que Voltaire, qui le rencontra souvent 
dans la société de Pope et de Bolingbreke, ait professé 
pour lui une grande admiration, car ils avaient tous 
deux la même insouciance en morale, le même mélange 
de malice et de gaieté, le même art d'exprimer avec bon* 
homie les idées les plus fines et les plus piquantes. B. 

GUSU , instrument de musique russe. C*est une sorla 
de harpe horizontale, montée de cordes en métal. 

GUTTURALES, lettres qui se prononcent du gosier (en 
latin guttur) i telles sont, en français, les consonnea 
g dur, c dur, k, q (gale, cale, kilo, quand). Plusieurs 
grammairiens i^pellent ces consonnes palatales. En grec^ 
les gutturales y^ x, y* sont quelquefois aussi appelées po» 
totales, fin allemand, on compte comme gutturales e, g, 
cA, œ. En espagnol , o) et i ont nn son guttural tout par^ 
ticuli er. P. 

GUTTUS, petit vase de libations pour les sacrifices^ 
chea les anciens Romains. Il ne laissut couler la liqueur 
que goutte à goutte. 

GUYOT (Bible). T. Bdlb. 

GUZERATE ou GOUDJERATE (Dialecte), dialecte ia» 
dien, parlé non-seulement dans la presqu'île de Guzerate, 
mais duis plusieurs provinces arrosées par la Nerbuddha^ 
parmi les Parais attachés à la religion de Zoroastre; VL 
est fi^ voisin de l'hindoustani ( F. iNDnNifBS^ Langues); 
c'est la même simplicité de déclinaison et de conJugai<i 
son; les règles de la qrntaxe sont à peu pfès identiques 
aussi dans les deux idiomes. Le guierate a été assez itit** 
tement modîfié par l'invasion musulmane. Son écriture 
se distingue par l'absence de U barre horiaontale qoi^ 
dans d'autres écritures de l'Inde, réunit la partie aupé* 
rieere des canctères. K. Drummond, niwtraiions of 
the ifrmmnatieal parts of the GuMeruttee, Makratta and 
English langmgss, Bombay, 1808. 



GYM 



lOU 



GYN 



GUZLA, instrument de musique des Hljnriens. Cest 
une sorte de violon très-simple, puisqu'il n'y a qu'une 
seule corde de crins tressés. On en Joue avec un archet. 

GYBINASE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de BiO" 
graphie et d^ Histoire, 

GYMNASB DRAMATIQUE, Pun dcs thé&tres de Paris, ouvert 
en 1820, sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Il ne devait 
6tre qu'une espèce de succursale du Conservatoire, un 
thé&tre d'essai, où des élèves se seraient exercés dans des 
fragments de pièces, tout au plus dans des comédies en 
un acte. Mais, 9^ à la protection de la duchesse de 
Berry, en l'honneur de laquelle il prit le nom de Théâtre 
de Madame, il étendit ses attributions^ et ce fut pour lui 
que Scribe composa bon nombre de ses plus ingénieux 
outrages. Après la Révolution de 4830, il reprit son nom 
de Gymnase. Les pièces de Scribe, de Mélesville, de 



Bayard, de Dumanoir, lui donnèrent une vogue durable, 
que «ut entretenir le talent d'acteurs tels que Perlet, 
GonUer, Bouffé, FerviUe, Numa, M-» AUan, Léontine 
Fay (Yolnys), Jenny Vertpré, Rose Chéri, etc. Le Gym- 
nase a obtenu le droit de représenter des comédies de 
genre en 3 actes, et même en 5 actes, moyennant une 
autorisation spéciale. 



GTWIASB MJUTAïaK» 
OTMIIASB MUSICAL. 

GYMNASURQUE. 

GYlfNASTE. 

GYMNASTIQUE. 

GYMNIQUES (Jeux). 

GYMNOPÉDIE. 

GYMNOSOPHISTES. 

GYNÉCÉE. 



V. ces mots dans notre 010- 
tionnaire de Biographie «f 
d^Histoire. 



H 



H 



n, 8* lettre de l'alphabet latin et des alphabets qui en 
dérivent. Sa forme vient de celle de Véta grec (H, t)), ca- 
ractère qui remplaça Vesprit rude comme signe d'aspira^- 
tion. Les Latins n'employèrent pas toujours la lettre H 
dans tous les mots où on la voit a^Joiurd'hui, et Cicé- 
ron se plaint qu'on l'ait introduite : toutefois, comme le 
latin n'avait pas de signes simples équivalents du 9 et 
du X des Grecs, il fut avantageux de se servir de TH corn- 
binSs avec le P et le G pour Ta transcription de ces carac- 
tères. On y trouve même l'H employée pour le ^ (halo, 
de xoXàoi ; hortus, de T^ç^^i)* — En français, on distingue 
Vh muette et Vh aspirée. Cependant il n'y a véritable- 
ment pas d*h aspirée : auUur et hauteur se prononcent 
de même. La seule valeur oue présente, au commence- 
ment d'un mot, l'H dite aspira, est celle du tréma : son 
effet est d'em'pècher !a liaison de la consonne finale du 
mot précédent avec la voyelle qui suit l'H {les hasards)^ 
ou l'élision de certaines voyelles qui aurait lieu autre- 
ment {le hautf la hame). Quant à la manière de recon- 
naître les deux espèces d*H, l'abbé d'Olivet dit que l'H 
doit s'aspirer dans les mots d'origine non latine {la 
hanche, le hasard) \ que, pour les mots qui ont une étjr- 
mologie latine, l'H s'aspire anand le primitif latin s'écrit 
sans H {le haut, dérivé d'altus; il hurle, dérivé d'u/u- 
lare)^ et ne s'aspire pas quand le primitif s'écrit avec 
une H {Vhomme, l'hutoire, dérivés de homo, historia). 
Ce ne sont pas là des règles absolues : ainsi, héros et hé- 
rdUme, formés d'un même radical, ont, le premier l'A 
aspirée, et le second l'A muette. Les Anglais et les Alle- 
mands aspirent l'H au commencement des mots bien plus 
fortement que les Français; les premiers ont des mots 
qui commencent par une H muette, les seconds n'ont ce 
genre de lettre qu'au milieu des roots. En allemand, l'H 
placée après une voyelle et devant une consonne ( ehre, 
tkn, wohl) ne s'aspire pas, mais indique qu'il faut allon- 
ger le son de la voyelle qui la précède. Dans L'ancienne 
orthographe des idiomes germaniques, l'H placée au com- 
mencement des mots devant une consonne (Hlodwig, Hlo- 
thmr) indiquait une articulation gutturale. Dans le pas- 
sage du latin au germidn, H a quelquefois remplacé le x 
ffree ou le c latin {hom, de xlpo; ou de cornu; hlinian, 
de xXCvw ou de clino, Je penche). — En espagnol, H ne se 

}>rononce que devant les diphthongues ta et ue (hierro^ 
ér; huevo, œuf). Il n'y a pas d'H aspirée en italien. — 
La lettre H manque dans les alphabets lithuanien et 
russe; mais, dans certaines expressions tirées du vieux 
tlaron, les Russes donnent la valeur de l'H à leur G ou 
gamma. Au contraire, en wende et en bohème, l'H Ini- 
tiale se prononce comme G. 

n y a eu souvent, dans le passage d'une langue à une 
autre, permutation de l'F et de l'H : ainsi, les Latins ont 
écrit quelquefois forreum pour horreum (grenier) ; les 
Espagnols ont fait hmo du latin fenum, hartna de farina, 
haolar de falmlari, etc. 

L'H entre dans la composition de plusieurs lettres 
doubles des alphabets modernes. En français, on trouve : 
le groupe CH, dont il a été parlé ailleun {V. C); le 



HAB 

groupe PH, qui a le son de l'F, et qui remplace soit le 
phi (9) des Grecs, comme dans physique, philosophe, soit 
le pAé des Hébreux, comme dans séraphin; le groupe 
RH, représentant l'esprit rude qui affectait l'initiale 
rho (p) en grec, comme dans rhume^ rhéteur; le groupe 
TH, qui équivaut au thêta (6, 0) des Grecs, et qui ne 
se prononce que comme T, dans théâtre, thermes, 
thyrse, etc., ce qui explique pourquoi on a surprimé l'H 
dans certains mots du même genre, comme trâne, trésor. 
— En anglais, le groupe TH représente deux articula- 
tions, celle du thêta grec (dans think)^ et celle du aêta 
(dans that, this, etc.). 

Comme abréviation sur les monuments antiques, H a 
siçniflé ^fTio, hœres, hora, héros. Hercules, Hadrianus, 
Hispania, HostUius, hâve (vieille forme du mot ave), 
hic, honor, habet, etc.; HS (pour LLS, libra libra semis) 
voulait dire sestertius, HL hoc loco, HE hoc est, HA Au- 
jus anni, HOS hostis ou hospes. Sur d'anciennes mon- 
naies de France, H était la marque de La Rochelle, Nous 
écrivons S. H. pour Sa Hautesse. 

Dans la numération des Grecs, H désigna primitive 
ment le nombre 100, comme esprit rude du mot ekaton 
(cent) ; plus tard, ce fut seulement 8, à cause du rang 
que Véta occupa dans l'alphabet. — Chez les Romains, 
l'H valut 200 ; surmontée d'un trait horizontal, elle va- 
lait 200,000. 

Dans la notation musicale des Allemands, H repré- 
sente le si naturel. B. 

HABEAS CORPUS. V. notre Dictûmnavre de Biogrik- 
phie et d'Histoire. 

HABILLEMENT. V. Gostcmb. 

HABIT, mot qui, dans son acception générale, signifie 
un vêtement quelconque. En un sens spécial, comme 
(^uand on dit prendre l'habit, c'est le costume ecclésias- 
tique ou monacal. Vhabit habUlé ou frac est ce vêtement 
d'homme qui couvre les bras et le buste, a un collet ra- 
battu, est ouvert par devant, et se termine derrière par 
des pans ou basques plus ou moins ajnples : fait en drap 
noir, il est le costume civil de cérémonie. H ne date que 
du xviu* siècle. Vhabit à la française, dont il dérive, 
parut au temps de Louis XIV : il avait alors le collet droit 
(ce qui a été conservé), les basques assez larges pour 
qu'on les repli&t en arrière, et des parements détachés de 
la manche, tandis que l'on se contente aujourd'hui de 
les figurer; on le faisait en drap, en vdours, en soie, en 
bouracan, etc. Cest cet habit que l'on porte encore 
comme costume de cour, et dont la forme a été conser- 
vée pour le costume des fonctionnaires civils, qui a, de 
Elus, ainsi que les habits de l'ancienne noblesse, une 
roderie plus ou moins riche de soie, d'argent ou d'or au 
collet, aux parements et aux basques. On fait en draps 
de couleur, ou en étoffe plus légère, des habits dits de 
chasse, de campagne, etc. L'habit militaire à basques a 
été remplacé, vers 1830, par la tunique dans toute 
l'infanterie de ligne, et de nos jours, en 1858 par une 
veste à basqnines; il subsiste encore chez les grenadiers 
et les voltigeurs de la gsrde impérialOi dans Tes armes 



HAC 



1017 



HAC 



da génie et de raitillerie, dans les eorps des sapears- 
pompion et des sergents de ville. B. 

HÀBITACLB, caisse on annoire destinée à renfermer la 
boonole dans un navire. L'habitacle se trouve au milieu 
da gaillard d*arrière, près de la barre du eouvemail, à 
lavoe da timonier; une lumière Téclaire la nuit. Les 
planches en sont assemblées à chevilles et sans dous, 
pour qu*aQcane pièce de fer n'agisse mal à propos sur 
rakaille almantM. 
HABITATIONS. V. Uaisons. 

HABITUDE (du latin haber€, posséder), pouvoir que 
BOUS avdlis de reproduire, sans rSflexion et sans le vou- 
loir, certains fidts que nous avons produits plusieurs fois. 
L'habitnde supprime l'effort; elle est affranchie de toute 
gène; de là son nom. Ce que IMnstinct nous a fait faire 
primitiTementy nous le faisons ensuite par habitude, et 
cette loi s*éiend soi actes qyà ont été d'abord volontidres ; 
la réitéralion les rend habihtels, et développe en nous la 
même facUité et la même inclination : elle devient une 
sfcoïKis nature. Soit que l'habitude succède à l'instinct ou 
à la volonté, elle produit les effets les plus remarquAles. 
Au point de vue phyrique, elle facilite nos mouvements, 
donne de redresse à la nuin« de U Justesse au coup d'ooil, 
et nous aide à eqvrimer nos pensées par le geste, les sons 
et récritore. Elle agit de même sur nos facultés : un de 
ses premiers effets est de diminuer notre sensibilité phy- 
iiqaÎB, car une foule de sensations dont nous n'avons plus 
coDsdenoe ont d'abord été pour nous une source de 
plaisir ou de douleur; il en est d'autres, au contraire, qui 
eodgent le concours de la volonté et de l'intelligence, et 
qae Iliabitade rend plus vives, plus délicates, telles ôue 
les sensations de l'ouïe, de la vue et du tact. Vintelli- 
gence ne doit pas moins à l'habitude; ses facultés et ses 
opérations gagnent à un exercice suivi. Ainsi , quelle fa- 
cilité ne donne-t-elle pas pour reproduire Ul pensée au 
moyen de tant de sisnes conventionnels? C'est au point 
de Tae moral et sur la volonté que l'habitude a le plus 
d'Importance. L*éducation, qui développe dans l'homme 
les bcnltés physiques, Intellectuelles et morales en vue 
de In pratique du bien, n'est que l'ensemble et le résul- 
tat dû habitudes qnil a contractées dans sa jeunesse et 
même dans son enfance. Bonnes et vertueuses, elles 
relèvent à ses yeux et dans l'estime des autres; mau- 
vaises et vicieuses, elles le dégradent et l'avilissent, et 
prennent sur lui un empire que sa volonté est souvent 
unpoiaasnte à détruire. lies effets de l'habitude se mon- 
trent aossl chez les animaux, dont plusieurs sont suscep- 
tibles d'une espèce d'éducation. On remarque même 
quelque chose de semblable dans certaines plantes, qui 
s'accumatent et s'habituent à un nouveau sol ; mais on ne 
voit rien d'analogue dans la matière inorganique. Cette 
considération conduit à penser que la force de l'habitude 
n'a rien de matériel. F. Reid, Essais sur les facultés ac- 
^ees. Essai 3^ ch. m; Dugald-Stewart, PhUosophie de 
TesprU humam, u I", ch. u; Maine de Biran, Influence 
de rhabUud» sur la faciUté de penser^ in-8<*, Paris, an xi ; 
Del'habiHide^ thèse de M. Ravaisson, in-8o, Paris, i838; 
Hahn , De consuetudine, Leyde, 1701, in-4« ; Wetzel , De 
eonsuetudine circa rerum non naturalium usu, B&le, 
1730, in-4* ; Jung, De consuetudinis ef/icacià generali in 
mctilms vitalibus. Halle, 1705, in-4o ; Junsnickel, De Con- 
snelfêdmê altéra natura^ in-4®^ Wittemberg, 1787 ; de 
Ctfdaillac, Études de phÛosophte, section 3, ch. iv et v ; 
Datrochet, Théorie de l'habitude, Paris, 1810, in-8*. R. 
HABORN-SIP, sorte de fifre ou chalumeau, excessive- 
ment criard, aux sons duquel on danse dans quelques 
districts de la Hongrie. Autrefois, U servait à appeler les 
montagnards à une levée en masse, et, comme le prince 
Ragotzki l'emplojra en faisant campagne, on le nomme 
Ure de Ba gotzki. 

HACHE, instrument de fer tranchant, muni d'un 
manche, et servant à divers usages militaires ou domes- 
tiques. Dans l'antiquité, la bipenne ou hache à deux têtes, 
dont l'une était tranchante et l'autre aiguë, ou qui étaient 
tontes deux tranchantes, est déjà citée par Homère, qui 
la nomme axinè. Quoiqu'elle semble appartenir plutôt aux 
peuples du Nord, on la voit quelquefois dans la main des 
nétOÊ grecs. Sur le fronton du temple d'OIympie, sculpté 
par Alcamènes, on voyait, dit Pausanias, Thésée com- 
battant avec une hache les ravisseurs de la femme de 
RritboQs. Suivant Plutarque, les Amazones se servaient 
4 delà hache avant le temps d'Hercule; celle avec laquelle 
ee héros tua Hippolyte fut donnée à Omphale, et, après 
avoir pissé de ses successeurs aux rois de Carie, fut dé- 
posée dans un temple de Jupiter Labradien (du carien 
hbm, hache). On voit la bipenne sur des médailles de 



Mylassa en Carie, de Thyatira en Lydie« sur un antel de 
Jupiter conservé parmi les marbres d'Oxford, et sur 
quelques médailles égyptiennes. Plusieurs figures de la 
mythologie étrusque sont aussi caractérisées par cette 
arme. L^ Romains se servirent de haches pour les sa- 
crifices, les combats sur mer et les travaux de charpente i 
ils en avaient placé aux faisceaux des licteurs. 

On donne le nom de haches celtiques à des instruments 
en silex et en bronze qui ont servi aux premiers habi^ 
tants de l'Occident, et dont l'emploi a dû être très-varié. 
On a trouvé des haches de silex au pied des monuments 
druidiques , quelquefois mêlées à des ossements à demi 
brûlés; dans les tumulus, sous la tête des guerriers ou à 
leurs pieds; d'autres fols, au milieu de débris sanglants 
des sacrifices. En certains endroits, qui ont pu être des 
centres de fabrication, il s'en est rencontré un assez grand 
nombre dont les unes étaient achevées, et les autres a dif- 
férents degrés de travail. Le nord et le centre de l'Europe 
en ont fourni une quantité considérable, qui ornent les 
collections publiques et privées, et qui présentent plu- 
sieurs types. Dans les unes, le tranchant taillé régulière- 
ment suit une ligne arrondie qui se termine par derrière 
en une pointe aiguë; les antres sont à deux tranchants, 
mais d'une forme souvent irrégulière et moins gradeose; 
d'autres sont à tranchant d'un côté et à pointe mousse 
da l'autre. Les haches en bronze, sans être aussi multi- 
pliées que celles en silex, sont cependant nombreuses, 
et se trouvent aux mêmes endroits. On a découvert en 
Allemagne, en France et en Angleterre, d'anciennes fon- 
deries de ces instruments, des moules en ar^le et en 
bronze, des scories, des débris de fonte et de cuivre. En 
1821, les restes d'un établissement de ce genre ont été 
retrouvés dans le département de la Hanche par IL de 
Gerville. 

La hache fut une des armes principales des Francs i 
c'est ce oui lui fit donner le nom de francisque par 
Grégoire ne Tours. Les peuples du moyen âge, U modi- 
fiant légèrement, en firent la hache d'armes, dont les 
musées conservent un grand nombre de spécimens. Tantôt 
cette hache avait deux tranchants opposés dos à dos, 
tantôt un tranchant d'un côté et une sorte de marteau 
de l'autre. La hache des compagnies d'ordonnance de 
Cliarles VII n'avait pas de marteau, mais la douille du 
fer se prolongeait en pointe aiguë su delà du tranchant. 
Il y eut enfin des haches dont le marteau fut remplacé par 
un dard ou par un croissant à deux pointes. Les muré- 
chaux de France accotaient leur écusson d'nne hache 
d'armes, comme insigne de leur dignité. 

Lorsque la poudre a canon fut inventée, on essm de 
faire des hacnes munies de pistolets, mais on réussit 
peu ! le Musée d'artillerie de Paris en possède ouelques- 
unes. Sous liouis XIV, les grenadiers portèrent la hache i 
mais quand on leur fit abandonner la grenade pour le 
fusil, on ne laissa la hache qu'à quelques hommes par 
compagnie; ce fut là l'ori^ne des sapeurs, dont la mis- 
sion est de briser à coups de hache tout obstacle qui 
arrêterait les soldats. Les cavaliers et les soldats du génie 
portent ai^ourd'hui de petites haches qui leur servent à 
dresser le campement. Les marins ont la hache d^àbor* 
daoe^ qui oorte, à l'opposite du tranchant, une forte 
pointe de fer. desthiée à pénétrer dans les bordages du 
navire ennenu et à faciliter l'abordage. 

HACHÉES (Moulures), nom donné qae£quefoîs aux 
Dents de scie (V,ce mot), 

HACHEREAU, petite hache d*armes, courte, 1 '.gère et 
sans marteau. 

HACHURES, lignes parallèles on croisées qui forment, 
dans un dessin ou dans une gravure, soit un fond, soit des 
ombres nuancées. Les peintres verriers ont fréquemment 
employé les hachures à angles droits pour les fonds ou les 
ornements; elles furent remplscées au xv* siècle par des 
fleurs et des fleurons, puis vinrent les teintes fondues. 
Cependant, au xvn* siècle, quelques peintres à la main 
hardie reprirent les hachures pour les ombres, et ob- 
tinrent ainsi des effets très-heureux et très-énergiques. 
— Dans la science héraldique, les hachures sont des 
lignes conventionnelles dont le sens indique une cou- 
leur : on marque Vazur par des lignes horizontales, le 
gueules ou rouge par des verticales, le sable ou noir par 
des hachures croisées à angle droit, le sinople ou vert 
par des diagonales de droite à gauche, et le riolet ou le 
pourpre par des diagonales de gauche à droite. Ce pro- 
cédé commode pour expliquer le Blason ne date que dn 
XVII* siècle. 

HACQUËBUTE, HAQUEBUTE ou HAQUEBUSB, rieillii 
formes du mot arquebuse au xiv* siècle. 



HàL 



1018 



HâM 



BADRIANÉBS. V. AoBUNéBS* 

HiEMATINON, matière vitreuse d'an beaa ronfle foncée 
opaque, plos nuancée que le Terre, susceptible d un très- 
grand poli, et dont les Anciens se servaient pour mo- 
saïques, vases d'apparat, etc. On la rencontre souvent à 
Pompéi. 

HAGIOGRAPHE (du grec haipo$, saint, et graphOnt 
écrire), qualification donnée primitivement aux auteurs 
de TAndeo Testament autres oue Moïse et les Prophètes, 
puis aux biographes et légenoaires qui ont écrit sur la 
vie et les actions des Saints. V Hagiographie est la science 
des écrits de ce genre. 

HAGIOSIDÈRE (do grec hagtos, saint, et sidèros, fer), 
fer sacré, large de quatre doigts environ et long de seize, 
attaché par le milieu à une corde à Taîde de laquelle on 
le tient suspendu, et sur lequel on frappe avec un mar- 
teau. Cet instrument remplace les cloches, interdites 
chez les Grecs soumis aux Turcs. Lorsqu*on porte le 
viatique à un malade, le clerc ou remployé qui marche 
devtint le prêtre frappe trois fois de temps à autre sur un 
hafdosidère. 

HAHA, ouverture pratiquée dans un mur de jardin 
ou de parc, afin de laisser la vue libre, et qui est dé- 
fendue par un fossé extérieur. 

HAICANE ou HAICIENNE (Langue). V. ARMéiciEiiNB 
(Langue), 

HAIE, clôture naturelle ou artificielle des jardins, des 
champs, des vignes, etc. On distingue la hâte vive, faite 
d^arbres ou arbustes, ordinairement épineux, et la haie 
morte, formée de pieux ou de planches. Toute haie séfM- 
rant deux propriétés closes, ou dont aucune ne Test, est 
réputée mitoyenne; les arbres qui se trouvent dans la 
haie sont également mitoyens. Les haies vives, ou les 
arbres de basse tige pouvant servir à les former, ne 
doivent pas être plantées à une distance moindre d'un 
demi^mètre de la ligne séparative des deux héritages; si 
les branches se développent trop, le propriétaire voisin 
peut contraindre k les couper. Quiconque détruit une 
naie, en tout ou en partie, est puni d*un emprisonnement 
d*un mois à un an, et d*une amende égale au quart des 
restitutions et dommages-intérêts. 

HAIK, pièce d'étoffe de laine blanche, que les Arabes 
portent drapée autour du corps et attachée sur la tête par 
quelques tours d'un cordon de laine brune. Les femmes, 
quand elles sortent, s'en enveloppent complètement, ne 
laissant apercevoir que leurs yeux. 

HAINE, passion qui naît à la suite d'un mal dont la 
cause nous irrite parce que nous y voyons de l'inten- 
tion, n y a, par suite, un état de râction qui va jusqu'à 
la répulsion contre la cause qui nous blesse. La haine 
devient alors une colère réfléchie et méditée qui prend 
plusieurs formes, telles que la colère et la vengeance. 
Aussi, ce qui la fait naître en nous ne sort pas de Tordre 
physique, mais de l'ordre moral. Le crime, l'orgueil, 
l'oppression, peuvent nous inspirer de la haine, et, dans 
tous les cas de même nature, elle est légitime, mais à la 
condition de ne tomber que sur le vice ou le crime, et 
non sur les personnes. Dans ce dernier cas, c'est la plaie 
la plus funeste à l'homme. La haine enracinée dans le 
cœur devient une source d'iniquités; c'est elle qui fit de 
Gain l'assassin de son frère. R. 

HAIRE. V, CiucB, dans notre Dictionnaire de Biogra^ 
phie et d'Histoire. 

HALAGE (Chemin de), espace de 7*", 79 de large oue 
les propriétaires sont obligés de laisser libre, sur Ta nve 
des cours d'eau qui a le plus de profondeur, pour le pas- 

Sl^ des chevaux qui traînent les navires, sans que tou- 
oii le terrain cesse de leur appartenir. On ne peut ni 
bâtir, ni planter, ni tenir clôture plus près que 9'",7S, 
sous^ine de confiscation, de réparation, et d'une amende 
de5W)ft'. L'obligation résulte d*une ordonnance de 1669, 
d'un arrêt du Conseil en date du 24 juin 1777, et des 
art. 5M et 650 du Code Napoléon. 

HALECRET , sorte de cuirasse. V. notre Dictionnaire 
de Biographie et ^Histoire. 

HALER, en termes de Marine, tirer et roidir un cor- 
dage pour amener horizontalement une manœuvre , un 
m&t, un (krdeau, une chaloupe, etc. On nomme hale^ 
bord un petit cordage employé à haler dans un bâtiment 
tout objet extérieur; haie-bis, une petite manœuvre qui 
sert à amener les voiles, pavillons et guidons ; hale-breu, 
un petit cordage qui passe dans une poulie et sert â 
élever les voiles; haie-dedans, un cot^ijge â l'aide du- 
quel on haie en dedans certaines voUes. 

HAUEimQUES (du grec halimUikè, pèche], nom 
donné, chez les anciens Grecs, aux ouvrages didactiques 



sur la pêche. Nous avons sur ce sujet un pofime d'Op- 
pien, et quelaues fragments d'un autre d'Ovide. 

HALLALI, fanfare sonnée par la trompe de chasse pour 
rassembler les chasseurs au moment où le cerf aux abois 
va devenir la cqrée des chiens. Cette fanfare, dont l'au- 
teur est inconnu, a été placée par Philidor dans la chassa 
de Tom Jones, par Ménul à la fin de son ouverture du 
Jeune Henri, et par Haydn dans la chasse de son oratorio 
des Saisons. 

HALLEBARDE. V. notre Dict. de Biogr. et S Histoire. 

HALLECRET. V. Cuihassb. 

HALLES (de l'allemand hall, salle) , édifices où l'on 
concentre et expose, pour la vente en gros â certains 
jours, les vivres, comestibles et autres objets de consom- 
mation usuelle. Cm établissements d'utilité publique 
exigent une architecture simple, une ventilation facile 
et permanente , des couvertures qui protègent les mar- 
chandises contre les grandes chaleurs et les nands froids, 
des abords et des dégagements vastes, la libre disposi- 
tion d'eaux abondantes. 

HALLES DE PARIS. V, notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire» 

HALUER ou TRÊMAIL, filet perpendiculaire qu'on 
emploie pour la chasse aux perdrix, aux cailles, aux fû- 
sans et aux canards. 

HALLUaNATION. Il y a des cas où l'âme, sans être 
excitée par le monde extéjieur, croit éprouver des sen- 
fiations, où elle croit voir, entendre, toucher des objets 
qui n'existent pas réellement; rballucination est cette 
sensation fausse, qui donne â l'esprit l'idée d'un corps 
adssant actuellement sur les organes, quoique ce corps 
n^existe pas. Il y a cependant cette différence entre Thallth 
ciné et le /ou, que le premier peut avoir conscience de son 
état et faire effort pour en sortir ; il se possède encore, il 
accuse ses organes de mensonge, à Texception de certains 
cas, tels que l'extase ( V, ce mot) ; le fou, au contraire, 
a perdu tout empire sur lui-même. L'halluciné est dans 
l'erreur {hallitcinari, se tromper), mais il est en même 
temps sur le chemin de la folie; plus il cède à rballuci- 
nation, plus il approche du moment où il perdra sa raison 
et sa volonté. Il y a certaines hallucinations qui semblent 
être des intermédiaires entre la vision et Thalluci nation 
du maniaque ; elles ne se produisent que peu de fois, et 
disparaissent ensuite pour toi^omrs, sans doute avec le 
trouble passager du cerveau qui les avait produites. 
L'hallucination accompagne souvent la folie, l'ivresse, le 
délire fébrile, et particulièrement l'extase; ses causes 
sont ordinairement celles qui mènent à la folie, mais fl 
faut citer en particulier une invagination maladive, qui 
conduit â la perception imaginaire des phénomènes sen- 
sibles. V, Rrière de Boismont, Traité des halluânutions, 
1845 et 1852. R. 

HALTÈRES, masses de pierre ou de plomb, destinées, 
chez les Anciens, à développer la force musculaire dans 
les exercices du gymnase. On les tenait dans chaque 
main en sautant, courant, dansant, etc. 

HAMAC, lit suspendu dont font usage la plupart des 
tribus aborigènes de l'Amérique. II est formé d'un mor^ 
ceau d'étoffe de cOton, long de 3 met., large de 2, de 
chaque côté duquel pendent des cordelettes qui servent 
à le suspendre à des tiges de bambou. Les femmes riches 
des colonies européennes voyagent étendues dans leurs 
hamacs, que portent deux ou quatre nègres. Dans les na- 
vires, on. suspend des hamacs aux plafonds des entre- 
ponts pour le coucher des matelots : on évite ainsi te 
désagrément du roulis. Les Anglais garnissent le fond des 
hamacs d'un rectangle de bois, i>our oue la personne 
couchée conserve la position horizontale. Les Anciens 
connaissaient l'usage au hamac, qu'ils appelaient lectus 
pensilis, « lit suspendu. » 

HAMAÇA (EL), anthologie arabe, ainsi appelée parce 
le l*' chapitre comprend des vers sur le courage guer- 
rier (hamâça). Elle ftit faite par Abou-Tammàm-Habi)>- 
Ibn-Ans, le Tayyte, poète célèbre, vers Tan 835 de notre 
ère, et commentée par Tabrizi. Abou-Tâmmâm a distribué 
son choix de morceaux en dix chapitres, dont le 1^ tient 
plus de la moitié de l'ouvrage, et traite des ikits valeu- 
reux et des mœurs guerrières des Arabes antérieurs à 
Mahomet; les autres comprennent des élégies, des sen- 
tences morales, des vers amoureux, des sabres, des 
descriptions, des récits de voyages, des facéties, etc. Le 
Hamâça est une source précieuse pour, l'étude de la 
langue et de l'état social des Arabes avant l'Islam. Lo 
texte, accompagné d'un commentaire de Tabrizi, d'une 
traduction hitine et de notes, a été publié par BI. Frev- 
tag, à Bonn, 1828-51. Nous avons donné des extraits du 



HAR 



1019 



HAR 



Butte dans le Jommal AiioUquê (aTril 4855). G. D. 
HâMEIDES^ en termes de Blaaoo, pièces qai repré- 
Motent trois chantiers de cave, appelés homes en fla- 
maDd« 

HAMPE, m a nc h e de pinceau; — tige ou manche d*ane 
vme quelconcTue, d'un dra^peau, etc. 

HAMPTON-COURT, une des résidences royales d*Ân- 
^etnre, dans le comté de lliddlesex. On y arrive après 
«voir trayeraé la Tamise sur un beau pont. Le palais fut 
ooostroit par le cardinal Wolsey, qui en fit don pins tard 




agrandit les Jardins, 
les appartements contiennent une galerie de tableaux, 
9t Ton voit, à cèté d*un grand nombre de toiles insigni- 
fiantes, les célèbres cartons de Raphaél (Y, Cartons) et 
Selqaes bons ourrages de Mantegna. On remarque à 
mpton-€ourt une treille plantée en 1768 : son unique 
CBD a près de 80 centimètres de tour à 1 met. du sol ; elle 
a 35 met. de longueur, et produit jusqu'à 2,500 grappes, 
dont le raisin est réservé pour la table royale. 

BANAP. 1^ ce mot dans notre Dtctionuaire d» Btogra- 
fftis «t crflûtotrs. 

HANCHE, en termes de Marine, partle.de Tanière d'un 
b&timent qoi est entre la poupe et les haubans du grand 
mit. 

HANDICAP, mot anglais adopté dans les coorses, et 
qnl indique la charge proportionnelle et variable dconée 
anx jockeys, et par suite aux chevaux, suivant la force 
présumée de chaque animaL 

HANGAR (du celtique han, maison, et gard, garde), 
emplacement couvert, mais non clôturé sur tous les 
^t^ Dans une ferme, on y met provisoirement à Tabri 
les fdns, les pailles, les gerbes même; on y remise 
ansri les chariots, brouettes et charrues, les vieux fûts, 
les paniers, les équipages de parc, etc. Dans les ports et 
arsenaux, on conserve sous des hangars des bois de con- 
struction, les mâts, les ancres, etc. 

HAN-LIN, c-à-d. en chinois forêt de pinceaux^ Acadé- 
mie politique et littéraire fondée h Pékin, au vn* siècle 
de notre ère, par Tempereur Hiouan-Tsong. Son nom 
vient des pinceaux qui, en Chine, servent k écrire. Ses 
membres ne publient que des ouvrages collectifs, qui 
sont imprimés par le gouvernement, et distribués aux ni- 
bliothèques des villes et aux principaux fonctionnaires. 

HANNAQ13E (Dialecte). V. Bohème. 

HANOUARDS, nom qu'on donnait autrefois anx por- 
teurs de sel et de poisson de mer. Ils étaient attachés aux 
greniers à sel, et avaient le privilège de porter les corps 
des rois défunts. 

HANS, espèces d*auberges à Tusage des ifrançals qui 
trafiquaient autrefois dans le Levant. 

HANSE. ) V. ces mots dans notre Dtctionna$re 

HA7«SW€RST. I de Biographie et iF Histoire, 

HAOUSSA (Idiome), idiome parlé dans le Soudan. Sa 
eottstraction directe le rapproche des idiomes du bassin 
dn Niger et du Nil, et son système vocal rappelle la 
langue des Tlbbous, race intermédiaire entre les Nègres 
et les Touaregs. D*un autre côté, le haoussa, par sa ten- 
dance an monosyllabisme, offre de l'analogie avec les 
idiomes de la Guinée. 

HAQUEBUTE. K. Hacquebotb. 

HAQUENÊE (du latin equina, dérivé d'sgtMM, cheval), 
nom donné, pendant le moyen &ge, à tout cheval d'allure 
donce, facile a monter, et allant ordinairement à l'amble. 
Cétait la monture des dames et des ecclésiastiques. La 
kaquenée du gobelet était le cheval oui portait le couvert 
et le dîner des rois de France dans leurs petits voyages. 
Jusqu'au xvni* siècle, l'ambassadeur du roi de Naples à 
Rome offrit tous les ans au pape, à la veille de la S** 
Pienre, nne baquenée blanche, en ligne de vassalité. 

HAQDET, sorte de charrette, longue, étroite et sans 
tididles, composée de deux pièces de bois liées horizon- 
talemeat par des barreaux, et à oui une articulation 
plaofle près des brancards permet ne faire bascule. Les 
Brdeinx qn*on y dépose sont retenus par deux cordes pa- 
rallèles, enroulées à la tète de la charrette par le moyen 
d^ni moulinet. On attribue l'invention du baquet à Pascal. 

HARANGDEt allocution, discours qa*on adresse à une 
awmblée, à des troupes, ou qu'un écrivain, soit poète, 
soit historien, met dans la bouche de ses personnages. 
Htmère s prêté à ses héros d'admirables harangues. Les 
hàUtades oratoires de la vie publique ches les Grecs et 
les Romains expliquent la présence des harangues qui se, 
oÉleot fréquemment au récit dans les historiens de l'an- 
tkpdté : Laden a m6me donné des r^es sur la manière 



de les écrire. Parmi les modernes, Vossius, La Mothe 
Le Vayer, le P. Lemoyne, Laharpe, Blarmontel, Mably, 
Vertot, ont regardé les harangues comme utiles et d'un 
heureux effet dans l'histoire, tandis que le P. Rapin et 
Dalembert les repoussent. Il y a quelque chose d'étrange 
à faire parler des personnages qui ont gardé le silence, 
à rapporter des discours tenus en secret et dont toute ré- 
vélation était impossible; en pareil cas, l'historien ne fait 
évidemment que mettre en scène ses propres pensées, 
son esprit et son éloquence. On ne saurait douter que les 
historiens de l'antiquité môme aient presque toujours 
supposé le fond ou façonné la forme de leurs harangues, 
et placé des morceaux oratoires là où il n'y en eut pas : 
plus du cinquième du livre de Thucydide est en dis- 
coomr; quatre auteurs ont mis dans la oouche de Véturie 
parlant à Coriolan quatre discours dissemblables; les 
tables de bronze retrouvées en 1529 k Lyon porteot les 
propres paroles que l'empereur Claude prononça dans le 
Sénat romain au sujet d'une demande des Ckiulois, et 
elles sont tout autres me celles qu'on lit dans Tacite. 
Toutefois, ce serait aller trop loin que de condamner 
absolument les harangues dans l'histoire ; car elles don- 
nent de la variété et du mourement à la narration, et 
sup|)Iéent à son insuffisance. Ce qu'on est en droit 
d'exiger, c'est que l'écrivain n'introduise pas de discours 
hors de propos, quand il n'en tut pas prononcé, et dans 
la bouche d'un personnage qui n^a point parié : ain^ 
Méaeraî a blessé toutes les convenances de l'histoire en 
mettant une harangue dans la bouche de Jeanne Dut 
au moment de son supplice. Quant anx discours qui ont 
été réellement prononcés, mais dont on n'a pas conservé 
le texte, l'historien doit se borner h ce qu'il sait positi- 
vement sur l'idée générale,* le caractère et le but de ces 
discours : on trouve un exemple contemporain de re- 
constitution de ce genre dans certaines parties de l'iSri»- 
^otrs de Napoléon et de la grande armée en 484% de 
Ph. de Ségur, et dans V Histoire des' Girondins de II. de ' 
Lamartine. — Aujourd'hui on ne donne plus guère le 
nom de harangites qu'à des compliments adressés de 
vive voix par les autorités anx souverains et aux princes* 
HARAS (du latin hara, étable), établissement où l'en 
élève et enmëent des étalons et des Juments pour pro* 
pager et améliorer la race. On distingoe les haras «ou» 
vages, vastes espaces où les chevaux vivent en liberté, 
comme en Russie, en Arabie et en Amérique ; les haras 
domestiiiuês omjfrivéSf accessoires aux domaines ruraux; 
les haras parqués^ p&turages enclos et gardés, ainsi qu'il 
y en a beaucoup en Allemagne, en Hongrie, en Italie ^tea 
l!lspagne. Depuis Louis XIII, tous les gouvernements en 
France ont attaché la plus grande importance au perfee- 
tionnement des races cheviuines, et B]iécialement dé c^es 
qui servent à la remonte de la cavalerie. Cestde ce règne 
que date le premier essai £ait ponr fonder des haras aux 
frais de l'État, mais cet essai, ne fut pas heureux. En 1665^ 
Çolbert établit une organisation desharasquirepOMit sur 
ie concours de l'industrie privée, encouragée et soutenue 
par l'État, llalgré les avantages économiques de ce sy»^ 
tèrae administratif, l'Assemblée oonstitoante le supprima. 
Si le mode d'encouragement avait été maintenu tel qu'il 
existait avant 1789, on aurait fait des économies cottsl- 
dérables; en même temps, les chevaux firançais se se* 
raient an moins conservés avec les qualités qu'ils avaient 
pour la guerre, et les anciennes espèees légères n'auraienf 
pas été dégradées on détruites par linfluenoe malheu- 
reuse des croisements, qui n'ont pas donné les résultatii 
qu'on en espérait. Cette ancienne organisation des haras 
n'était pas onéreuse pour l'État, et ^e offrait de grandes 
ressources h l'armée comme au commerce. L'État, en 
effet, n'avait pas à sa charge, oomme aii^onrd'hui, de 
nombreux étanlissements d'étalons avec tout le person» 
nel indispensable; l'industrie privée entretenait la plus 
grande partie des tjrpes reproducteurs^ moyennant quel»' 
gués privilèges ou des primes qui s'élevaient environ à 
3Ô0 ik*. par tète de cheval, tandis qu'avec le système a»* 
tuel l'entretien de chaque étalon ne coûte paa moins de 
1,000 à 1,S00 fr. à l'État. Cette faible prime suffisait anx 
agriculteurs pour élever des étalons auxquels on dut os» 
races françaues qui avaient une grande réputation et qui 
offrirent tant de ressources aux années de la République 
et de r£mpire pendant les lattes que ces deux gouverne^ 
monta eurent à soutenir contre rEorope coalisée. Lav 
haras de Pompadonr et du Pin, établis sous Louis XVv 
supprimés en 1790, furent reconstitués par Napoléon l*f 
en 18Ô5; Louis XVm en i^eola on 3*, celai de RosièNS 
(Meurthe). Louis-Philippe en créa dent à 9-Cloud et à 
Headon«'où Ton conservait sovleut les élaloiis de 



HAR 



1020 



IIAR 



«nbe; ilft ont été désorgimisés après 1848. Un décret da 
SI Juin 1852 n*a conservé qu*un seul haras, celui de 
Pompadour. On compte S2 dépôts cPétahns, k Angers, 
Ânnecvi Aurillac, Besançon, Blois, Braisne, Cluny, 
HenneooDt, Lamballe, Libourae, Montier-en-Der, Pau, 
Perpignan, le Pin, Pompadour, La Roche-sur- Yon, 
Rhodez, Rosières, Saint-L6, Saintes, Tarbes et ViUe- 
neuve-sur-Lot. Après sToir été placé dans les attributions 
du ministre du commerce, le senrice des haras a été 
constitué en direction générale dans le ministère d'État 
par décret du 19 décenobre 1860. On administrateur cen- 
tralise, sous les ordres du directeur général, les détails du 
personnel de l'administration et da matériel du service. 
Le personnel du senrice actif comprend 8 inspecteurs gé- 
nénux, 26 directeurs de dépôts d'étalons, 26 sous-direc- 
teurs agents comptables, 10 surveillants, 26 vétérinaires, 
des brigadiers et des palefreniers en nombre proportionné 
aux besoins du service. Le directeur a 10,000 tr, de trai- 
tement, les inspecteurs généraux 8,000, les directeurs de 
détoôt de 3,500 à 5,000, les agents comptables de 2,000 à 
2,600, lea vétérinaires de 1,000 à 2,000. Il y a, aapièi du 
gouvernement, un Conseil tupérisur dst haras, compre* • 
aant, indépendamment du directeur général et de Tad- 
ministrateur, 10 membres choisis par le ministre parmi 
les sénateurs, les doutés au Corps législatif, les membres 
du Conseil d'État, les officiers généraux de Tarmée, et les 
pmonnes versées dans les matières hippiques; et un Co- 
mité eariiuUatif des harcu, formé des inspecteurs géné- 
raux, ious la présidence du directeur général. B. 

HARASSE, oouclier de près de 2 met. de hauteur, dont 
•e servaient autrefois les vilains ou roturiers dans le 
combat Judiciaire, n couvrait tout le corps, et avait deux 
trous pratiqués à la hauteur des yeux. Comme il était 
très-lourd, on a tiré de son nom le mot harassé, qui se 
dit d'un homme accablé de fatigue. 

HARDI, monnaie de billon friippée en Guienne parles 
Anglais au xiv* et au xv* siècle. Elle valait le quart du 
•ou, c-ènL trois deniers. Le type des Hardis représente 
an buste de (Isce, couronné, et armé du sceptre et de 
l'épée; au revers est une croix, avec diverses figures et 
inscriptions. Louis XI, Charles Vm et Louis XH firent 
fhipper aussi des Hardis ; an temps de François f, on les 
confondit avec lea liards. 

HAREM. K. ce mot dans notre Dtctiormairê de Biogra- 
phie et d^ Histoire. 

HARENGERS, corporation des marchands de harengs, 
formée dès Iol xii* siècle. Un règlement de Louis IX, en 
1254, distingua les Poissomniers, qui vendaient le pois- 
son fhda, et les Barengers, qui ne conservaient que la 
▼ente du poisson saur et salé. 

HARIVANÇA, poôme indien, en langue sanscrite, dont 
le titre veut dire généalogie de Bari, c-à-d. de Vishnu. 
C'est, soas une forme épique, une compilation très-dé- 
▼eloppée de récits antérieurs, racontés soit par écrit, soit 
dans la tradition populaire de l'Inde, et relatifs à ce dieu, 
incarné dans Krishna. A ce titre, il a pour pendant et 
pour complément naturel les Purànas ( K. ce mot% prin- 
cipalement dans les parties de ces légendes qui se rap- 
portent à Vishnu. Hais, pour qui étudie et compare ces lé- 
gendes sous les formes diverses où la poésie indienne nous 
les présente, le ffarivança est antmeur aux Purànas, 
et a même été connu de leurs aatears. D'un autre côté, 
one comparaison analogue place le Barivança après le 
Mahdbhârata, auquel on le rattache ordinairement. Si 
l'on poursuit les recherches au delà de la grande épopée, 
trn arrive aa Râmâyana, qui présente sous lear forme la 
plus antique les légendes de Vishnu. Enfin, le (Hta-^Sô- 
vinda {V,ee moi) semble être d'une date plus récente en- 
core que les Purànas, et se rapprocher des temps moder- 
nes. L'intérêt du Harivança consiste surtout en ce' qu'il 
marque une des étapes où s'est arrêté le culte de Vishnu : 
11 n'y a dans le Ràmàyana aucune tendance marcruée vers 
ce culte en particulier; cette tendance est sensible dans 
le Mahàbhàrata; le Barivança appartient à la secte de 
Vishnu d'une façon évidente , mais sans s'arrêter néan- 
moins d'une manière exclusive à quelqu'une de ses in- 
carnations; les Purànas viennent Immédiatement après; 
et enfin le chant lyrique du GUarGâvinda célèbre exclu- 
sivement Krishna et Hàdh& sa maltresse, en donnant à 
leurs aventures cette valeur mystique et symbolique qui 
caractérise une époque avancée de l'histoire. Le /fon- 
vança a été traduit en français par M. Lang^ois, 1835, 
S vol. in-4». En. B. 

HARMABIAXA, voiture ou litière des Anciens, couverte 
par-dessus, fermée par des rideaux sur les côtés, et ser- 
vant spécialement à transporter les femmes et les enfants. 



UARMAUQDE. V. Nomb. 

HARMONICA, instrument de musique, auquel on a 
donné différentes formes. C'était d'abora un assemblage 
de verres inégalement remplis d'eau, accordés par demi- 
tons, et placés dans une caisse longue d'un mètre : après 
avoir humecté le bord de ces verres avec une éponge 
mouillée, on trempait les doigts dans l'eau, et, en les 
passant légèrement sur les bords des verres, il résultait 
de ce frottement certains sons. Un Irlandais, nommé 
Puckeridge, est regardé comme l'inventeur de cet instru- 
ment. En 1760, le célèbre Franklin modifia l'harmonica : 
il fit fixer de petites coupes de verre, contenant de l'eau 
et accordées par demi -tons comme précédemment, sur 
un axe commun, que faisait tourner horizontalement une 
roue mise en mouvement par une corde attachée au pied 
du Joueur i la manière d'en tirer des sons n'était pas 
changée; seulement la main droite donnait la mélodie, 
et la gauche l'accompagnement. M*''* Davies firent en- 
tendre cet instrument à Paris en 1765. L'abbé Mazucchi 
imagina en 1776 d'employer, au Heu des doigts, un archet 
enduit de poix, de térébenthine, de cire ou de savon. Les 
harmonicas à clavier de Rœllig et de Klein furent im»> 
ginés pour éviter le contact des doigts et da Terre, r^ 
sultat obtenu au moyen de touches ganiies et disposées en 
conséquence. Une Méthode d'harmonica fut publiée par 
Huiler, Leipzig, 1788. Le cUvicylindre (T. es mot) de 
Chladni est une espèce d'harmonica. Le» sons des in- 
struments de ce genre sont doux et purs, mais agissent 
avec énergie sur Te système nerveux. Ce fût pour rem^ 
dier h cet inconvénient que Rœllig, k Vienne, imagina 
Vharmonica à clavecin, dans lequel, à l'harmonica ordi- 
naire, était Joint un clavier qui produisait, au moyen 
d'un levier, les sons par des tuyaux. — L'harmonica de 
Lenormand, dont on voit des imitations grossières entre 
les mains des enfants, se compose de lames de verre 
d'inégale longueur, formant des séries diatoniques, et re- 
tenues entre des fils qui leur laissent toute liberté de vi- 
bration : on les frappe avec un petit marteau de liège. B. 

HABMomcA, jeu très- doux qu'on place ordinairement 
au 3* clavier dans les orgues d'Allemagne, et qui est des- 
tiné à produire des effets d'écho. Il est, en général, fait 
avec du bois de chêne ou d'érable. 

BABHomcA A coaDBS, uom donné par Stein, organiste 
d'Augsbourg, en 1788, à un instrument de musique qui 
offrait la combinaison d'un piano et d'une épinette, ac- 
cordés à l'unisson, et qu'on pouvait Jouer ensemble ou 
séparément. 

HARMONICON, harmonica perfectionné par G.-C. Mal- 
1er, directeur de musique à Brème, qui y avait ajouté 
trois registres de flûte et un de hautbois. 

HARMONICORDE, instrument de musique inventé par 
Kauffinann, k Dresde. C'était un piano à queue, et per- 
pendiculaire, accompagné d'un mécanisme que le pied 
mettait en mouvement, et dont le son était semblable à 
celui d'un harmonica. 

HARMONIE, heureux accord des parties d'un touL 
Ainsi, V Harmonie de Vunivers résulte de ce divin esprit 
d'ordre qui a mis toutes les œuvres de la création à la 
place prédbe qui convient à chacune d'elles, et les a en- 
chaînées les unes aux autres par des lois Immuables. 
Bernardin de Saint-Pierre a décrit les Harmonies de la 
ncUure, c-àrd. les rapports extérieurs des êtres entre 
eux. Pour les philosophes de l'antiquité, le mot harmo- 
nie, appliqué à l'ordre général du monde, rappelait une 
idée de musique, et, réciproquement, hi musique s'ex- 
pliquait pour eux par des lois numériques, empruntées 
aux rapports des corps célestes. Ils appelaient harmonie 
céleste ou harmonie des sphères une sorte de musique 
qu'ils supposaient produite par les mouvements des pla- 
nètes et des étoiles, et par les impressions de ces corps 
célestes les uns sur les autres; différents sons devaient 
résulter de la diversité des mouvements. Dans les Arts du 
dessin, la symétrie des proportions, la perfection des 
formes, le rapprochement hid)ile des ombres et de la lu* 
mière, l'accord entre les couleurs, la fusion des teintes, 
le ton général et les contrastes, l'unité d'action, de mou- 
vement, de sentiment, produisent Vharmonie. B. 

HAaMONiB, terme de Musique. On dit qu'une voix est 
harmonieuse, que des sons sont harmonieux^t lorsque 
l'émission, le timbre et la succession des sons ont quel* 
que chose qui flatte l'oreille. Mais, indépendamment de 
cette accepâon générale et vulgaire, le mot Harmonie a 
deux sens spéciaux eh musique; il désigne : 1* un corps 
dlnstruments à rent, ou la masse de ces instruments qui 
entre dans la composition d'un orchestre; 2* la science 
des accords. Cette science, dont le but est l'accompagne- 



HAR 



t02f 



HAR 



meot de la mélodi» ( V. ce mot)^ comprend deux parties, 
h théorie des accords isolés ( V. Accord), et la théorie de 
h SQocession et de renchatnement des accords. L'harmo- 
nie entière» dans un ton donné, se rédait à l*empIoi suc- 
resrif de deax accords, Taccord parfait sur la tonique et 
Vacrord de dominante, soit dans lear état naturel, soit 
modifiés |iar le retwersement, la substitution, les aitérch 
tions, VantùsvpaHon, le retard^ et ausd par les notes de 
pouoge, les pédales et les jnrogressions, et à Tobservation, 
Miir les accords dissonants , de la prépcuraiion et de la réso^ 
mion (F. ces mots). Pour changer de ton, on a recours à 
la fliodiitaltofi {V.ee mot), L*emplo! des trois mouvements 
£rect, contraire, et oblique, et celui du contre -point 
(V, ce mai)^ font aussi partie de Tharmonie. On appelle 
Hwnnome appliquée Fart d'assortir telle ou telle variété 
d*kccords à on morceau d*une couleur particulière; on y 
frit rentrer, entre la détennination des styles, l'art de 
Yaecompagnmnent et celui de Vinstrumentation {V, ces 
mois). Lluamonie est dite directe quand la base est fon- 
damentale, et que les parties supérieures conservent 
Tordre direct entre elles et avec cette basse ; renversée 
<{nand le son fondamental estjdans ouelqu'une des par- 
ties supérieures, et qn*un autre son de l'accord est trans- 
porté à la basse au-dessous des autres; figurée lorsqu'on 
fiait passer plusieurs notes sous un accord. 

Liiabituae d'entendre des accords dès notre en&nce 
nous fidt de l'harmonie un besoin dans la musique. Mais 
il est des peuples, comme les Turcs, les Aralrâs et les 
Chinois, qai, môme de nos Jours, ne sont pas initiés à 
rharmonie telle que nous l'entendons, et à qui les effets 
de notre mosioue en accords sont importuns, bien qu'ils 
r epose n t sur aes phénomènes acoustiques naturels. B 
n'est donc pas incroyable <pie los Grecs et les Romains, 
mal^ le développement de leur civilisation, n'aient point 
eonnn l'harmonie, et se soient bornés aux unissons et aux 
octaves. Bien qu'on ait beaucoup écrit pour* établir le 
contraire (Gaffono, Zarlino, Doni, Meibomius, Isaac Vos- 
sins, l'ahbô Fraguier), on ne trouve dans les Traités à 
mosiqae d'Arlstoxène, d'Aristide Quintilien, d'Âlypius, 
de Ptolémée, de Boéce, aucune expression équivalente de 
notre mot harmonie, et les consonnances de quarte, de 
quinte et d'octave, dont il est fait mention, n'étaient pas 
employées simultanément, mais par successions mélo- 
diques. Les fhi^ents peu nombreux que l'on a con- 
servés de l'ancienne musique grecque n'offirent aucun 
vestige d'accord. Enfin la forme des lyres et des ci- 
thares, le pedt nombre de leurs cordes, qui ne pouvaient 
être modifiées conune sur nos instruments à manche, don- 
nent beancoup de probabilité à l'opinion de ceux qui ne 
croient pas à l'existence de l'harmonie dans la mtuique 
des Anciens, entre autres, Glaréanus, Artusi, Mersenne, 
Kireher, Burette, Martini, Marpurg, Forkél, etc. — Les 
i**" notions de l'harmonie se trouvent au moyen Age, dans 
un écrivain du vn* siècle, Isidore de SéviUe, et elles ont 
été sans donte le résultat de l'introduction de l'orgue, sur 
lequel on a expérimenté la simultanéité des sons; mais 
rharmonie resta dans la barbarie Jusque vers le milieu 
du xnF« (F. DupHoms, D^chântJ. Des musiciens italiens 
commenoèrent à lui donner des formes plus douces : tels 
forent Francesco Landino, dit Cieco (l'aveugle) ou Pran- 
eesco degli organi (à cause de son habileté sur l'oreue], 
Jacopo de Bologne, Nicolo del Proposto et plusieurs 
autres. Les plus anciens écrivains qui .traitèrent de l'har- 
monie fiirent Hucbald de Saint-Amand (x* siècle). Gui 
d'Arène et Francon de Cologne (xi*), llarchetto ae Pa- 
doae et Jean de Mûris (xm*). L'harmonie se perfec- 
tionna ensuite, grftce aux talents de deux musidens 
français, Guillaume Dufay et Gilles Binchois, et d'un 
Anglais, John Dunstaple, qui vivaient dajis la première 
moraô dn xv* siècle. Leurs élèves, Jean Tinctor, Gafo- 
rio, etc., ijoutèrent à leurs découvertes, et, depuis lors, 
rharmonie s'est continuellement enrichie d'effets nou- 
veaux;. Joaon'à la fin du xvi* siècle, on ne fit usage 
que dTaccoras consonnants et de quelques prolongations 
qol produisaient des dissonances préparées : vers 1590, 
le Vénitien Glande Monteverde employa, le premier, les 
aceords dissonants naturels et les substitutions. Au com- 
mencement dn dèele suivant, Louis ^adana, maître 
de chapelle de la cathédrale de Mantoue, ima^a, dit- 
on, de représenter l'harmonie par des chiifires placés 
au-dessus des notes de la basse ( r . Basse cmFFEiB). En 
1699, le géomètre Ihmçais Sauveur, reprenant une expé- 
rience dn P. Mersenne sur la résonnance d'une corde 
métalHqne, distinc^oa le «oii fondamental, donné par 
Isi vibrations de la totalité de la corde, et les sons dé- 
nois (octave de la quinte du son fondamental et double 



octave de sa tierce), provenant de vibrations partiellea. 
S'emparant de ce résultat. Rameau chercha les bases 
de la science des accords dans les lois de l'aconstiouei 
et fit connaître, en 1722, son système de la basse foi^ 
damentale {V. ce mot)^ qui eut une vogue prodigieuse; 
mais il ne pouvait rendre compte de l'accorq parfait mi- 
neur que par des hypothèses. Du moins, c'enit la pre- 
mière fois qu'on mettait un ordre rigoureux dans les 
phénomènes harmoniques, et Rameau avait été aussi le 
premier à apercevoir le mécanisme du renversement des 
accords. Vers le même temps, le violoniste italien Tartini 
proposait un autre système, également fondé sur une 
expérience de résonnance. Il andt observé que deux sons 
aigus qu'on faisait entendre à la tierce faisaient réson- 
ner au grave un 3* son, également à la tierce du son 
inférieur, ce qui donnait encore l'accord parfait. Mais 
la théorie obscure qu'il établit, et qui fût vantée par 
J.-J. Rousseau, n'eut Jamais de succès. Les systèmes 
d'harmonie étaient devenus une mode au xvm* siècle : la 
France vit édore ceux de Serre, d*Estève, de Balllière, de 
Jamard, de l'abbé Roussier, aujourd'hui Justement on- 
bliés; en Allemagne, Klmberger déoouvnt, en 1773, la 
théorie des prolongations, que Catel reproduisit plus tard 
chez nous avec plus de simplicité et de clarté. De nos 
Jours, M. Fétis a explioué le mécanisme de U substitu- 
tion, et la combinaison de cette substitution avec les pxo» 
longations et les altérations. 

K. Catel, Traité éPharmonie, 1802, in-4«$ Choron^ 
PrtnctpM de conwosition des écoles d^Italie, 1809, 3 vol. 
in-fol.; Berton, Traité dPharmonie, 1815; Rdcfaa, TVoîU 
complet et rauonné Sliarmonie^ Paris, 1819, in-fol.; 
Peme, Cours élémentaire d'harmonie et éPaccompagne' 
ment, 1822, 2 vol. in-fol. ; Selvagd, Trattato éParmonia, 
Naples, 1823, in-8«; Fétis, Méthode élémentaire et abré" 
gée dPharmonie et d^aecompagnement^ Paris, 1823, in-4* ; 
Doisrlen, Principes enharmonie, 1824; Jelensperaer, 
l'Harmonie au commencement du xix* siècle, IfôO; 
J.-G. Wemer, Essai d^une méthode facile et claire cTAor- 
monte, en allem., Leipzig, 1832, 2 vol. in-4«; J)auvillier8, 
Traité de composition élémentaire des accords, 1834; 
Gérard, Traité méthodique d'harmonie, 1834; Choron et 
Adrien de Lafage, Manuel complet de musique, 1836-38, 
G vol. in-18; De Goussemaker, Histoire de l'harmonie a» 
moyen âge, 1852, ln-4**. B. 

HARMONiB (Table d'). V. Harpe, Piano. 

nARMOHix AU STTLB, combiiuâson de sons qui plaisent 
à l'oreille, soit par leur accord entre eux, soit par leur 
rapport avec les idées et les sentiments qu'ils expriment. 
De là deux sortes d*harmonie, Vharmonie m^contigfiM et 
Vharmonie imitative. Toutes deux ont une grande Im- 
portance : selon Cicéron , c'est l'harmonie qui distingue 
l'orateur habile du parieur ignorant et vulgaire, et 
l'oreille, suivant l'expression de Quintilien, est « le die- 
min du cœur. » 

V Harmonie mécanique, qui consiste dans l'accord des 
sons que l'on emploie, est, à proprement parier, l'supAo- 
nie ou la mélodie du s^le. Elle résulte : \^ du cAoto; des 
mots, dans lesquels il faut chercher, autant que possible, 
un heureux mélange de voyelles et de consonnes, de 
brèves et de longues; 2* de YarrangemmU des mots, où 
l'on doit éviter l'hiatus (F. ce mot), la répétition des 
mêmes consonnances, toute série de mots d'égale dimen- 
sion, toute accumulation de monosvllabes ou de mots 
d'une longueur démesurée, les assemblages où dominent 
les consonnes fortes et les qrllabes rudes, etc. ; 3* de la 
construction des phrases, auxoueUes on s'attache è 
donner du nombre et de la période (V. ces mots). 

L'harmonie imitatioe est un artifice de s^le qui con- 
siste à pdn^bre les choses par les sons des mots ou par 
l'habile arrangement de U phrase, qui tantùt est douce 
et coulante, tantôt rude et saccadée, tantôt sourde et 
tantôt sonore, tantôt se précipite alerte et rapide, tantôt 
se déroule avec lenteur on se développe majestueuse- 
ment, selon la nature des idées et des sentiments expri- 
més. Ainsi, Boileau (Sat 3, le Repas ridiûM) nous fait 
entendre le bruit d'une assiette lancée à la tète de quel- 
qu'un, et qui revient après avoir manqué son but s 

L*aiitro eaqulT* la eonp, et raittotte ToUat 
S'en va frapper le mur et rerlent en roahat. 

La Fontaine nous met sous les yeux l'inquiétude d'an 

avare t 

n entaeialt to^Joan; 

Il paieait lea nnlti et lee Jonri 
A co m pter, calcaler, supputer laiie relâche. 
Calculant, lappntant, comptant oonmie )t la tieha. 
La Fominn. xn, s, cfu Thisawiuw ei eu Smge, 



ITAR 1022 



HAR 



n nepoaviit pat mieux peindre Borée, qui, dil-H t 

8ê gorg* de Tspeiin, i^eiii« eoimM va teUon, 

Fait an Tsesme d« dénen, 
Blfito, loaiBe, twipêt*,.... 

La. Fovtazkb, Pkélnu U Ban§, yi, t. 

Badne fdt dire h Orette en proie eux Foriee {Anâro- 
moque, V, 5) : 

Fùnr qui loiit cm lerpenif qui •tfflent wax tos tAtctf 

n peint an monstre en ces mots (Phèdre, V, 6) t 

ladompttbte tadreftn, dragon impdtnénZf 
Sa «ronpe se reoonrbe «n replia tortueux. 

La prose peut recourir, eomme la poésie, à l'harmonie 
imitaaTe, ann de peindre les objets par les sons. Ainsi, 
Ghateavdiriand a dit : « Le rauque son de la trompette du 
Tarlare appelle les habitants des omlires étemelles; les 
soiras casernes en sont ébranlées, el le bruit, d'abîme 
en abîme, roule et retombe. » 

L'harmonie imitatire ne doit Jamais être cherchée pour 
élle-mdme ni sentir reffort; et, ches les écriTsins de pre- 
mier ordre, elle Jaillit touiours de l'inspiration; il en est 
de cette qualité comme de la Justesse de l'expresiion, 
qui, chez eux, suit toujours la Justesse de la pensée. 

HARMONIE paééTABUi, svstéme à l'aide duquel Leibnis 
. prétendait expliquer l'action de l'&me sur le corps et du 
eorps sur l'âme. En réalité, il n'admettait pas Tinflaence 
réciproaue dés deux substances l'une sur l'autre : car 
il imaginait <{ue le Créateur, en les réunissant dans 
l'homme, ayait établi entre elles une harmonie parfaite, 
de telle laçon que, bien que cliacune se développât sui- 
vant des lois propres, les modifications qu'elle éprouvât 
eorrespottdaient exactement à des modihcattons éprou- 
vées par l'autre; telles seraient deux horloges bien re- 
nées, qui marqueraient toujours les m^es heures, 
quoicme obéissant à des mécanismes distincts. 

HARMONIES DES ÉVANGILES, titre d'ouvrages des- 
tinés à montrer l'accord des doctrines et des faits dans 
les livres des quatre Évangélistes. Les plus anciens de 
ces ouvrages sont attribués h Tatien et k Théophile d'An- 
tioche. Eusèiie dressa ensuite un tableau synoptique des 
Evangiles. Nous avons de S^ Augustin un livre De con^ 
jsnstt EvangelitUtrum, Pierre Lombard, S^ Thomas 
d'Aquin et Gerson au moyen âge, Oaiander, Jean Buisson, 
Calvin, Paulos et Clausen chez les modernes, se sont 
anssi oœupés de laooncordance (F. ce mat) deeÉvansilei» 

HARMONIFLDTE. K. au St^lémefU. *^ 

HAUMONIPHON, instrument â vent et â clavier, long 
de 0«,42 sur 0«»,12 de large et 0",8 de haut, qui s'in- 
suffle an moyen d'un tube élastique, et qui produit si- 
multanément plusieurs sons , analogues à ceux du haut- 
bois, n a été inventé en 1837 par M. Paris, de Dijon. 

HARMONIQUE (Division). F. AsnHMéTiQOB. 

HARMONIQUES (Sons) ou sons flûtes, sons tirés de 
eertains instruments à cordes, tels que le violon et le 
violoncelle, par un mouvement particulier de l'archet, 
qn'on approche davantage du chevalet, et en posant lé- 
gèrement le doigt sur la corde. Ils diffèrent des sons du 
Jeu ordinaire par le timbre, qui est beaucoup pins doux, 
et par le ton. On attribue l'invention des sons harmo- 
niques à on élève de Tartini, Domenico Ferrari, de Ci^ 
mone, au milieu du xvm* siècle. — Od donne encore le 
nom ^harmoniques aux sons concomitants ou accessoires 
qui, par le principe de la résonnanoe, accompagnent un 
ton quelconque. Toutes les aliquotes d'une corde sonore 
en donnent les harmoniques. 

HARMONIUM. F. Orgue expressif. 

HARPAGON, machine de guerre. V, notre Dictionnaire 
de Biographie et d'Histoire, 

HARPALYCE. V. Chanson. 

HARPASTUM. V. Balle (Jeux de), dans notre Diotton- 
noire de Bioffraphie et d'Histoire. 

HARPE, instrument de musique de grande dimension 
et de forme triangulaire, monté de cordes de boyau et de 
cordes de soie filées en laiton, disposées verticalement, et 
qu'on pince avec les deux mains pour en tirer des sons. 
La lia^ se compose de trois pièces principales assem- 
blées en triangle, la console, la cotonne, et le corps 
sonore; les deux dernières sont réunies dans leur partie 
inférieure par une quatrième pièce, la cuvette, qui forme 
la baae de linstnunent. Le eorps sonore est one caisse 



convexe en érable, plus lance â la base qu'an sommet, et 
recouverte d'une table d'Harmonie, planche de sapin sur 
laquelle sont fixés les boutons qui servent à attacher le» 
cordes. La console, partie supérieure de l'instrument, est 
une bande légèrement courbée en forme d's, et garnie de 
chevilles à l'aide desquelles on monte les cordes fixées 
sur la table d'harmonie. La colonne est le montant qui 
sert à l'assemblage des deux pièces précédentes. La mu- 
sique de harpe s'écrit à deux parties comme celle de 
Eiano : on emploie la clef de sm pour la l'* partie, et 
i clef de fa 4* ligne pour la ^. — La harpe fut connue 
des Anciens; mais elle a dû s'éloigner notablement des 
proportions modernes, s'il est vrai que ce soit avec une 
oÈi^ que David dansa devant rArche ( V. Kinnor). La 
harpe est figurée souvent sur les monuments de l'an- 
cienne Égvpte, et l'on en voit une de ce pavs au Muses 
égyptien oe Paris. Les harpes égvptiennes n^avaient pas 
de console, et étaient en forme ?arc; on en Jouait dans 
les processions tout en marchant, le bois de l'instrament 
pose sur l'épaule et les cordes tournées vers le ciel. L'in- 
strument triangulaire que les Grecs appelaient trigoM, et 
que quelques auteurs croient être le même que h sain- 
bwiue, correspond à la harpe moderne. Les Romains ne 
paraissent guère en avoir fait usage, car on n'en a trouvé 
qu'une seule figure dans les peintures d'Herculanum. Les 
peuples du Nord, Scandinaves, Celtes, et Germains, firoit 
grand usage de la harpe. On la trouve mentionnée pour 
la première fois, avec son nom actuel, dans une pièce de 
ven de l'évèque Fortunat au vi* siècle. An moyen te, elle 
fut l'instrument des troubadoun et des ménestrel On sait 
que le nombre des cordes varia alore de 6 à 25. Le plus 
souvent la harpe n'avait pas de colonne de soutien sur le 
devant; le triangle était ouvert. Comme les cordes étaient 
accordées selon l'ordre naturel de la gamme diatonique, 
elles ne pouvaient donner les dièses et les bémols, et 
toute modulation était interdite. Les habitants du pays de 
Galles ont une harpe i triple rang de cordes : les deux 
rangs extérieure sont montés à l'unisson, le rang inté- 
rieur est celui des notes diésées ou bémoUsées. Cette 
disposition offre de grandes difficultés pour l'exécution. 
En Irlande on inventa la ^rpe double (à 2 rangs de 
cordes), afin d'augmenter la force du son. Luc-Antoine 
Eustacne, gentilhomme napolitain et chambellan du pape 
Pie V, imagina, pour obtenir tous les demi-tons de 
l'échelle, de mettre à la harpe 78 cordes disposées sur 
3 rangs : le i^ comprenait cpiatre octaves, le 2* faisait les 
demi-tons, le troisième était à l'octave du premier. Les 
difficultés de l'exécution firent abandonner cet instrument 
compliqué. Vere 1660, un 'Tyrolien ajouta aur la con- 
sole dans l'instrument simple, des crochets on sabots qui, 
correspondant aux cordes et mus avec la main , accrois- 
saient la tension , et donnaient ainsi le demi-ton supé- 
rieur. Mais, tandis qu'une main de l'instrumentiste se 
portait aux crochets, il n'en restait qu'une pour pincer 
les cordes ; en 1720, Hochbrucker, luthier de Donawerth, 
remédia k cet inconvénient par l'invention de la pédale ^ 
mécanisme qui, pressé par le pied de l'exécutant, et pas- 
sant an milieu de la colonne, met les crochets en mou- 
vement. Ce mécanisme, qu'on a attribué à tort à Jean- 
Paul Vetter , d'Anspach , fut perfectionné k Paris par 
Nadermann, depuis lequel il y a 7 pédales, une pour 
chaque note de la gamme , quatre k droite et trois à 
gauche de la cuvette. En cet état, la harpe est dite à 
simple mouvement : elle est montée de 43 cordes , ac- 
cordées en mi bimol, et comprend 6 octaves. Si le mor- 
ceau est dans un autre ton, l'exécutant dispose ses 
pédales d'avance. En 1782, Cousineau inventa le méca^ 
nisme à bàquUles^ qui, avec un double rang de pé- 
dales, foisait produire à la même corde le dièse et le 
bémol h volonté. En 1787, .Sébastien Érard imagina de 
remplacer les crochets par des fourchettes k double bas- 
cule, qui pincent les cordes an lieu de les tirer hors de 
la li^e perpendiculaire. Chaque corde peut alora re- 
cevoir trois intonations, le bémol, le bécarre, et le dièse; 
les pédales, toujoun au nombre de 7, peuvent se mou- 
voir de deux manières, et se fixer à volonté dans des crans 
pratiqués à la cuvette. La harpe d'Érard, dite à double 
mouvement, et dans laquelle chaque pédale fait une 
double fonction pour élever à la volonis chaque corde 
d'un demi-ton ou d'nn ton, date de 1811, et est accordée 
en si naturel; elle est presque seule employée aujour- 
d'hui. Bothe, de BcHrlin, a disposé dans sa norp^ chro» 
maiujue, inventée en 1787, et reproduite en 1804 par 
Pfranger, toutes les cordes par demi-tons (12 pour une 
gamme), en donnant aux cordes additionnelles une cou- 
leur qui les distingue I mais l'instrument est devenu trop 



BAS 



t»Z3 



HAO 



ptndf les cordes aont trop nombreuses et trop serrées , 
st le doig;té n^eet plus le même. — L» harpe^ fort en fa- 
isor à la fin dâ xvm" siècle et an commencement du xix% 
y <te nos JouiB^ presque absjidonnée. Cet abandon a 
«oomienoé à la suite des perfectionnements de méca- 
niimei qai ont rendu Tinstrument plus difficile a Jouer. 
On raccorde, comme le piano, par tempérament {V. ce 
SMt). Entre les doigts d'un habile exécutant, elle rend 
des sons purs et doux ; mais il est difficile d'éviter la 
monotonie, et d*arriver à quelque énergie dans Texpres- 
^on. M"** Krumpholz, M. de Marin, Dizi, Baôcker, 
Bochsa, Pollet, et. de nos Jours, Labarre et Godefroid ont 
été les harpistes les plus brillants. La harpe s'emploie 
4Ml<mefoia à Torchestre, où elle produit d'heureux effets, 
m fùaon surtout de la différence de son timbre. B. 

■ABPB A CLAVBCm. V, CLAVICrrHKRIUM. 

BAapB-DCTALE, petite harpe imaginée vers 4834 par le 
tetaar Pfeiffer. C'est un instrument, non d'exécution, 
mils d'accompagnement. Le mécanisme au moyen du- 
quel on élève chaque corde d'un demi-ton se meut par la 
pression du doigt, et non par celle du pied comme dans 
la haipe ordinaire. Les dimensions de la harpe-ditale la 
mettent à la portée des enfants. 

HASPB AuJENNB, OU horp^ météorologiqitê, appareil mu- 
sical plus curieux qu'utile, destiné à produire des sons 
harmonieux par la seule action du vent. Cest une boite 
de sapin, de i mètre sur 20 à 30 centimètre», contenant 
ans table d'harmonie, sur laquelle sont tendues des 
CQvdes en boyau. En exposant ces cordes à un courant 
d'air assez fort, elles résonnent d'une façon agréable, 
bien que la succession et la combinaison de leurs sons se 
lassent sans ordre et sans règle. On ivttribue l'invention 
de la harpe éolienne au P. Kircher. En 4785, l'abbé Gat- 
toni , à Côme, construisit dans un Jardin une harpe éo- 
Benne gigantesque : elle se composait de 45 fils de fer, 
longs de 100 met., tendus à l'aide de cylindres, (Uspo- 
sés dans la direction du Nord au Sud , et inclinés de 
nmnière à former un angle de 20 à 30 degrés avec l'hori- 
son. Sous l'impulsion du vent, elle rendait des sons trës- 
puûsants. V. AnéMocoROE. 

HARPE HaRHoifico-FORTB, hsrpo luventéo vers 4800 par 
Keya^*. Cest une harpe ordinaire à laauelle on a ajouté 
34 cordes de laiton, accordées deux à deux, qui forment 
une espèce de contre-basse de 47 demi-tons, et qu'on fait 
vésonner avec le pied par le moyen de 47 touches corres- 
pondant à autant de marteaux qui frappent les cordes. 

HARPES. V. Atteïitb (Pierres d') et Herse. 

HARPIN , ancienne arme, qui. se composait d'un croc 
adapté à un long manche. 

HARPO-LYRE , instrument de musique inventé à Be- 
nnçon, en 1829, par un musicien appelé Salomon. Il a 
la forme d'une 1^ antique, et est monté de 24 cordes 
r^nrties sur trois manches. Les cOTdes du manche du 
milieo sont les mêmes que celles de la guitare à 6 cordes, 
et sont accordées de môme. L'ensemble de l'instrument 
a 4 octaves et demie. 

HARPON, large et solide fer de flèche fixé à l'extrémité 
dNm manche en bois de 2 met. de longueur, auauel tient 
une longae corde. Cet instrument sert à la pècne de la 
baleine et autres cétacés. L'animal frappé emporte le har- 
pon; mais, quand il a succombé, la corde le ramène. 

HART (Supplice de hi). F. notre Dictionnaire d$ Bio- 
graphie H d^ Histoire. 

HASARD. L'idée du hasard est la nésation de toute 
cause et de toute loi dans la production des phénomènes 
et des êtres; c'était la nation du Destin chez les An- 
dens, chez les modernes c'est celle de Dieu et de la Pro- 
lîdence. Pris dans un sens positif, le hasard est donc une 
absurdité et un non-sens, puisque tout ce qui commence 
est nécessairement produit gar une cause et selon cer- 
taines conditions. D y eut cependant une école qui voulut 
élever Tidée du hasard au rang de système scientifique; 
ce fut celle d'Épicure. En expliquant l'univers et tous les 
êtres par le choc accidentel des atomes, Êpicure livrait 
tout au hasard, et méconnaissait l'idée de loi. Ce gros- 
sier fatalisme était en contradiction avec les plus simples 
données de la raison; celui des Stoïciens reconnaissait 
an moins la nécessité d'un ordre étemel et immuable. Le 
hasard, s'il était quelque chose, ne serait qu'un principe 
de désonfre; il soflSt de promener ses regards sur la 
terre, <fe lever les sreuz au ciel, pour y voir des marques 
constantes d'ordre et d'harmonie. Pour celui qui l'em- 
pkne, le mot hasard veut dire : Je ne sais pas. L'ieno- 
nmt en cristallographie peut aâribuer au hasard la 
formation des cristaux, HaQy Fexplique par une loi ma- 
thématique d'une grande simplicité. Le hasard perd de 



son empire à mesure que la science fait des progrêtt ta 
science ramène à l'idée de Dieu<en montrant ignorance el 
la folie de ceux qui prétendaient pouvoir s'en passer. R. 

HAST (Armes d']. ( V, notre Dictionnaire de BiogrO' 

HASTATS. i phie et d*Bistoire. 

HASUR, instrument de musique. V, Ascior. 

HATn-CHÊRYF, T. notre Dictionnaire de Biographie 
et d*ffistoire, 

HAUBANS, gros cordages destinés à consolider la tète 
des m&ts, qui pourraient se rompre par l'action directe 
des voiles ou par les ébranlements du navire pendant les 
tempêtes. Des moufles permettent de les roidir à vo- 
lonté. Le nombre des haubans vane selon la force du 
bâtiment et la résistance des m&ts. Plus les haubans sont 
attachés loin du pied des mâts, plus ils ont de force; c'est 
^ pourquoi, lorsque vint l'usage de construire les navires 
à murailles rentrantes, on y adapta des arcs-boutants 
saillants ou des plates-formes saillantes, qui prirent le 
nom de porte-haubans et qui servent à attacher ces cor^ 
dages. On a voulu remplacer les haubans en cordes par 
des flls de fer et des chaînes; mais cette Innovation, 
qui substituait à un ssrstème élastique un système in- 
flexible, supprimant toute vibration et causant de fré- 
quentes ruptures, dut être abandonné. Toutefois une Idée 
lui survécut : ce fut de se senrir, pour le pied des hau- 
bans, de crémaillères en fer et de chaînes oui, au moyen 
d'un mécanisme, permettent de roidir à volonté les lîau- 
bans, en laissant à leur partie supérieure leur élasticité ; 
en outre, leur partie inférieure est à l'abri de l'incendie. 

HADBERGEON, cotte ou chemise de mailles, ftdte de 
petits anneaux de fer, et plus tard de lames articulées. 
C'était le haubert des écuyers, moins riche que celui des 
chevaliers. 

HAOBERT. ( K. notre Dtrftonnairs de Biographie et 

HACNET. t d:Histoire. 

HAUSSE. V. Baisse. 

HAUSSE-COL. Cémit autrefois la paille supérieure de 
la cuirasse de fer plein qui entourait le cou et recouvrait 
le gorgerin ; ou bien, quand le casque n'avait pas de gor- 
gerin, un col ou collet en fer dont on entourait la gorge. 
Aujourd'hui le hausse-col est un ornement de cuivre ou 
d'ar^nt doré, en forme de croissant et bombé, que les 
officiers d'infanterie portent, lorsqu'ils sont de service ou 
en grande tenue, fixé au-dessous du cou sur le haut de 
la poitrine par deux cordonnets qui s'attachent aux boa- 
tons des épaulettes. 

HAUTBOIS, en italien chœ, instrument de musique i 
vent et à anche, ainsi nommé parce (^e, dans l'anden 
système d'orchestration, sa partie était habituellement 



toite plus haut que celles des violons, ou parce qu'il 
vait à renforcer leurs sons aigus. Long de 0",60 environ, 
et fait en cèdre, en ébène, en buis, ou en grenadille. Il se 
compose de trois corps ou pièces, qui s'ajustent bout à 
bout, et qui forment un tuoe graduellement évasé, ter- 
miné par un petit panillon en entonnoir. L'anche est for- 
mée de deux lames de roseau. Parfois on adapte au corps 
supérieur une pompe : ce sont deux tubes de cuivre rou- 
lant l'un sur IHiutre et augmentant de 2 centimètres la 
longueur du tube. L« diapason du hautiwis s'étend depuis 
Vut grave du violon Jusqu'au soi suraigu : en allouant le 
tube, Brod l'a fait descendre Jusqu'au ta. Le hautl>ois a des 
sons champêtres et doux, avec plus d'accent et de variété 

3 ne ceux de la flûte; malgré. sa petitesse, il a beaucoup 
e puissance, et perce au milieu des masses les plus 
formidables. On l'emploie également bien pour les effets 
d'orchestre et pour les solos. La difficulté la plus oonii- 
dârable de son Jeu consiste dans l'acte de retenir le 
souffle pour adoudr le son, et pour éviter les couacs, qui 
ont lieu quand l'anche seule entre en vibration, sans 
faire sortir le son de l'instrument. Il y a aussi des pré- 
cautions à prendre lorsou'on joue avec beaucoup de aou- 
ceur, parce que le hautbois peut octanier, c-à-d. faire 
entendre l'octave aigué du son qu'on veut produire. Dans 
un orchestre, le hautbois se divise en 4 '^ et 2* ; il a pour 
alto le cor anglais et pour basse le bcuson {V, ces mots), 
La musique qu'il exécute est écrite sur la clef de sol. 11 
est lé plus Juste des instruments à vent. Quand on em- 
ploie le hautbois comme instrument de solo, les tons les 
plus favorables k son doigté sont ceux d'ut, de fa, de sol, 
de la mineur, de ré mineur, et de mi mineur. Les traits 
rapides sont difficiles dans les tons où il y a beaucoup de 
dièses ou de bémols. 

Le hautbois était déjà en usage en France vers la fin 
du xv« siècle : mais alors c'était un instrument grossier, 
d'un son dur et rauque, et qui n'avait que 8 trous, sans 
clefs. Il dérivait sans doute de l'instrument rustique ap- 



HAD 



1^24 



HEB 



pelé hautbois d» Poitau* Son étendue était d*une octave 
et d*ane sixte, depuis tU Jusqu'à ki. On distinguait le 
premier et le ucSnd deuui d» hautbois. La hauU^ontre 
de hauibois ou hautbou d^amour descendait une tierce 




environ, et son étendue de fa (au-dessous du sol grave 
du violon) Jusqu'à ut. La basse de hautbois, longue de 



5 pieds environ, était percée de onze trous, dont quatre 
se bouchaient avec des clefs, et se Jouait avec un bocal 
en cuivre courbé, conune le basson; le son le plus grave 
était le fa grave de la voix de basse. Le fagot et le corve- 
ku (F. ces mots) se rapportaient à la basse de hautbois. 
Le hautbois de forêt (en italien oboë piccolo)^ oui existe 
encore aqjourd*hui, mais qu'on n'admet plus dans l'or- 
chestre, sonne l'octave aigué du hautbois moderne. Le 
premier hautboïste habile que mentionne l'histoire de la 
musique est Filidori, de Sienne, fort applaudi à la cour 
de Louis Xin. Ce prince, entendant, quelques années 
après, le Français Danican sur le même instrument, s'é- 
cria : « Tai retrouvé un autre Philidor. » Telle est l'oriçine 
du nom de Philidor que prirent les Danican, musiciens 
distingués. Les Besoza, originaires de Parme, perfection- 
nèrent la fabrication du hautbois, et se produisirent avec 
grand succès comme exécutants en Italie, en Allemagne et 
en FïaQce, sans rencontrer d'autre rival sérieux qu'un 
Allemand nommé Fischer. L'un d'eux, Jérôme Besozzi , 
oui entra au service de Louis XV en 1769, fonda une 
école, d'où sortirent Gamier, Michel, et Sallantin. A cette 
époque, un luthier de Paris, Délasse, fabriijua des haut- 
bois que l'on recherche encore aujourd'hui, malgré les 
additions de clefs que l'on a faites pour ajouter à la Jus- 
tesse de l'instrument et dont le nombre s'est élevé Jus- 
qu'à 14. De nos Jours, Vogt, Brod, Gilles, Venoust aîné, 
triebert, ont brillamment représenté l'école française 
de hautbois , et Sellner l'école allemande. L'Espagne a 
pradui^ de nos Jours aussi, un hautboïste distingué^ Soler, 
— Il existe des Méthodes pour le hautbois par Schickart , 
Amsterdam, 1730; par Vanderhagen et par Garnier, 
Paris, 1798 et 1800; par SeUner, Vienne, 1824; par Gh&- 
lon, Paris, 1826 ; par Brod, ibid., 1828, etc. B. 

HAUTBOIS (Jeu de), un des Jeux d'anche de l'orgue. C'est 
un jeu de forme conique, fait en étain fin, et qui sonne 
à l'unisson des dessus de trompette. Il se place au récit 
et au positif, et il en a toute l'étendue; son harmonie est 
gracieuse, et imite assez bien l'instrument dont il porte 
le nom. F. G. 

HAUT-BORD. F. Bord. 

HAUT DE CASSE. V. Casse. 

HAUT-DE-CHAUSSES. V. Chausses, dans notre Die- 
tionn aire de Biographie et d^ histoire. 

HAUTECOBiBE, ancienne abbaye de l'ordre de Ctteaux, 
sur la rive occidentale du lac du Bourget, en Savoie. Elle 
Alt fondée en ,11 25 par Amédée III, comte de Savoie, pour 
servir de lieu de sépulture aux membres de sa famille. 
Fort maltraitée pendant la guerre de la succession d'Au« 
triche et à l'époque de la Révolution française, elle a été 
reconstruite en style gothique , en 1824, par ordre de 
Charles-Félix, roi de Sardaigne ; les tombes ont été au- 
tant que possible restaurées. 

HAUTE-CONTRE, la plus aigué des voix d'homme, 
plus élevée que celle du ténor, et ainsi appelée par oppo- 
sition à la basse-contre ( V. Basse). Les voix de haute- 
contre, très-rares aujourd'hui, se trouvaient principale- 
ment dans le midi de la France, étaient cultivées dans les 
maîtrises des cathédrales, et exécutaient la partie d*alto 
(F. ce mot). Cette partie est trop barae pour la voix de 
contralto, et trop^ élevée pour celle de ténor; aussi l'exé- 
cution de la musique écrite pour la haute-contre présente 
maintenant des difficultés presque insurmontables. 

HAUTE-Goirnui, ancien instrument de musique, variété 
de la viole (V.ce mot). 

HAUTE COUR DE JUSTICE, tribunal dont l'institution 
remonte à la Révolution française (F* notre Diction- 
naire de Bwgrcmhie et d^ Histoire, page 692 , col. 2), et 
qui est chargé de Jucer les crimes politiques et les atten- 
tats à la sûreté de l'ÉtaL Conservé par la Constitution 
de 1852, il a reçu quelques modifications par le sénatus- 
consulte organique du 13 luillet de la même année. Les 
juges, pris parmi les menibres de la Cour de cassation , 
formaient une Chambre de mise en accusation et une 
Chambre de jugement, toutes deux composées de 5 Juges 
et de 2 suppléants. Le jury se composait de 36 mem- 
bres des Conseils généraux. La haute cour ne pouvait 
être saisie que par un décret de l'Empereur. 



HAUTE-USSE. F. Lisse. 

HAUTE POLICE. F. Subveillanci. 

HAUT-RELIEF. F. Bas-relief. 

HAUTS-FONDS. F, Bas-fonds. 

HAVAGE. ) V. ces mots dans notre Dictionnaire ai 

HAVET. S Biographie et d'Histoire. 

HAVRE (du celtique Oder, ou de l'allemand AoT^m), nom 
qu'on donnait anciennement à tout port de mer, naturel 
ou creusé par les hommes, et qui ne s'applique plus qu'à 
certains ports situés à l'embouchure d'une riiaère. Dd 
lutvre naturel s'appelle crique. 

HAVRE-SAC, de l'allemand hafersack, sac à avoine, sac 
à provisions. Les soldats ont de tout temps porté avec 
eux une besace ou un sac, où étident renfermai leurs vê- 
tements et leurs vivres. Jusqu'au temps de Turenne, ce 
sac fut appelé canapsa (de l'allemand Icnapp-sack)^ et se 
porta en ^becière sur le côté. Sous le ministre Choiseul, 
la peau garnie de poils remplaça la toile pour les sacs de 
l'infanterie. Le ministre Saint-Germfdn fit prendre, au 
lieu de la simple courroie, une bretelle double pour les 
porter. Gouvion Saint-Cyr autorisa , à l'instar des An- 
glais, le havre-sac en toile cirée, qui ne plut pas à l'ar- 
mée. La garde royale de la Restauration transforma, par 
une addition de planchettes, le sac en une espèce de 
petijte malle quadrangulaire méplate, dont l'usage est 
resté général. 

HEAUME. F. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

HEBDOBIADIER (du grec hebdomas, semaine), nom 
donné, dans un couvent ou dans un chapitre de cha- 
noines, à celui qui est de semaine pour dire les oraisons 
de l'office et y présider. 

HÉBERGE. V. IflTOYERlIET^. 

Hébraïque (An). — I. Architecture. H est à peu près 
impossible d'apprécier les caractères et les yicissitodes 
de l'art de bâtir chez les Hébreux, leurs monuments 
ayant été complètement détruits, et les détails que donne 
la Bible sur diverses constructions ne suffisant pas tou- 
jours pour s'en former une idée précise. VArche d^al' 
tiance, le Tabernacle, le célèbre Temple de Salomon {V. 
ces mots)^ les divers palais «élevés par ce prince, ne pea- 
vent être aujourd'hui connus que par les descriptions 
des livres saints. Certains écrivains ont pensé oue la civi- 
lisation hébraïque ne fut qu'un p&le reflet de la civilisa- 
tion des Égyptiens, et qu'en matière de beaux-arts les 
Juifs se bornèrent à imiter leurs voisins. Jl est cependant 
naturel de penser qu'ils communiquèrent à leurs édi- 
fices publics un caractère spécial, en rapport avec leurs 
croyances et avec leurs mœurs. A propos de la descrip- 
tion du Temple, Millin a exprimé l'opinion que la dispo- 
sition de l'ensemble, la construction pyramidale des 
murs, l'espèce de gnmde porte qui précédait la façade 
antérieure, étaient imitées des Égyptiens, tandis que la 
toiture en bois et les lambris également en bois dont 
l'intérieur était entièrement revêtu rappelaient plutôt 
l'architecture phénicienne, ainsi que les colonnes en bois 
du palais d'été de Salomon ; que, dans les ornements, les 
Hébreux avaient montré le même goût de la magnifi- 
cence qui caractérisait les Égyptiens et les Phéniciens. 
F. De Saulçy, Histoire de l'art jtêdaique , Paris, 1858, 
in-80. 

n. Sculpture. — On voit dans l'Écriture que la sculp- 
ture et la ciselure étaient cultivées très-anciennement par 
les Hébreux. Rachel emporte les petites idoles de son 
père Laban ; les Hébreux dans le désert fondent un Veau 
d'or; des chérubins, des vases, des candélabres en bronze, 
ouvrages de Bézéléel, décorent l'Arche d'alliance. Mais 
la loi de Moïse interdisait toute représentation de Dieu 
sous une image visible. 

III. Peinture. — Il n'v a de traces de la peinture que 
dans le livre d'Ezéchiel (vm, 10; xxin, li), et encore 
ce livre ertAl été écrit dans le pavs des Chaldéens. 

IV. Musique. — La musique fut le seul art cultivé 
avec quelque succès par les Hébreux; ils en faisaient 
même remonter l'origine avant le déluge, et attribuaient 
l'invention des instruments à un fils de Caln. Mais, bien 

S l'on ait écrit de nombreux ouvrages sur cette mstière^ 
le est loin d'être élucidée. Les instruments, par exem* 
pie, dont il est fait mention dans la Bible, ne nous sont 
pas connus parfaitement : au nombre des instruments à 
cordes, on renuurque le kinnor et le nébel, et, parmi les 
instruments à vent, Vougab (F. ces mots), sans parler 
des flûtes, des trompettes, des tambourins, des cym- 
bales, etc. Un des historiens de la musique, Forkel, s 
prétendu que toute la musique des Hébreux consista 
dans une espèce de récitatif monotone, analogue auv 



IIEB 



1025 



HËB 



pnlmodieB des synagogues et des églises modernes : 
mais, outre que cette assertion est dénuée de preuves , 
00 ne voit pas pourquoi la mélodie, qui est chose natu- 
relle, aurait été refusée à un peuple d*une civilisation 
dsseï avancée ; on ne comprendrait pas TefTet merveilleux 
de la mnsiciue sur SaQl eu démence, et tout ce que la 
Bible rapporte des chants des prophètes. D'ailleurs, il est 
rapporté que David forma, pour rehausser la splendeur 
da culte, un corps de 4,000 Lévites musiciens, divisés 
«0 pluaieoTS chœurs, dont chacun avait un orchestre et 
an penonnage dirigeant, chargé aussi de chanter ou de 
ioaer les aolos. Ajoutons, toutefois, que la simplicité des 
chants et des instruments chez tous les peuples de Tan- 
tiouité, et q^ialement Tabsence de toute écriture musi- 
cale chez les Hébreux, ne permettent pas de supposer 
rieo d'analogue à ce ofue les modernes appellent Thar- 
monie. F. Ugolino , Thésaurus antiquUcUum sacrarum, 
L XXXn, où se trouvent une quarantaine de traités spé- 
ciaux SOT la musique et les instruments des Hébreux; 
Porkel, Histoire de la musique, chap. m; PfeifTer, Sur 
ia musique des anciens Hébreux, en allem., 1779; Con- 
tant de ht Molette. Essai sur la poésie et la musique des 
H&freux , Paris, 1781 ; des Dissertations de Saalschûtz , 
Berlin, 1829, et de P.^. Schneider, Bonn, 1834, etc. B. 

HteAlQOB (Langue), une des langues sémitiques {V. ce 
mot), celle qui est arrivée la première à son complet dé- 
veloppement, puisau'elle possédait déjà une littérature 
lorsôue les antres étaient encore dans renfanoe. Ce phé- 
nonràne n'autorise pas cependant à la regarder, avec 
qcelqaes hébralsants, comme la langue mère univer- 
selle, ni comme la plus ancienne des langues, encore 
moins comme celle qui aurait été parlée dans le Paradis 
terrestre. L'hébreu tient le milieu entre les idiomes ara- 
méens et l'arabe : s'il se rapproche des premiers par ses 
radnes, il a plus d'analogie avec le second pour la ri- 
chesse des formes grammaticales; les radicaux hébraï- 
ques se rapprochent davantage par leurs voyelles des 
radicaux araméens correspondants, mais ils sont plus ana- 
logues aux termes arabes par leurs consonnes. 

Selon la plupart des hébralsants , '«s racines hébraï- 
ques se composent, en général, de trois lettres et de deux 
sfllabea, et il n'y aurait qu'un petit nombre de mots 
mono^Ilabioues trilittères et de mots bilittères. Si ce 
caractère polysyllabique des racines était réel, il serait 
une exception h la règle qu'on observe partout ailleurs : 
U difficulté de ramener aujourd'hui les mots hébreux à 
des radicaux monosyllabiques est l'indice que la langue, 
i. Tétai où nous la connaissons, s'était déjà éloignée de 
la f<»ine primitive. Le nombre des racines trilittères est 
de 3,000 environ ; celui des radicaux bilittères auxquels 
Xenmann croyait pouvoir rigoureusement les réduire 
lerait à peine de cinq cents. Rumelin, à l'aide de la trans- 
position et de la permutation des lettres, réduisit à quinze 
ladnes tons les mots hébreux. Il y a en hébreu deux 
genres, le masculin et le féminin, et trois nombres, le 
sngulier, le pluriel et le duel : ce dernier ne s'emploie 
qne pour désigner des objets qui sont doubles par leur 
nature. On reconnaît le genre, tantôt à la signification , 
tantôt à la désinence des mots. Dans chaque genre le 
pluriel se forme d'une manière particulière. Les substan- 
tifs ne se déclinent pas ; les cas sont indiqués par l'article 
sons forme de préfixe , et par des prépositions insépa- 
rables, n n'y a ni augmentatifs, ni diminutifs : on sup- 
]riée aux premiers par certaines locutions, telles que le 
saint des saints, le cantique des cantiques. Lorsque deux 
substantife qui se suivent expriment un rapport de pos- 
seaaion, c'est le mot régissant seul qui affecte une forme 
spéciale; il rejette, en outre, l'article préfixe : on a donné 




rôle) qui a subi une modification. Si les deux substantifs 
qui se trouvent à l'état construit n'expriment qu'une 
seule Idée, l'article, s'il doit y en avoir un, se met devant 
le mot cooiplémentaire; ainsi l'on dit ange du Dieu pour 
Vttoge de Dieu, hommes de la guerre pour les hommes de 
guerre, — A la place des a4iectif8,qui sont en petit nombre, 
on emploie des substantifs, et les deux noms se mettent h 
Vétat construit : homme de Dieu pour homme vertueux, 
fUs ds perdition pour homme perdu. L'hébreu ne possède 
pas d'adjectifs dérivés de substantifs, comme sont nos 
nota dkm, humain^ terrestre. Le comparatif se forme au 
moyen de préfixes, et le superlatif absolu par l& répétition 
da même mot : très-^aint se dit saùU, saint, saint. Tan- 
tôt lea adjectifs déterminatifs et les pronoms sont séparés, 
tutôt Os se présentent sous la forme d'affixes et de suf- 
fixes s Us s'ajoutent comme suffixes aux substantifs, aux 



prépositions, et aux verbes employés au parfait, et comme 
préfixes au futur. — Les noms de nombre plaoâs après te 
substantif se mettent au singulier; les noms placés i^rès 
les disaînea à partir de la seconde rejettent ht marque dn 
pluriel, n y a môme des sulratantifs qui, exprimant une 
mesure, comme jour, homr/ie, armée^ restent invariables. 
— Le verbe admet, aux 2* et 3* personnes, la distinction 
des genres. Il n'y a que deux temps : le prétérit, qui sert 
pour l'imparfait, le parfait, le plus-que-parfait et môme 
le présent ; et le futur, qui répond tantôt au futur simple, 
tantôt au futur antérieur, tantôt encore au présent. Par 
l'adjonction d'une lettre préfixe, le futur se convertit en 
prétérit; au moyen de certains retranchements et de cer- 
taines additions à la finale de ce temps, il aomiiert la 
valeur du subjonctif, du conditionnel et de l'optatif. L'Im- 
pératif n'a que la 2* personne. L'infinitif et le participe 
peuvent être considérés comme de véritables noms. Ce 
n'est ni par l'infinitif comme les Latins, ni par la l'* per- 
sonne du présent comme les Grecs, que les Hébreux 
nomment un verbe, mais par la 3* personne du prétérit, 
dans laquelle ils voient la racine verbale à l'état le plus 
pur. L'hébreu n'a qu'une conjugaison : mais le verbe est 
susceptible de revêtir sept formes ou voix, qui modifient 
le sens primitif par l'Idée de circonstances nouvelles, et 
expriment un sens passif, un sens causatif, un sens fré- 
quentatif, etc. A l'aide de ces verbes dérivés, la conju- 
ealson acquiert une certaine richesse. — Les adverbes et 
let prépositions, dont le nombre estt fort restreint, peu- 
vent, dans certains cas, prendre les signes des genres, et 
être traités comme de véritables noms. 

La plupart des règles de la syntaxe hébraïque sont 
conformes à celles des autres langues ; la construction est 
directe, et ne présente aucune difficulté. Seulement la 
confusion des temps des verbes, le peu de distinction qui 
existe entre les manières de parler conditionnelles et lea 
manières id>solues, entre les propositions secondaires et 
les propositions principales, la facilité avec laquelle on 
passe do singulier au pluriel, du masculin au féminin, 
ôtent au style la précision désirable. 

La Palestine avait trop peu d'étendue pour que pln- 
sieun dialectes pussent s'y former. On sait seulement 
qu'il y avait, d'u^ Heu à l'autre, des difiérences de pro«) 
nonciatlon : aJ^sl, les habitants du royaume d'Israël,' 
notamment les Galiléens, altéraient les consonnes guttu- 
rales, et, dans la tribu d'Éphralm, on changeait l'ar- 
ticulation chuintante eu nfflante. On peut custinguer . 
dans l'histoire de la langue hébraloue deux périodes : ' 
la première, qu'on appelle Vâge aor^ s'étend depuis 
l'ongine de la langue Jusqu'à la captivité de Babylone; * 
la seconde, ou âge d^argent, qui commence à la captivité 
et finit à l'époque des Macchabées, se disthague par les 
nombreux emprunts que les écrivains font au dialecte 
chaldéen, auquel les Juifs, pendant leur s^our à Babv« 
lone, s'habituèrent avec d'autant plus de facilité quil 
avait une grande affinité avec la langue hébraïque. Ils 
continuèrent à le parler après leur retour, et, de la Umgue 
parlée, il passa insensiblement dans la langue écrite, où, 
ven l'avénement de J.-C, il avait à peu près remplacé 
l'ancien hébreu. Après la dynastie asmonéenne, la langue 
hébraïque pure devint une langue morte, et le dialecte 
hébreu-chaidéen ou syro-chaldéen fut seul employé. Pa- . 
rallèlement à ce dialecte s'était développé, depuis le 
VII* siècle av. J.-C, l'idiome samaritain (y, ce mot). Un 
hébreu moderne, dit ràbbinique, s'est rormé depuis le 
X* siècle de l'ère chrétienne chez les Juifs de l'Espagne : 
tout en affectant de se rapprocher de l'ancien hébreu par 
sa structure générale, il conserva les formes chaldalques, 
et, de plus, emprunta à l'arabe, au grec, au latin, et aux 
langues des pays où s'étaient réfugiés les restes du 
peuple de Dieu, un grand nombre d'expressions. Les 
Juifs modernes, surtout en Allemagne, ont conservé le 
ràbbinique comme langue scientifique; quant à l'ancien 
hébreu, qui est la langue liturgique, ils ne le compren- 
nent généralement guère mieux que les catholiques de 
tous pays ne comprennent le latin. ^ 

Parmi les ouvrages très-nombreux qui ont été oublié.^ 
sur la langue hébraïque, nous citerons t J. Reuchlin, D,: 
rudimentis hebraXcis libri III^ Tubingue, 1506, in-fol. \ 
Buxtorf, Thésaurus grammcUicus Itngufs sanctœ, B&Ic, 
1609, ln-8**; Bellarmin, Institutiones linguœ hehraXcœ, 
Rome, 1622, in-8<>; Louis de Dieu, Grammatica linguarum 
Hebrœorum, Chaldœorunjk et Syrorum inter se collata" 
rum, Leyde, 1628; Hottinger, GrammtUica quatuor lin* 
guarum, hebraltca, chaldaxca, syriaca et arabica, harmo- 
nica, Heidelberg, 1658; Guarin, Grammatica hebraUca 
etchaldaMca, Paris, 1724, in-4«; Masclef, frammatict: 

6o 



HÉB 



1026 



HËB 



hÊhrtâea, Paris, i731.iii-lS; Schultens, InstUnUumn ad 
hu»dammUa Imguœ AebroMi, Leytle, 1737, in-é*; Mi- 
cfaaelis. Grammaire h^tnOquê, en allem.. Halle, 1745; 
SchroBder, InstihtUonss ad fïmdamênta Itnguœ kebraicm 
ncticognoscemim, Groningue, 1766, m*^^'; RoberUon, 
Grammatka hO^raXca, 2« édit., Edimbourg, 1783; Wil- 
•on, ÊUmaUs d» la Grammaire hébraiquê, en anglais, 
S* édit., 4788; Vater, Grammaire héhrOUnte, en aile- 
Band, Leipzig, 1798, ln-8*; Fabre d'Olivet, ta Langue 
hUfraiquê restUiêée, Paria, 1816, in-4o; Geaeniua, Gram- 
maire critique de la langue hebraMque, en allem., Leipdg, 
1817, in-8o; Volney, l'Bif>reu simplifié par la méthode 
alphabétique, Paris, 1826; Cohen, Cours de lecture hé- 
brtOquef 1824, in-8*; Ewald, Grammaire critique de la 
langue hébraique, en allem., Leipzig, 1827, in-S"; Glaire, 
Prmdpes de grammaire hébraXque et chaldaXque^ Paris, 
1832, in-8o; Sarchi, Grammaire hibraUque raisonnée, 
Paris. 1844, in-8*; Latoache, Études hOtraXques, Paris, 
1836, 3 Tol. in-8«; £. Slaoghter et J. Michaelis, Gram-^ 
m€Uica hebraica, édition donnée par V. Castellini, 
i8M , in-8^ ; — Pagoinus , Thésaurus linguœ sanctœ , 
Lyon, 1577, in-fol.; Forster, Dictionarium hebraicum, 
Bàle, 1557, in-fol. ; Buxtorf, Lexicon hfbraHewm et chal^ 
daicum, Bàle, 1631, in-8*, et Lexicon chaldaicum, thaï- 
mudicum et rabbinicum^ 1639, in-8*; J. Cocoeji, Lexicon 
A«&rakcttm, 1669 ; G. Robertson, Thesaurusiinguœ sanctœ, 
Londres, 1680, in-4<>; Thomassin, Glossarium universale 
hebraMcum, Paris, 1697, in -fol.; Bouget, Lexicon he^ 
braicum et chaldojtco^biblicum, Rome, 1737, in-fol. ; 
Guarin, Lexicon hebraicum et chaldaico^iblicum, Paris, 
1746,2 vol. in-4''; J. Simonis, Lexicon manuale hebrœum 
etckaldcBum, Hall, 1752, in-8*; Michaelis, Supplementa 
ad lexica hebraica, Gœttingue, 170S, G vol. in-4<^; Din- 
dorf, Novum lexicon linguœ hebroMco-chaldaicœ, Leipzig, 
1802, 2 vol. in-S''; Gesenius, Thésaurus philologicus et 
criticus linguœ h^aicœ, Leipzig, 1829, in-4* ; Glaire, 
Leasicon maamale hebrastcum et chaldaicum, Paris, 1830, 
ln-8<^; Latoucbe, Dictionnaire hébraique raisonné, Ren- 
nes, 1845; — Postel, De originibus seu de hebraxcœ Iùp- 
guœ antiquiUUe, Paris, 1538, in-4''; fiertram. Parallèle 
de la langue hébraique et de la lanru^ araméenne, en 
latin, GenèTe, 1574, in-8<*; Loesdie;, Décousis linguœ 
h^csœ, Francfort, 1706, in-4<^; Haupbnann, Historia 
linfluœ hebrœœ, Leipzig, 1750, in-8°; Clemm, Histoire 
critique de la langue Mbraiquey en allem., Heidelberg, 
1754, in-8« ; Hezel, Histoire de la langue et de la litté- 
rature hébralfques, en allemand. Halle, 1770; Gesenius, 
Histoire de la langue et delà littérature hébraiqites, en 
allem., Leipzig, 1815; Blogg, Histoire de la langue et de 
la littératurehébratques^ en allemand, Hanovre, 1820, 
in-4«. H. 

BéBRAlQUB (Écriture). Les Hébreux ont eu deux formes 
d'écriture. Tune dite carrée ou chaldéenne, et Tautre 
brisée ou samaritaine. Les hébralsants ne sont pas d'ac- 
cord sur la question de savoir quelle est la plus ancienne ; 
quelques-uns supposent qu'elles existèrent simuluné- 
ment dans tous les temps, et furent employées, la pre- 
mière pour la transcription des livres saints et les usages 
religieux, la seconde pour les usages profanes, la corres- 
pondance et les affaires. La Qualification de chaldéen 
donnée au caractère carré semi>le indiquer son origine 
étrangère; il aura été importé en Palestine au retour de 
la captivité de Babylone. D'un autre c6té, l'identité pres- 
que complète de l'alphabet samaritain avec le phénicien 
est une forte présomption de son antiquité. Il y a encore 
nne écriture ronde ou rabbiniqtu; elle est comparative- 
ment toute moderne. — Sous chacune de sea formes, 
Talphabet hébraïque contient 22 lettres. Selon Buxtorf, 
elles seraient toutes consonnes; Masclef y distingue, au 
contraire, 6 voyelles, dont 4 brèves et 2 longues. D'autres 
p^admettent que 3 lettres faisant fonctions de voyelles, 
a, i, u; les voyelles « et o ne sont, comme en grec, en 
latin et dans les langues qui en dérivent, que des sons in- 
termédiaires, des dfphthongues qui résultent de la com- 
binaison de deux voyelles [ai^ é^ de a et t; au, o, de a et 
M), Aussi a-tron appelé les trois voyelles maires lectio- 
ms, « les mères, ou les bases de la lecture. » Mais ces 
voyelles mêmes ne sont autre chose que des consonnes 
faibles, qu'on n'employait comme voyelles que pour les 
ions sraves et longs ; les brèves étaient omises, et le lec- 
teur dut y suppléer. De là les nombreuses interprétations 
auxquelles a donné lieu le texte sacré : car un même mot 
change de sens en changeant de voyelle. Souvent aussi 
le sens du mot dépend de l'accent tonique. On comprend 
combien une pareille écriture dut être impsrfaite et 
équivoque. Néanmoins, on ne se servit pas d'autres 



voyelles ni d'autres signes phoniqnes pendant tout I» 
temps où 11<£ome hébraïque fut une langue vivante ; avec 
cette différence, pourtant, que les derniers écrivains mi- 
rent firéquemment la voyelle dans les mots où elle avait 
été omise antérieurement. L'habitude et la connaissance 
de la langue, ainsi qae cela se pratique encore de nos Jonrs 
chez les Arabes et les Perses, suppléaient an défaut de la 
vocalisation. Mais, à mesure que l'hébreu devenait langoe 
morte, la véritable prononciation ^paraissait : aussi 
fut-on obligé, pour remédier à cet inconvénient, d'in- 
venter des points diacritiques et des points -voyelles. 
Suivant Elias Lévita, cette innovation ne date que dn 
VI* ou vu* siècle i^rès J.-G. Une foule de modifications, 
telles que celles de nombre, de genre, de temps, etc., ne- 
sont indiquées que par les points-voyelles. Ces points se 
placent presque tous en dessus ou en dessous de la liçne 
d'écriture : ils représentent dix voyelles différentes, anq 
longues et cinq brèves. Les points diacritiques servent à 
modifier la valeur de la consonne à laquelle ils sont atta- 
chés, par exemple, à hi faire redoubler dans la pronon- 
ciation, à faire disparaître l'aspiration, etc. Â la même 
époque on inventa les signes de ponctuation et les ac- 
cents. Les Juifs ont cependant conservé par tradition 
l'antique coutume ; le Pentateuque écrit sur du parche- 
min et dont ils se servent pour leur service religieux est 
dépourvu de tout signe qui facilite la lecture. V. Van Hel- 
mont, Alphabeti vere naturalis hebraïei brevissima de- 
lineatio, Sulzbach, 1667; Samuel Bochart, Dissertation 
sur V affinité des caractères samaritains avec les Grecs, 
en latin, dans ses Œuvres, Leyde, 1675, in-fol. H. 

hébraïque (Littérature). Tous les monuments de l'an- 
cienne littérature hébraique qui sont parvenus Jusqu'à 
nous forment le recueil connu sous le nom de BtbU 
( V. ce mot). Ils sont de différents genres, et souvent 
même, dans un seul écrit, on trouve mêlées l'histoire, 
l'éloquence et la poésie. 

Les ouvrages historiques de la Bible sont : le Penta- 
teuque^ qui contient 1 histoire de la création, des pre- 
mières générations humaines, et du peuple Juif jusqu'à 
son entiie dans la Terre promise ; le livre de Josué ; le livre 
des Juges, qui preâd le récit historique à la mort de Jo- 
sué et le continue Jusqu'à celle de Samson ; les 4 livrea 
des Aots, commençant à la naissance du grand-prêtre 
Samuel et se terminant à la destruction du royaume de 
Juda; les 2 livres des Chroniqws ou des Paralipo- 
mènes, qui reprennent la généalogie de la nation juive à 
partir d'Adam, répètent sous une forme très-abrégée la 
partie historique des livres précédents, et finissent à 
i'édit de Cyrus en faveur des Juifs; les livres d'Esdras, 
qui commencent au retour de la captivité de Babylone, et 
renferment un espace de 113 ans. La série des livres con- 
sacrés à l'histoire nationale est ensuite interrompue par 
des récits épisodioues; ce sont les livres de Judith, de 
Tobie^ de Jonas, A'Esther, de Daniel. Enfin les livres 
des Macchabées contiennent l'histoire des Juirs depuis 
Alexandre le Grand Jusqu'à Antlocbus Nicanor. 

On trouve dans le PenteUeuque deux morceaux poéd- 
quea^ les Cantiques de Moïse au chap. xv de VExode et 
au chap. xxxn du DevUéronome. A la poésie ^partlennent 
aussi le Cantique de Débora (Juges, chap. v)i le livre de 
Job, les Psaumes de David, les Proverbes, VEcclésiaste, 
la Sagesse^ V Ecclésiastique, le CarUique des cantiques, 
les discours des prophètes, particulièrement dlsale, et 
les Lamentations de Jérémie. C'est avec ces diverses 
purties de la Bible qu'on se fait la plus Juste idée du 
génie hâi>ralque. Plus exempt qu'aucun autre de toute 
influence étrangère, il s'y montre dans son originalité 
propre. Tout, chez les poètes hébreux, s'anime de bril- 
lantes images et de hardies métaphores, et nul style ne 
présente un caractère plus pittoresque ; l'expression, à la 
ibis simple et noble, revêt une incroyable majesté, et la 
pensée s'élève à de sublimes hauteurs. Mais on peut re- 
procher aux écrivains de la Bible de manquer souvent 
d'ordre et de méthode, et de tomber des plus nobles con- 
ceptions aux détails les plus vulgaires. 

Plusieurs écrits des anciens Hébreux ont été perdus. 
Le livre des Nombres (chap. xxi, v. 14) mentionne un 
Livre des guerres de Jéhovah, c.-à-d. des guerres que le 
peuple de Dieu eut à soutenir dans le désert. Celui de 
Josué (ch. X, V. 13) parle d'un Livre du juste ou des hé' 
ros. que l'on croit avoir été un antique recueil de chants 
nationaux. Les livres des Rois se réfèrent souvent à des 
Annales des rois de Juda et d^ Israël. Divers écrits scien- 
tifiques, que nous n'avons plus, étaient attribués à Sa- 
lomon. 

Indépendamment de la Bible, les Juifs possèdeot un 



HEB 



1027 



BEL 



Code de droH clTil etreligienx, qui est pour eux la suite 
et le oomidément ; c'est le Taimud ( V, ce mol dans notre 
Oidîonnotre de Biographie et d^ Histoire). Ils ont auçsi, 
tons le nom de Targunu^ diverses paraphrases cbal- 
dslquee de rAncien Testament. Au vi* siècle de notre 
ère parut, sous le nom de Massera (tradition), un tra- 
vail critique sur le texte de la Bible, destiné à fixer ce 
texte d'après les manuscrits les plus authentiques, à arrê- 
ter Torthographe de la langue, et indiquant un certain 
nombre de Tariantes remarquables. 

n y eut en Occident, pendant le moyen âge, une litté- 
ratura rabbinique, qui fait suite à celle des anciens Hé- 
breux, et dont TEspagne fut le principal centre. Brillante 
sortoat au xii« siècle, elle prodaisit le voyageur Benjamin 
de Tudèle, le philologue Anen-Esra, le grammairien lexi- 
cographe David Kimkhi, et le philosophe Haimooide. Au 
xiii* siècle appartient le po6tc Charizi ; au xv*, Abraham 
Zachat, de Séville, publia le Juchazin rùvre des familles), 
espèce d'Histoire universelle. Les rabbins espagnols ces- 
sèrent leurs travaux à partir du règne de Ferdinand le 
Catholique, et trouvèrent ailleurs peu de continuateurs. 
Cest seulement dans la 2* moitié du xvm* siècle que 
deux rabbins allemands, Mendelssohn etHartwig Werely, 
firent renaître chez leurs coreli^onnaires le goût de la 
littérature héhraiaue. 

r. Lowth, Prœtectiones academicœ de sacra poesi Se- 
breBorum, Oxford, 1732, in-4<*; Aurivillius, De pœsi 6i- 
l>licà, Upsal, 1758; Herder, Leçons sur la poésie des 
Hébreux; Delitsch, Histoire de la poésie judaïque, depuis 
la ci&hire du canon des Saintes Ecritures jusqu* à nos 
jours, Leipzig, 1836; Wenrich, De poeseos nebroJLcœ at- 
que arabieœ origine, indole, consensu atque discrimine, 
Leipzig , 1843, in-8<»; Beupot, Les Juifs d'Occident , 
Pans, 1824; Kavserling, Mémoires pour serwr à la lilt- 
térature et à Vhistoire des Juifs portugais, en allem., 
Leipzig, 1859. B. 

■ABaAiQiiB (Versification). Selon Josèphe, les cantiques 
de Mf^se, au 15* chap. de V Exode et au 32* du Deutiro- 
nome y seraient en hexamètres, et certains Psaumes de 
David en pentamètres et en trimètres. Contrairement à 
ce témoignage, les rabbins pensent que la poésie hébraï- 
que n'a Jamais eu de mètre fixe, et il est, en effet, difficile 
d'en reconnaître aucun : on ne voit pas de vers mesurés 
par le nombre des syllabes ou par la quantité prosodique. 
Ce qui distingue la poésie, c'est d'abord un rhythme ré- 
Bohant d'une certaine symétrie entre les membres de la 
phrase, et du parallélisme des idées entre les deux par- 
ties de la stance ou du verset; ce sont ensuite certaines 
formes du langage, les mots prenant des acceptions et les 
phrases recevant des constructions spéciales. Le jy Lowth 
distingue trois espèces de parallélisme, le synonyme, 
Yantithétique et le synthétique. Dans le parallélisme qmo- 
oyme, les mots correspondants des dâix membres sont 
synonymes, ou renferment des idées analogues : 

Ma doctrine dlitiUen oomme la pinte, 
lia parole dégouttera eomme la rosée ; 
CoDome rarerse enr la rerdiire, 
Comme la giboulée tsar Therbe. 

(ZVuléronoiM, 8S, t.) 

Dans le parallélisme antithétique, les mots correspon- 
dants offrent un sens opposé : 

Lea conpe de Taml sont fldMes , 
Les baisers de Ténnemi sont perfides. 

{ Proverbes, n,€. ) 

Le parallélisme sjmthétique n'oBre qu'une simple ana- 
logie dans Tordre des mots et dans les Idées; les mots ne 
sont ni analogues ni opposés les uns aux autres, et l'idée 
exprimée dans le premier membre est continuée dans le 
second et complétée par un nouveau trait : 

La loi de Jéhora est parlklte, 

Bécréantl'fime; 
L'aTertissement de Jéhova est fldUe, 

fiendant sage le simple. 

( Ptaumet, IS, 8 et shIt. ) 

HÉBREUX (Monnaies des). Elles ne furent, dans l*ori- 
ne, que des morceaux d*argent d*un poids déterminé, 
«qués d*un signe généralement reconnu dans le com- 
merce {Genèse, xxm, 16 J : les anciens livres de la Bible 
ne parlent pas de monnaies proprement dites. D y avait 
des pièces d'un side (poids de 274 grains), des demi- 
slclea, des quarts de sicle. Le sicle en monnaie pouvait 
valoir environ 3 fr. 10 c Ce fut seulement à l'époque des 



Macchabées que les Hébreux frappèrent des monq^iea 
réelles ; les légendes des sicles furent tracées en carac- 
tères samaritains. Plus tard, les princes de la famille 
d*Hérode frappèrent des espèoBs bilingues, à la fois greo-t 
ques et hébraïques. De nombreuses pièces d'argent et de 
bronze sont parvenues Jusqu'à nous, mais on n'en a au- 
cune d'or. Le monnayage cessa lors de la destruction de 
Jérusalem par Titus. Les monnaies hébraïques n'oflCrant 
aucune représentation de la figure humaine, proscrite par 
la loi de Moïse; on y voit la jusquiame, qui faisait partie 
des ornements de la couronne du grand prêtre, la verse 
d'Aaron, le vase où la manne fut recueillie, des épis de 
blé, emblèmes de la religion Juive, la vigne, souvenir de 
la fertilité de la terre promise, ou encore le Temple et 
l'Arche d'alliance. B. 

HÉCATONSTYLON. F. ce mot dans notre Diction^ 
naure de Biographie et d'Histoire, 

HÉDONISME (du grec hédoné, plaisir), doctrine phi- 
losophique qui considère le plaisir comme le principe de 
l'activité morale, comme le souverain bien. C'est le sys- 
tème de l'école cyrénalque et de l'épicuréisme ( F. ces 
mots). 

HEDYCOMOS. F. Comos. 

HÉGÉMONIE, l V. notre Dictionnaire de Biographie 

HÉGIRE. \ et d'Histoire. 

HEIDELBERG (Ch&teau de). Ce château, élevé de 104 
met. au-dessus du Neckar, sur une colline appelée le Jet- 
tenbuhl , est un assemblage de constructions de toutes 
sortes, qui l'ont fait surnommer TAlhambra de l'Aile- 
magne : chaque électeur palatin depuis le xv* siècle vou* 
lut ijouter aux travaux de ses prédécesseurs. Cette col- 
lection de tours et de palais , fort endommagée pendant 
la guerre de Trente Ans, souiOTrit encore les dévastations 
de Méhu: en 1688 et 1693, et le château est resté depuis 
cette époque dans l'état où on le voit aii^ourd'bui. Quand 
on est entré par la grande porte dans la cour principale^ 
on a devant soi le palais de Frédéric IV (1583-1610), 
dont la façade, surmontée de deux hauts frontons trian- 
gulaires, off're des entablements largement projetés, et, 
entre 4 rangs de fenêtres , les statues finement taillées 
de 9 palatins, de 2 rois, et de 5 empereurs ; à gauche, on 
a le palais gothique de Louis le Barbu, profondément 
troué et crevassé ; à droite, le paljds construit sous Othon- 
Henri, de 1555 à 1559, dont la façade exqydse, en sQrle 
Renaissance, ea^ garnie de dieux et de demi-dieux grecs, 
de héros hébreux, de chimères et de nymphes, et de Cé- 
sars romains; derrière soi, sous les ogives d'un porche, 
on a 4 colonnes de granit gris, données par le pape à 
Charlemagne, et qui ornèrent d'abord le palais du grand 
empereur à Ingelheim. Toute la cour est obstruée de dé- 
bris de fontaines et de perrons. Le pidais de Frédéric IV 
contient le musée Graimberg, amas peu choisi d'anti- 
quités et de tableaux. Sur la partie orientale du ch&teau. 
on remarque : la Tour fendue, construite en 1450, et qui 
contenait le magasin à poudre ; la Tour de la 6t6lto- 
thèque, bâtie en 1550, et qui a ronfermé la bibliothèqnie 
palatine du Vatican; la Tour octogone ou de la doàie, 
o&tie en 1525, incendiée par la foudre en 1764. Du côté 
occidental est la Grosse tour, achevée en 1533, et ruinée 
par les Français, bien que ses murs aient une épaisseur 
de 7 met. Dans les caves du château se trouve un fameux 
tonneau, qui présente l'aspect d'un naviro sous la cale : 
construit en 1751, il a 11 met. de longueur, 8 met. de 
diamètre, et peut contenir 283,000 bouteilles de vin ; il 
off're k sa partie supérieure une plate-forme , où l'on 
monte par deux escaliers & deux étages. Le château de 
Heidelbers a ime magnifique terrasse et de charmants 
Jardins. V. le comte de Graimberg, Guide du voyageur 
aux ruines du chAtea/u de Heidelberg , 1836. in-fol. « 
Pfnor et Ramée, Monographie du chàieau de Heidet» 
berg, in-fol. B. 

HEIDUQUES. V. notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 

HELDENBUGH, c-â-d. Livre des Héros, nom d'une 
collection de poSmes aUemands, composés dans le xm* 
on le XIV* siècle, et dont les si^ets, moitié fabuleux, 
moitié historiques, se rapportent aux temps d'Attila et 
de Théodoric, La plupart de ces poèmes ont été retra- 
vaillés et tronqua au xv* siècle pur Gaspard de Roan« 
dont le texte a servi â toutes les émtions du Heldei^uch; 
mais la forme primitive a été rétablie dans l'édition don- 
née par Von der Hagen, Berlin, 1820-24, 2 vol. in-4^ 
Le Heldenbuch comprend : les Aïeux de Théodoric et sa 
fuite chex les Huns , poème qui parait ètro un travail de 
seconde main ; la Bataille de Bavenne, écrit prétentieux 
et d'un «ntérèt à peu près nul ; la Mort d'Alfart, où l'on 



HEN 



1028 



HËN 



paraît avoir imité la lutte da AU d'Attila avec Vitigès, 
racontée dans le poëme précédent; (Hnit, poème dans 
lequel on a trouvé de Tanalogie avec l*Otieron de Wie- 
land ; Wolfdieirich, tableau de la fidélité mutuelle que 
se devaient les suzerains et les vassaux : le Gnome Lau^ 
rm, Sigenot, Eck$, la Cour (PAtiiia à Wonns, poèmes 
fleins de trivialité, de fastidieuses redites, et où Pon vit 
ians le monde des géants et des nains ; Théodorie $t set 
compagnons, ouvrage qui, avant d'être éconrté par Gas- 
pard de Roan, portait le titre de Conibctt aivec les dro' 
gons; le Jardin des roses, dont l'auteur a visé aux effets 
comiques, et qui est la meilleure production du recueil. 

HÉLÉPOLE. V. ce mot dsins notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

HÊLIAS, 4* branche du Chevalier au Cygne par la date 
de la composition, mais la 1" dans Tordre des idées. Le 
roi Lothaire épouse la belle Élioxe, qui meurt en donnant 
le Jour à sept Jumeaux. Chacun d'eux vient au monde 
avec une chaîne d'or au cou. La mère du roi, qu'un ma- 
nuscrit appelle la vieille Matabrune, ordonne de faire 
périr ces enfants. Sept ans plus tard, elle apprend qu'ils 
ont été sauvés, et leur fait enlever leun chaînes d'or; 
aussitôt ils sont métamorphosés en cygnes, et vont ha- 
oiter dans les Jardins de Lothaire. Cependant la fille 
d'Élioxe a conservé sa chaîne d'or, et n'a pas été méta- 
morphosée comme ses frères. Elle raconte à Lothaire ce 
qui est arrivé. Le roi fait chercher les chaînes pour les 
rendre à ses enfants. One seule avait été fondue par l'or- 
fèvre de Matabrune; un seul des fils de Lothaire conserve 
la forme d'un cygne : Hélias le place à la proue de son 
vaisseau, d'où lui vient le nom de Chevalier au Cygne, 
Là Bibliothèque impériale de Paris po«iède quatre ma- 
nuscrits de la chanson d'Hélias. K* VBistoire litt, de la 
France, u XXII. H. D. 

IIÉLICES,en termes d'Architecture, la même chose que 
les caulicoles ( V, ce mot). 

HÊUCOIDE. V. Escalier. 

HÉLICON, une des lyres des Anciens, ainsi nommée en 
souvenir des Muses qui habitaient sur le mont Hélicon, 
parce qu'elle avait 9 cordes. 

UÉLIENNE (Monnaie), monnaie des comtes de Péri- 
gord , ainsi appelée du comte Héli au xi* siècle. 

HÉLIOGRAPHIB. V, Protogbaphib. 

UKLIOPOLIS (Ruines d*). F. Balbeck. 

HELLÊiNlQUES , titre donné par Xénophon k l'histoire 
en "/ livres qu'il écrivit pour faire suite à l'ouvrage do 
Thucydide, et qui s'arrête à la bataille de Mantlnée. 

HELLÉNISME, manière de s'exprimer particulière k la 
langue grecque. C'est un hellénisme de faire accorder en 
cas le râatif complément direct d'un verbe actif avec son 
antécédent, lorsque celui-ci est au génitif et au datif. La 
formule de salutation et d'adieu, kaire^ est propre aux 
Grecs. Un des héllénismes les plus remarquables est fem^ 
ploi des particiUes \U^&tU mises en corrélation. — On 
donne aussi le nom d'héllénismes k certaines tournures 
grecques introduites dans une langue étrangère : telle est 
cette construction latine : Sensit delapsus in hostes, an 
lieu de : se delapsum esse. Racine {Athalie^ III, 4), à 
l'exemple du grec, thaumazô ei^ a dit également : 

J*admlrais si Hatbaa, dépouillant l'artifloet ete. 

Hellénisme s'appliqruait aussi aux fautes de langage que 
fidsaient les Grecs lorsqu'ils parlaient latin et qu'ils em- 
ployaient dans cette langue oes toun propres à la leur; 
par exemple, il pouvait leur échapper de dire turpium 
9Mtf parce qu'on disait dans leur langue tân aiskrân 
estt, P- 

HÉMICYCLE (du grec hêmi, demi , et kuklos, cercle) , 
construction demi-circulaire. C'est la forme la meilleure 
que l'on puisse adopter pour placer un grand nombre de 
spectateun ou d'auditeurs. 

HÉMI-DITON, nom donné, dans la musique des an- 
dens Grecs, non pas à la moitié du diton ou intervalle 
de tierce mideure, mais à cet intervalle diminué d'un 
demi-ton, êila tierce mineure. 

HËMIOLIE, navire employé surtout par les anciens 
pintes grecs. La moitié des côtés était libre de rameurs, 
pour former on pont sur lequel on put combattre. 

HÉBIISTIGHE, da grec hêmi, demi, et stikhos, vers. 
On appelle ainsi en (hmçais chacune des deux parties du 
Yen alexandrin séparées par le repos de la césure i 

Le moment oh je perle | est d^ loin de mol. 

BOILKÂU, Ép, 3. 

HENDÉGASYLLABE (du grec hendéka onze) , vers de 



onze syllabes. Dans l'antiquité, on donnait ce nom à trois 
espèces de vera : au phaleuce, à ValcaXque, et au sf^thique 
{V. ces mots). Dans les temps modernes, il a été propre 
k la poésie italienne, dont il est le grand ven. Notre ven 
ihinçais de dix syllabes, lorsqu'il finit par une rime fémi- 
nine, offre beaucoup de ressemblance avec rhendécasyl» 
labe italien. — On trouve quelquefois ce vere dans la 
poésie anglaise, mais seulement dans les pièces lyri- 
ques. P. 

HENNIN. V. CoiPPimB. 

HENRI, monnaie. V. notre Dietionnaire de Biogra- 
phie et d' Histoire, 

HENRIADE (La), poème de Voltaire, en l'honneur de 
Henri lY, roi de France. Le sujet est le siège de Paris, 
commencé par Henri III, que la Ligue en avait chassé, 
et par Henri de Navarre, et achevé par ce dernier. Le 
lieu de la scène ne s'étend pas plus loin que de Paris à 
Iviy (Eure). Les événements sont : un voyage de Henri 
de Navarre en Angleterre pour demander des secoun 
contre la Ligue à la reine Elisabeth ; les vicissitudes du 
siège, la détresse des assiégés et leur fanatisme; l'envoi 
par eux d'un dominicain, Jacques Clément, qui vient 
assassiner Henri III dans son camp ; Henri de Navarre 
reconnu roi sous le nom de Henri IV par l'armée, et re- 
poussé par la Ligue parce qu'il est calviniste; enfin Paris 
réduit à toute extrémité, et l'abjuration du roi, qui dé- 
termine enfin les révoltés h se soumettre. — Le poème 
est en dix chants et en vera alexandrins. Voltaire a 
cherché à Jeter de la variété dans cette action, d'abord 
par des récits historiques, oui sont comme l'avantr^cèoe 
de son poème, et <^'Henri udt à la reine Elisabeth, tels 
que les guerres dviles entre les catholiques et les protes- 
tants, les massacres de la S'^Barthélemy (chants i, 2, 3); 
ensuite par du merveilleux : il fait intervenir, comme 
soutien des li^eura, la Discorde, qui va chercher la Po- 
litique au Vatican, soulève la Sorbonne et les Seize contre 
le parlement de Paris (chant 4), et pousse Jacques Clé- 
ment à l'assassinat de Henri III (chant 5); S* Louis des- 
cendant du ciel pour arrêter la fureur de Henri IV au 
moment où 11 va faire brûler Paris, et le transportant en- 
suite en esprit au ciel, aux enfen, où il lui fait voir, dans 
le palais des Destins, les souverains qui lui succéde- 
ront, et les grands hommes que la France doit produire 
(chants 6, 7). — Les contemporains de Voltaire, surtout 
lora de la première publication de la Henriade, en 1725, 
la saluèrent d'épopée (V. ce mot) ; mais ce poème est bien 
loin de mériter un aussi beau titre : son plan manque 
d'unité, et l'action de grandeur, d'intérêt, de mouvement; 
le développement des faits n'a pas asses d'ampleur; les 
caractères sont trop peu variés, les personnages trop peu 
agissants. Il y a de oelles descriptions, d'heureux épi- 
sodes, des portraits pleins de vigueur, mais il règne dans 
l'ensemble une froideur qui permet difficilement da 
suivre le poète sans interruption Jusqu'au bout. Point de 
ces tableaux de mœun locales, point de ces scènes de la 
nature champêtre, qui, dans Homère et dans Virgile, dé- 
lassent le lecteur animé des passions ou ému des dangers 
de leura personnages : « Il n'y a pas seulement, disait 
plaisamment Delille, d'herbe pour nourrir les chevaux, 
ni d'eau pour les désaltérer. » Voltaira commença la Hen^ 
riade à vingt ans, sans savoir, ainsi qu'il le dit lui-même, 
ce que c'était qu'un poème épique. Quant au sujet, il 
était mal choisi : l'époque de la Ligue, trop récente pour 
avoir la penpective et le lointain poétique, était aussi 
trop connue, avec ses intrigues et son fanatisme grossier, 
avec le cynisme de ses mœurs, pour qu'on yjpùt aisément 
trouver des tableaux épiques. Au fond, la aenriade n'est 
qu'une Uièse morale contre le fanatisme et en faveur de 
la tolérance. Le véritable merveilleux de l'épopée ne pou- 
vait y trouver place. Le christianisme admet que les 
anges et les démons, substances incorporelles, ont quel- 
quefois revêtu des formes palpables, et ont eu commerce 
avec les hommes, ceux-là pour les aider au bien, ceux-ci 
pour les pousser au mal : dédaignant ou craignant d'em* 
ployer ce merveilleux fourni par la religion. Voltaire eut 
recoure k de froides allégories : il personnifia, il fit agir 
et parler la Discorde, le Fanatisme, U Politique, la Vé- 
rité, c-àrd. de pures abstractionB. Malgré les efforts de 
Voltaire, l'épopée manque donc encore a la France. Mais 
la Benriade sera toujoure un dief-d'œuvre de versifica- 
tion noble, élégante et pure. 

Le sujet choisi par Voltaire avait été dé[à traité avant 
lui ; un auteur de la fin du xvi* siècle, Chillac, écrivit 
une Liliade françoise, poème dont Henri IV est le héros. 
On a de Sébastien Gamler une Henriade, publiée h 
Blois en 1593, et qu'on eut la bizarre idée de réimprimer 



HEP 



1029 



IIER 



en 1770. L'Bmricias deQuillet, poSme latin en 12 chants, 
est aajourd'hni perdu. Un Énrico de J. Blalmignati 
(Venise, 1023, in-8«) paraît avoir été mis à contribution 
par Voltaire ponr qnelques détails {V* le Magasin êncy- 
çlopiditnu, 5* année, t 1*'}. Un nommé Aillaud n*a pas 
cnint, an xthi* siècle, de refaire et de défigurer la Hen-' 
riadê^ qui a été en outre parodiée, presque vers par vers,, 
par Honhron, sous le titre de la Henriadê travesHet aux 
(lipeiu du publie, Berlin, 1758, in-12. Il eiiste un Com- 
mentaire mr la Henriadê par La Beaumelle et Fréron , 
Paris, 1775, 2 vol. in-8o. B. 

HEPHTHÉMIMÈRE (Césure). V. Césuas. 

HEPTACORDE (du grec hepta, sept), nom donné par 
les anciens Grecs à une sorte de lyre qui avait 7 cordes, 
et à un système musical formé de 7 sons, comme est 
notre ommc. 

HEPTAHÉRON (du grecAepfa, sept, etém^a, Jour), 
recaeil de NouTelles et de Contes composés par Margue- 
rite, reine de Navarre, à Timitation du bécaméron de Boc- 
cace. Ce devait être aussi un Décaméron; mais la mort 
empêcha Marguerite de terminer son œuvre, qui ne com- 
prrâd que sept Journées au lieu de dix. La scène se passe 
anx Pyrénées; les dix personnages qui y Jouent un rôle 
sont i^unts dans une abbave où des pluies torrentielles 
les ont contraints de se réfugier : il leur faut attendre 
qo*on répare les chemins effondrés et que Ton construise 
an pont sur le Gave ; pour passer ce temps sans ennui , 
Us conviennent de se rendre chaque Jour dans une prairie 
Toistne, où chacun racontera une histoire. Les récits de 
XEe^améron ne se distinguent ni par Tintérèt ni par 
Part de la composition ; mais le style a de l'agrément et 
de la finesse. Les sujets, dont cpielques-uns se rapportent 
à des personnages contemporains, roulent sur les ruses 
et les tromperies de l'amour ; ils sont racontés avec une 
cradité de détails peu édifiante, à l'appui d*une maxime 
contenue dans le prologue dont chacun d'eux est précédé, 
et tendent à nne moralité qui est déduite dans l'épilogue; 
mais cette moralité est souvent éçiuivoque. Les ^ilogues 
sont des conversations entre les interlocuteurs de Vnep^ 
Uimirtm sur rhistoire qu'ils viennent d'entendre; ils peu- 
Tent passer pour de curieux échantillons de la haute so- 
ciété de Tépoque, et, à ce titre, ils relèvent la banalité 
des aventures auxquelles ils tiennent lieu de dénoûment» 
On trouve dans cet ouvrage plus de loquacité que de sen- 
timent, plus d'esprit que de tendresse, et le même carac- 
tère de subtilité mystique qu'on remarque dans les autres 
écrits de Marguerite de Navarre. Elle le composa presque 
entièrement en Toyage, conune pour se délasser, et dans 
on Age assez avancé pour qu'on ne lui suppose pas d*in- 
tentlon licencieuse, quand même sa vie entière ne pro- 
testerait pas contre cette imputation. — La l'* édition do 
XBe^tamértm^ qui parut sans nom d'auteur, était intitu- 
lée Histoire dis amants for tunez, dédiés à VUlustrsprin'' 
ctssê JfB* Marguerite de Bourbon, duchesse de Nivemois, 
Paris, 1558. En 1698, il en pamt nne sous ce titre : Contes 
9t Nouvelles de Marguerite de Valois, mis en beau lan- 
9009, Amsterdam , 2 vol. in-8", où , sous prétexte de ra- 
jeunir le s^le de l'auteur, on le rendit méconnaissable. 
La seule édition conforme au texte original est celle de 
M. Leroux delJncy, Paris, 1853, 3 vol. in-8*. P— s. 

HEPTAMÈTRE (du grec hepta, sept, et ffi^trofi, me- 
nre), vers de 7 piedi. On en trouve dans le système 
dactylique ( V. Éouqub — Vers). Serrius enciteun exem- 
ple latin qui est hypercatalecUque : 

YenlcnllM tlbllâsctyllICM oeellnl, puertoptline|, quoa tiA\as. 

Le vers dactylico-trochalque est un heptamètre dont 
les 4 premiers pieds appartiennent à Tonure dactylique, 
'es 3 derniers à l'ordre trochalque : 

SolTltarl aerU bllems gratta viee| v«rlt| tt Favlonl. Hoa. 

F. SErréNAiBE. P. 

HEPTASYLLABE (du grec hspta, sept), vers français 
de 1 syllabes. Il remonte aux origines de notre littérature. 
U est fréquent dans les chansons. Dans les autres genres 
iyrioiies, il compose des dizains harmonieux, comme 
celui-d de J.-B. Rousseau {Odes, 1, 10) : 

J'ai TV maa triatca Joaméaa 
Décliner van leor penchant , etc. 

Quelquefois les 6 derniers vers du dizain sont en hep- 
■syllabes, et les 4 premiers en alexandrins. D'autres fois 
rbeptasyllabe fah partie de strophes de différentes me- 
■arês, comme on le voit par les chœurs de Racine. Dana 



sa cantate de Dinne. .t.-B. Rousseau a employé des tei^ 
cets heptasyllabos : 

Quel bonheur I quelle victoire ! 

Quel triomphe! quelle gloire I • 

Lea Amoura aont dtfaannéa. 

Certains vers métriques des Anciens se trouvent être 
heptasyllabes : tels sont le dimètre iambi^ue catalectiquCt 
le dimètre trochalque catalectique et le dimètre choriam- 
bique catalectique; mais il faut que ces vers soient purs, 
c-W. n'admettent aucun pied qui ne leur soit propre, 
comme serait l'anapeste pour l'ïambe, le dactyle pour le 
trochée. P. 

HKPTÉRIS, navire de guerre des Anciens, à 7 rangs 
de rames de chaque côté. 

HERi£UM, nom des temples de Junon, en grec Héra. 

HÉRALDIQUE (Art). V. Blason. 

HÉRAUDERIE. > K . ces mots dans notre Dictionwùre 

RÉRAUT. \ de Biographie et d'Histoire. 

HERBORISTE, celui qui fait métier de vendre des 
simples ou plantes médicinales. Dans les grandes villes , 
on ne peut exercer cette profession sans un diplôme de 
capacité, qui s'obtient après examen (Lois du 11 avril 1803 
et du 13 août 1805). Il y a dea diplômes de deux classes, 
dont le coût est de 100 fr. et de oO f^. Les herboristes 
sont assujettis aux visites annuelles de la commicudon 
médicale. Ils ne peuvent vendre que des plantes indigo 
nés ; le débit de toute substance exotique et de toute pré- 
paration pharmaceutique leur est interdit. 

HERCuLANUM, une des trois villes englouties par 
l'éruption du Vésuve, en Tan 79 après J.-C. La masse de 
lave accumulée encore sur elle par des éruptions moins 
anciennes a une épaisseur qui varie de 21 à 34 met. ; 
Résina et nne partie de Portici ont été bâties au-dessus. 
Il paraît que, dès la fin du xvi« siècle, on y fit quelques 
fouilles, bientôt abandonnées. En 1713, Emmanuel de 
Lorraine, prince d'Elbeuf, ayant eu besoin de marbres 
pour une maison qu'il faisait b&tir à Portici, apprit qu'on 
en avait trouvé en creusant un puits, et fit continuer ce 
travail. On atteignit ainsi un théâtre par la partie posté- 
rieure de la scène, et c'est encore par ce puits que le 
monument reçoit aujourd'hui la lumière. Pendant plu- 
sieurs années, le prince d'Elbeuf recueillit des marbres, 
des colonnes, des statues, dont il dut restituer une partie 
au gouvernement napolitain. Le roi Charles III interdit 
aux particuliers de faire des fouilles, et ordonna lui- 
même la reprise des travaux en diverses directions dans 
le voisinage du puits : ils ftirent poursuiris de 1738 à 
1770, mais avec peu d'intelligence, car on remplissait la 
plupart des excavations après y avoir fidt des recherches. 
Une Académie des Herculantens fut instituée pour pu- 
blier la description des antiquités qu'on avait recueillies. 
A la suite d'une nouvelle interruption, on travailla en* 
core de 1828 à 1837. — C'est à Résina qu'on descend 
dans la ville souterraine, aui ne se risite qu'avec des 
flambeaux. Les rues d'HercuIanum sont droites, avec des 
espèces de trottoirs, et pavées en lave; les maisons, dis- 
tribnées comme à Pompéi {V. ce mot)y n'ont qu'un seul 
étage, et de nombreuses peintures à fresque nul en or- 
naient l'intérieur ont été enlevées. Le théâtre, le premier 
et le plus graivl édifice qu'on ait découvert, a 78 met. de 
diamètre, et pouvait contenir 10,000 spectateurs : il est 
composé de 16 rangs de gradins en travertin, et de 3 rangs 
à l'amphithé&tre supérieur; l'orchestre est pavé de mar- 
bres anicains. Ce thé&tre, où l'on a trouvé des statues en 
marbre et en bronze, et quatre statues équestres en bronze 
doré, est obstrué par des piliers massifs, destinés à 
étayer les terres supérieures. La découverte du théÀtre 
fut suivie de celle de deux temples, situés à peu de dis- 
tance, l'un de 50 met. de longueur sur 20 met. de lar- 
geur, l'autre de 20 met. sur 15. Une basilique, longue 
de 76 met. et large de 44, avec un portique de 42 co- 
lonnes, était om& de statues et de peintures ; sur la 
place qui la précédait, s'élevaient les deux statues 
équestres du fondateur et de son fils. De 1750 à 1760, on 
explora la VUla d'Aristide ou des Papyrus : c'est là qne 
furent trouvés le Faune ivre, le Faune dormant, le Mer- 
cure, l'Aristide, la Minerve étrusque, le groupe du Satyre 
et delà Chèvre, les six danseuses, une quantité de bustes» 
et toute la bibliothèque de papyrus (près do 3,000 rou- 
leaux) qu'on voit au Musée des études de Naples. Les 
fouilles de 1828 ont mis à découvert la Maison d^ Argus, 
ainsi appelée d'une peinture représentant lo gardée par 
Argus, et où l'on a trouvé des comestibles : une plante 
recueillie dans le iardin de cette maison a poussé de nou- 
veau et produit des (leurs. Dans les différentes foulllesi 



HER 



t030 



HER 



on a recueilli un nombre considérable d'instruments et 
d^ustensiles de sacrifices ou de ménage, en marbre, en 
bronze, en verre, tels que tables, candélabres, lampes, 
bassins, vases, flacons, instruments de musique et de 
chirurgie, tablettes et stylets pour écrire, colliers, brace^ 
lets, bagues, pendants d'oreille, épingles, dés à coudre 
et à Jouer, linge, chaussures, filets de pêcheur et d'oise- 
leur, etc. Ces objets sont, en général, mieux exécutés que 
ceux qu'on a tirés de Pompéi. On peut croire <pe la po~ 
t>ulation d*Herculanum avait eu le temps de fuir lors de 
rinvasion de la lave, car on n*a pas rencontré de débris 
humains : un seul squelette presque complet fut trouvé 
sous l'escalier d'une maison ; il tenait dans une main une 
bourse remplie de petites pièces de monnaie ; quand on 
essaya de l'enlever, il tomba en poussière. V, Bajardi, 
U antichità di Ercolano, Naples, 1752-1792, 9 vol. 
in-fol. ; VenuU, Descrvnone délie prime scoperie délV 
anttc. città di Ercolano, Venise, 1749, in-8<>; Bellicart, 
Observations sur les antiquités d*Herc%Uajiwm, Paris, 
1754, in-12; Cochin, Observations sur les antiquités 
d^Hercuianum, Ibid., 1757, in-8°; Winckelmann, Lettre 
à M. le comte de Briihl sur les découvertes d^Herculor 
nwn, Dresde, 1764, in-4°; Fougeroux de Bondaroy, Be- 
àherches sur les ruines d*Herculanum, Paris, 1770, in-12 ; 
Cramer, Notes pour servir à Vhistoire des découvertes 
d^Herculanum^ Halle, 1773, in-8o; Piranesi, Antiquités 
d'Herculanum, Paris, 1804-1806, in-4°; Jorio, Notizie 
sugli scavi di Ercolano, Naples, 1827, in-8^; Hamilton, 
Relation des découvertes fcUtes à Herculanum et àPom^ 
péi, Edimbourg, 1837, 2 vol. in-4o: Roux et Barré, Her- 
culanum et Pompéi, Paris, 1848, 8 vol. in-4®; E. Breton, 
Pompeta^ suivie d^une notice sur Herculanum, Paris^ 
1855, gr. in-8\ B. 

HERCULE. Plusieurs statues antiques de ce héros sont 
arrivées jusqu'à nous, avec le nom de leurs auteurs. Ce 
sont : VBercule au reposi admirable statue mutilée, dite 
Torse du Belvédère ou de Michel -Ange^ conservéÎB au 
musée Pio-Clémentin de Rome, et œuvre de l'Athénien 
Apollonius, fils de Nestor; V Hercule Pamèse, à Naples, 
statue par Glycon d'Athènes, dont le nom se trouve aussi 
sur un autre Hercule de la collection Guarnacci; V Her- 
cule du palais Pitti, à Florence, copie d'une œuvre d'un 
Lysippe. On ignore où se trouve actuellement un Her- 
cule qui était à Rome au xvi" siècle, signé de deux frères, 
Diodote et Ménodote, de Nicomédie. Les bas-reliefs et les 
vases peints de l'antiquité reproduisent une fouie de 
scènes empruntées à la vie d'Hercule. Le héros est ordi- 
nairement représenté sous les traits d'un homme vigou- 
reux, appuyé sur une massue, et revêtu de la peau d'un 
lion : il est tantôt barbu, tantôt sans barbe, paîrfois cou- 
ronné de peuplier bkmc, et armé d'un arc et d'un car- 
quois. 

HÉRÉDITÉ (du latin hœresy héritier), mot qui se dit, 
!• du droit de recueillir en totalité ou en partie les biens 
qu'une personne laisse après sa mort; 2^ de l'ensemble 
des droits, tant actifs que passifs, qui composent une 
succession. On nomme AdUion d^hérédité l'acte par le- 




qui se prétend héntière forme sa demande^evant les tri- 
bunaux, action qui se prescrit par 30 ans. La CM^to» 
éthérédUé peut se présenter sous trois aspects : 1^ vente 
d'une hérédité que le cédant déclare sienne et composée 
de tels ou tels objets; dans le cas d'éviction d'un de ces 
objets, il y a lieu à l'action en garantie; 2® vente d'une 
hérédité à laquelle le cédant se déclare appelé; il n'est 
pnxkl que de l'existence de la qualité d'héritier, bonne 
ou mauvaise ; 3* vente des droits que le cédant prétend 
avoir sur l'hérédité; il n'y a lieu à garantie que s'il savait, 
m moment de la cession, n'avoir aucun droit à l'hérédité. 
— Les Socialistes ont nié la légitimité de l'hérédité. Il 
eit vrai que l'hérédité peut faire tomber de grands biens 
dans des mains incapables ou indignes, et qu'elle est un 
obstacle à Tutople de l'égalité absolue; mais, outre 
ca*elle découle naturellement du droit de propriété 
(K. ce mot) y supprimer l'hérédité, ce serait tout à la fois 
détruire le stimulant le plus puissant du travail chez le 
père de famille^ et imposer des embarras Inextricables à 
I*État, chargé, à chaque décès, de régler Templol des 
biens et de fixer le sort des survivants. 

HEREFORD (Cathédrale de), en Angleterre. Com- 
mencée après la conquête normande, et achevée seule- 
oient à la fin du xni* siècle, elle a les dimensions sui- 
vantes : longueur dans œuvre, 105 met.; largeur de la 
Mf et des coUatéraax, 25 met.; hauteur des voûtes, 



22 met. La tour centrale qui surmonte l'édifice s'élève a 
47 met. Le plan de la cathédrale de Hereford est en forme 
de croix à doubles croisillons ; l'abside se termine carré- 
ment, ce qui est fréquent dans les monuments anglais. 
Les contre-forts ne sont pas couronnés de clochetons. 
Tous les piliers de la nef sont ronds. Les fenêtres n'offrent 
point d'uniformité : U y en a de style ogival primitif, de 
style ogival secondaire, et de style perpendiculaire. Au- 
dessous de la chapelle de la Vierge est une crypte, parta- 
gée en deux nefs par une rangée de colonnes. 

HÉRÉSIE. Ce mot, d'après son étymologie (en grec 
airéiny choisir), désigne une opinion préférée à une autre, 
un choix qui a pour efiét de diviser des hommes précé- 
demment unis par la communauté de doctrines. Ainsi, 
chez les Anciens, les diverses écoles de philosophie et de 
médecine étaient appelées hérésies, ce qui n'impliquait 
pour aucune d'elles l'idée terreur. Pour l'Église catho- 
lique, Vhérésie est une opinion contraire à une vérité 
qu'elle présente comme révélée, à un article de foi ; par 
conséquent, le mot est toujours pris en mauvaise part et 
entraîne nécessairement l'idée d^erreur. Une hérésie esl 
formelle, quand il y a mauvaise foi ou opini&treté; mo- 
térietle, dans le cas contraire. On appelle hérésiarque 
l'inventeur d'une hérésie; hérétique^ celui aui en est le 
sectateur, soit de son propre choix, soit pour l'avoir reçue 
dès l'enfance. Les passions de l'homme rebelles à l'austé- 
rité de la morale évangélique, l'incompréhensibilité des 
mystères humiliante pour la raison , l'invariabilité des 
dogmes qui froisse notre amour pour la nouveauté, la 
soumission absolue que l'Église réclame pour ses déci- 
sions et qui blesse notre indépendance, la nécessité d'ad- 
mettre les vérités révélées comme autant de faits indis- 
cutables et soustraits à notre curiosité, voilà les principales 
sources de l'hérésie. L'Église prémunit les fidèles contre 
l'hérésie*, en la condamnant oans les conciles ou par la 
voix des papes. Elle la punit, chez les clercs, parla dépo- 
sition, et, diez touÂ, par l'excommunication. Il fut un 
temps où, de plus, elle livrait les hérétiques au bras sé- 
culier, et les punissait de la prison, de la mort même. 
L'abbé Pluquet a publié un Dictionnaire des hérésies, 
Paris, 1762, 2 vol. in-8», souvent réimprimé. 

HÉRISSON, en latin Ericius, ancienne machine de 
guerre. C'était une poutre garnie de pointes de fer, et que 
les défenseurs d'une place faisaient couler sur les débris 
de la brèche, pour empêcher l'assiégeant d'v monter. 

HÉRITAGE, tout ce qui vient par voie de sticcession* 
(F. ce mot.) 

HÉRITIER, celui qui succède à tous les droits actib et 
passifs d'un défunt. On nomme héritier légitime ou ab 
intestat, celui qui succède en vertu des dispositions de la 
loi; héritier institué ou testamentaire ^ celui qui est 
nommé par la volonté du défunt; héritier présomptif , le 
parent le plus proche, et gui, par cette raison, est pré- 
sumé devoir hâlter ; héritier pur et simple, celui qui a 
accepté une succession purement et simplement, et qui 
est tenu indéfiniment des dettes de cette succession ; né- 
rtttsr bénéficiaire, celui qui n'a accepté une succession 
que sous bénéfice d'inventaire (V, ce mot) et n'est tenu 
des dettes que Jusçiu'à concurrence de ce qu'il a recueilli ; 
héritier réservatmre, celui en faveur duquel la loi a éta- 
bli une réserve {V, ce mot); héritier apparent, celui 
3ui, n'étant pas héritier véritable, s'empare comme tel 
'une succession, et en jouit ou en dispose comme si elle 
lui appartenait réellement; héritier fiduciaire, celui qui 
ne recueille une succession que par fidéicommis ( F. œ 
mot). Pour être reconnu héritier, il faut exister au mo- 
gient de l'ouverture de la succession : l'enfant qui n'est 
pas encore né, mais qui est conçu, est capable de succé- 
der, pourvu qu'il naisse viable. V, Exh^rédation . 

HERMATHÈNE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire, 

HERMÉNEUTIQUE, du grec herménéia, interprétation. 
En Philosophie, l'herméneutique est l'explication des 
termes comme préparation nécessaire à l'intelUgenoe 
d'une doctrine , telle aue V Herménéia d'Aristote, qui « 
pour objet l'exactitude ae la proposition, et où il examine 
la valeur des termes dont elle se compose. En Théologie, 
elle devient quelquefois V Exégèse, en Joignant à l'inter- 
prétation des mots celle de la doctrine, comme on le voit 
chez Origène. En Jurisprudence, rherméneutique recher- 
che et examine les sources du Droit R. 

HERBIÈS , statue de Mercure placée dans une espèce 
de gaine ou cippe, de telle sorte qu'il n'y a que la tâte^ 
une partie du buste et les pieds qui paraissent, et sou- 
vent terminée simplement en gaine. Chez les Anciens 
on plaça sur les routes et dans les carrefours des her- 



HER 



1031 



IIED 



mes à amant de tôtes au*il y avait de directions à mar- 

rsr : celai de Prodyde à Ancjrre en avait trois; celui 
Télésarchides dans le Céramiaae en avait quatre. On 
ioflcriTait sur ces statues les aistances itinéraires ou 
des sentences morales. Bacchus et Apollon furent aussi 
reprâsentés en hennés. On çerpétua sous forme d*hermès 
les images des personnages illustres : en 1742, on a trouvé 
Rome un hennés à deux têtes, portant les noms d*Épi- 
core et de Métrodore; il en existe aussi qui réunissent 
Hérodote et Thucydide, Socrate et Alcibiade. — On appe- 
lait Harméraelês les hermés oui réunissaient les têtes 
adossées de Mercure et d*Hercule. 

HERMÉTIQUE (Philosophie), corps de doctrine th^ 
des livm attribués à Hermès ou Mercure T^smégiste, 
nommé aussi par les Égyptiens Thaut ou Thoth. Il est 
démontré ai:Jotûrd*hui que ces livres n*ont aucune authen- 
ticité, surtout en ce qui concerne certaines sciences 
telles que la médecine, la chimie, Thistoire naturelle. La 
ptrtie philosophique parait tenir par quelques points aux 
doctrines égyptiennes auxquelles on croit pouvoir rap- 
porter le Pœmander^ les fragments qui s*y rattachent, et 
VAscUpius, dialogue qui nous est parvenu en latin sous 
le nom d'Apulée. Ces écrits sont r^ardés comme des ex- 
traits des doctrines secrètes des prèfres de Mempbis et de 
Sais ; mais cette opinion n'est pas appuyée sur d» preuves 
inoootestables. Ils reconnaissent comme premier principe 
rOnité absolue. Dieu, qui n*est connu que par rinteln- 
gence. C'est le seul être véritable; la vie répandue dans 
ranirers émane de lui, est lui-même. En général, on re- 
tnmTe dans la philosophie hermétioue le fond de la doo- 
^oe de Platon et de Plotin, mêlé aux mystères des 
Égyptiens, à la mythologie des Grecs, et même à certaines 
traditions juives et chrétiennes. Tout ce qui concerne 
cette philosophie a été réuni par Marsile Ficin, oui en 
donna une traduction latine en 1471. On peut consulter la 
Symbolique de Creutzer, livre 3; la dissertation de M. Gui- 
piaot. De 'Ep^ioû seu Mercurii mythologia, in-8®, Paris, 
1S35. — La partie scientifique proprement dite a donné 
liea à la prétendue science qui se donnait pour but la 
traoamotation des métaux et Part de faire de Tor, Le 
PŒtnander fut regardé comme un traité d'Alchimie. K. 
Uoglet du Fresnoy, HitUÀre de la philosophie hermé- 
<i9iM,1742,3Tol. in-12. R. 

HEAMINB, nom d'une des deux fourrures du Blason. 
Elle est, en général, d'argent pour le fond, et de sable 
pour les mouchetures. 

HÉROI-GOMIQUE (Épopée), sorte de narodie de l'Épo- 
pée véritable; pofime dans lequel on traite un sujet corn- 
mon et presque trivial, avec le ton et les formes épiques. 
La dispropoitioQ des moyens avec la fin, le contraste du 
foad et de la forme, constituent le comique de ce genre de 
composition. Par une raillerie ingénieuse, le poème hérol- 
comiqne élève dans les régions héroïques oe qui est vul- 
9ùre par nature, et en cela il se distingue du poème bur- 
leM|ae ( V. ce tn<^^ qui, par le travestissement des mœurs 
et du langage, fait descendre les dieux et les hâros au 
Bivean des personnages les plus vulmires. La Batracho- 
myomachie attribuée à Homère, le Sceau enlevé de Tas- 
soni, le Lutrin de Boileau, la Boucle de cheveux enlevée 
de Pope, sont des poèmes héroi-comiques« 

HÉROIDES, épltres en vers élégiaques, composées par 
Ovide, sous le nom de queloues femmes célèbres des 
temps héroïques, comme Bnséîs, Pénélope, Médée, 
Phèdre, Hermione, D^anire, Ariane, Hélène, etc. Elles 
écrivent à leur amant, ou à leur époux absent ou infidèle. 
Ces élégies, au nombre de 21, manquent de passion et de 
naïveté; le s^le en est trop souvent artificiel ; les déve- 
bppements des pensées et des sentiments, le tour des 
TÔâ, font paraître le talent de l'écrivain et du versifica- 
teur, mais ne conriennent presque Jamais au personnage 
qni écrit, et le font perdre de vue an lecteur. L*unifor- 
mité et la monotonie de la plupart de ces pièces contri- 
Iment aussi à refroidir l'intérêt. La 16* pièce, la 18% ht 
^ aont supposées écrites par des héros , et la 15* 
(Sappho à Phaon) n'est pas une véritable hérolde. On 
peut en dire autant de cdles de Didon à Énée, d'Uéro à 
méandre. — Les modernes se sont aussi essayés dans ce 
pre créé par Ovide : dtons YÊpttre dPHéloise à Aboi- 
Mrd par le poète anglais Pope, infiniment supérieure à 
toutes celles do poète latin, et l*hérotde de Didim à Enée 
par GilberL P. 

HÉROÏQUE (Poème), sorte d'épopée imparfaite, sans 
fiction ni merveilleux, et dont l'action a moins d'impoi^ 
tioce et souvent aussi moins de durée oue celle de l'épo- 
pée proprement dite. Ce n'est pour le fond que de t'ms- 
toiiemise en vert. Telle eet la Pharsale de Lucain. 



HéaolQOBS (Pieds), nom donné chez les Anciens m 
dac^le, au spondée, à l'anapeste. 

HBROlQUBS (Vers), vers destinés, ches les Anciens, à 
célébrer les exploits des héros (Hercule, Jason, Thésée, 
Achille, etc.). C'étaient les hexamètres. En firançais, nous 
donnons aussi ce nom aux vers alexandrins ou de dovoê 
syllabes. 

HÉROON , nom donné chez les anciens Grecs à des 
édifices à la fois funéraires et religieux, de dimensions 
variables, élevés en l'honneur des héros, et qui avaient 
quelquefois, connue celui de Thésée à Athènes, l'im- 
portance d'un temple. On en voit deux dans l'Ile de 
Santorin. 

HÉROS (Le livre des). V. Heldenbcch. 

HERSE, forte ^Ue de fer placée derrière la porte 
d'entrée des ch&teaux forts au moyen &ge. Elle glissait 
dans une rainure, se baissait et se levut à volonté, et 
servait de seconde clôture. Il y eut, chez les Grecs et 
les Romains, des clôtures de ce genre sous le nom de 
portes catarrhactes; au moyen âge, on les appela quel- 
quefois sarrasknes, parce qu'elles avaient été empruntées 
à l'Orient, et encore harpes, 

HsasB, construction en bois ou en fer, ayant la fonns 
d'un triangle vertical, armé de pointes pour supporter 
des cierges, et qu'on place autour du cercueil ou da 
cénotaphe d'un mort, pendant la cérémonie religieuse» 
— On donne le même nom aux chandeliers de forme ver- 
ticale, à plusieurs pointes, qui servent à faire brûler 
plusieurs cierges, soit devant les autels ou à côté , soil 
près des tombeaux, ou encore dans le chœur pendant la 
semaine sainte, à l'oflice des Ténèbres. Les écrin^ns 
latins ecclésiastiques se servent du mot rastrum ou ra»* 
teUum (r&telier)j^ 

HERVIS DE METZ, un des romans des douze Pain^ 
la première partie de la chanson des Lohérins. On n'es 
connaît pas l'auteur. Hervis est le fils du bourgeoli 
Thierry, qui avait épousé la fille du duc de Mets. Gmrgé 
d'étaler et de vendre des marchandises aux foires de Pxo* 
vins, de Lagny, du Lendit, mais ^ant les goûts d'oa 
chendier et non d'un marchand, il offre banquets et fooi^ 
rures à tous ceux qu'il rencontre. Après bien des querellep 
et des malheurs, il épouse la belle Béatrix, et devient 
duc de Metz. Charles-Martel , attaqué par les Wandros 
(Vandales) et. par Gérard de Roussillon, demande das 
secours à Herns, qui convo(pie ses compagnons. Là s'ar> 
rète le poème, composé d'environ dix mille vers et subdi- 
visé en plusieurs chansons. Tel ou'il existe ac^ourd'hui, 
il parait être moins ancien que le roman de Gorm. Ob 
en a deux manuscrits du xm* siècle, Tun à la BiblicH 
thèque nationale de Paris, l'autre à celle de TArsenaJ!^ 
V, VHisUnre litt^aire de la France, t. xxu. H. D. 

HÉTËRES, HÉTÉRIE. V. ces mots dans notre Dictiot^ 
naire de Biographie et d'Bistotre, 

HÉTÉROCLITE (du grec hétéros, autre, et kliném, dé- 
cliner), se dit, en Grammaire, des noms grecs et latins 
qui suivent à la fois deux déclinaisons; ainsi, fames^ 
Çén. (amis (3* déclin.), abl. famé {5^); jugerum , ftén» 
Sugeri (2* déclin.), abl. jugere, gén. plnr. jugerum , dat* 
et ablat jugeribus (3^. On pourrait afouter à cette espèce 
de noms ceux qui suivent deux déclinaisons parallèles et 
complètes, comme senecta et senectus, materia et mate»' 
ries, juventa et juventus, 

HÉTÉRODOXE (du grec hétéros, autre, et doxa, opi- 
nion), se dit, dans le catholicisme, de toute opinion mh 
fânente de celle de l'Église, et de toute personne qui a 
cette opinion. On ne peut pas être hérétiti^ sans être hé» 
tirodoice: lûais on peut être hétérodoxe sans être héré- 
tique, Vhitérodoasw étant une divergence d^opinion sv 
une règle de discipline, et non sur un article de fol. 

HÉTÉROGÈNE (du grec hétèros , autre, et génoê^ 
genre ), se dit, en Grammaire, des noms irréguliers om 
sont drun genre au singulier et d'un autre genre au plu- 
riel , eonune en latin locus, au plur. loea, et en français 
délice, orgue, otnaur^ etc« 

HËTÉRONOMIE. V. AOTORomB. 

HBTÊROSGIENS (du grec hétéros^ antre, et sha, 
ombre), habitants de la terre dont l'ombre ne se projette 
que d'un seul cèté. Ce sont ceux qui se trouvent entre 
les 'nropiqucB et les Cercles polaires, et dont on volt 
l'ombre, par les latitudes septentrionales, toujours tour* 
née vers le nord^ ou bien , par les latitudes méridionalet, 
vers le sud. 

HEU, bâtiment à fond plat, tirant peu d^eau, portaftt 
un grand mitt, une trinquette, un foc et an petit mât sur 
son extrémité de derrière. On l'emploie an cabotage dans 
la Muiche et dans la mer du Nord* 



niA 



1032 



nit 



HEUQUES, Tètement de cour, en drap de couleur ri- 
chement brodé, à Tusage des hommes au xv* siècle. 

HEURES, HEUSES, HEXACLINOiN. V. ces mots dans 
r notre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire. 

HEXACORDE, division de 6 notes établie dans Téchelle 
I musicale par un musicien du xi* siôcle dont le nom ne 
nous est pas parvenu, et non, comme on Ta dit, par 
Gui d*Arezzo. Elle remplaça la division par tétracordes 
selon les Grecs, et la division par octaves du pape Gré- 
goire le Grand. C*était une des plus graves erreurs ({ue 
ron pût introduire (K. MdancesJ. — tiexacorde signifie 
aussi un instrument à 6 cordes. 

HEXABIÈTRB (du grec hex, six, et mitron, mesure), 
nom des vers grecs et latins dont la mesure est de 6 pieds, 
autrement, qm ont 6 mesures. Les 4 premiers pieds sont 
indifféremment dactyles ou spondées; le 5* est toujours, 
du moins en latin, un dactyle; le 6* est spondée ou 
trochée: 

H lûcry\mâne Qiàt\tMqu/e liû\mèctcit\ grândtbûs \ ôrtt. 

' Quelquefois Thexamètre est terminé par deux spon- 
déà, ou par un spondée et un trochée ; dans ce cas, le 
4* pied doit être un dactyle ( V. SpondaIqcb). Par une 
exception infiniment plus rare, le C* pied est quelquefois 
un dactyle (V. Dacttliqub). L*Iambe s*y rencontre aussi 
^F. Mioaos). L*Iambe et le tribraque se trouvent ouolque • 
fois au 1*' pied dans Homère (V. Acéphales). Enfin 
Tanapeste forme le i*' pied dans ce vers du l*' livre des 
Céorjfiques : 

' PUMôrum rex Eridanus, campoeque per omnes,,. 

Les pofites grecs terminent leurs hexamètres par des 
mots de toute longueur, depuis le monosyllabe Jusqu*au 
mot de 7 syllabes ; les portes latins, à partir du siècle 
d'Auguste, étaient astreints à n'employer à cette place 
qn*un mot de deux ou de trois syllabes : ils ne s*affran- 
cbissaientde cette loi, nécessitée par les conditions d'har- 
monie particulières à leur langue, que si le mot final du 
vers était un nom grec, soit propre, soit commun , ou si 
le vers était spondalque, ou bien dans les sujets d*un ton 
moins élevé que l'épopée, comme l'épltre et la satire. 
Aussi les vers d*Horaco et de Juvénal se rapprochent-ils 
plus, en général , du système grec que du svstème latin. 
Le rhythme de l'hexamètre est le plus riche et le plus 
beau que l'on connaisse, et les Grecs en ont attribué l'In- 
vention aux Dieux, qui l'avaient, disait-on, révélé à la 
prêtresse Phémonoé. 11 avait le précieux avantage de con- 
Tenir à tous les sujets, aux familiers ou gracieux comme 
«nx plus nobles et aux plus graves. On a vainement 
essayé de le faire passer aans la versification moderne. 
^n voici pourtant un exemple asses remarquable d'un 
poète du xvi< siècle, qui avait traduit en vers de cette me- 
sure VIliade et VOdyssée : 

Obaute, dé)eu«, le \ osor ftiri|enz et 1 rire d*A|clilUte. 
Pemlcl)eaM qui | fat... 

On donne quelquefois improprement le nom d'hexo' 
emètre an vers alexandrin français, parce que les syllabes 
M comptent deux par deux, ainsi qu'à Tlambique anglais 
de 12 syllabes. P. 

. HEXAPLES ( du grec heocaploos, sextuple), titre qu'Ori- 
4^ne avait donné à un de ses ouvrages, dans lequel il 
Avait disposé sur 6 colonnes le texte hébreu de la Bible, 
Je même en caractères grecs, la version d'Aquila, celle de 
Symmaque, celle des Septante, et celle de Théodotion. Il 
lie nous reste que quelques fragments de cet ouvrage. 

HEXAPTÉRIGË, c.-à-d. en grec qui a six ailes, instru- 
ment en usage dans le culte grec. C'est un disque, ordi- 
nairement de bois peint et doré, sur lequel on a repré- 
senté un séraphin à six ailes, et fixé au bout a'un 
manche. On en voit un à chaque extrémité de l'autel. 
Les hexaptériges sont garnis, tout autour, de petites 
lames de métal, et on les agite pour avertir les fidèles do 
s'incliner. On Iça porte près du célébrant pendant les 
processions. 

HEXASTYLE, nom donné par les Anciens aux temples 
.qoï avaient un portique formé de six colonnes de front. 
. HEXERIS, navire de guerre des Anciens, à six rangs 
de rames de chaque c6té. 

HIATUS, mot latin admis dans le style de la Gram- 
maire et qui signifie bâUlement, L'hiatus résulte de la 
rencontre de la voyelle finale d'un mot avoc la voyelle 
initiale du mot suivant: en effet, les lèvres, restées ou- 
fertes en prononçant Ifi dernière syllabe du premier mot, 



ne peuvent se refermer pour prononcer la première (ta 
second. Par extension, le concours de deux ou de plu- 
sieurs voyelles dans l'intârieur d'un mot s'appelle hiaUu, 
Les écrivains grecs, prosateurs ou poètes, tantôt se 
permettent, tantôt évitent l'hiatus, et l'on ne saunât 
a cet égard fixer aucune règle : on sait seulement aa'on 
bl&mait dans Isocmte et les écrivains de son école le 
soin scrupuleux qu'ils mettaient à éviter le choc des 
voyelles. Au reste , les hiatus abondent dans Homère, 
dans Hérodote, dans Thucydide, dans Platon. On avait 
trois moyens d'éviter l'hiatus : Vélision, la contraction, 
la crase (V. ces mots), — En latin, îa rencontre des 
voyelles n'était pas toujours désagréable, comme le té- 
moignent Cicéron, Quintilien et Aulu-Gelle. On peut 
conclure d'une note d'Aulu-Gelle {Nuits attiques, VII, 
20) que, tout en faisant l'élision dans les vers, on lais- 
sait entendre encore la voyelle élidée, de manière à 
rendre l'hiatus sensible à l'oreille. — En français, on 
n'évite l'hiatus qu'en vers. Dans la prose écrite, et dans 
la conversation surtout, il est assez fréquent. Dans le 
style soutenu, on évite les hiatus de ce genre : a Cicéron 
aÙa à Athènes; — y ai été étonné. » Souvent on fait, dans 
la conversation, des hiatus que ne justifie point l'ortho- 
graphe, mais qu'on se permet pour ne pas donner à son 
langage un air appr^ et prétentieux. La versification 
aussi , telle qu'elle est fixée depuis la réforme de Mal- 
herbe et de Boileau, admet l'hiatus dans le corps des 
mots, dans les mots composés, et dans certaines locutions 

Sroverbiales : Pré aux clercs ; suer sang et eau ; à tort «( 
tromers {et, bien que finissant par une consonne, fait 
hiatus, parce qu'il ne se lie Jamau au mot suivant) : 

Tanl y a qu'il n^ett rien que TOtre dilen ne prenne. 

Racixs, Ut Piaidem, 111, 9. 

Le Juge prétendait qn'd tort et à trat-en 
On ne ■aarait manquer, oondamnant un penrert, 

La FoiTTAiVB, Fab., II, S. 

Elle l'admet entre une nasale finale et une voyelle ini- 
tiale ou même une autre nasale : ainsi Racine a fini un 
vers par Néron en colère ; et il en commence un autre 
par ces mots : Le dessein en est pris. Il n'y'a pas hiatus 
dans le cas où deux voyelles sont séparées par un e muet, 
qui s'élide sur la seconde : 

Borne entite'e noj^ ou lang éo tes enftmta. 

COBKKiLut, Cfnno» I, S. 

La même immunité existe pour la voyelle qui précède 
une h aspirée : 

Un derc, pour quinze loue, sans craindre te holà, 

BoiLBAC, Sat. IX. 

Voici encore des hiatus tolérés : 

Sur Totre prisonnier, huissier, ayex les yeux. 

Racivs, tet Plaideurs, II, 8. 

J'ai fait parler le loup, et répondre l'agneau. 

La FosTAxn, Fables, II, 1. 

On évite certains hiatus à Taide de lettres intercalalrea 
(F. Euphonie). V, aussi Liaison. P. 

HIÉRARCHIE (du grec hiéros, sacré, et arkM, com- 
mandement), mot qui signifia primitivement, chez les 
Grecs, le pouvoir des prêtres, puis, dans le christianisme, 
l'ensemble des pouvoirs eccl&iastiques subordonnés les 
uns aux autres, et qui désigne aujourd'hui l'ordre des 
pouvoirs, de quelque nature qu'ils soient. Il n'y a point 
de société sans' hiérarchie. Dans les administrations, les 
correspondances doivent suivre la voie hiérarchique. La 
hiérarchie est la base de la subordination militaire ; elle 
maintient la discipline et assure l'exécution des ordres. 

HIÉRATIQUE (du grec hiéros, sacré), qualification que 
reçoit tout art assujetti à des règles fixes pour représenter 
les personnes ou les choses saorôes. Dans l'Hindoustan et 
VÈfSfpt&y ce fiffent les castes saccordotales qui imposèrent 
ces types invariables. 

Hi^nATiQUE (Écriture). V» HiéaoGLTPHES. 

HIÉROGLYPHES (du grec iéros, sacré, et gluphém, 
sculpter, graver), nom donné, dans un sens sénénd, aux 
caractères d'écriture employés avec une valeur mysté- 
rieuse et conventionnelle, et, dans un sens particulier, 
aux signes graphiques de l'ancienne Egypte sculptés sur 
les murailles des temples et des palais. Les premiers, que 
l'on rencontre, par exemple, en Chine et au Mexique, 
sont des imitations d'objets matériels, produisant des 
tableaux représenti^ de la pensée. Les seconda, dont la 



HIË 



1033 



niE 



def n'a été tiouTée que dans les temps modernes, offrent 
one complication plus grande : on ne saurait dire qudle 
cn> été l'origine, ni par quelles transfomutticns succes- 
snes ils ont |>ris la forme et le âons que nous leur con- 
naissons; mais il est certain que cette écriture est d'une 
haute antiquité, et que les hiéroglyplies des monuments 
<nii remontent à plus de vingt siècles avant Tère chré- 
tienne ne diffèrent pas de ceux qui furent gravés au 
tempe d^Auguste. 

L'étrange des hiéroglyphes avait frappé les Anciens, 
oui cependant ne paraissent pas avoir cherché à en son- 
der le m^rstëre. Diodore de Sicile et Ammien Bfarcellin 
les croyaient entièrement idéographiques, c-ànd. expri- 
mant les idées par des images ou des symboles. Clément 
d'Alexandrie parle de la valeur phonétique mie recevaient 
certa ins s ignes, mais en termes concis et onscurs qui ne 
permettraient pas de fonder une opinion. Les Modernes 
ont fait de nombreuses recherches avant d'arriver à des 
résoltata certains. Le P. Kircher, dans son OEdipus 
jEfftfptiacus (1652), soutînt que les hiéroglyphes étaient 
purement idéographiques. Au siècle suivant, Zoéga (De 
angine et usu obeliecorum)^ remarquant oue les sigpies 
relevés sur les monuments ne dépassaient guère le 
nombre de 800, nombre bien restreint pour une écriture 
:déognm>hique, soupçonna que quelques-uns de ces signes 
pouraient avoir une valeur phonétique. Le grand ouvrage 
publié par la Commission scientifique de l'expédition fran- 
çaise d^gypte fournit de nouveaux moyens d'étude. Sil- 
vestre de Sacv détermina, sur l'insmption de Rosette 
(K. 09 fno()^ la place et les limites des noms propres, 
mais sans réussir dans leur analyse, qu'Ackerblad fit le 
premier avec ouelque succès. L'Anus Yonng reconnut 
sur la même inscription que les noms propres étaient 
renfermés dans des cartouches on encadrements, et, sur 
12 signes qu'il étudia dans les noms de Ptolémée et de 
Bérénice, il détermina exactement la valeur de cinq. 
Puis il publia 200 groupes hiéroglyphiques, et donna, 
plutôt en les devinant que par une démonstration rigou- 
geuse, le sens de 77 de ces groupes : toutefois, il en 
interpréta faussement plusieurs, et crut que les hiéro- 
glyphes étaient essentiellement idéographiques, excepté 
dans le cas des noms propres. GhampolUon aborda l'étude 
des monuments grapniques de l'Égypto Avec une con- 
naissance approfondie de la langue copte, qui n'est autre 
Se l'ancienne langue égyptienne écnte avec les carab- 
es de l'alphabet grec; en examinant l'inscription de 
robélisque de Phil», dont la base portait une inscrip- 
tion grecque de la même teneur, il y trouva le nom de 
Qéop&tre, et, dans ce nom, cinq lettres qui lui étaient 
communes avec celui de Ptolémée précédemment reconnu 
sur la pierre de Rosette; il put lire ensuite sur le temple 
d'Esnen les noms de Septime-Sévère, de Géta, de Cara- 
calla; enfin, il découvrit que le système graphique égyp- 
tien comprenait un certain nombre de figures purement 
pkonéiktuês, c-à-d. représentant, non des idées, mais 
des sons, et dressa une liste de 260 hiéroglyphes phoné- 
tiques. Salvolini étendit plus tard cette liste à 303, mais 
en confondant toutes les époques et toutes les valeurs, et 
en traitant comme signes simples des caractères qui ont 
une valeur syllabique. 

A envisager la forme matérielle des signes, il y a lieu 
de distin^er trois sortes d'écritures égyptiennes, qu'on 
i^ipelle hêéroglyphûtue, hiératique et demotique, L'écri- 
tore hiéroglyphique on sacrée, seule employfo sur les 
monuments publics, se compose de signes représra- 
tant les objets du monde physique, à l'aide d'un tracé 
simplement linéaire ou colorié ; ces signes sont au nombre 
de 800 environ. Comme on ne pouvait les employer 
on'avec la connaissance du dessin, on imagina, en faveur 
oe ceux qui ne l'avaient pas, l'écriture hiératique ou sa- 
cerdotale, composée du même nombre de signes que 
récriture hiéroglyphique, mais de signes ahrégn, facile- 
ment exécatables, et pourtant de même signification s 
par exemple, au lieu de tracer la figure entière d'un lion 
couché, on ne faisait que la silhouette de sa partie posti^ 
rienre. Cette écriture était particulièrement à l'usage des 
piètres t qni s'en servaient pour tout ce qui dépendait 
de leurs attributions religieuses. L'écriture démotique, 
employée pour les usages ordinaires de la vie, se servait 
des mêmes signes que l'écriture hiératique^ mais en 
moi os grand nombre : on la nommait encore écriture po- 
wuletùre ou épietotographique. Les trois sortes d'écritures 
n^en formaient donc qu'une seule en théorie, et, pour la 
pratîmie seulement, on avait adopté une tachysraphie 
4es stnes primitifo. Clément d'Alexandrie dit qu^Dn ap« 
ytenan d*abard l'écritare démotique « puis l'écriture 



hiératique, enfin l'écrituçe hiéroglyphique. Elles sonl 
souvent employées à la fois dans le même manusorit. — 
Quant à leur valeur, les signes sont figuratifs, ou sym* 
ooltques, ou phonétiques. Les signes figuratifs expriment 
les idées par la figure de leurs objets : pour exprimer 
l'idée d'un cheval, d'un obélisque, d'une couronne, on 
les dessine. Les signes symboliques, dits aussi tropiques 
ou énigmatiques , expriment les idées abstraites par 
l'image d'objets physiques : deux bras élevés expriment 
ridée d'offrande, un vase d'où l'eau s'épand l'idée de liba- 
tion, un cercle avec un point au milieu l'idée du so- 
leil, etc. Les signes phonéûques expriment les sons de la 
langue parlée, et ont les mêmes fonctions que les lettres 
de nos alphabets. Pour les déterminer, on décida que la 
figure d'un objet dont le nom dans la langue parlée com- 
mencerait par l'articulation b serait dans l'écriture le ca- 
ractère 6, et ainsi des autres. A la différence des écritures 
de l'antiquité classique et des écritures modernes, qui 
n'emploient que des caractères phonétiques, l'écriture 
égyptienne emplosrait à la fois, dans le même texte, dans 
la même phrase, quelquefois dans le même mot, les trois 
sortes de caractères figuratifs, symboliques et phoné- 
tiques : ces derniers, dont le nombre ne s'élevait guère 
au-dessus de cent, figurent pour les deux tiers dans les 
textes égyptiens. 

Un certain nombre de caractères hiéroglyphiques (Bun- 
sen en comptait 70) ont une valeur, non point alphabé- 
tique, mais syllabique. M. Lepsius croit qu'il y en avait 
davantage, et que plusieurs oes signes r^ardes aujour- 
d'hui comme homophones différaient autrefois, peut-être 
par quelque voyelle qui leur était inhérente. Les seules 
voyelles que l'on trouve aiijourd'hui dans les inscriptions 
sont initiales ou finales : le même savant suppose que la 
voyelle principale d'un mot, placée peut-être au milieu 
daiis la prononciation, a pu être reportée à la fin dans 
l'écriture, comme une sorte de déterminatif phonétique. 
La suppression des voyelles médiales établit un rapport 
remait[uid>le entre l'écriture égyptienne et les écritures 
sémitiques : un autre trait de ressemblance, c'est que 
plusieurs hiéroglyphes employés comme lettres initiales 
ont tantôt la valeur d'une voyelle, tantôt celle d'un simple 
signe d'aspiration. — Certains signes employés symbo- 
liquement servent à éclaircir un groupe alphabétique, de 
sorte qu'on a en, même temps la prononciation du mot 
et une mét^>horequi s'y rapporte. Ces signes, que Cham- 
pollion appâa déterminatifs, peuvent indiquer le genre, 
le nombre, l'espèce; ils se placent après le mot qu'ils 
sont destinés à éclaircir ; ainsi , un bras armé a'une 
massue est le déterminatif des actions qui demandent 
l'emploi de la force, deux Jambes sont celui des verbes 
de mouvement, etc. La liste des caractères déterminatift, 
enrichie depuis la mort de ChampoUion, en contient 12(^ 
chez Bunsen. — Beaucoup de signes sont tout à la fols 
idéographiques et phonétiques, et présentent un sens et 
un son complets, bien qu'ils puissent être accompagnés 
néanmoins de tout ou partie des lettres yû produisent le 
même son. Une foule de mots, transcrits en caractères 
phonétiques, conservent pour lettre initiale leur signe 
idéographique, et, d'un autre côté, le même mot est 
transcrit phonétiquement, tantôt en toutes lettres, tantôt 
au moyen de signes employés comme de véritables rébus. 

V, Langlois de Délestât, Discours sur les hiéroglyphes 



égyptiens, Paris, 1583, in- 4» ; Westerhovius, Hiéroglyphes 
des Égyptiens, Amst., 1735, in-4«; Warburton, Essaie 
sur les hiéroglyphes égyptiens, Paris, 1744, 2 vol. in-12 ; 
Tandeau de Saint -Nicolas, Dissertation sur Vécriture 
htéroglyphique, 1762; Thomas Astle, TOrigme et les pro» 
grès de Vécriture hiéroglyphique, en anglais, 1784, in-4<*; 
De Guignes, Essai sur les moyens de parvenir à la lec^ 
ture et à l'intelligence des hiéroglyphes (dans le 1. 1*' des 
Ménk. de VAcad. des lnscriptions)\ Langlois, Discours des 
hiéroglyphes égyptietu, Paris, 1784, in-4<*; Bertuch, Essai 
sur les hiéroglyphes, Weimar, 1804, in-4°; Quatremère 




1804; le même. De Vétude des hiéroglyphes, Paris, 1812^ 
in-12; Lacour, Essai sur les hi^i)glyphes égyptiens, 
1821 ; Spohn, De linguA et litteris veterum ^ypttorum, 
Leipzifff 1831 ; Alex. Lenoir, Nouveaux euais sur les 
hiéroglyphes, 1822, in-8*;8eyffarth,iïiidtmMito Aûro- 
glyphica, Leipzig, 1825« in-4*'; ChampoUion, Précis du 
système hiéroglyphique, Paris, 1824, et Grammaire égyp* 
tienne, publiée seulement en 1836; Salvolini, Analyse 
grammatiajde des différents teoites éqyptiens, Paris, 1826, 
in-4*; H. Sait, Essai sur U système dis hiéroglyphes pho» 



HIS 



1034 



HIS 



nèh/iues. trad. en franc, oar Deyère, 1827 ; Brown, Aperçu 
mr les hiéroglyphes S Egypte, tnduU de Tanelais, Paris, 
1837 ; Greppo, Essai stur le système hiêrogïypiuque de 
Ckampollion, Paris« 18^, in-8<>; Klaproth, Examen des 
travaux de Champollion sur les hiéroglyphes, 1832; 
Yoong, Rudiments of an EgypUan dictûmary, 1831; 
Leemans, Horapollinis NHoihieroglyphica, kmsL^ 1835; 
Noik, Essai sur les hiéroglyphes, en allem., Leipzig, 1837 ; 
Lepaias, Lettre à M* Rosellini sur l'alphabet htérogly' 
phuiue, Rome, 1837, in-8®; Gh. Lenormant, Recherenes 
sur l'origine^ la destination chex les Anciens, et l*utUité 
actuelle des hiéroglyphes d^Horapollon, Paris, 1838, in-4«; 
J.-A. de Gonliaooff, Archéologie égyptienne, Leipzig, 1839, 
3 Tol. in-8® ; Ideler, Hermapûm, siœ rudimenta hiero- 
glyp» veter» JEgypt, litteraturœ, Leipzig, 1841, in-4«; 
Bunsen, La place qu'occupe l'Egypte dans Vhistoire du 
moncle, en allem., Hambourg, 1845; Brugsch, Seriptura 
^uptiorum demotica, Berlin, 1848 ; le même. Collection 
de documents démotiques, t. !«', 1850. B. 

HIÉRON (du grec iéron, sacré), nom donné par les 
anciens Greca à la totalité de Tencelnte sacrée qui ren- 
fermaift le temple, les terres et les bois consacrés, les ha- 
bitations des prêtres, etc. 

HIEROTHBaUM, sorte de reliquaire renfermant une 
portion de la vraie croix. 

HIËROTHYRIDAS ou HIEROTHYRIDION, espèce de 
«hapelle portative, fermée par des volets ornés de pein- 
tures, et qu'on peut ranger parmi lea diptyques ou les 
'tripUFques. 

HILARODIE , nom donné, chez les anciens Grecs, d'ar- 
bord à une chanson badine, puis à une petite pièce de 
tbé&tre tenant le milieu entre la comédie et la tragédie. 
Ony a vu Torigine de la parodie ( K. ce mot). 

mLARO-TRAGÉDIE, nom que les Grecs donnaient à 
ce que les modernes ont appelé tragi-comédie, à une trap- 
gédie dont le dénoûment éteit heureux. L'invention de 
ce genre de pièces est attribuée par Suidas à Hhinton, 

HIMALAYENS (Idiomes), nom donné à un grouçe 
d'idiomes -monosyllabiquee, parlés an N.-E. du bassin 
du Gange. Les principaux sont le 6odo et le dhimal, 

HIMYARITE (Dialecte), dialecte parlé autrefois dans 
l'Yémen et dans la région orientale de l'Arabie. Il s'écri- 
vait avec un caractère particulier, désigné sous le nom 
û*Al Mosnad, et qui était à peu près toi^bé en désuétude 
dès le temps de Mahomet; Pococke a voulu voir dans ce 
caractère le ehaldéen à l'état primitif. On lui a même 
trouvé une ressemblance, évidemment fortuite, avec 
qudquea-nns des plus anciens alphabets de l'Inde, et 
avec le slave glagolitique. Selon quelques linguistes, 
l'himyarite aurât été assez rapproché du s]rriaque ; Gese- 
oins croit, ou'il avait plus de rapport avec Téthiopien, 
qu'on parlait de l'autre côté de la mer Rouge. MM. Ful- 
gsnce Freanel et Th.-J. Arnaud ont recueilli plusieurs 
niseriptions himyarites chez les tribus qui occupent Tan- 
den pays de Saba ; ils pensent que Vekhkili^ parlé an- 
lourd bui dans le Mahra et l'Hadramaout, est un reste de 
l'antique dialecte. Le baron de Wrede a composé un petit 
Vocabulaire des mots himyarites que contient l'arabe ac- 
toel. V. Gesenius, Sur la langue et l'écriture himya^ 
rites, en allem., 1841. 

HINDOUI ET HINDOUSTANI (Langues). V. IifnnainvBS 
(Langues). 

HIPPODROBIE. V, oe mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

HIPPONAGTIQUE (Vers). F. Chouambe. 

HIPPOPHORBE (du grec ippos, cheval, et phorbiia, 
lanière de cuir que les Joueurs de flûte se mettaient sur 
la bonche)> flûte libyenne, qui rendait un son très-aigu 
et semblable an hennissement du cheval. Elle était faite, 
dit Pollux, en laurier dépouillé de son écorce et de sa 
moelle. Les gardiens de chevatax dans les pftturages en 
'fiBùsaient usage. 

HIRAU ou HIRIAU, ancien nom des Jongleurs et des 
ménestrels. 

HIRONDE (Queue d'). V, Qosub d'hoiondb. 

HISTOIRE (du grec tstoria, recherche des dioses cu- 
-ffieuses, exposition de oe que l'on a vu), un des grands 
genres littéraires en prose. L'hiftolre raconte les faits ac- 
complis par les hommes réunis en sodété; elle lea coor- 
donne, lea rapporte a leurs causes , met leurs eiTets en 
lumière , et prononce sur leur moralité. Voilà son objet 
-et son but : aussi Gicéron rappelle-t-il le témoin des 
temps, la lumière de la vérité, récole de la vie. Observer 
des phénomènes tonionrs identiques, qui se succèdent 
Invariablement dans le même ordre et suivant les mêmes 
Jeia, oomiM les phénomènes astronomiques eu physi- 



ques, c'est faire de la science et non de Vhistoire. Le na« 
turalist», qui réunit et ciasse les objets de ses observi^ 
tiens d'après des caractères communs aux êtres de toutes 
les époques et de toutes les latitudes, fait encore oeuvra 
de savant et non d'historien : le nom d'histoire naturelle 
est un abus de termes qui vient de ce qu'on a confondu 
la variété avec l'irrégularité, la multiplicité avec la su^ 
cession ; l'histoire de la nature ne peut dater que des dé« 
couvertes modernes, qui ont révélé les révolutions tra- 
versées par le monde physigue dan^ ses premiers èges. 
Le domaine propre de l'histoire, c'est la vie des hommes, 
c.-ànd. ce (jui est inconstant, ce qui change et se trans- 
forme capricieusement, du moins en apparence; c'est la 
succession des faits unie à la diversité. Dieu ne peut être 
l'objet de l'histoire, comme le voulait Jean Bodin an 
XVI* siècle; car l'essence des choses divines est l'immu- 
tabilité. Dans l'homme seul existe une puissance distincto 
des éléments qui composent son corps et des agents phy- 
siques qui animent la matière ; seul il a cette préroga- 
tive, que non-seulement il peut dérober son âme aux 
atteintes du monde extérieur, mais que, luttant sans 
œsse et prenant l'empire à son tour, il sait défendre son 
corps même contre les influences auxquelles il semble 
directement soumis. S'il touche à la terre par un oèté de 
sa nature, par l'autre il tient au ciel ; et cette émanation 
de la divinité, c'est moins encore l'intelligence que la 
faculté de vouloir : de cette faculté dérivent les actes 
libres, qui déconcertent toutes les prévisions, qui se dé- 
robent à l'analyse, et que l'historien doit précisément 
recndllir et expliquer. Les faits humains qui échappent 
à la sdence sont proprement le domaine de l'histoire. 

L'histoire est sujette à des transformations successives. 
Quelle est la loi de son développement? D'abord, elle se 
contente de recueillir les faits, plus ou moins altérés par 
la fiction, et de les confier une seconde fois à la mémoire, 
à l'aide du rbythme poétique, d l'écriture ne peut encore 
leur assurer une existence plus durable. L'histoire ra- 
conte alors pour raconter ; elle se confond avec l'épopée. 
Mais l'esprit humain ne s'arrête pas \k i qudle que soit 
l'irrégularité des faits, l'attention, à force d'observer la 
génération des eiTets et des causes, finit par découvrir un 
fil conducteur ; die s'en saidt, et s'efforce de retrouver 
l'ordre dans ce désord^ apparent. De là naît Vhistoire 
pragmatique, comme l'ont appelée les Andens, ou philo- 
sophique, sdon l'expression des modernes, c.-Im1. le rédt 
des faits humains avec leurs principes et leurs consi^ 
auenoes. Ge n'est pas encore le dernier mot de l'histoire : 
rhomme, tourmenté d'un besoin insatiable de connaître, 
ne peut se contenter d'une explication incomplète et par- 
tielle; il ne tend à rien moins qu'à trouver le secret de 
toutes choses, à embrasser d'un seul coup d'œil, en par- 
tant d'un principe donné, la génération des idées , des 
constitutions, des révolutions. Ge dernier progrès, c'est 
la Philosophte de l'histoire (V. ce mot). — Il est évident 
que les conditions de l'histoiro varient avec son caractère. 
Tant qu'elle est un simple rédt, elle peut se borner à un 
peuple, à une ville, à un individu. Dès ou'dle s'élève ans 
causes et aux effets, son horizon doit s'étendre : l'événe- 
ment est en Grèce, mais la cause peut êtro en Asie. 
L'histoire philosophique est donc nécessairement g^6> 
raie, n faut plus encore, si l'historien, considérant l'in- 
dividu comme le résumé de l'espèce, et l'espèce comme 
le développement multiple de l'individu, prétend déter- 
miner la loi mil domine tous les faits humains, et les 
ramener tous a une théorie savante. Rien alors ne doit 
plus lui échapper ; il n'a plus le droit de choisir même les 
grands peuples et les grands hommes qui représentent et 
résument le mieux l'esprit de l'humanité ; il n'est pas de 
fiiit si insignifiant en apparence qui ne puisse Jeter du 
Jour sur l'ensemble, pas de contrée d lointaine qu'on ne 
doive explorer. L'histoire, parvenue à ce degré, doit donc 
être universelle. Mds le génie de l'homme peut-il jamais 
s'élever Jusqu'à l'universalité? Cette espérance n'est-dle 
pas une chimère? Malgré son impuissance, malgré ses 
nombreux échecs dans la Philosophie de l'histoire, l'es- 
prit humain tend toujours à la généralisation. Cependant 
il ne peut espérer d'atteindre le but qu'il poursuit : du 
Jour où la Philosophie de l'histoire aordt tenu tout ce 
qu'dle promet, il n'y aurait plus d'histoire, il y aurait 
une sdence ; et l'homme, s'élevsnt de de|^ en degré Jos* 
qu'à la parfaite intelligence des choses passées, de là 
même Jusqu'à la prévision de l'atenir, se confondrait 
avec Dieu. 

L'histoire est une création de la Grèce. On trouve, à la 
vérité, dans les littératures orientales, par exemple ches 
les Hébreux, quelques livres dits lûstoriques) nudscs 



flIS 



1035 



HIS 



M lont que des réàti composés dans le but tout à fait 
pntiqoe de conaenrer le souTenir de certains fiiits, qu*il 
srt essentiel de ne pas oublier, et hors desquels récriyain 
B's rien Touiu Toir. Ce qui caractérise, au contraire, les 
historiens grecs, c'est une curiosité insatiable, un esprit 
d'iDresdgation générale, pour qui tous les faits ont une 
(f^e Tsleor ; c*est la recherche de la vérité pour elle- 
même, sans préoccupation de remploi qu'ils en pourront 
(Ure; c'est l'esprit de critique, qui n'admet pas indistinc- 
tement toutes les traditions, qui choisit entre les témoi* 
fDiges; c'est enfin l'esprit philosophique, qui, sous tous 
les actes sodanz, voit une manifestation de l'esprit hu- 
main, liais les Grecs ont en sur l'histoire une opinion 
particulière, enseignée dans leurs écoles, et que les Ro- 
mains ont ensuite adoptée : ils confondaient prescpie 
l'histoire avec rélo({uence : NihU est magis oratorium 
qnam fûstûria, disait Cicéron. Cette confusion, oaXy^ 
meot eiprimée dans une préface d'Éphore, livra la théorie 
même du genre historique à l'autorité des rhéteurs, et la 
confina dsAS un chapitre de leurs traités sur l'art ora- 
toire. Aussi, trop préoccupés du soin de la forme , les 
historiens de Tanuquité cherchèrent à intéresser et à 
plaire , aux dépens mftme de la vérité. Nulle part cette 
tendance ne se montre mieux à découvert, et nulle part 
oo D'en voit mieux les effets, que dans l'usage des haran- 
goe8(K. ce mot). C'est toujours l'art qui prime la science, 
toojoors rintérét et le plaisir qui passent avant IMnstruc- 
tioD et la vérité. 

Las qualités nécessaires à l'historien sont nombreuses, 
variées, presque eifirayantes. Pour la recherche des faits, 
fl a besoin d*une rare intelligence : non-seulement il doit 
lemonter aux différentes sources de Thistoire, traditions 
(Bstes, inscriptions monumentales, médailles, livres, 
doeufflents publics et privés, etc., et soumettre à une 
critique attentive, pénétrante et délicate tout ce qa'U 
sors recueilÛ ; il lui faut être veraé dans la connaissance 
des lois, de la çuerre, des finances, des institutions ad- 
ministratives, des langues, et s'éclairer par la chronologie 
et la géographie, qu'on a appelées les deux yeux de l'his- 
toira. — La mise en oauvre aes matériaux exige un nand 
talent de composition, afin de produire l'intérêt et d'évi- 
ter l'ennui ; dans le nombre infini des faits , il importe 
de choisir ceux qui méritent de survivre, ceux qui sont 
dans un rapport essentiel avec la nature de l'homme, et 
dus un rapport anecdotique avec la nature des hommes 
à telle ou telle époque. — L'historien doit avoir fortifié, 
agrandi ses méditations solitaires par l'expérience de la 
rie active : s'il ne connaissait la société que par les livres, 
il serait exposé à la juger fort mal , et se trouverait 
dans limpoesibilité de la peindre. Tous les historiens de 
la Grèce, excepté pentrètre Hérodote, furent des hommes 
publics, des orateurs et des généraux ; il en fht de même 
i Rome ; chez les modernes aussi, Machiavel, Guichardin, 
Paolo SarpI, De Thon, rappellent l'idée de la vie active 
mêlée à la spéculation littéraire. — Parmi les qualités 
morales qui sont indispensables à l'historien, il faut dter 
en première ligne l'amour dé la vérité, et par là on en- 
tend, non pas seulement le besoin de cette vérité sèche 
6t morte qui n'est que l'exactitude, mais la force de re- 
trouver, de sentir et de refiaire la vérité locale et contem- 
poraine, de dessiner les physionomies des personnages, 
et de les mettre en mouvement, en leur rendant leurs 
passions et leurs costumes. On demandera ensuite à l'his- 
torien l'amour de l'humanité, c.-à-d. que sa justice im- 
partiale ne doit pas être impassible : il faut qu'il ait une 
passion, qu'il souff^ ou soit heureux de ce qu'il raconte, 
«mblable à un témoin tout ému encore des faits qu'il a 
vos. Lncien disait que l'historien doit être un étranger 
nos patrie, sans autels, et un écrivain du xvm* siècle , 
qu'il doit n'être d'aucun pays, d'aucun parti, d'aucune 
religion : de» rédts compoeés dans de pareilles disposi- 
tions, sans principes, sans Idées, sans conviction, ne 
pourraient avoir ni vie ni couleur. Cest à l'historien de 
soutenir, au contraire, le parti de la justice, qui est de 
tous les temps et de tous les lieux, sans qu'aucun intérêt 
de patrie, de corps ou de secte puisse le lui faire déserter. 

Materé la remarque si vraie d'Aristote, que la distinc- 
tion des genres ne repose pas sur la différence de la 
Anne, il âni se garder de croire que la forme soit indif- 
férents : la pensfe humaine, au contraire, ne peut être 
ompUte sans ^e. n y a donc un style historique, 
epnune il y a un style oratoire. Ches les Anciens, la poé- 
rie et l'histoire avaient été longtemps confondues ; dans 
les premiers âges des sociétés, lliomme n'est pas riche 
en souvenirs, et H n'a pas encore eu lé temps d'exercer 
IwBnconp sa raison; l'Imagination augmente et embellit 



de ses inventions tous les événements qui ont vivement 
agi sur elle et qu'elle se plaît à célébrer. Cest ainsi quil 
y a de l'histoire dans Homère, et de la poésie dans Héro- 
dote. De nos fours même, quoique le progrès des tempe 
ait démêlé bien des éléments jusque-là confondus , le 
divorce n'est pas et ne saurait être complet entre la raison 
et l'imagination ; la poésie doit encore puiser ses données 
dans l'histoire, et l'histoire emprunter à la poésie ses 
formes vives et animées. On a prétendu que les deux 
genres devaient rester complètement indépendants l'on 
de l'autre, et on a voulu renfermer l'historien dans les 
limites étroites de la critique. Mais les auteurs tels que 
Suétone sont de simples compilateurs; s'ils ont le mérite 
de la conscience et de l'exactitude, s'ils ont rassemblé 
tous les matériaux de l'histoire, l'histoire est encore à 
faire. Chez eux, tout est froid et décoloré; au lieu de 
tableaux, ils n'offrent que de sèches divisions; au lieu de 
personnages vivants , les membres épars qui pourraient 
servir à les recomposer. La vérité n'est pas tout entière 
dans une simple juxtaposition des faits, et une mémoire 
fidèle, une recherche patiente ne sont ptA les seules ou»* 
lités qu'on doive exiger de l'historien : la puissance de la 
réflexion et de l'imagination lui sont tout aussi nécea* 
ssires. L'une sert à choisir entre les différents récits, à 
discerner la vérité au milieu des contradictions, quelque* 
fois même à combler des lacunes profondes, à restaurer 
des ruines et à reconstruire un vaste monument; l'autret 
rtoandant ses vives couleurs sur cette matière insen* 
sible, anime les descriptions, caractérise fortement le 
génie des peuples et des individus, évoque pour ainsi dire 
les morts, et donne au récit tout l'intérêt d'une action. 
L'historien doit éprouver quelque chose de l'émotion ree* 
sentie par les penonnagee quil met ea scène, et faire 
passer ses sentiments dans ses écrits. Si l'histoire tient à 
la fois à la science et à la poésie, elle doit revêtir une 
forme intermédiaire entre les deux formes affectées am 
œuvres de l'imagination et de la raison. 

Eu égard à l'étendue des sujets, l'histoire est dite tmH 
verselle, si elle embrasse tous les peuples et tous les 
siècles; générale, quand elle s'occupe d'une nation, dont 
elle montre l'origine, les progrès et les diverses révolu* 
tiens; partictUiàre, lorsqu'elle se borne à une période 
isolée, a un événement spécial, à une province, à une 
ville, à un homme public. Quand elle entre dans les dé* 
tails de la conduite privée d'un personnage, elle devient 
une simple Vie, une Biographie (F. ce mot). Si «m per* 
sonnage raconte lui-même ses actes et les événements 
dont il a été témoin, sa composition rentre dans la classe 
des Autobiographies et des Mémoires ( V, ces mots). — An 
point de vue des éléments constitutifs de la société « 
l'histoire a été divisée en deux grandes parties, Ykistoitê 
sacrée et Yhistoire profane. L'histoire sacrée, qui raconte 
tous les faits relatifs à la religion depuis l'origine dn 
monde jusqu'à nos jours, se subdivise en histoire sainte, 
où l'on s'occupe des faits antérieurs an Christianisme et 
consifpiés dans les saintes Écritures , et histoire êùdé- 
siastujue, qui traite de l'établissement de l'Église et de 
son développement à travers les siècles. L'histoire pro- 
fane embrasse l'histoire civile, politique et intellectuelle 
des différents peuples. On la partage en trois grandes 
périodes : histoire ancienne, depuis l'origîae des États dans 
l'antique Orient Jusqu'à Is chute du monde romain à la fin 
du iv*siède de l'ère chrétienne; histoire du moyen âge, 
depuis la ruine de l'Empire romain jusqu'à l'établisse- 
ment des Turcs Ottomans à Constantinople en 1453; 
^tstotrs des tenM>s modernes, depuis le milieu du xv* siècle 
lusqu'à nos leurs. — Pour le tableau des plus célèbres 
historiens, V, les articles consacrés à l'histoire des di- 
verses littératures. * B. 

msToms (Académies d'), Sodétés formées par les sa^ 
vants de divers pays pour l'étude de l'histoire nationale. 
La Société de V Histoire de France, fondée à Paris en 
1S33 par MM. Guizot, Thiers, MoIé, de Barante, A. Ben- 
gnot , Mignet , Raynouard , Fauriel , etc. , se réunit à la 
Bibliothèque impériale, et publie, outre un Annuaire el 
un Bulletin, des ouvrages et documents relatifs à Itii»- 
toire de la France. Au nombre des Sociétés étrangères, mi 
remarque : V Académie royale d'Histoire portii^aise de 
Lisbonne, créée en 1720 par Jean V; Y Académie ropalé 
d'Histoire de Madrid, confirmée en 1738 par PhllippeY : 
Y Académie d^Bistoire et d* Antiquités de Naples , créée 
en 1807 par Napoléon l^t la Société historique analaué^ 
fondée à Londres en 1830 pour l'étude et la publication 
des documents antérieurs à Henri Vni; la Société de 
rhistoire ancienne de l'Allemagne , fondée en 1810 à 
Francfort-sur-le-Mein par le ministre prusriin De Siein 



HOL 



1036 



HOL 



la SocUté hutùnqw de la Basse^axe, fondée à Hanovre 
en 1834; la SociMé de V Histoire nationale du Wurtem- 
berg , créée en 4822 ; la Société historique et archéolo» 
guiue de Moscou, créée en 1836, etc. 
HiSToïKB (Peinture d*), le premier et la principal genre 




ainsi que les compositions allégoriques. Il impiiaue un 
caractère noble, un stvle élevé, et quelque beauté idéale« 

HISTOiaB AUGUSTE. V, AOGUSTB. 

HISTORIÉ, se dit de toutes parties architecturales, 
moulures, chapiteaux, etc., sur lesquelles on a sculpté, 

Sdnt ou gravé des sujets empruntés à l'histoire ou a la 
ble. 

HISTORIOGRAPHE. ( V. ces mots dans notre Dict. 

HISTRION. } de Biog. et d'Histoire, 

HITOPADÊÇÂ,c.-à-d. Instruction saliUaire, recueil de 
|iEd>le8 et de contes en langue sanscrite. Cest un abrégé, 
de date assez récente, d*un ouvrase plus considérable 
et probablement beaucoup pins ancien, le Pantchor-Tan-' 
fra. Le Bitâpadéça renferme un extrait des trois pre- 
miers livres de ce poème, et d*un autre ouvrage brah- 
manique que nous ne possédons pas. On peut donc 
considérer l'histoire du Pantcha- tantra comme ren- 
fermant implicitement celle du Hitâpadéça; car c'est 
l'histoire même de la Fable. Ce recueil fut traduit en 
pelhvi, au vi* siècle de notre ère, sous le titre de Calila 
et Dimna; puis, du pelhvi en arabe, au vin* siècle; de 
l'arabe en hébreu par le rabbin Joël. Jean de Gapoue le 
traduisit de l'hébreu en latin au xn* siècle sous le titre 
de Direciormn humanm oitm, qui rend le sens du mot 
Hitâpadéça, Au xv* et au xvi* siècle on en fit, sur le latin, 
des versions espagnole, italienne et française; en 1579, 
Pierre de Larrivev les fondit ensemble sous le nom de 
Deux Iwres de iUosofie fabuleuse, La Fontaine vint im- 
médiatement après. De plus, le CalUa et Dimna pelhvi fut 
traduit en persan aux xii* et xin* siècles sous le titre de 
AnwaH SohàUi. Le livre des Lumières est la traduction 
des quatre premiers livres; imprimé sous le nom de 
Fables de Ptlpay^ il a fourni plusieurs beaux si^ets à 
notre grand fabuliste. — Le nit&padêça, ainsi que le 
Pantchi^Tantra, sont attribués au brahmane Vishnu- 
çarma. Schlegel et Lassen en ont donné une traduction 
latine, en iâl; Johnson, une traduction andaise, en 
1848; M. Lancereau, une française, en 1855. Le PantcAo- 
lanira^ traduit imparfaitement par l'abbé Dubois en 
1826, vient de l'être fidèlement en allemand par M. Ben- 
fey. Ce dernier ouvrage est d'origine bràhmanioue; il ne 
renferme aucun trait qui rappelle le bouddhisme, et 
semble, sinon antérieur à cette religion, au moins con- 
temporain de ses premiers développements. Son style, la 
langue dans laquelle 11 est écrit, le reportent également 
à cette époque, c.-Ih1. vers le s' ou le m* siècle avant 
notre ère. Quant au Hit^padêça, il est difficile d'en fixer 
la date, mais il ne semble pas pouvoir être antérieur au 
m* ou au IV* siècle de l'ère chrétienne. Il se peut aussi 
que les écrividns bouddhiques, à l'époque de leur lutte 
contre les br&hnumes, aient emprunté à ces derniers une 
forme littéraire éminemment propre à l'enseignement 
moral : unsi s'expliaueraient les traits lancés contre les 
br&hmanes dans rédition qui a servi de texte au traduc- 
teur arabe, traits dont nos textes du Pantchc^Tantra 
sont exempts. Eh. B. 

HOC (Jeu du) > V, Jbox, dans notre Dict, de Biogr, 

HOCA (Jeu de) \ et d'Hist., p. 1436, col. 3. 

HOCHE-PLIS. K. au Supplément. 

HOIR« ancien terme de Jurisprudence, synonyme 
^héritier. Il se disait spécialement des enfants et petits- 
enfants, et s'employait plutôt au pluriel ^u'au singulier. 

HOIRIE, mot autrefois svnonyme tïheritage, de suc- 
cession^ dans la langue du droit. On nomme avancement 
dhoirie une donation en avance sur une succession à 
reeneillir. Ce qui est ainsi donné est retemi plus tard 
dans le compte de la succession. 

HOLLANDAISE (École), Tune des grandes écoles de 
IMintoxe diex les modernes. Les plus anciens artistes de 
cette école sont : Albert van Owater, de Harlem , qui vi- 
leh avant l'an 1400; Thierry, également de Harlem, pos- 
lérfeor d'un demi-siècle an précédent; et Corneille En- 
glielbrechtsen, de Levde, qui, le premier dans sa patrie, 
employa la peinture a l'huile. La peinture historique leta 
nn certain éclat dans le cours an xvi* siècle, grâce à 
Lncas de Lejde, Martin Hecmskerk, Octave Van Yeen 
(Otto Venins } , Honthorst , Ant. Moro. L'école est dès 
Ions remarqoaole par une parfaite intelligence dn clair* 



obscur, une couleur aussi brillante que vraie, et un fini 
des plus précieux, sans arriver pourtant à la sécheresse. 

Quand le protestantisme se fut répandu dans les Pro- 
vinces-Unies, les tableaux religieux furent bannis des 
églises. L'art, entrant dans une autre route, n'exploita 
plus que le paysage national, car l'amour du sol de la 
patrie s'augmentait depuis qu'on avait secoué le joug de 
l'Espagne; que la marine, car elle était la défense et la 
force du nouvel État ; que le genre, car on aimait à se re» 
poser, dans les scènes calmes d'intérieur, de la lutte fu- 
rieuse qu*il avait fallu soutenir. Alors surgirent tous ces 
grands artistes qui ont rempli le xvii* siéle, les paysa- 
gistes Jean et André Both, Albert Cuyp, Ant. Waterloo* 
Van Goyen , les deux Van der Neer, Moucheron, Swane- 
velt, Abraham Bloemaert, Hobbema, Ruysdaôl, Wynants, 
Van Éverdingen , Berghem , Pynacker; les peintres de 
genre, Adrien Brauwer, Schalken, Netscher, les deux 
Weenix, Gérard Dow, Terburg, Pierre de Hoogh, Jean 
Steen, Poelemburg, Adrien et Isaac Van Ostade, Adrien 
Van der Werf, Van der Heyden, Pierre de Laar, dit le 
Bamboche, Corneille Beça, les deux Koninck, liieris et 
Metzu; les peintres d'animaux, Paul Potier, Karel Dn- 
Jardin, Hondekoeter et Wouwermans; les peintres de 
marine. Van Cappellen, Backhuysen et Van de Velde; 
les portraitistes. Bol, Van den Eeckhout et Van der 
Helst; les peintres de fleurs, David de Heem et Van 
Huysum; et, au-dessus de tous, Rembrandt, le sublime 
coloriste, le peintre de l'ombre. F. Descamps, Vies des 
peintres flamands, allemands et hollandais, Paris, 1750, 
5 vol. in-8». 

HOLLANDAiSB (Langue), langue classée par les linguistes 
dans la famille saxonne on dmbrique des langues germa- 
niques, et formant avec la langue flamande (K. ce mot) 
le groupe néerlandais ( V, ce mot). Elle n*a pris ce nom 
que depuis que la Hollande s'est séparée des Espagnols, 
et, comme cette province était la plus inu)ortante des 
Provinces-Unies , son dialecte a été celui du gouverne- 
ment et de la nation. Le hollandais ne s'employait guère 
encore au xvii* et au xviit* siècle que pour les versions de 
de la Bible, les sermons, les ouvrages de théologie et de 
controverse religieuse: les meilleurs auteurs éorivaient 
en Latin ou en français. Le hollandais a les mêmes radi- 
caux que les autres langues du bas-allemand. Il change 
assez ordinairement en p Vf des Allemands, en v leur h, 
souvent aussi en t leur s et leur s, en d leur t, et parfois 
en k leur ch. Il évite les sons sifflants et les accumula- 
tions de consonnes, mais traîne les voyelles d'une façon 
disgracieuse. Comme en allemand, l'accent tombe dans 
chaque mot sur la syllabe fondamentale. Le hollandais 
est très-riche en expressions relatives à la mer et à la 
marine; mais il est obligé d'empmnter à l'allemand la 

{plupart des termes philosophiques. Moins hardi que Tal- 
emand dans la composition des mots, il a aussi rejeté « 
chez les auteurs modernes, les longues périodes et les 
pénibles constructions de cette langue. L'alphabet hollan- 
dais a 22, 24 ou 26 lettres, selon au'on admet, ou qu*on 
rejette conune faisant double emploi, tout ou partie des 
lettres c, g, s et y. La prononciation, généralement sem- 
blable à celle de l'allemand , présente les particularités 
suivantes : la lettre u a le son de notre diphtbongue eu, 
le son ou est rendu par la vovelle composée os, tandis que 
les lettres ou forment une diphtbongue qui se prononce 
oott; les lettres ij forment une diphthongue ou! répond à 
celle qu'on entend dans le mot français veille; le g a le 
son du ch allemand. Des différences de prononciation et 
l'introduction d'un certain nombre de mots étrangers don^ 
nent naissance à des dialectes locaux, dont les plus im- 
portants sont ceux de Zélande, de Gueldre, de Groningae, 
et celui de la ville de Kampen ou de l'Yssel supérieur. 
V. Sewel, Grammaire néerlandaise , Amst., 1708, in-8<*; 
Ph. Lagrue, Grammaire hollandaise, Amst., 1785, in-8«t 
Zeydelaar, Grammaire néerlandaise, Amst.. 1791, in-8^; 
Van Moerbeck, Nouvelle Grammaire hollanaaise, en ail., 
Leipzig, 1791, in-8*; P. Weiland, Grammaire néerlan- 
daise, 1805; Van der Pyl, Grammaire hollandaise pror- 
tique, Dordrecht, in-8* ; W. Bilderdyk, Grammaire néer- 
landaise^ La Haye, 1826, in-8* ; Winkelman, Dictionnaire 
français-hoUandais et hollandais-français, Utrecht, 1 783» 
2 vol. in-8®; P. Marin, Dictionnaire français et hollan^ 
dais, Amst. , 1793, 2 vol. in-4<>; Van Moock, Nouveau "^ 
Dicttonnaire français-hollandais et hollandais^rançais, : 
2utphen, 1824, 4 vol. in-8o; Olinger, les Badnes de la 
langue hoUandaise, €iccompagnées aune Grammaire sim- 
plifée^ Bruxelles, 1818, in-ll, et Dictionnaire français- 
hmandais, 2 vol. in-8 ; Van Jaarsveldt, Sur les rapports 
du hollandais avec Vallemand, Amst.^ 1818; F. Otto» 



HOL 



t037 



ROL 



Enoà tMorume H pratiqué sur la lanaue 0t la lUtératttre 
hoUmâaist, en «Uem., Erlangen, 1839, 2 toI. in-8*. 

Boujkifi>AiSB (Uttératore). Les Hollandais n*ont eii 
qu'assez tard une littéraftare nationale. II n^est nulle- 
ment prouvé qae la Chronique rimée qui porte le nom de 
IQoolas Kolya remonte, comme on i*a prétendu, jusqu'au 
xn* nëde. Celle dans laquelle Melis Stoke raconta rhis- 
toire des comtes de Hollande iusqu'à Guillaume IH, est 
da im*. Le xiv« présente Guillaume Van Hilleggersberg 
eides espèces de TOniTères, appelés Sprekers (orateurs^, 
qui Tisitaieni les eoars des princes et des seigneurs, débi- 
tant des spreuken ou proveroes, maximes, morales en prose 
et en Fers. Des traductions ou des imitations de poèmes 
carloYineiens, tels que Flor9 et Blanche fletw, Renaud de 
Mcntauoan, etc., furent faites en hollandais, mais on 
regarde les romans de Charles et Êlégast et des Enfants 
U Lânbourg conune des œuvres originales de cette lit- 
térature. Au commencement du xv* siècle on vit se for- 
sier, dans les yilles importantes, des corporations de 
Bedtrijkers (rhétoridens) analogues aux MeistersoBngers 
allemands. 

Quand les Provinces-Unies eurent échappé à la domi- 
nation de TEspagne, la littérature hollandaise prit un 
|das grand essor, et devint très-florissante. Le xvi* siècle 
rit piuraitre des poètes nombreux et distingués : Koom- 
liert, qui combattît, dans des poèmes didactiques, les er- 
reoTB et les préjugés de son temps; Philippe de llamix, 
ami du prince d*Orange, auteur de chants qui derinrent 
populaires, et d'une œuvre satirique en prose, intitulée 
B^^enhorf; fl.-L. Spiegel, Rœmer Visscner et ses filles 
Anne et Blarie, le chansonnier Laurent Reaal, Dirks 
tes; Brederode et Koster, qui donnèrent les premiers 
ane forme régulière, Tun à la comédie, l'autre h la tra^ 
géfie; P. Corn. Hooft, bien supérieur à tous les précé- 
dents, et qui excella dans tous les genres ; lan Vos, qui 
fbt son rival dans les compositions dramatiques; J. Cats, 
dont les csovres sont pleines d'un aimable enjouement 
Ia ville de Dordrecht eut son école poétique pamculière, 
représentée par Kamphuysen, Hugo Ôrotius, Daniel 
lottcktyB^ Daniel Heinsius, Jérémie de Dekker, Van So- 
meran. La poésie fut portée au plus haut deeré de per- 
fection pendant le xvn* siècle par Joost Van der Vondel, 
qui a publié des traductions d'auteurs classiques, des 
chants lyriques, des sonnets, des élégies, des héroldes, 
des épitres, des satires, des tragédies et une Poétiaue. On 
peat dter aprte lui Antonides Van der Goes, poète lyrique 
et tragique estimé; Heymann Dullaert, Const. Huyghens, 
Joacbun Oudaan, Van Westerbaen ; Reinier Anslo, dont 
le poème de la Peste de Naples est toujours estimé ; Van 
Fockenbroch, ou'on a surnommé le Scarron hollandais; 
Jean Six, Jean deBrœkhuyaen, Elisabeth Koolaert, J.-B. 
Weilekens, Rotgans, Moonen, Vlamins, 1. Vollenhove, 
toc Schermer, Corn. Poot, qui excella dans la chanson et 
r^ltre. — Hooft ne fut pas seulement un poète, mais 
on prosateur remarquable t on lui doit une Histoire de 
Henri IV, une Histoire de la maison de Médicis et une 
Ristoire de la lutte pour l'indépendance des Pays-Bas, 
Gérard Brandt écrivit une Vie de Ruyter et une Histoire 
de la Riformation , et Gérard Van Loon une Histoire de 
la Hollande. 

Lorsque les écrivains français du règne de Louis XIV 
eurent ébloui l'Burope de l'éclat de leur renommée, on 
semât à les imiter en Hollande. Sybrand Feitama, traduc- 
teur du TMnaque et de la Henriade, se fit le chef de 
récole nouvelle, dans laquelle on compte, entre autres 
poètes, Hoogvliet, W. Van Haren, et son frère Zwier Van 
Hareo. La scène française fut également prise pour mo- 
dèle par André Pels, Buisero, Huijdecoper, Langendijk, 
Van SteenwQk. Biais l'imitation étrenêère ne pouvait 
être durable : vers le milieu du xvm* siècle, une femme, 
Lucr. Wilh. Van Merken, dont on a des poèmes histori- 
que et didactiques, ramena la littérature nationale sur 
son véritable terrain, et, parmi ceux qui marchèrent en 
poésie sur cette trace nouvelle, on distingue BelUuny, 
Feîtb,Rieweriand, Van Alphen, Elisabeth Bekker et Agathe 
Deken. Le théâtre reprit aussi ses libres allures avec Van 
Wînter,Jel8,Nomss, Haverkom, Uylenbroek, Doomik, et 
la baronne de Lannoy. Au nombre dea prosateurs, on re- 
marque Van Effen, fondateur des journaux hebdoma- 
daires te Misanthrope et le Spectateur, et les historiens 
Jean Wagenaar, StijI, Kluit, Van Wijn, Van llamelsveld, 
llantingbe,Meermann, Stuart, Scheltema, Kampen, Bos- 
sciia. Van Gapelle, De Jonge, De Vries, Groen Van Pria- 
aerer,etc 

Le génie le plus puissant du commencement du xix* siè- 
cle a été Bilderdijk, qui brilla dans tous les genres de 



littérature. Autour de lui se sont groupés les poètes lyri* 
ques Kincker, Helmen, Spandaw, Loots et ToIIens, les 
poètes élégiaques Simons et Borger, le poète bucoliaue 
Loosjes, les poètes didactiques Hulshoff, Hennert, Vas 
der Bosch et Paulus, le satirique Fokke, enfin Lulof, qui 
cultiva le genre descriptif. Plus près de nous , la poésie 
hollandaise a été repràentée par Isaac de Costa, Van der 
Hoop, Ter Haar, Van Lennep, Bogaerts, Wieselius, etc. 
ICantelaar s'est fait une grande réputation comme pané* 
gyri^ et Van der Palm comme orateur de la chaire. Le 
roman a jeté un assez vif éclat avec Maria Post. 

V. Noèl Paçiuot, Mémoires pour servir à l'histoùre lit' 
téraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, Liège, i763 
et suiv., 3 vol. in-fol. , ouvrage inachevé ; Siegenbeek, 
iTtstotVs de la littércdure néerlandaise y Harlem, 1826, 
in-8°; Gravenwert, Essai sur Vhistoire de la littércUure 
néerlandaise, Amst., 1830, in-8*. 

HOLOPHRASTIQUË (du grec holos, tout, eXphrazô, 
je parle), c.-à-d. exprimant Vidée dans son tout; terme 
dont se servent quelaues linguistes par opposition à ana- 
lytique, et qu'ils apphquent aux langues polysynthétiques. 

HOLY-CROSS (Abbaye d'), en Irlande, dans le Muns- 
ter, sur les bords de la Suir. Fondée en 1182 par Donald 
O'Brien, roi de Limerick, pour recevoir un morceau de 
la vraie croix donnée par lo pape Pascal II (d'où lui est 
venu son nom, qui signifie Satnte^roix)^ elle n'olRre 
plus aujourd'hui que des ruines imposantes, 4es plus 
curieuses que TUe possède en style ogival. L'architecture 
de la nef est inférieure à celle des transepts, du chœur 
et de la tour. Celle-d, carrée et d'une grande élévation, 
est supportée par quatre arcades gracieuses, et flanquée 
d'élégants arcs-boutants découpés en pointe. Deux cha- 
pelles divisent l'aile du nord : l'une, qui contient les 
fonts baptismaux et un autel en forme de tombe, est 
éclairée par une fenêtre du plus étrange dessin. Dans le 
chœur s^élèvent une sorte do mausolée, avec écussons 
sculptés aux armoiries des Fitz-Gerald, et un cénotaphe 
qui parait avoir été destiné à recevoir, pendant les ser- 
vices funèbres, les corps des défunts. 

HOLY-ROOD (Palais et Abbaye d'), à Edimbourg. Le 
palais d'Holy-Rood, ancienne résidence des souverains 
écossais, est un grand b&timent de forme quadrangulaure, 
avec une cour centrale : chaque cAté présente un déve- 
loppement de près de 80 met. Les quatre toura crénelées 
qui garnissent les angles lui donnent l'aspect d'une for- 
teresse féodale. Il a subi tant de changements depuis sa 
construction, qu'on ne saurait attribuer une date prédse 
à aucune de ses parties. Les toura du N.-O., b&ties par 
laccpies V, passent pour la partie la plus andenne. Dé- 
truit par les Anglais en 1544, le palais fut rebèti peu de 
temps aprte sur un plan plus vaste, et on dit qu'il ne 
reniermait pas moins de dnq cours. Cromwell le démolit 
de nouveau, à l'exception de l'angle du N.-O. ; les autres 
parties du monument actuel furent élevées sous le régne 
de Charles H , sur les plans de W. Bruce. Au-dessus de 
la porte d'entrée de la façade ocddentale, on voit encore 
les armes royales de l'Ecosse : de chaque cèté s'élèvent 
deux colonnes doriques, qui supportent un entablement 
surmonté d'une coupole en forme de couronne impé- 
rialo. Cette porte est gardée par des soldats vêtus de l'an- 
den costume national. A l'angle S.-E. de la cour inté- 
rieure est un grand escalier conduisant aux appartements 
royaux, qui furent habités en 1703, et de 1830 à 1833 
par les Bourbons exilés de France. Le côté septentrional 
du palais contient une galerie longue de 49 met., large 
de 8*,50, haute de 6", et où se trouvent 114 médiocres 
portraits peints par le Hollandais De Witt : ils passent 
pour ceux des rois d'Ecosse, mais n'ont aucune authen- 
tidté. La seule curiosité vraiment intéressante d'Holy- 
Rood est la chambre à coucher de Marie Stuart, que l'on 
a conservée dans l'état où elle se trouvait au temps de 
cette rdne : elle est située à l'anele N.-0. Les ducs 
d'Hamilton sont les gardiens héréditaires du palais. — 
Au N. du palais sont les mines de l'abbaye fondée en 
1128 par David I"". Cet édifice, de style ogival, fut pillé 
en 1332 et en partie détruit en 1544 par les Anglais. La 
nef qui avait été préservée fût d^uiilée de tous ses or- 
nements lora de la Réformation. Charles I*' fit restaurer 
ces ruines, qu'il transforma en une chapelle royale, où il 
fut couronné en 1(533. Pendant hi République, la popn- 
hice la dévasta de nouveau. En 1758, on la recouvrit 
d'un toit tellement lourd, que, dix ans après, les murs 
s'aflàissèreot en partie sous ce poids. Depuis lors elle est 
restée une ruine. On y voit les restes de David II, de Jac- 
ques II , de Jacques V et de sa femme, de Henri Dam- 
ley, etc., car l'intérieur a servi pendant longtemps de 



HOM 



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noN 



«fanetière. F. Hutoneal dêscriptîon of th» monasiery 
flfid ehapel royal of Holyrood-Hoiue^ Edimbourg, 
1819 , iD-8«. 

HOMBRE (Jea del*). F. Jbox, dans notre Diction-' 
nair$ de Biographie et d Histoire, page 1436, col. 2. 

HOMÉLIE (du grec homilia, discours familier, conyer- 
Mdon; en latin sermo), nom donné anx discours qui se 
fidsaient dans Tégllse , pour montrer que ce n'étaient pas 
des harangoes et des diaeoiirs d'apparat comme ceux des 
orateurs profanea, mais des entretiens comme ceux d'un 
maître à ses disciples on d'un père à ses enCsnts. Nous 
«Tons on srand nombre d'homélies des Pères de l'Église 
grecqae^ S* Basile, 8* Jean GhrysostAme, S' Qpâginre de 
Nsoianae, etc. On en troure chez les Pères latins* dans 
8' Augustin entre autres , sous le titre d'Enamiito. 
L'ancienne homélie a été remplacée par le Prône ( V. 
te mot). 

iriOMÉRIDES. ) V, ces mots dans notre 

HOMÉRIQDE (Guerre)} Dictionnair» de Biogra- 

HOHÉRISTES. I phie et S Histoire. 

HOMICIDE (du latin homo, homme, et cesdere, tuer), 
acte de tuer un homme, et celui qui a commis cet acte. 
La loi française distingue plusieurs espèces d'homicidoi : 
Vassassinat, le mmtrtre, le régicide, le pomctds , l'ifi- 
fanticide (V, ces mots), Vhomidde par imprudence 
(puni d'un emprisonnement de 3 mois à 2 ans, d'une 
amende «de 50 à 500 fîr., et donnant lieu à des dom- 
mages-intérêts), et Vhomidde par légitime défense {V. 
ce mot), La loi prend en considération l'ftge du coupable 
( F. Discernement ). 

HGMII^TIQUE , nom donné par les ihéteurs allemands 
à la partie de la Rhétorique qui concerne l'éloquence de 
la chaire. Schmidt, Ammon, Schott, HfliTel, ont écrit des 
traités d'Homilétique. 

HOMIUAIRE, recoeil d'homélies qui doraient être 
lues le dimanche dans la primitive Église. 

HOMMAGE. ) V. ces mots dans notre Diettonnatns de 

HOMME. S Biographie et d'Histoire. 

HOMMES DE LETTRES. F. Gens de lettres. 

HOMOEOGRAPHIË. V. LiTHOTTPOoaAPHiE. 

HOMQBOMËRIES , particules similaireB en nombre 
Infini, qui étaient, suiTant Anaxagora, le principe maté- 
riel, lasnbatance de toutes choses ( F. Aristote, Métaph., 
1, 3) . « Il pensait, nous dit Diogène Laêrce ( Vie SAnascor 
« gore) , que les principes des choses consistent en pe- 
« tites parties toutes semblables les unes aux autres..., 
« et que l'unîTen a été formé de corpuscules, de parties 
« menues et conformes entre elles. » D'après cela, on se- 
rait tenté au premier abord d'assimiler les homœoméries 
id'Anaxagore aux atomes des Épicuriens. Mais il faut noter, 
entre les deux systèmes, cette différence tout à l'avantage 
d'Anaxagore, que les atomistes considéraient leur matière 
première comme douée par elle-même de la propriété de 
se mouvoir, tandis que la cause du mouvement et de la 
réunion des homoBoméries est cette intelligence, ce vouç, 
que Platon et Aristote louent Anaxagore d'avoir nommée 
pour la première fois le principe de l'arrangement et de 
l'ordre de Tonivere. F. la note c de l'article AnaoBogoras 
dans le Dictionnaire critique de Bayle, et la thèse delL Zé- 
Tort Sur la vie et la doctrine d^ Anaxagore. B— b. 

HOMOEOPTOTE et HOMGBOTÉLEUTB (du grec 
omoios, semblable; ptôtos, qui tombe; tMeuU. termi- 
naison), terme de la Rhétorique ancienne, désiçaant 
une figure qui rapproche des mots dont les terminaisons 
sont semblables. On a an exemple de cet artifice dans les 
fers Boivants d'Horace (Sat. I, 6. v. 55) t 

Unltot MRp« vint, nnllls majoribos ortof , 
Et vixlne probot, amplis et honortbaa saotM. 

Dana ce retour périodicpie des mêmes oonsonnances on 
voit généralement l'origine du mtème de veraificadon 
rimée qui fut souvent employé dtms le latin du moyen 
Age. La même figure se trouve dans les dictons popu- 
laires, parce qu'elle indique bien le parallélittne des 
idées ; « Qui terre a , guerre a ; — Jeux de mains, Jeux de 
vilotni; — Comparaûon n'est pas raison, » 

HOMOLOGATION (du srec omologéin, approuver), 
sanction donnée par l'autonté Judiciaire à un acte oui lui 
est soumis. Les délibérations des Conseils de famille sur 
les intérêts graves des mineurs et des interdits (Code 
Na^,, an. 448, 457, 483, 511), les licitations ou par- 
tages faits en Justice, doivent être homologuées par le tri- 
banal de i'* instance. Lea concordats passés entre le failli 
ot aea créanciers doivent avoir l'homolontion du tribunal 
de commerce Cocia de Comm*^ art. 521-529). Lea actes 



de notoriété tenant lieu, en cas de célébration de ma* 
riage, des actes de naissance, doivent être soumis à 
l'homologation des tribunaux de i" instance. Les tran^ 
actions autorisées par les conseils municipaux doivent 
être homologuées par le préfet, quand la somme ne dé- 
passe pas 3,000 f^., et psr l'empereor si b somme est 
plus considérable. Les tarifr des chemins de fer doivent 
être homologués psr le ministre de l'agricoHnie, du com- 
merce et des travaux publics. 

HOMOLOGUMÈNES, nom que reçorentan vr* siècle 
les livres du Nouveau Testament dont l'authenticité étsit 
prouvée et reconnue de tous, par opposition aux livres 
antHogumènes, dont l'authenticité était contestée. 

HOMONYME (du grec omof , semblable, et ONoma, 
nom), se dit des mots qui se prononcent de même, soh 
en s'éierivant difTéremment, comme oourt (Ueu de prome- 
nade) et cour (eqiace découvert enfermé de murs), saint 
(du latin sanctus, pur), sein (de nmif), sain (de samif). 
Ceint (de ctnelut) et seing (de signum)^ mer, mère et 
maire; soit en signifiant des choses différentes, comme 
port (du latin por<tt5),abri pour les vaisseaux, et port (do 
verbe porter)^ manière de se tenir en marchant; cor, do- 
rillon aux pieda, et cor, instrument de musique; Hen 
fpoids) et liore (qu'on lit), ««11^ (chiffire) et neuf (nouvesn). 
On dit aussi mon homonyme, votre Aornonyinc, en par- 
lant d'une personne portant le même nom que ceHe qui 
psrie ou à qui l'on s'adresse, que ces noms soient ou non 
conformes par l'orthographe. Les 'mots homonymes sont 
une source féconde de méprises et de fantea pour les 
étrangers, et pour les nationaux même qui commencent 
à étumer leur propre langue. F. L. Philippon de La Ha* 
deleine, Des Homonymes français, 3* éditL, Psris, 1817. 

HOMONTiiBs (Rimes). V, Rime. 

HOMOPHONIE. F. Antiphonie. 

HONCHETS. F. Jonchets. 

HONGRELINE; vêtement militaire au xvii« siècle. 
Cétait un pourpoint fourré, ouvert par devant, séné à 
la taille, et muni de basques assez longues; lea manches, 
assez larges, descendaient à peine au-dessoua du conde< 
et étaient gsmies par en bas d'un large retroussis. 

HONGRIEURS ou HONGROYEURS, nom donné au- 
trefois à des artisans qui préparaient des arirs à la ma- 
nière de Hongrie , et anx marchands qui vendaient ces 
cuirs. 

HONGROISE ou MAGYARE (Langue), une des langues 
ouralo-finnoises. Les Hongrois ont longtemps prétendu 
que leur idiome était seul de son espèce, sana rapport de 
filiation ou de générsution avec aucun autre. Tout ce 
qu'on peut leur accorder, c'est qu'il était delà formé à 
une époque où la plupart des langues actuelles de l'Europe 
n'existaient psa ou n'exerçaient point d'influence dans 
la Hongrie; c'est encore qu'il oonlient des mots qui ne se 
retrouvent pas dans les autres langues connues. -Beancoiq) 
de mots honsprois e^ont des analogifes en sanscrit, en 
persan, en hébreu, en turc, en slave, en grec, en Istin, 
en allemand, en Scandinave, etc., certuna linguistes 
n'ont voulu voir, au contraire, dans la langue hongroise 
qu'un mélange de tontes sortes d'idiomes : mais les Hon- 
grois ont toujours possédé dans l'histoire un caractère 
trop tranché, trop original, pour qu'une langue bâtarde 
puisse leur être attribuée, et leur contact avec les peo- 
ples chez lesquels ils ont passé, on qui dnt passé chez 
eux, suflit à expliquer la présence des mots étrangers 
dans leur langue. Adelung, ne sachant à quel groupe la 
rattacher, la mit, avec l'albanais, à part des autres Isd- 

Ses européennes; ce sont Klaproth et Baibi qui l'ont 
t entrer dans la famille des langues ooraliennes 00 
finnoises. 

Le hongrois a des racines extrêmement simples, qni 
peuvent usément se ramener à l'état ntononrUabique, et 
que n'altèrent jamais les flexions qui s'y atteignent. H 
possède beaucoup d'onomatopées, et une grande facilité 
pour la composition des mots. On y distingue des voyelles 
simples, a, e, t, 0, u, ^ui ont le son sigu, et des voyelles 

auiescentes, d, é. i, ô,u, <i, qui se prononcent en traînant, 
n'y a pas de aiphtliongues proprement dites. Le hon- 
grois a des sons partlculiera, gy, ny, ly, ty^ où l'y ne 
sonne nullement comme nn t, mais comme an j se con- 
fondant avec la consonne. Il évite dans la prononciation 
la rencontre des consonnes, au point de préposer use 
lettre euphonique aux consonnes doubles des radicaux 
étrangers (ttlpoia, du latin scota). Il ne distingue pas les 
genres, et exprime le sexe, quand oda est nécessaire, 
par un mot distinct H n*a pss de déclinaisons; les 
flexions des cas consistent en particules qui se Jol^oent 
au radicalf et que les anciens grammairiens prirent à 



HOTT 



1039 



HON 



tKt poor des termiiudsona de cas. Les pronomt possessifs 
H 1» prépositions s'expriment par des suffixes. L'article 
est exprimé par oz ou par a, selon ooe le substantif qu'il 
détermine commence par une Toyelle on par une con- 
sonne. L'adlectif est invariable quand il précède le 8al>- 
stantif qu'il qualifie; mais, s'il le suit et en est séparé par 
le verbe être, il prend les mômes flexions que loi. lies 
noms de famille sont considérés comme des adjectifs, et, 
poor œla, s'énoncent avant les noms de baptême (^o- 
tkory Gabor, Gabriel de Bathor). Le comparatif se forme 
an ijeutant la lettre 6 à la fin du positif. Dans le verbe, 
la 3' personne du prient est considérée comme le tlième 
on radica] pur. Le verbe substantif se sous-entend le plus 
souvent. Le verbe avoir exprimant la possession se rend 
par le verbe être ayant pour sujet le nom de l'obje; pos- 
sédé (un livre est à moi, au heu de foi un livré), La 
forme du fotnr dans les verbes ne diffère pas de celle du 
présent, et le sens seul ou quelque particule fait distinguer 
les deux temps : l'emploi d'un auxiliaire pour exprimer 
le futur est relativement récent. Les verbes actifs ont la 
propriété d'être conjugués de deux manières, selon qu'on 
les emploie dans un sus général on dans un sens détei^ 
ndné. Le bongrois a trois participes, un pour le présent, 
on pour le paué, et un pour le futur. 

I^ Juste proportion des voyelles et des consonnes, le 
soin que Ton q>porte à bien articuler les syllabes et à 
nuancer exactement les sons, donnent à la langue hon- 
groise beaucoup d'harmonie, en même temps qu'elle est 
redevable d'une singulière énergie à la variété de ses 
formes et de ses constructions. La régularité des flexions 
et des liaisons la rend claire et précise. La prosodie et le 
rbythme y sont tels, qu'on a pu y introduire avec succès 
les mètres des Grecs et des Romains. Malgré ses ^alités, 
la langue hongroise est peu parlée, ce qw s'exphoue par 
la coexistence en Hongrie du slave, de l'allemand et du 
ralague, et surtout par cette circonstance que, durant 
plusieurs siècles, elle a été exclue de l'Église, de l'admi- 
Distradon publique, des écoles, où Ton n'employait que le 
latin, et de la haute société, qui préférait le Runçais ou 
l'allemand. On y distingue 4 dialectes, diflérendÀ entre 
eux par la prononciation : le paloczen, parlé dans les co- 
mitats de Hévès, de Neograd et de Honth ; le maçrar d'au 
delà du Danube; le magyar des bords de la Théiss; et le 
dialecte des Szeklers, oui vivent dans la Transylvanie, la 
Bukowine et la Moldavie. 

Les Hongrois ont eu une écriture nationale, qui s'est 
perpétuée presque jusqu'à nos jours ches les Szeklers : 
mais l'alphabet latin a été adopté lors de la prédication 
do christianisme. Seulement, comme la langue présente 
sn moins 31 valeurs phonétiques, 11 a fallu augmenter 
cet alphabet, en multipliant les voyelles au moyen de 
trémas et d'accents, et les consonnes en en réunissant 
plusieurs qui transcrivent des articulations spéciales {zs, 
^2. i. Ç^)' y» Molnir, Grammatica kungarica, Hanovre, 
1G10, ia-S^i Komaromi, Grammaire lumgroiee, Otrecht, 
1655; Pereszlenyi, Grammatica li$èg%UB Jûmgarica, Tyr* 
Dan, i6S9, in-8°; 1. Thomas, Grammaire française et 
hongroise, QEdenburg, 1763, in-8®; Gyarmathi, Gram- 
maire critique de la langue hongroise, Clausenberg, 1704, 
2 voL in-8°; Nicolas Rêvai, Grammatica hungarica, 
Pesth, 1809, 9 vol. in-8®; Tospler, Grammaire théorique 
et pratùgue de la langue hongroise, en allem., Pesth, 
1842 ; J. Eiben, Nouvelle Grammaire hongroise, Lem- 
berg, 1843, in-8°; Molnàr, Dictionarium latino-hungari' 
eum, Nurembei^, 1606, in-S** ; Pariz Papai, Dictionarium 
laUno-hungaricum, Leutschau, 1708 ; Dankowsky, Mar- 
gyaricœ linguœ Lexicon critico-etymologicumj Pres- 
boui^g, 1833, in-^^" ; Michel Kis et Ignace Paradis, Nouveau 
Dictionnaire de poche français-hongrois et hongrois^ra»' 
çais, Pesth, 1844, in-12; Vlrag, Magyar prowdia, Bude, 
1820, in-8^; Ortelli, Harmonia Imguarum, speciatim 
humgaricœ cum hehrîoBà, Wittemberg, 1746, in-8*; Bere^ 
nazi. Sur la ressenhblance de la langue hongroise avec &s 
îangues orientales, en allem., Leipâg, 1706; Gyarmathi, 
AflUeitas linguœ hungaricœ cum Itnguis fennicœ originis, 
GcBttingue, 1700, in-8o; F. Thomas, Conjectures de ori- 
amœ, prima sede et linquà Hungarorum, Bude, 1806, 
9 voL; Peringer, Sur la langue magyare, en allem., 
Vienne, 1833, in-e** ; Horvat, »ur les duUectes de la Bon- 
grie, 1821 ; Fogarasi, Métaphysique de la langue Aon- 
groise, en allem., Pesth, 1834; Benkovich, Sur VoriginM 
des Bongrois et de leur langue, Presbourg, 1836. 

H01I6B0CSB (Littérature). Dès le xi* siècle, la dvillsatioD 
avait }eté, ches les Magyares, d'assez profondes racines 
pour qu*nne Ûttérature nationale pût se développer. Mal- 
oeureosement, à la suite de l'établissement du christia- 



nisme en Hongrie, le latin fut substitué à la laagni 
populaire pour Te culte, les procédures devant les triba* 
naux, la rédaction des documents authentiquas et dH 
actes légaux. Nous ne perlerons ni des écolea et sodétés 
savantes, fondées et entretenues pendant plusieurs siècles 
par la munificence des souverains; ni des chroniques 
latines dont un grand nombre sont encore ensevelies en 
manuscrit dans les archives, et dont beaucoup d'antret 
ont péri au milieu des bouleversements politiques; ni daa 
historiens Simon Von Réza,Calanus, Thomas Spalatensifl« 
Rogerius, Jean de Kikellô, Laurent de Monacis, Bonfinioa, 
Galeotus, Ranxanns, Tubéro, Vérandus, Ratkai, Sambn* 
eus, Istvansi, etc.; ni des philosophes et mathémati* 
dens Pierre de Dade, Boscovich, Segner, Ranch, Mko* 
vinyi, etc.; ni des orateurs et des poètes, comme Janus 
Pannonius, Zalkan, François Hunyade, Dobner, Pal- 
lya, etc. Toute cette littérature, qui employait une Ungue 
antipathique au génie national, resta le partage exdusif 
d'une classe privilégiée. 

La langue latine n'étouffa cependant pas complètement 
l'idiome magyare, qui se conservait dans les rdations de 
la vie commune, dans les camps, dans les fêtes dome^ 
tiques ou populaires, dans les assemblées politiques. On 
a recueilli des fragments d'hymnes guerriers, de chants 
populaires et de sermons en bongrois. Les annales de la 
Hongrie parlent du Cantus jaculatorum et truffatorum, 
La préface du décret de Goloman dans le Corpus juris 
Bungaria porte qu'il a été traduit du hongrois, et on pré- 
tend que la Bulle d'or d'André H existe encore en ori(dnal 
dans cette langue. Ce ne fut toutefois qu'au xiv* siècle^ 
sous le p)uvemement des princes de la maison d'Ai^ou, 
que la littérature nationale sortit pour quelque temps de 
son état de proscription et prit un plus libre essor. On 
rédigea en hongrois des actes pubhcs et des lettres < de 
cette époque date la formule de serment en hongrois, <|ni 
se lit encore dans le Corpus juris Bungaria. La Bibho- 
thèoue impériale de Vienne possède un manuscrit de l'an 
1382, renfermant une traduction de plusieurs livres de la 
Bible, essai qui fut suivi de traductions complètes des 
Saintes Écritures par Ladislas Bathori en 1450 et par 
Bertalan en 1508. Dès 1465, Janus Pannonius composa 
une Grammaire hongroise, qui ne nous est pas parvenue. 

Avec le XVI* siècle s'ouvre une période plus favorable 
pour la littérature hongroise : les mouvements politiques 
et religieux donnent aux esprits une rive impulsion» 
Bien que les princes de la maison de Habsbourg se soient 
efforcés de faire prédominer l'allemand, ou, à son détent, 
le latin, Ferdinand I*' doit s'engager solennellement, ea 
1526, à respecter la langue et la nationalité des Magyares. 
Pour instruire le peuple, dans son propre idiome, des 
destinées de ses ancêtres, Szék^, Temesvéri, Heltd, 
Bartha, Lisznyal, écrivent leur^ âironlgues bongrolseB. 
Des traductions de la Bible sont publléiBs par KomJAti, 
Pesd, Sylvestre, Juhész, Félegyhazi, Karolvl, Mdnér, 
Kéldl, Komàrômi, Tôtfalusi. Des orateurs éloquents se 
révèlent : Gaal, lÀvidis, Kultsàr, Bomemissa, Telegdl et 
Detsi au xvi* siècle, Paiman, Ketskemeti, Zvonariti, 
Koptsanyi, Margitai au xvu*. Dans la poéde sacrée se 
distinguent Batfzi, Pétsi, UJfalri, Skaritzal, Fabridus, 
Fazékas, Geld, Di\|ka, Megyed« etc. Jamais on ne com- 
posa plus de chants destinés à rap^er les exploits des 
héros natkMiaux, à raconter les vieilles histoiràs ou les 
rieux contes : panni ceux qui brillèrent dans ce genre 
de littérature, on dte, Gséti, Tinédi, Kikonyl, Tnnàdl, 
Valkai, Tsàktomy, Tserényl, Szegedi, niesCalTi, Sztair, 
Balassa, lUosvai, Verès, Enyedi, SzOllOd, etc. La poéne 
épique prend ausd un prend essor avec le comte Niklas 
Zrinyi, Ladislas Ussti, Christophe PiskO, le comte 
Etienne Kohair, et Etienne de Gy5ngyOsi. Dans la poéde 
Ivrique, Rimai et Benitxky se sont filt un nom cdèbce. 
On publie une foule de Grammdres, de Dictionnaires et 
d'autres ouvrages de philologie. 

Cette littérature hongroise, d nleine de sève, d vi^Mh* 
reuse dans ses développements, fut éioullée an xvm* d^ 
de par les winces autrichiens, parce que la langue 
nadonde était conddérée comme la source des hérésies 
et des révoltes, et le ladn rederint plus florissant que 
lamds. Toutefois, le hongrois fut encore employé dans 
la poésie parFaludi,Bessenyei, Paul Anyos, KAlmar. Bé- 
rotd, Révd, etc. Biais les efforts de Joseph II pour aoolli 
la Constitution hongroise et pour imposer l'allemand 
comme langue des affaires publiques amenèrent une réa^ 
don dolente. En 1781 Mathieu Ràth publia le premier 
loumd en langue hongroise. En 1700, après la mort de 
Joseph n, la Diète hongroise rendit l'étude de cette 
langue obligatoire dans les écoles^ et en prescrivit l'emploi 



HON 



1040 



HOH 



^buii tous les tctes pnblic&, politiqoes «t JudidalrM; des 
théâtres hongrois s'ouvrirent à Ofen et à Pesth ; on fonda 
des Revues purement littéraires. Cette nouvelle nériode, 
qui commença à la fin du xviu* siècle, a été féconde. 
fiant la poésie on remarque Joseph Rajinis, Gabriel 
D^rka» Kasinczy, Verseghi, Csokonai, Virig, Jean Kis, 
Bmienji, Kisfaludy, Paul Szemere, RAday, Szeutzobi, 
K51esey, Witkovics, Szent-Miklosy, André Horv&th, Er- 
délyl, kerényi, lâsznvai, Jean Arany, et surtout Giuzcor, 
VOrOsmar^ et Petoeff. Parmi les prosateurs nous cite- 
ions : le bsron Jésika, qui a pris pour modèle Walter 
Scott dans ses romans; les romanciers Kuthy, Nagy, 
PA]f^« Tompa, Dobsza; les historiens Etienne et Michel 
Hormh, Ssalay, Jaszay; les géographes Fényes et Palu- 
gyai ; les auteurs dramatiques Cœtvoes, Ohemyik, Gàl, 
BÉaké, Ladislsa Teleki, Szigligeti. 

V. WaUaszki, CofuptckM rBipMkœ lUUrarim in 
Ungaria, Presbourg, 1785, hi-8*; BndrOdy, Histoire du 
théâtre hongrois, Pesth, 1703, 3 vol. in-8* ; Gil, Théâtre 
du Hongrois, Brann, 1820; Fanveri et Toldy, Manuel 
de la poésie hongroiu, Pesth, 1828, 2 vol. in-8*; John 
Bowring, Aperçu de la langue et de la littérature de la 
Hongrie et de la Transylvanie, en anglais, Londr., 1830, 
ln-8*; Stettner et Schedel, Manuel de la poésie hon- 
groise, Vienne, 1836; Toldy, Histoire de la littérature 
hongroise, 2* édit., Pesth, 1853, 3 vol. 

HONGROYEURS. V. Hongbiburs. 

HONNÊTE. Uhonnéte est pris ordinairement comme 
monyme du devoir, psrce au'il a comme lui un carac- 
tère obligpirtoire; mais il semble entrer encore plus déli- 
catement dans tontes les nuances de la vie morale, et 
d'aÛleurs nous avons le sentiment de Thonnète avant de 
bien comprendre le devoir par la raison. Cependant, s'il 
introduit en quelque sorte la loi morale Jusoue dans les 
bienséances sociales, il subordonne, comme le devoir, la 
passion et Hutérét à la loi universelle et absolue du Juste, 
et, comme lui encore, il se distingue de VagréaMe qui 
flatte la sensibilité, et de VutUe qui n*est qu'une affure 
de calcul : il reste digne d'éloge, dit Gicéron, quand 
mâme il ne rapportendt ni utilité, ni récompense, ni 
profit. On s'accorde à reconnaître quatre sources de l'hon- 
nête : la prudmce on la saqesse, verta nécessaire dans 
l'ordre de Tintelligence; la justice, qui n'est qae l'hon- 
BéCe considéré dans tontes les relations sociales \ la force 
(m fermeté de caractère; la tempérance, qui comprend la 
modération en toutotchose. R. 

HONNEUR. Cest, dans le sens le plus rigoureux, ce 
qoi porte l'homme à conformer sa conduite à Vhonnéte, 
oe qui lui mérite l'estime et parfois l'admiration de ses 
seoiolables, <piand il fait ce qui est moralement beau. 
L'honneur, amsi entendu , est un principe d'action qui 
porte à fidre ce qui distingue, ce qui ennoblit, ce qtd orne 
la vie. Il suppose le respect de soi-même, la décence et la 
loyauté dans les restions. De là résulte un second sens 
dn mot honneur, qui est la considération, la bonne répu- 
tation; reflet prend le nom de la cause. Ce dernier sens 
est le plus commun, et, par suite, Thonneur dépend en 
partie de Topinion, qid peut le dénaturer. De là ce qu'on 
appelle le potfit d'honnsur, qui pousse quelquefois à faire 
ce que défend la loi morale. L'honneur alors n'?st plus 
que le respect humain , mal compris. — Honnjîirs, di- 
ffnités, se distinguent de Vhonnmir : « On peut être à la 
fois couvert d'infamie et de dignités », dit Montesquieu. 

Dans certains jeux, tels que le whist, le boston , les 
honneurs sont les figures et les as. — On appelle encore 
honneurs certains présents qui se font au sacre des rois et 
des prélats, comme,' en France, un vase de vermeil , un 
pain d'or ou d'argent, des médailles d'or. R. 

Homonm, dieu allégorique. ( Y, notre Dict, de 

HomiBiJa (Chevaliers, Dames d'). ( Biogr, et d'Hist, 

HONNBua (Légion d'). V, Légion. 

HONORAIIŒS, mot qui s'emplovait Jadis pour dési- 
gner les traitements des fonctionnaires d'un ordre élevé, 
et qui ne désipe plus que la rétribution due aux services 
et aux soins des personnes qui exercent certaines profes- 
dons libérales, par exemple les médecins et les avocats. 

HONORAT (La Vie de S<), poôme provençal où l'his- 
lohra du saint est rattachée à toutes les traditions de 
l'épopée cariovingienne. Cet ouvrage est surtout curieux 
parce qu'il fait connaître on grand nombre de romans an- 
Joard'hoi perdus. Il fut composé vers la fin dn xm* siècle 
par Ramond Feraud, moine de Lérins. Il existe manus- 
crit àla RIbliothèque nationale de Paris. V. Histoire lit- 
téraire de la France, tome XXII; Sardou , la Vida de 
Sont Honorât, analyse et morceaux choisis, avec la tra- 
duction, Paris, 1858, gr. in-8». H. D. 



HONVEDS, c-èrd. en hongrois défenseurs du 9ay%, 
nom qu'on donnait fadis en Hongrie aux soldats indi- 
gènes, et plus tard à toute l'armée. 

HOPITAL. l V, ces mots dans notre Dictionnaire 

HOQUETON. { de Biographie et d'Histoire. 

HORATIA (i^lonne). F. Coijonhbs monoveiitales, dans 
notre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire^ page 634, 
col. 1. 

HORION, casque. V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d^Histoire. 

HORLOGE, instrument propre à mesurer la marche du 
temps. Les peuples de l'antimiité n'ont employé à cet 
usage que les sabliers, les caonns solaires et les clep- 
sydros. On arriva, vers l'époque du Ras-Empire, à ob- 
tenir des horloges d*eau à mouvement continu; c'étai 
une horloge de ce genre que le calife Haroun-al-Raschid 
envoya en présent à Chariemagne. L'horloge exécutée 
au a* siècle par Pacifions, archimacre de Vérone, et qui 
marquait les heures, le quantième du mois, les Jours de 
la semaine, le lever et le coucher du soleil, les signes du 
zodiaque, etc., était mue également par une force hy- 
dreuliaue. Ce fut au x* siècle que les norioees purement 
mécaniques furent inventées, et l'on a attribué cette dé- 
couverte à Gerbert (le pape Sylvestre II). Le rouage de 
la sonnerie parut au xn* siècle : on en trouve la première 
mention dans les Usages de l'ordre de Citeaux^ compilés 
vers 1120. Au commencement du xiv« siècle, on com- 
mença de fidre des horloges monumentales en Allemagne 
et en Italie. Celle qui fut placée en 1344 sur la tour da 
palads de Padoue émerveilla les contemporains à un tel 
point, que l'auteur, Jacques de Dondi, reçut le surnom 
de Horologius, porta aussi par ses descendants. Un Alle- 
mand, Henri de Vie, attiré à Paris par Charles V, fit 
l'horloge de la tour du Palais de Justice, où l'on trouvait 
déjà les principes de l'horlogerie moderne, un poids 
pour moteur, une pièce oscillante pour régulateur, et 
l'échappement. Cette horloge, dont le cadran fut décoré 
par G^main Pilon au xvi* siècle, subit diverses modi- 
fications Jusqu'au xvni*, époque où elle fut détruite. Une 
autre honose fut faite vera 1380 par Jean Jouvence pour 
le château de Montargis. On fit d'assez bonne heure des 
horioges très-compliquées : tantôt c'étaient des carillons 
qui indiquaient le temps, tantôt des personnages méca- 
niques qui venaient jouer des scènes à certains moments. 
Celle que Pierre de Chalus, abbé de Cluny, fit placer 
dans son église vers le milieu du xiv* siècle, portait un 
calendrier pei^iétuel, indiquant l'année, le mois, la se- 
maine, le Jour et les minutes, et un calendrier ecclésias- 
tique indiquant les fêtes et les ofiîces de chaque jour, 
les positions, oppositions et conjonctions des astres, les 
phases de la lune, etc.; chaque Jour, dans une niche su- 
périeure , se présentaient des personnages mécaniques 
Jouant une scène religieuse ; les heures étaient annoncées 
par un coq qui battait de l'aile et chantait deux fois ; au 
même moment un Ange ouvrait une porte et saluait la 
S^* Vierge, le S^ Esprit descendait sur sa tête en forme 
de colombe, le Père étemel la bénissait; un carillon har- 
monique se faisait entendre ; on voyait s'agiter des ani- 
maux fantastiques qui remuaient la langue et les yeux, 
et tout disparaissait à la fois après l'heure sonnée. Près- 

3ue toutes les églises et les benrois finirent par posséder 
es horloges plus ou moins curieuses ; on cite particulière- 
ment celle de Courtrai, transportée à Dijon par ordre du 
duc Philippe le Hardi (F. Jacqueuast), celles de Lyon, 
de Caen, de Ulle, de Metz, d'Auxerre, de Sens, de la Sa- 
raaritidne à Paris, du ch&teau d'Anet (V, ce mot)^ de 
Moulins, de Eesançon, etc. On voit encore à Berne une 
ancienne horloge à jeu mécanique, œuvre de Gaspard 
Bruner : à toutes les heures, un coq chante, un fou frappe 
sur deux cloches avec de petits marteaux; un personnage 
assis sur un trône ouvre une large bouche, et baisse d'une 
main un sablier, de l'autre un sceptre, autant de fois que 
les marteaux frappent; devant lui défilent de petits ours, 
les uns à quatre pattes, les a»tres à cheval ou debout, 
quelques-uns couronnés, ou cuirassés et armés. L'I^or- 
loge actuelle de la cathédrale de Strasbourg [V,ce mot) \ 
ne date que de 1842. Aujourd'hui on ne s'attache pins ' 
aux horloges monumentales à pièces mécaniques; on \ 
fait encore des horloges mécaniques sous forme de ta- j 
bleaux pour l'ornement des appartements. V. Berthoud , ^ 
Histoire de la mesure du temps par les horloges, Paris, 
1802, 2 vol. in-4»; P. Dubois, Histoire et traité de Vhor- 
logerie, Paris, 1850, in-4®. 
HOIlLOGERSy ancienne corporation, oui avait pour 

Îatron S' Éloi. Les statuts qu'elle reçut ae Louis XI en 
483 furent confirmés par François P', Henri H, Cha^ 



HOT 1011 



HUD 



hi a, Henri IV et Louis XIV. L'apprentlnage était de 
San ! le brevet coûtait 54 UTrea, et la maltiiae 900 li- 
Ttei. Un airftt da Conseil, en date du 8 mai 1043, aitrei- 
Kirit toi horlogers à mettre leur nom aux boites de 
DMmtni qnMls Tendraient. 

HOmi, chanson de geste qui est le développement 

(fane ancienne ballade qu*on chante encore en Ecosse. 

Hora est aimé de Rimel, fille du roi; fl est exilé ; mais, 

Btiot de partir, il fait promettre à sa fiancée de lui être 

lldte pendant sept ans. Ce temps écoulé, il se prtente, 

dégoiaé en mendiant , dans la salle du festin on Ton cé- 

lénait les noces de lUmel avec un roi. La ienne fille le 

reconnaît, et quitte son royal époux pour suivre le men- 

diaot; mais Hom était un vaillant chevalier, et RÎmel , 

en partageant son sort, monte bientôt sur un trône. — 

Cette ct5mson est conservée dans trois manuaaits qui 

appartiennent an Musée britannioue, à la bibliothèque 

d'ôiford et "h celle de runiversHé oe Cambridge. M. IVan- 

dwpe Uichel a donné à Paris, en 1845, un volume sous 

ce titre : Hom H RimenhUd , recueil de ce qui reste des 

poèmes relatifo à leurs aventurée, composés en français, 

ca an^tais et en écossais, dans k» xm% xnr*, xv* et 

m* sKclea, publié d'après les manuscrits à» Londres, de 

Giabridge, d'Oxford et d'Edimbourg. Gee morceaux sont, 

outre le poicme franods : Thê geste of kyng Bom: Hom 

dMê amd maîdefi RmnMj YoungHunhom»; Bynd»' 

hom; BUttbrahmUi BadtArani. V. BûUrin littMtre 

de la Fnmc€, tome xxn. H. D. 

HOROLOGION, livre de chant de rÉ^Hse grecque, 
renfermant les Heures (Prime, Tierce, SextÎB et None;. 

HORS DE COUR, en termes de Jurisprudence, Juge- 
ment qui renvoie les parties parce qu'il n^ a pas siget de 
Halder. 

HORS-D'OEDVRE, en Architecture, tout ee oui ne Ikit 
ponit partie de rordonnance générale ; — en Littérature, 
tout ce qui aemble ajouté apri» coup dana un ouvrage, et 
peut en être retranché sans nuire à l'ensemble. 

HOSANNA , mot dérivé de l'hébreu, où il signifie San^ 
ses, J0 vous yrts, et qui est une formule de bénédiction 
et dlieareox souhait. Les Juifs appelaient Bosawna les 
prières ira*i]s récitaient le 7* Jour oe la ftte des Tid>er- 
asdes, ûnA que les branches de feuillace qu'ils sciaient 
Mdant cette fête; la fête elle-même était dite GramA- 
ïotamia. — Dana la Lituri^e catholique, une hymne du 
Jeer dea Rameaux a été appelée ffosaniui, parce qu'elle 
CMunence par ce mot* 

HOSPICE. \ 

l^mAUrtf • ( î^. ces mets dans notre DfcHo». 

BOSPinDM. 
HO SPOD AR. 

HUS'nE. Ce mot* qui avait un sens particulier pour \ 
Im Anciens (7. notre Dictionfiotre de Biograiphis et éTBis i 
trir§)^ dé^gne chei les chrétiens JésusH3irist, qui s'er . ^ 
iauBolé pour les hommes comme une victime {en latf . . 
Aostio), et le p«dn desdné au sacrifice eucharistioue. 

H06TnjrnUM. Cétait, an temps des Carlovingiens, 
prestation de gfaerre consistant en bosufii et en cha- 



fwtrs de Biogn^hk ot d^Bistoire, 



nrSSSTnnm l F. notre Diottomiatrs de i^îogra- 

H0ÎarD??iLLB,î Phie^d:BistoirB. 

HOTEL GARNI , maison meublée, tenue par une per- 
mme patentée, qui loue chaooe chambre au Jour on au 
Doio. I/hMéi garni a remplacé l'AdteUerte et Vauberge, et 
est eomnis aux mêmes règlements. F. Aobergistb. 

HOTTE, partie du tuyau d'une cheminée de cuisine 
on de taJxM^koire, et Jadb de certains grands apparte- 
menta, qui commence ao-deeaos et en retrait du man» 
teaiiy mais en saillie sur le mur de Pappartement, et qui 
mont e en alnc linanten airière Jusqu'au plafond. 

HOTTENTOTB (Langue des), une des langues de 
rAMqoe. Elle a pirar caractère distinctif une sorte de 
doqnement anslogne au petit bruit qui nous est familier 
iaaa ui oecès d'impatience, ou à celui oue nous produi- 
•one poor ùàn partir un elieval on accélérer ea marche, 
et «lof précède immédiatement la prononciation de la plu- 
part des mots et des syllabea. « Quand une demi-dou-* 
saine de Botlenlols, dit Thunberg, parient ensemble, on 
c roirait entendre caqueter dos oies. » La Isngue des Hot- 
aentots a de fortes aspirationa, dans lesquelles on entend 
prédominer des dipnthongues prolongées et ouvertes, 
tdlesqœ 00, ooii,aaM, «m. Les lettres i,f, v, «d man- 
quent , afaisl que les sUBsntes; le d et le g, le 6 et le d se 
eoofendent souvent. Le hottentot est une langue d'affilu- 
11 ne possède ni article, ni pronom relatfi!| ni 



déclinaisons, ni conjugaisons, ni jethm aadHaireB, el H 
fant avoir égard, pour y auppléer, au sens de la phrase, 
à l'etpreesion de la physionomie, à llntonation et aux 
gestes. Les substantin ont deux genres an singulier, et 
trois au pluriel ; le 3* a une valeur collective. Dans les 
pronoms, la distinction dee genres s'^nd aux trois per< 
sonnes, msis le neutre n'existe que pour le singulier. 
L'adiectif ne prend la marque ni du oenre, ni du nombre. 
On distingue quatre dialectes dans u Isngue hottentote, 
le hottentot proprement dit, le dialecte dM Boschimans, 
ceux des Namaquas et des Koranas. 

HOUARI (de l'anc^aîs wherry), bâthnent de esbotsge- 
àdeux mâts portant deux voiles. Des votlev sont dites 
en houari , quand ce sont des voiles triangulaires dont la 
ralingue (cordage cousu à l'entour) est élevée psr sa 
v^gue au-dessus du màt. 

HOUPELANDE on HOUPPELANDE, nom donné au 
XV* siècle à une sorte de robe de chambre, garnie de • 
manches traînant à terre, fendue par devant, assujettie < 
au cou par un collet droit et montant, et serrée à la 
taille par une ceinture. Après la Révolution fhmçaise, 
on rappliqua à un vêtement laige qu'on porta par-dessus 
l'habit pour dissimuler la carma^ole; pendiint l'hiver 
on en fit une redingote loncue, garnie et nordée de four- 
rures ou de velouTi. L'armée portait depuis longtemps de 
longs manteaux ou cabans qu'on appelait ansn houppe- 
landes. La douillette, qui fut, au commencement du xn* 
siècle, le vêtement de dessus des magittrata, dea méde- 
cins et autres personnsges graves, était une sorte de 
houppelande I elle n'est plus portée que nar certains 
ecclésiastiques. Le nom de houppelande viendrait, dit- 
on, de ce que ce vêtement aurait été importé de llJpland : 
mais il est bien peu probable qu'une province de la Suède 
ait Jamais influé sur les modes de rEurope occidentale. 
Avant que nous eussions la houppelande, les Italiens se 
servaient d'un vêtement appelé pelando; les mots tl ps- 
lando sont de venu s, ches les Provençaux, lou peland, 

HOURD ou HURDEL, vieux mot désignant une galerie 
de bois couverte, posée en encorbellement sur un rempart 
et servant de chemin de ronde. Lea hourds s'appelaient 
corseras dana le Languedoc. 

HOURDIS, rempHuage de cloison de charpente fait 
avec dea briqnetons et du plâtre. On se sert aussi du 
hourdis pour garnir l'intervalle des solives d'un plancher. 

HOURQUE, en anglais howker, bâtiment de transport 
en usage dans le Nord, et prindpalement en Hollande. 
La hoorque a le fond plat, ravant et l'arrière arrondis, 
un màt au centre avec une grande voile et un hunier, un 
nuire mftt à l'arrière avec une vdle carrée. Elle navigua 
fort mal. 

HOUSEAUX on HOUSES (de l'allemand hosen, haut* 
de-cbausses), sortes de bottes destinées à garantir les 
Jambes contre la plaie et la boue. 

HOUSSE, convertore qui se met sar la croupe des che- 
vaux de selle; — recouvrement en étoflé d'un fauteuU 
on de tout autre menble. 

HOUSSETTE, dans le Blason^ meuble représentent nne 
bottine autrefois en usage pumi les gens de guerre. 

HRADSCHIN. V. Psagob. 

HUAGAS. V. GoACAS. 

HUASTÈQUE (Idiome). F. MEXiCAniBS ( Langues }• 

RUCHERS ou HUCHIER8, ancienne corporation d'ou- 
vriera qui fabriquaient lea huches, carnée et bahuts. 
Comme ces meubles étaient ornés de sculptures, le hu- 
chier était le aculpteur en bols. Au temps de Louis IX, 
les huchiers étaient compris dans la corporation des 
chsipentiers, sous le nom de cAarpenttsrs de la petitt 
cognée, 

HUCHET, petite trompe de chasse qui sert à appelé, 
le s chie ns. 

HUDIBRA8, poème comique anglais, en 9 chants et ea 
vers rimes de 8 syllabes, composé par Samuel Rutler. et 

Éublié en 4663. Le vAet est fort simple : le presbvtérien 
[udibras. Juge de pux et militaire, veut empêcher un 
combat d'ours et de chiens, et fait arrêter panni lea ré-; 
caldtranta un ménétrier boiteux; mais la populace se. 
soulève, délivre le prisonnier, et met le Juge à sa place. 
Cest nne satire contre les puritains et lea andena parti- 
aans de la République, écrite par un auteur rosraliste et 
attaché à la refi|^on anglicane : aussi le parti des Stuarta 
l'accueillit-il avec enthousiaame, et la cour de Gharlea II 
éleva le nom de Entier bien au-dessus de celui de Mil- 
ton. La gloire de TBudUtras ae soutint Jusqu'au mlliea 
du xvm* siècle; le IK Johnson, Jacobite passionné, con- 
sidérait ce poème comme l'un des monuments de la lit- 
térature an^se, et, quand Voltaire ajourna en Angle- 



■UI 



104» 



Hurv 



m», oetteofinioD était gônénlement admlie. n éerlwt, 
«n 1734 : « C'est Don Quichotte, c'est taotre Satvr0 Mé- 
niippéê fondus ensemble. C'est, de tous les livres <pe i'ai 
{smais lus, celui où j'ai trouTé le plus d'esprit; mais c est 
aussi le plus intraduisible.^ Presque tout y fait allusion à 
des aventures particulières. Le plus g;rand ridicule tombe 
surtout sur des théologiens, que peu de gens du monde 
entendent. Il ùuidrait a tout moment un commentaire, et 
la plaisanterie expliquée cesse d'fttre plaisanterie. Tout 
I conmientateur de bons mots est on sot. » At^ourd'hui 
ou'on ne se passionne plus pour Cromwell ou pour les 
' Dtuarta^ et ^ue les sectes religieuses troublent peu la 
paiXy lea critiques ne professent plus que de l'estime pour 
le pofime de Butler : l'esprit de cet auteur perd son effet 
par l'obscurité des allusions. Voltaire a traduit ou plutôt 
imité le début du l*' chant de VHudibras. En 1757, un 
officier anglais an service de la France, J. Townley, tra- 
duisit en vers français, avec force notes explicatives, 
l'ouvrage tout entier, et on y a Joint, dans l'édition de 
1819, une Clef, qui est elle-même de médiocre ressource. 
Hogarth a composé une série de dessins spirituels, pour 
illustrer VUudibroM* 

. HOEHUETL, instrument de musique des anciens Mexi- 
cains. Cétait un cylindre de bois, d'un mètre de hauteur, 
sculpté et peint sur les côtés, et couvert d'une peau de 
daim bien tendue, sur laquelle on frappait avec les 
doigts. 

HUÉLINE et ÉGLÂNTINE. V. JucnBirr d'amous (Le). 

HUESCA (Cathédrale de), en Espagne, dans Tancien 
royaume d'Aragon. Cette ^lise, bâtie dans la partie la 
plus élevée de la ville, sur Tun des côtés d'une vaste place 
rectangulaire, est en style ogival du xm* et du xiv* siècle. 
Sa façade principale est flanquée d'un clocher octogone à 
lourde base carrée; la grande porte présente sept vous- 
sures remplies de statuettes, et dont le bas est occupé 
par de belles statues d'apôtres et de martyrs, plus grandes 
que nature, et qu'on recouvre de riches vêtements à cer- 
taines' fêtes. Le milieu du fh>nton est occupé par une 
rosace à Jour. L'étage supérieur de cette façade est ré- 
tréci, et garni, à ses extrémités, de tourelles cannelées, 
sans style et sans élégance. L'intérieur de l'église, en 
forme de croix latine, offre une belle nef centrale, d'une 
grande élévation ; mais les collatéraux sont bas, étroits et 
sombres. Le maître -autel, tout en albfttre, est un ma- 
gnifique travail : Damien Florent y a sculpté, de 1.5SM) à 
1553, la Passion de J. C. 

H l GUES CAPET (Poème de). F. Capbt, au Suftplém* 

HUILE (Peinture à V). On a longtemps atoibué à 
Jean Van Eyck la découverte de la peinture i Thulle, et 
l'oD ttfflrmâit môme que c'était en 1410 que cet artiste 
avait imafriné de dissoudre les couleurs dans de rhuile de 
noix ou de lin. Bien qu'il soit constant que les Romsins 
se servuieut de la peinture à i'buile pour de grossiers ou- 
vrages de décoration, rien n'établit nettement qu'ils l'aient 
employée à exécuter de véritables tableaux, ainsi que l'a 
prétendu le comte de Caylus. Qe qui est plus certain, 
c'est que la peinture à l'huile est décrite dans l'ouvrage 
Diversarum arthun sckedula do moine Théophile, qui 
vivait, selon les uns au x* ou xi* siècle, selon les autres 
au xin*; cet auteur fait remarquer que l'huile est lente à 
sécher, et cet inconvénient a peut-être empêché les ar- 
tistes du moyen &ge d'en faire usage. On a retrouvé, 
d'ailleurs, plusieurs peintures à l'huile antârieures à Van 
l^ck, et l'on sait que, dès 1355, Jean Costa peignait à 
l'huile en France. Van Eyck a seulement imaginé de faire 
cuire les huiles ordinaires et d'y mêler une substance ré- 
■ioeuse, afin qu'elles séchassent plus rapidement. Ses 
procédés furent surpris par Antonello de Messine, por- 




la découverte de la peinture à l' huile ^ Gœuingue, 1792, 
in-4°. B. 

HUILES (Saintes), nom donné, \^ dans l'Église catho- 
lique, au saint chréne ( K. ce tnol), à VhuHe des catéchu- 
mènes (F. ce mot), et à VhuUe des malades employée 
pour l'extréme-onction; ^ dans TÉglise grecque, à l'ex- 
^me-onction elle-même. 

HUIS, vieux mot signifiant porte. En matière judi- 
ciaire, on dit qu'une affaire est Jugée à huis clos, lorsque 
le public n'est pas admis aux débats. Il en était ainsi jadis 
ievant les Cours prévôtales, les Chambres ardentes, et 

Sur les Juoementa au criminel : aujourd'hui que la pu- 
dté des débats est un principe admis, les tribunaux ne 
peuvent ordonner le huis-clos que si les débats peuvent 
tnt rainer du scandale ou de g^vea ipconvénienta pour 



l'ordre et lea bonnea moBors {Code de Proeéd.^ art. 87) t 
le Jugement n'en doit paa moins être prononcé pubU* 
quement. 

HUISSERIE, ensemble des poteaux et de U travena 
dé menuiserie qui forment la baie d'une porte. 

HUISSIER, i K. ces mots dans notre Dictionnaére de 

UULANS. S Biographie et ^Histoire. 

HUMANITÉS (du latin humanus, poli), mot par lequel 
on déaigne la partie de l'éducation universitaire qui 
s'étend de la classe de troisième h la rhétorique, et du- 
nunt laquelle, avec une étude plus iqiprofondie du grec et 
du latin, on se livre à la littérature et à l'histoire, con- 
naissances qui font l'homme, oui développent et forti- 
fient le plus pniisamment ses facultés intellectneUea et 
morales. 

HUMOUR, mot emprunté à la langue anghdse pour 
désirer une noanoe ds caractère, one toumuro d'esprit 
particulière aux Anglais, et qui se reflète dana certaines 
de leurs oanvres littéraires. Il est asseï difficile de définir 
l'^tmiotir : tantôt c'est quelque chose d'analogue à ce que 
nous nommons la fantaisie^ tantôt c'est une mélancolie 
souriante, plus railleuse que pensive, ou bien encore la 
verve satkique, ou enfin une sorte de gaieté flegmatique, 
qui se sent plus qu'elle ne se voit , et qui ne r^ouit rea- 
prit que Jusqu'au sourire. On trouve Vhumour sous 
toutes ses formes et à tous les degrés ches Sterne, Swift, 
Butier, lord Byron , Walter Scott, Lamb et Dickena. Lea 
Allemands ont eu aussi quelques humoristes, conune 
Jean-Paul Richter et Henri Heine. 

HUNE , nom donné autrefois à la gabie ou cage placée 
au Ëoaunel des m&ts des navirea, et où l'on mettait en 
vigie un homme, qui en reçut le nom de gabier, Dana les 
temps modernes, on a modifié la forme des hunes; ce 
sont des plates-formea solides et épaisses, mil servent à 
relier le b-is mftt au second m&t ou mât de nune, et qui 
en même lemps font l'office d'an»-boutanta autour dea- 
quels les haubana viennent se roidir. Le m&t de hune 
porte une voile carrée dite hunier, et qui s'attache à la 
naase vergue, nommée pour cette raison ttergue de hune. 
Le hunier se partage en plusieurs bandes horizontales 
qu'on nomme ris, et qui, au moyen de garcettes, peuvent 
se replier sur la vergue pour mminucr la toile au vent. 
Le hunier du grand m&t est le grand hunier; celui du 
m&t de misaine, le petit hunier; le ^imtsr d^artûnon a 
reçu le nom de perroquet de fougue. Les hunes, dans les 
combats natals, se couvrent de gabiers armés de fusils, 
de tremblons, etc., dont les feux plongeante aont d'un 
terrible effet. 

HUON DE BORDEAL^ , Chanson de geste qui fait 
partie des romans cariovingiena ( V» os mot). Elle a été 
composée par un trouvère dont on ne connaît ni le nom 
ni le pays, vers la fin du xii* siècle ou le commencement 
dn xw*, à une époque où la veine héroïque commençait 
& s'épuiser, où les contes bretons s'emparaient de la fa- 
veur Jusque-là réaervée aux œuvrea françaises, et où les 
poèmes d'aventures allaient remplacer lea poèmes dits 
ulstoriques ou Chansons de geste. En voici le sujet. 
Huon et Gérard, fils de Séguin, duc de Bordeaux, sont 
accusés auprès de Charlemagne par Amanir de la Tour 
de Rivier, qui convoite leurs donoaines, de vouloir se 
soustndre à l'hommage. Mandés à la cour, ils sont traî- 
treusement assaillis en chemin par Amaury, qui s'est fait 
un complice de Chariot, fils de l'empereur : Chariot blesse 
grièvement Gérard, mais est tué par Huon. Celui-d 
n'échappe à la mort, dont Charlemagne le menace, que 
sur les prières de son oncle le duc Naimes : mais il doit 
accepter comme ch&timent une mission lointaine et pé- 
rilleuse. Alors se déroule une série d'aventures dont le 
héros ne serait pas sorti par sa seule valeur, et où il doit 
ses succès à l'appui du nain Oberon, roi de Féerie. Ré> 
concilié enfin aFoc l'empereur, il recouvre son fief. L'au- 
teur de Huon de Bordeaux a donc pris un sujet ou tout 
au moins un cadre carlovingien; U a donné à son poème 
la forme consacrée de la Chanson de geste, c-à-d. le 
mètre de 10 syllabes et les couplets monorimes, mais a 
fait de son héros un chercheur d'aventures, et intxt>dult 
dans son cBuvre le merveilleux féerique. Un savant alle- 
mand, M. Ferdinand Wolf , a pensé qu'il avait existé un 
poème plua ancien, dont celuM ne serait qu'on rema- 
niement; mais aucun argument sans réplique n'appuie 
sa coi^ectnre. Buon de Bordeaux est jin des meilleurs 
romans de chevalerie oue nous possédions, et on peut le 
préférer an poème allemand que Wieland en tara au 
XVIII* siècle. Certains critiques considèrent le personnsge 
d'Oberon ou Auberon comme un emprunt fait par le 
trouvère français à la Germanie: il ne serait autre qua 



HTB 



1042 



HTM 



fAIbeifch des Nûbdungên, du fféldenbuch, da poëme 
d* OAitf, etc. M. de La ViUemanpié lui attriboe, ao con- 
tndn^ une origine celtique, et Tidentifle avec on penon* 
oa^ de la féerie bretonne, Gwyn-Araun. Dans tous les 
cas, Tsuteur de Buon de Bordeaux a beaucoup ajouté de 
ion fonds à rinveDtion allemande ou celtique. Ce pofime 
s été continué, refondu, rajeuni plusieurs fois dans les 
âèdes sttiTaots : aa xrr* siècle déjà, il s*était accru d*une 
suite, qui le portait de 10,0CO vers à près de 30,000, et 
d'une espèce de prologue intitulé le homan ffAuberon, 
Dus les manuscrits du xv* siècle, on loi trouve une suite 
différente, on bien la forme du roman entier est rema- 
niée, Talexandrin ayant remplacé le vers de 10 syllabes. 
En 1454, on en fit une version en prose, imprimée pour 
is première fois en 1516, puis fréquemment reproduite. 
Uoe reouète adressée au parlement, en 1557, montre que 
Swm Je Bordeaux fut aussi transformé en une pièce de 
tMItre ; elle n'est point parvenue jusqu'à nous. Le poème 
Jouit aussi d'une gp:iuide faveur à l'étranger : il y en eut 
deux fersions nârlandaises en vers; Tune, dont il ne 
nateque des fragments, est de la fin du xiv* siècle ou du 
coiBfflencement da xv*i l'autre a été imprimée à Anvers 
dans la première moitié do xvi*. Vers le même temps, 
parut sussl en Angleterre une traduction en prose de 
notre Chanson de geste, par sir John Bourchier, lord 
Bernera. Oberon figure dans le drame de Jacques IV par 
Robert Greene; Spenser, dans sa Reine des fées, lui fait 
Qoe généalogie; Shakspeare lui a donné un rOle dans le 
Son0« d'tiiw nuit d'èU, à l'époque où Ton jouait encore 
en Angleterre on drame de Huon de Bomeaux; enfin 
Ben Johnson, et , en notre sitele, Sotheby, l'ont mis en 
leène dans ces pièces de fantaisie que les Anglais nom- 
oeot masque. En Allemagne, Wieland prit le sujet de 
ion poëme d'Obertm dans l'analyse que M. de Tressan 
avait faite de Huon de Bordeaux pour la Bibliothèque 
ia romains; il inspira à son tour l'opéra d'Oberon par 
Weber, œuvre gai date de 1826, et qu'on n'a jouée à 
Paris qu'en 1857. lies manuscrits du poème français de 
Hwm de BordeauoD sont an nombre de quatre: il y en a 
deux à la Bibliothèque nationale de I^ns, tous deux du 
n* siècle, et dont l'un , aux armes de Richelieu, est en 
len de 10 syllabes, et l'autre en alexandrins ; le 3*, à la 
bMothèque de l'université de Turin, est du xiv* siècle; 
le 4% provenant de l'abbaye de Mamioutier et conservé à 
la bibliothèque de Tours, date du xiii* siècle, et est en 
dialecte artésien. Ils ont serri à la publication de l'édition 
dmnée dans la collection des Anciens poètes de la France 
par HM. Guessard et Grandmnison, Paris, 1860, in-16. B. 

HOQOE, vêtement d'homme au xiv« et au xv« siècle. 
Cétait une blouse courte, sans ceinture, sans manches, 
OQ arec manches larges qui ne descendaient pas plus bas 
que le coude. Bile servait également de pardessus d'été 
OQ de cotte d'annes. 

HUBDBL. r. Honm. 

HUKON (Idiome), un des idiomes iroquois. U n'a pas 
les sons correspondants aux lettres b, p, f, m, s, «, u. g 
et r de Talphaoet français, et est rempli d'aspirations et 
de sons guttoreux. Selon le P. Gharlevoix, le huron est 
remarquable autant par la richesse des expressions et la 
variété des tours, que par la propriété des termes et par 
sa grande régularité. Les verbes simples y ont une douole 
ooi^agaiaon, l'nne absolue, l'autre réciproque. Les verbes 
actifs ae multiplient autant de fois qu'il y a de choses 
tombant sous leur action : par exemple, le verbe qui 
«nrespood à manger varie autant de fois qu'il v a de 
choses eomestlblea. L'action s'exprime autrement à l'égard 
d^ine personne et d*nne chose : ainsi, wiir un homme et 
enrnne pierre, ce sont deux verbes. Se servir d'un objet 
Appartenant à celui qui s'en sert on à celui à qui Von 
perle, s'exprime également par deux verbes différents. On 
a poblié deux petits Dictionnaires, une Grammaire et un 
Catéchisme de cette langue, dont le système de numéra- 
tion est semblable au nôtre. 

HUSSARDS. V» notre Dtcttofinatre de Biographie et 
^His toire . 

HUSTINGS. V. notre Diet. de Biogr. ef d'Histoire, 

HOTTE. V. Babaque. 

HYACINTHE, pierre précieuse dont la teinte bleue 
Approche de celle d*un ciel serein. Dans la Symbolique 
chrétienne, elle signifie la prudence qui tempère le zèle 
vdent, U sérénité de la conscience, la paix, le désir des 
choses du ciel. On en fait limage de S^Paul. 

HTALOGRAPHIE. V. au Supplément, 

HYBRIDE, nom par leouel on désigne, en Grammaire, 
ha m ots composés dont les éléments sont empruntés à 
^tta laognw difléientes; tels sont, en français choléro' 



morbus, bigamie, btireaucrati», antisoorîmUque , oloi 
Cette méthode de composition est vicieuse; néanmoins 
l'usage a consacré un grand nombre de moia semblablea. 

HYDRAULE. K. Orgob. 

HYDRAULIQUE (Architecture). F. ABCHtiscnraB» 

HYDROCÊRAMES (du grec udâr, eau, et kéramot, 
terre à potier), vases fidts avec une urgile poreuse , et 
dans lesquels on met l'eau ou tout autre liquide qu'on 
veut rafraîchir. Tels sont les atcaraxas d'Espagne. 

HYDROGRAPHES (In^nieurs). F. notre D^ûmnotr» 
de Biographie et d'Histoire, 

HYDROGRAPHIE, partie de la Géographie physlmw 
où l'on étudie les parties on éléments Uquides ou globe. 
Dans son domaine rentrent toutes les recherches relatives 
tant aux eaux douces qu'aux eanx salées ; pour les pre- 
mières, la précipitation des vapeurs atmosphériques qui 
se condensent en glaciers sur les hautes montagnes on 
se résolvent en pluie dans les plaines, l'examen des 
sources apparentes ou souterraines, le régime des lacs et 
des fleuves avec tous les accidents qui les caractérisent; 
pour les secondes, leur répartition sur le g^obe et leurs 
grandes divisions, avec tous les phénomènes qu'elles pré- 
sentent, différence de salure et de température, ban- 
quises, marées, courants. Cette dernière partie, que l'on 
peut appeler, pour la distinguer de la première, fcy- 
drographie maritime, a fait, depuis le commencement 
de notre siècle , d'immenses progrès , dus anx grands 
voyages maritimes, aux nombreuses opérations de son- 
dages faites pour la pose des câbles électriques sous-m»* 
rins dans l'Océan et la Méditerranée, enfin aux belles re- 
cherches de l'américain Maury, qui, par l'étude attentive 
des vents et des courants, a fait connaître an commerce 
les routes les plus abrégées et les pins sûres de la navi- 
gation. L'hydrographie maritime forme une branche im- 
portante des connaissances navales, et elle est enseignée 
dans des Êcdes dPhydrographiê, établies dans nos prin- 
cipaux ports. C P. 

HYDROGRAPHIE (Écolos d'). V, ÉcoLBS, dsHs Hotre Dùy 
tUmnaire de Biographie et d'Histoire, page 877, col. 2. 

HYGIÈNE PUBUQUB (Conseil d'i. V. Conseil, dans 
notre Dictionnaire de Biographie et t Histoire, page 656, 
col. 1. 

HYLOZOISME (du grec ulé, matière, et xôi, vie), forme 
générale des systèmes qui regardent comme nécessaire- 
ment unies la mnti^re et la vie. L'hvlosolsme prit diffé- 
rentes formes, selon qne l'on croyait que le monde était 
le résultat d'agrégats matériels, d'atomes animés et vi- 
vants^ comme Strabon de Lampsaque, ou que l'oti voyait 
en lui un seul et même être, un animal, dont l'âme du 
monde était la vie* comme le pensaient les Stoïciens. En 
général, tout système qui suppose cette ftme du monde, 
sous quelque nom que ce soli tombe dans rhvlozolsme ; 
c'est ce qu'on voit depuis les Stoïciens jusqu'à Spinoza. 
Pour tous la réponse est la même : la vie proprement 
dite ne se montre que dans l'organisme, et celui-ci ne 
se voit pas dans toutes les parties de la matière ; d'où il 
suit (lue la matière et la vie ne sont pas essentielles 
l'une a l'autre. R. 

HYMÉE. V. Chanson. 

HYMÉNÉE. V. ce mot dans notre Dictumnaire de 
Biographie et ^Histoire, 

H YMNAIRE, Uvre de chant contenant des hymnes. 

HYMNE (du grec umnos)^ louange en vers adressée à 
la Divinité. Les premiers hjrmnes eurent un caractère 
exclusivement religieux. Ceux d'Orphée étaient célèbres 
dans l'antiquité, niais on n'en a rien conservé. Les 
Chants des Saliens et le Chant arval, à Rome, étaient 
des hymnes. Chez les Hébreux, les Cantiques de Mofse 
et de Débon sont aussi de vérit2id>les hymnes. Les hymneC 
qui nous sont arrivés sous le nom d'Homère ne sont déjà 
plus exclusivement religieux : on y développe les aven- 
tures des dieux et des déesses de l'Olympe. Chef Pln- 
dare et Callimaque, ils prennent encore un carartère 
littéraire plus prononcé. Le bel hymne attribué au stoïcien 
Cléanthe en l'honneur de Jupiter a plutôt un caractère 
philosophique que religieux, au sens que le vulgaire 
donne a ce dernier mot; sous le nom populaire de Jo^ 
piter, il chante la toute-puissance, l'inmiensité, la provi- 
dence de Dieu, tel que le conçoit la raison. Citons aussi 
Mésonide, dont on a un hymne à Némésis, et Aristide, 
auteur de deux hymnes, l'un à Jupiter, l'antre à Mi- 
nerve. Les hymnes recevaient des noms spéciaux selon 
le dieu qu'ils célébraient : c'était le Péan pour Apollon^ 
le Dithyrambe pour Bacchus, etc. F. Wimfelingius, As 
hymnorum auctoribus, Strasbourg, 1M5, in-4®; Kries, 
Ih hyrnnis wterwn, Gcsttingue, 1742, in-4*; Sneedorf, 



BTP 



1044 



HTP 



Ar kymmi oit«nmi GrcÊCorum, Gopenhagoe, 1780, In-S*»; 
Sonchay, Sur Us kumnêM dn Anctens, dans les Mém. de 
rjc. dês Into. H BêlUê-UUres, U XVniet XXIV. — Les 
cturétiens ont donné aussi le nom d'^fmiM aux petits 
poèmes consacrés à la louange de Dieu ou des saints. 
L*liymne chrétienne (car un usage bizarre a vouln que 
l6i hymnes de l'Église lussent du féminin, et les hymnes 
antiques du masculin) est exclusivement religieuse et 
morale : elle témoigne de la reconnaissanoOf de ramonr 
et du respect des hommes pour les bienfaits de la Divi- 
nité. Les hymnes les plus connues sont : eelles de S* Am- 
broise, Aurora coAum pwrpunU, Conditor almê iidêrum, 
Ckristê redêmptor omnium, etc. ; celle de Prudence en 
l'honneur des Innocents marQrrs, Salvete flores martw 
mm, iàspirée par une foi nalTo, et écrite avec une grâce 
charmante; oelies de S^ Grégoire, Ltielf CrmOor opnme, 
Audi bénigne conditor, Te lueis ante tenninum, etc.; le 
VeocUla régis, de Fortnnat ; le Ponge Imgua, de Glandien 
Mamert; le Veni ereator, attribué à Gnarlemagne, ete, 
Sedulius, Paul Diacre, Saint Thomas, ont aussi composé 
des hymnes. Dans les temps modernes on a beaucoup 
fanté celles de Goffin et de Santeul ; elles sont ingénieuse- 
ment écrites, mais le style en est trop savant et parfois 
maniéré. — Dans les premiers siècles, le mètre affecté 
sénéralement à l'hymne était l'Iambigue de quatre pieds 
(Sàlvètê florès môAgrOm; VêaHlà régis prodiûnt, San- 
teul et Coffin ont employé une plus grande yariété de 
métras. Il y a rarement plus de 6 stances de 4 Ters dans 
nne hymne; la dernière est une paraphrase du Gloria 
patrL Quant aux hymnes du moven ftge, on y tronte gé- 
néralement la numération des syllabes et la rime substi- 
toées à la mesure. P. 

BTimi AiieéuQen. F. Glosia m bxcblsis. 

BnoiB cirtauBiQim. F. CHéftOBiQUB. 

HYMNOLOGION, livre de l'Église grecque, contenant 
le recueil général des hymnes. 

HYPAULAGB (du grec upcUlagèf changement), sorte de 
trope oui consiste en un renversement dans la corrélation 
des idéÎBs t « Rendre Phomme an bonheur, c'est le rendre 
à la vie. B On dit la beauté de ces arbres, an lien de ces 
beaux arbres, L*hypa11age applique à nne chose nne 
épithète q^ ne convient qu'à une personne. Virgile dit 
(jEneid.^ m, 44) : 

Heal fiigs erudeles terne, tage llttns avarum, 

c-à-d., fuis laThraoe où règne un roi cruel et avare. La 
même figure fait accorder un adjectif avec un substantif 
qui ne semble pas lui convenir (Id., t6td., VI, 268) : 

Itant ebeemri eelà nb nocte p«r luabram, 

■a lieu de ibant obseurà stdL., G. 

HYPERBATE (du grec uper, au délit, par-dessus, et 
bainéin, aller), transposition des pensées et des paroles 
dans l'ordre et la suite d'un discours. Cest une vulété 
de l'Inversion. Voici des hyperbates de pensée : « O fils 
de Gambyse, car les dieux veillent sur toi, autrement tu 
ne serais passrrivé à une si haute fortune, «m0fs- tôt d'As- 
tyace, ton meurtrier • (Hérodote). L'ordre naturel était : 
« O fils de Gambyse, venge-toi d'As^age, tu le peux, 
puisque les dieux veillent sur toL » Vfrpfle fait dire par 
Junon au roi des vents t « Éole, car le père des dieux et 
le roi des hommes t'a donné de calmer et de soulever les 
Ilots, «fi peuple ennemi de Junon vogue sur la mer Tyr» 
fhénienne, portant en Italie Ilion et ses pénates vaincus ; 
eh bien, dichaine les vents, engloutis leurs vaissesux 
iobmergés; » an lieu de : « Éole, déehaêne les vents et 
engloutis les vaisseaux des Troyens, tu le peux, car Ju- 
piter t'a donné de calmer et de soulever les flots. » Ces 
«ortes d*hyperbates ne sont guère d'usage que dans les 
langues anciennes^ Les hyperoates de mots sont encore 
nlns propres au grec et au latin. En void un exemple de 
ikNsnet : « Le matin, elle fleurissait, avec quelles grâces, 
vous le savez. » P. 

HYPERBOLE (du flpreciqMr6ol^, excès), figure de Rhé- 
torique qui exagère les choses pour faire plus d'impres- 
sion. Rien n'est plus contraire au bon goût, rien ne 
s'éloigne plus du naturel ^ de la vérité que l'exagéra- 
tion: et cependant on trouve de beaux exemples de cette 
figure dans lea meilleurs écrivains; c'est qu'alors elle est 
employée à propos, et que la grandeur et la mijesté du 
e^Jet comportent le grandiose inusité de l'expression et 
de la pensée. On conçoit, par exemple, que le poète 
inqiiré se laisse emporter à la fougue de son imsglnation| 
et qu'alors ses Idées et seo langage revêtent pour idna 



dire une forme surnaturelle. Ainsi, Racine a dit 
lant de l'impie (Ssthar, m, 0) t 

PsraU an cèdr«, U cachait dans lei deiiz 
Son front aadacleiiz. 

Void une antre hyperbole du même poète {Pbèdre, V, 9) i 

L» dél avec borreor volt es momatn lauvige^ 
La terre t'en émeut, l*alr en cet tailtoetés 
Le Ilot qnl rapporta recule éponrantë. 

Molière fait dire à Alceste, à propos de civilités rendoes 
à des gens presque inconnus (Is Misanthrope^ I« i ) s 

Xt il par nn nulbeor J'en sraie Iktt autant. 
Je m'irala, de regret, pendre tont k rinatanL 

On emploie même l'hyperbole dans la conversation» 
quand on dit, par exemple, marehsr comme une tortue, 
aUerplus vite que le vent, pleuvoir pour torrents, etc. 

HYPERCATALEGTE ou HYPERGATALEGTIQUB (du 
grec uper, au delà, et kataUctos, terminé), vers qui finit 
an delà de sa mesure légitime t 

Jamqne Iter emenel, tnrree aejtecta La|tfiionwi 
Ardna eemebant. 

YmeiLB, jBndd., Vn, 100. 

Dans le vers hexamètre héroïque latin, la syllabe surnu- 
méraire est tof^oors susceptible d'élision, et le vers 
suivant doit commencer par nne voyelle. Les bypercata- 
lectea sont infiniment plus usit6i dans les vers lyriques, 
et y constituent des mesures régulières. Ainsi, le mo- 
oomètre et le dimètre lambiqne sont souvent hypercap 
talecteai 

DlierncI)or anllMt 
Et dans Horace (I, Od. 9, 19) t 

Lenei | qne enblnoetem 1 enaoriti» 

De même le monomètre troclialqne t 

Deci|dltea»|lo: 

le dimètre, le trimètre trocfaaique t 

Sentit I orttti, | aenelt | ocealmt. 
Yldi)mns ihnn]|ate | dona | moUe | immenlsa. 

Le vers adonique est un cboriambique hypereatalectl jue : 

Termit nrb|»i. 

HonAoa, I, Od. 9, 4. 

Le dimètre dioriambique est souvent hypercatalecte. Le 
mètre dactylique en offre aussi des ezemples t 

PSlTis et 1 nmbra Bnm|ia. 

In., IV. Od. 7, IS 

Tendit tai ( estemtaa l|re tenelnr|at. 

La poéde Italienne olfre quelquea exemples de vers dé- 
casyllsbles hypercatalectes; ils sont plus nombreux en 
allemand, piuticulièrement dans les lambea on dans lea 
mètres lyriques imités de ceux de l'antiquité grecque et 
latine. P. 

HYPER-DORIEN ou HDCO-LYDIEN, mode de la mu- 
dque des andens Grecs, duqud la fondamentale on 
tonique était une quarte au-dessus de celle du mode 
dorien. 

HYPERDULIE (du greeupsr, an-dessns, et douUia, 
hommage), cnlte qu'on rend à la 8** ^erge. On le nonuna 
aind parce qnll est an-dessus de odui qu'on rend anx 
Saints. 

HYPER-ÉOUEN. un des modes de la musique greo- 
que. qui avait sa fondamentale on tonique une quarte 



i-d< 



au-dessus de celle du mode éolien. 

HYPER-IONIEN, mode de la mndque grecque, qui 
avait sa fondamentale ou tonique une quarte an-^tossas 
de cdie du mode ionien. 

HYPER-LYDIEN, le plua aigu des modes de la mn- 
dque grecque, n avait sa fondamentale ou tonique une 
quinte an- dessn s de celle du mode lydien. 

HYPERMËTRE (du grec iiper, au ddà, et métron, 
mesure), vers hexamètre qui a une syllabe de surcroit 
après le fi* pied. Cette syllabe est toi^ours susceptible 
d^élision, et, dans ce cas, le vers suivant commence par 
une viqreUe. Tel est ce vers de Virgile {Georg^ O» i42.; - 



HTP 



1045 



nyp 



In tnrrls iMmbramiiiM f&têxmaqm 
Si feniu cqnormiffl... 

Us mn terminés par un dactyle doÎYent rentrer dans la 
Dftme catégofrie (Id., Georg.^ Û, 69) : 

laseritnr Toro a fbta nads artmtnt horrlda, 
St tterilct platanl... 

Uny h point d'exemples de cette licence dans la yersi- 
fication greoqoe. D'ailienTs, tonte syllabe éUdée y est ton- 
Jonn représentée par une apostrophe, et conséqnemment 
neasmnonçait famais. P. 

HYFER-PHRYGIEN, un des modes de la musique 
Lneqae, àroctaye de Thypo-dorien. On le nommait aussi 

HYPERTHESB (du grec uper, an delà, par dessus, et 
iMttf, position), transposition de lettres. Ex. t xiOà>vpour 
Xiwv, pdU^pootoc pour pdroaxoc, mots dans lesquels les 
aspirées ont été transposées d*une syllabe à une autre. 
iB mot Hyperthèiê désignait aussi en ginec le denré de 
coppa rmiaon qae nons appelons wiperUUif, P. 

HYPÈTHRE (du grec tipo, sous, et aithra, air), nom 
donné par les architectes à tout édifice découvert ou sans 
toit Le grand temple de Paratum en offire un spécimen 
encore existant. Les temples de Jupiter et de lûnerve à 
Athènes, de Gérés ^ de Proserpine à Eleusis, de Jupiter 
Pinhellénien à Ëglne, de Jupiter à Olympie, etc., étaient 
hypèthres. On donnait ainsi à Tintérfeur des édlBces un 
•ipect moins sombre. 

HYPHEN (da grec upo, sons, et en, un seul ; sous-nn- 
wil, c-à-dL en un seul tout), terme de grammaire 
Deeqoe. Cétait une ligne en forme d*arc renrersé que 
roB traçait au-dessus de la finale d*un mot et de Tinitude 
fjiû antre, pour montrer qu'ils ne devaient faire qn*un 
(il équivaut alors à notre trait d'union ), ou pour indi- 
^aer nue crase non faite dans l'écriture. P« 

HYPOCAUSTE. F. BAms. 

HTPOCRlTIQnE, c-èrd. en grec qtn conênfaU, qui 
mite; nom qse les Anciens donnaient à l'art dn geste, 
pvtie importante de réloquence et du Jea scémque. 
uétait Fart de toat exprimer sans paroles. Les gestes oue 
dendeat faire ks comédons et les tragédiens étaient In- 
clinés par des aignes au-dessus des vers, et cette sorte 
de notation s'appelait la muntiue hypocritiquB» 

HYPO-DORIEN, le plus grave des modes de la mu- 
aqoe grecone. Il avait sa fondamentale ou tonique une 
qavte ao-oeesous de celle du mode dorien. 

HYPO-ÊOUEN, mode de la musique grecque, dont la 
fondamentale ou tonique était une quarte an-dessous de 
ecUe du mode éolien. 

HYPOGÉE, r. ce mot dans notre Dictîomiatrs de 
Bioffraphù $$ d^Hûtcin. 

HYPO-IONIEN, mode de Is musique grecque, dont la 
tedimentale oa toniqoe était une quarte au-dessous de 
oDe dn mode ionien; 

HYPO-LTDIEN, mode de la mnrique grecque, dont la 
ffindamentale oa tonique était une quarte au-dessous de 
celle du mode Ivdien. 

HYPOPHOfUÎ (dn grecpA^r^, porter, et upo, sous), 
tome de la Rhétorique ancienne ; objection on allégation 
<(Qe Pon Ait valoir pour Justifier un acte ou une préten- 
tion. Tel est ce paaiase du commencement de la harangue 
nr l'Haionèse, oA Donostfaéne rappelle les termes d'une 
Lettre de PhiUppe : « Philippe dit qu'il vous donne cette 
Ue oonune sa propriété; que vous la revendiques injuste- 
■ent; on'en effet elle n'a été à vous, ni quand il l'a 
piie, ni depois cfu'il la possède ; qu'il l'a enlevée aux pi- 
nm, et qu'à ce titre elle lui appartient. » Aussi le rhé- 
toor Hermosjaie définit^U Justement Thypophore la rai" 
«s dt rooMnaérv on ds rsnnsnii. Uhypophore est 
tiqjovft iolvie Immédiatement d'une réponse, oue les 
rhéteurs appelaient Anihypophore, P. 

HYPO-PÉRYGIEN, mode de la muriqne grecque, dont 
la fondamentale on tonique était une quarte au-dessous 
de celle dn mode phrygien. 

HYPORKHÊME , pièce de poésie du genre lyrique, 
ttmpoiée, chfls les anciens Grecs, pour les choeurs de 
{canes garçons anx fêtes de Délos. Dans l'origine, le poète 
Ini-méme, comme cela eut lieu plus tard pour la poésie 
jfMP stique, apprenait sa pièce aux danseurs et aux chan- 
^nrs; if prescrivait les mouvements, les figures* la ca- 
Attce, et veillait à ce que tout cela fiit l'expression exacte 
jbsDo petit pofime; en sorte quels donss {prkhèma) avait 
neo proprement wtmê (vpo) l'autorité du poète. L'hypor- 
uème fut d'abord, comme le Péan, exclusivement grave; 
fiwtird il servit aussi à exprimer des idées enjouées et 



badinee, et olIHt même queloues rapports avec la danse 
comique appelée Ccrdace, Xenodame de Çythère, Prati- 
nas de Phhonte et Pindare furent les principaux auteurs 
d'hypoiUièmes : on a quelques fragments de ceux dn 
poète thébain. P. 

HYPOSGENIUM, nom oui signifie sot» la 9cèn$, et que 
Pollux donne an mur de devant de la scène tourné vers 
l'orchestre, dans les thé&tres de l'antiquité. On le déco* 
rait de colonnes et de statues. 

HYPOSTASE. Ce mot, qui Joue un si grand rôle dans 
les écoles d'Alexandrie et d^Athènes, depuis Plotin Jus- 
qu'à Proclus, est l'indication d'une doctrine qui suppose 
un Dieu qui, sans sortir de lui-môme, se transforme éter* 
neilement en une essence d'un ordre inférieur, pour ne 
pas tomber dans^ mouvement nécessaire an Dieu créa- 
teur. Plotin, pour expliquer Dieu et le monde, s'appuie 
sur la nécessité d'un intermédiaire entre l'absolu et le 
mobile. U admet donc en Dieu : !• une hypostase supé- 
rieure qui possède la perfection infinie sans mélange 
d'action ni de multiplicité ; 2<^ une hypostase inférieure à 
la première, l'intelligence en soi; 3* une hypostase ca- 
pable de produire le monde, mais mobile et inférieure à 
la précédente. Tels sont les trois principes en un seul 
être, reconnus par toute l'école néoplatonicienne, l'Un, 
ou le Bien, qui est le Père ; l'Intelligence, qui est le Filst 
l'Ame, qui est le principe universel de la vie. 

Dans l'Église, le mot nypostase fut employé avant celui 
de j>er9<mne, en parlant de la Trinité. Pour exprimer Is 
distinction de la divinité et les attributs des trois per- 
sonnes, on disait qu'il y avait en Dieu trois hsrpostases 
en une seule essence. Le mot est grec (upostasis ), les 
Latins firent prévaloir le mot personne. (F. Tamrrtf.) R« 

HYPOTHÈQUE (du grec upotàkè, gage). Selon U défi- 
nition du Codé Napoléon (art 2114), l'hypothèque est un 
droit réel sur les immeubles aifectés à l'accpiittement d'une 
obligation, c-à-d. qu'une personne qui a un engagement 
péoiniaire à remplir donne une garantie spéciale sur un 
ou plusieurs de ses immeubles; l'immeuble devient ainsi, 
entre lea mains de celui qui est nanti de l'hypothèque, uns 
espèce de gage. Ce gage diffère cependant beaucoup du 
gage mobiher, delà mutshandise déjxMée en nantissement 
chez le préteur. Le préteur, s'il n'est pas payé, peut, sans 
beaucoup de formantes et surtout sans une grande perte 
de temps, faire vendre les marchandises et recouvrer le 
montant de sa créance. L'immeuble hypothéqué, au con- 
traire, ne peut être vendu qu'avec beaucoup de difficultés 
et de finis ; les entraves dont la lépslatlon a entouré la 
saisie des immeubles, dans la pensée d'être utile anx pro- 
priétaires ^ de mieux consacrer le caractère de la pro- 
priété, nuisent en réalité aux propriétaires qui veulent 
emprunter, rendent presque aléatoire le prêt <{ui devrait 
être le plus sûr de tous, et élèvent d'une manière artifi- 
cielle le taux du prêt hypothécaire; on l'évalue à 6 1/1 
et 7 pour 100. — Les règlements sur les hypothèoues, 
qui ont été fixés en France par les ordonnances de 1539, 
1581. 1006, 1673, 1771, par lea lois du messidor an m, 
dn 11 brumaire an vn, par le Code Napoléon, ont été son- 
vent attaqués t ils ont été modifiés et rendus un pen 
moins rigoureux par la loi de 1841 et par le décret du 
28 mars 1852 qui a institué le Crédit foncier (F. es mot). 
Avant l'Institution du Crédit foncier, il y avait eu, en 
France, un établissement qui prêtait sur hypothèques, et 
qui s'appelait Caisse hypothécaire; Il n'a pas pu se sou- 
tenir. « La caisse hypothécaire, dit M. Wolowski. a suc- 
combé en grande partie par suite des véritables aénis de 
Justice qui entravaient vis-à-vis d'elle les formalités rui- 
neuses ae l'expropriation. Une seule affaire de cette na- 
ture n'a pas duré moins de dix-sept ans. Cette saisie 
monstre a donné lieu à près de deux cents incidents, et à 
autant de Jugements et d'arrêts ; la Cour de cassation m 
été saisie, à cette occasion , de quatorze pourvois, et les 
Ihds ne se sont pas élevés à moins de 400,000 francs ! »— 
« Le sol , disait à la Chambre M. Dupia en 1835, est ce 
qui présente le plus de sûreté en apparence, et cependant 
c'est à ce gage qu'on se fie le moins, c*e8t celnl qu'on re- 
doute le plus! Pourquoi? Cest qu'il y a un contre-sens 
dans la législation; c'est que la loi des hypothèques, qui 
devait être faite pour assurer les créances, ne laisse pat 
les créanciers sans inquiétude sur leur conservation ; e* 
la loi d'expropriation, qui aurait dA être conçue pour en 
amurer le recouvrement, agit en sens précisément con- 
traire, c'est-à-dire qu'on semble avoir tout fait, toutima- 
f^é contre le créancier, pour empêcher ou'il n'ait son 
argent à l'échéance. Au contraire, le législateur semble 
avoir accumulé les précautions en faveur dn débiteur « 
pour favoriser sa résistance et sa mauvaise foL » 



»Y<P 



1046 



HYP 



n y a trois fortes d'hypothèque : 1" Thypotbifae k^ 
etta on légale , celle que dans certains cas la loi écrite 
accorde sans stipulation (aux femmes mariées, sur les 
biens de leur mari; aux mineurs et interdits, sur les 
Idens de leur tuteur; à TÉtat, aux communes et aux éta- 
blissements publics^ sur les biens des comptables); 
S* rhypothèqueittdtctatVtf, résultant de Jugements qui ont 
oondamné un débiteur à payer : ces deux hypothèaues 
frappent sur tous les biens présents et à venir; 3° rby- 
pothèoue eonventiannêlle, consentie par un acte authen- 
tique [Code Napoléon, art. 3,117), et qui n'atteint que les 
immeubles désignés dans l'acte. Les créanciers privilégiés 
priment les hypothécaires (V. PaiviLéca); par consé- 
quent, lorsqu'on veut plac^ ses fonds par obligation avec 
hypothèque sur des immeubles, 11 fai^ s'assurer que leur 
valeur est suffisante pour que l'hyponièque ait son effet 
après l'acquittement des créances privilégiées. On doit 
s'informer encore si l'hypothèque offerte ne serait pas 

}>rimée par les hypothèques qui appartiennent, soit aux 
èmmes pour leurs dots ou conventions matrimoniales, 
soit aux mineurs et aux interdits à raison de la gestion 
de leur tuteur, ces hypothèques venant en premier ordre 
aprte les créances pnvilégiées : 11 est vrai que les maris 
et les tuteurs sont tenus de rendre publiques ces hypo- 
thèques, sous peine d'être réputés stelûonataires, et, 
^mme tels, contraignables par corps; mais si le stellio- 
aataire est insolvable, l'argent prêté n'en est pas moins 
perdu. Toute hjipothèque est Indivisible, c-à-d. qu'elle 
subsiste en entier sur tous les immeubles affectés, sur 
chacun et sur chaque portion de ces immeubles : elle les 
suit, dans quelques mains qu'ils passent. Les hypothè- 
ques prennent rang du lour de l'inscription sur les re- 
gistres du conservateur dans l'arrondissement duquel est 
utué l'immeuble. Ces registres sont publics, et le con- 
servateur est tenu de donner copie des actes à tous ceux 
qui le requièrent, ou un certificat qu'il n'existe aucune 
^ Inscription. Si les biens assujettis à l'hypotlièque péris- 
sent, ou s'ils éprouvent des dégradations qui les rendent 
insuffisants pour la sûreté du créancier, celui-ci peut de- 
mander son remboursement ou un supplément d'hypo- 
thèque (Cot^iVapo^éon, art. 2,131). Les mscriptions con- 
servent l'hypothèque pendant dix ans, et restent sans effet 
si elles n'ont été renouvelées avant l'expiration de ce dé- 
lai (art 2,154). Néanmoins, si, après le délai de prescrip- 
tion, le créancier veut renouveler son hypothèque, il le 
peut, mais dans ce cas il ne prend rang qu'après les autres 
créanciers, s'il y en a. L'hypothèque prend fin : 1° par l'ex- 
tinction de l'obligation, 2° par la renonciation du créancier, 
Z^ par la prescription de la créance, 4° par la purge que 
peuvent opérer l'acquéreur, le donataire, l'échangiste, ou 
k légataire particulier des biens hypothéqués {V. Purgb^. 
— La conservation des hypothèques est confiée à l'admi- 
Bistration de l'Enregistrement et des Domaines. Les droits 

Sayés aux bureaux des hypothèques sont perçus au profit 
u Trésor public. La loi du 28 avril 1816 prescrit la per- 
ception d'un pour mille du capital de la créance; le re- 
nouvellement de l'inscription à l'expiration du délai dé- 
cennal donne lieu à la même perception. Les frais des 
inscriptions sont à la charge du débiteur. Une remise sur 
les droits perçus est accordée aux conservateurs; mais, 
en outre, il doit leur être payé, pour les actes, copies, 
extraits ou certificats qu'ils délivrent, des salaires dont la 
quotité a été fixée par décret du 21 sept. 1810. Les con- 
servateurs des hypothèques fournissent deux cautionne- 
ments, l'un en immeubles, l'autre en numéraire. V. Gui- 
chard. Législation hypothécaire, Paris, 1810, 3 vol. in-8o ; 
Carrier, Traité des hypothèques, 1818, in-8°; Cotelle, 
Des privUéges et hypothèques, 1820, in-8° ; Battur, Traité 
des privUéies et hypothèques^^* édit., Paris, 1823, 4 vol. 
\d-8* ; Grenier, Traité des hypothèques, 3* éditiop, Cler- 
mont-Ferrand, 1829, 2 vol. in-i»; Persil, Régime hypo^ 
ihécairs, 4« édit., Paris,1833,2 vol. in-8<>; Dufrayer, Ma- 
nuel du préteur nw hypothèque, 1838, in-18 ; Despréaux, 
Dictionnaire général des hypothèques, 1842, in-8* ; Bau- 
dot, Traité des formalités hypothécaires, 1845 , 2 vol. 



in-8»; Valette, Trmté des hypothèques, 1836, iD-8*; De- 
lamontre. Traité du prêt sur hypothèque, 1M7, in-^*; 
Troplong, Commentaire sur les privilèges et hypoMquet, 
5' édiu, 1854, 4 vol. in-8<> ; Marcadé et Pont, Commen- 
taire des prwUéges et hypothèques, 2 vol. in-8* ; Hervieu, 
Bésumé die jurisprudence sur lespnoUéges ethypothèques, 
4" édit., 1859, in-4»; Schilling, Traité du droUde gage 
et d'hypothèque chez les Romams, trad. de l'allemand par 
Pellat, 1840, in-8<>; Anthoinede SaintrJoseph, Concor^ 
dance entre les lots hypothécaires étrangères et fran- 
çaises, 1847, 1 vol. gr. in-8*; Allemand, Examen du 
régime hypothécaire établi par le Code civil , 1837, in-8*; 
Fouet de Conflans, De la réforme hypothécaire, 1848, 
in-8*; Hauthuille, De la réforme du système kj/j^othé- 
caire, 1843, in-8*; Hébert, De qwlques modijiicmtwns à 
introduire dans le régime hyjiothécaire , 1841, iu-8*; 
Odier, Des systèmes hypothécaires, 1840, in-12;Saint- 
Nexent, De la réforme du régime hypothécaire ^ 1845, 
in-8*. 

HYPOTHÈSE (du grec upothésis, supposition), ftdt on 
principe admis sans preuves, pour expliquer certains 
faits ; par suite , on appelle méthode hypothétique celle 
qui pose de semblables principes pour expliquer les faits 
observés. H y a trois sortes d'hypothèses : la première 
suppose réels des faits non observés, pour en expliquer 
d'antres que l'on connaît, mais dont la cause nous 
échappe; ainsi Newton supposait dans l'eau la présence 
d'un corps combustible, pour expliquer certains faits de 
réfraction ; la seconde sorte consiste à admettre une force 
comme cause de certains effets, par exemple, Télectricité; 
la troisième n'est qu'un moyen imaginé pour rendre plus 
facile l'enseignement dans les sciences; ainsi, les chi- 
mistes supposent la matière divisée en atomes, pour en 
expliquer les combinaisons. La première sorte est la plus 
importante, et il est indispensable d'y avoir recours quand 
l'observation, l'expérimentation, le raisonnement ne peu- 
vent pas suffire. L'hypothèse, dans ce cas, doit être soigneu- 
sement vérifiée, et rejetée si l'expérience ne la confirme 
pas : l'observation a confirmé l'hypothèse d'Huyghens 
sur l'anneau de Saturne; celle de Laplace sur la folia- 
tion des planètes, ne pouvant pas être vérifiée, est inad- 
'«aissible. L'hypothèse ne peut donc produire la certitude 
q4«c lorsqu'on perdant son premier caractère, elle passe 
à l'état de fait évident et démontré ; hors de là elle n'est 
qu'un moyen souvent indispensable , mais sans caractère 
scientifique; Jusque-là elle n'est qu'une supposition qui 
doit disparaître cfuand il est prouvé qu'elle est vraie ou 
fausse : vraie, elle est acquise à la science; fausse, elle est 
convaincue d'erreur et rejetée comme telle. - R. 

HYPOTRACHELIUM, nom donné par Vitruve à ce que 
nous appelons gorgerin dans la colonne. 

HYPOTYPOSE (du grec upo, sous, et tupoô. Je figure. 
Je décris), figure de Rhétorique qui peint l'objet avec des 
couleurs si vives, des images si vraies, qu'elle le met en 
quelque sorte sous les yeux, et que le spectateur ou l'au- 
diteur, s'identifiant avec le personnage, s'oublie au point 
de se croire témoin des faits qui lui sont racontés. Ainsi, 
dans Athalie (I, 2), Josabeth raconte an grand prêtre 
comment elle a arraché Joas tout sanglant des mains de 
ses meurtriers : 

HéUs! Vétat horrible oil le ciel me VolMt 
Revient à tout moment effregrer mon esprit s 
De princes égorgés la chambre était remplie, ete» 

Andromaque (in,8) nous fournit un autre exemple 
d'hypotypose : 

FIgare-tol Pyrrhus, les yeux tfttncelantB, 
^tatraat k la Ineur de nos palais brûlants, etc. 

On peut citer encore la peinture de la Mollesse dans Ke 
iMtrin de Boileau, la mort de Rocchoris dans le Téléfnaque 
de Fénelon, le sacrifice d'Eudore dans les Martyrs da 
Chateaubriand. G. 



lAM 



1047 



I^M 



I 



1, 9* lettre et 3* ToyeHe de Talphabet latin , ainsi qae 
des alphabets des lances néolatines et des langnes ger^ 
maniques. fin lalin, l't était à la fois consonne et voyelle : 
csmonne, lorsqu'il était placé derant une royelle dans 
on mot d'origine Italique {lanus, conttcto, qui s*écri- 
lirent tardivement Jantu, conjicio)\ voyelle, dans les 
mots d*origine grecque {iamlms) ; consonne dans certains 
mots d*origine hébraïque (Judaus)^ voyelle dans certains 
ntres (iacoàus). L*t eut également deux valeurs en 
fnnce : ce fut Ramus qui, an xvi* siècle, donna unifor- 
mément la forme du j à l'ancien t consonne ; mais il n*y 
i encore que fort peu d'années que les chapitres des 
lettres I et J ont ceâié d'être confondus en un seul dans 
les Dictionnaires. Les Latins substituèrent quelquefois 
Tu à l't : Dtcuimui, MaxumiUf pour DecknuSf Maximtu, 
En français, Vi perd le son qui lui est propre, en s'unis- 
Bsnt à d'autres voyelles, comme dans laid, gam^ sein, 
feim, rot\ etc. ; il le reprend à l'aide du tréma, conmie 
dans MtOse, Bélùisê, Lais, etc. En anglais, l't pcnrd très- 
wavent le son que lui donnent les autres peuples de l'Eu- 
rope ; mais, en revanche, ce son est atmbué à d'autres 
caractères, à Ve f dans 6«, être), àas (dans sm, voir), à 
«a (dans têa, thé). L'usage de mettre un point sur Tt, 
pour qu'on n'en fasse pas un Jambage d'une lettre voisine, 
ne date que du xiv* siècle. — Gomme abréviation dans 
les inscriptions latines, 1 signifie impmxttor, invietus, in~ 
ferû M», justus, illiutris, jure, etc. Sur les monnaies ro- 
maines, il représente l'as, comme valeur et comme poids. 
Aatrefois il était la nuurque des monnaies frappées à 
Limoges. — Ikine la théorie du syllogisme, I désignait une 
proposition aflBrmative particulière. — Signe numéral, 
rioto grec valait 10. En latin, 1 vaut i, et représente au- 
tant d'unités cpiMl est répété de fois Jusqu'à quatre : mis 
devant V et X, il se retranche de ces nombres ; placé après, 
U s'y ajoute (IV =4; IX=9;VI=6; XI »= 11). Cepen- 
dant, lie expriine 200, HIM 3,000, etc. B. 

lALÊNE. K. CBAifsOTi. 

lÂHBE, pied cle la versification gregpe et latine, com- 
posé d'une brève et d'une longue : atês. Archiloque en 
est réputé IMnventeur ; c'est du moins lui qui, le premier, 
Ta employé dans les pièces mordantes et satiriques. 

lÂHBÉLÉGlAQUE (Vers). Cest le renversement du 
vers élégiambique, c-à-d. ou'il se compose de 2 dipo- 
ties lambiques suivies de la 2* penthémimère élégiaque ; 
il est asynartëte ; Horace a écrit (Epod. 13, v. 10 et 18) : 

Dêfôrmïs S\gr^môià[œ J^diUcïMis dlWqf^s. 
lèvârè dS\ris pëctôrâ \\ sôlltàttûdXnXlms, 

Ce vers passait pour avoir été Inventé par Archiloque, 
ainsi que l'élésiambique. P. 

lAMBIQUE (Poésie), nom donné chez les anciens Grecs 
à ce qui s'appelle spécialement ScUire chez les peuples 
modernes. Les diatribes contre les personnes ou contre 
les mœurs générales ayant été primitivement composées 
en ïambes, le nom d^iambùiue a été donné au poème 
kii-mème : on disait vulgairement des ïambes, pour dire 
3ne satire mordante, une invective. Archiloque, Hippo- 
nax,Timocréoa, sont les représentants les plus connus 
de ce i^enre de poésie; mais nous ne saurions apprécier 
le mente de leurs oeuvres, dont 11 ne nous est parvenu 
que de trop courta fragments. Nous n'avons point de 
pièce latine portant ce titre, bien ooe les poètes latins se 
serrent fréquemment du mot ïambes pour désigner une 
pièce médisante. Mais nous devons rattacher à ce genre 
nn grand nombre des pièces d'Horace connues sous le 
iMmi ^épodes , et dont quelques-unes sont d'une viru- 
lence extrême, notamment les odes 4, 0, 10, 17. Chez 
nous, André Chénier a renouvelé ce genre, mais dans un 
ml essai inachevé, et, de nos iours, H. Auguste Barbier 
i^est fait un nom par ses ïambes. Ils sont composés de 
Binds vers alternant avec un plus petit placé en forme 
^épode, à rimitation de ce que nous voyons dans Horace, 
md lui-même s*était modelé sur les iambographes de la 



UMBiQUB (Vers), vers composé d'ïambes, on dont l'IamM 
est la base. En grec et en latin, il y a des lambiques d« 
2 jusqu'à 8 pieds. On les scande par dipodies, et chaque 
dipodie forme une mesure ou mètre : d'où le nom de 
monomètre donné au vers de S pieds, de dimètre au vers 
de 4 pieds, de trimàtre au vers de 6 pieds, et de Utra- 
mètre à celui de 8 pieds. 

I. Monomètre, 11 est très-rare. On le trouve employé 
comme clausule dans on système de dimètres ou de tri- 
mètres. Pur, il a 2 ïambes. Au 1*' ïambe on substitue 
souvent un spondée; au 2* un pyrrhique. Les Latins met* 
tuent souvent le dactyle au lieu du spondée au 1" pied : 
pèssûmà m&ni. U peut être hypercatalectique; alors, outre 
la l'* substitution, il peut recevoir un anapeste au 2" pied. 

n. Dknètre. 11 est fréquent chez les lyriques, les tra- 
giques et les comiques. Alcman et Anacréon paraissent 
l'avoir employé les premiers dans un système {V, ce mot)» 
n y en a 3 variétés : acatalectique (4 pieds J , catalectiqu^ 
(3 pieds et demi ), brachycatalectique (3 pieds). La l '^ com- 
porte l'ïambe, le spondée, le dactyle rarement, du moina 
en grec, au l** et au 5* pied ; l'anapeste au l"*" pied ne se 
voit que chez les comiques. Dans la 2«, le 3* pied est né- 
cessairement un ïambe, le 1« peut être un tribraque. Dans 
la 3*, le 3* pied est un ïambe, ou un pyrrhique, très-sou- 
vent précédé d'un anapeste. Horace a employé le tribra- 
Sie au 2* pied du dimètre acatalectique. Dans les sys- 
mes dimétriques, tel est l'étroit enchaînement des vers, 
que chaque dernier pied se comporte comme s*il était 
dans le corps du vers, c-èrd. que, i<^ la longue finale 
peut se résoudre en deux brèves, d'où résulte un tri- 
braque; 2? l'hiatus est interdit d'un vers à l'autre, aussi 
bien que toute syllabe douteuse ; d'où il suit que le di-r 
mètre peut être terminé par un ïambe ou un tribraque^ 
jamais par un pyrrhique ni un anapeste, et qu'un mot 
peut être interrompu et se continuer au vers suivant. 
Les systèmes de dimètres lambiques sont habituellement 
terminés par un dimètre catalectique. Les systèmes de di-^ 
mètres catalecticnies sont eux-mêmes fréquents. Souvent 
un système de dimètres renferme les trois variétés, avec 
un monomètre hypercatalectique pour clausule. Le di- 
mètre hypercatalectique forme le 3" vers de la strophe 
al calque. 

m. Trimètre. C'est le plus connu, le plus usité des 
vers lambiques. Pur, ce vers se compose oe 6 ïambes, si 
ce n'est que le 6* doit être remplacé par un pyrrhique. 
Archiloque, Simonide et les lambocpraphes en avaient 
fait un fréouent usage : néanmoins Us substituaient par- 
fois à l'iambe des pieds impairs le spondée, et introdui- 
saient à tous les pieds, sauf le 6*, l'anapeste, seulement 
lorsqu'il fallait un nom propre. Ces substitutions ont été 
adoptées par les tragiques, qui, de plus, admettent le 
tribraque aux quatre premiers pieds. Les trimètres lam- 
biaues reçoivent principalement la césure penthémimère 
et la césure hepbthémimère, quelquefois la césure trihé- 
mimère; elle a lieu sur une brève aussi bien que sur 
une longue. L'enjambement se fait d'une manière à peu 

Srès aussi variée que dans l'hexamètre héroïque; le r^et 
'un spondée est assez fréquent, surtout s'il ne temune- 
pas complètement le sens; cependant le sens peut s'y 
arrêter, s'il en résulte un effet d'harmonie imitative. 
Le drame satyrique suivit les règles de la versification des 
tragédies, quand le poète mettait en scène un personnage 
héroïque ; mais on y prenait plus de licences métriques ! 
lorsqu'on faisait paner les Satyres et autres personnaset: 
burlesques. C'est ce qui avait lieu aussi dans la Vieille 
Comédie. Le trimètre de la Nouvelle Comédie se oonfor- * 
malt aux règles du trimètre tragique. Au temps de Sé- 
nèque, les poètes latins, en admettant le trimètre, y in* 
troduisirent toutes sortes de licences, à tel point oue la 
mesure de leurs vers est souvent confuse. Horace s est le 
plus rapproché de la pureté grecque. 

Certains trimètres ont un spondée au 6^ pied (F. Gho- 
lumbb). n y a aussi des trimètres catalectiques oui flgn^ 
rent dans la stropne alcalqne. Enfin le trimètre nrachy- 
catalectique est an lambique de 5 pieds, qui a toi^oai» un 



ICA 



1048 



ICO 



■iiApeste au 4% et dont le l*' ïambe admet comme tnb- 
illtntlon le spondée. 

IV. Tétramètre, Llambiqatf de 8 pieds n*admet gnAre 
dtetre tubstitation «pie le spondée. On n*en trouve an- 
con exemple dans ce qui reste du théâtre grec Chez les 
Latins, qui, an contraire, en ont fait un grand usage au 
théâtre. Il admet tous les pieds du trimètre libre; le 
8* pied doit toi^ours 6tre un ïambe. On le coupait après 
la césure qui suit le 4* pied : quelquefois il est coupé en 
deux hémistiches, c-èrd, en deux dimètres, et alors il 
peut être asynartète. 

Les pofites de la vieille comeiîe grecque ont fait un très- 
nand usan du tétramètre cataiectique (7 pieds et demi}. 
Le 7* pied doit être un ïambe; mais on y trouve quel- 
quefois, dans un nom propre, Tanapeste. Le tribraqueest 
inquent^x i*', S* et 6* pieds ; il est plus rare au 4*, 
qui reçoit régulièrement llMnbe, le spondée, parfois Tana- 
peste. Ce vers est la base du vers polUiqtU, né en Grèce 
an moven ftge. Le tétramètre cataiectique est également 
fort unté dans la comédie latine, mais toujours avec beau- 
coup plus de licences. Le dactyle et le procéleusmatique 
▼ sont admis an 4* pied; au 7* le tribraque, le spondée, 
le dactyle, Tanapeste, le procéleusmatique, ces deux der* 
niers plus rarement, ^ à condition que la première brève 
m soft pas la finale du mot précédent, n est asynartète 
chez les Latins, ce qui n*a pas lieu chez les Grecs. P. 

lAMBYCB, instrument à cordes des Anciens, men- 
tionné par Pollux. On suppose que c*était une cithare 
triangulaife inventée par Ibycus. 

IBËRIENNES (Langues), nom des laneues parléea 
dans TEspagne ancienne, telles que le turdetan , le can- 
tafare, le celtibérien, et dont il ne subsiste plus qu'une 
seule, le basque (K. oe mot). 

IBSABIBOuL (Temples d*), dans la Nubie inférieure, 
sur la rive gaucne du Nil. Ces temples , au nombre de 
deux, découverts par Belzoni , sont aussi remarquables 
que les plus beaux de TÊgypte, et datent du règne de 
Ramsès le Grand (Sésostris). Ils sont entièrement taillés 
ians le roc La fa^e du plus grand, coupée à pic, a 
iS met. de hauteur sur 34 de largeur, et offre, au centre, 
ue porte de 5 met. sur 1 et i/S. Quatre colosses assis, 
leprésentant Ramsès, annoncent dignement rentrée de 
se temple dédié à Phré; dégagés du sable qui les re- 
couvre en nande partie aujourd'hui, ils n'auraient pas 
moins de Su met. oe hauteur ; trois seulement subsistent 
dans un état parfait de conservation. L'intérieur du 
temple est une excavation toute de main d'homme. La 
première salle ou pronaos, qui a 16 met. carrés sur 8 
d'élévation , est soutenue par deux ranp de quatre pi- 
Hers chacun, contre lesquels sont adossés autant de 
eolosses debout, représentant Osiris sous les traits de 
Ramsès ; les parois de cette salle sont décorées de bas- 
reliefs coloriés, o& l'on a figuré les exploits de ce prince 
en Asie et en Afrique. Vient ensuite une seconde pièce 
ou naos, à peu près de même caractè , longue de 
i% met.; et enfin le sanctuaire, où l'on voit, dans une 
Biehe très-profonde , les statues assises, plus grandes 
que nature et coloriées, d'Ammon-Ra, de Phré, de Phtha 
et de Ramsès. Ce monument ne reçoit le Jour et l'air que 
par l'entrée. — Le petit temple, à ouelque distance au 
N.-B. du nand, a été dédié à la aéesse Athor par la 
femme de namsès. Moins élevé ^ moins profondément 
creusé, il a une façade en talus, contre laquelle 8*ap- 
puient six colosses de 12 met. de hauteur, séparés les 
uns des autres par des contre-forts couverts d'niérogly- 
phes. A l'intérieur, on remsrque des piliers carrés sur- 
montés de tètes de femmes, et des bas-reliefs peints, 
d'un excellent style, dont tous les sujets sont mytho- 
lodques. 

iGARIB, nom donné par le communiste Cabet à la terre 
imaginaire où devaient se réaliser ses utopies. Cette terre 
a pour capitale Icara, autour de laoueile se groupent 
100 villes provinciales i chacune de celles-ci est entourée 
de 10 villes communales, placées au centre de territoires 
égaux. Tontea sont construites sur le même modèle, et 
réalisent, sous le rapport de la propreté, de la commo- 
dité et de l'élégance, les plus beaux rêves de l'imagi- 
nation. Les établissements agricoles ne sont pas moins 
parfaits dans leur genre. Les Icariens ne connaissent ni 
propriété, ni monnaies, ni ventes, ni achats; ils vivent 
en communauté de biens et de travaux. Cest la répu- 
liiique ou la communauté qui recueille les produits de 
la terre et de l'industrie, et qui les partage Cément 
entre les dtovens : elle les loge, les nourrit, les habille 
el les instruit. Le travail n'a, d'ailleurs, rien de ré- 
pugnant; des machines très -nombreuses dispensent 



l'homme de tout effort pénible, et, toutes les proressioni 
étant également estimées, chacun choisit la sienne lai- 
vant son goût. Le mariage est admis et renecté. Jusqu'à 
ce que, par l'efTet du pro^te des lumières, la promiscuité 
des sexes n'inspire plus de répugnance; comme il n'y a 
ni dots ni succôsions, les convenances personnelles pié- 
sident seules aux unions. Au point de vue politique, une 
assemblée de 2,000 membres, élue par le aulErage nni- 
versel, est investie de l'autorité législative pour tout ce 
qui concerne l'intérêt général; chaque province a aussi 
son assemblée particulière où l'on discute ses intér^ 
spéciaux, et, dans chaque commune, une assemblée pri- 
maire ezamine les questions d'intérêt local qui lui sont 
renvoyéea par l'assemblée génénle. Il y a un eaoécutoin 
national (pouvoir exécutif), et des eocéctUoires provta- 
ciaux et concr^tmotia?, dont les membres sont nonunés 
par le peuple. Aucun fonctionnaire ne reçoit de traite- 
ment. On n'a pas besoin de force publique, parce qu'en 
Icarie on ne voit ni partis politiques, ni complots, ni 
émeutes, ni violences, ni larcins. Le Journal national, 
les Journaux provinciaux et communaux ne contiennent 

Sie des procès-verbaux et des statistiques, toute discos- 
on leur étant interdite : la liberté de la presse est rem- 
placée par le droit de proposition dans les assemblées 
populaires. Toutes les religions sont tolérées: noals il est 
mterdit de parler de reli^on aux enfants avant qu'ils 
aient l'ftge de 16 ou 17 ana. Suivant le catéchisme icanen, 
Jésus-CSuist n'est qu'un homme, le premier de tous; les 
prêtres sont de simples prédicateurs de morale. On féli- 
cite ceux <|ui croient à un Paradis pour les Justes; quant 
à l'Enfer, il est inutile, parc* qu'il n'y a pas de méchants 
en Icarie. B. 

ICHNOGRAPHIB (du grec tcAnot, trace, et graphém, 
écrire), opération oui consiste à dessiner les contours 
oue forment des objets sur un plan. Ainsi, pour un édi- 
fice, le plan est la trace qu'il laisserait sur le sol s'il étidt 
rasé. 

ICONIQUES (Statues), statues que les Anciens éri- 
geaient aux athlètes qui avaient remporté trois victoires. 
Elles étaient l'image exacte de leurs formes et de leur 
caractère gymnastique. 

ICONOGRAPBIB (du grec éUsOn, image, et graphém, 
décrire), description des monuments de la statuaire an- 
tique et de celle du moyen âge, et, dans un sens plus 
restreint, description des images des personnages cé- 
lèbres, représentés par des statues, des bustes, des mé- 
dailles, des pierres gravées, des peintures, etc. Les 
principaux auteurs qui ont fidt des recueils iconogra- 
phiques sont : Ifazocchi, lUuitrium imagims, 1517, 
in-4**; Flavio Orsini, Illtutrium imaginés, Rome, 1509; 
Canini, iconografia, Rome, 1609, et Amst, 1731 ; fiel- 
lorio, Vettrum Uluttrium imagines, Rome, 1685; Vis- 
conti. Iconographie grscqùs^ Paris, 1811, 3 voL in-4^; 
Mongez, honografhù romaine, Paris, 1817-S6, 4 vol. ^. 
in-fol. ; Delpech, /coROi^ttipAts dês contemporains. Pans, 
1824, In-fol.; Didron, Iconographie chrétisnnê, 1844, 
in-4*r l*ebbé Grosnier, Iconoffraphk chrétimnê, Paris, 
1848, in-8«; Guénebault, DtetUmnairs iconographuius 
dês figurss, Ugsndês tt actss dss saints, 1846, gr. in-S", 

ICONOLATRIE (du grec ^tUpdii, fanage, et latrma, ado- 
ration), culte des images poussé Jusqu'à l'adoration, 
comme chez les païens. 

IGONOLOGIE (du grec éikân. image, et Ugéin, dire, 
expliquer), explication des emblèmes, des figures allégo- 
riques et de leurs attributs. Les auteurs qui ont entrepris 
ce genre de travail sont : J. Baudouin, Rscmil d^em* 
blêmes, Paris, 1688, 3 vol. in-8*; Lacombe de Presel, 
Dictionnaire tconologique, 1755 et 1770, in-12 ; J. Bou 
dard, Iconologie^de divers auteurs, Parme, 1750, 2 voL 
in-fol. t Gh. Delafosse, leonologie histonque. Paris, 
1768; Gaucher, leonologie, ou Traité complet des allé- 
gories, emblèmes, etc., Paris, 1706, 4 vol. in-12; Gravelof 
et Cochin , leonologie par figures, 1796; F. Pistrucd, 
Iconologia, Milan, 1821. 

ICONOSTASE (du nrec éikân, imsge, et stasis, pose), 
clôture du sanctuaire dans les églises anciennes. Elle était 
ainsi appelée, parce qu'on y exposait de saintes images 
à la vénération des fidèles. Dans les premiers temps de 
l'ère chrétienne, les sanctuaires étaient exhaussés de 

Suelques marches au-dessus de la nef, et fermés par une 
lèture ornée de colonnes, de mosaïques et de fîresquesi 
une ou trois portes y donnaient accès, et permettaient aux 
fidèles d'en apercevoir une partie. Plus tard, les Icono- 
stase furent remplacées par des tentures et des ^les, 
puis enfin portées à l'extrémité du chœur et transformées 
ou confondues avec les Jubés. Chez les chrétiens du rilg 



•:;•. 



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IDE 



}049 



IDE 



me, on donne fb nom à^Iconostases à des niches on ce<> 
mM qui renferment des images saintes, et qne Toile 
uniideaiia 

IGOSI-DRA€HME, monnaie d*or de 20 drachmes, créée 
en Grâce en 1833. Elle vatit 17 te. 90 c. 

IDÉAL» LMdée exprimée par ce mot est celle d*an mo- 
dèle parfait, d*un type de beauté qui n'existe pas dans la 
réalitt, et que TarUste imite en cherchant à régaler sans 
jamais y iMÛrvenir. Gicéron nous montre Phidias copiant 
an modèle intérieur pour faire sa Minerve ou son Jupt- 
ter (Hymfrien. Cest sur la théorie platonîdenne des idées 
<nie repose la doctrine de Tidéal. Selon Platon, Tesprit 
8 élève graduellement et par abstraction Jusqu'aux idées 
pores, modèles parfoits, tsrpes étemels comme Dieu en qui 
Ils résident. La beauté réalisée par Tartlste n'est qu'une 
imparfaite image de cette beauté parfaite, exempte de tout 
•Iha^. A cette théorie, qui repose sur le dogme de la ré- 
imtscenee ( V. ce mot), on en oppose une autre, consistant 

Eor l'esprit à prendre dans les objets de même nature 
I parties qui paraissent les plus belles, afin d'en former 
on font, qui derient ainsi le modèle idéal de l'artiste. 
Dans les deux cas, ce modèle n'est toujours qu'une idée 
àboaelle Fart cherche à donner une réalité; mais le se- 
eond procédé est empirique; le premier relève surtout de 
Il raison, le second de llmagination, et il peut conduire 
à confondre la fiction avec Vidéal. Toutefois celui-ci, 
((Qelle que soit l'ori^ne qu'on lui attribue, est le ratio- 
ialisme dans Tart; il est opposé à cette doctrine qui ne 
dôme d'autre mission à l'artiste que de copier grossière- 
ment la nature, et oui est aujourd'hui le réeUisme. V, 
Abt, Bcaiix-Abts, Reausve. R. 

IDÉALISME, système qui a Joué un grand rôle dans la 
philosophie, surtout depuis un siècle. Bans son sens le 
pins Tulgaire, ce n'est ou'une exagération du Spiritua- 
lisme; c'est Vimmatérialisme, puisqu'il prétend que les 
sbjets matériels n'existent pas. Tel est l'idéalisme de Ber- 
keley. Kant, par une analyse profonde de l'entendement, 
arriva à un iaécUisme transcmdantal, qai diffère du prê- 
chent en ce qu*il ne nie pas l'existence des objets; mais 
en même temps il soutient que ces objets ne nous appa- 
raissent pas tels qu'ils sont en soi, mais selon les formes 
de notre sensibilité et de notre entendement. De là sortit 
Tidielisme objectif de Schellins et Vidéalisme abeotu de 
Hegel; dans ce dernier, l'idée confondue avec l'être 
constitue l'esseace même des choses. Dans l'antiquité, 
les Éléates andent ouvert la voîe à cet idéalisme outré , 
qni conduit au panthéisme. D y a un idéalisme moins 
eiuéré, qui fait encore bien grande la part de la ndson, 
nob qui ne méconnaît pas entièrement les droits des 
KDs. Il est basé sur la théorie platonicienne des idées, 
Platon supposant que la yéritable réalité n'est que l'idée 
temelle r^MMant au sein de l'absolu. A cette doctrine se 
rattachent, à des degrés différents, Desoirtes, Male- 
bnnche, Boesaet, Fénelon, Leibniz. R. 

IDÉE. L*idée ne peut pas être définie; c^est un fait 
tfanple de rîntelligrâce, la rue isolée d'un objet; elle se 
distingue par là du jugement^ qui contient l'affirmation. 
Les idées se classent t 1* d'après leurs objets, en idée» 
de modest litres et de rapports; S* selon qu'dles se 
rapnortent à des objets réels, en idées concrètes, indivi" 
émles, rdaiives, contingentes, et en idées nécessaires et 
absolues; toutes ces sortes d'idées donnent lieu à la 
question d'origine; celles à objets non réels sont les 
me abstraites, générales et fictives; elles donnent lieu 
à rechercher, non leur origine, mais leur formation; 
3* sa point de Tue de la qualité, elles sont vraies, exactes, 
précises, claires, distinctes, ou fausses, tneacactes, va- 
oves, cbscures^ confuses, 4* au point de rue logique, on 
les <fistingae en idées simples, complexes, composées, 
coOeetioes. Descartes les divisait toutes en idées adven- 
tiots, facHcet et innées, les premières acquises par l'ex- 
périttce, les secondes par le travail de llmaginadon : 
qnant aux idées innées, ce sont celles qui sont naturelle- 
ment dans l'esprit et que la raison conçoit. La question de 
formation pour certidnes idées ne donne Heu à aucune 
difficulté, c^est un fait libre de l'intelligence : il n'en est 
pas de même de la question d'origine; c'est par la na- 
ture des idées qu'on peut la résoudre. Les idées tmfi- 
viduelles et contingentes (sensibles) viennent des sens 
ea de la conscience ; les idées nécessaires et (ù)solues 
{nUdUctuelUs ou morales) sont des conceptions de la 
Taison, ce sont les idées de Platon {V, InéAt), et celles 
<pt Descartes appelle innées. Les atmbuer toutes, sans 
distiLction, à rexpérienoe, c'est nier les idées néces' 
moires de cause, de temps, d'espace, etc. '; c'est rayer la 
laisso da nombre des facultés Intellectaellet. Cette 



erreur des sensualtstes vient de ce qu'on est porté à 
confondre les idées qu'on obtient au début de la eon» 
naissance avec celles qu'on obtient ensuite à l'occasion 
des premières. L'erreur contraire, en rapportant tout 
à U raison • conduit à Vidéalisme. Pour être dans le 
vrai, il faut reconnaître : 1*> que les sens nous don- 
nent la connaissance des phénomènes du monde exte» 
rieur physique; 2* que la coiMCtefics nous donne la con- 
naissance des faits du monde intérieur, ou du moi; 
3^ uue la raison nous fait concevoir la réalité substan- 
tielle du monde physique, et la réalité substantielle du 
mot; 4» que la même raison nous révèle immédiatement, 
hors de nous, une autre réalité objectioe, un eon-mof 
immatériel dont le caractère est absolu ^ nécessaire, et 
qvA nous apparaît comme la condition du monde pky^ 
siaue et du mot; en un mot. Dieu. R. 

IDÉES (Association des). V. AssocrATioir. 

u>ÉB»-iMAGBs (Théorie des), théorie philosophique dans 
laquelle les idées sont considérées, suivant le sens éty« 
mologique de leur nom (en grec éidos^t idéa, forme, 
image), conmie de véritables imaffes des objets, et comme 
étant elles-mêmes l'objet immédiat auquel l'esprit s'ap- 
plique dans le phénomtoe de la perception.' La théorie 
des Idées-images, on, comme l'on dit encore, des Idées 
représentatives, semble avoir eu pour orij^e l'impossi- 
bilité de donner une explication posititive de la percep- 
tion ; mais, en substituant la perception de l'idée à ceue 
de la chose même, on ne faisait que déplacer la difficulté, 
si même on ne la compliquait. Cest dans la philosophie 
atomistique qu'il semble avoir été fedt pour U première 
fois mention des idées. Démocrite supposait que ce que 
nous appelons la perception est produit par certaines 
émanations des corps, qui pénètrent Jusqu'à l'&me et 
viennent s'y imprimer, en passant par les organes des 
sens. Ces émanations ou effluves sont des figures sem- 
bhibles aux corps dont elles se détachent. Telle fut aussi 
la doctrine d'Épicure; Lucrèce, qui nous l'a transmise, 
donne aux émanations les noms de vestigia, simulacra 
(traces, images), et enseigne expressément que c'est ainsi 
que nous connaissons non -seulement les formes, mais 
les odeurs, les saveurs, les sons, en un mot toutes les 
propriétés des corps. Telle est la théorie des Idées-images 
sous sa forme la plus naïve, la plus grossière sans doute, 
mais la plus intelligible encore et la moins illogique* 
Car, quelques objecuons oue soulèvent toutes les parties 
du système, à ne le prendre que dans son principe, on 
comprend Jusqu'à un certain point que des images ma» 
térielles fiissent impression sur une ftme matérielle, foiw 
mée, comme tout le reste, d'atomes agr^^ liais que 
penser de l'inconséauence des philosophes qid reconnais- 
sent la spiritualité de l'àme et conaervent néanmoins l'hy* 
pothèse des Idées-images? Aristote, ses disciples, presque 
toute la philosophie scolastique, Locke enfin, ont mérité 
ce reproche. Le premier pensait que Time ne reçoit la 
notion des objets extérieurs eue par un intermédiaire, 
celui-là même qu'il appelle formes ou idées seeuibles • 
« Le sens, dit-il, est ce qui est capable de recevoir ces 
idées sans en recevoir U matière. » Bt tons les efforts de 
l'école tendent effectivement à expliquer comment les 
idées se spiritualisent, pour ainsi dire, en passant da 
dehors au dedans. On peut prendre une notion som- 
maire, mais assez exacte, des artifices et des subtilités 
de pensée et de langage auxquelles le pâripatétisme a en 
recours pour atteindre oe but, en lisant le cbapitre qoe 
Halebranche (Recherche de la vérité, 1. m, n^ parue, 
ch. 2) a consacré à la critique de ce système. Quel qu'il 
en soit, les doctrines d'Aristote, transportées presque de 
toutes pièces dans la scolastique, y perpétuèrent la tra- 
dition des Idées-images, sous le nom d* Espèces (F. Bs- 
ptee); et, malgré les rares protestations de quelques 
esprits plus indépendants, tels que Duns Scot, qui trou- 
vait avec raison que l'idée ainsi comprise n'est qu'un 
embajus de plus, on continua de croire et d'enseigner 
que la perception des objets n'est possible que par rin- 
termédiaire des idées, et que celles-ci sont les images 
des choses. La phUosophle cartésienne finit, il est vni, 
par entendre les idées dans un tout autre sens; mais 
Locke conserva l'ancienne théorie : « Il est évident, dit- 
« il, que l'esprit ne connaît pas les choses immédiate- 
« ment, mais seulement par l'intermédiaire des idées 
« qu'il en s, et, par conséquent, notre connaissance n'est 
« vraie qu'autant qu'il y a de la conformité entre nos 
« idées et leurs objets. » Or, ou ces paroles ne signifient 
rien, ou l'idée ne peut être conforme à l'objet qirautant 

Îu'elle en est la copie, c-à-d. l'image ; et id se repro- 
uisent avec toute leur force les objections qu'on aurait 



lUE 



1050 



IGK 



pn également élever contre les itnwlaera des Êpienxiens, 
contre les formes ou idées péripatéticiennes, et contre les 
MpécM scolâstiqnes. Si Timage est matérielle, en qnoi la 
perception de cette matière est-elle plus explicable que 
celle de la matière des corps eux-mêmes? Et que ùàtron 
antre chose que de doubler la difficulté ou de la dépla- 
cer? En ontre, comment concevoir ces images circulant à 
travers Tespace, s^ croisant, 8*y heurtant, ces milliers 
d'images semblables ou différentes, émises simultané- 
ment par un objet oue perçoivent des milliers de specta- 
teurs? Et si, avec beaucoup de bonne volonté, on peut 
admettre un instant que les images des choses visibles 
ftosent impression sur une Ame matérielle, à la façon du 
cachet sur la cire, que sera-ce lorsqull s'agira des images 
du son, de la résistance, etc., et de l'impression faite 
par ces images matérielles sur une Ame immatérielle? 
Buppose-t-on des images immatérielles? Ce sont d'autres 
contradictions : que peut-on entendre par des images im- 
matérielles de la matière? Gomment procèdent-elles des 
corps, et comment agissentr-elles sur T&me? Enfin, de 
quelque côté qu'on prenne la théorie des Idées-images, 
quelques modifications qu'on lui fasse subir, elle aboutit 
toujours à un ensemble de résultats absurdes, dont le 
plna curieux peut-être est celui aue Berkeley et Hume 
ont très-logiquement déduit de la doctrine de Locke, sa- 
voir, que les corps n*existent pas, ou, ce qui revient au 
même pour nous, que nous ne savons absolument rien 
de leur existence, puisque, oe les connaissant que par les 
idées et n'ayant aucun moyen de comparer celles-ci à 
leurs prétendus originaux, nous ne savons, à proprement 
parler, ni si elles leur ressemblent, ni si ces originaux 
existent réellement. Ainsi, le scepticisme le plus complet, 
ou, si l'on se décide résolument pour la négative, le ni* 
hilisme, telle est la conséquence forcée du système des 
Idées-images. B — b. 

IDENTITÉ (du latin idem, le même), propriété qui ne 
peut appartenir qu*à la substance et jamais au pnéno- 
mène. Par elle un être est toujours et invariablement le 
même, mais elle ne peut pas être attribuée inctifférem- 
ment à toute espèce aêtres. Dans les corps inorganiques 
l'identité n'est qu'apparente, parce que les molécules ma- 
térielles dont ils se composent sont soumises au change- 
ment. Chez les êtres vivants, la partie matérielle, se 
renouvelant sans cesse, ne comporte pas l'identité; celle- 
ci ne consiste pour eux que dans la persistance du type 
de chaque espèce; elle dépend par conséquent de la con- 
tinuité dans l'ordre et dans le mouvement. iMais la véri- 
table identité n'est pas encore là; elle ne peut se trouver 
que dans un être un et simple, comme l'&me. L'identité 
est donc l'unité continue de l'être qui n'éprouve aucune 
altération dans sa substance, dans un être spirituel qui 
pense, qui veut, et qui à toutes les époques de sa vie peut 
se retrouver tel qu'il était antérieurement. Une telle iden- 
tité, qui est celle du mot, est prouvée par la conscience 
et la mémoire ; elle est une garantie de la responsabi- 
lité morale, et, par suite, de l'immortalité de notre &me 
(V, Amm\. -— On donne quelquefois le nom de Principe 
tidentiii au principe ae contradiction {V,ce mot), — 
La doctrine de Videntité absolue est le svstème de Schel- 
Ung, qui regarde comme absolument identiques le sv^et 
et l'objet, le moi et le nota-mot, tous les êtres étant con- 
fondus en un seul être unique, répandu partout, dans 
l'espace et dans le temps, étranger à lui-même, et s'agi« 
tant sans cesse dans une évolution indéfinie. 
• L'identité se constate, dans les affaires civiles d'un 
murticulier, par la production des actes de l'état civil, ou, 
a défaut, d'un acte de notoriété. Celle d'un fonctionnaire 
public dont on invoque un acte dans un lieu étranger à 
ion ressort, se prouve par U légalisation de sa signature. 
La personne qui demande un passe-port doit , al elle 
n'est pas connue de celui qui le délivre, ou si elle ne 
produit un autre passe-port non encore périmé, faire 
attester son identité par aeux témoins devant le commis* 
■aire de nolice. V. InnivmoALrriL R. 

IDÉOGRAPHIQUE (Écriture). V. ÉcairuEB. 

IDÉOLOGIE (du grec idea, idée, et logos, étude), nom 
que prit le oondillacisme à la fin du xvni* siècle. Con* 
dillac avait particulièrement porté ion attention sur deux 
points : l'origine de nos connaissances, et la puissance des 
signes. L'idéologie s'attacha à ces deux points presque 
exclusivement, en traitant de l'analjrse de l'entendement 
et de l'origine du langage, y compris quelques vues re- 
marquables sur la grammaire générale. Garât, enseignant 
f idéologie à l'École normale, était professeur d'onâyia. 
Cette Mialyse n'était autre que celle de la sensation, re- 
gardée comme la source de toutea nos idées, an mord I 



comme an physiqne. La science de fAme était réduite à 
n*être qu'une partie de celle dn corps, et la peycbologie 
une branche de la physiologie. Le développcânent oom* 
plet de l'esprit humain devant sortir de la même sonroe, 
Destutt de Tracy, à la suite de Condillac, fait venir la 
parole du gloussement, du cri animal. Ce point de départ 
admis. Il développe avec un grand talent d'analyse *a 
manière dont les langues ont dû se former, et per- 
sonne n'a précisé avec plus de netteté le rèle des parties 
du discours. L'association des idées, dans ses rapports 
avec les signes, occupe aussi une grande place dam 
Vidéologie, La morale nSpond entièrement à son principe. 
L'unique but de l'homme est de se conserver; le bien, 
c'est ce qui conserve et perfectionne l'organisme; le mal, 
ce qui le détériore ou le détruit. Volney, dans son Coté" 
chisme de la loi nahirelle^ développe cette morale, qui 
n'est qu'un affligeant égoîsme. 

Outre les idéologues dont les noms précèdent, il y en 
eut d'autres également recommandables par leur carac- 
tère et leur talent ; tels furent Cabanis, Chénier, Daunou, 
Ginguené. Ils firent pour la plupart une opposition au 
gouvernement d'alors, ce qui leur attira l'antipathie 
et les saroasmes de l'empereur Napoléon I*', antipa» 
thie qui alla jusqu'à lui faire supprimer l'Académie des 
Sciences mondes et politiques, qu'il regardait comme le 
foyer de Vidéologie. Elle vé<»it encore <{uel^e temps 
dans la petite société d'Auteuil, pour mounr bientôt mo- 
difiée et ensuite abandonnée iMr Laromiguière, Degé- 
rando, et Maine de Biran. R. 

IDIOME (du grec idtdma, chose propre, particularité). 
Appliqué aux langues, ce mot désigne une langue propre 
à une nation, et, par extension, le langage particulier à 
une province. F. Langub, Dialecte, Patois. P. 

IDIOTISME (du grec idios, propre, particulier), mot 
qui signifie proprement « locution particulière A une lan- 
gue. » L'idiotisme consiste, soit dans l'ompioi des mots, 
comme en français aller, se porter, dans le sens de être 
dans tel ou tel état de santé ; soit dans la manière de les 
arranger, comme : si j'étais que de txms, construction 
oui n'est conforme aux règles d'aucune langue, mais <|ue 
1 usage a consacrée dans la nôtre. Lorsqu'on veut distin- 
guer les idiotismes propres à une langue en particulier, 
on leur donne un nom analogue A celui de cette langue: 
les idiotismes de la langue française s'appellent galli^ 
cismes , ceux du grec Mllénismes , ceux du latin lati- 
nismes, ceux de l'anglais anglicismes, ceux de rallemaod 
germanismes, etc... P. 

IDOLATRIE (du grec éidôlon, efligie, image, et latréia, 
adoration ), culte des idoles ou images de la Divinité 
prises pour la Divinité elle-même. Le fétichisme , le sa- 
Déisme , le polythéisme, sont des formes de TidolAtrie. 

IDYLLE (du grec eidullion, diminutif de eidos, petite 
pièce, morceau détaché). Ce mot, chez les Anciens, s'ap- 
pliquait A tous les petits poème» dont le si^et était une 
description, un tableau. Ainsi Théocrite a donné le nom 
d'idylles A ses poèmes, qui roulent les uns sur des sujets 
champêtres, les autres sur des sujets erotiques, ou dra- 
matiques, ou même épiques , etc. Ausone a fait de même 
pour ses poésies détachées, où l'on trouve des vers sur 
la PAque, un éloge funèbre de son père, une description 
de sa petite campagne, etc. — Chez les modernes, l'idyUe 
est une variété du gente pastoral. Elle diffère de l'églogne 
en ce qu'elle est «toHJours un récit ou une description, 
qu'elle ne prend point la forme du dialogue, et qu'elle est 
moins animée. V. Églogob, Pastorale (Poésie). P. 

IF, petit échafaudage de forme pyramidale, destiné à 
recevoir des lampions pour les illuminations. 

IGEL (Monument romain d'), dans la Prusse rhénane, 
près de Trêves. C'est une sorte de tour carrée de près de 
5 met. de côté, haute de U met, terminée dans sa partie 
supérieure en pyramide, et surmontée d'un globe ter- 
restre sur lequel un aigle semble prendre son essor. 
Quelques savants lui attribuent un caractère et une des- 
tination funéraires; d'autres supposent qu*il fut élevé 
pour célébrer, soit la naissance de Caligula, soit le ma- 
riage de Constance Chlore avec Hélène. Cette dernière 
conjecture expliquerait un bas-relief de ce monument^ 
représentant un homme et une femme se donnant la 
main : on y remarque aussi un repas de famille, des at- 
tributs de commerce, un berger PAris, des scènes de 
danse et de jeu. Une inscription fruste semble indiquer 

Sue la tour fut élevée A la mémoire du marchand Seôin- 
Inus Secorus, fondateur d'Igel. 
IGNORANCE DU SUJET, Ignoratio eIsncAt, sophisme 
qui consiste A s'écsrter du sujet , A prouver autre chose 
que ce qui est en question ou ce que personDS ns cou* 



ILI 



lOSl 



ILI 



teste, à prêter à Tadvenaire dm opinion qni n*e8t i»s la 
■tenue. Ce sophisme est le vice habitael des discussions: 
pva l^éfiter, il faut s'attacher an point précis de la qnes- 
neo, bien définir le sujet, et fixer le sens des termes. 
Dsns YHoracê (acte, iv, se. 2 ) de Corneille, il y a igno- 
nmùB d^ tuiet^ et, par suite, méprise, entre le vieil Ho- 
iKe, qui croit que son fils a fui par peur devant les 
Curiaces, et Valère, qui ne parle que d*une fuite simulée 
pour mieux assurer la victoire. L'argumentation de J.-J. 
Rousseau contre Molière, dans sa Lettre sur lerspêctade», 
repose sur un sophisme du même genre. 

IHRÂM, manteau de pénitence dont se couvre le pè- 
lerin musulman en approchant de la Mecque. 11 est com- 
posé de deux pièces de laine blanches, sans coutures. 

ILDEFONSB (Château de Saint-). V. Graiua (U). 

ILIADE, Tune des deux grandes épopées grecques, 
psTTenues Jusqu'à nous sous le nom d'Homère. Selon 
Hérodote, aie a dû être composée 400 ans avant cet his- 
torien, c-j^. au DL* ou au x* siècle av. J.-C; les faits 
qu'elle raconte appartiennent au xu* ou an xiii*, de 
lorte qu'entre ces faits et le pofime il s'est écoulé plu- 
sieurs siècles : mais, comme, dans les temps antérieurs à 
rhistoire, la civilisation ne se transforme que lentement, 
on peut regarder Vfliade comme une peinture des moeurs 
des temps héroiques en ^néral, et, à ce titre, c'est une 
eeovre précieuse a consulter quand on veut refaire l'hie- 
toire des dges primitifs de la Grèce. Toutefois, dans l'in- 
tervalle de temps qui s'est écoulé entre l'/ltode et 
YOdysséêf les usages, les idées, les croyances ont subi 
des diangements assez considénd>les, pour que la plupart 
des savants aient cessé d'attribuer ces deux épopées k un 
même poète, et se soient rangés à l'opinion antique des 
ChorizotUes (V, ce fnot)^ qui reconnaissaient deux Ho- 
mères. Quant à V Iliade elle-même, l'étude des œuvres du 
même genre produites d'une manière originale et sans 
modèles antérieurs par d'autres nations, soit en Occi- 
dent, soit surtout dans llnde, a montré la façon dont 
elle a dû être composée par son auteur. On sait par Ho- 
mère lui-même qu'au temps de la guerre de Troie, et 
SQssi dans les siècles qui suivirent, les actions célèbres 
des guerriers, les histoires divines, les traditions, étaient 
chantées dans les réunions des hommes par des aèdes ou 
improvisateurs, qui accompaf^iaient leurs récits du son 
continu et peu varié d'un instrument ( V, Aànss) ; on a 
£ea de croire aussi que les Grecs de ces temps anciens 
ne pratiqutdent pas encore l'écriture : c'est donc le 
rhythme et la mesure qui soutenaient la mémoire des 
sèdes ^ perpétuaient le souvenir de leurs chants. 11 se 
forma, dans la Grèce asiatique et dans les lies, de véri- 
tables écoles d'aèdes, dont l'unique occupation fut de 
répéter les chants de leurs maîtres et d'y ajouter leurs 
propres rédts. Homère fut le plus célèbre d'entre eux. 
Les clumtres épiques des temps postérieurs se rattachèrent 
à loi , complétant son œuvre, y mêlèrent des récits qui 
forent répétés comme des fragments du maître, et for- 
mèrent idnsi la génération des rapsodes hùmérides; il 
eo existait encore au temps de Platon, et probablement 
longtemps après lui. On ne peut guère douter que, lors- 
que Solon entreprit de réunir en un corps les œuvres 
d'Homère, il n'ait rassemblé à la fois des firâgments écrits 
et de simples chants récités. Le travail de Pisistrate, 
Deaucoup plus complet, fit regarder cet homme politique 
comme le y^tabie restaurateur d'Homère; en effet, 
Ttsuvre des Diascéoastes (V. ce mot) ou arrangeurs ne 
fut pas une simple compilation, mais l'unification de 
morceaux dispersés et souvent incohérents, dont il leur 
Mut rejeter un grand nombre. Les éditeurs qui vinrent 
après continuèrent le travail de Pisistrate; l'édition de la 
Cassette, composée par Aiistote pour Alexandre, prépara 
le minutieux et savant examen des critiques d'Alexan- 
drie. C'est après ces remaniements successifs crue fut 
enfin arrêtée la forme sous laquelle Vlliade et VOdyssie 
sont parvenues jusqu'à nous. 

L'unité de VlUade est-^le l'œuvre de Solon el de Pisis- 
trtte, ou bien »-t-elle été conçue par Homère lui-même? 
Le grand événement historique raconté dans les poèmes 
i'HomèrB suffit à donner à une épopée son unité de com- 
position; Tunité épique est en elle-même une chose 
ligne, et ns constitue qu'un cadre, dont la grandeur 
peut s'étenÂre ou te rétrécir à volonté, et où viennent se 
plieer, sans fin et sans difficulté, des épisodes plus ou 
moins dépendants du sujet principal et au milieu des- 
quels œ sujet se développe sans se perdre. Tel est le 
plan de VOdyssée; tel est même celui de l'/ltode, et, en 
iênénd, de tons les poèmes épiques, anciens et mo- 
dines. On doit observer que riltods n'a point pour sH|«t 



la guerre de Troie, mais la colère d'Achille, e.«4-d« idi 
accès de passion humaine, dont on suit la naissance, le 
développement, les effets et la terminaison; c'est là une 
unité toute morale, et dont la conception ne peut appar- 
tenir qu'à un seul homme. On ne peut donc ôter à Ho- 
mère que des fragments plus ou moins secondaires, inter- 
calés par des rapsodes. — Un nombre très -grand de 
personnages paraissent dans VHiad», hommes, femmes, 
déesses et dieux. Leurs caractères lèvent certainement 
établis par la tradition longtemps avant Homère; ils loi 
étaient donnés tout tracés. Mais il restait à les mettre en 
œuvre et à les conserver semblables à eux-mêmes pen- 
dant toute la durée d'un grand poème. Cette unité mo- 
rale et poétique des caractères dans Vlliad» prouve encore 
qu'un seul homme est l'auteur du poëme. 

Voici en abrégé le contenu de VHiade. Une querelle 
s'élève entre Achille et Agamemnon au sulet de la cm- 
tive Chryséis. Achille invoque Jupiter, qm se range ou 
côté du héros. Agamemnon aveuglé livre, en l'absence 
d'Achille, le combat aux Troyens : mais dès ce moment 
les Grecs, auparavant victorieux , sont repoussés par de- 
grés loin de Troie, et ramenés Jusque dans leur camp. Ils 
comprennent que la retraite d'Achille est la cause de 
leurs maux : une députation lui est envoyée ; Achille est 
inexorable. Le combat reprend ; Hector et les lYoyens 
emportent le camp des Grecs, qui abandonnent la terre 
de Troade et se renferment sur leurs vaisseaux. Après 
diverses péripéties de la lutte, dont Adiille est instruit 
par Patrocle, son ami, celui-ci obtient d'aller combattre ? 
il est tué par Hector, et sa mort amène le dénoûment. 
Achille s'enflamme du feu de la vengeance, oublie son 
ressentiment contre Agamemnon et les Grecs, court au 
combat, met les Troyens en déroute, et tue Hector. Les 
funérailles de Patrocle, la scène attendrissante où le 
vieux roi Priam vient redemander le corps de son fils et 
baiser la main qui l'a tué, enfin les funérailles d'Hector et 
les lamentations des femmes, terminent de la fa^n la 
plus grandiose cette épopée d'une composition si simple 
ot d'une si parfaite unité. — Des épisodes de toute lon- 
gueur et en nombre infini peuvent se loger dans ce 
cadre; il y en a beaucoup dans V Iliade : mais leur 
nombre et leurs proportions ont été calculés, soit par 
le poète, soit par ceux qui , aux temps de Solon et de 
Pisistrate, ont édité le poème, de façon à ne pas nuire à 
l'ensemble et à l'intérêu Cette conception de l'harmonie 
et des proportions des parties et du tout n'a rien qui 
doive nous surprendre , car elle est un des caractères 
propres du génie grec à toutes les époques de son histoire. 

V Iliade a Joué un grand rôle dans le développement de 
la littérature ancienne et moderne. Comme elle renfer- 
mait les légendes d'un grand nombre de dieux, de héros 
et de peuples, qui intéressaient le monde grec, elle a été 
pour les siècles postérieurs une sorte de trâor où presque 
tous les auteurs grecs ont puisé. Non-seulement elle s 
été répétée par fragmente dans toute la Grèce par le^ 
rapsodes, et cela pendant plusieurs siècles , fournissant 
ainsi à la poésie populaire comme aux hommes lettrés 
la matière de leurs chants, mais elle a été un modèle 
d'après lequel d'autres poètes épiques chantèrent à leur 
tour les héros de cette guerre de Troie, dont Homère 
n'avait pris qu'un court épisode (F. Grecque — Littéra» 
ture). Les épiques modernes ont eu pour guide Virgile, 
et, par Virgile, Homère. En dehors de l'épopée, V Iliade a 
fourni des matériaux à presque toute la poésie grecque : 
les faits qu'elle raconte souvent en un court résumé, re- 
pris par le drame ou chantés sur la lyre, ont reçu sous 
ces formes nouvelles un plus grand développement. Les 
dieux ont été acceptés parles poètes des siècles suivants, 
tels que VIliade les avait dépeints ; seulement leur ca- 
ractère et leurs actions ont reçu les lentes modifications 
qu'une civilisation plus avancée devait leur faire subir. 
De la Grèce, ces dieux ont passé dans la poésie latine ; ils 
sont dans Virgile à peu près ce qu'ils sont dans Homère; 
et enfin, d'Homère et de Virgile, ils sont venus Jusqu'à 
nous, ayant presque perdu leur signification çymbolique, 
mais aytpst encore leur figure et leurs attributs. Nous en 
dirons autant des héros et des scènes de VIliade : n'ont- 
ils pas rempli la poésie ancienne et moderne! Enfin les 
arts du dessin ont puisé sans relâche à cette source iné- 
puisable : non-seulement les sculpteurs et les peintres 
grecs cherchèrent là leurs inspirations, et en tirèrent un 
grand nombre d'œuvres adtnirables, mids les artistes 
modernes, nos écoles de peinture et de sculpture, ne 
trouvent nulle part idUeurs de sujets plus élevés ou plua 
pathétiques. On pent donc dire que, de toutes les œuvres 
de poésie, il n'en est ancone qui ait une importanoe "^^'^ 



ILL 



I0S2 



ILL 



Murable à Vlluidê, dans rbistoire des lettres et des arts 
de rOcddenu F. It Wood, On Uis origifuU Gmiw ofB<H 
«MT, 1769; Wolf, ProlegomênaadHomerumfil^iPajo» 
Knigfat, Nouoeaux ProUgomena ad Bamerwn, 1814; 
Doffu-Hontbel, Histoire dis poésies homériques. En . B. 

lUAQUE (Table), bas-relief ea slac, découvert au 
xvn* siècle dans les mines d'un temple sur la voie Ap- 
pienne, et ainsi appelé parce qu*on y voit représentés les 
principîaux sc^ets de la guerre d*llion ou Troie. Les pas- 
sages des poètes dont les si\]ets ont été tirés sont gravés 
en deux colonnes qui divisent la Table en trois grandes 
parties. On suppose que ce monument servait aux gram- 
mairiens pour mieux faire comprendre aux Jeunes gens 
les événements racontés par Homère. La table Iliaque est 
conservée à Rome, au Capitole. 

ILLAPS , en termes de Théologie, celui qui se trouve 
dans une sorte d*extase contemplative. 

ILLINOIS (Idiome). V. Miami. 

ILLUHINATIONS. V. ce mot dans notre Dictiomnatre 
d$ Biographie et d* Histoire, 

ILLUMÔnSME, sorte de mysticisme vulgaire, dont le 
caractère essentiel est, chez les adeptes, la prétention de 
s*élever à la connaissance du surnaturel , surtout en ma- 
tière religieuse. D'après son principe, énoncé par Swen- 
denborp, que TEntendement est le réceptacle de la lumière, 
ruinminisme doit mettre rhonune en communication 
avec le monde spirituel, en commerce avec les esprits, et 
lui découvrir les mystères les plus obscurs. C'est moins 
une doctrine qu*un état de Tàme contagieux et suscep- 
tible de revêtir des formes différentes. U tient à la théur- 
gie chez les derniers Alexandrins , au gnosticisme dans 
les premiers siècles de Tère chrétienne ; comme le gnos- 
tique, ruiuminé ne contemple pas ce qu*il voit, mius ce 
qu'il ne voit pas. Aux xui* et ziv* riècles, les sectes qui 
se rattachent au Joachimisme s'en rapprochent plut ou 
moins. En Allemagne, les Beg^urds donnent au ioachi- 
misme une teinte métaphysique qui annonce l'illumi- 
nisme de Jacob Bœhm. Celui -ci devint un des plus 
célèbres représentants de la secte : son ignorance le ren- 
dait plus propre à recevoir la lumière d'en haut, et ce ne 
fut qu*a|>rès trois visions qu'il prit la plume. Avec lui 
Tilluminisme devint un obscur système de métaphysique 
et de panthéisme. La secte des Rose-Croix le plaça sur 
le terrain de la chimie, ou plutèt de l'alchimie, en pré- 
tendant découvrir les mvstëres de la nature. Dans les 
nombreux écrits du Suédois Svedenborg, rilluminisme 
embrasse l'univers entier, le ciel, la terre et même l'en- 
fer (K. ZHi Ciel et de.VEnfer, Londres, 1788, in-4*; Des 
terres australes el ptatnétaires , et de leurs habita$Us, 
Londres, 1758 ). Vers 1754, Uartines Pasqualis affilia l'ii- 
luminisme à quelques loges maçonniques, et lui donna 
on caractère cababstique, prétendant à des manifesta- 
tions visibles au moyen d'évocations théufgiques. Saint- 
IfarUn, initié par Martinez, renonça à cette foUe pour 
l'enfermer dans la théosophie pure. L*illuminisme de 
Saint-Martin se montra chez guelquea personnages de la 
Révolution, et ce philosophe inconnu fut enveloppé dans 
les poursuites dirigées contre Catherine Théot, Dom Gerle 
et plusieurs autres. Mais le véritable illuminisme poli- 
tique, au xviit* siècle, remonte au Bavarois Weishanpl , 
oui le répandit par toute l'Allemagne et même en France ; 
il no se proposait rien moins que l'abolition de la pro- 
priété , de l'autorité sociale et de la nationalité ; il aspi- 
rait à faire du ^nre humain une seule et heureuse famille, 
arrivant ainsi aux rêveries d'un utopisme extravagant. 
F. Illumdiés, dans notre Di^ionnaire de Biographie et 
SBistoire, R« 

ILLUSION, erreur des sens qui nous fait percevoir les 
objets autrement qu'ils ne sont en effet, ou oui nous fait 

Ï»rendre l'image, c-à-d. les apparences de l'objet, pour 
a réalité. Cette dernière sorte d'illusion est partioulière- 
ment celle que peuvent produire les œuvres dramatiques 
et les œuvres de la peihture. Selon la remarque de Mar- 
montel, l'illusion, dans la tragédie, ne peut pas être 
complète, parce qu'il nous est impossible de faire abs- 
traction du lieu réel de la représenution , des invrai- 
semblances forcées du spectacle qui se déroule sous nos 
yeux, du jugement oue nous portons et sur l'csuvre sou* 
mise à notre apprédation et sur les scteurs qui en sont 
les interprètes. L'illusion ne doit même pas être com- 

Slète, car alors elle serait révoltante et péniblement 
oulonreuse; il faut qu'une réflexion tadte nous aver- 
tisse, par exemple, que le meurtre de Camille ou de 
Zaïre, les convulsions d'Inès empoisonnée, ne sont que 
des fictions, et modère par là l'impression de la terrour 
et de la pitié. Dans le comique, rien ne répugne à une 



pleine illusion, et limpresdon du ridicule n% pas besoin 
d'être tempérée comme celle du pathétique : toutefois* 
des pièces comme le Misanthrope ou l'Avare sont, dans 
les détsils et dans l'ensemble, dans le caractère et dans 
l'intrigue, des compositions plus achevées qu'on n'en 
peut voir dans la nature; et l'illusion théâtrale, si elle 
était complète , empêcherait de voir cette perfection «ui 
décèle un art suprême, et dont le sentiment est un des 
plaisirs du spectacle. — L'illusion semble aux esprits 
grossiers le principal ou même l'unique but de la pein- 
ture. Mais l'imitation exacte de l'objet, U reproduction 
identique des appsrences est fort loin d'être la perfection 
de l'ait, soit <|ue l'on considère dans une œuvre la diffi- 
culté d'exécution, ou les effets qu'elle produit. Que l'on 
cite les raisins de Zeuris, becquetés ]Nur les oiseaux, et 
le rideau de Parrfaasius, qui trompa Zeuxis lui-même : 
cela prouve le peu de fondement de certaines admira- 
tions, et la dispontion qu'on a eue de tout temps à s'en- 
thousiaamer pour les puérilités de Part Qui né sait à 

aaels leurres grossiers les animaux se laissent prendre ? 
n'est point de grissille, point de peinture de décor 
quelque peu soifpée, qui ne fssse illusion, même aux 
gens les mieux instruits des procédés et des effets de 
l'art. D'un autre côté, cette imitation exacte d'où résulte 
l'illusion des sens, par cela seul qu'elle exdut le beau 
idéal et tout idéal, ne saurait exercer sur l'esprit qu'un 
charme très-borné. Si une symphonie oui imite un orage 
était prise pour un orage véritable, elle n'exciterait au- 
cune admiration pour le musicien et pourrait même faire 
naître un sentiment désagréable; si, dans un passage de 
musique qui imite le brait de marteaux tombant sur 
l'enclume , l'illusion était telle qu'on crût entendre de 
véritables manteaux, on ne s'aviserait pas d'applaudir, et 
l'on éprouverait tout aussi peu de plaisir que lorsqu'on 
passe devant l'atelier d'un forgeron. De même, en pein- 
ture, quelle femme soutiendrait le spectacle du massacre 
des Innocents, si le tableau lui causait une entière illu- 
sion ? Quel homme verrait sans horreur Judith tenant 
la tête sanglante d'Holopherne? Si l'imitation pouvait et 
devait être portée jusqu'à l'illusion complète, on firémi- 
rait au lieu d'éprouver du plaisir. Si liUusion était la 
première partie de la peinture, les premien peintres 
seraient ceux qui ne traitent que les plus petits détails 
de la nature, et le dernier de tous les genres serait celoi 
de l'histoire, parce qu'il se refuse plus que les autres à 
la parfaite illusion. Des objets de peu de saillie, tels que 
des moulures et des bas-feliefs, parfois aussi des fleun 
et des fruits, pourront tromper les sens, an point de 
mettre les spectateun dans la nécessité de recourir au 
toucher pour s'assurer de la vérité : mais l'illusion s'af- 
fsiblit à mesure que les objets sont plut «rands, et 11 est 
sans exemple qu'un tableau composé de plusieun figures 
ait jamais fait croire au spectateur qu'il voyait des 
hommes véritables. L'illusion, qui ne ns!t souvent que 
de l'inattention et de la surprise, peut être produite par 
les plus mauvais ouvrages, ^ ce n'est point l'illusIoD 
causée par les ouvrages de Raphaël ou de Michel-Ange 
qui leur a obtenu l'admiration des siècles. Les coloristes 
sont, parmi les peintres, ceux qui arrivent le plus aisé- 
ment a produire l'illusion, et cependant on ne leur donne 
pas le premier rang parmi les artistes. L'imitation la 
plus prochsine de la réalité n'est pas le seul but de la 
peinture : il y a des beautés d'un genre différent et supé- 
rieur , oui font la grandeur de 1 w, telles que l'abon- 
dance» l'originalité et la hauteur des conceptions, le 
choix des attitudes, l'agencement ingénieux des groupes. 
La seule illusion que Fart doive toi:4ours se proposer 
d'atteindre, c'est que !• tableau puisse rappeler si bien 
le vrai par la justesse de ses formes, par la combinaison 
de ses tons de couleur et de ses effets, que l'image fasse 
tout le plsisir qu'on peut attendre d'une imitation de la 
vérité. 

ILLUSTRATIONS, nom mi'on donnait jadis aux orne- 
ments colœiés des manuscnts, et qui s'applique si^our* 
d'hui aux gravures sur bois interôalées dans un texte 
imprimé, vée illustrations bien conçues et bien faites 
sjoutent à la clsrté du texte, lui donnent plus de lumière 
(du latin lux\ d'où le mot a été formé. 

ILLYRIEN (Idiome). L'idiome des anciens Rlyriens sa 
rattachait à la souche thrace. Aujourd'hui on appelle 
Jllyriens les idiomes slaves de ta ^unille orientale, 
c'est-à-dire le croate, le v)ende, et le servien on serbe. 
Dans un sens restreint, l'illyrien moderne n'est autre que 
le dalmate{V, ce mot), V. Dolci, De iUyricœ lingum 
vetÊUtate et amçlitudime, Venise, 1754, in-8« ; B. Cassius, 
Institutionum lingum iUyricœ lib. b, Roms, lfi04, iii-8*t 



IMA 



1053 



IMI 



MeaUa, Grammattea Imguœ Ulyncœ, Lorette, 1649 « 
iiH8^,et Thésaurus Imguœ Ulyricœ, ibid. ; WuianouBky, 
Qnmnatiea âlyrtona. 177^, in-^ ; Appendini , Gnim- 
flutrt de la langue uljfrwnne, en itiu., 1812, in-^; 
BeUoBztenecx , GoMophylacium ItUino^Ulyricorum ono* 
matum, 1140, in -4*; Stolli, Lesmcon /otitio-tfa/ico- 
«lyrtctim, Bade, 1801, S vol. in-4^,et Dic^onarwm 
iUynco-toimo-ifaliciim, Raguse, 1806, 2 vol. in^^ 

DIAGE, en latin imago (dérivé d'tmttan, imiter), imi- 
tidon d'un objet naturel qui vient à frapper nos yeux, 
quand, pnr nempie, eet objet le réfléchit sur une surface 
IwUe, sor on miroir, ou à fa surface de l'eau. Par exten- 
ik», le mot tmogs est devenu synonyme de fortrtâJl ou 
Hçwn : seulement, il est aujourd'hui réservé pour des 
penonnages vénérés, comme linsqu'on dit les images de 
Dieu, de la S^ Vierge et des Saints, et, tandis que, chez 
les aodens Grecs, le mot éUum (image) servait à désigner 
les productions des beaux-arts, nous n'appliquons plus 
la qualification d'images qu'à des œuvres grossières. 
AiMVs se dit encore de l'effigie en relief qui se voit sur 
las monnaies et les médailles. — En Littérature, Vùnage 
est une expression qui, pour donner de la couleur à une 
pensée, pour rendre sensible l'objet de cette pensée, le 
peint aous des traita qui ne sont pas les siens, mais ceux 
oTon objet analogue. Ce n'est ni un tableau, ni une des- 
~']ytioii achevée, mais un coup de pinceau vif et rapide, 

I, sans pdndre les détails, laisse à l'esprit le plaisir 

les deviner, n y a image dans chacun des vers sui- 

Ktst 

Xt monté tvr U fiUie, U atplre k deteendr§. 

CouniLLB, Cinna, U, 1. 

Lb taosfitf tombe, rhomme resta. 

J.^ BooisBAU, Ode$, n» k la Fortmifl. 

Le nettar que Ton $ert au mettre du tonnerre, 
Xt dont nom tnhronM tons lei dlenx de le terre, 
Ceet la êoyang». Iris..... 

La FonTAira, Fabtn, X, 1. 

lA vie eet vu tombât dont la pelme eet aux cienx. 

C. DSLATXOn. 

La prose comporte les images, aussi bien oue la poésie. 
Boaanet, au lieu de dire que les hommes devenaient de 
foor eo Jour |^us méchante, dît qu'tJs aUaÀmt e^enfim- 
fmmt dans TtnaguiM. Toute inuge suppose une ressem- 
blaiice, et renferme une comparaison; de la Justesse de 
eette comparaison dépend la clarté , U transparence de 



IMAGE (Droit d'). V, notre />icttoiwiatr0 de Biographie 
gt dHistoire. 

IMAGIERS, nom donné pendant le moyen Age aux ar^ 
tiates occupés à peindre, sculpter ou graver les images. 
Us formaient deux corporations. La première, dans 1»- 
maelle étaient des artistes sortis de toutes les classes de 
m société, même des plus élevées, ne travaillatt que pour 
FÊ^Sae ; on y sculpta aussi des manches de couteau, mais 
CB travail fut abandonné comme profane. La deuxième 
c o rp or ation travaillait plutôt en relief qu'en statuaire ; 
tile ptignait, argentait, dorait et travaillait pour tout le 
monde. 

IMAGINATION, Faculté par laquelle l'esprit se forme 
des idées qui n'ont pas d'objets réels. La nature de ces 
idées montre qu'il y a deux sortes dlmagination;!» «pon- 
lanét, 2<* réfiécM» on po^t^ua. La prenuère consiste à se 
leprésenter vivement les idées ou images relatives an 
■tonde sensible : la passion , la rêverie, la peur, iddent 
an dévetoppement de cette sorte dlnu^dnittion. Dans oer* 
tsdns états de l'ftme, tels que le rêve, le sommeil, le dé- 
lire, elle substitue ses hallucinations aux véritables per- 
ceptions des sens ; elle peut conduire an soomambnliûne» 
Càta sorte dlmagination est commune aux hommes et 
■nx animaux. La seconde sorte est hi seule qui mérite le 
nom de faeuM eréaJtricê, parce que seule, à raide de ma- 
tériaux fournis par la perception, conservés par la mé- 
mobe, s^MTéa par TabstracUon, elle crée des formes qui 
n'ont que la vie qu'elle leur donne, et qui sont plus on 
moins la manifeàation de l'idée. Pour en venir là, elle 
est soumise à certaines conditions dont l'ensemble forme 
la sdeace do beau {V, BsTHériQVB). La première de ces 
conditions est un idéal , un type parfait conçu par la 
laison I fl Cuit, en outre , que la combinaison des élé- 
ments soit ordonnée par le goût, sous peine de tomber 
dans le monstrueux , le bizarre ou le grotesque; c'est 
aloit que Malébranche a pu l'appeler la folle du logis. 
Limagination est la ikculté estnétique par excellence , 
poiaqu'elle a pour but d'aider Tart a représenter l'idéal 



par le réel; mais son action se fait sentir aussi dans lit 
sdences, où elle peut conduire l'homme aux plus heu- 
reuses découvertes comme aux plus folles hypotiiëses. 
Dans la pratique de la vie, elle peut beaucoup pour le 
bonheur ou le malheur de l'homme, selon qui! se forme 
de la vie une image plus ou moins conforme à la rtelitéi 
c'est alors que les déceptions ont parfois de cruelles con* 
séquences. — L'Imagination ne doit pas être confondue 
avec la Mémoire; elle ne s'en rapproche que lorsqu'elle 
rappelle les objets sensibles avec une grande vivacité; on 
l'a ^>pelée, dans ce cas, tma^tnaiton reproductive ; mali 
il ne faut pas oublier que l'objet du souvenir est donné 
comme absent, c'est le contraire pour l'Imagination. Celle- 
ci diffère aussi de la conception^ qui a un objet réel, non 
perceptible par les sens, mais q^^ nous atteignons par la 
raison. F. Descsrtes, Des Passums do Vâme; Maleoran* 
che, Rschorche de la fférUé, Entr^iens sur la morale; le 
P. André, Essai sur le beau; Voltaire, Encyclopédie, 
art. Imagination; Muratori, Délia forza délia Fantasia 
umana, Venise, 1745 et 1766, in-8«; Bonstetten, Rechat' 
ches sur la fiaturs et les lois de Vlmaginatum, Genève, 
1807;Astnic, Disputatiode Phantasiaet Imaginations, 
Mon^Uier, 1723, in-8<»; Meister, Sur l'Imagination^ en 
allemand, Berne, 1778, in-8<^; Lévesque de Pouilly, 
Théorie de l'Imagination, 1803, in-8*. Âkenside et De- 
mie ont composé des pofimes sur rima^nation. R. 

IMAM. ( V. ces mots dans notre DicttofifiatrvdsIKtH 

IMARET. ( graphie et d'Histoire. 

IMBLOGATION, nom donné quelquefois à la sépultnie 
des excommuniés, dont les corps. Jetés à la voirie, étaient 
recouverts d'un monceau de terre ou de pierres. 

IMBRICATIONS, ornement d'Architecture particulier 
au moyen âge. Il affecte la forme d'écaillés oe poisson 
rangées les unes an-dessus des autres, à la manière dm 
tuiles (en latin tmMcas) sur un toit. Il sert à décorer les 
clochers, les ihmtons et 15P frises. Complètement arrondi 
k l'époque romane, cet ornement devient ensuite ogival 
et polyiobé. E. L. 

IMBROGLIO, mot d'origine italienne, qui signifie dci- 
ofKirs, confusion. On l'emploie en Littérature pour dèd- 
gner une csuvie d'imagination , surtout une compositlott 
dramatique, qui présente une intrigue compliouée, eoH 
brouillée, et aont il est diflicile de suivre le fil. VHérOf 
cittM de Corneille est un Imbroglio trasiqne, et le Mariage 
de Figaro de Beaumarchais un spirituel imbroglio, w 
eiige de l'imbroglio, qu'en oflirant une sorte d'énigme il 
ne la rende pas tellement obscure, qu'il soit Impossible 
ou même trop pénible de la deviner. G. 

IMITATION. Le penchant à l'imitation, dont on trouva 
des traces ches les animaux de l'ordre le plus élevé, sur* 
tout ches le singe, est un des penchants prlmltift et e^ 
sentiels de l'homme. Cest lui qui enaenmre l'émulation ; 
c'est sur loi que repose toute réducabilité. Même quand 
l'cBuvre de Téducation est achevée , il continue de Jouer 
un rôle important dans la vie humaine, et il peut seul 
expliquer l'empire des bons îX des mauvais exemples. 
Anstote a été Jusqu'à dire oue l'homme ne diffère des 
autrea animaux qu^en ce qu'A est imitateur à un plus 
haut degré. 

niTTATioif UTTéaaiaB. Diderot, qui était bon Juge des arts, 
adéfini l'imitation, larspréstmtatum arti/lcime d^un ohjet, 
et rattaché à cette définition celle dn discours oratohre ou 
poétique, qu'il appelle imitation par des voix articulées; 
de la musique, qu'il appelle imitation par des sons; de 
la peinture, qu'il appelle imitation par des couleurs, etc. 
Il pouvait dire plus simplement <rae l'imitation est la 
reproduction instinctive ou raisonnée des objets de notre 
connaissance, et qu'elle est l'origine et le principe de 
tous les arts. L'enfant contrefait les gestes et répète les 
paroles; l'homme copie d'abord la nature, avec plus on 
moins d'adresse, et plus tard en reproduit les Images 
mêmes qu'il a tracées. Lindtation est donc le rapport 
perpétuel de la nature et de l'art, depuis les ébauches 
informes et grossières Jusqu'aux chefs-d'oravre. Ses pro- 
cédés et ses règles se multiplient à IHnflni , parce qne lei 
applications de l'intelligence sont infinies. La sdence 
découvre et démontre; elle nlmite qu'à mesure qu'elle 
se rapproche de la pratique et de l'art, comme dans la 
médecine et la chirurgie, où 11 t a beaucoup d'écoles , 
c-èrd. d'imitateurs. L'industrie invente souvent, et sur- 
tout perfectionne; mais elle vit d'imitations, si bien que 
la loi a dû prendre les inventeurs sons sa protection, les 
instituer propriétaires, et les garantir de cette imitation 
dél<^e qui s'appelle contrefaçon. Le Jour où le brevet 
expire , l'invention tombe dans le domaine public . et 
appartient à tous les imitateurs. — Dans les arts aiiial 



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fw dans les lettnt, rimitation est de droit ; car œa belles 
Qocupatioiis de Tesprit humaio n*eiistent que grioe anx 
modèles, pris dans la nature on dans les œurres des mal* 
très. ■ Ceux qui ont créé Part, dit également Diderot , 
]i*ont eu de modèle que la nature; ceux qui Tont perfe&- 
tionné n*ont été, à les Juger à la rigueur, que les imita- 
teurs des premiers ; ce qui ne leor a point Mé le titre 
d*bommes de génie, parce que nous apprécions moins le 
mérite des ouTrsges par la première invention et la dif- 
ficulté des obfltaciea surmontés que par le degré de per- 
fection et Teffet..... Celui qui invente on genre d'imita- 
tion est un homme de génie ; celui qui perfectionne un 
genre d*imittrtioD inventé ou qui y excelle est anasi un 
nomme de génie.» Ainsi, la vérité et la beauté, pour être 
originales, n*ont pas besoin d*en être à leur apparition 

rmière. Uhomme et la nature ne changent pas ; et, si 
moade extérieur nous révèle tous les Jours et nous 
réserve encore des mystères longtemps interdits à notre 
curiosité, il y a longtemps que le monde intérieur, c-à-d. 
les passions et les caractères, ne nous offrent plus de 
découvertes k faire. La nouveauté dans les arts dépend 
donc en général de la forme que le talent sait donner à 
des sujets déjà traités, à des idées et à des sentioisnts 
exprimés mille fois. Cette forme originale vient de rime, 
de rinspiration personnelle; Thomme s*y révèle, non 
Tartiste ou l'écrivain (K. Gémx). U faut chercher dans 
les grands maîtres les exemples et les secrets de cette 
Imitation féconde, qui est tantèt éloquente et sublime, 
tantdt ingénieuse et délicate. Elle est bien différente de 
limitation timide.et servile, ou purement artificielle, qui 
ne volt dans les créations dn talent et du génie qu'une 
iWe du oenre on plutôt un procédé dn mâier. Des es- 
prits supérieurs et indépendants, comme Chateaubriand, 
<mt cependant adopté de bonne fol cette tradition des 
Imitationa obligées, ce bagage de machines épiques on 
tragiques, telles que les songes, les récita, les voyages, 
les combats des hommes et des dieux. Chapelain se 
croyait un poète épique, parce qu'il avait semé dans sa 
Pvidle les discours, les descriptions, les batailles, le del 
et les démons, à la manière de V Iliade et de V Enéide, 
Voltaire eut la même illusion, du moins dans sa Jeunesse, 
et la fit partager k ses contemporains, qui n'eurent pas 
Assez de goQt ou de hardiesse pour dénonoer dans ta 
Hênriade des imitations aussi froides et aussi pénibles 
que le récit de Henry de Bourboa on ses amours avec Ga- 
brielle. Au reste, Ib auraient tous deux invoqué pour 
leur Justification rautorilé de Virgile on du lisse. Ne 
pouvaient-ils pas dire, eux et tous les faiseurs d'épopée, 
qui sont imitateurs par excellence : « Virgile a trouvé 
« dans VOdyttée le modèle du récit d'Éoée; il a em« 
« pronté à Appolonios de Rhodes les plaintes et les fo- 
c renrs de Didoo. Le Taaae a pris à Virgile l'idée de son 
« Enfer et quantité d'épisodes, celui de i^amille, devenue 
« Glorinde , celui de Soliman, caché dans un nuage, et 
« paraissant subitement devant le roi de Jénualem 
« comme Énée devant la reine de Carthage. Nous avons 
« droit de faire comme nos maîtres. • Et vndment Ils 
avaient ce droit, commun à tous les écrivains et à tous 
les artistes. Cétait de plus une loi pour eux, une nécessité 
Inévitable; car ils se trouvaient imitateurs même malgré 
eux, puisqu'ils étaient prévenus dans tous les genres, 
et forôès de dire de leurs glorieux devanciers ce que dit 

Ëlaisaounent le métromane de Piron (la Métromanie, 
a, 7), 

Ds noua ont déi^Ma, dérobons nos nerenz. 

On rencontre si peu d'esprits créateurs ou originaux, 
que rien n'est plus ordinaire, en littérature, que les imi- 
tations qui défigurent l'original, et ne sont que des cbu- 
fres médiocres, telles que, par exemple, les tragédies de 
Duels Imitées de Shakspeare. L'imitation ne mérite 
l'attention des bons Jugea que dans deux cas, lorsqu'elle 
est très-fidèle , bien sentie et bien écrite, ou lorsqu'elle 
est à peine une Imitation, au point de ressembler à une 
seconde Invention. Hors de là, imiter est le grand chemin 
par où l'on court à l'oubli. 

L'histoire des lettres et des arts ne présente que deux 
grandes sources d'invention , le génie grec et le christia- 
nisme; l'antiquité tout entière s'est inspirée du premier, 
les temps modernes de l'un et de Tautre. Les Grecs 
eurent le privilège d'être un peuple créateur, privilège, 
U est vrai, partagé sur quelques points, au moins avec 
les Hébreux pour la poésie lyrique. Mais les modèles des 
antres genres poétiques, de la philosophie, de l'élo- 
qUMice, de rhlatoirei leor appartiennent en propre, au 



même titre que ceux dea beaux-orts. Leur merveDleat 
génie fut tout ensemble inventeur et imitateur. Après 
s'être Inspiré de la nature et de lui-même , il imitait ses 
propres ouvrages. Cest ainsi qu*il tira le drame de Tépo- 
pée unie à hi poésie lyrique , et transporta sur la scène 
ces héros et ces récita d'Homère et dea poètes cycliques, 
destinés à défrayer tant de tragédies Jusqu'au siècle 
d'Horace ( V, VEpltre aux Pitons ) et Jusqu'à nos Joun. 
Cependant, les véritables modèles de la grande et féconde 
imitation doivent se chercher plutêt cbes les Romaine 
(V. Latins — Littérature). Ennius, Plante, Téftnœ avaient 
traduit ou Imité, non sans gloire, les poêles grecs, et 
principalement les comiques. Les grands hommes qni 
vinrent après eux demandèrent à la Grèce d'édairer et 
de guider leur génie. Lucrèce emprunte anx Alexan- 
drins, Cicéron à Démosthène et à Platon, Horace aux 
poètes lyriques, Virgile à Homère et même à Apollonius 
de Rhodes. Par une succession naturelle, qui est l'efiét 
dn temps et des transformations sociales , après la révo- 
lution la plus profonde qui ait remué l'univers, ces ad- 
mirables élèves des Grecs deviennent des maîtres à leur 
tour. Le génie moderne. Quoique soumis à la toute-puia- 
sante influence de la religion chrétienne, n'échappe pas 
à Tascendant inévitable des chefit-d'csuvre