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Full text of "Dictionnaire historique d'argot; des excentricités du langage, augm. d'un supplément mis a la hauteur des révolutions du jour"

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LORÉDAN LARCHEY 



DICTIONNAIRE 

HISTORIQUE 

D'ARGOT 

HUITIÈME ÉDITION 

i:)ES EXCENTRICITÉS "BU LANGAGE 



AUGMENTEE D'UN SUPPLEMENT 
MIS A LA HAUTEUR I)ES RÉVOLUTIONS DU JOUR 







PARIS 

K. UK.NTC. i.iBii Aii{i:-r:j)rTi:i'ii 

PALAIS-ROYAL, 1 0-1 7-19, GALERIE D'ORLÉANS 



PC 

2741 

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DICTIONNAIRE 

D'ARGOT 



te-. 



IMPRIMERIE D. BARDIN, A SAINT-GERMAIN. 



uORÉDAN LARCHEY 



DICTIONNAIRE 



HISTORIQUE 



D'ARGOT 

HUITIÈME ÉDITION 

DES EXCENTRICITÉS DU LANGAGE 

AUGMENTÉE D*UN SUPPLÉMENT 

Mis à la hauteur des révolutions du jour 




PARIS 

E. DENTU, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIETE DES GENS DE LETTRES 
PALAIS-ROYAL, I 5- 17- 19, GALERIE d'ORLÉANS 

1880 

Tous droits réservés 



INTRODUCTION 



I. Universalité du domaine de l'argot. — II. L'argot considéré 
dans ses sept éléments de formation (i. Vieux mots. — 2. Subs- 
titutions. — 3. Modifications. — 4. L'argot actuel. — 5. Harmonies 
imitatives. — 6. Jeux de mots. — 7. Souvenirs. — 8. Importa- 
tions.) — III. Richesses de l'argot. — IV. Ses rapports avec les 
mœurs. — V. Notre méthode. — VI. Comment le besoin de ce 
Dictionnaire s'est fait sentir de plus en plus. — VII. Ce qu'on 
pensait de l'argot avant nous. 



L — Universalité du domaine de l'argot. 

L'argot passe généralement pour être un dialecte spé- 
cial aux malfaiteurs. Sans être illogique, nous avons cru pou- 
voir étendre son domaine en comprenant dans ce vocabu- 
laire toutes les excentricités de langage qui se produisent 
chaque jour dans les autres classes de la société. A le bien 
considérer, d'ailleurs, le mot d'argot Justifie toutes les exten- 
sions. Sans le faire venir du grec argos^ comme on l'a pré- 
tendu avant nous, nous y verrions logiquement un diminutif 
du vieux mot argu qui signifiait injure, reproche^ et aussi 
ruse, finesse, subtilité. — Dès le xive siècle, hargoter vou- 
lait dire railler, dire des sottises. On le voit par le glossaire 
de Du Gange auquel il faut toujours recourir en matière 
d'étymologie. 

De même bigorne, synonyme d'argot, qu'un autre étymo- 
logiste a confondu avec l'enclume dite bigorne, n'est qu'un 
substantif tiré de l'ancien verbe biguer : changer, troquer. 
Parler bigorne ou argot signifie donc : parler un langage 

a 



II INTRODUCTION. 

troqué^ changé, user d'un langage de railleur, de sottisier. 
A ce compte, les salons ont eu leur argot comme les tapis 
francs; les précieuses du jour ne le cèdent en rien aux ; 
gueux de nos cours des miracles^ et nous sommes auto- I 
risé à prendre notre bien où il se trouve. Mais c'est 
surtout au point de vue parisien que nous avons clierché 
à rendre ce glossaire complet, parce que, en fait de lan- 
gages, Paris est le grand rendez-vous. Là, se fabriquent ou 
se retrempent tous les mots nouveaux : ceux du bagne comme 
ceux du sport, ceux du boudoir comme ceux de l'ateliei , ceux 
delà caserne comme ceux des couloirs de l'Assemblée, ceux 
de la halle comme ceux du collège et du journalisme. C'est 
dans le grand torrent de la circulation parisienne que les 
nouveaux venus viennent se confondre, et s'abandonner au 
courant qui doit décider de leur fortune ; car Paris 1 lit la 
mode des mots, comme il fait la mode des chapeaux. 



Toutefois, je ne signale là qu'un premier pas. Du caprice 
de la mode à la consécration de l'usage et surtout au passage 
dans la langue régulière, il y a loin. Ici, plus que jamais, on 
peut répéter : « Beaucoup d'appelés, peu d'élus. » 

Et, cependant, parmi les élus, combien en est-il dont vous 
ne soupçonneriez guère la récente origine ! Laissez-moi vous 
en rappeler quelques-uns. On ne s'en souvient plus as^ez. 

S'imaginerait-on qu'en 1693, les adjectifs haineux, dé- 
sœuvré^ respectable^ le substantif im/'o/zVesse, etc., n'étaient 
pas français (1) ? 

S'imaginerait-on qu'en 1726, on passait pour parler argot 
quand on disait : détresse^ scélératesse^ encourageant^ éru- 
dit, inattaquable^ improbable^ entente^ naguères (2) ? 

Où sait-on maintenant que, en i8o3. Mercier, l'auteur du 
Tableau de Paris^ faisait deux grands volumes tout exprès 
pour solliciter l'admission de mots aujourd'hui fort bien 
portés, tels que : fusion^ fureter^ franciser, flageoler^ etc., 



(i) Voyez Caillières dans son livre des Mots à la mode, 

(2) Voyez l'abbé Desfontaines dans son Dictionnaire néolo^^ique. 



INTRODUCTION. Ht 

etc. (i), mots que ses confrères de l'Académie n'avaient pas 
acceptés encore? 

Nous en passons, et des plus connus, mais les exemples que 
nous venons de donner suffiront pour montrer qu'il ne faut 
pas se presser de proscrire une locution nouvelle. Toutefois, 
redisons-le bien, les .élus ont été et seront toujours en petit 
nombre dans la foule croissante des néologismes. Sans nous 
en exagérer la valeur, bornons-nous donc à la considérer 
comme une réserve d'enfants perdus qu'on peut utiliser à l'oc- 
casion, et que, dans tous les cas, il importe de connaître, — 
ne fût-ce que pour savoir ce qu'il faut éviter. 

II. — • L'argot et ses éléments de formation. 

Autant que notre travail nous a permis de le voir, nos di- 
vers argots ne constituent pas ce qu'on appelle une langue, 
mais un langage de convention, danâ la formation duquel 
n'entrent pas moins de sept éléments. Nous les désignons 
ainsi: i° vieux mots; 2© substitutions de mots; 3» modifi- 
cations de mots ; 4» harmonies imitatives ; 5» jeux de mots ; 
6» souvenirs ; 70 importations. 

Cette nomenclature, aussi peu scientifique que possible, 
paraîtra plus claire, si on veut bien examiner les courts aper- 
çus que nous allons consacrer à chaque classe. 

VIEUX MOTS. 

Cette première classe constitue le noyau de l'argot. Elle 
se compose des vieux mots de langue d'oil ou de langue 
d'oc, dont nous avons retrouvé trace dans les trois diction* 
naires spéciaux de Du Gange, de Lacombe et de Roquefort. 
Ce dernier est le plagiat d'un glossaire manuscrit de Barba-^ 
zan. 

Ces vétérans sont plus nombreux qu'on ne le croit. -^ 
Ainsi, déjà l'ancienne Provence donnait à certaines vieilles 

(i) Voyez sa Néologie, 



IV INTRODUCTION. 

femmes le nom irrespectueux de vieux cabas. Notre bagou 
descend en droite ligne de l'ancien catalan bagol, dont la 
blague moderne pourrait bien n'être qu'une forme inter- j 
vertie, car les deux mots ont absolument le même sens. 

Ainsi, un verbe dont nous nous seVvons souvent dans la 
langue familière, le werbe ficher^ se rencontre dans nos chro- 
niques du xiv^ siècle. Nous y voyons un maréchal de Bouci- 
caut contraindre les Sarrasins en retraite à se ficher dans des 
jardins où il les poursuit ; il fiche en prison ceux qu'il at- 
trape. 

Comme ficher^ truc (rouerie, malice) se retrouve dès le 
xiv^ siècle, dans une chronique du duc Jean de Bretagne, 

Battre (mentir) et batterie (mensonge) viennent évidem- 
ment du vieux mot baster : tromper. 

L'usage d'appeler anglais son créancier est constaté au 
XV® siècle. 

Rutebœuf, un poëte qui rimait du temps de saint Louis, 
et qui aimait à dormir, trouve déjà que le réveil est une 
chose tannante. 

^ Si on ne vendait pas de prunes dans les caboulots du 
temps jadis, on connaissait du moins le mot comme syno- 
nyme de cabane. Le caboulot est devenu guinguette, puis 
petit comptoir. Le trinqueur ami qui vous y appelle ma vieille 
branche par pure amitié ne se doute guère qu'on donnait 
autrefois le nom de branche' au compagnon associé dans une 
affaire. 

Si Rabelais, qui est contemporain de François P'", n'écrit 
^as piquer le renard^ il écrit escorcher le regnard^ce qui n'en 
dififère pas trop. S'il n'écrit pas caner (avoir peur), il écrit 
très-souvent faire la cane^ ce qui est absolument la même 
chose. Il sait aussi ce que c'est qu'un œil. au beurre noir. 
Non moins que Victor Hugo, Rabelais, le profond facétieux, 
eût relevé le mot de Gambronne, car il le met sans ver- 
gogne à toutes sauces, absolument comme beaucoup trop de 
nos contemporains, qui n'ont, hélas ! conservé de Rabela is que 
ce mot-là. Vous nous dispenserez de l'écrire, n'est-ce pas ? 
Ce sera bienasseztôt quand, avec lalettreM, son tour viendra. 

A part ceux que nous venons de rappeler, presque tous les 



INTRODUCTION. V 

vieux mots d'argot ont été transmis parles classes dangereu- 
ses. Là semblent s'être conservées les traditions, comme 
dans certains villages où le patois d'aujourd'hui n'est au fond 
que le bon français d'il y a quatre cents ans, maintenu en de- 
hors de toutes nos modifications. Ainsi les voleurs qui disent 
arpion pour pied, imitent nos pères qui disaient harpion 
pour griffe. Leur abèquer (nourrir) n'est autre que l'ancien 
verbe abécher. Arnache (tromperie) descend en droite ligne 
du verbe ^<îrnac/zer (tromper). Uanquilleuse qui vole dans 
nos magasins est vieille de plusieurs siècles. Le Jîjî vidan- 
geur avait dès Tan i35o Thonneuf d'être nommé dans une 
ordonnance du roi Jean. Estrangouiller (étrangler) est un 
mot de langue romane qu'on devinerait rien qu'en pensant 
au latin strangulare (on prononçait strangoularé). De 
même, cadenne (chaîne) et pecune (argent) sont des formes 
pures des mots latins catena et pecunia. Le carie et les pim- 
pions rappellent des monnaies historiques. — Nous citons quel- 
ques exemples seulement, et nous sommes loin de tout donner. 
(Voyez Bigorne^ Daron^ Cabas ^ Bouler^ Caruche^ Butter^ Ca- 
ler ^Chiquer.) A défaut des glossaires du moyen âge, les patois 
de nos provinces éclairentaussi d'une façon inattendue les éty- 
mologies de certains mots. Clest ainsi qu'on retrouve brimer 
en Poitou et biffin en Champagne. Cherchez dans le dialecte 
flamand, et vous retrouverez le charriage dit à l'américaine 
dans charrier : mystifier. 

SUBSTITUTIONS. 

Les substitutions, — qui consistent à remplacer un mot 
par un autre pris arbitrairement, — composent une classe 
considérable, formée par divers procédés dont les concep- 
tions, bizarres au premier abord, finissent par sembler plus 
raisonnées qu'on ne se le figure. 

Il y a les substitutions de la partie au tout : tricorne pour 
gendarme, cadran pour montre... 

Les substitutions de l'effet à la cause : tremblante pour 
jièvre^ casse- gueule pour bal., musicien pour haricot., pleurant 
pour ognon^ raide pour eau-de-vie... 



VI INTRODUCTION. 

Les substitutions de fonctions : avaloîr pour gosier, palpi^ 
tant pour cœur, pique en terre pour poule, fauchant pour ci- , 
seauy raclette pour patrouille, cabe pour chien, tourne au* \ 
tour pour tonnelier, toquante pour montre... 

Les substitutions d'aspect : trouée pour dentelle, moricaud 
pour broc de vin, bleu pour vin, noir pour café, prime de 
monsieur pour évêque. 



Il y a surtout les substitutions par analogies qui sont ou 
animales, ou végétales, ou matérielles.,. 

Presque toujours ironiques, les analogies animales ne res- 
pectent rien. Avant Grandville, elles ont signalé tout ce qui 
pouvait leur offrir quelque prise dans le roi de la création. 
Nous le montrerons tout à l'heure, en parlant des rapports 
de l'argot avec nos mœurs. 

Si de la description de l'homme, on passe à la désignation 
des types, on trouve le sot représenté par le daim, la buse^ 
le dindon; le niais, par le serin, le blaireau; l'avare, par le 
chien; l'inconstant, par le papillon; le méchant, par V aspic; 
l'agent secret, par la mouche; l'usurier , par le vautour; le 
pingre, par le rat; le superbe, par le lion; le misanthrope, 
par Vours; l'homme emporté, par le cheval; le bon c :)mpa- 
gnon, par le lapin; l'homme arriéré, par Vhuitre, le mollusque; 
la femme légère, par la biche, la cocotte, le chameau. Castor, 
canard, bécasse, merlan, ourson, veau, vache, tigre, loup, 
couleuvre, chatte, vipère, cloporte, chouette, crapaud, gre- 
nouille, viennent encore à la file. La sangsue, le phénix, l'âne 
et la mule sont classiques et nous les rappelons pour mé- 
moire. On connaît enfin le rôle que jouent mon chai, mon 
chien, mon bichon, ma bichette, mon canard, ma cocotte, ma 
poule, mon rat, dans le vocabulaire de l'amitié, et aux oi^ 
seaux, dans celui de l'admiration. 



Non moins remarquables sont les termes de comp«\raisoa 
demandés au règne végétal. 
La dent gâtée est une/ou de girofle } la perruque, ui ga-- 



INTRODUCTION. VII 

!^on : le chiendent symbolise la difficulté; le cœur d'artichaut, 
l'inconstance ; les pruneaux sont la mitraille ; les noyaux^ 
l'argent; la pelure est l'habit; la coloquinte^ une tête énorme; 
le cornichon, le melon, le cantaloup désignent un niais d'air 
biscornu, à dehors épais. L'homme sans consistance est une 
fenasse; le prête-nom, un homme de paille. Le dédaigneux 
fait sa poire. Le chou entre dans la composition de six mots 
d'acception différente. On sait ce que veulent di'^e tirer une 
carotte et donner une giroflée à plusieurs feuilles. 

Des navetsï des nèfles! jouent un grand rôle dans les refus. 

Mon trognon est amical. Aux pommes ! aux petits oignons! 
aux truffes ! ïouvmssQnl trois superlatifs aux gens satisfaits. 
— Enfin il y 2i fagots et fagots^ et la fashion a sa fleur des 
pois. 

Les analogies prises dans le monde matériel s'attaquent à 
tout indistinctement. Elles font d'une capsule ou d'un 
tuyau de poêle wotre chapeau; des pincettes, vos jambes; 
d'une salière, votre creux d'épaule ; d'une fourchette, votre 
main ; d'une anse de panier, votre bras. La pioche est le tra- 
vail; la scie, une mystification; le raisiné, du sang; la dra- 
gée, une balle. Avec tout ce qu'on a demandé de compa- 
raisons à la musique, on pourrait composer un grand 
orchestre : musette, guimbarde, flageolet, trompette, tam- 
bour, cornet, guitare, harpe, flûte, sifflet, grosse caisse. Cela 
ne semble-t-il pas complet? Dans cet ordre de chose s -là, on 
peut aller encore bien loin. Seulem n , prenez garde aux 
tuiles en sortant, et méfiez-vous àQs ficelles! 



MODIFICATIONS ET DEFORMATIONS. 

Les modifications des mots obéissent visiblement au désir 
de ne pas être compris par un importun. C'est un français de 
convention. La première syllabe de chaque mot reste généra- 
lement seule intacte; les autres sont modifiées de la façon la 
plus arbitraire. 

Ainsi dit-on cribler pour crier ^ çonnobrer pour connaître^ 



VIII INTRODUCTION. 

coltiger pour colleter^ valtreuse pour valise^ insolpé pour fw- 
solent, encible pour ensemble^ galuché pour galonné^ balu- 
chon pour ballot... 

Les uns affectionnent la désinence ar ou mar : guichemar 
(guichetier), épicemar (épicier), arpagar (arpagon)... 

Les autres tiennent pour mont, et disent gilmont (gilet), 
briqmont (briquet), cabermont (cabaret), promont (procès), 
paquemont (paquet)... 

Ceux-là sont pour anche : boutanche (boutique) , prêfec- 
tanche (préfecture). 

Ceux-ci, pour in : madrin (madré), paquecin (paquet), 
burlin (bureau), orphelin (orfèvre)... 

L'o est très en faveur : icigo (ici), Versigo (Versailles). Pé- 
lago (Pélagie), sergo (sergent de ville), tringle (soldat du 
train), moblo (mobile), invalo (invalide), excuso (excusez), la- 
bago (là-bas). 

Demi-stroc (demi-setier), vîoque (vieux), /'(jsfz^wer (passer), 
ramastiquer (ramasser), sepère (soi), me^ières (moi), Amélie 
(Rouen), Canelle (Caen), offrent d'autres variétés de dési- 
nences. 

Rococo (rocaille) est un des rares exemples à citer en de- 
hors du peuple. 

Quelquefois on dénature aussi la première syllabe, en ne 
laissant subsister de l'ancien mot que les consonnes initiales. 
Exemples : trèfle (trou), trèpe (troupe), la Mine (le Mans), 
Brutus (Bretagne), mais c'est exceptionnel. 

N'oublions pas les chercheurs de combinaisons qui sou- 
mettent leur parler à un procédé de déformation uniforme. 

Ainsi prenons l'adjectif bon: ceux qui parlent en lem disent 
/ow^em; ceux qui parlent en /mcA disent lonbuch; ceux qui 
l>3ir\ent javanais diront bavon; ceux qui parlent en loque di- 
ront lonboque; ceux qui parlent en dunon diront nondubon. 
Les finales conventionnelles dun^ mar^ aille^ orgue, si^'ue^ 
ciergue^ offrent encore des combinaisons de même famille. 
Et ainsi de suite pour tous les mots possibles. On peut varier 
et multiplier à l'infini. 

Mais ces modifications qui vous rendent inintelligible pour 



INTRODUCTION. IX 

les profanes (si elles sont exécutées rapidement), ont l'incon- 
vénient d'allonger démesurément la phrase, ce qui est un 
grand obstacle à leur popularité, et ne les rendra guère usuelles 
en dehors des classes dangereuses pour lesquelles elles sont 
une nécessité. 

Les abréviations, qui sont aussi des modifications de mots, 
sont plus faciles à reconnaître. Sauf deux (cipal pour munici- 
pal^ et croc pour escroc)^ il est à remarquer qu'elles portent 
sur les finales. Exemples : Autor (ité), — achar (nement), 

— aristo (crate),— bac (carat), — bénéf [ïce), — cabot (in),— 
can {on), —champ (agne), — comm (erce), — consomm (ation), 

— démoc (rate), — émos (ion), — dégui (sèment), — es (croc), 

— estom (ac), — from (âge), —job (ard), — lansq (uenet), — 
liquid (ation), — méphisto (phélétique), — occas (ion), — paf 
(fé), — pante (inois), — perpette (uité), — photo (graphie), — 
poche (ard), — réac (tionnaire), — rata (touille), — sap (in), 
topo (graphique), — typo (graphe), — voite (ure). 

Quelquefois l'abréviation redouble la première syllabe 
du mot comme dans :^ou:^ou : zouave, et nounou: nourrice. 

l'argot actuel. 

A l'heure qu'il est, l'argot obéit plus que jamais aux ten- 
dances abréviatrices signalées ci-dessus. On ne dit plus mas- 
troquet mais troquet, tailbin mais talbin^fourgat mais /owr- 
gue, faffiot mais faffe, pédéro mais pédé, radin mais rade. 
Sans la connaissance des termes anciens, on serait souvent 
embarrassé de caractériser la formation, ou plutôt la défor- 
mation des nouveaux. 

Pour ce qui regarde le langage des classes dangereuses, je ne 
saurais en donner une meilleure preuve que ce fragment 
des Mémoires d'un voleur nommé Beauvilliers, jugé en 
police correctionnelle pour tentative de vol en 1878. Il a été 
publié par le Figaro du 4 août. 

J'ai vingt-trois ans, je suis garçon boucher; 
A l'âge de quatorze ans je fesai mon apprentissage à la bouche- 
rie Duval, à la Madelaine. 



X INTRODUCTION. 

i" affaire, 4 mîlîé (4,000 francs), en allant en recête au bout de 
huit mois que j'étais dans la maison. J'ai mangé tout, Tesiiacede 
quatre mois, mon perd les a remboursé et m'a fait mettre à la 
Roquette pour trois mois. Il est mort dans l'intervalle, de là j'ai 
goipé au théâtre, fesait la portière et je vendai des talbin, cigare 
et du feu. 

Dix-sept ans : J'ai commencé à faire l'étalage, réussi pendant 
un an; pas d'enfilage. 

Dix-huit ans : Je fesai le rade et la condition, je me camouflait 
et avec des faux faffe j'allai dans les bureaux de placement avec 
une tune, je ne manque pas le coche de 2 pille chez un troquet. 
Premier sapement : six mois. Laissez-là. 

Dix-neuf ans : de Ik j'ai fait les coquines passage JouffVoi, Notet 
des ventes (à la salle Drouot qui est voisine?), etc. 

Bien réussi un pédé au chantage de 1,800 francs, un bobe et 
une bride en jonc, harnais de toute sorte avec mon poteau Co- 
conas. 

Vingt ans : Je me remets &uturbin dans la boucherie, je fais les 
pièces destaché. 

Au bout d'un an, poissé avec une pesée de gigot que j'allais 
fourgué, deuxième sapement. 

Les trois brèmes {les 3 cartes , jeu de hasard) pendant six mois, 
réussi. 

Ici Beauvilliers se vante de Texploitation d'une fille qui lui 
rapportait 2 5o francs par mois, puis il dit mélancoliquement: 



Où est ce temps-là, j'avais bonheur, argent, amour tranquille, 
les jours se suive mais ne se ressemble pas. Mon mignon con- 
naissait l'anglais, l'allemand, très-bien le français, l'auvergna et 
l'argot que je lui aprenais de la boucherie, folie!!! 

Un commencement de jalousie me prend et je fais sortir mon 
mignon de la maison, et, plus grande folie encore, je la mets sur 
le turbin. 

Pendant six mois gagneuse d'argent gros comme elle. Au bout 
de six mois, malade, cinq mois, à Saint-Lazare. Rebectage de 
mon côté, plus d'argent, goipé, paillassonj tourné au vinaigre ; hé-, 
las! plus de femme, je la vais perdu. 

Vingt et un an, rangé des voitures. 

Dansai avec Peau-Rouge, l'Anglais, Simonne et Flageolet, et 
moi je remplaçai l'Anglais en Italienne dans les quadrilles gro- 
tesques; 5 francs tous les soirs pendant deux mois au concert de 
la Gaîté, et un mois au Pavillon-de-l'Horloge, aux Champs-Ely- 
sées; pendant quatre mois, l'hiver, aux Porcherons, assez heureux. 

A vingt-deux ans, je me remets au turbin. 



INTRODUCTION. XI 

Le i«' avril, le matin, je rencontre des garçons des halles que 
j'avais vu à Sainte-Pélagie, Godard et Dartagnan; le dernier me 
dit donc : « J'aurais besoin d'outil, j'ai une condition à faire. » Je 
lui dis : Je n'en ai pas, seulement j'ai un monseigneur que je 
pourrai te prêter; bref, je lui dis : « Je te l'apporterai à trois 
heures, au café de la Boucherie; en même temps j'irai chez mon 
fourgue lui porter ce que j'ai à la maison. » Donc, à trois heures, 
je lui porte ce monseigneur, et en même temps j'avais les affaires 
en question, la bague, la tabatière, les boucles d'oreilles, la montre 
et l'épingle; nous buvons ensemble deux ou quatre absinthes, et 
il m'ennuit tant que je finis par aller avec lui voir cette fameuse 
condition rue Vivien ne. 

Nous montons, et moi je frappe à la porte; personne. Je sonne 
et personne ne répond. J'allume, et mon Dartagnan file le luc- 
trème dans la porte ; au même moment, la porte s'ouvre, et une 
femme paraît et elle gueule à la chienlit. Je descends quatre à 
quatre les escaliers, et lui aussi; il sort dans la cour, et moi je le 
suis ; mais le concierge l'arrête. Moi je file une poussée au con- 
cierge et il se faufile, et moi je cours après en criant : Arrêtez-le ! 
Bref il est arrêté et moi aussi ; je vais à niord, mais mon imbécile 
avait gardé son outil et moi j'étais embêté pour mes bijoux que 
j'avais sur moi, etc. 

Tu va peut-être me traité de loufoque d'aller au turbin avec des 
objets pareille. 

Dartagnan avout tout, il prend tout sur lui et il dit : Je ne con- 
nais pas ce jeune homme, les témoins ne me connaisse pas, bref 
tout va bien. 

Cette citation sera utilement complétée par la lettre d'un 
forçat transféré de Rochefort à Toulon, dont je trouve copie 
dans un manuscrit que M. Eugène Demarquay, alors chef 
adjoint de la police municipale de Paris, a bien voulu me 
communiquer en 1876. Ce manuscrit, oeuvre de M. Rabassc, 
inspecteur de police , contenait un glossaire dont la com- 
paraison m'a été utile. 

De la traverse de Lontou (Toulon). — Mon cher camerluche, 
me voilà enfin démarré de ce maudit ponton d'amarrage, par la 
grâce du meke (de Dieu) ou du barbé (diable), et sans être aquigé, 
qui nous a trimballé igo après nous avoir secoué pendant quinze 
reluis au milieu des prés salés. 

Tu m'as bonni avant de décarrer que je te raccorde par une 
lazagen du truc dont les artoupans de cette traverse nous ont 
pésignés. Je honnirai qu'ils nous ont embroqués d'une chasse 
moustique attendu que le quart d'œil de Rochefort nous a 



XII INTRODUCTION. 

rafilé la manquesse (mal noté) auprès de son camerluche de cette 
traverse. 

Les gaffiers sont plus mouchiques que lago ; il faut igo (ici) 
avoir le loubion en poigne pour leur jacter; ou ils vous bous- 
culent en véritables artoupans. 

La cavale (tuite) est plus difficile que lago; cependant les mes- 
siers de cambrouse n'ont pas la même chaleur à pessigner les fagots 
en campe (fuite). 

La tortillade (nourriture) est la même pour la quantité, mais le 
pivoi est plus chenu, le larton un peu plus savonné que lago et 
la batouse à limasse plus chenue aussi. 

La satonnade roule à balouf. Le toc est un bridon de gaye qui 
a une poigne esquintante. 

Rien de plus à te bonnir sinon que la Fouine, Classique, Escarpe 
et Greve-cœur te refilent leurs bécots de chouettes, et, pour mon 
arga, je crois que je serai jusqu'au moment de canner (mourir), 
ton dévoué. 

La Hyène. 

Après ces échantillons de l'argot actuel des voleurs parisiens 
et des forçats, on ne lira pas sans curiosité sept morceaux 
d'un argot moins connu, celui des malfaiteurs de province. Il 
diffère des deux autres en beaucoup de points. Beaucoup de 
ses termes restent inexpliqués dans le corps de notre glossaire, 
et font soupçonner bien des dialectes inconnus spéciaux à 
chaque localité. Nous ne désespérons pas néanmoins d'en 
trouver la clef lors de notre prochaine édition, et nous les 
donnons dès aujourd'hui parce qu'ils jettent un jour inat- 
tendu sur la complexité de notre œuvre. II y aurait dès au- 
jourd'hui à établir un glossaire par prison. La collation de 
ces œuvres locales pourrait seule produire un répertoire 
vraiment utile. 

Les lettres auxquelles sont empruntés les passages ci -des- 
sous sont de 1860; elles ont été écrites par une détenue de 
la prison de Besançon. 



PREMIERE LETTRE. 

Cet huissier (concierge de prison) ne gêne en rien pour faire 
chibis (s'évader) d'ici. 
L'onclesse est une coquine finie. 
Prenez bien vos précautions de partout et je voudrais que vous 

.1 . 



INTRODUCTION. XIII 

changiez vos centres (noms) de ne plus porter celui de Julie, prends 
celui de Clémence et change celui de ses pères et celui de sa 
sœur, car l'on a mauché (mangé ! c'est-à-dire dénoncé) sur moi 
et la muppère de Caron tombera, alors tous vos centres tom- 
beront. Mes bons amis, je ne sais pas comment je vais sortir 
de cette affaire, l'on a mauché (mangé) sur moi depuis le 1 6 janvier, 
et nous voilà au 2 février et l'on ne m'a encore rien dit, sinon que 
l'oncle est venu prendre mon camoufle (signalement) et m'a dit le 
centre (nom) de ma pige (prison). Mes chers amis, je vous prie, 
s'il n'y a pas moyen de me faire chibis d'ici, il n'y aura pas moyen 
plus loin, par Flore cela ne vaudrait rien, car il y a deux griviers 
dans la cour des hommes, ce serait bien dangereux et ils se relè- 
vent toutes les heures. 

Je fais passer ma lettre par la sœur d'Eulalie parce que je ne vou- 
drais pas que Virginie ait l'adresse de la vieille. 

Je pense que tu auras été chercher le petit, car j'ai peur que le 
centre tombe. 

Mon ami, je te le répète par M. Flore, je ne pense pas que tu 
puisses faire quelque chose, il en faudrait trois mois, je t'ai dit, il y 
a deux griviers dans la cour des hommes et ils se trouvent bien en 
face de la grande lourde d'entrée, si tu vois la môme, la mère de 
Juliette, elle pourra te dire comme c'est, si tu peux chabier, ça 
vaudrait peut être mieux. Il n'y a qu'une jeunesse qui est avec nous 
et elle ne demande pas mieux que de faire, car elle est pour un 
môme qu'elle a tapé. 

Si tu vois le grêlé, dis-lui pour le rôti, car il viendrait pour 
t'aider. 

Dites-moi bien si la lettre était décachetée quoiqu'il n'y avait 
rien de mauchigne (mouchique.) 

Pour la Philiberte, elle ne s'est pas esbalonée (évadée). 

Je te prie de mettre dans un pâté deux ou trois sigolles, car je 
crois que je suis encore pour longtemps ici, j'en ai encore quatre, 
mais nous sommes obligées de tenir si belle cette femme. 

Embrasse ta marraine pour moi ainsi que mon oncle et sa femme 
et la petite Moni et ses parents sans oublier la vieille et son fils. 

Je ne sais pas encore si on me trimballera à l'endroit de mapinge 
[pige : arrestation), car si l'on fait venir l'oncle, je dirai que ce n'est 
pas moi qui étais chez lui. 

Ma chère Julie, si je peux faire passer des bas chez Collard ou 
chez la Virginie, je le ferai, car je suis sûre que vous n'en avez 
pas. La malle de ton père a été saisie à cause des chaussons qu'il y 
avait dedans, et si vous avez changé de maison vous me ferez trois 
petits points tel que cela... et si vous avez reçu la lettre que je vous 
ai parlé qui était pour Eulalie, vous ferez une petite croix. 

Mon ami, je te prie en grâce de ne pas venir de çhamque. 

L'on vient de me tirer mon portrait et l'on va l'envoyer dans 
toutes les mottes et dans tous les loirs. 



XIV INTRODUCTION. 

J'aurais bien mieux voulu que l'on me trimbale, j'aurais tâché de 
voir M. Chibis. 

Change de centre, je vous en prie en grâce, car les centres des 
mômes vont tomber. 

Tâchez de faire mettre la lettre à DôIe ou dans les environs, à 
seule fin qu'il n'est de cime de personne. Je ne sais pas quand je 
pourrai t'écrire, toutes les fois que je trouverai une occasion je le 
ferai, et de la prudence. 

Les popes sont au fond de la cour des engistes, voilà huit jours 
que j'attends cette occasion. 



DEUXIEME LETTRE. 

J'ai su par le Cosmont puisque tu as dit à Niort (tu as nié), vas 
toujours la même chose, il est venu une pureuse (détenue dénon- 
ciatrice) pour me topiser (dévisager), elle a dit : « Je ne suis pas 
sure, mais elle lui ressemble, » je crois qu'on a fait venir une 
autre. C'est la Louise qui fait les bifFetons de Julie, il n'a pas de 
meurtre dorine. Courage, tu es jeune, tu as de l'espoir et i^uis tu 
n'as rien fait. J'espère que le jugement de ces marchands sera 
cassé. Oui, tu pourrais être libre, je mourrai contente, car je sais 
que tu as bon cœur, et puis ce malheureux Tours fait réfléchir 
toujours à Niort. Il peut demander comment s'appelle ta marraine, 
tu diras Catherine Kérer et ton parrain Georges Brun, je le crois, 
mais tu ne l'as jamais connu, et je finis en te souhaitant la li- 
berté. " 

TROISIÈME LETTRE. 

Pauvre Jacques, quand je pense te voir dans une position si 
triste, et si injustement, je ne peux pas croire à une telle s-élera- 
tesse pareille : ne te décourage pas. Le curieux (juge d'ii struc- 
tion) m'a dit que je faisais tes passes, je ne l'ai pas avoué, l'auvre 
viorne (vieux), je crois que le juge retarde pour le mois do mai, 
c'est pour le faire venir ici. Dis moi si on lui a donné des passets, 
ils avaient du sauvais dedans une livre. 

Quatre billets d'homme, pris à la même source, compléte- 
ront utilement ce spécimen de l'argot des voleurs de pro- 
vince : 

I. 

Je n'ai pas grand chose à te dire que les malheurs se suivent 
dur. Un accident (une arrestation) sur la ligne (dans la ban le) est 
arrivé, il y a neuf blessés (neuf faits prisonniers). Enfin, a\ec les 
chemins de fer, toujours la même chose. 



INTRODUCTION. XV 



II. 

Ne te chagrine pas à mon sujet, je fais attention du mieux que je 
peux. Nous avons trouvé partout le rouge à boudin qui nous gêne 
un peu. 

m. 

Mon cher ami, c'est avec bien de la peine que je te fais savoir 
par mon honorée de ce jour que, ainsi que je te l'avais promis, je 
ne peux me trouver à Tours à la fin du mois, il m'est impossible, 
mais, en revanche, je compte bien m'y trouver le i5 février. 

La cause en est que l'on va procéder à une opération à ma tante 
et qu'il faut que je m'y trouve, je te fais savoir aussi que Louis 
est bien malade (en jugement). Quand tu m'écriras, écris-n ci 
toujours poste restante à Bordeaux (Gironde.) 

Plus rien à te dire, je te salue, ainsi que ta femme. 

Ton ami — Gros Marro. 
Je te souhaite une bonne santé, quant à moi je vais bien. 

IV. 
Chère femme. 

Je fais réponse à ta lettre que j'ai reçue à Saint- Pourçain. Je me 
porte bien et je désire que la présente vous trouve de même, 
quant à celle de Moulins, je n'ai pu l'avoir faute d'occasion. 

Je te dirai que je pars pour Fontainebleau, tu me feras réponse 
à Paris, Loiset, pour le 23. — • Les affaires sont toujours les mêmes ; ça 
ne va pas, il y a de quoi se dégoûter; mais ma foi ça changera bien, 
il le faudra. Ne te chagrine pas à mon sujet; je fais attention du 
mieux que je peux; nous avons trouvé partout le rouge à boudin 
qui nous grime (chagrine) un peu. Je ne t'en mets pas davantage. 
Je suis pressé, je pars par le train de midi pour Fontainebleau, 
sans ça je te mettrais quelques lignes de plus. Bien des compli- 
ments de ma part à M. et M"» Louis. — Je finis ma lettre en t'em- 
brassant de tout cœur pour la vie ton homme qui t'aime. 

Emile. 

Je te demande (donne) des nouvelles de la Mina (bande) très 
mauvaises. Madame Jean trois pige (a trois ans de prison), ainsi 
que les deux Juliettes; la mère quatre et les autres une au moins 
Ainsi, tu vois les affaires. M. Baron est malade (en jugement) il y 
a six mois, mais ça ne sera rien; Jean le mari de madame Jean 
aussi. J'ai vu Laurent. 



XVI INTRODUCTION. 

P. S. — Bien des compliments de la part de mon beau-frère à 
tous, et s'il y passe pas trop loin je sais qu'il viendra. 

Comme cette correspondance édifiante le prouve, les mal- 
faiteurs de province composent une vraie famille trop bien 
unie, dont les membres dispersés par les nécessités du métier 
ne descendent du chemin de fer que pour aller prendre leurs 
lettres à la poste restante. De vrais commis voyageurs en 
vols et en assassinats!... 

Je ne sais si le lecteur partagera notre impression, mais la 
dernière lettre signée Emile nous paraît plus particulièrement 
sinistre que toutes les autres. Cette phrase : « Les atlaires 
sont toujours les mêmes, ça ne va pas, mais, ma foi, ça chan- 
gera bien, il le faudra, » suinte le crime par chaque mot. On 
sent que celui qui l'a écrite est prêt à tout, dans l'intérêt de 
son commerce. 



HARMONIES IMITATIVES. 

Nous pouvons citer icïfanffe eifonfe (prise), qui simulent 
bien le reniflement du priseur; /&owz5-^ow/5 (polichinelle) imite 
le cri de la pratique; cri-cri celui du grillon ;/row-/roM rend 
le bruissement de la so\e\faffe, celui du billet de banque ; to- 
quante rend le toc-toc de la montre en marche ; fric-frxc le 
bruit produit par une effraction; gilbocq celui de la bille qui 
va en frapper une autre en roulant sur le tapis du billard; 
branque rappelle le braiment de l'âne; toc rappelle le son mat 
du doublé; tam-tam etfla-fla font une allusion retentissante 
aux coups de grosse caisse et aux coups de fouet dont ne sau- 
raient se passer ceux qui abusent de la réclame et qui aiment à 
faire grand bruit, ceux qu'on appelle les faiseurs d'esbroiiffe, 
— Encore un mot de même famille. — Qu'il vienne ou non 
d'Italie, esbrouffe rend bien le fracas de la vanité. 

Humble et doux au contraire est le bruit de la larme qui dê^ 
gouline le long de la joue. 

Dégouline.., On croit presque l'entendre tomber. 



INTRODUCTION. XVII 



JEUX DE MOTS. 



Oui, le calembour lui-même s'en est mêlé, et de bonne 
heure encore, ^«^er (argent) n'est qu'un jeu de mots du mo) en 
âge, temps où la maille était une monnaie^ et où le haubert 
était une cotte de mailles. — Avoir de Vaubert^ c'était donc 
être couvert de mailles, ou d'argent si vous aimez mieux. — 
Ne disons-nous pas encore d'un riche : // est couvert d'or f 

Comme jeux de mots nécessitant moins d'explications, ci- 
tons l'habillé de soie (cochon), le cloporte (portier), le pendu 
glacé (réverbère), la salade (réponse), le billet de parterre 
(chute), le numéro loo (latrines), le tirant radouci (bas de 
soie), la fièvre cérébrale (accusation entraînant la perte de la 
tête), la main courante (le pied), pincer de la harpe (être en 
prison), Vamendier fleuri (régisseur de théâtre, donnant des 
amendes), le rnowse/^newr (fausse-clef), devant lequel s'ouvrent 
toutes les portes. 

On peut encore rattacher indirectement à la classe des jeux 
de mots quelques transpositions comme Lontou (Toulon), 
linspré (prince), nibergue (non, bernique), sans oublier ar- 
souille, dans lequel nous avons retrouvé le souillart (art- 
souille), qui, au moyen âge comme aujourd'hui, avait abso- 
lument le même air canaille. 

SOUVENIRS. 

Encore une classe importante que celle des mots formés 
par nos souvenirs. Ils sont de tout genre, de tout âge : histo- 
riques, politiques, dramatiques, littéraires. 

Makach, ba^ar, smalah, ra^^ia, fourbi, gourbi, mat^agran, 
sont des conquêtes d'Afrique; bachi-bou^ouk vient de la Cri- 
mée. Bismarquer restera, pour nous un souvenir éternel. 

Cavour, Bolivar et Morillo, Garibaldi \n.\.vo<Xmseni la poli- 
tique dans le domaine de la chapellerie. 

Antony, Bertrand, Macaire, Demi-monde, Camélia, Fille 
de marbre, Benoiton, Calino, et en dernier Jieu Alphonse, té- 
moignent de l'influence du théâtre moderne. 



XVIII INTRODUCTION. 

Du théâtre ancien, nous avons conservé Basile, Tartufe, 
Polichinelle, Arlequin, Carline et Pierrot. 

Victor Hugo a produit pour sa part Quasimodo, Pieuvre, 
Gavroche. 

Mayeux et Chauvin rappellent les gloires de la carica- 
ture. 

A la mythologie, on peut renvoyer Pallas, Cerbère et Cu~ 
pidon. 

Faire sa Sophie est de l'hellénisme raffiné. 

Aux temps bibliques remontent Balthasfar, Philistin, faire 
son Joseph, putipharder ; — à l'antiquité, Laïus, Romain, 
Bucéphale. 

A la politique nous devons gauche, droite, voltigeur de 
Louis XIV, frère et ami, démoc-soc, aile de pigeon, centre 
et juste-milieu, ventru et satisfait, communeux et commu- 
nard, purs et pourris, blancs et rouges, badinguiste, henri- 
quinquiste, gambettiste, thiériste, intransigeant, opportu- 
niste... Et Dieu sait ce que nous lui devrons encore! 

IMPORTATIONS. 

Le cosmopolitisme toujours croissant de la vie parisienne 
a singulièrement accru cette section depuis le second Em- 
pire. 

Le Sport peut être considéré comme une colonie anglaise 
(V. dandy, turf, rider, betting, ring, handicap, bookmaker, 
cab, racer, four in hand, mail coach, et une foule d autres). 
L'industrie a subi depuis longtemps l'influence étrauf^ère. La 
politique a ses leader. Le journalisme lui-même paraît trou- 
ver plus drôle de dire racontar que racontage, et reporter 
que nouvelliste. 

Dans ces nobles étrangers, on reconnaît de temps à autre 
de vieux Français qui ont passé la Manche avec les Nor- 
mands de Guillaume. Entre notre tunnel de chemin de fer et 
notre tonnelle de jardin, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille. 
Le mess de la garde impériale n'était que le repas pris en com- 
mun par nos moissonneurs du moyen âge. 

Les Italiens, amis des arts, nous ont donné brio, piano, riri' 



INTRODUCTION. XIX 

for^audo, in petto^ in fiocchi^ a giorno, interme^^^o, bravo, 
bravi^ brava! etc., etc. 

Mais que les langues vivantes ne nous fassent pas négliger 
les langues mortes! L'argot a aussi sa classe de latin. Et ce 
n'est pas dommage (c'est justice), comme on dit à Belleville 
et autres lieux où le quibus jouit de la considération qu'il 
mérite. Aussi avons-nous recueilli avec respect les latinismes 
ayant cours. 

III. — Les richesses de Vargot. 

Nous venons de voir comment l'argot est un langage com- 
posé moins de mots nouveaux que d'interprétations nou- 
velles. 

Si la matière n'est pas neuve, reconnaissons qu'elle rachète 
ce défaut par une singulière richesse. L'abondance, la va- 
riété et, disons-le bien, la précision de beaucoup de termes ne 
s'auraient s'imaginer. 

S'agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la sou- 
lographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les 
quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié 
l'existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l'un dans 
l'autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, 
dans l'état, une nuance. 

Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, 
avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, 
parti, lancé, en patrouille. 

Un peu plus loin, nous voyons l'homme légèrement ému; 
— il sera tout à l'heure attendri, il verra en dedans, et se 
tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché; 
il aura certainement demain mal aux cheveux. 

Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer 
cette trogne de Silène, vous n'avez que la liberté du choix 
entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son 
coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, 
son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le ne^. 

De la figure passons à la marche. — L'homme ivre a quatre 
genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide 



XX INTRODUCTION. 

comme la justice et laisse trop voir par son attitude forcée 
combien il lui en coûte de commander à la matière; 

Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans 
les vignes)^ et il marche comme si le terrain lui manquait ; 

Ou il festonne^ brodant de zigzags capricieux la ligne droite 
de son chemin; 

Ou // est dans les brouillards.., tâtonnant en plein soleil, 
comme s'il était perdu dans la brume. 

Attendons dix minutes encore ; — laissons notre sujet des- 
cendre au plus bas, et vous pourrez dire indifféremment : // 
est chargé^ g^vé^ plein^ complet, pion, rond comme une balle, 
mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son 
casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte^ 
il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu'à la troi' 
sième capucine. — Ce n'est plus un homme, c'est un canon 
chargé jusqu'à la bouche. 



Presque aussi riche est le vocabulaire des voies de fait, — 
qui sont une des conséquences ordinaires de l'ivresse. Plus 
riche encore serait celui du libertinage, s'il était permis de 
franchir des limites que nous avons scrupuleusement respec- 
tées, tout en usant du droit qui sauvegarde toute recherche 
sérieuse. 

Voici quelques-unes des phases les plus intéressantes de la 
batterie : 

Avec la peignée, on se prend aux cheveux, on se crêpe le 
toupet, on se tombe sur le poil. 

On se croche ensuite en s'empoignant.à bras-le-corps ou en 
se passant la jambe. 

L'enlevée, la valse, la tournée et la danse sans violons, dé- 
crivent les mouvements précipités delà lutte. 

Avec la dégelée, la brossée, la frottée^ la torchée, V étrilla ge^ 
la raclée, la brûlée, on a l'épiderme bien endolori. La rossée 
vous sangle comme un cheval rétif; la trempe^ la trempée et 
la rincée vous tordent comme du linge à la lessive. 

Avec la cuite, il vous en cuira longtemps. 

Si l'adversaire vous tombe, gare à la roulée^ à la trépignée^ 



INTRODUCTION. XXI 

à la tripotée^ à lapîle^ au travail du casaquin! vous êtes à sa 
merci. 11 vous pétrira de coups. 

Encore une seconde, et vous voilà en compote ou démoli. 
~~ Tant pis si vos os ne sont pas numérotés. Il n'y aura plus 
moyen de les mettre en place. 

Notez que, contre tous ces termes, le langage du monde 
n'en a pas un seul qui exprime la même idée en un seul mot. 



Et ce n'est point là seulement que nous retrouvons une 
variété significative de synonymes. 

Prenons boule^ ou balle^ ou coloquinte, ou calebasse! c'est 
la tête plus ou moins ronde. 

Avec binette^ trombine^ faciès^ frime, frimousse, il y a 
quelque chose de nouveau : nous voyons se dessiner la phy- 
sionomie. 

La sorbonne et la boussole désignent le cerveau qui conçoit, 
raisonne et dirige. 

Le caisson a été fait tout exprès pour représenter le crâne 
éclatant à l'heure du suicide. 

La tronche montre la tête tombant sous le couteau de la 
guillotine. 

De la tête passons à la jambe : grosse, c'est un poteau; or- 
dinaire, c'est une quille; mince, c'est uneflûte^ un cotteret^ 
un fumeron, un fuseau, un échalas; plus mince, c'est une 
pincette, Mne jambe de coq; plus mince encore, c'est un Jil 
de fer; tremblante, c'est un flageolet. Les jambes du dan- 
seur sont des gigues ou des gambilles; celles du marcheur 
forment un compas^ une équerre. 

Cette précision se retrouve jusque dans les diverses ma- 
nières de dépenser son argent. Le prodigue douille, la dupe 
casque, l'homme qui veut imposer la confiance éclaire, l'éco- 
nome s'allonge, l'avare se fend jusqu'à s'écorcher. 

La mort elle-même semble vouloir prêter un verbe à chaque 
état. Le pilier de café dévisse son billard, le cavalier graisse 
ses bottes, le bavard avale sa langue, le chiqueur pose sa 
chique, le fumeur casse sa pipe, l'apoplectique claque, le trou- 
pier reçoit son décompte, descend la garde, passe Varme à 



XXlî INTRODUCTION. 

gauche ou défile la parade^ le pauvre perd une dernière foiâ 
le goût du pain^ l'agonisant tourne de Vœil^ l'homme frappé à 
mort sue le sang, le Parisien, toujours logé haut, lâche la 
rampe. 

Mais il n'en faut pas déduire que l'idiome dont nous nous 
occupons soit facile à posséder. 11 fourmille, on l'a vu, de 
nuances faciles à comprendre, mais dont la distinction de- 
mande un certain acquis. 

Ainsi, déjà usité comme mot d'amitié, cocotte se dit ou d'un 
cheval^ ou d'une/emme, ou de deux affections très-différentes. 
Battant veut dire à la fois neuf, langue, cœur ou gosier. 
Plomb signifie gosier^ ga:( ou maladie. Blague a sept signi- 
fications si variées qu'elles peuvent s'appliquer également à la 
facilité d'élocution, ou à une conversation spirituelle, ou à un 
mensonge. 

Chic présente autant de sens non moins contradictoires. — 
Appliqué au crayon d'un artiste, il est un brevet de banalité 
ou de distinction... Il ne lui faut, pour cela, qu'être procédé 
de avec ou de de. — Il fait tout avec chic est un éloi^e, il 
fait tout de chic est une critique très-sensible. 

Faire a de même sijc acceptions : ficher en a huit. — Chien 
entre dans la composition de neuf mots. — Œil en f )rme 
douze. — Chose peut signifier indifféremment dignité ow in- 
dignité. — Paumer veut dire prendre ou perdre. — Bachot 
s'applique indifféremment à un examen^ à un candidat^ à une 
institution. — Extra représente ou un repas, ou un invité^ 
ou un domestique. — C'est à s'y perdre. 

IV. — Ses rapports avec lès nioéuri. 

Dans l'argot plus que dans tout autre langage, certains ter- 
mes caractérisent un ordre d'idées, d'habitudes, d'instincts. 

Seul, un malfaiteur a pu appeler le premier cafarde la 
lune voilée, et moucharde la lune brillante, seul encore il 
a pu nommer coulant ou collier la cravate avec laquelle il 
vo^s étranglera ce soir. 



INTRODUCTION. XXIII 

Il a besoin de très-bons yeux, — des yeux de chat lui per- 
mettant de saisir sa proie dans l'ombre. On le devine en 
voyant qu'il les appelle ardents^ reluits^ clairs, quinquets et 
mirettes. 

Que d'images il a trouvées pour répondre au verbe Assas- 
siner : —faire suer^ refroidir, démolir^ rebâtir^ connir^ ter~ 
rer, chouriner, expédier^ donner son compte^ faire l'a faire ^ 
capahiiter^ escarper^ butter^ coucher... 

Il semble n'avoir pas trop de verbes quand il s'agit d'expri- 
mer une fuite : se la briser, se la casser^ s'évanouir^ se dé- 
guiser en cerf., se pousser de l'air ^ s'esbigner^ se cavaler^ se 
la courir, se la couler., tirer sa crampe., se cramper, lâcher^ 
décarer^ décaniller., se tirer les pattes... 

Et quels noms significatifs décernés aux agents chargés de 
réprimer ses méfaits! Par balai^ cogne., raclette ^raille ^pousse 
et grive., il désigne le gendarme qui le balaye ou rencogne^ 
la patrouille qui le racle., l'agent qui Véraille ou le pousse, le 
soldat qui le grève. 

Par une exception bizarre, il a mêlé les idées de cuisine et 
de dénonciation. L'homme qui le dénonce à la police est un 
cuisinier^ un coqueur (maître coq), une casserole. Dénoncer, 
c'est casser du sucre^ se mettre à table, manger le morceau. 
Si le malfaiteur est arrêté, il dit qu'il est servi. Serait-ce 
parce qu'il se voit dé]à flambé^ cuit ., fumé ^ frit., fricassé., rôti 
et brûlé par dame Justice ? 

La fréquence des équivalents indique mieux que toutes les 
statistiques morales, la place tenue par certaines passions. 

Niera-t-on que le peuple français soit susceptible d'enthou- 
siasme en voyant tous les synonymes qu'il a trouvés aux mots 
bon et beau? —Chic, chicard., chicandard^ chouette^ bath^ 
rup^ chocnosof snoboye, enlevé^ tapé., ça^ superlifico, aux 
pommes^ numéro i^ aux petits ognons! etc. — Si on n'est pas 
content, ce n'est point parce qu'on manque des moyens de le 
dire. 

Et l'argent, n'occupe-t-il pas dans le néologisme autant dff 
place que dans les transactions de ce bas monde ? — Nerf^ 



XXIV INTRODUCTION. 

05, liuile^ beurre^ graisse^ douille^ rond, cercle, bille ^jaiuiet, 
roue de devant, roue de derrière^ braise, thune, médaille, 
face, monarque, carie, philippe, métal, dale, pè^e, pimpion, 
picaillon, noyaux, sonnette, cigale, quibus, quantum, sit no- 
men, cuivre^ mitraille, patard, vaisselle de poche, sine quâ 
non, etc. 

Le manger et le boire, — le boire surtout, — ont à leur 
disposition une légion de synonymes. 

Le manger : béquiller, becqueter, tortiller du bec, chiquer, 
mastiquer, taper sur les vivres, pitancher, bouffer, etc. 

Le boire : étouffer, siffler, flûter, renifler, pomper, siroter, 
licher, biturer, se rincer l'avaloire, la dalle, le cornet, la 
corne, s'arroser le lampas, se pousser dans le battant, s hu- 
mecter, pictonner, tuer le ver, chasser le brouillard, etc., etc. 

Le vin s'appelle ^icfow, piccolo, nectar, ginglard, ginglet, 
briolet, bleu, blanc, etc. 

Et l'eau-de-vie! Combien de petits verres dans ces mots : 
trois-six, fil en quatre, dur, raide, rude, crik, chenique, 
schnapps, eau d'aff, sacré chien, goutte, camphre, raspail, 
jaune, tord-boyaux, casse-poitrine, consolation, riquiqui, eau 
de mort! 

Quant à l'absinthe, cet autre poison, n'a-t-on pas inventé 
autant de noms que de manières de la préparer? 

Après la satisfaction des besoins matériels ou l'expression 
d'une gaieté railleuse, les misères et les laideurs de cette vie 
sont largement, exclusivement représentées. Les moralistes 
pourraient tirer de cette inégalité des conclusions désolantes. 
Elle affirme mieux que la statistique la fréquence de certains 
vices. 

Chose remarquable! On trouve vingt mots pour montrer 
le niais, la dupe ou le fripon; — il n'y en a pas un pour dire : 
voici un honnête homme. 

La femme digne d'estime est inconnue; — celle quon af- 
fecte de mépriser se trouve sous le coup d'un déluge d'in- 
jures. Chaque année en apporte une de plus au vocabulaire. 

Battre se dit de vingt manières ; caresser n'a pas deux sy- 
nonymes. 



INTRODUCTION. XXV 

Il y a quarante-quatre manières de désigner l'ivresse ; il n'y 
en a pas une pour indiquer la tempérance. 

Enfin la somme des négations est énorme, et il n'y a pas 
une seule affirmation positive. 

De même,(( c'est un marlou, c'est un filou! w se disent aussi 
bien d'un homme rusé que d'un souteneur ou d'un voleur. 
Avoir du vice^ c'est avoir l'esprit ingénieux. Ces assimilations 
dégradantes en disent long sur le danger dans lequel se trou- 
vent trop de consciences. 

L'admiration même se trouve, sur ce terrain scabreux, tout 
imprégnée de je ne sais quelle âcreté. — On n'arrive à l'af- 
firmation de la qualité que par la négation du défaut. On 
ne dit pas : je suis bien fait^ on dit : je ne suis pas déjeté; on 
ne dit pas : je suis beau^ on dit : je ne suis pas déchiré; on 
ne dit pas : je suis jeune^ on dit : je ne suis pas trop piqué 
des vers. — Vous êtes fièrement brave^ rudement bon^ se di- 
sent avec la plus douce intention du monde. Un discours 
éloquent devient un discours tapé; une scène émouvante vous 
enlève^ vous empoigne; une belle action épate le public. On 
dit d'une œuvre banale : Cela n'est pas méchant^ cela ne mord 
pas. Le travailleur est unpiocheur et le zélé est un fanatique 
ou un féroce. 

Aussi, comme on s'animalisel Votre peau, c'est du cw/r,de 
la couenne; votre bras, un aileron; vos pieds, vos mains sont 
des ergots^ des paturons, des abattis, des pattes, des arpions; 
votre visage est un mufie; votre barbe, une bouquine; votre 
bouche, un bec, une gueule ; vos cheveux sont des crins; le bas 
de votre échine est un croupion. Vous ne mangez pas, vous 
becqueté^, vous béquille^, vous tortille!^ du bec, et votre esto- 
mac est une bauge, jusqu'à l'heure de la crevaison. 

En toute justice, cependant, on ne saurait traiter avec une 
sévérité absolue l'élément populaire qui sert de base aux ob- 
servations précédentes. 

Comment le peuple se piquerait-il de délicatesse en son lan- 
gage? Le labeur de chaque jour ne lui laisse apprécier que la 
satisfaction de ses gros appétits. Aussi ne nous étonnons pas 
en voyant ses néologistes si brutaux. Ces rudes inventeurs 

b 



Mvi INTRODUCTION. 

ont fait des mots accentués comme leurs ragoûts 'avoris et 
faits pour traverser les palais plébéiens que n'effrayent pas les 
fortes cpices. 

Si on veut donc bien ne pas se choquer de la rusticité de 
cette forme, l'étude de l'argot parisien fera découvrir, au degré 
le plus éminent, certaines qualités de couleur. 

Comme il est bien nommé brutal ce canon qui, après 
avoir grondé de sa grosse voix, culbute tout sans dire gare ! 

Et béguin^ cet amour terrestre qui vous isole au milieu de 
la vie mondaine avec les extases du cénobite ! 

Combien les mots richesse^ crédit^ fortune paraissent fades 
à côté de ces quatre monosyllabes : lia le sac! — Il a le sac, 
c'est-à-dire: ses louis sont en tas sous sa main; d'ur geste, il 
peut faire rouler à vos yeux ces belles espèces sonnantes. 

Nous avons dit que l'argot forgeait en réalité peu de mots ; 
— ce sont des acceptions nouvelles qu'il invente de préfé- 
rence. 

Parfois ces sortes de travestissements sont plus raisonnes 
qu'on ne se le figure. 

Ainsi, pour n'en citer qu'un, — toquante, ognon ou cadran 
sont bien plus expressifs que montre. 

Toquante fait allusion au mouvement de l'objet (toc, toc); 
ognon, à sa forme; cadran, à la figure tracée sur sa p iroi.Ces 
synonymes offrent l'avantage d'une allusion directe à la 
chose; ils se gravent mieux dans la tête, tandis que montre 
est, pour la mémoire des simples, beaucoup plus énigmati- 
que. — Cet exemple est loin d'être le seul, mais il suffira, 
je l'espère, pour affirmer les tendances mnémotechniques de 
l'argot. 

Selon nous, il doit être aussi beaucoup pardonné aux li- 
cences du langage populaire, en raison des infortunes qu'il 
décèle souvent. 

Ainsi la plèbe parisienne a trouvé une équivoque saisis- 
sante pour désigner certains quartiers où la misère fait élec- 
tion de domicile; elle les appelle quartiers souffrants (i). 

(i) On comprendra mieux cette équivoque après avoir lu ce pas- 



INTRODUCTION. XXVII 

Je me rappellerai toute ma vie le jour où j'entendis pronon- 
cer ce nom pour la première fois. C'était en omnibus. Le 
conducteur, un gai compagnon, égayait de son mieux la mo- 
notonie du devoir qui l'obligeait à décliner tout haut le nom 
de certaines voies. A l'instant où son véhicule quittait la 
rue des Noyers pour traverser la place Maubert, qui était 
alors le centre d'un réseau de ruelles noirâtres où grouil- 
lait la plus misérable population, — voilà notre homme qui 
s'écrie : <( Place Maubert, rue Saint- Victor, Panthéon! Il n'y 
a personne pour le quartier souffrant ? » — Et une pauvre 
vieille hâve, déguenillée, se dressa péniblement et descendit 
à cet appel comme une justification vivante de l'épithète. 

C'est dans le même esprit qu'on a trouvé des expressions 
presque gaies pour des choses lugubres. Un faubourien qui 
se casse la jambe dira par crânerie : C'est un détail. Une 
femme abandonnée par celui qu'elle aime dira, en étouffant 
ses sanglots : Ça n'est pas drôle ^ ce qu'il a fait là. 

Vous n'avez pas besoin de leur prêcher la philosophie., à ces 
pauvres diables! ils connaissent le mot, car ils l'ont pris pour 
synonyme de misère. Quelle ironie! Ils ont même décoré 
leurs savates du titre de philosophes. Peut-on mieux mon- 
trer, — je vous le demande, — la théorie foulée aux pieds par 
la réalité ? 

Les synonymes significatifs de ^wr, raide., rude, trois-six., 
verre pilé, tord-boyaux, casse-poitrine, disent assez pour- 
quoi les malheureux en sont venus à nommer consolation un 
verre d'eau-de-vie. Ce n'est pas à cause de sa douceur. Ce n'est 
pas la boisson en elle-même qu'ils recherchent, car ils en con- 
naissent les tristes effets ; c'est un étourdissement momentané, 
c'est une consolation fictive. 

Et la pipe, cet autre palliatif populaire, y a-t-il une seule 
des cent satires faites depuis cinquante ans contre son abus 

sage du journal le Petit Moniteur (9 février 1876) : « Ce n'était 
pas Paris, c'était le quartier Mouflfetard; le quartier souffrant, 
comme le peuple raillant sa propre misère l'appelait par allusion 
aux fabricants d'allumettes soufrées qui s'y étaient établis avant 
l'invention des allumettes chimiques. » 



XXVIII INTRODUCTION. 

qui vaille tout le sens critique de ce seul mot : — brûle- 
gueule? 

N'être pas méchant et ne pas mordre sont également deux 
expressions cousines qui valent un livre sur le moyen Je par- 
venir. Vous voulez arriver, faites- vous craindre! — Dans le 
monde mêlé où nous allons pénétrer, n'être pas méchant, c'est 
être bête. Le naïf qui ne mord pas reste sans valeur aux yeux 
du prochain. — De même, avoir du vice n'est pas un défaut, 
c'est faire preuve d'intelligence. 

V. — Notre méthode. 

A l'exemple de ses aînées (i), cette édition présente des re- 
maniements et des additions considérables. 

Comme tous les sujets mal définis, celui dont nous nous oc- 
cupons était difficile à bien traiter du premier coup. Les cu- 
rieux assez patients pour comparer ce volume aux précédents, 
verront que nous n'avons cessé de chercher des définitions 
courtes et une explication naturelle des causes déterminantes 
de chaque expression. 

Les exemples font notre force. — Nous les avons donc aussi 
multipliés, aussi variés que possible. Sans leur aide, on ne se 
ferait pas idée du mot, si bien expliqué qu'il fût. Nous y avons 
joint des dates toutes les fois qu'elles étaient utiles pour cons- 
tater l'ancienneté d'un mot, ouïe moment précis auquel il 
avait eu cours, car beaucoup de mots ne durent guère plus 
que la mode avec laquelle ils sont éclos. 

L'exemple nous a paru encore le meilleur moyen de con- 
trôle, de justification, le vrai passe-port des néologismes. Ont 
été rejetés sans hésiter ceux qui étaient dépourvus île sa 
sanction ou qui ne paraissaient pas avoir réellement cours. 
Ces derniers sont moins rares qu'on ne le croirait; ils ont été 
acceptés par certains lexicographes qui ont cédé à la faniaisie 
de mettre en circulation un mot nouveau, et on trouvera 

(i) Si on en excepte la troisième, chaque édition de ce Diction- 
naire présente des variantes nombreuses et essentielles. 



\ 



INTRODUCTION. XXIX 

dans cette même page quelques échantillons curieux de leur 
procédé inventif. 

Il fallait aussi se garder de donner comme argotiques des 
termes qui ne Tétaient pas. 

Nous avons coUationné avec soin notre texte avec celui du 
Dictionnaire de l'Académie, qui a fait la part large au langage 
familier. Nicodème^ croûte^ pigeon^ filou^ lui appartiennent. 
On y trouve : Je m'en bats l'œil. Après un débat dont la 
presse a parlé, la Commission vient même d'agréer faire l'œil. 

Et, puisque nous venons de parler de l'Académie, croirait- 
on que Vidocq a donné arche de Noé comme signifiant Aca- 
démie française dans le jargon des voleurs? Arche de Noé me 
paraît, comme tour de Babel (Chambre des députés), inventé 
par des mystificateurs qui ont été bien aises de railler l'Insti- 
tut et le Corps législatif en essayant de représenter, comme 
étant dans la circulation, les mots qu'ils désiraient y glisser. 
En ce cas, ils n'ont pas trop présumé de leurs imitateurs. 
Non-seulement on les a reproduits, mais on a continué leur 
tradition inventive. Delvau donne comme synonymes d'acadér- 
micien, dans la langue du peuple parisien, les mots enfant de 
la fourchette^ mal choisi et cul àfauteuil^que le voyou le plus 
inventif n'a jamais soupçonnés. De telles mystifications mon- 
trent, comme nous l'avons dit, que la garantie de l'exemple 
est nécessaire à tout lexique sincère. 

Je n'ai pas voulu non plus spécialiser, c'est-à-dire attribuer 
l'usage de tel mot à une classe plutôt qu'à une autre. Il en 
est, et c'est le plus grand nombre, qui sortent de toutes les 
bouches et qu'on ne saurait attribuer à une seule catégorie 
sociale. — Où ne dit-on pas truc^ turne^ avoir le sac^ roupiller^ 
pépin^ etc.? En attribuant ces mots à l'argot des classes dange- 
reuses d'où ils viennent, on ne serait plus du tout dans le vrai. 
Pour citer un autre exemple entre cent, où ne dit-on pas 
blague et blaguer? Où ne dit-on pas chic? 

D'autres expressions portent avec elles un cachet d'origine. 
Tel mot sent l'armée, comme tel autre sent le voleur ou l'ar- 
tiste. Il n'est pas besoin d'annoncer que blaireauter (peindre 
avec trop de fini) vient d'un atelier de peinture, ^qu'accrocher 



XXX INTRODUCTION. 

(consigner) sort de la caserne, que faire le poivrier (voler un 
ivrogne) est une expression partie des classes dangereuses. 
Cela va de soi. 

En spécialisant, on court un autre danger, on reste fatale- 
ment au-dessous de sa tâche. Chaque corps de métier, chaque 
atelier, chaque collège, chaque café, chaque quartier ont leurs 
petits argots. Si vous donnez l'un, il faut les donner tous. 
Vous vous noyez alors dans l'infini et dans le puéril. Si vous 
donnez l'argot des marbriers de cimetière, pourquoi ne pas 
donner celui des marbriers de cheminée, des praticiens, des 
sculpteurs, des carriers des Vosges ou des Pyrénées? 

C'est pour cela que nous avons tenu, autant que possible, à 
ne prendre que des mots déjà imprimés n'importe où, dans le 
gros livre comme dans la chanson des rues(i). 

L'exemple a encore un avantage : c'est d'offrir une base 
certaine à la recherche de l'étymologie et de vous débarrasser 
des anecdotes douteuses qui ont pullulé en ces derniers temps 
sous prétexte d'éclaircir certaines origines. C'est ainsi que 



(i) Ce cadre était déjà restreint. Nous l'avons restreint encore en 
nous bornant à Paris. La tâche eût été bien plus grande sans cela. 
Chaque province a son argot, et celui des canuts lyonnais défraye- 
rait à lui seul un volume aussi gros que le nôtre. M. H. Nazet 
n'écrivait-il pas en 1872 à V Eclair, pour lequel il suiv lit à 
Lyon les débats de l'affaire de la rue Grôlée : 

« Rien de typique comme l'argot canut. 

« MM. les tisseurs ont transporté dans la vie privée le langage 
de leur profession; c'est un parler étrange qui ne manque pas de 
pittoresque. 

« Quand une affaire est difficile, on dit qu'elle tire au peigne, 
expression qui provient de ce qu'elle se dit lorsque la soie ne passe 
pas facilement dans le peigne du métier et que le travail est dur. 

« Tenir tirant est une autre formule, qui se traduit assez bien 
par «s'entêter. » On tient tirant, au métier, pour empêcher la soie 
d'être trop serrée. 

« Enfin, une dernière phrase, toute pittoresque, dérive de ce 
que, quand la chaîne devient claire sur le rouleau et laisse voir le 
bois, au moment où la pièce touche à sa fin ; le canut dit alors 
que son rouleau rit de derrière, et applique cette formule au mon- 
sieur qui perd ses cheveux. 

« — En voici un dont le rouleau rit de derrière! 

f. J'en passe des meilleures. 9 



INTRODUCTION. XXXI 

Joachim Duflot, — un grand fabricant de ce genre, — à pro- 
pos de laver (vendre), met en scène le vaudevilliste Théau- 
lon et sa blanchisseuse qui n'ont évidemment rien à y voir, 
car une citation du dictionnaire de Dhautel, qui date de 1808, 
prouve que l'expression, déjà populaire alors, était antérieure 
à Théaulon. 

Pour expliquer l'expression avoir son jeune homme (être 
gris), le même auteur a imaginé je ne sais quelle histoire de 
Lepeintre jeune se grisant à des repas offerts par un jeune 
homme ami des artistes. Malheureusement avoir son jeune 
homme s'explique beaucoup plus naturellement quand on sait 
qu'un jeune homme est une mesure de capacité contenant 
quatre litres. 

Et ainsi de beaucoup d'autres que nous aurions citées, si 
c'était ici une œuvre de critique. 



L'argot des classes dangereuses est, comme dans notre der- 
nière édition, confondu avec celui de toutes les autres. Il a fait, 
de notre temps, le sujet de plusieurs dictionnaires spéciaux. Si 
nous en avons relevé tous les mots, le lecteur doit être néan- 
moins tenu en garde contre leur actualité. Dans le but de 
gonfler son livre, l'homme de lettres chargé par Vidocq de la 
préparation de son vocabulaire y a glissé tout le vieux jar- 
gon de la Cour des Miracles, dont une bonne moitié n'était 
plus en usage. Tous les glossateurs qui ont suivi n'ont pas 
voulu donner moins que Vidocq, dans la crainte de paraître 
incomplets. Si j'ai cédé moi-même à cette appréhension, — qui 
permet d'ailleurs plus d'un rapprochement utile, — c'est parce 
que l'argot, tout en se modifiant constamment, souvent aussi 
ne fait que revenir au passé, il rajeunit plus qu'il n'invente: 
« L'argot va se décomposant et se recomposant sans cesse, 
dit M. Moreau Christophe... Cependant de temps en temps et 
à cause de ce mouvement même, l'ancien argot reparaît et 
redevient nouveau. » Aussi est-il bon de maintenir tout en 
lumière sur un terrain aussi mouvant et, disons-le, im- 
possible à bien reconnaître, car il n'y a pas d'argot qui ait 



XXXII INTRODUCTION. 

force de loi, et chaque bande a ses petits procédés de défor- 
mation fi). 

Je ne saurais aussi me dispenser de faire remarquer que 
l'argot des classes dangereuses ne se parle pas en réalité comme 
on s'est plu à l'écrire dans certains romans. Se modelant sur 
des textes argotiques, — que je regarde comme des exercices 
beaucoup plus que comme des reproductions fidèles, — des 
auteurs ont fait parler à leurs personnages un argot trop 
complet en ce sens qu'il n'y entre pas assez de mots de la 
langue usuelle. 

Qu'on le sache bien, les vrais argotiers ne sont pas si ex- 
clusifs, et leurs phrases admettent au moins 5o pour loo de 
français intelligible. Pour le reconnaître, il suffit d'un coup 
d'œil sur les documents reproduits dans cette introduction 
(pages X et suiv.). 

Pour ce qui regarde la partie étymologique, nous avons 
toujours marché avec prudence, préférant ce qui paraissait le 
plus simple, le plus clair; n'hésitant pas à corriger au besoin 
l'opinion émise dans nos précédentes éditions, et à nous abs- 
tenir plutôt que d'émettre une douteuse hypothèse. Bien 
qu'on nous ait reproché le contraire, nous avons fait le moins 
de science possible. 

Nous n'avons pas fait dériver archi-pointu (archevêque) du 
latin archiepiscopus; nous nous sommes contenté de rappeler 
les pointes de sa mitre. 

Nous n'avons pas fait venir briolet (piquette) du latin ebrio- 
lus (ce qui était tentant), mais des vins de 5n'e,qui avaient 
encore en 1820 la réputation un peu acide du Suresnjs. 

Nous n'avons pas non plus avancé qu'^vo/r son casque 
(être gris) venait de ce que « l'ivresse amène naturellement 
une violente migraine, celle que les médecins appellent galea^ 
parce qu'elle vous coiffe comme un casque. » Non! avnir son 
casque^ comme avoir dans le toquet^ comme être casquette, 
nous a paru tout simplement faire allusion à l'état de réplé- 

(i) V. dans le Dictionnaire les articles Dun {parler en), Dunon, 
Lem, etc. V. dans la préface le chapitre III {Des modifications). 



INTRODUCTION. XXXIII 

tion de l'individu qui a du vin par-dessus les oreilles, c'est-à- 
dire dans son casque (chapeau), sa casquette ou son toquet. 
Et cela est si vrai qu'au siècle dernier on disait encore s'en 
donner dans le casque. De même, la mystification monotone 
appelée scie nous a paru suffisamment expliquée par une 
image empruntée au va-et-vient agaçant de la scie à bois, 
tandis que de vrais savants n'ont pas craint de la faire venir 
du mot siou^ interjection usitée au moyen âge. 

Pour plus de clarté, nous avons éliminé dans nos explica- 
tions des dénominations très-françaises, mais trop scienti- 
fiques pour beaucoup de lecteurs. 

Ainsi, nous avons préféré abréviation à apocope., vieux mot 
à mot de langue romane., harmonie imitative à onomatopée. 
On nous excusera en faveur de l'intention. 

Quand on veut vulgariser, on ne saurait rien ménager pour 
se faire comprendre sans effort. 

VI. — Comment le besoin de ce Dictionnaire s* est fait sentir 
de plus en plus. 

Il est un besoin très-vif et très- répandu que nous appelle- 
rons le besoin de savoir ce qui se dit., — par opposition au 
besoin de savoir ce qui doit se dire^ — le seul que nos lexiques 
officiels satisfont généralement. 

On ne saurait en effet négliger la connaissance de ce qui se 
dit. — Non pas que nous en recommandions le moins du 
monde l'adoption! non pas que nous voulions porter la moin- 
dre atteinte au respect de la langue officielle ! Mais il est tou- 
jours bon de se rendre compte des choses, ne serait-ce que 
pour les mille nécessités de la vie sociale, à Paris surtout, où 
un puriste pourrait se trouver exposé au risque de ne pas 
comprendre certains Français. 

Depuis quarante ans, en effet, l'argot parisien a gagné du 
terrain. Le fameux Vidocq sonna le premier la cloche d'a- 
larme. Son livre les Voleurs contient cette sortie indignée. 
Bien qu'elle soit signée de son nom, je n'oserais garantir 
qu'il en soit l'auteur (on l'attribue à Saint-Edme); mais elle 
fixe une date, ce qui est l'essentiel : 



XXXIV INTRODUCTION. 

« La langue argotique semble aujourd'hui être arrivce 
apogée; elle n'est plus seulement celle des tavernes et des ma 
lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pa- et 
trée des salons lui sera permise. » 

Ceci était écrit en iSSy. En 1842, la même remarque était 
faite par un homme d'esprit, plus en mesure que Vidocq de 
suivre les progrès de l'argot dans les salons. Nous voulons 
parler de Nestor Roqueplan. Il constate ironiquement l'inva- 
sion prédite. 

••■•;T:r . 
« Il s'opère depuis quelque temps une révolution sensible de 
mœurs et de langage... Le langage surtout a subi d'heureuses alté- 
rations, des gallicismes rafi&nés et polis qui feront pester l'Acadé- 
mie et sourire agréablement les femmes élégantes. C'est to it profit 
pour les gens de goût. » 

Presque en même temps que Roqueplan, Balzac s'émeut. 
Mais il prend la chose plus au sérieux. L'argot a séduit son ins» 
tinct analytique. Il l'admire presque quand il écrit ces 
lignes : 

« Disons-le, peut-être à l'étonnement de beaucoup de i^ens, il 
n'est pas de langue plus énergique, plus colorée que celle de ce 
monde... L'argot va toujours, d'ailleurs! Il suit la civilisadon, il 
s'enrichit d'expressions nouvelles à chaque nouvelle invention. » 

Si les lecteurs doutaient encore de la marche ascendante 
que nous venons de suivre pas à pas, deux citations nouvelles 
achèveront de les éclairer. L'une est de 1862, et vient du Fi' 
garo. C'est M. A. Morel, l'un de ses rédacteurs, qui parle : 

a En lisant la nomenclature des termes jadis propres aux con- 
versations du brigandage et de la filouterie, on devine d'une part 
qu'un certain nombre de ces termes ne subsisteront pas longtemps, 
et, d'autre part, on aperçoit que beaucoup ont pris droit de cité 
dans l'usage public. Quel Parisien, même rangé, même j rude, 
ignore absolument que Veau d'affe, c'est de l'eau-de-vie ; la bouf- 
farde, une pipe; la dèche, les ennuis de la misère; que balh' veut 
dire tcte, etc. ? Où n'entend-on pas ces mots-là r Les gros railleurs 
ont commencé par s'en servir, pour se donner un air de fnesse 
et de liberté; mais bientôt ces mots narquois seront comrie les 
doublures naturelles des termes correspondants et peut-être pré- 
vaudront-ils. » 



INTRODUCTION. • XXXV 

Presque en même temps, Victor Hugo donnait cette défini- 
tion imagée et bien juste de l'argot des classes dangereuses : 

( L'argot n'est autre chose qu'un vestiaire où la langue ayant 
quelque mauvaise action à faire se déguise. Elle s'y revêt de mots- 
masques et de métaphores-haillons... 

« Qu'on y consente ou non, l'argot a sa syntaxe et sa poésie. 
C'est une langue. Si à la difformité de certains vocables on recon- 
naît qu'elle a été mâchée par Mandrin, à la splendeur de certaines 
métonymies, on sent que Villon l'a parlée. » 

Une dernière citation, datée de 1872, nous est fournie par 
le Paris de M. Du Camp, qui, à propos de la Préfecture de 
police, rive, en trois lignes, le clou enfoncé par Roqueplan 
en 1842 : 

« Les voleurs ont un langage pittoresque, très-imagé... c'est 
l'argot... Il est de mode aujourd'hui, tant nos mœurs ont subi de 
dépression, de se servir de ces termes sales et violents. » 

Tout en signalant l'invasion, on ne cesse pas d'examiner les 
envahisseurs, et de reconnaître la nécessité de s'édifier sur ce 
qu'on entend. 

L'auteur, qui avait constaté ce besoin le premier, était 
bien plus vieux que Vidocq. Dès 1760, Zacharie Chastelain 
écrivait dans la préface du Dictionnaire comique de Philibert 
Le Roux : 

« Il est bon de se faire des notions claires des choses quand on 
le peut... 11 y a une longue liste de termes populaires qui n'est pas 
à dédaigner comme elle pourrait le paraître d'abord. Combien de 
personnes distinguées qui ne sont jamais sorties de la cour ou du 
grand monde, et qui se trouvant quelquefois obligées de descendre 
dans de certains détails avec les gens du peuple, ne comprennent 
rien à ce qu'ils leur disent ! » 

Je ne sais si ce fut à cause de l'avertissement qu'on vient 
de lire, mais ce Dictionnaire comique eut un grand succès. 
Toutefois, il faut avouer que Le Roux et ses imitateurs (il en 
eut beaucoup) ne se piquèrent jamais d'approfondir les cho- 
ses. On donnait le mot, on donnait sa traduction et on passait 
bien vite à un autre sans l'expliquer davantage. 

Il y avait plus à faire, et l'Institut lui-même le reconnut en 



XXXVI INTRODUCTION. 

couronnant le mémoire de M. Francisque Michel sur l'argot. 
Docteur es lettres, professeur de faculté, correspondant de 
l'Académie, le lauréat eut le bonheur d'inaugurer, officielle- 
ment pour ainsi dire, une ère nouvelle dans l'étude argotique. 
Son œuvre, pleine de citations scrupuleuses, parut, en i856, 
sous la forme d'un gros volume intitulé Études de philologie 
comparée sur Vargot, Mais il n'était pas suffisamment connu 
sans doute, car un autre rédacteur du Figaro y M. Albert Mon- 
nier, écrit encore deux ans après : 

vi II en est de l'argot comme de certaines îles de la Polynésie : 
on y aborde sans y pénétrer; tout le monde en parle, et bien peu 
de personnes le connaissent. Nous qui ne sommes ni l'un ni l'autre, 
et qui ne possédons que notre curiosité pour passe-port, nout> avons 
vainement fouillé les géographies sociales pour nous instruire... 
Par-ci par-là, un voyageur traverse ce Tombouctou parisien, et en 
ressort la tête farcie de mots bizarres qu'il répète sans les com- 
prendre. » 

Et après M. Albert Monnier, un philologue estimé, M. Marty 
Laveaux, ne craignait point d'encourager les commentateurs 
futurs en rétablissant leurs droits à la considération des let- 
trés : 

a Quelque mérite qu'on ait, dit-il très-finement, quelque érudi- 
tion qu'on déploie, il est bien difficile, en étalant les mots hideux 
du vocabulaire des î'orçats, de ne jamais soulever le cœur, et, en 
rapportant nos lazzi populaires si usés, de ne pas exciter parfois 
un sourire de dédain; mais quand il ne s'agit plus de notre } ropre 
langue, tout change d'aspect : les expressions repoussantes devien- 
nent terribles, les.locutions vulgaires, spirituelles, et l'on est porté 
à croire, bien injustement d'ailleurs, qu'il faut plus de savoii pour 
recueillir et expliquer ces termes étrangers que pour comnxnter 
ceux qu'on entend répéter chaque jour par les charretiers ou les 
manœuvres. » 

VII. — Ce qu'on pensait de Vargot avant nous. 

Argot, mots à la mode et nouvelle façon de parler, — tout 
cela peut être utile et n'est pas à dédaigner. 

Nos anciens auteurs tombent d'accord sur ce poir.t, et nous 
ne saurions négliger leurs témoignages ; ils seront notre 
égide. 



INTRODUCTION. XXXVII 

« Le parler que j'aime, tel sur le papier qu'à la bouche, c'est un 
parler succulent et nerveux, court et serré; non tant délicat et 
peigné, comme véhément et brusque; plutôt difficile qu'ennuyeux; 
déréglé, décousu et hardi ; — chaque lopin y fasse son corps ! — 
non pédantesque, mais plutôt soldatesque, comme Suétone appelle 
celui de Jules César. » 

11 est vrai qu'alors on n'innovait pas volontiers en fait de 
langage. — Ainsi voyons-nous le poëte Voiture railler quel- 
quefois son ami Vaugelas sur le trop de soin qu'il employait 
à sa traduction de Quinte-Curce : 

« Il lui disait, rapporte l'abbé Raynal {Anecdotes littéraires) ^ 
qu'il n'aurait jamais achevé; que pendant qu'il en polirait une 
partie, notre langue venant à changer, l'obligerait à refaire toutes 
les autres. A quoi il appliquait plaisamment ce qui est dit dans 
Martial de ce barbier qui était si longtemps à faire une barbe 
qu'avant qu'il l'eût achevée, elle commençait à revenir... » 

Un auteur que nous avons déjà cité, Caillières, fit, en 1693, 
un petit livre sur les Mots à la mode et les Nouvelles façons 
de parler. En voici un passage qui convient parfaitement à 
notre sujet : 

« Pour m'expliquer mieux, je vous dirai qu'il y a deux sortes 
d'usages (de mots nouveaux), le bon et le mauvais. Ce dernier est 
celui qui n'étant appuyé d'aucunes raisons, non plus que la mode 
des habits, passe comme elle en fort peu de temps. — Il n'en est 
pas de même du bon usage. Comme il est accompagné du bon 
sens dans toutes les nouvelles façons de parler qu'il a introduites 
en notre langue, elles sont de durée à cause de la commodité qu'on 
trouve à s'en servir pour se bien exprimer, et c'est ainsi qu'elle 
s'enrichit tous les jours... » 

L'opinion de Caillières devait être vulgarisée plus tard par 
l'écrivain le plus éminemment français. Les Voltairiana nous 
rapportent que, dans une séance particulière de l'Académie, 
Voltaire se plaignit de la pauvreté de la langue; il parla en- 
core de quelques mots usités, et dit qu'il serait à désirer 
qu'on adoptât celui de tragédien^ par exemple. « Notre lan- 
gue, ajoutait-il, est une gueuse fière; il faut lui faire l'au- 
mône malgré elle. » 

c 



XXXVIII INTRODUCTION. 

Au commencement de ce siècle, plusieurs hommes distin- 
gués ont soutenu la même thèse. Le premier était Mercier, 
un enthousiaste du genre. On le sent en lisant ce passage : 

« Écoutez ces hommes à imagination pittoresque dont le dis- 
cours est un tableau qui amuse, ou une peinture qui échauffe; ils 
éprouvent des sensations étrangères à l'auditeur et créent leurs 
mots. Les phrases ou les circonlocutions promettent beaucoup et 
donnent peu; mais un mot neuf vous réveille plus que des sons 
et fait vibrer chez vous la fibre inconnue. Quand une idte pourra 
être exprimée par un moty ne souffrez jamais qu'elle le soii par une 
phrase. » (Néologie.) 

Dans une autre préface, celle d'une traduction nouvelle 
d'Hérodote, Paul-Louis Courier rappelle que « M dherbe, 
homme de cour, disait : a J'apprends tout mon français à la 
« place Maubert; )) et Platon, poëte s'il en fut, Plaron, qui 
n'aimait pas le peuple, l'appelle son maître de langue... 

Nodier n'a pas craint d'avancer ceci en tête de son Diction- 
naire des Onomatopées (1808) : 

« Si la manie du néologisme est extrêmement déplorable pour 
les lettres et tend msensiblement à dénaturer les idiomes (ians les- 
quels elle se glisse, il n'en serait pas moins injuste de repousser 
sous ce prétexte un grand nombre de ces expressions vives, carac- 
téristiques, indispensables, dont le génie fait de temps ea temps 
présent aux langues. Il n'appartient à personne d'arrêter irrévoca- 
blement les limites d'une langue et de marquer le poir t où il 
devient impossible de rien ajouter à ses richesses. » 

Enfin, M. de Jouy, lui-même, l'avouait en 181 5 : 

ff Quelque ennemi que je sois du néologisme, il faut bien créer 
ou adopter des mots nouveaux quand on n'en trouve pas dans la 
langue qui puissent, à moins d'une longue périphrase, rendre 
l'équivalent de votre idée. » 

Arrêtons ici notre série de citations : elle paraît assez com- 
plète pour montrer au lecteur, que l'entreprise d'un diction- 
naire d'argot n'eût pas déplu à nos meilleurs écrivains. 

LORÉDAN LARCHEY. 



AUTEURS CITÉS ET CONSULTES. XXXIX 
AUTEURS CITÉS ET CONSULTÉS 

Les noms marqués d'une * indiquent des emprunts faits non 
à des volumes, mais à des articles détachés ou à des chansons. 
Citer tous les titres d'ouvrages eût excédé le cadre de ce voca- 
bulaire. Exception a été faite pour les anonymes et pour les livres 
où l'argot tient une grande place. 

About. — A. Achard. — Alhoy. — D. Alonnier. — Alyge 
{VArt de ponter, 1854). — Ambert*. — J. Arago. — D'Arnim*. 

— Aubert *. •— E. Aubry *. — Aubryet. — Augier.— Aumale 
(duc d'). — A. d'Aunay. — Aycard. 

De Balzac. — De Banville. — Barbey d'Aurevilly. — 
Barrière. — Comtesse de Bassanville. — Bataille. — Marc 
Bayeux. — Beaufort. — Beauvillier (Notes d'un voleur}^ 
V. Figaro du 4 août 1873. — Becquet*. — Belot. — 
F. Béraud. — Ch. de Bernard. — Bertall*. — Berthaud*. 

— Beyle. — Léon Bienvenu. — De Biéville. — Ch. Blanc. 

— E. Blavet. — Blaze de Bury. — C. Blondelet*. — De 
Boigne. — Du Boisgobey. — P. Borel. — Boucher de 
Perthes. — Boue de Villiers. •— Bourget*. — Boursault. — 
Brazier *. — Briollet. — Buchon. 

Cabassol. — Cadet-Gassicourt. — A. Cahen*. — A. Camus. 

— Canler. — Capendu. — Carmouche. — Castillon*. — Ca- 
vaille(/e5 Filouteries du jeu^ 1875).— Chabrillat*. — Caillot. 

— Champfleury. — Chasles (Philarète). — Chenu. — 
J. Choux*. — Claretie. — G. Claudin. — Cogniard. — C Coli- 
gny*. — Colmance*. — Colombey (l'Esprit des voleurs^ 
suivi d'un Dictionnaire d'argot. Paris, Hetzel, 1862). — Com- 
merson. — M. Constantin. — Cormon. — Couailhac. 

Dalès*. — Debraux*. — Decourcelle*. — Delahode, i85o. 
~ Delongchamps. ~ T. Delord. — A. Delvau. — Deriège. — 
T>QTodde (Dictionnaire du patois flamand). — Désaugiers. — 
Deslys. — C. Desmoulins. — L. Desnoyers. — Dhautel (Dic- 
tionnaire du bas langage. Paris, 1808, 2 vol. in-8).— G. Droz, 



XL AUTEURS CITÉS ET CONSULTÉS. 

— A. Dubuisson. — M. Du Camp. — Du Cange et Carpen- 
tier (Glossaire de la langue romane, tome VIL Paris, 1848, 
in-4). — A. Duchesne*. — J. Duflot. — V. Dufour. — 
AL Dumas. — Dumas fils. — DumériL — Dupeuty*. — 
P. Durand*. — Durantin. — Al. Duval*. — Duverny*. 

Favart. — Feré. — Festeau. — P. Féval. — E. Foa. — 
W. de Fonvielle.— Marc Fournier. — Fournier-Verneuil. — 
E. Frébault. — Friès. 

Gaboriau. — Gangam. — V. Gaucher*. — Th. Gautier. — 
Gavarni. — F. Georges*. — Gérard de Nerval. — Gilbert. — 
Giraudeau. — De Concourt. — L. Gozlan. — Grandval (Car- 
touche, poëme. Paris, 1827, éd. nouv. La première édition 
est de 1723, in-12). — M"« P. de Grandpré. — Grévin. — 
Guéroult (Ad.). — Guinod*. 

Halbert d'Angers (Nouveau Dictionnaire complet de V argot. 
Paris, Le Bailly, sans date (1840), petit in-12). — Hardy*. — 
Hébert [le Père Duchêne). — D'Héricault. — Hilpert*. — 
Honnorat (Dictionnaire provençal). — L. Huart.— Ch. Hugo. 

— V. Hugo. 

Ignotus (Félix Platel *). 

L.-G. Jacques. — Jaime fils. — De Jallais. — J. Janin. — 
John Lemoinne. — Joliet. — E. Jourdain. — B. Jouvin. ^ 
De Jouy. 

A. Karr. — J. Kelm. — Paul de Kock. — Krettly (Mé- 
moires, éd. Grandin). 

R. de Labarre. — La Bédollière. — Labiche. — La Cassa- 
gne. — Lacenaire. — Lacombe (Dictionnaire du vieux lan- 
gage. Paris, 1765-67, deux vol. in-8). — P. et J. Lacroix. — 
J. Ladimir*.— De Lafizehère. — ■ Lagarde {le Bonhomme Po- 
pule. Pau, i836). — L'abbé Lalanne (Dict. du patois poite- 
vin).— Lamiral (Mémoires, i838).— Layale*. — L'Écluse. — 
A. Lecomte, — Le Duchat. — Lefils *. — P. -A. Léf^er. — 



AUTEURS CITÉS ET CONSULTÉS. XLI 

Le Guilloîs. — Lemercier de Neuville. — E. Lemoine. — 
Ph. Le Roux {Dictionnaire comique. Amsterdam, 1756, in-8). 

— Lespès. — Letellier*. — De Leusse. — De Leuven. — 
Liorat*. — Littré. — J. Lovy. — Lockroy. — Lubize. — A. 
Luchet. — De LynoL 

V. Mabille. — Francis Maynard. — Mahalin. — G. Mail- 
lard. — Mané. — Mansion*. — Marcellin. — Marco Saint- 
Hilaire. — Marty-Laveaux. — A. Marx. — Mauricault*. — 
Melesville. — Ménage. — Mercier. — De Mcriclet. — Méri- 
mée. — Méry. — Métay*. — Michel*. — Fr. Michel. — 
C. Michu. — Albert Millaud. — Mirecourt. — Cél. Mogador. 

— Moineaux. — Moisand.— A. Monnier. — H. Monnier. — 
Monselet. (Son immortel dialogue les Voyous^ nous a beau- 
coup fourni). — Montaigne. — De Montépin. — Monstrelet. 

— Moreau Christophe (le Monde des Coquins. Paris, Dentu^ 
1864). — Lady Morgan. — Mornand. — Mouret*.— Murger, 

Nadar. — Nadaud. — G. Naquet*. — A. Naviaux. — 
C. Nodier. — V. Noir. — Noriac. — Nugent. 

R. D'Ornano. — Oudin. 

Paillet. — E. Parent {Manuel des Courses, 1868). — 
G. Pélin. — De Pêne. — Max. Perrin. — Philipon. — 
PoUet*. — Ponson du Terrail. — De Pontmartin. — A. Po- 
they. «— Privât d'Anglemont {Paris anecdote, 1860).— F. 
Pyat. 

Quitard {Dictionnaire des Proverbes. Paris, 1843, in-8o). 

Rabelais. — Randon*. — M»« Rattazzi. — Michel Ray- 
mond. — Remy. — Rétif. — L. Reybaud. — Ricard. — J. Ri- 
chard. — Richepin. — Robquin*. — Rochefort. — F. de Ro- 
days*.— H. Rolland. — Roquefort {Dictionnaire de la langue 
romane du xie au xvi» siècle. Paris, 1808-20, trois in-8). — 
Roqueplan. — J. Rousseau. — C. Rozan {Petites Igno- 
rances de la conversation. Paris, Lacroix, 1857, in- 12). — 
Rutebœuf. 



XLÎI COMMUNICATIONS MANUSCRITES. 

Saint-Genest. — Saint-Simon. — G. Sand. — A. Scholl. ^ 
A. Second. — Signol*. — Th. Silvestre*. — Fr. Soulié. — 
Stop. — E. Sue. — A. de Stamir {Corsaire de 1867). 

Tallemant des Réaux. — Tarbé {Glossaire du patois cham- 
penois),'— E. Texier. — Thiers. — Thuillier*. — Tourneur*. 

— Miss Trollope (Paris en i835). 

Vachelot*. — Vadé. — Vanecke*. — J. Vallès. — G. Vassy. 

— Vermesch. — L. Vidal et le capitaine Delmare la Ca- 
serne^ Paris, i833, deux in-8). ■— Vidocq {les Voleurt. Paris, 
deux in-8). — H. de Vielcastel. — E. Villars [les Précieuses 
du jour ^ comédie, 1866). — De Villemessant. — Villon. — 
Villetard. — P. Vinçard. — Virmaître. — A. Vitu. — Voizo. 

Wado*. — M. Waldor. — J. de Wœstyne.— Albert Wolff. 

Zola. — Zompach*. 



COMMUNICATIONS MANUSCRITES 

MM. Boyer, Cadol, Demarquay, Valentin Dufour (Journal 
d'un prisonnier de Mazas), Fey, Le Pileur, Lombarl, Ch. 
Mehl, Rabasse, De Soye, Maurice Tourneux. 



JOURNAUX 

Corsaire, Éclair^ Éclipse^ Figaro^ Gaulois^ Intermédiaire 
(1860), Journal de Paris^ la Correctionnelle {\^^\), Liberté, 
Monde comique^ Moniteur^ Paris-Caprice^ Paris- Journal, 
Patrie^ Rappel^ République française {x^jb)^ Semaine (^847), 
Tam-Tam, Tintamarre^ Vie parisienne, etc., etc. 



OUVRAGES ANONYMES. XLIII 



OUVRAGES ANONYMES 

Almanach du hanneton, 1866 et 1867. — Boursîcotiêrisme 
et Lorettisme. Paris, i838, in- 12. — Les Cabarets de Paris, 
1821, in-i2. — Caquire, parodie de Zaïre (Sans date, — 
xviii" siècle). — La Chronique scandaleuse, 1788, in-12. — 
Cinquante mille voleurs de plus à Paris, i83o, brochure in-8. 

— Ces petites dames du Casino^ 1860. — Commentaires de 
Loriot. Auxerre, 1869, in-12. — Dictionnaire dit de Trévoux, 
1771.— La Comédie des Proverbes, 17 14.— Le Dernier Jour 
d'un condamné^ drame philosophique (Bruxelles, 1864). — 

— L'Écho français, i833.— Les Étudiants et les Femmes du 
quartier latin, 1860. — La Maison du Lapin blanc (1857), 
typographie Appert, in-12. — Parabole de Cicquot, i.gS, 
in-12. — Parnasse satyrique. Bruxelles (i863), in-12. — Pe- 
tit Dictionnaire d'argot (tome II des Petits Mystères de Pa- 
ris, 1844, Desloges, in-12). — Pétition des filles publiques de 
Paris, i83o, brochure in-8. — Physiologie du protecteur, Pa- 
ris, 1841. — Physiologie du parapluie, Paris, 1841. — 
Rienp, parodie, 1826. — Souvenirs de Saint-Cyr, in-8. — 
Le Sublime, 1872. — Vocabulaire à l'usage des débiteurs 
{Almanach des débiteurs, i85i, in-12). — Voyage de Paris à 
Saint-Cloud par mer, 1754. 

La collection des chansons imprimées conservées au Dépôt 
de la Bibliothèque nationale a servi beaucoup nos recher- 
ches, grâce à l'obligeance de M. le Conservateur Olivier Bar- 
hier. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT 



N.'B. Tous les mots dits « vieux mots » ne sont pas postérieurs au xvi* siècle ; 
ils ont été relevés par nous dans les glossaires de Du Gange, de Roquefort et 
de Lacombe. — Tenir toujours compte des renvois (V) qui complètent nos 
explications par d'autres exemples. — Pour les expressions composées de deux 
mots, chercher le second, si on ne trouve pas le premier. — Pour les dates 
placées à la suite des exemples, nous avons supprimé les deux premiers chiffres 
du millésime en ce qui concerne le xix* siècle. Ainsi jS veut dire 1875, 33 veut 
dire i833, etc. — Tous les mots suivis des noms de Grandval, Halbert, Vidocq, 
Colombey, Moreau Christophe, Rabasse, appartiennent à l'argot ancien ou 
nouveau des classes dangereuses. Tous les mots suivis du nom de Dhautel 
étaient connus en 1808. Tous les mots suivis des noms d'Alyge et Çavaillé 
Tiennent de l'argot des grecs. 



J^ 



ABADIS : Foule, rassemble- 
ment. — « Pastiquant sur la pla- 
carde, j'ai rembroqué un abadis 
du raboin. » (Vidocq.) 

ABATIS, ABATTIS : Pieds, 
mains. — Allusion aux abatis 
d'animaux. — « Des pieds qu'on 
nomme abatis. » ( Balzac. ) — 
— « C'est plus des pieds; c'est de 
la marmelade... Ils me coûtent 
joliment cher, ces abattis-là. » 
(Commentaires de Loriot , Au- 
xerre, 69.) — « A bas les pattes ! 
Les as-tu propres, seulement, tes 
abattis, pour lacer ce corsage 
rose if » (E. Villars.) 

ABATTAGE (vente à 1') : Vente 



sur la voie publique que les ob* 
jets exposés couvrent comme si 
on les y avait abattus. 
ABATTIS. Y. Abatis. 

ABATTRE : Faire des dettes. 
{Almanach des débiteurs.) 

ABBAYE : Four. (Vidocq.) — 
Un four est voûté comme un 
cloître d'abbaye. 

ABBAYE RUFFANTE : Four 
chaud. (Idem.) — Mot à mot : four 
rouge de feu. RuJ^ant semble dé- 
river du latin ru/us : rouge, (r) 

ABBAYE DE MONTE A RE- 
GRET : Échafaud. (Idem.) — 
Comme une abbaye, l'échafaud 

I 



ABO - : 

sépare de ce monde, et c'est à re- 
gret qu'on en montelùs marches. 

ABÉQUER : Nourrir. (Idem.) 
— De l'ancien mot abécher : 
donner la becquée. 

ABÉQUEUSE : Nourrice. (Id.) 

ABLOQUER, ABLOQ.UIR : 
Acheter en bloc. (Idem.) — Du 
vieux mot bloquer. 

ABOMINER : Haïr. V. Bosco. 

ABOULAGE: Abondance. (Vi- 
docq.) 

ABOULER : Arriver. Mot à 
mot, bouler à. Du vieux mot 
bouler : rouler. —La langue ré- 
gulière a dans éboulerle pendant 
d'abouler. — « Maintenant, Pou- 
pardin et sa fille peuvent abou- 
1er quant bon leur semblera. » 
(Labiche.) Voyez Bocson. 

Le pantre aboule ; 
On perd la boule, 
Puis de la tôle on se crampe en rompant. 
(Lacenaire, Mévioires, 36.) 

ABOULER : Donner. — « Mais 
quant aux biscuits, aboulez. » 
(Balzac, Père Goriot.)— « As-tu 
de l'argent ? (Je fis signe que oui .) 
Aboule. Je lui donnai cent sous. » 
(Commentaires de Loriot.) — 
(i Allons, allons, vieux crocodile! 
ne faisons pas tant d'esbrouftes 
et aboulons simultanément aux 
voltigeurs les chameaux qu'il a 
besoin.... pour sa consomma- 
tion. » (Légende d'une caricature 
de i83o sur la prise d'Alger.) 

ABOULER DE : Venir de. 
V. Mômir. 

ABOYEUR : Crieur de bazar 
ou de vente publique, canardier 
(V. ce mot), homme chargé d'ap- 
peler les prisonniers au parloir. 



- ABS 

— Allusion au retentissement 
obligatoire de sa voix. — « L'a- 
boyeur est le factotum ce la pri- 
son ; il a la permission d'aller 
partout. » (Rabasse.) 

ABRACADABRANT : Merveil- 
leux, magique, d'abracadabra, 
mot employé dans les anciennes 
conjurations cabalistiques. — «Le 
flûtiste Gerold doit exécuter les 
variations les plus abracadabran- 
tes. » {Figaro, 67.) « C'tst écra- 
sant, renversant, horripilant, 
abracadabrant, de plus fort en 
plus fort. » (Almanach du han- 
neton, 67.) 

ABSINTHE (faire soi ) : Mé- 
langer l'eau avec Tabsinihe, se- 
lon certaines règles. 

« Il y a plusieurs man'ères de 
faire son absinthe : — La plus 
ordinaire est la hussarde (en 
versant goutte à goutte). — Les 
militaires de l'armée d'Afrique 
ont inventé \2i purée. La y urée se 
faittrès-rapidement, presque sans 
précautions, et par le simple mé- 
lange d'une quantité d'ei u égale 
à la quantité d'absinthe. — Ùa- 
ma:{one se tait comme !a hus- 
sarde, seulement on ajoute deux 
cuillerées à café de sirop de 
gomme. La vichy (M .Bavaroise, 
Suissesse), moitié absinthe, moi- 
tié orgeat, et quantité ordinaire 
d'eau. — La bourgeoise (appelée 
aussi panachée), dans laquelle 
l'orgeat est remplacé par ce l'ani- . 
sette. » {Almanach du hanne- i 
ton,6j.) i 

ABSINTHE (être) : Êf e ivre 

d'absinthe. 

ABSINTHEUR,ABSINTrIIER: ^| 
Buveurd'absinthe.débitartd'ab- ' 
sinthe. V. Perroquet. 



ACA 



- 3 ~ 



ACH 



ABSORPTION : Repas offert 
à la promotion ancienne de l'E- 
cole polytechnique parla promo- 
tion nouvelle. On y absorbe assez 
de choses pour justifier le nom 
de la solennité. — « V absorption, 
c'est la réunion annuelle dans 
laquelle anciens, conscrits et an- 
tiques fraternisent aux lueurs du 
punch et aux glouglous du vin 
de Champagne. Elle a eu lieu le 
jour de la rentrée des anciens. » 
(G. Maillard, 66.) 

ACADÉMICIEN : Littérateur 
suranné. — Injure inyentée par 
les romantiques échevelés de i83o 
qui avaient pour principaux ad- 
versaires les membres de l'Aca- 
démie française restés fidèles au 
genre classique. On ne se doute 
plus aujourd'hui de la fureur 
grotesque qui animait les deux 
partis. V. Mâchoire. 

Et cet exemple, des plus cu- 
rieux, donnera uneidéedes luttes 
dans lesquelles on se jetait à la 
tête le mot d'académicien. Nous 
le prenons dans une brochure 
d'Alexandre Duval, académicien 
et chef du parti qui rendait 
M. Victor Hugo responsable des 
passions romantiques. 

a Ce que je rapporte ici, je l'ai 
vu, de mes propres yeux vu. A 
certaines représentations, on se 
trouvait environné d'hommes ef- 
frayants dont le regard scruta- 
teur épiait votre opinion, et si, 
par malheur, votre figure indi- 
quait l'ennui ou le dégoût, ils 
vous attaquaient par l'épithète 
d'épicier, mot injurieux selon 
eux, qui signifie, dans leur argot, 
stupide , outrageusement bête ; 
mais si vos cheveux étaient blan- 
chis par le temps, alors vous 



étiez des académiciens, des per- 
ruques, des fossiles, contre les- 
quels on vociférait des cris de 
fureur et de mort. Je vous assure, 
monsieur, qu'il n'y a rien d'exa- 
géré dans ce tableau d'une pre- 
mière représentation romanti- 
que. Tout Paris vous en attestera 
la vérité. » {De la littérature dra- 
matique, lettre à M. Victor Hugo, 
par Alexandre Duval, Paris, 33.) 

ACCENT : Crachat, signal con- 
venu entre les voleurs (Vidocq). 
V. Arçon. 

ACCORDÉON : Chapeau gi- 
bus. Il se replie et s'allonge 
comme l'instrument de ce nom. 

ACCROCHE -CŒURS : Favo- 
ris (Vidocq). Se dit des favoris 
courts qui aftectent la forme des 
accroche>-cœurs iéva.imns.V . Ar- 
çon. 

ACCROCHE-CŒURS : Mèches 
de cheveux bouclées et colléeâ 
sur la tempe. Cet ornementa des 
prétentions galantes* Le mot le 
fait assez sentir. 

Sur mes nombreux admirateurs 
Dirigeons nos accroche-cœurs. 
(Festeau.) 

ACCROCHER: Mettre au mon t- 
de-piété. — Mot à mot raccrocher 
au clou. V. ce mot. — « Ah ! les 
bibelots sont accrochés. » (Mon- 
tépin.) 

ACCROCHER : Consigner un 
soldat. — Mot à mot ; l'accrocher 
à son quartier, l'empêcher d'en 
sortir. 

ACCROCHER (s') : Combattre 
corps à corps, en venir aux mains. 

Nos braves, s'accrochant, se prennent 
aux cheveux. 

(Boileau, Satire 3.) 



ADÙ 



— 4 - 



AFF 



ACHAR (d') : Sans trêve. Mot 
à mot : avec acharnement. — 
Abréviation. 

Et d'autor et d'achar, 
Enfoncé le jobard. 

(De Montépin.) 

ACHATE : Ami fidèle.— Lati- 
nisme. — a Roqueplan et son 
Achate. » (Villemessant.) V. Fi- 
diis. 

ACHETOIRS: Monnaie.— Avec 
elle, on achète. — « Il y a des lo- 
rettes qui nomment les ache- 
toirs quitus. » (Alhoy.) 

ACRE : Fort, violent. (Vidocq.) 
Vieux mot, conservé par la lan- 
gue régulière avec suppression 
de l'accent. 

AD HOC : Spécial. Mot à mot : 
fait, institué pour cela. — Latinis- 
me.— «Les déclarations sont lues 
par un comité ad hoc. » {Alma- 
nach des débiteurs, 5i.) 

AD USUM DELPHINI (n'être 
pas) : Ne pas convenir aux jeunes 
gens. Mot à mot : N'être pas di- 
gne de figurer dans la collection 
classique imprimée jadis par 
Barbou pour l'éducation d'un 
Dauphin de France, et où chaque 
titre de livre portait la mention ; 
Ad usum Delphini, — Ce lati- 
nisme se dit à propos de tout : 
— « Vous le voyez, le bal Chi- 
card n'avait pas été créé ad usum 
Delphini, et, cependant, voilà ce 
qui pendant six ans fit tressaillir 
tous les provinciaux et tous les 
étrangers. Les mères le redou- 
taient pour leur fils à l'égal de 
l'enfer. » (Privât. d'Anglemont.) 

ADDITION : Carte à payer. 
Mot à mot : addition des prix de 
chaque consommation. 



AFF : Affaire. — Abréviation. 

— « Quant à moi, je maquille 
une q^ff", après laquelle j'espère 
me débiner. » (Patrie, 2 mars 

52.) 

AFF : Vie. (Grandval.) 

AFF (eau d') : Eau-de-vie. — 
Abréviation de pafqm désignait 
l'eau-de-vie autrefois, cornme le 
prouve cet exemple : « \'oulez- 
vous boire eune goutte de paf ? 

— J' voulons bien. — Saint-Jean, 
va nous chercher d'misequier 
d'rogome. » (lySô, l'Écluse.) Il y 
a évidemment parenté eatre le 
paf du xvni« siècle et Veau d^aff 
de l'argot moderne. — « Tu vas 
me payer l'eau d'afF, ou je te fais 
danser. » (E. Sue.) V. Paffe. 

AFFAIRE : Délit ou crime en 
voie d'exécution. « Après la réus- 
site d'une affaire, ils se livrent 
immédiatement à des débauches 
nécessaires à l'oubli de leur rai- 
son. » (Rabasse.) — A£tairc mûre : 
vol ou crime qui va se commet- 
tre. 

AFFAIRE (avoir son) : Être 
ivre-mort, avoir reçu un coup 
mortel. — a Je propose l'absin- 
the... Après quoi j'avais mon af- 
faire, là, dans le solide. » (Mon- 
selet.) 

AFFAIRES (avoir ses) : Avoir 
ses menstrues. 

AFFE : Vie, âme. (Moreau C.) 

AFFRANCHI (fagot) : Forçat 
ayant fini son temps. 

AFFRANCHIR : Pervertir. Mot 
à mot : affranchir de tout scru- 
pule de conscience, — « Affran- 
chir un sinve pour griachir : 
pousser un honnête homme à 
voler. » (Vidocq.) 



AGO 






AIL 



AFFURAGE, AFFURE : Pro- 
fit de vol. V. affurer. — «Eh vite ! 
ma culbute ; quand je vois mon 
affure, je suis toujours paré. » 
(Vidocq.) 

AFFURER, AFFUTER : Trom- 
per. (Moreau G.) 

AFFURER : Gagner en volant. 
(Vidocq.)— Du vieux mot /«rer; 
dépouiller. 

AFFUT (homme d') : Malin, 
roué. Mot à mot : toujours à l'af- 
fût de ce qu'il désire. 

AFFUTER. V. Affurer 

AFFUTER LE SIFFLET (s') : 
Boire. Mot à mot : se réguiser 
le gosier. 

Faut pas aller chez Paul Niquet 
Six fois r jour, s'affûter le sifflet, 
(P. Durand, Chansons, i836.) 

AFLUER : Tromper. (Colom- 
bey.) Mot à mot : flouer à. 

AGENT DE CHANGE (quart, 
cinquième, sixième d') : Proprié- 
taire pour un quart, un cin- 
quième ou un sixième d'une 
charge d'agent de change. On 
peut continuer comme cela in- 
définiment, cardetellee proprié- 
tés se subdivisent en un grand 
nombre de parts. M. de Mériclet 
a fait paraître son livre sur la 
Bourse, sous l'égide de ce titre : 
Huitième d'agent de change. 

AGOBILLE : Outil.(Moreau G.) 
— C'est-à-dire outils de voleur : 
pince, fausse clé, etc. Ne se dit 
guère qu'au pluriel. 

AGONIR, AGONISER : Insul- 
ter. Mot à mot : antagonir, anta- 
goniser. Ces verbes manquent à 
notre langue qui admet cepen- 



dant antagonisme. — « Je veux 
t'agoniser d'ici à demain. » (Ri- 
chard.) — « Si bien que je fus si 
tourmentée, si agonie de sottises 
par les envieuses. » (Rétif, lySS.) 

AGOUT : Eau à boire. (Hal- 
bert.) — Mot ancien. V. Lagout, 

AGRAFER : Arrêter. — « Le 
premier rousse qui se présentera 
pour m'agrafer. » (Canler.) 

AGRAFER : Consigner. Mot à 
mot : agrafer le soldat au quar- 
tier. — a J'ai jeté la clarinette à 
terre, et il m'a agrafé pour huit 
jours. » (Vidal, 33.) 

AIDE-CARGOT : Valet de can- 
tine. — Corruption d'aide-gargot. 

— « Aide-cargot, un dégoûtant 
troupier, fait semblant de laver 
la vaisselle. » (Wado.) 

AIGUILLE : Carte pointant 
entre les autres, de façon à secon- 
der la tricherie d'un grec. « S'il 
voit qu'un pigeon se dispose à 
lui tenir banco, il ne manquera 
pas de le faire couper immédia- 
tement sous l'aiguille. » (Ca- 
vaillé.) 

AIGUILLE : Clé. (Vidocq.) — 
Elle coud la porte. 

AILE, AILERON : Bras. — 
Allusion ornithologique. — « Ap- 
puie-toi sur mon aile, et en route 
pour Châtellerault ! » (Labiche.) 

— « Je suis piqué à l'aileron; tu 
m'as égratigné avec tes ciseaux. » 
(E. Sue.) 

AILE DE PIGEON : Suranné, 

— Allusion à la coiffure conser- 
vée par les émigrés à leur re- 
tour en France. V. Mâchoire. 

AILLE (terminaison en) : «Le 
plus souvent afin de dérouter les 



ALA 



— 6 — 



ALL 



écouteurs, Pargot se borne à 
ajouter indistinctement à tous les 
mots de la langue une sorte de 
queue, une terminaison en aille, 
en orgue, en iergue ou en uche; 
exemple : « Vouziergue trouvaille 
bonorgue ce gigotmuche. (Trou- 
vez vous bon ce gigot ?) Phrase 
adressée par Cartouche à un gui- 
chetier, afin de savoir si la somme 
offerte pour l'évasion lui conve- 
nait. La terminaison en mare est 
aujourd'hui fort usitée. » (Mo- 
reau Christophe, 64.) 

AIMER COMME SES PETITS 
BOYAUX : Aimer comme soi- 
même : a Elle m'aimait! Autant 
que ses petits boyaux. » {Paro- 
die de Zaïre, ij32.) 

AIR (se donner de V, se pous- 
ser de r, jouer la fille de 1') : 
Fuir. — Les deux premiers ter- 
mes font image; le troisième 
date de la Fille de l'air, une an- 
cienne pièce du boulevard du 
Temple. — «La particulière vou- 
lait se donner de l'air. » (Vidal, 
33.) — «Dépêchez-vous et jouez- 
moi la Fille de l'air avec accom- 
pagnement de guibolles. » (Mon- 
tépin.) V. Ballon.— «. C'est donc 
gentil de faire des poufs au 
monde et de se pousser de l'air ! 
Ah ! mais, on ne me monte pas 
le coup. » {Almanach du hanne- 
ton, 6-j.) 

AIR DU TEMPS (vivre de 1'). 
— Être sans moyens d'existence. 
Terme ironique. — «Tous deux 
vivaient de l'air du temps. » (Bal- 
zac.) 

AIRS (être à plusieurs). — Être 
hypocrite, jouer plusieurs rôles 
à la fois. 



garde. (Vidocq.). 
larme. 



II donne l'a- 



ALEA JACTA EST. — Le sort 
en est jeté. — Phrase prononcée 
par César lorsqu'il passa le Ru- 
bicon pour marcher sur Rome. 
— « Le fameux aléa jacta est 
qu'on a répété tant de fois depuis 
César. » (Rozan.) 

ALENTOIR. — Alentour. \ 
Changement arbitraire de la fi- \ 

nale. '■ 

ALIGNER (s'). — Tomber en 
garde pour se battre. Mot à mot : 
se mettre sur la même ligne 
que son adversaire. — « Ils met- 
tent parfois le sabre à la main 
et s'alignent. » (R. de la Barre.) — 
« A la suite d'une bisbilL-, ils 
sont descendus pour s'aligner.» 
(J. Arago, 38.) V. Aplomb. 

ALLER DE (y). —Fournir.— 
« On y va de ses cinq francs, ou 
de sa larme. » (Monselet.) — 
« Elle a tourné de l'œil sans 



dire : Ouf!... Pauvre vieille ! 



jy 



ai été de ma larme. » (Al out.) 

ALLER (y).— Se laisser trom- 
per. — Fallait pas qu'il y aille! 
dit-on d'un homme malheureux 
par sa faute. V. Faire aller. 



ALARMISTE. — Chien de 



ALLER A NIORT. — Nier. — 
Jeu de mots. — « Je vois bien qu'il 
n'y a pas moyen d'aller à Niort.» 
(Canler.) V. Flacul. 

ALLER AU DIABLE AU 
VERT. — Faire une excursion 
aventureuse. 

M. Rozan explique ainsi ce 
mot: (nAuvert est une corup- 
tionde Vauvert ; on disait ai tre- 
fois : Aller au diable Vauvert. 
Le V a été mangé dans la rapi- 
dité du discours, et il a fini par 



ALL 



ALL 



disparaître si |bien, qu'on a été 
amené à couper en deux, pour 
lui donner une sorte de sens, le 
reste du mot : aiivert. — Le châ- 
teau de Vauvert ou Val-Vert, 
situé près de Paris, du côté de 
la barrière d'Enfer, avait été 
habité par Philippe Auguste 
après son excommunication ; il 
passait depuis cette époque pour 
être hanté par des revenants 
et des démons. Saint Louis, pour 
désensorceler ce château, le don- 
na aux chartreux en 1257. » 

Rabelais parle encore de ce 
diable fameux : — « Je vous 
chiquaneray en diable de Vau- 
vert, » dit le chiquanous Rou- 
ge-Muzeau,dans le chapitre 16 du 
livre IV de Pantagruel. 

On dit maintenant au diable 
vert, ce qui s'éloigne encore plus 
de la forme primitive, « J'ai déjà 
parlé de celui d'Alexandre Du- 
mas, qu'on veut reléguer à Cha- 
ronne, au diable vert. » {^Liberté, 
26 juillet 1872.) 

ALLER GAIMENT (y).— Agir 
sans se faire prier, sans que la 
gaîté soit précisément de la par- 
tie, ^//on^-jr gaiment ne signifie 
rien de plus que allons-y. — 
Les amateurs du langage en mar 
ont imaginé de varier en disant 
allons-y gaimar. V. Mar. 

ALLER OU LE ROI NE VA 
QU'A PIED.— Faire ses besoins. 
— Ce rappel à l'égalité est de tous 
les temps. Se disait au dix-sep- 
tième siècle : — « Aller où le roi 
ne va qu'à pied. C'est à mots cou- 
verts le lieu où l'on va se déchar- 
ger du superflu de la mangeail- 
le... » (Scarron.) V. Numéro 100. 

ALLER ""se faire FICHE. 
V. Ficher. 



ALLER SON PETIT BON- 
HOMME DE CHEMIN : Aller 
doucement. 

, ALLER (faire) : Tromper. — 
« Te v'ià, charbonnier de mal- 
heur. Quoi ! il y a là une voie 
de charbon ? Tu nous fais aller. » 
{Fort en gueule. Imprimerie 
Stahl, 20.) — « Essaie d'en faire 
aller d'autres que Florine, mon 
petit. » (Balzac.) 

ALLEZ VOUSASSEOIR:Tai- 
sez-vous. V. Asseoir. 

ALLEZ DONC (et) : Locution 
destinée à augmenter dans un 
récit la rapidité de l'acte raconté. 
— tt Quand il a vu ça, y s'est 
esquivé rapidement... et allez 
donc !... » — (Lamiral, 38.) — 
(( J'avais mon couteau à la main... 
et allez donc!... j'entaille le ser- 
gent, je blesse deux soldats. » 
(E. Sue.) — « L'école du bon 
sens met le Théâtre-Français en 
interdit. Emile Augier porte P^f- 
liberte au Gymnase... et allez 
donc! » (Mirecourt, 55.) 

ALLONGER (s') : Tomber de 
son long par terre. — « Mon ca- 
pitaine, en cet endroit, s'est al- 
longé... Il est tombé de cheval.» 
{Commentaires de Loriot.) 

ALLONGER (s') : Faire une 
dépense qui n'entre pas dans ses 
habitudes. Le faire plus forte en- 
core, dest se fendre. V. ce mot. 
Termes d'escrime. 

ALLONS -Y : Commençons. 

Mon luth et mon esprit résonnent à la 

[fois 

Et l'idéal d'amour s'exprime par ma voix 

Allons y 1 

(// module des accords.) J. Walter. 

ALLUMÉ : Échauffé par le vin. 



ALL 



~ 8 - 



AMA 



— « Est-il tout à fait pochard ou 
seulement un peu allumé ? » 
(Montépin.) 

ALLUMER : Regarder fixe- 
ment, voir, observer. Mot à mot: 
éclairer de l'œil. Mot très-ancien. 
Se trouve avec ce sens dans les 
romans du xiii« siècle.—» Allume 
le miston, terme d'argot qui veut 
dire : Regardez sous le nez de 
l'individu. » (Almanach des pri- 
sons, 1795.) 

ALLUMER : Faire éclore l'en- 
thousiasme. — « Malvina rem- 
plissait la salle de son admi- 
ration ; elle allumait , pour 
employer le mot technique. » 
(L. Reybaud.) V. Boutonner, 

ALLUMER : Activer, enflam- 
mer ses chevaux à coups de 
fouet. — « Allume! allume! » 
(H. Monnier.) 

ALLUMEUR: Compère chargé 
de faire de fausses enchères dans 
une vente pour allumer les vrais 
acheteurs. — « Dermon a été 
chaland allumeurdans les ventes 
au dessous du cours. » {La Cor- 
rectionnelle, journal, 41.) 

ALLUMEUSE : Dans le monde 
de la prostitution, c'est un syno- 
nyme de marcheuse. V. ce mot. 

Dans ces acceptions si diverses, 
l'allusion est facile à saisir. Qu'il 
s'applique à un téte-à-tête, ou à 
un spectacle, ou à un attelage, 
ou à un repas, ou à une vente, ou 
à une provocation charnelle, d!//w- 
mer garde au figuré sa significa- 
tion incendiaire. 

ALPAGUE : Vêtement. (Ra- 
basse.) — Abréviation d'alpaga. 
Le nom d'un vêtement à la mode 
pendant unç année, aurji été 



pris pour désigner tout autre. 

ALPHONSE : Homme entre- 
tenu par une femme galante. — 
Surnom répandu depuis qu'A- 
lexandre Dumas a fait représen- 
ter au Gymnase son Monsieur 
Alphonse dont le héros exerce 
précisément cette industrie. — 
« Si tous les Alphonsesdu boule- 
vard se donnent rendez-vous là, 
il y aura du travail pour les ob- 
servateurs. » (Commerson, 75.) 

ALTÈQUE : Beau, boa, ex- 
cellent. (Vidocq.)— Du vieux mot 
ait : grand, fort, élevé (qui nous 
est resté dans altitude), accom- 
pagné d'une désinence arbitraire, 
comme dans féodec. 

Frangine d'altèque : bonne 
sœur. 

Frime d'altèque : charmante 
figure. V. Coquer. 

ALTER EGO : Autre moi- 
même.— Latinisme. — « M. Chi- 
vot occupait la stalle voisine, 
applaudissant de tout cœ ir l'a- 
musante folie de son heureux 
alter ego. » (E. Blavet.) 

AMANT DE CŒUR : Les fem- 
mes galantes nomment ainsi 
l'amant qui ne les paye pas ou 
qui les paye moins que les au- 
tres. La Physiologie de l'amant 
de cœur, par M. Constantin, a 
été faite en 1842. 

Au dernier siècle, on disait in- 
différemment ami de cœur ou 
greluchon. Ce dernier n'était pas, 
comme on le croit aujourd'hui, 
un souteneur. Le greluchon ou 
ami de cœur n'était et n'est en- 
core qu'un amant en sous-ordre 
auquel il coûtait parfois beau- 
coup pour entretenir avec une 
beauté à la mode de mystérieuses 



AMA 



- 9 



amours. — ce La demoiselle So- 
phie Arnould, de l'Opéra, n'a 
personne. Le seul Lacroix, son 
friseur, très-aisé dans son état, 
est devenu Vami de cœur et le 
monsieur. » {Rapports des ins- 
pecteurs de Sartines, 1762.) 

Ces deux mots avaient de l'ave- 
nir. Monsieur est toujours bien 
porté dans la langue de notre 
monde galant. L'ami de cœur a 
détrôné le greluchon; son seul 
rival porte aujourd'hui le nom 
d'Arthur. 

AMARRES (les) : Les amis. 
(Rabasse.) — Je ne pense pas que 
ce soit un jeu de mots. C'est plu- 
tôt un exemple du langage en 
mar. V. ce mot. 

AMARRER : Manœuvrer de 
façon à duper quelqu'un. Mot à 
mot : jeter l'amarre sur sa cré- 
dulité. 

AMATEUR : Dans le monde 
artistique et littéraire, on appelle 
amateur l'homme du monde qui 
se fait artiste ou écrivain à cer- 
taines heures seulement. — Pein- 
ture d'amateur, musique d'ama- 
teur et littérature d'amateur sont 
des termes souvent ironiques par 
lesquels on désigne des œuvres 
peu sérieuses. 

AMATEUR : « Rédacteur qui 
ne demande pas le payement de 
ses articles. » (1826, Biographie 
des journalistes.) 

AMATEUR : Dans l'armée, on 
appelle amateur l'officier qui 
s'occupe peu de son métier. 

AMATKUR sert aussi dans 
l'armée d'équivalent au mot^é- 
kin. Un officier dira : Il y avait 
là cinq ou six amateurs ; comme 



AME 

un soldat ou un sous-officier 
dira : Il y avait là cinq ou six 
particuliers. 

AMATEUR (clerc) : Dans le 
notariat, un clerc amateur tra- 
vaille sans émoluments. 

AMBIER : Fuir. (Grandval.) 
— Vieux mot. On disait au moyen 
âge amber. 

AMENDIER FLEURI : Régis- 
seur. — Jeu de mots expliqué par 
l'exemple suivant : — «L'amen- 
dier fleuri, comme disent les ac- 
teurs en parlant du généreux 
distributeur d'amendes qui sur- 
veille la scène. y> {Vie parisienne, 
65.) 

AMÉRICAIN : Escroc feignant 
d'arriver d'Amérique. Pour plus 
de détails. V. Charriage, 

AMÉRICAIN (œil) : Œil scru- 
tateur. — Allusion à la vue per- 
çante prêtée par les romans po- 
pulaires de Cooper aux sauvages 
de l'Amérique. — ce Ai- je dans la 
figure un trait qui vous déplaise, 
que vous me faites l'œil améri- 
cain ? » (Balzac.) — « J'ai l'œil 
américain, je ne me trompe ja- 
mais.» (Montépin.) 

AMÉRICAIN (œil) : Œil séduc- 
teur. — « L'œillade américaine est 
grosse de promesses, elle promet 
Tor du Pérou, elle promet une 
ardeur amoureuse de soixante 
degrés Réaumur. » (E. Lemoine.) 

AMÉRICAINE : Voiture décou- 
verte, à quatre roues. — « Une 
élégante américaine attend à la 
porte. Un homme y monte, re- 
pousse un peu de côté un tout 
petit groom, prend lui-même les 
guides et lance deux superbes 
pur-sang au galop. » {Figaro.) 



ANC — lo — 

AMÉRICAINE (vol à 1'). V. 
Charriage. 

AMOUR : Aimable comme 
l'Amour. — « Armée de son re- 
gistre, elle attendait de pied ferme 
ces amours d'abonnés.» (L. Rey- 
baud.) — « Comme j'ai été folle 
de Mocker; quel amour de dra- 
gon poudré! » (A. Frémy.) 

Amour a fini par s'appliquer 
dans le sens de « aimable » à la 
première chose venue. — «Quel 
amour de mollet! Il faut que je 
le baise. » (E. Villars.) — « Je 
mourrais d'ennui par ici, moi. 
J'ai trouvé, rue de la Paix, un 
amour d'appartement. (Dumas 
fils, le Demi-Monde.) 

AMOUREUX DES ONZE 
MILLE VIERGES : « Dans le 
sens où l'on entend ce proverbe, 
dit M. Charles Rozan, aimer les 
onze mille vierges, c'est aimer 
toutes les femmes, c'est croire, 
dans le feu de la première jeu- 
nesse , que toutes les femmes 
sont également dignes de notre 
amour. » — Ce chiffre de onze 
mille est une allusion à la tradi- 
tion du martyre de sainte Ursule 
et des onze mille vierges, ses 
compagnes, mises à mort par les 
Huns, près de Cologne, vers 384. 

ANCIEN : Mot d'amitié. Il peut 
se dire à un jeune homme et si- 
gnifie : ancien ami. Mon vieux 

offre la même idée. 

ANCIEN : Vieillard. V. ^s- 
phyxier. 

ANCIEN (1') : Napoléon I". 
Mot à mot : l'ancien souverain. 
— Une caricature de i83o porte 
cette légende : « Vive Napo- 
léon II ! — Tais ta langue, pa- 
triote, n'parle pas du fils de 



ANE 



l'ancien; ce n'est plusqu"an Au- 
trichien élevé à l'école d'un jé- 
suite. » 

ANCIEN : Élève de première 
promotion à l'École polytechni- 
que ou à l'École de Saiat-Cyr. 
V. Absorption. 

ANCHTIBBER : Arrêter. (Ra- 
basse.) — Ce serait mot à mot : 
mettre en botte, chausser. V. 
Chtibbe. 

ANCHOIS (œil bordé d) : Œil 
aux paupières rougies et dépour- 
vues de cils. — L'allusioa sera 
comprise par tous ceux qji ont 
vu des anchois découpés en la- 
nières. — « Je veux avoir ta 
femme. — Tu ne l'auras pas. — 
Je l'aurai, et tu prendras ma 
guenon aux yeux bordés d'an- 
chois. » (Vidal, 33.) 

ANDOSSE : Échine,dos.(Grand- 
val.) Épaules. (Rabasse.) 

ANDOUILLE : Personne sans 
énergie, aussi molle qu'une an- 
douille. Un vrai maladroit s'ap- 
pelle andouille ficelée. 

ANE DE BURID AN (êtreco mme 
1') : Ne savoir que décider. — 
« Buridan est un dialecticien du 
xiv» siècle. Pour prouver le libre 
arbitre des animaux, il supposait 
un âne également pressé p ir la 
soif et par la faim, le plaçait en- 
tre un picotin d'avoine et un seau 
d'eau, également distants, fai- 
sant sur lui la même impression 
et il demandait : » Que fera cet 
âne?» (Rozan.) 

ANGLAIS : Créancier. — Mot 
ancien. On est d'autant ]ilus 
porté à le regarder comme une 
allusion ironique aux Anglais, 
que les Français se moquaient 



ANG 

volontiers de leur perpétuel en- 
nemi. — Ainsi, milord et god- 
dem sont employés ironiquement 
dès le moyen âge. V. Milord, 
Goddem. 

Malgré des avis contraires, 
mais appuyés selon nous par des 
exemples trop peu concluants, 
c'est encore l'opinion de Pas- 
quier qui nous semble préféra- 
ble. Il fait venir ce terme des 
réclamations des Anglais qui pré- 
tendaient que la rançon du roi 
Jean, fixée à trois millions d'écus 
d'or, par le traité de Brétigny, 
n'avait pas été entièrement payée. 

Oncques ne vys Anglois de votre taille, 
Car, à tout coup, vous criez : baille, 
baille ! 

(Marot.) 

On trouve des exemples d'-4n- 
glais dans la Légende de Pierre 
Faifeu. M. Fr. Michel a relevé 
cette mention dans les poésies 
de Guillaume Crétin (xv« siècle) : 

Et aujourd'hui je faictz solliciter 
Tous mes Angloys, pour mes restes 
[parfaire, 
Et le payement entier leur satisfaire. 

« Assure-toi que ce n'est point 
un Anglais. » (Montépin.) 

ANGLAIS SONT DÉBAR- 
QUÉS (les) : Ces mots désignent 
une incommodité périodique 
chez la femme. Allusion à la 
couleur favorite de l'uniforme 
britannique. 

Il est aussi brave 
Que sensible amant, 
Des anglais il brave 
Le débarquement. 

(Chansons, impr. Chastaignon, i85i.) 
Recueils de la bibl. nationale. 

ANGLAISES : Longues boa- 



II — 



ANS 



clés de cheveux pareilles à celles 
dont se coiffent volontiers les 
dames britanniques. Elles ont 
été surtout à la mode en France 
vers 1840. — «Une femme aux 
anglaises blondes lui heurte le 
bras. » (Monselet.) 

ANGLAISES : Latrines à l'an- 
glaise, c'est-à-dire munies d'une 
cuvette à soupape. 

ANGLUCE : Oie. (Vidocq.) 

ANGOULÈME (se caresser 1') : 
Boire et manger. Mot à mot : se 
caresser le palais, mettre en goule, 
du vieux mot goule (gueule). 
Nous avons encore goulu et gou- 
lafre (glouton). — « Il y en a qui 
ne se sont pas encore caressé l'an- 
goulème depuis la veille. » (E, 
d'Hervilly.) 

ANGUILLE : Ceinture. (Vi- 
docq.) — Une ceinture de cuir 
noir gonflée d'argent ressemble 
à une anguille. 

ANGUILLE DE BUISSON : 
Couleuvre. — « Il vend des an- 
guilles de buisson, comme on dit 
en langage populaire, à certains 
gargotiers qui en font d'excel- 
lentes matelotes. » (Privât d'An- 
glemont.) 

ANSE : Bras. L'anse est le bras 
du vase. V. Arque-pincer. — 
Offrir son anse, offrir son bras. 

ANSES : Oreilles.— Comparai- 
son de la tête au pot. 

ANSES (une paire d') : Une 
paire de grandes oreilles écar- 
tées. Vues de face, elles ressem- 
blent aux anses d'un pot. 

ANSES (panier àdeux): Homme 
ayant une femme à chaque bras. 

ANTIF (battre 1') ; Marcher, 



ANT 



— 12 — 



ANT 



Mot à mot : battre le grand che- 
min. — Antif est un vieux mot 
qui signifie antique, etSQ rencon- 
tre souvent dans les textes du 
moyen âge uni à celui de chemin. 

— Un chemin antif était un che- 
min ancien, c'est-à-dire /rayé. 

ANTIFFE : Marche. (Grand- 
val.) Mot à mot : action de battre 
rantif. 

ANTIFt'ER : Entrer. (Rabasse.) 

ANTIFFER (s') : Se marier. 
(Rabasse.) — Forme moderne 
d'antijîer. — Se dit aussi pour 
être séduit, se laisser circonve- 
nir. 

ANTIFLE (battre 1'): Cafarder, 
dissimuler. Mot à mot : hanter 
l'église. V. A ntijler. 

ANTIFLER, ENTIFLER : Ma- 
rier. (Vidocq.) — Vient du vieux 
mot antie, église.— Là se fait la 
célébration du mariage. Entifler 
est donc mot à mot : mener à 
l'église. — « Ah ! si j'en défou- 
raille, ma largue j'cntiflerai. » 
(Vidocq.) 

ANTIPATHER : Avoir de l'an- 
tipathie. — « Pas une miette ! Je 
l'antipathe. » (Gavarni.) 

ANTIQUE : Élève sortant de 
l'École polytechnique. V. Ab- 
sorption. 

ANTONNE : Église. (Vidocq.) 
—Changement de finale du vieux 
mot antie, église. 

ANTONY : Jeune romantique. 

— Nom du héros d'un drame 
d'Alexandre Dumas qui fut fort 
goûté en i83i. — ce Après les suc- 
cès à^Antony, les salons pari- 
siens furent tout à coup inondés 
de jeunes hommes pâles et blê- 



mes, aux longs cheveux noirs, à 
la charpente osseuse, au:; sour- 
cils épais,àla parole caverneuse, 
à la physionomie hagarde et dé- 
solée... De bonnes âmes, s'in- 
quiétant de leur air quasi cada- 
véreux, leur posaient cette ques- 
tion bourgeoisement affectueuse : 
« Qu'avez-vous donc?» A quoi 
ils répondaient en passant la 
main sur leur front : « J'ai la 
fièvre. » Ces jeunes hommes 
étaient des Antonys. » (E. Le- 
moine.) — « D'ici à quelques an- 
nées, il y aura moins de chance 
de voir les jeunes Antonys plon- 
ger leur dignité dans le fossé 
bourbeux de la réclame. » {Fi- 
garo, 65.) 

ANTONYQUE.ANTONYSME: 
La pose funèbre dont nous ve- 
nons de parler, fit créer égale- 
ment les mots antonyque et an- 
tonysme. — a Ce sourire est 
mélancolique ou antonyque, ce 
qui est un. » (Lemoine.)— Quant 
à l'antonysme, il mourut sous 
les épigrammcs des lousiics... 
lesquels ne voient plus une de- 
moiselle de comptoir sur le re- 
tour sans lui dire : « N'êtes vous 
pas ma mère?» et ne vous dévo- 
rent plus la moindre côtelette 
de mouton sans pousser la fa- 
meuse exclamation : « Elle me 
résistait, je l'ai assassinée!» 
(E. Lemoine.) 

ANTROLER : Emporter. (Vi- 
docq.) — Des mots entre roller : 
rouler ensemble. 

APLOMB : Droit au but. 
Sus c' coup-là, je m'aligne. 
L' gonse allume mou bâton, 
J'allonge sur sa tigne 
Cinq à six coups d'aplomb. 

(Aubert, Chansons^ i!^i3.) 



AQU - i3 - 

Ah! fallait voir comme il touchait d'a- 

[plomb. 

[Les Mauvaises rencontres^ chanson.) 

APOTRE : Doigt. (Vidocq.)— 
Jeu de mots. Le doigt du voleur 
happe souvent. 

APPAS : Seins. 

Madame fait des embarras. 
Je l'ai vue mettre en cachette 
Des chiffons pour des appas. 

(Matt., Chansons.) 

APPELER AZOR : Siffler. 
V.A;(or. 

APPUYER SUR LA CHAN- 
TERELLE. V. ce mot. 

A QUIA : Acculé dans une si- 
tuation désespérée. — Latinisme. 

— S'est dit d'abord des logiciens 
pris en défaut, qui, ne sachant 
plus quoi répondre, donnaient 
un parce que {quia) pour toute 
raison. Régnier, le satirique, met 
ainsi en scène un donneur de 
fausses raisons : 

Par hazard disputant, si quelqu'un luy 

[réplique, 

Et qu'il soit à quia : • Vous êtes héré- 

[tique. » 

AQUIGER : Prendre, dérober. 

— D'où le vieux mot d'argot 
aquige-ornie^ maraudeur. Mot à 
mot : voleur de poules. 

AQUIGER : Palpiter. V. Co- 
quer. 

AQUIGER : Blesser, battre, 
endommager. — « Me voici enfin 
démarré de ce maudit ponton et 
sans être aquigé. » (Rabasse.) 

AQUIGER LES BRÈMES : 
Entailler, biseauter les cartes. 
(Vidocq.) 

ARAIGNÉE DANS LE PLA- 



ARC 



FOND (avoir une) : Déraisonner. 
— La boîte du crâne est ici le 
plafond, et l'araignée -folie y tend 
ses toiles. V. Plafond. 

ARIA : Embarras.— V. Haria. 

ARBALÈTE : Croix de cou, 
bijou de femme. (Vidocq.) — 
L'arbalète détendue ressemble à 
une croix. 

ARBALÈTE D'ANTONNE : 
Croix d'église. 

ARBI : Arabe. Pour Arabi; ar- 
got d'Algérie. — ce Sobres les 
Arbis, une poignée de son, un 
peu d'eau, le coin de leur bur- 
nous, voilà leur repas dans les 
haltes. » {Commentaires de Lo- 
riot.) 

ARBICO : Petit Arabe. — Di- 
minutif à'Arbi. — « La Maghr- 
nia : une école de petits Arbicos, 
un hôpital et un magasin. » 
{Commentaires de Loriot.) 

ARCASIEN, ARCASINEUR : 
Celui qui monte un arcat. 

ARCAT (monter un) : Écrire 
de prison,et demander une avance 
sur un trésor enfoui, dont on 
promet de révéler la place. — 
Vient à^arcane, mystère, chose 
cachée. — La lettre qui sert à 
monter Varcat s'appelle lettre de 
Jérusalem, parce qu'on l'écrit 
sous les verrous de la Préfecture. 
Vidocq assure qu'en l'an VI, il 
arriva de cette façon plus de 
1 5,000 francs à la prison de Bi- 
cétre. 

ARCHE DE NOÉ : Académie 
française, disent les dictionnaires 
d'argot qui ont précédé le nôtre. 

Je n'hésite pas à soutenir que 
le mot est de pure invention, que 



ARC 



— 14 - 



ARG 



les argotîers anciens ignoraient 
l'existence de l'Académie , et 
qu'aujourd'hui un faubourien ne 
sait pas du tout ce que veut dire 
arche de Noé. Cette mystifica- 
tion philologique est due sans 
doute à l'esprit malicieux de 
quelque homme de lettres chargé 
de surveiller l'impression d'un 
vocabulaire que tous les autres 
auront copié. Vidocq, ou plutôt 
celui qui travaillait pour lui, en 
a fait autant. De là une erreur 
partout reproduite. Vidocq a du 
reste fait école de notre temps et 
vers i865 un dictionnaire argo- 
tique a donné cul à fauteuil, 
mal choisi, enfant de la four- 
chette, etc., comme synonymes 
à^ académiciens dans la bouche 
des voyous parisiens. Toutes ces 
petites malices sont de pures in- 
ventions. 

ARCHE (aller à 1') : Chercher 
de l'argent. (Vidocq.) — Du vieux 
mot arche : armoire, coffre, qui 
a fait archives. 

ARCHE (fendre 1') : Ennuyer. 

— Mot à mot : fendre le coffre. 

— tt Ça commençait à me fendre 
l'arche. Je lui dis : Pas de bêtises, 
mon vieux. » (Monselet.) 

ARCHI : Préambule dont la 
langue usuelle se sert à tout 
propos, du moment qu'il s'agit 
d'inventer un superlatif. — Le 
Dictionnciire de V Académie re- 
connaît, du reste, qu'on peut 
former de la sorte un très-grand 
nombre de mots. Nous en citons 
un exemple entre mille : — «Je 
suis guérie... bien guérie... oh! 
archiguérie. » (Villars.) 

ARCHIPOINTU : Archevêque. 
même observation que pour ar- 



che de Noé. Nous ne crovons pas 
à l'usage réel de ce mot. Je ferai 
de plus remarquer que les dic- 
tionnaires où il se trouve ne 
donnent pas même le veux, pointu 
pour évêque, ce qui deA rait être 
en bonne logique, car pc>intu fait 
allusion ici aux pointes de la 
mitre. 

ARCHI -SUPPOT : Voleur 
émérite. — N'est plus usité. 

ARÇON : Signe d'alerte con- 
venu entre voleurs. — Eu vieux 
arçon, archet, petit arc. Du temps 
de Vidocq (1837), c'éta t un G 
figuré à l'aide du pouce croit sur 
la joue droite. — La cour 3e du C 
représente la forme d'un arc. 

ARCPINCER, ARQ.IEPIN- 
CER : Prendre, arrêter. — Pin- 
cer au demi- cercle est très- 
usité dans le même sens. Il est 
à remarquer qu'arc et demi- 
cercle présentent la. même image. 
— « Daignez arquepinctr mon 
anse.» {Almanach du hanneton, 
67.) 

ARDENT : Chandell-. (Vi- 
docq.)— Le mot a été biei. porté, 
car M. Francisque Mie lel l'a 
trouvé quatre fois dans ie Dic- 
tionnaire des précieuses, dj 1660. 

ARDENTS : Yeux. {Diction- 
naire d'argot moderne, .4.) — - 
Le verbe allumer, regarder, en- 
traînait naturellement ce subs- 
tantif. Y. Allumer. 

ARGA : Part. « Pour mon arga, 
je serai ton dévoué jusqu'à la 
mort. » (Rabasse.)j 

ARG AN EAU : Anneau réunis- 
sant deux forçats. (Colomb ey.) 

ARGUCHE : Diminutifs du 
vieux mot argue, ruse, fi lesse, 



ARM 



- i5 - 



ARR 



irgot. — L'argot est une ruse de 
langage. V. Truc. 

ARGUEMINE : Main. — « Je 
mets l'arguemine à la barbue. » 
(Vidocq.) 

ARIA : Embarras. — Du vieux 
mot arriCf obstacle. — « J'ai eu 
bien des arias avec la douane à 
cause de mes malles. » (Monse- 
let.) V. Haria. 

ARICOTEUR : Bourreau. (Vi- 
docq.)— «C'est demain que Char- 
iot fera un haricot de ton corps.» 
[L'Écluse, l'jbd.) 

ARISTO : Aristocrate, homme 
quelconque se trouvant en bonne 
situation. — Abréviation. — « C'est 
vrai ! tu as une livrée, tu es un 
aristo. » (D'Héricault.) 

ARISTOCRATE : Nom donné 
par les détenus à ceux qui ont 
assez d'argent pour être à la pis- 
tole. (Rabasse.) 

ARLEQUIN : Assemblage de 
rogatons achetés aux restaurants 
et servis dans les gargotes de 
dernier ordre. — « C'est une bi- 
joutière ou marchande d'arle- 
quins. Je ne sais pas trop l'origine 
du mot bijoutier; mais l'arlequin 
vient de ce que ces plats sont 
composés de pièces et de morceaux 
assemblés au hasard, absolument 
comme l'habit du citoyen de 
Bergame. Ces morceaux de viande 
sont très-copieux, et cependant 
ils se vendent un sou indistinc- 
tement. Le seau vaut trois francs. 
On y trouve de tout, depuis le 
poulet truffé et le gibier jusqu'au 
bœuf aux choux. » (P. d'Angle- 
mont.) 

ARMOIRE A GLACE : Quatre 
de jeu de cartes. « Tenez sur 



galuchet, et de l'armoire à glace 
évitez la beauté. » (Alyge.) 

ARNAC (à V) : Avec prémédi- 
tation. (Rabasse.) — Semble une 
forme moderne d'amache. 

ARNACHE : Tromperie. (Vi- 
docq.) — Du vieux mot harna- 
cher, tromper. 

ARNAUD (avoir son), ÊTRE 
ARNEAU : Être de mauvaise hu- 
meur. (Halbert, Rabasse.) D'ar- 
nauder, 

ARNAUD ER : Murmurer. Mot 
à mot : renauder à. V. Renau- 
der. 

ARNELLE : Rouen. (Vidocq.) 

ARNELLERIE : Rouennerie. 
(Idem.) 

ARPAGAR : Arpajon (Seine- 
et-Oise).— Changement de finale. 
(Vidocq.) 

ARPETTE : Apprenti. (F^a- 
basse.) 

ARPION, HARPION : Pied.- 
C'est le vieux mot arpion : grille, 
ongle. Harpon et harponner sont 
restés dans la langue. — « J'aime 
mieux avoir des philosophes aux 
arpions. « (E. Sue.) 

ARQUEPINCER : Arrêter. V. 
Arcpincer. 

ARRACHERDUCHIENDENT: 
Chercher une occasion de voler. 
C'est un pendant d'aller au per- 
sil. V. Persil. 

ARRÊTER LES FRAIS : Sus- 
pendre une chose commencée. — 
Terme emprunté au jeu de bil- 
lard où on arrête les frais (de 
location du billard) dès qu'on ne 
joue plus. 



ARS 



— 16- 



ART 



ARRIÈRE-TRAIN : Derrière. 

Rien ne me déplaît plus par contre que 

[ce crin 

Dont les dames se font un faux arrière- 

[train. 

(H. Briollet.) 

ARRIVER PREMIER : Dépas- 
ser tout concurrent. — Terme de 
sport. — Se prend au figuré. — 
« Vous êtes ravissante. Watteau 
et Boucher sont distancés. Vous 
arrivez première au charme des 
yeux et des cœurs. » (Almanach 
du hanneton, 6j.) 

ARROSER : Payer. V. Galons 
(arroser ses). 

ARROSER : Couvrir de son 
enjeu, faire des sacrifices d'ar- 
gent répétés. — a Un monsieur 
arrose le onze (à la roulette) de- 
puis une heure et le onze n'a 
pas plus l'air de sortir. »(R. Mil- 
ton.) 

ARSENAL : Arsenic. (Vidocq.) 
— Changement de finale. 

ARSONNEMENT : Onanisme. 
(Vidocq.) 

ARSOUILLE : Ignoble vau- 
rien. — Anagramme du vieux mot 
souillart qui désignait Varsouille 
du moyen âge. La souillardaille 
était la canaille jadis. (V. Du 
Cange.) — «C'étaient des arsouil- 
les qui tiraient la savate. » Th. 
Gautier.) 

Arsouille se prend adjective- 
ment. — «Je n'étais accusé que 
d'un mince délit et je n'avais pas 
l'air arsouille. » (Lacenaire, Mé- 
moires, 36.) 

ART POUR L'ART (faire 
de 1') : Cultiver les arts ou les 
lettres sans y chercher de lucre. I 



Y. Métier. — a'Hous avons connu 
ces types si étranges, qu'on a 
peine à croire à leur exis- 
tence; ils s'appelaient les disci- 
ples de Fart pour l'art. » (Mur- 
ger.) 

ARTHUR : Amant de cœur.— 
« Sa conduite lui semble la plus 
naturelle du monde; elJa trouve 
tout simple d'avoir une collec- 
tion d'Arthurs et de tromper des 
protecteurs à crâne beurre frais, 
à gilet blanc. » (Th. Gautier, 
45.) V. Amant de cœur. 

ARTHUR : Homme à préten- 
tions séductrices. — « Un haut 
fonctionnaire bien connu, mem- 
bre d'une académie, Arthur de 
soixante ans. » (De Boigne.) 

ARTICHAUT (cœur d'): Cœur 
inconstant, livré à autant de ca- 
prices que le cœur de l'artichaut 
compte de feuilles.— « Ton cœur 
est un artichaut. Donne-m'en 
une feuille. j)(Almanach du han- 
neton, 67.) 

ARTICLE (faire 1') : Faire va- 
loir une personne ou une chose 
comme un article de commerce. 

— « Malaga ferait l'article pour 
toi ce soir. » (Balzac.) — « Exa- 
minez-moi ça! comme c'est cousu! 

— Ce n'est pas la peine de faire 
l'article. » (Montépin.) 

ARTICLE (être à 1') : Être sur 
le point de mourir. Mot à mot : 
à l'article de la mort. — « Il est 
en l'article et dernier moment de 
son décès. » (Rabelais, Panta- 
gruel, liv. III, ch. 21.) 



ARTICLE (porté sur l') 
sur l'article : Luxurieux. 



fort 
jxurieux. 

ARTICLIER : « C'est un arti- 



I 



ART - 

lier. Vernon porte des articles, 
ira toujours des articles, et rien 
ue des articles. Le travail le 
lus obstiné ne pourra jamais 

I reffer un livre sur sa prose. » 

' Balzac.) 

ARTIE, ARTIF, ARTIFFE, 
iRTON : Pain. — On écrit aussi 
^rtie, lartif, larton. V. ces mots. 

En cette piolle 

On vit chenument ; 
Arton, pivois et criolle 
On a gourdement. 

(Grandval, 1723.) 

ARTIE DE MEULAN : Pain 
3lanc. (Halbert.) 

ARTIE DU GROS-GUIL- 
1.AUME : Pain noir. (Halbert.) 

ARTILLEUR A GENOUX : 
ilnfirmier militaire. — Allusion 
au canon du clystère et à la pos- 
ture que réclame sa manœuvre. 
•—En 1 718, Ph. Le Roux nomme 
déjà mousquetaires à genoux les 
apothicaires. 

On dit aussi : Canonnier de la 
pièce humide. 

ARTIS (langage de 1') : Argot. 
(Vidocq.) 

ARTISTE (trop) : ce il est trop 
artiste, a dit madame Lecœur. 
Être artiste veut dire : jeter l'ar- 
gent par les fenêtres, le dépenser 
à tort et à travers sans compter, 
boire de ci et de là, courir la 
fillette, chanter, rire toujours. » 
(Privât d'Anglemont.) 

ARTISTE : Vétérinaire. — Abré- 
viation du titre connu : artiste 
vétérinaire. Mot à mot : Maître 
en Vart vétérinaire. 

ARTISTE : Balayeur.— Il ma- 
nie le pinceau {(falai). 



17 - ASP 

ARTON : Pain. V. Artie. 

ARTOUPAN:Garde-chiourme. 
« Ils vous bousculent en vérita- 
bles artoupans. » (Rabasse.) V. Pé- 
signer. 

AS (être à) : Être sans argent. 
(Rabasse.) Mot à mot : n'avoir 
qu'un sou par allusion à la va- 
leur représentée par le point de 
la carte. — On dit aussi : être 
dans l'as, 

AS (à 1') : Au cabinet ou à la 
table qui porte le n» i dans un 
restaurant ou un café.— Allusion 
à l'unité de l'as du jeu de cartes. 
« Versez à l'as ! Un soda et une 
fine par ici. » (A. Laffitte.) 

AS DE CARREAU : Officier 
de place. — Allusion à l'aspect 
lozangé de ses revers rouges. 

AS DE CARREAU : Havre- 
sac d'infanterie. — Allusion à sa 
forme carrée. — « Troquer mon 
carnier culotté contre l'as de 
carreau ou l'azor du troupier. » 
(La Cassagne.) 

AS DE PIQ.UE (fichu comme 
un) : Mal bâti, mal vêtu.— Jadis 
on appelait a5(iej7/^Me un homme 
nul. — «Taisez-vous, as de pi- 
que! » (Molière.) 

ASPHALTE (polir 1'), Se bal- 
lader sur l'asphalte : Flâner sur 
les trottoirs (asphaltés) des rues 
et des boulevards. — « Y en a 
qui vont l'après-midi se ballader 
sur l'asphalte. » {Almanach du 
hanneton, 67.) 

ASPHYXIÉ : Ivre-mort. Mot à 
mot : Asphyxié intérieurement 
par les émanations du liquide 
absorbé. Charlet a représenté un 
troupier contemplant un inva- 
lide penché sur une table deçà- 



ASS 



- i8 



AST 



baret, avec ces mots : « L'ancien 
est asphyxié. » 

ASPHYXIER ; Boire. — C'est 
un synonyme à'étouffer^ qui est 
employé dans le même cas. 

Asphyxier le perroquet : Boire 
un verre d'absinthe. — Les per- 
roquets les plus communs sont 
verts comme l'absinthe. V. Per- 
roquet. 

Asphyxier le pierrot : Boire 
un verre de vin blanc. — Allu- 
sion de couleur. — Pierrot est 
blanc. — «J'étais-t-allé à la bar- 
rière des Deux-Moulins, histoire 
d'asphyxier le pierrot. » (La 
Correctionnelle^ journal, 41.) 

ASPIC : Calomniateur. (Vi- 
docq.) — Allusion au venin du 
serpent. Uaspic des voleurs n'est 
que la vipère des honnêtes gens. 

ASPIQUERIE : Calomnie. 

ASSEOIR (s') : Tomber, c'est- 
à-dire ironiquement : s'asseoir 
par terre. 

ASSEOIR (allez vous) : Taisez- 
vous. — Allusion à la fin obligée 
des interrogatoires judiciaires. 
— A. Dalès a fait en 67 une chan- 
son intitulée :^//e^ vous asseoir. 

ASSEYEZ- VOUS DESSUS : 
Imposez-lui silence. 

Asseyez-vous d'ssus, 
Et que ça finisse. 
Asseyez-vous d'ssus, 
Et n'en parlons plus. 

(Dalès, Chansons.) 

« Ici un enfant se met à pleu- 
rer. — Donnez-y donc à téter ? 
— Asseyez -vous dessus! Une 
grosse voix : N'y a donc plus 
d'Papavoines? » (Marquet.) 

ASTIC : Épée. — Le mot doit 
être ancien, car il nous a laissé 



le verbe asticoter :{a\vQ de pe- 
tites piqûres. V. Astiquer, 

ASTIC : Tripoli, mé' ange ser- 
vant à Tastiquage des pièces de 
cuivre. 

Et tirant du bahut sa brosse et son astic, 
Il se mit à brosser ses boutons dans le 
[chic. 
Souvenirs de Saint-Cyr.) 

ASTICOT : Vermicelle. (Vi- 
docq.) — Allusion de ferme. 

ASTIQUAGE, ASTIQUE : Net- 
toyage. — Le second tjrme est 
une abréviation du premier. « Au 
retour de la manœuvre, on en- 
dosse sa toilette d'antique. » 
{Vie parisienne, 66.) 

ASTIQUÉ : Reluisant de pro- 
preté, bien tenu. — ^ Peste ! 
maître Margat, vous avez l'air 
d'un Don Juan... — Un peu, que 
je dis! on a paré la coque... On 
s'a pavoisé dans le grand genre ! 
On est suifé et astiqué propre- 
ment. » (Capendu.) 

ASTIQUER : Battre. Mot à 
mot : frapper à coups à\istic. V. 
ce mot. — Au moyen âge, estiquer 
signifiait frapper de la pointe. 
On dit encore d'estoc. — ce Sinon 
je t'astique, je te tombe sur la 
bosse. » (Paillet.) 

ASTIQUER : Netto}-er. — 
« Quand son fusil et sa giberne 
sont bien astiqués. » (33, \'idal.) 
— (( Il n'a pas son pareil^ pour 
astiquer les cuivres. » (Éclair, 
juillet 72.) 

AS-TU FINI? i^ocutim em- 
ployée pour montrer à l'interlo- 
cuteur qu'il se met inutilement 
en frais pour convaincre. —C'est 
une abréviation de : As tu fini 
tes manières? qui est employé 



ATO — 

dans le même sens. — « Rires, 
cris : As-tu fini ?... A la porte!... 
Asseyez-vous dessus ! » (Marquer.) 

ATIGER : Frapper. Y.Attiger. 

ATOMES CROCHUS : Élé- 
■ ments mystérieux d'une sympa- 
■■ thie réciproque. — « Elle a tous 
' les genres d'esprit, de beauté et 
d'humeur qui me charment; ce- 
pendant nos atomes crochus ne 
se conviennent pas. » (Mérimée.) 

ATOUSER : Encourager. (Vi- 
docq.) Mot à mot : donner de 
ïatout, du courage. 

ATOUT: Coup grave. — «Voilà 
mon dernier atout... Vous m'avez 
donné le coup de la mort. » 
(Balzac.) 

Expression de joueurs de cartes 
qui ont appliqué aux accidents 
de la vie le nom de l'ennemi 
qu'ils craignent le plus. — En 
voici un exemple superbe qui 
prouve l'influence de l'argot pa- 
risien sur la triomphante Alle- 
magne. Il nous est fourni par la 
Galette de Lorraine du 2 août, 
organe officiel (prussien), mi- 
français, mi-allemand, mais ré- 
digéen entier par des Allemands : 
« Tous les atouts sont dans les 
mains de l'Allemagne. Elle en 
donne et n'en reçoit pas.» (1872). 

ATOUT : Courage. — « Je ne 
me plains pas. Tu es un cadet 
qui a de l'atout. » (E. Sue.) 

Même allusion que ci-dessus; 
seulement elle est retournée. 
L'homme a ici l'atout dans son 
jeu. 

ATOUT (avoir de 1') : Avoir 
le poing solide (Colombey.); — 
avoir du courage. (Rabasse.) 

ATTACHE : Liaison galante. 



9 — 



ATT 



— Abréviation d'attachement. — 
(c Le troupier ou la bonne d'en- 
fant disent en changeant de quar- 
tier ou de garnison :Ça m'embête 
parce que j'avais une attache. » 
(J. Choux.) 

ATTACHE : Boucle. (Vidocq.) 

— Effet pris pour la cause. — 
« J'engantais sa tocquante, ses 
attaches brillantes avec ses bille- 
monts. » (Vidocq.) V. Chêne. 

ATTAQUE (d') : Vivement, 
spontanément. 

Une homme d'attaque est un 
homme d'action. 

ATTENDRIR (s') : Se griser. 
Mot à mot : s'attendrir sous 
l'empire d'un commencement 
d'ivresse. Dix minutes avant le 
buveur attendri n'était qu'emw. 

— « Le capitaine qui avait reli- 
gieusement vidé son verre à cha- 
que mot, s'attendrit.» (Th. Gau- 
tier.) 

ATTIGER : Frapper, saisir. 
(Vidocq.) — Ce doit être un vieux 
mot, car Vattingere (atteindre) 
des Latins s'y retrouve presque 
entier. 

ATTRAPAGE : Vive discus- 
sion, dispute, pugilat. — « La 
femme de l'adjoint se fait remar- 
quer au marché par ses attrapa- 
ges avec les vendeuses. » {Paris 
comique, 69.) 

ATTRAPER : Faire un dessin 
semblable au modèle. Mot à mot : 
attraper la ressemblance. — «Elle 
s'éprit de l'artiste qui m'avait si 
bien attrapé et alla pleurer dans 
son sein sur mon indifférence. » 
(Marx.) 

ATTRAPER : Critiquer ver- 
tement, reprocher, injurier, — 



AUM 



— 20 — 



AUX 



«c J'en suis encore à me deman- 
der en quoi cette phrase blesse 
la morale; ceux qui l'ont attra- 
pée, — style de théâtre, — de- 
vraient bien me renseigner là- 
dessus. » (Dumas fils, 66.) 

ATTRAPER (s') :En venir aux 
injures ou aux coups. 

Attraper Vognon : Payer pour 
les autres. 

ATTRAPEUR : Critique acer- 
be.-— «Ainsi les attrapeurs, fran- 
cisons le mot, ne pouvant s'en 
prendre à une scène hasardée, 
s'en prirent-ils aux mots. » (Al. 
Dumas fils, 66.) 

ATTRIMER : Prendre. Mot à 
mot : faire trimer à soi, attirer. 

ATTRIQUER : Acheter. (Vi- 
docq.) — Mot ancien, car Du 
Gange lui donne un vrai pendant 
dans attrosser : vendre. 

AUBER : Somme d'argent. 
(Vidocq.)— Jeu de mots.— Afa///e 
se disait jadis d'une petite mon- 
naie et d'un anneau de haubert 
(cotte de mailles). — Au point de 
vue financier comme au point de 
vue militaire, Vauber était donc 
la réunion d'un certain- nombre 
de mailles. Y. Fouilloiise, Chêne. 
— « Il a de l'aubert : il a de la 
fortune. » (Rabasse.) 

AUMONE (voler à 1') : Voler 
chez un bijoutier en faisant éta- 
ler chez lui de menus objets et 
en plaçant ceux qu'on peut dé- 
tourner dans la main de faux 
mendiants arrêtés à la porte et 
auxquels on semble faire l'au- 
mône. Ce genre est pratiqué par 
des femmes mises avec élégance. 

AUMONIER : Voleur à l'au- 
mône. V, ci-dessus. 



1 



AUTAN : Grenier. (Vidocq.)— 
Du vieux mot hautain : élevé. — 
Le grenier occupe le haut de la 
maison. 

AUTEUR : Père.-Motà mot : 
auteur de mes jours. — « Il est 
impossible de voir un auteur 
(père) plus chicocandard. » (Th. 
Gautier.) — « Il n'est pas de no- 
tre monde, mais mon auteur a 
la rage d'inviter des familles de 
marchands. » (Du Boisgobey.) 

AUTOR (d') : D'autorité. — 
Abréviation. — Un coup d'autor 
et d'achar est irrésistible. On 
joint d'ordinaire ces deux mots. 
V. A char, Liquide. 

AUTOR (jouer d') : Jouer d'au- 
torité, sans demander des cartes. 
— « Ah! vous jouez d'autor ! — 
Yes, d'autor et d'achar. » (Boue 
de Villiers.) 

AUTRE (1') : Napoléon I«, 
c'est-à-dire l'autre souverain. 
Usité sous Louis XVIII.— «M. de 
Saint-Robert était, du temps de 
V Autre, officier supérieur dans 
un régiment de la vieille. » 
(Couailhac.) 

AUTRE COTÉ (femme de 1'): 
Les étudiants appellent ainsi les 
lorettes habitant la rive droite, 
c'est-à-dire Vautre coté de la 
Seine. — « C'est Annette. C'est 
une femme de l'autre côté. » 
{Les Étudiants, 6o.) V. Goi' 
treux. 

AUVERPIN : Auvergnat. — 
Changement de finale. — c Est-ce 
qu'il n'y a pas, dans ce quartier, 
un brave Auverpin qui a fait des 
affaires? » (Privât d'Anglcmont.) 

AUXILIAIRE : Détenu faisant 
les fonctions de domestique. — 



AVA 



— 2t — 



kl^ 



c L'auxiliaire est l'homme de mé- 
nage du prisonnier politique. Il 
fait son lit, balaye la cellule et 
vide ce qu'il y a à vider. » (G. 
Guillemot.) 

AVALE-TOUT-CRU : Voleur 
de diamants. V. Détourne. 

AVALÉ LE PÉPIN (avoir) : 
Devenir enceinte. (Delvau.) — 
Allusion à la pomme qui causa 
la première faute d'Eve. 

AVALER LE LURON : Com- 
munier. (Colombey.) — Allusion 
à la forme ronde de l'hostie. 

AVALER SA CUILLER, SA 
FOURCHETTE, SA LANGUE, 
SA GAFFE: Mourir. — L'homme 
qui meurt ne mange, ne parle et 
ne navigue plus. — - Le dernier 
terme a été trouvé, comme on 
s'en doute, par un marin. 

AVALER SON POUSSIN : Être 
congédié. — Mot à mot : être re- 
poussé. 

AVALOIR : Gosier. (Vidocq.) 
— La fonction est prise ici pour 
la chose. — « Quand vous rin- 
cez votre avaloir, vous êtes prié 
de quitter le comptoir. » {La 
Maison du lapin blanc, 58.) Cail- 
lot, dans son Dictionnaire pro- 
verbial {-k^), écrit avaloire (gorge, 
gosier), et donne cet exemple, 
sans préciser la source : « Je le 
vois. Quelle avaloire \i> {Théâtre 
italien.) 

AVANCE : Voulant le progrès 
quand même.— «Il se distinguait 
par des idées avancées. » (Ville- 
mot.) 

On dit aussi : C'est un avancé. 

AVANTAGES, AVANT- 
CŒUR, AVANT-MAIN, AVANT- 
SCÈNES : Seins. — Quadruple 



allusion à leur saillie, à leur 
avancement naturel. — « De l'a- 
vant-main, petite bouche et lè- 
vres de carmin. » (A. Belot.) — 
« N'étoufFons-nous pas un petit 
brin ? lui dit-il en mettant la 
main sur le haut du buse ; les 
avant-cœur sont bien pressés, 
maman.» (Balzac) — « C'est trop 
petit ici : la société y sera comme 
les avantages de madame dans 
son corset. » (Villemot.) 

AVERGOT : Œuf. (Vidocq.) 

AVOINE (donner de 1') : Fouet- 
ter un cheval. (Delvau.) — Ironie. 

AVOIR A LA BONNE, AVOIR 
CELUI, AVOIR DANS LE VEN- 
TRE, AVOIR DU BEURRE, DU 
CHIEN, etc., etc. V. Bonne, Ce- 
lui, Ventre, Beurre, Chien, etc. 
Le verbe Avoir nous a paru ici 
l'accessoire et non le principal. 

AVOIR RIEN DU COTÉ GAU- 
CHE (n'), N'avoir rien sous le 
téton gauche : Manquer de cœur, 
n'avoir pas de cœur. — « Les 
femmes n'ont plus rien du côté 
gauche, du coton tout au plus. » 
(L.-G. Jacques, 68.) 

AZOR : Sac d'infanterie. — Son 
pelage lui a fait donner le nom 
de chien. — « Le mauvais drôle 
avait vendu son havre-sac, qu'il 
appelait son Azor. » (Vidal, 33.) 
— « Lorsqu'il s'est agi de mettre 
Azor sur les épaules, j'ai cru 
qu'on l'avait bourré de cailloux. » 
{Commentaires de Loriot.) 

A cheval sur A:^or : Sac au 
dos. — Un fantassin en route du 
qu'il part à cheval sur A:{or. 

AZOR : Chien.— On dit : Ma- 
dame et son A^or, quand même 
il s'appellerait de tout autre nom, 



BAB 



— 22 — 



BAC 



lellement celui-là s'est répandu, 
sans doute à cause du succès de 
l'ancien opéra de Grétry, Zémire 
et A:(or. 

AZOR (appeler) : Siffler un 
acteur sans plus de façon qu'un 
chien. — « Dites donc, madame 



Saint-Phar, il me semble qu'on 
appelle Azor. » (Couailhac.) 

AZTÈQUE : Petit et chétif 
comme cette peuplade cie l'an- 
cienne Amérique.— a Péreirem'a 
fermé la porte au nez. C'est un 
Aztèciue, » (About.) 



B 



BABILLARD : Confesseur. (Vi- 
docq.) — Allusion aux efforts 
persuasifs des aumôniers de pri- 
son. 

BABILLARD, BABILLARDE, 
BABILLE : Livre, lettre. — Le 
dernier mot est une abréviation. 
Comparaison de leur lecture au 
babillage d'une personne qui 
cause sans s'arrêter. — a Ma lar- 
gue part pour Versailles aux 
pieds de Sa Majesté ; elle lui 
fonce un babillard pour me faire 
défourailler. » (Vidocq.) 

BABILLER : Lire. (Vidocq.)- 
Même comparaison. 

BAC : Baccarat. — Abréviation. 
— a La musique n'arrivant pas, 
on a taillé un petit bac pour 
prendre patience. » (A. Second.) 

BACCHANTES (les) : Les fa- 
voris, la barbe. (Rabasse.) 

BACHASSE : Galère. — Aug- 
mentatif de bac : bateau. — « En 
bâchasse, tu pégrenneras jus- 
qu'au jourdudécarement. » (Vi- 
docq.) 

BACHE : Enjeu. V. Bachot- 
teur. 

BACHI-BOUZOUCK : Soldat 
irrégulier. — Mot turc francisé 



depuis la guerre de Crimée où 
l'armée turque comptait beau- 
coup de bachi-bouzoucks. — «Le 
Pays, le bachi-bouzouck de l'ar- 
mée impériale, est bona:>artiste 
par conviction. » {Figaro, jb.) 

BACHO : Cette abréviation de 
bachelier désigne indiiférem- 
ment : i» le bachelier. On dit, je 
suis bacho. 2° L'examen du bac- 
calauréat. On dit : // prépare son 
bacho, il passe son bacho. > L'as- 
pirant bachelier. 4° L'école pré- 
paratoire au baccalauréat. V. Po- 
tasser, Cornichon. 

BACHOTTER : Escroquer au 
jeu de billard. 

BACHOTTEUR : Filou chargé 
du rôle de compère dans une 
partie de billard à quatre. Il rè- 
gle la partie, tient les enjtux ou 
bâches et paraît couvrir la dupe 
de sa protection. Les deux au- 
tres grecs sont l'emporteur, c hargé 
de lier conversation et la bcte qui 
fait exprès de perdre au début 
pour l'allécher. (Vidocq.) 

BACKER. V. Bookmaker. 

BACLER : Fermer.— (Yidocq.) 
— Vieux mot. 

BACON : Pourceau. (Idem.)— 



BAD 



23 ~ 



BAG 



Vieux mot encore usité dans nos 
campagnes de l'Est. 

BADERNE (vieille) : Personne 
qui n'est plus bonne à rien. — Ce 
terme nous vient de la marine où 
baderne se dit d'une sorte de 
paillasson fait de vieux cor- 
dages. 

BADIGEONNER (se) : Se gar- 
der excessivement la figure. Mot 
à mot : se badigeonner comme 
un mur. 

BADINGUISTE, BADIN- 
GOUIN : Bonapartiste. — « Le 
reporter d'une feuille non moins 
badingouine qu'hystérique. » 
{Tam-Tam, 75.)— Du sobriquet 
de Badingiiet, {Badingue par 
abrév.) donné à Napoléon III dès 
le début de l'Empire. Badinguet 
était, paraît-il, le maçon sous la 
blouse duquel le prince avait fui 
sa prison de Ham. Quoi qu'il en 
soit, ce sobriquet devint fort po- 
pulaire. Si on s'en servait par iro- 
nie dans l'opposition, on l'em- 
ployaitsansmalicedansle peuple 
etdans l'armée. En 1870, lors delà 
démonstration qu'on fit sur Sar- 
rebruck, je demandais à un sol- 
dat resté en gare de Saint-Avold 
si l'empereur était à Forbach : 
<c Oui, dit-il tout naturellement, 
Badinguet est arrivé. » —V. Ca- 
pitulard. 

BADOUILLARD : « Pour être 
badouillard, il fallait passer trois 
ou quatre nuits au bal, déjeuner 
toute la journée et courir en cos- 
tume de masque dans tous les 
cafés du quartier Latin jusqu'à 

minuit. » (Privât d'Anglemont.) 

—Le badouillard fut de mode de 

1840 à i85o. 
BADOUILLE : Mari qui se 



laisse mener par sa femme. (J. 
Choux.) 

BADOUILLER ; Faire le ba- 
douillard. 

BADOUILLE RIE : Art de ba- 
douiller. — « La badouillerie est 
la mort des sociétés de tempé- 
rance. » (44, Catéchisme vois- 
sard.) 

BAFRE (mettre une) : Donner 
un soufflet. (Rabasse.) . 

BAGATELLES DE LA POR- 
TE : Parade destinée à faire en- 
trer le public dans une baraque 
de saltimbanque. — Désigne 
aussi : toute chose accessoire 
donnée comme insignifiante à 
côté de celle qui doit suivre. — 
« S'amuser aux bagatelles de la 
porte; c'est regarder les parades 
d'un polichinelle. » (Caillot, 29.) 
V. Postiche. 

BAGOU, BAGOULT : Verve, 
faconde, volubilité extrême. — Du 
vieux mot bagouler, parler. L'an- 
cien catalan a bagol : babil, ba 
vardage. En Provençal, on dit 
bagoul. 

Nos différents auteurs ne s'ac-^ 
cordent guère sur la signification 
précise de ce mot. i» Nodier 
trouve dans le bagou une « lan- 
gue factice dont le secret con- 
siste à former des phrases com- 
posées de mots étonnés d'être 
ensemble et qui ne présentent 
aucune espèce de sens. » — 2° Il 
est défini ainsi par Balzac : « Ce 
mot (bagou), qui désignait au- 
trefois l'esprit de repartie stéréo- 
typée, a été détrôné par le mot 
blague. » — 3° M. Francisque 
Michel se contente de dire : 
a Bagou: bavardage, jactance.» 
— 40 Auguste Luchet paraît être 



MH 



- 24 - 



BAI 



de l'avis de Nodier dans cet exem- 
ple : a Tout un argot enfin, tout 
un bagou barbare et vieux même 
à Bobino. » (Luchet.) 

BAGOU : Nom propre. (Vi- 
docq.) 

BAGUE : Nom propre. Vi- 
docq.) — Abréviation de bagou. 

BAHUT : Petit logement. — 
a Et moi je ne lui paye peut-être 
pas son bahut, à Milie.^ Quoi 
qu'elle a à se plaindre? » (Mon- 
selet.) 

BAHUT : Pension, institution 
académique. — « Je te croyais au 
bahut Rabourdon. Jamais j'au- 
rais pensé qu' t'étais devenu po- 
tache. Et Furet, as-tu de ses nou- 
velles? en v'ià un bahuteur. Il a 
fait la moitié des bahuts au Ma- 
rais et une douzaine au moins 
dans la banlieue. » (Les Institu- 
tions de Paris, 58.) V. Potasser. 

BAHUT PATERNEL : Quel- 
ques fils de famille disent, par 
extension : le bahut paternel, en 
parlant du logis de leurs auteurs. 

BAHUT SPÉCIAL : École spé- 
ciale militaire de Saint-Gyr. — 
a L'École de Saint-Gyr ! j'ai le bon- 
heur d'être admis à ce bahut 
spécial. » (La Cassagne.) 

BAHUTÉ : Geci est bahuté : 
Ceci a le chic troupier (digne du 
bahut spécial). 

BAHUTER : Faire tapage. 
Terme propre aux élèves de 
Saint-Gyr. 

BAHUTEUR : Tapageur. — 
Vient du vieux mot bahutier. — 
« Quand un homme fait plus de 
bruit que de besogne, on dit 
qu'il fait comme les bahutiers. 
Car, en effet, les bahutiers, après 



avoir cogné un clou, donnent 
plusieurs coups de marteau inu- 
tiles avant d'en cogner un autre.» 
(P. Le Roux, 1718.) — « Cette 
écorce rude et sauvage qui allait 
au bahuteur de Saint-C yr. » (La 
Barre.) 

BAHUTEUR: Écolier nomade, 
coureur de pensions ou bahuts, 
V. ce mot. 

BAIGNEUSE : Chapeau de 
femme. — Du nom d'une coif- 
fure à la mode vers la fin du siè- 
cle dernier. 

BAIN DE PIED : Excédant de 
liquide versé pour faire bonne 
mesure; il déborde et fût pren- 
dre à la tasse ou au %erre un 
bain de pied dans la soucoupe. 
De là le mot. 

^ BAIN DE PIED (prendre un) : 
Être déporté à Cayenne. 

BAISSIER : Homme spéculant 
à la Bourse sur la biiisse des 
fonds publics. — a Les i-iaissiers 
ont fait répandre le b uit que 
M. Thiers est très-sou iTrant. » 
{Liberté, 7 juin 72.) — « Voici 
comment opèrent les baissiers. 
Sans avoir d'actions, ils en ven- 
dent desquantités plus ou moins 
considérables, suivant le crédit 
dont ils peuvent disposer. Or, 
plus une marchandise esi offerte, 
plus son cours baisse. Quand 
les actions sont descendues à un 
cours inférieur à celui auquel ils 
les ont vendues, ils les n chètent 
et gagnent ainsi la différence. » 
(Calemard de Lafayette.) 

B AITE : Maison. — « Jorne et 
sorgue, tu poisseras boucart baïte 
chenument. » (Vidocq.) 

BALADE : Flânerie, prome- 



BAL - 2S - 

nade. — On dit : être en balade, 
faire une balade. 

BALADER : Chercher, choi- 
sir. (Colombey.) 

BALADER (se), ÊTRE EN 
BALADE : Flâner. — Du vieux 
mot baler : se divertir— «Je suis 
venu me balader sur le trottoir 
où j'attends Mille. » (Monselet.) 

BALADER : Choisir, cher- 
cher. (Vidocq.) — Même racine. 
Le choix comporte toujours un 
déplacement. 

BALADEUR, BALADEUSE : 
Fainéant, coureuse. — ce Elle t'a 
trahi sans te trahir. C'est une 
baladeuse, et voilà tout. » (G. de 
Nerval.) 

BALADEUSE : Voiture de bim- 
belotier forain. Elle court sans 
cesse la campagne. 

BALAI : Gendarme. (Vidocq.) 
— On appelle de même raclette 
une ronde de police; elle racle 
comme la gendarmerie balaie. 

BALAI (donner du) : Mettre 
quelqu'un à la porte. Le Diction- 
naire de P. Leroux (1718) a dans 
le même sens : donner du manche 
à balai. 

BALANCEMENT : Renvoi. — 
« Le conducteur de diligence ap- 
pelle son renvoi de l'administra- 
tion un balancement. » (J. Hil- 
pert, 1841.) 

BALANCER : Berner quel- 
qu'un, lui faire perdre son temps. 
Mot à mot : lui conter des ba- 
lançoires. V. ce mot. 

BALANCER : Jeter au loin. — 
On sait que l'action de balancer 
imprime plus de force à une pro- 
jection. V. Litrer, Escrache. 



BAL 



BALANCER , ENVOYER A 
LA BALANÇOIRE : Congédier, 
renvoyer. — « J'ai conservé pro- 
visoirement les anciens employés; 
quand ils auront formé les pa- 
triotes, nous les balancerons. » 
(Delahodde, i85o.) — « Elle m'a 
traité de mufle. Alors il faut la 
balancer. » (Monselet.) — « Là- 
dessus v'ià mon Chinois qui se 
fâche... Je l'envoie à la balan- 
çoire. » (Idem.) 

On dit aussi exbalancer. — 
« Je vais les payer et les exbalan- 
cer à la porte. » (Vidal, i833.) 

BALANCER SON CHIFFON 
ROUGE : Parler. Mot à mot : 
remuer la langue. 

BALANCER SA CANNE : Vo- 
ler, se mettre à voler. Mot à mot : 
rompre son ban. V. Canne. 

BALANCER SES CHASSES : 
Regarder à droite et à gauche, 
V. Chasses. 

BALANCER SA LARGUE : 
Quitter sa maîtresse. 

BALANCER SES HALÊNES : 
Cesser de voler, jeter ses outils 
de voleur. V. Halène. 

BALANCER UNE LAZAGNE : 
Adresser une lettre. V. Lasagne. 

BALANCIER (faire le) : At- 
tendre quelqu'un. (Rabasse.) 

BALANÇOIR, BALANÇON : 
Barreau de fenêtre. (Vidocq.) 

BALANÇOIRE (envoyer à la). 
V. Balancer, 

BALANÇOIRE : Mystification. 
— a Le rappel des acteurs est de- 
venu une mauvaise plaisanterie 
et dégénère en véritable balan- 
çoire. » (De Jallais, 1864.) 

BALANÇOIRE î Mensonge, 



BAL 



— 26 — 



BAL 



conte en l'air. — « Non, mon- 
sieur ! je n'avais pas fait un ac- 
croc. — C'est une balançoire. » 
(P. de Kock.) V. Balancer. 

BALAYER : Se dit des femmes 
qui marchent sans relever une 
jupe longue, formant queue et 
balayant le terrain. 

BALAYEUSE : Femme mar- 
chant comme ci-dessus. — « Te 
verra-ton au concert des Champs- 
Elysées .'' Il y a en ce moment une 
collection de balayeuses. » (E. 
Villars.) 

BALAYEUSE : Longue redin- 
gote balayant la terre. — « Une re- 
dingote noisette, dite balayeuse, 
dont la jupe drapée en tuyaux 
d'orgue, ondoyait à chaque mou- 
vement. » (Villemessant.) 

BALLE : Tête. — Comme 
boule et coloquinte, balle fait 
allusion à la rondeur de la tête. 
— « Tu fais bien ta tête. Est-ce 
que ma balle ne te va pas? dit-il 
à la maîtresse du chevalier. » 
(Macaire, i833.) 

Bonne balle : Tête ridicule. 

Rude balle : Tête énergique, 
caractérisée. 

Balle d'amour : Jolie figure. 
(Vidocq.; 

BALLE : Franc. — Allusion à 
la forme ronde d'une pièce de 
monnaie. — « Je les ai payées 
200 francs. — Deux cents balles, 
fichtre ! » (De Concourt.) 

BALLE (être rond comme) : 
Avoir bu et mangé avec excès. 
V. Rond. 

BALLE DE COTON : Coups 
de poing. — Allusion aux gants 
rembourrés des boxeurs. — « Il 
lui allonge sa balle de coton, 



donc qu'il lui relève le ne^ et lui 
crève un œil. » {La Correction- 
nelle, £841.) 

BALLON : Derrière. — i:nlever 
le ballon : donner un coup de 
pied au derrière. ~ « Inutile de 
faire remarquer l'analogie qu'il 
y a ici entre la partie du corps 
ainsi désignée et une peau gon- 
flée de vent qu'on relève du 
pied. » — (Fr. Michel.) 

BALLON : a Ce mot est du 

domaine de la chorégraphie. Le 
ballon consiste à s'enle er de 
terre avec une grande vigueur de 
jarrets, et à retomber mollement 
et avec grâce sur les poii.tes, si 
c'est possible; madame Mon- 
tessu est un des premiers ' ^allons 
connus. » (J. Duflot, 186:.) 

Bien que l'image préseitée ici 
paraisse être celle d'un ballon 
s'élevant du sol, c'est dans la lé- 
gèreté traditionnelle de M. et 
M"« Ballon, célèbres danseurs de 
ballet sous Louis XIV, qu'il faut 
chercher l'origine du m )t. Un 
Dictionnaire de la danse du siècle 
dernier le constate bien avant 
l'invention des aérostats. 

BALLON (se donner, se pous- 
ser du) : Porter une cri loline 
d'envergure exagérée, faire bal- 
lonner sa jupe. ■» 

BALLON (se lâcher du) : S'en- 
fuir avec la vitesse d'un aérostat. 
— « Tu te la casses, il se ] mousse 
de l'air ou il se lâche du l allon, 
nous fendons notre éque Te ou 
nous affûtons nos pincettes, vous 
vous déguisez en cerf ou vous 
graissez le tourniquet, ils pin- 
cent leur télégraphe ou ils accro- 
chent leur tender. » (Villa] s.) 

BALOGHARD, BALOGHEUR: 



BAL — 27 — BAN 

docq.) Mot à mot 



« Le balochard représente sur- 
tout la gaieté du peuple; c'est 
l'ouvrier spirituel, insouciant, 
tapageur, qui trône à la bar- 
rière. » (T. Delord.) W.Balocher. 

Pardon ! pardon I Louise la Balocheuse, 
De t'oublier, toi, tes trente printemps, 
Ton nez hardi, ta bouche aventureuse, 
Et tes amants plus nombreux que tes 
dents. (Nadaud.) 

BALOCHARD : Personnage 
de carnaval, — C'était une va- 
riété du chicardy avec un feutre 
défoncé pour casque. A la mode 
comme lui de 1840 à i85o. 

BALOCHER : « C'est quelque 
chose de plus que flâner. C'est 
l'activité de la paresse, l'insou- 
ciance avec un petit verre dans 
la tête. » (T. Delord.) — Augmen- 
tatif du vieux mot^^Zer ; se di- 
vertir. 

BALOCHER : S'occuper d'af- 
faires véreuses. (Vidocq.) 

BALOCHEUR, BALO- 
CHEUSE. V, Balochard. 

BALOUF : Très-fort. — « La 
satonnade roule à balouf. » (Ra- 
basse.) 

BALTHAZAR : Repas plantu- 
reux. — Allusion au fameux 
repas biblique. — « Je vais me 
donner une bosse et faire un 
baltha:(ar intime. » (Murger). 

« Maria. Ah! voilà le bal- 
tha^ar qui arrive. 

— Eole. Comment appelez- 
vous ça? 

— Maria. Un balthazar... et 
vous? 

— Eole. Moi, j'appelle ça un 
déjeuner , tout bonnement. » 
(Barrière.) 

BALUCHON : Paquet. (Vi- 



petit ballot. 

V. Paqueçin. 

BANBAN : Personne de petite 
taille, aux membres noués. — 
Abréviation redoublée de ban- 
croche : rachitique. — « J'entrai 
chez Dinah, jolie petite brune 
un peu banban. » (Céleste Mo- 
gador.) 

BANCAL : Sabre courbe. — 
Allusion aux jambes arquées du 
bancal. — « Voilà M. Oranger 
qui apporte le bancal. » (Ga- 
varni.) 

BANCO, BANCOT, BANQUO 

(faire) ; Tenir tout l'argent pïacé 
par le banquier devant lui. — 
Terme de lansquenet. — « Cer- 
tains joueurs arrivent avec dix 
louis; ils font des banco de cent, 
deux cents, trois cents louis. » 
(A. Karr.) — « Il se trouvait sans 
argent, et dit à M. de Maucroix 
qu'il faisait bancot sur parole. » 
(Dumas fils, le Demi-Monde.) 

Un coup trop incertain fait soupirer le 

ponte, 
Mais un hardi banque tout à coup le 

remonte. (Alyge, 1854.) 

BANDE (coller sous) : Acculer 
dans une situation difficile. — 
Terme de billard. — « Oui, nous 
voilà collés sous bande. Ah ! 
nous nous sommes bien blou- 
sés. » (L. de Neuville.) 

BANDE NOIRE : Association 
occulte de spéculateurs réunis 
dans le but de morceler et vendre 
en détail de grandes propriétés. 
— a Alors la bande noire ache- 
tait vos palais pour les revendre 
au détail. » (Rienp, 1825.) 

BANNIÈRE (être en) : N'avoir 
qu'une chemise flottante pour vê- 



BAQ 



- 28 — 



BAR 



tement. — Le mot date du temps 
où notre bannière était blanche. 

BANQUE : Réunion de sal- 
timbanques 

BANQ.UE : Opération dont la 
valeur réelle est déguisée dans le 
but d'exploiter le public. — De 
banc : tréteau de charlatan. — 
« Ah ! c'est une bonne banque. » 
(Labiche.) 

BANQUE : Payement des ou- 
vriers imprimeurs. V. Salé. 

BANQUE (être de la) : Etre 
d'accord pour escroquer. (Ra- 
basse.) 

BANQUE (faire la) : Allécher 
le client. Terme employé par les 
camelots vendant sur la voie pu- 
blique. 

BANQUE (faire une) : Ima- 
giner une ruse pour duper. (Go- 
lombey.) 

BANQUETTE : Menton. 
(Vidocq.) — La saillie du menton 
forme en effet banquette au bas 
du visage. 

BANQUISTE : Faiseur de ban- 
ques, saltimbanque. — « Adieu, 
z'agréables banquistes, je n' peux 
plus frayer avec vous. »(Festeau.) 

BANQUO. V. Banco. 

BAPTÊME (se mettre sur les 
fonts du) : Se mettre dans l'em- 
barras. — « Nous ne voulons 
enquiller chez aucun tapissier, 
c'est se mettre sur les fonts du 
baptême. » (Vidocq.) — En argot, 
parrain veut dire témoin à 
charge. On s'expose donc au par- 
rain en se mettant sur les fonts 
du baptême. V. Parrain. 

BAQUET DE SCIENCE : Ba- 
quet de cordonnier. — « Elle a 
été débarbouillée dans le baquet 



de science, où trempen: le cuir 
et la poix. » (H. Lierre.) 

BAQUET INSOLENT : Blan- 
chisseuse. (Halbert.) Allusion au 
baquet professionnel. Les blan- 
chisseuses passent pour avoir le 
verbe haut. Colombey donne 
baquet insolpé, (c'est insolent avec 
changement de finale). 

BARANT : Ruisseau. (Colom- 
bey.) Il barre. 

BARAQUE : Mauvaise maison, 
établissement mal administré. — 
« J' suis dans une mauvaise ba- 
raque, chez des avaricicux qui 
me coupent le pain pour mon 
dîner.» (Marco - Saint - liilaire, 
1841.) — ce II y a longtemps que 
vous êtes au service de Madame ? 
— Un mois. — Est-ce une bonne 
maison? — C'est z'une vraie ba- 
raque. » (M. Perrin, 1847.) 

BARBAUDIER : Guichetier. 
(Vidocq.)— Pour barboticr. V. ce 
mot. 

BARBE (avoir de la barbe) 
Vieillir. V. Pipe (casser sa). — 
On dit d'une histoire dcjà con- 
nue : elle a de la barbe. 

BARBE (prendre la), AVOIR 
SON EXTRAIT DE BARBE : 
S'enivrer. — oc La Sai.it-Jean 
d'hiver, la vSaint-Jean d'été, la 
Saint-Jean-Porte-Latine, le mo- 
ment qui commence les veillées, 
celui qui les voit finir, sont au- 
tant d'époques où (pour les com- 
positeurs d'imprimerie) il est in- 
dispensable de prendre la barbe. » 
(Ladimir.) — « L'un d'entre eux, 
qui avait déjà son extrait de 
barbe, chancelle. » (Moisand, 
1841.) 

BARBEROT : Barbie-. (Vi- 
docq.) — Dimin. de barbier^ 



BAR — 29 — 

BARBET (le) : Le diable. — 
« Mon cher camerluche, me voilà 
enfin décarré, par la grâce du 
mek ou du barbet. » (Rabasse.) 

BARBICHE : Large bouquet 
de poils couvrant et dépassant le 
menton. — « En ce temps-là, 
Boudefer, lieutenant aux dra- 
gons, et possesseur d'une taille 
de guêpe et d'une barbiche 
soyeuse. » (Marx.) 

BARBICHON : Moine. (Colom- 
bey.) Allusion à sa barbe. 

BARBILLON, BARBILLE, 
BARBEAU : Souteneur de filles. 
V. Mac, 

BARBISTE : Elève ou ancien 
élève de l'institut de Sainte-Barbe. 

— tt Jurez, Lexoviens, Barbistes, 
Moinillons et Ludovicistes, vous 
viendrez célébrer en frères les 
haricots de Montaigu. » (Léger, 
1819.) 

BARBOT : Canard. (Vidocq.) 

— Il barbote volontiers. 

BARBOT : Vol. — Allusion à 
l'action des doigts, fouillant dans 
une poche, comme le bec du 
canard barbote dans un trou. — 
a Je fis le barbot et je m'em- 
parai de quelques pièces de vingt 
et quarante francs. » (Canler.) 

BARBOTE : Fouille des pri- 
sonniers avant leur incarcéra- 
tion. 

BARBOTER : Voler. (Vidocq.) 
Mot à mot : faire le barbot. — 
« Tous deux en brav's nous bar- 
botions, d'or et d'billet nous 
trouvons un million, w (Paillet.) 

BARBOTER : Fouiller. (Ra- 
basse.) 

BARBOTEUR : Voleur. 



BAS 



BARBOTIER : Guichetier ; il 
fait la barbote des détenus. 

BARBUE : Plume. (Vidocq ) 
Allusion à sa barbe. V. Argue- 
mine. 

BARON DE LA CRASSE : Se 

dit d'un homme mal bâti, habillé 
ridiculement, et qui se donne 
des manières de cour. (Caillot, 
1829.) 

Poisson a fait une pièce inti- 
tulée le Baron de la Crasse. 

BARONIFIER : Donner le titre 
de baron. On peut appliquer à 
la formation de ce mot nouveau 
la remarque que nous avons faite 
à propos d'archi. « D'Aldrigger 
fut alors baronifié par S. M. l'em- 
pereur. » (Balzac.) 

BARRE : Aiguille. (Vidocq.) 

— Ironie. 

BARRE : Comparaison des mâ- 
choires aux barres de cheval. — 
(( Ne compte que sur le liquide 
pouri'te rafraîchir les barres, cava- 
lièrement parlant. » (A. Lecomte, 
61.) 

BARRER : Rompre, cesser 
une affaire. (Rabasse.) 

BARTHOLO : Surveillant, 
vieux et jaloux. — Surnom dû au 
succès du Barbier de Séville, 
pièce où le tuteur incommode se 
nomme Bartholo. — « Nos mon- 
daines Parisiennes... pourront 
défier ensuite les Bartholo les 
plus adroits. » (Figaro, 75.) 

BAS BLEU : Femme auteur, 
ou affichant des goûts littéraires. 

— Anglicanisme. — Au siècle 
dernier, lady Montague, dont le 
salon était des plus littéraires, 
aurait déclaré que les touristes 
pouvaient s'y présenter en tenue 



BAS 



3o 



BAS 



de voyage et en bas bleus. Selon 
d'autres, elle portait elle-même 
des bas bleus, ce qui lui aurait 
valu, de la part d'un amant con- 
gédié, le poëte Pope, le sobriquet 
de bîue stocking, bas bleu. — 
« Voyez-la donc dans la rue, 
trottinant les coudes serrés con- 
tre la taille, la tête haute, le re- 
gard baissé, un manuscrit sortant 
de son cabas; voyez dans cette 
vieille chaussure ce bas qui se 
déroule; est-ce un bas bleu ? C'est 
un bas sale ! Tope là ! vous avez 
l'origine du mot. C'est la grande 
habitude des femmes de lettres 
de ne jamais s'occuper de ces 
minces détails de la vie de chaque 
jour. » (Jules Janin.) — « Mo- 
lière les appelait les femmes sa- 
vantes, nous les avons nommées 
bas bleus. » (Fr. Soulié.) 

Bas bleu a même droit de cité 
dans des sphères plus hautes, si 
nous en croyons ces lignes : « La 
comtesse de Liéven, bas bleu po- 
litique de la plus haute distinc- 
tion. » (H. de Viel-Castel.) 

BAS DE BUFFET (vieux) : 
Vieille femme à prétentions. 
(Delvau.) 

BAS DU CUL : Homme de pe- 
tite taille. 

BAS DU DOS : Postérieur, 

BAS PERCÉ (être) : Etre dans 
l'indigence. — Du temps des cu- 
lottes courtes, un bas percé se 
voyait, et il fallait être bien mi- 
sérable pour ne pouvoir payer 
la ravaudeuse. 

BASANE : Amadou. (Colom- 
bey.) — L'amadou ressemble 
assez à une vieille peau de ba- 
sane. 



BASANE : Peau humaine. — 
Animalisme. 

BASE : Derrière. — Ne se dit 
que d'un homme assis, car s'il 
était debout, l'allusion ne serait 
plus justifiée. — ce Les brusques 
mouvements de l'aniraal qui 
souvent écorchent votre base. » 
(A. Lecomte, 1861.) 

BASE (se porter sur la) : 
S'aligner. — Abréviation de : se 
porter surla base del'alit nement. 

— «Prenez un pinceau e portez- 
vous sur la base, » dit un briga- 
dier de semaine aux hommes 
désignés pour la corvé<; du ba- 
layage. (Idem.) 

BASILE : Fourbe hypocrite, 
calomniateur. — Du n )m d'un 
personnage du Barbier d: Séville. 

— a Après i83o, on se c éguisait 
beaucoup en Basile. » (Privât 
d'Anglemont.) — « Son premier 
soin sera d'envoyer pronener les 
Basiles. » (L. Bienvenu.) 

BASOURDIR : Asson mer. — 
(Vidocq.) — Abrév. d'ab.sourdir. 

BASSIN, BASSINOIRE : Im- 
portun. 

Allons, vieux bassin, 
Avez vous fini vos manières ? 

(Becquet, chansons.) 

BASSINER : Importuner. Mot 
à mot : échauffer comme une 
bassinoire. — « Il me bassine, 
cet avoué. » (Labiche.) 

BASSINOIRE : Grosse montre 
de cuivre. Moins le marche, elle 
offre un diminutif ass3z exact 
de la bassinoire class que. — 
« C'était une vénérable montre 
de famille, dite bassinoire. »" 
(Champfleury.) V. Bassin, 



BAT 



- 3r — 



BAT 



BASTRINGUE : Scie à scier le 
ter. (Halbert.) 

BASTRINGUE : Etui conique 
en fer d'environ quatre pouces de 
long sur douze lignes de dia- 
mètre, contenant un passe-port, 
de l'argent, des ressorts de mon- 
tre dentelés pour scier un barreau 
de fer. (Vidocq.) — Les malfai- 
teurs arrêtés cachent dans leur 
anus cette sorte de nécessaire 
d'armes, qui doit être introduit 
par le gros bout. Faute de cette 
précaution, il remonte dans les 
intestins et finit par causer la 
mort. Un détenu périt il y a quel- 
ques années de cette manière, et 
les journaux ont retenti du nom- 
bre prodigieux d'objets décou- 
verts dans son bastringue, après 
l'autopsie. 

BATAILLE (chapeau en) : 
Chapeau à cornes tombant sur 
chaque oreille. Mis dans le sens 
contraire, il est en colonne. — 
Terme de manœuvres militaires. 
— ce Les uns portent d'immenses 
chapeaux en bataille, les autres 
de petits chapeaux en colonne. » 
(La BédoUière.) 

BATEAU : Souliers. — Allu- 
sion de forme. — a Je lui dis : 

ntoine, t'as pris mes bateaux ; 
je me jette sur lui et je trouve mes 
souliers. » {La Correctionnelle, 
1841.) Se dit aussi d'un soulier 
énorme. -~ <c 11 chausse aussi 
cette excellente marquise.., une 
frégate. Eh bien ! il y a des jours 
où, ma parole, ce n'est guère plus 
grand qu'un bateau. » (E. Villars.) 

BATEAU (mener en) : Escro- 
quer. 

BATH (du) : De Vor, de l'ar- 
gent. (Rabasse.) 



BATH : Bon et beau. — / bré- 
viation de batif : joli. — « Nous 
avons fait un lansquenet n peu 
bath cette nuit. » (A. Vitu.) 

BATIF, BATIFONNE : Neuf, 
neuve, joli, jolie. (Vidocq.) — 
De battant avec finale changée. 

BATIR : Etre enceinte. (J. 
Choux.) — Mot à mot : bâtir un 
enfant. 

BATON CREUX : Fusil. (Hal- 
bert.) —Vieux mot. — Au moyen 
âge les armes et bouches à feu 
s'appelaient bastons à feu. 

BATON MERDEUX : Homme 
de relations difficiles. — Mot à 
mot : homme semblable à un 
bâton merdeux qu'on ne sait par 
quel bout prendre. — « Bâton 
merdeux, homme brusque qui 
repousse tous ceux qui s'adres- 
sent à lui. » (Dhautel.) 

BATOUSE : Toile. (Grandval.) 
— (c La batouse à limace est plus 
chenue aussi. » (Rabasse.) 

BATTAGE : Mensonge. V. 
Batterie. 

BATTANT : Cœur. (Vidocq.) 
Mot imagé. — Le battant est le 
cœur à son état ordinaire. Il ne 
mérite pas encore le nom do pal- 
pitant. 

BATTANT, BATTANTE : 

Neuf, neuve. (Idem.) On a con- 
servé l'expression de battant neuf. 

BATTANT : Gosier. V Pivois. 
— Se pousser dans le battant : 
boire. — Rien dans le battant : 
je suis à jeun. 

BATTANT : Langue. — Allu- 
sion au battant de la cloche. — 



BAT 



BAU 



On dit d'une bavarde qu'elle a un 
bon battant. 

BATTANTE : Cloche. Elle 
bat les heures. — « Ho ! les amis, 
sept plombes qui crûssent à la 
battante d'Elisabeth ! » (Caté- 
chisme poissard, 1844.) 

BATTERIE, BATTAGE : 

Mensonge. (Vidocq.) 

BATTEUR : Menteur. (Idem.) 

BATTEUR DE DIG DIG : 
Voleur simulant une attaque d'é- 
pilepsie dans un magasin pour 
que ses compères volent plus à 
l'aise. (Colombey.) 

BATTOIR : Main large, main 
de claqueur, sonore comme un 
battoir de blanchisseuse. — 
« Dieu ! la belle tragédienne ! 
En avant les battoirs ! » (L. Rey- 
baud.) 

Mais les battoirs du parterre 
Font un tel bruit de tonnerre. 
[Rien!{i, 1826.) 

BATTRE : Tromper. (Vidocq.) 

BATTRE L'ANTIFLE : Battre 
le pavé, marcher. V. Antiffe. 

BATTRE L'ENTIF : Espion- 
ner. (Rabasse.) — Forme mo- 
derne du mot précédent. 

BATTRE LE BRIQUET : 
Rapprocher les jambes en mar- 
chant, ce qui produit un frotte- 
ment analogue au battement du 
briquet. 

BATTRE COMTOIS : Jouer le 
rôle de compère. (Colombey.) 

BATTRE COMTOIS, BAT- 
TRE JOB : Faire le niais. (Vi- 
docq.) V. Comtois f Job, 



BATTRE EN DUEL (se) : On 

dit des yeux louches qu'ils se 
battent en duel. — Allusion à 
leur rencontre. — On dit aussi 
de petites portions offertes sur 
un grand plat, qu'elles se battent 
en duel. — Allusion à lespace 
sur lequel elles se meuvent par 
trop librement. 

BATTRE LA PAUPIÈRE 

(s'en) ? Ne faire aucun cas d'une 
chose. — C'est un synon} me de 
s'en battre l'œil. — « Moustache 
ou barbe, je m'en bats h pau- 
pière... Il faut qu'un homme 
pèse deux cents; s'il ne pèse pas 
deux cents, c'est pas la peine de 
se déranger. » (A. Scholl.) 

BATTRE MORASSE : Crier 
au secours. V. Morasse. 

BATTRE SA FLEMME : Pa- 
resser. V. Flemme. 

BATTRE SON QUART : Rac- 
crocher. V. Qiiart. 

BAUCHER : Se moquer. (Co- 
lombey.) 

BAUCOTER : Agacer. (Idem.) 

BAUDE : Mal vénérien. (Vi- 
docq.) — Du vieux mot baude : 
débauché. — La baude >erait 
donc la débauchée, c'est-à-dire le 
mal de la débauche. 

BAUDRU : Fouet. — Du vieux 
mot baudre : qui a fait courroiey 
baudrier. 

BAUGE : Coffre. (Grand val.) 

BAUGE ; Ventre. (Colombey.) 

— Animalisme. 

BAUME D'ACIER : Instrument 
de chirurgie. — Moyen ironique 
de faire entendre que tous les 
baumes du monde ne peuvent 



BAZ 



- 33 



BEA 



dispenser d'une opération. — 
(( Quant aux dents, si gâtées 
qu'elles soient, il n'est pas de 
dentifrice qui ne leur promette 
de les mettre à Tabri du baume 
d'acier. » (Le Nil, journal, août 
1872.) 

HAUSSE, BAUSSERESSE : 
Patron, patronne. 

BAVARDE : Langue. (Ra- 
basse.) 

BAVAROISE AUX CHOUX : 
Verre d'absinthe et d'orgeat. — 
« On nous apporte deux bava- 
roises aux choux. Nous en étouf- 
fons encore deux autres. » (Mon- 
selet.) 

BAVER : Parler. Abréviation 
de bavarder. 

BAYAFE : Pistolet. — C'est 
un vieux mot languedocien qui 
veut dire souffleur. Or, soufflant 
veut dire aussi pistolet. V. Souf- 
flant. — « On peut remoucher les 
bayafes. Alors le taffetas les fera 
dévider et tortiller la planque où 
est le carie. » (Vidocq.) On dit 
aussi bayafre. 

BAYAFER : Fusiller. (Colom- 
bcy.) 

BAYONNETTE INTELLI- 
GENTE : Garde national et par 
extension militaire s'occupant de 
politique. — Le mot date de 
1848, et a été dans l'origine une 
flatterie maladroite qu'on a ri- 
diculisée. — « Notre horreur des 
bayonnettes intelligentes est telle 
que nous voudrions... » (Saint- 
Genest, yS.) 

BAZAR : Maison chétive. — 
« Petit bazar entre cour et jar- 
din. » (Labiche.) 



BAZAR se dit aussi par ironie 
d'un établissement quelconque. 

— « Si tu ne veux pas ouvrir ta 
boîte, dis-le! Allons chercher un 
autre bazar. » (Cavaillé.) 

BAZAR : Mobilier.— Mot con- 
temporain de notre entrée en 
Afrique. — «J'ai vendu la moitié 
de mon bazar pour payer le mé- 
decin. » (E. Sue.) 

BAZARDER : Vendre. —«L'au- 
tre semaine je vous ai encore ba- 
zardé trois pendules, même que 
vous avez été trop rat et que j'ai 
été refait dans le dur, » (Du Bois- 
gobey). 

BEAU : Homme à la mode. — 
«Le 6e<^w de l'Kmpire est toujours 
un homme long et mince, qui 
porte un corset et qui a la croix 
de la Légion d'honneur. » (Bal- 
zac.) 

BEAU (vieux), ex-beau : Vieil 
homme ayant conservé des pré- 
tentions à une grande élégance. 

— « Un vieux chef de division, 
ancien beau, sonne son huis- 
sier. » {Figaro, yS). 

BEAU DU JOUR : Élégant, 
homme à la mode. — Le beau du 
jour reçoit d'autres noms qui 
varient avec le temps. Depuis 
Louis XVI on l'a successivement 
appelé petit -maître, incroyable, 
merveilleux, fashionable, dandy 
mirliflor, gant jaune, lion, gan- 
din, petit crevé, gommeux, etc. 

BEAU FILS. — Jeune beau. 

BEAUCE, BEAUCERESSE : 
Revendeur, revendeuse du mar- 
ché du Temple. 

BEAUSSE : Riche bourgeois. 
(Golombey.) 



BEB 

BEAUTÉ (la) : Le sexe fémi- 
nin, fût-il aussi laidement repré- 
senté que possible. 

BEAUTÉ DU DIABLE ; Se dit 
de la fraîcheur de la jeunesse et 
non de la beauté. Vénus n'y est ici 
pour rien. « Elles ont ce qu'il est 
convenu de nommer la beauté du 
diable, ce qui veut dire de la jeu- 
nesse. » (P. de Kock.) 

BÉBÉ : Poupard. — De l'an- 
glais baby. — Emma arriva au 
sortir du bal de la Porte-Saint- 
Martin, en costume de bébé. » 
{Ces Dames, 1860.) — M. Gus- 
tave Droz a fait un livre inti- 
tulé : Monsieur, Madame et 
Bébé. On adopta ce mot, vers 
1860, mais il est plus ancien. 

BÉBÉ : Avorton. — oc Ce bébé 
littéraire et turlupin tragique. » 
{Epître à l'Empereur, par une 
muse villageoise, 1808, in-8.) Al- 
lusion à Bébé, nain célèbre du 
roi de Lorraine Stanislas (xviii* 
siècle. 

BÉBÉ : Terme d'amitié. Mot à 
mot : petit-fils. — ce Eh bien, mon 
bébé, je t'avertis que je compte et 
compterai éternellement sur ton 
cœur. Bonjour, mon bon bébé, 
mon ancien et éternel ami. » So- 
phie ArnoulJ, Lettre à Bellan- 
ger, 27 février lyqS.) 

Voici un exemple plus mo- 
derne qui prouve que, si les 
mots changent, les besoins ne 
changent pas. — « Tu sais, mon 
petit homme, que je n'ai plus un 
sou, et que ton petit bébé ne 
doit pas rester sans espèces. » 
{Ces rOames, 1860.) 

Un mot dont on nous favorise, 
Mot aux nourrices dérobé, 



— 34 - BEC 

C'est (aurait-on la barbe grise) î 
Gomment §a va ! Bonjour, bébé. 
<> (Fr. de Gourcy.) 

BEC : Bouche. — Animalisme. 
— - Le mot est de toute antiquité. 
Villon, dans son Testament, parle 
des commères « qui ont le bec 
affilé. » Dans la ballade des Fem- 
mes de Paris, on retrouve en- 
core : « Il n'est bon bec que de 
Paris. » 

Casser, chelinguer du bec : 
avoir mauvaise haleine. 
^ Fin bec\: gourmand. 

Passer devant le bec : passer 
sans répondre à l'espoir de quel- 
qu'un. — « Il ne sera i^as mal 
de profiter du brouillard pour 
leur passer devant le bec. ) ( L. Des- 
noyers.) On dit souvent : Cela m'a 
passé devant le bec. 

Rincer le bec : faire boire. 

River le bec : faire taire. 

Taire son bec : se taire, —ce Pour 
lui faire taire son bec, mon hom- 
me s'est vu forcé de jouer iu cou- 
teau. » (M. Perrin.) 

Tortiller du bec : manger. 

BÉCASSE : Femme maigre et 
guindée comme une béci sse. — 
(( La femme a l'air d'une fameuse 
bécasse. » (Villemot.) 

BÊCHER : Battre, direiiu mal. 
— Du vieux mot béchier : frapper 
du bec. ^ a Je suis corime je 
suis, c'est pas une raison pour me 
bêcher. » (Monselet.) 

BÊCHER, BÊCHEUSE : Médi- 
sant, médisante. 

BÊCHEUR : Mendiant (Ra- 
basse). 

BÊCHEUR : Magistrat chargé 
du ministère public. Mot î\ mot : 
bêcheur de prévenu . — « Ma Igré le 



BEG - 35 - 

crachoir de mon parrain, le bê- 
cheur ayant demandé l'applica- 
tion de la peine, je fus condam- 
né. » (Journ. d'un pris. Maz.) 

BÉCOT : Petit baiser pris du 
bout des lèvres avec la prestesse 
de l'oiseau qui donne son coup 
de bec. — « Encore un bécot. » 
(Ghampfleury.) V. Chouette. 

BÉCOTER. : Donner un bé- 
cot. — « Tiens, j'effarouche les 
tourtereaux.. . On se bécotait ici. » 
(Cormon.) 

On écrit aussi : bécotter. 



BEN 



Petit bossu, 
Noir et torta, 
Qui me bécottes... 
De me baiser finiras-tu ? 
(Déranger.) 

BECQUETER : Manger. Mot à 
mot : travailler du bec. — « Dis 
donc, Boizamort, si nous becque- 
tions une croûte? » (1842, La- 
dimir.) 

BÉDON : Ventre (Rabasse.) 

BÉDOUIN : Dans un volume 
de souvenirs sur 1814, M. Labre- 
tonnière dit en parlant des bisets 
de la garde nationale : « Quel- 
ques gibernes se croisaient avec 
le briquet sur une pacifique re- 
dingote, et constituaient ce que 
nous devions, quinze ans plus 
tard, gratifier du nom de Bé- 
douins. » 

BEFFEUR, BEFFEUSE : Fai- 
seur, faiseuse de dupes. (Colom- 
bey.) 

BÈGUE : Avoine. (Idem.) 

BÉGUIN : Passion. — Du mot 
béguin : chaperon, coiffure. — 
Allusion semblable à celle qui 
fait appeler coiffée une personne 



éprise. — « Il y a un bel âge que 
je ne pense plus à mon premier 
béguin. » (Monselet.) 

BÉGUIN : Tête. — « Tu y as 
donc tapé sur le béguin. » {Ro- 
bert Macaire, i836.) 

BELETTE : Pièce de 5o cen- 
times. V. Pastille. 

BÉLIER : Mari trompé. (Vi- 
docq.) — Allusion aux cornes 
symboliques du cocuage. 

BELLE (Jouer la) : Toutrisquer 
d'un seul coup. — Deux joueurs 
jouent la belle {partie), lorsque 
après en avoir gagné chacun une, 
ils conviennent d'en jouer une 
décisive. — Pris souvent au figu- 
ré. 

BELLE (la perdre) : Perdre, 
gain presque assuré. 

BELLE A LA CHANDELLE : 
Laide.— Ironie. La chandelle est 
un triste éclairage. 

BELLE DE NUIT : Raccro- 
cheuse, ne se montrant, comme 
la fleur de ce nom, que pendant 
la nuit. — Se dit aussi d'un vi- 
sage flétri, qui ne brille qu'aux 
lumières. — « La plupart de ces 
belles de nuit ne seraient pas pré- 
sentables au grand jour. » (P. de 
Mairobert, 1776.) 

BÉNEF : Bénéfice. — Abrévia- 
tion. — « Un billet, mon maître, 
moins cher qu'au bureau ! Deux 
francs cinquante de bénef! » 
(A. Second.) 

BÉNISSEUR : Moraliste banal. 
Se dit aussi d'un personnage so- 
lennel sans nécessité. Il fait hors 
de propos des allocutions atten- 
dries. — « Cet ensemble donne 
au placide vieillard la physiono* 



BÈO 



36 - 



BER 



mie consacrée d'un bénisseur. Le 
langage onctueux complète l'illu- 
sion, r {L'Éclair, 1872.) 

BENOITON, BENOITONNE. 

— Digne (par l'extravagance de 
sa toilette, de ses mœurs, de ses 
allures) d'être confondu avec les 
types mis en scène par M. Sar- 
dou dans sa Famille Benoîton. 

— a L'Égliseetlethéâtresemblent 
se donner la main pour flétrir 
avec indignation les moeurs benoî- 
tonnes. » (Dupeuty, 1866.) — 
« Madame ***, très-connue par 
les audaces benoîtonnes de son 
langage. » Yriarte, 1866.) 

BENOITONNER : Porter une 
toilette ridicule, c'est-à-dire : à 
la Benoîton. 

Et, le soir, les gandins sur vos pas s'é- 

touffant, 
Croiront tous, à vous voir ainsi Benot- 

tonnée, 
Que dans la bicherie une autre biche 

est née. 
Et tous, ceux du MOUTARD et ceux 

du MIRLITON, 
Avec leur pince-nez et leurs cols de 

carton, 
Et leurs gilets ouverts sur la blancheur 

du linge, 
Crîront, en se pâmant ; « Quel adora- 
ble singe 1 » 

{Vie parisienne, 1866.) 

BENOITONNERIE : Genre Be- 
noîton. V. ce mot. 

BÉOTIEN : Bête, inintelligent. 
^- Dans l'ancienne Grèce, les Béo- 
tiens passaient pour illettrés. — 
« L'entretien suivant, éminem- 
ment béotien, s'il nous est per- 
mis d'emprunter cette expression 
au très-spirituel écrivain qui l'a 
popularisée, Louis Desnoyers, 
auteur des Béotiens de Paris. » 
E. Sue.) V. Philistin. 



BEQUILLARD, BEQUIL- 
LEUR. — Bourreau. (Golom- 
bey.) Il vous pendait à la béquille 

(potence). 

BÉQUILLE : Potence. (Vi- 
docq.) La potence ressemble à 
une béquille monumentale. 

BÉQUILLER : Pendre, accro- 
cher à la béquille. V. Farre. 

BÉQUILLER, BECQUETER. 
Manger. Mot à mot : travailler 
du bec. — « C'est égal, je lui ai 
envoyé un coup de tamj on sur le 
mufle qu'il ne pourra ni béquil- 
1er, ni licher de quinze jours. » 
(T. Gautier). — «On béquille, on 
s'amuse, on s' donne du bon 
temps, on oublie sa misère. ».f 
(H. Monnier.) 

BÉQUILLEUR : Mangeur. 

BERGÈRE : Dernière carte 
d'un jeu battu. (La ber^rère mar- 
che derrière son troupeau.) — 
ce Le Grec en regardant la ber- 
gère a vu qu'elle ne pouvait lui 
servir. » (Cavaillé.) 

BERIBONO : Nigaud. (Vid.) 

BERLUE: Couverture. (Idem.) 

BERNIQUER : S'en aller pour 
ne plus revenir. Mot à mot: agir 
comme si on disait bernique. Ce 
dernier mot se trouve dan s \q Dic- 
tionnaire de l'Académie. 

BERRY : Capote d'ctudes à 
l'École polytechnique. — « Tou- 
jours plus ou moins culottée, 
veuve d'un certain nombre de 
boutons.» (La Bédollière.) 

BERTRAND : Fripon dupé 
par son complice. — Lr drame 
populaire de VA ubergede <: Adrets 
a mis ce terme à la mode — « Il 
s'était posé à mon endroit en Ro- 



BET 



BEU 



bert Macaire, me laissant le rôle 
désobligeant de Gogo ou de Ber- 
trand. » (E. Sue.) 

BESOUILLE : Ceinture. (Co- 
lombey.) 

BÊTE : Escroc. V. Bachot- 
teiir. 

BÊTE A CORNES : Fourchet- 
te. — Les cornes sont les dents, 
qui étaient au nombre de deux 
dans les anciennes fourchettes. 

BÊTE A DEUX FINS : « Cet 
aimable époux prenait sa bête à 
deux fins {c'est ainsi qu'il nom- 
mait sa canne, parce qu'elle lui 
servait à faire taire et à faire crier 
sa femme.) » (Privât d'Angle- 
mont.) 

BÊTISES (dire des). — Tenir 
des propos grivois. — Passer des 
paroles à l'action, c'est faire des 
bêtises. C'est à ce dernier sens 
que s'applique l'exemple suivant : 
« Elle est belle, ma Joséphine... 
Mais pas de bêtises! a vous don- 
nerait du mal ! » {Dernier jour 
d'un condamné.) 

BETTANDER : xMendier. (Co- 
lombey.) — On dit aussi Bat- 
tander. 

BETTERAVE : Nez rouge 
comme betterave. — « Il a un «ef 
de betterave, c'est-à-dire un gros 
nez, rouge et enluminé. » (Cail- 
lot, 1829.) 

BETTING-BOOK : Livre sur 
lequel on inscrit les paris de 
courses. (Paz.) Anglicanisme. — 
ce Vous la trouverez inscrivant 
ses paris sur le betting-book 
comme au bal ses valses sur son 
carnet. » (E. Villars, 1866.) 

BETTING-ROOM : Salon ou- 



vert aux parieurs de courses. 
(Idem ) 

BETTING'MEN : Parieur. 
(Idem.) V. Cocotterie. 

BEUGLANT : Café chantant. 
— « Nous allâmes au beuglant, 
c'est-à-dire au café chantant.... 
Vous devez juger par le nom 
donné à cet établissement que les 
chants des artistes sont fort peu 
mélodieux. » {Les Etudiants, 
1860.) — « Des caboulots de toute 
sorte, des beuglants grands et 
petits. » {Vie parisienne, août 
1868.) 

BEUGNE : Coup violent. — 
Du vieux mot beigne. 

BEURRE : Argent. — « Pas 
plus de beurre que ça, dit la 
Zoé au major qui lui remet une 
trentaine de francs. » (Jaime fils.) 
V. Graisse. 

Nous v'ià dans le cabaret 
A boire du vin clairet, 
A c't'heure 

Que j'ons du beurre. 

[Chansons^ Avignon, 181 3.) 

BEURRE (au prix 011 est le) : 
Par le temps de cherté qui court. 

BEURRE (faire son). — Préle- 
ver un bénéfice illicite. — Le 
terme aurait-il été primitivement 
à l'adresse des cuisinières faisant 
danser Fanse du panier? En tout 
cas, ces gras synonymes s'appli- 
quent volontiers à l'argent mal 
acquis. On sait ce que veut dire : 
Se faire graisser la patte. L'ar- 
gent est aussi appelé huile. Deux 
voleurs mettant la main sur un 
riche porte-monnaie, diront : // 
y a gras, — « Un fonctionnaire, 
puni pour avoir fait son beurre 
en prévariquant, trouve souvent 
3 



- 38 - 
peu salé. 



BEU 

ce même beurre un 
Commerson.) 

BEURRE DANS SES ÉPf- 
NARDS (mettre du) : Augmen- 
ter son bien-être. Car les épi- 
nards sont la mort au beurre, 
chacun sait ça. — « Dans l'espoir 
que l'or étranger mettrait du 
beurre dans les épinards de la 
famille, Chamouillez père s'était 
payé un paletot de cent francs. » 
(E. d'Hervilly.) 

BEURRE : Chose agréable. — 
« On recevra un coup de canon 
comme on avale un petit verre 
Ce sera un beurre. » (Lockroy.) 
— « A propos d'une sonate de 
Mozart, ce jugement résumé avec 
tant de grâce : c'est un petit beur- 
re. » (Aubryet.) 

— Beurre en ce sens se prend 
ironiquement parfois : « Il ne fai- 
sait pas bon parfois n'être pas de 
son avis. Il vous engueulait que 
c'était un vrai beurre. » (Com- 
merson, 75.) 

BEURRE NOIR (œil au) : 
Abréviation de : œil poché au 
beurre noir, dont la paupière est 
noircie de sang extravasé à la 
suite d'un coup. — « L'ouvrier a 
un œil au beurre noir; le cocher 
cherche partout un morceau de 
son nez. » (Sauger.) 

Terme ancien, Rabelais l'a em- 
ployé : « Il resta tout estourdy et 
meurtry, un œil poché au beurre 
noir. » (Pantagruel j liv. IV, 
ch. 12.) 

BEURRE SUR LA TÊTE 

(avoir du) : Être couvert de cri- 
mes. — Allusion à un proverbe 
hébraïque. (Vidocq.) 

BEURRIER : Banquier. (Vi- 



BIB 



docq.) Mot à mot : marchand d'ar- 
gent {beurre). 

BEZI, BEZIG, BEZiGUE: 

Jeu de cartes. — «Ma fe ime est 
en train de jouer au be ;i... ou 
bezig. » (De Leuven.) — c Au pi- 
quet, au bezigue... je suis homme- 
à donner leçon au plus malin. » 
(About.) 

BIBARD : Grand buveur. 
(Dhautel.)— « Par rapp( rt à ces 
vieux bibards d'invalides. » (La 
BédoUière.) 

BIBASSE : Vieillefemrie.Pour 
birbasse. 

BIBELOT, BIBELO'iTER : 

Bibloty bibloter. 

BIBI : Petit chapeau de femme. 

— « Malaga portait de j jHs bi- 
bis. » (Balzac.) 

BIBI : Non d'amitié c onné à 
l'ami ou à l'amie dont on est 
coiffé. — « Paul, mon 1 ibi, j'ai 
bien soif. — Déjà? » (Mo itépin.) 

— ce Encore à boire? — Tiens, 
mon bibi ! t'as pas mal au 
cœur? » (H. Monnier.) 

BIBI : Fausse clé. 

S'il faut en croire un fc jilleton 
publié par M. Holstein, dans le 
Constitutionnel du mois de sep- 
tembre 1872, bibi aurait détrôné 
monseigneur depuis longtemps. 
(( C'était un bout de dial« gue re- 
cueilli à la police correct onnelle 
(en 1848.) 

« Accusé, disait le président, 
au moment de votre arrestation, 
on a surpris sur vous un trous- 
seau de fausses clefs. — 'Aon, ci- 
toyen président. — Cet jt donc 
un monseigneur f — Il n'y a plus 
de monseigneur, citoyer prési- 
dent. — Vous comprenez ce que 



BIB — 

je veux dire ; pour employer vo- 
tre langue, j'entends un rossi- 
gnol. — Eh bien ! moi je ne l'en- 
tends pas, le rossignol, sans doute 
parce que je suis en cage. — 
Prenez garde! Trêve de jeux de 
mots; ils sont déplacés ici plus 
qu'ailleurs. Vous savez fort bien 
ce que je veux dire par fausses 
clefs, rossignol, monseigneur? 
— Parfaitement, citoyen prési- 
dent, vous voulez dire bibi. » (Hos- 
tein.) 

Nous devons ajouter qu'au mo- 
ment même où paraissait le feuil- 
leton de M. Hostein, les journaux 
judiciaires disaient, en parlant de 
l'arrestation de faux monnayeurs, 
qu'on avait trouvé à leur atelier, 
boulevard de Grenelle, un mon- 
seigneur. Donc monseigneurn' est 
pas encore détrôné tout à fait par 
bibi. 

BIBINE : Cabaret. Mot à mot: 
cabine à biberons, à ivrognes. 

BIBLOT : Objet de fantaisie 
ou curiosité propre à décorer une 
étagère. — De bimbelot : jouet 
d'enfant. 

« On nomme bibîots, en style 
d'amateur, cet inimaginable amas 
de bronzes, chinoiseries, filigra- 
nes, ivoire, saxe, sèvres, bonbon- 
nières, médaillons, éventails, cas- 
solettes, écaille, laque, nacre, cris- 
tal, jade, lapis, onyx, malachite, 
marcassite, poignards, kangiars, 
bijoux, joujoux, qui doivent né- 
cessairement orner, j'ai voulu 
dire encombrer, les étagères d'une 
femme posée dans le monde par 
sa célébrité ou sa beauté. Être 
sans biblot, c'est le dernier degré 
du discrédit et de la honte. Tou- 
tes ces dames du quartier Bréda 
ont du biblot; les danseuses en 



h- 



BIC 



ont; ma portière en possède 
aussi. » (F. Mornand.) 

BIBLOT : Outil d'artisan. 
(Vidocq.) 

BIBLOT (mon) : Dansla bouche 
d'un soldat, signifie : mon atti- 
rail militaire. 

BIBLOT : Bijou. — « Trouve- 
moi des dentelles chouettes, et 
donne-moi les plus reluisants bi- 
bîots. » (Balzac.) 

BIBLOTER : Acheter des ob- 
jets de curiosité. 

BIBLOTER : Faire sur toutes 
sortes de choses de petits béné- 
fices. 

BIBLOTER : Vendre. — 
Venir vendre ses vêtements, s'ap- 
pelait bibelotter ses frusques; s'ha- 
biller, se renfrusquiner. » {Petit 
Journal, i865.) 

BIBLOTER : Arranger avec 
soin. — a Je me munis d'une pe- 
tite réclame que j'avais bibelottée 
la veille à propos des toilettes dô 
mariées. » (Villemessant.) 

BIBLOTEUR : Collectionneur 
de bibelots; homme qui biblote. 
V. bibloter. 

BIBLOTIER : Qui concerne leâ 
biblots. — « On comprend que 
le sens artistique et biblotier du 
patient soit un peu émoustillé. » 
(A. Marx, yS.) 

BICEPS : Solidité musculaire 
de l'arrière-bras. — Terme scien- 
tifique vulgarisé par les étudiants 
en médecine.— «Mon frère George 
a raison. Il faut qu'un valseur ait 
du biceps. » (i866, Vie pari- 
sienne.) 

BICEPS (tater le) : Prendre par 



mo 



40 - 



BIG 



la flatterie. (i83i, Almanachdes 
débiteurs.) 

BICHE : Lorette. — Abrévia- 
tion de biche d'Alger, synonyme 
poli de chameau. — « Une biche, 
il faut bien se servir de cette dé- 
signation, puisqu'elle a conquis 
son droit de cité dans le diction- 
naire de la vie parisienne, se 
trouvait cet été à Bade. » {Figaro, 
i858.) V. Benoîtonnée. 

Forte biche : Lorette élégante. 

BICHERIE: Monde galant. Mot 
à mot : réunion des biches. — 
« Madame Marguerite V..., de la 
haute bicherie du quartier d'An- 
tin. ï) {Les Cocottes, 1864.) V. 
Benoîtonnée. 

BICHE, BICHETTE, BI- 
CHON : Mots d'amitié pour cha- 
que sexe. — Bichette est, comme 
biche, la femelle du cerf. Bichon 
se dit d'un petit chien du genre 
havanais. — a Viens ici, ma biche, 
viens t'asseoir sur mes genoux.» 
(Frémy.) — « Oui, ma bichette, 
oui, mon petit chien-chien. » (Leu- 
ven.) — « Mon bichon, tu seras 
gentil, faudra voir! » (Gavarni.) 

BICHON: Souliers à bouf- 
flettes, — « J'avais apporté des 
amours de souliers. Prenez nos 
bichons, que je lui dis. » (P. de 
Grandpré.) 

BICHOT : Évêque. (Colom- 
bey.) — Germanisme. — L'évêque 
allemand est un bischoff. 

BIDET : Ficelle transportant 
lacorrespondance des prisonniers 
enfermés à des étages différents. 
(Vidocq.) C'est leur bidet de 
poste. 

BIDOCHE : Viande. (Vidocq.) 



BIDONNER : Boire copieu- 
sement. — Le bidon es. un fort 
récipient à liquide. — « Hier, j'ai 
bidonné et ce matin j'avais la 
bouche pâteuse.— Fallait repi- 
quer pour te remettre. » (Ladi- 
rair.) 

BIEN: D'apparence distinguée. 

— « Elle aime à causer, surtout 
avec \Qsmessieurs bien. y) (P. d'An- 
glemont.) 

BIEN (être) : Être gris. Mot à 
mot: éprouver le bien-être fac- 
tice causé par un commencement 
d'ivresse, — Ironique. 

BIEN MIS : Fashio lable. — 
« Ohé! ce bien mis, il vJent faire 
sa tête parce qu'il a du linge en 
dessous. » (E. Sue.) 

BIENSÉANT: Derrière. — 
Jeu de mots. — De toutes les 
parties du corps, c'est, en effet, 
celle sur laquelle on sied bien. 

BIER : Aller. (Vidocq.) Abré- 
viation d'ambier. V. ce mot. 

BIFFER : Manger goi.Iûment. 
(Vidocq.) C'est bouger a^ ec chan- 
gement de la première syllabe. 

BIFFIN, BIFIN : Chiffonnier. 

— « Ce n'est pas le chitfonnier 
pur sang, c'est celui qui a déchu 
d'une position meilleure. De là 
sans doute le nom de biffin : 
goulu, donné par l'ancien chif- 
fonnier au nouveau venu.» (Pri- 
vât.) — « J' vois deux l ifins et 
leurs femelles. » — {Chai s. 36.) 

BIGARD : Trou. (Vid( cq.) 

BIGE, BIGEOT : Di pe (Vi- 
docq.) 

BIGORNE : Argot. - Du vieux 
mot biguer : changer, troquer. 
L'argot n'est qu'un langage bi' 



1 



BIL - 

gué, d'où le diminutif bigorne. 
— « Rouscaillons bigorne. Qui 
enterver le saura, à part sézière 
en rira, mais les rupins de la 
vergne ne sont dignes de cela. 
(Vidocq.) V. Jaspiner. 

BIGORNEAU : Soldat de 
marine. — Terme de matelot. 
Comme le petit coquillage de ce 
nom, le soldat de marine reste 
attaché à la côte. 

BIGORNEAU. — Sergent de 
ville. (Halbert.) 

BIGOTTER : Prier. (Vidocq.) 
Mot à mot : faire le bigot. 

BIGRE : Juron lancé dans les 
cas difficiles. Ah! bigre! se dit 
comme ah! diable! C'est une 
forme de bougre! 

BIGREMENT : Superlative- 
ment. Forme de bougrement. — 
« C'est bigrement embêtant , al- 
lez. » (Gavarni.) 

BUOUTIER.— Marchand d'ar- 
lequins. V. Arlequin. 

BIJOUTIER EN CUIR. — 
Savetier. (Colombey) — Ironie. 

BILE (ne pas se faire de) : 
Ne pas se tourmenter. — a Ne 
vous faites pas de bile, elle sera 
heureuse avec moi. » (Marquet.) 

Après r service on peut sans retard... 
Venir chez ses parents, sans s' faire de 

bile 
Savourer une bonne soupe au lard. 

(A. Cahen.) 

// ne se fait pas de bile se dit 
d'un insouciant. 

Il se fait une bile se dit d'une 
personne qui se tourmente con- 
stamment. 

BILLANCHER : Payer comp- 



41 — 



BIL 



tant. Mot à mot : donner de la 
bille. 

BILLE, BILLEMONT, BIL- 
LON : Monnaie. Billemont et Bille 
viennent de billon. — « L'ar- 
gent au Temple est de la braise, 
ou de la thune, ou de la bille. » 
(Mornand.) — « Nous attendions 
la sorgue, voulant poisser des 
bogues, pour faire du billon. » 
(Vidocq.) V. Attache, Flacul. — 
Billon se dit toujours pour mon^ 
naie de cuivre. 

BILLET A LA CHATRE. — 

Garantie illusoire. 

« Vous connaissez, sans doute, l'a- 
necdote qui a donné naissance à cette 
expression tant répétée. Pour le cas, 
cependant où elle ne serait pas venue 
jusqu'à vous, la voici en deux mots : 
— Le marquis de la Châtre aimait ten- 
drement Ninon. Obligé, par un voyage, 
de la quitter pendant quelque temps, il 
s'était demandé si, pendant l'absence, 
Ninon l'aimerait toujours. Nous ne sa- 
vous quelle idée le marquis se faisait 
dej'amour et de la fidélité d'une fille 
d'Eve, mais il voulut, pour mettre fin 
à ses anxiétés, que Ninon s'engageât, 
par écrit, à lui rester fidèle. Ninon 
signa, le marquis partit, et... Ninon 
qui n'aimait pas les entr'actes, oublia 
bientôt promesse et signature. Comme 
il était un peu tard quand son billet lui 
revint en mémoire, elle ne put s'em- 
pêdier de s'écrier : Ah! le bon billet 
qu'a la Châtre! C'est depuis ce temps 
ou plutôt depuis cette histoire, que le 
mot est passé dans la langue. Ayez 
dans les mains un billet sans valeur, 
un engagement peu sérieux, et l'on 
dira pour caractériser votre situation : 
Le bon billet qu'a la Châtre! » 
(Rozan.) 

« Voilà M. Quarteret tran- 
quille. Il a la parole de M. Mar- 
que. Oh! le bon billet à la Châ- 
tre... » {Éclair^ juillet 1873,) 



BIN 



42 — 



BIR 



BILLET DE 5oo, BILLET DE 
1000 : Billet de 5oo francs, billet 
de 1,000 francs. — « Te faut- il 
beaucoup? — Un billet de cinq 
cents... » (Balzac.) — « Les res- 
sources d'une lorette pour ex- 
traire un billet de mille. » (Idem.) 

BILLET (donner ou ficher 
son) : Certifier. Mot à mot : se 
déclarer prêt à signer un billet 
d'attestation. — « Rienzi ne la go- 
bera jamais que de ma main. Je 
t'en donne mon billet. » {Rienzi, 
parodie, 1826.) — « Il ne faut pas 
avoir la goutte aux pattes dans 
votre état. Je vous en fiche mon 
billet. » {Cabarets de Paris, 
1821.) 

Prendre un billet de parterre : 
tomber par accident. V. Par- 
terre. 

BINELLE : Faillite. (Vidocq.) 

BINELLELOPHE : Banque- 
route. (Halbert.) 

BINELLIER. — Banquerou- 
tier. (Vidocq.) 

BINETTE : Tête, dans le sens 
de physionomie. — On dit sou- 
vent : « Quelle drôle de binette ! » 
— a Vous demandez ma tête, 
monsieur le procureur du roi... 
Je regarde votre binette et je com- 
prends votre ambition. » Der- 
nier jour d^un condamné.) 

Le Journal des Coiffeurs re- 
vendique ainsi l'origine de ce 
mot : « Binette, le coiffeur du 
roi, ne cédait jamais une de ses 
belles perruques pour moins de 
trois mille livres tournois. Il est 
vrai que ce grand perruquier ne 
se contentait pas de mettre une 
simple petite bande d'implanté 
sur le milieu, et qu'il garnissait 
toute la partie frontale de Jine 



toile de crin, chose qui lonnait 
à ses devants de perrui]ue in- 
folio une légèreté extraor^l inaire. 
Aussi, comme les élég;:nts de 
l'époque aimaient à parler toi- 
lette, parlaient-ils souvent de bi- 
nette (leur perruque), surtout 
lorsqu'elles sortaient de chez le 
grand faiseur. — Vous avez là 
une bien jolie binette! disait-on 
lorsqu'on voulait complimenter 
quelqu'un sur la beautc de sa 
perruque. Aujourd'hui, jt sans 
savoir pourquoi, on dit sauvent 
par moquerie : Oh! la crôle de 
binette ! » {Journal des Co> feiirs.) 
— Nous devons toutefo s faire 
observer que les exemple, justi- 
ficatifs de cette étymologi j man- 
quent totalement. En attendant 
qu'on en trouve quelques-uns, 
nous verrions plus vol «ntiers 
dans binette une abréviation de 
bobinette. V. Bobine. 

BINETTE A LA DÉSASTRE : 
Tête du créancier impayé. (i85i, 
Almanach des Débiteurs.) 



BINOME : « Aux labora 
nous verrons chacun des 
(de l'École polytechnique) 
puler avec un camarade 
nomme son binôme. » (I 
dollière.) — Allusion à la 
fication algébrique de bir 
quantité composée de deu 
mes. 

^ BIQUE ET BOUC 
Etre {en.) 

BIRBADE, BIRBASSE, 
BE, BIRBETTE, BIRB 

Vieux, vieille. — Italianisr 
(( Les dames des tables * 
ont adopté trois mots pour 
dre la vieillesse : à cinqi 
cinq ans, c'est un birbon ; à S' 



toires, 
élèves 
mani- 
qu'il 
.a Bé- 
signi- 
ôme : 
X ter- 

: V. 

BIR- 
ON : 

le. — 
l'hôte 
pein- 
ante- 
)ixan- i 



BIS 



-- 4D — 



BLA 



te ans, c'est un birbe; passé ce 
délai fatal, c'est une birbette. On 
ne lui fait plus même les hon- 
neurs du sexe masculin. » (Les- 
pcs.) Vidocq donne birbasse : 
vieux, et birbe dabe : grand- 
père. 

BIRBASSERIE : Vieillerie. 
(\ldocq.) 

BIRBE : V. Birbade : « Mon- 
sieur le président, vous êtes un 
vieux birbe. J'em... la cour, je 
respecte messieurs les jurés. » 
{Dernier jour d'un condamné.) 

BIRLIBI : Jeu de dés tenu 
par des filous dans les foires. (Vi- 
docq.) — C'est l'ancien biribi. 

BISARD : Soufflet. (Vidocq.) 
Mot à mot : souffle bise. 

BISCAYE : Bicêtre. — Chan- 
gement de finale. 

BISCHOFF : Mélange de vin 
blanc, de sucre et de citron; la 
recette est, l'on s'en doute, d'ori- 
gine allemande. — « René agite 
le bischoff avec une cuiller à 
punch. » (Frémy.) 

BISMARCK : Couleur brune, 
dite auparavant aventurine. Elle 
fut à la mode en France après 
Sadowa, car, ne l'oublions pas, 
M. de Bismarck eut sous l'Em- 
pire ses admirateurs. — « La ba- 
ronne est en bismarck de pied 
en cap. » {Vie parisienne, iSôj.) 

BISTOURNÉ : Cor de chasse. 
Allusion aux tours du tuyau. — 
Participe du verbe bistourner : 
tourner, qui se trouve dans le 
dictionnaire de l'Académie. 

BISSER : Répéter une se- 
conde fois. — Latinisme. — «L'u- 
sage de bisser un couplet, un air, 



un finale ne remonte qu'en 1780. 
Mii« Laguerre mit tant d'expres- 
sion à chanter l'hymne de l'A- 
mour à la première représenta- 
tion d'Écho et Narcisse, de Gluck, 
que le parterre voulut l'entendre 
deux fois. La partie intelligente 
du public eut beau protester con- 
tre cette innovation qui entravait 
l'action en substituant l'acteur au 
personnage, ce fut en vain ; l'u- 
sage du bis fut désormais intro- 
duit sur la scène française. » 
(J. Duflot.) 

BITUME : Trottoir. — Du 
bitume qui le recouvre ordinai- 
rement. 

BITUME (demoiselle du) : 
Raccrocheuse. V. Côtes en long. 

BITUME : (fouler, polir le) : 
Aller et venir sur le trottoir. 
V. Asphalte. 

BITUMER : Faire le trottoir. 

(J. Choux.) 

BITURE, BITTURE : Con- 
sommation copieuse. — Du vieux 
mot boiture : goinfrerie. — « N'as- 
pirons-nous le grand air que pour 
l'ineffable joie d'engloutir impu- 
nément dupiqueton jusqu'au g-o- 
bichonnage majeur, jusqu'à pren- 
dre une biture? » (Luchet.) — 
« Le cortège fait halte pour une 
è/ïMre générale. » (La BédoUière.) 
— «Je peux me flatter de m'être 
donné une biture soignée. » (L. 
Desnoyers.) 

BITURER (se) : Se donner 
une biture. 

BLACKBOULAGE : Refus, 
échec dans une demande d'ad- 
mission. V. Blackbouler. — « Le 
jockey-club devient de plus en 
plus sévère. Le blackboulage se- 



BLA 



— 44 



BLA 



vit impitoyablement. » (Virmai- 
tre, 1867.) 

BLACKBOULER : Refuser. — 
a Pour rejeter on dépose une 
boule noire. En anglais, noir se 
dit black. Or, lorsqu'un candi- 
dat est repou.-sé, on dit qu'il a 
été blackboulé! Quel mot sau- 
vage! » (G. Claudin.) 

BLAGUE : Autrefois ce mot si 
répandu signifiait hâblerie. Au- 
jourd'hui il a quatre sens : 1° cau- 
serie, 2° faconde, 3» raillerie, 
40 mensonge. 

Son étymologie a donné ma- 
tière à bien des conjectures. On 
ne peut admettre celle de M. Al- 
bert Monnier, qui, dans un ar- 
ticle du Figaro, fait dériver bla- 
guer du braguer de Rabelais; ni 
celles de MM. A. Luchet et Fr. 
Michel, qui voient dans blague 
une acception figurée de la vessie 
employée par les fumeurs sous le 
même nom. 

Il est à remarquer que le mot 
blaque fvalaque) désigne, dans le 
Dictionnaire de Ménage, les hom- 
mes de mauvaise foi (comme 
Grec : escroc). — M. Littré, qui 
relègue blague et blaguer parmi 
les termes du plus bas langage , 
donne une étymologie gaélique 
beaucoup plus ancienne (Blagit : 
souffler, se vanter.) Malheureu- 
sement, nous manquons jusqu'ici 
des exemples intermédiaires qui 
prouveraient la transmission 
d'une origine si reculée. Voici la 
sériedesexemplescertains les plus 
anciens que nous ayons pu re- 
cueillir : 

Le Dictionnaire de Dhautel 
Ci 808), admet les mots blaguer 
et blagueur avec le triple sens de 
railler f mentir, tenir des discours 



dénués de sens commun. — Cet 
exemple, des plus anciens que 
nous ayons trouvés, ne prend 
blague qu'en mauvaise part. 

L'année suivante, Cadet Gassi- 
court confirme ainsi la dé.mition 
de Dhauiel, dans le récit de la 
campagne de 1809 {Voyage en 
Autriche) : — ce Les militaires 
ont, dit-il, inventé un mt t pour 
exprimer un conte pué ile ou 
ridicule, un mensonge, u le gas- 
connade. Cela s'appelle rlague, 
d'où l'on a fait dériver bliguer , 
blagueur, blagomane. » 

CommeCadetGassicoun,Beyle 
(Stendhal) dit dans sa Rome en 
1817 (Paris 1827) en par^ant du 
temps de l'Empire, où il avait 
servi dans l'administratio 1 mili- 
taire : — « Cette vanterie cgoiste 
et grossière que nous apj elions 
blague parmi les officiers subal- 
ternes des régiments, y est abso- 
lument inconnue. » 

Un peu après, nous trouvons 
blague avec le même sens en Bel- 
gique et en Champagne. — L'au- 
teur d'un vocabulaire lang rois de 
1823, mentionne blague comme 
appartenant au langage loc il. En- 
fin, on trouve black (hâblerie), 
dans le dictionnaire wallon de 
Remacle. (Liège, 1823.) 

De ces divers exemples, et en 
attendant mieux, on peut con- 
clure avec certitude que llague 
était fort usité dans l'armie au' 
commencement du siècle, i.vecle 
seul sens de hâblerie. Nous allons 
voir cette signification se modi- 
fier complètement avec l'exten- 
sion de son usage. 

Voici des exemples poi;r les 
divers sens de blague : 

BLAGUE : Causerie ordinairç 



BLA 



45 - 



BLA 



-- On dit : J'ai fait deux heures 
de blague avec un tel, pour j'ai 
causé avec un tel. 

BLAGUE : Faconde, verve, 
habileté oratoire. — « Un homme 
d'esprit et de bonnes manières, 
M. le comte de Maussion, adonné 
au mot blague une signification 
que l'usage a consacrée : « l'art 
« de se présenter sous un jour fa- 
ce vorable, de se faire valoir, et 
a d'exploiter pour cela les hom- 
(( mes et les choses. » (Luchet.) 

Un homme qui a de la blague 
est un homme doué d'unegrande 
fiicilité d'élocution. 

Avoir la blague du métier : 
faire valoir certaines choses en 
spécialiste consommé. 

// a une fameuse blague : il a 
une grande verve. 

Jl n'a que la blague : il parle 
bien, mais n'a pas une valeur 
réelle. 

BLAGUE : Plaisanterie, rail- 
lerie. — « Je te trouve du talent, 
là, sans blague! » (De Goncourt.) 
— ce Pas de bêtises, mon vieux, 
blague dans le coin ! t'es malade. » 
(Monselet.) 

Une blague est aussi une œu- 
vre littéraire sans valeur. On dit 
d'un journaliste médiocre ; // ne 
fait que des blagues. 

BLAGUE : Mensonge. — ce En 
leur faisant avaler toutes sortes 
de blagues. » (L. Huart.) 

BLAGUE A TABAC : Sein flé- 
tri. (Golombey.) 

BLAGUER : Causer. — « Nous 
venons blaguer, » dit Léon de 
Lora à M"»* Nourrisson, dans les 
Comédiens sans le savoir, de Bal- 
zac. — « Et à propos de quoi 



choisis-tu ce beau jour pour ve- 
nir ainsi blaguer morale? » (E. 
Sue.) 

BLAGUER : Avoir de la verve. 
— « Enfin elle blague aujour- 
d'hui, elle qui ne connaissait rien 
de rien, pas même ce mot-là. » 
(Balzac.) 

BLAGUER : Railler. — ce Si 
on te blague, fais semblant de 
rire. » (De Goncourt.) — « Ne 
blaguons plus ! » {Cousine Bette, 
Balzac.) 

Un homme blagué : un homme 
raillé, berné. 

BLAGUER : Mentir, faire des 
hâbleries. Pour les exemples, 
V. Blague. 

BLAGUEUR, BLAGUEUSE : 

Menteur, menteuse. 

Mais qu'un blagueur me raconte 
Ses faits merveilleux, 

Quand j'en ai plus que mon compte. 
Je lui dis : Mais, mon vieux. 
Je n' coup' pas beaucoup 
Dans c' montage de coup. 

(Aug. Hardy.) 

— (( Mon beau-père, vous n'êtes 
qu'un vieux blagueur! dit Ro- 
bert Macaire au baron de Worms- 
pire; et ils s'embrassent. » (Lu- 
chet.) 

— ce En 181 3, deux femmes, 
Pauline la Vache et Louise la 
Blagueuse, enlevèrent 5o,ooo 
francs. » (Vidocq.) 

BLAGUEUR : Railleur. — 
a II ne pouvait y avoir circons- 
tance si grave qui empêchât ce 
blagueur fini de se livrer à sa 
verve. » (L. Desnoyers.) 

BLAIREAU : Conscrit. — Ani- 



BLA 



-46- 



BLO 



malismc. — «Moi, j'ai carotté un 
blaireau... » (La Bédollière.) 

BLAIREAU TER : Peindre avec 
trop de fini, abuser du pinceau 
de blaireau qu'on a entre les 
mains. — « Aussi sa peinture 
est-elle fameusement blaireau- 
tée. » (La Bédollière.) 

BLANC : Vin blanc. — « Al- 
lons, vivement! du blanc à un 
franc! » (La Bédollière.) — On 
dit aussi JPetit blanc. 

BLANC : Légitimiste désirant 
le retour du drapeau blanc. 

BLANC : Pièce d'un franc. 
(i85i. Almanach des débiteurs.) 
— Allusion de couleur. 

BLANC (n'être pas.) — Être en 
mauvaise passe. Mot à mot : être 
noirci par une accusation quel- 
conque. — « La v'ià morte, j'sis 
pas blanc. » {Riem^i, 1826.) 

BLANCHISSEUR: Avocat. 
(Colombey.) Il lave l'accusé. 

BLANQUETTE : Argenterie. 
(Vidocq.) — Monnaie blanche. 
(Grandval.) 

BL AN QUETER : Argenter. 
(Colombey.) 

BLARD , BLAVARD : Châle. 
Mot à mot : grand mouchoir. — 
Augmentatif de Blave. 

BLAVE, 6LAVIN : Mouchoir. 
(Vidocq.) — Diminutif du vieux 
mot blave : bleu. — Les mou- 
choirs à carreaux bleus sont en- 
core fort en usage, surtout chez 
les priseurs. 

BLAVE : Cravate. (Rabasse.) 

BLAVINISTE : Voleur de 
mouchoirs. V. Butter, Pègre. 



BLÉ (du) : De l'argent. (Ra- 
basse.) 

BLEU : Conscrit. — Ailusion 
àla blouse bleue de laplup.irt des 
recrues. — «Celui des bleus qui est 
le plus jobard. » (La Bane.) 

BLEU, PETIT BLEU : Gros 
vin dont les gouttes laissent des 
taches bleues sur la table. —«La 
franchise arrosée par les liba- 
tions d'un petit bleu, les avait 
poussés l'un l'autre à se fai :q leur 
biographie. » (Murger.) 

De ce vin, qu'à tort l'on renonme, 

Qui grise en abrutissant l'hoiime, 

Et qu'on vend pour du petit bleu, 

J'en goûte un peu. (H. Val.re.) 

BLEU : Très-irrité, très-stu- 
péfait. — Allusion à la teinte que 
les sentiments excessifs amènent 
sur les figures sanguines. 

BLEU (bailler tout) : Kester 
stupéfait. — Même allusion que 
ci-dessus. 

BLEU (pays, royaume du) : 
Pays imaginaire et radieux com- 
me le ciel bleu si contemplé par 
les poètes. — « La guerre nême 
devient un spectacle agréa île, et 
l'on nage dans le royaucie du 
bleu. » (J. Richard.) 

BLEUE (colère) : Colère vio- 
lente. — Même allusion que ci- 
dessus. — « La littérature et la 
musique l'ont fait entrer dan s des 
colères bleues. » {Vie parisienne, 
1866.) 

BLOC: Prison. — On y est 
bloqué. — « Prenez trois hoi imes 
et menez cette fille au bl k. » 
(V. Hugo.) 

BLOCKAUS : Schako a icien 



BOB 



BŒU 



modèle, surplombant comme un 
Dlockhaus. 

BLOND (beau) : Soleil. (Co- 
lombey.) — Allusion de couleur. 

— Se dit aussi ironiquement 
d'hommes qui ne sont ni beaux 
ni blonds. 

BLONDE : Amante. « Blonde 
s'emploie dans ce sens sans dis- 
tinction de la couleur des che- 
veux, car il existe une chanson 
villageoise où, après avoir fait 
le portrait d'une brune, l'amou- 
reux ajoute qu'il en fera sa 
blonde. » (Monnier, i83i, Vo- 
cabulaire jurassien.) 

BLOQUER : Consigner. — 
a Colonel, c'est que je suis blo- 
qué. — Je vous débloque. » (J. 
Arago, i838.) 

BLOQUER : Vendre, aban- 
donner. (Halbert.) V. Abloquir. 

BLOT : Bon marché. — (Vi- 
docq.) — Corruption dû Bloc. Les 
marchés d'objets en bloc sont les 
plus avantageux. 

BLOUSE : Terme du jeu de 
billard. — « On dit qu'on a mis 
quelqu'un dans la blouse, quand 
on l'a mis en prison, ou quand 
on l'a fait tomber dans un piège. » 
(Caillot, 1829.) — Se blouser est 
donné avec ce sens par le Dic- 
tionnaire de l'Académie. 

BLOUSIER: Voyou. Mot à 
mot : porteur de blouse. 

BOBE : Montre. — Abrévia- 
tion de bobino. « Bien réussi un 
pédéau chantage de 1,800 francs, 
un bobe et une bride en jonc. » 
(Beauvilliers.) 

BOBÉCHON : (se monter le) : 
Se passionner. — Comparaison 



de la flamme du cœur à celle de 
la bougie. (Rabasse.) 

BOBINE : Figure. — Du vieux 
mot bobe : moue, grimace. 

BOBINO : Montre. (Vidocq.) 

BOBOSSE : Bossu, bossue. 

BOC, BOCARD, BOCSON : 

Cabaret mal famé, maison de 
prostitution. Du vieux mot èo- 
que, bouc. Le bouc était l'em- 
blème de la luxure et des que- 
relles. On disait jadis boquer pour 
frapper. — a Montron, ouvre ta 
lourde, si tu veux que j'aboule 
et pionce en ton bocson. » (Vi- 
docq.) 

BOCAL : Petit appartement. 
— « Voyons si le susdit bocal est 
toujours à louer. » (Montépin.) 

BOCAL : Estomac. — « Au 
restaurant, le bohème dit qu'il 
va se garnir le bocal. » (Lespès.) 

Dans les deux sens, l'allusion 
s'explique d'elle-même, et les lo- 
gements parisiens continuent de 
la mériter. 

BOCARD : Café. — BOCARD 
PANNE : Petit café. {Petit dic- 
tionnaire d^arfçotf 1844.) V. Boc. 

BOCARD : Lupanar. (Colom- 
bey.) V. Boc. 

BOCARI : Beaucaire. (Colom- 
bey.) — Interversion de Fi. 

BOCHE : Libertin, mauvais 
sujet (Delvau.) 

BOCK: Verre de bière. — 
Germanisme. 

BŒUF : Monstrueux, aussi 
énorme qu'un bœuf. — (c Regarde 
donc la débutante. Quel trac 
bœuf! Elle va se trouver mal, )> 
{Ces petites Dames.) 



BOG 

BŒUF (c'est) : C'est chic — 
Dans le vocabulaire de l'école de 
Saint-Cyr. 

BŒUF (être le) : — Travailler 
pour une chose qui ne rapporte 
rien. — Allusion aux travaux de 
labourage du bœuf. On dit de 
même : se donner une peine de 
cheval. — Lors de l'envoi de M. le 
général Le Bœuf pour la remise 
de la Vénétie aux Italiens, on fit 
ces quatre vers par allusion au 
rôle plus que désintéressé de la 
France. Ils ont été donnés par 
M. Jules Richard dans sa chro- 
nique de l'Époque, 1866 : 

Grâce au ciel 1 de Venise on règle les 
affaires. 

Ahl vraiment! Là-dessus que savez- 
vous de neuf? 

Eh bien ! l'on reçoit là-bas des com- 
missaires 

Et naturellement le Français est Le 
Bœuf. 

BŒUF (se mettre dans le) : 
Tomber dans une situation mi- 
sérable. — Allusion au bouilli 
qui représente l'ordinaire des 
cuisines modestes. — On lit dans 
une mazarinade de 164g : 

Auprès de la Bastille 

Monsieur Elbeuf 
Dans sa pauvre famille 

Mange du boeuf, 
Tandis que Guénégaud 

Est à gogo 

BŒUF (avoir son) : Être en 
colère. 

BOFFETTE; Soufflet. (Co- 
lombey.) Du vieux mot buffet. 

BOG, BOGUE : Montre. 
V. Toquante, Butter, Litrer, 
Billon. 

BOGUE D'ORIENT : Montre 
d'or. (Rabasse.) 



48 - BOI 

BOGUE EN PLATR ;EN 
JONC : Montre d'argent, d'or. 
— Allusions de couleurs. 

BOGUISTE : Horloger. 

BOHÈME : a La Bohème se 
compose de jeunes gens, tous 
âgés de plus de vingt ans, mais 
qui n'en ont pas trente, tous 
hommes de génie en leur genre, 
peu connus encore, mais qui se 
feront connaître, et qui seront 
alors des gens fort distingaés... 
Tous les genres de capacité, d'es- 
prit, y sont représentés... C mot 
de bohème vous dit tout. La bo- 
hème n'a rien et vit de ce q l'elle 
a. » (Balzac.) 

La citation suivante est le cor- 
tifde cette définition optimiste : 
oc La bohème, c'est le stage de la 
vie artistique, c'est la préface de 
l'Académie, de l'Hotel-Dieu ou de 
la Morgue... La bohème n'existe 
et n'est possible qu'à Paris. » 
(Murger.) 

BOHÊME : Personnage fai- 
sant partie de la Bohème.— ( Tu 
n'es plus un bohème du moment 
que je t'attache à ma fortune. » 
(E. Augier.) — Comme on voit, 
le bohème du jour n'a de com- 
mun que le nom avec celi;i de 
Callot. Saint-Simon a connu l'ac- 
ception fantaisiste du mot. 

rOIRE (faire) : frapper, bat- 
tre. (Rabasse.) 

BOIRE DU LAIT : Savourer 
uneimpression flatteuse.— « Cela 
s'appelle boire du lait, quanil on 
lit de ces choses-là sur soi-même.» 
(Yriarte.) 

BOIS POURRI : Amadot. — 
Le bois pourri en fait parfois 
l'office. 



BOL 



BOIS TORTtJ : Vigne (Vi- 
docq.) — Abréviation expliquée 
par cet exemple. 



...Aussi le jus du bois tortu 
Sera mou but toute ma vie. 
(Ballard, Parodies bachiques, 1714-) 

BOISSONNER : Boire avec 
excès. (Dhautel.) — « Dites donc, 
voisin, on a un peu boissonné 
chez vous hier? » (Gavarni.) 

BOITE : Logement mesquin. 

BOITE : Mauvais établisse- 
ment. — « Je conseillerais à mon- 
sieur d'aller achever de souper 
au restaurant en face. Monsieur 
s'est adressé à une pure boîte. » 
(Claretie.) V. Ba^^ar. 

BOITE, BOITON : Voiture. 
— <( Les gentils hommes et les 
gentilles femmes qui se piquent 
de parler l'argot des quartiers 
neufs demandent leur boîte! ça 
veut dire leur voiture. » (A. Vitu.) 

BOITE A, AUX DOMINOS : 

Cercueil. Mot à mot : boîte à met- 
tre les os (dominos). — a Toi, à 
vingt-cinq ans, tu seras dans la 
grande boîte à dominos. » (Petit 
Journal, 1866.) 

« Puisqu'on va l'un après l'au- 
tre dans la boîte aux dominos. » 
(E. Aubry.) 

BOITE A PANDORE. — Boîte 
de cire molle pour prendre des 
empreintes de serrure. (Golom- 
bey.) — C'est d'une mythologie 
bien raffinée pour des voleurs. 

BOITE AU LAIT : Sein. 
(J. Choux.) Mot créé sans doute 
pour les nourrices. 

BOITEUX D'UNE CHASSE : 
Borgne. (Colombey.) V. Chasse. 

BOLIVAR : Chapeau évasé, 



— 49 — BON 

dont la forme nouvelle en 1S20, 
prit le nom de ce héros populaire. 
— « Le front couvert de son bo- 
livar.» (Cabarets de Paris, 1821.) 
V. Morillo. 

BOMBE : « Mesure de vin par- 
ticulière non classée. Elle repré- 
sente un demi-litre. » (Figaro, 
1867.) 

BOMBE : Entremets glacé. — 
Allusion à sa forme ronde. 



BON : Bon apôtre, hypocrite. 

— « Vous n'êtes bons! vous... 
N'allons, vous n'avez fait vos 
farces! » (Balzac.) 

BON (mon) : Terme d'amitié. 

— Abréviation de mon bon ami. 

— « Nettové, mon bon, nettoyé ! » 
(E. V. ViUars.) — On dit aussi 
cher bon , ce qui est encore plus 
prétentieux. 

BON : Pour un agent de police, 
un homme bon est bon à arrêter. 

BON (être le) : Être arrêté et 
coupable. (Rabasse.) 

BON (c'est un) : C'est un homme 
solide à toute épreuve. — « Ce 
sont des bons. Ils feront désor- 
mais le service avec vous. » 
(Chenu.) 

BON (il est). —Il est amusant, 
il est comique. 

BONS (être des) : Avoir bonne 
chance. 

' BONBONNIÈRE A FILOUS : 
Omnibus. (Colombey.) 

BONDE : Mal vénérien. (Hal- 
bert.) — Pour Bande. V. ce mot. 

BON-DIEU : Sabre-poignard. 

— Allusion à la croix figurée par 
la lame et la poignée. 

BON DIEU (il n'y a pas de): 



BON 



— 5o 



BON 



Mot à mot : il n'y a pas de bon 
Dieu qui puisse l'empêcher. 

Gn'y a pas d' bon Dieu, 

Faut s' dire adieu. (Désaugiers.) 

BON JEUNE HOMME : Jeune 
homme candide. 

BON MOTIF : « Vous ne savez 
pas ce que c'est que le bon mo- 
tif? — Ah! vous voulez dire un 
mariage? — Précisément. » (Ay- 
card.) 

BON PETIT CAMARADE : 
V. Camarade. 

BON PREMIER, Bon dernier : 
— (c Arrivé bon dernier est une 
expression ironique employée 
aux courses. C'est le contraire du 
arrivé bon premier, qui se dit du 
cheval vainqueur quand il a de- 
vancé de beaucoup ses concur- 
rents. » (A. d'Aunay, iSyô.) Se 
prend souvent au figuré. 

BONHOMME : Saint. ( Vidocq.) 
— Allusion aux statuettes char- 
gées de le représenter. 

BONHOMME (mon) : Mot 
d'amitié. — Il est souvent protec- 
teur. — a Oui, mon bonhomme, 
s'écria le loup de mer, j'ai fait 
une fois le tour du monde. » 
(A. Marx.) 

BONHOMME : Personnage 
sans conséquence et bon pour 
une petite spécialité. — Allusion 
aux petits bonshommes de bois 
que l'enfance tripote à son gré. 
— (( Son directeur était enchan- 
té... Il avait enfin trouvé un bon- 
homme. » (Claretie.) 

BONICARD, BONICARDE 
Vieux, vieille. (Halbert.) — De 
Bonique. 



BONIMENT : Disco 
suasif, destiné à bonir 1'; 
ou l'auditoire. — « Vo 
arrêtez devant un maga: 
qu'un commis s'avance 
débite son petit bonimei 
filez aussitôt. » {Figaro. 

BONIMENT : Ann 
saltimbanque. V. Postic 

BONIQ.UE : Vieillai 
lombey.) 

BONIR, BONNIR : . 
affirmer, dire. V. Servir j 1 
Criblage, Girofle. 

BONJOUR (volet 
BONJOURIEN, BO; 
R I E R : « Voleur s'intrc 
de grand matin dans 1 
sons où les bonnes lais 
portes entr'ouvertes et t 
hôtels garnis dont les 
res ne ferment pas leurs 
bres. » (Canler.) — Ail 
l'heure matinale choisie 
voleur; il vous souhaite ( 
que sorte le bonjour. — « 
jourien qui s'introduit 1 
chez vous pour voler voti 
tre. » (Ph. Chasles.) — « 
leurs au bonjour ou bonj 
dits aussi chevaliers grimf 
divisent en plusieurs cl 
celle des donneurs de l 
exploite spécialement lee 
garnis. » {Le Paravoleur 
— Le bonjourier exploi 
les logés de concierge; il 
jours un second qui fait ' 
Il y a aussi des bonjo. 
V. Marner. 



BONNE : Bonne h stoire, 
bonne charge. V. Mauvc ise. — 
« Ah! par exemple, en vlà une 
bonne. » (Cormon.) 



urs per- 
uditeur 
is vous 
in l'ors- 
et vous 
t. Vous 

)nce de 
te. 

i. (Co- 

Vvertir, 
'arrain, 

r au), 
U O U- 
iuisant 
js mai- 
sent les 
;ans les 
locatai- 

cham- 
jsion à 

par le 
n quel- 
le bon- 
: matin 
^ mon- 
des vo- 
'uriers, 
ants,se 
isses..., 
lonjour 

hôtels 
. 1826.) 
e aussi 

a tou- 
ô guet. 
rières. 



BON 



5i 



BOS 



BONNE (être à la) : Être aimé, 
être au mieux. (Rabasse.) 

BONNE (être de la) : Avoir 
bonne chance. 

BONNE (être en ses) : Être 
bien disposé. Mot à mot : être 
en ses bonnes heures. — « Vous 
ne poviez à heure venir plus 
oportune... Nostre maistre est 
en ses bonnes. Nous ferons tan- 
tost bonne chère. » (Rabelais, 
Pantagruel, liv. IV, ch. 12.) — 
On voit que le mot est ancien. 

BONNE (prendre ou avoir à 
la) : Prendre en bonne amitié. 
— a Je ne rembroque que tezigue, 
et si tu me prends à la bonne, 
tu m'allumeras bientôt caner. » 
(Vidocq.) 

BONNE AMIE : Maîtresse. — 
a J'appris dernièrement, vers trois 
heures de l'après-midi, que ma 
bonne amie me trompait avec un 
officier de cavalerie. » (Marx.) 

BONNE-GRACE : Toile dans 
laquelle les tailleurs enveloppent 
les habits. — « Le concierge de 
l'hôtel a vu Crozard traverser la 
cour avec une bonne-grâce sous 
son bras. » {La Correctionnelle.) 

BONNET DE COTON : Ar- 
riéré, mesquin. — La gent porte- 
flanelle et bonnet de coton. — 
(A. Barthet.) 

BONNET DE NUIT : Homme 
triste et silencieux. 

BONNETEUR : « Industriel 
tenant aux foires de campagne 
un de ces jeux de cartes auxquels 
on ne gagne jamais. » (Vidocq.) 

B O N N I R : Dire. V. Mous- 
tique. 

BONSHOMMES : Croquis 



d'écolier, dessin. —« II couvre ses 
cahiers de bonshommes, w (Rol- 
land.) 

BOOKMAKER : Industriel 
recevant les paris sur les champs 
de courses, mot à mot : teneur 
d'un livre de paris de course, 
(en anglais book.) — « Aux der- 
nières courses on a arrêté plu- 
sieurs bookmakers. » (P. Moni' 
teur, 1875.) 

BORDEAUX (Petit) : Cigare 
de la manufacture de Bordeaux. 

Avec un sou, tous sont égaux 
Devant le petit bordeaux. (Liorat.) 

BORDÉE, absence illégale. 
— Terme de marine qui fitd'abord 
allusion aux conditions dans les- 
quelles les équipages vont à terre 
par bordées. — « C'est un brave 
garçon qui ne boit jamais et qui 
n'est pas homme à tirer une bor- 
dée de trois jours. » (Vidal, i833.) 
— « Les joies et tribulations de la 
bordée qu'ils ont courue. » — 
{Phys. du Matelot 1843.) 

a Quant au troisième c'est un 
remplaçant, il est pratique, mais 
vaillant et lorsqu'on l'a mis à la 
salle de police pour une bordée, 
on l'en fait sortir caril se bat si 
bien. » (Billet du duc d'Aumale à 
M. Odier 1860, Figaro du 3o 
janvier 76.) 

BORGNE: Derrière. — La 
comparaison n'a pas besoin d'être 
expliquée. — « V'ià moi que je 
me retourne et que j' li fais bai- 
ser, sauf votre respect... mon 
gros visage... Ce qui a fait dire 
aux mauvaises langues qu'il a vu 
mon borgne. » (Rétif, 1783.) 

BOSCO, BOSCOT, BOS- 
CO TTE : « Petit homme, pe- 



BOT 



— 52 - 



BOU 



tite femme contrefaits, bossus. » 
(Dhautel.) — a Et ta portière 
qui me demande toujours où je 
vais!... Je l'abomine, c'te vieille 
bosco-Ià. » (H. Monnier.) 

BOSSE : Excès de boire et de 
manger. — Allusion à la bosse 
formée par la réplétion du ventre. 

— On trouve bosse dans le Dic- 
tionnaire de Dhautel, 1808. — 
«Douze cents francs, allons-nous 
nous en faire des bosses! » (Vi- 
dal, i832.) 

Se dcmner une bosse de rire : 
rire immodérément. 

BOSSE (rouler sa) : Che- 
miner. 

Nous roulons notre bosse 
Dans un beau carrosse. 

(Decourcelle, i832.) 

BOSSE (tomber sur la) : Tom- 
ber sur quelqu'un, l'attaquer par 
derrière. — jBo55e est ici synonyme 
de dos. — « Je te tombe sur la 
bosse, je te tanne le casaquin. » 
(Paillet.) 

BOSSMAR : Bossu. (Vidocq.) 

— Changement de finale. 

BOSSOIRS : Seins. [— Terme 
de marine. 

BOTTE DE NEUF JOURS : 
Botte percée. Mot à mot : voyant 
le jour par neuf trous. — Jeu de 
mots. 

BOTTER : Convenir : Mot à 
mot : aller comme une botte 
faite à votre pied. — « Alors, si 
vous le permettez, j'aurai l'hon- 
neur de vous envoyer ma voi 
ture à onze heures. — Ça me 
botte. » (Gavarni.) — « Bien que 
peu causeur, je l'avais assez botté 



pour qu'il me contât ses nom- 
breuses campagnes. » (Marx.) 

BOUBANE : Perruque. (Vi- 
docq.) — Du vieux mot bouban ; 
luxe, étalage. 

BOUC : Mari trompé. (Vi- 
docq.) — Allusion de cornes. 

BOUCAN : Vacarme. — De 
bouc. Cet animal querelleur était 
l'emblème des disputes. — « Faire 
boucan : faire un tapage affreux 
en se réjouissant. » (Diiautel, 
1808.) — « Ils vont faire du bou- 
can , et la garde viendra. » (Vi- 
dal.) 

BOUCANADE : Corru] tion à 
prix d'argent d'un juge ou d'un 
témoin. 

Coquer la boucanade : corrom- 
pre. Mot à mot : donner pour 
boire : En Espagne, la bouca- 
nade est une gorgée du vin ren- 
fermé, selon l'usage, dans une 
peau de bouc. 

BOUCANER : Sentir le bouc, 
puer. 

BOUCARD : Boutique. V. 
Batte, Esquinteur. 

BOUCARDIER, B O U- 
C A R N I E R : (c Voleurs dévali- 
sant les boutiques à l'aid:^ d'un 
pé griot ou gamin voleur, qui s'y 
cache à l'heure de la fermeture, 
et qui vient leur ouvrir. » (Gan- 
1er.) 

BOUCHE L'ŒIL : Pièce de 
cinq, dix ou vingt francs dans 
l'argot des filles qui font allu- 
sion à la pantomime de certaines 
enchères. (J. Choux.) 

BOUCHE-TROU : Réd icteur 
ou article dont la prose n'est 
bonne que dans les cas de néces- 



BOU — 53 - 

site absolue. — « S. voyant qu'on 
avait placé très-mal un de ses 
articles dans la Revue, dit au ré- 
dacteur en chef : « En vérité, 
i' monsieur, me prenez- vous yoav 
un bouche-trou. » (Mirecourt, 
. i855.) 

BOUCHE-TROU : Acteur 
I jouant les utilités. 
î BOUCHER : Médecin. (Hal- 
I bert.) — Ce serait plutôt le chi- 
! rurgien. 

I BOUCHER UN TROU : Don- 
i ner un à-compte. (i85j, Alma- 
nacli des Débiteurs.) 

BOUCHON : Bourse. (Vi- 
docq.) — Corruption du mot J30M- 
chon (pochon, poche), qui avait 
la même signification. 

BOUCHON : Qualité, genre. 
Allusion au bouchon cacheté des 
vieux vins. — On a dit par ex- 
tension : Ceci est d'un bouchon, 
comme ceci est d'un bon tonneau. 

BOUCLER : Fermer, — oeil 
fait frisquet. — Bouclez donc la 
lourde, hein. » {Dernier jour d'un 
condamné.) 

Le mot est déjà vieux. « Si de 
mal encontre, n'estoient tous les 
trous fermez, clous (clos) et bou- 
clez, » dit Panurge, au commen- 
cement du chap. IX, livre 3, de 
Pantagruel. (Rabelais.) 

BOUCLER (se faire) : Se faire 
enfermer, emprisonner. ( Ra- 
basse.) 

BOUDER AUX DOMINOS : 

Avoir des dents de moins. (Hal- 
bert.) 

BOUDER A LA qESOGNE : 
Ne pas travailler. 

BOUDER AU FEU : Reculer 
devant l'ennemi. 



BOU 



BOUDIN : Verrou. — Allusion 
à la forme des verrous ronds qui 
ferm.ent les grandes portes. 

BOUDIN : Estomac. — « Puis- 
que tu en avais plein le boudin.» 
(Monselet.) 

BOUDINER : Dessiner sans 
modeler comme il le faudrait, 
faire par exemple des doigts ou 
des bras ronds et unis comme 
des boudins. 

BOUFFARDE : Pipe. — Allu- 
sion aux bouffées de tabac qui 
s'en échappent. 

Je tiens à toi, mon doux tendron, 

Comme un rapin 
A la bouffarde qu'il culotte. 

(Commerson.) 

BOUFFARDER : Fumer. 
(Halbert.) 

BOUFFER : Manger avec ex- 
cès. Mot à mot : se rendre bouffi 
de nourriture. 

BOUGIE : Canne. — Allusion 
de forme. — Elle éclaire aussi la 
marche de ceux qui n'y voient 
pas. 

BOUGIE GRASSE: Chandelle. 
— Ironique. 

BOUGON, BOUGONNE: 

Grognon, grognonne. — On dit 
dans ce dernier sens : madame 
Bougon. Du vieux mot: bouquer, 
gronder. 

Car toujours madame Bougon 

Fait carillon, 

Et le torchon 
Br^le en tout temps dans ma pauvre 
maison. 

{Les vrais Rigolos, alraanach chan- 
tant pour 1869.) 



BOU 

BOUGRE : Mot à noter comme 
ayant perdu sa portée antiphy- 
sique. Ce n'est plus qu'un syno- 
nyme de garçon. On dit : un 
mauvais bougre, un bon bougre. 
— « Lorsque nous aurons ici un 
millier de bons bougres^ nous 
tiendrons la queue de la poêle, » 
(Delahodde, i85o.) — V. Gro- 
gnard. 

BOUGREMENT : Très. - 
Pris en bonne comme en mau- 
vaise part. 

BOUILLANTE : Soupe. 
(Halbert.) — Les soldats donnent 
aussi ce nom à la soupe qu'ils 
mangent deux fois par jour. Rien 
de mieux choisi que cette appel- 
lation dans le temps oîi elle était 
servie dans des gamelles à cinq 
ou six hommes; car celui d'en- 
tre eux qui aurait attendu qu'elle 
refroidît risquait de n'en point 
manger. La soupe est aussi ap- 
pelée mouillante. 

BOUILLON : Restaurant où 
on peut borner sa consommation 
à une tasse de bouillon de 20 
centimes. — « Vous avez mani- 
festé votre horreur pour les éta- 
blissements quevous appelez des 
bouillons. » {A propos des cali- 
cots, 1861.) 

Les bouillons ne datent pas de 
1860. Une vingtaine d'années 
avant, un prédécesseur de Duval 
avait fondé à Paris des bouillons 
hollandais, mais il fut moins 
heureux. 

BOUILLON :« Mot en usage 
dans la librairie pourpeindre une 
opération funeste. » (Balzac.) — 
« Cesont eux qui ont bu le bouil- 
lon que je destinais à mon li- 
braire. Je croyais le ruiner et je 



54 - 



BOU 



re fînan- 
fameux 
erte con- 
808.) — . 
complète 
n parfait 
, 1840.) 
i Bourse, 
> et des 



l'ai enrichi. » (Biogt iphie des 
Quarante, 1826.) 

B O U I L L O N : E> ^mplaires 
non vendus d'un livre: ou d'un 
journal, « — On appelé rendre 
le bouillon, en style de vento, 
rapporter au journal le^ numéros 
qu'on n'a pu vendre, et que l'ad* 
ministration vous reprend. » 
(Vallès, 1866.) 

BOUILLON : Désast 
cier. — « II a bu ui: 
bouillon : il a fait une ; 
sidérable, » (Dhautel, 
a La liquidation fut si 
qu'elle se changea en i: 
bouillon. » (Philippon 
— Le métier est rude à 1 
sans parler des souci 
bouillons. » (Mornand,) 

_ BOUILLON : Pluie torren- 
tielle. — c( Il va tomber lu bouil- 
lon, pour dire une avei'se. » — > 
(Dhautel, 1808.) — « J2 sais ce 
que c'est qu'un bouillon , j'allons 
être inondé. » (Désaugijrs.) 

BOUILLON (boire le) : Mou- 
rir. — Allusion au dernier bouil- 
lon que boit un noyé. — (c Ce 
n'est pas la peine que vous es- 
sayiez de vous sauver, v )us boi- 
rez le bouillon comme nous. » 
(Éclair, 23 juin 1872.) 

BOUILLON AVEUGLE : 
Bouillon sans graisse. Mot ù 
mot : sans yeux. 

BOUILLON D'ONZï HEU- 
RES : Noyade, empoison icment. 

BOUILLON DE CALARD ; 

Eau. 

Jamais mon gosier ne se ir ouille 
Avec du bouillon de canard. (Dalès.) 



BOU 



~ !5 



BOU 



BOUILLON POINTU : Lave- 
ment.— Double allusion à sa ca- 
nule et à son contenu. — « Dieu ! 
qu'est-ce que je sens? — Vapo- 
thicsLirQ. poussant sa pointe .-C'est 
le bouillon pointu. » (Parodie de 
Zaïre.) 

Le meilleur looch et le meilleur topique, 
C'est uu bouillon pointu. (Festeau.) 

BOUILLON POINTU : Coup 
de baïonnette. — « Toi, tes Co- 
saques et tous tes confrères, nous 
te ferons boire un bouillon poin- 
tu. » (Layale, i855.) 

BOUIS ; Fouet. (Halbert.) 

BOUISBOUIS : Marionnette. 
Onomatopée imitant le cri de 
Polichinelle. — « Le véritable 
magicien est celui qui ensecrète 
les bouisbouis. » (Privât d'An- 
glemont.) 

BOUISBOUIS : Petit théâtre, 
tripot. — De bouis : cloaque, 
maison de boue. (Dhautel.) — 
« Le bouis-bouis est le café-con- 
cert qui a pour montre un espa- 
lier de femmes. Le théâtre qui 
en étale est un bouis-bouis. » 
(1861, A. Daunay.) 

M. Th. Gautier écrit bouig- 
bouig. — a Ces tréteaux sans pré- 
tention qu'on nomme des bouigs- 
bouigs dans un nom peu acadé- 
mique maisquifiniraparprendre 
place au Dictionnaire. » (Th. Gau- 
tier.) 

BOUISER : Fouetter. (Hal- 
bert. ) 

BOULANGER : Diable. (Vi- 

docq.) — Ironie de couleur. Il est 
aussi noir que le boulanger est 
blanc, et il met au /owr de l'enfer. 



— Morcau Christophe donne avec 
ce sens la Boulangère. 

BOULANGER : Charbonnier. 

— Ironie de couleur. Le noir est 
mis pour le blanc. 

BOULANGER (remercier son) : 
V. Mourir. — Même allusion que 
dans perdre le goût du pain. V. 
Pipe [casser sa). 

BOULE : Foire, fête (Vidocq.) 

BOULE : Tête. — Elle est ron- 
de comme une boule. — « Vu 
l'épaisseur de ces boules de cam- 
pagnes. » (Balzac.) — « Ils ont 
la boule noire comme de l'encre.» 
(Cogniard, i83i.) — ce Bonne 
boule, n'est-ce pas? figure res- 
pectable. » (L. Reybaud.) — ((Po- 
lissonne de boule, en fais-tu des 
caprices! » (Les Amours de 
Mayeux, i833.) 

BOULE (perdre la) : Perdre la 
tête, devenir fou. (Caillot, 1829.) 

— « Et six cents gredins préten- 
dent changer tout cela avec une 
boule dans une urne! C'est le cas 
de dire qu'ils perdent la boule! » 
(Félix Pyat, 1871.) 

BOULE DE LOTO : Œil sail- 
lant et rond, comme une boule 
de loto. 

BOULE DE NEIGE : Nègre. 

— Ironie de couleur. 

BOULE DE SON : Figure ta- 
chée de rousseurs, qui sont ap- 
lées aussi taches de son. 

BOULE DE SON : Pain de 
munition. — Il contenait autre- 
fois beaucoup de son. 

BOULE JAUNE : Potiron. (Co- 
lombey.) 
BOULENDOS : Bossu. (Vi- 



BOU 



- 56 



BOU 



docq.) — Il semble avoir une 
boule dans le dos. 

BOULER : Refuser. — Même 
étymologie que Blackbouler. 

« Le marquis : Ne m'en parle 
plus... je l'ai boulé avec perte; 
tu seras la femme d'Oscar. 

Yseult : Mon père, je connais 
mes devoirs, j'obéirai; l'un ou 
l'autre, ça m'est bien égal. » (Mar- 
quet.) 

BOULER : Battre. Mot à mot : 
Faire rouler son adversaire com- 
me une boule. 

Si tu dis mot, j' te boule. 

{Chansons, Avignon, i8i3.) 

BOULET : Personne dont on 
ne peut se débarrasser. — Allu- 
sion au boulet traîné par les mi- 
litaires. — « Bal à la Renaissance 
ce soir. Lâche ton boulet! » Ga- 
varni.) 

BOULET A QUEUE : Melon. 

(Vidocq.) 

BOULETTE : Petite faute. Un 
peu plus grave, elle devient une 
brioche. On appelle sale pâtis- 
sier, un homme peu soigneux ou 
tripotant des affaires véreuses. La 
pâtisserie est-elle redevable de ces 
acceptions aux soins minutieux 
qu'exige son exercice? En ce cas, 
il faut sous-entendre mauvaise 
avec brioche et boulette. V. Brio- 
che. — ce Faut croire que j'ai 
lâché quelque boulette. » (Fré- 
my.)— « Enfin, un quaker l'a prise 
en pitié, et dit : Fille, tu as fait 
une boulette. » (M. Alhoy.) 

BOULEVARDIER : Homme 
qu'on rencontre tous les jours 
flânant sur les boulevards, du 
faubourg Montmartre au Grand- 
Hôtel. — « Vous connaissez W.? 



un long sec, un boulevnrdier 
fini. » {Figaro j 1867.) 

BOULEVARDIERE : Femme 
galante fréquentant les boule- 
vards. En juillet 1872, la Liberté 
signale vertueusement la « tolé- 
rance dont on continue d'user à 
l'égard des boulevardières, deve- 
nues aussi nombreuses qi e les 
bocks et les sorbets du soir. » 

BOULINE : Collecte. — c Les 
truqueurs des foires de v liage 
font ce qu'ils nomment une bou^ 
linCy c'est-à-dire une collecta en- 
tre eux, et ils chargent un jom- 
père de distraire le survei lant, 
de l'emmener à l'écart, de Tinvi- 
ter et de le griser. Alors malheur 
aux pauvres pétrousquins (j arti- 
culiers)qui s'aventurent à jouer! 
ils sont rançonnés sans merci. » 
(Privât d'Anglemont.) 

BOULINER : Faire un trou ou 
boulin à la muraille. (Vidocq). — 
— De boulinoire. 

BOULINER : Voler en b luli- 
nant. (Halbert.) 

BOULINER : Déchirer (Icam.) 

BOULINOIRE : Vilebrequin. 
(Vidocq.) — Allusion à son laou- 
vement circulaire et peut-être 
aussi à la boule de bois de sa 
poignée. 

BOULON (vol au) : a II est 
commis aux étalages de dentelles 
en les attirant à l'aide d'une trin- 
gle à crochet passée par un trou 
de boulon de la devanture. 1 Ra- 
basse.) 

BOULOTTER : Vivre à r;.ise. 
Diminutif de bouler : rouler 
comme une boule. Bouk tter 
l'existence : rouler sans pi;ine 



BOU 






BOU 



dans la vie. — « Ils boulottaient 
l'existence, sans chagrin de la 
veille, sans souci du lendemain. » 
(De Lynol.) — « Pourvu que nous 
ayons de quoi boulotter tout 
doucement, je serai content. » 
(Friès.) 

BOULOTTER : Être en bonne 
santé. — Même image dans ça 
roule. V. Rouler. 

BOULOTTER î Prospe'rer, 
fructifier, s'arrondir. — « Voilà 
deux cent mille francs qui ne 
rapporteront rien... Il resterait 
donc cent mille francs à faire 
boulotter. » (Balzac.) 

BOULOTTER : Assister. (Vi- 
docq.) 

BOULOTTER : Manger. (Hal- 
bert, Rabasse.) 

BOUM : Cri par lequel le gar- 
çon de café annonce qu'il a en- 
tendu l'ordre du consommateur. 
— « Ces satanés garçons! Avez- 
vous remarqué quel sourire nar- 
quois ils ont presque toujours 
sur les lèvres lorsqu'ils toisent la 
pratique et surtout l'habitué ! Va, 
mon bon homme, ont-ils l'air de 
dire... abrutis-toi dans cette at- 
mosphère délétère d'alcool et de 
tabac. Prépare -toi une précoce 
vieillesse... Versez... Boum!... 
Ce boum! lui-même n'est-il pas 
une ironie? Boum! c'est comme 
la parodie du bruit du canon. 
Boum ! cela fait penser aux grands 
carnages. Boum! boum! Défiez- 
vous... Le café, c'est le tueur en 
détail! » (P. Véron.) 

BOUQUINE : Barbe poussant 
sous le menton comme celle du 
bouc. Une mazarinade de 1649 
{l'Illustre barbe) fait un crime 



y 

au cardinal de sa barbe bouc- 
quine. 

BOURDON : Prostitué. (Hal- 
bert.) 

BOURGEOIS : Bourg. (Idem.) 

BOURGEOIS : « Les grands 
seigneurs, si toutefois vous vou- 
lez bien en reconnaître, compren- 
nent dans cette qualification de 
bourgeois toutes les petites gens 
qui ne sont pas nés. — Le bour- 
geois du campagnard, c'est l'ha- 
bitant des villes. — L'ouvrier qui 
habite la ville n'en connaît qu'un 
seul : le bourgeois de l'atelier, 
son maître, son patron. — Le 
bourgeois du cocher de fiacre y 
c'est tout individu qui entre dans 
sa voiture. Chez les artistes, le 
mot bourgeois est une injure, et 
la plus grossière que puisse ren- 
fermer le vocabulaire de l'atelier. 
Le bourgeois du troupier, c'est 
tout ce qui ne porte pas l'uni- 
forme. Quant au bourgeois pro- 
prement dit, il se traduit par un 
homme qui possède trois ou qua- 
tre bonnes mille livres de rente. » 
(Monnier, 1840.) 

BOURLINGUER : Avanceravec 
peine dans la vie, se remuer sur 
place. Ce terme vient de la ma- 
rine où un bâtiment bourlingue 
lorsqu'il lutte inutilement contre 
la grosse mer. — « Dans ce pays 
que j'ai sillonné dans tous les 
sens, où j'ai bourlingué déjà pen- 
dant dix ans. » (A. Lecomte, 61.) 

BOURRICHON (se monter, se 
charpenter le) : S'illusionner, se 
monter la tête. — a As-tu fini ? 
Des nerfs ! Est-ce à ton âge qu'on 
se charpente le bourrichon. » 
(Monselet.) — « Sylvia :Tu ne te 
montes pas facilement le bour- 



BÔU 



- 58 



BOU 



richon, mon chéri . — Dorante : 
Pas si pante. » (L. de Neuville.) 

BOURRIER : Ordure, fumier. 
— Vieux mot. — «Je ne suis qu'un 
bourrier de la rue. » (Balzac.) 

BOURRIQUE (tourner en) : 
Abrutir. — « C'est ce gueux de 
Cabrion qui l'abrutit... Il le fera 
bien sûr tourner en bourrique. » 
(E. Sue.) 

BOURSICOTER : Jouer à la 
Bourse. — Se dit aussi pour : 
amasser une petite somme, un 
boursicaut. 

BOURSICOTEUR, BOURSI- 
COTIER, BOURSIER : Homme 
qui joue à la Bourse. — « Bour- 
sier hardi, coulissier intrépide.» 
(Festeau.) — « L'esprit est inu- 
tile à un boursicotier; de cœur, 
il n'en faut pas du tout ; d'argent, 
on peut s'en passer au besoin; 
mais ce qu'il lui faut surtout et 
avant tout, c'estde l'audace, beau- 
coup d'audace et une certaine 
habileté de calculs et d'intrigues 
qui lui assure toujours un gain, 
même lorsque des événements 
imprévus peuvent lui faire subir 
une perte. » (Boursicotiérisme.) 

BOURSICQTIÉRISME : « Le 
boursicotiérisme est l'art de 
jouer, de parier, de spéculer en 
Bourse, quelquefois sans argent, 
comme sans probité; en d'autres 
termes, le boursicotiérisme est 
l'art de surprendre habituelle- 
ment le bien d'autrui par un en- 
semble de moyens non prévus par 
la loi ou insaisissables à la jus- 
tice. » (Idem.) 

BOUSCAILLE : Boue. (Vi- 
docq.) Addition de finale. 

BOUSCAILLEUR : Balayeur. 



BOUSIN : Tapage. 

Quand on entend le refrain 

D'un infernal bousin, 
Cent fois pis que le sabbat. 

[Chanson des canoti:rs.) 

BOUSIN : Maison mal i'aroée, 
lieu de débauche. Mot à mot : 
maison de bouse ou de bciie. — 
« Cette maison est un vrai bou- 
sin; pour dire qu'elle es: mal 
gouvernée et que chacun y est 
maître. » (Dhautel, 1808.) 

BOUSINER : Faire du t:.page. 
du bousin. 

BOUSINEUR : Tapageur, fai- 
seur de bousin. — « Est-or bou- 
sineur dans ce bahut-ci i — Pas 
trop; le sous-directeur est s ivère! 

— Ça m' l'enfonce... » {Les Insti- 
tutions de Paris, i858.) 

BOUSSOLE : Cerveau. — Il 
dirige l'homme comme la bous- 
sole dirige le navire : « J'ai ça dans 
la boussole. Ainsi ne m'en parlez 
plus. » (Vidal, i833.) 

Perdre la boussole : Devenir 
fou. 

BOUSSOLE DE REFROIDI : 
Fromage de Hollande, dite tête 
de mort. (Vidocq.) — Allusion à 
la boule formée par ce fror lage. 

— On dit aussi : boussole de 
singe. 

BOUTANGE : Boutique. (Hal- 
bert.). — Changement de finale* 

BOUT D'HOMME : Tout petit 
homme. On dit aussi bout de 
c— 1. (J. Choux.) 

BOUTEILLE : Latrines. Ter- 
me de marine. 

BOUTERNE : « La bouierne 
est une boîte vitrée où son: ex- 



BOU - 59 

posés, aux foires de villages, les 
bijoux destinés aux joueurs que 
la chance favorise. Le jeu se fait 
au moyen de huit dés pipés. Il est 
tenu par une bouternière qui est 
le plus souvent une femme de 
voleur. » (Vidocq.) 

BOUTERNIER : V. ci-dessus. 

BOUTIQUE : » Ce n'est pas 
une chose, c'est un esprit de né- 
goce, de profits troubles et de 
soigneuses affaires, qui ne recule 
devant rien pour arriver à un 
gain quelconque. Il y a la bou- 
tique industrielle, comme la bou- 
tique scientifique, artistique et 
littéraire. » (A. Luchet.) 

BOUTIQUE : Maison mal te- 
nue, établissement mal adminis- 
tré. — « Quelquefois le piocheur 
employé menace de quitter la 
baraque ou la boutique. On le 
retient, on le décore. » (Balzac, 
1842.) 

BOUTIQUE : Ne se prend pas 
toujours en si mauvaise part que 
dans l'exemple précédent, et si- 
gnifie simplement la maison, l'ad- 
ministration, le parti. — « Le 
portier est la cheville ouvrière 
de la boutique, comme on ap- 
pelle le théâtre en termed'argot. » 
(De Jallais, 1854.) — « Dans la 
polémique politique, il y a deux 
grandes divisions : la polémique 
de drapeau (de boutique en style 
plus familier) et la polémique 
individuelle. « (Joliet, 1860.) 

Il est de la boutique : Il fait 
partie de la maison, de l'admi- 
nistration ou de la coterie. 

On dit d'une femme qui, en 
tombant, a laissé voir trop de 
choses, qu'elle a montré toute sa 
boutique. (Dhautel, i8o8.) 



- BOY 

BOUTIQUER ; Fagoter, mal 

faire. 

BOUTIQUIER : Homme à 

idées rétrécies, parcimonieuses. 

BOUTOGUE: Boutique. (Vid.) 

BOUTON : Pièce de 20 francs. 
(Colombey. ) — Allusion de forme 
et de couleur. 

BOUTONNER : S'abstenir de 
ponter au lansquenet. Mot à mot: 
boutonner sa bourse. — a Si la 
ponte boutonne et ne s'allume 
pas, il faut que le banquier flatte, 
chatouille, étrille. » (Alyge.) 

BOUZINGOT : « A la révolu- 
tion de Juillet, les romantiques 
se divisèrent en bouzingots et 
en jeunes-France. Les premiers 
adoptèrent l'habit de convention- 
nel, le gilet à la Marat et les che- 
veux à la Robespierre; ils s'ar- 
mèrent de gourdins énormes, se 
coiffèrent de chapeaux de cuir 
bouilli. » (Privât d'Anglemont.) 

— Du mot bousineur, tapageur. 

— Le bouzingot voulait bousiner 
le régime de i83o. 

Par extension, on a donné en- 
suite le nom de boupngot à tout 
homme turbulent en actes et en 
paroles. — « Décidément ce pein- 
tre est un mauvais sujet, un 
mal-appris, un bouzingot. » (A. 
Achard.) 

BOX : Stalle d'écurie. — An- 
glicanisme . — « Ces écuries étaient 
organisées à l'anglaise avec des 
boxes fort confortables. » Mon- 
tépin.) 

BOXON : V. Boc. 
BOYE : Gardien. (Rabasse.) 
BOYE : Le forçat qui fait au 
bagne l'office de bourreau, est le 



13 RA 



^ 60 



BRE 



boye. (M. du Camp.) — Vieux 
mot. — Rabelais conte dans le 
voyage de Pantagruel en l'île 
des Papefigues, comment ceux 
qui ne voulaient pas prendre la 
figue au derrière de la mule 
étaient pendus. Les autres, do- 
minés par la peur, tirent la figue 
et la montrent a au boye, disant 
ecco lo fico. » 

BRAG : Nom. (Grandval.) 

BRAILLARDE : Caleçon (Hal- 
bert.) Ce sont nos anciennes 
braies. Débrailler est resté dans 
la langue régulière. 

BRAISE : Argent. — Allusion 
à sa destination de première uti- 
lité. Sans braise, on ne peut 
faire bouillir la marmite. — « Pas 
plus de braise que dans mon œil.» 
(Mornand.) V. Bille. 

Dans son Père Duchêne, Hé- 
bert appelle l 'argent de sa sub- 
vention la braise nécessaire pour 
chauffer son fourneau. (Vieux 
Cordelier, éd. de 1842, p. ii5.) 

BRANCARD (vieux) : Vieille 
femme galante. — Allusion aux 
chevaux de selle réformés, qu'on 
met au brancard comme chevaux 
de trait. 

BRANCHE : Ami aussi atta- 
ché qu'une branche à l'arbre. — 
« Allons, Panaris, le dernier 
coup, ma vieille branche! » (J. 
Moinaux.) 

BRANCHER : Pendre. (Vi- 
docq.) Mot à mot : accrocher à 
la branche. 

BRANDILLANTE : Sonnette. 
(Vidocq.) Allusion au battant qui 
brandille. 

BRANQUE : Ane. (Vidocq. — 



Onomatopée imitant le cri de 
l'âne. 

BRAS, BRASSE : Grand, 
grande. (Halbert.) 

BRASER DES FAFI ES : Fa- 
briquer de faux papiers. (Colom- 
bey.) 

BRASSET : Gros. (Idem.) 

BRAVE : Cordonnier. — Dans 
une conférence donnée à Meaux, 
M. Guénin a donné l'origine du 
mot : — « C'était à l'époque de 
la Ligue. Henri de Navarre as- 
siégeait Paris. La popul ition ou- 
vrière venait de passer jn masse 
aux Guise, mais les corionniers, 
indignés des récents laassacres 
de la Saint- Barthélémy, refu- 
sèrent de se joindre aux ligueurs. 
Henri, apprenantce refus, s'écria: 
« Les cordonniers sont des bra- 
ves! » {Le National, 18 )9.) 

BREDA- STREET (Jame ou 
habitante de) : Femme galante. 
— Anglicanisme. — VAûe en 
même temps que la ruj Notre- 
Dame-de-Lorette, la rue Breda 
avait, pour la même cause, donné 
son nom aux lorettes eu quar- 
tier. « En revanche, nous avons 
Breda-street, le berceau de la lo- 
rette. » (Pélin.) V. Lorttte. 

BREDOCHE : Liard, centime. 
(Colombey.) 

BRELOQUE : Pendule. (Vi- 
docq.) — Harmonie imitant le 
bruit du balancier. 

BRELOQUE (battre 1 1) : Dé- 
raisonner. Allusion aux sons bri- 
sés de la batterie de tambour 
dite breloque, qui est pa ticuliè- 
rement saccadée. — a Ciel ! papa 
bat la breloque. » {Rien:{ , 1826.) 



ÊRI 



- 6i - 



BRÎ 



BRÈMES : Cartes à jouer. 
(Grandval.) — Allusion à la brè- 
me, poisson blanc, plat et court 

Maquiller la brème : Jouer aux 
cartes, travailler la carte. 

Persévérez toujours en maquillant la 
brème, 

Maquillez-la sans cesse et la rema- 
quillez. (Alyge, 1854.) 

BRÈME DE PACQUELINS : 
Carte géographique. Mot à mot : 
carte de pays. (V.) 

BRÉMEUR: Joueur. (Rabasse.) 

BREMMIER : Fabricant de 
cartes. (V.) 

BRENICLE : Non. (Halbert.) 
— Pour bernique. 

BRÉSILIEN : Personnage se- 
mant l'or à pleines mains. Ce 
terme a remplacé celui de nabab, 
depuis la vogue d'une pièce du 
Palais-Royal. — « Un étranger 
qui a réalisé le type de Brésilien 
rêvé par les auteurs dramati- 
ques. » (F. de Rodays, 1875.) 

BRIC-A-BRAC : Marchandises 
d'occasion, objets antiques. — 
a Ces travaux, chefs-d'œuvre de 
la pensée, compris depuis peu 
dans ce mot populaire, le bric-à- 
brac. » (Balzac.) 

Bric-à-brac : Commerce du 
bric-à brac. — « Le fait est qu'au- 
jourd'hui le bric-à-brac est une 
industrie formidable, que le gros 
marchand de bric-à-brac possède 
jusqu'à 5oo,ooo francs de mar- 
chandises. » (Roqueplan, 1841.) 

Bric-à-brac : Marchand de 
bric-à-brac. — « Ce voleur de 
bric-à-brac ne voulait me don- 
ner que quatre livres dix sous. » 
(Gavarni.) 



BRICABRACOLOGIE î 

Science du bric-à-brac. — Re- 
marquons en passant qu'une in- 
finité de mots sont fabriqués tous 
les jours par le même procédé 
que ce laborieux néologisme. — 
(( Sans célébrité dans la bricabra- 
cologie. » (Balzac.) 

BRICARD : Escalier. (Hal- 
bert.) 

BRICOLE : Petit travail mal 
rétribué. 

BRICOLER : « M. Jannier bri- 
colait à la Halle, c'est-à-dire qu'il 
y faisait à peu près tout ce qu'on 
voulait. » (Privât d'Anglemont.) 
— De bricole : harnais qui fait 
de Thomme une sorte de cheval 
bon à tout traîner. 

BRICOLER : Faire effort. Mot 
à mot : donner un coup de bri- 
cole. — « Et bricolons tout plus 
vite que ça, car j'ai les pieds dans 
l'huile bouillante. » (Balzac.) 

BRICOLEUR : « Les bricoleurs 
sont des gens actifs, entrepre- 
nants, hardis, qui ne reculent 
devant aucun travail, qui s'of- 
frent pour tout faire. » (Privât 
d'Anglemont.) 

BRICULE : Officier de paix. 
(Halbert.) 

BRIDE : Chaîne de montre. 
V. Bobe. 

BRIDE : Chaîne de forçat. 

BRIDER : Fermer (Vidocq.) 

BRIDER : Ferrer un forçat. 
(Colombey.; 

BRIDON : Méchant. — a Le toc 
est un bridon de gaye, méchant 
cheval qui a une pogne esquin- 
tante. » (Rabasse.) 

4 



BRI 



- 62 - 



BRI 



BRIE. — Fromage de Brie. — 
« Un morceau du brie le plus 
gras de la boutique de la frui- 
tière. » (Ricard.) 

BRIGADIER : Gindre, pre- 
mier garçon boulanger. Il fait le 
four et remplit les fonctions de 
contre-maître. (Vinçard.) — Ainsi 
nommé à cause de ses trois aides 
qui forment la brigade. 

BRIGAND : Mot d'amitié. — 
Henri Monnier fait dire tendre- 
ment par une fille à son clieyit : 
— « T'as chauffé l'four, pas vrai, 
brigand ? Tes n'en ribote ?... J'con- 
nais ça; vu qu'ça m'arrive en- 
core pus souvent qu'à mon tour.» 
(La nuit dans le bouge.) 

BRIMADE : Épreuve vexatoire 
infligée aux nouveaux de l'École 
Saint-Cyr. — « Point de ces bri- 
mades, qui ont longtemps dés- 
honoré Saint-Cyr. » (La Bédol- 
lière.) 

BRIMER : Donner une bri- 
made. 

BRIMEUR : Faiseur de bri- 
mades. — Dans le Dictionnaire 
Blesquin, de i6i8, Brimare si- 
gnifie bourreau. 

BRINDEZINGUES (être dans 
les) : Être ivre. Mot à mot : avoir 
trop bu à la santé des autres. — 
« Tiens, toi, t'es déjà dans les 
brindezingues. » (Vadé, 1756.) — 
Ce termevient du vieux mot brin- 
de : toast. — a Ces grands hommes 
firent tant de brindes à vostre 
santé et à la nostre, qu'ils en pis- 
sèrent plus de dix fois. » {Lettre 
curieuse envoyée au cardinal Ma- 
:^arinpar ses nièces. Paris, i65 1 .) 

BRINGUE : Femme de mau- 
vaise tournure. — « Allez trouver 



votre grande bringue de femme. » 
(Balzac.) 

BRINGUE (mettre en) : Bri- 
ser, mettre en morceau c. — Ces 
deux acceptions du moi bringue 
sont déjà en 1808 dans le dic- 
tionnaire de Dhautel. 

BRIQMANN : Sabre de cava- , 
lier. (Halbert.) — C'est Briquet, 
avec changement de finale. 

BRIQMONT : Sabre c'infante- 
rie. (Idem.) Même origine. 

BRIO :« Le brio, mot i: alien in- 
traduisable, est le caractère des 
premières œuvres. C'est le fruit 
de la pétulance et de 1 1 fougue 
intrépide, du talent jeune, pétu- 
lant, qui se retrouve plus tard 
danscertaines heures hei, reuses.» 
(Balzac.) — « Le théâtre qui avait 
vu le luxe et le brio de ses pre- 
mières années. » {Physiologie du 
théâtre, 1841.) 

BRIOCHE : Acte sot eu mala- 
droit. V. Boulette. — « Ei vous al- 
liez me faire faire une so.tise,une 
brioche, une boulette, d (1826, 
Ancien Figaro.) 

M. Quitard donne à ce terme 
une origine historique : 

Faire une brioche : « C'est faire une 
faute en musique, et par extension en 
quelque chose que ce soit, (^eite ex- 
pression fut introduite à l'époque de 
la fondation de l'Opéra en France. Les 
musiciens attachés à ce théâtre avaient 
imaginé de condamner à un-; amende 
pécuniaire celui d'entre eux qui man- 
querait aux règles de l'har nonie en 
exécutant sa partition, et le p oduit des 
amendes était destiné à l'acl at d'une 
brioche qu'ils devaient manger ensem- 
ble dans une réunion où les amendés 
figuraient ayant chacun u le petite 
image de ce gâteau suspen lue à la 
boutonnière en guise de dccoration. 



BRI 



- 63 



BRO 



Un tel usage ne fut pas jugé propre à 
les rendre moins fautifs dans leur art, 
et le grand nombre de repas qu'il 
amena ne fit pas concevoir une haute 
idée de leur talent. Bientôt ils se virent 
exposés à la raillerie du public, qui 
prit le mot de brioche pour synonyme 
de faute, bévue; et l'amour-propre 
alors l'emportant sur la friandise, ils 
décidèrent qu'ils pourraient faire dé- 
sormais autant de brioches qu'ils vou- 
draient sans être obligés d'en payer au- 
cune. » (Dict. des proverbes.) 

BRIOLET : Piquette. Mot à 
mot : petit vin de Brie. — C'était 
le Suresnes d'autrefois. — « C'est 
du vin de Brie, il fait danser 
les chèvres, pour dire c'est du 
vin acre, dur, du casse-poitrine.» 
(Caillot, 1829.) 

BRISACQ.UE : Bruit, homme 
bruyant. — « Vous voulez faire 
du brisacque ici. Vous êtes un 
fameux pistolet encore. » (Mon- 
selet.) 

BRISANT : Vent. (Vidocq.) 
Augmentatif de brise. 

BRISCARD : Vieux soldat à 
chevrons (brisques). — « Per- 
mettez-vous à un ancien, un vieux 
briscard de spahis, une petite 
critique ? » ( Vie parisienne, 1 86 1 . ) 

BRISER (se la) : Fuir. — Abré- 
viation de briser la politesse (par- 
tir sans prendre congé). — « Dans 
le beau monde, on ne dit pas : 
je me la casse, je me la brise. » 
(Labiche.) V. Trumeau, Rigolo. 

BRISER, BRISEUR, BRI- 
SURE : « Les briseurs sont tous 
Auvergnats et se prétendent com- 
merçants. Ils s'entendent pour 
inspirer la confiance à des fabri- 
cants qu'ils trompent pour une 
grosse somme, après leur en 
avoir payé plusieurs petites. Les 



marchandises brisées sont reven- 
dues à 40 pour 100 de perte, et 
le produit de la brisure est placé 
en Auvergne. » (Vidocq.) — Le 
briseur est ainsi nommé parce 
qu'il se la brise dès qu'il a fait 
son coup. 

BRISQUE : Galon indiquant 
le grade ou l'ancienneté dans 
l'armée. — Un fourrier a quatre 
brisques sur les manches. — Une 
vieille brisque est le synonyme de 
un vieux briscard. •— « Ces vieux 
sous-officiers à brisques qui nous 
dressaient à la discipline. » (St- 
Genest, 1875.) 

BRISQUES : As et figures du 
jeu de cartes. Ce sont les gradés 
de l'armée des cartes 

BROBÈCHE : Liard, centime. 
(Colombey.) 

BROC : Liard. (Grandval.) 

BROCANTE : Objet sans va- 
leur. 

BROCANTE : Troc de mar- 
chandises de hasard. — « Je vais 
faire des brocantes. » (Balzac.) 

BROCHET : Souteneur. — 
Encore un nom de poisson. Nous 
en verrons bien d'autres. V. Mac. 
— a Les brochets sont aujour- 
d'hui fort connus par la police. » 
(Stamir, 1867.) 

BRODANCHER : Broder. (Vi- 
docq.) Changement de finale. 
V. Ravignolé. 

BRODER : Écrire. (Idem.) Al- 
lusion au va-et-vient de la plume. 

BRODEUR : Écrivain. (Idem.) 

BROQUILLE : Chose sans va- 
leur. (Halbert.) Mot à mot : ne 
valant pas plus d'un broc. 



BRO — 64 

Bague. (Hal 



BRU 



BROQUILLE 

bert.) 

BROQUILLE : Minute. (Ce di- 
minutif du vieux mot broqiie (pe- 
tit clou, broche) fait sans doute 
allusion au petit signe indiquant 
la minute sur un cadran. 

BROQUILLEUR : Voleur 
ayant pour spécialité de voler les 
bijoutiers en substituant du strass 
au diamant (Colombey.) — Le 
strass n'est qu'une broqiiille. 

BROSSE : Formule négative 
qui veut dire : non, rien. — 
« Brosse pour lui ! Zut pour lui ! 
Fallait pas qu'y liche. » (A. Da- 
lès.) 

Dès 1808, on disait : Ça fait 
brosse, pour : Rien pour toi! 
tout est brossé. (Dhautel.) — 
Une caricature de Machereau, 
publiée en i83o, porte cette le'- 
gende : a Linge sale de M. de 
Bourmont. Clinge sale-là, père 
±scobard, y f chausserait bien; 
mais ça f fait brosse, y sera 
trop beau pour nos blessures. » 

BROSSÉE : Grêle de coups, 
défaite. — a Les Turcs ont reçu 
une brossée. » (Ricard.) 

BROSSER : Battre. Mot à mot: 
brosser de coups. 

BROSSER LE VENTRE (se) : 
Se passer de manger. Mot à mot : 
se brosser le ventre pour lui faire 
oublier l'heure du repas. — « Le 
régiment a pris le café ce matin, 
mais le colonel s'est brossé le 
ventre. » {Commentaires de Lo- 
riot.) — « Et nous autres? Ah! 
nous autres, nous nous brossons 
le ventre. » (Sarcey.) 

Pris souvent au figuré pour se 
passer de n'importe quoi. — 



« Vous brosser le vent e faute 
d'un éditeur. » (Comme son.) 

On dit plus simplenent se 
brosser. — « On dit qu'il espère 
avoir la croix... il sera forcé, 
cette année, de se brosser la bou- 
tonnière. » (1866, Vie pari- 
sienne.) 

BROUÉE : Correction. (Hal- 
bert.) Mot à mot : action de 
broyer. 

BROUILLARD (être d ms le): 
avoir l'œil troublé par 1 ivresse. 

BROUILLARD (Chasser le) : 
Boire un verre d'eau-de--v ie dont 
la chaleur combat, dit-)n, les 
mauvais effets de l'humi iité. 

On dit tuer le ver par in mo- 
tif analogue; l'alcool pris à jeun 
passe pour causer de vivjs con- 
trariétés aux helminthes et aux 
ascarides vermiculaires. 

Ces deux termes peuvent être 
considérés comme une £llusion 
ironique aux prétextes hygiéni- 
ques des buveurs d'alcool. 

-BROUILLÉ AVEC LE DIREC- 
TEUR DE LA MONNAIE (être)ï 
Être sans argent. — L'ire nie n'a 
pas besoin d'explication. 

BROUSSAILLE (chevei x en) : 
Cheveux hérissés, mêlés comme 
les branches d'une brou isaille. 

BROUTA : Discours. —^ Du 
nom d'un professeur de l'École 
de Saint-Cyr, doué d'une certaine 
facilité d'élocution. Ce qvi a fait 
le verbe broutasser : discourir, et 
le substantif broutasscur, iiscou- 
reur. 

BRUCE : Serrurier. Di vieux 
mot bruger : frapper, heurter. 
La même allusion se retrouve 
dans tape dur. 



BRU 



— 65 - 



BRU 



BRUGERIE : Serrurerie. 
Jdem.) 

BRULAGE : De'confiture. — 
« C'est un brûlage général. » 
(Balzac.) 

BRULE-GUEULE : Pipe dont 
le tuyau écourté brûle les lèvres 
du fumeur. — « Ils ont un brûle- 
gueule à la bouche qui, en leur 
enfumant toute la figure, leur 
procure une haleine insuppor- 
table. » {Caricatures politiques, 
an VI.) « Une de ces pipes cour- 
tes et noires dites brûle-gueule. » 
(Banville.) 

BRÛLÉ : Fini. — « Comment 
sommes-nous avec le boulanger? 

— M'sieur, le boulanger est brûlé, 
il demande un à-compte. » 
(Champfleury.) C'est-à-dire : le 
boulanger est brûlé comme cré- 
diteur. 

BRÛLÉ : Démasqué. — « Le 
grec brûlé prend son parti leste- 
ment, et va, sous un autre nom 
nobiliaire, se faire pendre ail- 
leurs. » (Mornand.) 

BRÛLÉE : Correction plus 
forte que la brossée. Elle brûle 
celui qui en porte les marques. 

BRULER : « Messieurs, j'en 
brûle huit! Traduction : mes- 
sieurs, je retire du jeu les huit 
premières cartes qui par consé- 
quent ne serviront pas. » (Ca- 
vaillé.) 

BRULER : Se dit d'un cocher 
qui en dépasse un autre. 

BRULER : Être tout près de 
deviner la vérité qu'on cherche. 

— a Olivier. Ah ! je crois que je 
brûle, comme on dit aux petits 
jeux. Est-ce que M. de Nanjac... 



— Su^^cmtie. Vous rêvez. » (Du- 
mas fils, le Demi-Monde.) 

BRULER LE PÉGRIOT : 

Effacer la trace d'un vol. (Hal- 
bert.) 

BRULER LA POLITESSE : 
S'esquiver sans faire la politesse 
d'un adieu. — a Quand il nous 
met à l'ombre, c'est que nous 
avons brûlé la politesse à la con- 
signe. » (J. Arago, i838.) 

BRULER UNE (en) : Fumer. 
Mot à mot : brûler le tabac d'une 
pipe. 

BRULOT : Mélange de sucre 
et d'eau-de-vie brûlée. — « Au 
café, c'est avec bonheur qu'ils 
cassent les tasses où ils allument 
leur brûlot quotidien. » (R. de 
La Barre.) 

BRULER LES PLANCHES : 
Jouer avec beaucoup de feu. Ne 
se dit qu'au théâtre. — « M^i* Be- 
retta brûle les planches de l'Opé- 
ra. » (De Boigne, 1857.) 

BRULEUR DE PLANCHES : 
Acteur jouant avec feu. — « Le- 
ménil était ce qu'on appelle en 
argot de coulisses, un brûleur de 
planches. » (P. Véron.) 

BRUTAL : Canon. — Allusion 
au grondement de son tir. — 
« As-tu entendu ronfler le 'oru- 
tal? » (Dhautel.) — « Une déto- 
nation se fit entendre. — Tiens, 
dit Pierre, voilà déjà le brutal 
qui chante. » (Ricard.) V. Invalo. 

BRUTIUM : Elevé du prytanée 
de la Flèche. C'est aussi le pry- 
tanée lui-même. — Latinisme dont 
l'origine nous est inconnue. Voir 
Volaille: 

BRUTUS : Bretagne (Halbert.) 



BUE 



- 66 — 



BUT 



Changement de deux voyelles. 

BU : Complètement ivre. Mot 
à mot : imbibé de boisson. — Au 
moyen âge on disait, sans abré- 
ger, oultrebeu (outrebu), — « Le 
pochard n'est pas encore un hom- 
me complètement bu. » (Ladi- 
mir, 1845.) — a C'est pas gentil, 
que j'dis, c'que tu fais là, d'au- 
tant qu't'es pas bu. » (H. Mon- 
nier.) 

BUCÉPHALE : Cheval bon ou 
mauvais. Allusion ironique au 
cheval d'Alexandre. — « Bucé- 
phale, le cheval d'Alexandre, dont 
le nom nous sert à désigner les 
chevaux de parade, et aussi, par 
ironie, ceux qu'on appelle vul- 
gairement des rosses. » (Rozan.) 

BUCHE (temps de):V. Pioche. 

BUCHE PLOMBANTE : Allu- 
mette chimique. (Vidocq.) Mot à 
mot : brin de bois sentant mau- 
vais. — Bûche est dit par ironie. 
V. Plomber. 

BUCHER : Travailler. —Du 
vieux mot buscher : fendre du 
bois. — a Moïse est un fameux 
travailleur; il bûche comme 
quatre à lui tout seul. » (M. Per- 
rin.) 

BUCHER : Battre. (Dhautel.) 

r vient pour me bûcher : 
Moi, je r fais trébucher. 

{Chansons^ Avignon, 181 3.) 

BUCHERIE : Combat, lutte 
acharnée. 

BUCHEUR : Travailleur as- 
sidu, bûchant avec amour. 

BUEN-RETIRO : Endroit pro- 
pice, et quelquefois par ironie : 



lieux d'aisances. Mot à mot ; 
bonne retraite. Ibérisme. 

Sous l'empire d'un p'tit malaise 

Je cherchais, pour me mettre a l'aise, 

Un certain buen-retiro. (Tantôt.) 

BUQ.UER : Voler dans une 
boutique en demandant de hi 
monnaie- (Vidocq.) 

BUREAU ARABE : En Afri- 
que, du vin avec du sucre s'appelle 
un état-major. De l'absintlie mê- 
lée avec de l'orgeat, s'appelle : 
un bureau arabe. 

BURLIN : Bureau. — Change- 
ment de finale. V. Parrain. 

BUSARD, BUSE, BUS ON : 
Inintelligent, obtus, com ne la 
buse qui est le plus couard des 
oiseaux de proie. — « Et il ne 
sera pas béotien et buson ccmme 
toi. » (Ricard.) 

BUSTINGUE : Hôtel i;arni. 
(Halbert.) 

BUTE, BUTTE : Guinotine.— 
Elle butte les gens. — « Tu n'es 
qu'un lâche. Avec toi, on va 
tout droit à la butte. » (Canler.) 
V. Tine. 

Monter à la butte : Monter à 
réchafaud. (Ra basse.) 

BUTÉ (être) : Être guillotiné. 

BUTTER : Tuer, assassiner. 
— C'est le vieux mot buter : 
frapper, renverser, qui a fai i cul- 
buter dans la langue usuelle. — 
« Voilà donc une classe d'indivi- 
dus réduite à la dure extrémité 
de travailler sur le grand tri:nar, 
de goupiner, de faire le bog et le 
blavin, de butter même s'il en 
était besoin. » (5o,ooo vo eurs 
de plus à Paris, 3o.) — « ^■oilà 



CAB - 6-j - CAB 

sassin, bourreau. (Rabasse.) 

BYRONIEN : D'allures à la 
Byron, poétiquement inspirées. 
V. Tartine, 



pour butter le premier rousse, 
dit-il en montrant un couteau. » 
(Canler.) 
BUTEUR, BUTTEUR : As- 



o 



C (être un) : Être un imbécile. ' 
(Grandval.) Abréviation de c-o-n. 

— Au moyen âge, on disait ca- 
nard dans le même sens. V. La- 
combe, Dictionnaire du vieux lan- 
gage. — Connerie (stupidité), et 
comtois (niais), sont de la même 
famille. 

ÇA (c'est). UN PEU ÇA (c'est) : 
C'est superlatif. — « Ils sont laids 
que c'est ça. » (Pecquet.) — « C'é- 
tait ça, presque aussi bath qu'au 
café.' » (Monselet.) — « On me 
cognait, mais c'était ça. » (Zom- 
pach.)— « Restez, gendarme, mais 
ne remuez pas trop, car vous avez 
rinfirmitédes piedsque c'est ça.» 
{Dernier jour d'un condamné.) 

— « S'il tournait une phrase de 
manière à lui donner de l'effet, 
les tricoteuses applaudissaient et 
s'écriaient : Là, c'est ça! » (Lady 
Morgan, i8.) 

ÇA (il a de) : Il a de l'origina- 
lité, du talent, du génie. 

ÇA (Il a de) : Il est riche. — 
En disant ce mot, on fait ordi- 
nairement le geste de compter. 

ÇA (elle a de) : Elle est riche 
d'appas. 

CAB : Cabriolet à l'arrière du- 
quel conduit le cocher. — a Là, 
il déjeuna à la hâte et demanda 



un cab. » (Ponson du Terrail.) — 
Anglicanisme. 

CAB, CABOT, CABE : Chien. 
(Grandval.) — Contraction abré- 
gée des deux mots : qui aboie. 
Les voleurs ont, comme ils le 
font souvent, donné le nom de 
l'acte à l'acteur. Au lieu de dire 
le chien, ils ont dit : le qui aboie 
et en abrégeant : le qu'abe , le 
qu'abo.—Co. procédé est fréquent. 
Voyez Calvin, Combre. 

CABAS : Femme avachie. — 
On dit : c'est un vieux cabas. Le, 
mot appartenait déjà à l'ancienne-, 
langue provençale. En catalan,, 
on dit caba:{; en espagnol, ca- 
pa^o; en italien, cabaco. 

CABASSER : Tromper. (Co- 
lombey.) — Vieux mot. 

CABERMONT : Cabaret (Vi- 
docq.) — Corruption de mot par 
changement de finales. V. Pro- 
mont. 

CABESTAN : Agent de police 
(Viùocq.) — Officier de paix. (Del- 
vau.) V. Macaron. 

CABILLOT : « L'ennemi na- 
turel du matelot, c'est le soldat 
passager,plussouventnomméca- 
billot, à cause de l'analogie qu'on 
peut trouver entre une demi- 
douzaine de cabillots (chevilles) 



CAB 



- 68 - 



CAC 



alignés au râtelier et des soldats 
au port d'armes. » (Physiologie 
du matelot, 4.3.) 

CAB, CABOT : Mauvais ac- 
teur. — Abréviation de cabotin. 

CABOTINAGE : C'est le mau- 
vais côté de la vie de comédien. 
— « La comédie de société, cet 
élégant cabotinage. » (Villemot.) 

CABOTINE : Actrice médio- 
cre ou nomade. — « L'actrice, 
sage ou non, est pour eux une 
cabotine. » (Ricard.) V. Cabot i- 
ner. — Le ^dictionnaire de l'Aca- 
démie donne Cabotin. 

CABOTINER : Faire le métier 
de cabotin, fréquenter les cabo- 
tins, et, par extension, dans n'im- 
porte quelle classe, tomber dans 
les désordres de la vie d'artiste 
sans en avoir le beau côté. — Un 
petit roman de l'an VII (les Co- 
médiens Ambulants), nous donne 
l'étymologie du mot dans ce pas- 
sage : a Je parle des troupes de 
comédiens qui sont obligés de 
courir de ville en ville, et, pour 
me servir de la véritable expres- 
sion, de cabotiner. » Ce métier de 
courir de ville en ville donnelaclef 
du mot. Le cabotin est à Vartiste 
ce qu'un navire caboteur est à 
une frégate. — « Il a l'air artiste; 
dans sa jeunesse il a tant soit 
peu cabotine; mais il a renoncé 
à Satan, à ses pompes et à ses 
œuvres. » (Privât d'Anglemont.) 

CABOULOT : « Le caboulot est 
un petit café où l'on vend plus 
spécialement des prunes, des chi- 
nois et de l'absinthe. » (A. d'Au- 
nay, 61.) Une monographie des 
Caboulots de Paris a paru en 
1862. C'est aussi un cabaret de 
premier ordre. V. Camphrier. 



CABRIOLE : chambrée (Ra- 
basse.) — Forme de ce nbriolt. 

CABRIOLET : Hotte de chif- 
fonnier. — Ironie. Le ch' lïbnnier 
roule (marche) avec son rabriolet 
comme le fantassin part à cheval 
sur A^or. V. Cachemire d'osier. 

CABRIOLET : Cha-eau de 
femme. — Date du temj s où sa 
forme haute ressemblait assez à 
la capote d'un cabriolet. 

CABRIOLET : Petite corde 
courte terminée par une double 
poignée. — « Lorsqu'or ne li- 
gotte pas un malfaiteur, il y a 
a le cabriolet qui sert i le te- 
nir par le poignet droit. » (Ra- 
basse.) 

CACHEMIRE: Torchon.— 
Ironie. On dit: «Donnez in coup 
de cachemire, » pourcc essuyez la 
table! » 

CACHEMIRE D'OSIER : Hotte 
de chiffonnière. — «Lorsq levoùs 
voyez un de ces braves philo- 
sophes des faubourgs sortant 
crânement son. cabriolet sur le 
dos, ou une pauvre femn e piiée 
sous son cachemire d'osier , vous 
ne pouvez vous figurer tout ce 
que renferment ces hottes plei- 
nes. » (Privât d'Anglemc nt. — 
Cette ironie devait naître c ans le 
monde des chitfonnières )ù les 
femmes déchues ne marquent 
pas. La hotte se met comme le 
cachemire sur le dos. 

CACHE MIT TE : Cichot. 
(Grandval.) — Les rongeurs n'y 
manquent pas. C'est un eu de 
mots avec changement de inaie. 

CACIQUE : « C'était le emps 
où Taine était un cacique, c'est-à- 
dire le premier de sa section à 



> CAD ~ 6() 

l'École normale. » (D'Audigier, 
66.) 

CADAVRE : Preuve d une ac- 
tion répréhensible. — On dit : // 
y a un cadavre, en parlant de 
deux personnes dont les relations 
ne s'expliquent pas et qu'on sup- 
pose liées par leur complicité 
dans quelque mauvaise action. 

— Savoir où est le cadavre est 
posséder la preuve de cette mau- 
vaise action. ~ « P... n'a plus 
qu'à se taire. On sait où est le 
cadavre. Chaque fois qu'il vou- 
dra prendre la parole^on s'écriera : 
a Et le débit de tabac? » 

(A. Scholl.) 

CADAVRE : Corps vivant. — 
Nourrir son cadavre, c'est man- 
ger. — Ironie à l'adresse des as- 
cètes. 

CADELLE : Chaîne de montre. 
(Rabasse.) — Forme moderne de 
Cadenne. 

CADENNE : Chaîne. (Vidocq.) 

— Vieux mot où se retrouve le 
latin Catena. 

CADET : Derrière. 



Sur un banc elle se met. 
C'est trop haut pour son cadet. 

(Vadé, 1756.) 

CADET : Pince en fer pour 
forcer les portes (Grandval.) Voir 
Caroubleur 

CADET : Apprenti maçon. 

CADET : Individu. — Pris 
en mauvaise part. Jadis le cadet 
n'avait, dans le monde, qu'une 
considération proportionnée à sa 
fortune, qui était nulle. — « Le 
cadet près de ma particulière s'as- 
soit sur r banc. » (Le Casse- 
Gueule, chanson, 14.) ~ Une ca- 



CA? 

ricature de i83o porte cette lé- 
gende : « C'est de fameux cadets. 
Ils ont trouvé moyen de faire de 
la panade avec du pain. » 

CADICHON : Montre. (Vi- 
docq.) Diminutif de Cadran. 

CADRAN : Montre. — Partie 
prise pour le tout. 

CADRAN SOLAIRE, CADRAN 

LUNAIRE : Derrière. --Allusion 
à la forme ronde du cadran. Voir 
Lune. 

Est-ce l'apothicaire 
Qui vient placer l'aiguille à mon ca- 
dran lunaire ? 

(Parodie de Zaïre, xvni« siècle.) 



CAFARDE : Lune. (Vidocq.) 

— C'est la lune voilée se dissimu- 
lant derrière un nuage avant 
d'être la Moucharde, c'est-à-dire 
de dévoiler un homme qui fait 
un mauvais coup. 

CAFARDER : Faire l'hypo- 
crite, le cafard. — «. En sorte qu'il 
cafarde avec sa malade.» (Balzac.) 

— Cafard est un mot déjà an- 
cien, comme le prouve cet exem- 
ple : « Un cafard qui eust oublié 
en son sermon soy recomman- 
der. » (Rabelais, Pantagruel, 
V. 4. ch. XLVI.) 

CAFE (fort de), FORT DE 
CHICORÉE, FORT DE MOKA : 
Excessif, peu supportable. — On 
sait quelle irritation le café trop 
fort cause dans le système ner- 
veux. La chicorée jouit des hon- 
neurs peu mérités du synonyme. 
Il semble qu'ici, comme dans le 
café du pauvre, elle tient à en- 
trer en fraude. En revanche, on 
sait que le moka tient le haut 
de l'échelle. — « On dit : c'est un 
peu fort de café, pour exprimer 



CAG 



- 70 



CAL 



que quelque chose passe les bor- 
nes. » (Dhautel.) ■— « Oh! oh! 
dirent Schaunard et Marcel, ceci 
est trop fort de moka. » (Murger.) 
— «S'unira un autre! c'est un peu 
fort de chicorée. » (Cormon.) 

CAFÉ (prendre son) : Rire, se 
moquer. — Honnorat, dans son 
Dictionnaire provençal, donne 
comme méridionale l'expression 
prendre soun café : S'amuser aux 
dépens de quelqu'un. — Un des- 
sin de Bertall fait dire à une bonne 
poursuivie par un troupier ga- 
lant : — «Ah ! fusilier, vous vou- 
lez prendre votre café. » 

CAFIOT : Café faible.— « Elle 
restait là tant que je n'avais pas 
mangé mon petit cafiot. » {Com- 
mentaires de Loriot,) 

CAGETON : Hanneton. (Hal- 
bert.) 

GAGNE : Mauvaise chienne, 
mauvais cheval et par extension 
personne lâche. Vieux mot. Voir 
Rosse. 

GAGNE : Gendarme. (Colom- 
bey.) — Pour Cogne. 

CAGNOTTE : « Espèce de tire- 
lire d'osier recevant les rétribu- 
tions des joueurs. » (Montépin.) 
V Intermédiaire de mars 1866 y 
voit avec raison une corruption 
du mot gagnotte. Mot à mot : 
lieu où se dépose ce qu'on gagne. 
— « Le lansquenet brille, la ca- 
gnotte est dans son plein. » (Les- 
pès.) 

Faire une cagnotte : Mettre bs 
gains du jeu en réserve pour une 
dépense profitable à tous. 

CAG OU : VolatBT solitaire. 
(Grandval.) 



CAGOU : Maître voleur chargé 
d'instruire les novices, ((^olom- 
bey.) 

CAILLÉ : Poisson. Mot à mot; 
couvert d'écaillés. Autre rois on 
disait caille et non écaille. 

CAILLOU : Figure. (Rabasse.) 

— Allusion d'ovale et de blan- 
cheur. 

CAïMAN : Mendiant. — Vieux 
mot. La langueusuelle a C( nservé 
quémander. 

Puisque pauvre et caimande on voit la 
poésie. 

(Régnier, Satire 4.) 

CAISSE (battre la grosse) : 
Louer très-bruyamment. — Al- 
lusion aux bateleurs qui attirent 
leur public à coups de grosse 
caisse. — a II faut qu'Artémise 
réussisse... C'est le cas de conner 
de la grosse caisse à se déman- 
cher le bras. » (L. Reybaud.) — 
OnditsimplementèaWreZa caisse 
pour : faire des annonces. 

CAISSE (sauver la) : S'enfuir 
avec les fonds dont on est dépo- 
sitaire. — A la mode depuis le 
fameux mot de Bilboquei dans 
la pièce des Saltimbanques : Sau- 
vons la caisse ! — « Mais j'en tends 
du bruit dans le bazar; sauvons 
la caisse. » (Villars.) — a <3n a 
des nouvelles de Miron qui avait 
sauvé la caisse. » (Claretie.) 

CAISS O N (faire sauter le) : 
Faire sauter la cervelle d'un coup 
de feu, comme un caisson plein de 
munitions. — « Quelle mort pré- 
férez-vous?... Faites-moi s; uter 
le caisson. » (P. Borel, 33.) 

CALABRE : Teigne. (Hait ert.) 

— C'est calot avec changement 
de finale. 



CAL 



— 71 



CAL 



CALAIN : Vigneron. (Halbert.) 

— Ce doit être une mauvaise lec- 
ture pour Calvin. 

CALÉ : Riche. — Le terme 
vient évidemment de la marine. 
Etre calé, c'est avoir assez de 
biens pour en remplir sa cale ou 
sa maison. Donné en 1808 par 
Dhautel. — « Les jours gras! 
Dans cette saison, les plus calés 
sont quelquefois gênés. » (E. Sue.) 

— « Je crois que nous aurons 
du joli monde... des calés. » 
(Jaime.) 

CALEBASSE : Tête. — Allu- 
sion de forme. — « Faudrait pas 
gros de sens commun pour rem- 
plir une calebasse comme ça. » 
(Gavarni.) 

CALÉGE : Prostituée élégante. 

— « La calége vend très-cher ce 
que la ponante et la dossière li- 
vrent à des prix modérés. Sa toi- 
lette est plus fraîche, ses manières 
plus polies. Elle a pour amant 
un faiseur ou un escroc, tandis 
que les autres sont associées avec 
un cabriolleur ou à un roulo- 
tier. « (Vidocq.) Calége vient de 
cale, qui signifiait grisette au 
xvii" siècle. — « Gombault, qui 
se piquait de n'aimer qu'en bon 
lieu , cajolait avec une petite 
cale crasseuse. » (Tallemant des 
Réaux.) 

CALER : Faire. (Colombey.) 

CALER : Ne rien faire. — Du 
vieux mot : caler, se cacher. — 
« La plus grande jouissance du 
compositeur d'imprimerie est de 
caler. » (Ladimir.) 

CALEUR : Ouvrier fainéant. 
V. Ogre. 



CALEUR : Garçon. (Colom- 
bey.) 

CALICOT : Commis mar- 
chand. Mot à mot : vendeur de 
calicot. — (c Triple escadron ! le 
calicot s'insurrectionne. » (P. Bo- 
rel, 33.) — Dans le commerce 
même de la nouveauté, Calicot dé- 
signe les employés qui ne sont pas 
sérieux, qui s'amusent bruyam- 
ment. » (Naviaux.) 

CALICOTE : Femme fréquen- 
tant les calicots. — « Clara Fon- 
taine est une étudiante. Pomaré 
est une calicote. » Paris dansant 
44-) 

CALIFORNIEN : Riche. - Al- 
lusion aux découvertes aurifères 
de la Californie (49). — « La 
jeune fille regrettait de ne pou- 
voir garder pour elle-même cette 
bonne fortune californienne. » 
(Montépin.) 

C ALI NO : Homme ridicule- 
ment naïf. — Une pièce du Vau- 
deville a vulgarisé vers i858 le 
nom et le type. Calino n'est, d'ail- 
leurs, qu'un diminutif du vieux 
mot câlin (niais). On le trouve 
dans Tallemant des Réaux (t. 4, 
p. 35 1). — « L'artiste était fort 
ennuyé par une espèce de calino. » 
(Figaro.) 

CALINTTES : Culottes. {Pe- 
tit Dictionnaire d'argot, 44.) — 
On a modifié les voyelles des 
deux premières syllabes de cu- 
lottes. 

CALLOT : Teigneux (Grand- 
val.) ^ouT Calot. 

CALME ET INODORE (être) : 
Affecter une sévérité extrême de 
manières. — Ces deux mots ironi- 
ques ne vont jamais l'un sans l'au- 



CAL 



- 72 ~ 



CAM 



tre, et parodient sans doute quel- 
que manuel de civilité puérile et 
honnête. — «Autrement, il restera 
calme et inodore, » (Monselet.) 

CALOQUET : Chapeau. — 
Ce diminutif du vieux mot Ca- 
le : capuchon , désignait n'im- 
porte quelle coiffure de femme 
en 1808. (Dhautel.) Il s'est étendu 
ensuite aux chapeaux d'hommes. 

— « V'ià Tonnelier! oh! c' cha- 
peau. Oh ! ce caloquet. » (Ourliac). 

— «Achetez un caloquet plus mé- 
chant, le vôtre n'est pas trop rup. » 
(De Neuville.) 

CALOQUET : Couronne. Voir 
Dab, 

CALORGNE : Borgne. Vieux 
mot. 

CALOT : Dé à coudre, coquille 
denoix(Vidocq.) — Comparaison 
de ces objets à la calotte, qui est 
de même forme. 

CALOT, CALOTTE : Tei- 
gneux. (Halbert. ) Mot à miot, 
Ayant une calotte de teigne. — 
« Voyez donc c'te margot avec 
sa tête à calot. » {Catéchisme 
poissard.) 

CALOTTÉE : « Le père Salin 
recueille lesasticots dans des boî- 
tes de fer-blanc qu'on nomme 
calottées, et il les vend jusqu'à 
quarante sous la calottée. «(Pri- 
vât d'Anglemont.) 

CALOTTER : Frapper de la 
main sur la tête. Mot à mot : fa- 
briquer des calottes avec la main. 

— « Calottez-moi, giflez-moi. » 
(J. Arago, 38.) V. Escoffier. 

CALOTTIN : Ecclésiastique. 
Mot à mot : porteur de la calotte 
cléricale. — « Ils ont chacun un 
calottin. » (H. Monnier.) 



Le mot est ancien. Dans le Z)é- 
jeuner de la Rdpée (pièce publiée 
vers 1750) nous voyons une pois- 
sarde repousser un abbé en di- 
sant ; « Adieu, monsieur le ca- 
lottin ! » 

CALVIGNE, CALVINE : 

Vigne. (Vidocq, Grandval.) Mot 
à mot : lieu qu'a Vvigney (]ui a la 
vigne, qui est planté de vignes. 

CALVIN, CLAVIN:]laisin. 
(Idem.) Mot à mot : qu*a V vin. 
V. Cabe. 

CAMARADE (bon petit) : Se 
dit des confrères qui vous des- 
servent. Allusion ironiqi e aux 
fausses amitiés. — « En dépit 
des bons petits camarades. Pif 
Paf est un succès. » {Tarn Tarn, 
76.) 

CAMARDE : La mort. 
(Grandval.) — Un squelette n'a 
pas de nez. (V. Carline.) 

Baiser la camarde : Mourir. 
(Bailly.) 

CAMARDER : Mourir. (Ra- 
basse.) 

CAMARLUCHE : Camarade. 
(Rabasse.) C'est la première par- 
tie du mot camarade, av^c la 
désinence arbitraire luche. 

CAMBOLER : Tomber. - De 
Caramboler. — «V'ià qu'elle cam- 
bole sur son Prussien et feint de 
tomber de son digue-digae. » 
(Decourcelle, 40.) 

CAMBRIOLLE : Chambra. — 
Diminutif du vieux raot cambre : 
chambre. V. Pieu, Esquinter lent, 
Rincer. 

CAMBRIEUX : Chapeau ( ial- 
bert.) — Pour Combrieu. \ . ce 
mot. V. Combre, 



CAM 



- 73 - 



CAM 



CAMBRIOLLEURS : Voleurs 
s'introduisant dans les cambriol- 
les par effraction ou par escalade. 
— Canler les divise en six classes. 
Vidocq, «ans apporter autant de 
méthode que Canler dans la clas- 
sification des cambriolleurs, don- 
ne des particularités assez curieu- 
ses sur leurs costumes où domi- 
nent les bijoux et les cravates de 
couleurs tranchées, telles que le 
rouge, le bleu et le jaune; sur la 
manie singulière de faire faire 
leurs chaussures et leurs habits 
chez les mêmes confectionneurs, 
ce qui n'était souvent pas un pe- 
tit indice pour la justice; sur leur 
habitude de se faire accompagner 
d'une fausse blanchisseuse dont 
le panier cache leur butin. —Les 
plus dangereux cambriolleurs 
sont appelés nourrisseurs, parce 
qu'ils nourrissent une affaire as- 
sez longtemps pour en assurer 
l'exécution, et autant que possi- 
ble l'impunité. V. ce mot. V. Ca- 
lége. 

CAMBRIOT : Le chapeau. (Ra- 
basse.) C'est une forme de corn- 
briot, diminutif de combre. Voir 
ce mot. 

CAMBRONNE (le mot de) : 
Merde! — Cette allusion à un 
mot historique discuté, sert par- 
fois d'équivalent aune injure trop 
populaire. Que Cambronne l'ait 
dit ou non, on ne lui en fera pas 
moins honneur. Consulter à ce 
sujet, un chapitre des Miséra- 
bles de M. Victor Hugo; un ar- 
ticle de M. Cuvillier-FIeury, aux 
Débats, et enfin le journal l'In- 
termédiaire, i5 février 64. 

CAMBRONNE : Scatologique. 
— Même origine. — « M. Vatout 
avait l'amabilité un peu Cam- 



bronne ; la chanson qu'il préfe- 
rait était celle écrite sur le maire 
d'Eu. » (de Bassanville, 66.) 

CAMBROUX, CAMBROUSE: 
Serviteur, servante. (Grandval et 
Halbert.) — Changementde finale 
du vieux mot : cambrier : val«t 
de chambre. Chambrière est resté. 

CAMBROUSE : Prostituée. 
V. Camperoux. 

Ce mot se trouve dans le dic- 
tionnaire de Caillot (1829), avec 
cet exemple : « Et que tu ne sois 
qu'une cambrouse. » ( Ancien 
Théâtre-Italien.) 

CAMBROUSE : Campagne. — 
« La rousse pousse comme des 
champignons, et même dans la 
cambrouse, ils viennent vous dé- 
nicher. » {Patrie, 2 mars 52.) 
V. Garçon.) 

CAMBROUSIEN : Campa- 
gnard. (Rabasse.) 

CAMBROUSIER : Voleur de 
campagne. (Vidocq.) 

CAMBROUSIER : « Au marché 
du Temple, les cambrousiers fai- 
saient indistinctement commerce 
de linge ou de meubles, d'objets 
de toilette ou de ferraille. » 
{Petit Journal, 65.) 

CAMBROUSIERS : Gens de 
campagne. (Halbert.) — « C'est 
ainsi que les marchands forains 
nomment les paysans. » (Pr. d'An- 
glemont.) 

CAMBUSE : Cantine. —Terme 
de marine. — « Dans la cour du 
bagne, ou au milieu de la lon- 
gueur de chaque salle ou dor- 
toir, se trouve un espace entoure 
de grilles, qui contient la can- 
tine ou caverne, autrement dit 
la cambuse, lieu de la distribu- 



CAM 



74 



CAM 



tion des vivres, du vin, du ta- 
bac. » (Moreau, Sy.) 

CAMBUSE : Petite maison. 
(Halbert.) 

CAMELOT : Voleur. — Ac- 
ception figurée dQ camelot : mau- 
vaise étoffe. V. ce qui en est dit à 
camelotte. C'est ainsi qu'on a 
fait panne avec panne. 

CAMELOT : Marchand de ca- 
melottes, vendant dans les villa- 
ges ou exposant sur le pavé des 
rues. — «Camelot, c'est-à-dire mar- 
chand de bimbeloteries dans les 
foires. » (Privât d'Anglemont.) 

CAMELOTTE : Objet de nulle 
valeur. — Le camelot était une si 
mauvaise étoffe, qu'on disait res- 
sembler au camelot pour prendre 
un mauvais pli. — « Elle portait 
la peine de toutes les camelottes 
qui se débitaient à son ombre. » 
(L. Reybaud.) 

CAMELOTTE : Marchandise 
volée. (Rabasse.) — « On fait at- 
tention qu'il ne refile pas la ca- 
melotte à un autre. » (Stamir, 67.) 

Camelotte en pogne, camelotte 
dans le pied : En flagrant délit 
de vol. — « J'ai été pris la came- 
lotte dans le pied. » {La Correc- 
tionnelle.) — Même allusion dans 
pris sur le tas. 

CAMELOTTER : Vendre, 
marchander. (Halbert.) 

CAMERLUCHE : Forme de 
Camarluche. V. Ponton. 

CAMISOLE : Gilet. (Colom- 

bey.) 

CAMOUFLE : Chandelle. (Vi- 
docq.) — Du vieux mot camouflet, 
fumée. — « Tu en as menti, La 



camoufle était éteinte. > (Ladi- 
mir, 41.) 

CAMOUFLEMENT : Déguise- 
ment. (Vidocq.) 

CAMOUFLER : Déguiser. — 
« Je me camouflais et :ivec de 
faux faffes, j'allais dans les bu- 
reaux de placement. » (Baauvil- 
lier.) • 

CAMOUFLET : Char délier. 
(Vi.) 

CAMP (ficher le) : Se retirer 
précipitamment. V. Ficher. 

CAMPAGNE (aller à laj : Être 
enfermée à la maison de Saint- 
Lazare. — Usité parmi les filles 
qui lui donnent aussi le sens sui- 
vant : « Elles ont disparu trois, 
quatre ou six mois. On les savait 
malheureuses. Elles ont é:é pas- 
ser une saison à la campagne 
dans une maison de prostitution 
de province. » {Ces Dames, 60.) 

CAMPE : Fuite, action de 
camper. « Cependant les mcssiers 
de cambrouse n'ont pas la même 
chaleur à pessigner les fagots en 
campe. » (Rabasse.) 

CAMPER : Décamper, (id.) — 
Abréviation. 

CAMPEROUX : Fille. - Cor* 
ruption de Cambrouse. V. Con- 
nerie. 



CAMPHRE : Eau-de-^ ie. — 
Allusion à une eau-de-vie com- 
posée dont il est question dans 
l'exemple suivant. Le mot s'est 
généralisé ensuite : — « Le vi- 
naigrier du coin nous serv t, en 
parlant politique, deux tiemi- 
poissons d'eau-de-vie assaiscnnée 
de poivre long et de camphre. » 
{Le Figaro de la Révolutioi.)^ 



CAI4 



«Aux buveurs émérites et à ceux 
qui ont depuis bien des années 
laissé leur raison au fond d'un 
poisson de camphre. » 

(Privât d'Anglemont.) 

CAMPHRÉ : Alcoolisé. —«Dis 
donc, avec ton gosier camphré, 
tu fais bien des embarras. » 
(Catéchisme poissard, 44.) 

CAMPHRIER : Buveur d'eau- 
devie. — « Entends- tu, vieux 
camphrier, avec ta voix enrhu- 
mée.» {Catéchisme poissard, 44.) 

CAMPHRIER : Le camphrier 
est un sale débit dé liqueurs 
atroces à un sou le verre et à dix- 
sept sous le litre. Le caboulot ne 
diffère du camphrier que par sa 
moindre importance comme éta- 
blissement. C'est, du reste, le 
même breuvage qu'on y débite 
aux mêmes habitués. » (Castil- 
lon.) 

CAMPLOUSE : Campagne. 
(Halbert.) — Forme adoucie de 
cambrouse. 

CAMUSE : Carpe. (Grandval.) 

— Elle a le nez camus, si on la 
compare au brochet. 

CAN SUR LE COMP (prendre 
un) : Prendre un canon sur le 
comptoir. Double abréviation. 
V. Canon. 

CANAILLE : Rusé, malicieux. 

— Se dit amicalement. — « Elle 
m'a dit qu'elle me donnerait son 
adresse; mais je ne la lui ai pas 
demandée. — C'est canaille ! » 

(T. Delord.) 

CANAGE : Agonie. (Colom- 
bey. V. Caner. 

CANARD : Fausse nouvelle, 
récit mensonger inséré dans un 



75 - CAN 

journal. — « Nous appelons un 
canard, répondit Hector, un fait 
qui a l'air d'être vrai, mais qu'on 
invente pour relever les Faits- 
Paris quand ils sont pâles. » (Bal- 
zac.) — « Ces sortes de machines 
de guerre sont d'un emploi jour- 
nalier à la Bourse, et on les a, 
par euphémisme, nommées ca- 
nards. » (Mornand.) — Une anec- 
dote du tome i" du Dictionnaire 
de l'Industrie (Paris, Lacombe, 
1776), semble nous livrer l'ori- 
gine de ce mot : 

On lit, dans la Ga^^ette d'agricul- 
ture, un procédé singulier pour pren- 
dre les canards sauvages. On fait 
bouillir un gland de chêne, fgros et 
long, dans une décoction de séné et de 
jalap ; on l'attache par le milieu à une 
ficelle mince, mais forte ; on jette le 
gland à l'eau. Celui qui tient le bout 
de la ficelle doit être caché. Le gland 
avalé purge le canard qui le rend aus- 
sitôt : un autre canard survient, avale 
ce même gland, le rend de même ; un 
troisième, un quatrième, un cinquième 
s'enfilent de la même manière. 

On rapporte à ce sujet l'histoire d'un 
huissier, dans le Perche, près l'étang 
du Gué-de.- Chaussée, qui laissa enfi- 
ler vingt canards ; ces canards, en s'en- 
volant, enlevèrent l'hussier. La corde 
se rompit, et le chasseur eut la cuisse 
cassée. 

Ceux qui ont inventé cette histoire 
auraient pu la terminer par une heu- 
reuse apothéose, au lieu de la terminer 
par un dénoûment aussi tragique. 



La grossièreté de cette histoire^ 
comme dit notre citation, — l'aura 
fait prendre comme type des con- 
tes de ga:^ette, et canard sera resté 
pour qualifier le genre entier. 
On trouve « donner des canards : 
tromper » dans le dictionnaire 
d'Hautel (1808). 

CANARD : Imprimé banal 



CAN 



-76 



CAN 



crié dans la rue comme nouvelle 
importante. V. Canardier. 

CANARD, COUAC : « Ces 

explosions criardes des instru- 
ments à vent si connues sous le 
nom de canards. » (A. Luchet.) 

— Le second mot est une ono- 
matopée {couac) ; la comparaison 
d'une fausse note au cri du canard 
a fait former le premier. 

CANARD : Sobriquet amical 
donné aux maris fidèles. Le ca- 
nard aime à marcher de compa- 
gnie. — « Voici, mon canard, 
dit-elle... Or, le canard de ma- 
dame Pochard, c'était son mari! 
Il avait reçu de sa douce moitié 
ce sobriquet d'amour. » (Ricard.) 

CANARD sans plumes : Nerf 
de bœuf servant à la correction 
des forçats. (Colombey.) — Jeu 
de mots signifiant grosse canne 
qui n'a pas la douceur des plumes. 

CANARDER : Tromper.— 
« On a trop canardé les parois- 
siens... avec la philanthropie. » 
(Gavarni.) 

CANARDIER : Crieur, con- 
fectionneur de fausses nouvelles, 

— a Place au célèbre Edouard, le 
canardier par excellence, le roi 
des crieurs publics ! » 

(Privât d'Anglemont.) 
CANASSON : « Nom familier 
donné à leurs chevaux par les 
cochers de Paris. » (Lem. de 
Neuville.) — « Traitez de canas- 
sons les chevaux de M. de La- 
grange. » (Marx.) — On dit en 
abrégeant can'so)i. 

CANCAN : Se dit d'une cer- 
taine manière de danser le qua- 
drille, avec des mouvements de 
bras, de jambes, de tête et de 



croupe, non prévus par la choré- 
graphie régulière. Cette danse 
paraît être née dans le quartier 
Latin, sous la monarchie de Juil- 
let; mais son nom existait déjà. 
Le Dictionnaire du vieux langage 
de Lacombe ( 1 766) explique ainsi 
le mot cancan : — « Grand tu- 
multe ou bruit dans une compa- 
gnie d'hommes et de femmes. » 
Cela répond assez exactement, on 
le voit, à la signification actuelle. 

Messieurs les étudiants, 
Montez à la Chaumière, 
Pour y danser 1' cancan. 
Et la Robert-Macaire. 

(Letellier, iS3(.) 

« Nous ne nous sentons pas la 
force de blâmer le pays Latin, 
car, après tout, le cancan est une 
danse fort amusante. »(L.Huart, 
1840,) — M. Littré n'est pas aussi 
indulgent. Il dit : Cancan, sorte 
de danse inconvenante des bals 
publics, avec des sauts exagérés et 
des gestes impudents, moqueurs 
et de mauvais ton. Mot très- fami- 
lier et mêmedemauvais ton. (Lit- 
tré, 1864.) V. Chahut: — « Nous 
avons le cancan gracieux, la 
saint-simonienne, le demi -can- 
can, le cancan, le cancan et demi 
et le chahut. Cette dernière danse 
est la seule prohibée. «(Alphonse 
Karr.) — « On va pincer un lé- 
ger cancan, mais bien en dou- 
ceur. » (Gavarni.) 

Voici, pour les archéologues, 
une description exacte du Cf.ncan 
d'il y a trente-cinq ans. Elle est 
extraite des Nouvelles à la. main 
de 1841 : 

« L'étudiant se met en place, les 
quadrilles sont formés. Dès la pre- 
mière figure se manifestent chei tous 
une frénésie de plaisir, une sorte de 



CAN 

bonheur gymnastique. Le danseur se 
balance la tête sur l'épaule ; ses pieds 
frétillent sur le terrain salpêtre : à l'a- 
vant deux, il déploie tous ses moyens : 
ce sont de petits pas serrés et mar- 
qués par le choc des talons de bottes, 
puis deux écarts terminés par une lan- 
çade de côté. Pendant ce temps, la tête 
penchée en avant se reporte d'une 
épaule à l'autre, à mesure que les bras 
s'élèvent en sens contraire de la jambe. 
Le sexe ne reste pas en arrière de 
toutes ces gentillesses ; les épaules ar- 
rondies et dessinées par un châle très- 
serré par le haut et traînant fort bas, 
les mains rapprochées et tenant le de- 
vant de sa robe, il tricotte gracieuse- 
ment sous les volans de sa jupe que 
soulèvent des petits coups de pied réi- 
térés ; tourne fréquemment sur lui- 
même, et exécute des reculades sacca- 
dées qui détachent sa cambrure. Toutes 
les figures sont modifiées par les pro- 
fesseurs du lieu, de manière à multi- 
plier le nombre des : En avant quatre 
A tous ces signes, il n'est pas possible 
de méconnaître que ce qu'on danse à la 
Chaumière. C'est le... cancan. » (Ro- 
queplan.) 

CANCANER : Danser le can- 
can. — « J'ai cancané que j'en ai 
pus de jambes. » (Gavarni.) 

CANCRE : Mauvais élève. — 
Allusion au cancre de mer qui 
recule au lieu d'avancer. V. Pio- 
cheur, 

CANE : Mort. V. Canage. — 
C'est l'heure où l'on a peur, où 
on cane. 

CANELLE : Caen. — C'est un 
diminutif avec transposition de 
la seconde voyelle. 

CANER : Avoir peur, reculer, 
plonger, comme fait une cane. 
— Vieux mot. — « Par Dieu! 
qui fera la cane de vous aultres, 
je me donne au diable si je ne le 
iais moyne. » (Rabelais.)— «Lau- 



77 - 



CAN 



rent de Mcdicis... voyant mettre 
le feu à une pièce qui le regar- 
dait, bien luy servit de faire la 
cane, car aultrement le coup qui 
ne lui rasa que le dessus de la 
teste luy donnait dans l'esto- 
mach. » (Montaigne.) — « Oui, 
vous êtes vraiment français; vous 
n'avez cane ni l'un ni l'autre. » 
(Marco de Saint-Hilaire.) 



Madame prend son criard. 

Monsieur cane comme une victime. 

(Festeau.) 

CANER la pégrenne : Mourir 
de faim. (Colombey.) 

CANER -.Agoniser, mourir. 
(Vidocq.) — Les approches de la 
mort vous font peur, vous font 
caner. V. Rengr acier, 

CANER : Aller à la selle. (Mo- 
reau C.) 

CANESON (mon vieux) : Terme 
d'amitié. Mot à mot : mon vieux 
cheval. V. Canasson. 

CANEUR : Poltron. 

CANICHE : Ballot carré. (Vi- 
docq. — Sa couverture de toile 
se prend par les coins qui for- 
ment des oreilles semblables à 
celles d'un petit chien. 

CANIF dans le contrat (donntT 
un coup de) : Commettre une 
infidélité conjugale. — « Et puis 
ces messieurs, comme ils se gê- 
nent pour donner des coups de 
canif dans le contrat! La Ga:^ette 
des Tribunaux est pleine de leurs 
noirceurs, aussi nous sommes 
trop bonnes. » (Festeau.) — « Elle 
avait tellement trépigné dans le 
coup de canif, que c'est à peine 
s'il restait quelque chose du con- 
trat. » {Vie parisienne j 55.) — «La 



CAN 



-78- 



CAP 



poste restante agrandie, c'est la 
multiplication des coups de ca- 
nif. » (Presse illustrée^ 66.) 

CANNE : Surveillance de la 
haute police. — Il y a la canne 
majeure et la canne mineure. — 

— Être en canne : Habiter après 
avoir subi sa peine, une localité 
déterminée par l'autorité. — Se 
dit aussi abusivement pour cas- 
ser sa canne. 

Casser sa canne : Quitter sans 
autorisation la ville désignée, 
rompre son ban. — « Malheur à 
lui s'il a cassé sa canne. » (Sta- 
mir, 1867.) 

CANON : Mesure de liquide 
en usage chez les marchands de 
vins de Paris. — Vient de canon 
qui signifie verre dans le voca- 
bulaire des francs -maçons. — 
(iOscar: Prenons-nous un canon? 

— Le marquis (hésitant) : Heu... 
heu... — Oscar : C'est moi qui 
paye. — Le marquis: Oh! alors. » 
(Marquet.) 

Les canons que l'on traîne à la guerre 
Ne valent pas ceux du marchand de vin. 
(Brandin, 26.) 

CANONNIER DE LA PIÈCE 
HUMIDE : Infirmier militaire. 

— La pièce humide est, comme 
on s'en doute, la seringue. 

CANONNIÈRE : Derrière. 
Même allusion que dans pétard. 

CANTALOUP:Niais.--Sy- 

nonyme de Melon. — a Ah çà! 
d'où sort-il donc, ce cantaloup? 
Sur quelle couche M. son papa 
l'a-t-il récolté, ce jeune légume ? » 
(Ricard.) 

GANTER: Galop d'essai pré- 
cédant la course. •—« On dit d'un 



cheval qu'il prend son ca iter. » 
(Paz.) Angl. 

CANTON : Prison. (Grandval.) 
— Du vieux mot canton . coin. 
C'est dans les coins qu'on est à 
V ombre. On a de même appelé 
cognard le gendarme qui vous 
met dans le coin, qui vous y 
rencogne. 

CANTONNIER : Prisonnier. 
(Grandval. — De canton : prison. 

CANULANT : Ennuyeux. — 
Mot inventé par les ennemis du 
clystère. — oc Le colonel fait des 
siennes. En v'ià un qui pt ut se 
vanter d'être canulant. » 

{Commentaires de Loriot.) 

CANULE : Homme canulant. 

CANULER : Importuner. — 
« C'est canulant. » (H. Mon- 
nier.) 

CANUT : « Ouvrier en soie de 
Lyon, pauvre animal expiatoire 
du Rhône, à la face jaune et mi- 
sérable. » (Ricard.) 

CAP : Surveillant du bagn;3. — 
Du vieux mot cap : chef {caj.nit.) 
— « Le commissaire du b;>gne 
a sous ses ordres, pour la sur- 
veillance des forçats, un grand 
nombre d'agents. Ces divers 
agents sont divisés en agents de 
police et de surveillance intérieure 
et en gardes. Les premiers ; ont 
les cornes ou comités, au nombre 
de trois ou quatre, les argounns 
trois, les sous-comes dix-h lit, 
sous - argousins dix -huit, et les 
caps y espèces de piqueurs, p :)ur 
diriger les travaux, » (Moroau 
Christophe, 3 7.) 

CAPAHUTER : Assassiner 
son complice pour s'approprier 



CAP 



- 79 - 



CAR 



sa part. — Du nom de Capahut, 
malfaiteur coutumier de ce pro- 
cédé. (Vidocq.) 

CAPE : Écriture. (Halbert.) 

CAPET : Chapeau. — Vieux 
mot. Capel (chapeau), se pronon- 
çait cape au moyen âge. 

CAPINE : Écritoire. (Halbert.) 

CAPIR : Écrire. (Id.) 

CAPITAINAGE : Agiotage. 
(Vidocq.) 

CAPITAINER : Agioter. Mot 
à mot manœuvrer son capital. 

CAPITULARD : Homme qui 
capitule. — Cette sotte injure fut 
d'abord adressée en 1871 à une 
armée irresponsable qu'on ne 
pouvait accuserdenos malheurs. 

— ce Lâche, capitulard, soldat à 
Badinguet , et autres ^aménités, 
allèrent leur train. » (Éclair, 72.) 

Le terme s'est ensuite généra- 
lisé. « Tous ces trembleurs, ces 
capitulards, qui ne peuvent se 
passer du cadenas de l'état de 
siège. » (Saint-Genest, 75.) 

CAPON : Filou. (Idem.) 

CAPONS : Écrivains. (Grand- 
val.) Il s'agit ici de ceux qui écri- 
vent des lettres pour les autres. 
On trouve capous dans Halbert. 

CAPORAL : Tabac à fumer. 

— Il est plus fin que celui dit de 
soldat, ou de cantine, vendu à 
un prix moindre. — «Un fumeur 
très-ordinaire brûle à lui seul son 
kilogramme de tabac par mois. » 
(A. Luchet.) 

CAPRICE : Vive et subite af- 
fection. — « Tu es mon caprice, 
et puisque qu'il faut sauter le 



pas, que du moins j'y trouve du 
plaisir. » (Rétif, 1776.) — Le ca- 
price ne dure pas longtemps, 
mais il est désintéressé. — « Plus 
capable de caprice que la femme 
entretenue, moins capable d'a- 
mour que la grisette, la lorette a 
compris son temps, et l'amuse 
comme il veut l'être. » (Th. Gau- 
tier.) 

Faire des caprices : Séduire à 
première vue, inspirer des ca- 
prices. — «J'en fais t'y des capri- 
ces ! Aussi, avec une balle comme 
ça, on peut tout se permettre. » 
(Lamiral, i838.) V. Boule. 

CAPSULE : Chapeau d'homme 
affectant les petits bords et la 
forme cylindrique d'une capsule 
de fusil. V. Carreau. 

CAPUCINE (jusqu'à la troi- 
sième ): Complètement fvre, c'est- 
à-dire en ayant jusqu'au menton. 
La troisième capucine est près de 
la bouche du fusil. — « Veuillez 
excuser notre ami, il est gris jus- 
qu'à la troisième capucine. » 
(Murger.) 

CARABINE : Maîtresse d'un 
carabin ou étudiant en médecine. 
Carabin signifiait garçon barbier 
au temps où les barbiers prati- 
quaient la chirurgie et s'armaient 
de la seringue, comparée déri- 
soirement à une carabine. « Sois 
tant que tu pourras étudiante 
en droit. Carabine. » (Almanach 
du Diable amoureux, 49.) 

Son petit air mutin 
Plaît fort au quartier Latin, 
C'est Flora la Carabine. (J. Choux.) 

CARABINE : Fouet du conduc- 
teur du train. — Comparaison 
ironique de son claquement à la 
détonation d'une carabine. 



CAR 



— 80 - 



CAR 



CARABINÉ : De première 
force. — Terme de marine. On 
sait qu'un vent carabiné est très- 
fort. — « On s'attend à une baisse 
carabinée à la Bourse. » (Vie pa- 
risienne, 68.) — « Le cordonnier 
poëte Bochart vient de le lui re- 
procher en vers carabinés. » (Le- 
guillois.) 

Redoutez les veinards et leur chance 
obstinée ; 

Fuyez au loin leur veine : elle est ca- 
rabinée. (Alyge ) 

CARAMBOLAGE : Chute, suc- 
cession de chocs. — Ce terme du 
jeu de billard est passé dans le 
domainedes accidents etdes voies 
,de fait. — « Fixe! A ce mot sur- 
vint un coup de roulis suivi de 
carambolages sur toute la ligne. » 
Paris comique, août 70.) 

CARAMBOLER : Tomber, 
faire tomber en ricochant. — 
« Leur père qui carambole, en 
ruinant son fils et sa fille. » Bal- 
zac. 

CARANT : Planche. (Halbert.) 

CARANTE : Table. (Id.) 

CARAPATA : Marinier d'eau 
douce. — « Les carapatas sont les 
marins du canal de l'Ourcq, pas- 
sant leur vie sur l'eau tout com- 
me leurs confrères de l'Océan. » 
— (A. Scholl, 66.) — « Les mœurs 
des carapatas sont des mœurs à 
part. Ce sont les hommes de 
l'eau. » (Privât d'Anglemont,5o.) 

CARAPATER (se) : Se sauver. 
(Ra basse.) 

CARBELUCHE GALICE : 
Chapeau de soie. (Halbert.) — 
Allusion à la peluche de soie qui 



CARCAGNO : Usurier (Vi- 
docq.) 

CARCAN : Cheval étique, fem- 
me maigre, revêche. — a C'est 
pas un de ces carcans à querno- 
line qui balayait le macadam. » 
(Monselet.) 

CARDINALE : Lune. ~ Allu- 
sion à la couleur des menstrues 
(appelées jadis le cardinal), qui 
reviennent avec la lune nouvelle. 
C'est comme si on disait la rouge; 
on sait que c'est la couleur des 
cardinaux. — M. Francisque Mi- 
chel cite à ce propos une poésie 
manuscrite de son cabinet. 

Mon cardinal est paresseux 

Et ne suit pas sa piste. 
S'il ne vient, j'en suis aux abois, 

J'en tremble, j'en soupire. 
Quand on l'a perdu pour neuf mois, 

A-t-on sujet de rire? 

CARDINALISER : Rougir. — 
«Exceptez les escrevisses que l'on 
cardinalise à la cuicte. » (Rabe- 
lais.) — «Il buvait... de manière 
à Se cardinaliser la figure. » (Bal- 
zac.) 

CARE (Voler à la), carer, cari- 
bener. — Voler un marcha:iden 
proposant un échange avantageux 
de monnaies anciennes contre des 
nouvelles. (Vidocq.) — Care et 
carrer sont des formes anciennes 
de charriage et de charrier ( Voir 
ces mots) ; Caribener est un di- 
minutif. 

CAREUR : Voleur à la care. 
V. Carreur. 

CARGE : Balle. (Halbert.) Mot 
à mot : charge. La balle de col- 
porteur est une charge. 

CARGO r : Cantinier. — Cor- 
ruption de gargoter. V. Aille. 



CAR — 8i - 

CARIBlîNER : V. Care. 

CARLE : Argent. (Vidocq.) 
Forme française de Carolu^, mon- 
naie qu'on commença de frapper 
sous le roi Charles VIII. — « Le 
cidre ne vaut plus qu'un carolus. » 
(01. Basselin .)— a J'ay une verge 
d'or, accompagnée de beaux et 
joyeux carolus. » (Rabelais, Pan- 
tagruel, l.III,ch.XVII) V.Bajr^/e. 

— On dit par corruption Carme. 

CARLINE : La mort. (Vidocq.) 

— Allusion au nez camus de 
Carlin. Jadis on appelait la mort 
camarde, parce qu'une tête de 
mort n'a pour nez qu'un os de 
très- faible saillie. On l'appelle 
aussi camuse pour la même rai- 
son. 

CARLISTE : Dévoué à la mo- 
narchie de Charles X. On appelle 
de même Henri quinquistes les 
partisans du comte de Chambord 
(Henri V). — « Ah! ben oui! 
carliste! M. Péguchet? Ben du 
contraire, il méprise ben trop les 
prêtres pour ça. » (H. Monnier.) 

— « Il y avait alors à Sainte-Pé- 
lagie deux catégories, les carlistes 
et les républicains. (Chenu.) 

CARME : Miche. (Halbert.) 
CARME : Argent. Forme alté- 
rée de Carie. 

CARNE : Abréviation de cha- 
rogne. — « Un morceau d' carne 
dur comme un cuir. » (Wado.) 

CARNE : Mauvaise femme. 
— Même étymologie. — a Je la 
renfoncerais dedans à coups de 
soulier... la carne. (E. Sue.) 

CAROTTE : De couleur aussi 
rousse que la carotte. — On dit 
des cheveux carotte. 



CAR 



CAROTTE : Demande d'argent 
sous un faux prétexte. — « Des 
carottes! combien qu'y en a des 
bourgeois, et des huppés, qui ne 
vivent que de ça! » (Gavarni.) 

CAROTTE (tirer une) : De- 
mander de l'argent sous un faux 
prétexte. — « Nul teneur de li- 
vres ne pourrait supputer le chif- 
fre des sommes restées verrouil- 
lées au fond des cœurs généreux 
par cette ignoble phrase : Tirer 
une carotte. » (Balzac.) — Génin 
et Littré y voient une allusion à 
la facilité avec laquelle on tire les 
carottes d'un terrain suffisam- 
ment préparé. Dans certaines ac- 
ceptions, ce mot est ancien. Voir 
Carotter le service. 

CAROTTE (tirer une) : Faire 
un mensonge pour connaître la 
vérité. (Grandval.) 

CAROTTE de longueur, d'épais- 
seur (tirer une) : C'est la prépa- 
rer de longue main, ou la tenter 
sur une grande échelle. 

Vivre de carottes : Vivre en 
faisant des dupes. 

CAROTTÉ : Dupé. — « M. de 
Rochegude, comme tous les petits 
esprits, avait toujours peur d'être 
carotté. » (Balzac.) 

CAROTTER: Risquer peu. 
Carotter, dans le sens de jouer 
mesquinement se trouve déjà dans 
le Dictionnaire de Trévoux, 1771. 
— « Un homme qui allait à la 
Bourse et qui carottait sur les 
rentes après s'y être ruiné. » Bal- 
zac.) 

CAROTTER : Obtenir de l'ar- 
gent en tirant une carotte : « Al- 
lons, va au marché, maman, et 
I ne me carotte pas. » (Gavarni.) — 



CAR 



- 82 - 



CAR 



« Cela ne vaut-il pas mieux pour 
un garçon que de passer sa vie 
à carotter? » (E. Augier.) 

CAROTTER , Carotter Vexis- 
tence : Ne vivre que de carottes, 
c'est-à-dire vivre mesquinement. 

— « Il se dépouillait de tout... Il 
sera très-heureux de vivre avec 
Dumay en carottant au Havre. » 
(Balzac.) 

CAROTTER le service: Éluder 
sous de faux prétextes les obliga- 
tions du service militaire. Pris 
dans ce dernier sens, le mot paraît 
dater du moyen-âge. Dans le dic- 
tionnaire Roman Wallon de 1777, 
j'ai été surpris de rencontrer son 
ancienne forme : « Karotter : al- 
ler et venir dans une maison sans 
y rien faire. » — Ici karotter 
est certainement un péjoratif du 
vieux verbe karoler : sauter, 
gambader. 

CAROTTEUR, CAROTTIER : 

Tireur de carottes. — a Allons, 
adieu, carotteur! » (Balzac.) — 
« Joyeux vivant, mais point gru- 
geur et carottier. » (Vidal, 33.) 

— « Les pratiques et les carot- 
tiers excellent dans ces honteux 
subterfuges. » (La BédoUière.) 
V. Repincer. 

CA ROUBLE : Fausse clef. 
(Grandval.) V. Esquintement. 

CAROUBLEUR, caroubleur 
refilé : Voleur employant des ca- 
roubles fabriquées sur des em- 
preintes livrées par des domes- 
tiques, des frotteurs, des peintres 
ou des amants de servantes. 11 ne 
fait point d'effractions; il ne vole 
que l'argent et les bijoux. — « Le 
caroubleur qui va reconnaître les 
lieux pour les dévaliser ensuite.» 
(Ph. Chasles.) 



Caroubleur à la flan , — a l'es- 
brouffe : 11 vole aussi avec de 
fausseg clefs, mais au ha-ard, 
dans la première maison ve lue. 

Caroubleur au fric frac ; V( ) leur 
avec effraction. Il emploie au lieu 
de clefs un pied de biche er. fer 
appelé cadet, monseigneur ou 
plume. (Vidocq.) 

CARQUOIS : Hotte de chij lon- 
nier. (Colombey.) Ironie my ho- 
logique, car le chiffonnier est ap- 
pelé aussi Cupidon. V. ce moi. 

CARRÉ: Portion d'étage sur 
laquelle ouvrent les portes des 
divers logements. Sa forme est 
le plus souvent carrée. 

CARRÉ (faire un) : Voler avec 
effraction dans les divers loge- 
ments ouvrant sur un carré. 

CARREAU, carreau de vitre : 
Lorgnon monocle. — a M. Tou- 
pard, cinquante-deux ans, peùte 
veste anglaise, chapeau capsule, 
un carreau dans l'oeil. » [Mém n- 
res d'une Dame du monde, 60.; 

CARRÉMENT : Francheme t, 
sans formes obliques. — « O \\ 
tu es rouge, et carrément, mon 
bonhomme. » (G. Droz.) 

CARRER (se) : Se cacher. (Hel- 
bert.) Mot à mot : se mettre dai.s 
un coin. V, Carruche. 

CARREUR : Forme ancienne 
du mot charrieur. Il a la ménre 
signification. — ce Le carreur qi:i 
escamote des pièces d'or ou d'ar- 
gent. » (Ph. Chasles.) 

CARROUBLE : V. Caroubk. 

CARRUCHE : Prison. (Grand- 
val.) — Diminutif du vieux mo: 
car : coin. (Roquefort.) Il est an- 
cien lui-même, car on le retrouyt; 

I 



CAR 



- 83 — 



CAS 



dans le patois flamand. V. Can- 
ton. 

CARRUCHE (comte de la) : 
Geôlier. (Id.) 

CARTAUD : Imprimerie. (Hal- 
bert.) 

CARTAUDER : Imprimer. (Id.) 

CARTAUDIER : Imprimeur. 
(Id.) 

CARTE (femme en) : Femme 
à qui la police délivre une carte 
de fille soumise. — « La fille en 
carte est libre, pourvu qu'elle se 
présente exactement aux visites 
des médecins. » (A. Béraud.) 

CARTE (être en carte) : Être 
inscrite parmi les filles soumi- 
ses. 

CARTES (prendre des) : Cher- 
cher mieux. Mot à mot chercher 
des cartes plus belles, comme au 
jeu d'écarté. Se prend au figuré 
et en mauvaise part. — a Tu me 
disais : bon ! bon ! s'il n'est pas 
content, qu'il prenne des cartes !» 
(Vadé, 1744.J 

CARTE (revoir la): Vomir. 
— On comprend l'ironie en se 
rappelant que la carte est la liste 
des mets choisis pour un repas. 

CARTON (de) : Sans valeur réel- 
le. V. Miche, Occasion id').— îl y 
a longtemps que le carton sym- 
bolise une apparence trompeuse. 
Saint-Simon appelait déjà le duc 
du Maine, roi de carton, c'est-à- 
dire roi de cartes. 

Céladon 
De carton, 
Me prends-tu pour un' lorette? 

(H. Durand.) 
CARTON : Carte à jouer. — 



a Lorsqu'on a dîné entre amis, 
il faut bien remuer des cartons 
peints pour se dégriser. » (About.) 

CARTON (donner le) : Faire 
jouer. — < « Je n'ai point parlé des 
tables d'hôte où on donne le car- 
ton, c'est-à-dire où l'on fait jouer. » 
(Lespès.) 

CARTON (graisser, manier, 
remuer, travailler, tripoter le) : 
Jouer aux cartes. — Il y a, comme 
on voit, des expressions pour 
toutes les mains, sales ou non. 

— « Ces quatre messiers qui tri- 
potent le carton avec une grande 
habileté. » (Villemessant, 60.) 

CARTON (maquiller le) : 
Faire sauter la coupe. 

CARTON SAVONNÉ : Pain 
blanc. (Rabasse.) Forme altérée 
de « larton savonné. » 

CARTONNER : Jouer aux 
cartes. — « Eh! eh! vous avez 
un coup de pouce... Oui, je ne 
cartonne pas mal. » (E. Villars.) 

CARTONNEUR : Joueur pas- 
sionné. — « Ensuite la ravissante 
cartonneuse eut un instant de 
veine. » {Vie paris. 66.} 

CARTONNIER : Joueur de 
cartes. — « Pingaud sut le pre- 
mier débrouiller l'art confus de 
nos vieux cartonniers. » (Alyge.) 

CARVEL : Bateau. (Colom- 
bey.) 

CASAQUIN (grimper, tanner, 
travailler le) : Houer de coups. 
—L'habit est pris ici pour le corps. 

— c( Je te tombe sur la bosse, je 
te tanne le casaquin. » (Paillet.) 

— « Le premier ami de Pitt et 
Cobourg qui me tombe sous la 
patte, je lui grimpe le casaquia 



CAS 



-84- 



CAS 



et lui travaille les côtelettes. » 
(Lombard de Langres, 1783.) 
V. Bosse, Sabouler. 

CASCADER : Trébucher, 
faillir. 

Dis-moi, Vénus, pourquoi t'obstines-tu 
A faire ainsi cascadcr ma vertu ? 

[La belle Hélène, 65.) 

CASCADER : Faire des casca- 
des. — « M"« Leprevost a-t-elle 
appris seulement à cascader? » 
(J. Janin.) — « Je vais au cou- 
vent... Je suis fatiguée de casca- 
dcr sur les planches. » (Villemot.) 

CASCADES : Vicissitudes, fo- 
lies. — « Sur la terre, j'ai fait mes 
cascades. » {Robert Macaire, 
ch., 36.) 

CASCADES : « Au théâtre ce 
mot dépeint les fantaisies bouf- 
fonnes, les inégalités grotesques, 
les lazzis hors de propos, les 
improvisations les plus fantas- 
ques. » (J. Duflot.) « La pièce a 
paru insuffisante à un public ha- 
bituellement moins exigeant en 
fait de cascades dramatiques. » 
(Monselet.) 

CASCADEUR : Farceur, fai- 
seur de cascades. — « Je puis 
dire que je suis chaque matin en- 
vironné d'une douzaine de casca- 
deurs. » (E. Villars.) 

CASCADEUSE : Femme ga- 
lante, farceuse. — « La correspon- 
dance entre le prince et la casca- 
deuse n'a rien de compromettant 
pour l'amant. » (A. Wolff.) 

CASCARET : Écu de trois 
livres (Fr. Michel.) 

CASIMIR : Gilet. (Delvau.) 
Nom d'étoffe donné au vêtement. 



CASQUE : Chapeau d'homme 
ou de femme, casquette. Ironie. 

CASQUE A AUVENT : Cas- 
quette. {Petit dict. d'argot, 44.) 
— L'auvent est ici la visière. 

CASQUE A MÈCHE : Bonnet 
de coton. — Allusion à la mèche 
qui le termine. — « II dévoilera 
les mensonges cotonneux de ma- 
dame et apportera dans le salon 
le casque à mèche de monsieur. » 
(Th. Gautier.) 

CASQtlE (avoir son) : Être ivre, 
Mot à mot : avoir du vin plein 
la tête ou le casque, comme le 
prouvent les exemples suiva:\ts : 
« Il me demande si je veux mhu- 
mecter, je lui dis que j'ai mon 
casque. » (Monselet.) — « lis 
furent ensemble dans un cabaret 
boire quelques pots de bon vin... 
si bien que ce malheureux Jean 
s'en donna dans le casque. » 
{L'art de plumer la poule sans 
crier, xviii» siècle.) 

CASQUER : Donner de l'argent 
bon gré mal gré. — De cascaret^ 
écu, V. Cave, Pognon. — « Le pe- 
tit Polonais casqucra. Vive la 
Russie! » (Claretie.) 

CASQUETTE : Chapeau de 
femme. — « Cré chien! Loi se, 
t'as là une casquette un peu 
chouette. » (Gavarni.) 

CASQUETTE : Ivre. Mot à mot, 
ayant son casque. 

Ai-je manqué, soit à jeun, soit cas- 
quette, 
De t'apporter ma soif et ma chanso i ? 
(Festeau.) 

CASQUETTE :« Être casquet te 
a un autre sens : c'est manquer 
de distinction, c'est d'avoir dans 



CAS 



- 85 - 



CAS 



les manières quelque chose de 
rude, d'un peu brutal, comme les 
gens dont la casquette est la 
coiffure ordinaire. » (Mané, 62.) 

CASQUETTE : Argent perdu 
au café. — De casquer, payer. — 
« Le café Voltaire, créancier du 
réaliste pour des casquettes py- 
ramidales. » (Michu.) 

CASSANTE : Noix, noisette. 
(Grandval, Vidocq.) 

CASSANTE : Dent. (Halbert.) 
Dans ces deux acceptions, l'effet 
est pris pour la cause. La noi- 
sette se casse et la dent casse. 

CASSE : Bris accidentel de 
verres ou de porcelaine dans un 
café ou un restaurant. — <c Dans 
beaucoup de villes, le maître d'hô- 
tel marié prend des pourboires, 
une part pour sa femme, une part 
pour ses enfants, une part pour 
la casse, etc. » (A. Luchet.) 

CASSE : Rognures et raclures 
de pâtisseries vendues à deux 
sous le cornet par des pâtissiers. 

CASSE (je t'en) : Ce n'est pas 
pour toi. (Halbert.) Mot à mot 
et ironiquement : je casse pour 
toi un morceau de ce que tu con- 
voites. 

CASSE-GUEULE : Bal public 
de dernier ordre, où on se bat 
souvent : 

CASSE -NOISETTES : Tête 
dont le nez et le menton se rap- 
prochent comme les pinces d'un 
casse-noisettes. La perte des dents 
donne souvent cet aspect aux 
figures de vieillards. — « Les flâ- 
neurs du quartier les avaient sur- 
nommés les deux Casse-Noiset- 
tes. » (Balzac.) 



CASSE -POITRINE : « Cettî 
boutique est meublée de deux 
comptoirs en étain où se débi- 
tent du vin, de Teau-de-vie et 
toute cette innombrable famille 
d'abrutissants que le peuple a 
nommés, dans son énergique 
langage, du Casse-Poitrine. » ( Pr. 
dAnglemont.) — « Ces demoi- 
selles n'ont plus la faculté de se 
faire régaler du petit coup d'é- 
trier, consistant en casse-poitrine, 
vespetro, camphre et autres in- 
grédients. » (fPétition des filles 
publiques de Paris, 3o.) — Se di- 
sait autrefois du vin très-acide. 
V. Briolet. 

î CASSE-POITRINE: Pédéraste. 
V. le d"- Tardieu {Attentats aux 
mœurs.) 

CASSEMENT DE PORTE : 
Vol avec effraction. (Rabasse.) 

CASSER : Manger. Mot à mot : 
casser avec les dents. — « J'avions 
déjà cassé trois ou quatre gigots, 
cinq ou six cochons de lait, et 
une pièce de bœuf à la mode. » 
(Vadé, 1744.) V. Casser le cou. 

CASSER : Dénoncer. — Abrév. 
de casser du sucre. — « Part à 
deux , ou je casse sur toi. » (Du 
Camp.) 

CASSER (se la) : S'enfuir. — 
« Vous vous esbignez. Ils se la 
cassent. » (A. Second.) — « C'est 
assommant ici. Je me la casse. 
Cassons-nous-la. « (E. Villars.) 

CASSER (à tout) : Avec em- 
portement. — S'est appliqué dans 
l'origine aux voitures qu'on me- 
nait grand train, au risque de 
tout casser. Se dit maintenant 
de tout. V. Ringuer. — « Que 



CAS 



tu es belle! sp'endide! à 
casser. » (E. ViLars.) 

CASSER DU BEJ : Sentir mau- 
vais. — Casser a ici le sens de 
couper, ce qui donne, mot à mot : 
couper de son bec... celui des 
autres. V. Couper la Gueule. 

CASSER DU GRAIN : Ne pas 
faire ce qui est commandé. (Del- 
vau.) 

CASSER DU SUCRE : De'non- 
cer. (Rabasse), — médire (Del- 
vau.) — a II en est qui, pour 
amoindrir leurs peines, cassent 
du sucre sur leurs camarades. » 
(Stamir, 67.) 

CASSER LA GUEULE ; Frap- 
per au visage. 

CASSER LA HANE : Couper la 
bourse. (Halbert.) — Vieux mot. 

CASSER LE COU : Manger. 

— « Chère belle, ne viendrez- 
Yous pas casser le cou à un fri- 
candeau ce soir?» (Lespès, 1866.) 

— « Viens-tu casser le cou à une 
gibelotte? » (Nadar.) 

CASSER LE NEZ (se).— Trou- 
ver porte close. Mot à mot : se 
casser le nez contre une porte 
qu'on croyait ouverte. 

CASSER SA CANNE, CASSER 

SON PIF : Dormir. — Allusion 
à la position d'un dormeur dont 
la tête perd son point d'appui et 
s'incline brusquement en avant. 

— Ils cassent leur canne... ils cas- 
sent leur pif.»(Villars.)V.Org-we 
(jouer de 1'.) 

CASSER SA CANNE : Être 
bien malade. (Rabasse.) 

CASSER SA CANNE : Rompre 
son ban, quand on est sous la 



- 86 ~ 
tout 



CAS 

la justice. Voir 



surveillance de 
Canne. 

CASSER SA PIPE : Mourir. 
(Rabasse.) 

CASSER SON ŒUF : Faire 
une fausse couche. 

CASSER SON PIF : Dormir. 
V. Casser sa canne. 

CASSER SON SABOT, SA 
CRUCHE : Perdre sa virginité. 
— Souvenir des chansoi s d'au- 
trefois où ces à-peu-près galants 
dominaient. 

CASSER UNE PORTE : Voler 
avec effraction. 

^ CASSEROLE (passer par la) : 
Être en traitement pour la syphi- 
lis. On disait autrefois j^o^vs^r sur 
les réchauds de saint Corne. 

Comme le vieux jeu d^ mots 
aller en Suède , l'une et l'autre 
expression font allusion à la cha- 
leur requise par les sudoi itiques 
qui jouent un grand rôle dans la 
cure. 

CASSEROLE : dénon- 
ciateur, femme dénonçant à la 
police. (Halbert.) — Vient le cas- 
ser. V. ce mot. Il est à noter que 
le dénonciateur s'appelle aussi 
cuisinier, que dénoncer c'ee^t man- 
ger le morceau ou se mettre à 
table. — (c Tout le monde a peur 
des coqueuses qu'on appelle en- 
core des casseroles ou des mou- 
tons. » (P. de Grandpré.) 

CASSEUR : Tapageur, prêt à 
tout casser. (Dhau tel, 08.) — «La 
manière oblique dont ils se coif- 
fent leur donne un air casi^eur. » 
(De La Barre.) 

CASSEUR : Dénonci iteur. 
V. Casser du sucre. 



CAS 



-87 



CAT 



CASSEUR DE PORTES : Vo- 
leur avec effraction. (Halbert.) — 
Vêtus de toile bleue comme des 
ouvriers, ils marchent par trois 
le soir dans les rues, entrent dans 
les maisons mal gardées, frap- 
pent aux portes des logis non 
éclairés, et les forcent, si on ne 
répond pas. Un fait le guet, les 
deux autres opèrent. (Rabasse.) 

CASSINE : a Ce mot signifiait 
autrefois une petite maison de 
campagne; maintenant, il n'est 
plus d'usage que pour dire un 
logement triste et misérable. » 
(Dhautel, 08.) — Diminutif de 
Case: « Ah ! ben, vous n'êtes pas 
dégoûté!... voilà une cassine. Je 
sors de la cuisine, c'est à faire 
lever le cœur, un vrai fumier, 
quoi!! !» (Marquet.) 

CASSOLETTE (ouvrir sa) : 
Vesser. Mot à mot : répandre 
des parfums trop connus. 

CASSURE: Débit accentué. — 
« Le brio et la cassure (encore un 
mot commandé par la situation) 
avec lesquels elle (mademoiselle 
Silly) enlève à gosier déployé son 
rôle de Béatrix. » ( Vie parisienne, 
63.) 

CASTE DE CHARRUE : Quart 
d'écu. (Halbert.) 

^ CASTOR : Officier de marine 
évitant les embarquements et les 
expéditions de terre ferme. — Le 
castor bâtit volontiers sur le ri- 
vage. 

CASTORIN : Chapelier. (Al- 
manach des Débiteurs, 5i.) Moi 
à mot : marchand de castors. 

CASTORISER : Dans la ma- 
rine, c'est éviter les embarque- 
ments. Dans l'armée de terre, c'est 



voyager peu ou point, et se per- 
pétuer dans des garnisons agréa- 
bles. — a Pélissier (le maréchal) 
disait : la garde impériale casto- 
rise. » (Cluserct, 68.) 

CASTROZ : Chapon. (Grand- 
val.) C'est castrat, avec change- 
ment de finale. 

CASTU : Hôpital. (Grandval.) 
— Forme abrégée de castuc, à 
moins que ce ne soit une équi- 
voque sur la grande phrase de 
l'hôpital : Qu'as-tu? (que res- 
sentez-vous .^ C'est ainsi qu'on 
appelle les douaniers qu'as-tu là. 

CASTUC : Prison. (Vidocq.) 
Du mot castel, château. V. Ka- 
vignolé. 

CATÉGORIE (i", 2«, 3«) : 

Cesdivisions, qu'une ordonnance 
(vers 1800) avait rendues offi- 
cielles pour la vente de la viande 
de boucherie, ont été adoptées 
par les gouailleurs pour coter le 
degré de distinction de celui-ci 
ou de celle-là. On a dit une fem- 
me de troisième catégorie, comme 
une femme du quart de monde : 
(( Docteur, je t'abandonne Bac- 
chante. Je la dépècerais bien, mais 
les morceaux seraient de troisiè- 
me catégorie, et le veau est en 
baisse. » (Michu.) 

Le terme a fini par s'étendre à 
tout, en multipliant à l'infini le 
nombre des catégories. — « Les 
amateurs se disputent des croûtes 
de sixième catégorie, auxquelles 
on a mis un faux nez. » (E. Fre- 
bault.) 

CATOGAN : Chignon de femme 
volumineux noué au niveau de 
la nuque par un paquet de fa- 
veurs. (Modes de 66.) 



CAV 



CEN 



Quand j'aperçois le catogan 

De cette charmante personne, 

Accompagné de son ruban 

Dont le long bout dépasse une aune. 

(E. ViUars.) 

CAUCHEMAR : Homme en- 
nuyeux à l'excès. (Dhautel.) Mot 
à mot : vous oppressant comme 
un cauchemar. 

CAUCHtMARDANT : Insup- 
portable. — « C'est cauchemar- 
dant. » (Jaime fils.) — « Pour en 
finir avec cette profession si af- 
freusement cauchemardante. » 
{Paris-Étudiant, 54.) 

CAUCHEMARDER : Être cau- 
chemardant. — « Pour abriter sa 
conscience contre certains hom- 
mes noirs qui pourraient venir le 
cauchemarder. » (Physiologie du 
parapluie, 4t.) 

CAVALCADES : Vicissitudes 
galantes, oc Ça fait des manières, 
un porte-maillot comme ça. — 
Et qui en avait vu, des cavalca- 
des. » (Gavarni.) 

CAVALE : Fuite, action de se 
cavaler. « La cavale est plus dif- 
ficile que lago. » (Rabasse.) 

CAVALER (se) : Fuir avec la 
vitesse d'un caval ou cheval (vieux 
mot). — « Il faut se cavaler et 
vivement. » (Chenu.) V. Feston. 
— (c Nous nous cavalons, moi et 
Todore, du côté du Temple. » 
(Monselet.) — « Ces promesses 
avaient cavale mon esprit et mon 
courage. » (Lettre mystique tou- 
chant la conspiration dernière. 
Leyde, 1702.) 

CAVALLE : évasion. (Petit 
dictionnaire d'argot, 44.) Mot à 
mot : action de se cavaler. 

GAVÉ : Dupe. Mot à mot : 



tombé dans un trou, une cave. 

— Même image dans enfoncé, cas- 
qué. 

CAVÉE : Église. (H ilbert.) — 
Elle est voûtée comnne la cave, 

CE : Argent. (Rabasse.) Voir 
Chêne. 

Tout de ce : Très-bien. (Vi- 
docq.) 

CELUI DE (avoir) : Avoir l'hon- 
neur de. — Usité par moquerie 
des politesses exagérées de la pe- 
tite bourgeoisie, où Ion avait 
à cœur de répondre : J'ai celui 
de, etc., à l'interlocuteur qui 
vous avait dit : j'ai eu l'honneur 
de, etc. — « Mam'selle. aurai-je 
celui d'aller avec vous ? » (J. La- 
dimir, 41.) 

CENT COUPS (faire les) : Com- 
mettre des actes de folie, de dé- 
sespoir. — « Tu peux faire les 
quatre cents coups dans la cité. » 
(E. Sue.) 

CENTRALE : Prison centrale. 

— « Les centrales, comme disent 
les voleurs, sont les prisons dont 
ils craignent le plus le régime 
sévère. » {Figaro, 76.) 

CENTRE : Nom. (Vidocq), 
état civil. (Rabasse.) 

Faux centre, Centre à Vestor* 
gue : Faux nom : V. Estorgue. 

Coquer son centre : Donner son 
nom. V. Ravignolé. 

CENTRE DE GRAVITÉ : 
Derrière. — « Il se risque.. . Ne fré- 
missez pas, belle lectrice; les don 
Juan sont très-forts sur h gym- 
nastique. Dès leur plus tendre en- 
fance ils se sont exercés à tomber 
sur leur centre de gravite. C'est 
là-dessus que don Juan Cbt tom- 
bé. » (E. Lemoine.) 



CER 



-89- 



CHA 



CENTRIER : Député du centre 
conservateur sous Louis-Philip- 
pe. V. Ventru : « Moreau ! Mais 
il est député de l'Oise. — Ah ! 
c'est le fameux centrier. » (Bal- 
zac.) 

CENTRIER, CENTRIPÈTE : 

Soldat du centre, fantassin. 

C E R B È R E : Portier malhon- 
nête et grondeur comme le Cer- 
bère de la fable : — « Misérable, 
disait-elle au cerbère, si mon 
mari le savait. — Bah! répondait- 
il... un terme de payé, ça aide. » 
(Ricard.) 

CERCLE : Pièce d'argent. — 
Allusion de forme. 

CERCLE (pincer, rattraper, 
repincer au demi-) : Prendre à 
l'improviste. — Terme d'escrime. 
— « Filons... je connais l'escalier 
de service... Aie! pinces au demi- 
cercle. » (Villars.) 

CERCLE : Tonneau. (Vidocq.) 
Allusion aux cercles retenant les 

douves. 

CERCUEIL: Bière, boisson. 
Jeu de mots. V. Cogne. 

CERF : Mari trompé. — Allu- 
sion de cornes. 

L'amant quitte alors sa conquête 
Et le cerf entre à la maison. 

(Béranger.) 

CERF (sedéguiser en) : Courir. 
Allusion à la vitesse du cerf. 
V. Ballon (se lâcher du). 

CERF-VOLANT : Femme dé- 
pouillant les enfants mal sur- 
veillés par leurs bonnes. — Jeu 
de mots. Elle vole dans les jardins 
publics où vole aussi le jouet dit 
ce>^/-volant. 



CERISIER : Cheval aussi mau- 
vais que les bidets qui portent 
des cerises au marché. — On dit 
d'un mauvais cavalierqu'il monte 
en marchand de cerises. (Dhau- 
tel.) 

CES : Ce pronom a parfois une 
valeur ironique particulière lors- 
qu'il est placé devant les substan- 
tifs. — « On a donné à ces dames 
que voici le nom de musardines. » 
(Alb. Second.) — Bérangerachan- 
sonné ces demoiselles. 

CESARIEN : partisan du pou- 
voir absolu et surtout du pouvoir 
Napoléonien. — « L'abus du par- 
lementarisme favorise ce que nous 
appelons les Césariens. » (P. Mo- 
niteur y 5 août 75.) 

CHABANNAIS, CHABANAIS : 
Bruit. — « Il m'embête, votre pu- 
blic. En font-ils du chabanais. » 
(Décembre-Alonnier.) 

Ah ! ça prend dans les rues ? 

Le chabanais, ça mousse. (Sardou.) 

CHACAL : Zouave. (Dans 
l'argot militaire d'Afrique.) 

CHAFRIOLER : Se complaire. 
« L'atmosphère de plaisirs où il 
se chafriolait. » (Balzac.) 

CHAHUT : Dispute. — « Je 
n'ai jamais de chahut avec José- 
phine comme toi avec Millie. » 
(Monselet.) 

CHAHUT : Cancan populaire. 
— « La chahut comme on la dan- 
sait alors était quelque chose de 
hideux, de monstrueux; mais 
c'était la mode avant d'arriver au 
cancan parisien, c'est-à-dire à 
cette danse élégante, décemment 
lascive lorsqu'elle est bien dan- 
sée. Aujourd'hui le cancan en 



GHA 



~ 90 — 



GHA 



l'école moderne triomphe, la 
chahut n'est plus guère con- 
nue que des titis des Funam- 
bules. » (Pr. d'Anglemont, 5i.) 
— «Un caractère d'immoralité et 
d'indécence comparable au cha- 
hut que dansent les faubouriens 
français dans les salons de Dé- 
noyers. » (Mansion, 33.) 

. ... Et pour se meUre en rut 
Apprennent là du peuple à danser le 
chahut. (A. Barbier.) 

CHAHUT: Mêlée, remue-mé- 
nage. — « La cavalerie monte à 
cheval. C'était un chahut, un 
boucan général. » Commentaires 
de Loriot.) 

CHAHUTER : Faire tapage, 
danser le chahut. — a Ça mettra le 
vieux Chariot en gaité... il cha- 
hutera sur sa boutique.» E. Sue. 

CHAHUTER : Renverser, cul- 
buter. 

Sur les bords du noir Cocyte, 

Chahutant le vieux Caron, 

Nous r fich'rons dans sa marmite, etc. 

(Cha/ison de canotiers.) 

CHAHUTEUR ; Tapageur, 
danseur de chahut. 

CHAILLOT! (A) : Allez vous 
promener ! Mot à mot : Allez à 
Chaillot! Cette injure, fort usi- 
tée, daterait, selon M. Louis Ul- 
bach, qui s'en est occupé dans le 
Figaro, de l'année 1784, où la 
construction du mur d'enceinte 
consterna tellement les habitants 
de Chaillot que le nom d'ahuris. 
leur est resté. 

Pour notre part, nous avons 
constaté qu'en 1826 ce terme d'a- 
huri de Chaillot était encore po- 
pulaire, car le Dictionnaire pro~ 1 



verbial de Caillot lui donne une 
place ; a Ahuri, surprix, étonné. 
On dit à Paris : les ahuris de 
Chaillot. » 

Il convient d'ajouter que le 
village de Chaillot était autrefois 
le point de mire des mauvais 
plaisants. — Quand on parlait 
d'une Agnès de Chaillot c'était 
pour désigner une fille suspecte. 

— « Ah! ciel! disais-je en moi- 
même, cette Agnès de Chaillot 
serait- elle de ce pays-ci ? » ( Voya- 
ge de Paris à Saint-Clou .i, 1 754.) 

« A Chaillot les gêneurs! veut 
dire tout simplement : Au diable 
les ennuyeux ! » (Mané, Paris ef- 
fronté, 63.) 

J' crois la proposition honnêii 
En t'offrant mon cœur et ma main. 
Quoi ! tu m' réponds, rêv' de rnon âme : 
« A Chaillot ! ton cœur et to 1 nom ! » 

(Aug. Hardy.) 

CHAIR A CANON : Soldat. — 
« L'homme ne fut plus, comme 
on disait sous l'Empin , de la 
chair à canon. » (D^ Vért-n.) 

CHAIR HUxMAINE (vendeur 
ou marchand de) : Proj;énète : 
Agent de remplacement m ; litaire. 

— Au xvine siècle, on cionnait 
déjà ce nom aux sergents recru- 
teurs. 

CHALOUPE : Femme au ju- 
pon gonflé comme une v )ile de 
chaloupe. — « C'te chalo ipe! » 
crie un gamin de Gavarri der- 
rière une élégante. 

CHALOUPE ORAGE JSE : 
Cancan échevelé. — Comparai- 
son de la danse au roulis d'une 
chaloupe. — « Ils chalou laient 
à la Chaumière. » {Étudiant, 64.) 

— ce Ohé! les danseurs ! qui est-ce 



CHA - 91 - 

qui veut du cancan et de la cha- 
loupe à mort? » — (E. Bourget, 
1845.) — V. Tulipe. 

CHALOUPER : Danser la cha- 
loupe, faire de'Bauche. 



CHA 



Et je chaloup'rai 
Tant qu' j'aurai 
De la vaisselle de poche. 

(Poinchoud.j 

CHAMBARDER : Bousculer. 
— Terme de marine. 

GHAMBERTER : Être indis- 
cret (Rabasse.) 

CHAMBRE DE SÛRETÉ : 
Prison de la Conciergerie. (Sta- 
mir.) 

CHAMBRE DES PAIRS : Ba- 
gne. — Côté des condamnés à 
vie. Les autres sont les députés. 

CHAMEAU : Femme de mau- 
vaise vie.^ — On dit aussi : Cha- 
meau d'Egypte, chameau à deux 
bosses, ce qui paraît une allusion 
à la mise en évidence de certains 
appas. Cette épithète passe aussi 
pour dater de la campagne d'E- 
gypte, pendant laquelle nos sol- 
dats, profonds analogistes, au- 
raient été frappés de la docilité 
avec laquelle le chameau se cou- 
chait pour recevoir son fardeau. 
Tel est du moins l'avis de VEn- 
cyclopediana. — « Qu'est-ce que 
tu dis là, concubinage? coquine, 
c'est bon pour toi. A-t-on vu ce 
chameau d'Egypte! » (Vidal, 33.) 
— ce Cette vie n'est qu'un désert, 
avec un chameau pour faire le 
voyage et du vin de Champagne 
pour se désaltérer. » (F. Deriège, 
42.) — a II n'y a pas d'affront 
pour une femme appelée cha- 
meau! Cet animal est sobre et 



laborieux. Quelle citoyenne du 
quartier Bréda peut en dire au- 
tan c? » (Commerson.) 

CHAMP DE NAVETS : . Un 
convoi remontait l'avenue d'Ita- 
lie se rendant à ce triste cime- 
tièreconnu sous le nom de Champ 
de Navets. » (A. d'Aunay, 75.) 

CHAMP : Champagne. — <.c Ma- 
ria. Oh !... du champ ! — Éole... 
■àgne.— Maria. Qu'est-ce que vous 
avez donc? — Éole. On dit du 
Champagne. —Maria. Ah bah! 
où avez- vous vu ça? (Th. Bar- 
rière.) 

CHAMPAGNE, fine champa- 
que : Eau -de- vie fine. — Du 
nom d'un village de la Charente- 
Inférieure. — « Nous lui ferons 
prendre un bain de fine Cham- 
pagne. » (Cochinat.) — On dit 
également : un petit verre de 
Ji7ie, ou de Champagne, 

CHAMPOREAU : Boisson 
très-goûtée en Algérie. Tous les 
cabarets portent sur leur enseigne 
ce nom, qui est celui de l'inven- 
teur. Le champoreau se fait en 
ajoutant une liqueur quelconque 
à du café au lait très-étendu d'eau ; 
il y a le champoreau au rhum, 
le champoreau au kirsch, etc. — 
« On y boit des champoreaux 
(du lait, du café et du rhum),. ce 
qui n'est pas mauvais. » {Comm. 
de Loriot.) 

CHANÇARD : Favorisé par la 
chance. — « Chacun se sauve 
comme il peut. Je parle des chan- 
çards. » {Commentaires de Lo- 
riot.) 

CHANDELLE : Mucosité cou- 
lant du nez, comme le suif coule 



CHA 



92 — 



CHA 



de la chandelle, — quand on ne 
la mouche pas. 

CHANDELLE : Fusil de muni- 
tion. — Il est comme la chandelle, 
long, rond, et il en sort une 
flamme quand on y met le feu. 

Etre conduit en quatre chan- 
delles. — Être conduit par quatre 
soldats. 

CHANDELLE : Bouteille. « Nous 
allons chez le marchand de vin 
et je demande une chandelle à 
12 sous. » (La Correctionnelle.) 

CHANOINE, CHANOINESSE : 
Rentier, rentière. (Colombey.) 
Assimilation de la rente à la pré- 
bende du canonicat. 

CHANTAGE : Extorsion d'ar- 
gent sous menace de révélations 
scandaleuses. — <c Le chantage, 
c'est la bourse ou l'honneur. » 
(Balzac.) — « Le chantage existe 
partout. Et celui que Ton punit 
n'est pas toujours le plus dange- 
reux. Il y a le chantage en gants 
paille, qui s'exerce dans un sa- 
lon, qui prend des airs de vertu, 
qui, du haut de son équipage, écla 
bousse le passant ; celui-là, on ne 
l'atteint pas! Mais le tribunal est 
la terreur de ces exploiteurs de 
bas étage qui proposent aux gens 
craintits et aux pusillanimes une 
terrible alternative : la bourse ou 
le déshonneur! 

u iNous avons vu autrefois au 
Palais un vieux professeur, fort 
connu, savant éminent. Ce mal- 
heureux, depuis un demi-siècle, 
était exploité par une bande de 
misérables qui lui demandaient 
de l'argent sous peine de lui im- 
puter un vice ignoble. Le profes- 
seur avait craint le scandale; il 
avait payé. Ce qu'il y avait de 



singulier, c'est que les premiers 
exploiteurs étaient morts ou reti- 
rés avec leurs rentes, et avaient 
cédé à des successeurs leur part 
dans l'exploitation de M. X... A 
chaque trimestre, un coup de 
sonnette se faisait régulièrement 
entendre dans la maison habi- 
tuellement si tranquille du sa- 
vant; ce coup de sonnette faisait 
tressaillir le pauvre homme : 
c'était la diffamation qui venait 
réclamer le prix de son silence. 
Et M. X... a payé comme cela en- 
viron 3oo,ooo francs. Enfin la 
justice a mis la main sur ces cor- 
saires de la vie privée. Les douze 
coquins qui vivaient sur la for- 
tune de M. X... ne vivront doré- 
navant qu'aux frais de l'ii^tat. » 
{Figaro.) 

CHANTER : Être victime d'un 
chantage. — « Tout homme est 
susceptible de chanter, ceci est 
dit en thèse générale. Tout hom- 
me a quelques défauts de cui- 
rasse qu'il n'est pas soucieux de 
révéler. (Lespès.) 

CHANTER (faire) : Rendre 
quelqu'un victimed'un cha:itage. 
Mot à mot : faire chanter (rison- 
ner; ses écus. Chanter plus haut 
voulait dire jadis donner une plus 
forte somme. Le Dictionnaire de 
l'Académie le donne avec ce sens. 
— «Puisque l'argot court aujour- 
d'hui les boudoirs, nous dirons 
que faire chanter signifie obtenir 
de l'argent de quelqu'un ei lui 
faisant peur, en le menaçant de 
publierdes choses qui pourr lient 
nuire à sa considération, ou qu'il 
a pour d'autres raisons un grand 
intérêt à tenir ignorées. » Ro- 
queplan, 41.) — « Faire chanter, 
c'est faire payer une chose qu'on 



CHA 



-^93- 



CHA 



ne doit pas. » (Dhautel, 08.) — 
Ce dernier exemple, qui est le 
plus ancien, ne semble pas don- 
ner au mot sa signification pré- 
cise d'aujourd'hui. 

CHANTERELLE (appuyer sur 
la) : Toucher à un endroit sen- 
sible, ou serrer la gorge de quel- 
qu'un à le faire crier. — Assimi- 
lation de la voix à la corde aiguë 
du violon. 

CHANTEUR: «Le chanteur 
s'est procuré un document im- 
portant; il demande un rendez- 
vous à l'homme enrichi. Si l'hom- 
me compromis ne donne pas une 
somme quelconque, le chanteur 
lui montre la presse prête à l'en- 
tamer, à dévoiler ses secrets. 
L'homme riche a peur, il finance. 
Le tour est fait. Vous vous livrez 
à quelque opération périlleuse, 
elle peut succomber à une suite 
d'articles : on vous détache un 
chanteur qui vous propose le ra- 
chat des articles. » (Balzac.) — 
Vidocq déclare chanteurs : 1° les 
journalistes qui exploitent les ar- 
tistes dramatiques; 20 les faiseurs 
de notices biographiques qui les 
offrent à tant la ligne ; 3° ceux qui 
proposent à des prix énormes des 
autographes ayant trait à des se- 
crets de famille. — « Sans comp- 
ter, ajoute-t-il, mille autres fri- 
pons dont les ruses défraieraient 
un recueil plus volumineux que 
la Biographie Michaud. » 

On nomma enfin chanteurs les 
hommes exploitant la crainte 
qu'ont certains individus de voir 
divulguer des passions contre na- 
ture. Ils dressent à cette fin des 
jeunes gens dits Jésus qui leur 
fournissent l'occasion de consta- 
ter des flagrants délits sous les 



faux insignes de sergents de ville 
et de commissaires de police. La 
dupe transige pour des sommes 
considérables. » (Canler.) — La- 
cenaire était chanteur de cette 
classe, et a consacré à ce métier 
quelques pages de ses Mémoires, 
36. 

CHANTILLY : Dentelle de 
Chantilly. — a J'ai là une confec- 
tion de velours avec des Chan- 
tilly. » {Alm. du Hanneton.) 

CHAPARDER : Marauder. — 
De chat-pard : chat tigre. — « La 
veille, il avait chapardé dans le 
village une grosse bûche. » {Alm. 
du Hanneton, 67.) 

CHAPARDEUR : Maraudeur, 
voleur. — « Si le sergent-major 
et le fourrier n'étaient pas aussi 
chapardeurs, nos rations nous 
suffiraient. » {Commentaires de 
Loriot.) 

CHAPELET DE S» FRAN- 
ÇOIS : Chaîne attachant un con- 
damné. (Rabasse.) 

CHAPELLE (faire) : Relever 
sa jupe pour se chauffer à un feu 
de cheminée. 

CHAPON : Moine. (Colombey.) 
— Allusion à la chasteté obliga- 
toire. 

CHARABIA : « Toutes ces af- 
faires se traitent en patois d'Au- 
vergne dit charabia » (Balzac.) 

CHARABIA : Auvergnat. — 
« Que penseriez-vous d'un hom me 
qui n'est ni Auverpin ni Chara- 
bia. » (Pr. d'Anglemont.) 

CHARGÉ : Ivre. Mot à mot, 
qui a sa charge de boisson. 

CHARGER : Pour les cochers 
de fiacre, c'est prendre des voya- 



CHA 



— 94 - 



CHA 



geurs. Mot à mot : charger leurs 
voitures. 

CHARIER : Chercher à savoir. 
(Rabasse.) 

CHARIEUR : Celui qui cher- 
che à savoir. (Id.) 

CHARLEMAGNE (faire) : Se 
retirer du jeu lorsqu'on est en 
gain, sans plus de façon qu'un 
roi. — Il paraît que les rois avaient 
ce privilège sans manquer aux 
usages. 

Ce terme contient en même 
temps un jeu de mots sur le roi 
de carreau, le seul dont le nom 
soit français. — « Le lansquenet 
fait fureur... Ah! c'est qu'il est 
commode de pouvoir faire Ghar- 
lemagne sans rougir, et Charle- 
magne est le roi du lansquenet. 
On se trouve en gain , on quitte 
la table ettoutestdit. »(E. Arago.) 
— a Le jeu est agréable parce 
qu'on n'est point poli. On s'em- 
porte et l'on fait Charlemagne. » 
(Stendhal, 1826.) — a Si je gagne 
par impossible, je ferai Charle- 
magne sans pudeur. » (About.) 

CHARLEMAGNE : Poignard 
d'infanterie. — Allusion à l'épée 
du grand monarque. 

CHARLOT : Malin. (Rabasse.) 

CHARLOT : « Le peuple et le 
mondedes prisons appellent ainsi 
l'exécuteur des hautes œuvres 
de Paris. » (Balzac.) 

Le mot est ancien : « JYavons 
vu faire la procession dans la 
ville, derrière le confessionnal à 
Chariot casse-bras, qui t'a marque 
à l'épaule au poinçon de Paris. » 
(Vadé, 1744.) — « Que Chariot 
vous endorme! Tirez d'ici, meu- 



ble du Châtelet. » (Ide 11.) V. 
Garçon. 

On disait Chariot casse-bra- , 
par allusion à la roue ^ur la- 
quelle il cassait les bras djs con- 
damnés. 

CHARMANT, CHARMANTE : 
Galeux, galeuse. (Halbert.) 

CHARMANTE : Gale. — « La 

charmante y fait gratter b en des 
mains, aussi la visite étiit-elle 
rigoureuse. » (Vidal, 33.) 

CHARON : Voleur. (Vi locq.) 

— Diminutif de Charriew . 

Dessus le pont au Change 
Certain agent de change 
Se criblait au charon. (Vid )cq.) 

CHARPENTER : Tracer la 

charpente, le scenariod'une pièce. 

— « As-tu vu la pièce d'hier ? — 

— Oui, c'est assez gentil. — Sst-ce 
bien charpenté? — Peuh ! couci- 
couci. » (La Fizelière.) — « Dans 
l'art dramatique, les gens cie let- 
tres ont bien voulu me recon- 
naître une importante quilité, 
celle de charpenter une picce. » 
(Alex. Duval, 33.) 

CHARPENTIER : Collabora- 
teur chargé de charpentei une 
pièce. — « Il n'est pas si facile de 
se montrer un habile charpen- 
tier. » (A. Second.) 

CHARRIAGE : Escroquerie. — 
Action de charrier. V. Charrier. 

CHARRIAGE A L'AMLRI- 
CAINE : « Il exige deux com- 
pères : celui qui fait l'Américain, 
un faux étranger qui se dit /amé- 
ricain. Brésilien etdepuisquelque 
temps Mexicain, 2» celui qu» lui 
sert de leveur ou de jardinier. 
Le leveur lie conversation avec 



CHA 



-95 



CHA 



tous les naïfs qui paraissent por- 
ter quelque argent. Puis on ren- 
contre VAméricain qui leur pro- 
pose d'échanger une forte somme 
en or contre une moindre somme 
d'argent. La dupe accepte et voit 
bientôt les charrieurs s'éloigner, 
en lui laissant contre la somme 
qu'il débourse des rouleaux qui 
contiennent du plomb au lieu 
d'or. » (Ganler.) — On l'appelle 
aussi vol à l'américaine et vol au 
change. — Avec le temps l'Amé- 
ricain s'est démodé. Il est de- 
venu successivement un Brési- 
lien et un Mexicain. 

CHARRIAGE AU POT : Il dé- 
bute de la même façon que le 
précédent. Seulement l'Américain 

olîreà ses deux compagnons d'en- o8.)~«C'est pas l'embarras 

trer a ses frais dans une maison 1 . ' ' . ,., ^^ 

faut croire qu il aura reçu une 



le dévalise. - Ce genre de char- 
riage s'appelle maintenant i'o/<3m 
père François. 

CHARRIER : Voler quelqu'un 
en le mystifiant, dit Vidocq. — 
Du vieux mot charier : mystifier, 
qui est encore usité dans le dia- 
lecte flamand. Mot à mot : mener 
en chariot. Il esta noter que rou- 
ler a conservé un sens analogue. 

CHARRIEUR, CHARRON, 
CAREUR : Voleur pratiquant 
le charriage. — Même observa- 



tion que 
routeur. 



ci-dessus pour îe mot 



CHARÏEUR, CAMBROUSIER : 
Charlatan nomade. (Halbert.) 

CHASSE : Mercuriale. (Dhau- 



de débauche. Par crainte d'un 
vol, il cache devant eux dans 
un pot une somme considérable. 
Plus loin, il se ravise et envoie 
la dupe reprendre le trésor après 
lui avoir fait déposer une caution 
avec laquelle il disparaît, tandis 
que le malheureux va déterrer un 
trésor imaginaire. 

Charriage au coffret. — Variété 
moderne du précédent. L'Amé- 
ricain confie àunedame de comp- 
toir un coffret fermé à clé dans 
lequel il a fait voir préalablement 
des rouleaux de pièces d'or. Il re- 
vient de la journée, il a besoin 
d'argent et il a perdu la clé du 
coffret. On lui fait une avance et 
il ne reparaît plus. Le cotfret ne 
contenait que des centimes. 

CHARRIAGE A LA MÉCA- 
NIQUE : Un voleur jette son 
mouchoir au cou d'un passant et 
le porte à demi étranglé sur ses 
épaules pandant qu'un complice 



croire 
fameuse chasse pour être remonté 
si en colère. » (H. Monnier.) 

CHASSE, CHASSIS : Œil. — 
C'est un vrai châssis pour la 
tête. —«Je m'arc-boute et lui crève 
un châssis. » (Vidocq.) V. Co- 
quer, Balancer, Estorgue. 

CHASSE-COQUIN, CHASSE- 
NOBLE : Gendarme. (Halbert.) 

CHASSEPOT : Fusil de muni- 
tion se chargeant par la culasse. 
— Du nom de son inventeur. — 
(( Dumanet, lorsqu'il ne fait pas 
merveille avec son chassepot, a 
de l'esprit comme quatre. » (V. 
Noir.) 

CHASSER : partir. (Rabasse.) 

CHASSER DES RELUITS: 
Pleurer. Mot à mot : chasser les 
larmes des yeux. 

CHASSER LE BROUILLARD : 
Boire la goutte. V. Brouillard. 



CHA — 96 — 

CHASSES D'OGCASE : Yeux j 
louches. Mot à mot : yeux mal ' 
assortis, achetés d'occasion. Voir 
Estorgue. (Halbert.) 

CHASSIS : Paupières. (Ra- 
basse.) 

CHASSUE : Aiguille. (Hal- 
bert.) — Son trou s'appelle chas 
dans la langue régulière. 

CHASSURE : Urine. (Halbert.) 

CHAT : Guichetier. (Vidocq.) 
— Allusion au guichet, vraie 
chatière derrière laquelle on voit 
briller ses yeux. 

CHAT, CHATTE : Sobriquet 
d'amitié. — « Alfred, mon gros 
chat! — Qu'est-ce que tu veux, 
Minette ?»(Montépin.) — a Tu vas 
te trouver mal à présent, Fanny ! 
pauvre chatte chérie. » (H, Mon- 



CHA 

un chaudf ou vous êtc^ cliaudy 
i vous. 

CHAUD (être) : Avoir l'œil au 
guet. (Colombey.) 

CHAUD (il y faisait) : Allusion 
aux feux de l'artillerie et de la 
mousqueterie. — La bataille était 
rude. — « Ah ! vous étiez à Wa- 
gram? — Un peu. — Il y faisait 
chaud, hein? » (H. Monaier.) 

CHAUD (il fera) : Jamais. 
Mot à mot : il fera un temps 
chaud comme il n'y en aura ja- 
mais. — « C'est bien. Quand tu 
me reverras, il fera chaud. » 
(Méry.) 

CHAUDE-LANCE : Gonor- 
rhée. (Vidocq.) Allusicn à sa 
cuisson et à ses élancements. 



CHATAIGNE : Soufflet. —Son 
bruit sec peut à la rigueur être 
comparé à celui de la châtaigne 
qui éclate au feu. 

CHATEAU DE L'OMBRE : 
Bagne. (Stamir.) 

CHATTEMENT : Avec la câli- 
nerie d'une chatte. — Elle alla 
chattement à lui. » (Balzac.) 

CHATTERIE : Friandise, câ- 
linerie. 

CHAUD : Coureur de belles, 
homme ardent et résolu. — Au- 
trefois on disait chaud lancier. 

— « Le chaud lancier a repris Son 
Altesse Royale. » {Courrier bur- 
lesque, 2« p., i65o.) 

CHAUD : Artificieux, avide. 

— Forme du vieux mot caut : 
rusé, qui a fait cauteleux. — On 
dit souvent dans ce sens : c'est 



CHAUDRON : Mauvais piano, 
résonnant comme un chiudron. 

CHAUFFE LA COUCHE: 
Mari trompé et content. Mot à 
mot : chauffant pour un autre la 
couche conjugale. — « Les maris 
qui obtiennent le nom déshono- 
rant de chauffe la couche. » Bal- 
zac.) 

CHAUFFER : Montrer beau- 
coup d'ardeur pour faire mar- 
cher une affaire. — « La vente des 
collections léguées par fevi le ba- 
ron Bruel, était chauffée à faire 
éclater les soupapes de la fantai- 
sie et de la vanité. » (De Pont- 
martin, 66.) 

CHAUFFER : Presser le crédit. 
(5i, Almanach des Débiteurs.) 

CHAUFFER : S'animer, deve- 
nir très-ardent en parlant d'une 
bataille ou d'une entreprise quel- 
conque. — « Il paraît ([ue ça 
chauffe en Afrique. » (Bakac.) — 



CHA - 97 — 

« Oh ! tonnerre ! ça va chauffer ! » 
(E. Sue.) 

CHAUFFER LE FOUR : Boire 
avec excès. — « 11 me restait en- 
core 4 francs. J'avais chauffé le 
four depuis samedi.» (Monselet.) 

CHAUFFER UNE FEMME : 
Courtiser avec ardeur. — « Toutes 
ses lettres disent : je vous aime! 
aime:^-moi!! sinon je me tue!!! 
Répéter cela pendant trois mois, 
cela s'appelle dans la langue don 
juanique, chauflter une femme. » 
(E. Lemoine.) 

CHAUFFER UN ARTISTE : 
Applaudir chaleureusement. — 
a Elle recueillait les plaintes de 
son petit troupeau d'artistes... on 
ne les chauffait pas suffisam- 
ment. » (L. Reybaud.) V. Em- 
poigner. 

CHAUFFEUR : Homme d'en- 
train. — a C'était un bon enfant... 
un vrai chauffeur. » (H. Mon- 
nier.) 

CHAUFFEUR : Amoureux. — 
♦ C'est l'officier, le chauffeur de 
la petite. » (H. Monnier.) 

CHAUMIR : Perdre. (Vidocq.) 
— C'est le verbe « chômer » avec 
changement de finale. 

CHAUSSER : Convenir. 
(Dhautel.) — « Les diamants ! ça 
me chausse, ça me botte. » (Mé- 
lesville.) — « Cela rentre dans 
vos études. . . cela vous chausse- 
rait. » (L. Reybaud.) V. Brosse. 

CHAUSSETTES (essence de) : 
Mauvaise odeur provenant des 
pieds. Les raffinés disent ; ex- 
trait de chaussettes. 

CHAUSSETTE : « La chaus- 
sette est un simple anneau de fer 



CHA 



que porte à la jambe, comme 
signe de reconnaissance seule- 
ment, le forçat qui n'est plus ac- 
couplé. » (Moreau Christophe, 
37.) 

CHAUSSON (vieux) : Prosti- 
tuée, avachie comme un vieux 
chausson, une vieille pantoufle. 
— On dit, en abrégeant, chaus- 
son. (J. Choux.) 

CHAUSSON : Science de se 
battre à coups de pied. De là le 
mot « chausson. » Dans le peuple, 
on dit savate. La savate que l'on 
appelle aujourd'hui chausson. » 
(Th. Gautier , 45.) V. Savate. 

CHAUVIN, CHAUVINISTE : 

Patriote ardent jusqu'à l'exagéra- 
tion. — « Je suisFrançais ! Je suis 
Chauvin ! » (Cogniard, 3 1 .) — « Un 
spécimen du type Chauvin dans 
toute sa pureté. » (Montépin.) — 
Allusion au nom d'un type de 
caricatures populaires, comme le 
prouve cet exemple : «1825, épo- 
que où un libéralisme plus large 
commença à se moquer de ces élo- 
ges donnés aux Français par les 
Français, de ces railleries lancées 
par les Français contre les étran- 
gers. Charlet, en créant le cons- 
crit Chauvin, fit justice de ces 
niaiseries de l'opinion. » (A. Jal, 
Paris moderne, 3^.) 

CHAUVINISME : Patriotisme 
trop ardent. Le chauvinisme a 
son côté ridicule, mais il a aussi 
sa grandeur. On s'en est trop 
moqué, et cette réaction a été 
mille fois pire, mais la science 
du juste milieu n'est pas une 
qualité française. —«Le chauvi- 
nisme a fait faire de plus grandes 
choses que l'amour de la patrie 
dont il est la charge. » (Noriac.) 



CHE 



-98- 



CHE 



— a Le chauvinisme est peut- 
être la dernière vertu que nous 
ayons possédée. » (Berthaud.) 

«Chauvinisme» : Se dit par ex- 
tension de toute exagération ba- 
nale. — « L'honneur et l'argent, 
magnifique écho du chauvinisme 
bourgeois. » (Mirecourt, 55.) 

CHAUV2NISTE : Patriote ar- 
dent. 

Se prend aussi adjectivement : 
a Nous n'avons vécu qu'avec peu 
de gouvernements français dans 
des rapports aussi corrects qu'a- 
vec le sien, en décomptant quel- 
ques intermezzos chauvinistes. » 
(D'Arnim, y3.) 

CHEF : Cuisinier, chef de cui- 
sine. 

CHEF : Maréchal des logis 
chef. 

CHEF DE CUISINE : Coirtfe- 
maître dirigeant la fabrication 
d'une brasserie. (Vinçard.) 

CHELINGUER : Puer. 

Chelinguer des arpions ou de 
l'orteil : Sentir mauvais des pieds. 

Chelinguer du bec : Sentir mau- 
vais de la bouche. 

CHEMINÉE : « Il est de bon ton 
de porter un chapeau de soie, 
vulgo cheminée. » {La Lune, 67.) 

— Cheminée doit être pris ici 
dans le sens de tuyau de poêle. 

CHEMISES (compter ses) : 
Vomir. — Allusion à la posture 
penchée de l'homme qui vomit. 

CHEMISE (être dans la) : Ne pas 
quitter, être au mieux. 

CHEMISE DE CONSEILLER : 
Linge volé. (Colombey.) 

GHENATRE : Très-bon. 



(Grandval.) — Augmentatif de 
chenu. 

CHÊNE : Homme bon à voler, 
riche, abréviation de che m. — 
« Qu'as-tu donc morfillé? — J'ai 
fait suer un chêne, son auber 
j'ai enganté et ses attaches de ce. » 
(Vidocq.) 

CHENIQUE, CHNIC : Eau-de- 
vie. — Diminutif de c/ze«« : bon. 
— « Le perruquier de régiment 
rase sans rétribution, mais en 
avant le chnic. » (Bataille, 43.) 

CHENIQUEUR : Buvtur de 
chenique. 

CHENOC : Mauvais, avarié, et 
par extension « vieil infirn e.» — 
C'est l'antithèse de cAenw. — (Vous 
êtes un vieux birbe... Comment? 
un birbe... Oui! vous êtes un 
vieux ch'noc. » (^Dernier jour d'un 
condamné.) 

CHENU : Excellent. — Dès 
1718, le Dictionnaire comique de 
Leroux dit dans ce sens : Voilà 
du vin chenu. Selon (08), chenu, 
signifiant au Y'^o'pTQ blanc d : vieil- 
lesse, est appliqué au vin ]ue la 
vieillesse améliore, et par exten- 
sion à toute chose de première 
qualité. — « Ce doit être du chenu 
et du ficelé. » {Phys. du mMelot, 
4.3.) — « Il met sur son nez une 
chenue paire de lunettes. » (La 
Bédollière.) — « Goujeon , une 
prise de tabac ? — Oui-da . t'nez 
en v'ià qu'est ben chenu. » (Vadé, 
1755.) — « As -tu fréquenté les 
marchandes de modes .'' cest là 
du chenu! » (P. Lacroix, 32.) 

Chenu sorgue : Bonsc ir. — 
c( Chenu sorgue, roupille sans 
taffe. » (Vidocq.) 

Chenu reluit : Bonjour. Voir 
Fourgat, 



CHE 



- 99 - 



CHE 



CHENUMENT : Très-bien. - 
« Une ville a beau feindre de se 
défendre ch'nument. » (Vadé, 
1755.) V. Artie. 

CHER : Rude, élevé'. (Colom- 
bey.) — La cherté est prise ici au 
figuré. 

CHÉRANCE : Ivresse. (Idem.) 

CHEVAL : Homme brutal, 
grossier. 

Je voudrais être un grand cheval, 
Un ours, pour laisser une fille. 
A la merci de son cheval. 

(Boufflers, o5.) 

CHEVAL DE RETOUR : 

Condamnéconduit au bagne pour 
la seconde fois. (Rabasse.) — aC'est 
un cheval de retour, vois comme 
il tire la droite. » (Balzac.) 

CHEVALIER DE L'AUNE : 
Commis en nouveautés. — /«Il 
n'y a que ces chevaliers de l'aune 
pour aimer la boue au bas d'une 
robe. » (Balzac.) 

Chevalier du crochet : Chiffon- 
nier. 

Chevalier du lustre : Claqueur. 

Chevalier du printemps : Niais 
portant un œillet rouge à la bou- 
tonnière pour singer une déco- 
ration. Mot à mot : chevalier de 
V ordre du printemps. 

Chevalier grimpant : V. Bon- 
)our (voleur au.) 

CHEVAU-LÉGER : Député de 
l'extrême droite. Ainsi nommé 
du lieu de réunion particulier à 
Versailles. — « Le groupe mo- 
narchique jetant les chevaux-lé- 
gers par dessus bord, reprend sa 
place de combat. » (Saint-Genest, 
75.) 

CHEVAUX A DOUBLE SE- 



MELLE : Jambes. — « Tiens, ap- 
prête tes chevaux à double se- 
melle, prends ce paquet et valse 
jusqu'aux Invalides. » (Balzac.) 

CHEVELU : Romantique. — 
Les longs cheveux étaient de mode 
dans l'école romantique de 3o. — 
(c II peuplait mon salon de jeunes 
célébrités de l'école chevelue. » 
(L. Reybaud.) — « L'art chevelu 
a fait une révolution pour abolir 
les tirades de l'art bien peigné. » 
(Idem). — « On connaît peu le 
restaurateur Dinochau. C'est un 
homme que le commerce des lit- 
térateurs chevelus a rendu spi- 
rituel. » (Marx, 65.) 

CHEVEU : Inquiétude, souci 
aussi tourmentant qu'un cheveu 
dans le gosier. — « Veux-tu que 
je te dise, t'as un cheveu. — Eh 
bien! oui, j'ai un cheveu. » 
(Monselet.) 

CHEVEUX (il a de beaux) : Il 
a mauvaise mine. Se dit de n'im- 
porte quoi et de n'importe qui. 

CHEVEUX (Avoir mal aux) : 
Avoir la tête lourde un lende- 
main d'ivresse. 

CHEVILLES : Pommes de 
terre frites. (Rabasse.) Allusion 
de forme, ou jeu de mots. (Elles 
bouchent un trou à l'estomsc.) 

CHEVISTE : Partisan de la 
réforme musicale de Chevé. — 
« Avant trois mois, les chevistes 
seront sur les dents. » (S. Lou- 
dier, 72.) 

CHÈVRE : (Gober ou prendre 
sa) : Mettre en colère. — La chè-i 
vre est peu endurante de sa na- 
ture. — Mot ancien. « Prenez 
que la raison lui eût mis de l'eau 



CHI 



— 100 — 



CHI 



dans son vin ou que son amitié 
d'autrefois fût fâchée d'avoir pris 
la chèvre. » (Vadé, 1744.) 

CHEVRON : Récidive. (Vi- 
docq.) 

CHEVRONNÉ : Récidiviste.— 
Allusion aux chevrons qui mar- 
quent l'ancienneté du service mi- 
litaire. 

.CHIC : Mot d'acceptions fort 
diverses et fort répandues dans 
toutes les classes. C'est le vieux 
mot de langue romane chic (fi- 
nesse, subtilité), qui a fait notre 
mot chicane. — « J'espère avec le 
temps que j'entendrai le chic, » 
dit du Lorens, un poète satirique 
du XVI" siècle qui était en même 
temps magistrat. Dans la Hen- 
riade travestie, Fougeret de Mon- 
bron écrit plus tard : 

La Discorde qui sait le chic 
En fait faire un décret public. 

Le chic était donc jadis la scien- 
ce du fin. Il s'emploie aujour- 
d'hui dans les cinq acceptions sui- 
vantes : 

Chic : Distinction. — Le mot 
serait ancien dans ce sens. A pro- 
pos de Reine Audu, la reine des 
halles, une des héroïnes de nos 
fastes révolutionnaires, le père 
Duchesne dit : « Quel chic la li- 
berté donne aux femmes! » (In- 
termédiaire du 10 octobre 65.) — 
« Le port des ordres veut de l'élé- 
gance sans afféterie, de la tenue 
sans pose et vine aisance qui ne 
soit pas du sans-gêne; enfin ce 
qu'on appelait la race au siècle der 
nier; le bon ton il y a cinquante ans; 
c'était moins et c'était plus que le 
chic d'aujourd'hui. » ( Vie paris. , 
66.) — « Petite friponne ! auraient 



dit nos grands-pères... Elle a du 
chic, ou mieux encore elle a du 
chien, ou elle a du zing, s'ccrient 
les gentlemen, leurs petits-fils. » 
(E. Villars, 66.) 

Chic : Élégance de toilette ou 
d'ameublement. — « Vous serez 
ficelé dans le chic. » (Montépin.) 
—- « L'officier qui a du chic est 
celui qui serre son ceinturon 
de manière à ressembler à une 
gourde.» (Noriac.) — « La nbert 
fut enchanté de son gîte. C est le 
dernier mot du vrai chic, dit-il. » 
(About.) — A l'école de St-Gyr, 
sous le premier empire, chic était 
déjà synonyme d'élégance mili- 
taire. V. Tic. 

Etre au chic : Être bien vêtu. 
(Rabasse.) 

Chic : Cachet artistique, origi- 
nalité. — « Il lui révéla le sens 
intime de l'argot en usage cette 
semaine-là, il lui dit ce que c'é- 
tait que chic, galbe, etc. » (Th. 
Gautier, 38.) — a Une première 
série du Carnaval de Gavarai est 
loin d'avoir le chic étourdissant 
de la seconde. » (E. de Mirecourt.) 

Chic : Facilité banale, n'ayant 
rien de sérieusement étudié. — 
C'est le contraire de la significa- 
tion précédente. Il y a eu sans 
doute réaction contre l'abus in- 
considéré du mot. De là cette di- 
vergence ironique. — « C'étaient 
là de fameux peintres. Goînme 
ils soignaient la ligne et les con- 
tours! comme ils calculaient les 
proportions! ils ne faisaient rien 
de c/î/c ou d'après le mannequin.» 
(La Bédollière.) — « Un paysage 
d'une délicieuse naïveté. Il 1 'y a 
là dedans ni chic ni ficelles. » 
(Alph. Karr.) 

Le mot chic pris dans ce Jer- 



CHI 



—• (01 — 



CHI 



nier sens, a fini par s'appliquer à 
la littérature, à l'art oratoire. — 
« Parleur de chic, comme disent 
les artistes, il fait de l'amplifica- 
tion. » (P. Véron.) 

Chic : Mauvais genre, genre 
trop accusé. — « Ce chic que le 
tripot colle à l'épiderme des gens 
et qui résiste à toute lessive com- 
me le masque des ramoneurs. » 
(P. Féval.) 

CHIC, CHIQUE : Distingué, 
opulent, qui a du chic. -«:• « Ça un 
homme chic! C'est pas vrai, c'est 
un calicot. » {Les Cocottes, 64.) 
— « C'est chique et bon genre. » 
(Ricard.) — a Ah ! voilà ma femme 
chic ! Madame, j'ai l'honneur d'ê- 
tre. » (De Concourt.) — « Ceux 
qui dansent ce sont des gueux. 
Les gens chic font cercle autour 
d'eux. » (Blavet.) 

CHICAN : Marteau. (Halbert.) 

CHICANDARD : V. Chicard, 
Chicarder. 

CHICANDER : Danser le pas 
chicard. — « Chicard est français 
de cœur, sinon de grammaire, 
bien qu'il ne soit pas encore du 

Dictionnaire de l'Académie 

L'homme de génie qui s'est fait 
appeler Chicard a modifié com- 
plètement la chorégraphie fran- 
çaise... Chicard existe, c'est un 
primitif, c'est une racine, c'est 
un règne. Chicard a créé chican- 
dard, chicarder, chicandarder; 
l'étymologie est complète. » (Ta- 
xile Delord.) V. Chicarder. 

CHICANE (grinchirà la), 
CHERCHER CHICANE : Pren- 
dre la bourse ou la montre d'une 
personne en lui tournant le dos. 
Ce genre de vol exige une grande 
dextérité. (Vidocq.) 



CHICARD : Personnage de 
carnaval (à la mode de i83o à 5o). 
Son costume, bizarre assemblage 
d'objets hétéroclites, se compo- 
sait le plus souvent d'un casque 
à plumet colossal, d'une blouse 
de flanelle et de bottes fortes. Ses 
bras à moitié nus s'enfonçaient 
dans des gants de grosse cavale- 
rie. Le premier qui mit ce cos- 
tume à la mode était un marchand 
de cuirs; son chic le fit nommer 
Chicard. Il inventa un pas nou- 
veau, àitpas chicard. — « Et puis 
après est venu Chicard, espèce de 
Masaniello qui a détrôné l'aristo- 
cratie pailletée des marquis, des 
sultans et a montré le premier 
un manteau royal en haillons. » 
(M. Alhoy.) — « La sage partie du 
peuple français a su bon gré à 
maître Chicard d'avoir institué 
son règne de mardi -gras. » (J. 
Janin.) 

CHICARD, CHICANDARD, 
CHICOCANDARD, CHIGAN- 
CARDO : Très-chic, remarqua- 
ble. — « On y boit du vin qu'est 
chicandard, chicancardo. » (Va- 
cherot. Chanson, 5i,) — « Une 
dame très -belle, très -coquette, 
très élégante, en un mot très- 
chicandarde. » (Éd. Lemoine.) — 
« Un auteur plus chicocandard.» 
(Th. Gautier.) — « Un déjeuner 
chicocandard. » (Labiche.) V. 
Chocnoso. 

CHICARD (pas) : Manière de 
danser imitant celle de M. Chi- 
card. Le pas chicard s'est conservé 
jusqu'à nous sous le nom de chi~ 
Corée. — « Mais qu'aperçois-je au 
bal du Vieux-Chêne ? Paméla dan- 
sant le pas chicard. » (Chauvelot 
aîné.^ 

6. 



CHI 



— I02 — 



CHI 



CHICARDER : Danser le pas 
chicard. — a Quand un bal de 
grisettes est annoncé, le vaurien 
va chicarder avec les couturières.» 
(Deriège.) — « Le nom de Chi- 
card est devenu célèbre... Enfin 
on a fait un adjectif de ce nom- 
là et même on en a fait un verbe : 
Homme chiquart , habit-chiquart, 
chiquarderj chiquander, » (Jules 
Janin.) 
CHICARDOT: Poli. (Halbert.) 
CHICMANN : Tailleur. (Aima- 
nach des Débiteurs^ 5i.) — Allu- 
sion aux noms germaniques qui 
abondent chez les tailleurs. 

CHICORÉE (fort de) : V. Café. 

CHIEN : Chien. — Compagnon. 
«Tu passeras renard ou aspirant, 
après ça tu deviendras chien ou 
compagnon. » (Biéville.) 

CHIEN : Tracassier. — « Le 
chef est chien ou bon enfant. Le 
chien est dur, exigeant, tracas- 
sier méticuleux. » (Balzac.) 

CHIEN : Avare. —Horace (1. II, 
sat. 2) emploie le mot canis pour 
signifier avare. 

CHIEN : Flamme artistique, 
feu sacré. — Abréviation de sacré 
chien (eau-de-vie, pris dans une 
acception figurée.) — «X... disait 
de M"« Honorinequ'elle a du chien 
dans la voix. — Du chien, fit Z..., 
c'est trop peu dire... C'est une 
meute! ! ! » (Marcx.) — « Le style 
avait du flou, l'alinéa du chien. » 
(Michu.) 

CHIEN : Eau-de-vie. V. sacré 
chien. 

CHIEN : Originalité, cachet. 

Qu'a donc, disait Chose à Machin, 
Ce laideron qui passe et repasse? 
Pu chien... 



C'est donc pour cela qu'elle c îiasst 
Si bien... (E. Viliars.) 

« Quel chien! Tourne-moi un 
peu. Et il sitïlottait : c'est un Ru- 
bens. » (Vie parisienne , 66.) — 
Elle a réellement du chien, cette 
femme -là. » (Droz.) V. Sacré 
chien. 

CHIEN (de) : Excessif.— On dit : 
une faim de chien, un mal de chien, 
une soif de chien. 

CHIEN (n'être pas) : Être bon, 
de qualité supérieure. — « Voilà 
du pomard qui n'est pas jhien. Il 
y en a six bouteilles. Je ne verse 
qu'une tournée. Nous boirons le 
reste à l'ofiSce. » (Bertall.) 

N^être pas chien en affaires : 
Aller grandement, sans chicane. 

CHIEN, CHIENCHIEN : Mot 
d'amitié. Le chien symbolise la 
fidélité. — « Mon petit chien ! 
C'est aujourd'hui la manière de 
commencer une lettre d'amour 
dans tous les mondes. (P. iris Ca- 
price, 75.) 

CHIEN DE RÉGIMENT : Ca- 
poral ou brigadier. — Sa nission 
est un peu celle du cLien de 
berger. 

CHIEN DU COMMISSAIRE : 
Secrétaire de commissaire de po- 
lice. — « Une table couverte d'un 
vieux tapis vert où écrivait le chien 
du commissaire.» (Alph. Daudet.) 

CHIEN DE COUR, CHIEN DE 
COLLÈGE : Maître d'études. — 
« Il y a un sous-principal que les 
écoliers appellent chien da cour^ 
parce que, semblable aux chiens 
de bergers, son emploi est de 
contenir la gent scolastiqae dans 
une grande cour, jusqu'au mo- 



CHI 



~ io3 — 



CHI 



ment de l'ouverture des classes. » 
(Mercier, 1783.) 

CHIEN DE faïence (en) 
Aussi raide et immobile que ces 
chiens de faïence employés jadis 
pour la décoration des édifices. 

— « Je fus ébloui et je restai 
CDmme un chien de faïence à la 
contempler. » (Villemessant.) 

CHIEN NOYÉ : Morceau de 
sucre trempé dans du café noir. 

— Plus petit et moins trempé, 
c^est un canard. 

CHIEN DANS LE VENTRE 
(avoir du) : Être de force à tout 
supporter. 

CHIEN (piquer un) : Dormir 
pendant la journée. Allusion à 
la facilité avec laquelle le chien 
s'endort dès qu'il est au repos. 
On trouve dans Rabelais un 
exemple de dormir en chien. 

Sur l'étude passons. Il n'est qu'un seul 

moyen. 
De la bien employer, c'est de piquer 

son chien. 

{Souvenirs de Saint-Cyr.) 

CHIENDENT (voilà le) : Là est 
la difficulté. — On sait qu'il est 
difficile d'arracher le chiendent, 
dont les racines longues et noueu- 
ses sont fort entrelacées. Usité 
en 1808. •— « Et c'est là le chien- 
dent. » (Désaugiers.) 

CHIENLIT (gueuler à la) : Ap 
peler au secours, à la garde. « La 
porte s'ouvre, une femme paraît 
et elle gueule à la chienlit, j» 
(Beauvillier.) 

CHIENNERIE : Avarice, la- 
drerie. 

CHIENNERIE : Luxure, pas- 
sion bestiale. On dit dans le mê- 



me sens vacherie. — « Oh! la 
belle chiennerie ! Il ravale toutes 
les femmes au niveau des pros- 
tituées. » (Mismer.) 

CHIER DANS LA MALLE : 
Faire affront à quelqu'un. Mot 
à mot : chier dans sa poche. Au- 
trefois malle signifiait poche. 

Car aussi bien le monde a chié dans 
ma malle. 

(Dulorens, Satires, 1646.) 

CHIER DU POIVRE : S'en 
aller au moment où Ton a be- 
soin de services. 

CHIFFARDE : Assignation. 
(Halbert.) Mot à mot : vieille 
chitFe, vieux chiffon. 

CHIFFARDE : Pipe. (Vidocq.) 

CHIFFE : Commerce des chif- 
fonniers. — « Aussi y a-t-il une 
espèce d'aristocratie dans la chij- 
fe, ils comptent leur noblesse 
par génération ; il y a des chif- 
fonniers de naissance et des par- 
venus. » (Pr. d'Anglemont.) 

CHIFFERTON : Chiffonnier. 
(Vidocq.) Changement de finale. 

CHIFFON : Mouchoir. (Id.) 

CHIFFON ROUGE : Langue. 
(Halbert.) — Allusion de couleur 
et souplesse. V. Balancer, 

CHIFFONNIER : Voleur de 
mouchoirs. V. Pègre. 

CHIFFORNION : Foulard. 
Dimin. de Chiffon. 

CHIGNER : Pleurer. — a Ça 
lui fera du bien de chigner. » 
; Balzac.) Abréviation de rechi- 
gner. 

CHIMIQUE : Allumette chi- 



CHI 



— 104 — 



CHI 



I 



mique. — Abréviation. — « Ou- 
vre la blague, prends une chimi- 
que, allume ta pipe, yy {La Maison 
du Lapin-Blanc, typ. Appert.) 

CHINER : Aller en quête de 
bons marchés. — « Remonenq 
allait chitter dans la banlieue de 
Paris. » (Balzac.) 

CHINAGE (vol au) : Il con- 
siste à vendre du doublé pour de 
l'or et à escroquer sur des échan- 
ges de bijoux. 

CHINEUR : voleur au chi- 
nage. — « Ce sont généralement 
des méridionaux appelés chi- 
neurs ou charieurs qui exercent 
ce genre de vol. » (Rabasse.) 

CHINEUR : « Les roulants ou 
chineurs sont des marchands 
d'habits ambulants qui, après 
leur ronde, viennent dégorger 
leur marchandise portative dans 
le grand réservoir du Temple. » 
(Mornand.) — «Les chineurs sont 
ceux qui viennent à domicile of- 
frir des étoffes à bas prix. » (Du 
Camp.) 

CHINOIS : Cafetier. (Alma- 
nach des Débiteurs, 5 1 .) 

CHINOIS : Mot d'amitié. — 
« En mourant à Sainte-Hélène 
Napoléon disait en parlant de ses 
serviteurs : « Mes pauvres Chi- 
« nois ! je ne les oublierai pas. « 
(D' Antommarchi, Mémoires.) 

CHINOIS : Homme singulier, 
bizarre d'aspect ou de caractère. 
— Allusion aux Chinois de para- 
vent et à leur aspect étrange. — 
« Parmi les badauds attirés à 
Paris pour le sacre de Napoléon I", 
on distinguait les présidents de 
cantons, bonnes gens pour la plu- 



part, avec un air d'importance 
qui amusait les Parisiens: on les 
appelait des Chinois, ei leur 
qualité de présidents de cantons. 
Celte mauvaise plaisanterie eut 
du succès. » (Lamothe-Langon, 
Souveyiirs d'une femme de qua- 
lité, 3o.) — « Chinois, amène les 
liquides. » (Balzac, Père Goriot.) 

— « V là mon Chinois qui se 
fâche. » (Monsclet.) 

CHIPER : Dérober de petites 
choses. —Forme de choper. pren- 
dre. — « En chipant les sc} t cent 
cinquante mille francs. » (B ilzac.) 

CHIPETTE. V. Être (en). 

CHIPEUR, CHIPEUSE : 
Homme ou femme qui chiyie. — 
« Chipeur comme un gamin de 
Paris. » (Balzac.) 

CHIPIE : Femme revêche, que- 
relleuse. 

CHIQUANDART, GHI- 
QUART, V. Chicandard, chi- 
card, chicarder. 

CHIQUE : Supérieur, distin- 
gué. V. Chic. 

CHIQUE : Église (Vidocq.) V. 
Momir, Rebâtir. 

CHIQUE (couper la) : Dtrou- 
ter. — «De la réjouissance conme 
ça! le peuple s'en passera. C'est 
c' qui coupe la chique aux bou- 
chers. » (Gaucher.) 

Couper la chique à quinze pas : 
Se faire sentir de loin. 

Poser sa chique : Mourir. — A 
l'usage de ceux qui ont chiqué 
du tabac toute leur vie. 

Poser sa chique et faire le 
mort: Rester muet et immobile. 

— Acception figurée du terme 
précédent. 



CHO — 

CHIQUÉ : Ayant bonne tour- 
nure. — « Dis donc, Troutrou, 
nous ne sommes pas trop bien 
ficele's. — Zut ! y en a de moins 
chiqués. « (Ladimir, 41.) — « Je 
leur en ferai des discours, et des 
chiqués. » (Chenu.) , 

CHIQUEMENT : Avec chic. 

CHIQUER : Faire avec chic, 
supérieurement. 

Auprès d'elle Eugénie 

Nu-bras, 
Nous chique avec génie, 

Son pas. 

{1846, P. d'Anglemont). 

CHIQUER : Manger. — Vieux 
mot. — « Je me dispose à chiquer 
les vivres. » (B. Carême, 29.) — 
« Ne pourrions-nous pas chiquer 
un légume quelconque? mon 
estomac abhorre le vide. » (Bal- 
zac.) 

CHIQUER : Dépenser. — « Il 
m'a fallu tout mettre en plan. 
J'ons chiqué jusqu'aux recon- 
naissances. » {Dialogue entre 
Su{on et Eustache, 36.) 

CHIQUER (se) : Se battre. 
(Grandval.) Mot à mot ; s'avaler. 
Même racine que la précédente. 

CHIQUEUR : Glouton — « On 
dit d'un homme qui mange beau- 
coup que c'est un bon chiqueur.» 
(Dhautel. 08.) 

CHIQUEUR : Artiste dessinant 
de chic, sans étudier la nature. 

CHNIG : Eau-de-vie. V. Che- 
nique. 

CHOCNOSO, CHOCNOSOF, 
CHOCNOSOPHE, CHt)CNOSO- 
GUE, KOXNOFF : Brillant, re- 
marquable. — « Dans cette situa- 



io5 - 



CHO 



tion, comment dire?... — Choc- 
noso... » (Balzac.) — Dans Pierre 
Grassou, Balzac écrit Chocnosoff. 

— « Je m'en vais chez le restau- 
rateur commander un dîner kox- 
noft. » (Champfleury.) — « C'est 
koksnoff, chocnosogue, chicardo, 
snoboye. » (Bourget, Chansons.) 

— a Sa plume était chocnosophe, 
et ses goûts ceux d'un pacha. » 
(Commerson.) — « Ce jeune pro- 
vincial dont vous riez aujour- 
d'hui aura une tenue moderne, 
chicarde, chocnosogue. » (L. 
Huart.) 

CHOLETTE : Demi-litre. — 
Double-cholette : litre. (Vidocq.) 

CHOPER : Voler. (Vidocq.) — 
Du vieux mot choper : toucher 
quelque chose pour le faire tom- 
ber. Pierre d'achoppement est 
resté dans la langue régulière. 

CHOPER : Prendre. — Se 
laisser choper. Se faire arrêter. 

CHOPIN : Vol. (Grandval.) De 
choper. — « Quand un voleur 
fait de la dépense, c'est qu'il a 
fait un Chopin. » (Canler.) 

CHOSE, MACHIN : On ap- 
pelle ainsi celui dont on ne se 
rappelle pas le nom. (Dhautel.) 

— « Chose est malade... Qui ça, 
Chose? » (H. Monnier.) — « Fi- 
gurez-vous que le petit Chose 
écrivait un journal. » (Balzac.) — 
La coutume est ancienne. Talle- 
ment des Réaux conte que « M. le 
Mage, conseiller à la Cour des 
aides, dit toujours Chose au lieu 
du nom. » 

CHOSE (monsieur) : Le che- 
misier, dans l'argot des débiteurs. 
[Almanach des Débiteurs, 5i.) 

CHOSE : Dignité. — « Tu me 



CHO 



— io6 



CHO 



feras peut-être accroire que tu 
n'as rien eu avec Henriette? Vois- 
tu, Fortuné, si tu avais la moin- 
dre chose, tu ne ferais pas ce que 
tu fais... » (Gavarni.) 

CHOSE : Indignité. — « C'est 
ce gueusard d'Italien qui a eu la 
chose de tenir des propos sur 
Jacques. » (Ricard.) 

CHOSE : Embarrassé, con- 
tristé. — Du vieux mot choser ; 
gronder. — a Ma sainte te res- 
semble, n'est-ce paSjNini?... Plus 
souvent que j'ai un air chose 
comme ça ! » (Gavarni.) - « Ce 
pauvre Alfred a sa crampe au 
pylore, ça le rend tout chose. » 
(E. Sue.)* — « Mam'selle, v' là qu' 
vous m' rendez tout chose, je 
vois bien que vous êtes un esprit 
fort. . (Rétif, 1783.) — « M. le 
prêtre, qui était tout chose de 
cette affaire, se scandalisa. »(Vadé, 
I744-) 

CHOU : Bête. On dit : bête 
comme chou. 

CHOU (mon), MON CHOU- 
CHOU : Mot d'amitié. — « On 
dit : mon chou, comme on di- 
rait : mon ange. » (E. Carré.) Se 
dit surtout aux enfants, par allu- 
sion au chou sous lequel on pré- 
tend les avoir trouvés, quand on 
ne sait que répondre à certaines 
de leurs demandes. 

CHOU COLOSSAL : Entre- 
prise destinée à tromper le public 
par des promesses ridiculement 
alléchantes, a 11 y a deux ou trois 
ans, on vit à la quatrième page 
de tous les journaux un éloge 
pompeux d'un [nouveau chou... 
Ce chou était le chou colossal de 
la Nouvelle-Zélande, servant à la 



fois à la nourriture des hommes 
et des bestiaux et donnant un 
ombrage agréable pendant l'été. 
C'était un peu moins gr? ad qu'un 
chêne, mais un peu plus grand 
qu'un prunier. On vendait cha- 
que graine un franc... On en ache- 
tait de tous les coins de la France. 
— Au bout de quelques mois, les 
graines du chou colossal avaient 
produit deux ou trois variétés de 
choux connues etdédaifjnées de- 
puis longtemps. La justice s'eîx 
mêla. » (A. Karr, 41.) 

CHOUAN : Légitimiste. — Al- 
lusion aux insurgés de :10s pro- 
vinces de l'Ouest. C'était une 
guerre de bois et de hai-s qui fit 
donner à ses acteurs le nom de 
Chouans, employé pour chats- 
huants dès le moyen âge. 

CHOUCHOUTER : Choyer 
tendrement. — a Tu seras chou- 
chouté comme un chouchou, 
comme un dieu. » (Balzac.) V. 
Chou. 

CHOUCROUTE (tête ou man- 
geur de) : Allemand. 

CHOUETTE, CHOUE TTARD, 
CHOUETTAUD : Bon, beau. — 
« Not' homme m'attend i la bar- 
rière pour faire une nocc un peu 
chouette. » (M. Perrin.) — « C'est 
chouette, ça. » (J. Arago, 3o.) — 
a Elle est bonne, votre eau-de- 
vie. Oui, elle est chouette. » 
(H. Monnier.) — a Ah ! vous avez 
là une chouette femme. » (Ga- 
varni.) 

Voici peut-être un des p rcmiers 
exemples du mot. Il rous en 
donne en même temps l'expli- 
cation : « Ma femme sera coincte 
et jolye comme une bell^ petite 



CHU — 107 — 

chouette. » (Rabelais.) V. Biblot, 
Danse, Toc, Casquette. 

CHOUETTE : amitié. « La 
Fouine, Escarpe et Crèvecœur te 
refilent leurs bécots de chouette.» 
(Rabasse.) 

CHOUETTE (être) : Être pris. 

CHOUETTEMENT : Parfaite- 
ment. 

Suis-je près d'un objet charmant. 

Pour l'allumer chouettement, 

Mon cœur est comme une fournaise. 

(Festeau.) 

CHOUFFLIQUER : Saveter 
l'ouvrage. ■— Germanisme. 

CHOUFFLIQUEUR : Mauvais 
ouvrier. (Delvau.) 

CHOURIN : Couteau. 

CHOURINER : Donner des 
coups de couteau. — Formé des 
mots surin et suriner, usités dans 
le même sens. 

CHOURINEUR : Tueur de 
chevaux (Halbert.) — Le type du 
Chourineur créé par E. Sue dans 
les Mystères de Paris est resté 
célèbre. 

CHRÉTIEN : Étendu d'eau. — 
Allusion à l'eau du baptême 
chrétien. — « Une douzaine de 
drôlesses déguisées en laitières 
vendent du lait trois fois chré- 
tien. » (Privât d'Anglemont.) 

CHTIBBES : Bottes. (Delvau.) 

CHUTER : Faire une chute. 
— Pris au figuré. — « Si elle est 
bonne enfant , je la soutiendrai 
à son début au Gymnase... Ah ! 
je puis faire chuter qui je veux.» 
(Balzac.) 



CIP 



CI-DEVANT : Aristocrate dans 
la langue révolutionnaire. Mot 
à mot : ci-devant comte, duc ou 
baron. — Date de la suppression 
des titres de noblesse. 

CI-DEVANT : Homme âgé. 
Mot à mot : ci-devant jeune. — 
« Le ci-devant de province n'a- 
bandonne jamais son rifflard. » 
{Phys. du parapluie, 4 1 .) 

CIERGE : Sergent de ville. — 
« On me conduisit entre deux 
cierges (non, pardon ! je veux dire 
sergents de ville). » (Journ. man. 
pris. Mazas.) 

CIERGE : « Pour un cierge 
qu'on lui mettrait dans la main, 
elle se battrait avec le diable. — 
Un cierge, c'est une pièce de cent 
sous. » (P. de Granpré, 1169.) 

CIGALE : Pièce d'or. (Vidocq.) 
Allusion au cri métallique de 
l'msecte. 

CIGOGNE : Préfecture de po- 
lice, tribunal, palais de justice. 
— « Railles, griviers et cognes 
nous ont pour la cigogne en par- 
tie tous paumés. » (Vidocq.) 

CIGOGNE : Palais de justice. 
(Moreau C.) 

CIGUË : Pièce de vingt francs. 
(Rabasse.) Abrév. de cigale. 

CINQUIÈME : Mesure de li- 
quide, cinquième de litre. ~ « Et 
quand, par hasard, il boit un cin- 
quième sur le comptoir. » (Léo 
Lespès.) 

CINTRER : Tenir. (Colom- 
bey.) 

CIPAL : Soldat de la garde 
municipale. — Abréviation. — 
« Les danses ont été légèrement 
échevelées, mais, 



CLA 

Le cipal n'a rien à dire 
Aux entrechats de la vertu. ■ 



— 108 — 



CLE 



, (Naquet.) 

CIRE (voleur à la) : « Dans les 
cabinets de restaurant où l'ar- 
genterie n'a pas fait place au 
ruolz, il la plaque avec de la cire 
sous la table sur laquelle il man- 
ge. On crie au voleur; il de- 
mande à être fouillé et sort après 
avoir reçu les excuses du patron. 
Un compère vient ensuite se pla- 
cer à la même table et décolle les 
objets. » (Rabasse.) 

CITRON : Note aigre. — «Trois 
citrons à la clef. » (Nadar.) 

CLAIR : Œil. — Allusion à 
l'éclat du regard. — « Allumez 
vos clairs et remouchez. » (Bal- 
zac.) 

CLAQUE : Réunion de cla- 
queurs, de compères. — Oublié 
par le Dictionnaire de l'Acadé- 
mie, qui admet cependant Cla- 
quer et Claqueur. 

CLAQUEDENT : Maison de 
tolérance. (Rabasse.) — Allusion 
aux maladies qu'on y gagne. Al- 
ler au pays de Suède et au royau- 
me de Claquedent, c'était autre- 
fois passer par les remèdes anti- 
vénériens. 

CLAQUES (figure à) : Figure 
qu'on souffletterait volontiers. — 
« Oui, ces figures à claques, nous 
les caresserons. » (Cogniard.) 

CLAQUER : xMourir. — « Mal- 
heur du diable ! mon pauvre ad- 
judant s'est laissé claquer.» (No- 
riac.) 

CLAQUER : Manger. — Allu- 
sion au claquement des mâchoi- 



CLAQUER : Dissiper. C'est 
manger pris au figuré. « Quand 
on s'est permis cette gourman- 
dise, plus rien à claquer. » {Com- 
mentaires de Loriot.) 

CLARINETTE : Fusil d'infan- 
terie. Du moment qu'on appelait 
le fantassin troubadour, (V. Trou- 
bade), on devait appeler son ins- 
trument clarinette. Les deux ter- 
mes s'expliquent l'un l'autre. — 
« Quant au fantassin , il est 
obligé de porter un fusil de qua- 
torze livres, aimable clarinette 
de cinq pieds. » (Vidal, 33.) — 
« Tout à l'heure les feux de deux 
rangs déchireront la toile, et nous 
verrons si vos clarinettes ont de 
la voix. » (Richard.) V. Agrafer, 
Toile. 



CLAVIN 

Vieux mot. 



Clou. (Halbert.) 



CLAVIN, CLAVrKE, CLAVI- 
NEUR, CLAVINIER : Raisin, 
vigne , vendangeur , viiznoble. 
(Halbert.) Formes transposées de 
Calvin et Calvigne. V. ces mots. 

CLÉ (à la), CLEF (à la) : For- 
mule ironiquement confinnative 
qui s'emploie à propos de tout, 
pour caractériser l'emploi domi- 
nant de telle ou telle chose. Ac- 
ception figurée de clé; marque 
réglant l'intonation dénotes mu- 
sicales. — « C'est bien cette 
grande queue de vache mal pei- 
gnée. Trop de chignon à la clé. » 
(Villars.) — « Sa ville natale lui 
élève une statue; c'est fort natu- 
rel. Je trouve même qu'elle au- 
rait pu le traiter avec pi as de 
respect, et linaugurer tout seul, 
sans agriculture ni archéologie à 
la clef. » [Éclair, 72.) 



CLO - 1 

CLICHÉ : Banal, connu. — 
Synonyme de Stéréotypé, et em 
prunté comme lui à la typogra- 
phie. — « Tel est le discours cli- 
clé que le vénérable baron a en 
réserve pour toutes les circons- 
tances. » (Figaro.) 

On dit : c'est cliché, pour c'est 
immuable, c'est connu. — Cliché 
se prend souvent comme sub- 
stantif. V. Guitare. 

Bientôt de la prison pour dettes 
On sera, dit-on, affranchi. 
Gare aux histoires toutes faites! 
Ah ! que de clichés sur Clichy. 

(Al. Flan, 67.). 

GLIQUOT : Vin de Champa- 
gne portant la marque de feue 
madame Cliquet. 

Elle boit beaucoup de cliquot 
Et bat volontiers la campagne. 

(E. Villars.) 

CLODOCHE : danseur de bal 
habile dans l'art de se désarti- 
culer. Nom d'un ancien émule de 
Brididi à la mode dans les bals 
de Paris vers 1S44. — a Les do- 
mestiques assurent avoir vu, au 
milieu d'une douzaine d'indivi- 
dus, un clodoche exécuter un ca- 
valier seul dans le costume le 
plus primitif. » (A. d'Aunay, jS.) 

CLOPORTE : Portier. — Ca- 
lembour : clôt-porte. — « Jecon 
nais le truc pour apprivoiser les 
cloportes les plus farouches. « 
(Montépin.) — t Qu'a dit le vil 
cloporte?... Le cloporte a dit : 
C'est huit sous. » (Champfleury. 

CLOU : Prison. On ne peui 
pas en bouger plus que si l'on } 
était cloué. — « Je vous colle au 



09 - CGC 

clou pour vingt-quatre heures. » 
(Noriac.) — « Comme de juste, on 
ne vient pas se mettre au clou 
soi-même. » (E. Sue.) 

CLOU : Mont-de-Piété. Mot à 
mot : prison d'objets engagés. — 
c( Il avait mis le linge en gage; 
on ne disait pas encore mettre 
au clou. » (Luchet.) 

CLOU (mettre au) : Vendre un 
objet, mettre au mont-de-piété. 
{Almanach des Débiteurs, 3i.) 

CLOU DE GIROFLE : Dent ca- 
riée,dent brune et amincie comme 
un clou de girofle. — « Madame 
Cramoisi demanda à Santeuil 
combien ils étaient de moines à 
Saint-Victor. — Autant que vous 
avez de clous de girofle dans la 
bouche, dit Santeuil, voulant 
parler de ses dents noires et 
gâtées. » [Santoliana, 1764.) 

CLOUER : Mettre en gage. -- 
De clou, d'où dérivent aussi ac- 
crocher, clouer, déclouer et sur- 
clouer. (Engager, dégager et re- 
nouveler au Mont-de-Piété.) — 
« Jeune insensé, oublies-tu que 
nous avons passé le 20 du mois, 
et qu'à cette époque les habits de 
ces messieurs sont cloués et 5Mr- 
cloués? » (Murger.) 

COCANGE : Coquille de noix. 
— Le jeu de cocange ou de robi^ 
gnolle est un jeu tenu par les 
fllous qui courent les foires. 

COCANTIN : Homme d'affai- 
res, intermédiaire entre le débi- 
teur et le créancier. [Almanach 
des Débiteurs, bi.) , 

COCARDE : Tête. — En pre- 
nant la coiffure pour la tête, on 
dit taper sur la cocarde, sur le 
pompon. 



coc 



coc 



COCARDE (avoir sa) : Être 
ivre, avoir le visage teinté comme 
une cocarde par un excès de bois- 
son. — « J'y voyais en dedans. 
Todore ne parlait pas. Robert 
nous dit : « Vous avez votre co- 
carde. » (Monselet.) 

COCA RD 1ER : Homme zélé 
jusqu'à l'exagération de ses de- 
voirs. Dénomination spéciale à 
l'armée. Le cocardier croit tou- 
jours avoir l'honneur de sa co- 
carde à soutenir. — « Cette vie de 
camp reposée est quelquefois trou- 
blée par des généraux nerveux ou 
cocardiers. » {Vie parisienne, 65.) 

COCASSE : Rusé. (Colombey.) 

COCASSERIE : Drôlerie co- 
mique. 

COCHON : Ladre, avare. 

COCHON : Libertin, polisson. 

COCHONNERIE : Charcuterie. 
— « La viande de porc que lady 
Morgan, cette virago britannique, 
nomme de la cochonnerie. » (Ri- 
card.) 

COCHONNERIE : Acte indé- 
licat. — « Le seul texte de ma 
lettre vous suffira pour répondre 
à toutes les cochonneries possi- 
bles; je vous constitue donc pour 
mon défenseur officieux. » {Lettre 
de Beurnonville, ambassadeur de 
France en Prusse, à M. Besta, 
I" germinal an VIII.) — «Oscar, 
s'approchant avec dignité : Mar- 
quis, vous me faites là une co- 
chonnerie qui ternira à jamais 
votre blason. » (Marquet.) 

COCHONNKRIE : Salauderie, 
aliment dégoûtant, préparé par 
des gens malpropres comme des 
cochons. — a Vous ne mangerez 



pas de ça, c'est de la cochonnerie. 
(Chenu.) 

COCKNEY : Badaud. — Angli- 
canisme. V. Philistin. 

COCO : Cheval. — « Ce ;^rossier 
animal qu'on nomme vulgaire- 
ment coco. » (Aubryet.) — ce On 
entend la sonnerie de la botte, 
de la botte à coco, tu sais. » {Vie 
parisienne, 66.) 

COCO : Œuf de poule. 

COCO : Homme digne de peu 
de considération. — « Joli coco, 
pour vouloir me faire aller. » 
(Balzac.) .^ 

COCO : Nom d'amitié. 1 

J' vais te donner un p'tit becquau. 

Viens, mon coco. 
{Dialogue entre Su\on et Eustache^ 

chanson, 36.) 
Si r grand emp'reur d'vant vous défile 
Vous crîrez tous : Eh ! v'ià le coco. 
[Les Violettes et les Œillets, chanson, 

août i5.) 

COCO : Tête. — Allusion à la 
forme ovale de la noix de coco. 

Mais, de ce franc picton de table, 
Qui rend spirituel, aimable, 
Sans vous alourdir le coco, 
Je m'en fourre à gogo. 

(H. Valère.) 

COCO (dévisser le) : t'Ztran- 
gler. 

COCO (se passer par le) : Man- 
ger. — Comparaison de l'estomac 
humain à celui du cheval. Le re- 
frain populaire de la Botte Ji Coco 
en a donné l'idée à l'armée et au 
peuple. 

COCODÈS : Jeune dandy ridi- 
cule. — Diminutif de cod) pris 
en mauvaise part. — « Ohé! ce 



coc 



II 



COG 



cocodcs a-t-îl l'air daim! » (L. de 
Neuville.) — « Les cocodès qui ne 
sont pas chevaleresques ne pa- 
raissent pas montrer beaucoup de 
goût pour les fusils à aiguille. » 
(Mérimée, 67.) — Une Physio- 
logie du Cocodès a paru en 64. 

COCODÊTE : Femme d'un 
dandysme ridicule. C'est la fe- 
melle du cocodès. — « On s'y 
moque des cocodès et des coco- 
dètes. » (Yriarte, 67.) 

COCODETTISME : Dandysme 
ridicule. — « Lecocodettisme n'in- 
carne pas plus le grand monde 
que le journal V Univers la reli- 
gion catholique. » (Figaro, 76.) 

COCONS : Camarade de pre- 
mière année à l'École polytech- 
nique. Mot à mot : co -conscrit. 

Ton ancien tu tutoîras, 

Et ton co-cons pareillement. 

(La Bédollière.) 

COCOTTE : Jument.— C'est la 
femelle de Coco (Cheval). — « Les 
Garibaldiens tiraient, lecomman- 
dant saluait au niveau des oreil- 
les de son cheval. Mieux vaut que 
Cocotte l'attrape que lui. » [Vie 
parisienne, 67.) 

COCOTTE : Mal vénérien. — 
On lui a sans doute donné le nom 
de celle qui en est souvent la 
cause. V. plus bas. — « L'ai -je 
eue assez de fois, la cocotte, à 
ce point qu'on m'appelait le roi 
des cocottiers. » (L. de Neuville.) 

COCOTTE : Mal d'yeux. — 
Sans doute parce qu'on a les yeux 
à la coque, c'est-à-dire couverts 
d'une taie blanchâtre. 

COCOTTE (ma): Mot d'amitié. 



— C'est un synonymedema poule. 
V. ce mot. 

COCOTTE : Femme galante. 
Mot à mot : courant au coq. — 
On disait jadis poulette. — L'In- 
termédiaire fait remonter cette 
expression à Plaute qui appelle les 
courûsa.nes gallince , quià (ajoute 
Savaron son commentateur) ut 
gallince , spargunt et perdunt ont- 
nia : parce que comme les poules 
elles détruisent et perdent toutes 
choses. — « M"e Lacaille disait à 
toutes les cocottes du quartier 
que j'étais trop faible pour faire 
un bon coq.» {Sabbat des Lurons, 
ij.) — « Les cocottes peuvent se 
définir ainsi : Les bohèmes du 
sentiment... Les misérables de la 
galanterie... Les prolétaires de 
l'amour. » (Les Cocottes, 04.) Co- 
cotte s'est dit ensuite pour /o- 
rette. V. Machin. 

COCOTTERIE : Monde des 
cocottes. « Les courses ont fait 
de l'argent. J'y ai remarqué la 
plupart des bettings'men mêlés à 
la fleur de la haute cocotterie pa- 
risienne. » (Figaro, 67.) 

COENNE DE LARD : Brosse. 
(Vidocq.) — Allusion aux soies 
qui garnissent la coenne. Voir 
Couenne. 

CŒUR SUR LE CARREAU 
(jeter du) : Vomir. — Ce calem- 
bour se trouve déjà dans Le Roux 
(17 18). — « La tête me tourne et 
j'étends mon cœur sur le car- 
reau. » (La Correctionnelle, 40.) 

COFFIER : Tuer. (Halbert.) 
Abréviation d'Escoffier. 

COGNAC : Petit verre d'eau- 
de-vie, dite de Cognac. — La 
dénomination est généralement 



COÎ - 1 

fausse et ne trompe personne, 
mais on ne l'a conservée qu'avec 
plus d'amour. 

COGNAC, COGNARD, CO- 
GNE : Gendarme. —V. Cigogne, 
Raille. — Il est à remarquer que 
carruche et canton (prisons) ont 
le sens de coins. V. ces mots. Le 
cognard serait donc, à propre- 
ment parler, celui qui vous jette 
dans le coin, mot à mot qui vous 
cogne. Notre langue a conservé 
rencogner avec ce sens. Cogne 
est une abréviation. Cognac est 
un jeu de mots. 

COGNADE : Gendarmerie. 
V. Garçon, 

COGNARD, COGNE. — Gen- 
darmerie. V. Cognac. 

COGNE : Eau-de-vie. Abrévia- 
tion de Cognac. — Le Figaro 
fait connaître les noms que por- 
tent les consommations diverses 
dans les cafés du quartier Latin : 
Absinthe, Purée de pois; Café 
avec cognac. Un grand- deuil; 
Sans cognac, Un demi-deuil ; Un 
verre de cognac. Un pétrole; Une 
fine Champagne, Un cogne; Un 
bock, Un cercueil. Quand on veut 
du gin, on crie au garçon : « Ge- 
neviève! » s'il ne répond pas as- 
sez vite, onajoute :« deBrabant!» 

COIFFER SAINTE CATHE- 
RINE : Rester fille, ne pas se ma- 
rier. — Allusion à la coutume qui 
permettait aux filles seules d'or- 
ner, aux jours de fête, la statue de 
sainte Catherine, patronne des 
vierges. — « Il y a un préjugé 
généralement accrédité contre les 
célibataires qui souvent coiftént 
sainte Catherine par égoïsme. » 
(La Cloche, août 72.) 



2 - CÔL 

COIN DU FEU : Robe d2 
chambre ne dépassant ] as le bas 
des reins. « Leurs corpssont enve- 
loppés dans de confortab les coins 
du feu en molleton. » {Figaro, 
75.) 

COIRE: Ferme, métairie. (Hal- 
bert.) 

COL (se pousser du) : Se faire 
valoir, passer la main sous le 
menton, près du col, en renver- 
sant la tête, est un geste présomp- 
tueux. 

Toi qui te poussais tant "de col,' 
Nous t'avons pris Sébastopol. 

(Remy, Chanson, i856,) 

COL CASSÉ : Dandy ridicule. 
— Allusion au col droit cassé aux 
angles qui est à la mode en ce 
moment. — « Il y a là-bas une 
jolie provision de cols cassés es- 
cortés de toute une cohorte demi- 
mondaine. » (P. Véron.) 

COLABRE, COLAS , COLIN : 
Cou, col. (Vidocq.) — Diminu- 
tifs et jeux de mots. 

COLBACK ; Conscrit. ~ Com- 
paraison de sa chevelure, q ai n'est 
pas encore taillée militairement, 
au bonnet à poil, dit colback, 
porté autrefois dans une partie 
de la cavalerie. 

COLLABO : Collaborateur. 
Abréviation. «Nous avons l'hon- 
neur de dire à vos collabos que 
je les aime à en avaler le jus de 
ma pipe. » (Commerson, jb.) 

COLLAGE : Liaison dif îcile à 
rompre. 

COLLANT : Donton ne peut se 
débarrasser. — « Nous sommes 
rabibochés. C'est une feranc col- 
lante. » (L. de Neuville.) 



COL 



- ii3 - 



COM 



COLLE : Simulacre d'examen, 
examen préparatoire à un examen 
véritable, il est appelé ainsi parce 
qu'on cherche à y/-*oller (embar- 
rasser) l'étudiant. — Il n'y a pas à 
Paris d'institution sérieuse qui 
n'aitsonco//eMr.--«Onesttoujours 
tangent à une colle, soit que le 
professeur vous interroge à l'am- 
phithéâtre, soit que le sort vous 
ait désigné pour être examiné sur 
les travaux des huit jours précé- 
dents. » (La Bédollière.) — « La 
veille des épreuves, il leur pous- 
sait des colles. » (A. Marx.) 

COLLEGE : Prison. (Vidocq ) 

— Le contact des prévenus en fait 
souvent une maison d'éducation 
pour le crime. 

COLLÉGIEN -.Prisonnier. 
(Idem.) 

COLLER : Examiner, faire su- 
bir une colle. 

COLLER : Prendre en défaut 

— « Voilà une conclusion qui 
vous démonte. — Me prêtes -tu 
5oo francs si je te colle .^ »(E. Au- 
gier.) 

Abréviation de coller sous ban- 
de : acculer dans une situation 
mauvaise. — Terme de billard. 

— « C'est fini, ils sont collés sous 
bande. » (Robquin.) V. Bande. 

COLLER : Jeter, mettre. — « On 
l'a collé au dépôt, envoyé à la 
Préfecture de police. » (Monselet.) 
V. Clou. 

COLLER : Donner. 

Pas un zigue, mêm' un gogo. 
Qui lui colle un monaco. 

(Léonard, Parodie, 63.) 

COLLER : Contracter un col- 
lage. — « Julia : Qu'est-ce que va 



devenir Anatole ? — Amandine : 
Le monstre! il est déjà collé avec 
Rachel. » (Les Cocottes, 64.) 

COLLETIN : Force. (Vidocq.) 

GOLLETIN : Collet protecteur 
de cuir ou de tapisserie que met- 
tent les forts de la halle pour por- 
ter leurs fardeaux sans se blesser. 

GOLLETINER : Porter des 
fardeaux à la halle. V. Colletin. 
On abrège en disant coltiner. 

GOLLETINER : Arrêter. 
(Grandval.) — Diminutif de col- 
leter, prendie au collet. 

COLLEUR : Répétiteur chargé 
d'examiner. « Un colleur à parler 
m'engage. » (Souvenirs de Saint- 
Cyr.) 

COLLIER, COULANT : Gra- 

vate. — Mots expressifs dans la 
bouche du voleur qui voit dans 
la cravate un moyen d'étrangler. 

COLONNE (chapeau en) : Voir 
Bataille. 

COLOQUINTE : Tête de forte 
dimension. — Allusion de forme. 
— « Je crois que vous avez la co- 
loquinte tant soit peu dérangée. » 
(L. Desnoyers.) 

Donne vite un fauteuil : je perds la co- 
loquinte. [Rienii, 26.) 

GOLTIGER : Arrêter. — Di- 
minutif de Colleter. — « J'ai été 
coltigé et trois coquins de railles 
sur mesigue ont foncé, ils m'ont 
mis la tortouse. » (Vidocq.) 

COMBERGEANTE : Confes- 
sion. — On y compte (comberge) 
ses péchés. 

COMBERGKR : compter. (Vi- 
docq.) 



COM 



114 — 



COM 



COMBERGO : Confessionnal. 
(Halbert.) 

GOMBLANCE (par) : Par 
surcroît, par complaisance. (Ra- 
basse.) 

GOMBRE, COMBRIAU, GOM- 
BRIEU : Chapeau. Dans le patois 
de la Flandre française, on dit 
cambre, ce qui paraît une forme 
du même mot. — Même observa- 
tion pour ce mot que pour cabe 
et Calvin. Le chapeau est ce qui 
ombrage la tête et, par contrac- 
tion, ce qu'ombre. — Combrieu 
et Combriau sont des diminutifs. 
V. Tirant. 

GOMBRIE : Pièce d'un franc. 
(Halbert.) 

GOMBRIER : Chapelier. 

GOMBROUSIERS : «C'est ainsi 
que les marchands forains nom- 
ment les paysans. » (Priv. d'An- 
glemont.) — Pour cambrousier. 

GOME : Surveillant de bagne. 
V. Cap. 

COMÉDIE (être à la) : Sans un 
centime. (Rabasse.) 

GOMFORT : Bien-être, ai- 
sance parfaite de la vie matérielle. 
Anglicanisme. — « Il y avait in- 
troduit le comfort, la seule bonne 
chose qu'il y avait en Angle- 
terre. » (Balzac.) 

COMFORTABLE : Qui a du 
comfort. 

GOMFORTABILISME : Pra- 
tique du comfortable. — « Leur 
philosophie est sans doute sou- 
tenue par le comfortabilisme. » 
(Balzac.) 

GOMM : Gommerce. (Vidocq.) 
.— Abréviation. 



COMME IL FAUT : De bonne 
compagnie. — « Elles liantent 
les endroits comme il au t. » 
(Lynol.) — « Écoutez, je me con- 
nais en hommes comme il faut, 
celui-là en est un. » (Dumas fils, 
Le Demi-Monde.) 

COMMISSAIRE : « Depuis 
l'Ambiga jusqu'au théâtre Beau- 
marchais et dans les quartiers 
voisins, un broc de vin ou une 
pinte s'appelle un commissaire. » 
(J. Daflot.) — Allusion è l'an- 
cienne robe noire des commis- 
saires. Le broc s'appelle aussi 
petit homme noir, parce qu'il est 
est noirci par le gros vin. 

COMMODE : Cheminée. (Hal- 
bert.) 

COMMUNARD, COMMUN EUX: 
Partisan de l'insurrection dite 
de la Commune de Paris, 1871. 

— « Presque tous nos commu- 
nards réfugiés à Genève y occu- 
pent des fonctions en rapport avec 
leurs goûts.» (Éclair, yi.)— Com- 
munard se prend adjectivement. 

— « Les Enfants du désespoir, tel 
est le titre d'une société secrète 
archi - démoc - soc- commur arde 
qui vient de se créer à Gentve. » 
{Éclair, 17 mai 72.) 

GOMMUNIQUÉ : Gommunica- 
tion ofi&cielle à un journal, l-e 
mot date du second empire.~c( La 
note suivantea une couleur s^mi- 
officielle de communiqué qui n'é- 
chappera à personne. » {Éclair^ 
août 72.) 

GOMPAS (ouvrir, fermer le) ; 
Activer, ralentir sa marche. — 
Comparaison des jambes aux 
branches d'un compas. 

COMPER (de la) : 3'évader de 



CON 



- ii5 - 



CON 



prison. (Rabasse.) Forme de cam- 
per, 

COMPLET : Complètement 
ivre. 

COMPTE (avoir son) : Être 
ivre, avoir son compte de liquide. 

COMPTE (avoir son): Mourir. 
Mot à mot : finir le compte de 
ses jours. — « J'ai mon compte 
pour ce monde-ci. C'est soldé. » 
(L. Reybaud.) 

Son compte est bon, dit-on d'un 
coupable à punir, duquel on 
compte les méfaits. 

COMTE DE CARUCHE, 
COMTE DE CANTON : Geô- 
lier. (Vidocq.) V. ces mots. 

COMTE DE CASTU : Infir- 
mier. (Id.) 

COMTE, COMTOIS : Niais. 
(Id.) 

Battre comtois : Mentir. Mot à 
mot ; faire le naïf. On a voulu 
voir dans ce mot une allusion à 
la Franche-Comté, mais cette pro- 
vince n'y est pour rien. C'est un 
simple jeu de mots sur les trois 
premières lettres de comtois. — 
a Sans doute qu'elle bat comtois. » 
(Decourcelle.) 

C-O-N ; Lâche, niais. Mot à 
mot : homme qui n'a rien de son 
sexe. Se prononce soit comme 
un seul mot, soit en articulant 
séparément chaque lettre. Un an- 
cien exemple de ce dernier genre 
de prononciation se trouve dans 
les Adages de Solon de Vosge 
(1576.) 

CONDÉ : Maive.^Demî-condé : 
Adjoint. — Grand-condé : Préfet 
de police. 

CONuÉ : Permission. — Du 



nom du maire qui la donne. — 
(( On leur donne le condé de sta- 
tionner sur certaines places, » 
(Stamir, 67.) 

CONDÉ FRANC : Magistrat 
corrompu. (Vidocq.) Mot à mot : 
condé affranchi. V. Affranchir. 

CONDITION : Vol avec effrac- 
tion. — « J'aurais besoin d'outil, 
j'ai une condition à taire.» (Beau- 
villier.) 

CONDUITE (faire la) : Chasser 
avec voies de fait. Mot à mot : 
reconduire. 

Les Français- Anglais vont te faire la 
conduite. (Layale, Chansons, 55.) 

CONDUITE DE GRENOBLE 
(faire la) : Mettre quelqu'un à la 
porte. — « Sa grande visite au 
roi pour l'engager à faire la con- 
duite de Grenoble à Montmorin 
età Duportail et à nommer d'hon- 
nêtes gens à leur place. » (1793 , 
Hébert.) — « Le populaire l'a at- 
tendu à la sortie et lui a fait ce 
qu'en style d'atelier on appelle la 
conduite de Grenoble. » [Liberté, 
16 mai 72.) 

CONE, CONNE : Mort. (Grana- 
val.) — De Connir, tuer. 

CONFECTION : Vêtement 
sortant d'un magasin de confec- 
tions. « — Un homme bien cou- 
vert, tout ce qu'il y a de mieux 
en confection. » (Marquet.) 

CONFERENCIER : Person- 
nage se faisant entendre dans les 
conférences publiques. 

CONIR : Tuer. V. Connir. 

CONJUNGO : Mariage. — La- 
tinisme auquel nous devons déjà 
le mot conjoints. — « Un produit 



CON 



- ii6 - 



CON 



de son premier conjungo. » 
(Ricard. — « Vous vous lancez 
dans le conjungo avec la fille 
d'une cabotine, » (Charles Hu- 
go.) — « Car faut toujours que 
le prêtre boute son conjungo à 
tout ce tracas et que l'amitié fi- 
nisse par là. » (Vadé, 1744.) 

CONNAIS (je la) : Expression 
usitée pour dire : l'histoire que 
vous me contez n'est pas neuve, 
le tour que vous voulez me jouer 
m'est connu. — « La marquise : 
Oh! mon Dieu ! que je suis mal- 
heureuse. — Le marquis : Ah ! 
vous savez ! à lafin... Pas d'attaque 
de nerfs. Je la connais celle là. » 
(L. de Neuville.) V. Mettre (le). 

CONNAISSANCE : Maîtresse. 
— « Ah ! vous avez une connais- 
sance, monsieur! » (Leuven.) 

CONNASSE : Femme honnête. 
(Halbert.) — Les femmes inscrites 
à la police donnent aussi ce nom 
à toutes celles qui ne le sont pas. 

CONNERIE : Sottise. 

Si je gémis sous les verrous. 

C'est pour la conn'ri'd'un' camproux 

(cambrouse), 
Qui n'a pas su retenir son bagout. 

{Chanson de Mouchabœuf, 65, 
manuscrit.) 

CONNIR : Tuer. V. Sciage, 
Refaite, Trimballeur. — Du vieux 
mot caunir : trépasser. 

CONOBLER, CONNOBRER, 
CONOMBRER : Reconnaître. 
(Vidocq.) — C'est connaître avec 
changement de finale. — Etre 
conoblé: être reconnu. (Rabasse.) 

CONSCRIT : Élève de première 
classe aux écoles Saint- Cyr et 
Polytechnique, — a Lorsque le 



taupin a été admis, il devient 
conscrit, et comme tel, t.rngent 
à l'absorption. » (La Bédollière. 

CONSCRIT : Homme naïf, 
inexpérimenté. — AUusici à la 
gaucherie des conscrits. 

CONSERVATOIRE : Mont-de- 
piété. (Vidocq.) — On y conserve 
les objets mis en gage. 

CONSOLATION : Eau-de-vie. 

— Ce mot dit avec une éloquence 
navrante ceque le pauvre clierche 
souvent dans un petit verre : 

— l'oubli momentané de ses 
maux. — « Bon, il entre d ms le 
débit de consolation. » (E. Sue.) 

— Selon le général Trochu (l'Ar- 
mée française en 67), a la conso- 
lation est une liqueur douce des- 
tinée à consoler les entrailles du 
buveur des violences du tord- 
boyaux. » 

CONSOMM. : Consommation. 
Rafraîchissement. — Abréviation 
de consommation. — « Ces dames 
doivent être altérées par ladanse, 
ce dont elles ne disconviennent 
pas. Partant de là, il les supplie 
d'accepter une consomm. » (Mor- 
nand.) — « Ces messieurs ne 
jouent guère que la consomm 
en cinq secs, presque jamais en 
cinq liés (cinq points liés). x> 
(Boue de Villiers.) 

CONTE BLEU : « Conte sans 
vraisemblance, comme ceux Je la 
Bibliothèque bleue, ainsi appelée 
parce que les petits livres qui la 
composent ont des couvert 1res 
de papier è/eu, et sont mêmequel- 
quefois imprimés sur papier bleu. 
Cette bibliothèque, très-conaue 
dans les campagnes, sortit des 
pressesde Jean Oudot, imprim eur 



COP 



- 117 - 



COQ 



à Troyes en Champagne, vers la 
fin du xvi« siècle. » (Quitard.) 

CONTREFICHER (se) : Se 
moquer d'une chose autant que 
celui qui a déclaré s'en moquer 
avant vous. — « Tant qu'à moi, 
je m'en contrefiche. » (H. Mon- 
nier.) 

CONVALESCENCE : surveil- 
lance de la haute police. On com- 
prendra l'allusion en voyant le 
mot malade. 

CONVERSATION CRIMI- 
NELLE : Flagrant délit amou- 
reux. — Anglicanisme. — «Je l'ai 
répudiée de mon cœur après l'a- 
voir surprise en conversation cri- 
minelle. » (Blondelet.) 

COPAIN: Compagnon. Du vieux 
mot compain. — « Être copain, 
c'est se joindre par une union 
fraternelle avec un camarade, c'est 
une amitié naïve et vraie qu'on 
ne trouve qu'au collège. » (H. Rol- 
land.) — « Il me disait bonjour 
de loin, comme s'il avait eu honte 
de s'avouer mon copain.» (About.) 

COPE : La cope était un des 
abus du petit commerce d'autre- 
fois. Elle consistait à renchérir 
sur le prix marqué. — « La cope 
tomba quand l'habitude de mar- 
quer les prix en chitfres connus 
fut adoptée. » (Naviaux.) 

COP EAU : Ouvrier en bois. 
Mot à mot : faiseur de copeaux. 

COPEAU : Crachat. — Expec- 
toration chassée de la poitrine 
comme le copeau est chassé du 
rabot. 

COPEAUX ; Effraction. — Al- 
lusion aux traces d'un bris de 
porte ou de serrure. — « Je suis 



sapé à dix ans pour un coup de 
vague avec copeaux. » (Stamir, 
67.) 

COP LE (Pisseur de) : Journa- 
liste par trop prolixe. On appelle 
copie le manuscrit à composer 
dans une typographie. 

COQUAGE : Dénonciation. V. 
Coqiieur. 

COQ.UER : Embrasser. (Hal- 
bert.) 

COQ.UER : Donner, mettre. V. 
Ravignolé , Boucanade. 

COQUER : Dénoncer. Mot à 
mot : cuisiner, apporter tout pré- 
paré. — Du vieux mot coc : cui- 
sinier. V. Cuisiner. — « En pro- 
vince, il avait coque quelqu'un 
de leur bande. » (E. Sue.) 

COQ.UER LE POIVRE : Em- 
poisonner. 

COQ.UER LE RIFLE : Mettre 
le feu. — a Girofle largue, depuis 
le reluit où j'ai gambillé avec te- 
zigue et remouché tes chasses et 
ta frime d'altèque, le dardant a 
coque le rifle dans mon palpi- 
tant qui n'aquige plus que pour 
tezigue. » (Vidocq.) 

COQUER LE TAFFE : Faire 

peur. (Rabasse.) 

COQUEUR : « Le coqueur 
vient dénoncer les projets de vol 
à la police de sûreté. Le coqueur 
est libre ou détenu. Ce dernier 
est coqueur mouton ou musicien. 
L.e mouton est en prison et capte 
ses codétenus. Le musicien ne 
révèle que ses complices. — Ce 
métier de dénonciateur s'appelle 
ciquage. La musique est une réu- 
nion de coqu?urs (musiciens). » 
(Canler.) 



COR 



- ii8 - 



COR 



COQUcLUR DE BILLE : Bail- 
leur de fonds. 

COQ.UEUSE : Dénonciatrice. 
V. Casserole. 

COQUILLE DE NOIX : « Na- 
poléon met le pied sur une co- 
quille de noix, un petit navire de 
rien de tout. » (Balzac.) 

COQUILLON : Pou. (Vidocq.) 

COQUIN : Dénonciateur. 
(Halbert.) Jeu de mots sur co- 
queur et coquin. 

Coquine : V. Être (en). 

CORAM POPULO : En public. 
Mot à mot : devant le peuple. — 
Latinisme. — « Je grisais cin- 
quante danaïdes chez Deffieux 
coram populo. » (Ricard.) 

CORBEAU : Frère de la doc- 
trine chrétienne. —Allusion aux 
longues robes noires du clergé. 

— « Venez, vous que décore la 
robe du corbeau. » (A. Monté- 
mont.) 

CORBEAU : Croque -mort. 

— Double allusion à son costume 
noir et à son voisinage habituel 
des cadavres. 

CORBUCHE: Ulcère. (Hal- 
bert.) 

CORDE AU COU : Croix de 
commandeur. Son ruban se porte 
au cou. Mettre la corde au cou 
d'un colonel veut dire le faire 
commandeur à l'instantdelemet 
tre à la retraite, c'est-à-dire de le 
retrancher du monde ou de l'ac- 
tivité. 

CORDE (tenir la) : Avoir la 
vogue. — Terme de courses. — 
Le côté de la corde est un avan- 
tage pour le jockey qui s'en trouve 



rapproché. — « Qui est-ce qui 
tient la corde en ce moment dans 
le monde dramatique ^«(jF /g-aro.) 

CORDES (faire des) : Être 
constipé. 

CORDER : S'accorder. ~ Abré- 
viation. 

CORNANT, CORNANTE: 

Boeuf, vache. (Halbert.) — Allu- 
sion à leurs cornes. — Oa écrit 
aussi cornaud et cornaude. 

CORNARD : A l'Écde de 
Saint-Cyr on ne mange que du 
pain sec au premier déjeu ler et 
au goûter, et les élèves prennent 
sur leur dîner de quoi faire un 
cornard. — « Faire hommrge de 
votre viande à l'ancien pour son 
cornard. » (De La Barre.) 

Faire cornard : C'est aussi te- 
nir conciliabule dans un coin. 

CORNE : Estomac. — « Si je 
me rince la corne quelquefois 
chez le mastroquet, c'est pour 
me consoler. » (Monselet.) 

CORNER : Puer. (Vidocq.) 

CORNET : Gosier. — Allusion 
de forme. — « Je n'suis pas fâ- 
ché de m'mettre quelque ciiose 
dans le cornet. ï (H. Monnier.) 

CORNETTE : Femme dont le 
mari est infidèle. Féminin de 
cornard. 

CORNICHON : Veau. (Vidocq.) 
— Mot à mot : fils de cornante. 

CORNICHON : Niais. (Dhau- 
tel, 08.) — Jour de Dieu ! Constan- 
tin, fallait-il être cornichonnc. » 
(Gavarni.) — a Malvina se con- 
tentait de me qualifier de corni- 
chon. » (L. Reybaud.) — «Allons, 



COT 



— lîQ — 



COT 



pas de bêtises ! t'as l'air d'un cor- 
nichon. » {Rien:{i, 26.) 

CORNICHON : Aspirant à 
l'École militaire. — « Une fois 
en élémentaires, il se bifurque en 
élève de Saint-Cyr ou cornichon, 
et en bachot ou bachelier ès- 
sciences. « {Institutions de Paris, 
58.) V. Volaille, Potasser.) 

CORNIÈRE : Étable à bœufs. 
V. Cornant. 

CORRIDOR : Gosier.— «Vous 
lui proposez de venir avec vous 
pour écraser quelques mollus- 
ques et se rincer le corridor d'une 
fiole de Moët au café Anglais, » 
{Vie parisienne, 65.) 

CORSET (pas de) : V. Quin:^e 
ans, 

CORVET : V. Être (en). 

COSAQUE : Brutal, sauvage, 
maladroit. 

COSNE : Auberge. (Halbert.) 

COSTE : La mort. (Idem.) 

COSTEL : Souteneur. (Ideni.) 

COTE (être à la) : Être à sec 
d'argent. — On est à flot quand 
la fortune sourit. — « Si vous 
êtes vous-même à la côte, — 
quelles singulières expressions 
on a dans les coulisses pour ex- 
primer qu'oii manque d'argent !» 
(A. Achard.) 

COTE (G) : objets volés. Ar- 
got des notaires. • Un lourd 
commissaire-priseur qui avec la 
cote G jeta les fondements d'une 
grande fortune. » (Fournier- 
Verneuil, 1S26.) 

COTÉ (A) : Ne répondant pas 



à son sujet. — « M. Barbey d'Au- 
revilly a consacré le succès dans 
unarticleà côté très-flamboyant.» 
(E. Blondet, 1867.) 

COTE DE BŒUF : Sabre. (Vi- 
docq.) — Allusion de forme. 

COTELETTES : Favoris s'é- 
largissant au bas des joues, de 
façon à simuler la coupe d'une 
côtelette. 

COTELETTES : Applaudisse- 
ments. (J. Duflot.) — Se dit dans 
le monde dramatique. 

COTERIE : « Les tailleurs de 
pierres s'interpellent du nom de 
coterie. Tous les campagnons 
des autres états se disent pays. » 
(G. Sand.). 

^ COTES EN LONG (avoir les) : 
Être fainéant, refuser le travail. 
— Mot à mot : avoir un corps 
incapable de se plier à la tâche 
(puisqu'il a les côtes en long et 
non en travers comme tout le 
monde). — Ironie populaire. — 
« Ces demoiselles aussi inaptes 
au travail que si elles avaient les 
eôtes articulées en long et non 
pas en travers. » (Th. Silvestre.) 

COTON (Filer un mauvais) : 
Se mal porter. — a II file un mau- 
vais coton. »(E. Jourdain.) — On 
disait autrefois jeter un triste 
coton, comme le prouve cet ex- 
trait des Mémoires secrets de Ba- 
chaumont : « 24 février 1781. 
Madame Bulté vient de partir 
pour Londres où vraisemblable- 
ment elle jettera un triste coton. 
Il est à craindre qu'elle n'y meure 
de faim. » — Cette dernière ex- 
pression est dans le Dictionnaire 
de l'Académie, 



cou 



cou 



COTON : Rixe, dommage. 
(Halbert.) — Il y aura du co- 
ton : on se battra. — Abrévia- 
tion de tricoter. — « Le chef de 
service leur recommande tou- 
jours d'éviter le coton, c'est-à- 
dire d'empêcher qu'il y ait des 
rixes. » (M. du Camp.) 

COTTERET : Forçat libéré. 
(Dictionnaire d'argot, 44.) — Jeu 
de mots : le cotteret est un petit 
fagot. V. Fagot. 

COUAC : Fausse note. — Har- 
monie imitative. V. Canard. — 
« 11 lui échappa un couac épou- 
vantable au milieu d'un couplet.» 
(A. Signol.) 

COUCHE (nouvelle) : Classe 
inférieure, élément démocrati- 
que. Abréviation ironique de 
nouvelle couche sociale. — « Le 
dictateur avait promis aux nou- 
velles couches gloire et hon- 
neurs. » (Saint-Genest, 75.) 

COUCOU : Montre. (Colom- 
bey.) — Du nom des horloges de 
bois dites coucous, à cause du cri 
de coucou qu'elles simulent en 
sonnant les heures. 

COUCOU : Cocu. — Redou- 
blement du vieux mot cous : 
mari trompé. Coucou est du 
xvui« siècle. 

Une simple amourette 
Rend un mari coucou. 
{Chansons, impr. Chassaignon, 5i.) 

COUCOU (faire) : Jouer à la 
cachette, jeu où l'on crie coucou 
en guise d'avertissement. — « Je 
vais me placer dans ce coin, la 
figure contre le muret la main 
devant les yeux, comme si je fai- 
sais coucou. » (P. de Kock.) 



COUDE (lâcher le) : Q.uîtter. 
- a Vous n'pourriez pss nous 
lâcher l' coude bientôt? » ( Léo^ 
nard, parodie, 63.) — Allusion 
à la recommandation militaire 
de sentir les coudes à gauche, en 
marche. 

COUDE (lever le) : Boire à lon- 
gues rasades. — « Ça n'a pas 
d'ordre, ça aime trop à lever le 
coude. » (P. d'Anglemont.) 

COUDES A GAUCHE (sentir 
les) : Marcher avec ensemble, 
avec régularité, comme à l'école 
d'infanterie. 

COUENNE : Peau. — Se ratis- 
ser la couenne, se faire la barbe. 
V. Gratte-Couenne. 

COUENNE : « On dit d'un ni- 
gaud, d'un maladroit, d'un sot, 
qu'il est couenne. » (Dhautel). 

— « Viens-tu? — Ah ben ! non. 

— Ah ! que t'es couenne. » (Our- 
liac.) 

COUENNE DE LARD : brosse. 
(Vidocq.) — Allusion aux crins 
de la couenne du porc. 

COUILLÉ : Niais. —De couil- 
lon. — « Un couillé j'ai remou-» 
ché. » (Vidocq.) V. Plan. 

COUILLON : Pour ce mot et 
ses dérivés, voyez Couyon. 

COULAGE : Gaspillage, dé- 
tournement commis par des su- 
bordonnés. — « Quel est le négo- 
ciant habile qui ne jetterait pas 
joyeusement dans le gouffre d'une 
assurance quelconque cinq pour 
cent de toute sa production pour 
ne pas avoir de coulage. Eh bien! 
la France ne paye que soixante 
millions, deux et demi pourcent, 



cou 



— 121 — 



cou 



pour avoir la certitude qu'il 
n'existe pas de coulage. Le gas- 
pillage ne peut plus être que 
moral et législatif. » (Balzac.) — 
« Le coulage est une mauvaise 
gestion des affaires du pays; il 
consiste à faire faire des travaux 
qui ne sont pas urgents ou né- 
cessaires, etc. » (Balzac, 1841.) 

COULAGE : petits détourne- 
ments commis par la domesti- 
cité d'une grande maison ou d'un 
magasin. — Allusion au liquide 
coulant par les fentes d'un ton- 
neau au détriment de son pos- 
sesseur. — « On ne se figure pas 
le coulage qui désolait notre 
caissier. » (Almanach du Hanne- 
ton.) — « Il y a ce qu'on appelle 
le coulage, c'estrà-dire les objets 
dérobés par les employés eux- 
mêmes. » (G. Vassy, jb.) 

COULANT : Lait. (Halbert.) 

COULE (être à la) : Être insi- 
nuant, sachant se couler entre les 
obstacles. 

COULE (être à la) : Agir de 
complicité. — ce Y a-t-il de la 
place dans votre boîte ? — Oui! 
répond celui-ci quiest à la coule.» 
(Cavallié.) 

COULER (se la) : Aller douce- 
ment (Rabasse.) 

COULEUR : Mensonge. — 
Il colore ou farde la vérité. — 
a Oh ! les peintres ! il n'y a pas à 
leur monter d'coups, ça connaît 
les couleurs. » (Lamiral, i838.) 

COULEUR : Soufflet. — Il co- 
lore la joue. 

Je bouscule l'usurpateur 
Qui m'appliqua sur la face, 
Comm' on dit, une couleur. 
(Le Gamin de Paris.) 



COULÉ : Perdu sans ressour- 
ces. Mot à mot : coulé à fond. — 
Terme de marine. — « Non, les 
étudiants de seizième année 
n'existent plus ; c'est une géné- 
ration coulée. » (Privât d'Angle- 
mont, i835.) 

COULER (en) : Conter des 
mensonges. — « Tu nous en 
coules, ma mignonne. Va ! j'te 
connaissons. » {Catéchisme pois- 
sard.) 

COULER DOUCE (la) : Vivre 
confortablement. — « Ah ! je ne 
sais pas quand il se passera, mais 
j'ai un fier béguin pour toi. Tu 
la couleras douce avec moi, je 
t'en réponds. » (L. de Neuville.) 

COULEUR LOCALE : Procédé 
littéraire fort à la mode depuis 
i83o. — « La couleur locale con- 
sistait surtout à faire dire au 
personnage le nom de toutes les 
fabriques d'oij sortaient les ob- 
jets dont il parlait et à faire con- 
naître de quelle matière étaient 
faits ces objets. On dirait : Ma 
bonne dague d'acier, mon pour- 
point de brocart, mon justaucorps 
de Venise, absolument comme 
si aujourd'hui on faisait dire à 
un acteur : Donnez-moi mes 
bottes de cuir , ma canne de 
bois. » (Privât d'Anglemont.) 

COULIANT : Lait. (Grandval.) 

COULIANTE : Laitue. (Hal- 
bert.) 

COULISSIER : Spéculateur 
jouant à la coulisse de la Bourse, 
c'est-à-dire en dehors du par- 
quet des agents de change. — 
Privilège supprimé depuis i86o. 

COULISSIER : De coulisses, 
théâtral. — «c De là un besoin 



cou 



— 122 — 



COU 



insatiable d'intrigues amoureu- 
ses et coulissières. » (Ricard.) 

COULOIR : Bouche, gosier. 
— Synonyme de corridor. Même 
allusion. V. Plomber. 

COUP : Secret, procédé parti- 
culier. — On dit // a le coup pour 
il a le dernier mot du savoir faire, 
et il a un coup, pour il a son pro- 
cédé à lui. 

COUP A MONTER : Grosse 
entreprise à tenter, piège à ten- 
dre. — aUn coup à monter, ce qui, 
dans l'argot des marchands, veut 
dire une fortune à voler. » (Bal- 
zac.) V. Monter. 

COUP DE BAS : Coup dange- 
reux. — « Ces fats nous donnent 
un rude coup de bas. » {Chansons, 
Clermont, i833.) 

COUP DE PIED (donner un) : 
Aller jusqu'à un endroit déter- 
miné. 

Ne pas se donner de coups 
de pied : Se louer soi-même. — 
Mot à mot : ne pas se nuire. 

COUP DE PIED DE VÉNUS : 
Mal vénérien. 

COUP DE PISTOLET : « Al- 
léché par l'exemple et la pers- 
pective de quelques bénéfices 
énormes, un novice vient de tirer 
un coup [de pistolet à la Bourse 
(c'est l'expression pour désigner 
une opération isolée.) » (Mor- 
nand.) 

COUP DE POUCE (donner le): 
Étrangler. 

COUP DE POUCE : Ne pas 
donner le poids. Mot à mot : 
donner le coup de pouce à la ba- 
lance. 

COUP DE SIFFLET: Cou- 



teau. (Halbert). Pour coupe-sif- 
flet (coupe-gorge). 

COUP DE SOLEIL (avoir un): 
« Être à demi gris, avoir une 
pointe de vin. » (Dhautel, 1808.) 
— On sait que le vin et le soleil 
ont également la vertu d'em- 
pourprer le visage. — a Ma foi, 
ça n' s'era qu'à la brune qu'finira 
c'gueuleton sans pareil. En par- 
lant d'ça j'pourrais bien attraper 
un p'tit coup de soleil... Mais 
voyons si j'ai encore de la brai- 
se. » (Lamiral, le Savetier en 
goguette, 38.) V. Soleil. 

COUP DE TEMPS : Accident 
subit, surprise. — Terme d'es- 
crime. — « Je mettrai le trouble 
là-dedans par un coup de temps 
qui ne sera pas trop bête. » {Le 
Solitaire, pot pourri, 1821.) 
Voir le coup de temps, c'est le 
prévoir. 

COUP DU LAPIN : Coup 
mortel, comme celui qu'on donne 
au lapin sacrifié à la cuisine. 

COUPE : Misère. (Halbert.) — 
Mot à mot ; dans la coupe des 
vivres. 

COUPE (être sous la) : Être 
subordonné à quelqu'un. 

COUPE (tirer sa) : Naper. — 
« Rodolphe, qui nageait comme 
une truite... se prit à tiier sa 
coupe avec toute la pureté ima- 
ginable. » (T. Gautier.) 

COUPE-CHOUX : Sabre d'in- 
fanterie. — Avant de servir 
comme baïonnette, cette arme 
était, même en campagne, des 
plus pacifiques. — a Leur voit- 
on traîner d'une façon guerrière 
le coupe-choux du taporal? » 
(A. Rolland.) 



cou 



123 



COU 



COUPE-FICELLE : Artificier 
d'artillerie. — Allusion à la 
grande quantité de ficelle récla- 
mée par ses fonctions. 

COUPE-SIFFLET : Couteau. 
Mot à mot : coupe-gorge. V. Sif- 
flet. 

COUPE (ça te la) : Cela te dé- 
concerte. — Abréviation de ça 
te coupe la chique^ cela te con- 
trarie, te déroute. (Dhautel, 08.) 
— « Sous le premier Empire, 
M. de Beaumont annonça au 
cercle des Tuileries : « Madame 
« la maréchale Lefebvre ! » L'em- 
pereur s'avance et lui dit :«Bon- 
« jour, madame la duchesse de 
a Dantzick ! » Celle-ci se retourne 
et dit au chambellan trop laco- 
nique : « Ah! ça te la coupe, ca- 
<£ det! » {Encyclopediana.) V. 
Sifflet. 

COUPER : Donner dans un 
panneau, accepter un mensonge. 
Abréviation de couper dans le 
pont. — « Ah ! dit Marlot en fai- 
sant sauter l'or dans sa main, 
elle a donc coupé dans le ma- 
riage i » (Champfleury.) 

COUPER DANS LE PONT : 
Se laisser filouter en coupant des 
cartes préparées par un grec qui 
vient dejaire le pont : ( plier lé- 
gèrement les cartes à un endroit 
déterminé, de façon à guider la 
main de l'adversaire dans la por- 
tion du jeu où elle doit couper 
innocemment). — a Laisse-la 
couper dans le pont, » (Balzac.) 

COUPER LA CHIQUE : Inter- 
dire. V. Chique. 

COUPER LA GUEULE, COU- 
PER LA GUEULE A QUINZE 



PAS. — Exhaler une si mau- 
vaise odeur qu'on la sent à quinze 
pas. — Cette expression ne man- 
que pas de justesse, car la bouche 
semble souffrir autant que le nez 
en pareil cas. 

Quand elle a mangé du cerv'las, 
Ça vous coup la gueule à quinz' pas. 

(Colmance.) 

COUPER LA MUSETTE : 
Couper la parole. — a Ta re- 
montrance me coupe la mu- 
sette. » (Chansons, Châteauroux, 
26.) 

COUPER LA MUSETTE : 
Couper la gorge. — « De Palzo 
j'ai coupé la musette, il ne peut 
plus te faire de mal. » {Le Soli- 
taire , pot pourri, 2 1 .) V. Sifflet. 

COUPLARD : Couteau. (Hal- 
bert.) Mot à mot : coupe-lard. 

COUPLETS DE FACTURE : 
(c C'est un morceau de poésie 
long d'un mètre, sur l'air des Co- 
médiens ou de Vive la Lithogra- 
phie. Feu Brazier et M. Glairville 
sont les maîtres es couplets de 
facture. » (J. Duflot.) 

COURAILLER : Courir les 
filles. — « Vous l'auriez empêché 
de courailler. » (Balzac.) 

COURBE : Épaule. (Vidocq). 
— Elle se courbe souvent. 

COURIR : Courir les filles. — 
(( Monsieur n'est pas heureux 
quand il court. » (H. Monnier.) 
— On dit aussi Courir la gueuse. 

^ COURIR, FAIRE COURIR : 
Être propriétaire de chevaux de 
course. — « Oscar : Tenez, cher ! 
je viens du club... j'ai beaucoup 



CRA 



— 124 — 



CRA 



parié... j'ai perdu vinqt-cinq louis 
et deux saladiers de vin sucré. — 
Vous savez, je fais courir. — Le 
marquis : La jeunesse ne saurait 
avoir de divertissement plus 
comme il faut. » (Marquet.) 

COURIR (se la) : S'enfuir. 

COURIR (se) : Se méfier. (Vi- 
docq.) — De l'ancien verbe se 
covrir : se couvrir, se protéger. 

COURTAUD DE BOUTAN- 
CHE : Commis de magasin, vo- 
leur. (Grandval.) 

COUSIN : Grec. V. Poucette. 

COUYON, COUILLON : Lâ- 
che, poltron. — Du vieux mot 
coion qui a le même sens. (V. 
Roquefort), et qui est un dimi- 
nutif de coy : tranquille, indo- 
lent. Il s'écrivait aussi quoyon. 
— Mazarin est souvent appelé 
coyon dans les pamphlets de la 
Fronde. 

Beaulleu, Cobourg en furent touchés 
De voir leur troupe à l'abandon 
Qui fuyoient comme des couillons * 
Devant les patriotes. 

(Mauricault, Chanson^ 1794) 

COUYONNADE : Affaire ridi- 
cule, action lâche. 

COUYONNER : Reculer au 
moment d'agir. 

COUYONNERIE : Lâcheté. Du 
vieux mot coionnerie. V. Roque- 
fort. 

CRACHER : Parler. Mot à 
mot : cracher des paroles. 

Faire cracher : Faire parler. 
(Rabasse.) 

CRACHKR : Décharger. — Le 
canon crache la mitraille. 



CRACHER. GRACtlER AU 

BASSINET : Donner (ie l'argent 
de mauvaise grâce. — A'ieux mot 
argotique. Une ancienne gravure 
représente le grand Coësre ou 
roi des Truands ayant à ses pieds 
un bassin où chacun des gueux 
ses sujets vient déposer son tri- 
but, c'est-à-dire cracher au bas- 
sin. — « Tu dois faire cracher 
encore i5o,ooo francs au baron.» 
(Balzac.) 

CRACHER DANS LE SAC : 
V. Raccourcir. 

CRACHOIR : Bavardage, ba- 
vard. — Quel crachoir! Quel 
bavard ! 

CRACHOIR : Réquisitoire. V. 
Bêcheur. 

CRACHOIR (tenir le) : Tenir 
le dé de la conversation et ne pas 
le céder à d'autres, mot à mot : 
ne pas lâcher le réquisitoire; ac- 
caparer le bavardage. (V. plus 
haut.) Quand il tient le crachoir, 
il en a pour longtemps, dit-on 
d'un bavard. Ce terme est iro- 
nique. — « N'étudiant aucune 
question à fond, mais se conten- 
tant de prendre de chaque chose 
une teinture superficielle qui 
permet de tenir convenablement 
un crachoir, — terme vulgaire, 
mais juste, — d'une heure ou 
deux. » {Paris- Journal, 72.) 

CRACK (à) : « Cheval extraor- 
dinaire sur lequel on compte 
beaucoup. On dit le crack de l'é- 
curie pour dire le meilleuir che- 
val. » (Parent.) Angl. ar-^ot de 
courses. 

CRAMPE (tirer sa) : Fuir. — 
« Elle a pris ses grands airs et 
j'ai tiré ma crampe. > (Monté- 



CRA 



- 125 - 



GRE 



5n.) — A aussi un autre sens 

ui n'est pas de notre ressort. 

CRAMPER (se) : Se sauver. 
|. lot à mot : tirer sa crampe. V. 

Vé, A bouler. 
I CRAMPON : Importun aussi 
i enace qu'un crampon. — « Elle 
: :st assez jolie, cette femme. — 
Charmante ! mais quel cram- 
pon! » (L. Leroy.) V. Lâcher. 
i Je vous fais mes adieux. — Je 
n'en suis pas fâché, vieux cram- 
pon, vieux gâteux! » (Tarn 
Tarn.) De là, sans doute, l'ori- 
gine de ce péjoratif. 

CRAN (lâcher d'un) : Aban- 
donner subitement. — a Nous 
vous lâcherons d'un cran. » — 
iVidal, 33.) 

CRAN (faire un) : Tenir bonne 
note. 

CRANE : Hardi. — « Est-il 
crâne, cet enragé-là. » (P. La- 
croix, 32.) 

CRANE : Beau. — « C'est ça 
qui donne une crâne idée de 
l'homme! » (Gavarni.) 

Mettre son chapeau en crâne : 
Le mettre sens devant derrière, 
à la façon des tapageurs. 

CRANE : Bon. — « Quand j'é- 
tais sur la route de Valencien- 
nes, c'est là que j'en avais du 
crâne du tabac! » (H. Monnier.) 

CRANEMENT : Supérieure- 
ment. — • J'ai été maître d'ar- 
mes... et je puis dire que je tirais 
crânement. » (Méry.) — « Elle 
prenait la brosse chez un pein- 
tre, et faisait une tête assez crâ- 
nement. » (Balzac.) — a Je suis 
crânement contente de vous 
voir. » (E. Sue.) 

CRAPAUD ; HQmme petit, 



chétif. (Dhautel.) — Gamin. — 
Pris souvent en bonne part. — 
« Tiens! Potier, je l'ai vu du 
temps qu'il était à la Porte-Saint- 
Martin. Dieux! que c'crapaud-là 
m'a fait rire! » (N. Monnier.) 

CRAPAUD : Bourse de soldat. 
— Elle est inférieure à la bourse 
de la masse dite aussi grenouille, 
comme le crapaud l'est à la gre- 
nouille. 

CRAPAUD : Cadenas. (Vi- 
docq.) 

CRAPAUD : Fauteuil bas. — 
« Une bergère... Avancez plutôt 
un crapaud ! » (E. Jourdain.) 

CRAPULOS, CRAPULADOS : 
Cigare d'un sou. Mot à mot : le 
havane de la crapule. — Ironie 
à l'adresse des noms pompeux 
qui distinguent les cigares de la 
Havane. V. Jnfectados. 

CRAQUELIN : Menteur. 
(Grandval.) — De craque, men- 
songe. 

CRASSE : Indélicatesse. — 
« Elle m'a fait des crasses. Toi, 
tu m'inspires de la confiance. » 
{Almanach du Hanneton, 67.) 

CRÉATEUR : Peintre. (Vi- 
docq.) — Il crée sur la toile. 

CRÉATURE : Prostituée. — 
« Pour la grande dame qui se 
voit enlever ses adorateurs par 
une grisette, cette grisette est 
une créature. » (L. Huart.) — 
ï Mon mari a eu l'infamie de 
faire venir cette créature dans 
ma maison. » (Gavarni.) 

CREBLEU, GRELOTTE : Ju- 

rons. — Abréviations de sacrg' 
bleu, sacrelotte. V. ces mots. 

GRÉ CHIEN ; Abréviation de 



CRE 



— 126 — 



CRE 



sacré chien, juron.— a Gré chien ! 
Loïse t'aslàune casquette un peu 
chouette. » (Gavarni.) 

CREDO : Profession de foi.— 
Latinisme. — a La meilleure 
réponse, c'est de publier le credo 
politique du vieux Cordelier. » 
(C. Desmoulins, 1790.) 

CRÈME : Superlatif, le meil- 
leur ou la meilleure. — a Excel- 
lent!... Dis donc que c'est la 
crème des oncles. » (Beauvallet.) 

CRÉ NOM : Juron. — Abré- 
viation de sacré nom. V. ce mot. 

CRÊPAGE : rixe. V. Crêper. 

— « Un effrayant crêpage de chi- 
gnons s'en suivit. La police in- 
tervint. » (G. Vassy, 75.) 

CRÊPER LE TOUPET, LE 
CHIGNON ; Prendre aux che- 
veux, battre. — « Nous v'ia tous 
deux à nous crêper le toupet. » 
(Letellier, Sg.) — Les femmes 5e 
crêpent le chignon. 

CRÉPIN : Cordonnier. Mot à 
mot : enfant de saint Crépin, pa- 
tron des bottiers et des cordon- 
niers. — « Je défie bien le Crépin 
de me faire des bottes plus jus- 
tes. » (La Correctionnelle.) 

CRÉPINE ; Bourse. (Vidocq ) 

— De crépin. — C'est, comme le 
crapaud, une bourse de cuir. 

CRÉPON : a Des crépons, 
c'est-à-dire de ces petits paquets 
de crin que le beau sexe place 
sous ses cheveux pour les faire 
« bouffer. » (Éclair, 10 mai 72.) 

CRÈS : Vite. (Halberi.) 

CRESPINIÈRE : Beaucoup. 
(Idem.) 

CRÉTINISER : Abrutir. — 



ce Un Ghazelle a vécu à vingt- 
deux sous par tête et s'est cré- 
tinisé. » (Balzac.) — < Tout le 
monde joue en France, dit-il; 
qu'est-ce que cela prouve ? une 
seule chose : c'est que la France 
se crétinise au milieu ce cette 
frénésie de spéculation. » [Bour- 
sicotier isyne.) 

CREUSE : Gorge. (Idem.) — 
Voyez Creux. 

CREUSER : Approfondir, en 
parlant de l'exécution ti'une œu- 
vre artistique ou litt raire. — 
C'est creusé se dit d'une chose 
fort étudiée. — Creuser son sujet, 
c'est le préparer avec soin. 

CREUX : Logis, maison. 
(Grandval.) 

CREUX : Voix retentissante 
comme l'écho d'une caverne. 

CREVAISON : Mort, chute. — 
a Cette rengaine du finsco n'en 
dissimulait pas moins une cre- 
vaison spontanée. » (Michu.) 

CREVANT : Ennuyeux à pé- 
rir, à crever. 

CREVÉ, PETIT CREVÉ : 
Jeune élégant poussant à un de- 
gré tout féminin la recherche de 
sa toilette. Un Almanac/i des pe- 
tits crevés a paru en 18(7. 

Elle ajouta : Bébé, je suis chez mes 

parents. 
Le crevé s'écria : Cela m'est Inen égal. 
Alm. des p. Crevés. 67. 

— a Petit crevé se décollette avec 
grâce, épiie son menton et cire 
sa moustache. Son teint délicat 
connaît les douceurs de la poudre 
de riz et du blanc de j^erle. » 
(Yriarte.) — C'est de ce visage 



CRI 



— 127 



CRI 



blême qu'est venue selon nous 
l'expression de crevé. 

CREVER, CREVER LA PAIL- 
LASSE : Battre, blesser, tuer. 

CREVER (tu t'en ferais) : For- 
mule négative. V. Cylindre, 
Mourir. 

CREVETTE : Lorette. Mot à 
mot : fille hantant les crevés. V. 
ce mot. « Tous les essaims de 
vierges folles, biches dorées, co- 
cottes, crevettes. » (Mic*hu.) — 
« Les nuits de cancan carabinées 
des grandes crevettes et des pe- 
tits crevés. » (Blondelet, 1867.) 

CRIBLAGE : Cri. — « On peut 
les pésiguer et les tourtouser en 
leur honnissant qu'ils seront es- 
carpés s'il y a du criblage. » (Vi- 
docq.) 

CRIBLEMENT : Cri. (Colom- 
bey.) 

CRIBLER : Crier. — C'est 
crier avec changement de finale. 

CRIC : Eau-de-vie. V. Crique. 

CRIC-CROC : A ta santé. 
(Grandval.) — Harmonie imita- 
tive. 

CRI-CRI : Grillon. — Harmo- 
nie imitative de son cri. — « Un 
cri-cri que l'habitude de me voir 
avait apprivoisé. » (G. Sand.) — 
« Je sens quet'chose qui trifouille 
dans mon estomac. Je crois que 
c'est un cri-cri. » (H. Monnier.) 

CRIE, CRIGNE : Viande (Ra- 
basse.) V. Criolle. 

CRIMÉENNE : « Large et 
longue capote à collet et à capu- 
chon envoyée de France pour le 
soldat en Crimée. » (Cler, i856.) 

CRIN (être comme un) : Être 



d'abord difficile. Le crin est raide 
et piquant. 

CRINS : Cheveux. ■— Anima- 
lisme. 

CRINS (à tous) : Très-chevelu, 
et au figuré : extrême dans ses 
opinions. — Allusion à la che- 
velure dont on ne veut rien re- 
trancher, qu'on laisse pousser à 
tous crins. — a Les démocrates 
à tous crins, qui sont dans cette 
voie anti-catholique. » {Moniteur ^ 
septembre, 1872.^ 

CRIOLLE, CRIE : Viande. V. 
Artie. 

CRIOLLIER, CRINOLIER : 
Boucher. — « Nous allons bar- 
botter demain la cambriolle d'un 
garçon crinolier. » (Canler.) 

CRIQUE, CRIK : Eau-de-vie. 
(Vidocq.) — « Un verre de criq' 
ne fait pas de mal. » (J. Choux.) 

— « Si on a donné une gratifica- 
tion de crik (eau-de-vie), il y a 
un changement complet. » {Vie 
parisienne, i865.) 

CRISTALLISATION : Con- 
densation intellectuelle. — On 
sait que la cristallisation unit et 
solidifie les parties d'une sub- 
stance dissoute dans un liquide. 

— «Un homme d'esprit, Sten- 
dhal, a eu la bizarre idée de 
nommer cristallisation le travail 
que la pensée de la marquise fit 
avant, pendant et après cette soi- 
rée. » (Balzac.) 

CRISTALLISER : Paresser au 
soleil. — Terme de chimie : La 
cristallisation est un effet de la 
chaleur. — « Permis à tous de se 
promener dans les cours, de fu- 
mer leur pipe, de cristalliser au 
soleil. » (La Bédollière.) 



CRO 



12» — 



CRO 



CRISTI : Juron. — Abrévia- 
tion de sacristi. V. ce mot. — 
c Cristi! que mon panaris m'é- 
lance. » (Marquet.) 

CROC : Escroc. — Abrévia- 
tion. 

CROCHER : Sonner. (Hal- 
bert.) — Pour crosser, V. ce mot. 

CROCHER (se) : Se battre. — 
Abréviation de s'accrocher. — 
« Je grille de vous voir crocher 
avec le Maître-d'École, lui qui 
m'a toujours rincé.» (E. Sue.) 

CROCS : Dents. (Grandval.) 

CROIRE QUE C'EST AR- 
RIVÉ : Se prendre trop au sé- 
rieux. « Elle se disait regardant 
les vagues en courroux : Ce bon 
Neptune, il croit que c'est ar- 
rivé. » (Aubryet, 1870.) — ^ « Au 
premier rang sont les gens qui 
croient que c'est arrivé. » (P. Ma- 
halin, 1867.) 

CROISANT, CROISSANT.— 
Gilet. (Vidocq.) — Il croise sur 
la poitrine. 

CROIX : Six francs. —Vieux 
mot qui faisait allusion à la 
croix empreinte sur certaines 
monnaies d'argent. — « Le car- 
reau du Temple avait son argot ; 
il parlait par pistoles, croix, 
point, demi-point et rond. La 
pistole valait dix francs; la croix, 
six francs; la demi-croix, trois 
francs; le point, un franc; le 
demi-point, cinquante centimes, 
et le rond, un sou. » (E. Sue.) 

CROLLE : Écuelle. (Fr. Mi- 
chel.) 

CRO ME : Crédit. (Halbert.) 

CROMPER : Sauver. (Idem.) 
Pour cramper. 



CROMPIR : Pomme de terre. 
(Fr. Michel.) — Germanisme. De 
Grundbirne : poire de terre. 

CROMPER SA TANTE : Sau- 
ver un prisonnier. (Rabasse.) 

CRONÉE : Écuelle. (Idem.) 

CROQ.UE-MORT : Porteur 
employé par les pompes funè- 
bres. — « Le croque-mc^rt est 
d'un naturel grivois; il aime le 
vin, le jeu, les belles. » ^Privât 
d'Anglemont.) 

CROQUER : Esquisser, des- 
siner. — «C'est un charbonnier 
de la grève que ce peintre a 
voulu croquer. » {Santolianay 
1 764.) — « Si je croquais ce chêne 
avant de déjeuner! » (Marcellin ) 

CROSSE, GROSSEUR : Rece- 
leur, ministère public. (Vidocq.) 
— Son réquisitoire frappe ou 
crosse les accusés. — On sait que 
crosser est pris ordinairement 
dans ce sens. 

CROSSER : Receler. 

CROSSER : Sonner. Mot à 
mot : frapper, crosser Taira in. — 
« Quand douze plombes cros- 
sent, les pègres s'en retournent 
au tapis de Montron. » (Vidocq.) 

CROSSIN, CROSSE : Rece- 
leur. (Fr. Michel.) 

CROTTE D'ERMITE : Poire 
cuite. (Grandval.) Allusion de 
forme et de couleur. 

CROUPIONNER ; Remuer du 
croupion, faire bouffer la jupe. 
CROUTE : Homme arriéré. 

CROUTE DE PAIN Dh:R- 
RIÈRE UNE MALLE (s'embiter 
comme une) : Mot à mot : des^ 
séchc' d'ennui. 



CUI 



CROUTEUM : Collection de 
croûtes ou de mauvais tableaux 
« Bientôt la boutique, un mo- 
ment changée en croûtéum, passe 
au muséum. » (Balzac.) 

CROUTON : Mauvais peintre. 
Mot à mot : faiseur de croûtes. 

CROUTON : Vieil encroûté. 
^ « Vous m'appelez vieux croû- 
ton, quand je vous nomme ma 
mie. » (Cabassol.) — « Les maî- 
tresd'armes derégiments étaient, 
en ces temps reculés, de vieux 
croûtons. » (Villemessant.) 

CROUTONNER : Peindre des 
croûtes. 

CROYEZ ÇA ET BUVEZ DE 
L'EAU : Terme en usage pour 
se moquer des gens crédules. — 
Par allusion aux malades qui 
cherchent aux eaux la santé, et 
aux éloges exagérés de la vertu 
de chaque eau minérale. — 
«Croyez ça, puis buvez de l'eau.» 
{Rien:{i, 26.) 

CRUCIFIER : Décorer de la 
Légion d'honneur. Jeu de mots. 
Crucifier c'est mettre l'homme à 
la croix. — « On t'a crucifié ! Et 
qu'as-tu donc fait pour cela. — 
Mais, mon bon, j'ai fait... les dé- 
marches nécessaires, répond le 
nouveau chevalier. » {Ga:{ette 
anecdotique.) 

CRUCIFIX A RESSORT, CRU- 
CIFIX : Pistolet. - Comme le 
crucifix, il se montre à l'heure 
suprême. — « Godet, le limona- 
dier, a abandonné ses bavaroises 
pour jouer du crucifix à ressorts 
dans le bois de Vincennes. » (Ca- 
lendrier du père Duchêne, 1 79 1 .) 

CUIR : Peau. - « C'était aux 
nègres qu'il en voulait, à cause 



- 129 - CUI 

du coloris de leur cuir. » (L.DeS* 
noyers.) V. Cuirasser. 

CUIR (tanner le) : Battre. 

CUIR DE BROUETTE : Bois. 
— Ironie. — Des sabots sont des 
escarpins en cuir de brouette. 

CUIRASSER : Parler en fai- 
sant des fautes de liaisons appe- 
lées cuirs. V. Velours. — « Fra- 
ter au régiment, il en a conservé 
l'habitude du discours et cui- 
rasse proprement. » (Bataille, 
43.) 

CUIRASSIER : Homme fré- 
quemment coupable des fautes 
de liaison appelées cuirs. 

CUISINE (la) : La préfecture 
de police. — C'est le rendez-vous 
des cuisiniers. 

CUISINE DE JOURNAL: Tout 
ce qui regarde les petits détails 
et l'ordonnance matérielle d'un 
journal. — « C'est lui qui fait la 
cuisine du journal. » (L. de Neu- 
ville.) . 

CUISINER : Travailler d'une 
façon quelconque, au figuré. — 
« C'est ainsi que M. Jules Breton 
s'est ingénié à cuisiner le genre 



rustique, sans rusticité. » (Th. 
Silvestre ) 

CUISINIER : Espion, agent de 
police secrète. (Vidocq.) — « Lui 
qui avait servi plusieurs fois de 
cuisinier à la police, » (Canler.) 

— « Mauvais signe ! un sanglier! 
comment s'en trouve-t-il un ici t 

— C'est un de leurs trucs, un 
cuisinier d'un nouveau genre. » 
(Balzac.) V. Coqueur, 

CUISINIER : Avocat. (Hal- 
bcrt.) 

CUISINIER : Secrétaire de ré- 



CUL 



- i3o - 



CUL 



daction. Mot à mot : rédacteur 
chargé de la cuisine du journal. 

CUISSE (ça me fait une belle) : 
C'est un avantage illusoire pour 
moi. — Équivalent de : ça me 
rend la jambe bien faite. V. 
Jambe, 

CUIT : Perdu, condamné. — 
« Cuits, cuits! les carlistes, ils 
seront toujours cuits. » (Métay, 
i83i.) 

CUIT : Condamné. (MoreauC.) 

CUITE : Correction. — 11 en 
cuit à celui qui la reçoit. 

CUIVRE : Monnaie de billon. 
— « T'as vu que ton cuivre dé- 
ménageait. » (Ricard.) 

CUL : Homme bête et gros- 
sier. 

CULBUTE : Culotte. (Grand- 
val.) Changement de finale. V. 
Affure. 

CULOTTAGE : Action de cu- 
lotter une pipe. — « Il va paraî- 
tre... un traité théorique et pra- 
tique du culottage des pipes. » 
(Lespès, 1866.) 

CULOTTE : Partie de domi- 
nos qui procure au gagnant un 
grand nombre de points. — « Le 
joueur de dominos préfère le 
double-six culotte avec six blancs 
dans son jeu. » (Luchet.) 

CULOTTE : Perte qui englobe 
toutes les autres. — « Un étu- 
diant poursuivi par le guignon 
s'est vu mettre sur son compte 
toutes les demi-tasses consom- 
mées dans la soirée par tous les 
habitués du café. Cela s'appelle 
empoigner une culotte. » (L. 
Huart.) — « Vous vous asseyez à 
la table de baccarat, et vous vous 



flanquez une culotte de 5oo louis.» 
{Vie parisienne f 1866.) 

CULOTTE (se donner une) : 
Faire excès de boire ou de man- 
ger. — Donné déjà par le Dic- 
tionnaire de Leroux, 1718. — 
Synonyme d'un terme fréquem- 
ment employé : S'en donner plein 
la ceinture. — « Un ivrogne fe- 
rait bien mieux de s'acheter un 
pantalon que de se donner une 
culotte. » (Commerson. ) 

CULOTTE se prend au figuré 
pour un excès de parcles. — 
« Nous nous sommes donné une 
fameuse culotte monarcb ique et 
religieuse. » (Balzac.) 

CULOTTE DE PEAU : Vieux 
soldat. ~ « N'appelle-t-on pas un 
vieux soldat culotte de peau ? » 
{Gangam, 1861.) — « Habit bou- 
tonné militairement. Culotte de 
peau, au physique et au moral. » 
{Almanach du Hanneton, 1867.) 

CULOTTÉ : Aguerri, teinté. 
— « Oh! ma chère, je suis cu- 
lottée, vois-tu. » (Gavarr.i.) — 
Allusion au culottage de hi pipe. 
On dit un ne^ culotté pc ur un 
nez rougi par l'ivrognerie, des 
yeux culottés pour des yeux cer- 
nés de bistre. 

CULOTTER : « Culotter une 
pipe, c'est imprimer, grâce à 
l'action du tabac brûlé dans son 
foyer, une couleur foncée à sa 
terre blanche. » (Lespès.) — 
C'est le culot du fourneau de la 
pipe qui brunit le plus. De là le 
mot. 

CULOTTER (se) : Se former, 
prendre une tournure décidée.— 
Même allusion. — « Voici un 
pied d'Andalouse, se dit-il., ceci 



t)AB 

est d^une bonne couleur, et ma 
passion se culotte tout à fait. » 
(T. Gautier, i838). 

CULOTTER (se) : Faire excès 
de boire ou de manger. — « Nous 
pouvons donc enfin nous culot- 
ter avec du vin du tyran. » 
(Chenu.) 

CULOTTEUR : Homme qui 
culotte des pipes par goût ou 
par métier. — « Tout culotteur 
un peu versé dans la partie mé- 
tamorphose le petit fourneau où 
brûle son tabac en alambic pour 
cette proû'jction équivoque, la 
nicotine. » {^.. Luchet.) 

CUMULARÛ : « Fonctionnaire 
qui cumule les émoluments de 
plusieurs places. » (Lubize.) — 
• Le cumulard se recommande 
par son industrie. Employé de 
ministère, il est musicien le soir, 
et le matin il est teneur de li- 
vres. » (Balzac). — Malgré l'au- 
torité de cet exemple, je dois dire 
qu'on appelle surtout cumulards 



i3i - 



DAB 



ceux qui ont plusieurs sinécures 
grassement rétribuées par l'État. 
On a fait jadis un Almanach des 
cumulards. 

CUPIDON : Chiffonnier (Vi- 
docq.) — Comparaison ironique 
du carquois et du trait de l'A- 
mour à la hotte et au crochet. 

CURIEUX : Président, juge 
d'instruction. — 11 est curieux 
par métier. — « Le curieux a 
servi ma bille (mon argent.) » 
(Vidocq.) 

Grand curieux : Président. 
(Halbert.) 

CYLINDRE (tu t'en ferais écla- 
ter le) : Tu en mourrais. — For- 
mule ironique de refus. 

Une biche dit : « Mon p'tit homme, 
Je mangerais bien des fraises, des p'tits 

pois, 
Paye-m'en 1... » La scène était à pein- 
dre. 
Le cocodès dît en baissant le voix : 
« Tu t'en ferais éclater le cylindre. » 
(A. Duchenne.) 



r> 



MB, DABE : Dieu : « Mer- 
cure seul tu adoreras comme 
dabe de l'entroUement. » (Vi- 
docq.) 

DABE : Père. (Grandval.) 

DABE : Maître. (Idem.) — 
C'est notre dabe, notre maître.» 
(Balzac.) 

Dabe (grand), Dabe : Roi : 
« Mais grand dabe qui se fâche 



dit : Par mon caloquet. » (Vi- 
docq.) V. Dasbuche. 

Dabe d'argent : Spéculum. Cet 
instrument de chirurgie est pris 
ici dans le sens de maître. Ar- 
gent fait allusion à sa matière. 
— Cramper avec le dabe d'ar- 
gent; passer à la visite. (Argot 
des filles.) 

Dabe de la cicogne : Mot à 
mot : maître de la justice. Pro- 



DAL 



ID2 — 



DAN 



cureur général. — «On vient me 
chercher de la part du dab de la 
cigogne. » Balzac) 

DABESSE : Reine, mère. (Ra- 
basse.) 

DABIN : Tambour. (Halbert.) 
Pour tapin.] 

DABOT : Préfet de police. — 
Augmentatif de Dabe. 

DABOT : Souffre-douleur, pa- 
tito. — Ne se disait autrefois que 
de ceux qui perdaient au jeu 
pour tout le monde. — Du latin 
dabo : je donnerai (de l'argent.) 

DABUGAL : Royal. (Halbert.) 

DABUCHE ; Grand père. (Ra- 
basse.) Maîtresse, mère. (Grand- 
val.) 

DABUCHETTE : Jeune mère, 
belle-mère. (Vidocq.) 

DAIM : Niais, dupe, ignorant. 
(Rabasse.) « L'une des grandes 
finesses du garçon de restaurant 
quand il sert un homme et une 
femme dans un cabinet, est de 
pousser à la consommation... 
persuadés que le daim n'osera 
refuser aucune dépense. » (La 
Fizelière). V. Cocodès. 

Daim kuppé : Bourgeois riche. 
(Halbert.) — ce II y a de l'argent 
à gagner; c'est des daims hup- 
pés. » (E. Sue.) V. Coup. 

DALE : Argent. Pièce de 
5 francs. Abréviation de rixdale; 
ancienne monnaie allemande. — 
€ Faut pas aller chez Paul isi- 
quet. Ça vous consomme tout 
vot' pauv' dale. » (P. Durand, 
36.) 

DALLE DU COU, DALE : 

Bouche. — Allusion à lu pierre 



d'évier (appelée dalle) des cui- 
sines parisiennes; elle est percée 
d'un trou servant comme le go- 
sier, à l'écoulement des liquides. 

— « La seule chose qui me cha- 
touille la dalle, c'est la légume.» 
(Ladimir, 42.) — « Avec ces mes- 
sieurs je bois. Oui, nous nous 
rinçons la dalle. » {Léonard, pa- 
rodie, s. d.) V. Rincer. 

DAME BLANCHE : Bouteille 
de vin blanc. — Jeu de mot sur 
la couleur et l'opéra. — « Une 
dame blanche! dit Gugusse au 
patron... Et du meilleur! » (Ca- 
vaillé.) 

DANDILLER : Sonner. (Idem.) 

DANDILLON : Cloche. (Idem.) 

— Allusion aux dandinements de 
sa sonnerie. 

DANDINES (recevoir des) : Re- 
cevoir des coups, (Rabasse.) 

DANDY, DANDYSMi; : « Cette 
fatuité commune à tous les peu- 
ples chez lesquels la femme est 
quelque chose, n'est point cette 
autre espèce qui, sous le nom 
de dandysme, cherche depuis 
quelque temps à s'acciimater à 
Paris. L'une est la for ne délia 
vanité humaine, universelle; 
l'autre d'une vanité pai ticulière 
et , très- particulière de la vanité 
anglaise... Voilà pourquoi le mot 
dandysme n'est pas français. Il 
restera étranger comme la chose 
qu'il exprime... Bolingbrokeseul 
est avancé, complet, un vrai 
dandy des derniers temj^s. Il en 
a la hardiesse dans la conduite, 
l'impertinence somptueuse, la 
préoccupation de l'effet extérieur 
et la vanité incessamment pré- 
sente. » (Barbey d'Aurav Jly, Go.) 



DAN 



- i33 - 



DAR 



MNSE : Grêle de coups. — 
Allusion ironique aux piétine- 
ments forcés du battu. « Je veux 
l'inviter à une chouette danse. — 
Du tabac ? — Tout de même. » 
(Monselet.) 

DANSE : Lutte. A l'approche 
d'un combat on dit : la danse va 
commencer. Expression ancien- 
ne : « Qu'il commence la danse 
contre la France s'il se veut rui- 
ner. » (Le Trompette françois, 
1609.) — « Je prends le sabre... 
C'est dit, et à quand la danse ? » 
(About.) 

DANSER, DANSER DE : 

Payer, faire danser ses écus. — 
« C'étaient d'assez bons pantres. 
Enfin ils savaient danser. » (De 
Lynol.) — a Et je me mets à 
faire danser mes 3oo francs. C'a 
été mon grand tort. » (Idem). — 
« Je dansais pour c'te reine d'un 
joli châle tartan. » (A. Cahen.) 
V. Lansq. 

Danser (faire) : Battre. — a Tu 
vas me payer l'eau d'atf, ou je te 
fais danser sans violons. » (E. 
Sue.) 

Danser (la) : Être battu. — 
« Ah! je te tiens et tu vas la dan- 
ser. » (Idem.) 

Danser {la) : Mourir. — «Ruf- 
fard la dansera. C'est un raille à 
démolir. » (Balzac.) 

Danser (la) : Être maltraité en 
paroles. — « Quiconque pous- 
sait les enchères était empoigné, 
témoin une jeune fringante qui 
la dansa tout du long. » (Vadé, 
1788.) 

Danser devant le buffet : N'a- 
voir rien à manger. — a Nous 
faudra danser sans musique de- 



vant le bufîet, aux heures des 
repas. » {Chansons, Ciermont, 
35.) — Se prend au figuré : « Je 
me suis lassé de danser devant 
le buffet de la gloire. » (Gabo- 
riau.) 

DANSER TOUT SEUL : In- 
fecter de .la bouche. (Grandval.) 
— On abrège maintenant en di- 
sant danser. 

DANTESQUE : Taillé comme 
l'œuvre ou comme les héros du 
Dante. — a Diable! douze vers 
dantesques et une ébauche de 
passion perdus, on regarde à 
cela. » (Th. Gautier.) — « O for- 
tune! pouvais-tu jouer un tour 
plus cruel à un jeune homme 
dantesque et passionné. — (Id.) 
V. Pifferari. 

DAR-DAR, DARE-DARK : 
Tout courant. — Impératif du 
vieux verbe Darer, aller vive^ 
ment. — « Qu'il vienne tout de 
suite!... Oui, dar-dar... » (La- 
biche.)— «Puis le ramena dare- 
dare en la ville. » (Balzac, Contes 
drolatiques.) — « Il part dar-dar 
en se rongeant les ongles de co- 
lère. » (E. Sue.) 

DARDANT : L'amour. (Ra- 
basse.) C'est l'archerot des an- 
ciens poètes, c'est Cupidon dar- 
dant son trait. 

Ici-caille est le théâtre 

Du petit Dardant; 
Fonçons à ce mien folâtre 

Notre palpitant. 

(Grandval, 1723.) 

DARIOLÉ : Coup. — Du vieux 
mot darer : lancer vivement. 

V'ià que je vous y allonge une dariole 
Qui r'pare avec son nazaret j 



DÉB 



— I 



Le raisinet coulait 
D' son nez comm' une rigole. 

(Casse-Gueule, 1841%) 

DARIOLEUR : Pâtissier fai- 
sant la pâtisserie commune ou 
dariole. — a II y a même des da- 
rioleurs en chambre. »(Vinçard.) 

DARK HORSE : Mot à mot 
cheval sombre ; celui qui n'a pas 
encore couru et f dont le mérite 
est inconnu. » (Angl. Parent.) 

DARON, DARONNE : Patron, 
patronne. Se trouve déjà avec le 
sens de vieux rusé dans le dic- 
tionnaire du vieux langage fran- 
çois de Lacombe. — « Il était 
maître de tout, jusqu'à manier 
l'argent de la daronne. » (De 
Caylus.) 

Darorif Daronne : Père, mère. 
(Idem.) 

Daron de la taille, de la 
rousse : Préfet de police. 

Daronne du mec des mec : 
Mère de Dieu. V. Rebâtir. 

Daronne : Prune. (Halbert.) 

DASBUGHE ; Roi.(Grandval.) 

DAUFFE, DAUPHIN : Pince à 
effraction. V. Monseigneur. 

DAUPHIN : Souteneur. (Hal- 
bert.) V. Mac. 

DAUSSIÈRE : Fille publique. 
(Idem). — Pour dossière. 

DEAD HEAT : « Littéralement 
épreuve morte, course nulle parce 
que les deux concurrents sont ar- 
rivés sur la même ligne. » (Pa- 
rent.) 

DÉBACLER : Ouvrir. (Vi- 
docq.) — Corruption de Débou- 
cler, 



34 - DÉB 

DÉBACLER LA ROULANTE: 

Ouvrir une voiture. (Grundval.) 

DÉBALLAGE (au) : Au dés- 
habillé. — « Il est accablé de 
rhumatismes, ce qui le tait res- 
sembler, au déballage, à ces sta- 
tuettes que vous avez sans doute 
remarquées dans la vitrine des 
bandagistes. » (Monselet.) 

DÉBALLAGE (au) : Au sortir 
du lit. (Rabasse.) 

DÉBALLAGE (être vclé au) : 
Reconnaître dans les charmes 
d'une femme aimée autant d'em- 
prunts décevants aux re-^sources 
de la toilette. — a Cependant, au 
déballage, j'ai été si souvent 
volé. » (L. de Neuville.) V. Ré- 
jouissance. 

DÉBALLER : Dénuder, exhi- 
ber. « On ne les confondra jamais 
avec la marchande ]de plaisirs 
qui vient déballer en scène ses 
mollets et ses épaules. )' (Ville- 
mot.) 

DÉBANQUER : Faire sauter 
la banque. — « Ils pourront à 
leur aise, avec l'argent dcis niais, 
faire quelque bonne rafle et dé- 
banquer , si c'est possible, la 
grande et la petite boursicoterie.» 
[Boursicotiérisme.) 

DÉBARDEUR : Personnage 
de carnaval dont le costume rap- 
pelait les débardeurs de bois des 
quais de Paris. Il y avait des dé- 
bardeurs mâles et femelles. — 
« Un don Juan lit au bal Musard 
la conquête d'un débardeur des 
plus coquets. » (E. Lemoine.) 

Qu'est-ce qu'un débardeur !... Un jeune 
front qu'incline 

Se us un chapeau coquet l'allure mas- 
culine, 



DEB 



i35 - 



DEC 



Un corset dans un pantalon, 
Un masque de velours aux prunelles 

ardentes, 
Sous des plis transparents des formes 
irritantes, 
Un ange doublé d'un démon, 

(Barthet, 1846.) 

DÉBINAGE : Médisance. — 
f Compliments désagréables, in- 
discrétions et débinages. » (Gom- 
merson.) 

DÉBNE: Déchéance, misère, 
pauvreté. (Dhautel, 08.) — « La 
débine est générale, je suis en- 
foncé sur toute la ligne. » (Mon- 
tépin.) V. Tic. 

DÉBINER : Décrier. — « On 
le débine, on le nie, on veut le 
tuer. » (A. Scholl.) — « La robe 
était de taffetas recuit... — Très- 
bien , débine la marchandise à 
présent. » {Almanach du Hanne- 
ton, 67.) 

Débiner le truc : Faire con- 
naître le vol. (Rabasse.) 

Débiner le truc : Révéler le se- 
cret. 

DÉBINER (se) : Disparaître. 
— « Quant à moi, je maquille 
une aff après laquelle j'espère 
me débiner pour m'éloigner 
de la rousse. » {Patrie^ 2 mars 

52.) 

DÉBINER (se) : S'affaiblir. — 
« Je me débine des fumerons. » 
{Corsaire, 67.) 

DÉBINEUR : Médisant, dé- 
crieur. — a De débineurs des 
tombolas des autres, nous som- 
mes devenus partisans effrénés 
des loteries. » {Tarn Tarn, 75.) 

DÉBLOQUER : Lever une 
consigne. V. Bloquer. 



DÉBONDER : Aller à la gardo- 
robe. Le mot fait image. 

DÉBOUGLER : Faire sortir de 
prison. (Vidocq.) V. Boucler. 

DÉBOURRER : Déniaiser. 
Mot à mot : dégrossir. 

DÉBOUSGAILLER : Décrot- 
ter. 

DÉBRIDER : Ouvrir. (Grand- 
val.) La chirurgie emploie ce 
mot dans un sens analogue. V. 
Temps, 

DÉBRIDOIR : Clef. (Vidocq.) 

DÉBROUILLARD : Homme 
qui sait se débrouiller. « Vous 
allez voir qu'il faut ouvrir l'œil, 
comme disent les débrouillards. » 
(W. de Fonvielle, 75.) 

DÉBROUILLER (se) : Vaincre 
les obstacles. Dans l'armée et 
dans la marine, un homme qui se 
débrouille est un homme aguerri, 
qui sait son métier. — « Ce de- 
brouille^-vous est sacramentel 
dans la marine. On donne n'im- 
porte quelle mission à un offi- 
cier, on lui indique à grands 
traits ce qu'il doit faire, puis on 
ajoute : Au surplus, monsieur, 
faites comme vous l'entendrez, 
débrouillez-vous. » (De Leusse.) 

DÉCANILLER : Décamper. 
Mot à mot : sortir du chenil 
{canil). — a Ils ont tous décanillé 
dès le patron-jacquette. » (Bal- 
zac.) 

DÉCARADE (la) : Fuite géné- 
rale. (Rabasse.) 

DÉCARADE , DÉCARRE- 
MENT : Départ (Vidocq.) — 
Jorne du décarrement : Jour de 
la mort. V. Bâchasse, 



DEC 



- i36 - 



DEC 



DÉCARCASSER (se) : Agir 
activement, remuer sa carcasse. 
— « Mais sapristi, mes enfants, 
il faut vous décarcasser un peu 
plus que ça. Vous avez tous l'air 
empaillé. » (Vie parisienne, 66.) 

DÉCARER : Fuir. (Grandval.) 
Mot à mot : partir avec la vitesse 
d'un char. — a Faut décarer. Ces 
gens-là veulent m'assommer. » 
{Dialogue entre Charles X et le 
duc de Bordeaux, 1 8 3 2 . ) 

DÉCARRER : Abandonner l'af- 
faire. (Rabasse.) 

Décarrer de la geôle : Être mis 
en liberté par ordonnance de 
non-lieu. (Colombey.) 

DÉCATI : Décrépi. — C'est un 
synonyme assez exact de dé- 
gommé. Allusion au décatissage 
qui enlève le brillant d'une étoffe. 
« Quand on pense que c'est là le 
petit Alfred qui faisait si bien le 
cavalier seul! quel décati ! » (Ber- 
tall.) 

DÉCATIR (se) : S'user, s'en- 
laidir. — c( Elle sentait la panne 
venir, elle se décatissait. » (Les 
Étudiants, 60.) 

DÉCAVAGE : État du joueur 
décavé. « Un décavage affreux, 
signe de la déveine. » (Alyge, 
1854.) 

DÉCAVÉ : Homme ruiné, 
n'ayant plus de quoi caver à la 
roulette. — « A Bade, les déca- 
vés vivent sur l'espérance. » (Vil- 
lemot.) — Se dit aussi des joueurs 
de la Bourse malheureux : « La 
Bourse reste attentive. Un peu 
plus, les décavés à la dernière 
liquidation diraient : J'attends 
l'emprunt. » (Éclair, 72.) 

DÈCHE ; État de gêne. Abré- 



viation de déchéance. — « Elles 
se présentent chez les courtisa- 
nes dans la dèche. » (Paillet.) 

DÈCHER DU CARME : Don- 
ner de l'argent. (Rabasse.) — 
Mot à mot : Manquer d argent. 
On manque de celui qu'on a 
donné. 

DÉCHET : Même sens que dè- 
che. 

Sans argent dans 1' gousset. 
C'est un fameux déchet. 

(Chanson^ Avig . , 1 3.) 

DÉCHIRER LA TOILE . Faire 
feu. Comparaison du bru t de la 
fusillade à celui d'une toile qu'on 
déchire. — « Tout à Ihe ire les 
feux de deux rangs déchireront 
la toile, et nous verrons si vos 
clarinettes ont de la voix. » (Ri- 
card.) 

DÉCLASSÉ : Bohème, homme 
n'appartenant à aucune classe 
sociale. Vallès a fait un livre sur 
les Déclassés. — « Ses bergères 
sont des couturières de banlieue, 
ou des déclassées de bouri^ade. » 
(Th. Silvestre.) 

DÉCLOUER : Dégager du 
Mont-de-Piété. 

DÉCOLLETÉ (être) : Se con- 
duire ou parler d'une façon plus 
que légère. Acception figurée du 
décolletage dans la toilette. 

DÉCOUVERT (achat,veateà) : 
Achat ou vente opérée dans les 
conditions ci-dessous. 

DÉCOUVERT (être à) : Spé- 
culer à la Bourse sur des valeurs 
qu'on n'a pas le moyen d'acheter 
ni de vendre. — « Quait au 
joueur à découvert, il est infail- 
liblement perdu ; il a contre lui 



DED 



~ i37- 



DÉF 



la mauvaise exécution des or- 
dres, les reports onéreux, le cour- 
tage, la nécessité de réaliser un 
bénéfice faible et la difficulté d'é- 
chapper à des reprises violentes 
ou à des baisses énormes. » (De 
Mericlet, 56.) 

DÉCROCHER : sonner. (Ra- 
basse.) 

DÉCROCHE-MOI CELA : Fri- 
pier, habillement d'occasion. Al- 
lusion aux crochets qui servent 
à la montre des revendeurs. — 
« M. Auguste s'habille au décro- 
che-moi cela; ce qui veut dire en 
français : chez le fripier. » (Pri- 
vât d'Anglemont.) 

DECROCHER .-Voler à la tire. 

DÉCROCHER : Faire tomber 
d'un coup de fusil. 

DÉCROCHER : Retirer du 
Mont-de-Piété. V. Clou. — « Les 
révolutions m'ont réduite à met- 
tre au clou les diamants de ma 
famille... Faudra que tu me dé- 
croches ça, mon chéri. » (Lefils.) 

DÉCROCHEZ-MOI ÇA : « Un 
décroche:^ -moi ça est un chapeau 
de femme d'occasion... J'ai vu 
au carré du Palais-Royal (du 
Temple) des décroche-moi ça 
qu'on eût pu facilement accro- 
cher au passage du Saumon. » 
(Mornand.) 

DEDANS (mettre) : Mettre en 
prison. (Dhautel.) V. Trou^ Son- 
der. 

DEDANS (mettre) : Tromper, 
mettre dans l'erreur. — « Nous 
avons été mis tous dedans... 
Nous ignorons tous ici qui suc- 
cède au général en chef. » (Pous- 
sielgue, Lettre au général Vial, 
12 fructidor an VII.) 



DEDANS (mettre) : Griser. — 
« Quand on trinque avec une 
fille aimable, il est permis de se 
mettre dedans. » (Désaugiers.) 

DEDANS (voir en) : Être en état 
d'ivresse. S'applique aux ivro- 
gnes illuminés qui se tiennent à 
eux-mêmes de longues conversa- 
tions. V. Cocarde. 

DÉDURAILLER : Déferrer. 
(Colombey.) 

DÉFALQUER ; Faire ses be- 
soins. (Grandval.) Mot à mot éli- 
miner. Nous avons gardé ce der- 
nier sens au figuré, 

DÉFARDEUR : Voleur. (Idem.) 
— Il vous soulage du fardeau de 
votre propriété. 

DÉFARGUEUR : Témoin à 
décharge. 

DÉFIGER : Réchauffer. (Co- 
lombey.) — Le froid fige. 

DÉFILER LA PARADE : Mou- 
rir. — Mot militaire. On défile 
quand la revue est terminée. II 
s'agit ici de la revue de la vie. 
« Alors tout l'monde défile à c'te 
parade d'où l'on ne revient pas 
sur ses pieds. » (Balzac.) 

DÉFILER (se) : Se sauver. 

DÉFLEURIR, DÉFLOUER LA 
PICOUSE : Voler du linge qui 
sèche sur une haie ou sur des 
perches dans les prés. (Grand- 
val.) — Allusion à la couleur 
tranchante des objets étendus et 
aux épines de la haie. 

DÉFORMER : Casser, enfon- 
cer. (Rabasse.) — Effet pris pour 
la cause. 

DÉFOURAILLER : Courir. 
(Halbert.) 

8. 



DÉG — i38 — 

DÉFOURAILLER : Tomber. 
(Grandval.) ; 

DÉFOURAILLER : Sortir de 
prison. (Vidocq.) — Du vieux 
mot defors : dehors. V. Babil- 
lard. 

DÉFRIMOUSSER : Dévisager. 
V. Frime. 

DÉFRISER : De'sappointer. — 
« C'qui les défrise, c'est un re- 
venant qui vient en chemise cou- 
verte de sang. » {Le Solitaire, 
pot-pourri, 21.) 

DÉFRUSQUER, DÉFRUS- 
QUINER : Déshabiller. (Vidocq, 
Grandval.) Mot à mot : ôter les 
frusques. 

Elle le poursuivait alors 
Pour lui ôter son justaucorps 
Afin de le défrusquiner. 

{Virgile travesti.) 

DÉGEL : Mortalité. — « On 
connaît les effets dissolvants du 
dégel — « Il y aura un rude dé- 
gel. » (Watripon ) 

DÉGELÉE : Volée de coups. 

— Même allusion que pour cuite. 

— « Nous nous sommes battus 
jusqu'à la nuit, qui est venue 
mettre fin à la dégelée que nous 
avons donnée aux Autrichiens. » 
(Général Christophe, Lettres, 
09-) 

DÉGOMMAGE : Ruine, desti- 
tution, usure. 

DÉGOMMER : Surpasser. — 
« Nous pourrions très-bien jouer 
la revue de Bobino et dégommer 
les Esbrouftailles avec leurs po- 
ses plastiques » (Villars.) 

DÉGOMMER : Destituer. — 
« Réélu!... Dégommé! » (Ga- 
varni.) 



DEL 



DEGOMMER (se) : Se faner, 
enlaidir. — Mot à mot : perdre 
son brillant. — a Je me rouille, 
je me dégomme. » (Labiche.) 

DÉGOMMER (se) : S'entre- 
tuer. 

Napoléon, c' vieux grognard, 
D' ces jeux où l'on se déeomme 
En queuqu's mots résumait l'art. 

(Festeau.) 

DÉGOTER : Trouver, décou- 
vrir. (Rabasse.) 

DÉGOULINER : Couler dou- 
cement. — Onomatopée. M. Fr. 
Michel a cité un exemple de ce 
mot au xviii"» siècle. — ce V'ià au 
moins la vingtième (larme) qui 
dégouline sur ma joue. » (Ri- 
card.) 

DÉGOURDI : Maladroit, en- 
gourdi. — Ironie. 

DÉGOÛTÉ (pas) : Ambitieux. 
— « Se dit en plaisantant d'un 
homme qui, sans avoir l'air de 
choisir, prend le meilleur mor- 
ceau. » (Dhautel.) -• ( Belle 
dame, vous êtes joliment jolie ce 
soir. Je souperais fièrement avec 
vous. — Tu n'es fichtre pas dé- 
goûté. » (Gavarni.) 

DÉGOÛTÉ (n'être pas) : Ad- 
mettre des choses inadmissibles, 
n'être pas dégoûté quand on de- 
vrait l'être. V. Cassine. 

DÉGRIMONER (se) : S'agiter, 
se débattre. 

DÉGUIS : Déguisement. (Vi- 
docq.) — Abréviation. 

DÉGUISER EN CERI' (se) : 
Courir comme un cerf, ti ès-vite. 

DELENDA CARTHAG* ) : Idée 
fixe de destruction. — Rappel de 



DÉM 



i39 



DEM 



la guerre sans merci contre Gar- 
thage qui était devenue la règle 
politique de Rome. « M. Ri- 
chard qui a fait de la démission 
des ministres son delenda Car- 
thago revient à la charge. » 
{Éclair, juillet, 72.) 

DÉ LIGOQUENTIEU SE- 
MENT: Délicieusement. — «Pour 
y retrouver un Arthur délico- 
quentieusement séducteur. » (E. 
Lemoine.) 

DELICE : Voiture publique. 
(Vidocq.) — Abréviation de dili- 
gence. 

DEMAIN : Jamais. — Terme 
ironique. — Demain ne sera ja- 
mais aujourd'hui. 

DÉMANCHER (se) : Se donner 
grand air ou grand mouvement. 

Et d' la façon dont j' me démanche, 
On nous verra r'quinqués à la papa. 
(Duverny, i3.) 

DÉMAQUILLER : Défaire. V. 
Maquiller. 

DÉMARCER : Partir, s'en al- 
ler la. Du vieux mot desmarcher , 
qui a le même sens. 

DÉMARQ.UEUR DE LINCE : 

Plagiaire. — « Nous sommes 
très-flatté que les journaux nous 
fassent des emprunts, mais nous 
aimons aussi, pour employer une 
expression consacrée dans le 
journalisme, qu'on ne démarque 
pas notre linge. » (G. Charavay, 
66.) 

DÉMARRER : Partir. Terme 
de marine. V. Ponton. 

DÉMÉNAGER : Faire des ex- 
travagances, mourir. (Dhautel, 
08.) 



Déménager à la cloche de bois, 
à la sonnette de bois : Déména- 
ger furtivement en tamponnant 
la clochette d'éveil adaptée aux 
portes de beaucoup d'hôtels gar- 
nis. 

Déménager à la ficelle : Dé- 
ménager en descendant les meu- 
bles par la fenêtre à l'aide d'une 
corde. 

DEMI-AUNE : Bras. — « Il y 
avait deux heures que je tendais 
ma demi-aune sans pincer un 
radis. » (Luc Bardas.) 

DEMI-CERCLE (pincer au) : 
V. Cercle. 

DEMI-FORTUNE : Voiture à 
un cheval. — « S'y faire mener, 
non pas dans sa demi-fortune, 
mais bien dans une bonne et 
douce calèche. » (Privât d'Angle- 
mont.) 

DEMI-LUNE : Fesse. — Inu- 
tile de définir l'allusion. « Mes 
demi-lunes! s'est-il écrié l'autre 
jour quand on a reparlé du doc- 
teur Eguisier. » {Figaro, j5.) 

DEMI-MONDE (femme du) : 
Femme née dans un monde dis- 
tingué dont elle conserve les ma- 
nières sans en respecter les lois. 
Le succès d'une pièce de Dumas 
fils a créé le mot. — « On écrit 
en toutes lettres que vous régnez 
sur le demi-monde. » (A. Se- 
cond.) 

DÉMOC-SOC : Démocrate-so- 
cialiste. — Double abréviation. 
— « Messieurs les démocs-socs, 
vous voyez si vos menaces m'ont 
effrayé. » (Chenu, 48.) V. Liquide, 
Communard. 

DEMI-STROC : Demi-setier. 



DEN 



— 140 — 



DEP 



(Vidocq.) —• Changement de fi- 
nale. 

DEMOISELLE : Femme ga- 
lante. — Se dit surtout au plu- 
riel. Déranger a chansonné Ces 
Demoiselles. 

DKMOISELLE : Mesure de li- 
quide. V. Monsieur. 

DÉMOLIR : Maltraiter en ac- 
tes, ou en paroles, ou en écrits, 
— « Deux champions pronon- 
çant la phrase sacramentelle : 
Numérote tes os, que je les dé- 
molisse, » (Th. Gautier, 45.) — 
« On démolissait Voltaire, on en- 
fonçait Racine. » (L. Reybaud.) 
« Ah ! vous venez attaquer l'in- 
digent Juvénal. Eh bien! Juvénal 
vous démolira! » (Barthélémy, 

32.) 

DÉMOLIR ; Supprimer, des- 
tituer. — (( Puisqu'on vous pro- 
pose de démolir M. Amici, le mi- 
nistre des travaux publics, de 
grâce, acceptez. » (Mirés, 58, 
Lettre à Pontalba.) 

DÉMOLIR : Tuer. — « Ruffard 
la dansera, c'est un raille à dé- 
molir. » (Balzac.) — « L'adjudant 
s'est fait démolir comme un hé- 
ros. » (J. Noriac.) 

DÉMOLISSEUR : Médisant 
implacable, critique acerbe. — 
« Voltaire n'en reste pas moins 
le grand démolisseur religieux 
et moral du xvine siècle. »(Asse.) 

DÉMORGANER : Se rendre à 
une observation. Mot à mot : 
perdre de sa morgue. 

DÉMURGER : S'en aller, éva- 
cuer. (Grandval.) — Pour Dé- 
marger. 

DENAILLE (saint) : Saint-De- 



nis. (Colombey.) — Ghingement 
de finale. 

DENIER A DIEU : Prime d'ar- 
gent donnée au concierge par le 
locataire d'uu appartement nou- 
veau. — a C'est lui qui a décrété 
l'impôt de la bûche par voie, du 
denier à Dieu. » (Lamiral, 23.)— 
Se prend au figuré : « Par le mot 
amitié, je n'entends pas cette ba- 
nalité traditionnelle que tous les 
amants s'otfrent en se séparant 
et qui n'est que le denier à Dieu 
d'une indifférence réciproque, » 
(Dumas fils, le Demi-Mcnde.) 

DENTELLE (de la) : P.illets de 
Banque. (Rabasse.) Allusion de 
légèreté. 

DÉPENDEUR, DÉPEN DEUSE 
D'ANDOUILLES : Homme assez 
grand pour décrocher les an- 
douilles du plafond dans les cui- 
sines d'autrefois, plus hautes et 
mieux pourvues que celles d'au- 
jourd'hui. — « Kegardc donc, 
Jérôme, vois donc l'grand dépen- 
deux d'andouilles. » {Catcchisme 
poissard, 40.) 

On ne saurait assigner la même 
origine à dépendeuse d'andouiU 
les, qui a un sens tout autre : 
« Va ! guenon, guenipe, lépen- 
deuse d'andouilles! » 

DÉPIOTER : Enlever la peau. 
— « Si monsieur croit que c'est 
commode... on se dépiote les 
pouces. » (P. de Kock.) 

DÉPLANQUER : Exhiber, dé- 
terrer des objets cachés. V, Va-" 
gue. 

DÉPLUMER (se) : Devenir 
chauve. 
DÉPONNER, DÉPOUSSER : 



DER 



141 — 



DES 



Faire ses nécessités. (Halbert.) 
— Le premier vient de ponant; 
le second s'explique de lui-même. 

DÉPÔT : Dépôt de la Préfec- 
ture de police. — Prison où les 
gens arrêtés sont déposés en at- 
tendant l'instruction de leur af- 
faire. — « Eune nuit... c'était 
hors barrière... on m' ramasse. 
De là, au dépôt. » (H. Monnier.) 

DER : Dernier. — Abréviation. 
V. Preu. 

DÉRAGER : Cesser de se met- 
tre en colère. — « Depuis le jour 
de son arrivée, il n'avait pas en- 
core déragé. » (E. Chavette.) 

DÉRAILLÉ : Déclassé. Mot à 
mot : homme jeté en dehors de 
la voie commune. — « Notre dé- 
raillé conçut le projet de faire 
des lectures à l'instar du grand 
Dumas. » (Michu.) 

DÉRALINGUER ; Mourir. — 
Terme de marine. 

DERNIER (avoir le) : Avoir le 
dernier mot. V. Double. 

DERNIER DE M. DE KOCK ; 

€ Ce mot a signifié cocu pendant 
quinze jours. En ce temps, il ve- 
nait de paraître un roman de 
M. Paul de Kock intitulé /eCocw. 
Ce fut un scandale merveilleux... 
Il fallait bien pourtant se tenir 
au courant et demander le fa- 
meux roman. Alors (admirez 
l'escobarderie !) fut trouvée cette 
honnête périphrase : Avez-vous 
le dernier de M. de Kock? » — 
(Th. Gautier.) — a Le mari : Et 
de cette façon je serais le dernier 
de M. de Kock, minotaure, comme 
dit M. de Balzac. » (Idem.) 

DÉRONDINER : Payer. (Hal- 



bert.) Mot à mot : faire sortir ses 
ronds. V. ce mot. 

DÉROUILLER (se) : Recou- 
vrer sa souplesse, se mettre au 
fait d'un service. 

DÉROULER (se) : Passer un 
certain temps. — « Maintenant 
qu'elle est à la préfecture, elle va 
se dérouler six mois. » (Ch. de 
Mouchabœuf.) 

DÉSARGOTER : User de ma- 
lice. (Halbert.) 

DESARRER : Fuir. (Idem.) 

DESATILLER : Châtrer. (Id.) 

DESCENDRE : Jeter à terre. 
Mot à mot : faire descendre. — 
Une caricature de i83o repré- 
sente un soldat à cheval sur un 
chameau et criant : a A moi, 
Fatet, c'te chienne de bête va 
m'descendre. » 

DESCENDRE : Mettre hors de 
combat, tuer. — « J'ajuste le 
Prussien, et je le descends. 
(Marco Saint-Hilaire.) 

DESCENDRE LA GARDE : 
Mourir. Mot à mot : ne plus gar- 
der la vie. — « Ce vilain brutal 
me voulut un jour faire descen- 
dre la garde. » {Rien^i, parodie, 
26.) 

DÉSENFLAQUER : Tirer d'un 
mauvais pas. 

DÉSENTIFLAGE : Sépara- 
tion, divorce. 

DÉSENTIFLER : Se séparer 
de sa femme. (Vidocq.) V. Anti- 
fier. 

DESGRIEUX : Amant d'une 
fille perdue, mot à mot : person- 
nage ayant les faiblesses du Des- 
grieux de Manon Lescaut, 



DES — 142 — 

DESIDERATA : Désirs. — La- 
tinisme. C'est le pluriel du mot 
qui suit. — « Ces préoccupations 
toutefois ne l'empêchent pas de 
présenter un des nombreux de- 
siderata du radicalisme. » {Le 
Nord, sept. 72.) 

DESIDERATUM : Désir. — 
Latinisme. — « On manifestait 
pour la Pologne, cet éternel de- 
sideratum. » (Aubryet.) 

DESSALER : Noyer. (Idem.) 
— On noie comme on dessale, en 
jetant à l'eau. 

DESSALER (se) : Boire. (Hal- 
bert.) Mot à mot : dessaler ce 
qu'on vient de manger. 

DESSALER (se) : Se rendre 
malade. (Rabasse.) — Ce qui est 
dessalé n'est plus en état de con- 
servation. 



DET 



DESSOUS {tomber dans le troi- 
sième, dans le trente-sixième) : 
Faire une chute complète, en par- 
lant d'une pièce théâtrale, et, par 
extension, tomber dans le dis- 
crédit le plus complet. — « Il 
existe, dans le sous-sol de cha- 
que théâtre, trois étages. Le pre- 
mier dessous est destiné à rece^ 
voir les acteurs qui apparaisent 
ou disparaisent dans les pièces à 
trappes. Les deuxième et troi- 
sième dessous ne reçoivent que 
les décorations qui s'effondrent. 
Quand on dit d'une pièce : [elle 
est tombée dans le troisième des- 
sous, il est aisé de comprendre 
qu'elle aura de la peine à se re- 
lever.» {J. Duflot, 65.)— On voit 
par les détails précédents que 
tomber dans le trente-sixième 
dessous, est une simple figure. 

PESSOUS : Amant de cœur. 



i 



(Halbert.) — C'est celui qu'on 
cache. 

DESSUS : Entreteneui.(Idem.) 
— C'est l'homme qu'on montre. 

DESSUS DU PANIER : Ce 

qu'il y a de mieux en tout. — 
Allusion au procédé des mar- 
chandsqui placent les plus beaux 
fruits au-dessus du panier. — 
« Il arrive des nobles étrangers. 
La province et l'étranger se sont 
cotisés pour envoyer le dessus 
du panier. » (A. Wolf.) — a Ce 
banquet réunissait 400 convives; 
le dessus du panier radical. » 
{Figaro, 75.) 

DESTUC : De moitié dans un 
vol. (Halbert.) — Pour d'estuc. 
V. Estuc. 



Aguerrir. V 



DETAFFER 
Tafe, 

DÉTAIL (c'est un) : C'est un 
accident grave. — Ironie pari- 
sienne... — « S'il entend parler 
d'un tremblement de terri:, il dit : 
c'est un détail. » (Monselct.) 

DÉTAROQUER : Démarquer. 

— Du vieux mot taroter : mar- 
quer. 

DÉTELER : Renoncer à l'a- 
mour. Allusion chevaline équi- 
voquant sur le mot « tirer. » 

DÉTOSSE : Misère. (Halbert.) 

— Mot composé du de privatif et 
de osse, argent. V. Os. 

DÉTOURNE (vol à la) : « Le 
vol à la détourne se fait à Tinté- 
rieur des magasins... Il est exercé 
surtout par les femmes. L'une 
occupe le marchand, l'autre dé- 
tourne les coupons. » (VI. du 
Camp.) 



DE^ 



140 



DEV 



DÉTOURNER : Voler dans 
riniérieur d'une boutique. 

DÉTOURNEUR : Voleur à la 
détourne. — «Le détourneur qui 
dérobe un objet dans le magasin 
où il vient faire emplette.» (Phil. 
Chasles.) — « Parmi les détour- 
neurs on distingue : i» les griri' 
chisseuses à la mitaine, assez 
adroites du pied pour saisir et 
cacher dans de larges pantoufles 
les dentelles et les bijoux qu'elles 
font tomber. Leur mitaine est un 
bas coupé pour laisser aux doigts 
leur liberté d'action ; 2» les en- 
quilleuses, fourrant des objets 
entre leurs cuisses {quilles) ;3° les 
avale-tout-cru, cachant les bi- 
joux dans leur bouche ; 4» les 
aumôniers, jetant le produit de 
leur vol à de faux mendiants. » 
(Vidocq.) 

DETTE (payer une) : Être en 
prison. (Halbert.) Mot à mot : 
payer une dette à la justice. 

DEUIL (demi) : Café sans co- 
gnac. V. Cogne. 

DEUIL (grand) : Café avec co- 
gnac. V. Cogne. 

DEUIL (ongle en) : Ongle cerné 
de crasse noire comme [un billet 
d'enterrement. — « J'aurai l'air 
d'être en deuil depuis la cravate 
jusqu'aux ongles , inclusive- 
ment. » (A. Second.) — « A qui 
cette main, monstre, ces ongles 
en demi-deuil?» (Alhoy, 41.) 

DEUIL DE SA BLANCHIS- 
SEUSE (porter le) : Être très- 
sale. — Jeu de mots qui se trouve 
déjà dans le dictionnaire de Tré- 
voux, 1771. 

DÉVEINARD : Qui est en dé- 
veine. « Il rencontrait toujours 



sur le boulevard un vieux cama- 
rade, un déveinard comme lui. » 
(Alph. Daudet.) 

DÉVEINE : Malheur constant. 
V. Veine, Décavage. — « Il pa- 
raît que la banque est en dé- 
veine. » (About.) 

DÉVIDAGE : Long discours. 
(Vidocq.) — C'est-à-dire long 
comme le dévidage d'un écheveau, 

DÉVIDAGE : Promenade dans 
le préau d'une prison. (Rabasse.) 
On se meut toujours dans un 
cercle étroit comme celui de l'é- 
cheveau qu'on dévide. 

DÉVIDAGES (faire des) : Ré- 
véler des vols. Dévidage veut 
dire ici bavardage. 

DÉVIDAGE A L'ESTORGUE: 
Mensonge, acte d'accusation. (Vi- 
docq.) — Ce mot a sa moralité. Il 
nous prouve qu'un coquin tient 
toujours à paraître innocent. V. 
Estorgue. 

DÉVIDER, DÉVIDER SON 
PELOTON : Bavarder, avouer, 
faire un discours aussi long 
qu'un peloton de fil à dévider. — 
« Il a le truc pour dévider son 
peloton, votre ami. » {Vie pari- 
sienne, 66.) V. Bayafe. 

DÉVIDEUR, DÉVIDEUSE : 
Bavard, bavarde. ' 

DÉVISSER LE COCO : Tordre 
le cou, étrangler. V. Coco. 

DÉVISSER SON BILLARD : 
Mourir. (Colombey.) 

DE VISU : D'après ce qu'on a 
vu. Latinisme. — « Un des écri- 
vains spirituels de ce temps dé- 
crit de visu. » (Privât d'Angle- 
raont.J 



DIS 



— 144 



DOC 



DEVORANT : Compagnon du 
devoir. Mot à mot : devoirant.^ 
a Je ne suis pas un dévorant, je 
suis un compagnon du devoir de 
liberté, un gavot. » (Biéville.) 

DIABLE : Agent provocateur. 
(Rabasse.) — Le diable est le 
grand tentateur. 

DIGUE-DIGUE : Attaque d'é- 
pi lepsie. — De dinguer : tom- 
ber. V. Camboler. 

DUONNIER : Moutardier. (Vi- 
docq.) — Dijon est la capitale de 
la moutarde. 

DIMANCHE: Jamais.— «Vous 
serez placé... dimanche. » (Dé- 
saugiers.) — C'est-à-dire le jour 
où ne se fait aucune nomina- 
tion. 

DINDE, DINDON : Niais, 
niaise, dupe. — a J'ne veux pas 
être le dindon de vos attrapes.» 
(Vadé, 1788.) V. Gogo. 

Mari dindon : Mari trompé. 

DINDONNER : Duper. — « Je 
n'aii jamais été chiche avec les 
femmes, mais je n'aime pas à 
être dindonné. » (E. Sue.) 

DINDORNIER : Infirmier. (Co- 
lombey.) 

DINER PAR CŒUR : Ne pas 
dîner. Mot à mot : dîner pour 
mémoire. 

DINGUER (envoyer) : Jeter à 
terre, et, au figuré, éconduire. — 
ti Panama ! tu ne l'as donc pas 
envoyé dinguer ? » (L. de Neu- 
ville.) 

DIS QUE ÇA (je ne) : C'est-à- 
dire : il n'y a pas moyen d'en 
dire davantage, dans le sens ad- 
miratif. — a Les baronnes, mes 



sœurs, mettent leurs coiffures 
empire chargées de toi tillons en 
rubis... je ne vous dis que ça. » 
{Vie parisienne, 66.) 

DISTANCER : Dépasser. — 
Terme de sport hippique. — 
a Watteau et Boucher sont dis- 
tancés. Vous arrivez première au 
charme des yeux et des cœurs. » 
{Almanach du Hanneton, 67.) — 
c( Madame Schontz qui distan- 
çait de trois blagues, disait-elle, 
tout l'esprit de ces dames. » (Bal- 
zac.) 

DIX-HUIT : « Le fabricant de 
dix-huit s'appelle le riboui... Le 
dix-huit n'est pas un soalier re- 
monté ou ressemelé, c'est plutôt 
un soulier redevenu neuf : de là 
lui vient son nom grotesque de 
dix-huit ou deux tois neuf. Le 
dix-huit se fait avec les vieilles 
empeignes et les vieilles tiges de 
bottes qu'on remet sur ce vieil- 
les semelles retournées, assor- 
ties, et qui, au moyen de beau- 
coup de gros clous, finissent par 
figurer une chaussure. » ( P. 
d'Anglemont.) 

DIXIÈME (passer au) : Devenir 
fou. — Terme usité parmi les 
officiers des armes spéciales. 
Frappés du nombre des cama- 
rades que leur enlevaieat des 
atteintes d'aliénation mentale , 
ils disent : // est passé au di' 
xième (régiment), pour montrer 
combien ils sont décimés par 
des pertes, sur lesquelles l'étude 
des sciences exactes n'es' pas, 
dit-on, sans influence. — « L'ofli- 
cier du génie passe souvent au 
dixième. » {Vie parisienne. 67.) 

DOCTRINAIRE : « On aonne 
ce nom à une secte de gens bi- 



DOM - 145 — 

lieux , mais enchantés d'eux- 
mêmes, qui avouent que rien 
n'est plus raisonnable que leur 
propre raison. » (C. Blanc, 44.) 

DODO : Lit. — Redoublement 
de la première syllabe de Dor- 
mir. 

DOG-CART : Voiture de 
chasse. — Anglicanisme.— c< Que 
le cheval de votre dog-cart soit 
fourbu, borgne ou liqueur, peu 
importe! » (Marx.) 

DOIGT DANS L'ŒIL (se four- 
rer le) : S'abuser, ne pas voir les 
cho-^es plus que si on avait l'œil 
bouché par un doigt. — « Il 
s'est un peu fourré le doigt dans 
l'œil, le brave garçon. — (De 
GoncourtJ 

Se fourrer le doigt dans l'œil 
jusqu'au coude : Se faire de très- 
grandes illusions. — C'est la 
progression de la même image. 
— « J'ai l'honneur de te faire re- 
marquer que tu t'es fourré le 
doigt dans l'œil jusqu'au coude.» 
(L. de Neuville.) — On abrège 
en disant se fourrer dans l'œil : 
a Si madame se fourre dans l'œil 
qu'on restera chez elle pour six 
cents francs. Merci ! » ( Vie pa- 
risienne, 66.) 

Etre de la société du doigt 
dans l'œil : Compter parmi les 
nombreux mortels qui conser- 
vent quand môme certaines illu- 
sions vaniteuses. 

DOMINO : Dent. — Allusion 
de forme et de couleur. Qiteljeu 
de dominos! se dit de dents lon- 
gues et jaunes. Les jolies petites 
dents sont des quenottes, des lou- 
louttes. 



DOS 



DOMINOS (jouer des) : man- 
ger. (Balzac.) 

DON JUAN : Séducteur pourvu 
des séductions et des vices de 
Don Juan. Pris ironiquement. 
V. Centre de gravité. 

DONNER ( se la) : Fuir. 
(Grandval.) 

Donner dans : S'abandonner à, 
croire à.— «La bonne peut avoir 
des chagrins. V'ià c'que c'est que 
d'donner dans l'militaire. » (La- 
miral, 23.) 

Donner des noms d'oiseaux : 
Roucouler amoureusement. V. 
Oiseaux. 

Donner du vague : Chercher 
fortune. V. Vague. 

Donner quelqu'un : Le dénon- 
cer. Mot à mot : le donner à la 
justice. 

Donner un pont : Tendre un 
piège. V. Couper dans le pont. 

Donner une affaire : Céder les 
renseignements propres à com- 
mettre un voL 

Donneur de bonjour. V. Bon- 
jour. 

DONT AUQUEL : Auquel 
rien n'est comparable. — « Car 
moi, je suis un militaire dont 
auquel. » (Vadé, 1756.) 

DORANCHER : Dorer. (Co- 
lombey.) Changement de finale. 

DOS (scier le dos): Importu- 
ner. V. Scier. — « Moi, ça me 
scie le dos. «(Rétif, 1782.) 

DOS (en avoir plein le) : Être 
assommé d'ennui. — « Tu sais 
que j'ai de la maison plein le 
dos?» (Désaugiers.) 

DOS D'AZUR, DOS VERT: 



DOU 



— 146 — 



DOU 



Souteneur. — Allusion aux reflets 
verts et bleus du dos du maque- 
reau. V. Mac. — «Je ne suis pas 
un miche, je suis un dos d'a- 
zur. » (L. de Neuville.)— « Deux 
femmes se battaient pour un dos 
vert. » (Stamir.) 

DOSE : Désagrément, ennui, 
dégoût. Mot à mot : forte dose 
de désagrément. 

Chaqu' fois qu'on remet pour moi 
Des lettr's ou bien autre chose, 
Il les garde plus d'un mois : 
Comment trouvez -vous la dose? 
(L. Meidy ) 

DOSSIÊRE DE SATTE: 

Chaise. — On s'y adosse. 

DOSSIÊRE, DAUSSIÈRE: 

Prostituée de dernier ordre. Mot 
à mot : femme se mettant sur le 
dos. V. Calége. 

DOUBLAGE, DOUBLÉ : Vol. 

DOUBLE : Sergent-major , 
maréchal des logis chef. — L'in- 
signe est un double galon. 

Si son double, un soir, 
Pris d'humeur noir, 
Veut tempêter... (Wado.) 

DOUBLER : Voler. 

DOUBLER UN CAP : a C'est 
faire un détour, soit pour ne pas 
passer devant un créancier, soit 
pour éviter l'endroit où il peut 
être rencontré. » (Balzac.) 

DOUBLETTE, DOUBLEUR, 
DOUBLEUX, DOUBLEUSE : 
Voleur, voleuse. — « Tous les 
doubleurs de la riche toison. » 
(Grandval.) 

DOUBLIN : Pièce de dix cen- 
times. (Halbert.) Mot à mot : 
double sou. 



lent. — 
vous, à 
ci, à la 



DOUBLURE : Acteur chargé 
d'en suppléer un autre. — « Cha- 
que chef d'emploi avait jadis sa 
doublure dans les théâtres de 
Paris. » (J. Duflot.) 

DOUCE : Soie. — Elle est 
douce au toucher. 

DOUCE (à la) : Doucen 
« Comment que qu'ça va, 
ce matin? — Mais, mer 
douce. » (H. Mohnier.) 

DOUCE (la passer couce) : 
Passer doucement la vie, sans 
souci ni travail. « Mais les vi- 
veurs continuèrent à la passer 
douce. » (James Rousseiu, 42.) 
On dit aussi la couler douce. 

DOUCETTE : Lime(Mdocq.) 
— Elle opère petit à petit, tout 
doucettement. 

DOUCEUR (faire en) : Les vo- 
leurs emploient ce terne par 
opposition à celui dQ faire à la 
dure, c'est-à dire voler avec voies 
de fait. On fait boire l'iiomme 
qu'on lève en douceur. 

DOUILLARD : Homme riche 
ayant de la douille. — « Ch ! oh ! 
fit-il, un public ficelé! rijn que 
des hommes et des douilLirds. » 
(De Pêne.) 

DOUILLE : Argent. — c II y a 
de la douille à grinchir. d (Pail- 
let.) — « Cette douille est desti- 
née à mon bottier qui me refuse 
des socques. » {Paris étudiant ^ 
54.) 

DOUILLE : Cheveux. (Orand- 
val.) — Du vieux mot i aille : 
mou. 

DOUILLES SAVONNÉS: 
Cheveux blancs. 

DOUILLER : Donner de l'ar- 



DRO 



- 147 — 



DRO 



gent— On dit aussi douiller du 
carme. (Rabasse.) 

DOUILLET, DOUILLETTE: 
Crin. (Vidocq.) 

DOUILLURE : Chevelure. 

DOULEUR (étrangler la) : 
Boire un verre d'eau-de-vie. — 
« Les habitués viennent, au dé- 
bit, étrangler la douleur du ma- 
tin. » {Vie parisienne, 65.) 

DOUSSE : Fièvre. (Halbert.) 
DOUSSIN : Plomb. (Idem.) 
DOUSSINER : Plomber. (Idem.) 

DOUX (un verre de) : « Un 
verre de liqueur sucrée, par op- 
position à un verre de liqueur 
forte ou de rude. » (Dhautel, 08.) 
V. Tournée. 

DRAGÉE : Balle. — Allusion 
de forme. — « Nous entendons 
dire, mon camarade, que tu ne 
quittes pas l'ennemi, et que tu 
leur envoies des dragées à plein 
canon. » (Marceau, Lettre à 
Westennann. 17Q2.) 

DRAGUEUR : Banquiste, fai- 
seur. (Vidocq.) Pour dragueur. 

DREGUEU (parler en) : Le 
mot dregueu est placé après cha- 
que mot et se modifie confor- 
mément à lui. « Ainsi pour dire 
je suis pris, ils diront 7e dregue 
suisdriguis pridriguis. » (Ra- 
basse.) 

DRINGUE : Diarrhée. 

DROGUE : Mauvaise femme. 
— Extension du terme drogue 
{c'est de la drogue), appliqué 
souvent aux choses de mauvaise 
qualité. — Plus mauvaise en- 
core, la drogue devient un poi- 
son. V. ce mot. V. Sterling. 



DROGUE (petite) : Coureuse. 

— De droguer : « Maintenant, 
allons dîner chez les petites dro- 
gues. » (Champfleury.) 

DROGUER : Attendre en se 
promenant. — Métaphore em- 
pruntée au jeu de la drogue. — 
« Vous droguez nuit et jour au- 
tour de sa maison. » (G. Sand.) 

— « Il m'a fait droguer plus 
d'une heure dans la rue. » 
(Dhautel, 08.) 

DROGUER : Dire. V. Girofle. 
DROGUERIE: Demande. (Co- 
lombey.) 

DROGUEURDE LA HAUTE: 
Escroc à langue dorée et sachant 
droguer aux dupes ce qu'il faut 
pour les dépouiller. 

DROITE : Parti législatif aris- 
tocratique. — Ainsi nommé parce 
qu'il occupe les bancs de l'ex- 
trême droitedans nos assemblées 
parlementaires. V. Gauche. 

DROITIER : V. Gaucher. 

DROLE (pas) : Ennuyeux, pas 
amusant. — « Tu sais aussi bien 
que moi que tu n'es pas drôle... 
Qu'y veux-tu faire, on vient au 
monde comme cela. » (G. Droz.) 

— « Et puis, ils ne sont pas 
drôles, ces pèlerins là. » (Vil- 
lars.) 

DROLE ^pas) : Très-malheu- 
reux. — Expression singulière, 
dont le peuple de Paris connaît 
seul la valeur saisissante. Si quel- 
qu'un est victime d'un accident, 
on le plaint par ces mots : « Pau- 
vre homme! ça n'est pas drôle!» 
Un homme sans ressources dira: 
« Je ne sais si je mangerai ce 
soir, et ça n'est pas drôle. » — 



hm 



148 — 



DUS 



«Et ça vous fiche des coups...— 
Ça c'est peu drôle. » (Gavarni.) 

DROMADAIRE : Variante de 
chameau. V. ce mot. — « Viens! 
nous verrons danser les jeunes 
dromadaires. » (Gavarni.) 

DROUILLASSE : Diarrhée. 

DUFFER : Cheval de course 
engagé dans le seul but de faire 
parier et retiré dès que son pro- 
priétaire en aura tiré bénéfice par 
ce moyen. (Parent.) Anglica- 
nisme. 

DULCINÉE : « Une mijaurée 
qui s'en fait accroire fait la Dul- 
cinée du Toboso. — Dulcinée 
veut dire aussi une femme ga- 
lante, une donzelle. » (Dhau- 
tel, 08.) 

DUN (parler en) : Procédé de 
déformation argotique consis- 
tant a ajouter dun au mot pro- 
noncé en troquant l'n de dun 
contre la première lettre du mot 
si cette lettre est une con- 
sonne et en l'ajoutant si c'est 
une voyelle. Non content de 
cette opération, on termine en 
redoublant après du la première 
syllabe. — «Ainsi pour dire on ne 
voit pas, ils disent nonduon ne- 
due noitduvoit nadupas. Pour 
maladroit, ils disent naladroit- 
dumal. » (Rabasse.^ 

DUNON (parler en) : Procédé 
de déformation argotique consis- 
tant à ajouter dunon à chaque 
mot prononcé, en ayant soin de 



troquer l'n de dunon ctuitre la 
première lettre du mot à pro- 
noncer. — « Pour dire bonjour, 
monsieur, ils disent nonjour du- 
bon, nomsieurdumon.ï) (Rabasse.) 

DUR, DURIN; Fer (Vidocq.) 

DUR : Eau-de-vie. — C'est un 
liquide dur au gosier. — « Pour 
faire place aux petits verres de 
dur. » (T. Gautier.) 

DUR A CUIRE : Homme so- 
lide, sévère, ne mollissant pas. 
(Dhautel.) — «En voilà ur, qui ne 
plaisante pas, en voilà ur de dur 
à cuire. » (L. Reybaud.) 

DUR A LA DÉTENTE : Avare. 
Mot à mot : homme qui n'al- 
longe pas volontiers sbn argent. 

DUR (être dans son) : « Tra- 
vailler avec grande assiduité. 
Terme de typographes. » ( J. La- 
dimir.) 

DURAILLE, DURE : Pierre. 
(Colombey.) 

DURAILLES: Diamants. (Hr- 
bert.) 

DURE (la): Terre. (Grandval.) 
Le mot est classique. Ne dit-on 
pas coucher sur la dure. 

DURÈME : Fromage. (Vidocq.) 

DURINER: Ferrer. (Halbert.) 

DUSSE : Signe de con\ ention 
à l'usage des grecs, joueurs d'é- 
carté. — « Sans la télégraj hie, le 
dusse, il eût probablement donné 
des cartes. » (Cavaillé.) 



EGA 



- 149 - 



EGL 



E 



EAU D'AF, D'AFF, D'AFFE : 

Eau-de-vie. — « As-tu bu l'eau 
d'af à c'matin? T'as l'air tout 
drôle, est-ce que t'es malade, 
ma mère ? » (Catéchisme pois- 
sard, 44.) V. Ajr, Paf. 

EAUX BASSES : Manque d'ar- 
gent. On dit de même : être à la 
côte , etc. — « Cette délicieuse 
noce dura au moins trois jours 
jusqu'à ce qu'enfin les eaux soient 
devenues tellement basses qu'il 
faille retourner à ce maudit ate- 
lier. » (Moisand.) 

E B A Z I R : Assassiner. (Ra- 
basse.) Forme d'esbasir. 

ÉBOURIFFANT : Excessif au 
point de faire ébouriffer les che- 
veux sur la tête. C'est une va- 
riante de à faire dresser les che- 
veux sur la tête qui a paru sans 
doute trop connu. — « Menez une 
jeune fille au bal, tous les yeux 
flambent autour d'elle, et vous 
lui dites : tu ne brûleras pas!... 

ous êtes ébouriffant, ma parole 
d'honneur ! » ( Physiol. des 
Amoureux. 41.) 

ÉGAFOUILLER : Écraser en 
projetant les débris. 

ÉCARBOUILLER (s') : Se re- 
tirer vivement,— ce Je m'envole... 
Et moi, je m'écarbouille. » (Mi- 
chu.) 

ÉCARTER, ÉCARTER DU 
FUSIL : Crachoter involontaire- 
ment au nez de son interlocu- 
teur. 



ECCE HOMO : Homme dont 
l'extérieur macéré rappelle le 
Christ. — « Humilité incarnée, 
espèce d'ecce homo. » (J. David.) 

ÉCHALAS : Jambe maigre 
comme un échalas. — « Joue 
des guibolles, prends tes échalas 
à ton cou. » (Montépin.) 

ÉGHASSES : Jambes maigres 
et longues comme des échasses. 

ÉCHASSIER : Homme à lon- 
gues jambes. 

ÉCHINER : Critiquer violem- 
ment. — a On y prenait solen- 
nellement l'engagement d'^c^/?ier 
tel ou tel individu. Il n'y avait de 
bonne littérature que celle qui 
n'avait pas été souillée par les 
règles de Boileau. » ( Privât 
d'Anglemont.) 

ÉCHOTIER : Rédacteur 
chargé des Échos de Paris dans 
un journal. — « Le mot n'a pas 
été dit, mais je connais les écho- 
tiers qui l'affirmaient. » (Cha- 
brillat.) 

ÉCLAIRAGE : « Les joueurs 
sortent de leurs poches l'argent 
qu'ils se proposent de risquer 
dans la partie. C'est l'éclairage. » 
(Cavaillé.) 

ÉCLAIRER : Observer. (Ra- 
basse.) 

ÉCLAIRER : Déposer son ar- 
gent. Mot à mot : le faire luire. 
— « C'est pas ■ tout ça, i' faut 
éclairer. C'est six francs. » (Mon- 



ECR 



- i5o 



ELB 



» 



selet.) — « Ne passez jamais la 
main (au baccarat) et priez les 
femmes d'éclairer leurs bancos. » 
(Marx.) 

ÉCOPPER : Recevoir des 
coups, être battu. (Rabasse.) 

ÉCORGHER : Faire payer 
frop cher. 

ÉCORNAGE (vol à) : « On 
vient d'arrêter, dit le Moniteur 
(mars 66), un individu qui avait 
ressuscité le vol à Vécornage. A 
l'aide d'un diamant de vitrier, 
Julien S... pratiquait une ouver- 
ture dans l'angle inférieur d'une 
vitre de magasin. Passant par 
cette ouverture une petite trin- 
gle, il attirait une pièce de den- 
telle. » 

On appelle aussi vol à Vécor- 
nage le vol à la pièce forcée, 
{y .pièce.) En ce cas, la pièce du 
voleur est écornée sur l'exergue. 

ÉGORNÉ : Inculpé, (Vidocq.) 

ÉGORNER : Injurier. — a En- 
tends-tu, vieux camphrier, avec 
ta voix enrhumée, t'as l'air de 
nous écorner. » [Catéchisme pois- 
sard, 44.) 

ÉGORNEUR : Ministère pu- 
blic. 

ÉG05SAIS (en) : Sans panta- 
lon. — Les Écossais ont les jambes 
nues. 

Hospitalité écossaise : hospi- 
talité gratuite. Allusion à un air 
connu de la Dame blanche. (Ghez 
les montagnards écossais, l'hos- 
pitalité se donne, etc.) 

ÉGRASER UN GRAIN : Boire 
la goutte. 

ÉGREVISSE DE REMPART : 
Fantassin. — Surnom donné par 



les marins des ports. Allusion 
au pantalon rouge. 

ÉGREVISSE dans la tourte 
[avoir une), dans le vol au vent : 
Déraisonner. (V. Vol auvent.) 

ÉGUME : Étain. (Vidocq.; — 
L'étain en fusion ressemble à 
l'écume. 

ÉGUMOIRE : Visage troué, 
comme une écumoire, par la pe- 
tite vérole. 

ÉGUREUIL : « Leur métier 
consistée faire mouvoir les roues 
des tourneurs et des mécai iciens 
pour 35 à 40 centimes l'h( ure. » 
{E. d'Hervilly.) 

ÉDREDONDE TROIS PIEDS: 
Paille. — Ironie. — a Gc ucher 
dans un garni au dortoir, sur 
Védredon de trois pieds (c'est 
ainsi qu'on nomme la paille), 
10 centimes.» (Privât d'Angle-» 
mont. 

EFFAROUGHER : Voler. — 
Jeu de mots. Effaroucher, c'est 
faire disparaître. — « Qu'est-ce 
qu'a effarouché ma veste ' ( H. 
Monnier, 36.) 

ÉGAYER: Siffler au thiâtre. 
— Ironie. (J. Dufflot.) 

ÉGR AILLER : Preidre. 
(Grandval.) 

ÉGRUGEOIR : Ghaire à prê- 
cher. (Rabasse.) 

EJUSDEM FARINyE : Du 
même genre. Mot à mot : de 
même farine. Latinisme. — «< kjm- 
ment se fait-il qu'on ait supprimé 
le Radical plutôt qu'une autre 
feuille... ejusdem farincef » [Pa- 
ris-Journaly juillet 72.) 

ELBEUF : Habit de drap il'El- 



EMB- 



i5i — 



EMB 



beuf. — « Si l'étoile du mérite 
n'orne pas mon elbeuf usé. » 
(Festeau.) 

ÉLÉ^'ENTS: Argent dans 
l'argot de joueur. — « Y a-t-il des 
éléments? demande t-il à voix 
basse. Traduction : y a t-il de 
l'argent .'' » (Gava il lé.) 

ÉMAILLAGE , ÉMAILLER , 
ÉM AILLE USE : a On parle beau- 
coup des femmes qui se font 
émailler. Ce mot est devenu à la 
mode... On croit que c'est un 
maquillage perfectionné... Il n'en 
est rien. Voici en quoi consiste 
remaillage : Les femmes, dont le 
visage se plisse, ont le courage 
de supporter l'opération sui- 
vante. On leur pratique des in- 
cisions à la peau, et on y injecte 
des liquides qui pénètrent les 
tissus, les gonflent et remplis- 
sent les vides... C'est charmant, 
n'est-ce pas? » {Figaro, 24 dé- 
cembre 75.) Longtemps avant 
cette date, une femme se faisait 
annoncer à la quatrième page 
des journaux comme émailleuse. 
Vers 1869, elle eut même un 
procès retentissant avec une An- 
glaise qui ne se trouvait pas suf- 
fisamment émailîée. 

EMBALLER: Arrêter, éçrouer. 
— « Tu vas nous suivre à la 
Préfecture. Je t'emballe.» (Che- 
nu.) 

EMBALLER: On dit d'un 
cheval emporté qu'il emballe son 
cavalier, sans doute parce que 
celui-ci est réduit au rôle passif 
, d'un simple ballot. V. Là-bas. — 
« Un attelage a tenté de s'em- 
baller, avenue de l'Impératrice. » 
(G. Vassy, 75.) 

Emballer : Se prend aussi au 



figuré pour dépeindre un empor- 
tement quelconque. — « M. Pi- 
card a dit tout ce qui lui passait 
par la tête dans le but très-poli- 
tique d'empêcher M. G, de s'em- 
baller et d'emballer ses amis.» 
(A. Millaud.) 
EMBALLER : Finir lestement. 

— « Quant à la baronne Dude- 
vant, ce fut bien lestement em- 
ballé, comme nous disions au 
quartier Latin. » (G. Sand.) 

EMBALLES (faire des) : Faire 
des embarras. — Emballe semble 
une déformation d'embarras. En 
ancien provençal, il est à noter 
cependantque 6<a//e signifie itram, 
embarras. On aura combiné les 
deux mots. 

EMBALUCHONNER : Empa- 
queter. (Halbert.) V. Baluchon. 

EMBARDER : Se tromper. — 

— Terme de marine. 
EMBARGUER : Rentrer. (Ra- 

basse.) 

EMBARRAS : Draps de lit. 
(Halbert.) 

EMBARRAS (faire des) : *c Faire 
beaucoup d'étalage pour peu de 
chose. »(Dhautel,)V. Épate. 

EMBERQUINÉ: Fadement 
moral. Mot à mot : aussi fade 
qu'un roman de Berquin. — 
(( Gela flatte les instincts du bour- 
geois emberquiné et les préten- 
tions du philistin à la poésie élé- 
giaque. » (Th. Silvestre.) 

EMBLÈME : Mensonge, conte 
fait à plaisir. — Ironie à l'adresse 
du genre allégorique dont le 
peuple ne peut comprendre les 
finesses. — « Todore me répond : 
Je suis malade... Des emblè- 
mes! » (Monselet.) 



EMM 



- ib2 - 



EMP 



EMBLÉMIR : Tromper. fVi- 
docq.) 

EMBROQUER : Regarder. V. 
Moustique. 

EMBROUILLE (ni vu, ni con- 
nu! je t') : Locution placée à la 
fin d'un re'cit pour peindre la 
rapidité d'un acte et la difficulté 
de l'expliquer. (Dhautel.) 

ÉMÉCHÉ : Ivre. — Comparai- 
son de l'ivrogne à la mèche ravi- 
vée d'une chandelle. — « Quand 
je rentre un peu éméché après 
minuit, elle me dit : La cruche 
est dans le coin. Éteins-toi. » 
(Monselet.) 

EMILE : V. Être (en.) 

EMMERDEMENT : Peine, tra- 
cas. — ce Le président : Dans ce 
moment où la justice vous at- 
teint, qu'éprouvez-vous? — Cou- 
taudier : De l'emmerdement. » 
{Dernier jour d'un condamné.) 

EMMERDER, EMMIELLER : 
« Figurément et d'une manière 
ignoble pour attraper, ennuyer, 
obséder, injurier. (Dhautel, oS.) 
On disait au moyen âge Inca- 
guer, ce qui était la même chose. 
V. le Dictionnaire Roman Wal- 
lon de 1777. Dom Jean-François, 
imprimé à Bouillon en 1777. 

Emmieller a le même sens, et 
n'est qu'un synonyme honteux. 
Nous répéterons de cette injure 
ce que nous disons d'une autre. 
(Voyez M.) Son usage est uni- 
versel et déplorable. Beaucoup 
d'hommes qui n'appartiennent 
pas tous au dernier rang de la 
société, ont trop souvent ce mot 
à la bouche. 

Une caricature de 3o fait ren- 
contrer le dey d'Alger par Char- 



les X qui lui dit : a Qui aurait 
jamais pensé que nous nous re- 
trouverions en mer, dey? » — 
« J'emmerde la cour, je respecte 
messieurs les jurés. » {Dernier 
jour d'un condamné.) 

M'emmieirra 
Qui voudra ! 
Moi, j' n' m'emmielle guère, 
(Val-re.) 

ÉMOSS : Émotion. Abrévia- 
tion. 

ÉMOTIONNER : Émouvoir, 
causer de l'émotion. 

EMPAFFE, EMPAVE : Drap 
de lit. (Grandval.) 

EMPAFFER : Enivrer, rendre 
paff. V. ce mot. 

EMPAILLÉ: Homme sans ini- 
tiative, sans activité, ne se re- 
muant pas plus que s'il était 
empaillé. V. Décarcasser. 

EMPALER : Duper. — Syno- 
nyme d'enfler. 

EMPAVÉ : Carrefour. (Hal- 
bert.) . 

EMPIRE : Suranné, de mau- 
vais goût. — Allusion aux formes 
raides du premier empii e. V. 
Perruque. 

EMPLANQUER : Arriver. — 
« La rousse emplanque. » (Hal- 
bert.) 

EMPLATRE : Homme sans 
consistance, sans activité. 

EMPLATRE : Empreinte. (Vi- 
docq.) Allusion à la couche de 
cire molle sur laquelle est prise 
l'empreinte. 

EMPOIGNER : Critique-, in- 
vectiver. — « Attends donc à de- 



EMP — i33 — 

main, mon cher, tu verras com- 
ment Lucien t'a empoigné. » 
(Balzac.) V. Danser. 

EMPOIGNER: Séduire, émou- 
voir. — « Me parlerez-vous de la 
fille aux yeux bleus ? Il paraîtque 
vous avez été solidement empoi- 
gné. » (About.) — « Cette mu- 
sique du maestro Gerolt est em- 
poignante, c'est le mot. » (J. 
Chamarande.) 

EMPOIVRER (s') : S'enivrer. 
Mot à mot : s'empourprer, deve- 
nir poivre. V. ce mot. 

EMPORTER : Escroquer. V. 
Bachotteur. 

EMPORTER la pièce, le mor- 
ceau : Avoir l'esprit acerbe, bles- 
sant. V. Morceau. 

EMPORTEURS : «Malfaiteurs 
qui, sous prétexte de payer leurs 
achats à domicile, font emporter 
leurs acquisitions par des com- 
mis de magasin. Le grand point, 
c'est de séparer le commis de sa 
marchandise. Tantôt on le ren- 
voie au magasin pour faire recti- 
fier un prix de la facture, tantôt 
on le fait entrer par une porte 
dans un hôtel garni, et l'on en 
ressort par une autre. » (A. 
Monnier.) 

Emporteur à la côtelette : Grec 
exerçant son art dans les ca- 
fés et dans les restaurants, à la 
suite d'un déjeuner otfert à sa 
dupe. (Vidocq.) — H emporte 
l'argent de son invité à la côte- 
lette, comme des troupiers em- 
portent à la baïonnette une posi- 
tion. 

EMPOUSTEUR : Escroc fai- 
sant métier de vendre à des 
détaillants de mauvais produits 



END 



dont le premier dépôt a été, 
pour les allécher, acheté par des 
compères. (Vidocq.) 

EMPROSEUR. V. Être (en). 

ÉMU, LÉGÈREMENT ÉMU : 
Troublé par les fumées du vin. 
V. Paff. — (( Tu me crois ému, 
vieux... Allons donc! je boirais 
dix fois autant. » (Frémy.) — 
« Girard et Maret-Boistrop ren- 
trèrent au quartier légèrement 
émus, et on ne put les réveiller 
à l'appel du soir. » (Vidal, 33.) 

ENCARRADE : Entrée (Vi- 
docq.) 

ENCARRER : Entrer. (V. Dé^ 
carrer.) 

ENCASQUER : Entrer (Ra- 
basse.) 

ENCASQUER : Tomber avec 
fureur sur quelqu'un. (Rabasse.) 

ENCHETIBER : Arrêter. (Sta- 
mir, 67.) 

ENCIBLE: Ensemble. (Co- 
lombey.) — Changement de la 
syllabe intermédiaire. 

ENCLOUER : Mettre en gage. 
(Rabasse.) V. Clou. 

ENDÉCHER : Ruiner. — « Je 
m'endèche de plus en plus; je 
viens de mettre au clou laTobe 
de soie. » (H. deLynol.) 

ENDORMAGE (vol à 1') : Se 
pratique en versant un narcoti- 
que dans le verre du volé pen- 
dant un repas toujours offert en 
cabinet particulier. 

ENDORMEUR : Voleur à l'en- 
dormage V. Romamichel. 

ENDORMEUR : Homme en- 
nuyeux. 



ENF 



i54- 



ENF 



ENDORMI : Juge. (Fr. Mi- 
chel.) — Allusion au juge qui 
dort à Taudience.. 

ENDORMIR : Tuer. (Colom- 
bey.) — Ironie. 

ENDROGUER : Chercher un 
coup à faire. (Halbert.) 

ENFANT DE CHŒUR : Pain 
de sucre. (Vidocq.) — Allusion à 
sa petite taille et à sa robe blan- 
che. 

Enfant de giberne : Enfent de 
troupe. 

Enfant de maître Jacques : 
Membre d'une des trois grandes 
fractions du compagnonnage. 
(Vinçard.) 

Enfant de Salomon : (Idem.^ 

Enfant du père Soubise : (Id.) 

Enfant de trente-six pères : 
Fils d'une femme galante. — 
a Tais-toi, reste d'arlequins des 
SS. Innocents, enfant d'trente- 
six pères. » ( Catéchisme pois- 
sard, 40.) — Arlequin des SS. In- 
nocents, injure tombée aujour- 
d'iiui, contient la même allusion. 
Les innocents sont des nouveau- 
nés, et, parmi eux, les arlequins 
bigarrés paraissent avoir été faits 
de trente-six morceaux diffé- 
rents. 

ENFERRÉ : Arrêté. (Rabasse.) 

ENFILADE : Série de pertes. 
— « Ils croient que la veine est 
revenue, mais ils ont une enfi- 
lade désespérante. » (Paillet.) 

ENFILAGE : Arrestation en 
flagrant délit. — «J'ai commencé 
à faire 1 étalage. Réussi pendant 
un an. Pas d'cnlilage.» (Bcauvil- 
licr.) 

ENFILER (s') : Se laisser aller 



à jouer gros et perdre. (Dhautel, < 
08.) 

ENFILER (s') : S'endeticr. — | 
« Je m'enfile de douze sous. » - 
(Monselet.) 

ENFLACQUÉ : Emprisonné, 
condamné, perdu. (Vidocq. Hal- 
bert.)— Du vieux vaoX. flacquer : 
lancer violemment. — a C'est 
donner tout son argent à Ihom- 
meenflacqué. » (Balzac.) 

Enflacquer (s') : Se perdre 
(Halbert.) 

ENFLANQUER : Perdre, ca- 
cher. (Rabasse.) 

ENFLÉE : Vessie. (Vidocq.) 

ENFONCER : Dominer, écra- 
ser. — « Vous n'êtes pas de orce 
au piquet; je vous enfonce. » 
CGavarni.) 

ENFONCER 1 Duper. — a II 
m'apprenait la vie qu'il fallait 
mener pour ne pas être enfoncé.» 
(E. Sue.) 

ENFONCER : « Lorsqu'on 
réussit à perdre un journal à 
force de le décrier, ou un thé Itre 
à force de blâmes, cela s'apf elle 
enfoncer la feuille rivale ou le 
théâtre ennemi. » {Biograj. hie 
des Journalistes, 26.) 

ENFONCEUR : Agent d'af- 
faires, faiseur. (Vidocq.) — D en- 
foncer : duper. 

ENFONCEUR : Critique vio- 
lent. 

ENFOURAILLER : Arrêter. 
Mot à mot : fourrer dedans. — 
ce Va-t'en dire à ma largue que 
je suis enfouraillé. » (Vidocq.) 

ENFRIMER : Dévisager. (\'i- 
docq.) V. Frime. 



ENL 



- r55 - 



ENS 



ENGAMÉ : Enragé. (V. Hap- 
pin, Game.) 

ENGANTER : Être épris d'a- 
mour. (Rabasse.) 

ENGANTER : Voler, prendre, 
capter. C'est un équivalent à' em- 
poigner. Le gant est pris pour la 
main. V- Chêne. — « Ce jeune 
homme modèle était méprisé par 
la demoiselle de comptoir qui, 
pendant longtemps, avait espéré 
l'enganter. » (Balzac.) 

ENGERBER : Arrêter. — « La 
police prévenue engerbe les fi- 
lous. )) (Stamir, 67.) 

ENGLISH : Anglais. Anglica- 
nisme. — « A la onzième bou- 
teille, j'avais mis l'English sous 
la table. » (Villemessant.) 

, ENGRAILLER, ÉGRAILLER, 
ERAILLER : Attraper, prendre. 
(Halbert.) V. Raille. 

ENGRAINER : Arriver , être 
admis. (Rabasse.) Forme d'en- 
grener. 

ENGUEULEMENT : Bordée 
d'injures. — « Vadé est le Dé- 
mosthènes de l'engueulement. » 
{Catéchisme poissard, 44.) — 
(c Quoique ces mots ressemblent 
beaucoup plutôt aux engueule- 
ments de Valentino. » (A. Mil- 
laud, 75.) 

ENGUEULER : Invectiver. -- 
a Et puis j' vous engueule la vi- 
laine. » (Rétif, 1783.) 

ENGUIRLANDER : Circonve- 
nir doucement. V. Trychine. 

ENLEVÉ : Réussi, très-entraî- 
nant.— -On dit: un article enlevé, 
au journal; une scène enlevée, au 
théâtre. — Une œuvre s'enlève 
à la plume comme une position 



ennemie à la baïonnette. — a Un 
article vivant et enlevé. » (J. Ler- 
mina.) 

ENLEVÉE : Correction, répri- 
mande. 

ENLEVER (s') : Mourir de 
faim. (Halbert.)— Ce mot ex- 
pressif peint l'homme n'ayant 
plus rien dans le corps. 

ENLEVER LE BALLON: 
Donner un coup de pied au der- 
rière. 

ENMERDEMENT:V. Em- 
mer dément. 

ENQUILLER : Cacher entre 
ses jambes un objet volé. V. Dé- 
tourneur. 

ENQUILLER : Entrer. Mot à 
mot : jouer des quilles dans. — 
Ancien mot, car Du Cange donne 
déquiller : sortir. V. Baptême. 

ENQUILLEUSE : Voleuse qui 
a la spécialité d'enquiller. On 
disait autrefois anquilleuse. C'est 
un vieux mot que le dictionnaire 
de Trévoux signale comme em- 
ployé fréquemment dans le texte 
des arrêts de la Tournelle. 

ENQUIQUINER: Insulter 
grossièrement. Sens intraduisi- 
ble. — a Briolet et Crinchon, pré- 
venus de coups volontaires sur la 
personne de Guillaumin, se bor- 
nent à dire qu'il les avait enqui- 
quinés. » {Petit Journal^ 26 août 
66.) 

ENSECRÉTER : Agencer une 
marionnette. Mot à mot : lui 
donner le secret qui la meut. 
— « Ensecréter un bouisbouis 
consiste à lui attacher tous les 
tiis qui doivent servir à le faire 
mouvoir sur le théâtre. » (Privât 
d'Anglemont.) 



ENT 



i56 



ENT 



ENRHUMER : Ennuyer. (Hal- 
bert.) 

ENROSSER iDonnerune rosse 
pour un bon cheval. — « Des 
maquignons des Champs-Ely- 
sées les ont enrossés. » (Roque- 
plan.) 

ENTAILLER : Tuer avec une 
arme tranchante. (Halbert.) 

ENTAULER, ENTOLER : Pé- 
nétrer dans une maison. V. 
Taule. 

ENTERVER, ENTRAVER : 
Savoir. — Du vieux mot entre- 
ver : entrevoir. — « Electre le 
parlait, dit- on (l'argot). Iphi- 
génie aussi l'enlravait gourde- 
ment. » (Grandvdl, 1723.) 

ENTIF (battre 1') : parler ar- 
got. (Rabasse.) 

ENTIFFER ; Pénétrer. (Ra- 
basse.) 

ENTIFFLE, ENTIFLEMENT, 
ENTIFLER, V. Antifle, antifier, 
etc. 

ENTIFLÉ ; Marié, vivant en 
concubinage. (Rabasse.)> 

ENTOLER : Pénétrer dans 
maison (tôle) pour voler. 

ENTONNE : Chapelle. (Hal- 
bert.) Forme d'Antonne. 

ENTORTILLER : Circonve- 
nir, capter. 

ENTOURNURES (être gêné 
aux) : Être dans une situation 
aussi gênante que si l'on portait 
un habit trop étroit d'entour- 
nures. 

EN-TOUT-CAS : Ombrelle- 
parapluie. — a L'ingénue va les 
deux mains dans les poches de 



son paletot, l'en-tout-cas accro- 
ché à un bouton. » (E. \ illars, 

66.) 

ENTRAINER : Soumettre à un 
régime d'amaigrissement. — « Il 
y a des gens entraînés, c'est-à- 
dire soumis à un réginie d'exer- 
cice et d'aliments qui débarrasse 
leur chair de toutes les matières 
graisseuses. » (A. de Bréhut.) 

ENTRAINER : — « Entraîner 
un cheval, c'est l'animer et l'eni- 
vrer graduellement par la course 
et par des obstacles légers d'a- 
bord, dont le plus grand est le 
dernier. » (A. Karr.) 

ENTRAINEUR : Cavalier fai- 
sant métier d'entraîner les che- 
vaux. — a Les entraîneurs sont 
presque tous Anglais. » (Paz.) — 
Entraîneur se prend au fii^uré. 
« 'Vienne un homme fatal, sa- 
chant s'imposer à cette plèbe, et 
lui servir d'entraîneur, on sera 
épouvanté des résultats. » (J. de 
Précy.) 

ENTRANT : Se dit d'un hom- 
me plus qu'insinuant, cherchant 
à tout mener à sa guise. — (7est 
une importation du provençal 
« Intrant, intranta : intrigant, 
intrigante, hardi, effronté, qui 
s'insinue. » (Honnorat, 47.) 

ENTRA'VAGE : Conception. 
(Colombey.) V. Enterver, 

ENTRAVER : Comprendre. V. 
Enterver. 

Entraver niberte ;ï>Ie pas com- 
prendre. (Rabasse.) Niberte est 
une forme altérée de nibergne. 

ENTRÉE DES ARTISTES : 
Anus. Allusion à la porte d'en- 
trée des artistes d'un théâtre, or- 



EPI — 1 

dinairement placée derrière l'é- 
difice. 

ENTRKFILETS : Note de jour- 
nal insérée entre deux filets. — 
a Je lis dans le dernier numéro 
de la Rue cet entrefilet éton- 
nant. » (V. Noir.) 

ENTROLLEMENT : Vol. V. 
Dabe. 

ENTROLLER : Emporter. V. 
Antroller, 

ENVOYER EN PARADIS : 

Tuer. — « Que j' t'y prenne à me 
faire des queues, j' t'envoie en 
paradis. » (H. Monnier.) 

ÉPARGNER LE POITOU : 
Prendre des précautions. (Ra- 
basse.) 

ÉPATE : Grand étalage. — 
a Tu fais tes épates avec ta pelure 
de velours de coton. » {Les Co- 
cottes, 64. j — « Ces jeunes trou- 
piers font de l'épate, des embar- 
ras si vous aimez mieux. » (No- 
riac.) 

Faire des épates : Faire l'hom- 
me important. (Rabasse.) 

ÉPATEMENT : Stupéfaction. 
— « Tout était nouveau pour 
moi. J'étais dans l'épatement. » 
{Commentaires de Loriot.) 

ÉPATER : Écraser d'étonne- 
ment. — a II nous regarde d'une 
façon triomphante, et il dit : «Je 
les ai épatés, les bourgeois. » 
(Privât d'Anglemont.) — « Elle 
porte toujours des robes d'une 
coupe épatante.» {Les Étudiants, 
1860.) 

ÉPATEUR : Faiseur d'embar- 
ras. (Rabasse.) 

ÉPICÉ :^ Porté à un prix exa- 
géré. V. Épicier {cher). 



57 - EPO 

ÉPICER : Railler. (Vidocq.) 

ÉPICERIE : Mesquinerie. - 
« L'épicerie du siècle avait enfin 
rompu le cercle magique d'ex- 
centricité dont Rodolphe s'était 
entouré. » (Th. Gautier, 38.) 

ÉPICE-VINETTE : Épicier. 
(Colombey.) 

ÉPICIER : « Les romantiques 
n'avaient de commun que leur 
haine des bourgeois qu'ils appe- 
lèrent génériquement épiciers 
( 1 83o). La société ne sedivisa plus 
à leurs yeux qu'en bourgeois et 
en artistes, les épiciers et les 
hommes. » (Pr. d'Anglemont.) 

ÉPICIER : Mesquin, grotes- 
quement commun. — « Allons 
vraiment, c'est épicier. » (Balzac) 

ÉPICIER (cher) : Homme qui 
se fait payer très-cher. — Allu- 
sion aux anciens frais de justice 
dits épices, encore plus considé- 
rables qu'aujourd'hui. 

ÉPINARD : Peint en vert cru 
dit vert épinard. — « Le mercier 
amateur de jolis paysages épi- 
nard. » (Daumier.) 

ÉPONGE : Maîtresse. — C'est 
épouse avec changement de fi- 
nale. 

ÉPONGE D'OR : Avoué. (Mo- 
reau G.) — Cette corporation 
passe pour absorber l'or de sa 
clientèle. 

ÉPOULARDEUSE raLesépou- 
lardeuses sont de vieilles ouvriè- 
reschargées de classer les feuilles 
de tabac qui arrivent de Cuba à la 
manufacture du Gros-Caillou. » 
(Du Boisgobey.) 

ÉPOUSER LA FOUGANDIÈ- 



ES 



- i58 -- 



ESC 



RE : Jeter le produit du vol de 
peur d'être arrêté, (Grandval.) 

ÉPOUX, ÉPOUSE ; Amant, 
maîtresse. — « Vous pouvez 
amener vos épouses, il y aura 
noces et festins; nous avons 
Adèle Dupuis, mademoiselle Mil- 
lot, ma maîtresse. » (Balzac.) V. 
Monsieur. 

ÉQUERRE (fendre son) : Fuir. 
Les jambes ouvertes figurent une 
équerre. 

ÉQUIANGLE, ÉQUILATÉ- 
RAL, ÉQUIPOLLENT : Indiffé- 
rent, égal. — Ce synonyme géo- 
métrique n'est usité que dans les 
écoles spéciales. 

ÉR AILLER : Tuer. (Grandval.) 
— Acception ironique du mot 
qui se dit d'ordinaire pour écor- 
cher légèrement. 

ÉRAILLER : Prendre. V. En- 
grailler. 

ÉREINTEMENT : Critique ex- 
cessive. — « Monsieur Wolff, 
s'écria-t-il, il faudra écrire un 
éreintement sur le maudit crou- 
pier. » (A. Wolff, 75.) 

ÉREINTER : Maltraiter. — 
« Tu pourras parler des actri- 
ces... tu éreinteras la petite Noé- 
mie. » (E. Augier.) — a Donc le 
livre de Charles fut éreinté à peu 
près sur toute la ligne. » (De 
Concourt.) 

ÉREINTEUR : Critique vio- 
lent. — « Je me l'étais figuré, 
d'après sa politique violente, 
comme un robuste éreinteur. » 
{Événement^ mars, 66.) 

ES : Escroc. (Halbert.) — Abré- 
viation. V. Croc. 



ESBASIR : Tuer. (F. Michel.) 

ESBIGNER (s') : Senfuir. V. 
Casser. 

ESBLINDER : Stupéfier, 
anéantir. — « Ça m'ttonne un 
peu, mais ce qui m'esblinde, 
comme disent les cocottes de la 
haute, c'est que M. Castsllano ait 
reçu le drame. » (Le Tam-Tam, 
75.) 

ESBROUFFE : Fanfaronna- 
des, étalage de grands airs. — 
« Pas d'esbrouffe ou ]c repasse 
du tabac. » (P. Bore], 33.) — 
« Faut pas faire ton tsbrouffe, 
vois-tu! ça ne prendnit pas. » 
(Cogniard, 3i.) 

ESBROUFFER : Intimider, 
en imposer. — Du vijux mot 
esbouffer : éclabousser. Le Glos- 
saire de Ducange cite un exem- 
ple de cette acception a la date 
de i383. — «Allons, me uche-lui 
le quinquet, ça l'esbrouffera. » 
(Th. Gautier.) 

ESCANER : Oter. (Halbert.) 

ESCAPER, ESCAPOUGHER : 

Assassiner. Abréviation i'escar^ 
per. 

ESCARCHER : Regarder. — 
Pour escracher. 

ESCARGOT : Vagabond. (Ra- 
basse.) — Il porte, comme l'es- 
cargot, sa maison sur le de s, puis- 
qu'il n'a pas d'asile. 

ESCARPE, ESCAPOUCHON: 
ce Voleur détournant apris mi- 
nuit sur la voie publique, par 
violence et quelquefois j^ar as- 
sassinat. » (Canler.) — Mot à 
mot homme qui escarpe. 

ESCARPER : Assassîjœr. — 



ESC 



-i59- 



ESP 



Du vieux mot escharper : tailler 
en pièces. Le mot entailler offre 
la même image. — « Mais tu 
veux donc que je t'escarpe. » (E. 
Sue.) V. Criblage. 

ESCAVER : Empêcher. (Hal- 
bert.) 

ESCLAVE : Domestique, gar- 
çon de restaurant. — Ironie venue 
avec Rachel et la renaissance de 
la tragédie. — « Faut-il annon- 
cer mademoiselle Turlurette? 
— Pas de bêtises, esclave ! an- 
nonce mademoiselle de Plume- 
vert. » (C. Gripp.) 

ESCLOT : Sabot. (Halbert.) 
Vieux mot. 

ESCLOTIER : Sabotier. 

ESCOBAR : Homme qui esco- 
barde. — Allusion à la subtilité 
dont le P. Escobar a fait preuve 
dans ses livres de casuistique re- 
ligieuse. 

ESGOBARDER : Équivoquer 
sur les mots, agir cauteleuse- 
ment. — «J'en donne sept francs 
dix centimes. — Mais j'ai dit 
avant vous sept francs deux sous. 
C'est la même chose... Vous vou- 
lez escobarder. » (M. Alhoy.) 

ESCOFIER : Tuer. — Usité 
dès 1808. Escofion voulait dire 
autrefois mauvais coup. — «Trois 
sentinelles ont déjà été esco- 
fiées. » (Cogniard, 3i.) 

ESCOUTES : Oreilles. (Grand- 
val.) — Effet pris pour la cause. 

ESCRACHE : Passe-port, pa- 
piers. — C'est le vieux mot escrit 
avec changement de finale. — 
« Le curieux a servi ma bille, 
mais j'ai balancé mes escraches.» 
(Vidocq.) 



Escrache tarte : Faux passe- 
port. 

ESCRACHER : Demander le 
passeport (escrache), interroger. 

En passant, le portier vous escrache ; 
J'étais fargué,mais l'habit cachait tout. 
Le jardinant, je frisais ma moustache; 
Un peu d' toupet et je passe partout. 

(Halbert.) 

ESGANACER : Rire. (Hal- 
bert.) 

ESGARD (faire l') : Dérober à 
ses complices une part de vol. 
(Vidocq.) Mot à mot : garder en 
dehors (exgarder). 

ESGOUR : Perdu. (Halbert.) 
ESGOURDE : Oreille. (Ra- 
basse.) Forme d'esgourne, 

ESGOURNE : Oreille. — Abré- 
viation à'esgouverne. 

Pègres traqueurs, qui voulez tous du 

fade, 
Prêtez l'esgourne à mon dur boniment. 
(Lacenaire, Mémoires, i836.) 

ESGOUVERNEi Oreille. {Pe- 
tit Dictionnaire d'argot^ 44.) 

ESPAGNOL : Vermine. (Co- 
lombey.) Elle ne manque pas en 
Espagne. 

ESPALIER : Réunion de figu- 
rantes chargées de garnir un dé- 
cor comme un espalier garnit 
un mur. — On rencontre déjà le 
mot au dernier siècle. — « Les 
petites filles qui se destinent à 
être danseuses et qui figurent 
dans les espaliers. » (Th. Gau- 
tier.) V. Bouisbouis. 

ESPÉRANCES : Espérances 
d'héritages importants. — « Mon- 
sieur est un des oncles qui figu- 



ESS 



iGo — 



EST 



rem parmi nos espérances. » 
(P. Véron.) 

ESPIGNER (s') : Fuir. (Grand- 
val.) Pour s'esbigtier. 

ESPRIT FRA.PPEUR : Ce mot 

sert, depuis iSSy environ, à dé- 
signer la cause de coups qu'on 
prétend frappés par des esprits 
invisibles et qu'on traduit en 
langue vulgaire au moyen d'un 
alphabet de convention. Les es- 
prits frappeurs ont leurs socié- 
tés, dites spirites, leurs journaux 
et leurs souscripteurs. 

ESQUE (faire 1') : Dérober une 
part. — Abréviation d'esgard. 

ESQUINTEMENT : Fatigue 
extrême. 

ESQUINTEMENT : Effraction, 
r- « Cambriolle, tu maquilleras 
par carouble et esquintement. » 
(Vidocq.) 

ESQUINTER : Fracturer. — 
Roquefort donne avec le même 
sens le verbe Esquatir. 

ESQUINTER : Battre.— «Ceux 
qui veulent se faire esquinter 
peuvent venir me trouver, je 
m'appelle Bonne-Lame. » (Vidal, 
i833.) 

ESQUINTER : Harasser, épui- 
ser. — « Que dirais-tu, si au lieu 
d'avoir le fouet à la main, tu 
étais obligé de t'esqumter com- 
me nous à la limonière.'' » (Bu- 
chon.) V. Bridon. 

ESQUINTEUR : Voleur par ef- 
fraction. 

ESSUYER LES PLATRES : 

Habiter le premier un apparte- 
ment neuf. —«Ces locataires des 
bâtisses récentes reçurent dans 
Torigine le surnom disgracieux, 



mais énergique, d'essuyeuses de 
plâtres. L'appartement assaini, 
on donnait congé à la pauvre 
créature, qui peut-être y avait 
changé sa fraîcheur contre des 
fraîcheurs. » (Th. Gautier, 45.) 
Se prend au figuré : « Ses bons 
amis s'étaient propose de lui 
faire essuyer les plâtres de la Ré- 
publique. » (Jouvin, 75.) 

ESTAFON : Chapon. (Grand- 
val.) 

ESTIO : Esprit. (Halbcrt.) Pour 
estoc. 

ESTIME (succès d') : Succès 
douteux et qui serait plus dou- 
teux encore sans l'esti ne dont 
jouit un auteur ou un artiste. — 
« Jusque-là je n'avais obtenu 
qu'un succès d'estime, mon grand 
succès commença. » (Vie pari^ 
sienne, 66.) 

ESTOC : Esprit, malice. —Ac- 
ception figurée de estoc, pointe 
acérée. — On dit d'un homme 
spirituel : il a de l'estoc. 

ESTOM : Estomac. — Abré- 
viation. — « Je lui appuie le ge- 
nou sur l'estom. » (Monselet.) 

ESTOMAQUÉ : Étonné, stu- 
péfait, interdit comme si on avait 
reçu un coup violent à l'estomac. 

ESTORGUE : Fausseté. — 
Chasses à Vestorgue : Ytux lou- 
ches. (Vidocq.) Du vieux mot eS" 
tor : duel, conflit. — Des yeux 
louches, comme on dit tlans le 
peuple, se battent en duel. V. Dé- 
vider. 

ESTOUFFKR : Empocher sans 
bruit un bénéfice. — Le mot se 
comprend facilement. 

ESTOURBIR : Tuer. — Pour 
étourdir, Basourdir présente la' 



ETO 



- i6i - 



ETR 



Tnême image. •— « En goupinant 
de cette sorte, les parrains seront 
estourbis; il sera donc impossi- 

I ble de jamais être marrons. » 

I (Vidocq.y 

j ESTRANGOUILLER : Étran- 
hîgler. — Du latin strangulare. 

( ÉTAT -MAJOR. V. Bureau 
i arabe. 

I EST U QUE : Part de vol. (Co- 
j i lombey.) 

! ESTUQUER : Être frappé. 
^ (Grandval.) 
^ ÉTALAGE (vol à 1') : « Le vol 
à Te'taiage se fait en partie dou- 
ble. Un voleur enlève un objet 
et se sauve. Son complice dit au 
marchand : On vient de vous 
voler, et vole à son tour quand 
le boutiquier se met à la pour- 
suite du voleur. » (Du Camp.) — 
Le plus souvent aussi, ce vol s'o- 
père à l'aide d'un faux acheteur, 
et d'un compère recevant par 
derrière les objets volés. 

ÉTEIGNOIR : Nez aussi ou- 
vert qu'un éteignoir. — « Quel 
nez ! Rien que de l'apercevoir, on 
se dit : Quel éteignoir! » (Gui- 
nod, 1839.) V. Piton. 

ÉTEIGNOIR : Personne assez 
maussade pour éteindre la gaieté 
de ses voisins, ou assez jalouse 
pour annihiler ceux qui l'appro 
chent. 

ÉTERNUER DANS LE SON : 
Mourir. (Rabasse.) — • N'a dû se 
dire d'abord que des morts guil- 
lotinés dont la tête tombe dans 
un panier plein de son. 

ÉTOILE : Croix d'honneur. 
— « Ceux qui n'ont pas l'étoile 
disent : Bon ! je l'aurai une autre 
fois, n (E. Suç.) 



Avoir les deux, avoir les trois 

étoiles : Être nommé général de 
brigade, général de division. — 
Ces étoiles placées sur l'épaulette 
sont la marque de chaque grade. 

ÉTOILE: Femme réputée dans 
le monde officiel, le monde ga- 
lant ou le monde dramatique. — 
« Quand, au sommet de l'affiche, 
un nom apparaît en gros carac- 
tères, c'est une étoile. On appe- 
lait cette distinction la vedette, 
espèce de sentinelle avancée de 
l'art; mais les femmes ont pré- 
féré ïétoile. C'est plus brillant.» 
(J. Duflot.) — « Il est temps d'é- 
clairer sur le passé de ces étoiles 
poudrées de riz, qui ont la loge 
du concierge pour berceau. » 
(Marx.) 

ÉTOUFFE, ÉTOUFFOIR : 
Maison de jeu clandestine. (Co- 
lombey.) V. Estouffer, 

ÉTOUFFER : Avaler. V. Ba- 
varoise. 

ÉTOURDIR : Solliciter. (Co- 
lombey.) 

ÉTRANGÈRE (piquer 1') : Pen- 
ser à des choses étrangères à celles 
qui doivent occuper. — « Il en 
est qui ne se font point scrupule 
de piquer l'étrangère, bouquiner, 
piquer un chien, c'est-à-dire rêver 
pendant les classes, lire des livres 
interlopes ou se pelotonner dans 
un coin pour dormir. » (La Bé- 
doUière.) 

ÉTRANGLER : Boire. V. Per- 
roquet. — (( Te v'ià toi, rebut des 
^avetiers, étrangleux de d'mi- 
s'tiers. » {Fort en gueule, 20, in- 
12.) 

ÊTRE (1') : Être trompé par sa 
maîtresse ou par sa femme, — 



ÉTR 



162 — 



EXG 



a C'est notre sort... C'en est fait... 
je le suis. » (De Perihes, 36.) V. 
Pincé, 

ÊTRE (1') : Être vierge. —«Je 
le suis encore, m'a-t-elle dit en 
riant. » (Rétif, 1786.) 

ÊTRE AVEC; Être maîtresse 
ou amant. — « Être avec un An- 
glais, c'était pour les femmes une 
fortune. » (Villemot.) 

ÊTRE (en) : Être de la police 
secrète. — « Il n'est pas assez 
malin pour en être. » (Balzac.) 

ÊTRE (en) : « Ménage, dans 
ses Origines j dit Tallemant des 
Réaux, avait commencé sa dis- 
sertation sur le mot Bougre par 
ces mots : Bougre : Je suis de 
l'avis, etc. — Ah! lui dit Bautru 
en se moquant, vous en êtes donc 
aussi et vous l'imprimez. Tenez ! 
il y a bien moulé : Bougre je 
suis. » Comme Bautru, et dans 
ie même sens, on dit encore : // 
en est. Sur ce terrain honteux, 
les synonymes pullulent; ils 
prouvent la persistance d'un vice 
qui semble éprouver, dans les 
deux sexes, le besoin de se ca- 
cher à chaque instant derrière 
un nom nouveau. Nous rappe- 
lons ici pour mémoire et sans 
les expliquer ailleurs, les mots : 
pédé, bique et bouc, coquine, pé- 
déro, tante, tapette, corvette, fré- 
gate, jésus, persilleuse, honteuse, 
rivette , gosielin , emproseur , 
émile, gousse, gougnotte, chi~ 
pette, magnusse, etc., etc. 

ÉTRENNER : Recevoir des 
coups, donner des coups. (Ra- 
basse.) — Ces sens contraires sc 
retrouvent dans l'acception la 
plus populaire d'étrenner <^ui 



veut dire à la fois venire et ache 
ter. «Je n'ai pas encorj étrenné,) 
dit la marchande qui n'a rier 
vendu, ce C'est vou.^ qui m'é- 
trennez, » dit-elle à son premiei 
acheteur. Ces deux derniers sens 
font allusion au premier jour de 
l'an, dit des étrennes. 

ÉTRILLAGE : Perte d'argent. 
« Un bon coup d'étrillage est de 
l'argent prêté. » (Alyg^.) 

ÉTRILLER : Faire payer trop 
cher. 



Suranné. V. 



ÉTRUSQUE 
Mâchoire. 

ÉTUDIANTE : Maîtresse d'é- 
tudiant. — « Toute étudiante 
pur-sang fume son petit cigare.» 
(L. Huart.) V. Haute, Calicote. 

EURÊKA : J'ai trouvé.— Hel- 
lénisme. — « Une demi-heure 
après, je pouvais, moi aussi, 
m'écrier comme Archinède : Ew 
rêka. » (Privât d'Angkmont.) 

ÉVANOUIR (s') : Mourir, s'en- 
fuir. 

ÉVAPORER (s') : S'enfuir. — 
« Il se lève et me dit : Puisqu'il 
ne vient pas, je m'é\apore. » 
{Petit Moniteur dn 20 juillet 66.) 

EXBALANCER : Ren ,oyer. V. 
Balancer. 

EXCUSEZ, EXCUSEZ DU 
PEU : Locution ironi [uement 
admirative. — C'est comme si 
l'on disait : Excusez un si petit 
chiffre! (quand ce ch tfre est 
énorme). — a II y avait 2 3,ooo 
Français par terre... Excusez du 
peu ! » (Balzac.) 

EXCUSO : Excusez! — Chan- 
gement de finale. — a 01 ! atten- 
tion ! V'ià Oscar... il f-irae un 



FAC 



- i63 - 



FAD 



cigare d'un sou... Excuso! ça n' 
se refuse rien... décidément, je le 
crois calé. » (Marquet.) 

EXÉCUTÉ , EXÉCUTER , 
i:XÉCUTION : « Une exécution 
en bourse, on le sait, n'est autre 
chose que la faillite du boursi- 
cotier; faillite d'autant plus cou- 
pable que l'exécuté savait très- 
bien, au moment de son marché, 
qu'il ne pourrait pas tenir ses 
engagements à l'échéance; mais 
comme on n'exécute en Bourse 
que l'honneur, l'exécuté se rit 
de sa propre exécution. » {Bour- 
sicotiérisme.) 

EXPÉDIER : Tuer. Mot à mot: 
expédier en l'autre monde. 

EXPRESS : Train rapide, con- 
duisant à destination sans les 
arrêts ordinaires. — Abréviation 
de train express. Anglicanisme. 

EXTRA : D'une qualité supé- 



rieure. — Latinisme. — Dans le 
commerce, on le met à toutes 
sauces et souvent mal à propos. 

EXTRA : Repas plus soigné 
qu'à l'ordinaire. — « Je crois 
qu'on peut bien se permettre un 
petit extra une fois par mois. » 
(Canler.) 

EXTRA : Aux tables d'offi- 
ciers, un extra est un invité. 

EXTRA : Au café ou au res- 
taurant à prix fixe, on appelle 
extra, soit un plat demandé en 
dehors de la carte, soit un gar- 
çon supplémentaire venant aider 
au service. 

EXTRA (vin d') : Bouteille de 
vin fin. — « L'étranger demande 
une bouteille de vin extra; et 
voilà que domestiques et patrons 
délaissent le client d'un an pour 
le client d'un jour. » (Marx.) 



F 



FABRIQUÉ (être) : Être ar- 
rêté. (Rabasse.) 

FACE : Monnaie. (Grandval.) 
— Allusion à l'effigie {face) 
royale. — a Je n'ai plus de faces. 
La drôlesse me chasse. » (De- 
courcelle, 32.) 

^ FACIES : Figure, face. — La- 
tinisme. — « C'est mon épouse... 
Un assez beau faciès, hein? » 
(Labiche.) — « Tu mériterais 
qu'on coulât ton faciès en bron- 
26. » (Montépin.) 



FACTIONNAIRES : Excré- 
ments déposés aux abords de cer- 
tains murs ; comme un faction- 
naire, ils empêchent d'y passer. 
— « Dans les escaliers à chaque 
instant, elle vous pose des fac- 
tionnaires qui ne crient pas : qui 
vive ! aux passants. » (Dalès.) 



FAD, FADE : Part de vol. — 
« Ruffart a son fade chez la Go- 
nore, dans la chambre de la pau- 
vre femme. » (Balzac.) V. Es- 
gourne. 



FAG 



— 164 — 



FAI 



FADAGE : Partage de vol. 

FADARD, FADE : Élégant. — 
« Eh ! va donc, grand fade ! » 
(Ricard.) — « Dieu m' damne! y 
porte lorgnon ! ! ! est-y fadard ! » 
{Catéchisme poissard, 44.) 

FADER : Partager un vol. 
(Grandval.) V. Coquer. — Du 
vieux motjfadiar : assigner. 

FADEURS! (des) : « C'est 
Anna. — Avec qui est-elle? — 
Avec son premier amour, je crois. 
— Des fadeurs ! » (Monselet.) — 
C'est comme si l'on disait : A 
d'autres! nous savons à quoi 
nous en tenir sur ces fadeurs. 

FAFFE, FAFFIOT, FAFIOT : 
Papier d'identité, billet de ban- 
que. — Les deux derniers mots 
sont des augmentatifs du pre- 
mier. Fajfe est une harmonie 
imitative des papiers qu'on feuil- 
lette. — cf On invente les billets 
de banque; le bagne les appelle 
des fafiots garâtes, du nom de 
Garât le caissier qui les signe. 
Fafiot! n'entendez-vous pas le 
bruissement du papier de soie.» 
(Balzac.) 

FAFFIOT FEMELLE, FAF- 
FIOT MALE : a Le billet de 
mille francs est un fajiot mâle, 
le billet de cinq cents un fafiot 
femelle. » (Balzac.) V. Camou- 
fler. 

FAFFIOTEUR : Papetier. (Vi- 
docq.) 

FAGOT : Aspirant ou élève à 
l'École des eaux et forêts. — Al- 
lusion à ces dernières, 

FAGOT, COTTERET, FA- 
LODRDE : Ancien forçat.— «Eh ! 
mais! je connais cet homme-là. 



C'est un fagot. » (V. H ago.) — 
Vient, dit M. Fr. Michel, de ce 
que les forçats sont liés deux à 
deux, comme les fagots. V. 
Campe. 

FAGOT : Malfaiteur surveillé. 
(Rabasse.) 

FAGOT AFFRANCHI : Forçat 
libéré. (Rabasse.) 

FAIRE : Faire une conquête 
galante. — « Est-ce qu'un hom- 
me qui a la main large peut pré- 
tendre à faire des femmes? » 
(Ed. Lemoine, 40.) — D^ns une 
bouche féminine, le mo: faire 
unit le lucre à l'amour. — « Tu 
as donc fait ton journalisie ? ré- 
pondit Florine. — Non,m£; chère, 
je l'aime, répliqua Coralie. «(Bal- 
zac.) 

FAIRE : Faire la place, com- 
mercialement parlant. — « De 
tous les points de Paris, une fille 
de joie accourait faire son Pa- 
lais-Royal. » (Balzac.) — « Je 
suis heureux d'avoir pris c; jour- 
ci pour faire la vallée de l'Oise.» 
(Idem.) — (c Méfie-toi de ceux qui 
te diront : je fais les vins de 
Bordeaux. » (Monselet.) 

FAIRE : Voler. — a Son fils 
(\\x\fait le foulard à ses moments 
perdus. » (Commerson.) V. En- 
filage, Rade. 

FAIRE : Risquer au jeu. — 
(( Nous faisions l'absinthe au pi- 
quet à trois. » (Noriac.) 

FAIRE : Faire caca, a Avec ses 
jambes en manche à balai, il 
peut faire tout debout sans ^âter 
ses mollets. » {Catéchisme pois- 
sard, 40.) 

FAIRE (la) : Faire croire une 



FAI 



^ î65 - 



fAî 



chose qui n'est pas. — « Enfin, 
Anatole, j'allais devenir mère, 
lorsque l'infâme... — Je la con- 
nais celle-là, tu sais! il ne faut 
pas me la faire. » ( Vie parisienne, 
65.) — « J'ai choisi du Saint- 
Émilion 64, et vous me donnez 
du 57. Vous savez, celle-là, il ne 
faut pas mêla faire. » (Idem, 66.) 

FAIRE, REFAIRE AU MÊME : 
Tromper. — « Garde-moi le se- 
cret, brûle ma lettre ; je \&\xsi faire 
ces drôles-ci... » (Rétif, 1776.) — 
« Les soldats s'imaginent tou- 
jours que les sergents-majors les 
refont au même. » (La Bédol- 
lière.) — « Ce brigand-là, dit-il, 
ferait le diable au même.o) (Bal- 
zac.) 

FAIRE CHIBIS : S'évader. 
« S'il n'y a pas moyen de me faire 
chibis d'ici, il n'y aura pas 
moyen plus loin. » (V. Intro- 
duction. Lettre de Minder.) 

FAIRE DANS : Faire des af- 
faires de. — On dit : faire la 
quincaillerie, l'épicerie, la ban- 
que, etc., pour : Faire des affai- 
res dans la quincaillerie, etc. 

FAIRE A (la) : Tromper en si- 
mulant tel ou tel sentiment. On 
dit : Il nous la fait à l'héroïsme, 
à la terreur, à l'innocence, pour: 
Il essaie de nous faire croire à 
son héroïsme, etc. — « Les comi- 
ques au contraire la faisaient à 
la simplicité. Ils s'abordaient d'un 
air piteux et bonhomme s'appe- 
lant entre eux ma pauvr' vieille.» 
(Alph. Daudet.) 

Les sentiments ont fini par être 
représentés par des analogies vé- 
gétales. Ainsi, quand vous enten- 
dez : La faire à l'oseille, cela 
veut dire : outrer grossièrement. 



M. J. Richard nous apprend dans 
une chronique de V Époque [mdiVS 
66), qu'il faut chercher l'origine 
du mot dans une gargote de l'an- 
cien boulevard du Temple. Fu- 
rieuse d'entendre critiquer la 
confection d'une omelette aux 
fines herbes qu'on ne trouvait 
pas assez verte, l'hôtesse du lieu 
s'écria un jour : « Fallait-il pas 
vous la faire à V oseille? » Les 
auditeurs firent la fortune du 
mot, qui aurait comporté plus 
tard des variétés innombrables. 
Nous ne suivrons pas le néolo- 
gisme sur ce terrain sans bornes. 
Nous en ferons juge le lecteur 
par ces derniers exemples : — 
« Quelle charmante langue ! 
Quelle grâce! Quel atticisme 
dans tout ce discours ! Ce qui 
n'a pas empêché une jeune fem- 
me qui se trouvait à côté de moi 
à la sortie de résumer ainsi la 
séance : Camille Doucet nous l'a 
fait à la violette et Jules Sandeau 
à la verveine. » (P. Dhormoys.) 
a Mademoiselle Q... une brune 
perfide comme Londres, vient 
d'être délaissée par son protec- 
teur. Aussi elle a transformé son 
entre-sol en un rocher, du haut 
duquel elle nous la fait à la Ca- 
lypso. » (Marx.) 

FAISEUR : « On entend par 
faiseur l'homme qui crée trop, 
qui tente cent affaires sans en 
réussir une seule, et rend sou- 
vent la confiance publique vic- 
time de ses entraînements. » 
(Lespès.)— Pris souvent en plus 
mauvaise part. Le faiseur ci le 
banquiste se confondent. Pour 
Vidocq, le faiseur n'est qu'un 
escroc et un chevalier d'indus- 
trie. 



FAN — i66 — 

FAITRÉ (être) : Être sous le 
coup d'une condamnation infail- 
lible. 

PALOURDE : Forçat libéré. 
{Petit Dictionnaire de l'argot, 
44.) V. Fagot. 

FANAL : Estomac. — Com- 
paraison de l'estomac à une lan- 
terne. — « Se bourrer le fanal de 
bouillon, de rata. » (Wado.) On 
dit de même : Mettre de l huile 
dans la lampe. 

Ces deux dames se fourraient par le 

fanal 
Petit vin, superbe hareng. 

(Chansonnier imp : Stahl.) 

FANANDE, FANANDEL : «Ce 
mot de fanandel veut dire à la 
fois : frères, amis, camarades. 
Tous les voleurs, les forçats, les 
prisonniers sont fanandeJs. » 
(Balzac.) 

FANFFE, FANVE : Tabatière. 
(Vidocq.) — On dit aussi fauve, 
fouffe, faufFe, fausse. Peu de 
mots ont été plus altérés. 

FANFOUINER : Priser. — 
Onomatopée qui rend assez bien 
le bruit produit par l'aspiration 
du tabac dans les narines. 

FANTAISIE (de) : Fictif. Mot 
à mot : dû à la seule fantaisie de 
celui qui annonce une réalité. 
« La lorette avec aïeux achète ses 
ancêtres chez les marchands de 
bric à brac, ou bien elle demande 
à un peintre un grand-père de 
fantaisie quand elle ne rencontre 
pas un aïeul d'occasion.» (M. Al- 
hoy.) 

FANTAISIE (de) : Qui n'est 
pas selon le règlement militaire. 
Un schako de fantaisie est plus 



FAR 

petit que celui d'ordonnance, un 
pantalon est plus large, etc. 

PARA DA SE : Faire seul, se 
suffire à soi-même. — Italia- 
nisme. -- Se dit ironiquement 
chez nous depuis que k s Italiens 
ont repoussé notreaidecncriant: 
Fara da se, et en se prétendant 
assez forts (1849). — a II aurait 
murmuré, en parlant ai l'épar- 
gne individuelle, le fora da se 
des Italiens. » {Paris Journal , 
juillet 72.) 

FANTAISISTE : Homme ne se 
soumettant à aucune rti^le, soit 
dans ses œuvres, soit dans sa 
conduite. — « Un doux souvenir! 
me répondit le fantaisiste, les 
crins qui m'inspirèrent l'histoire 
du chignon de ma femme. » 
(Michu.) — « Il était du reste fan- 
taisiste jusque dans les questions 
financières. On l'avait va mettre 
sa montre au Mont-<ie-Piété, 
ayant dix mille francs clans son 
portefeuille. » (De Villenessant.) 
— « Pichu le paysagiste est ici. 
Il est toujours le même fantai- 
siste effréné. » (Marx.) — M. Ca- 
tulle Mendès a débute Jans les 
lettres par la Revue fantaisiste. 

FANTASIA : Démonstration 
plus bruyante que sirieuse, 
comme une fantasia de cavaliers 
arabes. — «Avant de faire des ac- 
climatations, avant de se lancer 
dans lafantasia (en piscicalture), 
multipliez les espèces qi e vous 
avez autour de vous. » (U. de la 
Blanchère.) 

Donner dans la fantas a, c'est 
aimer à faire fracas. 

FARAUD, FARAUDE : Mon- 
sieur, madame, mademoiselle. 
(Halbert, Grandval.) 



fAS 



— 167 — 



FAU 



FARAUDEC, FARAUDENE : 

Madame, mademoiselle. (Fr. Mi- 
chel.) 

FARCE : Comique. — « C'est 
farce ! Mais vous faites de moi ce 
que vous voulez. » (E. Sue.) 

FARCES : Infidélite's. — « On 
ne peut pas faire des farces à sa 
Ni ni... v'ià ce qui vous chif- 
fonne. » (Gavarni.) 

FARCEUR : Homme sur le- 
quel on ne peut compter. 

FARCEUSE : Femme galante. 
— « Lorsqu'une farceuse vou- 
dra me séduire, je lui dirai : Im- 
possible. » {Amours de Mahieu, 
32.) 

FARCHER DANS LE PONT : 
Tomber dans le piège. (Halbert.) 
Altération de faucher. 

FARGUE : Charge. (Vidocq.) 

FARGUER : Charger. V. Es- 
cracher. 

FARGUER : Devenir rouge 
(Grandval.) 

FARGUKMENT : Rougeur. 
(Colombey.) 

FARGUEUR : Témoin à 
charge. (Vidocq.) 

^ FARIDONDAINE (être à la) : 
Être sans argent. (Rabasse.) 

FARNANDEL : Camarade de 
prison. (Rabasse.) Forme de/^- 
nandel. 

FA ROT : Monsieur. Forme de 
Faraud. 

FARRE : Vite. — « Farre, 
farre, la marcandière, nous se- 
rions béquilles. » (Vidocq.) 

FASSOLETTE : Mouchoir de 
poche. — Italianisme. 



FAUBLAS : Séducteur de fem- 
mes. — C'est le nom du héros 
d'un roman bien connu. — « i ous 
les hommes de dix-huit ans sont 
des Dons Juans, à moins qu'ils 
ne soient des Lovelaces ou des 
Faublas, ce qui est absolument 
la même chose. » (E. Lemoine.) 

FAUBOURG SA INT-GER. 

MAIN : Aristocratique. — n Mars- 
hall : Madame... je vous en re- 
mercie. — Camélia : Il n'y a pas 
de quoi. (.4 part.) II est Fau- 
bourg-Saint-Germain. » (Car- 
mouche.) 

FAUBOURIEN : Ouvrier tur- 
bulentet batailleur des faubourgs 
de Paris. — « Ces combats que la 
jeunesse dorée livrait non sans 
succès aux farouches faubou- 
riens, aux septembriseurs en- 
durcis. » (Roqueplan.) 

Mais v'ià le solitaire enfin 
Qui d'une main hardie, 
Pour défendre Elodie, 
Tape partout^ ne craint rien, 
Comme un faubourien. 

{Le Solitaire, pot-pourri, 24.) 

FAUCHANT, FAUCHEUX : 
Ciseaux. — Les ciseaux fauchent. 
(Rabasse, Vidocq.) 

FAUCHÉ (être) : Être sans un 
centime. (Rabasse.) 

FAUCHER : Guillotiner. — 
« Faucher dans leur langage, 
veut dire l'exécution de la peine 
de mort. » (Balzac.) V. Colas, 
Terrer. 

FAUCHER AU PRÉ. V. Pré. 

FAUCHER DANS LE PONT : 
Couper dans le pont. V. ce mot. 

FAUCHEUR : Voleur coupant 
(fauchant) les chaînes de montre. 



FAUCHEUR : Bourreau. (Hal- 
bert.) Il fauche les cous. 

FAUCHON : Sabre. V. Gref- 
fier. — Même allusion que ci- 
dessus. 

FAUSSANTE : Faux nom. 
(Halbert.) 

FAUSSE :Tabatière.(Rabasse.) 
Forme altérée de fauve, 

FAUX TOUPET : Suranné, 
vieillot. V. Perruque, Mâchoire. 

FAUVE : Tabatière. (Halbert.) 
V. Fanffe. 

FAVORI : « C'est le cheval le 
mieux placé sur la cote et consi- 
déré comme ayant le plus de 
chances de gagner aux courses. » 
(Parent.) 

FÉDÉRÉ : « Bête vous-même, 
grand fédéré! » (H. Monnier, 
37.) — « Afin de comprendre 
pourquoi ce terme était pris en 
mauvaise part, il faut se repor- 
ter aux mauvais jours de 18 15, 
où les fédérés, armés pour com- 
battre l'étranger, se distinguè- 
rent autant par leur patriotisme 
que par leur indiscipline dans 
les environs de Paris. » Ainsi 
écrivions nous dans la deuxième 
édition de cet ouvrage (6i). En 
mars 1871, nous avons eu d'au- 
tres fédérés, mais ce n'était plus 
l'étranger qu'ils combattaient. 

FÉE : Amour. (Halbert.) — Le 
mot est bien poétique pour des 
argotiers. 

FÉESANT , FÉESANTE : 
Amoureux, amoureuse. (Idem.) 

FÊLÉ (être) : Être un peu foi. 
Mot à mot : avoir le cerveau /e/c 
C'est plus que toqué, c'^sX moins 
que avoir une fissure. 



68 - 



FEN 



FELOUSE : Poche. (Halbert.) 
Pour Fouillouse. 

FEMME : Femme de mauvaise 
vie, — Abréviation. — 11 est à 
remarquer qu'on a fini par don- 
ner aux prostituées, tous les 
mots qui conviendraient à des 
femmes honnêtes {femme, fille, 
petite dame,ces demoise lies). Tout 
dépend de l'inflexion de la voix 
et du sens de la phrase. — « Sans 
ce gros butor qui me répugne, 
j'aurais pu passer la nuit avec 
mon amant... Ah! m( n Dieu! 
qu'une /emme, — mot technique 
(sic), — est à plaindre. Telles 
sont les réflexions de ces demoi- 
selles. » {La Revue de l'an VIII 
ou les originaux du PalaiS' 
Royal.) — Au xvin« f^iccle, on 
disait d'une femme entretenue : 
« C'est une femme du monde. » 
L'expression compléterait la ga- 
lerie, si elle s'était maintenue, 
mais elle est hors d'usage. 

FENASSE : Paresseux. Mot à 
mot : Mou comme du foin. — 
Du vieux mot /en ; foin. 

FENDRE (se) : Commettre une 
prodigalité peu habituelle. — 
« Descends huit bouteilles. — 
Puisque vous vous fenciez, dit le 
peintre, je paye un cent de mar- 
rons. » (Balzac.) 

FENDRE L'OREILLE : Mettre 
à la retraite. — Vient de ce qu'on 
fend l'oreille des chevaxix de ca- 
valerie réformés. — « Le général 
Le Bœuf n'aura pas le chagrin 
de se voir fendre l'oreille. » (Bla- 
vet.) 

FENÊTRE (mettre la tête à 
la) : Être guillotiné. — Allusion 
au passage de la tête dans la lu- 
nette. — « Qu'il fasse j rompte- 



FÉR 



ment mettre la tête à la fenêtre 
à l'infâme Brissot. » (Hébert, 
1793.) V. Raccourcir. 

FENÊTRE (faire la) : Raccro- 
cher les galants er>. se montrant 
à la fenêtre. 

FENOUSE : Prairie. (Vidocq.) 

— Du vieux mot /en, foin, qui a 
iâit fenaison. 

FÉODEC : Arbitraire. (Idem.) 

— C'est féodal avec la finale 
changée, 

FER-BLANC (de) : Sans va- 
leur, sans solidité (par compa- 
raison au fer.) — « Ils éclabous- 
sent de leur triomphe ces jour- 
nalistes de fer-blanc, comme ils 
les appellent. » (Adolphe Gué- 
roult.) 

FERLAMPIÉR : Bandit. (Vi- 
docq.) Vieux mot pris d'abord en 
moins mauvaise part. Se disait 
plutôt d'un homme sans valeur. 

— Abréviation de frère-lampier , 
allumeur des lampes d'une com- 
munauté religieuse. (Roquefort.) 
V. Frileux. 

FERLANDIER : Bandit. (Ra- 
basse.) — Forme altérée de /er- 
lampier. 

FERLINGANTE : Faïence, 
verre. — Harmonie imitative du 
bruit de leur choc. 

FERME (jeu) : Jeu de Bourse. 

— « Le marché ferme engage à 
la fois le vendeur et l'acheteur, 
ses échéances ne dépassent pas 
deux mois, sa négociation se fait 
comme celle au comptant. » 
(Boursicotiérisme.) 

FÉROCE (c'est un) : C'est un 
homme tout entier à son devoir, 



- i6j - FÉt 

féroce sur l'exactitude avec la- 
quelle il entend le remplir. 

// n'est pas féroce : il n'est pas 
capable. V. Méchant. 

FERRÉ (être; : Être arrêté. 
(Rabasse.) — Terme de pêcheur 
passé dans l'argot. V. ci-dessous. 

FERRER LE GOUJON : Faire 
mordre à l'appât. — « Le goujon 
est ferré, style de pêcheur, il n'y 
a plus qu'à tirer la ligne. » (M. 
Alhoy.) 

FERTANGE, FERTILLAN- 
TE, FERTILLE : Paille. (Grand- 
val, Colombey.) — Harmonie 
imitative de son frétilleipent. V. 
Greffii^r. 

FERTILLE : Figure. (Hal- 
bert.) 

FERTILLANTE : Queue. (Vi- 
docq.) — Elle frétille souvent. 

FESTON (faire du, pincer un) : 
Avoir une démarche que l'ivresse 
accidente comme des festons de 
broderie. — a Nous nous cava- 
lons, moi et Dodore, en pinçant 
un feston un peu fiscal. » (Mon- 
selet.) 

FESTONNER : Faire des fes- 
tons. — « Il va encore, ma foi, 
très-droit... c'est à peine s'il 
festonne. » (E. Sue.) 

FÊTE (être de la) : Être riche, 
avoir les moyens de festoyer. — 
(( Moi je suis toujours de la fête, 
j'ai toujours bogue et bon ra- 
din. » (Vidocq.) 

FÉTICHE : Signe représentatif 
d'un enjeu en argent. — « Le 
nouveau préfet de police veut, 
dit-on, interdire l'usage des féti- 
ches sur les tables de jeux, dans 



FEU 



— 170 — 



fie 



les cercles. » {Événement, mars 
66.) 

FÉTU : La barre de fer dont le 
bourreau se servait pour rouer. 
(Grandval.) — Le mot n'est plus 
usité, mais il fera comprendre 
l'ironie de barre (aiguille.) — Si 
l'aiguille devient une barre, la 
barre doit être un fétu. 

FEU (n'y voir que du) : Être 
ébloui, aveuglé. — « Et tu n'y 
verras que du feu. » (Cogniard, 
33.) 

FEUILLE A L'ENVERS (voir 
la) : S'étendre sous un arbre, dans 
un bois. Se dit avec un sous- 
entendu plus ou moms galant. 

Il la jeta sur le gazon. 

Ne fais pas, dit-il, la sauvage ; 

Jouis de la belle saison. 



Ne faut-il pas dans le bel âge 
Voir un peu la feuille à l'envers ? 

Cet exemple est pris dans la 
177e Contemporaine de Rétif 
(édit. 1783); mais la chanson est 
plus ancienne, car ses auditeurs 
ajoutent dans le texte : Char- 
mante quoique vieille. — a Dis 
donc, mam'selle au ruban vert, 
est-ce que t'as vu la feuille à l'en- 
vers : l'derrière de ta jupe est en- 
core tout vert.» Catéchisme pois- 
sard, 1844.) 

FEUILLE DE CHOU : Guêtre 
militaire, journal sans valeur, 
titre non valable. — « Dans une 
de ces feuilles de chou qui en- 
combrent les cafés, nous lisons.» 
(J. Lovy.) 

FEUILLETÉE (semelle) : Se- 
melle usée, dont les feuilles dis- 
jointes aspirent l'eau ou la pous- 
sière. On l'appelle aussi pompe 



aspirante. — « Parfois aussi elle 
n'a que des bottines suspectes, 
à semelles feuilletées c ai sou- 
rient à l'asphalte avec ui e gaieté 
intempestive.» (Th. Gau.ier, 43.) 

FEUX DE FILEJne pas s'em- 
bêter dans les) : Être indépen- 
dant. Mot à mot : faire iju à vo- 
lonté. — « Pour lors, n(,t' coro- 
nel, qui ne s'embête pas Jans les 
feux de file. » {Ancien Figaro, 
27.) 

FIASCO : Chute. — Italia- 
nisme. 

FICELER : Soigner sa tenue. 
Mot à mot : faire fine taille, la 
ficeler. — « Voilà mama 1 Vau- 
quer belle comme un astre, fice- 
lée comme une carotte. » (Balzac.) 
V. Trente et un. Chic, 

FICELLE : Procédé banal, acte 
de charlatanisme. Se dit à pro- 
pos de tout. — « M... pour ani- 
mer la statuaire, emprui te à la 
peinture quelques procédés; je 
n'oserais l'en blâmer, si l'austé- 
rité de ce grand art ne ref oussait 
les ficelles. » (Ch. Blanc. — « 11 
n'est pas outillé pour le t léâtre; 
il ne connaît pas les ficelljs de la 
scène. » (P. d'Anglemont. ) 

FICELLES : a Ce sent ces 
moyens vulgaires rebattus dont 
on se sert pour faire une pièce ou 
une scène, ces moyens qu'on de- 
vine. » (Dufloi) « Le culte des 
procédés épuisés et des conven- 
tions classiques qu'on a ar>pelées 
des ficelles. «(Villemot.) — « Fer- 
dinand lui indiqua plusieurs re- 
cettes et ficelles pour diiiérents 
stylesi tant en prose qu'en vers.» 
(Th. Gautier, 33.) 

FICELLE : « Employé i/avan- 



Fie 



— 171 — 



Fie 



çant qu'à l'aide de la flatterie, de 
la délation, de la bassesse. » (Na- 
viaux, 6i.) 

FICELLE : Chevalier d'indus- 
trie. 

Cadet Roussel a trois garçons : 
L'un est voleur, l'autre est fripon ; 
Le troisième est un peu ficelle. 
{Cadet Roussel, chanson, 179 3. 
Paris, impr. Daniel.) 

FICELLE (cheval) : Cheval de 
course léger et décousu. 

FICELLE : Espèce de menotte. 
— « On appelle ainsi un fil de 
laiton qui prend la main droite 
du détenu et dont l'agent tient un 
bout. » (Ponson du Terrail.) 

FICHAISE : Niaiserie, chose 
dont on peut se ficher. 

Le passé n'est qu'un songe. 
IJneJichaise^ un rien. 

(Vadé, 1755.) 

FICHANT : Navrant. —«N'est- 
ce pas, mon vieux, c'est tout de 
même fichant de se dire!... » 
(E. Sue.) 

FICHE DE CONSOLATION : 
Dédommagement. — Terme de 
whist. 

FICHÉ (il est) : Il est bien mis, 
pommadé. (Rabasse.) 

FICHER : (On prononce Jîch' 
en élidant.) — Ce verbe a un 
grand nombre de significations 
que nous allons passer en revue. 
Il n'est pas admis par le Dic- 
tionnaire de l'Académie qui 
donne cependant fichu. 

Ficher : Jeter. — « On va te 
fich' au violon. » (Gavarni.) — 
« Je l'ai fichue à l'eau.» (E. Sue.) 



— Dès la fin du xiv« s,\hc\Q, ficher 
se trouve dans le Livre du ma- 
reschal de Boucicaut. — « Quand 
Chateaumorant, avec la compai- 
gnée des autres prisonniers feu- 
rent arrivez à Venise, adonc on 
les ficha en forte prison. » (Édit. 
Petitot, t. II, p. 83.) 

Ficher : Placer. — « Qui m'a 
fichu un couvert de la sorte? 
Quel désordre ! » (Perrin.) 

Ficher : Donner. — « J' lui 
fiche un soufflet. » (1760, Cail- 
leau.) — « J'y ai fichu des gi- 
fles. » (Gavarni.) 

Ficher : Faire. — « Mais, 
voyons, Limousin, avec un mé- 
chant budget de 5o millions par 
an, qu'est-ce que tu peux fiche ?» 
(Gavarni.) 

Ne rien fiche: Ne faire aucune 
affaire, commercialement par- 
lant. 

Ne rien fiche : Ne rien faire, 
paresser. 

A ne:( vous faire fiche : Allez 
au diable. — « Ce mot cache un 
jurement très-grossier. » (Dhau- 
tel, 08.) — « Eh bien! dis à 
grand'maman qu'elle aille se faire 
fiche!» (Gavarni.) 

Ficher une colle : Conter un 
mensonge. 

Ficher un point : Coudre un 
point. — « Car pour l'ouvrage, 
je vous en souhaite! Ça ne vous 
ficherait pas un point. » (Vadé, 
1744.) 

Ficher (se) : Se mettre à. «C'est 
un mosieu que je ne connais pas. 
— Lui as-tu demandé ce qu'il me 
voulait? — Oui... il s'est fichu à 
rire. » (Grévin.) 

Se ficher ; S'habiller. —«Faut- 



Fie — 172 - 

y que ça soit chiche de ne pas se 
fiche en sauvage. » (Gavarni.) 

Se ficher : Se poster. — Le 
Livre du mareschal de Boucicaut 
(édit. Michaud), cité plus haut, 
dit qu'à une déroute de Sarra- 
sins, « les jardins favorisèrent 
beaucoup leur retraite, car s'y 
fichèrent ceuîx qui esehapper 
peurent. » (P. 276.) La même an- 
née (i3^9), on nous représente 
les Vénitiens après un combat 
maritime s'en allant ficher en 
leur ville de Modon. (P. 283.) 

Se ficher : Se moquer. — 
« Quand j'ai mangé la soupe et 
le bœuf, je me fiche du reste. » 
(La Bédollière.) — « Tu sabou- 
lis ce grand drille, qui se fichait 
de moi. » (Rétif, 177» Contem- 
poraine, 1783.) 

J' fen fiche, ;' fen ficherai : 
Formule ironiquement négative, 
équivalant à : je t'en moque. — 
a Ah bah! j' t'en fiche ! il m'em- 
brasserait toujours. » (L. Beau- 
vallet.) 

Se ficher dans la cervelle, — 
dans le toupet : S'imaginer. — 
« Ne va pas te ficher cela dans la 
cervelle. » {Le Rapatriage, pa- 
rade du xviii» siècle.) 

Se ficher du monde, du peuple, 
du public : Se moquer des hom- 
mes et de l'opinion. — « Vous 
vous fichez du monde. » (Vadé, 
1755.) 

S'en ficher comme de colin- 
tampon : Ne faire aucun cas. 
(Dhautel, 08.) Jadis, on appelait 
colins-tampons les Suisses en gar- 
nison à Paris. Les mazarinades 
en donnent plus d'un exemple 
de 1648 a i652. 

Ficher dedans : Tromper. V. 
Dedans. 



FID 

Ficher la misèrepor quartiers: 
Mener une vie misérable. 

Ficher la paix : Laisser tran- 
quille. — a Fiche-moi la paix. » 
(Jaime fils.) 

Ficher le camp : Décamper.— 
« Mon enfant, fiche-moi le camp.» 
(Rétif, 1 77» Contemporaine, 1 783.) 

Ficher les pattes : Venir. Mot 
à mot : mettre les pieds. — « Si 
vous vous permettez de fich' les 
pattes ici quand j'y serai. » (Ga- 
varni.) 

FICHTRE : Juron. Forme de 
f...tre, comme fouchtr a. —«Six 
heures ! fichtre, il me sem ble que 
nous avons failli attendre. » (E. 
Villars.) 

FICHTREMENT : Fièrement. 
— a C'est fichtrement beau le 
coup de gueule du lion. )) {Com- 
mentaires de Loriot.) 

FICHU : Capable. — « Eh ! là- 
bas... y sont fichus de ne point 
ouvrir... y faut donc enfoncer la 
porte... » (H. Monnier.) — Le 
Dictionnaire de l'Académie ad^ 
met fichu dans toutes ses autres 
acceptions. 

FICHUMACER: Diminutif de 
ficher. 

D'mandez-moi donc où c'qa'est 
Allé c' flàneux d' Cadet ? 
C qu'il peut fichumacer 
A l'heure qu'il est ? 

(Désaugiers.) 



FIDIBUS : Longue bande de 
papier pliée ou roulée pour allu- 
mer la pipe. — Une communica- 
tion de M. Fey assigne à ce mot 
une origine allemande. Dans les 
universités de ce pays, les admo- 
nestations ofljciellçs commencent 



FIL — 173 

par les mots : Fidibus (pour/- 
delibus) discipulis universitatis, 
etc. Les délinquants, qui allu- 
ment par forfanterie leurs pipes 
avec le papier de l'admonesta- 
tion, lui ont donné pour nom 
le premier mot de sa première 
ligne. — « Un roman de G. Sand 
dont il fera un fidibus après l'a- 
voir lu. » (Rouget.) 

FIELDERS : « Ensemble des 
individus qui ont fait des paris 
de courses contre un ou plusieurs 
favoris. » (Parent.) Angl. 

FIER : Grand. (Dhautel.) V. 
Blaguer, Venette, Poil. — « Ça 
lui portera un fier coup. » (Lu- 
bize.) 

FIÈVRE CÉRÉBRALE (accès 
de) : Accusation pouvant entraî- 
ner la perte de la tête. (Vidocq.) 
— Jeu de mots. 

FIFI : Vidangeur. Mot à mot: 
fi ! fi ! — Allusion au dégoût ins- 
piré par le métier. — Vieux mot. 
Une ordonnance du roi Jean 
(i35o) traite de « Testât des vui- 
dangeurs appelez maistres fifi. » 

FIGNOLER : Exécuter avec 
fini. — « C'est qu'vous fignolait 
(la contredanse). Dame, il y allait 
de tête et de queue. » (Rétif, 
1783.) — a Quel style! comme 
c'est fignolé. » (Labiche.) 

FIGNOLEUR : Qui fignole. — 
« C'est un fignoleux, mais il fait 
trop le fendant à cause qu'il a du 
bec. » (Vadé, 1788.) 

FIGURE : Derrière. — « Où 
l'on s'expose à rencontrer des 
gens dont la figure a mérité les 
verges. » (Raoul Fauvel.) 

FIL DE SOIE ; Voleur. Jeu de 
mots sur filer^ voler. — a Les 



FIL 

grands centres de réunion sont 
inspectés par la sûreté, car il n'y 
manque jamais de fils de soie ou 
de joueurs de passe-passe. » (Sta- 
mir, 67.) 

FIL EN DOUBLE : Vin. 
(Grandval.) 

FIL EN QUATRE : Eau-de- 
vie. — « Allons, Auguste, un 
petit verre de fil en quatre, his- 
toire de se velouter et de se re- 
bomber le torse. » (Th. Gautier.) 

FILAGE : Action de filer au 
jeu. « Le filage s'opère à tous les 
jeux, mais surtout au baccarat.» 
(Cavaillé.) 

FILASSE : Chevelure blanche 
et blonde comme la filasse. 

FILASSE : Matelas. — Le con- 
tenu est pris pour le contenant. 

FILATURE, FILE : Surveil- 
lance exercée par un agent qui 
suit pas à pas. — « Ils ne le per- 
dirent pas de vue au second jour 
défile. » (Stamir.) 

Faire une filature : Suivre un 
individu. (Rabasse.) 

FILER : Faire avec soin. — 
Allusion au travail de la fileuse. 
— « Vous vous êtes donné un 
mal de nègre pour filer des scè- 
nes. » [Alm. du Hanneton, 67.) 

FILER : Voler. Mot à mot : 
faire filer un objet qui ne vous 
appartient pas. De là, filouter. 

FILER : « Filer, c'est distri- 
buer une carte pour une autre 
dans le but de se faire ou de se 
compléter un beau jeu. » (Ca- 
vaillé.) 

FILER, PRENDRE EN FILA- 
TURE : Suivre, espionner. — 



FIL - 1 

« Etre filé signifie, dans le lan- 
gage des débiteurs, que le recors 
vous suit à la piste. » (Montépin.) 
— « Un garçon va dire à la per- 
sonne filée que quelqu'un la de- 
mande, et là, des sergents de ville 
l'entourent pour la remiser. » 
(Stamir.) 

Filer la mousse : Faire ses be- 
soins. (Grandval.) V. Mousse. 

Filer le luctrème : Introduire 
une fausse clé. V. Luctrème. 

Filer le parfait : Faire une 
cour assidue. Mot à mot : filer le 
parfait amour. 

Filer leplato : «Cela veut dire : 
filer l'amour platonique.» (J. Du- 
flot.) 

Filer son nœud : Partir. — 
Terme de marine. — « Viens-tu ! 
ou je file mon nœud. » (H. Mon- 
nier.) 

Filer une poussée : Repousser 
violemment. « Le concierge l'ar- 
rête; moi, je file une poussée au 
concierge et il se faufile. » (Beau- 
villier.) 

FILET : Nuance délicate et te- 
nue comme un filet d'eau. — 
« Peut-être aussi y a-t-il un filet 
de concetti shakspearien, mais 
c'est peu de chose. » (Th. Gau- 
tier.) 

Filet coupé (avoir le) : Être 
d'une grande loquacité. — Allu- 
sion à la petite opération néces- 
sitée par un certain embarras de 
la langue. 

FILEUR : « C'est un homme 
qui est chargé par la police, et le 
plus souvent par quelque téné- 
breuse officine privée, d'en sui- 
vre un autre. » (P. du Terrail.) 

FILEUR : Qui file au jeu. 



74 ~ FIL 

V. Filet. « Point de grec émérite 
s'il n'est fileur. » (Cavail'i. ) 

FILEUSE : « Chanteur sui- 
vant les voleurs et les prenant 
en flagrant délit, dans le ^eul but 
de faire payer son silence par 
une remise de i5 p. loo. » (Vi- 
docq.) 

FILLE DE MARBRE : Courti- 
sane froidement avide. — Une 
pièce de M. Barrière a consacré 
ce terme, vers i852. — « C'est à 
Paris que les filles de marbre 
apprennent péniblement le mé- 
tier qui les fait riches en une 
heure. » (J. Janin.) 

FILLE DE PLATRE : (:ourti- 
Sime. — Vient du roma i écrit 
sous ce nom par M. de Montépin, 
pour servir de pendant à 1 1 pièce 
des Filles de marbre. — « Ces 
femmes ne sont que des filles de 
plâtre. » (les Étudiants du. quar- 
tier Latin, 6o.) 

FILOCHE : Bourse. (Vi locq.) 
— Du filet qui était employ i pour 
la confection des bourses.— « Si 
ta filoche est à jeun (si ta bourse 
est à vide.) » (E. Sue.) 

FILOU : Rusé. — L'acception 
d'escroc se trouve seule d; ns le 
Dictionnaire de V Académie. Elle 
a son origine dans le werbe filer: 
voler. 

FILS DE FER : Jambes ex- 
cessivement minces. — Mot 
imagé. 

FILS DE PUTAIN : Injure à 
laquelle le peuple n'attaclie la 
plupart du temps aucune idée 
fixe. « J'ai entendu une poissarde 
dire à son fils : « Petit polifson! 
attends, fils de putain, je te ferai 
voir que je suis ta mèro. » 



FIO 



- 173 - 



FLA 



(Dauthel , note manuscrite de 
son dictionnaire, 08.) Du temps 
de Rabelais, cette triste plaisan- 
terie était déjà de mode. A la tin 
de la tempête (livre IV, ch. xxn), 
Pantagruel appelle un matelot : 
« Fils de putain. » — « Tu es 
bien aise, homme de bien, dist 
frère Jean au matelot, d'entendre 
nouvelles de ta mère. » 

FIN (faire une) : Se marier, en 
finir avec la vie de jeune homme. 
— « Cependant il faut absolu- 
ment faire une fin. Dame ! le 
siècle est positif. » (Deriége.) V. 
Papillonner. 

FINE : Excrément. — Allusion 
à la fine moutarde; on dit aussi 
la plus fine. V. Numéro cent. — 
« Un vidangeur de mes amis, 
nous a chanté la plus fine. » 
(Aubry, 36.) 

FINE : Fine Champagne. V. 
.45, Champagne. 

FIOLE : Figure. (Halbert.) 

FIOLER : Boire. (Rabasse.) — 
Dq fiole: bouteille. 

FION (coup de ) : C'est la der- 
nière main mise à un ouvrage. 
.— « Un François enseignoit à 
des mains royales à faire des 
boutons; quand le bouton était 
tait, l'artiste disoit : A présent, 
Sire, il faut lui donner le fion. A 
quelques mois de là, le mot re- 
vint dans la tête du roi; il se mit 
à compulser tous les dictionnai- 
res, et il n'y trouva pas le mot. Il 
appela un Neuchâtelois qui étoit 
alors à sa cour, et lui dit : « Di- 
« tes-moi ce que c'est que le fion 
« dans la langue françoise ? — 
« Sire, reprit le Neuchâtelois, le 
c fion, c'est la bonne grâce. » 



(Mercier, 1783.) — « Elle se lève 
pour prendre la salière qui doit, 
dit-elle, donner le dernier fion 
à la dinde. » (Ricard.) — « Les 
peintres n'ont plus que trois 
jours pour donner à leurs ta- 
bleaux ce qui s'appelle le coup 
de fion. » (Marx, 66.) 

FIONNER : Faire l'élégant.— 
« Ça s' fionne, ça se pavane et ça 
se carre. » (Bourget.) 

FIONNEUR: Elégant. — « Le 
fionneur possède une glace , 
huile antique, pommade du lion 
et cire à moustaches. » (Ber- 
tall.) 

FIQUES: Hardes. (Colombey.) 

— Ce doit être un vieux mot, 
car beaucoup de paysans disent 
encore dans le même sens afii~ 
quet. 

FIQUER : Poignarder. (Idem.) 

— Pour ficher : planter. 

FISCAL : Élégant. — C'est Fi- 
celé avec changement de finale. 

— « A ses favoris côtelettes... A 
son costume fiscal... » [Léonard^ 
parodie, 63.) V. Feston. 

FISSURE (avoir une) : Être un 
peu fou, mot à mot : avoir une 
fissure au crâne. V. Fêlé. 

FISTON : Petit fils, terme 
amical. — a Par ma fé, mon 
doux ami, mon fiston. » [Contes 
d'Eutrapel, xvi" s.) V. Gadoue. 

FLA : Note rudimentaire de la 
batterie du tambour. V. Ra. — 
ce Le tambour-major bat la me- 
sure des ras et des fias. » (M. St- 
Hilaire.) 

FLACHE : Plaisanterie. (Hal- 
bert.) Pour flanche. 

FLAGUL : Sac d'argent.—* Le 



FLA 



- 176- 



FLA 



vioque a des flaculs pleins de 
bille; s'il va à Niort, il faut lui 
riffauder les paturons. » (Vi- 
docq.) — Vient de flaque. V. ce 
mot. 

FLACUL : Lit. — Il a la forme 
d'un grand sac. V. ci-dessus. — 
« Je raplique au flacul qui m'at- 
tend. » (Vidocq.) 

FLAFLA : Grand étalage. — 
Allusion aux claquements de 
fouet. On dit dans le même 
stns faire claquer son fouet . 

^ FLAMBANT, FLAMBARD : 
Éclatant, superbe. — a Les capo- 
raux y trouvent une table un peu 
flambarde. » (La Bédollière.) — 
«T'es flambante comme une Vé- 
nus. » (E. Sue.) 

FLAMBANT : Artilleur à che- 
val. 

FLAMBART : Matelot.— « Eu- 
gène Sue est cause que la plu- 
part des canotiers s'appellent 
flambards. » (Roqueplan.) 

FLAMBARDE : Chandelle 
(Halbert); elle flambe en éclai- 
rant. 

FLAMBART : Poignard. (Vi- 
docq.) 

FLAMBE : Épée. — Allusion 
au flamboiement de la lame. 
Abréviation de Flamberge. 

FLAMBER : Briller entre 
tous. — a Des raretés qu'on offre 
à des filles qui aiment à flam- 
ber. » (Balzac.) 

FLAMBERT: Poignard. (Hal- 
bert.) Forme de flambart. 

FLAMSIQUE : Flamand. (Co- 
lombey.) — Changement de fi- 
nale. 

FLAN (du) : Non. — Abrévia- 



tion de la formule ironique : jeté 
paierai du flan. Des ne fies t des 
navets! sont des négations de 
même origine. On sait que le 
flan était une pâtisserie fort po- 
pulaire à Paris, a Si on leur pré- 
sentait :{ut, du flan et des na- 
vets comme le fond de la langue 
des vaudevillistes. » (Villemot.) 
V. Zut. 

FLAN (c'est du) : C'est bon. 

— « J'aime mieux gouêper, c'est 
du flan. » (Vidocq.) 

FLAN (au) : C'est vrai. (Ra- 
basse.) 

FLAN (à la) : Sans prémédi- 
tation, au hasard. V. Carou- 
bleur. — Abréviation de à la 
bonne flanquette. 

FLANCHE : Malice, ruse, 
biais. — « Robert voit le flanche, 
et dit : il faut le fouiller. »(Mon- 
selet.) V. Mettre (le). 

FLANCHE: Jeu de roulette. 

FLANCHER, FLACHER: Plai- 
santer. (Halbert.) 

FLANCHEUR : Joueur rusé. 
(Rabasse.) 

FLANELLE : C'est le mot flâ- 
neur zyQc changement de finale. 

— « Lèves-tu ce soir? — Ah oui- 
che! tous rapiats. — Et celui-là 
qui t'allume ? — Flanelle! » (L. 
de Neuville.) 

FLANOCHER, FLANOTTER: 
Flâner tout doucement. — « Il 
ht la rencontre d'un beau page 
de Marie-Thérèse qui fllnochait 
en rêvant. » (Commerson.) — 
« Nous flânottons depuis quinze 
heures. '»(M. Michel.) 

FLAQUE : Sac de femme. 
(Grandval.) — Du vieux mot 



FLI 



- 177 



FLO 



flaCj flacon.— Allusion de forme. 

PLAQUER : Aller à la selle. 
(Vidocq.) — Onomatopée. 

Vlà vot' fille que j'vous ramène, 
Elle est dans un propr' état : 
Depuis la barrière du Maine 
Elle a tout flaque dans ses bas. 

(Chanson connue.) 

FLATAR : Fiacre. (Halbert.) 

FLÈME, FLEMME : Paresse 
subite et invincible. — « Lundi, 
la flemm' m'accroche. » (A. Ca- 
hen.) — Décidément, j'ai la flem- 
me, je vais profiter d'un rayon 
de soleil. » (Comm. de Loriot.) 

Jour de flemme : Jour où l'on 
ne peut travailler. 

Battre sa flemme : Flâner, pa- 
resser. 

FLEURANT : Bouquet. (Hal- 
bert.) Pour fleurissant. 

FLEUR DE MAI, Fleur de 
Marie : Virginité. (Rabasse, Vi- 
docq.) — Allusion à l'Immaculée 
et au printemps de la vie. 

FLEUR DES POIS : Personne 
à la mode. 

FLIC-FLAC (faire le) : « C'est 
démantibuler la gâche d'une ser- 
rure à l'aide du monseigneur. » 
(Du Camp.) — Forme altérée de 
Fric-frac, 

FLIGADIER : Sou. (Colom- 
bey.) 

FLIGUE A DARD : Agent de 
olice. (Colombey.) Mot à mot ; 
olicier à épée. V. Flique. 

FLINGOT : Fusil d'infanterie. 

FLIQUE : « Un commissaire 
de police est un flique dans l'ar- 
got des filles. » (Parent-Ducha- 
telet.) 



FLIRTATION : Badinage ga- 
lant, manège de coquetterie. — 
Anglicanisme. — « J'occupais 
mes moments perdus à une in- 
nocente flirtation avec le baron 
de h... niVie parisienne, août,72.) 
— « Lady Elphinsbury répri- 
mait la flirtation dans ses do- 
maines. » (Aubryet, 72.) 

FLIRTER : Se livrer à la flir- 
tation. — « La dame reprocha à 
son infidèle de venir flirter aux 
Folies. y> {Figaro y 7 5.) 

FLOPPÉE : Volée de coups. 
(Halbert.) 

FLOPPÉE : Foule. 

FLOQUOT : Tiroir. (Dict, 
d'argot, 44.) 

FLOTTANT : Poisson. ( Vi- 
docq.) 11 flotte. V. Flotter. 

FLOTTE : Pension en argent. 
Mot à mot : ce qu'il faut pour 
flotter pendant quelque temps. 
Quand on ne peut flotter, on se 
trouve à sec, à la cote. — « Je 
viens de recevoir ma flotte : 
3oo fr., plus quelque menue 
monnaie. » (Villemessant.) 

FLOTTE : Réunion de per- 
sonnes. On dit : nous étions une 
flotte , pour : nous étions une 
bande. 

FLOTTER: Nager. 

FLOTTER (faire) : Noyer. 
(Rabasse.). — Ironie. 

FLOU, FLOUTIÈRE : Rien. 
(Grandval.) 

FLOU, Vaporeux, fluide. — 
Répond exactement, comme pro- 
nonciation, au latin fluidus (pro- 
noncez flouidous.) — C'est en 
effet un vieux mot. On le re- 



FLO 



- 178 



FŒT 



trouve dans le Testament de 
Villon. Ce terme, usité d'abord 
dans les arts et admis à ce seul 
titre dans le Dictionnaire de l'A- 
cadémie, a conservé partout la 
même signification de mollesse 
harmonieuse. — « Tu as dans le 
style On ne saurait dire quel 
moelleux , quelle grâce , quel 
flou. » (L. Reybaud.) — « Man- 
quant de grâce, de tout ce qui 
jette du charme et du flou dans 
l'existence. » (Paris étudiant, 54.) 

FLOUANT : Jeu. (Halbert.) 

FLOUER : Voler au jeu. (Hal- 
bert.) Abrév. de filouter. 

FLOUER : Escroquer. « En 
prenant l'argent de son pro- 
chain, on le vole; en lui faisant 
accroire la chose qui n'est pas, 
on le trompe; et, en lui faisant 
faire par ruse une faute quel- 
conque, on l'attrape. En le trom- 
pant , l'attrapant et le volant 
tout à la fois, on le floue. »(Phi- 
lipon, 40.) 

FLOUERIE : Escroquerie, 
abus de confiance. — « La floue- 
rie est au vol ce que la course 
esta la marche : c'est le progrès, 
le perfectionnement scientifi- 
que. » (Philipon,40.) 

FLOUEUR : Escroc. — <r II est 
des floueurs de tout âge, de tout 
visage et de tout rang. Il existe 
aussi des floueuses non moins 
variées. » (Philipon.) Ne s'est dit 
d'abord que des voleurs au jeu, 
car Grandval ne donne /loueur 
qu'avec ce sens, qu'on retrouve 
dans l'acception suivante. 

FLOUEUR : « Homme diri- 
geant un jeu de hasard de ma- 
nière à exploiter la cupidité des 



badauds. Les jeux principaux 
dont il se sert sont la jamaffe, 
les cocanges, les trois paquets, 
le huit, les couteaux, la bague, 
les palets, etc. » (Rabasse.) 

FLOUME : Femme. ( Vidocq.) 
— Anagramme defumtlle. 

FLOUTIÊRE : Non, rien. V. 
Flou. 

FLUKE : « Course qui, con- 
trairement à toutes les prévi- 
sions, a fait perdre le meilleur 
cheval. » (Parent.) Anglic. 

FLUTE : Canon. — Allusion 
de forme. — « Jusqu'ici il n'y a 
qu'eux qui aient fait aller leurs 
flûtes. Les nôtres auroat bien 
leur mérite. Il y en au -a bien 
trois cents de part et d'autre 
pour ouvrir le bal. » (G*' Chris- 
tophe, Lettres, 12.) 

FLUTE, FLUT : Non.— Abré- 
viation du terme suivant. {Des 
flûtes.) — « Le noble étranger 
m'a lâchée en me disant: Flûte! » 
{Almanach du Hanneton, 67.) — 
« Flûtel s'il grogne trop. » (Vil- 
lars.) V. Zut! 

FLUTES (des) : Non! — On a 
dit ce des flûtes! » (pains longs) 
comme on dit des nèfles, du flan, 
des navets. — a Oscar : Qu'en- 
tends-je? Mais vous m'aviez pro- 
mis. — Le marquis : Des flûtes ! » 
(Marquet.) 

FLYER: Un cheval trts-vite. 
Vient de fly : voler. Ar.;ot de 
courses anglais. (Parent.) Dans 
un sens plus restreint, en ap- 
pelle flyer celui qui a pi us de 
vitesse que de fond. (Id.) 

FŒTUS : Élève de première 
année à l'école de chirurgie mili- 



FON — 179 — 

taire. — Ce terme répond à celui 
d'embryon qui se prend égale- 
ment au figuré dans la langue 
régulière. 

FOIRE D'EMPOIGNE (ache- 
ter à la) : Voler. — L'ironie n'a 
pas besoin d'être expliquée. — 
<( Les tableaux du capitaine Clu- 
seret ont été achetés à la foire 
d'empoigne.» (Moniteur , 3i mai, 
72.) 

FOIRER : Avoir peur. — On 
connaît l'effet du danger sur les 
intestins. 



FOIREUX : Poltron. — Vieux 
mot. — « Vous n'aurez en vostre 
armée que des foireux en danger 
d'estre renvoyés aux foyres de 
Francfort. » {Paraboles de Cic- 
quot, iSgS.) 

FOIROU : Derrière. (Vidocq.) 

FOLICHONNER : Folâtrer. - 
a Puis, nous irons trouver Flo- 
rine et Coralie au Panorama dra- 
matique où nous folichonnerons 
avec elles dans leurs loges. » 
(Balzac.) 

FOLICHONNE, FOLICHON- 
NETTE : Fille réjouie, aimant 
le plaisir.— « Je fus épris, comme 
un toqué, d'une aimable foli- 
chonnette. » (J. Kelm.) — « Une 
folichonneuse cancane et me 
plaît mieux. » (Aubry.) 

FOLLE DU LOGIS : On 

donne ce nom très-bien trouvé à 
l'imagination et aussi à la poésie. 
— « L'imagination, cette folle du 
logis, a remplacé les lois natu- 
relles par des lois arbitraires. » 
(Mismer.) 

FONCÉ : Radical. Mot à mot: 
appartenant au parti rouge foncé. 
V. Rouge, 



FOR 



Qautre sous-prcfets et vingt maires 
Choisis parmi les plus foncés, 
S'épandront en plaintes amères. 



(G. Jollivet.) 

FONCER : Se précipiter. — 
Abréviation d^enfoncer. — a. Trois 
coquins de railles sur mesigue 
ont foncé. » (Vidocq.) 

FONCER : Donner. V. Babil- 
lardy Dardant. 

FONCER : Payer. — Mot an- 
cien. — Abréviation de foncer à 
Vappointement. Un poète du xv« 
siècle, Coquillart dit déjà : 

Il falloit qu'il vint, sus ou jus 
La fournir à son appétit. 
Car qui ne fonce de quibus. 

FONDANT : Beurre. (Colom- 
bey.) — La propriété est prise 
pour l'objet. 

FONDRIÈRES (les) : Les po- 
ches. (Rabasse.) 

FONFE, FONFIÊRE : Taba- 
tière. (Idem.) C'est une forme de 
fanffe. Même harmonie imita- 
tive du reniflement de la prise de 
tabac. 

FORESQUE : Marchand fo- 
rain. (Halbert.) — C'est forain 
avec changement de finale. 

^ FORÊT DE MONT-RUBIN ; 

Êgout, cloaque. (Idem.) 

FORME : « Un cheval est en 
forme quand sa santé, sa condi- 
tion ne laissent rien à désirer. 
On dit qu'un cheval «a perdu sa 
forme» ou qu'il l'a « retrouvée.» 
( Parent.) Anglic. 

FORT EN THÈME : Jeune 
homme qui a eu du succès au 
collège. 



FOU 



— 180 — 



FOU 



FORT-EN-GUEULE : « C'é- 
tait aussi le temps de ce qu'on 
appelait les engueulements. On 
s'engueulait d'une voiture à 
l'autre ; de fenêtres à voitures, 
de piétons à fenêtres ; chaque 
société avait son ou sa forte-en- 
gueule, espèce de crécelle à pou- 
mons d'acier chargée de répon- 
dre à tout le monde. » (Privât 
d'Anglemont.) 

FORTIN : Poivre. (Halbert.) 
— Diminutif de fort, dans le 
sens de : acre, fort au palais. 

FORT IN 1ÈRE : Poivrière. 
(Idem.) 

FOSSILE : Suranné. V. Aca- 
démicien. — Ironie. 

FOU AILLER : Manquer son 
effet. (Dictionnaire a'argot, l'j.) 

FOUAILLEUR : Libertin. — 
Un T de plus dans le corps du 
mot livre son étymologie. 

FOUCADE ; Idée subite, élan 
imprévu. 

FOUCHTRA : Auvergnat, 
charbonnier, porteur d'eau. Al- 
lusion à son juron favori. — 
a Fouchtra, vous qui avez une 
bonne poigne, tirez-moi donc 
mon pantalon. » (Ed. Morin.) 

FOUILLER (pouvoir se) : N'a- 
voir pas de quoi acquérir ou 
conquérir. Formule ironique se 
prenant au figuré. — a Les gari- 
baldiens avaient de bons fusils; 
sans l'artillerie, nous pouvions 
nous fouiller. » {Vie parisien- 
ne, 67.) — « Madame, daignez- 
vous accepter mon bras;'... Tu 
peux te fouiller, calicot.» {Alm. 
du Hanneton, 67.) 

FOUILLOUSE: Poche. Mot à 



I 



mot : endroit où l'on fouille. 
« Et vous aurez , sçavez-vous 
quoy ? force aubert en la fol- 
louse. » {Vie de saint Christophe, 
Grenoble, i53o.) 

FOUINER : S'échapper. — 
Vieux mot. — « S'il est pressé, 
que qui l'empêche de fouiner i" » 
(Vadé, 1755.) 

FOUR : Gosier. V. Chauffer le 
four. 

FOUR (faire) : Ne pas réussir. 

— Se disait autrefois des comé- 
diens qui renvoyaient les specta- 
teurs parce qu'ils n'avaient pas 
assez de monde. Se dit mainte- 
nant à propos de tout. — « Nous 
faisons four, dit Lousteau, en 
parlant à son compatriote la 
langue des coulisses. » (Balzac.) 

FOUR : Portion la plus élevée 
d'une salle de théâtre. Allusion 
à la chaleur qui y règne. — « Je 
quitte le four et je poursuis ma 
promenade aux quatrièmes lo- 
ges. » (De Boigne.) 

FOUR BANAL : Omnibus. 
(Colombey.) — Tout le monde 
peut s'y enfourner. 

FOUR IN HAND : Voiture à 
quatre chevaux. (Paz.) — Angli- 
canisme. — a II nous a été per- 
mis d'apercevoir l'élégante An- 
glaise conduisant elle-même un 
four in hand. » {Éclair ^ août 72.) 

FOURBI : Argent provenant 
de vol. (Rabasse.) 

FOURBI : Friponnerie. — 
Abrév. de fourberie, si ce n'est 
un mot de langue franquc, im- 
porté par notre armée d'Af ique. 

— a Quel fourbi, mon Dieu! quel 
fourbi ! > {Comm» de Loriot.) 



FOU 



- iSi ~ 



FOU 



FOURCHETTE : Homme de 
grand appétit, sachant bien jouer 
de la fourchette. — « Bonne 
fourchette , excellent gobelet , 
plus il mangeait, plus il bu- 
vait. » (E. Villars.) 

Voler à la four chatte :Yolev en 
introduisant les deux doigts 
dans la poche. 

Marquer à la fourchette : « Se 
dit d"un marchand de vins qui 
marque à son débiteur quatre 
consommations au lieu d'une. » 
(P. Moniteur, août 76.) Allu- 
sion aux quatre dents de la four- 
chette. 

Jouer des fourchettes : S'en- 
fuir. 

FOURCHU : Bœuf. (Vidocq.) 
Ses cornes font fourche. 

FOURGA, FOURGAT,FOUR- 

GASSE : Receleur, receleuse. 
Fourgat est la forme la plus an- 
cienne, car elle est seule donnée 
par Grand val. — Dq fourguer. 

FOURGAINE : Canne de jonc. 
(Halbert.) 

FOURGONNIER : « On nom- 
me ainsi iecantinier du bagne. » 
(Ponson du Terrail.) 

FOURGUE : Receleur. Abré- 
viation àt fourgat. « J'irai chez 
mon fourgue lui porter ce que 
j'ai à la maison. » (Beauvillier.) 

FOURGUER : Vendre à un 
receleur. (Rabasse.) — Du vieux 
mot four gager : placer dehors à 
moitié profit. Les fourgats payent 
peu en effet. V. Poisser. {2" art.) 

FOURLINE, FOURLINEUR: 
Voleur à la tire. 

FOURLINÈR : Voler. - Du 



vieux mot fourloignier : écarter. 
V. Litrer. 

FOURLOURE : xMalade. (Vi- 
docq.) 

FOURLOUREUR : Assassin. 
(Idem.) 

FOURMILLANTE : Foule. 
(Colombey.) 

FOURMILLER: Marcher vite. 

FOURMILLON : Marché pu- 
blic. — Le mot peint le fourmil- 
lement des vendeurs et des ache- 
teurs. V. Parrain. 

FOUROBER ; Fouiller. (Co- 
lombey.) — Ce doit être un vieux 
mot (four-rober) commQ fourli- 
ner. 

FOURRIER (mauvais) : Hom- 
me intègre, servant de son mieux 
les ayants droit, même à son dé- 
triment. On comprend l'ironie 
de cette locution qui a pris nais- 
sance dans l'armée, où les four- 
riers sont chargés des réparti- 
tions. 

FOUTAISE : « Bagatelle de 
peu d'importance. On dit moins 
inci vilement fîchaise. » (1808, 
Dhautel.) 

FOUTIMACER : Ne faire ou 
ne dire rien qui vaille. (Dhau- 
tel ) — c( Ne foutimacez plus les 
oreilles des dames. » [Paroles 
grasses de Caresme - prenant , 
162Ô.) 

FOUTRE AU : Combat, ac- 
tion de se f..tre des coups. — 
(( Oh ! il va y avoir du foutreau, 
le commandant s'est frotté les 
mains. » (Balzac.) 

FOUTRIQUET : Homme nul. 
— « Tous les foutriquets à cu- 

11 



FRA 



- 182 - 



FRE 



lottes serrées et aux habits car- 
rés. » (1793, Hébert.) 

FRAIS (faire ses) : Percevoir le 
dédommagement qu'on croit dû 
à ses frais d'esprit, d'amabilité 
ou de toilette. — « J'en obtiens 
un rendez-vous, et quoi qu'il ar- 
rive maintenant... j'ai fait mes 
frais. » (E. Sue.) — « La littéra- 
ture, primée en ce moment par 
la peinture, ne fait pas ses frais.» 
(Villemot.) 

FRALIN, PRALINE, FRAN- 
GIN, FRANGINE : Frère, sœur. 
«J'ai l'honneur de répéter à mon- 
sieur que madame n'y est abso- 
lument pour personne. — C'est 
bon, c'est bon, pas tant d'his- 
toires ! et va-s'yjui dire que c'est 
un vieux frangin qui la de- 
mande. » (Grévin.) V. Servir, 
A Itèque. 

FRANC, FRANCHE : Bas, 
basse. (Halbert.) 

FRANC : Hanté par les af- 
franchis. V. ce mot. V. Tapis, 
Romamichel. 

FRANCHIR : Baiser. (Hal- 
bert.) 

FRANÇOIS (la faire au père): 
Étrangler quelqu'un en lui je- 
tant autour du cou une courroie 
à boucle sans ardillon, dispo- 
sée de façon à faire nœud cou- 
lant. Pendant qu'on serre le pa- 
tient, un complice le fouille. La 
courroie est nommée jpère Fran- 
çois, du nom de l'escarpe qui 
s'en servit le premier. Cela se 
rapproche beaucoup de l'ancien 
charriage à la mécanique. 

FRANGINE : Sœur. (Rabasse.) 

FRANGIN DABE, FRANGINE 



DABUSCHE : Oncle, tante. Mot 
à mot : frère de père, sœur de 
mère. V. Fralin. 

FRANGIR : Casser. (Colom- 
bey.) Vieux mot. 

FRAPOUILLE : Guenille, et, 
au figuré, vaurien. Pour fri- 
pouille. 

FRAPPER AU MONUMENT: 
Mourir. Mot à mot : frapper à la 
porte du monument funèbre, 
V. Inférieur. 

FRÉGATE : Chapeau bicorne. 
Terme de marine. Re iversé, il 
ressemble assez à la ce que d'un 
bâtiment. — « Prenez otre fré- 
gate, ayez soin qu'elle s )it petite, 
cambrée, inclinez-la à 4^ degrés.» 
{Vie parisienne, 67.) 

FRÉGATE. V. Être (en). 

FRELAMPIER. V. Ferlant- 
pier. 

FRÉMILLANTE : Assemblée. 
(Halbert.) — C'est une lorme an- 
cienne de fourmillante. Nous di- 
sons encore fourmiller, lent hu- 
main. 

FRÉMION : Violon, ([dem.) — 
Il vous idixX. fourmiller, danser. 

FRÈRE ET AMI : ])émago- 
gue. — Allusion à la formule 
fraternelle usitée dans le parti. 
Elle eut cours dès 1848. — « Là- 
dessus, grande colère dos frères 
et amis. On organise chez le 
marchand de vin du coin une 
souscription. » (Fr. Sarcey, juin 
72.) 

FRÈRE FRAPPART : Mar- 
teau. — Jeu de mots. 

FRETILLANTE : Queue. 
(Grandval.) « 



FRt 



- i83 - 



FRÎ 



FRETILLANTE , FRETIL- 
LER : Danse, danser. (Vidocq.) 

FRETILLE : Paille. (Grand- 
val.) Forme dQfertille. 

FRETIN : Poivre. (Idem.) 
Pour fortin. 

FRICASSÉ : Perdu, de'truit. 
— « La ruyne généralle dont le 
royaume est menacé si Paris es- 
toit fri cassé. » (Second Courrier 
français, Paris, 1649.) — Le Dic- 
tionnaire de l'Académie admet 
fricasser : dépenser. 

FRIC-FRAC : Effraction. — 
Onomatopée. C'est le bruit de la 
chose qu'on casse. V. Carou- 
bleur, Flic-flac. 

FRICHTI : Régal. — Corrup- 
tion de l'allemand frûstûck : dé- 
jeuner. — « Voilà ce que je te 
conseille : c'est de payer un pe- 
tit frichti. » (Champfleury.) 

FRICOTER : Vivre de ma- 
raude, de profits peu réguliers. 

FRICOTEUR : Maraudeur. — 
« Ces mauvais troupiers pillaient 
tout sur leur passage. On les ap- 
pelait des fricoteurs. » (M. Saint- 
Hilaire.) 

FRIGOUSSER : Faire des fri- 
gousses. (Mot à mot : petits fri- 
cots.) 

FRILEUX, FRILEUSE : Pol- 
tron, poltronne. (Rabasse.) — 
Allusion au tremljlement pro- 
duit par le froid comme par la 
peur. — « Je suis un ferlampier 
qui n'est pas frileux. » (E. Sue.) 
V. Frousse. 

FRIME, FRIMOUSSE : Vi- 
sage, physionomie. — Du vieux 
mot frume.V, Coquer, Altèque, 



Gouêpeur. — « C'est bien là le 
son du grelot, si ce n'est pas la 
frimousse. » (Balzac.) 

FRIMER : Feindre, contre- 
faire. — « Ils commencent par 
leur battre comtois en frimant 
de se disputer. » (Stamir, 67.) 

FRIMOUSSER : Tricher. (Vi- 
docq.) Mot à mot : se réserver 
les cartes à figures ou frimous- 
ses. 

FRIPOUILLE : Vaurien. (Ra- 
basse.) — De fripe, chiffon. 

FRIQUET : Mouchard. (Co- 
lombey.) 

FRISÉ : Juif. (Vidocq.) — La 
frisure est un signe de la race. 

FRISES (toucher les, aller aux) : 
S'élever au sublime sur la scène 
dramatique. Mot à mot : mon- 
trer un talent assez grand pour 
toucher la frise du théâtre. — 
« Toucher les frises est le 7iec 
plus ultra de l'art du comédien. 
Mademoiselle Rachel, dans la 
scène de Camille, touchait les 
frises. » (J. Duflot.) 

FRIT : Perdu, condamné. — 
Vieux mot — ce Nous ne savons 
plus quel boys tordre. Les gueux 
sont frits, je le vous dis. » {La 
Vie de saint Christophe, i53o.) 

Rien à frire : rien à manger. 

— « La guerre fut en tous lieux 
si amère... tellement que plus 
rien à frire n'entrèrent à Paris. » 
[La Juliade, i65i.) 

FRITE : Pomme de terra frite. 

— « Le modèle lui donne quel- 
ques conseils en lui prenant 
quelques frites. » (Bertall.) — 
a De même qu'on dit une voile 
au lieu d'un vaisseau, on dit 



FRÔ 



— 184 — 



F RU 



simplement deux sous de frites. « 
(Figaro, y 5.) 

FROID AUX YEUX (n'avoir 
pas) : Être courageux, — Les 
lâches pleurent et le froid fait 
pleurer. — a Ces gaillards-là n'au- 
ront pas froid aux yeux. » 
[Rien^i, 1826.) 

FROISSEUX , FROLLANT , 
FROLLAUX : Traître, calom- 
niateur. (Vidocq.) De là le nom 
de Frollo donné par V. Hugo au 
traître dans ISotre - Dame de 
Paris. 

FROLLER, FROLLER SUK 
LA BALLE : Dire du mal. 

FROM : Fromage. — Abre'- 
viation. 

FROTESKA : Danse polonaise 
qui essaya, il y a une trentaine 
d'années, de détrôner la polka. 
— c( L'on ne pourrait, le soir, 
faire vis-à-vis à la reine Pomaré 
au bal Mabille pour une polka, 
mazurka ou froteska. » (Th. 
Gautier, 4t>.) 

FROTIN : Billard. Il est frotté 
par les billes. 

FROUFROU : Froissement 
d etoflé. — Onomatopée. — «Son 
oreille recueille précieusement le 
froufrou que fait la soie de sa 
robe. » (Ricard.) 

FROUFROUTER : Faire frou- 
frou. — « A ses côtés froufrou- 
tait, toutes jupes dehors, l'essaim 
de nos grandes cocodettes. » 
[Figaro, 76.) 

FROUSSE : Peur. Abrévia- 
tion du vieux mot frillousetè : 
frisson. V. Frileux. 



FRUIT-SEC : « A l'Ecole po 
lytechnique, les fruits-secs sont 
ceux qui, après leur exa; len de 
sortie, ne sont pas déclaiés ad- 
missibles dans les services pu- 
blics. » (La Bédollière.) — « Les 
autres écoles ont aussi leurs 
fruits-secs, ou des quatrièmes 
accessits de Conservatcire. » 
(Mornand.) — Enrin on a donné 
ce nom à tous ceux qui ne ré- 
pondent pas aux espérances 
qu'ilsont faitconcevoir. — «Note 
bien qu'il est un des frui.s-secs 
de son temps, juge d'après lui! » 
(About.) — « C'est un fr it-sec 
du suffrage universel qui e ^1^71 
obtint 24 voix. » (F. Ma.;nard, 
75.) 

V Intermédiaire de mai i865 
dit à ce sujet : « Vers 1800, un 
polytechnicien avait reçu lo nom 
de fruit-sec à cause de nom bre\ix 
envois de fruits secs que lui fai- 
sait sa famille. Cet élève n a}ant 
pas été reconnu capable d'entrer 
dans les services publics, L nom 
de fruit-sec passa à tous ceux 
auxquels un pareil malheir ar- 
rive. » — Sans ce renseigne nent, 
le mot àQ fruit sec pourrai s'ex- 
pliquer fort bien au figure. Être 
reçu à l'école, c'est déjà ^or.er un 
fruit; ne pouvoir s'y maintenir, 
c'est pour ainsi dire séchc • sur 
l'arbre où on espérait arri\ er à 
maturité. 

FRUSQUER : Donner. (Co- 
lombey.) 

f^RUSQUES : Vêtements. Abré- 
viation du vieux mot frusç uni : 
garde-robe, bien mobiliei . — • 
u Les vêtements, en terme ^;e'nc- 
ri jue, sont di^s frusques; unj pe- 
lure est un habit ou une rcdin- 



t 



FUR 



- i85 - 



FUS 



gote; le pantalon est un mon- 
tant. » (Mornand.) V. Bibloter. 

FRUSQUIN : Coquetterie de 
toilette. (Halbert.) 

FRUSQUINER : Habiller. (Vi- 
docq.) 

FRUSQUINEUR : Tailleur. 
(Vidocq.) 

FQMÉ : Radicalement perdu. 
— « Trahison ! nous sommes 
fumés. » (Mélesville.) 

FUMER : Se battre. (Grand- 
val.) 

FUMER, FUMER SANS TA- 
BAC : Bouillir d'impatience. Qui 
bout fume. — « J'ai cent mille 
fois, étant au bivouac, fumé 
sans tabac. » (Duverny, i5.) — 
« Ma femme à la mod' va se con- | 
former et cela va me faire fu- 
mer. » (Metay.) j 

FUMERONS : Jambes mai- 
gres. — Allusion de forme. Le 
fumeron est un gros brin de fa- 
got. V. Gueule. 

FUMISTE : Trompeur, mys- 
tificateur. Mot à mot : homme 
qui ïdÀt fumer les gens. 

FURIA FRANCESE : Impé- 
tuosité qui caractérise la pre- 
mière attaque d'une troupe fran- 
çaise. — Italianisme. — « Les 
commandants supérieurs met- 
tent des entraves à l'élan, à l'im- 
pulsion, à la furia francese. » 



(Impressions du siège de Belfort, 

70.) 

FUSÉE : Vomissement. — Al- 
' lusion à la violence de la pro- 
jection. — « V'ià qu' Jean-Louis 
s' mit à faire z'un renard qu'é- 
tait comme un' fusée d' la fête 
du premier vendrémiaire. » {Ca~ 
tcchisme poissard, 40.) — « Nous 
allumâmes un punch de six li- 
tres... Gare les fusées! » (Mi- 
chu.) 

FUSIL : Gosier. — Allusion à 
la forme ronde et creuse du fu- 
sil. — « A présent, mon vieux, 
colle-toi ça dans le fusil. — Une 
bouteille de vitriol m'eût moins 
chauffé. » {Commentaires de Lo- 
riot.) 

Repousser du fusil : Sentir 
mauvais de la bouche. Jeu de 
mot. V. Écarter. 

FUSILLER : Envoyer de pe- 
tits crachats en parlant. V. Écar- 
ter. 

FUSILLER : Donner un mau- 
vais dîner. — Usité dans l'ar- 
mée. 

i Fusiller le plancher : Partir en 
courant. — Comparaison du 
bruit sec des pas sur le plancher 
aux détonations de la mousque- 
terie. — Tiens! les deux autres 
qui fusillent le plancher. — En 
effet, les deux hommes venaient 

j de partir. » (Du Boisgobey.) 



GAG 



— i86 



GAL 



Gr 



GABEGIE : Fraude. Du vieux 
mot gaberie : tromperie. —«As- 
surément, il y a de la gabegie là- 
dessous. » (Deslys.) 

GABELOU : Employé des 
contributions indirectes. — Du 
vaol gabloux : officier de gabelle. 
— « Bras-Rouge est contreban- 
dier... il s'en vante au nez des 
gabelous. » (E. Sue.) 

GADIN : Bouchon. ( Rabasse.) 

GADOUE : Salope. —Du vieux 
mot gadoue : ordure. — « File, 
mon fiston, roule ta gadoue, 
mon homme, ça pue. » {Caté- 
chisme poissard, ^.) 

GAFE, GAFEUR, GAFRE : 
Soldat en sentinelle, voleur aux 
aguets pour ses complices, sur- 
veillant de prison. Ce terme vient 
du Midi, où gaffe se dit pour re- 
cors, parce qu'il saisit comme la 
perche à croc appelée gaffe. 

GAFER, GAFFER : Guetter. 
(Vidocq.) 

GAFFE (faire le) : Faire le 
guet. (Rabasse.) 

GAFFIER, GAFFRE : Sur- 
veillant. — « Les gaffiers sont 
plus mouchiques que lago. » 
(Rabasse.) V. Gafe. 

GAGAT : « Les gagats, c'é- 
taient primitivement les bouil- 
leurs et les forgerons de Saint- 
Élienne ; puis le mot s'est étendu 
à tous les habitants de la loca- 



lité sans distinction.» (Ratliery.) 

GAI : Excité, égayé par la 
boisson. — « Avoue-le, l'autre 
jour j'étais un peu lancé, n'est- 
ce pas ? — Oh ! gai tout au f lus. » 
(Ghavette.) 

GAIL : Cheval. (Colon bey.) 

— Abréviation de galier. 

GAITTE : Argent. (Rab isse.) 
Pour Guelte. 

GALAPIAT: Galopin. — Modi- 
fication de finales. — « Il dit aux 
avocats : Vous êtes un tas de 
galapiats qui vous fichez du 
monde. » (Balzac.) 

GALBEUX : Bien modelé, sé- 
duisant de galbe. —«Il n'est pas 
très-galbeux, mais je le crois très- 
roublard. » (Du Boisgobey. ) 

GALE : Personne aussi in om- 
mode et insupportable qi e la 
gale. 

GALETTE : Matelas. {Petit 
dictionnaire d'argot, 44.) — Le 
nom dit assez qu'il s'agit d'un 
matelas mince. 

GALETTE : Homme nul et 
plat; contre-épaulette portét au- 
trefois par les soldats du centre. 

- « Pour revêtir l'uniforme et 
les galettes de pousse-cailloux.» 
(La Bcdollière.) 

GALIENNE, GALIÈRE : Ju- 
ment. (Halbert.) V. ce mot. 



GAL - I 

GALIER, GALLIER : Cheval. 
— Vieux mot. Dans la Vie de 
saint Cristophe (Lyon, i53o), un 
larron s'écrie : 

Cap de Dio ! tout est despendu : 
J'ai mon arbaleste flouée, 
Et le galier pieça vendu. 

GALIFARD : a Commission- 
naire, saute-ruisseaux qui porte 
au client les marchandises ven- 
dues au Temple. » (Mornand.) 

GALIOTTE, GAYE : Partie 
entamée entre une dupe et deux 
grecs. — Le second liiot est une 
abréviation. 

GALOCHE : Menton.(Halbert.) 

GALON D'IMBÉCILE : Galon 
de soldat de première classe. Il 
était donné autrefois à l'ancien- 
neté et non au mérite. — On 
rencontre l'équivalent de ce mot 
dans les autres grades. — « Il 
passa capitaine à l'ancienneté, à 
son tour de bête, comme il di- 
sait en rechignant. » (E. About.) 

GALONS (arroser ses) : Payer 
à boire lorsqu'on est promu 
sous-officier. — « Je ne dis pas 
que... avec les camarades, pour 
arroser mes galons. » (Cormon.) 

GALOP : Réprimande éner- 
gique. — « Tu as tant fait, que 
ma mère va me donner un ga- 
lop. » (Champfleury.) 

GALOUSER : Chanter. (Hal- 
bert.) —Interversion de goualer. 

GALTRON : Poulain. (Hal- 
bert.) — Diminutif de galier : 
cheval. 

GALUCHE : Galon. (Colom- 
bey.) — Changement de finale. 

GALUGHER: Galonner.- « J'ii 



87 - GAM 

ferai porter fontange] et souliers 
galuchés. » (Vidocq.) 

GALUCHET : Valet de cartes. 

— Mot à mot : galonné. Allusion 
aux galons de sa livrée. — «Cinq 
atouts par le monarque, son 
épouse et le galuchet. » (Monté- 
pin.) 

GALURIN : Chapeau. — Ga- 
lurin à viskop : Chapeau à lar- 
ges bords. 

GALVAUDAGE : Tripotage. 

— « Surtout pas de galvaudage 
ni de chipoteries. » (Balzac.) 

GALVAUDER (se) : Compro- 
mettre sa réputation par des 
galvaudages. — « Peut-être au- 
rait-il pu trouver un emploi mé- 
diocre, mais Delobelle ne voulait 
pas se galvauder. » (Alph. Daudet.) 

GAMBETTIN , GAMBETTI- 
NE : Qui est de Gambetta, qui 
soutient Gambetta. « Pourquoi 
qualifiait-il la politique gambet- 
tine? » (F. Magnard, 75.) 

GAMBETTISTE : Partisan de 
Gambetta, fonctionnaire nommé 
par Gambetta pendant l'organi- 
sation de la défense en province. 

— « Il y a dix journaux qui 
m'ont appelé gambettiste.»(Saint- 
Genest, 75.) 

GAMBILLE : Jambe. Diminu- 
tif du vieux mot : gambe. 

GAMBILLER : Danser.— Vieux 
mot de langue romane. V. Co- 
que^. 

GAMBILLEUSE : Coureuse de 
bals. 

GAMBRIADE : Dame bien 
mise. (Rabasse.) 

GAME : Rage, hydrophobie. 
(Halbert.) C'est un vieux mot. 



GAN 



GAR 



GAMME : Admonestation sé- 
vère. Allusion au crescendo des 
reproches. 

Monter une gamme : Gronder, 
tancer. — Même allusion. 

GANGE : Clique. (Halbert.) 

GANDIN : Dandy ridicule. Al- 
lusion à l'ex-boulevard de Gand, 
qui fut leur promenade favo- 
rite. — « L'œillet rouge à la bou- 
tonnière, les cheveux soigneu- 
sement ramenés sur les tempes, 
le faux-col, les entournures, le 
regard, les favoris, le menton, 
les bottes; tout en lui indiquait 
le parfait gandin, tout, jusqu'à 
son mouchoir fortement impré- 
gné d'essence d'idiotisme. » {Fi- 
garo, 58.) 

GANDIN : Tromperie. — Du 
vieux mot gandie : tromperie. 

Monter un gandin : Dans l'ar- 
mée d'Afrique, c'est essayer de 
consommer sans payer le caba- 
retier ou maltais. — « Au Tem- 
ple , tromper un client, c'est 
monter un gandin. » (L. Lespès.) 

Gandin d'altèque : Croix, dé- 
coration. (Vidocq.) Mot à mot : 
tromperie aristocratique. 

GANDINE : Grisette. (Rabasse.) 

GANDINERIE, GANDINISME: 
Genre du gandin. — « La popu- 
lation du quartier Latin aspira 
à la gandinerie, elle n'eut plus 
qu'un but, le luxe. » {Le Passé 
de ces Dames, iSôo.) — « Le 
gandinisme, c'est le ridicule dans 
la sottise. » (G. Naquet.) 

GANTER : Convenir, mot à 
mot : aller comme un gant. On 
dit : cela me gante ! comme cela 
me chausse. 



GANTS (donner pour les) : 
Donner une gratification en sus 
du prix convenu. — C^tte ex- 
pression était prise au xvii« siè- 
cle dans l'acception générale de 
pourboire. Elle venait de l'espa- 
gnol paragante. — « Et le luy 
rendoit moyennant tant dépara- 
gante. » (T. des Réaux.) 

GANT JAUNE : . Quand on 

dit d'un homme qu'il perte des 
gants jaunes, qu'on l'appelle un 
gant jaune, c'est une r.anière 
concise de dire : un liomme 
comme il faut. »(Alph. Karr, 41,) 
— « Quand on a relevé le^ cada- 
vres des émeutiers, qi'a-t-on 
trouvé en majorité? Des malfai- 
teurs et des gants jaunes 1 » dit 
M. Granier de Cassagnac dans 
son apologie du coup d'Ltat de 
Louis Napoléon. 

GARÇON DE CAMBROUSE : 
Voleur de campagne, — Au 
moyen âge, garson sicnifiait 
souvent vaurien. — « La ce gnade 
à gayet servait le trèpe pour lais- 
ser abouler une roulotte f; rguée 
d'un ratichon, de Chariot et de 
son larbin et d'un garçon dt cam- 
brouse que j'ai reconobré pour 
le petit Nantais. » (Vidocq.) 

GARDANNE : « Si parr<«gnu- 
res vous entendez les morceaux 
de coupons de soie, ou garJan- 
nes, vous ne vous êtes p; s in- 
quiété d'une branche fort 1 jcra- 
tive de l'industrie parisienne. » 
(Privât d'Anglemont.) 

GARDE A CARREAU ( ivoir 
une). Se garder à carreau : Se 
tenir prêt à parer tout accident. 
Ce doit être un jeu de mot: an- 
cien. Carreau signifiait ja lis : 
trait, projectile. — a Je m'i per- 



GAR 



— i8q - 



GAT 



eus bientôt qu'il avait plusd'uiit: 
garde à carreau. » [Mémoires de 
Rovigo, 29.) 

GARE DES VOITURES : Pru- 
dent, rangé. — Allusion aux 
dangers de la circulation pari- 
sienne. — « Je suis honnête 
homme maintenant... un bour- 
geois garé des voitures. » (M™" 
Ratazzi, 66.) 

GARGAMELLE : Gosier. — 
Vieux mot. 

GARGARISER (se) : Boire à 
pleines rasades. C'est l'équiva- 
lent exact de se rincer le gosier. 
V. Taper sur les vivres. 

GARGOT : Gargote. — Abré- 
viation. — « Dans les crémeries 
borgnes et dans les gargots de 
la grande truanderie. » (P. Par- 
fait.) 

GARGOUENNE, GARGOUI- 
NE, GARGOINE, GARGOUIL- 
LE, GARGUE : Gosier. — Tous 
ces mots dérivent du dernier et 
doivent être aussi anciens que 
lui. — Nous disons encore gar- 
gouille et gargariser. — « La gar- 
gouine me démange, il faut l'hu- 
mecter, c' gosier, afin d' pouvoir 
recommencer. » {Catéchisme 
poissard, 44.) — « Ouvre la gar- 
gouine. Prends le bout de ce 
foulard dans tes quenottes. » 
(E. Sue.) 

GARIBALDI (coup de) : Coup 
de tête donné par un malfaiteur 
à celui qu'il veut dépouiller le 
soir dans la rue. — « Arrivé près 
de sa victime, il se précipite sur 
elle en lui donnant un violent 
coup de tête dans l'estomac. Ils 
appellent cela le coup de Gari- 
baldi. » (Notes d'un agent, 69.) 



GARIBALDI : Courte chemise 
rouge, petit chapeau de feutre. 
— Allusion au costume du fa- 
meux patriote italien. — (( On 
peut faire le dandy, le Garibaldi 
sur le coin de l'oreille. » (Le 
Gai Compagnon maçon.) 

GARNAFIER, GARNAFLE : 

Fermier. 

GARNI : Chambre garnie. — 
(( Un lit en bois peint, une com- 
mode en noyer, un secrétaire en 
acajou, une pendule en cuivre, 
des vases de porcelaine peinte, 
cela s'appelle un garni. » (Champ- 
fleury.) V. Poussier. 

GARNI : Petit hôtel meublé. 
— « Une maison garnie s'ap- 
pelle aussi un garni en raison du 
bas prix des loyers. » (E. Sue.) 

GARNISON : Vermine à de- 
meure dans un lit ou sur un in- 
dividu. V. Grenadier, Négresse. 

GARROTAGE (vol au) : C'est 
le même que le vol du père 
François. (V. ce mot.) Ici la 
courroie est assimilée au garrot 
espagnol qui étrangle les crimi- 
nels. 

GAS : Malin. — « L'employé 
était un gas. » (Stamir, 67.) — 
Mot à mot : un garçon. 

GATEAU (avoir du) : Avoir 
sa part de vol. (Rabasse.) 

GATEAU (papa, maman) : Se 
dit des parents qui gâtent leurs 
enfants. — Jeux de mots sur le 
verbe gâter, et sur le gâteau qui 
le représente d'ordinaire vis-à- 
vis des enfants. — « Soit que le 
hasard, — ce papa gâteau des 
rêveurs, — ait à leur endroit des 
préférences spéciales. » (Marx.) 

XI» 



GAU 



— iqo 



GAZ 



GATEUSE : Longue capote à 
la mode en 1875. Allusion aux 
capotes de la Salpêtrière, hôpi- 
tal réservé aux gâteux. — a Un 
petit gommeux complètement 
crevé dit au cocher d'une voix 
éteinte, du fond du grand collet 
de sa gâteuse. » {Figaro^ 75.) 

GATEUX : Imbécile. — Ac- 
ception figurée d'une infirmité 
connue. Bien qu'elle soit assez 
mal-propre, on en use pour rem- 
placer idiot et iyifect, qui ont 
fini par sembler fades, — « Puis 
il faut avouer, me dit M. de B..., 
que cet Allemand est un joli gâ- 
teux. » (Nord, septembre 72.) 

GAUCHE (la) : Le parti de 
l'opposition démocratique. — 
Ainsi nommé parce qu'il se place 
d'ordinaire au côté gauche de 
nos assemblées législatives. — 
a Des sommets de la gauche, il 
fit pleuvoir des interpellations.» 
(E. d'HerviUy.) 

GAUCHE fdonner à): Se trom- 
per. Mot à mot, s'écarter de la 
ligne droite. 

GAUCHER : Membre de la 
gauche de l'Assemblée nationale. 
— a Y a pas mal de différence 
entre les gauchers et les droi- 
tiers. » (Figaro, jS.) 

GAUDILLE : Épée. (Grand- 
val.) 

GAUDINEUR : Décorateur. — 
Du vieux mot gaudiner : s'amu- 
ser. La gaieté des peintres en bâ- 
timent est proverbiale. 

GAULE : Cidre. Mot à mot : 
Vin gaulé dans les pommiers. 

GAULOIS : « Autrefois c'était 
peut-être un compliment à un 



écrivain que de dire : Vous êtes 
Gaulois. L'esprit gaulois, c'est-à- 
Jire la belle humeur triviale, est 
devenu un anachronisme. » (Au- 
bryet.) 

GAUX-PICANTIS : Pou. 
(Grandval.) — Halbert àxtcpoux, 
ce qui n'est pas la même chose, 
mais ce doit être une faute d'im- 
pression. 

GAVÉ, GA VIOLÉ : Ivre. Mot 
à mot : gorgé jusqu'au gosier. — 
Du vieux mot gaviot. 

GAVOT : Compagnon. \. Dé- 
vorant. 

GAVROCHE : Gamin. — Type 
des Misérables de V. Huf;o. — 
« Augustine Brohan en gavro- 
che. » [Vie parisienne, 67.) 

GAY : Laid, drôle. (Vidocq.) 

GAYE : Fausse partie. V. Ga- 
liotte. 

GAYE, GAYET : Cheval. — 
Abréviation de galier. V, Gar- 
çon. 

GÀYERIE : cavalerie. 

GAZ (éteindre son) : Mojrir. 
Mot à mot : s'éteindre te ut à 
coup comme un bec de ga x:. — 
« La pauvre vieille éteint son 
gaz... Une indigestionA'andouil- 
iettes. » (About.) 

GAZ (lâcher le) : Péter. — Al- 
lusion à la nature et au bruit de 
l'expulsion. — « D'autres ci ans 
un coin, mais sans honte, lâ- 
chent le gaz et font des renards.» 
(Chansonnier, 36.) 

GAZ (faire son) : Aller à la 
garde-robe. (Grandval.) 

GAZON : Perruque mal j^ei- 



GER 



— igr 



GIG 



gnée, ébouriffée comme une 
touffe d'herbe. 

GAZOUILLER : Parler, chan- 
ter. — Vieux mot. — « Laquelle 
de tous les deux qu'a le plus de 
choses dans le gazouillage? » 
(Vadé, 1788.) 

GÊNEUR : Importun, causeur 
gênant. — « On ne pouvait plus 
faire un pas dans la rue sans 
rencontrer un de ces gêneurs. » 
(P. Véron.) 

GENEVIÈVE : Gin. Jeu de 
mots sur le genièvre qui est la 
même chose que le gin. 

GENOU : Tête aussi nue qu'un 
genou. « Il ébauchait une calvi- 
tie dont il disait lui-même sans 
tristesse : Crâne à trente ans, 
genou à quarante. » (V. Hugo.) 

— « Dire au vieux monsieur : 
lâchez-moi donc le coude, mon 
bonhomme, et à Chaillot le 
genou qui renifle. » (G. Rémi, 
Tam-Tam, 75.) 

GENREUX : Homme qui fait 
du genre, poseur ridicule. 

GENTLEMAN : Gentilhomme, 
dans la langue des anglomanes. 

— a Nous sommes certes de par- 
faits gentlemen. » (Frémy.) 

GENTLEMAN RIDER -.«Hom- 
me du monde qui monte dans 
les courses. » (Paz.) 

GENTRY : Société aristocra- 
tique. — « Imposant à la gentry 
par son nom et sa fortune. » 
(Aubryet.) 

GEORGET : Gilet. — Vieux 
mot. 

GERBE : An de prison. (Ra- 
basse.) 



GERBER : Juger. (Vidocq.) 
Mot à mot : réunir tous les actes 
de la vie passée, en faire une 
gerbe, un faisceau pour l'accu- 
sation? V. Manger. 

Gerber à la passe : Condam- 
ner à mort. — On dit souvent 
en parlant de la mort : Il faut la 
passer. — « On va le buter. Il est 
depuis deux mois gerbe à la 
passe. » (Balzac.) 

GERBERIE : Tribunal. (Vi- 
docq.) 

GERBIER : Juge. (Vidocq.) 

GERNAFLE : Ferme. — Pour 
garnafle. 

GÉRONTOCRATIE : Puis- 
sance de la routine représentée 
au théâtre par le type deGéronte. 
M. James Fazy, de Genève, a dé- 
buté dans les lettres par un ou- 
vrage intitulé : De la Géronto- 
cratie j ou Abus de la sagesse 
des vieillards dans le gouverne- 
ment de la France^ 28. 

GI : Oui. (Halbert.) V. Gy. 

GIBERNE : Derrière. — Allu- 
sion à la place ordinaire de la 
giberne. — « Il donne en riant 
une légère tape sur la giberne 
de Léa. Léa : Insolent. » (L. Le- 
roy.) W.' Pinceau. 

GILBOCQUE : Billard. (Hal- 
bert.) — Onomatopée. C'est le 
bruit de la bille qui en rencon- 
tre une autre. 

GIGOLETTE : Grisette, fau- 
bourienne courant les bals pu- 
blics. 

GIGOLO : Petit jeune homme 
fréquentant les lieux où se ren- 
contre la gigolette. 



GIR - 

Si tu veux être ma gipolette, 
Oui, je serai ton gigolo. 
(Chanson populaire, i85o,) 

GILET EN CŒUR : Élégant, 
fashionable. — a Lundi vous trou 
viez au Théâtre-Français les gi- 
lets en cœur les plus brillants 
de Paris. » (Figaro, 76.) — La 
description suivante donne l'éty- 
mologie du mot : « Cela fait, 
regagnez votre domicile, glissez 
les jambes dans un pantalon si- 
mulant la vis au cou-de-pied ; 
encadrez le plastron de votre che- 
mise dans un gilet ouvert jus- 
qu'au nombril, et endossez l'ha- 
bîtnoir préalablement orné d'un 
œillet blanc. » (Marx, 67.) 

GILMONT : Gilet. — Chan- 
gement de finale. 

GINGINER : Faire une œil- 
lade. — « Elle gingine à mon 
endroit... » (Gavarni.) 

GINGLARD, GINGLET : Pi- 
quette. — Du vieux mot gin- 
guet : petit vin aigre. — Le vin 
nouveau qui est aigre s'appelait 
]adïs jain. V. Lacombe. — ce Nous 
avons arrosé le tout avec un pe- 
tit ginglard à six qui nous a fait 
éternuer... oh! mais, c'était ça!» 
(Voizo.) 

GINGUER : Envoyer des coups 
de jambe. — Du vieux mot ^/o-we, 
jambe. 

GIROFLE : Jolie, aimable, 
bonne. — « Montron drogue à sa 
largue : bonnis-moi donc giro- 
fle. » (Vidocq.) — V. Coquer. 

GIROFLÉE A CINQ FEUIL- 
LES, A PLUSIEURS FEUILLES : 
Soufflet. — Les cinq feuilles re- 
présentent les cinq doigts de la 



192 — OU * 

nain. — « Je vous lui donnai . 
ine giroflée à cinq feuilks sur le 
Tiusiau. » (Rétif, 1783.) 

GIROFLERIE : Amabil i té. ( Vi- v 
Jocq.) — De girofle : aimable. 

GIROFLETTER : Souffleter. » 
— De giroflée : soufflet. — « Ah ! > 
l'a-t-elle girofletté ! » (Bal/-ac.) 

GIROLLE : Oui, soit. (Vi- 
docq.) 

GIRONDE : Jolie, bieii faite. 
(Rabasse.) 

GIROUETTE : Homme poli- 
tique dont les opinions chan- 
gent selon le vent de la fcrtune. 
On a publié depuis 181 5 juatre 
ou cinq dictionnaires do Gi- 
rouettes. 

GITRE : J'ai. (Grandval ) Mot 
à mot ifitre. (V. Itrer.) ^ idocq 
donne à tort, croyons-nc us, le 
verbe gitrer. 

GIVERNEUR : Vagabond cou- 
chant dans la rue. (Vidocq.) 

GLACE : Verre à boire. 
(Grandval.) De l'anglais gla^s qui 
a le même sens. 

GLACI : Verre de vin. (Ra- 
basse.) — Terme maçonnique. 

GLACIÈRE PENDUE : Ré- 
verbère. (Halbert.) V. Pend.i. 

GLACIS: Vitres, carreaux. (Ra- 
basse.) 

GLAVIOT : Crachat. — Dhau- 
tel dit Claviot. 

GLIER, GLINET : Di ible. 
(Grandval.) 

GLISSANT : Savon. (Vid >cq.) 
— Se fait glisser. 

GLISSER (se laisser glissji) : 
Mourir. — On dit plus souv.nt : 



GNA 



- iq3 - 



GOB 



il s'est laissé glisser. Quand on 
glisse, on tombe, et c'est de la 
grande chute qu'il s'agit ici. — 
« C'est là (à un restaurant de la 
chaussée du Maine), que j'ai ap- 
pris, entre autres bizarreries, les 
dix ou douze manières d'annon- 
cer la mort de quelqu'un : Il a 
cassé sa pi pe, — il a claqué, — il 
a perdu le goût du pain, — il a 
avalé sa langue, — il s'est ha- 
billé de sapin, — il a glissé, — 
il a décollé le billard, — il a cra- 
ché son âme, » etc., etc. (Del- 
vau, 65.) 

GLORIA : Petit verre d'eau-de- 
vie versé dans une demi-tasse. — 
De même que le gloria patri se 
dit à la fin des psaumes, ce gloria 
d'un autre genre est la fin obli- 
gée d'un régal populaire. — « A 
la chaleur d'une demi-tasse de 
café bénie par un gloria quel- 
conque. » (Balzac.) 

Gloria : Petite demi-tasse. — 
« Ne fût-ce qu'une absinthe ou 
un gloria. » (About.) 

GLORIEUSES (les) : Les trois 
journées de la révolution de i83o, 
qualifiées ordinairement de glo- 
rieuses dans le langage officiel 
d'alors. — a Les trois journées 
de février qui répondirent aux 
glorieuses de i83o avec une si 
fatale symétrie. » (Aubryet.) 

GLOU-GLOU : Action de ver- 
ser du vin à la ronde. — Har- 
monie imitative du bruit du li- 
quide en s'échappant du goulot. 
V. Absorption. 

GLUTOUSE (la) : La figure. 
(Ra basse.) 

GNAN-GNAN : Mais, maise. 
— Redoublement du vieux mot 



niant : rien. Talraa écrit à ma- 
dame Bourgoin, le ig septembre 
■^5 : (( Vous avez prouvé au pu- 
blic et à vos camarades que vous 
êtes en état de jouer autre chose 
que des gnans-gnans. » 

GNIAF, GNIAFFE : Savetier, 
et par extension : homme gros- 
sier, mal élevé. — « C'est le cor- 
donnier gniaffe que nous nous 
sommes proposé surtout de pein- 
dre. » (P. Borel.) — « Je dis, 
monsieur le baron, que vous êtes 
un gniaf, et que vous me prenez 
pour un autre. » (E. Villars.) 

GNI0L,GNI0LLE, GNOLLE: 
Sans valeur intellectuelle, niais. 
— Vient de gnan-gnan avec chan- 
gement de finale. On a écrit ce 
mot de toutes les façons. La plus 
ancienne, celle de' i8o5, doit 
être préférée. — « Des journa- 
listes très-ignorants,, se servent 
du mot césarisme dans une très- 
mauvaise acception. Il faut avoir 
été de l'hôtel de ville pour être 
aussi gniol que cela. » (J. Ri- 
chard.) — «Mais il est si gniolle, 
ce gouvernement! il est si fei- 
gnant ! si propre à rien. » (Mon- 
tépin.) — « Pas si gnolle, c'est 
des gosses, ça. » (Rousseliana, 
95.) 

GNOGNOTE : Chose sans va- 
leur. — Même étymologie que 
gnan-gnan. — « Josepha... c'est 
de la gnognote. » (Balzac.) 

GNOLE : Tape. — Abrévia- 
tion de Torgnole. — « Quoi! tu 
n' peux ly riche une gnole des- 
sus la tronche. » [Dialogues 
poissards, xviii* siècle.) 

GOBANTE (femme) : Femme 
très-séduisante. Mot à mot : vous 



GOB 



— 194 — 



GOD 



gobant, vous prenant tout entier 
à première vue. 

GOBBE : Calice. (Vidocq.) — 
Abréviation de Goblet. 

GOBE-MOUCHE : Espion. 
(Halbert.) Mot à mot : mouche, 
faisant métier de gober (avaler) 
les gens. V. Mouche. 

GOBÉ (Être) : Être bien ac- 
cueilli. (Rabasse.) Mot à mot : 
être fort goûté par les gens. 

GOBELET (sous le) : Sous les 
verrous, en prison. (Rabasse.) 
-- Comparaison du prisonnier 
à la muscade couverte par le go- 
belet d'un escamoteur en plein 
vent. 

GOBER (la) : Mourir, être 
victime d'un accident. — « Ce 
poltron-là, c'est lui qui la gobe 
le premier. » (L. Desnoyers.) V. 
Billet {donner son). 

GOBER : Être fort épris. 

GOBER (se) : Se croire une 
supériorité. — « A la fenêtre 
d'un restaurant, deux cocottes 
dégustent des huîtres... — Moi, 
dit Gavroche, j'aime pas les fem- 
mes qui se gobent. » (Brévannes, 
67.) 

GOBESON : Verre. (Vidocq.) 

— Diminutif de Gobbe. 

GOBETTE : Verre. (Halbert.) 

— « Je n'ai pas le sou. Il faut 
tout de même gagner de quoi 
payer la gobette (verre de vin) à 
la cantine. » (P. de Grandpré.) 

GOBEUR, GOBEUSE : Hom- 
me crédule, femme crédule. — 
a Venu au monde avec toute la 
naïveté d'esprit qui constitue le 
gobeur, je rencontre à chaque. 



instant des sceptique?. » (A. 
Marx.) 

GOBICHONNADE : Régal, 
festin. — De gobichoiner. — 
« En avant la gobichonaade ! » 
(Labiche.) 

GOBICHONNER : Se régaler." 
— Diminutif du vieux mot Go- 
biner. — « Il se sentit capable 
des plus grandes lâche:és pour 
continuer à gobichonner de bons 
petits plats soignés. » (Balzac.) 

GOBICHONNEUR : Gour- 
mand. — « Le roi, le triompha- 
teur des gobichonneurs. » (La 
Bédollière.) 

GOBILLEUR : Juge d'instruc- 
tion. (Halberi.) — 11 av., le (go- 
bille) les réponses du prévenu. 

GOBSECK : Usurier. — Nom 
d'un type de la Comédie hu- 
maine, de Balzac. 

Avec son cortège daranû 
De Gobseks à la mine blette, 
Qui vous disent d'un to 1 peiné : 
« Ça fa tonc bas vort, la r. ulede ? » 

(G. JoUixet.) 

GODAN -.Conte fait k plaisir. 
— Du vieux verbe Goder, se ré- 
jouir, s'amuser (gaude-e.) — 
« Quand on parle de de ctrines 
nouvelles aux gens qu'on croit 
susceptibles de donner dans ces 
godans-là. » (Balzac.) 

GODARD : Mari d'une femme 
qui accouche. 

Bientôt ma femme accouc le; 
J' suis d'abord Godard. 



{Chansons^ Toulon, 3o,) 



; leur a dit : ergo glu ! 
ez Godard, sa femme accouche! 
Ce ne sera pas par ma bouche 



Mol 



GOG 

Que redit sera lu, s'il l'est; 
II ne me plaist pas. 



- 195 



GOI 



{Le Cowrier burlesque^ i650j 2« par- 
tie.) 

GODDBM : Anglais. — Allu- 
sion au juron favori des An- 
glais. 

Un gros Auvergnat, piqué jusqu'au vif, 
Au Goddem mettant le poing sous le pif. 

(Festeau.) 

GODICHE, GODICHON : Ri- 
dicule. — a Que tu es donc go- 
diche, Toinon, de venir tous les 
matins comme ça! » (Gavarni.) 

GODILLER : Être allumé par 
le désir, convoiter charnellement. 
Pour l'origine de ce mot, il faut 
se reporter au mot gaudille qui 
a été pris au figuré. 

GODILLEUR : Convoiteur. 

GODILLOT : Soulier de sol- 
dat, et par extension : mauvais 
soulier. C'est le nom d'un four- 
nisseur, appliqué au produit fa- 
briqué sans doute par beaucoup 
d'autres. 

GOFFEUR : Serrurier. (Co- 
lombey.) 

GOGO : Dupe, homme trop 
crédule, facile à tromper. — Abré- 
viation du mot gogoyé : raillé, 
plaisanté. Villon paraît déjà con- 
naître gogo dans la ballade où 
il chante les charges de la grosse 
Margot qui... 

Riant, m'assit le poing sur le sommet, 
Gogo médit, et me lâche un gros pet. 

— « C'est encore ces gogos-là 
qui seront les dindons de la 
farce. » (E. Sue.) — « Avec le 
monde des agioteurs, il allèche 



le gogo par l'espoir du divi- 
dende. » (Deriége.) 

GOGUENAUX : Lieux d'ai- 
sance. — « Il fumera dans les 
goguenaux aux jours de pluie.» 
(La Cassagne.) 

GOGUENOT : Grand quart, 
vase de fer blanc de la contenance 
d'un litre dont se munissent les 
troupiers d'Afrique. Il va au 
feu, sert à prendre le café, s'uti- 
lise comme casserole et comme 
gobelet. 

GOGUENOT, GOGUENEAU : 
Pot de nuit, baquet servant de 
latrines portatives, — « La meil- 
leure place, la plus éloignée de 
la porte, des vents coulis et du 
goguenot ou thomas. » (La Bé- 
dollière.) 

GOGUETIER: Membre d'une 
goguette. — a Le goguetier est 
Parisien, il est chansonnier, il 
aime la musique, les refrains 
bruyants. C'est d'ailleurs un ou- 
vrier laborieux et honnête. » 
(Berthaud.) 

GOGUETTE : Société chan- 
tante. — Au moyen âge, ce mot 
signifiait : Amusement, réjouis- 
sance. — « Il y a environ trois 
cents goguettes à Paris, ayant 
chacune ses affiliés connus et ses 
visiteurs. » (Berthaud.) 

GOINFRE : Chantre, — Allu 
sion à sa bouche toujours ou- 
verte pour chanter aux offices. 

GOITREUX : Niais. — Cette 
injure est une variante de crétin; 
on sait que les crétins sont gé- 
néralement goitreux. — a II vient 
à BuUier deux sortes de gens. 
Tune composée de jeunes goi- 
treux de l'autre côté de l'eau, de 



GOS 

ramollis aux ongles roses. » (A. 
Brun, 67.) 

GOMME (haute) : Fashion ri- 
dicule de l'un ou l'autre sexe. 
Allusion à ce que certaines toi- 
lettes ont de trop empesi et de 
trop brillant. « Quelques rensei- 
gnements sur les bas de la haute 
gomme féminine... 11 y en a de 
toutes les nuances... » (F. Ma- 
gnard, j5.) — « Anna est très- 
connue dans toute la haute et 
demi-gomme. » (Vassy, 1875.) 

GOMMEUX : C'est le petit 
crevé de 1875. «La haute et ba^se 
bicheiie, les purs gommeux et 
même des journalistes. » (A. 
d'Aunay, 75.) — « Dans notre 
ignorance parisienne, nous ap- 
pelons boyard ce qu'à Saint-Pé- 
tersbourg on désigne sous le nom 
générique de gommeux. » (A. 
Wolff, 75.) 

CONGE, GONCESSE : hom- 
me, femme. (Rabasse.) 

GONZE, GONZESSE : Niais, 
niaise. — ce Mais votre orange est 
fichée. Elle n'a point de queue? 
— Allez donc, gonze. » (Vadé, 
1788.) V. Aplomb, Regout, Râ- 
leur. 

GOSSE : Jeune enfant. (Ra- 
basse.) Abr. de gosselin. 

Gosse : mensonge. — On di- 
sait autrefois gausse. — « Conter 
des gausses, faire des menson- 
ges badins. » (Dhautel, 8.) V. 
Gnolle. 

GOSSELIN , GOSSELINE : 
Jeune homme, jeune lille. (Ra- 
basse.) 

GOSSELIN : V. Être (en). 



96- 

GOTEUR 
bert.) 



GOU 

: Pailla -d. (Hal- 



GOTON : Fille de mauvaise 
vie. — Abréviation de Margo- 
ton. — « Est-ce que tu nous 
prends pour ta goton, avec ta fe- 
miliarité? » (Catéchisme pois- 
sard, 40.) 

G OU ALAN TE : Chanson. 
'Halbert.) "Mot à mot : chan- 
tante. 

GOUALER : Chanter, ^al- 
b^rt.) Mot à mot : fare sortir 
du gosier. Du vieux met goule : 
gosier. 

GOUALEUR, GOUALEUSE : 
Chanteur, chanteuse. (Jlalberl.) 
— Eugène Sue a donné ce nom 
à l'un des types de son roman : 
les Mystères de Paris. 

GOUAPE : Vie de gouapeur, 
— «J'aime mieux jouer la poule... 
Parce que t'es un gouapeur, mais 
ceux qui préfèrent le sentiment 
à la gouape, c'est pas ça. » (Mon- 
selet ) — « Mes amis, unissons 
nos voix pour le triomphe de la 
gouape. » (C. Reybaud.) 

GOUAPE, GOUATEaR,^ 
GOUAPEUSE, GOUÊl'EUR : 
Vagabond, fainéant, déb luché. 

Sans paffes, sans lime, plein decrottCi 
Aussi rupin qu'un plongeur, 
Un soir, un gouêpeur en ribote 
Tombe en frime avec un vokur. 

(Vidocq.) 

Le Dictionnaire d'argot publié 
à la suite du Cartouche de Grand- 
val (édition non datée, i-jt) ne 
donne que la forme giuapeur 
avec la signification « iioninie 
sans asile». On trouve une phy- 
siologie complète du type dans 



GOU - I 

me chanson de J.-E. Aubry, qui 
i paru en i836 : le Gouapeiir. 
c Pauvre Dupuis, marchand de 
/in malheureux, que de goua- 
:3urs trompèrent ta confiance ! » 
Monselet.) — « Quant aux va- 
gabonds adultes qu'on désigne 
in style d'argot des gouêpeurs. » 
iM. Christophe.) 

GOUAPER, GOUÊPER : Va- 
gabonder. — « J'ai comme un 
. brouillard d'avoir gouêpé dans 
mon enfance avec un vieux chif- 
fonnier. » (E. Sue.) 

GOUAPEUR : « Les prison- 
niers occupés aux travaux des 
ateliers sont désignés sous le 
nom de gouapeur par ceux qui 
ne font rien.» (Rabasse.) — Iro- 
nie. V. Gouape. 

GOUÉPEUR : V. Gouape. 

GOUGNOTTE : V. être (en). 

GOUJON (avaler le) : Mourir. 
>— <( Quoi qu'on dise et quoi 
'"qu'on fasse, il faut avaler le gou- 
jon. » (Francis, i5.) 

GOULOT : Bouche. — Allu- 
sion au goulot de la bouteille. 

Plomber du goulot , sentir 
mauvais de la bouche. — Jouer 
du goulot, absorber des petits 
verres. {A Imanach des Débiteurs.) 

GOULU : Poêle. (Vidocq.) — 
Il est goulu de bûches. 

GOULU : Puits. (Idem.) — Il 
ouvre une grande gueule comme 
un goulu. 

GOUPINE : Mise étrange. 
(Halbert.) 

GOUPINÉ (mal) : Mal vêtu. 
(Rabasse.) 

GOUPINER : Voler. - «Voilà 



97 - GOU 

donc une classe d'individus ré- 
duite à la dure extrémité de tra- 
vailler sur le grand trimar, de 
goupiner. » (Cinquante mille vo- 
leurs de plus à Paris, Paris, 3o, 
in-8.) — « J'ai roulé de vergne 
en vergne pour apprendre à gou- 
piner. » (Vidocq.) 

GOUPLIN, GOUPLINE : Pot, 

pinte. (Halbert.) 

GOURBI : Hutte de brancha- 
ges. — Mot importé d'Afrique. 
— « On fait des gourbis et des 
gabions. » [Commentaires de 
Loriot.) 

GOURDEMENT : Bien, beau- 
coup. V. Pavillonner, Artie. 

GOURER : Tromper. (Hal- 
bert.) Vieux mot. 

GOUREURS : « Les goureurs 
sont de faux marchands qui ven- 
dent de mauvaises marchandises 
sous prétexte de bon marché. Le 
faux marin qui vend dix francs 
des rasoirs anglais de quinze 
sous... goureur. L'ouvrier qui a 
trouvé une montre d'or et qui 
veut la vendre aux passants... 
goureur. » (Paillet.) 

GOURPLINE : Pinte. (Hal- 
bert.) Ce doit être une altération 
du mot goupline, qu'un éditeur 
négligent aura défiguré. 

GOUSPIN : Mauvais gamin. 
Diminutif du vieux mot gous, 
chien. — « Quarante ou cin- 
quante jeunes gouspins bruyants 
et rageurs. » (Commerson.) 

GOUSSE : V. Être (en). 

GOUSSET PERCÉ (avoir le) : 
N'avoir pas un sou en poche. — 
« Comment faire quand on a le 
gousset percé ? » (Letellier, 39.) 



GRA 

GOUTTE : Portion d'eau -de- 
vie (un décilitre en général.) — 
« J'appelai ma mère qui buvait 
sa goutte au petit trou. » (Rétif, 
1783'.) V. Pégossier. 

GOYE : Dupe, niais. Signifie 
aussi chrétien chez les juifs. — 
« Le goye te mire, le pante te 
regarde. » (Monselet.) 

GRAILLON : Femme sale. 
Mot à mot : sentant le graillon 
de la cuisine. 

GRAILLONNER : Parler. (Vi- 
docq.) Du vieux mot grailler : 
croasser. 

GRAILLONNER : Écrire. {Pe- 
tit dictionnaire d'argot y 44.) 
Mot à mot : cracher de l'encre 
sur le papier. 

GRAILLONNEUR : Homme 
qui expectore souvent. — « Com- 
me c'est ragoûtant d'avoir affaire 
avant son déjeuner à un grail- 
lonneur pareil! » (H. Monnier.) 

GRAIN : ECU. (Grandval.) 
C'est un vieux mot qu'on ren- 
contre souvent. Dans la Vie de 
saint Christophe ( Grenoble , 
i53o), deux brigands méditent 
une attaque contre le premier 
passant. « S'il avoit des grains, 
dit l'un d'eux, on lui raseroit le 
mynois. » 

AVOIR UN GRAIN : Dérai- 
sonner. Mot à mot : avoir un 
grain de folie dans le cerveau. 

Avoir un grain : Être ivre. 
(Rabasse.) Même allusion. 

GRAISSAGE : Don d'argent 
fait de la main à la main. On dit 
graisser la patte pour donner de 
l'argent. — « De là, un grais- 
sage de patte à celui qu'on veut 
gagner qui constitue le plus clair 



98 - GRA 

des revenus du pipelet. « (J. Pre- 
vel.) 

GRAISSE : Argent. ^ Il y a 
de la graissCj il y a un bon bu- 
tin à faire. 

Voler à la graisse : Voler au 
jeu. (Rabasse.) Altération de 
Grèce. V. ce mot. 

Voler à la graisse : Se faire 
prêter sur des lingots dor et sur 
des diamants qui ne sont que 
du cuivre et du strass. ;Vidocq.) 

GRAISSE : Gratter. (Halbert.) 
Poster, battre. (Rabasse.) 

Graisser la marmite : Payer sa 
bienvenue dans un régiment. 

Graisser ses bottes : Se prépa- 
rer au départ, et, au figuré : être 
près de mourir , recevoir les 
saintes huiles. 

GRAND BONNET : Évêque. 
(Halbert.) — Allusion à sa mitre. 

GRAND TURC : Formule né- 
gative. — (( Ma chère, il pense à 
toi comme au Grand Turc. » 
(Balzac.) 

GRANDE: Poche. (Go] ombey.) 
Celle des voleurs doit être grande. 

GRANDE BOUTIQU] 1 : Pré- 
fecture de police. (Halbert.) 

GRANITIQUE : Grmdiose, 
impérissable. — Allusion à la 
dureté du granit. — « Ce drame 
pyramidal, obéliscal et graniti- 
que qui m'a fait frémir. » (Alm, 
du Hanneton, 66.) 

GRAS (il y a) : Il y a de l'ar- 
gent. — « Faire tant d'embarras 
quand dans le gousset il n'y a 
pas gras. » (Metay.) V. Train, 
Vole, Graisse. 

GRAS-DOUBLE : Feuille de 
plomb. (Grandval.) Il s agit ici 



GRE 



— 199 



GRE 



de la feuille employée pour la 
toiture et enlevée par des voleurs 
qui, la roulant autour du corps, 
sous les vêtements, se donnent 
un second gras-double, c'est-à- 
dire un embonpoint factice. 

GRASDOUBLIER : Voleur de 
plomb. V. Limousineur. 

GRATOUSE : Dentelle. 
(Grandval.) Elle gratte légère- 
ment la peau. 

GRATTE : Abus de confiance. 

— K II y a de la gratte là-des- 
sous. » {La Correctionnelle.) 

GRATTE : Gale. (Golombey.) 

— Eftet pris pour la cause. 

GRATTE : Pièce grattée, re- 
tenue en cachette par la coutu- 
rière sur les étoffes confiées par 
la pratique. 

GRATTE- COUENNE : Bar- 
bier. (Halbert.) Mot à mot : 
gratte-peau. 

GRATTE-PAPIER : Fourrier. 

— Allusion à ses fonctions de 
scribe. V. Rogneur. 

GRATTER : Arrêter. (Vi- 
docq.) 

GRATTER : Voler. Mot à 
mot : faire la gratte. — ce Au 
diable la gloire, il n'y a plus 
rien à gratter. » (M. Saint-Hi- 
laire.) 

GRATTOIR, GRATTON : Ra- 
soir. — Il gratte la peau. 

GREAT ATTRACTION : 

Grande att^jftction. — Anglica- 
nisme. — « Le great attraction 
de la soirée, c'est le début d'Al- 
bert Glatigny. » {La Lune, 6j.) 

GREC : Homme faisant métier 
de filouter au jeu. — Il faut re- 



connaître que jamais le peuple 
grec n'a été renommé pour sa 
bonne foi. Saint Jérôme l'a dit 
nettement : Jmpostor et Grœcus 
est (épître X ad Furiam). Cicé- 
ron appelait la Grèce Grcecia 
mendax. Toutefois, M. Francis- 
que Michel paraît n'avoir trouvé 
un exemple de la signification 
actuelle que dans un livre de 
1758 : L'histoire des Grecs ou 
de ceux qui corrigent la fortune 
au jeu. 

GRÈCE : Monde des grecs. 
a La télégraphie joue un grand 
rôle dans la Grèce de la bouil- 
lotte. » (Cavaillé.) 

Volera la Grèce : Voler au jeu. 

GRECES : Filous s'entendant 
pour offrir à leur dupe un béné- 
fice considérable sur le change 
des pièces d'or étrangères aux- 
quelles ils substituent, au der- 
nier moment, des pièces faus- 
ses. « Les grèces sont perpétuel- 
lement en voyage, soit à pied, 
soit en voiture, pour chercher 
des victimes. » {Le Paravoleur, 
26.) 

GREFFER : Manquer de nour- 
riture. (Rabasse.) 

GREFFIER, GRIFFON : Chat. 
— Allusion à ses griffes. 

C'est la dabuche Michelon 
Qu'a pomaqué son greffier, 
Qui jacte par la venterne 
Qui le lui refilera. 

Le dab Lustucru 
Lui dit : « Dabuch' Mich'lon, 
Allez 1 votre greffier n'est pas pomaqué; 
Il est dans le roulon, 
Qui fait la chasse aux tretons, 
Avec un bagaffre de fertange 
Et un fauchon de satou. 

(Chanson argotique de la Mère 
Michel, cités par M.Fr.Michel .) 



GRE 



— 200 — 



GRI 



GREFFIR : Dérober finement, 
comme le chat. (Grandval.) 

GRÊLE : Patron ou maître 
tailleur. 

GRÊLE : Tapage. (Halbert.) 

— Allusion au bruit de la grêle. 

GRENADIER : Gros pou. Mot 
à mot : pou d'élite. Il faut se 
rappeler ici le sens de Garnison. 
V. ce mot. 

GREiNASSE : Grange. (Grand- 
val.) — Vient de grain, comme 
grenier. 

GRENOUILLE : Caisse, grosse 
somme. Mot à mot : réunion de 
grains (écus). V. Grain. On a 
joué sur les mots en écrivant 
grenouille au lieu de grainouille. 

— « II tenait la grenouille. » 
(Vidal, 33.) — « Les soldats s'i- 
maginent toujours que les ser- 
gents-majors mangent audacieu- 
sement la grenouille. » (La Bé- 
doUière.) — a II a fait sauter la 
grenouille de la société. » (L. 
Reybaud.) 

GRENU, GRENUCHE : Blé, 
avoine. (Grandval.) V. Grenasse. 

GRENUE, GRENUSE : Fa- 
rine. (Idem.) 

GRÈS : Cheval. (Colombey.) 

GRÉSILLONNER : Demander 
du crédit. {Almanach des Débi- 
teurs.) 

GREVIER : Soldat. (Rabasse.) 
Forme de grivier. V. ce mot. 

GRÉVISTE: Ouvrier en grève 
— « La réunion des grévistes a 
l'honneur de vous faire part de 
ses conclusions. La journée de 
travail sera réduite de dix heures 
à huit, dont trois consacrées au 
repos. » (Sardou.) 



GRIFFARD : Chat, (Grand- 
val.) — Il griffe. 

GRIFFLEUR : Briizadier de 
prison, (Halbert.) — II fouille 
et griffle ce qu'ont les prison- 
niers. 

GRIFFONNER : Jurer. (Hal- 
bert.) 

GRIFLER : Prendre. (Grand- 
val.) 

GRILLER UNE (en) : Fumer. 
— (( Passe-moi du tabac que j'en 
grille une. » (L. de Neu .ille.) 

GRIME : Arrêté. (Halbert.) 

GRIMPANT : Pantalon. (Ra- 
basse.) Il grimpe le long des 
jambes. Même allusion 4ue dans. 
haut de tire. 

GRINCHE -.Voleur. — « Après" 
avoir choisi l'écrin, le grinche 
paye le joaillier. » (Paillet.) 

Grinche de cambrouse : ce Les 
voleurs de campagnes . autre- 
ment dltsgrinches de cai ibrouse, 
lessiveurs de croyant, valeurs au 
croquant, exploitent unie uement 
la province et les foires. » (Ra- 
basse.) 

GRINCHER : Voler. V. Tur- 
binement, Plan, Douille. 

GRINCHEUX : Grognon. 

Es-tu grincheux, es-tu maissade? 
Digères-tu mal tes repas? 

(G. Jollivet.) 

GRINCHIR : Voler. (Re basse.) 

GRINCHISSAGE : Vol. W. Par- 
rain. 

GRINCHISSEUR : Voleur. 
; llabasse.) 

GRIPIS : Meunier. (Gra idval.) 
V Grispis. 



CRÛ 



— 201 — 



GRU 



GRIPPE-JESUS : Gendarme. 
(Vidocq.) Inventée par des vo- 
leurs, l'épithète prouve à quel 
point on tient à passer pour être 
honnête dans tous les métiers. 

GRIS : Vent. (Grandval.) — 
Vieux mot de langue romane. La 
bise est la sœur du gris. On dit 
encore : un froid noir. 

GRISES (en faire voir de) : 
Faire endurer des souffrances à 
quelqu'un, qui ne peut voir en 
rose. — « Ma tante Aurélie qui 
disait l'autre jour à maman 
qu'elle t'en ferait voir des gri- 
ses... » (Gavarni.) 

GRISPIN, GRISPIS : Meunier. 
(Halbert.) — La farine lui donne 
une couleur grise. 

GRIVE : Guerre. (Grandval.) 

— Vieux mot s>\^mfidin\. fâcheux, 
méchant. Griever voulait dire 
]di<ï\?, faire du mal. On dit en- 
core : grièvement blessé : dan- 
gereusement blessé. — « Les 
drilles ou les narquois, en reve- 
nant de la grive, en trimardant, 
quelquefois basourdissent les 
ornies. » (Vidocq.) 

GRIVE : Garde, patrouille. 
(Halbert.) — Mot à mot : réunion 
de griviers. 

GRIVIER : Soldat. (Halbert.) 
De grive {guerre). 

GROGNARD : Vieux soldat. 

— Allusion à l'humeur gro- 
gnonne des vétérans. Voici le 
plus ancien exemple du mot : 
« On appelle grognard, à l'ar- 
mée, les soldats qui ont déjà 
beaucoup de service et qui por- 
tent des moustaches. » (Cadet - 
Gassicourt.) 



GROOM : Petit valet. —« Sa- 
vez-vous ce que c'est qu'un petit 
groom ? Eh bien ! c'est un petit 
bas des reins qu'est pas plus haut 
que ma botte. » (Festeau.) 

GROS FRÈRES, GROS TA- 
LONS, GROS LOLOS : Cava- 
liers de réserve. — « Ces solides 
et imposants cavaliers que nous 
appelons des gros frères. » (Tro- 
chu, 67.) — « Gros lolo, gros ta- 
lon, c'est le sobriquet donné aux 
carabiniers et aux cuirassiers. » 
(La BédoUière.) 

GROSSE CAVALERIE : Cu- 

reurs d'égout. — Allusion à leurs 
grandes bottes. 

GROTTE (être à la) : Être aux 
galères, au bagne. (Rabasse.) 

GROUCHY (Petit) : « Article 
arrivé en retard à l'imprimerie. » 
(Balzac.) — Allusion à la tradi- 
tion contestée qui impute à Grou- 
chy la lenteur de sa marche sur 
Waterloo. 

GROUIN : Visage. — Anima- 
lisme. — « Allons, venez, z'a- 
moureuxdes vingt mille Vierges, 
que j' vous applique mon visage 
sus l'grouin.» {Catéchisme pois- 
sard, 40.) 

GRUE : Sot, sotte. — « Les 
regnards ne perchent plus au 
poulailler; le monde n'est plus 
grue. » {Paraboles de Cicquot, 
1593.) 

GRUE : « C'est ordinairement 
une grande belle fille qui, ne sa- 
chant que faire, un beau matin 
s'improvise actrice et s'en va sol- 
liciter un engagement dans un 
théâtre de vaudeville. » (Duflot.) 

GRUTOUSE (la) : La gale. 



GUE 



— 202 



GUE 



(Rabasse.) — On a dû dire d'a- 
bord gratouse. Effet pris pour la 
cause. 

GUEDOUZE : Mort. (Colom- 
bey.) 

GUELTE : « La guelte était 
une prime accordée aux commis 
qui réussissent à vendre des mar- 
chandises défectueuses... Mais 
bientôt on s'aperçut que les em- 
ployés ne s'occupaient que des 
articles gueltés. Alors on mit de 
la guelte sur toutes les marchan- 
dises. » (Naviaux.) — Germa- 
nisme. DQgeld qui veut dirQ ar- 
gent en allemand. 

GUENAUD, GUENAUDE : 
Sorcier, sorcière. (Halbert.) 

GUEULARD : Gourmand. 
Mot à mot : à grande gueule. — 
« V'ià du résiné pour Zidore; 
toi, t'auras rien, t'es trop gueu- 
lard. » (Ourliac.) 

GUEULARD : Braillard. 

GUEULARD : Poêle, sac. (Vi- 
docq.) — L'un et l'autre avalent 
ce qu'on leur présente. 

GUEULARDISE : Friandise. 

GUEULE : Grosse voix. — La 
cause est prise pour l'effet. — 
a Molière était l'ami de l'avocat 
Fourcroi qui avait une voix de 
tonnerre. Une discussion s'éleva 
entre eux à table. Molière finit 
par dire : ce Qu'est-ce que la rai- 
« son avec un filet de voix contre 
« une gueule comme celle-là? » 
(Abbé Raynal, Anecdotes litté- 
raires.) 

Casser, crever la gueule : Frap- 
per à la tête. — « Tu me fais al- 
ler, je te vas crever la gueule. » 
(A. Karr.) 



Faire sa gueule : Fa; re le dé- 
daigneux. Mot à mot : Faire sa 
tête. 

Taire sa gueule : Cesser de 
parler. — Une caricature de 1840 
porte cette légende : a Tu vas 
taire la gueule, ou j'te repasse un 
coup de savate par ks fume- 
rons. » 

GUEULETON : Repas plantu- 
reux. Mot à mot : dont ci a pleia 
la gueule. — « Je ne v ms parle 
pas des bons gueuletons ju'elle se 
permet, car elle n'est p ;s grasse 
à lécher les murs. » (V dal, 33.) 
— « Chacun d'eux sui i de sa 
temme, à l'image de Notre- 
Dame, firent un ample gueule? 
ton. » (Vadé, 1 788.) 

GUEULETONNER : Faire 
des gueuletons. 

GUEUSARD : Terme amical. 
V. Gueux-gueux. « Appelle-moi 
gueusard, scélérat, lui dis-je. » 
{Amours de Mathieu, 32.) — 
(( Et vous flânez souvent, gueu- 
sard ! B (E. Sue.) 

GUEUSE : Prostituée ~ « II 
se ruina avec des gueuses, » 
écrit, en 171 2, Saint-Sirron, par- 
lant du duc de Sully. V. Cou- 
railler. 

GUEUX, GUEUSE : « Que j'en 
ai gagné de c'te gueuse d'ar- 
gent! » (H. Monnier.) — Pris en 
bonne part. 

GUEUX: Chaufferette, —a Les 
dames des halles se se vent de 
ces horribles petits pots en grès 
qu'on nomme des gueu.\ Elles 
les posent sur leurs geno jx pour 
se réchauffer les doigts. »( P. d'An 
glemont.) 



HAB 



— 2o3 — 



HAL 



GUEUX -GUEUX : Mot d'a- 
mitié : 

Puis quand c'est fini, le gueux-gueux 
Se bichonne avec élégance. 

CMarquet.) 

GUIBE, GUIBOLLE, GUI- 
BON : Jambe. — Vieux mot, 
car on disait jadis giiiber pour 5e 
débattre des pieds. — a Si nous 
.prenions place. Ça me botte, vu 
que j'ai les guibolles affaiblies. » 
(J. Ladimir, 42.) 

GUICHEMAR : Guichetier. 
: (Vidocq.) 

GUIGNOLANT : Malheureux. 
IDe guignon. 

GUIMBARDE : Vieille voi- 
■ture. — « Monsieur, pourquoi 
votre guimbarde n'est-elle pas 
; prête? » (Cormon.) 

GUINAL: Juif. (Vidocq.) Mot 
i à mot : circoncis. De guinaliser : 
< circoncire. 

GUIRLANDE : Chaîne d'ac- 
couplement des forçats. — a Le 



poids de la manille et de lachaîn 
est de douze livres à peu près. 
— On appelle cette chaîne guir- 
lande , parce que , remontant 
du pied à la ceinture, où elle est 
fixée, elle retombe en décrivant 
un demi-cercle, dont l'autre extré- 
mité est rattachée à la ceinture 
du camarade de chaîne. » 
(M. Christophe, Sj.) 

GUITARE : Rengaîne. — Al- 
lusion ironique à l'école des 
troubadours classiques de 1820. 
Chaque volume de vers avait 
alors son portrait d'auteur drapé 
dans un manteau à grand collet 
et faisant vibrer son luth (gui- 
tare classique) au milieu de 
ruines éclairées par la lune. — 
« On désigne au théâtre sous le 
nom de guitare une sorte de 
plainte incessante , revenant 
comme un son monotone.» (Du- 
flot.) 

GY, GIROLLE : Oui, bien, 
très-bien. (Grandval.) 



H 



HABILLÉ DE SOIE : Cochon. 
— iMot à mot : habillé de soies. 
Jeu de mots. 

HABIN, HABINE : Chien, 
chienne. (Halbert.) Pour Happin. 

HABIT ROUGE : Anglais. - 
C'est la couleur favorite de leur 
uniforme. — « Les habits rouges 
voulaient danser, mais nous les 
avons faitsauter. Vivent les sans- 
culottes! » (Mauricault, 1793.) 



H ALÊNES : Outil de voleur.— 
Allusion aux alênes de cordon- 
nier? — « Crois-moi, balance tes 
halènes. » (Vidocq.) 

HALLEBARDES (Il tombe 
des) : Il tombe une forte pluie. 
Mot à mot : pluie à vous percer 
jusqu'aux os. — « Je pianoche, 
quand il tombe des hallebardes.» 
(Villars.) 

HALOT : Soufflet. (Halbert.) 



HAR 



— 204 — 



HAU 



— C'est le vent ou haie du feu. 

HANDICAP : Genre de courses 
dont la distance et les poids ne 
sont indiqués qu'après l'engage- 
ment. (Paz.) 

HANDICAPER : Homme 
chargé de répartir la surcharge 
entre les chevaux figurant au 
handicap. (Paz.) 

HAPPER LE TAILLIS ; Fuir. 
Mot à mot : gagner précipitam- 
ment un fourré de bois. L'image 
est expressive. 

Et lui soudain de happer le taillis, 
Laissant le pauvre sot dedans le mar- 
guuillis. 

(Grandval.j 

HAPPIN : Chien. (Grandval.) 
De happer : saisir. 

HAPPINER : Mordre. 

HARIA : Embarras. — Dès 
le xv"^ siècle, on trouve haria dans 
les poésies de Coquillard. — 
« C'est un haria que de chasser 
si loin. » (Balzac.) 

HARIADAN BARBEROUSSE: 
Christ. — Allusion à la barbe 
rousse du Christ. — « Il rigolait 
malgré le sanglier qui voulait lui 
faire becqueter Hariadan Barbe- 
rousse.» (Vidocq.) 

HARICOTS (l'hôtel des) : Pri- 
son delà garde nationale. Elle a 
disparu avec elle, mais non sans 
avoir eu ses historiographes. — 
Le premier bâtiment affecté à 
cette destination fut le vieux col- 
lège de Montaigu, place du Pan- 
théon, dont le régime légumi- 
neux était jadis célèbre. Les ha- 
ricots de Montaigu étaient pro- 
verbiaux. (Voyez Barbiste.) il 
n'en a pas fallu davantage pour 
que les prisons de la garde natio- 



Équipe- 
lais » est 



fer gril-^. 
n. — AL 
larpe ou^ 
ui signi* 



nale fussent successive nent ap- 
pelées hôtels des haricc s. — a A 
midi, j'arrive à la prison de la 
garde nationale, vukairemenf 
appelée hôtel des haricots. » (Vil' 
leaiot.) 

HARICOT VERT : V uleur ma- 
ladroit. 

HARMONIE (faire de I') : Faire 
tapage. (Grandval.) — Ironie. 

HARNAIS : Habits. \. Bobe. ] 

Harnais de Grives : 
ment militaire.— «Har 
un vieux m-ot. 

HARPE : Barreau de 

lant une fenêtre de prisi 
lusion aux cordes de la 
abréviation de harpion ( 
fiait gr/^e au moyen âge. — Harpi 
se dit aussi d'une grille de fer. • 

HARPE (pincer de ]a) : Être 
en prison. (Rabasse.) —Jeu de- 
mots. ) 

HARPION : Mains, pieds^; 
(Grandval.) V. Arpion. '• 

HAUSSIER : Boursier jouant 
à la hausse. — « Il est bien en- 
tendu que le haussier n'achète 
que pour revendre, ce mme le 
baissier vend pour racheter. » 
[Boursicotier isme.) 

HAUSSMANNISER : Expro-? 
prier, démolir et reconstruire sur- 
une immense échelle, selon les er- 
rements de M. Haussm mn, an- 
cien préfet de la Seine. — « Nous 
sommes décidément hajssman-' 
nisés, mes chers. La n oitié du 
jardin y passe. » (E. Vil ars, (Jb.) 

HAUT DE TIRE : Culotte. 
(Halbert.) C'est l'ancien haut de 
chausses avec changer icnt du' 
dernier mot. V. Tirant, 



nic 



— 2o5 — 



HOM 



HAUT-TEMPS : Grenier. 
(Grandval.) Pour autan : lieu 
élevé. 

HAUTE (la) : La partie riche 
d'une caste sociale. Il y a des lo- 
rettes de la haute, des voleurs 
de la haute. Le malheureux qui 
se trouve en fonds dit en plaisan- 
tant : Je suis de la haute. — « Ja- 
mais aussi le sportman n'a couru 
les salons et la haute, comme on 
dit au club. » (Ornano, 44.) — 
«Des dames de la haute, non des 
étudiantes. » (Carmouche.)— « Il 
y a lorette et lorette. Mademoi- 
selle de Saint-Pharamond était 
de la haute. » (P. Féval.) — « Si 
nous ne soupons pas dans la 
haute (dans un restaurant fashio- 
nable), je ne sais guère où nous 
irons à cette heure-ci. » (G. de 
Nerval.) 

HAUTEUR (être à la) : Être 
intelligent. (Rabasse.) Mot à mot : 
A la hauteur de sa mission. On 
dit : Il n'est pas à hauteur. 

HAVANE : Petit chien de race 
havanaise. 

Havane : Tabac, cigare de la 
Havane. — « Le boudoir fume 
le Havane. » (A. Montémont.) 

Havane : De couleur blond 
brun , comme le cigare de la 
Havane. 

HAVRE, GRAND HAVRE : 
Dieu. (Halbert.) Mot à mot : 
port, grand port. — Dieu est le 
port du salut. 

HERPLIS : Liard. (Halbert.) 

HERS : Maître. (Colombey. 
— Vieux mot dans lequel on re- 
trouve le herus latin, sinon le 
herr allemand. 

HIC (voilà le) : Voilà le diffi. 



Latinisme. — 



cile de l'affaire 
\ ieux mot. 

HIGH LIFE : Grand monde. — 
Anglicanisme. — a Les chroni- 
queurs de high life trempent 
leurs plumes pour décrire les 
magnificences du bal. » {L'Eclair. 
72.) — « Madame de Blanchet, 
une de nos charmantes élégantes 
du high life parisien. » {Moni- 
teur, 2.) 

HIT : Annonce de tipster, con- 
firmée par les faits. V. tipsters. 

HOMICIDE : Hiver. (Halbert.) 

— Sa rigueur tue les misérables. 

HOMMES A PASSIONS : V. 
Passions. 

HOMME DE BOIS : Nom 
qu'on donne dans les imprime- 
ries à celui qui rajuste les plan- 
ches avec des petits coins en 
bois. {Cabarets do, Paris, 21.) — 
Jeu de mots. 

HOMME DE LETTRE : Faus- 
saire. (Vidocq.) Jeu de mots. 

HOMME DE PAILLE : 
Homme étranger aux choses ac- 
complies sous la responsabilité 
de son nom. — « Quoi qu'il ar- 
rive, M. Bitterlin aurait été... son 
homme de paille, son gérant, son 
compère. » (About.) — « J'ai un 
prête-nom, un homme de paille, 
je lui confie mon argent, et il s'en 
sert à mon profit. » (Montépin.) 

HOMME MALADE : L'empire 
de Turquie. — Terme ironique 
inventé par un ministre anglais. 

— On sait que cette puissance 
n'existerait plus en Europe sans 
les secrètes rivalités des gou- 
vernements chrétiens. — « Quand 
il dissertait avec le ministre 
d'Angleterre sur l'héritage pro- 

12 



HUG 



— 206 — 



HUI 



chaîn de l'homme malade. » 
(John Lemoinne, 75,) 

HOMMELETTE : Homme 
sans force et sans énergie. (Dhau- 
tel.) — Jeu de mots. 

HONNÊTE : Printemps. (Hal- 
bert.) 

MONTEUSE : V. Être {en). 

HOPITAL : Prison. (Vidocq.) 
V. Malade et Fièvre cérébrale qui 
complète l'allusion. 

HORRtURS : Propos liber- 
tins. 

Quand les bégueules ont des masques, 
Elles raffolent des horreurs. 

(Festeau.) 

Horreurs (faire des) : En venir 
des paroles à l'action. 

HORSEFLEST : u Littérale- 
ment viande de cheval. On dit 
un connaisseur en horseflestd'un 
homme qui connaît de tout ce 
qui concerne le chevaL » (Pa- 
rent.) Anglicanisme. 

HORSE (clipping) : Cheval de 
haute qualité. — Game horse, 
cheval courageux. — Maiden 
horse : cheval qui n'a jamais ga- 
gné de prix. — Pumped-out 
horse : cheval épuisé. — Big 
horse : cheval insuffisamment 
entraîné. (Parent.) Argot de cour- 
ses anglais. 

HOTERIOT: On nomme ainsi 
la hotte des chiffonniers. (P. d'An- 
glemont.) — Diminutif de Ao^^e. 

HUGOLATRE, HUGOPHILE : 
Admirateur exclusif de Victor 
Hugo. — «Ah! tu es hugophile. 
Tu es donc un géant pensif.'' » 
(Michu.) 



HUILE : Argent. (Grandval.) 
V. Beurre. 

HUILE : Soupçon. — Il pénè- 
tre et s'étend comme une tache 
d'huile. — « L'huile, c'est le 
soupçon. » (Du Camp.) 



BRAS : Vigueur 



Coup 
II n'a 

nseur, 

prand 

ne de 

1649, 



HUILE DE 

corporelle. 

HUILE DE COTRET : 

de bâton. (Dhautel.) — « 
plus à courir après l'offt 
chargé de cotrets. » {Le 
Gersay battu ou la ca; 
M. de Beaufort. Paris, 
in-4.) 

Nos bastonnades sont sûrts, 
Nous panserons les blessures 
Avec l'huile de cotrel. 
(A. Leullier, Ronde des gourdins.) 

HUIT RESSORTS : A oiture 
très-suspendue. — « Jamai> Anna 
Deslion, Julia Barucci, Adèle 
Courtois, n'ont dans le huit res- 
sorts promené de mine aussi 
noble. » (Les Cocottes.) 

HUITRE : Graillon. — Allu- 
sion d'aspect. — « Dis donc, 
cousin d' mon chien! mrngeux 
d'huîtres sans citron. » [Cat. 
poissard, 40.) 

Huître: Imbécile. — «Combien 
il a fallu d'huîtres pour f jurnir 
un pareil collier ! disait un vau- 
devilliste à la jolie fem:ne. — 
Oh ! il n'en a fallu qu'une! ré- 
pondit-elle en souriant. » (Marx.) 

Huître de Varennes : Fève de 
marais. (Halbert.) 

HUITRIFIER : Abrutir. 

HUMANITAIRE : L'humani- 
taire est le zélateur d'une secte 



IDI 

récente... « L'humanitaire est le 
radical par excellence. Petites ou 
grandes, à ses yeux, toutes les 
réformes se tiennent. » (Michel 
Raymond, 33.) 

HUMECTER : Boire. V. Cas- 
que. 

HUNTER : Cheval de chasse. 
(Paz.) Anglicanisme. 

HURÉ : Riche. (Halbert.) Pour 
Huppé. 

HUSSARD A QUATRE 
ROUES: Conducteur d'artillerie, 
soldat du train des équipages. — 
« Aussi partagent-ils avec le train 
des équipages militaires le sobri- 



— 207 — ILL 

quet de hussards à quatre roues. » 
(Labédollière.) 

HUSSARD D'ABBAYE : Gen- 
darme. (Rabasse.) C'est-à-dire 
hussard d'échafaud. V. Abbaye 
de monte à regret. 

HUSSARD DE LA GUILLO- 
TINE : « Le gendarme a diffé- 
rents noms en argot : quand il 
poursuit le voleur, c'est un md^r- 
chands de lacets ; quand il l'es- 
corte, c'est une hirondelle de la 
Grève; quand il le mène à i'écha- 
faud, c'est un hussard de la guil- 
lotine. » (Balzac.) 

HUST- MUST : Grand merci. 
(Grandval.) 



ICICAILLE, ICIGO: Ici.— 
Adjonction finale. V. Dardant. 

IDÉALISTE : Artiste ou écri- 
vain plaçant l'idée au-dessus de 
la réalité dans l'exécution. — 
« Ces idéalistes-là trouvent tou- 
jours qu'il y a trop de couleur ! 
pourquoi pas trop de toile ! » (J- 
Richard, 72.) 

IDÉE (Une) : On dit une idée, 
un soupçon, un scrupule, une 
larme, pour quelques gouttes de 
liquide. 

Idées {avoir des) : Avoir d'a- 
moureux désirs. 

IDIOT : Insulte vague. Elle 
peut s'adresser à des gens d'es- 



prit. — « Il a l'air d'un chien de 
chasse. Est-il idiot, hein? — 
Aussi, tu l'agaces, ma chère. » 
(E. Villars.) 

lERGUE (terminaison en) : — 
Y. Aille. 

IGO : Ici. Abréviation d'icigo. 

— « Ce maudit ponton qui nous 
à trimballés igo après nous avoir 
secoués pendant quinze relais au 
milieu des prés salés. » (Ra- 
basse.) V. Loubion. 

ILLICO : De suite. Latinisme. 

— « Sans égards pour vos lar- 
mes, ils vous conduiraient illico 
à Saint-Lazare. » {Evénement , 
i866.) 



INC - 208 - 

ILLICO : Grog confectionné 
en fraude dans les hôpitaux. — 
Allusion à un terme de formu- 
laire. 

IMMORTEL : Membre de l'A- 
cadémie française. 

IMPAIR : Bévue, ânerie dans 
le monde des coulisses, (Duflot.) 

— On dit de celui qui se trompe : 
« Il a fait un impair. » 

IMPÉRIALE : Bouquet de 
poil plus grand que la mouche 
et moins grand que la bouquine. 

— a Sous le règne de Napoléon, 
la royale, peu en vogue du reste, 
prit le nom d'impériale. » {His- 
toire de la Cravate, 54.) 

IMPORTANCE (d'):Fortement. 

— « La grosse Irma, j' vas t' la 
moucher, mais... d'importance, 
aie pas peur. » (H. Monnier.) 

IMPOSSIBLE : Impossible à 
figurer. — « Avec son col exor- 
bitant et ses lunettes impossi- 
bles. » (Delvau.) 

IMPOT : Automne. (Halbert.) 

INCOMMODE : Réverbère, 
(Colombey), lanterne. (Rabasse.) 

— La lumière incommode les 
voleurs. 

INCOMMODÉ (être) : Être ar- 
rêté en flagrant délit. Même al- 
lusion que dans malade. V. ce 
mot. 

INCONSÉQUENT : « Lorsque 
dans le monde, une jeune dame 
n'a pas très-bien su étendre le 
voile par lequel une femme hon- 
nête couvre sa conduite, là où 
nos aïeux auraient rudement 
tout expliqué par un seul mot, 
vous vous contentez de dire : 
« Ah! oui, elle est fort aimable, 



ING 



« mais... — Mais quoi? — Mais 
« elle est souvent bien inconsé' 
« quente. » (Balzac.) 

INDE IR.E : De là les colères. 
7- Latinisme. — « M. Littré, 
scrupuleux observateur de la loi, 
vient de voter le rétablissement 
des écoles des frères. Inde irœ! » 
{Liberté, 72.) 

INDIFFÉRER : Être indiffé- 
rent. — «J'ai beau'consultcr mon 
pauvre cœur : — Oscar n'indif- 
fère, Chamoisy m'est .>'gal. » 
(Marquet.) 

INEXPRESSIBLE : Panalon. 
— « Au sortir des bancs du col- 
lège, où nous avions usé pendant 
huit années ce que la pruderie 
anglaise exprime par inexpres- 
sible. » (Mornand.) 

INFANTE : Se dit ironique- 
ment, comme donjelle, d'une 
fille de médiocre vertu. 

INFÉRIEUR (ça m'est) : Cela 
m'est indifférent. Mot à mot; je 
suis au-dessus de cela. — c Après 
ça, que le momignard fraj pe au 
monument, ça m'est inférieur.» 
(De Concourt.) 

INFECT : Laid, sot. —L'infec- 
tion est prise au figuré. — «Viens- 
tu voir la petite nouvelle? — 
Pardieu! et si elle n'est prs trop 
infecte, nous l'emmènerons à la 
Maison-d'Or. » (Ces Petites Da- 
mes, 62.) — « Tout ce qui se dit, 
s'écrit, se pense à l'heure qu'il 
est, est incontestablement in- 
fect. » {Vie parisienne.) 

INFECTADOS : Cigare d'un 
sou. — L'ironie n'a pas lesoin 
d'être expliquée. 

INGLICHMANN ; AngU is. — 



INT 



— 209 — 



ITR 



« Avec ça que l'amiral l'avait 
fait habiller en inglichraann. » 
(Louis Desnoyers.) 

INGRAT (être) : Ne pas savoir 
voler. (Rabasse.) 

INGRISTE : Peintre de l'e'cole 
d'Ingres. — « A vous Lehmann, 
Ziegler, Flandrin et autres in- 
gristes. » (G. Blanc.) 

INODORES : Latrines. — 
« Fournier aux inodores pré- 
sente le papier. ■» {Revue anecdo- 
tique.) V. Calme. 

IN PETTO : Secrètement. — 
Italianisme. « C'était un plat en 
faïence italienne que B. trouva 
splendide in petto. » (Frébault.) 

INTÉRESSANTE (situation) : 
Grossesse. W. Polichinelle. — «Il 
était marié depuis six mois et sa 
veuve est dans un état intéres- 
sant. » (Marcade, 75.) 

INSOLPE : Insolent. (Colom- 
bey.) — Changement de finale. 

INSTRUIT (être) : Être adroit 
voleur. (Rabasse.) 

INTERMEZZO : Intermède. - 
Italianisme. V. Chauviniste. 

INTER POCULA : En buvant. 
Mot à mot : au milieu des cou- 
pes. « Ses modèles ne posent 
qu'après boire... devisant inter 
pocula. » (Éclair, 1872.) 

INTERVER: Comprendre. 
(Grandval.) Pour enterver. 

INTIME : Claqueur. — C'est 
un intime pour le théâtre. — 
« Adolphe allait en intime au 
Théâtre de Madame.» (Cinquante 
mille voleurs de plus à Paris, 
3o.) 



INTRANSIGEANTS : Politi- 
ques exaltés des partis extrêmes, 
n'admettant aucune espèce de 
transaction. — « La langue s'est 
enrichie, il y a quelque deux ans, 
d'un nouvel adjectif... Les enne- 
mis de la légalité gouvernemen- 
tale établie à Madrid s'appe- 
laient intransigeants... Le pu- 
blic français s'empara immédia- 
tement du mot... » (Petit Moni- 
teur, 8 cet. y 5.) — « M. Madier 
Montjau, dans le petit voyage 
intransigeant qu'il opère à tra- 
vers les pays rouges, » (F. Ma- 
gnard.) 

INVALO : Invalide. Change- 
ment de finale. — « Viens-tu en- 
tendre tousser le brutal sur l'es- 
planade des invalos? » (Alm. du 
Hanneton.) 

INVITE : Invitation secrète. — 
Expression du jeu de vi^hist qui 
a été prise au figuré. — a Elle 
est si coquette qu'elle ferait des 
invites à un bedeau. » (Ignotus, 
75.) 

IRONISTES : « Ces ironistes, 
qui sont capables de toute la 
compassion. » (Blaze de Bury, 
1875.) 

IRRÉCONCILIABLE : Ennemi 
irréconciliable du gouvernement 
de Napoléon III. — Le. mot date 
des dernières années de l'Em- 
pire. 

ISOLER: Abandonner.— Ef- 
fet pris pour la cause. — On isole 
celui qu'on abandonne. 

ITRER : Avoir. — Abrévia- 
tion de litrer. — Il se conjugue 
sans le t. — « Ires-tu pieté ce 
luisant : as-tu bu aujourd'hui ? » 
(Halbert.) 

xa. 



JAM 



— 210 — 



JAR 



JABOT : Estomac. Comparai- 
son ornithologique. — « Enlevé 
la miche! cinq minutes après 
nous l'avions dans le jabot. » 
(Comment, de Loriot.) 

JACQUELINE : Fille de mau- 
vaise vie. — Dans son Vieux 
Cordelier, Camille Desmoulins 
apostrophe ainsi Hébert : « Le 
banquier Kocke, chez qui toi et 
ta Jacqueline vous passez les 
beaux jours de l'été. » 

JACTANCE (la) : La parole. 
(Rabasse.) 

JACTER : Parler, crier. Mot à 
mot : jeter (jactare) les hauts 
cris. V. Greffier, Loubion. 

JAFFIER : Jardin. (Halbert.) 

JAFFIN : Jardinier. (Idem.) 

JALO : Chaudronnier. (Hal- 
bert.) 

JAMBE (faire une belle), Ren- 
dre la jambe mieux faite : Don- 
ner un avantage illusoire. — « Tu 
as maudit ton père de t'avoir 
abandonné i — Ça m'aurait fait 
une belle jambe. » (E. Sue.) 

JAMBE (s'en aller sur une) : Ne 
boire qu'une tournée. — « Dès 
l'aube, on s'offre la goutte, on 
s'offre le canon, on s'offre le 
rhum, on s'offre l'absinthe ou le 
bitter, et l'on ne veut jamais s'en 
aller sur une jambe. » (La Bédol- 
lière.) 

JAMBE (lever la) : Dansçr le 



cancan (haute école). — « Elle 
levait la jambe avant Rigolbo-, 
che. » {Les Étudiants^ Ç>o.) 

JAMBON : Violon. — Allusion 
de forme et de couleur. — « Il y 
avait longtemps que je n'avais 
entendu racler le jambon en 
pleine rue. » (Th. Gautier.) 

JAPPE : Bavardage. — « Tais 
ta jappe. » {Almanach du Han- 
neton, 67.) 

JAR, JARS : Argot. — Vieux 
mot jadis usité dans la bonne so- 
ciété. Voir les Psaumes des Cour- 
tisans, dédiés aux braves esprits 
qui entendent le jars de la cour- 
petit in-i2 publié en 1Ô20. — 
Jar est une abréviation dt jar- 
gon. 

Dévider le jars : Parler argot. 

JARDINER : Ricaner , parler 
en se moquant. V.Escracher. 

JARDINER QUELQU'UN : 
Faire parler quelqu'un. (Ra- 
basse.) 

JARDINEUR : Homme qui 
cherche à savoir. (Rabasse.) 

JARDINIER : Voleur à l'amé- 
ricaine. V. Charriage. 

JARGOLLE, JERGOLi: : Nor- 
mandie. (Halbert.) — On appelle 
les Normands Jargoliers ou Jer- 
goliers. 

JARNAFFE : Jarreticre. — 
Changement des dernières sylla- 



JAV 



— 211 



JES 



bes. C'est aussi le nom d'un jeu 
de hasard où la jarretière joue le 
rôle principal. 

JARS. V. Jar. 

JARRETIÈRE : Chaîne de 
montre. (Rabasse.) 

JASANTE : Prière. (Halbert.) 

JASER : Prier. (Halbert.) — 
Allusion au récitatif de la prière. 

JASPIN : Oui. (Grandval.) 

JASPINEMENT : Aboiement. 
(Colombey.) — On dit aussi Jd!5- 
piner pour aboyer. 

JASPINER : Parler, causer. — 
Vieux mot dont jaser nous paraît 
le père. — a Ils jaspinaient argot 
encore mieux que français. » 
(Grandval, 1723.) — « Je lui jas- 
pine en bigorne : N'as-tu rien à 
morfiller?» (Vidocq.) 

JAUNE : Été. (Halbert.)— Ail. 
à la couleur du soleil. 

JAQNE :Eau-de.vie. — Allu- 
sion de couleur. — Nous lisons 
dans la Maison du Lapin blanc, 
brochure publiée vers i858, sur 
le dernier ce tapis » de la Cité : 

Lapin blanc, que me veux-tu ? 
Avec ton jaune et ton camphre 
Tu déranges ma faible vertu. 

JAUNE D'ŒUF (aimer avec 
un) : Tromper. — Allusion à la 
couleur du cocuage. — « Vous 
murmuriez à l'oreille de madame 
Cocodès : Je vous adore! — Avec 
un jaune d'œuf, H ms répondit- 
elle. » (Monselet.) 

JAUNET : Pièce d'or. — « Un 
seul regret, celui de n'avoir pu 
débarrasser les pigeons de leurs 
jaunets. » (Paillet.) 

JAVANAIS : « Argot de Bréda 



où la syllabe va, jetée dans cha- 
que syllabe, hache pour les pro- 
fanes le son et le sens des mots, 
idiome hiéroglyphique du monde 
des filles qui lui permet de se 
parler à l'oreille, — tout haut. » 
(De Concourt.) — Exemple :Jau- 
net, javaunavet ; jeudi, javeudoi» 
vi, etc. 

JAVARD : Lin. (Halbert.) 

JAVOTTE ; Bavard. — « Tu 
n'es qu'une mauvaise langue, 
une javotte. » (Marquet.) 

JAVOTTER : Bavarder. — 
Forme de jaboter, — « Elle sif- 
flotte, elle parlotte, elle javotte, » 
[Physionomie du Protecteur, ^i.) 

JEANFESSE, JEANF-TRE : 
Coquin, misérable. — « Ça, c'est 
un jeanfesse.» (Ricard.) — «Gran- 
de colère du père Duchesne contre 
les jeanf— très de chasseurs, qui 
ont voulu faire une contre-ré- 
volution. » (Hébert, 1793.) 

JEAN-JEAN : Conscrit, naïf, 
niais. «On qualifie de Jean-Jean 
le jeune indigène que la conscrip- 
tion a arraché à l'âge de vingt 
ans d'un atelier ou d'une char- 
rue. » (M. Saint-Hilaire.) 

JE NE SAIS QUOI : Cachet 
indéfinissable. — « Le savoir- 
vivre, l'élégance des manières, 
le je ne sais quoi, fruit d'une 
éducation complète. » (Balzac.) 

JEANNETON : Servante d'au- 
berge, fille de moyenne vertu. 
(Dhautel.) 

JÉSUITE : Dindon. (Vidocq.J 
— C'est aux jésuites qu'on doit 
l'acclimatation du dindon. 

JESUITE : Cafard. — « On 



JEU 



2\2 — 



JON 



l'appelle le Jésuite, il dcnonce un 
peu, il espionne beaucoup, il 
y met de l'adresse; on y est tou- 
jours pris. » (Balzac, 42.) 

JcSUS : « Jeune et beau gar- 
çon lancé comme appeau près des 
sodomites que veut exploiter le 
chanteur. »(Ganler.) V. Chanter. 
Être (en). 

JETTARD : Cachot. (Halbert.) 

JEUNE (trop) : Dépourvu d'ex- 
périence. — Cela peut se dire à 
un octogénaire. 

JEUNE FRANCE : « Les ro- 
mantiques se divisèrent tnBou- 
^iugots et en Jeune France. » 
(Privât d'Anglemont.) — « Ils ont 
fait de moi un Jeune France ac- 
compli. J'ai un pseudonyme très- 
long et une moustache fort cour- 
te; j'ai une raie dans les cheveux 
à la Raphaël. Mon tailleur m'a 
fait un gilet... délirant. Je parle 
art pendant beaucoup de temps 
sans ravaler ma salive, et j'ap- 
pelle bourgeois ceux qui ont un 
col de chemise. » (Th. Gautier, 
33.) 

On appelait la Jeune France le 
parti des romantiques. — «.La 
Jeune France est encore une de 
ces tournures cabalistiques qui a 
la prétention d'exprimer une idée 
grande, terrible, volcanique, su- 
blime. » (Miss Troloppe, 35.) 

, JEUNE HOMME (Avoir son) : 
Être gris. Mot à mot : avoir bu 
le broc de quatre litres que les 
marchands de vin appellent Petit 
homme noir. V. ce mot. — « Cha- 
que fois qu'il rentrait avec son 
jeune homme. » (Privât d'An- 
glemont.) — « Un individu en 
blouse qui semblait avoir son 



petit jeune homme. » (G. de 
Nerval.) 

JEUNESSE : Fillette. — « Une 
jeunesse, une marchande de 
cols. » (Germon.) 

Jl : Je comprends, oui, je con- 
nais. (Rabasse.) — Forme de g;y 
qui semble plus ancien. 

JIROBLE : Joli. (Ilalbert.) 
Pour Girofle. 

JOB : Niais. — Abréviation du 
vieux mot jobé : nigaud. — « Si 
j'étais assez job pour croire que 
vous me donnez toute une for- 
tune. » (E. Sue.) 

JOB (monter le) : Tromper, 
— Job est ici pour jobard. — 
Se monter le job : S'en fiire ac- 
croire. (Rabasse.) — Dans le dia- 
lecte lillois, on dit battre lejobre 
(job), pour/<3/re l'innocent. 

JOBARDER : Duper. — « Je ne 
veux pas être jobarde. » (Bal- 
zac.) 

JOBE RIE : Niaiserie. (Vi- 
docq.) 

JOBISME : Pauvreté. — « Des- 
roches a roulé comme nous sur 
les fumiers du jobisme. » (Bal- 
zac.) — Allusion biblique. 

JOCKO : Pain long à Li mode 
depuis 1824, année où le singe 
Jocko était à la mode. — « Des 
gens qui appellent un pain jocko 
un singe de quatre Ii\ res. » 
(Bourget.) 

JOCKO : Boulanger. Aima- 
nach des Débiteurs, 5i.) 

JOLI GARÇON : Dans me vi- 
laine position. — Ironie : « Nous 
v'Ià jolis garçons. » (Désaugiers.) 

JONC : Or. (Vidocq.) — AUu- 



JUD - 2 

• sionà sa couleur jaune. — « C'est 
un jonc : C'est en or véritable. 
(Rabasse.) V. Bogue, Bobe. 

JONCHER : Dorer. (Halbert.) 

JORNE : Jour. — Vieux mot. 
V. Poisser. 

JOSEPH (faire son) : Affecter 
un air chaste. V. Putipharder. 
— « Je me disais aussi : voilà un 
gaillard qui fait le Joseph. Il doit 
y avoir une raison. » (Dumas fils.) 

JONQUILLE : Trompé par sa 
femme : Allusion à la couleur du 
cocuage. — « Personne ne des- 
sine mieux que lui la tête d'un 
mari jonquille. » (Rivarol de 
1842.) 

JOUER DE : Faire marcher à 
sa guise. — « Nachette, en un 
mot, joua parfaitement du ba- 
ron. » (De Concourt.) 

JOUER DE L'ORGUE : Ron- 
fler. (Halbert.) — On dit souvent 
ronfler comme un tuyau d'orgue. 

JOUER DES DOMINOS : Man- 
ger. (Rabasse.) 

JOUER DU VIOLON : Scier 
des fers, (Colombey), scier des 
barreaux. (Rabasse.) — La scie 
va et vient comme l'archet. 

JOUSTE : Près. V. Juxte. ' 

JOUVIN : Gant de la fabrique 
Jouvin. — a Mes Jouvin eussent 
atténué peut-être l'effet de cette 
pression inconnue. » (Marx, 66.) 

JUDACER, JUDAISER, 
JUDASSER : Trahir, faire de 
fausses amitiés. — Allusion bi- 
blique. — « Judacer, c'est dénon- 
cer quelqu'un. » (Du Camp.) 



i3 — 



JY 



JUDÉE : Préfecture de police. 
Allusion à la rue de Jérusalem. 

JUGE DE PAIX : Bâton. (Co- 
lombey.) — Jeu de cartes. (Ra- 
basse.) 

JUGEOTTE : Jugement, avis. 
— a Dis-moi z'un peu franche- 
ment là-dessus ta petite jugeot- 
te. » {Léonard^ parodie, 63.) 

JUGULER : Comprimer, étran- 
gler (au figuré). — « Cottereau est 
mort jugulé par la Faculté. » 
(Raspail.J 

JULES : Pot de nuit. (Rabasse.) 

JUS DE BATON : Coup de bâ- 
ton. — « Pour passer votre rhume, 
j'ai du jus de bâton. » (Aubert, 
i3.) 

JUSTE ; Cour d'assises. (Vi- 
docq.) — Épithète invraisembla- 
ble dans la bouche d'un malfai- 
teur. 

JUSTE-MILIEU : Parti ou par- 
tisan du statu quo politique, se 
maintenant entre la gauche et la 
droite. V. Centrier. a Voilà quels 
hommes composent le gouver- 
nement dit juste-milieu. » {L'É- 
cho français, 33.) 

JUSTE-MILIEU : Derrière. — 
a Mayeux envoya la pointe de 
sa botte dans le juste -milieu 
de Mii« Justine. » (Ricard.) 

JUXTE, JOUSTE : Près, con- 
tre. (Halbert.)— Vieux mot. C'est 
le juxta latin que nous avons 
conservé dans Juxtaposer. 

JY : Oui. (Colombey.) Pour 



LAB 



— 214 — 



LAC 



K 



KAISERLICK : Autrichien. - 
De l'allemand Kaiserlich: impé- 
rial. — « Les Kaiserlicks ont été 
étourdis du coup. » (Balzac.) — 
On dit, en altérant, kin:{erlit^. 

KOGXNOFF, KOXNOFF : 

Très- bien. — Abréviation de 
Chocnosoff. V. ce mot. 



KOLBACK : Petit verre (sans 
doute parce qu'il porte à la tête.) 
V. Colback. — « Cette bienvenue 
se distribue au moyen d'un kol- 
bac ou petit verre par tête. > — 
(A. Lecomte, 61.) 



LA (Donner le) : Donner le 
ton. — Allusion musicale. — 
« Boyards et boyardes donnent 
le la de l'élégance en ce moment. » 
{Vie parisienne, 66.) — « Quel- 
ques articles inspirés donnent le 
la dans les grandes circonstan- 
ces. » (J. de Précy.) 

LABAGO : Là -bas. (Golom- 
bey.) 

LA-BAS : Maison de correction 
de Saint-Lazare. — « Julia à 
A mandine : ComvciQ çsi, cette pau- 
vre Angèle est là-bas ? — Ne m'en 
parle pas. Elle était au café Co- 
quet à prendre un grog avec Ana- 
tole. Voilàun monsieurqui passe, 
qui avait l'air d'un homme sé- 
rieux avec des cheveux blancs et 
une montre. Il lui olTre une voi- 
ture, elle accepte, un cocher ar- 
rive, et... emballée! Le monsieur 
était un inspecteur ! » {Les Co- 
cottes, 64.) 

LA-BAS : Au bagne. — « Ils 
croyaient m'avoir vu là-bas. Là- 



bas, cela veut dire au bagne. » 
(Lacenaire, 36.^ 

LABOURER : Préparer les 
voies. {Almanach des Débiteurs, 
5i.) 

LACHER : Négliger l'exécu- 
tion d'un travail. — <, Elle vit 
Lousteau travaillant an dernier 
moment et lâchant, comme di- 
sent les peintres d'une euvre o\x 
manque le faire. » (Bàl/ac.) 

LACHER DE (se) : Livrer avec 
effort. — « Je suis obli :,é de me 
lâcher de ma douille en marron- 
nant. » (Monselet.) 

Lâcher d'un cran : Abandonner 
(( Nous verrons la semaine pro- 
chaine. Aujourd'hui j'ai ma mi- 
graine. Ernest, lâchez- noi d'un 
cran. » (A. Tantôt.) 

Lâcher de l'eau, lâcher l'écluse: 
Uriner. « Allons, il faut lâcher 
l'écluse du bas-rein. » (Parodie 
de Zaïre, xviii*" s.) V. Lascailler, 

Lâcher le coude : Laisser en 



LAI 



2l5 - 



LAN 



repos, mot à mot : quitter celui ■ 
auquel on parle, ceux qui mar- 
chent bien ensemble, « se sentent 
les coudes, » comme on dit mili- 
tairement : — « Lâchez-nous 
donc le coude, avec votre politi- 
que! » (Zola.) 

Lâcher la perche : Mourir . a Le 
plus blakboUé, le plus inconnu 
pendant sa vie devient, aussitôt 
qu'il a lâché la perche, un grand 
homme. » {Corsaire, 68.) 

Lâcher la rampe : Mourir. 

LACHEUR ; Homme sur le- 
quel on ne peut comptei". Mot à 
mot : qui lâche ses amis. — « Le 
lâcheur est la lorette de l'ami- 
tié. » (A. Scholl, 58.) — « M. R... 
essaye de transiger. M. R... est un 
lâcheur. » (A.Millaud, jb.) 

LAGO : Là. (Rabasse.) 

LAGOUT : Eau à boire. (Hal- 
bert.) Mot à mot : Vagout. Du 
vieux mot provençal agua, eau 
(prononcez agoue). 

LAINE : Mouton. (Vidocq.) 
— Partie prise pour le tout. 

LAISSER ALLER (se) : Man- 
quer de vertu, de courage, de 
santé. 

LAIT A BRODER : Encre. 
(Vidocq.) — Allusion ironique à 
la couleur de l'encre. 

LAIUS : Discours. — « A l'école 
polytechnique, tout discours est 
un latus, depuis la création du 
cours de composition française 
en 1804. L'époux deJocaste, su- 
jet du premier morceau oratoire 
traité par les élèves, a donné son 
nom au genre. Les députés à la 
Chambre, les avocats au barreau, 
les journalistes dans les premiers- 



Paris, piquent des laïus, » (La 
BédoUière.) 

LAIZÉE : Prostituée. (Rabas- 
se.) Semble équivaloir à l'aisée, 
la facile. 

LA MINE : Le Mans. (Hal- 
bert.) — Transposition de lettres. 

LAMPAS : Gosier. — De lam- 
per : boire. « Pour l'histoire de 
s'assurer de la qualité du liquide 
et s'arroser le lampas. » (Ladi- 
mir.) 

LAMPION : Bouteille. — De 
lamper : boire. — « Y a pu d'huile 
dans le lampion, ditBoizamort. » 
(Ladimir, 41.) 

LAMPION : Chapeau à cornes. 

— « Je passe le pantalon du cipal 
et je coiffe le lampion. » (Bour- 
get.) 

LAMPION : Sergent de ville. 

— Allusion au chapeau. 

LAMPION : Œil. — Il éclaire. 

Si j' te vois fair' l'œil en tir lire 
A ton perruquier du bon ton, 
Calypso, j' suis fâché d' te 1' dire. 
Foi d'homme 1 j' te crève un lampion. 
(Chanson populaire.) 

LANCE : Eau. — « C'est ga- 
gné! faites servir! six litres de 
vin! six litres sans lance! {Caté- 
chisme poissard, 44.) 

LANCÉ : Gris. — ce Patara, au 
moins aussi lancé que le cheval, 
tapait sur la bête à tour de bras.» 
{Phys. du Matelot, 48.) 

LANCÉ : Rapide projection de 
la jambe. — «Paul a un coup de 
pied si vainqueur et Rigolette un 
si voluptueux saut de carpe! 
Les admirateurs s'intéressaient 
à cet assaut de lancé vigoureux.» 
(Vitu, 47.) 



LAN 



2i6 — 



LAN 



LANCE QUINER : Pleuvoir. 
(Grandval.) V. Lansquiner. 

LANCER : Pisser. Mot à mot : 
lâcher l'eau. 

LANCER : Bien poser, mettre 
en renom. — « Poil - de - biche ! 
Nous ne la connaissons pas... 
Elle ne doit pas être lancée. » 
(Villars.) 

LANCER SON PROSPEC- 
TUS : Distribuer des œillades 
chargées d'autant de promesses 
qu'un prospectus de marchand. 

— « Qu'elle aperçoive son Arthur 
regarder langoureusement les ac- 
trices, la lorette s'écrie : Adolphe, 
avez-vous bientôt fini de lancer 
votre prospectus? » (M. Alhoy, 
41.) 

LANCEUR : Homme expert 
en l'art de lancer une affaire. — 
a La gravure et le journal ont 
coûté bien de la peine aux lan- 
ceurs d'affaires. » (Villemessant.) 

LANCIERS (les) : C'est comme 
si l'on disait : Quelle rengaine! 

— « Et tu donnes là dedans? 
Allons donc ! les lanciers ! » (Mon- 
selet.) — Allusion à la danse de 
ce nom, en vogue vers 1857. 

LANDAU à BALEINES : Para- 
pluie. (Grandval.) Mot à mot : 
voiture conduite à la nage par 
des baleines. — Jeu de mots iro- 
nique. 

LANDERNAU (il y aura du 
bruit dans) :Se ditironiquement 
d'une chose destinée à émouvoir 
un certain monde seulement. — 
« Il y aura bien eu des potins 
dans le Landernau de la convoi- 
tise. » {La Cloche, août 72.) — 
« Les expositions annuelles se- 
raient supprimées. Il y aura un 



fier bruit dans Landernau. 9 
(A. Wolff, 75.) 

Landernau a été mis là sans 
raison, comme une petite ville 
éloignée dont le nom a paru bi- 
zarre. C'est ainsi que Carpen- 
tras, Pézénas ou Brives-la-Gail- 
larde ont été mis de même à 
contribution. 

LANDIER : Blanc. (Halbert.) 

LANDIER : Commis d'octroi. 
(Colombey.) 

L A N D I È R E : Boutique de 
foire. (Colombey.) — D^ la foire 
du Landit. ' 

LANGUE : (avaler sf ) : Mou- 
rir. 

LANGUE AUX CHIENS, AUX, 
CHATS (donner sa) : Renoncer 
à deviner. — « Je donne ma lan- 
gue aux chiens, dit Jérôme, jei 
renonce. » (E. Sue.) '^ 

LANGUINER : Pleuvoir. (Hal< 
bert.) — Pour lansquiner. 

LANSQ : Partie de lansque* 
net. — « Cette espèce de corni- 
chon qui l'a dansé de i,5oo franc» 
hier, au lansq. » (Jaimc .) 

LANSQUINER : Pieu er, pleu-^ 
voir. — De lance : eau. — a Bien 
des fois on rigole qu'o 1 devrait 
lansquiner. » (Vidocq.) 

LANTERNE: Fenêtre. (Grand- 
val.) 

LANTERNES DE CABRIO- 
LET : Yeux fort saillants. — « Oh! 
c'est vrai! t'as les yeu>. comme 
les lanternes de ton cab iolet... i 
(Gavarni.) Ce mot fait inage. 

LANTIMÈCHE : Allumeur dé 
becs de gaz. Mot à moi : l'anti-l 
mèche. — Jeu de mots. Le ga^ 



LAR 






LAR 



n'a pas de mèche. — Lantimèche 
est aussi un synonyme de Chose, 
Machin. 

LAPIN : Homme déterminé. 
I (Grandval.) — On a dit d'abord 
■ vieux lapin, et voici pourquoi : 
« Plus un lapin avance en âge, 
plus il augmente en chair, en 
peau et en poil. De là l'expression 
vulgaire par laquelle on désigne 
un homme de talent et de vertu 
en disant : C'est un vieux la- 
pin. » (Dict. des Ménages, 36.) 

— « C'est un fameux lapin, 
il a tué plus de Prussiens qu'il 
n'a de dents dans la bouche. » 
(Ricard.) — a L'homme qui me 
rendra rêveuse pourra se vanter 
d'être un rude lapin. «(Gavarni.) 

L A P I N : « Et puis, le jeune 
homme était un lapin, c'est-à- 
dire qu'il avait place sur le de- 
vant, à côté du cocher. » (Couail- 
hac.) 

LAPIN : Apprenti compagnon. 

— a Pour être compagnon, tu 
seras lapin ou apprenti. » (Bié- 
ville.) 

LAPIN : Enfant dépravé. Ar- 
got du collège. Vient du vieux 
mot lespin : prostitué. 

LAPIN (voler au) : « Se dit des 
conducteurs d'omnibus qui son- 
nent à leur cadran moins de 
voyageurs qu'il n'en monte et 
empochent la différence. » (Ra- 
basse.) — Lapin est pris ici dans 
le sens général de voyageur. 

LARBIN : Valet de cartes. — 
a Le roi sur le neuf n'osa plus 
enjamber, le larbin reparut. » 
(Alyge.) 

LARBIN, LARBINE : Domes- 
tique. (Vidocq.) — « Le faux lar 



bin va se poster sous la porte 
cochère. » (Paillet.) 
Larbinerie : Valetaille. 

LARCOTTIER : Paillard. (Vi- 
docq.) — Pour la'-guottier : ama- 
teur de- largues. V. ce mot. 

LARD (faire du) : Paresser au 
lit. — « La femme ronfle et fait 
du lard. » (Festeau.) 

Faire son lard : Se rengorger. 

LARDER : Percer d'un coup 
de pointe. 

LARDOIRE : Épée. — « Vous 
verrez si je manie bien la lar~ 
doire. » (Ricard.) 

^ LARGE (N'en mener pas) : 
Être mal à son aise. — Se dit 
soit au physique, soit au moral. 

LARGE DES ÉPAULES : 
Avare : (Dhautel.) — Équivoque 
ironique sur le mot large qui 
signifie aussi généreux. 

LARGUE, LARQUE : Femme 
de voleur, prostituée âgée. (Hal- 
bert.) V. Ménesse. — « Si j'é- 
prouve quelque malheur, je me 
console avec ma largue. » (Vi- 
docq.) V. Coquer, Momir. 

LARIFLA : Refrains. — Allu- 
sion au refrain d'une chanson 
populaire au quartier Latin. — 
« Je mêle des lariflas dans mes 
plaidoiries. Je rêve un costume 
de débardeur sous ma toge. » 
{Paris étudiant, 54.) 

LARTIE, LARTIF, LARTON : 
Pain. On devrait dire l'artie, 
l'artif, larton. 

LARTIN : Mendiant. (Grand- 
val.) 

LARTON BRUTAL : Pain 
noir. Mot à mot : pain brut. 



LAV - 2 

LARTON SAVONNÉ : Pain 
blanc. Mot à mot : aussi blanc 
que du linge savonné. — « La 
tortillade est la même pour la 
quantité, mais le pivoi est plus 
chenu, et le larton plus savonné 
que lago. » (Rabasse.) 

LARTONNIER : Boulanger. 

LASCAILLER : Pisser. (Grand- 
val.) — De lance : eau. On dit 
encore lâcher de Veau. 

LASCAR : Fantassin. — De 
l'arabe el-askir, qui a la même 
signification. — « Le contraste 
était vraiment trop drôle entre ce 
sous- lieutenant de demoiselles 
et les lascars à tous crins qu'il 
venait commander. » (About.) 

LATTIFE : Linge blanc. (Hal- 
Tjert.) —Vient de s'attifer: faire 
toilette. 

LAUMIR : Perdre. (Halbert.) 
Ce doit être une faute d'impres- 
sion, si ce n'est une altération de 
çhaumir. 

LAVABES : Billet ou porteur 
de billet à prix réduit pour le 
service de la claque. — « Les la- 
vabes sont ceux que l'on fait en- 
trer au parterre des théâtres, en 
ne payant que quinze sous par 
place. » (5o,ooo voleurs de plus à 
Paris, 3o, in-8.) — « Gustave 
achetait un lavabe pour les Va- 
riétés. » (Idem.) 

LAVAGE, LESSIVE : Vente au 
rabais, opération désastreuse. — 
( Les quatre volumes in- 1 2 étaient 
donnés pour cinquante sous. .. 
Barbet n'avait pas prévu ce la- 
vage. » (Balzac.) 

LAVEMENT AU VERRE PI- 
LÉ : Verre d'eau-de-vie. — L'al- 



8 — LEM 

cool éraille le gosier comme le 
verre pilé. — «Todore fait venir 
deux lavements au verrj pilé que 
nous avalons en douceur. » (Mon- 
selet.) 

LAZAGNE : Lettre (Vidocq.) 

— Italianisme. V. Balancer. 

LAVER, LESSIVER : Vendre, 
c'est-à-dire envoyer ses effets à 
une lessive dont ils ne reviennent 
jamais. — Même allusion dans 
Passer au bleu et Nettoyer. — 
« Comme ce n'était pas la pre- 
mière fois que j'avais lavé mes 
effets sans savon. » (Vidal, 33.) 

— « Il a lavé sa montre, ses bi- 
joux, pour dire qu'il Us a ven- 
dus. » (Dhautel, 08.) 

LAVER SON LINGE : Purger 
une condamnation. Une fois la 
peine accomplie, on redevient 
blanc comme neige devant la loi. 

LEADER : Orateur. - Angli- 
canisme. — « On ne voudrait pas 
que les préfets de la République 
conservatrice descendissent jus- 
qu'à une espèce de polémique 
avec les leaders de la démocratie 
rouge. » {Moniteur, 72. i 

LÉGITIME : Épouse légitime. 

— « Ces messieurs b ittent la 
campagne tandis que lears légi- 
times sont à leurs trousses. » 
(E. Blavet.) 

LÉGITIME (manger sa) : Dis- 
siper sa fortune légitima. 

LEGRE : Foire. (Vidocq.) 

LÉGRIER : Marchand forain. 

LEM (parler en) : Cnte mé- 
thode spéciale consiste : 1° à 
ajouter la syllabe lem à chacun 
des mots qu'on a Tinte ition de 
changer ; 2» à troquer la lettre l 



LEV 



— 2 



de îem contre la première lettre 
du mot qu'on prononce. — « Et 
alors que tous les trucs seront 
lonbem (bons). » [Patrie, 2 mars 
52.) — Cet argot a été d'abord 
spécial à la corporation des bou- 
chers. 

On parle en luch comme en 
Iem. On combine quelquefois les 
deux. 

LÉON : « Léon n'est autre que 

le président de la Cour d'assises. » 

(Du Camp.) 

LERMON : Étain. (Halbert.) 

LERMONER : Étamer. (Idem.) 

LESCAILLER : Pisser. (Hal- 
bert. — Pour lascailîer. 

LESSIVE, LESSIVER : Voir 
Lavage, Laver. 

LESSIVANT : Avocat. (Ra- 
basse.) Il cherche à vous blan- 
chir devant le tribunal. 

LESSIVE: Plaidoyer. (Ra- 
basse.) 

LESSIVEUR : Avocat. (Colom- 

bey.) 

LESSIVEUR DE CROQUANT: 
V. Grinche de Cambrouse. Lessi- 
ver est ici synonyme de nettoyer. 

LETTRE DE JÉRUSALEM : 
Lettre écrite par un détenu pour 
demander de l'argent. (Vidocq.) 
Elle partait du dépôt de la Pré- 
fecture de police, autrefois rue de 
Jérusalem, 

LEVAGE : Opération consis- 
tant de la part d'un homme, à 
conquérir ou lever la première 
femme venue. De la part d'une 
femme, c'est amener un homme 
à lui faire des propositions. — 



19 - LEV 

« Pas de levage, pas d'entrain. » 
(Mané, 61.) 

LEVÉE : Arrestation. — « Si 
la levée a lieu dans un café, on 
en fait part au patron. » (Sta- 
mir, 67.) 

LÈVE-PIEDS : Escalier, échel- 
le. (Vidocq.) — Effet pris pour la 
cause. 

LEVER : Voler. — Abrévia- 
tion de Enlever. — « Robert dit : 
« Je suis levé, » et il nous appelle 
filous. » (Monselet.) — « Tiens, 
dit le voleur, voici un pantre bon 
à lever. » (Canler.) 

LEVER : Faire un levage. — 
« Tiens, Xavier qui vient d'être 
levé par Henriette. » (Monselet.) 
— « J'irai ce soir à Bullier, et si 
je ne lève rien... (Lynol.) V. Fla- 
nelle, 

LEVER : Capter.— « Il lève un 
petit jeune homme. Vous verrez 
qu'il en fera quelque chose. » 
(De Concourt.) 

LEVER : Arrêter. 

J' lui dis qu' j'aimerais mieux m' pen- 
dre, 
Ayant trop peur d'être levé. 

(A. Meigne, Ch.) 

Être levé : « Dans l'argot des 
débiteurs et des créanciers, avoir 
à ses trousses un recors, qui vous 
a vu dans la rue ou déterré quel- 
que part. » (Montépin.) 

LEVER DE RIDEAU : Pièce 
en un acte jouée au commence- 
ment d'une soirée. — « La pe- 
tite pièce, celle qu'on nomme 
vulgairement lever de rideau , 
celle qui fait vivre les vaudevil- 
listes intimes et fricoteurs. » 
{Phys. du théâtre, 41.) 



LIG 



*— i220 — 



LIG 



LEVER DE RIDEAU : Prime 
en argent. — «liy a l'auteur qui, 
outre ses droits et ses billets, 
touche une prime sous le nom 
de lever de rideau. » {Physiolo- 
gie du théâtre, 41.) 

LÉZARD : Camarade sur le- 
quel on ne peut compter. (Co- 
lombey.) — Il lézarde au soleil ou 
se cache dans les trous. 

LÉZARD : a Le lézard vole des 
chiens courants, des épagneuls 
et surtout des levrettes. Il ne 
livre jamais sa proie sans rece- 
voir la somme déclarée. » {Aima- 
nach du Débiteur, 5i.) 

LEZINER : Hésiter. (Colom- 
bey.) 

LEZINER : Tromper au jeu. 
(Idem.) 

LICHARD, LICHEUR : Bu- 
veur. Vieux mot. 

LICHE (être en liche) : Faire 
bombance. 

LICHER : Boire. (Grand val.) 

— Les glossaires du moyen âge 
disent licharder. 

Puis il liche tout' la bouteille ; 
Rien n'est sacré pour un sapeur. 
(Houssot.) 

LICHETTE : Petit morceau. 

LICHEUR : Qui aime à boire 
aux dépens d'autrui. (Grandval.) 

— « Boizamort, menuisier, bon 
enfant, mais licheur. » (Ladi- 
mir.) 

LIÈGE : Gendarme. (Coloro- 
bey.) — Il lie les gens arrêtés. 

LIGNARD : Officier ou soldat 
d'infanterie de ligne. — a Les 
obus de nos forts viennent d'al- 






lumerunincendie,etnoslignards 
se gaudissent à cette vue. » (P. 
Véron.) 

LIGNE (avoir la) : Avoir une 
certaine pureté de contours. — 
« iMon Dieu, elle n'est pas très- 
jolie ; mais vous savez, elle a la 
ligne. » (Yriarte.) 

LIGNE (pêcheur à la), faiseur 
de lignes : Rédacteur qui tire à 
la ligne. — « Le pêcheur à la 
ligne, dit M. de Balzac, est un 
rédacteur qui, comme le pêcheur, 
vit de sa ligne. » (Marc Four- 
nier, 44.) 

LIGNE (tirer à la) : Écrire des 
phrases inutiles dans le seul but 
d'allonger un article payé à tant 
la ligne. 

LIGNE ! (vive la) : « Je rapporte 
un petit magot. Ah ! quel le chan- 
ce! Vive la ligne! » {Léonard y 
parodie, 63.) 

Ce vivat, fréquent à certains 
jours d'émeute où on a voulu ga- 
gner les troupes de ligne, s'ap- 
plique ironiquement à tous les 
cas d'enthousiasme. 

LIGNE A VOLEUR : Ligne 
blanchie à dessein de façon qu'il 
reste un mot pour commencer 
une ligne nouvelle payée comme 
entière. — Argot des typogra- 
phes. 

LIGORE : Cour d'assises. {Pe- 
tit Dictionnaire d'argot. 44.) 

LIGORNIAU : garçon maçon. 
(Rabasse.) 

LIGOTANTE, LK/OTE : 
Corde servant à lier ks mains 
d'un malfaiteur. Vieux mot qui 
est le frère de ligament. 



LIM 



— 221 — 



LIO 



LIGOTTAGE : Action de li- 

gotter. 

LIGOTTER : a 11 est urgent 
de le ligotter, c'est-à-dire de lui 
attacher une ou deux mains. » 
(Rabasse.) 

LILLANGE : Lille. Adjonction 
de finale. 

LILLOIS : Fil. (Vidocq.)— On 
en fait beaucoup à Lille. 

LIMACE, LIMASSE, LIME, 
LYME : Chemise. (Vidocq, 
Grandval.) — Vieux mots, car le 
glossaire de Du Cange donne 
limas, et on trouvera en se re- 
portant au mot passant (soulier), 
un exemple ancien de lyme. — 
(( Quand la limace est bien blan- 
che, avec ses creux et ses monta- 
gnes, ça me met sens susd'sous. » 
(L. de Neuville.) V. Batousse. 

LIMACIER : Chemisier. 

LIMANDE : Homme nul et 
plat comme le poisson de ce nom. 
(Vidocq.) 

LIME : Chemise. Abréviation 
de Limace. 

LIMONADE : Assiette. (Vi- 
docq.) Comparaison de l'assiette 
à une rouelle de limon. 

LIMOUSIN : Maçon. —Allu- 
sion au pays d'où la plupart des 
maçons sont originaires. « La 
nuit, ça représente encore, mais 
le jour ça ferait renauder des 
Limousins. » {Courrier français, 
I" février 68.) 

LIMOUSINE : Plomb. V. Li- 
mousineurs. 

LIMOUSINEURS :« On donne 
le nom de voleurs au gras- J ou b le 
ou de limousineurs à des ouvriers 



couvreurs qui volent le plomb 
des couvertures, en coupent de 
longues bandes avec de bonnes 
serpettes, puis l'aplatissent et le 
serrent à l'aide d'un clou. Ils en 
forment ainsi une sorte de cui- 
rasse qu'ils attachent, à l'aide 
d'une courroie, sous leurs vête- 
ments. » {Petit Journal.) — De 
là le nom de Limousineur qui 
compare ces vêtements de plomb 
aux gros manteaux nonupés li- 
mousines. 

LIMOUSINIER : Entrepreneur 
de maçonnerie. — « Celui-ci 
était un limousinier (maçon qui 
dresse les murs). Il avait des 
avances : il loua un terrain pour 
y bâtir. » (Privât d'Anglemont.) 

LINGE (avoir du) : Avoir de la 
toilette. — « Et Bovarine! qu'est- 
ce que c'est? Ça a-t-il du linge ?» 
(L. de Neuville.) 

LINGRE : Couteau. (Vidocq.) 
Allusion à Langres, si renommée 
pour sa coutellerie. 

LINGRER : Frapper à coups 
de couteau. 

LINGRERIE : Coutellerie. 

LINGRIOT : Canif. 

L1NGUER : Tuer. (Rabasse.) 
Forme altérée de lingrer. 

LINSPRÉ : Prince. (Vidocq.) 
— Anagramme. 

LION : Homme à la mode. — 
« Depuis que nous avons attrapé 
ce mot anglais, qui s'applique, à 
Londres, à toutes sortes de nota- 
bilités, nous en avons fait abus 
comme du calicot et du fil d'E- 
cosse. Il ne se fait pas un vaude- 
ville, un feuilleton, un roman 



LIS 



— 222 — 



LON 



de mœurs contemporaines, qui 
ne parle des lions de Paris. Au- 
jourd'hui, pour être //on, la moin- 
dre chose suffit : avec un panta- 
lon jaune, un chapeau neuf, des 
moustaches, vous êtes reçu lion 
d'emblée. Nous avons eu des mus- 
cadins, des incroyables, des im- 
payables, des élégants, des beaux, 
quelques fashionables ; mais ap- 
peler lions des jeunes gens qui 
mangent doucement de pauvres 
patrimoines, c'est une parodie 
bien amère. » (Roqueplan, 41.) 

Le lion du jour : L'homme 
dont on parle le plus, à un titre 
quelconque. — Anglicanisme. 

LIONCEAU : Lion ridicule. — 
« La moustache cirée d'un jeune 
lionceau. » (L. de Neuville.) 

LIONNES :« C'étaient de petits 
êtres féminins, richement ma- 
riés, coquets, jolis, qui maniaient 
parfaitement le pistolet et la 
cravache, montaient à cheval, 
prisaient la cigarette. » (De- 
riége.) 

LIONNERIE: Monde des lions. 
— « Nous étions installés dans un 
restaurant cher à la lionnerie. » 
(Mornand.) 

LIQ.UID : Liquidation de 
Bourse. — « Liquid est mis ici 
pour liquidation. Le coulissier 
facétieux se plaît à abréger ses 
formules, et dit liquid comme on 
dit d'autor, d'achar, soc ou dé- 
moc. » (Mornand.) 

LISETTE! (pas de ça) : For- 
mule négative. — « Un jeune 
drôle fait la cour à ma nièce. Pas 
de ça, Lisette! » (Ricard.) L'ex- 
pression se trouve déjà dans une 
brochure publiée en 1786, l'Ane 



promeneur. a II m'enfilerait. Non, 
pas de ça, Lisette! » 

LITRER : Contenir, posséder. 
— Vient de litre comme cuber 
vient de cube.— « J'avais balancé 
le bogue que j'avais fourliné et 
je ne litrais que nibergue en va- 
lades. » (Vidocq.) 

LOCANDIER : « Le locandier 
est une des nombreuses variétés 
des voleurs au bonjour. Sous 
prétexte d'examiner un le gement 
à louer, il vole avec dextirité. » 
(A. Monnier.) 

LOCHE : Oreille. 

LOCHER : Écouter. (Vidocq.) 

LOFAT : Aspirant an grade 
de compagnon. — « C'était pour 
le baptême d'un lofât... On devait 
le baptiser à laCourtille. » {La 
Correctionnelle.) 

LOFUAT : Maladroit, naïf, 
imbécile. [Petit Dictionn. d'ar- 
got, 44.) 

LOFFITUDE : Naïveté. Idem.) 

LOIR : Prison. V. Motti2. 

LOLO : Lait. — Mot redoublé. 

LOLO, LORETTE : La pre- 
mière syllabe du mot est seule 
conservée et redoublée. — a On 
donne le nom de lolos aux jeunes 
beautés du quartier Notre-Dame 
de Lorette... La lolo déjeune 
souvent avec un pain de ^ruau, 
mais elle boit du Champagne. » 
(Almanach du Débiteur, 5 i.) 

LONDRES : Cigare de la Ha- 
vane. — « Je me rejetai cans le 
fond de la voiture et j'alluiaai un 
londrès. » (Mornand.) 

LONG : Niais, simple. (Grand- 
val.) 



LOR 



223 



LOU 



LONGCHAMP : « Cour oblon- 
gue, bordée d'une file de cabi- 
nets dont nous laissons deviner 
la destination. Gomme c'est le 
seul endroit où, pendant les heu- 
res d'étude, les élèves de l'École 
polytechnique puissent aller fu- 
mer, le longchamp a acquis une 
grande importance. » (La Bédol- 
lière.) 

LONGUE, LONGE : Année 
passée au bagne. (Grandval.) — 
L'année y est longue à passer. 
— « Quelle veine que t'as. Dix 
longes, case tire, mais perpette! 
pas toujours! » (Stamir.) 

LONTOU : Toulon. (Ra- 
basse.) Anagramme. 

LOPHE : Faux, contrefait. — 
Anagramme précédé d'une l. V. 
Fajîot. 

LOQUE (parler en) : Même 
procédé que pour parler en lem. 
V. Lem. « Tu vas peut-être me 
traiter de loufouque d'aller au 
turbin avec des objets pareils. » 
(Beauvilliers.) 

LOQUES : « Le gamin de Pa- 
ris a sa monnaie qui se compose 
de tous les petits morceaux de 
cuivre façonné qu'on peut trou- 
ver sur la voie publique. Cette 
curieuse monnaie prend le nom 
de loques, » (V. Hugo.) 

LORETTE : Femme galante, 
ce Lorette est un mot décent in- 
venté pour exprimer l'état d'une 
fille ou la fille d'un état difficile 
à nommer, et que dans sa pu- 
deur l'Académie a négligé de dé- 
finir, vu l'âge de ses quarante 
membres. Quand un nom nou- 
veau répond àun cas social qu'on 
ne pouvait pas dire sans péri- 



phrase, la fortune de ce mot est 
faite. Aussi la lorette passa-t-eUe 
dans toutes les classes de la so- 
ciété, même dans celles où ne 
passera jamais une lorette. Le 
mot ne fut fait qu'en 1840, sans 
doute à cause de l'agglomération 
de ces nids d'hirondelles autour 
de l'église dédiée à Notre-Dame 
de Lorette Ceci n'est écrit que 
pour les étymologistes. » (Balzac.) 

— « Chassées des quartiers sé- 
rieux, les plus ou moins jeunes 
personnes qui se livrent à la per- 
dition des fils de famille refluent 
donc vers ces constructions, qui 
forment une espèce de ville nou- 
velle, partant du bout de la rue 
Laffitte jusqu'à la rue Blanche, 
comprenant les rues Neuve-Saint- 
Georges, La Bruyère, Bréda, Na- 
varin, et prenant son nom de la 
rue principale, Notre-Dame-de- 
Lorette. L'ensemble de ces rues 
s'appelle le quartier des Lorettes, 
et par extension toutes ces de- 
moiselles reçoivent dans le lan- 
gage de la galanterie sans consé- 
quence le nom de lorettes. » (Ro- 
queplan, Nouvelles à la main, 4.1.) 

— «Les lorettes, moi, j'aime cela; 
c'est gentil comme tout, ça ne 
fait de mal à personne!... des 
petites femmes... qui gagnent à 
être connues. » (Gavarni.) 

LORGNE : Borgne. (Vidocq.) 

— Abréviation de Calorgne : 
borgne (vieux mot). 

LORGNE : As. (Ibid.) ~ C'est 
une carte borgne. 

LOUBION : Bonnet. — « Il 
faut igo avoir le loubion en poigne 
pour leur jacter. » (Rabasse.) 

LOUBIONNIER : Bonnetier. 
LOUCHE : Main. — Compa- 



LOU — 224 — 

raison de la main à la grande 
cuiller appelée louche. 

LOUCHER (faire): Faire chan- 
ger de manière de voir, d'opi- 
nion. — « Avec qui que tu veux 
que je soye ? Kst-ce que ça te fait 
loucher? m (Monselet.) 

LOUCHÉE : Cuillerée. (Hal- 
bert.) V. Louche. 

LOUFOQUE : Aliéné. (Ra- 
basse.) —C'est le mot/o« soumis 
au procédé argotique de défor- 
mation en loque. — « Tu vas 
peut-être me traiter de loufoque 
d'aller au turbin avec des objets 
pareils. » (Beauvilliers.) 

LOUGÉ : Agé. (Idem.) 

LOU LOTTE : Petite dent. 
Allusion aux dents du loup dont 
on parle toujours aux petits en- 
fants. 

LOULOU : Mot d'amitié. - 
Redoublement de Loup. On dit 
aussi mon gros loup. — « Mon 
loulou, j' suis heureux quand je 
t'embrasse. » (Aug. Hardy.) — 
« C'est la louloute à son chéri. » 
(Montépin.) 

LOUP : Sottise, erreur. 

LOUP : Dette criarde, créan- 
cier. (Dhautel, i8o8.) — « Un 
loup ! un créancier, si vous ai- 
mez mieux. » (Décembre-Alon- 
nier.) — Au théâtre, un loup est 
une scène manquée. 

LOUP DE MER : Marin 
aguerri. 



LUC 



— « Ma salle devient un vrai 
camp de la loupe. » (Decourcelle, 

36.) 

LOUPER : Flâner.— H Quand 
je vais en loupant, du côté du 
Palais de Justice. » [Le Gamin 
de Paris, 38.) 

LOUPEUR : Rôdeur. — « Que 
faisaient-elles, ces loupeuses? » 
(Lynol.) 

LOURDAUT : Portier. (Grand- 
val.) 

LOURDE, LOURDIÈRE: 
Porte. — On ne les faisait pas 
légères jadis et pour cause. V. 
Bocson, Tremblant. 

Lourde à pessigner : Porte à 
enfoncer. (Rabasse.) 

LOURDIER : Concierge. (Ra- 
basse.) 

LOUSTEAU : Domicile, dia- 
ble. (Halbert.) — Dans le sens de 
domicile lousteau est un mot an- 
cien qu'on doit lire Vousteau^ 
c'est-à-dire l'hôtel, Vhabitation 
particulière. 

LOUSTO (aller à) : Aller en 
prison. (Rabasse.) — Lousteau 
doit être une forme de lousteau 
(maison), ce qui veut dire ironi- 
quement rentrer au domicile. La 
prison est le domicile naturel 
des malfaiteurs. 

LOVELACE : Séducteur de 
femmes. C'est le nom dj héros 
du roman de Clarisse harloive. 
(Richardson.) Voyez Faublas. 

LUCARNE : Lorgnon, mono- 
cle. — « Du malheureux monde 
comme ça, ça n'y voit q le d'un 
oeil, et encore pas sanslujarne. » 
(Gavarni.) 

LOUPE : Fainéantise, flânerie. LUCH (parler en) : V. Lem. 



Pour mener à bien son esqnif 
Le vrai loup de mer se dispense 
De longer toujours un rescif. 
G. Jollivet. 



LUN 



— 225 — 



LYO 



LUCHEBEM : Boucher. (Ra- 
basse.) — C'est boucher déformé 
en lem. (V. ce mot.) 

LUCTRÈMH : Fausse clef. — 
« Mon Dartagnan file le luctrème 
dans la porte. » (Beauvilliers.) 

LUISANT, RELUIT : Jour. — 
Allusion de lumière. « Pitachons 
pivois chenâtre jusques au lui- 
sant. » (Grandval.) 

LUISANTE : Nuit, fenêtre. 
(Halbert.) 

LUISANTE : Lune. (Vidocq.) 

LUISARD : Soleil. (Idem.) 

LUISARDE : Lune. (Halbert.) 
— «Tous les chiffonniers savent 
ce patois énergique qui appelle 
la lune une luisarde. » (La Bé- 
dollière.) 

LUMIGNON (le grand) : Le so- 
lell. (Rabasse.) 

LUNCH : Collation. — C'est 
d'Amérique que viennent le mot 
et la mode. — a Les frais de ce 
lunch ne sont plus à la charge 
des mariés. » (Petit Moniteur.) 

LUNDI (faire le) : Manquer à 
son travail; continuer, le lundi, 
l'inaction du dimanche. 

LUNE, PLEINE-LUNE, DEMI- 
LUNES : Derrière. — Allusion 
de forme. — « En voilà une 
bonne! il a pris la lune de Pé- 
tronille pour sa figure. » (P. de 
Kock.) V. Cadran. 



LUNE : Figure ronde comme 
la lune. — « Cora P. est à Mai- 
sons-Laffitte, elle engraisse énor- 
mément. C'est tellement visible 
qu'on ne l'appelle plus que la 
lune rousse. » (Éclair.) 

LUNE : Variation d'humeur 
influant sur l'homme comme la 
lune influe sur le temps. — «C'est 
un musicien qui ne doit pas être 
commode, il doit avoir des lunes.» 
(Comment, de Loriot, 69.) 

LUQUES, LUQUETS : Faux 
papiers, images. (Grandval.) 

LURON : Saint -Sacrement. 
(Colombey.) —Allusion au rond 
de l'hostie. 

LUSQUIN : Charbon. (Hal- 
bert.) 

LUSQUINES: Cendres. (Idem.) 

LUSTRE : Juge. (Idem.) 

LUSTRE (admirateur, cheva- 
lier du) : Claqueur posé au par- 
terre sous le lustre. — « Les ad- 
mirateurs du lustre donnèrent, 
mais le public resta froid. » 
(L. Reybaud.) 

LUSTRER : Juger. (Halbert.) 

LYCÉE : Prison. (Rabasse.) 
C'est le motcoUége approprié aux 
exigences modernes. V. Collège. 

LYONNAISE : Soierie. (Vi- 
docq.) — Lyon est le centre de 
la fabrication des soieries. 



i3. 



M 



226 — 



M 



M 



M! : Abréviation d'une injure 
employée déjà par Rabelais. 
«Merde! mot ignoble et grossier, 
dont le bas peuple se sert dans un 
sens négatif, » écrivait Dhautel 
en 1808. Ce n'est pas seulement 
dans le bas peuple que M... est 
usité, comme on va le voir par 
le second des textes suivants. 
Celui-ci est extrait du Temps du 
16 août 1872 : 

INCIDENT d'audience AUX ASSISES. 

L'accusé Lhermine est un jeune 
homme de vingt-cinq ans, mais qui 
paraît à peine âgé de dix-huit; blond, 
grêle, court. Sa petite figure blême et 
vicieuse semble taillée en lame de cou- 
teau. Il n'a pas commis moins de qua- 
rante-sept vols qualifiés. C'est lui- 
même qui, au cours de l'instruction, 
les a indiqués au magistrat et en a fait 
vérifier les détails. Il est en outre ac- 
cusé de coups volontairement portés à 
sa mère légitime. M. le président se 
tourne vers l'accusé et, comme il est 
prescrit par la loi, il l'interroge. 

M. le président : Accusé, levez- 
vous. Vos nom et prénoms ? 

L'accusé: Auguste Lhermine. 

M. le président : Votre âge ? 

L'accusé : Merde! 

Ce mot ordurier, prononcé à haute 
voix, est entendu par tout le monde. 
L'auditoire fait entendre des rumeurs. 

M. le président : Accusé, dans votre 
propre intérêt, je dois vous engager à 
la circonspection. Vous avez peut- 
être clé victime d'habitudes grossières 
ou d'un mouvement irrélléchi. Magis- 
trats, nous voulons bien oublier cet 
outrage, qui ne saurait d'ailleurs nous 



atteindre. Veillez sur vous désormais. 
Votre défenseur va vous entrcienir. Il 
vous conseillera. Je le répète, c'est 
dans votre propre intérêt que i^i parle. 

Après un quart d'heure de suspen- 
sion, les jurés reprennent place, au 
miUeu de l'émotion vive de l'auditoire, 
et la cour reprend séance. 

M. le président : iMessieurs les ju- 
rés, mon devoir m'oblige à fe ire su- 
bir, avant la prestation de vore ser- 
ment, un interrogatoire à l'acctsé pour 
constater son identité, je vai^ le re- 
prendre... Accusé, vos nom et pré- 
noms? 

L'accusé ne répond pas. 

M. le président renouvelle sa ques- 
tion. 

L'accusé^ d'une voix plus dicidée : 
Merde ! 

Des murmures éclatent dans toute la 
salle. Sur les réquisitions du ministère 
public, la cour condamne Lhci mine à 
deux ans de prison. C'est le m nimum 
de la peine en cas d'outrage à a cour. 

Notre second texte (pri^ dans 
la Liberté du 8 septembre , rend 
compte d'une affaire ju_;ée le 
7 septembre 1872, par le tr bunal 
de Pont-l'Évêque. Voici la dépo- 
sition d'un témoin : 

Le troisième témoin, Leprêtre (Au- 
guste-Emile), vingt-quatre ans, doua- 
nier à Deauville, est appelé. J.ecture 
est donnée de sa déposition devant le 
juge d'instruction : « Le 14 aoi.t, vers 
cinq heures, j'étais de service sur la 
jetée de Deauville, avec mon ca;iiaradu 
Oilivier, lorsque je vis rentrer une 
embarcation. Des personnes cui s'y 
trouvaient criaient : « Vive Napo- 
léon ! A bas Thiers! Vive la F ancel 
Merde pour Thiers ! » Ces cris ont été 



MAC 



— 227 — 



MAC 



poussés à plusieurs reprises par quatre 
personnes. Ils ont continué jusquà 
i'avant-port. Nous laissâmes appro- 
cher l'embarcation et pûmes prévenir 
notre capitaine. Je remarquai surtout 
une personne criant. » Mis en présence 
de l'inculpé, le témoin a reconnu M. de 
V... pour être la personne la plus ani- 
mée. 

M. de V... fut condamné à trois 
jours de prison, mais la politique 
s'en mêlant, il vit plaider sa cause 
par un certain nombre de jour- 
naux, dont pas un n'exprima son 
dégoût pour le mot. 

Dire m.... : Insulter, emmerder. 
— « Moi, si j'étais nommé, je 
monterais à la tribune et je di- 
rais : Merde!... Oui, pas davan- 
tage; c'est mon opinion. » (Zola.) 

MAC, MAQUE, MACQUE, 
MACCHOUX, MACROTIN : Sou- 
teneur, entremetteur. — Le der- 
nier mot est un diminutif de ma- 
quereau; l'avant-dernier est une 
modification du même mot par 
changement de finale; les trois 
premiers sont des abréviations. 
Il y a de plus des synonymes in- 
nombrables, rappelant tous le 
côté ichthyologiquedu mot. Tels 
sont barbeau, barbille, barbillon, 
dauphin, dos vert, dos d'azur, 
brochet, poisson, etc. Aussi a-t-on 
été chercher vainement de ce 
côté l'origine du mot. Le poisson 
n'y est pour rien ; maquereau est 
un simple jeu de mots, comme 
grenouille. Au moyen âge, le mot 
maque signifiait : vente, métier 
de marchand. De là sont venus 
maquei el et maquillon, qui a fait 
maquignon. Le maquereau n'est 
autre chose qu'un maquignon de 
femmes, etpendant tout le moyen 



âge il s'est appelé maquerel ou 
maqueriau. 

« Le métier de mac n'était 
guère exercé autrefois que par 
des voleurs et des mouchards. ,. » 
(Vidocq.) — ce Le macque est 
le souteneur des filles de la plus 
basse classe. Presque toujours 
c'est un repris de justice. » (Gan- 
1er.) 

MACA : Entremetteuse, femme 
vieillie dans le vice. (Dhautel, 
08.) — Même origine que le mot 
précédent. 

MACAIRE : Malfaiteur affec- 
tant les dehors d'un homme du 
monde. Le mot date du drame de 
l'Auberge des Adrets; il doit 
moins sa fortune à Frédérick- 
Lemaître, créateur du rôle de 
Macaire, qu'aux nombreusescari- 
catures qui ont fait ensuite de 
l'assassin Macaire le type du filou 
cynique. — « Ils se croyaient des 
Macaires et n'ont été que des fi- 
lous. » (Luchet.) 

MACAIRISME : « Le macai- 
risme, c'est la filouterie érigée 
en système. » (Boursicotier isme y 

58.) 

MACARON : Dénonciation, 
— Même origine que mac. Celui- 
ci vend des hommes au lieu de 
vendre des femmes. — « Dans le 
nez toujours tu auras macarons 
et cabestans. » (Vidocq.) 

MACARONER : Trahir. (Hal- 
bert.) 

MAC-FARLANE : Pardessus 
sans manches, avec grand collet 
sur le devant. — Anglicanisme. 
« Ils portent des mac-farlanes. » 
[Les Etudiants, 60.) 



MAC 



— 228 — 



MAI 



MâCHABÉE : « On appelle 
Machabée tout être, homme ou 
animal privé de vie, que l'on 
rencontre flottant sur un cours 
d'eau ou échoué sur le rivage. » 
(V. Dufour.) — Faut-il y voir 
une allusion à la légende popu- 
laire des sept Machabées qui pé- 
rirent tous pour la foi, ou un 
dérivé du vieux mot macquer : 
briser, écraser, frapper ? En lan- 
gue d'oc, on dit macat pour écra- 
sé, brisé. Je n'irai pas chercher 
d'étymologie dans le grec, mais 
je ne puis m'empêcher de faire 
observer que makarios veut dire 
privée de vie. Le Breton même a 
vtacli'an : estropié, mutilé. 

MACHABÉE : Juif.— Allusion 
biblique. 

MACHER (ne pas le) : Parler 
sans détour. Mot à mot : sans 
mâcher les paroles entre sesdents. 
— a Quand j'ai lieu d' vous en 
vouloir. Ah! n'ayez pas peur que 
j' vous l' mâche! » (Longchamps, 
09.) 

MACHIN : Homme ou chose 
dont on ne se rappelle pas le nom. 
« Monsieur Machin, pardon! je 
ne me rappelle jamais de votre 
nom. » (H. Monnier.) — Dans la 
Gabrielle d'E. Augier, l'avoué 
Chabrière prie sa femme de lui 
faire « un machin au fromage. » 
V. Chien. 

MACHINE : Œuvre quelcon- 
que, œuvre dramatique. — «C'é- 
tait à Nohant, l'illustre écrivain 
venait de lire trois actes. L'au- 
ditoire semblait hésitant : « Al- 
lons, dit l'auteur, il faudra faire 
une autre machine, » et elle jette 
le manuscrit au feu. » (E. Le- 
moine.) 



MACHOIRE : Suranné. — 
« L'on arrivait par la filière d'é- 
pithètes qui suivent : ci-devant, 
faux toupet, aile de pigeon, per- 
ruque, étrusque, mâchoire, ga- 
nache, au dernier degré de la 
décrépitude, à l'épithète la plus 
infamante, acadénicien et mem- 
bre de l'Institut. » (Th. Gautier, 
33.) — « Vieille mâchoire : Per- 
sonne sans capacité, ignorant, 
sot. » (Dhautel.) 

MADRICE : Malice. (Colom- 
bey.) 

MADRIN : Malin. (Idem.) — 
C'est madré, avec changement 
de finale. 

MAGNUSSE : V. Être {en). 

MAIL COACH : Voiture atte- 
lée à quatre chevaux en poste à 
grandes guides. (Paz.) 

MAIN : Série de coups heu- 
reux au baccarat ou au lansque- 
net. — « Au baccarat, pour ga- 
gner, il faut avoir une main. » 
(Cavaillé.) V. Pharamineux. — 
On a pris cette expression au 
figuré, et on dit : il a la main, 
pour : il obtient une sirie de 
succès. 

^ MAIN CHAUDE (jouer à la) : 
Être guillotiné. V. Raccourcir, 

MAINS COURANTES : Pieds. 
(Rabasse.) Jeu de mots commer- 
cial. 

MAISON (être en) : Faire par- * 
tie d'une maison de tolérance. :| 

MAISON (fille, femme, maî- 
tresse de) : Habitante ou proprié- 
taire d'une maison de tolé- 
rance. Le mot est plus vieux 
qu'on ne croirait. Un pet t livre 
intitulé la Revue de l'an VlIIy 



MAL 

contient une description des filles 
qui se promenaient au Palais- 
Royal : « Leurs bas de soie à 
coins brodés que la dame de mai- 
son, c'est le mot technique (sic), 
avait lavés le matin, se dessi- 
naient sur un mollet arrondi. » 

MAJOR DE TABLE D'HOTE : 

Officier de contrebande, portant 
un grade et des croix qui ne lui 
ont jamais appartenu. — a Lais- 
sez-moi donc tranquille, s'écria 
une espèce de major de table 
d'hôte. » (G. Vassy, jS.) 

MAJOR : « Le chirurgien, le 
tambour-major, le sergent-major 
sont dénommés indistinctement 
majors. » (Louis Huart.) 

MAKACH : Formule négative 
originaire d'Algérie. « Les M;iu- 
resques ont des costumes ado- 
rables. Quant à leurs figures, 
makach!... Incognito complet. » 
(Loriot.) — « Tu trouveras des 
concombres. Quant aux poires, 
makach! comme dit l'Arabe. » 
(A. Lecomte, 6i.) 

MAL (faire) : Faire pitié. — 
<( Qu'on vienne baiser son 



vamqueur 



! — Comme tu me 



fais mal. » (Gavarni.) 

MALADE : Prisonnier. V. 
Maladie. 

MALADE (être) : Être fautif. 
(Rabasse.) 

MALADE DU POUCE : Fai- 
néant dont la paresse constitue la 
seule infirmité. 

MALADIE DU POUCE : Avare. 
— Cet exemple explique l'allu- 
sion ; (( Il est malade du pouce. 
Ça empêche les ronds de glis- 
ser. » (Monselet.) V. Rond, 



229 — M AN 

MALADIE : Emprisonnement. 
(Vidocq.) 

MAL BLANCHI : Nègre. - 
« Va donc, mal blanchi, avec ta 
figure de réglisse. » (Bourget.) 

MALHEUREUX : Trompé par 
sa femme. — S il est malheureux 
dans son intérieur, il le sait, 
tandis qu'à Paris un employé 
peut n'en rien savoir. » (Balzac, 
41.) 

MALINGRER : Souffrir. (Vi- 
docq.) — Malingre se dit encore 
pour souffreteux. 

MAL PEIGNÉE : « Pour le 
moment, c'est sous cette épithète 
que l'on désigne une courtisane 
(nous avons pour ces dames un 
vocabulaire qui menace de deve- 
nir par trop volumineux). » (P. de 
Kock, 65.) — Allusion aux che- 
velures hérissées, dont la mode 
commença vers i865. 

M ALT A IRE : Louis d'or. 
(Halbert.) — Pour maltaise. 

MALTAIS : Café-restaurant de 
bas étage. — Cabaretier. — Beau 
coup de Maltais exercent cette 
profession en Algérie. 

MALTAISE : Pièce d'or. (Co- 
lombey.) 

MALTOUZE : Contrebande. 
V. Pasquiner. 

MALTOUZIER : Contreban 
dier. 

MANCHE (faire la) : Faire la 
quête. — « La fille du barde fait 
la manche. Elle promène sa sé- 
bille de fer blanc devant les 
spectateurs. » (H. Monnier.) 

MANCHE DE VESTE (jambe 



MAN 



— 23o — 



MAN 



en):Arquée comme une manche 
d'habit. — « Mosieur Belassis, 
moi j'ai pas des jambes en man- 
ches de veste. » (Gavarni.) 

MANCHE A (être) : Avoir fait 
autant de progrès qu'un adver- 
saire. Mot à mot : être manche 
à manche. — Terme de w^hist. 
— « Ça nous met manche à 
manche. A quand la belle ? » 
(E. Sue.) 

MANDOLET : Pistolet. (Hal- 
bert.) 

MANETTE (M»«) : Malle. (Vi- 
docq.) Jeu de mots sur manne 
(malle) et sur le nom propre. 

MANGER : Avouer. (Grand- 
val.) — a Paumé, tu ne mangeras 
dans le tafFe du gerbement. » (Vi- 
docq.) — « François a mangé 
sur vous. » (Canler.) 

MANGER DU FROMAGE : 
Aller à l'enterrement. — Allusion 
à l'usage populaire à Paris de 
collationner chez le marchand de 
vins au retour du cimetière. — 
« Aux gens qui ne manquent pas 
d'aller faire un repas toujours 
fortement arrosé en revenant du 
cimetière. Ce qu'on appelle vul- 
gairement manger du fromage. » 
(P. Moniteur, j5.) 

C'est surtout au mangeur de 
fromage que s'applique la défi- 
nition précédente, car si manger 
du fromage n'entraîne pas l'idée 
d'un excès, mangeur de fromage 
se dit de l'homme qui le commet 
volontiers. 

MANGER LE MORCEAU : 
Dénoncer : « Le morceau tu ne 
mangeras, de crainte de tomber 
au plan. » (Vidocq.) 

MANGER DE CE PAIN-LA 



(ne pas) : Refuser des moyens 
d'existence dont la source ne pa- 
raît pas honorable. « Moi, que 
j'dis, merci, je n' mange pas de 
ce pain-là! » (H. Monni.r.) 

MANGER DU PAIN ROUGE : 
Vivre du produit d'un assas- 
sinat. 

MANGER LA SOUPi: AVEC 
UN SABRli : Avoir une grande 
bouche. — Ironie. « Une bouche 
grande à faire croire qu-i le pré- 
venu mange la soupe avec un 
sabre(style de régiment). » {Cour- 
rier de V Ouest j 72.) 

MANGER SUR L'ORGUE : 

Dénoncer. (Vidocq.) L'orcue com- 
plète ici l'allusion, car l'orgue 
est un instrument de musique. 
V. Musique. 

MANGER SON NIÈRE : Dé- 
noncer son complice. (Rabasse.) 

MANGERAIT (on en) : Appé- 
tissant — Se dit de tout ce qui 
peut éveiller la tentation, ail- 
leurs que dans le monde comes- 
tible. 

Le crevé murmurait ces mots tout en 
marchant : 

Quelle taille! quels pieds!! quels che- 
veux en forêt ! ! ! 

Elle tranquillement dit : On eu mange- 
rait. 

(Alm. des p. cnvés, 68.) 

MANGEUR : Dissipateur. 

MANGEUR DE BLANC : 
Homme vivantde la prostitution. 
(Dhautel.) — (( Le mangeur de 
blanc se fait donner des appoin- 
tements fixes par ses maîtresses.» 
{Almanach du Débiteur.) 

MANGEUR DE BON DIEU, 
Mangeur de messes : Dévot. 



MAN 



Allusion au symbole de l'hostie. 
— « Quittez vos tanières, an- 
tiques comtesses , mangeuses de 
messes. » (Départ de la Cour, 
3o.) 

MANGEUR DE GALETTE : 
Délateur vivant de dénoncia- 
tions. (Colombey.) Galette est 
ici une variante de morceau. — 
C'est aussi un fonctionnaire vé- 
nal, selon Vidocq. 

MANIÈRE (i«, 2«, 3«) : Se dit 
de manières de faire en rapport 
avec l'âge, le talent ou les cal- 
culs d'un individu. — « Faustine 
en était encore au désintéresse- 
ment, sa première manière, ainsi 
qu'elle disait elle-même, en em- 
pruntant le langage des artistes. » 
(A. Achard.) 

MANIÈRES : 'Airs d'impor- 
tance. — « Ça fait des manières 
et ça a dansé c^ans les chœurs... » 
(Gavarni.) 

MANILLE : Anneau de forçat. 
V. Guirlande, Martinet. 

MANIVAL : Charbonnier. (5i, 
Almanach des Débiteurs.) 

MANNEQUIN: Homme ou 
femme méprisable. — « Va donc, 
mann'quin d'marchand de vin; 
va-t'en donc avec tous tes vieux 
lapins... » [Catéchisme poissard, 
44.) 

MANESTRINGUE, MANNE- 
ZINGUE, MINZINGUIN : Mar- 
chand de vin. — Les trois mots 
doivent être des formes adoucies 
de mannetrinque, et mannetrin- 
que paraît la forme intervertie de 
l'allemand trînckmann:Vh.omn\e. 
du boire, chez lequel on boit. 
« Quel est celui-là?... Un ami, 
un vrai marchand de vin... — 



— 23i — MAQ 

Un mannezing? » (G. Bourdin.) 
— « Le roi est un bon zigue, qui 
protège les minzinguins. » (Ca- 
bassol.) 

MANON : Prostituée. (Ra- 
basse.) — Abrévation de Manon 
Lescaut (?). 

MANQUILLER : Faire. (Hal- 
bert.) Pour maquiller. 

MANQUE (affaire à la) : Mau- 
vaise affaire. 

MANQUESSE : Mauvaise 
note. — « Le quart d'œil de Ro- 
chefort nous a rafilé la manques- 
se. » (Rabasse.) 

MAQUE : V. Mac. 

MAQUI (mettre du) : Se mettre 
du rouge. (Grandval.) 

MAQUILLAGE : TravaiL 
V. Roulant. 

MAQUILLAGE : Action de se 
farder, mettre du maqui — « Le 
maquillage est une des nécessi- 
tés de l'art du comédien. » (J. 
Duflot.) 

MAQUILLAGE : « Le maquil- 
lage est l'artifice au moyen du- 
quel le grec reconnaît les cartes. 
Dans le Midi, cette filouterie s'ap- 
pelle la musique. » (Cavaillé.) 

MAQUILLE: Procédé employé 
pour le maquillage des grecs. 
« La plupart des maquilles ser- 
vent à tous les jeux. » (Cavaillé.) 

MAQUILLÉE : Femme ridicu- 
lement fardée. — « Danscertains 
théâtres on voit de jeunes aspi- 
rantes qui se font des yeux jus- 
qu'aux oreilles et des veines 
d'azur du corset jusqu'aux tem- 
pes; ce ne sont pas des femmes, 
ce sont des pastels. Cette pre- 



MAR 



— 282 — 



xMAR 



mière catégorie de ^rwe5 s'appelle 
les maquillées. » (J. Duflot, Dict. 
des Coulisses.) 

MAQUILLER : Farder.- «J'es- 
père qu'en voilà une qui se ma- 
quille! murmure Thélénieàune 
de ses voisines... » (Paul de 
Kock.) 

MAQUILLER : Agir, machiner, 
travailler. — « C'est par trop 
longtemps boire; il est, vous le 
savez, heure de maquiller. » 
(Grand val, 1723.) V. Mac, Mo- 
mir. 

Maquiller un suage : Se char- 
ger d'un assassinat. 

Maquiller son truc : Faire sa 
manœuvre. 

Maquiller une cambriolle : Dé- 
valiser une chambre. 

Maquiller les brèmes : Jouer 
aux cartes. 

MAQUILLER : Chicaner, bat- 
tre. (Halbert.) 

MAQUILLER (se) : Se dégui- 
ser. (Rabasse.) 

MAQUILLEUR : Joueur de 
cartes. — « Par cent coups con- 
tre toi, les maquilleurs s'amas- 
sent, mais, bientôt nettoyés, au- 
tour de toi croassent. » (Alyge.) 

MAR : Désinence arbitraire, de 
la même famille que rama do:it 
elle paraît être l'anagramme. V. 
Aille. — « On se bornait (vers 
1840), à retrancher la dernière 
consonnance pourysubstituer la 
syllabe mar. On disait épicemar 
fOur épicier, boulangemar pour 
boulanger, cafcmar pour café, 
et ainsi de suite. C'était de l'es- 
prit dans ce temps-là. » (Pr.d'An- 
glemont.) — « Méfie-toi... Le 



jeune épicemar est très-fort au 
billard et au piquet, » Champ- 
fleury.) 

MARCANDIER : Celui qui dit 
avoir été volé, (Grandval.) 

MARCASSIN : « Le marcassin 
est le rapin du peintre d'ensei- 
gnes. » (E. Bourget, 45.) 

MARCHAND D'HOMMES : 
Agent de remplacement mili- 
taire.— a D'un marchand d'hom- 
mes, je vois l'enseigne. » {Léo-- 
nard.) 

MARCHAND DE LACETS : 
Gendarme. — Allusion mx me- 
nottes qu'il tient en réserve. V. 
Hussard de la guillotine. 

MARCHAND DE SOUPE : 
Maître de pension spéculant sur 
la nourriture de ses élevés. — 
« Style universitaire: Les mar- 
chands de soupe 'doivent être 
bien fiers. » (L. Reybaud.) 

MARCHANDISE : Excrément. 

— Allusion au commerce de la 
vidange. 

Y s' roui' dans la marchandise, 
Que cochon d'enfant! 

(Coimince.) 

MARCHE A TERRE : Fan- 
tassin. —« Quand tu étais dans la 
cavalerie, tu n'étais pas dans les 
marche à terre. » (Vidal, 33.) 

MARCHER, MARCHER AU 

PAS (faire) : Contraindre à obéir. 

— « Empereur Nicolas, les Fran- 
çais et Anglais te feront marcher 
au pas. » (Layale, 55.) 

MARCHER, MARCHER 
TOUT SEUL : Se dit du fro- 
mage et des aliments corrompus. 



MAR 



- 233 - 



MAR 



Le mot fait supposer que les 
vers grouillent assez pour don- 
ner à un objet matériel une sorte 
de vie, au figuré, pour le faire 
marcher. — Dans le même ordre 
d'idées, cela danse indique le 
plus haut degré de la décompo- 
sition, 

MARCHER DESSUS: Travail- 
ler une affaire, préparer un vol. 
(Rabasse.) 

MARCHEUSE : « La marcheu- 
se est un rat d'une grande beau- 
té que sa mère, fausse ou vraie, 
a vendu le jour où elle n'a pu 
devenir ni j«r, ni 2% ni 3« sujet 
de la danse, et où elle a préféré 
l'état de coryphée à tout autre 
par la grande raison qu'après 
l'emploi de sa jeunesse, elle n'en 
pouvait pas prendre d'autre. » 
(Balzac.; 

MARCHEUSE : a Un simple 
bonnet la coiffe; sa robe est 
d'une couleur foncée et un ta- 
blier blanc complète ce costume. 
Les fonctions de la marcheuse 
sont d'appeler les passants à 
voix basse, de les engager à 
monter dans la maison qu'elle 
représente, où, d'après ses an- 
nonces banales, ils doivent trou- 
ver un choix exquis de jeunes 
personnes. » (Béraud.) 

Autrefois le rôle de la mar- 
cheuse était plus nomade. — « En- 
fin arrivent les marcheuses. Elles 
marchent pour les filles demeu- 
rant en hôtel garni; celles-ci 
n'ont qu'une chaussure et un 
jupon blanc. Faut-il qu'elles ex- 
posent'dans les boues leur uni- 
que habillement, la marcheuse 
affrontera pour elles les chemins 
fangeux. » (1783, Mercier.) 



MARE (terminaison en) : V. 
Mar. Aille. 

MARÉCAGEUX (œil) : Œil 
langoureux, à demi noyé, d'où 
cette humide allusion. 

Mais que tu danses bien la galope, 
Avec ton œil marécageux ! 

[Chanson populaire.) 

MARGAUDER : Décrier la 
marchandise.,— «Madame trouve 
moyen de margauder. » {La Cor- 
rectionnelle.) 

MARGOT , MARGOTON : 
Fille de mauvaise vie. — Dimi- 
nutif de Marguerite. — « Nom 
fort injurieux donné à une cour- 
tisane, à une femme de mau- 
vaise vie. » (Dhautel, 08.) — 
« Nous le tenons. Nous savons 
où demeure sa margot. » (E. Sue.) 

MARGOULETTE : Bouche. 
Pour gargoulette. — « Tu ne sorti- 
ras pas d'ici sans avoir la mar- 
goulette en compote. » (Vadé, 
1756.) 

MARGOULIN : Débitant, dans 
la langue des commis-voyageurs. 
— « Parfois le margoulin est fin 
matois. » (Bourget.) 

MARGUINCHON : C'est Mar- 
got avec changement de finale. 
Même signification. — «Entends- 
tu, Marie-Couche-toi-là, la mar- 
guinchon de tous les goujats. » 
[Catéchisme poissard ^ 40.) 

MARIAGE A L'ANGLAISE : 
Mariage après lequel chacun vit 
de son côté. — « Après une lune 
de miel fugitive, M. de L..., 
reprit ses habitudes de garçon. 
N'avait-il pas fait ce que l'on ap- 
pelle un mariage à l'anglaise? » 
(E. ViUars.) 



MAR _ 2 

MARIN DE LA VIERGE MA- 
RIE : Marinier d'eau douce. — 
« Ce sont les carapatas ou ma- 
rins de la vierge Marie, ainsi 
nommés parce qu'ils ne courent 
jamais aucun danger, race am- 
phibie qui ne vit que sur les 
canaux. » (Privât dAnglemont.) 

MARINGOTTE : Grande voi- 
ture de famillede saltimbanques. 

— « C'était une des deux gran- 
des voitures nommées marin- 
gottes servant à la caravane en 
voyage. » (O. Féré.) 

MARIOL : Malin. (Grandval.) 

— « Si c'est un mariol, on em- 
ploie le surin, et on joue des 
jambes. » (Colombey.) 

MARIVAUDER : Se complaire 
dans les détails; défaut reproché 
aux écrits de Marivaux. — « Al- 
lons un peu plus vite, tu mari- 
vaudes. » (Balzac.) — L'action de 
marivauder s'appelle du mari- 
vaudage. 

MARLOU, MARLOUSIER : 
Souteneur. — C'est le vieux mot 
marlier (sacristain), avec chan- 
gement de finale. Les souteneurs 
étaient autrefois appelés sacris- 
tains. — « Un marlou, c'est un 
beau jeune homme, solide, sa- 
chant tirer la savate, se mettant 
fort bien, dansant le chahu et le 
cancan avec élégance, aimable 
auprès des filles dévouées au 
culte de Vénus, les soutenant 
dans les dangers imminents. » 
(5o mille voleurs de plus à Pa- 
ris, 3o.) — L'optimisme iro- 
nique de la facétie que nous ve- 
nons de citer n'est rien à côté 
de la citation suivante : — « Lu 
plus sublime de ces positions 
c'est celle du marlou. Qu'on me 



34- 



MAR 



pardonne le mot ; les plus prudes 
femmes ne craindraier t pas de le 
lire s'il était vieux de deux siè- 
cles, s'il chatoyait en style su- 
ranné à côté de Ribaiides et de 
Ribeliers qui ne veulert pas dire 
autre chose. » (Fr. Soalié, 35.) 

MARLOU : « Par extension, 
on appelle marlou tout homme 
peu délicat avec les femmes, et 
même tout homme qui a mau- 
vais genre. » (Cadol.) 

MARLOU (c'est un) : C'est un 
malin. (Rabasse.) 

MARLOUSERIE : Malice. 
(Colombey.) 

MARMIER : Berger. (Idem.) 
Vieux mot. 

MARMITE ; Fille publique 
nourrissant un souteneur. — 
L'allusion se comprenti. — « Un 
souteneur sans sa marmite, est 
un ouvrier sans ouvrage. » (Can- 
1er.) 

La Marmite de terrj est une 
prostituée ne gagnant pas d'ar- 
gent à son souteneur. — La Mar- 
mite de fer gagne un pju. — La 
Marmite de cwîvre rapporte beau- 
coup. (Halbert.) 

MARMOT (croquer le) : Être 
dans la situation d'un homme 
qui ne voit pas arriver ce qu'il 
attend. — Croquer le marmot 
n'est qu'un équivalent de mar-- 
motter, comme le prouve cet 
exemple : « Marmonnant de la 
langue : mon ! mon ! mor ! comme 
un marmot.» (Rabelais, Pa«fa- 
gru'A, L. IV, ch. XV.) 

On a, comme cela Sc produit 
souvent, pris l'effet pour la cause. 
V. Marronner. 



MAR 



— 235 — 



MAR 



MARMOT (Nourrir le) : Pré- 
parer un vol. (Rabasse.) 

MARMOTTIER : Savoyard. 
(Colombey.)— Mot à mot : mon- 
treur de marmottes. 

MARMOUSE : Barbe. (Hal- 
bert.) 

MARMOUSET: Pot, marmite. 
(Idem.) 

MARNER : Se livrer à un 
travail pénible. (Vidocq.) Abrév. 
de marrottner : murmurer. 

MARNER : Voler. — Du vieux 
mot marronner : pirater. — « Il y 
a des cambrioleuses très-habiles, 
qui, feignant une erreur, s'élan- 
cent dans les bras du voyageur 
qu'elles veulent marner : « C'est 
« toi, mon loulou, s'écrient-elles, 
« viens donc que je t'embrasse! » 
On prétend que ces donneuses de 
bonjour sont rarement mises à la 
porte. » (A. Monnier.) 

MARON ; Sel. (Grandval. V. 
Muron. 

MAROTTIER : Marchand am- 
bulant. 

MARQUANT : Ivrogne. [Petit 
Dictionnaire d'argot, 44.) 

MARQUANT : Souteneur. 
(Halbert.) Mot à mot : homme 
de la marque. V. ci-dessous. 

MARQUE : Prostituée. (Hal- 
bert.) 

MARQUE (vol à la) : C'est une 
variété du vol au papillon (blan- 
chisseur). Une voiture de blan- 
chisseur stationne, etun compère 
s'en approche et tâche de recon- 
naître la marque des paquets 
déposés sur 1 e devant de la voi- 



ture. Puis son complice vient les 
demander de la part du patron. 
(Rabasse.) 

MARQUE DE CE : Femme 
légitime de voleur. (Colombey.) 
Mot à mot : femme d'argent. 
V. Ce. 

MARQUE FRANCHE, MAR- 
QUISE : Maîtresse de voleur. 
(Idem.) V. Marque, 

MARQUÉ : Mois. (Rabasse.) 

MARQUER MAL : Se faire 
remarquer sous de mauvais rap- 
ports. 

MARQUET : Mois. — « Pour 
une méchante paire de trottines 
je vais payer sur le pré au Dabe 
court toujours treize marquets 
et j'ai déjà fait pas mal de plan 
de couillé. » (Journal man. d'un 
prisonnier de Ma:{as.) 

MARQUIN : Couvre-chef. (Hal- 
bert.) 

MARQUISE : Breuvage com- 
posé de vin blanc, d'eau de Seltz, 
de sucre et de citron. 

MARQUISE : V. Marque 
franche. 

MARRON : En flagrant délit 
de vol ou de crime. — Du vieux 
mot marronner : faire le métier 
de pirate, de corsaire. 

Paumer marron, servir marron : 
Prendre sur le fait. — a J'ai été 
paumé marron. » (La Correc- 
tionnelle.) V. Servir, Estourbir, 
Raille. 

MARRON : En contravention. 
— « Le cocher marron est un 
cocher mal vêtu, mal chaussé, 
ayant mauvaise mine,conduisant 
une mauvaise voiture et un mau- 
vais cheval. » (P. du Terrail.) 



MAS 



— 236 — 



MAT 



MARRONNER : Bouder, mur- 
murer. — Du vieux mot mar- 
monner. — « Tu pourras mar- 
monner tout bas : Ah ! couyon, 
tu ne me tiens pas. » {La Berne 
Ma:^arine, 1634.) — « J'peuxpas 
voir ça, moi! je marronne tout 
haut. » (Gogniard, 3i.) V. Lâ- 
cher, Marmot. 

MARRONNERUN GRIN- 
C H ISS AGE: Manquer un vol. 
(Colombey.) 

MARSEILLAISE : Pipe courte 
et poreuse fabriquée à Marseille. 
« Et tout en parlant ainsi, il char- 
geait et allumait sa marseil- 
laise. » (Luchet.) 

MARTEAU (avoir un coup 
de) : V. Toqué. 

MARTINET : « Fer de correc- 
tion au bagne. Cet instrument 
répressif qui vient captive la 
jambe du forçat, a une trempe 
plus forte que celle de l'acier. » 
(Moreau Christophe, 3 7.) 

MASQUER EN ALEZAN : 
« Les maquignons dissimulent 
un vilain cheval sous une couche 
de peinture qui tombe au pre- 
mier lavage; ils nomment ce 
système de teinture masqué en 
ale:{an. » (Rabasse.) 

MASSER : Travailler. (Ra- 
basse.) 

MASTAR AU GRAS DOUBLE 
ffaire la) : Voler du plomb sur 
les toitures en se faisant passer 
pour ouvrier plombier envoyé 
par l'architecte. (Rabasse.) 

MASTAROUFLEUR : Voleur 
de plomb, (Rabasse.) 

MASTIC : Tromperie, mysti- 
fication, — « De dimanche, nous 



commencerons à donner la liste 
de toutes les ignominies que 
nous offrirons aux créiins qui 
nous honorent de leur confian- 
ce... Quel mastic !»(Commerson, 
73.) 

MASTROC : Marchand devin. 
(Rabasse.) Abréviation de maS" 
troquet. 

MASTROQUET : Marchand 
de vin. — Mot à mot : l'homme 
du demi-setier. De demi-stroc : 
demi-setier. — « Le cocher avale 
vivement son mêlé-cassis et sort 
de chez le mastroquet. »(Sauger.) 
V. Corne. 

MATCH : « Pari entre deux 
chevaux pour une distance con- 
venue. » (Paz.) 

MATELOT : « Tous deux 
amis et se nommant mutuelle- 
ment mon matelot : ce qui est 
le plus grand terme d'atfection 
connu sur le grand gaillard d'a- 
vant. » (Phys. du Matelot, 43.) 

MATHURINS : Dominos. 
(Halbert.) — Abréviation di ma- 
thurins plats. Allusion au costume 
des moines dit Mathurins qui, 
avec leur robe blanche et leur 
manteau noir, paraissaient avoir 
le revers noir et la face blanche, 
comme les dominos. 

MATIGNON : Messager. (Hal- 
bert.) 

MATIN, MATINE : Personne 
déterminée, brusque, aussi peu 
commode que le chien de garde 
dit mâtin. — « Kléber, un grand 
mâtin qu'a descendu la garde, 
assassiné par un Égyptien. » 
(Balzac.)— « Ah! mâtine de Tur- 
quie. » (Remy, Ch,, 54,) 



MA2 



•— 2 



MATRIMONIUM : Mariage. — 
Latinisme. 

MATURBES : Dés à jouer. 
(Grand val.) — C'est mathurin 
avec changement de finale. 

MAUGRÉE : Directeur de pri- 
son. (Halbert.) — Il maugrée par 
état. 

MAUVAISE (elle est) : Cette 
plaisanterie n'est pas bonne : Ce 
procédé est mauvais. — On dit 
aussi : Je la trouve mauvaise. — 
« Avouez, mesdames, que vous 
ne vous attendiez pas à celle-là, 
et que vous vous dites peut-être : 
Je la trouve mauvaise. > (Vil- 
lars.) 

MAUVE: Parapluie rougeâtre. 
— « Sa forme conserve une cer- 
taine ressemblance avec la feuille 
de mauve, ce qui lui a fait ré- 
cemment donner le nom de cette 
plante. La mauve est toujours 
en coton rouge ou vert. » {Phys. 
du parapluie, 41.) 

MAYEUX: Bossu. — ^^X^mat 
est une forme du vieux nom J/<2- 
hieu (Mathieu). Vers i83o, les 
caricatures populaires de Tra- 
viès donnèrent ce nom à un 
bossu, type d'homme ridicule- 
ment contrefait, vaniteux et li- 
bertin, mais brave et spirituel à 
ses heures. De là son nom donné 
à ceux qu'afflige la même in- 
firmité. — « Ici d'affreux petits 
mayeux. » (De Banville.) 

MAZARO : Prison militaire, à 
ne pas confondre avec la salle de 
police {ours). Dans celle-ci, on 
passe seulement la nuit sur une 
paillasse; dans l'autre on reste 
jour et nuit sur la planche. — 
c Mon ami, c'est le trou, le clou, 



37 - MEC 

le mazaro, la salle de police. » 
{Commentaires de Loriot.) 

MAZAGRAN : Café servi dans 
un verre. 

MEA CULPA (faire son) : Con- 
fesser sa faute. — Latinisme. — 
« 11 leur faudra faire leur mea 
culpa de cette fameuse démarche 
du 20 juin. » {Moniteur, juillet 
72.) 

MEC : Maître, chef, patron, 
souteneur. — De Mège. V. ce 
mot. 

Mec des mecs : Dieu. (Vidocq.) 
C'est-à-dire chef des chefs. V. 
Rebâtir. 

Mec des mecs : Individu re- 
douté. — (Rabasse.) 

MÉCANISER : Vexer, criti- 
quer. — « Canalis regarda fixe- 
ment Dumay qui se trouva, selon 
l'expression soldatesque, entiè- 
rement mécanisé. » (Balzac. -— 
c( Ne vous avisez pas de mécani- 
ser son ouvrage, car alors, qui 
que vous soyez, il ne vous reste- 
rait plus qu'à numéroter vos os.» 
(Moisand, 41.) 

MÉCHANT (pas) : On dit d'une 
toilette mesquine, d'un homnne 
inepte, d'un livre sans valeur : 
Ça n^ est pas méchant, ça ne mord 
pas! — « Achetez un caloquet 
plus méchant, votre tuyau de 
poêle n'est pas trop rup. » (L. de 
Neuville.) 

MÈCHE (il y a) : Il y a moyen 
d'arriver, il y a possibilité de 
faire. Mot à mot : on peut allu- 
mer l'affaire: — « Lorsque les ou- 
vriers proposent leurs services au 
protede l'imprimerie, ils deman- 
dent s'il y a mèche, c'est-à-dire si 
on peut les occuper. » (Dhautel, 



MEG 



- 23S - 



MEN 



1808.) — « Il voudrait en garder 
un pour la montre, mais il n'y a 
pas mèche. » (Rien^i.) 

Etre de mèche : Être de moi- 
tié. (Vidocq.) 

Six plombes et mèche ;Six heu- 
res et demie. 

MÉCHI : Malheur. (Vidocq.) 

— Abréviation du vieux mot mé- 
chief. 

MECQUE : Homme. — Pour 
meg. — « T'as refroidi au moins 
un mecque. » (Stamir.) 

Mecque à la colle forte : Vo- 
leur redoutable. (Idem.) Mot à 
mot : Voleur dont on se débar- 
rasse difficilement. V. Meg des 
megs. 

MÉDAILLE : Pièce d'or. — 
« La jolie voix! dit Schaunard 
en faisant chanter les pièces d'or. 
Comme c'est joli, ces médail- 
les! »(Mûrger.) 

MÉDAILLON : Derrière. (Vi- 
docq.) Allusion de rondeur. 

MÉDECIN : Avocat. (Vidocq.) 
*— Il soigne les malades. V. ce 
mot. 

MÉDECINE : Conseil. Même 
allusion. 

MÉDIUM : Homme qui pré- 
tend servir d'intermédiaire entre 
ses semblables et certains es- 
prits invisibles. — Ses évocations 
sont désignées aussi par un ad- 
jectif nouveau : médianimiqiie . 

— (( C'est un sultan qui n'a qu'à 
jeter un mouchoir, un médium 
qui fascine les dames. » (P. de 
Kock, 65.) 

MEG : Maître, Dieu. V. Chi- 
que. Du vieux mot Mége, chef 



souverain. « Vahhé : Au nom du 
Père. — Coutandier: Du \.. Ah! 
du meg.» {Dernier jour d un con- 
damné.) 

MÉGO : Boni, excédart de la 
recette sur la dépense. — « Quand 
il y a du mégo, je le mets dans 
un tireUre. » (P. de Kock, 40,) 

MÉGOT : Bout de cigare. (Ra- 
basse.) C'est un mégo pour celui 
qui le ramasse. 

MÊLÉ : Mélange d'eav-de-vie 
et de liqueur. — « Aimez-vous 
l'eau -de -vie? Dame! on vend 
ytout du mêlé. » (Vadé, 1755.) 
V. Noir. 

MELET, MELETTE : Petit, 
petite. (Halbert.) 

MÉLO : Mélodrame.— Abré- 
viation. — « La soirée d'hier a 
été mortellement ennuyeuse; le 
bon gros wé/o a fait son temps. » 
{Paris-Journal, août 72.) 

MELON : Élève de première 
année à l'École Saint -Cyr. — 
« Me brimer, moi, malheureux 
melon. » {Souvenirs de Saint- 
Cyr.) 

MELON : Imbécile. — c Vous 
êtes si melons, à Châtellerault. » 
(Labiche.) 

MENDIGO (faire au) : Contre- 
faire le mendiant. C'est mendiant 
soumis au procédé en go. V. ce 
mot. — « Cette classe importante 
compte une foule de types : la 
fausse veuve avec enfant, le faux 
martyr politique, le mendiant 
à domicile, le faiix épileptique, 
le faux ouvrier sans travail, le 
faux mari dont la femrie se 
meurt faute d'argent poi r un 
remède, etc., etc. » (Rabasse.) 



MER - 2: 

MENÉE : Douzaine. (Grand- 
val.) 

^ MENER PAS LARGE (n'en) : 
Être mal à son aise. — « Quel 
rugissement! Nous n'en menions 
pas large, je t'assure. » (Loriot.) 

MENESSE : Prostituée, maî- 
tresse. (Halbert.) 

MENESTRE : Potage.— Vieux 
mot. 

MENTEUSE : Langue. (Vi- 
docq.) 

MÉPHISTO : Diabolique. — 
Abréviation de Méphistophélé- 
tique qui a paru trop long. 

MÉQUARD : Commandant. 
(Vidocq.) — Augmentatif de mec; 
maître. 

MÉQUER : Commander. 
(Idem.) 

MERCADET : Faiseur. — De 
la pièce de Balzac, Mercadet le 
faiseur. — « A une époque où la 
fièvre du bibelot sévit, il est bon 
de connaître les ficelles des Mer- 
cadets. » (Frébault.) 

MERDE (taire sa) : Faire l'im- 
portant. V. M... 

MERDEUX : « Terme inju- 
rieux, qui se dit d'un poltron, 
d'un fat sans esprit. » (Dhautel, 
08.) Se prend plutôt dans le sens 
de « individu sans valeur. » V. 
Bâton, 

MÈRE : Aubergiste recevant 
des compagnons. — « Lorsqu'un 
compagnon va au siège de la so- 
ciété, il dit : Je vais chez la mère. 
Si l'aubergiste chez lequel se 
tiennent les réunions n'était pas 
marié, on dirait de même : Je 



9 — MEk 

vais chez la mère. » (Perdi- 
guier.) 

MERLAN : « Sobriquet donné 
à un perruquier à cause de la 
poudre qui couvre ordinaire- 
ment ses habits. » (Dhautel.) 
— « La Peyronie est chef de 
perruquiers qu'on appelle mer- 
lans parce qu'ils sont blancs. » 
{Journal de Barbier, 1744.) 

MERLAN FRIT (œil de) : Œil 
pâmé. — « Enfin cet homme de 
brelan a les yeux faits comme 
un merlan. » {Troisième Suite 
du Parlement burlesque, i652.) 

MERLAN DER : Coiffer. 

MERLIN : Jambe. — Allusion 
à la hache dite merlin. Le fer 
figure le pied, et le manche est 
un yvaX fumeron. 

I veut se r'iever, mais j' le redouille 
A coups d' passifs dans les merlins. 
[Chanson de Fanfan le Bdtonniste.) 

MERLOUSSIER, MERLOUS- 
SIÈRE : Rusé, rusée. (Golom- 
bey.) — Pour marlou. 

MERRIFLAUTÉ : Chaude- 
ment vêtu. (Halbert.) 

MÉRUCHÉ, MÉRUCHON : 
Poêle, poêlon. 

MERVEILLEUX : Homme à 
la mode. — Théophile Gautier 
a laissé ce superbe portrait dil 
merveilleux de 1 83 3 : « A l'avant- 
scène se prélassait un jeune mer^ 
veilleux agitant avec noncha- 
lance un binocle d'or émailléi 
Un habit de coupe singulière^ 
hardiment débraillé et doublé 
de velours, laissait voir un gilet 
d'une couleur éclatante et taillé 
en manière de pourpoint, un 
pantalon noir, collant, dessinait 



MÉt 



240 — 



MEU 



exactement ses hanches; une 
chaîne d'or pareille à un ordre 
de chevalerie chatoyait sur sa 
poitrine; sa tête sortait immé- 
diatement de sa cravate de satin 
sans le liséré blanc de rigueur à 
cette époque : on aurait dit un 
portrait de François Porbus. Les 
cheveux rasés à la Henri III, la 
barbe en éventail, les sourcils 
troussés vers la tempe, la main 
longue et blanche, avec une large 
chevalière ornée à la gothique, 
rien n'y manquait ; l'illusion était 
des plus complètes. » 

MESIGO : Moi. (Colombey.) 

MESS : Cercle d'officiers. — 
« Les officiers mangent par corps 
en mess. » {Vie parisienne, août 
67.) — Bien que le mot soit d'im- 
portation britannique, il est plus 
français qu'on ne pense, et il en 
est de lui comme de tunnel, qui 
n'est pas autre chose que notre 
mot tonnelle. Ainsi le grand 
glossaire de Du Gange donne 
prendre met^ avec le sens de 
manger ensemble. Il cite même 
une lettre de rémission de l'an 
1443, mentionnant des compa- 
gnons associés pour prendre met :^ 
pendant les travaux de la mois- 
son. 

MESSE DU DIABLE : Inter- 
rogatoire subi par un accusé. 
(Rabasse.) 

MESSIERS (les) : Les habi- 
tants. (Rabasse.) Ge doit être 
une forme de Alépère. 

MESSIÈRE : Une victime. (Ra- 
basse.) Forme de Mé:{icre. 

MÉTAL : Argent. — « Et t'as 
pas de métal. » (Ricard.) 

MÉTIER : Habileté d'exécu- 



tion. — « Vois toutes ces esquis- 
ses : il y a de la main, du métier 
mais où est l'idée? » (L. Rey- 
baud.) 

Faire du métier ; Travailler 
dans le seul but de gagner de l'ar- 
gent, sans tenir à la gloire. 

METTRE A QUELQU'UN 
(le) : En faire accroire, tromper. 
— « Du reste, c'est un flanche. 
Vous voulez me le mettre... Je la 
connais. » {Le dernier jour d'un 
condamné.) 

METTRE A TABLE (se) : Dé- 
noncer. — On se met à table 
pour manger. V. Table, man- 
ger. 

METTRE AVEC (se) : Vivre 
maritalement. — «En se mettant 
avec Lise, le général aurait dû 
nous dire ; J'ai ça et ça à payer; 
il ne l'a pas dit, et ce n'est pas 
délicat. » (Ricard.) 

METTRE DEDANS: Mettre au 
violon, à la salle de police. V. 
Dedans. 

METTRE DEDANS : Griser : 
V. Dedans. 

METTRE DEDANS : Trom- 
per. (V. Dedans.) 

METTRE LA TÊTE A LA 
FENÊTRE : Être guillotiné. V. 
Fenêtre. 

MEUBLE : Personne de triste 
mine. — « Voyez c'vieax croco- 
dile. Ah! l'beau meuble ! ))(Vadé, 
1756.) — « Prends garde à toi, 
vieux meuble, affreuse bohé- 
mienne! » {Les Folles Nuits du 
Prado, 1854.) 

MEULARD : Veau. (Vidocq.) 
Allusion au mugissement du 
veau. V. Pavillonner, 



MiC - à4i _ 

MEUNIER : Receleur achetant 
le plomb volé. (Colombey.) 

MEZIÈRE : Homme simple, 
bon à voler. (Grandval.) V. Re~ 
goût. 

MÉZIÈRE : Acheteur. (Ra- 
basse.) 

MEZIÈRE, MEZIGUE : Moi. 
(Idem.) 

MEZZO TERMINE : Terme 
moyen, compromis. — Italia- 
nisme. — « Elle ne s'y refusa 
pas, et trouva même ce me^:io 
termine fort commode. » (De Vil- 
lemessant.) 



MlË 



MICHE : Niais. — Du nom pro- 
pre Michel, qui avait jadis ce 
sens proverbial. V. Mikel. — 
« Loupât : Le sergent, j'imagine, 
m'en voudra. La Ramée à part : 
Le bon miche ! » (Vadé, les Ra- 
coleurs.) — a Miche se dit d'un 
sot qui s'est laissé duper. On le 
montre au doigt en disant : voilà 
le miche. C'est un terme bas. Dans 
Cotgrave, il est défiguré sous 
le nom de Michon. » {Dict. de 
Trévoux j lyji.) 

MICHE : Homme fréquentant 

et payant les filles. Même étymo- 
logie que ci-dessus : 

D'où vient qu'on appelle miche 
Quiconque va de nuit et se glisse en 

cachette 
Chez des filles d'amour, Barbe, Rose 
ou Fanchette ? 

(Mérard de Saint-Just, 1764.) 

Dans une liste de fausses Pro- 
testations des filles de Paris con- 
tre la guerre (1790), on lit : 
a Ce pourfendeur de Mars avait 
bien affaire aussi de se présenter 
pour nous enlever nos miches. » 



— « Les jeunes gens dont ces 
dames font leurs amantsdecœur, 
et que certaines susceptibilités 
des miches empêchent d'avoir un 
facile accès. » (Vermorel, Ces 
dames.) 

MICHE DE CARTON : Amant 
peu généreux ou peu fortuné. 

— V. Carton. 

MICHE SÉRIEUX : Amant 
riche et généreux. — « Le miche 
sérieux équivaut à V entrete- 
neur... Les jeunes gens se disent 
souvent, comme un mot d'ordre: 
Messieurs, ne parle:{ pas à la 
petite une telle, elle est ici avec 
son miche sérieux. Le même in- 
dividu se désigne aussi par ce 
mot : Ponteur. Ce dernier mot, 
pris dans le vocabulaire des jeux, 
vient du verbe ponter. » (Ca- 
dol.) — « Les avant-scènes sont 
réservées aux miches sérieux. » 
(Petits mystères de l'École ly- 
rique.) — « Et toute cette suc- 
cession de michets sérieux dé- 
file sous les yeux de Claridon. » 
{Droits de l'homme^ 3 avril 76.) 
V. Persiller. 

MICHETON 
« Air me dit 

« étrenne ma tirelire. » Je lui ré- 
ponds ; « Ma poule, tu m' prends 
oc pour un mich'ton. » {Le Bâ- 
tonniste à la Halle, i3.) 

MICHON : Argent. (Halbert.) 

MIDI (il est) : Il n'est plus 
temps. Date du temps où midi 
était l'heure du repas, celle où 
cessait toute affaire. 

MIE DE PAIN : Vermine. (Vi- 
docq.) — Allusion à la déman- 
geaison causée par une mie de 
pain égarée. 

14 



Petit miche. -~ 
« Mon fiston, 



MIN — 242 — 

MIETTE (une) : Un peu. — 
« Minute ! je me chauffe les pat- 
tes une miette. » (Gavarni.) 

MIGNON : Maîtresse. « Un 
commencement de jalousie me 
prend et je fais sortir mon mi- 
gnon de la maison. » (Beau- 
villier.) 

M I K E L : Miche', dupe. (Vi- 
docq.) — C'est le nom de Mi- 
chel. V. Miche. 

MILIEU : Derrière. — « L'arme 
de Pourceaugnac convient à nos 
grands hommes. Elle atteint ce 
milieu, leur amour et leur but. » 
(Nugent, Étrennes à Lobau, 33.) 

MILLIARD : Gueux porte-bis- 
sac. (Grandval.) 

MILLERIE : Loterie. (Hal- 
bert.) 

MI LORD : On donne moins 
ce nom aux Anglais qu'à ceux 
dont les largesses rappellent l'o- 
pulence britannique. — a Le gros 
tailleur se dit négociant. A sa 
tournure, il n'est pas milord 
russe. » (Sénéchal, 52.) — « Être 
sur le boulevard de Gand, se don- 
ner un air milord. » (Éd. Le- 
moine.) — a Je ne suis pas pré- 
cisément un milord, je n'ai pas 
des millions. » {Semaine, 47.) 

MILORD : Entreteneur. — « Le 
notaire est son milord. » (Bal- 
zac.) 

MILORD : « La lorette pro- 
fesse un enthousiasme fébrile 
pour le cabriolet à quatre roues, 
dit cabriolet milord. » (Alhoy, 
41.) 

MINCE : Locution fréquem- 
ment employée à Paris et dont 
il est difficile de rendre un compte 



MIR 



exact. Elle semble équivaloir à 
oui, certes. 

Il fait nuit, 1' ciel est opaque 
Mine' que j' vas poisser c l'auber. 
(Riche pin.) 

MINCE : Très-médiocre en 
n'importe quoi. Mot à mot : de 
mince valeur. — Abré\ iation. 



MINCE : Papier à letires. (Vi- 
docq.) Allusion à son peu d'é- 
paisseur. 

MINET, MINETTE ; Mot 
d'amitié. — Synonyme de mon 
chat, ma chatte. — a Oui, mi- 
nette, je me calme. » (De Courcy.) 

MINEUR : Manceau. ( Halbert.) 

MINOTAURE, MINOTAURI- 
SÉ : Trompé, conjugalement 
parlant. « Quand une femme est 
inconséquente, le mari serait, 
selon moi, minotaurisc. » (Bal- 
zac.) V. Dernier de M. de Kock» 

MINUIT : Nègre. (Vidocq.) 
— Allusion de couleur. — Il est 
noir comme la nuit. 

MINZINGUIN : Diminutif de 
Mannezingue. V. ce met. 

MIOCHE : Bambin. V. Mion. 

MION : Bambin. Mion est un 
vieux mot que mioche repro- 
duit avec changement de fina- 
le. — « C'est à moi que revien- 
dra le droit d'être le parrain de 
tous les mioches. » (Hourget.) 
V. Dardant. 

MION DE BOULE : Filou. 

(Grandval.) 

MIRADOU : Miroir. ( Vidocq.) 

MIRETTE : Œil (Mcm.) — 
L'œil est un petit miroir. 

MIREUR : Observateur, (Ra- 



MIS — 243 - 

basse.) Nous disons encore en 
ce sens point de mire. 

MIRLIFLOR : Élégant à la 
mode de 1820. V. Œil de verre. 

MIROBOLAMMENT : Mer- 
veilleusement. — « A meubler 
mirobolamment sa maison. » 
(Balzac.) 

MIROBOLANT : Merveilleux. 
— oc La cravate mirobolante. » 
(E. Lemoine.) — « Je me sens 
d'une incapacité mirobolante. '^ 
(Balzac.) 

MIROIR A PUTAINS : Garçon 
d'une beauté vulgaire. 

MIRZALE : Boucle d'oreilles. 
(Vidocq.) 

MISELOQUIER, MISELO- 
QUIÈRE : Acteur, actrice. (Vi- 
docq.) Mot à mot : metteur de 
loques (costumes). V. Misloque. 

MISÉRABLE : Petit verre. Il 
possède moins de liquide que le 
Monsieur. V. ce mot. 

MISERERE : Supplication. 
Mot à mot : ayez pitié. — Lati- 
nisme. — « La marchande à la 
toilette épie le moment où l'en- 
treteneur ^e trouve là pour re- 
commencer son miserere. » (^Z- 
manach du Débiteur, 5i.) 

MISLOQUE : Comédie. (Vi- 
docq.) V. Miseloquier. — « Je joue 
la mislocq pour un fanandel en 
fine pégrenne. » (Balzac.) 

Jouer les misloques : Jouer la 
comédie. (Rabasse.) 

MISLOQUEUR : Acteur. (Ra- 
basse.) 

MISTON : V. Allumer. 

MISTOUFLES (faire des) : 



MOI 

Tracasser, peiner quelqu'un. 
(Rabasse.) 

MITAINES (prendre des) : 
Prendre des précautions. (Rabas- 
se.) — C'est une variante de pren' 
dre des gants qui e le même 
sens. 

MITRAILLE : Monnaie de cui- 
vre. Altération du mot mitaille : 
bronze (M. Age.) 

Si celui-là fait danser ta mitraille, 
Tâch* d'amasser quelques sous en se- 
cret. 

(Debraux.) 

MITRE : Cachot. (Vidocq.) 

— Au moyen âge, le mitre était 
le bourreau. 

MOBILE : Garde mobile, 
soldat de la garde mobile (i83o, 
1848). — Une caricature de Tra- 
viès, datée de i83o, représente 
Mayeux s'échappant du domicile 
conjugal en criant : « Lâchez-moi, 
madame Mayeux, je suis de la 
mobile, n... de D...!» — «Qui sait 
comment cela eût fini si la mo- 
bile ne s'en fût mêlée? Brave 
mobile! » (L. Reybaud, 1848.) 

M O B L O T : Garde mobile 
(1870-71). — Diminutif de mo- 
bile. — « J'ai vu passer un jeune 
sous-lieutenant de la garde mo- 
bile, et derrière lui un simple 
moblot. » (P. Véron.) 

MODERNE : Fashionable. 

— « J't'en vas donner du goujat, 
moderne! » (Gavarni.) 

MOELLE : Énergie. — « Or- 
a de la moelle ou on n'en a pas. 
T'as jamais eu de la moelle pour 
un décime. » (Monselet.) 

MOITIÉ (la plus belle) : Le 
sexe féminin. Mot à mot : la plus 



MOM 



- 244 



MON 



belle moitié du genre humain. 
On abrège aussi en disant la 
belle moitié. — « Je ne vois pas 
pourquoi on obligerait la belle 
moitié à vivre avec l'autre. » 
(E. Villemot.) 

MOINEAU : Homme de mince 
valeur. — Le moineau n'est pas 
un aigle. Si ce terme était an- 
cien, l'allusion ne serait plus 
ornithologique mais monacale. 
Au moyen âge, le moineau était 
un petit moine. — c Voilà un 
beau moigneau pour se f..... des 
airs de qualité. » {Catéchisme 
poissard, 40.) 

MOKA : Café. — Ce nom de 
provenance est généralement iro- 
nique. — « Il s'achemine en- 
suite vers son café, y savoure le 
moka (chicorée pur- sang). » 
{Phys. du Parapluie, 41.) V. 
Café, 

MOLANCHE : Laine. (Hal- 
bert.) Elle est molle au toucher. 

MOLLARD : Graillon, expec- 
toration laborieuse. Du vieux 
mot moller : s'efforcer. 

MOLLASSE : Mou. — a Ils 
sont mollasses. » (J. Arago, 38.) 

MOMAQUE, MOME : Petit 
enfant. — Du vieux mot momme: 
grimace, qui a fait momerie; les 
petits enfants en font beaucoup. 
— « Les rats dont nous voulons 
parler sont des mômes. »(Paillet.) 

Taper un môme : Commettre 
un infanticide. — a Car elle est 
en prison pour un môme qu'elle 
a tapé. » {Lettre de Minder. In- 
troduction.) 

MOMIÈRE, TIRE-MOMES : 

Sage-femme. 



MOMIGNARD : Peti: enfant. 
Diminutif de môme. — « Elle 
entre avec un enfant dans un 
magasin et en faisant semblant 
de poser son momignard à ter- 
re. » (Paillet.) V. Inférieur. 

MOMIR : Accoucher. — « Ma 
largue aboule de momir un mo- 
mignard d'altèque qu'on trim- 
balera à la chique à six plombes 
et mèche, pour que le ratichon 
maquille son truc de la morgane 
et de la lance. » (Vidocq.) 

MONAC : Sou. — Abréviation 
de monaco. — « C'est 1 1 ce qui 
estoufFe les monacs, aux poches 
les attache. » (Alyge, 54.) 

MONACO : Sou.— Appellation 
ironique dont il faut chercher la 
cause dans l'exemple suivant :. 

— « Honoré V, mort de dépit en 
1841, de n'avoir pu faire passer 
pour deux sous en Europe ses 
monacos, qui ne valaient qu'un 
sou. » (Villemot.) V. Coller. 

MONANT,MONANTE: 
Ami, amie. (Vidocq.) 

MONARQUE : Roi de cartes. 

— « Ou si c'est un roi qu'elle 
relève, elle s'écrie : « Je pince le 
a monarque. » (Alhoy.) 

MONARQUE : Pièce de cinq 
francs. (Grandval.) Allusion à 
l'effigie royale. — « Il va nous 
donner quéqu'vieux monarque 
pour y boire à la santé... » (Ga- 
varni.) 

MONNAIE DE SINGIi) : Gri- 
mace. — « 11 la payait, comme 
dit le peuple, en monnaie de 
singe. » (Balzac.) 

MONOCLE : Lorgnon à un 
œil. — « Adapte donc un mo- 



MON — 245 — 

nocle à l'arcade de ton œil gau- 
che! » (Montépin.) 

MONSEIGNEUR : Au xviii» siè- 
cle, ce mot désigne déjà une pe- 
tite pince à forcer les portes. V. 
le Cartouche de Grandval. — Jeu 
de mots. Quelle est la porte ne 
s'ouvrant pas devant Monsei- 
gneur? Si, comme l'affirme M. 
Fr. Michel, on dit aussi Monsei- 
gneur le Dauphin, et par abrévia- 
tion Dauffe, nous voyons encore 
là un calembour sur le dos fin de 
la pince qui permet son intro- 
duction. — « Le monseigneur est 
une barre de fer ayant la forme 
d'une pince à dépaver, mais plus 
petite (45 de haut, 25 de circon- 
férence). Elle sert au malfaiteur 
à forcer une porte. On l'introduit 
près de la serrure, et, avec une 
pesée, on ouvre sans trop de 
bruit. » (Rabasse.) V. CaroM^/ewr. 
Bibi. 

MONSIEUR : Entreteneur. V. 
Amant de cœur. — a En argot 
de galanterie, le mot d'époux 
désigne l'entreteneur; mais il 
n'est pas le seul. Suivant le de- 
gré de distinction d'une femme, 
elle dit : mon époux, mon homme, 
mon monsieur, mon vieux, mon- 
sieur chose, mon amant, mon- 
sieur, ou enfin monsieur un tel. 
-- Sauf dans la haute aristocra- 
tie, où l'on dit : Monsieur un 
tel, ce mot mon époux est géné- 
ral, il se dit dans toutes les 
classes. » (Cadol.) 

MONSIEUR : Mesure de capa 
cité. — tt II existe de plus une 
certaine eau-de-vie dont le prix 
varie suivant la grandeur des 
petits verres. Voici ce que nous 
lûmes sur une pancarte : Le mon- 



MON 



sieur, quatre sous; la demoiselle, 
deux sous; le misérable, un sou. » 
(G. de Nerval.) 

MONSIEUR (faire le) : Tran- 
cher du maître, du fashionable. 

— « Sa suffisance le fait haïr, il 
fait le monsieur. » (Hilpert.) 

MONSTRE : Monstrueux. — 
« J'en ai assez de vos monstres 
de concerts. » (P. de Kock.) V. 
Crapaud. — N'est pas toujours 
pris en mauvaise part. Une 
femme peut appeler monstre 
d'homme celui qu'elle adore. 

MONSTRE : Colossal, mon- 
strueux de grandeur. — « Elle lui 
apporte un bouquet monstre. » 
(Aihoy.) 

MONSTRICO : Petit monstre. 

— « Ce petit monstrico! » (Bal- 
zac.) 

MONT : Mont-de-piété. — Abré- 
viation. — « Elle tient comme 
qui dirait un petit mont bour- 
geois.... elle prête sur gages et 
moins cher qu'au grand mont. » 
(E. Sue.) 

MONTAGE DE COUP : Ac- 
tion de monter le coup. V. Cou- 
per. 

Mon vieux, entre nous, 
Je n' coup' pas du tout 
Dans c' montag' de coup ; 
Faut pas m' monter 1' coup. 

(Aug. Hardy.) 

MONTANT, MONTANTE : 
Pantalon. — Il monte le long des 
jambes. V. Tirant, Grimpant, 
Frusques, 

MONTANT : Qui excite les 
désirs. — a La robe la plus mon- 

14. 



MON 



— 246 — 



MOR 



tante.... c'est une robe décolle- 
tée. )) (Decourcelle.) 

MONTANTE: Échelle. (Co- 
lombey.) — Elle sert à monter. 

MONTER : Enflammer, sur- 
exciter, enivrer de vin, de co- 
lère ou d'amour. — « Vrinette 
(apercevant Florestan qui la re- 
garde par-dessus le paravent) : 
Qu'est-ce que vous faites? Vous 
montez sur une chaise pour me 
voir? Florestan : Oui! ça me 
monte!... » (L. de Neuville.) 

MONTER A L'ÉCHELLE : 
Être guillotiné. Mot à mot : 
monter à l'échelle de l'échafaud. 
— « Galetto ne veut pas mon- 
ter à l'échelle seul. « Il faut, au- 
« rait-ildit, que Ribetto, qui m'a 
c dénoncé, m'y accompagne. » 
(Petit Moniteur.) 

MONTER LE COUP (se) : 
Se tromper. 

MONTER LE VERRE EN 
FLEURS (se) : S'illusionner. 
Mot à mot : mettre sous globe 
les fleurs de son imagination. 

MONTER SUR LA TABLE : 
Avouer ses crimes et ceux de ses 
complices. (Vidocq.) — Augmen- 
tatif de se mettre à table. V. 
Table. 

MONTER UN ARCAT : Es- 
croquer. V. Arcat. 

MONTER UN COUP : Inven- 
ter un prétexte, tendre un piège. 
— « C'est des daims huppés qui 
veulent monter un coup à un 
ennemi. » (E. Sue.) — a Je monte 
plus d'un coup pour vanter l'au- 
teur Dorville. » (Brazier, 17.) 

MONTER UN GANDIN : 
Tromper, V. Gandin, , 



MONTERUNE GAMME: 
Gronder. V. Gamme. 

MONTER UNE SCIE : Mysti- 
fier. V. Scie. 

MONTER UNE PARTIE : 
Réunir quelques artistes pour 
aller donner hors de Paris une ou 
deux représentations dramati- 
ques dites d'amateurs. 

MONTEUR DE COUPS : Men- 
teur, mystificateur, escroc. — 
a Je serai le seul monteur de 
coups à qui tu r'passeras en ar- 
rière tes gros sous. » (Ftsteau.) 

MONTEUR DE PARTI lî) : Ar- 
tiste dramatique ayant pc jr spé- 
cialité de monter des parties. — 
« Une femme qui fait be lucoup 
de frais, voilà le rêve des mon- 
teurs de parties. » (P. Mystères 
de l'école lyrique, 67.) 

MONTMORENCY : Cerise. — 
Du nom de l'endroit où elles 
sont réputées. — On dit de même 
Montreuil pour pêche, Fontai- 
nebleau pour raisin et Valence 
pour orange. 

MONTRE-TOUT : Veston ne 
descendant pas plus bas que la 
taille. Mot à mot : montrant le 
derrière. 

MOQUER COMME DE L AN 40 
(s'en) : Sous-entendu de l'an 40 de 
la république, c'est-à-dire d'un an 
qui n'arrivera point. Expression 
due sans doute aux royalistes de 
la première Révolution. — a Je 
m'en moque comme de l'an 40. » 
(Jaime.) 

MORASSE : Ennui, inquié- 
tude. — Avoir la morasse : Être 
tourmenté. (Rabasse.) 

MORASSE (battre) ; Crier à 



li 



MOR 



— 247 — 



MOR 



Tassassin. (Vidocq.) Mot à mot : 
à la mort, à l'assassinat. 

MORCEAU : Fille sale. 

MORCEAU (enlever le) : Être 
plus mordant que dans ses pro- 
pos. 

MORCEAU (faire le) : Briller 
dans le détail, artistiquement par- 
lant. — « Bien que Léopold Ro- 
bert n'eût pas de grandes vues, 
il faisait très-bien le morceau. » 
(Th. Silvestre.) 

MORCEAU (manger le) : Dé- 
noncer. V. Manger. 

MORDANTE : Scie, lime. (Ra- 
basse.) —• Toutes deux mordent 
sur le bois et sur le fer. 

MORDRE (ne pas) : Être sans 
force, sans esprit, sans talent. 

On dit aussi : Ça ne mord 
pas pour exprimer l'impossibi- 
lité de faire croire ce qu'on dit 
ou d'emmancher une aflt'aire. Ex- 
pression empruntée aux pê- 
cheurs à la ligne. 

MORFE ; Repas, mangeaille. 
(Halbert.) 

MORFIANTE : Assiette. 
(Grandval.) — De morfier. 

MORFIER, MORFIGNER, 
MORFILER : Faire, manger. 
— Morfier est un vieux mot d'où 
les deux autres dérivent. — 
« Calvi morfile sa dernière bou- 
chée. » (Balzac.) V. Chêne. 

MORGANE : Sel. (Vidocq.) — 
De Morganer. Le sel est un mor- 
dant. » V. Momir. 

MORGANER : Mordre. (Idem.) 
*- Vieux mot. 

MORICAUD ; Broc de vin. 



(Vidocq.) — Allusion à sa cou- 
leur som.bre. 

MORILLO : Chapeau à petits 
bords. — « C'était le temps de la 
lutte de l'Amérique méridionale 
contre le roi d'Espagne, de Bo- 
livar contre Morillo. Les cha- 
peaux à petits bords étaient roya- 
listes et se nommaient des mo- 
rillos; les libéraux portaient des 
chapeaux à larges bords qui s'ap- 
pelaient des bolivars. » (Victor 
Hugo.) 

MORNANTE : Bergerie. (Hal- 
bert.) 

MORNE : Mouton. (Vidocq.) 

— Du vieux mot moraine : 
laine. 

M O R N É E : Bouchée. (Hal- 
bert.) — Ce doit être une abrévia- 
tion de morganée. V. Morganer. 

MORNIER : Berger. (Idem.) 

— De morne. 

MORNIFLE : Monnaie. (Co- 
lombey.) 

MORNIFLEUR TARTE: 
Faux-monnayeur. 

MORNOS : Bouche. (Grand- 
val.) 

MORT, MORTE : Condamné, 
condamnée. (Colombey.) V. Ma-- 
lade. 

MORT : Enjeu augmenté après 
coup par le procédé de la pou- 
cette. (V. ce mot.) « Et surtout, 
s'écrient les banquiers : pas de 
morts! Traduction : Pas d'en- 
jeux intempestifs. » (Cavaillé.) 

MORT (faire un) : Jouer le 
whist à trois personnes, en dé- 
couvrant le jeu d'un quatrième 
partenaire qui n'existe pas. — 
<c M. d'Ajuda proposa d'aller faire 



MOU - 24 

un mort avec le duc de Grand 
lieu » (Balzac.) 

MORUE : Femme abjecte. 
— « Vous voyez, Françoise, ce 
panier de fraises qu'on vous fait 
3 francs; j'en offre i franc, moi, 
et la marchande m'appelle... — 
Oui, madame, elle vous appelle... 
morue ! » (Gavarni.) 

MOTS (avoir des) : Échanger 
des reproches. — a En rentrant 
du bal avec ton amant, vous 
avez eu des mots, et il t'a "flan- 
quée à la porte. » (Montépin.) 

MOTTE : Maison centrale. — 
a On vient de tirer mon portrait 
et on va l'envoyer dans toutes 
les mottes et dans tous les loirs. » 
{Lettre de Minder. Introd.) 

MOUCH AILLER : Regarder. 
(Grandval.) 

MOUCHARDE : Lune. Elle 
moucharde les voleurs. V. Ca- 
farde. — « Mais bientôt la pa- 
traque, au clair de la moucharde, 
nous reluque de loin. » (Vi- 
docq.) 

MOUCHE : Mauvais, vilain. 
Abréviation de mouchique. — 
a Mouche^ pour ceux qui ne 
comprendraient pasle langage pa- 
risien, signifie mauvais. » (Trou- 
bat.) « — Avez-vous été hier soir 
aux Variétés ? — Toc. — Et Am- 
broise? — Mouche. » (Lemercier 
de Neuville.) 

MOUCHE : Bouquet de barbe 
placé sous la lèvre inférieure. 
Allusion à sa petitesse. — a Le mi- 
nistre de la guerre vient de tran- 
cher la question du port de la 
mouche. » (Du Casse.) 

MOUCHE (faire) : Tirer assez 



8 - 



MOU 



juste pour aplatir la balle sur un 
point noir (mouche), au centre 
de la cible. — «Elles font mouche 
A tout coup et tuent les hiron- 
delles au vol. » (A. Second.) 

MOUCHES (tuer les) : Infec- 
ter. Mot à mot : avoir une ha- 
leine assez infecte pour empoi- 
sonner les mouches au vol. — 
On dit aussi tuer les mouches à, 
quin:^e pas. 

Tiens, Paul s'est lâché du col ; 
Est-y fier depuis qu'il promène 
Clara, dont la douce haie ne 
Fait tomber les mouches au vol. 

(Colmance.) 

MOUCHER : Remettre les 
gens à leur place, éteindre leur 
insolence. — « Nous allons donc 
les moucher ces lanterjies (jour- 
naux) qui peuvent faire croire à 
l'abrutissement général de la na- 
tion. » {La Mouchettc, 6d>.) 

MOUCHER : Frapper, battre. 
— « Allons, mouche-lui le quin- 
quet, ça l'esbrouffera. » Th. Gau- 
tier.) 

MOUCHER : Tuer. M ot à mot : 
éteindre la flamme de la vie. — 
« Aussi ne se passait-il guères 
d'heures sans qu'il n'y eût quel- 
qu'un de mouché. » Mém. de 
Sully, xvi« siècle.) — « Je l'enfile 
par un coup droit. Encore un de 
mouché. » (Randon.) 

MOUCHER : Non, c'est que je 
me mouche, yion,c'est que je tousse: 
Négation ironique équivalant à 
une affirmation pour ii'importe 
quel sujet. 

MOUCHER (se) : « Les gar- 
çons de jeu se mouclient fré- 
quemment au tapis vert, ce qui 



MOU 



«eur permet d'escamoter un ou 
deux louis dans leurs mouchoirs. 
L'expression est devenue prover- 
biale. On dit d'un garçon qui es- 
camote un louis de quelque ma- 
nière que ce soit : Il s'est mouché 
d'un louis. » (Cavaille'.) 



MOUCHER DU PIED (ne pas 
se) : Agir en homme bien élevé, 
et non comme celui qui, après 
s'être mouché avec les doigts, 
efface du pied sa morve. — « Mais 
c'est des artistes, qui ne se mou- 
chent pas du pied. » (Désau- 
giers.) 

Pris ensuite au figuré pour si- 
gnifier une supériorité quelcon- 
que, comme le prouve cet exem- 
ple : — a Ce petit vin colorié ne 
se mouche pas du pied. » (Moi- 
naux.) 

Le besoin de varier a fait dire 
dans le même sens : Ne pas se 
moucher du talon. — « C'est un 
gaillard qui ne se mouche pas 
du talon. » (P. de Kock.) 

MOUCHERON : Enfant. — 
«La portière et son moucheron.» 
i Léonard, parodie, 63.) 

MOUCHERON : Garçon de 
marchand de vins. (Il voltige au- 
tour des tables des consomma- 
teurs.) a Une deuxième tournée 
est commandée au moucheron. » 
(Ladimir, 42.) 

MOUCHETTES (des) : Non. 
« — Tu m'as volé ? tu vas rendre ! 
— Des mouchettes! » [Léonard, 
parodie, 63.) 

MOUCHIQUE : Vilain, mau- 
vais. — Forme de moustique. 
V. ce mot. « On s'en dégoise de 
mouchiques, quand les uns s'ap- 
pellent feignants, les autr's leur- 



— 249 — MOU 

z*y répond'nt : mufFs. » (Cabas- 
sol.) V. Gaffier. 

MOUILLANTE : Soupe, mo- 
rue. (Halbert.) 

MOUILLÉ (être) : Être appré- 
cié à sa valeur. (Colombey.) — 
Allusion aux tissus qu'on mouille 
pour voir s'ils se rétrécissent. 

MOULE : Visage irrégulier. 
Ironie. 



MOULE A GAUFRE : Visage 
fort grêlé. — On sait qu'un 
moule à gaufre est criblé de 
trous. — « Le moule à gaufre 
qui tient en chef les destinées de 
V Univers* » (Tam-Tam, 76.) 

MOULE DE GANT : Soufflet. 

— La main est un moulede gant. 

— « Te goberges-tu de nous? Je 
te bâillerai d'une paire de moules 
de gant. » (Vadé, 1744.) 

MOULE EST CASSÉ, ON 
N'EN FAIT PLUS (le) : Se dit 
d'un personnage exceptionnel , 
inimitable. 

MO ULIN : Magasin de receleur. 
(Colombey.) V. Meunier. 

Aller au moulin : Vendre du 
plomb volé. (Rabasse.) Mot à 
mot : allez chez le receleur. 

MOULINER : Bavarder. 
(Idem.) — Allusion au tic tac 
perpétuel du moulin. — On ap- 
pelle de même moulin à paro- 
les un bavard. 

MOULOIR : Bouche. (Halbert.) 

— Elle moule les aliments. 

MOURIR (tu t'en ferais)! 
Tu t'en ferais crever! — Ces for- 
mules négatives s'emploient sur- 
tout contre ceux qui sont trop 
avides ou qui manifestent des 



MOU 



— 25o — 



MUS 



prétentions excessives. — « Un 
joueur propose, à quoi l'on ré- 
pond, si Ton refuse : « Tu t'en 
« ferais mourir. » (Boue de Vil- 
liers.)V. Cylindre. 

MOUSCAILLER : Faire ses 
besoins. V. Mousse. 

MOUSSANTE : Bière. (Colom- 
bey.) — Effet pris pour la cause. 

MOUSSE : Excrément. — Se 
trouve déjà dans \e Dictionnaire 
blesquin de 1618. Dans le peuple, 
on s'injurie encore par ces mots : 
Vent et mousse pour toi ! 

MOUSSELINE : Pain blanc. 
(Halbert.) — Allusion de douceur 
et de blancheur. 

MOUSSELINE rPièced'argent. 
{Petit Dictionnaire d'Argot, 44.) 
— Même allusion. 

MOUSSELINE : Fers de pri- 
sonnier. (Rabasse.) Ironie. 

MOUSSER: S'impatienter, s'ir- 
riter. Mot à mot : écumer de co- 
lère. — « Ne moussez pas comme 
ça. » (Labiche.) 

MOUSSER : Faire sa mousse. 
V. ce mot. 

MOUSSER (se faire) : Se faire 
valoir. (Rabasse.) — Mot à mot : 
Se faire monter plus haut. 

MOUSSERIE : Latrine. (Hal- 
bert.) 

MOUSSEUX : Redondant. — 
« J'estime celui qui est un peu 
mousseux dans sa façon de par- 
ler. » (La Bédollière.) 

MOUSSUE : Châtaigne. (Hal- 
bert.) 

MOUSTIQUE : Mauvais. Mot 
à mot : malfaisant, irritant 



comme un moustique. — a Je 
bonnirai qu'ils nous ont embro- 
qués d'une chasse moustique. » 
(Rabasse.) 

MOUZU : Mamelle. (Halbert.) 

MUETTE : Conscience. (Ra- 
basse.) — Le mot nous paraît 
trop ingénieux. Ce iloit être 
(comme pour arche de Noé) une 
invention de Saint-Edme qui a 
rédigé l'œuvre de ViJocq, où 
muette a paru pour la première 
fois. 

MUETTE : Exercice dans le- 
quel, par espièglerie on par an- 
tipathie pour un chef, les élèves 
deSaint-Cyrne font pas résonner 
leurs fusils. — « Lorsque vient 
le tour de commandement d'un 
gradé ou d'un chef délesté, on 
convientde lui donner une muet- 
te. » (Delà Barre.) — A/we.'^e se fau- 
file en ce moment dans la langue 
politique. — « Dès qu'on a vu 
M. G. établir autour de M. N. 
une sorte de muette... {Igno- 
tus, 75.) 

MUFFETON, MUFFL \Z : Hom- 
me bête et grossier. — c( Eh! dis 
donc, la belle blonde, tu vas 
quitter ces deux muffles et t'en 
venir avec moi. » (E. Sue.) — 
« Vois-tu, muffeton, lui disait la 
dame. » (G. de Nerval.) 

MUFLE : Maçon. (Rabasse.) 

MURON, MURONNEll, MU- 
RONNIÈRE : Sel, saler, salière. 
(Halbert.) Vieux mots. 

MUSARDINE: Habitué femelle 
des Concerts-Musards, de i858 à 
1860. — « On dit une musardine, 
comme jadis on disait i ne lo- 
rette.» (A. Second.)— C'était du 
temps de l'hôtel d'Osmond; Iç 



NAV 

Concert - Musard d'aujourd'hui 
est infiniment plus chaste. 

MUSETTE : Figure. — C'est 
museau avec changeme"' de finale. 
V. Couper. 

MUSICIEN : Dénonciateur. Jeu 
de mots sur haricot et péter. (V. 
ci-dessous.) V. Péter, Coqueur, 



;5l - 



NE 



MUSICIENS : Haricots. (Co- 
lombey.) — Allusion au bruit des 
vents qu'ils forment. 

MUSIQUE : Filouterie de jeu. 
V. Maquillage. 

MUSIQUE (passer la) : Être 
confronté avec les dénonciateurs 
ou musiciens. 



N 



NAGEOIR : Poisson. (Vidocq.) 

— Il nage. 

NAGEOIRE: Favori large 
s'écartant de la joue comme une 
nageoire de poisson. — « L'am- 
pleur de ses favoris qu'il persiste 
à appeler des nageoires. » (M. 
Saint-Hilaire.) 

NASE, NAZE :Nez. — Vieux 
mot. — a Elle est mieux que la 
Hollandaise, mais ça n'est pas 
pour mon nase. » (M™* de Solms, 
66.) 

NATURALIBUS (in) : Dans 
l'état de nature, nu. — Latinisme. 

— « Mon Joseph eut avec elle un 
tête-à-tête innaturalibus.» (Beau- 
fort, Elle et Moi, Troyes, an 
VIII.) — « L'autre regardant à 
l'horizon in naturalibus. » (Com. 
merson.) 

NAVETS (des) : Non. - « Est- 
ce que j'en suis? Toi, mon bon- 
homme, beaucoup de navets! » 
(Montépin.) — « M'exposer à Saint- 
Lazare pour ça... Des navets ! » 
(Jaime.) 



N A VE T : « Hypocrite de sa- 
lon, tartufe à l'eau de rose, il 
était de ceux qu'on appelle dans 
le vieux style un pédant, et dans 
notre belle langue un navet. » 
(A. de Pontmartin.) 

NAZARET : Grand nez. V. 
Bariole. —Augmentatif de wa^e. 

NAZE : Nez. V. Nase. 

NAZICOT : Petit nez. — Dimi- 
nutif. 

NAZONANT, NAZONAUT : 
Gros nez. (Grandval, Halbert.) 
Augmentatif. 

NE TE GÊNE PAS DANS LE 
PARC : Veston assez court pour 
n'avoir pas besoin d'être retroussé 
en cas de nécessité. — « On a 
successivement appelé les ves- 
tons : sauteen-barque, — pet-en- 
l'air (pardon, madame), — jnon^ 
tretout (pardon, mademoiselle), 
—pince-ne^, — ah! gandin, je te 
vois, — club-cleub-clob, — new- 
market, — cucheval, — couche- 
avec. — Hier encore, on les ap- 
pelait des suivei'-moi, mademoi-' 



NÉO 



— 252 — 



NEZ 



5e//e.Maisaujourd'hui, on appelle 
cvis coquets vestons des ne te gêne 
pas dans le parc. y> ( Vie parisienne, 
9 mars 67.) 

NÈFLES (des) : Non. - « Sou- 
per avec vous, des nèfles! Les 
panés, il n'en faut pas. » {Les 
Cocottes, 64,) — « Rends-moi mon 
verre, Auguste, flanches pas! — 
Jamais, des nèfles. . . je ne rends 
jamais qu'après. » {Tam-Tam, 
76.) 

NÉGOCIANT (faire le) : «Aller 
se promener, terme suprême du 
matelot pour exprimer un hom- 
me qui n'a rien à faire. » {Phy- 
sionomie du Matelot, 43.) 

NÉGOCIANT: Entreteneur. 
(Halbert.) 

NÉGRESSE : Paquet couvert 
de toile cirée noire. (Vidocq.) 

NÉGRESSE : Punaise. — « Je 
sentis bien, quand nous étions 
couchés, qu'il ne manquait pas 
de négresses et même de grena- 
diers. » (Lecart.) — Allusion à la 
couleur foncée de la punaise. 
Quant aux grenadiers, qui sont 
des poux de forte taille, il faut 
se rappeler le sens argotique de 
garnison. Les deux mots mar- 
chent bien de compagnie. 

NÉGRESSE : Bouteille. (Co- 
lombey.) — Allusion à son aspect 
foncé. — < Encore une négresse 
qui avait la gueule cassée. » 
(Zola.) 

NÉNAIS, NÉNET : Sein. - 
€ Tenez, mon cœur, voilà le cor- 
set, ajustez-moi ça sur mes né- 
nets. » (Ricard.) — « Petite maman 
s'est fait des nénais avec du co- 
ton. » (Gavarni.) 

NÉO : Néo-chrétien — Je pas- 1 



sai en revue les diverses sectes 
des néo-chrétiens dont Paris était 
inondé, llyavaitlesnéo chrétiens 
du journal l'Avenir, les aéo-chré- 
tiens de M. Gustave Drouineau, 
les néo-catholiques et une foule 
d'autres, tous possédant le der- 
nier mot du problème social et 
religieux. » (L. Reybaud, 43.) 

NEP : Voleur brocantant de 
faux bijoux, de fausses décora- 
tions. (Vidocq.) 

NERF, NERF DE LA 
GUERRE : Argent. \'. Os. — 
« Le nerf de la guerre manquait 
à ce point qu'il n'avait pas le 
strict nécessaire. » {Vie pari- 
sienne, 67.) 

NERFS (avoir ses) : Être sous 
l'empire d'une irritation nerveu- 
se. Jadis on disait : J'ai mes va- 
peurs. — « Madame aurait ses 
nerfs? Nerfs contre nerfs. Appor- 
tez-moi le nerf de bœuf. » (Mi- 
chu.) 

NETTOYER : Ruiner, vendre, 
dévaliser. — « Je lui njttoie sa 
pelure du haut en bas. J'trouve 
une demi-veilleuse. » (M jnselet.) 
V. Lavage, Maquilleur. 

NETTOYER : Tuer. — « Oh! 
les gredins, je les nettcierai. » 
(F. Pyat.) 

NEZ QUI A COUTE CHER 
A METTRE EN COULEUR : 
Nez dont la teinte rouge atteste 
que son porteur a payé plus d'une 
bouteille. — a En voilà un nez 
qui a coûté cher à mettre en cou- 
leur. » (Gavarni.) 

NEZ (avoir dans le) : ])étester 
quelqu'un. Mot à mot : le pou- 
voir le sentir. — «Il ne faudrait 
pas que la demande vînt de vous. 



NIB - 2 

M. Faviaux vous a dans le nez. » 
(About.) 

NEZ CREUX (avoir le) : Être 
malin, perspicace. — Les nez 
creux ont plus de capacité que 
les autres. — « Oh ! elle avait le 
nez creux, elle savait déjà com- 
ment cela devait tourner. » (Zola.j 

NEZ LONG (avoir le), faire 
son nez : Paraître désappointé. 

— (( Nous nous sommes payé le 
billard, j'en ai rendu vingt de 
trente à Lahure, qui faisait un 
nez aussi long que sa queue de 
billard. » (Voizo.) — On dit en 
abrégeant, dans le même sens, 
avoir un jief . 

NEZ (se piquer le) : S'enivrer. 

— Un nez piqué rougit comme 
celui qu'empourpre l'ivresse. — 
a Qui ne s'est pas piqué le nez 
une pauvre fois dans sa vie ? » 
(Grévin.) 

NEZ OU IL PLEUT : Nez 
tout à fait retroussé. — On voit 
d'ici l'allusion. — « M'^« Kid était 
une petite drôlette, avec un nez 
où il pleut dedans. » (Stop, Jour- 
nal amusant, 70.) 

NI VU, NI CONNU! JE T'EM- 
BROUILLE : Locution placée or- 
dinairement à la fin d'un récit 
pour peindre la rapidité d'un 
acte et la difficulté de l'expliquer. 
(Dhautel, 08.) 

NIAIRE : C'est lui, c'est moi. 
(Rabasse.) — Ce doit être une 
forme de nière (complice), ser- 
vant de signe de reconnaissance. 

NIB, NIBERGUE, NIBERTE, 
NIENTE : Rien.— NienteQstun 
italianisme. Nib semble une 
abréviation de Nibergue,qn\ est 
un anagramme de bernique f — 



3 — NIO 

« N'avoir pas le sou, s'articulait 
7iib de braise ou nisco boursi- 
coto. » (Lespès.) 

NIBE : Silence! ne dis rien. 
(Rabasse.) — Forme de nib. 

NIBE AU TRUC : Ne rien dire 
sur un vol. (Rabasse.) 

NIBÉ : Tais-toi! taisez- vou3! 
(Rabasse.) V. Nibe. 

NICDOUfLLE, NIGUE- 
DOUILLE, nigaud: NOS: 
Nigaud. — « Vous vous êtes en 
allé fâché, désespéré, nigaudi- 
nos. » (Balzac.) — c( Tais-toi donc, 
nicdouille. » {Phy. du Matelot, 
43.) 

NICHONS : Seins. — Allu- 
sion à la double niche qu'ils oc- 
cupent dans le corsage. — « Nana 
ne se fait plus de nichons avec 
des boules de papier, il lui en est 
venu deux. » (Zola.) 

NIÈRE : Complice. V. Man- 
ger. 

N — l — NI, C'EST fini : For- 
mule négative. — Redoublement 
de la dernière syllabe de fini, 

— « Ne me parlez plus de rien..., 
n i, ni, fini. » {Rousseliana, o5.) 

— « N i, ni, c'est fini, plus de 
Malvina. » (L. Reybaud.) 

NINI,NINICHE: Mot d'amitié. 
Diminutif d'Eugénie.— (c Quand 
maman aime bien petit papa, 
elle appelle petit papa ma nini- 
che. » (Gavarni.) 

NIOLLE ; Vieux chapeau. — 
C'est une forme de gniolle : per- 
sonne sans consistance. Un cha- 
peau déformé a perdu aussi la 
sienne. — « Un niolle est un cha- 
peau d homme retapé. Les niol- 
leurs sont les marchands de 
vieux chapeaux. » (Mornand.) 

a:) 



NOM — : 

NIOLLEUR : Marchand de 
vieux habits. — Extension du 
sens du mot précédent. V.A7o//e. 

NIORT (aller à) : Nier. — Jeu 
de mots sur la ville et le verbe. 
— « Je vois. bien qu'il n'y a pas 
moyen d'aller à Niort. » (Gan- 
1er.) V. Outil. 

NIQUE DE MÈCHE : Sans 
complicité. (Rabasse.) Motàmot: 
pas de moitié. V. Mèche. 

NISCO, NIX : Non. — Nisco 
est un diminutif du vieux nis : 
pas un. — Nix est un germa- 
nisme altéré par la prononcia- 
tion française (nicht). — a Fût-il 
un phénix, nix. » (Désaugiers.) 

NISETTE : Olive. (Halbert.) 

NIVET, NIVETTE : Chanvre, 
chanvrière, filasse. (Idem.) 

NOBLING : « Acte frauduleux 
qui consiste à faire des paris de 
courses qu'on ne peut perdre. » 
(Parent, Angl.) 

NOCE : Débauche. — Allusion 
aux excès gastronomiques qui 
accompagnaient les noces d'au- 
trefois. — « Alors je bois, je 
chante, je fais la noce pour ou- 
blier. » (P. de Grandpré.) 

NOCE R : Faire la noce. — 
« Est-ce que tu as noce aujour- 
d'hui ?... — Noce ! ah, bien oui ! » 
(Eug. Sue.) 

NOIR : Café. — Allusion de 
couleur. — « Je paye le noir et 
le mêlé, et je m'enfile de douze 
sous. » (Monselet.) 

NOM D'UN ! : Nom d'un nom ! 
Nomd'un petit bonhomme ! Nom 
d'un tonnerre ! — Il faut voir ici 
l'abréviation de trois synonymes 
de nom de D.,.! que les jureurs 



34 - NOU 

ont modifié de façon à ne se voir 
reprocher aucun blaspiième. — 
« 86,000 francs par \.n t nom 
d'un petit bonhomme! l 'est joli.» 
L. Reybaud.) Nom a un petit 
bonhomme fait allusion à Jésus 
enfant. 

NOM D'UNE PIPE : Juron de 
fumeurs; leur dieu est isur pipe. 

— « Nom d'une pipe ! si vous 
m'approchez... » (Mêles .ille, 3o.), 

NOMBRIL : Midi. (Halbert.) 

NON POSSUMUS : Impossî-; 
ble. Mot à mot : nous ne pou- 
vons pas. — Latinisme. — Allu- 
sion aux termes emplo .'es dans 
une déclaration du pap.3 Pie IX. 

— « Les plénipotentiai es turcs 
ontmaintenu très-réso ûment le 
non possumus de la Porte. » {Fi' 
garo, 76.) 

NONNE (faire) : Faire un at- 
troupement simulé pour aider à 
un vol. (Vidocq.) 

NONNEURS : Compères dé 
voleur à la tire. — Ils s'attrou- 
pent et créent des embarras 
(nonnes) pour l'aider à voler. 

NORMALIEN : Élève le l'école 
normale. Se dit aussi de celui qui 
enest sorti. — « Jedois 1 éprendre 
chez ce jeune normalie 1 une ci- 
tation qui a juré à mon oreille.» 
(B. Jouvin 75.) 

NOTAIRE : Épicier qui fait 
crédit. {A Imanach des D biteurs.) 

— Il note les achats. 

NOUEUR : CompI ce. (Ra- 
basse.) — Forme de nitre. 

NOUJON : Poisson. Habert.) 

NOUNOU : Nourrice. — Abré- 
viation avec redoublement de la 
première syllabe. — « La ma- 



NUM 



- 255 - 



NYM 



man ne peut pas se payer de 
bonne ni de nounou. » (Figaro, 
75-) 

NOURRIR : Préparer delongue 
main. — « Ce garçon qui de- 
vait avoir nourri ce poupon pen- 
dant un mois. » (Balzac.) V. 
Poupard. (Vol.) 

NOURRISSEUR : a Les nour- 
risseurs préparent et nourrissent 
une affaire; ils savent le mo- 
ment où le rentier touche sa 
rente et les jours de rentrée du 
négociant; ils étudient la maison 
et les habitudes des gens qu'ils 
veulent faire voler. » (A, Mon- 
nier.) 

NOUSAILLES, NOUZAIL- 
LES, NOUZIERGUE, NOU^ 
ZIÈRES, NOUZIGO : Nous. 
(Halbert, Colombey.) — Adjonc- 
tions de finales. 

NOYAUX : Pièces de mon- 
naie. — Du vieux mot noiau : 
bouton d'habit. 

Le sacré violon qu'avait joué faux 
Voulut me demander des noyaux. 

(Vadé, 1760.) 

NOYAUX DE PÊCHE (rem- 
bourré de) : Se dit des sièges 
fort durs : Allusion à leurs aspé- 
rités et à leur dureté, a On est en 
train de remplacer les noyaux de 
pêches des stalles par des nou- 
veaux beaucoup plus frais. » 
(Éclair, 72.) 

NUMÉRO (bon) : « Deux papas 
très-bien, ce sont deux papas 
d'un bon numéro. Comprenez- 
vous? — Pas trop. — Deux pères 
parfaitement ridicules. » (Th. 
Gautier.) 

NUMÉRO (gros) : Maison de 



prostitution. — Allusion au gros 
numéro peint sur la porte pour 
toute enseigne. 

NUMÉRO UN, PREMIER 
NUMÉRO : Premier par ordre 
de mérite. — a C'est de la folie à 
l'état de numéro un. » (Jules 
Janin.) — « Une lanterne de 
premier numéro et d'un tel reflet 
qu'on dirait un phare. » (Des- 
lys.) 

NUMÉRO SEPT : Crochet de 
chiffonnier. ^ Le 7 ressemble 
etfectivement à un crochet. 

NUMÉRO CENT : Latrines. - 
Jeu de mots né dans les petits hô- 
tels à chambres numérotées, où 
les latrines portent le numéro 100 
pour que personne ne s'y trompe. 
C'est aussi le numéro qui sentie 
plus. — (( Dans toutes les maisons 
du monde, j'ai ma chambre au 
numéro cent. » (J. Choux.) 

NUMÉRO (connaître le) : 
Être fixé sur la valeur morale : 
— ce Je sais d'où tu viens, je sais 
par où tu as passé, je connais tous 
tes numéros. » (Ces Dames, 60.) 

NUMÉRO (retenir le) : Ne pas 
oublier. — « C'est bon! je re- 
tiens ton numéro. » Se dit quand 
on menace quelqu'un de repré- 
sailles. 

NUMÉROTER SES OS : 

S'apprêter à être roué de coups. 
Mot à mot et ironiquement : 
s'arranger de façon à pouvoir 
retrouver ses os pour les remet- 
tre en place si on les casse. V. 
Démolir. 

NYMPHE : Femme galante.— 
Allusion railleuse aux comparai- 
sons mythologiques affectionnées 
par nos pères. V. Piger. 



ŒlL 



- 256 — 



CEIL 



o 



OBJECTIF : But. — On a fait 
un abus incroyable de ce mot 
depuis 1870, époque où le géné- 
ral Trochu s'en servit fréquem- 
ment dans ses rapports mili- 
taires. « Napoléon III protesta 
que son objectif était l'alliance 
avec l'Angleterre. » (Figaro.) 

OBÉLISCAL : Merveilleux. — 
Date du transport de l'obélisque 
sur la place de la Concorde. — 
ce Admirable! pyramidal! obélis- 
cal! » [Almanach de la Polka, 
45.) V. Granitique. 

OBJET : Amante. Mot à mot: 
objet d'amour. — « Il apprend 
que le cher père a cloîtré son 
objet. » (Désaugiers.) 

OCCASE : Occasion. — Abré- 
viation. — « Deux francs cin- 
quante de bénef; profitez de 
l'occase. » (A. Second.) 

OCCASION : Chandelier. 

(Halbert.) 

OCCIR : Tuer. — Vieux mot 
relevé par les romantiques. — 
« O surprise ! j'avais occi le ban- 
dit qu'on cherchait depuis huit 
jours. » (Marx.) 

ŒIL : Crédit. — Se trouve 
dans le Dictionnaire de Cai^- 
tuuche de Grandval (éd. de 1827). 
a Je vous offre le vin blanc chez 
Toitot; j'ai l'œil. » (Chenu.) — 
a La mère Bricherie n'entend 
pas raillerie à l'article du crédit. 
Plutôt que de faire deux sous 



à' œil, elle préférerait, etc. » (Pr. 
d'Anglemont.) — « La fruitière 
n'a jamais voulu ouvrir l'œil : 
elle dit qu'elle a déjà perdu avec 
des artistes. » (Champflejry.) 

ŒIL : Bon effet produi t à pre- 
mière vue. — Se dit de n'importe 
qui et de n'importe quoi. — « La 
chose a de l'œil. C'est légjr. » (A. 
Scholl.) 

ŒIL (mon) : Formule néga- 
tive. — Abréviation d'une autre 
phrase reçue qui consiste à dire ; 
Regarde de quelle nuance est 
mon œil. — a Et quand tu m'au- 
ras bien aimée, en serai -je plus 
avancée, je te prie? Regarde 
donc de quelle nuance ^st mon 
œil. » 'Monselet.) — « Ouand le 
démonstrateur expose la forma- 
tion des bancs de charbon de 
terre, mon voisin s'écrie avec un 
atticisme parfait : Oui, mm œiUn 
(Villetard.) 

ŒIL (avoir I') : Avoir crédit. 

ŒIL (faire de V) : Lorgner 
amoureusement. — « Sous pré- 
texte de voir essayer le chapeau, 
il ne manquait pas de faire de 
l'œil à la modiste. » (P. d j Kock ) 

ŒIL (se mettre le doigt dans 
1') : Ne pas voir juste. 

ŒIL (ouvrir 1') : Vcilbr atten- 
tivement, faire crédit. 

ŒIL (tape à 1') : Bcrgne. — 
Mot à mot : endormi cun œil. 



U 



OGR 



— 257 — 



OIS 



— II tape d'un œil, bien malgré 
lui. V. ci-dessous. 

ŒIL (taper de 1') : Dormir. — 
C'est le clore la paupière du 
peuple. — « Monsieur, faites pas 
tant de bruit, je vais taper de 
l'œil. » (Vidal, 33.) V. Taper 
dans l'œil. 

ŒIL (tirer 1') : Attirer l'atten- 
tion. 

ŒIL (tortiller, tourner de 1') : 
Mourir. — « J'aime mieux tour- 
ner la salade que de tourner de 
l'œil. » (Commerson.) — « J' 
voudrais ben m'en aller, dit le 
pot de terre en râlant. Bonsoir, 
voisin, tu peux tortiller de l'œil.» 
(Thuillier.) 

ŒIL DE VERRE : Lorgnon. 
— « Ces mirliflors aux escarpins 
vernis, aux yeux de verre. » 
(Festeau.) 

ŒUF (casser son) : Faire une 
fausse couche. 

OGRE, OGRESSE : Usurier, 
marchande à la toilette. — Ils 
finissent toujours par dévorer 
financièrement leur clientèle. 

OGRE : « Il y a deux espèces 
de compositeurs d'imprimerie : 
i» les ogres, bons pères de fa- 
mille qui travaillent pour leurs 
enfants ; ils sont à la conscience, 
c'est-à-dire qu'ils gagnent un 
prix fixe par jour ; 2° les caleurs 
ou goippeurs qui à chaque ins- 
tant se dérangent : ceux-là tra- 
vaillent aux pièces. » (Moisand, 
4I-) 

OGRE : Agent de remplace- 
ment. (Vidocq.) - Il a toujours 
besoin de chair humaine. 

OGRE : Chiffonnier en gros, 



receleur, patron de tapis franc. — 
Allusion à leurs bénéfices dévo- 
rants. — « Les chiffonniers don- 
nent ce nom à celui qui achète 
le produit de leurs recherches 
nocturnes pour les revendre en 
gros. Il fut un temps où ce nom 
était synonyme de receleur. Dans 
ce but, Vogre possédait à côté 
de son établissement d'achat de 
chiffons un débit de liqueurs 
qu'il faisait gérer par un affidé 
ou un compère; il y recevait 
clandestinement des malfaiteurs 
qui apportaient là les produits 
de leurs rapines. » (Castillon.) 

OGRESSE : Maîtresse de mai- 
son. (Halbert.) — Elle est comme 
les ogres en quête de chair 
fraîche (féminine). 

OIGNES (aux petits) : abrév. 
de Oignons {aux petits.) — « Ça 
n' t'empêchera pas de faire ça 
aux petits oignes. » (L. de Neu- 
ville.) 

OIGNON : Montre. — Allusion 
de forme. 

OIGNONS (aux petits) : Très- 
bien. — Les oignons sont en 
grande faveur dans la cuisine 
populaire. — « Les lanciers t 
demandez la nouvelle danse, 
arrangée aux petits oignons. » 
(Randon.) 

OIGNON (il y a de I') : Il y a 

des gémissements. — Allusion 
aux pleurs que l'oignon fait ver- 
ser. — « S' prend' de bec, c'est 
la mode, et souvent il y a de 
l'oignon. » (Dupeaty.) 

OISKAU : Triste personnage. 
— « Minute! quel est c't oiseau- 
là ? » {Léonard, parodie.) 



ONE 



— 258 — 



ORF 



OISEAU FATAL : Corbeau. 
Vidocq.) — Le corbeau a depuis 
longtemps cette réputation. 

OISEAUX (aux) : Très-bien. 

— « Il est meublé aux oiseaux.» 
(Balzac.) — « Pour exprimer 
qu'un homme est très-bien fait, 
qu'une femme est très-belle, on 
dit qu'ils sont aux oiseaux. » 
(Dhautel, 08.) 

OISEAUX (se donner des 
noms d') : Roucouler amoureu- 
sement. — a Nous nous donn'- 
rons des noms d'oiseaux. » 
(Hardy.) 

OLIVET : Ognon. (Halbert.) 

OMETTRE (1') : Le tuer (Ra- 
basse.) Au figuré, on disait 
envoyer dans le royaume d'oubli. 
Serait-ce un équivalent ? 

OxMNIBUS : Prostituée. Mot à 
mot: femme à tous. — Latinisme. 

— c On y remarque aussi 
quelques pauvres beautés om- 
nibus. » (La Maison du Lapin- 
Blanc.) 

OMMBUS DE CONI : Corbil- 
lard. (Vidocq.) Mot à mot : voiy 
ture publique de mort. 

ONCLE : Usurier. — « Ce mot 
symbolise l'usure, comme dans 
la langue populaire ma tante si- 
gnifie le prêt sur gage. » (Balzac.) 

ONCLE : Portier-consigne de 
prison, a L'oncle est venu pren- 
dre ma camoufle et m'a dit le 
centre de ma pige. » (V. Intro- 
duction. Lettre à Mindev.) 

ONCLESSE : Femme du con- 
cierge de la prison. (Idem.) 

ONE {A Stiff), a dead one, a 
sqfe one : Littéralement un che- 



val raide, un cheval nnort, un 
cheval sauf. Autant d'expr jssions 
pour indiquer un cheval qui ne 
gagnera point ou qu'on ne veut 
pas faire gagner. » (Parent.) 
Terme de courses anglais, 

ONGUENT: Argent. (R ibasse.) 
C'est en effet un onguent pour 
bien des maux. 

OPPORTUNISME : L'gne de 
conduite modérée adoptée par les 
partis qui ne passent p: s pour 
amis de la modération. Il .a sans 
dire que l'exemple suivait n'est 
point une appréciatior pour 
nous : « On me demande ce que 
c'est que l'opportunisme... C'est 
Marat jouant Tartuffe.» (A. Karr, 
oct. 76.) 

OPPORTUNISTE : Partisan 

de l'opportunisme. « Les ]^ontifes 

de l'infaillibilité radicale fulmi- 

; nent contre les opportunistes. » 

{P. Moniteur, oct. 76.) 

ORANGE A COCHONS : « La 

pomme de terre est auss tôt sa- 
luée par l'argot d'orange à co- 
chons. » (Balzac.) 

ORDINAIRE : Port on de 
bouillon et de bœuf. « On lui 
donnait un ordinaire, c'est-à-dire 
un bouillon et un bœuf. » ( SchoU, 
66.) 

OREILLARD : Ane. (Vidocq.) 
•— Allusion à ses longue? oreil- 
les. 

ORFÈVRE : Personne cher- 
chant à faire prévaloir Si s inté- 
rêts particuliers sous ur autre 
motif. — Abréviation d'ine ré- 
ponse bien connue : « Vais êtes 
orfèvre, vionsieur Josse? » faite 
par Sganarelle à l'orfèvre Josse, 



ORP 



— 25() — 



OUI 



qui lui conseille l'achat d'un 
écrin comme le seul moyen de 
guérir la mélancolie de sa fille. 
(Molière, Amour médecin.) 

ORGUE {terminaison en). V. 
Aille. 

ORGUE (causer sur 1') : Cau- 
ser sur lui. (Rabasse.) Si cette 
définition est exacte, on devrait 
écrire largue et non Vorg-ue, car 
ce ne serait que le mot lui dé- 
formé par la terminaison en or- 
gue (V. ci-dessus). Même obser- 
vation pour manger sur l'orgue 
(dénoncer). 

ORGUE (jouer de 1') : Ronfler. 
— Allusion aux ronflements des 
tuyaux d'orgue. — « Il prenait 
toujours une stalle sur le der- 
rière de l'orchestre, afin de ne 
pas être dérangé. Il s'y installait 
commodément, et là // piquait 
son chien, comme nous disions 
au collège; il cassait sa canne, 
comme nous disons aujourd'hui ; 
// jouait de Vorgue, comme di- 
sent les titis; ou bien il roupil- 
lait, selon les linguistes. » (Pri- 
vât d'Anglemont.) 

ORIENT : Or. (Rabasse.) - 
Adjonction de finales. 

ORLÉANS : Vinaigre. (Vi- 
docq.) Celui d'Orléans est le plus 
renommé. 

ORNIE, ORNIGHON, OR- 
NION, ORNIE DE BALLE : 
Poule, poulet, chapon, dinde. 

ORPHELIN : Orfèvre. (Vi- 
docq.) — Changement de finale. 

ORPHELIN DE MURAILLE : 
Excrément isolé. Mot à mot : 
abandonné par son auteur coniYQ 
un mur. 



ORPHELINS : « C'est sous ce 
nom que l'on veut dire en argot: 
une bande de voleurs. » (A. Du- 
rantin.) 

OS : Argent. — Si l'argent est 
le nerf de la guerre, pourquoi 
ne serait-il pas Vos de la vie ci- 
vile ? Cette étymologie nous pa- 
raît préférable à celles qu'on a 
risquées jusqu'ici. — « Dans la 
langue populaire parisienne, on 
appelle os le numéraire. » (Mor- 
nand.) 

OSEILLE : Argent. — C'est le 
mot os avec une terminaison ar- 
bitraire en eille. 

OSEILLE (avoir de 1') : Avoir 
de l'argent. (Rabasse.) 

OSEILLE (la faire à 1') : Réus- 
sir un bon vol. (Rabasse.) Ne pas 
confondre ce sens avec celui de 
la faire à l'oseille : tromper 
grossièrement. V. Faire. 

OSEILLE (scènes de 1') : « C'est- 
à-dire, en argot de coulisses, les 
scènes où les petites femmes font 
leur apparition en costume plus 
ou moins fantaisiste. » (Escu- 
dier, 76.) 

OTHELLO : Mari jaloux. — 
Allusion à l'Othello vénitien. — 
« Modifier vos bonnes et douces 
habitudes pour vous métamor- 
phoser en Othello, c'est vous y 
prendre un peu tard. » (Ed. Le- 
moine.) 

OUICHE : C'est un oui ironi- 
que. — « Croyez -vous qu'il 
viendra me chercher?... Ah bien ! 
ouiche! » (About.) — « Ah oui- 
che ! v'ià encore un beau pleu- 
tre !» {Le Chirurgien anglais, 
parade, 1774.) 



PAC 



— 260 — 



PAG 



OURS : « Ancien compagnon 
pressier. Le mouvement de va- 
et-vient qui ressemble assez à 
celui d'un ours en cage, par le- 
quel les pressiers se portent de 
l'encrier à la presse, leur a valu 
sans doute ce sobriquet. » (Bal- 
zac.) 

OURS : Salle de police. — « Je 
fus passer deux jours dans un 
lieu ténébreux qu'on appelle 
l'Ours. » (Souvenirs de Saint- 
Cyr.) V. Ma^aro. 

OURS : Pièce qui a vieilli dans 
les cartons d'une direction de 
théâtre. Elle ne se joue que dans 
la belle saison, quand les théâtres 
sont déserts. — Allusion à l'ours 
qui dort pendant l'hiver et qui 
se montre pendant l'été. M. Mar- 
ty-Laveaux m'a montré dans La 
Fontaine, un premier germe de 
cette allusion. 11 est fort curieux : 

Mon opéra, tout simple n'étant sans 

spectacle, 
Qu'un ours qui vient de naître et non 

encore léché. 

(Épître à Mme de Thiange.; 

— « Au théâtre des refusés, 
d'ours il fait commerce, j» (Al. 
Flan.) 

OURS (envoyer à 1') : Envoyer 
promener. Mot à mot : envoyer , 



voir l'ours au Jardin d„^s Plan- 
tes, si cher aux flâneurs. 

OURSERIE : Disposiiion pro- 
aoncée pour la vie solitaire. 
« Vous savez que j'avc s quel- 
ques dispositions à l'ourserie. » 
(Mérimée.) 

OURSON : Bonnet à poil 
d'ours. — « J'allais me coiffer de 
l'ourson dévolu aux voliigeurs.n 
(L. Reybaud.) 

OUTILS : Instruments de vo- 
leur. — Ils servent à son travail. 
V. Vague. — « Je vais i Niort, 
mais mon imbécile avait gardé 
son outil. » (Beauvillier.) 

OUTRANCIER : Nom inventé 
pour ridiculiser ceux qui vou- 
laient la résistance à outrance en 
1871 et qui ne se battaient point. 
« 11 marchait à la mort tandis 
que les outranciers se prélas- 
saient à la mairie. » (A. Mar- 
cade, 75.) 

OUTSIDER : « Cheval que l'on 
considère comme n'ay mt que 
peu ou point de chance de ga- 
gner. » (E. Parent.) 

OUVRAGE : Vol. (Vicocq ) 

OUVRIER : Voleur, (dem.) 

OVALE : Huile. (Halbert.) 



P (faire le) : Faire mauvaise 
mine. (Grandval.) V. Pet. 

PACANT : Homme de cam- 
pagne. (Halbert.) 



PACANT: Passant. (Grandval.) 

PACQUELIN, PACLIM, PAS- 
QUELIN : Pays. (Vidocq, Hal- 
bert.) 



PAF 



— 261 — 



PAI 



PACQUELINAGE : Voyage. 
(Idem.) 

PACQUELINEUR, NEUSE : 
Voyageur, voyageuse. (Idem.) 

PACSIN : Paquet. (Grandval.) 
— Changement de finale. 

PAF : Eau-de-vîe. V.' Paffer. 

PAF : Locution usitée pour 
indiquer une chose subitement 
et promptement arrivée, comme 
la chute d'un corps qui fait paf 
en tombant. — a Voyant ça, paf! 
il en tombe amoureux. » (Stop, 
75.) 

PAF : Ivre. — Abréviation de 
Paffé. V. Paffer. — cr Vous avez 
été joliment paf hi«r. » (Balzac.) 

PAFFS : Souliers. (Rabasse.) 
Abréviation de Passif. V. Gouê- 
peitr, Empaffe. 

PAFFER, EMPAFFER : Eni- 
vrer. Mot à mot : remplir de paf. 
— Le paf représentait au der- 
nier siècle la goutte d'aujour- 
d'hui. En voici de nombreux 
exemples. — « Viens plutôt d'a- 
miiié boire avec nous trois un 
coup de paffe. » (Vadé, 1758.) — 
a Voulez-vous boire une goutte 
de paf? — J' voulons bien. — 
Saint-Jean , va nous chercher 
d' misequierd' rogome. » (L'É- 
cluse, 1756.) — « Il m* proposit 
le paf. Ça me parlit au cœur si 
bien, que j'y allis... dans une ta- 
bagie de la rue des Boucheries, 
où que j' bure du ratafia après le 
coco. » (Rétif, 177e Contemp., 
i7cS3,) — « Au milieu de cette 
plèba bariolée qui se paffe de vin 
bleu. » (Delvau.) — « Nous allons 
à la Courtllle nous fourrer du vin 
sous le nez, quand nous som- 
mes bien empaffés. » (Vidal, 33.) 



PAGNE : Secours envoyé à un 
détenu par un ami. (Vidocq.) — 
Abréviation de panier à provi- 
sions. 

PAILLASSE : Sauteur politi- 
que. — Allusion à la chanson de 
Béranger. 

Paillass^, mon ami, 
N' saut' pas à demi, 
Saute pour tout le monde, etc. 

De là aussi le synonyme de 
Sauteur. 

PAILLASSE : Ventre. — Les 
intestins s'en échappent comme 
la paille d'une paillasse. — « Il 
s'est fait crever la paillasse, il 
s'est fait tuer. » (Dhautel, 08.) 

PAILLASSE, PAILLASSE DE 
CORPS DE GARDE : Prostituée 
de dernier ordre. Comme les 
paillasses de corps de garde, elle 
change journellement de cou- 
cheurs. — r « Qu'es-tu, toi? lar- 
ronnesse, paillasse de corps de 
garde! » {Dialogues poissards, 
xviii* siècle.) 

PAILLASSON : Homme fré- 
quentant les paillasses. V. ci- 
dessus. — « Quand finirez-vous, 
libertin, de courir les catins ? 
Encore, ce vieux paillasson, parl'- 
t-il d' morale en action ! » {Caté- 
chisme poissard.) 

PAILLE : Dentelle. (Vidocq.) 

— Elle est légère comme une 
paille. 

PAILLE : Filouterie de jeu. 

— C'est la même que le Pont. V. 
Couper. — « Cette excavation qui 
a pour résultat de faire revenir 
les cartes dans l'ordre où elles se 
trouvaient, a reçu le nom de 



PAL 



— 262 — 



PAN 



paille, d'où l'expression couper 
dans la v^^'.Ile. » (Cavaillé.) 

^ PAILLE AU CUL {avoir la) : 
Être mis à la réforme. — On ex- 
pose, d'ordinaire, avec un bou- 
chon de paille, les objets à vendre 
isolément. — « La paille au cul, 
repassez la frontière, cafards. » 
(La Paille au cul, 32.) 

PAILLE DE FER : Dans le 
récit d'un combat, H. Monnier 
fait dire à un vieux sergent : 

— « A toi, à moi la paille de fer.» 

— Allusion au hasard qui expose 
chaque combattant à un coup de 
pointe. 

PAILLER : Préparer une paille 
en battant les cartes. « Au bac- 
carat banque, la taille substituée 
est paillée souvent à l'avance. » 
(Cavaillé.) 

PAIN? (Et du) : As-tu de quoi 
manger? — Donnez des conseils 
à un malheureux affamé, il vous 
ramène à la question par ces 
trois mots : Et du pain ? — Ga- 
varni montre un masque abor- 
dant à l'Opéra un domino fe- 
melle, qui l'attend, binocle à 
l'œil : — « Pus qu' ça de lor- 
gnon, dit-il. Et du pain?» — La 
question déchire d'un seul coup 
les faux dehors de cette élégante 
qui n'a peut-être pas dîné pour 
acheter des gants. 

PAIN-LA (Ne pas manger de 
ce) : Se refuser à vivre d'argent 
mal acquis. 

PAIN ROUGE (Manger du) : 
Vivre d'assassinats. (Halbert.) 

PALADIER, PALLADIER : 
Pré. (Halbert.) 

PALETTE : Dent, main. (Co- 
lombey,) 



PALLAS : Boniment ce sal- 
timbanque. — « Il salua es vi- 
siteurs qu'avait attirés la f irade. 
Bientôt il commença sonpalias.» 
(Ghampfleury.) 

PALLAS (faire) : Faire des 
manières. — L'argot parai i s'être 
piqué là de connaissances my- 
thologiques, car Minerve faisait 
parfois la renchérie. — « Vu pré 
finira ton histoire, et là Ion n'y 
fait plus Pallas. » (Vidocq.) 

PALOT, PALLOT : Paysan. 
(Halbert.) C'est un mot de vieux 
français. 

PALLOTTE : Paysanne. (Vi- 
docq. 

PALPER : Toucher de l'ar- 
gent. (Dhautel, 08.) 

PALPITANT : Cœur. (Hal- 
bert.) — C'est le cœur ému. V. 
Battant, Coquer, 

PAMPINE : « Et toi oî: qu' t' 
iras, vilaine pampine, fiiure à 
chien, tête de singe. » {Diclogues 
poissards.) 

PANACHE (faire) : a Tomber 
en passant par-dessus la ête de 
son cheval. » (Paz.) — Mot 
imagé. 

PANA : « Vieux pana se dit 
d'un homme avare, laid et âgé. » 
(Champfîeury.) — Même ttymo- 
logie que panas. 

PANADE : Sans consi tance, 
mou et délayé comme la soupe 
de ce nom. — « Notre g luver- 
nement est joliment p.in. de ! » 
(Ricard.) — Se prend ausi i sub- 
stantivement. « Oh la la! quelle 
panade que ce pauvre eousin 
buraplas. » (t. Simon.) 

PANADE : Objet repoi ssant, 



PAN 



— 263 — 



PAN 



femme laide. (Colombey.) Même 
origine quQ panas. 

PANAMA : Chapeau tressé 
avec des joncs que nos fabriques 
vont chercher à Panama. — « J'ai 
dû chanter contre la crinoline et 
m'égayer aux frais du panama. » 

PANAS : « S'emploie dans 
le Dictionnaire de la Curiosité 
avec le sens de tessons, de lo- 
ques, de débris de toutes sortes; 
ceux qui les vendent sont des 
panailleux. » (Champfleury.) — 
Vient du vieux raoipanne : hail- 
lon. 

PANDORE : Gendarme. — 
Nom d'un des gendarmes de la 
fameuse chanson de Nadaud. — 
« Il n'y avait plus à en douter, 
j'avais tous les Pandores de la 
contrée à mes trousses. » (Marx.) 

PANIER : Voiture basse, à 
caisse d'o5/er, à la mode vers 1860. 
— « Ange! tu m'as transporté... 
je suis homme à mettre à tes 
pieds un panier en pur osier. » 
(Les Pieds qui r'muent, 64.) 

PANIER A SALADE : Voiture 
de prisonniers. — « Ce surnor» 
vient de ce que primitivement la 
voiture était à claire-voie de tous 
côtés. » (Balzac.) — « L'on nous 
fit entrer vingt-quatre dans un 
ignoble panier à salade. » (Che- 
nu.) 

PANIER AUX CROTTES : 
Jupon. — Il ramasse la boue. 
« Pas de clarinette pour secouer 
le panier aux crottes des dames. » 
(Zola.) 

PANNE, PANE : Misère, man- 
que d'argent. — Du vieux mot 
panne: haillon, Roquefort donne 
pannoseux dans le sens de cou- 



vert de haillons, misérable. — « Il 
est dans la panne et la maladie. >> 
(Ricard.) V. Décatir. 

PANNE : Se prend au théâtre 
dans un sens figuré. — « La 
panne est le mot par lequel se 
désigne au théâtre un mauvais 
rôle de quinze ou vingt lignes. » 
(De Jallais, 64.) 

PANNE : Misérable. — « Ça 
marche sur ses tiges, ben sûr! 
Pas pus de braise que dans mon 
œil. Ohé! panne! panne! » (Ri- 
card.) 

PANOUFLE : Perruque. (Vi- 
docq.) — Du vieux mot panufle : 
guenille. 

PANTALON ROUGE : soldat. 
« Gervaise lui... demandait si 
elle donnait dans les pantalons 
rouges. » (Zola.) 

PANTE, PANTRE, PANTI- 
NOIS, PANTRUCHOIS : Pari- 
sien, et,|par extension, bourgeois 
bon à exploiter ou à voler. — 
Pante et Pantre sont des formes 
abrégées de Pantinois et Pantru- 
chois qui veulent dire Parisiens. 
V. Pantin. L'étymologie grec- 
que de pantos que reproduisaient 
encore les journaux de juillet 
1876, n'est pas sérieuse. — « J'ai 
reniflé des pantes rupins. » (Pail- 
let.) V. Lever, Pantre, Abouler. 

PANTHÈRE : Vers 1840, il a 
été de mode d'appeler panthères 
les beautés à la mode. C'était, 
par analogie, une race inférieure 
à celle de la lionne, qui florissait 
vers le même temps, mais elle 
était plus carnassière, plus man- 
geuse d'hommes. — « Dans les 
griffes d'une panthère ou d'une 
lionne du boulevard de Gand, le 



PAN 



— 264. — 



PAP 



parapluie est d'une délicieuse 
coquetterie. » (Pliys, du para- 
pluie, 41.) 

PANTHÈRE (faire sa) : « Il 
passait tout son temps à rôder 
dans le faubourg, d'un cabaret à 
un autre,, à faire sa panthère, 
comme disent les ouvriers pari- 
siens, par allusion sans doute à 
ce mouvement de va-et-vient 
qu'ils voient aux fauves enca- 
gés... au Jardin des Plantes. » 
(A. Daudet.) 

PANTIN , PANTRUCHE : 
« Pantin, c'est le Paris obscur, 
quelques-uns disaient le Paris 
canaille, mais ce dernier s'ap- 
pelle, en argot, Pantruche. » (G. 
de Nerval.) — Cette définition 
manque de justesse. Pantin est 
aussi bien le Paris beau que le 
Paris laid. Et la preuve, c'est 
qu'on dit : dans le goût de Pan- 
tin, pour : élégant, à la mode 
de Paris. V. Pantinois. — Pati- 
truche est son seul péjoratif. Il 
est probable que le peuple a 
donné à Paris, par un caprice 
ironique, le nom d'un village de 
sa banlieue (Pantin). V. Pré. ■ — 
« Là ! v'ià qu'est arrangé dans le 
goût de Pantin. » (Zombach.) 

PANTINOIS : Parisien. (Hal- 
bert.) V. Pante. 

PANTOUP'LE (et cetera) : 
Homme nul, sans valeur au- 
cune. — « L'animal le traitait 
alors de fainéant, de poule mouil- 
lée et d'et caetera pantoufle. » 
(I^. Desnoj'ers.) 

Et cœtera pantoufle : « Quo- 
libet dont on se sert lorsqu'un 
ouvrage pénible et ennuyeux 
vient à être terminé. » (Dhau- 
tsl, oS.j 



PANTRE : Dupe. Abré/iation 
de Pantruchois. Y. -Pante et Pan- 
tin. 

P antre argot é : Imbécile. 

Pantre arnau : Volé s"a perce- 
vant du vol. Mot à mot : pantre 
qui renaude. 

Pantre désargoté: homme dif- 
ficile à voler. (Halbert.) 

PANTRUCHE : Paris. ^ . Pan- 
tin. 

PANTRUCHOIS : Parisien. V. 
Pante. 

PANTURNE : Fille de mau- 
vaises moeurs. (Grandval.) 

PANUCHE : Femme élégam- 
ment mise. 

PAPA (à la) : Bourgeoisement, 
sans éclat. — u Ce sont des en- 
chères à la papa. Tout s'y passe 
à la douce. » (Champfleury.) 

PAPA (à la) : Supérieurement. 

— Le père est maître au logis. 

On nous aura r'quinqués à la -«apa... 
Tu riras là, mais j' dis à la pap j... 
Ou sinon d' çà, j' te brosse à la papa... 

[Le Casse-Gueule, ch. 14.) 
Il va nous juger ça à la papa. 

(Désaugier>.) 

PAPELARD: Papier. (Vi.locq.) 

— Changement de finale. 

PAPIER JOSEPH : Billet de 
Banque. (Rabasse.) — Aliusion 
de consistance. 

PAPILLON : Blanchisseur. 
(Idem.)— Comme le papillon, il 
arrive de la campagne, et ses ai- 
les blanches sont représentées 
par les paquets de linge qu'il 
porte sur l'épaule. 

PAPILLON (vieux) : Vieil- 



I 



PAR 



— 265 — 



PAR 



lard conservant les allures ga- 
lantes de la jeunesse. 

PAPILLONNEUR : Voleur 
exploitant les voitures des blan- 
chisseurs qui apportent le linge 
à Paris. (Vidocq.) 

PAQUECIN, PAQUEMON : 
Paquet. — Adjonctions de fina- 
les. « Ne faut-il pas que balu- 
chons et paquecins disparaissent 
subitement? Personne n'égale le 
cambrioleur dans l'art de démé- 
nager. » (A. Monnier.) 

PAQUELIN : Flatteur. (Hal- 
bert.) — C'est patelin avec chan- 
gement d'une consonne. 

PAQUELIN : Enfer. (Halbert.) 
Abréviation de paqiielin de ra- 
boin : pays du diable. 

PAQUET : Homme sans va- 
leur. (Rabasse.) — Se dit aussi 
d'une femme sans tournure et 
sans grâce. 

PAQUET (faire son) : Se pré- 
parer à la mort, au voyage éter- 
nel. 

D' père on d' vient plus tard grand 

père, . 

C'est là qu' commence 1' déchet ; 
Voyant qu'on n' peut plus rien faire 
On pense à fair' son paquet. 

( L. Audréhan.), 

PAQUETS (faire des) : Tri- 
cher en interposant des cartes 
préparées dans son jeu. 

PARADIS (porter en) : « Vous 
voulez parler du coup de poing... 
Oh! le beau jeune homme ne 
portera pas cela en paradis! » 
(Ricard.) — C'est-à-dire : il me 
le payera avant sa mort. V. En- 
voyer. 



PARALANCE : Parapluie. 
(Vidocq.) Mot à mot : pare l'eau. 
V. Lance. 

PARÉ : Prêt à répondre. (Ra- 
basse.) Abrév. de préparé. . 

PARISIEN : Homme indisci- 
pliné et négligent, — «Ah! mille 
noms! faut-il être Parisien! j'ai 
oublié l'ampoulette! » {Phys. du 
Matelot.) 

PARLEMENTARISME : Doc- 
trine subordonnant tout au con- 
trôle parlementaire. — « Le par- 
lementarisme y fleurit avec une 
splendeur inquiétante. » (F. Ma- 
gnard, yS.) 

PARLER PAPIER : Écrire, 
mot à mot : parler sur le papier. 
— « C'est lui qui parle papier 
pour moi à mon oncle. » (Vi- 
dal, 33.) 

PARLOTTE : Lieu où l'on 
parle, où l'on confère. — « La 
Chambre des députés n'est plus 
qu'une bavette, un cercle, une 
parlotte. » (A. Karr.) 

PARNASSIEN : Poëte. — Ce 
terme paraît moins dû aux pro- 
cédés d'une école particulière 
qu'au retentissementd'un recueil 
imprimé vers i866 sous le titre 
de. Parnasse contemporain ; on y 
trouvait réunies des pièces de 
vers inédites de tous les poètes 
vivants. « Le parnassien se met à 
lire à Cham deux ou trois piè- 
ces. » (P. Véron.) 

PAROISSIEN : Individu. — 
« Que de paroissiens fameux 
dont il ne serait plus question 
par ici, si un homme de talent 
n'était là pour leur y tailler une 
couronne de n'importe quoi sur 
, la mémoire. » (Gavarni.) 



PAR 



— 266 — 



PAR 



PAROLE, MA PAROLE! : 

Je t'en donne ma parole d'hon- 
neur, je le jure ! — Abréviation. 
— « Tu me plais ! non, parole ! 
écoute, j'ai pas d'amant. Veux-tu 
me l'être? » (H. Monnier.) 

ROSEMONDE. 

M'enlever, juste ciel ! Tout de bon ? 

ALCINDOR. 

Ma parole! 

On dit de même ta parole ? 
pour dire : garantirais-tu ceci en 
donnant ta parole d'honneur? — 
A presque toujours un sens iro- 
nique ou dubitatif. 

PAROLIER : Auteur de livret 
d'opéra ou de romance. — a Pa- 
rolier pour chansonnettes, il a 
eu l'insigne honneur d'être mis 
en musique par Offenbach. » 
(E. Blondet.) 

PARON : Carré, palier. (Co- 
lombey.) 

PAROUFLE : Paroisse. (Hal- 
bert.) — Changement de finale. 

PARRAIN : Témoin. — Allu- 
sion à la fonction du parrainage. 
— « Des parrains aboulés dans le 
burlin du quart d'œil ont bonni 
qu'ils reconobraient ma frime 
pour l'avoir allumée sur la pla- 
carde du fourmilion, au moment 
du grinchissage. » (Vidocq.) 

Parrain : Avocat. V. Bêcheur. 

Parrain d'altèque : Témoin à 
décharge. (Id.) 

Parrain fargueur : Témoin à 
charge. (Id.) 

Parrainage :Témo\^n2i^Q. (Id.) 

PARTAGEUR, PARTAGEUX: 
Communiste croyant à la possi- 



bilité du partage égal d' tous les 

biens. 

PARTERRÎÊ (prendre un bil- 
let de): Tomber. — Calembour. 

PARTI : Endormi. — « Allons, 
les voilà partis, dit Vratrin en 
remuant la tête du pèi e Goriot 
et celle d'Eugène. » (Balzac.) On 
dit aussi parti pour 1 1 gloire. 
Allusion aux rêves duiiormeur. 

PARTI : Ivre. — Mê ne allu- 
sion que pour lancé. C'est un 
degré de moins. 

PARTICULE : Se dit de la 
particule de(\u\ précède les noms 
aristocratiques. — « C-' maître 
d'écriture, fou de la panicule, se 
prétendait d'origine noliliaire. » 
(Néel de Lavigne, 5o.) 

PARTICULIER, PARTICU- 
LIÈRE : Bourgeois, bo irgeoise, 
individu quelconque. — Argot 
de l'armée. 

PARTICULIÈRE : Prostituée. 

— Mot ancien. — « Tu tes meslé 
et accouplé avec des putains et 
des infâmes particulière-;. » {Le 
tableau dutyran Ma^^arin, 1649.) 

— «Les mauvaises têtes lu quar- 
tier, qui tiraient la sav; te pour 
les particulières de la ri:e d'An- 
goulême. » (Ricard.) — a Voilà 
qu'un mouchard m'anène une 
particulière assez gentille. » (Vi- 
dal, 33.) 

PARTICULIÈRE : Maîtresse. 

— « Ce terme, si trivial ^n appa- 
rence, appartient à la galanterie 
raffinée et remonte aux bergers 
du Lignon. On lit à cha ]ue ins- 
tant dans l'Astrée : Pcirticula- 
riser une dame, en faire sa par- 
ticulière dame, pour lui adresser 
ses hommages. » (Mi.rty-La- 
veaux.) 



PAS - 267 - PAS 

PASSANT : Soulier. — Il sert 
à faire des pas. — « Les passants 



PARTIE : Représentation dra- 
matique exceptionnelle où figu- 
rent des artistes amateurs. — 
« Santiquet monta une partie au 
théâtre Chantereine. » (De Boi- 
gne, 57.) V. Monter. 

^ PARTIES (fille à) : « La fille 
à parties n'est qu'une prostituée 
en carte ou isolée, mais avec 
plus de formes... elle se fait sui- 
vre par sa tournure élégante ou 
par un coup d'oeil furtif... » (F. 
Béraud.) La maison où aboutit 
la rencontre, se nomme maison 
à parties ou maison de passe. 
L'acte des clientes est qualifié de 
passe ou passade. Le terme re- 
monte au xvm® siècle. 

PARTIES CHARNUES : Der- 
rière. — C'est la partie la plus 
charnue du corps. V. Postérieur. 

PAS (n'être pas rien, n'être) : 
Négation ironiquementemployée 
comme affirmation : — « Ernest: 
Avec qui que tu veux que je soye 
donc? Eupène : Merci, tu n'es 
pas rageur. » (Monselet.) — On 
dit de même : Il n'est pas rien 
chien, pour il est avare; — // 
n'est rien dégoûté, pour il est 
difficile. 

PAS GRAND'CHOSE : Per- 
sonne de médiocre vertu. — « Tu 
as filé avec ta pas grand'chose. » 
(P. de Kock.) . 

PASQUELIN, PACLIN : Pays. 
(Halbert.) 

PASQUINER LA MALTOU- 
SE : Faire la contrebande. (Hal- 
bert.) 

PASSACAILLER : Se faufiler 
avant les autres, supplanter. (Vi- 
docq.) 



rompus et la lyme trouée. » {Vie 
de saint Christofle, Grenoble, 
i53o.), 

PASSE. V. Parties (fille à). 

PASSE : Secours. — « Deman- 
der la passe, c'est demander un 
secours aux ouvriers où l'on 
passe. » (Moisand, 41.) 

PASSE : Guillotine. V. Ger- 
ber. — Allusion à la passe de la 
fatale lunette. 

PASSE (faire une) : Se pros- 
tituer. V. Parties, 

PASSE (gerber à la) : Con- 
damner à la guillotine. V. Ger- 
ber. 

PASSE -CRIGK 
(Vidocq.) 

PASSE-LACET : Fille publi- 
que. (Vidocq.) 

PASSE-LANCE 
docq.) V. Lance, 
passe-eau. 

PASSE-PASSE 
joueurs ; elle consiste à passer 
une carte. — « Plus tard, il de- 
viendra grec, étudiera les passe- 
passe, se servira de la tabatière 
d'or poli pour voir le jeu de son 
partenaire, » (Almanach des Dé- 
biteurs, i85i.) 

PASSE-PASSE (joueur de) : 
Filou. V. ci-dessus. Du temps 
de Rabelais jouer de passe-passe, 
signifiait déjà voler. — «Qui des- 
robe, ravist et joue de passe- 
passe. » {Pantagruel, liv. 3, ch. 

XVIII.) 

PASSE-SINGE : Roué, hom- 
me dépassant un singe en malice. 



Passeport. 



: Bateau. (Vi- 
Mot à mot : 



Flouerie de 



PAS 



— 26S - 



PAS 



PASSER AU BLEU : S'effacer, ' 
disparaître. — On sait quel rôle 
le bleu joue dans le blanchis- 
sage. — « Le pont rouge est passé 
au bleu... bien et dûment écrou- 
lé. » (De Charny.) — u. Plus d'un 
jaunet passe au bleu. » (Jouvet.) 
V. Laver, Nettoyer, Lessiver. 

PASSER AU DIXIÈME : De- 
venir fDu. — Terme usité parmi 
les officiers d'armes spéciales. 
Frappés du nombre de cama- 
rades que leur enlevaient des at- 
teintes d'aliénation mentale, ils 
disent : H est passé au dixiè- 
me ( régiment ), pour montrer 
combien ils sont décimés par des 
pertes, sur lesquelles l'étude des 
sciences ne serait pas, dit-on, 
sans influence. — « L'officier du 
génie passe souvent au dixième.» 
( Vie parisienne, 67.) 

PASSER DE BELLE (se) : Ne 
pas recevoir sa part de vol. (Vi- 
docq.) 

PASSER DOUCE (se la) : Vivre 
sans souci. 

PASSER DU VIN en contre- 
bande : S'enivrer hors barrière et 
rentrer plein comme un baril. 

PASSER L'ARME A GAU- 
CHE : Mourir, militairement 
parlant. Aux enterrements, le 
soldat passe l'arme sous le bras 
gauche. — « Toute la famille a 
passé l'arme à gauche. » (La- 
croix, 32.) 

PASSER LA JAMBE : Donner 
un croc-en-jambe, et, par exten- 
sion, renverser. — « Son ennemi 
roulait à ses pieds, car il venait 
de lui passer la jambe. » (Vidal.) 

PASSER LA JAMBE A THO- 
MAS : Être de corvée à la ca- 



serne pour l'enlèvement des go- 
guenots. — Allusion à l'action 
de les renverser dans les latri- 
nes. 

C'est un vrai velours que la :;outte 
Pour les débiles estomacs, 
Surtout si cela te dégoûte 
De passer la jambe à Thomas. 

(Raoul Fauvel.) 

PASSER LA MAIN : Céder son 
tour. Terme de joueur pris au 
tiguré. « Nous passons aujour- 
d'hui la main à deux de nos 
amis qui s'entendent à parler. » 
{Tam-Tam, 76.) 

PASSER LA RAMPE (ne 
point) : (( Les comédies en vers 
et les ' comédies morales sont 
destinées à ne point ] asser la 
rampe, c'est-à-dire à ne j^oint en- 
trer dans l'esprit du public. » 
(J. Duflot.) 

PASSER SOUS LA PORTE- 
SAINT -DKNIS (ne po avoir) : 
Être trompé par sa feiime. — 
Allusion à la hauteur les cor- 
nes symboliques du coc lage. — 
« Quelque méchante bêre affec- 
tait en sa présence de dire qu'il 
ne pouvait plus passer sous la 
Porte Saint-Denis. » (Zol i.) 

PASSIER, PASSIF, PASSI- 
FLE : Soulier. Formes diverses 
de passant. V. Merlin. 

PASSIFLEUR : Cordonnier. 

PASSIONS (homme, femme 
à) : « Vous êtes trop jeune pour 
bien connaître Paris ; vc us sau- 
rez plus tard qu'il s'y rencontre 
ce que nous nommons djs hom- 
mes à passions. Ces gens-là n'ont 
soif que d'une certaine eau prise 
à une certaine fontaine et sou- 



PAT 

rent croupie. » (Balzac, Père 

Goriot.) 

PASTILLE : « En implorant 

une pièce de 5o centimes, une 

pastille, une belette, une pepette 

I comme ils disent dans leur ar- 

\ got. » (Gavaillé.) — Allusion de 

i forme. 



PASTIQUER : Passer. — 
Changement de finale. V. Aba- 
\dis. 

PASTIQUER LA MALTOU- 
SE : Passer de la contrebande. 

PATAFIOLER : Écraser. — 
« Aux gardes du commerce !... 
iQue le bon Dieu les patafiole !...» 
î(Gavarni.) — Mot provençal. 

PATAPOUF : Gros homme 
itoujours essoufflé. — Onoma- 
topée. — « Chaque fois que j'al- 
Mais chez ce gros patapouf de 
M. Frontboisé...» (L. Bienvenu.) 

PATARD : Monnaie de billon. 

— En 1808, on donnait ce nom 
à un gros sou double. (V. Dhau- 
tel.) Le patar était une mon- 
naie flamande qui valait un sou 

tau xv« siècle. V. Du Cange. 

PATE (la) ; Lime. (Grandval.) 

— Sans doute pour patte. La 
•lime griffe le fer comme la patte 
.griffe la peau. 

PÂTÉE : Correction. — « Il 
avait voulu manger un grand 
gaillard. Aussi a-t-il reçu une 
, pâtée. » (Delagny, les Souteneurs, 
1861.) 

PATENTE : Papier de sûreté. 
(Rabasse.) 

PATENTE : « C'était une de 
ces casquettes molles rabattant 
sur le nez qui font aux soute- 
neurs de barrières une coiffure 



169 — PAT 

si caractéristique. Comme elle 
n'est portée que par eux, elle est 
en quelque sorte la patente de 
leur ignoble métier. » (P. Par- 
fait, 72.) 

PATIRAS, PATITO : Souffre- 
douleur, homme qui pâtit. — Le 
second mot est italien. Le pre- 
mier semble le futur du verbe 
pâtir. — « Moi qui tout à l'heure 
étais le pâtiras de tout le mon- 
de. » (E. Sue.) — « Le professeur 
se traîne dans les fers de la si- 
gnora, grevé des servitudes d'un 
patito. » (Heine.) 

PATISSIER (sale) : Homme 
malpropre , tripoteur d'affaires 
véreuses. V. Boulette. 

PATOCHE : Main. Péjoratif 
de patte. — « Retire tes pato- 
ches, colle-moi ça dans un ti- 
roir. » (Zola.) 

PATRAQUE : Patrouille. (Vi- 
docq.) — Changement de finale 
qui a pu être un jeu de mots. 
Les anciennes patrouilles mar- 
chaient aussi mal qu'une pa- 
traque. V. Moucharde. — Se dit 
par extension d'une administra- 
tion mal organisée. 

PATRON-MINETTE : Asso- 
ciation de bandits. 

PATRONET : Apprenti pâtis- 
sier. — « Le matin il faut que le 
petit patronat soit debout pour 
aller à la halle avec son maître.» 
(Vinçard.) 

PATROUILLE (en) : En train 
de se griser, s'arrêtant de mar- 
chand de vins en marchand de 
vins, comme la patrouille s'ar- 
rête de poste en poste. — a Qua- 
tre jours en patrouille, pour dire 



PAV 



- 270 



PAY 



en folies bachiques. » {Cabarets 
de Paris, 21.) 

PATROUILLER : Faire pa- 
trouille. — (( En ma qualité de 
caporal postiche de voltigeurs, 
j'ai passé la nuit à patrouiller. » 
(Festeau.) 

PATROUILLER : Manier, pa- 
tiner. Mot à mot : rouler dans 
ses pattes. — « Mais c'est vrai, 
tiens! ça vous patrouille c'te 
marchandise, et puis ça part. » 
(Vadé, 1 788.) 

PATTE : Habileté de main.— 
« Mal dessiné, mais beaucoup de 
chic. — Oui, il a de la patte. » 
(L. de Neuville.) 

PATTE : Pied, main. — Se 
trouve déjà dans le Testament 
de Villon. — a On en voit qui se 
faufilent dans des omnibus. Le 
reste s'en retourne à pattes, hon- 
teusement. » (Alb. Second.) 

PATTE (coup de) : Propos 
méchant. 

PATTES DE MOUCHE : Écri- 
ture très-fine, — « Et l'écriture, 
il écrit avec des petites pattes de 
mouche bien agréables. » (Fes- 
teau.) 

PATURON : Pied, pas. (Hal- 
bert.) — Animalisme. V. Flacul, 
Rebâtir. 

PAUMER : Perdre. — « Je ne 
roupille que poitou ; je paumerai 
la sorbonne si ton palpitant ne 
fade pas les sentiments du 
mien.» (Vidocq.) V. Marron. 

PAVÉ : Éloge maladroit. — 
Allusion au pavé de la fable. — 
« C'était un journal pavé de 
bonnes intentions ; mais on y 
rencontrait plus de pavés encore 



que de bonnes intentions. » (A 
Second.) 

PAVÉ (c'est tout) : Ironique- 
ment pour dire : C'ust très-loir 
d'ici, mais la route est bonne! 

PAVÉ DE BONNES INTEN- 
TIONS : Se dit ire niquemen 
d'une maladresse commise avec 
de bonnes intentions. — « On i 
aussi chanté un hymae A ceuA 
qui sont morts pour !a France 
pavé de patriotisme et de bonne; 
intentions. » {Monitiur, juillei 
72.) 

PAVILLON : Perse nne à têtt 
folle, dont les idées flottent i 
tous les vents comi le Tétoffe 
d'un pavillon. 

PAVILLONNER : Faire de? 
folies, déraisonner. — « On ren- 
quillera dans la taule à mesigut 
pour refaiter gourdem ^nt, et che- 
numentpavillonner, ctpicterdv 
pavois sans lance. » (Vidocq.) 

PAVOIS : Fou. (Lalberi.)- 
Mot à mot : pavoisé. A Uusion ai; 
navire qui se pavoise en multi- 
pliant ses pavillons. C r Pavillor 
veut dire en argot un } eu fou. 

PAVOIS : Gris. (Ri basse.) - 
« Être pavois, c'est et e dans la 
vigne du Seigneur, da is toute U 
joie de Bacchus. » (Gh. Coligny.] 

PAVOISER (se) : Faire toi- 
lette. — Terme de n arine. V. 
Astiquer. 

PAYER (tu vas me 1 :) : Se dit 
en plaisantant, à quelqu'un qu 
vient de faire ou diu quelque 
chose d'exceptionnel. 3n ajoute 
souvent Aglaé, sans Joute pai 
allusion à quelque ch mson po- 
pulaire. — a Tu vas mi lepr.yer^ 



PEA 



— 27f ~ 



PÈG 



Aglaé, est un mot qui touche à 
certains côtés intimes de la vie 
parisienne. » (Mané, 63.) 

PAYER (se) : Se passer la fan- 
taisie de. — « Cette liaison est la 
seule toquade sérieuse qu'il se 
soit payée. » {Vie parisienne, 66.) 

PAYER : Rosser d'impor- 
tance. — {Almanach des Débi- 
teurs, 5 1.) 

PAYOL : « Forçat employé 
aux vivres ou à la comptabilité.» 
(M. Christophe.) 

PÉ (ily a du): Y. Pet. 

PEAU : Laide ou vieille pros- 
tituée. — En provençal, s'appelle 
aussi peou : peau. On dit sou- 
vent aussi peau de chien. — a Est- 
ce que je la connais, moi, cette 
peau. » (Zola.) 

PEAU (être dans la) : Être à la 
place. — a Je ne voudrais pas 
être dans la peau du suborneur.» 
(Gavarni.) 

PEAU (être en) : Être en robe 
décolletée, mot à mot montrer sa 
peau. — « L'autre soir elle se 
préparait à se rendre à un dîner 
décolletée, tout en peau, comme 
on dit aujourd'hui. » {Figaro, 
75.) 

PEAU DE BALLE (faire) : N'a- 
voir rien découvert. (Rabasse.) 

PEAU COURTE (avoir la) : 
Péter. (Delvau.) — Comparai- 
son du ventre distendu par des 
vents à une peau trop courte 
éclatant avec bruit. 

PEAU FINE : Jeune homme 
coquet, efféminé. 

PEAU DE LAPIN ; « Les mê- 



mes industriels font le soir la 
peau de lapin. On appelle ainsi, 
en argot, le commerce des con- 
tre-marques de théâtre. » (A. 
d'Aunay.) 

PEAUSSER (se) : Se déguiser. 
Mot à mot : se cacher dans la 
peau de. — « Je vais me peausser 
en gendarme. » (Balzac.) 

PÉCUNE : Argent. — Vieux 
mot. 

PÉDÉ, PÉDÉRO : — Abrévia- 
tion d& pédéraste. V. Etre (en). 

PÉDESOUILLE : Paysan. (Ra- 
basse.) Moi à mot : pied crotté, 
pied souillé. — « Il s'emballa au 
point de traiter Coupeau de ped- 
zouille. » (Zola.) 

PÉGOCE : Pou. (Halbert.) — 
Vient du vieux mot pegous qui 
signifiait tenace. 

PÉGOSSIER : Pouilleux. — 
« Et le Grand - Saint •Nicola'^, 
l'estaminet des pégossiers. » (Pri- 
vât d'Anglemont.) 

PÈGRE : Caste de voleurs. 
Elle se divise en haute et basse 
pègre. — « La haute pègre est 
l'association des voleurs les plus 
anciens et les plus exercés ; ils 
ne commettent que de gros vols 
et méprisent les voleurs ordi- 
naires qui sont appelés dérisoi- 
rement pégriots, chiff'onniers , 
pègres à tnarteau ou blavimstes, 
par un pègre de la haute. » (Vi- 
docq.) — « Des Paganini de ruis- 
seau, des domestiques qui ne 
cherchent pas de place, des sol- 
dats en bordée, des grinches de 
la petite pègre. » (Privât d'An- 
glemont.) 
PÈGRE : Voleur. — « Un jour 



PEI - 2 

à la Croix-Rouge, nous étions 
dix à douze, tous pègres de re- 
nom. » (Vidocq.) V. Esgourne. 

PÉGRENNE : Faim, misère. 

PÉGRENNER : Faire maigre 
chère. V. Bâchasse. 

PÉGRIOT : Voleur maladroit 
ou malheureux. — « Quiconque 
ne se fait pas un nom dans la 
caste criminelle qu'il s'est choisie 
est MTV pé griot de la basse pègre.» 
(A. Monnier.) 

PÉGRIOT : « Apprenti voleur 
se faisant la main aux étalages.» 
(Canler.) V. Boucarnier, Pègre. 

PÉGRIOT (brûler le) : Effacer 
la trace d'un vol. (Halbert.) 

PEIGNE : Clef. (Vidocq.) — 
Le mot doit être imagé et ancien, 
car les clefs du moyen âge affec- 
tent souvent la forme d'un pei- 
gne. 

PEIGNÉE : Lutte dans la- 
quelle on s'empoigne aux che- 
veux, et, par extension, combat. 
— « Là-dessus , elles commen- 
cent à se repasser une peignée 
des mieux administrées, se ros- 
sant comme deux enragées. » 
(Vidal, 33.) 

PEINTRE : Balayeur. — Al- 
lusion au balai ou pinceau dont 
il est armé. V. Pinceau. 

PEINTURE (ne pouvoir voir 
en) : Détester quelqu'un au point 
de ne pouvoir souftrir son image. 

PEINTURLURER : Peindre 
grossièrement. 

PÉKIN : « On nomme Pékin 
tout ce qui n'est pas militaire, 
comme nous appelons militaire 
tout ce qui n'est pas civil. » (Tal- 



'2 ~ PEL 

leyrand.) — Ce doit être une 
forme du mot péchin qui signifie 
Qx\coTQ petit dans le Midi. Pour 
les gens de .guerre d'aiitrefois, 
les bourgeois étaient de petites 
gens. 

Dans la bouche du militaire, 
je suis pékin veut dire aussi je 
suis dégagé de toute obligation. 
Un élève sortant de Saint-Cyrse 
dit pékin de bahut. — « Le Saint- 
Cyrien abandonne avec joie cette 
école... il est pékin de bahut. » 
(Lubet.) 

PÉLAGO : Prison de Sainte- 
Pélagie. (Colombey.) — Chan- 
gement de finale. 

PÈLERIN : Se dit de tout 
homme déterminé à une entre- 
prise. — (( J'embusque nés pè- 
lerins et nous tombons sur la 
cavalerie.» (Général Christophe, 
Lettres f 12.) 

PELLARD : Foin. (Vidocq.) 

— Diminutif du vieux mol pel : 
poil. L'herbe est le poi' de la 
terre. Nous disons encore pC" 
louse. 

PELLE : Chemin. (Idem.) 

^ PELLE AU CUL (recevoir la): 
Etre mis violemment à la porte. 

— « Retrais-toy... ains qu'on te 
frappe au cul la pelle. » (Villon, 
1456.) 

PELLO (n'avoir pas un) : N'a- 
voir pas un sou. (Rabasse.) 

PELOTAGE : Flatterie. 

PELOTAGE : Caresse. — «Pas 
de pelotage! Guillotine/ -moi, 
mais ne me flétrissez pas. » {Le 
dernier jour d'un condamné.) 

PELOTAGE (avoir du) ; Avoir 
des appas rebondis. 



PÉL 



*- 27J — 



PER 



PELOTE : Bourse. (Grand- 
val.) — II s'agit sans doute ici 
de la bourse pleine. 

PELOTER : Caresser. - « La 
fière crevette outrée... défiait La- 
tygne de la peloter ainsi. » (Mi- 
chu.) 

Vive la pomme et les pommiers ! 

Leur aspect seul nous ravigote. 

L'on doit baiser les deux premiers, 

Avec les seconds l'on pelote. 
(Mémoires de Bachaumont, 19 fé- 
vrier 1779. Les Pommes j versa 
Mme la Comtesse de P.) 

PELOTER : Flatter avec in- 
tention. Acceptation finale du 
mot précédent. — « Il ne blaguait 
plus le sergent de ville en l'ap- 
pelant Badingue... Il paraissait 
surtout estimer Virginie... C'é- 
tait visible, illes pelotait.» (Zola.) 

PELOTER : Battre. Mot à 
mot : rouler comme une pelote. 

— « Partout, l'on se colleté et on 
se pelote. » (Mahalin, 67.) — 
« Aussi, comme on les pelotait ! 
On inventait des bottes exprès 
pour eux. » (De Villemessant.) 

PELOTEUR : Flatteur. — a Se 
montrer rampant, peloteur et 
bêta. » (Wado.) 

PELOUET, PELOUETTE : 
Loup, louve. (Halbert.) — Dimi- 
nutif avec transposition du p 
final. 

PELURE : Vêtement de drap. 

— Vieux mot. Pelisse, son 
synonyme, est resté dans la lan- 
gue. — « Garde une de tes belles 
pelures. » (Balzac.) V. Épates, 
Frusques, Nettoyer, Renversant. 

PENDANTE : Boucle d'oreille. 
(Vidocq.) — Elle pend à l'oreille. 

PENDANTE : Chaîne de mon- 



tre. (Grandval.) — Elle pend au 
gilet. 

PENDU GLACÉ : Réverbère. 
(Vidocq.) — Allusion à la sus- 
pension et au vitrage de l'ancien 
réverbère. V. Glacière. 

PENNE : Clef. (Vidocq.) — 
Forme de peigne. V. ce mot. 

PENSUM : Sergent de ville. 
Mot à mot : pince-hommes. — 
Ce calembour sort évidemment 
du collège. 

PENTE : Poire. (Halbert.) 

PENTE (avoir une) : Etre ivre 
à trébucher sur un terrain plat 
comme sur une pente. 

PÉPÉE : Poupée. — Redou- 
blement de la seconde syllabe. — 
« Ah ! ma jolie pépée, une mor- 
veuse qu'on aurait dû encore 
moucher. » (Zola.) 

PEPETTE : Pièce de 5o cen- 
times. Corruption de piécette. V. 
Pastille. 

PÉPIN : Vieux parapluie. — 
Allusion au parapluie que por- 
tait toujours Pépin, l'un des ac- 
cusés du procès Fieschi. — « Ne 
pas avoir le plus piètre rifflard, 
la plus hideuse mauve, le plus 
méchant pépin à lui donner! » 
{Phys. du parapluie, 41.) 

PÉQUIN : Bourgeois. V. Pé- 
kin. 

PERCHE (tendre la) : Tirer 
quelqu'un d'embarras, comme 
si on tendait une perche à un 
homme en danger de se noyer. 
— « Le souffleur aide l'acteur 
tremblant, il tend la perche aux 
faibles. » (J. Duflot.) V. Lâcher. 

PERCHER : Loger. — Allu- 



PER - 2 

sion à la multiplicité et à la hau- 
teur des étages parisiens.— a Où 
perches-tu, petit? fit le réaliste 
au novice. » (Michu.) 

PÈRE FRAPPART : Marteau. 
— Calembour. 

PERFORMANCES : « L'en- 
semble des résultats heureux ou 
malheureux obtenus sur le turf 
par un cheval. » (E. Parent.) — 
Anglicanisme. 

PERFORMER : a Un bon ou 
mauvais performer est tout sim- 
plement un cheval dont les per- 
formances sont bonnes ou mau- 
vaises. » (Id.) 

PERPETTE (à) : Condamné à 
perpétuité. V. Longe. 

PERPIGNAN (un) : Manche 
de fouet. — « De Perpignan 
vient le manche de fouet flexible 
qu'on appelle un perpignan. » 
(Le Héricher, 64.) 

PERROQUET (étouffer, étran- 
gler, plumer, asphyxier un) : 
Boire un verre d'absinthe. — 
Allusion à la couleur verte du 
liquide qui teinte le verre dont 
la main du buveur étrangle le 
cou. Le perroquet est ordinaire- 
ment de cette couleur. — « Étouf- 
fer un perroquet : cette locution 
signitie, dans le langage des ate- 
liers, prendre un verre d'absin- 
the. » (Marc-Bayeux.) — « Quel- 
ques vieux absinthiers préfèrent 
courir le risque de plumer un 
perroquet de plus. » {Vie pari- 
sienne, (jb.) V. Étrangler, 

PERRUQUE : Suranné, com- 
me les grandes perruques du 
vieux temps. — « C'est Grétry 
ressuscité et avec moins de peti- 
tesse dans la manière. Sa musi- 



4 — 



PES 



que est aussi un peu perruque^ 
qu'on me passe ce terme de cou- 
lisse, qui est si pittoresque. » 
(QqjIq, Rome en 181 7; Paris, 27.) 
— a C'est plus q\iQ faux toupet, 
c'est empire, c'est perruq ue, c'est 
rococo, c'est Pompadour. » (Th. 
Gautier, 33.) 

PERSIGNER : Enfoncer. (Ra- 
basse). C'est percer avec allon- 
gement de finale. 

PERSIL, PERSIL EN FLEUR : 
Commerce de prostitutioa. (Hal- 
bert.) 

PERSIL (mesdames dui : Nom 
ironique donné à Taris ocratie 
galante qui se fait voitur^r cha- 
que jour au bois, sur b bord 
du lac. 

PERSILLER, CUEILLIR DU 
PERSIL, FAIRE SON PIZRSIL, 
ALLER AU PERSIL : Raccro- 
cher le passant. (Halbe-t.) — 
« Elles explorent les boubvards, 
persillent dans les squares nou- 
veaux, dans l'espoir d'y rencon- 
trer des miches sérieux. » (Ly- 
nol.) 

PERSILLEUSE. V. Être (en). 

PERSILLÉ : Émaillé, garni. 
V. Zing, 

PERTE DE VUE (à) : A per* 
pétuité. (Rabasse.) 

PESCILLER : Prendre. Y.Ser- 
vir. Criblage. 

PÈSE (avoir du) : Av )ir de 
l'argent. (Rabasse.) Forme de 
p'e^ie. . 

PESSIGNER : Recevoir. (Ra- 
basse.) — « Je te raccorde p u- une 
lazagne du truc dont les irtou- 
pans nous ont pessignés. » (Ra- 
basse.) 



PET 



— 27:) — 



PET 



F£T (il y a du) : Il y a du ^ 
I danger, la police est proche. 
I (Dictionnaire d'argot, 44.) — 
Faire le pet : Faire mauvaise 
mine. (Grand val, 1727.) — Les 
vocabulaires que nous venons de 
citer donnent P et non Pet. Cette 
dernière leçon a l'avantage d'être 
, plus conforme à la prononcia- 
I tion et d'offrir un sens. Il y a 
I du pet serait un synonyme de : 
[Ça sent mauvais, qui a le même 
[sens. Péter veut dire d'autre part 
se plaindre en justice. — Il est 
enfin à remarquer que les éco- 
liers emploient une exclamation 
analogue {Vesse) pour annoncer 
l'apparition d'un surveillant. 

PETARD, PÉTEUX : Der- 
rière. — On entend de reste l'éty- 
mologie de ce bruyant syno- 
nyme. — ce Sur son péteux, v'ià 
que je l'étalé. » {Le Casse-Gueule, 
41.) — « Elle agirait prudem- 
ment en mettant sa fessée sous 
verre... Et ce ne serait pas long, 
elle pouvait apprêter son pé- 
tard. » (Zola.) 

PÉTARD : Haricot. (Vidocq.) 
— Effet pris pour la cause. 

PÉTARD : Soufflet. — Allu- 
sion à son bruit. — a Si tu n' te 
tais, je t'allonge un pétard sur 
ton vilain masque. » {Dialogues 
poissards, xvin» siècle.) 

PÉTARD (faire du) : Faire un 
éclat. 

Que j'suis bête .., j'en pleure... 
Mais d'vant lui j' frai du train. 
Oii ! oui, j' frai du pétard 
En te r' voyant. Oscar. 
{Les Rigolos, alman. chantant p. 1869 .) 

PÉTER : Se plaindre en jus- 
tice. (Vidocq.) 



PÉTEUR : Dénonciateur. Le 
mot musicien pris dans le dou- 
ble sens de haricot et de dénon- 
ciateur, offre la même allusion à 
double entente. V. Proute. 

PÉTESEG ; Personne acariâ- 
tre, officier raide dans le service. 
— <( Il l'appelle tête de pioche, 
boîte à ragots, M'ne Pétesec. » 
(Zola.) 

PÉTEUX. V. Pétard. 

PETIT (faire le) : Uriner. — 
Par opposition à faire le gros 
qui veut dire... le reste. 

PETIT BONHOMME DE 
CHEMIN (aller son) : Suivre 
tranquillement et modestement 
sa voie. V. Nom d'un.., 

PETIT CAPORAL : Napo- 
léon I". — Allusion au grade 
imaginaire que lui décerna l'en- 
thousiasme de ses soldats, au 
lendemain d'une victoire. — « Le 
souhait de S. M. Prussienne et 
les appréciations du petit capo- 
ral. » (M. Saint-Hilaire.) , 

PETIT HOMME NOIR : Broc 
de vin. — Allusion de forme et 
de couleur noirâtre. — « Bour- 
geois, ajouta Boizamort, passe- 
nous un petit homme noir. » 
(Ladimir, 41.) 

PETIT MANTEAU BLEU : 
Homme bienfaisant. — Ce syno- 
nyme est la plus belle récompense 
qu'ait décernée le peuple à un 
philanthrope bien connu. — « On 
parlerait de toi comme d'un pe- 
tit manteau bleu. » (Balzac.) 

PETIT MONDE: Lentille. (Vi- 
docq.) 

PETIT TONDU : Napoléon I". 



PET - 2; 

— Sobriquet soldatesque. Il fut 
donné bien entendu lorsque le 
premier consul eut coupé les 
longs cheveux du conquérant de 
l'Egypte. 

PETITE BÊTE (chercher la) : 
« Un artiste qui, se défiant de 
l'intelligence du public, souligne 
chaque mot qu'il récite, cherche 
la petite bête. » (J. Duflot.) — En 
art et en littérature, chercher la 
petite bête, c'est se donner beau- 
coup de mal dans un but qui 
n'en vaut pas la peine. 

PETITE DAME : Femme ga- 
lante. — « Il y a trente ans, on 
ne disait pas encore une lorette, 
ni une biche, ni une petite dame, 
ni une cocotte. » (Dumas fils, 
i85o.) — aDes petites dames dont 
nous rencontrions grande quan- 
tité dans de petites voitures. » 
(Mérimée, 67.) 

PETITE ÉGLISE : Coterie. — 
« Il faut que ce prince revienne 
par la petite église à laquelle ils 
appartiennent. » (Saint-Genest, 
75.) 

PETOUSE : Pistolet. V. Pé- 
troux. 

PÉTROLE : Verre de cognac. 

— Il incendie l'estomac, V. Co- 
gne. 

PETROLER : Incendier au 
pétrole. — « Et pourquoi ne pil- 
Icrait-on pas ? Pourquoi ne pé- 
trolerait-on pas? Ils sont quatre 
aujourd'hui; dans six mois ils 
seront vingt. » {^Paris-Journal , 
septembre 72.) 

PETROLEUR, PÉTROLEU- 
SE : Homme ou femme ayant 
incendié Paris sous la Commune, 
ou sympathisant avec les incen 



-6 - 



PMA 



diaires. — « Cette fois, monsieur 
avait pris les devants ei dénoncé 
madame comme pétroleuse. » 
(Lelioux.) — (( Le jury de pein- 
ture refuse là-bas les tal leaux de 
C... comme pétroleur. » {^Mar- 
seille Tintamarre.) 

PÉTROUSQUIN : Badaud. V. 
Bouline. — C'est un s} nonyme 
de Pierrot qui est pris dans le 
même sens, car Pétrousquin est 
un nom d'homme, diminutif de 
Petrus (Pierre). - 

PEIUN : Tabac. (Vidocq.)- 
C'est un vieux mot. ■ 

PETUNIÈRE : Tabaticre. (Id.) 

PEU (un) : Se dit ironique- 
ment pour certainement, beau- 
coup. On dit aussi un peu, mon 
neveu! V. Ça, Chouette. 

PÊZE : Argent. (Vidocq.) — 
De pesos j monnaie espagnole. 

PHARAMINEUX : Étonnant. 
Mot à mot : éblouissant comme 
un phare. — « Commenu, vous 
voila? C'est pharamineu c; mais 
d'où sortez-vous? » (L.-J. Jac- 
ques.) — « Partez, nobes pon- 
teurs, et cherchez la miàn pha- 
ramineuse. » (Alyge.) 

PHAROS : Gouverneur. (Haï- 
bert.) C'est le mot grec dans 
toute sa pureté, en api^arence 
du moins. Car tant qu'on ne 
m'aura pas établi sa tn nsmis- 
sion par des exemples, je n'y 
verrai qu'une forme de f.iraud : 
qui a de beaux habits et qui en 
est fier. 

PHILIBERT : Filou. (":olom- 
bey.) — Changement de linalj. 

PHILIPPE ; ECU à l'ef.i.^ic d^ 



MI 



— 277 — 



// 



PIC 



Louis-Philippe. — a On dit que 
tu as poissé nos philippes. » 
(Balzac.) 

PHILIPPIENNE « La mode des 
vielliebchen s'infiltre au sein de 
la bonne société. A ceux qui 
ignorent les douceurs de ce^ba- 
dinage germanique, nous dirons 
que pour faire un vielliebchen, 
et non philippienne, comme on 
le dit à toit, il faut deux per- 
sonnes et une amande double. 
Celui ou celle qui a le bonheur 
de briser la coque de l'amande 
partage avec son voisin. A dater 
de ce moment, les voilà liés par 
un contrat qui force à un cadeau 
celui qui n'a pas eu la présence 
d'esprit de dire le premier, dès 
le lendemain : « Bonjour, viel- 
liebchen ! » — Ce qui veut dire : 
bonjour, très-cher. » Monde 
illustré, 65.) 

PHILISTIN : «A propos, qu'est- 
ce qu'un Philistin? Autrefois, 
en Grèce, il s'appelait béotien ; 
on le nomme cokney en Angle- 
terre; épicier ou Prudhomme à 
Paris, et les étudiants d'Alle- 
magne lui ont conféré l'appella- 
tion de PMz5f m. » (DeNeuville.) 

PHILOSOPHE : Savate, vieux 
soulier revenu des vanités de ce 
monde. V. Arpion. 

PHILOSOPHE : Grec. Il faut 
voir ici soit filou avec change- 
ment de finale comme dans 
Philibert, soit une allusion à la 
Grèce, patrie de la philosophie. 
V. Travailleur. 

PHILOSOPHE : Chiffonnier 
(Rabasse.) — Comparaison de 
la lanterne du chiffonnier à celle 
de Diogène. 



PHOTO : Photographe, pho- 
tographie. — Abréviation.— «Je 
fais comme le photo du coin, 
j'opère tout seul. » {Notes d'un 
agent, 69.)— Si on dit une photo, 
c^ila veut dire une photographie. 

PI (parler en) : Ajouter pi à 
chaque syllabe du mot prononcé. 
« Ainsi, « pour dire attaquons, 
ils diront atpitapiquonspi. » (Ra- 
basse.) 

PIAF : Vanité, orgueil. (Vi- 
docq.) — Du vieux mot piafart: 
fastueux. Mot expressif. Le va- 
niteux piaffe comme un cheval 
de luxe. — C'est un vieux mot 
de patois picard, comme le mon- 
tre ce passage d'une chanson 
du cru. — « J'avais pour foère 
(faire) elpiafe eine belle culotte.» 
(Chanson picarde citée par l'abbé 
Corblet, 5i.) 

PIANOTER , PIANOCHER : 

Jouer médiocrement du piano. 
— « On ne devait pas pianoter 
pendant la nuit. » (Balzac.) V. 
Hallebarde. 

PIASTRE : a De grosses pièces 
blanches, des piastres (pièces de 
cinq francs) sont engagées . » 
(Cavaillé.) 

PIAULE : Maison, chambre, 
taverne. V. Artie. 

PIAUSSER: Se coucher. (Hal- 
bert.) V. Pieu. 

PIAUX : « Ils vont raconter 
des piaux aux autres caleurs. 
Piaux est un terme trivial, bien 
connu dans l'imprimerie; il si- 
gnifie blagues, mensonges. » 
(Moisand, 41.) 

PIC (Tomber à): Tomber juste 
à point. 

16 



PIC 



~ 278 — 



PIE 



PICAILLONS : Eçus. — « J' leur 
donnerons des picaillons. Vive 
la paix! Vive la nation! » (Tour- 
neur tiJs, 1800.) 

PIGCOLET : Petit vin de pays. 
— Diminutif de picton, avec 
même changement de finale que 
ses synonymes briolet et gin- 
glet. 

En joyeux fils de Grégoire, 
J'aime le piccolet. 

(Aiig. Hardy.) 

PICCOLO : Augmentatif de 
piccolet. B'ien que plus moderne, 
il a déjà droit de cité dans cer- 
tains restaurants, y compris le 
bulïet du Moniteur, où il figure 
sur la carte des vins, à 90 c. le 
litre (187^). 

PIC HE: Pique, couleur de 
cartes. Changement de finale. *- 
« Vous entendrez dire, en jetant 
du pique sur la table : — Je joue 
piche. » (Alhoy.) 

PICHENET : C'est encore une 
variante de piccolet. — « Le pi- 
chenet et le vitriol l'engraissaient 
positivement. » (Zola, 77.) 

PICKPOCKET : Voleur à la 
tire anglais. Mot à mot : pique- 
poche, et par extension, voleur 
quelconque. — a II n'en est pas 
moins vrai que ces pickpocket 
du désert sortaient de chez lui.» 
{Comment, de Loriot.) 

PICKPOCKETER : Voler. — 
« Un Anglais ! malheureuse , 
nous sommes pickpocketés . » 
{Almanacli du Hanneton, 67.) 

PICORAGE : Vol commis sur 
la grande route. (Vidocq.) C'est 
le passant qui est picoré. | 



PICOUSE : Haie d'q ines. - 
EUe pique. V. Défleurir. 

PICPOU, PICPRUNE : Tail- 
leur. V. Piquepou, Picqueprune. 

PICTER: Boire. - lie Picton 
V. Papillonner. 

PICTON, PIQUETON : Vin 

supérieur. — Augmentatif de p/- 
quette. — a Si l'ancien picton 
n'est que de la piquet; e, espé- 
rons cV année en fair' cie meil- 
leur. » (Layale.) V. Biture. 

PICTONNER : Boire, s'eni- 
vrer. (Rabasse.) 

PIÈCE AFEMMES: Pixedont 
la réussite est basée sur 'exhibi- 
tion de jolies femmes. — « Avez- 
vousvu cette reprise d'Or ohée?... 
Voilà une pièce à femmes. » (Ville- 
mot.) 

PIÈCE A POUDRE : Pièce 
dramatique, dont le s.ijet re- 
monte aux règnes de L< uis XV 
ou Louis XVI, et comp( rte des 
personnages à coiffure p judrée. 

PIÈCE A TIROIRS : c Pièce 
où l'acteur joue huit rôl s diffé- 
rents », dit, en 1826, 1 1 Chro- 
nique indiscrète, mais on peut 
se contenter à moins. 

PIÈCE A TRUCS : Pièce où 
les changements à vue sont nom- 
breux. Les féeries sont les pièces 
à trucs par excellence. 

PIÈCE DE BŒUF : « Grand 
article sur les choses du ir ornent. 
On l'appelle aussi la pièc de ré- 
sistance. Un excellent ournal 
qui ne servirait pas tous Ijs jours 
à ses abonnés la pièce d^ bœut 
ne serait pas sûr de ré' issir. » 
[Biog. des Journalistes, 26.) — 
On dit aujourd'hui tarth e. 



PIE — 279 — 

PIÈCE DE RÉSISTANCE : 
Gros morceau de viande sur 
lequel un maître de maison 
compte pour satisfaire l'appétit 
de ses convives. 

PIÈCE FORCÉE (vol à la) : 
«Il s'exécute avec deux compères. 
Le premier donne en payement 
une pièce reconnaissable à un 
signe quelconque . Le second 
arrive ensuite, achète, ne paye 
pas, prétend avoir payé. Déné- 
gation du marchand confondu 
en retrouvant dans sa caisse la 
pièce signalée. » (Rabasse.) 

PIED (Donner un coup de) : 
Marcher vivement. (Dhautel.) — 
« Je vais donner un coup de pied 
jusque dans les salons. » (About.) 

Ne pas se donner de coups de 
pied : Se vanter. 

PIED (Mise à) : Mise en non- 
activité. — « Une mise à pied 
enseigna à notre inspecteur à 
faire plus exactement son ser- 
vice. » (Canler.) 

PIED A DORMIR DEBOUT : 
Pied fort large. Mot à mot : 
assez large pour empêcher de 
tomber si on dort debout. On 
disait jadis souliers au lieu de 
pieds. — « Souliers à dormir de- 
bout sont souliers larges. » (Ou- 
din, 1640.)— « C'est pas votre 
général qui a des pieds à dormir 
debout? » (Gavarni.) 

PIED BLEU : Conscrit. Allu- 
sion aux guêtres de toile bleue 
du paysan. — « Le pied bleu ne 
prête pas longtemps à rire par 
sa gaucherie. » (La BédoUière.) 

PIED DE COCHON: Pistolet. 
— Allusion de forme. 
Jouer un pied de cochon : 



PIE 

Tromper, décamper. — « Vous 
avez donc voulu nous jouer un 
pied de cochon. » (Canler.) 

PIED DE MARMITE (Nez en) : 
Nez disgracieusement relevé. 

PIERREUSE : « Ce sobriquet 
a été donné aux femmes, parce 
qu'elles font ordinairement leur 
honteux commerce dans les 
lieux où l'on bâtit. » (Dhautel, 
08.) — « La pierreuse est une 
prostituée qui, dans sa sphère 
de turpitudes, est tombée au plus 
bas degré de l'abjection... elle 
cherche toujours les ténèbres. . 
derrière des monceaux de démo- 
lition, des tas de pierres. » (Bé- 
raud.) Cet avant-dernier mot 
donne l'étymologie. 



PIERROT : Collerette à grands 
plis comme celle de Pierrot. — 
« Madame Pochard a vu aplatir 
sur son corsatje les mille plis 
d'un pierrot taillé dans le der- 
nier goût. » (Ricard, 2Q.) 

PIERROT : Naïf, niais, 
comme Pierrot de la comédie. — 
« Le valet de cantine se fait 
rincer 1' bec par les pierrots. » 
(Wado.) 

PIERROT : Verre de vin 
blanc. — Allusion de couleur. — 
« J'étais-t-allé à la barrière des 
Deux-Moulins, histoire d'asphy- 
xier le pierrot. » (La Correc- 
tionnelle, 44.) 

PIEU : Lit. — Corruption du 
vieux mot d'argot piau : lit. Il 
nous en est resté piausser : se 
coucher. — « On peut enquiller 
par la venterne de la cambriolle 
de la larbine qui n'y pionce 
quelpoique, elle roupille dans le 
pieu du raze. » (Vidocq.) 



PIG 



— 280 — 



PIL 



PIEUVRE : Femme galante 
épuisant le corps ou la bourse 
d'un amant. — Allusion à la pieu- 
vre, qui joue un rôle si absor- 
bant dans les Travailleurs de la 
mer, de Victor Hugo. — « Un 
monsieur se présenta chez la 
pieuvre, maîtresse du logis. » 
(Evénement, 1 1 avril 66.) — « La 
femme entretenue, récemment 
nommée pieuvre. » (Boue de 
Villiers, 66.) 

PIF, PIVASE : Nez de grande 
et forte dimension. 

L'autre jour, rue Saint-Martin, 
Voilà qu'un plaisant gamin 
Me dit, en riant aux éclats : 
C cadet-là, quel pif qu'il al 

(Guinaud, Sg.) 

PIFFARD : qui a un grand 
nez. 

PIFFER : N'être pas content. 
Mot à mot : faire son nez. 

PIGE:Année.(Vidocq.) Heure. 
(Rabasse.) Dans les deux cas, 
c'est une mesure de temps. V. 
Piger. 

PIGE : Prison. — Abréviation 
de piget. V. Oncle. 

PIGEON : Dupe. -- Comme 
l'oiseau de ce nom, elle est des- 
tinée à être plumée. — On trouve 
souvent ce mot au xvin« siècle. 
V. Jaunet. — « Bien que le 
pigeon (joueur honnête) soit 
à notre avis peudigne d'intérêt.» 
(Cavaillé.) 

PIGEONNER : Duper. Mot à 
mot : plumer comme un pigeon. 
— « Un de ceux qui se laissent 
pigeonner. » (Dialogues de Ta- 
hurejiu, i586.) 

PîGER. : Mesurer. — Lçs ou- 



vriers nomment;?/g-eunnorceau 
-le bois donnant la longueur in- 
diquée par le plan. — Au moyen 
âge, on appelait pigours les fa- 
bricants de mesures. 

PIGER : Considérer. Mot à 
mot : mesurer de l'œil. — « Pige- 
moi ça, regarde-moi un peu ce 
chique! » (La Bédollière.) — 
(( Avise ta nymphe, j'ai pigé la 
mienne qui estun peuchicarde. » 
(Ladimir.) 

PIGER : Arrêter. — «. Vous 
tenez donc absolument à me 
faire piger. On ne jouera plus 
chez moi. C'est fini ! » (Cf. vaille.) 

PIGER : Prendre. — « N' vous 
gênez pas, pigez tout ce que 
j'ai, prenez! ça me fera plaisir.» 
(H. Monnier.) 

PIGET : Château. (Vidocq.) 

PIGNARD : Postérieur. — Du 
vieux mot pigné. 

PIGNOCHER (Se) : Se battre. 
Dérivé du verbe se peig}ier. V. 
ce mot. — « Dupanloup e: l'Uni- 
versité se pignochent à qui 
mieux mieux. » (Mahalin.) 

PIGNOUF : Chez les cordon- 
niers, le maître s'appelle /o?îf//"e, 
l'ouvrier gniaf, et l'apprenti pi- 
gnouf. 

PIGNOUF : Voyou, homme 
grossier, mal élevé. C'est le mot 
précédent pris au figuré . — 
« C'est des pignoufs, passez-moi 
l'expression. » {Almanach du 
Hanneton.) 

PILCHE : Étui. (Colombey.) 

PILER DU POIVRE: Marcher 
avec des pieds endoloris, ei souf- 
frant comme si du poivj e pilé 
brûlait la cl\a^ïv 



PIN 



— 281 — 



PIO 



PILER DU POIVRE (Faire) : 
Terrasser quelqu'un plusieurs 
fois en le laissant retomber 
comme un pilon. — Même allu- 
sion pour ce qui regarde une au- 
tre partie du corps. 

PILER LE BITUxME : Raccro- 
cher sur le trottoir qui est le plus 
souvent bitumé. On dit de même 
polir l'asphalte. 

PILIER : Habitué de café ou 
d'estaminet, n'en bougeant pas 
plus que le pilier chargé de sou- 
tenir le plafond. — « Murger 
répondant à quelqu'un qui lui 
reprochait de tournerau pilierde 
café : Vous avez raison, car je 
soutiens ce qui m'écrase. » (P. 
Véron.) 

PILIER : Maître, commis. 

PILLE : Cent francs. — Abré- 
viation de pile de cent francs. — 
« Je ne manque pas le coche 
(l'occasion de voler) de deux pilles 
chez un troquet. Premier sape- 
ment. Six mois. » (Beauvillier.) 

PILOCHE : Dent. (Colombey.) 
Elle pile les aliments. 

PILOIR : Doigt. (Colombey.) 

PIMPELOTTER (Se) : Se ré- 
galer. — «Elle n'haït pas degobi- 
chonner et de se pimpelotter. » 
[Im Correctionnelle.) 

P I M P I O N S : Espèces mon- 
nayées. — Vieux mot. — Lepim- 
pion était une petite monnaie 
espagnole du xiii» siècle. 

PINCE ^chaud de la) : Pail- 
lard. — Corruption de mot. 

C'était un chaud de la pince, 
Qui peuplait dans chaqu' province 
L'hospice d's enfants trouvés. 
(Festeau.) 



PINCE-CUL : Bal public de 
dernier ordre. — Allusion aux 
licences qu'on s'y permet. — 
« Ce bal inouï que l'argot témé- 
raire de ses habitués avait sur- 
nommé le pince... » (P. Féval.) 
V. Casse-Gueule. 

PINCEAU: Pied. — « Je lui 

détache un coup de pinceau sur 
la giberne. » (Monselet.) 

PINCEAU: Balai. — Tous 
deux se ressemblent. — a Les 
hommes de corvée sont tous là 
prêts, le pinceau en main, je veux 
dire le balai en joue. » (Vidal, 
33.) — ce Tenant en main un 
pinceau, plus vulgairement ap- 
pelé balai de bouleau. » (La Bé- 
dollière.) 

PINCE -LOQUE : Aiguille. 
(Halbert.) — Elle raccommode les 

loques. 

PINCEZ-MOI ÇA: c Énorme 
nœud que les femmes portent 
au bas de la taille, dans le dos, 
et qui se complète par deux ru- 
bans très-larges, très-longs et 
retombant.» [Figaro, i« février 
68.) 

PIOCHER : Travailler assidû- 
ment. — « Tu peux piocher 
douze heures par jour. » (Rey- 
baud.) 

PIOCHER : Battre. — « Je te 
pioche, je te fais danser la ma- 
laisée. * (Paillet.) 

PIOGHEUR : Travailleur assi- 
du. — « Il y avait là de vieux 
piocheurs qui s'installaient aune 
table. » (G. Sand.) 

P I O L E : Maison, chambre. 
(Rabasse.) V. Piaule. 

PIOLET : Gobelet. (Halbert.) 
16. 



PIP — 2 

PIOLLE : Cabaret. (Grandval.) 
— De pioUer. 

PIOLLER : S'enivrer. Vieux 
mot. — De piot : vin, boisson, 
qui se retrouve dans notre mot : 
pépie. 

PIOLLIER : Cabaretier. 
(Grandval.) 

PION : a C'est ]e nom du 
maître d'études... Le pion gagne 
un morceau de pain tous les 
jours et 400 francs tous les ans... 
et il n'a pas d'autre perspective. » 
(Ourliac, 41.) 

PION : Ivre. — Du vieux mot 
pier : boire. 

PIONCER : Dormir. — Forme 
de piausser. — « Nous nous som- 
mes mis à pioncer, nous ne pen- 
sions plus à l'appel. » (Vidal, 33.) 

PIOU , PIOUPIOU : Jeune 
fantassin. — Ce doit être le mot 
piéton avec changement de fina- 
les. — « Entre le jeanjean et le 
tourlourou, il y a un intermé- 
diaire, le pioupiou. » (M. Saint- 
Hiiaire.) 

PIPE (Casser sa) : Mourir. — 
Ceux qui sont morts ne fument 
plus. — « Casser sa pipe: oh! 
c'est déjà vieux ! ça a de la barbe. 
Onaditdepuis casser son crayon 
et on dit maintenant lâcher la 
rampe, ou remercier son bou- 
langer, ou dévisser son billard. t> 
(Villars.) 

PIPELET, PIPELETTE : 

Portier, portière. — Du nom 
d'un portier ridicule des Mys- 
tères de Paris, d'E. Sue. — «il 
continueraàapprendreaux vingt- 
deux pipelettes hydropiques qui 
forment ce qu'il appelle ses char- 



52 - PIQ 

mantes lectrices. » (Tan- -Tarn, 
75.) 

PIPER: Fumer la pi e. — 
« II me semble qu'on a pif i ici.» 
(Gavarni.) 

PIPER UN PÈGRE : Arrêter 
un voleur. (Rabasse.) 

PIPET : Château. (Halbert.) — 
C'est sans doute piget. 

PIQUAGE (voler au) : Percer 
des fûts de vin ou d'alcool et 
soustraire une partie de leur 
contenu pendant qu'on les mène 
à domicile. 

PIQUANTE : Épingle (Vi- 
docq.) 

PIQUANTINE : Puce. (Hal- 
bert.) 
PIQUE-EN-TERRE: Vc laille. 

PIQUÉ DES VERS, DES 
HANNETONS (Pas) : Aussi 
frais, aussi sain que la euille 
respectée par les hannetoi s, ou 
le fruit respecté par les v< rs. — 
« Une jeunesse entre qui ize et 
seize, point piquée des hanne- 
tons, un vrai bouton de i :)se. r) 
(^Montépin.) — « Une syl ihide 
qui n'est point du tout piquée 
des hannetons. » (J. Arago, 38.) 

C'estqu'elle n'était pas piquée de , vers, 
Eh oui, morbleu ! 
C'est c' qu'il faut à Mathieu. 

(Les Amours de Mathieu, c2.) 

PIQUEPOUX : Tailleur. (Ra- 
basse.) C'est sans doute une allu- 
sion du genre de celle qui suit. 

PIQUE-PRUNE : Taillei r. — 
Le mot est populaire, mai son 
origine paraît inconnue dans le 
métier. — Rabelais y fer lit-il 
allusion quand, parlant d'un tail- 



PIS 



— 283 — 



PIT 



leur affolé qui ne sait plus ce 
qu'il fait, il dit : « Au lieu d'un 
savon, il tailloit un chappeau 
à prunes sucées. » (Pantagruel, 
1. ly, ch. LU.) — Ce qui est cer- 
tain, c'est que, au xvii* siècle, les 
compagnons s'appelaient non 
pique-prune mais croque-prune. 
On pourrait voir ici une corn- 
paraison du va-et-vient de Tai- 
guille au va-et-vient des prunes 
prises une à une et portées à la 
bouche. 

PIQUER l'étrangère, un chien, 
un laïus, un renard, un soleil, 
se piquer le nez.^ V. ces mots. 

PIQUER SUR QUATRE : 
Gagner une partie d'écarté pres- 
que perdue, lorsque votre adver- 
saire a sur vous quatre points 
d'avance. 

PISSAT D'ANE : Eau-de-vie, 
bière. — « Donnez-nous de la 
jaune, de votre pissat d'âne pre- 
mier numéro. » (Zola.) 

PISSE-FROID , PISSE-VER- 
GLAS : Homme glacial, insen- 
sible. — « Coquin! Voleur! 
Vicomte de le piperie! Pisse-ver- 
glas dans la canicule. » (Caté- 
chisme poissard, 40.) 

PISSER (Envoyer) : Éconduire, 
congédier. — Cette injure est 
vieille. Au mot Pissare, le glos- 
saire de Du Cange cite une 
lettre de rémission de 1465, où, 
entre autres « grandes paroUes » 
reprochées au délinquant, on 
rapporte qu'il envoia pisser son 
adversaire. 

PISSER DES LAMES ^e rasoir 
en travers (faire) : Tourmenter 
au suprême degré. 



PISSER SA COTELETTE : 

Accoucher, mettre au monde un 
enfant. — Allusion à la côte 
d'Adam qui fit Eve. — Dhautel 
emploie dans le même sqiïs piS' 
ser des os. 

PISSER DES YEUX : Pleurer. 
— a Elle eut beau pisser des 
yeux. C'était peine perdue. » 
(Vadé, J744.) 

PISTOLE : « Ily a à la pistole 
une jeune dame très-distinguée... 
On appelle ainsi les cellules ré- 
servées qu'on peut mettre à la 
disposition des détenues... Le 
nom vient probablement de ce 
qu'anciennement on payait une 
pistole parmois.»(DeGrandpré.) 

PISTOLET : Homme singu- 
lier. — c( On rit avec toi et tu te 
fâches... En voilà un drôle de 
pistolet! » (Gavarni.J 

PISTOLIER : Prisonnier à la 
pistole.' — « Les pistoliers ont 
seuls le droit de rester, pendant 
le jour, dans leurs chambres, et 
d'y conserver de la lumière après 
l'heure du coucher. » (Moreau 
Christophe, Sy.) 

PISTON: Appariteur, prépa- 
rateur d'un cours de physique. — 
Allusion à ses manipulations. 

PISTON : Importun. — On 
connaît l'agaçante régularité du 
coup de piston. 

PISTONNER : Importuner. 

PITANCHER : Manger, boire. 
(Halbert.) Mot à mot : manger 
sa pitance. — « Pitancher de 
l'eau d'aff, c'est boire de l'eau- 
de-vie. » (A. de Bréhat.) 

PITON : Nez rond comme un 
piton vissé dans une planche. — 



PIV - : 

a Ah ! quel nez, quel beau piton! 
C'est un marchand d'éteignoirs.» 
(Pecquet.; 

PITRE : Paillasse chargé 
d'attirer la foule autour d'un 
banquiste. — a Hé! Paillasse! 
avec ta face bourgeonnée, pitre 
de tireurs de cartes, amasseur 
de badauds ! » {Catéchisme pois- 
sard, 44.) 

PITROUX, PÉTOUZE : Pis- 
tolet. (Grandval, Vidocq.) Mot à 
mot : arme cuî pette. Au moyen 
âge, on appelait petereaux de 
petites bouches à feu. 

PITUITER : Déblatérer. — 
Allusion aux crachats de la pi- 
tuite. — a On en a déjà assez 
pituite sur notre compte . » 
(Lynol.) 

PIVASE : Grand nez. V. Pif. 

PIVASTE : Enfant. (Halbert.) 

PIVER : Ressort dentelé de 
montre ou de pendule servant à 
scier les barreaux. — Il revient à 
la charge comme le piver contre 
l'arbre qu'il perce de son bec. 

PIVOIS, PIVRE : Vin. — Allu- 
sion à la couleur rouge de la pi- 
voine ? Peut-être aussi est-ce un 
diminutif du vieux mot piot : 
vinr— « On s' pousse du pivois 
à six ronds dans 1' battant . » 
{Chansonnier, impr. Sthal, 36.) 
— « Avons-je du vin ?... Non... 
Apportez du pivois, hé vite ! » 
(Vadé,i788.) 

Pivois citron: Vinaigre. (Hal- 
bert.) 

Pivois savonné : Vin blanc. 
(Idem.) 

PIVOT : Plume. V. Servir. — 



184 — 



PLA 



Le bec d'une plume ligure un 
petit pivot. 

PLACARDE : Place. — Aug- 
mentatif. V. Parrain. 

PLACE D'ARMES : Estomac. 
— Les aliments ydéfilent tous les 
jours. — c( Frappant sur son 
estomac, un baigneur dit: « Rien 
à la place d'armes?... :»{Viepa' 
risienne.) 

PLAFOND : Boîte du crâne. — 
C'est le plafond ducer\eau. 

Avoir une araignée (ou des 
trichines) dans le plafond : Dé- 
raisonner. — c< T'as tr< p de tri- 
chines au plafond. » {Almanach 
du Hanneton, 67.) 

PLAN : Prison. — a Tu vou- 
drais que je grinchissesans trac- 
querde tomber au plan. » (Vi- 
docq.) V. Manger. 

PLAN : Mont-de-pié:é. — De 
plan : Prison. Le mont-de-picté 
est une prison d'objets engagés. 
« On mettra tout en ph.n plutôt 
que de refuser un cataplasme à 
ce pauvre chéri. » (L. Reybaud.) 

PLAN (11 y a) : Il y a moyen 
de réussir. (Rabasse.) 

PLAN (Laisser en) ; Abandon- 
ner. — Mot à mot laisser sur le 
terrain. « Et cet animal de "bar- 
bier qui me laisse en plan. » 
(Cormon.) 

PLAN (Rester en) : Rester dans 
un hôtel ou un restaurant pour 
répondre d'une dépense faite par 
plusieurs. 

PLAN DE COUILLÉ : Prison 
préventive. Mot à mot : Prison 
de niais. Couillé est ici pour 
couyon. — V. Marquet. 

PLAN DE COUYÉ : Prison, 



PLA 



- 285 



PLE 



«ubie pour un autre. (Halbert.) 
Forme du terme ci-dessus. 

PLANCHE (Faire sa) : Montrer 
de la loideur, être guindé. 

PLANCHE (Sans) : Sans façon. 
— Abrév. de « sans faire sa 
planche. » — « L'écaillère de ses 
propos poissards vous entretient 
sans planche. » {Cabarets de Pa- 
ris, 21.) 

PLANCHE AU PAIN : Banc 
des prévenus, tribunal. (Halbert.) 

PLANCHÉ : Condamné. (Co- 
lombey.) De planche au pain. V. 
ce mot. 

PLANCHER : Moquer. — 
et Est-ce que tu planches ? pour : 
Te moques-tu de moi ? » (Dhau- 
tel, 08.) 

Ne pas plancher : Être exact. 
(Rabasse.) 

• PLANCHERIE : Plaisanterie. 

PLANCHEUR : Mauvais plai- 
sant. (Colombey.) 

PLANQUE : Cachette. (Hal- 
bert.) V. Bayafe. 

PLANQUE : Observation. - 
On se cache pour bien observer. 
V. planquer. — a J'allai en com- 
pagnie de H..., et le laissant en 
planque (en observation), je 
montai chez Chardon.» (Canler.) 

PLANQUER : Cacher. V. Dé- 
planquer. 

PLAQUE (Être en) : Se dégui- 
ser en commissionnaire. — Allu- 
sion à sa plaque légale. — « Un 
affilié lira qu'il faut être en ha- 
bit ou en plaque. » (P. Parisien, 
11-) 

PLAQUER ; Jeter là, aban- 



donner : — « Elle te quitte pour 
un autre cornard, et tu te trouves 
plaqué. » {Compte rendu d'un ha^ 
bitué de réunions publiques j 69.) 

PLAQUER SON MAIRE : 
Abandonner son ami. 

PLASTRONNEUR : Gandin 
faisant grande exhibition d'un 
immense devant de chemise à la 
mode depuis 1869. 

PLATINE : Verve. — a II a 
une bonne platine, se dit d'un 
grand babillard. » (Dhautel.) 

PLATRE : Argent. (Vidocq.) 

— L'argent comme le plâtre sert 
à boucher les trous. — « On 
m'écrit pour me demander d'où 
vient la locution a avoir du 
plâtre, » synonyme « d'être au 
sac. » (Tam-Tam, 76.) — // est 
au plâtre : il a de l'argent. (Ra- 
basse.) 

PLEIN, PLEIN COMME UN 
ŒUF, COMME UN SAC : Saoul. 

— «Un homme plein comme 
un œuf, pour avoir trop mangé. » 
(Le Duchat, lySS.) 

PLEIN DE SOUPE : Person- 
nage épais et maladroit. — « Deux 
gros pleins de soupe chez qui le 
moindre coup de poing un peu 
sec s'imprimerait comme dans 
un fromage. » (Jean Rousseau, 
75.) 

PLEURANT : Oignon. (Vi- 
docq.) — Il fait pleurer. Effet 
pris pour la cause. 

PLEUT (11) : « Ces mots // 
pleut signifient en langue de 
franc-maçonnerie : Taisons-nous, 
parce qu'on nous écoute. » {A ven- 
tures de Jérôme Sharp j 1789.) 

PLEUT (II) ; Formule néga- 
tive. 



PLU 



286 - 



POC 



PUANT: Couteau. (Grandval.) 

— Il s'agit ici du couteau à lame 
pliant sur le manche. 

PLOMB : a Gaz caché dans les 
fentes des pierres et qui tue 
comme la foudre le vidangeur 
qui en est atteint. » (Berthaud.) 

PLOMB : Mal ve'nérien. (Vi- 
docq.) 

PLOMB : Gosier. — Allusion aux 
réservoirs dans lesquels se dé- 
versent à Paris les eaux sales de 
chaque étage. — « Préault buvait 
coup sur coup. Gautier affligé... 
lui dit : « Ah çà! tu f... ça dans 
le plomb, toi ! » (Deschanel.) 

PLOMBE : Heure. — Onoma- 
topée. Plombe est le bruit grave 
d'une sonnerie de grosse hor- 
loge. V. C rosser. 

PLOMBE : Année. (Halbert, 
Rabasse.) 

PLOMBER : Puer. Allusion 
aux plombs parisiens qui sen- 
tent souvent mauvais. — ce Ce 
sont mes pieds, ils plombent, 
comme dit notre collaborateur 
Albert Monnier. » (V. Blouet.) 

PLOMBER : Donner le mal 
vénérien, 

PLONGEUR : Misérable, dé- 
guenillé. (Vidocq.) Mot à mot : 
aussi nu qu'un plongeur. V. 
Pafe. 

PLOYANT, PLOYÉ : Porte- 
feuille.— Un portefeuille SQ ploie. 

— « Les dimanches tu grinchi- 
ras, dans les tôles, bogues et 
ployants. » (Vidocq.) 

PLUMADE : Paillasse. (Hal- 
bert.) — De plume de Beauce. 



PLUME : Pince à ef'^raction. ,; 
V, Caroiibleur. 

PLUME DE BEAUCE : Paille. ; 

— La Beauce est riche e 1 céréa- 
les. — « Quelle poésie! la paille • 
est la plume de Beauce. » (Bal- 
zac.) 

PLUMET (Avoir son) : S'eni- 
vrer, s'empourprer le visage 
comme un plumet d'uiMforme. 

— « N'est-ce pas que j' dois vous 
faire l'effet d'avoir c'qui s'appelle 
un plumet? Messieurs, c'est le 
picton! » (Voizo.) 

PLUS QUE ÇA de ch c ! Plus 
que ça de monnaie ! Plu. que ça 
de genre : Quel chic! qv.elle for- 
tune ! quel genre ! Mot à not : Tu 
n'as pas plus que ça de chic ? etc. 
La négation est ironique comme 
dans 11 n'est rien chic. y. Rien. 

— « Mazette! pus que ça (iechic!» 
(E. Blondet.) — « Mon homme a 
la croix d'honneur. Pu , que ça 
d' monnaie! » (Ricard.) 

Pour abréger, on dit aussi 
Qjie ça : « C'est la voitui e du vi- 
comte de Saint-Remy. — Que ça 
de genre? merci! » (E. Sue.) 

PLUS SOUVENT :Ja nais. — 
« Ma sainte te ressembla, Nini. 

— Plus souvent que j'ai un air 
chose comme ça! » (Cavarni.) 
V. Rasoir. 

POCHARD : Ivrogne, ivre. 
Mot à mot : buveur qui a rempli 
sa. poche ou son estomac. — «Je 
ne sais pas ce que j'ai... je crois 
que je suis un peu po. hard. » 
(M. Michel.) 

POCHARDER : Enivrer. 

Puisque tu soldes ma dépt nse, 
Je n' me pochard'rai qu'av ;c toi. 
(Festeau.) 



POI 



287- 



POI 



POCHARDERIE : Ivrognerie. 

(Vidocq,37.) 

POCHE : Même sens que po- 
chard, dont il est l'abréviation. 

POCHON : Contusion. — 
« Suivant qu'un pochon bien ap- 
pliqué vient nuancer un œil ou 
froisser un nez. » (H. Rolland.) 

POÉTRIAU : Petit poète sans 
valeur. — « Des peintres, des 
poétriaux. » (Balzac) 

POGNE : Voleur. — Mot à 
mot : qui empoigne. V. Empo- 
gne. — a La pogne pour fendre 
un archer levait déjà le bras. » 
(Grandval, 1726.) V. Poigne. 

POGNON, Poignon : Argent. 
(Halbert.)— Mot à mot : ce qui se 
prend et passe dans la main ou 
pogne. — « Casque donc ton po- 
gnon, mon vieux. » (Almanach 
du Hanneton, 67.) — « Est-il 
homme à lâcher son poignon ? » 
(Cavaillé.) 

POIGNE, POGNE : Main. (Vi- 
docq.) — La main empoigne. — 
« J'ai la poigne solide, ça me 
suffit, et je vous étrangle. » (E. 
Lemoine.) V. Loubion, Bridon. 

POIGNE (A): Qui n'hésite pas 
à prendre des mesures de ri- 
gueur. Mot à mot : qui empoi- 
gne ou fait empoigner (arrêter) 
sans hésiter. C'est un mot du 
second empire où on a parlé 
beaucoup des préfets à poigne 
(prononcez pogne). — « Un de 
ces ministres à poigne qui ne 
reculent devant aucun moyen. » 
{Liberté, y 5.) 

POIGNET (M-"" veuve) : Ona- 
nisme. — Cette image sinis- 
tre en dit plus que tout le 



traité de feu Tissot sur le danger 
d'une telle monomanie. 

POIGNON : V. Pognon. 

POIL : Réprimande. — « Et 
quand tu es rentré, tu as dû 
attraper un fier poil? — Ne 
m'en parle pas, on m'a envoyé 
coucher sans souper. » (Evéne- 
ment.)— ic Je suis allé rendre visite. 
au colonel qui m'a administré 
un poil. » {Comm. de Loriot.) 

POIL (A) : Résolu. Mot à mot: 
ayant du poil au cœur. V. plus 
bas. — « Des bougres à poil, 
déterminés à vivre libres ou 
mourir. » (Hébert, 1793.) 

POIL (A) : De talent. —«M'est 
avis qu'il faut z'être un artiste à 
poil pour ça. » (Désaugiers.) 

POILS (A) : Nu. Mot à mot : 
sans autre vêtement que ses 
poils. 

POIL AU CŒUR (Avoir du) : 
Avoir du courage. — Le poil est 
un signe de virilité. Le plus sou- 
vent cœur est remplacé par un 
mot qui a la même lettre initiale. 
— «Quoi! dit-il, ta valeur las- 
sée!... Pppule, as-tu du poil au 
cœur?» (A. Lagarde, le Bonhom- 
me Popule, Pau, 36.) 

POIL DANS LA MAIN (Avoir 
un) : Être fainéant. (Dhautel.)— 
On dit plus longuement : Il a un 
poil dans la main qui l'empêche 
de travailler, pour faire enten- 
dre que la cause de son inaction 
est imaginaire. 

POIL (Faire le) : Surpasser. 
Mot à mot : raser. — « 11 n'y a 
pas moyen de me faire le poil. » 
(Vidal, 35.) 



POI 



- 2S8 - 



POÎ 



POILS (Monter à) : Monter un 
cheval sans selle. Mot à mot : 
n'ayant que ses poils pour cou- 
verture. — « Je sautai à bas de 
mon cheval. Il me regarda, disant 
étonné : Comment! à poil!.. » 
(Souvenirs de Krettl}', 09.) 

POIL (Tirer le), Tomber sur 
le poil : Battre. Mot à mot ; 
prendre aux poils, c'est-à-dire 
aux cheveux. 

POINT : Monnaie. V. Croix. 

POINT DE COTÉ : Créancier, 
chanteur exploitant les hommes 
qui ont certains vices. — Allu- 
sion à la gêne causée par le mal 
de ce nom. 

POINTE (Avoir sa) : Avoir un 
commencement, une pointe d'i- 
vresse. 

POIRE (Faire sa) : Jouer le 
dédain. — Allusion à la moue 
qui allonge les lèvres en gonflant 
les joues. — « Je pourrais m'en 
targuer et faire ma poire, t (L. 
PoUet.) 

POIREAUX (Il est comme 
les) : Il est vert et vigoureux 
malgré ses cheveux blancs. — 
Allusion à la racine chevelue et 
blanche du poireau. — L'expres- 
sion n'est pas d'hier. — oc Tu me 
reproches mon poil grisonnant 
et ne consydère point comment 
il est de la nature des pourreaux 
esquelz nous voyons la teste 
blanche et la queue verte, droicte 
et vigoureuse. » (Rabelais, 1. III, 
ch. XVIII, Pantagruel.) 

POISON : « Sobriquet outra- 
geant que l'on donne aux cour- 
tisanes les plus viles. » (Dhautel, 
oS.) — a O poison! disait made- 
moiselle P . . . — Égout des cœurs ! 



répliquait mademoiselle T... » 
(J. Janin.) V. Drogue, 

POISSE : Voleur. (Ilalbert.) 

— Dq poisser. 

POISSER : Voler. - Allusion 
aux propriétés de la ] oix qui 
retient tout ce qu'elle touche. 
V. Baite, Billon, Philippe. 

POISSER : Arrêter. (Rabasse.) 

— «Au bout d'un an. poissé 
avec une pesée de gii:ot que 
j'allais fourguer. » (i eauvil- 
lier.) 

POISSER:Enivrer.Mctàmot: 
s'imbiber à en devenir p )isseux, 
gluant. — « Quand j'ai vu qu'il 
allait se poisser, je l'ai aidé à 
vider les bouteilles; c'ét. it pour 
le sauver.» {La Correctiinnelle.) 

POISSEUR : Filou. (Rubasse.) 

POISSON : Souteneur. — 
Abréviation de poisson d'avril, 
comme le prouve cet exemple : 
« On appelle poisson d'avril un 
poisson qu'on nomme au rement 
maquereau, et, parce qi. 'on ap- 
pelle du même nom le^ entre- 
metteurs des amours illicites, 
cela est cause qu'on nomme 
aussi ces gens-là poissons d'a- 
vril. » (Z)/c^ ^e Trévoux, 1771, 
art. Avril.)' — a Jeune, beau, 
fort, le poisson ou barbillon est 
à la fois le défenseur et le valet 
des filles d'amour qui font le 
trottoir. » (Canler.) 

POISSON : Verre. — D 1 vieux 
mot poçon, tasse. — aJ' n' suis 
pas trop pompette, viens je ré- 
gale d'un poisson.» (Les ^imows 
de Jeannette y ch. 43.) Y- Cam- 
phre, Soiffer, 



POI 



POITOU : Nulle chose. Mot à 
mot : point du tout. — Jeu de 
mots analogue à celui de Niort. 
— a Tout est à notre usage. N'é- 
pargnons le poitou. » (Vidocq.) 

POIVRE :Ivre. — Du vieux 

mot poipre : pourpre. — Une 
trogne de buveur s'empourpre 
volontiers. — « Je voyais bien 
qu'il était poivre. » (Monselet.) 

POIVRE (Ch..r du) : S'en- 
fuir. 

POIVRE (Piler du) : V. Piler. 

POIVRE ET SEL : « Être vieux 
et jeune ; poivre et sel, comme 
on dit de ces chevelures qui ne 
sont plus brunes et qui répu- 
gnent à devenir blanches. «(Mon- 
selet.) 

POIVREAU ; Vol commis par 
un poivrier. (Rabasse.) 

POIVREAU : Ivrogne. — De 
poivre. — « Je me pique trop le 
nez, je préfère en finir avec 
mon existence. Ce sera un poi- 
vreau de moins. » {Moniteur, 
lo septembre 72.) 

POIVREMENT : Payement.- 
Poivre, pris dans ce sens, doit 
remonter au temps reculé où on 
appelait épices ce qui était dû 
aux juges pour les frais de jus- 
tice. 

g POIVRER : Vendre trop cher. 
^' — On dit aussi : Saler. (Dhau- 
tel, 08.) 

POIVRER : Donner le mal vé- 
nérien. — « Pour se venger d'un 
homme, elle prit du mal exprès 
afin de le poivrer. (Taliemant 
des Réaux, xvii" siècle.) 

POIVREUR : Payeur. 



289 — POL 

POIVRIER : Habitude d'in^ 
tempérance. (Rabasse.) 

POIVRIER : Homme ivre. V. 
Trou. 

POIVRIER : « Voleur dont la 
spécialité est de dévaliser les 
ivrognes. » (Canler.) 

POIVRIER (Faire le; : Dévali- 
ser les ivrognes. — « Fais-tu 
toujours le poivrier? — Si je le 
fais, ce n'est pas vous qui me 
prendrez. » (Notes d'un agent.) 

POIVRIÈRE : Femme ma- 
lade, mot à mot : femme qui 
poivre. — « Va, poivrière de 
Saint-Côme, je me fiche de ton 
Jérôme. » (Vadé, 1744.) 

POIVROT : Ivre. — Forme de 
poivreau. 



Quand qu'aile rapplique à la niche 
Et qu' nous sommes poivrots, 
Gare au bataillon d' la guicheî 
C'est nous qu'est les dos. 

(Richepin.) 

POLICHINELLE : Canon 
d'eau-de-vie de même capacité 
que le poisson. C'est l'enfant (en 
a.rgoi polichinelle) de la chopine. 
— « Polichinel... C'est ainsi que 
les fiacres nomment une cho- 
pine en deux verres. » {Caba- 
rets de Paris, 21.) 

POLICHINELLE : Nouveau- 
né. — Comparaison de ses cris 
aigus à ceux de Polichinelle. — 
(c On lui donne cent francs, et il 
reconnaît le polichinelle. » (A. 
SchoU.) 

POLICHINELLE DANS LE 
TIROIR (Avoir un) : Être en- 
ceinte. — « Sais-tu? lui dit sa 
femme, je crois avoir un poli- 

17 



POL 



290 — 



POL 



chinelle dans le tiroir. Le mari 
comprend : la femme est inté- 
ressante. » (Figaro.) — « La 
comtesse : C'est-il donc arrivé? 
— La marquise : Un polichi- 
nelle. — La comtesse : Ciel ! — 
La marquise : Dans le tiroir, ma 
chère. — La comtesse : Pauvre 
petite. » (E. Villars, 66.) 

POLIR L'ASPHALTE, Polir 
le bitume : faire le trottoir, rac- 
crocher. 

POLISSON : Bourrelet atta- 
ché au-dessus des hanches pour 
étoffer la croupe. A la mode 
vers 1823. — «Le polisson, c'était 
un mouchoir empesé que les 
dames plaçaient au-dessous de la 
taille pour donner de l'épaisseur 
à la démarche et de l'ampleur 
aux tissus. » (Léo Lespès, 55.) 
V. Tournure. 

Vainement, je voudrais vous dire 
Tout ce que cache un polisson. 

(E. de Pradel, 23.) 

POLÎSSON, POLISSONNE : 
Terme amical comme gueux, 
coquin, etc. — a Que noce! oh! 
mes enfants ! que polissonne de 
noce ! » (Sardou.) 

POLITICIEN : « Qu'est-ce que 
c'est, les trois quarts du temps 
que ce que l'on appelle les hom- 
mes de parti, les politiciens? Ce 
sont des hommes qui n'ayant 
pas le courage de suivre une car- 
rière tracée, toujours longue et 
pénible, se disent : Je vais faire 
comme à la roulette... Si ma 
couleur sort, je serai tout d'un 
coup ministre, préfet, rece- 
veur... » (Saint-Genest, yô.) — 
a Les politiciens, l'engeance dan- 
gereuse et vermineuse qui vit 



de la politique. » {Journal de 
Paris, 75.) — Ce terme vient 
d'Amérique, où la politivjue est, 
comme on sait, un métier lu- 
cratif. 

POLKA : (( Disons quelques 
mots de cette gigue anglaise 
croisée de valse allemande, qui 
fait sautiller aujourd'hui les Pa- 
risiens comme autant de coqs 
d'Inde sur une plaque brûlante.» ' 
(E. Arago, 44.) 

C'est en ce temps de vogue 
qu'on a dit un moment à la 
polka, pour dire très-bien. 

POLKA : Photographie où fi- 
gurent des groupes obscènes. — 
« Ces photographies obscènes 
que leur argot appelle des pol- 
kas. » (Du Camp.) 

POLKA (Petit) : On .appelle 
ainsi dans le monde ua petit 
jeune homme niais, tiré à quatre 
épingles, et danseur infatigable. 
— « Les jolies femmes dédai- 
gnent les petits polka. » (ligaro.) 

POLKER : Danser la polka : 
« En attendant que la polka dé- 
cline, on la conjugue... On dit 
polquer à l'infinitif. Pokjue, dit 
une femme à son mari. ■ {Cha- 
rivari, 44. ) 

POLKEUR : Danseur de polka. 

POLKISTE : Partisan de la 
polka. c( Les polkistes ont essayé 
de se diviser en deux camps : 
les partisans de Cellaius et 
ceux de Laborde, autre profes- 
seur de polka. La Revue d' Paris 
est cellariste enragée, et le Feuil- 
leton des Théâtres est latordiste 
furieux. Dans le journal le Siè- 
cle une guerre civile s'est décla- 
rée. » (Charivari, 44.) 



POM 



291 — 



POM 



POLOCHON : Traversin. (Hal 
bert.) 

POxMAQUER : Perdre. V. 
Greffier. 

POMMADER : Flatter, dénon- 
cer. (Rabasse.) 

POMMADEUR : « Brocanteur 
achetant les meubles brisés ou 
vermoulus et mastiquant leurs 
défauts avec de la gomme laque 
et de la cire. » (Félin.) On l'ap- 
pelle pommadeur, parce que sa 
marchandise trop vernie semble 
pommadée. 

POMMADEUR : Flatteur. (Ra- 
basse.) 

POMMADIER : Perruquier, 

coiffeur. (Rabasse.) 

POMMADIN : Élégant ridicule 
et par trop pommadé. — a Jetez 
ces anges sur le bitume à la 
merci des pommadins.))(Michu.) 

POMMARD : Bière. (Halbert.) 
— Est-ce parce qu'elle a la cou- 
leur du cidre qui a bien plus de 
titres à s'appeler pommard? 

POMMÉ : Réussi en n'im- 
porte quel genre. ~ « Ah çà! 
c'est gentil, c'est pommé.» (Zola.) 
•— // nous en a dit une pommée : 
il nous a conté une chose drôle. 

POMME DE CANNE : Tête ri- 
dicule comme celle qu'on sculpte 
sur les pommeaux de certaines 
cannes. 

POMMES (Aux) : Très-bien. 
V. Ognom. — Ce superlatif fut 
sans doute causé par la passion 
qu'avait jadis le gamin parisien 
pour le chausson aux pommes. 
Après avoir lu l'exemple suivant, 



on pourrait y voir une locution 
plus âgée. — « Le feu duc de 
Brissac (mort en i65i) aimoit 
tant les pommes de reinette que, 
pour bien louer quelque chose, 
il ajoutait toujours de reinette au 
bout, tellement qu'on lui ouït 
dire quelquefois : C'étoit un hon- 
nête homme de reinette. » (Tal- 
lemantdes Réaux.)— « J'ai mi- 
joté pour ce numéro un petit 
éreintement aux pommes. » (J. 
Rousseau.) 

POMPADOUR : Coquet, ga- 
lant, digne de Tépoque où M"" de 
Pompadour était en faveur. — 
« C'est régence, justaucorps bleu, 
Pompadour, xvme siècle, tout ce 
qu'il y a de plus maréchal de 
Richelieu, rocaille. » (Balzac.) 

POMPADOUR : Suranné, 
vieillot. Acception ironique du 
sens précédent. V, Perruque, 
Poncif. 

POMPE : Atelier de tailleurs. 
V. Pompier. 

POMPE ASPIRANTE : Se- 
melle trouée pompant la boue. 
(Halbert.) 

POMPER : Boire copieuse- 
ment. — « A la Courtille, je fais 
des bêtises quand j'ai pompé le 
sirop. » (Mélesville, 3o.) 

POMPETTE : Ivre. — Du 

vieux mot pompette : pompon. 
Cette allusion à la trogne rouge 
des buveurs se retrouve dans 
plumet et cocarde. Parlant d'un 
nez d'ivrogne, Rabelais dit : «ef 
purpuré, à pompettes. (Livre II, 
ch. jer). — (( Lupolde, à tout 
(avec) son rouge nez à pompette, 
conclud tous ses contes par vin. » 



PON 



— 292 — 



PON 



(Contes d'Eutrapel, xvi« siècle.) 
— « Ce scélérat de vin de Cham- 
pagne avait joliment tapé ces 
messieurs; quant à nous autres, 
en vérité, je crois que nous 
étions un peu pompettes aussi.» 
(Festeau.) 

POMPIER : Ivrogne ayant 
l'habitude d^ pomper. — « Le 
pochard aperçoit un ami, et le 
dialogue s'engage entre les deux 
pompiers. » (Ladimir.) 

POMPIER : Ouvrier tailleur 
travaillant à la journée. — « Les 
pompiers réunis forment la 
pompe. Il y a la grande et la pe- 
tite pompe : la grande, pour les 
habits et redingotes; la petite, 
pour les pantalons et gilets. » 
(Roger de Beauvoir.) 

POMPON : Tête. — « Il vous 
y envoie des pavés que ça brise 
les pompons. » (H. Monnier.) 

POMPON : Premier rang. — 
Allusion au pompon qui distin- 
guait avant 1869 les compagnies 
d'élite. — « A moi le pompon de 
la fidélité. » (Marco Saint-Hi- 
laire.) — « A vous le pompon! 
Aussi c't' air-là est fièrement 
bien faite. » (Carmouche, 26.) 

PONANTE : Fille publique. 
(Vidocq, 37.) — Mot à mot : cou- 
chante. Du vieux mot ponant: 
couchant. 

PONCIF : Se dit de ce qui est 
banal et ne justifie aucune pré- 
tention à l'originalité. — S'em- 
ploie substantivement et adjecti- 
vement. — Vient du mot Pon- 
ds : dessin piqué à jour et poncé 
d'une façon particulière pour 
faire un calque. — a Si chacun 
de nous racontait ses bonnes 



fortunes? — Allons donc poncif ! 
Pompadour! A bas la motion!» 
(Th. Gautier, 33.) — « Le pon- 
cif, c'est la formule de style, de 
sentiment, d'idée ou d'image 
qui, fanée par l'abus, court les 
rues avec un faux air hardi et 
coquet. Exemples : Oest plus 
qu'un bon livre, c'est une bonne 
action. — On ne remplace pas 
une mère. — Uhori:{on politique 
se rembrunit, etc. » (Aubr) et.) 

PONIFFE, PONISSE : Fille 
publique, — C'est ponant e avec 
changement de finale. 

Et si la petite ponifF triche 
Sus le compte des rouleaux, 
Gare au bataillon de la guiche, 
C'est nous qu'est les dos. 

(Richepin, 77.) 

PONT : « Le pont consistant 
à remettre les cartes après la 
coupe dans la position où le grec 
les a préparées, il va de soi que, 
lorsque le pigeon aura coupé 
dans le pont, le tour sera joué. » 
(Cavaillé.) 

On dit faire le pont, couper 
dans le pont. V. Couper, 

PONT A FAUCHER : Piège 
tendu. (Rabasse.) 

PONTE : Réunion de pon- 
teurs. «Le jeu tombe en longueur 
et la ponte glapit sans force. » 
(Alyge.) 

PONTER : Payer. 

PONTES POUR L'AF : As- 
semblée de fripons. (Colombey.) 

PONTEUR : Bailleur de onds. 
W Miche. 

PONTEUR : Joueur. — «j'aime 
mieux un ponteur qui, orné de 
son carton, lentement le pro- 



POR 



— 293 — 



POR 



m^ne, qu'un ponteur exalté. » 
(Alyge.) 

PONTIFE : Maître cordonnier. 
V. Pignouf. — Ce mot est expli- 
qué par celui de porte-aumusse, 
qui fait allusion à la forme du 
tablier de cuir. 

PONTON D'AMARRAGE : 
Vaisseau-prison. Les déportés y 
sont comme amarrés. — a Mon 
cher camerluche, me voilà enfin 
démarré de ce maudit ponton 
d'amarrage. » (Rabasse.) 

PONTONNIÈRE : « Fille pu- 
blique fréquentant le dessous 
des ponts.» (Ganler.) 

POPOTTE : Table d'hôte, 
ratatouille, et au figuré," gâchis. 
— Onomatopée rappelant le cla- 
potement des mets placés sur le 
feu. — « On m'annonçait de chez 
nous un envoi de jambons qui 
devait remonter la popottc pour 
un mois. » (About.) 

Des officiers se mettent en pn- 
potte, lorsqu'ils font faire leurs 
repas par un cuisinier militaire, 
sans recourir à un restaurant 
bourgeois. 

PORC-ÉPIC : Saint-sacrement 
(Moreau Chr.)— C'est évidem- 
ment une allusion aux rayons de 
métal qui se dressent autour du 
saint tabernacle comme les soies 
d'un porc-épic. 

PORTANCHE : Portière. (Co- 
lombey.) Changement de finale. 

PORTE-AUMUSSE : Maître 
cordonnier. — Allusion au tablier 
de cuir. — « Nous lui délivrons 
le brevet de porte-aumusse, pour 
le faire admettre dans la Société. » 
{Vieux farceur.) 



PORTE BIEN (dui se) : Vi- 
goureux, fort. — « Je lui fiche 
une paire de gifles qui se por- 
taient bien. » {Petit Moniteur 
du 20 juillet 66.) 

Il se porte bien se dit ironique- 
ment d'un homme gris. 

PORTEFEUILLE : Lit. — Le . , 

coucheur s'y glisse comme un ^| 
papier dans un portefeuille. — 
« Il est temps d'aller nous glisser 
dans le portefeuille, comme di- 
sent les troupiers. » (A. Lecomte, 
61.) 

PORTE-MAILLOT: Figurante 
bonne à porter des maillots, 
mais incapable de jouer un rôle. 
— « Je vous demande un peu ! 
une porte-maillot comme ça. » 
(Gavarni.) 

PORTE-MINCE: Portefeuille. 
(Vidocq.) — Mot à mot : porte- 
papier. 

PORTE-MORNIF : Porte-mon- 
naie. (Rabasse.) 

PORTE-PIPE : Bouche. — 
tt Si je lui payais la goutte, car il 
aime furieusement à se rincer le 
porte-pipe. » (Vidal, 33.) 

PORTE DE PRISON : Per- 
sonne revêche. (Dauthel.) — «Les 
Avignonnais qui sont aimables 
comme des portes de prison. » 
[Commentaires de Loriot.) 

PORTE-POIGNE : Gant. (Ra- 
basse.) C'est à la poigne qu'on 
le porte. 

PORTE-TRÈFLE : Culotte. 
(Vidocq.) — Mot à mot : porte 
de l'anus. 

PORTÉE : Filouterie de bac- 
carat. — a La portée consiste en 
un paquet de cartes préparées... 



POS — 294 — 

de telle manière que le ban- 
quier ait pendant un certain 
nombre de coups un point supé- 
rieur. » (Cavaillé.) 

PORTER (En) : Être trompé. 
Mot à mot : porter des cornes. 
— « Dis donc, Miroux..., de quoi 
donc que madame Miroux te fait 
porter? » (Gavarni.) 

PORTER A LA PEAU : Ex- 
citer le désir. — « Cette créature 
porte à la peau. » (L. de Neu- 
ville.) 

PORTRAIT : Figure. — Effet 
pris pour la cause. — « Je m'al- 
longe. Mais v'ià-t-il pas ma 
patte gauche qui lâche le trot- 
toir. Je m'étale et je me dégrade 
le portrait. » (Monselet.) — 
« Lord Seymour criait à Drake : 
Tape au portrait, c'est-à-dire : 
vise à la figure. » (Villemessant.) 

POSE : Étalage mensonger, 
attitude maniérée, vaniteuse. — 
«L'amour platonique!. ..en voilà 
une pose ! » (Gavarni.) 

POSER : Mettre en évidence. 
Le Dictionnaire de l'Académie 
admet le verbe ^05er dans le sens 
de « faire étalage, chercher à pa- 
raître ce qu'on n'est pas. » — 
< Voilà un ménage qui pose une 
femme. » (Balzac.) 

POSER (Faire) : Mystifier. — 
a II croyait toujours qu'on allait 
ce qui s'appelle le faire poser et 
se moquer de lui. » (Méry.) 

POSER SA CHIQUE : Garder 
le silence. On a commencé par 
dire poser sa chique et faire le 
mort. 



POS 



Le roi règne sans gouverner. 
Si le nôtre, un jour, s'en écarte, 
Qu'il aille interroger la Charte i 



Elle lui répondra d'abord : 
Pos' ta chique et fais 1' mort, 

(J. Leroy.) 

POSER ET MARCHER DANS : 

S'embrouiller, se vendre. (Hal- 
bert.) — Allusion scatologique, 

POSER UN GLUAU : Prendre, 
arrêter, emprisonner. — On con- 
naît les effets de la glu. — « Mes 
anciens compagnons de vol s'é- 
taient fait poser un gluau, et 
j'étais encore une fois isolé. » 
(Lacenaire, 36.) 

POSEUR, POSEUSE: Homme 
qui pose, femme qui pose. Se 
prend aussi adjectivement. — 
« Tutoyez les femmes, et si elles 
protestent contre vos pri^ autés, 
insinuez brutalement que vous 
détestez les poseuses. » (Marx.) 
— « Ces jolis poseurs à vestons 
de velours. » (P. Véron.) 

POSITIVISTE : Doctrinaire 
de l'école d'Auguste Con te qui 
a fondé la religion positive. — 
« Le citoyen Grossetête écrit 
pour dénoncer la conduite du 
député positiviste. » {Liberté.) 

POSTE AUX CHOUX : C'est 
ainsi que dans la marine on ap- 
pelle le canot qui sert, en rade, 
aux provisions. 

POSTÉRIEUR : Derrière. — 
On dit aussi, par pure délica- 
tesse, le bas du dos, le bas de l'é- 
pine dorsale, le bas des reiis, les 
parties charnues, le bienséant, 
etc., etc. 

POSTICHE : Parade 62 sal- 
timbanque. — « Il s'était ;xquis 
une certaine réputation d uis le 
boniment, la postiche et la pa 
rade. On nomme ainsi k pro- 
logue que les saltimbanques 



POT 



jouent devant leur baraque 
(Privât d'Anglemont.) 

POSTICHE : Rassemblement 
sur la voie publique. 

POSTILLON : a Un postillon 
est une boulette de mie de pain 
pétrie entre les doigts et renfer- 
mant un avis adressé à un déte- 
nu. » (Canler.) — L'allusion se 
devine. 

POSTILLON : a On appelle 
postillon les cartes qui indi- 
quent le début ou la fin d'une 
passe au baccarat-chemin de fer 
et à quel tableau aura lieu l'a- 
battage au baccarat-banque. Au 
chemin de fer il y a autant de 
postillons que de passes, et l'en- 
semble des passes s'appelle des 
séquences. » (Gavaillé.) 

POSTILLONS (Envoyer des) : 
Crachotter en parlant. — c Les 
élèves de M. G. projettent ce 
qu'on appelle des postillons dans 
un certain monde. » (Marx.) 

POTACHE, POTACHIEN : 
Collégien. — Le premier mot est 
une abréviation. Allusion au 
chapeau de soie, dit pot à chien, 
porté dans les collèges avant le 
képi. — « Écoutez, jeunes po- 
taches, qui au lieu de décliner 
rosa la rose, allez vous balader. » 
{Figaro, jb.) V. Bahut. 

POT-AU-FEU : Casanier, ar- 
riéré. — « Ce n'est pas cet imbé- 
cile qui m'aurait éclairée... il est 
d'ailleurs bien trop pot-au-feu. » 
(Balzac.) 

POT-AU-FEU : «Les faux mon- 
nayeurs désignent leur creuset 
ou leur marmite à fusion sous 
le nom de pot-au-feu. » (Ra- 
basse.) 



— 295 — 



POT 



POTARD : Apprenti pharma- 
cien. — Allusion aux nombreux 
pots dont il est gardien. 

POTASSE, POTASSEUR : Ce 

mot désigne un piocheur mal- 
heureux , candidat très -labo- 
rieux, mais échouant aux exa- 
mens. — Forme de potache (?) 

POTASSER : Travailler assi- 
dûment. — « C'est Chauvin. 
Oncques ne l'ai vu depuis que 
nous étions cornichons ensemble 
au bahut et que nous potassions 
notre bachot. » (Vie parisienne, 
66.) 

POTEAU : Camarade.—» Bien 
réussi un pédé au chantage avec 
mon poteau Coconas. »(Beauvil- 
liers.) 

POTEAUX : Grosses jambes. 
(Dhautel,)— Gavarnidéfinitainsi 
celles d'une danseuse qui ruine 
ses amants : « Deux poteaux qui 
montrent la route de Clichy. » 

POTIN : Commérage. — « Le 
petit B. est au milieu des bavar- 
dages, des cancans, des potins. » 
{Vie parisienne.) 

POTIN : Bruit, querelle, cha- 
maillerie. — « La séance de l'As- 
semblée a été calme... Un instant 
on nous avait annoncé qu'il y 
aurait quelque chose, ce qu'en 
termes de couloirs, on appelle 
du potin. » (Figaro, mai 75.) 

POTINER : Commérer. 

POTINEUR , POTINEUSE : 
Commère mâle ou femelle. 

POTINIER : Même sens que 
potineur. — a Le Parisien cau- 
seur, bavard, potinier que le 
moindre fait divers passionnait. » 
(A. WolfF.) 



POU 



— 296 — 



POU 



POUCE! (Et le) : S'emploie 
pour dire : Il y a beaucoup plus 
que vous ns prétendez. 

. POUCE (Donner le coup de) : 

Etrangler. 

Il y a aussi le coup de pousse 
du détaillant qui lui permet de 
vendre à faux poids avec des ba- 
lances exactes. 

POUCETTE : « Pratiquer la 
poucette, c'est augmenter son 
enjeu quand on est certain de 
gagner. A Paris, les grecs associés 
pour cette filouterie s'appellent 
des cousins. » (Cavaillé.) — L'ar- 
gent s'avance à l'aide du pouce, 
d'où le mot poucette, 

POUCHON : Bourse. (Halbert.) 
Forme de pochon : petite poche. 

POUF : Chute, déconfiture.— 
« T.es pertes que vos trous dans la 
lune, où vos pouf?, pour parler 
le style du local , lui occasion- 
nent. » (Vidal, 33.) V. Puf. 

POUFFIACE : Femme sale, 
avachie. 

POUIC : Rien. (Grandval.) — 

Du vieux mot^oïc.-peu. 

POUIFFE : Argent. (Halbert.) 

POULAILLER : C'est le der- 
nier étage du théâtre. Les spec- 
tateurs y sont juchés comme sur 
un perchoir. — «Des baignoires, 
du parterre, de l'orchestre et sur- 
tout de l'aérien poulailler, » 
(Boue de Villiers.) 

POULAINTE : Escroquerie 
sous prétexte d'échange. (Co- 
lombey.) 

POULE D'EAU : Blanchis- 
seuse. (Halbert.) — Se tient 
comme cet oiseau sur le bord 
des cours d'eau. 



POULET D'INDE : Cheval.-. 
« Trois poulets d'Inde et puis 
monsieur feraient un fringant 
attelage. » {Vadé, lySS.) 

POUPARD, POUPON : Vol 

préparé de longue main. — La 
comparaison n'a pas besoin d'ex- 
plication. — « Un petit pou- 
pard que nous nourrissons de- 
puis deux mois. » (E. Suc.) 

POUPÉE : Prostituée. Elle 
s'achète comme un joujou. — 
« Je m'en fus rue Saiat-Ho- 
noré pour y trouver ma poupée.» 
(Vidal, 33.) ~ En 1808, on di- 
sait poupée à ressorts. Au dernier 
siècle, on appelait catinsh^s pou- 
pées, et il est à remarquer que le 
synonyme a été pris au figuré 
dans la même acception. 

POUPOULE : Mot d'amitié.— 
(( Reste avec ta poupoule. » (L. 
Lemoine.) 

POURRI : Vénal, corrompu. 
— « Dans le cas où M. de la 
Baudraye serait acquis au gou- 
vernement, Sancerre devenait le 
bourg pourri de la doctrine. » 
(Balzac.) 

POURRI : Rempli. — « Je 
suis une femme hors lignj, uni- 
que, pourrie de chic, c ( l^ie 
pansiennCy 66.) — « Q loique 
né roturier, de galbe il es; pour- 
ri. » {Idem,) 

POUSSE : Police. -- Elle 
pousse les justiciables ei pri- 
son. — « Archers , rjcors , 
exempts, et tout ce que la 
pousse a nourri de vaillant. » 
[Grandval.) 

POUSSE (Ce qui se) : L'i rgent. 
Mot à mot : ce qui se pousse de 
la main à l'instant où l'on paye. 



PRA 



- 297 — 



PRE 



POUSSE-CAFÉ : Petit verre de 
cognac pris après le café. — 
« Ensuite nous avons pris le 
café, le pousse -café, le repousse- 
café. » (Voizo.) 

POUSSE-CAILLOUX : Fan- 
tassin. Mot à mot : piéton pous- 
sant les cailloux du pied. — 
« Votre frère était dans les dra- 
gons, moi, j'étais dansles pousse- 
cailloux. » (Balzac.) 

POUSSÉ : Ivre. — Abréviation 
de poussé de boisson. — « Quand 
il y en a un qui est poussé de 
boisson jusqu'à la troisième ca- 
pucine, il lui met une adresse 
sur le dos, et l'emballe dans un 
sapin.» [La Correctionnelle, 40.) 

POUSSÉE : Action de battre, 
de faire reculer. — « Nous leur 
avons f— u une belle poussée, » 
se dit après une attaque victo- 
rieuse. 

POUSSÉE : Réprimande. 
(Dhautel.) 

POUSSÉE (Belle) : Se dit iro- 
niquement d'un avantage illu- 
soire. On dit le plus souvent : 
« Voilà une belle poussée, » d'un 
acte qui ne mène à rien. 

POUSSER DANS LE BAT- 
TANT (Se) : Boire. V. Pivois, 

Battant. 

POUSSIER : Mauvais lit. — 
c Je lui paye son garni de la rue 
Ménilmontant, un poussier de 
quinze balles par mois. » (Mon- 
selet.) 

POUSSIER : Monnaie. (Vi- 
docq.) — Synonyme exact de ce 
qui se pousse. V. plus haut. 

PRATIQUE : Homme débau- 
ché. Mot à mot : pratique de 
mauvais lieux. — et Pour ouvrir 



les portes du ciel, pourquoi choi- 
sir cette pratique?» (Rœnji, 26.) 
— « C'était une pratique qui se 
■démenait comme un enragé entre 
les mains de la garde. » (Vidal, 
3;^.) — « Tout cela n'est que de 
la pratique; ils t'ont fait voirie 
comme des gueux. » (Monselet.) 
V. Carotteur, Bordée. 

PRATIQUE : Instrument ser- 
vant à imiter les cris de Polichi- 
nelle. — « Polichinelle doit ren- 
fermer sa pratique. » [Complainte 
sur les jours gras, Paris, 26.) 

PRE : Premier. — V. Preu. 

PRÉ, GRAND PRÉ : Travaux 
forcés. — Voir l'étymologie ci- 
dessous. — « Ne crains pas le pré 
que je brave. » (Vidocq.) — a Du 
grand pré tu te cramperas, pour 
rabattre à Pantin lestement. » 
(Idem.) 

A lier faucher au pré quinze ans : 
Avoir quinze ans de galères. Le 
grand pré est ici la mer dont les 
galériens coupaient jadis de leurs 
avirons les ondes verdâtres, 
comme des faucheurs rangés 
dans une prairie. On sait que 
les condamnés ramaient sur les 
galères du roi. 

PRÉ AU DAB COURT TOU- 
JOURS : Prison de Mazas. Allu- 
sion à la surveillance qu'on y 
exerce. V. Marguct. 

PRÉ SALÉ : La mer. (Rabasse.) 
Ce mot imagé, qui est en même 
temps un jeu de mots, confirme 
notre précédente étymologie de 
faucher au pré. V. Igo. 

PRÉDESTINÉ : Mari prédes- 
tiné à être trompé. — « Prédes- 
tiné signifie destiné par avance 



'7- 



PRE 



— 298 



PRO 



au bonheur ou au malheur... 
Nous donnons à ce terme une 
signification fatale à nos élus. » 
(Balzac.) 

PRÉFECTANCHE : Préfecture 
de police. — Changement de 
finale. 

PREMIER, PREMIÈRE : Chef 
de rayon dans un magasin de 
nouveautés. — « Ces premières 
qui dans les magasins de nou- 
veautés regardent d'un air impo- 
sant les petites gens qui se per- 
mettent de marchander.» (Alph. 
Daudet.) 

PREMIER NUMÉRO : Incom- 
parable. — « Sac à vin, pochard 
premier numéro, il est dans 
l'ivresse du picton à quatre sous, 
sans lance, qu'il vient de passer 
en contrebande à la barrière. » 
{Catéchisme poissard, 44.) 

PREMIER-PARIS : « Un 
grand article, appelé Premier- 
Paris, c'est une série de longues 
phrases, de grands mots qui, sem- 
blables aux corps matériels, sont 
sonores à proportion qu'ils sont 
cerux. » (A. Karr.) 

PREMIÈRE : Première lettre. 
— Réminiscence des épîtres des 
apôtres. — Ne se dit qu'en fait de 
polémique. — « Aurore écrivit à 
son frère sa première aux Pari- 
siens. » (Michu.) 

PREMIÈRE : Première repré- 
sentation. — « Parbleu! est-ce 
que je manquerais une pre- 
mière du Palais-Royal! » (Ville- 
mot.) 

PRENDS GARDE DE LE 
PERDRE : Locution ironique 
adressée au propriétaire d'une 



personne ou d'une chose consi- 
dérée comme perdue ou sans va- 
leur. « Il ordonne de le faire 
empoigner, mais prends garde 
de le perdre. » {Commentaires 
de Loriot.) 

PRESSE (Il n'y a pas de) : 
Il n'y a pas besoin de se presser, 
pour dire : je n'irai pas. — « Tu 
viendras, dis? — Plus souvent ! 
Y a pas de presse. » (A Tantôt.) 

PRESSE (Mettre sous) : Mettre 
en gage. — Les objets engagés 
sont empilés au mont-de- piété. 
— En i8o8, on disait Mettre en 
presse. 

Dans le monde galant, être 
sous presse signifie : « Être en 
conférence intime. » 

PREU : Premier. — Abrévia- 
tion ancienne qu'on trouve déjà 
dans la Farce de Pathelii. — 
« Tiens! v'ià le bijoutier du 
no 10 qui vous a loué tout son 
preu (i*"" étage). » (H. Monaier.) 

PRISE DE BEC : Dispute. — 
(( Entendez- vous son ori ane ! 
Elle a une prise de bec avec An- 
gelina. » [les Étudiants, 60.) 

PRISTI : Juron. — Abrévia- 
tion de Sapristi. V. ce mot. 

PROFONDE : Poche. Elle est 
profonde, par opposition au 
gousset. — « Ils se désignent 
entre eux sous le nom de touil- 
leurs de profondes. » (Paillet.) 

PROFONDE : Cave. Elle est 
au plus profond de la maison. 
— « Je vais à la profonde \ ous 
chercher du frais. » (Vidocq.) 

PROIE : Derrière. (Halbert.) 



PRU — 299 

PROMONCERIE : Procédure. 

(Vidocq.) 

PROMONT : Procès. (Vidocq.) 

— Changement de finale. 

PRONIER, PRONIÈRE : Père, 
mère. (Halbert.) 

PROTECTEUR: Entreteneur. 

— Onapubliéen 1841 une Phy- 
siologie du protecteur. 

PROTÉGER : Entretenir. — 
(c Votre monstre d'homme pro- 
tège Jenny. » (Balzac.) 

PROUTE : Pet, plainte. — 
Onomatopée. V. Pet. 

PROUTER : Se plaindre, se 
fâcher. 

PRUDHOMME, MONSIEUR 
PRUDHOMME : Bourgeois sen- 
tencieux et banal, comme le 
type populaire créé par Henry 
Monnier. — « En face de ce pa- 
radoxe en peinture, il semble 
qu'on ait peur de passer, si on 
ne l'admet pas, pour un philis- 
tin, un bourgeois, un Joseph 
Prudhomme, un goitreux. » 
(Th. Gautier.) — « Les principes, 
la religion, le pays, c'est pour 
les naïfs, c'est pour les Pru- 
dhomme. » (S* Genest, y5.) 



- PUE 

^ PRUNE DE MONSIEUR : 
Évêque. (Vidocq.) — Il est habillé 
de violet comme une prune. 

PRUSSE (Pour le roi de).: Gra- 
tis. — Vient de C2 que cet État ne 
payait point le 3i du mois à ses 
employés. — « S'ils viennent, ce 
sera pour le roi de Prusse. » 
(Cogniard, 3i.) 

PRUSSIEN : Derrfère. — Allu- 
sion aux dyssenteries qui décimè- 
rent l'armée prussienne, pendant 
l'invasion de 1792. On a pris le 
tout pour la partie. — « Et puis 
après, la Prusse est entrée en 
France d'où la gourmandise l'a 
forcée de sortir, car elle tachait 
toutes ses chemises. »(Reys, i5.) 

— En 1825 on apublié le Manuel 
du Prussien ou guide de l'artil- 
leur sournois. 

PUANT : Homme qu'on ne 
peut sentir, qui vous pue au nez. 

— A commencé par se dire des 
élégants par trop parfumés. — 
a Ce petit puant... un petit- 
maître, toujours sans consé- 
quence. » (Parodie de Zaïre, 
xvin« siècle.) 

PUCES (Trouver des). Cher- 
cher des puces : chercher querelle. 
Mot à mot : sauter sur le moin- 
dre motif comme si on cherchait 



PRUDHOMMIE : Radotage 
sentencieux. — « C'est là la vraie , , , , 

politique. Tout le reste n'est que i ^ g""^^'^ "^^ P^'^^^^ ^î"'^' 
prudhommieetbanalité.»(S»Ge.i«^^ pourtant la Giraudeau 
nest, 75.) 

PRUNE, PRUNEAU : Pro- 
jectile. — Allusion de forme. — 
a C'est tout de même vexant d'a- 
voir échappé si souvent aux 
prunes pour être tué comme un 
chien. » — « Quand j'ai reçu le 
pruneau, j'ai dit : Bien, c'est le 
bon! » (L. Reybaud.) 



trouvé moyen de me trouver des 
[ puces. » {La Correctionnelle.) 

! PUDIBARD : Faussement pu- 
dibond. 



PUDIBARDERIE : « Leur pu- 
deur est de la pudibonderie, je 
dirai même de la pudibarderie. » 
(M™» Rattazzi.) 

PUER, PUER AU NEZ : Être 



QUA 



— 3oo — 



QUA 



intolérable. — « J'ai été pri:. 
huit jours de la nostalgie. La 
caserne me pue. "» {Commentaires 
de Loriot.) 

PUFF : Banqueroute. — « Il 
serait homme à décamper gratis. 
Ce serait un puff abominable. » 
(Balzac.) V. Pouf. 

PUFF : Réclame effrontée. — 
Mot anglais. — ce Le Lafayette du 
puff qui en matière de réclames 
est le héros des deux mondes. » 
(Heine.) 

PUFFISTE : Faiseur de puffs. 
— c Ne laissant nulle trêve à 
Tessaim .des puffistes. » (Com- 
merson.) 

PULLING : V. Robing. 

PUNAISE : Fille publique. — 
Vieux mot signifiant infecte. — 
«La scène se passe faubour,^ 
Montmartre. Une fille arrête un 
coupé et s'y glisse en criant : 
Cocher! au bois! — Au bois de 
lit, punaise ! fait un gamin qui 
passe. » {Revue anecdotigue, 62.) 

PUR : Homme sacrifiant tout 



à ses principes. On dit : c'est un 
pur. — Souvent ironique. — «Les 
purs de la droite ont applaudi. » 
(A. MiUaud, 75.) 

PUR-SANG : Cheval de race. 
— « Célestine hochait la tête 
comme un pur-sang avant la 
course. » (Balzac.) 

PURÉE : Cidre. (Vidocq.) 

PURÉE DE POIS : Absinthe. 
Allusion de couleur. V. Cogne. 

PUREUSE : Détenue rendant 
des services à l'administration. 
V. Topiser. 

PURGATION : Plaidoyer. 
(Vidocq.) — Il purge de toute 
culpabilité. 

PUTIPHARDER : Violer sans 
plus de façons que la femme de 
Putiphar. — « Ces diables de 
gens, il faut vraiment les puti- 
pharder pour avoir Thoaneur 
de peindre leurs silhouettes. » 
(Champfleury.) 

PYRAxMIDAL : Aussi remar- 
quable que les pyramides d'E- 
gypte. V. Granitique, 



Q 



QUANTUM : Caisse, somme 
d'argent. — Latinisme. — « En- 
core cent mille francs! il est allé 
faire une saignée nouvelle à son 
quantum. » (Ricard.) 

QUANTUM MUTATUSrCom- 
bien il a changé ! — Latinisme. — 
« Ce vieillard qui a eu tant d'es- 
prit autrefois, quantum muta- 
tus! » (A. Millaud, 75.) 



QUARANTE (Les) : Les qua- 
rante membres de l'Acadcmie 
française. — Se dit mêmequand 
elle n'est pas au complet. 

QUARANTE-CINQ A 
QUINZE : Exclamation pro- 
verbiale, toutes les fois qu'on 
voit briser beaucoup de verre ou 
de vaisselle. (Dhautel.) Signifie 
sans doute: quarante-cinq pièces 



QUA 



— 3oi 



QUE 



à quinze sous. — «. Bon! qua- 
rante-cinq à quinze! » (H. Mon- 
nier.) 

QUART (Battre, faire son) : 
Se dit de la station d'une fille 
sur la voie publique. Tolérée 
par la police de sept à onze heu- 
res du soir, elle équivaut au 
quart des marins. — « La tour- 
terelle y fait le quart et vous a 
des gestes de lupanar. ( Vie pari- 
sienne, 66.) 

Q.UART D'AGENT : Proprié- 
taire du quart de la valeur d'une 
charge d'agent de change. — 
« Une bourrasque fit sombrer 
son quart d'agent dans l'océan de 
la Bourse. » (Achard.) — Il y a 
des cinquièmes, sixièmes et des 
dixièmes d'agent, sans compter 
le reste. 

Q.UART D'AUTEUR : Auteur 
ayant toujours travaillé en col- 
laboration. 

QUART DE MARQUE : Se- 
maine. (Vidocq.) V. Marque. 

QUART DE MONDE : Monde 
assez libre, si on veut se re- 
porter à ce qu'est le Demi-monde 
(V. ce mot dont il est un dérivé). 
— « Marguerite a quitté le 
quart de monde pour le nou- 
veau. Traduction libre : elle va 
jouer en Amérique. » {Mystères 
de V École lyrique, 68.) 

QUART D'ŒIL : Commissaire 
de police. — « Quarante-huit' 
commissaires de police veillent 
sur Paris, comme quarante-huit 
providences au petit pied; de là 
vient le nom de quart d'œil que 
les voleurs leur ont donné dans 
leur argot, puisqu'ils sont quatre 
par arrondissement. » (Balzac.) 



— Comme le mot est antérieur à 
l'organisation susdite, on doit y 
voir plutôt, avec M. Michel, une 
allusion à l'ancienne robe noire 
des commissaires, dite cardeuil. 
V. Parrain. 

QUASIMODO : Homme hideu- 
sement contrefait. — Du nom 
d'un type de la Notre-Dame de 
V. Hugo. 

QUATRE COINS : Mouchoir. 
Il a quatre coins. 

QUATRE-YEUX : Yeux dou- 
blés de lunettes. — « Voyez donc 
ce grand escogriffe avec ses qua- 
tre-s'yeux. » [Catéchisme pois- 
sard, 40.) , 

QUELPOIQUE : Rien. (Hal- 
bert.) h\o\. a. vciol : quel poiquê ! 
c'est-à-dire combien peu! Poique 
est ici pris pour pouic. V. ce 
mot. 

QUELQUE PART : Au der- 
rière. — a Toutes les fois que ce 
gredin-Ià me tutoie, c'est comme 
si je recevais un coup de pied 
quelque part. » (Sardou.) 

QUELQUE PART (Aller) : 
Aller aux commodités. — Terme 
ancien. Les Mémoires secrets 
de Bachaumont en offrent un 
exemple dans cette repartie su- 
perbe du financier La Popeli- 
nière à un courtisan qui lui 
avait dit d'un air dédaigneux ; 
(( Il me semble, monsieur, vous 
avoir vu quelque part. » A quoi 
le financier répondit : « En effet, 
monsieur, j'y vais quelquefois. » 

QUELQUE PART (Avoir) : 
Être ennuyé au suprême degré. 
Augmentatif d'en avoir plein le 
dos. Seulement, cela se prolonge 
un peu plus bas. — a Pour ce 



QUE 



— 302 — 



QUE 



qui est de la rousse et du guet, 
je les ai queuqu'part. » (Cabas- 
sol.) 

QUELQU'UN (Faire son): 
Trancher du personnage. — « Si 
madame fait un peu sa quel- 
qu'une. «(Balzac.) 

QUENIENTE : Pas, point. 
(Halbert.) — Mot à mot : que 
nonpas. Italianisme. 

QUENOTTE : Petite dent. 
(Dhautel.) « Ouvre la gargoine. 
Prends le bout de ce foulard 
dans tes quenottes. » (E. Sue.) 

QUENOTTIER : Dentiste. 

QUEUE: Dégénérescence, pâle 
imitation. — « Cet art-là n'est 
même pas la queue embourbée 
du genre Marie-Antoinette. (Th. 
Silvestre.) 

QUEUE : « A Bruxelles, plus 
d'un journal quotidien compte 
de quatre à cinq queues, c'est-à- 
dire qu'il transforme son titre en 
conservant la même matière de 
texte ou à peu près, et sert ainsi 
plusieurs catégories d'abonnés. » 
{Figaro.) 

QUEUE (Faire la) : Faire une 
infidélité galante. — a Je connais 
un général à qui on a fait des 
queues avec pas mal de particu- 
liers. » (Gavarni.) 

QUEUE (Faire la) : Escroquer 
une somme due. — Mot ancien. 
F. Michel l'a retrouvé dans une 
chronique de M. Aye {la Branche 
des royaux lignages). « Ainsi 
li firent-ils la queue par art et 
desloiauté. » — « Sitôt que le 
fourrier s'est éloigné, les cham- 
bres retentissent de clameurs : 



C'est dégoûtant! on nous fait la 
queue. » (La Bédollière.'i 

QUEUE (Faire la) : Tromper. 

— «11 faut se contraindre, et vous 
avez un fameux toupei si vous 
parvenez à faire la queue au 
père Lahire. » {Phys. de la 
Chaumière, 41.) 

QUEUE DE MORUl^. : Habit 
noir. — Cette allusion à la forme 
ancienne des pans ( à bouts 
croisés faisant presque la four- 
che) n'est plus justifiée aujour- 
d'hui. De là le mot sifflet qui 
répond mieux à l'aspect actuel. 

QUEUE ROMANTIQUE : Jeu 
de mots altérant le sens raison- 
nable de la phrase. Mûi ger a ri- 
diculisé cet exercice dais la Vie 
de Bohême. Dès 1620, paraissait 
le Coq à l'asne sur le mariage 
d'un courtisan grotesque qui 
peut passer pour un recueil 
complet de ces stériles tours de 
force. En voici la premi .re phra- 
se : (( Le courtisan sortit du pa- 
lais de la bouche, vestii de vert 
degris, il portait un maiteau de 
cheminée, le bas de mulet et les 
mulles d'Auvergne. » 

QUEUE-ROUGE : Paillasse du 
genre de Bobèche. — Allusion à 
la perruque de Bobèche qui 
était nouée par un ruban rouge. 

— « Le public préfère générale- 
ment le queue-rouge au comé- 
dien. » (La Fizelière.) 

QUEUE DE RAT : Tabatière. 

— Allusion à la longue lunière de 
cuir qui sert pour l'o ivrir. — 
« Une de ces ignobles t£.batières 
de bois vulgairement appelées 
queues de rat. » (V. Hui;o.) 

QUEUE DE RENARD : Vo- 



RAB 



- 3o3 - 



RAB 



missement projeté de façon à 
laisser une longue trace. — « Un 
homme sans éducation qui a fait 
une queue de renard dans le 
plat de son voisin. » (Cabarets 
de Paris y ii.) V. Renard. 

QUI BUS : Écus, argent. — 
Mot ancien. C'est une abrévia- 
tion expliquée par l'exemple 
suivant : « Il a du quibus, c'est- 
à-dire des écus, de quibus fiunt 
omnia. » (Le Duchat, lySS.) 

QUILLE : Jambe. Allusion de 
forme. — Mot ancien. — En 
1455, les gueux ou coquillards 
de Dijon se servaient déjà du 
mot quilles dans le même sens, 
comme le prouve un texte cu- 
rieux qu'a publié l'archiviste de 
la Côte-d'Or, M. Garnier. — 
« La madame du pavillon qui 
met ses bas! — Plus que ça de 
quilles. » (Gavarni.) 

QU IMPER : Tomber. (Hal- 
bert.) 



QUINQUETS : Yeux bril- 
lants. (Vidocq.) Mot à mot : 
brillants comme la lampe Quin- 
quet, renommée jadis pour son 
éclat. V. Esbrouffer, 

QUINZE ANS ET PAS DE 
CORSET : Se dit atout âge d'une 
femme dont les appas ont la fer- 
meté de la jeunesse. — « Oui, 
c'était ça! quinze ans, toutes ses 
dents et pas de corset! » (Zola.) 

QUINZE- VINGT : Aveugle. — 
Allusion à l'établissement de ce 
nom. — « Je suis obligé de de- 
mander mon chemin comme un 
quinze-vingt.» {La Correction- 
nelle.) 

QUOI (Avoir de) : Être dans 
l'aisance. Mot à mot : avoir de 
quoi vivre. 

QUOS EGO : Cela vient de 
moi. — Latinisme. — « Si l'As- 
semblée trouve à redire au pro- 
cédé, M. de Bismarck lui lancera 
un quos ego quelconque et tout 
sera dit. » {Moniteur, 72.) 



H 



RABAT: Manteau. — Allusion 
au grand collet des manteaux 
anciens qui se rabattait à volon- 
té sur la tête ou les épaules. 

RABATEUX DE SORGUE : 
Voleur de nuit. Mot à mot : 
chasseur, rabatteur de nuit. 
(Grandval.) 

RABIAGE : Rente. (Halbert.) 
RABIBOCHER : Raccommo- 
der. — « N'en parlons plus ! Il 



faut que je me rabiboche avec 
vous. » (E. Sue.) 

RABIOT : Restant de soupe 
laissée au fond de la gamelle, 
temps passé par le soldat à son 
corps, après sa libération. 

RABOIN 
V. Abadis. 



Diable. (Vidocq.) 



RABOTEUX : Voleur de nuit. 
(Halbert.)— Y^ouvrabateux» 



RAC 



— 3o4 — 



RAF 



RABOULER : Revenir. V. A- 
loiiler. 

RACCORDER : Remémorer, 
prJvenir. — Forme de recorder. 

— « Tu m'as bonni avant de dé- 
carrer que je te raccorde par une 
lazagne. » (Rabasse.) 

RACCOURCIR : Guillotiner. 

— La perte de la tête raccourcit. 

— Mot de création révolution- 
naire ainsi que les synonymes 
ci-joints, tous recueillis dans le 
Père Duchêne, lygS : « i» La 
louve autrichienne va enfin être 
raccourcie... 2» Jusqu'à ce qu'ils 
aient tous craché dans le sac .. 
3° Pour faire mettre prompte- 
ment la tête à la fenêtre à la 
louve autrichienne... 4» Ses bons 
avisa la Convention pour qu'elle 
fasse promptement jouer le gé- 
néral Moustache à la main-chau- 
de... 5» Qu'il fasse promptement 
passer sous le rasoir national le 
traître Bailly. » 

Le Rasoir national est le fatal 
couperet. — Cracher dans le 
sac montre la tête coupée sau- 
tant avec un jet de sang dans le 
sac de son. — Mettre la tête à la 
fenêtre, jouer à la main-chaude 
font allusion à l'attitude du sup- 
plicié, mettant la tête à la lunette, 
à genoux, mains liées derrière 
le dos, attendant le coup comme 
à la main-chaude. 

RACLÉE : Rossée. — Elle ra- 
cle la peau. — « Ça lui procura 
de leur part quelques bonnes ra- 
clées. » (L. Desnoyers.) 

RACLETTE : Ronde de poli- 
ce. — Elle racle les gens sans 
aveu sur son passage. (V. Balai.) 
— Se dit aussi de la police en 
général. j 



RACONTAR : Racontage. — 
Anglicanisme. — « La bonho- 
mie de ses racontars honnêtes 
et modérés. » (P. Vcron.) — 
« Dans une loge d'b'immes, les 
racontars de clubs ^ont leuf 
train. » (Vie parisienne, 67.) 

RADE, RADEAU : Comptoir, 
tiroir. — Genre incertain. Vient 
de radis. — « La rade es: le comp- 
toir du marchand de vin. » (A. 
Monnier.) 

Faire le rade : Voler au comp- 
toir. — « Dix-huit ans, je faisais 
le rade et la condition. » (Beau- 
villier.) 

RADICRER : Remoudre. (Hal- 
bert,) — Onomatopée. 

RADICREUR : Rémouleur. 
(Idem.) 

RADIN : Gousset. (Cclombey.) 

RADIN, RADIS : Argent mon- 
nayé. — « Le radin, c est l'ar- 
gent du comptoir, on dit n'avoir 
pas un radis pour n'avoir pas 
un sou. » (A. Monnier.) — Voler 
au radin, c'est voler le tiroir 
d'un comptoir en l'absence du 
patron. Quand on se sert d'un 
enfant, cela s'appelle voler au 
radin, aupégriot. Il y a toujours 
un compère, faux acheteur, qui 
fait le guet. 

Faire un radin : Voler l'ar- 
gent du comptoir. 

RAFFALE : Misère. (Vidocq.) 
Mot à mot : tourmente, mau- 
vaise fortune. — Etre dans la 
raffale : Être dans la misère. 
(Rabasse.) Nous vient sans doute 
de la marine. 

RAFFALÉ : Misérable. — 



RAI 



— 3o5 — 



RAL 



«Tous les hommes sont des raf- 
falés, des pingres. » (Lynol.) 

RAFFURER : Regagner. V. 
Affurer. 

RAFIAU : Bâtiment léger. — 
ce J' vas joliment gréer notre ra- 
fiau, tu verras. » {Phys. du ma- 
telot.) 

RAFILER : Donner. V. Man- 
quesse. — Forme de refiler. 

RA-FLA:Notes rudimentaires 
de la batterie du tambour. — 
c Le tambour-major bat la me- 
sure des ra etdes jîa. » (M. Saint- 
Hilaire.) 

RAFRAICHIR D'UN COUP 
DE SABRE (se) : Se battre. — 
Allusion à la sensation du froid 
qu'on éprouve en sentant la 
lame pénétrer dans les chairs. — 
«Tu caponnes... D'un coup de 
sabre avec moi t'as peur de te ra- 
fraîchir. » {Rien^i, 26.) 

RAGOT : Conte absurde. — 
« La Bourse particulièrement se 
laisse influencer par des ragots 
qui ne mériteraient pas cinq 
centimes de baisse. » {Le Temps, 
67.) 

RAGOUTER: Éveiller les 
soupçons. (Rabasse.) C'est-à- 
dire : exciter le désir de la po- 
lice. 

RAIDE : Difficile à croire ou à 
supporter. — « Des choses qu'on 
ne saurait répéter devant vous, 
mademoiselle... — C'est donc 
bien raide, répliqua l'ingénue. » 
Figaro, juin 72.) — « Un gros 
volume, sept francs. C'est raide. x 
(Al. Dumaslîls.) 

RAIDK, RUDE : Eau-de-vie.- 
EUe gratte le gosier. — « Comme 



dit le proverbe^ un peu de raide 
fait grand bien. •» (Bardas.) 

^ RAIDE COMME LA JUSTICE: 

Être ivre sans vouloir le paraître, 
en se redressant avec affectation. 
— « Il est assez raide comme cela. 
C'est la faute au petit bleu. » (K/er 
paris., 66.) — « Dis donc, Jules, 
tu as bien dîné?... Il est raide 
comme la justice. » (Mo.nselet.) 

RAIDE COMME BALLE : Ra 
pide comme un projectile. — «Il 
a filé son chemin, raide comme 
une balle. » (Vidal, 33.) 

RAIGUISÉ : Perdu. — « Le 
propriétaire des couteaux attend 
encore, et ses amis lui dirent 
en langue verte : Tes couteaux 
sont raiguisés, mon vieux. » {Fi- 
garo, 76.) — Se dit pour un 
homme mort comme pour une 
chose disparue. 

RAILLE : Police. — Du mot 
érailler, arrêter. — « La raille 
maron te servira pour un deu- 
xième gerbement. » (Vidocq.) 

RAILLE : Inspecteur de poli- 
ce. — «Les inspecteurs de police 
sont des rails dans le langage 
des prostituées. » (Parent Du- 
chatelet.) 

RAISINÉ : Sang. (Halbert.) — 
Allusion de couleur. — « Tu es 
sans raisiné dans les vermi- 
chels. » (Balzac.) 

RALEUR : Homme qui mar- 
chande sans acheter. — « Le râ- 
leur marchande, c'est son occu- 
pation. Il admire plus d'une 
chose, mais il faut qu'il réflé- 
chisse. Il repassera demain. » 
(Champfleury.) 

RALEUSES ; a Racoleuses ou 



RAM 



- 3o6 — 



RAP 



courtières lâchées par les mar- 
chands (du Temple) surle^on^'e 
pour le forcer à acheter. » (Mor- 
nand.) 

RAMA : « Les riens consti- 
tuent chez certaines classes pari- 
siennes un esprit drolatique dans 
lequel la bêtise entre comme 
un élément principal et dont le 
mérite consiste particulièrement 
dans le geste et la prononciation. 
Cette espèce d'argot varie conti- 
nuellement. La récente invention 
duDiorama, qui portait l'illusion 
de l'optique à un plus haut degré 
que dans les panoramas, avait 
amené dans quelques ateliers de 
peinture la fantaisie de parler en 
rama... « Eh bien! monsieur 
« Poiret, dit l'employé, comment 
« va cette petite santé rama ? » 
(Balzac, Père Goriot.) 

RAMASSER : Arrêter, faire 
prisonnier. — « Les coquins 
étaient terribles. J'en ai ramassé 
trois mille sans compter les morts 
et les blessés. 9 (Général Chris- 
tophe, Lettres, 11.) — « A la cla- 
meur du quartier, la police ra- 
massait une belle demoiselle. » 
(A. Arnault, 34.) 

RAMASSER (se) : Se relever 
après une chute. — « Se ramas- 
sant, le vieux cria : « Faussaire ! » 
(F. Desnoyers.) 

« Ramasser des fourreaux de 
baïonnettes, c'est (traduction libre 
pour les pékins) arriver après la 
bataille. » (F. Magnac.) 

RAMASTIQUEUR: Filou ra- 
massant à terre des bijoux faux 
perdus par un compère et les cé- 
dant à un passant moyennant 
une prime qui dépasse leur va- 
leur réellç. — C'est le mot ramas- 



seur avec changemen. de finale. 
— « Le ramastique (.- /c) posses- 
seur d'un bijou faux qu'il vend 
pour de l'or. » (Phil. Chasles.) 

RAMBUTEAU : Guérite-Uri- 
noir. Du nom du préfet qui en a 
doté la voie publique. 

RAME : Plume. (Halbert.) - 
Elle ressemble à une rame de 
bateau. 

RAMENER : Rar.iener ses 
cheveux sur les tempes pour dé- 
guiser un commencjment de 
calvitie. — « Ce brave Dubreuil 
commence à arborer L genou... 
Ne blaguons pas Dubreuil, il y 
a déjà deux ans que je ramène.» 
( Vie parisienne, 66.) 

RAMENEUR : Homme qui 
ramène ses cheveux, comme ci- 
dessus. 

RAMOLLI : Imbécile. — Allu- 
sion aux effets du ramollisse- 
ment cérébral. — « Pour ne pas 
tomber dans la classe des ra- 
mollis. » {Vie parisienne, 67.) 
V. Goitreux. — « Les ramollis 
de l'Opéra. » (Briollet.; 

RANGÉ DES VOITURES : 
Revenu à une vie calme, honnê- 
te. Mot à mot : à l'écart des dan- 
gers de la circulation parisienne, 

— « A vingt et un ans, rangé 
des voilures!» (Beauvillier.)Dans 
ce dernier exemple, cela veut dire 
je ne vole plus. 

RAOUT : Réception de jour. 

— Mot anglais. — « Ces cheva- 
liers d'industrie que Ion voit à 
Paris "dans les raouts. » (P. de 
Kock,40.) 

RAPATU : Pou. (Hf Ibert.) -| 
Allusion à la ténacité de sespa^ 
tes. 



RAS 



— 3o7 — 



RAT 



RAPE D'ORIENT: Diamant. 
(Petit Dict. d'argot, 44.) 

RAPIAT : Avare, avide, pil- 
lard. — Abréviation de rapineur. 
— «Je les connais tous, ces ra- 
piats-\h.. » Balzac.) 

RAPIN : « Ce joyeux élève en 
peinture qu'en style d'atelier on 
appelle un rapin. » (Balzac.) 

RAPIOTER : Rapiécer. Mot à 
mot : rapiéçotter. — « Monsieur, 
faites donc rapioter les trous de 
votre habit. » (Mornand.) 

RAPPLIQUER : Revenir, ré- 
pliquer. V. Flacul, Suage. 

Rappliquer à la niche : Rentrer 
au logis. V. Poivrot. 

RASER : Railler. — Jadis on 
àïsaXxfaire la barbe . — ce Pour 
aviser au moyen de faire la barbe 
à la municipalité de Paris. » (Hé- 
bert, 1793.) — « Nous avons été 
voir les Mauresques. Dieu! les 
avons-nous rasées avec nos plai- 
santeries. » (Comm. de Loriot.) 

RASEUR : « Le raseur est l'in- 
dividu qui croit vous intéresser 
infiniment par le récit des choses 
les plus ennuyeuses. Une fois 
qu'il tient votre bras, le raseur 
ne vous quitte plus. » (A. Scholl, 
53.) 

RASOIR : Raseur. V. ce mot. 

RASOIR : Qui rafle tout, qui 
rase tout. « Une de ces mains 
inépuisables qu'on appelle dans 
l'argot des joueurs des mains ra- 
soirs. » (Cavaillé.) 

RASOIR : « Le conte, l'histoire, 
l'anecdote ou le bon mot, dans la 
bouche d'un raseur, se nomment 
rasoir. » (J. Duflot.) 

RASOIR ; Jamais. Mot à mot : 



c'est rasé. — « Tu lui aurais 
rendu sa politesse?... Plus sou- 
vent! A un daim de ce tonneau! 
Rasoir! » (Monselet.) 

RASPAIL : Eau-de-vie. -- Al- 
lusion à l'alcool camphré souvent 
prescrit par Raspail. C'est ainsi 
que Teau-de-vie est appelée 
aussi camphre. 

RAT : Voleur exploitant dans 
les auberges de campagne les 
chambres à plusieurs lits. — « Il 
se relève, fouille les poches des 
voisins, jette par la fenêtre à un 
complice le produit du vol et se 
recouche pour crier le matin au 
voleur! plus fort que tous les 
autres. » (Rabasse.) 

RAT : Élève danseuse. — Al- 
lusion à son trot menu et à ses 
proportions mignonnes. 

« A l'Opéra, le type de la figu- 
rante se subdivise en plusieurs 
catégories : la choriste, la dan- 
seuse, le rat (élève danseuse), la 
figurante simple ou marcheuse. » 
[Physiologie du Théâtre, 41.) — 
(( Le rat est un des éléments de 
l'Opéra, car il est à la première 
danseuse ce que le petit clerc est 
au notaire. .. — Le rat est produit 
par les portiers, les pauvres, les 
acteurs, les danseurs. Il n'y a que 
la plus grande misère qui puisse 
conseiller à un enfant de huit 
ans de livrer ses pieds et ses ar- 
ticulations aux plus durs sup- 
plices, de rester sage jusqu'à 
dix-huit ans, uniquement par 
spéculation, et de se flanquer 
d'une horrible vieille, comme 
vous mettez du fumier autour 
d'une jolie fleur... » (Roqueplan, 
41.) 

RAT : Bougeoir o — Bougie 



RAT 



— 3o8 - 



RAT 



dont le brin mince et tortillé 
rappelait la queue du rat. — ce Je 
vous demanderai la permission 
d'allumer mon rat. » (H. Mon- 
nier.) 

RAT : Voleur de pain. (Co- 
lombey.) 

RAT : Employé des contribu- 
tions indirectes. Abréviation de 
rat de cave, qui fait allusion aux 
lieux où sa charge l'envoie exer- 
cer. 

RAT : Avare. — « Je vous dé- 
nonce mon propriétaire, qui est 
un rat fini. » (Bertall.) 

RAT, RATON : « ï*tûKpégriot 
se cachant à la brune sous un 
comptoir, afin d'ouvrir, la nuit, 
la porte du magasin à ses col- 
lègues. » (A. Monnier.) 

RAT : Caprice, fantaisie trot- 
tant de nuit dans la cervelle. 
(Dhautel.) 

RAT : « Cette expression s'ap- 
plique à tout retardataire de 
l'École polytechnique. Quicon- 
que, après son examen de sortie, 
est exclu par son rang des ponts 
et chaussées est rat de ponts; le 
rat de soupe est celui qui arrive 
trop tard à table. » (La Bédol- 
lière.) 

RAT (mon) : Terme d'amitié. 
— « Que tu es belle, mon chat... 
Adorable, mon petit rat ! » (E. Vil- 
lars.) 

RAT DE PRISON : Avocat. - 
Allusion à ses visites aux pri- 
sonniers. 

RATA : Abréviation de rata- 
touille. — « Pour le rata, faites 
bouillir de l'eau, prenez des pom- 
mes de terre, ajoutez 3 kilo- 



grammes de lard par cent hom- 
mes et servez. » (La Bédollière.) 

RATAFIA DE GRENOUIL- 
LES: Eau. — «C'est la nourriture, 
leratafia de grenouilles qui m'ont 
dérangé. » {Comm. de Loriot.) 

RATÉ : « Un médecin sans di- 
plôme, un poëte sans éditeur, un 
chanteur sans engagement, des 
déclassés, des fruits secs, des ra- 
tés, tous enragés comme lui con- 
tre la société qui ne voulait pas 
de leurs talents. » (A. Daudet, 
76.) 

RATIBOISFR : Rafler. Dimi- 
nutif de ratisser : « Ces messieurs 
m'ont ratiboisé 120 francs, mais 
là! haut la main. » (Cavaillé.) 

RATICHON : Peigne. (Hal- 
bert.) Mot à mot : petit râteau. 
L'image est exacte. 

RATICHON : Prêtre. Mot à 
mot '.ratissé, rasé. — Allusion à 
sa tonsure et à sa figure rasée. 
V. Momir, Rebâtir. 

RATICHONNER: Peigner. 
(Halbert.) 

RATICHONNIÈRE : Couvent. 
(Vidocq.) 

RATISSÉ (être) : Être évincé. 
— a Allons! cette fois je suis 
bien ratissé t » (Marquet.) 

RATISSER : Ruiner. — a Pas 
nous qui avons perdu de l'ar- 
gent... Pas vous non plus, puis- 
que vous êtes ratisses. » iZola.) 

RATISSER : Escroquer. (Ra- 
basse.) 

RATISSER LA COUENNE : 
Faire la barbe. 
RATON : V. Rat (7» article.) 



RAZ 



3o9 



REB 



RAVAGEUR : « Les ravageurs 
commettent des vols sur les ba- 
teaux-lavoirs... Ils s'emparent du 
linge étendu... Ce genre de vol 
s'appelle vol au ravageur. » (Ra- 
basse.) 

RAVAGEURS : a Ils travaillent 
un instant après la pluie. Alors 
l'eau a charrié dans les rigoles 
ménagées par le pavé tous les 
morceaux de clous et de ferraille 
qu'elle a pu emporter en pas- 
sant... La besogne faite, ils ven- 
dent un sou la livre leur misé- 
rable butin. » (Berthaud, 46.) — 
Les Mystères de Paris montrent 
cette industrie s'exerçant sur la 
Seine : a Le ravageur puise à 
l'aide d'une drague le sable sous 
la vase, puis il le lave comme un 
minerai, et en retire une gran- 
de quantité de parcelles métalli- 
ques. » (E. Sue.) 

RAVIGNOLÉ : Récidive. — 
« Je n'ai pas coque mon centre, 
de taffe du ravignolé; ainsi si 
vouzailles brodez à mezigue, il 
faut balancer la lazagneau centre 
de Jean-Louis Laurant, au casiuc 
de Ganelle. » (Vidocq.) 

RAZE, RAZI : Curé. (Hal- 
bert.) — Il est rasé. V. Ratichon. 

RAZZIA : Enlèvement général. 
— Le mot date de notre guerre 
d'Afrique. En France, au xv^ siè- 
cle, on disait rei:{e, ce qui était 
la même chose. — « Il exerçait 
de véritables razzias à l'endroit 
des tasses de chocolat. » (A. Se- 
cond.)-^ (( On n'oublie pas assez 
le chemin de ces tripots. L'autre 
jour, encore, on a opéré une raz- 
zia sur les hauteurs de Batignol- 
les. 1 (P. Véron.) 



REAC : Réactionnaire. — Date 
de 1848. — « II s'agira seulement 
d'applaudir nos orateurs, et d'a- 
platir les réacs. » (Chenu.) Se 
prend aussi adjectivement. 

« Mais lui, ce reporter, lui qui 
naguère encore, en style réac , 
mais hardi, urinait ses échos...» 
(R. Fauvel.) 

RÉALISME : Culte exclusif de 
la réalité dans l'art ou la littéra- 
ture. — « A l'heure qu'il est, le 
mot réalisme a fait son trou dans 
le Dictionnaire. » (Champfîeury, 
58.) 

RÉALISTE : Artiste ou ro- 
mancier s'appliquant à repro- 
duire les scènes de la vie réelle, 
sans reculerdevant leurs laideurs. 
— Rétif de La Bretonne a em- 
ployé ce mot dans une critique 
littéraire de son Monsieur Nico- 
las; il parle des réalistes du jour 
parmi lesquels il tenait, sans s'en 
douter, la première place. 

REBATIR : Tuer. — Pour re- 
bâtir, il faut démolir. — « Si tu 
consens à nous laisser rebâtir le 
ratichon et sa larbine, nous irons 
pioncer dans le sabri du rupin 
de ton villois, à cinquante patu- 
rons de la chique de la daronne 
du mec des mecs. » (Vidocq.) 

REBECTAGE : Lutte. — « Au 
bout de six mois malade à Saint- 
Lazare! Rebectage de mon côté, 
plus d'argent. » (Beauvillier.) 

RÉBÉQUER (se) : Se défen- 
dre. Mot à mot : riposter à coups 
de bec. — « Allez-y : tapez sur 
la bête!... Kt il ne fallait qu'elle 
s'avisât de se rébéquer. » (Zola.) 

REBIFFE : Vengeance. (Vi- 
docq.) 



REC 



- 3io - 



REG 



REBIFFER (se) : Se redresser. 
— Un soldat qui se rebiffe est un 
homme au port martial. — Un 
cheval qui se rebiffe porte haut 
la tête. 

REBONNETER : Flatter. (Vi- 
docq.) 

REBOUISER : Considérer at- 
tentivement. (Idem.) 

REBOUISEUR : « Au marché 
du Temple, les rebouiseurs ou 
ressuceurs achetaient les vieilles 
hardes pour les remettre à neuf.» 
(E. Sue.) 

REBOURS : Déménagement 
clandestin. 

RECEVOIR SON DÉCOMP- 
TE : Mourir, •— c Tué roide 
sur le champ de bataille, le 
beau tambour-major avait, pour 
parler en style de bivouac, reçu 
son décompte. » (Ricard.) 

RÉCHAUFFANTE : Perruque. 
Elle réchauffe les chauves. 

RÉCHAUFFÉ (c'est du) : C'est 
un vieil argument, c'est une ma- 
nœuvre usée, comme les mets de 
la veille qu'on réchauffe le len- 
demain. 

RÉCHAUFFER: Ennuyer. 
(Vidocq.) — Même allusion que 
dans bassiner y faire suer. 

RECHIGNER : Renoncer. (Ra- 

basse.) 

RECONNOBRER, RECON- 
NOBLER : Reconnaître. (Vi- 
docq, Rabasse.) — C'est recon- 
naître avec changement de finale. 
V. Parrain. 

RECOQUER: Rendre. (Grand- 
val.) i 



RECORDER : Tuer. (Hal- 

bert.) 

RECORDER : Prévenir. 
(Idem.) — Vieux mot. 

REDANI : Grâce. (Idem.) 

RED IN : Bourse. Pour Radin. 

REDOUBLEMENT DE FIÈ- 
VRE : Charge nouvelle surgis- 
sant pendant une instruction. 

REDOUILLER : Riposter. V. 
Merlins. 

REDRESSE (être à lit) : Être 
rusé. (Rabasse.) 

RÉDUIT : Bourse. — C'est le 
réduit de la monnaie. 

REFAIRE, REFAIRE AU 
MÊME, REFAIRE DANS LE 
DUR : Tromper. — «Dindonné, 
ce que nous appelons refait au 
même. » (Balzac.) V. Faire, dont 
refaire est l'augmentatif. 

REFAIRE : Manger. (Hal- 
bert.) Nous disons se refaire dans % 
le même sens. % 

REFAITE : Repas. (Mdocq.) ' 

— Vieux mot. 

REFAITER : Prendre u :i repas. " 

REFILER : Retrou /er. V. 
Greffier. 

REFILER : Donner. Voir 
Chouette. 

REFILER, REPASSER : Don- 
ner un vol nourri. V. Cai lelotte. 

REFROIDIR : Tuer. EiTet pris I 
pour la cause. V. Mecque, Suage. 

REGALIA : Cigare de la Ha- 
vane : Mot à mot : cigare royal. 

— « La chique, c'est la sceur ca- • 
dette du londrès, du re;;alia. » ■ 
(Vermersch.) ', 



REL 



— 3ii - 



REM 



RÉGENCE : Digne des roue- 
ries galantes de la cour du régent. 
— « Si on allait lui faire un 
crime de la fragilité de ses mœurs 
un peu régence? » (P. Borel, 
33.) 

REGINGLARD : Vin nouveau, 
piquette. C'est un Ginglard re- 
doublé. — (c A Paris, à Sens, on 
nomme re ginglard le vin léger 
et légèrement acide. » {Ulnter- 

• médiaire.) 

REGON : Dette. 
REGONSER : Devoir. (Hal- 
; bert.) 

REGOUT : Rancune. — 
a Y' vous aime. Raccommodez- 
' vous donc là , sans r'goût. » 
^Catéchisme poissard, 40.; 

REGOUT (faire du) : Être 
«arrêté. (Halbert.) 

Dans le glossaire de Colom- 
bey, faire du regout est manquer 
-de prudence, ce qui paraît plus 
'.vraisemblable. 

REJACQUER : Crier. (Grand- 
val.) — Vieux mot. — En patois 
lorrain, on appelle encore jaque 
le geai, qui est un oiseau fort 
: bruyant. 

RÉJOUISSANCE : Os glissé 

• par les bouchers dans la viande 
■■ pesée à leurs pratiques. — « Les 

bouchers ajoutent encore des os 
qu'on appelle ironiquement ré- 
jouissances. » (Mercier, 1783.) 

RÉJOUISSANCE : A fini par 
se dire ironiquement d'une fem- 
me maigre. — « Faut voir ça au 
déballage. Y a peut-être plus de 
réjouissance que de viande là- 
dessous. » (Neuville.) 

RELEVANTE : Moutarde. 



(Colombey.) Elle relève les ali- 
ments. 

RELEVER (la) : Se faire don- 
ner de l'argent, 

R E L I C H E R : Embrasser. •— 
Forme de relécher. « Qu'elle se 
laissât surprendre à se faire re- 
licher dehors... Il lui couperait 
le cou. » (Zola.) 

RELUIT : Jour, œil. Les yeux 
reluisent. V. Coquer, Luisant, 
Chasse. 

RELUQUER : Examiner. 
— Vieux mot, Allucar se disait 
déjà en langue romane pour : re- 
garder fixement. V. RembrO' 
quer, 

RELUQUEUR : Homme qui 
regarde obstinément les femmes. 

REMAQUILLER : Refaire. 
(Vidocq.) 

REMBROGABLE : Reconnais- 

sable. (Idem.) 

REMBROCAGE DE PAR- 
RAINS: Confrontation. V. Rem- 
broquer. 

REMBROQUANT : Miroir. 
(Halbert.) En se mirant on se 
rembroque soi-même. 

REMBROQUER : Examiner 
avec attention. Mot à mot : em- 
brocher du regard. Nous disons 
aussi regard perçant. V. Abadis, 
Béquille, Moucharde, etc. 

REMERCIER SON BOULAN- 
GER : Mourir. Mot à mot : 
n'avoir plus besoin de manger 
du pain. V. Pipe {casser sa). 

RF.MISER : Conduire en pri- 
son. V. Filer. 
REMISIER : Courtier d'opéra- 



REN 



— 3l2 — 



REN 



tions de bourse sur lesquelles il 
a une remise. 

REMOUGHER, REMOU- 
QuER : Observer. V. Rembro- 
quer. 

R'mouchez-moi un peu c' larbin 
Sous sa fourrure de cosaque. 

(Richepin.) 

REMPARDEUSE : Prostituée 
de rempart. (Rabasse.) 

REMPLISSAGE : Prose ajou- 
tée dans le seul but d'allonger 
un texte. — <c II a trouvé beau- 
coup de remplissage dans mon 
dernier livre. » (Ricard.) 

RENARD : Second degré du 
compagnonnage. — « Pour être 
compagnon, tu seras lapin ou 
apprenti, plus tard tu passeras 
renard ou aspirant. » (Biéville.) 

RENARD : Vomissement. - 
Le voyageur Jacques Lesaige dit 
déjà en parlant des effets du mal 
de mer : « Loué soit Dieu ! j'avois 
bon apétit, car je n'avois fait que 
escorchier le regnart. » (i5i8.j 
V, Piquer, Queue. 

RENARD : « Il va prendre son 
renard : un bouillon et une cho- 
pine de vin dedans. » [Le Su- 
blime, 72.) — Allusion au mot 
renard (vomissement), qui re- 
présente un mélange d'aliments. 

RENARDER : Vomir. — « Je 
suis gris... Vous me permettrez 
de renarder dans le kiosque. )> 
(Balzac.) Jadis on disait renau- 
der. 

RENARDER : Trahir. Le re- 
nard est renommé pour sa traî- 
trise. — (c Polyte et toi avec, vous 
avez renarde... — Trahir les 



amis, jamais! » (Ponson du Ter- 
rail.) 

RENAUDER : Refiser. (Vi- 
docq.) Du vieux mot renauder : 
vomir. — « Quand elle quête, 
merci! chacun renau.le ou dé- 
tale. » (Léonard.) 

RENAUDEUR : Qui n'est 
jamais content. (Rabasse.) 

RENCONTRE (vol à la) : a Va- 
riété du vol à la tire. 11 est opéré 
par deux compères : le premier 
heurte un passant dort il déta- 
che la chaîne qui est aussitôt 
remise au second ; puis i l s'éloigne 
en s'excusant et se laissant fouil- 
ler, si on découvre le vol. »(Can- 
ler.) — Ce vol se fait souvent 
aussi en simulant une méprise. 
On bouscule le volé qu'on a pris 
pour un autre. Si on se sauve, 
on l'étourdit d'un coup de poing 
sur la figure. (Rabasse.) 

RENCONTRE (faire à la): 
« Le malheureux reçoit dans la 
poitrine un terrible cojpde tête. 
C'est ce qu'on appelle en argot 
le faire à la rencontre. » (Ad. 
Rocher, 67.) 

RENDEZ-MOI (voler au) : Vo- 
ler un marchand en lui deman- 
dant la monnaie d'une pièce de 
5 ou de 20 francs qu'on a dépo- 
sée sur le comptoir, puis remist 
subtilement dans sa poche. (Ra 
basse.) 

RENDRE SES COMPTES 
Vomir. Mot à mot : i endre la 
comptes que vous demande ur 
estomac trop chargé. — « A h 
dix-huitième canette, L néophyti 
rendit ses comptes. » ,Michu.) 

RÊNE (saisir la troisième) 



REN 



3i3 



RÉP 



S'accrocher à la crinière du che- 
val sur lequel . on ne peut se 
maintenir. 

RENFONCEMENT : Bour- 
rade. — (( Il m'envoya un ren- 
foncement que j'en ai vu trente- 
six mille chandelles romaines. » 
(Ladimir.j^ 

RENFRUSQUINER : Vêtir. 

RENG : Cent. (Halbert.) 

RENGAINER : Se taire. (Ra- 
basse.) C'est-à-dire rengainer sa 
parole. 

RENGAINER SON COMPLI- 
MENT : Ne pas dire ce qu'on 
voulait. 

RENGRAClER î Devenir hon- 
nête. Mot à mot : rentrer en grâce 
de la société. — « Jamais tu ne 
rengracieras. Plutôt caner en 
goupinant. » (Vidocq.) 

RENGRAClER : Ne rien dire. 
(Rabasse.) 

RENIFLER : Boire d'un trait, 
en aspirant, comme si on reni- 
flait. — « Et nous avons chacun 
reniflé cinq litres à dix sous. » 
(Moinaux.) 

RENIFLER : Sentir, deviner. 
V. Pante, 

RENIFLER : Refuser. — « Le 
premier jour, j'ai reniflé sur ma 
gamelle et j'ai lâché ma portion 
de bœuf. » {Commentaires de 
Loriot.) 

RENIFLEUR DE CAME- 
LOTTE A LA FLAN : Voleur 
dépouillant les étalages. — Re- 
nijleur rend bien la vitesse aspi- 
rante du procédé. On sait que 
à la flan veut dire au hasard, 
comme cela se trouve. 

RENQUILLER : Rentrer. 



RENVERSANT : Superbe. — 
(( Parfait! aux petits ognons! Je 
vous ai vues à l'ouverture des 
Bouffes... Des pelures renver- 
santes. » (Villars.) 

R E P I G E R : Rattraper. — 
« Attends, toi ! si je peux te repi- 
ger un jour! » (Moinaux.) 

REPINCER : Rattraper. — 
« J'en suis encore pour mes vingt 
centimes, je te repincerai, vieux 
carottier! » (Marquet.) 

REPIQUAGE : Action de re- 
piquer. — « Quatre à z'un... 
Bon ! Le repiquage sur quatre, 
c'est infaillible!... » fait dire 
M. Boue de Villiers à un joueur 
d'écarté dans le Petit Bonhomme 
d'Évreux. 

REPIQUER : Reprendre le 
dessus, soit au jeu, soit en affai- 
res, soit en cas de maladie. 

REPIQUER : Recommencer. 
— « On repiqua son chaste can- 
can. » (Privât d'Anglemont, 46.) 

REPIQUER : Se rendormir. 
De piquer son chien. — « Au 
plus fort de la chaleur, on repi- 
que dur. » [Vie parisienne, 66.) 

REPLÂTRÉE : Grossièrement 
fardée. — « Des vieilles replâ- 
trées, des jeunes très-sales. » 
(Zola.) 

RÉPONSE : Opération de 
bourse expliquée par l'exemple 
suivant : — « A chaque liquida- 
tion, les acheteurs à prime dé- 
clarent s'ils abandonnent la pri- 
me, ou s'ils maintiennent leur 
marché : ce qui s'appelle en 
boursicoterie donner sa réponse.» 
[Boursicotier isme, 58.) 

18 



RES 



— 3i4 



RET 



REPORT : Opération de 
bourse. V. ci-dessous. 

REPORTAGE : Métier de chro- 
niqueur ou reporter. — a Un de 
ces journaux où les Marguerite 
Gautier (lorettes) du reportage se 
retont une virginité. » (L. Bien- 
venu.) 

REPORTER : « Si vous êtes 
acheteur de rente et si la rente 
baisse, vous pouvez continuer 
votre opération en vous faisant 
reporter. On ajoute alors au cours 
le prix du report, plus un nouveau 
courtage. La cherté des reports 
tempère souvent les disposi- 
tions à la hausse. » (De Méri- 
clet, 56.) — « Je l'avais dit à Er- 
nest : reporte ! Il n'a pas reporté. 
Et tu vois... Il plonge. » (L.-G. 
Jacques, 68.) 

^ REPORTER : Nouvelliste. Mot 
à mot : rapporteur de nouvelles. 
— « La presse de Paris compte 
ici de nombreux reporters. » 
(A. Rocher, 67.) — « Il n'y a pas 
de député qui ne soit reporter à 
ses heures. » {Figaro, yb.) 

REPOUSSANT : Fusil. — Il 
repousse l'épaule. 

REPOUSSER : Sentir mauvais. 
(Rabasse.) — Effet pris pour la 
cause. 

REQUILLER : Remettre 
d'aplomb. Mot à mot : sur ses 
quilles. 

RESOLIR : Revendre. 

RESPIRANTE : Bouche. — Ef- 
fet pris pour la cause. — « Il lui 
bouchait la respirante par c't' ar- 
gument du port Saint-Nicolas...» 
(Gabassol.) 

RESUCÉ, DE LA TROISIÈME 



RESUCEE : Flétri par l'usage, 
fané, usé. — Allusion au bâton 
de sucre d'orge que se repassent 
plusieurs gamins. — a Gervaise, 
un jour que Goupeau regrettait 
leur mariage, s'emporta. Ah! 
elle lui avait apporté la resucée 
des autres. » (Zola.) 

RESUCEUR : V. Rebouiseur. 

RÉSURRECTION (la) : U 
prison de Saint-Lazare. — Allu- 
sion biblique à Lazare le ressus- 
cité. 

RETAPE (faire sa) : Chercher 
galant. — Vient de rarf;ot des vo- 
leurs qui disaient autrefois aller 
à la retape pour : s'embusquer 
sur le grand chemin, — « C'est 
moi qui lui ai donné l'idée de 
faire sa retappe {sic), avec un cos- 
tume décent et un canon à cha- 
peau à la main. » {Cinquante 
mille voleurs de plus à Paris f 
Paris, 3o.) 

RETAPEUSE : Race rocheuse. 

En robes plus ou moins pcnpeusesj 
Elles vont comme des souiis; 
Ce sont les jeunes retapeue^s 
Qui font la gloire de Paris. 

(A. Glati gny.) 

RETIENS (je te) : Se dit iro- 
niquement pour : Je retiendrai 
ce que tu dis ou ce qua tu fais. 
— a L'amie : Il fallait aller jouer 
ailleurs. — Irma : Où cela ? en 
province ? Merci ! ... Je te retiens, 
toi. » (Monselet.) 

RETIENS POUR LA PRE- 
MIÈRE CONTREDANSE (je te): 
Je ne manquerai pas la première 
occasion de te battre. Mot à mot : 
de te faire danser. 

RETIRO : Lieu retiré.— Mot 



I 



RIC 



3i5 



RIF 



espagnol. En vieux français on 
disait retrait, et on ne le dit 
plus, je ne sais pourquoi. — « Ce 
retiro a eu la gloire d'entendre 
prononcer, par Samson, le plus 
joli mot. » {Figaro, 75.) 

RETOQUER : Refuser. — Al- 
lusion au choc produit par une 
chose qui en repousse une autre. 

RETOURNE (De quoi il) : Ce 
qui se produit de nouveau, de 
capital. — Terme de jeu de car- 
tes où la retourne de l'atout do- 
mine la situation. — « Voici de 
quoi il retourne pour le quart 
d'heure. » (Texier.) 

RETOURNER (savoir se) : Se 
tirer d'embarras; mot à mot : 
faire face de tous côtés aux exi- 
gences d'une situation mauvaise. 

— « La démocratie française a 
déjà pris son parti. Elle va, 
comme l'on dit dans nos cercles 
populaires, se retourner. » {Ré- 
publique française, 75.) 

REUSSI : Beau, réussi d'exé- 
cution. — M-n^ de Juliamé était 
belle ce soir-là... Il ne l'avait ja- 
mais vu si réussie. » (Aubryet.) 

RÊVEUR : Homme dénué de 
sens pratique. — « Le rêveur est 
celui qui se complaît dans une 
œuvre médiocre.»(Champfleury.) 

RIBOUI : Abréviation de Re- 
bouiseur. 

RICHE : Beau, bon. — En in- 
ventant cette acception, l'argot a 
donné un pendant à jK'tïi^vre, qui 
est admis dans le sens contraire. 

— « Par exemple : C'était une 
riche idée. Le soir, aux lumières, 
elle pouvait encore faire des con- 
quêtes. » (Zola.) 

HIGHELIEU : Digne de la ga- 



lanterie du maréchal de ce nom. 

— « Tout le benjoin d'une galan- 
terie à 80 degrés Richelieu. » 
(Mûrger.) 

RICHEMENT LAID : Aussi 
laid que possible. 

RIEN (ne) : Locution affirma- 
tive. V. Pas {ne). — On dit : Il 
ne fait rien froid, pour il fait 
très-froid; il n'est rien embêtant, 
pour il est très-embêtant, etc., etc. 

— « Quel vieux birbe : il n'était 
rien folichon! » (Zola.) 

Nous somm's rien bal' ! Nous épatons 
Du cabochard aux trottignolles. 

(Richepin.) 

Traduction : « Nous sommes 
très-bien. Nous frappons d'admi- 
ration de la tête aux pieds. » 

RIFF, RIF, RIFFE, RIFLE : 
Feu, flamme. — « Je remouche 
au coin du rifle un sinve qui rou- 
pillait. J'ai sondé dans ses pro- 
fondes. » (Vidocq.) 

RIFFAUDANIË : Flamme. 
(Grandval.) 

RIFFAUDAT : Incendie. 
(Idem.) 

RIFFAUDER : Brûler, se 
chauff'er. V. Flacul. 

Riffauder est un vieux mot, 
car les anciens gueux qui se 
prétendaient ruinés par un in- 
cendie s'appelaient les riffaudés. 

RIFFAUDEUR : Chauffeur ou 
voleur brûlant les pieds de ses 
victimes pour leur faire livrer 
leur argent caché. (Vidocq.) 

RIFFLE (prendre de) : Prendre 
sans hésiter. (Rabasse.) 

RIFLARD : Parapluie. — 
D'une pièce de Picard, la Petitç 



RIG 



— 3i6 - RIN 



Ville (oi), où l'acteur chargé 
du rôle de Riflard portait un 
énorme parapluie. — « Il pleuvait 
à verse, elle était sous son ri- 
flard. » (Lubize.) 

RIGODONS : Souliers. (Ra- 
basse.) 

RIGOLADE, RIGOLAGE : 
Amusement. — C'est pour la ri- 
golade : c'est l'histoire de rire. 

— Rigolage est un mot ancien. 

— (( Ma vie est une rigolade per- 
pétuelle, rien ne m'affecte. » 
(Blondelet.) 

RIGOLBOCHE : Danseuse 
de bal public. — Ce fut d'abord 
le nom d'une célébrité du cru. 

— « Les Rigolboche qui peuplent 
les bals publics ont plus de goût 
pour la rigolbochade que pour 
la vertu. » {A propos de calicots, 
1861.) 

RIGOLBOCHE : Amusant, 
drôle. — C'est rigolo avec chan- 
gement de finale. — oc C'était 
au Prado. La querelle allait son 
train... Laissez-les donc! c'est 
bien plus rigolboche! — Le mot 
fut sur-le-champ acclamé. » {Mé- 
moires de Rigolboche, 60.) 

RIGOLBOCHER : Danser 
comme Rigolboche, danseuse à 
la mode dont je viens d'expliquer 
le nom. — « Nous rigolbochons 
parfois à Bullier. » (60.) 

RIGOLER : Rire, se divertir. 

— Vieux mot. Dès iSyS, Du 
Cange en cite des exemples. — 
« Et frère Jean de rigouller, ja- 
mais homme ne feut tant cour- 
tois ny gracieux. » (Rabelais.) 

— « Qu'est-ce qui chante? je 
veux de quoi rigoler, moi ! » 
(Champfleury.) 



RIGOLETTE : V. Rigolot. 

RIGOLEUR : Bon vivant.— 
Dans un bouchon de Romain- 
ville, nous étions vingt- cinq ri- 
goleurs. (Blondel.) 

RIGOLO : amusant, comique. 
— a C'est d'un rigolo à faire 
pâlir Xavier de Montépin. » (E. 
Simon.) — «Allons donc! le verbe 
sortir est bien plus rigolo. Je 
sors ou je m'esbigne, tu te la 
brises, ou mieux tu te laçasses.» 
(Villars.) 

RIGOLOT , RIGOLETTE : 

Fille rieuse, joyeux garçon. — 
(( Rigolos et vous rigoleites, gais 
enfants d' l'atelier. » (A. Joly.) 5 

RINCÉE : Correction, forte' 
pluie. — « Il a reçu une bonne 
rincée, il a été battu, étrillé 
comme il faut. » (Dhautjl.) 

RINCER : Dévaliser. — « Des 
malfaiteurs crurent pouvoir rin- 
cer la caisse du juif. » (Balzac.) 

RINCER : Battre. — * Un gé- 
néral fond sur l'ennemi et vous 
le rince. » (Favard, lySc.) 

RINCER LE GOSIÏR, LA 
CORNE, LE CORNET, LE SIF- 
FLET, L'AVALOIR, LA DALLE 
(Se) : Boire. V. ces mots. 

RINCETTE : Petit verre d'eau- 
de-vie versé dans la de:rii-tasse 
où l'on vient de boire le café. 
Le second verre s'appelle surrin- 
cette. 

RING: « L'ensemble dos book- 
makers, » selon M. En est Pa- 
rent. « L'enceinte du pesrge dans 
un champ de courses, » selon M. 
Paz. — Anglicanisme. — « Elle 
était là sur le turf, au milieu du 
ring et des ringueurs, » ( Vie pa- 



ROB 



-3i7- 



ROG 



rîsienne.) — « Quand le favori 
gagne, le ring est en perte. 
Quand c'est un outsider qui 
l'emporte, le ring fait d'énormes 
bénéfices. » (E. Parent.) 

RINGUER : Stationner dans 
le ring. — a On ringuait à tout 
casser. J'ai empoché quelques 
monacos. » (Villars.) 

RINGUEUR. V. Ring. 

RIOLE, RIOLLE : Divertisse- 
ment. — De rigoler. — a Pitan- 
chons, faisons riolle jusqu'au 
jugement. » (Grandval.) 

RIOLE ( Se mettre en riole) : 
— (( S'amuser pendant le temps 
du travail. » (Dhautel, 08.) 

RIPATON : Soulier. (Ra- 
basse.) 

RIPATONNER : Rafistoler. — 
a On ripatonne un livre en pu- 
bliant une édition revue et cor- 
rigée; on ripatonne un édifice en 
le récrépissant.» (La Bédollière.) 

RIQUIQUI : Mélange d'eau-de- 
vie et de liqueur. — « Tiens ! pour 
te guérir, je t'apporte une goutte 
de riquiqui.» [LaFemme comme 
on en voit peu, 1 789.) 

RIVANCHER : V. Tremblant. 

RIVETTE. V. Tante. 

RIZ-PAIN-SEL: «A l'armée oiî 
les agents du service des subsis- 
tances distribuent les vivres, on 
leur donne le sobriquet de r/f- 
painsel. » (La Bédollière.) 

ROBER: Dérober. (Vidocq.) — 
Vieux mot dont nous avons fait 
dérober. 

ROBERT MACAIRE : Variété 
du cancan. — « Allusion à la 
danse de Robert Macaire au pre- 



mier acte de l'Auberge des 
Adrets. » {Phys. de la Chau- 
mière^ 41 .) — V. Macaire. 

ROBIGNOLE: Petite boule de 
liège dont on se sert pour le jeu 
de cocanges. (Rabasse.) 

ROBIGNOLEUR : Floueur, te- 
nant un jeu de cocanges. (Ra- 
basse.) 

ROBINET (Lâcher le) : Pleu- 
rer. — Mot à mot : lâcher le ro- 
binet de la fontaine des larmes. 

ROBINSON : Parapluie. — 
a Usité depuis la représentation 
d'une pièce de Pixérécourt, où 
Robinson paraît avec son grand 
parasol. » 

ROCAILLE : f)ans le goût de 
l'époque de Louis XV, où les 
coquilles et les rocailles ont été 
très-souvent utilisées comme or- 
nements. — « L'amour des ro- 
cailles, mot qui caractérise l'a- 
meublement du règne de Louis 
XV. » (Roqueplan.) 

ROCHET: Curé. (Vidocq.) — 
Allusion à son rochet ou camail. 

ROCOCO : Le rococo est le 
genre rocaille exagéré. De là ce 
changement de finale redoublé. 

ROCOCO : Suranné. — « Ce 
mot nouveau me semble être 
appliqué, par la jeunesse inno- 
vatrice, à tout ce qui porte l'em- 
preinte des temps passés. » (Miss 
Trollope, 35.) 

ROGNEUR: Fourrier.— Abré- 
viation de rogneur de portions. 
— Allusion aux vivres de cam- 
pagne sur lesquels un fourrier 
peu délicat prélève une dîme 
indue. 



ROM 



3i8 



RON 



Gratte-papier, rogneur, traîne-pail- 
lasse, 

Hardi pillard aux deux galons d'ar- 
gent. 

De vingt surnoms que sur lui l'on en- 
tasse, 

Le fourrier rit et se moque en chan- 
tant. (Wado.) 

ROGNURES : Acteurs mé- 
diocres. — « Un vaudeville en 
un acte que la troupe de fer- 
blanc, vulgairement appelée Ro- 
gnures, exécute de 6 heures 1/2 
à 7 heures 1/4 devant les ban- 
quettes désertes et les ouvreuses 
impatientes. » (J. Duflot, 6i.) 

ROMAGNOL, ROMAGNON : 
Trésor enfoui. (Colombey.) 

ROxMAIN : Claqueur. — Allu- 
sion aux Romains qui applau- 
dissaient Néron. — a Sous le 
lustre avec les romains du par- 
terre. » (P. Borel, 33.) 

ROMAIN : Fantassin. — Allu- 
sion à la forme romaine du poi- 
gnard d'infanterie (ancien mo- 
dèle). 

ROMAMICHEL , ROMANI- 
CHEL, ROMANITCHEL : Vo- 
leur de race bohémienne. De 
Romani, qui veut dire en argot 
espagnol gitano, bohémien. — 
« Ils exploitent l'Europe entière 
sous les allures de marchands 
forains. Ils se marient entre eux, 
voyagent constamment sans être 
réunis en apparence. Leurs 
femmes , coiffées généralement 
de madras , vont de porte en 
porte offrir de la toile et des 
mouchoirs ; elles étudient les 
lieux et prêtent assistance à 
leurs complices en cas d'arresta- 
tion. D (Canler.) — Ils endor- 
ment souvent leurs victimes en 



mêlant du datura stramcnium. 
à leur boisson. De là, le nom 
d'endormeur qui leur est aussi, 
donné. 

ROMANTIQUE : Dédai-nant 
les règles classiques en art ou en 
littérature. L'an i833 mirque 
l'apogée de l'école. Elle était alors 
âgée de vingt ans. — a L'expres- 
sion du genre romantique ne se 
montre qu'une seule fois dans le 
livre de V Allemagne et semble 
y demander grâce pour sa nou- 
veauté. » {Les Scrupules littérai- 
res de madame de Staél. Paris, 
1814.) 

ROME: Choux. (Halbert). 

ROND : Ivre. Mot à mot : 
Gonflé par la boisson. « Descen- 
dant d' la guinguette, un soir 
que j'étais rond. » {Les Amours 
de Jeannette, ch. xiii.) 

ROND : Soûl. — Il est rond. — 
«Abouletes vingt ronds, l êta! » 
(Montépin.) 

RONDACHE, RONDINE, 
RONDINET: Bague. (Halbert.) 

RONDELETS, RONDINS ; 
Seins. (Idem.) — Allusion de 
forme dansces mots comm ^dans 
les précédents. 

RONDIN JAUNE : Pièce d'or. 
(Rabasse). 

RONDLNE: Canne.— El le sert 
à rondiner les gens. V. l'a^i/e, 
Rondache, 

RONDINER : Battre à coups 
de bâton. Mot à mot : de rondin. 
— «Qu'il est doux de pouvoir 
rondiner un ingrat ! » (Le Ra^ 
patriage, parade du xviu" siè- 
cle.) 



ROS 



- 3] 



ROU 



RONDINER DES YEUX: Faire 
les yeux ronds. 

RONFr.ER A CRI : Feindre 
de dormir. (Halbert.) 

ROPING (The), The pulUng : 
« Ces deux mots expriment l'acte 
de faire perdre volontairement 
un cheval en le retenant. » 
(Parent.) — Anglicanisme. 

ROSSARD, ROSSE : Homme 
mou, lâche. — « Quell' rosse 
qu' tu fais ! T'es mon ami tout 
d' même. » (Protat.) — « Entre 
nous ce sont des rossards, les 
Arabes. Eux à cheval, la femme 
courant derrière. » {Comm. de 
Loriot.) 

ROSSÉE : Grêle de coups, ac- 
tion de rosser. — « Fafouillas 
écoutait aux portes, ce qui lui 
attirait une rossée exemplaire. » 
(Commentaires de Loriot ^ 69.) 

ROSSIGNANTE : Flûte. (Hal- 
bert). Abr, de rossignol ante. 

ROSSIGNOL : « Sobriquet 
donné par les libraires aux ou- 
vrages qui restent perchés sur 
les casiers dans les solitudes de 
leur magasin. » (Balzac.) — Les 
marchands de nouveautés don- 
nent le même nom aux étoffes 
démodées, qui, comme les livres 
non vendus, restent remisées 
près du plafond ainsi que des 
oiseaux en cage. 

ROSSIGNOL : Fausse clef 
(Halbert.) 

ROSSIGNOLER : Ouvrir avec 
un rossignol. 

Après, je n' manquerai pas de raisons 
Pour rossignoler les maisons. 

(Festeau, 72.) 



ROSSIGNOLER : Chanter. 
iGrandval.) Mot à mot: chanter 
comme un rossignol. 

ROTIN : Sou. — Diminutif 
de rond. « Si, par hasard, ils se 
lâchent d'un déjeuner de vingt- 
cinq rotins. » (Lynol.) 

ROTIN (le) : La corde. (Ra- 
basse.) 

ROUBION : « Une fille pu- 
blique laide est un roubion, 
dans le langage de leur métier.» 
(Parent-Duchatelet.) 

ROUBLARD : Laid, incom- 
plet, gâté. (Colombey.) 

ROUBLARD : Adroit, roué. — 
C'est roué avec changement de 
finale, comme dans roumard. — 
« Non, non, je n'ai pas confiance, 
car je connais ces balançoires, je 
suis roublard. » (Lem. de Neu- 
ville.) 

ROUBLARDER : User de rou- 
blardise. «Ils ne trichaient guère, 
mais pardonnez-moi l'expression, 
ils roublardaient. » (Cavaillé.) 

ROUBLARDISE : Rouerie, 
— « Lui régnant sur la blonde 
et sur la brune, s'engraissait de 
sa roublardise. » (Zola.) 

ROUCHI, ROUCHIE : Homme 
dégoûtant, femme répugnante. 
Du vieux mot rouchi: mauvais 
cheval. — « Veux-tu te cacher, 
vilain rouchi , tu reviendras 
quand tu seras blanchi. » {Caté- 
chisme poissard, 44.) 

Elle prouva bientôt, fière catin, 
Qu'elle était rouchie. 

(A. Pothey.) 

Rouchie ne se prend pas tou- 
jours en mauvaise part : a II est 



ROU 



~ 020 — 



ROU 



l'amant de cœur d'une jolie rou- 
chie des grands quartiers. » {Le 
Sublime, 72.) 

ROUE DE DERRIÈRE: Pièce 
de cinq francs. — Allusion au 
grand diamètre des roues de der- 
rière de voitures. — « Roues de 
derrière est une expression des 
cochers, pour dire pièces de cinq 
francs. » {Cabarets de Paris, 
21.) — Autrefois, c'était un écu 
de six livres. — a Je peux solir 
pour une roue de derrière ce qui 
m'a coûté cinquante ronds, c'est- 
à-dire vendre pour six francs ce 
qui m'a coûté cinquante sous. » 
{A vent, de J.Sharp, 1789.) 

ROUE DE DEVANT : Pièce 
de deux francs. — Les roues de 
devant de voitures sont les plus 
petites. 

ROUE : Juge d'instruction. 
(Vidocq.) — Il l'est par métier. 

ROUEN (Aller à) : Marcher à 
sa perte. (Halbert.) Mot à mot : 
se couler, se ruiner. — Je deu 
mots. V. ci-dessous. 

ROUEN (Envoyer à) : Couler, 
ruiner. — Allusion à la Seine 
qui coule de Paris à Rouen. — 
« Vous voulez donc couler l'ate- 
lier, vous voulez m'envoyer à 
Rouen. » {Le Sublime, 72.) 

ROUFFION : « Les rouffions 
sont les apprentis du commerce 
de la nouveauté. Ils font et défont 
les étalages, replient les étoffes, 
font les courses, » (Naviaux, 61.) 
— « Pourquoi roufion ? Je l'ignore, 
il est plein d'ardeur, joueur, 
léger, mais attentif. » (Noriac.) 

ROUFLAQUETTE : Grosse 
mèche de cheveux ramenée et 
collée sur la tempe. 



J' sais rien m' coller eun' rouflaquette 
Tout r long d' la tempe, jus |u a l'œil. 

(Richepin, 77.) 

ROUGTE : Révolutionnaire ac- 
ceptant le drapeau rouge. — «Les 
hameaux devenant plus rouges 
que les faubourgs, c'est là le ca- 
ractère nouveau de cette re- 
chute. » (Aubryet.) — On dit 
aussi la rouge pour a la répu- 
blique rouge. » 

ROUGET : Cuivre. (Vidocq.) 
C'est le cuivre rouge. Le cuivre 
jaune est \q paillon. 

ROUILLARDE ; Bouteille de 
vieux vin. (Vidocq.) Allusion à 
l'aspect rouillé de la bouteille. 

ROULANCE : Roulement gé- 
néral que font les ouvriers typo- 
graphes à coups de com;^osteurs 
sur leurs casses, à la rentrée d'un 
confrère qu'ils viennent de mys- 
tifier. — (Ladimir.) 

ROULANT: Pois. (Halbert.) 

ROULANT : Marchand d'ha- 
bits ambulant. V. Chineur. 

ROULANT, ROULANTE : 
Voiture. V. Roulette. 

ROULANT VIF : Chemin de 
fer. (Rabasse.)(( La science change 
la face de la civilisation par le 
chemin de fer, l'argot l'a déjà 
nommé le roulant vif. » (Balzac.) 
— • Vif veut dire ici allant vive- 
ment. 

ROULANTE : Voiture. (Ra- 
basse.) 

ROULÉE : Vigoureuse cor- 
rection. 

ROULEMENT DE TAM- 
BOUR : Aboiement de chien. 
(Vidocq.) 



ROU 



- 321 — 



ROU 



ROULER : Battre, mot à mot : 
Faire rouler sous les coups. 

ROULER : Tromper, duper, 
mystifier. — Ce mot présente la 
même image que charrier et 
faire aller. A vrai dire, tromper 
les gens, c'est les envoyer bien 
loin de la vérité. — « Enfin je 
suis seul contre le gouvernement 
avec son tas de tribunaux, et je 
les roule. » (Balzac.) 

ROULER : VoyagtT.—Roulier 
est resté. V. Gadoue. 

Ça roule : Je me porte bien, 
je fais de bonnes affaires. 

Ça roule se dit d'une manœu- 
vre exécutée sans ensemble, 
lorsque les fusils ne résonnent 
pas à la fois d'un seul coup. 

ROULEUR : Fripon, trom- 
peur. — « Cela ne serait pas 
bien ; nos courtiers passeraient 
pour des rouleurs. » (Lynol.) 

ROULEUR : « Ses fonctions 
consistent à présenter les ou- 
vriers aux maîtres qui veulent 
les embaucher et à consacrer 
leur engagement. C'est lui qui 
accompagne les partants jus- 
qu'à la sortie des villes. » (G. 
Sand.) 

ROULEUSE : Prostituée. Mot 
à mot : femme roulant dans les 
endroits publics en quête de 
chalands. — a Angélina ne se 
souvint plus de la lorette rou~ 
leuse, ni de la lorette soupeuse. » 
{Boursicotiérisme.) — « En atten- 
dant elle gardait seulement les 
mauvaises payes, les rouleuses. » 
(Zola.) 

ROULOTTAGE (Grinchir 
au) : Voler les maisons de rou- 
lage. 



ROULOTTE : Voiture, char- 
rette. « Tout ce maquillage ne 
te fera pas démarger en roulotte 
(aller en voiture). » (Paillet.) 

ROULOTTIER : Voleur de 
voiture, c'est-à-dire de roulotte. 
« Au lieu de travailler en cham- 
bre, il travaille en voiture. Il 
saisit un colis sur un camion de 
roulage et s'éloigne avec sa 
proie. » (A. Monnier.) 

ROULOTTIN : Charretier. 

ROULURE : Rouleuse. (V. 
ce mot.) « Encore une roulure 
pour les boulevards... Elle leur 
chiera du poivre avant six mois. » 
(Zola.) 

ROUMARD : Roué. (Grand- 
val.) Changement de finale. 

ROUPIE : Punaise. (Vidocq.) 
— Elle a la forme et la couleur 
d'une roupie de tabac. 

ROUPIE DE SINGE: Rien. 
Roupie a ici le sens de monnaie. 
V. Monnaie de singe. 

ROUPILLER : Dormir. — « Il 
est bien temps de roupiller. » 
(Henriade travestie.) 

ROUPILLEUR, LLEUSE : 
Dormeur, dormeuse. (Halbert.) 

ROUPIS : Vieux priseur ayant 
la roupie au nez. — « Garçon ! 
me dit un vieux roupis. » (E. 
Debraux.) 

ROUSCAILLANTE : Langue. 
(Halbert.) — Motàmot ? parlante. 

ROUSCAILLER BIGORNE : 
Parler argot. 

ROUSPANT : Entremetteur 
au service des tantes. 

ROUSSE, ROUSSIN : Agent 



ROY 



— 322 — 



RUE 



de police. Du vieux mot rouchin : 
rosse, mauvais cheval. — « C'était 
l'agent de change que suivaient 
les roussins. » (Vidocq.) — « A 
quoi penses-tu ? tu bois avec des 
rousses. » (Chenu.) 

ROUSSE : Police. — « Ils 
croient voir partout la rousse. » 
(Paillet.) 

ROUSSI : Mouchard de prison. 
(Colombey.) 

ROUSSIN : V. Rousse. 

ROUSSINER : Faire arrêter 
par la police. 

On vous roussine, 
Et puis la tine 
Vient remoucher la butte en rigolant. 

(Lacenaire,) 

ROUSTI (Être) : être arrêté. 
(Rabasse.) 

ROUSTIR : Escroquer. — 
« La plupart des banquistes ont 
un truc pour roustir les gonzes, 
c'est-à-dire une supercherie pour 
attraper les bonnes gens. ï) {Aven- 
tures de Sharp, 1789.) 

ROUSTISSEUR, EUSE : 
Voleur, voleuse. — a On accuse 
donc c'te pauvre fille d'être une 
roustisseuse et d'avoir fait sauter 
l'argenterie. » (Voizo.) 

ROUSTISSURE : Volerie, 
chose ne valant rien. 

ROUSTURE : Homme en sur- 
veillance de la police. (Halbert.) 

ROYALE : « Louis XIII rasait 
bien, et un jour il coupa la 
barbe à ses officiers et ne leur 
laissa qu'un petit toupet au 
menton. » (T. des Re'aux.) De 
là sans doute ce mot, dit Mon- 
merqué. La royale devint Yim- 



périale sous le régime napo- 
léonien. 

RUBAN DE QUEUE : Lon- 
gue étendue de route tranchant à 
l'œil comme un ruban sur la 
terre où ses courbures lui don- 
nent l'aspect d'une queue d'ani- 
mal. — « Comme ces grandes 
routes, rubans de queue de 
quatre ou cinq lieues de long 
qui, rien qu'à les voir te ujours 
toutes droites, vous cassent les 
jambes. » (E. Sue.) 

RUDE : Remarquable. — « Mon 
vieux sabre, tu peux te vanter 
d'appartenir à un rude k pin. » 
(About.) V. Raide, Balle, Doux. 

RUDEMENT : Remarquable- 
ment. — « Faut que je sois 
rudement malheureuse. • {Vie 
parisienne, 66.) 

RUE AU PAIN : Gosier. C'est 
par là que les aliments passent. 
— « Commence, mon vieux, par 
arroser la rue au pain, lit la 
chiffonnière en remplissant le 
verre du voisin. » (C. Rab ou.) 

RUE DE RIVOLI : Six de jeu 
de cartes. (Alyge.) — Allusion à 
son aspect aligné et régulier. 

RUER A LA BOTTE : Être 
susceptible. — Allusion aux che- 
vaux chatouilleux qui ne peuvent 
sentir l'approche de l'éperon. — 
Terme de cavalier. 

RUETTE : Gosier. Même allu- 
sion que dans rue au pai i. — 
Dans le Compliment de Jérôme^ 
Fanchon et Cadet, Jérôme, qui 
a chanté mal, dit : « Vous sc ntez 
qu'un homme n'a pas le passage 
de la ruette fait pour la musiq ue. » 
{Catéchisme poissard, 40.) 



SAB 



— 323 — 



SAB 



RUP, PLUPART, RUPIN, RU- 
PINE : Élégant, homme riche, 
— Du vieux mot drup , drupe : 
homme distingué. V. le Dict. 
de Lacombe (1760). — a Ma- 
dame, en v'ià un rup ! il m'a dit 
de garder la monnaie pour moi.» 
(Jaime.) — ce Pour enfoncer un 
rupine je sers d'exemple. Mal- 
heur à qui contemple mon petit 
minois chiffonné. » (Mouret.) — 
Se prend adjectivement. — « Tu 
étais dans une société assez rup.» 
(Montépin.) — «Faisons un bout 
de toilette ! que chacun soit ru- 
pin. » (Chenu.) 

RURAUX : Les agitateurs de la 



Commune donnaient ce nom 
aux membres de l'Assemblée na- 
tionale à Versailles. — « Hier, 
3o mars, les ruraux n'ont point 
tenu de séance. Sont-ils retour- 
nés à la messe, sont-ils allés à 
vêpres, nous l'ignorons. » {Le 
Vengeur, 3 1 mars 7 1 .) 

RUSTIQUE : Greffier. (Hal- 
bert.) 

RUSTIQUE (n'être pas): N'Stre 
pas vigoureux. Du vieux mot 
ruste: fort. 

RUSTU : Greffe. (Halbert.) 

RUTIÈRE : Raccrocheuse vo- 
lant dans la rue. (Colombey.) 



S 



SABLE : Estomac. (Halbert.) 
— Vieux mot, d'où notre verbe 
sabler : boire. 

SABLER : Assommer avec 
une peau d'anguille bourrée de 
sable. (Vidocq.) 

SABOCHE : Homme qui dé- 
plaît. (Halbert.) 

SABOT : Voiture, navire. — 
Triple allusion de forme. 

SABOT : Violon. —«Jeune 
homme! emparez-vous de ce sa- 
bot. » (Dumersan.) 

SABOULER : Battre, cogner. 
.— Vieux mot. — « Vous me sa- 
boulez la tête avec vos mains 
pesantes. » (Molière, Comtesse 
d' Escarbagnas .) — « Je te tanne 
le casaquin , je te saboule. » 
(Paillet.) 



SABOULER : Crier. (Halbert.) 
Décrotter. (Vidocq.) 

SABOULEUR: Décrotteur. 
(Vidocq.) 

SABOULEUX : Faux épilep- 
tique. (Vidocq.) 

SABRE : Bâton. (Grandval.) 

SABRENOT : Savetier. (Hal- 
bert.) 

SABRER : Auner. (Id.) De 
sabre : bâton et par extension 
aune. 

SABREUR, TRAINEUR DE 
SABRE : Militaire bruyant et 
fanfaron. — « Vous me faites 
pitié, tout sabreur que vous 
êtes.» (P. Borel, 33.) 

SABRI : Forêt. (Halbert.) On 
s'abrite à son ombre. ^.Rebâtir. 



SAC 



324 — 



SAI 



SABRIEUX : Voleur de bois. 

SAC (avoir le) : Avoir de l'ar- 
gent. Mot à mot : avoir le sac 
aux écus. — « A-t-elle le sac ? 
Cela veut dire en langage des 
halles : A-t-elle de l'argent ? » 
(G. de Nerval.) 

SAC (cracher dans le.). V. 
Raccourcir. 

SAC (donner le) : Mettre à la 
porte. 

SAC (homme à) : a Le bailleur 
de fonds, c'est ce qu'on appelle en 
argot de théâtre, un homme à 
sac, sac d'argent bien entendu. » 
(De Jallais, 1854.) — En avoir 
plein son sac : Être complètement 
ivre. — « Laissons-le reposer, il 
en a plein son sac. » (Chenu.) 
— Mettre dans son sac : Dévorer 
un affront sans pouvoir le ven- 
ger. — « Le montreur de bêtes 
fut donc obligé de mettre les 
calottes dans son sac. » (E. Sue.) 

SAC -A- PAPIER : « A l'ou- 
vrage, messieurs ! Sac-à-papier ! 
on ne fait rien ici. » (Balzac.) — 
Juron exprimant l'ennui d'être 
dans une situation embrouillée. 
Sac-à-papiers se disait autrefois 
de la réunion des pièces d'un 
procès qui se plaçaient dans un 
sac de toile. 

SACRE : Argent. (Halbert.) 

SACRE ; Sergent de Ville. (Id.) 
Acception figurée de sacre qui 
signifiait jadis oiseau de proie. 

SACREBLEU, SACREDIEU, 
SACRELOTTE , SACRISTIE , 
SACRÉ NOM, SACRÉ TON- 
NERRE : Jurons chargés d'ex- 
primer indifféremment la colère, 
la joie, la surprise ou le chagrin. 



— On a dit ensuite Saprebleu, 
Sapreîotte ; puis, en abrégeant, 
Crebleu, Grelotte, Prélat te, Pris- 
tie, Nom d'un..., etc., etc. 

L'idée d'évocation divine fut 
d'abord contenue dans toutes 
ces locutions. On prenait Dieu 
et les choses sacrées à témoin de 
tel ou tel fait; Sacré no))i d'un 
petit bonhomme s'adresse à Jésus 
enfant. Aujourd'hui on prononce 
ces jurons à propos de tout, sans 
penser à leur significatio 1 pri- 
mitive fort défigurée, il est vrai, 
par les abréviations qu'a entraî- 
nées le désir de satisfaire i l'ha- 
bitude, sans avoir l'air de blas- 
phémer. 

SACRÉ CHIEN : Eau-de-vie 
et par extension : feu, flamme 
artistique ou littéraire.— « Vous 
nous râperez le gosier avec le 
trois-six et le sacré chien dans 
toute sa pureté. » (Th. Gautier 
33.) — « Les voilà parties chez 
Caplain où elles demandent un 
demi-septier de sacré chien. » 
^Vadé, ijS8.)Y.Chien. 

SACREMENT : Sacrement du 
mariage. — « Oscar m'oflrit le 
sacrement. » (Festeau.) 

SACRISTAIN : Amant ou mari 
de maquerelle. (Vidocq.) V. 
Marlou. 

SACRISTIE : Juron. V. 5a- 
crebleu. 

SAFRAN (Accommoder au): 
Faire une infidélité conjugale. 
— Allusion de couleur. — « Je 
ne suis pas fâché qu'elle ait 
accommodé au safran ce volt geur 
de Louis XIV. » (E. Augier.) 

SAINDOMME : tabac. (Ra- 
basse.) 



SAL 



- 325 - 



SAL 



SAINT-GEORGES : Cavalier 
et tireur d'épée aussi accompli 
que l'était le chevalier du même 
nom au xviii* siècle. « Tu passes 
dans le monde pour un Saint- 
Georges. » (Ricard.) 

^ SAINT- JEAN (Être de la) : 
Être bête et crédule. « Oh ! je 
ne suis pas de la Saint-Jean ! je 
ne prends pas des crapauds 
pour des grenouilles. » (P. de 
Kock.) 

SAINT- JE AN (n'être que de 
la) : Être de qualité inférieure. 

SAINT-JEAN (faire le) : Oter 
son chapeau pour donner un 
signal à ses complices. (Colom- 
bey.) 

SAINT- LAZ (confrérie de) : 
Monde de la prostitution. — On 
sait que la prison de Saint-Lazare 
lui est spécialement affectée. 
Abréviation. — « De Saint- Laz 
je connais toute la confrérie. » 
(L. de Neuville.) 

SAINTE N'Y TOUCHE : Jeune 
fille qui fait la sainte et qui n'a 
pas l'air d'y toucher, qui se tient 
avec affectation en dehors de tout 
ce qui est mondain. « Je serais 
désolé de ne trouver parmi les 
jeunes personnes que des saintes 
n'y touche ou de petites grues. » 
(E. Villars.) 

SAIS (tu) : Locution fréquem- 
ment employée et précédant tou- 
jours une menace ou un avertis- 
sement peu agréable. « Ah ! tu 
sais, baise cadet... (baise mon 
c-1). Garçon! deux litres de vieil- 
le ! » (Zola.) 

SALADE : Fouet. (Colombey.) 
Il vous sale. 

SALAMALEC : Salutation 



cérémonieuse. Importation ara- 
be. — Une caricature de Grand- 
ville (i83o) représente le fu- 
silier Dumanet dans le harem 
du dey d'Alger, avec cette lé- 
gende : « Assez de salamaleck 
comme ça... qu'on m'apporte de 
suite vingt sultanes , avec le 
brûle-gueule du dey. » 

SALADE : Réponse. —Jeu de 
mots. Il y a une espèce de salade 
qu'on nomme raiponce. — « Voi- 
là notre dernier mot. Nous atten- 
drons ta salade. » (Vidocq.) 

SALBIN : Serment. (Halbert.) 

SALBINER : Prêter serment. 
(Halbert.) 

SALE (morceau de) : Enfant 
nouveau né. (Rabasse.) 

SALER : Faire payer trop 
cher.— Même allusion que dans 
épicier. — « Les Chamouillez 
ont paré une de leurs chambres 
dans l'espoir de la louer à un 
prix salé. » (E. d'Hervilly.) 

SALER : Critiquer, gronder 
vivement. — Allusion à l'action 
mordicante du sel. — « N'oubliez 
pas que vous m'avez promis 
d'oublier votre douce bonté, et 
salez-moi bien cet article. » 
(Geoffroy, Journal des Débats. 
— Lettre à iV/^e de Val or y, 

10.) 

SALIÈRES : Cavités pectorales. 
(Dhautel.) Mot à mot : cavités 
aussi prononcées que celles 
d'une salière. — On dit d'une 
femme maigre décolletée qu'elle 
montre ses salières. — « Je me 
vois refuser un quadrille par la 
petite G... qui a un million dans 
chacune de ses salières. » {Vie 
parisienne, 66.) 



SAN 



— 320 — 



SAP 



SALIN : Jaune. (Halbert.) 

SALIR : Vendre un objet volé. 
(Rabasse.) Forme altérée de 
Solir. 

^ SALIVERGNE, SALIVERNE : 
Écuelle, salade. (Vidocq.) 

SALLE DE PAPIER : « C'est, 
en argot théâtral, une salle rem- 
plie à l'aide d'entrées de faveur. 
Allusion aux billets donnés. » 
(Hostein.) 

SALLE A LA BANQUE (de- 
mander du) : Veut dire deman- 
der de l'argent d'avance dans 
une imprimerie. (Moisand, 41.) 

SALONNIER : Critique d'art 
chargé par un journal de parler 
de l'exposition artistique an- 
nuelle dite Salon de peinture. 
« Voici les noms des Salonniers 
de la Presse Parisienne pour 
l'exposition de 1876. » (Vie lit- 
téraire.) 

SALSIFIS : Doigts. -- L'allu- 
sion n'a pas besoin de s'expli- 
quer. « Je lui serre d'avance et 
cordialement les salsifis.» {Tam- 
Tam, 76.) 

SANG DE POISSON : Huile. 
(Vidocq.) 

SANGLIER : Prêtre. —Jeu de 
mots. Le sanglier ou sans-glier 
est le sans-diable. (V. Glier.) 
Allusion à la mission divine du 
prêtre qui est d'enlever les con- 
damnés au démonr V. Hariadan. 

SANS CHASSES : Aveugle. 
Mot à mot : sans yeux. 

SANS -CŒUR : Usurier. (Vi- 
docq.) 

SANS CONDÉ : Clandestine- 
ment, sans permission. Condé 



est un vieux mot du Nord qui a 
le sens de pièce officielle. 

SANS-CULOTTES : Républi- 
cain terroriste dont les jambes 
dédaignaient les culottes courtes. 
— Après avoir désigné le cos- 
tume, le nom de sans culottes dé- 
signa, l'opinion. — « Mais le sans- 
culotte Jésus n'a pas dit dans 
son livre. » (Camille Desmou- 
lins, 1790.) 

SANS-DOS: Tabouret. (Vi- 
docq.) — Le tabouret est sans 
dossier. 

SANS LE SOU : Pauvre.— 
((Farnèse fit un mouvement ; elle 
avait senti le sans le sou. » 
(Jaime.) 

SANTU : Santé. (Grand val.) — 
Changement de finale. 

SAP : Cercueil de sapin. Abré- 
viation. — « Avant d'être mis 
dans le sap. » (Festeau.) 

SAPEMENT : Condamnation, 
« Au bout d'un an, poissé!... 
Deuxième sapement. » (Beauvil- 
lier.) 

SAPER : Condamner. Mot à 
mot : abattre. V. Copeaux. 

SAPERLIPOPETTE : C est un 
saprelotte délayé. « Mais saper- 
lipopette ! que ça ne nous amène 
pas un nouvel Empire! » (A. 
Karr, 76.) 

SAPIN : Planche. (Halbert), 
et par extension, cercueil. 
SAPIN : Soldat. (Colombey.) 
SAPIN : Fiacre. — On lit dans 
un pamphlet de la révolution 
de 1 789 ( l'Apocalypse ] : — 
« M. Desmoulins, l'abbé Noël, 
MM. de Beaumont et Keralio 
avaient loué pour toute la soirée 



sau 



un sapin national pour se faire 
voir dans la promenade. » 

SAPIN (sentir le) : Faire pres- 
sentir une mort prochaine. — 
On dit : Voilà une toux qui sent 
le sapin. — Usité dès 1808. — 
a Pliée en deux par une toux 
qui sonnait joliment le sapin. » 
(Zola.) 

SAPREBLEU,SAPRELOTTE: 
Jurons. — C'est le sacrelotte et 
le sacrebleu des gens qui ne 
veulent pas sacrer, par scrupule 
de conscience. « Jouissons de 
notre reste , saprelotte ! » (De 
Concourt.) 

SAPRISTI : Juron. Forme de 
sacristi due à la même cause 
que ci-dessus. 

SARDINES : Galons de sous- 
officier. — Allusion de forme et 
de brillant. — « L'un portait la 
sardine blanche. » (Nadaud.) 

SATISFAIT : De'puté conser- 
vateur , satisfait de l'ordre de 
choses. 

SATOU, SATTE : Bois, bâ- 
ton, forêt.— Vieux mot. V. Gref- 
"fier. 

SATOUSIER : Menuisier. (Vi- 
docq.) 

SAUCE (donner une) : Gron- 
der. (Dhautel.) — On dit de 
même : bien accommoder quel- 
qu'un. 

SAUCÉ : Mouillé jusqu'aux 
os. (Dhautel.) 

SAUTER : Puer. (Halbert.) 
— Ça saute est un augmentatit 
de ça danse. Allusion aux vers 
produits par la décomposition. 
V. Danser. 



27 - SAU 

SAUTER : Cacher un produit 
de vol à ses complices. Mot à mot: 
sauter par-dessus sans le compter» 

SAUTER A LA CAPAHUT î 
Assassiner un complice pour 
prendre sa part de vol. (Vidocq.) 
V. Capahuter, 

SAUTER DESSUS : Attaquer 
brusquement. 

SAUTER LA BANQUE (faire) : 
Forcer une banque de jeu à fer- 
mer, faute de fonds. — « Qu'y 
avait - il d'étonnant à voir cet 
escroc faire quelquefois sauter la 
banque? » (Sirven.) 

SAUTER LE PAS : Mourir. 
(Dauthel.) Sauter le pas qui sé- 
pare la vie de la mort. 

Un étudiant dans sa mansarde 
Disposait de sa dernière harde, 
Puis après voulait sauter le pas. 

{Chansonnier de i83o.) 

SAUTERELLE, SAUTEUSE : 
Puce. (Vidocq.) 

SAUTEROLLES , SAUTE - 
RONDS : Agent de change. 
(Halbert.) —Par métier, il fait 
sauter les ronds. 

SAUTEUR : Intrigant éhonté^ 
mot à mot: homme prêt à sauter 
en l'honneur de tous les partis. 
— « Il avait appelé sauteur un 
plumitif multicolore. » (Marx.) 
V. Paillasse. 

SAUTEUR : Médisant (Ra- 
basse), c'est-à-dire qui vous saute 
dessus en paroles. 

SAUTEUSE : Danseuse dô 
théâtre. — Pris en mauvaise 
part. 

SAUVAGE : Complètement 
nu. — « Quand on est bâti 



SAX 



328 



SEC 



comme ça, faut il être chiche de 
ne pas se fiche en sauvage ! » 
(Gavarni.) 

SAUVAGE (s'habiller en) :« Tu 
ne sais pas encore que s'habiller 
en sauvage c'est vendre sa che- 
mise. » (Vidal, la Caserne, 33.) 

SAVATE : «La savate, que l'on 
appelle aujourd'hui chausson, 
est la boxe française, avec cette 
différence que la savate se tra- 
vaille avec les pieds, et la boxe 
avec les poings. » (Th. Gautier, 
45.) 

SAVATE : « Correction mili- 
taire appliquée par les soldats 
entre eux pour certains délits 
non justiciables d'un conseil. Le 
patient est étendu sur un banc, 
la chemise retroussée, et chaque 
soldat de la compagnie lui ap- 
plique trois coups d'un soulier 
neuf et bien ferré. » (Vidal et 
Delmare, la Caserne, 33.) 

SAVOIR LIRE : Connaître 
toutes les ruses. (Vidocq.) 

SAVON : Réprimande sévère. 
On dit de même Laver la tête, 
pour réprimander quelqu'un. 

SAVONNE: Blanc. Mot à mot: 
blanchi. Pivois savonné : Vin 
blanc. V. Douille, Larton. 

SAVOYARD : Rustre. - 
« C'est donc toi, savoyard ! A 
genoux, obstiné! » (Ourliac.) 

SAVOYARDE : Malle. — Le 
commissionnaire qui la portait 
à Paris avant 1848 était ordi- 
nairement Savoyard. 

SAXE: Porcelaine de vieux 
saxe. — « Vous avez un tas de 
bric-à-brac, des saxes.» (Car- 
mouche.) 



SCHABRAQUE (Vieille). 
Vieille prostituée, ayant servi à 
plus d'un cavalier, co;nme une 
vieille schabraque d'uniforme. 

SGHENICK : Eau-de-vie. V, 
Chenique. — « Un verre de che- 
nick scella nos serments.» (Lom- 
bard de Langres, 1792.) 

SCHNAPPS : Eau-de-vie. — 
Mot russe. — M. de Fontenay, 
auteur d'un Voyage agricole 
en Russie, 1272, dit qu'on n'y 
distille guère que les grains, sur- 
tout le seigle. « Le produit 
s'appelle snapp et sert à griser 
une foule de gens. » 

SCHOKING: Indécent. —An- 
glicanisme. — « Je dis culotte et 
vous ne dites pas shoking. » (A. 
de Pontmartin, 75.) 

SCIE : ■ Tourment, mystifica- 
tion répétée d'autant plus de 
fois qu'elle paraît agacer l'audi- 
teur. — Allusion à la scie qui 
revient toujours en grinçant sur 
elle-même. — « Les femmes c'est 
la scie pour les dômes. iques. » 
(Ricard.) — « Les scies les plus 
farouches l'avaient trouvé iné- 
branlable. » (Mûrger.) 

SCIER, SCIER LE DOS : Tour- 
menter. « Laisse-moi, Cadet, tu 
me scies. » {Rousselliana, o5.) 

SCIONNER : Assassiner. 

SCIONNEUR : Assassin. V 
Escarpe. 

SEC (être à) : Être sans argent, 
n'avoir rien à boire. 

SÉCOT : Maigre. — « L'une 
est grasse, l'autre est sécot. » 
(Pecquet.) 

SECOUER : Traiter ri dément 



I 



SEN 



329 — 



SER 



en paroles ou en actions. — 
« Quand la blanchisseuse l'avait 
secouée, la vieille ne ménageait 
pas ses expressions. » (Zola.) 

SEIGNEUR' A MUSIQUE : 
Assassin. (Halbert.) Jeu de mots. 
— - Il saigne ses victimes. 

SEMAINE DES QUATRE 
JEUDIS (la) : La semaine qui 
n'arrivera jamais, puisqu'elle 
n'existe pas. — « C'est comme 
la robe que vous m'avez pro- 
mise... Tu l'auras... La semaine 
des quatre jeudis.» (H, Monnier.) 

— « Ça, c'est pour la semaine 
des quatre jeudis, puisque nous 
n'avons pas bougé du camp. » 
[Commentaires de Loriot, 69.) 

SENAQUI: Pièce d'or. (Co- 
lombey.) Anagramme de sequin. 

SENT MAUVAIS (.ça) : Cela 
va mal tourner. 

SENTIMENTALISME, SENSI- 
BLERIE : Sensibilité inoppor- 
tune. — « C'est la guerre, la 
guerre pour tuer, pour vaincre, 
comme doit être la guerre, sans 
sentimentalisme ! » (L. Detroj^at.) 

SENTINELLE : Excrément 
isolé. V. Factionnaire. 

SENTIR : Aimer. (Vidocq.) 

SENTIR (ne pas): Détester. 

— On dit de même : Je l'ai dans 
le ne:{, en parlant de quelqu'un 
qu'on ne peut sentir. 

SENTIR LES COUDES A 
GAUCHE : Marcher avec en- 
semble, comme les hommes 
d'un peloton, en sentant les 
coudes du voisin afin de se 
maintenir sur la ligne du guide. 
Dans une caricature de juillet 
iS3o, Levasseur fait dire à deux 



combattants : « Que sentiez-vous 
envoyant tomber vos camarades 
à côté de vous ? — C que j' sen- 
tais !... les coudes à gauche.» — 
Se dit au figuré de plusieurs 
personnes qui marchent bien 
d'accord à leur but. 

SÉQUENCE. V. Postillon. 

SER : Signal. (Vidocq.) V. 
Sert. 

SER (faire le) : Faire le guet. 
Mot à mot : Signaler. (Halbert.) 

SERGE, SERGO : Sergent de 
ville. — Changement de finale 
et abréviation. — « Son caban 
de sergo ne l'empêchait pas de 
grelotter. » (Alph. Daudet.) 

SERGOLLE : Ceinture. (Hal- 
bert). Mot à mot : serregole. — 
Du vieux mot gole, ouverture 
de tunique. 

SÉRIEUX : Pour les lorettes, 
un homme sérieux est un homm.e 
riche. — Pour les gastronomes, 
un repas sérieux est un repas 
bien compris. — Pour les artistes 
et les lettrés, un homme sérieux 
est celui qui s'est acquis une va- 
leur personnelle. — Pour les 
bourgeois , être sérieux, c'est 
avoirunepositiondanslemonde. 

SERIN : Niais. Mot à mot : 
naïf, comme un serin. — « Tu 
ne sais pas ce que c'est que 
d'être l'amant d'une femme... 
Es-tu serin à ton âge! » (E. 
Sue.) — « Élodie Charnu, qui ne 
regarde plus les camarades depuis 
quelle a trouvé un serin de mon- 
sieur pour se marier. » (Gavarni.) 

SERINER : Divulguer. V. Se- 
rinette. 

SERINETTE : Enfant ayant 



SER — 33o - SIF 

SERVIR LE TRÊPi: : Faire 
ranger la foule. V. Curieux. 

SÉVÈRE: Digne de réflexions 
sévères. — « Ah ! je vous racon- 
terai ma vie. Je vous en dirai 
des sévères, mon bon ami. » 
(Ricard.) 



plus de mémoire que d'intelli- 
gence. 

SERINETTE : « On appelle se- 
rinette, les infâmes qui font 
contribuer un passant en le me- 
naçant de divulguer (seriner) au 
public ou même à l'autorité de 
coupablesdépravations.o(Paillet.) 

SERINGUE (chanter comme 
une) : Avoir la voix fausse et 
discordante. (08, Dhautel.) 

SERRANTE : Serrure. (Vi- 
docq.) 

SERRÉ: Avare, peu fortuné. 

— « Il paraît même qu'il est très- 
serré. M (H. Monnier.) 

SERRER : Mettre en prison. 

— On n'y est pas au large. — 
« La plus cruelle injure qu'une 
fille puisse jeter à une autre fille, 
c'est de l'accuser d'infidélité en- 
vers un amant serré. » (Balzac.) 

SERRER LA VIS : Étrangler. 

— « La victime. avait été volée, et 
enfin Moreux était obligé de re- 
connaître qu'il lui avait « serré 
la vis un peu trop fort. » {Mo- 
niteur, mai 1872.) 

SERT : Signe d'entente à Tu- 
sage des grecs. 

SERVIETTE : Portefeuille. 
(Halbert.) Il se plie comme une 
serviette. 

SERVIETTE : Canne. (Co- 
lombey.) 

SERVIR : Prendre, arrêter, — 
« Frangin et frangine, je pesigue 
le pivot pour vous bonnir que 
mezigue viens d'être servi maron 
à la légre de Canelle (Gaen). » 
(Vidocq.) 

SERVIR DE BELLE: Dénon- 
cer à faux. 



SEVRES (passer à) : Ne rien 
recevoir. (Rabasse.) Jeu de 
mots sur Sèvres, nom de lieu, 
et sur le verbe sevrer. 

SEZIÈRE, SEZIGUE, SEZIN- 
GO, SEZINGUARD : Lui. (Hal- 
bert, Colombey.) 

SIC ITUR AD ASTRA : C'est 
ainsi qu'on] passe à l'ir imorta- 
lité, mot à mot aux astres. Iro- 
nie. « Après la séance, l'huissier 
ramasse les croquis et les met 
de côté. Sic itur ad astva. » (A 
Marx, latinisme.) 

SIFFLE : Gosier. V. Sifflet. ' 

SIFFLER : Boire. — « Il a sif- 
flé, pour dire : il a bu, p;irce que 
les lèvres ont à peu près \z même 
mouvement. » (Le Duchat, ] ySS.) 
— « Tiens, vieux chéri, siffie- 
moi ca, ca va te remettra. » (E, 
Sue.)' 

SIFFLET : Gosier. — Compa- 
raison facile à deviner. Vidocq 
donne aussi sifflet pour voix. — 
(( Qu'en te coupant le sifflet, 
quelqu'un délivre le royaume. » 
{La Nouvelle Ma^arinade, i632.) 

SIFFLET D'ÉBÈNE : Habit 
noir. Allusion de forme et de 
couleur. — « Tous font le ir en- 
trée revêtus du classique sifflet 
d'ébène, lisez habit noir. » {Fi- 
garo, 77.) 

SIFFLET (se rincer, s'affûter 
le) : Boire. — a Là, plus d'un 



I 



SIN 



33i - 



SKA 



buveur venait se rincer le sif- 
flet. » (Colmance.) — « Faut pas 
aller chez Paul Niquet six fois 
r jour s'affûter le sifflet. » (P. Du- 
rand, 36.) 

SIGLE, SIGOLLE : Pièce de 
vingt francs. « Mets-moi dans un 
pâté deux ou trois sigolles. » 
(Lettre de Minder.V.|rintrôd.) — 
Altération de cigale. 

SIGUE : Pièce de vingt francs. 
(Halbert.)— Pièce de cinq francs. 
(Rabasse.) — Abréviation de ci- 
gale. V. ce mot. 

Double sigue : Pièce de qua- 
rante francs. (Halbert.) 

SIMON : La maison oii les vi- 
dangeurs travaillent est appelée 
par eux atelier et le propriétaire 
de cette maison est appelé par 
eux Simon. (Berthaud.) 

SINE QUA NON : La chose 
indispensable. — Sine qua non 
possumus s'entend ordinairement 
de l'argent. — « L'entretien est 
le sine qua non de l'élégance. » 
(Balzac.) — Latinisme. 

SINGE : Chef d'atelier, pa- 
tron, maître. (Albert.) — « On 
ne peut pas bouger, le singe est 
toujours sur votre dos. » (Zola.) 

SINGE (monnaie de) : Gri- 
mace. — « Il la payait, comme 
dit le peuple en son langage 
énergique, en monnaie de singe.» 
(Balzac.) V. Roupie. 

SINGE : Voyageur juché sur 
l'impériale d'une voiture. 

SINGE : Compositeur d'im- 
primerie. — « Ainsi nommé à 
cause du continuel exercice qu'ils 
font pour attraper les lettres dans 
les cinquante-deux petites cases 



où elles sont contenues. » (Bal- 
zac.) 

SINVE : Dupe. (Halbert.) Sim- 
ple, crédule. (Rabasse).— Forme 
de simple. V. Affranchir, Rifle. 

SIONNER : Assassiner. (Ra- 
basse.) — Abr. de Scionner. 

SIROP : Vin. — Il a la couleur 
du sirop de groseille. V. Pom" 
per. 

Avoir un coup de sirop : Être 
gris. — tt Lui avait déjà un joli 
coup de sirop. » (Zola.) 

SIROTER : Boire avec excès. 
— « Son bonheur était d'aller 
siroter le vin à dix de la Cour- 
tille. » (Ricard.) 

SIROTEUR : Buveur.— « Pre- 
nez trois étudiants, vous obtenez 
deux siroteurs. » (Michu.) 

SIT NOMEN : Argent. — Les 
anciens écus frappés à l'effigie 
des rois (Louis XV et Louis XVI) 
portaient au revers l'écu fleur- 
delisé entouré de la devise reli- 
gieuse : Sit nomen Domini bene- 
dictum, 

SKATEUR : Skatineur. — « Ils 
n'avaient qu'une ambition : lui 
voulait être skateur; elle vou- 
lait être skateuse. » {Figaro, ii 
fév. 77.) 

SKATINAGE : V. Skating. 

SKATINEUR: Patineur.-«Les 
types de skatineurs sont variés 
et curieux. » {Figaro, mai 76.) 

SKATING : Skatinage, pati- 
nage à roulettes. « Le skating 
est devenu la manie du jour. » 
{Figaro, 24 avril 76.) a Le skati- 
nage esta la mode.» (/<i., mai 76.) 

Skating-rink : Établissement 



SŒU 



- 332 - 



SOL 



de patinage. — « On démolit les 
maisons pour en faire des ska- 
ting-rinks. » [Idem.) — Anglican. 

SIX : Chandelle de six à la 
livre. c( J'allume ce bout. Tiens ! 
vous usez des six, Plumet. C'est 
comme moi. » (Ricard.) 

SMALAH ; Ménage, réunion 
de la femme, des enfants et du 
mobilier. — Le mot vient d'Al- 
gérie. 

SNOBOYE : Très- bien. V. 
Chocnoso. 

SOC : Socialiste. Abréviation. 
V. Démoc. 

SOCIALE : République so- 
ciale. — «M. N... clamait : Vive 
la sociale! » {Figaro, j5.) 

SOCIÉTÉ D'ADMIRATION 
MUTUELLE (être de la) : Faire 
partie d'une association secrète 
de gens qui se sont engagés à se 
pousser respectivement dans le 
monde, en feignant de se témoi- 
gner une admiration mutuelle. 
On a beaucoup parlé d'une so- 
ciété de ce genre à l'armée d'A- 
frique. Quoi qu'il en soit, c'est 
un procédé pratiqué en tous 
temps et en tous pays. 

SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS 
L'ŒIL (être de la) : Avoir les 
illusions de la vanité. V. Doigt. 
— a La société du doigt dans 
l'œil devra être reconnue et au- 
torisée comme institution régu- 
lière. » {Figaro, 1 1 fév. 77.} 

SŒUR : Maîtresse. — Terme 
ironique inventé pour railler 
ceux qui dissimulent leurs liai- 
sons sous des liens de parenté 
fictifs. — On dit en ce sens : J'ai 
rencontré X.,. avec sa sœur. 



SŒUR (et ta) : Abréviation 
de Et ta sœur, est-elle malade? 
qui se dit encore, mais moins 
souvent. Cette interrogation peut 
se traduire mot à mot ainsi : « Et 
ta maîtresse , comment va-t- 
elle? » — Il va sans dire que 
c'est une insulte; elle se lance 
souvent à Paris, à propos de 
tout, et les trois quarts de ceux 
qui la formulent ne se doutent 
pas de ce qu'elle signide. — 
« Sais-tu ce qu'il me rtpond? 
« Et ta sœur? » — Je 1 aurais 
cogné. » (Monselet.) — Philaréte 
Chasles a révélé que la pudique 
Allemagne est aussi avancée que 
nous sous ce rapport. Elle ap- 
pelle buhl schwester (soeur d'a- 
mour) une fille galante. « Quant 
à et ta sœur? ajoute-t-il, les Al- 
lemands ne disent pas autre 
chose avec les deux mots : Ja 
Kuchen. » 

SOIFFARD , SOIFFEUR : 
Grand buveur. — « Ce sacré 
soiffard se portait comn\e un 
charme. » (Zola.) 

SOIFFER : Boire outre me- 
sure comme si on avait g: and'- 
soif. — « Là, j' soiffons ciiacun 
nos trois poissons, » {LesAniours 
de Jeannette, i3.) 

SOIGNÉE : Fait à noter soi- 
gneusement. — a Oh 1 en v'ià 
une soignée. » (La Bédollicre.) 

SOISSONNÉ : Haricot. — 
Soissons est la patrie des hari- 
cots. 

SOLDAT DU PAPE : Mau- 
vais soldat. — En 1738, Le Du- 
chat disait déjà : « Soldais du 
pape, méchantes troupes. > Ma- 
chiavel a dit que les compagnies 



SON 



333 



SOR 



de l'Église sont le déshonneur 
de la gendarmerie. 

SOLEIL (avoir un coup de) : 
S'enivrer. (Dhautel.) V. Coup. 

Piquer un ou son soleil : Rou- 
gir. 

Recevoir un coup de soleil : 
Tomber amoureux. — a Mesde- 
moiselles, nous avons reçu un 
coup de soleil soigné. » (Villars,) 

SOLIR. — Vendre : « J'ai ren- 
contré marcandière qui dupivois 
solisait. » (Vidocq.) 

SOLITAIRE : Spectateur qui, 
pour payer moins cher sa place, 
entre au théâtre dans les rangs 
de la claque. Son nom indique 
qu'il ne se croit pas obligé de 
faire chorus avec ses bruyants 
compagnons. — « Grâce à une 
pièce de cinquante centimes, j'en- 
trai en qualité de solitaire. » 
(A. Second.) 

SOLLIGEUR : Marchand. 
(Vidocq.) — De Solir. 

SOLLIGEUR DE LACETS : 
Gendarme, mot à mot : mar- 
chand de menottes. 

SOLLIGEUR DE ZIF : Escroc 
vendant sur faux échantillons. 
(Idem.) 

SOLLIGEUR A LA POGNE : 
Marchand ambulant. (Golom- 
bey.) — Il lui faut de la pogne 
pour pousser sa petite voiture. 

SOLLISAGE : Vente. (Golom- 
bey.) V. Solir. 

SOMMEIL (marchand de) : 
Logeur à la nuit, (Rabasse.) 

SONDE : Médecin. (Vidocq.) | 



SONDER : Espionner, cher- 
cher à savoir. 

SONDEUR : Gommis d'octroi. 
(Rabasse.) — Il sonde les voitures. 

SONDEUR : Espion. (Vidocq.) 
SONDEUR : Observateur, 
chercheur. 

SONNETTE : Pièce d'argent. 
Elle sonne dans la poche. — 
« J'accours à l'Opéra et les son- 
net's en poche. » (Désaugiers.) 

SONNETTE DE BOIS (dé- 
ménager à la) : Emporter ses 
effets sans avoir payé sa cham- 
bre, en tamponnant la sonnette 
d'éveil qui signale la sortie d'un 
hôtel garni. — a Gar il était 
réduit à déménager à la sonnette 
de bois. » (Ghenu.) 

SON NIAIRE : Moi, lui, eux. 
(Rabasse.) C'est à son niaire : 
c'est à moi, c'est à lui. (Idem.) 

SOPHIE (faire sa) : Se don- 
ner des airs de sagesse. Jeu de 
mots sur le nom propre et le mot 
grec. — «Aquoi ça m'aurait avancé 
de faire ma Sophie ? » (Monselet.) 

SORBONNE : Gerveau. — « La 
sorbonne est la tête de l'homme 
vivant, son conseil, sa pensée. » 
(Balzac.) — Date du temps où 
les décisions de la Sorbonne 
pesaient d'un grand poids. 

SORBONNER : Penser. (Hal- 
bert.) Raisonner. (Rabasse.) 

SORGE, SORGUE : Soirée, 
nuit. (Vidocq, Halbert.) — Au 
moyen âge, on disait sorne. V. 
Baïte, Sorne. 

SORGUER : Passer la nuit. — 
« Gontent de sorguer sur la 
dure, va, de la bride (chaîne) je 
n'ai pas peur. » (Vidocq.) 

19. 



sou ~ 334 - 

SORGUEUR : Voleur de nuit. 

SORNE : Noir. (Halbert.) 

SORT (il me) : Il m'est insup- 
portable. 

SORTIR LES PIEDS DE- 
VANT : Être mort. Mot à mot : 
sortir dans un cercueil. — « Le 
bruit courut que la jolie fille 
était séquestrée dans un cabinet 
noir et qu'elle n'en sortirait que 
les pieds devant. » (About.) 

SOTONNADE : Bastonnade. 
(Rabasse.) Forme altérée de saton- 



sou 



nade. V. Satou. 

SOUDRILLARD : Libertin. 
(Vidocq.) 

SOUFFLANT: Pistolet. — Al- 
lusion à la décharge. V. Bayafe. 

SOUFFLÉ : Pris, arrêté par la 

police. 

SOUFFLET (voler au) : 
Entrer brusquement dans un 
magasin où une dame solde des 
objets de luxe, la souffleter en 
jouant au mari indigné et dispa- 
raître avec son porte-monnaie. 
(Rabasse.) 

SOULASSE : Traître, trom- 
peur. (Colombey.) 

SOULASSE (grande) : Assas- 
sinat. (Idem.) — « Qu'est-ce que 
vous faites maintenant, père 
Salambier? Toujours la grande 
soûlasse , mes enfants. » (Du 
Boisgobey.) 

SOULEVER : Voler. 

SOULOGRAPHE : Vieil 

ivrogne. 

SOULOGRAPHIE : Ivrognerie. 
(Vidocq, 37.) — «c Ils feront delà 
soulographie , et adieu votre ty- 



pographie, plus de jour ^al ! » 
(Balzac.) 

SOUPÇON : Quantité si mi- 
nime, qu'on se demande si elle 
existe. De là le terme de soupçon. 

— « Rien que de l'eau chaude 
avec un soupçon de thé et un 
nuage de lait. » (A. de Musset.) 

SOUPE (tremper une) : Bat- 
tre. Mot à mot : faire avaler 
une correction. — « Où qu' tu 
vas, Polyte ? — Je vas tiemper 
une soupe à ma femme qu'est 
une feignante qu'a pas tra^ aillé, » 
fait dire Gavarni à un souteneur 
allant rouer de coups la malheu- 
reuse qui n'a pas trouvé d'argent. 

SOUPE AU LAIT : Homme 
colère. — Le lait bouillant dé- 
borde avec rapidité. 

SOUPEUR : Viveur, passant 
les nuits à souper. — « Est-ce 
que les soupeurs savent jamais 
ce qu'ils boivent et ce qu'ils 
mangent ? » (Frémy.) 

SOUPEUSE : Fille raccrochant 
dans les restaurants où on soupe. 

— ((Survintune autre soupeuse... 
pour lui souffler son adora leur. » 
(Vassy, 75.) 

SOUPLE : Bleu. (Halbert.) 

SOURICIÈRE : Piège tendu 
par la police. — « Tendre une 
souricière pour le faire pincer 
parla police. » (E. Sue.) 

SOURICIÈRE : Dépôt des pré- 
venus, à la préfecture de j olice. 
(Halbert.) 

SOURICIÈRE : Giberne d'in- 
fanterie d'ancien modèle. Tout 
en ayant soin de placer ma 
giberne ou, comme on dit, ma 
souricière. » (Vidal, 33.) 



STE 



— 335 — 



SUB 



SOURICIÈRE : Lieu surveillé 
par la police. — « C'est une 
vraie souricière que votre tapis 
franc. Voilà trois assassins que 
j'y prends. » (E. Sue.) 

SOUS-VENTRIÈRE : Écharpe, 
ceinture. — Allusion à la pièce 
de harnachement qui passe sous 
le ventre du cheval. Le motvient 
évidemment d'une caserne de 
cavalerie. 

SOUTADOS : Cigare d'un sou. 

— Ironie avec finale havanaise. 
« La fumée du soutados qu'il ne 
fume pas lui semble moins acre.» 
(Touchatout.) 

SPADE •: Épée. — Vieux mot. 

— Espadon nous est resté. 
SPECK : Lard. — Germanisme. 
SPEECH : Allocution. — Mot 

anglais. — « Q.uelque gars... 
qui ne sache point faire de 
speechs. » (Heine.) 

SPIRITE : Personne préten- 
dant évoquer des esprits invisi- 
bles. — Spiritisme se dit de la 
croyance aux esprits. 

SPORT : Exercices en plein 
air : course, chasse, canotage, 
etc., etc. — Mot anglais. 

SPORTSMAN : Homme de 
loisir se consacrant aux exercices 
du sport. — Mot anglais. 

STERLING : Grand, considé- 
rable. — Allusion à la valeur 
relative de la livre anglaise qui 
était vingt-quatre fois plus forte 
que la livre française : On parle 
des galanteries sterling d'un en- 
treteneur dans un roman de 
Rutlidge. {Vice et Faiblesse, 
1786.) c( La dévote a fait une 
scène, une scène sterling. » 
(Balzac.) 



On dit de même s'ennuyer à 
vingt-cinq francs par tête. 

STICK : Canne-cravache. — 
Mot anglais. 

STOCK : Contingent, assem- 
blage de choses en magasin. — 
Anglicanisme. — «Il se trouvait 
encore à juger un stock de i5 à 
20 laitiers prévenus d'avoir in- 
troduit de l'eau dans leur mar- 
chandise. » {Figaro, jb.) 

STROC : Seûer. Y. Demi-stroc. 

STUC, STUQ. : Part de vol. 
(Grandval, Halbert.) 

STUD-BOOK : Livre des haras. 
(Paz.) — Terme anglais. 

STUQUER : Partager. (Hal- 
bert.) 

STYLISTE : Écrivain unique- 
ment préoccupé du style, c'est-à- 
dire de la forme, et non du fond. 

SUAGE : Assassinat. V. Suer 
(faire). — « Nous voulons bien 
maquiller le suage de ton rochet, 
mais à la condition de tout con- 
nir. Il n'y a que les refroidis qui 
ne rappliquent nibergue. » (Vi- 
docq.) 

SUBLIMER : Travailler pen- 
dant la nuit. — « Afin de trom- 
per la surveillance des adjudants 
(de l'École polytechnique), celui 
qui sublime place son lit ren- 
versé sur quatre tabourets, rabat 
la couverture par-dessus, et éten- 
du sous cet abri, rumine en paix 
les problèmes ardus des mathé- 
matiques transcendantes. » (La 
Bédollière.) 

SUBLIMER (se) : Se raffiner. 
— « Les jeunes biches se sont 
sublimées au contact des ancien- 
nes. » (Lynol.) 



SUI 



- 336 - 



SUP 



SUBTIL : Dur. (Halbert.) 

SUÇON : « Faire une consom- 
mation fanatique de sucres d'orge 
dits suçons. » (Rolland.) — On 
les suce très-longtemps. 

SUCRE (casser du) : Dénoncer. 
V. Casser. 

SUCRE (c'est du) : C'est bon. 
— i-e prend au figuré. 

SUCRE (faire manger du) : 
Soigner l'entrée d'un acteur , 
l'applaudir. Cette comparaison 
canine a pour pendant : appeler 
A:{Or. 

SUER (faire): Tuer. Mot àmot: 
faire suer du sang. V. Chêne. 

SUER (faire) : Accabler d'en- 
nui quelqu'un. — « Vous me 
dites, mignonne, avec l'accent de 
rame : Tais-toi donc ! tu me fais 
suer. » {Almanach du Hanneton, 
67.) 

SUER (faire) : Se faire donner 
sa part d'un vol. (Halbert.) Faire 
donner de l'argent. (Rabasse.) 

SUI : Suivi. — Abréviation. — 
« Eh ben ! est-y mort? — Y'en 
sais rien, j'étais sui, j'ai pas évu 
le temps d'y demander. » (H. 
Monnier.) 

SUIF : Réprimande. — « On 
dit donner un suif. 

SUIFFARD, SUIFÉ : Élégant. 
V. Astiquer. — « Était-il assez 
suiffard, l'animal!... Du linge 
blanc et des escarpins un peu 
chouette. » (Zola.) 

SUISSE (faire) : « Le soldat a 
le point d'honneur de ne jamais 
manger ou boire seul. Cette loi 
est tellement sacrée que celui 
qui passerait pour la violer se- 



rait rejeté de la société militaire, 
et on dirait de lui : // boit avec 
son suisse, et le mot est une 
proscription. » (Vidal, 53.) — 
« Un soldat français ne doit pas 
faire suisse, ne boit jamais seul.» 
(La BédoUière.) 

Le premier exemple donne la 
clef du mot. Le soldat ne peut 
boire avec son suisse (concierge), 
puisqu'il n'en a pas, donc il boit 
seul. Ironie inventée pour rap- 
peler quelque engagé d'opulente 
famille aux règles de la frater- 
nité. 

SUISSESSE : Mélange d'ab- 
sinthe et d'orgeat. Il est plus 
doux, plus féminin, que l'absin- 
the dite suisse, 

SUIVEUR : « Le suiveur est 
très-drôle à observer ou à sui- 
vre. Une femme passe devant 
lui, le suiveur accélère son pas, 
dépasse sa victime, et se retourne 
bientôt pour juger de la beauté 
de l'objet de sa poursuite. )> (Ro- 
queplan.) 

SUIVEZ-MOI, JEUNE KOM- 

M\i : « Ce sont ces deux grands 
rubans flottants au-dessous des 
cols de manteaux des dames... 
Une grande couturière de Paris 
les a appelés ainsi. » (Lespès, 
66.) 

SUPERLIFICO , SUPEP CO- 
QUENTIEL, SUPERCOQl EN- 
TIEUX : Merveilleux. Abrcvia- 
tion du vciol super coquelicantieux 
employé par Rabelais dans le li- 
vre III.— « Lorsqu'un épicier étale 
devant sa boutique un superli- 
coquentieux morceau de fro- 
mage, n'est-ce pas tenter le } cu- 
ple: » (Ch. Fourier, 36.) 



TAB 



-337- 



TAL 



SURBINE : Surveillance. (Vi- 
docq.) — « On calcule les dé- 
penses que fait le mecque en 
surbine. » (Stamir.) — Etre en 
surbine : Être en surveillance. 

SURBINER : Surveiller. (Ra- 
basse.) 

SURET : Vin acide, sur. — 
« Et j' lampe au cabaret le suret.» 
(Charrin.) 

SÛRETÉ (la) : Police de sû- 
reté. V. Fil de soie. 

SURFINE : Sœur de charité. 
(Colombey.) 

SURGEBER : Condamner en 



appel. (Vidocq.) Pour surgerber. 
V. Gerber. 

SURIN : Couteau. — De suer, 
assassiner. V. Chemin. 

SURINER : Assassiner. (Ra- 
basse.) Mot à mot : tuer au cou- 
teau. 



SURINEUR : Donneur 
coups de couteau. 



de 



SYDONIE : « Les têtes de bois 
qui servent à monter les coiffu- 
res ont un nom. Cela se nomme 
une Sydonie chez tous les mar- 
chands. » (Lespès.) 



T 



TABAC : Position critique. — 
« Ceux qui ont supporté tout le 
tabac, prenant ce qu'on leur 
donne. » {Commentaires de Lo- 
riot.) 

TABAC (donner du) : Battre. 
— « Si tu m'échauffes la bile, je 
te f... du tabac pour la semaine! » 
(Vidal, 33.) 

TABAR, TABARIN : Man- 
teau. (Grandval.) — C'est un 
vieux mot. 

TABATIÈRE (ouvrir sa) : Pe- 
ter. — Allusion au bruit qu'on 
faisait en ouvrant les tabatières 
sans charnière. — « Que son 
ponent te serv' de tabatière. » 
XUA'pres - souper de la Halle ^ 
xviu siècle.) 



TABLE (se mettre à), Mon- 
ter sur la table : Dénoncer à la 
justice. — Même image que dans 
manger le morceau, manger sur 
l'orgue, etc. 

TAF, TAFE, TAFFERIE, 
TAFFETAS : Peur. — Pour l'éty- 
mologie, voyez taffer. — « Ce n'est 
pas toi ni tes paysans qui nous 
f... le tafe. » (Vidal, 33.)— • «Sei- 
gneur! qu'est-ce qu'il a donc, 
répétait Gervaise prise de taf. » 
(Zola.) 

TAFFER : Avoir peur. — De 
l'allemand taffen. V. Tirer. 



TAFFEUR 
basse.) 



Peureux. (Ra- 



TAN 



- 338 — 



TAN 



TALENT : « L'ensemble des 
connaisseurs réunis sur un hip- 
podrome. On dit qu'un cheval 
a été soutenu par the talent. » 
(Parent.) AngL 

TAILBIN : Billet de complai- 
sance. (Vidocq.) 

TALBIN : Contre-marque de 
théâtre. Abréviation de tailbin. 
a J'ai goipé au théâtre, fesait la 
portière, et je vendai destalbins, 
cigare et du feu. » (Beauvillier.) 

TALBIN : Billet de banque. 
(Rabasse.) 

TALON ROUGE : Aristocrate. 

— Le droit de porter des talons 
rouges était un signe de no- 
blesse. — a Tous les talons rou- 
ges de l'ancien régime qui tra- 
hissent le peuple. » (Hébert, 
1793.) 

TAMBOUR : Chien. — Allu- 
sion aux roulements de son 
aboiement. 

TAMPON : Poing. — « Je lui 
ai envoyé un coup de tampon 
sur le mufle. » (Th. Gautier, 45.) 

TAM-TAM : Fracas prémédité. 

— Allusion au bruit du tam- 
tam. — « Trop de boursouflure, 
trop de tam-tam dans ce fac- 
tum. » {Éclair, 23 juin 72.) 

TANDEM : Voiture à deux 
chevaux attelés l'un devant l'au- 
tre. — « Nul ne porte mieux un 
habit, ne conduit un tandem 
mieux que lui. » (Balzac.) 

TANGENTE , TANGENTE 
AU POINT Q : Épée. — Jeu de 
mots. — « Le conscrit de l'É- 
cole polytechnique est souvent 
«bsorbé avant d'avoir endossé 



l'uniforme et senti battre sur sa 
cuisse gauche l'arme jue les 
élèves nomment une tangente au 
point q. » (La Bédollière.) 

Échapper par la tangente y 
prendre la tangente : S'échapper. 
V. Absorption, Colle. — « Ex- 
pression empruntée à la dyna- 
mique... elle doit être sortie de 
l'École polytechnique, car elle est 
familière aux élèves de cette 
école. » (Faucheux, 70.) 

Tangente se dit aussi pour 
surveillant de collège. 

TANNER : Ennuyer, assom- 
mer. — Un poëte du xiii* siècle, 
Rutebeuf, dit déjà : « ()uar le 
réveil me tanne assez quand je 
m'esveil. » 

« Les communes de Flandre, 
qui déjà commençaient à tanner, 
et désiraient fort de retourner 
en leur pays, lui demaadèrent 
congé. » (141 1, Monstrelet.) — 
« C'est insupportable. — Hein! 
est-ce tannant! » (E. Sue.) 

Tanner le cuir : Rosser. — 
« Si vous vous permettez, je con- 
nais une personne qui vous tan- 
nera le cuir. » ^Gavarni.) 

TANNER LE CUIR, TANNER 
LE GASAQUIN : Rosser. —«Si 
vous vous permettez, je connais 
une personne qui vous tannera 
le cuir. » (Gavarni.) 

TANTE : « Homme qui a des 
goûts de femmes.» (Vidccq, 37.) 
— « Avril offrait 2,000 r"r. pour 
buter avec lui une tante, et vous 
savez, initiés que vous avez été 
aux secrets de cet horrible lan- 
gage, comment ces mots dési- 
gnaient clairement Chardon. » 
{?3ins^vJ:ku'Lsi{osiQ, Réquisitoire 



TAP 



contre Lacenaire, 36.) — a Pour 
donner une vague idée du per- 
sonnage qu'on appelle une tante, 
il suffira de rapporter ce mot 
magnifique du directeur d'une 
maison centrale à feu lord Du- 
rham qui visita toutes les pri- 
sons pendant son séjour à Paris. 
Le directeur, après avoir montré 
toute la prison, désigne du doigt 
un local en faisant un geste de 
dégoût : Je ne mène pas là Votre 
Seigneurie, dit-il, car c'est le 
quartier des tantes... — Haol fit 
lordDurham, et qu'est-ce?... — 
C'est le troisième sexe, milord. » 
(Balzac.) — « Enfants, on les ap- 
pelle mômes ou gosselins; ado- 
lescents, ce sont des cousines; 
plus âgés, ce sont des tantes. » 
(Moreau Christophe.) — Dans 
un chapitre détaillé consacré à 
cette espèce, M. Canler reconnaît 
quatre catégories appartenant à 
diverses classes sociales : persil- 
leuses, honteuses, travailleuses et 
rivettes. Cette dernière est seule 
exploitée par les chanteurs. 

Dans le vocabulaire des inju- 
res, tante a fini par se dire 
comme bougre, sans portée pré- 
cise. — «Bougre de greluchon... A- 
t-on jamais vu des tantes pa- 
reilles!... » (Zola.) 

TANTE : Mont-de-piété. — 
Terme ironique à l'adresse de 
ceux qui déguisent la source 
d'un emprunt en disant qu'ils 
ont eu recours à leur famille. — 
« Tous mes bijoux sont chez ma 
tante, comme disent mes cama- 
rades lorsqu'elles parlent du 
mont-de-piété. » (Achard.) 

TAPÉ, TAPÉ A L'AS, TAPÉ 
DANS LE NŒUD : Émouvant, 
frappant, réussi. — « Aussi a- 



«. 339 - TAP 

t-on fait plusieurs couplets sur 
tous les ministres dont le por- 
trait est bien tapé. » (1742, Jour- 
nal de Barbier.) — « C'est un 
peu tapé dans le nœud. » (La 
Bédollière.) — « Une manière de 
sentiment bien r'tapé. » (lySô, 
Vadé.) — a La gauche bat des 
mains à ce propos rudement 
tapé. » (A. Millaud, 76.) — « Je 
crois vous faire plaisir en vous 
adressant le récit d'une cure 
tapée à l'as, comme vous dites 
si élégamment. (Tam-Tam, 76.) 

TAPEDUR : Serrurier. (Vi- 
docq.) 

TAPÉE : Grosse réunion. — 
« Quelle tapée de monde, bon 
Dieu! » {Commentaires de Lo" 
riot.) 

TAPER : Aborder quelqu'un. 
(Rabasse.) 

TAPER, TAPEUR : Emprun- 
ter par métier, emprunteur. — 
« Le roi des tapeurs vous ac- 
coste; il vous prend le bras, il 
se penche à votre oreille; — 
vous êtes tapé. Aurais-tu cent 
sous à prêter à ton ami? vous 
dit-il. y){Almanach du Hanneton.) 
— « Aujourd'hui, elle les tapait 
de dix sous; demain, ce serait 
de vingt. » (Zola.) 

TAPER : Enivrer. — « Ce 
scélérat de vin de Champagne 
avait joliment tapé ces mes- 
sieurs. » (Festeau.) 

TAPER DANS L'CEIL : Sé- 
duire, attirer. 

TAPER DE L'CEIL : Dor- 
mir. — « Il y avait plus d'une 
heure que je tapais de l'œil 
quand je m'entends réveiller. » 



TAR 

badines 



340 — 



TAU 



(Œuvres badines de Caylus, 
1750.) 

TAPER SUR LA BOULE : 
Enivrer. 

Dans le gosier comme ça coule î 
Comme ça tape sur la boule ! 

(J. Moineaux. Ch.) 

TAPER SUR LES VIVRES, 
SUR LA BOISSON : Manger et 
boire avec avidité. 

D'avoir trop tapé sur 1' pichet, 
Qu'en avaient pleins la gargamelle. 

(Chansonnier de i836.) 

TAPETTE. V. Être (en). 
TAPEUR : V. Taper, 

TAPIN : Tambour. — Il tape 
sa caisse. — a Le tapin qui tam- 
bourinait en tête de l'escouade.» 
(La Bédollière.) 

TAPIS, tapis franc. : Auber- 
ge, cabaret. (Vidocq.) Tapis 
vient du vieux mot tapinet : 
lieu caché; franc fait allusion 
aux habitués qui sont des af- 
franchis (voleurs). V. Empois 
vrer, Crosser. 

Tapis de grives : Cantine, ca- 
baret de soldats. 

Tapis de malades : Cantine de 
prisonniers. 

Tapis de refaite .-Table d'hôte. 

TAPISSIER : Cabaretier. V. 
Baptême, Ogre. 

TAQ, TAQUER, TAQUINE : 
Haut, hausser, hauteur. (Hal- 
bert.) 

TAROQUE : Marque. V. Dé- 
taroquer. 

TARTE : Qualité bonne ou 
mauvaise. (Vidocq.) — Plus sou- 
vent mauvaise. V. Escrache. 



TARTINE : « Immenses phra- 
ses lardées de mots emphati- 
ques, si ingénieusement nom- 
mées tartines dans l'argot du 
journalisme. » (Balzac.) 

TARTINES : Souliers. (Ra- 
basse.) Allusion à la forme des 
semelles qu'on tartine en pleine 
boue. 

TARTINER : Rédiger. — « Tu 
n'as pas assez de style pour tar- 
tiner des brochures. » (Balzac.) 

TARTUFERIE : Acte d'iiypo- 
crisie, air de Tartufe. 

TAS (prendre sur le) : Pren- 
dre un voleur sur le fait, en 
présence du tas formé par les 
objets volés. 

TASSE (la grande) : La mer. 
Ironie. — « C'est vrai qu'un peu 
plus vous buviez à la grande 
tasse. » (Ricard.) 

TATOUILLE : Volée de coups. 
— Abréviation de ratatouille. — 
On met son adversaire en ta- 
touille comme on le met en com- 
pote. C'est la même allusion cu- 
linaire. — « Tu étais moins fort 
que moi. J'en ai profité pour 
t'administrer une horrible ta- 
touille. » (L. Bienvenu.) 

TAUDION : Petit logement, 
petit taudis. — « J'ai vendu ce 
que j'avais pour payer le tau- 
dion où nous couchons. «(Lynol.) 

TAULE, TOLE : Maison. — 
« Dans une tôle enquil!e en 
brave, fais-toi voleur. » (Vi- 
docq.) 

TAUPAGE : Égoïsme. (Vi- 
docq.) 

TAUPER : Travailler. (Idem.) 



TEI 



341 - 



TEN 



TAUPES (Royaume des) : « U 
est au royaulme des taupes, il 
est mort. » (Oudin, 1640.) 

TAUPIER : Égoïste. (Idem.) 

TAUPIN : Élève de mathéma- 
tiques spéciales. — « Le simple 
taupin, le candidat qui se pré- 
sente à la colle d'admission à 
rÉcole polytechnique, possède 
déjà des connaissances supé- 
rieures.» (La BédoUière.) 

TEINT (bon) : Véritable, au- 
thentique. — Allusion aux étof- 
fes mauvais teint qui ne durent 
pas. — On dit mauvais teint pour 
faux, mensonger. — « Une vraie 
comtesse ?... Tout ce qu'il y a 
de meilleur teint. » (Brunesœur.) 

TEINTÉ : Enluminé par l'i- 
vresse. 

TEINTURIER : Marchand de 
vins frelateur. — « Enfoncé Des- 
noyer le teinturier et son vin ! » 
(E. Bourget, 1845.) 

TEINTURIER : « Tous les 
hommes politiques ont besoin 
d'avoir auprès d'eux des sous- 
hommes politiques ou des supé- 
rieurs qu'ils consultent, qu'ils 
laissent écrire ou qu'ils s'assimi- 
lent .. Dans le style des aftai- 
res publiques, ceux qui exercent 
cette influence s'appellent des 
teinturiers, parce qu'en effet ils 
se chargent de donner de l'étoffe 
à des hommes d'État des cou- 
leurs différentes.» (Roqueplan.) 

Il y a aussi des teinturiers lit- 
téraires. On lit dans les Mémoi- 
res secrets (25 sept. lyySj : a La 
comtesse de Beauharnais a lait 
présenter une comédie. Elle a été 



reçue : on ne doute pas que le 
sieur Dorât ne soit son teintu- 
rier. » 

TEMPÉRAMENT (à) : A cré- 
dit. Mot à mot : en tempérant 
l'obligation de payer, a Vous me 
payerez quand vous pourrez, à 
tempérament. » {Alm. du Han- 
neton, 67.) 

TEMPLE : Manteau. (Colom- 
bey.) 

TEMPS (voir le coup de) : 
Prévoir à temps pour parer. — 
Terme d'escrime. (Dhautel, 08.) 

En deux temps : En un ins- 
tant. — Terme d'escrime. — « En 
deux temps, j' remouque et )' 
débride. » (Halbert.) — « En 
deux temps sa lessive est faite. » 
{Le Casse-Gueule, ch. 41.) 

Prendre des temps de Paris 
signifie, au théâtre, préparer ce 
que l'on a à dire par une panto- 
mime pour augmenter l'effet. Le 
mot a été inventé par des comé- 
diens de province. (Gouailhac.) 

TENANTE : Chopine. (Hal- 
bert.) 

TENIR (en) : Aimer d'amour. 
— « Est-ce de l'amour ? Alors, 
il faut qu'elle en tienne furieu- 
sement, puisqu'elle fait de tels 
sacrifices. « (Ricard.) 

TENIR (se), TENIR SUR SES 
PIEDS : Être bien composé, 
bien agencé. Se dit d'une œuvre 
littéraire ou dramatique. — «Pas- 
sez-moi le manuscrit : ça a l'air 
de se tenir sur ses pattes. » (A Im. 
du Hanneton, 67.) 

TENIR (se) : Se bien conduire, 
se faire respecter. C'est l'opposé 
de se laisser aller. 



TÈT 



— 342 



TIG 



FERNAUX : Châle de la fa- 
brique Ternaux. — « Elle prit 
un schale de coton ; — le ternaux 
était au... Mont-de-Piété. » (Ri- 
card.) 

TERRER : Tuer. — "Mot à 
mot : enterrer. — a Dans dix 
ans, je reviendrai pour te terrer, 
dussé-je être fauché. » (Balzac.) 

TERRIÊRE : Raccrocheuse 
hantant les terrains vagues. (Ra- 
basse.) 

TÊTARD : Homme de lettres. 
(Rabasse.) 

TÊTE (faire sa) : Prendre de 
grands airs. — « Tu y gagnes 
d'avoir l'exercice une fois de plus 
par jour pour apprendre à faire 
ta tête. » (Vidal, 33.) 

TÊTE CARRÉE, TÊTE DE 
CHOUCROUTE : Allemand. - 
« On ne résiste pas à tant d'at- 
traits. La tête du baron, une tête 
carrée pourtant, tourne. » (E. 
ViUars.) 

TÊTE DE TURC : Plastron, 
homme en but à toutes les atta- 
ques. — Allusion à la tête de 
turc couronnant les mécaniques 
sur lesquelles on frappe aux 
jours de foire pour éprouver la 
force de son poing. — a M. Du- 
vergier de Hauranne est écouté. 
Mais comme il faut une tête 
de turc à l'Assemblée, le géné- 
ral X... devient le souffre dou- 
leur. » {Paris- Journal.) 

TÊTES DE CLOUS : Carac- 
tère usé. — a Un journal, tiré 
sur papier à sucre, avec des 
caractères flétris du sobriquet 



de têtes de clous. » (Vilîemes- 
sant.) 

TÉZIGUE : Toi. V. Zigue. 

THIÉRISME : Sympathie pour 
la politique de M. Thiers. —«Ce 
journal flotte entre led. oit divin, 
le radicalisme, l'orléan isme et le 
thiérisme sans se brouiller avec 
l'Empire. » (Giraudeau.) 

THOMAS : Baquets faits en 
forme de petits tonne; ux défon- 
cés par le haut... avec Jes oreil- 
les en fer de façon à être transpor- 
tés et vidés facilement. — Équi- 
voque sur les mots vide Thoma de 
l'hymne populaire de Pâques. — - 
« Ce serviable meubk est bap- 
tisé du nom de Thomas. » (A. 
Lecomte, 61.) On l'appelle aussi 
job. — « Parmi les consignés 
occupés à passer la jambe à 
Thomas (vider les bac^uets d'u- 
rine.) » (La Bédollière.) 

THUNE : Argent. V. Bille, 
Tune. 

TIGNASSE, TIGNE : Cheve- 
lure en désordre. — Du vieux 
mot tigne : teigne. V. Aplomb. 

TIGNE (la) : Le moide. (Ra- 
basse.) 

TIGRE : Groom. — « Leur 
chapeau à cocarde noire, leurs 
bottes à retroussis, leur veste 
bleue et leur gilet bariolé, cou- 
vrent des gamins arrachés au 
plaisir de la pigoche. )■ (A. De- 
riège, 1841.) 

TIGRE : « Le rat ciébute et 
danse un pas seul; soi nom a 
été sur l'affiche en toutes lettres; 
il passe tigre et devient premier, 
second, troisième sujet. » (Th, 
Gautier.) 



TIR - 343 

Prophétie, annonce de 



TIR 



TIP 

tipster. 

TIPSTKR : Homme faisant 
métier d'annoncer à des abonnés 
les succès probables sur les 
champs de courses. Littérale- 
ment : prophète. (Parent.) Angl. 

TIQUER : Voler à la care. (Co- 
lombey.) 

TIRADES : Fers de forçat. 
(Rabasse.) Ils sont tirés par la 
jambe. 

TIRAGE (il y a du) : c'est 
long, c'est difficile. — Terme 
de cocher. Plus le chemin est 
rude, plus le cheval tire. — 
« Autrefois il avait eu joli- 
ment du tirage. Mais le travail 
menait à tout. » (Zola.) — « On 
tirait au sort. Un tire, prend un 
bon numéro... Courage, les au- 
tres! Moi, j'en suis sorti sans 
trop de tirage. » (Flair.) 

TIRANT : Bas. — On le tire 
pour le mettre. — « Ses tirants et 
sa montante, et son combre ga- 
luché, son frusque, aussi sa li- 
sette. » (Vidocq.) 

TIRANTE : Jarretière. (Hal- 
bert.) 

TIRANT RADOUCI : Bas de 
soie. {Petit Dict. d'Argot, 44.) 
— Jeu de mots. 

TIRE ( faire la) : Voler à la 
tire. — a Ils font la tire à la chi- 
cane, en tournant le dos à celui 
qu'ils dépouillent. » (Du Camp.) 

TIRE-BOGUES : Voleur de 
montre. (Vidocq.) 

TIRE-FIACRE : Viande dure. 
(Rabasse.) 

TIRE-JUS ; Mouchoir (08). 



TIRE-MOMES : Accoucheuse. 
V. Morne. — Autrefoison disait 
madame Tiremonde. Le Diction- 
naire de Trévoux donne cette 
expression comme proverbiale. 

TIRER : Passer, achever. — 
Un troupier libérable dans un 
semestre dit : « J'ai encore six 
mois à tirer. » 

TIRER : Voler à la tire. — 
a Vous commencez par tirer en 
valade, puis au grand truc vous 
marchez en taflfant.