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Full text of "Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, ou Glossaire de la langue franxoise depuis son origine jusqu'au siecle de Louis XIV. Pub. par les soins de L. Favre"

6 iO ' ^(^^ ' ^ 

"DICTIONNAIliK lllSTOlilQUE 

LANCIEN LANGAGE FIIVNCOIS 



GLOSSAIRE DE LA LANGUE FRANÇOISE 

DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU SIÈCLE DE LOUIS XIV 
Par LA CURNE DE SAINTE-PALAYE 

MEMBRE DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET DE I.' ACADÉMIE 1-RANÇOISh 

Public par les soins de L. l-AVRE, memlire de la Société de- l'Histoire de France, 

avec le concours de M. PAJOT, Archiviste-paléographe, 

CÛNTKNANÏ : 

SIGNIFICATION FI{I:MITI\E ET SECONDAIRE DES VIEUX AJOTS 

Vieux mots employés dans les chants des Trouvères, 
Acceptions métaphoriques ou figurées des vieux mots français. — Mots dont la signilication est inconnue. 

ETYMOLOGIE DES VIEUX MOTS 

Orthographe des vieux mots. — Constructions irrégulières do tours de phrases de l'ancienne langue. 

Abréviations ; études sur les équivo([ues qu'elles présentent dans les anciens auteurs. 

Ponctuation ; difficultés qu'elle présente. 

Proverbes qui se trouvent dans nos poêles des XII<^, XIII»' «»t XIV-' siècles. 

Noms propres et noms de lieux corrompus et défigurés par les anciens auteurs. 
Mots empruntés aux langues étrangères 

Usages anciens. 

sfivi nEs 

CURIOSITEZ FRANÇOISES, pour supplément aux Dictionnaires 

Ou Recueil de plusieurs belles propriété:^, avec une infinité de proverbes et quolibets pour l'application de toutes 
sortes de livres, par Antonin OUDIN. 



TOME PREMIER 



NIORT 

L. FAVRE, éditeur- du GLOSSARIUM de Du Cauge, 

Rue Saint-Jean, 6. 




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Sz 
l/. / 



AU LECTEUR 



Nous possédons des Dictionnaires de toutes sortes, mais nous navons pas un Dictionnaire 
historique de l'ancienne langue française. L'Académie a tenté de combler ce vide, mais depuis trente 
ans qu'elle s'occupe de cette œuvre, elle n'a publié qu'un demi-volume. Il lui faudra plusieurs siècles 
pour achever un Dictionnaire qui n'aura pas moins de cent volumes in^". 

Ce Dictionnaire existe cependant. Il a été fait par un érudit aussi connu que Du Gange , qui a consacré 
trente ans de son existence à compulser les anciens manuscrits , les vieux auteurs , les chartes des \iu% xiv°, xv= 
et xvi* siècles. La publication de cet ouvrage a même été commencée. Un volume a été imprimé, mais il a paru 
au moment où la révolution de 1789 éclatait; alors les préoccupations ne se portaient plus sur le passé. 
Aussi , cette publication n'a pas été continuée. Au grand regret du monde savant , elle n'a point été reprise 
depuis cette époque. 

Nous venons, avec de nombreux et intelligents appuis, publier enfin ce Dictionnaire historique 
et rendre, à la mémoire du savant La Curne de Sainte-Palaye, l'hommage qu'elle mérite. Non pas que son 
travail soit dans l'oubli, tous les lexicographes et les philologues qui étudient notre langue ne manquent jamais 
de consulter ses manuscrits où ils peuvent puiser à pleines mains, assurés d'y trouver des trésors d'érudition 
et de recherches; mais pour cela, il faut habiter Paris, et encore doit-on les feuilleter sur place, à la 
Bibliothèque nationale. Nous voulons, en l'imprimant, le mettre à la disposition de tous les érudits. Notre 
travail sera celui d'un éditeur consciencieux. 

La Curne de Sainte-Palaye, néà Auxerre en IG07, mort en 1 781, membre de l'Académie des lascriptions 
en 1724 et de l'Académie française en 1738, a consacré la plus grande partie de son existence à réunir les 
matériaux d'un Dictionnaire historique de l'ancien langage françois. « Mes lectures qui tendoient 
« toutes au même but, dit-il, dans le prospectus qu'il lit paraître en 17oG, m'ont mis en état de 
« rassembler une multitude immense de mots surannés. J'ai cru pouvoir en composer, je ne dirai pas un 
« Glossaire aussi savant, et aussi bien fait que celui de Du Gange ; mais du moins un ouvrage de même 
« nature qui auroit aussi son utilité. J'ai tâché, autant que je l'ai pu, de me former sur cet excellent 
« modèle : trop heureux de suivre de très-loin un guide qui marche à pas de géant, un Savant universel 
« qui par des travaux infatigables s'étoit approprié les conuoissances de tous les siècles et de tous les pays. 



« En réunissant sous un môme point de vue dans l'ordre alphabétique, les vieux mots épars dans un grand 

t nombre d'Auteurs de tous les âges , j'ai voulu représenter fidèlement notre ancienne Langue. Il m'a donc 

« paru nécessaire de l'étudier dans tous ses rapports, et dans toutes les variétés, pour me déterminer sur le 

« cboL\ des mots que je devois faire entrer dans cette collection, ou que je pouvois en exclure. ■ 

Dans ces quelques lignes, La Curne de Sainte-Palaye expose le plan de son Dictionnaire. Son modèle a 
été Du Gange, et nous pouvons dire que s'il ne l'a pas dépassé, du moins il l'a égalé. Il prend chaque mot de 
notre ancien français à son origine, il en donne l'étymologie , Thistoire, l'explication, elle fait suivre de 
nombreux extraits d'anciens auteurs, poètes ou prosateurs qui l'ont employé. 

Non-seulement on suit ainsi chaque mot à travers les siècles , mais les citations font connaître, de la manière 
la plus exacte, les diverses acceptions dans lesquelles le mol a été pris. Celte méthode est excellente et ne 
laisse aucun doute dans l'esprit sur la signification vraie et réelle des mots de notre ancien français. 

Le Dictionnaire historique de La Curne de Sainte Palaye comprend les grandes divisions suivantes : 

SIGNIFICATION l'ItlMlTIVE ET SECONDAIRE DES VIEUX MOTS. 

VIEUX MOTS EMPLOYÉS DANS LES CHANTS DES TROUVÈRES. 

ACCEPTIONS MÉTAPHORIQUES OU FIGURÉES DES VIEUX MOTS FRANÇAIS. 

ETYMOLOGIE DES VIEUX MOTS. 

ORTHOGRAPHE DES VIEUX MOTS. 

CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES DE TOURS DE PHRASES DE L'ANCIENNE LANGUE. 

ADRÉVL\TIONS ; ÉTUDES SUR LES ÉQUIVOQUES QU'ELLES PRÉSENTENT DANS LES ANCIENS 

AUTEURS. 
PONCTUATION; DIFFICULTÉS QU'ELLE PRÉSENTE. 
MOTS DONT LA SIGNIFICATION EST INCONNUE. 

PROVERBES QUI SE TROUVENT DANS NOS POÈTES DES XIP, XIIP ET XIV' SIÈCLES. 
NOMS PROPRES ET NOMS DE LIEUX CORROMPUS ET DÉFIGURÉS PAR LES ANCIENS AUTEURS. 
MOTS EMPRUNTÉS AUX LANGUES ÉTRANGÈRES. 
USAGES ANCIENS. 

Ce beau et magnifique monument de notre ancienne langue est-il destiné à rester à l'état de 
manuscrit ? Doit-il continuer à n'être à la portée que d'un petit nombre de privilégiés ? Nous ne le pensons 
pas; nous croyons que le moment est venu de publier ce vaste recueil si précieux pour l'étude de notre 
langue. 

Il est aussi une considération de la plus haute importance qui nous engage à entreprendre cette publication. 
Le feu a détruit une grande quantité de manuscrits dont le monde savant déplore la perte. La Commune 
de Paris, en 1871, n'avait-ellc pas voué aux flammes les trésors que renferme la Bibliothèque nationale? 
Si Paris n'eût pas été arraché, aussi rapidement, des mains des gens de la Commune, nous n'aurions 
plus la possibilité de consulter le Dictionnaire hi>torique de Sainte-Palaye. Cette œuvre immense 
aurait été, comme beaucoup d'autres trésors d'érudition, perdue k tout jamais pour le monde savant. 



Ilàtons-nous donc (rimprimcr ce recueil. Il ne sera plus alors soumis aux nombreuses causes de destruction 
qui tôt ou tard anéantissent les plus précieux manuscrits. 

Voici l'opinion de quelques érudits sur l'œuvre do La Curne de Sainte-Palaye : 

« La Curne de Saintc-Palayc, qui est du siècle dernier (dit M. Litlré, dans l'inlro- 
« duction de son Dictionnaire de la Langue Française), avait préparé un Dictionnaire 
« du vieux français, dont il n'a été publié qu'un premier tome; les matériaux qu'il 
« avait recueillis remplissent beaucoup d'in-folio qui sont déposés à la Bibliothèque 
« impériale ; ces matériaux consistent en exemples pris dans les anciens auteurs ; je les 
« ai eus constamment sous les yeux, et j'y ai trouvé de nombreux et utiles suppléments 
« à mes propres recherches. 

« Les manuscrits de La Curne sont des trésors ouverts à qui veut y jiuiser ; mais 
« on ne peut y puiser sans remercier celui qui nous les a laissés. » 



M. Ambroise-Firmin Didot, dans Tintroduclion qu'il a placée en tête du Glossaire français de Du Gange , 
s'exprime ainsi : 

La Curne de Sainte-Palaye est auteur d'un Glossaire de l'ancienne langue française, 
« depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV. 

« L'impression de ce beau travail, dont deux manuscrits existent à la Bibliothèque 
« nationale, l'un en 31 volumes in-folio, à deux colonnes, l'autre, plus complet, en 61 
« volumes in-4°, a été interrompue lors de la Bévolution de 1 792. Quelques exemplaires 
« des 735 pages du tome 1" ont échappé à la destruction qui a été faite de ce volume. 
« L'impression s'est arrêtée au mot asseureté. » 



Le savant bibliophile Brunet, dans son Manuel de la librairie, regrette vivement que l'impression de ce 
beau travail n'ait pas été continuée. Voici ce que nous lisons à l'article Saime-Palaye : 

« On est redevable, à La Curne de Sainte-Palaye, d'un recueil manuscrit en 40 volumes 
« in-folio, dans lequel il avait déposé le fruit de près de cinquante années de recherches, 
« relatives aux antiquités de la France en général et à notre ancien langage en particulier. 

« C'est avec le secours de ces précieux matériaux (ju'il se proposait de publier le 
« Glossaire françois, dont il fit paraître, en 1756, \e projet (brochure in-4° de 32 pages), 
« et dont, depuis, il abandonna la rédaction à Georges-Jean Mouchet , savant laborieux, 
« qui se chargea de mettre l'ouvrage au jour, sous le titre de Glossaire de l'ancienne 



langue française, depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV, en 10 ou 12 
volumes in-folio. 

« Malheureusement, l'impression de ce beau travail, commencée du vivant de Sainte- 
Palaye et continuée depuis, n'a pas été conduite au-delà du mot asseureté, colonne 
1470 ou page 733 du tome 1"; mais ce fragment, dont par bonheur quelques 
exemplaires ont échappé à la destruction, faitjuger trop avantageusement de l'ouvrage 
pour qu'on ne regrette pas vivement cju'il n'ait pas clé achevé. » 



La Curne de Sainte-Palaye avait exposé, en 1750, le vaste plan de son Dictioniinaire dans un 
prospectus qui est une sorte d'introduction à son ouvrage. Nous avons été assez heureux pour retrouver un 
exemplaire de ce prospectus. Nous croyons devoir le reproduire. On verra le temps et les immenses recherches 
qu'il a fallu à Fauteur pour accomplir son travail de bénédictin. C'est avec une extrême modestie, une 
entière sincérité que La Curne de Sainte-Palaye parle de son œuvre. Voici ce projet destiné à servir 
de préface à ce monument colossal élevé en l'hoiuieur de l'ancienne Langue française : 



PROJET D'UN GLOSSAIRE FRANÇOIS 



Depuis plus de deux siècles un p;ranrl nombre d'Ecrivains ont travaillé avec plus ou moins de succès 
à l'éclaircissement de notre Histoire. Dès le temps de François I, le célèbre Guillaume du Bellay, 
Seiiineur de Langey. à la lecture de celle des Grecs, des I^omains, des Barbares même, courut une noble 
jalousie pour la jïloire de sa .Nation , et résolut de se plonger dans des recberches proibndes nui i)ussent 
servir à débrouiller le cbaos des Antiquités l''rançoises. Il forma d'abord le dessein de démêler les 
origines des Gaulois et des l'ranç.'ois: en remuant (ce sont les termes) les titres, livres, eliarlres , 
épitnphes, fondations, et antres choses antii/ues. Il n'avoil pas désespéré de faire une espèce de 
concordance des noms anciens (les l'rovinces et des Villes de la Gaule et de la France, avec les noms 
moilernes. Il n'avoil pas dédaiirné de niellre la main à cet ouvrage, et d'en composer un Vocabulaire 
alpbabétique. Après s'être fait des l'ccueds pour sa propre instruction, il entreprit, pour celle du public, 
deux autres ouvrages plus importants, qui marquoient et la supériorité de son génie, et la grandeur de 
ses vues. Dans l'un il se proiiosoil , sur le modèle de Plulaniue, de comparer les Ilomnics illustres 
de la France avec ceux de l'Auliiiuité : l'autre avoit pour objet, les Charges et les Dignités de la Couronne. 
On y devoit expliquer leurs fondions, leurs droits, leurs privilèges, leurs prérogatives, etc. et monU'er 
en quoi elles ressembloient aux Charges et Dignités modernes, en quoi elles en différoienl. Trop habile 
pour ignorer (juclle variété, quelle profondeur de connoissances étoient nécessaires pour exécuter 
de tels projets, ce grand homme eut aussi la modestie de se défier de ses talents : mais il se flattoit du 
moins (|ue.son exciiq)lc nieltroitsur la voie des hommes [dus capables qu'il ne croyoit l'être, de finir ce 
qu'il auroit ébauché. Des devoirs essentiels, les besoins de l'Etat qu'il servit avec dislinclioii dans les 
guerres les plus sanglantes, et dans les négociations les plus délicates l'arrachèrent à ce travail (|u'il 
reprit dans la suite, et qui néanmoins ne fut pas mis au jour. 

Di Tii.i.ET, Greffier en chef du Parlement, ne tarda pas :i remplir les vœux de du Bellay, pour le 
dernier de ces trois ouvrages, par le savant Traité de In Maison et Couronne de France. 

AriîEs Kcx, Pas(iuier, Pilhou, Nicot et Faucbcl, mais sur-tout le premier , contribuèrent, par des 
recherches immenses, ;i éclaircir nos Anliipiib's Fiançoises. Mais quel nouvel éclat n'out-elles pas reçu 
depuis, sous les ministères de liichelieu, de Mazarin et de Colbert, par les veilles des Duchêne, des 



Dupuy, (les Pilliou, des Valois, des du Cnn?;e, des PP. Labbe, Sirmond, le Cointe, d'Acliery et MalHllon. 
el d'une l'oulc d'aulres (ju'il scroit iuulilo de noininer. 

A LA viio de tant de secours (|u"ils nous ont itrépart-s, nous i|ui sommes soutenus, comme ils l'eloient 
de leur temps, de la prolecliuu du Hoi el de la liienveillance de ses Ministres, pourrions-nous rester 
oisifs, dans un siècle où l'esprit de discussion et de crilii|iie , (jpurc par le u'OÙt, semble être au |)oint de 
maturité? Aussi les travaux de nos devanciers reddublent-ils le xMe de leurs successeuis. De mmvelles 
entreprises le disputent joumclUMiient aux anciennes, et coiu'ourent toutes au même but. Les Archives, 
les Bibliolbcques ouvertes de toules paris oiri-('iil des trésors ini'puisahles à (lui veut les employer. De 
combien de Chartres, Chroniiiues, de Titi'es de toute espèce, uns laborieux Compilateurs n'ont-ils pas 
enrichi le Public';' Le savant Ouvrage du P. Mabillon si bien continué, si judicieusement augmenté 
par de nouveaux Ecrivains ; celui de Du Cange étendu, perfectionné dans la nouvelle ('-dilion qui attend 
encore un riche supplément, nous facilitent la lecture et l'intelligence de tant de précieux monuments. 
Rendons-en gi'aces à leurs Auteurs; mais osons le dire : ces secours seront toujours insuflisants, tant 
que nous n'aurons point l'ouvrage par lequel il aurait fallu commencer. 

BcDÉ el les autres Restaurateurs des Lettres couiprirenl ([u'il ne suflisoit |)as de mulliplier par 
l'impression, et de répandre par-tout le texte des Kcrivaius de la Crcce cl de liome, si l'on n'eu donnoit 
aussi la clef, c'esl-à-dire, des Dictionnaires exacts. .Nos Littérateurs l*'rançois n'ont point prolilédecet 
exemple. 

Au nocT de 200 ans de travaux, malgré les vœux réib'rés d'une multitude de Savants, et les instances 
de M. Kalconet dans un .Mémoire curieux ([u'il lut en 1727 dans une assemblée publique de l'Académie, 
nous sommes encore îi désirer un Glossaire François, qui nous fasse entendre la langue de nos anciens 
Auteurs. Nous avons, à la vérité, sur ((uelques-uns d'eux, des Glossaires particuliers, tels que celui de 
Loisel sur les Poésies d'Elinand, et quelques autres; mais personne n'a, jusqu'à ce jour, embrassé l'objet 
dans toute son étendue. 

En se bornant h répéter sans cesse des explications inutiles, souvent fausses ou hasardées du même 
mot, on a négligé d'en expliquer beaucoup d'autres qui arrêtent encore les lecteurs : on s'est dispensé 
d'assigner aux mots déjà connus toutes les acceptions dans les(iuelles ils ont été employés. Deux 
raisons peuvent avoir détourné de ce travail : d'une part, l'inutilité prétendue, à n'en juger qu'à la 
première inspection; de l'autre, l'immensité des lectures en tout genre qu'exigeoit cette entreprise. 
Qu'avons-nous besoin, disent les uns, d'un Glossaire François? tant d'hommes profonds dans notre 
Histcire n'avoient point ce secours, et n'ont point laissé d'être experts dans la lecture de nos vieilles 
Chroni(|ues et de nos anciennes Chartres. J'en conviendrai, si l'on veut; mais du moins faut-il m'accorder 
qu'à l'aide d'un Glossaire, les habiles gens les auroient encore mieux lues, ou plus facilement entendues. 
Les premiers pas, toujours les plus rebutants dans quelque carrière que ce soit, auroient été pour eux, 
et moins longs et moins pénibles : les Auteurs auroient plus utilement employé le temps qu'ils perdirent 
à s'échaflauder, à tâtonner, à deviner. 

Comment se résoudre, disent les autres qui s'effrayent de l'immensité des recherches, à s'user les yeux 
sur une multitude de titres qui n'apprennent rien, ou presque rien ; à dévorer d'anciens livres fastidieux 
el barbares qui parlent chacun leur jargon, suivant les Provinces où vécurent les.Vuteurs, et quelque- 
fois même selon le caprice d'une imagination égarée, qui n'admettait ni borne, ni ordre, ni convenance 
dans ses métaphores et dans ses ligures? Se condamnera-t-on à passer sa vie dans ce pénible exercice, 
et cela pour recueillir uniquement de vieux mots, dont un grand nombre se sont conservés dans le patois 
de quelques cantons de Province? Présenter à une Nation éclairée, civilisée, excessivement délicate, 
des mots et des tours relégués dans les entretiens grossiers de la lie du peuple, ce seroit pour fruit 
de ses veilles, s'exposer au ridicule que ne manqueroient pas de jeter sur un pareil ouvrage des hommes 
superficiels, incapables d'en apercevoir l'utilité. 

Pour vaincre des difficultés si rebutantes, pour s'exposer à de tels risques, il faut, j'en conviens, une 
sorte de courage; mais enfin, si l'on s'étoit une fois bien persuadé qu'à ce prix on eût pu rendre un 
service considérable aux Lettres, à sa Nation, certainement, d'aulres avant moi, se seroienl chargés 
de cette entreprise. Quelle confiance d'ailleurs ne devoit point donner l'exemple du célèbre Du Gange, 
dont la mémoire ne périra jamais, tant qu'il restera parmi nous une étincelle de cet amour de la 
pairie, qui doit animer tous nos Savants. 

QuELQu'iMMENSEs, quclqu'utiles que soient ses autres travaux, c'est sur-tout à son Glossaire qu'il sera 
redevable de l'immortalité. Aussi, pouvons-nous dire hardimenl que nous tenons de ce grand homme 
la certitude de toutes les connoissances que nous ont transmis les Savants qui sont venus après lui ; que 
sans lui, leur marche dans la canière de notre Histoire et de nos Antiquités ecclésiastiques ou civiles, eût 
été souvent incertaine et chancelante, et qu'en voulant nous guider, ils se seroienl égarés eux-mêmes 
les premiers. Il est vrai qu'en déchilTrant le Latin barbare,' il a sur- tout travaillé pour des hommes 
doctes qui peuvent seuls connoitre la valeur de son travail : avantage dont ne peut se flatter également 



rAiilenr iA"im Glossaire Frnnrois. Cependant il faut convenir qu'un r.lossaire François, sorti des mains 
de Du Cancre, eût été un ouvrapre précieux. Je sens la dilTorence qu'on metlra toujours entre un homme 
unique, el quiconque entreprendra de le suivre ou de Timiter : mais celte difTercnce ne tombera que sur 
l'Auleur, et nullement sur l'objet de l'ouvrage. Sans entrer ici dans le détail de tout ce qu'ont dit les 
Ecrivains les plus graves îi la louan^ie du savant et judicieux Auteur du Cdossaire Latin ; de son tcmoi- 
gnajie souvent réclamé par les plus célèbres avocats dans des causes trés-imporlantes, et du poids 
qu'ont eu ses décisions dans les premiers Tiibunaux du lioyaume. je ne craindrai point d'avancer qu'il 
ne manqueroit au Glossaire Fram/ois, pour jouir des mcuics avantages, ([ue d'avoir été composé par 
un xVuteur dont le savoir et la capacité répondissent à l'imporlaïu'e du travail. Il m'en coûtera peu de 
faire îi cet é^'ard tous les aveux (ju'on voudra; mais de quchpie façon ((ue cet Ouvra?;e soit exécuté, 
il répandra toujours quelques lumières sur noire ancienne Lani;ue: el quelle autre Lanp;uepeut être plus 
intéressante pour nous, que celle de nos Aveux, d;ins laquelle sont consiErnés les termes de nos Loix, 
de nos Coutumes, de notre Di'oil féodal et des redevances (jui en résultent, de notre Milice, de nos 
Arts et de nos .Métiers, de nos Manufactures, de noire Commerce, de nos Monnoies, des Mesures tant de 
nos grains et de nos boissons, que de nos bérilages, et une infinité d'autres qu'il est aise de suppléer':' 

PoiR ne parler que de ce qui concerne directement cette classe de Gens de Lctli'cs qui font de notre 
Histoire el de nos Antiquités, l'objet principal de leurs études, j'insisterai sur un point essentiel, auquel, 
ce me semble, on n'a jamais fait assez d'attention. La connoissance de notre ancienne Langue est si 
nécessaire pour eux, que si d'avance ils ne la possèdent avec une certaine étendue, ils ne seront pas 
même en état de lire comuv: il faut, les Auteurs et lés Monuments sur lesquels ils ont ù travailler. Que 
sera-ce s'ils enlrepreniu^nt de les publier'' Ils ne les donneront qu'avec des fautes, des altérations et des 
corruptions énormes, (lui souvent en changeront le sens. Les plus habiles gens qu'ait eu la France dans 
l'art de déchiffrer les anciennes écritures, ont ([uelquefois publié des textes, qu'ils n'avoienl pas su lire. 
Ne dissimulons pas ici. par une fausse délicatesse, ce qui se passa dans les premiers temps de l'Académie 
des Bellcs-Lellres, au sujet de ce mot caienaire , qui dans un ancien Manuscrit se trouvoil placé à 
la suite du nom d'un de nos Rois. Plusieurs Dissertations I constatent quelle fut la diversité des avis. 
Ce ne fut qu'après bien desdiscussious quons'assura qu'd l'alloit lire cal en aire, en trois mois, qui signi- 
Tioient ça en arrière, ou ci-devant; c'est-:Vdire, que S' Louis, le Prince en question, étoit alors décédé. 
Le P. Mabillon lui-même de qui toute l'Europe savante apprit à déchiffrer les anciennes écritures, ne 
fut point exempt de tous reitroches. Les uK'prises (pii lui sont échappées, en publiant le texte des Sermons 
François de S' Bernard, prouvent que cet habile Anli(iuaire ne couuoissoil p;is aussi parfaitement le 
vieux François que la Latinité du moyen âge. Après de tels exemples, est-il ([uclque Savant qui pût se 
flatter de né point commettre de pareilles fâutesï Est-il quelqu'un qui pût rougir de les avoir commises? 
N'iiésilons pas à le dire : faute d'un Glossaire François, nous en sommes encore aux premiers éléments 
de la Grammaire, par rapport i"» la connoissance des monuments de noire Histoire, de nos Antiquités, et 
de noire Littérature. On n'aura pas de peine à s'en convaincre ([uand j'aurai fait connoilre l'embarras et 
la confusion des caractères par lesquels nos anciens Titres et nos Manuscrits ont été transmis jusqu'à 
nous. 

S.-vxs parler des abréviations, souvent Irès-équivoques, qu'on y trouve à chaque ligne, les dilTérentes 
parties du discours n'y sont distinguées par aucune sorte de ponctuation ; les mots commençant par des 
vovelles , et précédés (l'articles onde certains pronoms, n'olTrent point d'apostrophes, qui fassent discer- 
ner l'un de l'autre; deux mots sont , la plupart du temps, mis ensemble, comme s'ils n'en faisoient 
qu'un, tandis qu'un autre est coupé par le milieu, comme s'il en faisoit deux : enfin jamais on y verra de 
points sur les i , et par consé(iuent les jambages des m , des n et des u, qui avoient enlr'eux beaucoup 
de ressemblance, sont presque toujours confondus avec les/: de sorte qu'un même mot peut être 
lu de huit ou dix façons ditTérentes. La même difUcullé se présente à chaque lettre : il n'en est iires(iue 
aucune qui ne puisse être prise pour (pielqu'autre; les traits ijui les distinguent sont imperceptibles aux 
yeux les plus clair-voyants. Dc-là tant de mots mal lus, dont on a fait autant d'articles dans des Glossaires 
particuliers, ou dans des notes, et qui ont été aussi mal interprétés, quand les Editeurs n'ont pas 
eu la bonne foi de convenir qu'ils ne les enlendoient pas. 

Ocelle sera donc la ressource d'un lecteur dans la multitude de ces diverses leçons que le même texte 
lui présente, et qui sonUlnulcs également bien fondées, à n'en jugci' que par le témoignage de ses 
yeux'' La connoissance de la Langue lui donnera le seul moyen ipii lui reste de lever ses doutes, et 
de sortir de ce labyrinlbe. 11 tiendra pour suspects tous les niuls ([ue son texte lui offrira, lorsiiu'ils lui 
seront inconnus : il admellra avec confiance ceux dont il apprendra, par le Glossaire, que l'usage est 
appuyé sur des exemples. 

Pardon.no.ns Ji nos Modernes une ignorance que l'éloignemenl des temps rend excusable. 11 y a près de 

(1) Voyez dans 1p Recueil des Mémoires de l'Académie Royale des Relies-Lettres, t. L page 319 et buiv. el tome V. page 
34i; ceux de Mr Roindin, Roivin el Lancelot. 



300 ans que Molinel ayant déjîi voulu interpréter le langage du P.oman de la Rose, et Clément Jlarot 
le langage de Villon, ils lombùrent l'un et l'aulre dans de pareilles bévues; et ce qui peut les rendre 
excusables cux-méuies, c'est ([ue nous trouvons de seniblables nié|)rises dans des .Manuscrits de 'lOO ans, 
dont les copistes ayant mal lu l'écriture dos siècles qui les avoicnt précédés, substituèrent, au mut qui 
ne s'entcndoit plus, un aulrc mot (jui ne convcnoil pas ;iu sens de la plirase : ainsi trouvant le mot 
zou'mnnnlaijc on a lu soiiiijiuuildijc ; et comme ce mut n'éloit pas enlciidu, on a mis à sa place celui de 
S('iii;/)n'itri(i!i(', au lieu de lire i|ue (luillaume le lîàlard étoil né en soitl;;iunila{jc 'concubina^'e; ijui 
vient du \ci-bc souuiiwr formédu Lalin sitiiinarc. On lit dans un de nos plus anciens Manuscritsdu lioman 
du lîrul, que Guillaume était lui en sciijiu'ui'utije ; ce ([ui ne peut avoir (lu'un sens tiès-opposé à celui 
de l'Auteur original , et à la vérité de l'bisloirc. 

On si:N'Tde(|uelle conséquence peuvent être do pareilles fautes pourrilisioire, jjour les Hénéalogies, et 
pour les autres objets de nos éludes. Les anciennes nu'prises s'accréditeiont déplus en plus, se multi- 
pliei'ont, et en feront nailre de nouvelles, si l'on n'y ap|iorle le remède le plus iirumpi. || n'y a pas de 
temps à [lerdre : des Recueils précieux, toujouis protégés [iar le Gouvernement, tels (|uè le Callia 
Christ iaua, les Ordonnances de nos Uois (1), nos anciens Historiens ("ij, l'Iiisloire littéraire de la France (3), 
et l'Histoire de la Diplomatique {'i), sont continués avec une ardeur toute nouvelle : d'autres non moins 
importants sont enhe|)ris avec le même zèle et le même courage : une Hescriplion bistori(|ue, géogra- 
plii(|ue et diiilumaliiiue de la France (.-i;, un Traité des Monnoies ((j;, une IlisUure de toutes les biancbes 
du Droit public Fraui;ois ^7;, des Histoires particulières de plusieurs piovinccs de France : tous ces 
Ouvrages réclament unanimement le .secours d'un Glossaire Frangois; mais il n'en est point, auquel il 
soit plus nécessaire , qu'à la grande collection de nos anciens Historiens, si l'on veut ([u'elle paroisse 
avec toute la correction et la fidélité qui font le mérite des premiers Volumes. Elle approclie du temps 
où nos Historiens ont commencé d'écrire en François : à l'aide d'un Glossaiie, les textes anciens 
paroîtront avec plus d'exactitude; les Editeurs et les Auteurs pourront èlre soulagés dans leurs [lénibles 
recherches. Hàtons-nous donc de leur donner les secours qu'ils attendent de nos foibles lumières, et 
tâchons de mériler d'avance, autant tiue nous le pourrons, les avantages iiue nous retirerons avec usure 
de leurs soins, de leurs veilles et de leurs travaux. 

Fondé sur les raisons que j'ai développées plus liaut, je compris, en commençant un cours réglé 
d'études sur notre Histoire et sur nos Anti([uilés, que je devois recueillir, pour mon usage, les vieux 
mots François de nos premiers Ecrivains , afin que la comparaison de divers passages où se rencontrent 
ces n.ots , pût me donner le moyen de les entendre. 

Un grand-loisir, que je dois au bonheur de ma destinée, et une assiduité presque continuelle pendant 
plus de trente ans à faire des lectures qui tendoiënt toutes au même but, m'ont mis en état de 
rassembler une multitude immense de ces mots suranés. J'ai cru pouvoir en composer, je ne dirai 
pas un Glossaire aussi savant, et aussi bien fait que celui de Du Gange; mais du moins un ouvrage de 
même nature qui auroit aussi son utilité. J'ai tâché, autant que je l'ai pu, de me former sur cet excellent 
modèle : trop heureux de suivre de très-loin un guide qui marche à pas de géant, un Savant universel 
qui par des travaux infatigables s'étoit approprié'les connoissances de tous les siècles et de tous les pays. 

En réunissant sous un même point de vue dans l'ordre alphabétique, les vieux mots épars dans un 
grand nombre d'Auteurs de tous les âges, j'ai voulu représenter fidèlement notre ancienne Langue. H 
m'a donc paru nécessaire de rétudier'dans tous ses rapports, et dans toutes les variétés, pour me 
déterminer sur le choix des mots que je devois faire entrer dans cette collection , ou que je pouvois en 
exclure. 

Lorsque je suis venu à considérer les différentes classes de lecteurs auxquels j'avois â répondre , je me 
suis vu entre deux écueils également dangereux : les uns avides de tout savoir exigent qu'on ne leur 
épargne aucun détail, et font un crime à l'Auteur de tout ce qu'il dérobe à leur curiosité ; les autres, d'un 
goût plus superficiel, voudroient que l'on se bornât à l'étroit nécessaire; leur vue n'aperçoit que les 
objets d'une utilité directe et palpable; ils traiientde minutieux certains détails, faute d'appercevoir. du 
premier coup d'œil, le rapport que ces détails peuvent avoir à d'autres objets plus généraux et plus 
importants. J'ai tâché de tenir un juste milieu, en évitant d'en dire trop, et de n'en pas dire assez. Peut- 
être trouvera-t-on que je donne encore dans le premier de ces deux excès, entraîné par le penchant 
naturel dont on a peine à se défendre lorsqu'on traite un sujet qu'on affectionne. Telle remarque ne 
s'est présentée qu'à la suite d'un grand nombre de lectures : telle autre découverte est le seul fruit qu'on 
ait recueilli d'un Auteur très-rare que personne ne lit plus. La singularité, la difficulté ont d'abord fait 
saisir ces objets comme intéressants, ou du moins comme curieux : on leur a donné un degré d'estime 

(1) Par M. de Villevault, Conseiller à la Cour des .Vides. — (2) Par Dom Audiguier et son frère, Bénédictins. — (3) Par Dom 
Clémence. - (4) Par Dom Tassin. - (5) Par M. l'Alibé de Foy, Chanoine de Meaux. - (C>) Par JI. Souchet de Bisseaux. - 
(7J Par M. Bouquet, .\vocat, neveu du célèbre Uéiicdictin de ce nom. 



dont on a peine à se déparlir : on croit ne pouvoir se dispenser d'en faire usage : on s'y complaît, 
on les conserve comme s'ils dévoient nécessairement piinier l;i curiosilô ; mais le lecteur impartial reçoit 
souvent avec froideur et (lucliiuefois avec dédain ce ijuc l'Auteur lui piésente avec eulliousiasnie. On a 
beau vouloir cire en garde contre la prévention; il est dilTicile. eu certains cas. de tenir toujours la 
balance égale entre sou propre troùt et celui des autres. 11 me sera sans doute arrivé plus d'une fois de 
passer les bornes que j'ai eu intention de me prescrire; mais j'ose espérer qu'on voudra bien avoir pour 
moi quelqu'indulgence : ce n'est pas trop demander |)oui' les peines ([ue j'ai prises. 

QroinrF. le but principal de cet Ouvrage soit de donner ou de faciliter rintelligcnce du hingage de nos 
anciens Kcrivains. on ne se bornera pas cependant î^i rapporter tous les mots dont ils se servent et qui 
sont maintenant inusités: on y joindra les mots qui nous sont encore familiers, mais qui eurent autrefois 
une siginlication différente de celle que nous leur donnons. On s'attachera dans tous ces articles à 
démêler d'abord leur sens propre; ensuite on expliquera suivant l'ordre progressif des idées, qui 
l)aroitra le plus naturel , les autres siguilications plus étemlues cl iiueNiuefois dt'tournées iiu'ils ont eues 
depuis; soit qu'ils aient conservé la même forme, soit qu'ils aient éprouvé qucliiucs foibles altérations. 

CiuQcr. acception du mot sera toujours prouvée par une ou deux autorités; et l'on indi(juera par des 
renvois les autres Auteurs ([ui auront employé le mot dans le même sens. Si le lecteur n'est pas entière- 
ment satisfait de nos explications, il pourra, moyennant ces renvois, s'assurer par lui-même si elles 
.s'accordent avec l'usage que les Ecrivains indiqués auront fait du même mot. Supposé qu'il trouve dans 
ces Auteurs notre justitication, et des moyens de lever ses doutes, nous nous en applaudirons; s'il y 
rencontroit des signirications opposées aux nôtres, ou qui n'y seroient pas exactement conformes, nous 
ne laisserions pas encore de nous en ajtplaudir. (lomme nous cbercbons autant ù nous instruire (lu'à 
instruire les autres, nous désirons que nos méprises soient relevées. Nous serons trop contents d'avoir 
fourni des armes îi ceux (jui combattront nos erreurs : nous ne cherchons que la vérité. 

A LA VIE de certains passages qui accompagnent notre explicalion, on pourra dire (|uelquefois que le 
sens de ces textes est si clair que ce n'élail pas la peine de faire des articles pour des mots (|ui s'expli- 
quent d'eux-mêmes. Mais je supplie ceux ciui me feront celle objection de penser ((ue la conqiaraison 
de ces passages multipliés a souvent été l'unique voie qui nous ait conduits à l'intelligence du mol ; (jue 
sur un grand nombre de plii'ases où il se rencontre, nous avons choisi celles qui pouvoient en moins 
de paroles en donner l'interprétation la plus nette et la plus inconlestabic ; mais que ces mots se trou- 
vent souvent confondus avec des mots iiiiulelligibles dans d'autres phrases louches, obscures, embarras- 
sées; dans des manuscrits difliclles à lire, dans des textes corrompus ou défectueux, où, sans les autres 
exemples que nous citons, il étoit impossible de les deviner. 

A i."K(;.\nD des mots dont la sigmficalion nous sera totalement inconnue, ou sur lesquels on n'a jusqu'ici 
(jue des soupçons et des conjectures, nous rapporterons en entier tous les passages où nous les aurons 
remarqués ; d'une part ces citations accumulées pourront dissiper les doutes des lecteurs et lever leurs 
difficultés; de l'autre ils apporteront au mot dont la signilicnlion est ignorée queliiues degrés de lumière; 
et cette foible lueur, jointe ù celle (juc fourniront d'autres passages ([u'oii pourra déterrer dans la suite, 
achèvera peut-être un jour de donner tous les éclaircissements iiue nous cherchons. 

Des significations primitives et secondaires, nous passerons aux acceptions métaphoriques ou figurées 
qui sont encore plus ahondantes chez les peuples dont la barbarie et la grossièreté a fait long-temps le 
caractère, que chez les nations où l'esprit et la politesse ont régné pendant plusieurs siècles. Trè.s-souvent 
la sigiiilication accessoire est devenue la principale, et ([uelquefois a fait disparoitre la signilication 
originaire. Ces termes métaphoriques une fois admis dans l'usage universel, n'appartiennent i)as moins à 
la langue (jue les mots pris dans le sens propre : ils ont dû uéccssairemeul entrer dans notre Glossaire. 
Mais il est une autre classe de termes métaphoriques dilT(''reuls de ces i)remicrs. .le parle de ceux ([ue cha- 
cun se faisoit à sa fantaisie. On voit bien en général que nos vieux Auteurs sont remplis de mots de cette 
espèce. .Nos Poètes sur-tout en imaginent, en forment un nombre prodigieux. Dans celte foule innom- 
brable de métaphores fabriquées ù plaisir, et (]ui iiérissoienl en naissant, coinmcnl, au travers d'une 
antiquité si reculée, démêler ccllesqui appartenoient à notre l.angue, de celles qui n'éloienUiue le jargon 
de tel ou de tel Ecrivain';' Comment discerner celles qui liient quelque fortune, et iiui du moins pour un 
fem|is furent adoptées? .Nous n'avons i)as toujours assez de pièces de comparaison pour faire ce triage. 
Falloit-il admettre dans notre collection tous ces termes métaphori(iues ':■ Ealloit-il les en exclure indis- 
tinctemenir N'ayant point (le règle certaine ([ui put nous lixersur le choix, nous nous sommes laissés 
aller au hasard; et peut-être nous y sommes-nous trop livrés, l'eut-êlre trouvcra-t-on que nous avons 
admis un trop grand nombre de ces dilTérentes siguilications. Mais elles serviront du moins ù mieux 
entendre les passages où elles sont employées : elles feront connoilre le génie des Auteurs, et pourront 
juslilier l'explication que nous aurons donnée à d'auli'cs mots foruK's selon la même analogie : ce 
seront quelquefois des énigmes, des rébus, des logogrvpbcs, qui donneront le moven d'en deviner 
d'autres. 

O.N a dit par exemple : Payer lance sus [autre. Il seroit difficile d'assigner la véritable signification de 



celle façon de i);irlcr, si l'on ijrnoroit que lance sus (anlrc, veut dire lance en arrest, lance appuyf-e sur 
le t'entre (pii ^arnissoit la cuisse, cl que c'cloil dans l'allilude de la lance sus [autre, que les (iendarmes 
recevoienl leur paye aux revues : de \l\ on a dit paijer lance sus [autre , pour payer exactement, payer 
aussi i'éi;idir renient ([ue l'on payoit les Ccndarnies qui éloienl sous les armes. 

L'Korivdon; du mol l'ou (lui s'csl dit lanlôl pour /Vn//, nom [iroprc, tantût pour Peu adverbe, a servi à 
faire des pruvei'lies , ou du moins des expressions abusives. On a dil : l'ar S. l'on , comme on dit encore 
popuiaireuM'ul : l'ar S. l'eu. On se servoil du mol S l'ou, pour d(''signer un liomme pauvre, peu accom- 
mode des biens de la fortune. 

Le mot Adcsésplunie qu'on trouve dans Phil. Mouskes, seroit iniidellii;ible, si l'on n'étoit familiarisé 
avec la bizarrerie de nos Ecrivains dans la tournure de leurs plirases. Ce l'oëte parle d'un Piince qui dis- 
tribue ;"i toute .sa Cour des manteaux et des robes neuves : il dit (|u'il n'y ot onc ade&és plume , du mot 
adeser, loucber; ce qui signifie que jamais plume n'y avoil toucbé, qne'jamais on n'y avoit essuyé sa 
plume; c'esl-à-dirc, que les manteaux étoient tout neufs et sans la moindre taclie. 

La pi.i!i'.\nT de ces façons de parler vcnoient de nos Poêles Trouvères ou Romanciers : leurs verset 
leurs chants, dont les Cours des Seigneurs avoient retenti, après les lectures publiques et les représen- 
tations, passoienl de bouche en bouche. Leurs expressions avoient l'honneur de devenir proverbiales. 
Dans ces leiups de barbarie ils donuoicnt le ton, comme ont fait, dans le siècle le plus poli, les Corneille, 
les iiaciue. les la Konlaiiie, les Despn'aux, les Molière, les Quinault et leurs pareils. Notre langue .s'est 
encore suivbai-gée des dépouilles lusliiiues et grossières des anciens Auteurs, bien plus qu'elle ne s'est 
enrichie des ornements précieux de nos Modernes. 

Le choix des proverbes ne nous a pas semblé moins embarrassant que celui des métaphores. Tout Dic- 
tionnaire admet les proverbes qui sont usités ; ceux qui ne le sont plus doivent donc entrer dans notre 

koltent 



ai cru 
„ ,.- de con- 
server ceux qui se trouvent dans nos plus anciens Auteurs, tels que nos Poètes des XIP, Xlll' et XIV' 
siècles, sur-tout lorsqu'ils se rapportoient h des noms de Peuples, de Provinces et de Villes. Ils nous 
font connoitre le caractère des Peuples, ou celui qu'on leur attribuoit alors. 

P.\R EXEMPLE, nous lisons dans les Poètes François qui ont écrit avant L300 : Li buueor d'Aucerre, Li 
musartae Verdun, Li usuriers de Mes, Li manoeor de Poitiers. D'autres proverbes nous apprennent 
les talents particuliers des Peuples de quelques Provinces, comme : Li meillor Archer en Anjou, Chevalier 
de Champagne, Escuier de Dourgoigne, Serjant [Vanlassm) deUennaut. Quelques-uns serve'nt à nous 
faire connoitre que tel ou tel Pays éloit renommé pour certaines productions de la terre; exem- 
ple: Oignons de Corhueil, les Esehaloignes d'Estampes : d'autres pour certains animaux, comme le 
Harant de Fescant , les Lamproies de Mutes, \es Escrevisses de Par ,\es Roncins de Bretaigne, les 
Chiens de Flandres, etc. d'autres enfin pour quelque commerce, fabrique ou manufacture, comme 
VEquarlate deCayit, le Camelin de Cambrai, \e Pleou d'Abevile ,\es Coteaux de Pierregort, le Coivre 
de Dinant, le Fer de l'Aigle, les Coupes d'argent de Tors, la Toile de Porgoignc, les tapis de Itains 
YEstamine de Verdelai (Vezelai ,) etc. 

Des Maisons illustres, des Hommes célèbres ont également donné lieu ;\ des proverbes. Nous avons 
jugé il propos de conserver à leurs descendants ces preuves glorieuses des vertus et des exploits de 
leurs pères. Brantôme, Cap. Fr. T. 2, après le récit de la mort de M. de Termes, ajoute : On disait de 
lui en Piedmont, Sagesse de Termes, et hardiesse d'Aussun : l'Espagnol de même en disait autant: 
Dieu 710US garde^ de la sagesse de M. de Termes et de la prouesse du Sieur d'Aussun , qu'on tenait dès ce 
temps-là un très-vaillant et [art hardij et hasardeux Capitaine, p. 'iil el2i8. On a\oitiincieimemenl 
un autre proverbe ou dicton appelle Vaudeville , qm ne fait pas moins d'bonneur à six Maisons illustres 
du Daupiune, Arces, Varces, Granges et Comiers : Tel les regarde qui ne les ose toucher; 7nais 
garde la queue des Berengers et des Alemam : (Expilly, Annotât, sur l'iiist. du Chevalier Bayard.) Il 
n'est presqu'aucune de nos Provinces qui ne nous fournisse quelques uns de ces dictons que nous nous 
ferons un plaisir de rapporter. 

Les mots qui composent les différents articles de ce Glossaire n'ont pas tous une orthographe fixe et 
décidée. Il n'est pas rare que le même mot se trouve écrit de plus de huit ou dix façons difTérentes. Ces 
variations se rencontrent dans le même siècle, dans la même Province, dans le même Auteur, souvent 
en grand nombre dans la même page. Quelquefois, à l'aide de l'étymologie et par analogie, on peut 
discerner quelle est la vraie wthographe; mais assez communément la critique est en défaut. Alors 
il seroit impossible d'asseoir son jugement, sans s'exposer 'à de lourdes méprises. D'ailleurs si nous 
nous déterminions pour une de ces orthographes par préférence, et sans faire mention des autres, le 
Lecteur qui chercheroit le mot sous une orthographe ditTérente , allant consulter un article du Glossaire 
où il ne seroit point, ne pourroit deviner en quel endroit nous aurions porté ce mot. Il faut donc que 



le Glossaire le lui présente de toutes les façons dont il peut avoir été écrit; ainsi nous avons pris le 
parti d'adnieltre toutes les orthographes, sauf à renvoyer nuelquefois de la moins commune à la plus 
ordinaire. Dans celle-ci nous suivons la méthode ordinane de tous nos articles : nous donnons quelques 
citations entières du texte de nos Auteurs, et nous indiiiuons ensuite les autres par des renvois aux pa- 
ges : mais lorsque d'une orthoj;raplie moins commune, nous renvoyons à une autre qui l'est davantage, 
nous nous contentons ordinairement de faire connoitre, par de simples renvois, les Auteurs qui ont em- 
ployé cette orthographe, dont les exemples se rencontrent plus rarement. 

La COMMODITE des Lecteurs qui auront besoin de feuilleter ou de consulter notre Glossaire , n'est pas 
l'unique raison qui nous aitdéteiminés à rapporter toutes les ditlcrentes orthographes d'un même mot : 
outre qu'elles serviront quehiuefois, par leur analogie réciproque, à conriinicr nos explications, nous 
espérons que les Savants pouironl en recueillir d'autres avantages. Les dilTércnts degrés [lar les(iuels 
le même mot a passé, en recevant plusieurs changements successifs dans la prononciation, dans sou 
orthographe, etc, sont autant dfi chaînons qui nous conduisent de proche en proche à l'origine du mot 
dont nous nous servons aujourd'hui. 

Porn faire sentir combien il est nécessaire, pour démêler précisément la vraie signification d'un 
mot, de connoitre les diverses manières dont il se trouve orthographié, je citerai le mol adcscr et 
adaiser qui se lit assez fiéquemment dans nos plus anciens Ecrivains : son acception la plus générale 
est celle d'approcher, toucher, metlre la main à quelque chose : on liouve même adcser la main pris 
dans ce dernier sens. Si nous n'avions que ces deux orthographes «rfcsc?' et adaiser, nous n'aurions 
encore qu'une connoissance très-imparfaite et pi'es(iue fausse de ce mot. lue autre oitiiographe, en 
levant . pour ainsi dire, le voile qui couvroit sou origine, nous en donne une explication juste, claire et 
précise. Quelquefois on écril adaiser. Il est visible que le mot (/o/s ([ue l'on a dit pour (/o/r//, et celui de 
rfc' qui nous reste encore pour signilicr un Dé « coHr/ri', sont les racines du moi adaiser, adeser, adai- 
ser . et qu'ainsi «(/o/sc?- est proprement toucher du bout du doigt : en effet nous trouvons adeser ei adaiser 
joints au mot toucher, non comme lui étant synonymes, mais pour dire ne toucher que très-superll- 
Giellement et comme du bout du doigt. 

Il seroit difficile d'assigner aux mots Godendars et Godenhoc leur véritable étymologie, s'ils n'étoient 
écrits que de ces deux manières. Guillaume Guiart qui l'a écrit Godendae , donné lieu de conjecluicr (|ue 
ce mot qui s'est dit d'une hallebarde (m pertuisane, sorte d'arme dont se servoient les Flamands, vient 
des deux mots Allemands ou Flamands goût tag qui signifient, bonjour. L'usage où nos soldats sont en- 
core aujourd'hui, pour marquer qu'ils se font un jeu delà guerre, d'appliquer a ses opérations les plus 
cruelles, les expressions les plus gaies et les plus riantes, autorise à penser (|ue des peuples grossiers 
avoient plus essenliellemenl cette habitude: ainsi percer d'un godendae, d'un godendars on godenhoc, 
étoit proprement donner le bonjour, dire le dernier adieu à celui qu'on avoit tué ou blessé. Rabelais 
nous apprend que l'expression de toHj'Oin- étoit autrefois usitée au jeu des échecs, quand on donnoit 
échec à quelque pièce principale. 

Veut-on pareillement démêler l'origine et la signification du mot Adés, tout présentement, main- 
tenant, continuellement, sans cesse? on fera de vains elïorts, si, comme Ménage, on le déiive du Latin 
ad ipsum tempus, ou de quelque autre source aussi suspecte: mais qu'on rencontre le mot adés mis avec 
toul, comme on le rencontre souvent, et iiu'on lise ensuite «(//t's pour «rft'S, il n'y a [)ersoune qui ne 
voie que tautadies, est le même que le Latin tota dies; qu'il a d'abord signifié toujours, et qu^on l'a pris 
ensuite pour tout à l'heure, de même qu'on donne au mot incessamment l'une et Faulre signification. 

Cette manière de découvrir lesétymologies de nos mots est plus naturelle, plus sûre et plus facile ([ue 
celle dont se servent nos plus savants étymologisles. Ils se perdent dans des combinaisons forcées 
de nos mots François avec ceux des langues Hébraïque, Greciiue, Arabe, etc. tandis (lu'ils ont sous leur 
main dans nos anciens Auteurs ce qu'ils vont chercher à grands fraisdans les climats étrangers. 

Les seuls mots Cr«;ffHCS, Triquaisc al Taïaut, montrent qu'un très-léger changement dans l'orlho- 
graphe, suffit pour faire a|)percevoir des élymologies qu'il seroit difficile de trouver par d'autres moyens. 
Puisqu'on lit Garigucs au lieu de Graigues, il est certain que le mot populaire Graigues vient de ce mot 
Garigues, qui lui-même a été pris du Latin Caligœ. En lis nit Turfjnaisenw lieu de Triquoise, on juge (|ue 
celle espèce de tenailles dont se servent les maréchaux, étoit un instrument emprunté des Turcs.Eufin 
quel besoin d'aller, comme quelques-uns de nos Savants , fouiller dans les Vocabulaires hébreux pour 
déterrer l'origine du mot Taïaut consacré îi la chasse'!' lorsqu'on lit iau.v pour CH.r, et à /««s pour à 
eux; lorsqu'on sait que cette expression à iaus, fut employée pour exciter les troupes au combat, el 
que l'on s'en servoit aussi anciennement à la chasse pour animer les chiens, peut-on se dispenser 
de reconnoitre que Taïaut a été formé de aiaus pour à eux , en y ajoutant un f, comme on a fait 
dans le mot Tante originairement ante, tiré du mot \ni\n amita! 

Il en est de même du mot Simagrée que nos Dictionnaires modernes définissent certaines façons de 
faire affectées, certaines minauderies. La Piquetière Blouin le dérivoil de simulacrum, et Ménage le tire 



(le ximia qu'il traîne selon la nK^llindo pnr les diverses p:i'nfl,'ilions qu'il fait essuyer aux mois radicaux; 
mais un de nos anciens l'oi'tes nous conduit tn-'S-nalurcllemenl à rori<rine de simtifirée. Vax parlant des 
.lup;es ([iii faisoieut plier les rè|;les sous leur antnrilô. et qui voiiloient (|ue leurs d(''cisions fussent la 
suprême loi, il dit ([u'ils jouoicnl au jeu ^S"// »r«;y/x'(.'; c'est-à-dire, il tn'iujréc , il me plail ahisi. Le 
mol jouer ('toit fréquenuneul employé pour former de pareilles plirases. Les simagrées éloient donc pro- 
premenl les airs d'un .luge sur son tribunal où il tranelioil du souverain. Dans la satire contre le l'ré- 
sident l/iset, Hèse (lui iirononcoit ('/i//Hrt.'//'('V, se sert du moi cliim(i(;rca au sujet des cérémonies f|u'il 
ti'aite de superstitieuses . et dont il iirétend que Lisel est le législateur el l'ordonnaleur. On a dans la 
suile (■■tendu ce mot à toute espèce de i;Tiniace. 

Ci; (.11 i: je dis de l'étymoloRie de nos mots Fi'ançois, peut trouver son application dans plusieurs 
autres Langues. De tout temps nous avons emprunté de nos voisins des mots et des l'a(;ons de parler : de 
loul lenii)S ils en ont emprunté de nous. 11 n'est peut-être aucune nation en Europe , (jui ne trouve dans 
ce Glossaire de quoi étendre et iicrfc^ctionner la connoissance de sa propre Langue. Les Allemands, les 
Anglois. les Espagnols, les Italiens sur-tout, verront des confoi'mités singulières entre leurs différents 
idiomes el le n(3lre. 

Nors osons encore promettre aux Grammairiens (]ui désirent remonter à la source de quelques 
façons de parler, ou de ([uelques constructions irrégulières dont il n'est pas aisé de démêler le principe 
et de donner des raisons plausibles, qu'ils pourront trouver dans certains tours de phrases de notre 
ancienne Langue, la solution d'une partie de ces problêmes. L'expression qui nous est si ordinaire, ayir 
de grand cœur, est une de celles que nous choisissons parmi beaucoup d'autres. A moins que les mots 
magno corde qu'on lit dans la Vulgate, n'ayent produit ceux de grand cœur , on ne démêle pas d'abord 
le rapport qu'il y a entre l'épithètc grand et le mot cœur; mais quand on lit dans nos Auteurs de gréant 
cœur, pour dire, de cœur ([ui aiirée, on voit alors que [/raH(/ est une corruption de i/)vr/Hf qui emporte 
avec lui une idée fixe el déterminée. 

QiANT à nos constructions irrégulières, peut-être que les Grammairiens seroienl fort embarrassés 
de dire pourquoi on met un que après les? et après le comme dans le second membre des deux phrases 
suivantes : Si. vous faites telle chose, et que; et celle-ci : Comme vous irez là, et que. Notre ancienne 
Langue leur donnera la solution de ce Problême. On disoit anciennement : S'il avient chose que; et: 
Comme il soit ainsi que : alors le second que se plaçoit naturellement au second membre de la phrase; 
mais lorsque depuis, pour rendre noire Langue plus brève et plus vive, on en est venu à changer la 
phrase, en ne mettant qu'un simple si, ou un simple coHrwe, on n'a pas fail attention qu'alors le (/«e 
qui suivoit le si et le comme , blessoil les règles de la Grammaire. L'habitude l'a fait conserver dans 
des temps où les Grammairiens n'y regardoient pas de si près; et celte habitude invétérée a fait trouver 
dans cette phrase, très-vicieuse en elle-même, le mérite de ce qu'on appelle gallicisme. Je cite cette 
découverte qui s'est présentée à moi: les Grammairiens plus éclairés el plus attentifs, en pourront 
faire beaucoup d'autres plus curieuses et plus importantes. 

Tous ces différents articles réunis, présentent l'histoire générale de noire Langue; et c'est encore un 
objet utile que nous nous sommes proposé. Ainsi l'on rencontrera dans cette collection diverses remar- 
ques sur des mots , soil anciens, soit modernes, dont quelques-uns ont cessé d'être en usage pour faire 
place à d'autres qui nous ont été fournis par nos liaisons avec les étrangers ou d'autres cfrconslances. 
Lorsque quelqu'un de nos Ecrivains a donné l'époque fixe et certaine de la naissance d'un mot, delà 
chute, de rinlroduclion d'un autre qui peut-être aura depuis été remplacé par un plus nouveau, nous 
avons eu soin d'en avertir. Ces époques serviront de pierre de touche pour connoitre l'authenticité ou la 
supposition de quelques actes ou titres suspects qui remontent aux mêmes dates. Ces époques aideront 
aussi les critiques à découvrir l'âge d'un écrit dont l'auteur est inconnu ; et quelquefois même, si l'on 
attribue cet ouvrage à divers auteurs, elles détermineront auquel il appartient vraisemblablement : car 
il y a tel mot qui ne se trouve employé que dans l'espace de 40 ou de 50 ans, et même tel autre qui ne l'est 
que par un seul Ecrivain. 

Bisognes, Bisoignes et Bizognes, qui signifioit nouveaux soldats ou fantassins de nouvelle recrue, se 
disoit particulièrement des soldats Espagnols. Ce mot qui se trouve dans Brantôme, dans les Négociations 
deJannin, dans les Mémoires de Monlluc et dans les Mémoires de Sully, n'est employé que dans les 
ouvrages de leurs contemporains. Tabureau dans sea Dialogues, el l'auteur des Contes d'Eulrapel , nous 
apprennent que les mots Folâtre, Accorter, Aborder , Aconche , et beaucoup d'autres, s'étoient mis à la 
mode parmi les gens du bel air qui se piquoient de beau langage, et que la plupart de ces termes 
venoient des Italiens. On trouve des remarques à peu près semblables, sur les mots, Accortement, Fan- 
terie et Fantassin, Escadres et Uégimcns. Morion, Armel, Acoutrcmens de tête, el plusieurs autres 
appartenants à la guerre. Fauchet, dans ses origines, dit que les Aventuriers qui suivirent dans les guer- 
res d'Italie Charles VIII , Louis XII , et Fran(;ois I, prirent depuis le nom de soldats, à cause de la solde 
qu'ils touchoient. Guillaume du Bellay vantant les services que Baïf avoit rendus à notre Langue, 
dit expressément que c'étoit cet Auteur qui l'avoil enrichie du mol Aigredoux. Le mol Agenci pour 



enjolivé, rendu joli, gentil, et le mol Emmaïoler donner le mai à la maîtresse, ne se trouvent 
que dans les Poésies manuscrites de Froissart. Plusieurs articles de notre Glossaire présenteront des 
exemples de cette espèce. 

Il ne fait pas clendre trop loin l'application de ces rcmaniues ; mais elles pourroient être de 
quelque secours dans le cas où la crili([ue n'offriroil point d"autre ressource. 

Telles sont les principales attentions que nous avons eues dans la composition de cet Ouvrage. Si nous 
avions voulu lui donner tout fappaieil d'érudition dont il est susceptible, nous aurions pu feuilleter les 
Dictionnaires anciens et modernes des dilTérentes Langues de IKurope, en comparer les mots avec les 
articles du Glossaire de Itu ('.ange, et de celui que nous présentons. Il y a peu de mots aiixiiuels, l'i la 
faveur de l'analogie, de la dilTcrente orthographe, des conversions de lettres, et des rapports directs 
ou indirects d'une signilicalion à l'autre, nous n'eussions trouvé une élymoh)gie ou vraie ou vrai- 
semblable. Si nous n'étions pas arrivés précisément à la source, nous aurions pu nous llatter du moins 
d'en avoir approché le plus près qu'il étoit possible ; mais nous avons mieux aimé satisfaire l'impatience 
où nous sommes de donner anx Gens de Lettres, par la prompte publication de notre Ouvrage, les secours 
dont ils ont besoin pour la lecture de nos anciens Ecrivains. 

UxiycE.MENT occupés de notre objet essentiel, et comme renfei'més dans notre sphère, nous laisserons à 
des mains plus habiles le soin d'élever l'édifice entrepris par le savant Ménage, d'en asseoir les difîéren- 
les parties sur des fondements plus solides, et de le conduire à sa perfection. 

On TRorvERA dans ce l.lossaire des articles qui n'appartiennent point du tout à la Langue : je veux parler 
des noms propres et des noms de lieux corrompus et déligurés par nos vieux Ecrivains, jus(iu'à être mé- 
connoissables. Nous avons queli|uefois expli(iué ces noms, d'autres fois nous avons simplement rap- 
porté le texte, laissant au lecteur le soin de conjecturer. Il poui-ia lui-même rencontrer ces noms sous 
la même forme, ou sous une autre approchante, dans des lectures que nous n'aurons pas faites ; et peut- 
être qu'en joignant ces passages aux nôtres, il déterminera la signilication. Enfin nous avons réuni 
sous les yeux ilu lecteur les différents temps de quelques verbes dont il lui auroil été dil'iicile de former la 
conjugaison. 

Malcré toutes nos attentions pour ne rien omettre de tout ce que peut désirer un lecteur curieux de 
s'instruire, attentions que bien des gens pourront trouver minutieuses et surabondantes, il arrivera 
peut-être que d'autre nous reprocherons de n'être point entrés dans un certain détail sur nos an- 
tiquités, sur nos anciennes mœurs et sur les divers usages de notre .Nation. Ces articles dans le Glos- 
saire Lalin de Du Gange en sont la partie la plus riche et la plus précieuse; mais c'est par cette raison 
même iiue nous pourrions nous disculper : celle portion si curieuse de notre Histoire, n'etoit pas connue 
de son temps, comme elle l'a été depuis la publication de son Glossaire et de ses Dissertations : il nous a 
laissé si peu de choses neuves à dire sur ce sujet, que nous n'aurions eu q\i'h le traduire. D'ailleurs 
ces articles sont si peu de l'essence d'un Glossaire, que M. de Valois les reprochoil à l'Auteur comme des 
hors d'œuvre. A Dieu ne plaise, que pour nous dispenser de suivre l'exemple de M. du Gange, et pour 
déguiser aux autres les bornes de nos connoissances, nous approuvions cette censure. Il n'y auroit pas 
moins d'ingratitude que d'injustice à l'adopter. Si celte surabondance du Glossaire Lalin est un défaut, 
c'en est un dans lequel il n'appartenoit ([u'à Du Gange de tomber : celle érudition que M. de Valois trai- 
toit de déplacée et de superilue, est une source inépuisable d'instruction qui ne nous a presque jamais 
manqué, quand nous y avons eu recours. Que nous serions heureux d'avoir pu mériter de pareils 
reproches, et de n'en mériter aucun autre. 



Ce prospectus date de 1730. Cependant plusieurs années s'étaient écoulées, et La Clrne de Sainte- 
Palaye n'avait pas encore pu livrer .'^on Glossaire à l'impression. Enfin, en 17G3, il fit part à TAcadémie de 
sa détermination de publier un ouvrage qui, selon ses expressions, avait été pendant quarante années le 
principal objet de ses études. Nous ne possédons pas ce discours, mais le Journal Historique sur les Matières du 
temps en renferme de nombreux extraits et donne une fidèle analyse des parties qu'il ne cite pas. Nous 
reproduisons cet article, qui parut dans la livraison du Journal Historique du mois de juillet 1763, sous le 
titre de : Extrait de la première partie de la Préface d'un Glossaire François, lue par M. de La Clrne de 
Sal\te-Palaye„ à la Rentrée publique de l'Académie Roijale des Belles- Lettres, d'après Riques de cette année : 

« II y a long-tems que l'utilité d'un Glossaire François a été sentie de ceux ((ui veulent étudier notre 
histoire dans les sources. Que de trésors remplis des plus riches monumens sur les antiquités de notre 



— XIII — 

Watioii, dont l'accès a été iiilerdit jiis(|u'à iwésent, à la i)lui)aii des Lecteurs, faute de clef pour y pouvoir 
pénétrer! Or, l'ouvrasse de M. ui; Sai.nit. I'ai.avi; va ouvrir ces précieux dépôts à tous les Curieux, et 
augmenter eu iiième-teuis le nombre de nos cunnoissances liistori(iues. Le plaisir que le Public a fait 
paroitre loi'snu'il a entendu la lecture de celte IjcUe Préface , nous persuade (|ue nos Lecteurs n'en 
verront pas avec moins de satisfaction, l'analyse que nous en allons faire. Nous avertissons nue nous 
cmprunteriMis les expressions de l'Autcui'; on n'en ponrrnit i)as choisir <ie meilleures. Nous nous faisons 
sur-tout un devoir de transcrire lidi'iement .sou déijul. Le ton de modestie iiui y régne, est une nouvelle 
preuve (lue le langage de cette belle vertu n'a pas encore vieilli |)armi nous, et nous conlirme dans 
l'espérance de l'y voir subsister tant que nous posséderons des hommes d'un vrai mérite. 

« Je me détermine enfin, dit Monsieur i>i: Sainti; Pai.ayk, à publier un ouvrage qui a été pendant 
quarante années, le principal objet de mes études, et que je sens moi-même n'être pas encore au degré 
de perfection dont il seroit susceptible. Les raisons qui me décident à le donner tel ([u'ilest, me justifieront 
peut-être auprès des Lecteurs. 

« 11 est deux âges dans la vie, qui exigent des Gensde Lettres deux différentes manières de se conduire ; 
le tems où l'on elitre dans la carrière ; et celui où, après en avoir parcouru un assez long espace , on 
commence à craindre ([ue les forces ne manquent [)Our aller jusqu'au terme ([u'on s'étoit proposé. Ne 
vous pressez pas de vous montrer au giand jour, dit-on, sans cesse, aux jeunes gens, impatiens de se 
faire honneur de leurs premières pioiiiiclions : attendez que la réflexion les ait mûries. Il n'en est pas de 
même pour ceux qui ayant passé un teins considérable à se remplir des connoissances nécessaires au 
plan qu'ils avoient formé, se trouvent en état de communiquer aux autres ce qu'ils ont recueilli : Hâtez- 
vous de le répandre, pourroit-on leur dire à plus juste titre : N'altendez-pas qu'affoiblis, ou refroidis par 
l'âge, vous ne puissiez plus donner à l;i composition toute la chaleur ([u'elle demande. Ne perdez pas les 
momens précieux qui vous restent ; et lâchez de vous rendre utiles, tandis i|ue vous pouvez l'être 
encore. Combien de Savans en ell'et, ont étudié toute leur vie, en se promettant ([u'un jour le public 
jouiroil du fruit de leurs éludes, et ne lui ont laissé ([ue des regrets superflus ! 

« J'avois cru, lorsque je publiai le Prospectus de mon Glossaire, qu'ayant assemblé les matériaux de 
l'ouvrage, il m'en coùleroit peu pour élever l'édifice. Mais j'ai trouvé dans ce nouveau travail , des 
difficultés que je n'i^vois pas prévues, et qui se sont multipliées à mesure que j'avancois. Cependant il 
falloit répondre aux désirs du public, qui, après avoir applaudi à mon projet, sembloit en attendre 
l'exécution avec une sorte d'impatience. Et moi-même, je n'en avois pas moins de m'acquitler envers 
deux Compagnies célèbres qui étoient également en droit de me demander compte de mon travail. L'une, 
à raison de l'ancien engagement que j'avois pris avec elle, de me consacrer sous ses yeux à ce genre de 
Littérature, et de m'y conduire par ses lumières ; l'autre (*), parce que je m'en étois fait un titre pour 
aspirer à l'honneur de lui appartenir, et qu'en m'adoptant, elle avoit eu, vraisemblablement, égard à la 
liaison qu'elle voyoit entre l'ancienne Langue dont j'ai ramassé les débris, et celle dont elle s'occupe à 
maintenir la pureté. Ce qui ajoutoit encore ù mon empressement, c'est que j'avois appris de plusieurs 
Membres de l'Académie Françoise, que dans une Séance où l'on avoit mis autrefois en délibération 
différens projets de travail qu'elle pourroit exécuter, celui d'un Glossaire de l'ancien François , proposé 
par M. de la Monnoie, avoit été regardé comme un des plus inléressans pour la Nation. 

« Ces dernières raisons l'ont emporté sur le scrupule que je me faisois de livrer mon ouvrage ù 
l'impression, avant que de m'ètre assuré par de nouvelles recherches qu'il ne me restoit plus rien à faire 
pour le rendre digne du public. J'étois d'ailleurs averti par mon âge, qu'il ne s'agissoit plus pour moi de 
travailler ;"i former de nouveaux amas de matériaux; que le tems d'employer ceux que j'avois sous la 
main, étoit près de m'écbapper ; et que je ne devois pas espérer de parvenir à épuiser toutes les sources, 
d'où il seroit encore possible d'en tirer. Car telle est la nature de ces sortes d'ouvrages : ils peuvent 
recevoir des accroissemens à l'infini, et ne s'achèvent que par degrés. Le fameux Glossaire de la Basse 
Lalinité n'étoit originairement composé que de trois Volumes : Deux savans Bénédictins l'ont augmenté 
de moitié ; et dans peu, si le zèle des Libraires répond aux vœux des amateurs de nos Antiquités , nous 
aurons un supplément non moins ample que les premières additions. 

« Je conçois que le succès du travail de Mr. Du Gange étoit bien propre à lui faire des Prosélytes ; que 
la richesse du fonds qu'il avoit laissé, a dû exciter l'émulation des Gens de Lettres, et que la noble 
ambition de voir leur nom se confondre avec le sien, a été pour eux un puissant attrait. 

« Si c'est à de pareils motifs que nous devons les soins qu'on a pris pour perfectionner le Glossaire 
Latin ; je n'ai garde d'augurer une si glorieuse destinée pour le Glossaire François. Mais, si l'émulation 
doit être excitée par l'importance de Tobjet, je puis me flatter qu'après moi , de plus habiles ouvriers 
s'empresseront de mettre la dernière main a un ouvrage qui intéresse h tant de titres les Lettres en 
général et en particulier notre Nation. Le Glossaire de l'ancien François est le corps complet des preuves 

(') M. DE Sainte Palaye était aussi de l'Académie Françoise. 



lie riii?loire de notre Langue. Considéré sous ce seul point de vue. iiuel ol)jel iilus capable de piquer la 
curiosité? 

. M. DE Sainte Pala\-e, après avoir ainsi exposé les motifs qui font enfin déterminé fi donner an Public 
son Ouvraçre, se propose d'indi<iuerrori°;iiie et les pro?;rt'3 successifs de notre Lang:uc; c"est-;Vdirc , de 
faire voir comment originairement née de la corruption d'une Lansïue polie, et du mélancre confus de 
lanira<ros barbares et informes, elle est parvenue j^i devenir elle-même mic Langue régulière et polie, 
puis enlln à se former un caractère propre et si conforme à la marche de la nature', que toutes les 
Nations de flMirope l'adoptent par préférence ; parce (|u'aucuno autre ne se prête avec plus de facilité , 
soit à l'exposition nette et précise des idées, soit ù l'expression forte et naïve du sentiment. 

>■ En vain a-t-on essaye de trouver l'origine de notre langue dans le Celtique, que plusieurs Savans 
croyent être l'ancien Breton. On vouloit pai-là procurer îi notre Nation, le fiivole bonneur de parler une 
Langue indigène. Mais il n'est point de Langue (ini mérite ce nom : toutes sont sorties les unes dos autres, 
en remontant jusqu'à celle des premiers hommes. 

« D'autres ont voulu qu'on cherchât le germe lie la nôtre dans le Grec, même dans rn('l)reu. C'est 
passer de beaucoup le terme où nous devons nous fixer. 11 s'agit de l'origine iminédiale du Kraui;ois ; et 
cette origine immédiate est le Latin, non pas tel qu'on le parinit dans les beaux siècles de Home, mais 
défiguré'par quantité de mots barbares et de constructions plus barl)ares encore. La corruption du Latin 
avoi't commencé dès le premier siècle de noire Ere, dans le tcms où Home triouipbanle imposoil aux 
peuples subjugés la nécessité de parler sa Langue. On peut aisément juger combien celte Langue s'altéra, 
en passant par les oi-ganes de cent peuples hari)ares (pu la déligni'oicnt en la prononi.\int. Mais combiea 
fut-elle plus étrangement défigurée, lorsque durant les siècles suivans, de nouveaux essaims de Barbares, 
envaliissant l'Empire Homain. introduisirent encore de nouveaux mots et de nouveaux sons, dans une 
Langue qu'ils avoient intérêt de parler, parce que l'usage en étoit le plus général ; mais à laquelle ils ne 
pouvoient plier, ni leur esprit, ni leurs organes. 

» Le caractère d'une Langue tient du génie et de la disposition des organes du peuple qui la iiarle. Les 
Langues des Nations barbares abondent d'ordinare en monosyllabes: leur phrase est courte , et l'ellipse 
y domine. Les Langues polies, au contraire, soni riches eu m'ois composés, eu tours harmonieux, en 
phrases nombreuses. Les Barbares portèrent dans le Latin l'empreinte deleur langage, leurs expressions 
et leurs tours. Ils en tronquèrent les mots ; ils en altérèrent les sons, etc., etc. 

« Telles furent les causes de l'altération de la Langue Latine ; telle fut la génération de diverses Lanî^ues 
qu'on parle aujourd'hui en Europe; telle fui en particulier, la formation de la nôtre. Nous pouvons y 
remanpier encore aujourd'hui (lu'elle ne diffère souvent du Latin, que par des lettres ou des syllabes 
.supprimées, transposées ou converties en d'autres syllabes équivalentes ; ou bien par des accroissemens 
provenus de l'inscrliiin de diverses parlicnlos (pi'on a fait cnirer dans la coinposilion des mots ; ou enfin, 
par certains caractères particuliers, tels que les articles qui suppléent à la variété des terminaisons dans 
la déclinaison des noms, et les verbes auxiliaires qui contribuent à déterminer les tems dans la conjugaison 
des verbes. Car, quoique nous devions au Latin nos verbes auxiliaires, et nos articles mêmes, ils nous 
sont devenus propres par l'usage que nous en faisons. 

« L'introduction des articles dans la Langue Laline vulgaire , paroil l'èiioque la jilus marqui'e de la 
formation de la Langue Françoise. Le désordre que les Peuples Germains avoient jeté dans la première, 
telle qu'on la i)arloit dans les Gaules au siècle de Grégoire de Tours, éloit tel , de l'aveu de Grégoire de 
Tours lui-même, iiu'on n'avoit plus égard, ni aux genres des noms, ni aux régimes des verbes. Les cas, 
ainsi que les appellent les Grammairiens, éloient désignés non par les lerminaisonsqui leur sont propres, 
mais par des prépositions. Ces prépositions disi^u'urenl, et furent remplacées par des articles, formés à 
la vérité, du moins en partie, de ces prépositions même et tous empruntés du Latin, mais employés selon 
l'usagi' des Nations Geimani(|ues. Celle diiïérence, l'une des plus propres ù caractériser notre Langue, 
considé'rée relativement au Latin, fut l'ouvrage du huitième siècle. On en voit des traces dans ces mois 
d'un lilre de l'an 7(>S. Snh polrslntc tic prcRl)!ilero, qui repondent à la jihi'ase Italienne: Sol In la jtndrstà 
(Ici /trrtr ; ou de ne peut avoir d'autre emploi iiue celui de l'article del Italien, et de l'article Franroisr/». 
La formation des arljcles est encore plus sensible dans cette phrased'un litnide l'an 808 : Indêpercurrente 
in la rctjiola, ex aliâ vero parle de la regiola nstjue Castelliniii, elc. 

« Charlcmagne régnoit alors dans la Lombardie. Les grands Princes (pii ont fondé de vastes Empires, 
ont presque toujours produit en même tems de grandes révolutions dans tous les genres ; le gouvernement, 
les mœurs, les lettres, tout se ressent de la fermentation générale , excitée «lans les différentes parties 
<lu COI ps politique, par le génie actif qui l'anime et qui le meut. Sous Cbarlemagne . la Grammaire se 
ressentit de l'inllneuce du sien. On sait combien ce Prince, au militïu des grands intérêts dont il étoit 
occupé, donna de soins à tout ce qui apparteuoit à ce premier instrument de la science. 

« Le siècle suivant nous fournit les plus anciens monuraens de la Langue Françoise qui nous soient 



connus : le Scrnieiil de Louis le Ge.iuaniiiuc eu 8î.'t, el l;i TraduLiion, plus ancienne ijeul-ùlre, des Actes 
de Sainl-Klieune, eilc'e par Hu (laui^e, el publier par le TSeuf. 

<i Cluuiue siècle l'ouniil des uuiuuiucus ca[)abies de udus niellre en élal de comparer la Langue 
Frani;oise à clle-nu''Uie, suivant l'ordi'C de ses dillcrcns à;;'es. 

« Celle Lan;;:ie l'aisiiil, dès le treiziènie siècle, l'admiration des Nations étrangères les plus civilisées, 
(|ui la prèlèroieiil hauleinenl à la leur. Uieu n'est plus glorieux pour elle que le témoignage de llrunello 
Laliiii. (|ui, n(' eu Italie dans ce sii'cle même, aimoil mieux écrire en Franeois ; paiceque, disoii-il, cette 
puylvuic cul ]ilits ili'lilablc et //lus coiinituiic de l(iii>; limijages, etc. etc. 

La Lau;;ue Fram.dise devenue si célèbre, acquéroildc siècle en siècle un nouvel éclat. Les perpétuels 
cliangemeus ([u'elle éprouvoit, la perfectionmiienl en l'épurant. A des mots rejetès, à des acceptions 
abandonnées, succédoienl cluuiue jour de nouveaux mots et des acceptions nouvelles. Ce sont ces mots 
rejetès, ces acceptions abandonnées qui sont les matériaux du Glossaire, que M. de S.u.nte Palaïe offre 
au Public. 

<> Vue simple liste de ces mots avec leurs acceptions entassées pêle-mêle, n'auroit présenté qu'un amas 
inforuie de débris. J'ai tâché, conlinuece Savant, de les ranger dans un ordre régulier, etde les assujettir 
à un plan, dont la disposilion même éclairât toutes les parties. .Je me suis proposé de mettre sous les 
yeux l'altération successive des mots, en mème-lcms que je mimtrerois à l'esprit la génération insensible 
îles idées qui y ont ('lé attacbèes; r(»rlogia[ilie primitive peu à jieu dégradée, présentera d'abord à l'œil, 
rilistoire Physique du mol. La signification primitive insensiblement étendue, otîrira ensuite à l'esprit 
la généalogie des diverses acceptions, sorties les unes des au 1res. On les verra s'éloigner de proche en 
proche, tantôt s'échapper dans des sens détournés ou ligures, tanlôt emprunter, pour'ainsi dire, la teinte 
de l'idée voisine, et bientôt se confondre elles-mêmes. On suivra l'enchaiiiemenl de toutes leurs 
métamorphoses qui se développant successivement, aboutissent enfin (iuel(|uel'ois à une signification 
toul-à-fait opposée à la signification originaire. Ce tableau qui jette nécessairement de grandes lumières 
sur la partie grammaticale de notre Langue, n'en jetteroit pas moins sur la [)arlie philosophique, si je 
pouvois me lîalter de l'avoir exécuté comme je l'ai conçu. 

« Tel est le précis Irès-succint de la première partie de la Préface intéressante, qui sera mise à la tête 
du Glossaire François. 

« M. DE Sainte Palaye donnera dans la seconde Partie des moyens généraux poui- démêler dans les 
mots anciens de noire Langue, les allèralions qu'ont éprouvées ceux de la Langue Latine, d'où ils sont 
nés ; afin que ceux qui les liront puissent en connoitre la source. 

« De la composition mécanique des mots, on passera au détail de la marche, que l'esprit a tenue pour 
se détourner de la signification primitive, el on tâchera de faire voir comment, en s'écartant de plus en 
plus par des idées accessoires, on les a transportées quelquefois aux significations les plus opposées, 
tantôt dans le sens propre, tanlôt dans le sens figuré: ce sera une espèce de clef tjui servira d'introduc- 
tion aux mystères presque impénétrables de celte obscure antiquité, et qui facilitera l'intelligence des 
termes, que souvent on n'a pu entendre qu'après de pénibles recherches: par là, notre savant Auteur 
pourra se dispenser de répéter, dans un grand nombre d'articles du Glossaire, les raisons qui l'auront 
déterminé ii fixer la signification des mois. Enfin, ajoute M. de Sainte Palaye, pour contribuer, autant 
qu'il est en moi, au soulagement de ceux qui voudront lire nos anciens Ecrivains (car c'est le principal 
but que je me propose), je joindrai quel([ues observations générales sur la Syntaxe, et sur les points les 
plus essentiels de la Grammaire de notre ancienne Langue. » 

Nous publierons avec le deinier volume de ce Glossaire, les manuscrits de La Curne de Sainte Pal.iye, 
concernant la Langue Française, que nos recherches nous auront fait découvrir. Nous recevrons , avec 
reconnaissance, les communications qui nous seront faites à ce sujet. C'est dans l'intérêt de la science 
philologique el pour honorer la mémoire de La Clrne de Sainte Palaye, que nous faisons cet appel. Nous 
avons la certitude que nous serons entendus et compris. 

Des notices historiques et liibliographiques sur La Curne de Sainte Palaye et sur son laborieux 
collaborateur, Jean Mouchet , compléteront cette publication , une des plus importantes de notre 
époque. L'accueil que le monde savant fait à ce Glossaire, impose des obligations auxquelles ne failliront 
pas les éditeurs. 



DICTIONNAIRE HISTORIQUE 



L'ANCIEIV LANGAGE FRANÇOIS 



GLOSSAIRE DE L' 



DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU SIECLE DE LOUIS XIV 



On peut considérer VA comme lettre, ou comme 
mot. C"est comme lettre que nous le considérerons 
d'abord. Nous exposerons ensuite dans des articles 
séparés, ses diverses significations , lorsqu'il est 
employé comme exclamation, comme préposition, 
ou comme adverbe de lieu. 

La lettre .1 , ayant un son plus ouvert et plus 
éclatant que les autres, nos anciens Poètes Fran- 
çois, surtout les Provençaux, l'ont employée par 
préférence dans leurs rimes, lorsqu'ils ont cberché 
à procurer plus de pompe à leurs vers , spéciale- 
ment dans les récils des combats. 

Les Grecs et les Latins leur en avoient donné 
l'exemple : leurs Poêles ont affecté pareillement le 
retour fréquent de cette lettre, dans les vers qu'ils 
ont voulu rendre plus harmonieux. 

On a dit proverbialement marqué à /M , pour 
désigner un homme de probité éminente, propre- 
ment un homme de la principale , de la meilleure 
fabrique, par allusion aux monnoies; celles qui se 
fabriquent dans l'Hôtel des monnoies de Paris, 
étant marquées de la lettre .1. (Voy. Pasq. P»ecb. liv. 

Vin, page ma.) 

L'A se trouve souvent employé à la tète de divers 
mots, soit à dessein, pour ajouter à leur significa- 
tion, soit par abus et par ignorance, en réunissant 
mal à propos celte lettre avec le mot qui la suit, et 
dont elle devoil être séparée ; mais dans ces deux 
cas, elle est employée comme préposition. Nous en 
donnerons ci-après des exemples sous l'article .1, 
préposition. 

A, exclamation. Ali ! 

Le son de l'.l, celui de tous qui se forme le plus 
aisément, et qui n'est en quelque sorte qu'une aspi- 
ration, est l'expression naturelle du sentiment. Elle 
est mieux caractérisée en joignant à Y a la lettre h; 
et c'est ainsi que nous écrivons aujourd'hui cette 
exclamation. Autrefois on se conlenloit de la lettre 
A ; ainsi nous lisons « a, Sire » pour AIi ! Sire. (Yov. 
Modus et Racio, ms. fol. t>18. Y°) - A, fait Dame Aalis, 



« ce n'est mie à moy » pour ali ! ce n'est point à 
moy. (Voy. id. fol. 2'iG, ir.) 

A, prcpnsilion. A. De. Par. En. Pour. Avec. 
Selon. Suivant. Après. 

La préposition, dit M. du Marsais, supplée aux 
rapports ([u'on ne sauroil marquer par les termi- 
naisons des mots. Nous n'avons point de cas en 
François , si l'on en excepte quelques pronoms ; 
de là la nécessité de faire usage des prépositions 
plus souvent qu'en Latin, pour déterminer les rap- 
ports des objets de nos pensées , lorsque la place 
des mots ne les indique pas. Ces rapports sont 
presque infinis, et le nombre des prépositions infi- 
niment borné, d'où vient qu'on est obligé de donner 
divers usages à la même préposition. 

L'.l , comme préposition, conserve plusieurs si- 
gnifications différentes ; mais on ne dit plus " à ce 
mesmement » que pour semblablement, pareille- 
menl à ce que. « Il n'y a homme au monde, quand il 
« se voit deshérité, que il peust jamais aymer celluy 
« qui l'a déshérité (1) : à ce mesmement que vous 
« deshéritasles mon père et moy. » iLanc. du Lac, 
T. 111, fol. 46, R° col. 2.) 

On dit encore en différentes provinces : le livide à 
Jean, pour le livre de .Jean, etc.; alors cet ,1 mar- 
que un rapport d'appartenance ; c'est ainsi qu'en 
parlant de lieux dédiés et consacrés aux Saints, 
l'Auleur du Roman ms. de Gérard de Roussillon en 
françois, appelle lieu à S' Pierre et à S" Magde- 
leine-du-Mont , les églises de S' Pierre et de la 
Madeleine, que Gérard fonda, la première ii Auxerre, 
et la seconde à Soissons. Dans le détail des fonda- 
tions que fil le Duc Gérard avec Bertlie sa femme, 
on lit : 

A Auxerre tout droit dedans la suborbie (2) 
Fondèrent-ils aussi une riche Abbaye. 
Puis n'y ot (3) que Jloines, si com les Chartres dient : 
Or n'y a que Chanoines, qui Dieu servent et prient. 
Ils sont abergiés (4) et doux (ô) de bonne pierre. 
L'on appelle le lieu à Monseigneur S'. Pierre : 



(1) dépouillé, dépossédé. - (2) faubourg. - (3) n'y eut. - (4) logés. - (5) clos, fermés. 



AA 



AA 



A Soissons ourent l'autre Chanoines Réguliers, 

Oi n'y sont mais U) q^e Clercs et Prêtres séculiers; 

Le lieu est appelle « S" Magdcleine- 

Du-Mont ; c'est belle église dévole et de biens pleine. 

Ccr. de Rouss. MS. p. ITo cl 170. 

Cette môme préposition, employée pour De, ser- 
voit il former des (lualificatlfs-adjectifs ; et l'on 
disoit " Est du poil à un cerf » pour Est du poil de 
cerf. ,Vov. Modus et llacio. .m>. fol. 39. Y°.) 

Quelquefois elle signilioit Par. 

Se fuisse pris n paicns, 
Puis eusse été raiens (2). 
WiU. li YiDiers, Ane. Poct. Fr. MSS. avanl 1300, T. III, y. 1278. 

Dans ce sens, c'est la préposition latine .1 ou 
Ab. " Apreneiz à mi » pour apprenez par moi : en 
latin, discite à me. (S' Bern. Serm. Fr. mss. p. 123.) 
<• Ensi ke nos mansuetume iji] et humiliteit aprcn- 
» gniens à Nostre Signor. » (Ibid. p. 'JriC.) 

Queliiuefois on l'employoll pour En ; ainsi l'on 
disoit « fi daerrains » pour en dernier lieu , enfin. 
(Voy. Du Cliesne, Gén. do BiHli. l'r. p. 115, lit. do 
1145.) « Huict mille livres à tournois » pour huit 
mille livres en tournois. (Voy. Froissart, Vol. I, 
p. 177.) « Livres à Digenois » pour en monnoyc de 
Dijon. ;Vov. l'érard, II. de Dourg-, p. 'lOG, lit. de l'iiO, 
passimO «"Livrées à forts " pour livres en monnoie 
forte. (Voy. Du Chesne, Gén. de Dar-le-Duc, l'r. 
p. 28, lit. de 1243.) « à bonne foy » pour en bonne 
foy. fld. Gén. de Béth. p. 135, tit. de 1252.) 

A dans la signification de l'oiir, exprimoit un 
rapport de tendance, de cause finale. <■ Quan vous 
« creastes homme, vous le mariastes, et lui don- 
« nastes ame à son épouse, » pour son épouse " et 
« étoil homme Seigneur, et l'Ame éloit dame, etc. » 
(Voy. Modus et lîacio, ms. fol. 210, H'.) 

C'est dans ce même sens qu'on l'employoit dans 
la conjugaison des futurs formés anciennement des 
verbes auxiliaires Avoir et Etre; et alors celle pré- 
position emportoil l'idée d'un temps à venir. On 
disoit " sont à ressusciter » sont pour ressusciter, 
ressusciteront. « Est à venir >> est pour venir, doit 
venir. « Sont à rendre " doivent rendre. (Voy. S' 
Alhan. Svmb. en Fr. 2'^ Irad. p. 735, col. 2.) En sup- 
posant une ellipse, il faut rendre sont à ressusciter, 
par sont faits yjo/zr ressusciter. On disoit de même, 
« En seureté de la devant dite concorde perpclueu- 
« ment « durer. » (Voy. Du Chesne, Gén. de Bélh. 
Pr. p. 14G.)Les Italiens employent delà même façon 
les verbes Avère et Essere, comme auxiliaires, avec 
les prépositions a, da elper, pour former les futurs 
des verbes auxiiuels ils sont joints. 

On pourroil encore, au moyen de l'ellipse, rendre 
raison de la construction grammaticale de ces ex- 
pressions « Faire à mettre; » c'est-iVdire faire 
chose pour mettre, faire metlre. (Voy. l'érard , II. 
de Bourg, p. 4 50. lit. de 12i0). « Se faire à veoir, » 
pour se montrer. (Vigil. de Charles VII, p. 97.) Pas- 
quier, dans ses Lettres, T. II, p. 380, reprochant ;i 
Montaigne d'avoir employé frétiuemmenl l'A de cette 

0) aujourd'hui il n'y a plus. - (-2) racheté. - (3) douceur. 



manière, observe que c'est un idiome propre aux 
Gascons: mais cet usage étoit plus général et fort 
ancien, comme on vient de le voir ; cokii do notre 
expression faire à savoir, remonte jusqu'au tlou- 
zième siècle. On lit « fesons à savoir » dans La 
Thaumass. Coul. d'Orl. p. 404, lit. de 1137. 

Les prépositions l'or et De, dans le sens de pour, 
se trouvent aussi réunies îi la préposition à prise 
dans la même signilicalion, par une espèce de pléo- 
nasme, dans les exemplessuivans. « /'orliàsalveir, 
« l'or eles à saneir « pour te sauver, pour les gué- 
rir. (Vny. S' Bern. Serm. Fr. 5i>s. p. 148, et passim.) 
« l'oosleiU/c nos (i salveir, volenleit de nos « sal- 
« veir; » c'est-îi-dire, pouvoir et volonté de nous 
sauver. Jbid. p. 218.) 

A pour avec, marquoit un rapport d'union. >" à 
« peu de gens » c'est-à-dire, rtfcc peu de gens. (Voy. 
Rabelais, T. Il, p. 222.) 

Un rapport de cause instrumentale dans cet autre 
passage: « à leurs espées " c'est-à-dire avec leurs 
épéesl i^Voy. .loinville, p. Oi.) 

Aous nous servons encore d'.l pour avec, dans 
cette phrase « prendre à la main » c'est-à-dire pren- 
dre avec la main. 

Dans le sens de selon, suivant, il exprime un 
rapport de conformité « Vendilion fait à loy et à 
X le costume del pais. » Vente faite suivant' lu Loi 
et selon la Coutume du pays. (Voy. Du Chesne, 
Gén. de Guines, p. 2'JO, lit. de 1204.) 

On a considéré le temps comme un lieu. Delà, 
la préposition .1 pour marquer la posU'riorilé de 
temps, dans le sens d'rt/»'c"s. " Lui pryoieiit tendre- 
« ment que incontinent qu'il sçauroit nouvelles de 
« la venue de celle nouvelle Loy, (lu'illeuramenast 
« ung preud'lionimc qui de ce les informast, car à 
« ce ne vouloit plus vivre. » (Percef. Vol. VI, fol. 118, 
V" col. 2.) 

En général, VA, comme préposition, a été réuni 
à divers mois, pour ajouter à leur signification : On 
écrivoit quelquefois Ad. (Voy. ce mot.) .\lors c'est 
proprement l'rtrf des Latins, dont on a retranché 
le (/ pour adoucir la prononciation ; ainsi on disoit 
autrefois baser, masser, etc. et l'on a dit depuis 
abuser, amasser, etc. Ce Glossaire en fournira 
(luanlité d'exemples. Voyez entr'autres l'article 

A[i.\.MlON. 

Souvent le d s'est changé en la consonne qui 
commenroit le mot, dont la préposition ad est 
devenue inséparable. De là ces mois complir, cou- 
tumer, etc. ont formé ceux de accomplir, accoutu- 
mer, etc. au lieu de ad-complir, ad-eoulumer. 

Celte addition sembloit donner |)ius de force au 
mot , mais n'en changeoit pas l'acception ; aussi 
s'est-oa permis indifféremment de retrancher cet.4, 
comme de l'ajouter ; et l'on dit aujourd'hui bé(iue- 
ler, cacher, etc. au lieu d'abequcler, aeaclicr, etc. 
que l'on trouve quelquefois chez nos anciens écri- 
vains. Voy. ces articles ci-après. 

La préposition A s'est aussi trouvée quelquefois 



AA 



— 3 — 



AA 



r(iiinie au molqui l;i suit, par un abus qui venoil 
d'ignorance cl de méprise. Nous le remaniuons ici 
d'anlanl plus volontiers, que cet ai)us peut jeter 
souvent de la confusion dans la Céograpliie. On lit 
par exciniilc Aïwvcrs pour Nevcrs ; Arevcbrac pour 
lievelirar, etc. Cet aluis panùt être nédc ce quci'ou 
a confondu la préposition avecle nom nicmeiiu'eile 
préccdoil; ainsi dans l'expression aller en Arevc- 
brac on n'a fait(iu'un mot du nom de Itevebrac et 
de sa préposition, et l'on s'estera oliliiio d'en ajou- 
ter une autre. " S'esmeul le Hoy pour aler à l'en- 
« contre de son pcrc en ung lieu qui a nom Enge- 
« llian. D'iliec ala jusiiues en Arevebrac. » (Voy. 
Cliroii. S' Dcn. Tom. 1, fol. i'y\.) 11 falioit dire jus- 
quesr) Itevebrac. Le nom de Itevebrac est lui-même 
la cori'uption de Itci/enesbiirg, ijuc nous nommons 
ItatisboïDie. (Voy. les passages indiques aux mots 
Reganesbiirg , Iterjcnesburg, etc. dans les Tables 
Séograpii. de la Collect. des llist. de Fr. Tom. V et 
suivants.) 

L'on a (le même prononcé comme un seul mol 
Anevcrs au lieu de à IScvcrs. 

.... de la vostre Conté 
jyAncvers ne felcs plus conte. 
H. de Fr. en vers, 5 la s. de Fauvel, MS. du K. n» G812, fol. 78, V° col. 1. 

Nous aurons par la suite occasion de faire la 
môme remaniue sur la préposition En. 

A, adv. hh. 

A pour là, étoil queliiuefois adverbe de lieu, 
comme dans ce passage. 

Bamambranche d'amors me fait chanter : 

Ne n'est pas Toquoison (1) 

A u rien m'ais (2) ; 

Mais haus vouloir sans espoir d'aciever (3). 

Ane. Pocs. fr. JIS. du Val. n» U90, fol. 32, R». 

Dans le mol aans, composé d'rt ela?!S, il est aussi 
adverbe de lieu, et signifie là-dans, dedans. (Vov. 
Fabl. MS. du R. ir 7GÙ, fol. 115, V" col. 2.) 

Aaisans, aâj. Commode. 

C'est proprement le participe actif du verbe 
Aaiser, pris dans le sens de mettre à l'aise. (Voy, 
AisER ci-aprt'S.) 

Li chemins est hiaus et plesans, 
Delitable et aaisans. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 309, V° col. 2. 

Aatio, subst. masc. et fem. Ardeur, empresse- 
ment, effort. Querelle, dispute, combat. Jalousie, 
animosité. 

Le premier sens pareil le sens propre ; il en reste 
encore des vestiges, ainsi que du mot même, dans 
notre mot subsistant hâte. On trouve dans nos 
anciens Poètes, le mol Ahatine pour ardeur, elîorl. 
« Recommence l'assaull par si granl Ahatine. » 
(Monstr. Vol. III, fol. G7. V°.) Voy. Aatisson. 
Ist (4) de la tente par mal grand aalif. 
Rora. d'Auberj', MS. cilé par Du Caiige, Gloss. Lat. au mot BUaudvs. 



Mais il est plus souvent employé dans le sens de 
querelle, dispute, combat, qui est une extension du 
sens primitif. 

Et cascuns partist sa partie. 
A son plaisir, sans ualic. 

riiil. M..UBk. MS. p. 701. 

Kt li manda que linincmont 
l'resist (.">) et mandast parlement 
Al Duc Hicart de N'orinendie, 
l'our desfaire celé aatie 
De son neveu et de son pore. 

id. p. 38î. 

Metroit entre vos deus atine. 

Ovide de Arlc, MS. de Si. G- fol. 91, R* col 3. 

Quarante Chevaliers 
Etoiont en la aline (6). 

Pcrcef. Vol. lU, fol. 132, R- col 2. 

Enfin l'on trouve aatie pour jalousie, animosité ; 
idées voisines de dispute. 

.... pas ne vos refus, 
Cest répons sans aalie. 

Ane. Poël. Fr. M.SS, a\3nl 1300, T. II, p. 803. 

Tant a duré leur escremie (7). 
Ter orgueil et per aatie 
Qu'il on tourné le jeu à ire. 

Rom. du Brut, MS. fol. 33, V» col. 1. 

Voy. Atainement ci-après. 

VARIANTES : 

AATIE. Rom. du Brut. JIS. f. 33, v. c. 1. - PU. Mousk. MS. 
pp. 38-2 et 704. 

Aatiiie. Modus et Racio. MS. fol. 304, R". 

Aatine. Phil. Mousk. .MS. p. t'i^i et passim.— Ane. Poes. Fr. 
MS. du Vat. n» 1490. - Alliis .MS. fol. 93, R" col. 2. 

Ahatie. Chans. MSS. du C. Thib. p. 53. 

Ahatine. Monstr. vol. III. fol. 07, V°. 

An.vTivE. Triom. des neuf Preux, p. 265, col. 2. 

AsTiNE. P.orel et Corn. Dict. 

Ataine. Laur. Gl. du Dr. fr. — Du Chesne, annot. sur Al. 
Chart. p. 858. — Gloss. du Rom. de la Rose. 

Atwne. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 500, col 2. 

Athaine. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. a89, col. 1. 

Atiiixe. Athis, MS. fol. 93, R« col. 2. 

Atie. Ph. MoHsk. MS. p. 241. — llist. des 3 Maries , en 
vers, MS. p. 247. 

Atine. Percef. vol. II, fol. -132, R» col. 2. 

Attaine. Chron. S. Den. t. I, fol. 259, Y". - Froiss. vol. III, 
p. 311. 

Attayne. Chron. S. Den. t. I, fol. 227, V». 

Attine. Froiss. Vol. IV, p. 21. 

H.\tie. .Al. Cliart. Poë. p. G28. 

Taine. Borel, Dict. au mot At.une. 

Aatir, verbe. Ilàter, presser. Disputer, combat- 
tre. Provoquer, défier. Courroucer, irriter. Compa- 
rer. Préférer. Avancer, mettre en avant, proposer. 
Arranger, disposer. 

Aat^ir, qu'on a écrit aussi Ahatir, a pu s'être formé 
de Aha, aspiration d'elTort et de hâte; comme 
Ahaner qu'on verra ci-après, peiner, fatiguer, 
labourer, s'est formé A'ahan exclamation de plainte 
et de travail. Le premier sens qu'offre ce mot , 
paroit être le sens primitif ; il s'est conservé dans 



(1) Raison, sujet. - (2) aide, profite. - (3) Venir à bout, obtenir. - (4) sort. - (5) prist. - (6) dans la meslée. - (7) débat. 



AA 



AA 



le mot subsistant hâter, qui semble être le même 
quertrt//r: d'ailleurs tous les autres sens peuvent 
en dériver sans elTort. On trouve souvent Aatir 
dans cette première siLinillcatlon. Pliil. Mouskes dit 
des trois Hois qui quittent llcrode pour aller à 
Bethléem : 

D'Erode sont li Uoi parti 
De Dieu querre (1) tout aali. 

Ph. Mousk. MS. p. 275. 

Lors va Geta vers les postis (2) 
lUec fiert (3) moult aalis. 

Eust. des Cil. Vois. ilSS. fol. 459, col. 1. 

De là, on a dit s'ahatir pour s'empresser, s'avan- 
cer l'un contre l'autre, s'attaquer , se disputer, se 
battre, etc. Dans toutes ces nuances on retrouve 
toujours l'empreinte de la signification primitive, 
l'ardeur, l'empressement , l'eUort. (Voy. ci-devant 
Aatie.) 

« Tant se sont combatus qu'il n'y a cellui qui ne 
« soit las et travaillé. Le Chevalier a si grand 
« cliaull (lue à peu (ju'il ne meurt d'angoisse (i); 
« car Hector ahastc si dureiuenl, qu'il lui convient 
« perdre la place. » (Voy. Lancelol du Lac, T. II, 
fol. 54, R°col. 1.) 

Caries ot (.">) France et si fut Rois, 
Les tors (0) haï, s'ama les drois, 
Naine ^7) volenliers ne combali 
Ne vers autrui ne s'aali. 

Ph. Mousk. MS. p. 310. 

Par une autre façon d'étendre la première accep- 
tion, hâter, presser, le mot aalir a signifié défier, 
provoquer. 

Je juerai, fit-il, à ti (8) 
Puisque tu m'en as aali. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 235, R- col. 2. 

Des acceptions de provoquer et de combattre , a 
pu naître l'acception prochaine de courroucer, irri- 
ter, que nous trouvons au mot Aalir. 

Theris jura de Guenelon 

Q'il ol faite la traïson, 

Et Pinabiaus s'en aali. 

Et jura qu'il avoit menti, etc. 

Ph. Mousk. MS. p. an. 

De l'acception provoquer, s'est formée celle de 
comparer , mettre en parallèle ; idée voisine de la 
première. 

Qu'à 11, se je doigne oïr, 
N'en doit-on nule aatir 
D'Espaigne jusqu'en Bavière. 

Thib. de Nov. Ane. Poil. Fr. .'USS. avant 1300, I. 1, p. 151. 

Ilui trop avoir, demain de fam morir. 
Volés con (0) tôt bon espoir aatir. 

Ane. Pocs. Fr. MS. du Val. n' U90, fol. I3C. R% 
, . . nul trésor n'i doit-on aalir. 

Ane. Pocl Fr. MSS. avnnl 130U, t. III, p. 1123. 



Dame pour qui j'ai si lie (10) pensée 
K'aulre joie ne s'i puet aatir. 

Ane. Poi-1. Fr. MSS. avant 1300, t. III. p. 1007. 

Kn étendant ce sens, \atir s'est employé non- 
seulement pour comparer, mais pour préférer lu 
chose comparée ; peut-être même doit-on dériver 
cette acception directement de l'acception primitive 
du mut hàtcr, pris dans le sens d'avancer, mettre 
devant, i)rél'érer. 

cil fait droit folie 

Qui bien passé aad's/ au présent. 

Ane. Pocs. Fr. MS. du Vat. n- 1529. fol. 158, V- col. 1. 

Aatir ayant signifié hâter, presser, on a dit aussi 
Aatir, pour mettre en avant, proposer de faire quel- 
que chose. 

Cliascuns s'est bien aatis 
Q'i (.11) feront feste novelle. 

Ane. Poùs. Fr. MS. du Vat, n" IWO, toi. 113, V. 

Peut-être a-t-on dit encore de-là Aalir, pour 
préparer d'avance, arranger, disposer. 

S'en fesist-on un parties 
Bien tireus (12) et bien aalies. 

Ph. Mousk, MS. p. 290. 

Peut-être aussi doit-on dériver en ce sens le mot 
Aalir du Latin ajjtarc, disposer, préparer. 

Il ne serciit pa.s iiupn.ssilile de démêler encore 
queliiues nuances dans les acceptions du verbe «rt/ir 
sous ses dilVérentes orthographes; mais ce ne sont 
que des applications figurées des acceptions princi- 
pales (lue nous avuiis iii;ir(iuées, et dans lesquelles 
elles rculieiil d'elles-inênies; tic sorte (}ue nous ne 
croyons pas ([u'il soit lu'cessaire de les distinguer. 
Yoy. cependant Atiser, ci-après. 

Les mots Aatie et Atir, sous celle orthographe et 
autres semlilahles, ne se trouvent guère ([ue dans 
les l'oëles; .sous celle iVAtai)ie ou ù'Atluiine , et 
autres pareilles, ils se rencontrenl également dans 
les Ecrivains en prose et en vers. 

vAnIA^TEs : 

AATIR. Ph. Mousk. MS. p. 12i et pass. - Ane. Potit. Fr. 
MSS. avant i:iOO, T. 111, p. 10(17 et 1023. 

AACTŒri. Lanc. du Lac, t. 1, fol. 126, R° col. 2. 

AASTiii. Chr. de B. du Gucsc. dans du Gange, Gloss. Lat. 
au mot Alla. 

AiiASTin. Chans. MSS. du G. Thib. p. 53. 

Au.vTEH. Ph. Mousk. MS. p. \9i. 

AuATiii. Ph. Mousk. MS. p. P.ll, 388. etc. 

AbTiii. Ger. de Rouss. MS. p. Si. 

Atahina. Mot Breton, dans du Gange, Glossaire Latin au 
mot Alia. 

At.mner. g. Gui.irt, dans du Gange , Gloss. Lat. au mot 
Alia, et Gloss. du Rom. de la Rose. 

Atayna. Mot Breton, dans du Gange, Glossaire Latin au 
mot Atia. 

ATinn. Modus et Racio. MS. fol. 303, V». 

ÀTiNiiU. Dans du Cant;e. Gloss. Lat. au mot Atia. 

Ati». Athis, MS. fol. 10.-), R» col. 1. 

Attainkh. Alain Cliarlier, Pocs. p. .574. 

Attiner. Nicot, Oudiii, Golgrave. Dict. 

Hasteu. Lanc. du Lac, t. II, fol. 54, R" col. 1. 



(1) chercher. — (2) à la porte. — (3) là il frappe. — (4) que peu s'en faut qu'il. — (5) eut. — (6) torts, injustices. — (7) ni 
jamais. — (H) jouerai , dil-il , à toi, — (&) avec. — (10) joyeuse. — (H) Qu'Us. — (12) ajustées, compassées. 



AB 



AB 



Aatisson, subst. Effort. Ga^çe, gapeuro, défi. 

Dans le premier sens, ce mot vient d'AaIic, dont 
on peut voir ci-dessus les divci'sps acccplions. 

IMiil. Moiislics, après le récit d'un tournoi, dit, en 
faisant nieulion de Robert Crcspin i[\n l'cuiporlu le 
prix : 

El si n'avoit Raires apris 

U'ariiies et de cevalerio ; 

Mais ses cuors le semont ( \) et prie , 

Quar de linai,'e (-2) et de nature 

Li vendit plus qu'en nourreture (3), 

S'en fu plus loj;iers('0 à aprendrc , 

Quar on peut de legier esprendre (.">) 

Sans painne et sans aatisson , 

I. auques enarssc tisson (6) , 

Et si dist-on, souvent avient 

Que d'aire (7) est li cicns (H) ki devient 

Vénères (9) sans aprendeour 00). 

l'h. .Mousk, MS. p. 1 W et -iJO. 

Dans le second sens il s'est formé iVcialir, ci-des- 
sus, pour provO(iuer, délier, appeler au combat. 
Alison, dans celle phrase, mettre sa teste en atison, 
signilie mettre sa tète comme en gai>'e, parier sa tète 
ou sa vie; s'offrir au risque de la perdre dans un 
combat singulier. 

Je pourroie bien mètre ma teste en alison 
Que fere m peusses aussi grant mes prison (M). 
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 3i7, R» col. 1. 

Nous dirions aujourd'hui: « J'en mcUroisma tcle 
à couper. » 

V.Vlil.iNTES : 

A.\TISSON. Phil. Mouskes, MS. p. 4't9 et i50. 
Atison. Fabl. JISS. du R. n» 7218, fol. 3i7, R<' col. 1. 

Abaco, subst. masc. Arithmétique. 

L'art de calculer. Ce mot se prenoit autrefois 
dans celle signification » un petit Ecrivain , mais 
« fort subtil mathématicien , qui apprenoit aux 
« enfans à écrire avec l'.l/^rtt'o, selon qu'on parloil; 
« c'est-à-dire avec l'arithmétique, et l'art de cal- 
« culer par jetions et par chiffres. » (Voy. Rouillard. 
Ilist. de Melun, p. 007.) On trouve aussi Abaco, pour 
le titre d'un Livre d'Arithmétique. (Voy. Labbe, 
Bibliolh. des mss. n° 931, p. 3'23.) Le mol Abaco éloit 
proprement un mot italien, formé du mol latin 
Abacus, usité par les Auteurs de la basse latinité, 
et dérivé du grec A"6ai Comptoir. (Voy. Mén. Dict. 
Étym. au mot Abaco. —Voy. encore dans llist. Litté- 
raire des RH. PP. Dénédictlns, T. XII, Avert. pp. xx 
et XM, il l'art. Bernelin , disciple de Gertiert, un 
détail curieux sur le Traité que Bernelin avoil com- 
posé sous le titre Liber Abacl (l'Abaque), sujet très- 
difficile selon lui, et sur lequel on avoit presque 
aucune lumière avant que son Maitre Gerbert eut 
commencé de l'éclaircir.) 

Abacteurs, subst. masc. plur. Ravisseurs. 

En Latin abactores, abigci, ceux qui détournent, 
ou enlèvent les esclaves , les bestiaux ou autre 
chose appartenante à autrui. (Voy. Bouteiller, Somme 



Rurale, p. ii'iS; et Du Cange, Gloss. Lai. au mol 
Abaclor elAbigcus.) 

Abaoïiz, atlj. plur. Vacans. 

Ce mot a cette signilicalion dans l'expression 
biens (thaeuz; pcul-èlre au lieu de biens ;ilialtns , 
dans le mcinc sens qu'on disoit en Latin, hcrcditas 
)«t'(')i.s, et (jue l'on dit encore en termes de Palais, 
succession jaceute. Ce sont les biens vacans, ou les 
biens de ceux qui meurent sans laisser des héritiers 
qui doivent ou ([ui veuillent leur succéder. fLau- 
rière, Gloss. du Droit fianrois, (pii cite la très anc. 
Coût, de Poitou.) 

Abal, subst. nuise. Aboiement. Cridcs mourans. 

On a dil, dans le premier sens, Ahai de cbiens. 
(Voy. Anc. l'oët. l'r. >iss. avant 1300, T. IV, p. 1051.) 

Dans le second sens on disoit à l'abay , comme 
nous disons aux abois , à l'agonie , à la dernière 
extrémité. (Borel, Dicl.; C'est dans ce même sens 
(|u"on uoiuiiie à Reims Abbé-mort , la cloche que 
l'on sonne pour les agoiiisans. (Voyez le Rec. des 
Préfaces du P. Mabillon, p. li'J.) C'est enfin par une 
extension de celle acception que l'on a dil <> tenir 
« en aboij » pour faire languir. (Voyez Vilbm, Dia- 
logue de -Mallepaye, p. 51.) 

VARIANTES : 

AB.\I. Monet, Dict. - Eust. des Ch. Poës. MSS. f 35i, col. i. 
-iBAY. Nicot et Robert-Est. Dictionn. 
.\BB.\is. Cotgrave, Dict. 

.\nnAV. Borel, Dict. — Crétin, p. 114. — .\pol. pour Hérod. 
page 338. 
Abbé. Mabill. Rec. de ses Préf. p. 149. 
.Vboy. Villon, Dialog. de Mallepaye, p. 51. 

Abaioi', verbe. Abboyer. Eslre aux abois. Aspi- 
rer. Ce mot subsiste au prem.ier sens avec fort peu 
de changement , et il exprime alors le cri du chien. 
C'est le sens propre. 

Il semble qu'on ail pris le mol abaier pour dési- 
gner le cri du mouton dans un endroit de la Farce 
de Pathclin, p. lOi. Le Berger disanl toujours bée, 
le Drapier lui répond : 

.Te te prie, sans plus neabayo; 
Que tu penses de moy payer : 
Je ne veux plus de baverie. 

Mais il ne faut pas, de l'emploi des mots chez nos 
anciens Poètes , en tirer trop rigoureusement des 
conséquences sur leur signification : la l'ime les 
leur faisoit quelquefois employer dans des sens très 
étrangers à l'acception reçue. " 

On trouve dans Brantôme, Cap. franc. 1. 1. p. 371, 
« abboyer à la mort » pour signifier être aux abois, 
rendre les derniers soupirs. 

C'est dans un sens figuré et propre tout à la fois, 
qu'il est employé dans le passage suivant : « Cette 
« ville de Turin sur laquelle ifs abbayent comme 
«' le chien après le cerL » (Mém. de du Bellav, fol. 
281, V°.) 



(1) 8on cœur l'invite. — (2) parenté. — (3) éducation. — (4) prompt, aisé, facile. — (5) aisément enflammer. — (6) tant soit peu 
allumé. — (7) de race de bon ordre. — (8) le chien. — (9) veneur, chasseur. — (10) maistre qui l'instruise, — (11) faute. 



AB 



— G — 



AB 



CONJLG. ANC. 

Abait. subjonct. prc%. Aboie. (Vov. Fabl. MS. du 
R. n" TGlô, fol. 215, V» col.2.) 
v.\ni.\NTES : 

ABxVTER. Chans. M5S du C. Thib. p. 147. 

Abweh Molinet, p. 127. - Cymb. Mundi. p. 137. 

Abbaveh. h. Est. Conform. du Fr. avec le Gr. - Regn. 
Sat. XVIII. p. IW. 

Abboyer. Brant. Cap. U. t. I. p. 371. 

EsB.viiEii. Chans. >1SS. du C. Thib. au lieu cite ci-dessus, 
MS. différent. u j ,Ar 

Habaer. Borel, Dict. au mot Habaatis, et \iUehard.p. lOa. 

H.XBAiEB. FaiTeu, p. 40. 

Abaicur, siibst. masc. Qui aboie. 
(Yoy. Monet. Dicl.) 

Abaisoi', verbe. Appaiser. 
C'est le chançiemeiit du p en /' , lettres du même 
organe, comme le reman[uent les Grammairiens. 

Mais ne put souffrir tel desroy (1) 
Pallas qui la noise abaisa. 

Trad. d'Ovid. MS. cité par Borcl, Dict. 

Abaisser, verbe. Baisser. Abaisser, humilier. 
Diminuer. 

Dans le sens propre, on a dit sabesser, pour se 
baisser, se pencher en avant. 

si s'abessa 

Et, un à un, tous les blessa. 

H. du Fr. co vers à la s. de FauTcl. MS. du R. n.' G812, fol. 8C. 

Au figuré, pour s'abaisser, s'humilier. Cette ac- 
ception subsiste encore. « C'uns cliascunsne,s'rt/>rts^ 
« mies solement desoz les devantriens (-2), mais iics 
« assi desoz les plus jounes. » (S'. Bern. Serm. fr. 
Mss. p. '2C>'i.) 

Par extension du sens propre baisser, diminuer 
la hauteur d'une chose , abaisser a signifié dimi- 
nuer en général. « Cil feu fu si granz et si oriil)les, 
« que nul hom nol pot estaindre, ni abaissier. » 
(Villehaidouin, p. 81.) 

Moult li ont ahaissié son los (3). 

Floiie et Blanclicflor. MS. de St. G. fol. 20i, R.', col, 2. 

On dit encore par métonymie, diminuer quel- 
qu'un, pour diminuer sa taxe, lui en imposer une 
moins forte. C'est dans unesignincation à peu près 
sembbiMe que nous lisons: <• Le supplioit qu'il lui 
« fist faire droit à son oncle (par son oncle), et 
" Valiaissast des outrais et des forfais qu'il lui 
« faisoit. .. (Chron. S'Denys, T. 1, fol. 2'iG.) 

CONJIG. ANC. 

yi//rt.ss/,part. Abaissé. (Voy. Borel, Dict. — Villehar- 
douin, p. '22.) 

Abast, impev. Abaisse, humilie. (Voy. S* Bern. 
Serm. Fr. mss. p. 2Gi.) 

Abés, indic. prés. J'abaisse. (Voy.Parten. deBlois, 
MS. de S- G. fol. I7i, R° col. 1 et 2.) 

Ab^'s/, subj. prés. Abaisse, diminue. (Voy. Fabl. 
MS. du I'<. n° 7G15, fol. 13Ô, li col. 1.) 



vARi.\KTEs : 

AIÎ.MSSER. Bourgoing, do Orig. voc. vulg. fol. 10. V». 

An.ussiER. Villehard, p. 81. 

AiiASiER. Fabl. MS. du Roi, n- 7G15. t. II, fol. 150, V» col. 2. 

AnE.?sEn. II. de Fr. en vers, à la suite de Fauvel, MS. du R. 
n» GSl-2, fol. 86. 

AnEs.siEU. Fauch. Lang. et Poës. fr. p. 102. — Ord. t. I, 
p. 381. 

Abaisseur, stibst. masc. Qui abaisse. 
(Voy. Monet et Oudin, Dict.) 

Abalourdir, verbe. Abrutir, rendre stupide. 

(Voy. Oudin et Corneille , Dict.) Ce mot subsiste 
encore avec une légère altération dans notre mot 
Abasourdir. 

Al)oiulon, subst. masc. Délaissement. 

Ce mot subsiste sous la première orthographe; il 
paroit formé du mot bandon et de la préposition à : 
riiahitude de réunir cette préposition avec le mot 
bandon, a probablement fait confondre ces deux 
mots en un seul. On trouve encore à bandon pour à 
discrétion dans G. Guiart. (Voy. ci-dessous Bandon). 
On disoit dans le même sens" babandon, pris ad- 
verbialement, « tout étoit babandon. » (Ger. de Nev. 
I. part. pag. G3.) Voy. Aiunpons ci-après. 

lian ou liandon. signilie proprement publication, 
proclamation publique, permission géiuTale. (Voy. 
Bandon ci-après ) Le temps du lian, liandon ou Mn- 
non, étoit celui où il étoit libre de faire paitre les 
bestiaux en commun et sans pasteur, différent du 
temps où les terres étoient en dcffens, pendant le- 
quel on n'avoit pas la même liberté. « Bestes à 
« abandon, sont des bestes sans garde. « (Laur. 
(iloss. du Dr. fr. au mot liandon.) L'on disoit aussi 
à-bandonner, pour livrer îi discrétion, et on l'a 
écrit ensuite en un seul mol abandonner. L'expres- 
sion à-bandon ne faisant plus ([u'un seul mot, on 
l'a employée quelquefois avec la préposition par ou 
«, ce qui "est originairement un pléonasme; ainsi 
on a dit « à abandon ou ;;flr abandon, » pour géné- 
ralement, entièrement, absolument, sans réserve, 
sans restriction. (Voy. les lîcch. de Pasquier. liv. 
VllI, page'O'i. — Du Cause, Gloss. Lat. au mot.lf)fl?i- 
dum, et Fabl. ms. du R. n" 7218, fol. 25, R', col. 1.) 

Désormais est raison 
De mon chant renoveler. 
Car pris ma par cilxiinlo», 
Amours cui sers sans fauser. 

Ane. roct. Fr. MSS. avant 1300, t. I, p. 170. 

En parlant d'une ville et d'un cbilleau assiégés, 
ceux qui le défeudoient « furent contraints de venir 
« ù abandon. » (Chron. Fr. mss. dcNangis, sous l'an 
1258,^ " le piint à abandon. « (Ihid. sous l'an 122G.) 
On lit dans le latin f/<'f//7/o?(f??i qui répond au mot 
Abandon. Des bergers qui vont îi la Crèche disent : 

Portons à leur pauvre ménage 
De nos biens « grand abaiHloii. 

Les Mar^ucrilcs de la Marjucrilo, I. I, fol. 83 V*. 



(1) désordre. - (2) anciens. - (3> sa louange, son prix. 



AB 



AB 



On lit « faire plainte cVaijandon, « pour requérir, 
tlcmaniler le bénéfice de cession île biens; ([/aur. 
Gloss. du Droit Vv. — Voyez la Coiitumede llainaull, 
au Coût. g:cn. Toni I. pag-. 792,]et « mettre en droit, 
« en loi et en abandon, » pour abandoniicr. " Geste 
« couvcuance a .^[(>si^o Willaunies devant dis crcan- 
•> cce loiaunicut à tenir, et si en a mis totes ses 
• coses en droit et en loi et en abandon, fors son 
« cors. " (Du Cbesne, Cen. de Betli. l'r. p. ICi, tit. 
de l'2iG.) 

PuOVKRliE. 

" Qui faict nopccs et maison, et plaide à son Sei- 
" Riieur, il met le sien à bandon : •> Ou lit dans le 
latin, Elj'undit nununos suinplibus immodicis. (Hec. 
de l'rov. anc.) 

VAniANTES : 

ADAXDON. Du Chesne, Oén. do Dcth. Pr. p. Wt, tit. de 
1210. — Froiss. Vol. I, p. '2-2. — Corn. Mélite, act. 5, scène 
dernière. 

Habandon. Borel, pp. -197 et 16.5. — Al. Cliartier, Poës. 
p. 730. — Ger. de Nev. I" part. p. 03. — Percef. vol. IV, loi. 3, 
Vo col. 1. 

Abandonné , adj. Livré sans réserve. Prodi- 
gue, libéral, £;énéreux. 

On employoil en général le mot Abandonné pour 
livré sans réserve. 

... de m'aimer n'ayez point de regret 
Franc et loyal suis et abandonné. 

Loyer des folles amours, p. 317. 

« C'est ung homme de grant valeur, large, cour- 
« lois, et //afea»(/OHHe' en chevalerie. » (Le'Jouven- 
cel, fol. 32, R°.) 

Ce mot se prenoit en bonne et en mauvaise part. 
Dans le sens de prodigue, on lit : « Je trouve deux 
« manières de gens larges et abandonnés , les au- 
« cuns sont dissipateurs, etc. » (Les Triom. do la 
noble Dame, fol. 77.) « Le Seigneur d'Antre fut le 
« plus large et abandonné de ses biens, qu"homme 
' de son temps, et ne plaindoit nulle dépense. » 
(Mém. d'Ol. de la Marche, liv. I, p. 45-2.) 

Dans le sens de libéral, généreux. Le Duc de 
Cleves « fut de soy un des beaux, des sages et des 
X bien adrecez Prince de son temps, et fe Roi Al- 
« phonse... fut large Prince, honorable et aban- 
« donné. » (Mém. d'Ol. de la Marche, liv. I, p. 330.) 



ABANDONNÉ. Loyer des folles amours, p. 317. 
Habandonné. Lanc. du Lac, T. II, fol. 29 R° col. 1. 

Abandonnéement, adv. A l'abandon , sans 
réserve, ù discrétion. Hardiment, librement. 

(Voyez sur le premier sens le Dict. d'Oudin, au 
mot Abandonnéement.) 

On tient plus chsr la chose désirée 
Que ce qu'on a à abandonnéement. 

Ane. Poës. Fr. SIS. du Vallc. n- 1522, fol. IGO, R- col. 9. 

« La barrière étoit ouverte et la porte aussi... Les 



« Bretons... entrèrent dedans /(«/>fl;i(/oHHcVH^(?)l^ » 
(Froiss. Vol. IV, p. 3G.) 

Par une extension de cette acception, l'on a dit 
.abandonnéement pour bardiment, librement. « Le 
'< Marcbis demanda qui il étoit qui si babandonnéc- 
" menl rouvoit (1) onvrir la poile : 11 dit qu'il étoit 
« le Itov, qui etc. « ^Contin. de C. de'l'yr. Martène, 
toin. V,"col. 028.) 

VARIANTKS : 

ABANDONNÉEMENT. Anc. Poct. Fr. MSS. avant 1300, 
T. 11, p. 71.5. 

AiiA.NDONNiÎMENT. Gloss. de ilarlène — H. Est. Dict. 

llAiiANDONNKKMK.NT. l'roiss. Vol. IV, p.3(j. — Percef. vol.II, 
fol. liO, verso, col. 2; vol. VI, fol. 97, verso, col. 1. 

llAUAXDON.NiiMicNT. Lanc. du Lac. t. III, fol. 122, V» col. 1. 

Abandonneniont, subs. mas. Cession debiens. 

On disoit être reçu à abandonnemenl être admis 
îi céder ses biens, pour se délivrer de prison. On 
lit « jurer et accorder à non vouloir être reçu à 
« abando)inemenl, » ce qui signilie la renonciation 
au bénélice de cession. « Nul homme n'est tenu 
" prisonnier pour deble de garde et commande, 
« supposé qu'il ait juré et accordé à non vouloir 
« estie reçu ii abandonnement qu'il ne soit mis 
« hors, s'il veult aluindonner, ne le serment ne lui 
« nuira, car autrement sembleroit qu'il fut obligé 
« de mourir. ■> (Cr. Coutum. de Fr. liv. II, p. 124.) 
C'est-à-dire que le prisonnier détenu pour dette.de 
garde et commande, doit être élargi , s'il offre de 
céder ses biens ; et ijuand même il auroit renoncé 
par serment au bénélice de cession , son serment 
ne lui pourra être opposé. 

Abandonner, verbe. Abandonner. Permettre. 

Ce mot subsiste au premier sens, sous la pre- 
mière orthographe. On disoit dans le même sens 
habandonner et liaba)iner : nousne trouvons cepen- 
dant l'orthographe habanner que dans le passage 
suivant, oîi elle paroit être une faute de copiste ou 
une abbréviation, pour babaiidonner. « Youloient 
« laisser l'œuvre et tout Itabanner. » (Ilist. de la 
Toison d'Or. T. I, fol. 43.) 

Dans le sens de permettre, un ancien Poète Fran- 
çois, parlant des jeux qu'avoit permis le Roi Louis, 
dit : 

. . . li Rois de France, 

Par son grant sens et par souffrance, 

A tous les jus abandonnés : 

ICH veut c'on jut à la grieske, 



A ju d'eskes, à ju de tables ; 

Ces coses sont assés raisonables (2). 



Anc. Poët. Fr. MSS. avanl 1300, T. IV, p. 1368. 
COXJUG. A>'C. 

Ilahandonniesmes, pour abandonnions. Le Fevre 
de S. Remy, Ilist. de Charles VI, p. 43.) 

Abandonneur, subst. masc. Qui abandonne. 
(Oudin. Dict.) 



(■1) demandoit. — (2) On prononçoit raisnahles, qui se disoit aussi dans le même sens. 



AB 



— 8 — 



AB 



Ahandons. subst. masc. pltir. Sorte de Cou- 
tume. 

S' Louis, par un de ses règlemens, abolit en 12f)0, 
une mauvaise coutume qui s"ctoit introduite ù 
Compie^ine, et qu'on uouiuioit Mnnidnfis. I.e texte 
porte: « Quinlam caplio (juc liebat apud Compen- 
« diuni et dicehatur, abandons. « (,Voy.Ordon. T.I, 
p. 293. Observât.) 

Abannir, verbe. Défendre, prohiber. 

Propieuient défendre par ban. par cri public; 
d'où ce mol a passé ;^ la signilication générale de 
défendre, prohiber. 

" Des prez sont ouverts ordinairement jusqu'au 
« premier May, et par aprL'Srt/yrt«()/sjusqu'i\ce(iu"ils 
c soient fauchez et vuidez. Neantmoins certaine 
« portion s'abannit par après, pour grasse pâture, 
« et autres usages. » (Coût, de Luxemb. au nouv. 
Coût. gén. T. Il) p. 352, col. 2.) Voy. ci-après AmtAN- 
Nis, subst. 

Abas, adv. En bas. 

On dit encore à bas pour en lias , dans quelques 
provinces. 

Tant que d'obns vous me puissiez entendre. 

Œuv. de Joach. du Bellay. 

« Rien d'abas ; >• c'est-à-dire, rien de ce qui est 
ici bas. (Les Marguerites delà Marguerite,.fol. 7i, R".) 

Abastires, subst. [cm. plitr. Tueries. 

Le lieu où se fait l'abatis des bestiaux par les 
Bouchers. « Défendre ladite Chambre... à tousDou- 
« chers... de faire abastires, ou tueries, etc. •• 
(Ordon. T. II, p. 38G. — Voy. ci-dessous .\FF.\ciinMEN.) 

V.VRIANTES : 
A'B.\STIRES. Ordon. T. II, p. .380. 
ABATiitEP. Gloss. de l'ilist. de Paris. 

Abat, subst. masc. L'action d'abattre. 

» Pour «/«// de chacun arbre de chesne , en l'a- 
« mendede six tlorins Carolus. » (Coût, de Haynaut, 
« au nouv. Coût. gén. T. H, p. Ii8, col. 2.) 

Abatablc, adj. Qui peut être détruit. 

Proprement f[ui peut être abutu. De là ce mot 
s'est employé au figuré pour ce qui peut être ren- 
versé, détruit, anéanti. 

« Si est le \ivci al)atable pur le errour del pur- 
<■ chas. » (Drilton, des Loix d'Angiet, fol. 58, V".) 

Abateis, subst. masc. Abbatis. Carnage. Forest. 

Ce mot subsiste au premier sens, avec une légère 
altération d'orthugraphe : " Pour ce que ceux à qui 
« les bois et maisons ont été abattues, deman- 
« dent... ipie son plaisir soit de les faire dédomma- 
« ger desdits abbateis, etc. » (Godefrov, sur Charles 
YllI, p. 486.) 

De là l'acception figurée û'abbateis pour carnage, 
dans ces vers : 



Tout un prand jour d'esley dura le chaspelis, 
Des morts et des n.îvrés fut grand Vabbaleis. 

Ger. do Rouss. MS. p. 119. 

Dusqu'és nés (D fu l'anchauceiz (2) 
Et ilucques (3) l'abatciz. 

Dlaridiaiidin, MS. de S' Germ. fol. 192, V col. 2. 

Et vil les grans abatei:. 

Les noises (i) oï (5), et les criz. 

nom. de Roii, MS, p. 2S2. 

Ce mot signifioit aussi Forêt, suivant Borel, qui 
cite un ancien Ovide ms. Si nous avions cet exem- 
plaire, nous y verrions peut-être que c'est une forêt 
abattue, une foret nouvellement coupée. 

VARI.VNTES : 
An.\TElS. norel. Dict. 
AiiBATKis. Godefroy, sur Cliarl. VIIL p. '*■%. 

Abatomont, ,sh/).s7. masc. Prise de possession. 
Terme de chasse. 

Ce mot se trouve au premier sens, dans les Tenu- 
resde Litlielon, fol. 93, R.° où on lit: « entrer par 
« abalement eu la terre; « ce qui signilic, entrer 
en possession, prendre possession. Le verbe Aratre 
a la même signilication. (Voy. ce verbe ci-après.) 

Kn terme de chasse, on disoit abatement pour 
l'action de découpler les chiens. 

. . . pour plainnoment 
Veoir de chiens abatement. 

Fonl. Gucr. Très, de Von. MS. fol. 13. 

Abalei'ic, subst. fem. L'action d'abalre. de ren- 
verser. 

Oultre n'avoit artillerie 
À souffisance, n"autrement, 
î'our rompre, ou faire abalerie. 

Vigil. de Cliorl. VU, T. I, p. 105. 

" D'un coup de paulme, cinq sols... âcabaleure, 
" à terre, que l'eu ajipelle accabler, dix-huit sols, 
« etc. » (Ane. Coût, de Norm. fol. 104, \".) 

Là eut une deconfituro 

De François, dont alors mourut 

Environ mille à Vabature. 

Vigil.dcCharl. VII.T. I, p. 51. 

VARIANTES : 

AHATERIE. Vigil. de Charl. VII, T. I, p. 105. 
AuATiauE. Ane. Coût, de Norm. fol. iOt, V". 
AiiATini:. Vigil. de Charl. Vil, T. I, p. Tyl. 
Abiiatlhe. Fouilloux, Vénerie, fol. 20, Y». 

Abatii", verbe. S'abatre, être abatu. 

Scez que (0) feras, fuy-t'en a grand eslais (7), 
Car l'en le voit ja tout abatii: 

Eiisl. des Champs, Poês. MSB. fol. 210, col. 3. 

Abntoîsoii, ,s(//;s/. fe^n. Diminution, Décri. 
Ce mot se disoil en parlant des monnoyes. (Voy. 
Ordon, T. Il, \). 18'i.) 



(1) jusqu'au.x vaisseaux. - (2) poursuite. - (3) là, en ce lieu. - (4) bruits. - (5) entendit. - ifi) sçais tu ce que. - (7) élans. 



AB 






ÂB 



VARIANTES : 

An\TOISON. Ord. tom. III, p. ISi. 
Batoison (La), corr. l'Abatoison, Ibid. 

Ahator, subst. masc. Qui esl entré en posses- 
sion. 

Ce mot, flans les Tenures de Liltlelon , desisne 
celui qui s'est mis en possession, (lui s'est saisi d'un 
héritage. (Voy. Adatement ci-devant, et K-muathe ci- 
après.) 

Ahatre, verbe. Alialtre, mettre fi jjas. Abolir. 
Découplcr, lAcher. i'i'cndre possession. 

Le premier sens, <iui subsiste encore, est le sens 
propre ; et c'est en cesens(|u'on disoil autrefois Roi 
abatu, pour Roi détrône, mis à bas de son trône. 
Ha ! Karle Sire, vos commans ai passés, 
Or i pert l)ien, que je suis mal-menés : 
Se le savirs, gentiex Rois coronés, 
Rois abatus en seroie clamés. 

Anscis M3. fol. 21, V' col. 1. 

je sai à essient (1) , 

Se l'Empereur me fait secorcment, 
Que la Corone m'abatra erranment (2) ; 
Rois cibutu serai tout mon vivant. 

Anscis. us. fol. 53, R- col. 1. 

Le règne avés malement soustenu. 
Autres l'aura, vous serés abalu. 

Ibid. f«l. G8, R- col. 1. 

On disoit aussi ahatre pour poser ù terre. Dans 
un ancien livre de Vénerie, on lit « abattre les cliairs » 
d'un animal mort qui doit servir d'apas « et traîner 
<> par les voies. » (Fouilloux, Yen. fol. 103, V^) Ce 
mot exp'ime aujourd'hui presque toujours une idée 
d'etl'ort ou de violence, comme en ce passage, oîi 
il signifie jeter par terre, renverser. » Ki abate 
« femme à terre, pur faire lui force, la multe al 
« Seigneur X. solz. » (Loix >'orm. art. 19.) 

On emploie quelquefois le moi. ibatre dans le sens 
figuré de renverser, abolir. (Voyez Laur. Gloss. du 
Dr. Fr. au mot .[hatrc, et du Cànge, Gloss. lat. au 
mot Abaturc. — La Thaumass. Cont. d'Orl. p. 4Cr>, 
tit. de 1108.) De lu, en parlant d'impôts, les abattre 
étoit les aiiolir, les supprimer. (Ordon. tom. I, 
p. 15, etc. tom. III, p. 3i, etc. I En parlant de Con- 
frairies, c'étoit les abolir, les anéantir, (ibid. T. III, 
p. 583.) En parlant des Monnoies, c'étoit les décrier 
ou en abolir le cours, (ibid. t. II, p. 192.) 

En terme de chasse, on a dit abattre les chiens, 
pour les découpler, les lâcher: proprement abattre, 
ôter le couple qui les attache. 

Et puis abattre ses chiens courrans. 

Gace de la Bigne, des Ded. MS. fol. 109, R» Voy. ibid. fol. 102 

Enfin Abattre s'est employé dans le sens de 
prendre possession d'un lieu , "proprement s'abattre 
sur une terre, y entrer : ainsi on lit « quand le 
« fils puisiié abattit en la terre après la mort de 
« son père, etc. » (Tenures de Littleton, fol. 13, R°.) 
On a vu ci-dessus AnATE.MENT dans le même sens. 
(Voyez aussi E.miîatre ci-dessous.) 



CuNJIT.. 

Almte, iiid. prés. Abat. iVoy. Loix .Norm. art. 19.) 
Abuluit, i)rélér. Abattit. (Voy. .S'-Dern. Serm. 
Fr. Mss. p. 4.) 

VARIANTES : 
An.VTRE. Loix norm. p. 222. Alhi.s. MS. 
AiiAUTiiK. Athis. MS. fol. lOtj, R» col. 2. 
Aiii!.\TiiE. Cotgr. Dict. 
IIab.vtue. Cotgr. Dict. 

A]>anlnr, verbe. Etonner. 
Ce mot siilisislc encore au participe passif, avec 
rorlhographe iXébauliir, dans le discours familier. 
Il signifie proprement frapiier d'étonnement, de là 
s'abnubir, pour s'ébahir, demeurer stupéfait. 
. . . chacun de vo valour 
S'abaiibit, et s'umelie. 

Ane. Pool. IV. MSS. avant 1300, t. IV. p. 1393. 

VARIANTES : 
ABAI'RIR. Abc. Poës. Fr. .MSS. du Vatic. n» r.a2, fol. 1.5i, 
V» col. 2. 
Abaudir. Fabl. MS. du R. n° 7989, fol. 239, R» col. 2. 
ÉBAUBiR. Molière, Tartuffe, Se. l'«. 

Abave, subst. masc. Bisayeul. 

Du latin «/;« chs. de môme qu'on ^iàxiaveonayeul 
du latin avus, grand-père. « Abave, grand ave » (Bou- 
teill. Som. Rur. p. 4G4.) 

VARIANTES : 
ARxVVE. Bouteill. Som. Rur. p. 4Ci. 
Ab.weul. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 270. 

Abbadosque, aftj. 

Mot formé du latin Abbas,kh\)é. « Les Fanfares et 
« courvées Abbadesques des Roulle-bon-temps de la 
« haute et basse Coquaiane, et dépendances. » (Vov. 
Beauch. Rech. sur le Th. fr. T. II, p. 32.) C'est îe 
titre d'une pièce o\x l'Auteur faisoit sans doute 
allusion aux fêtes ou spectacles burlesques dont il 
est parlé ci-après sous le mot .\be. 

Abbaiette, sut^st. fem. Diminutif d'Abbaye. 

« Proierent humblement que nous donnissions à 
« la Sainte Eglise deCambray... nwe Abbaiette i\m a 
« nom Maroiile. » Très, des Cliart. Reg. 22, Pièce 6.) 
Mal et vilanie et pechié 
Fist de tel puceletts 
Rendre en Abiete. . . . 
Honnis soit de Diu 
Qui me fist Nonnette. 

Ciians. fi-. du XIII' sicclo. JIS. de Bouhior, •jbi snj>rà. 

(Voyez Aeeie ci-dessous.) 

VARIANTES : 
ABBAIETTE. Très, des Chart. Reg. 22, Pièce 6. 
Abietk. Chaiis. fr. du XIII'^ siècle. MS. de Bouhier, fol. 56, 
R° col. 2. 

Abliaiinis, subst. mase. plur. Défenses, prohibi- 
tions. 

« Les communautez ne peuvent ïhitq Abbannis, 
« mettre ban, ny règlement à leur bois et usages, 
« sans l'autorité des Seigneurs, ou leurs Mayeurs. » 
(Coût, de Clermonf, au nouv. Coût. gén. tom. II. 
p. 880, col. 1, etc. — Voy. ci-devant Adannir.) 



(1) avec intention, sciemment. — (2) incontinent, aussitôt 
I. 



AB 



- JO — 



\B 



Abbastardisseur, siihst. masc. Qui abâtardit. 
(Voy. Oudin et Cotgr. Dict.) 

VABIANTES : 
ABBASTARDISSEUR. Oudin, Dict. 
Ab.vstardisseur. Cotgr. Dict. 

Abbati, subst. Maison de l'.Vbbé. 
C'est ainsi (|ue Du Cange exiili(iue ce mot Breton. 
(Gloss. Lat. ubi suprà. — Voy. Abeie.) 

VAIUANTES : 
ABB.\TI. Du Cange, Gloss. lat. au mot Abbaticium, col. 32. 
Abba-ti. Id. ibid. 

Abbecbenient, subsl. masc. L' action de donner 
la betiuôe. 
(Voy. Cotgr. Dict.) 

Abbecher, verbe. Donner la becquée. Af- 
friander. 
Le premier sens est le sens propre. 

.... Lanières (1) faintis 
Ki on abecke, et adaie (2). 

Ane. Pocs. Fr. SISS. du Vat, n- UOO, fol. 38, R'. 

Sur ce débat, quant on a le loisir, 

Et aue oyseaux ont faict assez bon devoir, 

On les abcsche 

Crélin, p. 8S. 

De là par extension, abéchicr pour alTriander. 

Clers, je te vois si alechié, 
Si ardent, et si abéchié, etc. 

Fabl. lis. du R. n" 7218, fol. 78, R" col. 1. 



ABBECHER. Nicot, Monet, Oudin et Cotgr. Dict. 
Abbëql'er. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Adeseare. 
ABECHEn. Cotgr. Dict. - Eudô, des Ois. fol. 123, V». 
ABEciiiKn. .Modus et Uacio, MS. fol. 112, Y». 
Abeckeb. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» li'JO, fol. 38, R". 
ABECQLEn. Fouill. Fauconn. fol. 12, V». 
Abeoueteb. Cotgr. Dict. 
ABESoiiEEi. Crétin, p. 'Si. 

Abbée, subst. fem. Sorte d'ouverture ou de 
canal. 

Ce mot subsiste avec l'orlliograplie abée, pour 
designer l'ouverture par laquelle coule l'eau qui 
fait tourner le moulin. (Dict. de l'Acad.) Laur. 
rexpli(iue dans un sens contraire: « Ouverture par 
« où l'eau a soncoursquand les moulins ne moulent 
" pas. » (Gloss. du Dr. Vv.) » On ne peut empesclier, 
« les rivières courans pcipctuellemcnt, (|ue les 
« moulins ne moulent, ou qu'ils n'ayenl une abbée, 
« ou hiiiciere ouverte pour donner cours à l'eau, 
« sauf es moulins (lui ne peuvent anlicnient moul- 
« dresans escliises. « (Coût. uôii. T. I, p. 'J-21.) 

Il semble qu'on peut inférer de là (lue ce mot 
a signifié en général l'ouverture par oii coule l'eau 
du moulin, soit lorsqu'elle tombe sur la roue, soit 
lorsqu'elle s'en écarte; et en effet, les Bretons 
ont dit AiiEn, pour embouchure de rivière. (Voy. 
ce mot ci-après.) 

(1) espèce d'oiseaux de proie. - (2; touche du doigt. 



ABBÉE. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 458. 
Adée. Laur. Closs. du Dr. fr. 

Abl)r»»çi«^mont, adv. Brièvement. 
(Voy. Oudin et Cotg. Dict.) 

Abbi'ouvenr, subst. musc. Qui abbreuve. 
(Voy. Moncl, Dict.) 

Abc, subsl. masc. Alphabet. Clef d'un chitTre. 

Nous nous servons encore de cette expression 
dans le premier sens. (Voy. Du Cange, Closs. lat. 
aux mots Abecedarium et Abagatoria.) Ainsi on 
nommoit Lettres parties par ^1 B t\ les Chartes 
mi-parties; c'est-à-dire les écrits faits doubles sur 
une même feuille, dont le milieu contenoit des 
lettres de l'alphabet (lui étoient coupées en deux, 
afin de constater, en les rapprochant, que l'écritétoit 
original. « l'ouradjonslcr plus grand foy et fermeté 
« à ces présentes lellres, je les ay signées de mon 
<■ seing, et scellées du scel de nies armes : Si les 
« ay faict escrire doubles, et parties par ABC.» 
(Mohsirelet, vol. I, foi. .").) 

On disoit aussi Abccc, pour désigner la clef d'un 
chilfre, proprement l'alphabet de convention. « Let- 
« Ires en chiffre iiilcrceplécs dont on avoil les 
« Abccés,\\n moven de (luov on eut la facilité de les 
« lire. » (Jaligny, llist. de (Charles Vlll, p. 18.) 

VAIUANTES : 
ABC. Du Cange, Gloss. lat. au mot Abecedarium. 
Abécé. Chans. MSS. du C. Thibaut, p. 5. 

Abduiuier, verbe. Renoncer. 

<'e mot subsiste en cesensavec une légère difTé- 
rence dans l'orthographe; mais il ne se dit qu'en 
parlant des choses: il s'employoit autrefois en parlant 
des personnes ; ainsi l'on disoit abdiquicr son fils, 
pour renoncer à un fils, ne le plus reconnoitre pour 
son lils. 

« Ce Chevalier avoit (roys fils, l'ung fut accusé en- 
« vers César, par envie, qu'il conspiroit quelque mai 
i> coiilre luy, tellement que César le prit en haine, 
« et dist au père qu'il voulsisl ahdiquicr; c"est-à- 
« dire débouter son iils de luy et le priver de la 
" succession et droits iialernels. » (llist. de la Toison 
d'or, vol. 11, fol. 45, V'.) 

Abditation, suhst. fem. Renoncement, éloigne- 
mcnt. 

11 est probable qu'il faut lire abdication; les 
lettres t et c se confondent facilement dans les an- 
ciens Manuscrits. 

. Je trouve cette vertu (l'obéissance) avoir eu 
« entre les Romains et autres, sa vigueur en 
« ([ualre manières. La première, Abditation elre- 
" boutcnienl de volnjilc/. et de délices. « (llist. de 
la Toison d'or, vol. 11, fol. l'2, \\) 



A 13 



— 11 - 



AB 



AlxS Hithst. mnsc. Père. Tilre donnc^ aux per- 
sonnes consliludes en dignité. 

La siç:ni(ication propre du mol Abbé , est celle de 
Père. C'est en ce sens ([iie ce nom a été donné à 
Jésus-Christ, môme en notre langue. 

.... del bon Abé 
Jésus 

Ane. roui. Fr. MSS. av.wt 1300, T. IV, p. 1327. 

Une dissertation qui se trouve dans l'Histoire de 
l'AI)l)é Suyer, retrace les diverses signilirati(UiS(|ue 
ce mot a eues en divei's temps, comme titre donné 
aux personnes constituées en dignité, soit Ecclé- 
siastiques, soit Laïques. 

L'usaiic le plus commun (ju'ou en ail fait, a été 
pour (l('siL;ner ceux ([ui poss(''doicnl les dignités 
ecclésiastiques, et plus particulièrement le Supé- 
rieur d'un Monastère. 

Nous observerons ici, avec le P. Mcnestrier, que 
l'on trouve sur les armoiries des Abbés, les mar- 
ques de leur dignité, il y a plus de trois cents ans. 
(Ornem. des Anii. p.iW.) Nous remarquerons aussi 
avec D. Mal)illon, que le pouvoir des Abliés dans 
les choses sacrées, an ix' siècle, s'étendoit à excom- 
munier les La'iques, donner la tonsure, et faire des 
dédicaces d'Eglises. (Hec. des Pief. de Mabillon, 
p. 377 et suiv.) 

« Ablial dey clouchié, » Abbé des cloches, est le 
titre encore subsistant d'une dignité dans la Cathé- 
drale du Puy-en-Vélay. (JournaldeTrév. Avril 173i, 
p. 7G1) ; c'est aussi le tilre du sonneur des cloches 
dans l'église d'Annecy. (Voy. Du Gange, Gloss. lat. au 
mol.l/;/i«s clochera, col. 33.) 

11 y avoit anciennement des « Abbés séculiers 
« qui joiiissoienl des Abbayes par concession des 
« Rois, et en disposoienl comme de leur propre... 
« Filesac l'a montré par plusieurs exemples des 
" deux premières Races. » (Voy.Mém. liist. etcrit.de 
Mézeray, T. I, p. 2.) On y rapporte plusieurs exem- 
ples decet abus. On y lit aussi ([ue les laïques, même 
mariés, prenoient le nom d'Abbés; quelquefois 
à'Archi-ubbés. (Ibid. p. 3. — Voy. AiicLii.\r,ni-; ci-après.) 

Dans le XVP siècle l'abus de disposer des Bénéfices 
en faveur de toutes sortes de personnes, étoit îi 
son comble. Dans la harangue faite par l'Évèque de 
Valence ii l'Assemblée des trois États h. Fontaine- 
bleau, en présence de François II. on lit : « Les 
» Cardinaulx et les Evesques n'ont fait difficulté 
« de bailler les Bénéfices à leurs Maistresd'IIostels, 
« et qui plus est, à leurs Vallets de chambre, 
« Cuisiniers , Barbiers et Lacquais. » (Mém. de 
Condé, in-4°. T. I, p. 560.) 

Vers ir>G9, vingt-huit Évéchés, et presque toutes 
les Abbayes éloient possédés par des laïques ; et 
dans le Conseil du Roi, on adjugea un Évêché à 
une femme. (Hist. de De Thou, t. Vlll, p. 93.) 

On lit dans Pasquier, que les Bénéfices étoienl 
donnés ;^ des Custodi)ws, qui les gardoient pour 
des laïques, et quelquefois pour dès Huguenots. 
(Lett. t. 11, p. 608.) 

Sous Charles IX on voit des Bénéfices donnés en 



mariage et en douaire. (Ilisl. d'Aulùgné, T. II. 
p. .'». — Voy. ci-a[irès Bionifici:.) 

Le litre (f'Abb(; de St-Marlin de Tours, est un titre 
que prennent les Rois de France. (Calland, des anc. 
Enscig. cl Élend. de Vv. p. '>.] 

Pasquier dit ilaus ses Itcchcrciies, liv. III, p. '279, 
« qu'il ne faut faire nul doute que du temps de la 
« première institulion des Abbés et Moines, c'é- 
« toient personnes séculières qui ne tenoienl nul 
" degré en l'Eglise. » 

On nomme en liéarn Abbals laïcs, ceux qui pos- 
sèdent les dixmes des Villages et qui nomment aux 
Cures. (Voy. Du Cange, (;ioss. Lat. au mot Abbas 
laïcus, col. 27, et Laur. Glo.ss. du Dr. Fr.) 

Les Abbés chevaliers éloient les champions des 
Monastères. (La Colomb. Théat. d'honn. T. 1, p. 37.) 
Dans le Cartulaire de Moissac, l'Abbé chevalier, 
Abbas miles, levoit des droits sur les biens d'une 
Abbaye, pour la défendre et la protéger. Les Abbés 
chevaliers éloient en quelque sorte aux gages des 
Moines. (Voy. Mézeray.) 

Les Génois, dans le xiv siècle, nommoient le 
Chef de leur république Abbé du Peuple. [\oy. leurs 
Historiens.) 

Dans l'Histoire de Du Guesclin, par Menard, on 
trouve « Abbé de Malle-paye » pour désigner Alain 
de Taillerait, servant à la guerre. (Voy. pp. 455 
etWl.) 

Enfin Furetière observe dans son Roman bour- 
fieois, T. I, p. 7, que de son temps ou appeloit 
Abbés, les jeunes gens de bonne famille ([ui étoient 
tonsurés, quoiqu'ils n'eussent pas d'Abbayes. Cet 
usage ou plutôt cet abus, est aujourd'hui encore 
plus étendu. 

On abusoit aussi de ce nom en l'applitiuant aux 
chefs de certaines sociétés, dont les plaisirs qui en 
faisoienllelien, n'oftroient qu'un mélange, souvent 
criminel et toujours ridicule, de licence et de su- 
perstition. Ainsi nous trouvons : 

1° h' Abbé de Liesse et des moines h Arras. On 
peut voir les spectacles burlesques qu'ils donnoient; 
l'association de l'Abbé de Liesse avec le Prince de 
Plaisance ; et le Roi des Sots de Lille, dans les Mém. 
sur rilist. d'Artois, par M. Ilarduin, pp. 19, 46, 
63, 75 et 204. 

2° L'Abbé du Clergé, ou de la Mal-gouverne, ou de 
la fêle de l'âne. L'Abbé du Clergé étoit un jeune 
Clerc que le bas chœur élisoit dans une de ces 
ridicules cérémonies que la simplicité de nos pères 
avoit introduites. (Voyez ces cérémonies décrites 
par M. Lancelot, d'après un rituel .ms. de Viviers, 
dans le T. VII de l'Hist. de l'Acad. des Bell. Lett. 
p. 255); on y cite un jugement du 31 Mars 1406, 
rendu par des arbitres, contre un homme qui avoit 
été élu Abbé du Clergé, et qui ne vouloit point l'être 
et encore moins donner le repas qu'il devoit en 
celte qualité. 

Cet Abbé du Clergé se nommoit h Rliodez l'Abbé 
de la Mal-gouverne, ou de la fête de l'âne. (Voy. 
Du Tilliot, Hist. de la Fête des fols, p. 22 et suiv.) 

3° L'Abbé des Cornards ou des Chansonniers et 



AB 



1-2 - 



AB 



diseurs de bons mots ;^ Évrcux et à Rouen. 'A'oy. Du 
Tilliot, iibi suprà, p. 89 et suiv.1 

Remarquons enfin les expressions suivantes, dans 
lesquelles le nom d'Abbé est encore employé abu- 
sivement : 

1" On appcloit Jeu de l'Abbé, une sorte de jeu où 
il faut imiter celui qui passe devant les autres, en 
loulce qu'il fait. Oudin, Curios. Fr.) 

2° On a dit proverbialement l'as d'Abbé, pouv 
allure prave. (Cotgr. Dict.) 

3' Table d'Abbé pour table somptueuse. (Rab. T. V, 
p. 12i. 

4° Face d'Abbé pour visage rubicond, bouffi d'em- 
bonpoint. (Voy. Bourgoing-, deOrig. Voc. Vulg. fol. 8. 
et 9.) 

VAUIANTES : 

ABÉ. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, Tom. IV, p. 13-27. 
Abuat. Du Cange, Gloss. lat. au mol Abhas laïcus. 
Abbè. Orlh. subsist. 

AuBEi. Du Chesne, Gén. de Guines. Pr. p. 291, tit.de liCfi. 
Abbès. Labbe, Gloss. p. iX>. S' Bern. Serin, fr. MSS. p. 314. 
AiiEi. Du Chesne, Gén. de Guinos, Pr. p. 2.*<i, lit. de 12il. 
Abet. Du Chesne, Gén. de Derth. Pr. p. 1C2. lit. de 12(57. 

Abécédaire, adj. Alpbabéli(iuo. Élémentaire. 
Qui en est aux élémens. 

Le premier sens, qui est le sens propre, subsiste 
encore. On dit « l'ordre Abécédaire » pour l'ordre 
alpbabétique. ;Nat. d'amour, fol. '2.'")8, R°.) 

Par une extension de celle acception, et prenant 
l'A B C, clémens des lettres, pour les élémens de 
toutes connoissances, on a dit abécédaire pour 
élémentaire, en parlant des choses. On lit en ce 
sens dans Montaigne « il y a ignorance abécédaire 
« qui vaut la science. » JEssais, T. 1, p. ô30.) 

lie là ce mol, appliqué aux personnes, a signifié 
« qui n'en est qu'aux élémens. » Le même .Montaigne 
a dit : « La sotte chose qu'un vieillard abécédaire ; « 
c'est-à-dire qu'un vieillard ignorant, qui n'en est 
qu'aux premiers éléments des lettres. (Ibid. T. II, 
p. 7G'i.) 

Al)eesse, subst. fcin. Abbesse. 

iNous ne citerons pas de passage pour justifier 
le sens propre de ce mot qui sujjsiste avec une lé- 
gère altération d'orthographe ; mais nous rappor- 
terons l'expression proverbiale ù'abbesse de Lens, 
formée par l'équivoque de Lens, avec lenteur, et 
qui a été employée pour dfisigner une personne 
lente. Ces sortes d'équivoques el d'allusions de mois, 
sont assez fréciuentes dans nos anciens Auteurs. 

Qui no peut bien son service employer, 
A Lens si voist (1) mieus querre l'ubecsse. 

Ane. Poiis. Fr. MS. du Val. n' H90, fol. 171, R'. 



ABEESSE. Ane. Pous. Fr. MS. du V.itic, n» 1400, fol 171, U». 
ABAESSE. Fabl. MS. du «. n» 7»il.-), T. Il, fol. 147, U' col. I. 
Abbaiassk. Gloss. sur les Coût, de Bcauvoisis. 
Abbaisse. Apol. pour Hérod. p. 344. 
Abese. Du Chesne, M. de Guines, Pr. p. 28C, lit. de 1214. 



Aboie, suhst. [cm. Abbaye. Couvent. 
Dans la première acception, ce mol subsiste avec 
l'orlhograpbe abliaiie , qui se trouve déjà dans 
Eust. des (".h. Pocs. mss. fol. 2;{7, col. 2, etc. 

Par extension l'on a dit AbbaijC pour Couvent 
en général, Maison de Religieux; ainsi qualifioil-on 
la maison des Cordeliers à Alexandrie en lr)13. 
" Ledit advontureux alla loger en une Abbaye de 
>> Cordeliers, etc. » Mcm. de Rob. de la Marck, Sei- 
gneur de i'"leuranges, ms. p. 1G7.) 

Le mot Abbaye, employé figurémenl, a produit 
les expressions suivantes : 

1" Etre de l'abeie de quelqu'un, pour avoir le 
même sort, partager la même fortune, proprement: 
être du mOme Ordre. 

Fox est qui en vos se fie ; 
Vous estes de Vabeie 
As soulTraitous (2). 

Ane. r«t. Fr. MSS. av.nt 1300, T. III, p. 081. 

2' On disoil proverbialement : 
Tout vendra en nostre Abbaye. 

Eust. des Ch. Pocs. MSS. fol. 237, col. 2. 

C'est-à-dire : je m'emparerai de tout. 

3" Cuir d'abeic, pour désigner un cuir doux et 
bien passé. « Le Faucon doit avoir un cliapperonde 
« bon cuir ù'ubeie bien fait et bien eul'ounné. » 
(Modus et Racio, ms. fol. 110, V".,, On lit cuir û'abcre 
dans l'imprimé, fol. 50, Y", mais c'est visiblement 
une faute, pour cuir d'abeie. Elle se trouve rectifiée 
par le .ms. 

A" De là, sollcrs d'abbaye, pour souliers faits de 
cuir d'abeie. 

De bons harnois, de bons chauçons velus 
D'escasiUons (3), de solters d'abbaye. 

Eusl. des Ch. Pocs. MSS. fol. 231, col. 4. 

5° On appelle à Toulouse la grande Abbaye, le 
lieu public des filles de^débauche. ^Extr. de l'IIist. 
de Lamruedoc, par D.'Vaissette. — Journ. des Sav. 
Mars 1746, p. 527.) 

<)■ L'abbaye de monte à regret. Expression qu'on 
trouve dans Oudin (Curiosités fr.) pour désigner la 
potence. 

VAIUAXTF.S : 

ABEIE. Ane. Poët Fr. MSS. avant 1300, T. I, p. .'»4. 
AiuiAVE. Ortliogr. subsist. 

AmiEiic. Loi.xNorm.art. l.dansleLat./liiafia.siveEcctoia. 
liclii/innis. 
AiiEYE. Modus et Uacio. MS. fol. 110. V». 
AiiiE. Roman du Brut. MS. fol. 103, R» col. 1 

Abeillage, siibst. masc. Droit Seigneurial. 

Lauricre le définit « un droit en vertu du(iuel 
« les abeilles épaves el non poursuivies, appartien- 
>> nent aux Seigneurs .lusticiers. « (Gloss. du Dr. Fr. 
au mot Abeillage. — Voy. Acuillage ci-après.) 

VAIUAXTF.S : 
ABEILLAGE. Du Cange. Closs. Lat. au mol AboUagium. 
AiioiLAr.E. Ménage et Borel, Dict. 
AiioiLLAGE. Du Cange, Gloss. Lat. au mot AhoUa\)ium. 
Abollage. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 455, note. 



(1) aille. — (2) gueux, pauvres. — (3) espèce de chaussure. 



AB 



— 13 



AB 



Abcillunno, siihst. [cm. Espèce do mouclie, 
petite mouclie lilanciie. 
(Voy. Oiuliii et CoIht. Hicl.) 

Abeille, siihsl. [cm. 

Ce mol sulisiste avec cclh^ orlli{ij;i';i|ilie. .Nicol 
remni'iiiie que dans la Toiiiaiuc ci, l'Anjou, oa 
disoil Aveillc, du Latin Aviciila on .l///V»/«. l/mi 
tronve en eiïel .\vcilU' dans l!al)clais, T. 1. p. -2:>i. 
(Voy. Aveltc, sons Aviai.i.F.Tri:, ci-après ) 

Onjoisnoil (ineliincfois le nom dn senrc ù celui 
de l'espèce ; de là le mol composé Dionchr-nvcillr, 
ponr abeille, monclie-ù-miel. « Les Hamcs ayant... 
« lavé lenrs mains... entrèrent dans un lieu oii il y 
« avoit l)eancoup de livres, et l'une d'elles.... dit : 

Que une mouclie-aveUle 
N'a tant désirs d'avoir 
Du miel, 

« Qu'elle en a à voir des livres pour s'instruire. " 
(Hardiesses de plus. Rois et Émper. .ms. du R. 
n' 7075, Préface. — Voy. Aes ci-après.) 

VARIA.NTES : 
ABEILLE. Orth. subsist. 
AB.\iLLE. Borel. Dict. l'« add. 
Aboile. Borel, Dict. 
AVEILLE. Rab. T. I, p. 254. 

Abeillon, suhst. inasc. Essaim d'abeilles. 

(Voy. Du Gange. Gloss. Lat. au mot AhQllcKjium.) 
« Si aucun trouve un abeillon à miel espave en son 
« héritage, ([ui ne soit poursuivy par celuy à qui 
« il appartient, il est tenu de le révéler au Seigneur 
« justicier. » (Coût. gén. T. II, p. 3t»3.) 



ABEILLON. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
Abeilion. Dict. de Cotgr. 

Abeldi. 

Il faut peut-être lire a-bel-di, mots Italiens qui 
signifient à quelque beau jour, ou comme nous 
disons vulgairement un beau matin. 

Ernouf un Cuens de Flandres bien puissant, abeldi. 
Monstereul son Cliastel à Ilerloin toli. 

Rom. de Rou. MS. p. CC. 

On pourroit encore diviser abekU de cette ma- 
nière : ab el di ; c'est-à-dire en Provençal, avec le 
jour, au point du jour. 

Abelir, verbe. Plaire, être agréable, cbarmer. 
Parer. Colorer, justifier. 

On a employé dans le premier sens toutes les 
orthographes de ce mot. 

Les Italiens et les Provençaux disent en ce même 
sens, abeliire. 

Li dous chant tant m'abeli (1), 
Jus (2) de mon cheval salli (3), 
Maintenant là ù (4) le Rousignol vi. 

Vm. U. Viniers, Ane. Puel. Fr. MSS. avant 1300, p. 8-22. 



Lu mari trouve sa femme avec son galant : 

Quant vi la Dame et son ami, 
S(;achiez, point ne U abcli (.">). 

Falil. MS. de S. Genn. p. 189. 
l'ng mot luy nuit, l'autre luy abollit. 

AI. Ctiarlicr, Pofis. p. 557. 

l^neDame fait pi'éparer un bain pour son amant, 
et dit à sa Chambrière : 

Qucur test (6) le Seigneur deschaucier, 
Jo vucil qu'il se voist (7) baigner 

Si m'fmbelim plus (8) son estre. 

Fabl. MS. de S. G. fol. 78, V col. 3. 

" Tant avoit de beau parler en soy, qu'il plaisoit 
•< moult, cl eiitliellissoil aux Chevaliers. >• (Ilist. de 
Du (iue.sclin, par .Ménard, p. 'iOi.) 

L'aim tant vraiment. 
Que riens, fors li, ne m'enbelist (9). " 
Jean de Nucville, Ane. Poct. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. UW. 

Nous n'avons trouvé que les trois dernières or- 
thographes employées dans les autres sens. On dit 
encore embellir, pour orner, parer. Froi.ssart a dit 
en ce sens, pris au figuré : <• .là maintenant avez 
« avec vous les plus beaux et les plus notables du 
« pais. . . et c'est une chose qui moult grandement 
« embellit et réjouit votre guerre. » Et plus figuré- 
ment encore, « embellir l'àme et la sépulture de 
« ()uelqu'un, » pour faire honneur à la mémoire de 
queliiu'un. (hiv. IV, p. 77.) 

En étendant l'acception précédente, embellir s'esl 
pris dans le sens de donner des couleurs favora- 
bles; au figuré, justifier. Ainsi le même F"roissart 
a dit >■ pour en guerre embellir et colorer, » (Liv. 
I, p. 350.) 

CONJCG. 

Abeli, prélér. Plut. (Voy. G. Guiart, Ms.fol. 57, V°.) 
Abelist, indic. prés. Plàit. (Voy. Fabl. mss. du R. 
11° 7218. fol. 1.30, V» col. ±) 
k\)&\\x{, prêter. Plut. (Voy. ibid. fol. 284, Rocol.2.) 

VARIANTES : 

ABELIR. Eust. des Ch. Toës. MSS. fol. 39.3, col. 1. 

Abuelir. Gace de la Bigne, des Déd. MS. fol, I3S, R". 

Abeliser. Borel, Dict. 

AiiELLiR. Al. Chart. poës. p. 557, et Glossaire du Roman 
de la Rose. 

Abiklir. Phil. Mousk. MS. p. 12. 

E.MBELiR. Fabl. JIS. de S. Ger. fol. 78, V col. 3. 

EMBEr.LiR. Hist. do Du Guesclin, par Ménard, p. 204. — 
Froiss. liv. I, p. 56. 

Enbelir. Jean de Nueville, Ane. Poët. Fr. MSS. avant 
1300, T. IV, p. 1444k - Jean Erars, iûid.T. II, p. 662. - Simon 
d Autie, ibid. T. II, p. 686. 

Abellé, partie. Qui mène des bêtes. 

Il paroît que c'est en ce sens que doit s'entendre 
ce mot dans le passage suivant , le seul où nous 
l'ayons rencontré : « Tous Sergens doivent être 
« crus à leur relation de prise de gens «k' //es qu'ils 
« trouvent en dommages es bois, etc. » (Nouv. 



(1) tant me plut. - (2) à bas. - (3) je sautai. - (4) là ci:;. - (5) point ne lui plut. - (6) courre vite. - (7) aille. - (8) il oe 
plaira davantage. — (9) ne me plait. 



AB 



- 14 - 



AB 



Coul. gcn. T. II, p. 601, col. 1.} Peut-èlre faudroit- 
il lire abestés ou abettés. (.Voy. Auestk ci-après.) 

Ahonevis, subsl. viasc. Espèce de contrat. 

(Voy. llii ("ange, Gloss. Lai. au mol Abcncvisum , 
col. 3"7.) Contrat pour jouir tant qu'il plaira, sans 
limitation de durée. Ce mot est visiblement foi'mé 
du latin Ih'tievis, pris suhslanlivemenl , pour bon 
vouloir, bon plaisir ; de-lù >■ à hciicvis, » fi volonté, 
selon le bon plaisir; par corruption en un seul 
mot Abeimûs. « L'Abcitcvis dure toujours... Ouand 
« quel(iu"un, par un temps immémorial, a joui des 
o eaux d'un Seigneur, on tient dans le Lionnois 
« que le Seigneur est obligé de lui donner. . . un 
u aboievis sous une redevance (lui emporte lodset 
« ventes, dans le cas des aliénations. Abcncvis, 
« dans le Lionnois elles pays voisins, signifie donc 
« en généial toute concession qu'un Seigneur fait 
« à quelqu'un sous quchiue redevance; mais parti- 
« culièrement une concession d'eaux pour faire 
« tourner des moulins, ou pour arroser des prez. » 
(Laurière Glossaire du Droit fran(;ais au mot Ikncvis, 
p. 2j7, note.) 

Abcneviser, verbe. Concéder. 

On lit dans Lauriére: « lieiwviser, Alieurviser, 
•• n'est autre chose (]ue fi.ver, abonier, » (Gloss. du 
Itr. l'r. au moUlcncvis. —Voy. I>i;.M;visr.R ci-après ; el 
ci-dessus Apenevis.) La signification que nous avons 
donnée à ce dernier mol, semble devoir étendre 
plus loin que ne fait Laurière, celle du ver])e Abe- 
neviser, qui en est formé. 

Abonfans, subst. masc. pliir. Arrière-pctit-fils. 

De même qu'on a dit Abcive , pour désigner le 
degré au-dessus de Vdve ou gi'and-pèrc, le qua- 
trième degré en remontant ; de'méme on a dit abeu- 
fnus. pour désigner le quatrième degré en descen- 
dant, le degré au-dessous des petits-enfans. 

« Abeiifaiis, qui est le quart-degré que les Clers 
« u\)\>e\\enlabneveux. » (Douteille.'som. liui'. p. ^îCiG.) 

Abonfjuc, subsf. 

Ce mot, dans le Cambresis, se dit d'un quart de 
denier ; c'est la moitié d'une obole, la(iuelle fait la 
moitié du denier. 

On trouve le mol Abenr/ue dans un titre de l'E- 
glise de Cambray, du 20 Mars la-îS, concernant la 
levée des impôts sur les boissons, (|ui m'a été com- 
muniqué par M. Multe, Doyen de Cambray. 

Abonsté, atihst. fem. Terme de Coutumes. Ab- 
sence nécessaire ou forcée. 

« Observera, el lui enjoignons, el ordonnons 
o d'observer le deuxiesme article, ou tiltrc liuic- 
« tiesme de la reformation, foucbanl de point con- 
<■ céder inhibition au debteur convaincu par ban- 
» nissemenl, abcmlé, ou autre conviction dea-luges 
« séculiers. » (Coût, du pays de Liège, au Coût, gcn 



T. II. p. 07.-.. I « Par vertu de quarte-mandement, 
« bannissement et nlienstc exécutée par bannisse- 
« ment, on poldra démener les héritages, cens, 

« rentes, etc des debteurs convaincus, et 

» iceux biens saisir, etc. » jbid. p. 981.) 

Aber, siibst. 7uasc. Embouchure d'une rivière. 

Mot lîreton. (Voy. Du Cange, Gloss. lai. au mot 
Haula, T. 111, col. 1073, et Valois, Notit. Galliarum, 
au mot Francopolis. — Voy. aussi l'article Anuri: ci- 
dessus.) 

Abei'fioiss, subst. masc. Espèce de toupie. 

Le Duchat, dans ses notes sur Rabelais, dit que 
ce mot désigne une espèce de toupie dont les en- 
fans s'amusent en Allemagne. (Hab. T. IV, ^ouv. 
Prolog, p. 35.) 

Al)oi'bnvre, subst. masc. Embouchure de fleuve. 
(IJorel, Dicl.) 

Ce mol est visiblement composé d'aher, qu'on 
vient de Vdir dans le sens d'embouchure, el de havre, 
port; ainsi le mol Aherliavre paroltroil signifier 
proprement les embouchures des neuves qui forment 
un port. 

Abeste, subst. viasc. Amiante. 

Pierre qui se réduit en filamens assez souples 
pour être lilés, et que le plus grand feu ne sauroit 
endommager. (Ménage, Dicl. ubi sujira.) C'est ce 
qu'exprime le mot Grec'i/ffCfirrof, Marbodus, en l'al- 
térant un peu, en a fait un mol françois. 

Abi-slos vient de l,i cuntrée 
D'Archade, ù el est trovoe (1) ; 
Geste pierre a de fur culur (2), etc. 

Marbodus, col. 1663. 

VAniANTES : 
ABESTE. Marbodus, col. 10C3, art. 33. 
Abestos. Marbodus, ubi suprà. 
AsHESTE. Ménage, nict. étym. au mot Amiante. 

Abesté, atlj. Qui a des bêles, qui est à cheval. 
(Cotgr. Dict.) 

« il ne vouloit loger que ceux qui csloicnt abcs- 
» /c;-, c'est-à-dire que ceux 'lui avoienl des bêtes, 
» et non les gens de pied. » .nouchcl Sérées. T, I, 
p. 41!). — Voy. AiiKLi.K, ci-dessus.) 

Aboster, i^erbe. liendre bêle, abrutir. Duper. 
AniiiiiM-, exciter. Attaquer de front. 

Le sens propre est rendre bête, abrutir. « Est 
« abeslc le bonhomme, el paisl l'herbe, el esltrans- 
« figuré eu une bcste sans enchantement, i. (Les 15 
Joyes du mar. p. 110.) « Le deussenl-ils garder de 
« soy laisser ainsi abesler. » (Ibid. p. 202. — Voy. 
AnrsTiM ci-après.) 

De là on s'est servi de ce mot pour profiter de la 
bêtise de (juclqu'un. le duper. 

Celles prannent sans rendre qui les musar?. abcstent. 
Chasllc Slusarl, MS. de S. G. fol. 105, R* col. 3. 



(!'> OÙ elle so trouve. — (2) couleur 



AB 



— ir. — 



AB 



Bien guilc (1) la Dame et ahete 
Son Seignor qui tant s'en espert. 

Fal.l. MS. de S. G. fol. 123, U" col. 1. 

Dans le sens d'animer, exciter, ce mot siRnilio 
proprement opposer' deux bêtes, deux animaux l'un 
a l'autre. On disoit au Jiguré: « Pour ce (juc vous 
•' abbetasti's et i)rocurastes discorde entre notre 
« Seijineur le l!oy et la Heine et les altres du 
« Réaime. ■> (Du Cange, (Jloss. Lat. citât, au mot 
Abbetator.) 

De là, la sij!:nification iVabi'lcr, pour allaquer de 

front, faire tète. " Il leur tourna l'f'cu veis 

« le visage aussi fièrement (|ue fait le porc-saiii;ler 
« aux chiens quant ils sont «/^(7t''s. >> (Percef. Vol. I, 
fol. 12.-., V", col. 1.) 

On a dit par extension s'abcttcr, \wuv&alicurtc'r, 
s'attacher sans démordre. 



Trop est folz qui à eux s'abelte. 
Ilist. des 3 Maries 



, MS. p. 330. 



VARI.\NTES : 

ABESTER. Les quinze .Toyes du mariage, p. 202. 
Ahbeteh. Du Cange, Gloss. Lat. au mot AbbeUUor. 
AiiETKli. l'abl. MS. de S. G. foL 38i. 
.\BETTEH. Hist. des Tfois Maries, en vers, MS. p. 330. 

Abestir, verbe. Rendre héte, abrutir. 
(Voy. AuESTER ci-dessus.) 

.... plusieurs sont, 
Quand femmes ont, 
Mal s'en chevissent ; 
Et grant mal font, 
Quand se forfont, 
Et s'abestisscnt : 
Tant les chérissent, 
Et obéissent, 
Que de liberté le défont, 

Dlason des faulces amours, col. 259. 

VAUI.i.NTES : 

ABESTIR. Sag. de Charron, p. 132. - Crétin, p. 133. 
Abestier. Froiss. Poës. MSS. p. 339, col. 1. 
Abetib, d'où le participe Aheli pour Hébété, dans Martin 
Franc. 

Abet, subst. masc. Espèce de sapin. 

En latin abies. Il y a au pays de Foix , sur les 
monts Pyrénées, un ancien sapin qu'on appelle l'.l- 
bet coroncit ; c'esl-i\-d\re sapin couronné, en mé- 
moire de ce qu'on tient qu'autrefois trois Rois dînè- 
rent dessous. [Borel, Dict. au mot Sap. p. 405, et 
Ménage, Dict. étym.) 

Abete, subst. fem. Insligalion. 

Du Cange l'explique en ce sens dans ce passage : 
« Ont faits que nostre Seigniour le Roy sans assent 
« du Royaume ou deserte'd'eux , lour ad doné par 
« \onr abete, moult diverses Seignouries, etc. » 
(Gloss. Lat. au mot Abettum, col. 38.) Ce mot, qu'on 
a fait venir du Saxon , ne seroit-il pas le même 
qn'Abet, ruse, ci-après sous Auetii, formé d'A/^esfer.'' 



Abeth, subst. masc. Action d'attendre. Action 

de uuclLcr. Ruse, lVi|ionnerie. Erreur, mécompte. 

Proprement ce mol au premier sens signifie l'ac- 
tion de béer, d'attendre en béant , par extension, 
relard, délai. 



Kt puis me dit, por abel (2) 

Que je feissc sur ce bulfct. 

Fal,l. MS. du H 



015, T. I, fol. 120, R- col. 1. 



Or entendez un petitet 
Xi ferait mie grant abct (.3). 
Kabl. MS. du R. i 



"218, fol. 230. V- col. 1. 



De 1:1, pour l'aclion d'attendre en observaiil, l'ac- 
tion de guetter, on lit en ce sens : 

Or Koiez demain en .Ahâ 
As fenestres de celé tor. 

Alex, et Arist. MS. de S. G. fol. 72, V> col. 3. 

WAbcter, duper, tromper, on a pu {Yiveabet poiii' 
ruse, artifice, friponnerie. (Voy. Adester et Akete ci- 
dessus.) 

Si te va pendre à un gibet 
Tu ne sex rien fors que d'ubct 

Fahl. MS. du R. n° -218, fol. 215, R- col. 1. 

C'est peut-être en ce sens que pour désigner (eut 
ce qui peut servir à tendre des pièges aux aniin.ux 
et à les prendre, on s'est servi de l'expression d'ar- 
mes de maint abet . 

De Vénerie, i a oustill. 
Le quenivet (4) et le fuisill, 
Et h tondras (.ô) et li galet (G) 
Et moult arme de main abet. 

Parlcn. de Blois, MS. de S. G. fol. 143, R- col. 1. 

Enfin pour erreur, mécompte, comme dans ces 
vers : 

estoit enchainte 

La douce Vierge digne et sainte, 
Desquiex troiz moiz dit sans abellt 
Quant je parlay d'Elizabeth ; 
.\insi devoit la Vierge tendre 
Pour enfanter six mois attendre. 

Hist. de» 3 Maries, en vers, MS. p. 82. 

VARIANTES : 

ABETH. Hist. des trois Maries, en vers. MS. p. 82. 
AuÉ. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n° 1190, fol. 148, R". 
Abet. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 215, R» col. 1. 

Abetere, adj. Sot, hébété. 
Mouskes, parlant de Charles le Chauve, dit en ce 
sens : 

D'une feme, ki fu gentius, 
Avoit uns fil ki fu soutius (7) ; 
Loeys li Baubes ot non (8) ; 
Et faciès k'il ot cest sornon (9); 
Pour cou k'il estoit baubetere (10) ; 
Mais il n'iert fos (.11), ne abetere. 

Ph. Mouskes, MS. p. 328. 



ABETERE. Phil. ilouskes, p. 328. 
Abetiere. g. Guiart, MS. fol. 16, R». 



(1) trompe. — (2) comme en attendant. — (3) retard, délai. — (4) quenivet, canivet, diminutif de canif. — (5) amadou. 
— (6) pierre à fusil, caillou. — (7) subtil, fin. — (.8) bègue. — (9) eut ce surnom. — (10) balbutiant. — (11) n'étoit fol. 



AB 



— ic — 



AB 



Abovoter, verbe. Instruire, prévenir. 

Il semble que ce soit la sifrnilication de ce mot 
dans le passaj:e suivant, où il s'ag;it d'une femme 
qui ayant mangé des perdrix, veut faire croire à son 
mari "qu'elles ont été mangées par le cliat. 

Puis va en mi la rue ester (1), 

Por son mari adi'vi'lcr; 

Et quant ele ne'l voit venir, 

La langue li prist à frémir. 

Sus la pertris (i) qu'ele et lessié. 

Fabl. MS. du R, n- 7218, fol. Jffil, V col. I. 

(Voy. ci-après la cinquième acception d'Abevrcr.) 

Ahevrer, verbe. Faire boiie. Boire. Désaltérer. 
Imbiber. Pénétrer. Instruire. Arroser. 

Le premier sens est le sens propre : « Li gué pour 
« les bestes abejuvrer ». (Beauman. Coût, de Beau- 
voisis. p. l'i.").; 

On employoil ce mot comme verbe neutre dans 
la signilicalion de boire. 

Le poulain au Bachelcr. 

Fi à sa fontaine aOevror. 

Kahl. MS. de S. G., p. 198. 

11 esl actif dans le sens de désaltérer. « Serons 
« tuil enyvreit de l'abondance de la maison de Deu, 
« et si serons ahovereit del mit (3) de son deleil- 
deleetum. « (Saint-Bern. Serm. fr. mss. p. 230.) 

On a dit au même sens : « l'or abovrer noire 
.. soif ». Id. ibid. p. 130.) 

Pour imbiber, au figuré pénétrer. Celte acception, 
ainsi que la précédente, est une extension des deux 
premières. 

Je sui de grand ducil ubivfé. 

Gcr. de Rouss. MS. p. i3. 

De là Celle d'instruire ; instruire quebiu'un, l'im- 
biber en queliiue sorte d'une opinion, d'une nou- 
velle, etc. On a dit des Pbilosopbcs : « Si en trou- 
« verez-vouspeu (jui n'aycnt estért/))ï';n'6'de folie ». 
(Débat de folie el d'amour, fol. m, Y"). « Le diable 
« ayant été abreuve des grosses noises et questions 
c que faisoieut journellement des maris contre leurs 
<r femmes, délibéra de se marier ». (Nuits de Stra- 
par. T. I, p. 145.) « Je connois un Gentilhomme et 
« Seigneur, leciuel voulant abreuver le inonde qu'il 
<r esloit devenu amoureux, etc. » Brant. Dam. Gai. 
T. I, p. ITiO. —Voy. ci-devant Aiif,vi:ti;r pris en ce sens.) 

Knfin, d'abreuver, faire boire, imbiber, ce mot a 
signifié arroser; au figuré donner à tous tour à 
tour, comme l'on donne l'eau aux plantes. On dit 
encore en ce sens, arroser, en termes de jeu. « Il 
« arriva des gens sur moy qui le me le vouloient 
« tuer, lesquels je «/;!/r?'fly tous » ; c'est-iVdire, « je 
' leur donnai à tous de l'argent ». (Le .louvencel, 
fol. (>7, H.) C'est dans ce même sens qu'on a dit 
aussi d'une succession, « si telle succession advient, 
« tous les membres en sont abbreuve::,; ils la pa:- 
« lagenl tous ». (Nouv. Coût. gén. T. 11, p.,").")!».) 

On di.soit iiroveriiialement : « Fol est qui se met 
c en emiuesle; car le plus souvent ([ui mieux 



« abreuve, mieux preuve ». (Instit. coût. deLovsel, 
T. H. p. -238.) 

COXJUG. 

.\boverrat, ind. futur. Abreuvera. (Vov. S. Bern. 
Serm. fr. .mss. p. 128.) 

VARIANTF.S : 

AIîEVrtER. Fabl. MS. de S. G. p. t9><. 
AimnEVEU. Oudin, Dict. et Curiosit. fr. 
AnniiKUVEU. OrthoR. snbsist. Cotgr. et Oudin, Dict. 
AnnRi'VEn. Ph. de Mézières, Son^e du Vieux Pèlerin. 
AMEjrvuER. lîeauman. Coût, de Beauvoisis, p. 125. 
AHivuER. Ger. de Rouss. MS. p. 43. 
Aboivrer. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 9,"), R» col. 2. 
AiîOVEKER. S. Bern. Serm. Ir. .MSS. p. 2.16. 
AiiOVREii. S. Bern. Serm. fr. MSS. p 130. 
Abrkcvkh. Ger. de Rouss. MS. p. Ki. 
Abrcveh. Ph. de Mézières, Songe du Vieux Pèlerin. 
Auuvueu. Froiss. Poës. MSS. p. '287, col. 1. 

Abevnicment, susbt. masc. Abbrenvement. 

L'action d'abbreuver. « Xercès assembla si grans 
« barnaiges (4) que \)i\rVAbevruement deses'cbe- 
« vaux, s'asseicherent les fleuves ». (-\1. Cliarl. de 
l'Espérance, p. 3(34.) 

Abliori'oinent, xulisit. mase. Horreur. 

M II n'y a rien ([ui pousse la personne tant à la 
« vertu que l'honneur, et Yabborrement du vice ». 
^Brant. Cap. fr. T. I, p. 32.) On lit « Abhorissement 
« du vice » dans Du Verdier. (Bibliotb. p. .")0.) 



.\!;II0RREME\T. Brant. Cap. fr.T. I, p. :t2. 
.ViiiioiiKissEMENT. Du Verdicr, liiblioth. p. 56. 

Abbori'ir, verbe. Abhorrer. 

J'abliorissois les faveurs d'une amie. 

Poisi de Lots le Caron, fol. 21, R'. 

Abjertomonl, adv. Bassement. 
(Voy. Oudin, Dict.) 

Al)ienn(Mirs, subst. mase. plur. Séquestres. 
On nomme ainsi enBretague « les Commissaires, 
les séquestres, ou les dépositaires d'un fonds 
saisi ». (Laur. Gloss. du Dr. fr.) 



AlilEX.NErRS. Laur. Gl. du Dr. fr. 
AluANNEiiis. Id. ibid. 

Abier, sub&t. masc. Faucon gentil. 
(Voy. Oudin et Cotgr. Dict.) 

Abjet, subsl. 7nasc. 

Ce mol, ((ui n'est peut-être qu'une corruption du 
mol nbjel, el une simple faute d'orlbograiibe, peut 
s'entendre dans le sens d'incident en ce passage : 

Ainsi doncques, a par moy, eslimoye 
Contre accident qui souvent nous envoyé 
Par ung abjcl merveilleux, et segret. 
Heur et malheur, destrempé de regret. 

Chas&c et Départie d'amour, p. 15, col. i. 



— (1) se tenir. — (2) perdrix. - (3) torrent, ruisseau. - (4) armées. 



AB 



47 — 



AB 



Al>in:iiif, anhst. masc. Tilrc de difriiiU'. 

hilAiiitc clicz les Sarrasins : du moins trouvons- 
nous (iii'il esl fait mention de r.l/^/.'/'(«/ de Hamas 
dans le Itoman de liaudoin, fol. 55, H . 

Abir, siihat. 7nasc. Jugement, sens, esprit. 

.... Vous avar tant ti'abir, 

Et de curteisie : 

Bien saurés lors miaus coisir. 

Ane. Vui-l Vr. MSS. avant 1300, T. U, p. 903. 

Alhir a eu la même sis'niliealion dans le patois 
ProveiH'^l. 

VAIUANTKS : 
ABIR. .\nc. PoiH. Fr. MSS, avant liSOO, T. II, p. 903. 
Albik. Mot de l'ancien Provençal. 

Abir, verbe. Songer, rêver. 
Dans une pièce françoise, entre-mêlée de Pro- 
vençal, on lit les vers suivans : 

Da ! sabias (1) com suspir. et abir 
Et con fai coulour pâlir, etc. 

Ane. Pool. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1230. 

Abistrado. 

On appeloit logis de r.U)?s/?-rtf/c, une maison située 
derrière Tancien Hôtel de Hourt^ogne, à Paris. (Fa- 
vin. Tliéat. d'Iionn, p. 71',).) 

Ce mot ou ce nom, pourroit avoir quelque rap- 
port avec le « novel liu Noslre-Dame ;\ Leisbistade,» 
dans le Testament du Comte de Guines, en 1284. 
(Voy. Du Cliesne, Cén. de Guines, Pr. p. 284.) 

Abitomont, subst. mnse. Habitation, demeure. 
(Voy. Hahitaclf. et Haiutage ci-après.) 

Pour tous les Crétiens destruire, 

Qui avoient abitcment 

Entre Mongieu, vers Occident. 

Rom. du Brut. MS. fol. M, R° col. 2. 

Abjuracion, subst. [cm. Abjuration. 

Chez les .Vnglois, l'abjuration étoitun serment par 
lequel les criminels qui s'étoient réfugiés dans une 
Eglise ou dans un Cimetière, pour mettre leur vie 
en sûreté, s"obligeoient ù se bannir du Royaume, 
pour se soustraire ;"! la rigueur de la Loi (Du Cange, 
Gloss. Lat. au mot.4/vHrrt//o,col.44. — Yov.Britlon, 
des Loix d'Angl. au Cliap. De Abjuracious. fol. 
24, V°.) 

Abjuroinent, subst. viasc. Alijuratioii. 
(Voy. Oudin, Dict.) 

Abladene, subst. 

Ce mol en général signifie un pays fertile en blé. 
La ville d'Amiens a porté ce nom, suivant le 
Roman (rAbladene, composé vers 12."'>(l, par Richard 
de Fournival. et souvent cité par Du Cange, sous 
l'orthographe d'Aliladane. Pierre Grognet," faisant 
parler la ville d'Amiens, a dit depuis : 

Premièrement je fus dicte AbJadeiie, 

Pour les beaux blez et boys comme en Dardaine. 



Un peu après a éU; dicté Some (1) 
Pour la rai.«ou do la belle eau de Some, 
l^uis S' l'irmin te mit non Amiens; 
Quant fut martyr, dit : je m'en vois à miens. 



VARIANTKS : 



Ani>.\DENE. 

AllLADANK. 



Ablaier, verbe. F.mblaver, ensemencer. 

(Voy. Du Cange, (iloss. Lat. uldsuprà. — Cotgr. 
Dict.)' « Terres Ablavées », terres ensemencées. 
(Coul. gén. T. I, p. 008). 

VARIANTES : 

.Mil.AIEU. Du Cange, Gloss. Lat. au moi Abladiare. 
Adlaver. Coût. gén. T. I, p. 608. 

Ablais, subst. mnsc. plur. lilés, grains. 

l'ruprement les fruits de la terre emblavée. (Voy. 
ci-devant le verbe « Ai;i.aikr » pris dans le sens 
d'ensemencer.) Lainière, Gloss. du Dr. fr. au mot 
Ablais, appelle Ablaijs les blés coupés qui sont 
encore sur le champ ; et dans le Coût. gén. on trouve 
Ablays C7'oissans, pour les blés qui sont encore sur 
pied. Les passages suivans justilient cette distinction: 
« Celui i|ui [lossède terre, ou In'ritages chargez de 
« droict de terrage, ou champar, est tenu, avant 
« que transporter hors du champ les ablaijs, appel- 
ce 1er celuy auquel est deu le dit droict ». (Coût, 
gén. T. I, p. 012.) « Celuy ([ui à garde faite, fait 
« pasturer ses besles en ablays crnissans. eschel 
« en soixante solsparisis d'amende ». (Ibid.) 



ABLAIS. Laur. Gloss. du Dr. fr. - Cotgr. et Oud. Dict. 
au mot Ablay. 
Ablays. Coût. gén. T. I, p. 880, etc. 
.\BLiEZ. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Rer/alia. 

Ablation, subst. fem. Enlèvement. 
Du lalin Aufcrve. au supin.lW«i»??!.(Vov. Oudin, 
Dict.) 

Able, aclj. Habile, capable. 

Ce mot qui, en Anglois. se dit encore au même 
sens, paroît être une contraction de l'orthographe 
abile. (Voy. Hadii.e ci-après.) « 11 n'est mie able a hé- 
« ritage demander. » (Diitton, des Loix d'Angl. fol. 
107, V'.) 

Et selonc ce que tu poes te fait able, 
S'auront pité Dame et Amours de ti. 

Froiss. Poës. MSS, p. 328, col 1. 

(Voy. Anadle et Avable ci-dessous.) 

Ablegic. adj. au fem. 

Ce mot dans les vers suivans, semble une faute 
pour oblegie, obligée , au figuré : stricte, exacte. 
(Voy. Or.LEGER ci-après.) 

Ici bonne foi et criance 
A, contre foie mescreance. . . 
Et persévérance ableijie 
Encontre foie legerie"(3). 

Ph. Mousk. MS. p. 133. 



(1) sachez. - (2) Samarobriva. - (3) légèreté. 



AB 



— 18 - 



AB 



Ablorot, suhst. masc. Sorte de filet. 

I Vov. Coi'^v. et Oiitlin, Dict.} 

« C'est uii filet quarré attaché au bout d'un bà- 
« ton. pour itèchcr des ahles, ou petits poissons. •> 
(Laur. r.loss. du Droit fr. — Yoy. Ordon. desHois de 
Fr. T. Il, p. 11 ; et Coût, de .Menetou-sur-Clier, au 
Coût. géu. T. II. p. 279.) 

VARIANTES : 
ABLERET. Oudin, Dict. 
Ableues. (Plur.) Ord. T. II, p. 11. 

Ablocqs, suhst. masc. plur. Sorte de murs. 

Ce sont des « parpaiiis, ou murs de pierre, ou de 
« britiue, élevez de deux pieds ou environ, sur les- 
« quels on dresse des solives, pour bâtir des maisons 
« de bois. Les édifices qui sont ainsi construits. 
« sont appelez abloquieji ». (Voy. Laur. Gloss. du 
Droit frani^'ais.j 

VARIANTES : 

ABLOCQS. CÔut. gén. T. II. p. 881. 
Abloqs. Laur. Gloss. du Dr. fr. 

Abloquié, adj. Bâti en maçonnerie. Donné en 
emphyléose ou en censive. 

Le premier sens se trouve dans le Coût. gén. 
T. I, p. 610. « Le tenancier cùlicr ne peut, sans le 
« conseutenicul de son Scii^neur, desmolir auscuns 
« éd'iiiœs ail luqulr^ et solivez, e.stanscn l'héritage 
« par lui tenu en roture, etc. » Abloquié, pris en ce 
sens, vient évidemment du mot Alilocs, que nous 
venons de citer, avec la signification de murs de 
.pierre ou de hritiue. 

Cotgr. explique édifices a[)/ofy»/(':;; édifices badles 
par le Seigneur direct en empliylhéose et censive. 

Abncpvou, subsl. musc. Arriére-pelit-fils. 

On trouve ce mot dans Bouteiller, qui l'explique 
assez obscurément, « le quint degré en montant, si 
« est le quart ayeul et la (luarle ayeuUe; et en ava- 
« lant, sont les enfans des enfans aux enfans, à 
« Yabuepvcu et à Vabnu'pce ; c'est-à-dire les enfans 
« des enl'ans aux enfans. » (Bouteill. Som. Rur. p. 
468. — Voy. Ibid. p. 460.) 

Abnicpce, subst. fém. Arrière-pctite-fille. 
Bouteill. Som. Rur. p. 468. (Voy. le passage rap- 
porté à l'article précédent.) 

Abolissciii-, subst. masc. Celui qui abolit. 
(Voy. Muuet et Oudin, Dict.) 

Abolitoire, adj. Qui abolit. 

On a dit dans un sens moral et figuré : « Il est 
« deux manières de satisfaction, l'une est «/;o/i/oirt' 
€ de coulpe, et de peine éternelle redevable îi la 
« coulpe. » iCartlieny, Voyage du Chevalier Errant, 
fol. 97, R°.) 

Aboi II, partie, .\boli. 

C'est le sens propre. Au figure ce mol signifioil 
pardonné, comme dans ce vers : 

De luy soient mes péchez aboluz. 
Villon, p. 45. 



En efîet, pardonner une faute, c'est en abolir la 
peine. 

Ab<)iuiiiabb>, adj. Hideux. Sale, dégoûtant. 

Ce mol. (lui sulisisie sous celte orthographe, se 
disoit aulrelViis de tout ce qui inspire de l'aversion, 
comme la laideur, la mal-|iropreté, elc. 

De lu, abominable, pour hideux, atïreux. 

Fu noz un pauvre homs, qu'csloit paralilique, 
Pi merveilleusement estoit espouvantable, 
iju'à tous qui le veoient estoit abominable. 

Gcr. do Rouss. MS. p. 503. 

Pour sale, dégoûtant, malpropre, dans cet autre 
passage: le Poêle pour expi'imer le mépris auquel 
Berllie, femme de Gérard, éloit exposée dans le Cou- 
vent de r.eligieuses où elle étoit, dit : 

Elle estoit si horrible et si al>lio)in»nble 
Jamais ne la laissoient asseoir à leur table. 

Ibid. p. "9. 

L'élymologie de ce mot, la même que celle ù'aho- 
??n"/)t'r ci-après, donnera l'idée de sa viaie significa- 
tion. 

VARIANTES : 
AP.OMIX.\i;i.E. Orthog. subsist. 
Ai;iki.\iiNAi)i,E. Saintrê, p. 124. — Crétin, p. 126. 

Abominer, verbe. Abhorrer, avoir horreur. 
Maudire. 

Ce mot, formé du Latin aboniiiiari , comme qui 
diroit abomine rcjieere , signifie proprement avoir 
en aversion une chose funeste , la rejeter comme 
étant de mauvais augure. De là l'accepiion générale 
d'ahhorrei'. « 11 kmi aliominer les ])arolles tyran- 
«; ni(iues et barharos (lui dispensent les Souverains 
« de toutes loix, raison, équité, obligation. )> (Sagesse 
de Chairon, p. 397.) 

On disoit au même sens s' abhominer d'un crime, 
pour en avoir horreur. (Eust. des Ch. Poës. mss. fol. 
477, liv. 111.) 

Par extension de l'idée de la cause à l'elTet, 
abominer a signifié maudire, « Coradins le Roy de 
« Jérusalem..!., abominait et avoit en despit mult 
« sexe de famé. » (Contin. de G. de Tyr, Marlene, T. 
V, col 7.'î'i.: « Bénir la mémoire de Trajan et«/w?«i- 
« ner celle de >«éron. » (Essais de Montaigne, T. il, 
p. .-)i7.) 

VARIANTES : 
ABOMINER. Monet, Dict. - Gloss. do Marot. 
AiiiioMiNER. Eust. des Ch. Poës. MSS, fol. 477, col. 3. 

Al»oiulaltle, adj. AhondanL 
Oiii\hu\[ ahuiidalile de biens, pour « abondant en 
biens, » cuiiime dans ces vers : 

Le lieu est gras et dru et bons et deliclable, 
Et ly air attrempé de tous biens aboitdahle. 

Gcr. de Rouss. MS. p. 17. 

(Voyez AiuiNDANT et Abonder, ci-après.) 

Alioiulanco, sulist. fém. Augmentation, sur- 
croit. Terme de Barreau. 

L'idée d'abondance renferme celle d'augmenta- 
tion : ainsi, on a pu dire au premier seius, en par- 
lant d'un géant qui avoit quatre bras et quatre 



AB 



19 — 



AH 



janil»es, qu'il avoil quatre membres de (tliondancc. 
(Percer, vol IV, loi. 1(1. H", col. 1.) 

C'est la nuMiie significalion dans ce passage: « l.e 
« Duc (le liourgongiie et le Duc AuberldeDavière.... 
« avoicnl en la elle deCanibray marié leiuseiifaus, 
« cliacuH (ils cl lille, au(iuel inana;;e le jeune lioy 
« tie l'rauce l'ul el viiU de grande almnilancc ; » 
c'est-à-dire ([ue sa présence aus'nienla de beaucoup 
la poinpe et la magnificence de la fêle. (Fi'Oissarl, 
liv. II, p. 28.-..) 

Comme les frais d'une acquisition soni uiu; aui;- 
mcntation au prix principal de la vente , dans l'an- 
cien langage du Rarreau, on entendoit par abon- 
dances, les frais de contrat, de prise de possession. 
« Si l'acquercnr a misou faitmeltre plusgi'and pris 
« à sou c(iulrat(|ue la cbose ne lui a cousié, elseni- 
c: blableuu'Ut déclare plus grande abondance qu'il 
« n'y a, le lignager ne les payera pas. » (Coût. gêné. 
T. Il, p. 93.) « S'il est trouvé et prouvé ([ue l'acque- 
c reur ait mis ou fait mettre en .son contrat plus 
« grand pris que la cbose n'a cousté, il fait amende 
« arbitraire.... et aiissy s'il a mis en &c& abonda)i- 
c ces, cousts et mises, plus grandes clioses ([u'il ne 
c doit, il en fera amende. » (Ibid. p. 9i.) 

De ]h l'expression meltre à nJionilance un acliat, 
pour augmenter av(!c fraude la somme lant du i)rix 
principal (jue des frais d'une acquisition, atin de 
l'aire payer au retrayant un béritage plus cber 
qu'on ne l'a acheté. (Voy. Coût. gén. T. II, p. 13. 
Et le verbe Abonder ci-après.) 

On dit encore « A'aiiondance de cœur la boucbe 
parle; » expression proverbiale qui se trouve dans 
Crétin, p. 19(1. C'est la traduction de ces mots de 
l'Evangile : Ex abundantia enim cordis os loquitur. 
(Luc. G, 45.) 

V.\RI.\NTES : 
ABONDANCE. Ortli. subsist. 
Habondance. .loiiiv. p. 25. — Saintré, p. 33. 
Habundance. Ord. T. I, p. 607, col. 2. - Faifeu, p. 109. 

Abondant, adj. 

Ce mol subsiste sous la première orthographe 
dans le sens (\'aho)idahle ci-dessus. On l'euiplovoit 
autrefois comme adverbe avec la préposition dé. et 
l'on écrivoit d'ahoiida)il\ en latin ex abondanli (Du 
Cange, «/ii supra), pour de plus, outre cela, comme 
dans ce passage, « à une mesme heure avons re- 
« trouvé nostre filz si longuement perdu, et avec 
« luy (\'(ihi)itda)U une belle lille. » (.1. Le Maire, 
Illuslr. des (laules, liv. I, p. liS.) D'abondant étoit 
déjà vieilli du temps de Vaugelas. 

VARIANTES : 
ABONDANT. Orthog. subsist. 

AncN'DANT. Du Gange, Glosa. Lat. aux mots ce Abun- 
danti. T. I, col 68. 
H.\BUNDANT. L'Amant resusc. p. 108. 

Abondenement, subst. musc. Abondance. 
C'est le sens que paroit oiïrir ce mot dans les 
vers suivans : 



Girart prist à trembler com si fut mis en glace. 
Kt se prist ù ploior si Irùs-améroment. 
Que nuls ne pourroit dire voir l'ahonUenement. 
Gcr. de Ruu». US. p. 184. 

(Voy. AnoNDEit ci-après.) 

Abonder, verbe. Enfler, exagérer. Affluer, venir 
en foule, liasseniblei' en foule. 

On pourroit, en remontant à l'origine de ce mot, 
faire naître l'idée de la signification propre, d'abon- 

(lable, abondance et abondenemenl ci-dessus.. 4 />o?i- 
dcv vient du laliii abandare. foriui; lui-même de 
nnda, el qui .se dit propi'emenl d'une rivière qui 
déborde el s'é|)ancbe hors de ses bornes, lorsqu'elle 
est enflée ou grossie par l'aflluence des eaux qui 
viennent de la fonte des neiges, par les pluies, etc. 

De là racce|>ti()n lignrcM; d'abonder em|)loyé dans 
un sens actif, pour cullcr, exagérer, comme l'on dit 
aujourd'hui enfler la dépense. Autrefois, en fait de 
retrait ; « abonder plus grande somme, c'étoit faire 
« paroitre avec fraude au itai'ent lignager qui retire 
« un héritage, »|u'on a payé cet héritage plus cher 
« qu'on ne l'a cll'cctivemeùl acheté. » Laur. Gloss. 
du Dr. fr.) « Si aucun aciiuerenr en faisant la con- 
« noissance du retrait au lignagr, abonde plus 
a. grande somme de deniers jiour le sort principal, 

« (ju'il n'en a payez il restituera au... retrayeur 

« les deniers qu'il avoit trop abonder. « (Coût. gén. 
T. 11, p. 13. — Voy. Aiio.NDA.NCE ci-dessus.) 

Pour « affluer, venir en foule «. On disoit figuré- 
ment ; « là abondil l'avant-garde, les bannières et 
« les estendars : si furent les (landois rompus et mis 
» en fuite. '> (Mém. dOl. de la Marche, liv. !«'. 
p. -iOl.) Alors ce verbe est neutre. 

On peut expliquer habonder au même sens dans 
les vers qui suivent, puisque " se rassembler « est 
une extension naturelle daflluer, venir en foule. 

Quant loing me vy des doulx acointemens 
De celle en qui toute vertu liahande, 
.Jeune, gentil, belle, plaine de sens, 
Je croy de moy n'a plus belle en ce monde. 

Eust. desCh. Pocs. MSS. fol. 155, col. 1. 

Pris dans une signification active, et cependant 
toujours la même, abonder a signifié rassembler en 
foule. 

En quy se va loger, ime tour y fonda 
En quy de toutes pars ses gens y abonda. 

Ger. do Rouss. MS. p. 54. 

C'est le même sens dans ce vers : 

. . . maint mal norrist et abonde. 

Falil. lis. du U. n" 7i!18, fol. 255, R» col. 2. 

De là, on a dit abondv^ « a deux ou trois des privez » 
pour «rassemblé, renfermé avec deux ou trois amis, » 
en parlant d'un Ministre qui flattoit son maître 
lorsqu'il étoit présent, et le déehiroit en son ab- 
sence. 

.... quant il est d'illuec partiz, 

Et priveeraent obundiz. 

A II ou m des privez, 

Là ert ses Sires sers clamez (I) , 

Là mesdisoit et lesdengeoit (2). 

Parlen. de Blois, MS. de S. Ger. fol. 165, V" col. 3. 



(1) Là estoit son Seigneur appelle vilain ou serf. - (2) Injurioit. 



AB 



•20 — 



AB 



S'abomkr à servir Pieu, c'est se livrer abondam- 
ment, cest-à-dire entièrement à son service, l'a de 
nos anciens Poêles s'adresse ainsi à la S" Vierge : 

Proiez ton dous chier Fil qu'il me face si monde, 
Que des ore en avant à luy servir jn'ahondc. 

Fabl. MS. du II. n- "îtS, fol. J-J, V* col. 2. 

CO.NJIG. 

.46oHS/, subj. Abonde. En lalinrt;(!/)if/('^ (S'Hcrn. 
Serai, f. Mss. p. 8i.) 

VAIil.VNTKS : 

ABONDER. Orthog. subsist. 

AnoNDiu. Ane. Poiis. fr. -MS. du Vat. n». 1490, fol. 50, R". 
colonne 2. 

H.\noNDKU. Coquillart, p. 15. — Crétin, pp. IS, 30 et 253. 
— Molinet. p. 150. 

H.\BCNDKH, d'où Ihibwidant ci-dessus. L'amant ressuscité 
page 108. 

Abonnafjo, nuhst. masc. Sorte de convention. 
Droit dabûiincment. 

Ce mol formé de bonne ou borne , de même que 
bonnage, bornage ci-après, terme collectif de bornes, 
liiiiilos, sii;nilie proprement «apposition de bornes, 
« aboriieiiienl. ■■ Par extension l'on a dit abonnage, 
pour désijiner une sorle de convention par hKiuelle 
un Seij;iieur féodal borne ou lixe à une certaine 
redevance la jouissance d'un droit de pàlurai^e, etc. 
ou ralTrancbissement de quelques devoirs. >> Nul 
« sans droit ou abonage ne peut faire pasturer l)es- 
<' tes en la Seii^neurie de Meun. » (La Thaumass. 
Coût, de Berry," p. 388.) " Serfs ou Serfves abonnes, 
« sont et demeurent quilles de la taille serfve, à 
« volonté raisonnable seulement ; ou de ladicte 
« taille serfve, bian et charroy ensemblement; ou 
« de la geline de couslume aussi, selon que plus ou 
« moins il est accordé entre le Seigneur et le serf 
« par le titre et instrument d'abonnage. » (Id. ibid. 
page IG'i.) 

C'est aussi l'acte par leiiuel un vassal aliène ses 
renies et devoirs liommagés, ou se borne à un de- 
voir pour lui tenir lieu de l'hommage. (Voy. Lau. 
Gloss. du Dr. fi'. et le mot Aiion.nk.ment ci-dessous.) 

De là, ce mot a si?'iiifu''lc droit méme(|ui se payoit 
en vertu d'un abonnage ou abdiiiiemenl. Sully, fai- 
sant l'état sommaire do tous les droits et redevan- 
ces dont étoient composés de son temps les revenus 
du Royaume, parle des « droits de voirie , foiia- 
« ges.... quaiages, boiiades, vinages, abonnages, 
« jaugeages, marijucs de cuirs, etc. » (Mém. T. X, 
p. 228.) l!a place ([u'occupe ce mot dans le passage 
que nous citons, entic vinage et jaugeage, indique 
assez ([ue ce n'est pas le même que Donnagi; ci- 
après. 

vAniAXTKs : 

ABONNAGE. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 162. 
Abonagk. Id. ibid. p. 3.SX. 
Abornac.e. Colgr. I)ict. 

Abouhnage. Laur. Gloss. du Dr. fr. — Du Cange, Gloss. 
Lat. au mot Abonmjinm. 



.Vbonné , participe. Dornc, limité. Evalué. 
Abonné. Taxé, accusé. 

Le premier sens est le sens propre que ce mot 
conserve sous l'orthographe aborné : mais on ne 
diroil plus comme dans ces vers : 

Mes IIucs Chapet cndcraentres (1) 
(,)ui d'Orliens tint la Duchoe, 
Fist tant, qui que l'eust voe (2), 
Qu'il fu du Règne couronnez 
Où son pais iert (3) ahoriiez. 

G. Guiarl, MS. fol. 117, R'. 

De lù, pour évalué, limité, borné à un certain 
prix; ainsi l'on disoit : « Loyaux aydes abonne::,. » 
(Coul. de Tours, art. Kl.) Droit abbonni. iCout. de 
la Hoch. art. A.) ï)e\o'\vs> abonnis. (Coût, de Poitou, 
art. 31, itiG, 18'J.) Roucinsde service a/>OH«ci. (Coût, 
de Tours, art. y."), !)0, etc.) Uueste abonnée. (Coût, 
de Bourb. art. 319.) Aulieinent « taille abonnée à la 
« dill'érence de celle qui s'impose à la volonté du 
" Seigneur sur ses hommes et sujets. (]ui s'appelle 
" (juesle-courant en la Coutume de la Marche. » 
(Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

On a ensuite étendu la signification d'abonné, au 
vassal dont les devoirs éloient bornés et limités, 
d'accord avec le Seigneur, au payement d'une rede- 
vance fixe et certaine. De \h , « homme et femme 
« serfs abonnez-: Jlusniers abonner. <> (Laur. Gloss. 
du Dr. fr.) 

On employoit quelquefois ce mot comme substan- 
tif: •' Les, abonnez... sont ceux (jui par une longue 
" prescription et laps de temps, ou par des contrats, 
« se sont aborncz avec leurs Seigneurs à certaines 
» tailles annuelles. » (Pasq. Rcch, liv. IV. p. 333.) 
Cet Auteur ajoute « Si j'en eslois creu, ou les appel- 
•' leroit aborncz, non abonnez. " (Id. ibid. — Voy. 
Sous-AuoNNER ci-après.) 

Nous li-sons dans les Coutumes locales de Berry 
et de Lorris. ([ue « outre les serfs et affranchis au- 
" tiemcnl bourgeois, il y aune tierce espèce d'honi- 
« mes... qu'on appelle hommes abonnés, lesquels 
<i ne sont bourgeois ny alïrancbis ; aussi ne sont-ils 
« serfs laillable's à volonté raisonnaljlc , pour être 
« sujets à payer la taille serve par chacun an. mais 
« sont néanmoins serfs rt/;o«m''s, et niorlaillables, 
" et s'apiiellent «//o«))es ; parce que les droits an- 
« nuels de la taille leur ont été abonnés, taxés et 
>' limités à certaines redevances annuelles, etc. » 
(La Thaumass. Coût, de Berry, p. 17.").) 

Ces serfs abonnés, sont probablement les mêmes 
que ceuxiiu'on appeloil gens de condition rttosm^s, 
dans la Coutume de Nevers. (Voy. AnosMi; ci-après.) 
Enfin être rt//f>"/ic', en termes de fief, c'est être 
/rt.i't; à payer une certaine redevance. Delà, on a 
dit par extension abo)iné pour taxé, accusé ; abonné 
de mort traitreuse, pour « accusé de trahison ()ui 
« mérite la mort. » 

Li (|uens de Hollande et son (ilz 

De mort traitreuse abnnufz, 

Furent cel an emprisonnez 

D'un Chevalier qui les haï. 

G. Guiarl, MS. fol. 232, R'. 



(1) in dum inlmns, inlcrdum. — (2) défendue, empêchée. - (3) étoit.' 



AB 



— 'il — 



AB 



VAIUAXTKS : 
ABONNÉ. I.aur. C.loss. du Iir. fr. 
Abbonni';. l'asq. llech. liv. IV, p. :iT3. 
Aboni. Du Canpe, (Uoss. Lat. au mot Ahonnuti, col. 50. 
Abonni. Laur. Glo.ss. du Dr. fr. 
ABOHNfc. G. Guiart, MS. fol. 147, R". 
Abosnê. Coût. gén. T. 1, p. 312. 

Ahoilueineiit, siihsl. maso. Sorte de couven- 
iioii. 

Le sens [)ropre de ce mot, est le même que celui 
d"rt/^OH«rt//<' ci-dessus; et c'est par uxtensiou qu'il 
a sig;nilié ni;urémeiit , une évaluation fixe d'une 
chose incertaine. .Nous disons encore Abonnement 
dans ce sens. (Voy. Itu Cange, (iloss. Lat. au mol 
Ahonamcnlunu et Laur. Gloss. du Dr. Ir.) De là, on 
disoit que l'arpcnl cloil VAbbonnisscnicnt (1), l'cva- 
luatioii du vol d'un chapon. (Coul. gcn. T. 1, p. Ifi.) 

VAIUANTES : 
ABONNEMENT. Orlhog. subsist. - Froissart , liv. III , 
page 157. 
AuiîoNissEMENT. Cout. géu. T. I, p. IG. 
Aeoknemf.nt. Cotgr. Dict. 
AiîOUUNEMiiNT. Du Cange, Gl. Lat. au mot Abonamenlum. 

Aboiinei', verbe. Borner, limiter. Evaluer, fixer. 
Aliéner. Contracter, s'engager, s'obliger. Viser , se 
buter. 

La signification propre d'abonner, est la même 
que celle d'aburner, mettre des bornes ; et l'on 
disoit: abonner un Chasseur, pour borner, limiler 
le terrain sur Iciiuel on lui accordoit le droit de 
chasse. Monel duune à celte expression une expli- 
cation peu juste: c'est, selon lui, accorder à un 
Chasseur le droit de chasser dans ses bois. 

Pasquier veut qu'on ait dit abonner par corrup- 
tion, pour aborner. MiMiaiie croit au contraire ([ue 
le mot de bonne, élaul Uvs-aucien dans noire lan- 
gue, l'on aura dit aborner au lieu d'abonner, et 
borne au lieu de bonne , dont ce verbe est foruu'. 
(Voy. son Dict. élym.) 

On a employé figurément le sens propre d'abon- 
ner. De là, ces expressions : « abonner un roussin 
» de service, » pour l'évaluer, en borner la valeur 
à un certain piix ; le réduire à prix honnête d'ar- 
gent, en faveur du vassal ([ui le doit, ilfonet, Dict.) 

Abonner une quête, une taille, pour borner, limi- 
ter Il certaine somme par an la taille (lu'uu .Sei- 
gneur pouvoit imposer à sa volonté, aux serfs qui 
n'étoient pas abonnés. (Voy. Abonné ci-dessus.) Mo- 
nel dit que c'est « imposer la taille aux sujets, de 
« leur bon gré, à la différence de celle qui s'impose 
« à la discrétion du Seigneur, ([ui se nomme quesle- 
■>< courant. " 

^ItonnÉ"/' un meunier, pour limiter un prix à la 
cession que le Seigneur lui fait du droit de moudre 
le blé de ses vassaux dans l'étendue de sa sei- 
gneurie. L'explication que Mouet a donnée, ne rend 
point la signification d'abon)ier. 

Abonner son Missal ou aulre dans son fief, pour 
borner à un certain prix la valeur d'un droit que 



le Seiiïneur lui cède, ou d'un devoir dont il l'af- 
franchit ; selon Monel, pour l'accommoder, le pri- 
vikigier de (|nclque droit ou exemption dans son 
lief, dans sa juridiction. Celte définition, dans Mo- 
nel, n'est pas plus exacte que les autres. 

AImnner homnie et femme serfs, pour taxer, limi- 
ter à certaine somme annuelle, la taille qu'un Sei- 
gneur avoit droit de leur inqtoser, lorsqu'il n'y 
avoit point de conli'at d'aiionnement. V'oy. sous 
AiidNNi; ci-dessus.) C'est ce que Monet a voulu faire 
entendie par •■ alfranchir moyennant le prix de l'af- 
« franchissement. » 

Nous remanjuerons que dans quelques Coutu- 
mes, abonner des rentes et devoirs homagez, 
c'est les borner et les fixer; mais les borner et 
les fixer en les diminuant et les apetissant, pour 
user des termes de l'ait. '208 de la Coutume d'An- 
jou. (Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

11 y avoit alors aliénation dans ces sortes d'abon- 
nemens. De là le molabonner, pour aliéner, dans 
l'ancienne Coutume de Touraine. (Voy. Laur. Gloss. 
du Dr. fr.) 

En généralisant l'idée particulière de l'obligation 
résultante d'un contrat d'abonnement, on a dit s'a- 
bonnir, pour contracter en général, s'obliger, s'en- 
gager; C'est le sens ([ne paroit offrir ce passage de 
ÎMi' Mouskes, dans leiiuel il s'agit du Testament du 
l'ioi l'hilippe-Auguste. 

.... son grant trésor de pieres 

Préciouses, dignes et cieres, 

Si donna il à S' Denis 

Vers qui il s'iert moult abonnis : 

Quar il iert ses om ; s'el devoit 

.\ voiler, et il i avoit 

Pensée et cuer, etc. 

Ph. Mousk. .MS. pp. C39 et CIO. 

Nous ne parlerons point de la signification sub- 
sistante d'abonnir, qu'on trouve dans le Dict. de 
Colgr. avec celle d'abonner. 

Enfin s'abonner a signifié viser, se buter, s'atta- 
cher particulièrement à une chose, la reg.irder 
comme son but principal. C'est en ce sens qu'on lit : 

A dire m'abonne. 

G. Guiart, MS. fol. 0, V'. 

Alors ce verbe vient du substantif bonne , pris 
dans le sens de but. On disoit encore : 

Sur ceux o quiex ils s'abonnent. 

Ibid. fol. 269, R'. 

C'est-à-dire auxquels ils s'attachent, qu'ils choi- 
sissent pour but de leurs coups. 

VARIANTKS : 
ABONNER. Orthog. subsist. 
Abonnir. Cotgr. Dict. 
AuoRNER. Pasq. Rech. liv. VIII, p. 754. 
Aboukner. Mouet, Dict. — Laur. Gloss. du Dr. fr. 

Abonneur, subst. masc. Acquéreur. 

On vient de voir abonner pour aliéner. De là 
a&o/(«c'(ir pour acquéreur. (Laur. Gloss. du Dr. fr. 
au moi Abonner.) 



(1) l'abonnement. 



ÂB 



AB 



Ahor, siibst. masc. Aubier. Espèce d'arbre. 

Ce mot formé (Vaihurnnm, suivant Ménage, Dict. 
étym., signifie proprement le bois tendre et iilanclià- 
tre qui est entre fécorce et le corps de l'arbre : 
« le bois blanc qui est sous l'écorce d'un ai'bre, 
« et qui couvre le bois dur. » (Laur. dloss. du Dr. 
fr. — Voy. Alhin et .\riiF.c ci-après.) 

Par extension , r.\ubour s'est pris pour toute 
espèce de bois blanc, comme peuplier, saule, tilleul, 
etc. Cotirr. définit auhnuri, une sorte d'arbi'e qu'on 
nomme en latin ttihuruus . et (|ui pousse des bou- 
tons longs et jaunes sur lesquels raheilie ne s'ariète 
jamais. « Sanz pastore truis pastore avenant séant 
« lès un aubour, mes mont ot poure atour, etc. » 
(Chans. fr. du 13'. siècle, ms. de jinuh. fol. 2iH. W".) 

Ce bois trop pliant, étoit peu propre à l'aire un 
arc; et c'est par allusion à ce peu de valeur, ([u'on 
a dit proverbialement : 

Ne Honris do Misseleborc 

N'en r'ot vallant i. arc d'auhmtrc. 

Ph. Mousk. MS. p. 8H. 

(Voy. AiiiE.vr ci-après.) 

VARIANTKS : 
ABOR. .\nc. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 403, V-. 
AUBOR. Chans. .MSS. du C. Thib. MS. Clairambaut. 
AunofR. Chans. fr. ilu 13'! siècle. MS. de Bouh. fol. 2W, R". 
AUBOURG. Chans. MSS. du C. Thib. p. 50. 
AUBOURT. Cotgr. Dict. 

Abord, subst. masc. Rive. 

Proprement avoir ajjords contre une rivière, c'est 
avoir des terres au bord d'une rivière. De là, ce mot, 
composé de la préposition a et de hnrd, pour signi- 
fier rive dans ce passage : « Est ordonné.... à' un 

« chascun ayans abords contre la grande rivière 

" qu'ils ayent à les entretenir. » (Coût, do l'Angle 
au Xouv. Coût. gén. T. 1, p. 312.) 

Aboi'dade, S((/vs/. /■('/«. Action d'aborder. Arri- 
vée. 

Au premier sens, ce mot signifioit proprement 
l'action d'aborder à une côte, à un rivage; et liguré- 
ment, l'action d'aborder (luelqu'un pour lui parler. 
(Dict. de Cotgr.) De là l'expression adverbiale et figu- 
rée, « de prime abordée », pour " du premier abord « ; 
familièrement de prime abord, dans Rab. T. I, p. 
213 ; « à la première abordadc, » au même sens dans 
Favin, Tbéal. d'bonn. T. I, p. 'il. 

Par extension de la signification propre, on a dit 
abordade et abordée, pour arrivée. (Cotgr. et Oudin , 
Dict.) 

VAIUANTF.S : 
ABORD.VDE. Oudin, Dict. 
Abordée. Cotgr. Dict. 

Ahordcniont, snhst. masc. Action d'aborder, 
d'approcber. Knviions, avenues. 

Le premier sens est le .sens propre ; on le trouve 
dans le Dict. d'Oudin. 

Dans le second sens, abordcment a signifié le lieu 
même où l'on aborde; en parlant d'une ville, les 
environs, les avenues par lesquelles on s'en appro- 



che. « Quiconque est Evêque dudit Tbérouane 

« est Seigneur de ladite ville el abordcment 

« d'icelle. » (Coût. gén. T. I, p. Gi7.) 

Al)ordoi', iH'rbe. 

Nous ne citons ce mot qui subsiste, que pour en 
remaniuer l'époque et l'origine. Tahureau dit qu'il 
est emprunté des Italiens, et t|u'il étoit nouveau de 
son temps. Dialog. fol. 3'(, 11°. et V".) 

On l'employoit quebiuefoiscomme verbe réfléchi. 
De lîi, sahiirder à quelqu'un, pour l'aborder, l'ac- 
coster. « Chacun aussi des Princes print sa chacune, 
« et chacun des gentilzbommes saborda à ((uelque 
.1 Dame ou Damoiselle. » (.1. Le Maire, lUuslr. des 
Caules, liv. I, p. l'j'i.) 

ADoi'cner, verbe. Dédaigner, 
lioi'cl, qui cite le Roman de la Rose, ms. dérive ce 
mot du latin abhorrere. 

.Vbortif, sithst. Avorton. Forcé. 
On lit au premier sens : 

Gisant nus sans tombeau, je dis que Vabnriif 
Est cent lois plus heureux que ce pauvre chetif 
Oui naist en vanité, et retourne en ténèbres, 
Pocs. de R. Bclleau, T. I, p. 84. 

Comme la naissance de l'avorton est forcée et 
contre nature, on a appliqué à ce qui étoit forcé et 
contre iiainrc, le no\n (Valiorlif. Ainsi l'on a nommé 
abort ij W'uf-àwt taillé* hors le ventre de sa mère. 
(Douteill. Som. Hur. p. 158.) 

En étendant plus loin encore cette acception, l'on 
a donné le nom d'Aborlif à des vers forcés. 

-Mes vers aussi ne sont point aboi-lifs. 

Jaoq. Tahureau, p. 2i9. 

VARIANTES : 

AlîORTIF. Po;:s. de R. Belleau, T. I, p. 84. 
AiiORTi.x. Ordon. T. II. p. 533. 
AitoRTY. Bouteill. Soto. Rur. p. 158. 

Abosiné, participe. Abonné. 

Laurière observe que Bosme, en Nivcrnois, signi- 
fie une borne. (Voy. ce mot.) Dans ce cas abosmé et 
aboumi\ peuvent bien ne pas être des fautes dans 
la Coutume de Nevers, comme l'a cru l'Editeur, qui 
dans ses notes en marge, dit qu'il faut corriger 
abonné on abourné. On y lit: « gens de condition 
« rt/yo.swcx-, c'est-à-dire abournez h certaine taille. » 
(Laur. Closs. du Dr. fr.) C'ctoit des gens dont la 
taille, par accord fait avec leur Seigneur, étoit bor- 
née, limitée à certaine somme annuelle. De là, l'ex- 
pression, taille abonmée, par o|iposition à taille 
imposée ; celle que le Seigneur avoit droit de leur 
ini[)ûser à sa volonté. « Les hommes et femmes de 
« condition servile, sont de poursuite; qui esta 
" dire qu'ils peuvent estre poursuys pour leur taille 
« imposée.... ou aboumée, ([uclque partqu'ils aillent 
■ demeurer. » (Coût, de Nevers, au Coût. gén. T. I, 
p. 87!). — Voy. Abos.né sous Aronnè ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ADOSMÉ. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
Auou.MÉ. Coût. gén. T. I, p. 879. 



AB 



— 23 



AB 



AbosiiKT, vcrhr. Aliysnier. 

l'm'iiiikT ilniis tiii ;iliyme, c'est le sens propre de 
ce mol, c|U(! nos anciens Anieurs, les l'octes sur- 
tout, cniployoionl absolument et au liKnré, pour ex- 
primer la constciaiatiou , la douleur profonde dans 
ia(inclle un ('■vénemcnt mallieuieux pi(''(:ipile , 
absorbe udtre âme. « Ho (|uoy loule la Cbevalci'ic 
« fut (tbdsiiK'i' et courouciée. >• (Cliron. IV. ms. de 
Nangis, an. 13;W.) 

.... ne syait mais que il face 
Tant est dolens et ul>os»iez. 

Fabl. MS. de S. G. p. 387. 

On disoit au même sens, « avoir le cucvithusmc. « 
(Ger. de Rouss. ms. p. 5!).) De cuer cstre iilionié. (id. 
p. l.TO, allas alwindj.) 

Ce mot, en se rappniclianl de racccplion propre, 
s'est dit de soldats ellVaycs qui se pi^'cipilent, se 
renversent les uns sur les autres en fuyant : 

. . . Richart et son père fuient 
Qui Dreues ardent et destruient. 
En plusieurs Viletes passant 
S'en vont à Gisors entas:^ant 
Comme cous cul (.1) paour ubosiue. 

G. Guiarl, MS. fol. 20, R°. 

Nous n'oserions pas assurer qualius)ner est le 
même qu abysmer, si nous n'avions des preuves ([ue 
Vo s'est mis (luclquefois au lieu de Vi. Pour mari- 
nier, on disoit maronier. (Voy. l'article Maulmuk ci- 
après.) 

VAIUA.NTES : 

ABOSMER. Floire et Blancbellor, MS. de S. G. fol. 104, 
V". col. ô. — Jaq. d'Ostun, anc. Poot. fr. MSS. avant 1300. 
T. II, p. 727. 

AiiO.MER. Ger. de Rouss. MS. p. 155. 

Aboucheiiient, subsl. masc. Entretien. 

Ce mot <[ui subsiste, ne se diroit plus de l'entre- 
tien d'un Médecin avec son malade. « Ont au .Me- 
« dicin baille advertissement particulier, des parol- 
« les, propous, abouchcmens et confabulations, 
« qu'il doict tenir avecques les malades de la part 
« desquels seroit appelle. » (lîab. ï. IV, Ep. déd. 
page 5.) 

Aboucher, verbe. Tomber. 

Ce mol roi-mc de bouche, pris pour le visage, par 
une espèce de mélonymie,signilje« tomber en devant, 
« à bouchetons, » comme l'on disoit autrefois, pro- 
prement tomber la bouche, c'est-à-dire le visage, sur 
linéique chose. 

Outre le gré des Frans et li Roys appressés 
Si que Seguins le fiert de son branc sur le yeaume 
Que le cercle rompit le large d'une paulme. 
Le Roy tout esperdu, sur son arçon s'abouche. 
Ger. do Rouss. MS. p. IGG. 

(Voy. ÂPENTER ci-après, pour Renverser, faire tom- 
ber sur les dents ; c'est-à-dire , le visage contre 
terre. — Voy. encore ABrciiEMENT et AiiiscER, ci-après.) 

VARIANTES : 
ABOUCHER (s'). Ger. de Rouss. MS, p. ICC al. s'Aljoicher. 
Aboicher (s'). Id. ibid. 



Alxxicliii-, verbe. P.oucher. 

Les lialidans de (ilH'zal-Dciioit, en vci'tu de Lettres 
palenU's cnre^islri'-i's le l.'» Kéviier HY.iH, peuvent 
avoir et prendre dans la foi'ètde Cbai.son « tout bois 
« sec, mortet coupé avec le tranchant de la coignée 
« ou scie seulenienl,el après (juc les usagers à bois 
« vif uni couppé et abbalu aucuns aibies en leui-s 
« montres, le demeurant d'iceux appelle recouin ou 
« recbaptes, prendi'e pour leur usage d'ardoir et 
ic faire pasiis, et abouchir leurs cbeseaux, pourvu 
« que le demeurant soit sec. » fReg. du Parlem. Jiss. 
suppl. T. IV, fol. 151.) 

Aboiil'é, adjectif. Essoufli'. 
C'est proprement le participe de V,tjujj\i\ souf/ler 
ci-après, précédé de Va privatif. 

La Borgoise se r'est assise 
Lès son Seignor, bien aboufée : 
Dame moult est afouée. 
Et si avez trop denioré. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 211, V. col. 2. 

Abourière, ,s7///.s/. fihn. Espèce d'arbuste. 

Ou |)ounuil cruiie ([ue Vaboxirière est le même 
(lue l'arbousier, arbre qui devient d'une moyenne 
grandeur, et dont le bois est blanc ; si dans le pas- 
sage (lue nous allons rapporter, il n'étoit pas mis au 
nond)re des arbustes, comme genêts, épines, bruyè- 
res, etc., ce qu'on appelle encore bourrlers en Bre- 
tagne : « mort-bois est bois non portant fruits 
« quoique vif, autrement du blanc bois; tel qu'est le 
« bois de saulx, morsaulx, espines, suranné, ron- 
<■ ces, aliers, abouricres, genêts, genèvre et sem- 
'< blables. " (Coût, de Gorze, au JNouv. Coût. gén. 
T. II, p. 1000, col. 2.) 

Ce mot, qu'on peut regarder comme un dérivé de 
abor ou aubour, bois blanc en général, pourroil 
bien, s'il partage la signilication du mot Dolrrier 
ci-après, partager aussi son étymologie. 

Abourjonner, verbe. Bourgeonner, Boutonner. 
Le même que Bulrjo.nker ci-après. (Voy. Cotgr. 
Dict.j 

About. Sif^'sL mmc. Bout , extrémité. Héritage 
hypothéqué. 

Ce mol, que Du Cange dérive de butu)ji,_ bout, 
borne, limite, signifie proprement el en général, 
une exirémilé (jui confine avec une autre, spéciale- 
ment les aboutissants d'un héritage : « Devoirs de 
« loy, faits sur un raveslissement d'héritages entre 
« deux conjoings, se peuvent faire en termes géné- 
« raux, sans particulière spécilicalion des héritages, 
« et sans désignations d'abuuls et tenans. » (Coût, 
gén. T. II, p. 849.) 

On désignoit par abouts, les héritages sur lesquels 
on assignoit une hypothèque : De là, le mot about, 
employé fréquemment dans les anciennes Coutumes, 
pour signifier un héritage hypothéqué, un héritage 
affecté au payement d'une rente. « Est permis de 



(I) que. 



AB 



AB 



« se pourvoir sur les abouts ou hcrita2:es livpo- 

« théqués. » (Coût. gén. T. 1, p. 1100.) 

Lauiièie dans son Gloss. ilu Pr. IV. donne doux 
délinilions de Yaboul spoeial. Pans la (loutnmede 
Pontliieu, dit-il, •■ c'est un fond dosiL;né à un créan- 
« ciei- par teiians et aboutissans, aiin que ce croan- 
« cier acquière ensuite dessus une hypotliùque 
« spéciale. » 

En elTet. cette Coutume porte, que « quand au- 
« cunes rentes sont vendues à vie ou à héritages, 
« elles sont réputées pour debtes mobilières ; si 
« elles ne sont hypothéquées et réalisées, quelque 
« ahoHt espécial qui soit déclaré par le vendeur, ou 
(( mis es lettres de la constitution desdiles rentes. » 
(Coût. gén. T. 1, p. G80.) 

Suivant la Coutume de Metz, non-seulement le 
fonds est désigné, mais encore hypothéqué spécia- 
lement par le débiteur. (Laur. (Iloss. tlu Dr. fr.) 
<t II ne suflit pas d'asscurer Yaboul spécial de la 
« rente, ains faut assurer le lous-us du constituant, 
et celuy qui aura obtenu Tasseurement, sera tenu 
« de discuter les hypotec(iues spéciaux avant que 
« s'addresser au tous-us, s"il n'y a titre pour reco- 
' gnoistre ledit about ». (Nouv. "Cout. gén. T. II, p. 
400, col. 1., 

Il semble qu'on ait distingué quelquefois Yaboul 
du fonds, et qu'on ait entendu par le premier, les 
maisons, les édilices construits sur un terrain, pour 
la sûreté du payement de la rente Ji laquelle il étoit 
affecté. " Le... rentier est tenu, ayant fait faire la... 
« voet-stellinohe sur Y about, ou "partie d'iceluy, de 
« sept jours paiavant le jour servant, faire signidcr 
« iceluy au propriétaire de l'ato»/ et fond ». (Mouv. 
Cout. gén. T. I, p. 30i, col. 1.) Cette expression, 
« faire la voet-stellinghe, » dans laCoutumede Lan- 
gle. est la même que " faire mise de fait,» saisir réel- 
lement dans la Coutume de la Ville et Cbàtellenie 
de Bourbourg. (Ibid. p. 491, col. 1.) Dans la Cou- 
tume de Corze, on lit : « Si le débiteur dcuement 
« Interpellé, refuse de payer la rente et interest au 
« terme, faute de moyens, ou que Yabout donné 

« pour assurance, vienne à dépérir le créancier 

a pourra le contraindre, afin que son deub ne 
« courre risque d'estre perdu, à kiy payer le sort 
« principal ». (Nouv. Coul. gén. t. II, p. 108D, 
col. 2.) 

On étoit à couvert de pareil risque, en abournant 
et déterminant la quantité d'ouvrage nécessaire pour 
l'entretien et pour la réparation des abouta, des 
édifices hypothéqués. (Voy. Laur. C.loss. du Dr. fr.) 
De lïi, cesexpressions devise d'about , et faire aboiilt 
d'ouvrage, que Du Cange a mal expliqué pai' hypo- 
théquer, dans son Gloss. lat. au mot Iiaboularc, 
col. 102."i. « \A où il seroit mestier de retenue, édi- 
ff fication, ou admendement de édilico qui se puist 
« faire à devise d'aboull.... aucuns des l".sclicvins.... 
« accompaignezde.MaistresCharpnnIierscl Massons, 
« feront Visitation sur le lieu de ce fjui sera nécessité 
a de faire pourrentretenemcntetretenuedeshérila- 
« ges et édifices d'iceux, et que ce soit par eux estimé 
< à somme d'argent ». (Coutume de Mous, au Coul. 



gén. T. I, p. 820.) « En tant qu'il louche les arrente- 
« mens qui se feront volontairement des maisons 
« et édilices, on pourra pareillement mettre devise 
« de faire aboult d'ouvrage sur le lieu ou autre- 
<■< ment » (Ibid. — Voy. Co.NTiiAitouT ci-après.) 

VARIANTES : 

ADOl'T. Cout. gén. T. I, p. lir>0.pa.«i"))i. 

AiiOii.T. Cout. gcn. T. I, p. 820. - Nouv. Cout. gén. T. Il, 
p. -JT."!, cdl. 2. 

IlAiiocr.T. Cout. gén. T. I, p. 820, T. II, p. 862. - Nouv. 
Cout. gén. T. 1, p. 39(), col. I. 

llAiîOCT. Nouv. Cout. gén. T. I, p. 443, col. 1 et 2. 

.YDoutt'c, subst. féin. Terme d'architecture. 

Sorte d'ouvrage qui semble avoir queUiue rapport 
avec celui qu'on nomme encore bouté. « En mur 
« moitoyen, le premier (jui assiet ses cheminées, 
(' l'autre ne luy peut faire osier et reculer en 
« faisant la moitié dudil mur et une chantclle pour 
« conlre-feu. Mais quant aux lanciers et jambages 
« de cheminées, et simaizes ou aboutce, il peut 
« percer ledit mur tout outre pour les asseoir à 
« fleur dudit mur, pourveu qu'elles ne soient à 
« l'endroit des jambages ou simaizes du premier 
« bastisseur ». (Coutume de Bar, au Cout. gén. T. 
II, p. lOiO.) 

Aboutci', verbe. Borner, mettre des bornes. 
Hypothéquer, .\boutir, confiner. 

I.e sens propre est borner, mettre des bornes, 
marquer lesexlrémitésà'un terrain, d'un héritage, 
etc. (Voy. AcorT ci-dessus.) En termes d'arpenteur, 
c'est désigner la parlie la plus étroite d'un héritage 
(|ui aboutit ù un autre. (Du Cange, Gloss. Lat. au 
mol Abbulare, sous Butum.) 

Dans l'arpentage, on borne les terres par longa et 
bonis. On entend par longs, les extrémités les plus 
longues ; par boula, les plus courtes. 

Far extension, ce mot signifioit hypothéquer \\n 
fonds en le désiguanl par bouts et côtés. « Douaire 
« et prétix ne saisit la douairière, ains doit eslre 
« demandé de l'héritier ou héritiers, n'est donc 
« (lu'il soit assigné et nblwuté spéciallement sur 
« certaines pièces ». (Cout. de Saint-Mihiel, au 
Xouv. Coul. gén. T. II, p. 10.-)'i, col. 2.) 

Dans une signification neutre, atmuter étoit le 
même que notre verbe aboutir, tant au propre qu'au 
liguré. 

. . . tout leur consel ahoulercnt 
A cou qu'ai Roi Kelipre alerent. 

Ph. Mouslics, MS. p. «35 

On l'employoil plus souvent dans le sens propre : 
« mai.son i\\xuiboute, etc. » maison dont les abouts, 
les extrémités louchent l'i une autre. (Ti'és. des 
Chartres, Beg. 91, Pièce IV, Lettres du mois de Dé- 
(•embre 13;?8.) C'est au même sens qu'on lit : « Che- 
« vaucheront îi une forest... qui nlmile fi mains 
« d'une lieue de Malifernc ». iModus et Bacio, m. 
fol. 295, B°.) 

Sezile qui sur mer aboitle 

G. Guiart, MS, fol. 260, R'. 



AB 



- 2û — 



AH 



VARIANTKS : 

AIÎOUTEU. Du Cange, Gloss. lat. T. I, col. 1386, au mot 
Abhulitre. 
AiinouTKU. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1054, col. 2. 

Aboutir, verbe. Faire aboutir. 

Co mol subsiste en Médociiio, avec une siirnifica- 
tion neutre. Ou ne diroil plus : a Mauvaises.... 
« viandes... leur oi)ilenl el (tlinulisscul tous les 
« boyaux et le ventre ». (l'"ouillou.x, Fauconnerie, 
fol. tJ'i, R".) 

Aboutis. 

La sisnilication de ee mot nous paroi l incer- 
taine : peut-être, faut-il lire abrutis dans ces vers : 

Geste ordenancp. m'arriére 
D'estre en coer lies et joicus ; 
S'ensui nommés en derrière 
Aboutis et sommilleus. 

Kroiss. Poes. MSS. fol. 305. R«. 

Aboutissement, subst. jnasc. Confins, fron- 
tière. 

(Voy. Holiert Etienne, IHcl. el le mot Ahout ci- 
dessus.) 

Abouvier, verbe. Déeoupler. 

Mot usité en (luelques lieux de Normandie, en 
parlant des bœufs quefondélache du joug: en latin 
abjiujare boves. (Nicot et Cotgr. Dict.) 

Abi'adant, adjectif. Qui racle. 

Qui ratisse, qui gratte. (Cotgr. Dict. du latin abra- 
dere, racler.) On a dit au figuré : « les Méridionaux 
« sont paillards à cause de la mélanclioliespumeuï.e, 
« abradnnte, et salace. » (Sagesse de Charron, 
page 16(1.) 

Abrabaniides, sulist. masc. plur. Descendans 
d"Abraham. Les Israélites. 
(Voy. Œuv. de Joach. du Bellay, fol. 21 i, \ ".) 

Abi'asement, subst. masc. Embrasement. 
(Voy. le Gloss. de fllist. de Bretagne.) 

Alji'e, subst. masc. et fem. Arbre. 

Ce mot, qui subsiste sous la seconde orthographe, 
étoit autrefois des deux genres. On lit boiuies 
arbres dans Joinville, p. 30. 11 est masculin et 
féminin dans le Roman de la Rose, vers 6191 
et 6205. 

On prononce encore abre en Normandie. Cette 
prononciation paroit avoir été d'un usage générale- 
ment reçu du temps deMonet. Il déihniarbre, qu'on 
prononce abre, plante fruitière ou non fruitière. 
(Voy. Aiiiu ci-après, et l'article AimisKL.) 

Il y a plusieurs espèces d'arbres, dont les déno- 
minations ne sont plus les mêmes. On appeloit : 

1° Arlire de vermilion, l'yeuse, le chêne verd. 
(Cotgr. Dict.) 

'î'^ Arbre de Paradis. Cet arbre croît en Egypte. 
Quoiqu'il donne beaucoup de fleurs, il ne porte ja- 



mais qu'un fi'uit de la ligure d'une pomme de pin, 
el d'un goût très-délicat. 'Ciitgr. Dict.) 

."$' Arirres légères. Ce sont les sapins, aulnes, peu- 
pliers, cerisiers rouges, saules et semblables. Coût, 
de Bruxelles, au Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1254, 
col. 2.) 

A" Arbres seicbes. Arbres secs ou morts,. « 11 est 

« permis îi l'usufruitier de couper les, arbrea 

« seielics ; mais, etc » (Coût, de Bruxelles, nbi 
« suprà.) 

5" Arbres de l)Ois dur. Ils sont désignés dans le 
même article de cette Coutume. « L'usufruitier.... 
« ne peut toucher les arl>res de haute futaye ou au- 
« Ires de bois dur, comme chesnes, faus, ormes, 
« fresnes cl semblables ». (Nouv. Coût. gén. ubi. 
suprà.) 

(■)" Arbres mon tans ou arbres d'élève, dits par 
opposition aux arl>res porlans ou fruitiers, parois- 
sent être les mêmes <iue les arbres de haute futaye 
ou autres de bois dur, dans la Coutume de Furnes. 
« Nuls tuteurs.... ne peuvent vendre.... ou charger 
« aucuns biens mobiliaires ou immobiliaires, soit 
« fiefs, héritages, maisons, arbres montaiis ou por- 
« ta)is, cateux immobiliaires, etc. » (.Nouv. Coût, 
gén. T. I, p. 643, col. 2.) « Toutes sortes ù'arhres 
« inoiilaus ou fruitiers.... seront... réputez pour 
« cateux. » (Ibid. p. 6il), col. l.)Oii trouve arbres 
d'élève, pour arbres vtontans. (Ibid. p. 6(i6, col. 2.) 

7» Arbres portans ou fruitiers. (Voy. Arbres mon- 
tans ci-dessus, art. 6.) 

8° Artn'es couppiers. Ce sont des arbres qu'on a 
coutume de couper. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

9° Arbres de l'atiri ou de l'abris. Arbre planté à la 
porte des châteaux, sous lequel on se mettoit à 
couvert du soleil ou de la pluie. (Nouv Coût. gén. 
T. I, p. loi,"), col. 1. — Voy. sous AiiRi ci-après. I 

10" Arbres fruit tiers sauvages. Le propriétaire du 
fonds sur lequel ils étoient crûs, ne pouvoit les 
abattre sans la permission du Seigneur, à peine de 
dix livres d'amende. Delà cette espèce de proverl)e 
coutumier. « Le fruit sauvage est au bonhomme oa 
« paysan et X arbre /'r!/?i/ic/' au Seigneur ». ;Cout. 
de Gôrze, au Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1096. col. 1.) 



1° On disoit : De doux arljre, douces pommes. 
(Cotgr. Dict.) 

2° \Jarbre ne tombe pas du premier coup ; c'est- 
à-dire, qu'il faut du temps et des soins réitérés pour 
faire réussir une afTaire. lOudin et Cotgr. Dict.i 

Le mot nr/irc signifioit autrefois comme aujour- 
d'hui, une grosse pièce de bois, la principale pièce 
d'une machine. On le trouve pour arbre de moulin 
dans les Ane. Poët. fr. mss. avant 1300, T. IV, p. 
Vd't^.Vouv mât de navire, dans Brant. Cap. Extr. 
T. II, p. 121. « Grimpe amonll'rtr/»'^ de la navire ». 
(Nuits de Strapar. T. Il, p. 162. — Voy. ci-dessous 
AimiER, substantif.) 

C'éloit aussi la longue pièce où tenoit l'arc d'un 
Ribaudequin ou d'une .irbaleste dépasse. i,Voy. 
Faucbet, Orig. liv. II, p. 120.) Le mot Fust, qui se 

4 



AB 



— 20 - 



AB 



Jisoil anciennement pour Arhrc, et pour toute es- 
pèce lie liois, s'est conservé jus([u"à prosent, iiour 
le bois qui sert à la monture ifune arme à feu ; et 
c"est le sens du mot .lr//;r (Vuue arltalote. .{rlire se 
ilisoit aussi du hàtomiui sert à porter une eusei;-rne 
ou drapeau. De là le mol uriirc. employé li^ui'é- 
meut, pour l'enseigne mémo; d'où vient "peut-être 
l'expressiim urlwirr un étendard. « M. le Comte de 
« Sommerives, connu sous lo nom de Comte de 
« Tendes, après la mort de son père, eut un démêlé 
« très vif avec M. le comte de lîi'issac colonel ijéné- 
« rai qui soulfroit impatiemment de voir un auti'e 
a se vouloii' pai'anj;onnei' à luy, et porter l'enseigne 

« lilanche mais tout s'appaisa par la volonté du 

« Roi, en faisant évanouir cet ((r//r<' blanc ». ilirant. 
Cap. Fr. T. 111, p. i'i.'t. C'est la partie pour le tout. 

Il y a dans une potence une pièce de bois princi- 
pale. De lii l'expression arbre penderet, pour po- 
tence. « Sont les yibels ou arbres pendcrets, siiinos 
<i et marques de haute Justice ». (Coût. gén. T. II. 
page iota.) 

Il sembleroit que le mol arbre auroit aussi dési- 
gné quelque engin propre à la poclie, dans une Or- 
donnance portant règlement pour la pèche des pois- 
sons de rivière. « (Jue l'on ne batte aux. arbres, ni 
« aux losouelles ; et que braye a cliauce, arbre ne 
« cuevre, et (|ue l'on y adjoigne boisse et dépens ». 
(Ord. T. 1, p. 793 ) .Mais il est probable ([ue c'est une 
faute; car dans le même passage, rapporté par 
l'Auteur du grand (".ouluniior, on lit : « Que braye 
« à chance ne coune, etc. » (Voy. p. 28 et 73.'; 

On a dit proverbialement : « fairedc Varbre d'an 
« pressoir, le manclied'uncernoir »; se ruiner par 
de folles dépenses. Cotgr. Dict.) 

Nous nommons eue >re ligui'ément Arl)re généalo- 
gique, ce iiuon appeloit autrefois Arbre de linnée. 
(Bouteill. Som. Uur. p. 'iGl.^C'est en ell'elune ligure 
tracée en forme d'arbre, où l'on voit sortir comme 
d'un tronc diverses branches de parenté. 

La même idée de l'essemblauce, a fait dire de 
quelqu'un qui marche sur les deux mains la tète en 
bas et les jambes en haut, (ju'il fait Varbre fourchu. 
(Cotgr. Uict.) " Fais bien ;i point r«r/>/'(' fourchu, les 
pieds à mont, la teste en bas. » (Kabelais, ï. IV, 
page VTi.i 

On se servoit en poésie de la même expression, 
Arbre fourclui i)Our signifier un Lai ou Virelai, 
parce (lue les petits vers intercalaires (jui étoient au 
milieu dos grands, faisoient une espèce de fourche 
semblable ;i celle que forment souvenlles branches 
d'un arbre. ^\oy. Ménage, Dict. étym. Sibilel, Poéti- 
que, T. II, p. 13(>.) 

Arhres l'nurchitz, Ballades et Chansons 
Et Bameletz (1) de toutes les façons. 

Cliasso el (Jcjiarlio dVVniour, p. 351, coi. 1. 

(Voy. ci-après les différons mots formés û'Abre ou 
Arbre, tels <iu'.\iiiukii, Aiirisku, Ahiihet, .Vnurvoii;, etc.) 

VAIUANTKS : 
.\DIŒ. Monet, IJicl. au mot AiiuuE. 



.\nimK. Ortli. subsist. — .\nc. Poët. fr. MSS, avant 1300, T. 
IV. p. ia-,9. 
AuBm:. Ménage, Uict. étym. 

Aln"ô(j<?, .subst. uiasc. 

Nous ne citons ce mol, qui subsiste, que pour 
avoir occasion de remarquer que les Étrangers ont 
appelé la Franche-Comté, l'abrégf! de la France : 
dénomination dont on trouve l'oriûinc dans Pelis- 
son, llist. do Louis XIV, T. II, liv. VI. p. 2.-.O. 

AI)i*éfjc'mont, subsl. masc. L'action d'abréger. 
Diminution. Envoi, terme de pocli(iue. 

Lo iiremior sens est le sens propre. O'oy- Abréger 
ci-après.) Par abbrégenient, signilie pour abréger, 
dans ce vei's : 

Or ga donc par abbrcijemcnt, etc. 

Coquillart, p. 93. 

On a dit par extension abrègement pour diminu- 
tion ; on langage féodal, « Abrègement ou abriége- 
" mont de lief », pour « diminution ou.... extinc- 
" tiondeilroilsquelcomiuos, etdo piofilsfiodaux ». 
(Laur. Gloss. du Dr. fr. au mut Alircuonent.) Voy. 
aussi Du Cange, Gloss. Lat. au mol Feuduni alliii- 
ium ; (Beauman. Cont. de Boauvoisis, p. 142' Ord. 
T. 1, p- 218, et le Closs. sur les Coût, de Boauvoisis.) 

Enlin Abrénenteiil et Epilogue, étoient employés 
selon Boissière, dans sa l'oèliiiue, p. 21!». pour dé- 
signer le cuujjlel (|ui termine une Ballade, et que 
l'on nommoil plus communément Enroii. On l'ap- 
peloit aussi .l/^rcV/cw/c/i/, parce (jue ce couplet est 
toujours de moitié jjIus court que les autres : il 
n'est ([ue de iiuatre ou cinq vers, lorsque les autres 
sont dos dixains ou des huilains. 



AlinKGEMENT. OrUi. subsist. - Apol. pour Ilérold. p. 'ifô. 
.ViiiiiiÈGE.MKNT. -Monet, Oudin, Dict. — Coquillart. p. '.C 
Abuiégëmknt. Gloss. sur les Coût, de lieauvuisis. 

Al»ré(i('r, verbe. Dépêcher, hâter. Diminuer, 
dép(''rir. Abliaisser, humilier. 

Ce mut forme, suivant Niccjt, du lalin abreviare, 
(jui répond en elTot dans les Sermons de .St. Bernard, 
au mol .l//rci'/V'r, ouserve encore sa signification 
propre, rendre court ; mais on no diroit plus abré- 
ger tm abbrever une alfaire, pour la di'pêcher, en 
hàtei- l'expédition. (Oud. Dict. et Cur. fr." Encore 
moins s'aliréger, pour se hâter, se dépêchei', comme 
dans ce passage : » Sire, dit lors Bennuq, (jui pen- 
« soit que l'asselion fis! ce pour le plus lionnorer, 
" nous ne lo ferons point laiil que vous soyez pre- 
« seid, mais abrégez-vous, car la demoiselle n'al- 
« tend autre chose. » (l'ercoL Vol. IV, fol. 119. V" 
col. 2. — Voy. AnnKvi: ci-après.) 

En (■■leiulanl la .signilicalion d'abrégé, proprement 
rciranchor de la longueur d'une chose, ce mot s'est 
dit en général pour retrancher, diminuer; de là, 
« aliridger les services d'un lief « les diminuer. 
iTenures de Littleton, loi. 122, V°;. Un lief abrégé 
('loil un lief dont on avoit diminué le nombre des 



(I) espèce de poësie. 



AB 



- 27 



A15 



services. (Laiir. Gloss. ilii Itr. fr. On r,an?;e, Gloss. 
Lai. iihi siiprà.) 

On l'employoit quel<iuefuis en ce sens, avec le 
pronom rotléclii; d'où \'\ei\\. s'abrificr, iiour ddjK'Tir, 
aller cri (liniiniKint, « loulcs natures s'abritent et 
« ilosceiidciil. » fCliasscde (!ast. l'htîb. ms. p. I.'il.) 

Ite là, (Ml a (lit s'dhrièvcr, [xiiir s'ahaisscr, s'iiu- 
niilier. S' Bernard, dans son Serinoii sur lu iNali- 
vité de .1. G. a dit : « chier freire, ou ([uels fu li bc- 
« soic;-ne par kai li Sire de Maieslcil s'mnilicsl et 
« s'abrevicst ensi. » (Serm. fr. mss. p. l'i;i.; 

coNjro. 

Abrevicie, part, au fém. Abrogée. 'S. Bcrn. Scini. 
fr. MSS. p. 123 61150.) 

Ahreviens, subj. prés. Abrégions. (Id. ibid. p. 12.'5.; 

Aln-cvicst, subj. imp. Abrégeât, dans le latin nh- 
Iri'eviassel. (Id. ibid.) 

Abrevieije,\yMl. aufcm. Alirégée. :ld. ibid. p. 171.) 

VAHIANTKS : 
ABRKGER. Orth. subsist. - Ger. de Rouss. MS. 
AuBUEGER. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Feiulum tal- 
lialitni. 
ABBUEVEn. Oudin, Dict. et Cur. fr. 
Abbrevier. Coût. gén. T. II, p. (Vî, noie marp;. (c.) 
AiiREOiKii. Joinville, p. 49. — Farce de l'alhelin, p. i^l. 
Aniu;viEi\. S. Rern. Serm. fr. iMSS. p. 50. 
AiiRinoER. Tonures de Littleton, fol. -l'-2'2, V". 
Arkieevkh. Rom. de la Rose, vers '201)75. 
AiiBiEVER. lîorel et Corn. Dict. 
ABRioncn. Ger. de Rouss. MS. p. 175. 
ABHiVEn. G. Guiart, iMS. fol. '230, R« et '2.>i, V". 

Abrevé, parlic. adj. Ilàté, empressé, prompt. 
Facile. 

On a dit nin'C(jer,\e même (\\\ahrciH'i% pour //«- 
ter. De là l'acception figurée A'abrévé, etc. pour 
hâté, prompt, empressé. 

Un Varlot vint tous abrivez 
Qui fort hurté à ma porte a, 
Et une lettre m'apporta 
De ma très-douce Dame cliiere. 

G. iMachaut, fol. 19i, V col. 3. 

Jean de Meun dit, en parlant des passions, dont 
trois sont les plus dangereux ennemis de Tbomme : 

Ly pejour (1) ennemy de tous sont ly privé. 

Et ces trois sont à nous si joinct et si rivé, 

Et de nous décevoir si duyt ('2) et abrivé. 

Que nous sommes par eulx presque tout chaitivé (3). 

Rom. de la Rose, Codicilo, vers 1103. 

On a dit adverbialement dans le mâme sens, tout 
^Yahrévé, pour en hâte, promptement. (Gace de la 
Bigne, des Déd. ms. fol. 29, Y") 

Par extension de ce premier sens, ce mot, sous 
l'orthograplie Abroïe seulement, a signifié facile, 
en parlant d'une femme qui hâtcle bonheur de son 
amant, qui abrège ses souffrances. Dans un Jeu- 
parti, l'on répond à celui qui préfère une maîtresse 
de ce caractère, à celle qui fait désirer long- temps 
ses faveurs : 

Mais vous jugiés estre loi (4) 
Ki dites c'on doit l'amie 



Proisier tantost nhroin. 
Pas si fiiis ne sui, 
N'a vostre sens ne m'apui. 
On doit amer et chierir 
L'amour c'on a à dcsir. 

Ane. l'oi^s. Kr. MS. du Valic.,n- tl90, fol. 130. V. 

VARIANTES : 

.'MIRF.VK. Gace de la Rigne. des tiéd. MS. fol. 20. V». 

AiiiiiKvf;. Athis. MS. fol. 7'2, R" col. 1. - Ph. Mousk. MS. 
page 581 . 

Abrivk. Athis, MS. fol. 8i, V° col. 1. - Fabl. MS. du R. n" 
7GI.5, fol. •1-27, V'-col. 1. 

AnnoïE. (fém.) Ane. Pous. Fr. MS. du Vatic, n" 1522, fol. 
ir.l, V'col. 2. 

Al>r<''vi;»ti<)ii, sh/vsL fém. Action d'abréger. 

tic mut suiisisle pour désigner une écriture en 
abrégé : on l'employoit autrefois poursignitier l'ac- 
tion même d'abréger. Ainsi .Matiiicu de Coucy dit, en 
parlant du siège de la ville de Gaure : <• Il leur sem- 
" bloil (lue ce seroil — Yaliréviatinn de la prise 
" d'icelle. » (Ilist. de Chai'les Vil, p. Cm.").! De là on 
a nommé Lettres d'Ahhrévialion, celles « que le 
<• Hoy oclioyc aux Seigneurs justiciers, pour faire 
« tenir leur" Juridiction hors l'estendue de leurs 
" Fiefs et Justices, el ce pour rt/;/)?'^';''?' les procès. » 
[Coût. gén. T. Il, p. (iG, note inarg.) j.) 

VARIANTES : 
ACRÉVUTIOX. Matth. de Coucy, Histoire de Charles VII, 
page 655. 
Abbrévi.\tion. Coût. gén. T. II, p. (ÎO. 

Abi'i, siihst. masc. 

IMénage fait venir abri du verbe operire, couvrir ; 
el rejetie l'élyinologie tirée du mot apricus. fVoy. 
son Dict. élym.) Mais l'orthographe arhri semble 
nous indiquer une origine plus simple et plus natu- 
relle. Xous croyons (îonc que ce mot est formé 
d'arbre ; que son acception propre et primitive est 
/c cowi'crf (lue procurent les branches d'un arbre; 
el qu'ensuite, par extension, l'on a employé abri 
dans l'acception générale qui lui reste. Nous obser- 
verons d'ailleurs que non-seulement on a écrit 
arbri pour aliri ; mais que l'on a aussi écrit abre 
pour arbre ; ce qui paroit confirmer doublement 
l'étymologie que nous proposons. 

Vj'arlire de l'abri ou de l'abris, si souvent répété 
dans nos anciennes Coutumes, étoit l'arbre situé à 
la porte des cbàteaux, sous le(|uel on se mettoità 
couvert au soleil ou de la pluie. Dans la Coutume 
de Courtray, au lieu d'arbre de l'abri, on lit Y arbre 
pour se mettre à l'ombre. (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 
104.5, col. 1.) 

Dans la coutume d'.\ssenede, ibid. p. 815, col. 1, 
l'arbre de l'abris ou Yonne d'abri, est mis au nom- 
bre des choses qui suivent le Fief avec le principal 
manoir. On peut voir dans les Mém. des C. de Cham- 
pagne, p. 505, une longue dissertation sur l'origine 
d'abri. (Voy. Adriejient.) 

V.iBIANTES : 
ABRI. Orthog. subsist. 
Abric. Borel, Dict. au mot Embcrgv.er. 



(1) pire. — (2) instruit, appris. — (3) captivé. — (Jk\ à tort : extra Icgem. 



AB 



— 28 — 



AB 



Adril. Eiist. des Ch. Poës. MSS. fol. 5C1. col. 2. - G. Ma- 
chaut, fol. -230. U» col. .1. 
Abris. Nouv. Coût. pén. T. I, p. 700, col. 2. 
Abrit. Rabelais, T. 11, p. 271. 
.\RBRi. -Modus et Racio, MS. fol. U\% K". 

Abridcr, vcrhe. Attacher avec la bride. 

On lit, au sujet de l'exercice militaire, et spccia- 
lement de celui de la Gendaruiorie, (|u'il faut « ac- 
« coustumer los.Vicliiers à desceudre de pie et tirer 
" de l'arc, en les faisant apprendre la manière d'atai- 
« cliier et abvider leurs chevaux ensemble, et les 
■< faire marcher après eux de front denière leur 
<■ dos, en attachant les chevaux de trois .\rchicrs 
" «/<m/^:- aux cornets de Fareson de la selle, der- 
<■ rière le cheval du Pai^ce à l'homme d'armes à qui 
« ils sont. » (Milice Fr. du P. Daniel, T. I, p. 378.) 

Abriomont, suhst. masc. Maison, logement. 
Mot forme d'.l/*?/ ci-dessus. 

Ilostcl n'i a, tant fort se tiengne. 
Qui brieiiient (I) cendre ne deviengne : 
Ni lesse un seul nliriement, 
Tourelle, nOdifiement, etc. 

i;. Guiarl, MS. fol. 40. V'. 

Abrior, verbe. Mettre à l'abri. Couvrir. Protéger, 
défendre. 

S'abrier, dans lé sens propre, signifie se mettre 
à couvert sous un arbre. (Cotgr. Dict. — Voy. Abbi 
ci-dessus.) Par extension, se retirer dans un lieu. 

. . . vindrent onques en Zelande, 
lonc tens se sont abriez. 

G. Guiarl, .MS. fui. 322, V'. 

Pasquicr, dans ses Lctt. T. Il, p. 378, reproche à 
Montaigne le trop fréi|ueiit usage de ce mot. 

On dit encore en Normandie abrier, ûi\ns la si- 
gnification dé couvrir; cette acception, plus géné- 
rique que la première, est employée figurément 
dans ceth' exiu-essioii abrier de morl, comme si l'on 
disoit couvrir du voile de la morl. 
Ses plaies de mort \:ahriereHl. 

G. Guiart, MS. fol. 233, R*. 

(Voy. ibid. fol. 114, V°.) Borel, dans son Dict.au 
mot Emberijuer, explique abrir/a par couvrir. Celte 
orthographe est Lauguedocicniie. 

Enfin abrier, mettre à l'abri, pris figurément, a 
signifié défendre, protéger. (Cotg. Dict.) 

VAItlAXTES : 
.\BRIER. Essais de Montaigne, T. IIIj p. 478 et passitn. 
Abrig.v. Borel, Dict. a»i mot Emberijuer. 
Embkrocer. lîorel, Dict. 
H.\BRIZER. Cotgr. Dict. 

AbriiM', ^ubsl. masc. Arbre de pressoir. Partie 
d'une ariialèle. 

Ce mot formé d'Anni:, arbre, signifioit au premier 
sens, rrtr/^JïMl'uii pressoir. 

Plus la vendange ne geint (.2) 
Sous VaOrier qui de sa charge 
Criant enroué restreint. 

Œuv.deBaïf, fol."0,R'. 



Dans le second sens, c'étoit le baslon, le manche 
ou chevalet d'une arbalète. On peut en voir la 
figuie dans la Milice Fr. du P. Daniel, T. I, liv. VI, 
chap. IV, p. i'I'-l. 

Ces deux acceptions, qui paroissent être propres à 
ce mut, lui sont communes avec Aube ci-dessus. 

VARUNTES : 
ABRIER. Nicot et Monet. Dict. 
Ahbhikr. Nicot, Dict. 
AiBiuER. .Monet, Dict. 

.Vbi-ifol, subsl. masc. Le voile ([ue Ion met sur 
la lèle des gens que l'on marie. 

On a dit en parlant de M"" de lîeaufort qui vou- 

loil éi>ouser Henri IV « Elle entama un propos 

» de Bâtards, et dit qu'il n'y avoit rien si aisé ((ue 
« de les rendre légitimes, et qu'il ne les falloit que 
« mettie sous Wibrifol. « (Mémoires de Villeroy. 
T. V, p. 1)5.) 

L'élymologie de ce mot composé est aisée ù 
saisir : il vient d'AimiER, couvrir. (Voy. ce verbe ci- 
dessus.) 

Abrisel, subsl. masc. Arbrisseau. 
Nous pourrions encore faire valoir l'ancienneté 
de l'orthographe Abrisel, pour appuyer notre con- 
jecture sur rétyuiologie d'AiiRi ci-dessus. 
Je rassis lés Vdbrisel, 
Si le vauc baisier. 

Ane. Poës. Fr. MS. du Valic. n" 1190, fol. 112, V' col. 2. 
Je m'irai soef dormir souz Varbruiscl. 

Ane. Pool. Fr. MSS. avanl 1300, T. IV, p. 1}31. 

(Voy. .Vriiiift et Ariihisei.i;t ci-après.) 

VARIANTES : 

ABRISEL. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» 1190, fol. 112, 
V». col. 2. 

Abrynceau. Pièce à la suite de Villon, p. 02. 

Arbressaulx. (Plur.) Molines, p. 77. 

Aruroisel. Ane. Poët. Fr. MSS. avant V.m, T. IV, p. l«l. 

Arbroissiaus. (Plur.) Du Cange, Gloss. lat. au mot 
Armai i(ra 

AcnRissEL. Robins du Chaste], anc. Poët. Fr. MSS. avant 
IJOO, T. 1, p. W. 

Abrofjciir, subst. muse. Qui abroge. 
(Oudiii, Dict.) 

Abroiicbor is':, verbe. Se courber en devant. 

I.e même i]u'e)iibrotielier ci-après. 

« Cuy donne tel coup d'espée qu'il s'aherdist ù 
« l'arson de la selle, et là s'abroneha, etc. » 
(Percef. Vol. I, fol. 142, R°. col. 1.) 

Abrono, subst. fém. Aurone. 

Plante médicinale. (Voy. Closs. Cal. Lat. .ms. de 
la Bibl. du Hoi, n" 71184, cité par D. Carpentier, 
suppl. au (;ioss. de Du C. au mol Abrolanum.) 

AbrouIb'>, parlie. Obscurci, offusqué. 
l'iniueiiiciil lirouillé. 

Tant est Titan de brouUas abroullé. 

Mvlinel, r- 130. 

(Voy. Brouiller ci-après.) 



(1) brièvement. — (2) gémit. 



AB 



— 20 — 



AB 



Abroiisliiro, nithsl. [ém. Droit de piUuro. 

Ce mol, l'oniié de limusï ci-;iinès, si^iiilie en 
patois NdiMiiand, le droit de mener liroiiler les 
bestiaux dans les Iiuissons et les broussailles, en 
certains temps de l'aum'O, et ^ cerlaines conditions. 
(Du Gange, (jIoss. Lai. au iiiol Minisliivu.) 

Altruiiicr, vcrlic. Bi'uuir. 

Hendi(! bi'un, en pariant de rell'cl du liàlc sur le 
teint: « Le viaire avoit tantliel, uni; pou escliauffé, 
<' ([ui bien lui seoil, et si avoit ung petit de blancheur 
« ahruiné par le iuisle. » (Percef" Y(d. 5, fol. 80, V", 
col. 2.) « L"ardeur du soleil lui avoit le visage 
(ibritni. » (Ibid. fol. 7-2, IV col. ±] 



AimUINER. Percef. Vol. V, fol. 80, V«. 
Abrunui ibid. fol. 72, W". 

Abi'uptement, adv. liiHisqucuient, vivement. 
Rapidement. 

On lit au premier sens : « Elle lui commença à 
dii'c ahriiplcmenl, ù déloyal! » (L'Amant résuscité, 
page 21« ) 

Dans le second sens : « ce mont roule uhruplc- 
ment. » (Essais de Montaigne, T. H, p. 735.) 

Ces deux acceptions tlgurces, naissent de la si- 
gnification propre du mot latin abrupte, dont 
abrupti'uient tire son origine. 

Absclieid, subst. inasc. Décret, arrêt. 

Mot emprunté de l'Allemand. (Voy. Waeliler. 
Glossar. Ciermanicum.) 

Ces mots sont répétés plusieurs fois dans les 
Mémoires de Villeroy, T. YII, p. 210 et suiv. et dans 
l'ambassade de Bassompierre, T. Il, p. 18, 2',), etc. 
Absclieid est le vrai mot; Abscherdit en est une 
corruption : Selon Pélisson, « les Suisses nomment 
« Absclieid, la déclaration, ou contre-lettre signée 
-' de tous les cantons en la journée de S'-.Je'an ^i 
« Bade en 1579, avec la Maison d'Autriche. » 
(Hist. de Louis XIV, T. II, liv. VI, p. 269.) 

VARIANTES : 
ABSCHEID. Mém. de Bassomp. T. III, p. 253, etc. 
Abscherdit. Mém. de Villeroy, T. VII. p. 210, Sli, etc. 

Abseis, partie. Coupé, taillé. 
Du latin Aljscissus. (Voy. Cotgr. Dicl. et Bouteill. 
Som. P.ur. p. 548.) 

VARIANTES : 
.4BSCIS. Cotgr. Dict. 
Abscisé. Bouteill. Som. Rur. p. 518. 

Abscondre, verije. Caclier. 

On a formé abscondre, de l'inlinilif latin abseon- 
dere; mais abscouser vient du supin absconsiDii. 
Ces deux ortliographes ont chacune leurs varia- 
tions qu'il est aisé de distinguer. 

Prince, pourquoy, ne comment 
Est vérité du monde absent, 

(1) allusion à la façon de parler, do ut des. 



Ou'om ne la veut escouter? 
Cliascuns le va menaçant ; 
Pour ce se va escousant. 

Eusl. dei Ch. l'oi'S. MS.S. fol. 302, «ol. 1 cl 2. 

Le soleil, lorsqu'il descend sous l'horizon, semble 
se cacher : de là soleil esconsanl, pour .soleil 
couchant. (Percef. Vol. I, fol. 09, V» col. 1.) 

Par une espèce de métonymie ou de renverse- 
ment d'idée, l'action de la nuit sur le soleil qu'elle 
éclipse ou fait disparoitre, a été transportée à la 
nuit elle-môme, qui s'obscurcit et devient plus noire. 
C'est en ce sens qu'on doit entendre le passage 
suivant : « adonc se print à esconser la nuyct 
" obscure et ténébreuse, tant qu'il convint, etc. » 
Percef. Vol. II, fol. 138, V" col. 2.) 

Une pierre lancée en l'air se cache en (|ueli|ne 
sorte dans l'endroit on elle tombe ; de là la signili- 
cation ligurée (Vescnndre dans ces vers de C. (iiiiaii. 
citvs par Du Cange ; 

Pierres qui ne sont pas légiéres, 

Grosses sont celles des périéres 

(lui se vont en la ville l'scondre, 

Et font les couvertures fondre. 

Gloss. Lai. au mol Absconsa. 
VARIANTES : 
ABSCONDRE. Gloss. du Rom. de la Rose. 
Abscunskr, Rom. de la Rose, vers 18079. 
AscoNDRE. Gloss. du Rom. de la Rose. 
EscoNCKR. Gace de la Bigne, des Ded. MS. fol. IW, V° 
Escondre. Rorel, Dict. 
EscoxsER. Xicot. Oudin, Cotgr. Dict. 
EscosER. Ane. Poët. Fr. .MSS. avant l.TOO, p. 8:j8. 
EscousER. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 302, col. 1 et 2. 

Absconse, ,s;(//,s/. fém. Cachette. Subterfuge, 
détour, dissimulation. Lanterne sourde. 

Ce mot, sous ses dilTérentes orthograplies, tire 
son origine du latin alisconsinn, cixché; la première 
acception est l'acception propre. 

Lors vient do dus (1) de son esconse. 

Eusl. des Ch. Pocs. MSS. fol. 525, col. i. 

Alisconse ou Esconse, au figuré, signifioit subter- 
fuge, détour : 

Ne nous va plus quérir esconse, 
Que dis-tu ! en feras-tu rien ! 

Eust. des Ch. Poes MSS. fol. 56C, col. 1. 
Dit le Roy, bien sçavoye en mon cuer sans Ahsconce 
Que toutes me fériés une telle response. 

Ger. de Rouss. IIS. p. 95. 

Enfin l'on nommoitfl7;scoHsc, unelanternesourde, 
dans laquelle la lumière est cachée. Conse et Gonse 
sont des contractions d'absconce ou esconse, en ce 
sens on a employé le Latin at/sconsa avec la même 
signification. (Voy. Du Cange, Closs. Lat. sous ce 
mot.) 

Dans la Table de l'Hist. dAuxerre, par Le-Beuf, 
on dit que les lanternes du chœur de l'église 
d'Auxerre, s'appellent encore Conses ou Gonses. 

VARIANTES : 
ABSCONSE. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Absconsa 
Absconce. Ger. de Rouss. MS. p. 95. 



ÂB 



- 30 — 



AB 



CoNSE. Le Reuf, Ilist. d'Auxerrc, T. If, Table. 
ÊscoxsK. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Absconsa. 
GoNSE. Id. ibid. 

Absconse, partie, et adj. Caclh'. 
Ce mot, sous la plupart de ses orttio<irapties, vient 
(lu latin (iiiscoiisiini. Ou a dit <'.sco»r/// û'iibscmi- 
iliUnii. pins eu usa:je i\\\'ithsco>isu)n dans la houue 
làlinité. Cotjïi'ave fait absconse des deux srenres ; il 
est-féuiinim dans ce passap:e: « Tousjours vous 
« trouvez moynes en cuisines... Est-ce... qnelcque 
« vertus latente et proprit'té spécificque ahsennse 
a dedans les marmites et contre-hastiers, qui les 
<• Moynes y attire, etc. ' » (Rabelais, T. VI, p. 47.) 

On trouve soleil couché ou eseoiissé , dans le 
Coût. £rén. T. I, p. (iSO. 

De là. pour exprimer le coucher du soleil. Ton 
disoil adverliialcmeut : 

.\ escnii.t tornoit li Solax. 

F.ibl. MS. de S. Gcrm. fol. 07. 
Li Solax s'en vait à exco>is. 

Fabl. SIS. do S. Germ. fol. 08. 
Mais li Solax trait à escox. 

[>arten. de lîlois, SIS. de S. Germ. fol. 157, U- col. 3. 

VARI.\XTKS : 
AUSCONSÉ. .1. Marot. p. 41. 
Absconcê. Ger. de Roiiss, MS. p. 5. 
Absconse. Colgr. Dict. 
EscoNDir, liorel, Dict. 
Escoxs. Falil. MSS. de S. Ger. fol. 97 et 98. 
EscoNssÉ. Fabl. MS. du R. n» 72 18, fol. 12, R". col. 2. 
EscoLssÈ. Coût. gén. T. I, p. G80. 
Escox. Patern de Rlois, MS. de S. Ger. fol. 1.", R» col. 3. 

Absconsôonieiit. .\dv. En cachette. 

'■ M)scii)isi'e)iie)it et celéement » Cartul. 21. Corh. 
Chai'ta l'i.")?. I). Carp. ."^uppl. au Gloss. de I>u C. au 
mot Ahscoxsè.) 

Absconsemeiit, .sh/*.s/. mnsc. Lieu où Ton 
est caché. 

« Elle regarda jiar les feuilldcs de son absconse- 
« ment. >• l'ercef. Vol. IV. fol. 'il, V°. col. 1. — Voy. 
EscoNSKMKNT ci-après., 

Abscoiiltant, partie. Écoutant. 

Du Latin .\uscultare. Charte de 1389, citée par 
I». Carp. Suppl. au Gloss. de Du C. au mot .ibs- 
cnlture. 

AI)sonce, suhst. féin. Absence. Manque, défaut. 

Le premier sens est le sens propre et subsistant ; 
on écrivoit quelquefois acense. 

Par extension de ce premier sens, on employoit 
al)se)iee pour manque, défaut : « .Je vous envoyé 
"■ trois lialadcs... eu \'al)sence (au défaut) du Lay. » 
([•"roiss. l'oës. mss. p. '2H, col. 2.) 

Mais vrayement je n'oseroie 
Oster son signet, en Vacense 
De ma Partie, sans offense. 

Uodu9 cl Racio, 115. fol. 158, V-. 

Nousremaniueronsquelquesexpressionsacluelie- 
ment hors d'usage, en termes de procédure. 



1' hilnlion (l'absence. On distinguoii dans la ma- 
nière de procéder, en cas d'héritages et de pro- 
priété, la dilation d'absence, des dilations d'avis et 
de délibération. ■■ Est donné... dilation d'(//).scH(r 
" une fois, en quelque estât que la cause soit, et que 
• l'on le veult requérir. » (Gr. Coût, de Fr. liv. 111, 
pa-e;î()l.' 

2' .\l)senee de ennseil. Le jour pour absence de 
conseil, ou tout simplement jour d'absence, dilïére 
du délai uoininé jiniv de conseil : « cnr jour d'ah- 
» soiee. si est tel (ju'avoir le doit, soit deiiiaiulcur 
'> ou derendeur, chacun une fois au procez durant... 
« ne refuser on ne le peut ne doit, supposé que la 
-' Partie ([ui demande le jour d'absence, eust 1:1 
" présent son conseil. ■• (lioiiteill. Soin. Rur. p. -'il.) 
Ces délais sont abolis par les Ordonnances de 1539. 
art. IS. (Voyez id. ibid. p. 39 et iO.) 

VAni.\XTEs : 
.vnSKNT.F. Orlhog. subsist. 
.XuKNsic. .Modus et Racio. MS. fol. 158, V". 

Absout. ,{dj. Écarté, éloigné. 

L'éloigueinent est une des causes de l'absence. 
Delà, cette espèce de métonymie, lien absoil. pour 
lieu éi-arté, éloigné. « Que pis est fut eu avisant que 
" trouver le peust en lieu absent et hors de veue. » 
'Boiiteill. .Som. Rur. p. 23(1. — Voyez Auskxtk ci- 
ai)iès. 

Absonlation, sul>sl. fént. Absence. 

C'est la même chose qu'.\i!si;NTi:MENT ci-dessus; et 
ces deux mois sont communément employés pour 
désigner l'absence, la fuited'uncoupiililiMiui cherche 
à se dérober à la .lustice. (Voy. les Chartes de 1387 
et de 1399, citées par D. Carp. Suppl. au Gloss. de 
Du C. an mot .ibsentandus.) 

Absoute, partie. Eloigné, séparé. 

Liiléc (le si'paralion est une idcie accessoire de 
rab,seiu-e el de ri'loignement : ainsi l'on a dit en 
parlant de la Duchesse de Brabant, qui avoit eu 
deux maris, dont l'un étoit mort, et l'autre avoit 
épousé une autre femme: " la Duchesse Jaqueline 
" demeura absentée de ses deux maris. » (Monstr. 
Vol. 11, fol. 33, li" an. 1 i2(). — Voy. Aiîskntkr ci- 
après.- 

Absoiiloinont, suhst. viasc. Absence. 
Pa.-iquier. ISeclier. p. 'i7S.^ On lit dans,!. d'Auton, 
Annal (leLoiiis Ml, de !r)(i(i ell.'')(i7. p. 92. " Con- 
« noissans aussi par Valisentonent des Soldais du 
" Palais qui s'estoient retirez au Chasteau, que les 
•■ Kraneois ne se fioient plus en culx. >< )Voy. ci- 
dessus AliSr.NTATiiiN.) 

Ce mot a été pris pour consentement ; mais alors 
c'est le même que issriilemeut. (Voyez Asskntfment 
ci-après.) 

.Vbsoiitor, verl>e. Quitter. 

Prniiremenl s'absenter, s'éloigner, se séparer de 
iiuebiu'un. « .le seay bien (lue surviennent ordinai- 
< reinent affaires de telle faeon , qu'il est besoing 



AB 



ol 



AH 



" (|u'uii Miiiaiit laisse l'aud'c. et Valisciili' pour un 
■■ U'inps. » (L'Amant l'éssiiscité, p. '(.")'(. — Voy. Ha- 
lielais, l'ioiioslic. T. V, p. 'il». — (Kuvr. de Baïf, 
loi. m, R".) 

VAltlANTKS : 
AliSENTER. Civliii , p. iW. - Nuits do Strapar, T. H, 
pa^e :!V1. 
AbSKNTiii. C. .Macliuiit, .MS. f(il. 185, Tv» col. 2. 

Al)sic(.(», ,s(;/;,s7. [eut. l'icrrc précieuse. 

(l'est iiiu! pieii'c iKiirc et pesanlc, (|iii a des vei- 
nes routes: lorsqu'elle esl écliaullee par le l'eu, elle 
en conserve la elialcur pendant sept jours. (Voy. 
Du Cange, (îloss. Lat. aux mots Abseclos et .1/;- 
sictus.) 

Ahsicles est neire et pesant, 
Veines a ruges (1) cume sang. 

Marb. do Oem. art. 52, p. ilTii cl 1C87. 

VARIAMES : 
ABSICTE. Marbodus de Gem. art. .".'2, col. IfiTi. 
Absite. Sicile, lilas. des Coul. fol. 27, V". 

Absince, suhst. inasc. et fém. Absinllie. 

(Voyez les Dict. de Xicot el de Cotgr. au moi Ab- 
since.) M('nai;e, sur le tiolsième livre de Malherbe, 
observe que eet .Vuteur l'ail le mol Absinllie mascu- 
lin et féminin, el ([u'il se trouve ailleurs peu 
d'exemples de ce dernier genre. Selon Vauiielas, il 
doit être masculin ; mais le féminin a prcvtdu. 

VAlUAiNTKS : 
A13SINCE. Nicot, Cotgr. Dict. 
Absinthe. Ménage, sur Malherbe, p. i<>2. 

Absoldre, verbe, .\bsoudre. 

Ce mot, formé du latin Absolvere , délier : au 
figuré Absoudre , dispenser, avoit autrefois une 
signification plus étendue que celle qu'il conserve. 
(Voy. AusoLT, participe). La conjugaison ancienne 
de ce verbe nous fournit grand nombre de mots 
que nous placerons selon l'ordre alpbabélique , 
comme le plus commode. 

CONJCG. 

.l/^soi/Zr', subj. prés. Absolve. (Voy. Borel, fiict. 
1'" add. — .loinville, Epit. dédie, p. "l. — Ord. T. J, 
p. G13, bis, etc.) 

Absolez; indic. prés. Absolvez. i^Voy. Ilist. de Fr. 
en vers, à la suite dj Rom. de Fauvel, ms. du R. 
n°G8r2, fol. «7, V° col. i.) 

Absuloil, imparf. indic. Absolvoit. (Voy. Ilist. de 
Fr. en vers, à la suite du Kom. de Fauvel , Jis. du 
R. n- 0812, fol. 00, V" col. ±) 

Absolons, indic. prés. Absolvons, Affranchissons. 
(Voy. La Tbaum. Coût. d'Orl. p. 500, lit. de IJ80.) 

Absolut, prêter. Renvoya absous. (Voy. Arresta 
amoruin, p. Tiôi. 

Absouùcut, indic. présent. .Vbsolvent. (Voy. Ca- 
quets de l'Accouchée, p. 192.) 

Absout (.F), indic. prés. J'absous. (Voy. Contin. 
de G. de Tyr, Jfartène, T. V, c. 008.) 



Absoute, subj. [.ri'S. Absolve. (Voy. Gloss. de 
f Ilist. de lirelagiie.i 

Absdulisl , iuqiarf. subj. Itoiinàl l'ab>oliitioii. 
Voy. .loinville, |). It'.». 

Absoutoiis, indic. |ués. Absolvons. 'Voy. Ord. 

T. m, p. 'ii.-i.) 

Absoutsisl, imparf. subj. Donnât l'absolution, la 
dispense. jVoy. Ctuon. .S' lleiiys, fol. I!»0, V'.; 

Asousisl, imparf. subs. Dcjiuiàt l'absolution. fVoy. 
Coulin. de G. de Tyr, Martèiie, T. V, col. 0!)8.) 

.l,s,so/7/r, subj. prés. Absolve. :,Voy. Ord. T. i, 
p. 70.">, noie, arl. 17.) 

Assiiliiiis, iiidic. prés. Absolvons. (Voy. Ord. T. I, 
(1. 20'(.) 

Assotst. prêter, l'.envoya absous. (Voy. S' Bern. 
.Serm. I''r. mss. p. 'Ai'.).] 

Assoit, imparf. ind. Absolvoit. (Voy. Villehard , 
p. 41.) 

Assoit, prêter, indic. Renvoya absous. (\oy. S" 
Dcrn. Serm. F. .mss. p. 352.) 

Assolt-oin, indie, prés. On absout, dans le latin 
Alisolvitur. (Voy. S' Bern. Serm. Fr. mss. p. 353.) 

Assonit, iutiïr. subj. Aura absous, dans le latin 
Absolverit. Voy. S' Bern. Serm. Fr. mss. p. 353.; 

AssosI, prêter, indic. Donna l'absolutiiiii. Voy. 
G. Guiarl. .ms. fol. 107. V°.) 

Assot, indic. prés. Absout. (Voy. Ilist. de Fr. à la 
suite du Rom. de Fauvel, ms. du R. n° C812, fol. 70, 
R-col. 3. 

Assoudray (J'), futur indic. J'absoudrav. Voy. 
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 195, R".) 

VARIANTES : 
ADSOLDRE. Gloss. de l'IIist. de Paris. 
A-soudre. Ordon. T. I, p. 286. 

Assaudre. Fabl. MS. du H. n» 7218, fol. 32't, V" col. 1. 
AssoLEK. Ordon. T. I, p. 264. 
As.sore. Gloss. sur les Coût, de Deauvoisis. 
AssoLDRE. Ordonn. T. I, p. 211. 
AssocDRER. Borel, Dict. 

.■Vs.^ouLDRE. Rooi. de la Rose. — L'.\mant rendu Cordel, 
page .590. 

.\bsolt, part. .Vbsous, exempt, (luitte, affranchi. 

On reconnoit aisément notre mot Absous , dans 
les dilTérenles orthographes. L'acception qu'il a 
conservée, esl une acception particulière née d'une 
signification plus générale el plus étendue. On 
disoit de queliju'un ((ui n'étoil pas sujet aux infir- 
mités du corps, qu'il en êloit rt/*srtH/8 eliiuitte. (Ger. 
de Rouss. MS. p. 20i., En parlant d'obligations pé- 
cuniaires dont on demeuroit déchargé. « Celuy que 
« duisoit tender le money, est de oeo assouth et 
« pleinment dischargé. « (Tenures de Littleton, 
fol. 77, V"., 

Ces significations figurées, sont des extensions 
du sens propie , indiqué stms farticle Absoldre. 
(Voy. ce verbe et Absolu ci-après.) 

VARIANTES : 

ABSOLT. Ordon. T. III, p. 415. 

Abseulz. cFlur.) Modus et Racio, MS. fol. 271, V°. 



(1) rouges. 



AB 



3-2 



AB 



Absols. (Plur.) Ordon. T. II, p. 399. 
ABSort.s. Ger. de Rouss. MS. p. 2ai. 
Asois. Contin. de G. de Tvr. Marténe, T. V, col. 7no. 
Asoz. Fabl. MS. du R. n- liWô. T. I, fol. 72, \- col. -2. 
AssAUs. Fabl. MS. du U. iv 7-2IS, fol. lOG, V" col. 2. 
Assos. Hist. de Fr. en vers, à la suite du Rom. de Fauvel. 
MS. du R. n» 0812, fol. 172, R" col. 1. 
As-çofuz. Modus et Raoio. MS. fol. 162, V». 
Assors. Ordon. T. I. p. 211. 
AssouTii. Tenures de Littlelon. fol. 77, V'\ 
AssoLTs. G. Guiarl, MS. fol. 2œ, R». 

Absolte, sulist. jém. Absoute, absolution. 

Mais quand X'ahsoulti' est la pensée 
De cuer, et par confession. 
Sa ccSulpe est en rémission. 

' Kusl. des C.h. Pocs. MSS. fol. 53i, col. 3. 

(Voy. Ai!soi.i TioN ci-après.) 

vAni.\NTi;s : 
ABSOLTE. Oudin, Dict. - Borel, Dict. 
ABSOfLTE. Eust. des Ch. Pous. .MSS. fol. ."ilM, col. 3. 
Absoute. Œuvr. de Baïf. fol. 72. R». 
AssACTEj AssouLTE. Vergier d'honn. p. 133. 

Absolu, partie, et adj. Absous. Décisif. 
Ce mot, formé du latin Absoliitiis, s'est employé 
pour absous. 

■le voi ci que la mort m'alrape : 
J'ai tant taillii- et tant tolu, 
James n'en serai absolu. 
Hist. d<! Fr. en vers, h la suite du Rora. de Fauvel, MS. du R. n* G812, 
fol. 86, V col. 2. 

De là l'expression. Jeudi-absolu, pour le .Jeudi- 
saint, parce qu'autrefois dans TEglise d'Occident, 
c'étoit en ce jour qu'on absolvait les pénitens pu- 
blics. Comme dans les Eglises d'Orient, même dans 
quelques-unes d'Occident, on absolvoil le Vendredi- 
saint, ce jour a aussi été nommé le Vendredi-absolu. 
(Voy du Caiiîje, Gloss. Lat. au mol. ibsolutionis dies ; 
et liarasse, Ifech. des Recb. p. 54.) 

On est absous par la décision d'un Juge; d'où 
l'on a pu dire <- à toutes vos raisons feray respon- 
« ses absolues (réponses décisives.) » (Voy. Jlodus 
et Racin. ms. fol. 239, V°.) 

Nous employons encore ce mot au même sens, 
dans quel(iues"exprcssions; et nous disons Volonté 
absolue. Autrefois on écrivoit absolute au féminin. 
« On peut désirer le bien d'autrui, ou une chuse 
•< illicite, par volonté non absolute. « (Vov. Triomph. 
de la Noble-Dame, foi. 19i.) 

Absolution, subst. (ém. IndulL;ence. 

Ce mot sui]3iste. mais il n'est plus d'usage pour 
signilier ce qu'on nomme communément Indul- 
gences. Cbartier, parlant de la mort d'Agnès Sorel, 
dit qu' ■' elle requit audit Maistre Denis Augustin 
« son Confesseur, qu'il la voulusl absoudre de 
« peine et de coulpe par vertu d'une absolution 
« qui lors estoit à Locbes. » fllist. de Cbarles VU, 
page 192.) 

On disoit en termes de Barreau, Absolution à 
caulêle, pour Suspension d'excommunication, à la 
cbargedese repré-senter. Toy. Du Cange, Gloss. 
Lat. au mot Absolutio ad caul'elam.) ■ 



AltsoliittMiKMil, adv. Absolument. 

En lalin absolute. « Disant absolutement qu'ils 
'■ vouloient avoir certaines personnes. ■■ (Monstr. 
Vol. I, fol. 179. — Vov. Fabri. Art de Kliétoriq. 
liv. I, fol. liO, \\) 

Absolutoii'o, adj. Qui absout. 

(Voy. Cotgr. et Oudin, Dict.) On dit aujourd'hui 
Ifref (il)soluloirc , au lieu de Lettre ahsolutoire. 
(Cotgr. Dict.) 

Al>solutrice, adj. (ém. Oui absout. 
Senlenee absolutriee. (Procès de Jacques Cœur, 
>is. p. 17.; 

Absorbir, verbe. Absorlier, engloutir. Anéan- 
tir, détruire. 

Ce mot, employé au premier sens dans les Serm. 
de S' lîern., répond au verbe latin absorbere. 

Maint assorbisi l'eaue. et affonde, 
Maint sont hors reboutés par l'onde. 
Et ses flots maints en assorbissent. 

Rom. de la Rose, vers 6299-G301. 

Par extension du sens propre, al)S07'bir siguifioit 
anéantir, détruire. On lit au sujet d'un Connnitti- 
?HHS accordé sur un faux exposé, « que le cas est 
« à répéter par le Juge ordinaire ; et à luy en doit 
« estre rendue la cognoissance... car parle droict 
« escrit, nul no assortis/ le droict d'autre, etc. ■> 
(Bouleill. Som. Rur. p. 3G8.) 

VARIANTES : 
AnSOUBIR. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 74. 
Absouboyer. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 27('>, col. 1. 
.\ssonBER. Borel, Dict. — Gloss. du P. Labbe. 
AssoBBiR. Id. ibid. p. 70. — Rom. de la Rose, vers 6301. 

Abst«Miir, verbe. Abstonir. Gêner. Borner. 

Ce mot subsiste sous l'orthographe abstenir, en 
latin Abstinere. 'S" Bern. Serm. ubi suprà.} L'on 
disoit autrefois au premier sens , (lui est le sens 
propre. 

Trois fois se pasme de foleur, 
Ne se puet atciiir de plour. 

Alhis, SIS. fol. G. V- col. 1. 

De lîi, l'acception plus générale du verbe abste- 
7iir, employé absolument avec ou sans le pronom 
réfléchi, dans le sens de gêner. 

Je ne vous veux point abstenir. 

Blason des Faulccs amourjt, p. 231. 

" Ou a matière de s'abstiner et vivre sobre- 
» ment. ■■ Triomph. delà Noble-Dame, fol. U.) 

Enlin de la signilication d'abstenir, gêner, naît 
celle de borner, l/on disoit en ce .sens, " s'abstenir 
h du pain. « pour se borner, s'en tenir au pain pour 
toute nourriture. (Contred. de Songe-creux, fol. 

3(1, li"). 

VARIANTES : 

ABSTENIR, s. Bern. Serm. fr. MSS. p. ."iai, etc. 
AiisTiNEB. D. Duplessis, llist. de Meaux, T. Il, p. 67, tit. 
de 1180. 
Atexih. Atbis, MS. fol. 6, V» col. 1. 



AB 



33 - 



AB 



Abstention, xubsl. fém. Action de s'abstenir. 

Encore aiijourd'luu, dans (|nel(|ues provinces, 
s'abstenir il'uiie succession, siiiMilie ne faire aucun 
acte d'Iiéi'ilicr, ce (lui produit une renonciation 
tacite. (Vesl celte renonciation que le mo\. abat en- 
lion désitruedaiis le passafje suivant: « Le survivant 
« ou la survivante ne peut profiler du raport ni de 
« Viihsloilioii. mais les lieritiers seuls. •< Coût, de 
Douchaull. au nouv. Coût. gcn. T. 1, p. 70!), col. 1.) 

Abstinence, suhst. fém. Suspension. Modestie, 
retenue. Privation de viande. 

On disoit au i)reinier sens : Abslinoice de (/uerre, 
pour suspension d'armes. (Mem. d'Oliv. delaMarcbe, 
p. 95.) Oiieli|ucfiiis uhstinance tmit simplement : 
<■ Trêves ne absliuances. » (Ord. T. III, p. 30.) 

Dans le second sens, nous lisons : 

Se tu la trovos bone et de loial sustance, 
Et envers toi loial et do bone abstinence, 
Honorer et servir la dois, sans atendancë 
Et prendre et espouser, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 179, V* col. 1. 

Absl 'menée, dans le sens de privation de viande, 
est d'un usa£;e très ancien. J. de Meun a dit en par- 
lant des bypocrites ou faux dévots : 

.... mains pour sembler plus honnestes, 

Laissent à mangier chair de bestes 

Tout temps, sous nom de pénitence, 

Et font ainsi leur alislinencc, 

Si comme en Caresme faisons. 

Mais tous vifs ils mangent les homs 

(i) les dens de detraction. 

r.om. de la Rose, vers 16081 et suit. 

C'est cette mortification affectée qu'il appelle 
ailleurs ali>ili)ie)iee onjucilleuse (vers "20-2i3, et 
dont il fait un personnage allégorique sous le nom 
de Dame abstinence contrainte. (Ibid. vers 15531 
et suiv.) 

Toutes ces significations sont, comme l'on voit, 
des applications particulières de l'acception propre 
et générale d'nbslincnce, privation. 

V.\RI.\>TES : 
ABSTINENTE. Orlhog. subsist. 
Abstin.\nce. Jlém. dOl. de la Marche, p. 94. 

Abstraetenr, subst. masc. Qui extrait. 

On disoit en ce sens Abstraetenr de quinte- 
essence, pour Chimiste, ou iVlchimiste. 'Rabelais, 
T. II, p. 287. — Voy. ibid. note de l'Editeur.) 

Abstraction, subst. fém. Enlèvement. 

C'est le sens propre; du latin abstrabere, enlever 
par force. <• Acbilles tenant ii grand injure Vabs- 
« traction de sa concubine Briseis, etc. » (.1. le 
Maire, lllustr. des Gaules, liv. II, p. 2-24.) 

Abstraindre, vei'be. Serrer, mettre à l'étroit. 
Astreindre, obliger. 

Le premier sens est le sens propre, du Latin 
adstrinrjcre, serrer, pris figurément en ce passage: 
« Yvain de Galles avoit àuremenlabstreint ceux'de 
« Mortaigne en Poitou... les avoit si abstreint de 



« vivres, que nuls ne leur en pouvoient venir. >• 
(Froiss. Vol. II, p. 27, an. 1378.) 

De h'i, le participe abstraint, pour obligé. « La- 
<■ (luelle des deux conditions je voudrois cboisir, ou 
<• d'eslre cocu, ou absiruint à ne jamais faire 
« l'amour. » (Caquets de l'Accouchée, p. i)".,i 

ciiNjra. 
Aslrent, indic. prés. Lie, attache. (Voy. S" lîern. 
Serm. Fr. mss. p. 281.) 

VARIANTES : 
AnSTH.VINDRE. Eust. des Ch. Po("t. MSS. fol. 70, col. 4. 
Abstrkindre. Kroiss. Vol. II, p. 27 et 29. 

Abstraire, vei'be. Emmener, enlever, arracher, 
lietirer. 

Ce mot est formé du latin abstrabere, arracher. 
« La noble Pucelle Cassandra, se veit abstraire par 
« force et violence, hors du Temple de Minerve. » 
(.1. le Maire, lUuslr. des Gaules, liv. Il, p. 2.5(i.; 

Dans le second sens, ce verbe a été employé 
comme verbe réfléchi. L'on a dit ?>'al)Straire pour se 
retirer, s'arracher au monde. <■ Mieulx te vauldroit 
" abstraire et aler demeurer en aucun lieu soli- 
« taire. » (Triomph. des neuf Preux, p. 267, col. 2.) 

AI>strait, partie. Enlevé, arraché. 
Du verbe Abstraire ci-dessus. (Voy. J. le Maire, 
lllustr. des Gaules, p. 25C.) 

Abncbement, subst. masc. Achoppement. 

Ce mot, sous l'orlhograpbe Abncbement, semble 
venir des verbes Abonclier et Abuscer, et sous celle 
Abuissemoit dans les Serm. Fr. mss. de S' Bernard, 
où il répond l'i olfendiculum du texte Latin, il pour- 
roit être formé du Latin Ducca. Selon ces deux 
étyinologies, Abncbement et .l/;«/s.scHiCH/expriment 
l'état de celui qui penche ou tombe en avant, le 
visage ou la bouche contre terre ; et s'est employé 
de la pour désigner en général ce qui fait tomber, 
ce qui fait trébucher. 

Au figuré, un de nos Poètes du XIV- siècle, a dit 
d'un vieillard aveuglé par le plaisir : 

Bezicles n'a et queurt parmy la rue ; 

En trébuchant se fraint, destruit et lasse. 



On ne voit point ne ne veult concepvoir 
L'Ahuchemcnl de pechié qui le blesse, etc. 

Eusl. des Ch. Poës, JISS. fol. 388, col. 2. 

VARIANTES : 
ACrCIlEMENT. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 388, col. 2. 
Abuissement. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 287. 

Abvier, verbe. Détourner. 

Proprement détourner du chemin. On a dit au 
figuré : « Mon dit Seigneur, pour cuidier éviter le 
« coup, getta le bras au-devant, dont il fut blecié 
« 1res vilainement, car il ne peut tant abvier, que le 
« coup ne lui cheust sur le visage. » (Preuves sur le 
meurtre du D. de Bourg, p. 274 '. Si toutefois abvier 
n'est pas une faute d'impression, pour obvier, aller 
au devant, prévenir. 



(1) od, avec. 



AB 



— 34 - 



AB 



Abuisonner, verbe. Duper. 

D. Car|ieiitier, dans son supploment au Closs. 
croit pouvoir dériver ce verbe du substantif Busio, 
buse, pris dans le sens iisiuré de dupe. ^Voy. les 
passa<res par lui cités, de deux Chartes de la lin du 
xiv siècle, dans lesquels ce mol paroit avoir celte 
signification.) 

VARIANTES : 
ABUISONNER, ABUSSONNEa. D. Carp. suppl. au Gloss. de 
Du C. au mot Husio. 

iVbuleler, verbe. Donner ou recevoir un bul- 
letin, un eerlificat. 

D. Carpen lier dérive ce verbe du substantif Bi/Z/^/ff, 
pris dans le sens de certificat, reconnoissance. 
AbuU'ter, siiiiiilioit [iroprciiieul donner ou recevoir 
le certificat du sernienl d'obéissance prêté. C'est en 
ce sens tiu'on disoil. « Jurex- et abuletez. » (Très. 
des Chart. Heg;. 173, pièce .Viô.) On trouve ce mot 
avec la même signification, dans plusieurs passai;es 
tirés aussi des Hes- du Très. desCliai l. cités par D. 
Carpcnl. Suppl. au Gloss.de Du C. au mut Mlle la. 
— Voy. Iti 1.L1; ci-après.) 

VAIUANTICS : 
AnULETER. Trésor des Chart. Reg, 173. Pièce 52.Ô. 
AiiLXLKTEn, Enbllleter. d. Carp. suppl. au Gloss. de 
Du C. au mot liullcla. 

Abus, subst. masc. Abus. Artifice. 

Le mot Abus subsiste. Nous ne le citons que pour 
remarquer ((u'il a été introduit dans noire laiii;ue, à 
l'occasion du plaidoyer de Cugnières et de Bertrand. 
Le premier s'étant servi des termes " de loris et 
« entreprises dont usoit le Clergé sur le Roy ; » Ber- 
trand, pour adoucir ces expressions, converlit le 
mot de torts en celui d'.l/;HS, que Gerson fil valoir 
dans son Traité de la Puissance ecclésiasti(iue. De là 
Fexjjression iippel eomme d'abus. (Voy. Pasq. Rech. 
liv. m. p. 250.) 

On a employé le mol (ihbux- pour artifice, illusion, 
dans ce passade... « Estoil ainsi tout esbaliy par 
■■ Vabbit:i des trois Damoiselles. » (Percef. Vol. 111, 
fol. 82, V col. 2.) 

V.\mANTES : 
ABUS. Orthog. subsiit. 
Abbuz. Percef. Vol. III, fol. 82. V" col. 2. 

Abuscer, verbe. Broncher. 

C'est proprement se heurter et donner du visage 
contre terre en bronchant. (Voy. Abl"ciie.mext ci- 
dessus, pour Achoppement.) 

Ses cevaus si fort s'abusca 
Par les cailleus, k'il défroissa ; 
K'il est si durement keus, 
Que tout froissiés est ses escus. 

Ph. Mousk. MS. p. «7. 
A la planche vint, si monta ; 
Ne sai dire s'il s'abuiasa 
Ou escrilla (1) ou mesmarcha (2) : 
Mes il chaii et se néa. 

nom. (le Rou. MS. p. 151 cl 152. 



Cette signification paiolt s'être étendue, pour ex- 
primer faction d'un cavalier ([ui se heurte et s'ac- 
croche à son éperon. 

Envers Raimon isnelleraent sailli; 
Mais au saillir, forment li mescaï ; 
A l'esperon s'uhuissa, si llati (,3) 
Encontre ticre, etc. 

Anscis, MS. fol. 10, V- col. 2. 

VARIANTES : 
AHUSCEU (s'). Phil. Mousk. MSS. p. 4Ô7. 
AiiiciiER. D. Carp. suppl. au Gloss. de Du C. au mot 
BiiHlarc. 
Abuisser. Rom. de Rou. MS. p. 151. 
ABLissiER. Fabl. MS. du R. n" 7C15. fol. 187, R» col. 2. 

Abuscinent, subst. rnasc. Abus. 
(Voy. R. Estienne, Dicl.) 

Abuser, verbe. Faire abus. 

La première orlhograpbe de cet mot subsiste; et 
fou dil encore abuser du temps, pour en faire 
mauvais usage ; mais l'on ne dit plus comme autre- 
fois, soij abuser, pour abuser de sinj-))u'iue, de son 
temps. « Soy abuser au pillaige " pour s'amuser au 
« pillage, y employer le temps mal à propos. » (Voy. le 
Jouvencel, ms. p. i2J.) On dit encore dans quelques 
cantons delà Bourgogne, s'ébuser, pour s'amuser. 
On écrivoil au&siliabuser, au lieu d'«i/i(ser; faire 
abus, dans le sens propre : 

Las aujourd'hui voy mainte créature 
De ces cinq sens laidement habuser 
Et en user contre toute droilin-e, 
Estre muyauLx (1) et de sens aveugler. 

Eusl. des Ch. Pûiis. MSS. fol. 45, col. 2. 

Abuser d'un Offiee, pour l'exercer sans y avoir 
été admis. (Ordonn. T. 111, p. 587.) 

CONJrG. 

Abus, part. Abusé. (Voy. Froiss. Poës. mss. p. 
'27],eol. 1.) 

VARIANTES : 
ABUSER. Le Jouvencel. MS. du R. p. 12,5. 
Habuser. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 45 col. 2. 

Abuseiir, subst. masc. Qui abuse. Trompeur. 

Au premier sens, on a dit abuseurs eu leurs 
offices, qui abusent de leurs cliarges, ijui prévari- 
quent. (.loinville, p. 12'2. — Voy. les Dicl. de Monet, 
de R. Eslienne, au mol Abusehr. — Ord. des Rois 
de Fr. T. 111, p. 587. — Sagesse de Charron, p. 325, 
et Rabelais, T. 11, prolog. p. 5, etc.) 

On a dil aussi abuscur, pour trompeur, « cbar- 
« lalans et abuseurs. » (Des Ace. Bigar. liv. IV, fol. 
Ai, W) 

Abuseiix, adj. Plein d'abus. Qui abuse. 
Nous ne trouvons ces deux acceptions que dans 
Colgr. Dict. 

Abusif, adj. Où il y a abus. 
Nous ne citons ce mot en usage, que pour rap- 
porter l'expression ancienne, couronne abusive. 



(1) glissa. On dit encore griller en Normandie, pour glisser. — (2) fit un faux pas. — (3) pencha, tomba — (4) estre muet. 



AB 



— 3r. — 



AI! 



employée pour exprimer une tonsure usurpée par 
celui qui n'a pas droit ilc la porter. (Voy. le (ir. 
Coût, de Fr. liv. IV, p. 508.) 

Ahnsion, siilisl. [cm. L'action d'abuser. Sac, 
pillage. Abus. Illusion. Irrésolution, perplexité. 

Le premier sens est le sens propre. (Voy. lenioss. 
de Marot, où ce mot est pris pour une action de li- 
bertinage.) 

Piller, c'est abuser de la victoire. De lîi le mol 
ahusio)!, pour sac, pillage, dans ces vers qui termi- 
nent un détail assez long, de brigandages et de vio- 
lences exercées dans la Gascogne ; 

Eiifans fuient et famés veuves, 
Con se ce fust (1) abusion. 

G. Guîarl, MS. fol. 219, R'. 

On l'a môme employé, toujours par extension du 
premier sens, pour abus, prisgcnéri(iuement. (Voy. 
Villon, p. 2.-..) 

Ce seroit grans abuisious. 

Ane. Poës. Fr. MS. du Vatic, n- U90, fol. 132, R'. 

Dans un sens moins générique, abusion a signifié 
illusion. 

Songes fu ou abusions. 

Fabl. MS. du R. n" --218, fol. U5, R" col. i. 

Souvent l'illusion produit l'embarras. De là on a 
dit nbuKinii. pour irrésolution, perplexité. >< Le Con- 
« nestable et les Maréchaux de France et de Rour- 
« gogne estoient... en celle abiisio)i,, et ne savoyent 
« lequel faire pour le meilleur. » (Froissart, liv. Il, 
page 207.) 

Ce mot, en ce sens, pourroit aussi venir d'AmsF.R 
ci-dessus, pris dans le sens particulier d'abuser de 
son temps, s'amuser, perdre le temps, comme on 
fait en délibérant sans rien résoudre. 

VARI.\NTES : 
ABUSION. Villon, p. 25. 
Abuisson. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» 1490, fol. 132, R\ 

Abussal, siihst. masc. Achoppement. 
Ce mot est le même q\i'Abuisse>iient, avec une 
terminaison diiïérente. 

Un achopail et abussal 
A gent de pie et de cheval. 

Guîgneville, cité par D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mol Dmitarc. 

(Voy. Abcchemext ci-dessus.) 

Abutant, participe. Aboutissant. 

(Voy. Le Moine, Diplomatique pratique, Dict.) 

Abutei", verbe. Viser, tendre à un but. Mettre 
bout à bout. Additionner, calculer. Abonner. 

Le premier sens est le sens propre. (Voy. Borel, 
Dict.) Ainsi on a dit : « 11 semble que l'ame ébran- 
« lée et émeue, se perde en soy-mesme, si on ne 
« luy donne prise, et faut toujours lui fournir d'ob- 
« jet où elle ?,'abutte et agisse. » (EssaisdeMontai- 
gnej:T. I, p. 27. — Voy. Buter ci-après.) 



Dans la seconde acception Abuter a signifié, 
mettre bout-.'i-hout. Ainsi on disoit : ■• ces lettres 
" ieui's, cl dcscliin'cs par Aubain, les pièces furent 
■» recueillies jiar un Gentiilioinnie aniy de Garnier, 
" qui les abiilc avec de la cire. » (Pasq. Ilech. liv. 

V, p. m;.) 

De là, on a dit Abuter, pour additionner, joindre 
ensemble diverses sommes : « Hecueillés par par- 
« celles toutes les sommes mentionnées par cet ar- 
« licle, et les abutez- avecque les dixans, vous trou- 
« verés les (luatre mille marcs. » (Pasq. Ftecli. liv. 
IX, p. 8'(.3.) Le peuple dit encore dans quelques pro- 
vinces, Ebulrr, pour supputer, mettre des sommes 
les unes au bout des antres. 

Le Moine, dans sa Diplomatique pratique, Dict. 
explique A but ter, par Abonner un droit, un péage, 
à une somme fixe. 

VAUI.VNTES : 
ABUTER. Pasq. Rech. liv. V, p. 40G. 

AuuTTEK. Cotgr. Dict. - Essais do Montaigne, T. I, p. 27. 
— Le Moine, Diplomatique pratique, Dict. 

Abiitiner, verbe. Mettre au pillage. Associer au 
pillage. 

Dans le premier sens : » Si parlascheté sumes(2) 
« delTaicts, nos biens seront abutinez-, etc. » 
(.1. d'Auton, Annal, de Louis XII, de 1503-4 et 5, fol. 
20, V". — Voy. BuTi.NER ci-après.) 

On disoit par extension abutiner, pour associer 
au pillage, au butin. Ce verbe étoit quelquefois ré- 
ciproque en ce sens : >< Il ne dist à nul qu'il eust 
« aucun abutiné avecqnes luy ; mais se abulinoit à 
« tous, poussant ([u'il deiist avoir bulin en tous les 
« butins où il se boutoit, etc. « (Le Jouvencel, ms. fol. 
353. — Voy. Butin ci-après.) 

Abylant, subst. masc. Nom de pays. 

C'est la fleur, et en terre et en mer, 
De beaulté de pucelle ; 
Si n'arrestasse pour tout l'or à'Ah]i!a>'t 
Que j'en allasse tout le pays cherchant. 

Percef. Vol. II, fol. 81, R* col. 1. 

Cette expression, pour tout l'or d'Abijlant, étoit 
proverbiale. On la retrouve dans ces vers : 

Jà n'a il home en eest sicle vivant 
Qui i alast por tout l'or d'Abilay^t. 

Anseis, MS. fol. 52, R" col. 2. 

VARIANTES : 
ABYL.\NT. Percef. Vol. II, fol. 81, R» col. 1. 
Abilant. Anseis, MS. fol. 52, R» col. 2. 

Abysme, subst. fém. Abyme. 
Ce mot, aujourd'hui masculin, s'est employé au- 
trefois comme féminin : 

Mers et abismes lointaines, etc. 

Molinet, p. 134. 

Il se prenoit quelquefois en bonne part. » La 
« faute qu'elle faisoit de refuser un si grand party, 
« qui la mettroit dans le fin fonds et àbiisme de ia 
» grandeur, etc. » ^Brant.Dam.Gal.T. Il, p. 156. — 



(1) comme si ce fût. — (2) sommes delîaits. 



AC 



— 30 — 



AC 



Voy. sur Torigine de ce mol, Courgoing. de Orig. 
voc. vulg.) 

VARIAMES : 
ABYSME. Brant. Dam. Gai. T. II, p. 150. 
Abisme. Molinet, p. 12t. 

Abysineiix, adjectif. Profond. 

Où Von s'abyme : " Que vos cors en la fosse 
« fl/^fSHirt/Ê' eussent été ensevelis. » (Triompti. de la 
IS'oble Dame, fol. 38, V°.) 

VARIAMES : 
ABYSMEUX. Colgr. Dict. 
ABIS.MAL. Trionipli. de la Xoble Dame, fol. 38, Y». 

Abytucs, part, au [ém.plur. Débatues, agitées. 
« En ce Parlement furent alniliics les causes des 
<■ Eglises de r.Viclievesclié de Lyon et de Vienne, 
« qui étoient vaguez, et sans pasteur. » (Ghi'on. 
S" Denys, T. I, fol. i'ô. On lit dans le latin : « in 
« quo causam Ectlesiarum Lugdunensis et Vien- 
.« nensis vacantium ventilari fecit. » 

Acabat, partie. Fini. 

Ce mol paroît formé de Cap ci-aprùs, tête, cbef. 
« Consideran ijuc lestriuvcs rt sufreiice do guerre 
« de Bretainbe, et nostres soren acatiades à la foste 
<• de Sent Miqucu, etc. » (D. Morice, Ilist. de Bret. 
Preuv. col. T. II, col. 1118. — Voy. Achever.) 

VARIANTES : 
AC.\B.\T. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot Acluare. 
Ac.vnADKs. (,fém. plur.) D. Morice, llist. de Bret. Pr. T. II, 
col. 1118. 

Acabit, subst. masc. Accident, malheur. 

On a dit cap, pour cbef, tète; mauvais cap, pour 
mécbef, accident, malheur. De là peut-être Aeaijit, 
formé de cap, employé en ce sens dans ces vers : 

Se en ccste malheure et labit 
Nous mourions par quoique acabit, 
Ame n'y a qui bien nous face. 

Villon, p. GO. 

Ménage semble avoir considéré ce mot comme 
une altération de l'ortliographo Acapit, en le faisant 
venir du latin Accapitum. L'clymologie ([ue nous 
prDposons, nous a paru plus naturelle. Celle 
d'AcAi'iT, ci-après, droit seigneurial pour clia(iue 
mutation ou changement de cap, de tèlc, pourroit 
bien être la même. 

Acabler, verbe. Aterrer. 

(Voy. Caseneuveet .Ménage.) On a dit, en parlant 
des amendes imposées pour des coups donnés : 
» D'un coup de paulme cin(i sols, d'un coup de 
« poing douze deniers, de batcure à terre, que l'en 
■ appelle acuiiler, dix-buil sols. » (Ane. Coût, de 
A'ormandie, fol. 104, V".) 

VARIAMES : 

ACABI.ER. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Cabttlus. 
AciiABLEn. D. Carp. suppl. au Glossaire de Du Gange, au 
mot Cubulus. 



Acaolier, verbe. Chasser. 
Mener, faire marcher devant soi. 

Bien cent somiers que Turc vont afnr/uiiit 
Vins et viandes portoient li auquant. 

Anseis, MS. fol. 55, R* col. 1. 

On dit encore Acacher en ce sens, dans quel- 
ques cantons de la Normandie. (Voy. Cacher 
ci-après.) 

Acadc, siihst. inase. Sillage. 
Oudin, dans son Dict. expli(iue le mot acadc, ou 
erre d'un vaisseau, par le sillage. 

Acadéniiste, sulist. masc. Académicien. 

Beauchamp observe que » la Comédie des Aca- 
« dentistes, pour la réformation de la Langue 
« franeoise, en lG'i3.... fut réimprimée depuis sous 
" le titre àcs Académiciens. » (Roch. des Théat. T. 
II, p. 210.) 

Açalndre, verbe. Enceindre, entourer. Saisir, 
comprendre. 

Mot formé du latin aecingere, mettre une cein- 
ture; par extension, enceindre, dans ces vers, où 
le Poëte dit en parlant de la Vierge : 

Vigne de noble fruit plantée 
Sans humaine cultiveure ; 
Violete non violée ; 
Courtie.\ tous ujui/is d'aclosure. 

Dits el Moral. MS. de Gait'nal, fol. 296, R', col. 3. 

Entourer, envelopper, dans les deux passages 
suivans : 

Sarasin demaincnt grant noise (1) 
Sonnent timbres, trompes, tabor ; 
Les nos (.î) acaijaent tôt entor. 

Pliil. Mousk. MS. p. 193. 



Turc les encloent, et acaynent. 



Ibid. p. 191. 



Dans un sens plus figuré encore, cemotsignifioit 
saisir, comprendre. 

Tu dois tout enquerre ; et açaindrc 
La vérité de la querele. 

rm do Gliarilô, MS. do Gaignal, fol. 217, V col. 3. 

(Voy. Ençaixuue ci-après.) 

Co.NJCG. 

Açafinent, \nâ\c. prés. Enveloppent. (Pbil. Mousk. 
MS. p. 'l!)l el 193.) 

.l('a/H(', indic. prés. Enceint. (Guiteclin de Sas- 
soigne, fol. 233, V" col. 1.) 

Açaing, indic. prés. Enceint, environne. lAnc. 
Poët. Mss. avant 1300, T. II, p. 902.) 

Açaiiist, indic. prés. Enveloppe. (Pbil. Mousk. 
MS. p. HU5.) 

Açuint, indic. prés. Enceint. (G. Guiart, ms. 
fol. 131), V°.) 

VARIAMES : 

.\C-^INDRE. Phil. Mousk. MS. p. VXi. 

AuEiNDRE. Coût, de G. de Tyr, Marténe, T. V, col. 072. 



(1) bruit. - (2) nôtres. 



AC 






AC 



Açainte, snhst. fcin. Eiiceinle, enclos. 

Par le poing a prise la damp, 
D'une part vont en une açainlc 

Kabl. MS.duU. n- 7218, fui. 213, P." cc.l. I. 

(Voy. Ac.r.i.N, Ençaint et Ençaintf, subst. ci-après.) 

VARI.VNTKS : 

ACAIN'TE. Rec. des Ilist. Ue Tr. par D. liouiiuet. - Chron. 
S. Den. T. V, p. rJr^. 

AciiAiNTK. D. Carp. suppl. au Gloss. de Du C. au 
mot Acciufta. 

Ançaintk. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Inchula. 

Aoaire, suhst. Dtase. Nom d'un Saint. Signe du 
Zodiaciue. 

Dans la première acceplion, ce mot est le nom 
d'un tîvè(|uc de .Noyon, (lui guérit les acariastres, 
suivant Sylvius, cité dans le Dicl. de Trévoux, au 
mot Acariâirc. 

Tu serois plus hors du sens 

Que ceuls qu'on raaine à S' Acaire. 

Eusl. des r.h. Poi'B. .MSS. fol. 520, col. 2. 

De Ih, on disoit mal S' Acaire, pour désigner le 
mal que S' Acaire guérit. On écrivoii aussi 
Aquaire. (Voy. Eust. des Cli. Poës. mss. fol. 353, 
col. 3; et (j. Mâchant, ms. fdl. IS-J. H» col. 2.) La 
vertu cie guérircvilains maux, attribuée aux Saints 
par la superstition, dépendoit souvent de l'orUio- 
graplie de leur nom. 

Par un autre abus de l'allusion des noms, on ap- 
peloit ceux ([ui acquérent, qui gagnent. ■< Pèlerins 
de S" Aqaire. » (Ane. Pocs. Fr. sis. du Vat. u" 1 illu, 
fol. 101, V".) 

Dans la seconde acceplion, ce mot signilloit le 
Verseau, signe du Zodiatiue, du nom Mm'Aquarius. 

Quant aux signes spociaulx . 
Li Capricornes, li Toreaulx , 
La Vierge, le Mouton, l'Acaire. 

Eust. des Ch. Pois. MSS. fol. 471, col. 1. 

Il est écrit Aquaire dans la Cbron. S" Den. T. I, 
fol. 118, Y-, et dans le Gloss. de Labbe, p. 488, 
Aquaires. i,Yoy. l'art. Auiarus ci-après.) 

VARIANTES : 
ACAIRE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 5'29. col. 2. 
AOAIRE. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» 1400, fol. IGl, V». 
Aquaire. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 353. - Chron. S. 
Den. T. I, fo 118, V». 
Aquaires. Labbe, Gloss. p. 488. 

Acaniusé, partie. Taillé en chamfrain. 

Mol formé de Camis ci-après. On a dit llgurément 
pierre accamusée, pour taillée en chamfrain. Pierre 
dont on a rabattu l'angle, l'arête en ternies d'archi- 
tecture. « Quand es murailles estant entre deux hé- 
« ritages sont mis, et assis aucuns corbeaux, ou 
« pierres estant en veuës et lieux apparens, et ayant 
« saillie, et tels corbeaux et pierres sont aecam'usez 
« par dessouz en faisant l'œuvre, et sans fraude, iceux 
u corbeaux el pierres démonslrent ([ue tout le mur 
« est commun aux deux dits héritages; et si lesdils 
« corbeaux ou pierres sont accamuscx- par dessus, 
« demonstrent que lesdites murailles sont comrau- 



" nés, jusqu'auxditles pieires et coi'beaux » Coul. 
gén. T. 1, p. 'J(i3.) 

VAIIIANTKS : 

ACAMUSÉ. Colgr. Dict. 

AccAMUsÉ. Coût. gén. T. I, p. 9C3, et T. Il, p. 1020. 

Acannor, verbe. Injurier. 
Mot Picard. (Du Gange, Gloss. Lat. au mol Aca- 
ni~<are. — Voy. Dkiia.n.ner ci-après.) 

.Vcaitil, ,sh//.s/. inasc. Sorte de droit féodal. 
M. l'iclcau dit iiue l'on doit entendre pai- .lr«/;;7, 
le doublcmenl des droits seigneuriaux à chaque 
changemcnl de Seigneur. Mém. sur Ageii, p. 'M, 
G. D.) Mais la Hocliellavin prétend que ce droit 
s'appeloit arrière-aeapil ; et que l'on nommoit 
Acdpilfi, certainsdroilsqui.se payoient au Seigneur 
direct |>oiir ciiai|ne mulalion aii'ivée, soit par la 
mort de son vassal, soil par vente, échange, ou 
autrement. (Voy. Du Gange, Gloss. Lat. au mol 
Reaecapitum, T. I, col. 75.) 

Laurièrc pareil cire de même sentiment, puisque 
à l'arlicle Acitpt. il renvoie à celui des droits 
d'issue el d'entrée, (lu'il définit : « Lods el ventes, 
1 ventes et honneurs et autres droits seigneuriaux 
« qui se payent au Seigneur cavier, rentier, ou 
« censuel et direct, par le vendeur et jiar l'aclicleur 
« de l'héritage aliéné et redevable envers quelque 
« Seigneur foncier, pour le vest, devest; saisine, 
.< desaisine. » ^Gloss. du Dr. fr.) 

On enlendoit donc par Acapits, certains droits 
casuels, tels que le Relief, ou Hachai, etc. (Voy. 
AcAiiiT ci-dessus.) 

Les nouveaux Editeurs de Du Gange, ont réfuté 
Brussel, qui, dans son Traité des Fiefs, p. 849, 
interprète Aeapit, par feodum sine eapite. (Voy. 
Gloss. Lat. T. I, col. 73.) 

Lorsqu'un bien éloil d'un trop grand prix pour 
être inféodé sous la seule obligation de l'hommage, 
ou sous la redevance d'une petite censive, il arri- 
voit quelquefois que le Seigneur chargeoit le fonds, 
d'une renie seigneuriale proportionnée à la valeur 
de ce bien : c'est ce que paroil signifier l'expression 
ad AcapitiiDi dure, citée par Du Gange, uhi suprà ; 
ou bien le Seigneur se faisoil payer une certaine 
somme d'argent, que les Coutumes de Bourbon- 
nois el de Mvernois appellent eiitrage. ^Voy. 
Laur. Gloss. du Dr. fr. sous Aeapit, Acapte, 
etc.) L'on trouve ce droit d'entrée désigné par ces 
mots pri)n Acapte, dans un vieil acte en langue 
vulgaire de l'an 1255. (Ménage, Dict. élym. au mot 
Acheptcr.) 

Ces sortes d'inféodations éloient alors de véri- 
tables ventes, ou des Aceiisemeiits. Or, prendre à 
cens un héritage, ou en pf.yer le prini acapte, c"est 
l'acheter. Ainsi les mots Achapt et Achapter, ont pu 
se former d' Acapte, ou Aeapit. (Voy. ci-après Achapt 

et AcilAPTEIt.) 

VARIANTES '. 

ACAPIT. Brussel, Traité des Fiefs, p. 849. 

AcAP. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot Acaptare. 



AC 



— 38 - 



AC 



ACAPTE. Lanr. Gloss. du Dr. fr. - N'ouv. Coût. gén. T. I. 
page 1103. 

ACCAPTE. Cout. d'Agen , au nouv. Cûut. gén. T. 1\ , 
p. 903. col. 1. 

Acaration, subst. [cm. Confronlalion. 

Du mol cara , care , face , visage. On trouve 
Accarati'i au même sens, dans Du Gange, Gloss. 
Lai [\o\'. l'art, suivant Acaremest.) 



ACAR.\TIOX. Rabelais, T. III, p. 210. 
AccARATio.v. Monet et Colgr. Dict. 

Acaroniont, subst. masc. Confrontation. 

(Voy. Du Gange, Gloss. Lat. au mot .lc'((ra//'().; On 
reconnoit dans ce mot, de même ([ue dans Acarku, 
et i)eut-L'treAr,AHiASTiu: ci-après, la même origine que 
celle d'Ai AiiATiiiN ci-dessus. 

VARIANTKS : 
ACAUEMENT. Du Cange, Gloss. Lat. au moi Accaratio. 
Acc.^.REMENT. Mouet, Dict. 

Aoarci*, verbe. Gonfronter. 

Proprement mettre facc-^-face, de l'ancien mot 
care. (Voy. Borel, Dict. au mot Cliere. — Ménage, 
Dict. étvm. au mot Accarer. — Laur. Gloss. du Dr. 
fr. — Brant. Gap. fr. T. III, p, 109, etc.) 

VARIANTES : 
AC.VRER. Caseneuvc, Orig. de la Langue fr. 
AccAREn. Oudin et Monet, Dict. — Ménage, Dict. élym. 
Acc.AROER. La Combe, Dict. du vieux langage. 

Acariastre, adj. Acariâtre, d'une humeur dif- 
ficile, contrariante. 

Ce mot semble dérivé du latin Acer; il pourroit 
aussi tirer son origine du substantif care, face, 
visage. De même que l'on en a fait le verbe Acarer, 
opposer face à face, confronter ; on a pu en former 
l'adjectif .lt•«'/'/rts^?•<', qui s'oppose en face, qui con- 
trarie. (Voy. AcARER ci-dessus.) 



ACARIASTRE. Nicot, Dict. 

ACHARiASTRE. Bourgoing. de Orig. voc. vulg 



p. 18, V" 



Acariastreté, subst. fém. Contradiction. 

Cotgrave et Oudin interprètent ce mot par obsti- 
nation, opiniâtreté, entêtement, folie, emportement, 
fureur; son élymologie est évidemment la même 
que celle d' Acariastre. (Voy. cet article, et celui 

d'ACARF.R.) 

VARIANTES : 

ACARIASTRETÉ. Oudin, Dict. 
AccARiASTUETË. Cotgr. Dict. 

Acarncr, verbe. Massacrer. 

On a dit, en parlant d'une escarmouche. « Geste 
a brigade de Gennevois(Genois) laissèrent leur moii- 
« taigne... et les aucuns h course suivoient les 
« Albanois, eu faisant grandes huées et cris hor- 
" ribles. disans, acarne, acarne, amace, amace. ■> 



M. d'Auton, Annal, de Louis XII, l.^OtVinO", p. 175.) 
C'est du mot a-carne (au carnage\ cri de guerre 
parmi les Italiens, que nous avons fait notre mot 
s'acharner, s'obstiner, comme nous avons fait 
allarme de leur mot all'arme (aux armes). 

Acasemont, subst. masc. Inféodalion. Calme, 
assoupissement. 

Du mot AcASER, qu'on verra ci-après, dans le sens 
de donner en lief ; l'on a dit acaaement pour inféo- 
dalion. L'on distingue « Vacasotwnt fait par le 
« Seigneur direct, ûoVacasement fait parle tenan- 
■< cier, ou le sous-acasement.... L'acasement fait 
" par le Seigneur foncier et direct, est vif, pour ainsi 
<' dire, et emporte lods et ventes, comme première 
<' rente foncière et seigneuriale, au lieu ([uc de 
« ïacasemeni fait par le tenancier, ou du sous- 
« acascmcnt, il n'est point deu de lods et ventes, 
" d'où il est appelle quelquefois rente seiche. » 
(Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

Ce mot, au second sens, parolt changer d'étymo- 
logie, et s'être formé d'aecoiser, apaiser, calmer. 
« Le venin avoit desja gaigné si avant... que sa 
« mortelle opération ne peut plus être empeschée, 
« mais elle fut bien un peu retardée par un acase- 
" )>icnl (le cesle violente douleur. » (Printemps 
d'Y ver, fol. l'ii, V°. — Voy. Accoiser.) 

VARIANTES : 
ACASEMKXT. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
ACGASE.MENT. Cotgr. Dict. 

Acaser, verbe. Inféoder. Etablir domicile. 

Ce mot formé de case, maison, manoir, et par 
excellence manoir féodal, a signifié proprement 
donner en lief, inféoder. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) 
Dans ([uebiues Coutumes, comme celle de Bordeaux, 
c'est aussi bailler à rente. (Id. ibid.) 

De lii, s'aecaser, pour s'établir dans un lieu, pro- 
prement y prendre un domicile à rente, et en éten- 
dant l'acception, s'y domicilier. « Le Roi... de 
• Sicilie, Duc de Lorraine et d'Anjou, aimoit fort les 
« Gascons et (jcntilhommes de ce païs là-bas, et s'en 
a servit fort, si bien qu'il y en eut quelques-uns 
qui s'y accazerent, dont en "est sorti depuis d'hon- 
nêtes "gens. » (Brant. sur les Duels, p. 3.) 

VARIANTES : 
ACASER. Cotgr. Dict. - Laur. Gloss. du Dr. fr. 
ACAZER. Cotgr. Dict. - Cout. gén. T. II, p. C71. 
AccAZER. lîr.-int. sur les Duels, p. 3. 
Akasser. La Combe, Dict. du vieux langage. 

Acate, siilK'it. fém. Pierre précieuse; en latin 
Achates, agate. 

Acalc est cestc apelée, 
Por un eve û (I) el est truvée; 
Ko apelée est par cest num (2) 
En Cczile la trovc l'um (3). 
Neir (t) est, e a plesurs ligures 
En li formées de natures. 

Markodus, de Gcni. art. 2, col. 16i0. 



(1) flc'ive où. - (2) de ce nom. - (3) la trouve-t-on. - (t) noire. 



AC 



— m — 



AC 



VAniANTES : 
ACATE. Marb(xlii9, ilo Gcm. art. 2, col. KViO. 
Ac.vSTE. Sicile, Lilas. des coul. fol. 27, V". 
ACHATE. Murliotlus de Geni. art. 2, col. -1080. 

AccaiiiiardcnuMU, ,s«/(,s/, iiiiisc. l'iiresse, in- 
dolence, raiiK'aulise. 
Du verbe AccAGNAiiDicn. (Yoy. Colgr. Uict.) 

AccafjnardcM*, verbe. Devenir f;iinéant. 

Ce mol l'ornié de Cacnaiu) ci-après, subsiste sous 
la i)rcmière ()rlhot;rapbe, dans le laiit;ag:e familier, 
avec une siL,Miilicalion aclivc; mais on ne diroil 
plus : « (;raii,'iiant... de vous voir acca'Kjnanlcr au 
losis, etc. >. (i'asq. i.ell. T. 111. p. 580.) 

Nous disons encore siaccagnurder dans sa terre ; 
mais s'aceagnardcr en oisyveté, est tout-;Vfait hors 
d'usage. Cliarles-Uuintdisdil, en |»arlanl de Henri II: 
« ,1e connois voslre lioy, issu du noble sant;- de 
« France, comme j"en suis sorti; estant jeune 
•< comme il est, et ambitieux aussi bien que moy, il 
" n'a garde de s'accaipiarder en oisyveté, ny aux 
« plaisirs de sa cour. •■ (Brant. Cap. Etr. T. I, p. 15.) 

VAIIIANTKS : 
Accagnarder. Oudin, Monet et Cotgr. Dict. 
AcAGNARDEU. Ortli. subsist. 
AccAiGNAUDER. l'asq. Lett. T. III, p. 58)1. 

Accasané, adj. Casanier. 
Qui aime la maison ; mot formé du mot case, 
maison. (Yoy. Cotgr. Dict.) 

Accasaner (s'), verbe. Devenir casanier. 

Mener une vie casanière ; au figuré , une vie 
obscure et oisive. De là, ces expressions, s'accasaiier 
en voluple^, pour vivre obscurément, en s'aban- 
donnantaux plaisirs. (Voy. Pasq. Hecli. p. 88a.) 

S'accasaner à la recherche des femmes. On a dit, 
en parlant d'Henri IV, « Tandis qu'il s'occupa à la 
« guerre et à tous ces exercices violens, peu souvent 
« le voyoit-on s'acasaner h la recherche des fem- 
« mes ni à s'en empêtrer d'aucune passion. » (Mém. 
de Sully, T. XII, p. 28<J.) 



VARIANTES 
ACCASANER (s'). Pasq. Rech. p. 883. 
ACASANER. Mém. de Sully, T. 



p. 883. 
XII, p. 



289. 



Accatz. 

Etre mis Accatz, est une ancienne façon de 
parler, qui semble répondre ii notre phrase pro- 
verbiale, être mis à-quia. 

tost serais mis accatz 

De me vanter devant les Théoriques, 
Et gens parfaits en carmes Héroïques. 

Faifeu, p. 11 i. 

Accélérateur, subst. masc. Qui accélère. (Yoy. 
Oudin, Dict.) 

Accéléré, adj. Prompt. 

Ce mot ne subsiste plus que pour désigner un 
mouvement augmenté. On l'employoil autrefois 
pour désigner en général un mouvement prompt. 



" Crande, et accélérée diligence. » (.Méin. de Du 
Dellay, liv. Vlll, fol. 'i08, U".) 

Aci"c'iisai(jo, sulist. masc. Arrcntemcnl. 

(\'oy. AcK.Nsi: et Ack.nskmknt ci-après.) 

« Déclarons et ordonnons pour Nous et nos Sub- 
« gez, que ce qui en a esté, ou sera levé par telle 
« manière de accensaige, ou ferme, ne pourra estre 
■< trait h conséquence. » (Ord. des Ducs de Drel. 
fol. 200, V".) 

Accciiser, verbe. Allumer. 

Du latin accendere. Marot tourne en ridicule ceux 
([ui de son temps all'ecloieiit de se servir de ce mot 
en ce sens : 

L'autre par trop les oreilles m'offense, 
(Juaud pour aUuiue ha voulu dire accense. 

CWni. Marot, p. 20i. 

Accentuer, verbe. Prononcer métbodiciuemeiit. 

Prononcer en observant les accens. Ce mot sub- 
siste sous la première orthographe ; mais ne signifie 
aujourd'hui autre chose ijuc marquer les accensdes 
mots. Le Closs. de l'IIisl. de Bretagne , explique 
acculer, dans le sens générique de lire distincte- 
ment. Il semble plutôt ([ue ce soit lire avec des tons 
maniués de déclamation ; et c'est en ce sens qu'on 
a employé accentue, dans les verssuivans : 

Là maint gosier barytonnant bondit. 
Qui Lay prononce ou Balade accanlue, 
Virelay vire ou Rondel arrondit. 
Maint Serventois là endroit se punctuc, 
Chant royal maint si chante et psalmodie. 

J. Le Maire, Illust. des Gaules, p. 38*. 



ACCENTUER. Orthog. subsist. 
Agenter. Gloss. de l'Ilist. de Bretagne. 

Acceptaple, adj. Agréable. 
En latin acceplaliilis, qui répond au mot Accep- 
laiile, dans les Serm. de S' Bern. nbi stiprà. 

Lèvres mouvoir sanz cuer à oroison, 
N'est pas à Dieu prenant ne ucccpliMe. 

Eust. des Ch. Poës. MS. fol. 251, col. 2. 

Par cest essample voel retraire 
Cascuns doit sa proiere faire. 
Que à la gent ne soit luiisable 
Et que à Dieu soit aceptuble. 

Bestiaire, MS. du P.. n" 7989. Baluzc, 572, fal)le35. 

On lit dans un autre ms. de la même fable, agréa- 
ble, au lieu d'aceptable. 
(Yoy. AccEPTEL'R ci-après.) 

V.\RIA>TES : 
ACCEPTABLE. Orthog. subsist. - Gloss. du R. de la Rose. 
.\CCEPTAULE. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 21. 
AcEPTABLE. Bestiaire, MS. du R. n" 7989, fable 55. 

Acceptance, subst. fém. Acceptation, consen- 
tement. 

« Hom n'avéra advantage par tel releas qui sera 
« enconter son proper acceptance. .» (Tenures de 
Littleton, fol. 111, Y°.) 

Liltleton, Anglois de nation, semble attribuer au 



AC 



— 10 — 



AC 



mol Àcceptance. le genre masculin, dans le passage 
qu'on vient de ciler. parce que dans ce passage , ce 
mot se rapporte à l'homme ; et non parce qu'il at- 
tribue effectivement le genre masculin ;^ ce mot. 
En Anglois. les pronoms possessifs empruntent le 
genre du nominatif du verbe. Les Anglois qui par- 
lent noire langue, y transportentsouvenl cette règle 
de leur syntaxe. Nous faisons ici celte remarque 
une fois pour toutes. 

Accepter, verbe. Accueillir. 
Faire un bon accueil. 

Venez à moy, vous tous qui par labeur 
Estes lassez et chargez de douleur ; 
Je suis ccluy qui vous acccplcraij. 

Les Marpicrites de la Marguerite, fol. 20. 

CONJIG. 

Accept, participe passif. Accepté ; dans le sens 
subsistant du verbe Accepter. [ïenures dcLiltleton, 
fol. 79, V°.) 

Accepteur, attbst. masc. Qui fait acception. 

Oui considère l'un plus que l'autre; qui se con- 
duit avec partialité. (Voy. Accf.pt.vule ci-dessus.) 
" Les grâces de Dieu, ne se donnent point aux liom- 
" mes pour leur noblesse ou richesses, mais selon 
« qu'il plaist à sa bonté, qui n'est point accepteur 
« de personne, lequel élit ce ([u'il veut. » (Contes 
de la H. de Nav. T. I, p. 'iô.) 

On lit dans J. Le Maire : ■< Paris de Royal paren- 
« tage toulesfois sans Royal appareil ... "n'est point 
« accepteur de personnes ne soustcneur dequcrel- 
« les iniques. (lUustr. des Gaules, liv. I, p. 96.) 

Acceptilation, suhst. fém. Terme de Droit. 

C'est proprement la déclaration par buiuelle on 
tenoit quitte son débiteur. Douteiller dit : « Est la 
» quittance que aucun faicl de la dette, ou du con- 
« vent (I) qui luy estoit deu , et que le créancier 
« clame quitte son detteur, et recognoissance que 
" sa tête tient pour bien payé. » Soni. Rur. p. 3i7.; 

Accès, suhst. masc. Subside. 

On disoit du temi)s de Sully <■ Surcharger ses 
« peuples de levées de gens de guerre, d'accès, 
« impôts, tailles et tributs. » (Mém. T. XII, p. 478.) 
C'est la même chose qu'AccisF, ci-après. On lit dans 
Bouteiller, Som. Rur. p. 403: « Comment treux, 
« péages et Assès furent mis sus. » (Yoy. le mot 
ExcKs ci-après.) 

VARIAMES : 
ACCÈS. Mém. de Sully, T. XII. p. 478. 
Assfes. Bouteill. Som. Rur. p. Wô. 

Accessadeui', subst. masc. Celui qui tient 
à cens. 
« Michiel d'Albaspeyras, Chapellain, Fermier ou 

« Acce&sadeur du Prioré d'Albinhac. >- (Lettr. de 
1410, Reg. l(i!», C.hart. ;!2n , citées par D. Carpent. 
suppl. Gloss. de Du C. au mol .\cccssameiitum.) 



Accesseurs, subst. masc. pfur. Prédécesseurs. 

Peut-être est-ce une faute pour ancesseurs , dans 
ce passage. <■ Paris fut fondé par les Trovans vnr 
>• mi. XV. ans, avant l'incarnation de >'. S." et illec 
« habitrent, puis que leurs accesseurs se furent 
" partis de Sycambre, xn' lxx. ans. » (Traduct. de 
Boëce, par J. DeMeung, >is. du R. n°73."ir). fol. 106.) 

Acc'ession, subst. fém. Addition. Acception, 
préférence. 

On a dit au premier sens access/o?i, pour addition, 
du mot latin accessio. (Voy. l'article Ar.cEssoinE ci- 
après.) « Si pendant que l'a'uvre s'imprime, il m'en 
« survient qucl(iu'un des oubliez, ou (lucl'on m'ad- 
« vertisse d'aucun nouvel ouvrage, nous ferons 
« imprimer fi la lin du livre une accession, où il 
» sera mis. « (Du Verdier, Diblioth. Préf. p. 25.) 

Ce mot est employé pour acception , préférence, 
dans le passage suivant ; peut-être par une faute de 
copiste: 

En rendit le droit chascun 
Sanz faveur, sanz accession. 

Eust. dos Cil. Pocs. us. fol. 4C5, col. 3. 

Accessoire , subst. masc. et fém. Incident. 
Conjoncture. Embarras. 

Ce substantif n'rsl proprement qu'un adjectif de 
tout genre, qui devient suiistantif par ellipse. Voy. 
ci-après Aci:i;ss(iiiii; et .Vcf.ssuiue.) 11 paroit formé du 
yQvheVàûn Accedere, arriver, approcher; ou Acci- 
f/ejr, arriver, survenir; delà, il a été employé, 
comme terme de pratique, dans le sens d'Incident, 
point II débattre qui survient dans le cours d'un 
procès. « Pour osier les parties de long procès en 
» plaidoiries, nous ordonnons que de quelconques 
« accessoires qui seront proposez en la courdesdit- 
« tes foires.... les gardes d'icelles foires pourront 
. faire délaisser les parties sans icelles recevoir en 
.< Juuement. •> (Ord. T. II, p. 31'2. — Vov. le gr. 
Coût! de Fr. liv. III, p. 296.) 

Ce mot, qui, en ce sens, est très ancien dans notre 
langue, étoit quobiuefois féminin, parce qu'alors 
on sous-enlendoil les substantifs chose, affaire, etc. 

On laisse tout le piincipal 
Pour venir à une Accessoire. 

Eusl. des Ch. Pois. SIS. fol. 522, col. 2. 

Dans la signification de Conjoncture , il exprime 
un état, une situation ([ui survient dans un cours 
d'événeinens, d'affaires, et qui imi dépend. « Les 
« Italiens craignans de tomber au même accessoire 
« qu'auparavant, si on élisoit un François, jetloient 
' t(nites leurs opinions sur un ((ui fust de leur 
» nation. » (Pas(i. Recb. liv. m, p. 231.) 

Par extension, le mot accessoire, signifioit l'em- 
barras Tié d'une conjoncture désavantageuse. « Je 
« pense bien que... Monsieur de Bressuiro fut en 
<■ m'and rtcccssoi/r après cette lettre reçue. » (Drant. 
Cap. fr. T. I, p. 44.) 



(1) promesse. 



AC 



— u - 



AC 



Mulière l'a employé en ce sens : 

Et tout ce qu'elle a pu, dans un tel accrasoirc 
Est de me renfermer dans une grande armoire. 

Kcole des Kcrorm», Act. IV, Scène VI. 

Accessorio, adj. et sitbst. )iiasc. Accessoire. 
Complice. 

Ce mot, que nous ne trouvons employé que par 
Uritton, Kcrivain Anglois, est le môme que notre 
mol accessoire, avec une légère altération. 

Comme adjectif, on a dit « un fait acccssoric » 
pour un incidrnt. en matière de procès. ^Uritton, 
des Loixd'An-i. fol. .«, V".) 

Connne suiislantif, ce même mot s'est employé 
dans le sens de complice, celui qui se joint à un 
autre pour l'aider ii commettre un crime. « En 
« droit... de trespassours (1)... et des accessories 
" nule peyne ordiné, fors(iue soulcuient vers les 
" principals trespassours. » (nritlon, des Lois 
d'Angl. fol. 51, V°. — Voy. Du (^ange, (Jloss. Lat. 
au mot Accessorius, col. 80.) 

Accidentai, adj. Accidentel. 
On a dit en ce sens, •> joieus de joie acciden- 
o taie. » iTriompli. delà Noble Dame, fol. 17-i.) 

VAHIA.NTES : 
ACCIDENTAL. Epilh. de M. de la Porte. 
AcciDANTAL. Essais de ilontaigne, T. I, p. 382. 

Accidontalcment , adv. Accidentellement. 
(Voy. les Mém. d'Ol. de la Marche, liv. 1, p. '291.) 

Accides, siibst. masc. plur. Nom de Peuple. 

On trouve ce nom employé dans les Chroii. de 
S' Deays, T. II, fol. 21, pour désigner les Assassins, 
les Suj'ets du Vieil de la Montagne, Roides.lcf?Y/fs. 
L'auteur de ces Chroniques , qui écrivoit dans un 
siècle où les Assassins n'étoient peut-être pas en- 
core tout-à-fait détruits, semble avoir tixé l'élymo- 
logie du nom de ce peuple, en le rendant par celui 
d'Aecides, formé du latin Oecidere, tuer, et au par- 
ticipe pluriel, Oceidentes, qui tuent. Le change- 
ment de ïo en «, est fréquent dans les étymologics 
de notre langue; et ce Clossaire en fournit grand 
nombre d'exemples. (Voy. Assassins ci-après.) 

Accidulei", i^erbe. Terme de médecine. 

Rendre acide; mettre des sucs acides dans quel- 
que chose. Ce mot est encore quelquefois d'usage 
sous l'orthographe Aciduler. (Dict. de Trévoux.:- 

VARIANTES : 

ACCIDULER. La Combe, Dict. du vieux langage. 
Akcidouler. Id. ibid. 

Accin, subst. niasc. Enceinte, circuit. 

Ce mot se trouve souvent répété sous trois de ces 
orthographes, dans l'arpentage, qui précède le 
Terrier ms. de la terre de Montmort en Champagne, 
fait du temps de Charles IX. Il est employé à chaque 



article pourl'enceinte d'une terre. On se sert encore 
en Champagne dn mot Accin, pour l'enclos qui est 
autour d'une maison. .Nous li.soiis au même sens : 
« A esté l'accieue faicte par la rivière de Seine à 
« Vaccin de ladite maison, adjugée audit S' de 
« Païens, llault-jnsticier. .. (Pithou, Coût, de Troyes, 
p. (H)-l. — Voy. A(.;ai.nte ci-tlessus ; E.n(.:ai.nt et E.nc.ai.ntk 
ci-après.) 

VAHIAXTES : 

ACCIN, Acciîn. Arpentage. MS. de la Terre de Montmort. 

AcciNT. Coût. gen. T. 1, p. llCj. 

Achaint. Triomp. des neuf l'reux, p. '.H\, col. 2. 

AciN, AciNT. IJ. CarpoHt. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
AscinuK. 

AcTiN. Arpentage, MS. de la Terre de Montmort. 

Ascix, As.siN. U. Carp. suppi. Gloss. de Du C. au mot 
Ascimts. 

Accipc. 

Mol laliii employé |)0ur sobriquet dans le vers 
suivant : 

Dictes vous vray, Maistre Accipé. 

UCuv. de Roger de Colleryc, p. 78. 

Accise, subsl. Imposition, taxe, taille. 

«. . . . Tant des accises, impôts, amendes, etc. » 
(Coût, de Bruxelles, au nouv. Cor. t. gén. T. I, 
p. 12;i6, col. 1.) « La franchises des .Ur/sês et autres 
« exemptions. >■ (Id. ibid. p. Pi74, col. 1.) Le mot 
Accise subsiste pour désigner certains impôts qu'on 
lève dans les Piovinccs-unies et en Angleterre. 
(Voy. Assise.) On trouve Accisia, pour taille, impôt, 
dans la basse latinité; et ce mot paroit venir du 
]n[\n Aecidere, retrancher (Voy. le Rec. des Rolland. 
Avril, T. III, p. 738, et l'article Accès ci-dessus.) 

variantes : 

ACCISE.Cout.de Bruxelles, au nouv. Coût. gén. T.I, p. 123(i, 
col. i. 

Assis, Assise. D. Carpcnt. suppl. Gloss. de Du C. au 
mot .4ssisa. 

Acclainper, verbe. Lier, attacher. 

On dit encore en terme de marine, acclainper un 
mût, pour le fortifier en y attachant des pièces de 
bois par les côtés. Ces pièces de bois sont appelées 
en Anglois clamps : d'où l'on a pu faire acclainper 
dans la signification particulière qui subsiste. Mais 
en remontant à l'origine même de clamiis, (jue 
Junius dérive avec assez de vraisemblance d'un mot 
Anglo-saxonqui signilielien, on trouve qnucclainpcv 
a pu se prendre dans le sens générique de lier, at- 
tacher; plus particulièrement attacher avec des che- 
villes; c'est ainsi que l'explique Cotgr. 11 ajoute que 
ce mot est Normand. 

Acclosagier, verbe. Fermer, clore de murs 
ou de haies. 

(Voy. Cloire ci-après.) « Une pièce de terre acclo- 
« sa(/it'C,o tous les arbres dessocroissans. » (Charte 
de 1342, Reg. 74. ch. 525, citée par D. càrpent. 
suppl. Closs. de Du C. au mot Acclausum. — Voy. 
ibid. Accudere.) 



(1) coupables de trépas assassins, meurtriers. 



AC 



— i-2 — 



AC 



Accoinlahlo, adj. Accessible. 

Proprement facile à approcher ; de facile accoin- 
tance. Mouet, Dicl.) aisé à lianler et eslre fait amy. 
(Nicot, Dict. — Voy. de plus le Dict. de Cotgr. et "le 
Gloss. du Rom. de la Kose; et ci-après l'article 

ACCOI.NT.J 

Accointuii'o, stibst. Espace de navire. 

D. Carpent. suppl. Gloss. de Du G. au motfl(/i'/srt;v, 
croit que le mot Accointaire, sijjnifie un navire pour 
aller ;i la découverte, et il le dérive du mot Accointer, 
aviser, avertir. 11 cite le passaiie suivant, tiré des 
.4necd. de U. .Marlen. T. I, col. 18-23. <> Lue Accoin- 
• taire chargée de femmes de Peyre, fut prise des 
« Turcs. » 

Accoisenioiit, siibst. niasc. Galme, adoucisse- 
ment, li-uKiuillité. 

(Voy. Cotgr. Dict.) Ce mot formé de coi, tranquille, 
subsiste encore en terme de médecine : « VAccoise- 
« ment des humeurs » Dicl. de IWcad. Fr. — Voy. 
Ac.\sE>iE.NT ci-dessus.) 

Accoiser, verlie. Appaiscr, calmer. Reposer. 

Au premier sens, cest proprement rendre coi, 
rendre tranquille. 

" Il s'émeut, il s'accoise, il approuve et réprouve 
« en un instant même chose. » (Sag. de Charron, 
p. 203.) 

Li Rois ot entendu, et le cri et la noise (H, 
Durement s'esmerveille quant elle ne sacoise. 

Xnc. Pocl. 1>. IISS. avaiil 1300, T. Il, p. S54. 

Vous puet on bien d'un chapel couronner 
A un. flours, qui maint grief mal acoise. 

Eust. des Ch. Poét. .USS. foi. £6G, col. 1. 

De lu, s'acoisier, demeurer coi, dans le sens de 
se reposer. 

Endormiz s'est, et acoisie:. 

Eslrubcrl, Fabl. IIS. du «. n- 79S0, p. 33. 

Par une application particulière de l'idée du repos 
à l'idée du silence, on a dit s'acoyser pour se taire. 
(Voy.Percef.Vol.V, fol.45, R".— Voy. Coiser ci-après.) 



ACCOISER. Monet. Xicot, Oudin et Cotgr. Dict. 
Acco\-EU. Percef. Vol. V, fol. ir.5, R°, col. 2. 
Acnoisf:R. Fabl. MS. du R. n" 72 JH, fol. (iO, R", col. '2. 
ACHOISIEK. l-'abl. .MS. du R. n« 7-21S. fol. j(l, R" col. 1. 
AcûiEK. Fabl. MS du R. n» 7-21S, fol. 115, V". col. 2. 
Acoiseu. Ilist. de B. du Guescl., par Ménard, p. il,5. 
AcoisiER. Estrubert, MS. du R. n" 799(>, p. 27. 
AcoisiR. Anseis, MS. fol. 5, R", col. 2. 
AcovsKH. S. liern. Serm. fr. MSS. p. 0. - Percef. Vol. I, 
fol. 156, Rocol. 1. 
AcoïsiEn. S. liern. Serm. fr. MSS. p. 39. 
AcQUOism. Cotgr. Dict. 
.\QUAYSEii. Ane. Coût, de Bret. fol. !>1, V». 
AouoiSER. G. Guiart, .MS. fol. (X, R». 
Aquoisieh. g. Guiart, .MS. fol. iiKl. y. 
Aguoism. llist. des trois Maries, en vers, .MS. p. Wl. 



Accol, sulist. m-asc. Coup sur le col. 
L'.Vcolade, en terme de chevalerie. 

Mon col qui eut Vaccol de chevalier. 
Est accolé de trop mortel collier. 

Ckm. .Marot, p. 86. 

^Voy. .\coLADE ci-après.) 

Accolleincnt, sulist. maso. Embrassement. 

« Luy lit la plus g:rant chère du monde, non pas 
" sans plusieurs baisers et Accolemens. » 
Saintré, p. 511. — Voy. Acolaoe ci-après.) 

Accolleryo, suhst. fcm. Embrassade. 
^Voy. .VcLOi.LE.ME.NT ci-dcssus.) 

Relevier fault son amy, tpiand il chet, 
De cueur entier, en doulce Accollerye. 

Œuv. de Uogcr de Coller^'e, p. 18t. 

Aecoininettre, verbe. Opposer l'un à l'autre. 

Animer l'un contre l'autre. Accomcttre des chiens, 
les exciter les uns contre les autres. ^Ménage, Dict. 
étym. — Voy. Commettre ci-après.) 

Accoinodable, adj. Qui peut s'accommoder. 

,Voy. Nicot. Dict. » Mon appelil est rttroJHOf/flWt; 
« indiféremmeiit à tnulcs clnises de ([uoy on se 
« plaist. » ^Essais de .Monlaii;ne, T. I, p. 'Ij-l.) 

Accomodation, subst. fém. Accommodeinenl. 
arrangement. Prêt gratuit. 

Le premier .sens est celui du latin accoiiimndarc. 
Voy. Monel, Dict.) C'est proprement l'action de 
rétablir une chose qui est en désordre. (Apol. pour 
llérod, p. 505.) 

En langage de coutume, on a aussi appelé accomo- 
dation, le prêt gratuit. « Accomodation que les 
« couslumiers appellent prester l'i autre par cour- 
« toisie aucune chose. » nouteill. Som. Rur. p. 375.) 
C'est le sens du verbe latin commodare , Prêter. 

Accomodement, subst. musc. Commodité, 
aisance. 
P. Corneille a dit en ce sens : 

Et vostre fils rencontre, en un mestier si doux. 
Plus d'accuiiiodoiioil, qu'il n'en trouvoit chez vous. 
L'Illusion, Comdd. de P. Corneille, Aclc V, Sfcnc V. 

Accomparagor, verbe. Comparer. 

Ce mot composé de la préposition latine ad et de 
comiiaraijcr.... signifie faire comparaison d'une 
chose à une autre. (Mcot Dict. — Voy. Comparager 
ci-après.) 

Lorlliographe acompagier pourroit bien être une 
faute pour acompuraijer. Nous ne la trouvons que 
dans le litre d'une Dalade. (Eust. des Ch. Poës. .mss. 
fol. i:i'(, col. 3.) 

On disoil s'accomparager pour se comparer, entrer 
en comparaison. 

Edouard 111, roi d'Angleterre, après avoir rendu 
son hommage en 13-il», pour le Duché de Guyenne, 
retourna de France en Angleterre, où il « recorda 



(I) bruit ou querelle. 



AC 



— 43 — 



AC 



" assoz.... du grniid cshil iiu'il nvoil tronv(''. el (les 

« lioiinonrs iiiii estoieiil on l''i"iii(X', ;iii.s(iiu'lk's du 

" faire ne de l'ciilrepreiidre à l'aire, nul aulre [laïs 

« ne ïiiccontj)nraijc. » ^i'roiss. liv. 1, p. 30.) 

VAUiANTi:s : 

ACCOMPAIIAGER. Xicot, Horel, Monet, etc. Dict. 
AcciiMi'AiiKU. Apol. pour llérod. p. '2l)l. 
AcOMPAGiEi\. Eust. des Cli. l'oi'S. MSS. fol. i'M, col. 3. 
AcoMPARAOKii. l.anc. du l.ac. T. II, fol. ,")2, V" col. 1. 
Ar,oMi'AHA«u:n. 1). Cari)cn. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Coitsueiilcr. 
AcOMPARAcm. Modus et Racio, MS. fol. 191 U". 
AcoMPAREn. Cléin. Marot, p. 480. 

Accoinplaindre ^s'\ vcrlic. Se plaindre. 

« St' (iccdniiila/ijnit l'orl au due de ce qu'il lui 
« avoit lait perdre cesic hellejouruf^e de Flandres. >> 
(Hist. de la vie de Loys 111. ft. de Bourbon, p.ii'ii. — 
Voy. CoMri.AiNDHK ci-après.) 

Accomplir, l'^rfte.Complctter. Finir, terminer, 
achever. Exécuter à mort. 

On lit au premier sens : « Donna la cliarge de les 
« accotiiplir jus(iues au nombre de deux milles 
« hommes. » (Mcm. de Du Bellay, liv. VI, fol. IS.'), 
V". — Voy. .\r.c(iMinLEit ci-après.) 

De l'acception de cnmpicttcr. est née celle de ter- 
miner, achever. « Envoya Fredegonde à une ville 
« assez prez de Houen, pour la rtcr*?»/)//)' le remanant 
<■ de sa vie. » (Cliron. S- Den. T. I, fol. 58.) 

De là, au figuré, on a dit accomplir, dans le sens 
de terminer la vie de quelqu'un, l'exécuter à mort, 
le punir de mort. « Il doit lors estre mené et accompUj 
<i îi justice, et le corps, jaçoit ce qu'il soil mort, 
<• livré à tel exemple comme s'il fust en vie. » 
(Bouteill. Som. Hur. p. 273.) 

Ces trois significations, dont nous venons de rap- 
porter des exemples, sont des applications particu- 
lières de l'acception générale et subsistante, Accom- 
plir, achever entièrement, etTectuer. (Voy. Complir 
ci-après.) On peut y rapporter diverses façons de 
parler, qui prennent leur origine dans les usages 
de notre ancienne Chevalerie. 

Il arrivoil souvent qu'un chevalier s'engageoit à 
soutenir un pas d'armes, à rompre une lance, etc. 
c'est ce qu'on appeloit autrefois entrepvinse. (Voy. 
E-MPRisE ci-après.) Ces engagemens étoient en quel- 
que sorte, des défis à tous les chevaliers ou gentils- 
hommes d'une province, d'une ville, etc. Par con- 
sétiuent les accepter, c'étoit fournir à ceux qui les 
proposoient, l'occasion ^'accomplir leur promesse. 

De là, ces expressions figurées. 

1° Accomplir les armes, ou Venireprinse d'un 
chevalier, comme en ce passage : « Prest pour len- 
<' demain faire les armes qui ci-après sont escrites, 
« par devant mon très-redoubté Seigneur Mon- 
« seigneur le Duc d'Orléans, lequel m'a accordé la 
<i place. Si est adonc Gentilhomme.... en la.... ville 
« qui accomplir les me vueille ; et premièrement 
« serons moy et le Gentilhomme qui accomplir me 



" voudi'a mon eiilreiiriiisr, montez à cheval en selles 
" de guerre sans nulle lieure. " (.Monslr. Vol. I, Ch. 
" Mil, [1. 7, V".) 

« .le serai celui qui à mon pouvoir luy accomplira^ 
« ses armes. » (Saintré, p. 218.) 

2" Accomplir la faulte d'un autre, signifiolt le 
remplacer; mais le remplacer en accomplissant 
rengagcinent (|u'il avoit pris. « Le chevalier aux 
>' trois Couleuvres esloit appareillé û'accompUr la 
<• faulte de ses deux compaignons qui esloient 
hlecez. ■■ (Percef. Vol. VI, fol. Gi, If col. 2.j 

3" Accomplir d'une lance, c'étoit dégager sa pro- 
messe , y accomplir en rompant une lance. " .Se 

« dressa l.ancelot sui' leseslriers etfrappa ung 

« Chevalier si durement (ju'il le poila à teri-e..... 

« et passa oultrepour acomplir de sa lance, car 

« elle n'esloit pas encore rompue ». (Lanc. du Lac, 
T. III, f(d. 117, Vcol. 2.) 



ACCOMPLIR. Orthog. subsist. 
.^ccoMi'LYii. liouteill. Som. Rur. p. 273. 
AccoMi'LTR. Lanc. du Lac. T. 111, fol. 117, V", coL 2. 
AcuMPLEVii. D. Morice. llist. de Kret. p. MVi. tit. de 12(j(j. 
AcuMPLVK. D. Jlorice, Uist. de Bret. col. \n\-2 et Um. 
tit. de 1211; et 12(W. 

Accomplissement, sul)st. viasc. Perfection. 
Politesse, civilité. 

Ces deux significations naissent du sens subsis- 
tant à' accomplir, achever. De là, accomplissement, 
l'état d'une chose achevée, parfaite ; ce que nous 
nommons perfection. Ainsi Guill. Guiart a dit en 
parlant de la fondation de Paris : 

Establirent une cité 
Bêle et plaisant, à terre sèche. 
Et l'apeîerent Leuteohe : 
C'est-à-dire, qui voit ramainne (1) 
Vile de bien rasée (2) et plainne 
Par la gent qui là s'iert (3) atraite 
Fu, si comme leur plut, parfaite 
D'assez bel accDiplisseinent. 

G. Guiarl, US. fol. U2, R'. 

De là, on a employé accomplissement, pour civi- 
lité, politesse achevée, politesse qui ne laisse rien 
à désirer. Le Duc de Biron faisant le récit du bon 
accueil que lui avoit fait l'Archiduc, finit ainsi : 
« iMifin toute sorte (V accomplissements i\o\iiA\(nM 
« receu de luy. » ;ilém. de Bellievre et de Sillery, 

p. 'loO.) 

VARI.\NTES : 

ACCOMPLISSEMENT. Mémoires de Bellievre et de SQ- 
lery, p. 4;35. 
AcoNPLissEMENT. G. Guiait, MS. fol. 142, R". 

Accomplisseur, suhst. masc. Qui accomplit. 
(Voy. Oudin, Dict.) 

Accompt, suhst. masc. Compte. 

On lit dans une citation de Du Gange : « Le ma- 
« rescal doit estre al jour de la feste et à tous 
« aullres jours kles accomptz-; elles establissemenz 



(1) qui ramène le mot à son vrai sens. — (2) comblée. — (3) s'étoit. 



AC 



— 44 



AC 



. del lloslel, seront failz par le Sonescal et par 

- luy. » ^Gloss. Lat. au mol.Uan'Sffl/Ms /"onHsecMS. 

— Vôy. Aco.NTE ci-après.) 

Acconipt, participe. Compté. 

(Voy. AccoMPTKR ci-après.) « I>es deprécs en frank 
« mariage seront uccompts en tii'l nianer. §. De le 
« donor à les donées en l'rank niariasie, le primer 
" degrée.... et de les donées tan (lue à lour issne. il 
« serra ucompt le second denrée. » (Tcnurcs de 
LilHelon, fol. 5, IV.) 

Accoiiipter , verhe. Compter , passer en 
compte. Estimer, faire compte. 

Le premier sens est le sens propre de ce mot, 
composé de la préposition A et du verbe Ch.mi'tku. 
(Voy. Acontkh ci-après.) Nous lisons dans des i-ettres 
de l'an 13'.t3 : « Us ne acomploienl à elle ne aux 
" siens un feslu. » (,D. Carpent. snppl. Gloss. de 
Un C. au mot Compolum tenere, sous l'article 
Computus.) 

X'accomptcr riens à quelqu'un, signifie n'en faire 
aucun cas, itroprcmcnt ne lui compter rien pour 
son mérite ;dans Monstr. Vol. 111, p. IH), V".) 

On a dit au même sens : 

Hercules remirant les hauts murs de Cramonne, 
Unze Geans trouva, par manière félonne ; 
Mais à leur pranil pouvoir n'acoinpla une proiine (1) 
Tous les défit, etc. 

liera. d'Ol. de la Slardic, IW. II, p. 5f.l. 

En étendant l'acception propre de co mot, 11 a 
signifié faire comide d'une chose, la priser " Pou 
■I ou néant acoinphiil ce (jne Passavant leur avolt 
.. recordé. » l'eicef. Vol. 11. fol. 100, H" col. 1.) 

VARIANTES : 
ACCOMPTER. Monstr. Vol. III. fol. 99, V". 
Aco.Mi'TER. Percef. Vol. II, fol. 10(3, R° col. I. 

Acconditioiincr, verbe. Mettre des conditions. 

Du verbe Conihtio-nner ci-après, qui a la même si- 
gnification. (Voy. Cotgr. Dict.) On a dit en parlant 
de la Loi (jue Dieu donna aux Israélites: 

Loy ordonna, 

Qu'il leur proportionna. 



Lia, acctmdilionna 

De cérémonies maintes. 

Al. Cliarlicr, de l'Espér; 



, r- 3i*. 



Acconduire, verbe. Conduire, guider, mener. 
(Voy. Mcot, Oudin et Cotgr. Dlcl.) 

Mercurius nous gouverna. 

Un Dieu qui nous aconduil ça, etc. 

I'.om. du lirul. .MS. fol. 52, V col. 2. 

De là, s'acennduire à une entreprise, pour entre- 
prendre. ;Recli. de Pasq.T. 1, p. 33. — Voy. Co.ndlire 
ci-après.) 

CoNJur.. 

Aceonduil, prc'ter. parf. Conduisit. (Hech. de 
Pasq. T. I, p. 3.3.) 



ACCONDUIRE. Pasq. Rech. liv. I. p. 33. 
AcoNuciuE. Rom. du Rrut, MS. fol. 5i, V-i col. 2. 

Acc'onsuivi, partie. Atteint, i^erbe. 

Participe d'accnnsuivre, atteindre, que l'on peut 
voir ci-après. liorel cile .iciDUsict, d'après Perce- 
val ; peut-être devoit-il \\n^ Acunsuivi. ou .iconsuit, 
ou même Àcuinsict, comme dans le Moine, 
ubi suprà. 

VAH1A.NTKS : 

ACCONSUIVI. Mém. de du Rellay, liv. V, fol. 1431. R°. 
AcoiNsiCT. Le Moine, Diplomatique pratique, Dict. 
Aco.M^sIL;T. Rorel, Dict. 
AcONSiEVV. Hist. de B. du Guesclin, par .Ménard, p. 477. 

A<M)nsuivro, verbe. .lolndre, atteindre. Obtenir. 

SeU)ii .Mollet, ce verbe signifie proiireiiient «//«'/«- 
lire ipielqu'un e)i cheminant. •■ Les prisonniers di- 
« soient n'avoir seù.... quelle part on les condui- 
« soil, ne (|ue l'Empereur devoll venir Xdiaccunsui- 
u vre. » (.Mém. de du Bellay, liv. VII, fol. '22.-., V".) 
« Aconsuivit Liziart et le ferit. •• (Ger. de Nevers, 
Part. 11. p. ■l'23. — Voy. AceNciirvoin ci-après.) 

Ce verbe éloll quebiuefois employé comme réci- 
pruiiue, se aconsuivircnj, pour s'atteignirent. (Ibid. 
Part. II, p. T), note de l'Édlleur.) 

On disoit aussi proverbialement : 

Tel va bien tost qu'on aconsuit. 

Faifcu, p. 15. 

De CoNsiivnr. ci-après, l'on a fait acconsuivre par 
la réunion de la préposition latine ad. (Voy. iNicot, 
Dict. au mot uccitnsuiivre.) 

Ce verbe, au figuré, slgnilloit obtenir, atteindre 
l'objet que l'on pousuivolt. Nous ne le trouvons 
en ce sens ([ue dans le DlcL. d'Oudln. sous l'orlho- 
graplie Acconsuivre. 

ClINJL'G. 

Acconsuirotl, prêt. ind. Joignirent, atteignirent. 
(D. tlarpciit. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Atlciulcre 4.) 

AcDHceust. — Aconsceut, prêt. ind. .lolgnll. at- 
teignit. (D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mol 
Atïendere 4.) 

Aciinsivent, ind. prés. Atteignent. (G. Guiarl, .ms. 
fol. 27;i, H".) 

AcdHsui (.!'), indic. prés. Je poursuis. ;G. Guiart, 
MS. fol. It!).) 

Aconsutnies, préli-r. ind. Allelgnlines. (Fabl. 
.MS. du P,. ir 7(;lr., T. II, p. 187. V" coL 2.) 

Aconsuirnil. imp. subj. Joindroll. (D. Carpent. 
suppl. Clo.ss. de Du C. au mol Attendere 4.) 

Acousiui, pri'lér. ind. Atteignit. (Ilist. de Fr. en 
vers, à la suite de Eauvel, ms. du R. n" (1812, fol. 88. 
V"col. 3.) 

AcDUseroit lisez AconseroiP, imp. subj. Attei:i- 
droit. Martene, Contin. de Guill. de Tyr, T. V. 
col. .■.i)7.) 



(1) prune. 



AC 



AC 



VAlUAÎiTES : 

ACONSUIVRK. (ludin, Dict. 

A(X(iNsiin. UloKs. (le rilist. de Paris. 

Ac.cdNsi'iviii. lUilielais, T. V, p. 185, note 5. 

AccoNsrvvHK. Nicot, Dict. 

AcoNsiiiimiii:. Kabl. MS. du II. u" ICA:,, T. H, fol. 1013, 
V»col. 1. 

AcoNsiVKE. G. Guiart, MS. fol. 27li, lî". 

AcoNsriK. Thib. de Nav. Ane. Pout. h: MSS. avant V.m, 
T. I, p. 58. 

AcoNSUinE. G. Guiart, MS. fol. :V)4, V". 

AcoNsuiVRE. Borel, Dict. - Ilisl. do lî. Du Guesclin, par 
Ménard, p. Xi(i. 

AOONSUYVRE. Cotgr. Dict. 

AccoquiiuM", verhe. 

Ce mot funnii du latin CniiiiiiKi, cuisine, sitiniHc 
proprement allcclicr jiar lu xKtiKjcaillc. (Mouet, 
Dict.) " Ueutlre (lueltiu'uu ouiiueliiuu hesio si privée 
« en sa lianliso, (iu"ellc ne vueiUe eslre nulle part 
« ailleurs. » (Nicot, Dict.) 

De lu, racception Hi;uree d'apprivoiser, accoutu- 
mer, (lue ce verbe conserve eiicoi'c; aujourd'hui; 
« Les hommes sont «t'<''Ky;HUc:; à leur estre misé- 
« rable.... 11 n'est si lude condition qu'ils n'ac- 
<• cepteiit pour s'y conserver. » (Essais de Montai- 
gne, ï. II, p. 773.) 

VAlilANTES : 
ACCOQUINER. Nicot, Monet, Dict. 
Acoquiner. Sagesse de Charron, p. 254. 

Accord, suhst. nuise. Réconciliation. Propor- 
tion. Assortiment. Avis, opinion. Décision, juge- 
ment. Désir, volonté. Di'oit seigneurial. 

On a dit accorder, pour mettre d'accord, récon- 
cilier : de mémeon a ditrta"0)'rfpourréconciliation. 

Si ai tort 

Bien m'a tenu sos le pié 
Et sans déport 
Et tousjors m'a essongié 
De son acurt. 

Ane. PoCl. Fr. MSS. avant 1300, T. UI, p. 1134. 

Au figuré, ce mot s'emploie encore pour expri- 
mer la proportion, le rapport, la convenance, par 
exemple, entre les parties du corps humain; mais 
on ne diroit plus d(> d(nix personnes, dont les 
membres et la taille sei'oient de même proportion, 
qu'elles sont d'unfj «tr'^rd et d'une grosseur. (Lanc. 
du Lac, T. I, fol. '21, R" col. — Voy. Accordance et 
Accorde ci-apriis.) 

C'est aussi par une application particulière de 
l'idée générale de convenance, que l'on a nommé 
acort le rebord assorti d'un manteau, dont la dou- 
blure s'accorde, convient, assortit avec le dessus : 

El a son mantel destachié 
Donc li acort, li sont au pié, 
D'une porpre et fresche et novele 
Donc l'ueuvre est menueteet bêle... 
Li orlés est de sebelins 
Très vairs et bien sainz et bien fins, 
Qui orient Termine de fors 
Si dure de si (1) as acors. 

Parlen. de Blois, MS. de S. G. fol. 151, V col. 1 . 

Convenir, être d'accord sur une chose avec 



(luclqu'un, c'est être de son avis. On disoit autre- 
fois (/(; volve uccorl, pour à voire avis. Modus et 
Kacio, .MS. fol. 157, IV; Au pluiiel : 
c'est mes accords. 

Eu«t. des Ch. PuCs. MSS. M. 049, col. 2. 

l'ar extension de ce dernier sens, ce mot signi- 
lioil jugemeni, décision. 

Grand dcbat avoit au jugier : 
En la (in fu li iicars fais, 
A ce que il scroit desfais. 

Cleomadcs, MS. de Gai-nal, fol. 15, V- col. 3. 

(Voy. Accorde ci-a[)rès .sous la seconde acceplion.} 
I)aiis une signilicalion plus générale, désir, 
volonté : 

Puis que l'ainné le vuet 
Fait cera ces lu-ors. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. II, fol. ITî, R- col. 2. 

iMilin ce mot, pris dans le sens d'accord, conven- 
tion, désigne dans ([uelques Coutumes un droit 
seigneniial, qu'on nomme aussi Accorde et Accorde- 
mem'. (Voy. ces articles ci-après: ) « Se frères com- 
« niuiigs acquièrent aulcuus héritaiges tenus en 
■' llef ou en cens et payent le rachapt ou accord 
>' dudicl héritaige une fois ensemble, etc. » (La 
Thaumass. Coût? de Berri. ch. 149, fol. 290.) 

TARIANTES : 
ACCORD, Orthog. subsist. 
Accokt. Modus et Riicio, MS. fol. l.")7, R». 
Acort. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. III, p. I134-. 
AcouRT. Cleomades, MS. de Gaignat, fol. ,">. V» col. li. 
Aquort. h. de Fr. en vers, à la suite de Fauv. MS. du R.n" 
G812, fol. 70, V»col. -1. 

Accordable, adjectif. Accordant. Accoinmo- 
dable. Terme de coutume. 

Du mot accord, qui subsiste comme terme de 
musi(iue; on a dit au premier sens : « La Heuto est 
aecurdal/le au tambour et aus violes » (Monet, Dict.) 

Du mot accord qui subsiste dans le sens de con- 
vention, l'on a dil«(rori/fl/;/c', en parlant d'un diffé- 
rend qui se peut pacifier. (Monet, Dict. 

C'est aussi du mot accord, pris en ce deriiiei' sens, 
([u'on a formé l'expression de cens acearduble, qui. 
en termes de coutume, signifie un censdonl la muta- 
tion donne lieu à certain'droit seigneurial sur lequel 
l'acfiuereur et le Seigneur censuel ont coutume de 
composer, de faire un accord. (Voy. Accorde et Ac- 
coRDK.ME.NT ci-après) i « En la ville, Chaslel et Cliastel- 
« lenie d'Issoudun ; par acquisition de chose cen- 
•' suelle, soit par succession directe ou collatérale, 
« par contract ou autrement, ne sont deuz aucuns 
« accordemens, lods, ventes ou doubles cens, s'il 
« n'y avoit paction ou convention spéciale au bail 
« d'héritage à cens, ou autre droit constitué, auquel 
« cas, quand ladite paction seroit par ces mots, cens 
'< portant lods et ventes; lesdils cens sont de la 
« nature et condition des censcoustumiers et uccor- 
» dahles. Toutesfois audit cas de ladite paction.... 
« en succession dii'ecte ou collatérale, ne sont deuz 



(1) jusques. 



AC 



'iG - 



AC 



« aucuns ilroits de lods et ventes. » fCout. de Berri. 
au Coût gcn. T. II, p. 31)8.) 

De là. l'auteur du Glossaire sur les coutumes de 
Beauvoisis, a défini le cens acconlabtc, sens poilanl 
lods et ventes. 

Le simple cens éloit celui dont la mutation ne 
devoit aucun droit au Seitrncur censuel. « Kn la 
« ville et scptaine (1) de I>un-le-ltoy, cens sont 
« simples et non accordiihlcs, s"il n"êst qu'il soit 
•■ ainsi dit et accordé par le bail, ou t|ue l'on ail 
« ainsi jouy par droit constitué ou prescrit. » (Coût, 
de lîerri, au Coût. gén. uhisitprà.) 

Accordahloinent, adv. Unanimement. 
Tout d'un accord. « Dienl les auteurs accordable- 
« ment. » (Chron. l'r. ms. de Nangis, sous l'an 1344.) 

Acoordance, suhst. [cm. Accords, harmonie. 
Convenance, accord. Concorde, union. Convention. 

Le pi'cmier sens est le sens propre. (Voy.Comi.\N(.i;. 
L-i-après. I Chiron apprit à Achille : 

Son do harhe et acnrdance. 

livide, de Aric, MS. de S. G. fol. 03, R", col. 2 
.... chantez en commune accordance. 

Clém. Marol, p. 215. 

Ce mot, de la signification propre et parliculic'rc 
d'harmonie, accord de plusieurs voix ou de plu- 
sieurs instrumens, a passé à la signification figurée 
d'accord, convenance. (Rob. Eslienne, Dict.) 

C'est en ce sens qu'il exprime un certain rapport 
d'humeur, qui lie, qui unit deux personnes, et qui 
fait qu'elles s'accordent ensemble : 

Miex aim morir recordant ses beautez , 
El son grant sens et sa douce acordance , 
Qu'estre sires de tôt le mont clamez, 

ChaDs. MSS. du C. Thib. p. 83. 

(Voy. sous l'article Accorder ci-après.) 
De ià, passant de la cause à l'elTet, on a dit itciii'- 
ikuicc, pour union, concorde. 

N'i avoit povoir discordance, 
Tant estoient d'une acordance. 

Clcomadcs, SIS. de ('.«ijnat, fui. 55, V- col. 3. 

(Voy. Accordison ci-après.) 

Entince mot a signifié accord, convention. (Cotgr. 
Dict.^ " Trelierent et firent une acordcnce de pès 
■■ des altercations et des autres chouses, etc. » 
■Charte de I-JX!), citée par I). Carpent. suppl. Gloss. 
lie Du C. au mot accardia.) 

C'est en ce même sens qu'à la fin d'une Ordon- 
nance de Philippe le liel, en date de '2.') août \:W2, 
nous lisons : « Cette commune accordance et 
« pourveance signifiez à tous par cri général. » 
(Ord. T. 1. p. 347.) 

V.MUANTES : 
ACCORDANCE. Rob. Est. - Cotgr. Dict. - Marot, Gloss. 
AcoDDAXCE. Athis, MS. fol. 17, R", col. •!. 
AcconDANCE. Chans. .MS. du C. Thib. p. ft3. 
AconDENCE. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Accordia. 



Accorde, siibst. fém. Réconciliation. Conve- 
nance. Convention, accord. Paix, union. Confédé- 
ration. Droit seigneurial. 

Comme on a dit accorder, pour réconcilier, on 
a dit aussi acorde, dans le sens de réconciliation. 
(Voy. Accorder ci-aprcs, et ci-devant AccoRn.) 

Les Elmes deslacièrent ; et desarment lor vis (2) 
Par acorde se baisent, etc. 

Guitecliii de Sassoijoe, MS. de Gaignat, fol. 218, R* col. î. 

On vient de voir Accordance employé dans le sens 
général d'accord, convenance. De là le mot accorde, 
dans le sens spécial de convenance, rapport ou 
proiiortion ([ii'on doit mettre entre la punition d'une 
faute et la faute même. 

Diex. je t'ai lonc tems méservi 
Se tu me rens à droite acorde 
Selon ce que j'ay déservi 
J'atent, et bien l'ai déser\i. 
Jugement sans miséricorde. 

Falil. MS. du R. n- 7218, fol. 203. V col. 1. 

Accord subsiste encore dans le sens de conven- 
tion : L'on disoil dans ce même sens acorde. 

Si avoient fet leur acorde 
11. de Fr. en vers à la s. de Fauvel, MS. du R. n- 0812, fol. 7fl, R*. col. 3. 

De là. ce mot s'est appliijué aux conventions par- 
ticulières de paix. On lit trievcs ou acordcs, dans 
Guiart, ms. fol. 313, V% et par extension, accorde a 
signifié la paix, qui résulte de ces mêmes con- 
ventions : 

As deu.\ Rois Vacordc queroit. 

Pli. Mousk. MS. p. 517. 

Pour mettre entre les Rois acorde. 

G. Cuiarl, MS. fol. 52, R'. 

On l'employoit aussi pour paix, union en général. 

Seignor Diex aime pais et Het forment discorde 

Or li deproions tuit par sa miséricorde 
Qu'il veuille entre clers mètre fine amoureuse acorde. 
FaW. MS. du R. n' 7218, fol. 253, R" col. 1. 

L'idée d'union amène celle de confédération, 
alliance; ainsi on a nommé flco?'f/(;, l'alliance d'un 
Comte de Bretagne avec un Boi de France. 

Li acorz de la Grant acorde. 

Fal.l. MS, du Recueil, n' 7015, T. Il, fol. 180 R-, col, 2. 

Enfin ce mot. comme terme de coutume, dési- 
gnoit un droit seigneurial, une espèce de rachat, le 
même qu'AcroROKMKNT ci-après. (Voy. Gloss. sur le 
Coût, de Beauvoisis) " Si frères commungs ayant 
« acquis iKM'itages tenus en fief ou en cens, et payé le 
« l'achapl ou coiicord, veulent ensuile se départir, 
" et il advient ijuc le dict héritage ainsi ai'(|uis en 
« ladicte eommuneaulté demeure à l'ung deux par 
« ledicl partaige, celluy à ijui il demourra ne payera 
« plus nulz accordes au maisire du cens, ne raciiapt 
« au maistredu fief. •■ La Tbauinass. Cmit. de Berri, 
ch. cxi.ix, p. 'i',)l> et '207. Cette disposition est fondée 
sur le principe que " Pour partage lods et ventes ne 
« sont deubs. « (.Not. ibid. p. 297.) 



(!) banlieue. - (2) visage. 



AG 



— Al 



AC 



VAniANTKS : 
ACCORDE. Gloss. sur les Coût, de Heauvoisis. Ger. de 
Rouss. MS. 
AcoHDE. l'arlen. de lilois, MS. de S. G. fol. 101, R°, col. '2. 

Accordi's partie. 

Ce mol, (|iii subsiste, l'Ioil rainilicr au iiKiri'clial 
(Je Malii;iioii, ([ui, dans la coiivcrsatioii, ropoiuloil 
Accordé, sur tout ce (lu'oii lui disoil : •■ 11 se com- 
« porta à la Cour tousjours île uiieux ou mieux avec 
" la leutituile et sou mol usité (iccanlc et sou ser- 
" menlcol Dieu. " liiaul. Cap. IV. T. 111, p. 370.) 

On seul ([ue dans cette expression accordé, il y a 
ellipse; comme dans l'expression subsistante â'ac- 
cord, ([ue nous employons dans le même sens. 

Accordeinont, subst. maso. Convention, ac- 
cord. Uroit seigneurial. 

Ce mot, au premier sens, signifie en général 
convention, accord; en latin Pactum compositio. 
(Loix Norm. ubi siiprà.) 

Quant il orent ensamble lor Concile tenu, 
De cest accurclenieiit sont joïaus devenu. 

Kabl. MS. au li. n" 7218, fol. 331», V col. 1. 

En termes de droit féodal ou de coutume, ce 
mot désiiiue un droit seigneurial; [)rupreiueut la 
conveuliou, l'accord qui lixe les droits censuels, les 
« lods et ventes qui sont dûs au Seigneur censuel 
« par l'acquéreur, lequel a accoutumé d'en accorder 
>■ et com[)oser à son Seigneur à cerlaine somme. « 
(Laur. Closs. du Dr. fr.) " 

On l'a même employé dans la signification de 
lods et ventes, soit ([u'ôn eut composé ou non de 
ce droit avec le Seigneur. (Voy. Du Gange, Gloss. 
Lat. au mot AeciD'daDioitiiiii.) 

On distingue Yaccurdcinctit du rachat « Qui veult 
« achapler aulcuu liérUaigc ((ui est tenu en fief ou 
« en cens d'aulcun Seigneur, il fault rachapl; et en 
« cens accordemens.... Ledit Seigneur de lief doit 
« avoir pour son rachapt la levée d'une année. » 
(La Tliaumass. Coût, de lîerri, ch. c.xxiii, p. '286.) 
« L'accordoncnt.... entre gens lais est de quatre 
'< blans qui valent vingts deniers tournois pour 
« livre; et en cens d'église deux sols pour livre 
» pour ce qu'ils n'ont point de relraict et les gens 
« lais ont relraict. ■■ (Ibid. ch. cxxiv, p. '280.; Il n'y 
-' a au censdu Roy aultres accordemens ([ue double 
« cens quant le cas y advient. » (Ibid. ch. cxvm, 
page 285.) 

Ce droit a lieu : « En cas de ventes et aliénation, 
« ou de mutation de Seigneurie, aultre que en ligne 
« directe. " (Ibid. ch. xcvni, art. m, p. 222.) «"En 
« nul lieu de France fon ne paye nuls accordemewi 
« pour succession, réservé en la ville elseptene (1) 
« de Bourges. » (Ibid. ch. IV, p. 2."')7. — Voy! 
Accorde et Accord ci-dessus.) 



ACCORDEMENT. Du Cange, Gl. Lat. au mot Accoi-da- 
mentum, col. 85. 
AcoRDEMENT. LoLx noriu. art. 1-2. 



Accorder, verl>e. l'iéconcilier. Ranger, disposer. 
Convenir. Traiter. 

Va: mol, dans le sens propre et subsistant, signilie 
mellre des iuslruments d'accord. l'Voy. Cuui)i;i( ci- 
api'i's,; d'où facccpliMii figurée metire d'accord, 
l'éconcilier. 

Le veray repentant, do temps la grand longuesse 
N'accui-de pas à Dieu, mais la contrition. 

Ger. do llous». MS |.. )8fi. 

On a même appliciuc la signillcalion pi'opre 
û'aecorder, aux convenances ou proportions que 
l'on observe dans l'arrangement et la disposition 
d'une armée, d'où vient accorder, pour ranger, 

disposer. 

Piritoiis a conrées (2) 
Ses batailles et accordées 
D'un ù l'autre, etc. 

Atliis, MS. fol. -\, V col. 2. 

Eu étendant toujours la même acception, ce mot 
a siguilié toutes sortes de rapports ou convenances; 
et c'est dans le sens général de convenir, que le 
verbe accorder exprime encore aujourd'hui la con- 
venance, le rapport d'une chose avec une autre ; 
mais on ne dit plus : « Ce qu'envoyé nous avez par 
« avant, n'accorde pas à ce qu'escrit nous avez à 
« présent. » (Monstr. Vol. I, ch. I.\, p. 11, V\^ Nous 
dirions : ne s'accorde pas. 

11 désigne aussi un rapport d'idées, de senlimens 
ou d'opinions sur le même objet. On disoil autrefois 
en ce sens, accorder les uns aux autres, pour 
signifier, convenir ensemble, être d'un même avis. 
" Hz accordent les uns aux autres ([u'ilz ne se loue- 
« roient point un terme que par certain pris. ■> 
(îlodus et Racio, ms. fol. 223, V°.) 

C'est au même sens iju'on lit : « Les ans disent 
" que Memnon les trouva... en Egypte; autre 
« accordent du lieu, mais asseurenl, elc. ■ ;Des 
Ace. Bigar. fol. 1, V".) 

De là, s'accorder h une entreprise, pour y con- 
sentir, être à ce sujet de même avis, de luêuie sen- 
timent que les autres. (Le Jouvencel, .ms. p. 518.; 

Ce verbe exprimoit aussi quehjuefois, eu pariant 
des personnes, un rapport d'inclination et de sym- 
pathie, d'où nait l'union. « Mainte belle chevalerie 

« avoit faict et ce fut ung de ceulx... à qui le 

« Roi se accorda le mieulx. >• (Lanc. du Lac. T. III. 
fol. 36, V" col. 2.) 

(Voy. AccoRD.vxcE ci-dessus.) 

On vient de voir s'accorder h une chose, pour y 
consentir : par une application particulière de cette 
acceplion générale, on a employé le verlie accorder 
dans le sens de traiter, faire un accord, une con- 
vention : « Eut advertissement comme iceluy Duc 
« de Cleves avoit accordé avecques l'Empereur. « 
(Mém. de Du Bellay, liv. X, fol. 910, R°.) 

CONJUG. 

Accordis (f), prêter, ind. J'accordav. (Mém. de 
Montluc, T. I, p. -41.) 



(-1) Banlieue. — (2) disposées, rangées. 



AC 



AG 



Accorge (j'), subj. prés. J'accorde. (Lanc. Du Lac. 
T. I, fol. 7.3, V-col. 1.) 

Aquart j" , iiul. prés. .le consens. (II. de Fr. en 
vers, à la suite de Fauvel, ms. du R. n" GSl'i, fol. 70, 
Vcol. 1.) 

vAni.\XTEs : 

ACCOnDER. Orthop. subsist. - Perard, Ilist. de Bourg, 
p. .">l'.l et :.-2n, lit. (le 1-270. 

Acr.oi\nEn. leh. de Lescur. Chans. fr. à la suite de Fauv. 
MS. du H. r." lWl-2, fol. 57, R». 

AQi'onDF.R. H. de Fr. en vers, à la suite de Fauv. MS. du 
R. n« 0812, fol 7i;, V' col. 1. 

Accorné, adjectif. Qui a des cornes. Uallu avec 
un cor. 

l.e premier sens est le sens propre, et sul)siste 
comme terme de blason. Animal accontc est un 
animal représenté avec ses cornes. « Pour cimier 
« un chef naissant d'or accorné ou sommé de 
« niesme, aislé de synople. » (La Colomb. Tliéat. 
d'Honn. T. L p. Si). — Voy. Corn.\rd et autres com- 
posés du subsl. r.orne.) 

Ce même mot se trouve employé pour battu avec 
un cor, dans le passage suivant, où en môme temps 
on fait allusion à la 'première acception : » Com- 
>' ment, dit cellui qui nvoil esté féru du cor. 
•' oncques cornart ne fut si «crtr/u' comme je suy. » 
(Modus et Racio, ms. fol, 1 iO, V^) 

VAni.\NTES : 
ACCORNÉ. La Colomb. Théat. d'honn. T. I, p. Sïi. 
AcoRNÉ. Modus et Racio, MS. fol. IKn V". - La Colomb. 
Théat. d'honn. T. I, p. 89. 

Accoi't, adjcclif. Prévoyant, clairvoyant. .Vdroit, 
subtil. Civil, complaisant. 

Ce mot paroit avoir été emprunté des Ttaliens, (jui 
disent accorto, pour avisé d'entendement, clair- 
voyant, de bon esprit et jusrement. (Voy. Nicot, 
Dict.) Pasquier, dans ses Lettres, T. l, p. 10."), donne 
au mol accorl la même origine et témoigne qu'il 
étoit encore nouveau de son temps. 

Si les premiers malheurs de mes amours passres 
Ne m'eussent plus accorl et plus sage rendu, etc. 

fiilcs Diinind, à la suite de Bonnef. p. 197. 

En étendant cette première acception, l'on a dit 
accort, pour subtil, adroit, en parlant soit des per- 
sonnes, soit des choses. « La plus Une, accorte et 
« mieux disante Damoiselle qu'il estoit possible. >■ 
(Des Ace. Escr. Dijnnn. p. K. — Voy. Escoiît ci-après.) 

Corneille a dit au même sens :" 

Son éloquence arcnrle enchaisnant avec grâce 
L'excuse du silence à celle de l'audace. 

P. Corn. Trag. d'Olhon, T. IV, Ac. I, Scène I, p. iô 

Celte complaisance, celle politesse, qui savent 
plaire, supposent de la pénétralidii, delà linesso, de 
l'adresse. De l;i, on a dit accort, pour r.omplaisaut, 
civil, et ce mot n'est pas encore absolument hors 
d'usage en ce sens. On écrivoil autrefois accord. 
« M. Du Fouilloux, Centilhomme autant accord 
» et accompli qu'il s'en trouve, etc. » (Dudé, des Ois. 

foi.n.-., V".) 



ACCORT. Pasq. Rech. p. 002. 
Accort. Rudi-, des Ois. fol. H5, V». 
AcoRT. Tahureau, Dialog. p. 34. 

Acrortt'nuMit, adv. Subtilement, habilement, 
piudenimeiit. 

De ritalien uccortumoilc, qui signille " advi- 

« séemenl el l'œil au guet pour n'estre surprins 

>• industrieusement, ingénieusement el subtile- 
« ment. » (.\icol,Dict. — Voy. aussi Monet et Cotgr. 
Dict.) L'usage de ce mot n'étoit pas encore très- 
hion établi du temps de l'.Vuteur des Coules d'Eu- 
trapel. Voy. p. 477.) 

.Vccortosso, sitlist. {cm. Finesse. 

.Subtilité d'esprit, de l'Italien Accortexi^a, qui 
dans le sens propre, signille prévoyance, sagacité, 
piudcnce ; el selon Nicot, advisement, ou advis. 
(Voy. son Dict. au mol Accortcsse.) 



ACCORTESSE. BIbl. de Du Verdier, p. 290. - Monet, Dict. 
AccoRTiSE. Monet, Oudin et Cotgr. Dict. 

Accoster, iH'vhc. Aborder, fréquenter. Appuyer. 
Mettre en parallèle. Braver. 

Ce verbe, suivant .Nicot, est imité de l'Italien, 
Accostarc. Mais c'est plutôt un composé <le la pré- 
position A, réunie au verbe Costkicr ci-après. Il si- 
gnifie dans le sens propre se mettre à côté de 
queliiu'un, se ranger au costé de queliiu'nn. De lit 
les acceptions subsistantes : accoster, approcher 
quehiu'un, l'aborder ; " quchiuefois prendre sa 
« hantise et conversation », le fréiiuenter. (Voy. 
^"icot, Dict.) 

Ou a employé ce mot, mémo dans le sens généri- 
que d'aborder : 

i,)uant à Douvre ne pot port prendre, 

l.e lonc de la mer a siglé, 

Et le pays a acosié. 

A Toutenois rivage prist. 

Ne trouva qui ly dellendist. 

A Essccestre vint poignant, etc. 

Uom. du Brul, MS. fol. 30, V- col. 2. 

(In (lisoit aussi accoster, accoter, pour appuyer. 
(Nicot, Dicl.i Proprement appuyer en mettant une 
chose à côté d'une autre pour la soutenir; " apuier 
« h côté. " (Monet, Dict. — Voy. Ar.oiiiTiiicit ci-après.) 

De là, s'accoter, s'appuyer contre un arbre. 
Nicot, Dict ; On trouve s'a'kciitcr an même sens, 
dans ces vers : 

Lors s'ukeute de sor l'esclame (1). 
Si dist heures de Nostre-Dame. 

Vies des SS. .MS. doSorb. diif. LIX, col. 2. 

(Voy. Aqcf.ntkr sous Acoutkr ci-après.) 
Par une extension de ces signilications, accos- 
lo'jer a signille mettre à côté avec quchpie sorte de 
(diuparaisoii, de parallèle. » Fnguerrand de .Mari- 
" i;uy, pendant s.'i faveur, avoil pris la hardiesse 
■' d'àccustoijer sa statue de celle d'un Roy de 



(1) banc. 



AC 



- 4'J — 



AC 



« France, au Palais royal de Paris. » 'Pasff. 
Hecli. i». 58 'i.) 

l>o là, on a dit, « acoster aucun, pour l'irriter, 
<■ que nos nouveaux l'Yançois (dit L. Trippault, dans 
" son CelloUenismel appellent ce jonrd'liuy bra- 
« ver; « proiirenient se nicllrc en parallèle, délier, 
provoquer. 

vAni.\NTi:s : 

ACCOSTER. Monel, Colpr.etc. Dict. 

AccosToYKn. Pasquier, Hech. p. ôSi. 

Accoter. Nicot, Oudin, etc. Dict. 

Acoster. Tahureau, Dialog. fol. 'M. R". — Cleomades, MS. 
tlo (uiitïri.it, loi. 27, V" col. 1. 

Ac.di sTER. Kabl. MS. du U. n» 7218, fol. 291, R» col. 1. 

AKi;uii-.n. Vies des SS. MS. de Sorb. chif. LIX, col. 2. 

Accotopot, subst. masc. Appui-pot. 

C'est ainsi que Nicot explique ce terme. C'étoil 
proprement « ce que l'on mettoit auprcs d'un pot 
« qui étûit devant le feu, pour l'empocher de se 
« renverser. » (Le Duchat, sur Rabelais, 'I'. IV, p. 
170. — Monel, I?orel,R. Est.etCotgr.Dict.î On a vu 
ci-dessus le verbe .Vccosti-r, Accoter, pour appuyer. 

VARI.\NTF.S : 
ACCOTEPOT. Monet. - R. Est. - Nicot. - Oudin. - 
Cotgr. Dict. 
AccoDEPOT. Le Duchat, sur Rab. T. IV, p. 170. 
AcOTKPOT. Borel, Dict. 

Accouai'dir, verbe. Rendre lâche, poltron. 
(Voy. Oudin, Dict.) 

Car uns esmais (1) Vacoavdist. 

Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gai^nat, fol. 315, R* col. 2. 

Delà, s'acoarder, pour s'effrayer, avoir peur. 

Pourquoi ne vous acoardez 
Dou feu que seur vous atifiez. 

Dit de Cliarité, MS. de Gaignat, fol, 222, V» roi. 1. 

On disolt être acoiiberdi de faire quelque chose, 
pour n'oser faire quehiue chose. 

Car qui de prendre n'est hardis, 
De doner est acoitherdis. 

Fabl. MS. du R. n' 7615, T. II, fol. 119, V col. 2. 

(Voy. CocARDER ci-après.) 

VARIANTES : 

ACCOUARDIR. Oudin, Dict. 

AcoABDER. Dit de Charité, .MS. de Gaignat, fol. 222, V" col. -1. 

AcoARDiR. Dits de Baudouin de Condé, MS. de Gaignat, 
fol. 315, R" col. 2. 

AcouARDiR. Alain Chartier, p. Cm4. — Eust. des Ch. MS. 
fol. 115, col. 2. 

ACOUHARDIR. Cotgr. Dict. 

AcouHERDiR. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, fol. 149, V» col. 2. 

Accoucher, verbe. Se coucber, s'aliter. Baisser. 

Ce mot signilioit autrefois dans le sens propre, 
« se coucher pour cause de maladie, s'aliter. 
« Accouclia au lict malade en l'hostel d'ung noble 
« Bourgeois. » (Ger. de Nevers, p. 88.) « Le'Roy de 
« Navarre acoucha malade au lit de la mort. « 
(Chron. S'. Denys, T. Il, fol. 88, V°.) 

Nicot observé que, de cette signification géné- 



rale, le mot accoucher a passé à l'acception spé- 
ciale d'enfanter, qu'il conserve encore. 

Nous trouvons souvent coucber la lunce, pour la 
bai.sser, dans nos anciens Auteurs. Accocher est au 
même sens dans les vers suivans, où il s'agit d'un 
coup do lance qui n'étoit pas mortel : 
En accnchunt le prist la lance ; 
N'i a de mort nul doutance (1). 

AlliU.MS. fol. 84, R'col. 1. 

(Voy. CouciiiR ci-après.) 

VARIANTES : 
ACCOUCHER. f;er. de Nevers, p. 88. 
AccociiER. Athis, MS. fol. 8-4, R» col. 1. 
Acocher. Villehard. p. 18. 
AcoLCHiER. Villeharcf. p. 120. 
AcoLciER. Rorel. Dict. 
AcoiCER. Phil. Mousk. MS. p. 01. 

AcoLCiiER. Chron. S. Den. T. II, fol. 88. V». - Lanc. du Lac. 
— Percef. — Les neuf Preux. — Froiss. 
AscoLXiiER. .loinville, p. 59. 

Accouches, subHt. fé>u. plur. Couches. 

Du verjie AccoiciiEn ci-dessus. 

<■ Joubei t et Liehaut apiioileiit que les femmesen 
« plusieuis lieux cominaiulcnt aux .Matrones lors 
" des aecouclies, leur garder la vidille, ou nombril 
« de leur filles, pour leur faire des amoureux en 
» temps et lieu. >■ (Maladie d'amour, p. tJ-iS.) 

Accouflemont, subsf. ntasc. L'action de 
s'accouder. 
De s'appuyer sur le coude. (Cotgr. Dict.) 

Accoudiere, subst. (cm. Parapet. 

Muraille à hauteur du coude, à hauteur d'appui. 
« Donna de l'esperon à son cheval et le fait sauter 
« par dessus les accoudieres, dedans la Lovre. » 
(Contes de Des Periers, T. Il, p. 9. —Voy. Accocdoir 
ci-après.) 

Accoudoir, sulist. masc. Parapet. 

Ce mot subsiste, sous la première orthographe, 
pour désigner une chose faite pour s'accouder. 
(Voy. CoiDiERE ci-après) ; mais on ne s'en sert plus 
dans la signification de parapet, muraille à hauteur 
d'appui. « Il y a cent tours toutes de porphire; 
« tout le haut est en aecouldoir. « (Merlin, Coc. 
T. Il, p. 31.) Accoudnuers du port, parapets d'un 
port. (Bouchét, Sérées, liv. l, p. '230. — Voy. Accoudiere 
ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ACCOUDOIR. Orthog. subsist. 
AccouLDOiR. Merlin, Coc. T. II. p. 31. 
AcouDOUER. Rabelais, T. Il, p. 70. 

Accouer, verbe. Approcher. 

Proprement être à lu (jucuc. ou à la coiie. comme 
on écrivoit autrefois : « Quand il verra le cerf.... 
« tourner la tète pour s'enfuir, il doit piquer son 
« cheval, et Vaccouër le plus près qu'il pourra. » 
(Fouilloux, Vén. fol. 5.3. R-.'i 

De là, on a dit être accoué à quelqu'un, pour se 



(1) émotion, surprise. — (2) crainte. 



AC 



— r.o - 



AC 



leiiii' près de lui: » Nous n'avons pas fail marclié. 
« en nous niarianl, île nous lenir conlinuellcment 
• accouexVun à l'aulre. » Essais de Monlaigiie, 
T. m, p. 345.) 

VARIANTES : 
ACCOUER. Fouilloux, Vénerie, p. Xî, R". 
AcoLEK. Chasse de Gast. Pheb. MS. p. 27i. 

Accoupluble, adj. Propre îi l'accouplLMiienl. 
Du mot Acoii'LE ci-après. (Voy. Cotgr. Dicl.) 

Accouraoeiuent , subst. masc. Encourage- 
ment. 
Ce qui encourage. JOudin , Dict. — Yoy. ci-après 

E.NCOlIUiCEMF.NT.) 

Accounigcr, verbe. Encourager. Affectionner. 

Le mot courage cxprimoil autrefois non-seule- 
ment cette disposition de Tàme (jui nous porte fi 
enlrcpreinlre (les choses haidies et dilTiciles ; mais 
enciiru les diilcrentes alfectiuiis du cœur. 11 signi- 
lioit (lueliiueluis le cœur niéme. De lu les deux 
acceptions du verbe kccouratjer. 

La première se trouve dans ces vers : 

Poi fait qi disl aies seureincnt : 

Cil fait trop mious qi sa paiiie despent 

Et losengier ; 
Tant q'il ait fait à amer loiaument 

Acorayicr. 

Ane. Poés. Kr. MS. du Valic. ii" 1 IPU, fui. 180, U". 

r\'oy. CociiAGER ci-après.) 

Pris au second sens, ce verbe éioit réciproque. 

.... Sor tous li boins Rois de Franco 
Garandi la Contesse France. 
Couse! ot qu'ai Roi s"en iroit. . . 
Et li Rois, ki point ne targa. 
Vers sa nietain s'ucorat/a. 

Ph. Mou'k. MS. p. 673-67 1. 

(Voy. ENcoiRAGiEit ci-après.) 

VARIANTES : 
ACCOURAGER. Oudin et Cotgr. Dict. 
AcoRAGEH. Phil. Mousk. MS. p. 074. 

AcoH.WiiEK. Ane. Poës. fr. MS. du Vat. n» 1400, fol. 180, R". 
AcoUR.\uiER. Al. Chart. dans le Curial, p. 394. 

Accourber, verbe. Courber, plier. 
Du verbe Cm huer. (Nicol, Oudin et Cotgr. Dict. — 
Voy. AcoiRui ci-après.) 

Accourir, verbe. Concourir, contribuer. 

Nous ne citons point la sigiiilication propre de 
ce mot, (lui subsiste sous la première orlliograplie. 
(Yoy. CoLRiR et ENCdi RiR ci-ai)rès.) 

On a dit accourir au ligure, pour concourir, con- 
tribuer " Les héritiers ([uigaigneroienl les conquetz 
« de l'enfant faiz par îe père, esquelx Icdict enfant 
•> avoit sa part, se il/ sont tenus ez debles dudicl 
« père, il faudroit ipie les conquetz et meubles y 
« accourissent, tant comme ilz pourroient fournir, 
u et par ainsy ne gaigncroil pas le perc les meubles 
« franchement en' ce cas, car se les conquesls ne 
« pouvoieul fourun', les meubles y accourroient. » 
(La Thaumass. Coul. de Iteiri, p. 310.) 



Co.NJllî. 

Acconrissej}t. imp. subj. Accourussent. i^La Thau- 
mass. Coul. de Derry, p. 310.) 

.iccounj, prêter. Accourut. ^Machaut, >is, fol. '221, 
H" col. 2.) 

Àcijucur. impér. Accours. ^Chasse et départie 
d'amour, p. 10"), col. 2.) 

.l(/((('(nr, ind. prés. Accourt. (MacliaiU , ms, fol. 
101, V" col. 2.) 

.{(jiicurcnt , ind. prés. Accourrenl. lîom. de la 
Rose, vers 1477i.) 

VARIANTES : 
ACCOfRIR. Orlhogr. subsisl. 

Acc.muE. Fabl. .MS. du R. n» 7015, T. I, fol. 7, V» col. I. 
Ai:i^u KiuuK. Gloss. du Rom. de la Rose. 
Acniiiiiiiii. Poës. d'Al. Chart. p. 773. 
zVcjlKiiun. Rom. de la Rose, vers 14774. 
Aguociun. G. Guiart, MS. fol. 73, R«. 

Accourrement, subst. masc. L'action d'accou- 
rir. Concours. 
Sur le premier sens, qui est le sens propre. (Voy. 

I). Cai pent, !(/*/ suprà.) 

De là ce mot siguilioit « concours, aflluence de 
1 monde en ([uelque endroit. » i^Cotgr. Dict. — Voy. 
ci-dessous Accoi rs et Accocrse.) 

VARIANTES : 
ACCOURREMENT. Colgr. Dict. 

AcouREMENT. D. Carpent, suppl. Gloss. de Du Cange au 
mot .Accunmenluni. 

Accours, subst. masc. Concours. Terme de 
chasse. 

Nicot définit ce mot au premier sens, subvention, 
aflluence d'advenants. (Voy. Accocre.ment ci-dessus.) 

En terme de chasse, Accours, le même (lue Coirbe 
et Coi RS ci-après, désigne le lieu où l'on met les 
lévriers, pour prendre le loup ou autre béte; le lieu 
d'où ils parlent piuir cuurrr sus « Doivent estre 
■' regardez les accours et fuyles du boys où l'on 
« vouldra cbascier. •• (Chasse de Gasl. Pliéb. ms. 
p. 311. — Voy. AcoiREs ci-dessous.) 

VARIANTES : 
ACCOURS. Nicot et Cotgr. Dict. 
Acocu.s. Chasse de Gast. Phéb. MS. p. 311. 

Aecourse, subst. fém. Aflluence. 

Concours et chute d'eaux. C'est en ce sens qu'on 
lit : " Accdurses des poulées et eauwessauvaiges. » 
j-'ragm. d'une Charte de lôôô, citée par D. Carp. 
suppl. — Closs. de Du C. au mot Putchus. — Voy. 
AccciiitRKMi'.NT ci-dessus.) 

Accoursie, subst. [cm. Coursier. 

En termes de marine, c'est l'espace de la proue à 
la puupe dans une galère, entre les bancs des for- 
çats. (Voy. CoiRsiK.) 

. . . silost qu'il les veid, il range liane à flanc 
Galères en bataille et Soldats ranc à ranc. . . 
Afin qu'il demeurast planté sur VAvourcie. 

R. Bclleau, Ucrgcr, T. I, \-. lîl, V- cl 125, R*. 

Monet donne à ce mol une signification pins 



AC 



— 51 — 



AC 



génc^rale, lorsqu'il ledi'dnit, « passaj>e, vnïe jilaii- 
« cliée (le proue à poupe dans un vaisseau de mer. " 
(Voy. aussi Dict. de Trévoux.) 

VARIANTES : 
ACCOUnSŒ. Monet et Oudin, Dict. 
AcouuciE. H. Uelleau, liergeries, T. I, p. 12."). 

Accousiiiei", verbe. Appeler cousin. 

Traiter do cousin, d'allié, comme en ce passaç;e : 

tu citr tri'S-noblp et .ancienne, 
(Jui jadis lut UnuU-f <\f Hi'iiuis ; 
Henis t';ui|i('Ua ite son ihuii rancienne. 
Homme funda t;os frères Ucimuliis : 
Le Sénat i'acoxisina. . . . 
Et ton confort requist et demanda. 

Eus), des Cil. Tofs. IISS. fol. 37, col. 1. 

On dit encore Accousine)', en ce sens, dans la 
l'icardie, l'Artois, etc. 



ACCOl'SINER. NIcot, Oudin, Monet. etc. 
AcousiNicn. Eust. des Cli. Poës. MSS. fol. 37, col. 4. 

Accoustnmance, s;//>s^ fém. Habitude, cou- 
tume. 

On a dit : « Y accoutumance est une seconde na- 
ture. » ^Essais de Montaigne, T. 111, p. 45.) 

C'est selon ce même sens que Bouteiller observe 
que l'aide payée par un Vassal à son Seigneur, lors 
du mariati-e "de son fils aîné, devientun droit, 
parce « iju'il est accoustumé ainsi à l'aire ; et ac- 
« couslumance est desheritance selon aucuns. » 
(Som. Rur. p. 500. — Voy. ci-après Coustume et ses 
dérivés.) 

VARIANTES : 
ACCOUSTUMANCE. Bouteill. Som. Rur. p. 500. 
AccouTlMWCE. Essais de Montaigne, T. III, p. 5i. 
Ac:oisTrM\Ni;K. Chron. S. Den. T."l, fol. 118, V». 
AcorsTi'MANcuE. Anc. Poes. fr. MS. du Vat. n» 1490. 
AcousTiME. .Modus et Racio, fol. 49, V". 

Accoustuméenient, adverbe. Habituellement, 
de coutume. 
(Voy. CousTUMÉMENT cl-après.) 



Tousjours Acoiistiiméemeiil, 
Aloit la querre ses herbées. 
Cleomades, MS. de Cai 



at, fol. 31, R- col. 3. 



VARIANTES : 
ACCOUSTUMÉEMENT. Chron. S. Den. T. I. fol. 114, V". 
AccouTUMÈMENT. Gloss. suF les Cout. de Beauv. 
AcousTu.MÉEMENT. G. Guiart, MS. fol. 89, V». 
AcousTUJiiEREJiENT. Assis. dc Jérusalem, p. 182. 

Accoiisîtimer, verbe. Contracter une habitude. 
Fréquenter. 
Le sens propre subsiste; mais on ne diroit plus: 

Ki d'enfance acoKsIiDue 
Sa mauvaise coustume 
Ne s'en puet repentir. 

Prov. du Vilain, MS. de Caijnat, fol. 27G, col. 1. 

Del;^ ce verbe a signifié l'habitude de voir quel- 
qu'un, le fréquenter. Brantôme, parlant de Cathe- 



rine de Médicis. a dit: << J'ai veu Monsieur de Sa- 
" voyc qui avoit accoustumé l'Kmpereur, le Itoy 
» d'r.spagne et veu tant de Crands, la craindre et 
■' la resiiecter plusijue si c'estoit sa mère. - ibutaes 
Illiisires, p. K7.J 

VARIANTES : 
ACCOUSTUMER. Rrantome. Dames Illustre.?, p. 87. 
AC0i3Tl'MEli. S. Rern. Senn. fr. MSS. p. 10. 
AcousTiîMEii. Prov. du Vilain, ,MS. de Gaignat , fol. 270. 
V°. col. 1. 

Aecondro, verlie. Coudre. 

Proprement coudre une chose à une autre. •■ Les- 
« quelles Lettres visitées... fii trouvé... esire faus- 
" ses et contrefaictes... par l'empreinte du Sél qui 
« y avoit esté mise et pendue, accousue ou atta- 
" chée. " (Charte de 138!) , citée par D. Carpent. 
uhi suprà.) 

Un de nos anciens Poêles, parlant du mystère de 
rincarnalion, a dit dans un sens ligure èl propre 
tout à la l'ois : 

.... Il accomi par pité 
Au sac de nostre humanité 
La porpre de sa Deité. 

Miserere. MS. de Gaijjnat, f.'l. 213, V' col. 3. 

(Voy. CiHi.DRE ci-après.) 

VARIANTES : 

ACCOUDRE. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot 

Acouplare. 
AcouDUE. Miserere, MS. de Gaignat, fol. 212, V" col. 3. 

Aecouvei', verbe. Couver. Couvrir. Embrasser, 
envelopper. 

On a dit au premier sens, Accouver et .iccouvC' 
ter. (Colgr. et Oudin, Dict.) « S'accouveter, composé 
« d'à, préposition, et de couve ter, fréquentatif de 
« couver.... signilie proprement s'accroupir sur 
« ([uelque chose. » (Nicot. Dict.) C'est aussi dans 
cette signification qu'Oudin explique s'accouver, 
rester fixe en même place, comme une poule qui 
couve ses œufs. (Voy. Coiver ci-après.) 

De là l'acception générale et figurée d'acouveter, 
pour couvrir. « Ledit aigle le accouvetoit tout de 
« ses ailes, et le vouloit bequier es yeulx. » (Hist. 
de B. Du Guesclin, par Jlénard, pp. 396 et 397i) 

De la cuve aie paille (1) osté, 
Oui tout avoit acoxweté. 

Rom. deRou, MS. p, 281. 

Enfin, par une autre extension de ce dernier sens, 
on a dit Acouvoiter, pour embrasser, envelopper. 

.... Deable qui acouvnile 
Le monde, et le tient en sa main, 
Auxi com Toisel vient à main ; 
Par un pou de fausse apparence, 
Dont aux eus (2) vient la decevance. 

Geofr. de Pari-î, à la s. du Roui, de Fauvel, MS. du R. n" 6812, 
fol. 19, R* col. 2. 

VARIANTES : 
ACCOUVER. Oudin et Cotgr. Dict. 
ACGOUVETER. Monet, Cotgr. Oudin, Nicot, Dict. 
AcovETER. .Anseis, MS. fol. 60, V" col. 2. 



(1) voile ou nappe pallium. — (2) yeux. 



AC 






AG 



AcouvATEn. s. Rem. Serm. fr. MSS. n. 272. 

AcoL'VETEK. Gobin de Rains, Ane. Poët. fr. MSS. avant 
1300, T. II, p. 722. 

AcouvoiTEn. Geofr. de Paris, à la suite du Rom. de Fauv. 
MS. du R. n» 0812, fol. 49, R» col. 2. 

Accricr, verbe. Appeller. 

C"esl proprement crier après quelqu'un. Ou disoit 
aussi eu ce uicmc sens, suecrier. « Si coluy qui est 
« trouvé en douiniaiii' s'enfuit avant ([ue le Ser- 
" géant ou propriétaire ave peu prendre v^a^e, et 
« que le Serseiiut ou propriétaire s'^t'ov'c, sans que 
>. le fugitif se présente pour donner gage, il sera 
« tenu pour suffisaïuenl convaincu d'avoir fait 
« dommage. " Coût, de l.u.xenilniurg, au nuuv. 
Coût. gén.T. II. p. 3Ô1, col. 2. — Voy. Ciiir.it ci-après. 



Acri, indic. prés. Appelle (Villeliardouin, p. ■201.' 

v.\ui.\NTr.s : 
ACCRIER. Nouv. Coût. gén. T. II, p. ;!ôl, col. 2. 
ACRIER. ViUehard. p. 201. 

Accroisor, verbe. Terme dédiasse. 

Accroiser îles levrii-rx, probablement les faire 
croiser l'un sur l'autre. On a dit de la Champagne, 
entre Troyes et Cliàlons : 

Pour déduits de lévrier avoir. 
N'est au monde plus belle place, 
Aux autres pas ne desplace (1); 
Ne gens qui niieulx saichenl garder 
Leur lévrier, ne raieulx accroise): 

Gace de la Kgnc, des Iicd. IIS. fol. Hî, I\'. 

Au reste, comme nous ne trouvons point d'autres 
exemples de cette expression, on pourroil croire 
qn accroiser est une faute, et qu'on doit lire accoiser 
les lévriers, les appaiser, calmer leur impaliencc. 
(yoy. Accoiser ci-dessus.) 

Accroissance, subst. fém. Accroissement. 
Elévation, rang, dignité. 
Le premier sens est le sens propre : 

Sa honte fut de ma gloire accroissauce. 

i. .Marol, p. 36. 

Delà, au figuré le mot Accroissance s'est dil, 
pour élévation, rang, dignité : 

Mais Dames sont d'autre façon ; 
Vient d'elles la grant liabondance 
De tous les biens dont on s'esjoye 
Et n'est honneur, bien, n'iu-n-oissance 
Que leur liaulte bonté n'envoyé. 

l'oCs. d'Aï. Charticr, p. 752. 

Afcroissôinoiit, adv. Par augmentation. 
En latin Aiielim. Gloss. de Labbe, p. 41)0.; 

Acrroissciir, subst. masc. Enchérisseur. 

En latin Aiiclor. Gloss. de Labbe. — Voy. aussi 
Glossar. (iall. Lai. ex cod. reg. cité par D. Carpent. 
ithi suprà.) (Jui accroît, i|ui augmente, ((iii enchérit. 
(Voy. AciiELSE ci-après.) 



V.\RIANTES : 
ACCROISSEUR. Gloss. de Labbe, p. V.X). 
.\cKOissEt'.\. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Accrescentia. 

Accroist, subst. masc. Accroissement. Intérêt, 

profit. 

On a dit autrefois, en parlant du progrès que la 
débauche avoit fait dans l'état ecclésiastique : 

En mainlz tormentz fait son nccrcsl; 
Carmes, Augustins, Cordeliers 
Ont pour elle Corps destiez. 

llisl. du Th. fr. T. II, p. 219. 

(Voy. Accroissance ci-dessus.) 

De lu, l'acception particulière iV Aérons, pour 
intérêts, profit croissant de l'argent qu'on a prêté : 
" Usuriers veulent compter deux ou troys fois l'an 
« pour avoir leurs aeroijs. « (Doclrin. de Sapience. 
fui. 27, U".) 

VAIUA.NTES : 

ACCROIST. Crétin, p. !:«. 

AccuEST. Ilist. du Th. fr. T. II, p. 219. 

AcROYs. (Plur.) Doctrin. de Sapience, fol. 27, R». 

Accroisti'C, verbe. Élever. 

Ce mot subsiste dans la signification propre et 
gc'-nérale, rendre plus grand; maison ne diroit plus 
dans un sens spécial et figuré : 

Oui trop s'abaisse, on dit que Dieu Vaci-oull. 

Mûlinct, p. 1 M. 

On trouvera dans les variations d'orlhograiihe du 
verbe Choistme ci-après, l'origine des anomalies du 
verbe comiiosé aecroistre. 

CO.NJCG. 

AeereisI, indic. prés. Accroît. (Marbodus de Gem. 
art. 2.-), col. 1000.) 

Aceressoni, indic. prés. Accroissent. ^Perard, 
Ili.sl. de liourg. p. M'A. tit. de [-IJ'I.] 

Aeruiiisent, indic. prés. Accroissent; en latin 
Annuieiilaiilur. fS' lîern. Serm. fr. MS. p. 88.) 

.i<';'«.s/. indic. prés. Accroît; en latin Addit. 
(S' lîern. Serm. fr. ms. p. 73.) 

Aeriurenl, prêter. Accrurent. ;Phil. Mousk. ms. 
page 24i.l 

Aeraull, iudic. prés. Accroît, élève. (Molinel. 
page lil.i 

Aeruul, iudic. prés. Accroît. (Eust. des Ch. Poës. 
.MSS. fol. ."iôT, col. 1.) 

Acci'oné, part. Courbé, accroupi. 

Ce participe, forme du latin Accurvatus, signifie 
proprement courbé. « Hetournant h la beuverie 
» apeiceusmes un vieil Evesgant à teste verde, 
" lei|uel estoit uceroué, accompaigné d'ung souffle- 
« gan, etc .- (Uab. T. V, p. 36.) 

Le Ducliat, (lui donne ù ce mot l'étyinologie que 
nous venons de marquer, l'explique dans le sens 
d'accroupi, en cet autre endroit : « Nous mena.... 



(1) n'en déplaise. 



AC 



— 53 - 



AC 



« (Iroict h la caiue en laiinelle il Papcoaul'; estoil 
« accroué » (Uab. T. V, p. ;w. — Vuy. ibkl. Not. '2.) 

Acciioil, smbat. manc. Accueil. Abri, retraite. 
Élan, oll'ui't. Kiivie, tlcsir. Pi'ospérité, élévation. 

Cu mot einpiniiite ses diiïéreiiles sijïililications du 
verbe Accukii.i.iu ci-aprcs, ([u'on écrivoit aussi 
Escueillir. 

Nous lisons au premier sens : 

... il lor fait si beax ai/tieu:, 
Qu'il est tenu ù plus cortoiz 
(Ju'onques veissenl les frarif.ois. 

l'arteii. de liluis, MS. de S. Gir. fol. 132, V" col. 2. 
. . . . Se tçe aini autrui que vos, 
Dont me doinl Diex, malvais escucil. 

Alex, cl Arislote, MS. de S. Cet. fol. 72, V' col. 3. 

(Voy. AccuEii.LANCE ci-après.) 

Le verbe Accueillir ou Escurilliv, a signifié 
Recueillir, en parlant des personnes, leur donner 
retraite : de lî', on a dit Acueil ou Escueil, dans le 
même sens : 

Son temps pert, jeunesce et le sien, 
Qui mauvais sert ; s'il n'a escueil 
D'estat, d'office, ou autre bien. 
Pour vivre soy, etc. 

Eust. des Ch. l'uûs. MSS. fol. 390, col. 1. 

On trouve encore ce mot avec cette signification 
dans les vers suivans, où le Poëte parle de ceux qui 
présument pouvoir se mettre à l'abri des traits de 
i"amour : 

Maintes gens ont un Ksi-nel, 

Ou soit à droit, soit à tort; 

Et amours fierl (1) sans déport; 

Jà ni doutera orguel. 

Li sages plus s'en esmaie. 

Ane. Poés. fr. MS. du Val. n- 1490, fol. H, 11". 

11 est bon d'observer qu'on trouve acueil et Achi/, 
pour Escuel, dans les mss. de -MM. Baudelot et Clai- 
rembaut. 

On disoit Accueil et Escueil, pour élan, du verbe 
s'accueillir ou s'escueillir, s'élancer : « Ilurls, bout- 
« tements et accueils de chevaux. i> (La Jaille, 
Champ de bataille, fol. 37, V°.) 

De là, pour élan, saut : 

Fut en sa chambre d'un Escueil. 

Eusl. des Ch. PoC-s. MSS. fol. 514, col. 4. 

Et pour élan, effort : 

Tu ne secs mie, je m'en vant 

Quel voie tu prens, ne recoeilles : 
Mais tu le saras. se tu voels ; 
Si en vaudra mieuls tes Escoels. 

Froiss. Poés. .MSS. p. 3G, col. 2. 

Dans une signification plus figurée, ce mot sigiii- 
fioit envie, désir, mouvement de l'âme qui se porte, 
s'élance vers un objet : 

Simple et plaisant sont si vair oeil, 

Sans fierté et sans orgueil. 

Et si doucement attraiant. 

Qu'il me donnent moult grant Escueil 

D'avoir !e bien que j'en recueil. 

Froiss. Poi-s. MSS. p. 48, col. 2. 



Nous venons de voir Accueil ou Escueil, employé 
pour élan, saut : de l;i, on s'en es! servi par exten- 
sion dans lesens d'éli'vation ; au U'^jifé prospérité : 
... de bas lieu venoient en Escueil. 

Eu«t. de» Ch. PoCs. MSS. fol. 127, col. 1. 

. . . chetif sont en Escueil ; 

lit nulz n'a aux vaiUans cuers l'oeil. 

Id. ihid. fol. 197, col 1. 



ACCUEIL. Oliv. de la Marche, Gage de Bat. - La .laille. 
Champ de liât. fol. 37. V". 
Acueil. Chans. du C. 'l'hib. MS. de Clairembaut, p. 19. 
AcuiL. Clians. du C. Thib. MS. de Baudelot, p. 101. 
Aqueuz. (l'Iur.) l'arten. de Bl. .MS. do S. G. fol. 132, V'. 
EscoElL. Froiss. Poës. MSS. p. 143, col. 2, et 14V, coL I. 
EscoEL. Froiss. l'oies. MSS. p. 30, col. 2. 
Escueil. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 300, col. 1. 
Escuel. Chans. MS. du C. Thib. p. 23. 
EsKECL. Ane. Poës. fr. MS. du Vat. n" liOO, fol. «7, R". 

Accueilluncc, subsl. fém. Accueil. 
(Du Gange, Gloss. Lat. au mot .lco//)t'«sa. — Voy. 
AcciKiL ci-dessus.) 

Accneillii", verbe. Recueillir, amasser, rassem- 
bler. Associer. Engager. Accueillir, faire accueil. 
Accepter, recevoir. Prendre. Reprendre, répriman- 
der. Attaquer, lancer. Atta(|uer, poursuivre. Pous- 
ser, exciter. Faire un élan, faire un effort. .Mettre 
en mouvement. 

Le premier sens est le sens propre de ce mol 
composé de la préposition A et du verbe CrEii.Lin 
ci-après. Ménage le dérive du latin AdcolUrjere. 

(Voy. AciEILLF.TER.) 

On disoit figurément, « accueillir bon los. » Ane. 
Poct. fr. MSS. avant 1300, ï. IV, p. 1429.) 

Noble Lion le bestail vous appelle, 
Et vous devez secourra vos Subgis. 
Chacez ces loups 



Car vous pourriez par eux estre honnis, 
Et acqueillir par leur fait povre nom (2). 

Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 232, col. 4. 

Accueillir, avec le pronom réciproque, signifioit 
s'amasser, se rassembler, de l'acception propre 
recueillir, rassembler des choses dispersées. (Voy. 
Xicot et Cotgr. Dict.' On a dit se cueillir, au même 
sens. (Voy. Cueillir.) 

De la signification d'accueillir, rassembler, mettre 
ensemble, est née celle d'associer. « Je confirme 
.< i[ue l'Abbé et le Couvent de Saint-Pere de 
» Chartres.... tiennent.... en main-morte, pour ac- 
» cueillir moi et mes anceseurs en leurs prières. » 
(Charte de 1292, citée par D. Carpent. suppl. Gloss. 
de Du C. au mot Accolligere.) ^ 

On disoit aussi accueillir à un métier, pour y 
associer. « Item, iiue il ne puissent recevoir es 
« franchises que nous leur avons octroiées, forsque 
.1 enfant d'ouvrier ou de monnoier, ou filz de fille 
>< d'ouvrier ou de monnoier; ne acqueillir ou 
• mesliericeus, ne autres, sens appeller les Mestres 
« de nos Monnoyes, etc. » (Ord. T. 1, p. 806. 



(1) frappe. — (.2) mauvais renom. 



AC 



— Voy. Du Can?e, r.loss. Lat. au mot Accolligere, 
qu'il explii]ue par Associavc.) 

F/assooialiou est une espèce cl'on;iaj;enieut. De là 
le verbe incciicilli); pour s'en;,'ai;ei' en ^'associant 
à (jueKiu'un. " Se alloua ou acciwilli a un Maistre 
» ilu mestier. » (D. Carp. suppl. Gloss. de Du Cang:e, 
au mot Accolligere.) « Comme le suppliant se feust 
« alloué et rtrcHr'/7// avec... lleriuen Vantlouborne 
« Maislie (le la nefMarieUuenecli...pourle servir... 
« par la mer. » iKl. ibiil. — Voy. .Vccikillage ci-après.) 

Pour s'eng;ager en général,' comme dans ce vers: 

A vos servir tout vn'acuel. 
Symon d'.Vulic, .\nc. Pool. fr. MS3. avant 1300, T. UI, p. 1231. 

On dit encore dans queliiues Provinces, accueillir 
un ilo)ih'stii]ue, pour reui;ai;er à son service. 

Accueillir conserve encore la sii^nification figurée 
de faire accueil ; recueillir, recevoir humainement, 
avec bonté. On trouve au même sens Escueillir 
dans ces vers, où le Poëte dit , en parlant d'un 
amant indiscret : 

. . . chil ki parde ne prent 

A cose k il die ; 

Ains aime si durement (1) 

Ke tôt si en oublie ; 

liien aperchoil ki entent 

K'ill ne proie fors ensi 

Com amors Va t^scucilli, 

N'en a baerie (2) 

Fors à çou c'on ail oit son talent. (3) 

Ane. Pool. fr. MSS, avant 1300, T. UI, p. 976. 

Le changement de Va en e étoit très-fréquent 
dans notre ancienne langue. De là l'orthographe 
escueillir pour accueillir, comme escueù pour 
ncueil. (Voy. Ar.r.ri:u. ci-dessus.) 

Le serhc accueillir se disoit non-seulement des 
personnes, mais aussi des choses. Accueillir la 
sfHiO)i(Y, signifioit accepter, recevoir la semonce, 
y obéir, y déférer. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) « Ac- 
<• cueillir un ajournement » (dans les Assises de 
.lerus. p. 'il. — Voy. ibid. p. loi.) Accueillir son 
congé \>ouv l'accepter, le recevoir. Ibid. p. 101.; 

lyAccueillir, recueillir, ramasser, relever, pren- 
dre ce qui est à terre, on a dit Accueillir dans le 
sens général et figuré de notre verbe prendre : 
« Punira oudit pais d'Espengne fourrager, à tout 
« cinq cents Rngloiz... et accueilloient la proye; 
<■ c'est assavoir heufs, vaches, moulons et berbis. » 
(llist. de 11. du (juesclin, par .Ménard, p. '250.) 

De là ces expressions, Accueillir sa voye, pour 
prendre sa route. [Ane. Poët. fr. mss. avant 1300, 
T. IV, p. l',94. — Voy. Cotgr. Dict.) 

Accueillir son clieiiii)i devant, pour prendre les 
devans. « Si accueillent leur chemin devant, et 
" lîoiul son chcMnin apivs eulx. » fl.anc. du l>;ic, 
ï. II. fol. 'i.'î, n col. I.) 

Accueillir une maladie, pour prendre une mala- 
die. (Assis. deJérus, p. 100.) 

Accueillir en haine, pour prendre en aversion. 
(Hist. de .1. Boiicicaut, liv. I, p. 8'J.) 

Accueillir une preuve à soi, pour prendre sur 



soi le soin de faire une preuve. (Assis, de Jérusa- 
lem page ."li.) 

Accueillir son erre, pour prendre sou allure. 
(C.hrou. fr. ms. de G. de Nangis, an. l'iîO.) 

Accueillir à, etc. pour se prendre, commen- 
cer à, etc. 

. . . Païen à l'enchauz ('»'> acciiillrnl à glatir (.")) 
Que toz en font les vax et les montz relenlir. 

Parlen. de Blois, MS. de S. Genn. fol. 170, V- col. 1. 

Nous disons encore figurcmeut relever quel((u'un 
pour le reprendre avec aigreur, le réprimander. 
Accueillir, a la mèmesignilicalion dans ce passage. 
« Adoiic fut mauih- le comte d'Arondel devant le 
« Duc (le 1-auclaslre et le Comte de Cantehruge; si 
« fut moult grandement accueilhj de ceste adve- 
« nue, mais il s'excusa. » (Fi'oiss. Vol. II, p. 31.) 

En Icnui'S de vénerie, c'éloit proprement faire 
sortir 1111 cerf ou autre bête de sou relevé, le lan- 
cer, l'allaquer, le poursuivre; c'est eu ce seiiS(iu'oii 
lit, « accoillirent ung sangler » (dans Guiteclin de 
Sassoigne, ms. du R. fol. 138, V° col. I.) « Les "\'e- 
« neurs du Roy Artus avoient accueillu ung cerf en 
« la forest lequel vint à la foulaine [xuii' eslaiicher 
» sa soif. « (Lanc. du Lac. T. 111, fol. l'iit, V-col. I.) 

Dans un sens plus général, ce mot signifioit at- 
taquer, poursuivre. « Trop fort estoit bai et ac- 
u cueillii. » (Froiss. Vol. IV, p. 2î.) 

Spécialement attaquer, poursuivre en justice. 
« L'avoit en plaid en Parlement accueillu pour la 
« somme de cent mille francs. « (Froissart Vo- 
lume IV, page '217.) 

Relisac, dont il s'agit dans les deux citations 
précédentes, étoit rinstrnment dont se servoit le 
Duc de Rerry, pour coinmellre eu Languedoc toutes 
sortes d'exactions. 11 fut accueithj mortellement 
(en 1380), c'csl-à-diie attaqué en procès criminel. 
C'est, je crois, le sens de cette ex[)ressiou dans le 
passage suivant , où l'on dit à ce même Relisac: 
« Le itoi de France, son frère et le Duc de liourbon 
« son oncle vous ont (/cci(C///.'/ mnriellement ; car 
« il leur sont venues sur vous tant dr plaintes... 
« {[ue tous vous jugent à pendre. » (Froissart 
vol. IV, p. 2.4.) 

On se sert encore en Normandie du verbe ac- 
cueillir, avec cette signification d'attaquer, pour- 
suivre. 

Ce mot, dans le sens de pousser, exciter, exprime 
une idée accessoire de poursuivre. « Le Comte 
" Derby estoit liien accueillu de mettre un grand 
" troul'jle en Angleteire, car il estoit si bien des 
« Loiidriens (pie merveilles. » (Froissart. Volume 
IV. page '207.) 

On accueille, on rassemble ses forces, jiour faire 
un élan, un effort; de là, s'accueillir, ou & escueil- 
lir pour s'efforcer, s'élancer. « Il vint à son des- 
" triier qu'il aplanioit d(mbcement... mais comme 
>• il se escueillnil pour monter, etc. » (llist. de H. 
du Guescl. par .Ménard, p. 370.) 



(1 ) fortement. — (2) raillerie. — (3) et n'aspire qu'à faire exaucer ses vœux. — (4i poursuite. — (i>) aboyer. 



AG 



AC 



Tu ne scés mie, je m'en vant, 
Comment ([u'au monter tu t'csaieillcs, 
Quel voie tu prens, ne recueilles. 

l'roia». l'ocs. MS. p. 36, col. 2. 

On peut lappoi 1er l'i celle siRiiiticalion les fa(;ons 
de parler, ^'cscitillir à la course. (Kroiss. Vol. IV, 
p. M)\ sdcucillir au cours, ul. Vol. I, p. ITid.) 

Jte là, vraisciiihlalilciiiciit Texpression encore 
usiltîe dans le palnis mniiiaïul , CKCUCillir d'aller, 
pour faire aller, niellre eu Irain. 

Ou a dil dans un sens à i)eu près semblable , es- 
cueillir H)ie toupie, [mur la mcllrc eu uiouveuienl, 
la faire pirouetter : 

llensement cou (1) leu coupoie (i) 
K'estuot primes (.i) csrueiltir 
Au decoivre, à le coroie, etc. 

Ane. Poes. fr. MS. du V^it. ir 1 i'JO, fol. 104, R'. 

COiNJrG. ANC. 

Accueilhj, pari. Reçu. (Froiss. Vol. IV, p. 207.) 

Accueil, indic. prés. Accueille. (Repues francbes, 
à la suite de Villon, p. (ii.) 

Aceudra, indic. futur, .\ccueillera. ;.\nc. Poës. 
fr. MS. du Valic. w 1 i'JO, fol. l(i(i, H°.) 

Aceut, indic. prés. Accueille. (Ancienne Coutume 
d'Orl. p. /iC.S.) 

Aequeull, indic. prés. Accueille. (Repues fran- 
cbes, à la suite de Villon, p. G'2.) 

Acquiclleul, indic. prés. Accueillent. iModus et 
Racio, MS. fol. 22, R«.) 

Acquieult, indic. prés. Accueille. (Cliasse de Gast. 
Pbéb. .MS. p. 80 et 2.'i4.) 

Acueilloite, participe féminin. Accueillie, pour- 
suivie. (Rerle as grans pies, ms. de Caignat, fol. 125, 
R-col. 1.) 

Acuel, indic. prés. J'acueille. (Ane. Poël. fr. ms. 
av. 1300, T. m, p. 1231.) 

Acuet, indic. prés. Accueille. (Coût. d'Orl. p. 408.) 

Acuiderent, indic. prêt. parf. Attaqueront. (Cbasse 
de Gast. Pbéb. ms. p. 252.) 

Akeut, indic. prés. Accueille. (Ane. Poët. fr. mss. 
av. 1300, T. II, p. 894, R°col. 1.) 

Aqeut, indic. prés. Accueille. (Ane. Poës. fr. ms. 
du Valic. n" 1490, fol. 39, R".) 

Aquel (]'), indic. prés. Je prends. (Vies des SS. 
MS. de Sorb. cbiffr. lx.) 

Aquelt, indic. prés. Accueille. iFabl. ms. de S. G. 
fol. I(J. — Parlen. deBlois, ms. de S. G. fol. 170, 
V-col. 1.) 

Aqueulloiis , indic. prés. .Vccueillons. ;Tesl. du 
G" d'Alençon, à la suite de Joiuville, p. 1S2.) 

Aquiaut, indicatif présent. Accueille. (Assis, de 
Jérus. p. 157.) 

Aquielt, indic. prés. Accueille, commence. (Vies 
des SS. .MS. de Sorb. chiffr. lvui, col. 5.) 

Aquieudra, indic. futur. Accueillera. (Cbass. de 
Gast. Pbéb. ms. p. 9.) 

Af/Hf^HS/, indic. prés. Accueille. (G. Guiarl, ms. 
fol. 235, V°.) 

Aquis, part, .\ccueilli. (Ph. Mousk. ms. p. 398.) 



Escolf (s'), indic. [irélér. Se ras.scmbla. (Parlen. 
de lUois, MS. de S. G. fui. lOO, \ col. 2.) 

Kscucilloile, partie, fi'-ui. Excitée, poussée. CHerle 
as grans pies, ms. de Gaignal, fol. 125, IVcol. 1.) 

VAIMA.NTKS : 

ACCUEILLIR. Lanc. du Lac. T. II, fol. 23, R", coL 1. 

AccoiLLUi. (luiteclin de Sassoigne, .MS. du II. fol. l.'«, V». 
col. I . 

AccuLLiH. Ciloss. surlesCout. de Reauvoi.sis. 

Aci;uLi,U(. Ane. l'oes. Kr. MS. du Vat. n" liiKl, foL 180, V". 

AcoiLLin. Ane. Poët. Fr. MSS. avant CJOU, ï. III, p. 1(J44. 

Ac(,iuiaLi.n(. Eust. des Cli. Poils. MSS. fol. 2;i-2, col. 4. 

AcuKii.i.nt. Ane. Poës. Er. MSS. avant lliOO, T. IV, p. IWi. 

Aciii.LUi. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
.!,<■„//,;/,•,•«. 

AQUEiLLin. Estrul). l'abl. MS. du R. n" TÎIOT,. p. 0, 

Aqueullh». D. Carpent. suppl. Gloss. de Du Gange, au mot 
AccoHiçjerc. 

.\riUil.r,iR. Conquôte de Rrctagne, par Chailemagne. 

EscioL'iLi.ni. Ane. Poë'S. Fr. MS. du Vat. w li'.K), fol. lUi, R». 

E^^CELl-LUi. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n" 14'.K), fol. 4a, V». 

E.scoKiLi.iB. Froiss. Poës. MSS. p. 30, col. 2. 

EsGuiLLiR. .1. Erars, Ane. Poës. fr. MSS. avant 1300, T. III, 
page 1092. 

EscuEiLLin. .\nc. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 976. 

E.scuiLLUi. Froiss. Vol. IV, p. 53. 

Accul, suhst. masc. 

Ce mot subsiste sous la première ortliograpbe , 
pour désigner un lieu où l'on ne peul reculer; mais 
on ne diroil plus en parlant de TEspagne. dont la 
situation ne permet pas de leculcr les limites, 
(iu"elle est ■■ siluée à un acul plus propre à se con- 
« server qu'à s'accroistre. « (Mém. duD. de Roban, 
T. II, p. in.) 

Dans un sens moins figuré, Vaccul d'un rocher, 
signilioil la pai'tie escar[iée d'un rocher, là où il 
n'est plus possible de reculer sans se précipiter. 
« Un ours poursuivi embrassa sept ou buil Arque- 
« busiers qu'il trouva en Vaccul d'un baut roclier, 
« avec lesquels il se précipita en bas, et furent tous 
« decbirez et brisez en pièces. » (Mém. de Sully, 
T. I, p. 125 ) 

VARIANTKS : 
ACCUL. .Mém. du D. de Rohan, T. II, p. 117. 
Aci'L. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. U, p. 722. 
.\Qi;u. Salnove, Vénerie, p. 322. 

.\cculei', verbe. Asseoir. Renverser. Forcer, 
contraindre. 

Au premier sens, c'est proprement mettre sur le 
cul, d'où s'aculer pour s'asseoir. 

se sied et acule: 

El là séant en toutes pars spécule. 

Clttn. Jlarol, p. 511. 

Par extension, on a employé ce mot dans la si- 
gnification générale, de mettre à terre, renverser. 
« De sa lance... aculoit un arbre. » (Rab. T. I, 
p. 102. — Voy. ibid. }\ole de le Ducbat.) 

Enfin Acculer pris au dernier sens et conformé- 
ment à la signification ù'accul, revient à notre ex- 
pression, mettre au pied du mur, mettre bois d'état 
de reculer ; au figuré , forcer, contraindre. « Ùue 
« diray-je de l'éruption des larmes, lesquelles 



(1) ainsi que. — (2) lisez toupoie ; toupie, saljot. — (3) qu'il faut d'abord. 



AC 



— 56 - 



AC 



« iiKiintenant vous ont acculé et contraiiU fairo fin 
« à vos resrretz. » (L'amant résusc. p. 5'i8. — Voy. 
AcciL fi-dessus.) 

VARIANTFS : 
ACCULER. L'Am. nésiiscitê, p. 528. 
AcLLER. Cl. Marot, p. 5*1. 

.Vcculite, subst. fém. Récolte. 

1». Cariicntier l'explique en ce sens dans un Acte 
de 1273, où on lit : « Se por raison de douaire ou 
» de bail, nous ne poiens avoir la frarde de Floi'i, 
" ne la .l(YH/(/(' de Sent Germain-dou-bois, etc. •• 
(Suppl. Closs. de Du C. au mot Collecta !). — Voy. 
Cl EU.LKTTE ci-après.) 

Accniinulatonr, subst. masc. Qui accumule. 
(Voy. Oudin et Colgr. Dict.) 

Accumuler, verbe. Combler. Acculer. 

Ce verbe, au premier sens, est formé du latin 
accuuiularc. (Voy. Cimcleh ci-après.) Dans le sens 
propre et subsistant, il signifie accumuler, entas- 
ser; d'oîi l'acception figurée, accumuler quelqu'u)i 
de dons, pour le combler de dons, en les accumu- 
lant sur lui. » Les accumula des grans dons , par 
« toute manière de liliéralilé Royale. « (J. Le .Maire, 
Illustr. des Gaules, liv. I, p. 1 i(!." — Voy. AcdMisLEii 
ci-après.) 

On s'est servi autrefois d'accumuler, danslesens 
d'acculer ; soit par la confusion des deux mots qui 
se ressemblent, soit parce que l'idée d'acculer, en- 
traîne celle de presser, analogue ù celle d'enlasser. 
Ces sortes d'analogies ont souvent multiplié le sens 
du même mot. On'disoit donc : « 11 luy avoit déjà 
« enlevé le passage de Claye, où il i)onsiiit pouvoir 
<• accumuler uos\VG armée. » (Méiii. de Villcrny , 
T. IV, p. (17.) « F.Ue eut accumulé le Duc del'arnie, 
<• l'eut contraint prendre un autre cbemin , ou de 
« combattre en ce passade avec désavantage. » 
(Ibid. T. 1, p. 237.) 

Accusatoiro, adjectif, tjui accuse. 
Du Latin, Aecusatorius. 

Sont escriptes les Iiistoires, 

Et poc'sies fictoires, (1) 

Narratoires 

l'es mauvais acciif^aUnres, 

Des bons recommandatoires. (2) 

Al. Chartier, de rEspérance, p. 370. 

Accusemcnt, subst. 7nasc. Accusation. 

(Voy. Coût. gén. T. IL p. '280 ; Oudin et Cotgr. Dict.) 

Dç cel anrusemoil e.st mort : 
Là furent les choses nommées 
Qu'encor n'estoient révélées. 
H. de Fr. en vers, à la s. do F.iiivel, MS. du I\. n- G812, fol. 87, V col. 3. 



ACCUSEMENT. D. Moricc, Hist. do Bretagne, col. 971, lit. 
de 1259. 

AcusEMKNT. S' Bern. Scrm. fr, MSS. p. 178. 

A.NCUSF.MENT. H. de Fr. en vers à la suite, de Fauvel, MS. 
du R. n" (V<12, fol. 87, V» col. 3. 



Accuser, verbe. Déceler, découvrir, montrer. 

C'est une extension du sens propre et subsistant 
du verbe accuser. Voy. Cotgr. Dict\... « Se con- 
" duisirent si mal secrêttemcnt, que leur entreprise 
" fut accusée. » Monstr. Vol. 1, fol. 30r.. IW) 

Tout l'estre du verpier accuse, 
A celuy qui dedans l'eau muse (.3) 

r.om. de la Hosc, vers 1570. 

De là, ce verbe employé avec ellipse, en parlant 
du cerf, dont le cri lorsqu'il est en rut, accuse, 
décèle le lieu de sa retraite. « Après la my Aoust 
« les cerfs.... burlent Iciloment les ungs aux autres, 
« qu'ils sont oys de bien loing, et par celle cause 
« accusent. >> (.Modus et Racio, fol. ii. R".) 

CONJIC. 

.Accuséfje. Subj. prés. Accuse. fAnc. Coût, de Bre- 
tagne, fol. 90, R".) 

La finale ge, désigne assez commiiiu'iiienl le 
subjonctif dans nos anciens Auteurs. 



ACCUSER. Monstr. vol. I, fol. 305, R». 
AcusEU. Ph. Mousk. MS. p. 407. 

Accuscresse, subst. fém. Accusatrice. 

" Elle se met en danger d'eslre morte et brûlée, 
« si son champion est vaincu, et d'estre punie de 
« vie comme fausse «rcj<s^r<'ssf. » (01. de la Mar- 
che, Gage de bataille, fol. 31. V°. — Vov. La Colomb. 
Théat. d'honn. T. II, p. 68.) 

Accuseur, subst. masc. Accusateur. Espèce 
d'OI'licier ou Sergent. 

On a dit ce mot au premier sens, sous ses ditfé- 
rentes orliiograplics. Aceusnr. répond au latin 
accusator, dans les Sermons de Saint Bernard, 
ubisuprà. 

Certainement li Jugieres, ('0 
Y ert (.")) Advocas et aceuscren. 

Eusl. des Cil. Pocs. WSS. fol. 90, col. 3. 

Nous ne le trouvons au second sens, que sous 
l'orthographe accuseur. » Encore commaiulasmes 
« nous ù tenir que nostre Prévost par aucun Ser- 
>• gent de sa meson et de sa table, qui sont apelez 
« Bedeaus ou .\ccuscurs, contre aucun des Borjois 
« ne puisse fere nule '(! dareson. » (La Tliaumass. 
Coût. d'Ori. p. AU, tit. de 1137.) 

VAniANTES : 
ACCUSEUR. Ordon. T. I, p. .521. - Molinet, p. 152. 
AccusEBES. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 177, dans le Latin 
Accusator. 
AccusiF.uEs. Beauman. Coût, de Beauvoisis, p. 160. 
Acccson. S. Bern. Serm. fr. .MSS. p. :{51 et 35.3. 
ACU.SE1HE.S. S. Bern. Serra, fr. MSS. p. 07. 
AcusERE. .Miserere MS. deGaignat, fol. 20<î, R» col. 2. 

.\co(lio, subst. fém. Paresse. 
Du mol Latin Acedia. » Li quars pecbié de pare- 
« che. c'on apelc en clerkois [7] accide. » (Le 



(1) feintes fictives. - (2) qui louent, exaltent. - (3) s'arrête. - (4) Juge. - (5) Y éloit. - (C) plaid, action judiciaire. — 
7) dans le langage des Clercs. 



AC 



AC 



Miroir, ms. cilé par Du Cange, Gloss. Lai. au mot 
Acedia.) • L'homme qui a accule, c'esl-;Vclire pa- 
« resse. » (Ortlre de Ciievalerie, fol. 15.) 

Accide, qui sa tcsto cuevre, 
Qu'cle n'a cure de fore oevre. 

Fahl. MS. du R. n- 7218, fol. 311, R- col. 2. 

VAIllANÏKS : 
ACEDIE. Fabl. MS. du It. ir 7'2IX, fol. :t'27, H" col. 1. 
Accide. Fabl. MS. du It. ii» 7'21S, fol. :ii:(. U" col. i. 
ACÉIDE. Kabl. MS. du lî. ii" 7-21S, fol. :K7, K" col. 1. 
AssiDE. Modus et Racio, MS. fol. '2S(i, V». 

Acée, siibst. [cm. lîécasse. 

Ce mol esl en usage dans la Sainlonge et le Poi- 
tou. Borcl le dérive d'.kv/s, aiguille ; par allusion ;\ 
la forme du bec de cet oiseau. (Voy. Ménage, Dicl. 
étym.) 

On disoit : « Repaire d'assées on becaces « : 
(Chart. de I i78, citée par D. Carpentier, suppl. 
t;ioss. Lai. de l»u ('.. au mol nccia.) 

Nous remaiHiucrous celte expression proverbiale 
et figurée. ■< Heure de volée d'asséc, devers le 
« soir. » (Chart. de liOO, citée par 1). Carpent. 
7ibi suprà.) Dans une Cliarle de liVi, on lit au 
même sens. « Entre volée d'rttYV, et jour coucliié. » 
(D. Carpentier, ubisiiprà.) 

VARIANTES : 
ACÉE. Borel. Dict. 
AssÉK. Nicot, Dict. — Du C. Gloss. Lat. au mot Bcgaciiini. 



Aceminer (s'), verbe. S'acheminer 

Papes Estievencs s 
Vers Roume. 

(Voy. CuE.MiNKn ci-après 



Ph. Mousk. MS. p. 63. 



Aceiise, subst. fém. et masc. Espèce de contrat. 
Ferme, censive. Cens, revenu. 

Au premier sens, c'est un contrat, par lequel on 
donne un héritage à cens ou rente. (Laur. Gloss. 
du Dr. fr. On en distinguoil de dillerentes sortes. 
« En acccnse perpétuelle d'aucun héritage baillée 
" à perpétuellement, pour aucuns cens ou rente... 
« il n'y a point de retenue au Seigneur direct ou 
« lignàger, sinon que les.... entrages en argent 
« excédassent la cliarge ou devoirs perpétuels, 
" auquel cas il y aura retenue.. » (Coût. gén. T. Il, 
p. 401 ) « Quant les... gens d'Église baillent leurs 
« hostels à adcense h aucunes gens, celluy qui est 
« adcenseur doit payer la disîne. » (La Thaum. 
Coût, de Berry, p. 277.) 

De là, ce mot a signifié la chose acensée; une 
ferme, une censive. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) 
Accence et acence, en ce sens, sont masculins, sui- 
vant Cotgrave. (Voy. Censé ci-après.) 

Enfin VAccense éloit le prix annuel des fermes, 
autrement le cens. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) et c'est 
dans cette signification qu'on lit en ce passage : 
« Nous avons eu et pourrons avoir.... plaisir de 
« faire advantage à aucuns de nos serviteurs, ve- 
« neurs, archers... ou autres personnes ayans 
« maisons près d'icelles forests, en lieux de petite 



•< accense et de petits édifices. » (Gr. Cout. de Fr. 
liv. 1, fol. 71. — Voy. Ar.KN.siE ci-dessous.) 

, vAiiiANTEs : 

ACENSE. r.odefr. sur Ch. VllI, p. 084. 

AçANSE. Monet, Dicl. 

Accence. Colgr. Dict. 

Accense. Gr. Cout. de fr. liv. 1, \i. 71. 

Agence. Cotgr. Dict. 

.\dcensk. La Thauinassière. Cout. de Rerry, p. 277. 

Aceiiscment, sulisl. ;»rt,sf. Rail à cens. 

Contrai, jiar lequel •■ on baille .son héritage à 
« titre lie cens. >• (Laur. Gloss. du Dr. fr. — Voy. 
AcKNSE el AccENSAiGE ci-dessus; et du Cange, Gloss. 
lat.au mot accensa.) « Parlacoutume de la Prevosté 

« de Paris en ticcensemeiit.... il n'est point de 

« nécessité d'aller au Seigneur, [lour avoir la sai- 
« sine, etc. ■> ((ir. Cout. de Fr. liv. II, p. l'iO.) 

On enlendoil souvent, [nwacenscment, une censé 
perpétuelle. (Laur. Gloss. du Droit franrois) « D'hé- 
« ritage, chargé de censive, baillé à rente, em- 
" phytéosité ou acccnsivemcnl, le Seigneur de 
<■ ladite censive prendra lods et ventes. » iCout. 
gén. T. I, p. 41(j.) La note en marge de ce passage, 
indique que l'accensivement désigne la rente ou 
Vacense perpétuelle. (Voy. sous Acense.) 

Dans un autre endroit du Cout. gén. ibid. p. 422, 
on lit : « Oue le retrait n'a pas lieu pour les hérita- 
« ges baillez en empbiléosilé on accensissement ; « 
et l'Éditeur observe en marge qu'emphitéose, em- 
phitéosité, accensissement et acensivement, signi- 
fient même chose. (Voy. Censissement ci-après.) 

VARIANTES ". 
ACENSEMENT. Du Cange, Gloss. Lat. Tom. I, au mot 
Acessemenhon, col. 93. 
AccENSEMEXT. Gr. Cout. de Fr. p. 140. 
Accensissement. Cout. gén. T. I, p. W'2. 
ACCENSIVEMENT. Cout. gén. T. L p. 41(3. 
Adcensement. Cout. gén. T. I, p. 31. 
Adcensive.mext. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
AsGENSEMENT. Rymer, T. I, pars 2, p. 45, lit. de 1259. 
Ascensissement. Nouv. Cout. gén. T. III, p. 376, col. 2. 
Assencement. Cotgr. Dict. 

Acenser, verbe. Donner à cens ou à ferme. 
Prendre à cens ou ù ferme. 
Ce mot, au premier sens, est le même que Cessir 



ci-après. (Voy. Laur. Gloss. du Dr, fr. — Du C. Gloss. 
lat. au mot accensarc, col. 70. Ord. T. V, p. 133, et 
les autorités ci-dessus rapportées.) 

Dans la seconde signification, on lit : « Nous 
i. primes à cens noslre maison que nous avons à 
« Paris, qui fut jadis aux Augustins. et laquelle 
« nous accensismes de Révérend Père S. par la 
« grâce de Dieu, Evesque de Pans, par vingt livres. 
« cbascunan. » (Gloss. de fllisl. de Paris.) 
On a dit au même sens, mais figurément : 
Vo doue (1) samblant demonstre et senefie ; 
Oue me doiioz (2) en la fin otroiier. 
Et se loutjours me volés faussilier, (3) 
Jou ne sai qui los coupes demander, (,4) 
Fors cou (5) que j'ai inescheance (6) acensie. 

Adc. Poës fr. MS. du Valic. n- UOO, fol. 76, V'. 



(1) vostre doux. - (2) deviez. - (3) refuser. - (4) attribuer la faute. - (5) hormis que. - (6) malheur. 



At 



ÂC 



VARIANTES : 
ACENSER. Godefr. sur Ch. VIII, p. fi83. 
AccENSER. Laur. dloss. Uu Dr. fr. 
AccENSiii. Perard. II. de Douig. p. t*<i. lit. de 1256. 
AcENsin. Ane. PoiJs. Fr. MS. du Vat. n« U90, fol. 76, V» - 
Perard, H. de lîourg. p. M'.), lit. de 12-29. 
ACE.NSIVER. Coljir. Uict. 

Adcenseu. La Thaumass. Coût, de Rerry, p. 282. 
AssENSEU. Bouteill. Som. Rur. p. 422. 

Acenseur, snbsl. tiiasc. CensiUiire, fermier. 

Du mot AcK.\sK ci-dessus, juis dans le sens de 
ferme, ceusive. (Du Gange, Gloss. lat. au mot 
Acccnsatorcs. — Laur. Gloss. du Dr. fr. Nouv. 
Coût. gén. T. 111, p. 1178. Ord. T. I, p. 477, etc. etc. 
— Yoy. Ci:.NSEiit ci-après.) 

VAP.IASTES : 
ACENSELIl. Oudin, Bict. 
AccENSELU. Laur. Gl. du Dr. fr. 
ADCENSEun. La Thaumass. Coût, de Berry, p. G89. 
AscENSELH. Laur. Gloss. d\i Dr. fr. 
AssENSENCECR. Cotgr. Dict. 
AssE.NSEun. Gloss. de l'ilist. de Bretagne. 

Acensie, suhst. (cm. Droit de cens. 

Espèce de redevance seigneuriale. « Les Accn- 
» sù'fs, 'infrii Acoisies., des bcstcs, c'est assavoir 
» decliascun clieval li'aiaut ix den. etc. » (U. Car- 
penlier ubi suprà. — Yoy. Ci;nsie ci-après.) 

VAIUANTES : 
ACENSIE. D. Carpentier, suppl. Gloss. Lat. de Du C. au 
mot Accensal'xo. 
ACENSIÉE. Id. ibid. 

Acerbe, aU]. Aigre, revêche. 
Du latin Acerhu&'iQw a diltigurcment, en parlant 
d'un perroquet : 

Un aperceus atout y\) son œil acerbe. 

Nuils lie Strapar. p. 313. 

Acerber, verbe. Aigrir, irriter. Couper. 

Au premier sens, ce mot vient du latin acerhare, 
aigrir. De là, s'accrhcr au figuré pour s'aigrir, 
s'irriter. « Il s'accrba grandement, et avecques pa- 
'< rôles d'aigreur leur enjoignit, etc. » (Pasquier, 
Rech. p. 893]. 

On pourroit dire qu'Acerber au second sens, 
signifie proprement, ùler la partie rude, la partie 
âpre du bois, l'écorcer ; mais, il paroit plus simple 
et plus naturel de le faire dériver du latin sarpere, 
couper : 

n'y est pourcel, 

Chievre, congnie, ne coustel, 
Qui en puist acerber les bois. 

Eusl. des Ch. Pois. MSS. fol. 112, col. 1. 

Mal herbe croist tantost, ce dit l'en en proverbe, 
Et ce qu'icelle joinct, estainct (2) qui ne l'acerbe. 
J. lie ikun, Cod. 1370. 

(Voyez CnniiEn, sous l'article Saiu'er ci-après.) 

Acéré, partie, et adj. Qui est d'acier. Garni, 
armé d'acier. Endurci, robuste. 



Ce mot, au premier sens, est le même qu'AcEBiN 
ci-après. On disoit, aiguilles asserées. ( Rab. nouv. 
prol. T. IV, p. ni. — Voy. aussi Cotgr. Dict.) 

Il signitioit plus souvent garni, armé d'acier. 
(Bourg, ùiig, Voc. Vulg, p. '23, R.") On trouve en ce 
sens, Guantclct asséré, dans Rab. ï. IV, p. 05. 
Sollcrcts axsor;. jbid. p. 18.; Bastou appelé Fauchet 
ou Vuulge, llaiiccret-. ^Charl. de 1 iG8, citée par D. 
Carpentier, ubi suprà.) 

Par extension de celte acception propre, on a dit 
figurément acéré pour armé. • Fermes et acérés, 
" contre rellorl des passions. » (S.ig. de Charron, 
p. 231.) 

Dans une autre signification figurée, peu éloignée 
de la précédente, ou l'employoil pour endurci. 

Cueur d'amie ou vray amant. 

Est occré trop plus que dyamant, 
Contre l'infortune, etc. 

J. Slarot, P. . . . 

(Voy. AcF.uiN ci-après, sous la seconde acception.) 
De iîi le mot accré, pour robuste, endurci à la 
fatigue. « Socrates, par la sobriété, avoil une santé 
« forte et acérée. » (Sag. de Charron, p. 611.) 

VARIANTES : 

ACÉRÉ. Orth. subsist. 
AssERÉ. Rab. T. II, p. 223. 

H.wcEUÈ. D. Cacpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Acherure. 

Acerer, verbe. Garnir, armer d'acier. 

Ce mot subsiste sous la première orthographe, 
que .Nicot dit être une abréviation d'acicrer, armer 
(l'acier. (Voy. ce mot.J 

C'est en ce sens qu on lit: « Asseroiott niaehi- 
« colis, c'est-à-dire, armoieut de bon fer ou de fin 
« acier, la pointe des herses qui étoient aux portes 
« ou aux ouvertures des murailles de leur ville. > 
(Le Duchat, sur Rabelais, T. III, prol. p. 7, note 0.) 

VARIANTES : 

ACERER. Nicot, Diction. 

Al;lEn^;li. Cotgr. Dict. 

A.'^ciciŒii. GcolTr. do Paris à la s. du Rom. de Fauvel, MS. 
du R. n". 6812, fol. M. R". col. 1. 

AssERER. Le Duchat, sur Rabelais. T. III. prol. p. 7, 
Note 9. 

Accriii, adj. Qui est d'acier. Constant, im- 
muable. 

Ou disoit, dans le sens propre, Espées aeériues. 
(Fauchet, Lang. et Poës. fr. p. 109. 1!ranc(3) acerin. 
Atbis, MS. foL 125. R". col. 2. — Voy. Acéré ci- 
dessus.) 

De là, pour constant, immuable; acception figu- 
rée, empruntée de la solidité de l'acier. 

Mais De.x parost si acharhix. 
Si très-vrais et si enterins. 
Que caoir ne puet, ne glacbier. 
Mirac. B. N. V. MS. 1. 2, cil<S par D. Carp. suppl. Gloss. Lai. au niot .ichcrurc- 

(Voy. Acéré ci-dessus, sous la troisième accep- 
tion.) 



U) avec. — (2) étouffe. — (3) lame. 



AC 



— 50 



AC 



VARIANTKS : 

ACERIN. Fauchet, Lang. et Poes. fr. p. iflO. 
ACHERiN. ftcclus de Moliens. 

Acertainci", verbe. Cerlilier, assurer. Klrcsùr. 

Du mol Cerlilin. (Voy. Ckutaim;!! ci-aiurs.) 
'Au premier sens, ôa lit: ■■ .Nous (iccrtené des 
« choses dessus tlites. » (Ord. T. Ill, p. 213.) « Les 
« gens du pays acertninent, qu'il fut vrai. •■ (f.a sa- 
lade, fol. 'i;J. "IV. col. 2.) « Leur (iccrtenoient, que 
« les .\ni;lois étoient \o^és en trois sièges. » (Ilist. 
de Loys ilL 1>. de liourb. p. Ii8. — Voy. AcERTEFiEit, 
Aia:nTi:ii et AcKnTiuuF.u.) 

On disoit aussi Acertcncr, pour être srtr, s'as- 
surer. 

.... s'élongna, 

Que l'œil ne peult nrcrlencr, 

Où le faulcon vouloit aller. 

Gacodc la Bigiio, des Ded. MS. fol. 25, R'. 

(Voy. AcEUTKR, sous la seconde acception.) 

VARIANTKS : 
ACERTAINER. Glossaire de Marot, .Toinville. p. -123. 
AcERTAiNNKR. Chasse de Gaston-Pliébus, MS. p. 148. 
ACERTENER. Monet, Oudin, Pict. - Moduset Uacio, fol. 34. 
Adcertener. Gloss. de l'ilist. de Paris. 
AssERTENER. Favin, Th. d'honn. T. I, p. 159. 
AsERTENiK. Assis, de Jérus. p. 200. 

Acei'tancc, suhsf. fcm. Assurance, certitude. 

« Avons eu sur ce Ar.K.uTAMr.K des dites choses. » 
(La Thaum. Coût, de Berry, p. 125. — Voy. Ager- 
TEME.NT ci-après.) 

VARIANTES : 

ACERTAXCE. La Thaumass. Coiit. de Berry. p. ISô. 
AcHERTAXCE, .VcHEKTANCHE. Carppntier, Hist. de Cam- 
brai, T. H, p. 28 et 29, tit. de 125.5 et 1237. 

Acertefier, verbe. Rendre certain. Certifier, 
attester. 

On disoit au premier sens: « Vous mandons que 
<i vous certitiez avecques ce que tout fait aurez sur 
« ce.... et aussi des jours et des lieux esquels, et 
« ou l'aurez fait à vostrebaillage, et de la manière, 
« afin que nous soyons de ce adcertifiez. « (Monstr. 
Vol. I, p. 18'< V". — Voy. Acertiorer ci-après.) 

Dans le second sens, c'ctoit déclarer une chose 
comme certaine, la certifier : 

Car tout ensi Lires li sognefie, 
A son retour, et li arerlelie, 
Ne plus, ne moins, etc. 

Froiïs. roîs. MSS. fol. 72, V". 

(Voy. Acertainer et .\ceuter.) 

VARIANTES : 
ACERTEFIER. Froiss. Poës. MSS. fol. 72, V». 
Adcertifier. Monstr. vol. I, fol. ISi. 

Acertement, subst masc. Assurance. (Voy. 
Les Dict. d'Oudin et de Cotgrave.) 

VARIANTES : 
ACERTEMENT. Cotgr. Dict. 
. ACERTENE.MENT. Oudin. Dict. 



AcorJnr, verbe. Assurer, fttre silr. 

De l'aiijectir ceite, iiui s'est dit autrefois pour 
ceitain. (Voy. ce mot.) 

On lit au premier sens: « Por chou nous 

" aciiertel de! hocuc eiiclinenche ke no dis frère 
« avoet en sen vi por li eiiKlise de Hiinnekart. » 
(Car|)entier, Ilist. de Camlirni, jthi suprà.) 

Selon la seconde acception. 

Rois Sornegur est angosox 
Qu'il n'a Partenopex rescox ; 
Ouand n'il peut o les siens trover 
As frani.'ois vail |>our ucertcr. 

l'arlun. de Blois, MS. do S. G. fol. 137, R'. 

(Voy. AcERTAiNEii ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ACERTER. Parten. de Rlois, MS. de S. G. fol. 137, H . 
Acherter. Carpenlier, Hist. de Cambrai. T. II, p. 29, tit. 
de 1255. 

Acertes, adv. Certainemenl. Affirmativement. 
Serieusciuent. Instaminent. 

Acerlca, est cnni|)0sé de la préposition .1 et 
de l'adjectif pluriel certes, pris substantivement. 
(Voy. Certe ci-après.) Le mot .Icerles est employé 
souvent dans les transi tiens par nos anciens Auteurs. 
(Voy. Chron. fr. mss. de G. de A'angis, etc.) Aussi 
le trouvons-nous rendu par ces mots, autcm, 
etinm, igilur, vero, quuJem, de eœtero, dont on a 
fait le même usage dans la langue latine. (Voy. S. 
Allian. ulii suprà. — Ilist. de Reauv. par un Dénéd. 
p. 279. tit. de d 182. — lîeaumauoir, p. S.".?, tit. de 
1201). — Ordonn. T. I, p. 08 et 70. — Ibid. p. 329. 
- Ibid. T. III, p. I.-i, etc.) 

On disoit acertes, pour certainement. De là, 
très acertes dans les Ord. T. III. p. 201. C'est le 
même sens dans ce passage: « Parce que .Socrates 
« avoit seul mordu acertes au précepte de son Dieu, 
» de se connoistre, et par cette étude étoit arrivé à 
« se mépriser, il fut estimé seul digne du nom de 
« sage. » (Essais de Montaigne, T. Il, p. 82.) 

Pour affirmativement. « Ils ne parlèrent pas sec, 
« distinctement, et acertes, mais ambiguemenl, 
« comme oracles. » (Sag. de Charron, p. 220.) J. Le 
Maire, Illust. des Gaules, p. 350, a dit en ce sens : 
« Leur mandant bien adcertes qu'ilz ne presu- 
« massent de troubler.... le royaume d'Austrichela 
« basse. » 

Pour sérieusement " Chrysippus disoit, que 

« ce que Platon et Aristote avoient écrit de la 
« Logique, ils l'avoienl écrit par jeu, et par exer- 
« cice, et ne pouvoit croire qu'ils eussent parlé 
« acertes, d'une si vaine matière. « (Essais de 
Montaigne, T. II, p. 312. — Voy. l'Hist, de Loys ni 
Duc. de Bourb. p. 31.' Ce mot "est bien rendu par 
tout de bon, dans le suppl. au Gloss. du R. de la 
Rose, par l'Abbé Langlel, qui l'avoit mal expliqué 
dans son premier Gloss. 

Enfin, pour instamment, affectueusement: « Ledit 
" Duc de Bourgongne écrivoit bien acertes à 
« l'Evèque de Liège, et ù aucunes bonnes villes de 
« son pays, en les requérant, et les sommant qu'ils 
" pourvussent par telle manière aux besongnes. » 



AC 



— GO — 



AC 



(Math, de Coucv, Hist. de Charles Vil. — Voy. Froiss. 
Vol. I, p. 13,et.Monslrelet, Vol. IJol. IG. V°.) .. Vous 
« prions, et reiiuerons tant alîectueuseinent, et si 
• adcertes comme plus provons. » (Ordonn. T. 111, 
p. 448.) 

VAUI.K.NTKS : 

ACERTES. S' Alhan. Symb. en fr. T. II, p. 'Xi. 
Adcertes. Ord. T. III. p. 4W. — J. Le Maire, suite de 
l'IUuslr. des Gaules, p. il9. 
Adeceutes. La Thaumass. Coût. d'Orl. p. M>6, tit. de 1180. 
ADECHKKTE.S. Loiscl, Hist. de lieauv. p. 'iGii, tit. de 1122. 
Al'deceiites. Chron. fr. .MSS. de Nangis, an. 1290. 

Acertiorer, verbe. Hendi-e certain. Assurer, 
répondre. 

Au premier sens, ce mol, composé de la pré- 
position .t et du vcihe l'ertiorev ci-apivs, en latin 
certiorare , s'empkiyoil comme verbe rélléchi : 
« faisant eiKiueste.... pour plus sassereivrer. » 
(Montbourcher, Gag. de Bat. fol. 37, R\ — Voy. 

ACERTER, Af.EllTKFlER et AcKRT.MNER Cl-dCSSUS.) 

Dans la signification de ceilitior, répondre d'une 
chose, on lit: « En cas que les corespoudans cl unis 
« soient.... en cette volonté et intention, et ([u'ils 
•• en voulussent acertiorer et le promettre aux 
- Catholiques. » [Mém. de Villeroy, T, VI, p. H.) 

VARIANTES : 
ACERTIOREK. Mém. de Villeroy, T. VI, p. 11. 
.VssEKCiOREU. Montbourcher, Gag. de Bat. fol. 37, R°. 

Acès, suhst. masc. Accès, abord, approche. 
Accès de fièvre. Incident. Atteinte ou blessure. 
On lit dans le premier sens: 



fist engiens 

Et de cloies et de mairiens. . 
Teus que nus ne valoit acés. 



Ph. Mousk. MS. p. 703. 



C'est-à-dire que nul ne pouvoil approcher. J. de 
Meun, s'est servi de ce mot sous l'orthographe assés 
pour accès, abord, facilité d'aborder, d'approcher 
quelqu'un, dans ces vers: 

Tant de Robes pareilles, ne valent une trompe, 
(Jui paV la rue monstrent ta venue à grant pompe ; 
Se tu as qui te serve, et qui presse te rompe, 
Bon est ; mais que par ty ton assez ne corrompe. 
Cod. versCCl-CC4. 

C'est en ce même sens, pris au figuré , que l'on 
dit encore accès de lièvre. L'on écrivoit autrefois 
aces. (Kust. des Ch. Poës. mss, fol. -173, col. 'i; 
achés. — Al. Chart. Poës. p. 5i)8) ; asseés dans ce 
passage : « Knvirun quinze jours devant la S' Reiny 
« H'an Ii27j; cheut ung mauvais air corrompu 
« aont une très-maulvaise maladie advint que on 
« appelloit la Dando... et n'estoit nul quant elle 
« prenoit qui ne cuidast avoir la gravelle... et 
« après ce, à tous venoient les assées ou fortes 
« frissons, etc. » (.lourn. de Paris, sous Charles VI 
et VU, p. 113.) 

Ce même mot, sous l'orthographe Àcés, s'est em- 
ployé pour incident en terme de pratique, propre- 
ment ce qui arrive , ce qui survient ; extension 
à' Accès, approche. (Voy. Accessoire ci-après) : 



... le derrain corps de ces trois 
Entendoit à jupier les drois. 
Les grans causes et les procès 
Coiitinuelmenl des acés 
Que le second collège avoit 
Qui par dessus les deux jugoit. 

Eusl. lies Ch. Pocs. MSS. fol. «5, V- col. 8 el 3. 

Enfin .icès pris dans le sens d'atteinte, de bles- 
sure, est encore une extension du sens propi'e ac- 
cès, approche : 

Bien monstroil qu'il euist esté 
Et hardiemenl arrestè 
En cops d'espèes et de haccs ; 
On en veoit assés les aces. 

Froiss. Toes. MSS. p. 3i, col. S. 

On pourroit aussi faire dériver le mot acès, en ce 
passage, du latin eœdere, au supin ea'sum; et pour 
lors aecs signilieroit blessure ou cicatrice. 

VARIANTES : 
ACÈS. Phil. Mousk. MS. p. 703. 

ACKX. Triomph. de Pétrarque, trad. d'Oppède, fol. 14, V". 
Achés. Poës. d'Al. Chart. p. ."i!)8. 

AssEÉs. Journ. de P.iris, sous Charles VI et VU, p. 114. 
AssÈs. Chron. de S' Denys, T. II, fol. 272. 
AxcÈs. Triomph. de Pétrarque, Irad. d'Oppède, fol. 14, V». 

Acosiné, adj. Bien en point. 

Nous donnons ici rex{ilication de Borel ; mais 
Borel a mal lu ce mot. 11 devoit lire Acesiné. (Voy. 
AcEs.MEB ci-après.) 

Acesinans, partie. Paré, élégant. 

C'est proprement le parlicipe actif du verbe Aces- 
mer ci-après, employé dans le sens du participe 
passif. On disoit plus souvent aeesiné. (Voyez ce 
mot.) 

Il est de moult lâche corage 
Mes moult est biaus et urcsmans. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 133, V- col. f. 

D. Carpentier paroit avoir confondu la significa- 
tion d'Aelu'SDHDis. paré, avec celle de eointes, poli, 
complaisant, dans deux vers du Doctrinal, qu'il 
cite. (Suppl. Gloss. de Du C. au mol Scema 1) : 

Bien doit li haus liom estre jolis devant la genf 
Coinlcs et Aclicsiiians, se il est de jouvent. 

On lit ron;<('s et .la's»i«H:; dans le ms. de S. C. 
fol. 402, V" col. 2. 

VAHIA.NTES : 
ACESM.\XS. Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. XVt. R» col. 2. 
.Vr.KMA.Ns. Fabl. MS. (lu R. n» 7615, T. Il, fol. 133, V» col. I. 
Ai;ksm AN/.. Dûclr. MS. de S. G. fol. 102, V" col. 2. 
AciiEs.M.xNs. D. Carp. suppl. Glossaire de Du Cange au 
mot Sceina 1. 

Acosiiié, partie. Paré, orné, ajusté. 

Nos anciens .\uleursemployoientsouventce mol, 
avec celte signilicalion. (Closs. de Villeliard. — 
Chron. fr. .ms. de Nangis, an. i>2'J, etc. etc. — Voy. 
Acesmer ci-après.) 

Or maudirai ma maie destinée. 
Quant j'ai perdu le genl cors accsmé, 
Où tant avuit de sons et de bonté ; 
Qui valoit mel/. que le reaume de France, 

Ane. Pocl. MSS. avanl 1300, T. IV, p. U3ti. 



AC 



— Gl — 



AC 



.... e.\toient si arcsmcts. 

Et si Irùs-richemenl parées ; 

De grans biautez, de graiis ricliesses, 

(Jue toutes senabloient IJéesses. 

G. Macluul, MS. fol. 216, n- col. 2. 

Un autre Poi'to déclainanl contre le luxe des Pré- 
lats, s'exprime ainsi : 

Ils sont plus joint ; il sont plus droit ; 
Plus uct'siiu;, plus alit^uié ; 
Et plus poli et plus pitînié. 
Que Rabardel, ne Damoi.seles. 

Hi»l. Je S" Lcocado, MS. do S. G. fol. 29, U* col. 3. 

VAIUANTKS : 
ACESMÉ. Rom. de Brut. MS. fol. 31, R" col. 2. - G. .Ma- 
chaut, MS. fol. 22T, V" col. :i. 
AcÈMÈ. Ane. l'oët. fr. MSS. avant i;!<lO, T. 1, p. ^69. 
AcHESMÉ. J. Lo Maire, Illustr. des Gaules, liv. I, p. 99. 
ASCÈ.MÉ. Fabl. MS. du H. n- 7CI5, T. I, fol. 113, R» col. 2. 
AssÉMÉ. Ibid. V° col. 1. 

Acesméemeiit, adv. Klésaiiuneiil. Faslueuse- 
ment. 

Au premier sens, ce mot exprime une idée d'élé- 
gance dans la parure : 

Son cors atome richement 
En bel, et acéinéement. 

Alliis, MS, fol. il, R- col. I. 

11 paroit avoir plus de rapport au faste dans cet 
autre passage : 

Tel chevaucent molt acesmceii>e»t 
Qui ne sevent leur grant honour entendre. 
En amers a maint guerredon à prendre 
Dont el puet bien son Dru (1) faire joiant. 

Cbans. MSS. du C. Thib. p. ii. 

D. Carpenlier croit (\\i'Acesméeme7il vient d'Jm'- 
ment, que nous croyons n'être qu'une contraction 
d'AcESMEMENT ci-après. (Voy. Suppl. Gioss. de Du C. 
au mot Scema ^.) 

V.4RIAXTKS : 

ACESMÉEMENT. Chans. MSS. du C. Thib. p. U. 
AcÉMÉEMENT. Athis, MS. fol. 44, R« col. 1. 

Acesmement, subst. masc. Parure, ornement. 
Lambrequin. 

Borel l'explique au premier sens. (Voy. Aces.mer, 
AcEs.MEs et AciiESMLRE ci-après.) 

.... miex m'acesmeroie 
D'im riche aresmeinens 
A Nataus (2), que ce vestoie 
Chacun jour saoulement. 

Ane. Tocs. fr. MS. du Val. n" 1522, fol. i53, R- col. l. 

Nous lisons Achememens dans une autre copie 
de la même pièce. Acéement paroît être une con- 
traction de ces orthographes, de même qn' Achemcnt, 
ou hachcment. 

Ces deux mots, pris dans le sens de lambrequin. 
ornement d'armoiries , ont la même étymologie 
(\\ï Acesmement. (Voy. Menestrier, Orig. des .Vr- 
moir. p. 35 et suiv.) 

VARIANTES : 
ACESMEMENT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 22^1, V» col. 2. 



Acéement. D. Carp. suppl. Glossaire de Du Cangc au mot 
Sccma i. 

ACIIE.MEMENT. Anc. Po<!s. fr. MS.du Vat. n" I40(), fol. 148, V". 

Aciik.mrnt. Menestrier, Orig. des Armoir. p. ij, Ii6 et 42. 

A(;nEs.\iK.«KST. IJ. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Scema i. 

Hache.me.nt. Menestrier, Orig. des Armoir. ubi iuprà. 

Acosmor, verbe. Orner, parer, ajuster. E(iui- 
per. l'iM'paier, dis[)i)ser. 

Si j'osois hasarder (juelques conjectures sur l'o- 
rii^inc de ce mot, je diiois qu'il a pu se former du 
latin coH/ov, peigner; par extension ajustei'; ef 
plus immédiatement du mot de la basse latinité, 
AcoHuiiire. formé de Coma, chevelure. 

On a dit, eqiius acosmare, pour faire le crin des 
chevaux. (Voy. Du C. Gloss. Lat. au mot.U'osmrtre; 
dont Acetnare — Id. ibid. sous le mot .S'coHapour- 
roit être une altération.) 

En admettant cette étymologie, ce seroit par 
extension qu'on auroit dit acesmer, pour orner, 
parer, ajuster, comme dans ces vers : 

Tant pourement s'est accutéc. 
Comme se fust au bois trouvée. 

Alhis, MS. fol. 13, R- col. I. 

Li mireoirs aprent à s'acesmer. 

Aiic. Pocs. Fr. MS. du Vat. n- 1522, fol. 158, V* col. I. 

On a dit figurément, et dans un sens moral , en 
parlant du Baptême : 

.... par tout rend lame bénigne, 
Et en trait toute riens maligne, 
Et d'innocence si Vasesme, 
Qui la fait plus blanche que cresme. 

i. de Meun, Test, vers 253-259. 

On reconnoissoit les courtisanes à certain signe 
quelles dévoient porter, pour les distinguer des 
honnêtes femmes ; ce qui a induit l'Editeur des 
Ordonnances, à lire asseijnier, formé du motst^ne, 
au lieu d'asseijmer, dans les Lettres de Charles VI, 
datées du mois de Décembre 1389. Ces lettres sont 
accordées aux filles de joie de la ville de Toulouse, 
qui se plaigiioient du mépris el des insultes aux- 
quelles elles étoient exposées, parce qu'elles ne 
pouvoient >< se vestir ne asseijnier, (ajuster, parer) 
« à leur plaisir, pour cause de certains chaperons 
« et cordons blans, à quoi elles étoient estiaintes 
« porter. 11 est dit qu'elles pourront à l'avenir por- 
« ter et vestir telles robes et chapperons. el de telles 
>• couleur, comme elles vouldront vestir et porter ; 
>> pourvu qu'elles aient à leur bras une ensaingne 
>■ ou dilTérence d'un jaretier ou lisière dedrapd'au- 
« tre couleur que la robe. » (Ord. T. VII, p. 327.) 

Acesmer, ajuster, a signifié par extension équi- 
per, fournir, pourvoir quelqu'un des choses néces- 
saires. 

Et s'estoient très -bien armé, 
Rien abillié, bien accstné. 
De garrots, de sayettes, de ars, 
D'épées, de lances, de dars. 

G. Machaut, MS. fol. 231, V col. 3. 



(1) ami, favori. - (2) NoOl. 



AC 



— 0-2 - 



AC 



1)0 là, ce mot employé dans le sens général d'ar- 
ranger, préparer, disi)oser. 

.... fit chevalerie ucesm^i: 
H. do Kr. « la suite de F.•lu^cl, M3. du H. n* 68IÎ, fol. 81, U' col. 3. 

Artus le vil en piez ester, 
Et de ferir bien acestner. 

Hom. du Drut, MS. fol. 87, V- col. 2. 

La mein desfre mist h l'espée, 
Si l'a fors du fiierre gitée (1), 
Aresme soij por ax (2) ferir, 
Or sont au(iuos près (3) de morir. 

Fl.iire cl Blaiichcnor, MS. do S. G. fol. 20i, I\' col. ^. 

Quand il ce furent acesmé, 
Et chac\in et fait son conroy (4), 
Serréeniont, et sans desroy, 
Alérent les Romains férir. 

nom. du Drut, MS. fol. 31, R- col. 2. 

V.VRI.VNTKS : 

ACESMER. G. Guiart, JIS. fol. IHl, V». - Athis, MS. fol. 
55, Rocol. 1. 
ACKMER. Eust. des Cli. Poës. MSS. fol. 220, col. 1. 
Aciiemeh Oud. et Cotgr. Uict. 
ACHEMMEn. Cotgr. Dict. 

AcHE.<.\iiiR. .\nc. Poi'S. Fr. .MS. du Vat. n" 1400, fol. 7. R". 
AsESMKR. J. de .Meun, Test, vers 2()1. 
AssEY.MER élisez Asseymer). Ord. T. VII, p. 327. 

Acesnics, sithst. masc. Oi iiemens. 

Atoiiis el ornemens de femmes. Mcot, Dicl. Bo- 
rel, au mot Aciiesmes, cite ce i)assage de Jean Le 
Maire. <• Q'iand la Déesse eut mis bas ses habitz et 
« Achemes, inrelle eut defeulflé coilTe, guimiile, 
« attour et autre accouslremeiit de teste, elc. « 
(Illust. des Gaules. — Voy. id. ibid. liv. 1, p. 1(I8.) 

v.\Hi.\NTi:s : 
ACESMES. Borel, Dict. 

AciiKMEs. Xicot , Oudin, Borel et Cotgr. Dicl. - J. Le 
Maire, Illustr. des Gaules. 
AcHËSMEs. Borel et Cotgr. Dict. 
AsCHENES. Borel, Dict. au mot Accsincs. 

A.cessaire, adj. Accessoire. 

L'un principal, l'autre aces.saire. 



(Voy. AccEssoiiiE el Accessorik ci-dessus.) 

Acetabule, siihst. masc. Espèce de plante. 
Sorte de mesure. 

Au premier sens, c'est une berbe ou plante, en 
latin .tc('/rt/>;</»?n ; nombril de Venus, autrement 
Cotylédon. (Voy. Cotgr. etOudiu, Dict.) 

Le mot Acétùbitle, pris eu un autre sens, vient 
du latin Acctahitlits , petite mesure qui contient 
autant que la cotiuille d'un onif. Cotgravc la délinil 
une ancienne mesure de deux onces environ. (Voy. 
son Dict.) 

Accteuse, subst. fcm. Oseille. Kn latin, Acelosa. 
(Voy. Cotgr. Dict.) 

Aceteux, adj. Aigre. (Voy. Oudin et Cotgrave, 
Dict. 



Aootosité, subst. fém. Aigreur. (Voy. Oudin et 
Cotgrave, Dict.) 

Ach! Exclam. Ah! (Voy. Oudin, Dict.) Le c de- 
vant Vil rendoit l'aspiration plus forte et l'exclama- 
tion plus énergique. 

Acliancrl, adj. Gangrené. (Oudin et Cotgrave, 
Dict. — Voy. EsciiANcnÉ ci-après.) 

AcliantoliM', !'C7'b<'. Ebranler. Proprement, faire 
pauclu'i' di^ côté ; du mot Cant ci-après, pris dans le 

sens de cùté : 

I.i espiez (.5) au costé li frie ; 
Un poi la char li a blesmié, 
Hurlé Ta bien, si Vaschantele, 
Toi le remue de la sele : 
Se li espiey ne fust croissiz, (6) 
Abaluz fust et desconfiz. 

Partcn. de Clois, MS. de S. G. fol. 135, R- col. 3. 

i'eul-ètre aussi faut-il lire acbaoceler , pour 
ébranler, faire chanceler. (Voy. Escii.\m;i:i.i-r ci- 
après.) 

Acliantor, verbe. Appuyer sur le côté. 

hecant, on a fait ciuilel ou chantel ; et l'on a dit, 
lance en cantel, pour lance appuyée sur le cùté, 
mise en arrêt. Achanter la /ff«rc, l'appuyer sur le 
colé. sur la cuisse, la mettre en arrêt. 

L'un renc en l'autre se séelle, 
Lances, (7) celé assemblée, achantent, 
Unes rompent, autres esclattent, etc. 

G. Guiart, MS. fol. ÎI3, R-. 

Achantiqiic, adj. 

On pourroit dii-e (lue ce mot est formé û'Acante, 
espèce de plante épineuse que les Botanistes ont 
confondue quehiuefois avec plusieurs chardons, 
tels que celui (|u'on nomme cbausse-trape. De là 
l'expression mastic rtt'/(rtu/;Y7»(', (pie Cotgrave définit 
une sorte de gomme d'un goût très-agréable, que 
l'on trouve à la sommité de cette dernière espèce 
de plante. 

VARIANTES : 
ACII.WTKJUK. Oudin el Cotgrave. 
AcA.NTioLE. Oud. Dict. Fr. Esp. au mot .AcIiaiUique. 

Acliap, subst. niase. Esquif. 

Mot Breton, d'oii peut s'être formé l'ancien verbe 
.1 (•/(«/;('/• ci-après. (Voy. Du Cange, Gloss. Lat.au 
mot EscapiuDi.) 

Achapor, verbe. Echaper. 

Du mot AciiAP ci-dessus, esquif, barque propre 
à s'enfuir. C'est ainsi que l'on a formé Esiiuiver, du 
mot Esipiif, baniuc légère. « Ceux ([ui sont Achapé 
" de chartie brisée. » (Ane. Coul. d'Orléans, à la 
suite de Beaumanoir, p. 401).) 

Rien voil qu'il n'achapcra mio. 

F,ilil. MS. du R. Il* 7015, T. Il, fol. 15î, R- col. 1. 

(Voy. EsciiAi'ER ci-après.) 



(1) du fourreau tirée. - (2> eux. - Çf; très -prés ou tout prés. - (4) disposition. - (5) épieu. - (0) rompu, cassé. - 
(/> a celte rencontre. \ ' i- \ ' t- \ / f < 



AC 



03 — 



AC 



Achapt, s»//.s/. inasr. Itadiiit. Aclial. 

On peut rosi'ardei' ces doux siLiiiilicMlioiis crimmo 
des exleiisioiis de la sii;iiilicaliuii pailiciilirre 
d'AcAi'ii ou AcAi'TK ci-dessus, doiil le uiot Aclidpt, 
el ses autres orlliosraplies paruisseul avoir été 
formes; nous ne le Irouvoiis oniployt' ([ue sous la 
première, dans le sens de radiai. « Si aucun pns- 

>' sesseur d'aucune maison ou autres liérilaLies 

« cliai'^i'é d'aucune l'ente foncière, acujili' ladille 

«' rente, icellc rente demeure estainle, et après 

« ledit J(//rtyv/, etc. » (Goût. gén. T. II, p. STII. — 
Voy. Ar.iiArTKit ci-après.) 

Dans le sens générique el subsistant de notre 
mol Achat, cette oiilioï^raplie paroil être plus an- 
cienne ([ue celle d'.lc/u'/, formée sans doute du 
veibc Acheter, le nu'me (|u'Aciiai'ti:u ci-aprcs. On 
lit, art. 155 des établisscmens de S'-I.ouis, faits en 
1270: >' Se il aveuoil que aucuns acliclasl, cl un 
<' autre du lignage li deuiandasl Vaclial, cl li oll'risL 
>• les deniers à rendre que li aclias li anroil cousté, 
« etc. " (Ord. T. I, p. 235. — Voy. Aciiai'Tuhe et 
AcuKTEMKNT ci-après.) 

Il paroil que [lar Lettres de l'achat du marclic, 
il faut entendre l'expédition de l'Acte, par lequel 
on donnoil à ferme certaines impositions. " Ne 
« seront lenuz les acbeleurs.... payer au... Rece- 
« veur ne à son député pour les Lettres de l'achat 
» du iiiarchic, (lue douze deniers, et pour la quit- 
» tance du payement, que six deniers tournois. » 
(Ord. T. m, p. (580.) 

On disoit au figuré : 

Cuidiés-vous que je soie vuis. 
De durs jours el de pourcs nuis? 
Nennil ; j'en ai bien quatre muis 
De bon acat. 

Froiss. l'oës. MSS. p. lli, col. 1. 

Proverbes 
Cas en sac, si est mauvais acas. 

Ane. Poès. Fr. .MS. du Val, n- UOO, fol. 110, V'. 

Nous disons encore « acheter chat en poche, » 
pour faire marché d'une chose sans la connoilre el 
sans la voir. 

VARIANTES : 

.\CHAPT. Bourgoing. de Orig. voc. vulg. p. 22, R». 

Agas. Ane. Poes. Fr. MS. du Vat. n» li'JO, fol. 149, V». 

Acat. Froissart, Poës. JISS. p. 114, col. 1. — Laur. Gloss. 
du Dr. fr. — Du Chesne, Gén. de Béth. preuv. p. 104, tit. 
de 1246. 

Achas. Ord. T. I, p. 235. 

Achat. Orthog. subsist. 

AcHATE. Littleton, Gloss. de M. Hoiiard. — Rymer, T. I, 
p. 45, tit. de 1259. 

ACHEPT. Crétin, p. 203. 

ACHET. Nicot et -Alonet, Dict. — Nuits de Strapar. T. I, p. 
50 et 198. 

Achapter, verbe. Racheter. Acheter. 

Du Gange et Ménage, font venir ce verbe du latin 
Accaptare formé û'AccapItuin ; en françois Acapit^ 
AcAPTE. (Voyez ces mots ci-dessus.) 

Plusieurs de ces orthographes portent en effet des 
marques sensibles de cette origine, sur-tout celle 
ù'Acapter, sous laquelle ce mot signifie racheter, 
faire un rachat; proprement racheter une rente 



dont le payement étoit une espèce à'acapil, ou 
reconnoissaiice faite au Seif;neur. dont le vas.sal 
teiioil un liérilage à tilre iriiiféodalion. ■■ Se aucun 
" possesseur d'aucune maison ou autres liérila- 

« ges chargé d'aucune rente foncière, «ca/v/e.... 

" ou relraict ladilte rente ; icclle rente demeure 
" sopitc et estainle; el après ledit acbaid laditle 
« maison el héritage <|ui tenue estoit eu la dilt(; 
« rente achaptée , sera tenue du S(-igiieur dont 
« ladille renie vendue estoit tenue. - 'Goût, zéa 
T. II, p. 879.) 

Ce passage prouve (\u'aeliajiler esl le même (jne 
le Xiivhc <(C(iptcr. On disoil au même sens, quoique 
llguréiuenl, achaler ou acheter un crime, pour en 
payer la peine, le racheter. (Uist. des 3 Maries, en 
vers MS. p. 35, 230 et 237.) 

Toutes ces orthographes, même celle (Tacheter 
(ju'on retrouve dans le ['■'■ Vol. des Ordon. p. 2.'55- 
087, etc. sont donc des variations occasionnées par 
les différentes manières de prononcer le même 
mot. La prononciation rude iVachapter s'adoucit 
dans .lr//a/('r. Le son ouvert de redevient sourd 
s'il esl piononcé rapidement. De là les orlhogTa- 
plies AcIiCptcr, Aciieter. Le Glossaire fournira mille 
exemples de ces sortes de changemens. 

Par une extension naturelle de l'acception rache- 
ter, achapler signifioit acheter. Vov. Molinet, p. 
107. — Saiulré, p. \¥A. — Rabelais, T. IV, Ane. 
Prolog, p. 20, etc.) Les Picards disent encore Acaler 
comme dans ces vers : 

je ne sai feme acater 

Pour ce si me sui trais en sus. 

Ane. Pofs. Fr. MS. du Valic. n» 1 IDO, fol. 39, R-. 

Amours n'achate ne vent. 

ILid. fal. 43, V-. 

Prov. 
Oui tant l'aime, tant Vachette. 

Eusl. des Ch. PoJs. SISS. fol. 430, col. 1. 

Qui plus l'acale, millor l'a. 

Pb. Mouskes, MS. p. 242. 

Gu.NJfG. 

Acatet, partie. Acheté. (Garpenlier, Ilist. de Gam- 
brai, p. 31, tit. de 1260.) 

Acatissiés, imp.subj. Achelassiés. (Fabl. ms. duR. 
ir 7989, fol. 212, R°col. 1.) 

Acharad. Lisez Achalad. Prêter. Acheta. En latin 
Emit. (Loix Xorm. Art. 25.) 

Acliat, subj. prés. Acheté, en latin Eniat. ^Loix 
Norm. Art. 43.) 

Aehatet, subj. prés. Acheté, en latin Emat. (S* 
Bern. Serm. fr. mss. p. 289.) 

AchatissieX; imp. subj. Achetassiez. Tabl. ms. du 
R. 11° 7218, fol. 333, V" col. 1.) 

Achelaieiit, subj. prés. Achètent, en latin Eman^ 
(Ord. T. Il, p. 16, col. 2, Art. 6.) 

variantes: 

ACH.^PTER. Bourgoing. Orig. voc. vulg. fol. 22, R". - 
Joinv. p. 55. - Rab. T. II, p. 2oS. 

AcAPTER. Coût. gén. T. II, p. 879. 

Acater. Du Chesne, Gén. de Guines, p. 283, tit. de 1241. 

AcHATEn. S. Bern. Serm. fr. ilS. p. 289. — Joinville, p. 25. 
Ord. T. I. p. 785. 



AC 



— G4 



AC 



AciiATRE. Britton, Lois d'Angl. fol. 84, V». 
AcnEPTKii. Duplessis. Hist. de Meaux, p. 135, Ut. de 1235. 
AciiE.^TEK. Ord. T. I, p. 51G. 
Acheter. Orth. subsist. 

AuHETTEu. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 42G, col. 1. 
AsKETER. Carpenlier, Hist. de Cambrai, p. 18, lit. de 1133. 
Id. ibid. tit. de 12:{7 et 1-r>5. 

Achapteur, subst. masc. .Vcheleur. 

Ce mot ibrmé ilu veibe Acii.\PTEn ci-dessus, ne 
subsiste aujourd'liui que sous l'orlhoîjraphe Ache- 
teur, (jui est ancienne, car on la trouve dans une 
Ordonnance d;" IS.V.. lOrd. T. 1, p. 07!», art. 1.) 

On disoit proverbialement : >■ Il y a plus de fols 
« acheteurs que do fids vendeurs. •> fLoisel, Insti- 
tut. Coût. T. 11, liv. III, m. 4, art. % p. 33.) 

v.\Ri.vNTKs : 

ACHAPTEUn. .^ag. de Charron, p. 3»V). 

AcATÈHEîi. Laur. Gloss. du Dr. fr. 

Ac.^TERREs. Gloss. sur les Coiit. de Beauvoisis. 

AcATEiR. l.aur. Gloss. du Mr. fr 

ACATOi u. Gloss. de l'ilist. de Hretagne, p. 897. 

AciiErTEiK. Du Verdier, Eibliolh. p. 15;5. 

AcHETEiR. Orlhog. subsist. - Ord. T. 111, p. 670, art. I. 

ACHETiÈRES. Ord. T. I, p. 513, art. 4. - Ibid. p. 5'21, art. 0. 

AcHETiEHRES. l.aur. Gloss. du Dr. fr. 

Achapturc, subst. fthn. .\chat. 
On a dit au ligure : 

Mais est trop le marché pire 
Dont Vénus se veull entremectre ; 
Cai nul n'y sçaura jà tant mectre 
Qu'il n'y perde tout le chaté (,1), 
Et tout ce qu'il a achapté. 
L'avoir, le pris, et la vendure : 
Si que tout pert son arliaphirc, 
Que jà tant n'y mettra d'avoir 
Qu'il en peust Seigneurie avoir. 

Hom. de la Hum, vers 11308. 

Voy. Af.riAi'T ci-dessus. 

Achai'i«M*, verbe. Cbarriei', voiturcr. 

La préposition u jointe au mot charier, exprime 
un rapport de tendance dans ce passage : « Fist 
« acitarier par les villains du pays grand foison de 
« busclies. ■> Froiss. vol. I, p. l'ifi. — Voy. Char- 
RoiKR ci-api'ès.' 

On rencontre par-tout des exemples de ces pré- 
positions inséparables, dont la réunion ajoute ?i 
la signification des mots, celle de différens lapports. 
Tels sont les verbes Acharner, Aciioper, Aconter, 
AcRoiRE etc., 

VARIANTES : 
ACHAHIER. G. Guiarl, MS. fol. 134, R». 
ACARiER. Gloss. Lat. de Du C. au mot Carin. 
AciiARnoiiKH. Enfances d'Ogier le Danois, M.S. de Gaignas, 
fol. 77, R'col. \. 

Acharner, verbe. Donner la curée, mettre en 
curée. 

Proprement donner aux bétes le goût, l'appelit 
de la cbair. (Nicot, Dict.] d'oîi vient l'expression 
flc/ifl7*H<'r/('.sc/(?V/)s, pour leur donner la curée. (Font. 
Guer. Très, de Vén. .ms. p, 31. — Voy. Ciiarner ci- 
après.) 



C'est dans un sens figuré et propre tout à la fois 
qu'on a dit en comparant l'amant timide avec le 
cbien de chasse : " Ainsy se lamenloit le gentil 
" Chevalier, et tant doulëureusement (lue se pitié 
" et mercy fussent si près de luy ((u'ilz peussent en- 
• tendre son giat ci), jù n'eussent si dur courage 
« qu'ilz ne cornassent la priuze, et atTectassent la 
« venoison pour acharner le gentil brachet. ■> 
(Percef. vol. IV. fol. 111, Vcol. 1.) 

La signification subsistante d'acharner, irriter, 
est une extension du sens propre. 

(Voy. Aciienf.z ci-après). 

VARIANTES : 
ACHARNER. Font. Guer. Très, de Vén. MS. p. 31. 
Ancharner. Fabl.MS.du R. n» 7615, T. H, fol. 165. V» col. 2. 

Acharoifiner (s'), verbe. Manger beaucoup de 
chair. 

I.'ame la char het con charoigne, 
N'est nus sages qui s'iicharoiijiie»!. 
Prélat lor âmes escharnissent (3), 
Quant du délit de la char n'issent (4>, 
De toz mangers ont il la craisse. 
Aise et repos, si les encraisse. 

Hist. de S" Lcocade, MS. de S. G. fol. 31, V* col. i. 

Acliastasna, subst. masc. .Ichète-âne. 
C'est un solii'iiiuet. (Voy. Gloss. de l'Histoire de 
Bretagne.) 

Achéc, subst. masc. Sorte de vers. 

Ce mot, encore en usage dans les provinces 
d'Anjou et du Maine, sous la première orthographe 
seulement, est féminin suivant une citation du 
Ltict. étym. de Ménage; cependant on trouve flc/fcV.s 
au pluriel, comme substantif masculin dans Nicof, 
Dicl. Ce sont de longs vers qui s'engendrent dans 
la terre, et (|ue l'on nommoit aussi achets. " U'iand 
« les sangliers sont aux marèts, ils vivent d'an- 
« guilles, d'achets et autres choses qu'ils peuvent 
« trouver. » (Fouilloux, Vén. fol. r>7. H".) 

Les pécheurs s'en servent pour amorcer le pois- 
son ; de lu cette comparaison : « La mort gist des- 
« soubs les délices, comme le poisson qui prend 
« l'hain, et Vachée c'est la mort. • (Le Chevalier de 
la Tour, liistr. ;^ ses Filles, fol. -l'i. U" col. 2.) 

VARIA.NTES : 
ACHÉE. Nicol, Dict. 
AciiET. l'ouilloux, Vén. fol. 57, R". 

Aclionicresso, subst. fém. Coëffcuse. 

(Voy. Oudin et Cotgr. Dict. Proprement celle qui 
orne, qui pure, mot formé du verbe achevter. (Voy. 
AcESMER ci-dessus.) 

De Ici ce mol s'est employé, pour signifier en par- 
ticulier CoëlTeuse, et plus particulièrement encore 
les CoëlTeuses qui faisoient profession decoëffer les 
nouvelles mariées. 

variantes : 

ACIIEMERESSE. Oudin, Dict. Espag. et Fr. 

AciiE.MMEREtisE. Cotgraye, Dict. 



(1) le capital. - (2) glapissement, cri. — (3) avilissent, dégradent. - (4) ne sortent. 



AC 



— (ir. — 



AC 



AclK^noz, part. plur. 

Ce mot paroil (■■tre une cnii'iiplidii d'ucliariicz 
dans ce |jassai;e : « Kn ce temps éloicnt les Ai'mi- 
« naz plus arhi'ni'z à cruaulléiiuc ouci|ues mais. • 
(Journ. do Taris, sous Cliailes VI et VII, an litJO, 
p. 62. — Voy. AcuARNER ci-devant.) 

Arlierissemont, siihst. JHrtsc. Caresses. 

Du verbe ('.in;iun ci-après. <■ M'est cremeur amou- 
« reuse entr(''e au coi'ps, et désir au cueur de le 
« veoir, car de leur achcrissoncnt ne me douhte-jc 
pas. .. (Percef. Vol. IV, fol. l'il, H" col. I.) 

AeliciMiro, suhsi. frm. L'action d'acérer. 
(Voy. D. Carp. Suppl. Gloss. de Du G. au mot 
« Acliertire.) 

Aclicsniure, s!//;s/. fihti. Parure. 
(Voy. Ane. l'oët. fr. mss. av. 1300, ï. III, p. 1201, 
et Varticle Acesmement ci-dessus.) 

AclK'tcinent, sithsl. masc. Achat. 

Du mot (iclu't sous Aciiai't ci-dessus. (Voy. Gloss. 
Gall. Lat. ex God. lieg. cité par D. Carp. Suppl. 
Gloss. de Du G. au mot .lf/iC/;(?».) 

Achotivé, partie. Captif. Heslreint, borné. 

Au premier sens, c'est le participe du verbe «c/iC- 
tiver, employé substantivement. « Délivrerez ache- 
tivez qui sont en ceste terre. ■> (Lanc. du Lac, T. Il, 
fol. 8, V°col. 1.) 

.ichetivé signifie donc proprement captive, rendu 
captif. De là, ce mot dans la sis:nification générale 
de borné, restreint, resserré dans des bornes. 

On a dit, en comparant le mal que peuvent faire 
deux hommes , tous deux mécbans, mais l'un ayant 
le pouvoir en main et l'autre sans pouvoir : 

Li poures hom mauves 
Ne porte que son fés: 
C'est chose achclivêc; 
Et riches Bers punès, 
Quant se faut lonc tens mes, 
En valt meins sa contrée. 

Trov. du G. de Brel. MS. de S. Ger. fol. H5, V- col. l- 

Achetiver, verbe. Emprisonner, rendre captif. 
Rendre malheureux, chetif. 

On a dit elielif, pour captif. De là, le verbe ache- 
tiver, pour rendre captif, emprisonner. (Cotgr. Dict. 
— Voy. Chron. fr. ms. de Nangis, p. 2.) Dans le Gloss. 
de Labbe, Acheitiver est l'explication du latin 
captivare. 

Dans un sens plus général, Achetiver signifioit 
rendre malheureux, chetif, en latin calainitare. 
(Voy. Gloss. de Labbe, p. 492.) 

VARIANTES : 
ACHETIVER. Cotgrave, Dict. 
ACHETIFVF.R. Corn. Dict. 
AcHOiTivER. Gloss. du p. Labbe, p. 493. 

Achèvement, subst. masc. Projet, entreprise. 

Chose à finir, à exécuter. C'est une extension de 

l'acception propre et subsistante du mot achève- 



ment, action d'achever. (Voy. Achever ci-après.) 
" Nouveau désir et nouvel achèvement lui vint au 
« devant ; ce fut île trouver la Puceile aux deux 
« DiagoMS. .. (Perccf. Vol. VI, fol. 51, \{ col. 2. — 
Voy. Aciir.vEi !t ci-après.) 

VARIANTES : 
ACHEVEMENT. Al. Chart. Poës. p. 7f«. 
AcHEVKMANT. Monct, Dict. 

Achever, vertie. Obtenir. Finir. 

Du mot chef, emi)loyé figiirémeiit dans la signifi- 
cation de but capital, l'on a dit achever pour venir 
ù chef, venir à son but, obtenir : 

Amor et bonne espérance 
De ma grant joie lu-liiever, 
M'a donné force et poissance 
Et volonté de chanter. 

Ane, Poùl. Fr. .MSS. avant 1300, T. U, p. 804. 

Mûrir meil ou achever ; 
Mes espérances m'afie 
Que cil doit merci trover, 
Qui sait servir et amer. 

Ane. Pocl. Fr. MSS, avanl 1300, T. IV, p. 1580. 

(Voy. CiiKvm ci-après.) 

Dans un sens figuré, en prenanl le but pour le 
tenue, on a dit achever, pour parvenir au terme, 
finir. 

La vie d'ome tost achievc. 

Vie de S" Kalerine, MS. de Sorb. chifT. I.X, col. 41. 

Au reste, ce verbe conserve encore la significa- 
tion de finir; mais elle est toujours active. (Voy. 
AcTAitER ci-après et Acab.vt ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ACHEVER. Du Cange. Gloss. Lat. 

AcHAiFFER. Fabl.MS.duR. n-Vei."!, T. Il, fol. 1C8, R- coL2. 
A'cHEViR. Rom. de la Rose, vers 1127. 
Aghiever. Ane. Poët Fr. MSS. avant 1300, T. H, p. 804. 
AcHivER. Borel, Dict. 

Aciever. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic, n''1430, fol. 32, R». 
Akiever. Vies des SS. MS. de Sorb. Chiffr. LX, col. 55. 
Archiever. Fabl. MS. du R. n» 7015, T. II, fol. 168, R- col. 2. 

Acheveur, subst. masc. Exécuteur. 

C'est en ce sens qu'on a dit d'un Chevalier ; « P^ut 
" l'un des preux.... le mieulx aimé des pucelles, 
" car si fut leur Dieu, et de leurs désirs Yache- 
« vetir. " (Percef. Vol. V, fol. 109, V" col 1. — Voy. 
Achèvement ci-devant.) 

Achevissance, sitljst. [cm. Achèvement. 

Exécution entière, accomplissement d'une chose, 
,1. Le Maire, dans le discours qu'il prête à la Déesse 
Pallas s'adressant au berger Paris, fait l'énuméra- 
tion de toutes les vertus nécessaires aux guerriers. 
11 en termine la liste par celles-ci : « Armature de 
c prudence, conduite louable, déduction prospère 
« et glorieuse aclicvissance; sans lesquelles vertus 
« (ajoute Pallas). mon frère le Dieu Mars ne sauroit 
u conduire ses batailles. » (lllustr. des Gaules, liv. 
I, p. 102.) 

C'est en ce même sens qu'on a fait de ce mot, le 
nom d'un personnage allégorique dans le Colloque 
des 12 Dames (ms. du R. ir 1490.) Glorieuse aclie- 

9 



AC 



— 06 — 



AC 



vissance est la Jernière des douze Pâmes. Elle en- 
tre liaris le détail de ses (luulitùs, et finit en disant 
que c'est elle qui couronne les travaux des hoiuaies 
illustres : 

J'en fais exalter la personne, 
Voler son euvro jusqu'au trosne : 
Et gloire plus que d'eau en Rtiosne 
Luy baille çn bouche des meilleurs. 

Collo'iuc des 12 lianws, MS. du R. n* 1490. 

(Voy. CiiEvissANCE ci-après.) 

Adiicoiipour, siibst. nuise. 

On lit Acliicoiipciirdi' houirca, pour archicoupeur 
de bourses, maître fripon. (Houles d'Eutrap. p. 3"i(). 
— Voy. ci-après Coupeur de pendans suus le mot 
CniTHin.) 

Achior, suJ/st. masc. 

Ce mot dans Tancienne Coutume d"Aiijou et du 
Maine, non imiirinice, signilie le lieu où.snuilcs 
ruches des abeilles. On lit dans les Editions, 
Arcliier; mais c'est une faute. Achier vient du 
latin Apiiirimn. (l)ict. étym. de R[énage. — Voy. 
aussi I»ict. univ.) 

Laurière se trompe lorsqu'il interprète ce mot 
dans le sens de ruciie. (Yoy. Ord. T. I, p. 24'2, note 
sur le chapitre Km des I-ltablissemens de S' Louis.) 
Dans cette même note, il observe qu'aces et iiuciès 
sont des variations d'urlbograijhe du mot Achier. 
En eiïet, leur si;;iiilic:ilinu est la même : " Se 
• aucun a es (l^el elles s'ent'uieiitdeson«C(i"s. » (.ms. 
de Baluze, cite ibid.) 

v.\niANTEs : 

ACHIER. .\nc. Coût. d'Anjou, ch. 159. 

AcÈs. Ord. T. I, p. -lli. Notes. 

AcciÈs. Ibid. 

Achillos, subst. iiiiise. 

Le nom célèbre de l'invincible Achille, a été em- 
ployé au figuré, pour désigner les choses auxquel- 
les on ne ponvoit résister. De h'i dans les Ecoles, on 
appeloit .lr/////c, tout argumcsit dirimaiU : au Bar- 
reau, on a donné le même nom au moyen décisif 
d'un procès. (Voy. Oudin et C.olgr. Dict. — liour- 
goinp:, de Orig. voc. vulg. et Le Duchal sur Rabe- 
lais.) De l:"i, encore celte façon de parler : « Faire 
" son .lr/////e de quelqu'un, ou de quelque chose -, 
s'en faiie un défenseur; nous diiions s'en faire un 
bouclier. (Coût. gén. T. 1, p. 1(38. — Apol. pour 
Hérod. et Aresta amorum, p. 412.) 

Acliommer, verbe. Chômer. 

Rester oisif, proprement s'abstenir du travail, 
comme aux jours de fêles. (Voy. Cotgr. Dict.) On lit 
dans les Contes d'Euli'apei, s'achommer, pour se 
tenir oisif: <• Se relira disant ne se pouvoir rtt'//rt/»- 
m^r davantage. " (Contes d'Kuhap. p. i80. — Voy. 
Chôme» ci-après.) 

Achopail, ,s;<^.s/. vuise. Achoppement. 
Sujet de chute : 



Un achopai! et abussal 
A genl de pié et de cheval 
Guignoil, in Percer, hum. (jen. MS. cite parD. Carp. «uppl. 
Gloitô. de Du C. au mot Uoutare. 

(Voy. .Vciiiu'E.ME.NT ci-dessous.) 

-Vehopomont, subat. masc. 

Ce mot est d'usage dans celle expression, '> pierre 
« d'achopemeiit. « C'est ainsi (jue le Cardinal 
d'Ossat appeloit le point de l'absolution de Henri 
IV. (HisL. de Tbou, Irad. T. Il, liv. CXIII, p. .'i7(i, 
année l.v.».");) et c'est peut-être ce (jui a introduit 
dans notre langue l'usage familier de celle expi-es- 
sion. (Voy. Ciioi'ement ci-après.) 

.Vchopcr, verbe. Broncher. Surseoir, inter- 
rompre, airèter. 

On dit encore ehojJi/er au premier sens, pour 
faire un faux pas en heurtant du pied contre 
([iielque chose ; mais ce mot vieillit. Autrefois on 
écrivoit Arhu]u'r. (Oudin et Cotgr. Dict.)On écrivoit 
aussi Aehoiiper, Asso])er, Assoiiper, Eseltoper, etc. 
« Il se'assopa à aucune chose en la rue, et chut en 
« un fangaz. « (Chait. de l.'iS.'J, cilée par D. Car- 
pentier, suppl. Closs. de Du C. au mol assii]>ire.) Il 
cile aussi le passage suiv. lire d'une Charte de liiitft: 
« Pour l'eschoison d'un treiïouel (|u'il trouva, où 
<(. il escliopa, il chey si terre. » Dans un passage cité 
au même endroit et tiré d'une Charte de !i7i, on 
lit: « Le suppliant poussa.... icelui.... tant qu'il le 
« lisl açauler ou clieoir sur la baye. « Carpentier 
regarde le mot. lca»/('r(!2), comme une variation d'or- 
thograplie du verbe Ass()])er ou Aciioper. Mais nous 
conjeclurons (|u'il faudi'oit lire Aeauter ou Acauter, 
a|)puyer sur qucliiuc chose, se renverser dessus. Il 
est aisé de confondre 1';/ et Vu dans les mss. et l'on 
sait qu'au milieu du xiu' siècle on n'cniployoit point 
de cédille sous le c. 

On disoit au figuré .Idjopc/', Açouper. |)0ur in- 
terrompre : 

Si nous aloit si açoitpunt 

Et destourbant do nostre alTairo, 

Ne li poions nul mal faire. 



On l'aisoil usage de ce verbe au passif: « Lapour- 
« suite de cette affaire est demeurée aehopée et 
« interrompue. « (Préambule de la Coût, de 
Ilaynault. au Nouv. Coût. gén. T. II. p. il. — Voy. 
une Ord. de li5.3, et Tanc. Coût, de Normandie en 
vers .Ms.s. fol. '2, V°.) 

V.MIIANTES : 
ACHOPEU. Oudin et Cotgr. Dict. 
AciiouPKU. Vies des SS. SlS. de Sorbon. Chap. LXl, col. '21. 

AÇOPER, ACOUPEB, ASOUPER, AtfOL'PPEH , ASSOPEIl , 

AssorPEii, EsciiopER. D. Carp. suppl. Du Cange, Gloss. 
verbe Assopirc. 

Achou, subst. masc. Petite hache. 

Ce mot est encore d'usage en ce sens, dans 
l'Auvergne, sous les deux orthographes achou et 
aichou.{[)u C. Gloss. Lat. au niot.l;i(/OHes.) En Lan- 



(I) abeilles. — (2) c'est assautcr éciit par ç. 



AC 



— 67 



AC 



guedoc, on d i I A issadou, peu l-6tre le môme qu'AiscicAu 
ci-après, (ft jrel, Dict. ubi suprà. — Voy. Haciio.n.) 

VAIIIANTES : 
ACIIOU. Du C;u)ge, Gloss. Lat. au mot A>ign)tcs. 
Aiciioii. Il), ibid. 
Aiss.vDOU. Iiori:l, Dict. au mot Aisceatix. 

At'hrenté, subst. masc. Vieillard toussilieux. 

C'est aiiiF.i que ce mot est expliqué dans Horcl, Dicl. 
1. add. Pout-ctro n'esl-ce qu'une allusion au dom 
de Chrêmes, personnag:e d'un vieillard dans 
Térence. 

Achristos, sitlisl. ninsc. plur. impies. 

S" .lulieu, Mesl. liist. use souvcnl de ce mol en ce 
sens : » Achristcs et liberlins. » (Id. ibid. p. û'il.) 
C'est proprement l'A privatif, joint à celui de 
clirisfcs, employé pourchrestiens. 

Aciîiiion, siihxt. nuise. >'oni d'un pays. 

Ce pays, dont le nom i>aroil iniai;iné par l'Auteur 
du Homan de Floireel Blanchellor, est suppose aux 
environs de Babylone : 

Jonas de Handres l'Aumaçor (1), 
Qui d'Acianon est Seignor 

Floire et Blanchenor, MS. de S. 0. fol. 20V, V- col. d. 

Aclor, subst. masc. 

Ce mol subsiste sous la première orthographe, 
dont les autres sont des altérations. Ménage le fait 
venir du latin barbare aeiarium, dérivé û'acii's. 
(Voy. Td. Dict. Etym. et Bourgoing, Orig. voc. vulg. 
p. 2"2, V" et 2;{, R°. ■■ Encoutre'son'espée'peuU durer 
« fer ne arcicr. » (Lanc. du Lac, fol. 80, R" col. 2.) 

A tant 11 percent les mameles 
Que moult avoit tenres et bêles 
D'un grant clous à'achcr angoisseux. 

Vies des SS. MS. de Sorb. chif. LX, col, 57. 

VARIANTES : 
ACIER. Orth. subsist. 

AciiEn. Vies des SS. MS. de Sorb. chiff. LX, col. :>!. 
AcHiER. Chans. MSS. du C" Thib. p. 147. 
AciÉs. G. Guiart. MS. fol. 238, R». 
Arcier. Lanc. du Lac. T. II, fol. 83, R» col. 2. 
A.ssiER. Rabelais, T. III, p. -183. 

Acis, subst. fém. Ais, planche. 
Du latin Axa. (Voy. D. Carpent. suppl. Closs. de 
Du Cange au mot.4a'fl.) 

Aclaroier, verbe. Éclaircir. 
Rendre plus clair , dans le sens propre ; au 
figuré éclaircir un bataillon, le rendre moins serré : 

Vit Palatin à bran d'acier 
Le soes gens achxroicr. 

Alhis, us. fol. 30, U" col. 1. 

On lit ailleurs Claroier. Quelquefois Aclaroier 
étoit neutre. 

Devant iaus font les rens aclaroier. 

Anseis, MS. fol. 33, %'• col. 1. 

(Voy. Ci,.\RER ci-après.) 



VAIUANTES : 

ACLAROIKR Atliis, .\IS. fol. 1(18, R» col. 2. 

Acr,\inGi|.;ii. Guiteclin de Sassoigne, M.S. de Gaignat, foL 
Trî, H» col. I. 

Acr,Aiuu. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, fol. 
■.m, V« col. 2. 

.\CL,\noiii!n. Anseis, MS. fol. 25, R» col. 2. 

Cr.AKOiiiu. Athis, MS. 

Aclasser (s'), verbe. Se calmer, s'assoupir, se 
reposer. 

Le mol AcasenienI ci-dessus, pris dans le sens de 
calme, assoupissement, pourroit faire croire qu'on 
a d'il Acaser on Aeasser ; et (lue les oithographes 
quasser, aclasser, etc. sont des variations de cette 
orthographe primitive, n(;edu latin cailere, tomber; 
figurément s'apaiser, se calmer. 

Celle se coche qui fu lasse ; 
Après son duel un pot (2) s'aclasse. 

Alhis, MS. fol. 21. W col. 2. 

A ice mot i çou s'csclasse 
Car de travail s'est endormie. 

Ibid. fol. 119, V col. 2. 



.\CLASSER (s'). Athis, MS. fol. 21, R> col. 2. 
ÉCLASSER. Ibid. alias. 
EscLASSER. Ibid. fol. 119, V" col. 2. 
Quasser. Ibid. alias. 

Aclerçjir, verbe. Rendre savant. 

On disoit Clerc pour Savant, dans le siècle oi^i les 
Ecclésiastiques étoient presque les seuls en France 
qui cultivassent les lettres. De h'i, le mot Aelergir 
pour signifier rendre savant; par extension, rendre 
sage : « Jà mesdisant ne créiai, ains servirai toute 
« ma vie ma mie h gré. Qui le bien a desprové 
« d'amours, trop s'esl aclergis. » (Chans. mss. du 
xiir siècle, .Ms. de Bouh. fol. 251, V°.) C'est-à-dire: 
qui a perdu le bien d'amours, devient sage à ses 
dépens. 

Aclin, acij. Penché. Soumis. 

Ce mot,qui paroit formé du latin ,lrcZ/H?.s, signifie 
penché, dans le sens propre ; d'où l'on a dit au 
figuré : 

Tuit estoient au Duc cil de Marche, aclin. 

Rom. du Rou. MS. p. 59. 

C'est-à-dire, tous penchoient, inclinoient pour le 
Duc. (Voy. AcLixF.R.) 

Par ex'tension de la signification propre, penché, 
courbé, l'on a dit, aclin pour soumis. 

Blanchardin 

A cui grant règne (3) fut aclin 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 179, R' col. 1. 

On trouve ce mot au même sens. (Vie de S" 
Katherine, ms. de Sorb. chif. LIX, col. 6. — Voy. 
AcLiNANT ci-dessus.) 

Aclinant, partie, prés. Soumis. 

Ce Clossaire fournit plusieurs exemples du parti- 



Ci) nom de dignité. - (2) peu. - (3) royaume. 



AC 



— 08 



AG 



cipe actif, employé pour le passif. On a dit, par 
extension du sens propre : 

Mainte liere fu à iaus aclinans. 

Anscis, MS. fol. n, V-col. 2. 

(Voy. ci-dessus Aclin, et Aclinku ci-après.) 

Acliner, verbe. Incliner, pencher, .\voir du 
penciianl. Baisser les yeux. 
Le premier sens est le sens propre. On disoit : 

Sur son lit s'aclina. 

Fabl. MS. du U. a- 7218, fol. 47, V-. col. 1. 

Dans le sens fip:uré, ce mol s'eniployoil pour 
désigner le penchant, l'attachement : 

je ne peux à rien al (1), 

Fors là où mes cueurs s'acline. 

Aiic. Poet. Fr. MSS. avant 1300, t. III. p. !>9l. 

Enfin, par une application particulière de l'ac- 
ception propre et générale, le mot .Acli.nkr a signifie 
baisser les yeux. 

Lors les vessiez acliner. 
Muer color, et puis pâlir. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. lU P.' col. 1. 

(Voy. Ci.iNF.u ci-après.) 

Co.NJUG. 

Aclin, ind. prés. Acline, incline. 

Puiske versli m'acli», 
Xe perdrai mon affaire. 

Ane. Poi-l. Fr. MSS. avanl 1300, T. III, p. 10-18. 

Aclinouci", suhst. Lit de repos, canapé. 

Du lalin Acclhiahiriiim, chose sur laciuelle on se 
couche, on se repose. (Voy. Uu ('>arige au motAccu- 
NATORRM, — et Carpcnt. suppl. à ce même article.) 

Aeli(iueter, verbe. Faire du bruit. 
Du verbe cliqueter, sous Ci.iniEn ci-après. (Voy. 
D. Carpent. suppL Gloss. Du C. au mot Clingere 2.) 

Aciorre, verbe. Clore, fermer. 

En latin Acliidere. (D. Carpent. suppl. Gloss. de 
Du Gange. — Voy. ci-dessus Acclosagier et Clork 
ci-après.) 

Agné, arij. Sot. 

Sans esprit, sans grâces. (Borel et Colgrave, Dict.) 
Homme sans aucune sagesse ou grâce. (CellhelL de 
Léon Trippault.) Ce mol, suivant Borel, lire son 
origine du Grec. aXvtatoç. 



AGNÉ. Borel et Cotgrave. 

Aqle.né. Celthell. de Léon Trippault, au mol Aîné. 

Acoin, subst. musc. Familiarité. 

Ce mot paroit être une contraction à'Acointcment 
ci-après. On disoit avoir ncitin, dans le sens où 
nous disons aujourd'hui avoir des familiarités avec 
une femme. 

qui vouldroit garder l'une pour soy 

El laisser Vautre, je vous jure ma fcy 



Qu'on y perdroil santé et pacience. 
Mais bien seroit subtile la science. 
D'avoir acoiit en secret et requoy 
A toutes deux, etc. 

Chasse d'Amours, p. 1G7, ool, 1. 

(Voy. Acoi.s'tasce.) 

Acoint, (ulj. et subsl. Familier. Ami, ainaiil. 
Parenl, allié. Orné, ajusté. Prêt, disposé. 

Ce mol, au premier sens, exprime une idée de 
familiarité, née île riiahilude d'approcher quel- 
([u'iiii, de raccompaguer, d'être toujours auprès de 
lui. ()iulin et Cotgr. Dict. — Voy. Acoimkr.) 

L'amitié, l'amour et la parenté rendent familiers. 
De lîi l'adjectif acoinl, employé substantivement 
pour ami : « familier et amy d'approche. » (Nicot. 
Dict.) 

On éciivoit aussi acointe , « moult son ncoinle, » 
c'est-à-dire fort son ami, en latin familiaris. 
(Chron. S' Denys, T. I, fol. 2 51», W Ibid. fol. 
209. V°. ) 

Pour amant, dans ces vers : 

Amis, par Dieu, c'est chose voire 
Qu'il a plus d'un asne à la foire ; 
Car vo Danios a plu.sieurs cwui»tes 
Joonnes, jolis, appers et cointes 
Qui la vont visiter souvent. 

r.. Machaul, MS. fol. 103, R- col. i. 

Pour aillante dans cet autre passage : 

Si n';iy-jo l'iobin ne Gautier, 

Ne huninie donc je soie ucoiitte. . . 

Ainsis pluseurs femmes le font. 

Eusl. des Ch. Pol's. MS. fol. 517, col. 1. 

Monet expli(|uc accoint, dans le sens de parent, 
prochain, allié. Voy. Acointk ci-après.) 

On peut renianiuer ([ue les définitions de ce mot, 
l'une de Nicot et l'autre de Monet, rappellent toutes 
deux l'idée d'approcher. 

Dans la signification d'orné, paré, ajusté, ce mot 
est le même ([ue cuint ci-après, formé du latin 
complus. (Voy. Cotgr. Dict.) 

S'en fut plus acoinie et acesmé. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. 2, fol. 192, V" «ol. 2. 

Enlin, par extension d'orné, ajusté, l'on a dit 
acoint, pour disposé, prêt, préparé. 
Donqcs fu biele .\ude la cointe 
. .\1 Duc Rollant d'amer acomtc: 
Et fu jurés li mariages. 

Ph. Mouskos, MS. p. 122 

(Voy. AcoixTFR ci-après.) 

VARIANTES I 
ACOINT. lîorel et Nicot, Dicl. 

AccciiNCT. Collliell. de Léon Trippault. - Cotgrave, Dict. 
AcciiiNT. Nicot, Oudin et Monet. 
AcoiNTK. l'abl. MS. du R. n° 7218, fol. 9. V' col. 2. 

Acointage, subst. masc. Proximité, fréquen- 
tation. 

(Voy. AcniNTF.R ci-après.) " V Acointage de ceulx qui 
« ainsi csloient pourpriiis de celle maladie, s'es- 
« iiaiiilit aux autres. » (Trioinph. des neuf Preux, 
p. 210, col. 2.) 



(1) nulle autre chose. 



AC 



(JO - 



AG 



Acoiiilaiico, siihsi. (cm. Aboril, accès. Faiiii- 
liaiilci. Ainilu', liaison. Alliance, alliiiiU-. 

!,(' prcuiiur sens est le sens proijrc. On disoit de 
(iuei(|u'uii facile h approcher, de facile abord, «lu'il 
étoil « uccdinlabtc, de facile (icfulntaiicc. <> (Moiicl, 

Dicl. — Voy. AcdhNTKMKNT.) 

Queli|uefois ce mol seul exi)rimoit l'idée d'af- 
fabilité, qualité de'celuicju'ilest facile d'apjuocbcr. 
(Œuvres poét. de McUin de S' délais, p. ¥J.) 

Un abord facile et gracieux inspire la confiance 
et mène (lueUiuefois à la familiarilé. Il fait naili-o 
aussi |)res(iué toujours le di'sii' d'élrc amis. Ite là, 
le mot acco'nilance pour liahiluilc, familiarité, 
communication. (Voy. Monet, Nicot, Oudin, Dicl. 
— Closs. de Marot. — Sagesse de Charron, p. 488, 
etc.) Nous le disons encore familièrement en ce 
sens. 

Pour amitié, liaison, soit de tendresse, soit de 
politique; ainsi l'on disoit d'un amant: « fort en 
« son cueur la print à aimer, désirant son accoiii- 
taiice. » ((!er. de Nevers, paît. 1, p. '•".) 

L'on appeloit légats d'acoinhnicc, des Ambas- 
sadeurs, dont la mission n'avoil d'autre motif que 
le désir d'entretenir l'amitié et la bonne intelligence 
entre deux Souverains. « Promis leur avoit de leur 
« envoyer légalz d'acointaitce. » (Triompli. des 
neuf Preux, p. 329.) 

C'est en étendant un peu cette même acception, 
que l'on a dit aussi : 

par quel ocoi»(a»re 

Vous partirez au Dieu Reaurae. 

Faljl. MS. du H. n"7C15, T. 1, fui. 59, V col. 1, 

C'est-à-dire, par quelle intelligence aurez-vous 
part, etc. 

De l'acception générale de liaison, ce mot a passé 
àl'acception particulièredeliaison parles mariages. 
« Il y avoit entr'eux acointancc, (|ue on a|)pelle 
« affinité de par leurs femmes. » (Chron. S' Denys, 
T. I, fol. 2G3, R°.) 

Le Duc de Bretaigne de suitte. 
Pour tousjours croistre Vacointance, 
Espousa Dame Marguerite, etc. 

Vigil. de Charles VU, Part. 1, p. 6 et 7. 

VARIANTES : 

ACOINTANCE. Gloss. du Rom. de la Rose. 

AccoiNTAN'CE. Sagesse de Charron, p. 341. — Gloss. de 
Marot, etc. 

AcoiNTisE. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, 
fol. 314, Vo col. 3. 

Acointe, stihst. fém. Plaisir, agrément. 

On a dit Acoint, pour orné, paré. De là ce mot 
employé au féminin comme substantif, pour signi- 
fier le plaisir particulier que procure la parure et 
le luxe. « Une Comtesse morte ([ui avoit eu fort son 
« acointe en sa vie, damnée pour l'aournement de 
« son corps qu'elle a trop aismé. « (Doctrin. de 
Sapience, fol. 18, R°.) 

Xcointé, participe et adjectif. Familier. Amant. 
Parent, allié. 

(1) Dom denier, Seigneur argent. 



(;(unme adjectif, en employoit ce mol pour fami- 
lier. (Cerai'd de .Neveis, itlii auprà.} 

Comme participe passif, employé substantivement, 
on disoit accoinlé pour amant. « ApoUo envieux de 
« l'honneur de Vénus et |)0ur causer despit et 

« slomachation à elle et à Mars son (tccoinlé 

« feit signe de la main pour obtenir silence. » 
;.). I.e Maire, lllustr. desCaules, liv. I, p. 112 et 113.) 

Kniin il signilloit aussi parent, allié. (Chron. 
S' Denys, T. I, fol. 202, IV.; Allié, joint dinlérél 
dansée passage, en 1387: « Les Anglois e.scrivirent 
« an hue (le lîrebigne, comme à \(iuv accointé, qu'il 
" les vonlnst aider. » (Juven. des Urs. llist. de 
Charles VI, p. (il. — Voy. Acoi.vr ci-dessus.) 

VAMIANTES : 
ACOINTE. Chron. S' Denys, T. I, fol. 202, R". 
AccoiNTi';. Ger. de Nevers, Part. I, p. 11. note de l'Éditeur. 

Acoiiik'inont, sulist. masc. Abord, accès. 
Familiarilé, fréi[uentation. Insinuation. 

h'acoinler, on a fait acointement pour abord, 
accès, facile accès. (Voy. Acoi.ntance.) 

Au comenchier vos troval 
De si bel acohilemcnl. 
Thomas llcrier, Ane. Pool. Fr. .MSS. avant 1300, T. III, p. H01. 

De là l'idée accessoire de familiarité, que ce mot 
exprime dans ce vers : 

nus amender 

Ne peut de lor acointement. 

Fabl. MS. du R. a' 7218, fol. 205, R» col. i. 

(A'oy. -VcoiN et Acointance ci-dessus.) 

C'est encore par extension du sens propre, facile 
accès, qu'on a dit Acointement pour Insinuation, 
en parlant du pouvoir de l'argent : 

Denier va ^ax acointement. 

C'est Dans Denier (1) qui tout sorprent ; 

11 est li feus qui tout esprent. 

Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 167 R- col. 2. 



ACOINTEMENT. Gantiers d'Argus, Ane. Poët. Fr. MSS. 
avant 1300, T. 111, p. 1138. - Gloss. du Rom. de la Rose. 

.\CCOIXTEMENT. Cotr. Dict. 

AcQUOiNTEMENT. Modus et Racio, MS. fol. 270, R" 

Acointement, adv. Gracieusement. 

En biau parler, et acointement rire. 

Fauchet, Laug. et Pot-s, fr. p. 120. 

(Voy. Cointément ci-après.) 

Acointer, verbe. Approcher, aborder. Faire 
connoissance, se familiariser. Avoir commerce. 
Associer. Faire part, communiquer. Se battre. 
Apercevoir. Parer, orner, .\rranger, disposer. 

Sans vouloir fixer l'étymologie de ce mot, nous 
observerons que Ménage a cru l'avoir trouvée dans 
le latin adconiitare, accompagner ; qu'on pourroit 
la chercher encore dans adcognilarc, se joindre. 
(Du Cange Gloss. Lai. au mot Acunydare); enfin 
que la signification ù' Acointer, approcher, a beau- 



AC 



- 70 — 



AC 



coup d'analogie avec celle des mois latins dans 
lesquels on croit apei'cevoir l'origine de ce même 
verbe. 

On a dit, au premier sens, i-'itcoiiitrr pour s"a[»- 
proulier en i^énéral : 

Cil remande les soes pens 

(lu'il vienpnant. pris lor garnemens, 

Que jusqu'à pou s'acoiiileronl 

Là où U Baron s'ajousteront. 

Alhis, MS. fol. 0», R- col. 1. 

Dans une sipiificotion plus particulière, nroinler 
(iueli|u'un, pour l'approcher l'aborder à dessein de 
lui parler. ■■ Personne ne les sahioil ni aco'nitoit. « 
(Essais de Montai^^ne, T. III. p. iSO.) 

I>e là l'expression « ^.'ncnintcr de paroles à 
<■ quelqu'un, » pour l'aborder eu lui parlant. « De 
•' paroles s'acDinta à chascun moult bonorable- 
« ment. » (Cliron. S' Denys, T. 1, p '205.) 

Souvent ce mot dans le sens d'approcher, aborder 
quelqu'un, emportoil une idt^e de t'amiliaritc; d'où 
vient acninler ou cvolntier pour faire connois- 
sance. se familiariser, lier commerce avec quel- 
qu'un. " Souvent maudissoient l'heure et le jour. 
■' que de la Demoiselle s'étoit acoiitli'. » (V.er. de 
devers, part. I. p. 37.) 

Amis, or vous voil-je prier 
Que vous m'aidiez à acointier 
À ces Dames, à ces Pucelles 
Qui sont à la cité moult belles. 

Alhis, IIS. fol. 41, U'col.2. 

On disoit aussi dans le même sens, mais figu re- 
nient, « acointer les maux, » pour se familiariser 
avec les maux. « Peu y en a qui considt!;rent les 
« maux en eux-mêmes," qui les gousles et nccoinc- 
c lent, comme lit Socrates la mort. » (Sagesse 
de Charron, p. r>!)l.) 

En particularisant celte idée de familiarité, on a 
dit « acointer une femme, » dans le sens où nous 
disons encore la fréquenter. > Quand il fu revenu 
« de Home, il acointa la femme à nn Mercier. » 
(Martene, Conlin. de G. de Tyr. T. V. col. Gii5.; 

On appliquoit quelquefois celte idée de fréquen- 
lation à la femme. De là, nous lisons: « Honneur 
<' aux femmes d'avoir 'acninlé plusieurs masles. » 
(Sagesse de Charron, p. 33.3.) 

l'n de nos anciens Poêles a dit, en parlant de l'in- 
lidélilé de Coronis : 

Quant Phebus oy la nouvelle 

Du Corbcl qui dist que la belle 

Qu'il aime de fin cuer entier. 

Le lait, pour un autre acointier. etc. 

G. Mach.nul, .MS. fol. 205, V col. 3. 

Par une extension de l'idée de familiarité, liaison, 
acointer signilioit, allier, associer, unir. (C.loss. de 
Marot.) C'est dans le sens d'associer (ju'on lit : 

A son fils les acninti', et fet 
D'eles et de lui un douz plet. 

FaM. MS. du R. n- 7218, f..l. 121, V- col. 2. 

L'idée d'associer, emportant celle de faire part, 
on a dit acointer, pour faire part ; accointer d'une 
chose, en faire part, la communiquer, l'apprendre: 
« Si les acointa de ce (|ue l'en liiy avoit com[)té, cl 



« leur dit, etc. » (Lanc. du Lac, T. II. fol. 10-2. n° 
col. 1.) 

.... son noble atour bel et gent 



Simple fait, appert et acointe 
M'acoinloit et encore acniiite 
Que me tenisse cointement. 

G. Machaut, .MS. fol 22, V* col. 2. 

C'esl-;i-dire: M'apprenoil et m'apprend encore 
iiue je dois, etc. 

On approche son ennemi pour le comballre. 
De là, le verbe %'acointer, pour se batlre en s'appro- 
chanl, se joindre, se mesurer : c'est ainsi qu'on 
verra ci-a|irès assembler, se mesler, combattre. 
■' .Autresfoisavez bien ouy comment deux Chevaliers 
« se sçavent entre accoihcter aux espées, quant il 
« touche l'honneur de l'ung et de l'autre. » (Percef. 
Vol. 11, fol. 3'i, I',° col. '2.) 

Par les selles faire widier 

Se cuide à vous bien acnbitier. 

Athis, MS. r.iHl, R- c"l. 2. 

C'est encore en remontant à la signiricalion 
A'acointer, approcher, que l'on remarque que de 
cet le idée l'on a pu passer à celle de voir de prîîs, 
apercevoir. Aussi lisons-nous que le père d'.Uhis. 
ignorant l'amour de son fils (^ui se mouroit : 

Ne pot sentir, n'acointier 
Signe de mort, ne destorbier, 
Qu'.\this eust dont se plaignnit. 

Ailiii, SIS. fol. 21, Vcol.1. 

On a vu ci-dcvaiit acoint, pour coint, orné, paré. 
De là, le verbe acointer, pour orner, parer. (Oudin, 
Dicl.) « Faire t'o/»/ et joli. » Monet, Dict.) 

Sa léesse m'esjoissoit, 

Sa cointise m'acaiiiHssoit, 

Et son gent corps m'agentissoit. 

C. Macliaul, MS. fol. 283, V" col. 3. 

(Voy. CoiM'En ci-après.) 

Enfin, par extension de l'idée iVacointer, parer, 
ajuster, ce mot a signifi('' s'arranger, se disposer : 
« S'accoincta moult fort de garder la Ville et le 
« Chastel de Sanxerre. » (Froissarl, Vol. III, p. 38.) 
De même acesnier, parer, orner, a signifié aussi 
s'arranger, se disposer. 

VARIANTKS : 

ACOINTER. Athis, MS. fol. 94, R» col. 2. - Gloss. du Rom. 
de la Rose. — Ern. Caupains, Ane. Poët. Kr. MSS. avant 
131», T. III, p. 1257. 

AccoiNCTER. Celthell. de Léon Trippault. 

AccoiNTKit, Monct. Dict. — Faucher, Lang. et Poës. fr. 
p. '.ï.i. — Arcstaamorum, p. 174, etc. 

AcoiNTiKH. J. Erars, Ane. Poët. Vt. MSS. avant 1300, T. II, 
p. r/ii. 

AcorNTin. G. Machaut, MS. fol. iK>, V» col. 3. 

Ar.o.MPTKH (lisez .^cointier). Modus et Racio, MS. fol. 
270, R». 

Acointères, suhst. viasc. Galant. Ami, 
camarade. 

Proprement, qui aborde familièrement, galam- 
inenl : » Renommée avez d'estre le plus grand 
n ncninicnr de tons les Chevaliers errans ; car 
■' nulle femme ne s'en va à faulte. » (Percef. Vol. 
V, fol. «3, H" col. 1.) 



AC 



— 71 - 



AC 



Pour Ami, Camarade : 

Suies (lebonaires à tous, à nului, 
Losengiers, acoinlims de pou de gens. 

Prov. de Senuke, MS. de ('.aignal, fui. 3i0, V- col. i. 

(Voy. AcoiNT ci-dessus.) 



ACOINTERES. Proverbe de Seneke, .MS. de Gaignat, fol. 
320, V° col. 2. 
AcoiNTEUR. Percef. Vol. V, fol. 03, H" col. 1. 

Acolîide, siibst. fém. Embrassement. Coup sur 
le col. 

Ce mot forme de col, en lalin collum, signifie 
proprement : •< rembrassement tiui se l'ait, jetant 
" les bras autour du col de celui qu'on embrasse. » 
(Nicot, Dict.) 

>'ous disons encore Acolade en ce sens ; mais 
Acolce, n'est plus en usage. « Six ou huit baisers 
-« tous entiers à grandes accolées et embrassées. » 
(Aresta amovum, p. '200. — Voy. Accollement et 

ACCOLLEHVK Cl-deSSUS.) 

Dans une signification particulière, c'étoit l'em- 
brasseinent, le baiser de paix que l'on doiiiioit aux 
Chevaliers, lors de leur réception. iVoy. Le P. Ho- 
noré de S"-Marie, Chevalerie, p. 338.) 

On entendoit aussi par ce mot un coup sur le col. 
(Voy. Cotgr. Uicl.) Particulièrement le coup d'épée 
que l'on donnoit sur le col des Chevaliers en les 
recevant. 



Là si furent faitz Chevaliers 

Qui eurent Vacollée et paulme (1) 

Vigil. de Charles VII, Part. II, 



p. Hl. 



Lorsque le Novice étoit revêtu de toutes les mar- 
ques extérieures de la Chevalerie, « le Seigneur 
>' qui devoit lui conférer l'Ordre.... lui donnoit 
« l'accolade ou Yaccolce : » ^Voy. Accol ci-tlessus.) 
« C'étoit ordinairement trois coups du plat de son 
« épée nue sur l'épaule ou sur le col de celui qu'il 
« faisoit Chevalier ; c'étoit quelquefois un coup de 
« la paume de la main sur la joue. On prétendoit 
« l'avertir de toutes les peines auxquelles il devoit 
« se préparer, et qu'il devoit supporter avec patience 
« et fermeté, s'il vouloit remplir dignement son 
'< état. En donnant Yaccolade. le Seigneur pronon- 
« çoitces paroles ou d'autres semblables : Au nom 
« de Dieu, de S' Michel et de S' George, je te fais 
■< Chevalier; auxquelles on ajoutoit quelquefois ces 
« mois : soyez preux, hardi et loyal. » i^Mém. de 
l'ancienne Chevalerie, T. I, p. 74. — Voy. Colée 
ci-après.) 

Il y avoit un Ordre auquel on donnoit spéciale- 
ment le nom de Chevalerie de l'Accolade. (Voy. Le 
P. Menestr. de la Chevalerie, p. 85 et 334, etc.) 



ACOL.VDE. Le P. Honoré de S" Marie, Chevalerie, p. 338. 
Accolade. Mém. de Bassomp. T. I, p. 329. 
AccoLL.\DE. Nicot, Dict. 
-VccOLÉE. Ménage, Dict. étym. — Oudin, Dict. 



.\CC0LLÉE. Vigil. de Charles VII, l'art. 11, p. 121. - lUI^e- 
lais, T. I, p. W,. 
Alulêe. l'abl. MSS. du R. n» 7218, fol. 125, V" col. 1. 

Acoler, verbe. Saisir au col, embrasser. Conte- 
nir, renfermer. Frapper sur le col. 

Ce mol dans le sens propre, signifie saisir au col, 
et de là on a dit: .. Paludament.... accolant à un 
« large fermait d'or. » J^om. d'Aiector, fol. 18, \\) 
C'est-à-dire, un manteau saisissant le col, l'embras- 
sant, le tenant serré avec une agiafl'e d'or. iJaiis le 
même sens, on lit : <■ Us furent acolés d'un baudrier 
" militaire « on leur passa au col. (Godefr. annot. 
sur Charles VI, p. .")05.) 

On l'a plus fréquemment employé pour embras- 
ser, passer les bras autour du col. ^Mcot, Dict. — 
Voy. CdLEi! ci-après.) Il est même encore en usage 
dans ce sens parmi le peuple. 

L'autre jour une m'en parla, 
Et en m'en parlant ax' accola. 

Chasse et Dcparlie d'Amour, p. 108, col. 1. 

Estrain-la et acole 
Quant tu la baiseras 
Si soef la met jus. 
Que ne la blece pas. ' 

Fail. MS. du R. n- 7615, T. II, fol. 179, R'- col. ». 

De là, on a dit au figuré, acoler son escii, pour 
embrasser son escu, le serrer. .. .Monta sur son che- 
" val, prist son glaive en sa main, et acola sou 
« escu. » (Ilist. de B. Du Guesclin, par Ménard, p. 
41.) « Si la fist battre de basions, et mener tout 
•< bâtant à son ourme, et lui fist acoler, et la fist 
" lier. " (Journ. de Paris sous Charles VI et VII, p. 
85.) On voit par la suite du passage, que la personne 
dont il s'agit, embrassoit l'arbre, de ses deux bras 
liés par derrière. 

Dans un sens encore plus figuré : 

L'air va des elles (2) acolant. 

Eust. des Ch. Pcës. JISS. fol. .JS3, cul. 4. 

En généralisant et étendant cette acception, on a 
dit : Acoler, pour renfermer, contenir. 

Tous les lieux qu'.Vuvergne acolc (3). 

G. Guîarl, ilS. fol. 89, R-. 

Enfin, la signification à'acoler, saisir au col, a 
produit celle A'acoler , frapper sur le col. 
^Cotgr. Dict.) 

VAR1.\XTES : 

ACOLER. Journ. de Paris, sous Charles VI et Vil. n «3 - 
Percef. Vol. III, fol. 20. R» col. 1. ' 

.VccoLER. Rom. d'Aiector, fol. 18, V\ 
AccûLLER. Chasse et Départie d'.Vmour, p. 168, col. 1. 
.VccoLÉER. Cotgr. Dict. 

Acombattre, verbe. Combattre. 
Les Romains, après la conquête de l'Angleterre, 
eurent toujours dans cette isle : 



Des légions ou trois ou quatre 
Pour gens adverses acombalre. 



Rom. du Brut, US. fol. îi, V. 



^Voy. EscoMB.\TRE ci-après.) 



(1) coup de la paume de la main sur la joue. — (2) ailes. — (3) renfermer. 



AC 



AC 



Acoinblcmcut, subsl. masc. Au?;meiitalion, 
surcroit. 

Du verbe Acomuler ci-dessous. ■• Ke li inullitn- 
« dine de la mercit c'un lor a inostiell ne lor li^rsl 
i\ la paisomme en acumbleincnl de droiturière 
» dampnation. » (S' Bern. Serin. i"r. mss. p. Toà. — 
Voy. Co>im,K.MF..NT ci-après.) 

Acombler, verbe. Combler, .\u5rmenter, grossir. 
Surcbarjier, accabler. 

Au premier sens, ce verbe est le même qu'Ar.r.i- 
Mi 1.ER ci-dessus, dont il ne ditlî'rc que par son éty- 
mologie qu'il tire ininu-diatement du mol françois 
comble, iornie du latin cumiilHH. On a dit fis^urt'"- 
meut, •> convient à présent acrfiiiiblcr et jnlinnstci- 
« offenses sur oll'enses. » [Mcm. de Du licilay, lui. 

280, R".) « Toute Accomblée de tous les 

u soubaits que femme de Prince sauroit demander 
« en ce monde. •■ (.1. Le Maire, lUustr. des Gaules, 
liv. Il, \>. 177. — Voy. CdMr.i.ER ci-après.) 

Acombler, mettre le comble, a signilié par exten- 
sion augmenter, même en parlant d'une armée 
grossie par la réunion de dilTërens corps de troupes. 

fist li Rois commander 

Qu'apriés la mort, fu.st asamblés 

Li remanans et acomhlés 

ne cou k'il avoit mis ensanble. 

Pli. Mousk. MS. p. 2(l!l. 

Dans un sens plus figuré encore, l'on a dit 
Accoviblcr, pour surcbarger, accabler; « accombler 
» quelqu'un de maux, » pour l'accabler de maux 
en les augmentant à l'excès. (.1. Le Maire, lllustr. 
des Gaules, liv. II, p. 231.) 



ACOMBLER. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. »i2 et 375. 
Accombler. J. Le Maire, lUustr. des Gaules, liv. II, p. 177. 

Acommencer, verbe. Commencer. 
Du verbe Commenceh ci-après, « Aujourd'buy en 
« acommenee on à prendre la coustume. " (Brant. 
sur les Duels, p. 11.) 

On l'employoit aussi dans la signification active; 
Acoumuncer quelqu'un, lui donner les premières 
leçons : 

l'une ne li ose rien véer. 

Qu'amours l'a acnumancée ; 

Et l'autre s'est de li si bien gardée, 

K'ele outre bort ne se laise adeser. 

Ane. Poés. Fr. MSS. du Valic. n- tWO, fol. 171, H'. 

VAIUANTF.S : 

ACOMMENXER. Brant. sur les Duels, p. 11. 
ACOU.MAXCEK. Ancienne Poésie Fr. MS. du Vat. n" 1100, 
fol. 174, R». 

Acoinrniiiior, verbe. Rendre commun. Joindre, 
réunir. Accoutumer. 

Ce mol, au premier sens, signifie rendre commun, 
mettre en commun. 

Ne lor volt pas donner franchises, 
Ne pour forces ne pour richeises ; 



Ne lor lignage entremesler. 
Ne lors terres acommuner. 

Rom. du Drut. MS. fol. IC, V' col. 2. 

De l;"!, l'expression « acommuner, ou accommu- 
iiier une l'emme, » pour la rendre commune eu 
biens avec son mari. (La Thaumass. Cout. de Berri, 
p. 2SÎ), 29G. — Voy. Commcner ci-après.) 

Par extension, l'on a dit acommuner dans la si- 
gnilicalion générale de joindre, réunir. 

S'il vouloit ma force à lui aconinumer 
Ne Roi/., ne iluens (1), ne autre n'i porroit puis grever. 
Kom. do Rou. MSS. p. 99. 

Kniiii accoutumer (luelqu'un à une chose, c'est 
lui en reiuire l'usaguou l'exercice commun, fami- 
lier, ordinaire. De là, le verbe accominnner, pro- 
prement rendre commun, a été employé dans le 
sens figuré d'accoutumer. 

Là ot maint soudoier d'élite 
Oui ;i la guerre arrnminune:, etc. 
Furent la dedanz aunez (2) 
l'our celés marches garentir. 

G. Gui.irl, MS, fol. Ï77, R'. 

VARIANTES : 
.\f;<")MMrNER. Rom. du Brut, MS. fol. V), Y" col. 2. 
.Vcc.OMMUNKii. Gloss. sur les Cout. de Beauvoisis. 
Acu.M.MCNiKu. La Thaumass, Cout, de Berri, p. 280 et 29(). 

A(M)iniimiii«'i', verbe. Communier, recevoir la 
communion. Coirmuiuicr, donner la communion. 

Ménage fait venir ce mot du latin iiitcomniiDiieure, 
ou peul-étre û'AdeoDUiiicarc, composé de mica. 
Voy. Dict. étym. au mot Àcoiiunlcher.) L'analogie 
sensible de ce" verbe avec Aceoinmuuer, ne permet 
pas d'admettre la seconde étymologie. La commu- 
nion éloit comme aiiioiiid'liui le signe de l'union 
de plusieurs lidèlesdaiis la même foi. (Voy. Accom- 
MUNER ci-dessus, dans le sens de réunir.) 

On a dit au premier sens, s'accomtnunier, pour 
comniunier, prendre, recevoir la communion : ■■ Le 
« Roy de France... lit en son pavillon chanter une 
« messe... et ^'acconnnuiiin lui et ses quatre lils 
» aussi. >' (Kroissart, Vol. I, p. 18G.) 

Au second sens: « accommunier et administrer 
' les Sacreniens. » (Routeill. Som. Hur. tit. 31, 
p. l'.t'J : '■ fit le l'ioy dire grant planté de messes, 
" pour accommiclicrcexw qui dévotion en avoient. » 
(Kroissart, Vol. I, p. 20.) 

VARIANTES : 

ACOMMtTNlER. Chron. S' Denys, T. I, fol. 231, V». 

AccoMMii;iiEU. Kroiss.-irt, Vol. I, p. 20. 

.\ci,o\iMCNiKii. Boulcill. Som. rur. p. 192. 

\. , MMiii >,:iiii,ii. Milii-o Kr. du 1'. Daniel, T. I, p. KM. 

\. MMMiMi.i;. Vi.-s di-.^^ S" MSS. de Sorb. Chiff. LXI,coI. li. 

Ail iM.MiiiiiKU. liorel et Corn. Dict. 

Ai:i>MMii;iiii;u. 1). Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot 

.\,,..,nn,u,,„;n;'. 
A.;cmi;nf.ii. Vies des S" MS. de Sorb, Chiff. LXI, col. 1^. 
Ksr.fiMiNciiEu. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot 



EsGiiMMii.iiHU. Id. Ibid. 
EsGûMMiNUliai. Id. Ibid. 



(V) Comtes. — (2) assemblés. 



AC 



7.3 — 



AC 



A<'ompn'u|iHMU(^iit , siihnl. viaxr. I.';ic,tii)ii 
d'acc(ini|i;iL;iit'r. Assiici;ition. 

Ce mol subsiste au iireinicr sens sous la dernière 
orthoi^raplie. Mais on ne diroit plus: « \,'nc(wipai- 
« gncDioil ([u'il ont fait de nous. » (Ord. T. III, 
pa^e r.SS.i 

Il si^inHioit aussi figurément association, com- 
muiiauti' de biens. (Closs. sur les Coul. de lîeanvoi- 
sis, au mol .\((i)up(i(jnement. — Iteauman. p. 11.! 

On le trouve pour assoeialion à la propriéU- 
d'une terre, i|ue l'on nomnuiil aussi l'uriin/e, dans 
les Ord. des Hois de Vr. T. V, p. .'ilMl el iiDli noie I). 
(Voy. A(:oMi>.\ir..NEn et Comp.\gni;ic ci-après.) 



ACOMI'.VIGNEMENT. Ord. ï. III, p. .'.88. 
ACCO.Ml'AONKMI'.NT. Ord. T. V, p. if'.W, etc. 
AcoMi'AijNEMKNT. Gioss. Sur les Coût, de Beauvoisis. 

Acompaigner, i^erbe. Fré(|ucnlei', vivre en- 
semble. Associei'. Fauiili.'iriser. Comparer. 

^'arronipdHiirr, proiireuuMil se l'aire compagnie. 
Charlemagne, au lit de la mort, pria ses enfans : 

.... qu'ils s'entr'amassent, 
Et que souvent s'accoiiipavKjnassent. 
H. de Fr. en vers -i la suilc ilu Uom. de l'auvel, MS. du K. n' 6812, fol. 8G. 

On disoil aussi acompaigner charnelemenl une 
femme, pour vivre, habiter avec une femme, avoir 
sa compagnie cliarnelle. (Reaumanoir. Coul. de 
Beauvoisis, p. itO.) 

Par extension , ce mot s'est pris souvent pour 
associer: « Charlemagne acconijiagna Loys... en 
.. l'Empire. » (Chron. S' Denys, T. I, fol. l'2'i, V".) 

On l'employoit même en pailant d'un pariiige ou 
association à la propriété d'une terre. (Ord. T. V, 
p. SDO.) D'une société de commerce. (Ibid. T. III, 
p. 33.) Des associations, pour les entreprises de 
chevalerie : « Ces trois Chevaliers sestoient accom- 
« paignex; pour la raison des trois Pucelles qu'ilz 
« aimoient par amours. « (Percef. Vol. VI, fol. 5!), 
R° col. ±) 

C'est encore dans la signification d'associer, 
qu'on a dit de lierlrand Du Cuesclin , qu'il devoit 
« estre accovipnigné nu\ neuf Preux pour les hiaux 
o faits qu'il lit. » (Hist. de Bertrand Du Guesclin, 
par Ménard, p. 2.) 

Delh, s'accompaigîier, pour se rendre égal, se 
rendre familier. Le Duc de Bretagne étant entré 
chez le Connétable de Clisson : « Tous se levèrent... 
et le recueillirent... ainsi qu'on doit recueillir son 
« Seigneur, et il s'accovipaioixi et humilia grande- 
« ment envers eux et s'assit entre eux. » (Froissart, 
Vol. III, p. 195.) 

Enfin Oudin explique ce mot dans le sens de 
comparer, extension naturelle d'accompagner, as- 
socier. (Voy. Compagnon ci-après.) 

CONJI'G. 

Accompaing [ï], indic. prés. J'accompagne. 

Tuit mis ami 

que i'accompaing ensemble moy. 

Fabl. MS. duK. n- 7518, fol. 26, R' col. 2. 
I. 



'^'nrcompninc, sulij. prés. .S'accompagne. En latin 
./««.^r//»/'. 'Hègle de S' lienoil, lat. et fr. ms. de 
lieauv. cil. '2.").] 

AcrompdJipiiet , indic prés. Associe. En latin 
Social. (S' Bern. Serin. Vv. ms. p. 318.) 

VAniA.NTKS : 

ACO.MPAIGN'Ell. l'est, du Comte d'Alençon à la suite de 
.loinville, p. Wt. 

Ai:(:nMi'Ai;Ni:n. Oudin. Ilict. Pasq. Rech. liv. VIII, p. 0C3. 

AccD.MPAKiNKlt. Ord. T. III, p. :i't. 

AccdMi'AiNCNKii. II. de Fr. en vers, à la suite de Fauvel, 
MS. du U. M" tWl-2, fol. m, V col. '2. 

Aco.viPAioNUCii. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 318. 

Acompiller, verbe. Accomplir, ell'ecluer. 

Nul, tant soit rlerc, apostiller 
Ne .srauroit au vray ma pensée, 
Ne mon désir ailiiichiler, 
Ne ma voulunté acompiller 
l'our en estre récompensée. 

Œuv. de Kogcr de Collerj'c, p. 61. 

(Voy. Accomplir ci-dessns.) 

Acoii, subst. musc. Petit bateau. 

On appelle encore en terme de marine, accon, un 
bateau plat pour aller sur les vases. Les Poitevins 
s'en servent dans les marais. Celui qui est dedans 
le mène en poussant la terre avec le pied. (Ménage, 
Dict. étym.) 

Aconcepvoir, verbe. Rejoindre, rattraper, 
atteindre. 

C'est en ce sens que Le Duchat explique ce mot, 
qu'il dérive du latin adconcipere. « Ce terme (dit-il) 
" est particulier à Rabelais dans cette significa- 
« tion. » Il est vrai que Rabelais s'en est servi dans 
plusieurs endroits. (Voy. T. I, p. 167 et 182, T. V, 
p. 18.5.) Mais il n'est pas le seul qui en ait fait usage. 
On lit dans .loinville p. 1)7 : " Les aconceupt, etmist 
" par terre deux Turcs à belle pointe de lance. » 
Dans Lancelotdu Lac: « S'il fust venu par icy nous 
« le eussions bien aeoneeu à ce que nous sommes 
« tant basiez. .. (T. III, fol. 118, V° col. 2.) 

On le trouve encore dans les Vigil. de Charles 
VII. (Part. I, p. 8, 53, 140 et 168. — Ibid. Part. II, 
p. 50 et 81.) Le passage suivant peut servir d'exem- 
ple de l'orthographe aconscevoir : 

Le Roy de Navarre le sneut, 
Et vint à son ost et armée 
Ratant tant qu'il les aconsceut 
A deux lieues près de la Eysmée. 

Vigil. de Charles VII, Pari. II, p. 50. 

Cette même orthograjibe nous eut fait soupçon- 
ner que aconsceut, uconceut, etc. étoienl des alté- 
rations du prétéiit parfait d'Acco.NsuivRE ci-dessus, si 
nous ne trouvions rintinilif aconcepvoir, dans ce 
passage : <■ On luy metloit une grosse perche ap- 
« puyée à deux arbres ; à icelle se pendoit par les 
" mains, et d'icelle alloit et venoit sans des pieds 
« à rien toucher, qu'à grande course on ne c'eust 
« peu aconcepvoir. (Rabelais, T. I, p. 166.) 



VARIANTES : 
ACONCEPVOIR. Rabelais, T. I, p. iCC. 



10 



AC 



AC 



ACOKCEVOIR. Rabelais, T. V, p. ISô. 
ACONSCEVOIR. Vigil. de Charles Vil, Part. II, p. W. 

AconclH', part. Plaisant. 

Ce mot vieul île l'Italien acconciato, qui sipiitie 
proprement uiné, paré, etc. (Voy. Conçue, Ajuste- 
ment, Parure ii-aprt''S.') 

De là, on a dit aconché, pour désigner ce qui est 
agré^.ble, plaisant. C"est en ce sons qu'il se trouve 
dans les Contes d'Kutrapel, où il est question de la 
réponse d'un jeune Marchand à .Vuguste, auquel il 
ressembloit. L'Empereur lui ayant demandé si sa 
mère n'étoit jamais venue à Home: « Répondit que 
<> non, fort aecorlement, comme il ctoit gaillard et 
« aconchc, tiop bien son père y être diverses fois 
" venu mai'chauilcr, etc. ■■ (P. Ail.) 

Tahureau , dans ses Dialogues, met ce mot au 
nombre de ceux que le bel usage avoit nouvelle- 
ment introduits et qui étoient entendus de peu de 
personnes. 

AconcueiMir, verbe. Assembler, ramasser. 

Du verbe Co.ncieillir ci-après. (D. Carp. suppl. 
Gloss. de Du C. au mol Conciliare. — Voy. Accikil- 
LiR ci-dessus.) 

Aconçjneu, participe. Heconnu. Connu. 
Sur le premier sens, voy. Itom. du Brut, ms. de 
Bombarde, où le mol Acônneu répond dans mon 
exemplaire à l'orthograplie Decotineu , (lui paroit 
être une faute. 

Ne vouldrent estrnngc home alraire, 
Ne d'estrange liomiiic Seigneur faire ; 
Ains seraient tout viel chanu 
Qu'il l'eussent dcconneu. 

Roni.du Drul, MS. fol. 75, R' col. 2. 

Dans le sens de Connu, la paiticule a est explé- 
tive. « Quant celui Chevalier fut acoiigneu ou pais, 
« il se piinl à chasser aux lions, lui et ses gens. » 
(Joinville, p. 1)3. — Voy. Aco.Nci.NoisTUE ci-après.) 

VAItUNTKS : 
ACONGNEU. Joinville, p. !t;i. 
AcoNNEf. Roni. du lirut, MS. de Bombarde. 

Acougiiic'iiture, siilist. fém. Sédiment, ordure. 

C'est en ce sens que D. C.arpentier explique ce 
mot dans une Charte di' [•l'Ji: » Que ilz ne mettent 
« en la chandelle jjoint d'emi>irenienl, comme 
«• acoïKjnienlure de chaudière ou rature d'eslaux 
« de boucheries. - Il soupçonne que ce mol pour- 
roit être foruu' de l'ancien verbe Co)icliicr, d'où 
l'on a fait cDucIncure. (Voy. D. Carp. suppl. Gloss. 
de Du C. au mot Concagcitus.) 

AcoïKjnoistre, verbe, Connoitre. 
Du verbe CnNr..NoisTiu; ci-après. 

L'ung d'eulx s'aprocha du Maistre 

D'hostel et se fist acoitynoistre. 

Disant qu'il lui enseigneroit 

Le hault, le bas marché, etc. 

Repues franches à la suilc de Villon, p. 18. 

Aconto, suh.'it. musc. Compte. Itente, fermage. 
Conte, récit, discours. 



Le premier sens est le même que celui d'AccoMPT 
ci-dessus. •• Si ascun Serjaunt die pour excepcioii 
" ipie il rendy son ac<nin'te à son Seigniour... ou ii 
<• son allorné ,1 (lue ad ses roules et ses autres 
« munimentz dount il duist aeuiDile rendre, etc. » 
(Brilton, des loix d'Anglet. fol. 70.) 

On a dit : « ez accoiis de la Toussainct , » par 
ellipse, pour aux comptes qui se règlent aux fêtes 
de la Toussaints, « sont lenuz poïer e rendre audit 
•> Duc... dons mil livres de monaie corant ez ter- 
" mes qui ensuivent, i. ez accon:^ de la Toussainct 
« prochaine... treys cens livres; et ez prochains 
« «tro/(s de Pasques ensuivant, dous cens livres; 
« ensi par cheseiiii an per les neeuns eiisuivans, 
« etc. " illist. de Brct. par Lobineau , preuv. col. 
AU, tit.deL298.) 

De là ce mot paroit s'être appliqué aux choses 
dont on compte, comme rentes, fermages: » Ceux 
" qui par jugemcnl de nostre Court sount comaun- 
'' d('s à la prison pur arrérages de uccoiDiles, eic. » 
(Brilton des Loix d'Anglet. fol. 73, R". — Voy. 
AccoN ci-dessus.) 

Nous ne trouvons .icon/c au dernier sens, que 
sous cette orthographe : 

Que vous feroie lonc aconle ! 

Hits de Baudoin de Condé, MS. do Gaignat. fol. 313, U- col. 3. 

A grant joye l'en ont amené 
lot droit à la sale le Conte. 
Puis ne firent pas lonc acontc. 

Fabl. .MS. de S' Germ. fol. 5',1, R' col. 3. 

C'est une extension de l'acception propre. (Voy. 
Aco.NTKU ci-dessous, à la fin de l'article.) 

VARIANTES : 

ACOXTE. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, fol. 
315, R» col. 3. 

AccoN. Histoire de Bret. par Lobineau, preuv. col. 4M, 
tit. de 1298. 

Accointe. Britton, des Loix d'Anglet. fol. 73, R". 

Acoi'NTE. Id. ibid. fol. 70, R°. 

Acontens, adj. plur. Contens. 

C'est la préposilion a dans le sensde/JOi/r, réunie 
au moi eiinlcns. ■■ Se tiiulreiil... aconlens du sere- 
•< ment que le Roy leur avoit fait. - (Joinville , 
p. 73.) Ou lit apaié, dans la nouvelle édition. 

Acouter, verbe. Compter, passer en compte. 
Estimer, faire compte. Conter, raconter. 

Les mots Compte et Conte, qui sont aujourd'hui 
si dilTérens l'un de l'autre, avoient autrefois les 
mêmes acceptions. De là le verbe Acoiiler pris dans 
les deuxsignitications d'Aecoinpter ci-dessus. 

On a dit, au premier sens : 

Son escot bien li aconta 

Sa femme, ançois k'aler l'en laisce : 

Certes makeriax et cnvoisce 

Aront en i déniera plain. 

Ce dist, et ii deniers au pain, 

C'est assés por lui et por son fil. 

Fabl. MS. du Recueil, n- T08s), fol. 45, R* col, 1. 

Nous trouvons Acoiiter avec la même signifi- 
cation dans rilist. de B. Du Cuesclin, passim; mais 



(1) attorné doit être rapproché d'atlornetj en anglais moderne. 



AC 



AC 



c'est uno laulo; il faut lire Acoiilcr. •■ r.'csl un lier 
u dKini[iioii, cl (jui n'driniU' licns à iiiori il'iniiiiu; ; 
« et pour ce csl-il a|)|i('l('' le ItonclKU' do C.liroii. » 
(Ilisl. tleli. Du Cuescliii, par ML'uatd.p. '((»(;.) 

Ele n'airmloit pas un ail, 

Ne h paino no à travail. 

C16onindi\», MS. de Caignat, fol. 25, R- col. 3. 

(Voyez quelques façons de parler, semblables, 
sons Af.coMi'TKR ci dessus.) 

Par extension, ce mot signilioil estimer, faire 
compte. 

Et ClOomailôs s'en ala, 
Oui moult trOs-petit ciconta 
Se il furent lie ou dolant. 

Clooniados, MS. de Gaigiiat, fol. IC, R» col. 3. 

On a souvent employé ce même mol dans le sens 
de conter, raconter. 

Quant la vieille a tout aconté 
A lEvèque ce que li plot, etc. 

Fobl. MS. de S- Germ. fol. 57, V» col. i. 
D'un Borgois vous acont la vie. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 2H, V col. i. 
Tu m'acniista trestout ton bien; 
Mais du mal ne désistes rien. 

Failles d'Ésope, MS. du R. n- 7989, fol. 161, R- col. 2. 

Dans le ms. de Gaignat, fol. 257, R° col. 3, 
on lit : 

Tu me contnies tout ton bien ; 
Mais de ton mal ne deys rien. 

Nous n'avons point le verbe \ccompter en ce 
dernier sens : c'est pourquoi nous l'avons distingué 
du verbe Aconter, quoiqu'on puisse regarder ces 
deux mois, comme étant les inùnies quant à la 
signification. Les plus anciens monumens de notre 
langue; les Sermons de S' Bernard, des titres de 
l'268, etc. nous offrent par-tout conter et compter, 
dans le sens de calculer, faire un dénombrement. 
Si, par extension de l'acception propre, ces deux 
verbes ont signifié conter, raconter, faire le dé- 
nombrement, l'énumération de certaines circons- 
tances ou particularités, dignes d'être rertiarquées ; 
leurs composés Acofiter eiAccompter, ont pu l'un 
et l'autre avoir cette dernière signification. (Voy. 
Compte et Compter ci-après.) 

VARI.\XTES : 
ACONTER. Fabl. MS. du R. n" 7'218, fol. 211. V» col. 1. 
AcoNSTER. Fables d'Esope, MS. du R. n» 7980, fol. 161. 
AcouTER (lisez Aconter). Hist. de B. Du Guesclin, p. 434, 
435, 489, etc. 

Acontrcr, verbe. Rencontrer. 
Par extension, heurter, frapper. 

Le bon cheval leur adreça (1) 
De la lance les acontra. 

Alhis, MS. fol. 80, R" col. 1. 

Aconvoyer, verbe. Accompagner, suivre. 

Du mot CoNvoY ci-après. « Vint à Paris bien 
« aconvoijé de processions et de ceux de la ville. >■ 
(Journ. de Paris, sous Charles VI et VII, p. 101 
et 102.) 



On a dil li;;nn'iii(Mit, en 'parlant du Comte Derby : 
" De telles vuix et [jarolles estoit recueilly et 

" (tconvinjc. en venant ù Londres. » fFroissart, 

Vol. IV, p. ;{28.) 

Acopars, srihst. masc. pliir. Nom de peuples. 
(Voy. Du Cangc, Closs. Lat. uhisuprà.) 

Si vous dirons do Turs et d'Arrabis, 
De Persans, A'ArhopnrH, de Lutis. 

Enfance d'Ogicr le Danoin, MS. de C.aignal, fol. 77, R- col. 9. 
I.à ot plcnté à'AcImparx, de Lutis 
Et do Commains, de Turs, d'Amoravis. 

Iliid. fol. M, V- col 1 
VARIANTES : 
ACOPARS. Du Gange, Closs. Lat. au mol Ameravu 
AciioPARs. Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaimiat 
fol. 77, R» col. 2. ' uaignat, 

AcouPAits. Anseis, MS. fol. 22, V" col. 2. 

Acope, sub&t. masc. Sorte de remède. 
Fomentation composée de simples émolliens 
(Voy. Cotgr. Dict.) 

Acorrtison, aiibst. fém. Accord, union. 
On a dit en ce sens, faire .lcon//,soH, pour s'unir 
s'accorder, être d'intelligence. 

Force d'amour par quoi bien mesprent-on ; 
Joenece aussi, et foie enprision. 
Firent entre aus itele .icordison, 
Que la Pucele li fist de s'amour don. 
Enfance d'dgier le Danois, MS. de Gaignat, fol. 74, V col. 1. 

(Voy. ci-dessus Accniii)A>cE sous la troisième 
acception.) 

Acornartli, adj. Lâche, poltron. 
Du mot CuitNAiiD ci-après, qui avoit la même 
signification. 

Acorus, suhst. maxc. Lis de marais. 

Sorte de plante. (Voy. Menestr. des Tournois, 
p. 2i0.) C'est proprement le nom latin, qui a passé 
dans notre langue. 

AcossoIdaIiors,SHisLj«flsc.;jZiO'. Conseillers. 
(Voy. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.) 

Acost, sulist. masc. Fréquentation, hantise. 
Du verbe Accoster ci-dessus. Une Fée, dit à Parte- 
nopex, qu'elle trouve dans son lit : 

Sire, fait el, alez en tost, 

Quar ge n'ai soig (2) de vostre acost. 

Parten. de Blois, MS. de S. Germ. fol. 128, V col. 1. 

Acouardi, adjectif. Lâche, poltron, paresseux. 

(Du mot CocART ci-après.) 

.... honteux, en jour de sa vie, 
Ne couars n'aura belle amie ; 
Et fortune aide au.x hardis; 
Et griève les acouardis. 

G. Machaut, MS. fol. 180, V» ool 1. 

Chevaliers fu preux et hardis, 
N'estoit pas leus, n'acoiiardis. 

Hisl. des 3 Maries, en vers, MS. p. 459. 



(1) poussa droit à eux. —(2) je n'ai que faire. 



AC 



— 76 



AC 



On a dit. en parlanl de l'amour : 

. . . tant enhardis 

Est, qu'il avance les tardis, 

Eiihardist les iiiuHurilis. 

Al. Charl. p. Côl. 

VARIANTES : 
ACOUARDI. Al. Char. Toës. p. G5i. 
AcoARUi. Fabl. MS. de S' Germ. p. 215. 

Acoulin, subst. masc. Rijïole. 
Mot forme du verbe Couler. Froissart, parlant des 
jeux de son enfance, dit : 

Et s'ai souveot fait, s'en un val, 
D'un ruissot, ou d un acouliit. 
Sus deux tieulettes. (1) un moulin. 

Froiss. Pocs. MSS. p. 85, V. 

Acoup, subst. viasc. et adv. Accident. Sur le 
champ, tout-à-coup. Promptement. 

Ce mot, composé de coup et de la préposition à, 
signitîoit accident au premier sens, coup imprévu. 

Lucans nous a reitist aillours 

Que praindres paours souvent vient 
De chose qui onques n'avient, 
Que de ce qu'on voit avenir : 
Et por ce, se doit-on tenir, 
Que on ne crit devant le coup : 
C'on put crier à tel acoup. 
Que il est tousjours reprouvé, etc. 
Mars do Carabray, Moralités, .MS. doCaignal, fol. 146, V' col. t. 

Ce même substantif, employé comme adverbe, 
signifioit sur le champ, tout-à-coup. 

Tous donques soient par peine méritée 
Punis acoup. 

Clém. Marot, p. 520. 

Promptement dans cet autre passage : « Va ton 
« chemin que tu ne te embastes ('2) es mains des 
« malles femmes: mieulx te vauldroit esire en 
« enfer. Va ta voye aroiJ. <■■ Pereef. Vol. VI, fol. 18, 
R°col.2.) 

YAUIANTKS : 

ACOUP. Alars de Cambray, .Moralités, MS. de Gaignat, fol. 
14fi, V» col. i. 
AcoP. Pereef. Vol. VI, fol. 48, R'^ col. 2. 

Acouplage, subst. masc. Accouplement. 

Du mot .{couple ci-après. « Tout le mouvement 
« du monde se résout et se rend à cest iiciiujiltu/e 
" de masle et de femelle. « ^Sagesse de Charron, 
p. 132., 

VAIUANTKS : 

ACOUPLAGE. Sagesse de Charron, p. 1.32. 
AccouPLAGE. Monet et Oudin, Dict. 

Xc.ouY}}^, subst. masc. et fém. Lien, ligament. 
Accoui)lenient. Couple. 

Ce mot, composé de Couple ci-après et de la 
préposition a, si^iiilie proprement nœud, lien, en 
général ce qui accouple; dans un sens plus parti- 
culier, li^'ament en tei'mes d"Anatomie. « Les 
" acnuples iUis>e> neifsqui les tenoient ensemble. » 
(Pereef. Vol. V, fol. Or., U col. 1.) 



Il sest pris pour V.iccouplciiu'ut même. (Oudin, 
Dict.) 

Enfin par extension de ces deux premières 
acceptions, on remployoit pour désigner deux 
choses ou deux personnes accouplées. (Voy. Monet, 
Dict.) « S'il faut donner quelque relais à l'accouple 
« heruiaphrodilique, ce n'est point en contemplation 
» du marv, ains plustost de la femme. « (Contes de 
Cholières,' fol. 2G4, ÏW) 

VARIANTES : 
ACOUPLE. Pereef. Vol. V, fol. 95, R" col. 1. 
Accouple, .\lonet et Oudin, Dict. 

Acoupler, verbe. Lier, joindre. Mettre des 
entraves. 

La signification propre et générale est lier plu- 
sieurs choses ensemble, les unir, les joindre. 
(Voy. CûPii.ER ci-après.) Les Limouzins disent encore 
acouliler dans se sens. (D. Carpentier, suppl. GIoss. 
de Du C. au mot .icouplare); et ce changement de 
la lettre /' en U, se retrouve dans la prononciation 
Angevine. Ainsi, il y a peut-èlrc plus de suitlilité 
([ue de vérité dans la remar(iuc de Le Duchat sur 
ce passage de Raiielais: « Le p^ulce et le doigt 
" indice desquelz il accoubla mollement les deux 
" uuuies en.semble. « (Rabelais, ï. IH, p. 108.) 
" C'est avec dessein, dit-il, que l'abelais adoucit le 
« mot fi-;iiMiii-^ wcoiiiitcr |iour inanjuer que ce fut 
'< fort dcliciilcincut que Pauurge ;il devoit dire 
« Xazdecahrc) joignit le pouce et le doigt indice. >> 

Ce même mot, pris plus figurémcnt, signilioit 
joindre, approcher (|ueliiu'un de près, ])0ur l'atta- 
(jner ; « ainsi aimez a|)pci'ceurent le suppliaiil, le 
" acouplcrcut d'un costé et d'autre, et de fait le 
« assailirent. » (Lettres de i4l(), citées par D. 
Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au moi Acouplare.) 

On a dit aussi s'acoupler avec quelqu'un, se 
joindre à lui pour l'accompagner. « Ils lui dirent 
« qu'il allasl avec eux et qu'il en auroit sa part. 
'< (juant il oy ce se accoupla aveciiues eux. » 
(Leitres de l.'!8!), citées par D. Carpent. ubi suprà.) 

Mettre des entraves à un fheval, c'est propre- 
ment lui lier les jambes i)our l'empêcher de s'éloi- 
gner du lieu où l'on veut ((u'il paisse. Ainsi, nous 
lisons en ce sens: « Acoubla ou empestra sa 
« jument afin (lu'elle ne fist ou portasl dommage à 
« aucun. >■ (Lettresde 1 i78, citées par D. Carpentier, 
ubi suprà.) 

VARIANTES : 

ACOUPLER. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
.[coiiplare. 
AccouRLEH. Rabelais, T. III, p. 108. 
AcounLKU. D. Carpentier, ubi suprà. 

Acoiippandir, verbe. Faire cocu. 

Kii latin curucarc. (tJloss. du P. Labhe.) On a dit 
coujHiul, roui), pour désigner un amant ou un mari, 
dont la maiticsse ou la femme éloit inlidèle. De là 
le veibe Acouppaudir, Accoupir, pour exprimer 
l'inlidclité de l'une ou de l'autre. ■■ Laquelle femme 



(1) morceau.x de tuiles. — <2) tombes. 



AC 



- 77 — 



AC 



« îippclloil sou inary, snnsiant (»oiip|iaiill, cl se 
« vaiiloil (le V!i\oiv acouiiiKiiidi. •■ (Voy. Lcllres de 
RiMiiissidii de 1-ilG, cilées par 1». Carpculier, 
ublsiijirà.) 

.... nul n'a pouvoir de porter 
Grand amour ardumment ou pis (1), 
S'il n'a paour d'eslre ucoupu.. 

Uoni.delanojo, vcrsl50G. 

C'est-à-dire, que beaucoup d'amour ne va jamais 
sans jalousie. 

Dans les vers suivaiis, le Poêle fail ainsi parler 
une femme : 

.... j'ay trouvé beaus jeunes fors. 
Qui m'ont dit puisqu'il me fait couppe, 
Qu'acoupir le puis bien deslors. 
Je lui feray d'autel pain souppe. 

Eust. des C.li. Poc'S. IISS. fol. .H9, col. t. 

Apollon, trop sensible à rinfidélilé de Coronis sou 
amante, 

L'arc prist, la flèche mist en coche, 
Et si rudement la décoche, 
Qu'à Coronis l'a traite ou pis. 
Pour ce qu'il estoit acuupis. 

G. Machauî, IIS. fol. 205, V col. 3. 

Il faut lire acoupis dans ces deux autres vers : 

Je suis jaloux et .lcTOi(pî.s; 

Sen l'angoisseuse flamme ou pis. 

Id. ibid. fol. 202, V»col. 1. 

On disoit aussi acoupir une femme, pour lui être 
infidèle; proprement la [nire couppe, comme 
on vient de le voir dans un passage d'Eust. des 
Champs. 

quant elle treuve 

son amy sa mye neufve, 
El jette par tout feu et flame. 
Preste de perdre et corps et ame : 
Et s'el ne l'a prinse prouvée 
D'eulx deux ensemble la couvée: 
Jlais bien en chée en jalousie 
Qu'elle cuide en estre acoupie 

Rom. de la Rose, vers 10275-10283. 

(Voy. CouPAi'iiKR ci-après). 

V.iRIANTES : 

ACOUPPAUDIR. D. Carpent. supp. Gloss. de Du C. au 
mot Copaudiis. 

AcoL'PiR. Gloss. du Rom. de la Rose et suppl. — G. Mâ- 
chant, MS. fol. 205, V° col. 3. 

ACROUPiii (lisez Acoupir). G. Machaut, fol. 202 V" col. 1. 

Acourbi, partie. Courbé, accroupi. 

En une fosse acorbi. 

G. Guiail, .\1S. fol. 59, R°. 

(A^oy. AccouRDER ci-dessus.) 

TARUNTES : 
ACOURRI. G. Guiart, MS. fol. 309, R". 
AcoREi. Id. ibid. fol. 59, R». 

Acourcir, verbe. Accourcir, abréger. Baisser. 
Diminuer. 

Ce mol dans le sens général, signifie rendre plus 
court ; « acoursier les rênes. » '(Chasse de Gast. 

(I) dans la poitrine, dans le cœur. — (2) craignoit. 



l'Iicli. M<. p. 'J77) ; au figuré : « Si n'acourche pas 
" le lans que cliil doivent avoir qui tiennent par 
« raison de bail. » (Beaumanoir, [i. '.M. — Voy. 
Acoi RTEii ci-apr'ès.) 

Se baisser, est en (|uel(iue sorte i,' accourcir. De 
là, ^'acorsscr pour .se baisser. Nous ne trouvons ce 
mot avec cette siguilication, que sous cette seule 
orlhugraplie. 

Por la hache qu'il moût cremoit (2^, 
S'acorssa il. 

Rom.de Rou, MS.p. 3C7. 

Enfin par extension de f acception propie, ou a 
dit acourcir ou acorcir, pour diminuer en général. 

Tuit li droit sont acorci. 

Fabl. MS. du R. a' 7C15, T. I, fol. 68, V col. 1. 

VARIANTES : 

ACdiUClR. Chans. fr. du XIII» siècle, MS. de Bouhier, 
fol. ■iii'.t. U-. 

A.;cjr,.:ni. Fabl. MS. du R. n" 7015, T. I, fol. 08, V' col. 1. 

AcoRSKii. Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 80, R» col. 1. 

AcoRssKR. Rom. de Rou, .MS. p. '.M>7. 

AcouGUî. Percef. Vol. If, fol. 2o, V» col. 2. 

AcocRCER. Gloss. du Rom. do la Rose. — Cléomadès, MS. 
de Gaignat, fol. 4, R" col. 3. 

.\i;oLRCHER. Fîeaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 91. 

Acoip.ciiiER. Id. p. 331. 

Ai,..i i;,;iER. G. Guiart, MS. fol. 118, \«. 

.\<.u\-\:>v.K. Gloss. du Rom. de la Rose. Percef. vol. I,f. 115. 

AcuLKSiER. Chasse de Gaston Phcb. MS. p. 277. 

Acourres, suhst. ))iasc. plur. Terme de chasse. 

Relais placés aux Accours. (Voy. ce mot.; « Ce 
« sont-là les lieux où vous pouvez faire vos acour- 
« res. Les délenses se doivent mettre comme pour 
« les loups.... et votre courre aussi de même. » 
(Salnove, Vénerie, p. 302.) 

Acoui'ser, verbe. Installer, adialander. 

Au premier sens, ce mot vient de cour. On disoit 
acourser quelqu'un, pour fintroduire, l'installer, 
soit à la Cour, soit dans la Magistrature; " finsta- 
« 1er et jeter à Tamploi an la Cour, soit du l'rince, 
« soit de Parlemanl au autre. » iMonet. Dict.) 

Ce même mot vient de cours, concours, lorsqu'il 
est pris dans le sens d'achalander, comme en ce 
passage : « le dit exposant étoit mieulx acoursez, 
<r c'est assavoir mieulx achalandez. » (Lettres de 
1383, citées par I). Carpenlier, suppl. Gloss. dé Du 
Gange, au mot Acursus. — Voy. Acoursier ci-après.) 

Acoursier, subst. ??iasc. Favori. Chaland. 

Les étymologies de ce mot dans ses deux sens, 
sont les mêmes que celles du verbe Acolrser 
ci-dessus. 

.\u premier sens, Monet fexplique par ■' bien 
« acoursé près du Prince, favori du Prince. » (Voy. 
aussi Oudin, Dict.) 

Sous la seconde acception, ce mot signifie pro- 
prement celui qui a coutume d'acheter chez un 
Marchand. Suivant Le Duchal, accourcier se dit en 
Sainlonge. pour désigner les chalans d'une bouti- 
I que, qui prennent à'crédit sur une taille dont les 



AC 



AC 



dixaines sont en forme de croix ; et de là, il dérive 
acoursier (Vndcruciare; mais cette étymologrie ne 
nous p;iroit ç^ui'rc naliuvlle. (Voy. Le Ducliat sur 
Rai). T. II. p. 11-2, note -2.) 

VARIANTES : 
ACOURSIER. Monet et Oudin, Dict. 
AccouRciER. Le Duchat sur Rab. T. H, p. Ilî, note 2. 
AccouBSiKH. Monet et Oudin, Dict. — Rabelais ubi suprà. 

Acoiirtcr, verbe. Abréger. 

Propri'nii'iit, rendro plus court. (Voy. D. Carpent. 
suppl. Gloss. Lat. de Ihi Cange, au mol Acnrtare. 
— Voy. aussi Escourté ci-après.) 

Acourtiné, partie. Revêtu, orné. 

Du nint Courtine, rideau d'étoffe, on a fait CornTi- 
NF.R ci-aïuès, pour ç^arnir de l'ideaux. De là, par 
extension le participe .Irof/rZ/Hc' dans le sensd'orné, 
revêtu, en parlant d'un Ijùton d'étendard, garni 
d'une étoffe pi'écieuso. 

.\ coingniés la parche (1) tranchent, 
Oui iert si bel acottrtiiiée. 

G. Guiart, MS. fol. 131, R'. 

Acouster, verbe. Coûter. 

C'est le verl)e Couster ci-après, avec la préposi- 
tion expié! ive a ; l'on trouve Tune et l'autre ortho- 
grapiie dans ce passage : 

Voit dire acnusie aumains (2), 
Et coKstcra. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 71, R' col. S. 

Acnusti-emcnt, siibst. maso. Habillement. 

Ce mot, qui a vieilli, désigne encore un babit de 
parure : c'est le sens propre. On disoit Acoustre- 
ment de tète, pour Cas(iue : cette façon de parler 
étoit nouvelii'niciit iiiliodiiile dans la langue, sui- 
vant l'auteur des Contes d'Eulrapel, p. 47'J. (Voy. 

ACOUSTRER.) 

VARIANTES : 
ACOUSTREMENT. Essais de Montaigne. T. II, p. 41. 
AccousTREMENT. Du Cange sur JoinviUc, p. 83. 

Acoiistrer, verbe. Préparer, ranger, arranger. 
E(|uiper, inuiiir, fortifier. 

On peut voir, sur l'origine de ce mot. Ménage, 
Dict. étyin. 11 conserve encore dans le style fami- 
lier sa signification propre, babiller, ajuster. On 
dit même ironiqucmeni ncoustrer quelqu'un de tou- 
tes pièces, pour le maltrailer. C'est en ce sens, 
qu'on lit : « eut puis coppez les piez et les mains, 
« le nez et les aureilles, et mourut iicoutré. » 
(Cbron. S' Denys, T. I, p. i3.) Il faut suppléer ainsi. 
Ces cbroniiiucs, dans le Recueil des Ilistorions de 
France, T. 111, p. t>l!), portent en cet endroit: 
o et morut cinsi atournez. » 

De l'idée particulière déparer, ajuster, on passoit 
h l'idée générale de préparer, ranger, arranger. 
De là ces expressions : acouslrer ses armes. (Méin. 
de Montluc, T. I, p. A'i.) Acnustrer les vifjiies. 
(Nuits de Strap. T. I, p. :i^5.} Accouslrcr les viandes. 



(Rabelais, T. V. p. 71.) Acoustrer ses gens, pour les 
ranger, les mettre en bataille. (G. Cuiart, ms. fol. 
^'ii^. W") Acoustrer ses affaires, pour les arranger. 
(Gloss. de l'IIisl. de Bretagne.) 

Par des applications particulières de cette accep- 
tion générale, .IcoHSÏJYrsignifioit équiper : s'acous- 
trer de chevaux. (Sainti'é,'p. li'J.) S' acouslrer de 
patience, pour se munir de patience. (Dom Flores 
de Grèce, fol. .\i, V°.) Dans le sens de fortifier, on 
lit : « Audit Fleurange a ville et ebasteau.... et les 
« avoit bien fait accoustrer. » (Mém. de Rob. de la 
Marck, .ms. p. 4'2G.) 

VARIANTES : 

.\COUSTRER. Tahuroau, Dial. p. ,35. 
Acr.oiLTUKR. Bourgoinfr, (Irig. voc. vulg. p. 20, R». 
AccdUsTuiiu. Contes de la R. de Nav. T. I, p. -lOi, ibid. 
T. II, p. l-2'.l. 
AcndiTUKR. Orth. subsist. Mên. Dict. étym. 
Acoi:sTRE. R.nbelais, T. I, p. 2('>4. 
AcouTRE. G. Guiart, MS. fol. 21C, R". 

Acoustreur, subst. masc. Qui ajuste, qui 
arrange. 

La .iaille, en parlant de son livre, dit figurémenf, 
qu'il en a élé l'auteur, et Vaccoustreur, et le pré- 
senteur. (Cliamp de bataille, fol. 71, R°.) 

V.ARIANTES : 
ACOUSTREUR. Lanc. du Lac. 
AccousTUEUR. La Jaille du Champ de Bat. fol. 71, R». 

Acouté, partie. Appuyé, soutenu. Coudé, 
courbé. 

Le sens propre de ce mot est Accoudé, qu'on 
écrivoit autrefois acouté; de coûte, variation de 
l'orthograplie coude. (Voy. Acouteh ci-après.) 

On s'appuie sur les coudes. Do là, on a dit, 
acoudé pour appuyé, soutenu, dans le sens figuré. 

De ses amis bien acoudé. 

Gace de la Bigne,de5 Dcd. MS. fol. C7, V*. 

Comme le coude est formé par le pli du bras, on 
a dit accoudé pour coudé, courbé. « Les percbes 
« sont si bien ployées et enarchées (3) par mesure 
« sans Cf,{\-ii accoudées. « (Modus et Racio, fol. 8.) 
« Sans estre acoustées. » (Ibid. ms. fol. 18, V°. 
— Voy. CoinÉ ci-après.) 

VARIANTES : 
ACOUTÉ. Modus et Racio, MS. fol. 18, V». 
AccouDK. Modus et Racio, fol. 8. 
Xcoiinfc. Gace de la Rigne, des Ded. MS. fol. 67, V». 
Af:f>iii.i)K. Gace de la Rigne, des Déd. .MS. fol. 62, V». 
AcoLSTii. Modus et Racio, MS. fol, •18, Y". 

Acoutcr (s'), verbe. S'accouder. 

De Conte, ancienne orthographe de Coude, on a 
fait sacoulcr pour s'accouder, s'appuyer sur le 
coude. 



. . . . soustenir ne se povoit, 
Acotitez s'erl sor son escu. 

ClcomaJès, MS. de Gaignat, fol. 45, R* col. 2. 



(1) perche, bàlon. - (2) moins. — (3) Arquées. 



AC 



— 71) - 



AC 



Besus le coustc (\) où il se pist, 
S'est ucoHléc moull bonnomtnt. 

Atliis, MS. fui. IIV, U" c(^l. i 

Alias, on lit, Acoltcs. Acoitkh est encore en usatie 
dans mielques provinces. 

Nous trouvons Aquciilcr, expliiiué dans le même 
sens, par Du Cange, (Jloss. lai. au mol Accuhilus. 
Il cile ce vers : 

Dessus une fenestre s'est allé aijuenter. 

Cbron. de B. du Guesclin. 

Cepenilanl le verbe aqncnlcr, paroil n'être pas 
une variation de l'ortliograplie acouter, mais bien 
un mol formé de caiil, pris dans la signilication de 
côté ; s'(iqui')U('7' , s"appuyer de coté. l'eut-ètre 
falloil-il lire sakottcr^oui salieidcr,^o\ià Accosteu 
ci-dessus. 

VAUIANTES : 
ACOUTER (s'). Ph. Mousk, MS. p. 7-21. 
AccouTER. Lanc. du Lac. T. III, fol. 1,50, V" col. % 
AcoLTEiv. Alhis, MS. 
Aquenter. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Accubitu.i. 

Acouvers, partie Couvert. 
(Voy. CouvKBT ci-après.) 

Li vilains 

Qui du lincuel ert acouvers. 

Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 2.13, R" col. 2. 

Acouverter, veyhe. Tapisser, tendre. 

Mot formé du sulislaulif (Iouverte ci- après : dans 
le sens propre couvrir ; dans le sens particulier 
tapisser, tendre. 

N'i ot ne rue ne destour, 
Ne fust très-toute pourtendue 
De paile et de proupre vestue, 
De mantiaus vairs, de dras aperché 
Fu cascune bien acoiwei-lé. 
Vie de i. G. MS. cité par D. Carpent. suppl. Gloss. de Dii C. au mot Coo'peralus. 

Acoys, subst. masc. pltir. Appui, arc-bon tant, 
éperon. 

Nous citons les explications données par D. Car- 
penlier, suppl. Gloss. de Du Gange ù ce mot ; c'est 
proprement ce que nous nommons élays. On dit 
encore en quelques lieux de la Normandie, acuijei' 
pour étayer. Le mot acoijs est visiblement employé 
en ce sens dans le passage, cité par D. Garpenlier, 
« parietes... destructi taliter quod ipsos lirmare 
« oportet cum Acoys. » (Des murs si délabrés qu'il 
les faut soutenir par des étays.) 

Acq, subst. masc. Droit sur la pèche. 

Nous n'osons déterminer d'une manière plus 
précise quelle est cette espèce de droit, sur lequel 
Du Gange et D. Garpenlier n'ont donné que des 
conjectures : « chascun pesclieur allant aux grosses 
« et menues cordes depuis le Gandelier, doivent au 
« Seigneur en saison de caresme une marée, et sur 
« ce on leur rabat leur acq. » (Du Gange, Gloss. lat. 
au mol Aquatia. — Voy. D. Garpenlier, suppl. aux 
mots Aql'ahia et Aquatia.) 



A(r(iiiariii, subst. masc. Nom d'hérétiques. 

On appeloil Acquarins ou Aquariens, du mot 
nqun, tertaiiis hén'tiqucs qui n'offroient que de 
l'eau dans le sacrilice de la Messe. Ge sont les 
mêmes que les Tatiaiiiles, ainsi nommés de ïalieii 
leur chef, qui vivoit sous Marc Aurèle. 

On a dit proverbialement : 

J'enrage lors comme aiiuarin, (2) 
Pourquoi mist Dieux grand cuer en poure pense. 
Eusl. des Ch. Pou». IISS. fol. 219. 

Ac<(uéniux, sidisl. iitasc. jilur. .Machines de 
guerre. 

On s'en servoil pour jeter des pierres. (Borel, 
Dict. au moi Acqucraux.i On trouve aqucreaux el 
aqucreanl.f il-diis les diverses éditions de Froissarl... 
■i Oi(liinnèrciilà porter canons en avant, el à traire 
« en uquercaux,iilh feu grégeois. » (Froiss. Vol. 1, 
p. 184.J 

VARIANTES : 

ACQUÉR.VUX. Borel, Dict. 
AqUehe.aulx. Froissart, Vol. I, p. 184. 
Aquekeaux. Id. ibid. Voy. div. cdit. 
Aquehots. Mém. de Du Bellay, liv. X, fol. 342. 

Acquéreinent, subst. masc. L'action d'acqué- 
rir. Aquesl, acquisition. 

Le premier sens est le sens propre. ^Golgrave. 
Dict.) 

De lii ce mot s'est pris pour l'acquisition même. 
(Gotgrave, Dict.) En particulier pour acquest entre 
gens mariés. « Après le Irépassemenl de l'un d'eux, 

« iceux meubles el acquereniciis se divisent, 

« etc. » (Goul. de Ghasleauneuf en Thimérais. — 
Goul. gén. T. II, p. 20G.) 

Acquérir, verbe. Enquérir. 

Tant fut la chose aquine, et tant fut demandée. 

Rom. de Rou, MR. p. 52. 

En acquérant, je demanderay 
A celuy qui est là dedens. 

Eust. des Ch. Poès. MSS. fol. 459. 

VARIAMES : 
ACQUÉRIR. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 459. 
AuuKRiR. Font. Guer. Très, de Yen. MS. p. txi. 

Acquerre, verbe. Acquérir, gagner. Chercher, 
demander. 

Au premier sens, ce mot vient du lniin acquirere. 
(Voy. AcoLESTER ci-après.) 

Et pour aquerre los et pris, 
Lance, baniere porteront. 

Ane. Poêt. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1345. 

On a dit au figuré : aquerre vent, pour prendre 
haleine. (G. Guiart, ms. fol. 350, R°.) 

Par extension, l'on auioil pu dire acquerre son 
pain, pour gagner son pain en mendiant. (Fahl. 
MS. du R. n° 7015, T. II, fol. 751, R° col. 1.) Mais il 
paroit plus naturel de faire venir acquerre en ce 
sens du latin quœrere, chercher, demander. (Voy. 
E}<(jLERRE ci-après.) 



(1) matelas. — (2) comme un hérétique. 



AC 



— 80 — 



AC 



CONJIT.. 

Acquei'iens, sub'}. prés. Acquérions. (Perard, Ilist. 
de Bourg:, p. .^0-2, lit. de 1-201.^ 
Acqnerii, partie. Acquis. 

Bien acqttem, mal ariiuerii, 
Quand fol y fiert, tout est perdu. 

C'est une espèce de proverbe, auquel donna lieu 
parmi les Bourguijrnons, la mauvaise conduite de 
leur Duc, Charles le Téméraire. (S' Julien, Mesl. 
liist. p. 63.) 

/Uv/MJÉjrjfé', subj.prés. Acquierre. (Al.Cliart. Poës. 
p. 615.) 

Aliiert, indic. prés. Acquiert. (Ane. Poës. Fr. ms. 
du Vatic. n" 1 Wn, fol. I.".7, V .) 

Aqueisse, inip. subj. Aquisse. (.Jeh. de l'Escur. à 
la suite du Rom. de Fauvel, ms. du li. n' tiSI'2, fol. 
62, R'col.î. 

VAni.\NTES : 
ACQUERRE. Gloss. du Rom. de la Rose, Ord. T. I, p. 71. 
Akei-hre. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n" 1490, fol. 8G. 
AQiEniiE. Athis. MS. fol. 52, R» col. 1. 
Aquuœr. Villehard, p. 8t). 

Acquost, subst. masc. Acquisition , acquest. 
Oain. piolit, avantage. Seau. 

Sur le premier sens. (Voy. Du Cange, Gloss. lat. 
au mot Acquesta, col. 103; et Laur. Gloss. du 
Dr. fr. " Acquest est un ternie général, qui eom- 
<c prend les acquéremens faits avant le mariage et 
« depuis. » (Coul. gén. T. II, p. 211.) 

On s'en sert encore en termes de pratique, dans 
le sens générique d'acquisition ; et c'est en ce sens 
que Laurière définit le Droit de nouvel acquest, un 
droit appartenant au Seigneur, « Quand personnes 
<i non nobles acquestent ou possèdent liefs ou 
« nobles teneinens ; et se levé de vingt ans en vingt 
tt ans, et est de trois années l'une ; et est ce droit 
« personel, etc. » (Gloss. du Dr. fr.) 

On disoit proverbialement : 

Jamais mal acquest ne profite. 

Villon, p. 80. 

Ce mot dans la signification de gain, profil, avan- 
tage, pourroit venir du latin quœstus, qui répond 
au franrois Aquest. dans les Sermons mss. de Sainl- 
Hernanl, ;//// suiii'à. L'on pnurioit aussi considérer 
cette acception, comme une extension de la pre- 
mière. On la trouve fréquemment dans nos anciens 
Auteurs. On lit dans Kroissart : « Si prindrent le 
« chemin d'Esvreux, mais point n'y trouvèrent 
« A'acquest, car elle csloit bien ferniée. >• (Vol. I, 
p. li.") ;] c'est-à-dire, qu'ils n'y gagnèrent rien. 

• Au contredit n'a point iVaquest. » (Kabl. ms. du 
R. n- 7218, fol. 2i2, H° col. 1.) Cette expression 
signifie, ([n'il ne sert rien de contredire, que l'on 
n'y gagne rien. 

Enfin acquest. en latin ncqueversium, a signifié 
Seau. •• Survint Jebannettetiui portoit deuxa6Y/Hc/s 
« pour emporter de l'eaue dicelle fontaine. >• (Let- 
tres de 13!)l, citées par D. Carpentier, suppl. Gloss. 
de Du G. au mol acqueversium.) Nous ne le trou- 



vons en ce sens que sous la première orthographe. 
\oy. Cueillir l'Eau, pour Puiser de l'Eau, sous 
l'article Crrn.i.m ci-après.) 

v.\RiA>Ti:s : 

ACQUEST. OrUi. subsist. - Laur. Gloss. du Dr. fr. - 
Farce de Patlielin. 

Ai'.orET. (Kuv. de .loach. du Rellay, p. 419, V». 

Agi ts. (Plur.) Oïd. T. 1, p. 119. 

AQLiC'iT. Fabl. MS. du H. n» 7218, fol. 242, R» col. 1. — 
S. liern. Serm. Fr. MSS. p. 2W. 

AyCEZ. (Plur.) Ord. T. I, p. 79, art. 13. 

Acqnesto, suhst. fém. Acquisition. Exploits, 
conquêtes. 

.Nous lisons au premier sens : <• ches X livreies 
" de tere vuel-jc c'on asieche à mes acas (1) e à mes 
« aquestes, ke j'ai fais au plus prèsd'iluel^es. » (Du 
Chesne, Généal. de Guines, uhi su])rà.) 

.\u figuré, ce mot a signifié exploits, conquêtes. 
(Voy. AcocESTEn ci-après.) « Est-ce par vantise ou 
« parfaits acquis par vaillance'!' en vérité, dist-il, 
« ce n'est point par vantise ne par acqueste. >> 
(Percef. Vol. V, fol. 13. V col. 2. 

VARIANTES : 
ACQUESTE. Percef. Vol. V, fol. 43, V» col. 2. 
Aqueste. Du Chesne, Gén. de Guines, p. 2K^, lit. de 1241. 

Aciiuester, verbe . Acquérir, gagner. Conquérir. 

Ménage dérive ce mot du latin adquu'sitare. Le 
premier sens est le sens propre : « un frère aisné 
« (|ui a acqueslé de ses frères ou soMirs puisnez ou 
o de l'un d'eux, à prix d'argent le fief, etc. » (Coût, 
gén. T. I, p. 45.").) 

De là la signification générale d'acquérir, gagner. 
(Voy. AcorERUE ci-dessus.) 

Mais s'entre bont et volée il a'aqucste 
Le sort eureux, etc. 

Crétin, p. 185. 

Dans le sens particulier d'acquérir par les armes, 
conquérir, on a dit : 

Après la prinse de Libourne, 
liressiere vint en la cité, 
Pour prendre possession bonne. 
De ce qu'on avoit acqueslé. 

Vigil.dcCh. VU, T. n, p. 132. 

C(iN.irr,. 

Acquescés (faute pour Acquestés). Acquérez. 
(Eust. des Ch. Poës. mss. fol. 427, col. 3.) 

Aquasteil, partie. Acquis. (S. Bern. Serm. fr. mss. 
page 67.) 

Aquastet, indic. prés. Acquiert. (S. Bern. Serm. 
fr. MSS. p. 91 et 303.) 

Aquest, subj. prés. Ac»iuière. (S. Bern. Serm. fr. 
MSS. p. 40.) 

VARIANTES : 
ACQUESTEIi. Perard, Ilist. de Hourp. p. Wr>, tit. de 1257.- 
Gloss. de l'ilist. de Paris. — S. Hem. Serm. fr. MSS. p. 40. 
AyUASTER. S. Rern. Serm. fr. MSS. p. 67 et passim. 
Aquester. Crétin, p. 185. 

Acquesteur, sul/st. fém. et masc. Acquéreur. 
(Voy. Monel, Oudin et Colgrave.) On disoit au 



(1) acM est un mot picard qui signifie achats. 



AC 



81 



AC 



féminin Acqucstcressc, pour Femme qui acquiiMl, 
(Oudin cl Cots^M'Mve, Iiict.) 

Dans une siL;nilic;ili()n plus particulière, feuinie 
((ui a pint aux ae(|U(''ls lails duranl le uiai'iai;e : 
u toutes l'euiuics sont aaiiicslcrcssci^ en la nu)itié 
« de tous l(ïs (icfs, manoirs cl terres (lue son feu 
« mary auroit acijuis, constant son mariage. " (Coût, 
gén. T. 1, p. 70i.) 

VAIUANTKS : 

ACQUESTEUR. Monet, Oudin et Cotgravo, Dict. 
Ac(,iri:s'ri:iti:ssi;. Coturave et Oudin, Dict. 
Accii'KTKi H. Monet, Uict. 
AccH'isiTEUu. Coût. gén. T. I, p. 379. 

Acqueux, adj. Aqueux. 

(Voy. Oudin. Dict.) On a nommé. Cité acqueuse la 
ville d"Aix en l'roveiu;e, par allusion aux bains 
d'eaux chaudes que Caius Sextius y fit construire 
l'an O.'W de la fondation de Home, et qui lui ont 
donné son nom latin Afiuu' Scxtiœ. >■ Le menèrent 
« sur un Moncin i^i une Cité qui étoit appelée 
« acqucui^e. « (Chron. S' Denys, recueil des Hisl.de 
fr. T. 111. p. -rsx] 

Ao(inis, partie. Acquis, gagné. Hassis, tran- 
quille. 

Ce mot subsiste dans le sens propre ; mais on ne 
diroit plus au ligure, d'un h(unme que le chagrin 
ou la maladie g:jgne, qu'il esl acquis de l'un ou de 
l'autre, comme dans les deux passages suivans: 

Li flus Lohier, rois Loheis, 

lert d'un raalage(l) donc (Wjuis ; 

A Compiegne estoit : là moru. 

Ph. Mousk. MS. p. 308. 

Cil qui par duel est trop aqtiis, 
Grand joie fait ses eneniis. 

Alliis, MS. fol. 52, R" col. 1. 

C'est encore par la même analogie d'idées, qu'on 
a pu dire aquis, pour rendu de fatigue, qui suc- 
combe à la fatigue : 

... les chevaus de Garde estanchiez et aquis. 

Giiiteclit) de Sassoigne, MS. de Gaignat, fol. 252, R- col. 1. 

Dans une signification moins figurée, le participe 
Aquis désignoit celui sur lequel on a gagné ou 
remporté quelques avantages. Ernouf, Ambassadeur 
du Roi Louis, demandant du secours ;"! l'Empereur 
OUion, lui dit : 

Sires Oies mi sires est moult arjiiis. 

Grant guerre a en sa terre de mortels anemis 
Li Dus de Normendie a sez chasteaux assis, etc. 

Rom. du Rou, MS. p. 100. 

On disoit aussi acquis, pour rassis, tranquille. 
Alors ce mot, qui paroit venir du latin qitietus (2), 
signifie précisément la même chose qn'accoisé. 
(Voy. AccoisER ci-dessus.) « Quant la dame eut 
<■ ouy le Chevalier ainsi parler sens acquis. » C'est- 
à-dire, de sens rassis, de bons sens. (Percef. Vol. 
IV, fol. 142, R° col. 2.) 

VARIANTES : 
ACQUIS. Orth. subsist. 



Akiiis. Ane. Po<'!s. Fr. MS. du Vatic. n" 1490, fol. 1.".7. 
Ayuis. Ph. Mousk, MS. p. :««. 

Acrqniso, suhst. fém. Acquisition. 

("est proprement le participe Acquis an féminin, 
employé comme sul)stantif, pnnrsignitiei' une chose 

aciiuise. « S'il n'y a enl'ans du... mariag(; la... 

« vesve pourra retenir en propi-ii'té la moitié des 
« acquises, en renonceant, etc. » (Coût, de Metz, au 
nouv. Coût. gén. T. II, p. Wi, col. 1 et 2.) 

De là. Lettres d'acquises, pour Contrats d'acqui- 
sition. « Gens mariez entrent (k'-s la S')lemnization 
« de leur mariage, en communauté d'acrinels et 
» conquels d'immeubles qu'ils fontcunstant iceluy, 
« soit que les femmes soient denomméi'S es Lettres 
« d'acquises nn non. « :Cout. d'Espinal, au nouv. 
Coût. gén. T. I, |). 81.'5.) 

Acquit, sul)st. masc. Tranquillité, sûreté. 
CautiiHi, garant. Sorte de droit. Lods et ventes. 
Ord(jnnance. 

Le premier sens est le sens propre de ce mot, 
formé du verbe Acquiter ci-après, rendie Irantiuille. 
De lîi l'expression Lettres d'acquit, pour signifier 
des Lettres de garantie ou de sûreté, données à 
celui qui gouverne les affaires d'un autre, pour 
toutes les avances qu'il pourra taire, (nouteill. 
Som. Rur. p. Cil.) 

Par extension, il a signifié la caution même, 
le garant. 

A Saint-Denis en France là ens ai mon aeuil, 
Où je trouve l'Estoire dedens i livre estuit (3) 

Beric as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 125, V' col 9. 

Dans un sens plus figuré encore, c'étoit une 
espèce de droit de péage ou de coutume, dont le 
payement opéroit la tranquillité de ceux qui le 
dévoient, parce qu'autrement ils couroient les 
ris(iues de l'amende ou de la saisie. « Eu pareille 
« amende eschet vers le Seigneur viscontier, celui 
•• (iuiestdelTaillantdepayer'ledroictd'ac«7;<27, etc. » 
(Cdut. gén. T. 1, p. (i7r).) « Si aucun Marchand 
« forain trespasse par les branchieres d'aucune 
« coustumiere, par la terre des Comte, Vicomte, 
« Baron et Seigneur Chastellain, sans acquitter sa 
« denrée, s'il ignore Vacquit, pourveu qu'autrefois 
" n'v ait passé, il sera reçu à le jurer par serment. » 
(Coût. gén. T. II, p. 6i.) Les États, en 148i, de- 
mandèrent que « tous acfiuits, travers et péages 
>< fussent révoquez. « (Godefr. sur Charles VIII, 
p. 410.) 

On appelle encore acquits, les quittances de 
certains droits d'entrées, qui se perçoivent aux 
portes, etc. Ces droits s'acquittent presque toujours 
de mauvaise volonté et par force. De là notre ex- 
pression, « faire une chose par manière d'acquit. » 
c'est à-dire négligemment, et seulement parce qu'on 
ne peut s'en dispenser. On disoit autrefois par 
acquit. (Cotgrave, Dict.) « Les hommes n'aiment 
« jamais de bon cœur, ains seulement par acquit. » 
(^'uils de Slrap. p. 177.) 



(1) malaise. — (2) coi, non acquis. — (3) enfermé : comparez étui. 



Il 



AQ 



— 82 



xc 



De là ces faix^ns do parler figurées : « hûve acquit 
« de son possible, » pour s'acquitter de son devoir 
en faisant ce quon peut. (Lett. de Ch. Duo di^ 
IJour^;. au sieur Du Fay, p. 3G8.) 

Faire bon acquit, pour faire son devoir, payer 
de sa personne dans une alVaire. iVoy. s'Acni itkk 
au même sens.; « Nous souuncs bien contens de 
<i Yûsti'c bon debvoii' et acquit que vous avez fait en 
« cette partie. » [Lett. de Cli. Duc de Ituurg. au 
sieur Du Fay, p. 3(51.) 

On aiàil&acquitcr de quelqu'un, pour le traiter 
avec les égards qui lui sont dûs : de là l'expression 
« éti'e aussi cher acquit comme un autre, » pour 
signifier être également bien traité. - Sans avoir 
« égard au Roy leur souverain Seigneur.... ont 
« aussi cher acquit été Bourguignons et Anglois 
« comme Fi-anrois. » (Ane. Coiit. de Troyes. 
procès-verb. au Nouv. Coût. gén. ï. 111, p. 'i'.IO.') 

On aciiuiert la possession tranquille et paisible 
dun liéritage, en payant les lods et ventes, d'où 
l'on a pu nommer acquit, cette espèce do droit 
seigneurial. (Coût, de Ponlhieu, art. 85 et 80., 
Suivant cette coutume, " le droit à'ucquit est deu 
« au Seigneur censuel le jour de la vente de 
» l'héritage tenu à cens. » (Laur. Gloss. du 
Droit fr.) 

Nous disons encore acquit patent, pour signifier 
un Ordre ou Mandement sur les Trésoriers, pour 
être payé com[itant. Le Glossaire de Marot, expli- 
que le mol acquit au luèuu; sens ; « Ordonnance de 
« content sur les Trésoriers. » (Voy. Acijlitkh 
ci-après, pour payer, et le Glossaire de Du Gange, 
au mot Acquilanienluni.) 

V.\I!IAXTES : 
ACQUIT. Orlh. subsist. 

AccLiT. D. Carpont. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Aajuilum. 
AcQuiCT. Lett. de Cli. Duc de Bourg, au S' Du Fay, p. 36i. 
Acquis. (Plur.) Ord. T. V. p. 3û<".. art. f5. 
AcuiT. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C.au mot s\cqmtum. 
.Aquit. .\ouv. Coût. gén. ï. I, p. 389, col. 1. 

Ac<ini(ablt', adj. Raclietable. 

« Rente foncière et non acquiluble ; » proprement. 
Rente dont le principal ne peut être acquitté. 
(Voy. Recueil de M. Blondeau, p. 03, lit. de 1610.) 

Acquit;il,S!</vs^ viasc. Obligation d'acquitter. 

11 paroil (jue c'est le sens de ce mot dans le pas- 
sage suivant : « hommage auncestrel (1), trait à luy 
« garantie ; c'est à sçavoir, que le Seignior qui est 
■< en vie et ad receivé le homage de tiel tenant, 

« doit garranter; son tenant et auxy trait 

« à luy acquilal ; que le Seignior doit acquiler le 
« tenaunl envers touts aulers Seigniors par amount 
« luy Cij do chescun maner de service. •> (Tenures de 
Liltleton, fol. 32.) 

Acquitance, subst. fém. .Justification. Quit- 
tance. 
Au premier sens, ce mot vient d'acquiter ci- 



après, justifier. (^Vov. Rritton, des Loix d'Anglet. 
fol. Il, R".) 

On disoit aussi acquiter. payer. De là le mol 
acquitance. pour (|uittance. ;ld. ibid. fol. 07. — Test, 
du G" d'.Vlençon, ubi suprà.) 

v.vRi.vNTKs : 

ACQUITANCE. LiUlelon, Gloss. de M. Iloiiard. - Britton, 
des Loi.x d'.Vnglet. fol. 11, R«. 

.\cgiiT.\l'NCE. Ul. ibid. fol. 67, R». 

AcQi rrT\NCE. Test du C" d'Aleuconàlasuile de JoinviUe, 
p. is:.. - Ord. T. I, p. &17, art. 11. 

Acquiter, verbe. Rendre tranquille. AITranchir. 
Justilier. l'ayer. 

Du mol quitte, en latin quietus, tranquille, l'on 
a l'ail (icijuilter. Ce verbe qui subsiste avec plusieurs 
acceiilious figurées, signifie proprement rendre 
traïuiuille, rendre paisible. 

Prince, je di, à tout considérer, 
Que l'en devroit à ce siège tirer : 
Cai- lors seroit Picardie acguittée. 

Eust. des Ch. l'of-s. MS?. fol. lîO, col. I. 

Ce mot s'est dit pour affranchir. 

Par vostre aide et par vostre delTois(3) 
Ai-jou d'Espaigne ucuités les destrois : (4) 
Ne m'i valut periére (5), ne defois (6), 
Mais vos proueches, etc. 

Anseis, MS. fol. 1, n* col. 2. 

L'idée de justification emporte celle de tran- 
quillité, aussi trouvons-nous at'(/H//('rp()urjustilier: 
i< est acquilc de cesl félonie. » ('renures de Liltleton, 
fol. 45, V».) 

On est tranquille, quand on ne doit rien, ou quand 
on n'a rien à se reprocher. De là le verbe acquiter 
pour payer, dans le sens propre. 
Qui s'a(juite, ne s'encombre. 

l'rov. du Vilain, MS. de S. Gcrm. fol. 75, R- col. 3. 

De légier s'en porra acttiler. 

Ane. Poèl. Fr. .MSS, avant 1300, T. III, p. IU7. 
Qui doit vif feu, mal s'acuite de cendre. 

.\ne. VoH. Fr. MS. du Valic. n* 152a, fol. ICC, V- ci.l. ï. 

Fn considérant les devoirs (ju'un état impose, et 
les égards auxquels la bienséance ou la politesse 
nous oblige les uns envers les autres, comme des 
dettes qu'il faut payer, on a dit s,'acquiter pour 
faire son devoir. « L'Evesque de Durem, et tout 
« farriereban de la Sénéchaucée de Durem, avoit 
« entré en la ville et y avoit soupe: en séant à 
n table imaginations lui allèrent au devant qu'il ne 
« s'acquittait pas bien, quand les Angluis estoyent 
" sur les champs, et il se tenoit à la ville, si list 
" osier la table, etc. » (Froissart, Vol. 111. p. 338.) 

^'acquitter de quelqu'un, pour en agir bien avec 
lui. ■< IjCS Chevaliers de Gascoiigne, et les 

" Seigneurs receut tous joyeu.semeut, et s'at- 

« quitta si honorablement d'eux, que tous s'en 
« conlenterent » (Froissart, Vol. I, p. 201. — Id. 
ibid. p. 21)1.) 

De là celte même expression employée quel- 



(1) héréditaire. — (2) pardevant luy en remontant, qui l'ont précédé. — (3) défense, aide. - (i) passages. — (h) macliine 
à lancer des pierres. — (G) défenses, travaux d'approche. 



AC 



— 8.1 - 



AC 



quefoispour se tenir quitte envers quelqu'un de 
oe qu'on lui devoit, Be dispenser de toute obli- 
gation envers lui. 

Je m'acijuictc de vous et m'en désiste. 

G. Machâut, MS. fi.l. Î31, V- col. 3. 
VARIANTKS : 

ACOUITER. Orth. subsist, 

Ac.OiiicTKU. Gacc de la liigne, des Dcd. MS. fol. 81, H". 

Af'.olUTTKn. Froissart, Vol. III, p. 33H. 

AcùiïEU. Ane Poët. fr. MSS. avant 13lV), T. 111, p. 1117. 

AcuiTiiKu. Fabl. MS. du R. n" 7089, fol. 57, V" col. 2. 

Aquiteii. Prov. du Vilain, MS. de S. Germ. fol. 75. 

Acrainponcr, verbe. Cramponer. 

Atturlicr l'orlement. Au fia;uré : « Le bassinel sur 
« la lèlc lui mist bien acrampnnê. « (Sainlré, 
p. 656.) 

Acrapé, partie. Courbé. 
Proprement, courbé comme un croc ; du verbe 
AcKAPEn ci-dessous. 

Je suis de \ieiUesse acrapé. 

Eu»l. aes Ch. Poils. MSS. fol. 333, col. 3. 

Peut être le même qu'AcRAPi ci-dessous. 

Acraper, verbe. Accrocher. 

De rÀllemand Krapp, croc, crochet. (Voy. 
Ménage, Dit-l. étym. au mot (iraiipiu.) Les échelles 
de corde ont un "crochet de fer au bout d"en haul. 
De là l'expression aecrapper une échelle, pour 
l'accrocher, dans le sens propre : « Vindrent au 
« pied de la tour, oîi ils trouvèrent eschelles attra- 
« pées aux créneaux du mur. » (Triomp. des neuf 
Preux, p. 473, col. 1 et 2.) 

C'est visiblement une faute : lisez aecrapées. 
Dans les anciennes écritures, ces deux caractères c 
et t n'étant presque jamais distingués, il étoit facile 
de les confondre. 

Ce mot est employé figurément pour accrocher, 
enlever, dans ces vers oii le Poète compare les Loix 
à une toile d'araignée : 

Justice pugnist (1) petit cas ; 
Petites gens prant à ses las (2), 
Mais, quant il vient une fort mouche 
A la toile, cil fait le louche (3) 
Qui la deust prendre et happer, 
Et li laist sa toile acraper, 
Emporter, froissier, desrompre : 
Ainsis n'est justice c'un ombre, 
Qui ne pugnit les grands larrons. 

Eust. desCh. Poos. MSS. fol. 521, col. 1. 

Pour accrocher, prendre ; en parlant de l'avidité 
de la Cour de Rome: 

Car Rome adies pense d'el agraper. 

Anseis, MS. fol. 56, R" col. 1. 

VARIANTES : 
ACRAPER. Eust. des Ch. Poës, MSS. fol. 521, col. 1. 
Agraper. Anseis, MS. fol. 56, R» col. 1. 
Attraper (lisez Accraper.) Triomph. des neuf Preux 
p. 473, col. 1 et 2. 



Arrapi, part. Retiré, engourdi. 

Ce mol paroit être une abréviation à'.ierampi, 
formé de crampe, espèce <rengoui'dissemeiil ou de 
convulsion qui fait retiroi- les nerfs; d'où l'on a pu 
dire en paiiarit de rclfet d'une brûlure à la langue : 

Li fu si la langue acranic, 

Et la gorge si eschaudéo ; 

Et si mal mise la corée. 

Qu'il no pot ne racier (4), n'enduire (5). 

Ealil. .MS. du It. n- '708!), fui. i5, V'col. 2. 

(Voy. CjUami'Hh et Cuami'ih i'i-n[)rès.) 

Acro, aultsl. jém. Mesure de terre. 

Ce mot subsiste, et la mesure iiu'il indique varie 
suivant les pays: c'est communément un peu plus 
(|ue l'arpent. Dicl. de Uorel, de Ménage, de Cot- 
grave. — Laur. Closs. du Droit fr. — Du Cange, 
Closs. lat. au mot Aéra. — Vfiy. Rourguiiig, de 
Orig. voc. Vulg.) Quelques-uns dérivent ce mot du 
lat. ager ; mais il paroit venir plus iiniuédialement 
du mot .k'/in', qui s'est dit pour terre labourable, 
suivant Pezron, Antiq. des Celtes, p. 4'23. « En Pi- 
« cardie et en .Normauilie, les aera^ sont pris pour 
" arpens. » (l'ilhou, Coût, de 'i'roves , p. 376. — 
Voy. le Coût. gén. T. I, p. 1010 et iba'i. — Coût, de 
Morm. fol. 56, Y°.) 

Acréantement, sultst. mase. Promesse. 

Du verbe Créanler ci-après, promeltre, assurer. Si 
« chelui ([ni fet son testament, fet liacbier (6) à ses 
<i hoirs... que il tendront l'ordenanche de son tes- 
« tament... se les hoirs voient que il fit le testa- 
« ment encontre droit, li acréanlemens si ne leur 
« doit pas nuire. » (D. Carpent. suppl. Closs. du Du 
Cange, au mot Accreantatio. — Voy. Cue.^ntement 
ci-après.) 

Aeréer, verbe. Faire crédit, prêter. 

Mot formé du verbe Créer ci-après, pris dans le 
sens de croire; d'où aeréer, avoir foi: au figuré 
faire crédit. » .le ne sçai se vous me devez ou se je 
« vous doy. Or soit tout quitte... mais se de cy en 
« avant nous acréons l'un à l'autre , nous ferons 
« nouvelle deble et le convendra escrire. » (Hist. 
de B. du Guesclin, par Ménard , p. '248. — Voy. 
AcRoiRE au même sens.) 

Acresté, partie. Fier, orgueilleux. 

Proprement, qui levé la crête. Voy. Le Duchat 
sur Rab. T. I, p. 180. — Et le verbe Acrester ci- 
dessous.) 

Acrester, verbe. Etre orgueilleux. 
Lever la crête. Du verbe Crester ci-après. 'Voy. 
ce mot et Le Duchal sur Rab. T. I, p. 180.) 

Acreuse, subst. fém. Enchère. 

Mot formé du verbe Aecrnitre. (Voy. Accroissei-r 
ci-dessus.) « Guillaume de Bullac dist que Lattat 
« l'avoit accompaigné en ladite vente ou acreuse. » 



(1) prend en main. — (2) filets, lacets. — (3) n'y regarde pas, n'y prend pas garde. — (4) cracher. — (5) avaler. — (6) jurer. 



AC 



— 8-4 — 



AC 



(Lettre de Ii08, citées par D. Carpent. — Suppl. 
Gloss. de Du Gange, au mot Accresentia.) 

Acroc, subst. masc. Croc, crochet. Obstacle, 
incident. Arrêt, saisie. 

Le premier sens est le sens propre. (Oudin, Dict. 
Vov. Ciuic ci-après.) 

Ùe là ce mot au figuré, pour obstacle, incident. 
(Oudin, Dict.l 

Enfin, on a étendu cette acception à celle d'arrêt, 
saisie. " Celui ijui fait accrocher ou arrcster un 
" autre en personne, ou ses biens à tort , comme 
« aussi qui s'opposant Ji ïacroc ou arrest, vient à 
« succomber par sentence , sera en l'amende de 
» trois livres parisis. » (Coût, de Bailleul au Aouv. 
Coût. gén. T. L p. 980, col. 1.) 



ACROC. Coût, de BaiUeul, au Nouv. Coût. gén. T. I, p. 080. 
Accroc. Oudin. Dict. 

Acroclie, siihst. [cm. Croc, crochet. Accroc, 
ob.stacie. incident. 

.Moiiel délinil ce mot au premier sens: « Croc 
■■ fiché à la paroy pour i pandre des uslansiles. » 
Le môme qu'acrw ci-dessus. « Armez et de mains 
•' et d'accrochés. » (Poës. de R. Belleau, T. I, p. 23. 
— Voy. Crocuk ci-après.J 

On s'en servoil aussi figurément pour obstacle, 
incident, embarras. « Pourvoir à une accroche que 
« les négocialcurs de la paix de Vervins y avoient 
« laissée nonchalamment. « (Mém. de Sully, iibi 
suprà.) Nous disons encore accroc et même accro- 
che, en ce sens; mais le dernier est du style fami- 
lier. (Voy. Dict. de l'Acad. fr.) 

V.MIIANTF.S : 
ACROCHE. Jeann. Négoc. T. II, p. [Kl 
Accroche. Mém. de Sully, T. IX, Ep. p. 14. 

Acrochenient, sulmt. masc. L'action d'accro- 
cher. Incident. 
Sur le premier sens. (Voy. Cotg. et Oudin , Dict.) 
Ce mot a signifié incident, délai, en termes 
de {>rocédure. (Cotgr. Dict. — Voy. Acbiociie et Acnoc 
ci-dessus.) 

VARIAMES : 

ACROCHEMENT. Du Cangp. Gloss. Lat. au mot .ihetliim. 
AccRociiEMENT. Oudin cl Cotgr. Dict. 

Acrochor, verbe. Faire obstacle, embarrasser. 
Arrêter', saisir. 

Du verbe Chociikii ci-api es Ce mot subsiste sous 
la première orlho;;raphe, et s'emploie encore quel- 
quefois dans les mêmes acceptions; mais nos an- 
ciens Auteurs en faisoient un usage beaucoup plus 
étendu. 

« Dans le premier sens, ils di.soient : •> Se voslre 
« aversaire veaut prover contre vous par privilège, 
« soies gailans (1) soutillement de noter les points 
« don privilège; savoir se vous, par aucun point, 
« pories voslre aversaire a<;;'0(;/(it'/' à faire faillir à 



« sa preuve, et s'il y a aucun point à quoi vous le 
» puissiez acrochier, si le faites defaciant (2) sa 
« preuve. » (Assises de Jérusalem, p. 56.) 

Ce mot a aussi signifié arrêter, saisir : « Celui 
« qui fait accrac/u'cr ou arrester un autre en per- 
« sonne, ou ses biens Ji tort... sera en l'amende de 
« trois livres parisis. » (Coût, de Dailleul, au Nouv. 
Coût. gén. T. L p. 980, col. 4.) 

VARIANTES : 
ACROCHER. Assis, de Jérus. p. 28. 

Accrocher. Coût, de BaiUeul, au Nouv. Coût. sin. T. I, 
p. m), col. 1. 
AcROcniER. Assis, de Jérus. p. 56. 
AcnociER. Fabl. MS. du R. n° 7989, fol. 5'2, V» col. 1. 

Acroirc, verbe. Croire. Rehkher sur parole. 
Prêter, donner à crédit. Emprunter. Avoir crédit. 

Le sens propre de ce mol est croire à quekiue 
chose ou à quelqu'un, croire avec idée de rapport. 
(Voy. CiioiRE ci-après.) " Tout le meilleur et le plus 
« fort veulx acroire ; croyez donc, dist la dame. » 
(l'ercef. Vol. IV. fol. lil , 11" col. 2.) « Il me fist 
« acroire menzonge. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 7.) 

De lu l'expression s'en faire accroire: elle est 
très-ancienne dans notre langue ; on l'employoit 
en bonne part pour exprimer l'empire et l'autorité 
(|ue les bienfaits, les talens supérieurs ou la pru- 
dence nous donnent sur l'esprit des autres. 

Athis respont ; bien vous en croi. 
Si grant chose avez fait por moi ; 
Que vous en faites bien acroire, 
Vostre parole est saine et voire. 

Atliis, MS. fol. IG, R- col. 2. 

Brantôme a dit, en parlant de Catherine de Médi- 
cis : « Quelle brave Reine, et de quelle audace elle 
« s'en faisoit accroire ! " (Cap. fr. T. IV, p. 270.) 
« Le Roy s'en fuisoil estrangement l»ien accroire 
" sur l'observation de ses loix. « (Brant. sur les 
duels, p. 170.) 

Nous disons encore s'en faire accroire, pour 
avoir trop bonne opinion de soi ; cette expression 
s'empioyoit autrefois dans un sens à peu près sem- 
blable pour ne s'en rapporter qu'ù soi , par excès 
de conliance: >• Comme M. de Tavanes voulut pas- 
" ser ; M. de Barbesieux ne le vouloit permettre, 
" luy disant qu'il ne seroil pas de la partie; et là 
« il y eust de la colère d'un côté et d'autre; mais 
« quoiiiu'il fist, il s'en fit accroire et passa le guis- 
>' cbet. » (Mém. de Montluc, p. 73.) C'est-à-dire, il 
en lit à sa tête, etc. 

Par extension du premier sens, on à\so\l accroire 
un prisiinnier, pour le relâcher, en ci'oyant à sa 
parole. « Il m'a prié (jue je le veulsisse acroire 
« jus(iues à trois semaines, et jel'aiacj'^?!/. >■ (Frois- 
sart. Vol. m, p. 3<)0.) 

De même .Accroire a signifié donner à crédit, 
prêter sur la parole de l'emprunteur. (Voy. Acréer 
ci-dessus.) 



Or regnie-je bieu, si i'accrois 
De l'année Drap. 



Farce do Palhclin, p. 57. 



(I) prenez-garde. — i2; manquant. 



AC 



— 85 — 



AC 



Fol est qui Ici gaiçc ctcrnil. 

Fahl. MS. du n. n- 



JIR, fol. 203, V- ool. 2. 



On disoil aussi dans un sens contraire, acroirc 
pour emprunter. 

Se lu li dies que tu n'aies 

Nés (1) un denier de quoi tu paies ; 

Ele dira que lu Vacioies. 

OviJ. do art. MS. do S. G. fol. !>4, U" col, 3. 

Qui acfoit, et ne rent, 
L'ame fait paiement. 

Marc, cl Sa'.ciu MS. do S. 0. fol. 117, V col. 3. 

De lîi pour avoir crédit. 

.... qui bien paye, bien acroist. 
Et de legier pas l'en ne croit 
Celui qui promet et ne sot (2). 
Hisl. de Fr. à la suite du Rom. do Fauvol, MS. du R. n- OSIS, fol. 08. 

Proverre. 
Cent ans accreu se paye tout à une heure. 

Ce proverbe (ju'on trouve dans des vers ù la suite 
du Pursaloire d'amour, dans un ms. intitultî: La 
danse aux aveugles, [)-JiV Michauil, est répété par 
J. Marol, p. 78. (Voy. aussi Dialog. de Mallepaye , à 
la suite de Villon, p 52.) 



ACROIRE. S' Bern. Serra, fr. MSS. p. 7. 
Accroire. Test, de ,1. de Meun, vers 591. 

Acroissans, partie. Qui s'accroît. 

Au ligure, qui s'élève, du verbe Accroistre ci- 
dessus: qui excelle au-dessus des autres, qui les 
surpasse ; c'est en ce sens qu'on lit : 

. . . . fu li Rois apieles 
Carlemannes par tous règnes ; 
C'est à dire, sire acroisans, 
Rois et Erapereres poisans. 

Ph. Mousk. MS. p. 118. 

Ce mot dans la suite a élé employé comme un 
titre de prééminence affecté à la dignité Impériale. 
« Villaumes, par la grâce de Dieu, Rois des Romains 
« et tondis (3) rtc?'o/ssrtHS, etc. » (Lettres de 1253, ci- 
tées par D. Carpentier, ubisuprà.) " Philippes, parla 
« gi'ace de Dieu, EmpereresdeRomanie à touz temps 
« acroissans, etc. » (Lettres de 1265. — Id. ibid.) 

VARI.\NTES : 
ACCROISSANS. D. Carpentier, suppl. Gloss. de Du C. au 
mot Augustits 5. 
AcROiSANS. Ph. Mousk, MS. p. 118. 

Acropie, partie, fém. Accroupie. 
« De luy dist une vieille acropie , le monstrant 
« au doigt, etc. » (Rabelais. T. 11, p. 106.) 

Acrostichide, subst. fém. Acrostiche. 

On lit que » Philibert Gautier de Rouille a escrit 
« chant funèbre des neuf Muses sur le tombeau 
« d'Anne de Montmorenci, Pair et Connestable de 
« France, avec acrostichide, et l'annagrammatisme 
« du dict Seigneur. » (Du Yerdier, Biblioth. p. 949.) 



Acrotalres, .s;W/.s/. muse. plur. Somuiels, hau- 
teurs, extrémités. 

(Voy. los Dictionnaires ci-dessus.) C'est le mol 
Grec ',tx(><iit)^(ituy. 

VARIANTES : 
ACROTAIRES. Oudin et Cotgr. Dict. 
AcuoTÉRES. Nicot et ,Monet, Dict. 

Acrote. 

Ce mot est mis par Borel dans la pn'fuce de son 
Dictionnaire, au nombre de ceux que Charron, dans 
son Histoire linivcrscUe, n'a pas entendus. -Nous 
n'avons jusqu'ici trouvé aucun passage qui nous 
en ait fourni la signification. 

Acroupi, subst. masc. Sorte de mon noie. 

Elle empruntoit cette dénomination de l'animal 
acroupi qu'elle représcntoit : « Bailla .... .\.\xvi 
« solz û'acroupis, monnoie de Flandres, pour douze 
« deniers la pièce. » (Lettres de 1398, citées par 
D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mol Acroujii.) 
On lit dans d'autres lettres de 1 'i02 : » Hz allouèrent 
« les XL pièces d'icelle monnoye pour un petit 
« acroupi. » (Voy. Id. ibid.) 

Acroiipie, subst. fém. (iénuflexion. 

Du verbe Acroupir, s'agenouiller. (Voy. ce mot.) 

.... fait une acroupie, 

Et un enclin devant s'ymage. 

Mirac. B. M. V. MSS. lib. I, cité par D. Garp suppl. Gloss. de Du C. 
sous le mol Acroupi. 

Acroupir, verbe. Gîter, coucher. S'agenouiller. 
Déprimer. 

Le sens propre est accroupir. De là pour giter, 
coucher, dans ces vers où il faut lire acrouper, au 
lieu û'acouper : 

Fors du Chastel et de la Tor 
La getont ; et de son douaire 
Ne li laissent en nul repaire, 
A qu'ele se puisse acoiipei; 
Ne penre repas, ne souper. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 280, R- col. 1. 

Pour s'agenouiller : 

Devant Dame Yfame s'acroupe. 
Puis li descuevre sa penssée. • 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 11, V col. 1. 

(Voy. AcRoui'iE ci-dessus.) 

Dans une signification plus figurée, l'on a dit 
acroupir, pour déprimer. « Quele ribaudaille sont 
f( ceux-là qui nous veullent acroupir? y> (Lettres de 
1390, citées par D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au 
mot Aeroupi.) 

V.VRIANTES : 

ACROUPIR. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. sous le 
mot Acroupi. 

AcouPER (lisez Acrouper). Fabl. MS. duR. n''7-218, fol. 289, 
R° col. 1. 

Acrouper (s'). Ibid. fol. 11, V" col. 1. 

Acrnaulté. 

Je crois ([u'il faut lire en deux mots a cruaulté. 



(1) pas mesme : ordinairement neis-ne ipsitm. — (2) paye : sot-solvit. — (3) totis diebus. 



AC 



— 86 - 



ÂC 



ayes cntaultê dans ce passage : « Abbaz les édifi- 
« ces, et acruaulté que les puissans, et les plus 
» graus citez, et les plus nobles mettes à Tespée. » 
(Clirou. S' Deiiys, T. I, fol. M, V°.) C'est-à-tlire, 
« sois si cruel tiue tu passes au 111 de l'espée, etc. » 

Actabei', verbe. Achever. 

On a dit li?urément : « baille-moi le poinhal. car 
<■ je le actaberai : voulant dire qu'il le aclievoroit 
o de murtrir. » ;D. Carp. suppl. Gloss. de Uu C. au 
moi Actuare. — Voy. Achever et Acab.^t ci-dessus.) 

Actalneiix, adj. Opiniiltre. Offensant. Querel- 
leur. Pi'iiible. l'ude. 

Ce verbe foruié du verbe \alir ou Manier, parti- 
cipe à ses acceptiiHis; ainsi comme aatir signifie 
disputer, on a dit une contention uctaineuse, pour 
une dispulo vive. « Longue fu, et trop uctaineuse 
« qu'il n'aniert, la conlcncion de ces deux qui 
« estrivoieiit 1 ensemble. » ;AI. Ciiartier, quadri- 
logue invectif, p. 430.) 

Aatir a signifié attaquer, provoquer. De h\ on 
a dit, Ataigneu.v pour ce qui oiTense. ce qui pro- 
voque au ressentiment : paroles atuigneuscH, pour 
paroles injurieuses. ;Gr. Coût, de France, Liv. III, 
p. 297;; et par une extension de celle acception. 
l'on a dit ataineus, pour ce qui fatigue, ce qui 
ennuie. (Voy. l$orel, Dict.) 

Ataineux est expliqué par querelleux dans le 
Dictionnaire de Borel ; et c'est l'un des principaux 
sens du verbe Atainer. 

Au figuré, ce mot appliqué à sentier, chemin, a 
désigné pénible, fatigant. Peut-être en ce sensvienl- 
il de taner, peiner, fatiguer. (Voy. Ta>er.) 

par une voie boiteuse, 

Roiste, estroite et atainense. 

G. Guiart, MS. fol.72, Vv 



ACT.\INEUX. -M. Chart. quadrilogue invectif, p. «G. 
ATAiONEfx. Gr. Coutum. de Fr. Liv. III, p. 297. 
Atainels. g. Guiait, MS. fol. 21C, V». 
Ataineux. Borel, Dict. 
Attavnecx. Cotgr. Dict. 

Acte, suhst. fém. et masc. Action, acte. 

Ce mot, dont la signification est aujourd'hui 
moins générale, étoit autrefois du genre féminin. 
« Furent présents et complices à la deslrousse de 
« Lacedemone, quant lleleine fut ravie et à toutes 
« les autres bonnes actes que Paris feit. etc. » 
(J. Le Maire, Ulustr. des Gaules, Liv. III, p. '2'.»!).) 

On ccrivoit act au masculin, pour acte. « Esgousts 
<■ ny autres servitudes par nets occults et latents, 
« non cognus au voisin, ne se peuvent prescrire.... 
« si les «f/.s de la jouissance luy en sont... cogneus, 
« peuvent estre prescripts par vingt-un ans. » 
(Coût. d'Espinal, au nouv. Coût. gén. t. II, p. li3G, 
col. 2.) 

VAIIIANTKS : 
ACTE. J. Le Maire, Ulustr. des Ga\iles, liv. III, p. 299. 
Act. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 11*5, col. 2. 



Actéoniser, verbe. Faire cornard. 
Faire porter des cornes comme à Actéon. (Voy. 
Caquets de l'Accouchée, p. 41.) 

Actor, verbe. Dresser des Actes. 

\.'art d'acter, l'art de dresser des Actes; propre- 
ment la connoissance des formules, la science des 
Notaires. Celte expression est emidoyée en ce sens, 
par l'h. Mouskes, en parlant des diverses connois- 
sances dont on ornoit l'esprit de Charlemagne. 

Aprisl Charlon Dialectique, 
Astronomie et Rélorinue ; 
l.'itrt (/'tl(•^'l• aprist volentiers, 
Et des étoiles les sentiers. 

l'h. Mousk. MS. |.. 8». 

Acteur, suhst. masc. Auteur. 

Proprement celui qui fait ou qui a fait; du latin 
Actor. C'est dans cette signification générale, que 
pour désigner Dieu, l'Auteur de tout, on s'est servi 
de l'expression. Acteur de toutes choses. (Ilist. de 
Doucicaut. p. 304.) 

Ne homs ne pourroit son Créateur 
Qui de tout le monde est Acteur, 
Hien amer, ne bien honnorer. 

G. Machmit. MS. fol. 231, V- col. 3. 

Dans un sens particulier, ce mot a signifié Auteur, 
celui qui fait, qui compose des livres. 

De prouver le contraire suis prest, 
Par les acteurs et livres, etc. 

Eust. des Ch. Pois. MSS. fol. 51, col. 1. 

Voyez un Manuscrit, intitulé : Voyage de Cènes, 
parJ.Marot, où l'on trouve encore .4r7<'Hr pour 
Auteur.) Ce même ouvrage imprimé sur un exem- 
plaire où Marot avoit fait beaucoup de corrections 
de sa main, offre p. ir>, le mot Auteur, au lieu 
d'Acteur; ce (lui pourroit faire conjecturer que 
c'est vers ce temps-là qu'a cessé l'usage du mot 
Acteur, dans cette signification. 

Sans parler de l'acception particulière qu'il 
conserve, nous observerons qu'on l'employoit figu- 
rénicnt comme aujiuird'hui. L'on appeloil chef 
Acteur, le principal Acteur dans une alîaire, dans 
une intrigue, etc. (Triomph.des neuf Preux, p. 217, 
col. 2.) 

VARIANTES : 

.\CTEUR. Orth. subsist. 

Ar.TiiLiH. Gér. de Roussillon, MS. p. 208. 

ÊTOun. Id. ibid. 

Actif, adj. 

Nous ne citons ce mol qui subsiste, que pour 
expiicpier cette expression Vasselagc actif; c'est le 
droit de féodalité qui appartient au .Seigneur sur 
son Vassal. (Laur. Gloss. du Dr. fr. et Dict. de Cotgr.) 
Ici actif, est par opposition îi passif. Le Vasselage 
actif esl le devoir qu'on se fait rendre: le Vasselage 
passif est le devoir que l'on rend. (Voy. Vasselage 
ci-après.j 



(1) disputoient. 



AG 



— 87 - 



AC 



Action, anhst. (èm. 

Le sens ]m(i[)i-c subsiste ; el l'on appelle encoi't! 
actuin au lij;ur<', le droit en vertu clui|uel on ajfit 
eonlie la iiers(uuie ;i UKiuelle on lail une ilenianile 
en justice, el (lueliiuelois par extension l'objet 
niènu' (le la ileuiande ; c'est en ce sens ((ue l^auiière 
(lélinit action: " iletle active, à la dillérence de la 
" passive. » ((iloss. du l>r. IV.) 

L'ancienne .lurispnuleace dislin^uoil comme 
aujourd'hui ditVi'renles espèces d'actions. Avoir 
action en la eliose, e'étoit « avoir droicl en la pro- 
« priélé d'aucun liéritage. dont un autre prendroil 
«' les usnfruicis, ■> : Voy. Houleill. Soui. lîur. p. L")").) 

On ntinunoil action à ta elione, celle i|ue « peut 
" avoir celuy qui tient usul'ruicl d'aucun héritage à 
« vie ou ;^ certain tem|ts; iiui n'a aucun droicl en 
•< la propriété. >< i\'oy. Id. ihid.) 

Sur une accusation dont la preuve étoit difficile 
;i faire, les Juges ordonnoieiit le duel en certains 
cas, qu'on disoit : cticnir en action jwpulaifc. Celui 
du Crime de Lèse Majesté en étoit excepté. « On 
" avoit cause de ce l'aire et demander, si comme par 
" la mort ou Irayson de son père ou de sa mère, 
'< de son frère ou de sa sœur, de son fils ou de sa 

" fille de son germain ou de sa germaine; et 

« pour s(ui droicturier Seigneur, se le cas chet eu 
« action populaire, c'est-ù-dire, ce c'est de cas qui 
« à lui appartiennent i^i cause ; si comme se un 
" homme noble, ou (lui n'est de la famille du Roy, 
" eausoit de trahison contre le Roy, il ne seroilà 
« recevoir gage de bataille : car ce n'est par action 
« de populaire, ne qui appartienne à sousteuir à 
« commun homme , etc. » (Routeill. Som. Rur. 
page 881.) 

On peut voir ibid. p. 152 etsuiv. notes p. ir)3-17(). 
et dans le Gr. Goutumier de France, Liv. II, p. 111. 
les autres espèces d'«c'//oHS. Celles qui ont des noms 
anciens et particuliers , nous les avons rangées 
sous le mot qui les dislingue. 

AcUor, adverbe. 

Il faut probablement lire à euer. pour à cœur. Il 
est facile de confondre ces deux orthographes en 
lisant ou copiant les manuscrits. 

Princes à vous suppli humblement, 
A mes -Seigceurs semlilablement 
Vos oncles et Irère, que prenés 
Mon fait aciiur, et tellement 
Que clibscun voye clerement 
Que je ne soye révoquez. 

Eust. des Ch. Povs. IISS. fol. 3i0, V col. i. 

Actrayère, subst. fém. Terme de Coutume. 

Ce mol, le même (\v\'Eslraière ci-après, quant à 
la signification, pareil eu différer par l'étymologie. 
<Juelques-uns cependant dérivent l'un etî'autre'du 
latin attrahere, attirer. 

" Par ce mot Actrayère (1) se doivent entendre les 
« biens assis en autre justice, qui viennent au Roi, 
« ou à autre Seigneur, soit à cause de leurs hautes 
« Justices, ou de leurs homme et femme de corps 



« par succession , confiscation ou autrement » 
(Coul. gén. T. I, p. ma.) 

VAIIIAXTES : 
AGTR.VYKRES. Coût. gén. T. I, p. 4C6. 
.\Tin.\iiu;iiK. Du Cangc, Gloss. Lat. au root Atli-aclus. 

Acliiaiité, snlist. fem. Réalité. 

L'.Vuleur du Gloss. sur les Coul. de Beauvoisis 
dit n'avoir lu ce mot que dans P. de Fontaines; ii 
ci'oil (lu'il faul lire cruauté; le passage auquel il 
l'envoie, et que nous allons rappoj-ter, semble 
luouver (jue actuautc esl pour acte réel, comme 
s'il y avoil actualité, réalité : « 11 ne convient pas 
•' ke peur soit prouvée tant seulement par vantan- 
« ces, ne par manaches, mais par Vactuauté du 
« l'ait. » (Cons. de P. de Fontaines à la suite de 
Joinville, ch. .XV, n° 57.) 

Acturer (s'), verbe. Se tapir. 

Se cacher, en se tenant dans une posture rac- 
courcie et resserrée; i)eul-étre du latin rtrc;/«s. res- 
sens, étroit. ■' Se leuoit musse ou «c/î/n'ou appuyé 
" en aguet contre le torchis ou apparoy de son 
« hostel. » (Lettres de liGS, citées parD. Carpenl. 
suppl. Gloss. de Du G. au mot Acurtare) 

Acube, ?,ul)st. masc. Tente, lit. 

En général, lieu pour coucher, du latin «(■(■(///«;■£;. 
■' Gite, repaire, s. jour » suivant Mcot. jVoy. Oudin 
et Cotgr. Dict.) Nos anciens Poètes ont souvent em- 
ployé ce mot dans la signification particulière de 
tente. (Voy. Du Gange, Gloss. lat. au moi AccubitUK, 
T). col, 80.) Il cite ces vers : . 

.Vnviron la cité firent lo trefs drecier, 
PaviUons et Aucuhesel grands paissons ficliier. 
llom. de Girard de Vienne, MS. 

Ce pourroit être aussi une espèce de lit, sur lequel 
on couchoit dans les tentes. 

XII lieues moult granz tient la herbergerie, 
De paveiUons ovrez de soie d'Aumarie, 
De loges et de très, A'acubes de Turquie. 

Parten. de Blois, MS. de S. G. fol. 168, V- col. 3. 

Les grant (2) eschet que pris avons, 
Et Aucuhes et pavellons. 

A'.his, MS. fol. 53, V col. 2. 

On lit ailleurs : 

Les riches trez, les pavillons. 
V.MU.VNTES : 

ACCBE. Rom. de la Prise de llierus. ilS. cité par Du Cange. 
Gloss. lat. au mot Accubilus. 
AccuBE. Oudin, Cotgr. el \icot Dict. 
Alcube. Gér. de Roussillon, MS. p. 65. 

Acueillage, subst. masc. Association, engage- 
ment. 

Du verbe xVccrEiLLiR ci-dessus, pris dans le sens 
d'engager, associer. - Grant Jehan acueillit et al- 

ft loua à la suppliante une sienne niepce Au 

" moyen duditac'i/('///«(/(% ladite niepce, etc. » ^Lett. 
de Ii8'2, citées par D. Carpent. suppl. Gloss. de Du G. 
au mot AccolUgere.) 



(i) actrayère vient de udraclus, estraiére vient de extractus. — (-2) butin. 



AC 



— 88 — 



AC 



Acuoillotor, verbe. Cueillir. Prendre. 
Le premier sens est le sens propre. 

A cueillflr la promere flor 
A tel déduit et tel doucor. 
Que mainte bêle Damoiselle : 
I change le nom de pucele 
Qui celé tlor n'en acueillcle, 
Jà Diex en Paradis n'el mete. 

Fabl. MS. de S. Germ. fol. M, R- col. 3. 

De 1;^ le sens générique de prendre. On disoit au 
figuré, aceucilloiter une voie, prendre, tenir un che- 
min. (Voy. AcciKiLi.iR ci-dessus.) 

.... tant est la voie estroite 
D'amie avoir, que blasmer 
Ne doit-on pas celui qui acueilloite 
Voie de lui faire amer. 

.\iK. Po«. Fr. MS. du Valic. n' i522, fol. 155, V col. t. 

VARIANTES : 

ACUEILLETER. Fabl. MS. de S. Germ. fol. &i, R° col. 3. 
AcUEiLLûiTER. Ane. Poës. fr. MS. du Vat. n" 1522, fol. 255. 

Acueui'é, partie, et udj. Qui esL sans cœur. 
Foihle, qui est sans courage. 

On a employé ce mot, soit au propre pour dési- 
gner celui a ([ui on a arraché lecœurou les entrail- 
les, soit au tiguré pour signifier celui à qui le cœur 
manciue, ou par lâcheté, ou par foiblesse de corps. 
(Vov. .4ciErni:n ci-après.) 

Ainsi, on a dit au propre : « lui escreva la playe, 
« et en saillit ung ray de sang aussi gi-ant comme 
« il eust faict d'une 'besle aciieurée, et se pasma 
« incontinent. » (Lanc. du Lac. T. III, fol. I2-2, 
V- col. 2.1 

Au figuré, ce mot a signifié lâche, sans cœur. 
(Oudin et Colgrave, Dict.) Foible dans ce vers : 

J'en ai le cueur noir, triste et acoiivé. 

Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 55, col. 3. 

VARIANTES : 

ACXJEURÉ. Lanc. du Lac, T. III. fol. 122, V» col. 2. 
AccuECRÉ. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 155, col. 3. 
ACHORÈ. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. aumot.4coraWws. 
AcoRÉ. Gér. de RoussiUon, MS. p. 129. 
AcouRÈ. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 108, col. 2. 

Acueurcr, verbe. Arracher, percer le cœur. 
Tuer, l'aire mourir. Faire manquer le cœur, afToiblir. 

Le premier sens est le sens propre de ce mot 
formé de cueur, qu'on écrivoit aussi ciier ou cor, 
etc. « Je iiay acorer ce lyoncel que là avez occis... 
» Quant il Veut acoré, il le pendist à sa selle. » 
(Percef. Vol. II, fol. 52, V^col. 2.) 11 signifie percer 
le cœ'ur, dans ces vers : 

li quens Beghe est descendus, 

De son espiel l'a acore. 

Ph. Mousk, MS. p. .58 el 59. 

De là. ce mot dans le sens général de percer, dé- 
chirer. On disoit ligurément acourer le cuer, pour 
déchirer, percer le cœur. 

Pour mon dolent cuer acourer. 

G. Machaut, »1S. fol. iV, R- col 3. 



Souvenirs vient mon las cuer acourer. 

Ibid. fol. m, R'col. 1. 

Dans la signification de tuer, faire mourir, il dé- 
signe reiïct au lieu de la cause. 

Tant en occist et acoura 

Li Uoys et sa gent en la chasse, 

Que couverte en estoil la place. 

G. Machaut, MS. p. 23î, R' col. 1. 

C'est par métaphore qu'on lit au même sens : 

.... verrai-je jà Vore 
C'un très dous ris 
Puisse avoir de son cler vis 
Qui si m'occit et acorc. 

Ane. Pool. Fr. MSS. araDl 1300, T. II, p. Î6. 

On trouve akeure dans une autre copie de la 
même pièce. 

Enfin l'on a dit acourer pour faire manquer le 
C(i.Mir, aiïoiblir, rendre foible. « Sourdist en leur 
« ost une maladie de cours de ventre, qui fort les 
" acoura : car leurs gens mouroient epaissement 
« de celuy mal. » (IlisL de Loys 111, Duc de Rour- 
bon, p. li>.').) 

De là s'aqueurer, pour tomber en défaillance. 

... . il en boit tant qu'il s'aqueure. 

Fabl. MS. du I\. n- 7218, fol. 238, V col. 1. 

VARI.ANTES : 

ACUEURER. Rom. de la Rose, vers 18805. 

AccORER. Gér. de RoussiUon, MS. p. 132. 

AccoiRER. G. Machaut, MS. p. 228, R« col. 3. 

AcoRER. Percef. Vol. II, fol. 52. V» col. 2. - Gér. de Rous- 
siUon, MS. p. 134 et 163, etc. 

AcocRER. Histoire de Lovs III, Duc de Bourbon, p. 155. — 
Gér. de RoussiUon, MS. p. 142. 

AcuERER. Rom. de la Rose, vers UOf^ et 11090. 

Akeurer. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300. T. III, p. 995. 

Aquelrer. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 238, V» col. 1. 

Acuillahle, adj. Agréable. 
Proprement, qui mérite d'être bien accueilli. De 
là mal acuillal)lc, pour désagréable. 

Pou plesant, et mal acuillabte. 

Fabl. MS. du R. ii- 1218, fol. 217, R- col. 1. 

Acuisinor, verbe. Nourrir. 

Proprement fournir la cuisine de gibier, etc. 
C'est en ce sens qu'on a fait dire à un vieux chien 
qui avoit bien chassé : 

.Mes corps bien vous acuisina. (1) 

Eusl. des Ch. Pocs. MSS. fol. 300, col. 1. 

Acuité, subst. fém. Pointe. Subtilité. 

Dans le premier sens, on a dit métaphorique- 
ment : " Le grave accent du tien escript, tiliole ca- 
« rissime, gecté sur la balance d'afTection pater- 
.< ncUe par «t"H(7('' de vive impression, a sublevé 
« ccste pesanteur et tardilé d'escripre. • (Cré- 

Ce même mol pris figurément, signifioit subtilité. 
(Oudin, Dict.) 



(1) j'ai bien fourni votre cuisine. 



AD 



— 80 



AD 



Aciiincnionienl, suhst. musc. Communion. 

Du verbe Acuincner sous Acommumiih ei-dessus : 
en latin t'unniiuuio. (Hùjîle de S' Benoit lat. et fr. 
Ms. de IJeauvais, cii. 63.) 

Acur«', (idji'ctif. Terme de i''auconnerie. 

On disoit oiseau acnrc par opijositioii à oisaeude 
repaire. « Il y a plus d'alïaire ;\ un faucon prinsde 

« repaire qu'à uni;- qui a esté «r^rc'. » (Budé, 

des Ois. fol. I'2i, H". — Voy. aussi Modus et Hacio, 
fol. 61, V".) 

VAUIANTES : 

ACURÉ. Oudin, Dict. 
A.CORRÊ. Cotgrave, Dict. 

Acuvertlr, verbe. Asservir. 

Du mot cuvcrt, serf. (Voy. ce mot.) 

Ne fust votre venue, 
Tôt eussien France perdue ; 
Et se vos y perdez la vie, 
Donc sera ele activcrtie 

Parten. da Blois, MS. do S. Gcrm. fol. 131, V col. 1. 

Au Pape qui l'ot converti, 
Ainsi sa terre acuverti 
Li llois Jehan. 

G. Guiart, MS. fol, 107, X: 

Mors aquiverlit Rois et Papes. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 103, V- col. 2. 



ACUVERTIR. Parten. de Blois, MS. de S. Germ. fol. 134. 
Aquivertir. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. I, fol. 103, V» col. 2. 

Ad, prép. A. 

Cette préposition est purement latine. Nous en 
avons fait la préposition françoise rt, qu'on a vue ci- 
dessus exprimer des rapports semblables à ceux 
que présentent les passages suivans : 

.... vostre vueil s'accorde ad ce. 

Grelin, p. 150. 
Ad l'honneur, à l'utilité 
Du Roy, de la Royne et du Règne. 

Eust. des Cil. Poès. MSS. fol. 558, col. i. 

De là l'expression ad ce que; afin que. (Join- 
ville, p. 45.) 

Ad ce présent. •< I4' par bourgoys de la ville de 
" Clermont ad presens. » lisez ad ce présens. (Du 
Chesne, gén. de Chastillon, Pr. p. 46, tit. de 1247.) 

Jusqu'rtrf ce que. (.Foinville, p. 45.) Jusqu'à ce que. 

Adage, subst. masc. Proverbe. 

(Voy. Monet et Oudin, Dict.) Ce mot n'est plus 
d'usage qu'en plaisanterie, selon le Dictionnaire de 
l'Acad. fr. 

Adagial, adj. Proverbial. 
Du substantif A(/flsr£' ci-dessus. (Voy. Épith. de Mar- 
tin de la Porte et le Dict. de Cotgr.) 

Adagner, l'^'r/^P. Favoriser. Respecter. 

Le sens propre est estimer digne ; du latin 

(1) j'eus. - (2) orgueil, fierté. - (3) le corbeau. 
I. 



dUjnare. Par extension, favoriser, estimer digne 
d'une faveur. 

tant nous ada'njna. 

Qu'à sa feste nous manda. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 58, R- col. 2. 
De son amour ne le voelt adagyncr. 

Froissarl, Pom. MSS. p. 72, R'. 
.... j'aim celé qui ne m'adaintjne. 

Falil. MS. du R. n- 7218, fol. 218, V- col. 1. 

Si eue Cl) trop el cuer la raige. 
Quant j'aim là où ne TR'adaiijne. 

Ane. Poil. fr. MSS. avant 1300, T. III, [>. UM. 

Ce mot a signifié aussi respecter, estimer digne 
de respect. 

Se vos famés mainent bufoi (2) 

De seur vous 

.... fetcs ausi fctement, 
Comme Ilains (3) fist de sa moillier 
Qui aine ne le vout adaimpni'r, 
Fors tout le mains qu'ele pot, 
Dusques à tant que il li ot 
liatii et les os et l'eschine. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 51, R- col. 2, 

(Voy. Daig.nkr ci-après.) 

VARIANTES : 
ADAGNER. Froissart, Poës. MSS. fol. 17, R». 
Adagnif.r. Id. ibid. fol. 72, R». 

Adaigner. Ane. Poët. Fr. MSS. av. 1300, T. III, p. 1101. 
Adaingner. Fabl. MS. du R. n" 7218. fol. 218, V" col. i. 
.\d.\ingnier. Id. ibid. fol. 51, R» col. 2. 

Adaieur, subst. 7nasc. Qui harcèle. 

Du verbe Adaier, sous Adoiser ci-après, harceler, 
irriter. Nous trouvons ce mot employé comme épi- 
Ihète de plaideur et d'.Vvocat, dans les Epit. de 
Martin de la Porte; et comme synonyme de harce- 
leur. (Id. ibid.) 

Adain, suhst. masc. Aile. 

Nous n'avons sur cette explication d'autre auto- 
rité que celle de Borel, qui a trouvé dans ce mot 
l'origine du nom de la capitale de l'Ecosse, Edem- 
burg; en latin ui'bs alala. (Voy. son Dictionnaire, 
secondes additions.) 

Adainager, verbe. Ruiner, détruire. 
Proprement endommager ; le même que Da.mager 
ci-après. 

.... Caries bien se vengea, 
Des Payens qu'il adatnana. 

Ph. Mousli. MS. p. 224. 

(Voy. Adamer ci-dessous.) 

variantes : 
ADAMAGER. Ph. Mousk. MS. p. 224. 
Adamagieh. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. 
Adomager. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 171, R» col. 2. 
Adom.vgier. g. Guiart, MS. fol. 71, V°. 

Adamant, subst. masc. Diamant. 
Du latin Adamas. 

Ta vertu estincellée. 
Comme le riche Adamant, 



12 



AD 



- 90 — 



AD 



Qui, de sa force cellée, 
Fraude l'honneur de l'enoant ; 
De tel insllnct me ravit, 
Que si autre ciel m'atire. 
Soudain de ses raiz me tire. 

Poi-s. de Loys le Caron, fol. 47, V" et 48, R'. 

Il paroit que ce Poëte eroyoit que le diamant 
empèclioit rallraction de l'aimant. Marbodus l'a 
cru de même; mais les expériences ont démontré 
le contraire. 

On a dit ti^uréuient par allusion h la dureté du 
diamant, pièges d'Adamaiil, pour sii;nilier des fers 
qu'il n'est pas possible de brist'r. ■> Uue restera-t-il 
« aux misérables Franrois vos cousins idisoient 
« les Ambassadeurs de France aux l'i-inces de l'Em- 
« pire à la diète de ['>ii), sinon qu'encbaisnez par 
« les pieds et par les mains de menicles de fer et 
« do pièges d'Adamanl ; ils présentent leurs gorges 
« à couper à leurs vainqueurs, etc. ■> 'Mém. de du 
Bellay, T. V, p. -ilT, notes. — Voy. Adamantinement 
ci-après.) 

Adamantin, adj. De Diamant. 

On a dit dans le sens propre (/emme adamantine, 
pour signilier une espèce de diamant. " Les meil- 
« leures de ces gemmes adamantines viennent 
« d'Inde, et ont aucune convenance avecques le 
« crystal, à cause qu'elles ont plusieurs costez et 
« faces. (J. Le Maire, Cour. Margar. p. 35.) 

Au figuré, cœur adamantin, cœur dur comme le 
diamant. (J. Le Maire, Illustrations des Gaules, 
Vol. I, p. .7«.) 

Vous avés bien les cœurs adamantins. 

FaiTeu, p. 3. 

Adamantinenient, adv. Fortement, solide- 
ment. 

Acception figurée, par allusion à la solidité du 
diamant : « Adamantinement unie. » (S' Julien , 
Mess, histor. p. tl'-l.) 

Adamer, ver^r. Perdre, ruiner, détruire. En- 
tamer. 

Au premier sens, du mot Dam ci-après ; en latin 
damnum , perte , dommage. (Voyez Aiia.magkr ci- 
dessus.) 

S'esmut et par liera et par mer, 
l'our Hobiert Wiskar adamer. 

Ph. Mousk. MS. p. 447. 

Ce mot pris dans un sens moral signifioit plus 
particulièrement la perte de l'âme. (Voy. Damner 
ci-après.j On lit dans une paraphrase de VAve Maria : 

Dominux tecunt ; douce Dame, 
Fu bien chascuns à salu Dame, 
Quant chascune ame erl adainée. 
Dits de Baudoin do Cundc, MS. de CJainnal, fol. 300, V col. S. 

Dans la signification d'entamer, adamer paroit 
être le même qu't'/it/a»u;?', sous E.nta.meh ci-après. 

. . . ont la char plus rouge que n'est charbon en tlame, 
Et les oreilles lées comme une grant eschame 
Dont il s'afublent tuit ; puis ne doutent nule arme. 
Tant soit trenchant ne dure, qui parmi les adame. 

Fabl. MS. du R. n* 7!tl8, fol. 343, V col. I. 



Adamites, suhst. ma.sc. plur. Sorte d'Héréti- 
ques. 

Il y en avoit de différentes espèces. tVoy. le Dic- 
tionnaire des Hérésies, par M. l'abbé Pluquet.) 

Adaptation, snbst. févi. L'action d'adapter. 
Du lalin Adaptare, ajuster, adapter. (Voy. Oudin 
et Cotgr. Dict.) 

Adarce, subst. fém. Espèce d'écume. 

En latin .If/flrcrt ; du verbe Adarrscere , devenir 
sec. C'est une espèce d'écume; (luelquefois aussi 
une espèce de coton , c|ui s'attache aux roseaux , 
dans les temps de sécheresse. (Voy. Cotgrave et 
Oudin, Dict.) 

Adarl»', adj. Nigaud. 

" (iuillaume Moiiin appela Pierre Louchin, grant 
<< .If/rn'/c' de villain. » (Lettres de l'i21, citées par 
D. Carpent. suppl. (lloss. de Du C. au mot Addicio.) 
L'étymologie ([u'il indiciue nous paroit peu natu- 
relle, n suppose que ce nom vient du latin addis- 
cere, apprendre, s'instruire, et qu'on a formé de 
là rtr/«/'/t', homme neuf et simple, inepte, niais. 
Nous aimerions mieux tirer son élymologie de 
l'Anglois Dallii , que Junius Etymolôg. anglican, 
dérive du Flamand Dollcn , nigauder, d'où Adarlé 
pour nigaud. Le nom composé Jacque-Ualle , dont 
le peuple de quehiues cantons de la .Normandie fait 
usage dans le même sens de nigaud, pourroit bien 
avoir la même origine, et confirmer celle de l'Ad- 
jectif Adarl. 

Adavinour, subst. masc. Devin. 

Du mol Devi.neitr ci-après. (Voy. D. Carpentier, 
ubi suprà.) 

variantes : 

ADAVINEUR. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du Cange au 
mot Diriiius. 

ADAViNiKH. Id. ibid. 

Advineuu. Id. ibid. 

Addextreniant, adj. Adroitement. 
Dextiement. (Monet, Dict.) Proprement d'une 
manière ade.vtre. (Voy. Adextue ci-après.) 

Addit, subst. masc. Terme de procédure. 

L'Editeur du Gr. Coût, de Fr. dans sa note tou- 
chant \'interdil sur rc/ilicatinns. Liv. ill, p. 4,55.) 
observe « qu'on peut appeller ccsle fnrnied'escrire, 
" OfW?7;o/iS, comme les nomme fdnlonnance, ou 
- responses ou responsif qui se baillent après les 
" premières escritures. » Cette délinition paroitroit 
propre à donner l'idée de la signilicalion du mot 
Addit, dans ce passage. « L'une des grandes per- 
>. plexités et longueurs estans es proceix de nos 
« dits pays et Duché, est à cause de Vaddit et plai- 
« derie ; et advient souventes fois, que le proceix 
« qui aura longuement duré entre les parties, est 
« en droit et pi'esl à juger, que leur addit et plai- 
» doii'ie n'est encore accordé entre elles: tellement 
" que, (luaut la partie poursuivante cuide avoir la 
•< lin de son proceix, elle est encore au minence-co 



AD 



— 91 - 



AD 



« ment; cai' le (leiïcnileur ou la pnrlie fini vcult 

« délayer, alif'guera cl dira que le |)lay(lié et uililit 

« qui a esté escript par le diofliei', ne; coiilient, 

« vérild, et ([u'il n'a pas été ainsi plaiilaié ; et coni- 

« munénient sont les parties coiitiaires et en 

« preuve sur ce. « (Ord. des Ducs de Bret. fol. 373. 
— Voy. AiiDiTun et AniuTioNs ci-après.) 

AdditanuMit, suhst. mnsc. (le qui est au bout. 

Proprement ce (|ui est ajouté: d'où l'on a dit 
Additamenl vinmillaire, pour le bout du sein, le 
tetin. Dans l'.Xnatomie de Caresnie-prenant, on lit : 
« l.as Adilihniiciis inainilliiircs, comme ung bobe- 
« lin. » vHabelais, T. IV, p. Iti8.) 

Addite, subst. fém. Clause, convention. 
(Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) Stipulation du mot 
Adicter ci-après. 

Additer, verbe. Terme de procédure. 

Proprement ajouter ; du latin addere , au supin 
additum, d'où vient peut-être le mot Addit ci-dessus. 

En termes de barreau, c'étoit ajouter, fournir de 
nouvelles pièces à un procès, y faire des Additions. 
(Voy. ce mot): « Avons délibéré et ordonné que... 
« le procès du contredict sera escript en tierce 
« personne, et après ce qu'il sera escript, addlté et 
« passé, sera clos et sellé avecques les choses ser- 
« vantes à iceluy. » (Ord. des Ducs de Bret. fol. 225.) 
« L'Advocat ne se absentera par fraude en faveur 
« des parties... le jour qu'il aura pledoié cause, 
« jucques ;i tant que le procès en soit addlté , ou 
« que il ait fait son devoir de l'addit du procès, 
« ou au moins qu'il se rende à l'addit du Procès. » 
(Ibid. fol. 231, V°.) 

VARIANTES : 

.M)DITER. Ord. des Ducs de Bret. fol. 223, V». 
A.D1TER. Nouv. Coût. gén. T. I, p. 398, col. 1 et 2. 

Additions, subst. fém. plur. Procédures. 

Laurière remarque, « qu'en l'Edit de l'an 153!), 
« art. 38, et ailleurs, ce sont les écritures secondes 
« de réplique ou duplique, que les parties litigan- 
« tes fournissent en la cause, soit pour ajoute)' 
« autres faits, ou pour répondre aux faits de partie 
« adverse , qui sont contenus par les écritures 
« principales et premières. » (Gloss. du Dr. fr. — 
Yoy. Addit et Additer ci-dessus.) 

Addomter, verbe. Dompter. 

Au figuré dompter, en flattant, rendre moins 
féroce, dans ce passage. « II... est licite de rtf/f/om?('r 
« et endormir par belles paroles les oreilles du 
« tyran ; car puisqu'il est licite d'occire le dit tyran, 
« il est licite de luy blandir par belles paroles et 
« signes. » (Monstr. Vol. I . fol. 41 , V°. — Voy. 
Dompter ci-après.) 

Adduire, ve7'be. Conduire, amener. Instruire , 
dresser. 

Le premier sens est le sens propre ; du latin ,lf/- 
ducere. (Voy. Cotgr. Dict.) De là s'aduire au figuré, 



pour se porter ù quelque cho.se, proprement y être 
conduit par l'inclinalioii. 

La chasse où tout franc cuer s'aduit. 

Font. Guur. Trh. de Vi!n. MS. p. 4. 

On dit encore, dans quelques cantons de la Nor- 
mandie, s<' r/w/ri? fl?< /;ù'h, pour se porter au bien. 
S'rtr/H,(/?r paroit avoir (Hé employé alisolument dans 
une signification à peu près semblable. 

Se ung grant Prince se veult aduyrc, 
Qu'il soit tant soit peu courageux : 
.Tr luy faitz tous ses fait/, descripre, 
Et mettre du nombre des preux. 

Coquillart, p. 126. 

Instruire quelqu'un , c'est le conduire par des 
leçons. (Voy. Duiri: ci-après.) Ainsi l'ondisoit aduire 
pour instruire en général. « Vous estes aduictz en 
« bonne créance. « (Percef. Vol. III, fol. 07, V- 
col. 1.) Plus particulièrement, pour instruire, dres- 
ser en ternies de chasse ou de fauconnerie. « L'es- 
« morillon est le plus petit oiseau de proye dont 
« les fauconniers se servent. Il est de poing et non 
« de leurre ; combien qu'à un besoin on le puisse 
« aussi aduire au leurre. » (Budé. des Ois. fol. 118.) 

. . . primier vous vueil introduire 
D'acharner vos chiens, et aduire 
Telz qui soient à la saison 
Très-bons, etc. 

Font. Guer, Très, de Vén. MS. p. 31. 

CONJUG. 

Aduict, part. Instruit. (Percef. Vol. III, fol. 
67, V'col. 1.) 

Aduiz, partie. Instruit, appris. (Contred. de 
Songe-creux, fol. 114, V".) 



ADDUIFIE. Cotgr. Dict. 

Ax)UiRE. Font. Guer. Très, de Vén. MS. p. 31. 

Aduyre. Coquillart, p. 126. 

Adebonnairir, verbe. Adoucir. 

iVcception générale, née de l'acception particu- 
lière et subsistante de l'adjectif Débonnaire. (Voy. 
D. Carpentier, ubi suprà.) 



ADEDONNAIRIR. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au 
mot Mayinuelnve. 
Adebonerik. Gloss. du P. Labbe. 

Adécation, subst. fém. Conformité. 

Proprement équation, égalité de valeur, équi- 
valent, au figuré, conformité d'une idée avec son 
objet, comme en ce passage: « Vérité est une adé- 
« cation de la chose qui" est à l'entendement de 
« l'homme. » (Ilist. de la Toison d'or. Vol. II, 
fol. 208, V°.) 

Adéfier, verbe. Bâtir, construire. 
(Voy. Édifier ci-après.) 

Abilant siet sus Aire port 

Droit trait : moult fu le chastel fort, 

Et la contrée moût planière 

De beau bois, de bêle rivière. 



AD 



- 92 — 



AD 



Cil qui primes Vadèfia. 
Et qui le chastel coinpassa, 
Moult fu sages et corloiz ; 
Or l'apéle l'en mont Hagneiz. 

Uom. du Rou. MS, p. 10 cl 11. 

AdL'iiuMiter s), verbe. Se désespérer, 
l'roiiremeiit , perdre Tespril, la raison; du latin 
Démens, insensé. (Voy. Demknter ci-après.) 

Gentement s'nilcmcntp, prist soi à gramoier ; 
Helas! dist-il chetis, or n'ai-jo nul denier. 

Fabl. .MS, du R. n- 7218, fol. ZH, H' col. î. 

Adeinetre, verbe. Décliner, baisser. Avancer 
tète baissée. 

Du latin Ihmillere. On a dit tlyurément au 
premier sens : 

Par les mauvais dont il est tant, 
Vait li siècles urft:i/ic((i(i(. 
Et est largece déchue. 
Dils de Baudoin de Condc, MS. de Gaignal, fol. 31Î, R' col. 3. 

De là peut-être s'ademctre pour avancer tète 
baissée. (Voy. Ahkmis ci-après.) 

Encontre lui de grant eslôs, (i) 
S'est ademis, etc. 

Alhis, .MS. fol. 1Î5, R* col. 1. 

Vers Ysore se vait adcmetant. 

Anseis, MS. fol. 30, V- col. 2. 

On pourroit aussi faire dériver ademetre en ce 
sens, du latin admiltere ; au figuré admitlere 
equiirn, i)Ousser son cheval, le faire avancer vers 
son eniienii. 

Adeinis, purtieipe. Caisse. Abaissé, humilié. 
Reçu, admis. 

Du latin Deniissus, on a fait Adeinis au premier 
sens, le même ([ue Demis ci-après, pour baissé ; et 
l'on a dit venir adeinis, dans le sens pro[)ie, pour 
venir tète baissée. 

Cil primerains qui ci vient adonis, 
.\ura la jouste de moi, je vous plevis. (2) 

Anseis, MS, fol.61, V'col. 1. 

(Voy. Ade.metke ci-dessus.) 
Au ligure, ce mot signilîoit abaissé, avili, 
humilié. 

Il firent pais as anemis. 
Dont il furent trop adeinis, 
Et mains prisié, etc. 

Dits de Daudoin de Condc. MS. deGaignal, fol. 310, V- col. i. 

Dans le dernier sens, c'est notre mot ailinis, 
formé du latin adniissiis. 

De saluer bien adcmiscs. 
Se sont de lez le lloi assises. 

Athis, MS. fol. i23, V'. 

On écrivoit adeinie au féminin. 

Vaillance n'est ndcmie, 
Cogneue, ne mise en haut. 

Euse. des Ch. Pof s. MSS, fol. 175, col. 2. 

Peut-être faut-il lire à-demie pour à-demi : 
à-demie cogneue, pour à-demi connue. I 



VARIANTES : 
ADE.MIS. Kabl. MS. du R. n- 7'21S, fol. 3, R» col. 2. 
Adk.mie (au fém.) Eust. des Ch. l'oes. MSS. fol. 175, col. 2. 

Adrmpre, subst. Impôt. 

Laurièie rend ce mot par exaction violente, 
conformément à l'étymologie (ju'il donne, res 
adempta. (Gloss. du Dr. fr.) 

Du r.ange, (lloss. lat. au mot .\drinpruin, dit (lue 
c'étoit une sorte de droit imposé par les Comtes de 
l'ioveuce sur leurs sujets , pour les dépenses des 
mariages de leurs liUes, ou pour les expéditions de 
la terre Sainte, ou pour faire des acquisitions. Ce 
droit répond (iueli|uefois à celui qu'on appelle 
aide-chevel dans d'autres Coutumes. Du Cange 
ajoute que le mot Adciiipre se prend en Languedoc 
pour toute espèce d'impôt : on trouve la même dé- 
linition dans Jean de .Nostre-Dame, des Poêles 
provençaux, p. lOi. 

Ad<Mier, verbe. Condamner. 
Il paroit que c'est le sens de ce mot dans les vers 
suivans, où le Poêle dit en parlant de Dieu : 

.... quant il voet ordener, 

Et castoiier et adencr 

Son serf à souffrir aucun grief, etc. 

Hist. de Job, en vers, MS. de Gai^nat, fol. l'i, R° col. 1. 

Adénéralion, subst. fém. Vente à prix d'argent. 

Il paroit que c'est le sens de ce mot dans ce 
passage : ■• Faire mettre à exécution lesdiles Lettres, 
" alin d'obvier à la relardation des couppes de bois 
" et pesclies d'eslangs; être présent aux baux, 
« veiidilion de grains, vins, bois, poissons, forests, 
" pesclies d'eslangs, adénéraliun d'iceulx, et 
'< receple desdites choses, rentes, etc. » (Ilist. de 
Paris. l'reuv. T. III, p. I'i8, col. 1.) 11 est expliqué 
par vente dans le Closs. de cette même Histoire. 
(Voy. AiiE.NEREH ci-après.) 

Adcnérer, verbe. Apprécier en argent. Vendre, 
convertir en deniers. 

On peut voir sur le premier sens, les Dicl. de 
Nicol, de Moiiet, de R. Estienne cl de Cotgrave. 
(Laur. Closs. du Dr. fr. Closs. de l'ilist. de Paris, au 
mot .lr/(''«Jr(?r ; cl du Cange, au mol Dcnariula.) 

Ce mol a signiliê vendre, convertir en deniers, 
vendre par adjudication. « Il ordonne en son tes- 
" tament, (iiie tous les biens meubles quelconques 
« soient adénérex- et mis à argent, lequel argent 
« soit mis en héritage, au profil des pupilles. >■ 
(La Tbaumass. Coul. de lierry, p. 300.) « Rien 
'< meubles vendre ou faire vendre et adeiierer, en 
" gardant les solempnilés.... accoutumées. » 
(Procès de .lacques Cœur, ms. p. 2."). — Voy. Adene- 
RATioN ci-dessus.) 

VARIANTP;s : 

ADÉNÉRER. Procès de .1. Cœur, JIS. p. ir>. - Nicot, Dict. 
AufcNiEREK. Coût. gén. T. I, p. 757, T. II, p. 1)11. 
ADOiiEniER. (lisez /Idenerier) Pasq. llech. Liv. l.\, p. 7>f9. 



(1) élan. — (2) garantis. 



AD 



— 03 — 



AD 



AiU'uos, Kitlist. plur. Terme tl'analomie. 

Les lieux i^laiides ([ui sont au fond du palais, et 
que Ton nonime couiiuiuicnieut les amys^dalcs. 
Rabelais les nomme en IVanrois de leur nom Hrec 
A'âcyeç. <' Luy coupanl entirrenicnl les veines ju^'u- 
« lairesel ai'U'res spliaL^ilides du col, avec le s^ar- 
« guarcoii jusques es deux admcs, el i-elii"iul le 
" coup lui enlreouvril la mouelle spinale entre la 
" seconde et tierce vertèbre. » (Habelais, T. 1, p. "n'*)- 

Adeiict, siihst. masc. Diminutif d'Adam. 
(Voy. Mcot et Cott;r. Dict.) 

Adens, adv. Sur les dents. 
C'est le sens propre de ce mol, cimiposé de la 
préposition n et du substantif doits. 
Là reraaint mains payens adcns. 
Hisl. do Fr. en vers, à la suilc du Rom. de F.iuvel, MS. dvi 11. n* 6812, 
fol. 75, V" col. 1. 

C'est-à-dire, snr les dents, ou comme nos Poëtes 
diroient aujourd'hui, mordans la poussière. 

On l'employoit par métonymie, ponr signifier 
la bouche, le visage contre terre ; par extension sur 
le ventre. « Plusieurs devant le corps nostre 
« Seigneur.... estoient en la nef tous adans et 
<' crians pardon à Dieu. » (Joinville, p. Ii'2.) 

se gisoit, 

Contre le Soluelll si dormoit. 
Adenz s'est mis tout découvers, 
Et son pertuis (1) fii tout ouvers, 
Un escharboz (2) dedenz entra, etc. 

Bestiaire, MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 82, R- col. 2, fabl. 31. 

On lit as dens. (Bestiaire, ms. du R. n° 71)8t). 
Baluze, p. 57"i, fabl. 43.; 

Au lit se met puis envers puis culof:. 

Al. Charlier, Poi's. p. .".53. 

Se sont andui entr'abatu, 
Cil adcns, et celé souvine. (3> 

Fabl. MS. du R. n- 7i!l8, fol. 213, R» col. 2. 

VARIANTES : 
ADENS. Ph. Mousk, MS. p. 702. - Rom. de la Rose, vers 
1485 1487. 
Adans. Joinville, p. 71. 
Adenz. G. Guiart, MS. fol. 44, R". 

Adent, siibst. masc. Hangar, appentis. 

Les Charpentiers et les Menuisiers appellent 
encore « adeiits, les mortaises et entailleures à en- 
« chasser un bois dans l'autre.... pour ce que le 
« bois enchâssé est comme mordant et eiidentant 
" dans la mortaise. « (Voy. Nicot, Dict. et l'art. 
Adenter ci-après.) 

De là le mot Adant, pour signifier Hangar, 
appentis ; proprement un assemblage en adent, 
« Plus un adantel masure assis audit lieu, appelle 
« le pot vert ... quatre espasses de maisons cou- 
«' vertes de thuille avec un- «rfari.... couvert de 

« chaulme... plus ung«rfaHf couvert de chaulme 

" plus ung adant alias apentilz, couvert de thuille. » 



(D. Carp. suppl. (;ioss. de Du C. au mol Indenlare 2.) 
Adart paioil être une faute d'orthographe dans 
ce passage. 

VARIANTES : 
ADENl . Dict. de Nicot, au mot Adenls. 
AnANT. I). Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot 

l,nlr,ilii,-e, '2. 

.\i>AUT. Id. ibid. 

Adenté, partie. Toiuln;. Cuuclié, penché, ap- 
puyc'. .\ncré, alTeriui, établi. 

Le sens propre est: lomi)é sur les dents, c'est-à- 
dire, le visage contre terre. Cotgrave. Dict. — Voy. 
Adens ci-dessus.) 

Il explique le même mol, par couché sur les 
dents. De là l'acceplion gém^rale, penché, appuyé. 
« Ainsi qu'elle fut adeniptér en un banc sur (jreillers 
« et sur quarreaux. » (Cliron. S' Denvs, T. I, 
fol. ni. V".) 

En comparant les deux points ou crochets d'une 
ancre à des dents, on a pu dire adenté, pour ancré; 
établi, affermi, dans le sens figuré. Louis VIII, 
après la prise d'Avignon sur les Albigeois, fil 
combler les fossez de la ville : 

Et pour i estre plus adenté, 
Fiu'ent tût li mur craventé. 

Pli. Mousk. MS. p. 732. 

C'est-à-dire, que pour mieux s'affermir dans sa 
conquête, il fit abattre les murailles. (Voy. Adenter 
ci-après.) 

VARIANTES : 
ADENTÉ. Cotgrave, Dict. 
Adantk. Id. ibid. 
.\ddenté. Id. ibid. 
.\de.mpté. Chron. S' Denys, T. I, fol. 54, V". 

Adentée, subst. fém. Courmade. 
Proprement, coup de poing dans les dents. 

Hutin (i) et trumel, 
Buffe, (5) colée, (6) 
Joée, (7) adentée, 
Tel sunt lor avel. (8) 

Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 57, R'. 

Adenter, verbe. Tomber. Faire tomber. Ren- 
verser. Mordre. Lier, assembler. Attacher, accrocher. 

Comme on a fait Aboucher du mot bouche, pour 
tomber le visage contre terre; l'on a fait le verbe 
Adenter du mot dent, avec la même acception. Il 
est neutre au premier sens, et signifie proprement 
tomber adens; figurément, tomber la bouche, le 
visage contre terre. (Voy. Adens ci-dessus.) « Fiert 
« leChevalier sur le comble de l'escu ung si grant 
« coup, qu'il fist le Chevalier adenter, voulsisl ou 
« non. » (Percef. Vol. I, fol. 139, R" col. 1.) 

De là pour tomber en général ; même en parlant 
de choses inanimées. 

En celé année raoult venta. 
Dont mainte meson adentut. 
H. de Fr. en vers à la suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. n' 6S19, 
fol. 7+, V col. t. 



(1) bouche. — (2) escarbot. — (3) sur le dos, du latin supinus. — (4) démêlé, querelle. — (5) soufllet. — ^6) coup sur le 
col. — (7) coup sur la joue. — (8) plaisir. 



AD 



- 94 — 



AD 



Souvent on l'employoit dans une signification 
active, pour faire tomber en avant. « Lors en fiert 
a ung sur l'escu, uns: si grant coup, qu'il Vadcnlii 
« sur le col de son cheval. » (Percef. Vol. I, fol. ll;i, 
Vcol. 1.) 

« Adenter un homme à terre, " proprement le 
faire tomber adens, la bouche, le visage contre 
terre. 

Maint homme a à terre admté. 

G. Guiirt. MS. fol. 132. V'. 

On l'emplovoit même dans une sismification plus 
étendue, pour jeter par terre, abattre, renverser ; 
verser, même en parlant des blés sur pied, lorsque 
le vent ou la pluie les couche. 

Le mercredi un vent venta. 
Que les corlines adenla. 
Et desrompi ; mes redreciées 
Furent fost, etc. 
H. de Fr. eo vers à la suite du R. de Fauvcl.MR. du R. n- C812, 
fol. 80, V col. 3. 

Font tous les murs jus adenter. 

G. Guiart, MS. fol. 48, R'. 

En cel an moult plust et venta ; 
Que blez et vingnes adenta. 
II. de Fr. ea vers i la suite du R. de Fauvel, MS. du R. n- C812, fol. 88. 

En comparant ù une bouche, l'ouverture, la 
gueule d'un pot, on a dit, adenter un pot, pour le 
renverser. « Adenta un pot de terre sur les chan- 
« dalles eslans sur le ventre d'icele malade, qui fut 
« fait par forme de ventoise. » (Lettres de 1425, 
citées par D. Carpcntier, suppl. Gloss. de Du C. au 
mot Indentare 2.) 

Une gmnt g.itn (I) demanda ; 
Sour une table ['adrmpta ; 
Une souris a dcsous mise. 

Bestiaire, MS. du R. n' 7089. Baluze 572, fabl. 53. 

Nous lisons adenta pour adempta. (Bestiaire, 
MS. du R. n- 761,5, T. I, fol. 87, V» col. 1, fable 53.) 

On peut considérer le premier sens du verbe 
Adenter, tomber adens, c'est-à-dire, donner des 
dents contre terre, comme une extension du sens 
propre mordre, donner des coups de dents. 

Coûtant i est venuz courant, 
A tôt un baston cort, pesant. . . 
Au Prévost a sauvé la gorge 
Que li cbien ; si l'orent navré 
Le forestier ont adenté, 
Et il crie : CoiUanz aïe, 
Por Dieu le (ils Sainte Marie, 
Ne me laissez as chiens mcngor. 

FaW. MS.dcS'Gcrm.fol.209. 

De là s'adeutir, dans un sens moral et figuré, 
pour s'attacher, s'adonner; proprement s'attacher 
comme avec les dents, ce qu'on exprimoit aussi 
quelquefois par amordre. (Voyez ce mot.) 

Ains me voil toi adenlir, 
A la belle amer. 

Ane. Pocl. Fr. MSS. avant 1300, T. Il, p. 899. 

.... sont apris et adcnti 
A lecerie, (2) à mauvaistié. 

Bestiaire de la Div. escrit. MS. du R. n' 7989, Baluze 578, fol. 197, R* col. 2. 



On appliquoit encore l'idée de mordre à la bles- 
sure qun fait un trait, parce que ce trait arfnife, 
mord pour ainsi dire, entame le corps de l'ennemi 
(lu'il alliMut. 

La veissiez quarriaus voler 

Qui s'assiocnt en pluseurs places, 

Sus visages nuz et sus faces 

Soudoiers ça et là palir, 

Sus qui quarriaus aguz s'adcntcnt. 

G. Guiart, MS. fol. 317, V'. 

En termes de menuiserie et de charpenlerie, ce 
mot signilioit lier, assembler plusieurs pièces de 

bois, les " enchâsser si que l'enchâssée adente 

« et inorile dans l'autre. » (Voy. iNicot, Dict. et 
Ade.nt ci-dessus.) 

Enfin, l'on a regardé des crochets, comme des 
espèces de dents. De là le verbe adenter pour ac- 
ciocher, agraffer. (Voy. Borel , Dict. et Endetter 
ci-après.) 

Adenter une eschelle à un mur, l'attacher, la 
dresser contre un mur, ne se dit que « quand 
« l'eschelle a deux crochets et agraphes larges de 
« fer, etc. » (Voy. Nicot sous Adents et Cotgr. Dict.) 



ADENTER. Borel et Cotgr. Dict. - G. Guiart, MS. fol. 40, V». 
.Vdemptich. Bestiaire, MS.du R. n»7989. Baluze 572, fable M. 
ADENTin. Bestiaire de la Div. escrit. MS. du R. n" 7989. 
Daluze 572, fol. 197, R» col 2. 

Adepi'imes, adiK Premièrement. 

(Voy. Rrilton, dos Loix d'Anglet. fol. 18, R°.) Ce 
sont les deux prépositions a et de, réunies au mot 
prime, par une espèce de tautologie, dont nous 
avons donné plusieurs exemples sous vl , préposition. 

Adès, adv. Lors, alors, dès lors, maintenant, 
incontinent. Tantôt. Toujours, sans cesse. 

Nous remarquerons qu'anciennement , tant en 
provençal, qu'en frauçois, on disoil es, pour ipse, 
et que l'adverbe adès pourroit bien être composé 
de ce pronom, précédé de la préposition ad. Quoi 
qu'il en soit, ce mot sous les deux premières ac- 
ceptions, est le même que l'Italien adesso. L'une et 
l'autre langue ont aussi pu le former du lalin ad 
ipsum, suppl. tevipus. 

De là le premier sens dont on trouve mille exem- 
ples dans nos anciens Auteurs, dans les Fabliaux 
.MS. ihi lloi, dans les vies des S" ms. de Sorbonne, 
etc. (Voy. aussi Nicot, Borel, Cotgr. et Ménage, Dict.) 

Laurière, Closs. du Dr. fr. au mot adez, l'expli- 
que par alors, dès lors ; en quoi il semble se confor- 
mer à l'Editeur de Bouteiller, qui l'interprète par 
adonc ou lors. 

Ce mot signifioit maintenant, incontinent, aussi- 
t(M, sur le champ. (Gloss. de Villehard.) " L'Empe- 
« reres Baudouins chevaucha adès droit à Sale- 
<■ nif|iie. >' (Villehard, page il5. — Voy. Chrou. 
S' Deuys, T. I, fol. 25, etc., etc.) 



(1) jatte. - (2) Lu.\ure. 



AD 



— 1(5 — 



AD 



Li Rossignous dit sa raison, 
Et nuit et jor en sa saison. 
Cil nos sernont d'amer adés. 

Parlcn.de Uloii., MS. du S. Geriii. fui. 12t, IC col. 1. 

Ne vos di mie ses boautez 

Mais nus n'el voit n'el die wlés, 
Si beau ne fu , n'en ert jamès. 

Ibid. fol. 102, V- col. 3. 

On l'employoil dans le sens de l'adverbe tantôt, 
redoulilé, pour mariiuer des eliani;enicns eonsécu- 
tifs, qui se font en (|ut'lque sorte au même instant ; 
adés, ad ipsiuu tcnipus. 

Après disner on s'avança 
Ce danser, chacun et cliascune; 
Et le triste amoureux dança, 
Adùs à l'autre, adcs à l'une. 

Al. Chart. Poës. p. 506. 
Adès avant, adès arrière. 

Vigil. de Charles VII, T. I, p. 16C. 

Furent en grand martire, en grande afiliction, 
N'orent pas adc:, froit n'orenl pas adez chault. 
Ger. de Roussillon, MS. p. 77. 

Dans la signification de toujours, le mot tout qui 
précède quelquefois adês, et rorlhograplie adiès, 
indiquent assez Tétymologie tota dies. 

Ensi va de malvais sergant, 
Que tout adés va reprovant 
Son grant service à son Segnor. 

Bestiaire, MS. du K. n' 7089. Baluze 572, fable 54. 

On lit ailleurs : 

Ainsi vait du malvés sergant 
Qui tote jor vait reproichant, etc. 

Bestiaire, MS. de S. G. T. Il, fol. 22, V col 3, fable 53. 

Guillaume de Lorris parlant des dangers auxquels 
s"expose l'amanl qui regarde la beauté dont il est 
épris, s'exprime ainsi : 

Et saiches que du regarder 
Feras ton cueur frire et larder, 
Et tout adés en regardant. 
Aviveras le feu ardant : 
Car qui ayme et plus regarde, 
Plus enflame son cueur et larde. 

Rom. de la Rose, vers 2368-2373. 

En redoublant adès, on retranchoit le mot tout, 
comme dans ces vers : 

Adès adès serviray 

Boine amor tant com vivrai. 

Ane. Poèt. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1076. 

Plus souvent on Femploycit seul et sans le 
répéter, avec la même signification. « Depuis que 
" la belle Agnès fut morte, la demoiselle de Yille- 
• quier sa iiiepce teint son lieu devers le Roy, 
« lequel en ses derniers jours vouloit adés avoir à 
« son service les plus belles Damoiselles que l'en 
« porroit recouvrer en tout son Royaume. « (Monstr. 
Vol. III, fol. (38, W) 

Le temps. . . s'en va nuyt et jour, 

Sans repos prendre, et sans séjour, 

Et ... de nous se part et emble 

Si céléement, qu'il nous semble 

Qu'il nous soit adés en ung point, etc. 

Rom, de la Rose, vers 370 et suiv. 



Adés dure la lime, <tdés dure ly Ters (1) 

Qui mort la conscience du long et du travers. 

i. de Mcun, Cod. ver» 1533 cl «ulv. 



Aiguë perce dur caillou 
l'or qu adès i llere. (2) 



Ane. Poét. Fr. MSS. avant 1300. T. I, p. 46. 

Quinaut a rendu cette maxime par ces vers, qui 
sont devenus proverbiaux : 

L'eau qui tombe goûte à goûte. 
Perce le plus dur rocher. 

-Nous remarquerons que l'expression dez en dez, 
pour incessamment, paroit être formée du latin de 
die in diem, comme tout adès ci-dessus, du latin 
de ipso in de ipso. 

VARIA.NTES : 

ADÈS. S< Bern. Serm. fr. .MSS. p. 22-2C5, Passim. 
Adez. Fauchct, Lang. et Po(-s. fr. p. 131, \Xi et lî-i. 
Adiès. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. l31i.coI.3. 
Andes. Triomph. des neuf Preux, p. 38, col. 2. 

Adetrier, verbe. Disputer, résister. 
Du mot Detri ci-après, débat, dispute. 

Mais que vaudroit adetrier ? 

De toutes parts chascuns l'assaut. 

Et sa défence pot li vaut. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 148, R- col. 2. 

Adevaler, verbe. Descendre. 
(Voy. Dévaler ci-après.) 

Un grant tertre ont adeialé. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 353, V col. 1. 

On employoit quelquefois ce verbe avec une 
signification neutre et figurée : 

Espaule qi point n'encruçoient, (3) 
Dont li lonc brac adevaloieiil, 
Gros et graile ù il aferoit. (4) 

Ane. Poès. fr. MS. du Valic. n* 1400, fol. 132, V'. 

Ade^^naille, subst. fém. Conjecture. 
(A'oy. Adevinal ci-dessous.) 

jà frapaiUe 

Ne merdaille 
Ne saura de mon valoir 
Riens, fors par aderinaiUe. 

Ane. Poës. Fr. MS. du Valie. n- 1490, fol. 151, V. 

(Voy. Devi.naille ci-après.) 

Adevinal, subst. masc. Conjecture. Chose à 
deviner. Espèce de jeu. 
(Voy. Devinal ci-après.) 
Ou a dit au premier sens : 

Ainsi l'ont conforté par lor adevinatts. 

Guiteclîn de Sassoi^e, MS. de Gaig:nat, fol. 250, R" col. 1. 

(\'oy. Adevi.neme.mt ci-dessous.) 

D. Carpeiitier explique ce mot par énigme. (Voy. 
Suppl. Gloss. de Du C. au mot Divinus 1.) Il signi- 
fie chose qu'on ne peut définir, chose à deviner, 
dans ces vers : 



(1) ver. - (2; frappe, tombe. - (3) se courboieut. - (4) où il convenoit. 



AD 



'M — 



AD 



Vestue ert d'un drap d'outremer, 

.... il n'ert blans, ne noirs, ne pers, 
Ne vers, ne jaunes ne vermaus, 
C'estoil uns drois adeviuaus. 

Cléomaaès, .MS. de Gaignal, fol. 66, U' col. 1. 

On appeloit aussi adeviiiiaus, certains jeux où 
l'on devine. 

Juiens nous au lloy qui ne ment ; 



A je me plaing, qui me feri ; 
Et dedens cliambre à l'esbalii ; 
Et aussi aux adeviiiiaus, 
A l'avainne et aiuc reponniaus. 

Froiss. Poes. MSS. p. 86, col. 2. 

VARIANTES : 
ADEVINAL. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot 
Diviniis 1. 
Adevinaus. (Plur). Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. G»i. 
Adeviniais. (l'iur). Froissart, Poës. MSS. p. 80, col. 2. 

Adevine, subst. fcm. Conjecture. 
(Voy. AnEvi.NAii.i.E ci-dessus.) 

Ne sai quel part alai, fors que par adevine. 

Fabl. MS. du IV. n- 7218, fol. 343, V' col. 1, 

Adovineiiient , subst. masc. Conjecture , 
soupçon. Imputalii)n, caloinnie. Chicane. 

Ce mot sig^nille proprement Faction de deviner. 
(Voy. Adevinem et Devineme.nt ci-après) ; par extension, 
soupçon, conjecture. 

Tiennent à honte li faus. 
Dex ! qui les orroit entr'aus 
Conter et dire sovent 
Lor faus adevincment 
De faire mem.'onge voir, 
Por fins amanz décevoir. 

Ane. Puul. Fr. .MSS. avant 1300, T. I, p. 482. 

Comme on passe quelquefois du soupçon à la 
calomnie, l'on a dit adevinemcnt pour calomnie, 
imputation, accusation sans fondement. Charles VI 
dans un .Mandement contre le Duc de Bourgogne, 
s'exprime ainsi : « ledit Duc... feit publier fausse- 
« ment et contre toute vérité.... ([u'eux et autres 
« de nostie lignée.... nous vouloient destituer de 
« nostre estât et dignité Royal.... et sous umbre 
« desdites mensonges et adevinemens.... esmeut 
<■ nostre peuple contre eux. ■« (Monstrelet, Vol. I, 
fol. 1!)7, v°.; 

De là, ce mot employé dans la signification par- 
ticulière de chicane; chicane injuste et mal fondée, 
comme en ce passage : « usant de paroles sentans 
« formedctencerieeldertr/f/ci'àiCHU'HL ■> (.Lettresde 
l;îl)i, citées par D. Carpentier, suppl. Closs. de Du 
C. au mot Divinus 1. — Voy. Adevineu ci-après.) 

VARIANTES : 
ADEVINEMENT. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 482. 
Adavine.ment. d. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot 

ftiviilus 1. 

Addevi.nement. Id. ibid. 

Adcviner, verbe. Deviner, prédire. Conjectu- 
rer, soupçonner. Calomnier. Chicaner. 

Le premier sens est le sens propre. (Voy. Deviner 
ci-après.) 



Mors voit parmi voille, cortine ; 

.Mors sole voit et adeiine, 

Con cbacuns est à droit prisiez. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 101, R* col. 1. 
Je prophétie et adevin. 

Renarl cl Piau d'Ouc, MS. de Paulniy, fol. 4, V col. 2. 

L'art de deviner n'est fondé (lue sur des conjec- 
tures. De là le verbe .{deviner dans la signilication 
de conjecturer, soupçonner. 

.... comme il songe et adevine. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 123, V« col. 1. 

.... courroceiix j'adevine 
Ce qui n'est pas, et loe plus 
Le temps passé que la doctrine 
Du temps présent, etc. 

Eust. des Ch. Poes. MSS. fol. 344, col. 3. 

En étendant l'acception Ci'(idevi)ier, soupçonner 
sans fondement, on s"est servi de ce mot pour ca- 
lomnier, attaquer par des imputalions fausses et 
mal fondées. « S'il viieil sur moy adeviiier, et que 
X j'aye fait chose.... (lue bon Chevalier ne puisse 
« faire de droit, vecy mon gage près de le combat- 
« tre en champ de bataille. » (Hist. de B. Du 
Gucsclin, par Ménard, p. 52.) 

Sainctement là se gouvernèrent. . . . 
Pans rien touldre, ne rapiner, 
Sanz mentir, sans adcviner. 

Eusl. des Cb. Poes. MSS. fol. 466, col. 4. 

Enfin par une application particulière de ce der- 
nier sens, on a dit adeviner sur quelqu'un, pour le 
chicaner, lui faire une chicane sans fondement. 
« Icellui procureur, qui avoit accoustumé de vivre 
tt de teles tromperies et mauvaistiez, et se faisoit 
« pouv adeviner sur les gens. » (Leitres de 1381, 
citées par D. Carpent. suppl. Gloss. deDuC. au mot 
Divinus i.) « 11 sembloit (jue l'en le vouloit abuser 
« ou adeviner snr lui. » (Lettres de 1377, citées 
par le même, ubl suprà. — Voy. Auevinemext 
ci-dessus.) 

Cl)N.U-C,. 

Àdevin (.1"), ind. prés, .le conjecture. (Dits de 
Baudoin de Condé , ms. de Gaignat , fol. 316, 
V" col. 3.) 

Adextre, adj. Adroit. Vif, prompt. Agréable. 
Favorable, salutaire. 

De l'adjectif f/c,ï/?T droit; en latin dexter, s'est 
formé le composé adextre, proprement f/roj/zV?- ; au 
figuré adroit, vif, prompt, agréable, peut-être parce 
•lii'on se sert ordinairement mieux de la main 
droite (|ue de la gauche, c'est-îi-dire avec plus de 
grâce, lie vivacité et d'adresse. 

On a dit au premier sens chevalier adextre. 
(J. Marot, p. 80.) 11 faut lire adextre en un seul 
mot dans ce passage: " .leuiie, gailaiU, frisque, dc- 
« hait, bien a dexlre, hardi. » (Rabelais, T. I, p. 18!».) 

C'est une femme en faits et dits adextre. 

Clém. Marol, p. 280. 

Cotgravc explique ce mot, par vif, prompt. (Voy. 
son Dictionnaire.) 



AD 



— 07 — 



AD 



11 signifioit qucUnicfois agrc^ablc. (Cotjrr. Kicl. cl 
Gloss. de Marot.) 

Nous le trouvons rendu par favoral)le, salutaire 
dans le (iloss. de Marot; acception (i;j,un'e, emprun- 
tée comme la pi'cmière du latin r/cr/r'r, secoural)le, 
geni'reux. Il paroit que c'est le sens d'adesti-e en ce 
passai^e : 

Coument sont en cors d'omme ensamble 
Vertus si noble et si adestre, 
Et si mauvais visce, etc. 

Dits de Baudoin de Condé, MS. de GaignnI, fol. :!19, R* col. 2. 



ADEXTRE. Nicot, Dict. - Clém. Marot, p. 280. 
Addkxthk. Monet, Dict. 
Adestre. Nicot et Cotgr. Dict. 

Adexti'cr, verbe. Rendre adi'nit, pn-parer, 
disposer. Former, instruire, élever. Donner la 
main droite. Donner la main, .\ccompagner, suivre, 
escorter, .\tleler. 

Ce mot, au premier sens, s\s:m\]e rendre adextre ; 
c'esl-à-dire adroit, propre, liabile à (iiielque chose. 
« On ade.rtre les jeunes esprits, par les choses 
« plus difliciles, îi recevoir aisément les plus 
« faciles. » (Des Ace. Bigarr. Liv. IV. fol. 5, V".) 
Préparer, disposer, dans ces vers : 

Qui or velt oïr la merveille 
Qui envers rien ne s'apareille, 
Adicst son cuer et me regart ; 
Je li dirai de laquel part 
Venra la grant mésaventure. 

Signes du Jugement, .MS. de S. Gerra. fol. 24, V- col S. 

On l'employoit moins figurément lorsqu'on disoit 
s'adeslrcr ou s ade.vtrer anxixrmes, pour s'y rendre 
adroit par l'exercice. (Voy. Mcot, Dict.) Delà pour 
s'y exercer avec adressé. On s'étonnoit de voir 
M Strozze, « estant si grand Seigneur.... faire 
« ainsi si bravement et si asseurément la faction de 
« soldat, et manier si dexlrement les armes du 
« soldat et s'y «(/fx/rrr si gentiment. » (Drant. Cap. 
fr. T. IV, p. 297. — Voy. Ade.\tre ci-dessus.) 

Par extension ce mot a signillé former, instruire, 
élever ; spécialement en parlant de l'éducation 
d'un Piince. « En ce temps Madame l'Arcbedu- 
« chesse accoucha à Bruges d'un beau fils, qui est 
« à présent nostre Prince, le plus bel, le mieulx 
« adextré et adrecé que l'on pourroit nulle part 
tt trouver. » (Mém. d'Ol. de la Marche , Liv. 
II, p. 617.) 

... cil ki ses fius devoit i estre. 
Garde Aleniagne ù on l'adiestre. 
Puis prisl feme gentil et rike : 
Fille fu al Duc d'Osterike. 

Ph. Mouskes, MS. p. 764. 

On disoit plus souvent adextrer, pour donner la 
dextre, la main droite, dans le sens propre. « La 
« belle Nerones estoit adextrée dung sien cousin 
« nommé Cadifferus.... et Caradoce estoit menée à 
« dextre d'une: preux Chevalier. » (Percef. Vol. V, 
fol. 107, R°col. 2, ibid. V° col. I.) 

Le mot dextre signilloit main en général, par 
une espèce de métonymie; d'où le verbe adextrer 
I. 



pour donner la main; par extension accompagner, 
soit de droite ou de gauche; escorter, suivre, ac- 
compagner. « Suyvoit une moult ancienne Dame.... 
« elle avoit deux Chevaliers qui l'adexlroieiit et 
' deux Damoiselles qui la siiyvoienl pour la ser- 
" vir. .. (l'crcef. Vol. V, fol. l"07, V'^^oL^j.) 

Pour accompagner, être à la droite dei|uelqu'un, 
marcher ù sa droite, (llonn. de la Cour, ms. p. 4.3. 
— Voy. Dkxtiucr ci-après.) Accompagner de droite 
et de gauche dans ce passage : ^ Pour ce estoit-II 
« au meillieu des deux autres qui le adextroienl 
« pour l'honorer. » (llist.de la Toison d'or, Vol. II, 
fol. 18.3, V".) Escorter, suivie, accompagner, dans 
ces vers : 

... cil qui adestroicnt 

La pucele, par derrière érent, 

Et li autre devant alerent. 

Kalil. MS. du R. n- 7218, fol. 353, V' col. 1. 

Ou (lislinguc adextrer en termes d'armoiries, de 
senestrer. (Le Laboureur, Orig. des armoir. p. IfiS 
ellG'.t.) 

Enfin, c'est peut-être par une espèce d'analogie 
d'idées, qn adextrer, accompagner, être à la droite 
de queh|u'un, s'est pris dans la signification d'atte- 
ler, attacher deux chevaux de façon que l'un soit, 
pour ainsi dire, à la droite de l'autre. « Appollo 
" l'Escuyer dompte ses poullains pour les adextrer 
« t^i son chariot. » (Merlin Cocaie, T. I, p. 319.) 

Peut-être aussi cette acception est-elle une appli- 
cation particulière du premier sens, rendre propre, 
habile à quelque chose. Alors adextrer signifieroit 
dresser. Ce passage paroit susceptible de l'une et 
de l'autre explication. 

CONJUG. 

Adiest, imper. Prépare, dispose. (Signes du ju- 
gement, MS. de S' Cerm. fol. 2'i, V" col. 2.) 

VARI.\NTES : 
ADE.KTREB. Merlin Cocaie, T. I, p. 319. 
Addextrei'.. Honn. de la Cour, MS. p. 12. 
.\DESTRER. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. .57, V" col. l. 
Adiestuer. Anseis, MS. fol. 49, R» col. 2. 
Adrestrer. Berte as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 139. 

Adhéritance, subst. fém. Saisine, possession, 
investiture. 

Le sens propre est hérédité ; droit eu vertu 
duquel un héritier se saisit de l'héritage d'un 
homme mort. (Voy. ENiirRiT.\xcF. ci-après.) 

De là par extension lesensgénériqued'ft(//ifV;7rt«t'e 
pour saisine, possession, investiture. (Laur. Closs. 
du Dr. Fr.) « Item d'une Lettre de deshéritance et 
« adhérilanee d'un fief à vie ou à héritage.... ilsau- 
« ront, etc. » (Coût. gén. T. I, p. 707.) 

On lit à la marge : « Adhéritance et deshéritance; 
« c'est-à-dire saisine et dessaisine. » (Ibid. Voyez 
Adiieritement ci-après.) 

Adhéi'ité, participe. Investi, mis en possession. 

Par extension, qui possède un héritage . un fief. 
C'est dans ce sens, qu'en Flandre on appelle nobles 
adliérités, les nobles possédant fiefs et seigneuries, 

13 



AD 



— ",>8 — 



AD 



qui leur donneul des vassaux, sujets ou censilaires, 
à proléfïer ou îi iléfomlre, comme on peut voir dans 
des Lettres do Philippe Duc de nourgosiie, du 13 
Avril li-i'.t, (jui commencent ainsi : « Pliilippo IHic 
• de Bours:os:ne, etc. Itc la partie de nos biens 
« amés les nobles adhcritcs en notre cliatellenie 
« de Lille, nous a ctc humblement expose, etc. « 
(Mémoire de la noblesse de la province de Lille, 
imprimé à Paris, en 1705. — Voy. Ai)iii;niTi:u ci- 
après.) 

Adhérileineut, subsl. masc. Saisine, investi- 
ture. 

Le même qu'ADHÉRiT.ANCE ci-dessus ; du verbe 
ADiiEniTKii ci-après. " Celuy qui vend sa tenure , 
« mais il en retient encore la saisine par devers 
« l'jy... sçachcz (lu'il est encore sire de la chose; 
« mais... il peut eslre contraint à faire le Werp et 
« adhéritement... si ce est tenure. •• (Bouteill. Som. 
Rur. p. ;i'.»7.l '< L'acheteur est tenu prendre Vadlic- 
« rilctiicnt, s"il plaist au vendeur, en dedans <|na- 
« rante jours. » (Coul. gén. T. 1, p. 708. — Voy. 
Laur. Gloss. du Dr. Fr.) 

Adliôri ter, ('«t/;*'. Faire héritier. Céder à litre 
d'hérédité. Saisir, investir. 

Le premier sens paroil être le sens propre. •> La 
« mère... diroit (lue ii aucun de ses enfans seroit 
« bastars pour les autres ahériler. » (Beaumanoir, 
Coût, de Beauvoisis, p. î)8.) « Douaires n'alu'rilc 
« mie enfans en manière que li pères n'en ptiist 
« faire sa volenté de son hiretage puis la mort de 
« sa famé... Li enfans ne sont pas hérites par la 
•< raison dou douaire leurs mères. >■ (Id. ibid. p. 7."). 

— Voy. K.Nrn;itiTF.n ci-ajirès.) 

De là on a dit adlicrilcr (jnelqu'un d'un héritage, 
pour le lui céder à titre d'hérédité, en avancement 
d'hoiiie. " Là se dessaisit de sa terre et en udhérila 
« sa fille. " (Voy. Du Gange , Gloss. Lai. au mot 
Adhœrcdare.) 

Nous trouvons ce verbe employé comme absolu 
au même sens. 

Moult m'auriez bien ahérilé. 
S'a Miaulens m'aviez bouté, 
Je ne sçai meson qui le vaille. 

FaLl. MS. du U. n> 7218, fol. G2, V col. 2. 

Dans un sens plus étendu encore, le verbe adhé- 
riler a signifié saisir, investir, donner avec de cer- 
taines formalités le titre d'un fief et la faculté de le 
posséder. " Le Duc d'Anjou, qui avoit une grande 
« et haute imagination d'aller au Boyaumc! de Na- 
« pies, dont il s'escrivoit Boy et semblableinenl de 
« Cécile et Duc de l'uuiile et de Calabre ; car le 
« Pape Clément l'en avoit. revestu et adliéritc par 
« vertu des Lettres, etc. » (l'roissarl. Vol. II, p. 155. 

— Voy. AuiiEHiTi- ci-dessus.) 

VAnuNTES : 

ADHÉRITER. Pjrcef. Vol. II, fol. 1, R' col. i. 
Adiiiheteh. Du Cango, Gloss. Lat. au mol Adhœfedai'c. 
AÉRiTEn. l!°aumanoir, p. SI. 
AiiÉiUTER. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. 



Ad honores. 

Mots purement latins, qui dc'signent un titre 
sans fonctions, ou sans émolumens: cette façon de 
parler a passé il y a long-temps dans notre langue, 
et y subsiste encore. (Voyez les Pnqiositions de la 
Chambre Ecclésiastique "aux F.tats de lilois, en 157G, 
dans les Mess. hist. de Camusat, iii-8 p. 57, au sujet 
des Officiers Ad honores des Rois et des Princes.) 

Adhorer, verbe. Venir à heure. 
Voy. Gelthell. de Léon ïripault , au mot Heure, 
et le liiet. de Golgrave.) 

Adjacenee, suhst. fém. Lieux adjacens. 
Terres ou autres choses adjacentes à un lieu 
principal. (Gloss. del'IIisl. de Paris.) 

Puis le Roy vint à Sainct Denis, 
Qui luy rendit obéissance, 
Lalgiiy avec le plat pays, 
Deiipe'ndences, et Vajacence. 

Vifil. do Cliarlcs VII. T. I, p. 113. 

VAni.\NTES : 
ADJACEXCE. Gloss. de lllist. de Paris. 
Aj.vcence. Vigil. de Charles VU, T. I, p. H3. 

Ailjanceinent, suhst. masc. Ajustement, ar- 

rangemenl. 
Du verbe Acenceu ci-après. (Bob. Est. et J. Thierry, 

Dictionnaire.) 

Adiaiile, suhst. Espèce de Capillaire. 
^Voy. Nicot, Dict.l On le nomme encore .\dian- 
tuni. (Voy. Dict. Univ.) 



ADI.VNTE. Nicot, Dict. 
Adiente. Cntfrr. Dict. 
Al.\NTK. Id. ibid. 

Adiaplioristes, suhst. masc. et plur. Nom 
d'Hérétiques. 

C'est un mot purement grec, qui signifie Indiffé- 
rons. Il fut donné dans le xvr' siècle aux Luthé- 
riens (lui suivoient les sentimons de Mélanchthon , 
et ensuite à ceux ijui souscrivirent à \' Intérim de 
Charles V. (Ilist. des Religions. — Voy. aussi Ga- 
rasse, Bech. desRech. p. C83.) 

AdiDle, adj. 

Ou appeliiii /(o/,s adihle une espèce do nasse, peu 
diflerenle, sans doute, du marchepied, que Golgrave 
définit une demi-nasse que les Pêcheurs poussent 
devant eux, en marchant dans l'eau, pour prendre 
le poisson. « Une l'on ne pesche, ne puisse pescher 
« d'engin de filé, de quoy la maille ne soit de moule 
« d'un gros tournois d'argent, fors la ]\<iis adihle, 
« el le marchepied. >< (Ord. des Bois de Fr. T. I, 
p. (>'il. — Voy. .MAnciiEi'iEti, ci-après.) Peut-être faut- 
il lire audible, et alors ce mot aura la même éty- 
mologie qu'AxDAix ci-après. 

Adictcr, verbe. Stipuler. 

Signification particulière née de l'acception géné- 
rale dire, exprimer; en latin diclare. Dans les 
Coutumes locales de la ville de NVissent en Roule- 



AD 



— 00 — 



AD 



nois, on lit : «■ Est deu double relief de la rente que 
« doit riu'ril;ige, s'il n'est expressément adiliclé 
u par le bail à rente ou (lontrat de aliénation. » 
(Coût. g(Mi. T. I, p. "O-i.i Par les Coutumes Rcnérales 
de ce même Comté; « ne sont liefs d'autres reliefs... 
« si ce n'est par fait spécial et addicfé, et dont ap- 
« paroisse par tillrc suffisant. » Coul. gén. T. I, 
p. 680. — Vov. Laur. Closs. du Dr. Fr.) 

Lelh ficf a'dictc , pour sip:nilier un fief dont le 
relief est à dicte. (Vuy. AnnrrK ci-dessus.) Peut-être 
faut-il lire, en un seul mot, adicté dans ce passat;e: 
•i Quand le lief <iue l'on veut relever est relief à 
<i dicte, on est tenu de payer selon le contenu des 
« terres, de ce faisant mention , qui sont commu- 
a nément de dix livres, cent sols et soixante sols 
•. parisis, avec clianibella^e pour lesditz liefs adic- 
<i tc%. » (Coût. sén. du Comté de Cuisnes, au Coût. 
gén. T. I, p. 237, col. 1.) 

VARI.\>'TES : 
ADICTER. Xouv. Coût. gén. T. I, p. 237, col. 1. 
Addicter. Coût. gén. T. I, p. 68G. 

Adidem, adv. Pareillement, de même. 
Ce sont deux mots latins réunis. (Vov. Coût. gén. 
T. II, p. 88.) 

Adjection, s)//^,s/. fém. Expulsion. 

C'est le sens de ce mot en ce passag:e, dans lequel 
adjection est peut-être une faute d'orthographe 
pour abjection: » L'Eglise de Romme estoit moult 
u troublée, et foible de Vadjeclion l'Apostole Sil- 
« vère, et de la mort Virgile qui, après lui, eut la 
« dignité. (Chron. S' Denys, T. I, fol. 35.; 

Adiercer,r('ri'C. Adhérer, consentir, acquiescer. 

Le peuple de quelques cantons de Normandie, 
prononce Atiercer, et l'emploie figurément en ce 
sens. 

Charlemagne, quatre ans avant sa mort, légua 
par portions égales aux vingt-un Archevêques de 
son Empire, tout l'argent provenant de la vente de 
ses effets les plus précieux, sous condition qu'ils ne 
se réserveroient que le tiers cîe la part (|ui leur 
étoit léguée, et qu'ils remetlroient ii leurs Evêques 
sutîragàns les deux autres tiers, pour les distribuer 
aux pauvres. On trouve celte disposition, rapportée 
dans le passage suivant : 

.... sa part douna à chascun, 
Ensi que cascuns Arceveskes 
Dounast les ii pars as Evesques 
Desous lui, pour aumosnes faire. . . 
Et TArcevesques en sa glise 
L'une part euist quite mise, 
Si com l'escriture i adierce, 
Et as povres dounast la tierce. 

Th. Mousk, .MS. p. 208. 

(Voy. AiiERDRE ci-après.) 

Adieu, adverbe. 

Ce mot subsiste sous la première orthographe. 
L'usage en est ancien , comme ii paroit par ces 
vers : 

Il me convient d'avec eulx départir, 
Et dire adieu à l'amoureuse vie. 

Euil. des Ch. Poès. MSS. fol. 152, col. 2. 



Cet adverbe, formé par ellipse des façons de par- 
ler à Dieu soyex; à Dieu command, etc. rapportées 
sous l'article Dirr ci-après, étoit comme aujour- 
d'hui, un terme de compliment, dont on se servoit, 
lorsqu'on pienoit congé <le quelqu'un. 

De lu le mol AniEr ci-dessous, pris substantive- 
ment pour congé en général ; dans un sens dé- 
tourné, permission que l'on donne de partir. 

VARIANTES : 
ADIEU. Orth. subsist. 
ADfc. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. I, fol. lOij, Y» col. 1. 

Adiou, subst. JHflsc.^ongé, permission. 

C'est en ce sens qu'on lit: ■< Ayant donné charge 
« un jour ù un Capitaine daller ruiner et mettre 
« une maison par terre et tout bas, durant les 
« guerres dernières ; le Capitaine respondit qu'il y 
» iroit volontiers, niais ([u'il luy en dounast le com- 
« mandement et un adieu escrit de sa main , de 
« peur de n'estre un jour recherché. » Brant. Cap. 
fr. T. IV, p. 252.) 

A- Dieu- Lever, subst. masc. Elévation de 
riloslie. 

On a dit, snnncr À-dieu-lever, pour sonner l'E- 
lévation, lorsque le Prêtre élève l'Hostie. 'Ilist. du 
Théat. Fr. T. IL p. 360.) 

Adjeuner, verbe. Faire jeûner. Affoiblir. 

Le premier sens est le sens propre. Monet, Dicl.) 
On employoit ce verbe avec le pronom réfléchi. 
« Le mercredy premier jour de Karesme , icelle 
« jeune tille... se adjeunael ne voult menger que 
« une fois. » (Très, des Chartes, Reg. I9ô. — Lettres 
de l'i7i, citées par D. Carpent. suppl. Gloss. de 
Du C. au mol Dejejunare.) 

De là au figuré pour affoiblir. « Adjecner son 
n. cors, ofîanser son cors par le trop adjeuner. » 
iMonet, Dicl.) On trouve adjeunée au même sens. 
iVoy. Lettres de 1 47'<, citées ubi suprà.) 

Adinvention, subst. fém. Mensonge, calomnie. 

En latin adinventio. Nous lisons au figuré : « La 
« vérité vaincra les rtrf/ni'OiiioHS, et faux rapports 
« faits contre Monseigneur. » (Du Clos, preuves de 
rilist. de Louis XI, fol. 212.' C'estpar une formation 
analogue, qu'on a dit aussi Controveure pour men- 
songe. (Voy. Coxtroveure ci-après.) 

Adjoignance, subst. fém. Inhérence. 

En latin inhœrentia. (Gloss. de P. Labbe, p. 508.) 

Adjonction, subst. fém. Addition. 

Voy. Des Ace. Bigarr. avant-propos, p. 11.) 

Adjoindre, w/'Z**?. Joindre, unir. Enjoindre, 
ordonner. 
.\u premier sens, c'est le mot latin adjnngere. 

Certes dui vrais amant doivent un cuer porter, 
Et leur deus cuers en un ajoindre et bien fermer. 
Fabl. MS. du R. n- 7218, fui. 253, R- col. î. 

i • Au second sens, c'est le mot latin injungere, en- 



AD 



— KiO — 



AD 



joindre, ordonner. « Il donna senlence contre luy... 
" et lui uiIjoiKjnit qu'il prescha tout le contraire. « 
(Chron. S- Itenys, T. II, loi. M, Y°.) 

CoNJir.. 
Ajoi(jnessent , partie, prés. Joignant, unissant. 
(S' Bern. Serni. fr. .ms. p. 71.) 
Ajiiiisis, prêter. Joignis, unis. (Id. ibid. p. 82.) 
AjiDist. indic. prés. Joint, unit. ;id. ibid. p. 83. 

\ Ani.\NTKs : 
ADJOINDRE. Monet, Dict. 

Ajûi.ndiik. Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 351, V» col. 2. 
AjiiiNTiF.n. Ibid. fo!. (il, R» col. 2. 
iUc.s'NRE. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 79. 

Adjoint, ixirlir. Joint, uni. 

En lalin conjunclua dans les Serm. de S' Ucrn. 

Le passai;e répond à celui-ci: « Eswarde (1) ke 

« lu à Deu es ujiois, et si ne soies mies non greit 
« sacbans. » (S' Bern. Serm. fr. mss. ubi suprà.) 

Ce mot. sous la première orthoiiraphe, s'em- 
ployoit pour conjonction, et l'on disoit adjoiiil que, 
pour joint que, outre (jue. 

Prenez variés de bon lieu, touz apris. 
Humbles de cuer et doctrine soullrens... 
Adjoint encore </i('aient été nourris, 
En paine avoir et non pas en delis. 

Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. «9, col. l. 

VARIANTES : 
ADJOINT. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. .-«l, col. 4. 
Ajoi.nt. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 78, 135, 141, et passim. 
Ajuns. Id. ibid p. 80. 
Aju.nt. Id. ibid. p. ;î82. 
Ajunz. Id. ibid. p. 284. 

Adjonda my, interjection. Aide-moi. 
Dans le patois Limousin. (Yoy. Rabelais, ï. II. 
page 45.) 

Adjour, subsl. niasc. .Vjournement. 

On disoit auti'cfois être à jour, pour être ajourné. 
(Voy. l'article Jiuii ci-après.) C'est de la réunion 
de ce mot avec la préposition ail ou à, devenue 
préposition inséparable, que s'est formé celui d'.lrf- 
joiir, le même qu'adjournement, suivant la note en 
marge du passage que nous allons citer: « Dans 
« le Baillage de llaynaull, les Sergens de ladite 

« Court, de^ adjours qu'ils feront auront pour 

« chacun adjourné cinq sols tournois en la ville où 
<• ils seront demourans, etc. n (Goût. gén. 
T. I. p. 7!>3.) 

VARIANTES : 
ADJOUR. Cout. gén. T. I, p. 793. 

Ajouk. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, 
fol. 320, R»col. i. 

Adjournée, s«/;s/. fém. Malin, point du jour. 
Journée. 

Le premier sens est le sens propre de ce mot, 
formé d'AïuoriiNEu ci-après. (Voy. Ai)Jolhne.ment.) 

vostre fille a espousée 

Très hui matin à l'ajornée. (2) 

Ful.l. MS. du II. !!• 7218, fol. 355, If col. 1. 



Une femme ayant appris le soir que son mari 
devoit aller à un marché le lendemain de grand 
malin, le fil savoir ù son amant, et lui manda : 

Uu'il fust la nuit bien esveillicz. 
Et prestement appareilliez 
D'entrer, conie bien avertis, 
Laiens ^3), quand il sera partis. 
Ses sires, devant Vetijoniée. 

l'.ibl. MS. de S' llurm. fol. 121, R- col. 1. 

(In disoit toute jour ajournée, pour signifier tout 
le jour, à commencer dès le malin. 

Je n'ai, toute jour ajournée 
Ne toute nuit, nul autre avis. 

Frois5.Trl, Tocs. MSS. p 103, col. 1. 

Quelquefois le mol adjournée exprimoit seul la 
force de celte expression, comme dans ce vers : 

l.à demeuray mainte adjournci'. 

G. Machaul, MS. fol. -203, V* col. 3. 

C'est-à-dire : " là j'ai passé souvent des journées 
entières. » 

variantes : 

ADJOCRNKE. G. Machaut, MS. fol. 203, V" col. 3. 

A.iniiNKK. Clians. fr. du treizième siècle, MS. de Bouh. 
fol. isi, V". — Rom. de Berte as grans pies, MS. de Gaignat, 
fol. l;«;, V" col. 2. 

AjoLinNÉE. Froissart, Poès. MSS. p.I03, col. i. —Enfance 
d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, fol. 70, V" col. 2. 

ENGonNÉE. Fabl. MS. de S' Gerra. fol. 13, R» col. 2. 

Enjohnée. Fabl. .MSde S' Germ. fol. ;«iO. 

Enjouunée. ViUehard. p. 1G7, en marge. 

Adjoiii'iH'mcnt, suhst. niasc. l'oint du jour. 
Jour. Assigiialioii. Délai. 

Le premier sens est le sens propre. « Vindrent 
" droit à un adjaurnement, un petit devant soleil 
« levant, à Mortaigne. » (l'roissarl. Vol. I, p. -45.) 
" Vindrent à un luljournement devant le chastel de 
« Mauconseil. Celle matinée faisoit si grande 
« brouée, ([u'iin arpent de terre ne pouvoit-on 
>' veoir loing. » (Id. ibid. p. 21.4.) 

Quant je gis en mon lit endroit Vajorncment 

Et j'ois les oiseillons chanter si doucement, etc. 

Falil. MS. du U. n- 7J18, fol. 270, V- col. î. 

(Voy. Ajohnail ci-après.) 

Ce mol, de même i\u' adjournée ci-dessus, 
signilioil jour, par métonymie; c'est la partie pour 
le tout. 

Verrai-jou jà venir Vajornement. 
Ke me peust votre aniours eschaoir, 
Ke je désir tant débonairement, etc. 

Aiic. Pofl. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p- i-W. 

De là l'acception particulière û'adjournetneiit, 
pour désigner le jour où queUju'un doit compa- 
roilre en justice. Ce mol s'est dit et se dit encore 
ligurémenl de l'exploit qui fixe le jour de l'assi- 
gnation. On appeloil « adjournement libellé, la 
.. coinmissii)!! de justice pour adjouiiier, eli'exploit 
" iV adjournement qui contient le thème et libel ; 
« c'est-à-dire, qui contient par écrit la demande, 
" le fait, les fins, conclusions et moyens du de- 



(1) prends garde. - (2; au point du jour. — (3) Là-dedans. 



AD 



101 — 



AD 



.. niaudeur, iloiU le Sergeiil a fait exploit par eciàl, 
.. et ilouiié juin- cerlaiii et assimilation par-dovaiit 
« le .lut;e pour y irpoiidre et procéder. » ^Laur. 
Gloss. du Dr. l'r. — Voy. Aiuoi ii ci-devaiit.) 

Dans le Laonnois, un particulier (jue sa partie 
faisoit adjouruer, couipamissoil devant le iw^n. 
et pouvoil, sans répondre sur la cause, demander 
son renvoi devant le .lu^e supérieur: en cous(''- 
tiuence il ajouruoitle premier .lu;;e à com|)aruitre 
lui-même devant Taulre aux plus prochaines 
assises, pour lui voir soutenir son appel. (Voy. 
Douteill. Som. Hur. p. 773.) Ces appels et ces 
adjauruciiiois éloient nommés voulii!icsc[ frivoles. 
{dvd. T. 11, p. A'Ck) Les liabilans des villes de 
Tannières et de Ponstivicour, oblinrent ([u'ils 
seroient supprimés en leur faveur, en s'obliiieant ;i 
payer au Roi ■> cliascnn an, par chascun chief de 

« feu d'oslel, deux sols parisis Iceuls 

« iiabitans pour euls et pour leurs sucrcs- 
« seurs aiTrancliissous et délivrons desdits appiaux 

<> voulages et frivoles et de tous (uijornoiiciis 

« qui pourraisond'appiaux voulages.... se porroicnt 
« ou povoient ou souloienl faire avant nostredit 
« alTrancliissemcnt. >• (Voy. dans TOrd. du mois 
d'Août 1351. Hec. des Ord. T. H, p. Ai'i et suiv.) 

Enfin VÀdjoitrnement, comme terme de procé- 
dure, emporte l'idée de délai. C'est en ce sens ((u'on 
lit au sujet du procès que le Parlement de Paris fit 
au Connétable de Clisson, sous l'an loO'i, ([u'on 
lui donna « par Ordonnance du Parlement, fust 
« tort ou droit, tous les ajou)')i('uu'us, alin ((ue 
« ceux qui l'aimoyent ne peussent point dire ne 
« proposer que par envie, ne par haine on l'eust 
« forcé, ne forvoyé. » (Froissart. vol. IV, p. dCG.) 



ADJOURNEMENT. Froissart, Vol. I, p. 377. - Id. il.id. 
page 431. 
Ajornement, Ane Poët. fr. MSS. av. 1300, T. III, p. l-20(). 
Ajournement. Froissart, Vol. IV, p. 166. 

Adjourner, verbe. Faire jour. Éclairer. 
Adjourner. 

Le premier sens est le sens propre. C'est un 
" vieux mol francois pour déclarer que le jour est 
« venu. » (Pasq. Hech. p. 0G2.) 

D'une entresuyvante fuyle, 
II ajourne et puis ennuyte. 

(Euv. de Joach. du Bellay, fol. 198, V°. 

Comme ce mot servoit ù désigner la naissance, 
le commencement du jour, on a pu dire : 

la belle journée 

Qui nous estoit là ajournée. 

Froissart, l'ous. MSS. p. 137, col. 2. 

On lit ailleurs : » à l'hçure du matin, dont le 
vendredy adjoitrna. » (Froissart, Vol. 1, p. 175.) 

La nuit en se dissipant fait place au jour. De là 
par une espèce de métonymie, on a dit: « la nuit 
•< adjourna, et fut incontinent haute matinée. » 
(Froiss. Vol. 1, p. 383.) 



C'est dans une signification encore plus figurée, 
(|ue l'idée du jour naissant s'est appliquée, aux 
premiers accès d'une noire mélancolie. 

Et si ne sçai com lonc dernour 
.le forai là où je séjourne ; 
Grand mélancolie m'ajourne. 

FroUsarl, Po<8. MSS. fol. Î09, R*. 

Au propre, on cmployoit souvent comme subs- 
tantif riiilinilif ou II' p:ii tici|)e pn'-seiit dr ce verbe, 
et rondisiiil; à l'ajaiiriicr, [xuir au jujint du jour. 
(Ger.de Itoussillon, ms. p. 112 : à l'cnjouruer au 
même sens dans Villehard. p. 1(17. 
Si n'osèrent plus séjourner. 
Pour la paour de Vacljourner. 

liusl. des Ch. Pois. MSS. fol. .181, col. 2. 

C'est-à-dire : « ils n'osèrent demeurer plus long- 
" temps de peur d'être surpris, le jour venant à 
" paroitre. » 

le laissèrent la nuit, 

Et lendemain, à Vajornaul, 
Li Chevaliers leva avant. 

Falil. MS. de S' Geriu. fol. ii. Il" col. 3. 

Et au matin, à l'aube apant 

Que l'en sout dire (1) à Vajuurnanl. 

Rom. de Rou. MS. p. 299. 

On trouve mijourner, pour éclairer. C'est une 
extension de l'acception propre, faire jour. 

le luysant soleil 

Qui anjuuriie noslre veue. 

.laq. Tatiureau, Poôs. p. 22 V° 

Enfin par une espèce de figure que nous avons 
remarquée sous l'article adjournement, adjourner, 
en termes de pratique slgnifioit comme aujourd'hui 
assigner à quelqu'un un jour certain pour compa- 
roiti'e en justice. (Voy. D. Morice, llisl. de Bretag. 
Preuv. col. DOS, tit. de 1265.) « Nous avons perdu 
<. (dit Pasquier) la naifveté de ce mot, pour la 
.< tourner en chicanerie. » (Vov. Hecherches, 
Liv. VIII, p. GOl.) 

On obseivoit différentes formes et solennités 
^onv adjourner. (Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) On 
ttdjournoit h verge ; de main mise, etc. <• si l'achap- 
« leur est absent, n'ayant aucun domicile au lieu 
« ou la chose acquise "est scituée, suffira au lignager 
« le faire adjourner à verge, faisant attacher 
« l'exploit du Sergeant à la porte de l'Église paroi- 
<i chialle, pour interrompre la possession d'an et 
" jour. •> (Coût, de Bouillon, au nouv. Coût. gén. 
T. II, p. 856, col. 2. — Voy. Verc.e ci-après.) 

Nous lisons dans une "Ordonnance de Jean 1" 
contre les faux monnoyeurs : « Et touz ce (ceux) 
« que par informacion."... il trouvera eslre coul- 
« pables.... adjourne demain miseon autrement. » 
(Ordonn. T. 111, p. 540.) « Cette expression peut 
« signifier ou en arrestant les malfaicteurs prison- 
« ni'ers, ou en saisissant leurs biens. » (Ibid. notes). 

VARI.\XTES : 
AD.IOURNER. Borel, Dict. - Laur. Gloss. du Dr. fr. - 
Froiss. Vol. I, p. 175. 



(1) a coutume de dire. 



AD 



- 102 — 



AD 



Ajorner. Cartul. MS. de la Ch. des C. de Nerers, Vol. I, 
fol. ."•Il, tit. de 12t9. - Perard, Hist. de Bourg, p. t~S, tit. 
de l-2.->i. 

Ajourner. Fauchet, Lang. et Poës. Fr. Liv. II, p. t2. 

Anjol'rxer. .laq. Tahureau, Poos. p. 22. 

Enjûuuner. Villehard. p. 167. 

Atljonrneur, siihst. masc. Celui qui ajourne. 

(Voy. Oudin, Dict.) « Doit li ajoimiierres dire 
« aiussint: P. nous vous ajournons contre J. d'ui 
<■ en quinze jours à Clermont, à répondre ù vos 
« lettres. » i.i3eaumanoir, p. 54.) 



ADJOURXEl'R. Oudin, Dict. 
AjOLRXiERRES. Beaumanoif. p. 54. 

■ Adjouste, suhst. fthn. .Vddition. 

Voy. sous l'article Adjmitcr, l'origine de ce mot 
ctdela signilication dans laciuelle il est employé 
en ce iiassage : •< Vous et Messieurs d'Angleterre ne 
« demandez sinon Vafijousie du nom du lioy. » 
(Jeann. Négoc. T. II, p. "l'I. — Voy. Au.ioLsïi;.Mi;.Nr 
ci-après.) 

Adjoustement, siibst. masc. Corps de troupes. 
Addition. 

Du verbe Adjousier, assembler, on a fait ajous- 
temcnt au figuré, pour signifier un Corps de trou- 
pes assemblées ou réunies; ralliées, dans ce 
passage : 

Cil qui fut de S' .Tehan sires. 
En rassembla si longues tires (1), 
Que vi= d'armes largement, 
Fu li dui ajoustcmoU. 

G. Guiarl, MS, fol, 230, V. 

Dans le sens d'addition, ce mot est le même 
qu'AojorsTE ci-dossus. (Uob. Est. et Colgr. Dict.) 
De là l'expression adjoustement de testament, 
pour Codicile; écrit pour lequel on ajoute quelque 
chose à un testament. 'Beaumanoir, p. G9 et 70. — 
Voy. Ai>jorri;it ci-après) 

On disoit adjouster et adjuster des mesures, pour 
les étalonner. Mais comme le substantif formé de 
ces verbes ne se trouve que sous les orthographes 
adjusteinent et adjuslage, nousavons cru devoir en 
faire un article séparé. (Voy. Aujlsteme.nt ci-après.) 

VARIANTES : 

ADJOUSTEMENT. Cotg. Rob. Est. Dict. 
AjoisTEMENT. G. Guiart, MS. fol. 230, V». 

Adjouster, verbe. Mettre auprès, approcher. 
Coml)altre. se mesurer. Joindre, unir, assembler. 
Allier, marier. .Vjoutcr. Étalonner. Ajuster. 

Ce mot semble venir des prépositions latines, 
(id v[ ju.vla. i.Nicot, Dict. Plus inimédialemeiil des 
vei'bes (le la basse latinité adjoualave ou adjustare, 
formés de ces mêmes prépositions, et que Du Cange, 
(Gloss. Lat.) expli(iue par mettre auprès. C'est aussi 
la signification propre et primitive d'adjouster. Le 
Duc Gérard fut enterré auprès de son épouse; et le 
Poète dit à ce sujet : 



Dieu veust qu'ajousic soit le Saint avec la Sainte. 

Ger. de Roiiss. MS. p. 190. 

De là s'ajnuslcv pour se mettre auprès, s'appro- 
cher, s'avancer. 

Vint à l'ostel ; la Dame de lès li s'ajnitsla. 

Vies des gS. MS. do Sorb. Cliif. XXVH, col. 3. 

Ce mot oITre le même sens dans ce passage : 
« Hz s'approchèrent et virent au iiied de l'arbre qu'il 
« y avoit lettres qui disoienl en telle manière : » 

Oui, pour coucher dessus ce lict, s'tuljousle, 
Ne peut faillir d'avoir en brief la joiiste. 

Pcrcef. Vol. 111, fui. 151, Y- col. î. 

On s'approche pour combattre, se mesurer. De là 
le verbe njouster pris en ce sens : 

.... sont moult lor gent desconforté 
Qu'as plains chans ne sommes ostelé (2), 
Où il n'eust ne fraite ne fossé, 
Oui de combatre les eust encombré ; 
Car moult désirent à vous estre ajouxté. 

Enfjncc d'Obier lo Danois, MS. de Gaign.lt, fi.l. 8fl, V- col. 2. 

La même analogie d'idée a donné lieu à la signi- 
fication subsistante de notre verbe .IniTEn. 

Ln étendant toujours l'acception d'adjouster . 
mctlrc auprès, approcher, on a dit. adjouster pour 
sei'rer de près, joindre, unir, assembler, proi)re- 
ment mettre auprès, à coté fune de l'autre, plu- 
sieurs personnes, ou plusieurs choses. « Adonc se 
« adjoustèrent ensemble eulx et leurs gens, et se 
« babaiulonnèrent sur Sarrasins, auxquelz ils com- 
« baltii'eut de glaives fièrement en poussant. » 
(llisl. de Hertr. du Guesclin , par Ménard , 
p. 3.-)8 et 3.VJ.) 

Il s'agit de deux lutteurs dans ces vers : 

lîras à bras se sont entrepris, 
Bras ont dessus et dessous mis ; 
Ez lès vous (.3) ensemble ajoustés 
Pis contre pis, lez contre lez, 
Par derriers les dos s'embracièrent. 

Rom. du Brul, MS. fol. 0, R- col. 2. 

Dans un sens plus général, ce mot signifioit joiii- 
die, unir. « Gaberict, le Duc et Gueresches sont 
« adjousle:^ ensemble, et dient qu'ilz ne s'entrelais- 
« seront pour double de mort. » (Lanc. du Lac, 
T. II, fol. 70, V'col. 2.) 

Un de nos anciens Poètes, pour dire (jue l'argent 
fait tout, s'exprime ainsi : 

Denier a chambre painte à flors ; 
Denier ajnusie les amors ; 
Denier donne les grans honors. 

Fabl. MS. du l\.n'7M8, fol. 107, R-col. î. 

On reni|)loyoit encore en ce sens, du temps de 
.J. Le Maire. « L'un dos jeunes bastai'ds nommé 
« Mislor, avec l'un des maisti'cs d'hoslel de la 
« lîoyne.... se vindi'enl adjouster en leur bande. » 
(Illustr. des Gaules, Liv. I, p. l'ri.) Mais nous 
n'avons point d'exemples qu'on dit alors njouster 
pour assembler, comme en ce passage : « Le cuens 
« li loa qu'il semonsist ses os [-i] et les ajousta à la 



(1) file de soldats, troupes. — (2) campé. - (3) les voilà. — (4) troupes. 



AD 



- 1(13 — 



AD 



« fontaine de la Forie. " (llartèno, CoiiUn.de (i. de 
Tyr, T. V, col. GOO. — Voy. Aipjoisïii.Mi:.\T ci-après.) 

Le bel oste (1) que li llois ajuuslc 
Où de fîenl a si fière somme, 
S'estent sur lu rive de Suinme. 

(;. Cuiarl, MS. fol. 117, V'. 

En reslrcis'iiaiit à ruiiion du iiiariai;e racLCplidii 
générale tie joindre, unir; l'on a dil ujousLcr [luur 
allier, marier, l'ii père dil à son tils, dont il désap- 
prouve rincliiialioii pour une reiiiuic au-dessous de 
son état : 

Celo n'est pas de ton affaire 
Ne ditîne ilo loi descliaucier ; 
Je le vorrai jilus sorliaucier, 
Que que (i) \\ me doive eouster 
Que je te vorrai ajoster 
As nieillors gens de cest pais. 

Fabl. MS. de S' Gcrni. fol. 80, R- col. 3. 

La nuance qui distinjrue les deux significations 
joindre et ajouter, est si légère, qu'au premier coup- 
d'u'il elles paroissent se confondre. Toutes deux 
sont une exiension de l'idée mettre auprès, ilais 
notre mot ajouter, iiu'on vient de voir si souvent 
employé en parlant des personnes, semble s'être 
dit plus rarement qu'aujourd'hui, en parlant des 
choses. On en trouve cependant des exemples dans 
les Sermons de S' Bernard , sous l'orthographe 
ajosler, qui répond au mot adilerc dans ces mêmes 
Sermons en latin. « Mestier est k'à cest vespre soit 
« ajosteie li lièce (3) del malin. » (S'Bern. Serm. fr. 
Mss. p. 184.) <. Cil ki à l'umaniteit ajosteit lo nom 
« de Deu. » (Id. ibid. fol. 194. — Voy. Adjoustement 
et ÀDJorsTELR ci-après.) 

On pourroit croire que notre mot adjuster ou 
ajuster seroit différent d'adjouster, si l'on ne trou- 
voit celle orthographe au même sens dans ce pas- 
sage : « Jou Ernols Cuensde Chisnes et Castellains 

« de Broborc, faits à sçavoir ke ai donnei el 

« adjuslci à le Capeleiie de Broborc sis livrées 

<■ de renie par an. » (Du Chesne, Gén. de Guines, 
preuv. p. 281), lit. de 12G0.) On lit ajuster avec une 
signification semblable dans les Chron. S" Denvs, 
T. I, fol. 31, V°. 

La manière la plus simple, et peut-être la plus 
usitée, pour s'assurer qu'une mesure étoit juste, 
étoit de Vadjouster, de l'approcher, de la mettre 
auprès de. la mesure originale sur laquelle elle 
devoit être réglée. De là ce mol, pris dans le sens 
figuré d'étalonner. >■ Pour adjouster et mai>quer 
« chacune mesure, aulnes ou poids, sept palars et 
« demi. » (Coût, de Bouillon, au nouv. Coût. gén. 
T. II, p. 860.) « Avoir sects et adjouster mesures à 

« bled et à vin , sont déclarez espèce de 

« moyenne Jurisdiction. » (Coût. gén. T. I, p. 8G4. 
— Voy. Ibid. T. Il, p. 4.) 

On disoit aussi adjuster « Donner et adjuster 
« mesures, sont exploits de haute Juslice. » (Coût. 
de Bar, au Coût. gén. T. II, p. 1033. — Voy. Adjus- 
TEMENT et Adjusteur ci-après.) 

S'il faut en croire Caseneuve, ce mol en ce sens 



vient de juste, qui a ses proportions et ses mesures'. 
(Ménage, Dicl. étym. au mol «f/yHs/^'r. C'est vouloir 
établir une diUVrcnce de siguificalioii entre deux 
mois, qui ne dilVèieiil peut-être que par une varia- 
tion (roriliographe, née de la pnuiouciation de !'«, 
plus ou moins ouverle; ce ijui semble devenir au 
luoiiis iirobablc par les passages que nous avons 
ra|>i)orlés ci-dessus. Ony [iou\{:adjustir ou ajuster, 
pour adjouster; et réciproquement adjouster pour 
adjuster. 

Si notre conjecture est appuyée, il en l'ésulte 
i\n ajuster qui subsiste, est le mc'me dans son ori- 
gine qu'ar/yo».s<rr; et (lue la signification figurée 
que ce mol conserve, peut être i-egardée comme 
une exiension des idées approcher, assemider, 
réunir. Celle signification étoit nouvelle du temps 
de Balzac, (iiii taxoit ce mot de jargon à la mode. 
(Socrate, Cluél. T. II, p. 234.) 



ADJOUSTER. Percer. Vol. III. fol. 151, V»coI. 2, - Coût, de 
IJouilIon, au nouv. Coût. gén. T. II, p. 860. 

Adjouxtkr. Mémoire de Du Bellai, par Lambert, T. VI. — 
Pièces justificatives p. 324. 

Adjuster. Du Cliesne, Gén. de Guines, Pr. p. 289, tit. de 1260. 

Ajosteh. S' liorn. Serm. I"r. IISS. p, 184 et 194. 

Ajousïeh. Rom. du Brut, MS. fol. 9, R» col. 2. - FroisE. 
Vol. III, p. 88. 

Ajoi-ter. Fabl. MS. du K. n» 7218, fol, 167, R« col. 2. 

Ajl'.ster. Chron. S' Denys, T. I, fol. 31. V». 

Ajcter. Du Ch.esne, Gén. deChûtillon, Pr. p. 60, tit. de 1268. 

Adjousteiir, sul>st. masc. Celui qui ajoute. 

Mol formé du verbe adjouster, pris dans le sens 
subsistant. (Voy. Des Ace. Bigar. avant-propos, 
p. 3, et l'arlicle Adjouster.) 

La même raison qui nous a fait distinguer 
adjoustement, d'ajustement, nous détermine à sé- 
parer Adjousteur cI'Adjistei'r ci-après. 

Adipiscer,t)«'^c. Acquérir. 

Du latin adipisci. On disoit, « prendre et adi- 
« piscer la possession. » (Godefroy, sur Charles 
VIII, p. 74U.) 

Adir, subst. masc. Sorte d'épicerie. 
(Gloss. de l'Histoire de Paris.) 

Adirer, verbe. Égarer, perdre. 

Ce mot, encore usité dans la Normandie, étoit 
d'un usage frécjuent à Paris, quand Nicot composa 
son Dictionnaire. Après avoir observé qu'il vaut 
autant comme esgarer, il ajoute : pourtant usez des 
formules de esgarer. (Voyez sur son Etymologie le 
Diclionnaire de Monet ; — Gloss. lat. de Du Cange, 
au mol Adirare. — Ménage, Dict. Etym. etc.) 
« Ayant adii'é mes bagues et joyaux, le Sire Artile 
.1 noslre compère.... retrouva le tout. » 'Nuits de 
Slrap. T. II, p. 20.) » Trouveures ou choses adi- 
rées. » (Ord. T. III, p. 312.) « La doulce Vierge 
« adira son fils, lequel estoit demeuré au temple 
« pour disputer contre les sages de la loi; si le 



(1) armée. — (2) quoique. - (3) liesse, joie. 



AD 



— 104 



AD 



< queroit la bonne dame. etc. » [Le Chevalier île la 
Tour, Instr. à ses filles, fol. r.i, H" col. 1.' 

On iremployoit guère ce mot qu'eu parlant des 
choses : l'usag'e en est très-ancien dans notre lan- 
gue, tant au propre qu'au figure. 

l'uiz a dit au Duc en l'oreille 
Que il a eu moull merveille 
De la cuillié qu'il a trouvée 
Qu'il ont au niengié adirée. 

«om. de Rou, MS. p. 18D. 

Moult ay le cueur du ventre yrë 
Dont (1) j'ay bel acueil adiré. 

Rom. de la Rose, vers 38r>3-3854. 

C'esl-à-dire : " Je suis bien irrité d'avoir perdu, 
" etc. ■■ L'abbé Lenglet n'a pas entendu ces vers. 
(Voyez son Gloss. suppl.) 

On a dit adirer cuer gai pour perdre sa gaieté. 

.... qant j'entendi 
Q'ele mot congié douné; 
Se ne m'eust conforté 
Haute emprise et esperanche, 
i'eusse adirci gai cuer, etc. 

Ane. Poès. Fr. MS. du V.ilic, n- ^iW, fol. 4?, V'. 

(Voy. Adis ci-après.) 

VARI.iNTES : 

AJJIRER. Coût. gén. T. I, p. 210. - Ord. T. III, p. :!l-2. - 
Ane. Coût, de Normandie, fol. IG, R». — Beaumanoir, ,\nc. 
Coût. d'Orl. p. KO. 

Adiurkh. Contrat de Vente de la terre de Bazarne, en liUl. 

Adis, partie. Egaré, fourvoyé. 

Mous ne trouvons que dans Froissart, ce mol ([ui 
p.aroît être un participe du verbe Aiurkii ci-dessus. 
Égarer. Ce Poète l'employoit figurément pour signi- 
fier l'égarement d'un ccTÙr maîtrisé par l'amour. 

.... c'est raisons qu'il me souviegne, 

De la belle douce et rians, 

A qui je sui merci crians ; 

Et comment pour s'amour jadis 

.1 ai esté souvent si adis, 

Qu'àpainnes me pooie aidier : 

Ains vivoie de souhaidier. 

Froissart, Poés. MSS. f..l. 31'.), cnl. 1. 

Jf//s ex|irime le trouble de la surprise et de la 
confusion dans les vers suivans : Un amant, après 
avoir fait le récit d'un songe, dans lequel sa mai- 
tresse l'avoit surpris infidèle, ajoute : 

Un peu en fui premiers adis 
Et esbahis pour l'aventure. 

Froissart, l'oi's. MSS. fol. 307, col. J. 

Adits, subst. tnaac. plitr. Kspèce d'animal. 

C'est peut-être le même que Varlive ou chacal, 
dont parle M. de liuiïon, (liisl. naliir. T. V, p. 'il '»,) 
et qu'on trouve dans l'Asie et l'Afriiiue, aux envi- 
rons de Trébisonde, etc. Louis Xt « cnvoyoit 

« quérir bestes estrangesde touscostez; comme 

« en Barbarie, une espèce de petits lions qui ne 
« sont point plus grands que petits renards, et les 
« appeloit .\>lits en margej Aduz ou Ardits. )»(Mcni. 
de domines, p. VJI.) 



Peut-être aussi les Adits sont-ils les mêmes que 
les Adirés, espèce de chiens de Barbarie. (Dict. 
Univers.: 

V.\RIANTES : 



ADITS. Mém. de Comines, p. 
Anrz. lliid. en marge. 
Ardit-s. Ibid. en marge. 



Wl. 



Adjiice. siilist. Aide. 

(Voy. A.!i'DE ci-après.) « L'amitié nous a esté 
•i donnée par nature, pour eslre adjuee de vertu, 
« non pour estrc compaigne de vice. » (L'amant 
Bessusc. p. 151.) 

Adjudication, subst. fém. 

Ce mot subsiste, il a été employé par un de nos 
anciens Poètes, pour indiquer une espèce dépêché, 
commis [lar rintenliou, entre personnes mariées, et 
qui pouvoit être regardé comme une sorte d'adul- 
tère. Voici le passage : quoiqu'il soit un peu obscur, 
le sens du mot ne nous paroit pas é(iuivoque. 

... il est souvent advenu 
Que fenmie ou lit et homme nu 
.Mariez, l'un l'autre approclioient, 
Et l'un Tautre ne desiroient ; 
Mais avoit chascun son désir 

A son despareil et plesir 

I.à n'ont il point l'entencion, 
Fors fairi- fornicacion. 
Le deu fuit, si fait l'espoir, 
Eu ce cas, de lignée avoir, 
(,)ui a tel péchié les fait traire, 
l'our celé volunlé contraire 
Do ce qu'ils font et ne l'ont mie 
Es noms ou d'ami et d'amie, 
Qui note, selon l'escripture, 
Branche ou péchié contre nature ; 
Comme la propre entencion 
Eace i'adjailiration 
De la personne bonne ou maie. 

Eust. des Ch. Pofs. MSS. fol. 567, col. 4. 

Adjudicature, subst. fém. Vente, adjudication. 

Les Maréchaux de France (vers lîOO avoient 
" de propre cause de leur office tren te muis d'avoine; 
" chacun quinze, à prendre sur le bac du port de 
" NuUy près Paris. " 11 paroit aussi (ju'ils étoiriit 
chaigt's (le la police concernant V Adjudicature, la 
vente ou adjudication des avoines qui descendoient 
dans le même port ; et que pour administrer cette 
l)0lice, cl juger en même temps des contestations 
(juc l'aisoii naitre la perception de leur droit, ils 
IxMivdicnl faire et constituer un Prévost. C'est ce 
qui semble résulter de ce passage : « devant le...., 
« Prévost doivent eslre ventillées toutes les causes' 
« qui au droit desdits Mareschaux appartiennent, 
« et en V adjudicature, et doit avoir de chatmne 
" commission deux sols ; et de chacune amcnile de 
« soixante sols, doit avoir dix-si'pt ; et. . . se l'amende 
" estoit de soixante livres, en quoy encourt tmite 
ff personne qui faict ou vient contre les estatuts 
« desdits Mareschaux, il a aussi dix-sept livres. » 
^Voy. Bouteil. Soni. Bur. p. 897 et 898.) 



(1> de ce que. 



AD 



— Kir, — 



AI) 



A<lju(ior, verbe. .luser, condamiior. 

Acceplidii générale eiiipniiili'e du latin mljuili- 
care, et {[ue l'on trouve dans un titn; sans date, 
placé Ji la suite d'une i)irce de l'ii'.l. (Du Cliesne, 
Gén. de liar-le-nuc, preuv. p. .'t;i.) 

Elle snbsisloit encore du temps de .1. Le Maire. 
« Les mauvaises destinées m'ont l'ait demeurer jus- 
« ques à présent . . . là ou Madame nostre mère 
« m'envoya dès que je fus m; pour ("viter la mort à 
« laquelle i'estoye adjugé. » (lllustr. des Gaules, 
Liv. L p. m.) 

On disoit par une espèce de métonymie, aiu'jer 
une i)cine, pour condamner à une peine. 

Por ce t'est la paine ajurjie 
Que tu recevras sans tarder. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 139. R- cM. 2. 

La signification particulière (|ue ce mot conserve 
encore, n'est pas moins ancienne dans notre lan- 
gue ; car nous lisons dans une eufinète que Philippe 
Auguste fit faire au sujet des droitures que les Hoys 
d'Angleterre avoienl eu Normandie, (|ue lorsqu'il y 
avoit procès pour le palronage, l'Archevêque ou 
l'Evêque ne pouvoient conférei' le nénédce avant 
que la contestation fût décidée : « El quant li con- 

<• tans estoit fine l'Archevcsiiue ou l'Evesciue 

« devroient adonc recevoir personne sounisante au 

« tesmoing du Roy ou de son Bailiif pourtant 

« que celuy présente personne fut souflisante , 
« auquel le patronage de l'Éalise seroil adjugic, 
" etc. » (Voy. Ord. T. F, p. 28 et -it», noie ul;, col. 2.) 

V.VBI.VNTES : 
ADJUGER. Orth. subsist. 
Adjugieu. Ord. T. I, p. 29, notes, col. 2. 
Ajuger. Du Chesne, Gén. de Bar-le-Duc, preuv. p. 3;>. 

Adjiirateur, subst. masc. Celui qui juie, qui 
fait un serment. Celui qui l'exige. 

On trouve le premier sens dans les Dict. d'Oudin 
et de Cotgrave. 

h'adjurateur signifioit aussi celui ([ui exige le 
serment- d'un autre. (Cotgr. et Mcot, Dict. — 'Voy. 
Adji'rer ci-après. ' 

Adjuration , siihst. féiii. .Serment. L'action 
d'exiger le serment. 

Voyez, sur le premier .sens, les Dict. d'Oudin et 
de Cotgrave. 

La seconde acception se trouve dans Cotgrave et 
Nicot. (Voy. Adjurer ci-après.) 

Adjurement, subst. masc. Conjuration. 

Invocation de Dénions, du verbe jVnjunrR ci-après, 
conjurer. « Estoit l'ung des hommes qui habitast 
« dedans ces forestz, qui plus sçavoit de l'art de 
« Nigromance, et de adjuremens, el d'enchante- 
« mens. » (Percef. Vol. I, fol. 29, R" col. 3.) 

Adjurer, verbe. .Furer, faire serment. Conjurer, 
prier. Faire prêter serment. 

(1) c'est le roi Kanut. (n. e.) 
I. 



Ce mot emprunte les deux premières acceptions 
du latin adjiirare. Comme verbe neutre, il signifioit 
jurer, faire serment, promettre avec serment. (Vov. 
Cotgr. F)ict.) • ^ ^ 

Comme verbe actif, conjurer, prier, proprement 
taire jurer, faire promettre nm chose avec serment. 
Rabelais, T. FV, p. ix, Kpist. dit au Cardinal de 
ChAtillon : « ceulx qui par moy seront rencontrez 
« congratulans de ces joveux escripts , tous je 
" adjurerait vous en savoir gré total, uniquement 

» vous en remercier et prier pour conservation 

« et accroissement de ceste vostre grandeur, etc. » 

Cette signification subsistoit encore du temps de 
.1. Le Maire. " Par tous les Dieux, je ['adjure que 
" ne vueilles tuer mon Cygne. » fFllustr. des Gaules, 
Liv. IFI. p. 312.; 

F)aus un sens moins étendu, faire prêter serment. 
(Cotgrave el Nicot, Dicl.) D'où l'on a dit : « tout 
« noble homme, devant qu'il prengiie l'ordre de 
« Chevalerie, doit estre adjuré par .serment de 
« tenir foy el loyauté; premièrement à Dieu ([ui 
« est le commencement el le chief de toute Clieva- 
" lerie, etc. » (Le.louvencel, fol. 93, V-.) 

Adjustemcnt, subst. masc. Étalonnement. 

On appeloit « droit de marque et «r//;/s/«^f des 
« mesures, " celuy qui se payoit au Seigneur pour 
les mesures que l'on faisoil jcàuger et maniuer. fLa 
Thaumass. ubi suprà. — Voy. Adjuster en ce sens 
sous l'article Aujocster.) « Appartiennent. . . . aux 
« gens de la justice, Vadjustemeut des poids, mesu- 
« res el aulnes. « (Coal. d'Espinal, au nouv. Cuut. 
gén. T. FI. p. 1129. — Voy. Ad.iiisteur ci-après ) 

VARIANTES : 
ADJUSTEMENT. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1129, col. I. 
Adjcstage. La Thaumass. Coût, de Berry, p. IGB, art. 18. 

Adjusteur, subst.' masc. Élalonneur, jaugeur. 

(Voy. .If/y^s/fîH^î/Y et. l(/Ji/sto' sous l'article Aaiocs- 
TEH.) « Se les mesures sont trop petites et elles 
« soient signées aux armes du Roy el de Vadjus- 
" tcur, etc. » (La Thaumass. Coût, dé Berry, p. 340.) 

Adjutoire, sulist. masc. et adjectif. Aide, 
secours. Secourable. 
Au premier sens, c'est le mot latin .\djutorium. 

Par eulx et par leur ajuctoire 

Out des Engleiz Quenut (t) victoire. 

Rom. de Rou. MS. p. 184. 

Ce mot , très-ancien dans notre langue , étoit 
encore en usage du temps de .J. Le Maire. « Le 
« Capitaine des gens de guerre et navires de Paris, 
« donna çrand fulliment et adjutoire. » Illust. des 
Gaules, Liv. IF, p. 189.) 

is'ous ne le trouvons employé comme adjectif que 
dans ce passage : 

Ceulx qui pour droit et équité 
Ont requis mon bras adjutoire, 
Auront haulte prospérité, etc. 

Molinet p. 189. 



14 



AD 



— lOG — 



AD 



ADJUTOIRE. Vie de S" Marie Égypt. Vies des SS. MS. de 
Sorb. cUilï. LXi, col. 36. 

.\DJUToYnE. Triom. de Pétrarque, Irad^du Baron d'Oppède, 
fol. li, R». • 

Ajlctoire. Rom. de Rou, MS. p. 18^1. 

Adjuvaiice ^1), stibst. fém. Aide, assistance. 
(Voy. AiD.*>cE ci-après.) 

le Duc luy requeroit 

Consort, secours el aUjuvance. 

Vigil. de Cliarlos YII. Part. II. p. i. 

Ailiuallei', verbe. Appeler en justice. Nous 
ferons oliserver, pour l'intelligence de ce mot, 
que inall en Aiii^lois, en Flamand mael, signitioit 
assemblée, parlemcnl. d'uù iinilliix ou ntallii»! em- 
ployé dans la ha.-^se l;ilinil(' pour (l('siL;ner si)éciale- 
meht ces assemblées i;éuérales de la nation, convo- 
quées par nos Mois, et dans lesciuelles on disculoit 
les intérêts de l'Etat, ceux même des particuliers, 
lorsqu'il s'auissoit de causes importantes. Si l'on 
administroit la justice dans ces assemblées j;éné- 
ralcs, .1 (//;;«//(';• composé de la préposition ad et du 
verbe mallare, a pu passer de l'acception pio[iie 
assembler, ;i la siiiuification d'appeler en justice. 
(Voy, Borel, Dict. 'i'". add. Junius, étym.Ani;l. — D. 
Carp. suppl. (Iloss. de Du C. au mot Malleare '2, etc. 
— Eckard, loi Sali(iue, T. 1, note (c), etc.) 

Admenteuîince, siibsl. fém. Terme de procé- 
dure. 

Dans la coutume de Ilaynault, faire rtrfwit'H/t'HaHfc 
d'une requête, c'est peut-être persister aux fins 
d'une requèti', en maintenir les conclusions, les 
affirmer. ■< Uuand le demandeur se sera présenté au 
« jour servant, et que le deffendeur sera en faute 
" de comparoir, sera prolesté contre luy pour ledit 
" deffaut : et à la journée ensuivante ledit dcman- 
" deur reiiuerera que pour 1^ proffit dudit delfaut, 
« il soit admis en sa demande et aux despens ; et si 
« lors ledit delTendeur est encore en faute de venir 
" en cause, sera prins àsuspenser jusques à la jour- 
« née suivante: à laquelle sur admentenaiice que 
" fera ledit denmndeur de sa dite requeste de con- 
" tumace, il y sera admis. » (Nouv. Coût. nén. T. II, 
p. 113, col. 1. — Yoy. Ibid, p. 111 et 115, col. 2.) 

Adniinicule, siibst. masc. Appui, aide. 

Du latin ailminiculum. (Voy. Oudin, Dict.) Ce 
mot subsiste encore comme terme de prali(|ue dans 
la signilication particulière de moyen ; ce (jui aide 
ù faire une preuve dans une affaire civile ou cri- 
minelle. 

Adniinistrateresse, &uh&t. fém. Administra- 
trice. 
Dans une signification particulière, Curatrice ; 



celle qui administre les biens d'un mineur éman- 
cipé. " Katlierine étoit légitime tuteresse et admi- 
> nislrancsse de Mariou sa fille. » ^Trés. des Cbart. 
licg . Itir». Lett. de I37;i; « La femme qui est batiste (2), 
" adiiiDiisIrarrfssc ou tutrice de ses enfans, quand 
« elle se marie ne perd point laditte balislerie, 
» administralion ou tutelle de ses eufans. » ^Cout. 
de Bourg, au Coul. gn. T. I, p. 8il. — Voy. Au.mi- 
NisTKATio.N ci-après.) 

VARIANTES : 
ADMl.NISTUATERESSE. Coût. gén. T. I, p. 8il. 
.Vu.Mi.NisTRAnnKssE. Trés. des Chart. Reg. U)5, Lett. de 1373. 

AdministraU'iir, subst. masc. Celui ((ui sert. 

F.ii latin milustrator. De là l'expression adminis- 
traWiirs de cliemins, pour désigner les travailleurs 
dont on se sert dans une armée pour aplanir les 
cbcmins : « si estoycnt abbalcursde bois, fossoyeurs 
» cl aihiiiiiistraleurs de cbcmins moult smigneux, 
« eu celle forest d'Ardenne à abbalre bois iledans 
" les lieux où on u'avoitonwiuespassé ne conversé. » 
(l'roissart, Vol. HI, p. 327. — Voy. Ahmimstiieh ci- 
apiès, pris dans le sens de servir.) 

Administration, SîW)S/. fé)ti. Curalcllc. Intcr- 
vculiou. (.iiuseulement. 

On a (lit admnùsli'aliiDL pour Curatelle, eu parti- 
cularisant l'aeccplion générale et subsistante de ce 
mot. « La femme qui est batiste, «dmiiiislrarresse 
». ou tutrice de ses eufans, (luand elle se marie ne 
« perd point laditte balistcrie, administralion ou 
« tutelle de ses enfans. » (Coût, de liourg. au Coût, 
gén. T. 1, page 841. — Voyez An.MiMsriiATKiiKssi; ci- 
dessus.) 

Toute administration donne à celui qui en est 
chargé le droit d'intervenir dans toutes les allaires 
(jui y sont relatives. De là ce mot pris dans le sens 
d'inteivenlion, consentement. >> Les enfans masles 
" d'une femme de servile condition , ne peuvent 
« prendre, avoir ou porter couronne ou tonsure 
.1 clérical 3 , f,an&admiHislration, congé ou licence 
" du Seigneur dont ils sont serfs. « (Coût, de 
Meaux au Coul. gén. T. I, p. 80. — Voy. Aujiinis- 
TiiiiMENT ci-après.) 

Adniinistrenicnt, subst. masc. Adminislra- 
lion, gouvernement. Médiation, négociation. Action 
de fournir. 

Le piemier sens paroit être le sens propre de ce 
mot formé du verbe Admimstreu ci-après. « (4) Il fut 
" abbés cl jus (r.; al)bés. Abbés el Abbés uns sols 
« noms est; mais en l'un de ces dous abbez n'en at 
" mais ke les soles paroles de cest nom. Uns offices 
« est, mais cbailif mi ; cum sunl dcssemblant li mi- 
« nistre et cum est altres li uns amiiiishrmens ke li 
" altres. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 314.) 



(1) C'est un mot savant fait avec les yeux, tandis que /li(/a(ice a été fait avec l'oreille par les Romans, (x. k.) - (2> Il 
vaiidrait mieux bailtiulrc et haillislrerie : voir l)u C. au mot Ilajulus, .i. (N. ic.) - (3) Clérical n'a pas de femiiun, parce qu il 
était (le la famille de fc;rand. qui restait invariable, venant tlun adjectif latin de la 2« classe. (N. E.) - (l) Trailiichon : « Il y 
eut abbé et abbé. Abbé et abbé, ce n'est qu'un seul nom: mais dans l'un de ces abbés, il n'y eut que les seules paroles de 
ce nom. Ce n'est qu'un office, et c'est peu de chose à mon avis : ainsi dillérenl entre eu.\ les serviteurs, l'un adnunistre 
d'une manière et Tautre d'une autre. » (n. e.) - (.5) auprès, mot explétif. (N. e.) 



AD 



107 — 



AD 



C'est par une analni^ie îi peu p^^s scmblahlcî à 
celli' (lue nous avons indiquée' sous le mot Ahminis- 
TRATKiN ci-ilessus, pi'is (laus le sens d'iiilervention , 
t]u'.{(linniisl)riiii')tt a sij^nilié nn'ilialion , m'^mcia- 
tion : « les habitans de la ville de Lisieux se mirent 
" en l'oliéissance du lioy de l'"rance, ^s mains île 
« son l.ieulenant, par V'adminlstrcinrnt et conseil 
c de leui' Kvesques. » (Monslr. Vol. 111, fol. l'i, i;-.; 

Enfin du verbe .'If/wi/H/s/r*'?', Iburnir ; on a dit, 
Admitiistroncnt d'aide, pour l'action de secourir, 
de fournir du secours. " L'eaue creut en si grande 
« haulteui'... que aucune facnltc, ou administre- 
« ment de ayde ne lui lors aux Hommainspresl(î. « 
(Triompb. des neuf l'reux, p. 3;i'i, col. -2.) 

VARIANTES : 
ADMINISTREMENT. Monsirelet, fol. 12, R". 
Aministui:mknt. S' Bern. Rcrm. Fr. MSS. p. C"). 

Administrer, verbe. Administrer, gouverner. 
Servir, fournir, donner. 

Ce mot formé du \n[\n administrai'e, se dit encore 
au premier sens en parlant des clioses. On Fem- 
ployoit autrefois en parlant des personnes. « Le 
« Roy... accordoit tontes requestcs î'i luy faicics par 
« ceux de qui il estoitflf/H(/«!S/»r'. >■ iMonsli'. Vol. I, 
cil. 191, p. 200. Y°.) 

Il paroit emprunter la seconde acception du lalin 
miiiistrare , servir, fournir, donner ; acception 
encore subsistante dans les expressions Ailuihiis- 
trer les Sacrcmens, Administrer des preuves, etc. 
mais beaucoup moins étendue qu'elle ne l'ctoit 
dans l'origine de notre langue, comme on en peut 
juger par les passages suivans : « (1) As cuers ki 
<i eiulurit estoient si cum pière, aministrevet om à 
« droit les coutels de pière dont Jh. C. nave (2) fist la 
" circoncision. » (S' Bern. Serm. fr. ms. p. 220.) « A 
« leurs propres mains adiuinistroieut l'eau en 
« leurs bouches. » (Percef. Vol. V, fol. 3G, R" col. 2.) 
« Tu es sage et es appelle es aiïaircs des humains... 
« Vecy le mondequi te «/«('/(/.s/jr beaux chevaux, 
« belles robes , bonnes viandes, etc. « (.Modus et 
Racio, Ms.. fol. 220, R°.) 

Souvent dans les écritures du 13' et du M" siècle, 
Ve et Vo se ressemblent : cette ressemblance, jointe 
à l'abréviation de Vr qui n'aura pas été remarquée 
par le copiste, aura pu faire lire admoneste pour 
admenistre en cet autre passage: « Vaine gloire 
K leur rtf/;HOHi's/^ tout ce qui leur fault de perles, 
« de pierres précieuses et de toutes richesses. » 
(Modus et Racio, ms. fol. 220, R°.) 

Enfin, Administrer h)i prisonnier, c'étoit le ser- 
vir, le soigner, lui fournir les secours dont il avoit 
besoin. (Voy. Froissart, Vol. 111, p. 33. i « Le Duc de 
« Bourgongne, qui avoit la garde du Duc de Bar... 
« et d'autres plusieurs prisonniers qui estoient au 
« Louvre, et lesquels il faisoit administrer par ses 
« gens... les restitua et rendit à ceux de Paris. « 
(Monstrelet, Vol. I, ch. 103, p. 167, R°.) 



On a dit au môme sens en parlant de malades : 

Elle leur administre, elle les couche «t liéve. 

G. Uacliaol, MR. p. 89. 

Alors Administrer est neutre comme dans le pas- 
sage suivant, oii le régime du verlie est suppléé 
par celui de la préposition à. S' Bernard, dans une 
aposliiiplii! à Lucifer qui jirétendoit se rendre égal 
au Très-Ilaul, s'cx[iiiiiie ainsi: " ô oulrecuidiez 
« et mal senneiz (;jy, li millier des milliers arninis- 
" trenl à luy et deix lieies (i) mil cent millier estent 
« davant lui" et lu soiras (5). >• (Serm. fr. mss. p. 324.) 

VARIANTKS : 

ADMINISTRER. Monst. Vol. I, ch. 191, fol. 2<«, V». 
Admenistker. Gloss. du P. Lalibe, p. .520. 
Admonf.stk». Modus et Racio, MS. fol. 220, R». 
AMENisTiiKFi. Ord. T. I, p. 2.J2. - G. Machaut, .MS. fol. 214. 
Amimsther. L'amant ressusc. p. 25G. 

Adininistrcur, siibst. masc. Celui ([ui admi- 
nistre. Celui qui sert. 

Nous trouvons souvent ce mot employé dans la 
signification particulière et subsistante de notre 
mot Administrateur, qui administre, qui régit. 
(Voy. Beaumanoir, iihi suprà. — Gloss. sur les 
Coût, de Bi'auvoi.sis, etc. etc.) 

Ainsi ne font administreiir que braire, 
Vivres quérir pour mesgniée (6> et argent, 
Chevaulx, harnois pour chevaulcher ou traire. 
Administre vivent bien saigement, 
Vestuz, peuz sont ; gaignent largement 
Et si font po, etc. 

Eust. des Ch. Poi'S. MSS. fol. 3i7, ccl. 2. 

Dans un sens plus général, on disoit au figuré : 

Si fès au Bacheler entendre. 

Que tôt adès doit son cuer tendre, 

Et la droite voie tenir, 

De plus en plus preus devenir : 

A droit i doit tendre et tirer. 

Et tôt son afaire atirer, 

Au mestier des armes s'offrir. 

Si doit le cvier du tôt offrir, 

Car se li cuers n'est amiwster, 

Li cors n'i a guères mesler. 

Fabl. MS. du R. n" 7015, T. U, fol. 161, R- col. 1. 

Or faut-il donc que je le garde, 
Et que les vertus je regarde 
De quoi je sui aministn's, 
Et anciennement registres. 

Froissart, Poês. MSS. p. 36, col. 2. 

Ce même mot a signifié celui qui sert. De là l'ex- 
pression Aministreor espirit, en lalin Ministratorii 
spiritus, pour designer les Chérubins. « Chérubin, 
« ce dist li Profète,"estevent [7) et ne soyenl mies... 
" Tuit sunt aministreor espirit por ceos ki doient 
« receoivre l'érilaige de salveteit. >> (S' Bern. Serm. 
fr. MS. p. 324. — Idem. Serm. lai. — Voy. Admixis- 
TRATEim et Administrer ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ADJUNISTREUR. Beaumanoir. ch. 16. p. 96. 
Ad.menestrières. Ibid. ch. 7, p. 47. 
Administre. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 347, col. 2. 



(1) Traduction : « Aux cœurs endurcis comme pierre, on présenterait avec raison les couteaux de pierre avec lesquels 
J. C. nouvellement né fut circoncis. » (n. e.) — (-2) neuf. — (3) insensé. - (4) dLx fois. —(5) Traduction : « Et toi-même tu y 
seras. » (n. e.) — (6) mesnie ; voir D. Carpentier, Glos. français, (n. e.) — (7) sont debout. 



AD 



— 108 



AD 



Admixistrières. Beauraanoir, ch. 4, p. 31. 
Amenistreur. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. 
A.MixisTREOR. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 65. 
Amixistues. Kroissart, Pocs. MS. p. 30, col. 2. 
A.MiNisTUEin. Ibid. p. '.m, col. I. 
AMNiisïEii. Kabl. MS. du K. iv 7015, T. II, fol. 16V, R" col. 1. 

Admirablo, adj. Extraordinaire. 

En laliii «(/;«ira/'/7is; proprement, tiui cause de 
Tadmiration, delà surprise, de l'étonneuient. Voy. 
AimiiiATiF l'i-après.^ On a dit en parlant d'un ("léanl 
d'une taille extraordinaire, au-dessus de la nafu- 
i-elle. " 11 (uluihnimblc à nature pour son extrême 
" grandeur. >■ (D. Flores de Grèce, fol. 25, U".) 

Adniiratif , (nlj. Qui attire l'admiration. Qui 
mar(iue l'admiialion. 

Dans le pieiuier sens, a<li)iiralivc au (t'ininin 
signiliuit admirable. (Gloss. de Marot. — Voy. Ai»ii- 
R.\iiLE ci-dessus.) 

Ce mot subsiste avec la seconde acception ; mais 
on ne diroit jilus : faire situes «H(//'rt///'s pour signi- 
fier exprimer, marquer par des signes le sentiment 
de l'admiration. (Voyez Histoire du Tliéalre français, 
T. II, p. 515.1 

VAltlANTKS : 

Ar)MIB.\TIl-\ Gloss. de Marot. 
A.MUIATIF. Ilist. du Th. fr. T. II, p. 515. 

Admiration, subsl. (cm. Surprise, élonne- 
ment, horreur. Cliose admirable. Exclamation. 

Admiralion subsiste étant [iris en bonne part, et 
comme un sentiment excité par quelque cliose de 
grand, de merveilleux , etc. On l'employoit aussi 
autrefois en mauvaise part, pour tout geiire desiir- 
prise et d'étonnement, même d'iiorreur : ■> Si luy 
« vint à grande iuhiiiration , et desplaisance. » 
(Froissart, Vol. 1, p. 3(51.) Le Duc de Bourgogne, 
après l'assassinat du Duc d'Orléans, « confessa, et 
" dit que par l'introduction de l'ennemy, si avoit 
" fait faire cest homicide par Hollet d'An'tonville, et 
« ses complices ; lesquels Seigneurs, oyans ceste 
« confession, eurent si grande admiralion , et tris- 
« tesse en cueur, ([u'à peine luy peurent-ils donner 
« response. » Monsir. Vol. 1, fol. ;!l. V°.) 

De là, on a employé le mot .idiniration pour la 
chose même (lui excite l'admiralion : 

Si est Rrant délectation, 
D'ouyr telle admirai ion. 

r.acc de la Bi-nc, des Ded. MS. fol. 101, R". 

Le peuple dit encore en quelques Provinces, c'est 
une admiration, pour c'est une chose admirable. 

Enliii ce mot paroit avoir été en usage pour le 
signe même de l'admiration, l'exclamation. 'Voy. 
Eust. des Gli. l'oi's. ms. où l'on Irimve le mot .\d- 
miracion, confondu ;illeriiativement avec le mot 
demande on question dans le litre de plusieurs qua- 
trains, après lesquels on en trouve avec le titre de 
Réponse. Le \nol Aihniraeion paroit signifier dans 
ces endroits, exclamation. ^Voy. Eust. desCh. Poës. 
jiss. fol. -2Ti, col. ;i) 



ADMIRATION. Froissart. Vol. I, p. 361. 
Au.MiNisTn.vciox (lisez Admiracion). Triomph. des neuf 
Preux, p. ll'.t, col. 1. 
.\D.MiR.\cioN. Kust. des Ch. Pol-s. MSS. fol. 274, col. 3. 
Amui.\c.ion. Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 203, R" col. 2. 

Admission, suhst. fém. 

Du laliii Adinixsio. C-e mot (pii subsiste pour dési- 
gner laclioii par laiiuelie on est admis, a signilié 
pins parlicuiicrement le droit d'être admis à occu- 
per en iiualilê de l'roeureur. " Les Procureurs sont 
" tenus en toutes les causes... de tenir bonne et 
» |ierliuente noie de tous les deniers... à peine de 
" raiiicnde, el par-dessus cela, d'estre [irivez de 
« leur admission, pour tel temps que la loy trou- 
■ vera il propos. » ;Nouv. Coût. gén. T. I, p. (577, 
cul. I. — Voy. -V.Missio.N ci-après.) 

Admittei', verbe. Recevoir, admettre. 

Du latin Admittere. (Voy. Adicmis ci-dessus, sous 
la troisième acception.) « Poet le Seigniour aver 
'< accion euverz le Soveraigne del meason que prist 
" el admit! ast son villen d'estre professe eu mesme 
>' la meason sanz licence el la volunt(! le Seignior, 
'< el recovera ses damagez ii la value de le villein. " 
:Tenur. de Litll. fol. ii, VM » Tout ceo que n'est 
" pas encounter reason poit bien eslre admillé et 
" allow (1). " (Id. ibid. fol. 17, R°.) 

Admodei-, verbe. Façonner. Préparer, disposer. 
Modérer, modilier. Rorner, se borner. Adonner, 
s'adonner. .Jouer en mesure. 

Ce verbe, composé du substantif latin modus , 
mode, façon, moilération, modification, borne, etc. 
emprunte ses diverses acceptions des différentes 
signilications de ce même substantif. 

Le sens propre el générii|ue est façonner, donner 
la façon, en parlant d'un ouvrage; en termes d'A- 
griculture, façonner, donner un labour. 

. . . l'asne dist, qui pert le principal 
ICt rest le cuir, sa rente est mal foniléc. 
La beste muert, riens ne demeure au pal 
Dont la terre puist lors estre admodée. 
I.e labour fault, etc. 

Eust. desCh. Poës. .MSS. fol. 104, col. I. 

On (lisoil figurément, s'amoier avec le pronom 
I)ersonnel. pour se façonner, s'accoutumer. 

Xiilz aprentis ne s'i puet amnim; 

.\nc. l'oûs. Fr. MS. du Valic. n' 1322, fol. 152, R- col. 1. 

En étendant l'acception d'Admoder, façonner, à 
celle (le préparer, disposer; on a dit an ligure 
s'amoder ou s'amoier pour se préparer, se dis- 
poser. 

Alors à jazers je m'amodc. 
Comme beau parlant, bien disant. 

Œuv. de Uoger de CoUepyc, p. 48. 

je me vueil amoier 

A rimer et à fabloïer. 

Fabl. .MS. du I\. n- "SIS, fol. 277 R- col. I. 

Ce même verbe dans le sens de modérer, modifier, 



(1) alloué. 



AD 



KK) 



AI) 



exprime encore ujie idée accessoire de Tidce prin- 
cipale, façonner, «.le m'y emploieray de dieu i)on 
« cueur et n'y espar^noray du mien pour coiilem- 
« pérer et umodier les condilions controverses 
« entre les deux parties. » liabclais, T. IV, 
p. 151 et 15-2.) 

i^'ainoier de parier, c'est modc'rer sa Iau5;uc, la 
retenir, modérer le désir de [larler. 

Oie/, communément, niés ; 
Et lie parler vous ainoic:. 
Si vous dirai teles novel .s 
Qui aux niales l'aniLS sont bêles, etc. 

Fabl. MS. du II. ir 7218, fol. 223, n» col. 2. 

De là, ce mot a signifié borner, restreindre; 
&'a»ioier, se restreindre, se borner. 

Ne s'i savoient ainuier ; 
N'avoient pas renies à vivre, 
Chascune de centaine livre. 
Ne vendoient pas blé à terme, etc. 

Fabl. lis. du U. n" 7218, fol. 319, V" col. 2. 

On a dit, par extension de ce dernier sens, 
s'amoicr à servir Dieu pour s'y adonner, s'y plaire 
uniquement, s'y borner. 

Lessicr m'esluet (l) le rimoier; 
Quar je me doi moult esmaier ('-), 
Quant tenu l'ai si lonfînement. 
Bien me doit le cuer lernioier 
Conques ne me poi aimiifif 
A Dieu servir parfoteraent. 

Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 332 11- col. 2. 

Enfin du latin mndus, mode, règle, mesure, on 
a fait amoier pour jouer en mesure, jouer un air 
suivant les règles du mode dans lequel il est 
composé ; moduler, s'il étoit permis d'user de ce 
terme. 

Guis du fretel (3), au clialumel 
Biau s'acorde et amoie. 

.\nc. Pocs. Fr. MS. du Vat. n' U90, fol. HO, R-. 

Nous finirons cet article par une remarque sur 
la formation des mots francois, dont l'étymologie 
est latine. Si les uns, en vieillissant, ont perdu ces 
traits de ressemblance qui découvrent leur origine 
lorsqu'on remonte à l'urtliographe primitive ;" les 
autres en ont ac(iuis. qu'ils n'avoient point en 
naissant (1). Telssontles \erhes, Amoier, Aorer, etc. 
que des Auteurs plus modernes ou mieux instruits, 
ont écrit Admoder, du latin iiiodtts; Adorer, du 
latin Adorare, etc. 

VARIANTES : 

ADMODER. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 101, col. 1. 
Amoder. Qùiv. de Roger de Collery, p. 48. 
Amodier. Rabelais, T. IV, p. I,")2. 
Amoier. Ane. Poët. fr. JISS. avant liiOO, T. IV, p. 1359. 
Amoyer. Percef. Vol. 1, fol. 78, R» col. 2. 

Adniodiateur, subsl. nuise. C'ui prend à 
ferme. Qui donne à ferme. 
Ce mot qui subsiste au premier sens, sous la 



seconde orthographe, n'a pins guère d'usage que 
dans (iuel(|ues provinces. Il signifie fermier, mé- 
tayer. (Colgr. IMct. et Laur. (jloss. du Dr. fr.) 

Dans un sens moins propre, celui (|ui dunne :"! 
ferme. (Colgr. Dicl.) 

On a voulu dériver Admodialeur, de moisson. 
(LaurièiT, /(/)/ sitjjrii.) Mais je crois que son origine 
est la niéiMc <iue celle dn verbe Admodier ci-après. 



ADMODIATEUR. Cotgrave, Dict. 
Amgdiateur. Id. ibid. 

Ailinotlialion, subsl. fém. Bail à ferme. 
Du verbe Ahmoducu ci-après. — Voy. Cotgr. Dict.) 



AIJMdiJlATIO.X. Cotgr. Dict. 
A.Muuiatio.v. 1(1. ibij. 

Adinodior, verbe. AlTermcr. 

Ce mol roriné du latin riidiliiis, muid, boisseau, 
signifie pioprcment Al'iermer moyennant une re- 
devance de certaine (juaiitilé de inuids ou boisseaux 
de grain. (Du Cange, ubi siiprà.] Par extension, 
affermer à moitié fruits. iColgr. Dict.; Affermer en 
grain ou en argent. (Dict. de l'Acad. fr.) 

variantes : 

ADMODIER. Du Cange, Gloss. lat. au mot .\rlmoUia,'e -2. 
A.MORiEii. Cotgrave, Dict. 

Adnioissoiiiior, verbe. Affermer. 

Bailler à ferme. (Du Cange, Gloss. lat. au mol 
Admodiare'2.) Proprement alfermer la moisson, la 
récolte d'un fonds ; ou peut-être, affermer un 
fonds à moitié fruits de la moisson, de la récolte. 
(Voy. Ad.modieu ci-dessus.) 

On a dit par extension, Adnwissonner pour 
afi'ermer, en parlant de droits payables en blé ou 
autre grain, même en argent. (Voy. Du Cange, 
Gloss. lat. au mot Ad)noisso)iata tallia.) ■■ Le Gou- 
« verneur de la Chancellerie ainoissonne chascun 

« an les petits sceaulx. » ;Estats des oflic. des 

Ducs de Bourg, p. 6.) « Ils ne vendront justice, ne 
« ne amoissonneront foires ne marchiés. » Ibid. 
page 297.) 

Cette signification générale doit peut-être son 
origine à l'usage de payer en grain, c'est-à-dire 
avec une partie des fruits de la moisson, ce que 
l'indigence ne permettoit pas de payer en argent. 
Cet usage subsiste encore dans le Lyonnois, où les 
paysans ou laboureurs conviennent avec les 
charrons, maréchaux et autres artisans de cette 
espèce, de leur donner une certaine quantité de 
grain en payement de leurs ouvrages ou fournitures 
durant le "cours d'une année. C'est ce qu'ils 
appellent icunoissonner. Ils s'abonnent de même 
avec le médecin. iVoy. Du Cange, Gloss. lat. an 
mot Amuissonata tallia.) 



(■1) me faut. - (2) émouvoir. — (3) le mode du flageolet. — (4) Sainle-Palaye s'aperçoit déjà de la différence entre les 
mots populaires et les mots savants; s'il juge bien de ces derniers, il ne voit pas pourquoi les premiers s'éloignent du latin ; 
ils sont d'ailleurs moins vieillis, si, comme dit Pascal, « la vieillesse du monde est devant nous et non derrière. » (x. e.) 



AD 



110 — 



AD 



vAniAMF.s : 
ABMOISSOXXER. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. 
Admoison.neh. Du Cange, Gloss. lat. au mot Admodiai-e 2. 
Amoisonner. Gloss. de l'Hist. de Paris. 
A.MOisso.NER. Du Gange, Gloss. lat. au mot Amnisaonala 
tallia. 
Amoissoxxer. Estats des Offic. des D. de Bour. p. 297. 

Aclinonestement,SH/)s/.?Hnsc".Averlissement. 
(Du vci'he Admo.nesteu ci-après.) 

Espérance qui tant est nele, 

Si me deprie et anioneste 

Que je ne chieco ( 1) en désespoir. 

Celui Dieu qui anianz afete (2), 

Me commande cors et cuers mete 

En li servir sans renianoir ; 

'L'atmmcslcmciil bon espoir 

Si meslonge du désespoir, etc. 

Fal.l. us. du R. n'7218, fol. 980, R- col. 1, 

VARIANTES : 
ADMONESTEMENT. Nuits de Strap. T. I, p. :}{. - J. 
Marot, p. 73. 
AMON-ESTE.MENT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 280, R" col. 1. 

Admonester, x^erbe. Avertir, conseiller. 
Mander. Annoncer. 

Ce mot formé du latin Admonere (3), au supin 
Adnionitum, d'où l'ortliograplic subsistante admo- 
néter, ne se dit plus que de l'avertissement ou re- 
montrance ù huis clos que fait un juge à un parti- 
culier coupable d'une faute qui ne mérite pas une 
plus (grande punition. (Voy. Gloss. de Marot.) On 
î'employoit autrefois dans îc sens général d'avertir. 
« Il fut."... surprins d'un remors de conscience.... 
« et d'icelui, comme si par (juclque esprit il eust 
>' es[é amonété, qu'il s'amusoil ù la moutarde, il 
« tomba en un désir violant, etc. » (L'amant 
Ressusc. p. 215.) 

De là pour conseiller, engager à faire une chose. 
<■ Estre (imonesté ; en latiiî persuaderi, être con- 
« seillé, être engagé. » (Voy. Règle de S' Benoît, 
lat. et fr. >is. de lîeauvais, ch. xl.) t'est la même si- 
gnification dans ces vers : 

.... affin que pitié Vadmoncsle 
Nous venir veoir soubz une crainte honneste 
T'advertissons qu'alors jeux et esbatz, 
Robbes de pris et joyau! x mismes bas, 
Puur prendre noir, la dolente couleur. 

J. iMarul,!.. 193. 

Pour mander, donner avis de s'assembler, en 
parlant de troupes : 

Environ vu'^ Brebançons 
Estoient encore arestez 
El champ de guerre amonncsicz. 

G. Guiarl, MS. fol. 133, V-. 

Enfin pour annoncer. Amonrstcr une fête, en 
<lonner avis, l'annoncer. 

. . . Cléomadés commanda 
A eaus, quant partirent de là, 
Ce fu ce qu'il umoneslassent 
Sa feste et savoir le laissassent 
Par tous les lieus là il venroient. 

Clcomadis, MS. de Caigoal, fol. 95, V- col. 1. 



VARIANTES : 

AllMONTSTEi;. C.loss. de Marot. - Gloss. de l'IIist. de 
Paris. 
Amonester. Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. 59, V° col. t. 
Amoxëter. L'amant Uessusc. p. 21.x 
Amonnester. g. Guiart, MS. fol. 133, V". 

Admonition, subst. fém. Avertissement, avis, 
conseil. Suggestion. 

Du latin Admoiiilio. Ce mot subsiste en termes 
de pratique avec une signification particulière. 
(Voy. An.Mo.NESTER ci-dessus.) On I'employoit autre- 
fois dans le sens général d'avertissement, avis, 
conseil. « Estouppez vos oreilles à toutes bonnes 
<■ umonitiom. » (Al. Cliarl. Quadril. invectif, p. /d3.) 

Pris en mauvaise part, 11 signifioit suggestion. 

« Très-mauvais Satliau aussi comme Adam fu 

« pris en péchié pai' ton nmonicion en un jardin, 
« aussi fu pris le lîciioil iilz de Dieu en un jardin, 
" où il estoit en oroison. » (.Modus et Hauio, ms. 

fnl. -JO-i. V°.) 

VARIANTES : 

ADMONITION. Gloss. de Marot. 
Amonicion. .Modus et Racio, MS. fol. 202, V". 
Amdxitio.v. Al. Chart. Quadril. invectif. p, 413. 

Admorti, partie. Mort. Éteint, raquitté. 

Ce mot, dans le sens propre, signifie mort ; 
au figuré pâle comme un mort, défait dans ce pas- 
sage : " me veuillez dire la cause de votre doléauce, 
« car tant vous vov palle et amorty. » (Cér. de 
-Nevers, Part. II, p. 2!).) 

On a dit, en parlant des hypocrites : 

Les sanbleanz ont esperi tex, 
Faces maigres et atnortics; 
Mais dedenz sont tuit plain d'orties ; 
Viex est lors vie orde et mesele (4). 
De huppe nos font turlerele, 
Et de corbel colon-croiser. 
D'aubespine nos font roser. 
D'orties griescbes, fenoigl. 

llisl. de S" Loocadc, MS. de S' Germ. fol. 30. V- col. 2. 

Nous disons en ce sens lè\T'es mortes, pour dési- 
gner des lèvres pâles et livides. On appelle aussi 
eau morte, une eau qui ne coule point, qui n'a pas 
de mouvement. Dans une signification également 
figurée, l'oji appetoit autrefois vif-argent amorliz; 
dii vif-argent sans activité; amorti:^ comme yaue, 
sans mouvement comme l'eau qui ne coule pas, 
qui n'est point agitée. Pour guérir un cliinn de la 

« roigne volante prenez vif-argent tant comme 

n vous vouldrez faire d'oignement, et metez en une 
« escuelle, avec la salive de trois ou de quatre 
.< liiimines à jeun, et menez tout ensemble contre 
" le fonz (le l'escuelle, au doiz, jusq'fi tant que 
» l'argent vif soit amortiz comme yaue. >• (Chasse 
de Gaston Pliébus, ms. p. 101. et I0-2. — Voy. 
Ad.mûrtir ci-après, sous la cinquième acception.) 

/Imo?'//, se dit encore en matière de rentes, de 
pensions et de devoirs de fief, qu'on éteint, qu'on 



(1) tombe. — (2) se montre. — (3) Admonester a été fait sur Admoncslarc, fréquentatif formé de Admoncslum, corruption 
de Admonilum. (N. E.) — (4) lépreuse. 



AD 



— III 



AD 



rachète. (Voy. AnMinniu eu ce sens.] Au reste, pour 
Lieu enteiulre ces expressions : .« lief npparleiiaiit à 
« l'ÉKlisi' (idinorli ; terres il'Ki;li.ses adinurlii's ; 
« i\ci admurli et iiuleiuiiisé; licrit;ij;es «f/mo;7/s et 
« iiulenuiisez ; ceiisives udiiiorlii's ; rente admurtie, 
« etc.; " ou lient lire l'ailicle Aii.muiitissi:.mi;.nt ci- 
dessous et consnller l.auricre. (iloss. du Dr. tV. Il 
nous suflira de reuianiuer ici ([u'anciennement les 
rentes constituées îi prix d"ari;ent sur les liels ou 
autres lu'rilaj;es, donnoient ouvertures aux droits 
de Idils et ventes, de i'acli;d, etc. et ([ue comme ces 
di'oits ctuient cteints par raciiuisitiou i|ue les gens 
de niain-niorte faisoienl de ces rentes, ils dévoient 
payer aux Seigneurs l'amortissement, ou droit d'in- 
demnité. Suivant fancienne Coutume de Laon en 
Vermandois, « pour rentes constituées sur liels.... 
« est reiiuise inl'codatinn par le Seigneur. » iCout. 
gén. T. I, p. 481.) L'article 117 de la Coutume d'Or- 
léans, porte que « si aucun héritage censuel est 
« vendu, donné ou autrement aliéné, ou rente sur 
« iceluy constituée à Kglises, ou gens de main- 
« morte, le Seigneur censier, si bon luy semble, en 
« fera vuider les mains à celuy qui l'a acquis, ou 
« auquel il auroit esté donné ou aliéné ; et ne le 
<■ recevra ù vicaire, s'il ne luy plaist. Et si une fois 
« il a esté receu à vicaire, le Seigneur censier sera 
« tenu à toutes mutations de l'y recevoir, en 
« payant les redevances telles ([u'elles sont deues. » 
(Coût. gén. T. I, p. 955.) 

Le payement des droits d'amortissement ou d'in- 
demnité, rendoit ces sortes de rentes non racbeta- 
bles. '< Coustume est notoire au Bailliage de Vitry, 
■< que toutes rentes achetées et constituées à prix 
« d'argent, posé ores qu'elles soient achetées et 
« accordées entre les parties , perpétuelles et à 
.1 tousjours. néantmoins elles sont racbetables, 
« n'estoit qu'elles fussent amorties, en tant qu'il 
« touche les gens d'Eglise. » (Coût. gén. T. I, 
p. 402.) Par le procès-verbal des Coutumes de Berry, 
on accorda « aux gens du premier estât, que... 
« pour le regard des cojistitutions des rentes faites 
» pour les fondations du service Divin... qu'ils de- 
« moureroienl en leurs droicts, ainsi que justement 
« ils en ont jouy par cy-devant ; et aussi quant aux 
« rentes d'autre qualité, s'elles ont esté deuëment 
« amorties. » (Coût. gen. T. II , p. 361. — Vov. 
Laurière, Gloss. du Dr. fr.) 

La Coutume du Poitou distingueracry((fs/ar//HO/'^' 
de Yacquesl commun. •> Quand le mari et la femme 
« ont racheté durant leur mariage des rentes, des 
« charges ou des servitudes dues sur les immeu- 
« Lies de l'un d'eux, et créées et constituées avant 
« qu'ils eussent été mariez , l'acquêt est appelé 
« commun, et l'offre du demi-denier a lieu. Mais 
« s'ils ont vendu, pendant leur mariage, et consti- 
« tué sur les immeubles de l'un d'eux ces charges, 
" ces rentes et ces servitudes ; et s'ils les rachètent 
« ensuite, ce rachat n'est point un acquêt commun, 
« et dans ce cas l'offre du demi-denier n'a point de 
« lieu : parce qu'à le bien prendre un tel rachat 
« est moins un acquêt qu'une ejctinctioii et un 



<■ admortissement, d'où il a été appelé acquêt ad- 
■' viorli. - (Laur. Closs. du Dr. fr.) 

VARIANTES : 
AMilUri. Nicot, Dict. - Laurière, Gloss. du Dr. fr. 
A.Mouri. Ortli. subsiste. — Gloss. des arrêts d'amour. 
Amoutiz. Chasse de (last. l'héb. .MS. n. 10-.'. 
A.MoiiTï. Gér. de Nuvers, l'art. II, p. 28. 

.Vdinoi'tir, verbe. Faire mourir, mettre à mort. 
Eteindre. Hacquitter, racheter. Mourir. Défaillir, 
manquer. Finir. Termes de Coutumes. 

Le sens propre est faire mourir, mettre à mort, 
livrer à la mort. Un de nos anciens Poètes dans une 
prière (lu'il adresse à la S" Vierge, s'exprime ainsi : 

Dame, de ton Saint cors Diex toz nous conforta 
Qu'en loi prist nostre char, que por nous amorta. 
Comme vrais Die.\ et hom ; en ses Cie.x l'enporta! 
l'ahl. .MS. du R. n- 7218, fol. 2:3, l;- col. 3. 

De là ce même mot employé ligurément par op- 
position au verbe Aviver. « Roy glorieux amorte 
« en moy le désirer de la char et avive la vigueur 
« de l'amour. » (Chasse de Cast. Phéb. >is. p.' :%(.). 

Il conserve encore cette acception figurée, sous 
l'orthographe amortir, qui semble être moins an- 
cienne dans notre langue, que celle LÏAmorter. 
nuoiqu'.l;;io/7/r soit encore d'usage en |iarlanl des 
choses morales, des passions; on ne diroit cepen- 
dant plus : « Quant à ce que me mandez avoir 
« rendu l'amour esclave... amortij ne l'avez-vous 
« point... ains endormy, et à la charge de se réveil - 
« 1er de plus beau quelque jour, pour vous faire 
« réparer l'injure que vous vantez luv avoir fait. » 
(Lett. de Pasq. T. I, p. 5'2.) .Nous disons encore ligu- 
rément, faire mourir ses passions. (Uict. de l'Aca- 
démie française.) 

Amortir le feu, signifie aujourd'hui rendre le feu 
moins ardent. Autrefois , c'étoit le faire mourir, 
l'éteindre. (Voy. La Thaumass. Coût, de Berry, 
p. '281.) Xous trouvons amortcr pris métaphorique- 
ment en ce sens : « Illumine mon cuer de la céles- 
« tial sagesce, amorte ire et chaleur charnel. 
« attrempe et refrène ma langue de vain parler. » 
(Chasse de Cast. Phéb. ms. p. 3.58.) 

De là, on a dit amortir en matière de rentes et 
de devoirs de lief, pour les éteindre, les racquitter, 
les racheter. Suivant plusieurs de nos anciennes 
Coutumes, on peut « Admortir à deniers une rente 
« foncière ou autre... quand un bériiage a été baillé 
'• ou hypothéqué à rente ou autre charge et devoir, 
« soit à condition ou faculté de la racheter etétein- 
>• dre pour certaine somme ou non. » (Laur. Gloss. 
du Dr. fr.) 

Le temps fixé pour le racquit, étoit quelquefois 
appelé grâce d'admortir. « Si aucun prend héritage 
« à rente, à grâce d'(/);;o)7('r,- et pendant la grâce, 
« le bailleur d'héritage à rente vend ou transporte 
« la rente, et le preneur Vadmortisse au-dedans du 
« temps d'icelle grâce, il ne devra qu'une rente. •> 
(Coût. d'Anjou, au Coût. gén. T. IL p. 74.) 

Amortir la foij et Iwmmage . c'étoit racheter ce 
devoir par une redevance, l'éteindre, en dédom- 



AD 



— 11-2 — 



AD 



mageant le Sei?;neur à qui il étoit dû. « Si personne 
« c'ousliimière ; c'est Ji sravoir, personne non no- 
« ble, aborne à ([ueUiue devoir ou amortist la foy 
« et hommage qu'elle doit à cause d'aucuns hérila- 
" ges ;^ elle ap|);uienans par son acqucst, ce ncant- 
« moins tels liiTilaLifs et i-lioses autres fois lioin- 
■■ magées deniuurcrdul en leur première nature, 
« quant aux successions. » (Coût. d'.Vnjou, au Coût, 
gén. T. II, p. 83. — Voy. Aomoiiti ci-dessus.) 

Amollir, comme verbe neutre, siiinilioit mourir ; 
et Ton disoil en i)aHanl d'une (leur: « La Kose... 
« incontinent passe, seiclie et pcri sou odour, 
« beaulé. et amortist. » (Eusl. des Ch. Poës. mss. 
fol. 301. H" col. I.) 

On s'en servoit par une espèce de métonymie 
pour designer les symptômes ou signes de la inort, 
comme la pâleur, le défaut de mouvement. (Voy. 
Amouti ci-dessus.) U siguilie di-faillance dans ce 
passage: » De la graut paour que de vous j'eus, le 
« cueur me amortist tellement, que comme morte 
« cheus. " (Saintré, p. 3/(5.) 

En termes de peinture . on dit que les couleurs 
se perdent eu mourant les unes dans les autres, 
lorsqu'elles Unissent par une dégradation insensi- 
ble. Nous trouvons amortir, emiiloyé figurément 
en termes de maçonnerie, dans une signiiication à 
peu près semlilal)le, en pni'lanl d'un conlro-mur 
dont la saillie Huit, cesse d'être au-delà du nu du 
mur. en diminuant insensiblemenljusqu'à une cer- 
taine hauteur. « Si... four, forges ou cheminée sont 
« faits contre mur moitoyens, sera fait contremur 
« de l'espesseur de six poulces eu admortissaiit ou 
« diminuant jusques au premier estage. » (Coût. 
gén. T. I, p. 112.) 

Enfin %'admortir en termes de Coutume , « c'est 
« donner ses biens à la charge d'être nourri jus- 
« qu'à la mort, .\nciennement, celui qui adoptoit , 
« s'amorlissoit. « ,Laur. dloss. du Dr. fr.) •■ Toute 
« personne débile ou constituée en vieillesse ou 
« maladie, se peut donner et amortir à tel qu'il luy 
« plaira, en lui donnant entre-vifs tous ses biens 
« meubles, acquests et conciuests immeubles, et la 
« moitié de son naissant. » (Coût. gén. T. I, p.TriO.) 
« Toutes personnes n'ayant enfans ou autres des- 
« cendans d'eux en ligne directe, se peuvent don- 
« ner ut amortir à tels qu'il leur plaira , en luy 
■' donnant entre-vifs tous ses biens meubles et 
" immeuiiles, tant d'acquêts que de naissants. » 
(Nouv. Coût. gén. T. II, p. 87(i , col. 2. — Voyez 
Admortissement ci-après.) 

C'est par allusion à ces sortes de donations, qu'un 
de nos anciens Poètes a dit : 

Ne vous tuez pour vos prouchains : 
Qui s'amortit, pis vault que mors. 

Eust. des Ch. Pocs. .MSS. fol. 437, col. 3. 

VABI.\.NTES : 

ADMORTIR. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
AMonTF.n. Chasse de Gasl. Phéh. .\IS. p. 38. 
A.MORTiiEn. Ane. Poc's. fr. MS. «lu Vat. n' 1522, fol. 152. 
Amohtir. Orth. subsist. - Lett. de Pasq. T. I, p. 52. 



.\(lmovtissal)Io, aitj. Racbetable. 
Vuy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

Admoi'tisseinont , sulist. masc. Acquisition 
ou vente sujette à amortissement. Lettres d'amor- 
lissemenl. Droit d'amortissement. Amortissement, 
raciiuit. Espèce de donation. 

Il est constant que les Eglises, .sous nos Rois de 
la première et de la seconde race, pouvoienlaciiué- 
rir des biens immeubles. Les Lettres de Carde ou 
de protection que nos Hois leur accordoient, sous 
le titre d'iiumunilés , prouvent qu'ils favorisoient 
ces acquisitions. (Voy. (»ril. T. 1, pn-face, p. 1».) 

Ces aciiuisitions ou ventes faites à des gens de 
main-morle, furent appelées dans la suite V/f/)Hor- 
tissrmeiis, parce que sur la fin de la seconde race, 
les droits de mutation, dans la possession des fonds, 
fiireiil établis, et que ces ventes ou ac(|uisitions 
cansi lient l'extinction de ces mêmes droits, les 
anéantissoient, les éteignoient ; acceplion figurée 
du verbe AnMORTiR ci-dessus. (Vov. Ord. T. I, pré- 
face, p. <). — Et Laur. r.loss. du Dr. fr.) 

Les Seigneurs se plaignii-enl de ce qu'ils étoient 
privt's des droits de lods et ventes, de rachiit (»u de 
relief, qui leur seroieni échus, si les fonds tombés 
en main-morte fussent demeurés dans le commerce 
ordinaire. Leurs contestations à ce sujet avec les 
Eglises s'étautronouvoléessousle règne de LouisIX, 
ce Saint l'oi décida contre elles, « en ordonnant 
« qu'elles seroient obligées de traiter avec les Sei- 
<• gueurs féodaux pour être conservées dans la 
■< possession des héritages qu'elles auroient ac(|uis 
« dans leurs mouvances , sinon qu'elles seroient 
« conlraintes de les mcllre dans l'an et dans le jour 
« hors de leurs mains, sous peine de confiscation. >• 
(Ord. T.I. préf. p. 10.) Pour éviter cette peine, les 
Eglises Iraitèrent avec les Seigneurs féodaux immé- 
diats, qui leur accoi-dèrent la possession paisible 
des liiens immeubles (|u'elles avoient acMpiis , 
moyennant une liiiance proportionnée à la perte 
qu'ils faisoient. iVoy. Ord. nhi suprà.) 

Dans la seconde signilicatîon : " Atimortissement 
" est congé ou octroy (lue fait aucun bault justicier 
" à personne ou gens (l'Eglise, de tenir aucun liéri- 
" tage en leur main à perpétuité, sans ce que par 
.' iceluy hauU justicier, ne par autre ayant cause 
" de luy, ils puissent doresnavant estre contraints 
« à le meltre hors de leurs mains : et par ce appert 
« que c'est héritage admorly, car c'est héritage 
« duf|uel ledict octroy est donné. Pourquoy fut 
« adtiiorlisscvicnt trouvé, pour ce (lue gens d'I'!glise 
« acheployent volontiers et jamais ne revendoyent, 
« et ainsi Vils pouvoycnl achepter à volonté et sans 
« congé du SeigiHMii- hnnll jusiicic'r, coiiiine autres 
" personnes séculii'i'cs, rien ncî leui' escbapperoit 
« (lu'ils n'acheplassenl. » (Gr. Coût, de Er. Liv. II, 
ch. xNiii, p. 1('>3. — Voy. Amortis.mion ci-après.) 

Les /,c//rr.s (l'amorliaacmcnt , accordées par le 
Seigneur hault justicier, n'ôtoient iioint au Sei- 
gneur foncier, bas ou moyen, le droit d'exiger à 
son tour une indemnité. " S'il est ainsi que le hault 
>i justicier les admorlisse, si demourra le droict 



AD 



— 113 — 



AD 



« desdits autres Seigneurs sauf ; et faut qu'il soit 
« par cliasciiu (ulmarUi. » ((ir. Coût, de France, 
Liv. II, cil. wiii, p. 1(!4.) 

Ce i)riiici|K' ilii droit l'codal est aussi ancien que 
la Loi ([ui ulili^ea les gens de main-morte d'olftonir 
des Seigneurs immédiats des Letti'es d'amortisse- 
ment pour se conserver dans la possession de leurs 
biens iinniciiMcs. Car à peine furcnl-ollesolilenues, 
que les Scii^iiciii's nuMinls smilini'i'iil (inc ces suites 
de gi'àces n";iv(>icnt pu être failes ;i leur prc^juiiice ; 
et les Eglises furent contraintes de linancer une 
seconde fois au profit de ces Seigneurs, cl ainsi de 
Seigneurs en Seigneurs jus(iues au lioy, en remon- 
tant de degré en degré. « l»e l;i vient (dit Lauricre) 
« que les commuiiautez et autres gens de main- 
« morte, sont obligez de payer au Hoy le droit 
« d'aviortisKcincnt, t\u\ n'est autre chose qu'une 
« indeniiiilé; et non pas parce qu'ils sont person- 
« nelleiueul incapables de posséder des biens iin- 
» meubles dans le lioyaume comme Hagueau et 
« tous nos Auteurs l'ont cru jusqu'à présent. » 
(Gloss. du Dr. fr.) 

Comme ces indemnités multipliées, souvent exor- 
bitantes, parce qu'elles étoient arbitraires, excé- 
doient pres(|uc toujours le prix des aciiuisitions, et 
qu'elles meltoient les Eglises dans une sorte d'im- 
possibilité de les conserver, Pbilippe le Hardy guidé 
uniquement par son zMe, crut devoir donner des 
bornes cerlaiiics aux prétentions des Seigneurs. 
Pour cet effet, il ordonna dans un Parlement tenu 
à Paris, aux fêtes de Noël de l'année 127."j , que les 
Seigneurs ne pourroient inquiéter les Eglises au 
sujet de leurs acquisitions, lorsqu'elles auroient été 
amorties par trois Seigneurs médiats, sans compter 
celuy qui avoit donné ou vendu aux Eglises ; que 
pour les immeubles qu'elles possédoient à titre 
d'aumône, sans la permission du Roy, dans ses 
fiefs et ses arrière-fiefs, à compter depuis vingt-neuf 
années, elles payeroient en argent la valeur des 
fruits de deux années ; et de trois années, pour les 
immeubles qu'elles auroient acquis, à quelque titre 
que ce fût. Quant aux acquisitions par elles failes 
dans les AUeus situez dans les fiefs et les arrière- 
fiefs du Roy, elles dévoient payer pour celles ([ui 
leur avoieiit été ainnônécs, l'estimation des fruits 
d'une année ; et pour celles ù titre non graluil, don- 
ner les fruits de deux années, à moins qu'elles 
n'aimassent mieux mettre ces acquisitions bors de 
leurs mains. (Voy. Ord. T. I, sommaires, p. 303.) 

Cette Ordonnance, qui ne devoit avoir lieu ([ue 
çopr le passé, nous apprend que les Barons avoient 
été de tout temps en possession â'amorlir. Philippe 
III, en 1277, accorda le même droit à l'Archevêque 
de Reims et aux Évêques, Pairs de France, en le 
restreignant aux arriére-fiefs, relevant d'eux. 
(Voy. Du Cange, Gloss. lat. au mot AdmortiuUio.) 
Les Comtes de Champagne pouvoient aussi donner 
des Lettres d'amortissement. (Coquille, hist. du 



Nivernois, p. 123) ; et les Ducs de Nevers ont ré- 
clamé ce droit. (Voy. Mercure de Fr. Juin 4739, 
p. 12()!).) Il |);iroit (|ucce n'est pas sans quelque 
fondement, puis(|iren Vl'M), sous le rijgne de 
Philippe le lîel, le Parlement rendit un Arrêt en 
faveur du Comte de Nevers, par lequel il lui étoit 
permis d'accorder des Lettres d'amortissement aux 
gens de miiin-morte, etc. [)Ourvu qu'il ne i-eût 
point d'argent. Aulrement le lioi pouvoit mettre 
dans sa main les biens amortis. (Voy. Du Cange, 
(iloss. lat. au mot Adniorlizat/o.] 

Si nos Rois accordoient le droit d'amortir, s'ils 
pouvoient le restreindre et le inodi'rer; s'il leur 
éloil (lu, |)()ar chaque ;imorliss(.'iiient, un droit 
d'indeiiiiiilé, comme étant lU'U'eux souverains dans 
leur Royaume, ce sont les termes dont se servent 
i|uelques-uiies de nos Coutumes, on a eu raison 
de regarde!' ce droit comme un droit attaché à 
la souveraineté. Par conséquent les Rarons et autres 
Seigneurs n'en ont pu jouir (lu'à titre de conces- 
sion, ou bien ils usurpèrent ce droit, •• lorsque la 
'< force de l'auctorité royale n'estoit bien cogneue, 
« comme depuis elle l'a esté. Car telles choses qui 
« dépendent de la puissance souvei-aine, appartien- 
« nent à la seule majesté. » (Gr. Coût, de Fr. Liv. II. 
ch. XXIII, p. IGG, note.) 

Anciennement, les personnes non nobles qui 
acquéroient des fiefs, et qui ne les possédoient pas 
à services roinpéteiis, c'est-à-dire sans diminution, 
sans extinction des services militaires, étoient 
aussi contraintes d'obtenir des Lettres d'amortis- 
sement ; cela fondé sur le même principe qui y 
assujettissoit les gens d'Église. Comme eux, elles ne 
pouvoient conserver leurs acquisitions qu'en payant 
aux Seigneurs suzerains, de degré en degré 
jusqu'au Roi, de grosses finances pour Vadmortis- 
sement, l'affranchissement des services militaires 
([u'elles étoient incapables de rendre. (Voy. Ord. 
T. I, préf. p. 11, et A.MORTi ci-dessus.) 

Nous avons remarqué ci-dessus, que les ventes 
failes à des gens d'Église, étoient appelées 
admorlissemens, parce qu'il en résultoit une 
extinction de profits Seigneuriaux. C'est par la 
même analogie qu'on a dit'et qu'on dit encore nd- 
mortissement pour racquit, extinction d'une rente. 
(Voy. Laurière, Gloss. du Dr. fr.) On écrivoit quel- 
quefois admortiement. « Jamais on n'admorliroit 
« la rente dedans l'an et jour, mais tùusjours 
« après, quelque temps que ce soit l'on feroit 
« de sorte qu'il n'apparoistroil Y admortiement 
« avoir esté fait dedans l'an et jour, etc. » (Coût, 
gén. T. II, p. G49.) 

Enfin, ce mot signifioil, en termes de Coutumes, 
une donation faile^ à la charge par le donataire de 
nourrir le donateur jusqu'à sa mort. « Toutes per- 
« sonnes ayans enfans, peuvent donner l'usufruit 
« de leurs biens, acquests 1) et naissans '2), et leurs 
« meubles en propriété à tous l'un ou plusieurs de 



(1) Pour Acquests, voir Littré, I, p. 46, col. 3. (n. e.) - (2) « .\u regard des héritages vulgairement dits et appelez propres 
ou naissans venus des pères ou mères ou d'autres parens, iceux héritages doivent retourner au plus prochain parent dudit 
défunt en ligne descendante du costé dont sont procédez lesdits héritages. » {Nouv. Coust. rjénér., II, p. 680.) (x. e.) 
I. 15 



AD 



— 11 i — 



AD 



• ses enfans, à la charge irèlre nourry el subvenu 
« à toutes ses nécessitez et autres choses que 
« voudra apposer le donateur du contrat de 
« Viiniurlissoiicnt. - (Coût, de Clennonl, au Nouv. 
Coût. jïén. T. 11. p. 877, coi. l.j • Hcrila^e baiiié 
« par adiiwrtissciiH'iit. à ciuelque personne que ce 
« soit, ne se peut vendre, liypotliétiuer, n'y aiicner 
» par raccei)tant de tel don et udnioiiissoiteut 
« durant la vie de Taduiortissant. » fCout. de 
Clermout, ubi suprà. — Voy. s'Amortir sous 
Amortir ci-dessus.) 

V.VHU.NTES : 
.\DMOUTISSEMENT. I.aur. Gloss. du Dr. fr. 

.\nMORTlK.MKNT. Cout gcn. T. II, p. Il'h^. 

Amortissement. Orth. subsist. — Nouv. Cout. gén. T. I, 
p. 158, col. 1. 

Adnection, subst. fém. Liaison, union, jonc- 
tion. Colgr. Dict. — Voy. An.nex.vïion et An.nexi: 
ci-apres.)' 

Adnex, subst. masc. Titre, qualité. 

Titre annexé, attaché à une personne, du latin 
Adnexus ; proprement, ce ([ui est annexé. (Voy. 
AxNEXE ci-après.) •■ Est delTcndu, en Cour royale, 
« que on ne se puisse faire ne [>orler par Porteur 
« de lettres d'autre et Procureur en.... niesme 

« cas pour ce que le Porteur est Seigneur de la 

« cause, et le Procureur non ; el que le Maistre et 
« le Pi'Ocureur procèdent ensemble, il n'est pas 
« possible, car il faut avoir partie directe el si 
<• formée qu'elle n'ait pas deux adncx, mais un 
« seul qui vaille. « (Bouleill. Som. Rur. lit. 
197, p. (i'.l.) 

Adnic-hiliition, substantif fcm. Annihilation. 
Cassation. 

Le premier sens est le sens propre et générique. 
" Du trop peu manger procèdent.... débililalion de 
« corps, perturbations d'esprit el anicilation de 
" soi. « (Triomph. de la noble Dame, fol. 51. — 
Voy. Admciiileh ci-après.] 

Dans une signification particulière, on disoil 
Aduichilation pour Cassation, en parlant d'un tes- 
tament. '• Si sur Yadnicliilalioii dudil testament 
« estoient ouys, tors vaudroilla reproche: car ledit 
« testament adiiicliiU', leur don seroit nul. » 
(Bouteiil. S(im. lUir. lit. 10."., p. OIS.) 

vAni.\NTEs : 
AnXICIllLATION. DouleiU. Sera. Hur. tit. lO."., p. 018. 
A.sicii..\TioN. Triomph. de la noble Dame, fol. 51. 

Adnicbiler, verbe. Réduire à rien, détruire. 
Devenir à rien. Avilir, deshonorer. 

Ce mol subsiste sous l'orthographe Annihiler, 
en latin Aunihilare, formé de nihil qu'dU écrivoit 
nichil [\] dans la b;isse latinité, d'où vient Adni- 
chiller, proprement réduire à rien, détruire. (Voy. 
AuMLi.Eii ci-après.) « Si tu moyennes la puissance 



" d'autruy, tu aduichUles le plus souvent la 
« tienne. » (Le l'rince de Machiavel, p. '29.) 
J. de Meun, parlant des trois Parques, dit : 

Saichcz que moult vous réconforte 
Clilolo qui la quenouille porte 
Et Lacliesis qui les filz file : 
Mais Atropos si anichile 
Ce que les deux peuvent liler. 

Rom. de la Rose, vers 20070-20G80. 

Quelquefois ce verbe étuit neutre, et signifioit 
devenir à rien, se détruire, « mult anichilant 
« s'alloil. » illisl. des 3 Maries, en vers, ms. p. -1\-1.) 

On l'empioyoit encore de même, du temps de 
.1. Le Maire. « Leur force et leur dureté robuste, et 
« paravant si terrible el si redoutable, se commença 
<• à amollir et anichiler. » (Illustr. des Gaules, Liv. 
III, 1). 300.) 

Dans un sens figuré, Anillier, réduire à rien, 
s'est dit pour avilir, deshonorer, proprement 
compter pour rien. Peut-être même faut-il lire 
nvillicr. L'n ancien PoiHe reiiroclianl aux Prélats 
de son temps, le bannissement de Guillaume de 
S' Amour, que le Pape Alexandre fit exiler à l'oc- 
casion de cette querelle célèbre qui dura sept ans 
entre les Dominicains el l'Université, et dans 
laquelle les Prélats intervinrent, s'exprime ainsi : 

Prélat, je vous faz asavoir 
Que tuit en este nnitlié. 
Mot^lre ("lUillaume ont escillié, 
Ou li Rois, ou li Apostoles. 
Or vous dirai, à briés paroles, 
Que se r.Vpostoiles de Homme 
Puet escillicr d'autrui terre homme, 
Li Sires n'a nient en sa terre, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 324, R- col. 2. 

VARIANTES : 

ADNICIIILER. C.ér. de Nevers, Part. II. p. 1 l'J. 

Adnichilleu. Ord. T. III, p. 149. — Le Prince de 
Machiavel, p. 21. 

ANicuiLEn. Oudin. Cotgrave, Nicot, Dict. — Ménage, Dict. 
étvm. - Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 217, col. 4. 

A.NiLLiEn. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 324, R" col. 2 

Annichilku. Oudin, Nicot, Rorel, Dict. — Brantôme, Cap. 
fr. T. II, p. 387. 

ANNiini.Eii. Orlli. subsist. — Clêm. Marot, p. 259. 

Adiioiioer, verbe. Annoncer. 

Du latin .[(Inuiiliare ([u'on écrivoit aussi Annun- 
liare : > Uuanl le lioy eutouy parler les messagiers 
" des Admiraulx d'Égipte, qui estoient venuz 
« avecques Messire .lehan de Vallance ("ij.... le Hoy 
" leurdisl qu'il ne feroit nulle trêve à eulx, pre- 
" mier (lu'ilz lui eussent rendu toutes les testes des 
« Chreslieiis morts, ([ui pendoicnt sur les murs du 
" Quassere (3), dès le temps (jue les Contes de Bar et 

« de Montfort furent prins el avecques eux 

« renvoia le Hoy ledit Messire .lelian de Vallance, 
« pour la grant sagesse el vaillance qui estoit en 
" lui, pour adHO)icer de par le Uoy le message aux 
« Admiraux. » (Joinville, p. 8!).) 



(1) On écrivait de même michi; cotait pour empêcher la contraction des deux syllabes en une, et renforcer le son de la 
lettre h. (n. e.) - (2) Jean de Valenciennes. — (3) Le Caire. 



AD 



115 - 



AD 



CONJUG. 

Anouricvct, impnrf. indic. Annoncoit. (S' Bern. 

Soi'iii. fr. M-s. p. io!).) 
Anomal. p;irf. iiidic. Annoiira. (Iil. Ibid. p. 51.) 
Anunch'vct, iiiiparl". iiidii'. Aiinonroit. (Id. 

ibid. p. ir.i.) 

VAMIANTICS : 
ADNONCEU. .loinvillo, p. 89. 
ANNUNCEn. Molinet, p. UVi. 
Anonchh. S' lii-rn. Serm. fr. MSS. p. 105. 
Anonzer. Id. ibid. p. ,')1. 
Anuncer. Id. ibid. - ,1. Marot, p. 207. 

Adiiiilliitioii, subst. iiiasc. Doslriiclion. Perle. 
Ru pi lire. 

Mots formés du verbe An.Mi.i.Eu ci-après. Le 
premier sens est le sens pi'opre. <■ .Iulius... a esté 
« à l'eiu'oiilre du bien commun, l'bonneur el la 
« fraiicliis(! de la noble cité de Homme el aditul- 
« lation des nobles liommes du pays. » (Percef. 
Vol. V, fol. 15, R" col. 1.) « Se fut ensuiviz adnul- 
« /fl/îo» et corruption de nostre ville; conse- 
il quemment désolalion et totalle destruction de 
« nostre.... Royaume. » (Monsir. Vol. 1, fol. "iiJS.) 

De lîi l'expression anuUcmoit de courage, pour 
signifier découragement, perle décourage « Nous 
« ne sommes pas tenus par si grand anullemenl 
« de petit courage, que nous "ne veuillons com- 
« battre jusques à la mort pour justice. » (Monstr. 
Vol. I, fol.'2±2, V».) 

Dans une signification particulière née de l'a- 
ception générale destruction, on a dit adnullation 
d'alliance, pour rupture d'alliance. ■< Renonciation, 
» revocation, et adnullation desdictes alliances. » 
(Hist. de Paris, preuv. ;T. III, p. -o±\i, col. 1. — 
Voyez le mot Abolition ci-dessus.) 



ADNULLATION. Monstr. Vol. I, fol. 'm. R» et V°. 
Annullement. LeFévredeS.Remy. H. de Charles VI, p. 81. 
Anullement. Monstr. Vol. I, fol. 222, V". 

Adniiller, verbe. Rendre nul, détruire. Dé- 
courager. 

Rendre nul, annuller comme l'on dit encore 
aujourd'hui en termes de pratique, dans une signi- 
fication particulière. •• Lequel privilège ou Cous- 
« tume... avons annulbj et aboly, annulions et 
« abolissons. » (Coût. gén. T. I, p." 78i.) 

On employoit autrefois ce mot dans un sens plus 
général. 

Après je ne sais chose nulle 
Dont joie en son cuer tant anulle, 
Ne dont tu aies tant d'irour, 
Comme de vivre en cette erreur 
Que tu tiens ta Dame pour folle. 

G. Macliaul, 5IS. fol. 27, V- col. 3. 

Il s'est dit figurément pour décourager, faire 
perdre courage. (Voy. Anullement décourage, sous 
Adni!ll.\tion ci-dessus.) « Le Capitaine luy demanda 
« se il les cuidoit esbabir pour ses menaces et 



« trouver si anulliz, pourtant 86(1) ceulx de la 
» Rochelle s'estoienl rendus. .. (Ilist. de B. du 
Guesclin, par Ménard, p. 51G.) 

VAHIA.NTKS : 
AD.NULLER. Aresta amorum, p. 219. 
Annui.lkh. Orth. suhsist. - Coût. gén. T. I, p. 7»i. 
An.n'UM.iu. Coût. pon. uhi .supra. 
ANUI.I1EH. Froissart, l'oc-.s, M.SS. fol. 17.5, R». 
Amilleh. g. M.ichaut, .MS. fol. 27, V» col. 3. 
Anui.lh;. Ilist. de li. Dugesclin, par Ménard, p. 510. 

Ad-oculuin. 

C'est une expression purement latine, el qui 
signifie sous les yeux. « -Si ce n'estoit (|ue les biens 
« que l'on veut estre reclamez, ne pussent pas 
« eslre m\s ad-oculum, tels que sont des deniers, 
« le droit de ([uebiue succession.... ou autres 
•■ droits incorporels. " Coût, de Courtray au nouv. 
Coût gén. T. I, ]). KK'.O, col. 1.) 

Adoiser, verbe. Toucher du doigt. Toucher, 
approcher. Toucher, frapper. Animer, irriter. 

Du mot Doit ci-après, que l'on écrivoit fiuelque- 
fois Doi, s'est formé le verbe Adoiser. On a fait 
Adaier en substituant à la diphtongue oi celle d'«/. 
Le peuple en Normandie prononce encore dai ; 
dais au pluriel pour doigt, doigts. Les autres or- 
thographes semblent n'avoir été produites que par 
l'altération du son naturel de ces deux diphtongues. 
Ateser, donl Du Gange, Gloss. Grec, a cherché 
forigine dans Enteser, est une variation de l'ortho- 
graphe Adeser. 

On a dit dans le sens propre adeser pour loucher 
du doigt, toucher avec les doigts. 

Si me prendrai garde à la Rose 

Qui d'espinètes est enclose. 

Sovent avient que cil qui l'a 

Desirrée à avoir pieça. 

Ne l'ose si tost adeser ; 

Quar il se doute à espiner. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 205, R- col. 2. 

De \h pour toucher avec la main , ou de quelque 
autre manière, comme en embrassant. 

Si de sa main i voloit adeser. 
Bien en porroit le cop mortel ester. 

Chans. MSS. du G" Thib. p. lli. 

D'un dous baisier l'a esveillie. 
Durement fu espaourie. 
Quant ele les iex entrouvri. 
En souzpirant a dit, ainmi ! 
Que fu ce ore qui m'adesa ? 

Cléomadès, MS. de Gaifnat, fol. 18, V* col. t. 

Pour approcher ; toucher en approchant. 

, Dies qu'en Jherusalem venistes, 
' Si (2) ceus de la loi deffendistes 

La pécheresse à adéscr 

Que il voloient lapider. 

Fabl. MS. du R. n* 7218, fol. 105, R- col. 2. 

Nous lisons dans un sens plus figuré : 

L'an que le certain nombre adeze 
M. ce. iiu.ïi et XVI. 

G. Guiart, MS. fol. 222, V. 



(1) parce que. — (2) Le plus souvent si, venant de sic, correspond à of 
en se. (n. e.) 



tandis que la conjonction si est transformée 



AD 



IIG - 



AD 



De Roen assaillirent le chief et le coslé ; 
L'autre que clôt Sainne, ne l'ont mie adésc. 

Rom. do Rou, US. roi. 104. 

On peut rapporter encore îi cette sii;nificalion 
générale, l'expression dont un ancien Poëte s"est 
servi en parlant d'un manteau neuf. 

. . . prist un manliel d'escarlate, 
Tôt nuef et lonc à lor costume, 
Conques n'i ot adcsés (1) plume. 

l'Ii. -Mousk. MS. p. 500. 

C'est-à-ilire, (jue jamais plume n'y avoil touché ; 
que jamais on n'y avoit essuyé sa plume. C'est un 
écrivain qui emploie les idées qui lui sont fami- 
lières. 

Pour touchi'r, frapper. 

que jà adezé 

Ne soit tel cerf d'épée nue ; 
Car c'est folie maintenue. 

Font. Guer. Trcs. de V^n. MS. fol. 17. 

On a dit en parlant d'.\bralKim, prêt ù sacrifier 
son fils Isaac : 

.... quant le coup volt enteser (2), 
Ains que Ci) l'eiilTaiit peut adcser, 
Es vous (4) un Ange qui li crie, 
Garde l'enfant, ne l'ochis mie. 

Hisl. des 3 Maries, en vers, MSS. p. 13. 

On frappe, soit avec le doi-ît, soit avec un petit 
bâton sur le dos des oiseaux de proie, pour les 
animer, les exciter. De là le verlie Adaicr employé 
dans cette signilication particulière en termes de 
fauconnerie. 

.... Laniers faintis 

Kl on al)eke(5)et adaie fameis 

Pour plus ostre aigre et volenteis. 

Ane. Pocs. Fr. .MS. du Valic. n' 1400, fol. 38, R-. 

Ce mot sisnifioil en général irriter, harceler. 
(Nicot et Oudin, Dict. — Voy. .Viiaieir ci-dessus.) 

V.\RIANTES : 
ADOISER. Blanchandin, MS. de .S' Germ. fol. 190, R» col. 3. 
.\daieh. Froiâsart, PoOs. .MSS. p. 113, col. i. 
Adavkr. Oudin et Nicot, Dict. 

Adesf.ii. Fabl. MS. du R. n» TOl.'i, T. II, fol. 81, V» col. 1 
Adesser. Ane. Potis. Fr. .MS. du Vatic. n» 1190, fol. 39, R». 
Adeteh. Marbodus de Géra. art. 35, col. 1066. 
Adezer g. Guiart, MS. fol. 222, V». 
Ateser. Du Gange, Gloss. Grec. 

Adombration, sitbst. fém. Ombre, apparence. 

On a dit fiyuiément : « .Nous voyons tous les jours 
" de telles amours tant mocqucr, que l'on les peut 
" dire seulement estre une je ne sray quelle adoin- 
« i*?'rt/;'(yH d'amour ; non celle laquelle je dy estre 
« vraye. » (L'amant ressusc. p. 71 et 72. — Voy. 
Adcmbrement ci-après.) 

A(]<>inl)ri'inent, snl/st. inasc. .\ction d'ombra- 
ger. Action de couvrir, de cacher. Terme de pein- 
ture. 



Le premier sens est le sens propre. ,Voy. Colgr. 
Dict. et le verhe Ahomurer ci-après.) 

Ce mot a ét('' pris pour action de couvrir, de 
cacher. (Cotgr. Dict.) 

J.-C. en s'incarnant dans le sein delà Vier<xc, a 
voulu cacher sa Divinité sous la forme humaine ; 
d'où l'on a pu dire ([ue le Sauveur en se faisant 
homme, 

Prist en la Vierge aoinbrement 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 321, V' col. 2. 

L'origine de celle acception fi^iiuve paroit indi- 
quée clairement par le mot covri, dans un passage 
cité sous l'article AmoimtER, où l'on trouve saunibrer 
pour s'incarner. 

Enfin Adombrement, en termes de peinture, a 
siiinilii' l'aclioii d'éhaucher, ébauche. fCotgr. Dict.) 
Lbancher, c'est donner ù une figure les premiers 
traits, m latin Adumbrare. 

VARIANTES : 
AfJOMliREMENT. CotRr. Dict. 
AOMBRE.ME.NT. Fabl. MS. du R. Il» 7218, fol. 332, R" col. 2. 

Adoinlu'ci", verbe. Ombrager, donner de l'om- 
bre. Obscurcir, rendre sombre. OlTusi|uer. Couvrir, 
cacher. .Mettre à l'ombre. Recueillir , mettre ù 
couvert. 

Le premier sens est le sens propre. (Voy. Oudin 
et Colgr. Dict. et le verbe Enompracer ci-après.) 

. . . truôrent (0) un lieu descombré, 
D'arbre açaint, de feuille aombrc, 
D'erbes, de tloroies vestu : 
L'a petit i sont arestu. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 249, V col. 2. 

Les cheveux noirs d'une femme , relèvent l'éclat 
et la blancheur de son leiul ; d'où l'on a pu dire 
figurément, en comparant cet cllet à celui des 
ombres (lui relèvent un tableau : « .ses cheveux noirs 
<■ adombroient son teint et le rendoient si attirant, 
« etc. » iBrantôine, Dames lUustr. p. 170.) 

Ce verbe, iiar extension du sens propre ombra- 
ger, a signiti('' obscurcir, rendre sombre. » 11 clost 
« les feuestres pour la chambre plus mimbrer. » 
(Lanc. du Lac, T. II, fol. 3, Y» col. 2.) 

Plus ligurément encore, offus(iuer, empêcher de 
voir. 

Lermes m'amibrcnt l'esgarder ; 
Soupirs me lolenl le parler. 

riranie et Tiiisbc, MS. do S' G«mi. fol. 99, R* col. 3. 

Offusiiuer, empêcher d'être vu, dans cet autre 
passage: ■< La fumée qui de eulx et de leurs chc- 
" vaulx yssoit, les enumbroil lellemonl (lu'il sem- 
" bloit (|u'ils fussent en une nuée. " (l'erccf. Vol. V, 
fol. 17, IV col. 2.) 

Dans un sens plus général et plus étendu, couvrir, 
cacher. (Oudin, Dict. et Gloss. de Marot.) 



(1) Le participe accompagné de l'auxiliaire avoir pouvait rester invariable ou s'accorder avec son régime, qu'il en fût ou 
non précédé ; ici, le participe gardant Vs du nom singulier de la 2' déclinaison latine, est invariable, (n. e.) — (2) alonger. 
— (3) avant que. — (4> voila. — (5) Ahvke signiiie donner la becquée. — (G) trouvèrent. 



AD 



117 — 



AD 



Un cliat (I) fait sur le pont airaire 

Li mineur desouz sn laacont ; 

Le fort mur à miner commencent ; 

Et font le chat si aoinhrcr. 

Que riens (1) no les puet encombrer, 

Que cil des creniaus puissent faire. 

(l.Ouiarl, MS. fol. 81, V. 

La foule caclic celui ([u'cUc cuviroinie. De lî» celte 
expression : 

. . . Grant planté de gent Vaonihre. 

G. Guiart, MS. fol. 08, 11'. 

On se cache pour faire le mal, c'est ce qu'exprime 
ce vers : 

Chascun de mal faire s'aoinbri\ 

G. Mach.TOt, MS. fol. 188, I\" col. 3. 

Un de nos anciens Poêles, dans sa prière îi la 
Vierge, s'exprime ainsi : 

... du Déable me dcscombre 
Qui en moi s'est tant aomliré. 

Fabl. MS. du H. n" 7-2I8, fol. ni, R" col. 1. 

La joie qu'on renferme dans son cœur, est une 
joie cachée; ainsi l'on a dit : 

Il n'est clers qui sceust sommer. 
Dire, penser ne mettre à nombre, 
La joie qui à moy s'aonilire. 

G. .MMhaut, MS. fol. t75, V col. 3. 

On peut voir sous AooMunKMnNT ci-dessus, l'ori2:ine 
de la signification figurée du verbe s'aombrer pour 
s'incarner, en parlant de J. C. fait homme. 

. . li filz Dieu deigna en la Virge descendre. 
Ilueques (3) s'aoïiibnt et prist liumanitc. 
Et de l'umaine char covri sa deité. 
Disp. duJuifel duChrét. MS. de S' Germ. fol. 108, R° col. 3, et V" col. 1. 

Enfin, c'est en passant de la cause à l'cfTet, que 
l'on a dit Adombrer pour ombrager, mettre à l'om- 
bre, s'aombrer, pour se mettre h l'ombre. 

En mi ot un pint verdoient. 
Si grant que par dessus en l'ombre 
Tant de gent, que n'en sai le nombre, 
Moult bien aoinbivr s'i poussent 
Que jà point de soleil n'eussent. 

Fabl. MS. du H. n' 7-218, fol. 257, V col, l. 

Ce verbe a été employé dans le sens de recueillir, 
mettre à couvert. 

Redoute Dieu omnipotent. 

Et fai le sien commandement 

Que tu puisses estre aonbrez 
En sa cort, estre ses privez (4). 

Fabl. MS. de S' Germ. fol. li, V° col. 3. 

V.\RIAXTES : 

ADOMBRER. Oudin, Dict. - Gloss. de Marot. 

AOMBRER. G. Machaut, MS. p. 187 et ISS.-Fabl. MS. du R. 
n°7218, fok358, R» col. 1. 

AONBRER. Fabl. MS. de S' Germ. fol. 14, V» col. 3. 

AcMBRER. Percef. Vol. VI. fol. 121, V° col. 1. 

ÉNOMHREB. Cotgr. et Oudin, Dict. — Gloss. de P. Labbs, 
page 517. 

Enumbrer. Percef. Vol. V, fol. 17, R» col. 2. 



A(l<>m<'s<-liei' (s'), verl)C. Devenir privé. 

l'ro|)reiiieiit s'adonner, s'attacher à une maison ; 
du latin I)o)iicslicarc. (Gloss. Du Gange. —Voyez 
DoMKsc.iiE ci-a[irès.) 

On a dit dans le sens figuré : 

Par la donçour de donlz nourrissement 
S'apprivoisist mainte beste sauvage, 
S'adomcsche : par dur gouvernement 

S'asauvagist, et mue son usage 

Ainsi est-il, selon m'entencion. 
En l'aage humain de mainte créature 
Qui par douçour, ou par contempcion 
Mue souvent et change sa nature. 

Eusl. des Ch. l'oe». MSS. fol. 29, col. i. 

C'est ainsi que le verbe s'accoquiner, formé de 
coqiiina, cuisine, a signifié figurément s'apprivoi- 
ser. (Voy. Adomkstioi'er ci-aprôs.) 

AdoiiKistiqiier, verbe. Hendre privé, ajjprivoi- 
ser. lîendre ami, familier. Loger. 

De l'adjectil Doincsti(|ue, on a fait Adomestiquer, 
pour rendre privé, apprivoiser , en parlant des 
animaux qu'on accoutume à demeurer dans les 
maisons, qu'on rend domestiques. 'Cotgr Dict. — 
Voy. ci-dessus .Vimimi.m.miii et DoMicsTinrER ci-aprés.) 

En parlant des Ikhiiiiics, rendre ami, familier; 
parce que la familiarilé et l'amitié naissent assez 
ordinairement de l'iiabilude de vivre doiiiestiqiie- 
nient, familièrement dans une maison. (Voy. Coter 
Dict.) 

De là s,'adoinestiquer pour devenir ami, s'allier, 
vivre en bonne inlelligence. « Witikind... voyant 
•< toute la Saxe avoir reçeu le... Baptesmeet s'estre 
" réduite sans espérance de respit sous l'obeyssance 
« de l'Empereur Charlemagne, il le vint trouver à 
« Aligny où après avoir esté chreslienné, il luy fit 
« le serment de fidélité, et commencèrent dès lors 
« luy et sa postérité de s adomestiquer de la 
« France. » 'Pasq. Rech. Liv. \\, p. 450.) 

On fait, pour ainsi dire, partie du Domestique de 
celui chez qui on loge ; de là, le verbe Adomestiquer 
pour loger. (Cotgr. Dict.) " .NLafiierbe... étant addo- 
« viestiqué chez U. de Bellegarde, etc. » 'Ménage 
sur Malherbe, Liv. IV, p. .il3.) 

On a dit s'adomesliquer pour se domieilier, fixer 
sa demeure dans un lieu. S' Colomban venu d'IIyher- 
nie en France, où il s'étoit établi, reçut l'ordre de 
son bannissement en ces termes : « >i"ous vous sup- 
« plions de... vouloir retourner es lieux dont sor- 
« tistes premièrement pour vous adomestiquer aux 
« nostres. » (Pasq. Rech.Liv. V, p. 426.) 

V.4R1ANTES : 
.^DOMESTIQUER. Pasq. Rech. Uv. V, p. -420. 
Addo.mestiquer. Cotgr. Dict. 

Adominer, verbe. Maîtriser. 
Du latin Dominus, maître. « Cil qui priseroil 
« amour de famé, mon los (5) jamès nul jor fous n'en 



solide. (N. E.) — (5) à mon avis. 



AD 



— 118 - 



AD 



« seroit... fous est qui la croit. Il n'est nus en vie 
« tant sapes soit, pour qu'ele en sa baillie l'ait, que 
« tost n'en cusl iiné; n'a si sage iju'ole aussi sau- 
« vage n'ait adominé. » (Chans. fr. du \m' siècle, 
Ms. de Bouhier, fol. 254, V°.—Voy. Dominer ci-après.) 

Adon, suh^t. maxc. Don, présent. 
C'est notre mol Don avec l'.l explétif. 

Ains (jn'il eust les adoiis 
Qui vous furent donnez. 
Tout vostre mal tallent 
Luy auriez pardonné. 

Pcrccf. Vol. II, M. 133, R- col. S. 

^Voy. -Adonkr ci-après1. 

Adonc, adv. Alors. 

La préposition ad précédoit souvent, dans les 
Auteurs de la basse latinité, l'adverbe Tiiiir ; d'où 
le mot composé adonc, très-ancien dans notre lan- 
gue, et dont l'usage n'a été aboli que vers le milieu 
du xvu' siècle. (Voy. Goujet. Bibl. fr. T. XVI, 
p. '•() et '(7.) 

Ce mot s'employoit dans les deux acceptions de 
notre moi alors, pour dans cet instant et dans cette 
conjoncture. 

On disoit : « jusqu'rtrfoHC ne s'estoit aperçcu des 
« bonnes volontez , etc. » (Nuits de Strap. 
T. H, p. 81.) 

Ma douce Dame quant vi 
Vo gent cors et vo beauté, 
AdoHt nul mal ne senti. 
Ne nule autre enfremelé (1) : 
Mais de grant jolieté 
Trovai mon cuer si garni, 
Ke pour vous en ai chanté. 

Ane. Poi-I. Fr. MSS. av. 1300, T. UI, p. 1078. 

. . . li baisselle (2) dit (touques, 
Ha ! Sire, ne le créez onkes. 

Fabl. MS. du II. n- 7089, fol. £12, V. 

Adon dans le passage suivant, nedésigne pas seu- 
lement l'instant, mais la conjoncture. 

Quant Talebot sceut le dit siège, 
Paour eut que ceulx de Galardon, 
Si ne feiissent tost prins au piège, 
S'ilz n'estoient secourus adon. 

Vigil. dcCh. VII, T. I, p. 198. 

(Voy. Donc ci-après.) 



APONC. Gramm. fr. p. C:>. 
Adhonc. l,Pllr. fin Louis XII, T. I, p. 101. 
Adon. Vigil. de Charles VII, p. l'.w. 

Adosck. Carpent.hist.de Cambray, T. II, p. 18, lit. de 1133. 
Adon-cques. .1. .Marot, p. 55. — Gloss. du Rom. delà Rose. 
Adonk. nymer, T. 1, p. 1 14, col. 2, tit. de 1270. 
Adonkes. Ibid. p. 1.3, col. 2, tit. de 12.")6. 
Adont. Ane. Poet. fr. MSS. av. i:!00, T. III, p. 985. - 
Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. 20, R» col. 1. 
ADOun. (Corr. Adonc>. Perard, hist. de Bourg, p. 480. 
Aoncq. Loyer des folles amours, p. 325. 
AONQUES. Fabl. MS. du R. n» 7989, fol. 212. 

Adoner, vrrbc. Donner, procurer, accorder. 
(Voy. .\iiiiN ci-dessus.) On disoit au tiguré dans la 
signification de donner, procurer: 



. . il li fist au grant fait mener 

l'armes, por lui los adonner. 

Uilsde Baudoin do Comlé, MS. de Gaignal, fol. 320. 

Dans un sens plus figuré encore: « aventure li 
« adoiia, etc. >■ La fortune lui accorda, le hasard 
fit, etc. 

Aventure li adona 

Que la Dame seule trouva. 

l'ahl. MS. do S' Germ. p. 242. 

De là s'ailoiDwr h une chose, pour s'y accorder. 

Dieu tout puissant qui tous bien donnes, 
Au dire tien pas ne s'adonne. 

Percer. Vol. IV. fol. GO, «• col. J. 

C'est en ce sens qu'un ,luif, argumentant contre le 
mystère de l'Incarnation, dit en parlant de .1. C. et 
de la Vierge : 

S'il n'ot commencement, donc ne naquist-il mie : 

Et commencement ot, si nasqui de Marie. 

Une autre chose i a, qui plus sanble raençonge ; 

Ge ne puis pas veoir con raison s'y adoiige. 

Ce ne fu onc oï, ainz est chose novele, 

Que feme eust enfant qui remanssist pucele. 

Iiisp. du Juif et du f.hrél. MS. de S' Ccrm. fol. 108. 

Peut-être le verbe réfléchi s'adonner, a-t-il été 
employé absolument dans le sens où nous disons 
s'adonner, se livrer au repos. Théodoric après ses 

comiuètes en Italie, « en France retourna mais 

« il se adonna et laissa un sien Prince, » pourache- 
ver l'exécution de ses projels. (Voy. Chron. S'Denys, 
T. I, fol. '27, V".) 

CONJUG. 

ilr/o?(Y/^, subj. prés. Accorde. (Disp. du Juif et du 
Chrét. MS. de S' Germ. fol. 108, R" col. 2.) 



ADONER. FabL MS. de S' Germ. p. 242. 
Adosxek. Chron. S' Denys, T. I, fol. 27, V». 

Adonien, adj. 

Ce mot est employé comme épilhèle de fleur, dans 
les Épithèles de Martin de la Porte, et semble dési- 
gner l'anémone rouge par allusion à la métamor- 
phose d'Adonis; ou peut-être une plante qu'on 
appelle encore Adonis, et qui croit dans les blés. 
Elle approche de la P.enoncule. 

Adoiiin, adj. Poupin. 

Proprement, beau comme Adonis. (Cotgr. Dict.) 
Martin de la Porte en a fait une épithète de 

Damoiseau. 

Adonisor, verbe. Minauder. 

Alfecler des mines et des manières pour plaire et 
paroîtie plus agréable; proprement faire l'Adonis. 
(Voy. Oudin, Dict.) 

Ce mot, ([ui se dit encore en parlant du trop 
grand soin que prend un homme de s'ajuster pour 
paroitre plus jeune ou plus beau, semble avoir été 
introduit dans notre langue, du temiis de Bran- 
tôme ; mais alors, on disoit s'adoniscr, en bonne 



(1) enfremelé, infirmilatem. — (2) Servante. 



AD 



— H'J - 



AD 



pari, pour se parer. « Il n'est bien si'iint (|u"unc 
« femme se {marronne, pour se faire nionslrer i)lus 
« belle ; si ce n'est pour se i^entiuicul tidoniscr 
« d'un beau lionnel, avec la [iluuu' allacJH'e à la 
« guelfe ou gibeline, ou bien au-devant du front, 
« pour ne trancber ny de l'une ny de l'autre; 
" comme depuis peu nos Dames d'aujourd'lmy se 
« sont mises en voj;ue. » !nranl('>me. Dames (lai. 
T. 1, p. /.(Iti.) 

Adopéralcur, subst. masc. Opérateur. 

En général, celui ([ui opère. « Vousestesd'advis... 
" qu'après avoir eu recoui's à Dieu, cbacun de nous 
•< doit mettre la main à l'œuvi'e pour ddiiner ordre 
« îi nostre mal. Je loue vostre intention, eucores 
« que je ne pense n'estre en la puissance des bom- 
« mes d'y remédier, sans la main du graïul adopé- 
« rateiir. « (Leit. de Pasq. T. I, p. SO'i.) 

Dans unesignilication plus particulière : 

Le Médecin est Tordinateur; 
L'Apothicaire Vadopéraleur. 

Lellr. de Pasquicr, T. U, p. 55-2. 

Adoptatif, adj. .\(loptif. 

Du latin Àdoptativiis on a dit : fils adoptatif. 
(llist. de la Toison d'or, itbi siiprà.) 

Ce mot sous l'ortbograplie Adoptis, vient du laliu 
adoptiviis. Le Pape Adrien, dans un Concile, tenu 
en 7'J'2, condamna l'Iiérésie d'Élipau, .\rclievcr|ue 
de Tolède, qui attaquoit la Divinité de .1. C. en sef- 
forçanlde prouver qu'il étoit;j)'0/;r('s liovis, et non 
fils de Dieu; pas même « fllz aduptis. » (Rec. des 
Hist. de Fr. vbl stiprà.) 11 est vraisemblable 
qu'Adopt, est une abréviation d'adoplis dans le pas- 
sage suivant. L'.\uteur dit, en parlant des erreurs 
de ce même Archevêque : •■ .Ne... prononça pas 
« tant seulement celui adopt. » (Chron. S" Denys, 
T. I, fol. 113.) 

v.\niANTEs : 

ADOPTATIF. Hist. de la Toison d'or, T. 1, fol. 29. 

Adopt. Chron. S' Denys, T. I, fol. 113. 

Adoptis. Chron. S' Denys, Rec. des llistor. de Fr. T. V, p. 244. 

Adorableinent, adv. D'une façon adorable. 
(Voy. Oudin, Dict.) 

Adorement, subst. masc. Adoration. 

Ce mot subsistoit encore du temps de II. Estienne; 
mais il eommenyoit à vieillir. On disoit : « adore- 
« ment ou adoration pour mieux parler. » (Apol. 
pour Hérod. p. 582. — Voy. Adorer ci-après.) 

VARIANTES : 
ADOREMENT. Apol. pour Hérod. p. 582. 
Agrément. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 205. 

Adoré, partie. 

La signification de ce mol, qui su])siste sous la 
première orthographe, étoit autrefois beaucoup plus 
étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui , comme on 
peut le voir ci-après sous larticle Adorer. 

Il suffira de remarquer ici les e.xpressions hors 



d'usage, qui semblent appartenir au participe de 
ce verbe. 

On retidoil grâces à Dieu d'un événement heu- 
reux, en disant: " Iiieu en f.n\\.aoinr. " i.anc. du 
Lac, T. I, fol. ().-., V" col. t>. - Percef. Vol. V, fol. 92, 
V. Ibid. fol. '.»;{, H" col. t.) On dit encore en ce même 
sens, Dieu soit loué. 

Le jour de la ci'oix aouréc, étoit le jour du Ven- 
dredi .SiiiiiL (Voy. I.auc. du Lac, T. IM, fol. 2, R" 
col. 2.) .Nous lisons (pie Itobert, fils de CuiUaume le 
Comiiiérant, étant repassé en Angleterre : 

Y fist deslruire bien Signors 
ici sa mort avoient jurée, 
l.e^'iH)' Je la fi-uis aouréc. 

Ph. Mousk. .MS. p. 459. 

C'est par métonymie qu'on appeloit ce même 
jour Vendredy «oHî'^;', joui' où l'on adore la Croix. 
(Chron. S' Denys, T. 11, fol. 1G8. — Voy. Gloss. de 
rilist. de Dretaune.) 



ADORÉ. Rom. de Rou, MS. p. :*). 
AonÉ. Favin, Théaî. d'honn. T. I, p. 427. 
Aorey. Hist. de la S'- Croi.v, JIS. p. 1. 
AouuÊ. Froissart, Poes. .MSS. fol. '.fil , col. 1. 
Aoukné (lisez Aoiu-c). Chron. de Louis W, p. I."i0. 

Adorer, verbe. Prier. Adorer. P.évércr. Saluer. 

Du verbe simple orare, prier, composé du subs- 
tantif os bouche, les latins ont pu faire le verbe 
composé adorure, d'oi'i notre mot adorer. Celle or- 
thographe qui subsiste, est ancienne, puisqu'on la 
trouve dans les Romans de Rou et de Perceforest. 
Mais elle paroit l'être moins que celle (ïaorer, 
([u'on seroit tenté de regarder comme orthographe 
primitive, la rencontrant presque à chaque page 
des plus anciens monumens de notre langue. 

La signification propre est prier, adresser des 
prières. Du moins seinble-t-elle assez clairement 
indiquée par l'étymologie du verbe latin adorare. 
•' Les trois jouvenceaulx se misrent à genoulx... et 
« aorerent ung grant espace tant... que la foible.sse 
« de nature faisoit faillir dévotion. » (Percef. Vol. II, 
fol. 147, V" col. 1. — Voy. Chron. S' Denys, T. II, 
fol. 2.) Du Chesne explique aourer, au même sens, 
du verbe simple orare. (Annot. sur Al. Chart. p. 854.) 
Mais l'origine de ce mot, tirée du verbe composé- 
adorare, est plus immédiate, et rappelle l'idée d'un 
rapport qui n'est point exprimé par le verbe simple 
orare. 

Que Dieu très-longue vie te doint, je l'en aour. 
Gér. de Roussillon, MS. p. 91. 

On a considéré les prières que le besoin ou la 
reconnoissance des créatures adresse au Créateur, 
comme un culte, un hommage. De là, est née l'ac- 
ception subsistante du verbe adorer, rendre à Dieu 
le culte qui lui est dû. Anciennement, on écrivoit 
aorer. » Si me lessay chéer devant l'esgardement 
" de Dampnedieu et l'aorray. » iHist. de la S" Croix, 
.■as. p. 5.) « Mostre peire honorèrent... Deus faitis, 
'< et sï aoreveiit, par... sacrilège les arbres et les 
« pierres. » (S* Bern. Serm. fr. siss. p. 98.) « Xostre 



AD 



- 120 — 



AD 



« sires avoit jai fait mainz miracles, et pluisors 
» genl ravuieiit jai aiionciel et aoreit. » (S' Herii. 
Serm. fr. mss. p. 'iOS.) Arurer paroit être une cor- 
ruption (lu verlie anitrcr. » Coinmeiiila solempnelie 
» jeûne à l'oniieur... de Dieu ilu ciel, leciuel Dieu 
« seule il antre, etc. » Martène, Thés, anecd. ï. I, 
colonne 18-i-2.) 

Se voloies Dieu aoirr. 

Qui danipner te puet et salver ; 

Lui seul amer et lui servir, 

Qui le (ist naistre et le fera morir ; 

Et s'avoies en loi raison, 

Jà n'amerois se lui non. 

Vie de S" Calhcrino, MS. do Sorb. diif. LX, col. 4. 

Au mostier doiz donques aler 
Por Dieu proier et aniirer. 

Fabl. V5. de S' Gcrm. fol. 1, R- col. 2. 

C'est par relation à Jésus-Christ, qu'on a dit ado- 
rer la Croix. 

El champ fist une crois lever, 
Et sa genl là fist aouri:r 
La Sainte Crois, etc. 

Rom. du Brut, MS. fol. 110, R" col. 2. 

(Voy. Jour de la Croix murée, sous l'article Adohk 
ci-dessus.) 

On abusoit, comme aujourd'hui, de la significa- 
tion de ce mut, en l'appliiiuant aux objets de son 
admiration, de sa cupidité, de son amour. « LeChe- 
« valier est digne d'estre aoré, comme Dieu de 
« proesse. » (Percef. Vol. II, fol. 89, R" col. 1.) 

Ma Déesse estes que j'oohc, 

Et veil amer. 
Or osiez mon cuer de tristour. 

Eusl. des Ch. Poês. MSS. fol. 108, col. 4. 

N'autre n'a»»)' com Déesce mondaine. 

Id. ibid. fol. U2, col. 2. 

Ce même Poëte, dans une ballade sur les maux 
causés par la découverte des mines d'or et d'argent, 
s'exprime ainsi : 

Toutes fussiez-vous recouvertes : 
Moyen, poures ont trop de souffrétes (1) 
Par vous : on vous aoircn et croit : 
Chascun qui vous a, vous conjoit. 

Eusl. des Ch. Pois. SISS. fol. 432, col. 9. 

11 faut peut-être lire aoure, adore. Nous disons 
encore dans un sens à peu près semblable: « faire 
« un Dieu de son or. « 

Notre vénération pour les Saints, est une espèce 
de culte. De là le verbe adorer dans le sens de révé- 
rer. « \.h est adoré le corps de S' Andrieu. » (Mém. 
d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. 3'(8.) 

Un de nos anciens Poêles, comparant sa maîtresse 
aux choses que la piété révère, a dit : 

Tant est doce à savorer, 
Conques de nul sainluaire 
N'oi tel talent A'aorer 
Con le trés-biau cors de li. 

Ane. Poil. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 14CG. 

En considéiant les devoirs de la reconnoissance 



et de la tendresse filiale, comme des devoirs saints 
et sacrés, on disoil au même sens : 

Ne fu mie asseur (2) de sa fille adoré. 

Rom. de Rou, MS. p. 5G. 
Celui doit-on auottrcr 
Qui les prisonniers deslie. 
.lliesus-Christ nos puist sauver 
Et moi et vous, doce amie ; 
El si noslre anior garder, 
Ke nus ne nous puist meller. 

Ane. Poul. fr. .MSS. avant 1300, T. 111, p. 1037. 

Enfin l'usage de se prosterner en signe d'adora- 
tion, a fait dire, par extension, adorer quelqu'un 
pour se prosterner devant lui en signe de respect, 
le saluer, lui rendre de très-profoiuls respects en 
se prosternant. " La pucelle... voulut adorer le 
« genlillîoy; maisluyquimoultestoilcourtoysnele 
« voulut souffrir : aius la print par la main, etc. " 
(Percef. Vol. IV, fol. Ki, V° col. ti.) 

Cils qui veuillent dos femmes au conseil contrester, 
Ne sçavont pas l'histoire de la très bonne Hester... 
Elle fut bien venuii du bon Roy .\ssuére ; 
Devant luy fut encline, doucement Vadoura ; 
Cil ly tendit son sceptre et très-bien Thonora. 

Gcr. de Roussillon, MS. p. 42. 

C'est, sans doute, en ce même sens qu'on dit en- 
core aller à l'adoration, en parlant d'un l'ape nou- 
vellement élu, lorsqu'il est mis sur l'Autel après 
son élection, et (pie les Cardinaux lui vont rendre 
hommage. On fait allusion à cette cérémonie dans 
les vers'suivans : 

.... nostre loy, tout à plain, 

Est en grant cisme (3) et grant dcsdain. 

Deux Papes se font aourer, 

Dont il ne deust c'un seul régner. 

Eusl. des Ch. Poês. MSS. fol. 200, col. 4. 

COXJCG. 

Aor, iiul. prés, .l'adore. ^Kabl. ms. du H. n" 7218, 
fol. '201, H" col. 1.) 

Aoreit, partie. Adoré. En latin, Ailoratus. fS' Dern. 
Serm. fr. mss. p. 2(18.) 

AoreiX; imper. Adorez. En latin, Adoi'ute. (S* Bern. 
Serm. fr. mss. p. -im.) 

Aoreates, prêter. Adorâtes. En latin Adorastis. 
(Id. ibid. p. 112.) 

Aorel, indic. prés. Adore. (Id. ibid. p.22'i.) 

Aoreveiil, imparf. Adoroient. (Id. ibid. p. 98.) 

Aoriims, indic. prés. Adorons. (S' Atlian. Symb. 
en fr. 2'' trad. p. 733.) 

.lo)/r, indic. prés. J'adore. (Gcr. de Roussillon, 
MS. p. 108.) 

Aitor, indic. prés. J'adore. (Ane. Poct. fr. mss. 
avant 1300, T. 111, p. 1110.) 

VARIANTES : 

ADORER. Percef. Vol. VI, fol. rA, V" col. 2. 
ADOcniin. Vigil. de Charles VII. Part. II, p. -113. 
AicuiiKU. Am. Pout. Fr. MSS. av. 1300, T. III, p. 122. 
Aiioni-;n. llist. de la S" Croix, MS. p. i. 
AoiiiciîR. Eusl. des Ch. Pocs. MSS. p. .'i32, col. 2. 
AowER. Gér. de Roussillon, .MS. p. lit et 102. - 
Molinet, p. 149. 



(l) misères. - (2^ certainement. - (3) schisme. 



AD 



- V2[ — 



AD 



AonnER. Hist. de la S'" Croix, MS, p. 5. 
Aoureh. g. Machaut, MS. p. %il. - Ane. PoiH. fr. .MSS. 
av. 13()0, T. m, p. lOW. 
Auuuica. Marleno, Tlios. anecd. T. I, col. 1822, tit. de 1453. 
Auoi\Ki\. l'crcet'. Vol. U, fol. Ii7, V" col. 1. 
AuouiiER. Ane. Poët. fr. MSS. av. r3(1«), T. III, p. 1(»7. 

Adorsor, verbe. Adosser. 

Du latin (lorsHiit. dos. l'roi)remoiit, incUi-e le dos 
couti'C (iuel<nu' chose. (Moiiet et Colj;rave, Dict.) 
En termes de iikisoii, iiieltrc dos-;i-dos deux pièces 
d'armoiries. Cl iiiinie deux lions, etc. vCotgrave et 
Oudin, Dict. — Voy. Annssi:» ci-après.) 



ADORSER. Monet, Dict. 
Addukser. Monet et Oudin, Dict. 

Ados, siihst. masc.plur. Ilabillemens, armures. 
Coups sur le dos. 

Ce mot composé de la proposition à et du subs- 
tantif r/os (qu'on écrivoit r/oi(/'S, dol , etc.) signilioil 
autrefois toute es|ièce d'habillement propre à être 
endossé. (Voy. Dossikuk ci-après.) 

Quant il issi de Rune as adols qu'ot vestiz, etc. 
Guitcclin do Sassoigno, MS. de Gaijjiiat, fol. 248, R" col. 2. 

Del moustier issent, si ont les admis pris ; 
Par les hosteus est cascuns fiers vestis. 
Sor les ventailles lacent elmes burnis, etc. 

Anseis, MS. fol. 28, R" col. 2. 

Peut-être le mot rtrfos, adoiis, etc. n'est-il dans 
ces deux passages qu'une contraction du mot 
adoubement, pris dans les sens d'habillement. (Voy. 
Adoubement ci-après.) 

On disoit donner à dos pour frapper, battre; d'où 
le compose Addos poui- coups sur le dos. 

.... quelqu'un qui sera plus fort 
T'y eralÔourera bien ton dos ; 
Et te donnera des addos. 
Balu seras plus qu'ung viel chien. 

Chasse et Départie d'Amour, p. 98, col. 2. 

Nous appelons encore ados, en ternies de jardi- 
nage, la terre qu'on élève en talus le long d'un mur 
bien exposé, parce que cette terre ainsi élevée, l'orme 
une espèce de dos ; ou bien parce qu'elle est au dos 
du mur, adossée contre le mur. (Voyez Dictionnaire 
de Trévoux.) 

VARIANTES : 
ADOS. Orth. subsist. 

Addos. Chasse et départie d'amour, p. 100, col. 1. 
Adols. Guiteclin do Sassoigne, MS. de Gaignat, loi. 248. 
Adous. Anseis, MS. fol. 28, R" col. 2. 

Adosser, verbe. Renverser. Mettre derrière. 
Abandonner, oublier. Couvrir, orner. 

Ce verbe composé de la préposition à et du subs- 
tantif dos, en latin dossuin, suivant Ménage, subsiste 
avec la signitîcatioa du verbe Adorser ci-dessus. 

Il paroit que, dans son origine, il a signifié pro- 
prement, mettre à dos, renverser sur le dos ; en 
général renverser, jeter par terre, faire tomber. 

Petreium ont trespassé, 
Et Bos o lui ont adossé ; 



Et Breton ont Bos relevé ; 
Sur son cheval l'ont remonté. 

nom. du Brul, MS. fol. 92, R* col. 1. 

C'est par une iiK'Ionvmie semblable, qu'on a dit 
en ce môme sens A bOHCher, Adenter.{So'i. ces deux 
articles.) 

Nous disons aujourd'hui. Adosser contre une 
muraille ; façon de parbT ([u'on peut regarder 
comme vicieuse, puisque la préposition contre ex- 
prime une seconde fois le rapport déjà désigné par 
la préposition à, dont le vi'rbe .U/o.s.scr est composé. 
Aussi disoit-on autrefois Adosser une montagne, 
une rivière ; proprement les mettre à dos, les met- 
tre derrière soy, en y tournant le dos. ■> N'osoye 
<■ pai'tir de la montagne (jue j'avoye adossée, afin 
« ([u'ilz ne m'assaillissent par derrière. « 'Percef. 
Vol. IV, fol. !), K° col. 1.) ■< Heciilèrent [y >m- adosser la 
•• rivière. » (Mém. d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. 403.) 

Tost après les fait-on mouvoir. 
Le pont Lusequin adossé, 
Passe leur ost le neuf fossé. 

G. Guiart, MS. fol. 201, R°. 

Au figuré, pour abandonner, oublier. On verra 
sous l'aYticle Dos ci-après, l'expression mettre ar- 
rière-dos, avec la même signillcalijn. 

Quant vi que mon biau parler 

Et ma demorée 
M'a tout torné à chuller (1), 

Trop me désagrée. . . . 
Lors m'en pris à retorner ; 

Si l'ai adossée. 

Ane. Poét. fr. MSS. avant 1300, T. 1, p. 752. 

Les granz Dames et U Borgois, 
Et li vilain, et U cortois, 
Sont si à cel deUt torné, 
Que tout en ont Dieu adossé. 
Nus ne quiert mes que ses solaz. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 80, R' col. 2. 

Cil qui la foi avoient adossée. 

Enfaucc d'Ogicrle Danois, MS. de Gaîjnal, fol. 97, V° col. 1. 

Oraces dou Leu nous ensaigne, 
Qu'il est hardis à la champaigne ; 
.\s chans toute paour adosse ; 
Mais ils crient et doute (2) la fosse. 
Alars de Cambray, moralités, MS. de Gaignat, fol. 152, R°, col. 3. 

Enfin, on a dit adosser pour tapisser, couvrir; 
proprement, appliquer une étolTe, un tapis, au dos 
d'un mur, contre un mur, etc. Ainsi en parlant d'un 
pavillon : « Estoit adossé par dedans d'un riche 
« drap d'or noir. (Mém. d'Ol. de la Marche, Liv. I, 
p. 317.) " Là fut drecée une moût grande table toute 
« couverte et adossée d'un velours noir brodé de 
« fusils et des armes du Duc de Bourgogne. » (Mém. 
d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. 2G-2.) 

VARIANTES : 
ADOSSER. Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, 
fol. 97, V" col. 1. 
Addosser. Cotgr. Dict. 

Adouars, subst. masc. plnr. Villages. 

Les Arabes du territoire dépendant de Gigery 



(1) siffler. - (2) craint et redoute. 
I. 



16 



AD 



— l'2'2 — 



AD 



ville d'Afrique sur la côte de Barbarie au Royaume 
d'Aller. ■■ assez semblables en leur manière de vi- 
« vre, aux anciens Nomades du même pays, sont 
« divisés en ditlerenles habitations ([u'ils nomment 
<■ Ailouars'Ai. moitié lentes, moitié maisons. » [l'c- 
lisson, Ilisl! de Louis XIV, T. 1, p. 207.) 

A(lonl)enient. subst. musc. Habillement, habit. 
Armure. Crratitm, réceptinn d'un Chevalier. 

On peut voir, sous l'article Anui iii;n ci-aprcs, l'o- 
rigine et l'analiisie de ces Irois acceptions. 

Le premier sens paroil être le sens propre. « Prit 
« maladie à Otiion , si lu mort; mes ainçois qu'il 
« morust, se demist-il de l'Empire, et rendit au Hoi 
«< i'édéric la corone de linme et les adoubemens 
» qu'il poi'|iiili|uant il estoit Emiici'eor. " i^Martène, 
Conlin. de G. de Tyr, T. V, col. 07!).) 

De là, ce mot a siiinifié armure. L'auteur d'un 
Fabliau, qui a pour titîe Bataille de Qitaresnie et de 
duinutije , termine la description de l'armure de 
celui-ci par le vers suivant : 

Moult fu ses aUoitbemeii: bea.\. 

BalaiUe Je (Juaresme, MS. de S' Gcrm. fol. 92, R' col. 1. 

Par extension, ce mot a signilic création , récep- 
tion d'un Chevalier. Nous lisons que Philippe le Bel, 
étant à Compiegne, en \29~: 

Ainz qu'il vousist lessier la vile 
Ne la forest qui est de jouste, 
Fi.st-il, le jour de Penthecouste, 
Duquel volenliors m'esjoïs , 

Chevalier son frère Lois 

Tost après cel udoubemeiit 

Dés ci-devant ramenteu, 

S'est l'ost vers Flandres esmeu. 

G. Guiarl, .\IS. fol. 233, V" el 23;i, l\'. 

Adouber, verbe. Armer. Donner l'accolade, 
faire Chevalier. Revêtir, haijiller, équiper. iMal- 
traiter. Couvrir. Réparer, raccommoder, rajuster. 
Préparer, apprêter. Panser. 

Du Cange et le P. Meneslrier remarqueni, à l'oc- 
casion de ce mot, que la léceplioa d'un nouveau 
Chevalier opéroit une espèce d'adoption, el (ju'il 
devenoit, pour ainsi dire, le lils adoplif, l'enfant 
d'armes de celui qui l'avoil fait Chevalier. Cet usage 
de notre ancienne (chevalerie, leur a fait croire (|ue 
le vrrbe .If/OH/ycr veiioitdu latin udoptare, ad0|)ter. 
(Voy. le P. Menestrier, de la Chevalerie, p. loO et 
131. — Et Du Cange , Gloss. latin au mol Adobare.) 
Les nouveaux Editeurs de ce Clossaire, prétendent 
que Ménage (Dict. Elym.), au mot Adouber, n'a iias 
été |)lus heureux dans ses conjectures sur l'élymo- 
logie de ce verbe, <|u'il dérive tantôt du latin duplex, 
double; tantôt de l'Allemand daube, douve, etc. 11 
pareil formé, selon eux , du .Saxon dubba ou dub- 
ban; eu hiliu Fj/uiteiii percutcre , créer un Cheva- 
lier, lui diiiiiier l'accolade, littéralement le frajiper; 
d'où est née, ajoutenl-ils, l'acception de notre verbe 
Dauber. Quelque vraisemblable que leur paroisse 



celte dernière étymologie, nous doutons qu'on doive 
la préférer à toiite autre [2;, spécialement à celle du 
mot Double. Nous observerons même que doublier 
et doulileulin , mots composés de l'adjectif double , 
ont été souvent employés couiine ('pilhèles de hau- 
bert; (lu'on a dit douilles de liauliert, double de 
l'écu ; et ([uedans les pièces de rarinuie des anciens 
Chevaliers, il y en avoil une ([ui s'appeloil doubles 
de coude. 

De là, on a pu dire adoubter pour armer de toutes 
pièces; s adoubter pour s'armer. 

L'espie descendit ; à Uicliart vint curant : 

Lez nouvelles qu'il sout ne va mie celant. 

l'rancheiz, fait-il, s'atluiihlcul, chevals vont demandants; 

Ne l'ont mie de pais ne d'apaisier semblant. 

Traioz vous outre Diepe, quer il ont moût de gent. 

.V Dame Dieu du Ciel, dist le Duc, me commant; 

Compaingnon, or as armes; n'alez mie tarjant. 

lloni. (loRou, MS. p. 118. 

Nicol définit .l(/oH/;fr dans ce même sens, ■■ soy 
" armer de toutes pièces el mettre en estai de com- 
« battre. » Celle dernière ortliogiaphe, quoique plus 
usitée, n'est peut-être qu'une altération de la pre- 
mière. 

On armoit les nouveaux Chevaliers , lors de leur 
récei»tion. De là le verbe adouber pour donner l'ac- 
colade, faire Chevalier. « Ung danioysel.... va (jué- 
u ranl ung Chevalier qui ayt povoir de Vadouber : 
« car il ne trouvera Chevalier qui l'accolle luy 
.< puisse donner, au moins s'il ne luy est cousin 
« germain, ou plus près. » (Percef. Vol."lV, fol. 130, 
V° col. 1.) « Gallafar.... liève la main et donne à 
« Utran son frère l'accolée, cl puis disl à Durseau 
" (lu'il adoubast ."Sanguin son autre frère. Gallafar, 
« disl Durseau, voulentiers le feray. Lors leva Dur- 
« seau la paulme el donna à Sanguin l'accolée. » 
(Ibid. col. 2.) 

.... à Penlecouste Chevaliors les fera 
Droit au Mans la cité; là les adoubera. 

Berle as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 135, R* col 2. 

Le participe de ce verbe s'est employé comme 
substantif, pour désigner les Chevaliers nouvelle- 
ment reçus. 

llonnour doit querre li nouviaus adoubés. 

Enf.inco d'Ogier le Danois, MS. de Gaignal, fol. 83, V col. 2. 

Voy. Adouhemknt ci-dessus.) 

Nous venons de dire iiue le verbe Adouber pour- 
roil bien être une altération de l'orthographe Adou- 
bter, qu'on retrouvera plus bas, dans le sens figuré 
de réparer. Si notre conjecture paroil fondée, l'on 
conviendra sans peine que la signilicatioii propre 
est doubler, garnir dune doublure; par extension, 
revêtir, habiller, équiper, armer: l'armure d'un 
homme de guerre, étant considérée comme un 
hal)illement,'une doublure, pour ainsi dire, propre 
à le garantir des coups qu'on lui porte. Eu ce cas , 
les deux premières acceptions de ce verbe, naî- 
troienl de l'acception revêtir, habiller, é(iiiiper, jus- 



(1) C'est le pluriel de l'arabe dà,\ habitation. — (2) C'est l'étymologie admise par Dioz et Littré ; le sens de frapper se 
retrouve encore dans le wallon udobi, ayant reçu un coup, cl dans l'ancien anglais dub, un coup, lo dub, adouber un 
chevalier, (n. e.) 



AD 



— 123 — 



AD 



tifiée par les passages suivans : « Le Duc de Hour- 
« gongnc esloil eiî granll)ruit, mouU richeineiil 
» paré et mlaubc pour vcoir les jousles. » (Monstr. 
Vol. III, fol. ",).">, li" et V'\ — Voy. AnoniKMKNT ci-des- 
sus.) « Ceulx(|ui n"avoicnl nulles armures, s"(7r/0H/(r'- 
« rent (oui à leur vou lente de celles(iu'ils irouvrreiit 
« illec. " (Triouii)li. des neuf Preux, p. 'iCi'i, col. 1. 

Li Rois Vadmtba richement ; 
Armes li done à son talent. 

Fabl. MS. du R. n- -'J8'.), fol. 48, R" col. 2. 

.... homs, d'armes adoubés, 
Ne fu ça dedens ostelés, 
Cui il ne convenist.laissier 
Et armeures et destrier. 

Cléoniadès, US. de Cai^nat, fol. 38, R" col. 2. 

Cist lions est plains de grant valeur : 

Moult a !es poinlz gros et quarrez. 

Par mon conseil ['adouberez, 

Fet li Dus ; moult en ait grant joie ; 

Je cuit que Dex le nos envoie 

Et por ceste guerre fenir. 

Alez, çel faites revestir 

Si corne noviau Chevalier. 

Estrub. fabl. MS. du r,. n" 7000, p. CO. 

Ces mots, " revestir corne noviau Chevalier, » ex- 
pliquent parfaitement bien l'expression adouber à 
Chevalier, qu'on trouve dans cet autre iiassage, où 
l'on apprend que Hugues Capet : 

... le premier an k'il fu Rois 
Fist-il couroner de François 
Robiert son fil ki fu bons clers, 
De gramare et seurs et fers (1). 
A Cevalier l'ont adoubé, etc^ 

Ph. Mousk. MS. p. 400. 

Guillaume Longue-épée, Duc de Normandie, étant 
allé un jour voir l'abhaye deJumiège, voulut se 
faire moine. Mais l'Abbé condamna ce mouvement 
d'une dévotion mal entendue, et refusa de \' adouber 
moine, c'est-à-dire de lui donner l'habit religieux , 
de l'en revêtir. 

Sire Dus', dist l'Abés, s'il vous plaist. fort avez 

Vous jà soiez moingne renduz ne adoubez, 

Vous estes geunes homs, si poez vivre assez. 

Nos serons por vous moingnes, et vous nos maintendrez. 

Faites droite justice, et Sainte Yglise gardez : 

Amez la gent menue, le pa'is defl'endez. 

Rora. de Rou, AÏS. fol. G3, V. 

En termes de marine , on appelle doublage , le 
second bordage ou revêlement de planches qu'on 
met à des Vaisseaux doslinés à des voyages de long 
cours. Cette remarque nous paroit propre à faire 
sentir l'analogie de la signification du verbe Radou- 
ber (2), avec celle à^ adouber, revêtir; â'Adoubler, 
raccommoder, réparer. 

On dit encore dans quelques cantons de Norman- 
die, doubler quelqu'un, pour l'équiper mal, le mal- 
traiter. Adouber, s'est dit llgurémenl au même sens. 
« Si avoit le poing dextre au champ , et le bras 
« seneslre estoit tel adoubé , qu'en trois lieux il ne 
« tenoit fors que à ung nerf; et si luy sailloient les 
« boyauix du ventre "en quatre lieux; du dextre 



" pied estoit aiïolé. " (Percef. Vul. IV. fol. H8, R- 
col. 2.j 

Ce même verbe, par extension de l'acception 
revêtir, habiller, a signifié couvrir. "Le sang luy 
' priiil à saillir par le nez, tellement qu'il en eut a 
<• coup la face toute adoubée. « (Peicef. Vol. V, 
fui. .'i.'5. V" col. 2.) Plus ligiij(';menl, couvrir, dégui- 
ser. ■< Veut entendre à adouber la faute. » (Les 
(luiiize Joies du mai'iage, p. 10.) 

.Nous disons aujourd'hui, babiller une faute pour 
couvrir une faute, la déguiser. 

Ou dit aussi revêtir un fossé, pour couvrir un 
fossé, le rempai'erde pierre ou de brique. Adoubler 
ou Adouber s'est employé dans un sens à peu piès 
somblablc, pour réparer, raccommoder, en parlant 
d'un i|uai. « Nous... octroyons ausdiz marchans, 
•' ([ue le payement (corr. pavement; et les quais de 
" ladilc ville , et les ysuës soient adoublés et mises 
« en tel estât, par quoy eulx, leurs gens puissent 
" bonnement leurs biens et marchandises charger 
« ci descbarger de nuit et de jour. « (Ord. T. fil, 
p. r>7(j.) On lit ailleurs Adoubées. (Voy. Ibid. la note 
de l'Editeur.) 

Eu général , on emploie ce m-^t pour réparer , 
rajuster. « Archiers renouvellérent cordes et adou- 
" bèrenf ainsi comme il appartenoit. » (Le Fèvre 
de S' Rémi, Histoire de Charles VI, p. 8î.) « Elle 
« print incontinent sa course, au long d'une belle 
" prairie, sans autrement adouber ses belles tresses, 
« qui flottoient autour de ses espaules. » 'J. Le 
Maire, Illust. des Gaules, Liv. II , p. 196. — Voy. 
AiiocBErR ci-après.) 

C'est encore de l'acception revêtir, habiller, qu'est 
née celle de préparer , apprêter. « Quant il se 
« trouva... en tel désert, il fut contrainct deappren- 
" dre II manger les chairs crues: car.... il ne trou- 
« voit point de feu pour les cuvre, ne créature qui 
luy adoubast. « (Percef. Vol. IV, fol. 8(5, R° col. 2.) 

Eiinn, l'on appliquoit ce mot au pansement d'une 
plaie. De là, le verbe Adouber dans le sens de pan- 
sei-, mettre un appareil. « Luy fut adoubée sa playe 
« qu'il avoit au col. » (Méra. cle Comines, p. 35.)" 

VARIANTES : 
ADOUBER. Fabl. MS. du R. n" 7989 , fol. 48 , R» col. 2. - 
Enfance d'Ogier le Danois, MS. deGaignat, fol. 118, V" col. 1. 
Addouber. Co'gr. Dict. 
Adober. Ph. Mousk. MS. p. iOo. 
Adoubler. Rom. de Rou, MS. p. 118. 

Adoubeiir, subst. masc. Qui ajuste, qui rac- 
commode. 

Signification empruntée du verbe Adoi'ber ci-des- 
sus, raccommoder. De là, V expression Addouheur 
de mauvaises causes, pour désigner celui qui rac- 
commode une mauvaise affaire en la présentant 
sous un jour favorable. (Voy. Cotgr. et Nicot. Dict.) 

VARIANTES : 
ADOUBEUR. Bouchet. Serées, Liv. III, p. '273. 
Addoubelr. Cotgr. et Nicot. Dict. 



(1) Sûr et fier sur la grammaire. — (2) L'étymologie de radouber est adouber, plus le re itératif. Dans le Livre des Métiers , 
on trouve redauber, ce qui nous ramène à dubban par le simple dauber, (n. e.) 



AD 



— i-ii — 



AD 



Adoulccmont, snbst. masc. Adoucissement, 
soulajirement. 

Du verbe Adoilcer ci-après, Adoucir; au C\^nré 
soulagLM'. » Il avoit espérance, moyennant l'ayde de 
« son Créateur, qu'il auroit adoulcement de ses 
• navreures. » (Percef. Vol. IV, fol. 137, R» col. 2.) 

Encontre li mois d'Avril 
Qui si me vail aprochant, 
Ne me puis-je plus tenir 
Que je face \in noYiau chant 
Pour celé que je désir tant; 
Car je l'aim sanz repentir, 
Et quant sa biauté remir. 
Lors vienent adouremctit 
D'amours et si soutiment (1), 
Que je ne m'en puis départir. 

Clians. Tr. du XIII' siècle, MS. île Bouhier, Toi. 18S. 

VARIAMES : 
ADOULCEME.\T. Percef. Vol. IV, fol. 137, R» col. 2. 
Adocce.me.nt. Chans. fr. du .\iu' siècle, MS. de Bouhier. 

Adoulcer, verbe. Adoucir. 
Proprement rendre doux , tempérer l'àoreté ou 
l'amertume de queltiue chose d'amer ou d'aigre. 

De la douchor qui vient de lui 
Est quant qu'iUuec a adouchi, 
Nule amertume n'a vigor 
De contrester celé douchor. 

Vies des S" MS. deSorb. Cliif. Lx, col. 57. 

Au figuré adoucir, rendre moins sévère, attendrir. 

Se je me plains, Dame, j'ai bien de quoi : 
Car vo regart me sont un peu trop lier. 
Adouciés-les, quant les jettes sur moi. 

Froissart, l'o«s. MSS. fol. 332, col. 2. 

Adoucir, soulager, diminuer un mal, le rendre 
moins insupportable. 

La belle gracieuse et doulce 

Qui mes maulx amoureux adoulce. 

G. Machaul, MS. fol. 182, R- col 2. 

(Voy. Adoulcy ci-après.) 

VARIANTES : 
ADOULCER. G. Macbaut, .MS. fol. 182, R» col. 2. 
Adocchir. Vie des Saints. MS. de Sorb. chiff. lx, col. 57. 
Adoucieb. Fabl. MS. du K. n" 7218, fol. 337, V" col. 2. 

Adoulcy, partie. Amolli. Diminué, aminci. 

Le sens pVopre est adouci, rendu plus doux. (Voy. 
Adol'lcer ci-dessus.) 

De là, ce mot a signifié figurément amolli, rendu 
moins dur. - Le Haubert qui estoit échauffé et 
« adoulcij du sang et de sueur, list voye à l'acier 
« qui estoit fort et Irenchant. » (Lanc. du Lac, T. I, 
fol. 117, H" col. 1.) 

Amolli, rendu moins rigide, moins rigoureu.x, 
dans un sens moral. 

Serjans qui à Londres estoicnt, 
Qui la chartre garder dévoient, 
De la longue garde anuié, 
Et de promesses adoucie, 
Octa lil/. Enguist délivrèrent, 
Et de la chartre le jetturent. 

Rom. du Brul, MS. fol. 67, R' col. i. 



Amolli, rendu moins courageux ou plus foible. 
" Arrière pucelles, meshuy ne vault \oz doulx par- 
" 1ers. Qui les escoute peult bien estre trop souvent 
« adoulcy. » (Percef. Vol. IV. loi. 137, H- col. 2.) 

Nous ne trouvons ce mot employé comme terme 
d'archileclure, que sous l'orthographe aduugi, donl 
le sens propre est adouci. 

Adoucir, rendre moins aigre, etc. exprime une 
idée de diininution. ;Voy. Atuu M.r.ii ci-dessus.) En 
généralisant celle idée accessoire, l'on a pu dire 
ligurément, adougi pour diminué, aminci, rendu 
[ilus délié, dans la description du chapiteau d'une 
colonne. « Il se monsti'ûil bien plus menu tiue par 
" ses bouts, estant par le milieu adougi ;i la pi'opor- 
» tion de l'ouvrage d'entre les volutes et du tail- 
« loye. » (Vrai et parfait amour, fol. 21 i, R". — Voy. 
DocGi ci-api'ès.) De même nous appelons encore 
adoucissement, le racordement, la réunion ((ui se 
fait de deux corps au même niveau, par un cavetou 
moulure rentrante, qui se réunit, en diminuant 
insensiblement, au fût dune colonne. 

V.^RIANTES : 
ADOULCY. Lanc. du Lac, T. 1. fol. 117, R» col. 1. 
.\DOLCiÉ. Rom. du Brut, MS. fol. 67, K° col. 2. 
.\DOUGi. Vrai et parfait amour, fol. 214, R°. 

Adouloui'é, partie. Affliger. 

(Voy. AuoiLoiREii ci-après.) Ce participe employé 
comme substantif, di'signe un amant timide et 
malheureux, dans le passage suivant : 

S'il veut tenir secrette sa douleur. 
Un regard triste, une blesme pâleur, 

Une contenance égarée. 
Un parler froid et fort mal asseuré. 
Montrent assez du pauvre udmdouré 

Lame d amour alangourée. 

Tahureau, dialog. fol. 195, R*. 

VARIANTES : 
ADOULOURÊ. Tahureau, dialog. fol. 195, R«. 
Adoloké. Oudin et Cotgr. Dict. 
ENDOULoi'ni. Cotgr. Dict. 
Endoui.ocrv. Oudin, Dict. 

Adoiilourer (s' , i-o'/^^?. S'affliger. 

Proprement s'abandonner à la douleur. Nous ne 
trouvons ce verbe qu'avec le pronom personnel. 
(Voyez s'Adoler, au même sens sous Adceiller 
ci-après.) 

La tourterelle au bois, en ceste sorte, 
Veufve gemist dessus la branche morte, 
?>'adouluuraiU de son povre confort. 

Talmrcau, Po«î. i>. 221. 

varia.ntes : 
ADOULOURËR (s'). Cotgrave, Dict. 
Adolorer (s'). Xicot, Oudin et Cotgr. Dict. 

Adourncinent , suhst. masc. Ornement. 
Machine. Feinte caresse. 
Le premier sens est le sens propre : 

La flambe qui el bourc fu mise, 
Sailli contrcmont à l'yglise, 



(1) subtilement. 



AD 



— 125 - 



AD 



Et ardi touz les vcstemenz, 
Les livres, {es.uoui'iieineiiz. 

C.Guiarl, MS. fui. «l, UV 

Lorsqu'un enleva le corps de S" Ma^delaiiie, 
pour le transférer de la ville d'Aix à l'aljbaye de 
Vézelay, 

Oncques si grand odeur ne fut de jjcns santuo, 
Comme ils sentirent tuit quant lo corps l'en remue. 
Ly corps enveloppé fust moult honn<stenient 
En ses adimieiiwnls, moult très-devotement. 

Gcr. du Houssillon, MS. p. 114. 

Dans un sens moral et figuré, l'on a dit : « liien 
« aourouseeslli airnieil) kesi(''sjoscstdcsapieace : 
«■ car justice et jiiyeineuz est li (lonioiiciis de son 
« siège. » (S' Bernard, Serin. tV. mss. p. t>G.) 

On'appeloit aorneniens pour assaillir, les machi- 
nes nécessaires pour un assaut, les préparatifs d'un 
assaut; acception tigurce empruntée du veilie 
Adourner ci-api'ès, préparer. « Avuiciil... appareillé 
« instrumenset(/o;'Ht')«<'H.s pour assaillir. ■■ i,l''roiss. 
Vol. I, p. il.-).) 

Ce mol formé du latin Adovnarc, proprement 
orner; au figuré controuver, feindre, a pu signifier 
fausseté, tromperie ; fciiile caresse dans ces vers : 

dolent au Jouvencel 

Auquel foie femme mortel 
Fait de A'wers adournemcns. 
De baisiers et d'embracemens, 
De doulx regars, de plains piteux, 

De doulx parlers très-convoiteux 

Lors dit à cellui qu'elle treuve, 
En faingnant nouvelle contreuve, 
Aujourdui suy aler orer, 
ATm que te peusse trouver, 

Eust. des Ch. Poës. IISS. fol. 530, col. 3. 

Peut-être aussi ce mot n'est-il qu'une altération 
de dosnoicment, précédé de la préposition à, que 
nos anciens Poètes ont employée souvent dans le 
sens de caresse. (Voy. Dosnoi ci-après.) 

VARI.\>'TES : 
ADOURNEMENT. Triomph. des neuf Preux, p. 121, col. 2. 
Adorn'ement. Gér. de Roussillon, MS. p. 144. 
AORNEMENT. Cotgr. Dict. — Gloss. du Rom. de la Rose. — 
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 3GI, R» col. 2. 
AouRNEMENT. Ord. T. I, p. 597. 

Adourner, verbe. Orner, parer, ajuster. Habil- 
ler. Apprêter, préparer. Assaisonner. 

Du latin Adornare, l'on a fait adourner, aorner 
au même sens. » Sioiu//u^r«<'ta maison et si receos 
« Ion Roi. >> i,S' BeriKinl, Serm. fr. mss. p. 381.) 

On disoit proverbialement : 

Qui va vers femme qui s'aourne, 

Et sage y va, fol s'en retourne. 

Frère Jean de Vigny, jeu des échecs, MS. du R. n' 7387, not. 93, p. 2. 

Un de nos anciens Poêles, considérant tout ce qui 
nous vient de Dieu, les maux mêmes dont il punit 
nos fautes dans celte vie, comme les ornemens, les 
instrumens du pouvoir de la Divinité, s'est servi 
d'une expression qui nous a paru digne de 
remarque : 



la gravellc es costelz, 

La t'oute ez flanz et la crampe en leurs doys, 
Lo mau Suint-Leu, la lièvre d'autre lez, 
Tout les tourmens dont Dieu est aoniez, etc. 

Kust. des Ch. Voit. MSS. fui. 309, col. 3. 

(l'est en abusant de la signification (Yadourner, 
[laier, ajuster, qu'on a dit (tourner, pour ajuster, 
adresser. 

Gloùs (2) ardanz et embrasées 
Que l'cdrogue a là esleues, 
.là sont en pUiseurs lieus veues ; 
Li sien sus Flamens les aoitnic»!. 

G. Guiart, MS. fol. 319, If. 

On se pare en s'iiabillant ; de là, le verbe Addnr- 
ner pour habiller, dans une Ordunnance concernant 
les cérémonies de la réception des Chevaliers du 
Bain. « Les Escuyers gouverneurs prendront 
" rF.scuyer hors du baing et nietlront en son lict, 
« lant qiVil soit séchié.... et quant il sera séchié, il 
■ lèvera hors du lict et sera (uldunié et vestu bien 
" cliauldcment pour le veillier de la nuit. » l'Milice 
fr. du P. Daniel, T. I, p. 101.) 

Ce même verbe, par extension des deux premiè- 
res acceptions, a signifié apprêter, préparer, en 
parlant d'un repas. « Après que le luurnoy fut 
« party, le mangé inlaorné. Atlonc murent dames, 
« damoiselles et pucelles, et aussy chevaliers. » 
(Percef. Vol. V, fol. 07, R- col. i.) « Le manger fut 
« uor)ié par les Minisires, si allèrent seoir ordon- 
« néeuient. » vibid. fol. 70, R° col. 2.) 

Enfin dans une signification analogue, mais plus 
figurée encore, assaisonner. « Silachasseluiplaist,il 
« ne fault que l'émouvoir à la prise ; la trouvera de 
« telle saveur, comme s'elle fut rtonu'cd'espices. " 
(Percef. Vol. VI, fol. G, V" col. 1.) 



ADOURNER. Gloss. du P. Labbe, p. 521. 
Addcrner. Milice fr. du P. Daniel, T. I, p. 101. 
AiioiiNEU. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 381. 
AoRNER. Rabelais, T. III, p. 2. - Crétin, p. 18. 
Aocrxer. Ménage, Dict. étym. — Joinville, p. 5. 

Adouzillar, verbe. Mettre en perce. 

Mol languedocien. (Voy. Du Gange. Gloss. lat. 
T. H, col. 1004, au mot Ducilliis.) Dans plusieurs 
provinces, on dit doux-il pour fausset, petite che- 
ville de bois servant à boucher le tiou que l'on fait 
à un lonneau. (Voy. Doizil ci-après), d'où s'est 
formé le verbe Adouzillar, qui signifie proprement 
mettre un dou:iil à un tonneau, comme l'on fait 
lorsiju'on l'a percé ; et par extension le mettre en 
perce. 

Ad perpetuam rei niemoriam. 

Mots purement latins, employés en termes de 
pratique dans celte expression : Enquesie ad perpe- 
tuam rei memoriam. •< Compète.... à notre dite 
« Cour seule d'accorder commissions d'enquestes à 
» futur, valétudinaire, et Ad perpétuant rei memo- 
» riam, avant procès entamé. » ^Cout. deHaynault, 
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 47, col. 1.) 



(1) âme ; anima est devenue anme, arme. — (2) Bûches, poutres ; voir Du Gange au mot Gloa. 



AD 



— i-ic. 



AD 



Adpi'L'sont, arij. et ndv. Présent. A présent. 

Ce mot composé des prépositions .1 et .\ff ci-des- 
sus, signifie au premier sens, présent, ([ui existe 
dans un lieu, présent à ce qui s'y passe. 

Li Roys le Viconte manda ; 
A présent tous, li demanda 
Tesmoingage de vérité. 

G. Macliaul, MS. fol. 230, n* col. 2. 

En employant l'adjectif présent comme substan- 
tif, nous disons, à présent, pour dans le temps pré- 
sent. C'est de la réunion de cette préposition à ou 
ad. que s'est formé l'adverbe Aclprcsent dans le 
même sens. « Tliresoiiers cl Receveurs qui sont 
« adpréwnl. » Ord. T. Il, p. G8.) 

VARI.iNTES : 
ABPRÉSENT. Ord. T. II, p. f». 
Aprésest. g. Machaul, MS. fol. 236, R» col. 2. 

Adquiescement, substantif masculin et fémi- 
nin. Acquiescement. 

Du verbe Adqiiescer ci-après. On sait ce que si- 
gnifie Adquiescement en fermes de .lurisprudence. 
On donnoit autrefois des Lctlres iVAiiuiescement. 
(Bourgoinc: de orig. voc. vulg. fol. tiG, IV'.) 

On a dit .lC7HÙ'"sfo//o« dans un sens plus géné- 
ral. « Les hérétiques ont fait une notable 

« acquiesçation aux esprits des simples Calholi- 
« ques. » (.Mém. de A'illeroy, T. lY, p. 143.) 

VARIANTES : 

ADQUIESCEME.XT. Laur. Gl.du Dr. fr. an mot .Adi/uiesce): 
Aquiescemext. Bourgoing de Orig. voc. viilg. fol. 26, R". 
Acquiesçation. Mém. de Villeroy, T. IV, p. 143. 

Adquiescer, verbe. Acquiescer. 

Du latin Adtjuiescere ou Acquiescere, proprement 
se reposer, au figuré céder, déférer. De U\, on a dit : 
« Adquiescer h la sentence donlest appel.... quand 
« l'appellanl se tient à la scnlcnce contre lui don- 
« née, et qu'il l'approuve; ou que celui qui a été 
« condamné n'en apelle. •> (Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

VARIANTES : 
ADQUIESCER. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
ACQUIESCEU. Orthographe subsist. — Bourgoing de Orig. 
voc. \-ulg. fol. 25, V». 

Ad quod jiistum. 

Expression de Droit, purement latine. On la 
trouve employée dans nos Coutumes. « Par le 
« stile, ledit possessoire en cas de saisine et de 
« nouvelleté, peut estre intenté judiciairement, la 
» partie adverse présente ou appcilée simplement 
« ad quod jusfum. « (Coul. de Montar-is au Coût. 
gén. T. I, p. 9-29.) 

Adrayar (s'), verbe S'acheminer. 

Voy. .Adresser ci-après, ^^'adrayar fornK; du 
substantif draie, grand chemin, signifii" en 
Languedocien : « s'accoutumer à faire ciiemin, » ; 



dans le sens propre; au figuçé : «se mettre en 
>• train à faire quelque ouvrage. » (Borel, Dict. — 
Voy. Uraie ci-après.) 

.Vdrès, suhst. masc. Dédommagement, répa- 
ralinn. Voie, moyen secret, lîeiiuète ou Minute. 

Le dédommagémont est de droit. De h'i, le mot 
Adras. le même qu'.VnnEssE ci-après, dmit. justice, 
pour dédommagement, réparation, dans ce pas- 
sage. « Relèvement présuppose asseurement, et 
« doit celui qui veut relever contre un autre 
« auquel riuM-itage a été asseuré, payer les arré- 
« rages et la peine du défaut de paycmcut appelle 
« (l'Iras. •' (Coût, de Metz au noùv. Coût. gén. 
T. 11, p. 400, col. 4 et 2.) 

On a dit ligurément au second sens: « pour ce 
« que les choses de par-dei:?i sont sy diverses et 
« estranges... et... que par vos lettres m'avés 
« ordonné vous en advertir souvent, depuis n'a- 
« guères vous en ay adverty plusieurs fois, mes- 
" mement de ce que sans sifres et aullre adrcs, 
« ay peu escripre. •■ (Lett. de Louis .\lf, T. II, 
p. '2'('i. — Voy. .VniiEssE ci-après, em|iloyé dans la 
signification propre de voie, chemin.) 

On trouvera sous le même article l'expression 
faire adresse, s'adresser à quelqu'un pour lui de- 
mander une grâce, etc. Addrcs dans un sensnwius 
général, mais analogue, a pu signifier l'acte parti- 
culier que nous nommons r.equêle ; la Heiiuète 
adressée aux .luges pour nommer un Tuteur. 
« Pour les droits du serment des tuteurs pai'ticuliers 
« et de la garde, seront payez à l'Amman (1) ou à son 
« Lieutenant ipii recevront le serment, six sols ; et 
« à l'escrivaiii du Magistrat pareillement six sols; et 
« à l'escrivain des chefs tuteurs pour Vaddrcs et 
« acte ensemble, douze sols. » fCout. de llruxellcs, 
au nouv. Coul. gén. T. l, p. lt>(i-2, col. 2.) Peut-être 
aussi ce mot signifie-l-il minute. Nous disons 
encore dresser la minute d'un acte. 



ADRES. Lett. de Louis Xll. T. II, p. 2H. 
AnnnÈs. Nouv Coût. gen. T. I, p. 1262, col. 2. 
Aduas. Id. ibid. p. MK),' col. 1 et 2. 

Adresse, subsl. fém. Droit, justice. Droit che- 
min. Court chemin. Voie, chemin. (îuide. 

Si l'origine do ce mot est la même que celle du 
verbe Auresser ci-après, le sens propre doit être 
le même que celui de droicture qu'on empioyoit 
autrefois pour signifier une chose droite, tir('e en 
droite ligne; au figuré, droit, justice. Nous trouvons 
f/r/rcssc avec cette signification figurée. Le Hoi de 
Navarre, après s'être plaint aux Chevaliers françois 
avec lesquels il avoildiné, de l'injasticc du lloi de 
iM'auce {|ui l'avoit dépouillé de ses terres on 
Normandie, ajoute: " non pas. Seigneurs, ([ue ce 
" je vous ilie pour la cause de ce que vous m'en 
» faciez adrèce ne raison. Nenny ; car je say bien 



(1) Etymologie : de umt, fonction, et de «uoi», homme; c'est encore le titre de quelques chefs de cantons suisses; à 
Metz, l'aman était le notaire. Voyez Du Cange au mot Anwnnus.(fi. e.) 



AD 



lt>7 



AI) 



« (|ue vous n'y avez nulle puissance. » (Froissait, 
« Vol. 111, p. 185.) 

La signilicalion propre et i^éneraie que l'on vient 
d'indiquer, paroil en ([uelque .surte jusliiiée par 
l'aeceplion pnrliculii re du mot .t(/;r,s.sr', droit 
Clieniin. (hi s'en sei'Vdil i)ar opiiusilion à torle voie. 
« Se faisoil l'oi'l d'irenx.... mener sans péril, ear il 
« savoit \càad(in'ces el les lortes voyes. » (Fi oissart. 
Vol. I. p. 59.) " Couj^iiois bien les torces et 
« les adrcccs et les chemins fravans. » fid. 
Vol. III, p. ;!r2.) 

I>e là, l'expression à railrêcc pour lout di'oil. 
« Clievauchèrent liastivenient.... et à Vadrèce 
« dever Saincl-Ouentin. » (Froissart, Vol. I, p. S'iO.) 

Nous disons li^urémciit s'adresser pour aller 
direi'tenu'nl à (|ni'li|u'un, avuir l'ocours à lui, lui 
faire adresse i-omme l'on parloit autrefois. Le 
Comte de Cliarolois s'oiïensoil de ce que « le 
« Seipieur de Crony et les siens faisnieiif plus 
'< grande adrèee à Monsieur le Dauphin ([u'il ne 
'< sembloit bon audit Coude [)our son pi-olil. » 
(Mém. d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. iGO.) 

Les chemins les [ilus droits sont aussi les plus 
courts ; de là ce même mot employé avec cette si- 
gnidcation. « Nule seule ne (luiérent, ne nule 
« adrèee. " (S' Bernard, Scrni. IV. mss. p. 3;î8.) En 
latin « niilla viœ eoiiijieiidia eajilet. >> (Id. ihid. 
Serm. lat.) « alloienl par une adresse et avoient 
« laissé le grant chemin. » (Chron. S' Denys, T. I, 
p. 2GI.) Ce passage est la ti'aduclion du latin 
« nieonsiilte /banl el per ijuasdam eoiitpendlosas 
« vins iiUer fanées iiioiiliiiin diriyexles. » (Sngcr, 
p. 394. — Voyez Ord. T. V, p. 71, note; et 
Nicot, Dict.) 

Il s'est dit en général pour voie, chemin qui 
conduit d'un lieu a un autre ; en latin via dirigeas 
comme l'on vient de voir ci-dessus. « Délibéra de 
« reprendre Vadresse de France, et à son retour 
« mourut. » (Pa.sq. Lett. Liv. VI, p. «O.) 

De là l'expression « se mettre à Vadresse après 
" quelqu'un, » pour le suivre, cheminer après 
lui. « Je vous voys... ou parfoiid de la forest moy 
« hucher, et tantosl me iiiectois à l'adresse après 
.< vous. ï) (Percer. Vol. II, fol. 43, R° col. 1.) 

Dans un sens moral et figuré, « mettre en 
« Vadresse de proesce. » 

. . . li bon qui aime proesce, 
Qui loi- boa cuer mettre en l'adresce 
De proesce et ou droit sentier ; 
Cil n'ont cure de convoitier 
Vaine gloire qui séeche et faut ; 
Mes vraie gloire ne défaut. 

Fabl. MS. du R. n' 7615, T. II, fol. ICi, R" col. i. 

Enfin ce mot a signifié figurément guide, celui 
qui dirige, qui conduit quelqu'un dans un cliemin. 
« Je ne s(,"ay pas le pays, et je te suivray ; car 
« mestieravoye de adresse. » (l'ercef Vol. II, foL 
32, R" col. 2.) 

Un de nos anciens Poètes regrettant la morl d'un 
bienfaiteur qu'il aimoit, a dit en ce même sens : 

. . . chil, est del siècle départis, 
Kl des honors iert la voie et ïadrèche. 



Larges, cortois, saigcs, nés de me.sdis ; 
Graiis dolos est ke si losl est fenis. 

Ane. Pocl. Fr. MS. avant 13U0.1. III. p. 1093. 

VAHIANTliS : 

AliRKSSE. Nicot. et Cotgr. Dict. - D. Klores de Grèce 
f.ii. 127, K". ' 

Ahhi.i i;i;. l'roissart, Vol. I, p. 5!J. 

AuDiii.nsi;. Méni. de du (iellay, Liv. X, fol. ;!l:j, Ro. 

AiiUECi'; G. Cuiart, MS. fol. X>i, V». - S' Bern. Sorm fr 
MS, p. :«8. ■ ■ 

ADiiEciiK. Ar:c. Poi-t. fr. MSS. av. l.'ÎOO, T. III, n 1003 

AiiiiocF.. Tabl. MS. du li. a" 701.-), T. II, fol. Uii, R • col. 1. 

Adressé, partie. Droit. Régulier. Parfait. 
Instruit. • 

Le premier sens est le sens propre. Voyez 
Admksskii ci-après.) On disoit adverbialement tout 
adrecie, pour tout droit, directement. 

Vers li s'en vet tout adrecie. 
Mestre, fet-il, très-bien veigniez. 
Dites moi ce que vos huchiez ; 
Ne l'ai mie bien entendu. 

Kslrub. fabl. JIS. du R. ir 7090, fol. 38. 

Uu verbe Adresser, diriger, régler, on a dit 
adereie au féminin, dans le sens de régulière. 

. . . tant est bcle de biauté adereie, 
Que dou veoir estoit grans mélodie. 
Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, fui. 81, W" col. 2. 

La régularité est une espèce do perfeclion. De là, 
la mù\, adrecie, aussi au féminin, dans la sigiiifi- 
calion de parfaite, accomplie. <■ Le sage dit que 
« nulle chose en ce monde n'est parfaicte..'. car 
« toute la plus adressée à en aucun sens deffaulte. ■> 
(PerceL Vol. III, fol. 132, R- col. 1, 

... là fnst grant joie menée 
Où si grant chose ert recouvrée 
Que si adrecie, pucele, 
Com ert Clarmondiue la bêle. 

Clconiadès, MS. de Gaignal, fol. 54, V° col. I 

Enfin, ce mot a signifié instruit. « Tout le mieulx 
>' adressé d'eulx, et trop peu sachant. » (Percef. 
Vol. III, fol. 35, V" col. 2. — Voy. .Voresser 
ci-après.) 

VARIAMES : 
ADRESSÉ. Percef. Vol. V, fol. 37, R» col. 2. 
AnERCiE (fém.) Enfance d'Ogier le Danois, JIS. de Gaignat, 
fol. 81, R» col. 2. 
Adrecie (fém.) Cléomadès,MS. de Gaignat, fol. .'Ji-,V»col.l. 

Adressée, subst. fém. Adresse. Ciiemin, voie. 

On lit au premier sens: « ayant donné pour en- 
« seigne asseurée du passage sans péril et danger, 
« Vudressière où les Seigneurs Diego Lopez de 
« Haro, et Garcia Romeu trouveroient la carcasse 
« et la teste d'une vache. » (Favin, Théat. d'honn. 
Liv. VI. p. 1155.) 

Dans le second sens, ce mot est le même 
qu'AoREssE ci-dessus, voie, chemin. « II... ramena 
« son Seigneur par une adressée à Compiegne. » 
(Chron. S' Denys, T. II, fol. 2, R°. — Voy. Dressier 
ci-après.) 

V.\RIANTES : 
ADRESSÉE. Chron. S' Denys, T. II, fol, 2, R». 
Adressière. Favin, Théat. d'honn. T. 11, p. 1155. 



AD 



— 1-28 



AD 



Adresscment, siibst. masc. Action île re- 
dresser. Droit, justice. Action de conduire. Voie, 
chemin. Instruction, avis, nouvelle. Sagesse, 
équité, prudence. 

Le premiers sens est le sens propre. (Voyez 
Adresser ci- après.) L'on a dit au (iguré : 
Contre eulx feront un jugement 
Envelopé de grant malices, 
Si ne mettes lulréemenl 
Sus culx, et grant corrugeraent. 

MoJus cl Racio, MS. fol. 33î, R'. 

Ce mot a signifié droit, justice. « Le Prince 
i. leur fisl respondre qu'il eÇloil courroucé des 
» domaiges et excez... faitz au Itoyauline de France, 
« et que luv, quant il seroit retôuiné d'Espaigne, 
<■ en feroit "bon et lovai adrecement. » (Chron. 
S'Denys. T. 111, fol. 19," V°.) 

Du verlie Adresser, diriger, conduire, on a fait 
adrcssemcnt pour désigner l'action de conduire 
par le chemin le plus droit, le plus court. 
(Cotgr. Dict.l 

Ce même mot a été pris dans le sens de voie, 
cheminqui conduit directeincntd'iin lieu à un autre. 
" S'en va par uug adrcssoitcnl tic la forest, qu'il 
« s^avoit moult bien. " ;Lanc. du Lac, T. I, fol. 158, 
Y» col. 1. — Voy. Adresse ci-dessus.) 

Instruire tiuelqu'un. c'est le diriger, le conduire 
par des avis. Ainsi adrcssemcnt a pu signilier en 
génér.il, insiruclion. (Cotgr. Dict.l Dans une signi- 
lication plus particulière, instruction, avis, nou- 
velle. « La Hoyne Lydore alloit.... par la loresl, 
« escoulant s'èile aïiroit ([ueltiue adressement 
« comment le tournov... s'esloil porté. » (Percef. 
Vol. IH, fol. 30, l{»col."l.) 

Knfin, il semble que ce mol considéré comme 
terme collectif des vertus morales, sur le principe 
desquelles on doit diriger sa conduite, puisse être 
interprété par sagesse', équité, prudence dans les 
passages suivaiis : 

.... estre moult liez dcveroic, 
Se je la suer avoir povoie 
De Roi de tel odcrr.emcnt 
Com vous estes, etc. 

Cléomadcs, MS. de Gaignat, fol. 44, R- col. 3. 

N'estoit-ce pas trop grant meschiés, 
Quant hom de tel adrrrrmcnt 
Qu'il ert, estoit à tel tonnent, 
K"à paines povoit-il parler. 

Clcomailcs, .MS. de Gaign.il, fol. 24, R* col. 3. 

Qui vit aine mais home de son jouvent, 
Encui si fussent tout bon adcrcnmantf 

Enfance d'Ogicr le Danois, MS. do Gaij^al, fol. tl2, R' col. 1. 

VARIANTES : 

ADRESSEMENT. Cotgr. Dict. 

Adercement. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. fiS, R" col. 2. 
Adrecement. Chron. S' Denys, T. Uf, fol. 19, V". 
Adrèement. Modus et Racio, .MS. fol. 332, R». 
Adresce.ment. l'atem. de Rlois, MS. de S' Germ. fol. 109. 

Adresser, verbe. Redresser, rendre droit. 
Redresser, rectifier. Faire droit, rendre justice. 



Restituer. Protéger. Secourir, aider. Fournir, 
pouivoii-, munir. Dresser, tenir droit. Diriger, 
conduire, guider. Approcher, parvenir, arriver. 
Egaler. Frapi^er. Instruire. 

On pourroil dire avec Du Cange, que des verbes 
de la basse latinité adirectarc, addretiarc, addres- 
sare, formés du latin dhrclioii, on a fait notre verbe 
Adresser. (Voy. lil. Cbxss. Lat. coi. I'_>7 et 13G.) 
Ménage le dérive A'addirccliare. i,Voy. Dict. étym.) 
11 paroitroit pourtant i)liis simple et plus nat'urel 
d'en chercher l'origine dans les variations d'ortho- 
graphe de l'adjectif droit, que l'on a écrit drès, 
drcch, etc. d'où le verbe Adresser, Adrrehier, etc. 
proprement redresser, rendre droit, (^elte acceplion 
propre est employée figurémeut dans ce passage : 
« Li Prêtait, ce suni cil (lui eus nels descendent en 
« la meir, et ki eu nuiiiites awes se travaillent. Il 
« ne suul dcslroit par nulc sente de pont, ne de 

« wcil (1 , por ceu k'il poieiitcorre zai et lai, et 

« soscorre i'i un chascuns, selon ceu ke mestiers 
« est et adrecier la sente del pont ou encerchier (2) 
« le weit. » (S' Bcrn. Serin, fr. mss. p. 3'i'2 et 343.) 
C'est aussi dans un sens propre et figuré tout à la 
fois iiue l'on a dit adrecer un tort pour réparer une 
injustice, redresser un tort; expression fort usitée 
dans le style des vieux romans et (jui subsiste encore 
dans le style familier. 

Juges quant tu vois, en la toie 

Court, le povre qui se tristoie ; 

Di, je voi là un Dieu eslit : 

S'on li fait tort, si \'adl•t•^•nie. 

Dit de Cliarild, MS. de Gaignat, fol. 218, R* col 1. 

Ce verbe a été pris dans la signification figurée 
de redresser, rectifier en parlant de choses morales. 

Pour ce convint totcs servir, 
Et le fol et le sage oïr ; 
El bien convient mal otroïer. 
On ne puet pas tôt adrc.cicr, 
Ne mettre toute chose à point. 

Fal)l. MS. du U. n" 7015, T. II, fol. 135, R" col. 2. 

. . . encore keurt (3) cis usages, 
Et entre fouis et entre sages, 
Que ce c'on ne puet adrecier. 
Convient souventes fois laissier. 

Clcomadès, MS. de Gaignat, fol. 57, V" col. 3. 

Fuyons toute vilbnie, 
Soyons amis et amie. 
Qui a mal fait, si l'adresse. 

Eust. des Ch. Po5s. MSS, fol. 201, col. î. 

Ré[)arer un tort, Vadresser, c'est faire droit à 
qucliiu'un, lui rendre jusiire. Ainsi l'on a pu dire 
en ce sens adresser iiuclqu'uii d'une dureté, c(Hiime 
dans ce passage : Le Conseil du Itoi « ne se voiiloit 
« point passer que le Coniiestable de France... ne 
« fust adrecé des durtés que le Duc de Dretaigne 
» luv avilit faites. » (Froissait, Vol. III, p. 203.) 

On fait droit à celui, eu f;ivcur de qui l'on or- 
donne une restitution. De là le vcrlie adresser dans 
le sens de restituer. « Enjoignons à tous nos Sénes- 
« chaux, etc.. que cil, en linéique destroit, juris- 



(1) Voici la traduction : « Les prélats sont ceux qui en nefs descendent en la mer, et qui en maintes eaux se travaillent. 
Us ne sont distraits à nul passage, ni aux ponts, ni aux gués... » (N. e.) - (.2) incircare, chercher. - (3) court. 



AD 



- 120 — 



AD 



« diction ou ressort que sriof, moleste, destoiirbier 

<i ou aucun (lonimnj^e sera fait sommairement 

« et de plein facent tout rendre, adrecier et amen- 
« der. .. (Ord.T. II, p. -Ml.) 

Qu'il nous suflise d'observer que si ce mot a dé- 
signé plusieurs autres moyens de rendre justice, 
c'est par la même analogie d'idées, (lu'il a eu ces 
diverses acceptions. 

La protection, et le crédit, sont (juclquefois né- 
cessaires pour faire valoir un bon droit. De Ifi encore 
le verbe «^//rs.srrdans le sens de luotéiicr, appuyer 
quelqu'un de son crédit. « En(iui doit-on et peut-on 
« avoir liance, fors en son Seigneur? elle Seigneur 
« doit adrecer ses gens et les tenir en droit et en 
« justice. » (Froiss. Vol. III, p. l'J7.) 

L'Evèque de Noyon, parlant à Louis A'III, s'ex- 
prime ainsi : 

.... Sire, pourqoi noi-on (I) 
Que del Roiaume et del Empire 
Ne soii^s adrecière et Sire ? 
France le doit et vous pour li 
Ki Rois i estes, bien le vos di, 
Adrccién i crestienté 
Conques ausi grant volenté 
N'en ot Rois, corn li Rois Felipes 
Vos pères li sages, li vistes, 
Ki sainte Église sostenoit, etc. 

Ph. Mou5k, MS. p. 723 cl 7'2i. 

(Voy. Adresse™ ci-après.) 

On l'employoit même dans la signification géné- 
rale de secourir, aider. « Le Duc de Bretaigne... 
« povoit.... adrecer et aider les Anglois de Navires 
« pour retourner en Angleterre. » (Froissart, 
Vol. II, p. 113.) 

. . . s'ainsi avient \Cadrecier 
Li puisse, faillir ne li quier ; 
Car ambedeus les aideroie. 
Se povoir de ce faire avoie. 

Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. H, V' col. 3. 

Or cuidai bien, se Jhûcris m'adresce 
Qu'il ne deuist jamais avoir tristesce. 

Froissart, Poës. MSS. fol. 76, col. 1. 

En étendant la signification de ce mot aux 
moyens de secourir, l'on a dit adresser dans le sens 
de fournir, pourvoir, munir. « Les adrecèrent de 
« tout ce qui leur faisoit besoing. « (Froissart, 
Vol. II, p. 265.) « En succession de ligne directe, 
« les enfans qui auront esté mariez ou adresccs 
« d'estat honnorable par leur père ou mère... ve- 
« nant à la succession commune d'iceux avec les 
« autres enfans non encore mariez ny adreschez, 
« seront tenus de rapporter ce que leur aura esté 
« donné.... pour leur dict mariage ou estât. » 
(Coût. gén. T. Il, p. 854.) 

De là l'expression s'adresser de sacremens. » Se 

« fist ledit Bertran adrecierhiQn et bel de tous 

« les sacremens qui lui apparlenoient. » (Hist. de 
B. du Guesclin, par Ménard, p. 539.) 

Dans le sens propre de dresser, on disoit, en par- 
lant d'un homme, s'adrecier pour se tenir droit, se 
lever, se mettre sur ses pieds. « 11 est temps de 



« vous lever et adrecier ; et avec ce les Gouverneurs 
« le prendront par le braz et le feront drecier. » 
(V(iy. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Miles, col. 737.) 
Poui' se di'csser sur les pieds de derrière, se ca- 
brer, en parlant d'un cheval. 

Quant li destriers est adreckz, 
De legier puet estre bleciez 
Cil qui arriére ne se trait. 
Mars de Cambray, Moralités, SIS. de Oaignat, fol. 150, R- col. 2.' 

(Voy. DiiEssicn ci-après.) 

Plus souvent ce verbe signifioit diriger, conduire, 
guider. « Sa doctrine nos eslruit (2) et adrecet en la 
« voie de paix. - (S' Bern. Serm. fr. .mss. p, 320 et 
321 .1 « L'accompagnoient et adressoient deux de ses 
<< frères... lesquelz menèrent la pucclle seoir au 
« plus hault siège. » Percef. Vol. III, fol. 7, V°.) 

On peut rapporter à cette signification générale, 
les expressions suivantes: « Adrechiev un cheval à 
quelqu'un, -> le pousser droit à lui. .. Le Roy humble 
« de humilité... trouva ou la iiiesiée... le Roy des 
« vices... si leur adrechièrent les ciievaux lui et 
« ses gens comme à ceulx des champs qu'ilz 
« héoienl plus. » (Modus et Racio, ms. fol. 299, V",) 

Adrecer un cheval par une poite, l'y faire passer 
droit, en dirigeant sa course. « Li Vallès fu grans 
« et fort... li cevaus sor quoi il sist, rades 3 et co- 
« rans ; et li vallès l'ot bien adrecié parmi la 
« porte. " (Fabl. ms. du R. n° 7989, fol. 74, V° col. 2.) 

Adrecier sa voie dans le sens où nous disons en- 
core adresser ses pas. 

. . . Trubert adi-ecie sa voie 
A l'esponde (4) ; la borse a prise 
Ou sa pucelle l'avoit mise. 

Eslrubert, fabl. MS. du P.. d- 7996, p. 96 

De \h le verbe s'adresser pour aller droit, diriger 
sa route vers un lieu. « Les deux Escuyers... prin- 
« drent les champs et s' adrecèrent en un bois qui 
« estoit ù demie lieue françoise de la. » (Froissart, 
Vol. I, p. 234.) « Elle li dist vous m'avez tué mon 
« mary, et maintenant me voulez deshonnourer. 
« Certes je vueil mielx morir ; et lors s'adresca à 
« une fenestre et sailly en la rivière de Leyre qui 
« estoit au pié de la' Tour. » (Chasse dé Gast. 
Phéb. MS. p. 87.) 

On arrive au lieu vers lequel on dirige sa route. 
De là encore s'adresser pour approcher, parvenir, 
arriver. 

Toutes voies tant s'efforça, 
Qu'à l'ermitage s'adresçu. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 4, V col. 1. 

Parvenir, arriver au terme qu'on s'est proposé, 
pris au figuré, signifie réussir, venir à bout d'une 
chose. C'est la signification à'adresser dans ces vers : 

on, ce respondi Jonèce, 

11 n'est riens de quoi on n'adréce. 

Froissart, Poës. MSS. p. 362, col. 1. 

Nous disons aussi figurément, qu'une chose n'ap- 
proche pas d'une autre, (les Italiens disent, non ar- 
riva'"', pour signifier qu'elle ne peut l'égaler ; mais 



(1) nje-t-on. - (2) instruit. - (3) mpidus. - (4) châlit, bois de lit. 
I. 



17 



AD 



— 130 — 



AD 



adresser en ce sens, semble exprimer une idée 
moins analogue îi celle d'approcher, qu'à celle d'al- 
ligner , dresser sur une même ligne , en latin 
dirigere. 

Et pour ce que nulle richesse 
A valeur d'aray ne s'ailivssc, 
Qu'il ne pr.uroit si hault attaindre 
Que valeur d'amy ne soit graindre. 

Roiu. de la Rose, vers 51Gl-5iai. 

C'est encore en étendant la sisnilication iVddrcs- 
ser, diriger, ^ue ce verbe a sigiiiné frapper, propre- 
ment diriger un coup, le porter droit, l'adresser. 

.... en l'escu Vaclcrchiùrent, 
Si qu'il li ont frait et troé. 

Clùomaaôs.SIS. de Gaignal, fol. «, R" col. 3. 

Enlln adresser, proprement diriger, conduire, 
s'est dit au figuré dans le sens général d'instruire, 
diriger pai' des conseils, des avis ; « vous retiuiers 
» que vous me adrcssicx- de ce (jue j'ay à faire. » 
(Percef. Vol. V, fol. dû, V" col. 1.) Dans un sens 
beaucoup moins étendu, inslruire, donner des nou- 
velles. « Vous iiianderez la Dainoiselli' du Chastel 
'< qui vous adressent du lilz au très-excellent 
« Alexandre. ■■ (l'erccf. Vol. iV, fol. 1, V^col. 1. — 
Voy. Adressf.me.nt ci-dessus.) 

V.VltlANTES : 

ADRESSER. Orlh. subsist, - rercef. Vol. III, fol. 7. 

Addri:sm:k. Oudin.Dict. - Froiss. Vol. II. p. 113. 

Adercer. Eabl. MS. du R. n» 7-218, fol. 249, R° col. 2. 

.^UKRCiiiKH. Cléoniadès, MS. de Gaignat, fol. 44, R° col. 3 

Adekcieu. Enfance d Ogier le Danois, US. de Gaignat, 
fol. 81, U» col. 2. 

Adracieu. Font. Guer. Très, de Vén. MS. fol. 42. 

Adrecer. g. Guiart, MS. fol. IM, V". 

Adrechier. Modus et Racio, MS. fol. 299, V°. 

Adressieu. Ord. T. III, p. 435. - Ane. Poct. fr. MS. avant 
1300, T. III, p. -1281. 

Adreçoieh. Dits de Charité, MS. de Gaignat, fol. 218. 

Adre.scer. Chasse de Gast. Phéh. MS. p. 87. 

Adrescher. Coût. gén. T. II, p. K>i. 

.A.DRESSIER. Ord. T.I, p. 530. - Ibid. p. 573. 

Adresseur, siiMt. masc. et subst. jém. Protec- 
teur, protectrice. Qui instruit. 

On lit au premier sens, qu'à la mort de Pliilippc- 
Augusle : 

Moult biùlemcnt s'arme (1) on ala, 
Et quoiement en tout era pais. 
Et cou fu drois k il ert râpais 
De sainte Gllse et aclreciire, 
A cuer joiant, à baude cière. 

Ph. Mousk. MS. p. CV2. 

Nous trouvons adresseresse au féminin dans cette 
même signification. « Venus... est adresseresse et 
«■ souveraine conseillère de tous les vrais amans. » 
(Percef. Vol. IV, fui. 18, I«" col. 1. — Voy. Auresseii 
ci-dessus, protéger.) 

Du verbe Adp.esskr, instruire, on a dit Adresseur, 
pour désigner celui qui instruit, qui donne avis 
d'une cbose. « OMars, dieu des batailles et des occi- 
« sions, conseiller véritable, adresseur et vray di- 



« sant de toutes mesadventures, etc. • iPercef. 
Vol. IV, fol. 18, R° col. 1.) 

VARIANTES : 
ADRESSEUR. Percef. Vol. IV, fol. 18, R» col. 1. 
Aduecière. Ph. Mousk. MS. p. 642. 
Adre-sseresse. Percef. Vol. 111, fol. 93, R» col. 2. 

Adressouer, suhst. mase. Protection, aide, 
secours. 

Mot formé du verbe Adresser ci-dessus, protéger, 
aider, secourir. 

Mais rien ne sert ung tel adressouei: 

Faifcu, p. 110. 

.\(lri:ulos, subst. fém. plur. Dryades. 
l'eul-ctre llanuuliyades, par contraction. 

Luy suscita Muses et Adriades, 
Nymphes des eaux, Nappées, jléliades. 
i. Marot, p. 48. 

iVdroict, adj. Adroit. 

Eu latin Ik'xler. (.Nicot, Dict. — Ménage, Dict. 
Etym. — Voy. Adextre ci-dessus.) Nos anciens Au- 
teurs ont employé quelquefois l'adjectif pour 
l'adverbe, comme en ce passage : « Se contournoit 
« très adruiet en (luelquc costé qu'on vouloit. » 
(Rom. d'Alector, fol. '>l , R^) C'est une construction 
purement latine, remarquée sous l'article Adverbe 
ci-après. 

Adscrire, verbe. Attribuer. 
Signification figurée, empruntée du Latin Adscri- 
bere. (Voy. Oudin et Cotgr. Dict.) 

Adueillé, participe. Qui a de la douleur. Dou- 
loureux, llaliillé de deuil. 

Le premier sens est le sens propre de ce mot, 
composé de la préposition a et du substantif rfi/^iZ 
(ju'on écrivoit aussi dol. (Voy. Adleiller et Dieu. 
ci-après.) 

Si commença à plorer. 
Et grand dol à démener, 
Et s'amie à regreler : 
Nicoléle, biax esters (2), 
Biax venir et biax alers, 
Riax déduis et dous parler, 
Biax borders (3) et biax jouers, 
Biax baisiers, biax acolcrs, 
Por vos sui si aitulés, 
Et si malement menés, 
Que je m'en cuit vis aler, 
Suer, douce amie. 

Fabl. MS. du R. n- 7980, fol. 74, R- col. 1. 

C'est par une espèce de pléonasme qu'on a dit, 
« de grand dueil adoulé. « (Clirou. fr. .ms. de Nan- 
gis, sous l'an 118!).) 

Ce mol sous les ortbograplies endolé et endoiulé, 
a signifié douloureux, dans le sens oii nous em- 
ployons cet adjectif, pour exprimer une sensibilité 
accidentelle, dans (juclques parties du corps, i|ui ne 
permet pas d'y loucber, sans causer de la douleur. 



(1) son âme. — (2) Ce sont des infinitifs pris substantivement : avec tes beau.c êtres, ou mieux, avec tes belles poses. (N. E.) 
- (3) badiner, voir Du Cange à ilunture, et Raynouard à BorUir. {s. E.) 



AD 



— 131 — 



AD 



Tole la mein ot endoUp. 
Por l'espée qu'il ot portée. 

Fluiro et Ilinnchcnor, MS. Jo S. G. fol. 201, H- col. 3. 

. . . homs qui vit Rn tel moschief 
A, par droit, dolorous le eliief. 
Je f'avoio lors si cndondé. 
Et le coor si mat ot si foible, 
Qu'à painiios pooie parler, 
Ne moi soustcnir ne alcr. 

Froissarl, l'oiia. MSS. p. 107, col. 1. 

On a(''tcnilii l;i siçfiiilicalion propre du mot ducil 
ou deuil aux siiiiics de la doulcui'. aux habits de 
deuil. De là le ])arli(:ipe Ailcuillé pour habillé de 
deuil. (CotgT. Dict.) 

VARIANTES : 
A.DUEILLÉ. Crétin, p. W. - Nicot, Monet et Cotgr. Dict. 
Adeuillé. Cotgr. et Oudin, Dict. 
Adeulé. Merlin Cocaie, T. II, p. L'iO. 
Adeullé. Cotgr. Dict. 

Adolé. Gér. de Roussillon, MS. p. -137. G. Machaut, MS. 
p. 207, V» col. 3. 
Adoulé. Enfance d'Ogier le Danois, MS.de Gaignat, fol. 87. 
Endoiulé. Froissart, Poës. MSS. p. 407, col. I. 
Endolé. Floire cl Rlancheflor, MS. de S. G. fol. 20i. 

Aduciller, verbe. Avoir de la douleur. Causer 
de la douleur. 

Du mot lu i;iL ci-après, on a fait Adneiller au 
premier sens pour avoir île la douleur, « être 
« dolent. " .Horel, Dict.) 

On employoil queUiuefois ce verbe aveclc pronom 
personnel. Delà s'adonloir pour s'abandonner à la 
douleur. (Holgr. Dict.) Ou s'adoler, comme dans le 
passage suivant : 

il li estoit 

Grief do ce que tant demoroit 
Que Clarmondine ne trouvoient ; 
Ne que nouvele n'en ooient. 
S'en ert moult de cuer adolcc. 

Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 23, V" col. 1. 

(Voy. ADOiLoi'RF.n ci-dessus.) 

Comme verbe actif, Adueiller signifioit causer de 
la douleur. « Causer dueil à quelqu'un. » (Monet, 
Dict.) 

VARIANTES : 

ADUEILLER. Borel et Monet, Dict. 

Adoler. Borel, Dict. - Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 23. 

ADOULOin. Cotgr. et Monet, Dict. 

Adveiiament, «r/t». Convenablement. Agréable- 
ment. 

On trouvera sous les articles Advenant et Advenir 
ci-après, l'origine et l'analogie des acceptions figu- 
rées de l'adverbe Advenamenl, et du substanlif 
Advenance ci-dessous. 

On disoit, au premier sens, « baillier despenses 
avenammenl. » iPerard, Hisf. de Bourg., page 450.) 

Quant il covient à l'ome despendre largement, 

Jl le doit si bele fere et si avennument. 

Que l'en n'en puist tenir nul vilain parlement. 

Fabl. MS. du R. n- 7-218, fol. 335, R- col. 1. 

Dans le second sens, ce mot signifioit agréable- 
ment, d'une manière avenante. 



.le vous roquir vo druierie, 
Bele, ne m'éscondi.sciés mie (1). 
Quant ele l'a liien entendu, 
At'cnanimit a respondu, etc. 

Falil. MS. du R. n- 7089. fol. 51 , V- col. 1. 

VARIANTES : 

ADVENAMENT. Gér. de Xevers, part. I, p. G. 

Avenamknt. Fabl. MS. du R. n» 70H0, fol. (w, V" col. 1. 

Avenam.me.nt. Pérard, Hist. de Rourg. p. Vil), tit. de 12*1. 

AvENANMKNT. Doctrin. MS. de S' Germ. fol. 102, R» col. 3. 

Avt:NAii.Mi;NT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 322, R ■ col. 2. 
- Ménage, Ilist. de Sablé, p. 220, lit. de 12&5. - Rom. de 
Rou, MS. p. 375. 

AdvtMiance, subat. féin. Convenance, propor- 
tion. Convenance, décence, bienséance. 

On lit, au premier sens, <■ saige Chevalier a 
" volentiers gros chief à Vavenancc du corps, et 
« ronil et bien peu einbarré selon les temples (2), 
« quant il passe xxv ans; et doit avoir les cheveulx 
« serrez et brunis, et en face doit estre liardy. » 
(Le Chevalier de la Tour, Guidon des guerres, fol. 
i»l, V'col. 2.) 

Ce mot signifie convenance, décence, bienséance 
dans les vers suivans : 

Simplece et debonneretez, 
Cortesie, senz et lai géce ; 
Avenaytcie, humilités. 

Alhis, MS. fol. 122, R» col. 2. 

Robert, Duc de Normandie et père de Guillaume 
le Dàtard, surpris de ce iiu'Arrede sa concubine 
avoit coupé de haut en bas ledevant de sa chemise, 
lui en demanda la raison. 

N'est, dist-elle avenantise 
Que le plus bas de ma chemise, 
Qui à mes jambes fiert et touche, 
Soit tornée vers vostre bouche ; 



Li Duc l'en a seu bon gré, 
Et à grant bien li a torné. 



Rom. du Rou, MS, p. 213. 

VARIANTES : 
ADVENANCE. Oudin, Dict. 

.AvENANCE. Le Chevalier de la Tour. Guidon des guerres, 
fol. 91. V» col. 2. 
AvENAXCiE, AvESANDiSE. Athis, MS. fol. 122, R" col. 2. 
AvEN.\NTiSE. Rom. de Rou, MS. p. 213. 

Advenant, pcnikipe. Qui vient, qui arrive. 
Convenable, (jui convient. Suffisant, proportionné. 
Agréable, gracieux, revenant. 

Le premier sens est le sens propre. On employoit 
ce participe comme substantif, et l'on disoit à 
Vadvenant, pour signifier à l'arrivée , à la venue. 
« N'ydemoura Chevaliers, qui i\uadvenant d'eulx... 
« ne venist pour le désir que chascun avoit de les 
« veoir. >> (Gér. de Xevers, part. I, p. 31.) 

De là, l'expression figurée jour avenant, dans le 
sens où nous disons un avenir en termes de pra- 
tique. « Si vous suppli.... que j'aye jour avenant, 
« et coppie de son libelle ; et respondray ad ce 
« qu'elle a dit et proposé devant vous, etc. » (Modus 
et Racio ms. fol. 208, V°.) 



(1) ne m'éconduisez pas. — (2) ayant les tempes peu enfoncées. 



AD 



— 132 — 



AD 



Ce même mot, comme terme de coutume, dési- 
gnoit la létritime et portion qui avient, qui éclioit 
à une lllle dans une succession, avenant le décès 
du père ou de la mère. « Gentislions si puet bien 
« donner à sa fille plusjri'and maria-re que avenant ; 
• et se il la marioito mains (1} que avenant, si puet 
n elle recouvrera la franchise. >- (Ord. T. I, p. 115.) 

On a dit que « Vavenant est la part et portion de 
« la fille noble dans le tiers seulement de tous les 
« biens immeubles de ses père et mère .... mais 
« réçrulièrement Vavenant eii la portion que lalille 
« doit avoir dans tous les immeubles délaissez par 
« ses père et mère, soit propres ou acquêts. » (Voy. 
Laur. Gloss. du Dr. fr. au mot Advenant.) 

Pour exprimer la convenance, le rapport que 
deux choses ont entr'elles, nous disons que Tune 
vient à l'autre. C'est dans ce même sens figuré 
qu'ailvenant a siiiiiifié convenable, qui convient. 
« Mariage (U'e/if/H/ est se elle est mariée à conve- 
« nable personne, selon son liLina^e et ses posses- 
« sions. » (.\nc. Coût, de Norm. fol. 44, V°. — Voy. 
Du Cange, Gloss. Lat. sous l'article Maritagium.) 

De là les expressions suivantes : à son avenant, 
pour convenablement. 

Armez iert li Chastelains 
De Bergues, à son avenant. 

G. Guiarl, MS. fol. 23C, R*. 

Faire son avenant, faire ce que l'on doit, ce qui 
convient. (Voy. Gloss. sur les coût, de Beauvoisis.) 

En particularisant l'idée générale à'advenant , 
convenable, qui convient, ce mot a signifié suffisant, 
proportionné. (Voy. Aven.\ble ci-après.; Il est em- 
ployé coinme substantif dans ce [lassage. « Ouand 
» les acquéreurs font hommage, au Seigneur suze- 
« rain par depié {'!) de fief, sans sommer le Seigneur 
« vendeur de leur porter garentage, ce ne peut 
« eslre au préjudice dudit Seigneur vendeur qu'il 
« n'en ayt derechef l'obéissance, sommation faite à 
« son seigneur de la luy rendre, en l'informant 
« qu'il tient advenant et portion suffisante pour le 
« garenlir, si le Seigneur veut mettre en fait le 
« desadvenant. » (Coût. gén. T. II, p. 10., On lit en 
marge : •< ce mol ailvcnant est expliqué par les 
« mots subséquens, portion suffisante, comme le 
« desadvenant c'est portion insuffisante. » A'oy. 
Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

En termes de coutume, « Advenant bien fait... 
« est cequel'ainé bailleà son puiné en récompense 
« des fiefs de dignité (lu'il retient, et qui ne tombent 
<• en partage, comme Baronie qui ne se départ point 
« entre frères, si le père ne leur en fait part. » 
(Laur. Gloss. du Dr. fr.j II est aisé de juger parcelle 
définition, i\u'advenant exprime une idée de pro- 
portion, comme dans cette autre façon de parler, 
selon son advenant, à proportion de sa force : 



Mariniers Normanz là esloient 

Frétez et chargiez à leur guise 
De vin et de marchandise, 
Chascun selon son avenant. 

G. Guiarl, MS. fol, 216, R'. 

\ proportion de ses besoins, dans cet autre pas- 
sage (3) : 

En amours a pavors et hardemont. 
Cil doi sont trois et don tiers sont li dui. 
Et grans vslors est à ciaux apendans, 
Où tout li bien ont retrait et refui. 
Pour c'est amors li hospitaus d'autrui 
Ke nus n'i faut selonc son avenant. 
G'i ai failli, Oame, qui valés tant, 
A vostre bostel, si ne sai où je suis. 

Chans. MSS. du C.Thib. p. 113. 

Nous avons conservé l'expression adverbiale à 
Vavenant. pour à proportion. On disoit autrefois à 
ou en Vadve)uint. « Deux mille chevaux et dix mille 

« hommes de pied et artillerie à Vadvenant. » 

(Mém. de Rob. de la Mark, Seig' de Fleuranges, ms. 
p. 320.) " Le rachapt d'un muid de Brusseîles, se 
» fait avec seize fiorins.... et les aulres en adve- 
« nant. » iNouv. Coût. 'j:én. T. I, p. I27."i, col. 2.) 

Enfin, ce mot dans le sens d'agréable, gracieux, 
revenant, ([ui plait, exprime encore une idée de 
convenance. iVoy. Advenir ci-dessous.) Nous ne 
l'employons aujourd'hui avec celte signification, 
qu'en parlant des personnes. Anciennement il s'est 
dit des personnes et des choses. 

.... si prist adont à espouse 
Une moult avenandf touse (.4). 
Fille fu al Comte Robiert. 

Ph. Mousk. MS. p. 483. 

Epistites (5) est avenant. 
Bêle et bien replendissant, 
Ruige est, e sa vertu si chère 
Ke le boillir loll à chaldiére. 

.Marbodus de Gcrm. art. 31, col. 1664. 
V.\RI.\.NTES : 

AD\'EXANT. Percef. Vol. V, fol. 74, R» col. 1. 
Avenant. G. Guiart, .MS. fol. 216, R». 

Advéïieineut, sulist. masc. Venue, arrivée. 
Aventure, accident. 

Les acceptions particulières que ce mot conserve, 
sous l'orthographe .\venement, sont des applications 
de l'acception propre et générale, empruntée du 
verbe Adve.mr ci-après, venir, arriver. ^Voy. Advent.) 

Au figuré, ce mot a signifié Aventure ," accident. 
« Tous les désobéissans ou enfraingnans nostre... 
« sauvegarde ou qui aus... Gardiens ou l'un d'eulx 
« feront injures ou violences ou fliiCHCwc»/, etc. » 
(Ord. T. V, p. .">3i.; C'est le même sens que celui 
d'.Vventure, en ce passage: « Volons que comenule 
« félonie ou mésaventure soit avenue, ou que tre- 
» SOI- soit trové desouth terre mauveysement 
« muscé, ou de rap de femme , ou de brusure de 
" nostre prison, ou de home navfré près à la mort 



(1) avec moins. — (2) Voir Du Cange à Depitare. — (3) Traductioi : « Dans l'amour, il y a peur et hardiesse. Ces deux 
passions en ft.nt trois, ce sont les deux seconds de l.i troisième. Une grande valeur s'y attache, car tout bonheur a là 
retraite et refuge. L'amour est l'hùpital du prochain ; que nul n'y manque, si c'est à sa convenance. Et moi. j'y ai manqué, 
Dame de val. ur, à voire holel: aussi ne sais-je où j'en suis. » (n. e.) — (4) tonsa, jeune tille ; lu:a en provental. — (ô) sorte 
de pierre précieuse. 



AD 



- 133 — 



AD 



« ou (le aulrc aventure avenue, etc. » (BrillDn, îles 
Lois U'Autîlet. fol. 3, V". — Voy. ADvi;NTritE ci-après.) 

v.\RiANTr:s : 
ADVÉNEMENT. Du Gange, Gloss. T.al. au mot .Ulvmias 
jocundus. 

Avènement. Ord. T. V, p. 534. 

Advt'iiir, !'(')■/;(?. Venir, nrriver. Arriver, écheoir. 

ApprocluT. 'l'iniclii'r. (Idavculr. 

Le premier sens est le sens propre. On disoil au 
figure: « Ne poieul «ivHir ù eète divine lialtesce. » 
(S' Bern. Serm. fr. mss. p. 10.) 

Or cort chascuns à son domagc : 
Qui n'i puet avenir, si i rue. 

Fabl. MS. du R. n- 1G15, T. 1, fol. 1U2, R- col. 2. 

On employoit, comme aujourd'liui , ce verbe en 
parlanl des choses qui arrivenl par sort ou par cas 
fortuit, par accident. 

Toudis (1) advient ce qui doit a<ivenir. 

Eust. des Cil. Poès. MSS. fol. 300, col. l. 
Qui no puet avenir, si faille. 

Fabl. MS. du R. n" 7r.l5, T. 11, fol. 137, V- cul. 1. 
Car ce me pourroit avenir, etc. 

G. Machaut, .MS. fol. 101, R- col. 2 cl 3. 

De lii l'expression, S( de lui aveigne, c'est-à-dire, 
s'il meurt, s'il lui arrive accident, comme l'on dit 
encore dans quelques provinces: « Si il avent ky 
« Deu fet Sun comandemenl de! lioy de Aleniaigne..". 
« nus volum ky seon fit Henri... eytmeymelè poer 
« ke sun père avoyt. E si de lui aveigne... nus 
« voloms, etc. » (Rymer, T. I, page 115, col. 1, 
tit. de 1-270.) 

On lit au même sens: « Si per aventre mesitve- 
« gne de nuls, etc. » (Id. ibid.) 

Les peines imposées à ceux qui contreviennent 
aux loix, comme la confiscation, etc. étoient encore 
exprimées par le verbe «ii^H/r, arriver; échoir dans 
une signification particulière. « S'il avient qu'on 
« appelle... en nostre court, par quelle achoison 
« que ce soit, de mauves et de faux jugement, ou 
•' dedéfautede droit..., sideeeux apiaux par aucun 
« cas choient...; en paine. ne en forfaiture, ne en 
« amende vers nous ne chiéent ; et se aucune chose 
« par achoison de ce peut accroître ou avenir à 
« nous ou nos II hoirs... nous les quittons, reles- 
« sons, donnons, etc. » (Ord. T. 1, p. 311. — Voy. 
AvENANTF.R ci-après.) 

C'est par analogie d'idées , qu'avenir, arriver, a 
signifié approcher. Gace a dit en parlant d'oiseaux 
de fauconnerie : 

.... quant on les prendra, 

A la perche on les mectra. 

Que cil qui les mect se garde bien 

Qu'ils ne puissent toucher en rien, 

Ne debout, n'y de avenir 

A nul autre pour le férir. 

Gace de la Bigne, des déd. .MS. fol. 91, V. 

Par extension, toucher en approchant. « Quant il 
« sera jour, faut les remellre à la perche, l'un au- 



« près de faiitre, toutes fois nu'ils ne puissent 
« advenir, l'un ;i l'autre. « (Budc, des Ois. fol. 12C.) 
lùilin advenir, pi-oprement venir à quelqu'un, 
arriver à lui, s'est eiii|iloyé avec l'acceptiuii siibsis- 
laiilc ut ligiirée du verbe convenir, dont le sens 
propre éloit venir, arriver ensemble. (Voy. Convenir 
ci-après.) 

Sire, s'il la vostro bonté 
Vousist mon père prendre garde ; 
Par foi n'eusse point de garde 
fine vous à moi n'avenisf^iez, 
Kt qu'à son accort ne fussiez. 

Fabl. MS. du R. n' 7Î18, fol. 3Ô0, V- col. 1. 
Prasinc (2) est vert de bêle manére ; 
Mais sa vertu n'est guaires chère. 
Nulle vertu de li ne vient, 
Fors kc sul tant en or avient. 

Marbodus, de Gcm. art. M, col. 1668. 

C'est la traduction du vers latin : 

Vtite nil offert, niai quod viret et decet aurum 
Id. ibid. col. 1667. 

On dit encore dans quelques provinces, d'une 
chose qui convient îi (luehju'un, qui lui va, qui lui 
sied, qu'elle lui avient. (Voy. AnvEN.iXT ci-dessus.) 

Nous indiquerons ici une ancienne pièce de théâ- 
tre, qui a pour titre le Mijstêre du Uni avenir, et 
dont on trouve l'extrait dans l'Histoire du théâtre 
français, T. H, p. 475. 

CONJIG. 

Adviengne, subj. prés. Arrive. (Joinville, p. 8.) 

Avaimine, subj. prés. Arrive. (Eust. des Ch. Poës. 
MSS. fol. 188, col. 1.) 

Avanilraient , subj. imparf. Arriveroient. (La 
Thaumass. Coût. d'Orléans, p. -^64, tit. de 1137.) 

Avandront , indic. futur. Arriveront. (Pérard. 
Hisl. de Bourg, p. 475, tit. de 1253.) 

Aveg)ie, subj. prés. Arrive. (Rymer, T. I. p. 115. 
col. 1, tit. de 1270.) 

Aveigne, subj. prés. Arrive. (Ane. Poës. fr. mss. 
avant 1300, T. IV, p. 14G3.) 

Avendra, indic. futur. Arrivera. J). Jlorice, Hist. 
de Brel. col. 034 et 940. tit. de 1248.^ 

Avene)'U)it, indic. futur. Arriveront. Du Chesne, 
gén. de Guines, p. 283, tit. de 1241.) 

Aveneijst, subj. imparf. Arriveroit. (Rvmer. T. I. 
p. 115, col. 1.) 

Avenissie:^, subj. imparf. Convinssiez. Fabl. ms. 
du R. ir 7218, fol. 350, V" col. 1.) 

.li'CH/s^ sulij. imparf. Arriveroit. (Rymer, T. I. 
p. 115, col. 1, tit. de 1270.) 

Ave)ioet. indic. imparf. Arrivoit. D. Morice, Hist. 
de Bref T. III, Pr. col. 080, til. de 1261.) 

.li'CHn/, indic. futur. Arrivera. (Ord. Tome III. 
page 51(5.) 

Avent, indic. prés. Arrive. En latin .lct'('rf^'^ 'Loix 
Xorm. art. 13.) 

Avieigne, subj. prés. Arrive. (G. Machaut, ms. 
fol. 195, V°.) 

Aviengne, impér. Arrive. l'Fabl. ms. du R. n"72l8, 
fol. 13 i, R»col. 1.) 



(1) toujours ; totos dies. — (2) sorte de pierre précieuse. 



AD 



134 — 



AD 



Aviijnc , subj. prés. Arrive. (Fabl. sis. du R. 
IV 7Cir., T. I, fol. 107, H°co!. 1.) 

Avignel, suh]. prés. Arrive. (S" Bern. Serm. fr. 
.Mss. page 07.) 

v.\RiANTi:i : 

ADVEXIR. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 456, col. 1. 
Avenir. Orth. subsist. - Fabl. MS. du R. nf72IS, fol. 109, 
V' col. 1. - G. Machaut, MS. fol. 191, R» col. 2 et 3. 

Advent, subst. masc. Venue, arrivée. 
Du latin .l(/ii<'«n/s. (Nicot, Dict.) Avènement, en 
parlant du Messie. De Ifi l'expiession, avent nostre 
Seigneur, dans les Cliron. S'Denys, T. II, fol. 4!), V". 
(Voy. Advk.nkmkst ci-dessus.) 

Par,extension, ce mot a signillé le temps (jui pré- 
cède la fête où l'on célèbre Vavi'iiemcnt du Jlessie, 
et l'on a dit, aveuls de yocl. ^Res'n. Sat. xiv. p. 110.) 
Le peuple dit encore au pluriel, les avenis, pour 
l'avcnt ; et la fêle de la Vicr;;e, ([ui tombe dans le 
nwis de Dt-cembrc, peu de jours avant Noël, s'ap- 
pelle encore dans queliiucs provinces, ?îotn'-l)aine 
lies advi'HS, comme en ce passage : « Le jour Nostro- 
« Dame des advens, au soir, eurent conseil les 
« fran(;uisiiui se lenoycnt à Nantes, qu'ils vien- 
" droyeiit reveiller l'osl. » (Froiss. Vol. II, fol. l(ir> ] 
Un de nos anciens Poêles, a dit figurément et par 
allusion au caractère de celte espèce de gens, qui 
sans crédit se font de fêle, s'entremettent de toutes 
les affaires, et veulent s'y rendre nécessaires : 

Cesle feste a tous les mois ses ar!vens ; 
Et chascun jour en sont plusieurs temptez 
Qui au coucher, et quant ilz sont levez, 
Soudent SI fort que j'en suis espoventez. 

Mauditte soit si fausse voluntez 

Il ne vault rien aujourd'huy qui ne souffle. 

Eusl. des Ch. l'ocs. MSS. fol. 222. col. i. 

VARIANTES : 

ADVENT. Froissart, Vol. II, p. lOô. 
AvEXT. Chron. S' Denys, T. II, fol. 49, V». 

Advontif, tidj. Etranger. 

Proprement, qui vient d'ailleurs; en latin adveii- 
titius. (Voy. Advknu ci-après.) Ce mot exprime une 
idée de mépris dans les vers suivans : 

Sire Roi, dist Tliieljaut, raonlt sommes tuit honlous 
De Richart, cel Xormant, cel aveutiz, cel rouz. 
Qui tant s'est maintenu longuement contre vous. 
Mal fist à vostre père et mal fera à vous. 

Rom. de Rou, MS. p. H5. 

Avenlif et fuitif le claime sanz osir ; 
Fill au P... prové, n'en irez sanz morir. 

Parlen. de Blois, M.S. de S. Gcrtn. fol. HO, V" col, 1. 

De là l'expression bien ad vent ifs en termes de 
jurisprudence, pour désigner les biens qui viennent 
à qucliiu'iin, soit par succession collatérale, snjt 
par la lihéralilé d'un étranger ; « les biens qu'un 
« fils acquiert par son industrie, ou qui luiéchécnl 
« par succession, pendant qu'il est en la puissance 
« de son père. « (Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

On distingue le bienailvenlicrûuhienprofectice, 
celui qui provient du père directement, et non d'ail- 



leurs. » Eu partance, seront conférez tous les biens 
« gagnez par ceux qui voudront partance, adventi- 
« ees que profcctices, &\non les douaires qui seront 
■> par entier à ceux à qui auront esté donnez. " 
'Coût, de Marsan au nouv. Coût. gén. Tome IV, 
page i>08, col. 2.) 

Dans la coutume d'Auvergne, « les biens adven- 
<> tifs, sont généralement tous les biens qui écbéent 
« à une femme après ses rian(;ailles. » (Laur. Gloss. 
du Dr. fr. au mot Advenant.) 

VARIANTES : 

.\DVENTIF. Du Gange, Gloss. Lat. aux mots Aduenimen- 
tum et Aitventitia, col. 167 et l&S. 
Advf.nticf.. Nouv. Coût. gén. T. IV, p. 908, col. 2. 
AvENTiK. l'arten. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 174. 
.\VENTiz. Rom. de Rou, MS. p. II."). 

Advonture, subst. fém. Aventure , accident , 
basard , fortune. Succession. Droit casuel. Fruit 
pendant par les racines. 

Ce mot, qui subsiste avec différentes acceptions, 
signifie en général, tout ce qui peul arriver de bien 
ou de mal, « ce qui doit advenir et succéder à 
« quelques-uns, ou de quebiuecbose. ■■ Nicol, Dict.) 

De là, il s'est pris quehiuefois pour fortune, acci- 
dent heureux, bonheur. 

Cil qui en maladie aguë 
Par sa teste, boit vin, se tue : 
Et s'aucuns en est bien venu, 
A cas d'aventure est tenu. 
Géofr, de Paris, i la suilc du Rom. de F.iuvcl, MS. du R. n' CR12, fol. if. 

Pour accident, malheur, dans les passages sui- 
vans : « Forment doiens doteir ke celé hoiible mal- 
« dizons , ke li profète priet, ne cliacet (1) par 
« fl!ic»/!/?r sor noz. Devignent , disl-il , si cum li 
« foensdes toiz. >. (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 132.) 
« Si, par aventre, avègne... ky gerre sorde en la 
« terre, etc. >■ (Rymer, T. I, p. 115, col. 1. — Voy. 
Advénkme.nt ci-dessus.) 

Pour malheur, péril, danger, risciue, acception 
particulière de notre mot fortune. 

Du Roi qui iert en aventure 
N'avoient ne soussi ne cure, 

G. Gui.irt, MS. fol. 351. \: 



Voit flamens comme en aventure 
De reçoivre honte et laidure, 

G, Guiart, MS. fol. 255 



V. 



Rpser la velt et acoler : 
Celle commença à souspirer, 
Qui là avoit mise sa cure, 
Où moult estoit en aventure. 

Alhis, MS. fol. UVcol.l. 

De là ces façons de parler : « Aimer bien du corps, 
" mettre à vâdventure ; c'est-à-dire, risquer volon- 
" liers sa vie. >• (Voyez Gér. de Nevers, part. II, 
p. llTi, note de l'Editeur.) 

En aventure de mort, en danger de mort. « Il fu 
.. inull chargiez et fn feruz parmi le vis d'un glaive. 
« en aventure de mort. » (Villehard. p. 60, — Voy. 
Adventurë ci-après.) 



(1) tombe. 



AD 



— I3r. — 



AD 



11 résulte de ces apiilicalions particulières de 
l'idée gciiérale du mot advciitiire, qu'il signilie, 
comme nous avons déjà dit, tout ce qui avicnt, tout 
ce qui arrive fortuitement, sans cause a|)i)arenle 
ou nécessaii'e ; liasard dans les passages suivans: 
« C'est une des plus danucieuscs choses qui soit à 
« la guerre, (jue d'aller d'une traicle clierclier ses 
« enuemiz : je ne diz pas qu'il n'eu soit aucune- 
« ment liien venu ; mais c'est advenlure. « (Le Jou- 
vencel, ms. p. TiTS.J « Pour ce dit-on (|iie les gens 
« de guerre vont a Vadvcnlurc ; car (|uaut ilz par- 
« lent de l'hostel, ne savent pas (lu'ilz doivent trou- 
« ver en chemin. » (Id. p. 140.) 

Qui desirn merci d'amie, 
De li servir se doit pener, 
El amer joie et courtoisie ; 
Et tout orgucl doit eschever. 
Qui ainsi ne le veult démener, 
Je di par roison et droiture 
Bien lui prendra par aventure. 
Ghans. fr. a la S. du Rom. de Fauvcl, MS. du R. n" C812, fol. 57, V- col. î. 

De là l'expression yssii' à ses aventures, la même 
à peu près que celle ci-dessus, aller îi l'aventure. 
« Tiebault du Pont et Vvain de Galles s'en yssissent 
« ung jour à lem's avenlmrs savoir se des Anglois 
« pourroient riens apprendre. " (Triomph. des 
neufs Preux, p. 07)0, col. 1.) 

On trouve dans ces expressions l'origine du nom 
de cette espèce de milice qu'on appela Adventurieis. 
Comme ils ne vivoient que du bulia qu'ils l'aisoient, 
en s'exposant à tous les hasards de la guerre, on a 
dit qu'ils éloient » nourris à leur aventure et au 
« mestier de la guerre. » (Mém. d'Ol. de la Marche, 
Liv. I, p. '214.) 

Anciennement on disoit, en advenlure, pour 
au hasard. 

En aventure ai chanté ; 
Si ne sai s'il m'aidera. 

.\iic. Poët. Fr. MSS. avant 13U0, T. III, p. KGO. 

Nous lisons à toutes ailveulures, pour à tout 
hasard, dans Pathelin, test. p. 111 ; et notre façon 
de parler adverbiale par aventure, très-ancienne 
dans notre langue, répond au latin forte, (dans 
S' Bern. Serm. fr. mss. p. 116. Passim.) Nous disons 
aussi, û'aveiiture; expression dont s'est servi 
J. Le Maire, lllustr. des Gaules, Liv. II, p. 170. 

Les hasards, les périls, les accidents, heureux 
ou malheureux qui accompagnent ordinairement 
les entreprises difficiles, ont fait employer souvent 
le mot Advenlure, au figuré dans les anciens 
romans de Chevalerie, po\ir désigner ces entre- 
prises hasardeuses, mêlées quelquefois d'enchan- 
tement dont on sait qu'ils sont remplis. 

... de chanter n'ai ore cure ; 
Si sai de Romans A'avenlure 
Qui sont à oïr délitable ; 
Je sai de la roonde tahle, etc. 

Fal)I. MS. du R. n' 7218, fui. -2U, R» col. I. 

C'est en ce même sens qu'on a intitulé : Dit d'aven- 
tures, un Fabliau ms. du R. ir 7218, fol. 343, P,". 



Nous disons encore d'un homme qui aime les 
entreprises extraordinaires, « c'est un homme qui 
■ aime les aventures, qui court après les aven- 
" tures. » (Uict. de l'Acad. fr.) 

H semble (lue le diminutif «l'fH/wjT/c réponde ii 
notre expression : aventure amoureuse, bonne for- 
tune, dans les vers suivans: 

Certes, dist la pucèle, moult m'a cis maus grevée 

Séez-vous de-lez moi, si me soit racontée 
Aucune avenlurèle rimée ou dérimée. 

FaH. MS. dn R. n- 7218, fol. SIC, R- col. i. 

Le mot advenlure, de même que hasard, fortune, 
s'est pris aussi pour certain être chimérique auquel 
on attribue les eirels dont on ignore la cause ; 
que l'on regarde comme l'auteur des biens ou des 
maux qui uvicnnent, qui arrivent dans le cours de 
la vie. 

Oez coin merveilleuse chose 
\)'Aveiiluri; qui ne repose. 
Qui bone l'a, si est guéris ; 
Et qui ne l'a, mal est baillis. 

Alhis. MS, fol. 15, V- col. I. 

Mes Dieu ne plot et Aventure. 

Alhij, JiS. fol. 103, Vv col. 2. 

Jlès .\venturc les garda 
Que l'un l'autre ne damaja. 

Alhis, lis. fol. 99, R' col. S. 

Ce même mot, dans le sens de succession, 
exprime encore une idée accessoire de l'idée géné- 
rale A'adventure, chose qui peut ou qui' doit 
advenir. « Aventure est chose qui vient de mort de 
« home sauns félonie, si come de geut qui sodey- 
« nement moergent par ascune socleyne maladie, 
« ou se lessent cheir, en le fue, ou eu le ewe, et 
« là demoergent, jesques à taunt que ilz soient 
" mortz, esteintz. » ^Britton, des Loix d'Anglet. 
fol. 15, V°.) 

On appeloit, en termes de coutume, droites 
aventures, les successions directes. « Toutes 
« escheoites qui aviennent entre frères, si sont à 
« l'aisné, puis la mort au père, se ce n'est de lour 
« mère et de lour aiol ; car l'en appelle celles 
« escheoites, droites aventures. » (Ordon. T. I, 
p. 123. — Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) 

C'est parla même analogie à'iûéesqn'adventures 
au pluriel signifioit droits casuels, profits de fief. 
« Us ne sénéfieront à personne nulle de uostre 
« court.... les aventures qui échoiront en leurs 
« receverie, comme mains-mortes, estrayères et 
« autres revenues. » (Ord. T. I. p. 713.' Lès Séné- 
chaux, les Baillis envoyoient à la Chambre des 
Comptes les états de « touttes les forfaitures, gros- 
« ses amandes, quints deniers, rachapts et morte- 
« mains et aventures, et aussi les gros cas et 
« fais.... escheus en leurs baillies et sénéchaucies. » 
(Ibidem, p. 705.) 

Enfin, les fruits pendans par les racines, les 
fruits qui croissent; proprement les fruits à venir 
ont été désignés par le mot advenlure. « Bleds 



AD 



136 - 



AD 



« verds et autres aventures, jusques au my-may, 
« sont reputez liéritage ; et après, sont reputéz 
« catheux. » (Coût. gén. T. I, p. 750.) 

VARIANTES : 
ADVENTURE. Froissart, Vol. 1, p. :»1. - .\nc. Coût, de 
Norm. fol. 80, V». 
AvANTiRE. Fabl. MS. du R. n» 7l)l.%, T. II, fol. 163. 
AvENTi\E. Rymer, T. I, p. ll.">, col. 1, lit. de 1272. 
Aventure. ^' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 1, etc. 
AvE.NTiMiKTE (.Diminutif.) Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 21i. 

Adventuré, participe. Exposé à des risques. 
Devenu douteux, incertain. 

Du mot À'Iventure, accident, risque, on a fait 
fl(/i'('?(/Hn'dansle premier sens: >• Elle... craindroit 
« eslre adventnrée de mort, se I.ancclol le povoit 
.< Sfavoir. » Lanc. du Lac. T. III, fol. l'ir., R".) 

Le mot Adventure, pris dans sa signification 
générale, exprime une idée d'incertitude. Pc là 
le participe rt'/i'<'/i/MJ"J, pour douteux, incertain. 

Je m'en vois. Dame ; à Deu le Créatour 
Vos lais, qui soit à vos où que je soie. 
Ne »ai si jà verroiz mais mon retor 
Avciilitrcz que jamès vos revoie. 
Por Deu vos pri, quel part qui li cors traie. 
Que vos pensez au cuer, voingne ou demor. 

Ane. Pocl. Fr. MSS. avant 1300, T. I, fol. 21, R'. 

(Voy. .\DVKXTinEn ci-après.) 



ADVENTURE.. Lanc. du Lac. T. III, fol. 125, V» col. 1 et 2. 

Adv.vntuuè. Épith. de Martin de la Porte. 

AvE.NTCiiÉ. Ane. Pout. Fr. MSS. avant 1300, T. I, fol. 21, R». 

Adventurer, verbe. Mettre à l'aventure, hasar- 
der. Chercher des aventures. Échouer. Favoriser. 

Ce verbe subsiste dans le premier sens en 
parlant des choses et des personnes; mais en ce 
dernier cas, il est toujours récii)roquc. Nous ne 
dirions plus aventurer tiuelqu'uii, pour l'exposer, 
le mettre en péril. (Voy. Auventiiik ci-dessus.) 

• Ne luy fut conseillé a adventurer la noblesse de 
« Bretagne pour si peu de chose. ■■ (Ilisl. d'Artus 
III, Connétable de Fr. Duc de Bret. p. 7:>'2. — Voy. 
AvENTLnE.MENT ci-après.) 

De là, on a dit Adventurer dans la signification 
particulicrc de harceler; proprement mettre 
l'ennemi en péril, rendre sa retraite dangereuse, 
comme en ce passage : « Ils désirent leur logis et se 

• tirèrent.... Ceux de la ville firent grand huy 
" après eux, pour eux adventurer; mais ils furent 
« rechacés arrière. » (Froissart, Vol. I, p. 90.) 

Quelijuefois ce verbe éloil absolu ; alors il 
signifioil chercher des aventures, tenter fortune en 
s'exposant aux hasards de la mer. - .Se meit .Messire 
« Louis en ces balteaux.... pour aller aucune part 
« adventurer sur la marine. » (Froiss., Vol. I, 
p. 101.) 

On a vu le mot Adventche ci-dessus, pris dans le 
sens général d'accident. Les naufrages sont des 
accidents. De là l'expression adventurer une nef 

pour l'échouer. « Pour ce (luc les marchands 

« auventurent souventes fois par fortune de 



•' lamps, en noslre.... royaume leurs nefs, vasseaux 
" et leurs biens qui dedens sont, nous voulons... 
- ([ue cliascun des .Justiciers, en (]uelle .lurisdicion 
" ou destroil il se avanturoient, face mettre 
" personnes jurées pour garder lez dis biens et 
" nefs, etc. » (Ord. T. V, p."2/j5.) 

Charles V. en ordonnant qu'on restituât les 
diMiris et les marchandises trouvés sur les bords 
de la mer, à ceux à qui ils apparlicndroient, ne 
faisoit que renouveler la disposition de l'article XX 
d'une Ordonnance de .lean I", datée du mois de 
.luiUetl.'itl'i. (Voy. Ord. T. III. p. 579.) Les Seigneurs 
ont prétendu depuis avoir sur ces marchandises, 
des droits nomuK's en francois Waieeli, liris- 
uuireeh. (Voy. Du Cange, Closs. Lai. au mot 
Hafiea ; et Laur. Gloss. du Dr. fr. aux mots Uris, 
Varech et Warech.) 

Enfin, comme ce verbe emporte toujours l'idée 
de hasard, on s'en est servi ((uelquefois pour 
désigner les accidens de la vie, le sort ([ue Dieu 
nous prépare. S'il est heureux, c'est une faveur ; 
de là Avanturer, pris dans le sens de favoriser. 

... se Dieus tant li avantura 
Qu'il vainque le tornoiement, 
Il a moult biau commancement. 

Kalil. MS. du R. n- 7015, T. II, fol. 163, R' col. S. 

VARIANTES : 
ADVENTURER. Froissart, Vol. I, p. 99. 
AvANTunER. Fabl MS. du R. n» 7(51."), T. II. fol. 163. 
Aventurer. Ord. T. III, p. .''i79. 
AuvENTURER. Ord. T. V. p. 215. 

Adventurcusement, adverbe. Ilasardeu- 
sement. 

» Le... Proconsal Cépion, pour ce qu'il avoit 
« donné la bataille trop aventureusement, fut 
« démis de sa dignité, envoyé en exil. » (J. Le 
Maire, ubi suprà.) 

VARIANTES : 

ADVENTUREUSEMENT. Oudin ot Cotpr. Dict. 
Avestureusement. j. Le .Maire, lUustr. des Gaules, 
Liv. III, p. 303. 

Adventureiix, adj. et subst. masc. Éventuel. 
Qui est au hasard. Hasardeux, hardi. Qui court 
après les aventures. Aventuriers. 

Le premier sens est le sens générique. (Voy. 
Adventuhk ci-dessus.) « Ascun purchas sont 
" aventureus, si comc en ceo cas: jeo le doyne à 
n tcncr, si jeo soy fait Évesque. » (Britton", des 
Loix d'Anglet. fol. 9i, V°.) 

Du mot Adventure, hasard, on a dit parlers 
ailventureu.r, pour signifier des propos jetés au 
hasard. « Les parlers qui sont adventureu.r ne font 
.< ne chault ne froil. » (Percef. Vol. VI, fol. 91.) 

De ce même mol Adventure pris dans le sens 
de hasard, péril, danger, on a pu (lire.lrfi'CH/»r('H.c 
pour dangereux, périlleux ; et par extension 
îiasardeux, hardi, qui s'expose volontiers au péril, 
au danger. « Celuy ([uc vous vistes hier si avan- 
« tiircux, ne trouvez pas estrange de le voir aussi 



AD 



— 137 - 



AD 



« poltron le Inndemain. » (Essais de Montaiîïnc, 
T. II, p. 7.) " nuoi(iuc'fois la fortune aide plus aux 
« adventurctix ([ue non pas aux trop discrets. ■■ 
(Contes de Dcsperiers, T. II. p. 23.) C'est la tra- 
duction de ce vers de Virgile : 

Audaces forhma juvat , timiilosijue repellit. 

AdvcHlurcu.r, s"est dit plus particulièrement de 
ces Chevaliers erraus, (|ui couroient après les 
aventures, qui u'aimoicntciue les entreprises hasar- 
deuses. 'in tiouve en ce sens. Chevalier advenlu- 
reux, dans l.anc. du Lac, T. III, fol. 58, R° col. 
2. (Voy. ADVE.NTrnE ci-dessus, et Advei^turiebs ci- 
après.) 

Enfin, il paroil que ce fut vers la fin du xiv 
siècle, ([uc Ton commenta ;^ nommer adventiireux 
ou adveniHiiers une espèce de Soldats qui cher- 
choient les aventures, les occasions de la ijuerre, 
sans être eiuôlés et sans recevoir de solde. « Les 
« Compaio-nons.... qui servy avoient Aimerigot 
« .\Iarcel.'.. s'assamblèrent î^i la roche de Vandais.... 
« et les bonnes gens qui cuidoyentestre en paix.... 
<. se commencèrent à esbahir. Car ces robeurs et 
« pillars les prenoyent en leurs maisons et par-tout 
» où ils les pouvoient trouver.... et se nommoyent 
■' [esaveiiliireux. » (Froiss. Vol. IV, p. GO et 01.) 
>■ A parler par raison, les François estoyent droits 
« Gens-d'armes, et plus que n'estoyent les aven- 
» tureux, etc. » (Idem. Vol. III, p. 279.) « Behai- 
« gnons et Zassons et Aventureux... sont tous 
« gens armez et nourris i!i leur aventure et an 
« mestier de la guerre. » (Mém. d'Ol. de la Marche, 
Liv. I, p. 214. — Voy. Adventiriers ci-après.) 

VARIANTES : 

ADVENTUUEUX. Oudin, Rob. Est. Cotgr. Dict. 
Adtureuse (fera, lisez AdveiUureuse.) Lanc. du Lac. T. I, 
fol. lOi, col. 1. 
AvANTUREULX. Rûb. Est. Dict. 
AvANTUREUX. Vigil. de Charles VII, T. II, p. 147. 
AvENTUREUS. Bnlton des Loix d'Anglet. fol. 94, V». 
Aventureux. Crétin, p. 100. 

Adventuriers , adj. et subst. masc. plur. Qui 
cherche les aventures. Espèce de Troupes. 

Ce mot désignoit autrefois un homme courageux, 
qui cherchoit'à se distinguer par des actions de 
vigueur et d"éclat. (Voy. Advextlrecx ci-dessus,) pris 
dans une signification semblable. De lii, en parlant 
des tournois qui furent faits à Paris, en 1539, en 
présence de l'empereur Charles V, l'on a nommé 
Princes aventuriers, les Princes assaillans dans un 
pas d'armes, tenu contre tous venans. (Mém. de Du 
Bellay, par Lambert, T. VI, p. 443.) 

Aujourd'hui ce mol ne se dit plus qu'en mauvaise 
part; et c'est ainsi qu'en 1387, l'on appeloit « gens 

« aventuriers toutes manières de pillars dont 

« tout le pa'isdeçii et delà Loire.... estoit rempli. >• 
Ils estoyent bien neuf cens combattans, quand Ber- 
trand du Guesclin, sous la bannière de Messire 
Jehan de Bueil , les attaqua et les défit près le fort 
de Preuilli , vers fan 1370. « Là eut grand poulsis 
« etboutisde lances.... et dura la bataille un grand 



■' temps, sans branler ne d'une part ne d'autre.... 
" niiaiid les Ca[iitaines de ces pillars veirent que la 
« chose alloit mal pour eux, si montèrent sur leurs 
« chevaux, etc. » (Voy. Froissart, Vol. III, p. 214 
et 215.) 

De la le nom ù'adventuriers donné dans la suite 
à ces « gens levez parles villes et villages.... Ils 
« alloient chercher leur advenlure par fortune de 
« guerre, invitez et levez au son du tabourin. » 
(Fauchet, orig. Liv. II, p. 117. — Voy. ADVENrniEu.x 
ci-dessus.) 

Cette espèce de troupes étoit commandée par des 
Capitaines. Yves de Malherbe étoit Capitaine d'aven- 
turiers en 1499-1501. (,I. d'Auton , annal, de 
Louis XII, p. 95.) Les aventuriers que le Duc d'Au- 
triche avoit pris ù son service en I'(88, avoienl un 
Capitaine à leur tète. (Jaligny, Hist. de Charles VIII, 
page 66.) 

Il paroitroit que sous Charles VIII, on faisoit peu 
de cas de ces troupes, puisqu'à l'entrée de ce Prince 
dans Florence, en 1494, les Aventuriers étoienl con- 
fondus avec les Charretieis, les .Muletiers et les 
Laquais. (André de la Vigne, voyage de Charles VIII, 
à Naples, p. 119.) Cependant nous lisons, Lettr. de 
Louis XII , T. IV, p. I2G , (juc les Suisses avoient 
levé un corps de ([uinze cents aventuriers , et que 
c'étoit la plus belle troupe ([ui fut sortie de leur 
pa'is ; que Louis XII réforma les francs archers , et 
leur substitua des Adventuriers; qu'en 1508, il en 
avoit quatorze ou quinze mille dans son armée en 
Italie. (Hist. du Chevalier Bayard, p. 131.) 

Quoique le nom d'Aventuriers se retrouve dans 
les Mém. d'Angoulême, p. 135, où l'on apprend que 
Henri IV en avoit deux régimens à sa solde ; nous 
remarquerons que ce nom étoit vieilli du temps de 
l'auteur des contes d'Eutrapel. (Voy. Ibid. p. 479.) 
Bouchet dit: « aujourd'huy on levé les gens de pied 
« de toutes conditions et estais , qu'on appelloit , 

« n'a pas long-tems, advantu7'iers et soldats 

" maintenant. » (Serées. Liv. III, p. 9.) 

« Ces Adventuriers menez aux guerres d'Italie 
« par les Rois Charles VIII, Louis XII, François I", 
« prirent le nom de Soldats , pour la solde et paye 
« qu'ils touchoient, laquelle ne passoit la somme de 
« six livres tournois. » fFauchet , orig. Liv. II , 
p. 117.) 

Il y avoit des Aventuriers à pied et à cheval. 
(Mém. de Fleurange, ms. p. 75.) 

Sous le règne de François I", les Aventuriers 
avoient pour tout vêlement « une chemise à lon- 
« gués et grandes manches, comme Bohèmes de 
" jadis ou Mores, qui leur duroient vestues plus de 
« deux ou trois mois sans changer; monstrans 
« leurs poictrines velues, peines et toutes décou- 
« vertes; leurs chausses bigarrées, découpées, 
« déchiquetées et balafrées; et la pluspart mons- 
« troient la chair de la cuisse, voire des fesses. 
« D'autres, plus propres, avoient du taffetas si 
« grand quantité, qu'ils ledoubloient et appelloient 
» chausses bouffantes: mais il falloit que la plus 
» part montrassent la jambe nue, une ou deux, et 

18 



AD 



- 138 



Ab 



« portoienl leurs bas de chausses pendus à la cein- 
- turc ,1). » (Brant. cap. fr. T. lY, p. 44. — Voy. 
Ménage, Dict. étym. — Rabelais, T. 1, p. 185. note 
de le Ltuchal.) 

Du reste, ces troupes semblent avoir clé toujours 
assez mal disciplinées, et fort adonnées aux brigfan- 
dages. De là ces expressions : " font choses que des 
« avanturiers auroienl honte de faire. » (Contes de 
la l\. de -Nav. T. 11, p. "iOT. « On les craint plus 
({11' avanturiers. » (Ibid. p. Wl.) 

Ces advenluriers , (dit Pas(iuier, Rech. p. 877.) 
« LesqiK'ls ne se voyent bransler l'espée h leur 
« costé, qifils n'accouipas:nent aussi-tost leure ges- 
« les d"un minois de mauvais garçon , avec une 
■< inlinité de renieniens et blasphèmes. <> étoient , 
au rapport de Charron, « hardis à la picorée et loin 
<> des coups ; cerfs et lièvres aux dangers. " 
(Sagesse, p. i;58. .1. Marot parle aussi de leur avi- 
dité au pillage, mais il exalte en plusieurs endroits 
rintrépidité de leur courage, et l'importance des 
services qu'ils rendirent îi Louis XII, dans ses guer- 
res d'Italie. Voici le portrait qu'il en fait lorsqu'il 
les décrit passant en revue devant ce Prince : 

Adventuriers,eii Iriumphe autenctique, 

Tabours sonnans, leurs enseignes au vent, 

Viennent après, marchèrent en avant, 

Font révérence au Roy leur Seigneur, 

Voire, et Dieu scet, quant passoient par devant, 

S'ils se marchoicnt fiers comme un Poursuivant, 

Plus renversez qu'ung poulce de changeur. 

J. Marot, r- 92 et 93. 

VAR1.\NTES : 
AD\'ENTL'RIERS. Fauchet, orig. Liv. II, p. 117. 
Advantl'IUKH:>. Boiiclict, Serées. Liv. III, p. 9. 
Av.\NTLiiiEHS. Brant. cap. fr. T. IV, p. 45. 
AvE.NTL'KiERs. Jahgny, Hist. de Charles VIII, p. 60. 

Advenu, participe. Arrivé. Aubain , nouveau 
venu. Venu à bien. 

Le premier sens est le sens propre. (Voy. Cotgr. 
Dict. et AuvE.MR ci-dessus.) On a dit au figuré: 
« chacun an aw«». » ^Godefroy, annot. sur Char- 
les VI, p. G3C.) 

Les Aubains sont des étrangers nouvellement 
arrivés, des nouveaux venus dans un païs. De là le 
participe .1 roi» , employé comme substantif dans 
cette sigiiilicatiun : <■ Aubains, que les anciennes 
« couluu)es appellent «i'CHHS.... sont ceux qui s'es- 
« tablisseut de nouveau dans la Chastellenie. •> (La 
Thaumas. Coût, de Berry, p. 474.) 

Eulin du verbe Advenir, croître, profiter, venir à 
bien, ou a dit, hlle bien advenue, au même sens. 
(Cotgr. Dict., 

VARIANTES : 
ADVENU. Cotgr. Dict. 
AVE.NU. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 166, art. 20. 

Adveuue, subst. fém. Arrivée, approche. Aven- 
ture, événement. Avenue, passage. 
Dans le sens propre, on a dit : 



A l'aprocUier, pierres esqueuent (2) 
Roidement selonc leur usages. 

Non pas aus piez, mes aus visages 

Bidauz (3), dont bien i ot sexante, 
A qui ceste chose atalante. 
Leur relancent aus avettites 
Les dars mouluz es chières nues. 

G. Guiarl, MS, fol, 29), W 

Au figuré, ce mot signifioit aventure, événement, 
chose fli't'«HC, arrivée; quelquefois chose qui doit 
avenir, arriver. .< Ilaa ! Passelion, traistre mau- 

" vais mal avez fait, qui avez violée ma fille. 

« Adonc, respondit Passelion Dame, ne vous 

•< troublez aucunement à moy; car advenir devoit. 
" Haal Laroii, dist-elle, c'est une mauvaise ar/ye- 
. nue. •' (Percef. Vol. IV, fol. 102, V° col. 2.) «Telles 
» advenues advenoient souvent au royaume de 
>' France. " (Froissarl , Vol. I, p. 216.) <> A ce 

» behourt vindrent moult de Chevaliers pour 

« regarder les avenues des honneurs qui illec se 
•i dévoient faire. » ^Triomph. des neuf Preux , 
p. 500, col. 1.) 

C'est par extension du sens propre, qu'Advenue 
a siguilié et signifie encore passage, endroit paroii 
l'on arrive en iiuehiue lieu. « Il vouloit veoir de 
" quelle advenue estoit la ville de Sousbise. » il.e 
Fèvre de S. Hemv, llisl. de Charles VI, p. 20.) 



ADVENUE. Froissart, Vol. I, p. 13. 

Avenue. Triomph. des neuf Preux, p. 500, col. i. 

Adverbe , snlist. masc. Teneur , mot-;Vmot. 
Terme de Grammaire. 

Ce mot composé de la préposition Ad el du subs- 
tantif Verbuin , signifie au premier sens le mot- 
à-mot , en latin ad verbum, la teneur , le contenu 
mot-à-iiiol d'un écrit, etc. 

.... se tu os un grant Seignour, 
Du tout ne te mects à séjour ; 
Car mieul.K ne te peulx desconfire 
Que te mectre sur la littiére. 
Prouver le puis par le proverbe 
De quoy je le diray l'adverbe ; 
Homme, cheval, oysel, ne chien, 
S'il ne traveille, il ne vault rien. 

Gace de la Bigne, des VU. US. f«l. 10, R*. 

Nous ne parlons ici du mot Adverbe, pris comme 
terme de grammaire, que pour faire une remarque. 
C'est que Joachim du Bellay conseiiloil aux auteurs 
de son temps de « rendre au plus près du naturel... 
" la phrase et manière de parler latine , eu 
« employant, par exemple les noms pour les Adver- 
" bes; ii vouloit (ju'oii dit, ils eomhalcnt obstinez 
" pour obstinément; il vole léger, pour légère- 
■■ ment. » (lUuslr. de la Langue françoise, fol. 34, 
R° et V°.) Ces façons de parler ne sont pas rares 
dans noire ancienne langue. (Voy. l'expression, 
contournait, adroiet, sous Aoroict ci-dessus.) 

Advers, préposition. Vers, contre, à rencontre. 
En latin .idversùs. On dit encore dans quehjues 



(1) Ce passage est cité dans Vllisloirc du Costume en France, par J. Quicherat, Paris, Hachette, 1875, in-8», p. 371. (N. E.) 
— (2) lancent. — (3) Voir Du Cange au mot Bidaldi. 



AD 



— 139 - 



AD 



provinces contre, à rencontre de, pour aiipH'-s, en 
comparaison de. C'est la signincation li(îui'ée à'ad- 
vers dans les i)assai;es suivans: << Le Roi d'En^^le- 
« leire n'a (■'un poi défient «l'crs nous. » (Martène, 
Contin. de U. de Tyr. T. V, col. tJS5.) ■■ Les florsdes 
« margerites (lu'èiei'ompoitasoriex de ses pies, qui 
« ligissoient sor le menuisse (1) du pie pardeseure, 
CI cstoient droites ('2) noires rtr<'rs ses pics. » (Fabl. 
M.s du R. u" 798!), fol. 72, U" col. 1.) 

Ains Chevaliers angoisseus 

Qui a perdu son liarnois 

N'est (ii'i'r.s nidi ilolereus, 

Que je ne sois de ceus 

Qui aimment deseur lor pois (3). 

Chans. MSS. du C" Thil). p. 29. 

VARIANTES : 
A.DVERS. Fabl. MS. du R. n» 7218. fol. 295, R» col. 1. 
Avers. Ane. Poët. Fr. MSS. av. 1300, T. IV, p. 1351. 

Advers, adj. Opposé, contraire, ennemi. Cruel, 
dangereux. 

Le sens propre rsl: tourné vers, en latin adversus. 
(Voy. ADvi:nTin ci-après.) De lu, on a dit ligurément 
advers ou aver, pour opposé, contraire, ennemi. 

Ne sai se merci trover 
Porroie en son cuer aver. 

Ane. PoSl. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 421. 

Arlus fist ses hommes armer, 
Sans cor et sans gresle(4) sonner; 
Trestout despourveument 
Coururent sus l'averse gent. 

Rom. du Brut, MS. fol. 7», R- col. 1. 

On recommandoit toujours ù un Ctievalier d'être 
doux et modéré après la victoire. II devoit, 

Estre crueul.K à la bataille, 
Et ferir d'estoc et de taille, 
Jusques la place e.st desconfite. 
Mais adonc forment li profite 
Espargnier et sauver la vie 
Aux vivens d'adverse partie. 

Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 50-1, col. 2. 

De ces expressions averse partie , averse gent, a 
pu naître l'acception de l'adjectif .irfwrs, employé 
comme substantif pour ennemi , parti contraire. 
(Voy. Adversaire ci-après.) 

Passe les monts pour advers assaillir. 

J. Marot, p. 80. 

En style de pratique , pour adverse partie. « Ne 
« pourra aucune partie estre contrainte d'ester en 
« jugement, soit pour cause desjàauparavantles.... 
« vacances intentée , ou bien que son advers de 
« nouveau voudroit intenter. » (Coul. de Bouillon, 
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 8i6, col. 1.) 

Anciennement on faisoit tous les ans, à Namur , 
une espèce de tournoi appelé le eombat des écliasses. 
II semble qu'on se soit servi du mot .Iwf^ss^s au 
pluriel, pour désigner le parti contraire aux cham- 



pions désignés par celui de inêlans. (Voy. Poës. de 
Walcf, auteur des Titans, T. V, p. 227.; 

C'est par extension ({u'advers, opposé, contraire, 
a sigiiilii' cruel, dangereux, qui est ù craindre, qu'il 
faut éviter. l'eut-ètre aussi ({u'averse , pris dans ce 
sens, vient du latin aversus. 

Panthère est une heste averse ; 
E si est de culur diverse, 
liestes la fuient, tant est fière. 

Marbodus do Gcmm. art. 51, col. 1674. 

VARIANTE.S : 

ADVERS. .1. Marot, p. 10. 

AvKH. Ane. Poiit. fr. MSS. av. 1.300, T. I, p. 421. 

AvEKSE. (fera.) G. Guiart, MS. fol. 308, V». 

AVKESSE. Poës. de Walef, auteur des Titans, T. V, p. 227. 

Adver.saire, subst. mase. Ennemi. 

Celui qui est cnnlr.iire à ijuclqu'un, qui lui est 
opposé. C'est le sens général indiqué parle passage 
suivant : 

Icele pais, dons Jesus-Crist, 
Que promeistes à vos amis, 
Metez entre moi et toz cels 
Qui me voient aler entr'els, 
Aversaires et anemis. 

Fabl. MS. du R. n- 7-218, fol. 2G1, R" col. 1. 

De lîi pour ennemi, adversaire, celui qui combat 
contre un autre. 

Il trait l'espée de l'escu 
Où il avoit le cop féru ; 
La teste prent de l'averser, 
Le grant espié et destrier. 

Floire et Blanchenor, MS. de S' G. fol. 205, \' col. 1. 

Pour ennemi, dit absolument et indéfiniment 
dans le sens de i arli contraire, qui fait guerre 
ouverte. 

Trovai le pa'i's tôt gasté ; 
Ne vi ne blé, ne cliamp are ; 
N'ome qui m'osast ensaignier 
Où je trovasernircs-ier. 

Parlen. dcBlois, MS. de S' Germ. fol. IGC, V- col. 1. 

(Voy. Advers ci-dessus.) 

Nous appelons le Diable l'ennemi du genre hu- 
main, ou absolument l'ennemi. .Vutrefois on disoit 
aversaire. aversier. etc. au même sens. « Nostre 

' aversaires at lo feu de cuvise (5) charnel, lo 

« feu d'envie et d'orgoil, cuy li Salveires ne vint 
« mies enspanre IG] en nos, mais estingure (7). » 
(S' Bern. Serm. fr. mss. p. 26i. — Voy. Averserie 
ci-après.) 

. . . ains n'issi du cors nule ame d'userier 
Tant alast en enfer, au puant aversier. 
Qui du Saint Paradis ait si grant desirrier 
Comme j'ai de sa bouche recouvrer un besier. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 34G, V° col. 1. 

De là, on s'en est servi pour exprimer la haine, 



(1) sur le menu du pied, c'est-à-dire le cou-de-pied. — (2) droites équivaut à tout-à-fait. — (3) pour leur malheur. — 
(4) instrument qui rend des sons aigus. — (5) désir; vient de cupiditia, dont Du Cange donne un exemple. — (6) épandre; 
de intus pa7idgre. — (7) exstimjuere, éteindre. 



AD 



liO — 



AD 



l'horreur qu'inspire lalaiUeur dune personne ou sa 
cruaulé, etc. 

Laide, vielle et hideuse plus qu'aitvsier, 

Moult li desplot la joie du Chevalier. 

Koin. dWudigier, .MS. de S- G. fol. 07, R- col. 1. 

In Clievalier chercliant un Géant pour le com- 
battre, rencontre une reiiune ([ui lui apprend que 
ce Géant (lu'elie noiniue Diable quelques vers plus 
bas, vient de lui enlever une jeune lille, et lui dit 
en pleurant : 

Testuet cy ta vie finer. 

Se ly Jaians te peut trouver. 

Maleuré ! fuy, tien ta voie, 

Ains que ly aihcmières te voie. 

Koni. du llrul, US. fol. 86, V- col. 2. 

On dit encore, dans le style populaire ou fami- 
lier, dequel(iu'un très-laid, qu'il est laid comme un 
Diable; d'un iiumine cruel, que c'est un Diable. 

VARI.4.\TES : 

.\DVERSMRE. Orth. subsist. - Bourg, orig. voc. 
Vulg. fol. 31, R". 

AuvEUSiÈRES. Rom. du Brut, MS. fol. 80, V» col. 2. 

AvE[is.\iRE. Ane. Poët. fr. >1SS. av. 130J, T. III, p. 1067. 

AvERSER. Floire et Glanchellor, MS. de S' G. fol. 205. 

AvERSiEH. Alhis, MS. fol. H, R" col. 2. 

AvRESiER. Alhis, MS. du Roi. — .\nc. Poës. Fr. MS.duVat. 
n» 1490, fol. 526, V». 

Adverseï", verbe. Contrarier. 

S'opposer à quel(iu'un dans ses desseins, lui être 
advcis, en latin adversare. (Voy. Advkrtih dans le 

sens d'opposer.) « Le Roy de Chippre assaillit 

» soubdainement les Sarrasins... mais ainsi que 
« furlune le voulut adverser, le coursier du Roy 
<■ ciieut des quatre pieds à terre. » (Monstr. 
Vol. II, fol. 30, R".! 

Adversité, suhst. [cm. Contrariété, opposition. 
Malheur, disgrâce. 

Cette première sijrnification a la même origine 
que celle de l'adjectif Advkhs ci-dessus, opposé, 
contraire. 

... en son temps sera l'Église 
En pais et en concorde assise ; 
Et tourneront en unité 
Ceus qui sont en aversitc. 
Géofr. de Pari» à la suile du ISom. do Fauvel, MS. du II. n* 0812, fol. 51. 

De là, ce mot a signifié, disgrâce, malheur, for- 
tune adverse, choses conti-iires à nos desseins, ù 
notre bien-être, en latin adversa. « Sire Deus, apa- 
« rilliez est mes cuers.... as aversilez-, aparilliez as 
« prospérité/.... aparilliez est à lot ceu ke tu me 
« comanderas. ■> (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. 2i)G.) 

Nous avons conservé à ce mot cette acception 
figurée sous l'orthographe adversité. 



ADVERSITÉ. Fobl. MS. du U. n« 7218, fol. 325, R» col. 2. 
AVERSITK. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 296. 
AvERSiTElT. Id. ibid. p. 270. 

Adverteiice, suhst. féin. Attention. Avis, aver- 
tissement, instruction. Notilication, signification. 



Ce mot, dans le sens propre, signifie l'action de 
se tourner vers une chose ; au figuré attention, 
action de l'esprit tiui se tourne vers un objet moral 
ou physi(iue. « Seroit la femme bien farouche cl 

" mal privée, qui ne ticiulroit conte de l'homme 

'< faisant profession d'avoir en rccDiiimaïulalioii 
« tout ce qui plaist à sa dame, avec(iuesune adver- 
« tance qu'il a de tenir secret.... jusques aux peti- 
" tes faveurs qu'il reçoit de sa maîtresse. » ^Pas- 
quier, Monophile, p. 'i'il.) 

... il sauva la ville et leurs corps, 

Et espargna à la cité. 

Par sa grâce et douce pilé : 

Et mua ainsi sa sentence. 

En ce aiez vostre advcrience. 

Eu.«l. des Ch. Pocs. MSS. fol. «0, col. 1. 

On excite l'attention par un avis. De là cette 
expression faire ou dniineradvertauce, pouv adver- 
ti)\ donner avis, instruire, donner un avertisse- 
ment. (Voy. Lettr. de Luuis XII, T. IV, p. 18". — 
Xouv. Goût. gén. T. II, p. î)0, col. '2. — Voy. Adver- 
TErH ci-après.) 

Ce mot dans le sens de notification, signification, 
exprime une idée analogue à celle d'iidvertance, 
avis, avertissement. « Pour arrests d'alloels (1), il 
« les conviendra faire par-devant deux alloettiers, 
» faisant publication par attache de billets desdits 
« arrests h l'église parochiale prochaine de la si- 
« tuation desdilsalloels,et«(/i't';7rtHC('aulouager. » 
(Nouv. Coût. gén. T. Il, p. 102, col. 2.) < C'est-à-dire 
« notification et signification... de la saisie au fer- 
>' mierqui exploite... les héritages saisis. " (Ibid. 
note de l'Editeur.) 

VARIANTES : 
ADVERTENCE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. WO, col. I. 
Advert.vnce. Corneille, Dict. — Borel, Dict. l'« addit. 
AvEHTENCE. Mém. de Du Bellay, par Lambert, T. V, p. 385. 

Advei'teur, suhst. mase. Renseignement. 

Acception analogue à celle d'AnvEUTENCE ci-dessus, 
avertissement, instruction. « Il nous faulsavoir les 
« limites anciens du royaume de Bourgongne... 
" mais je m'en suis mis hors de soucy, pour ce que 
" après avoir trassé beaucoup, j'ay trouvé certains 
" aucteurs anciens qui m'en ont donné Vadverteur. » 
(.1. I.e Maire, lllustr. des Gaules, Liv. III, p. 321.) 

Advertii", verbe. Tourner vers, tourner. Faire 
attention, penser, réfléchir, aviser, apercevoir. 
Repentir, se repentir. Avertir. Opposer. Accomplir, 
elTectuer. S'accomplir, s'elTectuer. 

Le sens propre est tourner vers, en lalin adver- 
tere. De là ce verbe employé figurément jiour expri- 
mer le mouvement de l'âme iiui se tourne vers 
le bien, qui abandonne l'erreur pour retourner à 
la vérité. 

Là fist li Papes rapeler, 
L'entredit d Aubijois (2), par grâce, 
Et voust qu'il eussent par espace. 
S'il s'i peussent avenir. 
D'eus à bien faire convertir. 

G. Guiarl, MS. fol. i48, V. 



(!) [ranc-alleux. — (2) Albigeois. 



AD 



— 111 — 



AD 



11 semble qu'on ail dit Adverlii; en parlant d'une 
nouvelle désa^ivable, dans le sens où nous dirions 
aujourtl'liui tourner une nouvelle, lui donner une 
tournure proiue ;i en adoucii riuipression. <• Moult 
« esbaliys comment ils udvoii raient à Eslonne la 
« mort piteuse de sa compaigne Priande. " (l'ercef. 
Vol. IV, fol. 'itl, W- col. 1.) 

Ce même verbe signilloit plus souvent, par méta- 
phore, l'action de l'esprit (jui se tourne vers lesdif- 
férens objets de s(ui alteutidii, de ses pensées, ou de 
ses réilexions ; et l'on disoit advcrtir pour faire at- 
tention, penser, réfléchir, aviseï-, apercevoir avec 
les yeux de l'esprit. 

Jiigos vueiUez ci advcrtir. 
Ne faites mie coin l'yraingne, 
Qui ses fix lent, afin que praingne 
Mouclies pour soûler son venin. 
Les petis mouches met à fin, 

Si tost qu'iU viemient eu sa toile 

L'yraigne jà n'iert si hardie 
Qu'elle au gros mouche contredie. 

Eust. des cil. l'oés. -MSS. fol. 5Î1, col. 3. 

Qui a filles à marier, 
Il doit à son fait avertir 

Eust. des Ch. Pocs. IISS. fol. 333, col. t. 

Il étoit quelquefois réciproque. « Pas ne s'adver- 
« tissait de la malice que cil pensoit. » (Cbron. 
S- Denys, T. 1, fol. 5.) 

Les Bretons ont fait compaignie 

Pour aler en .\lemaigne 

G le Seigneur de Coucy ; 

Mais puy se sont averti/ 

Qu"il fait plus doux en Champaigne. 

Eust. desCh. Pocs. MSS. fol. 195, col. 3. 

Le retour sur soi-même, une sérieuse réflexion 
sur ses fautes, doit exciter le repentir. Ainsi l'on a 
dit &advertir de ses maux, ou tout simplement 
s'advertir pour se repentir, faire un retour 
vers Dieu. 

Les coustres de leurs charrues, 
Avec les sochs en my les rues, 
Feray en gleves convertir, 
S'ilz ne se veulent advcrtir 
De leurs maul.K, etc. 

Eust. des Ch. Pofs. MSS. fol. i68, col. i. 

. . . j'aperçoy les grans destresses 
Qu'ilz aront, s'ilz ne s'adverlissent 
Briefment, et se convertissent. 

Id. ibid. fol. 479, col 3. 

Nous observerons que dans ces vers on pourroit 
encore expliquer s"ftf/i'fr//r par se détourner ; s'éloi- 
gner; du latin avertere. Voy. .\vertir ci-après.) 
Le passage suivant sembleioit autoriser cette 
interprétation. 

. . . ilz se repentirent 

De leurs péchiez et advertirent ; 

Et crièrent aux Dieux mercy. 

Eust. des Ch. Poès. MSS. fol. 481, col. 4. 

Il arrive souvent que l'attention et la réflexion 
sont en quelque sorte involontaires, ([u'elles sont 
occasionnées par des avis, des conseils. Ainsi ad- 



verlir dans le sens li^uré qu'il conserve, signifie 
par métaphore tourner vers un objet l'esprit de 
quelqu'un, le faire penser à cet objet, l'y faire réflé- 
chir. ;Voy. AuvKiiTissEMKNT et Advkhty ci-a'pi-ès. 

C'est par une extension naturelle de la sii,'iiifica- 
tion propre û'advertir, tourner vers, que ce verbe 
s'est dit pour opposer, proprement tourner contre. 
Il est pris ligurémenl dans ce passage : « Se par 
» vous n'est à ces choses adverti et pourveu par 
" pitié et miséricorde. » (Eust. des Ch. Poës. mss. 
fol. 403, col. i. — Voy. Adveiiser ci-dessus.) 

Enfin du mot vérité qu'on écrivoil quelquefois 
verte, vreté, etc., l'on a fait advertir. dans le sens 
d'accomplir, effectuer, i)roprement rendre vrai. 

Seigneur, savés pour koi j'ai men habit cangié ? 

.l'ay esté aveuc feme, or revois (i) au Clergié. 

Or arerlirmj cou que j'ai pieçà songié. 

Ainçoi sui à vous tous venus prendre congié. 

Aoc. Pocs. Fr. MS. du Vatican, n* 1490, fol. 131, Rv 

Comme verbe neutre, il signifioit s'accomplir, 
s'elfectuer, devenir vrai. Les vers qui suivent sont, 
îi linéique légère difl'érence près, les mêmes que les 
précédens. 

Seignour, savez pourquoi j'ai mon abit changié ? 
J'ai esté avoec famé, or revois au Clergié. 
Or, avertira ce que j'ai piéga songié. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 250, V col. 1. 
V.\RIANTES : 
ADVERTIR. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. H]S, col. i. 
AvERTiiî. Poës. à la suite du Rom. de Fauvel, MS du R 
n» G812, fol. -1, Ro col. 3. - Fabl. MS. du R. n' 7218' 
fol. 95, R» col. 1. 

Advertissement, siibst. masc. Avertissement, 
avis, conseil, instruction. 

Nous avons indiqué ci-dessus, sous l'article 
Advertir, l'origine de la signification figurée et 
subsistante de ce mot. C'est par analogie qu'on 
appelle encore en termede pratique. Avertissement, 
la première pièce pour l'instruction des Juges, 
qui est suivie de l'inventaire de production ; ou 
comme le définit Ragueau. « Un motif de fait ou de 
" droit, que la partie baille par écrit sur un inci- 
« dent ou débat survenu en la cause, ou après les 
« écritures principales, premières et secondes 
« additions: ou quand le différent est petit. -> 
(Laur. Gloss. du Dr. fr.) Cette définition semble con- 
venir à l'ancienne procédure. « En chastelet comme 
« en quelques autres jurisdictions, on use princi- 
•• paiement de deux manières d'eserire , ou par 
« interdicts et raporter l'enqueste, quand il est 
« question d'une cause personnelle gisant seule- 
« ment en faict ; ou par advertissement, quand la 
" cause consiste en faict et en droit, ou seulement 
" en driiit, soit action personnelle, hypotequaire. 
« petiloire ou possessoire. » ^Gr. Coutum. de Fr. 
Liv. m, p. 3-21, note.) 

Adverty, participe. Averti, conseillé, instruit. 
Signification figurée, dont on peut voir l'origine 
sous Advertir ci-dessus. 



(1) je retourne, mot à mot revais. 



AD 



112 — 



AD 



On disoit proverbialement, comme aujourd'hui 
enci>re : ■' Un ndvcrtfi en vaut deux. » ;sauesse 
de Cliarron, p. 330. — Brant. D" gai. T. I, p. i'ii: 

Advest, siibst. masc. Investiture. 

Signification figurée, née de l'acception propre 
du vei-be .Viivkstiii ci-après. (Voy. AnvESTunE.) 
■< Justice funsière.... ne comprend cognoissance, 
« fors des ailvi'sts et desavests des terres. » (Bou- 
teill. Som. Rur. tit. 22, p. 11."».) Aiivest signifie la 
même chose que vest, vestnre, ailheritance, adhé- 
ritemciit. etc. (Voy. Laur. (lloss. du Dr. fr. — Borel, 
Cotgrave. Monet et Corneille, l»ict.; - De la forme 
« de saisine et dessaisine ([ue Bouteiller et autres 
« anciens praticiens appellent vest ou advest et 
" devest. n'est besoingd'cn traicter... parce qu'elle 
« n'est plus ù présent en usage, les Notaires par 
« style mettaus aux contracls la dessaisine que l'ait 
" le vendeur et le consentement d'ensaisiner l'a- 
<' chepleur par le Seigneur. ■. [Gr. Coutum. de Fr. 
Liv. II, p. 173, note.) Quant au droit de lods et 
ventes dû au Seigneur pour Vadvcst, Vinvcstitiirc 
d'un héritage dans sa mouvance, Bouteiller décide 
" que si le vest et devest n'est faicl actuellement 
•< devant le Seigneur, ains auparavant les parties 
« se repentent et défont leur marché, audict cas il 
« ne peut demander aucun droict ne profict, à 
« cause de sa seigneurie. » (Cr. Coutum. de Fr. 
ubi siiprà. — Vov. Bouteiller, Som. Bur. tit. 72, 
p. 425-428.) 

Advesti, participe. Couvert. Fourni. 

Voy. Advestir ci-après, dans le sens de vOtir, 
revêtir. C'est par extension de l'acception propre 
qu'on a dit, terres aveslies de bled, etc. ou tout 
simplement terres advesties, pour désigner des 
terres couvertes de blé, etc. des terres non dé- 
pouillées. (Voy. Advesti;he ci-après.) » Ont cous- 
<< tume les Seigneurs de prendre amende de chinc(] 
B sols parisis sur ceux et celles qui... laissent 
« paistre leurs bestes en dommage d'autruy, soit 
« prez, gardins ou terres labourables a'vesties 
« de blé, ou mars. » (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 405, 
col. 1.) « Que nul ne puist faire.... nouveau chemin 
« sur héritage d'aulruy.... en temps qu'ils soient 
« querijuiés :l) et advêstis de biens. » (Coût. gén. 
T. 1, p. 833.) « Si terres y a advesties au jour du 
« Irespas dudit Eves(iue, qui ne soient à ferme, 
« sçachez que tout compète au Roy, si ainsi 
« n'estoit que au jour du trespas fussent les \vari- 
" sons (2) et advesture couppccs et abatues. >■ (Bou- 
teill. Som. Rur. Liv. II, tit. I, p. Gâ5.) 

Nous lisons dans un sens plus figuré encore: 
« fist plainte à loy, Cour ndvestie d'hommes de 
■■ fief, tant que pour suffire à loy et à ce faire. » 
(Bouteill. Som. Rur. fit. 100, p. .571.) « Nostre... 
•• grand Bailly aura regard à ce que aux jours de 
« plaids, noslre... autre Cour soit advei-tie (corr. 



« adveslie; de nos hommes féodaux.... en nombre 
« compétent. <• (Coût. gén. T. I, p. 780.) 

VARIANTES : 
.\DVESTI. Cout. gén. T. I, p. 833. 
AnvKiiTi (corr. .\devesli.) Id. ibid. p. 780. 
AvESTi. Nouv. Cout. gén. T. I, p. wô, col. 2. 

Advestir, verbe. Vêtir, revêtir. Investir. 

Le premier sens est le sens propre. (Voy. Colgr. 
Dlct. et Advestcre ci -après.) 

Au figuré, ce verbe a signifié investir, donner à 
([uelqu'un le titre d'un fief, l'en revêtir, comme 
nous disons encore en parlant d'une charge, d'un 
béni'fice, le mettre en possession d'un fief ou autre 
bérilage. (Voy. Cotgr. Dict.) 

Il faut lire .iî'/csh' powr avierti [S) dans les vers 
suivans : 

.... France icrt donc si deceue, 
Et si dpsierte et si pierdue, 
Dés icel tans que sor; demaine 
Loeys li fins Carlemaine 
A ses un fius avicrti ; 
Quant sa tière leur départi. 

Ph. llousk, MS. p. 33t. 

De là, l'expression héritage advesti. pour dési- 
gner un héritage dont on a donné l'investiture. 
« En cas où l'on seroit obligé sous seel royal.... 
'< peut on obliger son héritage sans le sceu du 
« Seigneur de (|ui il est tenu, puistiue les lettres 
« en .sont faictes; et parcelles lettres le vendroit- 
» on, ou feroit vendre le .Juge royal vers (\m on 
" s'en trairoit; mais le Seigneur moyen en seroit 
" servy de ses droicts, et seroit l'héritage advesti 
<< et desavesti par lui à la commission du Juge 
« royal. » (Bouteill. Som. Rur. lit. 25, p. 137. — 
Voy. Advestihe ci-après.) 

variantes : 
AnVESTIR. Cotgr. Dict. 
AviEUTUi (lisez Advieslir). Ph. Mousk. MS. p. 334. 

Advesture, siibst. masc. Vêtement. Récolte sur 
pied. Investitui'e. 

Sur le premier sens, qui est le sens propre, 
voyez Cotgr. Dict. 

De là, ce mol employé figurément pour désigner 
les fruits qui couvrent, qui revêtent la terre, les 
fruits pendaus par les racines, une récolte sur 
pied. fVoy. Laur. Closs. du Dr. fr. au mot Advest. 
« Bleds vers et autres advestiires jusques au my- 
« may sont repule/. héritages, et après son reputez 
" catbeux. » (Cout. ç;i}n. T. I, p. 7GI. — Voy. 
Advesti ci-dessus.) « Si le fief estoit si petit ([u'il ne 
" vaulsist mie soixante sols tournois par an, ou 
« autre fief qui ne vaulsist son relief, sçachez que 
" le Seigneur doit avoir la meilleure advesture 
<• du fief... (\u\ dedans trois ans y viendra. » (Bou- 
teill. Som. Rur. tit. 84, p. 493.) Dans ce dernier 
l)assage le mot Advesture est employé pour dési- 
gner cette récolte comme devant être enlevée ; ce 



(1) chargés. — (2) champ garni de ses fruits; voir Du Cange à Varactum. (n. e.) — (3) Il faut avicrti pour la rime ; ce 
mot donne d'ailleurs un sens sufnsant : il détourna {avertit), il transmit, (n. e.) 



At) 



— H3 - 



AD 



qu'exprime mieux le mol tlépoiiiUe, <lonl nous nous 
servons aujourcriiui dans le même sens. 

C'est par une analogie tl'idc'es semblable à celle 
que nous avons remaniuéc ci-dessus, sous l'article 
ÂDVKsTiit, t\u'.\dv('slun' a passé de la si^înification 
propre à celle d'investiluie. « Convenances du 
« mariage deuemenl approuvées et vérifiées porle- 
« ront avesture, oires ([u'il n'y eust relief, pourveu 
« que les biens ne soient féodeaux. » (Coût. gén. 
T. II, p. 8GG.) 

YAIUANTES : 
ADVESTUUK. Cotgr. cl Bord. Dict. 
AvESTUHE. Coût. gén. T. II, p. 8G6. 
AvÊTURE. Nouv. Coul. gén. T. I, p. 36i. 

Adviaire, subst. masc. Idée, opinion, avis. 

Ce mot est le même qu'Anvis ci-dessous, pris 
dans le sens d'idée, opinion. Ouoii|u'ils diffèrent 
par la terminaison, ils ont tous deux la même 
origine, (^'oy. Vis et Vi.mre ci-après.) 

Lendemain l'autel dédia, 
Tout ensi com li devisa 
S' Denise et son aiière. 
En l'ounour S' Pol et S' Pière. 

Ph. Mousk. .\!S. p. 63. 

Dès que vieUars prend la pucelle, 
Et il ne puet tenir estière ; 
Si m'ait Diex, il m'est aviére 
Qu'il ont perdu tout leur soûlas. 

Ane. Poët. Fr. MSS, avant 1300, T. IV, p. 1312. 

VARIANTES : 

ADVUIRE Dispute du Juif et du Chrét. MS. de S' Germ. 
fol. 108, R» col. 1. 

Avère. Fabl. MS. de S' Germ. fol. 4.5, V» col. 2. 

AviÈRE. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 2i, V» col. 2. - Ane. 
Poët. Fr. JISS. av. 1300, T. IV, p. 1371. 

Advis, subst. masc. Vue, visée. Idée. Mémoire, 
imagination. Réflexion, délibération. Raison, esprit, 
jugeVient. Prudence, sagesse. Vue, dessein. Dis- 
position. 

Ce mot, composé de la préposition latine Ad 
et du substantif visiis, dont on a fait vis, vtie dans 
le sens propre ; au figuré visage, etc. a signifié 
de même que le mot Vis ci-après, la faculté par 
laquelle on voit les objets. Mais au moyen de la 
préposition qui y est réunie, il désigne' en outre 
l'action de ces mêmes objets sur la vue. Ainsi lors- 
qu'on disoit « il luy sembloit advis que, etc. » c'est 
comme si l'on eut dit, « il sembloit à sa vue 
« que, etc. » en latin advisiiin. « La Royne un 
■« songe... avoit faict... tel qu'il luy sembloit advis 
« que un sien petit passereau qu'elle nourrissoit, 
« s'envoloit autour de la maison assez lointain 
« espave (1). » (Rom. d'Alector. fol. 84, R°.) 

De là l'expression par avis, pour signifier en 
apparence. Un de nos anciens Auteurs apostrophe 
ainsi l'amour: « Haa! faux garson, qui congnois- 
« troit tes ruses,, paravanture se pourroit-il garder 
« de toy ; mais tout aveugle et enfant, tu si.'ais 
« desrober les volontez des personnes, lorsqu'ilz 



•' en pensent le mieux joui'r, et présenter, /^ar «y/s, 
" liberté, lois(iue plus eslroitement tu encbaiuesel 

— captives les âmes. » ;D. l'iorès de Grèce, fol. i K' 

— Voy. Froissarl, Vol. I, p. 273.) 

En considérant les idées comme des objets de 
réllexion offerts à la vue de l'esprit, on a pu dire 
figurément, Advis m'est, il m'est advis, ce m'est 
avis, etc. pour il me semble, il me paroit, je vois, 
je pense etc. !l{om. de la Rose, tibi suijvà ; — Rabe- 
lais, T. III, p. 2'i et 53; — Gloss. de Maiot; 

— Saintré, p. I7G, etc., etc.) 

.... si monstreray le deffault 
De sa mémoire, et comme il fault 
Qu'il recongnoisse son erreur. 
Pourquoy, mon redoubté Seigneur, 
Je dy, si comme il m'est advis, 
Qu'il n'est pas bien à son advis. 

Gace de la Bigac, des Déd. 118. fol. 8i, V'. 

Ces expressions, encore usitées parmi le peuple 
et dans plusieurs provinces, peuvent aussi être rap- 
portées à la signification ù'advis, idée, opinion, 
seiitiiiieiil. Nous remarquerons qu'elles n'empor- 
toient pas toujours une idée de doute; car Froissait, 
parlant de la démence de Charles VI, et de l'accou- 
chement de la Reine, événement qu'il ne pouvoit 
ignorer, s'exprime ainsi : » fut la maladie trop bien 
« celée et dissimulée devers la Royne... jusques à 
« tant qu'elle fut accouchée et rélevée, elle n'en 
« sceut riens ; et eut celle fois, ce m'est avis, une 
« fille. » (Froissart, Vol. IV, p. I«7.) 

Si ce mot a désigné quelquefois l'action des 
objets sur la vue, plus souvent il exprimoit le rap- 
po. t de la vue à ces mêmes objets. De là ces façons 
de parler, à mon advis, au mien avir, selon nÔstre 
avis, comme je vois, comme nous voyons. « Estoit 
« couvert, à mon avis, de velours cramoisv. » 
(Math, de Coucy, Ilist. de Charles VII, p. 6G7.) 

II vont en une chambre enjamble 
Por lui vestir, si con moi sanjjle ; 
Et n'i font el (2), au mien avir, 
Fors seulement que lui vestir. 

Parlcn. de Blois, MS. de S. Germ. fui. 103, R* col. 2. 

.... selonc le nostre a L i.s 
N'ont d'issir nule volenté. 

G. Guiart. JIS. fol. 267, V'. 

Veoiv d'avis, découvrir avec la vue. 

.... la gent veons essorée 
Joignant de ce bois à l'orée, 
Que nos povons veoir d'advis. 

Id. ibid. 

Guider par avis, juger avec la vue. 

. . . fais tes cheaux (3) mener 
Là où tu cuides par avis 
Que li cerf doie estre honniz. 

Fibl. MS. du R. n'TClô, T. II, fol. 163, V col. 2. 

« Cheminer selon advis de pavs ; à \uedepa'is. « 
Ilist. de Floridan, p. 700. — Saintré, T. III, p. 700.) 

Au figuré, « parler par advis de pays; » c'étoit 
parler d'une chose à vue de pais, d'après les pre- 



(1) égaré ; voir Du Cange à Espava, .Spaviœ. (x. E.) — (2) autre chose, de alium. — (S) Chiens ; voir Du Gange à Canis 
alaiius. 



AD 



lii - 



AD 



mières connoissances et avant que d'avoir appro- 
fondi, r^'oy. Pasq. recli. Liv. 1, p. G.) 

Dans le sens propre, par advis sliinilloit par 
visée, en visant. •< Getta ])ar ailvis son espée si roi- 
« dément, qu'il acconsuit (1) l'Anglois es cuisses. » 
(Froissart, Vol. I, p. 19i.) 

Coup d'avis, coup adressé en visant, littéralement, 
coup (le visce. " Plusieurs coups d'aguet et d'avis 
" rua le Gandois de la pic(|ue potircuider l'Kscuyer 
" atteindre. » (Mém. d'Ol. de la Marche, Livre I, 
page 39-i. i 

Viser, prendre sa viscc, diriger sa vue ;\ un cer- 
tain point, signitie llguit'nieni avuir en vue une 
certaine tin dans une entreprise, dans une all'aiir. 
On disoit autrefois yetter son avis dans ce nicuie 
sens ligure. « Il imagina, et getta son advis pour 
« son nom exaucer. » (Froissart, Vol. 1, p. 2'M. — 
Voy. Ai)visr.ME.NT ci-après.) 

La vue d'un objet en excite l'idée, d'où l'on a pu 
dire advis pour idée, notion que l'esprit se forme 
d'une chose. 

En joie estois ainsi ravis 
Eu la douceur de mon avis. 

En tel pensée, 
En mon chemin ai esgardée 
Dame trés-diçne d'estre amée. 

Car de biauté 
Je li donnai la roiauté. 

Jeli. de TEscur. Ch.ins. fr. à la suite du Rom. de Fauvcl, 
MS. du It. n- 6812, fol. 61, V col. t. 

Pour idée, opinion. (Voy. Adviaihe ci-dessus, An- 
visEMENT et Advisiun ci-aprcs.) " Ce poise moy et 
« cuvde en mon advis que vous vous en repcnti- 
.. rez. » (Lanc. du Lac, ï. III, fol. 150, V° col. 2.) 
De là notre expression subsistante dire son avis. 

Tout li recorde en son avis 
Cora estoit biax et clers Atys. 

Alhis, .MS. fol. 21, V- col. i. 

Par extension, ce mot a signifié mémoire, imagi- 
nation ; cette faculté que nous avons de nous re- 
présenter les objets dont nous conservons l'image 
après les avoir vus. 

De Ui, il s'est dit dans le sens de réflexion , déli- 
bération, action de l'esprit, qui délibère et rélléchit, 
qui opère sur les idées gravées dans la mémoire ou 
l'imaginaliim. « Il alla dire, sans advis, comme 
« celuy qui estoit tout eslouidy de cheoir, etc. » 
(Percef. Vol. II, fol. lOG, V- col 2.) 

En armi^s vault plus advis et prudence, 
Que foui hardi qui veult estre chauU hora.s. 

Eusl. des Ch. Poe». MSS, fol. 58, col. I. 
. . . folie est default d'advis. 

Id.ibid. fol. 57, col. 3. 

.... d'advis y a bien peu 
En un corps bien repeu. 

Œuv. Pocl. de Mellin de S. Gelais, p. 31. 

On disoit en ce sens, Escuijer d'advis, pour dési- 
gner un Etnyer prudent , qui ne fait rien sans 
réflexion. Sa'intré, p. 30.'î.) 

Getter son avis, pour réfléchir, délibérer, voir 



avec réflexion. « Messire Pierre d'Andellée, Capi- 
« taine de Peauforl... f/etta son advis ijne s'il pou- 
« voit passer la rivière de Marne au-dessus (le la 
" ville de Chaalons... il cntreroil légèrement en 
« ceste ville. » (Froissart, Vol. I, p. 221.) 

De lu, on a dit el l'on dit encore donner des avis, 
pour coiumiini(iuer ses réllexions , les proposer 
comme If but aui|uel l'esprit doit viser dans la 
conduite d'une aiïaire. « Donner bon conseil et 
" advis sur la garde, bon gouvernement, tuicion et 
<• deffense du... Hoyaume.» (Ord. T. III, p. 12."). — 
Voy. Adviskr ci-après, .ivertir.) 

V.n termes de [)rali(iue, jour d'avis, dilution d'a- 
vis sigiiilioit un délai accordé au défendeur pour 
rélkrliir aux moyens de défense. « Dilation d'avfs 
« n'est donné qu'une fois, c'est à sçavoir au com- 
" luencement de la cause. " (Gr. Coutum. de Fr. 
Liv. III, p. .301.) « Selon l'usage de Cour laye, il y a 
" gi'ande dilTérence entre délibération el advis. Car 
" jour d'advis est prins par le detîendeur au com- 
" mencement de la cause : mais délibération est 
« prinse par le demandeur, ([uand sur le jourd'adr 
'< vis le défendeur projiose aucunes exceptions ou 
« di'fenses sur lesquelles le Procureur du défen- 
« deur a à parler à son maistre. » (Ibid. p. 299. — 
Voy. Douteill. Som. lUir. p. 38. — Voy. Advisement 
ci-après.) 

^'ous disons encore proverbialement, qu'il y a 
jour d'avis, pour dire qu'il y a temps de délibérer, 
de rélb'cliir. 

11 semble qu'on ait étendu la signification figurée 
d'advis, réllexion, ;\ la faculté de réiléchir, à cette 
puissance de l'ame qu'on appelle raison, esprit, 
jugement. 

Lors pensay moult parfondement 
A la beaulte que je veoie, 
Si que parler je ne povoye. 
En tel point elle m'avoit mis, 
Que presque perdy mon ndvis. 

Rom. de la Rose, vers 15550. 

Se chascuns qui volentiers m'ot, 
Quand je li di aucim biau mot, 
M'entendoit bien, je le vaudroie ; 
Quar avis m'est, miex en vaudroie, 
Me.s ainsi n'est pas la bosoingne. 
Pou li'ailvis qui por aus besomgne 
Leur fet oïr et nient entendre 
Reson ou chascuns bons doit tendre. 

Fabl. MS. du R. n- 1218, fol. 243, V col. 2. 

La prudence dans les actions, les desseins que 
l'esprit conçoit, résultent de la réflexion. Ainsi l'on 
a dit ligurément, en passant de la cause à l'elîet, 
advis pour prudence , sagesse dans les passages 
suivans : « Se deffendoyent vaillammenl et par 
•< grand advis. " (Froissart, Vol. I, p. 17.) « Il veit 
" bien que force sans flr/ii/.s et habillitii n'y avoient 
« bien de lieu. » (Percef. Vol. IV, fol. 15, V" col. 1.) 
« Les honneurs et prouesses qui sont enconvenan- 
« cées el oultrées par sens et par raison... sont 
" plus à priser ([ue celles qui sont enconvenancées 



(1) atteignit. 



AD 



Al) 



« par râpe et (mllrc ciiydiiiicc cl .s;iiis adjousiei' 
« advis ne aucune raisdii. >■ (ll)i(l. fol. '20, \'"col. I.) 

Ce mot est c'ini)l(iy(' juMir (lesseiii dans cet aiilrc; 
passage : » Avoyont advisé de venir sur cesle luoii- 
« taigne et la i)ren(lre les premiers, pour avoir 
« l'advenla^e; mais ils faillirent fi leur nilvis. « 
(Kroissarl, Vol. 1, p. ;{I8.) ■■ Le l'.oy dWiiiik'Lterre, 
« ((ui ne pouvoil coïKiueslei' la ville de (lalais fors 
« par famine, lit charpcnter, pour foicloiae le pas 
« de la mer, un ctiaslel... Ce fut l'advis ([ui plus lit 
« de contraire ;i ceux de Calais, et plus tttst les lit 
« affamer. » (Kroissarl, Vol. 1, p. 105 et IWi.) Nous 
employons encore le mol vue, dans cette significa- 
tion figurée. 

De là l'expression Advis appoisé , pour dessein 
prémédite^ (l'asii. Hecli Liv. Vlll, p. 700. j 

Enfin, c'est paran;doi;ie à cetlt^ dei-niere accep- 
tion, (|ue et; mol a sigiiili(' disposiliou , espèce de 
testament par le((uel, en dcrogeanl à la coutume, 
on dispose de sa succession, suivant ses desseins, 
ses vues particulières. « Tous conjoints possédans 
« fiefs ou non, pourront par l'advis et conseil de 
« leurs par'cns el communs amis, deux de chacun 
■< côté pour le moins, faire advis cl partage rêvo- 
•« cable et irrévocable à leurs enfans ou enfans 
« d'enfans, de tous leurs biens immeubles venus et 
« à venir de lii;;ne directe. » (Coût, de llaynault, 
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 07, col. 1.) >■ Assené (1) 
« eindvis.. est quand un père faitdon àsespuinez 
« ou à ses filles pour les avantager. » (Laur. Closs. 
du Droit français. — Voyez Bouleill. Som. Rur. 
tit. XXV, p. 138.) 

On trouvera sous l'arlicle Advisement ci-après , la 
plupart de ces acceptions figurées, unies à l'accep- 
tion propre par des rapports semblables à ceux (jue 
nous venons d'indiquer. 

VARIANTES : 

ADVIS. Rom. de la Rose, vers 49, 784 et 955. 

AviR. Parton. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 103, R" col. 2. 

Avis. G. Guiart, MS. fol. 26, V». - Id. fol. 320, R". 

Advisîiger, verbe. Envisager. 
Du mot Visage ci-après. (Voy. Contes d'Eutiapel, 
p. 15. — EtColgr. Dict.) 

Advisé, participe. Réfléchi, prémédité. Rédigé. 
Etalonné. Pourvu. 

On lit, au premier sens: <■ Se aucune personne 
« y souveuoit ('2) d'adventure, ou de fait advisé... ù 
« grant peine povoit-il eschai)per la vie sauve. » 
(Percef. Yol. IV, fol. 101), V° col. 1. — Voy. Adviser 
ci-après, réfléchir.) 

Rédiger les articles d'un traité, les mettre par 
écrit, c'est les présenter ù la vue ; d'où l'on a pu 
dire, " pi'oposilions l'aictes pour le bien de la paix, 
« et articles sur ce adviscz. » (.1. Le FevredeSaint- 
Remy, llist. de Charles VI, p. 35. — Voy. Advisement 
ci-après, dans le sens de projet.) 

C'est peut-être par allusion ù la manière d'éta- 



lonner les poidsou mesures, (|n'«r/)î/.sï'i)ropremeiil. 
mis vis-à-vis, s'est dit pour étalonné. •■ Auront leur 
" poids tous vrays el «(/('/.SCS loyaunienl, el seront 
" vus par les... visitans el consëillans. ■■ Ord. T. H, 
p. 533.) On peut voir ci-dessus Adjocsteii, mettre 
auprès, dans le sens propre, employé (igurémenl 
avec celle sigiiilication, par une semblable analogie. 
La verlu, les belles (lualib's se font apercevoir. 
De là, il semble qu'en transportant à la cause l'idée 
de l'elfel, on se soit servi de l'expression de tous 
/>/t'?;s «yisc'c, pour désigner une persoinie pourvue 
de toute sorte de belles ([ualités. 

Belle et saige est, de tous biens avisée : 
Kii li servir nule riens ne perdrai ; 
Car se je niuir, ma mort iert savourée, 
Et si je vit, en grant lionor vivrai. 

Ane. Poèl, fr. MSS. avant 1300, T. lU, p. 1113. 

VAIIIANTES : 
ADVISÉ. Ord. T. II, p. .533. 
Avisé. Ane. l'oët. fr. MSS. avant I3()0, T. III, p. H13. 

Advisée, sitbst. fém. Esprit. Vedette. 

Nous disons encore d'un homme (jui a l'esprit 
juste, qui juge bien des choses, qu'il voit bien. De 
même .idvisée ou Advisé, vue dans le sens propre, 
s'est dit au figuré pour esprit, jugement, dans les 
vers suivans : 

Encores voit-on maintenant 
Aucuns Chevalliers maintenant, 
Qui autrui causes e.xpleidient: 
Et, gentil Roys Loys, qu'en dient 
Cens qui en eus ont bonne avise 9 
Il dient que c'est convoitise. 
Geofr. de Paris, à la suite du R. de Fauvel, MS. du R. n» 0812, fol. i!». 

Pour esprit, imagination, dans cet autre passage : 

Ne nul ne les peut deviser, 
Tant les saiclie bien adviser ; 
Ne si joingdre par advisées 
Qu'il ne les treuve divisées. 



Enfin, le mot advisé, par une espèce de métony- 
mie, pareil avoir signifié Vedette ou Sentinelle, po- 
sée en un lieu pour observer, voir ce qui se passe. 

.... quant ils vont chevauchier, 
L'un court devant, l'autre derrier. 
Jà n'y ert ordonnance mise. 
Eu péril sont li fourragier. 
Avant-garde n'y a mestier, 
Guet de nuit, escoute, n'avise. 
Pour garder l'est chascun se prise. 

Eusl. des Cil. Poës. MSS. fol. 80, co!. 2. 

VARIANTES : 

ADVISÉE. Rom. de la Rose, vers 21451. 
Avise. Geofr. de Paris, à la suite du Rom. de Fauvel. MS. 
du R. n» 6812, fol. 49, R» col. 1. 

Advisf'cmont, rtrfî'. En face, en visant. Sage- 
ment, prudemment. A dessein. 

Du mot Advis ci-dessus , vue, visée, l'on a fait 
Aviséement pour signifier en visant, dans le sens 
propre. 



(1) assignation ; voir Du Cange à Assenamenluin, Assciutlio. (n. e.) — (2) survenoit. 



19 



AD 



— liC — 



AD 



Lors veissiez en maintes guises 
Descendre cops aus dévalées 
De grans godendaz (t) et d'espées 
L'un sus l'autre avuéemcnt. 

G. Guiart, MS. fol. 246, R\ 

Dans le second sens, on disoit voir ou reg:arder 
aviséement, pom- \o[r, rei;arder en face, propre- 
ment vis-iVvis. ;Voy. Anvis ci-dessus, el Visci-après.j 
« La F{ovne qui esioil sage et de jurant mémoire le 
« regarda moult aviséement, et lui fu bienavisque 
• c'estoil un de ceulx qui avoit deffié le Roy. << 
(Modus et Hacio, ms. fol. '2Hj, R\) 

li Rionnois, 

Ceus d'Englelerre et Daionois 
Aus quiex leur niorz desagréoient 
Avisecmetit les véoient. 

G. Guiarl, MS. fol. 219, Vv 

Tant font cil qui miner dévoient, 
Qxi'aviséemett t s'entrevoient. 

G. Guiarl, MS. fol. 81. V-. 

C'est par une analogie d'idées semblable à celle 
que nous avons remarquée sous l'article Advis. 
qn'advitiéoiu'Ht s'est dit au figuré pour sagement, 
prudemment. " Feist tant de prouesses sur Salphar 
" que démonté l'eusl,se ne fut esté F^icides qui 
" advhéement tourna une chasse sur eulx, qui . . . 
« les fist départir. » ;Percef. Vol. VI, fol. 3G, V° 
col. 2. — Voy. Méni. de Sully, T. Il, p. 467, etc. etc.^ 

Aviséeinetil se pourchacent. 

G. Goiarl, .MS. fol. 119, R». 

Pour à dessein, de dessein prémédité, dans cet 
autre passage : ■< ce faisoit pacience aviséement 
« pour ij causes. >• (Modus et Racio.; Dans le ms. 
fol. 258, R° ou lit uppenséemenl pour aviséement. 
(Voy. Pasquier, Recli. Liv. VIII, p. 700.) 

VARIANTES : 
ADVISÉEMENT. Rob. Est. Dict. - Percef. Vo!. VI, fol. .W. 
ÀDVisÉMENT. Oudin, Dict. — Pasq. Rech. Liv. 8, p. 700. 
.VvistEMKNT. J. de Meun, Coil. 13.")0. 
.AvisÉ.ME.NT. Méiu. de Sully, ï. II, p. 467. 
AvisEVEMENT. S. Bem. Serra, fr. .MSS. p. 62. 

Adviseinent, sm6s^ masc. Visée. Idée, avis, 
opinion. Réllexion. Esprit, jugement. Avertisse- 
ment, avis. Projet. 

On a dit, dans un sens propre et figuré tout-à-la- 
fois, prendre uviseinent en quelqu'un, pour viser 
à l'imiter, le regarder comme son modèle. 

Gentilz Roys de Loial lignée. 
En la Roytie couronnée 
Prenez le vostre aviscmcnf. 
Giotr. de Paris, à la suite du Rom. do Fauvel, MS. du R. n* 6812, fol. 53. 

Ce mot, qui signifie proprement direction de la 
vue vers un objet, s'est pris figurément pour idée, 
avis, opinion. (Voy. Adviaihe ci-dessus.) 



Jr suis de cet advisenienl 
Que loyauté leur soit gardée. 



Borel, Dicl. 



De là, pour réflexion. ■< Je remarquay 

combien il monstroit û'avisement et de résolu- 



" tion. . . . considérant et jugeant ce qui se passoil 
« autour de luy. " (Essais de Montaigne, T. III, 
page 202.) 

Dans une signification plus particulière, on a dit 
en termes de pratique, jour d'avisement, le môme 
que jour d'avis ci-dessus. (Voy. Gloss. sur les Coût, 
de Reauvoisis.) 

Pour Esprit, jugement. « Ayant fait faire trop 
" grand feu, et par conséquent se brûlant, n'eut 
" pas Vai'isetnent de se reculer ; mais envoya (juérir 
« les ma(.'ons pour reculer la cheminée. » (Apol. 
Hérodote, p. 18.) 

Enfin' d'aviser, avertir, donner avis, l'on a fail 
avisenie)it pour avertissement, avis. (Voy. Rabelais, 
pronostic. T. V, p. 1.) 

ont eu avisement, 

Sanz fere nul amendement. 
Ilist. de Fr. en vers, h la suile du R. de Fauvel, IIS. du R. n- 6812, fol. 7B. 

Par extension, ce même mot a signifié projet 
dans lequel on propose par écrit des vues, des avis, 
des moyens pour exécuter un dessein. « Fut mons- 
" tré par. ... le Ctiancelier d'Arquitnine un petit 
« advisement , le([uel. . . frère .liuiues Petit avoit 
« fait sur le gouvernement do ce Royaume. ■> 
Monstr. Vol. I,"ch. lxxxvii, fol. I'i3, \'.) 

Qu'il nous soit permis de renvoyer aux articles 
Anvis et Aiivi<:er, ceux qui voudront juger de la 
liaison et du rapport de ces ilin'crcnlcs acceptions 
figurées avec l'acception propre t\'.{dvise)nent. 

VARIANTES : 

ADVISEMEXT. Monslr. Vol. I, cli. 87, p. 14:t. V». 
Avi.sEMENT. Essais de Montaigne, T. II, p. VXi. — Id. ibid. 
T. III, p. 202. 

Adviser, verbe. Viser, regarder, considérer. 
Voir, apercevoir. Reconnoitre. Imaginer. Exami- 
ner , réfléchir , penser. Résoudre. Avertir , donner 
avis. 

Le sens propre est viser à, diriger le vis, c'est-à- 
dire la vue vers une chose, la regarder. Voy. Advis 
ci-dessus et Vis ci-après.) « Fut tellement atourné... 
" qu'il n'estoit homme, ((ui devant luy Trust veu, 
" qui jamais le tenist pour Laiicclot du Lac, si! ne 
>' Vavïsoit moult. » .Lanc. du Lac, T. III, fol. (JO, 
R» col. 1.) « Moult voulentiers Vadvisoit, la voyoil 
" avec plaisir. » (Gér. de Nevers, Part. H, p. !.•>.) 

Dame, si je vos osasse proier, 
.Moût me seroit, ce cuis, bien avenu. 
Mais il n'a pas en moi tant de vertu 
Que devant vos, vos os bien ariser. 

Ane. Pool. fr. MSS. avanl 1300, T. I, [.. SBt). 

C'est par une espèce de tautologie (ju'on a dil 
adviser à, comme dans ce passage. « On peint jus- 
« tice cachant la teste dans les cyeux, advisant à 
« Dieu seul. « jiouchet, Seiécs, Liv. 1, p. M'A.) 

Considérer une chose , c'est la regarder avec 
attention, idée accessoire exprimée par .lî'z'sf/'danS' 
le passage suivant : 



(1) demi-pique : c'est une corruption de l'allemand godendag, honjoii)-, comme l'expUque ailleurs G. Guiart. (n. e.) 



Ad 



— l'iï 



AD 



... la Dame s'abandonna 

A regarder frère Denise. 

Sa chiure et son saniblant avifse. 

Aperccue s'est la Daino 

Que frère Denise esloit famé. 

Fabl. MS. du W. n" 7318, fol. 330, V- col. 1, 

De là ce verbe a signifié voir, apercevoir, en 
recevaiU les images des ohjcts vers lesquels ou a 
dirigé sa vue, les connoiti'c par les yeux. 

Trop a grand paino h deviser 
Ce que puis en vous aviser : 
Vostre biau chief un petit sor 
Qui reluit comme le fil d'or, etc. 

Fnlil. MS. du U. n- 7!it8, fol. 218, R" col. 1. 

Arbalestriers pour traire visent ; 

Mes nul homme ans creniaus n'aviseiU. 

G. Guiart, MS. fol. 22t, H'. 
... de joie sautelle, quant vous avitsc. 
Jeh. do Loscur. clians. fr. à la suite du U. de Fauvcl, MS. du R. 
n' 0812, fol. 09. R- col. 2 

Il conserve celte signification dans le style fami- 
lier, et nous lisons dans les Fâcheux de Molière, 
T. II, act. 'i, se. 4. p. 188: 

J'avise un homme icy qui n'est pas ignorant. 

Par extension, il s'est dit dans le sens de Recon- 
noitre. 

. . . Poureuz d'estre avisez, 
et, le jour, atourz desguisez. 

G. Guiart, MS. fol. Sli, R-. 

(Yoy. Advisecr ci-après.) 

C'est par métaphore que ce même verbe a signifié 
imaginer, se représenter une chose en idée, la \o\v 
avec les yeux de l'esprit. (Voy. Sagesse de Charron, 
p. 17'J, etc. etc.) Cette acception, qui subsiste, est 
ancienne dans notre langue. 

.... quant je plus le regardoie 
De tant miex l'uevre connoissoie. 
N'est nus, tant seust aviser 
Qui la vous peust deviser. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 357 V col. 1. 

De là, examiner une chose qui est dans notre 
esprit, y réfléchir, y penser, l'aviser, la regarder, 
la considérer ; comme nous disons encore figuré- 
ment. « Advisex, bien que c'est que vous dites; car 
« vous blasphémez grandement. » (Cymb. Mundi, 
p. 69.) « Pour icelles requestes mieux 'adviser, en- 
« leriner et accomplir de tout. » (Ord. T. III, p. ^io.) 

Or advises que tu nous diras 
Et que nous responderas. 

Euit. dcsCh. Poi^s. MSS. fol. 190, col. 2. 

Qui bien avise en femme et ses fais et ses dis, 
Com elle set aidier à trestous ses amis, 
Ne sera jà tant fols que il n'ait tost apris 
Que quiconque croit femme devient poure et chetis. 
Fabl. MS. du R. n' 7615, T. I, fol. 100, R- col. 2. 

Ainsi l'on peut expliquer le verbe réciproque 
i'adviser, par réfléchir sur ce qu'on doit faire, 
penser à sa siireté. « Chers Seigneurs, advisovous; 
« car Messire Jehan Chandos est parti de Poictiers 
• à tout plus de deux cens lances. » (Froissart, 
Vol. I, p. 376.) 

En étendant cette dernière acception, l'on a dit 



aviser dans le sens de résoudre. « Parle conseil du 
« Comte d'Anjou, il (aUidviiic que, etc. -> (Joinville, 
page l(»6.) 

Kiilin adviser quebiu'iin, dans la sig:nification 
(igui'ée et subsistante d'avertii', c'est propi-emenl 
(hrigei' la vue de son esprit vers un objet, ou lui 
présenter des avis, des réflexions comme un but 
auiiuel il doit viser. (Voy. Advis ci-dessus. ) « Les 
« coureurs du Duc Baudoin, advisèrenl le Jouven- 
« cel, tellement qu'il fusl sur sa garde et ne peut 
" le Duc Baudoin riens faii-e. » [La Jouvencel, us. 
page Ml.] 

je vous prie 

Que sur ce fait m'escripvez vostre accort ; 
Et s'avisez n'estes de la partie. 
Demandez-en à l'amoureux Cliffort. 

Eust. des Ch. Poés. MSS. fol. 170, col. 1. 

On a dit proverbialement : 

Qui bien se cognoit, peu se prise ; 
Qui peu .^e prise, Dieu l'avise. 

Colçr. Dict. 

Le proverbe suivant est encore en usage : 

Un fol avise bien un sage. 

Id. ibid. 

VARIANTES : 

ADVISER. Bourgoing, Orig. Voc. vulg. p. 31. V» - Gloss. 
de Marot, etc. 
AviRER. Hist. de B. du Guescl. par Ménard, p. 492. 
Aviser. Fabl. MS. du R. n» 7989, fol. 59, R» col. 2. 

Adviseur, subst. masc. 

Du verbe Aliviser ci-dessus, reconnoitre; on a pu 
nommer adviseurs de forteresses, ceux qui vont 
reconnoitre les places qu'on veut attaquer. " Avoit 
« là ... . hardis et apperts hommes d'armes et 
« moult grans adviseurs et échelleurs de forleres- 
« ses. » (Froissart, Vol. I, p. 367.) 

Advision, subst. fém. Vision, apparition. Idée, 
fantaisie. Idée, avis, opinion. Songe. 

Ce mot, composé de la préposition latine ad et du 
substantif Visio, action de voir, a signifié vision, 
chose vue en esprit ou par les yeux du corps, ap- 
parition dans ce passage : « li Angle Deu vint à 
« Seynt Ileleyne en avision. » (Hist. de la S" Croix, 
.MS. p. 17.) 

Idée, fantaisie dans cet autre passage : 

Or oiiés d'autre avission 

Si alèrent tôt et tuit 
Cil d'Alemagne sans essogne, 
Isi com l'estore tiesmongne 
A S' Rumas de Dieu amis 
Qu'ocire fist li Rois Henris. 

Ph. Mousk, MS. p. 826 et 827. 

Idée, avis, opinion, en parlant d'une personne 
qui réfléchit sur ce qu'elle voit. (Voy. Adviaire, .\dvis 
et Advisement ci-dessus.) 

Gautiers fu biaus, de membres, de vis, et de menton ; 
Quant la Dame le voit, s'en dist s'avision : 
Puis dist à son Seignor, cist ne vaut un boton. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 3i5, V col. 2. 



AD 



- 158 



AD 



Songe, idée, pensée, imaiiinalioii d'une personne 
qui croit voir une ciiose en donnant. 

Vil li Roys en avision, 

Que la Royiie concevoit 

Un filz, Il quiex régner devoit. 

G. Guiarl, MS. fol. 11, V. 
Une nuit iert en dormissons 
Si li vint une avissioiis 
Qu'il s'en aloit pour faire guierre 
Sor les Englois en Eugletiére. 

Th. Mousk. MS. p. 340. 

De là le verhe Amsonner ci-après dans le sens de 
Rêver. 

VAKIANTES : 
ADVISION. Chron. S. Donvs. T. I, fol. 5, V». 
Avisios. Fabl. .MS. du ». ri» 7218, fol. 251, R» col. 1. 
AvisoN. Borel, Dict. - Fabl. MS. du R. w 7218, fol. 183. 
AvissiON. Ph. Mousk. MS. p. *40. 

Atlvitaillemcnt, suhst. masc. Avitaillement. 
Convoi. 

Du verbe .Vd\haili.f.h ci-après, l'on a fait .l(/iv7«;7- 
lemcnt, le même ^\n'Avu^t^taillenu'nt, pour signifier 
au premier sens, Taction de inetlre des vivres dans 
une place. (Voy. Cotgr. Dict.) 

De là, ce mot s'est pris pour les vivres mêmes 
qu'on mène dans une place, etc. pour convoi. « Le 
•< Duc de Vendosnie, adverty que de Sainct-Omer 
« et Aire devoit parlir un advita'illement. . . . dcli- 
« béra de le destrousser. » Mém. de Du Belhiv. 
Liv. X, fol. 333, V°.) 

VARIANTES ; 
ADVITAILLEME.XT. Mém. de du Rellay, Liv. X, fol. 333, V». 

.4.VICTUMLLEMENT. Cotgr. Dict. 

Advitailler, verbe. Fournir des vivres. Munir. 

>Jous disons encore dans le sens propre, Avitail- 
1er une place pour y mettre des vivres. Cependant 
on ne diroit plus, comme dans ce passage : 

Si parlireiil en bel arroy, 
Ayant désir d'y Iraveiller 
Là menant vivres et charroy, 
Pour les françoys avilailler. 

Vigil. de Charles VU, Part. I. p. 98. 

Si ce verbe, formé du substantif Vitaille ci-après, 
signifie proprement fournir de vivres, c'étoit expri- 
mer deux fois la même chose, que de dire : •■ le... 
" Chastellain avUailla son cliastel de plusieurs 
« vivrrs largement. '^ AUsl. de B. du Guesclin, par 
Ménaril, p. '29:>: 

Au reste, on a [)u faire usage de cette expression 
en étendant la sigiiilicalion propre et particulière 
(ï Advitailler, fournir de vivres, à la signification 
générale et liguiée de munir, foui'nir de vivres et 
autres munitions de toute espèce. En effet, lums 
lisons dans ce sens : " j'ay bonne forteresse.... 
« bien avitaillée de biefs, de vins et de bons sou- 
« doyers >• (kl. ibid. p. 433.) 

variantes : 

ADVITAILLER. Chron. S' Denys, T. Il, fol. 83. 

AviCTUAiLLF.n. Cotgr. Dict. 

AviTAiLLER. Vigil. de Charles Vil. l'art. I, p. 98. 



Ailvitailleur, subst. masc. Vivandier. 

Celui (|ui rouiuil des vivres. •• Nulles pourvéan- 

" ces n'enti'oyent si ce n'csioil en grand péril 

« -Vucunes fois (luelques lulviliiillciirs s'adveiitu- 
» rans pour gaigner... s'asscuibUiycnt et se bitu- 
" loyent es bailles (1) d'Audenarde, etc. » iFrois- 
sa't. Vol. II, p. 71 et 72. — Voy. Advitailler 
ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ADVITAILLEUR. Froissart, Vol. II, p. 71 et 72. 
.\1)VITA1LLIEH. Id. ibid. p. 153. 
.VVICTITAILLEUB. Id. Vol. I, p. 338. 

Adulater, verbe. Flatter. 

Kn latin (ululari. « Une... Dame.... entretenant 
•> une autre grande Dame plus ([u'elle, et luy louant 
" et exaltant ses beaulcz, elle liiy dit après : non, 
<• Madame, ce que je vous en dis, ce n'est point 
'< pour vous adultérer, voulant dire adulater. » 
(Brantôme, D" (îall. T. I, p. 3->2. — Voy. .Kwlè 
ci-après.) 

Adiilaleui", snbsl. ))iasc. et ,sh/;,s/. fém. 

Ce mol subsiste au masculin ; mais au féminin, 
on dit aujourd'hui Adulatrice pour Adtilaleuse. 
« Flaleurs et llateresses... jamais ne diront à leur 
« Seigneur ne à leur Dame chose qui leur des- 
« plaise. .. comme ceste adulateuse qui à sa Dame 
« faisoit acroire que son fils avoil eu victoire et en 
" ameiioit ses prisonniers, et c'é'loil bien le con- 
« traire; car il étoit mort. » (Le Chev." de la Tour, 
instr. à ses filles, fol. 38, R" col. 2.) 

VARIANTES ! 
ADULATEUR. Bourg, de orig. voc. vulg. p. 31, V». 
Adl'lateuse. Le Chev" de la Tour, Inslr. à ses filles, fol. .38. 

.Vdiilé, participe. Flatté. Qui flatte. 
Dans le premier sens, on lit : « La maison fort 
" habondanle'en richesses sera adolée ou flattée 
« par orgueil. » ^lIist. de la Toison-d'or, T. II. 
fol. G9.; On ponri'oit bien interpréter ici adule par 
trompi', en le faisant dériver du mot latin dolus, 
ti'omperie, d'où s'est formé peut-être le verbe latin 
Adulari. Du moins est-il certain que flatter et trom- 
per expriment deux idées très-analogues. 

Il semble que ce participe passif ait été pris dans 
une signification active, lorsqu'on a dit en parlant 
d'un Hoi: 

Par vaine et folle adulée évidence, 
Dangier y a qu'il tumbe en décadence. 
Crfiio, p. M». 
VARIANTES : 
ADULÉ. Crétin, p. 119. 
Aniii-É. llisl. de lu Toison-d'or, fol. 09. 

Adultère, subst. masc. et subst. fém. Qui viole 
la foi conjugale. Enfant adultérin. Bâtard, enfant 

ilb'gilime. 

liii mot latin Adulter, composé de la préposition 
latine (/'/ et du pronom aller, ou a fait Adultère. 



(1) avant-cour, cour des ouvrages extérieurs, basse-cour. Les écuries, les communs étaient habitueUeraent dispoeéi? 
dans la baille des chàteau.x forts du moyen-âge. (N. e.) 



AD 



— M!) — 



AI) 



Aditltre ; Avouli'ircs, avoitllre, en clian<icanl le /> 
eu V, vA CM iiroiiuii(,;uil Vu cimiiiie un. C'est ainsi 
(jne la (lillV'renie de prontmcialion, la ti-ansposi- 
tion, le lelranclicnienl, ou Taddiliou d"uiie icllre 
ont iirudiiit les orllioi;raplies Avoirc, Ai'viielri', 
Advoitllrc, A V(iiislrc\ ele. ,Voy. Am 1.11,1111. ci-dcssiius.) 

Nous iiidi(Hierons la si^niliealKin pruiire i\\\ iikiI 
Adultère sous .\ijri.Ti£iu;u ei-;iprès. Uesl suhslanlifel. 
adjeclif. tjiioiiiu'il suhsiste eoiunie adjectil', ou ne 
diroil plus l'aule adulti:rc. » Les iueonvc'uiens sont 
« sans comparaison plus grands de la faute aduUèrc 
« de la l'ciiunc ipiedu uiary. "(Sagesse de Cliarion, 
p. 170.) Il n'esl niciue guère d'usage aujourd'hui 
eonune adjeelil', (lu'en parlant des femmes. 

Ce mot, plus souvent pris comme substantif, 
désignoit et désigne encore celui qui viole la foi 
conjugale, un Adultère. On écrivoit ([iieUiuefois 
Aditltre, Avoutre, etc. ;Vov. ("Iiron. S' Itenvs. 
T. 1, fol. ôl, V".) 

Nature qui est de vin gloute. 
Ut legier en péchié se voutie. 
L'aine de cest le cors engroute. 
Guersoi (t), fols est qui ne le doute, 
Que il a iet maint homme avouln;. 

Fabl. MS. du n. n- 7218, fol. 238, V col. 1. 

Un de nos anciens Poètes a dil, d'après le .seiili- 
ment de S" Gerùme : 

Que le mary est adultère. 

Quant il de trop grant ardour aime 

Sa femme. 

Kusl. des Ch. PoOs. MSS. fol. 528, col. 1. 

Nous trouvons Avoultreusse au féminin pour 
femme adultère. « Cil qui comandat coin lapidest 
•' Vavoullreusse, comandast-il c'on accusast la 
« chaste. » (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. Sôô.) 

On a puni (iueli|uefois les Adultèies ou Adullres 
en les faisant promener nus dans les rues (Voyez 
Gloss. sur les Coutum. de Beauvoisis.) Suivant les 
anciennes Coutumes d'Orléans, « cil qui sont «co»- 
« tire, sont en la main le Roy, deus fois; la tierce, 
« ils doivent aller en essil, et leur bien sunt le Roy, 
« se il sont condamnez. Li fornicateur doit estre 
<> chastié atempréement ('2 de poine de corps. » (Voy. 
La Tliaumass. Coût, de Berri, p. 'iG8, et le mot Àdil- 
TEniE ci-après.) 

Les loix Normandes ne pronon^oient pas de 
peine : mais » si le père truitet (3; sa file en avulte- 
« rie en sa maison, u en la maison de son gendre, 
« ben li laust {-i) oure (lisez ocire) VAvultêrc. » 
(Loix Norm. art. 37, édit. de Selden. On hl Adul- 
tère, ibid. édit. de Wilkins.) 

Nous observerons que ce mot, sous les orthogra- 
phes Avoulti-e, Avoutre, etc., signifioil plus spécia- 
lement enfant adultérin. « Li aî'Oi/^r^'s sont chil qui 
« sont engendrés en famés mariées d'autrui que de 
• leurs seigneurs, de hommes mariez. « i^Beauma- 
noir, ch. 18, p. 102.) Aux termes de l'ancienne cou- 
tume de la Marche, « bastards ne succèdent à leurs 
« pères en quelque manière qu'ils soient bastards. 



" mais ils peuvent bien succéder à leurs mères, si 
" elles n'ont point d'enfans nalurels et légitimes, 
■' pourveu (juc lesdits bastards ne soient wlvoultres, 
■' ou autremeiil nez, ex damualo cuilu; car tels 
'< (tdvdultres, ou ainsi nez ne succèdent h père, 
" nièn- ou .111 très pareils. ■> On a cru devoir adoucir 
" la disposition de cet article, en décidant que 
■' bastards ne succèdent point à père ne à mère; 
« néanlmoins si la mère pour le nourrir et aliinen- 
« ter luy fait donation dcilans les termes de la 
■ Coustume, (lui est de la tierce partie de tous ses 
■' biens par teslamenl, lelledon.ition est vallable. ■- 
(Coût gén. T. II, p. 537 et .-).38.) Mais cette modifi- 
cation favorable au bâtard, à l'enfant illégitime, ne 
fait rien pour l'enfant adultérin, « à le nommer de 
" sou propre nom, en vieux francois Avoutre. nay 
'< en adultère. » 'Dupuy, Majorifé'des Rois, p. 'MH.) 

Ib'iiri, comte de Traiistamare, cherchant à éluder 
le reproche de bùtardise ([ue lui foisoit Pierre Roi 
de Castille, disoit : « .le me accorde bien que mon 
« père n'espousa pas ma mère ; mais il la fiança 
« par bonne entente, présens l'Evesque de Burset 
« plusieurs Barons ; et puis jut charnellement avec- 
» ques elle, dont je fu lors engendrez. Si le povoit 
« ma mère tenir pour mary; car il ne povoit avoir 
« autre femme; et par ce point cy, je ne suis bas- 
« tart ne avoultre. « (Ilist. de B. du Guesclin. par 
Ménard, p. 360.) 

On distinguoit donc le bastanl de VavouUrc ; ^\ 
celte distinction est en effet très-ancienne dans 
notre langue. 

Luxure confond tout là où elle s'aoutre ; 
Car maint droit héritier deshérite tout outre ; 
El hérite à grand tor', maint bastard, maint advoulti-e. 
i. de Meuii, Codicile, vers 1785. 

Cependant, il paroit que le mot Avoutre s'est 
dit aussi pour bâtard, enfant illégitime, puisqu'on 
trouve ■< Yvain ly avoustres, c'est-à-dire le bastard. 
« créé Chevalier de la Table-ronde, au second cha- 
'< pitre de cet Ordre..» (Favin, Théàt. d'bonn. 
T. II, p. 1097.) 

Borel, Oudin, Monet et Nicot, confirment celle 
interprétation, qu'on pourroit justifier d'ailleurs 
par la signification du mot Adulterie. employé dans 
le sens général d'union illégitime. (Voy. ce mot.) 

VARIANTES : 
ADULTÈRE. Loix Norm. art. 37, édit de Wilkins. 
Adcltre. Gloss. sur les Coût, de Bpauvoisis. 
Advoi-ltre. Eust. des Ch. Poés. MSS. fol. ô68, col. i. 
AvoisTRE. Borel. Dict. au mot Avoutre. 
AvoTRE. Du C. Gloss. Lat. col. 17'2 au mot Adullcrium. 
.\V0UETRE. D'Arcentré, Coût, de Bret. p. 1743. 
.4.V0ULTRE. Eust. des Ch. Poës. .MSS. toi. 330, col. 2. 
AvousTRES. Favin, Théàt. dhonn. T. IL p. 1097. 
AvoiTERRES. Gloss. du P. Labbe, p. 513. 
.\vouTiRE. Beaumanoir, anc Coutum. d'Orléans, p. 468. 
Avoutre. Beaumanoir, ch. IS. p. 102. 
.\vuLTÈRE Loix Norm. art. 37, p. 121, édit. de Selden. 
AvouLTRECSE. S. Bernard, Serm. fr. MSS. p. 355. 

■'Adultérer, verbe. Commettre un adultère. 
Commettre le péché de la chair. Altérer, corrompre. 



(1) ivrogne; mot d'origine anglaise, (x. e.) - (2) modérément. - (3; trouvoit. — (4) seroit permis. 



AD 



— 150 — 



AD 



Ce mol sig:nirie, dans le sens propre, aller î> un 
autre ; en latin (td alterum ire, d'où le composé 
adultcrare, en françois adultérer. On devient adul- 
tère et fornicateur, en allant, en s"unissant à un 
autre. De là est née l'acception d'adultérer, com- 
mettre un adultère, etc. Ainsi Adiltkkie ci-après, 
désigne proprement l'action d'aller à un autre; et 
Adiltére ci-dessus, celui qui va, qui s'unit fi un 
autre, par extension les enfans nés d'une unioi] 
criminelle ou illégitime. 

Dans le sens d'adultérer, commettre un adultère, 
on lit : " Il est... licite prendre femmes en juste 
>• guerre cl les tenir pour serves et esclaves; mais 
« il n'est licite h celuy (jui les a, de adultérer avec 
« elles. . llist. de la Toison-d'or, Vol. II, fol. 1:2 L; 
En supprimant la préposition avec, on donnoit 
quelquefois un régime à ce verbe. « David, après 
<■ qu'il cul adultéré la belle lîersabée, etc. ■ 'Car- 
tliény, voyage du Cbevalier Errant, fol. 105,' R°.) 
Mais plus souvent on l'employoït absolument ci 
sans régime. « Ils adultérèrent.... corporellement 
« par leur luxure. » fllist. de la Toison-d'or, 
Vol. II, fol. 83, V'.'; 

Chascuns se tint à sa paire 

Selon la loy, sans advoxillrer 

Et sanz nulle par force oullrer. 

Eust. des Ch. Poés. MSS. fol. 467, col. 1. 

Ce mot dans un sens plus général, a signifié com- 
mettre le péché de la chair. 

Dangier y a qu'il lumbe en décadence, 
Et que beaulté le face adultérer. 

Crétin, p. 119. 

De là, l'expression fille adultérée. « Le père de 
« Lyonore.... se lamente... pour sa lille adulté- 
o réc. » (.Peregrin d'amour, fol. 57, V°.) 

Enfin, Adultérer s'est dit pour altérer, corrom- 
pre une chose en la mêlant avec une autre. (Voy. 
Cotgr. Dict.) Les Anglois disent encore adullera'te 
en ce même sens. 

V.Ani.\NTES : 
ADCLTÉRER. ^fonstr. Vol. II, fol. 1G0, R». 
Advculther. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 467, col. 1. 

Adulterie, subst. masc. Adultère. Fornication. 
Infidélité. 

Ce mot, sous les orthographes Adulterie, Avulte- 
rie, Avoulterie, etc. paroit être du genre féminin; 
et l'on peut dire que c'est à cette terminaison fémi- 
nine qu'on doit celle des orthographes Advoultrise, 
Avoultrise; Avoitisse dans les Vers suivans : 

Plus enflambé c'ardant tison, 

Un des fils fornicacion 

C'on seust avoilisse (1) nommer, etc. 

Fal.l. MS. du II. n- 7C15, T. II, fol. 102, R- col. 2. 

Quel que soit le genre de ce mot sous ces trois 
orthographes, nous observerons qu'il pourroit être 
masculin sous celle û'adulterie. Le son obscur de 
l'e final, supprimé dans adulteri, rend assez bien 
celui de la dernière syllabe du mot latin adulterium. 



d'où adulterie, adulteire et adultère, par le retran- 
chement ou la transposition de 1'/'. Le d se change 
en i' dans avulterie. On pronom^-oit anciennement 
u comme ou. De là l'orthographe avnultrie ; 1'/ placé 
devant Vr faisoit avoultire, etc. (Voy. Anri-TÉRE ci- 
dessus.) 

C'est de la signification propre et générale 
d' Adulterie, indii|uée sous l'article AorMEHEn ci- 
dessus. (|u'esl née l'acception subsistante de notre 
mol adultère, péché qui se commet par des person- 
nes mariées, en allant, en s'unissant à quelque 
autre, ou même par une personne non mariée, 
(juand elle a commerce avec une autre ((ui l'est. On 
dislingue donc deux espères d'adultère; railultère 
simplement dit, ou le double adultère. Autrefois on 
désignoit le premier par le mot fnrnieation. « For- 
« nication est d'avoir à faire par homme (ui femme 
" mariez à autre que marié ne seroit, ou à veufve 

« ou femme de religion Xdultére est d'homme 

>■ on de femme mariez cognoistre cluu'iicllement 
« aulrpsmariez. » (Bouteill.Som. iUir. p 7;iOct 731.) 

On expliqueroit peut-être l'expression simple 
adultère, en la définissant de même que le mot 
Fornication ci-dessus. » Compositions en délicts 
« méritant peine corporelle, faiele par le fisque, 
« sera déclarée injuste et illicite ; et pourra le 
« composé eslre recherché et chaslié, tant et si 
« long-temps que le délict ne soit prescript : sça- 
« voir, le simple adultère en cinq ans, et tous au- 
« très en vingt ans. » Coût, de Bouillon, au iiouv. 
Coût. gén. T. II, p. 861, col. 1.) 

Nous lisons, que <• le Roy Contran fut trop haban- 
« donné à luxure et avoultrie. » (Chron. S' Denys, 
T. I, fol. 35.) Le mot Avouterie, donl Jean Le Maire, 
fschisni. et concil. p. 56,) s'est encoi'e servi sous 
r()ilbogi"ii)be Advnutrerie, répond au latin Adul- 
terium, dans les Sermons de S' Bernard. « Li mise- 
» ricordo de nostre Salveor assolst (2) la femme qui 
« reprise fut avouterie. » (Id. Serm. fr. mss. p. 349.) 
On lit Adulteire dans un autre passage, où il dit, 
en parlant du sens dans lequel il faut entendre les 
Peires de l'ancien testament. « Li espirilels signi- 
" ficbance k'est en lor oyvres, est voirement bêle 
« et deleitaule; mais eswàrde les par èles,si nés (3) 
" atrovcras mies hèles, si cum sunt les oyvres 
« Jacob, et li adulteires David, et maintes altres 
« choses. Précious sunt li mas (i), mais li vaissel 
« ne sunt mies précious. •> (Idem, p. '233.) 

Jean Le Eebvre, célèbre Jurisconsulte, a écrit 
qu'en France on ne punit point Vadultère. (Voy. 
De Tbou, llist. fr. T. IV, p. 531.) Cependant nous 
trouvons dans nos anciennes Coutumes et dans les 
Ordonnances de nos Bois, des peines établies pour 
ce crime. La plus ordinaire éloit de promener 
l'adultère nu par la ville, quelquefois de le fustiger, 
peines dont il pouvoit se racheter en pavant une 
amende. (Voy. Ord. T. I, p. '259 ; — T. II,' p. '259; 
— et T. III, p. 597, etc.) 

(1) Avoilisse a sa racine dans avère, désirer, et par suite signifie désir charnel, (n. e.) - (2) absout. — (3) pour neis, nec 
ipsas. (N. E.) - (4) mets. 



AD 



151 — 



AD 



Il iiaioil (in'au xiir sii'cli', ou luùlnii les femmes 
adullùres. l.a Iciuine iriui l'aisaii elViayi'i! do li'Oii- 
ver clicz olU' le radavii! d'un MoiuL', i)fudu à la 
place d'uu cuchuu, ([ue des vokuis avoieul enlevé, 
s'éci'ie : 

que ferai lasse ! 

Bien sai, je SL-iai dciiiaiii (trac ; 
Et vous siMi'z pnidus, liiax sire, 
Demain porra li slkclcs (.1) <l're 
k'od moi l'avé Irove gisant. 

Fabl. MS. du 11. Il- 7989, fol. 01, R- col. 1. 

Nous lisons encore nu'un certain Juge nommé 
Reluclie, se lit arraclier un œil pour en sauver du 
moins un ù son lils, ijui devoil les perdre tous deux 
pour crime d'adultère. 

Tels u/. èrent en sa terre ; que (.2) femme soustrayoit, 
Les deux yeux, se avoit, par droit l'on l'y trayoit. 

Son fils qu'i aimoit moult, fut pris en adortire 

Pour faveur de nature et pour justice faire 
Un œil fit à son lils et ly ung autre traire. 

Gér. de Uoussillon, MS. p. 97 ol 98. 

Suivant les loix d'Angleterre, la femme perd son 
douaire. « Ele ad dow'er de mary forfait par sou 
'■ avouteni, car ele ala de son mary à autry lyt. » 
(Britton, des Loix d'Auglet. fol. '2:>S, V°.) 

L'idée que Tacite a voulu donner de l'éloignement 
des femmes des Germains pour ce crime, semble 
combattue par l'usage où l'on étoitcliez ces peuples 
de demander en otages les enfaiis des sœurs, plutôt 
que les autres. (Voy. La Bléterie, Trad. des mœ'urs 
des Germains, p. 33-35. — Ibid. ir>8-l()(j.) Ils se 
séparoient pour cause d'adultère. 

Ce mot, pris dans un sens plus général, a signifié 
fornication, pécbé de la chair entre deux personnes 
non mariées ni liées par aucun vceu. (Voy. Du 
Gange, Gloss. lat. au mot aduUcrium.) L'amant 
d'une jeune fille, voulant excuser l'indiscrétion de 
sa conduite à son égard, lui dit : « J'ai sollicitement 
■■ pourchassé de me trouver en ta présence : ce 
« n'est pourtant pour vouleuté mauvaise, ne pour 
« adultère et lubricque opinion. .. (Peregrin d'a- 
mour, fol. 27, V".) 

Si l'on considère la foi que deux amans se pro- 
mettent, comme un engagement qu'ils doivent res- 
pecter, l'infidélité de l'un ou de l'autre est une 
espèce d'adultère. C'est en ce sens qu'on s'est servi du 
mot Advoultire, pour désigner l'infidélité de Coro- 
nis. (Voy. Eust des Ch. Poës. mss. fol. 483, col. 4.) 

.... amoit un damoisel 

Plus que Phebus son blanc oisel 

Car li corbiaux le vit ensemble, 

Joints par nature, se me semble 

Quant li corbiaux vit Wwoutirc, etc. 

G. Machaut, MS. fol. 205, W col. 2. 

VARIA.NTES : 
ADULTERIE. Loix Norra. art. 37, édit. de WUkins. 
Adoctreiue. Gloss. du P. Labbe. 
ADVouLTnisE. Al. Chartier, de l'Espérance, p. 389. 
Advoctrerie. J. Le Maire, schism. et concil. p. 56. 
i.voiTissE. Fabl. MS duR. n» 7615, T. IL fol. 192, R'col. 2. 
AvouLTRiE. Chron. S' Denys, T. L fol. 35. 
AvouLTRisE. Lanc. du Lac, T. II, fol. 127, U« col. I. 



Avoi;terik. Ménage, Dict. Elym. au mot Avoutric. 

Avoi'ïiiiE. liorej, Tlict. — Britton, des Loix d'Angl. fol. 16. 

Avi i.TKiui:. Loix Norm. art. 37, édit. de Selden. 

AiioiiTiRE. Gér. de UoussiUun, MS. p. 97 et 98. 

Aini.ri;MiK. S' liern. Serm. fr. MSS. p. 233. 

AuLLTER. Coût. tçén. T. Il, p. Wl, col. \. 

AiJUi.Ti;i:i!:. Orthographe subsisl. — Bouteill. Som. Itur. 
titn.'R, p. 730 et 731. 

,\ipii, ri:iii. Du Gange, Gloss. lat. au mot iferclricium. 

Auri.iiiiE. Rom. de la Rose, vers •17373-189.'j7. 

ADViii.riiu:. Eabl. MS du R. n» 72lK, fol. 317, R° coL 2. 

.Vuvn.NnvK (Corr. Ailvautire.) Journal de Paris, sous 
Charles VI et Vil, p. 20L 

AnvnuLTiRE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 4«3, col. i. 

Avor.TutR. l'abl. MS. du R. n» 761.">. T. II, fol. 192, R«col. 2, 

Aveu I.TIHE. G. Machaut, MS. fol. 205. K» col. 2. 

.\Viirii:uE. DuC. Gl. Lat. col 172 et 173au mot.4'/i<iferiu/(i. 

.\vor ri:uY. liritton, des Loix d'Anglet. fol. 258, V»'. 

AvûuriÈHE. Gér. de Roussillon, MS. p. 188. 

AvouTiRE. Marténe, Contin. de G. de ïyr, T. V. col. 015. 

.Vdvocussage, siilist. musc. Plaidoirie. 

Profession, fonction d'Avocat. » Les autres dienl 
" (lue ce que l'on gaigne par advocassage, que 
« c'est illicite gaing. » (Contred. de Songecreux, 
fol. 80, V".) 

.... de tous poinctz au juge m'en submetz 
Sans plus tenir termes d'avocassaige. 

Crélin. p. 96. 

(Voy. A[)vn(;ASSKM.\NT ci-dessous.) 



ADV0CAS3AGE. Contred. de Songecreux, fol. 80, V«. 
AvocAssAiGE. Crétin, p. 9G. — Farce de Palhelin, p. 1. 

Advocasseau, aubst. masc. Mauvais Avocat. 

Ce mot , formé du verbe AnvocAssER ci-après, 
exprimoit toujours une idée de mépris. La haine 
des Jésuites contre Pasquier, a fait dire à l'un d'eux, 
dans un libelle, intitulé : La chasse du Renard ou. 
Pasquiji découvert, (lue ce Jurisconsulte célèbre ne 
mérita jamais le noble filtre d'Advocat ; que c'étoit 
un Ailvocaceau de nef/les. (Pasq. Lett. ï. II, p. 797. 
— Voy. Advocateau ci-dessous.) 

VARIANTES : 
ADVOCASSEAU. Cotgr. et Oudin, Dict. 
Advog.vceau. Œuvr. de Rerai Belleau, T. II, p. 122. 
Advocassecr. Epilh. de Martin de la Porte, au mol Légiste. 

Advocassemant, suhst. masc. Plaidoirie. 
Fonction d'Avocat. (Monet , Diction. — Voyez 

Auvocassehie ci-après.) 

Advocasser, verbe. Plaider. 

Viùre la fonction d'Avocat. " L'on n'est receu 
» à'advocacer en sa cause. » (Pasquier, Monophile, 
p. 112.) Ce mot n'exprimoit autrefois aucune idée 
de mépris, puisqu'un de nos anciens Poètes, parlant 
du Jugement dernier, a dit : « Dieu advocacera, 
" jugera et accusera les pécheurs. » (Eust. des Ch. 
Poës. MSS. fol. 90, col. 3.) Il ne se prend plus aujour- 
d'hui qu'en mauvaise part. « Poyet, Chancelier de 

« France après sa destitution. ... ne rou- 

•■ gissoit pas d'aller avocasser au Pilier des consul- 
« Talions. » (Longueruana, part. I, p. 203.) 



(1) le monde. — (2) celui qui. 



AD 



15-2 



AD 



VARIANTES : 

ADVOCASSER. Ord. de l'Echiquier à la suite de lanc. 
Coutum. de Xorm. fol. 2(;. R". 
Advocacer. Pasquier, Monophile, p. 11-2. 
AvocASSER. Orth. subsist. — Farce de Pathelin. p. I. 

Advocasserie, suhst. fém. Plaidoirie. 

Piofession d'Avocal « Monsirô ay la inaiiièi'e de 
« faire sa demande de bouche en cour lave : aprcs 
< veux nionslrer comment on la peu! el doici Taire 
>• arliculrr par escrit, (jui est un des notai)les l'iiicls 
« patrociiiieiis d"fl(/i'Of(/f<'r/('. » .liouteili. Soni. rur. 
lit. l-l. p. Il-i.) 

VARIANTES : 

.\DVOCAS?ERIE Cotpr. Blet. - Tahureau, Dialog. fol. 79. 
Advocacerie. Bouleill. Som. Rur. T. II, p. 671. 

Acivocat, suhst. masc. Avocat. 

l/oliide des loix, (jnelqu'utile qu'elle soit en elle- 
mènie. exii;eaut un loisir, une opiniâtreté au travail, 
des (iualit(is cl des lalciis qu'il est rare de trouver, 
devoit naturellement n'être ciiltivce que par un 
très petit nombre de personnes. De là, celte ii^no- 
rance presque icéncrale des Loix, et la nécessité 
d'appeler ceux (jui les avoient étudiées, pour nous 
défendre contre l'oppression el l'injustice. Celui 
qu'on appeloit en pareille circonstance, fut désigné 
par le mot Advocnl, proprement appelé; en latin 
Àdvocatus «Pour ce que moult de gens ne sèvent 
" pas les couslumes couinent on doit user, ne che 
" qui appartient à leur querèle maintenir, il loit 
« à cbiaux qui ont à plediei' que il ([uiéi eut conseil 
<' et aucunes personnes qui parolcnt pour aux, et 
« chil qui parolent pour autrui, sont appelés Avo- 
« cats. » (Beaumanoir, ch. V, p. ;!-i.) 

Celte nécessité devint une loi, parce que « jamais 
« homme n'est saige en sa cause; et à ceste cause 
« est-il en justice ordonné qu'on ne le plaide point 
« par soy-mesmes, et fault faire dire son l'ait par 
« ung oflice d'Avocat. « (Le .louvencel, ms. p. ô.w.) 
Cependant nous lisons qu'il étoit permis aux parties 
de plaider elles-mêmes, sans se servir d'Avocats. 
(Vaillant, Opusc. par contre-opinion, p. 41.) Les 
femmes même pouvoieut plaider pour elles et pour 
leurs païens. Deauman. Coût, de lîcauvoisis, p. 3û.) 
Mais l'exercice de la fonction publique d'Avocat 
leur étoit interdit. (Id. ibid.; 

Sous nos derniers Hois de la seconde race, et 
sous les premiers de la troisième, lorsque l'inno- 
cence ou le bon droit des parties paroissoienl dou- 
teux, on ordonnoit souvent les gages de batailles 
judiciaires, comme une espèce d'épreuve, pour 
découvrir par l'événemenl du combat le véritable 
coupable d'un crime, ou pour décider une question 
einbai'iassante en malière civile. Les formalités qui 
pii'r(>diii(;ii|, rcssoinbldient beaucoup à celles iiu'on 
obseivoit en justice régulière. Il falloit, par exem- 
ple, que celui (|ui demandoit le gage de bataille, 
appellàl quelqu'un pour exposer les raisons sur 
lesquelles il appuyoit sa demande ; car, « si ccluy à 
" qui il touche parloit luy inesme, il pourroit plus 
" dire qu'il ne doit, par"cbalcur , haine ou autie- 



« ment ; et pour ce veut la couslume (lu'il face 
" parler par autrny, et advoue les paroles de son 
' Ailvoidt... et dira VAilviiCdt la plainle (jne son 
■ maiire fait de tel qui l'a olfeiisé, et pour ce (lu'au- 
" tremeut ne le peut prouver, il vient le gant en sa 
« main pour jelter le gage. « 'Olivier de ia Marche, 
gage de bataill. fol. l-i li°.' 

Celle espèce de jurisprudence militaire em- 
prunta, comme on voit, jusiiu'aux termes de la 
jurisiirudence civile, (jui, ù son tour, panni s'en 
être appropiié d'autres, qui n'apparlenoienl qu'à 
la première; tel est celui de Barre, em(>loyé (igu- 
rémeiit pour exception, dans ce passage: "< Quant 
« aucuns a bonne delfeiise et loiaux, Viavoras et H 
•• avantparlier doit mettre avant et proposer en 
" jugement ses delTenses et ses havres. « (Ord. T. I, 
p. ■iljl.) Le Glossaire fournira plus d'une preuve 
de la vérité de celle remarque. 

On payoit les Advorats dont on se servoit dans 
les gages de bataille; el le .luge ordonnoit le ser- 
ment pour s'assurer de la justice de la cause qu'ils 
soulenoient. (Voy. Oliv. de la Marche, gage de 
bataill. fol. ■14, H°. — 16, V".) Mais il sem'blè iiue 
ce serment étoit spécial, et que chaque cause 
exigeoil la même formalité; au lieu (pie dans les 
tribunaux des justices régulières, les Ailvocats fai- 
soient un serment général, (jui lixoit, pour ainsi 
dire, leur état. Philippe le Hardi, par son Ordon- 
nance du '2.3 octobre 127i, slalua ([ue les Advorats, 
tant du Parlement que des Bailliages et autres jus- 
tices Boyaies, feroieiit serment de ne se cliai'ger 
que de causes justes, sinon qu'ils seroient interdits. 
« Advocati autem qui juxta eam l'ormam jui'are no- 
" lueriiit, hujusmodi voluntale durante, advoca- 
" tionis ofilcium in diclis Curiis sibi noverint 
■' inlerdictum. ■■ (Ord. T. I. p. îiOO.) L'Ordoiniance 
de Philippe le Bel. datée de l'an l'291. porte que 
les Advocals feront le serment prescrit par celle 
de Pliili|)pe le Hardi, et qu'ils renouvelleront tous 
les ans. 'Id. ibid. ji. :V2-2. — Vov. aussi T. Il, p. 225 ; 
T. lV,p. .-.!-2cl.->l;i. 

Vraisemblablement la formalité du serment n'éloit 
pas encore essentielle, pour cire Advocat, sous le 
règne île S' Louis, puisiju'il n'en est point fait men- 
tion dans l'arlicle de ses étalilisscniciis, ipii a pour 
litre: « Commenblrocdssc doil contenir en cause. •■ 
Mais le .luge ou la partie pouvoient l'exiger, 
lorsqu'ils le croyoient nécessaire. Du moins nous 
lisons dans la Coutume de Beauvoisis: « Chil (pii 
" .se vient nieller d'avocation. se il est requis don 
" .luge ou de la partie contre (pii il plède, si doit 
« jurer que il tant comme il maintiendra l'oflice 
'• d'Advocat, il se maintiendra en l'office bien et 
" loiaument, el i|ue il ne soustendra îi son essient 

" ne mes que bomic (juerèle el loial Pui.s(iue il 

« a fcl chelui serement en une Court, il ne est plus 
" tenus à fère loi des ores en avant; mes devant 
" ipie il l'ait fet, il n'est pas à rechevoir en 
« advocation, se partie le débat. » (Beauman. 
ch. V, p. 33.) 

Au reste, cela ne doit s'entendre que de ceux 



AD 



- 153 - 



AD 



qui exerçoient la fonction d'Advocat d'une manière 
intéressée; « car autres gens sont qui bien puecnt 
« plaidicr pour autrui, sans fèrc scrcMiKuit (|iii 
« aparlieiil à l'ère .l(W«/s, si couinic quaul aucun 
« plède sans attente do iouier, pour aucun de son 
« lignage ou [lour aucun de ses sougiés(l) asquiex 
" il est tenus à aidicr, etc. " (id. ibid.) 

C'étoit donc pour empêcher les elTets de l'avarice 
et de la cupidité de certains Avocats, qu'on les 
assujettit h la l'ormalilé du serment. Mais, il ne 
paroit pas que cette précaution ait eu tout le 
succès qu'on devoit eu attendre, l'n l'oéle du trei- 
zième siècle, a dit eu parlant d'eux : 

Plain sont do convoitise 
Ai'ocat et Notaire ; 
Tout avant veulent estre 
Païez (le leur salaire. 
Quant ont trait de la gent 
Ce qu'il en puent traire, 
Aucune pés (21 honteuse 
Li conseillent à faire. 

Fabl. MS. du R. n" 7G15, T. II, fol. lil, U- col. 1. 

Un Auteur qui vivoit vers le milieu du quator- 
zième siècle, leur a fait le même reproche dans 
les vers suivaiis : 

Avocat court au sacrement 
Où l'en sonne or ou argent ; 
Car de la cloche n'ont ilz cure, 
S'il a afaire à povre gent. 
D'un costé et de l'autre prent : 
Et puis de paix tost prent la cure. 

Modus et Racio, MS. fol. 215, V. 

Il n'épargne pas plus les Avocats des justices 
ecclésiastiques, lorsque pour donner une idée de 
leurs pilleries, et de leur exactitude ;^ exiger les 
présens de bougie auxquels le mot esclairer dans 
le passage suivant paroit faire allusion, il dit que 
« deux des lits dame convoitise, bons Clercs et 
« bons Advocas... sont ceulx de toutes les Cours 
« Cathédraulx qui sont appeliez et qui ont plus de 
« causes; l'un a nom maistre Nichole Tricherie, 
« et l'autre maistre Thomas P'ausseté; et sont si 
« bons Advocats, qu'ûz ne pèvent avoir nulle 
« mauvaise querelle, mais que on leur esclaire, 
« car ilz ne scèvent plaidier sans lumière. » (Modus 
et Racio, MS. fol. 21.-), R".) 

On regarda bientôt la profession d'Avocat comme 
un moyen siir et facile de s'enrichir ; de sorte que 
la mépriser, c'étoit mépriser la fortune. 

Tu n'as maison n'éritaige. 
Pratique, vray sens ne usaige. 
Pour pratiquer un seul denier ; 
Et si as blasmé le mestier 
Des loys et de ïadvocacie. 

Eust des Ch. Poës. MSS. fol. 418, col. 2. 

Aussi vit-on jusqu'ft des laboureurs quitter le la- 
bourage pour exercer cette profession. 

.... les laboureurs utiles 
Sont tous marchans, ou ilz sont Advocal: ; 
Hz font mestier et demeurent aux villes. 
Et ont fermiers par lesquelz font leur cas. 



Aux povres gens ilz usent de cabas (3) ; 
Les rentes ont, et après l'héritage. 

ConlreJ. de Songecreux, fol. 73, V*. 

Kiilin les Moines abusant de leur étal voulurent 
aussi, vers la tin du quinzième siècle, être Advocats. 
(Voy. Doctrin. de Sapience, fol. 2!». Ret V"., Ce fut 
dans ce même temps qu'il fut fait défenses aux 
Avocats de tenir tavernes et hôtelleries comme ils 
faisoient, et i|u'il fut oidoiiiK' ([u'on n'en recevroit 
point s'il n'i'toit Licencié ou Bachelier. (Voy. 
Codefroy sur Charles Vlli, p. 309.) 

Il y a tout lieu de croire (]ue la principale cause 
des malversations (lu'oii reprochoit aux .\vocats, 
étoit la facilité avec huiuelle on admeltoil indistinc- 
tement toutes sortes de personnes à exercer leurs 
fonctions. Ce reproche étoit juste, pourvu (|u'il ne 
fût pas général ; nous savons qu'il y a eu de tout 
temps des Avocats dont le désiiil(>iesseiiieut iné- 
ritoit des éloges, et qui applaudissoient avec plaisir 
aux Ordonnances de nos Rois, dont l'objet étoit de 
réprimer la cupidité de ceux qui ne leur res- 
sembloient pas. Nous lisons dans les /''Jalilisnemcns 
de S' Louis, qu'un Avocat ne devoit « fère nul 
•• marchié l'i celuy pour qui il plaide, plet pen- 
« dant.... et ce appartient à loyal Avocas. >• (Ord. 
T. I, p. '2(11.) Peu de temps après, Philipiie le itardi 
et ses successeurs permirent aux Avocats de con- 
venir de leur salaire, (\u\ devoit être proportionné 
à la nature des affaires et à la condition des per- 
sonnes, sans excéder pourtant la somme de trente 
livres parisis, dans les plus importantes. (Id. ibid. 
p. 300 ; T. II, p. 225) ; et suivant une Ordiuinance 
du roi Jean, celle de trente livres tournois. (Voy. 
Dial. des Avocats, opusc. de Loisel, p. 18 'i. L'an- 
cienne Coutume de Beauvoisis étoit conf(U'me à 
celle disposition. « Li Avocats... puent peure de la 
•> partie, pour qui il plaident, le salaire convenance, 
« ne mes que il ne passent pour une querelle trente 
« livres.... et se il ne fout point de marchié à 
« chaus pour ([ui il plaident, et doivent estre payés 
« par journées selonc che que il lèvent et selonc 
'■ leur estât et che que la querelle est grant ou 

« petite et quant plet est entre VAdvocat et 

'■ chely pour (jui il a pledié, pour che que il ne se 
" puent accorder dou salaire qui ne fut pas con- 
« venancié, estimation doit estre faite par le .Juge, 
« selonc che que il void que resons est. ■> ;Beau- 
manoir, ch v, p. 33.) 

On voit qu'anciennement les Avocats avoient 
action pour être payés de leurs honoraires. Le 
préjugé d'aujourd'hui fait regarder cette action 
comme déshonorante. Il aurbit été peul-être à 
souhaiter qu'à l'imitation de Philippe le Hardi et de 
quelques-uns de ses successeurs, on eût mis des 
bornes raisonnables aux honoraires excessifs, dont 
on s'est plaint aussi fort que jamais dans les quin- 
zième, seizième et dix-septième siècles. ;Voy. Mém. 
de Comines et de Condé; — Vaillant, de l'Etat de la 
Fr. déclaré par les fiefs, fol. 17G, V° etc. etc.) 



(1) subjccti, inférieurs. (N. e.) - (2) paix. — (3) ils servent de panier, de coffre à argent, (n. e.) 
I. 



20 



ÂD 



15-4 — 



AD 



De \h, ces plaisanteries, qui ont passé en pro- 
verbes, et (lu'oii trouve répandues dans les ouvra- 
ges qui parurent ;ilors, tels tiue les Coules de 
Cholières, de Despériers el d'Eiitrapel, le /')•//(- 
temps-d'Yver, etc. etc. Colgiave en a rassemblé 
plusieurs dans son Dictionnaire, au mot Advocaï. 
« C'est aile d'.l'/coca^ vendre parolle. » (Rabelais, 
T. IV, p. -l-'À).) In Toëte de ce temps-lù, a dit en 
parlant des xVvocals : 

feront feste plus hastive 

De Sainct Duims que de Saincl Yves. 

MuUnci, p. 198. 

On voulut, en ltiO-2 et en IGli, les obliiïer ù 
mettre leur rei;u au bas de leurs écritures, confor- 
mément à l'arliile t'.LXI do l'Ordonnance de lllois ; 
mais ce lut iuutileuient. En IG14, on statua que les 
Juges laxcM-oient leurs honoraires. (Yoy. Rapine, 
étals de IGl'i, p. 77 et 78.) 

Cet usai;e est très-ancien, comme on a pu le 
remarquer plus haut, en lisant un article des 
Coutumes de Deauvoisis, que nous avons citées ; 
et l'on peut dire ([ue la profession d'Avocat étoit 
autrefois moins libre, peut-cire moins considérée 
qu'elle ne TcsL aujourd'hui. Les Gens du Parlement, 
les Juges ne maui^eoienl point avec les .\vocats, 
et Procureurs des paities. (Voy. Mém. serv. à l'Ilist. 
de Fr. lG"i3, p. 373. — Dupùy, major, des Rois, 
p. 579.) « Que cil qui tiendront le Parlement ne 
" beuvenl, ne ne mangent avec les Parties.... ne 
« les dites Parties avec euls ; ne avec les Avocats, : 
« quar l'en dit piei;à ([ue trop grande familiarité 
<• engendre grand mal. » (Ord. T. 1, p. C7G.) Cette 
défense qui se trouve dans une Ordonnance de 
1318, est limitée à certains cas, dans une autre 
Ordonnance de liili, art. VI : «One doresnavant 
« soit dclfcndu... aux Présidens et Conseillers .. 
« que ils ne mangent ne boivent avec elles (les 
« parties) à leur convy, n'avec leurs Procureurs et 
« Avocats, quand ils syauronliiuelesdits Procureurs 
« et Avocats les convieront à la retiuète et aux 
« dépens des parties. » (Joly, T. I, p. 'i'i.) 

Le litre de .Maiires, en latin Magistri, dont les 
Avocats jouissent à présent, étoit spécialement 
affecté aux Juges, sous Philippe le Bel, comme il 
paroilpar son Ordonnance de l'2!U,où nous lisons: 
<> Prœcipimus (luod Advocati sint présentes in 
« palatio, quandiu Mauistri erunt in Caméra, ut 
■' parati sint intrare ([uoties vocabuntur. « (Ord. 
T. I, p. 3'i-2.) 11 falloil qu'ils fussent toujours là, 
prêts a rc'pdndic, ([uand on les appeloit. L'Ordon- 
nance de Pliilii)[)e le Long, en date du 17 novembre 
1318, condamne à dix livres d'amende un Avocat, 
qui ne comparoit pas au Parlement lorsque la 
cause de son client y est appelée. " La partie qui 
« ne seroit oye et délivrée par la défaute de son 
« Avocaz.... seroit après oye; mais li Avoca:i en 
« payeroit dix livres d'amende.... El est assavoii' 
« et entendre des .li'ofrti.s résidens en Parlement : 
« car nulle autre partie ne seroit excusée pour 
« attendre Avoeaz estrange, ne de son pays. •> 
(Id. ibid. p, (J74.J 



On trouve dans les règlemens faits par le Par- 
lement, qu'on a publiés (Rec. des Ord. T. II, p. 
'l'ITi et suiv. , une distinction des Avocats consultans 
el (les Avocats proposans ou postulaus, les for- 
mules du serment que les uns et les autres étoient 
obligés de faire, leurs devoirs et leurs fonctions. 

Les .\vocats consultans, qui accompagnoienl les 
Avocats poslulans, faisoient leurs fonctions debout 
el derrière le premier banc. (Id. ibid.i Lorsqu'ils 
avoient prêté leur ministère à une pailie dans une 
ad'aire, ils ne pouvoient plus assister au jugement, 
et les Juges ne pouvoient leur demander conseil, 
ainsi qu'ils le faisoieni (|uel(iuefois ; c'est par cette 
raison, sans doute, (|u'on les (lualilioit consiliarii. 
ild. ibid. T. 11, p. 218.) 

Le droit Romain avoit distingué de même les 
Avocats consultans, en latin Advoeali, des Avocats 
postulaus ou Avantpuiiiers; en lalin l'(ili'oin.{\oy. 
AvANTPAiiLiKiis ci-après.) « Advoeals posliiltiiis ne 
« soient receuz à proposer autres faits, n'usages 
« pour vouloir déroguer, interpréter ou déclarer 
« les.... Coutumes. » (Coulum. gén. T. I, p. 8G8.) 
Philippe le Bel ordonna qu'un Avocat (lui cileroit 
les Coutumes à faux, fût puni comme parjure. 
(Voy. Ord. T. I, p. 32'i.) Depuis un Avocat de Paris, 
ayant avancé, en plaidant, une proposition con- 
Iraire à une loi fondamentale du royaume, l'Avocat 
général se leva, et lit contre lui un r(''(iuisitoire, 
auquel la Cour eut égard. (Rép. de Rodiu, liv. VI, 
ch. V, p. 7i8.) 

Nous lisons qu'anciennement les Avocats, quoi- 
que lettrés, étoient obligés de soutenir, par le duel, 
les accusations ([u'ils avoient faites en i)laidanl. 
;Sauv:d, Ilisl. de Paris, T. II, p. t).")"2.) 11 semble que 
cette obligation devoit regarder la partie autant que 
l'Advocat, puisque ce (lu'il disoit en présence de 
son client, étoit réputé dit par le client même. 
« Ce que li Advoeus dil, si est aussi stable, comme 
-' si les parties le disoient, quand ils entendent 
« ce ([ue il dient, et il ne le contredient présen- 
« tement. « (Ord. T. I, p. 2GI.) Il étoit naturel de 
défendre aux Avocats et aux Parties, d'insulter les 
(iensdu Parlement par des paroles outrageantes : 
" Car la lioneur du Hoy, de (jui il repi'ésentent 
" la i)ersonne, ne le doit mie souffrir. » (Ord. T. II, 
p. 2-28, col. '2.) 

Enfin, les règlemens du Parlement, que nous 
avons déjà cités, prescrivirent aux Avocats pos- 
tulaus nouvellement reçus, d'avoir beaucoup de 
délérence pour leurs anciens ; (les Avocats con- 
sultans éloient sans doute de ce nombre), et de leur 
céder les places honorables. Ils dévoient, après leur 
réception, demeurer un temps sullisant sans faire 
de fonctions, et écouler les autres. (Id. ibid. p. 226.) 

Dans la Coutume générale de Ilaynaut, les Ad- 
voeals sermentés paroissenl être les mêmes que les 
Avocals consultans et postulaus, dont nous venons 
de parler. « Si lesdits Advocat::: sermeiitex, faisoient 
« refuz de servir aucunes parties, ils devront estre 
" constraints par le Juge, s'ils n'ont excuse légitime 
.. au contraire. » (Coût. gén. T. I, p. 792.) Pas(iuier 



AD 



— 151 



AD 



dans ses Lctl. (T. 1, Liv. VII, p. '(28,) assure que les 
Avocats, pour dillérer de pluider les causes qu'ils 
sentoieiil mauvaises, fei?;noienl d'être malades. Le 
Pn'sideiit de Tiiou réforma cet al)us. 

Si le senneul, comme nous l'avons observd déjà, 
llxoit l'étal d'un Avocat, il faut cioire ([ue les Ad- 
vocats non sernientés, dont il est mention au même 
article de la Coutume de llaynaut, étoient moins 
des Avocats, tiue des l'rocurêurs-GIercs-d'Avocals. 
« Les .If/iwrt/i non scnnente:^.... quant ils yront 
« dehors i)our leurs maistres, fi cheval, ils auront 
« par joui' xxviij s.; et sans cheval, xx ,s. dedans le 
« pays. Kl s'il est besoins: que pour les négoces et 
« matières de leursdits maistres, aller hors du pays, 
« ils auront par jour xxxij s. tournois, el pour leurs 

<i escritures auront le taux ordonné aux autres 

« Advocalz. » (Coût. sén. ï. 1, p. 7!)1 et 7!)-2.) Les 
Huissiers doivent empêcher ([ue <• les Clercs des 
/liiofrt/;- ou d'autres, fassent leurs escrilures enta 
Chambre du Parlement. » (Ord. T. II, p. '225, col. 1.) 
On voit que la principale fonction de ces Clercs 
d'Avocats, étoit la même (lue celles des Avocats non 
sermenlés; que les uns et les autres faisoient les 
écritures, el qu'à ce moyen les fonctions d'Avocat 
et de Procureur se trouvoient en quelque sorte 
réunies. Il y a encore des Provinces en France, où 
les parties charg'ent les Avocats de leur procuration, 
et les Clercs de ceux-ci font les procédures. (Vail- 
lant, de l'État de la Fr. déclaré par les fiefs, fol. 179.) 
Le Conseil ordonna, en 1007, que les Avocats des 
Bailliages et Sénéchaussées seroient aussi Pro- 
cureurs. (Mém. de l'Étoile, i". suppl. T. II, p. 170.) 
L'Édil de juillet 1009, étendit la disposition de cet 
arrêt, aux Avocats en général. (Id. ibidem, p. -11'!.] 

Les Advocats postulans au Chàtelet de Paris, 
« sont tous assermentez, et conseillent, plaident et 
« demeinent les causes des personnes privées qui 
« ont affaire par-devant le.... Prévost : lesquels 
K Advocats sont tenus de venir chascun jour à l'or- 
« dinaire, el faire résidence continuelle durant le 
" siège. » (Gr. Coût, de Fr. Liv. I, p. 7.) Ils renou- 
veloient tous les ans leur serment le lendemain de 
la Quasimodo, et le premier jour plaidoyable après 
les vacations des vendanges. (Ord. T. VII, p. 705.) 
M. Secousse, dans ses recueils de pièces historiques. 
nous a conservé une Lettre du mois d'août 1358, 
tirée du Très, des Chartes, Registre 80, qui nous 
apprend que Jean Rose. Avocat'au Parlement, étoit 
en même temps Conseiller au Chàtelet. 

On convient généralement de la prééminence des 
Avocats au Parlement, sur les autres Avocats; mais 
les distinctions dont ils ont joui et dont ils jouissent 
encore, n'étant accordées qu'au mérite personnel, 
tous ont eu droit d'y prétendre, pourvu qu'ils n'ou- 
bliassent pas qu'elles étoient la récompense des 
talens, d'un sage désintéressement et d'une exacti- 
tude scrupuleuse à remplir les fonctions et les 
devoirs que les Coutumes et les Ordonnances de 
nos Rois leur avoient imposés. On peut lire le détail 
de ces devoirs et de ces fonctions dans Bouteiller, 
(Som. Rur. p. 33 et suiv.) dans le Rec. des Ord. 



(T. I, II, etc.) Fn s'en acquittant ndèlement, les Avo- 
cats parvinrent à mettre l'excellenceet la noblesse de 
leur professinn au pair «le la Chevalerie. ■■ Pour ce 
" sont-ils appelés, en droit ('ciil. Chevaliers de 
« Liiix, et doivent et peuvent porter d'or comme les 
" Chevaliers. « JRouleill. Som. Rur. p. 071.) Le 
même Auteur ajoute que le gain qu'ils font, non 
plus (|uc celui, fait en Chevalerie n'est point rap- 
poi'té par le fils lors du partage de la succession de 
son pèie. Ihid. p. 072.; Encore aujourd'hui dans la 
Grand'Chambre du Parlement de Bordeaux, il y a 
un hanc où ont accoutumé de s'asseoir les Avocats 
et les Gentilshommes. (.Mém. serv. à l'Ilist. de Fr. 
102;î, p. 417 et 418.) 

On voit dans les Mém. de Comines, Ip. 433,) qu'en 
1484, les Avocats du Parlement curent rang après 
les Magistrats de cette Cour. En 1491, ils étoient à 
l'entrée d'Anne de Bretagne, femme de Charles VIII, 
avec leurs chaperons fourrés. Ils avoient l'Avocat 
du Roi à leur tète. (Godefioy, sur Charl. VIll, p. 625.) 

On peut regarder ces chaperons fourrés comme 
un reste de leur ancien habillement. Un Poëte du 
xui' siècle, a dit: 

Li Avocat qui ont 

Les grans chapes foirêes, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. H fol. Ul, R' col. 1. 

Voyez sur leurs anciens habillemens, leurs robes 
d'écarlate, rouges ou violettes, et leurs chaperons, 
(Loysel, Dial. des Avocats, opusc. p. 401 et 482.) 

Il yavoit en 1559, trois cents Avocats au Par- 
lement. (Mém. de Casteln. T I, p. G ) Leur réputation 
étoit égale îi celle de ces Avocats, que nos Rois ont 
consultés autrefois, sur l'utilité des établissemens 
qu'on proposoit de faire dans les différentes villes 
du royaume. (Ord. T. II, p. 201; T. III, p. 592; 
ï.IV, p. 709); deces Avocats, dis-je, si souvent em- 
ployés dans des négociations importantes, et dont 
on trouve les noms dans les traités conclus, surtout 
depuis le xiv jusqu'au xti« siècle. C'est ainsi que 
Nicolas Bataille, fameux .Vvocat, fut nommé Com- 
missaire de Louis XI, pour conclure une trêve avec 
le Duc de Bourgogne. (Vov. Mém. de Comines, iii-4° 
T. m, p. 293.) 

On prenoit de simples Avocats pour plaider pour 
le Roi, et faire les fonctions que font aujourd'hui 
les Avocats généraux. fLoysel, Dial. des Avocats, 
opusc. p. 409.) En effet, Guillaume de Dormans 
qualifié Avocat général, Advocatits rjeneralis, au 
commencement d'une Ordonnance, est appelé plus 
bas, Advocat au Parlement. (Voy. Ord. T. III, p. 447.) 

Il semble que l'Ordonnancedu 28 Mai 1359, par 
laquelle Régnant Dacy fut rétabli dans son office 
d'Avocat général, distingue cette qualité de celle 
d'Avocat du Roi. Il y est nommé « Général Advocat 
« en Parlement, et aussi espécial Advocat de Mon- 
« sieur et de nous, (c'est-à-dire du Roi et du Régent) 
'< ou dit Parlement. » (Ord. T. III, p. 340.) Pasquier, 
dans ses Rech. (Liv. II. p. 48'. a remarqué cette dis- 
tinction, sans nous apprendre en quoi elle consiste. 
Lorsqu'il s'agissoit d'alïaires qui intéressoient le 
Roi personnellement, ou qui paroissoient n'avoir 



AD 



— 156 — 



AD 



qu'un rapport indirect à radministralion générale 
du Hoyaume, on se permelloil de considérei' le lloi 
comme un particulier; et l'Advccat général devenoit 
l'Advocat Particulier du Roi. 

S'il éloil question d'uric alTairc criminelle, c'étoit 
l'Advocat Ciiminel du Uoi. l.e Comte d'Arma^;nac, 
ayant envoyé, en liiô, des Députés îi Cliarles VII, 
pour se justitier auprès du lloi, et lui demander 
justice, lors(iue le ■• Proposant qui esloit assisté en 
« faveur d'iceUiy comte dKrmiiiac. d'aucuns grands 
« Seigneurs... eut Uni ladite proposition, l'Advocat 
« Criminel du Huij, (jui esloit là présent, nommé 
« Maistre Jean Uarliin, se leva, etc. » (Mattli. de 
Coucy, ilist. de Charles Vil, p. 5'»".) 

En matière de lise, l'Avocat i;énéral prenoit quel- 
quefois le titre d'Avocat fiscal. Du moins trouvons- 
nous que l'Avocat général, Juvcnal des l'rsins, est 
gualilié Avocat fiscal, dans Godefroy, (Ilist. de 
Charles Vil. p. 177;) et qu'on a délini l'Advocat du 
Roy, Advocatiis vel patronus fisci. (Laur. Gloss. du 
Di'oit fr.j 

Dans les .Justices seigneuriales, l'.Vdvocat d'Office 
devoitèlre le » premier Avocat en la Cour du Sei- 
« gneur qu'il représente, si comme l'Advocat du 
« litifi es Cours Royaux. » Rouloill. Som. lit. ii, p. 
G7;i./l/Advocat géni'ral doit toujours conclure pour 
le Roi. (Vaillant,' de l'État de la f'r. déclaré par les 
fiefs, fol. 1-i.) De même l'Advocat d'office ne peut 
jamais « estre contre iceluy Seigneur en cas de 
« Advocacerie. » (Routeill. Som. Rur. p. G73.) 

La commission d'Avocat général éloit ancienne- 
ment donnée par le Procureur général. iVoy. Rep. 
de Rodin, p. '288.) L'un et l'autre faisoient autrefois 
les fonctions d'Avocats au Conseil. (Voy. Cochet, 
Traité de l'Induit.) 

L'Avocat général, fondé de procuration du Roi, 
inteijelle ap|)el, en l'«88, des Lettres monitoriales 
d'Innocent Vlll, données contre les Flamands. (Go- 
defroy, Ilist. de Charles VI, p. 177.) Sous le règne 
de ce même Prince, .luvenal des Ursins, Avocat 
général se met à la tèlc du iieuple, et vient à l'ilùtel 
de Saint-Poi, prier le Roi de donner la paix. (Choisy, 
vie de Charles VI, p. 'ilC.) 

.Nous lisons cependant que ce fut en 16D7, (\ue 
les Avocats généraux des Cours supérieures de 
Paris, firent pour la première fois des harangues au 
Roi, lorsque ces Cours allèrent lui faire des com- 
plimens sur la |)aix. (Leltr. Ilist. T. II, p. (108.) 

Kn 1588, on vouloit vendre la charge d'Avocat 
général, (piinze mille écus. Klle avoit alors trois 
mille livres de gages. (Pasquier, Leltr. ï. 11, p. G.) 

L'Avocat du Roi, distingué de l'Avocat général 
étoit, comme aujourd'hui, dans les Cours ou Juri- 
dictions sulialleriies, ce que celui-ci étoit dans les 
Cours supérieures. Au Chàtelet, « le Piocureurdu 
« Roy... conduit et demeine les causes du Roy, tant 
« par luy, ([u'aussi par l'Advocat à ce estahly et 
« commis par le Roy. •> (Gr. Coût, de Fr. Liv. 1, p. 7. 
- Voy. Ord. T. I, p. 4.) 

Quant aux Avocats poslulans, ils « sont tous asser- 
• mentez, et conseillent, plaident et demeinent les 



« causes des personnes privées qui oui affaire par- 
" devant le... Pi'cvost: lesiiuels.lrfcoca/ssont tenus 
" de venir chacun jour à l'ordinaire, et faire rési- 
« dence continuelle durant le siège. ■■ (Gr. Coût, de 
Fr. uhi siiprà.) 

11 est fait mention, (ihid. Liv. IV, p. 51G,) d'un 
Raoul Pimont Advocatde S' Denys. C'étoit vraisem- 
hlaiilemeiit l'Advoué de celle Ahbaye. (Voyez .\dvoi)é 
ci-après.) 

.Nous trouvons dans ré()itaiilie de Pathelin, l'ex- 
pression AdvdCdt sous l'orDw, iiui est devenue 
proverbiale. Klle semble désigner l'orme près des 
l)aroisses ou deschàleaux, sous lequel se faisoient 
anciennement les plaidoiries. On a dit de même, 
Jufjcs Sduti l'Orme. (Voy. Les Opusc. de Loysel, p. 72.) 

On lit au figuré : 

Ha ! bone amour, par la franchiso 

En qui j'ai mon entente mise, 

Te pri que la vuelles liaster, 

Et mètre li une estincele 

Ue ton feu desous la mamele 
Pour embraser. 
Car je n'i sai meUour avocat en ceste cause trouver, 
Ne qui si bien parfaitement i sache procéder. 

Chans. fr. du Xlll" siScle, MS. de lioiiliior, fol. 328, R- col. I. 

Un doulz baisiers est trop bons adrocas. 

Eusl. des Ch. Po6s. MSS. fol. i39, col. I. 

VAni.\NTES : 
.\DVOCAT. Le Jouvencel, MS. p. SfiC. 
Advocas. Enst. des Ch. Poës. MS.S. fol. 90, col. 3. 

Advocate, suhst. fém. Protecirice. 

Celle (lui soutient, qui défend les intérêts de 
quebiu'un auprès d'un autre; en lalin Advorata. 
(Voy. Advoc.vt ci-dessus.) <• A donc parlast l' Advocate 
« des pucelles, et dist, etc. » (Percef. Vol. VI, fol. G7, 
R'col. 1.) 

Dans ce même sens, on dit encore Avocate , en 
parlant de la Sainte Vierge, l' Advocate, o\\ coiuine 
on écrivoit autrefois l'Advocasse des pécheurs. (Voy. 
Ilist. des trois Maries, en vers, ms. p. 210. 

VARIANTES : 
ADVOCATE. Percef. Vol. VI, fol. C7, R" col. 1. 
Advocassk, Ilist. des trois Maries, en vers, M.S. p. 'MO. 

Advocateau, subst. masc. Dimiuulif d'Avocat 
On l'employoit comme terme de mépris. 

De cause qu'il soit or endroit, 
.V la Court no nous fait-on droit. 
Sers, vilains, avocaleriaus 
Sont devonuz emperiaus. 

Ilist. de Fr. cii \n>, iil/i «iipid. 

(Voy. Advocasseau ci-dessus.) 

VARIANTES : 
ADVOCATEAU. Fabl. MS. du H. n" Till.-., T. II, fui. Ml. 
AvoG.VTERiAU. Ilist. de Fr. en v.-is, à la suite du !M:n. de 
Fauvel, MS. du R. n» 0812, fol. 85, V" col 1. 

Advocatcur, subst. masc. Celui qui appelle. 

Champion en termes tle Chevalerie; celui (pii 
appelle, (lui provo(iiii! (lueliiu'uN au combat. ■■ Par 
« ma l'oy. dist-il, bien venu ;i lourde mon emprinse ; 
« suis sims^Uivocalcur. « (PerceL Vol. V, fol. 111.) 



AD 



— Jr>7 - 



AD 



Advoratie, Hitbst. fciii. l'iMiiloirie. rroleclion, 
assislaiii'c. 

Ce mot, dans le premier sens, signifioil [ilaidoi- 
rie, l'art de plaider une eause. 

Est-ce grant fait à'avocacie ■? 
Se lu m'as, pas ne te soussie : 
Car ton plaidoié sera bon. 

l'.ust. des Cil. Pofs. MSS. fol. 373, col. 4. 

l'iaidoifie, la profession, lexereice qu'on en fait, 
dans eet autre passage : 

Avez-vous paonr de tricherie? 
Ouil, pour vostre ailvocacic. 
Car je ne sçaroie plaidier 
Contre vous ne m'en vueille aider. 

Eusl. des Ch. PoJs. SK-^S. fol. 37V, col. 2. 

{Voy. Cotgr. Dict. et Du Gange, Gioss. lat. col. 
178, au mol Advocatia d'où Advocatie. — Voyez 
aussi Advocasskiuk ci-dessus, et Auvocation ci-après.) 

On protège celui dont on plaide la cause. De \h le 
mot Advocatie, expliiiué dans le sens d'AuvonEiuE 
ci-après, protection, assistance. (Cotgr. Dict. — 
Voy. AuvouAisoN ci-dessous.) 

VARIANTES : 
ADVOCATIE. Cotgr. Dict. 

Advocacii;. Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 418, col. 2. 
AvocACiE. Gloss. sur les Coût, de lieauvoisis. 
AvocASSiE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 37G, col. 1. 

Advocatière, siibst. fém. Protectrice. 

Celle qui protège, qui soutient le libertinage ; 
« Maquerelle, peut être nommée communëmenl 
<• VAdvocate des péclieurs. » (Voy. Rabelais, T. V, 
pronostic. Pantagr. p. l'<, note 27.) Le Ducbat 
observe ibid. que le mot AnvocATiÉuE manque dans 
l'édition de 154'2; mais qu'il se trouve dans celles 
de 1553 et de 1559. 

Advocation, subst. fem. Plaidoirie. Terme 
collectif d'Avocats, ou demeure des Avocats. 

On peut dire que le sens propre û'Advocalion, est 
le même (lueceluid'ÉvocAiioN ci-après, l'action d'ap- 
peler. De lîi, ce mot pris tigurémeiil a signifié plai- 
doirie, l'art de plaider une cause. (Voy. Advoc.\t et 
Advocatie ci-dessus.) 

Il n'y a nul qui se cognoisse 
Si hault en aclvocation. 

Farce de Palhelin, p. 4. 

Cet art étant devenu un état, on a dit, estât d'ad- 
vocacion pour désigner la profession, l'exercice de 
la plaidoirie. (Voy. Eust. desGh. Poës. mss. fol. 427, 
col. 1); ou tout simplement Advocation. Un Avocat 
(lui n'avoit pas prêté serment, n'étoit pas à reche- 
voir en advocation, si la partie s'y opposoit. (Voy. 
Beaumanoir, Goût, de Beauvoisis, p. 33.) 

Il semble que ce mot ait signiOé par extension la 
personne ou la demeure de ceux qui exerçoient la 
plaidoirie. 

Par gens d'armes est li peuples robes; 
Es prières (i), et es religions (2), 



Es maisons Dieu (:t) vont prendre leur hoslelz. 

Es bourgs du lloy, es advocacioiis, 

El au.x juges gardans jurisdicions, 

De ces trois-cy quicrent chevaux et draps. 

Eusl. des Ch. PoCs. U!^S. fol. 2G3, col. 4. 

VAIIIANTES : 
ADVOCATIOX. Farce de Palhelin, p. 4. 
Advocacion. Eust. des Ch. Poës. SlSS. fol. 20:}, col. 4. 
AvocACiON. Eabl. MS. du R. n- 7015, T. II, fol. 190, V» col. i. 

Adv()(|«ier, vcvhc. A|)peler. Évoquer. 

Du latin Ailvoca)'c, ou a fait Advoquev, avocer, 
etc. proprement aiipeier, faire venir à soi. « L'on 
<■ a jour de gareiis amener, selon le leuc, où il dit 
« que il sont, quant l'on les avoce. » 'Assis, de 
Jérus. [). 7'i.j > Uuant celui ([ui a ses garens... 
« avocliics amené/, en la Court, il doit dire par son 
« Conseil au Seignor, etc. ■> (Ibid. p. GO. — Voy. 
EvoQi EH ci-après.) 

Quoique les verbes Advoquer et Evoquer, en latia 
Evocare et Advocare, signifient tous deux appeler, 
ils diffèrent néanmoins par les prépositions dont 
ils sont composés. Il semble donc qu'on ait con- 
fondu la signification de ces mêmes prépositions, 
lorsqu'on a dit Advoquer, pour Evoquer, propre- 
ment appeler, faire venir de quelque lieu ; en ter- 
mes de procédure, tirer une cause d'un tribunal à 
un autre. " La Cour souveraine ne devra avoquer 
'■ causes pendantes indécises et commencées par 
" devant les Justices inférieures, sinon par voye 
« d'appel, ou en cas de dilation ou dénégation 
.. de Justice, etc. » (Coût, de Bouillon, au nouv. 
Coût. gén. T. II, p. 810, col. 1.) 



.\DVOQUER. Ord. T. V. p. 426. 

Avocer. Assis, de Jérusalem, p. 74. 

AvocuiEn. Id. ibid. p. GO. 

AvoQUEn. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 8Wj, col 1. 

Advou, subat. masc. Reconnoissance, déclara- 
tion. Réclamation. Approbation, consentement. 

Ménage a cherché l'étymologie de ce mot dans 
Advocacium, qu'il dérive du latin Advocare. Mais 
si, comme il y a lieu de le croire, AdvouercsKormé 
de ce verbe latin, il semble qu'il auroit pu dire, 
avec Gaseneuve, que du \erhe Advouer,aveuer, etc. 
déclarer, on a fait Advou, Aveu. 

Ce mot signifie déclaration en général, confes- 
sion et reconnoissance. (Nicot, Dict.) « Selon ce on 
•' dit en matière féodale, bailler adveu parle Vassal 
« h son Seigneur de fief, qui est le dénombrement 
" et déclaration par le menu des choses esquelles 
« se consiste le fief tenu de luy, auquel est en teste 
« Vadvcu dudit Vassal, c'est-à-dire, la reconnois- 
« sance et confession par escrit que le Vassal fait 
« de tenir dudit Seigneur feodalles choses conte- 
" nues audit dénombrement qui s'ensuit : à cause 
•' de laquelle intitulation dudit dénombrement, 
" icelle déclaration mesmes est appelée adveu. » 
Id. ibid.i Cette distinction de l'aveu et du dénoin- 



(1) Églises. - (2) Monastères. — (3) Hôpitaux. 



AD 



- 158 — 



AD 



bremcnt ou déclaration, dinU il est suivi, est justi- 
fiée par l'ancien usage, suivant letiucl les Vassaux 
Advouoïenl en gros seulement, ce qu'ils tenoient de 
leurs Seigneurs ; mais ceux-ci pour empêcher la 
fraude de leurs Vassaux, les obligirenl dans la suite 
à en faire le dénombrement, la déclaration par le 
menu. Ces termes employés dans la délinition du 
mot . !(/!'(•», par Nicot, expliquent celui de minu, 
dont plusieurs Coutumes se sont servi pour signifier 
déni)uibrement. « Tous sujets teuans fiefs et juris- 
« diction, bailleront leurs iitlveux- et minus dedans 
« l'an à compter du jour qu'ils sont venus à nou- 
voile possession desdils fiefs. » (Coût. gén. T. II, 
p. 770. — Voy. Laur. Gloss. du Droit fr. au mot 
Adveu., 

Ces déclarations, ces dénombrcmenséloientdonc 
distingués de l'ailvcu. Dans la coutume de Vilry, 
article lir>, on entend par adveu et dénombrement 
des hommes et femmes de corps, Vai'cui\\ie le Vas- 
sal donne au Seigneur féodal, avec le dénombre- 
ment de ses terres et droits. (Voy. Laur. Gloss. du 
Dr. fr.) L'oubli de cette distinction a souvent fait 
confondre les aveux et les dénomhremens. De là, 
ces termes pris indilléremmenl eu matièîre féodale. 
(Voy. Douteill. Soni. liur. p. .MO, note.) « On dicl 
« déclaration pour les héritages roturiers que le 
« propriétaire et tenancier est tenu bailler au Sei- 
« gneur censier. « Id. ibid.^ Quoi qu'il en soit de 
cette remarque, elle ne peut être générale puisque 
plusieurs Coutumes ont employé comme synonymes 
les mots adveu et déclaration. (Voy. Laur. 
Gloss. du Dr. fr.) 

On peut consulter Loisel, 'Instit. Coût. T. I, 
p. 20;) et Du Cange, (Gloss. lat. col. 177 et seq.) sur 
l'origine et la nature des aveux. Anciennement 
l'aveu et la foi se faisoient dans le même temps. 
(Voy. Ord. T. I, p. "270, note.) Et les contestations 
en matière d"/l 11^)/, se torminoient parenquêtedans 
les Justices Royales, et par le duel dans celles des 
Seigneurs. (Voy. Ibid. p. '277.) 

Pour entendre ce que signifient les expressions 
« droit de nouvel adveu, adveu de servitude », il 
faut savoir que suivant la Coutume de Berry, 
« tous estrangers venans demeurer on la dicte terre 
«' et justice devenoient gens franchs, du Seigneur, 
« par demeure d'an et jour, si dans l'espace de ce 
lems ils n'avoicnt f lit adveu de servitude ez Sei- 
" gneurs ayans (/rrt/c/ f/c HOHiv'/ ru/ir». » fLaThnu- 
mass. Coût, de Berry, p. 'i(t8. Id. iliid. p. "211.) Ces 
adveux, comme on voit, se donnoient par les Au- 
bains on Étrangers, au Seigneur dans la terre 
duquel ils venoient s'établir. Les Vavasseursavolent 
droit de nouvel adveu. En conséquence ils succé- 
doient « pur droictde mortaille h tous et chacuns 
leurs hommes et femmes serfs décédés sans en- 
« fans, etc. » (Fd. ibid. p. 201.) 

C'est un axiome en jurisprudence féodale, que 
VAdveu emporte l'homme, tant en matière civile 
que criminelle. (Voy. Ord. T. I, p. 137.) Il y avoit 



pourtant exception, lorsque le criminel étoit pris 
sur le fait. « Se aucune justice prend un bons le 
' Roy, ou aucun juslisable (|ui au lîoy &'avoe, en 
« quelque meschief (jue ce soit eu présent fet eu sa 
« justice on en sa Seignorie, et il noie (t i le [u'esent, 
« la justice qui le suivra, si prouvera le présent par- 
« devant la justice le Roi.... et le présent prouvé 
« loiaulment ou conneu, l'en le rcndroit en la Cort 
« de ceux ([ui le teudruieiil pour justicier ; et se li 
" présent n'est prouvés soiilTisammeut, il demoer- 
« roit en la Cort que il aura avoé, pour justicier 
" par la Coutume de Baronnie. » (Ord. T. 1, p. 247.) 
Mais en général Vaveu emportoit l'homme, c'est-à- 
dire qu'il étoit justiciable de corps et de meuble, où 
il levoit et coucboit. Ainsi quand il éloit poursuivi 
pour le délit commis, en s'avouant du Seigneur 
sous le(iucl il levoit et coucboit, il devoit être ren- 
voyé eu la .Justice de ce même Seigneur. Il eu étoit 
de même lorsque le Seigneur rti'o»r)/7, rcilemaudoit 
lui même son homme. (Voy. Ijoisel, Instit. Coût. 
Liv. I, lit. 1, règle 20.) 

On trouve dans cet ancien usage l'oiigine de 
l'expression subsistante, « gens sans aveu. » L'au- 
teur du .lournal de Paris, sous Charles VI et VII, 
p. H),"), a (lit en parlant de Larrons et de Brigans, 
« faisoient tant de manlx que nul ne le diroit, et si 
« n'avoient point d'aveu et nu\ cslanàavl. ■> 

Xous remarquerons ici que les .{ilveux, dès le 
commencement du xiv siècle au plus lard, étoient 
connus sous le nom û'Advocaliones, et que dans 
plusieurs Coutumes, on lit nommée pour adveu, 
(Voy. Nouv. Traité de Diplom. T. I, p. /i20. — Laur. 
(îinss. du Dr. fr.) Celte remarque servira peul-ctreà 
r'oiiili'(! |)lus sensible le rapport des acceplions parti- 
culières de ce mot, avec l'acception générale appe- 
ler, indiquée sous différens articles, telsqu'.lf/i'OfO- 
tion, Advorjuer, Advouer. En effet Adveu dans le 
sens de reconnoissance, déclaration, acte par 
lerinel un Vassal nomme le Seigneur dont il relève, 
exprime une idée liée en quelque sorte à l'idée gé- 
nérale d'Advoquer, appeler. 

De même, dans le sens de réclamation, revendi- 
cation. (Voy. AiivoLKR ci-après.) » La vindication et 
« desponillement de meubles, est appelé Adveu, 
'< dont mention est faicteenquehiues Couslnmes. « 
(Gr. Coût, de Kr. Liv. II, p. IX).) Celle action 
« compète à celuy qui demande la chose qu'il main- 
« tient (qu'il appelle) sienne, luy eslre restituée. » 
(Ibid.) « Faut noter que pour simples meubles, l'on 
« ne peut intenter complainte possessoire; ains en 
« iceux échet adveu et contr'adveu, s'il n'étoit 
« question d'université de meubles, comme en 
« succession collatérale. » (Laur. Cdoss. du Dr. fr.) 

De là, mettre adveu a signifié réclamer, peut- 
être saisir en réclamant. « Se aucun habilanl de la 
« ville et cité de Bayonne, veut mettre ban, adveu, 
« arrest ou autre empeschement sur aucune chose 
« meuble, ou sur les fruicts pendens en chose im- 
« meuble, etc. » (Coutuin. gén. T. II, p. 714.) 



(1) nejn/, nie. 



AD 



— ir.'.t — 



AD 



Advcii dans ce passade, seiiil)lc it'pondro au inol 
sauveji'arde. (Voy. (!r. ('.oui. de l'r. Liv. Il, !>. I.T..) 

Lorsque celte aclion ii'c'loil pas fondée, et (|ue 
VAdvru avoit viédcncnioil applcif/é, fameudeéUiil 
(le soixante sous. (Voy. C-imiI, de Tours, au Coul. 
gén. T II, p. '2.").) 

Ij'Adi'CU (tpjilcijc avoit lieu, tant ixnir les cImiscs 
mobiiiaires qu'ininudiiliaires. I, 'ancienne Container 
de Poitou, (Liv. Il, chaii. 'il, arl. 2), le distingue de 
VappU'dcinent. " Advcus applcac::, ont convenance 
n avec applc'i^emens, en lant(|u'est de donner piège, 
« et que la ciiose est tenue en main de court; et se 
« dillerent d'applégenienl et se concordent avec 
« demandes simples en tant ([ne avec la possession 
« est traite de la propriété; et îi perdre la cause 
« par contumace, il convient quatre dcfaulx comme 
« en demande simple, et l'amendi! n'y est (pie sim- 
« pie, et en applégemcns, elle est de siùxaute sols 
« un denier tournois. » (Voy. Laur. (Iloss. du Ur. l'r.) 

On a substitué dans la suite à cette f(U'me de 
procéder « une poursuyle civile ou criminelle pour 
« la restitution des meubles, dont par requcste 
« présentée au Juge on peut demander l'exliibilion 
« pour la reconnoissance. « \(^v. l'.out. de France, 
Livre II, page 135.) 

Nous disons encore Aveu pour approbation, con- 
sentement ; signification empruntée du verbe Au- 
voL'ER ci-après,"et que l'on trouve dans cette ancienne 
façon de parler, c/i6'oir f H rtf/DCii. « Officiers... que 
« eulx... voudront avouei', et qui cherront en ave;/, 
« c'esl-à-dire, qui seront dans le cas d'être avoués, 
« approuvés. » (Voy. Ord. T. Y, p. 52-4.) On nediroil 
plus à mon adveu pour de mon aveu. (Voy. Nicot, 
Rob. Est. et Cotgr. Dict.) 

VAHIANTES : 

ADVOU. Ménage, Dict. étym. au mot Adveu. 
Adveu. Nicot, Rob. Est. et Cot^r. Dict. 
Aveu. Orth. subsist. - Ord. T. V, p. 524. 

Advouaison , s»/;s^ fém. Protection, garde, 
défense. Patronage. 

On a souvent employé ce mot, le même qu'Ao- 
vouERiE ci-après, dans le sens de protection , garde, 
défense. (Monet, Dict. — Pithou, Mém. surles'Com- 
tes de Champagne et de Brie. — Laur. (iloss. du 
Dr. fr. etc. etc.) Les Eglises, Abbayes et Monastères, 
fondés dans l'étendue d'une Seigneurie, éloient 
presque toujours sous la protection du Seigneur. 
De là, on a dit : » Quant à nos fées, soit enquis des 
« églises cathédrales, perochiales et religions, et 
« de mesons de religion et de hospitals... quex 
« sounlde nostre flvoHSou... et par quex ilz ount 
« esté sustrelz. » (Britton, des Loix d'Angl. fol. 27.) 

Ces sortes d'usurpations auroient été vraisem- 
blablemenl moins ù craindre, sans les droits utiles 
et honorifiques attachés à la garde ou protection 
des Eglises. Tel est le droit de Patronage , désigné 
par Avo«'SO/i dans ce passage: « Fées et... Avowsons 
« de Esglises... que dyvent estre tenus de nous en 



. cliicfe, etc. " 'Id. ibid. fol. 27, \". — Voy. Tenures 
de Littlet. fol. 121, U°.) 

VAniANTES : 
AbVoUAISON. Cot. Dict. — Skinner, voc. forens. Expositio. 
\i.s.ii:si).N. Pitliou. Coût, de ïroyes, p. 540. 
.\h\(iisoN. liorel, Dict. au mot Advnerie. 
.\voisr)N. Chron. Saint Denys, T. II, fol. 2Gi. 
AvousoN. Uritton, des Loix d'Anal, fol. 27, R". 
Avowso.v. Tenures de Littleton, fol. 121, R». 

Advouateur, subst. musc. Celui (jui réclame. 

Plusieurs de nos anciennes Coutumes ont em- 
ployé ce mol, pour désigner celui qui Advoue, qui 
réclame son bétail pris en dommage sur l'héritage 
d'aulrui. (Voy. Du Cange, Gloss. lat. ubi $upra.) 
« \,'Adi'()ualt'iivei[ tenu resarcir(l) ledommageque 
« le beslail aura donné. " (Coût. gén. T. II, p. G."i2.) 

11 avoit encore quelques autres significalions 
particulières, analogues à celles du verbe Advouer 
ci-après. (Voy. Cotgr. Dict.) 



ADVOUATEUR. Cotgr. Dict. 

Advoateur. Du C. Gloss. lat. col. 193, au mot Advocator. 

AdvoiK', siiJtKt. fém. Avocat. Champion. Pro- 
tecteur d'une llgiisc ou Abbaye. Officier municipal. 
Tuteur. Mari, l'upille, mineur. Prolecteur, défen- 
seur. Seigneur. Vassal. Père et Fils adoptifs. 

La signification propre â'Advoué, participe du 
verbe Advoier ci-après, employé comme substantif, 
est la même que celle d'AnvocAT ci-dessus. L'un et 
l'autre ont désigné celui que la nécessité el les loix 
nous obligent d'appeler à notre secours contre l'in- 
justice et l'oppression. 

Anciennement dans les Cours oi^i l'on jugeoit par 
conjure (2), il falloit que les Clercs, Bourgeois, 
Veufves et Damoiselles, parce qu'ils jouissoient de 
certains privilèges, se présentassent paradvoué qui 
ne fût bourgeois ne clerc. Il devoil être « couchant 
" ou levant du Seigneur... afin, si faute y avoit en 
« celuy pour qui il seroil advoué, que le Seigneur 
" s'en peusl traire h luy, el esloit tenu Vadvoué de 
« l'amender pour l'autre. » [Bouteill. Som. Rur. 
lit. VI, p. 35.) Dans la suite, on abolit cette forme de 
procéder, comme l'observe l'éditeur. (Ibid. p. 38, 
note (e). « Mon vieux praticien (ajoute-t-il) appelle 
« ii/H/j«/7/c?'S les .lf/i'0»es, ceux qui ont adveu de 
« partie pour plaidoyer pour li. » (Voy. Ava.ntp.\ruer 
ci-après, el Advocat ci-dessus.) 

On sait que, durant plusieurs siècles, les duels ou 
gages de bataille, ont décidé trop souvent de l'inno- 
cence et de la fortune de ceux qu'altaquoienl l'in- 
justice et la calomnie. Lorsqu'on n'étoit pas en état 
de combattre pour sa défense, soit qu'on en fût 
dispensé par son âge, son sexe , soit par quelque 
autre raison, on ponvoïl advouer quelqu'un, l'ap- 
peler à son secours. Alors on venoil devant le Juge, 
i> le gant en sa main pour jeter le gage et prouver... 
'< par son advoué l'offense qu'on avoit reçue ; » et 
l'on disoit : « Je proleste et retien que par loyale 



(1) rcsîircire, réparer. — (2) Ce sont les coiijuratores de l'époque mérovingienne. - (n. e.) 



AD 



IGO 



AD 



« exoine (1) de mon corps, je puisse avoir un gentil- 
« homme pour celuy jour mon ailvoué qui en ma 
« présence, si je luiis, ou en mon absence, à l'ayde 
« de Dieu et de .Nostre-Dame, fera son Ical devoir ù 
" mes porils, cousis et despeiis, comme raison est. » 
;01ivier de la Marche, gage de hal. fol. I i, l{\ — 
Id. ihid. fol. oô, V». — Vovez La Colomb. Théàl. 
d'hunn. T. II, p. 100. — Sauvai, Histoire de Paris, 
ï. II, p. Gô-2. - Ord. T. I, p. '2\i. — Du Caugc, 
Gluss. hi(. au mot Campiones.; « Jour de halaille en 
» est prins lellemenl, (lu'clie se doit delTeiidi'c par 
« mv^advoiiL'. ■> J'ercef. Vol. III, fol. loi, IV col. 1.; 

Ces advouL'S, dont on peut lire les devoirs et les 
fonctions, dans Olivier de la Marche (Cage de bat. 
fol. 1 i, 15 et 1G\ ctoicnl aussi nommes Champions. 
On trouve » la manière de présenter le l'Iiinii/iinn 
" ou .\(lvoui\ au ctiamp, armé à cheval, el la forme 
« des présentations et protestations de champ îi 
« pied. ■■ (Bouteill. Som. Rur. p. 881 et suiv.) 

Lorsque les fiefs furent donnés à l'Eglise, on ne 
les changea pas de nature. On les donna avec leurs 
chai'ges et leurs prérogatives, de même que s'ils 
avoient été donnés à un Leude. Ainsi les Kvéques 
et Abbés furent obligés de conduire leurs Vassaux 
à la guerre, et de leur rendre justice pendant la 
paix, comme faisoient les autres Leudes; ou d'«f/- 
vouei- un Seigneur (jui remplit pour eux l'un et 
l'autre de ces devoirs. De là, l'origine de ces Ad- 
voiics, en latin Advocali, dont la principale charge 
étoit d'aci|uitter les Eglises et Abbayes du service 
militaire auquel elles otoient sujettes; d'adminis- 
trer la justice à leurs Vassaux, de maintenir ces 
Vassaux sous le joug de l'obéissance, lorsqu'ils 
vouloient s'en affranchir; de défendre enliii les 
droits et biens temporels de ces Eglises et Abbayes 
contre les entrepi'ises des Seigneurs qui seroient 
tentes de les usurper. 

Il étoit naturel de ne confier celte charge qu'ù 
des ijcrsonnes dont la naissance etlcrangégaloient 
l'auloi-ité. Aussi voyons-nous dans les pliis "anciens 
monumens de notre Histoire, que les Rois, les Ducs, 
les Comtes ne dédaignoient pas d'être les Àdvoiiés, 
les protecteurs et défen.seurs de l'Eglise. Charlema- 
gne, que le Pape Adrien 1" appela' à son secours 
contre le Roi des Lombards, mérita par son zclo le 
litre d'.idvoué de l'Egliae de S' l'ierre , au rapport 
d'un ancien Historien, cité par Du Chesne (Géncal. 
de Déth. p. i-2.) La dignité (ÏAdvoué d'Arras ou de 
Iteniinie, éloit héréditaire. 

On pourroit se tromper sur la vraie signification 
du Uirc d'ndvoué que prenoienl les Seigneurs de 
Béthune et d'Arras, si l'on ignoroit ([ue te domaine 
de ces deux villes leur appartenoil en propriété. 
C'est donc parce (lu'ils en étoicnl Seigneurs, et en 
même temps Advoiiéa de l'abbaye de S' Vaast, (|u'ils 
se qualilioient ,lrfi'o/u'S rf'.ln-rts et de liéthune , en 
attribuant ii leur Seigneurie le titre de leur dignité. 

Il faut dire la même chose des Advoués de Tlié- 



ronenne, de Tonniay, rf^ B^-^î/es, etc. qui prenoient 
ce litre, comme prolecteurs des Eglises ou des 
abbayes célèbres, fondées dans l'élendue de leur 
domaine. Gautier II du nom , Seigneur de Tenre- 
monde, parce (ju'il étoit Advoiu' de S' Ravon de 
Gand, i)renoit de même laiiualité d'Advoué de Ten- 
reiiKinde. (Voy. Du Chesne, Généal. de Réth. p. 14, 
l."i el suiv.) 11 esl l'ait inenlioii dans les Congés de 
J. Itodel, d'une Dame de Teuremonde Avoeresse de 
liéthune. Lq Poêle, en parlant d'elle, s'exprime 
ainsi : 

Mais seur toutes celcs dou monde, 

Vueil que tu m'en salues une ; 

V Avnercxsc de lîétune, 

Plus courtoise ne sai nisune (2), 

C'est la Dame de Tenremonde ; 

Diex qui la list en prime Lune, 

Mete en li volenté aucune, 

Que sa bonté seur moi r'abonde. 

Cmfii de .1. de KoM, ,MS. do Gaifnal, fol. 228, V col. 9. 

Les Advoués éloienl héréditaiies, lorsque le fon- 
dateur d'une Eglise, Abbaye ou Monastèie, s'en ré- 
servoil Vadvourrie pour lui, ses descondans et suc- 
cesseurs ; ou lorsque nommant un ailvoué par la 
Charte même de fondation, il ordonnoit (lue celte 
dignité çasseroit îi sa postérité. Mais « c'est estât 
« (rrti'oc estoit qnehiuefois en l'élection du Monas- 
« tère par privilège exprès de la fondalion, si (ju'il 
« esloit en la puissance des Moynes d'en pourvoir 
« ou destituer à leur discrétion. » (Pilhoii , Mém. 
des Comtes de Champagne et Rrie, p. 547. — Voy. 
Du Chesne, Généal. de Réih. p. 17.) Alors ces Ad- 
voués électifs ne pouvoienl transmettre leur dignité 
à leurs héritiers. " Toutefois par succession de 
« temps, et au moyen de divers traitez faits avec 
" les Abbez... la pfuspart de tels advouez obtinrent 
« que leurs charges passèrent en hérédité ;'i leurs 
>' descendans. » (Du Chesne, ubi suprà, p. 18.) 

Le l'ûvc d' ad voué , soit qu'il fut héréditaire ou 
électif, ne pnuvoit jamais déroger à la garde du 
Souverain. Ainsi nos Rois, en confirmant la nomi- 
nation ou l'élection des Advoués, ne faisoient peut- 
être iiue renouveler la mémoire d'un droil, ([ui par 
sa nature étoit imprescriptible. Du moins ces con- 
firmations (ju'on leur demandoil et qu'ils accor- 
doicnt, n'étoient pas toujours nécessaires. (Voy. 
Du Chesne, Généal. de Bélh. p. 17.) Les Ofliciers 
dépendans des Comtes ne pouvoienl être Advoués. 
(Voy. .lourn. des Savans, Juin 1750, p. 970.) 

Ces «(/l'Oiic's, à l'imilation des Comtes qui convo- 
qnoient en temps de guerre la noblesse de leurs 
Provinces, assembloient, quand il en éloit besoin, 
les va.ssaux et les hommes des Eglises ou Abbayes, 
pour les mener contre les ennemis. Ils porloient 
[lour enseignes les bannières des Eglises. De là, ils 
oui été nommés en latin Signiferi , VexilLarii ; en 
fraufois, Go)ifa}iniers ou Coufalonuiers, d'une es- 
pèce de bannière aiipelée Confalon ou Conjanon. 
(Voy. Du Chesne, (iénéal. de Beth. p. 28 el 20.) Les 
Advoués, dit le P. Ménestrier (Mém. de la Chevale- 



(1) excuse qu'on allépne pour n'avoir pas comparu à une assignation. Voir Du Cangc à Kssonki. (n. e.) — (2) La racine 
est nec ipsam unam, aucune. (N. e.> 



AD 



i(ii - 



AD 



rie, p. ICO), etoienlaux Eglises, ce que les Cheva- 
liers bamierels étoieiit aux Souverains. Le (Jeiilil- 
lioiiiine fi (|ui on fait porler encore Ions les ans la 
bannit're de S' Claude, en liouii^o^ne , représente 
l'ancien Advoné on Chcvitlicr de ce Monaslcre. 
(Id. il)id. (i. ;i(> ; 

S'ils s'occu|ioienl, connue ils dévoient le faire, 
de l'administralion inU-rieure et civile des Ef^lises 
on Alihayes, on les ([nalilloil Abbiis ini/cs. (llist. de 
l'aldii" Suider, Itissert. I, T. 1, p. Il ; on loni siniple- 
uicul. Hrcliiy. Ou lit dans une Charte de donation 
faite, en 87G, ù rci;lise de Urioude, et acceptée par 
Bernard Comte d'Auvers'ue : « IJcrnardus Cornes 
>' super ipsam Casam Dei Hector pneesse videtur. » 
(Voyez fialnze llist. gcnéal. de la M. d'Auvergne, 
T. II, page ;{.) 

L'impossibilité de suivre en temps de guerre, les 
détails de cette administration, obligea les Eglises 
et Abbayes d'avoir quelquefois plusieurs Advoués. 
K Mais ils dépciuloicut tousgénc'raiement d'un seul, 
i. (lui à leur csgard csloit appclh' (•(nnmuuémcnt 
« principdl , (j)'(i)id et .sH/y/vHiC lulvoiié ; et eux 
» quelquefois rtr/ii(j»('j sim|ilement, par l'ois, ad- 
« vouez- moindres et inférieurs , et quelquefois 
" souhiddiuniex-, L'u\n\\t\siil)(tdvocati. >>(l)uChesne, 
Céiu'al. de Hi'lh. p. 'il. Tandis que ceux-là proté- 
gcoient les Eglises par la force des armes , ceux-ci 
les défendoieut en justice, par le secours des loix. 

On leur donuoil pouvoir de rechercher tous 
les droits des Églises ou Monastères dont ils étoient 
les arfi'oi/t's; de poursuivre et défendre ces droits 
dans les assises publiques, ou dans le Palais, devant 
les Vicaires, les Comtes, les Commissaires du Roi, 
le Comte du Palais et tous les autres Juges, avec 
promesse d'avoir agréable et de ratifier tout ce 
qu'ils feroient en conséquence de ce pouvoir gé- 
néral. (Voy. Append. de Marculf. form. ix.) Les plus 
anciennes Chartes nous apprennent qu'en effet ils 
comparoissoient, en justice comme Advocats et 
Procureurs des Églises ou Monastères ; que les do- 
nations se conféroient en leur personne. (Pithou, 
Mém. des Comtes de Champagne et Brie, p. 546, 
— Voy. Pérard, IL de Bourg, "p. iAS, tit. de 8C8 ; 
p. 153, tit. de 876, et Ibid. p'assim.) 

C'étoit aussi sur eux (pi'on se reposoit du soin 
de rendre la justice. Comme Juges, ils avoient 
certains droits, « tant es amendes de Court qu'au- 
« très revenus des Églises. » Ces droits étoient si 
considérables, que c'étoit accorder une grâce à une 
Église que de lui permettre de n'avoir qu'un 
Advoiié. Le Concile de Ratisbonne tenu vers 1104, 
les modéra, en les fixant à la troisième partie des 
bans et amendes. (Voy. Pithou, Mém. des Comtes 
de Champagne et Brie, p. 546 et suiv.) 11 est 
souvent fait mention .. es anciennes Loix de France 
« de Charlesmagne, Loys et Lothaires, recueillies 
« par Ausegisus Abbé, des Advoués ou Protecteurs 
« des Eglises ou Monastères, auxquels les Évè(iues et 
" Abbés bailloient quelques droits et prérogatives 
« qu'ils tenoyenl en fief. » (Gr. Coût, de Fr.Liv.lI, 
p. 192, note.) 
I. 



Ce ne fut (jue vers la fin du xi' siècle et le com- 
mencement du xn' que les Villes et les Provinces, 
i'i l'exemple des Eglises et Monastères, eurent aussi 
des Ailvoués auxquels on confia le gouvernement 
des unes, et l'administralion du revenu des autres. 
" Ils prcuoyent aussi f]uelque part es revenus de la 
" ville, communauté ou pays, et spécialement es 
" amendes, d'autant qu'ils avoient esgard sur la 
« justice de laquelle ils estoient comme surin- 
» tendans et tenoient souvenics tdis en fief ces 
« gages ou revenus ; d'où |)eut venir qu'encore à 
'• présent en plusieurs endroits de la France, 
« le droict de justice est appelé droit de voirie 
■■' ou vouerie. » (Pilhou, Mém. des Comtesde Cham- 
pagne et Brie, ]>. 54t>.) 

Tliibaut, Cduite de Ferette, fut établi advoué 
de la terre d'Alsace pour la défendre contre l'in- 
vasion des François. (Voy. Du Chesne, Généal. de 
Béth. p. 14.) Simon de Montfort, api'ès la reddition 
de Carcassonne, demeura dans la ville, comme 
Séiiesclidus ou y'oiers. (G. Guiarl, .ms. fol. 91, V° — 
Voy. \ ni E ci-après.) 

Les Advoués, dans plusieurs villes, avoient 
« l'Office d'esti'C les deffenseurs de tous les Boui-- 
« geois et Bourgeoises.... et des habitans; d'avoir 
» soin pour les" mineurs orphelins, et la cou.ser- 
« vation de leurs moyens ; de faire entretenir et 
« observer les privilèges, coustumes et statuts,.... 
« de delTendre les droits de la Commune. » (Coût, 
de Bailleul, au nouv. Coût. gén. T. I, p. 956, 
col. '2.) Les villes Suisses, en 15!'i, avoient des 
Advohiers. (Voy. Lett. de Louis XII, T. IV, p. 47.) 

M. de Foncemagne, (Extr. de la i" Kace, ms. 
p. 274 et 275,) rapporte un certificat donné par un 
Évéqne à un Prêtre allant en Espagne, conçu en 
forme de Lettres de recommandation, remarijuables 
par le titre de l'inscription et l'ordre des dignités 
des Comtes, des Tribuns, des Avoués, des Cen- 
leniers à qui elles sont adressées : « Tribunis, 
« de/feusorihus. centenis, et hominibus publica vel 
« Ecclesiastica agenlibus. >■ La Coutume de Mons 
place Vadvoué entre le Vicomte et le Maii'e. « Si 
« bon semble auxBaillif, Prévost, Vicomte, .If/i'ocf, 
« au Majeur. » (Coût. gén. T. 1, p. 821. ) Il semble 
que cet Officier municipal éloit supérieur aux 
Maire et Échevins. 

Qui le justice lienent, com plus sont grant Seignor, 
Bien soient Arw:, Esquivins ou Major; 
Mais por droiture faire, com plus ont de labor, 
Tant aront devant Diu plus de bien et d'onor. 

Vies des SS. MS. de Sorb. Chif. XXVII, col. Î3. 

Il y avoit d'autres villes où l'on nommoit des 
Advoués ou Tuteurs publics aux enfans mineurs et 
orphelins. « Les Avouez ou Tuteurs des enfants 
« mineurs et orphelins de la Cale d'Audenarde, 
« connoissent et ont la jurisdiction de cinq espèces 
« ou sortes de maisons mortuaires de Bourgeois 
« ou Bourgeoises de la ville d'Audenarde, dont 
« l'appel rèssortist en la Chambre du Conseil de 
« Flandres. » (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1061, 
col. 1.) Ces Advoués ou Tuteurs publics, sont 

21 



AD 



— If.-2 — 



AD 



appelés SoKi'f)'rt/Hs .l(/i'OHt's, dons la Coulume «le 
Sainl-Omer. »Puurg:ouveriier le faicl des Mineurs.... 
« les... -Mayeiir el Ksdieviiis, selon leur institution 
« el le povoir (ju'ilz ont par icelle.... créent par 
« chacun an deux Souverains Ailvoe::, ausdicls 
« orphelins, de deux de leurs compaignons d'Es- 
« chevinages, les(iuolz aveeq deulx des dix Jurez, 
« pour la Conimunaullé aussi par eulx à ce 
« ordonnez, onl la cognoissanee du faiet desdictz 
« orphelins, de leurs corps et de leurs biens. » 
(Nouv. Coût. gén. T. 1, p. '290.) 

Les devoirs d'un Tuteur à l'égard de son Mineur, 
ceux d'un mari à l'égard de sa femme, ont un 
rapport sensible avec les obligations des Avoués 
des Églises et des Villes. De là, le mot Advoué s'est 
dit pour Tuteur. « Les Souverains Advoez ont ac- 

« coustumé commectre aus.... mineurs d'ans, 

<• deux Advoez- el Tuteiirs particuliers.... lesijuelz 
« .tf/i'Ofx.etTuteursonU'administration particulière 
« des biens d'iceulx mineurs d'ans, cl sont tenus 
« par chacun an de rendre compte par devant 
« lesditz Souverains Advoez- de ladicte adminis- 
« tralion. » (Coût, de Saiut-Omer, au nouv. Coût, 
gén. ï. I, p. -i'.tO, col. 1 etti.) 

Pour mari dans un titre de 12i."). ■■ C'est ven- 
« daige el cesle ([uitance avons fait parle créance 
« mon aisné hoir .Mehault me fille et sen Advoé 
« qu'elle prist, Pieion d'.\ubeigni. Chevalier. » 
(Du Chesne, Généal. de Déth. pr. p. 132.) 

. . . Marie est lors assignée 
Au bon Joseph son Ailvoué. 

Hisl. des 3 Maries, en vers, MS p. fil. 

On s'est aussi servi du moi Advoué pour désigner 
un Mineur, un Pupille, (lui est sous la tutelle, la 
protection, la garde de son tuteur. (Voy. Advockiuk 
ci-après.) " Il est couslume en Champaigue, que se 
» enfens noble demeurent de père el de mcre, 
« soient noble de père ou de mcre, se il y a hoir 
« ainsné, il doit avoir l'avouerie de ceaulx qui sont 
« soubzaagiés, et tant comme il seront en avouerie, 
« li Avoués n'en perdront ne gaigneront. » (Pilhou, 
Coût, de Champagne, p. iii.) 

Par une extension naturelle de ces acceptions 
particulières dérivées toutes de l'acception propre 
indiquée au commencepient de cet article, le mol 
Advoué a. signifié prolecteur, défenseur; soil que 
celui qui protège soil appelé au secours, soil qu'il 
y vienne de lui-même. 

.... sa tière li calengoit, 

Pour cou qu'éle Avoé n'avoit; 

Mais li preus Chevaliers al cigne, 

Ki le cuer ot et juste et digne, 

Envers le Duc li kalenga ; 

La tière et la Dame en sauva. 

Ph. Mousk. MS. p. in cl \K. 

.... dlex soil leur Arh'ouez, 
Et leur doint de li cognoissance. 

Hist. des 3 Maries, en vers, MS. p. 110. 

L'idée générale de protection, attachée à ce mot, 
l'a fait employer en parlant d'un Roi, d'un Chef, 



d'un Patron ou Patronne, Saint ou Sainte dont on 
iuvotiue, dont on réclame l'assistance. 

Constantin ont à Hoy eslit, 

Sans respit et sans contredit 

L'ont à i;rant joie couronné ; 

Sy en ont fait lor Avoué. 

Uom. du Drut, MS. fui. 50, R' col. 1. 

.... cil n'avoient nul refui 
En toute Grèce fors en lui ; 
Par son conseil et par son gré, 
Firent lirutuin leur .\voé. 

Ibid. fol. 2, V col. I. 

On a dit : « Sire, je vous supplie pour l'honneur 
■' de voslre Advoé M. S' Denys. » (l'abri, arl de 
lUiét. Liv. 1, fol. 1)3, V°.) 

Sainte pucelle, Vierge Marie, 
Vierge vaillant, Vierge llorie, 
Nostre joie, nostre espérance, 
Nostre Avoé, etc. 

Les quinze Allcgr. de la Vierge, MS. p. 1. 

Les Seigneurs doivent leur protection aux 
Vassaux qui la réclament. De lu, le mot Advoué 
s'est pris pour Seigneur, dans ce passage, où les 
Xoriiiands, en pariant de leur Duc et de son lils, 
s'expriment ainsi : 

Xous amasmes Guillaume nostre bon avoé 
Et son fiz amison (1), s'il traisist (2) à bonté. 

Uoni. de Rou, MS. p. 87. 

Il semble que c'est en ce sens (|u'un ancien Poète, 
esclave de sa fidélité en amour et de sa constance, 
a dit figui'ément : 

.... loiauté est ma droit avoéc ; 
Ce fait èle que je vueil mon damage. 

Ane. Poûl. fr. MSS. avant 1300, T. II, p. 585. 

Pour Vassal, soit qu'on le considère comme 
protégé par sou Seigneur, ou comme réclamant sa 
protection. (Voy. AnvoiEii ci-après.) \h\ Roi de 
France, disoil, en parlant de Richard Duc de 
Normandie : 

Jà tenez en prison Richart nostre Advoé. 

Rom. de Rou, MS. p. 71. 

Enfin adopter quelqu'un, c'est Vadvouer, le 
reconnoitre pour son fils, l'appeler à sa succession. 
De là, le mol Advoué a signifié celui (|ui a adopté, 
el s'est iiris aussi pour l'aduplé. (Voy. Bouleiller, 
Som. Rur. lit. xli.\, p. 536 ; et Auvolkiue ci-après.) 

VARIANTES : 

AliVOn:. Du Chesne, Gén. de liôlh. pr. p. 120, tit. de 123(5. 

.\Dvoi-:. Alhis, MS. fol. 62, V» col. 1. - Du Chesne, Gén. 
de la M. do Uéth. pr. p. 131, •134 et 139 , tit. de lii3, 1247 
et 1252. 

Advokt. Coût. gén. T. I, p. 821. 

Advoiiieu. Lettr. de Louis XII, T. IV, p. 17. 

Advove». Ménage, Dict. Etym. au mot Advoés. — Laur. 
Gloss. du Dr. fr. - Mém. de Comines. T. ill, pr. p. 313. 

Avoé. Du C. Gloss. lat. col. lOi et 113, au mot Campiones. 

AvoEZ. Du Chesne, Gén. de liôlh. pr. p. 131, tit. de 1243. 

Avocé. Id. ibid. p. 1:î2. tit. do 12'iô. 

AvnuEKT. Id. ibid. p. 47, tit. de 1248. 

AvoK. Les quinze Allegr. de la Vierge, MS. p. 1. 

AvoLE. Ane. Poit. MSS. av. 1300, lit. II, p. 585. 

AvoEHESSE. Fabl. MS. du K. n» 1218, fol. 62, V» col. 2. 



(1) aimerions ; ce mot est formé sur amissem, pour amassem. (n. e.) — (,2) traitait : de iraxissei. (n. e.) 



AD 



— lO.f — 



AD 



AdvoiuMiuMit, siihst. tnasc. neconnoissance, 
aveu, (lôclMiMlion. .luKcnicnf, décision. 

Du verbe AiudiKii ci-dessus, on a UViiAdvourmrnt 
au premier sens. « Sachiez.... ([ue de lié on ne va 
« mie par avocment seloiic rusat;e dou pais, mais 
« par i)ure veritei et par loial en(|uesle; ne por 
« advouement n'esl en saisine de (ié cil de eui 
« on Vavouc. » (Du Ciiesne, Cénéai. de Har-le-Diic, 
pr. p. 33.) « Sur une simple recoiiiioissance et 
« avonement des crimes, elc. ■> ;Mém. de Sullv, 
T. III, p. 5().) 

C'est encore du verhc Advoucr, déclarer, ap- 
prouver, (lue ce mot a sit;iiilié ju2;ement, décision, 
déclaration ou approbation judiciaire. •< Quant 
" gent à qui Ton a la dellie conue en court... 
« veulent estre pai(''s, doit venir devant le Seignor 
« en la Court, et reiiuerre au Seignor que il li fasse 
« paier si come il doit |)ar l'assise... et le Seignor 
« li doit respondre ([ue il en fera volentiers ce 
« que il devra par Vavoement de sa Court. » (Assis. 
de Jérusalem, p. 13i.) 

VARIANTES : 
ABVOUEMENT. Du Chesne, Gén. de Rar-le-Duc, pr. p. 33. 
Advéement. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. 
AvOEMENT. Du Chesne, Gén. de Bar-le-Duc, pr. p. 33. 
AvoxjEMENT. Mém. de Sully, T. III, p. 50. 

Advouer, verbe. Appeler, réclamer. Déclarer, 
reconnoitre, adopter. Approuver, autoriser. Juger, 
décider. 

L'origine des acceptions figurées du participe 
Advock ci-dessus, employé comme substantif, prouve 
l'acception propre du verbe Advouer, qu'on peut 
regarder comme une contraction d'AnvoQUER ci- 
dessus, en latin Advocare, appeler. De h\ on a 
dit: y avoue Dieu que si ferez. » (Nuits de Strapar. 
T. II, p. 419.) C'est-à-dire, «je jure par Dieu, je 
« l'appelle à témoin, que, etc. >> 

On retrouve cette signification générale appeler, 
dans celle d' Advouer, réclamer. 

devez estre pitous 

A ceuls qui ne sont pas coupables. 
Réservez aucunes estables 
De ceuls qui vous ont advoué. 

Eust. des Ch. Poi-s. MSS. fol. 469, col. 3. 

On a dit, en ce même sens : « Advouer l'arrest 
« fait d'aucune chose par un Sergent; Advouer 
« l'espave, pour réclamer une bête ou autre chose 
« égarée. >> (Laur. Gloss. du Dr. ¥r.) 

S'advouer de sa eouronne, c'étoit réclamer le 
privilège de sa tonsure ou cléricature. « Si tost que 
« le Juge lay par(,'Oit qu'asseurement est requis 
« devant luy sur Prestre, et il s'advoue de sa cou- 
« ronne, le Juge lay.... a ceste auctorité.... sur le 
« Prestre, que nonobstant le Clergié, il le peut dé- 
fi tenir prisonnier et le faire mener aux despens du 
« Clerc son Ordinaire, et en sa présence faire bailler 
« l'asseurance au lav qui la requiert. » (Bouteill. 
Som. Rur. tit. x.\xiv, p. 233.) 

Nous disons encore s'avouer de quelqu'un, pour 



se réclamer de lui, s'en renommer, comme dans ce 
pa.ssage : " Pour gens d'armes, n'en ay tenu aulcuns 
" sur le pays; et se aulcuns y soiit tenus, eulx 
" Adviiuaus de moy, ce n'a i)as esté iiar mon or- 
« donnance. « (Le l'évre de S- Hemy, Ilisl. de Charles 
VI, p. /i9.) 

On disoit s'advouer pour queUju'un au même 
sens. '< De trois hommes cpie prisl Chaslel-morant, 

" l'un s'itdvoua pour le Duc de liourbon et 

« Chastel-moranl l'ayant présenté au Duc son Sei- 
« gneur, celui-ci lui sauva la vie. » (Ilist. deLovsIII, 
Duc de Bourbon, p. 39.) 

Anciennement, lorsqu'une partie appelloit quel- 
(lu'un pour défendre sa cause en justice, elle étoit 
obligée de l'advouer, de le reconnoitre pour son 
Advoué, son Advocat. (Voy. Advocat et AnvorÉ ci- 
dessus.) 

Prudence a prinse la parole 



En disant à déduit d'oyseaulx, 
.4i'0(?:-vous ce damoyseaulx. 
Qui a parlé derreniérement? 
Guy, je l'firoe vrayement. 

Gace de la Bijne des Dcd. MS. fol. 97, II'. 

On ohservoit la même formalité dans les gages de 
Bataille. " Pourra l'advoeat proposer son cas et se 
« faire par son maistre advouer en la présence du 
" Juge, et puis doit demander licence que son 
« maistre puisse jetler son gant pour son gage, 
« etc. » (Olivier de la Marche, Gage de bat. fol. l'r.,'v°) 
■' Sire, voirement j'advoue ce que le Chevalier a 
>• dit, car je mectz ma querelle du tout en luy, soit 
" de perle ou de gaigne. En tandis que la Damoiselle 
•> advouoit le Chevalier, le Chevalier contraire 
« saillit, etc. » (Percef. Vol. I, fol. 115, V° col. 2.) 

C'est par allusion à cette ancienne formalité, 
qu'on s'est servi de la même expressifju dans un 
sens plus général. Le Connélable de S' Pol ayant 
refusé de remettre au Roi l'épée de Connétable^ lui 
envoya des Ambassadeurs pour exposer les raisons 
de son refus. Mais celui qui parla, « fut requis qu'il 
" se feit advouer sur les parolles, comme avoient 
« fait aucuns qui avoient proposé en cas pareil et 
" autres, lequel ne fut point advoué desdits Am- 
« bassadeurs; et pour ce fut tantost mené au Chas- 
« tellet. » (Monstr. Vol. 1, fol. 180, R") « Un Carme 
« ayant presché devant le Roy, le Chancelier lui 
« ordonna de se faire advouer; et il le fut aussy 
» tost par le Prévost des Marchands et les Eschevins 
« qui l'avoient fait presrher. » (Id. ibid. fol. 106. V") 

Advouer ainsi quelqu'un, c'étoit déclarer qu'on 
regarderoil tout ce qu'il diroit ou feroit comme fait 
ou dit par soi-même; s'en reconnoitre comme l'au- 
teur, l'approuver, l'autoriser, acceptions figurées 
et subsistantes de notre verbe Advouer. Cependant 
on ne diroit plus : « Pour justifier la liberté que je 
■< prens de vous dédier ce poëme, en publiant la 
« bonté que vous avez eue de m'en advouer, elc. » 
(Bérénice, Tragédie de Th. Corneille, T. VI, épit. 
dédie, p. 4.) 



AD 



— iti'i - 



AD 



Ce même verbe employé dans la signification de 
juiçer, décider, exprime une idée analogue à celle 
d"avouer, déclarer, autoriser. >. Doit dire à la Court 
'• qu'elle avuic ce qu'û en sera. « ^Assis. de Jérus. 
P- '34.) 

Si les Rois et les Seigneurs ont ete nommes 
advouL'S, à cause de la protection qu'ils accordent îi 
ceux de leurs sujets et vassaux qui la léclament, 
on a pu se servir du verbe Advoucr, pour désigner 
l'acte par lequel ceu.x-ci acquicrenl un droit à la 
protection de celui ([u'ils nouuiieiit, iiu'ils déclarent, 
qu'ils rcconnoissent pour leur Seigneur. De lîi, l'ex- 
pression advoucr un lief, pour en faire hommage. 
(Yoy. Du Cliesne, gén. de Bar-le-Duc, pr. p. 33.) 

Richart, font li Danois, lai nous en France ester; 
Toute voulon la terre à ton euls ^l) conquester. 
Seignor t'en voulonz fere, se lu la veuz garder, 
Et se tu no la veuls, à Ion euls avoer. 

Rom. de Rou, MS. p. 133. 

On disoil Advouer à Seiyneur, et quelquefois tout 
simplement advouer, reconnoitre pour Seigneur : 

Tant fti d'amours sousprins et tourmentez, 
Que Dieu regny, et le Diable à Seigneur 
Adifiie, aussi se jamais jeue aux dez, 
Ne se femme touche, etc. 

Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 238, col. 1. 

Sur la rivière de Dordonne 
Se rengent et l'un osl et l'autre. 
François d'une part, Anglois d'autre. 
Cil qui le Roi de France aveueiit, etc. 

G. Guiarl, MS. fol. 150, V. 

VARIANTES : 
.\DVOL'ER. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 4C9, col. 3. 
.\DVEiEK. Id. ibid. fol. 231, col. 1. 
Advoeu Gac^e de la liigne, des Déd. MS. fol. IIG, V». 
AvKER. Du Cange, Gloss. lat. au mot Advocare. 
.\VEUER. 0. Guiart, MS. fol. 3,37, V». 

Avoer. Ord. T. I, p. '247. Gace de la Bigne, des Déd. MS. 
fol. 97, R°. 
.\voiEH. Assis, de Jérusalem, p. 1.3'f. 
AvoïiER. Ph. Monskes, MS. p. OiO. 
Avouer. Ord. T. II, p. 308. G. Guiart, MS. fol. 319, R°. 
AvuER. Estats des Offic. des Ducs de Bourgogne, p. 308. 

Advouerie, subst. fém. Présentation de Cham- 
pion. Obligation en garantie. Protection, garde, 
défense. Aveu, déclaration. Juridiction. Droit sei- 
gneurial. Tutelle. Adoption. Terme collectif de 
A'assaux. 

La signification propre de ce mot, est relative à 
celle d'ADvui:K ci-dessus. Si l'un répond, dans les 
plus anciennes Chartres latines au mot Advocutiis, 
l'autre répond à ceux d'Advocalio, Advoccitia, etc. 
proprement action d'appeler. Lorsqu'on étoit dis- 
pensé par les loix de soutenir un gage de bataille, 
on appeloit ([uehiu'un pour c(juibaltre à sa place. 
De là, l'expression recevoir l'Advouerie, a signifié 
accepter /'«(/['oia', le champion présenté parla partie 
adverse. « IJien se gart, qui reçoit avoué pour autrui, 
u car il ne li loit pas à repentir de l'advouerie, 
« puisque il l'a reyeu en le journée que il le reçoit; 
« mais se li jours esloit alongiés... il ne seroit pas 



« tenus à recevoir Vadvoueric à l'autre jour se il ne 
« vouloit. » (Beauman. Coût, de Heauvoisis, p. 331.) 

Loisiiu'on soupconnoit une partie d'être insol- 
vable ou peu fidèle à tenir ses engagemens, il arrivoit 
souvent (]u'on appeloit quelqu'un en garantie. De 
là encore l'expression prendre oi advourie dans 
un sens à peu près semblable. " S'aueun fait ap- 
« plegement au nom et pour autrui, il doit être pi'is 
<• en Advourie dudit applegement, au jour du ilroit, 
•< avant toute œuvre; ou aulrement, il se defaudi'a. 
" sans eslri' reçu à prendre atleiite de Conseil.... 
» et s'il estoit désavoué, il dédommageroit partie et 
« feroit amande arbitraire à la Court; et peut èli'e 
" plis en advourie, en présence ou absence de 
" partie adverse. » (Ane. style impr. à la fin de 
l'anc. Coût. d'Anjou, citée par Laur. Gloss. du Dr. 
fr. au moi Advouerie.) 

La raison pour laquelle on nommoit Advoués les 
protecteurs des Églises, des Villes et Communautés, 
a l'ail employer le mot Advouerie |iour désigner la 
protection d'un advoué. (Vôy. Pithou, Mém. sur les 
(Comtes de (Champagne et Brie, p. .''•'iG et suiv. — 
Du Cliesne, Cén. de Béth. p. Il et suiv.) 

Par extension, il a signifié protection en général, 
garde, défense. (Monet, Dict.) On a confondu ces 
mots de bail, garde et avouerie, « combien (jne par 
" cy-devant les Practiciens y eussent mis iiueli|ue 
« subtile dilférence, laquelle se retient en ([ueUiues 
" Coustumes particulières, et es autres a esté depuis 
« ostée en les reformant. ■■ (^Pithou, Mém. sur les 
Comtes de Champagne et Brie, p. 5iy et TùA).) 

Kl péril .sui, mais ma Dame est garie ; 
l'or ce vuel faire de li acoiioie, 
Qu'île me sois vers Dame Dieu, etc. 

Vio des S" MS. do Sorb. chiCT. LXI col. 38. 

On sait ()ue les Seigneurs appelés au secours des 
Eglises et des .Vbbay'es, étoient chargés de les pro- 
téger et de les défendre. Cette charge « nommée de 
« là Advocalio, et Advocatia, en franeois Advouerie, 
" fut introduite après le Consulat de Stilicon. ■> iDu 
Chesue, Cén. de Béth. p. 12.) 

Les advoués avoient seuls le droit de porter à la 
guerre la banière de l'Église dont ils avoient l'ud- 
vouerie. Ce droit étoit inhérent à leui' dignité; et 
lorsqu'elle étoit héréditaire, il leur " appartenoit 
« liérédilaireinent et par succession de père à fils... 
" si non en cas qu'il ne fust demeuré d'eux (|ue des 
" filles : encore ([uand elles venoient à se marier, 
« le privihige en passoit avec elles dedans les 
« maisons de leurs maris, aussi bien (|ne le droit 
« i\(ii,Advouerics. » (Du Chesue, (!(''n de Béth. p. 'iC.) 

Nous reinai'iiuerons avec ce même auteur, (|ue 
le Pape Adrien I" ayant déclan; Cbarleuiagne Ad- 
voué de l'Église de S' Pierre, le reçut à Home avec 
les croix et les bannières; et iiue les .If/cr^^/c'.s des 
autres Églises ont reçu de inêuie l'invesliture de 
leur dignité. « De là (ajoute-t-il) est demeuré la 
" coustume (jui se pratique encore à présent de rc- 



(1> besoin. 



Al) 



- Kir, — 



AD 



« cevoir les Roys, Princes et Seigneurs avec la 
« croix et la hanièro, lorsqu'ils enliriil iKHir la 
« preniirio fois dans k'> I';;;lisrs (|iii sont île leur 
« foudalion ou ilc leur patronage el (itlvoiicric. » 
(Du Cliesne, ubi siiprà, p. 2Î).) 

Le mol advoucric, en lalin advocatio, signifloil 
aussi aveu, déciaralion, acte par lequel on s'avoue, 
on se reeoniioit Vassal d'un Seigneur. :,Voy. Onl. 
T. I, p. 277.) On trouvera iudiiiué sous Auvoi el 
AnvorKu ci-dessus, le rapiiorl de eelli; atL-eptina à 
l'acception propre d'Advuui'rit'. 

Philippe le Bel, à l'exemple de Pliilippe le Hardi, 
défendil aux Sénéchaux par son Ordouuauce du y 
ntixi 1302, de recevoir aucunes nouvelles (ivouerics 
au préjudice des personnes ecclésiasliqucs, dé- 
clarant que la .luridiction des Kvéques et des .Vbbés 
ne pourroit être empêchée, sous prélexle ([ue leurs 
Églises et Abbayes étoient en la garde ou proleclion 
du Roi. Il avoit ordonné en l'2t)0, que les nouvelles 
avoueries faites au Uoi par les vassaux et les le- 
nanciersdes Éniises, seroient mises au néaul. (Voy. 
Ord. T. 1, p. 'i!»7, 319, 3/i3, M'i, 3.-)8, /(O'i et 570.) 
Le Roi Jean, dans une Ordonnance du mois d'Oc- 
tobre 1351, piomelde ne plus recevoir les avoueries 
des Vassaux des gens d'Église et des Barons, el re- 
nonce à celles qu'il a reçues, à moins qu'il n'y ait 
prescription. (Voy. Ord. T. II, p. 'i55.) Cçs nouvelles 
avoueries furent aussi défendues en P278, dans la 
terre du Comte de Blois; et le Parlement qui les 
avoit abolies, décida en P27!), que les Barons d'une 
terre, dont les avoueries avoient été supprimées, 
et qui avoient obéi à la suppression, ne seroient pas 
recevables à rien proposer au conlraire; mais que 
ceux qui n'auroient pas obéi, pourroient proposer 
leurs moyens, et qu'il leur scroil fait droit. (Voy. 
Reg. du Pari, collé Olim, fol. 8-2 el 110.) 

Il paroit que le but de ces sortes de défenses étoit 
d'empêcher les Vassaux des gens d'Église de se 
soustraire à la Juridiction qu'ils exerçoient sur eux 
par des advoués, et qu'on nomma pour celte raison 
Àdvouerie. •< L'advoué de Théroanne qui est Pair 
« de la Cour de l'Évêque... a Justiee dedans la ban- 
« lieue. » (Laur. Gloss. du Dr. fr. au mol Advouerie.) 
« Quecouques appelle des Esclievins de la ville et 
« cité de Théroanne, et aussi delà seigneurie de 
« Vadvouerie dudit Théroanne, et il déchet de son 
« appellation, ou à icelle il renonce, après dix jours 
•< passez, il commet et chet en amende. » (Coul. 
gén. T. I, p 648.) 

On pourroit dire aussi qxC Advouerie a signifié 
Juridjction, parce que les droits des Advoués, tant 
des Églises que des Villes, leur étoient souvent 
concédés à titre de fief; •> d'oîi peut venir qu'encore 
« à présent en plusieurs endroits de la France, le 
« droict de Justice est appelé droict de voirie ou 
■< vouerie. » (Pilhou, Mém. sur les Comtes de Cham- 
pagne et Brie, p. 549 el ."mO. — Voy. Gr. Coût, de 
Fr. liv. II, p. 19'2, note, et Volerii; ci-après.) 

De là, ce met s'est employé pour désigner une 



espèce de droit seigneurial. » Les Advoiiries d'Es- 
« laples el Iti unbly, que doivent les habilans d'icelles 
" villes à la Toussains... se croissent et amoindris- 
" sent, selon le nombre des ménages... dont chacun 
" chef doit demi polkiii (1) d'avoine, les veuves un 
" (|uail de polkin. >• (Voy. Laur. Closs. du iJr. fr.au 
mol Advouerie.) 

Le mol Advoué a signifié Tuteur, Père ou Fils 
adoplif. C'est par la même analogie, <[\i' Advouerie, 
s'est dit pour Tutelle. >■ Il est couslume en Cham- 
' pagne, (jue se une dame demeure veuve, et elle 
" a petits eufans , elle en doit avoir le bail et 
« Vavouerie, et emporte les meubles et les daux (2) 
<• se elle les veut prendre. » (Pilhou, Coul. de 
Troyes, p. 437.) « Hom est hors û'avouerie, au 
« quinzième ans, et femme à la onzième. " \Id. 
Ibid. — Voy. Ai)V()\iaE ci-dessous.) 

.l'ay bien vingt cinq ans, hors suis dViroime ; 
Curateur ne tuteur ne m'ont plus en baillie. 
Gcr. de Roussillon, US. p. 29. 

Pour adoption dans cet autre passai: « Celui 
« qui autre veut avoir en adoption, doit avoir au 
•■ moins quatorze ans plus (lue celuy qu'il prend en 
« adoption ou en Advouerie. ...".. Aucuns ont 
« estimé que par conlract on pouvoit faire adop- 
" lion , qu'autrement on appelle Advoourie ou 
.. affiliation. » (Bouteill. Som. Rur. lit. xciv, p. 536. 
— Voy. Advché ci-dessus.) 

Ce mol peut sans doute avoir eu plusieurs autres 
significations. Mais qu'il nous suffise de les avoir 
indiquées sous les articles Anvou, Advolaison, Advoué 
el Advcueu ci-dessus. Par exemple, le mol Advoué 
pris dans le sens de Vassal, a pu faire employer 
Advouerie, comme terme collectif de Vassaux." Il 
semble qu'on doive l'expliquer ainsi dans les vers 
suivans : 

Bernart, ce dit li Roiz, ceu ne Savoie mie 
Qu'en Normendie eust si grant avocrie. 

Rom. de Rou, MS. p. 88. 

V.^RL^XTES : 

ADVOUERIE. Ménage, Dict. tijm. au mot A(lvev. - Du 
Cange, Gloss. Lat. col. 193, au mot Advoraria. 

Advoehie. Cotgr. Dict. 

Advoochie. Bouteill. Sora. Rur. p. 537, note. 

Advoclrie. Coût. gén. T. I, p. 569. 

Advocrie. .\nc. Coût. d'.Vnjou, p. 34 et 35. 

AvoERiE. Ord. T. I, p. 277. — Du Cange, Gloss. Lat. col. 
859, au mot Avoena. 

AvoiEiuE. Gcr. de Roussillon, MS. p. 29. 

AvûiRiE. Laur. Gloss. du Dr. l^r. au mot Avocrie. 

AvouEiUE. Vies des S'* JIS. de Sorb. chilT. lxi, col. 38. 

AvowERiE. Du Cange, Gloss. Lat. col. 539, au mot ilares- 
ca llus-Foflnsccus. 

AvowRY. Tenures de Littloton, fol. 106, Y" et 107, R" 

Advoy, subst. masc. Aveu, consentement. 

(Voy. .Vdvoi: ci-dessus.) « Les contracls faits par 
•< mineurs estans sous le régime de leurs parents 
« ou autrement sujets à la tutelle, sans advoy e\ 
« aulhurité de tels parens ou tuteurs, seront nuls. » 



(1) espèce de mesure. — (2) signifie immeubles. Voir Du Cange à Duyla : c'est l'anglais date. (n. e.) 



AD 



— ICG 



AD 



(Nouv. Couf. gén. T. I, p. i-l'û. col. 2. — Vov. Ibid. 
p. l-iOl, col. 2. — Ibid. p. 1202. col. 1 et 2.) 

Advoyeue. siibst. jém. Tutelle. 

(Voy. .ùiviuKRiE ci-dessus. i « Aulcuii mineur n'est 
« mis en ses biens ni délivré de tutelle et adi'oijcue, 
« quelque ;\g:e qu'il ait, s'il n'entre et prend estât 
« de preslrise, de religion ou de mariage. » (Nouv. 
Coul. gén. T. I, p. 290, col. 2.) 

Adurci, participe. Endurci. 

Pour désigner un homme d'une insensibilité 
stupide, on disoit proverbialemenl et dans un sens 
figuré : '• Il est adurci comme un vieil àne qui par 
« accoutumance endure l'aguillon pour lequel il ne 
« hâte guères son pas. » (Les quinze Joyes du ma- 
riage, p. 52. — Voy. .\dibé ci-après.) 

Adurcimont, sithst. masc. Foulure. 

Le sens propre est dureté ; mais parce qu'un nerf 
foulé devient moins souple, iju'il durcit en se reti- 
rant, on a dit au figuré .\durciment pour foulure. 
•■ Le suif du cerf porte médecine contre adiircimcut 
>' de nerfs. ■> Cliasse de Gast. Pliéb. ms. p. 22. — 
ibid. p. 33.' * 

Adureir s' , verbe. S'épaissir. 

Proprement s'endurcir ; d'où le sens figuré deve- 
nir épais, faire corps: acception qui se trouve dans 
les vers suivans, où il s'agit de traits lancés en si 
grande quantité qu'ils semltlenl faire masse. 

A tant tendent de touz coslez 

Aus arbalestes dévaler ; 

Et puis lessent quarriaus aler 

Les uns aus autres tel foison 

Que. se du voir ne vous boison (1), 

L'air où il se sont adurci:, 

En est durement ocurciz. 

G. Guiart, MS. fui. 121, Rv 

Aduré, participe. Endurci. 

On a dit dans le sens propre et figuré loul-à-la- 

fois : 

Ce doit estre pierre oi/iorc, 
Et glaive asceré et espée, 
Pour maintenir ton tenement ; 
Si que ne soit pas mesprisée, 
France en ton temps, ne diffamée. 
Geofr. de Paris, Poés. i la suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. 
n'6812, fol. 54, R- col. 1. 

.Nous disons figii rément d'une personne accou- 
tumée à la fatigue, à la jteine, au cliagrin, au crime, 
etc. qu'elle y est endurcie. La signilicalion figurée 
du participe' rtrfi/rt' éloit encore plus étendue. 
flOn disoit Aduré d'armes, Aduré de guerre, Aduré 
en estor, ou simplement Aduré pour désigner un 
homme aguerri , exercé au métier des armes , 
accoutumé, endurci aux fatigues de la guerre. " Se 
>■ penèrent mmilt à montrer aux fers de lances, 
« lesquels valent mieulx et de combien sont mieulx 
« prisés et «(/«n'.s^/'rtn/ics, que ceulx qui ontapprins 
. le repos. » (Cliron. S- Denys, T. \, fol. 237, V".) 
Le latin de Suger semble indiquer qu'il faut corri- 



ger et adurés, en lisant les adurés. » Mirû concer- 
<■ tant audaciù, ot quantum prœstent multn marte 
« e.rercitati longa pacesolutis... edocere lahorant. » 

Oui de guerre est bien aduré. 

Alliis, MS. fol. 87, V* col. 2. 
Et li Rois fil preuz et senncz, 
En fors esters bien adurez. 

Id. ibid. fol. 49, V* col. 1. 

Lor broche le destrier com Vassaus adurés, 

Buenon de Coniiuarchies, MS. do Gaignat, fol. 107, V* col. 3. 
Vassal èrent Breton prouvé 
Hardi, et fort, et ailuré 
Qui à celui se combatirent. 

Rom. du Brul, MS. fol. 36, R- col. ï. 

Si Sauvage, éditeur de Froissart, eut été plus 
familiarisé avec nos anciens auteurs, il ii'auroit pas 
dit qu'il falloit peut-être lire advisé pour aduré 
dans le passage suivant : « Messire .lean Ilaconde 
« estoil un Chevalier moult aduré, hardy et usité, 
" et bien renommé es marches d'Italie. ^Froissart, 
Vol. II, p. r>6.) 

Ce mot employé comme substantif, éloil quelque- 
fois un titre de "distinction, spécialement affecté à 
certains Chevaliers célèbres par leurs faits d'armes. 
Les chevaux esperonnent plain d'ire et de fierté 
Devant trestous les autres Ouill. l'.li/iirt». 

Buenon de Commarchies, MS. de Gai^iat, fol. 188, V* col. i. 

On trouve au nombre des Chevaliers de la Table 
ronde, Aconstant le adurés. (Voy. La Colomb. 
Théat. d'honn. ï. I, p. 120.) 

Aduré en déplaisir, signifie accoutumé au chagrin 
dans ces vers : 

je suis aduré 

En desplaisir et eu tristesse, 

Pour vous ma Dame et ma maistresse. 

Al. Charl. Poi'9. p. 791. 

Et cuer aduré, un cœur endurci au crime, dans 
cet autre passage : 

Or me mervoil je moult que tel vie menés. 
Merveille est que li cuers vous est si adurés. 
Vies des S" MS. de Sorb. ChilT. xxvii, col. 4. 

On a dit proverbialement : « Aduré comme asne 

« à somme. » (Les quinze Joyes du mariage, préf. 

p. 14. — Vov. AinKci ci-dessus et Adcrf.r ci-après.) 

Le mot .(duré, paroit signifier azuré, dans les 

vers suivans : 

.... la Lune estoit par tout plaine ; 
Elle fu de couleur diverse, 
Vert, adurcc, rouge et perse. 
Selonc les diverses couleurs 
Demonslre diverses douleurs. 
Geofr. de Paris à la suile du Rora. de Fauvel, MS. du R. n' (1812, fol. 54. 

Adurer, verbe. Rendre dur. Flétrir, ternir, 
noircir. 

Du mol Dur, on a fait .Irfifî-cr, proprement rendre 
dur. (Voy. Adi'hk ci-dessus.) Ensuite l'idée de solidité 
exprimée par le mot radical, s'est appliquée figuré- 
nient ii la constance, à la solidité de l'attachement ; 
et l'on a dit adurer un parti pour y demeurer cons- 
tamment, solidement attache. » Tenans et adurans 



(I) signifie trompons ; voir Du Cmge h Doitsiare. (N. E.) 



AE 



— I(i7 - 



AE 



». le party du Hoy. » (Cliron. scaiid. dr Louis XI, 
pase VI.) 

Delà, le p:irlicii)e.4r//;)v, employé connue subs- 
tantif, iiour désiL;iier celui au i)aili duiiuel ou s'at- 
UJclie. « .l'ay seivi le Itoy de Frauce mou didict 
.' Seigneur el ailnré, de" tel petil povoir eounne 
« j'ay. " (Ilist. de B. du Cuescliii par Ménard, page 
292 el 2'.»:«. — Voy. Ibid. \). 3:>.] 

On a mcuie éteiidu celle idée de solidité îi l'inva- 
riabilité des loix de la Nature, toujours constante 
dans ses opérations. 

Trop seroit à nous touz contraire 

Et grief de nouveau monde faire, 

Qui a si longuement duré, 

Et qui a son cours adiiré 

En eaue en mer, en eaue en terre. 

Eust. des Ch. Pocs. MSS. fol. 4C8, col. 3. 

11 semble qn udiirer, en latin aduverc, brûler, ail 
signifié au figuré llélrir, ternir, noircir, par allusion 
à l'eUet du bàle ou du feu. Peut-être aussi faut-il 
attribuer l'origine de celte signification à l'usage de 
marquer certains coupables d'un fer cliaud, en 
signe de fiétrissure. 

... il gardent les haulx droiz de noblesse. 
Tant que péchié n'adure ne les blesse, 
Par tout seront pour leurs faiz bien venus. 
Eust. des Ch. Pocs. MSS. fol. 20.4, col. i. 

Adiiste, adj. Brûlé. Atrabilaire. 

Ce mot qui ne se dit plus guère que des humeurs 
du corps humain, a signifié Biûlé, hàlé du feu, du 
soleil ; en latin Adiislus. (Voy. Monet, Nicot et 
Cotgr. Dict.) 

Il s'est dit figurément d'un homme qu'une humeur 
aduste rend triste, chagrin, atrabilaire. (Voy. Monet, 
Dict.) 

Adustible, adj. Combustible. (Voy. Colgr. Dict.) 

Adustion, subst. féin. Brûlure. Effet du feu et 
du hàle. (Voy. Monet et Cotgr. Dict.) 

Aduzalacion, subst. fém. Adulation. Complai- 
sance injuste, dans les vers suivans: 

.... aujourd hui voy de tous biens esclipce 
Tant au secle comme en Religion. 
Car es estas sont promeu li nice (I) 
Et li enfant, par aduzalacio». 

Eusl. des Ch. PoOs. MSS. fol. 65, R- col. 1. 

Aé. C'est le refrain d'une ancienne chanson. 

Pastoure amie, 

De bon cuer à vos me rent. 
Faisons de foiUe courtine (-2), 
S'amerons mignotement. Aé. 

Ane. Po«t. fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1253. 

-iEditue, subst. niasc. Sacristain. En latin 
Mlituus. (Voy. Cotgr. Dict.) 



^Egyptiens, subst. masc. plur. Égyptiens. 
Sorte de Vagabonds qu'on appelle aussi I 



Bohé- 



miens. Ce fut vers le milieu du (luinzième siècle, en 
1 i27, qu'ils parurent à Paris au nombre de cent 
viiigl ou envii'on. Ils éloient conduits par douze 
Pcnanciers, « c'est à sçavoir, un Duc et un Comte 
" et dix hommes tous à cheval, lesquels se disoienl 
" très-bons Cliresliens , el estoient de la basse 
.< .Egypte. » (Voy. Pasq. rech. Liv. IV, p. 3.59.1 Ils 
ajoutoienl qu'ils avoienl élé forcés par les San asins 
d'abandonner le christianisme qu'ils avoienl em- 
brassé lois de la cuiKiuéle de leur pays par les 
Cluvliens; et que pour obtenir le jiardo'n de leur 
apostasie, ils s'éloient adressés au Pape, qui leur 
avoil « ordonné en pénitence, d'aller sept ans en- 
" suivant parmi le monde sans coucher en lit. » 
Bienlôt, le peuple de Paris el des environs, courut 
pour les voir à la Chapelle de S' Denys, où ils 
éloient logés par justice. « Presque tous avoienl 
« les oreilles percées, el en chacune oreille un 
" annel d'argent ou deux en chacune : et disoient 
« (lue c'esbiil gentillesse en leur |)ays... Les hom- 
« mes estoient très-noirs, les clieveu.x crespez ; les 
» plus laides femmes que l'on peut voir, el les plus 
« noires. Toutes avoient le visage deplayé (S,, chc- 
■' veux noirs comme la queue d'un cheval ; pour 
" toutes robbes, une vieille flossoye (i, très-grosse, 
« d'un lien de drap ou de corde liée sur l'espaule, 
" et dessus un pauvre roquet ou chemise pour 
« paremens : bref c'esloient les plus pauvres eréa- 

•< tures que l'on vit oncques venir en iM-ance et 

« néantmoins leur pauvreté, en la compagnie avoit 
« sorcières qui regaidoient es mains des gens, et 
" disoient ce qu'advenu leur esloit ou à l'advenir » 
(Pasq. nbi suprà, p. .300.) Mais l'Evêque de Paris 
ayant excommunié tous ceux et celles qui ... . 
avoient... monstre leurs mains ; les .Egvptiens s'en 
allèrent et se retirèrent vers Poiiloise". Depuis ce 
temps, dit Pasquier, [ubi suprà, p. 300 el 3G1, « ils 
» nous ont continué successivement et de main en 
« main leurs voyages.... sans avoir autre adveu de 
« leur pénitence, sinon celuy que par une sotte 
» renommée, ils avoient imprimé.... dans nos tes- 
" les, disans que les sept ans de pénitence qui 
■' furent ordonnez aux premiers, alloient de suc- 
•< cession en succession. » Enfin par l'Edit d'Or- 
léans, publié le 3 septembre 1501, il fut ordonné 
« îi tous tels imposteurs qui empruntoient le nom 
■< de Bohémiens ou Egyptiens, leurs femmes, enfans 
■ et autres de leur suite, de vuider dans deux mois 
« de ce Royaume, à peine des galères el de puni- 
« lion corporelle. » Pasquier," i(^/ suprà. Il en 
existe encore des familles entières dans les fron- 
tières du côté de l'Espagne, connus sous le nom de 
Bohémiens. {Voy. Boiiémie.\s ci-après.; 

^-Egis, subst. fém. Egide. Armure que les Poêles 
donnoient à leurs divinités, particulièrement à .Ju- 
piter et à Pallas. « h'acgis est escu commun à Jupiter 
« et à Pallas... a pouvoir de convertir les hommes 
•< en pierres, c'est-à-dire les rendre muets et par- 



Ci) nice signifie niais et viendrait du latin ncscius. (n. e.) - (2) une couverture de feuiUage. (X. e.) - (3) cicatrisé. - 
<4) couverture. s \ / \ / 



AE 



— 1G8 



AE 



« lients de choses véritables. » 'S' Julien, mesl. 
histor. page 558.) 

i'Einorrhoïdes, siihst. [cm. pliir. Hémorroï- 
des. Espèce tle Serpent. 

Cotgrave explique ce mot dans le sens subsistant. 

Cest peut-être par allusion à l'elïet des Hémor- 
roïdes, (lue P.abelais (T. IV, p. '274), s'en est servi 
poui' désigner une espèce de serpent dont la mor- 
sure fait saigner jusqu'ù ce qu'on meure d'épuise- 
ment. !Voy. Cotgr. Dict. et I.e Ducliat sur Itabelais, 
au lieu cité.) 

VARIANTES : 

^MORRHOIDES. Rabelai.», T. IV, p. 274. 
/Emeri\uoïdes. Cotgr. Dict. 

Aemplement, suh&t. musc. Accomplissement. 

Proprement action de remplir. (Voy. Ae.mi'mii ci- 
après.) De là, on a dit au tignré: » Ne s'abast mies 
« solement desoz les devantiMcns (1;, mais m'-s assi 
« desoz les jilus jouenes; et c'est li perfections d'u- 
« milileit et li «aw/j/c/hc^x- de justice. » iS' Jiern. 
Serm. fr. mss. p. 264.) « Cil qui vint en Vaemple- 
" ment des tens, etc. « (Id. ibid. p. '222. — Voyez 
Emplesient ci-après.) 

VARIANTES : 
AEMPLEMENT. S' Born. Serm. fr. MSS. p. 222. 
A.\MPLEMENT. Id. iliid. p. 2r>4. 
Aemplissïï.ment. Id. ibid. p. 190. 

Acmplir, vcrlie. Emplir, remplir, combler. 
Heiuplir, accomplir. 

iJu latin .{(liiiij)lcre, on a dit dans le sens propre: 
« L'en comnuMii.'a fort îi gellcr et à lancer bois 
« dedens les fossez, tant qu'ils furent aempli% et 
■< rasez jusques aux murs. "(IIist.de B. du Gues- 
clin, par Ménard, p. 185.) 

Au figuré, diiiis le sens de remplir, accomplir: 
« Aemplit la cantique Moïses; en lalin : ('(i)ilieiim 
« Motjsi adimplevil. « ;Cbron. fr. >is. de .Nangis, 
p. 5.) « Que li parole que tu disis, ao'ilaampUe, etc. » 
(S' Bern. Serm. fr. >iss. p, 377.) 

.... je vous vueil ce chant offrir, 

Pour ueinplii- 
Ce que vous avoue et convent : 
Pour rien n'en vousisse mentir. 

Ane. PoSl. Fr. MSS. aitant 1300, T. IV, p. 1395. 

(Voyez Accomplir ci-dessus, Comi'i.ir et E.mpi.er ci- 
après") 

CONJUG. 

Aemplissesl, \m\iavL subj. Accomplit; en latin» 
Adimpleret. (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 8.) 

VARIANTES : 
AEMPLIR. Chron. fr. MS. de Nangis, p. 5. 
Aampi.ih. S' Rprn. Serm. fr. MSS. p. H77. 
AoEUPLin. D. Carp. suppl. Glossaire de Du Cange au mot 

Imptrii^nnlum. 

A-on-avant, ndverhe. Dorénavant. 
Littéralement, delîi en avant. 



.... il l'a bien gardé 
Et gardera it-en-avant. 

Ph. Mousk. MS. 



p. 533. 



Aençjci", verbe. Multiplier. Remplir. Charger, 
embarrasser. 

I>e sens propre est peupler. (Voy. Enger ci-après.) 
De là, on a dit dans uii sens moral et figuré : 

Par tout voi le mal aemjicr. 
On ne set mais nul lieu aler, 
C'on ni voit le bion avaler, 
Et le mal venir au dese\ire. 

bits (le B.iuiiuin de Condé, .MS. de Gaignsl, fol. 309, \' col. 9. 

l'ar extension de l'acception propre, ce verbe a 

signifié remplir. 

Or parlerai de la Clergie : 
Elle est de vent trop aeiigic. 

Ane. Pocl. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1313. 

Charger, embarrasser, dans cet autre passage : 

Se j'ai paveur et doutance 
Ke si me sont eslongié 
I.e regard et la semblance 
Ki do çou m'ont aengc. 

Ane. Poël. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1089. 

VARIANTES : 
AENGER. Ph. Mousk, p. 033. 
Aexoier. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n" li'.XI, fol -ICO, R». 

Aentremettre (s"), verbe. S'entremettre, se 
mêler. 

C'est le verbe Mettre, précédé des prépositions à 
et entre. (Voy. Entremettre ci-après.) « Seordonnè- 
« renl moult bien pour aidier aux Engloiz ; mais 
« se ilz sceussent bien leurs pensées, ilz ne s'en 
« fussent aentremiZ: « (llist. de B. du Cuesclin, par 
Ménard, p. 465.) 

Aenviei", verbe. Envier, désirer. (Voyez Fabl. 
MS. de S' Geiin. fol. 4, V° col. 3. — Et le verbe sim- 
ple Envier ci-après.) 

Acr, suhst. masc. Air, élément. Respiration, 
baleine. 

Il paroil que c'est à la renaissance des Lettres, 
(jue nos .Vuteurs ont dit uer comme en latin , pour 
signifier l'air. Dans l'origine de notre langue, on 
écrivoit air ou aire, quelquefois ar, du latin aer. 
" Sire, el ciel est ta mi.seiirorde , et la verilez en 
-. josk'à nues, appressanz par ton jugement lote la 
« terre et les pooesleiz de i'airc. >■ (S' Bern. Serm. 
fr. MSS. p. 125.) 

Corals cum arbre naist en mer. 
Verz naist, e niult fait à amer. 
Qant l'oiî-e la tuche, si devient dure ; 
Huige devient de sa nature. 

Marbodns ilc Gcm. arl. 20, col. 105G. 

par la lune 

Est li bruns tirs esi;laircis. 
Amours fait sambler mie lune (2) 
Que la nuis soit miedis. 

Ane. Poiis. Fr. MS. du Val. n- 1490. fol. 152, R'. 



(1) anciens. — (2) inic lune signifie au milieu de la lune, en pleine lune. (N. e.) 



AK 



— loa 



AE 



Oïl lit airs pour a?'S dans une autre copie de la 
même cliaiison. (Voy. Ane. l'oës. Kr. ms. du Valic. 
n'i.Vi'J, fol. KiO. li" l'iil. i>.) 

On a (lit liL;nr('nHMit altirci' dans l'air, pour dissi- 
per, delruiie. M. de liurie ■> fui Colonel d'infanleiie 
« Françoise au voyafie de M. de Lautrec vais le 
>< Royaume de Naplcs; et si commanda à son arlil- 
« lerie et s'acijuitla Irès-liien de tout. Mais le (licl 
<' malin anime contre nous autres [-"rançois de ce 
" temps-là, (ttlira ilcnis soit air et nostre armée et 
« nos desseins. >>■ Brantôme, Cap. Vv. T. II, p. 19'2.) 
Donner air à une entrei)rise, pour éventer un 
projet. (ColL;r. I»ict.) 

On a|)iieloit /ief en l'air, un fief de condition non 
féodale... un droict incorporel assigné sur un ticf, 
et tenu féodalemenl, comme une rente infcodi'e. 
(Bouteil. Som. Hur. lit. 8:5, p. 483.) 

L'air sert à la respiration. De lit reprendre so)i 
air, a signiiié respirer, reprendre son haleine. 
La Dame longuenipiit se tost ; 
A tart li giéte un lonc soupir, 
Et reprant ainsi son air. 
Ses cuers revient, mes folement, etc. 

Parton. de Blois, MS. de S. Gprm. fol. 150, R- col. 3. 

VAni.\NTi:s : 

AER. Mém. de Du Bellay, Liv. VI, fol. 104, R". - Faifeu, 
p. 3. - Crétin, p. 18. 

Aeir. Molinet, p. l^'t. 

AiER. Percpf. Vol. III, fol. 30, R» col. 1. - Ibid. fol. 41, V». 

Aire. S' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 46. 

Airs. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n» 1522 , fol. 166 , R» 
col. 2. - Athis, MS. du Roi. 

Ars. Athis, MS. fol. 74, V° col. 2. - Gér. de Roussillon , 
MS. p. 197. 

Ayre. S' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 143. 

Aërée, adj. Aérien. 

Du latin aereits. (Voyez Aerin ci-après.) « Un 
« nommé Gasparin... se vante... de sçavoir chasser 
« du corps des hommes les esprits... ou terrestres 
« ou aercT^. » (Nuits de Strap. T. 1, p. 1.V2.) 

De là, on s'est servi de ce mot pour désigner les 
oiseaux, que les Poètes appellent habitans de l'air. 
« S'il est quelques animaux moins favorisez... que 
<' nous, il y en a d'autres... qui lesont plus... voire 
« des terrestres... Car quant aux marins..., en cou- 
" leur, netteté, polissure, disposition, nous leur 
« cédons assez : et non moins en toutes qualitez, 
« aux aérées. « (Essais de Montaigne, T. 11, p. 271.) 

VARIANTES : 
AEREE. Essais de Montaigne, T. II, p. 271. 
Aéré. Cotgr. Dict. — Nuits de Strap. T. I, p. 152. 

Aereux, adj. Aéré. (Voy. Cotgr. Dict.) 

.^l'ien, adj. Qui appartient à l'airain. Du mot 
vEkin ci-après. (Voy. Cotgr. Dict.) 

Aerin, adj. Qui est d'air, qui appartient à l'air. 
(Voy. Nicot, Dict. — Molinet, p. 13'J.) « Mercure 
« s'en coula parmy la région ae;7«e, clere et sap- 
« phirine, pour parfournir son message. » (J. Le 
« Maire, lllustr. des Gaules, Liv. 1, p. 87.) 



/'Erin, suhst. )nasc. Airain, enivre. En latin, y^s, 
.'Eris. <■ A clouer les aiz des nefz valent mieulx les 
" clous d'«/'«/// que de fer. « 'Le Jouvencel, fol. 88.) 

fin disoit proverbialement œil d'arain, pour si- 
gnilier un d'il jilein de feu, un ujil élincelant, 
comme celui du Lion. (Voy. Cotgr. Dict.) 

l'our désigner un sot, un ignorant, on disoit : 
« Il pense (jne niies sont pailles fl) (\'urain. « (Ibid.) 

.Nous reina)'(iiicroiis ici que du mol arain , on a 
fail Auai.m: ci-après, espèce de trompette. 

VARIAMES : 
-KRIN. Cotgr. Dict. 

AitAiN. Rabelais, T. V,p. lOi. — Nicot et Cotgr. Dict. 
Er.mn. Cotgr. et Rob. Est. Dict. 

Aoriiniouot, suhst. mase. Août. fVny. Borel , 
Dict. 2'' aililit.) C'est la corruption du mot allemand 
.irtunnniiDlil, que Charlemagne voulut substituer 
au nom ([iic les François donnoientau moisd'Août. 
(Voy. Kginbard, vie de Charlemagne, chap. xxix.) 

Aeromancien, suhst. mase. Espèce de devin. 
(Voy. Aeromantie ci-après.) 

Ydromanciens, l'eaue fault visiter ; 
.'\eromatwiens, regardez-vous bien l'air? 
Pyromanciens, advisez bien le feu. 

Chasse et Départie d'Amour, p. 2i8, col. l. 

Aëi'oiiKinlie, suhst. fém Espèce de divination. 

Divination prise de l'impression de l'air. « Vou- 
« lez-vous... en si;avoir plus amplement la vérité 
« par Pyromantie, par liéromanlie , par hydro- 
« mantie, etc. » (Rabelais, T. III, p. 1-38.) 



AEROMANTIE. Oudin et Cotgr. Dict. 
Hkromantie. Rabelais, T. III, p. 138. 

Aerpeiinis, suhst. viase. Demi-arpent. Mot 
composé de uert, terre, et de païut, ce (jui est borné 
par des limites. (Voy. Borel, Dict. 2''" addit.) 

Aei't, sul)st. mase. Terre. (Voy. Borel, Dict. 2''" 
addit.) C'est presque le mot hébreu haaret~^. En An- 
glois, eurth signifie terre. 

>^Tï;rugineiix, adj. Erugineux. 

En latin .Eruginosus ; qui a du vert-de-gris, qui 
lient de la rouille de cuivre, ou qui lui ressemble. 
De là, on a dit figurémenl c/(o/(??'^yËn/</iHe«^e dans 
le sens oi^i nt^us dirions hile érugineuse. (Colgr. 
Dict. — Voy. Érigine ci-après.) 

Aes, suhst. fém. plur. Abeilles. 

L'orthographe la plus propre à nous indiquer 
l'étymologie de ce mot, paroil être l'orthographe 
Eps, dont Laurière trouve l'origine dans le mot 
latin apes ou apis, qui signifie une Abeille. Voy. 
Gloss. du Dr. Fr. au mot Adet tz-.] 11 dit au mènie 
endroit, q\i'. \dehtz-,Adex, Deps, sont des fautes que 
l'on auroit du corriger dans les Coutumiers géné- 
raux. Par l'article vu des Coutumes particulières du 



(1) pallœ, manteaux. (N. E.) 
I. 



22 



AE 



170 



AE 



Baillia<;e de S' Orner, discordantes aux générales 
de la rVevôté de Montreuil : >• Les Viscontiers ont 
« le sanj;- et le larron : est à S(.'av(iir uonnuissanoe 
« de mèk-e, de debal fait à sany- coulant, et du larron 
« prinsen icelle seigneurie, posé qu'il doive être 
« pendu et estraniîlé : et si ont estreiures (1', de bas- 
« tards, voilée, cùlebts, et amende de soixante sols 
« parisis pour navreures à sang courant, etc. >■ 
<Cout. gén. T. 1, p. Gi").) L'Editeur, dans une note 
au bas de la page, remarque qu'un lit: aluis Adcxs 
ou Ik'ps. et renvoie pour l'explication de ces mots 
à l'indice des Droits Royaux et Seigneuriaux de 
Bagueau. Suivant cet auteur, ils signifient une 
espèce de droit Seigneurial. C'est aussi le sens que 
leur donne Cotgrave dans son Dictionnaire. 

M. Hagucan auroit pu se rappeler cet article de 
la Coutume d'Amiens : •■ Si ancuu eps ou muuchcs 
« à miel s'envoUent liors leurs vaisseaux , etc. » 
(Coût, génér. T. 1, p. (jO-i; ; ou bien seulement cet 
autre de la Coutume du Mont S' Eloy : » Les Sei- 
•< gneurs prendent. . . droit de dismes sur les manoirs 
« non amazés \2), prez et gardins, tant de boys, 
« de foings, de mouches, de vascheaulx d'cp:,, c'est- 
» à-dire ile riiclie. •■ (Nouv. Coût. gén. T. 1, p. iGG, 
col. 'i.); alors il se seroit aperçu que Deps est une 
faute pour d'Eps ; et qu'au lieu de Voilée, adcbls, 
il faut liie, Vollce d'achts dans l'aiticle vu des Cou- 
tumes particulières du Bailliage de S' Orner. (Voy. 
Laur. Closs. du Dr. fr.) 

On a pu écrire aebts pour eps, ou eptes, parce 
que le son de la diphtongue «c est le même que 
celui de Ve simple, et que les lettres b et p étant 
des lettres de même organe, on les a souvent em- 
ployées l'une pour l'autre. Mais la transposition du 
d a'près Va rendoit ce mot ainsi ([u'adex tout-à- 
fait méconnoissable. (Voy. Ani;ii.i,K ci-dessus.) 

Bouleiller dit « qu'autre fois on a disputé si les 
« mouches à miel qui sont appellées au livre escrit 
" à la main eples, sont fciœ an inuiisitetœ, c'est-à- 
" dii'c, sauvages ou privées. » (Voy. Som. iîui'. 
p. 'iôH. note (f). ) 

On lit dans un de nos anciens Poètes : 

Li saiges de quant qu'est soz ciel 
Trait sens, con Ex trait d'erbe miel. 
Li Ex s'assiet delez lorlie ; 
Tant la porgarde et t.int l'espie, 
Qu'il trait le miel de l'amertume : 
C'est du saige home la costume, etc. 

Parlon. de Blois, MS. de S' Gcrm. fol. 124. R- col. 3. 

Prov. 
Qui venlt du miel, faut qu'il seuffre les .fies. 

Cirthcriyc, Voyage du Chevalier errant, fol. 32, R*. 

Nous disons au même sens : Point de roses sans 
épines. 

VARIANTES : 
AES. Cartliény, Voyage du Chevalier errant, fol. 32, R». 
Adebts. Coût. pén. T. 1, p. 0-45, note. 
Adebtz. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
Adex. Id. ibid. au mot Ailelz. 
Adexs. Cout. gén. T. I, p. Oiô, note. 



JEs. Laur. Gloss. du Dr. fr. - Cout. gén. T. II, p. 858. 
Deps. Cout. gén. T. Il, p. &15, note. - Laur. Gloss. du Dr. 
fr. au mot Atlleb:. 
Els. Du Cange, Gloss. lat. au mot Abollafiiiwi, col. 49. 
Eps. Cout. gén. T. 11, p. 876. 
Eptes. lîoutpill. Som. Rur. p. SriS, note (f). 
Epz. Nouv. Cout. goD. T. I, p. 40G, col. 2. 
Es. Ord.T. 1. p. 242. 
Ex. Parlon. de Blois, MS. de S. Gcrm. fol. 124, R» col. 3. 

Aeschié, participe. Amorcé. 
^Voy. Aesciuer ci-dessous.) Aciiuies est une faute 
dans ie passage suivant : « Nul ne tende nasse de 
« bras, ni pareillement bouchelles Ac(]Hics corr. 
" acquiécS; de ver. » (Cout. de llaynault. au nouv. 
Cout. gén. T. II, p. 150, col. 2.) On lit acquises, 
■Mû. Cout. gén. T. I, p. 813.) 

Li Doaulile ont gieté pour nous saisir, 
Quatre amenons uescliii}s de torment. 

Chiins. MSS. du C" Tliib. p. U3. 

Dans un autre manuscrit, on lit Oschie:^ pour 
Aeschiés. 

VARIANTES : 

AESC1IIÉ. Ane. Poet. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. -141. - 
J. de Jleun. cod. vers 1516. 
Ai;(juiES (fé)ii. plur.). Nouv. Cout. gén. T. II. p. 150, col. 2. 
Acquises (fi7n. pha:). Cout. gén. T. I, p. 813. 
OsciiiÈ. Chans. MSS. du C" Thib. 

AescliH'r, verbe. Faire goiiter, faire prendre. 
Le sens proiire est amorcer, du mot Esche ci- 
après ; en lalin Ksca. De là, on a dit llgurémenl 
aeschier une loi, la faire goûter, la faire prendre. 

Nez fustes Dieu c'en doit amer 

Après ce, toute l'escriture 
Conimcntastes à preschier 
En Judée, pour aesciticr 
La loi que nous ores tenons, etc. 

G. Guiarl, MS. fol. 93, V. 

Aesmiiuvn, sithst. viasc. et féiii. Estimation, 
prisée. Prix, valeur. 

Le premier sens est le sens propre. (Voyez Aes- 
MER ci-dessous.) On a dit au ligure, « selonc mon 
n aesmance, » « par lo sien aesinement. » (S' Bern. 
Serm. fr. mss. p. r>rjet 70.) 

. . . tant de miséricorde a 
Que je n'en sai faire acummice. 

Miserere, MS. de Gaignat, fol. 213, V' col. 2. 

Par extension du sens propre, ce mot a signifié 
le prix mémo de la chose (|u'on estime, qu'on ap- 
précie. « Aerast (iij assi en mi et dolor et crimor // 
aasiiioitenx' de la médecine. " ^S' Bern. Serm. fr. 
MSS. p. 1 i8. — Voy. EsME ci-après.) 

VARIANTES : 
AESMANCE. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 70. 
Aasmement. Id. ibid. p. 148. 
Easmement. Id. ibid. p. 55. 

Aesnier, verbe. Estimer, jjriser, apprécier. 

Estimer, juger, penser. Délibérer. Croire, présumer. 

.Ménage faildériver ce verbe du lalin Adœstimare. 



(1) Voir Du Cange à Esli-ajcrUn. Droit seigneurial stir les biens délaissés par mort ou aulretnont. ^.\. E.) - (.2) non « vêtus 
non loués. (N. e.) — (3) accroît, augmente. 



AE 



171 — 



/\F 



(Voy. Dicl. Elyni. au mot Esme.) Cependant on ne 
trouve point le composé .•l(Zfi'-s//H(cnr, dans le(;ioss. 
lat. (le Itii Caiit^'-e, ni dans le supplément de fi. C.ar- 
pentier. l'tMit-cMre ncsmcr est-il le même iin'KsMiai 
ci-ai)rès. Nous les aui'ions réunis, si nos anciens 
Poêles n'avoient fait trois syllabes iVAcsnirr; et 
nous l'aurions écrit avec la diplitong:ue œ, dont le 
son est le nirmo que celui de Ve dans Ksincr. Tous 
deux eniprunicnl leur si;,Miiticatiou propre du verbe 
latin .Estiinarc, composé du substantif ./-.'s, ciiivie, 
airain, au ligure ars^ent, monnoie. 

Ainsi, on a dit dans le sens pro|)re : » La charre- 
« tée de pomes doitcim] deniers, et poires aussint : 
■< et se elle vient par F^oire elle est armée par 
« sommes, et fet la somme 18 mines. » (Ane. Coût. 
d'Orléans, p. 47i.) 

Au figure : 

. . . Dex mist tant de liiens en li, 
Que nus n'en porroit aasnier. 

Ane. Poêl. Fr. MSS. av. 1300, T. I, p. i52. 

■ Ains le pooit-on aesincr 
A chant de Serene de mer. 

Rom. de la Rose. 

Borel, (lui cite ces deux vers, explique .Ifs/Hcr 
par comparer. Quoi ([u'ilen soit de cette explication, 
aesnicr une chose à une autre, c'est proprement 
l'estimer de même prix, de même valeur. 

De \l\, ce mot a signifié estimer, juger, penser. 
« Ju, par l'eswarl del remeide, aanine la mervil- 
« louse grandesce de mon péril. » (S' Bern. Serm. 
fr. MSS. p. 147.) Peut-être faut-il lire aeumer pour 
aumcr dans le passage suivant : « Si le disseisi fuit 
« en longteyne pays en temps de la disseisine faite, 
« adonques est droit de aumer et ajuger dedens 

« combien de temps que il poist estre retorné de 

« engettei' les disseisours. » (Britton , des loix 
d'Anglet. fol. UT), R-.) 

Queliiuefois ce verbe étoit récipro(iue, dans le 
sens d'estimer, penser. 

, Ains Narcisus n'ama Dame, si com je Faime ; 
Car ele souspris m'a, et si n'ai pas l'estraine 
De li, que tel famé a si clere face plaine, 
N'onques ne s'acsma (1) à alegier ma paine. 

Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 274, V" col. 2. 

Se vos Sire vous baille son chastel à gardier, 
En vo cuer vous devez sagement aeuncr 
Que vous soies hardis et fier comme sangler. 

Id. ibid. fol. 33i, V col. 1. 

De lîi, s'aesuier pour délibérer, extension de 
l'acception figurée penser, proprement estimer, 
apprécier les raisons de faire une chose ou de ne la 
pas faire. Il est réciproque dans les vers suivans : 

Aesmc soi, et tint l'espié ; 
Vers le vallet s'est eslaissié. 
Soz la boucle l'escu li fent, etc. 

Floireel Blanclienor, MS. de S' G. fol. WG, V" col. 3. 

Pour estimer, croire, présumer, dans ces deux 
autres passages : 



A Tournay, si com je Vaesmc, 
l'rist rarceresque son quaresme. 

Pli. Moufk. MS. p. 0!H. 

Li hom qi reut et afxme 
Q'il soit amés en il lieus. 
Il ne set qu'e.st bons husages, 
Ains est trop fols et volages. 

Ane. Poiis. Fr. MS. du Valic. n* 1490, fol. 150, V'. 

VAIIIA.NTES : 
AESMER. Ph. Mousk. MS. p. 788. - Ane. Poës. fr. MS. du 
Vatic. n" ir.2'2, fol. 1")8, V» col. 1. - Villetiard. p. 178 
Aasmi.h. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 452. 
Aemkiv. Ane. Coût. d'Orléans, p. 474. 
Au.MKii. liritton, des loix d'Anglet. fol. 115, R». 
Aksmer. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 45 et 148. 

A-ciix. 

Mot composé de la préposition a et du pronom 
eux On crioit à-C!/,s, pour animer les troupes, les 
mener à la charge, ou pour les rallier. 

. . . les voient ; si crient or à-eux. 
Desconfi sont li caitif famellous. 



An?. 



, MS. fol, 50, R- col. î. 



Souvent on redoubloit le cri a-eiix. 



A-eua, l't-ciin il sont venduz ; 
Pour néant ci se retropelent. 



0. Guiart, MS. fol. 268, V. 



A-eiis, à-eus ; nul ne s'en aille. 

Id. ibid. fol. 206, R». 

On écrivoit canl,i\ ynnx pour eux. ^Eust. des Ch. 
Poës. MSS. fol. '2G.">, col. 8.) De là, lecomposé a-eaulx, 
cri de chasse, dans lequel on trouve l'origine de 
notre mot Tuyau. 

Volunté tint à sa courroye, 
Et chascun d'eulx en las de soye, 
Trois renars et quatre louveaulx 
Pour descoupler, crians a-eaulx. 

Eust. des Ch. Poës. MSS, fol. 279, col. 2. 

VARIANTES : 
A-EUX. Gér. de Roussillon, MS. p. 170. 
A-EADLX. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. -279, col. 2. 
A-Eus. G. Guiart, MS. fol. 268, V". 

Afache, subsf. fém. Agrafe. Un de nos anciens 
Poëtes voulant désigner là fourberie, dont il fait un 
personnage allégorique, sous le nom de Dame 
Cuile, décrit ainsi sa parure: 

S'a aumosnière de folies ; 
S'a coutel tranchant d'aquérance, 
Et s'a au col, par contenance, 
Por croislre ses acesmemens 
Afache de faus jugemens, etc. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 224, V col. 2. 

(Voy. Affiche ci-après.) Au reste, peut-être faut-il 
lire atache\)onv afache. 

Afadi , participe. Languissant, usé, affoibli. 
Dégoûté. 

Mot formé de l'adjectif fade, en latin fatuus ; pro- 
prement qui est sans goût, sans saveur. (Voy. Nicot, 
Dict. et Ménage, Dicl.Etym. au mot fade.) Cette ac- 



(1) jamais ne pensa. 



AF 



— 17-2 - 



AF 



ceplion propre deviendroit douteuse pour qui s'ar- 
rOteroit au sentiment de Vairon. Il prétend que le 
mot fatitiis, proiiremeul ijni fuliir incpla, eni|)loy(; 
d'abord poui' désii;iier un houuue dont les discours 
sont sans sel et sans agrément, s'est dit ensuite liy:u- 
rément des alimens sans g;oiit et sans saveur. Si 
son opinion étoil fondée, il eu résulteroit qu'on au- 
roit pris pour auceidion propre du mol fade, l'ac- 
ception tigurée. Dans cette espèce d'incertitude, 
qu'il nous soit permis de faire ici la remarque sui- 
vante. En Anglois, le verbe to fade, siiinifie se flé- 
trir, se faner, languir ; et Juuius Elyui. Augi.') 
pense (ju'il pourroit venir du Flamand vuililoi, (jui 
a la niéuie signification. Les dérivés de vaddoi sont 
vaddig, engourdi, languissant, vadde dans un sens 
à peu près semblable en parlant d'une femme, et 
peut-être le mot faddcdonl les riamands se servent 
pour désigner un lioiume intlolcMit, (|ui languit dans 
la paresse. On pourroit aussi trouver l'étymulogie 
d'atJ'adi dans le mot latin vappa, vin usé, vin gâté. 
(Voy. A\v.\i'i ci-après.) Alf'adi signifie languissant, 
usé, atîoibli par le plaisir, dans ces vers : 

II y a seize ans que je suis ou vergier. 
Où touz viennent pour quérir leur deliz, 
Et où j'ay veu pluseurs boire et manger, 
Qui estoient lasches et afudis. 

Eust. des Ch. Pois. JISS. fol. 13, col. i. 

.... Rois, Chevaliers et Clers, 
Dont je fay recité les dis. 
Sont par femme ainsis affadis, 
Dcstruis, mors ou persécutez. 

Id. ibid. fol. 529, col. 2. 

C'est peut-être par allusion au défaut d'appétit, 
occasionné souvent par l'épuisement des forces, 
qu'on a dit affadi pour dégoûté, ijui n'a point de 
goût. 

Cents qui des biens de Paradis, 
Estoient povres et affadis. 

Id. ibid. fol. 5U, col. t. 

VARIANTES : 
AFADI. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 13, col. 4. 
Aff.vdi. Orlh. subsist. 

Afaire, subst nuise, et fém. Affaire. Action, 
combat. Façon de faire, façon. Naturel, caractère. 
Etat, condition. Domaine, seigneurie. Chose. 

Ce mot a été long-temps des deux genres; mais il 
semble (jue l'usage auroit dû décider en faveur du 
masculin, suivant les règles de l'analogie. C'est le 
verbe faire précédé de la préposition a, que le re- 
doublement de la letttre F, a rendu inséparable 
dans l'ortliograplie affaire. (Voy. Akkaihe ci-après et 
autres di-rivés.) Cette préposition , comme nous 
l'avons observé sous A, s'employoil dans la conju- 
gaison des futurs, formés du verbe auxiliaire avoir, 
et l'on disoit anciennement comme aujourd'bui : 
« Ou'avez-vous affaire, qu'avoit-il affaire de, etc. 
« pour (jneferez-vous, que pouvoit-il faire de, etc. '!• » 
» Fil d'Adam, lignie avère et convoitouse, k'avciz 
« affaire de ricbesces terriennes, ne de temporel 
• glore? » (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. 33.) « ouelle 



'< afaire.... avoit Scipion l'Africain de Lélius ? » 
i;l/Amaiit ivssusc. p. It)."i.) M"' de Cournay a pré- 
tendu i\\\'<ilfairc étoit une orthogra[)he vicieuse, et 
qu'il falloit toujours écrire un à faire. ,Voy. Essais 
de .Montaigne, T. I, préf. p. ii.) 

Quoi qu'il eu soit, ce mot a signifié et signifie en- 
core tout ce (|ui est le sujet de (luelque occupation, 
en général ce qui est à faire pour la conservation 
de son bien ou de sa sauté, pour ragraïuiissement 
de sa fortune, pour la réussite d'une négociation, 
etc. « Il te faudra apprendre la Cbevalerie et les ar- 
" mes, pour.... nos amis secourir eu toutes leurs 
« affaires contre les assaultz des malfaisans. » 
(Rabelais, T. 11, p. iti.) « Je laisse faire nature.... et 
" je crains au lieu de l'aller secourir, ainsi comme 
" elle est aux prises... avec la maladie, qu'on se- 
« coure son adversaire au lieu d'elle, etiju'on la 
" recharge de nouveaux rt//i///rs. • Essais de Mon- 
taigne, T. 1, p. 177.) .' Crangousier ordonna que 
" Ulrich Gallet, maistre de ses requestes... duquel 
" en divers et contentieux affaires, il avoilesprouvé 
« la vertus et bon advis, allast devers Picrochole, 
" etc. .. (Rabelais, T. 1, p.'id-i.) 

De là, M" de Sillery, Villeroy, de Frênes, Minis- 
tres du temps de Sully, sont qualifiés ^;('h,s d'affai- 
res dans ses Mémoires T. XII, p. 'iO-i efi03.) On ne 
se sert plus à présent de cette expression qu'en 
|iaii;t!il de Praticiens ou de Gens chargés de la ges- 
tion d'un bien. 

Nous disons encore d'un homme qui agrandit sa 
fortune en travaillant à ses intérêts, qu'il fait ses 
affaires. Cette façon de parler paroilroit avoir été 
nouvellement introduite du temps de M. de Ville- 
roy. " Ceux qui ont la bourse mieux garnie et qui 
" ont le plus dérobé et /'(/// leurs affaires, pour user 
" des termes (jui sont en praliijue, etc. » (Méni. de 
Villeroy, T. I, p. 28. 

Un combat, une action, qui n'est pas engagée, est 
une elivse à faire. De là, on a dit dans un sens par- 
ticulier : >' poui- commencer Vaffaire fort et fier et 
.. enclin. » (.N'ol. du Rom. d'Alex, fol. '53.) Celte ac- 
ception, ijui subsiste, est ancienne dans notre 
langue. 

. . . chascuns ot riche convoi, 
Tex com il sot nieller choisir 
Pour un estai- bien maintenir. 

Alhis, MS. fol. i6, V col. 1. 

On lit affaire pour estor, combat (ibid. ms. du 
Roi). C'est par un abus de la vraie signification du 
mot affaire, qu'il s'est dit et se ilit encore d'une 
chose faite. Voy. Afaitkmf.nt ci-.iprès spécialement 
d'un combat, d'une action, dont le succès est 
décidé. « Fut prise la ville de Conslantinople par 
« les Turcs, en laquelle affaire furent tués, etc. » 
yCliart. Ilist. de Cbailes Vil, p. '271.) 

Ce même mot a passé de la signification de chose 
à faire, à celle de façon de faire, façon. " Il veit 
" yssir une ancienne dame, de moult bel affaire ; 
" et devant elle, avoit ung jouvencel de prime 
" bariie. « Percef. Vol. IV, fol. VIO, R° col. 2. — 
Voyez Afaitement ci-a])rès.) 



AF - ^'3 - 



AF 



Son corps n'est mies coustumiors. 
Fors que d'onnour et de tiion faire : 
Cascuns prise son bel «fuire, 
Son maiiilieii, son estre et son sens. 

Froissarl, l'oés. MSS. p. lOi, col. 1 cl 2. 

. . . Quant je regart vostre afaire, 
Vos biaus iex et vo clair viairo, 
Vo cors qui si est avenans, 
Adonc nie mue toz li sans. 

Fobl. MS. du R. n- 721S, fui. 218, V col. 1. 

Par extension, il a si?,ni(ié ce qui délcrmine la 
fafon lie faire ; le nalurei, le caractfire. De \h, ces 
expressions ('/;r de bon ajfuire, de bcnignr alfaiir, 
de iiKtuvaia aj]aivi\ etc. (Voy. Vi;;il. de Charles Vil, 
T. I, p. '(8. — Ibid. T. Il, p. 05. — Arvcsla amu- 
rian, p. 27.) 

. . . Cuer de gentil afaire 

Ne faudroit (1) son fin amant, 

Por rions que piii.ssent rolrairc 

Envieus, ne mesdi.sant. 

Ane. Pool. fr. MSS. avaut iîlOO, T. IV, p. 1407. 

. . . feme est d'un ufahv. 
Qu'elle aime et het de legier. 

Ane. Po.ls. fr. .MS. du V.it. ii' IIOU, fol. iG2, P.'. 

Le genre des affaires, des occupations auxquelles 
on s'adonne, conslitiie ordinairement rétaldes per- 
sonnes, leur coiidiliun. Ile là, on a pu dire : « Tous 
« esloienl de si graut alfairc et si saiges, que Ten 
« disoit que France estoit deniouree orpheline de 
« sens, et de noblesse et de force, puisque ceux s'en 
>■ estoient partis. » (Chron. S' Denys. T. I, 
fol. 175, fV.) « Bien nous semble homme de moult 
« haulte affaire. » (Ger. de .Nevers, part. I, p. 07.) 

. . . molt ert saiges et cortois, 
Et riche et de grant affaire. 

Falil. MS. de S' Germ. fol. 300. 

Ce mot signifie domaine. Seigneurie dans les vers 
suivans : 

. . . Toulouse est de son afaire, 
Et de lui le doit-on tenir. 

Ph. Mousk, MS. p. 030. 

On peut voir ce que dit Du Gange, Gloss. lat. aux 
mots affare et affrus, sur forigine de ces deux ac- 
ceptions. Le service militaire et l'administration de 
la justice étoient la principale a//'a/?Y de ceux qui 
possédoient les fiefs. De là, ce mot a pu désigner un 
fief, une seigneurie; par extension, un domaine 
quelconque. Vers la fin de la seconde race, la no- 
blesse fut attachée ù la possession des fiefs ; d'oii 
peut-être l'expression homme de grand affaire, 
c'est-à-dire , de grande condition , de grande 
naissance. 

Au reste, il est difficile de rendre raison des ac- 
ceptions d'un mot, dont l'usage n'étoit pas moins 
général que celui de notre mot chose. On le substi- 
tuoit souvent à la place des termes propres ; ainsi 
l'on peut dire qu'il est mis pour charrue dans ce 
proverbe, à moins i\nafuire ne soit une faute et 
qu'il faille lire araire, du latin aralrnm, charrue. 

Peu vaut l'afaircis sans le contre. 

Ph. Mouîk, MS. p. 79C. 



Nous terminerons cet article, en observant que le 

mol affaire est souvent employé comme masculin 
dans mis .\uleurs, deimis .1. Marotel Grelin, jusi|u'à 
Montaigne et Gliarron ; qu'il éloit masculin et fémi- 
nin indiiréremincnt, du temps de Mai'tin de la 
Porte, et qu'il ne |)Oiivoit rimer exactement avec 
les mots tcrmini's en ère. Gharles Fontaine, repro- 
chant à deux Poi-lcs contemporains de Clément 
Marot, leur peu d'exactitude dans la rime, leui' dit : 

Un peu trop tost vous voulustes fréter 
De l'ensuyvir, pour contreinaroter. 
L'un va rimant la ferc contre affaire, 
Et l'autre aussi frère contre desplaire. 

Clcni. Marol, p. 203 el 204, 

VAIUA.NTES : 

AF.\mE. Villehard, p. 133. - l'abl. MS. du R. n« 7GI5, T If 
fol. 171, R" col. 1. - Ph. Mou.sk, MS. p. 371. 

Afkke. Kabl ,MS. du R. n° 7218, fol. 237, V° col. 1. 

ArFAin. .MailioJus, de Gem. art. 25, col. KiO). 

Affaihk. Orlh. subsist. — Carpent. Hist. de Cambray, 
page 28, tit. de 1255. 

Afferhe. Rymer, T. I, p. 109, col. 1 et 2, lit. de 1268. 

A-falt, adv. et conjonclion. De fait, en effet, 
réellement. Entièrement, toul-à-fait, parfaitement! 
Aussit("»t. 

En redoublant la première lettre du participe fait, 
comme dans Afaiiii: ci-dessus, on a (\\i Affait pour 
signifier de fait, en elfet, réellement. « sapience, 
« certes voirement ateires-tu (2) tôt affait suefve- 
« ment. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 25i.) On lit 
dans le latin, col. 1)04 : « sapientia suaviter verè 
>> î//iùit'rsfl disponens; » preuve que la significa- 
tion de l'adverbe affait, est indépendante du 
mot tout. 

11 est conjonction dans cet autre passage. « Tuil 
« «//«//, ce dist li Apnslles, ont péchiet :' en latin. 
" omnes eniin pcecavvrunt, etc. » (S' Bern. Serm. 
fr. MSS. p. 180. — Id. Serm. lat. col. 700.) 

La préposition à n'étoit pas toujours inséparable. 
A-fait en deux mots signifie entièrement, tout-à-fait, 
parfaitement dans ces vers : 

Ne seroit jamais, dist-il, fait, 
Se raconter vouloie à-fait 
Mes maul.x, etc. 

Eusl. dos Ch. Poos. MSS. fol. 457, col. 2. 

Ce même adverbe, ou plutôt l'expression tout-à- 
fait âésïgnoït quelquefois le temps, le moment où 
l'on fait une chose. Xous disons encore dans un 
sens très-analogue sur le fait. 

Il vodroit bien que tout-à-fait 
Qu'il pense la chose à avoir. 
Qui l'euist, etc. 

Froissarl, Poês. MSS. fol. 10, col. 2. 

VARIANTES : 
A-FAIT. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 457, col. 2. 
Affait. S' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 20. 

Afaité, participe. Fait, façonné. Formé, accou- 
tumé. Dressé, apprivoisé. Instruit, appris. .\é avec 
certaines ([ualités. Bien fait, parfait. Spirituel, fin. 



(I) tromperoit. — (2) disposes-tu. 



AF 



— r 



malin, vif, actif. Affecté. Dissimulé, rusé, feint, 
affélé. Affectionné. Ilypotliéqué. 

Ce mut s"est dit sjcnéralement des choses aux- 
quelles on donne une forme ou tlgure quelconque, 
des choses faites. fa(;onnées pour certains usages. 
(Voy. Afaiteu ci-après.) Le moulle est un gros ç;:int 
de cuir fait pour garantir la main de ce qui pourroil 
la blesser. De lu, on a dit : 

.... moufles bien curries, 
De novel afclies 
.\ux espines cuillir. 

Fabl. MS. du R. n' 7GI5, T. H, M. 213. R* col. 1. 

Nous disons d'une personne que son élal obli2;e 
à certains devoirs, qu'elle est faite pour les remplir. 
C'est aussi la sisinilicalion du mol Afaitié dans les 
, vers suivans : 

Prévos qui sont toz afailiez 

Por prendre cels qui mesprendront, 

Aux yvres pou conquesteront. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 217, R- col. 2. 

Arranger les dents, les nettoyer, apprêter les 
cuirs, farder la marchandise, frelater le vin, faire 
durcir un bàlon au feu, le garnir de fer, alTiler des 
armes, etc. c'est donner à ces choses la forme par- 
ticulière qui leur convient . les faire , pour ainsi 
dire, telles qu'on veut qu'elles soient. Ainsi l'on a 
dit (Ion afaitie%, pour signifier des dents propres 
et bien rangées. 

Net cliof, cheveus bien pigniez 
Doit li fins amant vouloir. 
r>iaus sorcis, denz afailiez 
Ne doit mètre en nonchaloir. 

Ane. Potl. Fr. MSS. avant 1300, T. II, p. CIG. 

Cuirs ajfailie%, pour signifier des cuirs apprêtes. 
(Voy. Du Gange, Gloss. lat. au mot Affaitia pelle- 
teri. — Borel, Dict. 'i-"" add.) De là, les mots Aff.vit 
et Aff.mtkih ci-aprcs. 

On entciidoit par marehandises affeetiés, des 
marchandises fardc-es. « Denrées et marchandises 
.< faulses ou «//fec/k'S. » (Ord. T. VIII, p. (>7C)) ; par 
vins ajfecliés, des vins frelatés. (Ihid.) 

Le baslon afaiclié et invasible, éloit une espèce 
de massue. - Ilaulsa une grosse massue de bois ([ui 
« est baston afaiclié el invasible. » (Voyez Lettres 
de Charles VI, du mois de Février l'dô. — Très, 
des Chartes, Heg. \'rl. Pièce G.) La Coutume du 
Mont-Saint-Eloy, fixe à (iuin:ie sols parisis, l'a- 
mende pour uii coup de îiaston ajl'aicliê ou ferré , 
sanssangue. (Nouv. Coût. géii. ï. I, p. iOG, coi. "2.) 
AU'ecsic, es,l une faute; ou doit lire ajfeclié, dans 
les Coutumes de la ville de Bernes. « Pour basture 
" d'un baston affecsié , sans sang , soixante sols 
« parisis. « (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 390, col. 1.) 

Les Cloud-i affeclez étoieni des clouds afiilés, es- 
pèce d'arme olfensive. « Touttes armes apointées, 
" cloudz alfecle:,, arbalestes, harquebuses soit def- 
>' fendus sur l'amende de vingt sols parisis. » (Coût, 
de Tournehem, au Nouv. Coût. gén. T. 1, p. l'iO.) 

/t/7'^t'/('', signifie aussi affilé, dans l'expression 



AF 

proverbiale ; <■ affetle::, comme l'aiguille d'un pelle- 
> lier. « (Contes d'Eutrapel, p. 312.) On retrouvera 
cette même expression sous Affii.k ci-après. 

Ce mol a eu sans doute plusieurs autres signifi- 
cations parlii'ulières, de l'espèce de celles que nous 
venons d'expliiiiier : mais un plus long détail 
devient inutile après avoir maniué la signification 
générale. ;i laquelle elles doivent être rapportées. 

On fait le corps, on le forme, on l'accoutume à 
eeilaines choses, à certaiiies habitudes. On a dit. 
.l/(///r' dans un sens également figuré, pour signi- 
fier fait, formé, accoutumé, tant en parlant des 
hommes que des animaux. « Combien que je ne 
« soye si congnoissable, ne si afi'aiclé en tous hon- 
•< neurs, ne en toutes courtoisies que je devroye. » 
(Percef. Vol. II, fol. MO, R° col. 1.) 

Les uns contre les autres traient, 
Con gent de mal faire afailice. 
Ilui mais est la guerre entamée. 

G. Gui.iil, MS. fol. 282, V. 

Il semble qu'on a voulu désigner par l'expres- 
sion, champion afeetc, un homme fait, accoutumé 
à combattre. « Chascun home (pii .seroit grant et 
« fort, ou qui seroit cham|)ii)n afecté , poroit par 
.> ce remubier (1) moût de gens. » (Assis, de Jéru- 
salem, p. 73.) 

Kn parlant des animaux, on disoit: « Beste... 
« aprise ou a faite et abette à... maus faire. >> (Brit- 
ton, des Loix d'Anglet, fol. G, V°.) « Cheval bien 
" alfaiclc et preux aux armes. » (Chron. S' Denys, 
T. I, p. 23G.) " Esprevier alj'nilié au Chapperon. » 
(Modus et Bacio, ms. fol. 13G, V°.) 

Nos anciens Auteurs de vénerie el de fauconne- 
rie, ont souvent employé ce mot dans le sens d'ap- 
privoisé, dressé ; signification particulière (jui sub- 
siste encore. (Voy. Modus et Racio, ms. passim.) 

.... adoncq la print ung lévrier 
Bien nffaiclé pour le mestier. 

Gace de la Bignc, des Dcd. MS. fol. 120, V'. 

Là si vit baigner ung faulcon 
Qui estoit nouvel affaiclié. 

U. MA. fol. C, V. 

Quant oyseaulx sont mal afftiictez, 
Voulentiers sont mal entaichez. 

Id. ibiJ. MS. fol. 113, V'. 

l'n ancien Poète a dit. en comparant la femme îi 
l'Autour, dont on ne peut jamais être sûr, ijnelque 
soin qu'on ail pris de l'apprivoiser : 

Sire, afailii'l ostoir 
Voit-on faire mauvais tour : 
Se j'ai dame à mon voloir, 
Ne doi douter avoir menour (2). 

Ane. Poés fr. MS. du Valie. n* 1 100, fol. 181, R'. 

Ce mot, de même que notre verbe faire, se disoit 
figurément iiDU-seulcnienl de ce qui regarde le 
corps, mais plus figurément encore de ce ijui con- 
cerne l'esprit. Il signifie instruit, appris, dans ces 
vers : 



(1) Lisez remuhier, dans le sens d'éloigner, détourner, en latin rcnnitarc. — (2j mot à mot : avoir moindre m.iuvais tour. (N. E.) 



A F 



— 175 — 



AF 



De bel parler fu afaUic, 

Dont a se raison commenchie. 

Vies (les SS. MS. du Surb. chif. LX, col. 1. 

Ite là, (III :i |iii (lire triine personne qui parle 
tien, ([irt^lie csl iifaitcc. Il paroit (juc c'est le sens 
de ce iiKil dans les vers siiivans, où il faut peut-être 
lire affttcc pour ufcstcc. 

A tant cessa ceste Dame afestée, 
(Jni bien monstra eslrc fort afl'ectée. 
A soustiMiir vaillaMiiiii'iil s^'ii ;ilT,iiii!. 
Si failli iiol'T iiur ri.iilhv . m ImiI .illaire 
A se [lanlcr (l(^ kiy tiMiuln r |i.iicillr ; 
Car il sen\bluit «[u'ollr juu.i.sl (i.a rolle, etc. 
Crolin, p. yi. 

En parliciilarisanl l'acception générale û'afaité , 
instruit, on s'est servi tle ce mot pour tl('sic,iier 
(lueUiu'un à (jui on a fait la leçon, (|ue l'on a ins- 
truit de ce (lu'il dcvoil (lire ou l'aire; d'où les ex- 
pressions inciinl)'i('rs ajl'alctcs , uicssdii/cs (ijfai- 
lés., etc. " Horrible ineurdre... l'ait en srant trahison, 
« d'aguet apensé, par ineurdriers aU'uicte^i. » 
(Monstr. Vol. I, fol. 12 i. H".) « Fist coi're novèles 
« que Corradin le fils de Corraul estoit mort; et 
.< list venir niessaigcs rt//h/^t'S, (jui distrent vraie- 
« ment ([u'il avoit esLé à la mort Corradin, etc. » 
(Martène, Conlin. de (J. de Tyr, T. V, col. 7'il.) 
« Avoit Verciiigetorix envoyé ses legalz alfaillcz 
« \)iiv toutes provinces subvertir, etc. » (Triomph. 
des neuf Preux, p. 359, col. 2.) 

J. Le Maire, disoil encore en ce sens : « Le cau- 
« teleux Sinon, uffaUc de par les Grecz... ouvrit le 
« ventre du grami cheval, dont il saillit Pyrrhus. » 
(Illuslr. des Gaules, Liv. II, p. 254.) 

Tous les hommes sont faits, sont nés avec un es- 
prit, un caractère. De là, on a ditdeceux(|uiavoient 
des dispositions, des inclinations plus ou moins 
heureuses, qu'ils éloient bien ou mal afaités. 

il est vilains 

Et fel, et moût mal af'ailics. 

Fabl. MS. du R. n" 7080, fol. Gii, R". toi. 2. 

.... seroit drois, ce m'est vis, 
Ke mesdisant mal afaitiC; 
Et de félonie entrepris. 
Fuissent tôt à une part mis , 
Come Larron enségnié. 

Ane. Poët. Kr. MSS. avant 1300, T. 111. p. 1054. 

Qui de tout le monde cerchier 
Vorroit chascune partie, 

N'i trouveroit mie 

Si bien ufuitie. 
Et quant amour me veut prisier 
Tant, qu'amer me fait sai:s folie 

Dame si proisie, 
Moût doi tel don avoir chier. 

Clians. fr. du xiii* siècle, MS. Je Bouliier, fol. 308, R" col. 1. 

Jean li Nivelois fut moult bien affaitiez. 

Borol, Dicl. 2'" add. 

On disoit de même ajfaictié en tous biens. 

Ainsin trestous malvaiz par leur grand malvaitié 
Haient tous ceuxqui sont en tous bien alfaiclié. 

Ger. de RoussiUon, MS. p. 103. 



Ce mot, comme l'on voit, n'exprimoit bien sou- 
vent rien de plus, que notre participe fait , pris 
dans le sens propre. Mais la préposition à paroit 
ajouter à la signification simple dans les passages 
suivans, où «/■«//(' semble mis pour achevé, lini , 
parfait, en piirlaiit des choses. 

Mais uns autres mestres i fu, 
Ki maint engien avoit seu 
D'uevre parant et ufaiUi. 

Ph. Mousk, MS. p. 702. 

G'est en ce même sens que lirant(jme appeloit un 
pied mignon et bien fait, un pied alfeclé. « Leurs 
" robbe's fort courles... montrent à plein leurs bel- 
« les jambes et belles grèves, et leurs [ncdiulfeclez 
« et bien chaussez. » (Drant. Dam. Gall. T. i, p. ■42(t.) 

Pour accompli, parlait, en parlant des personnes. 

Artus ot non li Damoisiaus. 

Rouses (1) estoit, mais moult fu biaus ; 

Et moult estoit ensii;niés, 

Simples, courtois, afaitiés. 

Id. ibid. p. 549. 

Gomme la linessc dans l'esprit et la vivacité, sont 
des ijualités nécessaires pour être parfait, accom- 
pli ; elles ont été désignées par le mot ujuitê, ((ui 
signifioit spirituel, (in, malin, vif, actif, etc. « Plu- 
« sieurs, qui est une grande dérision des lettres, ne 
« mettent leurs enfaiis à l'étude pour étudier; mais 
« seulement pour leur éveiller l'esprit... et pour 
» les rendre plus fins et ajfelte^ par le moyen de 
« la compagnie, pour ce que les jeunes gens sem- 
« blent comme s'eniraguiser l'esprit. •> (.\pol. pour 
Hérodote, p. 90.) « Le jeune fils... étoit bien ajj'elté 
« et faisoit toujours quelque singerie. » (Contes de 
Despérriers, T. I, p. 77.) 

^'(jus pensons que l'éditeur du Pioman de la Rose, 
en interprétant alj'ecté par fin, spirituel, auroit 
mieux rendu la signification de ce mot, qu'en l'e.K- 
pli(iuanl par sage, prudent dans ces vers : 

le plus sage, 

Le plus preu.x et plus affecté 
Y a été prins et guetté. 

Rom. de la Rose, vers 1589-1501. 

On employoit ce mot dans le sens de vif, remuant, 
(^'oy. Gloss. de Marol); et l'on disoit en comparant 
la vivacité, l'activité d'un jeune homme à celle de 
l'émérillon : « Trouva emmy la place ung garçon 
« plus alfaité que ung esmérillon... et le mieulx 
« adressé de tous membres qu'on peust trouver. » 
(Percef. Vol. II, fol. 45, V°.) 

Ce mot a désigné l'abus même des talens qu'on 
outre, en voulant trop les perfectionner; par 
extension l'effet de cet abus, et l'on a dit langage 
affaiclé, dans le sens où nous disons encore atleclé. 
(Voy. Coquillart, p. 87.) 

Dissimuler, feindre, c'est se faire à l'extérieur 
autre que ce qu'on est réellement. De là, le mot 
afaicté ou ajl'cté, proprement fait, que Moiiet 
explique par ell'rontémeiit rusé, a signifié rusé, dis- 
simulé. " Vous estes une alfetéc; vous faites 



(1) roux. 



AF 



170 — 



AF 



« quelque méchancelerie avec cet liommc. ■• 
(Moyen de parvenir, p. 02.) 
Feint, l'usé, ilans les vers suivans : 

La Dame l'ot, < 1) si en sourist. 
Tôt cortoisemenl li a dit. 
Par un ofnitë gab i2) petit, 
Ahi ! com suit bone ; etc. 

Vies des SS. SIS. de Sorbonne, clu(T. Lx, col. 32. 

On fait, on accoutume les yeux à feindre de 
Tamour. De là encore l'expression wil n/feté, dont 
le grand Corneille a fait usage en parlant de l'art 
d'une femme, qui alVecte dans ses regards un amour 
que son cœur ne ressent pas. 

Quoi ! je pourrois descendre à ce lâche artifice 
D'aUer de mes amans raandier le service. 
Et sous l'indigne appas d'un coup d'o'i/ (tffefc, 
J'irois jusqu'en leurs cœurs chercher ma seureté. 
CEuY. de P. Cum. Rodogunc, Tr.igM. T. HI, p. 30. 

On écrivoit autrefois affecté, dans le même sens. 

Yculx affecte: sont mes héraulx 
Portans, pour double d'estre pris, 
Baston (3) à feu roydes et cliaulx. 

Coqiiillarl, p. 132. 

Lorsqu'on employoit ce mot comme substantif, 
pour désigner une coquette, une femme ([ui cherche 
à inspirer un amour qu'elle ne partage pas, il ex- 
primoit encore une idée de feinte et d'artifice. « Il 
« trouveroit quelciue petite rt//'(?c^('> et safTrettefl) de 
» laquelle il s'amouracheroit. » (Brant. Uam. Gall. 
T. III, p. iliO.) 

^ous disons aujourd'hui une alfctée, dans une 
signification toul-à-fait semblable. 

C'est l'ordre général, 
De voir u»e affetlée 
Se trouver mieulx traittée 
Qu'une ayant cœur loyal. 

Mellin de S. Gelais, p. 205. 

Pour signifier ([u'une personne étoit fuite pour 
en aimer une autre, on disait (]u'clle étoil alfuilc 
en amour envers elle. « En tant d'amour l'uienl 
« envers lui alfais et attrais, etc. » (Chron. fr. de 
G. de Nangis, ms. an. I.'iO,3.) De lu, le mot Afnité 
pris dans le sens d'affectionné. I,c Seigneur do 
<■ Monfort eust voulenticrs venu à accoi'd à messire 

« Charles mais sa femme le limonna tant avec 

X aucuns ses «//'rt/f/ci-, qu'il voulsist procéder à la 
" bataille. » (Triomph. des neuf Preux, p. r»17, 
col. 1. — Voy. .\ffi:(;ti^ ci-après.) 

Enfin bypnlh(M[u('i' un immeuble, c'est le dé- 
clarer fait, Vafaiter, ou, comme nous disons au- 
jourd'hui, ValJecter au payement d'une rente dont 
il demeure chargé. .\insi,"on a dit héiitages affels 
de censés, pour .signifier des héiitages cliargés de 
rentes au payement des(|uelles ilssmit liyi)otlié(|ués. 
(Voy. Coût, de Boiii-gogne, au Coût. géii. T. I, 
p. 8G5 ; et le mot AFKf;(:TATioN ci-après.) 

VARIAMES : 
AKAITÉ. Vies des SS. MS. de Sorbonne, chiiï. I.X, col. 32. 



.\FAii'.TiK. Très, dos Chartes, Rog. 17-2, Pièce 6. 

.\f.mti. .\nc. PoOs. fr. MS. du Vatic, n° IV.K). fol. 3-2, V». 

Akmtii: Fabl. MS. du R. n» 7089. fol. 56, R» col. 1. 

Al MiiKT. Ane. Poes. fr. MS. du Vatic, n» liiK), fol. HM, R". 

Ail II':. Assis, de Jérusalem, p. 73. 

Al I < 11':. Crétin, p. M. 

Al KTiK {fi-m.) l'abl. MS. du R. n» 7218, fol. -158, V» col. 1. 

Afktik. Kabl. MS. du R. n» 7-218, fol. 61, R» col. 1. - Rom. 
de Rou, MS. page 81. 

Afkytk (fém.) Brilton, des Loix d'Angl. fol. 6, R°. 

Ai-i-AicTi':. Gace de la Rigne, des I>éd. MS. fol. 126, V". 

AnucTiK. Ciér. de Roiissillon. MS. p. Ittî. 

Afiait. Chron. fr. de G. de Xangis, SlS. an. 1:^)3. 

Akfaitk. .Martcne Contin. de G. de Tyr, T. V, col. 741. — 
Budé, desOiseaus, fol. l'2i. H". 

AFFAiTifc. Borel.Dict. 'i''" add. - Modus et Racio.MS. fol 77. 

Affaittk. Triomph. des neuf Preux, p 35;), col. 2 et :i60. 

Afff.csiè (lisez Alfrctié.) Nouv. Coût. gén. T. I, p. 390. 

Afffxtk. Nouv. Coût. gén. T. I, p. 456, col. 2. 

Affectié. Ord. T. V, p. 676. 

Affkt. Coût. gén. T. I, p. 8G5. 

Affeté. Contes de la Reine de Navarre, T. II, p. 442. 

Affktté. Contes de Desperiers, T. I, p. 77. 

Afaitoment, subst. masc. Action de faire, 
forme, fai;on. Action de commettre. Arrangement, 
accommodement, accord. Action de dresser, d'ap- 
privoiser. Manière. Perfection. Esprit, sagesse, 
politesse, douceur, grâce, beauté, sincérité, bonne 
foi, etc. Exécution d'un projet. 

Ce mot signifie dans le sens propre et générique, 
action de faire, action par laquelle on donne à 
certaines choses une forme, une figure. (Voy. 
AFAirK ci-dessus. i Par extension, il a désigné la 
forme même, la façon ; et l'on a dit d'un bâton 
brut, qui n'avoit point été afaité, façoniK". que 
c'étoit un bâton, auquel n'avoit aucun ajl'aicte- 
menl. Vov. Lettres de Charles VI, Très, des Chart. 
Reg. 172, Pièce 3.) 

On l'employoit de même en parlant des ouvrages 
et des productions de l'esprit. 

Uns bons un,? rime fait a, 
Que de parler bel afaila. 
Mes rien n'i vaut Vafaitcment 
Géofr. de Paris, ii la S. du Rom. du Fauvel, MS. du R. n* C815, fol. 46. 

Dans un sens moral et plus figuré encore, 
Afaiteineiit signifioit action de faire, de commettre. 

Pour comparer vers Dieu des malz X'affaitemcnt. 
Gcr. de Rousillon, MS. p. 100. 

C'est-à-dirç, afin d'expier envers Dieu les crimes 
qu'il avoit fait qu'il avoit commis. 

La signification particulière d'arrangement, ac- 
commodement, accord, nail aussi de l'acception 
générale d'afailetnenl, action de faire, d'arranger, 
d'accommoder, action jiar laquelle on met les 
choses dans l'état (jne l'on désire. Il faut lire 
ajailemenl \)Ouv afuiccnwnl dans les vers suivans : 

prislrent un parlement, 

Por querre de Itichart aucun nfincnncnl, 
Que Ricbart ne seit du tout mis à néant. 



Rom. de Rou, MS. p. 94. 



N'onques ne fu, ne n'ert jamès 
Qu'an amor ait repos, ne pais, 



(1) l'entendit. — (2) raillerie, du Scandinave gabb. — (3) armes. — (4) Diminutif de safrc, qui 
élégant, gentil, et se rattache sans doute au bas-latin saf/ium, orfroi, broderie, (n. e.) 



signifiait anciennement 



AF 



— 177 — 



AF 



Ne sens, no conseil, ne raison, 
Ne droit nul, se volenté non, 
Ne par droit nul, afaiicment, 
Korz seul de faire son talent. 

Parlon. de blois, SIS. do St Gcrni. fol. 100, H' col. 3. 

Dresser un chien, apprivoiser un oiseau, c'est 
le faire, le l'oriner pour la cliasse ; action expri- 
mée par le mot afaiteiiicnl dans nos anciens 
auteurs de vénerie cl de fauconnerie. « Si vous 
« dirons comment... on pcult donner bon alfco- 
« temcnt ai bonnes chasses à ses chiens jeunes, 
« qui oncques ne cliassèrent. » (Modus et Hacio, 
fol. 22, V".) De là, on disoit d'un ci)ervier nouvel- 
lement apprivoisé, ([u'ilétoit^/c miHVClajfdildiioil ; 
(ibid. fol. 13."), V".) qu'il étoit de doux ajjnijloni'nl, 
lors(iu'il étoit naturelieinenl peu farouche, et par 
couséqueiit facile à apprivoiser. (Yoy. Cotgr. Uicl.) 

Moult sont prcudome Vavassor, 

Et moult vivent à grant henor. 

Ce sont, ce m'est avis, les genz, 

De qui vient plus afailemciiz 

De chiens, d'oiseau.\ et de servise. 

Parlon. do lilois, MS. de SI Germ. fol. 1(J0, V" cjI. 'J. 

Il paroitroit qne la chasse, qui n'est aujourd'hui 
qu'un plaisir de pur amusement, étoit autrefois 
considérée comme un exercice, dans lequel il 
n'étoit pas indiiférent de se distinguer. 

lirenne parloit courtoisement ; 

Si ert de grant afailemenl ; 

De bois savoir et de rivières, etc. 

Rom. du Brut, MS. fol. 20, V col. 2. 

En étendant la signification primitive de ce mot 
à la manière dont on fait une chose, on a dit 
afaitement pour manière, façon. (Voy. Akaiue 
ci-dessus.) 

Qui demorer veut de sa maisnie, (1) 
Qu'en lui soit tous courtois afaiicmens. 

Ane. Poet. Fr. MSS. avant 1300, T. II, |i. 828. 

Ce mot a pu signifier perfection, de même qu'a- 
faité a signifié parfait (Voy. Af.\ite ci-dessus.) 

Nule riens aine ne trovai 
De si bel contenement. 
Ne de tel afaitement. 

Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1101. 
A pou d'afaitement 
Sans point de cortoisie, etc. 

Id. iijid. T. II, p. 554. 

De là, on l'a employé comme terme collectif, 
pour désigner les qualités du cœur, les agrémens 
du corps et de l'esprit, dont l'assemblage peut seul 
rendre un homme parfait. On pourrott expliquer 
Afaitement, par esprit, sagesse dans les passages 
suivans : 

. . . tint Richart toute sa vie 
A joie et à pais Normendie. 
Moût fu de grant afaileuxent, 
Et de riche contenement. 

Rom. deRou.MS. p. 146. 

Moult fut de grant afaitement, 
Et de noble contenement. 

Rom. du BruI, MS. fol. 73, R° col. 2. 



Par douceur, politesse, dans cet autre passage, 
où plusieurs bonnes riuaiilés sont mises en oppo- 
sition avec les défauts contraires : 

Honte, henors; sens et folie ; 
Afailemcnz, et vilannie. (2) 

Parlon. do Ulois, MS. de S' Ccrm. fol. 158. R- 

Il paroit mis pour grâce, beauté, dans ces vers : 

. . . Rose, no flors de lis 

A li ne se prant ; (3) 

Kt de son afuilctnenl 

l'orroient bien dis 

Eslrc à honor, ce m'est vis. 

Ane. Pool. Fr. MSS. av. 1300, T. III, p. 1009. 

Dans un autre endroit, pour sincérité, bonne foi. 

l'aus est et gars ki à Dame se done ; 
Ken leur aiiior n'a point d'Afailemeril. 
Quant la dame se tient coiiite (4) et atornée. 
C'est pour faire son povre ami dolent. 
Et la joie est au riche faus qui ment : 
Et au povre se tient eskieve (5) et morne. 
Pour cou di-jou k'amors vient de noient ; 
De noient vient et à noient retorne. 

Id. ibid. T. III, p. 1070 

Ou lit dans une autre copie : 

Fox est et gars ki à Dame se tome ; 
Qu'en lor amor n'a point d'afiemeni, etc. 

Id. ibid. T. II, p. 741. 

Enfin par une nouvelle extension de la signi- 
fication d'afailcmoit, action de faire, ce mot s'est 
dit de l'exécution d'un" projet, d'une chose faite, 
exécutée. (Voy. Afaiue ci-dessus.) 

Régna Artus paisiblement ; 

Ne nulz guerroier ne l'osa ; 

Ne il aultre ne guerroia. 

Par soy, sans autre enseignement 

Emprist si grant afaitement. 

Rom. du BruI, MS. fol. 74, Y- col. 2. 

VARIANTES : 
AFAITEMENT. Parton. de Rloi.?, MS. de S. G. fol. 160. 
Afaicement (lisez Affattement.) Rom. de Rou. MS. p. 94. 
Afktement. Fabl. MS du R. n» 7218, fol. 107, V» col. 2. 
Affaicte.ment. Modus et Racio, fol. 61, V». — Gace de la 
Bigne, des Déd. MS. fol. 76, R». 
Affaitement. Modus et Racio, MS. fol. 41, V». 
Aff.\ytemext. Cotgr. Dict. 
Affectement. Modus et Racio, fol. 22, V». 

Afaiter, verbe. Faire, donner une forme, pré 
parer, parer, arranger, disposer, composer, panser 
etc. Former, élever, instruire. Apprivoiser, dresser 
Refaire, raccommoder. 

Ce mot, composé de la préposition à et du parti 
cipe fait, signifie faire une chose en général, lui 
donner uneïorme propre à certains usages, propre 
à produire certains effets. (Voy. Afaite ci-dessus.) 
De là, on disoit afellier ses armes, pour les mettre 
en état, les préparer pour combattre. (Rom. de 
Uou, MS. p. 305.) Affaictier ses sour&U-,, pour les 
peindre, les arranger à dessein de plaire. « Elle 
« avoit affaictiez ses sourcilz, ses temples et son 
« front. » (Le Chev. de la Tour, Instr. à ses filles. 



(1) maison, suite. — (2) rudesse, grossièreté. — (3) ne se compare. — (4) parée. On hésite pour rétvmologie entre le latin 
cognitus et Tallemand kund. (n. e.) — (5) à l'écart du...; c'est notre mot esquiver. 

I. 23 



AF 



— 178 — 



AF 



fol. 28, V" col. 1 ; &afl'aicHcr, pour se p;irer, afin 
de mieux séduire. ^Voy. Affaicterik ci-après.) Guill. 
de Lorris fait ainsi l'éloge de la beauté, qu'il 
personnifie: 

N'estoil farjée ne pignée; 
Car elle n'a voit uieslier 
De soy farder et «//'uic/ier. 

Les applications particulières de l'acception jïc- 
nérale d'afaiter, pounoienl être variées à l'infini; 
ce mot signifie disposer dans ces vers: 

Et mon cuer si o fêtes. 
Qu'en loi soit ma créance. 

Kalil. ils. du R. n- 7218, fol. 171, ft- col. 2. 

Composer, dans cet autre passage : 

Car à mes rimes ufailicr. 

Ne vueil que de vu Roys traittier. 

G. Guiarl, MS. fol. 7, R: 

Panser, en parlant d'une plaie. « Quant le mire 
« luy eut ses playes alfauit'c'S, etc. » (Lanc. du Lac, 
T. Il", fol. Gi, V" col. 'i.) On disoit même ajj'aiter un 
blessé, pour le panser, le préparer h guérir, le 
mettre en étal de guérison. ■< >iul Bariiier, si ce n'est 
« en aucun besoin d'estancher le blessé, ne se 
« pourra enlreiuellre dudit lucslier; et sitosl qu'il 
« l'aura estanrlu' cl ajl'aiU' . il le fera à S(,-avoir à 
" Justice. " "l'asq. llecli. Liv. IX, p. 831.) 

L'éducation fait les lionimes ce qu'ils sont. De là, 
le mot Afallcr, pris dans le sens de former, élever, 
instruire. 

Par la bonté de son courage, 
Et pour le los de son barnage, 
Et part la grant Chevalerie 
Qu'il ot ufailie et nourrie, 
Dist Artus que mer passeroit. 

Uom. du lirut, .MS. fol. 75, R* col. 1. 

.... aie l'avoit alatlié, 
Et tout nouri, et afailié. 

Ph. Mousk, .MS. p. 8. 

Mes je proi a<i Diu d'amors 

Qui amans afaile, 
Qu'il nos tiengne en bone amor. 

Vraie et parfette. 

Clions. fr. du xiii* sii'clc, MS. de Bouhier, fol. 75, V. 

En termes de fauconnerie, il signifioit et signifie 
encore apprivoiser. 

L'esparvier 

Se laisse en six jours a/faicter. 

Gacc de la Digne, des Véd. MS. fol. 81, R*. 

On disoit aussi Afailer, en parlant des chiens 
qu'on dicssoil pour la chasse. » Qui veult bien 
« afailicv son limier, etc. » iChasse de Gaston 
l'hébus, .MS. p. 210.) 

Bien est vray que dame Nature, 
Qui en ce fait a mys grant cure, 
Donna aux cliiens entendement 
De buste chasser saigement. 
Et neantmoins les fault uffaicticr 
Qui bien les veult faire chasser. 

Id. ibid. fol. 39, R*. 

La préposition à, dans afailer, étoit réduplica- 



tive, lorsque ce mot signifioit refaire, raccommoder, 
donner ù une chose sa preinicrc foriuc. <> Li Giieu 
« avoieiit le pont colpé; et li Ikinui lireiU tôle jor 
•• l'ost laborcret tote la nuit, por le puni ajfuitit'v. <> 
(Villeliard. p. (12.) Il faut lire afailier. i,ld. ibid. 
Voy. Boiel, Dict.j 

Un Vallet vint ci avantier; 
Por recodre et por afaitier, 
Si nie bailla un sien sercot, 
Que rompu ot à un Escot (1). 

Fabl. MS. de S' C.crm. fol. 321. 

On disoit au figuré, s'afaitcr, pour se raccom- 
moder, se réconcilier. 

Henri li noirs à vous m' a faite; 
Se nule riens vous ai melfaite, etc. 

Fabl. MS. du U. ii- 7218, fol. Gl, V oui. 1. 

VARIANTES : 

AFAITER. Règle de S. Benoit, lat. et fr. MS. de Beauvais, 
ch. 2. - Rorn. du Brut, MS. fol. 103, R» col. 2. 

Afaitier. Ane. Poët. Ir. MSS. av. 1300, T. 111, p. 1053. 

Afeitif.r. Rom. de Rou, MS. p. 305, idem. 

Afeter. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 171, R» col. 2. 

Afetier. Id. ibid. fol. 9, V" col. 2. 

Affaicter. Gace de la liigne, des Déd. MS. fol. 93, R". 

Affaictieu. Modus et Racio, fol. 5, V». 

Aff.viteu. Oudin, Monet, Dict. — Ménage, Dict. Étym. 

Affaitikr. Borel, Dict. - Ane. Poët. fr. MS. av. 1300, 
T. II, p. 589 et 590. 

Affecter. Percef. Vol. V, fol. 19, Y" col. 1. 

Akfectieu. Poës. d'AI. Chart. p. 515. 

Affetier. Ord. T. I, p. 199. 

Affetteh. Gloss. du P. Labbe, p. 488. 

AFFcrriER. Villchardoin p. 62. 

AiFFAiTER. Gace de la Bigne, des Déd. MS. fol. 3, R". 

Afaitieinent, adv. Avec grâce. .\vec alTectation. 

iSous avons iiidiiiué, sous Afaitk ci-dessus, l'ori- 
gine de ces deux acceptions figurées. La première 
est justifiée par le passage suivant : 

au cheval de pris 

Richement siet et ufaitiement. 

Teus honi doit amor servir « 

Sans li traïr. 

Aoc. Poit. fr. MSS. av. 1300, T. II, p. 915. 

On a dit ajfcctcment dans le même sens. ■• Pre- 
>c nions plaisir... de leur voir porler leurs jambes 
'■ si gentiment et démener et frétiller leurs pieds si 
« (ilji'cléntt'iit, que rien plus. » (Brant. Dam. Gai. 
T. I. p. H7.) 

Ce même mot, pris en mauvaise part, signilioil 
avec allectation. « L'ancien Gaulois cust un langage 
« court.... et de celte mesme brièveté de langage, 
« prit son origine cl essence enire nous l'E femi- 
" nin... lellrc ([ui es! mnjioycmie entre la voyelle 
« et la consunnaule pronoiicco trop alfcclcmciit en 
« la fia d'une diction. » (Pasq. Itech. Liv. Vlll. 
p. 655.) 

VARIA.NTES : 
AFAITIEMENT. Cléomadés. MS. de Gaignat, fol. 07, V» col. I . 
Affecté.mant. Brant. Dam. Gai. T. I, p. 417. 

Afuitisou, subsl. [cm. Action de dresser, d'ap- 
privoiser. Fa(;on. 



(1) Ecossais. 



AF 



— il'.) — 



AF 



On trouvera sous Afaité et Afaitemf.nt ci-dessus, 
l'origine et ranalof!:ie de ces deux sisnifications. F^a 
premii're se rencontre partout dans nos anciens 
Auteurs de fauconnerie et di- vénerie. On disoit 
d'un faucon (lilTicilc à apprivoiser, ([u'il cloit de 
dure iif(iifi)isii)i. (Falil. ms. du It. n" 7GI.">, T. II, 
fol. 13,1, V° col. '!;) et le temps, la saison ([ue l'on 
prend ordinairement pour di'csser les chiens à la 
Chasse, s'appeloit sdiison m alfctaysons. (Chasse de 
Gaston Phcbus, ms. p. 303.) 

Dans le sens de façon, on a dit lille de ooite 
afaitison. 

Ot une fille de (jent afailison, 

Bêle et courtoise; Mahaut l'apeloit-on. 

ClëomadcH, MS. de Gai-nal, fol. 71, V col. 1. 

Chascuns ara sa mie de r/cntc afaitison. 

Buenon do Conimarchies, MS. do Gaîgn.'it, fol. lOB, R* col. i. 

VARIANTES : 
AFAITISON. Cléom.irlos, MS. do daignât, fol. 110, R» col. 1. 
Afaitoison. Fabl. MS. du U. n»7Gl,-), T. II, fol. \m. R" col. \. 
Afetoiso.n. Chasse de Gaston Pliébus, MS. p. 216. 
Affetayson. Id. ibid. p. 303. 

Afamé, participe. Affamé. Qui désire. 
On a écrit Afeinmé pour Afiuné, qui a l'aim, dans 
le sens propre. 

Cet jor avoient jeune ; 

Si érent trestuit afirmmé. 

De mengier orent grant talent, etc. 

Floire et Blancliellnr, MS. de S' Gcrm. fol. 198, V" col. 3. 

Ce mot désignoit quelquefois l'effet d'une épargne 
outrée, dans la dépense de la table; et l'on disoit 
table affamée, pour signifier une table mal servie, 
où l'on meurt de faim. « La table d'Achilles.... esloit 
« toujours vuide et affamée, ce dit Homère. » ;Bou- 
chet, Serées, Liv. III, p. 173.) « De retour de ces 
« affamex- banquets, dont on revient creux comme 
« une lanterne, je souperai chez moy. » (Id. ibid. 
p. 174.) 

De là, il s'est dit de certaines choses faites à 
l'épargne, spécialement d'un habit oîi l'on a épargné 
l'étoffe. (Voy. Brantôme, sur les Duels, p. 64.) 

Enfin, par extension de l'idée du désir, qui ac- 
compagne la faim; affamé a signifié figurément qui 
désire, qui a de l'avidité pour quelque chose, qui 
souhaite avec ardeur. De là, ces expressions usitées 
affamé de gloire, affamé d'honneurs, ete. Un de nos 
anciens Poètes s'est servi de ce mot dans un sens 
absolu, en parlant des amans qui désirent sans 
cesse. 11 dit à sa maîtresse qu'il invile à se rendre 
auprès de lui, sous un ombrage : 

Là serez-vous. s'en vous ne tient, clamée 
Des Rossignoz, dame des afame: 
Auxquelz les biens d'amours sont enfermez. 

Eusl. des Ch. Poos. MSS fol. 179, col. 2. 

(Voy. Afamer ci-après.) 

VARIANTES : 
AFAMÉ. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 179, col. 2. 

(1) Renard. - (2) Coq. 



Aff.mmè. Floire et Blancheflor, MS. de S' Germ. fol. 198. 
AFFAMf:. Orlh. subsist. - Uouchet, Serées, Liv. III, p. 173. 

Afamor, verbe. Désirer. Mourir de désir. 
Le sens propre est avoir faim. De là, ce mot a 
signifié désirer, souhaiter quelque chose avec ar- 
deur. (Voy. Afamé ci-dessus.) Un amant que le soin 
(le la réputation de sa maîtresse engage à con- 
traindre SCS désirs, exprime ainsi la délicatesse de 
son amour : 

ainçois me prengne 

La mort, que j'envers vous m.-îspreigne; 

Ne que je veuille 
Que vos cors par moi los acueille. 
Par lequel d'onneur se despeuille. 

Miex aim amer 
Touzjours, et de joie affamer, 
Sanz moi veoir ami clamer. 
Jet. de [.escur. chans. fr. à la suite du Rorn. de Fauvel, MS. du R 
n"6812, fol. Cl, Vcol. 3. 

En passant de la cause à l'effet, afamer, avoir 
faim, a pu signifier mourir de faim dans le sens 
propre, au figuré mourir de di\sir. Ce verbe est réci- 
proque dans le vers suivant, oh le Poète dit, en 
parlant de la violence de l'amour d'Achilles pour 
Polyxène : 

Il s'en alittc, il s'en afame. 

Froissart, Poës. MSS. fol 318, col. 1. 

VARIANTES : 
AFAMER. Froissart, Poës. MSS. fol. 3iR, col. 1. 
Affamer. Orth. subsist. — Jeh. de Lescur. chans. fr. à la 
suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. n« 0812, fol. 61, V» col. 3. 

Afannoié, participe. F;\ché. 
Mis en peine, qui est en peine; du mot Affan ci- 
après. 

Quant li Goupiz (t) s'est regardez, 
Moult se tint bien afannoié. 
Que li Cox (2) lot si engignié. 

Fabl. de S' Gcrm. fol- 19, R" col. 2. 

VARIANTES : 
AFANNOIÉ. Fables MS. de S' Germ. fol. 19, R» col. 2. 
Afaxoié. Fabl. d'Esope, MS. du R. n» 7615, fol. 88, V» col. 2. 

Afatomic, subst. fém. Tradition, donation. 

Donation, qui se faisoit en jetant un fétu, dans le 
sein du donataire, en signe de tradition. (Voy. Du 
Cange, Gloss. lat. au mot Affatomia.' Ce mo"t est 
expliqué par tradition dans un capitulaire de Louis 
le Débonnaire, fait en interprétation delà loi salique. 
« De ajfalomie dixenint quod esset traditio. » 
'Baluz. Capitul. Reg. fr. ;//;/ suprà.) 

VARIANTES : 
AF.\TOMIE. Favin, Offic. de la Couronne de France, p. 171. 
Affato.mie. Baluz. Capitul. Reg. fr. T. I, col. CIO. 

Afautler, verbe. Tomber. Manquer. 

Mut formé de la troisième personne de l'indicatif 
présent du verbe falloir, dont la signification étoit 
la même que celle du verbe faillir. Cette analogie 
paroit d'autant plus naturelle, qu'ils ont tous deux 
la même origine. ^Voy. Faillir et Falloir ci-après.) 



AF 



— 180 - 



AF 



Afautier, signifie tomber, dans le passage suivan t : 
« Se tu as trait ton faucon de la mue.... ne lui 
•< donne mie cliar lavée ; mais lui donne char d"oi- 
« seaux vifs... et le tien;;' à Tair; ou aulremeiU ses 
« pennes pourroicut afuutit'r el anienlir. ■ Modus 
et Racio, ms. fol. 1-28, l\° . Ou lit Alfailer dans Dudé, 
des Oiseaux, p. ['11; mais c'est une faute. 

Dans le second sens, on a dit : 

Nus ne puet de famé joïr, 
Tant sache faire son plaisir ; 
El se aucune foiz ufaut. 
Foi qui doi Deu et Saint Nicaut, 
Il perd trestot au derrien, 

Fabl. .MS. du W. n- "Clâ, T. U, fol. 153, V* col. J. 

VAniANTES : 
AFAUTIER. Modus et Racio, MS. fol. 12R, R». 
Af.vl't. (3' pers. de Tindic. prés.j Fabl. MS. du R. n» 7015, 
T. II, fol. 153, V» col. 1. 

Afeinniir s", verbe. Devenir féminin. 

Un de nos Poëtes a dit, en parlant de la méta- 
morpliose d'IIennaptirodile, opérée dans une fon- 
taine de Carie, à la prière de la Nymplie Salmacis: 

l'eau de force étrange 

Avoit fait dedans luy si merveilleux échange, 
Qu'homme entier y entrant, n'en sortoit que demy ; 
Et son cors émaslé s'y estoil afcmnuj, 

(Euv. do Baif, fol. m, V'. 

Afer, subst. masc. Jument ou Verrat. 

Ce mot, (jue les écrivains Anglois ont rendu par 
le mot latin Afferus, affriis, paroit ne différer 
à'aver, que par la mutation d'une lettre de même 
organe. Dans le Norlhumberlaud, on désigne encore 
un cheval de peu de prix, et ([ui n'est propre qu'au 
labourage, en ces termes, a laulsc avcr ou afer. 
(Voy. Du Cange, Gloss. lat. aux mois Afferi et Af- 
frus.] Si le mot afer est en effet le même qu'ai'cr, 
il pouvoil signilier hèle de somme. Verrat, Rduif, 
etc. puisque dans Brillon, (des Loix d'Angleterre 
passi)ii,] «rcr.s signifie hestiaux en général, el qu'en 
IVormandie comme en Angleterre, on appelle avers 
les animaux domestiques. (Voy. Avoiu ci-après em- 
ployé comme substantif.) 

De i;i, Wilkins a traduit afer, par le mot latin 
Jumcntinn, Loix Aorm. art. 10.) et du Cange, par 
celui de verres. (Ibid. Édit. de Selden.) 

VARIANTES : 
AFER. Loix Xorm. art. tO, édlt.,de Wilkins. 
Iter (lisez Afer ou Aver). Ibid. Édit. de Selden. 

Aiester, verbe. Régaler. Donner une fête, un 
festin. (Voy. Feste ci-après.) 

Arrière reperiérent, quant messe fu chantée : 
Puis afesli: ses gens, dont moult a assamblée 
De gent loing et de prés , qui n'i fu pas mandée. 

Fabl. MS. du n. n' 7218, fol. 3i8, I\' col. 2. 

Afetardir, verbe. Devenir paresseux. Amollir, 
énerver. 

Ce verlie, composé de la préposition à et de 
l'adjectif Faitard ci-après, qu'on écrivoit fêtard. 



signifie devenir paresseux dans ce passage : « Leur 
« fait-on prendre peine pour les garder de afclar- 
■• (lir, etc. » [\x .louvencel, fol. 8, V°.) 

Dans le sens d'amollir, énerver, proprement 
rendre paresseux, ce verbe avoil une signification 
active. « Se nous n'en faisons rexercile,'nous. . . . 
» afétardirious noz cueurs qui maintenant prisent 
« pelil une graut chose. ■> (Le .louvencel, fol. -iS, 
R°.) On lit, aiijHiresscroiis pour uli'tardirions. Jbid.