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"DICTIONNAIliK lllSTOlilQUE
LANCIEN LANGAGE FIIVNCOIS
GLOSSAIRE DE LA LANGUE FRANÇOISE
DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU SIÈCLE DE LOUIS XIV
Par LA CURNE DE SAINTE-PALAYE
MEMBRE DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET DE I.' ACADÉMIE 1-RANÇOISh
Public par les soins de L. l-AVRE, memlire de la Société de- l'Histoire de France,
avec le concours de M. PAJOT, Archiviste-paléographe,
CÛNTKNANÏ :
SIGNIFICATION FI{I:MITI\E ET SECONDAIRE DES VIEUX AJOTS
Vieux mots employés dans les chants des Trouvères,
Acceptions métaphoriques ou figurées des vieux mots français. — Mots dont la signilication est inconnue.
ETYMOLOGIE DES VIEUX MOTS
Orthographe des vieux mots. — Constructions irrégulières do tours de phrases de l'ancienne langue.
Abréviations ; études sur les équivo([ues qu'elles présentent dans les anciens auteurs.
Ponctuation ; difficultés qu'elle présente.
Proverbes qui se trouvent dans nos poêles des XII<^, XIII»' «»t XIV-' siècles.
Noms propres et noms de lieux corrompus et défigurés par les anciens auteurs.
Mots empruntés aux langues étrangères
Usages anciens.
sfivi nEs
CURIOSITEZ FRANÇOISES, pour supplément aux Dictionnaires
Ou Recueil de plusieurs belles propriété:^, avec une infinité de proverbes et quolibets pour l'application de toutes
sortes de livres, par Antonin OUDIN.
TOME PREMIER
NIORT
L. FAVRE, éditeur- du GLOSSARIUM de Du Cauge,
Rue Saint-Jean, 6.
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AU LECTEUR
Nous possédons des Dictionnaires de toutes sortes, mais nous navons pas un Dictionnaire
historique de l'ancienne langue française. L'Académie a tenté de combler ce vide, mais depuis trente
ans qu'elle s'occupe de cette œuvre, elle n'a publié qu'un demi-volume. Il lui faudra plusieurs siècles
pour achever un Dictionnaire qui n'aura pas moins de cent volumes in^".
Ce Dictionnaire existe cependant. Il a été fait par un érudit aussi connu que Du Gange , qui a consacré
trente ans de son existence à compulser les anciens manuscrits , les vieux auteurs , les chartes des \iu% xiv°, xv=
et xvi* siècles. La publication de cet ouvrage a même été commencée. Un volume a été imprimé, mais il a paru
au moment où la révolution de 1789 éclatait; alors les préoccupations ne se portaient plus sur le passé.
Aussi , cette publication n'a pas été continuée. Au grand regret du monde savant , elle n'a point été reprise
depuis cette époque.
Nous venons, avec de nombreux et intelligents appuis, publier enfin ce Dictionnaire historique
et rendre, à la mémoire du savant La Curne de Sainte-Palaye, l'hommage qu'elle mérite. Non pas que son
travail soit dans l'oubli, tous les lexicographes et les philologues qui étudient notre langue ne manquent jamais
de consulter ses manuscrits où ils peuvent puiser à pleines mains, assurés d'y trouver des trésors d'érudition
et de recherches; mais pour cela, il faut habiter Paris, et encore doit-on les feuilleter sur place, à la
Bibliothèque nationale. Nous voulons, en l'imprimant, le mettre à la disposition de tous les érudits. Notre
travail sera celui d'un éditeur consciencieux.
La Curne de Sainte-Palaye, néà Auxerre en IG07, mort en 1 781, membre de l'Académie des lascriptions
en 1724 et de l'Académie française en 1738, a consacré la plus grande partie de son existence à réunir les
matériaux d'un Dictionnaire historique de l'ancien langage françois. « Mes lectures qui tendoient
« toutes au même but, dit-il, dans le prospectus qu'il lit paraître en 17oG, m'ont mis en état de
« rassembler une multitude immense de mots surannés. J'ai cru pouvoir en composer, je ne dirai pas un
« Glossaire aussi savant, et aussi bien fait que celui de Du Gange ; mais du moins un ouvrage de même
« nature qui auroit aussi son utilité. J'ai tâché, autant que je l'ai pu, de me former sur cet excellent
« modèle : trop heureux de suivre de très-loin un guide qui marche à pas de géant, un Savant universel
« qui par des travaux infatigables s'étoit approprié les conuoissances de tous les siècles et de tous les pays.
« En réunissant sous un môme point de vue dans l'ordre alphabétique, les vieux mots épars dans un grand
t nombre d'Auteurs de tous les âges , j'ai voulu représenter fidèlement notre ancienne Langue. Il m'a donc
« paru nécessaire de l'étudier dans tous ses rapports, et dans toutes les variétés, pour me déterminer sur le
« cboL\ des mots que je devois faire entrer dans cette collection, ou que je pouvois en exclure. ■
Dans ces quelques lignes, La Curne de Sainte-Palaye expose le plan de son Dictionnaire. Son modèle a
été Du Gange, et nous pouvons dire que s'il ne l'a pas dépassé, du moins il l'a égalé. Il prend chaque mot de
notre ancien français à son origine, il en donne l'étymologie , Thistoire, l'explication, elle fait suivre de
nombreux extraits d'anciens auteurs, poètes ou prosateurs qui l'ont employé.
Non-seulement on suit ainsi chaque mot à travers les siècles , mais les citations font connaître, de la manière
la plus exacte, les diverses acceptions dans lesquelles le mol a été pris. Celte méthode est excellente et ne
laisse aucun doute dans l'esprit sur la signification vraie et réelle des mots de notre ancien français.
Le Dictionnaire historique de La Curne de Sainte Palaye comprend les grandes divisions suivantes :
SIGNIFICATION l'ItlMlTIVE ET SECONDAIRE DES VIEUX MOTS.
VIEUX MOTS EMPLOYÉS DANS LES CHANTS DES TROUVÈRES.
ACCEPTIONS MÉTAPHORIQUES OU FIGURÉES DES VIEUX MOTS FRANÇAIS.
ETYMOLOGIE DES VIEUX MOTS.
ORTHOGRAPHE DES VIEUX MOTS.
CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES DE TOURS DE PHRASES DE L'ANCIENNE LANGUE.
ADRÉVL\TIONS ; ÉTUDES SUR LES ÉQUIVOQUES QU'ELLES PRÉSENTENT DANS LES ANCIENS
AUTEURS.
PONCTUATION; DIFFICULTÉS QU'ELLE PRÉSENTE.
MOTS DONT LA SIGNIFICATION EST INCONNUE.
PROVERBES QUI SE TROUVENT DANS NOS POÈTES DES XIP, XIIP ET XIV' SIÈCLES.
NOMS PROPRES ET NOMS DE LIEUX CORROMPUS ET DÉFIGURÉS PAR LES ANCIENS AUTEURS.
MOTS EMPRUNTÉS AUX LANGUES ÉTRANGÈRES.
USAGES ANCIENS.
Ce beau et magnifique monument de notre ancienne langue est-il destiné à rester à l'état de
manuscrit ? Doit-il continuer à n'être à la portée que d'un petit nombre de privilégiés ? Nous ne le pensons
pas; nous croyons que le moment est venu de publier ce vaste recueil si précieux pour l'étude de notre
langue.
Il est aussi une considération de la plus haute importance qui nous engage à entreprendre cette publication.
Le feu a détruit une grande quantité de manuscrits dont le monde savant déplore la perte. La Commune
de Paris, en 1871, n'avait-ellc pas voué aux flammes les trésors que renferme la Bibliothèque nationale?
Si Paris n'eût pas été arraché, aussi rapidement, des mains des gens de la Commune, nous n'aurions
plus la possibilité de consulter le Dictionnaire hi>torique de Sainte-Palaye. Cette œuvre immense
aurait été, comme beaucoup d'autres trésors d'érudition, perdue k tout jamais pour le monde savant.
Ilàtons-nous donc (rimprimcr ce recueil. Il ne sera plus alors soumis aux nombreuses causes de destruction
qui tôt ou tard anéantissent les plus précieux manuscrits.
Voici l'opinion de quelques érudits sur l'œuvre do La Curne de Sainte-Palaye :
« La Curne de Saintc-Palayc, qui est du siècle dernier (dit M. Litlré, dans l'inlro-
« duction de son Dictionnaire de la Langue Française), avait préparé un Dictionnaire
« du vieux français, dont il n'a été publié qu'un premier tome; les matériaux qu'il
« avait recueillis remplissent beaucoup d'in-folio qui sont déposés à la Bibliothèque
« impériale ; ces matériaux consistent en exemples pris dans les anciens auteurs ; je les
« ai eus constamment sous les yeux, et j'y ai trouvé de nombreux et utiles suppléments
« à mes propres recherches.
« Les manuscrits de La Curne sont des trésors ouverts à qui veut y jiuiser ; mais
« on ne peut y puiser sans remercier celui qui nous les a laissés. »
M. Ambroise-Firmin Didot, dans Tintroduclion qu'il a placée en tête du Glossaire français de Du Gange ,
s'exprime ainsi :
La Curne de Sainte-Palaye est auteur d'un Glossaire de l'ancienne langue française,
« depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV.
« L'impression de ce beau travail, dont deux manuscrits existent à la Bibliothèque
« nationale, l'un en 31 volumes in-folio, à deux colonnes, l'autre, plus complet, en 61
« volumes in-4°, a été interrompue lors de la Bévolution de 1 792. Quelques exemplaires
« des 735 pages du tome 1" ont échappé à la destruction qui a été faite de ce volume.
« L'impression s'est arrêtée au mot asseureté. »
Le savant bibliophile Brunet, dans son Manuel de la librairie, regrette vivement que l'impression de ce
beau travail n'ait pas été continuée. Voici ce que nous lisons à l'article Saime-Palaye :
« On est redevable, à La Curne de Sainte-Palaye, d'un recueil manuscrit en 40 volumes
« in-folio, dans lequel il avait déposé le fruit de près de cinquante années de recherches,
« relatives aux antiquités de la France en général et à notre ancien langage en particulier.
« C'est avec le secours de ces précieux matériaux (ju'il se proposait de publier le
« Glossaire françois, dont il fit paraître, en 1756, \e projet (brochure in-4° de 32 pages),
« et dont, depuis, il abandonna la rédaction à Georges-Jean Mouchet , savant laborieux,
« qui se chargea de mettre l'ouvrage au jour, sous le titre de Glossaire de l'ancienne
langue française, depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV, en 10 ou 12
volumes in-folio.
« Malheureusement, l'impression de ce beau travail, commencée du vivant de Sainte-
Palaye et continuée depuis, n'a pas été conduite au-delà du mot asseureté, colonne
1470 ou page 733 du tome 1"; mais ce fragment, dont par bonheur quelques
exemplaires ont échappé à la destruction, faitjuger trop avantageusement de l'ouvrage
pour qu'on ne regrette pas vivement cju'il n'ait pas clé achevé. »
La Curne de Sainte-Palaye avait exposé, en 1750, le vaste plan de son Dictioniinaire dans un
prospectus qui est une sorte d'introduction à son ouvrage. Nous avons été assez heureux pour retrouver un
exemplaire de ce prospectus. Nous croyons devoir le reproduire. On verra le temps et les immenses recherches
qu'il a fallu à Fauteur pour accomplir son travail de bénédictin. C'est avec une extrême modestie, une
entière sincérité que La Curne de Sainte-Palaye parle de son œuvre. Voici ce projet destiné à servir
de préface à ce monument colossal élevé en l'hoiuieur de l'ancienne Langue française :
PROJET D'UN GLOSSAIRE FRANÇOIS
Depuis plus de deux siècles un p;ranrl nombre d'Ecrivains ont travaillé avec plus ou moins de succès
à l'éclaircissement de notre Histoire. Dès le temps de François I, le célèbre Guillaume du Bellay,
Seiiineur de Langey. à la lecture de celle des Grecs, des I^omains, des Barbares même, courut une noble
jalousie pour la jïloire de sa .Nation , et résolut de se plonger dans des recberches proibndes nui i)ussent
servir à débrouiller le cbaos des Antiquités l''rançoises. Il forma d'abord le dessein de démêler les
origines des Gaulois et des l'ranç.'ois: en remuant (ce sont les termes) les titres, livres, eliarlres ,
épitnphes, fondations, et antres choses antii/ues. Il n'avoil pas désespéré de faire une espèce de
concordance des noms anciens (les l'rovinces et des Villes de la Gaule et de la France, avec les noms
moilernes. Il n'avoil pas dédaiirné de niellre la main à cet ouvrage, et d'en composer un Vocabulaire
alpbabétique. Après s'être fait des l'ccueds pour sa propre instruction, il entreprit, pour celle du public,
deux autres ouvrages plus importants, qui marquoient et la supériorité de son génie, et la grandeur de
ses vues. Dans l'un il se proiiosoil , sur le modèle de Plulaniue, de comparer les Ilomnics illustres
de la France avec ceux de l'Auliiiuité : l'autre avoit pour objet, les Charges et les Dignités de la Couronne.
On y devoit expliquer leurs fondions, leurs droits, leurs privilèges, leurs prérogatives, etc. et monU'er
en quoi elles ressembloient aux Charges et Dignités modernes, en quoi elles en différoienl. Trop habile
pour ignorer (juclle variété, quelle profondeur de connoissances étoient nécessaires pour exécuter
de tels projets, ce grand homme eut aussi la modestie de se défier de ses talents : mais il se flattoit du
moins (|ue.son exciiq)lc nieltroitsur la voie des hommes [dus capables qu'il ne croyoit l'être, de finir ce
qu'il auroit ébauché. Des devoirs essentiels, les besoins de l'Etat qu'il servit avec dislinclioii dans les
guerres les plus sanglantes, et dans les négociations les plus délicates l'arrachèrent à ce travail (|u'il
reprit dans la suite, et qui néanmoins ne fut pas mis au jour.
Di Tii.i.ET, Greffier en chef du Parlement, ne tarda pas :i remplir les vœux de du Bellay, pour le
dernier de ces trois ouvrages, par le savant Traité de In Maison et Couronne de France.
AriîEs Kcx, Pas(iuier, Pilhou, Nicot et Faucbcl, mais sur-tout le premier , contribuèrent, par des
recherches immenses, ;i éclaircir nos Anliipiib's Fiançoises. Mais quel nouvel éclat n'out-elles pas reçu
depuis, sous les ministères de liichelieu, de Mazarin et de Colbert, par les veilles des Duchêne, des
Dupuy, (les Pilliou, des Valois, des du Cnn?;e, des PP. Labbe, Sirmond, le Cointe, d'Acliery et MalHllon.
el d'une l'oulc d'aulres (ju'il scroit iuulilo de noininer.
A LA viio de tant de secours (|u"ils nous ont itrépart-s, nous i|ui sommes soutenus, comme ils l'eloient
de leur temps, de la prolecliuu du Hoi el de la liienveillance de ses Ministres, pourrions-nous rester
oisifs, dans un siècle où l'esprit de discussion et de crilii|iie , (jpurc par le u'OÙt, semble être au |)oint de
maturité? Aussi les travaux de nos devanciers reddublent-ils le xMe de leurs successeuis. De mmvelles
entreprises le disputent joumclUMiient aux anciennes, et coiu'ourent toutes au même but. Les Archives,
les Bibliolbcques ouvertes de toules paris oiri-('iil des trésors ini'puisahles à (lui veut les employer. De
combien de Chartres, Chroniiiues, de Titi'es de toute espèce, uns laborieux Compilateurs n'ont-ils pas
enrichi le Public';' Le savant Ouvrage du P. Mabillon si bien continué, si judicieusement augmenté
par de nouveaux Ecrivains ; celui de Du Cange étendu, perfectionné dans la nouvelle ('-dilion qui attend
encore un riche supplément, nous facilitent la lecture et l'intelligence de tant de précieux monuments.
Rendons-en gi'aces à leurs Auteurs; mais osons le dire : ces secours seront toujours insuflisants, tant
que nous n'aurons point l'ouvrage par lequel il aurait fallu commencer.
BcDÉ el les autres Restaurateurs des Lettres couiprirenl ([u'il ne suflisoit |)as de mulliplier par
l'impression, et de répandre par-tout le texte des Kcrivaius de la Crcce cl de liome, si l'on n'eu donnoit
aussi la clef, c'esl-à-dire, des Dictionnaires exacts. .Nos Littérateurs l*'rançois n'ont point prolilédecet
exemple.
Au nocT de 200 ans de travaux, malgré les vœux réib'rés d'une multitude de Savants, et les instances
de M. Kalconet dans un .Mémoire curieux ([u'il lut en 1727 dans une assemblée publique de l'Académie,
nous sommes encore îi désirer un Glossaire François, qui nous fasse entendre la langue de nos anciens
Auteurs. Nous avons, à la vérité, sur ((uelques-uns d'eux, des Glossaires particuliers, tels que celui de
Loisel sur les Poésies d'Elinand, et quelques autres; mais personne n'a, jusqu'à ce jour, embrassé l'objet
dans toute son étendue.
En se bornant h répéter sans cesse des explications inutiles, souvent fausses ou hasardées du même
mot, on a négligé d'en expliquer beaucoup d'autres qui arrêtent encore les lecteurs : on s'est dispensé
d'assigner aux mots déjà connus toutes les acceptions dans les(iuelles ils ont été employés. Deux
raisons peuvent avoir détourné de ce travail : d'une part, l'inutilité prétendue, à n'en juger qu'à la
première inspection; de l'autre, l'immensité des lectures en tout genre qu'exigeoit cette entreprise.
Qu'avons-nous besoin, disent les uns, d'un Glossaire François? tant d'hommes profonds dans notre
Histcire n'avoient point ce secours, et n'ont point laissé d'être experts dans la lecture de nos vieilles
Chroni(|ues et de nos anciennes Chartres. J'en conviendrai, si l'on veut; mais du moins faut-il m'accorder
qu'à l'aide d'un Glossaire, les habiles gens les auroient encore mieux lues, ou plus facilement entendues.
Les premiers pas, toujours les plus rebutants dans quelque carrière que ce soit, auroient été pour eux,
et moins longs et moins pénibles : les Auteurs auroient plus utilement employé le temps qu'ils perdirent
à s'échaflauder, à tâtonner, à deviner.
Comment se résoudre, disent les autres qui s'effrayent de l'immensité des recherches, à s'user les yeux
sur une multitude de titres qui n'apprennent rien, ou presque rien ; à dévorer d'anciens livres fastidieux
el barbares qui parlent chacun leur jargon, suivant les Provinces où vécurent les.Vuteurs, et quelque-
fois même selon le caprice d'une imagination égarée, qui n'admettait ni borne, ni ordre, ni convenance
dans ses métaphores et dans ses ligures? Se condamnera-t-on à passer sa vie dans ce pénible exercice,
et cela pour recueillir uniquement de vieux mots, dont un grand nombre se sont conservés dans le patois
de quelques cantons de Province? Présenter à une Nation éclairée, civilisée, excessivement délicate,
des mots et des tours relégués dans les entretiens grossiers de la lie du peuple, ce seroit pour fruit
de ses veilles, s'exposer au ridicule que ne manqueroient pas de jeter sur un pareil ouvrage des hommes
superficiels, incapables d'en apercevoir l'utilité.
Pour vaincre des difficultés si rebutantes, pour s'exposer à de tels risques, il faut, j'en conviens, une
sorte de courage; mais enfin, si l'on s'étoit une fois bien persuadé qu'à ce prix on eût pu rendre un
service considérable aux Lettres, à sa Nation, certainement, d'aulres avant moi, se seroienl chargés
de cette entreprise. Quelle confiance d'ailleurs ne devoit point donner l'exemple du célèbre Du Gange,
dont la mémoire ne périra jamais, tant qu'il restera parmi nous une étincelle de cet amour de la
pairie, qui doit animer tous nos Savants.
QuELQu'iMMENSEs, quclqu'utiles que soient ses autres travaux, c'est sur-tout à son Glossaire qu'il sera
redevable de l'immortalité. Aussi, pouvons-nous dire hardimenl que nous tenons de ce grand homme
la certitude de toutes les connoissances que nous ont transmis les Savants qui sont venus après lui ; que
sans lui, leur marche dans la canière de notre Histoire et de nos Antiquités ecclésiastiques ou civiles, eût
été souvent incertaine et chancelante, et qu'en voulant nous guider, ils se seroienl égarés eux-mêmes
les premiers. Il est vrai qu'en déchilTrant le Latin barbare,' il a sur- tout travaillé pour des hommes
doctes qui peuvent seuls connoitre la valeur de son travail : avantage dont ne peut se flatter également
rAiilenr iA"im Glossaire Frnnrois. Cependant il faut convenir qu'un r.lossaire François, sorti des mains
de Du Cancre, eût été un ouvrapre précieux. Je sens la dilTorence qu'on metlra toujours entre un homme
unique, el quiconque entreprendra de le suivre ou de Timiter : mais celte difTercnce ne tombera que sur
l'Auleur, et nullement sur l'objet de l'ouvrage. Sans entrer ici dans le détail de tout ce qu'ont dit les
Ecrivains les plus graves îi la louan^ie du savant et judicieux Auteur du Cdossaire Latin ; de son tcmoi-
gnajie souvent réclamé par les plus célèbres avocats dans des causes trés-imporlantes, et du poids
qu'ont eu ses décisions dans les premiers Tiibunaux du lioyaume. je ne craindrai point d'avancer qu'il
ne manqueroit au Glossaire Fram/ois, pour jouir des mcuics avantages, ([ue d'avoir été composé par
un xVuteur dont le savoir et la capacité répondissent à l'imporlaïu'e du travail. Il m'en coûtera peu de
faire îi cet é^'ard tous les aveux (ju'on voudra; mais de quchpie façon ((ue cet Ouvra?;e soit exécuté,
il répandra toujours quelques lumières sur noire ancienne Lani;ue: el quelle autre Lanp;uepeut être plus
intéressante pour nous, que celle de nos Aveux, d;ins laquelle sont consiErnés les termes de nos Loix,
de nos Coutumes, de notre Di'oil féodal et des redevances (jui en résultent, de notre Milice, de nos
Arts et de nos .Métiers, de nos Manufactures, de noire Commerce, de nos Monnoies, des Mesures tant de
nos grains et de nos boissons, que de nos bérilages, et une infinité d'autres qu'il est aise de suppléer':'
PoiR ne parler que de ce qui concerne directement cette classe de Gens de Lctli'cs qui font de notre
Histoire el de nos Antiquités, l'objet principal de leurs études, j'insisterai sur un point essentiel, auquel,
ce me semble, on n'a jamais fait assez d'attention. La connoissance de notre ancienne Langue est si
nécessaire pour eux, que si d'avance ils ne la possèdent avec une certaine étendue, ils ne seront pas
même en état de lire comuv: il faut, les Auteurs et lés Monuments sur lesquels ils ont ù travailler. Que
sera-ce s'ils enlrepreniu^nt de les publier'' Ils ne les donneront qu'avec des fautes, des altérations et des
corruptions énormes, (lui souvent en changeront le sens. Les plus habiles gens qu'ait eu la France dans
l'art de déchiffrer les anciennes écritures, ont ([uelquefois publié des textes, qu'ils n'avoienl pas su lire.
Ne dissimulons pas ici. par une fausse délicatesse, ce qui se passa dans les premiers temps de l'Académie
des Bellcs-Lellres, au sujet de ce mot caienaire , qui dans un ancien Manuscrit se trouvoil placé à
la suite du nom d'un de nos Rois. Plusieurs Dissertations I constatent quelle fut la diversité des avis.
Ce ne fut qu'après bien desdiscussious quons'assura qu'd l'alloit lire cal en aire, en trois mois, qui signi-
Tioient ça en arrière, ou ci-devant; c'est-:Vdire, que S' Louis, le Prince en question, étoit alors décédé.
Le P. Mabillon lui-même de qui toute l'Europe savante apprit à déchiffrer les anciennes écritures, ne
fut point exempt de tous reitroches. Les uK'prises (pii lui sont échappées, en publiant le texte des Sermons
François de S' Bernard, prouvent que cet habile Anli(iuaire ne couuoissoil p;is aussi parfaitement le
vieux François que la Latinité du moyen âge. Après de tels exemples, est-il ([uclque Savant qui pût se
flatter de né point commettre de pareilles fâutesï Est-il quelqu'un qui pût rougir de les avoir commises?
N'iiésilons pas à le dire : faute d'un Glossaire François, nous en sommes encore aux premiers éléments
de la Grammaire, par rapport i"» la connoissance des monuments de noire Histoire, de nos Antiquités, et
de noire Littérature. On n'aura pas de peine à s'en convaincre ([uand j'aurai fait connoilre l'embarras et
la confusion des caractères par lesquels nos anciens Titres et nos Manuscrits ont été transmis jusqu'à
nous.
S.-vxs parler des abréviations, souvent Irès-équivoques, qu'on y trouve à chaque ligne, les dilTérentes
parties du discours n'y sont distinguées par aucune sorte de ponctuation ; les mots commençant par des
vovelles , et précédés (l'articles onde certains pronoms, n'olTrent point d'apostrophes, qui fassent discer-
ner l'un de l'autre; deux mots sont , la plupart du temps, mis ensemble, comme s'ils n'en faisoient
qu'un, tandis qu'un autre est coupé par le milieu, comme s'il en faisoit deux : enfin jamais on y verra de
points sur les i , et par consé(iuent les jambages des m , des n et des u, qui avoient enlr'eux beaucoup
de ressemblance, sont presque toujours confondus avec les/: de sorte qu'un même mot peut être
lu de huit ou dix façons ditTérentes. La même difUcullé se présente à chaque lettre : il n'en est iires(iue
aucune qui ne puisse être prise pour (pielqu'autre; les traits ijui les distinguent sont imperceptibles aux
yeux les plus clair-voyants. Dc-là tant de mots mal lus, dont on a fait autant d'articles dans des Glossaires
particuliers, ou dans des notes, et qui ont été aussi mal interprétés, quand les Editeurs n'ont pas
eu la bonne foi de convenir qu'ils ne les enlendoient pas.
Ocelle sera donc la ressource d'un lecteur dans la multitude de ces diverses leçons que le même texte
lui présente, et qui sonUlnulcs également bien fondées, à n'en jugci' que par le témoignage de ses
yeux'' La connoissance de la Langue lui donnera le seul moyen ipii lui reste de lever ses doutes, et
de sortir de ce labyrinlbe. 11 tiendra pour suspects tous les niuls ([ue son texte lui offrira, lorsiiu'ils lui
seront inconnus : il admellra avec confiance ceux dont il apprendra, par le Glossaire, que l'usage est
appuyé sur des exemples.
Pardon.no.ns Ji nos Modernes une ignorance que l'éloignemenl des temps rend excusable. 11 y a près de
(1) Voyez dans 1p Recueil des Mémoires de l'Académie Royale des Relies-Lettres, t. L page 319 et buiv. el tome V. page
34i; ceux de Mr Roindin, Roivin el Lancelot.
300 ans que Molinel ayant déjîi voulu interpréter le langage du P.oman de la Rose, et Clément Jlarot
le langage de Villon, ils lombùrent l'un et l'aulre dans de pareilles bévues; et ce qui peut les rendre
excusables cux-méuies, c'est ([ue nous trouvons de seniblables nié|)rises dans des .Manuscrits de 'lOO ans,
dont les copistes ayant mal lu l'écriture dos siècles qui les avoicnt précédés, substituèrent, au mut qui
ne s'entcndoit plus, un aulrc mot (jui ne convcnoil pas ;iu sens de la plirase : ainsi trouvant le mot
zou'mnnnlaijc on a lu soiiiijiuuildijc ; et comme ce mut n'éloit pas enlciidu, on a mis à sa place celui de
S('iii;/)n'itri(i!i(', au lieu de lire i|ue (luillaume le lîàlard étoil né en soitl;;iunila{jc 'concubina^'e; ijui
vient du \ci-bc souuiiwr formédu Lalin sitiiinarc. On lit dans un de nos plus anciens Manuscritsdu lioman
du lîrul, que Guillaume était lui en sciijiu'ui'utije ; ce ([ui ne peut avoir (lu'un sens tiès-opposé à celui
de l'Auteur original , et à la vérité de l'bisloirc.
On si:N'Tde(|uelle conséquence peuvent être do pareilles fautes pourrilisioire, jjour les Hénéalogies, et
pour les autres objets de nos éludes. Les anciennes nu'prises s'accréditeiont déplus en plus, se multi-
pliei'ont, et en feront nailre de nouvelles, si l'on n'y ap|iorle le remède le plus iirumpi. || n'y a pas de
temps à [lerdre : des Recueils précieux, toujouis protégés [iar le Gouvernement, tels (|uè le Callia
Christ iaua, les Ordonnances de nos Uois (1), nos anciens Historiens ("ij, l'Iiisloire littéraire de la France (3),
et l'Histoire de la Diplomatique {'i), sont continués avec une ardeur toute nouvelle : d'autres non moins
importants sont enhe|)ris avec le même zèle et le même courage : une Hescriplion bistori(|ue, géogra-
plii(|ue et diiilumaliiiue de la France (.-i;, un Traité des Monnoies ((j;, une IlisUure de toutes les biancbes
du Droit public Fraui;ois ^7;, des Histoires particulières de plusieurs piovinccs de France : tous ces
Ouvrages réclament unanimement le .secours d'un Glossaire Frangois; mais il n'en est point, auquel il
soit plus nécessaire , qu'à la grande collection de nos anciens Historiens, si l'on veut ([u'elle paroisse
avec toute la correction et la fidélité qui font le mérite des premiers Volumes. Elle approclie du temps
où nos Historiens ont commencé d'écrire en François : à l'aide d'un Glossaiie, les textes anciens
paroîtront avec plus d'exactitude; les Editeurs et les Auteurs pourront èlre soulagés dans leurs [lénibles
recherches. Hàtons-nous donc de leur donner les secours qu'ils attendent de nos foibles lumières, et
tâchons de mériler d'avance, autant tiue nous le pourrons, les avantages iiue nous retirerons avec usure
de leurs soins, de leurs veilles et de leurs travaux.
Fondé sur les raisons que j'ai développées plus liaut, je compris, en commençant un cours réglé
d'études sur notre Histoire et sur nos Anti([uilés, que je devois recueillir, pour mon usage, les vieux
mots François de nos premiers Ecrivains , afin que la comparaison de divers passages où se rencontrent
ces n.ots , pût me donner le moyen de les entendre.
Un grand-loisir, que je dois au bonheur de ma destinée, et une assiduité presque continuelle pendant
plus de trente ans à faire des lectures qui tendoiënt toutes au même but, m'ont mis en état de
rassembler une multitude immense de ces mots suranés. J'ai cru pouvoir en composer, je ne dirai
pas un Glossaire aussi savant, et aussi bien fait que celui de Du Gange; mais du moins un ouvrage de
même nature qui auroit aussi son utilité. J'ai tâché, autant que je l'ai pu, de me former sur cet excellent
modèle : trop heureux de suivre de très-loin un guide qui marche à pas de géant, un Savant universel
qui par des travaux infatigables s'étoit approprié'les connoissances de tous les siècles et de tous les pays.
En réunissant sous un même point de vue dans l'ordre alphabétique, les vieux mots épars dans un
grand nombre d'Auteurs de tous les âges, j'ai voulu représenter fidèlement notre ancienne Langue. H
m'a donc paru nécessaire de rétudier'dans tous ses rapports, et dans toutes les variétés, pour me
déterminer sur le choix des mots que je devois faire entrer dans cette collection , ou que je pouvois en
exclure.
Lorsque je suis venu à considérer les différentes classes de lecteurs auxquels j'avois â répondre , je me
suis vu entre deux écueils également dangereux : les uns avides de tout savoir exigent qu'on ne leur
épargne aucun détail, et font un crime à l'Auteur de tout ce qu'il dérobe à leur curiosité ; les autres, d'un
goût plus superficiel, voudroient que l'on se bornât à l'étroit nécessaire; leur vue n'aperçoit que les
objets d'une utilité directe et palpable; ils traiientde minutieux certains détails, faute d'appercevoir. du
premier coup d'œil, le rapport que ces détails peuvent avoir à d'autres objets plus généraux et plus
importants. J'ai tâché de tenir un juste milieu, en évitant d'en dire trop, et de n'en pas dire assez. Peut-
être trouvera-t-on que je donne encore dans le premier de ces deux excès, entraîné par le penchant
naturel dont on a peine à se défendre lorsqu'on traite un sujet qu'on affectionne. Telle remarque ne
s'est présentée qu'à la suite d'un grand nombre de lectures : telle autre découverte est le seul fruit qu'on
ait recueilli d'un Auteur très-rare que personne ne lit plus. La singularité, la difficulté ont d'abord fait
saisir ces objets comme intéressants, ou du moins comme curieux : on leur a donné un degré d'estime
(1) Par M. de Villevault, Conseiller à la Cour des .Vides. — (2) Par Dom Audiguier et son frère, Bénédictins. — (3) Par Dom
Clémence. - (4) Par Dom Tassin. - (5) Par M. l'Alibé de Foy, Chanoine de Meaux. - (C>) Par JI. Souchet de Bisseaux. -
(7J Par M. Bouquet, .\vocat, neveu du célèbre Uéiicdictin de ce nom.
dont on a peine à se déparlir : on croit ne pouvoir se dispenser d'en faire usage : on s'y complaît,
on les conserve comme s'ils dévoient nécessairement piinier l;i curiosilô ; mais le lecteur impartial reçoit
souvent avec froideur et (lucliiuefois avec dédain ce ijuc l'Auteur lui piésente avec eulliousiasnie. On a
beau vouloir cire en garde contre la prévention; il est dilTicile. eu certains cas. de tenir toujours la
balance égale entre sou propre troùt et celui des autres. 11 me sera sans doute arrivé plus d'une fois de
passer les bornes que j'ai eu intention de me prescrire; mais j'ose espérer qu'on voudra bien avoir pour
moi quelqu'indulgence : ce n'est pas trop demander |)oui' les peines ([ue j'ai prises.
QroinrF. le but principal de cet Ouvrage soit de donner ou de faciliter rintelligcnce du hingage de nos
anciens Kcrivains. on ne se bornera pas cependant î^i rapporter tous les mots dont ils se servent et qui
sont maintenant inusités: on y joindra les mots qui nous sont encore familiers, mais qui eurent autrefois
une siginlication différente de celle que nous leur donnons. On s'attachera dans tous ces articles à
démêler d'abord leur sens propre; ensuite on expliquera suivant l'ordre progressif des idées, qui
l)aroitra le plus naturel , les autres siguilications plus étemlues cl iiueNiuefois dt'tournées iiu'ils ont eues
depuis; soit qu'ils aient conservé la même forme, soit qu'ils aient éprouvé qucliiucs foibles altérations.
CiuQcr. acception du mot sera toujours prouvée par une ou deux autorités; et l'on indi(juera par des
renvois les autres Auteurs ([ui auront employé le mot dans le même sens. Si le lecteur n'est pas entière-
ment satisfait de nos explications, il pourra, moyennant ces renvois, s'assurer par lui-même si elles
.s'accordent avec l'usage que les Ecrivains indiqués auront fait du même mot. Supposé qu'il trouve dans
ces Auteurs notre justitication, et des moyens de lever ses doutes, nous nous en applaudirons; s'il y
rencontroit des signirications opposées aux nôtres, ou qui n'y seroient pas exactement conformes, nous
ne laisserions pas encore de nous en ajtplaudir. (lomme nous cbercbons autant ù nous instruire (lu'à
instruire les autres, nous désirons que nos méprises soient relevées. Nous serons trop contents d'avoir
fourni des armes îi ceux (jui combattront nos erreurs : nous ne cherchons que la vérité.
A LA VIE de certains passages qui accompagnent notre explicalion, on pourra dire (|uelquefois que le
sens de ces textes est si clair que ce n'élail pas la peine de faire des articles pour des mots (|ui s'expli-
quent d'eux-mêmes. Mais je supplie ceux ciui me feront celle objection de penser ((ue la conqiaraison
de ces passages multipliés a souvent été l'unique voie qui nous ait conduits à l'intelligence du mol ; (jue
sur un grand nombre de plii'ases où il se rencontre, nous avons choisi celles qui pouvoient en moins
de paroles en donner l'interprétation la plus nette et la plus inconlestabic ; mais que ces mots se trou-
vent souvent confondus avec des mots iiiiulelligibles dans d'autres phrases louches, obscures, embarras-
sées; dans des manuscrits difliclles à lire, dans des textes corrompus ou défectueux, où, sans les autres
exemples que nous citons, il étoit impossible de les deviner.
A i."K(;.\nD des mots dont la sigmficalion nous sera totalement inconnue, ou sur lesquels on n'a jusqu'ici
(jue des soupçons et des conjectures, nous rapporterons en entier tous les passages où nous les aurons
remarqués ; d'une part ces citations accumulées pourront dissiper les doutes des lecteurs et lever leurs
difficultés; de l'autre ils apporteront au mot dont la signilicnlion est ignorée queliiues degrés de lumière;
et cette foible lueur, jointe ù celle (juc fourniront d'autres passages ([u'oii pourra déterrer dans la suite,
achèvera peut-être un jour de donner tous les éclaircissements iiue nous cherchons.
Des significations primitives et secondaires, nous passerons aux acceptions métaphoriques ou figurées
qui sont encore plus ahondantes chez les peuples dont la barbarie et la grossièreté a fait long-temps le
caractère, que chez les nations où l'esprit et la politesse ont régné pendant plusieurs siècles. Trè.s-souvent
la sigiiilication accessoire est devenue la principale, et ([uelquefois a fait disparoitre la signilication
originaire. Ces termes métaphoriques une fois admis dans l'usage universel, n'appartiennent i)as moins à
la langue (jue les mots pris dans le sens propre : ils ont dû uéccssairemeul entrer dans notre Glossaire.
Mais il est une autre classe de termes métaphoriques dilT(''reuls de ces i)remicrs. .le parle de ceux ([ue cha-
cun se faisoit à sa fantaisie. On voit bien en général que nos vieux Auteurs sont remplis de mots de cette
espèce. .Nos Poètes sur-tout en imaginent, en forment un nombre prodigieux. Dans celte foule innom-
brable de métaphores fabriquées ù plaisir, et (]ui iiérissoienl en naissant, coinmcnl, au travers d'une
antiquité si reculée, démêler ccllesqui appartenoient à notre l.angue, de celles qui n'éloienUiue le jargon
de tel ou de tel Ecrivain';' Comment discerner celles qui liient quelque fortune, et iiui du moins pour un
fem|is furent adoptées? .Nous n'avons i)as toujours assez de pièces de comparaison pour faire ce triage.
Falloit-il admettre dans notre collection tous ces termes métaphori(iues ':■ Ealloit-il les en exclure indis-
tinctemenir N'ayant point (le règle certaine ([ui put nous lixersur le choix, nous nous sommes laissés
aller au hasard; et peut-être nous y sommes-nous trop livrés, l'eut-êlre trouvcra-t-on que nous avons
admis un trop grand nombre de ces dilTérentes siguilications. Mais elles serviront du moins ù mieux
entendre les passages où elles sont employées : elles feront connoilre le génie des Auteurs, et pourront
juslilier l'explication que nous aurons donnée à d'auli'cs mots foruK's selon la même analogie : ce
seront quelquefois des énigmes, des rébus, des logogrvpbcs, qui donneront le moven d'en deviner
d'autres.
O.N a dit par exemple : Payer lance sus [autre. Il seroit difficile d'assigner la véritable signification de
celle façon de i);irlcr, si l'on ijrnoroit que lance sus (anlrc, veut dire lance en arrest, lance appuyf-e sur
le t'entre (pii ^arnissoit la cuisse, cl que c'cloil dans l'allilude de la lance sus [autre, que les (iendarmes
recevoienl leur paye aux revues : de \l\ on a dit paijer lance sus [autre , pour payer exactement, payer
aussi i'éi;idir renient ([ue l'on payoit les Ccndarnies qui éloienl sous les armes.
L'Korivdon; du mol l'ou (lui s'csl dit lanlôl pour /Vn//, nom [iroprc, tantût pour Peu adverbe, a servi à
faire des pruvei'lies , ou du moins des expressions abusives. On a dil : l'ar S. l'on , comme on dit encore
popuiaireuM'ul : l'ar S. l'eu. On se servoil du mol S l'ou, pour d(''signer un liomme pauvre, peu accom-
mode des biens de la fortune.
Le mot Adcsésplunie qu'on trouve dans Phil. Mouskes, seroit iniidellii;ible, si l'on n'étoit familiarisé
avec la bizarrerie de nos Ecrivains dans la tournure de leurs plirases. Ce l'oëte parle d'un Piince qui dis-
tribue ;"i toute .sa Cour des manteaux et des robes neuves : il dit (|u'il n'y ot onc ade&és plume , du mot
adeser, loucber; ce qui signifie que jamais plume n'y avoil toucbé, qne'jamais on n'y avoit essuyé sa
plume; c'esl-à-dirc, que les manteaux étoient tout neufs et sans la moindre taclie.
La pi.i!i'.\nT de ces façons de parler vcnoient de nos Poêles Trouvères ou Romanciers : leurs verset
leurs chants, dont les Cours des Seigneurs avoient retenti, après les lectures publiques et les représen-
tations, passoienl de bouche en bouche. Leurs expressions avoient l'honneur de devenir proverbiales.
Dans ces leiups de barbarie ils donuoicnt le ton, comme ont fait, dans le siècle le plus poli, les Corneille,
les iiaciue. les la Konlaiiie, les Despn'aux, les Molière, les Quinault et leurs pareils. Notre langue .s'est
encore suivbai-gée des dépouilles lusliiiues et grossières des anciens Auteurs, bien plus qu'elle ne s'est
enrichie des ornements précieux de nos Modernes.
Le choix des proverbes ne nous a pas semblé moins embarrassant que celui des métaphores. Tout Dic-
tionnaire admet les proverbes qui sont usités ; ceux qui ne le sont plus doivent donc entrer dans notre
koltent
ai cru
„ ,.- de con-
server ceux qui se trouvent dans nos plus anciens Auteurs, tels que nos Poètes des XIP, Xlll' et XIV'
siècles, sur-tout lorsqu'ils se rapportoient h des noms de Peuples, de Provinces et de Villes. Ils nous
font connoitre le caractère des Peuples, ou celui qu'on leur attribuoit alors.
P.\R EXEMPLE, nous lisons dans les Poètes François qui ont écrit avant L300 : Li buueor d'Aucerre, Li
musartae Verdun, Li usuriers de Mes, Li manoeor de Poitiers. D'autres proverbes nous apprennent
les talents particuliers des Peuples de quelques Provinces, comme : Li meillor Archer en Anjou, Chevalier
de Champagne, Escuier de Dourgoigne, Serjant [Vanlassm) deUennaut. Quelques-uns serve'nt à nous
faire connoitre que tel ou tel Pays éloit renommé pour certaines productions de la terre; exem-
ple: Oignons de Corhueil, les Esehaloignes d'Estampes : d'autres pour certains animaux, comme le
Harant de Fescant , les Lamproies de Mutes, \es Escrevisses de Par ,\es Roncins de Bretaigne, les
Chiens de Flandres, etc. d'autres enfin pour quelque commerce, fabrique ou manufacture, comme
VEquarlate deCayit, le Camelin de Cambrai, \e Pleou d'Abevile ,\es Coteaux de Pierregort, le Coivre
de Dinant, le Fer de l'Aigle, les Coupes d'argent de Tors, la Toile de Porgoignc, les tapis de Itains
YEstamine de Verdelai (Vezelai ,) etc.
Des Maisons illustres, des Hommes célèbres ont également donné lieu ;\ des proverbes. Nous avons
jugé il propos de conserver à leurs descendants ces preuves glorieuses des vertus et des exploits de
leurs pères. Brantôme, Cap. Fr. T. 2, après le récit de la mort de M. de Termes, ajoute : On disait de
lui en Piedmont, Sagesse de Termes, et hardiesse d'Aussun : l'Espagnol de même en disait autant:
Dieu 710US garde^ de la sagesse de M. de Termes et de la prouesse du Sieur d'Aussun , qu'on tenait dès ce
temps-là un très-vaillant et [art hardij et hasardeux Capitaine, p. 'iil el2i8. On a\oitiincieimemenl
un autre proverbe ou dicton appelle Vaudeville , qm ne fait pas moins d'bonneur à six Maisons illustres
du Daupiune, Arces, Varces, Granges et Comiers : Tel les regarde qui ne les ose toucher; 7nais
garde la queue des Berengers et des Alemam : (Expilly, Annotât, sur l'iiist. du Chevalier Bayard.) Il
n'est presqu'aucune de nos Provinces qui ne nous fournisse quelques uns de ces dictons que nous nous
ferons un plaisir de rapporter.
Les mots qui composent les différents articles de ce Glossaire n'ont pas tous une orthographe fixe et
décidée. Il n'est pas rare que le même mot se trouve écrit de plus de huit ou dix façons difTérentes. Ces
variations se rencontrent dans le même siècle, dans la même Province, dans le même Auteur, souvent
en grand nombre dans la même page. Quelquefois, à l'aide de l'étymologie et par analogie, on peut
discerner quelle est la vraie wthographe; mais assez communément la critique est en défaut. Alors
il seroit impossible d'asseoir son jugement, sans s'exposer 'à de lourdes méprises. D'ailleurs si nous
nous déterminions pour une de ces orthographes par préférence, et sans faire mention des autres, le
Lecteur qui chercheroit le mot sous une orthographe ditTérente , allant consulter un article du Glossaire
où il ne seroit point, ne pourroit deviner en quel endroit nous aurions porté ce mot. Il faut donc que
le Glossaire le lui présente de toutes les façons dont il peut avoir été écrit; ainsi nous avons pris le
parti d'adnieltre toutes les orthographes, sauf à renvoyer nuelquefois de la moins commune à la plus
ordinaire. Dans celle-ci nous suivons la méthode ordinane de tous nos articles : nous donnons quelques
citations entières du texte de nos Auteurs, et nous indiiiuons ensuite les autres par des renvois aux pa-
ges : mais lorsque d'une orthoj;raplie moins commune, nous renvoyons à une autre qui l'est davantage,
nous nous contentons ordinairement de faire connoitre, par de simples renvois, les Auteurs qui ont em-
ployé cette orthographe, dont les exemples se rencontrent plus rarement.
La COMMODITE des Lecteurs qui auront besoin de feuilleter ou de consulter notre Glossaire , n'est pas
l'unique raison qui nous aitdéteiminés à rapporter toutes les ditlcrentes orthographes d'un même mot :
outre qu'elles serviront quehiuefois, par leur analogie réciproque, à conriinicr nos explications, nous
espérons que les Savants pouironl en recueillir d'autres avantages. Les dilTércnts degrés [lar les(iuels
le même mot a passé, en recevant plusieurs changements successifs dans la prononciation, dans sou
orthographe, etc, sont autant dfi chaînons qui nous conduisent de proche en proche à l'origine du mot
dont nous nous servons aujourd'hui.
Porn faire sentir combien il est nécessaire, pour démêler précisément la vraie signification d'un
mot, de connoitre les diverses manières dont il se trouve orthographié, je citerai le mol adcscr et
adaiser qui se lit assez fiéquemment dans nos plus anciens Ecrivains : son acception la plus générale
est celle d'approcher, toucher, metlre la main à quelque chose : on liouve même adcser la main pris
dans ce dernier sens. Si nous n'avions que ces deux orthographes «rfcsc?' et adaiser, nous n'aurions
encore qu'une connoissance très-imparfaite et pi'es(iue fausse de ce mot. lue autre oitiiographe, en
levant . pour ainsi dire, le voile qui couvroit sou origine, nous en donne une explication juste, claire et
précise. Quelquefois on écril adaiser. Il est visible que le mot (/o/s ([ue l'on a dit pour (/o/r//, et celui de
rfc' qui nous reste encore pour signilicr un Dé « coHr/ri', sont les racines du moi adaiser, adeser, adai-
ser . et qu'ainsi «(/o/sc?- est proprement toucher du bout du doigt : en effet nous trouvons adeser ei adaiser
joints au mot toucher, non comme lui étant synonymes, mais pour dire ne toucher que très-superll-
Giellement et comme du bout du doigt.
Il seroit difficile d'assigner aux mots Godendars et Godenhoc leur véritable étymologie, s'ils n'étoient
écrits que de ces deux manières. Guillaume Guiart qui l'a écrit Godendae , donné lieu de conjecluicr (|ue
ce mot qui s'est dit d'une hallebarde (m pertuisane, sorte d'arme dont se servoient les Flamands, vient
des deux mots Allemands ou Flamands goût tag qui signifient, bonjour. L'usage où nos soldats sont en-
core aujourd'hui, pour marquer qu'ils se font un jeu delà guerre, d'appliquer a ses opérations les plus
cruelles, les expressions les plus gaies et les plus riantes, autorise à penser (|ue des peuples grossiers
avoient plus essenliellemenl cette habitude: ainsi percer d'un godendae, d'un godendars on godenhoc,
étoit proprement donner le bonjour, dire le dernier adieu à celui qu'on avoit tué ou blessé. Rabelais
nous apprend que l'expression de toHj'Oin- étoit autrefois usitée au jeu des échecs, quand on donnoit
échec à quelque pièce principale.
Veut-on pareillement démêler l'origine et la signification du mot Adés, tout présentement, main-
tenant, continuellement, sans cesse? on fera de vains elïorts, si, comme Ménage, on le déiive du Latin
ad ipsum tempus, ou de quelque autre source aussi suspecte: mais qu'on rencontre le mot adés mis avec
toul, comme on le rencontre souvent, et iiu'on lise ensuite «(//t's pour «rft'S, il n'y a [)ersoune qui ne
voie que tautadies, est le même que le Latin tota dies; qu'il a d'abord signifié toujours, et qu^on l'a pris
ensuite pour tout à l'heure, de même qu'on donne au mot incessamment l'une et Faulre signification.
Cette manière de découvrir lesétymologies de nos mots est plus naturelle, plus sûre et plus facile ([ue
celle dont se servent nos plus savants étymologisles. Ils se perdent dans des combinaisons forcées
de nos mots François avec ceux des langues Hébraïque, Greciiue, Arabe, etc. tandis (lu'ils ont sous leur
main dans nos anciens Auteurs ce qu'ils vont chercher à grands fraisdans les climats étrangers.
Les seuls mots Cr«;ffHCS, Triquaisc al Taïaut, montrent qu'un très-léger changement dans l'orlho-
graphe, suffit pour faire a|)percevoir des élymologies qu'il seroit difficile de trouver par d'autres moyens.
Puisqu'on lit Garigucs au lieu de Graigues, il est certain que le mot populaire Graigues vient de ce mot
Garigues, qui lui-même a été pris du Latin Caligœ. En lis nit Turfjnaisenw lieu de Triquoise, on juge (|ue
celle espèce de tenailles dont se servent les maréchaux, étoit un instrument emprunté des Turcs.Eufin
quel besoin d'aller, comme quelques-uns de nos Savants , fouiller dans les Vocabulaires hébreux pour
déterrer l'origine du mot Taïaut consacré îi la chasse'!' lorsqu'on lit iau.v pour CH.r, et à /««s pour à
eux; lorsqu'on sait que cette expression à iaus, fut employée pour exciter les troupes au combat, el
que l'on s'en servoit aussi anciennement à la chasse pour animer les chiens, peut-on se dispenser
de reconnoitre que Taïaut a été formé de aiaus pour à eux , en y ajoutant un f, comme on a fait
dans le mot Tante originairement ante, tiré du mot \ni\n amita!
Il en est de même du mot Simagrée que nos Dictionnaires modernes définissent certaines façons de
faire affectées, certaines minauderies. La Piquetière Blouin le dérivoil de simulacrum, et Ménage le tire
(le ximia qu'il traîne selon la nK^llindo pnr les diverses p:i'nfl,'ilions qu'il fait essuyer aux mois radicaux;
mais un de nos anciens l'oi'tes nous conduit tn-'S-nalurcllemenl à rori<rine de simtifirée. Vax parlant des
.lup;es ([iii faisoieut plier les rè|;les sous leur antnrilô. et qui voiiloient (|ue leurs d(''cisions fussent la
suprême loi, il dit ([u'ils jouoicnl au jeu ^S"// »r«;y/x'(.'; c'est-à-dire, il tn'iujréc , il me plail ahisi. Le
mol jouer ('toit fréquenuneul employé pour former de pareilles plirases. Les simagrées éloient donc pro-
premenl les airs d'un .luge sur son tribunal où il tranelioil du souverain. Dans la satire contre le l'ré-
sident l/iset, Hèse (lui iirononcoit ('/i//Hrt.'//'('V, se sert du moi cliim(i(;rca au sujet des cérémonies f|u'il
ti'aite de superstitieuses . et dont il iirétend que Lisel est le législateur el l'ordonnaleur. On a dans la
suile (■■tendu ce mot à toute espèce de i;Tiniace.
Ci; (.11 i: je dis de l'étymoloRie de nos mots Fi'ançois, peut trouver son application dans plusieurs
autres Langues. De tout temps nous avons emprunté de nos voisins des mots et des l'a(;ons de parler : de
loul lenii)S ils en ont emprunté de nous. 11 n'est peut-être aucune nation en Europe , (jui ne trouve dans
ce Glossaire de quoi étendre et iicrfc^ctionner la connoissance de sa propre Langue. Les Allemands, les
Anglois. les Espagnols, les Italiens sur-tout, verront des confoi'mités singulières entre leurs différents
idiomes el le n(3lre.
Nors osons encore promettre aux Grammairiens (]ui désirent remonter à la source de quelques
façons de parler, ou de ([uelques constructions irrégulières dont il n'est pas aisé de démêler le principe
et de donner des raisons plausibles, qu'ils pourront trouver dans certains tours de phrases de notre
ancienne Langue, la solution d'une partie de ces problêmes. L'expression qui nous est si ordinaire, ayir
de grand cœur, est une de celles que nous choisissons parmi beaucoup d'autres. A moins que les mots
magno corde qu'on lit dans la Vulgate, n'ayent produit ceux de grand cœur , on ne démêle pas d'abord
le rapport qu'il y a entre l'épithètc grand et le mot cœur; mais quand on lit dans nos Auteurs de gréant
cœur, pour dire, de cœur ([ui aiirée, on voit alors que [/raH(/ est une corruption de i/)vr/Hf qui emporte
avec lui une idée fixe el déterminée.
QiANT à nos constructions irrégulières, peut-être que les Grammairiens seroienl fort embarrassés
de dire pourquoi on met un que après les? et après le comme dans le second membre des deux phrases
suivantes : Si. vous faites telle chose, et que; et celle-ci : Comme vous irez là, et que. Notre ancienne
Langue leur donnera la solution de ce Problême. On disoit anciennement : S'il avient chose que; et:
Comme il soit ainsi que : alors le second que se plaçoit naturellement au second membre de la phrase;
mais lorsque depuis, pour rendre noire Langue plus brève et plus vive, on en est venu à changer la
phrase, en ne mettant qu'un simple si, ou un simple coHrwe, on n'a pas fail attention qu'alors le (/«e
qui suivoit le si et le comme , blessoil les règles de la Grammaire. L'habitude l'a fait conserver dans
des temps où les Grammairiens n'y regardoient pas de si près; et celte habitude invétérée a fait trouver
dans cette phrase, très-vicieuse en elle-même, le mérite de ce qu'on appelle gallicisme. Je cite cette
découverte qui s'est présentée à moi: les Grammairiens plus éclairés el plus attentifs, en pourront
faire beaucoup d'autres plus curieuses et plus importantes.
Tous ces différents articles réunis, présentent l'histoire générale de noire Langue; et c'est encore un
objet utile que nous nous sommes proposé. Ainsi l'on rencontrera dans cette collection diverses remar-
ques sur des mots , soil anciens, soit modernes, dont quelques-uns ont cessé d'être en usage pour faire
place à d'autres qui nous ont été fournis par nos liaisons avec les étrangers ou d'autres cfrconslances.
Lorsque quelqu'un de nos Ecrivains a donné l'époque fixe et certaine de la naissance d'un mot, delà
chute, de rinlroduclion d'un autre qui peut-être aura depuis été remplacé par un plus nouveau, nous
avons eu soin d'en avertir. Ces époques serviront de pierre de touche pour connoitre l'authenticité ou la
supposition de quelques actes ou titres suspects qui remontent aux mêmes dates. Ces époques aideront
aussi les critiques à découvrir l'âge d'un écrit dont l'auteur est inconnu ; et quelquefois même, si l'on
attribue cet ouvrage à divers auteurs, elles détermineront auquel il appartient vraisemblablement : car
il y a tel mot qui ne se trouve employé que dans l'espace de 40 ou de 50 ans, et même tel autre qui ne l'est
que par un seul Ecrivain.
Bisognes, Bisoignes et Bizognes, qui signifioit nouveaux soldats ou fantassins de nouvelle recrue, se
disoit particulièrement des soldats Espagnols. Ce mot qui se trouve dans Brantôme, dans les Négociations
deJannin, dans les Mémoires de Monlluc et dans les Mémoires de Sully, n'est employé que dans les
ouvrages de leurs contemporains. Tabureau dans sea Dialogues, el l'auteur des Contes d'Eulrapel , nous
apprennent que les mots Folâtre, Accorter, Aborder , Aconche , et beaucoup d'autres, s'étoient mis à la
mode parmi les gens du bel air qui se piquoient de beau langage, et que la plupart de ces termes
venoient des Italiens. On trouve des remarques à peu près semblables, sur les mots, Accortement, Fan-
terie et Fantassin, Escadres et Uégimcns. Morion, Armel, Acoutrcmens de tête, el plusieurs autres
appartenants à la guerre. Fauchet, dans ses origines, dit que les Aventuriers qui suivirent dans les guer-
res d'Italie Charles VIII , Louis XII , et Fran(;ois I, prirent depuis le nom de soldats, à cause de la solde
qu'ils touchoient. Guillaume du Bellay vantant les services que Baïf avoit rendus à notre Langue,
dit expressément que c'étoit cet Auteur qui l'avoil enrichie du mol Aigredoux. Le mol Agenci pour
enjolivé, rendu joli, gentil, et le mol Emmaïoler donner le mai à la maîtresse, ne se trouvent
que dans les Poésies manuscrites de Froissart. Plusieurs articles de notre Glossaire présenteront des
exemples de cette espèce.
Il ne fait pas clendre trop loin l'application de ces rcmaniues ; mais elles pourroient être de
quelque secours dans le cas où la crili([ue n'offriroil point d"autre ressource.
Telles sont les principales attentions que nous avons eues dans la composition de cet Ouvrage. Si nous
avions voulu lui donner tout fappaieil d'érudition dont il est susceptible, nous aurions pu feuilleter les
Dictionnaires anciens et modernes des dilTérentes Langues de IKurope, en comparer les mots avec les
articles du Glossaire de Itu ('.ange, et de celui que nous présentons. Il y a peu de mots aiixiiuels, l'i la
faveur de l'analogie, de la dilTcrente orthographe, des conversions de lettres, et des rapports directs
ou indirects d'une signilicalion à l'autre, nous n'eussions trouvé une élymoh)gie ou vraie ou vrai-
semblable. Si nous n'étions pas arrivés précisément à la source, nous aurions pu nous llatter du moins
d'en avoir approché le plus près qu'il étoit possible ; mais nous avons mieux aimé satisfaire l'impatience
où nous sommes de donner anx Gens de Lettres, par la prompte publication de notre Ouvrage, les secours
dont ils ont besoin pour la lecture de nos anciens Ecrivains.
UxiycE.MENT occupés de notre objet essentiel, et comme renfei'més dans notre sphère, nous laisserons à
des mains plus habiles le soin d'élever l'édifice entrepris par le savant Ménage, d'en asseoir les difîéren-
les parties sur des fondements plus solides, et de le conduire à sa perfection.
On TRorvERA dans ce l.lossaire des articles qui n'appartiennent point du tout à la Langue : je veux parler
des noms propres et des noms de lieux corrompus et déligurés par nos vieux Ecrivains, jus(iu'à être mé-
connoissables. Nous avons queli|uefois expli(iué ces noms, d'autres fois nous avons simplement rap-
porté le texte, laissant au lecteur le soin de conjecturer. Il poui-ia lui-même rencontrer ces noms sous
la même forme, ou sous une autre approchante, dans des lectures que nous n'aurons pas faites ; et peut-
être qu'en joignant ces passages aux nôtres, il déterminera la signilication. Enfin nous avons réuni
sous les yeux ilu lecteur les différents temps de quelques verbes dont il lui auroil été dil'iicile de former la
conjugaison.
Malcré toutes nos attentions pour ne rien omettre de tout ce que peut désirer un lecteur curieux de
s'instruire, attentions que bien des gens pourront trouver minutieuses et surabondantes, il arrivera
peut-être que d'autre nous reprocherons de n'être point entrés dans un certain détail sur nos an-
tiquités, sur nos anciennes mœurs et sur les divers usages de notre .Nation. Ces articles dans le Glos-
saire Lalin de Du Gange en sont la partie la plus riche et la plus précieuse; mais c'est par cette raison
même iiue nous pourrions nous disculper : celle portion si curieuse de notre Histoire, n'etoit pas connue
de son temps, comme elle l'a été depuis la publication de son Glossaire et de ses Dissertations : il nous a
laissé si peu de choses neuves à dire sur ce sujet, que nous n'aurions eu q\i'h le traduire. D'ailleurs
ces articles sont si peu de l'essence d'un Glossaire, que M. de Valois les reprochoil à l'Auteur comme des
hors d'œuvre. A Dieu ne plaise, que pour nous dispenser de suivre l'exemple de M. du Gange, et pour
déguiser aux autres les bornes de nos connoissances, nous approuvions cette censure. Il n'y auroit pas
moins d'ingratitude que d'injustice à l'adopter. Si celte surabondance du Glossaire Lalin est un défaut,
c'en est un dans lequel il n'appartenoit ([u'à Du Gange de tomber : celle érudition que M. de Valois trai-
toit de déplacée et de superilue, est une source inépuisable d'instruction qui ne nous a presque jamais
manqué, quand nous y avons eu recours. Que nous serions heureux d'avoir pu mériter de pareils
reproches, et de n'en mériter aucun autre.
Ce prospectus date de 1730. Cependant plusieurs années s'étaient écoulées, et La Clrne de Sainte-
Palaye n'avait pas encore pu livrer .'^on Glossaire à l'impression. Enfin, en 17G3, il fit part à TAcadémie de
sa détermination de publier un ouvrage qui, selon ses expressions, avait été pendant quarante années le
principal objet de ses études. Nous ne possédons pas ce discours, mais le Journal Historique sur les Matières du
temps en renferme de nombreux extraits et donne une fidèle analyse des parties qu'il ne cite pas. Nous
reproduisons cet article, qui parut dans la livraison du Journal Historique du mois de juillet 1763, sous le
titre de : Extrait de la première partie de la Préface d'un Glossaire François, lue par M. de La Clrne de
Sal\te-Palaye„ à la Rentrée publique de l'Académie Roijale des Belles- Lettres, d'après Riques de cette année :
« II y a long-tems que l'utilité d'un Glossaire François a été sentie de ceux ((ui veulent étudier notre
histoire dans les sources. Que de trésors remplis des plus riches monumens sur les antiquités de notre
— XIII —
Watioii, dont l'accès a été iiilerdit jiis(|u'à iwésent, à la i)lui)aii des Lecteurs, faute de clef pour y pouvoir
pénétrer! Or, l'ouvrasse de M. ui; Sai.nit. I'ai.avi; va ouvrir ces précieux dépôts à tous les Curieux, et
augmenter eu iiième-teuis le nombre de nos cunnoissances liistori(iues. Le plaisir que le Public a fait
paroitre loi'snu'il a entendu la lecture de celte IjcUe Préface , nous persuade (|ue nos Lecteurs n'en
verront pas avec moins de satisfaction, l'analyse que nous en allons faire. Nous avertissons nue nous
cmprunteriMis les expressions de l'Autcui'; on n'en ponrrnit i)as choisir <ie meilleures. Nous nous faisons
sur-tout un devoir de transcrire lidi'iement .sou déijul. Le ton de modestie iiui y régne, est une nouvelle
preuve (lue le langage de cette belle vertu n'a pas encore vieilli |)armi nous, et nous conlirme dans
l'espérance de l'y voir subsister tant que nous posséderons des hommes d'un vrai mérite.
« Je me détermine enfin, dit Monsieur i>i: Sainti; Pai.ayk, à publier un ouvrage qui a été pendant
quarante années, le principal objet de mes études, et que je sens moi-même n'être pas encore au degré
de perfection dont il seroit susceptible. Les raisons qui me décident à le donner tel ([u'ilest, me justifieront
peut-être auprès des Lecteurs.
« 11 est deux âges dans la vie, qui exigent des Gensde Lettres deux différentes manières de se conduire ;
le tems où l'on elitre dans la carrière ; et celui où, après en avoir parcouru un assez long espace , on
commence à craindre ([ue les forces ne manquent [)Our aller jusqu'au terme ([u'on s'étoit proposé. Ne
vous pressez pas de vous montrer au giand jour, dit-on, sans cesse, aux jeunes gens, impatiens de se
faire honneur de leurs premières pioiiiiclions : attendez que la réflexion les ait mûries. Il n'en est pas de
même pour ceux qui ayant passé un teins considérable à se remplir des connoissances nécessaires au
plan qu'ils avoient formé, se trouvent en état de communiquer aux autres ce qu'ils ont recueilli : Hâtez-
vous de le répandre, pourroit-on leur dire à plus juste titre : N'altendez-pas qu'affoiblis, ou refroidis par
l'âge, vous ne puissiez plus donner à l;i composition toute la chaleur ([u'elle demande. Ne perdez pas les
momens précieux qui vous restent ; et lâchez de vous rendre utiles, tandis i|ue vous pouvez l'être
encore. Combien de Savans en ell'et, ont étudié toute leur vie, en se promettant ([u'un jour le public
jouiroil du fruit de leurs éludes, et ne lui ont laissé ([ue des regrets superflus !
« J'avois cru, lorsque je publiai le Prospectus de mon Glossaire, qu'ayant assemblé les matériaux de
l'ouvrage, il m'en coùleroit peu pour élever l'édifice. Mais j'ai trouvé dans ce nouveau travail , des
difficultés que je n'i^vois pas prévues, et qui se sont multipliées à mesure que j'avancois. Cependant il
falloit répondre aux désirs du public, qui, après avoir applaudi à mon projet, sembloit en attendre
l'exécution avec une sorte d'impatience. Et moi-même, je n'en avois pas moins de m'acquitler envers
deux Compagnies célèbres qui étoient également en droit de me demander compte de mon travail. L'une,
à raison de l'ancien engagement que j'avois pris avec elle, de me consacrer sous ses yeux à ce genre de
Littérature, et de m'y conduire par ses lumières ; l'autre (*), parce que je m'en étois fait un titre pour
aspirer à l'honneur de lui appartenir, et qu'en m'adoptant, elle avoit eu, vraisemblablement, égard à la
liaison qu'elle voyoit entre l'ancienne Langue dont j'ai ramassé les débris, et celle dont elle s'occupe à
maintenir la pureté. Ce qui ajoutoit encore ù mon empressement, c'est que j'avois appris de plusieurs
Membres de l'Académie Françoise, que dans une Séance où l'on avoit mis autrefois en délibération
différens projets de travail qu'elle pourroit exécuter, celui d'un Glossaire de l'ancien François , proposé
par M. de la Monnoie, avoit été regardé comme un des plus inléressans pour la Nation.
« Ces dernières raisons l'ont emporté sur le scrupule que je me faisois de livrer mon ouvrage ù
l'impression, avant que de m'ètre assuré par de nouvelles recherches qu'il ne me restoit plus rien à faire
pour le rendre digne du public. J'étois d'ailleurs averti par mon âge, qu'il ne s'agissoit plus pour moi de
travailler ;"i former de nouveaux amas de matériaux; que le tems d'employer ceux que j'avois sous la
main, étoit près de m'écbapper ; et que je ne devois pas espérer de parvenir à épuiser toutes les sources,
d'où il seroit encore possible d'en tirer. Car telle est la nature de ces sortes d'ouvrages : ils peuvent
recevoir des accroissemens à l'infini, et ne s'achèvent que par degrés. Le fameux Glossaire de la Basse
Lalinité n'étoit originairement composé que de trois Volumes : Deux savans Bénédictins l'ont augmenté
de moitié ; et dans peu, si le zèle des Libraires répond aux vœux des amateurs de nos Antiquités , nous
aurons un supplément non moins ample que les premières additions.
« Je conçois que le succès du travail de Mr. Du Gange étoit bien propre à lui faire des Prosélytes ; que
la richesse du fonds qu'il avoit laissé, a dû exciter l'émulation des Gens de Lettres, et que la noble
ambition de voir leur nom se confondre avec le sien, a été pour eux un puissant attrait.
« Si c'est à de pareils motifs que nous devons les soins qu'on a pris pour perfectionner le Glossaire
Latin ; je n'ai garde d'augurer une si glorieuse destinée pour le Glossaire François. Mais, si l'émulation
doit être excitée par l'importance de Tobjet, je puis me flatter qu'après moi , de plus habiles ouvriers
s'empresseront de mettre la dernière main a un ouvrage qui intéresse h tant de titres les Lettres en
général et en particulier notre Nation. Le Glossaire de l'ancien François est le corps complet des preuves
(') M. DE Sainte Palaye était aussi de l'Académie Françoise.
lie riii?loire de notre Langue. Considéré sous ce seul point de vue. iiuel ol)jel iilus capable de piquer la
curiosité?
. M. DE Sainte Pala\-e, après avoir ainsi exposé les motifs qui font enfin déterminé fi donner an Public
son Ouvraçre, se propose d'indi<iuerrori°;iiie et les pro?;rt'3 successifs de notre Lang:uc; c"est-;Vdirc , de
faire voir comment originairement née de la corruption d'une Lansïue polie, et du mélancre confus de
lanira<ros barbares et informes, elle est parvenue j^i devenir elle-même mic Langue régulière et polie,
puis enlln à se former un caractère propre et si conforme à la marche de la nature', que toutes les
Nations de flMirope l'adoptent par préférence ; parce (|u'aucuno autre ne se prête avec plus de facilité ,
soit à l'exposition nette et précise des idées, soit ù l'expression forte et naïve du sentiment.
>■ En vain a-t-on essaye de trouver l'origine de notre langue dans le Celtique, que plusieurs Savans
croyent être l'ancien Breton. On vouloit pai-là procurer îi notre Nation, le fiivole bonneur de parler une
Langue indigène. Mais il n'est point de Langue (ini mérite ce nom : toutes sont sorties les unes dos autres,
en remontant jusqu'à celle des premiers hommes.
« D'autres ont voulu qu'on cherchât le germe lie la nôtre dans le Grec, même dans rn('l)reu. C'est
passer de beaucoup le terme où nous devons nous fixer. 11 s'agit de l'origine iminédiale du Kraui;ois ; et
cette origine immédiate est le Latin, non pas tel qu'on le parinit dans les beaux siècles de Home, mais
défiguré'par quantité de mots barbares et de constructions plus barl)ares encore. La corruption du Latin
avoi't commencé dès le premier siècle de noire Ere, dans le tcms où Home triouipbanle imposoil aux
peuples subjugés la nécessité de parler sa Langue. On peut aisément juger combien celte Langue s'altéra,
en passant par les oi-ganes de cent peuples hari)ares (pu la déligni'oicnt en la prononi.\int. Mais combiea
fut-elle plus étrangement défigurée, lorsque durant les siècles suivans, de nouveaux essaims de Barbares,
envaliissant l'Empire Homain. introduisirent encore de nouveaux mots et de nouveaux sons, dans une
Langue qu'ils avoient intérêt de parler, parce que l'usage en étoit le plus général ; mais à laquelle ils ne
pouvoient plier, ni leur esprit, ni leurs organes.
» Le caractère d'une Langue tient du génie et de la disposition des organes du peuple qui la iiarle. Les
Langues des Nations barbares abondent d'ordinare en monosyllabes: leur phrase est courte , et l'ellipse
y domine. Les Langues polies, au contraire, soni riches eu m'ois composés, eu tours harmonieux, en
phrases nombreuses. Les Barbares portèrent dans le Latin l'empreinte deleur langage, leurs expressions
et leurs tours. Ils en tronquèrent les mots ; ils en altérèrent les sons, etc., etc.
« Telles furent les causes de l'altération de la Langue Latine ; telle fut la génération de diverses Lanî^ues
qu'on parle aujourd'hui en Europe; telle fui en particulier, la formation de la nôtre. Nous pouvons y
remanpier encore aujourd'hui (lu'elle ne diffère souvent du Latin, que par des lettres ou des syllabes
.supprimées, transposées ou converties en d'autres syllabes équivalentes ; ou bien par des accroissemens
provenus de l'inscrliiin de diverses parlicnlos (pi'on a fait cnirer dans la coinposilion des mots ; ou enfin,
par certains caractères particuliers, tels que les articles qui suppléent à la variété des terminaisons dans
la déclinaison des noms, et les verbes auxiliaires qui contribuent à déterminer les tems dans la conjugaison
des verbes. Car, quoique nous devions au Latin nos verbes auxiliaires, et nos articles mêmes, ils nous
sont devenus propres par l'usage que nous en faisons.
« L'introduction des articles dans la Langue Laline vulgaire , paroil l'èiioque la jilus marqui'e de la
formation de la Langue Françoise. Le désordre que les Peuples Germains avoient jeté dans la première,
telle qu'on la i)arloit dans les Gaules au siècle de Grégoire de Tours, éloit tel , de l'aveu de Grégoire de
Tours lui-même, iiu'on n'avoit plus égard, ni aux genres des noms, ni aux régimes des verbes. Les cas,
ainsi que les appellent les Grammairiens, éloient désignés non par les lerminaisonsqui leur sont propres,
mais par des prépositions. Ces prépositions disi^u'urenl, et furent remplacées par des articles, formés à
la vérité, du moins en partie, de ces prépositions même et tous empruntés du Latin, mais employés selon
l'usagi' des Nations Geimani(|ues. Celle diiïérence, l'une des plus propres ù caractériser notre Langue,
considé'rée relativement au Latin, fut l'ouvrage du huitième siècle. On en voit des traces dans ces mois
d'un lilre de l'an 7(>S. Snh polrslntc tic prcRl)!ilero, qui repondent à la jihi'ase Italienne: Sol In la jtndrstà
(Ici /trrtr ; ou de ne peut avoir d'autre emploi iiue celui de l'article del Italien, et de l'article Franroisr/».
La formation des arljcles est encore plus sensible dans cette phrased'un litnide l'an 808 : Indêpercurrente
in la rctjiola, ex aliâ vero parle de la regiola nstjue Castelliniii, elc.
« Charlcmagne régnoit alors dans la Lombardie. Les grands Princes (pii ont fondé de vastes Empires,
ont presque toujours produit en même tems de grandes révolutions dans tous les genres ; le gouvernement,
les mœurs, les lettres, tout se ressent de la fermentation générale , excitée «lans les différentes parties
<lu COI ps politique, par le génie actif qui l'anime et qui le meut. Sous Cbarlemagne . la Grammaire se
ressentit de l'inllneuce du sien. On sait combien ce Prince, au militïu des grands intérêts dont il étoit
occupé, donna de soins à tout ce qui apparteuoit à ce premier instrument de la science.
« Le siècle suivant nous fournit les plus anciens monuraens de la Langue Françoise qui nous soient
connus : le Scrnieiil de Louis le Ge.iuaniiiuc eu 8î.'t, el l;i TraduLiion, plus ancienne ijeul-ùlre, des Actes
de Sainl-Klieune, eilc'e par Hu (laui^e, el publier par le TSeuf.
<i Cluuiue siècle l'ouniil des uuiuuiucus ca[)abies de udus niellre en élal de comparer la Langue
Frani;oise à clle-nu''Uie, suivant l'ordi'C de ses dillcrcns à;;'es.
« Celle Lan;;:ie l'aisiiil, dès le treiziènie siècle, l'admiration des Nations étrangères les plus civilisées,
(|ui la prèlèroieiil hauleinenl à la leur. Uieu n'est plus glorieux pour elle que le témoignage de llrunello
Laliiii. (|ui, n(' eu Italie dans ce sii'cle même, aimoil mieux écrire en Franeois ; paiceque, disoii-il, cette
puylvuic cul ]ilits ili'lilablc et //lus coiinituiic de l(iii>; limijages, etc. etc.
La Lau;;ue Fram.dise devenue si célèbre, acquéroildc siècle en siècle un nouvel éclat. Les perpétuels
cliangemeus ([u'elle éprouvoit, la perfectionmiienl en l'épurant. A des mots rejetès, à des acceptions
abandonnées, succédoienl cluuiue jour de nouveaux mots et des acceptions nouvelles. Ce sont ces mots
rejetès, ces acceptions abandonnées qui sont les matériaux du Glossaire, que M. de S.u.nte Palaïe offre
au Public.
<> Vue simple liste de ces mots avec leurs acceptions entassées pêle-mêle, n'auroit présenté qu'un amas
inforuie de débris. J'ai tâché, conlinuece Savant, de les ranger dans un ordre régulier, etde les assujettir
à un plan, dont la disposilion même éclairât toutes les parties. .Je me suis proposé de mettre sous les
yeux l'altération successive des mots, en mème-lcms que je mimtrerois à l'esprit la génération insensible
îles idées qui y ont ('lé attacbèes; r(»rlogia[ilie primitive peu à jieu dégradée, présentera d'abord à l'œil,
rilistoire Physique du mol. La signification primitive insensiblement étendue, otîrira ensuite à l'esprit
la généalogie des diverses acceptions, sorties les unes des au 1res. On les verra s'éloigner de proche en
proche, tantôt s'échapper dans des sens détournés ou ligures, tanlôt emprunter, pour'ainsi dire, la teinte
de l'idée voisine, et bientôt se confondre elles-mêmes. On suivra l'enchaiiiemenl de toutes leurs
métamorphoses qui se développant successivement, aboutissent enfin (iuel(|uel'ois à une signification
toul-à-fait opposée à la signification originaire. Ce tableau qui jette nécessairement de grandes lumières
sur la partie grammaticale de notre Langue, n'en jetteroit pas moins sur la [)arlie philosophique, si je
pouvois me lîalter de l'avoir exécuté comme je l'ai conçu.
« Tel est le précis Irès-succint de la première partie de la Préface intéressante, qui sera mise à la tête
du Glossaire François.
« M. DE Sainte Palaye donnera dans la seconde Partie des moyens généraux poui- démêler dans les
mots anciens de noire Langue, les allèralions qu'ont éprouvées ceux de la Langue Latine, d'où ils sont
nés ; afin que ceux qui les liront puissent en connoitre la source.
« De la composition mécanique des mots, on passera au détail de la marche, que l'esprit a tenue pour
se détourner de la signification primitive, el on tâchera de faire voir comment, en s'écartant de plus en
plus par des idées accessoires, on les a transportées quelquefois aux significations les plus opposées,
tantôt dans le sens propre, tanlôt dans le sens figuré: ce sera une espèce de clef tjui servira d'introduc-
tion aux mystères presque impénétrables de celte obscure antiquité, et qui facilitera l'intelligence des
termes, que souvent on n'a pu entendre qu'après de pénibles recherches: par là, notre savant Auteur
pourra se dispenser de répéter, dans un grand nombre d'articles du Glossaire, les raisons qui l'auront
déterminé ii fixer la signification des mois. Enfin, ajoute M. de Sainte Palaye, pour contribuer, autant
qu'il est en moi, au soulagement de ceux qui voudront lire nos anciens Ecrivains (car c'est le principal
but que je me propose), je joindrai quel([ues observations générales sur la Syntaxe, et sur les points les
plus essentiels de la Grammaire de notre ancienne Langue. »
Nous publierons avec le deinier volume de ce Glossaire, les manuscrits de La Curne de Sainte Pal.iye,
concernant la Langue Française, que nos recherches nous auront fait découvrir. Nous recevrons , avec
reconnaissance, les communications qui nous seront faites à ce sujet. C'est dans l'intérêt de la science
philologique el pour honorer la mémoire de La Clrne de Sainte Palaye, que nous faisons cet appel. Nous
avons la certitude que nous serons entendus et compris.
Des notices historiques et liibliographiques sur La Curne de Sainte Palaye et sur son laborieux
collaborateur, Jean Mouchet , compléteront cette publication , une des plus importantes de notre
époque. L'accueil que le monde savant fait à ce Glossaire, impose des obligations auxquelles ne failliront
pas les éditeurs.
DICTIONNAIRE HISTORIQUE
L'ANCIEIV LANGAGE FRANÇOIS
GLOSSAIRE DE L'
DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU SIECLE DE LOUIS XIV
On peut considérer VA comme lettre, ou comme
mot. C"est comme lettre que nous le considérerons
d'abord. Nous exposerons ensuite dans des articles
séparés, ses diverses significations , lorsqu'il est
employé comme exclamation, comme préposition,
ou comme adverbe de lieu.
La lettre .1 , ayant un son plus ouvert et plus
éclatant que les autres, nos anciens Poètes Fran-
çois, surtout les Provençaux, l'ont employée par
préférence dans leurs rimes, lorsqu'ils ont cberché
à procurer plus de pompe à leurs vers , spéciale-
ment dans les récils des combats.
Les Grecs et les Latins leur en avoient donné
l'exemple : leurs Poêles ont affecté pareillement le
retour fréquent de cette lettre, dans les vers qu'ils
ont voulu rendre plus harmonieux.
On a dit proverbialement marqué à /M , pour
désigner un homme de probité éminente, propre-
ment un homme de la principale , de la meilleure
fabrique, par allusion aux monnoies; celles qui se
fabriquent dans l'Hôtel des monnoies de Paris,
étant marquées de la lettre .1. (Voy. Pasq. P»ecb. liv.
Vin, page ma.)
L'A se trouve souvent employé à la tète de divers
mots, soit à dessein, pour ajouter à leur significa-
tion, soit par abus et par ignorance, en réunissant
mal à propos celte lettre avec le mot qui la suit, et
dont elle devoil être séparée ; mais dans ces deux
cas, elle est employée comme préposition. Nous en
donnerons ci-après des exemples sous l'article .1,
préposition.
A, exclamation. Ali !
Le son de l'.l, celui de tous qui se forme le plus
aisément, et qui n'est en quelque sorte qu'une aspi-
ration, est l'expression naturelle du sentiment. Elle
est mieux caractérisée en joignant à Y a la lettre h;
et c'est ainsi que nous écrivons aujourd'hui cette
exclamation. Autrefois on se conlenloit de la lettre
A ; ainsi nous lisons « a, Sire » pour AIi ! Sire. (Yov.
Modus et Racio, ms. fol. t>18. Y°) - A, fait Dame Aalis,
« ce n'est mie à moy » pour ali ! ce n'est point à
moy. (Voy. id. fol. 2'iG, ir.)
A, prcpnsilion. A. De. Par. En. Pour. Avec.
Selon. Suivant. Après.
La préposition, dit M. du Marsais, supplée aux
rapports ([u'on ne sauroil marquer par les termi-
naisons des mots. Nous n'avons point de cas en
François , si l'on en excepte quelques pronoms ;
de là la nécessité de faire usage des prépositions
plus souvent qu'en Latin, pour déterminer les rap-
ports des objets de nos pensées , lorsque la place
des mots ne les indique pas. Ces rapports sont
presque infinis, et le nombre des prépositions infi-
niment borné, d'où vient qu'on est obligé de donner
divers usages à la même préposition.
L'.l , comme préposition, conserve plusieurs si-
gnifications différentes ; mais on ne dit plus " à ce
mesmement » que pour semblablement, pareille-
menl à ce que. « Il n'y a homme au monde, quand il
« se voit deshérité, que il peust jamais aymer celluy
« qui l'a déshérité (1) : à ce mesmement que vous
« deshéritasles mon père et moy. » iLanc. du Lac,
T. 111, fol. 46, R° col. 2.)
On dit encore en différentes provinces : le livide à
Jean, pour le livre de .Jean, etc.; alors cet ,1 mar-
que un rapport d'appartenance ; c'est ainsi qu'en
parlant de lieux dédiés et consacrés aux Saints,
l'Auleur du Roman ms. de Gérard de Roussillon en
françois, appelle lieu à S' Pierre et à S" Magde-
leine-du-Mont , les églises de S' Pierre et de la
Madeleine, que Gérard fonda, la première ii Auxerre,
et la seconde à Soissons. Dans le détail des fonda-
tions que fil le Duc Gérard avec Bertlie sa femme,
on lit :
A Auxerre tout droit dedans la suborbie (2)
Fondèrent-ils aussi une riche Abbaye.
Puis n'y ot (3) que Jloines, si com les Chartres dient :
Or n'y a que Chanoines, qui Dieu servent et prient.
Ils sont abergiés (4) et doux (ô) de bonne pierre.
L'on appelle le lieu à Monseigneur S'. Pierre :
(1) dépouillé, dépossédé. - (2) faubourg. - (3) n'y eut. - (4) logés. - (5) clos, fermés.
AA
AA
A Soissons ourent l'autre Chanoines Réguliers,
Oi n'y sont mais U) q^e Clercs et Prêtres séculiers;
Le lieu est appelle « S" Magdcleine-
Du-Mont ; c'est belle église dévole et de biens pleine.
Ccr. de Rouss. MS. p. ITo cl 170.
Cette môme préposition, employée pour De, ser-
voit il former des (lualificatlfs-adjectifs ; et l'on
disoit " Est du poil à un cerf » pour Est du poil de
cerf. ,Vov. Modus et llacio. .m>. fol. 39. Y°.)
Quelquefois elle signilioit Par.
Se fuisse pris n paicns,
Puis eusse été raiens (2).
WiU. li YiDiers, Ane. Poct. Fr. MSS. avanl 1300, T. III, y. 1278.
Dans ce sens, c'est la préposition latine .1 ou
Ab. " Apreneiz à mi » pour apprenez par moi : en
latin, discite à me. (S' Bern. Serm. Fr. mss. p. 123.)
<• Ensi ke nos mansuetume iji] et humiliteit aprcn-
» gniens à Nostre Signor. » (Ibid. p. 'JriC.)
Queliiuefois on l'employoll pour En ; ainsi l'on
disoit « fi daerrains » pour en dernier lieu , enfin.
(Voy. Du Cliesne, Gén. do BiHli. l'r. p. 115, lit. do
1145.) « Huict mille livres à tournois » pour huit
mille livres en tournois. (Voy. Froissart, Vol. I,
p. 177.) « Livres à Digenois » pour en monnoyc de
Dijon. ;Vov. l'érard, II. de Dourg-, p. 'lOG, lit. de l'iiO,
passimO «"Livrées à forts " pour livres en monnoie
forte. (Voy. Du Chesne, Gén. de Dar-le-Duc, l'r.
p. 28, lit. de 1243.) « à bonne foy » pour en bonne
foy. fld. Gén. de Béth. p. 135, tit. de 1252.)
A dans la signification de l'oiir, exprimoit un
rapport de tendance, de cause finale. <■ Quan vous
« creastes homme, vous le mariastes, et lui don-
« nastes ame à son épouse, » pour son épouse " et
« étoil homme Seigneur, et l'Ame éloit dame, etc. »
(Voy. Modus et lîacio, ms. fol. 210, H'.)
C'est dans ce même sens qu'on l'employoit dans
la conjugaison des futurs formés anciennement des
verbes auxiliaires Avoir et Etre; et alors celle pré-
position emportoil l'idée d'un temps à venir. On
disoit " sont à ressusciter » sont pour ressusciter,
ressusciteront. « Est à venir >> est pour venir, doit
venir. « Sont à rendre " doivent rendre. (Voy. S'
Alhan. Svmb. en Fr. 2'^ Irad. p. 735, col. 2.) En sup-
posant une ellipse, il faut rendre sont à ressusciter,
par sont faits yjo/zr ressusciter. On disoit de même,
« En seureté de la devant dite concorde perpclueu-
« ment « durer. » (Voy. Du Chesne, Gén. de Bélh.
Pr. p. 14G.)Les Italiens employent delà même façon
les verbes Avère et Essere, comme auxiliaires, avec
les prépositions a, da elper, pour former les futurs
des verbes auxiiuels ils sont joints.
On pourroil encore, au moyen de l'ellipse, rendre
raison de la construction grammaticale de ces ex-
pressions « Faire à mettre; » c'est-iVdire faire
chose pour mettre, faire metlre. (Voy. l'érard , II.
de Bourg, p. 4 50. lit. de 12i0). « Se faire à veoir, »
pour se montrer. (Vigil. de Charles VII, p. 97.) Pas-
quier, dans ses Lettres, T. II, p. 380, reprochant ;i
Montaigne d'avoir employé frétiuemmenl l'A de cette
0) aujourd'hui il n'y a plus. - (-2) racheté. - (3) douceur.
manière, observe que c'est un idiome propre aux
Gascons: mais cet usage étoit plus général et fort
ancien, comme on vient de le voir ; cokii do notre
expression faire à savoir, remonte jusqu'au tlou-
zième siècle. On lit « fesons à savoir » dans La
Thaumass. Coul. d'Orl. p. 404, lit. de 1137.
Les prépositions l'or et De, dans le sens de pour,
se trouvent aussi réunies îi la préposition à prise
dans la même signilicalion, par une espèce de pléo-
nasme, dans les exemplessuivans. « /'orliàsalveir,
« l'or eles à saneir « pour te sauver, pour les gué-
rir. (Vny. S' Bern. Serm. Fr. 5i>s. p. 148, et passim.)
« l'oosleiU/c nos (i salveir, volenleit de nos « sal-
« veir; » c'est-îi-dire, pouvoir et volonté de nous
sauver. Jbid. p. 218.)
A pour avec, marquoit un rapport d'union. >" à
« peu de gens » c'est-à-dire, rtfcc peu de gens. (Voy.
Rabelais, T. Il, p. 222.)
Un rapport de cause instrumentale dans cet autre
passage: « à leurs espées " c'est-à-dire avec leurs
épéesl i^Voy. .loinville, p. Oi.)
Aous nous servons encore d'.l pour avec, dans
cette phrase « prendre à la main » c'est-à-dire pren-
dre avec la main.
Dans le sens de selon, suivant, il exprime un
rapport de conformité « Vendilion fait à loy et à
X le costume del pais. » Vente faite suivant' lu Loi
et selon la Coutume du pays. (Voy. Du Chesne,
Gén. de Guines, p. 2'JO, lit. de 1204.)
On a considéré le temps comme un lieu. Delà,
la préposition .1 pour marquer la posU'riorilé de
temps, dans le sens d'rt/»'c"s. " Lui pryoieiit tendre-
« ment que incontinent qu'il sçauroit nouvelles de
« la venue de celle nouvelle Loy, (lu'illeuramenast
« ung preud'lionimc qui de ce les informast, car à
« ce ne vouloit plus vivre. » (Percef. Vol. VI, fol. 118,
V" col. 2.)
En général, VA, comme préposition, a été réuni
à divers mois, pour ajouter à leur signification : On
écrivoit quelquefois Ad. (Voy. ce mot.) .\lors c'est
proprement l'rtrf des Latins, dont on a retranché
le (/ pour adoucir la prononciation ; ainsi on disoit
autrefois baser, masser, etc. et l'on a dit depuis
abuser, amasser, etc. Ce Glossaire en fournira
(luanlité d'exemples. Voyez entr'autres l'article
A[i.\.MlON.
Souvent le d s'est changé en la consonne qui
commenroit le mot, dont la préposition ad est
devenue inséparable. De là ces mois complir, cou-
tumer, etc. ont formé ceux de accomplir, accoutu-
mer, etc. au lieu de ad-complir, ad-eoulumer.
Celte addition sembloit donner |)ius de force au
mot , mais n'en changeoit pas l'acception ; aussi
s'est-oa permis indifféremment de retrancher cet.4,
comme de l'ajouter ; et l'on dit aujourd'hui bé(iue-
ler, cacher, etc. au lieu d'abequcler, aeaclicr, etc.
que l'on trouve quelquefois chez nos anciens écri-
vains. Voy. ces articles ci-après.
La préposition A s'est aussi trouvée quelquefois
AA
— 3 —
AA
r(iiinie au molqui l;i suit, par un abus qui venoil
d'ignorance cl de méprise. Nous le remaniuons ici
d'anlanl plus volontiers, que cet ai)us peut jeter
souvent de la confusion dans la Céograpliie. On lit
par exciniilc Aïwvcrs pour Nevcrs ; Arevcbrac pour
lievelirar, etc. Cet aluis panùt être nédc ce quci'ou
a confondu la préposition avecle nom nicmeiiu'eile
préccdoil; ainsi dans l'expression aller en Arevc-
brac on n'a fait(iu'un mot du nom de Itevebrac et
de sa préposition, et l'on s'estera oliliiio d'en ajou-
ter une autre. " S'esmeul le Hoy pour aler à l'en-
« contre de son pcrc en ung lieu qui a nom Enge-
« llian. D'iliec ala jusiiues en Arevebrac. » (Voy.
Cliroii. S' Dcn. Tom. 1, fol. i'y\.) 11 falioit dire jus-
quesr) Itevebrac. Le nom de Itevebrac est lui-même
la cori'uption de Itci/enesbiirg, ijuc nous nommons
ItatisboïDie. (Voy. les passages indiques aux mots
Reganesbiirg , Iterjcnesburg, etc. dans les Tables
Séograpii. de la Collect. des llist. de Fr. Tom. V et
suivants.)
L'on a (le même prononcé comme un seul mol
Anevcrs au lieu de à IScvcrs.
.... de la vostre Conté
jyAncvers ne felcs plus conte.
H. de Fr. en vers, 5 la s. de Fauvel, MS. du K. n» G812, fol. 78, V° col. 1.
Nous aurons par la suite occasion de faire la
môme remaniue sur la préposition En.
A, adv. hh.
A pour là, étoil queliiuefois adverbe de lieu,
comme dans ce passage.
Bamambranche d'amors me fait chanter :
Ne n'est pas Toquoison (1)
A u rien m'ais (2) ;
Mais haus vouloir sans espoir d'aciever (3).
Ane. Pocs. fr. JIS. du Val. n» U90, fol. 32, R».
Dans le mol aans, composé d'rt ela?!S, il est aussi
adverbe de lieu, et signifie là-dans, dedans. (Vov.
Fabl. MS. du R. ir 7GÙ, fol. 115, V" col. 2.)
Aaisans, aâj. Commode.
C'est proprement le participe actif du verbe
Aaiser, pris dans le sens de mettre à l'aise. (Voy,
AisER ci-aprt'S.)
Li chemins est hiaus et plesans,
Delitable et aaisans.
Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 309, V° col. 2.
Aatio, subst. masc. et fem. Ardeur, empresse-
ment, effort. Querelle, dispute, combat. Jalousie,
animosité.
Le premier sens pareil le sens propre ; il en reste
encore des vestiges, ainsi que du mot même, dans
notre mot subsistant hâte. On trouve dans nos
anciens Poètes, le mol Ahatine pour ardeur, elîorl.
« Recommence l'assaull par si granl Ahatine. »
(Monstr. Vol. III, fol. G7. V°.) Voy. Aatisson.
Ist (4) de la tente par mal grand aalif.
Rora. d'Auberj', MS. cilé par Du Caiige, Gloss. Lat. au mot BUaudvs.
Mais il est plus souvent employé dans le sens de
querelle, dispute, combat, qui est une extension du
sens primitif.
Et cascuns partist sa partie.
A son plaisir, sans ualic.
riiil. M..UBk. MS. p. 701.
Kt li manda que linincmont
l'resist (.">) et mandast parlement
Al Duc Hicart de N'orinendie,
l'our desfaire celé aatie
De son neveu et de son pore.
id. p. 38î.
Metroit entre vos deus atine.
Ovide de Arlc, MS. de Si. G- fol. 91, R* col 3.
Quarante Chevaliers
Etoiont en la aline (6).
Pcrcef. Vol. lU, fol. 132, R- col 2.
Enfin l'on trouve aatie pour jalousie, animosité ;
idées voisines de dispute.
.... pas ne vos refus,
Cest répons sans aalie.
Ane. Poël. Fr. M.SS, a\3nl 1300, T. II, p. 803.
Tant a duré leur escremie (7).
Ter orgueil et per aatie
Qu'il on tourné le jeu à ire.
Rom. du Brut, MS. fol. 33, V» col. 1.
Voy. Atainement ci-après.
VARIANTES :
AATIE. Rom. du Brut. JIS. f. 33, v. c. 1. - PU. Mousk. MS.
pp. 38-2 et 704.
Aatiiie. Modus et Racio. MS. fol. 304, R".
Aatine. Phil. Mousk. .MS. p. t'i^i et passim.— Ane. Poes. Fr.
MS. du Vat. n» 1490. - Alliis .MS. fol. 93, R" col. 2.
Ahatie. Chans. MSS. du C. Thib. p. 53.
Ahatine. Monstr. vol. III. fol. 07, V°.
An.vTivE. Triom. des neuf Preux, p. 265, col. 2.
AsTiNE. P.orel et Corn. Dict.
Ataine. Laur. Gl. du Dr. fr. — Du Chesne, annot. sur Al.
Chart. p. 858. — Gloss. du Rom. de la Rose.
Atwne. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 500, col 2.
Athaine. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. a89, col. 1.
Atiiixe. Athis, MS. fol. 93, R« col. 2.
Atie. Ph. MoHsk. MS. p. 241. — llist. des 3 Maries , en
vers, MS. p. 247.
Atine. Percef. vol. II, fol. -132, R» col. 2.
Attaine. Chron. S. Den. t. I, fol. 259, Y". - Froiss. vol. III,
p. 311.
Attayne. Chron. S. Den. t. I, fol. 227, V».
Attine. Froiss. Vol. IV, p. 21.
H.\tie. .Al. Cliart. Poë. p. G28.
Taine. Borel, Dict. au mot At.une.
Aatir, verbe. Ilàter, presser. Disputer, combat-
tre. Provoquer, défier. Courroucer, irriter. Compa-
rer. Préférer. Avancer, mettre en avant, proposer.
Arranger, disposer.
Aat^ir, qu'on a écrit aussi Ahatir, a pu s'être formé
de Aha, aspiration d'elTort et de hâte; comme
Ahaner qu'on verra ci-après, peiner, fatiguer,
labourer, s'est formé A'ahan exclamation de plainte
et de travail. Le premier sens qu'offre ce mot ,
paroit être le sens primitif ; il s'est conservé dans
(1) Raison, sujet. - (2) aide, profite. - (3) Venir à bout, obtenir. - (4) sort. - (5) prist. - (6) dans la meslée. - (7) débat.
AA
AA
le mot subsistant hâter, qui semble être le même
quertrt//r: d'ailleurs tous les autres sens peuvent
en dériver sans elTort. On trouve souvent Aatir
dans cette première siLinillcatlon. Pliil. Mouskes dit
des trois Hois qui quittent llcrode pour aller à
Bethléem :
D'Erode sont li Uoi parti
De Dieu querre (1) tout aali.
Ph. Mousk. MS. p. 275.
Lors va Geta vers les postis (2)
lUec fiert (3) moult aalis.
Eust. des Cil. Vois. ilSS. fol. 459, col. 1.
De là, on a dit s'ahatir pour s'empresser, s'avan-
cer l'un contre l'autre, s'attaquer , se disputer, se
battre, etc. Dans toutes ces nuances on retrouve
toujours l'empreinte de la signification primitive,
l'ardeur, l'empressement , l'eUort. (Voy. ci-devant
Aatie.)
« Tant se sont combatus qu'il n'y a cellui qui ne
« soit las et travaillé. Le Chevalier a si grand
« cliaull (lue à peu (ju'il ne meurt d'angoisse (i);
« car Hector ahastc si dureiuenl, qu'il lui convient
« perdre la place. » (Voy. Lancelol du Lac, T. II,
fol. 54, R°col. 1.)
Caries ot (.">) France et si fut Rois,
Les tors (0) haï, s'ama les drois,
Naine ^7) volenliers ne combali
Ne vers autrui ne s'aali.
Ph. Mousk. MS. p. 310.
Par une autre façon d'étendre la première accep-
tion, hâter, presser, le mot aalir a signifié défier,
provoquer.
Je juerai, fit-il, à ti (8)
Puisque tu m'en as aali.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 235, R- col. 2.
Des acceptions de provoquer et de combattre , a
pu naître l'acception prochaine de courroucer, irri-
ter, que nous trouvons au mot Aalir.
Theris jura de Guenelon
Q'il ol faite la traïson,
Et Pinabiaus s'en aali.
Et jura qu'il avoit menti, etc.
Ph. Mousk. MS. p. an.
De l'acception provoquer, s'est formée celle de
comparer , mettre en parallèle ; idée voisine de la
première.
Qu'à 11, se je doigne oïr,
N'en doit-on nule aatir
D'Espaigne jusqu'en Bavière.
Thib. de Nov. Ane. Poil. Fr. .'USS. avant 1300, I. 1, p. 151.
Ilui trop avoir, demain de fam morir.
Volés con (0) tôt bon espoir aatir.
Ane. Pocs. Fr. MS. du Val. n' U90, fol. I3C. R%
, . . nul trésor n'i doit-on aalir.
Ane. Pocl Fr. MSS. avnnl 130U, t. III, p. 1123.
Dame pour qui j'ai si lie (10) pensée
K'aulre joie ne s'i puet aatir.
Ane. Poi-1. Fr. MSS. avant 1300, t. III. p. 1007.
Kn étendant ce sens, \atir s'est employé non-
seulement pour comparer, mais pour préférer lu
chose comparée ; peut-être même doit-on dériver
cette acception directement de l'acception primitive
du mut hàtcr, pris dans le sens d'avancer, mettre
devant, i)rél'érer.
cil fait droit folie
Qui bien passé aad's/ au présent.
Ane. Pocs. Fr. MS. du Vat. n- 1529. fol. 158, V- col. 1.
Aatir ayant signifié hâter, presser, on a dit aussi
Aatir, pour mettre en avant, proposer de faire quel-
que chose.
Cliascuns s'est bien aatis
Q'i (.11) feront feste novelle.
Ane. Poùs. Fr. MS. du Vat, n" IWO, toi. 113, V.
Peut-être a-t-on dit encore de-là Aalir, pour
préparer d'avance, arranger, disposer.
S'en fesist-on un parties
Bien tireus (12) et bien aalies.
Ph. Mousk, MS. p. 290.
Peut-être aussi doit-on dériver en ce sens le mot
Aalir du Latin ajjtarc, disposer, préparer.
Il ne serciit pa.s iiupn.ssilile de démêler encore
queliiues nuances dans les acceptions du verbe «rt/ir
sous ses dilVérentes orthographes; mais ce ne sont
que des applications figurées des acceptions princi-
pales (lue nous avuiis iii;ir(iuées, et dans lesquelles
elles rculieiil d'elles-inênies; tic sorte (}ue nous ne
croyons pas ([u'il soit lu'cessaire de les distinguer.
Yoy. cependant Atiser, ci-après.
Les mots Aatie et Atir, sous celle orthographe et
autres semlilahles, ne se trouvent guère ([ue dans
les l'oëles; .sous celle iVAtai)ie ou ù'Atluiine , et
autres pareilles, ils se rencontrenl également dans
les Ecrivains en prose et en vers.
vAnIA^TEs :
AATIR. Ph. Mousk. MS. p. 12i et pass. - Ane. Potit. Fr.
MSS. avant i:iOO, T. 111, p. 10(17 et 1023.
AACTŒri. Lanc. du Lac, t. 1, fol. 126, R° col. 2.
AASTiii. Chr. de B. du Gucsc. dans du Gange, Gloss. Lat.
au mot Alla.
AiiASTin. Chans. MSS. du G. Thib. p. 53.
Au.vTEH. Ph. Mousk. MS. p. \9i.
AuATiii. Ph. Mousk. MS. p. P.ll, 388. etc.
AbTiii. Ger. de Rouss. MS. p. Si.
Atahina. Mot Breton, dans du Gange, Glossaire Latin au
mot Alia.
At.mner. g. Gui.irt, dans du Gange , Gloss. Lat. au mot
Alia, et Gloss. du Rom. de la Rose.
Atayna. Mot Breton, dans du Gange, Glossaire Latin au
mot Atia.
ATinn. Modus et Racio. MS. fol. 303, V».
ÀTiNiiU. Dans du Cant;e. Gloss. Lat. au mot Atia.
Ati». Athis, MS. fol. 10.-), R» col. 1.
Attainkh. Alain Cliarlier, Pocs. p. .574.
Attiner. Nicot, Oudiii, Golgrave. Dict.
Hasteu. Lanc. du Lac, t. II, fol. 54, R" col. 1.
(1) chercher. — (2) à la porte. — (3) là il frappe. — (4) que peu s'en faut qu'il. — (5) eut. — (6) torts, injustices. — (7) ni
jamais. — (H) jouerai , dil-il , à toi, — (&) avec. — (10) joyeuse. — (H) Qu'Us. — (12) ajustées, compassées.
AB
AB
Aatisson, subst. Effort. Ga^çe, gapeuro, défi.
Dans le premier sens, ce mot vient d'AaIic, dont
on peut voir ci-dessus les divci'sps acccplions.
IMiil. Moiislics, après le récit d'un tournoi, dit, en
faisant nieulion de Robert Crcspin i[\n l'cuiporlu le
prix :
El si n'avoit Raires apris
U'ariiies et de cevalerio ;
Mais ses cuors le semont ( \) et prie ,
Quar de linai,'e (-2) et de nature
Li vendit plus qu'en nourreture (3),
S'en fu plus loj;iers('0 à aprendrc ,
Quar on peut de legier esprendre (.">)
Sans painne et sans aatisson ,
I. auques enarssc tisson (6) ,
Et si dist-on, souvent avient
Que d'aire (7) est li cicns (H) ki devient
Vénères (9) sans aprendeour 00).
l'h. .Mousk, MS. p. 1 W et -iJO.
Dans le second sens il s'est formé iVcialir, ci-des-
sus, pour provO(iuer, délier, appeler au combat.
Alison, dans celle phrase, mettre sa teste en atison,
signilie mettre sa tète comme en gai>'e, parier sa tète
ou sa vie; s'offrir au risque de la perdre dans un
combat singulier.
Je pourroie bien mètre ma teste en alison
Que fere m peusses aussi grant mes prison (M).
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 3i7, R» col. 1.
Nous dirions aujourd'hui: « J'en mcUroisma tcle
à couper. »
V.Vlil.iNTES :
A.\TISSON. Phil. Mouskes, MS. p. 4't9 et i50.
Atison. Fabl. JISS. du R. n» 7218, fol. 3i7, R<' col. 1.
Abaco, subst. masc. Arithmétique.
L'art de calculer. Ce mot se prenoit autrefois
dans celle signification » un petit Ecrivain , mais
« fort subtil mathématicien , qui apprenoit aux
« enfans à écrire avec l'.l/^rtt'o, selon qu'on parloil;
« c'est-à-dire avec l'arithmétique, et l'art de cal-
« culer par jetions et par chiffres. » (Voy. Rouillard.
Ilist. de Melun, p. 007.) On trouve aussi Abaco, pour
le titre d'un Livre d'Arithmétique. (Voy. Labbe,
Bibliolh. des mss. n° 931, p. 3'23.) Le mol Abaco éloit
proprement un mot italien, formé du mol latin
Abacus, usité par les Auteurs de la basse latinité,
et dérivé du grec A"6ai Comptoir. (Voy. Mén. Dict.
Étym. au mot Abaco. —Voy. encore dans llist. Litté-
raire des RH. PP. Dénédictlns, T. XII, Avert. pp. xx
et XM, il l'art. Bernelin , disciple de Gertiert, un
détail curieux sur le Traité que Bernelin avoil com-
posé sous le titre Liber Abacl (l'Abaque), sujet très-
difficile selon lui, et sur lequel on avoit presque
aucune lumière avant que son Maitre Gerbert eut
commencé de l'éclaircir.)
Abacteurs, subst. masc. plur. Ravisseurs.
En Latin abactores, abigci, ceux qui détournent,
ou enlèvent les esclaves , les bestiaux ou autre
chose appartenante à autrui. (Voy. Bouteiller, Somme
Rurale, p. ii'iS; et Du Cange, Gloss. Lai. au mol
Abaclor elAbigcus.)
Abaoïiz, atlj. plur. Vacans.
Ce mot a cette signilicalion dans l'expression
biens (thaeuz; pcul-èlre au lieu de biens ;ilialtns ,
dans le mcinc sens qu'on disoit en Latin, hcrcditas
)«t'(')i.s, et (jue l'on dit encore en termes de Palais,
succession jaceute. Ce sont les biens vacans, ou les
biens de ceux qui meurent sans laisser des héritiers
qui doivent ou ([ui veuillent leur succéder. fLau-
rière, Gloss. du Droit fianrois, (pii cite la très anc.
Coût, de Poitou.)
Abal, subst. nuise. Aboiement. Cridcs mourans.
On a dil, dans le premier sens, Ahai de cbiens.
(Voy. Anc. l'oët. l'r. >iss. avant 1300, T. IV, p. 1051.)
Dans le second sens on disoit à l'abay , comme
nous disons aux abois , à l'agonie , à la dernière
extrémité. (Borel, Dicl.; C'est dans ce même sens
(|u"on uoiuiiie à Reims Abbé-mort , la cloche que
l'on sonne pour les agoiiisans. (Voyez le Rec. des
Préfaces du P. Mabillon, p. li'J.) C'est enfin par une
extension de celle acception que l'on a dil <> tenir
« en aboij » pour faire languir. (Voyez Vilbm, Dia-
logue de -Mallepaye, p. 51.)
VARIANTES :
AB.\I. Monet, Dict. - Eust. des Ch. Poës. MSS. f 35i, col. i.
-iBAY. Nicot et Robert-Est. Dictionn.
.\BB.\is. Cotgrave, Dict.
.\nnAV. Borel, Dict. — Crétin, p. 114. — .\pol. pour Hérod.
page 338.
Abbé. Mabill. Rec. de ses Préf. p. 149.
.Vboy. Villon, Dialog. de Mallepaye, p. 51.
Abaioi', verbe. Abboyer. Eslre aux abois. Aspi-
rer. Ce mot subsiste au prem.ier sens avec fort peu
de changement , et il exprime alors le cri du chien.
C'est le sens propre.
Il semble qu'on ail pris le mol abaier pour dési-
gner le cri du mouton dans un endroit de la Farce
de Pathclin, p. lOi. Le Berger disanl toujours bée,
le Drapier lui répond :
.Te te prie, sans plus neabayo;
Que tu penses de moy payer :
Je ne veux plus de baverie.
Mais il ne faut pas, de l'emploi des mots chez nos
anciens Poètes , en tirer trop rigoureusement des
conséquences sur leur signification : la l'ime les
leur faisoit quelquefois employer dans des sens très
étrangers à l'acception reçue. "
On trouve dans Brantôme, Cap. franc. 1. 1. p. 371,
« abboyer à la mort » pour signifier être aux abois,
rendre les derniers soupirs.
C'est dans un sens figuré et propre tout à la fois,
qu'il est employé dans le passage suivant : « Cette
« ville de Turin sur laquelle ifs abbayent comme
«' le chien après le cerL » (Mém. de du Bellav, fol.
281, V°.)
(1) 8on cœur l'invite. — (2) parenté. — (3) éducation. — (4) prompt, aisé, facile. — (5) aisément enflammer. — (6) tant soit peu
allumé. — (7) de race de bon ordre. — (8) le chien. — (9) veneur, chasseur. — (10) maistre qui l'instruise, — (11) faute.
AB
— G —
AB
CONJLG. ANC.
Abait. subjonct. prc%. Aboie. (Vov. Fabl. MS. du
R. n" TGlô, fol. 215, V» col.2.)
v.\ni.\NTES :
ABxVTER. Chans. M5S du C. Thib. p. 147.
Abweh Molinet, p. 127. - Cymb. Mundi. p. 137.
Abbaveh. h. Est. Conform. du Fr. avec le Gr. - Regn.
Sat. XVIII. p. IW.
Abboyer. Brant. Cap. U. t. I. p. 371.
EsB.viiEii. Chans. >1SS. du C. Thib. au lieu cite ci-dessus,
MS. différent. u j ,Ar
Habaer. Borel, Dict. au mot Habaatis, et \iUehard.p. lOa.
H.XBAiEB. FaiTeu, p. 40.
Abaicur, siibst. masc. Qui aboie.
(Yoy. Monet. Dicl.)
Abaisoi', verbe. Appaiser.
C'est le chançiemeiit du p en /' , lettres du même
organe, comme le reman[uent les Grammairiens.
Mais ne put souffrir tel desroy (1)
Pallas qui la noise abaisa.
Trad. d'Ovid. MS. cité par Borcl, Dict.
Abaisser, verbe. Baisser. Abaisser, humilier.
Diminuer.
Dans le sens propre, on a dit sabesser, pour se
baisser, se pencher en avant.
si s'abessa
Et, un à un, tous les blessa.
H. du Fr. co vers à la s. de FauTcl. MS. du R. n.' G812, fol. 8C.
Au figuré, pour s'abaisser, s'humilier. Cette ac-
ception subsiste encore. « C'uns cliascunsne,s'rt/>rts^
« mies solement desoz les devantriens (-2), mais iics
« assi desoz les plus jounes. » (S'. Bern. Serm. fr.
Mss. p. '2C>'i.)
Par extension du sens propre baisser, diminuer
la hauteur d'une chose , abaisser a signifié dimi-
nuer en général. « Cil feu fu si granz et si oriil)les,
« que nul hom nol pot estaindre, ni abaissier. »
(Villehaidouin, p. 81.)
Moult li ont ahaissié son los (3).
Floiie et Blanclicflor. MS. de St. G. fol. 20i, R.', col, 2.
On dit encore par métonymie, diminuer quel-
qu'un, pour diminuer sa taxe, lui en imposer une
moins forte. C'est dans unesignincation à peu près
sembbiMe que nous lisons: <• Le supplioit qu'il lui
« fist faire droit à son oncle (par son oncle), et
" Valiaissast des outrais et des forfais qu'il lui
« faisoit. .. (Chron. S'Denys, T. 1, fol. 2'iG.)
CONJIG. ANC.
yi//rt.ss/,part. Abaissé. (Voy. Borel, Dict. — Villehar-
douin, p. '22.)
Abast, impev. Abaisse, humilie. (Voy. S* Bern.
Serm. Fr. mss. p. 2Gi.)
Abés, indic. prés. J'abaisse. (Voy.Parten. deBlois,
MS. de S- G. fol. I7i, R° col. 1 et 2.)
Ab^'s/, subj. prés. Abaisse, diminue. (Voy. Fabl.
MS. du I'<. n° 7G15, fol. 13Ô, li col. 1.)
vARi.\KTEs :
AIÎ.MSSER. Bourgoing, do Orig. voc. vulg. fol. 10. V».
An.ussiER. Villehard, p. 81.
AiiASiER. Fabl. MS. du Roi, n- 7G15. t. II, fol. 150, V» col. 2.
AnE.?sEn. II. de Fr. en vers, à la suite de Fauvel, MS. du R.
n» GSl-2, fol. 86.
AnEs.siEU. Fauch. Lang. et Poës. fr. p. 102. — Ord. t. I,
p. 381.
Abaisseur, stibst. masc. Qui abaisse.
(Voy. Monet et Oudin, Dict.)
Abalourdir, verbe. Abrutir, rendre stupide.
(Voy. Oudin et Corneille , Dict.) Ce mot subsiste
encore avec une légère altération dans notre mot
Abasourdir.
Al)oiulon, subst. masc. Délaissement.
Ce mot subsiste sous la première orthographe; il
paroit formé du mot bandon et de la préposition à :
riiahitude de réunir cette préposition avec le mot
bandon, a probablement fait confondre ces deux
mots en un seul. On trouve encore à bandon pour à
discrétion dans G. Guiart. (Voy. ci-dessous Bandon).
On disoit dans le même sens" babandon, pris ad-
verbialement, « tout étoit babandon. » (Ger. de Nev.
I. part. pag. G3.) Voy. Aiunpons ci-après.
lian ou liandon. signilie proprement publication,
proclamation publique, permission géiuTale. (Voy.
Bandon ci-après ) Le temps du lian, liandon ou Mn-
non, étoit celui où il étoit libre de faire paitre les
bestiaux en commun et sans pasteur, différent du
temps où les terres étoient en dcffens, pendant le-
quel on n'avoit pas la même liberté. « Bestes à
« abandon, sont des bestes sans garde. « (Laur.
(iloss. du Dr. fr. au mot liandon.) L'on disoit aussi
à-bandonner, pour livrer îi discrétion, et on l'a
écrit ensuite en un seul mol abandonner. L'expres-
sion à-bandon ne faisant plus ([u'un seul mot, on
l'a employée quelquefois avec la préposition par ou
«, ce qui "est originairement un pléonasme; ainsi
on a dit « à abandon ou ;;flr abandon, » pour géné-
ralement, entièrement, absolument, sans réserve,
sans restriction. (Voy. les lîcch. de Pasquier. liv.
VllI, page'O'i. — Du Cause, Gloss. Lat. au mot.lf)fl?i-
dum, et Fabl. ms. du R. n" 7218, fol. 25, R', col. 1.)
Désormais est raison
De mon chant renoveler.
Car pris ma par cilxiinlo»,
Amours cui sers sans fauser.
Ane. roct. Fr. MSS. avant 1300, t. I, p. 170.
En parlant d'une ville et d'un cbilleau assiégés,
ceux qui le défeudoient « furent contraints de venir
« ù abandon. » (Chron. Fr. mss. dcNangis, sous l'an
1258,^ " le piint à abandon. « (Ihid. sous l'an 122G.)
On lit dans le latin f/<'f//7/o?(f??i qui répond au mot
Abandon. Des bergers qui vont îi la Crèche disent :
Portons à leur pauvre ménage
De nos biens « grand abaiHloii.
Les Mar^ucrilcs de la Marjucrilo, I. I, fol. 83 V*.
(1) désordre. - (2) anciens. - (3> sa louange, son prix.
AB
AB
On lit « faire plainte cVaijandon, « pour requérir,
tlcmaniler le bénéfice de cession île biens; ([/aur.
Gloss. du Droit Vv. — Voyez la Coiitumede llainaull,
au Coût. g:cn. Toni I. pag-. 792,]et « mettre en droit,
« en loi et en abandon, » pour abandoniicr. " Geste
« couvcuance a .^[(>si^o Willaunies devant dis crcan-
•> cce loiaunicut à tenir, et si en a mis totes ses
• coses en droit et en loi et en abandon, fors son
« cors. " (Du Cbesne, Cen. de Betli. l'r. p. ICi, tit.
de l'2iG.)
PuOVKRliE.
" Qui faict nopccs et maison, et plaide à son Sei-
" Riieur, il met le sien à bandon : •> Ou lit dans le
latin, Elj'undit nununos suinplibus immodicis. (Hec.
de l'rov. anc.)
VAniANTES :
ADAXDON. Du Chesne, Oén. do Dcth. Pr. p. Wt, tit. de
1210. — Froiss. Vol. I, p. '2-2. — Corn. Mélite, act. 5, scène
dernière.
Habandon. Borel, pp. -197 et 16.5. — Al. Cliartier, Poës.
p. 730. — Ger. de Nev. I" part. p. 03. — Percef. vol. IV, loi. 3,
Vo col. 1.
Abandonné , adj. Livré sans réserve. Prodi-
gue, libéral, £;énéreux.
On employoil en général le mot Abandonné pour
livré sans réserve.
... de m'aimer n'ayez point de regret
Franc et loyal suis et abandonné.
Loyer des folles amours, p. 317.
« C'est ung homme de grant valeur, large, cour-
« lois, et //afea»(/OHHe' en chevalerie. » (Le'Jouven-
cel, fol. 32, R°.)
Ce mot se prenoit en bonne et en mauvaise part.
Dans le sens de prodigue, on lit : « Je trouve deux
« manières de gens larges et abandonnés , les au-
« cuns sont dissipateurs, etc. » (Les Triom. do la
noble Dame, fol. 77.) « Le Seigneur d'Antre fut le
« plus large et abandonné de ses biens, qu"homme
' de son temps, et ne plaindoit nulle dépense. »
(Mém. d'Ol. de la Marche, liv. I, p. 45-2.)
Dans le sens de libéral, généreux. Le Duc de
Cleves « fut de soy un des beaux, des sages et des
X bien adrecez Prince de son temps, et fe Roi Al-
« phonse... fut large Prince, honorable et aban-
« donné. » (Mém. d'Ol. de la Marche, liv. I, p. 330.)
ABANDONNÉ. Loyer des folles amours, p. 317.
Habandonné. Lanc. du Lac, T. II, fol. 29 R° col. 1.
Abandonnéement, adv. A l'abandon , sans
réserve, ù discrétion. Hardiment, librement.
(Voyez sur le premier sens le Dict. d'Oudin, au
mot Abandonnéement.)
On tient plus chsr la chose désirée
Que ce qu'on a à abandonnéement.
Ane. Poës. Fr. SIS. du Vallc. n- 1522, fol. IGO, R- col. 9.
« La barrière étoit ouverte et la porte aussi... Les
« Bretons... entrèrent dedans /(«/>fl;i(/oHHcVH^(?)l^ »
(Froiss. Vol. IV, p. 3G.)
Par une extension de cette acception, l'on a dit
.abandonnéement pour bardiment, librement. « Le
'< Marcbis demanda qui il étoit qui si babandonnéc-
" menl rouvoit (1) onvrir la poile : 11 dit qu'il étoit
« le Itov, qui etc. « ^Contin. de C. de'l'yr. Martène,
toin. V,"col. 028.)
VARIANTKS :
ABANDONNÉEMENT. Anc. Poct. Fr. MSS. avant 1300,
T. 11, p. 71.5.
AiiA.NDONNiÎMENT. Gloss. de ilarlène — H. Est. Dict.
llAiiANDONNKKMK.NT. l'roiss. Vol. IV, p.3(j. — Percef. vol.II,
fol. liO, verso, col. 2; vol. VI, fol. 97, verso, col. 1.
llAUAXDON.NiiMicNT. Lanc. du Lac. t. III, fol. 122, V» col. 1.
Abandonneniont, subs. mas. Cession debiens.
On disoit être reçu à abandonnemenl être admis
îi céder ses biens, pour se délivrer de prison. On
lit « jurer et accorder à non vouloir être reçu à
« abando)inemenl, » ce qui signilie la renonciation
au bénélice de cession. « Nul homme n'est tenu
" prisonnier pour deble de garde et commande,
« supposé qu'il ait juré et accordé à non vouloir
« estie reçu ii abandonnement qu'il ne soit mis
« hors, s'il veult aluindonner, ne le serment ne lui
« nuira, car autrement sembleroit qu'il fut obligé
« de mourir. ■> (Cr. Coutum. de Fr. liv. II, p. 124.)
C'est-à-dire que le prisonnier détenu pour dette.de
garde et commande, doit être élargi , s'il offre de
céder ses biens ; et ijuand même il auroit renoncé
par serment au bénélice de cession , son serment
ne lui pourra être opposé.
Abandonner, verbe. Abandonner. Permettre.
Ce mot subsiste au premier sens, sous la pre-
mière orthographe. On disoit dans le même sens
habandonner et liaba)iner : nousne trouvons cepen-
dant l'orthographe habanner que dans le passage
suivant, oîi elle paroit être une faute de copiste ou
une abbréviation, pour babaiidonner. « Youloient
« laisser l'œuvre et tout Itabanner. » (Ilist. de la
Toison d'Or. T. I, fol. 43.)
Dans le sens de permettre, un ancien Poète Fran-
çois, parlant des jeux qu'avoit permis le Roi Louis,
dit :
. . . li Rois de France,
Par son grant sens et par souffrance,
A tous les jus abandonnés :
ICH veut c'on jut à la grieske,
A ju d'eskes, à ju de tables ;
Ces coses sont assés raisonables (2).
Anc. Poët. Fr. MSS. avanl 1300, T. IV, p. 1368.
COXJUG. A>'C.
Ilahandonniesmes, pour abandonnions. Le Fevre
de S. Remy, Ilist. de Charles VI, p. 43.)
Abandonneur, subst. masc. Qui abandonne.
(Oudin. Dict.)
(■1) demandoit. — (2) On prononçoit raisnahles, qui se disoit aussi dans le même sens.
AB
— 8 —
AB
Ahandons. subst. masc. pltir. Sorte de Cou-
tume.
S' Louis, par un de ses règlemens, abolit en 12f)0,
une mauvaise coutume qui s"ctoit introduite ù
Compie^ine, et qu'on uouiuioit Mnnidnfis. I.e texte
porte: « Quinlam caplio (juc liebat apud Compen-
« diuni et dicehatur, abandons. « (,Voy.Ordon. T.I,
p. 293. Observât.)
Abannir, verbe. Défendre, prohiber.
Propieuient défendre par ban. par cri public;
d'où ce mol a passé ;^ la signilication générale de
défendre, prohiber.
" Des prez sont ouverts ordinairement jusqu'au
« premier May, et par aprL'Srt/yrt«()/sjusqu'i\ce(iu"ils
c soient fauchez et vuidez. Neantmoins certaine
« portion s'abannit par après, pour grasse pâture,
« et autres usages. » (Coût, de Luxemb. au nouv.
Coût. gén. T. Il) p. 352, col. 2.) Voy. ci-après AmtAN-
Nis, subst.
Abas, adv. En bas.
On dit encore à bas pour en lias , dans quelques
provinces.
Tant que d'obns vous me puissiez entendre.
Œuv. de Joach. du Bellay.
« Rien d'abas ; >• c'est-à-dire, rien de ce qui est
ici bas. (Les Marguerites delà Marguerite,.fol. 7i, R".)
Abastires, subst. [cm. plitr. Tueries.
Le lieu où se fait l'abatis des bestiaux par les
Bouchers. « Défendre ladite Chambre... à tousDou-
« chers... de faire abastires, ou tueries, etc. ••
(Ordon. T. II, p. 38G. — Voy. ci-dessous .\FF.\ciinMEN.)
V.VRIANTES :
A'B.\STIRES. Ordon. T. II, p. .380.
ABATiitEP. Gloss. de l'ilist. de Paris.
Abat, subst. masc. L'action d'abattre.
» Pour «/«// de chacun arbre de chesne , en l'a-
« mendede six tlorins Carolus. » (Coût, de Haynaut,
« au nouv. Coût. gén. T. H, p. Ii8, col. 2.)
Abatablc, adj. Qui peut être détruit.
Proprement f[ui peut être abutu. De là ce mot
s'est employé au figuré pour ce qui peut être ren-
versé, détruit, anéanti.
« Si est le \ivci al)atable pur le errour del pur-
<■ chas. » (Drilton, des Loix d'Angiet, fol. 58, V".)
Abateis, subst. masc. Abbatis. Carnage. Forest.
Ce mot subsiste au premier sens, avec une légère
altération d'orthugraphe : " Pour ce que ceux à qui
« les bois et maisons ont été abattues, deman-
« dent... ipie son plaisir soit de les faire dédomma-
« ger desdits abbateis, etc. » (Godefrov, sur Charles
YllI, p. 486.)
De là l'acception figurée û'abbateis pour carnage,
dans ces vers :
Tout un prand jour d'esley dura le chaspelis,
Des morts et des n.îvrés fut grand Vabbaleis.
Ger. do Rouss. MS. p. 119.
Dusqu'és nés (D fu l'anchauceiz (2)
Et ilucques (3) l'abatciz.
Dlaridiaiidin, MS. de S' Germ. fol. 192, V col. 2.
Et vil les grans abatei:.
Les noises (i) oï (5), et les criz.
nom. de Roii, MS, p. 2S2.
Ce mot signifioit aussi Forêt, suivant Borel, qui
cite un ancien Ovide ms. Si nous avions cet exem-
plaire, nous y verrions peut-être que c'est une forêt
abattue, une foret nouvellement coupée.
VARI.VNTES :
An.\TElS. norel. Dict.
AiiBATKis. Godefroy, sur Cliarl. VIIL p. '*■%.
Abatomont, ,sh/).s7. masc. Prise de possession.
Terme de chasse.
Ce mot se trouve au premier sens, dans les Tenu-
resde Litlielon, fol. 93, R.° où on lit: « entrer par
« abalement eu la terre; « ce qui signilic, entrer
en possession, prendre possession. Le verbe Aratre
a la même signilication. (Voy. ce verbe ci-après.)
Kn terme de chasse, on disoit abatement pour
l'action de découpler les chiens.
. . . pour plainnoment
Veoir de chiens abatement.
Fonl. Gucr. Très, de Von. MS. fol. 13.
Abalei'ic, subst. fem. L'action d'abalre. de ren-
verser.
Oultre n'avoit artillerie
À souffisance, n"autrement,
î'our rompre, ou faire abalerie.
Vigil. de Cliorl. VU, T. I, p. 105.
" D'un coup de paulme, cinq sols... âcabaleure,
" à terre, que l'eu ajipelle accabler, dix-huit sols,
« etc. » (Ane. Coût, de Norm. fol. 104, \".)
Là eut une deconfituro
De François, dont alors mourut
Environ mille à Vabature.
Vigil.dcCharl. VII.T. I, p. 51.
VARIANTES :
AHATERIE. Vigil. de Charl. VII, T. I, p. 105.
AuATiauE. Ane. Coût, de Norm. fol. iOt, V".
AiiATini:. Vigil. de Charl. Vil, T. I, p. Tyl.
Abiiatlhe. Fouilloux, Vénerie, fol. 20, Y».
Abatii", verbe. S'abatre, être abatu.
Scez que (0) feras, fuy-t'en a grand eslais (7),
Car l'en le voit ja tout abatii:
Eiisl. des Champs, Poês. MSB. fol. 210, col. 3.
Abntoîsoii, ,s(//;s/. fe^n. Diminution, Décri.
Ce mot se disoil en parlant des monnoyes. (Voy.
Ordon, T. Il, \). 18'i.)
(1) jusqu'au.x vaisseaux. - (2) poursuite. - (3) là, en ce lieu. - (4) bruits. - (5) entendit. - ifi) sçais tu ce que. - (7) élans.
AB
ÂB
VARIANTES :
An\TOISON. Ord. tom. III, p. ISi.
Batoison (La), corr. l'Abatoison, Ibid.
Ahator, subst. masc. Qui esl entré en posses-
sion.
Ce mot, flans les Tenures de Liltlelon , desisne
celui qui s'est mis en possession, (lui s'est saisi d'un
héritage. (Voy. Adatement ci-devant, et K-muathe ci-
après.)
Ahatre, verbe. Alialtre, mettre fi jjas. Abolir.
Découplcr, lAcher. i'i'cndre possession.
Le premier sens, <iui subsiste encore, est le sens
propre ; et c'est en cesens(|u'on disoil autrefois Roi
abatu, pour Roi détrône, mis à bas de son trône.
Ha ! Karle Sire, vos commans ai passés,
Or i pert l)ien, que je suis mal-menés :
Se le savirs, gentiex Rois coronés,
Rois abatus en seroie clamés.
Anscis M3. fol. 21, V' col. 1.
je sai à essient (1) ,
Se l'Empereur me fait secorcment,
Que la Corone m'abatra erranment (2) ;
Rois cibutu serai tout mon vivant.
Anscis. us. fol. 53, R- col. 1.
Le règne avés malement soustenu.
Autres l'aura, vous serés abalu.
Ibid. f«l. G8, R- col. 1.
On disoit aussi ahatre pour poser ù terre. Dans
un ancien livre de Vénerie, on lit « abattre les cliairs »
d'un animal mort qui doit servir d'apas « et traîner
<> par les voies. » (Fouilloux, Yen. fol. 103, V^) Ce
mot exp'ime aujourd'hui presque toujours une idée
d'etl'ort ou de violence, comme en ce passage, oîi
il signifie jeter par terre, renverser. » Ki abate
« femme à terre, pur faire lui force, la multe al
« Seigneur X. solz. » (Loix >'orm. art. 19.)
On emploie quelquefois le moi. ibatre dans le sens
figuré de renverser, abolir. (Voyez Laur. Gloss. du
Dr. Fr. au mot .[hatrc, et du Cànge, Gloss. lat. au
mot Abaturc. — La Thaumass. Cont. d'Orl. p. 4Cr>,
tit. de 1108.) De lu, en parlant d'impôts, les abattre
étoit les aiiolir, les supprimer. (Ordon. tom. I,
p. 15, etc. tom. III, p. 3i, etc. I En parlant de Con-
frairies, c'étoit les abolir, les anéantir, (ibid. T. III,
p. 583.) En parlant des Monnoies, c'étoit les décrier
ou en abolir le cours, (ibid. t. II, p. 192.)
En terme de chasse, on a dit abattre les chiens,
pour les découpler, les lâcher: proprement abattre,
ôter le couple qui les attache.
Et puis abattre ses chiens courrans.
Gace de la Bigne, des Ded. MS. fol. 109, R» Voy. ibid. fol. 102
Enfin Abattre s'est employé dans le sens de
prendre possession d'un lieu , "proprement s'abattre
sur une terre, y entrer : ainsi on lit « quand le
« fils puisiié abattit en la terre après la mort de
« son père, etc. » (Tenures de Littleton, fol. 13, R°.)
On a vu ci-dessus AnATE.MENT dans le même sens.
(Voyez aussi E.miîatre ci-dessous.)
CuNJIT..
Almte, iiid. prés. Abat. iVoy. Loix .Norm. art. 19.)
Abuluit, i)rélér. Abattit. (Voy. .S'-Dern. Serm.
Fr. Mss. p. 4.)
VARIANTES :
An.VTRE. Loix norm. p. 222. Alhi.s. MS.
AiiAUTiiK. Athis. MS. fol. lOtj, R» col. 2.
Aiii!.\TiiE. Cotgr. Dict.
IIab.vtue. Cotgr. Dict.
A]>anlnr, verbe. Etonner.
Ce mot siilisislc encore au participe passif, avec
rorlhographe iXébauliir, dans le discours familier.
Il signifie proprement frapiier d'étonnement, de là
s'abnubir, pour s'ébahir, demeurer stupéfait.
. . . chacun de vo valour
S'abaiibit, et s'umelie.
Ane. Pool. IV. MSS. avant 1300, t. IV. p. 1393.
VARIANTES :
ABAI'RIR. Abc. Poës. Fr. .MSS. du Vatic. n» r.a2, fol. 1.5i,
V» col. 2.
Abaudir. Fabl. MS. du R. n° 7989, fol. 239, R» col. 2.
ÉBAUBiR. Molière, Tartuffe, Se. l'«.
Abave, subst. masc. Bisayeul.
Du latin «/;« chs. de môme qu'on ^iàxiaveonayeul
du latin avus, grand-père. « Abave, grand ave » (Bou-
teill. Som. Rur. p. 4G4.)
VARIANTES :
ARxVVE. Bouteill. Som. Rur. p. 4Ci.
Ab.weul. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 270.
Abbadosque, aftj.
Mot formé du latin Abbas,kh\)é. « Les Fanfares et
« courvées Abbadesques des Roulle-bon-temps de la
« haute et basse Coquaiane, et dépendances. » (Vov.
Beauch. Rech. sur le Th. fr. T. II, p. 32.) C'est îe
titre d'une pièce o\x l'Auteur faisoit sans doute
allusion aux fêtes ou spectacles burlesques dont il
est parlé ci-après sous le mot .\be.
Abbaiette, sut^st. fem. Diminutif d'Abbaye.
« Proierent humblement que nous donnissions à
« la Sainte Eglise deCambray... nwe Abbaiette i\m a
« nom Maroiile. » Très, des Cliart. Reg. 22, Pièce 6.)
Mal et vilanie et pechié
Fist de tel puceletts
Rendre en Abiete. . . .
Honnis soit de Diu
Qui me fist Nonnette.
Ciians. fi-. du XIII' sicclo. JIS. de Bouhior, •jbi snj>rà.
(Voyez Aeeie ci-dessous.)
VARIANTES :
ABBAIETTE. Très, des Chart. Reg. 22, Pièce 6.
Abietk. Chaiis. fr. du XIII'^ siècle. MS. de Bouhier, fol. 56,
R° col. 2.
Abliaiinis, subst. mase. plur. Défenses, prohibi-
tions.
« Les communautez ne peuvent ïhitq Abbannis,
« mettre ban, ny règlement à leur bois et usages,
« sans l'autorité des Seigneurs, ou leurs Mayeurs. »
(Coût, de Clermonf, au nouv. Coût. gén. tom. II.
p. 880, col. 1, etc. — Voy. ci-devant Adannir.)
(1) avec intention, sciemment. — (2) incontinent, aussitôt
I.
AB
- JO —
\B
Abbastardisseur, siihst. masc. Qui abâtardit.
(Voy. Oudin et Cotgr. Dict.)
VABIANTES :
ABBASTARDISSEUR. Oudin, Dict.
Ab.vstardisseur. Cotgr. Dict.
Abbati, subst. Maison de l'.Vbbé.
C'est ainsi (|ue Du Cange exiili(iue ce mot Breton.
(Gloss. Lat. ubi suprà. — Voy. Abeie.)
VAIUANTES :
ABB.\TI. Du Cange, Gloss. lat. au mot Abbaticium, col. 32.
Abba-ti. Id. ibid.
Abbecbenient, subsl. masc. L' action de donner
la betiuôe.
(Voy. Cotgr. Dict.)
Abbecher, verbe. Donner la becquée. Af-
friander.
Le premier sens est le sens propre.
.... Lanières (1) faintis
Ki on abecke, et adaie (2).
Ane. Pocs. Fr. SISS. du Vat, n- UOO, fol. 38, R'.
Sur ce débat, quant on a le loisir,
Et aue oyseaux ont faict assez bon devoir,
On les abcsche
Crélin, p. 8S.
De là par extension, abéchicr pour alTriander.
Clers, je te vois si alechié,
Si ardent, et si abéchié, etc.
Fabl. lis. du R. n" 7218, fol. 78, R" col. 1.
ABBECHER. Nicot, Monet, Oudin et Cotgr. Dict.
Abbëql'er. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Adeseare.
ABECHEn. Cotgr. Dict. - Eudô, des Ois. fol. 123, V».
ABEciiiKn. .Modus et Uacio, MS. fol. 112, Y».
Abeckeb. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» li'JO, fol. 38, R".
ABECQLEn. Fouill. Fauconn. fol. 12, V».
Abeoueteb. Cotgr. Dict.
ABESoiiEEi. Crétin, p. 'Si.
Abbée, subst. fem. Sorte d'ouverture ou de
canal.
Ce mot subsiste avec l'orlliograplie abée, pour
designer l'ouverture par laquelle coule l'eau qui
fait tourner le moulin. (Dict. de l'Acad.) Laur.
rexpli(iue dans un sens contraire: « Ouverture par
« où l'eau a soncoursquand les moulins ne moulent
" pas. » (Gloss. du Dr. Vv.) » On ne peut empesclier,
« les rivières courans pcipctuellemcnt, (|ue les
« moulins ne moulent, ou qu'ils n'ayenl une abbée,
« ou hiiiciere ouverte pour donner cours à l'eau,
« sauf es moulins (lui ne peuvent anlicnient moul-
« dresans escliises. « (Coût. uôii. T. I, p. 'J-21.)
Il semble qu'on peut inférer de là (lue ce mot
a signifié en général l'ouverture par oii coule l'eau
du moulin, soit lorsqu'elle tombe sur la roue, soit
lorsqu'elle s'en écarte; et en effet, les Bretons
ont dit AiiEn, pour embouchure de rivière. (Voy.
ce mot ci-après.)
(1) espèce d'oiseaux de proie. - (2; touche du doigt.
ABBÉE. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 458.
Adée. Laur. Closs. du Dr. fr.
Abl)r»»çi«^mont, adv. Brièvement.
(Voy. Oudin et Cotg. Dict.)
Abbi'ouvenr, subst. musc. Qui abbreuve.
(Voy. Moncl, Dict.)
Abc, subsl. masc. Alphabet. Clef d'un chitTre.
Nous nous servons encore de cette expression
dans le premier sens. (Voy. Du Cange, Closs. lat.
aux mots Abecedarium et Abagatoria.) Ainsi on
nommoit Lettres parties par ^1 B t\ les Chartes
mi-parties; c'est-à-dire les écrits faits doubles sur
une même feuille, dont le milieu contenoit des
lettres de l'alphabet (lui étoient coupées en deux,
afin de constater, en les rapprochant, que l'écritétoit
original. « l'ouradjonslcr plus grand foy et fermeté
« à ces présentes lellres, je les ay signées de mon
<■ seing, et scellées du scel de nies armes : Si les
« ay faict escrire doubles, et parties par ABC.»
(Mohsirelet, vol. I, foi. .").)
On disoit aussi Abccc, pour désigner la clef d'un
chilfre, proprement l'alphabet de convention. « Let-
« Ires en chiffre iiilcrceplécs dont on avoil les
« Abccés,\\n moven de (luov on eut la facilité de les
« lire. » (Jaligny, llist. de (Charles Vlll, p. 18.)
VAIUANTES :
ABC. Du Cange, Gloss. lat. au mot Abecedarium.
Abécé. Chans. MSS. du C. Thibaut, p. 5.
Abduiuier, verbe. Renoncer.
<'e mot subsiste en cesensavec une légère difTé-
rence dans l'orthographe; mais il ne se dit qu'en
parlant des choses: il s'employoit autrefois en parlant
des personnes ; ainsi l'on disoit abdiquicr son fils,
pour renoncer à un fils, ne le plus reconnoitre pour
son lils.
« Ce Chevalier avoit (roys fils, l'ung fut accusé en-
« vers César, par envie, qu'il conspiroit quelque mai
i> coiilre luy, tellement que César le prit en haine,
« et dist au père qu'il voulsisl ahdiquicr; c"est-à-
« dire débouter son iils de luy et le priver de la
" succession et droits iialernels. » (llist. de la Toison
d'or, vol. 11, fol. 45, V'.)
Abditation, suhst. fem. Renoncement, éloigne-
mcnt.
11 est probable qu'il faut lire abdication; les
lettres t et c se confondent facilement dans les an-
ciens Manuscrits.
. Je trouve cette vertu (l'obéissance) avoir eu
« entre les Romains et autres, sa vigueur en
« ([ualre manières. La première, Abditation elre-
" boutcnienl de volnjilc/. et de délices. « (llist. de
la Toison d'or, vol. 11, fol. l'2, \\)
A 13
— 11 -
AB
AlxS Hithst. mnsc. Père. Tilre donnc^ aux per-
sonnes consliludes en dignité.
La siç:ni(ication propre du mol Abbé , est celle de
Père. C'est en ce sens ([iie ce nom a été donné à
Jésus-Christ, môme en notre langue.
.... del bon Abé
Jésus
Ane. roui. Fr. MSS. av.wt 1300, T. IV, p. 1327.
Une dissertation qui se trouve dans l'Histoire de
l'AI)l)é Suyer, retrace les diverses signilirati(UiS(|ue
ce mot a eues en divei's temps, comme titre donné
aux personnes constituées en dignité, soit Ecclé-
siastiques, soit Laïques.
L'usaiic le plus commun (ju'ou en ail fait, a été
pour (l('siL;ner ceux ([ui poss(''doicnl les dignités
ecclésiastiques, et plus particulièrement le Supé-
rieur d'un Monastère.
Nous observerons ici, avec le P. Mcnestrier, que
l'on trouve sur les armoiries des Abbés, les mar-
ques de leur dignité, il y a plus de trois cents ans.
(Ornem. des Anii. p.iW.) Nous remarquerons aussi
avec D. Mal)illon, que le pouvoir des Abliés dans
les choses sacrées, an ix' siècle, s'étendoit à excom-
munier les La'iques, donner la tonsure, et faire des
dédicaces d'Eglises. (Hec. des Pief. de Mabillon,
p. 377 et suiv.)
« Ablial dey clouchié, » Abbé des cloches, est le
titre encore subsistant d'une dignité dans la Cathé-
drale du Puy-en-Vélay. (JournaldeTrév. Avril 173i,
p. 7G1) ; c'est aussi le tilre du sonneur des cloches
dans l'église d'Annecy. (Voy. Du Gange, Gloss. lat. au
mol.l/;/i«s clochera, col. 33.)
11 y avoit anciennement des « Abbés séculiers
« qui joiiissoienl des Abbayes par concession des
« Rois, et en disposoienl comme de leur propre...
« Filesac l'a montré par plusieurs exemples des
" deux premières Races. » (Voy.Mém. liist. etcrit.de
Mézeray, T. I, p. 2.) On y rapporte plusieurs exem-
ples decet abus. On y lit aussi ([ue les laïques, même
mariés, prenoient le nom d'Abbés; quelquefois
à'Archi-ubbés. (Ibid. p. 3. — Voy. AiicLii.\r,ni-; ci-après.)
Dans le XVP siècle l'abus de disposer des Bénéfices
en faveur de toutes sortes de personnes, étoit îi
son comble. Dans la harangue faite par l'Évèque de
Valence ii l'Assemblée des trois États h. Fontaine-
bleau, en présence de François II. on lit : « Les
» Cardinaulx et les Evesques n'ont fait difficulté
« de bailler les Bénéfices à leurs Maistresd'IIostels,
« et qui plus est, à leurs Vallets de chambre,
« Cuisiniers , Barbiers et Lacquais. » (Mém. de
Condé, in-4°. T. I, p. 560.)
Vers ir>G9, vingt-huit Évéchés, et presque toutes
les Abbayes éloient possédés par des laïques ; et
dans le Conseil du Roi, on adjugea un Évêché à
une femme. (Hist. de De Thou, t. Vlll, p. 93.)
On lit dans Pasquier, que les Bénéfices étoienl
donnés ;^ des Custodi)ws, qui les gardoient pour
des laïques, et quelquefois pour dès Huguenots.
(Lett. t. 11, p. 608.)
Sous Charles IX on voit des Bénéfices donnés en
mariage et en douaire. (Ilisl. d'Aulùgné, T. II.
p. .'». — Voy. ci-a[irès Bionifici:.)
Le litre (f'Abb(; de St-Marlin de Tours, est un titre
que prennent les Rois de France. (Calland, des anc.
Enscig. cl Élend. de Vv. p. '>.]
Pasquier dit ilaus ses Itcchcrciies, liv. III, p. '279,
« qu'il ne faut faire nul doute que du temps de la
« première institulion des Abbés et Moines, c'é-
« toient personnes séculières qui ne tenoienl nul
" degré en l'Eglise. »
On nomme en liéarn Abbals laïcs, ceux qui pos-
sèdent les dixmes des Villages et qui nomment aux
Cures. (Voy. Du Cange, (;ioss. Lat. au mot Abbas
laïcus, col. 27, et Laur. Glo.ss. du Dr. Fr.)
Les Abbés chevaliers éloient les champions des
Monastères. (La Colomb. Théat. d'honn. T. 1, p. 37.)
Dans le Cartulaire de Moissac, l'Abbé chevalier,
Abbas miles, levoit des droits sur les biens d'une
Abbaye, pour la défendre et la protéger. Les Abbés
chevaliers éloient en quelque sorte aux gages des
Moines. (Voy. Mézeray.)
Les Génois, dans le xiv siècle, nommoient le
Chef de leur république Abbé du Peuple. [\oy. leurs
Historiens.)
Dans l'Histoire de Du Guesclin, par Menard, on
trouve « Abbé de Malle-paye » pour désigner Alain
de Taillerait, servant à la guerre. (Voy. pp. 455
etWl.)
Enfin Furetière observe dans son Roman bour-
fieois, T. I, p. 7, que de son temps ou appeloit
Abbés, les jeunes gens de bonne famille ([ui étoient
tonsurés, quoiqu'ils n'eussent pas d'Abbayes. Cet
usage ou plutôt cet abus, est aujourd'hui encore
plus étendu.
On abusoit aussi de ce nom en l'applitiuant aux
chefs de certaines sociétés, dont les plaisirs qui en
faisoienllelien, n'oftroient qu'un mélange, souvent
criminel et toujours ridicule, de licence et de su-
perstition. Ainsi nous trouvons :
1° h' Abbé de Liesse et des moines h Arras. On
peut voir les spectacles burlesques qu'ils donnoient;
l'association de l'Abbé de Liesse avec le Prince de
Plaisance ; et le Roi des Sots de Lille, dans les Mém.
sur rilist. d'Artois, par M. Ilarduin, pp. 19, 46,
63, 75 et 204.
2° L'Abbé du Clergé, ou de la Mal-gouverne, ou de
la fêle de l'âne. L'Abbé du Clergé étoit un jeune
Clerc que le bas chœur élisoit dans une de ces
ridicules cérémonies que la simplicité de nos pères
avoit introduites. (Voyez ces cérémonies décrites
par M. Lancelot, d'après un rituel .ms. de Viviers,
dans le T. VII de l'Hist. de l'Acad. des Bell. Lett.
p. 255); on y cite un jugement du 31 Mars 1406,
rendu par des arbitres, contre un homme qui avoit
été élu Abbé du Clergé, et qui ne vouloit point l'être
et encore moins donner le repas qu'il devoit en
celte qualité.
Cet Abbé du Clergé se nommoit h Rliodez l'Abbé
de la Mal-gouverne, ou de la fête de l'âne. (Voy.
Du Tilliot, Hist. de la Fête des fols, p. 22 et suiv.)
3° L'Abbé des Cornards ou des Chansonniers et
AB
1-2 -
AB
diseurs de bons mots ;^ Évrcux et à Rouen. 'A'oy. Du
Tilliot, iibi suprà, p. 89 et suiv.1
Remarquons enfin les expressions suivantes, dans
lesquelles le nom d'Abbé est encore employé abu-
sivement :
1" On appcloit Jeu de l'Abbé, une sorte de jeu où
il faut imiter celui qui passe devant les autres, en
loulce qu'il fait. Oudin, Curios. Fr.)
2° On a dit proverbialement l'as d'Abbé, pouv
allure prave. (Cotgr. Dict.)
3' Table d'Abbé pour table somptueuse. (Rab. T. V,
p. 12i.
4° Face d'Abbé pour visage rubicond, bouffi d'em-
bonpoint. (Voy. Bourgoing-, deOrig. Voc. Vulg. fol. 8.
et 9.)
VAUIANTES :
ABÉ. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, Tom. IV, p. 13-27.
Abuat. Du Cange, Gloss. lat. au mol Abhas laïcus.
Abbè. Orlh. subsist.
AuBEi. Du Chesne, Gén. de Guines. Pr. p. 291, tit.de liCfi.
Abbès. Labbe, Gloss. p. iX>. S' Bern. Serin, fr. MSS. p. 314.
AiiEi. Du Chesne, Gén. de Guinos, Pr. p. 2.*<i, lit. de 12il.
Abet. Du Chesne, Gén. de Derth. Pr. p. 1C2. lit. de 12(57.
Abécédaire, adj. Alpbabéli(iuo. Élémentaire.
Qui en est aux élémens.
Le premier sens, qui est le sens propre, subsiste
encore. On dit « l'ordre Abécédaire » pour l'ordre
alpbabétique. ;Nat. d'amour, fol. '2.'")8, R°.)
Par une extension de celle acception, et prenant
l'A B C, clémens des lettres, pour les élémens de
toutes connoissances, on a dit abécédaire pour
élémentaire, en parlant des choses. On lit en ce
sens dans Montaigne « il y a ignorance abécédaire
« qui vaut la science. » JEssais, T. 1, p. ô30.)
lie là ce mol, appliqué aux personnes, a signifié
« qui n'en est qu'aux élémens. » Le même .Montaigne
a dit : « La sotte chose qu'un vieillard abécédaire ; «
c'est-à-dire qu'un vieillard ignorant, qui n'en est
qu'aux premiers éléments des lettres. (Ibid. T. II,
p. 7G'i.)
Al)eesse, subst. fcin. Abbesse.
iNous ne citerons pas de passage pour justifier
le sens propre de ce mot qui sujjsiste avec une lé-
gère altération d'orthographe ; mais nous rappor-
terons l'expression proverbiale ù'abbesse de Lens,
formée par l'équivoque de Lens, avec lenteur, et
qui a été employée pour dfisigner une personne
lente. Ces sortes d'équivoques el d'allusions de mois,
sont assez fréciuentes dans nos anciens Auteurs.
Qui no peut bien son service employer,
A Lens si voist (1) mieus querre l'ubecsse.
Ane. Poiis. Fr. MS. du Val. n' H90, fol. 171, R'.
ABEESSE. Ane. Pous. Fr. MS. du V.itic, n» 1400, fol 171, U».
ABAESSE. Fabl. MS. du «. n» 7»il.-), T. Il, fol. 147, U' col. I.
Abbaiassk. Gloss. sur les Coût, de Bcauvoisis.
Abbaisse. Apol. pour Hérod. p. 344.
Abese. Du Chesne, M. de Guines, Pr. p. 28C, lit. de 1214.
Aboie, suhst. [cm. Abbaye. Couvent.
Dans la première acception, ce mol subsiste avec
l'orlhograpbe abliaiie , qui se trouve déjà dans
Eust. des (".h. Pocs. mss. fol. 2;{7, col. 2, etc.
Par extension l'on a dit AbbaijC pour Couvent
en général, Maison de Religieux; ainsi qualifioil-on
la maison des Cordeliers à Alexandrie en lr)13.
" Ledit advontureux alla loger en une Abbaye de
>> Cordeliers, etc. » Mcm. de Rob. de la Marck, Sei-
gneur de i'"leuranges, ms. p. 1G7.)
Le mot Abbaye, employé figurémenl, a produit
les expressions suivantes :
1" Etre de l'abeie de quelqu'un, pour avoir le
même sort, partager la même fortune, proprement:
être du mOme Ordre.
Fox est qui en vos se fie ;
Vous estes de Vabeie
As soulTraitous (2).
Ane. r«t. Fr. MSS. av.nt 1300, T. III, p. 081.
2' On disoil proverbialement :
Tout vendra en nostre Abbaye.
Eust. des Ch. Pocs. MSS. fol. 237, col. 2.
C'est-à-dire : je m'emparerai de tout.
3" Cuir d'abeic, pour désigner un cuir doux et
bien passé. « Le Faucon doit avoir un cliapperonde
« bon cuir ù'ubeie bien fait et bien eul'ounné. »
(Modus et Racio, ms. fol. 110, V".,, On lit cuir û'abcre
dans l'imprimé, fol. 50, Y", mais c'est visiblement
une faute, pour cuir d'abeie. Elle se trouve rectifiée
par le .ms.
A" De là, sollcrs d'abbaye, pour souliers faits de
cuir d'abeie.
De bons harnois, de bons chauçons velus
D'escasiUons (3), de solters d'abbaye.
Eusl. des Ch. Pocs. MSS. fol. 231, col. 4.
5° On appelle à Toulouse la grande Abbaye, le
lieu public des filles de^débauche. ^Extr. de l'IIist.
de Lamruedoc, par D.'Vaissette. — Journ. des Sav.
Mars 1746, p. 527.)
<)■ L'abbaye de monte à regret. Expression qu'on
trouve dans Oudin (Curiosités fr.) pour désigner la
potence.
VAIUAXTF.S :
ABEIE. Ane. Poët Fr. MSS. avant 1300, T. I, p. .'»4.
AiuiAVE. Ortliogr. subsist.
AmiEiic. Loi.xNorm.art. l.dansleLat./liiafia.siveEcctoia.
liclii/innis.
AiiEYE. Modus et Uacio. MS. fol. 110. V».
AiiiE. Roman du Brut. MS. fol. 103, R» col. 1
Abeillage, siibst. masc. Droit Seigneurial.
Lauricre le définit « un droit en vertu du(iuel
« les abeilles épaves el non poursuivies, appartien-
>> nent aux Seigneurs .lusticiers. « (Gloss. du Dr. Fr.
au mot Abeillage. — Voy. Acuillage ci-après.)
VAIUAXTF.S :
ABEILLAGE. Du Cange. Closs. Lat. au mol AboUagium.
AiioiLAr.E. Ménage et Borel, Dict.
AiioiLLAGE. Du Cange, Gloss. Lat. au mot AhoUa\)ium.
Abollage. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 455, note.
(1) aille. — (2) gueux, pauvres. — (3) espèce de chaussure.
AB
— 13
AB
Abcillunno, siihst. [cm. Espèce do mouclie,
petite mouclie lilanciie.
(Voy. Oiuliii et CoIht. Hicl.)
Abeille, siihsl. [cm.
Ce mol sulisiste avec cclh^ orlli{ij;i';i|ilie. .Nicol
remni'iiiie que dans la Toiiiaiuc ci, l'Anjou, oa
disoil Aveillc, du Latin Aviciila on .l///V»/«. l/mi
tronve en eiïel .\vcilU' dans l!al)clais, T. 1. p. -2:>i.
(Voy. Aveltc, sons Aviai.i.F.Tri:, ci-après )
Onjoisnoil (ineliincfois le nom dn senrc ù celui
de l'espèce ; de là le mol composé Dionchr-nvcillr,
ponr abeille, monclie-ù-miel. « Les Hamcs ayant...
« lavé lenrs mains... entrèrent dans un lieu oii il y
« avoit l)eancoup de livres, et l'une d'elles.... dit :
Que une mouclie-aveUle
N'a tant désirs d'avoir
Du miel,
« Qu'elle en a à voir des livres pour s'instruire. "
(Hardiesses de plus. Rois et Émper. .ms. du R.
n' 7075, Préface. — Voy. Aes ci-après.)
VARIA.NTES :
ABEILLE. Orth. subsist.
AB.\iLLE. Borel. Dict. l'« add.
Aboile. Borel, Dict.
AVEILLE. Rab. T. I, p. 254.
Abeillon, suhst. inasc. Essaim d'abeilles.
(Voy. Du Gange. Gloss. Lat. au mot AhQllcKjium.)
« Si aucun trouve un abeillon à miel espave en son
« héritage, ([ui ne soit poursuivy par celuy à qui
« il appartient, il est tenu de le révéler au Seigneur
« justicier. » (Coût. gén. T. II, p. 3t»3.)
ABEILLON. Laur. Gloss. du Dr. fr.
Abeilion. Dict. de Cotgr.
Abeldi.
Il faut peut-être lire a-bel-di, mots Italiens qui
signifient à quelque beau jour, ou comme nous
disons vulgairement un beau matin.
Ernouf un Cuens de Flandres bien puissant, abeldi.
Monstereul son Cliastel à Ilerloin toli.
Rom. de Rou. MS. p. CC.
On pourroit encore diviser abekU de cette ma-
nière : ab el di ; c'est-à-dire en Provençal, avec le
jour, au point du jour.
Abelir, verbe. Plaire, être agréable, cbarmer.
Parer. Colorer, justifier.
On a employé dans le premier sens toutes les
orthographes de ce mot.
Les Italiens et les Provençaux disent en ce même
sens, abeliire.
Li dous chant tant m'abeli (1),
Jus (2) de mon cheval salli (3),
Maintenant là ù (4) le Rousignol vi.
Vm. U. Viniers, Ane. Puel. Fr. MSS. avant 1300, p. 8-22.
Lu mari trouve sa femme avec son galant :
Quant vi la Dame et son ami,
S(;achiez, point ne U abcli (.">).
Falil. MS. de S. Genn. p. 189.
l'ng mot luy nuit, l'autre luy abollit.
AI. Ctiarlicr, Pofis. p. 557.
l^neDame fait pi'éparer un bain pour son amant,
et dit à sa Chambrière :
Qucur test (6) le Seigneur deschaucier,
Jo vucil qu'il se voist (7) baigner
Si m'fmbelim plus (8) son estre.
Fabl. MS. de S. G. fol. 78, V col. 3.
" Tant avoit de beau parler en soy, qu'il plaisoit
•< moult, cl eiitliellissoil aux Chevaliers. >• (Ilist. de
Du (iue.sclin, par .Ménard, p. 'iOi.)
L'aim tant vraiment.
Que riens, fors li, ne m'enbelist (9). "
Jean de Nucville, Ane. Poct. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. UW.
Nous n'avons trouvé que les trois dernières or-
thographes employées dans les autres sens. On dit
encore embellir, pour orner, parer. Froi.ssart a dit
en ce sens, pris au figuré : <• .là maintenant avez
« avec vous les plus beaux et les plus notables du
« pais. . . et c'est une chose qui moult grandement
« embellit et réjouit votre guerre. » Et plus figuré-
ment encore, « embellir l'àme et la sépulture de
« ()uelqu'un, » pour faire honneur à la mémoire de
queliiu'un. (hiv. IV, p. 77.)
En étendant l'acception précédente, embellir s'esl
pris dans le sens de donner des couleurs favora-
bles; au figuré, justifier. Ainsi le même F"roissart
a dit >■ pour en guerre embellir et colorer, » (Liv.
I, p. 350.)
CONJCG.
Abeli, prélér. Plut. (Voy. G. Guiart, Ms.fol. 57, V°.)
Abelist, indic. prés. Plàit. (Voy. Fabl. mss. du R.
11° 7218. fol. 1.30, V» col. ±)
k\)&\\x{, prêter. Plut. (Voy. ibid. fol. 284, Rocol.2.)
VARIANTES :
ABELIR. Eust. des Ch. Toës. MSS. fol. 39.3, col. 1.
Abuelir. Gace de la Bigne, des Déd. MS. fol, I3S, R".
Abeliser. Borel, Dict.
AiiELLiR. Al. Chart. poës. p. 557, et Glossaire du Roman
de la Rose.
Abiklir. Phil. Mousk. MS. p. 12.
E.MBELiR. Fabl. JIS. de S. Ger. fol. 78, V col. 3.
EMBEr.LiR. Hist. do Du Guesclin, par Ménard, p. 204. —
Froiss. liv. I, p. 56.
Enbelir. Jean de Nueville, Ane. Poët. Fr. MSS. avant
1300, T. IV, p. 1444k - Jean Erars, iûid.T. II, p. 662. - Simon
d Autie, ibid. T. II, p. 686.
Abellé, partie. Qui mène des bêtes.
Il paroît que c'est en ce sens que doit s'entendre
ce mot dans le passage suivant , le seul où nous
l'ayons rencontré : « Tous Sergens doivent être
« crus à leur relation de prise de gens «k' //es qu'ils
« trouvent en dommages es bois, etc. » (Nouv.
(1) tant me plut. - (2) à bas. - (3) je sautai. - (4) là ci:;. - (5) point ne lui plut. - (6) courre vite. - (7) aille. - (8) il oe
plaira davantage. — (9) ne me plait.
AB
- 14 -
AB
Coul. gcn. T. II, p. 601, col. 1.} Peut-èlre faudroit-
il lire abestés ou abettés. (.Voy. Auestk ci-après.)
Ahonevis, subsl. viasc. Espèce de contrat.
(Voy. llii ("ange, Gloss. Lai. au mol Abcncvisum ,
col. 3"7.) Contrat pour jouir tant qu'il plaira, sans
limitation de durée. Ce mot est visiblement foi'mé
du latin Ih'tievis, pris suhslanlivemenl , pour bon
vouloir, bon plaisir ; de-lù >■ à hciicvis, » fi volonté,
selon le bon plaisir; par corruption en un seul
mot Abeimûs. « L'Abcitcvis dure toujours... Ouand
« quel(iu"un, par un temps immémorial, a joui des
o eaux d'un Seigneur, on tient dans le Lionnois
« que le Seigneur est obligé de lui donner. . . un
u aboievis sous une redevance (lui emporte lodset
« ventes, dans le cas des aliénations. Abcncvis,
« dans le Lionnois elles pays voisins, signifie donc
« en généial toute concession qu'un Seigneur fait
« à quelqu'un sous quchiue redevance; mais parti-
« culièrement une concession d'eaux pour faire
« tourner des moulins, ou pour arroser des prez. »
(Laurière Glossaire du Droit fran(;ais au mot Ikncvis,
p. 2j7, note.)
Abcneviser, verbe. Concéder.
On lit dans Lauriére: « lieiwviser, Alieurviser,
•• n'est autre chose (]ue fi.ver, abonier, » (Gloss. du
Itr. l'r. au moUlcncvis. —Voy. I>i;.M;visr.R ci-après ; el
ci-dessus Apenevis.) La signification que nous avons
donnée à ce dernier mol, semble devoir étendre
plus loin que ne fait Laurière, celle du ver])e Abe-
neviser, qui en est formé.
Abonfans, subst. masc. pliir. Arrière-pctit-fils.
De même qu'on a dit Abcive , pour désigner le
degré au-dessus de Vdve ou gi'and-pèrc, le qua-
trième degré en remontant ; de'méme on a dit abeu-
fnus. pour désigner le quatrième degré en descen-
dant, le degré au-dessous des petits-enfans.
« Abeiifaiis, qui est le quart-degré que les Clers
« u\)\>e\\enlabneveux. » (Douteille.'som. liui'. p. ^îCiG.)
Abonfjuc, subsf.
Ce mot, dans le Cambresis, se dit d'un quart de
denier ; c'est la moitié d'une obole, la(iuelle fait la
moitié du denier.
On trouve le mol Abenr/ue dans un titre de l'E-
glise de Cambray, du 20 Mars la-îS, concernant la
levée des impôts sur les boissons, (|ui m'a été com-
muniqué par M. Multe, Doyen de Cambray.
Abonsté, atihst. fem. Terme de Coutumes. Ab-
sence nécessaire ou forcée.
« Observera, el lui enjoignons, el ordonnons
o d'observer le deuxiesme article, ou tiltrc liuic-
« tiesme de la reformation, foucbanl de point con-
<■ céder inhibition au debteur convaincu par ban-
» nissemenl, abcmlé, ou autre conviction dea-luges
« séculiers. » (Coût, du pays de Liège, au Coût, gcn
T. II. p. 07.-.. I « Par vertu de quarte-mandement,
« bannissement et nlienstc exécutée par bannisse-
« ment, on poldra démener les héritages, cens,
« rentes, etc des debteurs convaincus, et
» iceux biens saisir, etc. » jbid. p. 981.)
Aber, siibst. 7uasc. Embouchure d'une rivière.
Mot lîreton. (Voy. Du Cange, Gloss. lai. au mot
Haula, T. 111, col. 1073, et Valois, Notit. Galliarum,
au mot Francopolis. — Voy. aussi l'article Anuri: ci-
dessus.)
Abei'fioiss, subst. masc. Espèce de toupie.
Le Duchat, dans ses notes sur Rabelais, dit que
ce mot désigne une espèce de toupie dont les en-
fans s'amusent en Allemagne. (Hab. T. IV, ^ouv.
Prolog, p. 35.)
Al)oi'bnvre, subst. masc. Embouchure de fleuve.
(IJorel, Dicl.)
Ce mol est visiblement composé d'aher, qu'on
vient de Vdir dans le sens d'embouchure, el de havre,
port; ainsi le mol Aherliavre paroltroil signifier
proprement les embouchures des neuves qui forment
un port.
Abeste, subst. viasc. Amiante.
Pierre qui se réduit en filamens assez souples
pour être lilés, et que le plus grand feu ne sauroit
endommager. (Ménage, Dicl. ubi sujira.) C'est ce
qu'exprime le mot Grec'i/ffCfirrof, Marbodus, en l'al-
térant un peu, en a fait un mol françois.
Abi-slos vient de l,i cuntrée
D'Archade, ù el est trovoe (1) ;
Geste pierre a de fur culur (2), etc.
Marbodus, col. 1663.
VAniANTES :
ABESTE. Marbodus, col. 10C3, art. 33.
Abestos. Marbodus, ubi suprà.
AsHESTE. Ménage, nict. étym. au mot Amiante.
Abesté, atlj. Qui a des bêles, qui est à cheval.
(Cotgr. Dict.)
« il ne vouloit loger que ceux qui csloicnt abcs-
» /c;-, c'est-à-dire que ceux 'lui avoienl des bêtes,
» et non les gens de pied. » .nouchcl Sérées. T, I,
p. 41!). — Voy. AiiKLi.K, ci-dessus.)
Aboster, i^erbe. liendre bêle, abrutir. Duper.
AniiiiiM-, exciter. Attaquer de front.
Le sens propre est rendre bête, abrutir. « Est
« abeslc le bonhomme, el paisl l'herbe, el esltrans-
« figuré eu une bcste sans enchantement, i. (Les 15
Joyes du mar. p. 110.) « Le deussenl-ils garder de
« soy laisser ainsi abesler. » (Ibid. p. 202. — Voy.
AnrsTiM ci-après.)
De là on s'est servi de ce mot pour profiter de la
bêtise de (juclqu'un. le duper.
Celles prannent sans rendre qui les musar?. abcstent.
Chasllc Slusarl, MS. de S. G. fol. 105, R* col. 3.
(!'> OÙ elle so trouve. — (2) couleur
AB
— ir. —
AB
Bien guilc (1) la Dame et ahete
Son Seignor qui tant s'en espert.
Fal.l. MS. de S. G. fol. 123, U" col. 1.
Dans le sens d'animer, exciter, ce mot siRnilio
proprement opposer' deux bêtes, deux animaux l'un
a l'autre. On disoit au Jiguré: « Pour ce (juc vous
•' abbetasti's et i)rocurastes discorde entre notre
« Seijineur le l!oy et la Heine et les altres du
« Réaime. ■> (Du Cange, (Jloss. Lat. citât, au mot
Abbetator.)
De là, la sij!:nification iVabi'lcr, pour allaquer de
front, faire tète. " Il leur tourna l'f'cu veis
« le visage aussi fièrement (|ue fait le porc-saiii;ler
« aux chiens quant ils sont «/^(7t''s. >> (Percef. Vol. I,
fol. 12.-., V", col. 1.)
On a dit par extension s'abcttcr, \wuv&alicurtc'r,
s'attacher sans démordre.
Trop est folz qui à eux s'abelte.
Ilist. des 3 Maries
, MS. p. 330.
VARI.\NTES :
ABESTER. Les quinze .Toyes du mariage, p. 202.
Ahbeteh. Du Cange, Gloss. Lat. au mot AbbeUUor.
AiiETKli. l'abl. MS. de S. G. foL 38i.
.\BETTEH. Hist. des Tfois Maries, en vers, MS. p. 330.
Abestir, verbe. Rendre héte, abrutir.
(Voy. AuESTER ci-dessus.)
.... plusieurs sont,
Quand femmes ont,
Mal s'en chevissent ;
Et grant mal font,
Quand se forfont,
Et s'abestisscnt :
Tant les chérissent,
Et obéissent,
Que de liberté le défont,
Dlason des faulces amours, col. 259.
VAUI.i.NTES :
ABESTIR. Sag. de Charron, p. 132. - Crétin, p. 133.
Abestier. Froiss. Poës. MSS. p. 339, col. 1.
Abetib, d'où le participe Aheli pour Hébété, dans Martin
Franc.
Abet, subst. masc. Espèce de sapin.
En latin abies. Il y a au pays de Foix , sur les
monts Pyrénées, un ancien sapin qu'on appelle l'.l-
bet coroncit ; c'esl-i\-d\re sapin couronné, en mé-
moire de ce qu'on tient qu'autrefois trois Rois dînè-
rent dessous. [Borel, Dict. au mot Sap. p. 405, et
Ménage, Dict. étym.)
Abete, subst. fem. Insligalion.
Du Cange l'explique en ce sens dans ce passage :
« Ont faits que nostre Seigniour le Roy sans assent
« du Royaume ou deserte'd'eux , lour ad doné par
« \onr abete, moult diverses Seignouries, etc. »
(Gloss. Lat. au mot Abettum, col. 38.) Ce mot, qu'on
a fait venir du Saxon , ne seroit-il pas le même
qn'Abet, ruse, ci-après sous Auetii, formé d'A/^esfer.''
Abeth, subst. masc. Action d'attendre. Action
de uuclLcr. Ruse, lVi|ionnerie. Erreur, mécompte.
Proprement ce mol au premier sens signifie l'ac-
tion de béer, d'attendre en béant , par extension,
relard, délai.
Kt puis me dit, por abel (2)
Que je feissc sur ce bulfct.
Fal,l. MS. du H
015, T. I, fol. 120, R- col. 1.
Or entendez un petitet
Xi ferait mie grant abct (.3).
Kabl. MS. du R. i
"218, fol. 230. V- col. 1.
De 1:1, pour l'aclion d'attendre en observaiil, l'ac-
tion de guetter, on lit en ce sens :
Or Koiez demain en .Ahâ
As fenestres de celé tor.
Alex, et Arist. MS. de S. G. fol. 72, V> col. 3.
WAbcter, duper, tromper, on a pu {Yiveabet poiii'
ruse, artifice, friponnerie. (Voy. Adester et Akete ci-
dessus.)
Si te va pendre à un gibet
Tu ne sex rien fors que d'ubct
Fahl. MS. du R. n° -218, fol. 215, R- col. 1.
C'est peut-être en ce sens que pour désigner (eut
ce qui peut servir à tendre des pièges aux aniin.ux
et à les prendre, on s'est servi de l'expression d'ar-
mes de maint abet .
De Vénerie, i a oustill.
Le quenivet (4) et le fuisill,
Et h tondras (.ô) et li galet (G)
Et moult arme de main abet.
Parlcn. de Blois, MS. de S. G. fol. 143, R- col. 1.
Enfin pour erreur, mécompte, comme dans ces
vers :
estoit enchainte
La douce Vierge digne et sainte,
Desquiex troiz moiz dit sans abellt
Quant je parlay d'Elizabeth ;
.\insi devoit la Vierge tendre
Pour enfanter six mois attendre.
Hist. de» 3 Maries, en vers, MS. p. 82.
VARIANTES :
ABETH. Hist. des trois Maries, en vers. MS. p. 82.
AuÉ. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n° 1190, fol. 148, R".
Abet. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 215, R» col. 1.
Abetere, adj. Sot, hébété.
Mouskes, parlant de Charles le Chauve, dit en ce
sens :
D'une feme, ki fu gentius,
Avoit uns fil ki fu soutius (7) ;
Loeys li Baubes ot non (8) ;
Et faciès k'il ot cest sornon (9);
Pour cou k'il estoit baubetere (10) ;
Mais il n'iert fos (.11), ne abetere.
Ph. Mouskes, MS. p. 328.
ABETERE. Phil. ilouskes, p. 328.
Abetiere. g. Guiart, MS. fol. 16, R».
(1) trompe. — (2) comme en attendant. — (3) retard, délai. — (4) quenivet, canivet, diminutif de canif. — (5) amadou.
— (6) pierre à fusil, caillou. — (7) subtil, fin. — (.8) bègue. — (9) eut ce surnom. — (10) balbutiant. — (11) n'étoit fol.
AB
— ic —
AB
Abovoter, verbe. Instruire, prévenir.
Il semble que ce soit la sifrnilication de ce mot
dans le passaj:e suivant, où il s'ag;it d'une femme
qui ayant mangé des perdrix, veut faire croire à son
mari "qu'elles ont été mangées par le cliat.
Puis va en mi la rue ester (1),
Por son mari adi'vi'lcr;
Et quant ele ne'l voit venir,
La langue li prist à frémir.
Sus la pertris (i) qu'ele et lessié.
Fabl. MS. du R, n- 7218, fol. Jffil, V col. I.
(Voy. ci-après la cinquième acception d'Abevrcr.)
Ahevrer, verbe. Faire boiie. Boire. Désaltérer.
Imbiber. Pénétrer. Instruire. Arroser.
Le premier sens est le sens propre : « Li gué pour
« les bestes abejuvrer ». (Beauman. Coût, de Beau-
voisis. p. l'i.").;
On employoil ce mot comme verbe neutre dans
la signilicalion de boire.
Le poulain au Bachelcr.
Fi à sa fontaine aOevror.
Kahl. MS. de S. G., p. 198.
11 esl actif dans le sens de désaltérer. « Serons
« tuil enyvreit de l'abondance de la maison de Deu,
« et si serons ahovereit del mit (3) de son deleil-
deleetum. « (Saint-Bern. Serm. fr. mss. p. 230.)
On a dit au même sens : « l'or abovrer noire
.. soif ». Id. ibid. p. 130.)
Pour imbiber, au figuré pénétrer. Celte acception,
ainsi que la précédente, est une extension des deux
premières.
Je sui de grand ducil ubivfé.
Gcr. de Rouss. MS. p. i3.
De là Celle d'instruire ; instruire quebiu'un, l'im-
biber en queliiue sorte d'une opinion, d'une nou-
velle, etc. On a dit des Pbilosopbcs : « Si en trou-
« verez-vouspeu (jui n'aycnt estért/))ï';n'6'de folie ».
(Débat de folie el d'amour, fol. m, Y"). « Le diable
« ayant été abreuve des grosses noises et questions
c que faisoieut journellement des maris contre leurs
<r femmes, délibéra de se marier ». (Nuits de Stra-
par. T. I, p. 145.) « Je connois un Gentilhomme et
« Seigneur, leciuel voulant abreuver le inonde qu'il
<r esloit devenu amoureux, etc. » Brant. Dam. Gai.
T. I, p. ITiO. —Voy. ci-devant Aiif,vi:ti;r pris en ce sens.)
Knfin, d'abreuver, faire boire, imbiber, ce mot a
signifié arroser; au figuré donner à tous tour à
tour, comme l'on donne l'eau aux plantes. On dit
encore en ce sens, arroser, en termes de jeu. « Il
« arriva des gens sur moy qui le me le vouloient
« tuer, lesquels je «/;!/r?'fly tous » ; c'est-iVdire, « je
' leur donnai à tous de l'argent ». (Le .louvencel,
fol. (>7, H.) C'est dans ce même sens qu'on a dit
aussi d'une succession, « si telle succession advient,
« tous les membres en sont abbreuve::,; ils la pa:-
« lagenl tous ». (Nouv. Coût. gén. T. 11, p.,").")!».)
On di.soit iiroveriiialement : « Fol est qui se met
c en emiuesle; car le plus souvent ([ui mieux
« abreuve, mieux preuve ». (Instit. coût. deLovsel,
T. H. p. -238.)
COXJUG.
.\boverrat, ind. futur. Abreuvera. (Vov. S. Bern.
Serm. fr. .mss. p. 128.)
VARIANTF.S :
AIîEVrtER. Fabl. MS. de S. G. p. t9><.
AimnEVEU. Oudin, Dict. et Curiosit. fr.
AnniiKUVEU. OrthoR. snbsist. Cotgr. et Oudin, Dict.
AnnRi'VEn. Ph. de Mézières, Son^e du Vieux Pèlerin.
AMEjrvuER. lîeauman. Coût, de Beauvoisis, p. 125.
AHivuER. Ger. de Rouss. MS. p. 43.
Aboivrer. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 9,"), R» col. 2.
AiîOVEKER. S. Bern. Serm. Ir. .MSS. p. 2.16.
AiiOVREii. S. Bern. Serm. fr. MSS. p 130.
Abrkcvkh. Ger. de Rouss. MS. p. Ki.
Abrcveh. Ph. de Mézières, Songe du Vieux Pèlerin.
Auuvueu. Froiss. Poës. MSS. p. '287, col. 1.
Abevnicment, susbt. masc. Abbrenvement.
L'action d'abbreuver. « Xercès assembla si grans
« barnaiges (4) que \)i\rVAbevruement deses'cbe-
« vaux, s'asseicherent les fleuves ». (-\1. Cliarl. de
l'Espérance, p. 3(34.)
Abliori'oinent, xulisit. mase. Horreur.
M II n'y a rien ([ui pousse la personne tant à la
« vertu que l'honneur, et Yabborrement du vice ».
^Brant. Cap. fr. T. I, p. 32.) On lit « Abhorissement
« du vice » dans Du Verdier. (Bibliotb. p. .")0.)
.\!;II0RREME\T. Brant. Cap. fr.T. I, p. :t2.
.ViiiioiiKissEMENT. Du Verdicr, liiblioth. p. 56.
Abbori'ir, verbe. Abhorrer.
J'abliorissois les faveurs d'une amie.
Poisi de Lots le Caron, fol. 21, R'.
Abjertomonl, adv. Bassement.
(Voy. Oudin, Dict.)
Al)ienn(Mirs, subst. mase. plur. Séquestres.
On nomme ainsi enBretague « les Commissaires,
les séquestres, ou les dépositaires d'un fonds
saisi ». (Laur. Gloss. du Dr. fr.)
AlilEX.NErRS. Laur. Gl. du Dr. fr.
AluANNEiiis. Id. ibid.
Abier, sub&t. masc. Faucon gentil.
(Voy. Oudin et Cotgr. Dict.)
Abjet, subsl. 7nasc.
Ce mol, ((ui n'est peut-être qu'une corruption du
mol nbjel, el une simple faute d'orlbograiibe, peut
s'entendre dans le sens d'incident en ce passage :
Ainsi doncques, a par moy, eslimoye
Contre accident qui souvent nous envoyé
Par ung abjcl merveilleux, et segret.
Heur et malheur, destrempé de regret.
Chas&c et Départie d'amour, p. 15, col. i.
— (1) se tenir. — (2) perdrix. - (3) torrent, ruisseau. - (4) armées.
AB
47 —
AB
Al>in:iiif, anhst. masc. Tilrc de difriiiU'.
hilAiiitc clicz les Sarrasins : du moins trouvons-
nous (iii'il esl fait mention de r.l/^/.'/'(«/ de Hamas
dans le Itoman de liaudoin, fol. 55, H .
Abir, siihat. 7nasc. Jugement, sens, esprit.
.... Vous avar tant ti'abir,
Et de curteisie :
Bien saurés lors miaus coisir.
Ane. Vui-l Vr. MSS. avant 1300, T. U, p. 903.
Alhir a eu la même sis'niliealion dans le patois
ProveiH'^l.
VAIUANTKS :
ABIR. .\nc. PoiH. Fr. MSS, avant liSOO, T. II, p. 903.
Albik. Mot de l'ancien Provençal.
Abir, verbe. Songer, rêver.
Dans une pièce françoise, entre-mêlée de Pro-
vençal, on lit les vers suivans :
Da ! sabias (1) com suspir. et abir
Et con fai coulour pâlir, etc.
Ane. Pool. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1230.
Abistrado.
On appeloit logis de r.U)?s/?-rtf/c, une maison située
derrière Tancien Hôtel de Hourt^ogne, à Paris. (Fa-
vin. Tliéat. d'Iionn, p. 71',).)
Ce mot ou ce nom, pourroit avoir quelque rap-
port avec le « novel liu Noslre-Dame ;\ Leisbistade,»
dans le Testament du Comte de Guines, en 1284.
(Voy. Du Cliesne, Cén. de Guines, Pr. p. 284.)
Abitomont, subst. mnse. Habitation, demeure.
(Voy. Hahitaclf. et Haiutage ci-après.)
Pour tous les Crétiens destruire,
Qui avoient abitcment
Entre Mongieu, vers Occident.
Rom. du Brut. MS. fol. M, R° col. 2.
Abjuracion, subst. [cm. Abjuration.
Chez les .Vnglois, l'abjuration étoitun serment par
lequel les criminels qui s'étoient réfugiés dans une
Eglise ou dans un Cimetière, pour mettre leur vie
en sûreté, s"obligeoient ù se bannir du Royaume,
pour se soustraire ;"! la rigueur de la Loi (Du Cange,
Gloss. Lat. au mot.4/vHrrt//o,col.44. — Yov.Britlon,
des Loix d'Angl. au Cliap. De Abjuracious. fol.
24, V°.)
Abjuroinent, subst. viasc. Alijuratioii.
(Voy. Oudin, Dict.)
Abladene, subst.
Ce mol en général signifie un pays fertile en blé.
La ville d'Amiens a porté ce nom, suivant le
Roman (rAbladene, composé vers 12."'>(l, par Richard
de Fournival. et souvent cité par Du Cange, sous
l'orthographe d'Aliladane. Pierre Grognet," faisant
parler la ville d'Amiens, a dit depuis :
Premièrement je fus dicte AbJadeiie,
Pour les beaux blez et boys comme en Dardaine.
Un peu après a éU; dicté Some (1)
Pour la rai.«ou do la belle eau de Some,
l^uis S' l'irmin te mit non Amiens;
Quant fut martyr, dit : je m'en vois à miens.
VARIANTKS :
Ani>.\DENE.
AllLADANK.
Ablaier, verbe. F.mblaver, ensemencer.
(Voy. Du Cange, (iloss. Lat. uldsuprà. — Cotgr.
Dict.)' « Terres Ablavées », terres ensemencées.
(Coul. gén. T. I, p. 008).
VARIANTES :
.Mil.AIEU. Du Cange, Gloss. Lat. au moi Abladiare.
Adlaver. Coût. gén. T. I, p. 608.
Ablais, subst. mnsc. plur. lilés, grains.
l'ruprement les fruits de la terre emblavée. (Voy.
ci-devant le verbe « Ai;i.aikr » pris dans le sens
d'ensemencer.) Lainière, Gloss. du Dr. fr. au mot
Ablais, appelle Ablaijs les blés coupés qui sont
encore sur le champ ; et dans le Coût. gén. on trouve
Ablays C7'oissans, pour les blés qui sont encore sur
pied. Les passages suivans justilient cette distinction:
« Celui i|ui [lossède terre, ou In'ritages chargez de
« droict de terrage, ou champar, est tenu, avant
« que transporter hors du champ les ablaijs, appel-
ce 1er celuy auquel est deu le dit droict ». (Coût,
gén. T. I, p. 012.) « Celuy ([ui à garde faite, fait
« pasturer ses besles en ablays crnissans. eschel
« en soixante solsparisis d'amende ». (Ibid.)
ABLAIS. Laur. Gloss. du Dr. fr. - Cotgr. et Oud. Dict.
au mot Ablay.
Ablays. Coût. gén. T. I, p. 880, etc.
.\BLiEZ. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Rer/alia.
Ablation, subst. fem. Enlèvement.
Du lalin Aufcrve. au supin.lW«i»??!.(Vov. Oudin,
Dict.)
Able, aclj. Habile, capable.
Ce mot qui, en Anglois. se dit encore au même
sens, paroît être une contraction de l'orthographe
abile. (Voy. Hadii.e ci-après.) « 11 n'est mie able a hé-
« ritage demander. » (Diitton, des Loix d'Angl. fol.
107, V'.)
Et selonc ce que tu poes te fait able,
S'auront pité Dame et Amours de ti.
Froiss. Poës. MSS, p. 328, col 1.
(Voy. Anadle et Avable ci-dessous.)
Ablegic. adj. au fem.
Ce mot dans les vers suivans, semble une faute
pour oblegie, obligée , au figuré : stricte, exacte.
(Voy. Or.LEGER ci-après.)
Ici bonne foi et criance
A, contre foie mescreance. . .
Et persévérance ableijie
Encontre foie legerie"(3).
Ph. Mousk. MS. p. 133.
(1) sachez. - (2) Samarobriva. - (3) légèreté.
AB
— 18 -
AB
Ablorot, suhst. masc. Sorte de filet.
I Vov. Coi'^v. et Oiitlin, Dict.}
« C'est uii filet quarré attaché au bout d'un bà-
« ton. pour itèchcr des ahles, ou petits poissons. •>
(Laur. r.loss. du Droit fr. — Yoy. Ordon. desHois de
Fr. T. Il, p. 11 ; et Coût, de .Menetou-sur-Clier, au
Coût. géu. T. II. p. 279.)
VARIANTES :
ABLERET. Oudin, Dict.
Ableues. (Plur.) Ord. T. II, p. 11.
Ablocqs, suhst. masc. plur. Sorte de murs.
Ce sont des « parpaiiis, ou murs de pierre, ou de
« britiue, élevez de deux pieds ou environ, sur les-
« quels on dresse des solives, pour bâtir des maisons
« de bois. Les édifices qui sont ainsi construits.
« sont appelez abloquieji ». (Voy. Laur. Gloss. du
Droit frani^'ais.j
VARIANTES :
ABLOCQS. CÔut. gén. T. II. p. 881.
Abloqs. Laur. Gloss. du Dr. fr.
Abloquié, adj. Bâti en maçonnerie. Donné en
emphyléose ou en censive.
Le premier sens se trouve dans le Coût. gén.
T. I, p. 610. « Le tenancier cùlicr ne peut, sans le
« conseutenicul de son Scii^neur, desmolir auscuns
« éd'iiiœs ail luqulr^ et solivez, e.stanscn l'héritage
« par lui tenu en roture, etc. » Abloquié, pris en ce
sens, vient évidemment du mot Alilocs, que nous
venons de citer, avec la signification de murs de
.pierre ou de hritiue.
Cotgr. explique édifices a[)/ofy»/(':;; édifices badles
par le Seigneur direct en empliylhéose et censive.
Abncpvou, subsl. musc. Arriére-pelit-fils.
On trouve ce mot dans Bouteiller, qui l'explique
assez obscurément, « le quint degré en montant, si
« est le quart ayeul et la (luarle ayeuUe; et en ava-
« lant, sont les enfans des enfans aux enfans, à
« Yabuepvcu et à Vabnu'pce ; c'est-à-dire les enfans
« des enl'ans aux enfans. » (Bouteill. Som. Rur. p.
468. — Voy. Ibid. p. 460.)
Abnicpce, subst. fém. Arrière-pctite-fille.
Bouteill. Som. Rur. p. 468. (Voy. le passage rap-
porté à l'article précédent.)
Abolissciii-, subst. masc. Celui qui abolit.
(Voy. Muuet et Oudin, Dict.)
Abolitoire, adj. Qui abolit.
On a dit dans un sens moral et figuré : « Il est
« deux manières de satisfaction, l'une est «/;o/i/oirt'
€ de coulpe, et de peine éternelle redevable îi la
« coulpe. » iCartlieny, Voyage du Chevalier Errant,
fol. 97, R°.)
Aboi II, partie, .\boli.
C'est le sens propre. Au figure ce mol signifioil
pardonné, comme dans ce vers :
De luy soient mes péchez aboluz.
Villon, p. 45.
En efîet, pardonner une faute, c'est en abolir la
peine.
Ab<)iuiiiabb>, adj. Hideux. Sale, dégoûtant.
Ce mol. (lui sulisisie sous celte orthographe, se
disoit aulrelViis de tout ce qui inspire de l'aversion,
comme la laideur, la mal-|iropreté, elc.
De lu, abominable, pour hideux, atïreux.
Fu noz un pauvre homs, qu'csloit paralilique,
Pi merveilleusement estoit espouvantable,
iju'à tous qui le veoient estoit abominable.
Gcr. do Rouss. MS. p. 503.
Pour sale, dégoûtant, malpropre, dans cet autre
passage: le Poêle pour expi'imer le mépris auquel
Berllie, femme de Gérard, éloit exposée dans le Cou-
vent de r.eligieuses où elle étoit, dit :
Elle estoit si horrible et si al>lio)in»nble
Jamais ne la laissoient asseoir à leur table.
Ibid. p. "9.
L'élymologie de ce mot, la même que celle ù'aho-
??n"/)t'r ci-après, donnera l'idée de sa viaie significa-
tion.
VARIANTES :
AP.OMIX.\i;i.E. Orthog. subsist.
Ai;iki.\iiNAi)i,E. Saintrê, p. 124. — Crétin, p. 126.
Abominer, verbe. Abhorrer, avoir horreur.
Maudire.
Ce mot, formé du Latin aboniiiiari , comme qui
diroit abomine rcjieere , signifie proprement avoir
en aversion une chose funeste , la rejeter comme
étant de mauvais augure. De là l'accepiion générale
d'ahhorrei'. « 11 kmi aliominer les ])arolles tyran-
«; ni(iues et barharos (lui dispensent les Souverains
« de toutes loix, raison, équité, obligation. )> (Sagesse
de Chairon, p. 397.)
On disoit au même sens s' abhominer d'un crime,
pour en avoir horreur. (Eust. des Ch. Poës. mss. fol.
477, liv. 111.)
Par extension de l'idée de la cause à l'elTet,
abominer a signifié maudire, « Coradins le Roy de
« Jérusalem..!., abominait et avoit en despit mult
« sexe de famé. » (Contin. de G. de Tyr, Marlene, T.
V, col 7.'î'i.: « Bénir la mémoire de Trajan et«/w?«i-
« ner celle de >«éron. » (Essais de Montaigne, T. il,
p. .-)i7.)
VARIANTES :
ABOMINER. Monet, Dict. - Gloss. do Marot.
AiiiioMiNER. Eust. des Ch. Poës. MSS, fol. 477, col. 3.
Al»oiulaltle, adj. AhondanL
Oiii\hu\[ ahuiidalile de biens, pour « abondant en
biens, » cuiiime dans ces vers :
Le lieu est gras et dru et bons et deliclable,
Et ly air attrempé de tous biens aboitdahle.
Gcr. de Rouss. MS. p. 17.
(Voyez AiuiNDANT et Abonder, ci-après.)
Alioiulanco, sulist. fém. Augmentation, sur-
croit. Terme de Barreau.
L'idée d'abondance renferme celle d'augmenta-
tion : ainsi, on a pu dire au premier seius, en par-
lant d'un géant qui avoit quatre bras et quatre
AB
19 —
AH
janil»es, qu'il avoil quatre membres de (tliondancc.
(Percer, vol IV, loi. 1(1. H", col. 1.)
C'est la nuMiie significalion dans ce passage: « l.e
« Duc (le liourgongiie et le Duc AuberldeDavière....
« avoicnl en la elle deCanibray marié leiuseiifaus,
« cliacuH (ils cl lille, au(iuel inana;;e le jeune lioy
« tie l'rauce l'ul el viiU de grande almnilancc ; »
c'est-à-dire ([ue sa présence aus'nienla de beaucoup
la poinpe et la magnificence de la fêle. (Fi'Oissarl,
liv. II, p. 28.-..)
Comme les frais d'une acquisition soni uiu; aui;-
mcntation au prix principal de la vente , dans l'an-
cien langage du Rarreau, on entendoit par abon-
dances, les frais de contrat, de prise de possession.
« Si l'acquercnr a misou faitmeltre plusgi'and pris
« à sou c(iulrat(|ue la cbose ne lui a cousié, elseni-
c: blableuu'Ut déclare plus grande abondance qu'il
« n'y a, le lignager ne les payera pas. » (Coût. gêné.
T. Il, p. 93.) « S'il est trouvé et prouvé ([ue l'acque-
c reur ait mis ou fait mettre en .son contrat plus
« grand pris que la cbose n'a cousté, il fait amende
« arbitraire.... et aiissy s'il a mis en &c& abonda)i-
c ces, cousts et mises, plus grandes clioses ([u'il ne
c doit, il en fera amende. » (Ibid. p. 9i.)
De ]h l'expression meltre à nJionilance un acliat,
pour augmenter av(!c fraude la somme lant du i)rix
principal (jue des frais d'une acquisition, atin de
l'aire payer au retrayant un béritage plus cber
qu'on ne l'a acheté. (Voy. Coût. gén. T. II, p. 13.
Et le verbe Abonder ci-après.)
On dit encore « A'aiiondance de cœur la boucbe
parle; » expression proverbiale qui se trouve dans
Crétin, p. 19(1. C'est la traduction de ces mots de
l'Evangile : Ex abundantia enim cordis os loquitur.
(Luc. G, 45.)
V.\RI.\NTES :
ABONDANCE. Ortli. subsist.
Habondance. .loiiiv. p. 25. — Saintré, p. 33.
Habundance. Ord. T. I, p. 607, col. 2. - Faifeu, p. 109.
Abondant, adj.
Ce mol subsiste sous la première orthographe
dans le sens (\'aho)idahle ci-dessus. On l'euiplovoit
autrefois comme adverbe avec la préposition dé. et
l'on écrivoit d'ahoiida)il\ en latin ex abondanli (Du
Cange, «/ii supra), pour de plus, outre cela, comme
dans ce passage, « à une mesme heure avons re-
« trouvé nostre filz si longuement perdu, et avec
« luy (\'(ihi)itda)U une belle lille. » (.1. Le Maire,
Illuslr. des (laules, liv. I, p. liS.) D'abondant étoit
déjà vieilli du temps de Vaugelas.
VARIANTES :
ABONDANT. Orthog. subsist.
AncN'DANT. Du Gange, Glosa. Lat. aux mots ce Abun-
danti. T. I, col 68.
H.\BUNDANT. L'Amant resusc. p. 108.
Abondenement, subst. musc. Abondance.
C'est le sens que paroit oiïrir ce mot dans les
vers suivans :
Girart prist à trembler com si fut mis en glace.
Kt se prist ù ploior si Irùs-améroment.
Que nuls ne pourroit dire voir l'ahonUenement.
Gcr. de Ruu». US. p. 184.
(Voy. AnoNDEit ci-après.)
Abonder, verbe. Enfler, exagérer. Affluer, venir
en foule, liasseniblei' en foule.
On pourroit, en remontant à l'origine de ce mot,
faire naître l'idée de la signification propre, d'abon-
(lable, abondance et abondenemenl ci-dessus.. 4 />o?i-
dcv vient du laliii abandare. foriui; lui-même de
nnda, el qui .se dit propi'emenl d'une rivière qui
déborde el s'é|)ancbe hors de ses bornes, lorsqu'elle
est enflée ou grossie par l'aflluence des eaux qui
viennent de la fonte des neiges, par les pluies, etc.
De là racce|>ti()n lignrcM; d'abonder em|)loyé dans
un sens actif, pour cullcr, exagérer, comme l'on dit
aujourd'hui enfler la dépense. Autrefois, en fait de
retrait ; « abonder plus grande somme, c'étoit faire
« paroitre avec fraude au itai'ent lignager qui retire
« un héritage, »|u'on a payé cet héritage plus cher
« qu'on ne l'a cll'cctivemeùl acheté. » Laur. Gloss.
du Dr. fr.) « Si aucun aciiuerenr en faisant la con-
« noissance du retrait au lignagr, abonde plus
a. grande somme de deniers jiour le sort principal,
« (ju'il n'en a payez il restituera au... retrayeur
« les deniers qu'il avoit trop abonder. « (Coût. gén.
T. 11, p. 13. — Voy. Aiio.NDA.NCE ci-dessus.)
Pour « affluer, venir en foule «. On disoit figuré-
ment ; « là abondil l'avant-garde, les bannières et
« les estendars : si furent les (landois rompus et mis
» en fuite. '> (Mém. dOl. de la Marche, liv. !«'.
p. -iOl.) Alors ce verbe est neutre.
On peut expliquer habonder au même sens dans
les vers qui suivent, puisque " se rassembler « est
une extension naturelle daflluer, venir en foule.
Quant loing me vy des doulx acointemens
De celle en qui toute vertu liahande,
.Jeune, gentil, belle, plaine de sens,
Je croy de moy n'a plus belle en ce monde.
Eust. desCh. Pocs. MSS. fol. 155, col. 1.
Pris dans une signification active, et cependant
toujours la même, abonder a signifié rassembler en
foule.
En quy se va loger, ime tour y fonda
En quy de toutes pars ses gens y abonda.
Ger. do Rouss. MS. p. 54.
C'est le même sens dans ce vers :
. . . maint mal norrist et abonde.
Falil. lis. du U. n" 7i!18, fol. 255, R» col. 2.
De là, on a dit abondv^ « a deux ou trois des privez »
pour «rassemblé, renfermé avec deux ou trois amis, »
en parlant d'un Ministre qui flattoit son maître
lorsqu'il étoit présent, et le déehiroit en son ab-
sence.
.... quant il est d'illuec partiz,
Et priveeraent obundiz.
A II ou m des privez,
Là ert ses Sires sers clamez (I) ,
Là mesdisoit et lesdengeoit (2).
Parlen. de Blois, MS. de S. Ger. fol. 165, V" col. 3.
(1) Là estoit son Seigneur appelle vilain ou serf. - (2) Injurioit.
AB
•20 —
AB
S'abomkr à servir Pieu, c'est se livrer abondam-
ment, cest-à-dire entièrement à son service, l'a de
nos anciens Poêles s'adresse ainsi à la S" Vierge :
Proiez ton dous chier Fil qu'il me face si monde,
Que des ore en avant à luy servir jn'ahondc.
Fabl. MS. du II. n- "îtS, fol. J-J, V* col. 2.
CO.NJIG.
.46oHS/, subj. Abonde. En lalinrt;(!/)if/('^ (S'Hcrn.
Serai, f. Mss. p. 8i.)
VAIil.VNTKS :
ABONDER. Orthog. subsist.
AnoNDiu. Ane. Poiis. fr. -MS. du Vat. n». 1490, fol. 50, R".
colonne 2.
H.\noNDKU. Coquillart, p. 15. — Crétin, pp. IS, 30 et 253.
— Molinet. p. 150.
H.\BCNDKH, d'où Ihibwidant ci-dessus. L'amant ressuscité
page 108.
Abonnafjo, nuhst. masc. Sorte de convention.
Droit dabûiincment.
Ce mol formé de bonne ou borne , de même que
bonnage, bornage ci-après, terme collectif de bornes,
liiiiilos, sii;nilie proprement «apposition de bornes,
« aboriieiiienl. ■■ Par extension l'on a dit abonnage,
pour désijiner une sorle de convention par hKiuelle
un Seij;iieur féodal borne ou lixe à une certaine
redevance la jouissance d'un droit de pàlurai^e, etc.
ou ralTrancbissement de quelques devoirs. >> Nul
« sans droit ou abonage ne peut faire pasturer l)es-
<' tes en la Seii^neurie de Meun. » (La Thaumass.
Coût, de Berry," p. 388.) " Serfs ou Serfves abonnes,
« sont et demeurent quilles de la taille serfve, à
« volonté raisonnable seulement ; ou de ladicte
« taille serfve, bian et charroy ensemblement; ou
« de la geline de couslume aussi, selon que plus ou
« moins il est accordé entre le Seigneur et le serf
« par le titre et instrument d'abonnage. » (Id. ibid.
page IG'i.)
C'est aussi l'acte par leiiuel un vassal aliène ses
renies et devoirs liommagés, ou se borne à un de-
voir pour lui tenir lieu de l'hommage. (Voy. Lau.
Gloss. du Dr. fi'. et le mot Aiion.nk.ment ci-dessous.)
De là, ce mot a si?'iiifu''lc droit méme(|ui se payoit
en vertu d'un abonnage ou abdiiiiemenl. Sully, fai-
sant l'état sommaire do tous les droits et redevan-
ces dont étoient composés de son temps les revenus
du Royaume, parle des « droits de voirie , foiia-
« ges.... quaiages, boiiades, vinages, abonnages,
« jaugeages, marijucs de cuirs, etc. » (Mém. T. X,
p. 228.) l!a place ([u'occupe ce mot dans le passage
que nous citons, entic vinage et jaugeage, indique
assez ([ue ce n'est pas le même que Donnagi; ci-
après.
vAniAXTKs :
ABONNAGE. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 162.
Abonagk. Id. ibid. p. 3.SX.
Abornac.e. Colgr. I)ict.
Abouhnage. Laur. Gloss. du Dr. fr. — Du Cange, Gloss.
Lat. au mot Abonmjinm.
.Vbonné , participe. Dornc, limité. Evalué.
Abonné. Taxé, accusé.
Le premier sens est le sens propre que ce mot
conserve sous l'orthographe aborné : mais on ne
diroil plus comme dans ces vers :
Mes IIucs Chapet cndcraentres (1)
(,)ui d'Orliens tint la Duchoe,
Fist tant, qui que l'eust voe (2),
Qu'il fu du Règne couronnez
Où son pais iert (3) ahoriiez.
G. Guiarl, MS. fol. 117, R'.
De lù, pour évalué, limité, borné à un certain
prix; ainsi l'on disoit : « Loyaux aydes abonne::,. »
(Coul. de Tours, art. Kl.) Droit abbonni. iCout. de
la Hoch. art. A.) ï)e\o'\vs> abonnis. (Coût, de Poitou,
art. 31, itiG, 18'J.) Roucinsde service a/>OH«ci. (Coût,
de Tours, art. y."), !)0, etc.) Uueste abonnée. (Coût,
de Bourb. art. 319.) Aulieinent « taille abonnée à la
« dill'érence de celle qui s'impose à la volonté du
" Seigneur sur ses hommes et sujets. (]ui s'appelle
" (juesle-courant en la Coutume de la Marche. »
(Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.)
On a ensuite étendu la signification d'abonné, au
vassal dont les devoirs éloient bornés et limités,
d'accord avec le Seigneur, au payement d'une rede-
vance fixe et certaine. De \h , « homme et femme
« serfs abonnez-: Jlusniers abonner. <> (Laur. Gloss.
du Dr. fr.)
On employoit quelquefois ce mot comme substan-
tif: •' Les, abonnez... sont ceux (jui par une longue
" prescription et laps de temps, ou par des contrats,
« se sont aborncz avec leurs Seigneurs à certaines
» tailles annuelles. » (Pasq. Rcch, liv. IV. p. 333.)
Cet Auteur ajoute « Si j'en eslois creu, ou les appel-
•' leroit aborncz, non abonnez. " (Id. ibid. — Voy.
Sous-AuoNNER ci-après.)
Nous li-sons dans les Coutumes locales de Berry
et de Lorris. ([ue « outre les serfs et affranchis au-
" tiemcnl bourgeois, il y aune tierce espèce d'honi-
« mes... qu'on appelle hommes abonnés, lesquels
<i ne sont bourgeois ny alïrancbis ; aussi ne sont-ils
« serfs laillable's à volonté raisonnaljlc , pour être
« sujets à payer la taille serve par chacun an. mais
« sont néanmoins serfs rt/;o«m''s, et niorlaillables,
" et s'apiiellent «//o«))es ; parce que les droits an-
« nuels de la taille leur ont été abonnés, taxés et
>' limités à certaines redevances annuelles, etc. »
(La Thaumass. Coût, de Berry, p. 17.").)
Ces serfs abonnés, sont probablement les mêmes
que ceuxiiu'on appeloil gens de condition rttosm^s,
dans la Coutume de Nevers. (Voy. AnosMi; ci-après.)
Enfin être rt//f>"/ic', en termes de fief, c'est être
/rt.i't; à payer une certaine redevance. Delà, on a
dit par extension abo)iné pour taxé, accusé ; abonné
de mort traitreuse, pour « accusé de trahison ()ui
« mérite la mort. »
Li (|uens de Hollande et son (ilz
De mort traitreuse abnnufz,
Furent cel an emprisonnez
D'un Chevalier qui les haï.
G. Guiarl, MS. fol. 232, R'.
(1) in dum inlmns, inlcrdum. — (2) défendue, empêchée. - (3) étoit.'
AB
— 'il —
AB
VAIUAXTKS :
ABONNÉ. I.aur. C.loss. du Iir. fr.
Abbonni';. l'asq. llech. liv. IV, p. :iT3.
Aboni. Du Canpe, (Uoss. Lat. au mot Ahonnuti, col. 50.
Abonni. Laur. Glo.ss. du Dr. fr.
ABOHNfc. G. Guiart, MS. fol. 147, R".
Abosnê. Coût. gén. T. 1, p. 312.
Ahoilueineiit, siihsl. maso. Sorte de couven-
iioii.
Le sens [)ropre de ce mot, est le même que celui
d"rt/^OH«rt//<' ci-dessus; et c'est par uxtensiou qu'il
a sig;nilié ni;urémeiit , une évaluation fixe d'une
chose incertaine. .Nous disons encore Abonnement
dans ce sens. (Voy. Itu Cange, (iloss. Lat. au mol
Ahonamcnlunu et Laur. Gloss. du Dr. Ir.) De là, on
disoit que l'arpcnl cloil VAbbonnisscnicnt (1), l'cva-
luatioii du vol d'un chapon. (Coul. gcn. T. 1, p. Ifi.)
VAIUANTES :
ABONNEMENT. Orlhog. subsist. - Froissart , liv. III ,
page 157.
AuiîoNissEMENT. Cout. géu. T. I, p. IG.
Aeoknemf.nt. Cotgr. Dict.
AiîOUUNEMiiNT. Du Cange, Gl. Lat. au mot Abonamenlum.
Aboiinei', verbe. Borner, limiter. Evaluer, fixer.
Aliéner. Contracter, s'engager, s'obliger. Viser , se
buter.
La signification propre d'abonner, est la même
que celle d'aburner, mettre des bornes ; et l'on
disoit: abonner un Chasseur, pour borner, limiler
le terrain sur Iciiuel on lui accordoit le droit de
chasse. Monel duune à celte expression une expli-
cation peu juste: c'est, selon lui, accorder à un
Chasseur le droit de chasser dans ses bois.
Pasquier veut qu'on ait dit abonner par corrup-
tion, pour aborner. MiMiaiie croit au contraire ([ue
le mot de bonne, élaul Uvs-aucien dans noire lan-
gue, l'on aura dit aborner au lieu d'abonner, et
borne au lieu de bonne , dont ce verbe est foruu'.
(Voy. son Dict. élym.)
On a employé figurément le sens propre d'abon-
ner. De là, ces expressions : « abonner un roussin
» de service, » pour l'évaluer, en borner la valeur
à un certain piix ; le réduire à prix honnête d'ar-
gent, en faveur du vassal ([ui le doit, ilfonet, Dict.)
Abonner une quête, une taille, pour borner, limi-
ter Il certaine somme par an la taille (lu'uu .Sei-
gneur pouvoit imposer à sa volonté, aux serfs qui
n'étoient pas abonnés. (Voy. Abonné ci-dessus.) Mo-
nel dit que c'est « imposer la taille aux sujets, de
« leur bon gré, à la différence de celle qui s'impose
« à la discrétion du Seigneur, ([ui se nomme quesle-
■>< courant. "
^ItonnÉ"/' un meunier, pour limiter un prix à la
cession que le Seigneur lui fait du droit de moudre
le blé de ses vassaux dans l'étendue de sa sei-
gneurie. L'explication que Mouet a donnée, ne rend
point la signification d'abon)ier.
Abonner son Missal ou aulre dans son fief, pour
borner à un certain prix la valeur d'un droit que
le Seiiïneur lui cède, ou d'un devoir dont il l'af-
franchit ; selon Monel, pour l'accommoder, le pri-
vikigier de (|nclque droit ou exemption dans son
lief, dans sa juridiction. Celte définition, dans Mo-
nel, n'est pas plus exacte que les autres.
AImnner homnie et femme serfs, pour taxer, limi-
ter à certaine somme annuelle, la taille qu'un Sei-
gneur avoit droit de leur inqtoser, lorsqu'il n'y
avoit point de conli'at d'aiionnement. V'oy. sous
AiidNNi; ci-dessus.) C'est ce que Monet a voulu faire
entendie par •■ alfranchir moyennant le prix de l'af-
« franchissement. »
Nous remanjuerons que dans quelques Coutu-
mes, abonner des rentes et devoirs homagez,
c'est les borner et les fixer; mais les borner et
les fixer en les diminuant et les apetissant, pour
user des termes de l'ait. '208 de la Coutume d'An-
jou. (Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.)
11 y avoit alors aliénation dans ces sortes d'abon-
nemens. De là le molabonner, pour aliéner, dans
l'ancienne Coutume de Touraine. (Voy. Laur. Gloss.
du Dr. fr.)
En généralisant l'idée particulière de l'obligation
résultante d'un contrat d'abonnement, on a dit s'a-
bonnir, pour contracter en général, s'obliger, s'en-
gager; C'est le sens ([ne paroit offrir ce passage de
ÎMi' Mouskes, dans leiiuel il s'agit du Testament du
l'ioi l'hilippe-Auguste.
.... son grant trésor de pieres
Préciouses, dignes et cieres,
Si donna il à S' Denis
Vers qui il s'iert moult abonnis :
Quar il iert ses om ; s'el devoit
.\ voiler, et il i avoit
Pensée et cuer, etc.
Ph. Mousk. .MS. pp. C39 et CIO.
Nous ne parlerons point de la signification sub-
sistante d'abonnir, qu'on trouve dans le Dict. de
Colgr. avec celle d'abonner.
Enfin s'abonner a signifié viser, se buter, s'atta-
cher particulièrement à une chose, la reg.irder
comme son but principal. C'est en ce sens qu'on lit :
A dire m'abonne.
G. Guiart, MS. fol. 0, V'.
Alors ce verbe vient du substantif bonne , pris
dans le sens de but. On disoit encore :
Sur ceux o quiex ils s'abonnent.
Ibid. fol. 269, R'.
C'est-à-dire auxquels ils s'attachent, qu'ils choi-
sissent pour but de leurs coups.
VARIANTKS :
ABONNER. Orthog. subsist.
Abonnir. Cotgr. Dict.
AuoRNER. Pasq. Rech. liv. VIII, p. 754.
Aboukner. Mouet, Dict. — Laur. Gloss. du Dr. fr.
Abonneur, subst. masc. Acquéreur.
On vient de voir abonner pour aliéner. De là
a&o/(«c'(ir pour acquéreur. (Laur. Gloss. du Dr. fr.
au moi Abonner.)
(1) l'abonnement.
ÂB
AB
Ahor, siibst. masc. Aubier. Espèce d'arbre.
Ce mot formé (Vaihurnnm, suivant Ménage, Dict.
étym., signifie proprement le bois tendre et iilanclià-
tre qui est entre fécorce et le corps de l'arbre :
« le bois blanc qui est sous l'écorce d'un ai'bre,
« et qui couvre le bois dur. » (Laur. dloss. du Dr.
fr. — Voy. Alhin et .\riiF.c ci-après.)
Par extension , r.\ubour s'est pris pour toute
espèce de bois blanc, comme peuplier, saule, tilleul,
etc. Cotirr. définit auhnuri, une sorte d'arbi'e qu'on
nomme en latin ttihuruus . et (|ui pousse des bou-
tons longs et jaunes sur lesquels raheilie ne s'ariète
jamais. « Sanz pastore truis pastore avenant séant
« lès un aubour, mes mont ot poure atour, etc. »
(Chans. fr. du 13'. siècle, ms. de jinuh. fol. 2iH. W".)
Ce bois trop pliant, étoit peu propre à l'aire un
arc; et c'est par allusion à ce peu de valeur, ([u'on
a dit proverbialement :
Ne Honris do Misseleborc
N'en r'ot vallant i. arc d'auhmtrc.
Ph. Mousk. MS. p. 8H.
(Voy. AiiiE.vr ci-après.)
VARIANTKS :
ABOR. .\nc. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 403, V-.
AUBOR. Chans. .MSS. du C. Thib. MS. Clairambaut.
AunofR. Chans. fr. ilu 13'! siècle. MS. de Bouh. fol. 2W, R".
AUBOURG. Chans. MSS. du C. Thib. p. 50.
AUBOURT. Cotgr. Dict.
Abord, subst. masc. Rive.
Proprement avoir ajjords contre une rivière, c'est
avoir des terres au bord d'une rivière. De là, ce mot,
composé de la préposition a et de hnrd, pour signi-
fier rive dans ce passage : « Est ordonné.... à' un
« chascun ayans abords contre la grande rivière
" qu'ils ayent à les entretenir. » (Coût, do l'Angle
au Xouv. Coût. gén. T. 1, p. 312.)
Aboi'dade, S((/vs/. /■('/«. Action d'aborder. Arri-
vée.
Au premier sens, ce mot signifioit proprement
l'action d'aborder à une côte, à un rivage; et liguré-
ment, l'action d'aborder (luelqu'un pour lui parler.
(Dict. de Cotgr.) De là l'expression adverbiale et figu-
rée, « de prime abordée », pour " du premier abord « ;
familièrement de prime abord, dans Rab. T. I, p.
213 ; « à la première abordadc, » au même sens dans
Favin, Tbéal. d'bonn. T. I, p. 'il.
Par extension de la signification propre, on a dit
abordade et abordée, pour arrivée. (Cotgr. et Oudin ,
Dict.)
VAIUANTF.S :
ABORD.VDE. Oudin, Dict.
Abordée. Cotgr. Dict.
Ahordcniont, snhst. masc. Action d'aborder,
d'approcber. Knviions, avenues.
Le premier sens est le .sens propre ; on le trouve
dans le Dict. d'Oudin.
Dans le second sens, abordcment a signifié le lieu
même où l'on aborde; en parlant d'une ville, les
environs, les avenues par lesquelles on s'en appro-
che. « Quiconque est Evêque dudit Tbérouane
« est Seigneur de ladite ville el abordcment
« d'icelle. » (Coût. gén. T. I, p. Gi7.)
Al)ordoi', iH'rbe.
Nous ne citons ce mot qui subsiste, que pour en
remaniuer l'époque et l'origine. Tahureau dit qu'il
est emprunté des Italiens, et t|u'il étoit nouveau de
son temps. Dialog. fol. 3'(, 11°. et V".)
On l'employoit quebiuefoiscomme verbe réfléchi.
De lîi, sahiirder à quelqu'un, pour l'aborder, l'ac-
coster. « Chacun aussi des Princes print sa chacune,
« et chacun des gentilzbommes saborda à ((uelque
.1 Dame ou Damoiselle. » (.1. Le Maire, lUuslr. des
Caules, liv. I, p. l'j'i.)
ADoi'cner, verbe. Dédaigner,
lioi'cl, qui cite le Roman de la Rose, ms. dérive ce
mot du latin abhorrere.
.Vbortif, sithst. Avorton. Forcé.
On lit au premier sens :
Gisant nus sans tombeau, je dis que Vabnriif
Est cent lois plus heureux que ce pauvre chetif
Oui naist en vanité, et retourne en ténèbres,
Pocs. de R. Bclleau, T. I, p. 84.
Comme la naissance de l'avorton est forcée et
contre nature, on a appliqué à ce qui étoit forcé et
contre iiainrc, le no\n (Valiorlif. Ainsi l'on a nommé
abort ij W'uf-àwt taillé* hors le ventre de sa mère.
(Douteill. Som. Hur. p. 158.)
En étendant plus loin encore cette acception, l'on
a donné le nom d'Aborlif à des vers forcés.
-Mes vers aussi ne sont point aboi-lifs.
Jaoq. Tahureau, p. 2i9.
VARIANTES :
AlîORTIF. Po;:s. de R. Belleau, T. I, p. 84.
AiiORTi.x. Ordon. T. II. p. 533.
AitoRTY. Bouteill. Soto. Rur. p. 158.
Abosiné, participe. Abonné.
Laurière observe que Bosme, en Nivcrnois, signi-
fie une borne. (Voy. ce mot.) Dans ce cas abosmé et
aboumi\ peuvent bien ne pas être des fautes dans
la Coutume de Nevers, comme l'a cru l'Editeur, qui
dans ses notes en marge, dit qu'il faut corriger
abonné on abourné. On y lit: « gens de condition
« rt/yo.swcx-, c'est-à-dire abournez h certaine taille. »
(Laur. Closs. du Dr. fr.) C'ctoit des gens dont la
taille, par accord fait avec leur Seigneur, étoit bor-
née, limitée à certaine somme annuelle. De là, l'ex-
pression, taille abonmée, par o|iposition à taille
imposée ; celle que le Seigneur avoit droit de leur
ini[)ûser à sa volonté. « Les hommes et femmes de
« condition servile, sont de poursuite; qui esta
" dire qu'ils peuvent estre poursuys pour leur taille
« imposée.... ou aboumée, ([uclque partqu'ils aillent
■ demeurer. » (Coût, de Nevers, au Coût. gén. T. I,
p. 87!). — Voy. Abos.né sous Aronnè ci-dessus.)
VARIANTES :
ADOSMÉ. Laur. Gloss. du Dr. fr.
Auou.MÉ. Coût. gén. T. I, p. 879.
AB
— 23
AB
AbosiiKT, vcrhr. Aliysnier.
l'm'iiiikT ilniis tiii ;iliyme, c'est le sens propre de
ce mol, c|U(! nos anciens Anieurs, les l'octes sur-
tout, cniployoionl absolument et au liKnré, pour ex-
primer la constciaiatiou , la douleur profonde dans
ia(inclle un ('■vénemcnt mallieuieux pi(''(:ipile ,
absorbe udtre âme. « Ho (|uoy loule la Cbevalci'ic
« fut (tbdsiiK'i' et courouciée. >• (Cliron. IV. ms. de
Nangis, an. 13;W.)
.... ne syait mais que il face
Tant est dolens et ul>os»iez.
Fabl. MS. de S. G. p. 387.
On disoit au même sens, « avoir le cucvithusmc. «
(Ger. de Rouss. ms. p. 5!).) De cuer cstre iilionié. (id.
p. l.TO, allas alwindj.)
Ce mot, en se rappniclianl de racccplion propre,
s'est dit de soldats ellVaycs qui se pi^'cipilent, se
renversent les uns sur les autres en fuyant :
. . . Richart et son père fuient
Qui Dreues ardent et destruient.
En plusieurs Viletes passant
S'en vont à Gisors entas:^ant
Comme cous cul (.1) paour ubosiue.
G. Guiarl, MS. fol. 20, R°.
Nous n'oserions pas assurer qualius)ner est le
même qu abysmer, si nous n'avions des preuves ([ue
Vo s'est mis (luclquefois au lieu de Vi. Pour mari-
nier, on disoit maronier. (Voy. l'article Maulmuk ci-
après.)
VAIUA.NTES :
ABOSMER. Floire et Blancbellor, MS. de S. G. fol. 104,
V". col. ô. — Jaq. d'Ostun, anc. Poot. fr. MSS. avant 1300.
T. II, p. 727.
AiiO.MER. Ger. de Rouss. MS. p. 155.
Aboucheiiient, subsl. masc. Entretien.
Ce mot <[ui subsiste, ne se diroit plus de l'entre-
tien d'un Médecin avec son malade. « Ont au .Me-
« dicin baille advertissement particulier, des parol-
« les, propous, abouchcmens et confabulations,
« qu'il doict tenir avecques les malades de la part
« desquels seroit appelle. » (lîab. ï. IV, Ep. déd.
page 5.)
Aboucher, verbe. Tomber.
Ce mol roi-mc de bouche, pris pour le visage, par
une espèce de mélonymie,signilje« tomber en devant,
« à bouchetons, » comme l'on disoit autrefois, pro-
prement tomber la bouche, c'est-à-dire le visage, sur
linéique chose.
Outre le gré des Frans et li Roys appressés
Si que Seguins le fiert de son branc sur le yeaume
Que le cercle rompit le large d'une paulme.
Le Roy tout esperdu, sur son arçon s'abouche.
Ger. do Rouss. MS. p. IGG.
(Voy. ÂPENTER ci-après, pour Renverser, faire tom-
ber sur les dents ; c'est-à-dire , le visage contre
terre. — Voy. encore ABrciiEMENT et AiiiscER, ci-après.)
VARIANTES :
ABOUCHER (s'). Ger. de Rouss. MS, p. ICC al. s'Aljoicher.
Aboicher (s'). Id. ibid.
Alxxicliii-, verbe. P.oucher.
Les lialidans de (ilH'zal-Dciioit, en vci'tu de Lettres
palenU's cnre^islri'-i's le l.'» Kéviier HY.iH, peuvent
avoir et prendre dans la foi'ètde Cbai.son « tout bois
« sec, mortet coupé avec le tranchant de la coignée
« ou scie seulenienl,el après (juc les usagers à bois
« vif uni couppé et abbalu aucuns aibies en leui-s
« montres, le demeurant d'iceux appelle recouin ou
« recbaptes, prendi'e pour leur usage d'ardoir et
ic faire pasiis, et abouchir leurs cbeseaux, pourvu
« que le demeurant soit sec. » fReg. du Parlem. Jiss.
suppl. T. IV, fol. 151.)
Aboiil'é, adjectif. Essoufli'.
C'est proprement le participe de V,tjujj\i\ souf/ler
ci-après, précédé de Va privatif.
La Borgoise se r'est assise
Lès son Seignor, bien aboufée :
Dame moult est afouée.
Et si avez trop denioré.
Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 211, V. col. 2.
Abourière, ,s7///.s/. fihn. Espèce d'arbuste.
Ou |)ounuil cruiie ([ue Vaboxirière est le même
(lue l'arbousier, arbre qui devient d'une moyenne
grandeur, et dont le bois est blanc ; si dans le pas-
sage (lue nous allons rapporter, il n'étoit pas mis au
nond)re des arbustes, comme genêts, épines, bruyè-
res, etc., ce qu'on appelle encore bourrlers en Bre-
tagne : « mort-bois est bois non portant fruits
« quoique vif, autrement du blanc bois; tel qu'est le
« bois de saulx, morsaulx, espines, suranné, ron-
<■ ces, aliers, abouricres, genêts, genèvre et sem-
'< blables. " (Coût, de Gorze, au JNouv. Coût. gén.
T. II, p. 1000, col. 2.)
Ce mot, qu'on peut regarder comme un dérivé de
abor ou aubour, bois blanc en général, pourroil
bien, s'il partage la signilication du mot Dolrrier
ci-après, partager aussi son étymologie.
Abourjonner, verbe. Bourgeonner, Boutonner.
Le même que Bulrjo.nker ci-après. (Voy. Cotgr.
Dict.j
About. Sif^'sL mmc. Bout , extrémité. Héritage
hypothéqué.
Ce mol, que Du Cange dérive de butu)ji,_ bout,
borne, limite, signifie proprement el en général,
une exirémilé (jui confine avec une autre, spéciale-
ment les aboutissants d'un héritage : « Devoirs de
« loy, faits sur un raveslissement d'héritages entre
« deux conjoings, se peuvent faire en termes géné-
« raux, sans particulière spécilicalion des héritages,
« et sans désignations d'abuuls et tenans. » (Coût,
gén. T. II, p. 849.)
On désignoit par abouts, les héritages sur lesquels
on assignoit une hypothèque : De là, le mot about,
employé fréquemment dans les anciennes Coutumes,
pour signifier un héritage hypothéqué, un héritage
affecté au payement d'une rente. « Est permis de
(I) que.
AB
AB
« se pourvoir sur les abouts ou hcrita2:es livpo-
« théqués. » (Coût. gén. T. 1, p. 1100.)
Lauiièie dans son Gloss. ilu Pr. IV. donne doux
délinilions de Yaboul spoeial. Pans la (loutnmede
Pontliieu, dit-il, •■ c'est un fond dosiL;né à un créan-
« ciei- par teiians et aboutissans, aiin que ce croan-
« cier acquière ensuite dessus une hypotliùque
« spéciale. »
En elTet. cette Coutume porte, que « quand au-
« cunes rentes sont vendues à vie ou à héritages,
« elles sont réputées pour debtes mobilières ; si
« elles ne sont hypothéquées et réalisées, quelque
« ahoHt espécial qui soit déclaré par le vendeur, ou
(( mis es lettres de la constitution desdiles rentes. »
(Coût. gén. T. 1, p. G80.)
Suivant la Coutume de Metz, non-seulement le
fonds est désigné, mais encore hypothéqué spécia-
lement par le débiteur. (Laur. (Iloss. tlu Dr. fr.)
<t II ne suflit pas d'asscurer Yaboul spécial de la
« rente, ains faut assurer le lous-us du constituant,
et celuy qui aura obtenu Tasseurement, sera tenu
« de discuter les hypotec(iues spéciaux avant que
« s'addresser au tous-us, s"il n'y a titre pour reco-
' gnoistre ledit about ». (Nouv. "Cout. gén. T. II, p.
400, col. 1.,
Il semble qu'on ait distingué quelquefois Yaboul
du fonds, et qu'on ait entendu par le premier, les
maisons, les édilices construits sur un terrain, pour
la sûreté du payement de la rente Ji laquelle il étoit
affecté. " Le... rentier est tenu, ayant fait faire la...
« voet-stellinohe sur Y about, ou "partie d'iceluy, de
« sept jours paiavant le jour servant, faire signidcr
« iceluy au propriétaire de l'ato»/ et fond ». (Mouv.
Cout. gén. T. I, p. 30i, col. 1.) Cette expression,
« faire la voet-stellinghe, » dans laCoutumede Lan-
gle. est la même que " faire mise de fait,» saisir réel-
lement dans la Coutume de la Ville et Cbàtellenie
de Bourbourg. (Ibid. p. 491, col. 1.) Dans la Cou-
tume de Corze, on lit : « Si le débiteur dcuement
« Interpellé, refuse de payer la rente et interest au
« terme, faute de moyens, ou que Yabout donné
« pour assurance, vienne à dépérir le créancier
a pourra le contraindre, afin que son deub ne
« courre risque d'estre perdu, à kiy payer le sort
« principal ». (Nouv. Coul. gén. t. II, p. 108D,
col. 2.)
On étoit à couvert de pareil risque, en abournant
et déterminant la quantité d'ouvrage nécessaire pour
l'entretien et pour la réparation des abouta, des
édifices hypothéqués. (Voy. Laur. C.loss. du Dr. fr.)
De lïi, cesexpressions devise d'about , et faire aboiilt
d'ouvrage, que Du Cange a mal expliqué pai' hypo-
théquer, dans son Gloss. lat. au mot Iiaboularc,
col. 102."i. « \A où il seroit mestier de retenue, édi-
ff fication, ou admendement de édilico qui se puist
« faire à devise d'aboull.... aucuns des l".sclicvins....
« accompaignezde.MaistresCharpnnIierscl Massons,
« feront Visitation sur le lieu de ce fjui sera nécessité
a de faire pourrentretenemcntetretenuedeshérila-
« ges et édifices d'iceux, et que ce soit par eux estimé
< à somme d'argent ». (Coutume de Mous, au Coul.
gén. T. I, p. 820.) « En tant qu'il louche les arrente-
« mens qui se feront volontairement des maisons
« et édilices, on pourra pareillement mettre devise
« de faire aboult d'ouvrage sur le lieu ou autre-
<■< ment » (Ibid. — Voy. Co.NTiiAitouT ci-après.)
VARIANTES :
ADOl'T. Cout. gén. T. I, p. lir>0.pa.«i"))i.
AiiOii.T. Cout. gcn. T. I, p. 820. - Nouv. Cout. gén. T. Il,
p. -JT."!, cdl. 2.
IlAiiocr.T. Cout. gén. T. I, p. 820, T. II, p. 862. - Nouv.
Cout. gén. T. 1, p. 39(), col. I.
llAiîOCT. Nouv. Cout. gén. T. I, p. 443, col. 1 et 2.
.YDoutt'c, subst. féin. Terme d'architecture.
Sorte d'ouvrage qui semble avoir queUiue rapport
avec celui qu'on nomme encore bouté. « En mur
« moitoyen, le premier (jui assiet ses cheminées,
(' l'autre ne luy peut faire osier et reculer en
« faisant la moitié dudil mur et une chantclle pour
« conlre-feu. Mais quant aux lanciers et jambages
« de cheminées, et simaizes ou aboutce, il peut
« percer ledit mur tout outre pour les asseoir à
« fleur dudit mur, pourveu qu'elles ne soient à
« l'endroit des jambages ou simaizes du premier
« bastisseur ». (Coutume de Bar, au Cout. gén. T.
II, p. lOiO.)
Aboutci', verbe. Borner, mettre des bornes.
Hypothéquer, .\boutir, confiner.
I.e sens propre est borner, mettre des bornes,
marquer lesexlrémitésà'un terrain, d'un héritage,
etc. (Voy. AcorT ci-dessus.) En termes d'arpenteur,
c'est désigner la parlie la plus étroite d'un héritage
(|ui aboutit ù un autre. (Du Cange, Gloss. Lat. au
mol Abbulare, sous Butum.)
Dans l'arpentage, on borne les terres par longa et
bonis. On entend par longs, les extrémités les plus
longues ; par boula, les plus courtes.
Far extension, ce mot signifioit hypothéquer \\n
fonds en le désiguanl par bouts et côtés. « Douaire
« et prétix ne saisit la douairière, ains doit eslre
« demandé de l'héritier ou héritiers, n'est donc
« (lu'il soit assigné et nblwuté spéciallement sur
« certaines pièces ». (Cout. de Saint-Mihiel, au
Xouv. Coul. gén. T. II, p. 10.-)'i, col. 2.)
Dans une signification neutre, atmuter étoit le
même que notre verbe aboutir, tant au propre qu'au
liguré.
. . . tout leur consel ahoulercnt
A cou qu'ai Roi Kelipre alerent.
Ph. Mouslics, MS. p. «35
On l'employoil plus souvent dans le sens propre :
« mai.son i\\xuiboute, etc. » maison dont les abouts,
les extrémités louchent l'i une autre. (Ti'és. des
Chartres, Beg. 91, Pièce IV, Lettres du mois de Dé-
(•embre 13;?8.) C'est au même sens qu'on lit : « Che-
« vaucheront îi une forest... qui nlmile fi mains
« d'une lieue de Malifernc ». iModus et Bacio, m.
fol. 295, B°.)
Sezile qui sur mer aboitle
G. Guiart, MS, fol. 260, R'.
AB
- 2û —
AH
VARIANTKS :
AIÎOUTEU. Du Cange, Gloss. lat. T. I, col. 1386, au mot
Abhulitre.
AiinouTKU. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1054, col. 2.
Aboutir, verbe. Faire aboutir.
Co mol subsiste en Médociiio, avec une siirnifica-
tion neutre. Ou ne diroil plus : a Mauvaises....
« viandes... leur oi)ilenl el (tlinulisscul tous les
« boyaux et le ventre ». (l'"ouillou.x, Fauconnerie,
fol. tJ'i, R".)
Aboutis.
La sisnilication de ee mot nous paroi l incer-
taine : peut-être, faut-il lire abrutis dans ces vers :
Geste ordenancp. m'arriére
D'estre en coer lies et joicus ;
S'ensui nommés en derrière
Aboutis et sommilleus.
Kroiss. Poes. MSS. fol. 305. R«.
Aboutissement, subst. jnasc. Confins, fron-
tière.
(Voy. Holiert Etienne, IHcl. el le mot Ahout ci-
dessus.)
Abouvier, verbe. Déeoupler.
Mot usité en (luelques lieux de Normandie, en
parlant des bœufs quefondélache du joug: en latin
abjiujare boves. (Nicot et Cotgr. Dict.)
Abi'adant, adjectif. Qui racle.
Qui ratisse, qui gratte. (Cotgr. Dict. du latin abra-
dere, racler.) On a dit au figuré : « les Méridionaux
« sont paillards à cause de la mélanclioliespumeuï.e,
« abradnnte, et salace. » (Sagesse de Charron,
page 16(1.)
Abrabaniides, sulist. masc. plur. Descendans
d"Abraham. Les Israélites.
(Voy. Œuv. de Joach. du Bellay, fol. 21 i, \ ".)
Abi'asement, subst. masc. Embrasement.
(Voy. le Gloss. de fllist. de Bretagne.)
Alji'e, subst. masc. et fem. Arbre.
Ce mot, qui subsiste sous la seconde orthographe,
étoit autrefois des deux genres. On lit boiuies
arbres dans Joinville, p. 30. 11 est masculin et
féminin dans le Roman de la Rose, vers 6191
et 6205.
On prononce encore abre en Normandie. Cette
prononciation paroit avoir été d'un usage générale-
ment reçu du temps deMonet. Il déihniarbre, qu'on
prononce abre, plante fruitière ou non fruitière.
(Voy. Aiiiu ci-après, et l'article AimisKL.)
Il y a plusieurs espèces d'arbres, dont les déno-
minations ne sont plus les mêmes. On appeloit :
1° Arlire de vermilion, l'yeuse, le chêne verd.
(Cotgr. Dict.)
'î'^ Arbre de Paradis. Cet arbre croît en Egypte.
Quoiqu'il donne beaucoup de fleurs, il ne porte ja-
mais qu'un fi'uit de la ligure d'une pomme de pin,
el d'un goût très-délicat. 'Ciitgr. Dict.)
."$' Arirres légères. Ce sont les sapins, aulnes, peu-
pliers, cerisiers rouges, saules et semblables. Coût,
de Bruxelles, au Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1254,
col. 2.)
A" Arbres seicbes. Arbres secs ou morts,. « 11 est
« permis îi l'usufruitier de couper les, arbrea
« seielics ; mais, etc » (Coût, de Bruxelles, nbi
« suprà.)
5" Arbres de l)Ois dur. Ils sont désignés dans le
même article de cette Coutume. « L'usufruitier....
« ne peut toucher les arl>res de haute futaye ou au-
« Ires de bois dur, comme chesnes, faus, ormes,
« fresnes cl semblables ». (Nouv. Coût. gén. ubi.
suprà.)
(■)" Arbres mon tans ou arbres d'élève, dits par
opposition aux arl>res porlans ou fruitiers, parois-
sent être les mêmes <iue les arbres de haute futaye
ou autres de bois dur, dans la Coutume de Furnes.
« Nuls tuteurs.... ne peuvent vendre.... ou charger
« aucuns biens mobiliaires ou immobiliaires, soit
« fiefs, héritages, maisons, arbres montaiis ou por-
« ta)is, cateux immobiliaires, etc. » (.Nouv. Coût,
gén. T. I, p. 643, col. 2.) « Toutes sortes ù'arhres
« inoiilaus ou fruitiers.... seront... réputez pour
« cateux. » (Ibid. p. 6il), col. l.)Oii trouve arbres
d'élève, pour arbres vtontans. (Ibid. p. 6(i6, col. 2.)
7» Arbres portans ou fruitiers. (Voy. Arbres mon-
tans ci-dessus, art. 6.)
8° Artn'es couppiers. Ce sont des arbres qu'on a
coutume de couper. (Laur. Gloss. du Dr. fr.)
9° Arbres de l'atiri ou de l'abris. Arbre planté à la
porte des châteaux, sous lequel on se mettoit à
couvert du soleil ou de la pluie. (Nouv Coût. gén.
T. I, p. loi,"), col. 1. — Voy. sous AiiRi ci-après. I
10" Arbres fruit tiers sauvages. Le propriétaire du
fonds sur lequel ils étoient crûs, ne pouvoit les
abattre sans la permission du Seigneur, à peine de
dix livres d'amende. Delà cette espèce de proverl)e
coutumier. « Le fruit sauvage est au bonhomme oa
« paysan et X arbre /'r!/?i/ic/' au Seigneur ». ;Cout.
de Gôrze, au Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1096. col. 1.)
1° On disoit : De doux arljre, douces pommes.
(Cotgr. Dict.)
2° \Jarbre ne tombe pas du premier coup ; c'est-
à-dire, qu'il faut du temps et des soins réitérés pour
faire réussir une afTaire. lOudin et Cotgr. Dict.i
Le mot nr/irc signifioit autrefois comme aujour-
d'hui, une grosse pièce de bois, la principale pièce
d'une machine. On le trouve pour arbre de moulin
dans les Ane. Poët. fr. mss. avant 1300, T. IV, p.
Vd't^.Vouv mât de navire, dans Brant. Cap. Extr.
T. II, p. 121. « Grimpe amonll'rtr/»'^ de la navire ».
(Nuits de Strapar. T. Il, p. 162. — Voy. ci-dessous
AimiER, substantif.)
C'éloit aussi la longue pièce où tenoit l'arc d'un
Ribaudequin ou d'une .irbaleste dépasse. i,Voy.
Faucbet, Orig. liv. II, p. 120.) Le mot Fust, qui se
4
AB
— 20 -
AB
Jisoil anciennement pour Arhrc, et pour toute es-
pèce lie liois, s'est conservé jus([u"à prosent, iiour
le bois qui sert à la monture ifune arme à feu ; et
c"est le sens du mot .lr//;r (Vuue arltalote. .{rlire se
ilisoit aussi du hàtomiui sert à porter une eusei;-rne
ou drapeau. De là le mol uriirc. employé li^ui'é-
meut, pour l'enseigne mémo; d'où vient "peut-être
l'expressiim urlwirr un étendard. « M. le Comte de
« Sommerives, connu sous lo nom de Comte de
« Tendes, après la mort de son père, eut un démêlé
« très vif avec M. le comte de lîi'issac colonel ijéné-
« rai qui soulfroit impatiemment de voir un auti'e
a se vouloii' pai'anj;onnei' à luy, et porter l'enseigne
« lilanche mais tout s'appaisa par la volonté du
« Roi, en faisant évanouir cet ((r//r<' blanc ». ilirant.
Cap. Fr. T. 111, p. i'i.'t. C'est la partie pour le tout.
Il y a dans une potence une pièce de bois princi-
pale. De lii l'expression arbre penderet, pour po-
tence. « Sont les yibels ou arbres pendcrets, siiinos
<i et marques de haute Justice ». (Coût. gén. T. II.
page iota.)
Il sembleroit que le mol arbre auroit aussi dési-
gné quelque engin propre à la poclie, dans une Or-
donnance portant règlement pour la pèche des pois-
sons de rivière. « (Jue l'on ne batte aux. arbres, ni
« aux losouelles ; et que braye a cliauce, arbre ne
« cuevre, et (|ue l'on y adjoigne boisse et dépens ».
(Ord. T. 1, p. 793 ) .Mais il est probable ([ue c'est une
faute; car dans le même passage, rapporté par
l'Auteur du grand (".ouluniior, on lit : « Que braye
« à chance ne coune, etc. » (Voy. p. 28 et 73.';
On a dit proverbialement : « fairedc Varbre d'an
« pressoir, le manclied'uncernoir »; se ruiner par
de folles dépenses. Cotgr. Dict.)
Nous nommons eue >re ligui'ément Arl)re généalo-
gique, ce iiuon appeloit autrefois Arbre de linnée.
(Bouteill. Som. Uur. p. 'iGl.^C'est en ell'elune ligure
tracée en forme d'arbre, où l'on voit sortir comme
d'un tronc diverses branches de parenté.
La même idée de l'essemblauce, a fait dire de
quelqu'un qui marche sur les deux mains la tète en
bas et les jambes en haut, (ju'il fait Varbre fourchu.
(Cotgr. Uict.) " Fais bien ;i point r«r/>/'(' fourchu, les
pieds à mont, la teste en bas. » (Kabelais, ï. IV,
page VTi.i
On se servoit en poésie de la même expression,
Arbre fourclui i)Our signifier un Lai ou Virelai,
parce (lue les petits vers intercalaires (jui étoient au
milieu dos grands, faisoient une espèce de fourche
semblable ;i celle que forment souvenlles branches
d'un arbre. ^\oy. Ménage, Dict. étym. Sibilel, Poéti-
que, T. II, p. 13(>.)
Arhres l'nurchitz, Ballades et Chansons
Et Bameletz (1) de toutes les façons.
Cliasso el (Jcjiarlio dVVniour, p. 351, coi. 1.
(Voy. ci-après les différons mots formés û'Abre ou
Arbre, tels <iu'.\iiiukii, Aiirisku, Ahiihet, .Vnurvoii;, etc.)
VAIUANTKS :
.\DIŒ. Monet, IJicl. au mot AiiuuE.
.\nimK. Ortli. subsist. — .\nc. Poët. fr. MSS, avant 1300, T.
IV. p. ia-,9.
AuBm:. Ménage, Uict. étym.
Aln"ô(j<?, .subst. uiasc.
Nous ne citons ce mol, qui subsiste, que pour
avoir occasion de remarquer que les Étrangers ont
appelé la Franche-Comté, l'abrégf! de la France :
dénomination dont on trouve l'oriûinc dans Pelis-
son, llist. do Louis XIV, T. II, liv. VI. p. 2.-.O.
AI)i*éfjc'mont, subsl. masc. L'action d'abréger.
Diminution. Envoi, terme de pocli(iue.
Lo iiremior sens est le sens propre. O'oy- Abréger
ci-après.) Par abbrégenient, signilie pour abréger,
dans ce vei's :
Or ga donc par abbrcijemcnt, etc.
Coquillart, p. 93.
On a dit par extension abrègement pour diminu-
tion ; on langage féodal, « Abrègement ou abriége-
" mont de lief », pour « diminution ou.... extinc-
" tiondeilroilsquelcomiuos, etdo piofilsfiodaux ».
(Laur. Gloss. du Dr. fr. au mut Alircuonent.) Voy.
aussi Du Cange, Gloss. Lat. au mol Feuduni alliii-
ium ; (Beauman. Cont. de Boauvoisis, p. 142' Ord.
T. 1, p- 218, et le Closs. sur les Coût, de Boauvoisis.)
Enlin Abrénenteiil et Epilogue, étoient employés
selon Boissière, dans sa l'oèliiiue, p. 21!». pour dé-
signer le cuujjlel (|ui termine une Ballade, et que
l'on nommoil plus communément Enroii. On l'ap-
peloit aussi .l/^rcV/cw/c/i/, parce (jue ce couplet est
toujours de moitié jjIus court que les autres : il
n'est ([ue de iiuatre ou cinq vers, lorsque les autres
sont dos dixains ou des huilains.
AlinKGEMENT. OrUi. subsist. - Apol. pour Ilérold. p. 'ifô.
.ViiiiiiÈGE.MKNT. -Monet, Oudin, Dict. — Coquillart. p. '.C
Abuiégëmknt. Gloss. sur les Coût, de lieauvuisis.
Al»ré(i('r, verbe. Dépêcher, hâter. Diminuer,
dép(''rir. Abliaisser, humilier.
Ce mut forme, suivant Niccjt, du lalin abreviare,
(jui répond en elTot dans les Sermons de .St. Bernard,
au mol .l//rci'/V'r, ouserve encore sa signification
propre, rendre court ; mais on no diroit plus abré-
ger tm abbrever une alfaire, pour la di'pêcher, en
hàtei- l'expédition. (Oud. Dict. et Cur. fr." Encore
moins s'aliréger, pour se hâter, se dépêchei', comme
dans ce passage : » Sire, dit lors Bennuq, (jui pen-
« soit que l'asselion fis! ce pour le plus lionnorer,
" nous ne lo ferons point laiil que vous soyez pre-
« seid, mais abrégez-vous, car la demoiselle n'al-
« tend autre chose. » (l'ercoL Vol. IV, fol. 119. V"
col. 2. — Voy. AnnKvi: ci-après.)
En (■■leiulanl la .signilicalion d'abrégé, proprement
rciranchor de la longueur d'une chose, ce mot s'est
dit en général pour retrancher, diminuer; de là,
« aliridger les services d'un lief « les diminuer.
iTenures de Littleton, loi. 122, V°;. Un lief abrégé
('loil un lief dont on avoit diminué le nombre des
(I) espèce de poësie.
AB
- 27
A15
services. (Laiir. Gloss. ilii Itr. fr. On r,an?;e, Gloss.
Lai. iihi siiprà.)
On l'employoit quel<iuefuis en ce sens, avec le
pronom rotléclii; d'où \'\ei\\. s'abrificr, iiour ddjK'Tir,
aller cri (liniiniKint, « loulcs natures s'abritent et
« ilosceiidciil. » fCliasscde (!ast. l'htîb. ms. p. I.'il.)
Ite là, (Ml a (lit s'dhrièvcr, [xiiir s'ahaisscr, s'iiu-
niilier. S' Bernard, dans son Serinoii sur lu iNali-
vité de .1. G. a dit : « chier freire, ou ([uels fu li bc-
« soic;-ne par kai li Sire de Maieslcil s'mnilicsl et
« s'abrevicst ensi. » (Serm. fr. mss. p. l'i;i.;
coNjro.
Abrevicie, part, au fém. Abrogée. 'S. Bcrn. Scini.
fr. MSS. p. 123 61150.)
Ahreviens, subj. prés. Abrégions. (Id. ibid. p. 12.'5.;
Aln-cvicst, subj. imp. Abrégeât, dans le latin nh-
Iri'eviassel. (Id. ibid.)
Abrevieije,\yMl. aufcm. Alirégée. :ld. ibid. p. 171.)
VAHIANTKS :
ABRKGER. Orth. subsist. - Ger. de Rouss. MS.
AuBUEGER. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Feiulum tal-
lialitni.
ABBUEVEn. Oudin, Dict. et Cur. fr.
Abbrevier. Coût. gén. T. II, p. (Vî, noie marp;. (c.)
AiiREOiKii. Joinville, p. 49. — Farce de l'alhelin, p. i^l.
Aniu;viEi\. S. Rern. Serm. fr. iMSS. p. 50.
AiiRinoER. Tonures de Littleton, fol. -l'-2'2, V".
Arkieevkh. Rom. de la Rose, vers '201)75.
AiiBiEVER. lîorel et Corn. Dict.
ABRioncn. Ger. de Rouss. MS. p. 175.
ABHiVEn. G. Guiart, iMS. fol. '230, R« et '2.>i, V".
Abrevé, parlic. adj. Ilàté, empressé, prompt.
Facile.
On a dit nin'C(jer,\e même (\\\ahrciH'i% pour //«-
ter. De là l'acception figurée A'abrévé, etc. pour
hâté, prompt, empressé.
Un Varlot vint tous abrivez
Qui fort hurté à ma porte a,
Et une lettre m'apporta
De ma très-douce Dame cliiere.
G. iMachaut, fol. 19i, V col. 3.
Jean de Meun dit, en parlant des passions, dont
trois sont les plus dangereux ennemis de Tbomme :
Ly pejour (1) ennemy de tous sont ly privé.
Et ces trois sont à nous si joinct et si rivé,
Et de nous décevoir si duyt ('2) et abrivé.
Que nous sommes par eulx presque tout chaitivé (3).
Rom. de la Rose, Codicilo, vers 1103.
On a dit adverbialement dans le mâme sens, tout
^Yahrévé, pour en hâte, promptement. (Gace de la
Bigne, des Déd. ms. fol. 29, Y")
Par extension de ce premier sens, ce mot, sous
l'orthograplie Abroïe seulement, a signifié facile,
en parlant d'une femme qui hâtcle bonheur de son
amant, qui abrège ses souffrances. Dans un Jeu-
parti, l'on répond à celui qui préfère une maîtresse
de ce caractère, à celle qui fait désirer long- temps
ses faveurs :
Mais vous jugiés estre loi (4)
Ki dites c'on doit l'amie
Proisier tantost nhroin.
Pas si fiiis ne sui,
N'a vostre sens ne m'apui.
On doit amer et chierir
L'amour c'on a à dcsir.
Ane. l'oi^s. Kr. MS. du Valic.,n- tl90, fol. 130. V.
VARIANTES :
.'MIRF.VK. Gace de la Rigne. des tiéd. MS. fol. 20. V».
AiiiiiKvf;. Athis. MS. fol. 7'2, R" col. 1. - Ph. Mousk. MS.
page 581 .
Abrivk. Athis, MS. fol. 8i, V° col. 1. - Fabl. MS. du R. n"
7GI.5, fol. •1-27, V'-col. 1.
AnnoïE. (fém.) Ane. Pous. Fr. MS. du Vatic, n" 1522, fol.
ir.l, V'col. 2.
Al>r<''vi;»ti<)ii, sh/vsL fém. Action d'abréger.
tic mut suiisisle pour désigner une écriture en
abrégé : on l'employoit autrefois poursignitier l'ac-
tion même d'abréger. Ainsi .Matiiicu de Coucy dit, en
parlant du siège de la ville de Gaure : <• Il leur sem-
" bloil (lue ce seroil — Yaliréviatinn de la prise
" d'icelle. » (Ilist. de Chai'les Vil, p. Cm.").! De là on
a nommé Lettres d'Ahhrévialion, celles « que le
<• Hoy oclioyc aux Seigneurs justiciers, pour faire
« tenir leur" Juridiction hors l'estendue de leurs
" Fiefs et Justices, el ce pour rt/;/)?'^';''?' les procès. »
[Coût. gén. T. Il, p. (iG, note inarg.) j.)
VARIANTES :
ACRÉVUTIOX. Matth. de Coucy, Histoire de Charles VII,
page 655.
Abbrévi.\tion. Coût. gén. T. II, p. (ÎO.
Abi'i, siihst. masc.
IMénage fait venir abri du verbe operire, couvrir ;
el rejetie l'élyinologie tirée du mot apricus. fVoy.
son Dict. élym.) Mais l'orthographe arhri semble
nous indiquer une origine plus simple et plus natu-
relle. Xous croyons (îonc que ce mot est formé
d'arbre ; que son acception propre et primitive est
/c cowi'crf (lue procurent les branches d'un arbre;
el qu'ensuite, par extension, l'on a employé abri
dans l'acception générale qui lui reste. Nous obser-
verons d'ailleurs que non-seulement on a écrit
arbri pour aliri ; mais que l'on a aussi écrit abre
pour arbre ; ce qui paroit confirmer doublement
l'étymologie que nous proposons.
Vj'arlire de l'abri ou de l'abris, si souvent répété
dans nos anciennes Coutumes, étoit l'arbre situé à
la porte des cbàteaux, sous le(|uel on se mettoità
couvert au soleil ou de la pluie. Dans la Coutume
de Courtray, au lieu d'arbre de l'abri, on lit Y arbre
pour se mettre à l'ombre. (Nouv. Coût. gén. T. I, p.
104.5, col. 1.)
Dans la coutume d'.\ssenede, ibid. p. 815, col. 1,
l'arbre de l'abris ou Yonne d'abri, est mis au nom-
bre des choses qui suivent le Fief avec le principal
manoir. On peut voir dans les Mém. des C. de Cham-
pagne, p. 505, une longue dissertation sur l'origine
d'abri. (Voy. Adriejient.)
V.iBIANTES :
ABRI. Orthog. subsist.
Abric. Borel, Dict. au mot Embcrgv.er.
(1) pire. — (2) instruit, appris. — (3) captivé. — (Jk\ à tort : extra Icgem.
AB
— 28 —
AB
Adril. Eiist. des Ch. Poës. MSS. fol. 5C1. col. 2. - G. Ma-
chaut, fol. -230. U» col. .1.
Abris. Nouv. Coût. pén. T. I, p. 700, col. 2.
Abrit. Rabelais, T. 11, p. 271.
.\RBRi. -Modus et Racio, MS. fol. U\% K".
Abridcr, vcrhe. Attacher avec la bride.
On lit, au sujet de l'exercice militaire, et spccia-
lement de celui de la Gendaruiorie, (|u'il faut « ac-
« coustumer los.Vicliiers à desceudre de pie et tirer
" de l'arc, en les faisant apprendre la manière d'atai-
« cliier et abvider leurs chevaux ensemble, et les
■< faire marcher après eux de front denière leur
<■ dos, en attachant les chevaux de trois .\rchicrs
" «/<m/^:- aux cornets de Fareson de la selle, der-
<■ rière le cheval du Pai^ce à l'homme d'armes à qui
« ils sont. » (Milice Fr. du P. Daniel, T. I, p. 378.)
Abriomont, suhst. masc. Maison, logement.
Mot forme d'.l/*?/ ci-dessus.
Ilostcl n'i a, tant fort se tiengne.
Qui brieiiient (I) cendre ne deviengne :
Ni lesse un seul nliriement,
Tourelle, nOdifiement, etc.
i;. Guiarl, MS. fol. 40. V'.
Abrior, verbe. Mettre à l'abri. Couvrir. Protéger,
défendre.
S'abrier, dans lé sens propre, signifie se mettre
à couvert sous un arbre. (Cotgr. Dict. — Voy. Abbi
ci-dessus.) Par extension, se retirer dans un lieu.
. . . vindrent onques en Zelande,
lonc tens se sont abriez.
G. Guiarl, .MS. fui. 322, V'.
Pasquicr, dans ses Lctt. T. Il, p. 378, reproche à
Montaigne le trop fréi|ueiit usage de ce mot.
On dit encore en Normandie abrier, ûi\ns la si-
gnification dé couvrir; cette acception, plus géné-
rique que la première, est employée figurément
dans ceth' exiu-essioii abrier de morl, comme si l'on
disoit couvrir du voile de la morl.
Ses plaies de mort \:ahriereHl.
G. Guiart, MS. fol. 233, R*.
(Voy. ibid. fol. 114, V°.) Borel, dans son Dict.au
mot Emberijuer, explique abrir/a par couvrir. Celte
orthographe est Lauguedocicniie.
Enfin abrier, mettre à l'abri, pris figurément, a
signifié défendre, protéger. (Cotg. Dict.)
VAItlAXTES :
.\BRIER. Essais de Montaigne, T. IIIj p. 478 et passitn.
Abrig.v. Borel, Dict. a»i mot Emberijuer.
Embkrocer. lîorel, Dict.
H.\BRIZER. Cotgr. Dict.
AbriiM', ^ubsl. masc. Arbre de pressoir. Partie
d'une ariialèle.
Ce mot formé d'Anni:, arbre, signifioit au premier
sens, rrtr/^JïMl'uii pressoir.
Plus la vendange ne geint (.2)
Sous VaOrier qui de sa charge
Criant enroué restreint.
Œuv.deBaïf, fol."0,R'.
Dans le second sens, c'étoit le baslon, le manche
ou chevalet d'une arbalète. On peut en voir la
figuie dans la Milice Fr. du P. Daniel, T. I, liv. VI,
chap. IV, p. i'I'-l.
Ces deux acceptions, qui paroissent être propres à
ce mut, lui sont communes avec Aube ci-dessus.
VARUNTES :
ABRIER. Nicot et Monet. Dict.
Ahbhikr. Nicot, Dict.
AiBiuER. .Monet, Dict.
.Vbi-ifol, subsl. masc. Le voile ([ue Ion met sur
la lèle des gens que l'on marie.
On a dit en parlant de M"" de lîeaufort qui vou-
loil éi>ouser Henri IV « Elle entama un propos
» de Bâtards, et dit qu'il n'y avoit rien si aisé ((ue
« de les rendre légitimes, et qu'il ne les falloit que
« mettie sous Wibrifol. « (Mémoires de Villeroy.
T. V, p. 1)5.)
L'élymologie de ce mot composé est aisée ù
saisir : il vient d'AimiER, couvrir. (Voy. ce verbe ci-
dessus.)
Abrisel, subsl. masc. Arbrisseau.
Nous pourrions encore faire valoir l'ancienneté
de l'orthographe Abrisel, pour appuyer notre con-
jecture sur rétyuiologie d'AiiRi ci-dessus.
Je rassis lés Vdbrisel,
Si le vauc baisier.
Ane. Poës. Fr. MS. du Valic. n" 1190, fol. 112, V' col. 2.
Je m'irai soef dormir souz Varbruiscl.
Ane. Pool. Fr. MSS. avanl 1300, T. IV, p. 1}31.
(Voy. .Vriiiift et Ariihisei.i;t ci-après.)
VARIANTES :
ABRISEL. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» 1190, fol. 112,
V». col. 2.
Abrynceau. Pièce à la suite de Villon, p. 02.
Arbressaulx. (Plur.) Molines, p. 77.
Aruroisel. Ane. Poët. Fr. MSS. avant V.m, T. IV, p. l«l.
Arbroissiaus. (Plur.) Du Cange, Gloss. lat. au mot
Armai i(ra
AcnRissEL. Robins du Chaste], anc. Poët. Fr. MSS. avant
IJOO, T. 1, p. W.
Abrofjciir, subst. muse. Qui abroge.
(Oudiii, Dict.)
Abroiicbor is':, verbe. Se courber en devant.
I.e même i]u'e)iibrotielier ci-après.
« Cuy donne tel coup d'espée qu'il s'aherdist ù
« l'arson de la selle, et là s'abroneha, etc. »
(Percef. Vol. I, fol. 142, R°. col. 1.)
Abrono, subst. fém. Aurone.
Plante médicinale. (Voy. Closs. Cal. Lat. .ms. de
la Bibl. du Hoi, n" 71184, cité par D. Carpentier,
suppl. au (;ioss. de Du C. au mol Abrolanum.)
AbrouIb'>, parlie. Obscurci, offusqué.
l'iniueiiiciil lirouillé.
Tant est Titan de brouUas abroullé.
Mvlinel, r- 130.
(Voy. Brouiller ci-après.)
(1) brièvement. — (2) gémit.
AB
— 20 —
AB
Abroiisliiro, nithsl. [ém. Droit de piUuro.
Ce mol, l'oniié de limusï ci-;iinès, si^iiilie en
patois NdiMiiand, le droit de mener liroiiler les
bestiaux dans les Iiuissons et les broussailles, en
certains temps de l'aum'O, et ^ cerlaines conditions.
(Du Gange, (jIoss. Lai. au iiiol Minisliivu.)
Altruiiicr, vcrlic. Bi'uuir.
Hendi(! bi'un, en pariant de rell'cl du liàlc sur le
teint: « Le viaire avoit tantliel, uni; pou escliauffé,
<' ([ui bien lui seoil, et si avoit ung petit de blancheur
« ahruiné par le iuisle. » (Percef" Y(d. 5, fol. 80, V",
col. 2.) « L"ardeur du soleil lui avoit le visage
(ibritni. » (Ibid. fol. 7-2, IV col. ±]
AimUINER. Percef. Vol. V, fol. 80, V«.
Abrunui ibid. fol. 72, W".
Abi'uptement, adv. liiHisqucuient, vivement.
Rapidement.
On lit au premier sens : « Elle lui commença à
dii'c ahriiplcmenl, ù déloyal! » (L'Amant résuscité,
page 21« )
Dans le second sens : « ce mont roule uhruplc-
ment. » (Essais de Montaigne, T. H, p. 735.)
Ces deux acceptions tlgurces, naissent de la si-
gnification propre du mot latin abrupte, dont
abrupti'uient tire son origine.
Absclieid, subst. inasc. Décret, arrêt.
Mot emprunté de l'Allemand. (Voy. Waeliler.
Glossar. Ciermanicum.)
Ces mots sont répétés plusieurs fois dans les
Mémoires de Villeroy, T. YII, p. 210 et suiv. et dans
l'ambassade de Bassompierre, T. Il, p. 18, 2',), etc.
Absclieid est le vrai mot; Abscherdit en est une
corruption : Selon Pélisson, « les Suisses nomment
« Absclieid, la déclaration, ou contre-lettre signée
-' de tous les cantons en la journée de S'-.Je'an ^i
« Bade en 1579, avec la Maison d'Autriche. »
(Hist. de Louis XIV, T. II, liv. VI, p. 269.)
VARIANTES :
ABSCHEID. Mém. de Bassomp. T. III, p. 253, etc.
Abscherdit. Mém. de Villeroy, T. VII. p. 210, Sli, etc.
Abseis, partie. Coupé, taillé.
Du latin Aljscissus. (Voy. Cotgr. Dicl. et Bouteill.
Som. P.ur. p. 548.)
VARIANTES :
.4BSCIS. Cotgr. Dict.
Abscisé. Bouteill. Som. Rur. p. 518.
Abscondre, verije. Caclier.
On a formé abscondre, de l'inlinilif latin abseon-
dere; mais abscouser vient du supin absconsiDii.
Ces deux ortliographes ont chacune leurs varia-
tions qu'il est aisé de distinguer.
Prince, pourquoy, ne comment
Est vérité du monde absent,
(1) allusion à la façon de parler, do ut des.
Ou'om ne la veut escouter?
Cliascuns le va menaçant ;
Pour ce se va escousant.
Eusl. dei Ch. l'oi'S. MS.S. fol. 302, «ol. 1 cl 2.
Le soleil, lorsqu'il descend sous l'horizon, semble
se cacher : de là soleil esconsanl, pour .soleil
couchant. (Percef. Vol. I, fol. 09, V» col. 1.)
Par une espèce de métonymie ou de renverse-
ment d'idée, l'action de la nuit sur le soleil qu'elle
éclipse ou fait disparoitre, a été transportée à la
nuit elle-môme, qui s'obscurcit et devient plus noire.
C'est en ce sens qu'on doit entendre le passage
suivant : « adonc se print à esconser la nuyct
" obscure et ténébreuse, tant qu'il convint, etc. »
Percef. Vol. II, fol. 138, V" col. 2.)
Une pierre lancée en l'air se cache en (|ueli|ne
sorte dans l'endroit on elle tombe ; de là la signili-
cation ligurée (Vescnndre dans ces vers de C. (iiiiaii.
citvs par Du Cange ;
Pierres qui ne sont pas légiéres,
Grosses sont celles des périéres
(lui se vont en la ville l'scondre,
Et font les couvertures fondre.
Gloss. Lai. au mol Absconsa.
VARIANTES :
ABSCONDRE. Gloss. du Rom. de la Rose.
Abscunskr, Rom. de la Rose, vers 18079.
AscoNDRE. Gloss. du Rom. de la Rose.
EscoNCKR. Gace de la Bigne, des Ded. MS. fol. IW, V°
Escondre. Rorel, Dict.
EscoxsER. Xicot. Oudin, Cotgr. Dict.
EscosER. Ane. Poët. Fr. .MSS. avant l.TOO, p. 8:j8.
EscousER. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 302, col. 1 et 2.
Absconse, ,s;(//,s/. fém. Cachette. Subterfuge,
détour, dissimulation. Lanterne sourde.
Ce mot, sous ses dilTérentes orthograplies, tire
son origine du latin alisconsinn, cixché; la première
acception est l'acception propre.
Lors vient do dus (1) de son esconse.
Eusl. des Ch. Pocs. MSS. fol. 525, col. i.
Alisconse ou Esconse, au figuré, signifioit subter-
fuge, détour :
Ne nous va plus quérir esconse,
Que dis-tu ! en feras-tu rien !
Eust. des Ch. Poes MSS. fol. 56C, col. 1.
Dit le Roy, bien sçavoye en mon cuer sans Ahsconce
Que toutes me fériés une telle response.
Ger. de Rouss. IIS. p. 95.
Enfin l'on nommoitfl7;scoHsc, unelanternesourde,
dans laquelle la lumière est cachée. Conse et Gonse
sont des contractions d'absconce ou esconse, en ce
sens on a employé le Latin at/sconsa avec la même
signification. (Voy. Du Cange, Closs. Lat. sous ce
mot.)
Dans la Table de l'Hist. dAuxerre, par Le-Beuf,
on dit que les lanternes du chœur de l'église
d'Auxerre, s'appellent encore Conses ou Gonses.
VARIANTES :
ABSCONSE. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Absconsa
Absconce. Ger. de Rouss. MS. p. 95.
ÂB
- 30 —
AB
CoNSE. Le Reuf, Ilist. d'Auxerrc, T. If, Table.
ÊscoxsK. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Absconsa.
GoNSE. Id. ibid.
Absconse, partie, et adj. Caclh'.
Ce mot, sous la plupart de ses orttio<irapties, vient
(lu latin (iiiscoiisiini. Ou a dit <'.sco»r/// û'iibscmi-
iliUnii. pins eu usa:je i\\\'ithsco>isu)n dans la houue
làlinité. Cotjïi'ave fait absconse des deux srenres ; il
est-féuiinim dans ce passap:e: « Tousjours vous
« trouvez moynes en cuisines... Est-ce... qnelcque
« vertus latente et proprit'té spécificque ahsennse
a dedans les marmites et contre-hastiers, qui les
<• Moynes y attire, etc. ' » (Rabelais, T. VI, p. 47.)
On trouve soleil couché ou eseoiissé , dans le
Coût. £rén. T. I, p. (iSO.
De là. pour exprimer le coucher du soleil. Ton
disoil adverliialcmeut :
.\ escnii.t tornoit li Solax.
F.ibl. MS. de S. Gcrm. fol. 07.
Li Solax s'en vait à exco>is.
Fabl. SIS. do S. Germ. fol. 08.
Mais li Solax trait à escox.
[>arten. de lîlois, SIS. de S. Germ. fol. 157, U- col. 3.
VARI.\XTKS :
AUSCONSÉ. .1. Marot. p. 41.
Absconcê. Ger. de Roiiss, MS. p. 5.
Absconse. Colgr. Dict.
EscoNDir, liorel, Dict.
Escoxs. Falil. MSS. de S. Ger. fol. 97 et 98.
EscoNssÉ. Fabl. MS. du R. n» 72 18, fol. 12, R". col. 2.
EscoLssÈ. Coût. gén. T. I, p. G80.
Escox. Patern de Rlois, MS. de S. Ger. fol. 1.", R» col. 3.
Absconsôonieiit. .\dv. En cachette.
'■ M)scii)isi'e)iie)it et celéement » Cartul. 21. Corh.
Chai'ta l'i.")?. I). Carp. ."^uppl. au Gloss. de I>u C. au
mot Ahscoxsè.)
Absconsemeiit, .sh/*.s/. mnsc. Lieu où Ton
est caché.
« Elle regarda jiar les feuilldcs de son absconse-
« ment. >• l'ercef. Vol. IV. fol. 'il, V°. col. 1. — Voy.
EscoNSKMKNT ci-après.,
Abscoiiltant, partie. Écoutant.
Du Latin .\uscultare. Charte de 1389, citée par
I». Carp. Suppl. au Gloss. de Du C. au mot .ibs-
cnlture.
AI)sonce, suhst. féin. Absence. Manque, défaut.
Le premier sens est le sens propre et subsistant ;
on écrivoit quelquefois acense.
Par extension de ce premier sens, on employoit
al)se)iee pour manque, défaut : « .Je vous envoyé
"■ trois lialadcs... eu \'al)sence (au défaut) du Lay. »
([•"roiss. l'oës. mss. p. '2H, col. 2.)
Mais vrayement je n'oseroie
Oster son signet, en Vacense
De ma Partie, sans offense.
Uodu9 cl Racio, 115. fol. 158, V-.
Nousremaniueronsquelquesexpressionsacluelie-
ment hors d'usage, en termes de procédure.
1' hilnlion (l'absence. On distinguoii dans la ma-
nière de procéder, en cas d'héritages et de pro-
priété, la dilation d'absence, des dilations d'avis et
de délibération. ■■ Est donné... dilation d'(//).scH(r
" une fois, en quelque estât que la cause soit, et que
• l'on le veult requérir. » (Gr. Coût, de Fr. liv. 111,
pa-e;î()l.'
2' .\l)senee de ennseil. Le jour pour absence de
conseil, ou tout simplement jour d'absence, dilïére
du délai uoininé jiniv de conseil : « cnr jour d'ah-
» soiee. si est tel (ju'avoir le doit, soit deiiiaiulcur
'> ou derendeur, chacun une fois au procez durant...
« ne refuser on ne le peut ne doit, supposé que la
-' Partie ([ui demande le jour d'absence, eust 1:1
" présent son conseil. ■• (lioiiteill. Soin. Rur. p. -'il.)
Ces délais sont abolis par les Ordonnances de 1539.
art. IS. (Voyez id. ibid. p. 39 et iO.)
VAni.\XTEs :
.vnSKNT.F. Orlhog. subsist.
.XuKNsic. .Modus et Racio. MS. fol. 158, V".
Absout. ,{dj. Écarté, éloigné.
L'éloigueinent est une des causes de l'absence.
Delà, cette espèce de métonymie, lien absoil. pour
lieu éi-arté, éloigné. « Que pis est fut eu avisant que
" trouver le peust en lieu absent et hors de veue. »
'Boiiteill. .Som. Rur. p. 23(1. — Voyez Auskxtk ci-
ai)iès.
Absonlation, sul>sl. fént. Absence.
C'est la même chose qu'.\i!si;NTi:MENT ci-dessus; et
ces deux mois sont communément employés pour
désigner l'absence, la fuited'uncoupiililiMiui cherche
à se dérober à la .lustice. (Voy. les Chartes de 1387
et de 1399, citées par D. Carp. Suppl. au Gloss. de
Du C. an mot .ibsentandus.)
Absoute, partie. Eloigné, séparé.
Liiléc (le si'paralion est une idcie accessoire de
rab,seiu-e el de ri'loignement : ainsi l'on a dit en
parlant de la Duchesse de Brabant, qui avoit eu
deux maris, dont l'un étoit mort, et l'autre avoit
épousé une autre femme: " la Duchesse Jaqueline
" demeura absentée de ses deux maris. » (Monstr.
Vol. 11, fol. 33, li" an. 1 i2(). — Voy. Aiîskntkr ci-
après.-
Absoiiloinont, suhst. viasc. Absence.
Pa.-iquier. ISeclier. p. 'i7S.^ On lit dans,!. d'Auton,
Annal (leLoiiis Ml, de !r)(i(i ell.'')(i7. p. 92. " Con-
« noissans aussi par Valisentonent des Soldais du
" Palais qui s'estoient retirez au Chasteau, que les
•■ Kraneois ne se fioient plus en culx. >< )Voy. ci-
dessus AliSr.NTATiiiN.)
Ce mot a été pris pour consentement ; mais alors
c'est le même que issriilemeut. (Voyez Asskntfment
ci-après.)
.Vbsoiitor, verl>e. Quitter.
Prniiremenl s'absenter, s'éloigner, se séparer de
iiuebiu'un. « .le seay bien (lue surviennent ordinai-
< reinent affaires de telle faeon , qu'il est besoing
AB
ol
AH
" (|u'uii Miiiaiit laisse l'aud'c. et Valisciili' pour un
■■ U'inps. » (L'Amant l'éssiiscité, p. '(.")'(. — Voy. Ha-
lielais, l'ioiioslic. T. V, p. 'il». — (Kuvr. de Baïf,
loi. m, R".)
VAltlANTKS :
AliSENTER. Civliii , p. iW. - Nuits do Strapar, T. H,
pa^e :!V1.
AbSKNTiii. C. .Macliuiit, .MS. f(il. 185, Tv» col. 2.
Al)sic(.(», ,s(;/;,s7. [eut. l'icrrc précieuse.
(l'est iiiu! pieii'c iKiirc et pesanlc, (|iii a des vei-
nes routes: lorsqu'elle esl écliaullee par le l'eu, elle
en conserve la elialcur pendant sept jours. (Voy.
Du Cange, (îloss. Lat. aux mots Abseclos et .1/;-
sictus.)
Ahsicles est neire et pesant,
Veines a ruges (1) cume sang.
Marb. do Oem. art. 52, p. ilTii cl 1C87.
VARIAMES :
ABSICTE. Marbodus de Gem. art. .".'2, col. IfiTi.
Absite. Sicile, lilas. des Coul. fol. 27, V".
Absince, suhst. inasc. et fém. Absinllie.
(Voyez les Dict. de Xicot el de Cotgr. au moi Ab-
since.) M('nai;e, sur le tiolsième livre de Malherbe,
observe que eet .Vuteur l'ail le mol Absinllie mascu-
lin et féminin, el ([u'il se trouve ailleurs peu
d'exemples de ce dernier genre. Selon Vauiielas, il
doit être masculin ; mais le féminin a prcvtdu.
VAlUAiNTKS :
A13SINCE. Nicot, Cotgr. Dict.
Absinthe. Ménage, sur Malherbe, p. i<>2.
Absoldre, verbe, .\bsoudre.
Ce mot, formé du latin Absolvere , délier : au
figuré Absoudre , dispenser, avoit autrefois une
signification plus étendue que celle qu'il conserve.
(Voy. AusoLT, participe). La conjugaison ancienne
de ce verbe nous fournit grand nombre de mots
que nous placerons selon l'ordre alpbabélique ,
comme le plus commode.
CONJCG.
.l/^soi/Zr', subj. prés. Absolve. (Voy. Borel, fiict.
1'" add. — .loinville, Epit. dédie, p. "l. — Ord. T. J,
p. G13, bis, etc.)
Absolez; indic. prés. Absolvez. i^Voy. Ilist. de Fr.
en vers, à la suite dj Rom. de Fauvel, ms. du R.
n°G8r2, fol. «7, V° col. i.)
Absuloil, imparf. indic. Absolvoit. (Voy. Ilist. de
Fr. en vers, à la suite du Kom. de Fauvel , Jis. du
R. n- 0812, fol. 00, V" col. ±)
Absolons, indic. prés. Absolvons, Affranchissons.
(Voy. La Tbaum. Coût. d'Orl. p. 500, lit. de IJ80.)
Absolut, prêter. Renvoya absous. (Voy. Arresta
amoruin, p. Tiôi.
Absouùcut, indic. présent. .Vbsolvent. (Voy. Ca-
quets de l'Accouchée, p. 192.)
Absout (.F), indic. prés. J'absous. (Voy. Contin.
de G. de Tyr, Jfartène, T. V, c. 008.)
Absoute, subj. [.ri'S. Absolve. (Voy. Gloss. de
f Ilist. de lirelagiie.i
Absdulisl , iuqiarf. subj. Itoiinàl l'ab>oliitioii.
Voy. .loinville, |). It'.».
Absoutoiis, indic. |ués. Absolvons. 'Voy. Ord.
T. m, p. 'ii.-i.)
Absoutsisl, imparf. subj. Donnât l'absolution, la
dispense. jVoy. Ctuon. .S' lleiiys, fol. I!»0, V'.;
Asousisl, imparf. subs. Dcjiuiàt l'absolution. fVoy.
Coulin. de G. de Tyr, Martèiie, T. V, col. 0!)8.)
.l,s,so/7/r, subj. prés. Absolve. :,Voy. Ord. T. i,
p. 70.">, noie, arl. 17.)
Assiiliiiis, iiidic. prés. Absolvons. (Voy. Ord. T. I,
(1. 20'(.)
Assotst. prêter, l'.envoya absous. (Voy. S' Bern.
.Serm. I''r. mss. p. 'Ai'.).]
Assoit, imparf. ind. Absolvoit. (Voy. Villehard ,
p. 41.)
Assoit, prêter, indic. Renvoya absous. (\oy. S"
Dcrn. Serm. F. .mss. p. 352.)
Assolt-oin, indie, prés. On absout, dans le latin
Alisolvitur. (Voy. S' Bern. Serm. Fr. mss. p. 353.)
Assonit, iutiïr. subj. Aura absous, dans le latin
Absolverit. Voy. S' Bern. Serm. Fr. mss. p. 353.;
AssosI, prêter, indic. Donna l'absolutiiiii. Voy.
G. Guiarl. .ms. fol. 107. V°.)
Assot, indic. prés. Absout. (Voy. Ilist. de Fr. à la
suite du Rom. de Fauvel, ms. du R. n° C812, fol. 70,
R-col. 3.
Assoudray (J'), futur indic. J'absoudrav. Voy.
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 195, R".)
VARIANTES :
ADSOLDRE. Gloss. de l'IIist. de Paris.
A-soudre. Ordon. T. I, p. 286.
Assaudre. Fabl. MS. du H. n» 7218, fol. 32't, V" col. 1.
AssoLEK. Ordon. T. I, p. 264.
As.sore. Gloss. sur les Coût, de Deauvoisis.
AssoLDRE. Ordonn. T. I, p. 211.
AssocDRER. Borel, Dict.
.■Vs.^ouLDRE. Rooi. de la Rose. — L'.\mant rendu Cordel,
page .590.
.\bsolt, part. .Vbsous, exempt, (luitte, affranchi.
On reconnoit aisément notre mot Absous , dans
les dilTérenles orthographes. L'acception qu'il a
conservée, esl une acception particulière née d'une
signification plus générale el plus étendue. On
disoit de queliju'un ((ui n'étoil pas sujet aux infir-
mités du corps, qu'il en êloit rt/*srtH/8 eliiuitte. (Ger.
de Rouss. MS. p. 20i., En parlant d'obligations pé-
cuniaires dont on demeuroit déchargé. « Celuy que
« duisoit tender le money, est de oeo assouth et
« pleinment dischargé. « (Tenures de Littleton,
fol. 77, V".,
Ces significations figurées, sont des extensions
du sens propie , indiqué stms farticle Absoldre.
(Voy. ce verbe et Absolu ci-après.)
VARIANTES :
ABSOLT. Ordon. T. III, p. 415.
Abseulz. cFlur.) Modus et Racio, MS. fol. 271, V°.
(1) rouges.
AB
3-2
AB
Absols. (Plur.) Ordon. T. II, p. 399.
ABSort.s. Ger. de Rouss. MS. p. 2ai.
Asois. Contin. de G. de Tvr. Marténe, T. V, col. 7no.
Asoz. Fabl. MS. du R. n- liWô. T. I, fol. 72, \- col. -2.
AssAUs. Fabl. MS. du U. iv 7-2IS, fol. lOG, V" col. 2.
Assos. Hist. de Fr. en vers, à la suite du Rom. de Fauvel.
MS. du R. n» 0812, fol. 172, R" col. 1.
As-çofuz. Modus et Raoio. MS. fol. 162, V».
Assors. Ordon. T. I. p. 211.
AssouTii. Tenures de Littlelon. fol. 77, V'\
AssoLTs. G. Guiarl, MS. fol. 2œ, R».
Absolte, sulist. jém. Absoute, absolution.
Mais quand X'ahsoulti' est la pensée
De cuer, et par confession.
Sa ccSulpe est en rémission.
' Kusl. des C.h. Pocs. MSS. fol. 53i, col. 3.
(Voy. Ai!soi.i TioN ci-après.)
vAni.\NTi;s :
ABSOLTE. Oudin, Dict. - Borel, Dict.
ABSOfLTE. Eust. des Ch. Pous. .MSS. fol. ."ilM, col. 3.
Absoute. Œuvr. de Baïf. fol. 72. R».
AssACTEj AssouLTE. Vergier d'honn. p. 133.
Absolu, partie, et adj. Absous. Décisif.
Ce mot, formé du latin Absoliitiis, s'est employé
pour absous.
■le voi ci que la mort m'alrape :
J'ai tant taillii- et tant tolu,
James n'en serai absolu.
Hist. d<! Fr. en vers, h la suite du Rora. de Fauvel, MS. du R. n* G812,
fol. 86, V col. 2.
De là l'expression. Jeudi-absolu, pour le .Jeudi-
saint, parce qu'autrefois dans TEglise d'Occident,
c'étoit en ce jour qu'on absolvait les pénitens pu-
blics. Comme dans les Eglises d'Orient, même dans
quelques-unes d'Occident, on absolvoil le Vendredi-
saint, ce jour a aussi été nommé le Vendredi-absolu.
(Voy du Caiiîje, Gloss. Lat. au mol. ibsolutionis dies ;
et liarasse, Ifech. des Recb. p. 54.)
On est absous par la décision d'un Juge; d'où
l'on a pu dire <- à toutes vos raisons feray respon-
« ses absolues (réponses décisives.) » (Voy. Jlodus
et Racin. ms. fol. 239, V°.)
Nous employons encore ce mot au même sens,
dans quel(iues"exprcssions; et nous disons Volonté
absolue. Autrefois on écrivoit absolute au féminin.
« On peut désirer le bien d'autrui, ou une chuse
•< illicite, par volonté non absolute. « (Vov. Triomph.
de la Noble-Dame, foi. 19i.)
Absolution, subst. (ém. IndulL;ence.
Ce mot sui]3iste. mais il n'est plus d'usage pour
signilier ce qu'on nomme communément Indul-
gences. Cbartier, parlant de la mort d'Agnès Sorel,
dit qu' ■' elle requit audit Maistre Denis Augustin
« son Confesseur, qu'il la voulusl absoudre de
« peine et de coulpe par vertu d'une absolution
« qui lors estoit à Locbes. » fllist. de Cbarles VU,
page 192.)
On disoit en termes de Barreau, Absolution à
caulêle, pour Suspension d'excommunication, à la
cbargedese repré-senter. Toy. Du Cange, Gloss.
Lat. au mot Absolutio ad caul'elam.) ■
AltsoliittMiKMil, adv. Absolument.
En lalin absolute. « Disant absolutement qu'ils
'■ vouloient avoir certaines personnes. ■■ (Monstr.
Vol. I, fol. 179. — Vov. Fabri. Art de Kliétoriq.
liv. I, fol. liO, \\)
Absolutoii'o, adj. Qui absout.
(Voy. Cotgr. et Oudin, Dict.) On dit aujourd'hui
Ifref (il)soluloirc , au lieu de Lettre ahsolutoire.
(Cotgr. Dict.)
Al>solutrice, adj. (ém. Oui absout.
Senlenee absolutriee. (Procès de Jacques Cœur,
>is. p. 17.;
Absorbir, verbe. Absorlier, engloutir. Anéan-
tir, détruire.
Ce mot, employé au premier sens dans les Serm.
de S' lîern., répond au verbe latin absorbere.
Maint assorbisi l'eaue. et affonde,
Maint sont hors reboutés par l'onde.
Et ses flots maints en assorbissent.
Rom. de la Rose, vers 6299-G301.
Par extension du sens propre, al)S07'bir siguifioit
anéantir, détruire. On lit au sujet d'un Connnitti-
?HHS accordé sur un faux exposé, « que le cas est
« à répéter par le Juge ordinaire ; et à luy en doit
« estre rendue la cognoissance... car parle droict
« escrit, nul no assortis/ le droict d'autre, etc. ■>
(Bouleill. Som. Rur. p. 3G8.)
VARIANTES :
AnSOUBIR. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 74.
Absouboyer. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 27('>, col. 1.
.\ssonBER. Borel, Dict. — Gloss. du P. Labbe.
AssoBBiR. Id. ibid. p. 70. — Rom. de la Rose, vers 6301.
Abst«Miir, verbe. Abstonir. Gêner. Borner.
Ce mot subsiste sous l'orthographe abstenir, en
latin Abstinere. 'S" Bern. Serm. ubi suprà.} L'on
disoit autrefois au premier sens , (lui est le sens
propre.
Trois fois se pasme de foleur,
Ne se puet atciiir de plour.
Alhis, SIS. fol. G. V- col. 1.
De lîi, l'acception plus générale du verbe abste-
7iir, employé absolument avec ou sans le pronom
réfléchi, dans le sens de gêner.
Je ne vous veux point abstenir.
Blason des Faulccs amourjt, p. 231.
" Ou a matière de s'abstiner et vivre sobre-
» ment. ■■ Triomph. delà Noble-Dame, fol. U.)
Enlin de la signilication d'abstenir, gêner, naît
celle de borner, l/on disoit en ce .sens, " s'abstenir
h du pain. « pour se borner, s'en tenir au pain pour
toute nourriture. (Contred. de Songe-creux, fol.
3(1, li").
VARIANTES :
ABSTENIR, s. Bern. Serm. fr. MSS. p. ."iai, etc.
AiisTiNEB. D. Duplessis, llist. de Meaux, T. Il, p. 67, tit.
de 1180.
Atexih. Atbis, MS. fol. 6, V» col. 1.
AB
33 -
AB
Abstention, xubsl. fém. Action de s'abstenir.
Encore aiijourd'luu, dans (|nel(|ues provinces,
s'abstenir il'uiie succession, siiiMilie ne faire aucun
acte d'Iiéi'ilicr, ce (lui produit une renonciation
tacite. (Vesl celte renonciation que le mo\. abat en-
lion désitruedaiis le passafje suivant: « Le survivant
« ou la survivante ne peut profiler du raport ni de
« Viihsloilioii. mais les lieritiers seuls. •< Coût, de
Douchaull. au nouv. Coût. gcn. T. 1, p. 70!), col. 1.)
Abstinence, suhst. fém. Suspension. Modestie,
retenue. Privation de viande.
On disoit au i)reinier sens : Abslinoice de (/uerre,
pour suspension d'armes. (Mem. d'Oliv. delaMarcbe,
p. 95.) Oiieli|ucfiiis uhstinance tmit simplement :
<■ Trêves ne absliuances. » (Ord. T. III, p. 30.)
Dans le second sens, nous lisons :
Se tu la trovos bone et de loial sustance,
Et envers toi loial et do bone abstinence,
Honorer et servir la dois, sans atendancë
Et prendre et espouser, etc.
Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 179, V* col. 1.
Absl 'menée, dans le sens de privation de viande,
est d'un usa£;e très ancien. J. de Meun a dit en par-
lant des bypocrites ou faux dévots :
.... mains pour sembler plus honnestes,
Laissent à mangier chair de bestes
Tout temps, sous nom de pénitence,
Et font ainsi leur alislinencc,
Si comme en Caresme faisons.
Mais tous vifs ils mangent les homs
(i) les dens de detraction.
r.om. de la Rose, vers 16081 et suit.
C'est cette mortification affectée qu'il appelle
ailleurs ali>ili)ie)iee onjucilleuse (vers "20-2i3, et
dont il fait un personnage allégorique sous le nom
de Dame abstinence contrainte. (Ibid. vers 15531
et suiv.)
Toutes ces significations sont, comme l'on voit,
des applications particulières de l'acception propre
et générale d'nbslincnce, privation.
V.\RI.\>TES :
ABSTINENTE. Orlhog. subsist.
Abstin.\nce. Jlém. dOl. de la Marche, p. 94.
Abstraetenr, subst. masc. Qui extrait.
On disoit en ce sens Abstraetenr de quinte-
essence, pour Chimiste, ou iVlchimiste. 'Rabelais,
T. II, p. 287. — Voy. ibid. note de l'Editeur.)
Abstraction, subst. fém. Enlèvement.
C'est le sens propre; du latin abstrabere, enlever
par force. <• Acbilles tenant ii grand injure Vabs-
« traction de sa concubine Briseis, etc. » (.1. le
Maire, lllustr. des Gaules, liv. II, p. 2-24.)
Abstraindre, vei'be. Serrer, mettre à l'étroit.
Astreindre, obliger.
Le premier sens est le sens propre, du Latin
adstrinrjcre, serrer, pris figurément en ce passage:
« Yvain de Galles avoit àuremenlabstreint ceux'de
« Mortaigne en Poitou... les avoit si abstreint de
« vivres, que nuls ne leur en pouvoient venir. >•
(Froiss. Vol. II, p. 27, an. 1378.)
De h'i, le participe abstraint, pour obligé. « La-
<■ (luelle des deux conditions je voudrois cboisir, ou
<• d'eslre cocu, ou absiruint à ne jamais faire
« l'amour. » (Caquets de l'Accouchée, p. i)".,i
ciiNjra.
Aslrent, indic. prés. Lie, attache. (Voy. S" lîern.
Serm. Fr. mss. p. 281.)
VARIANTES :
AnSTH.VINDRE. Eust. des Ch. Po("t. MSS. fol. 70, col. 4.
Abstrkindre. Kroiss. Vol. II, p. 27 et 29.
Abstraire, vei'be. Emmener, enlever, arracher,
lietirer.
Ce mot est formé du latin abstrabere, arracher.
« La noble Pucelle Cassandra, se veit abstraire par
« force et violence, hors du Temple de Minerve. »
(.1. le Maire, lUuslr. des Gaules, liv. Il, p. 2.5(i.;
Dans le second sens, ce verbe a été employé
comme verbe réfléchi. L'on a dit ?>'al)Straire pour se
retirer, s'arracher au monde. <■ Mieulx te vauldroit
" abstraire et aler demeurer en aucun lieu soli-
« taire. » (Triomph. des neuf Preux, p. 267, col. 2.)
AI>strait, partie. Enlevé, arraché.
Du verbe Abstraire ci-dessus. (Voy. J. le Maire,
lllustr. des Gaules, p. 25C.)
Abncbement, subst. masc. Achoppement.
Ce mot, sous l'orlhograpbe Abncbement, semble
venir des verbes Abonclier et Abuscer, et sous celle
Abuissemoit dans les Serm. Fr. mss. de S' Bernard,
où il répond l'i olfendiculum du texte Latin, il pour-
roit être formé du Latin Ducca. Selon ces deux
étyinologies, Abncbement et .l/;«/s.scHiCH/expriment
l'état de celui qui penche ou tombe en avant, le
visage ou la bouche contre terre ; et s'est employé
de la pour désigner en général ce qui fait tomber,
ce qui fait trébucher.
Au figuré, un de nos Poètes du XIV- siècle, a dit
d'un vieillard aveuglé par le plaisir :
Bezicles n'a et queurt parmy la rue ;
En trébuchant se fraint, destruit et lasse.
On ne voit point ne ne veult concepvoir
L'Ahuchemcnl de pechié qui le blesse, etc.
Eusl. des Ch. Poës, JISS. fol. 388, col. 2.
VARIANTES :
ACrCIlEMENT. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 388, col. 2.
Abuissement. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 287.
Abvier, verbe. Détourner.
Proprement détourner du chemin. On a dit au
figuré : « Mon dit Seigneur, pour cuidier éviter le
« coup, getta le bras au-devant, dont il fut blecié
« 1res vilainement, car il ne peut tant abvier, que le
« coup ne lui cheust sur le visage. » (Preuves sur le
meurtre du D. de Bourg, p. 274 '. Si toutefois abvier
n'est pas une faute d'impression, pour obvier, aller
au devant, prévenir.
(1) od, avec.
AB
— 34 -
AB
Abuisonner, verbe. Duper.
D. Car|ieiitier, dans son supploment au Closs.
croit pouvoir dériver ce verbe du substantif Busio,
buse, pris dans le sens iisiuré de dupe. ^Voy. les
passa<res par lui cités, de deux Chartes de la lin du
xiv siècle, dans lesquels ce mol paroit avoir celte
signification.)
VARIANTES :
ABUISONNER, ABUSSONNEa. D. Carp. suppl. au Gloss. de
Du C. au mot Husio.
iVbuleler, verbe. Donner ou recevoir un bul-
letin, un eerlificat.
D. Carpen lier dérive ce verbe du substantif Bi/Z/^/ff,
pris dans le sens de certificat, reconnoissance.
AbuU'ter, siiiiiilioit [iroprciiieul donner ou recevoir
le certificat du sernienl d'obéissance prêté. C'est en
ce sens tiu'on disoil. « Jurex- et abuletez. » (Très.
des Chart. Heg;. 173, pièce .Viô.) On trouve ce mot
avec la même signification, dans plusieurs passai;es
tirés aussi des Hes- du Très. desCliai l. cités par D.
Carpcnl. Suppl. au Gloss.de Du C. au mut Mlle la.
— Voy. Iti 1.L1; ci-après.)
VAIUANTICS :
AnULETER. Trésor des Chart. Reg, 173. Pièce 52.Ô.
AiiLXLKTEn, Enbllleter. d. Carp. suppl. au Gloss. de
Du C. au mot liullcla.
Abus, subst. masc. Abus. Artifice.
Le mot Abus subsiste. Nous ne le citons que pour
remarquer ((u'il a été introduit dans noire laiii;ue, à
l'occasion du plaidoyer de Cugnières et de Bertrand.
Le premier s'étant servi des termes " de loris et
« entreprises dont usoit le Clergé sur le Roy ; » Ber-
trand, pour adoucir ces expressions, converlit le
mot de torts en celui d'.l/;HS, que Gerson fil valoir
dans son Traité de la Puissance ecclésiasti(iue. De là
Fexjjression iippel eomme d'abus. (Voy. Pasq. Rech.
liv. m. p. 250.)
On a employé le mol (ihbux- pour artifice, illusion,
dans ce passade... « Estoil ainsi tout esbaliy par
■■ Vabbit:i des trois Damoiselles. » (Percef. Vol. 111,
fol. 82, V col. 2.)
V.\mANTES :
ABUS. Orthog. subsiit.
Abbuz. Percef. Vol. III, fol. 82. V" col. 2.
Abuscer, verbe. Broncher.
C'est proprement se heurter et donner du visage
contre terre en bronchant. (Voy. Abl"ciie.mext ci-
dessus, pour Achoppement.)
Ses cevaus si fort s'abusca
Par les cailleus, k'il défroissa ;
K'il est si durement keus,
Que tout froissiés est ses escus.
Ph. Mousk. MS. p. «7.
A la planche vint, si monta ;
Ne sai dire s'il s'abuiasa
Ou escrilla (1) ou mesmarcha (2) :
Mes il chaii et se néa.
nom. (le Rou. MS. p. 151 cl 152.
Cette signification paiolt s'être étendue, pour ex-
primer faction d'un cavalier ([ui se heurte et s'ac-
croche à son éperon.
Envers Raimon isnelleraent sailli;
Mais au saillir, forment li mescaï ;
A l'esperon s'uhuissa, si llati (,3)
Encontre ticre, etc.
Anscis, MS. fol. 10, V- col. 2.
VARIANTES :
AHUSCEU (s'). Phil. Mousk. MSS. p. 4Ô7.
AiiiciiER. D. Carp. suppl. au Gloss. de Du C. au mot
BiiHlarc.
Abuisser. Rom. de Rou. MS. p. 151.
ABLissiER. Fabl. MS. du R. n" 7C15. fol. 187, R» col. 2.
Abuscinent, subst. rnasc. Abus.
(Voy. R. Estienne, Dicl.)
Abuser, verbe. Faire abus.
La première orlhograpbe de cet mot subsiste; et
fou dil encore abuser du temps, pour en faire
mauvais usage ; mais l'on ne dit plus comme autre-
fois, soij abuser, pour abuser de sinj-))u'iue, de son
temps. « Soy abuser au pillaige " pour s'amuser au
« pillage, y employer le temps mal à propos. » (Voy. le
Jouvencel, ms. p. i2J.) On dit encore dans quelques
cantons delà Bourgogne, s'ébuser, pour s'amuser.
On écrivoil au&siliabuser, au lieu d'«i/i(ser; faire
abus, dans le sens propre :
Las aujourd'hui voy mainte créature
De ces cinq sens laidement habuser
Et en user contre toute droilin-e,
Estre muyauLx (1) et de sens aveugler.
Eusl. des Ch. Pûiis. MSS. fol. 45, col. 2.
Abuser d'un Offiee, pour l'exercer sans y avoir
été admis. (Ordonn. T. 111, p. 587.)
CONJrG.
Abus, part. Abusé. (Voy. Froiss. Poës. mss. p.
'27],eol. 1.)
VARIANTES :
ABUSER. Le Jouvencel. MS. du R. p. 12,5.
Habuser. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 45 col. 2.
Abuseiir, subst. masc. Qui abuse. Trompeur.
Au premier sens, on a dit abuseurs eu leurs
offices, qui abusent de leurs cliarges, ijui prévari-
quent. (.loinville, p. 12'2. — Voy. les Dicl. de Monet,
de R. Eslienne, au mol Abusehr. — Ord. des Rois
de Fr. T. 111, p. 587. — Sagesse de Charron, p. 325,
et Rabelais, T. 11, prolog. p. 5, etc.)
On a dil aussi abuscur, pour trompeur, « cbar-
« lalans et abuseurs. » (Des Ace. Bigar. liv. IV, fol.
Ai, W)
Abuseiix, adj. Plein d'abus. Qui abuse.
Nous ne trouvons ces deux acceptions que dans
Colgr. Dict.
Abusif, adj. Où il y a abus.
Nous ne citons ce mot en usage, que pour rap-
porter l'expression ancienne, couronne abusive.
(1) glissa. On dit encore griller en Normandie, pour glisser. — (2) fit un faux pas. — (3) pencha, tomba — (4) estre muet.
AB
— 3r. —
AI!
employée pour exprimer une tonsure usurpée par
celui qui n'a pas droit ilc la porter. (Voy. le (ir.
Coût, de Fr. liv. IV, p. 508.)
Ahnsion, siilisl. [cm. L'action d'abuser. Sac,
pillage. Abus. Illusion. Irrésolution, perplexité.
Le premier sens est le sens propre. (Voy. lenioss.
de Marot, où ce mot est pris pour une action de li-
bertinage.)
Piller, c'est abuser de la victoire. De lîi le mol
ahusio)!, pour sac, pillage, dans ces vers qui termi-
nent un détail assez long, de brigandages et de vio-
lences exercées dans la Gascogne ;
Eiifans fuient et famés veuves,
Con se ce fust (1) abusion.
G. Guîarl, MS. fol. 219, R'.
On l'a môme employé, toujours par extension du
premier sens, pour abus, prisgcnéri(iuement. (Voy.
Villon, p. 2.-..)
Ce seroit grans abuisious.
Ane. Poës. Fr. MS. du Vatic, n- U90, fol. 132, R'.
Dans un sens moins générique, abusion a signifié
illusion.
Songes fu ou abusions.
Fabl. MS. du R. n" --218, fol. U5, R" col. i.
Souvent l'illusion produit l'embarras. De là on a
dit nbuKinii. pour irrésolution, perplexité. >< Le Con-
« nestable et les Maréchaux de France et de Rour-
« gogne estoient... en celle abiisio)i,, et ne savoyent
« lequel faire pour le meilleur. » (Froissart, liv. Il,
page 207.)
Ce mot, en ce sens, pourroit aussi venir d'AmsF.R
ci-dessus, pris dans le sens particulier d'abuser de
son temps, s'amuser, perdre le temps, comme on
fait en délibérant sans rien résoudre.
VARI.\NTES :
ABUSION. Villon, p. 25.
Abuisson. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» 1490, fol. 132, R\
Abussal, siihst. masc. Achoppement.
Ce mot est le même q\i'Abuisse>iient, avec une
terminaison diiïérente.
Un achopail et abussal
A gent de pie et de cheval.
Guîgneville, cité par D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mol Dmitarc.
(Voy. Abcchemext ci-dessus.)
Abutant, participe. Aboutissant.
(Voy. Le Moine, Diplomatique pratique, Dict.)
Abutei", verbe. Viser, tendre à un but. Mettre
bout à bout. Additionner, calculer. Abonner.
Le premier sens est le sens propre. (Voy. Borel,
Dict.) Ainsi on a dit : « 11 semble que l'ame ébran-
« lée et émeue, se perde en soy-mesme, si on ne
« luy donne prise, et faut toujours lui fournir d'ob-
« jet où elle ?,'abutte et agisse. » (EssaisdeMontai-
gnej:T. I, p. 27. — Voy. Buter ci-après.)
Dans la seconde acception Abuter a signifié,
mettre bout-.'i-hout. Ainsi on disoit : ■• ces lettres
" ieui's, cl dcscliin'cs par Aubain, les pièces furent
■» recueillies jiar un Gentiilioinnie aniy de Garnier,
" qui les abiilc avec de la cire. » (Pasq. Ilech. liv.
V, p. m;.)
De là, on a dit Abuter, pour additionner, joindre
ensemble diverses sommes : « Hecueillés par par-
« celles toutes les sommes mentionnées par cet ar-
« licle, et les abutez- avecque les dixans, vous trou-
« verés les (luatre mille marcs. » (Pasq. Ftecli. liv.
IX, p. 8'(.3.) Le peuple dit encore dans quelques pro-
vinces, Ebulrr, pour supputer, mettre des sommes
les unes au bout des antres.
Le Moine, dans sa Diplomatique pratique, Dict.
explique A but ter, par Abonner un droit, un péage,
à une somme fixe.
VAUI.VNTES :
ABUTER. Pasq. Rech. liv. V, p. 40G.
AuuTTEK. Cotgr. Dict. - Essais do Montaigne, T. I, p. 27.
— Le Moine, Diplomatique pratique, Dict.
Abiitiner, verbe. Mettre au pillage. Associer au
pillage.
Dans le premier sens : » Si parlascheté sumes(2)
« delTaicts, nos biens seront abutinez-, etc. »
(.1. d'Auton, Annal, de Louis XII, de 1503-4 et 5, fol.
20, V". — Voy. BuTi.NER ci-après.)
On disoit par extension abutiner, pour associer
au pillage, au butin. Ce verbe étoit quelquefois ré-
ciproque en ce sens : >< Il ne dist à nul qu'il eust
« aucun abutiné avecqnes luy ; mais se abulinoit à
« tous, poussant ([u'il deiist avoir bulin en tous les
« butins où il se boutoit, etc. « (Le Jouvencel, ms. fol.
353. — Voy. Butin ci-après.)
Abylant, subst. masc. Nom de pays.
C'est la fleur, et en terre et en mer,
De beaulté de pucelle ;
Si n'arrestasse pour tout l'or à'Ah]i!a>'t
Que j'en allasse tout le pays cherchant.
Percef. Vol. II, fol. 81, R* col. 1.
Cette expression, pour tout l'or d'Abijlant, étoit
proverbiale. On la retrouve dans ces vers :
Jà n'a il home en eest sicle vivant
Qui i alast por tout l'or d'Abilay^t.
Anseis, MS. fol. 52, R" col. 2.
VARIANTES :
ABYL.\NT. Percef. Vol. II, fol. 81, R» col. 1.
Abilant. Anseis, MS. fol. 52, R» col. 2.
Abysme, subst. fém. Abyme.
Ce mot, aujourd'hui masculin, s'est employé au-
trefois comme féminin :
Mers et abismes lointaines, etc.
Molinet, p. 134.
Il se prenoit quelquefois en bonne part. » La
« faute qu'elle faisoit de refuser un si grand party,
« qui la mettroit dans le fin fonds et àbiisme de ia
» grandeur, etc. » ^Brant.Dam.Gal.T. Il, p. 156. —
(1) comme si ce fût. — (2) sommes delîaits.
AC
— 30 —
AC
Voy. sur Torigine de ce mol, Courgoing. de Orig.
voc. vulg.)
VARIAMES :
ABYSME. Brant. Dam. Gai. T. II, p. 150.
Abisme. Molinet, p. 12t.
Abysineiix, adjectif. Profond.
Où Von s'abyme : " Que vos cors en la fosse
« fl/^fSHirt/Ê' eussent été ensevelis. » (Triompti. de la
IS'oble Dame, fol. 38, V°.)
VARIAMES :
ABYSMEUX. Colgr. Dict.
ABIS.MAL. Trionipli. de la Xoble Dame, fol. 38, Y».
Abytucs, part, au [ém.plur. Débatues, agitées.
« En ce Parlement furent alniliics les causes des
<■ Eglises de r.Viclievesclié de Lyon et de Vienne,
« qui étoient vaguez, et sans pasteur. » (Ghi'on.
S" Denys, T. I, fol. i'ô. On lit dans le latin : « in
« quo causam Ectlesiarum Lugdunensis et Vien-
.« nensis vacantium ventilari fecit. »
Acabat, partie. Fini.
Ce mol paroît formé de Cap ci-aprùs, tête, cbef.
« Consideran ijuc lestriuvcs rt sufreiice do guerre
« de Bretainbe, et nostres soren acatiades à la foste
<• de Sent Miqucu, etc. » (D. Morice, Ilist. de Bret.
Preuv. col. T. II, col. 1118. — Voy. Achever.)
VARIANTES :
AC.\B.\T. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot Acluare.
Ac.vnADKs. (,fém. plur.) D. Morice, llist. de Bret. Pr. T. II,
col. 1118.
Acabit, subst. masc. Accident, malheur.
On a dit cap, pour cbef, tète; mauvais cap, pour
mécbef, accident, malheur. De là peut-être Aeaijit,
formé de cap, employé en ce sens dans ces vers :
Se en ccste malheure et labit
Nous mourions par quoique acabit,
Ame n'y a qui bien nous face.
Villon, p. GO.
Ménage semble avoir considéré ce mot comme
une altération de l'ortliographo Acapit, en le faisant
venir du latin Accapitum. L'clymologie ([ue nous
prDposons, nous a paru plus naturelle. Celle
d'AcAi'iT, ci-après, droit seigneurial pour clia(iue
mutation ou changement de cap, de tèlc, pourroit
bien être la même.
Acabler, verbe. Aterrer.
(Voy. Caseneuveet .Ménage.) On a dit, en parlant
des amendes imposées pour des coups donnés :
» D'un coup de paulme cin(i sols, d'un coup de
« poing douze deniers, de batcure à terre, que l'en
■ appelle acuiiler, dix-buil sols. » (Ane. Coût, de
A'ormandie, fol. 104, V".)
VARIAMES :
ACABI.ER. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Cabttlus.
AciiABLEn. D. Carp. suppl. au Glossaire de Du Gange, au
mot Cubulus.
Acaolier, verbe. Chasser.
Mener, faire marcher devant soi.
Bien cent somiers que Turc vont afnr/uiiit
Vins et viandes portoient li auquant.
Anseis, MS. fol. 55, R* col. 1.
On dit encore Acacher en ce sens, dans quel-
ques cantons de la Normandie. (Voy. Cacher
ci-après.)
Acadc, siihst. inase. Sillage.
Oudin, dans son Dict. expli(iue le mot acadc, ou
erre d'un vaisseau, par le sillage.
Acadéniiste, sulist. masc. Académicien.
Beauchamp observe que » la Comédie des Aca-
« dentistes, pour la réformation de la Langue
« franeoise, en lG'i3.... fut réimprimée depuis sous
" le titre àcs Académiciens. » (Roch. des Théat. T.
II, p. 210.)
Açalndre, verbe. Enceindre, entourer. Saisir,
comprendre.
Mot formé du latin aecingere, mettre une cein-
ture; par extension, enceindre, dans ces vers, où
le Poëte dit en parlant de la Vierge :
Vigne de noble fruit plantée
Sans humaine cultiveure ;
Violete non violée ;
Courtie.\ tous ujui/is d'aclosure.
Dits el Moral. MS. de Gait'nal, fol. 296, R', col. 3.
Entourer, envelopper, dans les deux passages
suivans :
Sarasin demaincnt grant noise (1)
Sonnent timbres, trompes, tabor ;
Les nos (.î) acaijaent tôt entor.
Pliil. Mousk. MS. p. 193.
Turc les encloent, et acaynent.
Ibid. p. 191.
Dans un sens plus figuré encore, cemotsignifioit
saisir, comprendre.
Tu dois tout enquerre ; et açaindrc
La vérité de la querele.
rm do Gliarilô, MS. do Gaignal, fol. 217, V col. 3.
(Voy. Ençaixuue ci-après.)
Co.NJCG.
Açafinent, \nâ\c. prés. Enveloppent. (Pbil. Mousk.
MS. p. 'l!)l el 193.)
.l('a/H(', indic. prés. Enceint. (Guiteclin de Sas-
soigne, fol. 233, V" col. 1.)
Açaing, indic. prés. Enceint, environne. lAnc.
Poët. Mss. avant 1300, T. II, p. 902.)
Açaiiist, indic. prés. Enveloppe. (Pbil. Mousk.
MS. p. HU5.)
Açuint, indic. prés. Enceint. (G. Guiart, ms.
fol. 131), V°.)
VARIAMES :
.\C-^INDRE. Phil. Mousk. MS. p. VXi.
AuEiNDRE. Coût, de G. de Tyr, Marténe, T. V, col. 072.
(1) bruit. - (2) nôtres.
AC
AC
Açainte, snhst. fcin. Eiiceinle, enclos.
Par le poing a prise la damp,
D'une part vont en une açainlc
Kabl. MS.duU. n- 7218, fui. 213, P." cc.l. I.
(Voy. Ac.r.i.N, Ençaint et Ençaintf, subst. ci-après.)
VARI.VNTKS :
ACAIN'TE. Rec. des Ilist. Ue Tr. par D. liouiiuet. - Chron.
S. Den. T. V, p. rJr^.
AciiAiNTK. D. Carp. suppl. au Gloss. de Du C. au
mot Acciufta.
Ançaintk. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Inchula.
Aoaire, suhst. Dtase. Nom d'un Saint. Signe du
Zodiaciue.
Dans la première acceplion, ce mot est le nom
d'un tîvè(|uc de .Noyon, (lui guérit les acariastres,
suivant Sylvius, cité dans le Dicl. de Trévoux, au
mot Acariâirc.
Tu serois plus hors du sens
Que ceuls qu'on raaine à S' Acaire.
Eusl. des r.h. Poi'B. .MSS. fol. 520, col. 2.
De Ih, on disoit mal S' Acaire, pour désigner le
mal que S' Acaire guérit. On écrivoii aussi
Aquaire. (Voy. Eust. des Cli. Poës. mss. fol. 353,
col. 3; et (j. Mâchant, ms. fdl. IS-J. H» col. 2.) La
vertu cie guérircvilains maux, attribuée aux Saints
par la superstition, dépendoit souvent de l'orUio-
graplie de leur nom.
Par un autre abus de l'allusion des noms, on ap-
peloit ceux ([ui acquérent, qui gagnent. ■< Pèlerins
de S" Aqaire. » (Ane. Pocs. Fr. sis. du Vat. u" 1 illu,
fol. 101, V".)
Dans la seconde acceplion, ce mot signilloit le
Verseau, signe du Zodiatiue, du nom Mm'Aquarius.
Quant aux signes spociaulx .
Li Capricornes, li Toreaulx ,
La Vierge, le Mouton, l'Acaire.
Eust. des Ch. Pois. MSS. fol. 471, col. 1.
Il est écrit Aquaire dans la Cbron. S" Den. T. I,
fol. 118, Y-, et dans le Gloss. de Labbe, p. 488,
Aquaires. i,Yoy. l'art. Auiarus ci-après.)
VARIANTES :
ACAIRE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 5'29. col. 2.
AOAIRE. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n» 1400, fol. IGl, V».
Aquaire. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 353. - Chron. S.
Den. T. I, fo 118, V».
Aquaires. Labbe, Gloss. p. 488.
Acaniusé, partie. Taillé en chamfrain.
Mol formé de Camis ci-après. On a dit llgurément
pierre accamusée, pour taillée en chamfrain. Pierre
dont on a rabattu l'angle, l'arête en ternies d'archi-
tecture. « Quand es murailles estant entre deux hé-
« ritages sont mis, et assis aucuns corbeaux, ou
« pierres estant en veuës et lieux apparens, et ayant
« saillie, et tels corbeaux et pierres sont aecam'usez
« par dessouz en faisant l'œuvre, et sans fraude, iceux
u corbeaux el pierres démonslrent ([ue tout le mur
« est commun aux deux dits héritages; et si lesdils
« corbeaux ou pierres sont accamuscx- par dessus,
« demonstrent que lesdites murailles sont comrau-
" nés, jusqu'auxditles pieires et coi'beaux » Coul.
gén. T. 1, p. 'J(i3.)
VAIIIANTKS :
ACAMUSÉ. Colgr. Dict.
AccAMUsÉ. Coût. gén. T. I, p. 9C3, et T. Il, p. 1020.
Acannor, verbe. Injurier.
Mot Picard. (Du Gange, Gloss. Lat. au mol Aca-
ni~<are. — Voy. Dkiia.n.ner ci-après.)
.Vcaitil, ,sh//.s/. inasc. Sorte de droit féodal.
M. l'iclcau dit iiue l'on doit entendre pai- .lr«/;;7,
le doublcmenl des droits seigneuriaux à chaque
changemcnl de Seigneur. Mém. sur Ageii, p. 'M,
G. D.) Mais la Hocliellavin prétend que ce droit
s'appeloit arrière-aeapil ; et que l'on nommoit
Acdpilfi, certainsdroilsqui.se payoient au Seigneur
direct |>oiir ciiai|ne mulalion aii'ivée, soit par la
mort de son vassal, soil par vente, échange, ou
autrement. (Voy. Du Gange, Gloss. Lat. au mol
Reaecapitum, T. I, col. 75.)
Laurièrc pareil cire de même sentiment, puisque
à l'arlicle Acitpt. il renvoie à celui des droits
d'issue el d'entrée, (lu'il définit : « Lods el ventes,
1 ventes et honneurs et autres droits seigneuriaux
« qui se payent au Seigneur cavier, rentier, ou
« censuel et direct, par le vendeur et jiar l'aclicleur
« de l'héritage aliéné et redevable envers quelque
« Seigneur foncier, pour le vest, devest; saisine,
.< desaisine. » ^Gloss. du Dr. fr.)
On enlendoit donc par Acapits, certains droits
casuels, tels que le Relief, ou Hachai, etc. (Voy.
AcAiiiT ci-dessus.)
Les nouveaux Editeurs de Du Gange, ont réfuté
Brussel, qui, dans son Traité des Fiefs, p. 849,
interprète Aeapit, par feodum sine eapite. (Voy.
Gloss. Lat. T. I, col. 73.)
Lorsqu'un bien éloil d'un trop grand prix pour
être inféodé sous la seule obligation de l'hommage,
ou sous la redevance d'une petite censive, il arri-
voit quelquefois que le Seigneur chargeoit le fonds,
d'une renie seigneuriale proportionnée à la valeur
de ce bien : c'est ce que paroil signifier l'expression
ad AcapitiiDi dure, citée par Du Gange, uhi suprà ;
ou bien le Seigneur se faisoil payer une certaine
somme d'argent, que les Coutumes de Bourbon-
nois el de Mvernois appellent eiitrage. ^Voy.
Laur. Gloss. du Dr. fr. sous Aeapit, Acapte,
etc.) L'on trouve ce droit d'entrée désigné par ces
mots pri)n Acapte, dans un vieil acte en langue
vulgaire de l'an 1255. (Ménage, Dict. élym. au mot
Acheptcr.)
Ces sortes d'inféodations éloient alors de véri-
tables ventes, ou des Aceiisemeiits. Or, prendre à
cens un héritage, ou en pf.yer le prini acapte, c"est
l'acheter. Ainsi les mots Achapt et Achapter, ont pu
se former d' Acapte, ou Aeapit. (Voy. ci-après Achapt
et AcilAPTEIt.)
VARIANTES '.
ACAPIT. Brussel, Traité des Fiefs, p. 849.
AcAP. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot Acaptare.
AC
— 38 -
AC
ACAPTE. Lanr. Gloss. du Dr. fr. - N'ouv. Coût. gén. T. I.
page 1103.
ACCAPTE. Cout. d'Agen , au nouv. Cûut. gén. T. 1\ ,
p. 903. col. 1.
Acaration, subst. [cm. Confronlalion.
Du mol cara , care , face , visage. On trouve
Accarati'i au même sens, dans Du Gange, Gloss.
Lai [\o\'. l'art, suivant Acaremest.)
ACAR.\TIOX. Rabelais, T. III, p. 210.
AccARATio.v. Monet et Colgr. Dict.
Acaroniont, subst. masc. Confrontation.
(Voy. Du Gange, Gloss. Lat. au mot .lc'((ra//'().; On
reconnoit dans ce mot, de même ([ue dans Acarku,
et i)eut-L'treAr,AHiASTiu: ci-après, la même origine que
celle d'Ai AiiATiiiN ci-dessus.
VARIANTKS :
ACAUEMENT. Du Cange, Gloss. Lat. au moi Accaratio.
Acc.^.REMENT. Mouet, Dict.
Aoarci*, verbe. Gonfronter.
Proprement mettre facc-^-face, de l'ancien mot
care. (Voy. Borel, Dict. au mot Cliere. — Ménage,
Dict. étvm. au mot Accarer. — Laur. Gloss. du Dr.
fr. — Brant. Gap. fr. T. III, p, 109, etc.)
VARIANTES :
AC.VRER. Caseneuvc, Orig. de la Langue fr.
AccAREn. Oudin et Monet, Dict. — Ménage, Dict. élym.
Acc.AROER. La Combe, Dict. du vieux langage.
Acariastre, adj. Acariâtre, d'une humeur dif-
ficile, contrariante.
Ce mot semble dérivé du latin Acer; il pourroit
aussi tirer son origine du substantif care, face,
visage. De même que l'on en a fait le verbe Acarer,
opposer face à face, confronter ; on a pu en former
l'adjectif .lt•«'/'/rts^?•<', qui s'oppose en face, qui con-
trarie. (Voy. AcARER ci-dessus.)
ACARIASTRE. Nicot, Dict.
ACHARiASTRE. Bourgoing. de Orig. voc. vulg
p. 18, V"
Acariastreté, subst. fém. Contradiction.
Cotgrave et Oudin interprètent ce mot par obsti-
nation, opiniâtreté, entêtement, folie, emportement,
fureur; son élymologie est évidemment la même
que celle d' Acariastre. (Voy. cet article, et celui
d'ACARF.R.)
VARIANTES :
ACARIASTRETÉ. Oudin, Dict.
AccARiASTUETË. Cotgr. Dict.
Acarncr, verbe. Massacrer.
On a dit, en parlant d'une escarmouche. « Geste
a brigade de Gennevois(Genois) laissèrent leur moii-
« taigne... et les aucuns h course suivoient les
« Albanois, eu faisant grandes huées et cris hor-
" ribles. disans, acarne, acarne, amace, amace. ■>
M. d'Auton, Annal, de Louis XII, l.^OtVinO", p. 175.)
C'est du mot a-carne (au carnage\ cri de guerre
parmi les Italiens, que nous avons fait notre mot
s'acharner, s'obstiner, comme nous avons fait
allarme de leur mot all'arme (aux armes).
Acasemont, subst. masc. Inféodalion. Calme,
assoupissement.
Du mot AcASER, qu'on verra ci-après, dans le sens
de donner en lief ; l'on a dit acaaement pour inféo-
dalion. L'on distingue « Vacasotwnt fait par le
« Seigneur direct, ûoVacasement fait parle tenan-
■< cier, ou le sous-acasement.... L'acasement fait
" par le Seigneur foncier et direct, est vif, pour ainsi
<' dire, et emporte lods et ventes, comme première
<' rente foncière et seigneuriale, au lieu ([uc de
« ïacasemeni fait par le tenancier, ou du sous-
« acascmcnt, il n'est point deu de lods et ventes,
" d'où il est appelle quelquefois rente seiche. »
(Laur. Gloss. du Dr. fr.)
Ce mot, au second sens, parolt changer d'étymo-
logie, et s'être formé d'aecoiser, apaiser, calmer.
« Le venin avoit desja gaigné si avant... que sa
« mortelle opération ne peut plus être empeschée,
« mais elle fut bien un peu retardée par un acase-
" )>icnl (le cesle violente douleur. » (Printemps
d'Y ver, fol. l'ii, V°. — Voy. Accoiser.)
VARIANTES :
ACASEMKXT. Laur. Gloss. du Dr. fr.
ACGASE.MENT. Cotgr. Dict.
Acaser, verbe. Inféoder. Etablir domicile.
Ce mot formé de case, maison, manoir, et par
excellence manoir féodal, a signifié proprement
donner en lief, inféoder. (Laur. Gloss. du Dr. fr.)
Dans ([uebiues Coutumes, comme celle de Bordeaux,
c'est aussi bailler à rente. (Id. ibid.)
De lii, s'aecaser, pour s'établir dans un lieu, pro-
prement y prendre un domicile à rente, et en éten-
dant l'acception, s'y domicilier. « Le Roi... de
• Sicilie, Duc de Lorraine et d'Anjou, aimoit fort les
« Gascons et (jcntilhommes de ce païs là-bas, et s'en
a servit fort, si bien qu'il y en eut quelques-uns
qui s'y accazerent, dont en "est sorti depuis d'hon-
nêtes "gens. » (Brant. sur les Duels, p. 3.)
VARIANTES :
ACASER. Cotgr. Dict. - Laur. Gloss. du Dr. fr.
ACAZER. Cotgr. Dict. - Cout. gén. T. II, p. C71.
AccAZER. lîr.-int. sur les Duels, p. 3.
Akasser. La Combe, Dict. du vieux langage.
Acate, siilK'it. fém. Pierre précieuse; en latin
Achates, agate.
Acalc est cestc apelée,
Por un eve û (I) el est truvée;
Ko apelée est par cest num (2)
En Cczile la trovc l'um (3).
Neir (t) est, e a plesurs ligures
En li formées de natures.
Markodus, de Gcni. art. 2, col. 16i0.
(1) flc'ive où. - (2) de ce nom. - (3) la trouve-t-on. - (t) noire.
AC
— m —
AC
VAniANTES :
ACATE. Marb(xlii9, ilo Gcm. art. 2, col. KViO.
Ac.vSTE. Sicile, Lilas. des coul. fol. 27, V".
ACHATE. Murliotlus de Geni. art. 2, col. -1080.
AccaiiiiardcnuMU, ,s«/(,s/, iiiiisc. l'iiresse, in-
dolence, raiiK'aulise.
Du verbe AccAGNAiiDicn. (Yoy. Colgr. Uict.)
AccafjnardcM*, verbe. Devenir f;iinéant.
Ce mol l'ornié de Cacnaiu) ci-après, subsiste sous
la i)rcmière ()rlhot;rapbe, dans le laiit;ag:e familier,
avec une siL,Miilicalion aclivc; mais on ne diroil
plus : « (;raii,'iiant... de vous voir acca'Kjnanlcr au
losis, etc. >. (i'asq. i.ell. T. 111. p. 580.)
Nous disons encore siaccagnurder dans sa terre ;
mais s'aceagnardcr en oisyveté, est tout-;Vfait hors
d'usage. Cliarles-Uuintdisdil, en |»arlanl de Henri II:
« ,1e connois voslre lioy, issu du noble sant;- de
« France, comme j"en suis sorti; estant jeune
•< comme il est, et ambitieux aussi bien que moy, il
" n'a garde de s'accaipiarder en oisyveté, ny aux
« plaisirs de sa cour. •■ (Brant. Cap. Etr. T. I, p. 15.)
VAIIIANTKS :
Accagnarder. Oudin, Monet et Cotgr. Dict.
AcAGNARDEU. Ortli. subsist.
AccAiGNAUDER. l'asq. Lett. T. III, p. 58)1.
Accasané, adj. Casanier.
Qui aime la maison ; mot formé du mot case,
maison. (Yoy. Cotgr. Dict.)
Accasaner (s'), verbe. Devenir casanier.
Mener une vie casanière ; au figuré , une vie
obscure et oisive. De là, ces expressions, s'accasaiier
en voluple^, pour vivre obscurément, en s'aban-
donnantaux plaisirs. (Voy. Pasq. Hecli. p. 88a.)
S'accasaner à la recherche des femmes. On a dit,
en parlant d'Henri IV, « Tandis qu'il s'occupa à la
« guerre et à tous ces exercices violens, peu souvent
« le voyoit-on s'acasaner h la recherche des fem-
« mes ni à s'en empêtrer d'aucune passion. » (Mém.
de Sully, T. XII, p. 28<J.)
VARIANTES
ACCASANER (s'). Pasq. Rech. p. 883.
ACASANER. Mém. de Sully, T.
p. 883.
XII, p.
289.
Accatz.
Etre mis Accatz, est une ancienne façon de
parler, qui semble répondre ii notre phrase pro-
verbiale, être mis à-quia.
tost serais mis accatz
De me vanter devant les Théoriques,
Et gens parfaits en carmes Héroïques.
Faifeu, p. 11 i.
Accélérateur, subst. masc. Qui accélère. (Yoy.
Oudin, Dict.)
Accéléré, adj. Prompt.
Ce mot ne subsiste plus que pour désigner un
mouvement augmenté. On l'employoil autrefois
pour désigner en général un mouvement prompt.
" Crande, et accélérée diligence. » (.Méin. de Du
Dellay, liv. Vlll, fol. 'i08, U".)
Aci"c'iisai(jo, sulist. masc. Arrcntemcnl.
(\'oy. AcK.Nsi: et Ack.nskmknt ci-après.)
« Déclarons et ordonnons pour Nous et nos Sub-
« gez, que ce qui en a esté, ou sera levé par telle
« manière de accensaige, ou ferme, ne pourra estre
■< trait h conséquence. » (Ord. des Ducs de Drel.
fol. 200, V".)
Accciiser, verbe. Allumer.
Du latin accendere. Marot tourne en ridicule ceux
([ui de son temps all'ecloieiit de se servir de ce mot
en ce sens :
L'autre par trop les oreilles m'offense,
(Juaud pour aUuiue ha voulu dire accense.
CWni. Marot, p. 20i.
Accentuer, verbe. Prononcer métbodiciuemeiit.
Prononcer en observant les accens. Ce mot sub-
siste sous la première orthographe ; mais ne signifie
aujourd'hui autre chose ijuc marquer les accensdes
mots. Le Closs. de l'IIisl. de Bretagne , explique
acculer, dans le sens générique de lire distincte-
ment. Il semble plutôt ([ue ce soit lire avec des tons
maniués de déclamation ; et c'est en ce sens qu'on
a employé accentue, dans les verssuivans :
Là maint gosier barytonnant bondit.
Qui Lay prononce ou Balade accanlue,
Virelay vire ou Rondel arrondit.
Maint Serventois là endroit se punctuc,
Chant royal maint si chante et psalmodie.
J. Le Maire, Illust. des Gaules, p. 38*.
ACCENTUER. Orthog. subsist.
Agenter. Gloss. de l'Ilist. de Bretagne.
Acceptaple, adj. Agréable.
En latin acceplaliilis, qui répond au mot Accep-
laiile, dans les Serm. de S' Bern. nbi stiprà.
Lèvres mouvoir sanz cuer à oroison,
N'est pas à Dieu prenant ne ucccpliMe.
Eust. des Ch. Poës. MS. fol. 251, col. 2.
Par cest essample voel retraire
Cascuns doit sa proiere faire.
Que à la gent ne soit luiisable
Et que à Dieu soit aceptuble.
Bestiaire, MS. du P.. n" 7989. Baluzc, 572, fal)le35.
On lit dans un autre ms. de la même fable, agréa-
ble, au lieu d'aceptable.
(Yoy. AccEPTEL'R ci-après.)
V.\RIA>TES :
ACCEPTABLE. Orthog. subsist. - Gloss. du R. de la Rose.
.\CCEPTAULE. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 21.
AcEPTABLE. Bestiaire, MS. du R. n" 7989, fable 55.
Acceptance, subst. fém. Acceptation, consen-
tement.
« Hom n'avéra advantage par tel releas qui sera
« enconter son proper acceptance. .» (Tenures de
Littleton, fol. 111, Y°.)
Liltleton, Anglois de nation, semble attribuer au
AC
— 10 —
AC
mol Àcceptance. le genre masculin, dans le passage
qu'on vient de ciler. parce que dans ce passage , ce
mot se rapporte à l'homme ; et non parce qu'il at-
tribue effectivement le genre masculin ;^ ce mot.
En Anglois. les pronoms possessifs empruntent le
genre du nominatif du verbe. Les Anglois qui par-
lent noire langue, y transportentsouvenl cette règle
de leur syntaxe. Nous faisons ici celte remarque
une fois pour toutes.
Accepter, verbe. Accueillir.
Faire un bon accueil.
Venez à moy, vous tous qui par labeur
Estes lassez et chargez de douleur ;
Je suis ccluy qui vous acccplcraij.
Les Marpicrites de la Marguerite, fol. 20.
CONJIG.
Accept, participe passif. Accepté ; dans le sens
subsistant du verbe Accepter. [ïenures dcLiltleton,
fol. 79, V°.)
Accepteur, attbst. masc. Qui fait acception.
Oui considère l'un plus que l'autre; qui se con-
duit avec partialité. (Voy. Accf.pt.vule ci-dessus.)
" Les grâces de Dieu, ne se donnent point aux liom-
" mes pour leur noblesse ou richesses, mais selon
« qu'il plaist à sa bonté, qui n'est point accepteur
« de personne, lequel élit ce ([u'il veut. » (Contes
de la H. de Nav. T. I, p. 'iô.)
On lit dans J. Le Maire : ■< Paris de Royal paren-
« tage toulesfois sans Royal appareil ... "n'est point
« accepteur de personnes ne soustcneur dequcrel-
« les iniques. (lUustr. des Gaules, liv. I, p. 96.)
Acceptilation, suhst. fém. Terme de Droit.
C'est proprement la déclaration par buiuelle on
tenoit quitte son débiteur. Douteiller dit : « Est la
» quittance que aucun faicl de la dette, ou du con-
« vent (I) qui luy estoit deu , et que le créancier
« clame quitte son detteur, et recognoissance que
" sa tête tient pour bien payé. » Soni. Rur. p. 3i7.;
Accès, suhst. masc. Subside.
On disoit du temi)s de Sully <■ Surcharger ses
« peuples de levées de gens de guerre, d'accès,
« impôts, tailles et tributs. » (Mém. T. XII, p. 478.)
C'est la même chose qu'AccisF, ci-après. On lit dans
Bouteiller, Som. Rur. p. 403: « Comment treux,
« péages et Assès furent mis sus. » (Yoy. le mot
ExcKs ci-après.)
VARIAMES :
ACCÈS. Mém. de Sully, T. XII. p. 478.
Assfes. Bouteill. Som. Rur. p. Wô.
Accessadeui', subst. masc. Celui qui tient
à cens.
« Michiel d'Albaspeyras, Chapellain, Fermier ou
« Acce&sadeur du Prioré d'Albinhac. >- (Lettr. de
1410, Reg. l(i!», C.hart. ;!2n , citées par D. Carpent.
suppl. Gloss. de Du C. au mol .\cccssameiitum.)
Accesseurs, subst. masc. pfur. Prédécesseurs.
Peut-être est-ce une faute pour ancesseurs , dans
ce passage. <■ Paris fut fondé par les Trovans vnr
>• mi. XV. ans, avant l'incarnation de >'. S." et illec
« habitrent, puis que leurs accesseurs se furent
" partis de Sycambre, xn' lxx. ans. » (Traduct. de
Boëce, par J. DeMeung, >is. du R. n°73."ir). fol. 106.)
Acc'ession, subst. fém. Addition. Acception,
préférence.
On a dit au premier sens access/o?i, pour addition,
du mot latin accessio. (Voy. l'article Ar.cEssoinE ci-
après.) « Si pendant que l'a'uvre s'imprime, il m'en
« survient qucl(iu'un des oubliez, ou (lucl'on m'ad-
« vertisse d'aucun nouvel ouvrage, nous ferons
« imprimer fi la lin du livre une accession, où il
» sera mis. « (Du Verdier, Diblioth. Préf. p. 25.)
Ce mot est employé pour acception , préférence,
dans le passage suivant ; peut-être par une faute de
copiste:
En rendit le droit chascun
Sanz faveur, sanz accession.
Eust. dos Cil. Pocs. us. fol. 4C5, col. 3.
Accessoire , subst. masc. et fém. Incident.
Conjoncture. Embarras.
Ce substantif n'rsl proprement qu'un adjectif de
tout genre, qui devient suiistantif par ellipse. Voy.
ci-après Aci:i;ss(iiiii; et .Vcf.ssuiue.) 11 paroit formé du
yQvheVàûn Accedere, arriver, approcher; ou Acci-
f/ejr, arriver, survenir; delà, il a été employé,
comme terme de pratique, dans le sens d'Incident,
point II débattre qui survient dans le cours d'un
procès. « Pour osier les parties de long procès en
» plaidoiries, nous ordonnons que de quelconques
« accessoires qui seront proposez en la courdesdit-
« tes foires.... les gardes d'icelles foires pourront
. faire délaisser les parties sans icelles recevoir en
.< Juuement. •> (Ord. T. II, p. 31'2. — Vov. le gr.
Coût! de Fr. liv. III, p. 296.)
Ce mot, qui, en ce sens, est très ancien dans notre
langue, étoit quobiuefois féminin, parce qu'alors
on sous-enlendoil les substantifs chose, affaire, etc.
On laisse tout le piincipal
Pour venir à une Accessoire.
Eusl. des Ch. Pois. SIS. fol. 522, col. 2.
Dans la signification de Conjoncture , il exprime
un état, une situation ([ui survient dans un cours
d'événeinens, d'affaires, et qui imi dépend. « Les
« Italiens craignans de tomber au même accessoire
« qu'auparavant, si on élisoit un François, jetloient
' t(nites leurs opinions sur un ((ui fust de leur
» nation. » (Pas(i. Recb. liv. m, p. 231.)
Par extension, le mot accessoire, signifioit l'em-
barras Tié d'une conjoncture désavantageuse. « Je
« pense bien que... Monsieur de Bressuiro fut en
<■ m'and rtcccssoi/r après cette lettre reçue. » (Drant.
Cap. fr. T. I, p. 44.)
(1) promesse.
AC
— u -
AC
Mulière l'a employé en ce sens :
Et tout ce qu'elle a pu, dans un tel accrasoirc
Est de me renfermer dans une grande armoire.
Kcole des Kcrorm», Act. IV, Scène VI.
Accessorio, adj. et sitbst. )iiasc. Accessoire.
Complice.
Ce mot, que nous ne trouvons employé que par
Uritton, Kcrivain Anglois, est le môme que notre
mol accessoire, avec une légère altération.
Comme adjectif, on a dit « un fait acccssoric »
pour un incidrnt. en matière de procès. ^Uritton,
des Loixd'An-i. fol. .«, V".)
Connne suiislantif, ce même mot s'est employé
dans le sens de complice, celui qui se joint à un
autre pour l'aider ii commettre un crime. « En
« droit... de trespassours (1)... et des accessories
" nule peyne ordiné, fors(iue soulcuient vers les
" principals trespassours. » (nritlon, des Lois
d'Angl. fol. 51, V°. — Voy. Du (^ange, (Jloss. Lat.
au mot Accessorius, col. 80.)
Accidentai, adj. Accidentel.
On a dit en ce sens, •> joieus de joie acciden-
o taie. » iTriompli. delà Noble Dame, fol. 17-i.)
VAHIA.NTES :
ACCIDENTAL. Epilh. de M. de la Porte.
AcciDANTAL. Essais de ilontaigne, T. I, p. 382.
Accidontalcment , adv. Accidentellement.
(Voy. les Mém. d'Ol. de la Marche, liv. 1, p. '291.)
Accides, siibst. masc. plur. Nom de Peuple.
On trouve ce nom employé dans les Chroii. de
S' Deays, T. II, fol. 21, pour désigner les Assassins,
les Suj'ets du Vieil de la Montagne, Roides.lcf?Y/fs.
L'auteur de ces Chroniques , qui écrivoit dans un
siècle où les Assassins n'étoient peut-être pas en-
core tout-à-fait détruits, semble avoir tixé l'élymo-
logie du nom de ce peuple, en le rendant par celui
d'Aecides, formé du latin Oecidere, tuer, et au par-
ticipe pluriel, Oceidentes, qui tuent. Le change-
ment de ïo en «, est fréquent dans les étymologics
de notre langue; et ce Clossaire en fournit grand
nombre d'exemples. (Voy. Assassins ci-après.)
Accidulei", i^erbe. Terme de médecine.
Rendre acide; mettre des sucs acides dans quel-
que chose. Ce mot est encore quelquefois d'usage
sous l'orthographe Aciduler. (Dict. de Trévoux.:-
VARIANTES :
ACCIDULER. La Combe, Dict. du vieux langage.
Akcidouler. Id. ibid.
Accin, subst. niasc. Enceinte, circuit.
Ce mot se trouve souvent répété sous trois de ces
orthographes, dans l'arpentage, qui précède le
Terrier ms. de la terre de Montmort en Champagne,
fait du temps de Charles IX. Il est employé à chaque
article pourl'enceinte d'une terre. On se sert encore
en Champagne dn mot Accin, pour l'enclos qui est
autour d'une maison. .Nous li.soiis au même sens :
« A esté l'accieue faicte par la rivière de Seine à
« Vaccin de ladite maison, adjugée audit S' de
« Païens, llault-jnsticier. .. (Pithou, Coût, de Troyes,
p. (H)-l. — Voy. A(.;ai.nte ci-tlessus ; E.n(.:ai.nt et E.nc.ai.ntk
ci-après.)
VAHIAXTES :
ACCIN, Acciîn. Arpentage. MS. de la Terre de Montmort.
AcciNT. Coût. gen. T. 1, p. llCj.
Achaint. Triomp. des neuf l'reux, p. '.H\, col. 2.
AciN, AciNT. IJ. CarpoHt. suppl. Gloss. de Du C. au mot
AscinuK.
AcTiN. Arpentage, MS. de la Terre de Montmort.
Ascix, As.siN. U. Carp. suppi. Gloss. de Du C. au mot
Ascimts.
Accipc.
Mol laliii employé |)0ur sobriquet dans le vers
suivant :
Dictes vous vray, Maistre Accipé.
UCuv. de Roger de Colleryc, p. 78.
Accise, subsl. Imposition, taxe, taille.
«. . . . Tant des accises, impôts, amendes, etc. »
(Coût, de Bruxelles, au nouv. Cor. t. gén. T. I,
p. 12;i6, col. 1.) « La franchises des .Ur/sês et autres
« exemptions. >■ (Id. ibid. p. Pi74, col. 1.) Le mot
Accise subsiste pour désigner certains impôts qu'on
lève dans les Piovinccs-unies et en Angleterre.
(Voy. Assise.) On trouve Accisia, pour taille, impôt,
dans la basse latinité; et ce mot paroit venir du
]n[\n Aecidere, retrancher (Voy. le Rec. des Rolland.
Avril, T. III, p. 738, et l'article Accès ci-dessus.)
variantes :
ACCISE.Cout.de Bruxelles, au nouv. Coût. gén. T.I, p. 123(i,
col. i.
Assis, Assise. D. Carpcnt. suppl. Gloss. de Du C. au
mot .4ssisa.
Acclainper, verbe. Lier, attacher.
On dit encore en terme de marine, acclainper un
mût, pour le fortifier en y attachant des pièces de
bois par les côtés. Ces pièces de bois sont appelées
en Anglois clamps : d'où l'on a pu faire acclainper
dans la signification particulière qui subsiste. Mais
en remontant à l'origine même de clamiis, (jue
Junius dérive avec assez de vraisemblance d'un mot
Anglo-saxonqui signilielien, on trouve qnucclainpcv
a pu se prendre dans le sens générique de lier, at-
tacher; plus particulièrement attacher avec des che-
villes; c'est ainsi que l'explique Cotgr. 11 ajoute que
ce mot est Normand.
Acclosagier, verbe. Fermer, clore de murs
ou de haies.
(Voy. Cloire ci-après.) « Une pièce de terre acclo-
« sa(/it'C,o tous les arbres dessocroissans. » (Charte
de 1342, Reg. 74. ch. 525, citée par D. càrpent.
suppl. Closs. de Du C. au mot Acclausum. — Voy.
ibid. Accudere.)
(1) coupables de trépas assassins, meurtriers.
AC
— i-2 —
AC
Accoinlahlo, adj. Accessible.
Proprement facile à approcher ; de facile accoin-
tance. Mouet, Dicl.) aisé à lianler et eslre fait amy.
(Nicot, Dict. — Voy. de plus le Dict. de Cotgr. et "le
Gloss. du Rom. de la Kose; et ci-après l'article
ACCOI.NT.J
Accointuii'o, stibst. Espace de navire.
D. Carpent. suppl. Gloss. de Du G. au motfl(/i'/srt;v,
croit que le mot Accointaire, sijjnifie un navire pour
aller ;i la découverte, et il le dérive du mot Accointer,
aviser, avertir. 11 cite le passaiie suivant, tiré des
.4necd. de U. .Marlen. T. I, col. 18-23. <> Lue Accoin-
• taire chargée de femmes de Peyre, fut prise des
« Turcs. »
Accoisenioiit, siibst. niasc. Galme, adoucisse-
ment, li-uKiuillité.
(Voy. Cotgr. Dict.) Ce mot formé de coi, tranquille,
subsiste encore en terme de médecine : « VAccoise-
« ment des humeurs » Dicl. de IWcad. Fr. — Voy.
Ac.\sE>iE.NT ci-dessus.)
Accoiser, verlie. Appaiscr, calmer. Reposer.
Au premier sens, cest proprement rendre coi,
rendre tranquille.
" Il s'émeut, il s'accoise, il approuve et réprouve
« en un instant même chose. » (Sag. de Charron,
p. 203.)
Li Rois ot entendu, et le cri et la noise (H,
Durement s'esmerveille quant elle ne sacoise.
Xnc. Pocl. 1>. IISS. avaiil 1300, T. Il, p. S54.
Vous puet on bien d'un chapel couronner
A un. flours, qui maint grief mal acoise.
Eust. des Ch. Poét. .USS. foi. £6G, col. 1.
De lu, s'acoisier, demeurer coi, dans le sens de
se reposer.
Endormiz s'est, et acoisie:.
Eslrubcrl, Fabl. IIS. du «. n- 79S0, p. 33.
Par une application particulière de l'idée du repos
à l'idée du silence, on a dit s'acoyser pour se taire.
(Voy.Percef.Vol.V, fol.45, R".— Voy. Coiser ci-après.)
ACCOISER. Monet. Xicot, Oudin et Cotgr. Dict.
Acco\-EU. Percef. Vol. V, fol. ir.5, R°, col. 2.
Acnoisf:R. Fabl. MS. du R. n" 72 JH, fol. (iO, R", col. '2.
ACHOISIEK. l-'abl. .MS. du R. n« 7-21S. fol. j(l, R" col. 1.
AcûiEK. Fabl. MS du R. n» 7-21S, fol. 115, V". col. 2.
Acoiseu. Ilist. de B. du Guescl., par Ménard, p. il,5.
AcoisiER. Estrubert, MS. du R. n" 799(>, p. 27.
AcoisiR. Anseis, MS. fol. 5, R", col. 2.
AcovsKH. S. liern. Serm. fr. MSS. p. 0. - Percef. Vol. I,
fol. 156, Rocol. 1.
AcoïsiEn. S. liern. Serm. fr. MSS. p. 39.
AcQUOism. Cotgr. Dict.
.\QUAYSEii. Ane. Coût, de Bret. fol. !>1, V».
AouoiSER. G. Guiart, .MS. fol. (X, R».
Aquoisieh. g. Guiart, .MS. fol. iiKl. y.
Aguoism. llist. des trois Maries, en vers, .MS. p. Wl.
Accol, sulist. m-asc. Coup sur le col.
L'.Vcolade, en terme de chevalerie.
Mon col qui eut Vaccol de chevalier.
Est accolé de trop mortel collier.
Ckm. .Marot, p. 86.
^Voy. .\coLADE ci-après.)
Accolleincnt, sulist. maso. Embrassement.
« Luy lit la plus g:rant chère du monde, non pas
" sans plusieurs baisers et Accolemens. »
Saintré, p. 511. — Voy. Acolaoe ci-après.)
Accolleryo, suhst. fcm. Embrassade.
^Voy. .VcLOi.LE.ME.NT ci-dcssus.)
Relevier fault son amy, tpiand il chet,
De cueur entier, en doulce Accollerye.
Œuv. de Uogcr de Coller^'e, p. 18t.
Aecoininettre, verbe. Opposer l'un à l'autre.
Animer l'un contre l'autre. Accomcttre des chiens,
les exciter les uns contre les autres. ^Ménage, Dict.
étym. — Voy. Commettre ci-après.)
Accoinodable, adj. Qui peut s'accommoder.
,Voy. Nicot. Dict. » Mon appelil est rttroJHOf/flWt;
« indiféremmeiit à tnulcs clnises de ([uoy on se
« plaist. » ^Essais de .Monlaii;ne, T. I, p. 'Ij-l.)
Accomodation, subst. fém. Accommodeinenl.
arrangement. Prêt gratuit.
Le premier .sens est celui du latin accoiiimndarc.
Voy. Monel, Dict.) C'est proprement l'action de
rétablir une chose qui est en désordre. (Apol. pour
llérod, p. 505.)
En langage de coutume, on a aussi appelé accomo-
dation, le prêt gratuit. « Accomodation que les
« couslumiers appellent prester l'i autre par cour-
« toisie aucune chose. » nouteill. Som. Rur. p. 375.)
C'est le sens du verbe latin commodare , Prêter.
Accomodement, subst. musc. Commodité,
aisance.
P. Corneille a dit en ce sens :
Et vostre fils rencontre, en un mestier si doux.
Plus d'accuiiiodoiioil, qu'il n'en trouvoit chez vous.
L'Illusion, Comdd. de P. Corneille, Aclc V, Sfcnc V.
Accomparagor, verbe. Comparer.
Ce mot composé de la préposition latine ad et de
comiiaraijcr.... signifie faire comparaison d'une
chose à une autre. (Mcot Dict. — Voy. Comparager
ci-après.)
Lorlliographe acompagier pourroit bien être une
faute pour acompuraijer. Nous ne la trouvons que
dans le litre d'une Dalade. (Eust. des Ch. Poës. .mss.
fol. i:i'(, col. 3.)
On disoil s'accomparager pour se comparer, entrer
en comparaison.
Edouard 111, roi d'Angleterre, après avoir rendu
son hommage en 13-il», pour le Duché de Guyenne,
retourna de France en Angleterre, où il « recorda
(I) bruit ou querelle.
AC
— 43 —
AC
" assoz.... du grniid cshil iiu'il nvoil tronv(''. el (les
« lioiinonrs iiiii estoieiil on l''i"iii(X', ;iii.s(iiu'lk's du
" faire ne de l'ciilrepreiidre à l'aire, nul aulre [laïs
« ne ïiiccontj)nraijc. » ^i'roiss. liv. 1, p. 30.)
VAUiANTi:s :
ACCOMPAIIAGER. Xicot, Horel, Monet, etc. Dict.
AcciiMi'AiiKU. Apol. pour llérod. p. '2l)l.
AcOMPAGiEi\. Eust. des Cli. l'oi'S. MSS. fol. i'M, col. 3.
AcoMPARAOKii. l.anc. du l.ac. T. II, fol. ,")2, V" col. 1.
Ar,oMi'AHA«u:n. 1). Cari)cn. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Coitsueiilcr.
AcOMPARAcm. Modus et Racio, MS. fol. 191 U".
AcoMPAREn. Cléin. Marot, p. 480.
Accoinplaindre ^s'\ vcrlic. Se plaindre.
« St' (iccdniiila/ijnit l'orl au due de ce qu'il lui
« avoit lait perdre cesic hellejouruf^e de Flandres. >>
(Hist. de la vie de Loys 111. ft. de Bourbon, p.ii'ii. —
Voy. CoMri.AiNDHK ci-après.)
Accomplir, l'^rfte.Complctter. Finir, terminer,
achever. Exécuter à mort.
On lit au premier sens : « Donna la cliarge de les
« accotiiplir jus(iues au nombre de deux milles
« hommes. » (Mcm. de Du Bellay, liv. VI, fol. IS.'),
V". — Voy. .\r.c(iMinLEit ci-après.)
De l'acception de cnmpicttcr. est née celle de ter-
miner, achever. « Envoya Fredegonde à une ville
« assez prez de Houen, pour la rtcr*?»/)//)' le remanant
<■ de sa vie. » (Cliron. S- Den. T. I, fol. 58.)
De là, au figuré, on a dit accomplir, dans le sens
de terminer la vie de quelqu'un, l'exécuter à mort,
le punir de mort. « Il doit lors estre mené et accompUj
<i îi justice, et le corps, jaçoit ce qu'il soil mort,
<• livré à tel exemple comme s'il fust en vie. »
(Bouteill. Som. Hur. p. 273.)
Ces trois significations, dont nous venons de rap-
porter des exemples, sont des applications particu-
lières de l'acception générale et subsistante, Accom-
plir, achever entièrement, etTectuer. (Voy. Complir
ci-après.) On peut y rapporter diverses façons de
parler, qui prennent leur origine dans les usages
de notre ancienne Chevalerie.
Il arrivoil souvent qu'un chevalier s'engageoit à
soutenir un pas d'armes, à rompre une lance, etc.
c'est ce qu'on appeloit autrefois entrepvinse. (Voy.
E-MPRisE ci-après.) Ces engagemens étoient en quel-
que sorte, des défis à tous les chevaliers ou gentils-
hommes d'une province, d'une ville, etc. Par con-
sétiuent les accepter, c'étoit fournir à ceux qui les
proposoient, l'occasion ^'accomplir leur promesse.
De là, ces expressions figurées.
1° Accomplir les armes, ou Venireprinse d'un
chevalier, comme en ce passage : « Prest pour len-
<' demain faire les armes qui ci-après sont escrites,
« par devant mon très-redoubté Seigneur Mon-
« seigneur le Duc d'Orléans, lequel m'a accordé la
<i place. Si est adonc Gentilhomme.... en la.... ville
« qui accomplir les me vueille ; et premièrement
« serons moy et le Gentilhomme qui accomplir me
" voudi'a mon eiilreiiriiisr, montez à cheval en selles
" de guerre sans nulle lieure. " (.Monslr. Vol. I, Ch.
" Mil, [1. 7, V".)
« .le serai celui qui à mon pouvoir luy accomplira^
« ses armes. » (Saintré, p. 218.)
2" Accomplir la faulte d'un autre, signifiolt le
remplacer; mais le remplacer en accomplissant
rengagcinent (|u'il avoit pris. « Le chevalier aux
>' trois Couleuvres esloit appareillé û'accompUr la
<• faulte de ses deux compaignons qui esloient
hlecez. ■■ (Percef. Vol. VI, fol. Gi, If col. 2.j
3" Accomplir d'une lance, c'étoit dégager sa pro-
messe , y accomplir en rompant une lance. " .Se
« dressa l.ancelot sui' leseslriers etfrappa ung
« Chevalier si durement (ju'il le poila à teri-e.....
« et passa oultrepour acomplir de sa lance, car
« elle n'esloit pas encore rompue ». (Lanc. du Lac,
T. III, f(d. 117, Vcol. 2.)
ACCOMPLIR. Orthog. subsist.
.^ccoMi'LYii. liouteill. Som. Rur. p. 273.
AccoMi'LTR. Lanc. du Lac. T. 111, fol. 117, V", coL 2.
AcuMPLEVii. D. Morice. llist. de Kret. p. MVi. tit. de 12(j(j.
AcuMPLVK. D. Jlorice, Uist. de Bret. col. \n\-2 et Um.
tit. de 1211; et 12(W.
Accomplissement, sul)st. viasc. Perfection.
Politesse, civilité.
Ces deux significations naissent du sens subsis-
tant à' accomplir, achever. De là, accomplissement,
l'état d'une chose achevée, parfaite ; ce que nous
nommons perfection. Ainsi Guill. Guiart a dit en
parlant de la fondation de Paris :
Establirent une cité
Bêle et plaisant, à terre sèche.
Et l'apeîerent Leuteohe :
C'est-à-dire, qui voit ramainne (1)
Vile de bien rasée (2) et plainne
Par la gent qui là s'iert (3) atraite
Fu, si comme leur plut, parfaite
D'assez bel accDiplisseinent.
G. Guiarl, US. fol. U2, R'.
De là, on a employé accomplissement, pour civi-
lité, politesse achevée, politesse qui ne laisse rien
à désirer. Le Duc de Biron faisant le récit du bon
accueil que lui avoit fait l'Archiduc, finit ainsi :
« iMifin toute sorte (V accomplissements i\o\iiA\(nM
« receu de luy. » ;ilém. de Bellievre et de Sillery,
p. 'loO.)
VARI.\NTES :
ACCOMPLISSEMENT. Mémoires de Bellievre et de SQ-
lery, p. 4;35.
AcoNPLissEMENT. G. Guiait, MS. fol. 142, R".
Accomplisseur, suhst. masc. Qui accomplit.
(Voy. Oudin, Dict.)
Accompt, suhst. masc. Compte.
On lit dans une citation de Du Gange : « Le ma-
« rescal doit estre al jour de la feste et à tous
« aullres jours kles accomptz-; elles establissemenz
(1) qui ramène le mot à son vrai sens. — (2) comblée. — (3) s'étoit.
AC
— 44
AC
. del lloslel, seront failz par le Sonescal et par
- luy. » ^Gloss. Lat. au mol.Uan'Sffl/Ms /"onHsecMS.
— Vôy. Aco.NTE ci-après.)
Acconipt, participe. Compté.
(Voy. AccoMPTKR ci-après.) « I>es deprécs en frank
« mariage seront uccompts en tii'l nianer. §. De le
« donor à les donées en l'rank niariasie, le primer
" degrée.... et de les donées tan (lue à lour issne. il
« serra ucompt le second denrée. » (Tcnurcs de
LilHelon, fol. 5, IV.)
Accoiiipter , verhe. Compter , passer en
compte. Estimer, faire compte.
Le premier sens est le sens propre de ce mot,
composé de la préposition A et du verbe Ch.mi'tku.
(Voy. Acontkh ci-après.) Nous lisons dans des i-ettres
de l'an 13'.t3 : « Us ne acomploienl à elle ne aux
" siens un feslu. » (,D. Carpent. snppl. Gloss. de
Un C. au mot Compolum tenere, sous l'article
Computus.)
X'accomptcr riens à quelqu'un, signifie n'en faire
aucun cas, itroprcmcnt ne lui compter rien pour
son mérite ;dans Monstr. Vol. 111, p. IH), V".)
On a dit au même sens :
Hercules remirant les hauts murs de Cramonne,
Unze Geans trouva, par manière félonne ;
Mais à leur pranil pouvoir n'acoinpla une proiine (1)
Tous les défit, etc.
liera. d'Ol. de la Slardic, IW. II, p. 5f.l.
En étendant l'acception propre de co mot, 11 a
signifié faire comide d'une chose, la priser " Pou
■I ou néant acoinphiil ce (jne Passavant leur avolt
.. recordé. » l'eicef. Vol. 11. fol. 100, H" col. 1.)
VARIANTES :
ACCOMPTER. Monstr. Vol. III. fol. 99, V".
Aco.Mi'TER. Percef. Vol. II, fol. 10(3, R° col. I.
Acconditioiincr, verbe. Mettre des conditions.
Du verbe Conihtio-nner ci-après, qui a la même si-
gnification. (Voy. Cotgr. Dict.) On a dit en parlant
de la Loi (jue Dieu donna aux Israélites:
Loy ordonna,
Qu'il leur proportionna.
Lia, acctmdilionna
De cérémonies maintes.
Al. Cliarlicr, de l'Espér;
, r- 3i*.
Acconduire, verbe. Conduire, guider, mener.
(Voy. Mcot, Oudin et Cotgr. Dlcl.)
Mercurius nous gouverna.
Un Dieu qui nous aconduil ça, etc.
I'.om. du lirul. .MS. fol. 52, V col. 2.
De là, s'acennduire à une entreprise, pour entre-
prendre. ;Recli. de Pasq.T. 1, p. 33. — Voy. Co.ndlire
ci-après.)
CoNJur..
Aceonduil, prc'ter. parf. Conduisit. (Hech. de
Pasq. T. I, p. 3.3.)
ACCONDUIRE. Pasq. Rech. liv. I. p. 33.
AcoNuciuE. Rom. du Rrut, MS. fol. 5i, V-i col. 2.
Acc'onsuivi, partie. Atteint, i^erbe.
Participe d'accnnsuivre, atteindre, que l'on peut
voir ci-après. liorel cile .iciDUsict, d'après Perce-
val ; peut-être devoit-il \\n^ Acunsuivi. ou .iconsuit,
ou même Àcuinsict, comme dans le Moine,
ubi suprà.
VAH1A.NTKS :
ACCONSUIVI. Mém. de du Rellay, liv. V, fol. 1431. R°.
AcoiNsiCT. Le Moine, Diplomatique pratique, Dict.
Aco.M^sIL;T. Rorel, Dict.
AcONSiEVV. Hist. de B. du Guesclin, par .Ménard, p. 477.
A<M)nsuivro, verbe. .lolndre, atteindre. Obtenir.
SeU)ii .Mollet, ce verbe signifie proiireiiient «//«'/«-
lire ipielqu'un e)i cheminant. •■ Les prisonniers di-
« soient n'avoir seù.... quelle part on les condui-
« soil, ne (|ue l'Empereur devoll venir Xdiaccunsui-
u vre. » (.Mém. de du Bellay, liv. VII, fol. '22.-., V".)
« Aconsuivit Liziart et le ferit. •• (Ger. de Nevers,
Part. 11. p. ■l'23. — Voy. AceNciirvoin ci-après.)
Ce verbe éloll quebiuefois employé comme réci-
pruiiue, se aconsuivircnj, pour s'atteignirent. (Ibid.
Part. II, p. T), note de l'Édlleur.)
On disoit aussi proverbialement :
Tel va bien tost qu'on aconsuit.
Faifcu, p. 15.
De CoNsiivnr. ci-après, l'on a fait acconsuivre par
la réunion de la préposition latine ad. (Voy. iNicot,
Dict. au mot uccitnsuiivre.)
Ce verbe, au figuré, slgnilloit obtenir, atteindre
l'objet que l'on pousuivolt. Nous ne le trouvons
en ce sens ([ue dans le DlcL. d'Oudln. sous l'orlho-
graplie Acconsuivre.
ClINJL'G.
Acconsuirotl, prêt. ind. Joignirent, atteignirent.
(D. tlarpciit. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Atlciulcre 4.)
AcDHceust. — Aconsceut, prêt. ind. .lolgnll. at-
teignit. (D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mol
Atïendere 4.)
Aciinsivent, ind. prés. Atteignent. (G. Guiarl, .ms.
fol. 27;i, H".)
AcdHsui (.!'), indic. prés. Je poursuis. ;G. Guiart,
MS. fol. It!).)
Aconsutnies, préli-r. ind. Allelgnlines. (Fabl.
.MS. du P,. ir 7(;lr., T. II, p. 187. V" coL 2.)
Aconsuirnil. imp. subj. Joindroll. (D. Carpent.
suppl. Clo.ss. de Du C. au mol Attendere 4.)
Acousiui, pri'lér. ind. Atteignit. (Ilist. de Fr. en
vers, à la suite de Eauvel, ms. du R. n" (1812, fol. 88.
V"col. 3.)
AcDUseroit lisez AconseroiP, imp. subj. Attei:i-
droit. Martene, Contin. de Guill. de Tyr, T. V.
col. .■.i)7.)
(1) prune.
AC
AC
VAlUAÎiTES :
ACONSUIVRK. (ludin, Dict.
A(X(iNsiin. UloKs. (le rilist. de Paris.
Ac.cdNsi'iviii. lUilielais, T. V, p. 185, note 5.
AccoNsrvvHK. Nicot, Dict.
AcoNsiiiimiii:. Kabl. MS. du II. u" ICA:,, T. H, fol. 1013,
V»col. 1.
AcoNsiVKE. G. Guiart, MS. fol. 27li, lî".
AcoNsriK. Thib. de Nav. Ane. Pout. h: MSS. avant V.m,
T. I, p. 58.
AcoNSUinE. G. Guiart, MS. fol. :V)4, V".
AcoNsuiVRE. Borel, Dict. - Ilisl. do lî. Du Guesclin, par
Ménard, p. Xi(i.
AOONSUYVRE. Cotgr. Dict.
AccoquiiuM", verhe.
Ce mot funnii du latin CniiiiiiKi, cuisine, sitiniHc
proprement allcclicr jiar lu xKtiKjcaillc. (Mouet,
Dict.) " Ueutlre (lueltiu'uu ouiiueliiuu hesio si privée
« en sa lianliso, (iu"ellc ne vueiUe eslre nulle part
« ailleurs. » (Nicot, Dict.)
De lu, racception Hi;uree d'apprivoiser, accoutu-
mer, (lue ce verbe conserve eiicoi'c; aujourd'hui;
« Les hommes sont «t'<''Ky;HUc:; à leur estre misé-
« rable.... 11 n'est si lude condition qu'ils n'ac-
<• cepteiit pour s'y conserver. » (Essais de Montai-
gne, ï. II, p. 773.)
VAlilANTES :
ACCOQUINER. Nicot, Monet, Dict.
Acoquiner. Sagesse de Charron, p. 254.
Accord, suhst. nuise. Réconciliation. Propor-
tion. Assortiment. Avis, opinion. Décision, juge-
ment. Désir, volonté. Di'oit seigneurial.
On a dit accorder, pour mettre d'accord, récon-
cilier : de mémeon a ditrta"0)'rfpourréconciliation.
Si ai tort
Bien m'a tenu sos le pié
Et sans déport
Et tousjors m'a essongié
De son acurt.
Ane. PoCl. Fr. MSS. avant 1300, T. UI, p. 1134.
Au figuré, ce mot s'emploie encore pour expri-
mer la proportion, le rapport, la convenance, par
exemple, entre les parties du corps humain; mais
on ne diroit plus d(> d(nix personnes, dont les
membres et la taille sei'oient de même proportion,
qu'elles sont d'unfj «tr'^rd et d'une grosseur. (Lanc.
du Lac, T. I, fol. '21, R" col. — Voy. Accordance et
Accorde ci-apriis.)
C'est aussi par une application particulière de
l'idée générale de convenance, que l'on a nommé
acort le rebord assorti d'un manteau, dont la dou-
blure s'accorde, convient, assortit avec le dessus :
El a son mantel destachié
Donc li acort, li sont au pié,
D'une porpre et fresche et novele
Donc l'ueuvre est menueteet bêle...
Li orlés est de sebelins
Très vairs et bien sainz et bien fins,
Qui orient Termine de fors
Si dure de si (1) as acors.
Parlen. de Blois, MS. de S. G. fol. 151, V col. 1 .
Convenir, être d'accord sur une chose avec
(luclqu'un, c'est être de son avis. On disoit autre-
fois (/(; volve uccorl, pour à voire avis. Modus et
Kacio, .MS. fol. 157, IV; Au pluiiel :
c'est mes accords.
Eu«t. des Ch. PuCs. MSS. M. 049, col. 2.
l'ar extension de ce dernier sens, ce mot signi-
lioil jugemeni, décision.
Grand dcbat avoit au jugier :
En la (in fu li iicars fais,
A ce que il scroit desfais.
Cleomadcs, MS. de Gai-nal, fol. 15, V- col. 3.
(Voy. Accorde ci-a[)rès .sous la seconde acceplion.}
I)aiis une signilicalion plus générale, désir,
volonté :
Puis que l'ainné le vuet
Fait cera ces lu-ors.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. II, fol. ITî, R- col. 2.
iMilin ce mot, pris dans le sens d'accord, conven-
tion, désigne dans ([uelques Coutumes un droit
seigneniial, qu'on nomme aussi Accorde et Accorde-
mem'. (Voy. ces articles ci-après: ) « Se frères com-
« niuiigs acquièrent aulcuus héritaiges tenus en
■' llef ou en cens et payent le rachapt ou accord
>' dudicl héritaige une fois ensemble, etc. » (La
Thaumass. Coût? de Berri. ch. 149, fol. 290.)
TARIANTES :
ACCORD, Orthog. subsist.
Accokt. Modus et Riicio, MS. fol. l.")7, R».
Acort. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. III, p. I134-.
AcouRT. Cleomades, MS. de Gaignat, fol. ,">. V» col. li.
Aquort. h. de Fr. en vers, à la suite de Fauv. MS. du R.n"
G812, fol. 70, V»col. -1.
Accordable, adjectif. Accordant. Accoinmo-
dable. Terme de coutume.
Du mot accord, qui subsiste comme terme de
musi(iue; on a dit au premier sens : « La Heuto est
aecurdal/le au tambour et aus violes » (Monet, Dict.)
Du mot accord qui subsiste dans le sens de con-
vention, l'on a dil«(rori/fl/;/c', en parlant d'un diffé-
rend qui se peut pacifier. (Monet, Dict.
C'est aussi du mot accord, pris en ce deriiiei' sens,
([u'on a formé l'expression de cens acearduble, qui.
en termes de coutume, signifie un censdonl la muta-
tion donne lieu à certain'droit seigneurial sur lequel
l'acfiuereur et le Seigneur censuel ont coutume de
composer, de faire un accord. (Voy. Accorde et Ac-
coRDK.ME.NT ci-après) i « En la ville, Chaslel et Cliastel-
« lenie d'Issoudun ; par acquisition de chose cen-
•' suelle, soit par succession directe ou collatérale,
« par contract ou autrement, ne sont deuz aucuns
« accordemens, lods, ventes ou doubles cens, s'il
« n'y avoit paction ou convention spéciale au bail
« d'héritage à cens, ou autre droit constitué, auquel
« cas, quand ladite paction seroit par ces mots, cens
'< portant lods et ventes; lesdils cens sont de la
« nature et condition des censcoustumiers et uccor-
» dahles. Toutesfois audit cas de ladite paction....
« en succession dii'ecte ou collatérale, ne sont deuz
(1) jusques.
AC
'iG -
AC
« aucuns ilroits de lods et ventes. » fCout. de Berri.
au Coût gcn. T. II, p. 31)8.)
De là. l'auteur du Glossaire sur les coutumes de
Beauvoisis, a défini le cens acconlabtc, sens poilanl
lods et ventes.
Le simple cens éloit celui dont la mutation ne
devoit aucun droit au Seitrncur censuel. « Kn la
« ville et scptaine (1) de I>un-le-ltoy, cens sont
« simples et non accordiihlcs, s"il n"êst qu'il soit
•■ ainsi dit et accordé par le bail, ou t|ue l'on ail
« ainsi jouy par droit constitué ou prescrit. » (Coût,
de lîerri, au Coût. gén. uhisitprà.)
Accordahloinent, adv. Unanimement.
Tout d'un accord. « Dienl les auteurs accordable-
« ment. » (Chron. l'r. ms. de Nangis, sous l'an 1344.)
Acoordance, suhst. [cm. Accords, harmonie.
Convenance, accord. Concorde, union. Convention.
Le pi'cmier sens est le sens propre. (Voy.Comi.\N(.i;.
L-i-après. I Chiron apprit à Achille :
Son do harhe et acnrdance.
livide, de Aric, MS. de S. G. fol. 03, R", col. 2
.... chantez en commune accordance.
Clém. Marol, p. 215.
Ce mot, de la signification propre et parliculic'rc
d'harmonie, accord de plusieurs voix ou de plu-
sieurs instrumens, a passé à la signification figurée
d'accord, convenance. (Rob. Eslienne, Dict.)
C'est en ce sens qu'il exprime un certain rapport
d'humeur, qui lie, qui unit deux personnes, et qui
fait qu'elles s'accordent ensemble :
Miex aim morir recordant ses beautez ,
El son grant sens et sa douce acordance ,
Qu'estre sires de tôt le mont clamez,
ChaDs. MSS. du C. Thib. p. 83.
(Voy. sous l'article Accorder ci-après.)
De ià, passant de la cause à l'elTet, on a dit itciii'-
ikuicc, pour union, concorde.
N'i avoit povoir discordance,
Tant estoient d'une acordance.
Clcomadcs, SIS. de ('.«ijnat, fui. 55, V- col. 3.
(Voy. Accordison ci-après.)
Entince mot a signifié accord, convention. (Cotgr.
Dict.^ " Trelierent et firent une acordcnce de pès
■■ des altercations et des autres chouses, etc. »
■Charte de I-JX!), citée par I). Carpent. suppl. Gloss.
lie Du C. au mot accardia.)
C'est en ce même sens qu'à la fin d'une Ordon-
nance de Philippe le liel, en date de '2.') août \:W2,
nous lisons : « Cette commune accordance et
« pourveance signifiez à tous par cri général. »
(Ord. T. 1. p. 347.)
V.MUANTES :
ACCORDANCE. Rob. Est. - Cotgr. Dict. - Marot, Gloss.
AcoDDAXCE. Athis, MS. fol. 17, R", col. •!.
AcconDANCE. Chans. .MS. du C. Thib. p. ft3.
AconDENCE. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Accordia.
Accorde, siibst. fém. Réconciliation. Conve-
nance. Convention, accord. Paix, union. Confédé-
ration. Droit seigneurial.
Comme on a dit accorder, pour réconcilier, on
a dit aussi acorde, dans le sens de réconciliation.
(Voy. Accorder ci-aprcs, et ci-devant AccoRn.)
Les Elmes deslacièrent ; et desarment lor vis (2)
Par acorde se baisent, etc.
Guitecliii de Sassoijoe, MS. de Gaignat, fol. 218, R* col. î.
On vient de voir Accordance employé dans le sens
général d'accord, convenance. De là le mot accorde,
dans le sens spécial de convenance, rapport ou
proiiortion ([ii'on doit mettre entre la punition d'une
faute et la faute même.
Diex. je t'ai lonc tems méservi
Se tu me rens à droite acorde
Selon ce que j'ay déservi
J'atent, et bien l'ai déser\i.
Jugement sans miséricorde.
Falil. MS. du R. n- 7218, fol. 203. V col. 1.
Accord subsiste encore dans le sens de conven-
tion : L'on disoil dans ce même sens acorde.
Si avoient fet leur acorde
11. de Fr. en vers à la s. de Fauvel, MS. du R. n- 0812, fol. 7fl, R*. col. 3.
De là. ce mot s'est appliijué aux conventions par-
ticulières de paix. On lit trievcs ou acordcs, dans
Guiart, ms. fol. 313, V% et par extension, accorde a
signifié la paix, qui résulte de ces mêmes con-
ventions :
As deu.\ Rois Vacordc queroit.
Pli. Mousk. MS. p. 517.
Pour mettre entre les Rois acorde.
G. Cuiarl, MS. fol. 52, R'.
On l'employoit aussi pour paix, union en général.
Seignor Diex aime pais et Het forment discorde
Or li deproions tuit par sa miséricorde
Qu'il veuille entre clers mètre fine amoureuse acorde.
FaW. MS. du R. n' 7218, fol. 253, R" col. 1.
L'idée d'union amène celle de confédération,
alliance; ainsi on a nommé flco?'f/(;, l'alliance d'un
Comte de Bretagne avec un Boi de France.
Li acorz de la Grant acorde.
Fal.l. MS, du Recueil, n' 7015, T. Il, fol. 180 R-, col, 2.
Enfin ce mot. comme terme de coutume, dési-
gnoit un droit seigneurial, une espèce de rachat, le
même qu'AcroROKMKNT ci-après. (Voy. Gloss. sur le
Coût, de Beauvoisis) " Si frères commungs ayant
« acquis iKM'itages tenus en fief ou en cens, et payé le
« l'achapl ou coiicord, veulent ensuile se départir,
" et il advient ijuc le dict héritage ainsi ai'(|uis en
« ladicte eommuneaulté demeure à l'ung deux par
« ledicl partaige, celluy à ijui il demourra ne payera
« plus nulz accordes au maisire du cens, ne raciiapt
« au maistredu fief. •■ La Tbauinass. Cmit. de Berri,
ch. cxi.ix, p. 'i',)l> et '207. Cette disposition est fondée
sur le principe que " Pour partage lods et ventes ne
« sont deubs. « (.Not. ibid. p. 297.)
(!) banlieue. - (2) visage.
AG
— Al
AC
VAniANTKS :
ACCORDE. Gloss. sur les Coût, de Heauvoisis. Ger. de
Rouss. MS.
AcoHDE. l'arlen. de lilois, MS. de S. G. fol. 101, R°, col. '2.
Accordi's partie.
Ce mol, (|iii subsiste, l'Ioil rainilicr au iiKiri'clial
(Je Malii;iioii, ([ui, dans la coiivcrsatioii, ropoiuloil
Accordé, sur tout ce (lu'oii lui disoil : •■ 11 se com-
« porta à la Cour tousjours île uiieux ou mieux avec
" la leutituile et sou mol usité (iccanlc et sou ser-
" menlcol Dieu. " liiaul. Cap. IV. T. 111, p. 370.)
On seul ([ue dans cette expression accordé, il y a
ellipse; comme dans l'expression subsistante â'ac-
cord, ([ue nous employons dans le même sens.
Accordeinont, subst. maso. Convention, ac-
cord. Uroit seigneurial.
Ce mot, au premier sens, signifie en général
convention, accord; en latin Pactum compositio.
(Loix Norm. ubi siiprà.)
Quant il orent ensamble lor Concile tenu,
De cest accurclenieiit sont joïaus devenu.
Kabl. MS. au li. n" 7218, fol. 331», V col. 1.
En termes de droit féodal ou de coutume, ce
mot désiiiue un droit seigneurial; [)rupreiueut la
conveuliou, l'accord qui lixe les droits censuels, les
« lods et ventes qui sont dûs au Seigneur censuel
« par l'acquéreur, lequel a accoutumé d'en accorder
>■ et com[)oser à son Seigneur à cerlaine somme. «
(Laur. Closs. du Dr. fr.) "
On l'a même employé dans la signification de
lods et ventes, soit ([u'ôn eut composé ou non de
ce droit avec le Seigneur. (Voy. Du Gange, Gloss.
Lat. au mot AeciD'daDioitiiiii.)
On distingue Yaccurdcinctit du rachat « Qui veult
« achapler aulcuu liérUaigc ((ui est tenu en fief ou
« en cens d'aulcun Seigneur, il fault rachapl; et en
« cens accordemens.... Ledit Seigneur de lief doit
« avoir pour son rachapt la levée d'une année. »
(La Tliaumass. Coût, de lîerri, ch. c.xxiii, p. '286.)
« L'accordoncnt.... entre gens lais est de quatre
'< blans qui valent vingts deniers tournois pour
« livre; et en cens d'église deux sols pour livre
» pour ce qu'ils n'ont point de relraict et les gens
« lais ont relraict. ■■ (Ibid. ch. cxxiv, p. '280.; Il n'y
-' a au censdu Roy aultres accordemens ([ue double
« cens quant le cas y advient. » (Ibid. ch. cxvm,
page 285.)
Ce droit a lieu : « En cas de ventes et aliénation,
« ou de mutation de Seigneurie, aultre que en ligne
« directe. " (Ibid. ch. xcvni, art. m, p. 222.) «"En
« nul lieu de France fon ne paye nuls accordemewi
« pour succession, réservé en la ville elseptene (1)
« de Bourges. » (Ibid. ch. IV, p. 2."')7. — Voy!
Accorde et Accord ci-dessus.)
ACCORDEMENT. Du Cange, Gl. Lat. au mot Accoi-da-
mentum, col. 85.
AcoRDEMENT. LoLx noriu. art. 1-2.
Accorder, verl>e. l'iéconcilier. Ranger, disposer.
Convenir. Traiter.
Va: mol, dans le sens propre et subsistant, signilie
mellre des iuslruments d'accord. l'Voy. Cuui)i;i( ci-
api'i's,; d'où facccpliMii figurée metire d'accord,
l'éconcilier.
Le veray repentant, do temps la grand longuesse
N'accui-de pas à Dieu, mais la contrition.
Ger. do llous». MS |.. )8fi.
On a même appliciuc la signillcalion pi'opre
û'aecorder, aux convenances ou proportions que
l'on observe dans l'arrangement et la disposition
d'une armée, d'où vient accorder, pour ranger,
disposer.
Piritoiis a conrées (2)
Ses batailles et accordées
D'un ù l'autre, etc.
Atliis, MS. fol. -\, V col. 2.
Eu étendant toujours la même acception, ce mot
a siguilié toutes sortes de rapports ou convenances;
et c'est dans le sens général de convenir, que le
verbe accorder exprime encore aujourd'hui la con-
venance, le rapport d'une chose avec une autre ;
mais on ne dit plus : « Ce qu'envoyé nous avez par
« avant, n'accorde pas à ce qu'escrit nous avez à
« présent. » (Monstr. Vol. I, ch. I.\, p. 11, V\^ Nous
dirions : ne s'accorde pas.
11 désigne aussi un rapport d'idées, de senlimens
ou d'opinions sur le même objet. On disoil autrefois
en ce sens, accorder les uns aux autres, pour
signifier, convenir ensemble, être d'un même avis.
" Hz accordent les uns aux autres ([u'ilz ne se loue-
« roient point un terme que par certain pris. ■>
(îlodus et Racio, ms. fol. 223, V°.)
C'est au même sens iju'on lit : « Les ans disent
" que Memnon les trouva... en Egypte; autre
« accordent du lieu, mais asseurenl, elc. ■ ;Des
Ace. Bigar. fol. 1, V".)
De là, s'accorder h une entreprise, pour y con-
sentir, être à ce sujet de même avis, de luêuie sen-
timent que les autres. (Le Jouvencel, .ms. p. 518.;
Ce verbe exprimoit aussi quehjuefois, eu pariant
des personnes, un rapport d'inclination et de sym-
pathie, d'où nait l'union. « Mainte belle chevalerie
« avoit faict et ce fut ung de ceulx... à qui le
« Roi se accorda le mieulx. >• (Lanc. du Lac. T. III.
fol. 36, V" col. 2.)
(Voy. AccoRD.vxcE ci-dessus.)
On vient de voir s'accorder h une chose, pour y
consentir : par une application particulière de cette
acceplion générale, on a employé le verlie accorder
dans le sens de traiter, faire un accord, une con-
vention : « Eut advertissement comme iceluy Duc
« de Cleves avoit accordé avecques l'Empereur. «
(Mém. de Du Bellay, liv. X, fol. 910, R°.)
CONJUG.
Accordis (f), prêter, ind. J'accordav. (Mém. de
Montluc, T. I, p. -41.)
(-1) Banlieue. — (2) disposées, rangées.
AC
AG
Accorge (j'), subj. prés. J'accorde. (Lanc. Du Lac.
T. I, fol. 7.3, V-col. 1.)
Aquart j" , iiul. prés. .le consens. (II. de Fr. en
vers, à la suite de Fauvel, ms. du R. n" GSl'i, fol. 70,
Vcol. 1.)
vAni.\XTEs :
ACCOnDER. Orthop. subsist. - Perard, Ilist. de Bourg,
p. .">l'.l et :.-2n, lit. (le 1-270.
Acr.oi\nEn. leh. de Lescur. Chans. fr. à la suite de Fauv.
MS. du H. r." lWl-2, fol. 57, R».
AQi'onDF.R. H. de Fr. en vers, à la suite de Fauv. MS. du
R. n« 0812, fol 7i;, V' col. 1.
Accorné, adjectif. Qui a des cornes. Uallu avec
un cor.
l.e premier sens est le sens propre, et sul)siste
comme terme de blason. Animal accontc est un
animal représenté avec ses cornes. « Pour cimier
« un chef naissant d'or accorné ou sommé de
« niesme, aislé de synople. » (La Colomb. Tliéat.
d'Honn. T. L p. Si). — Voy. Corn.\rd et autres com-
posés du subsl. r.orne.)
Ce même mot se trouve employé pour battu avec
un cor, dans le passage suivant, où en môme temps
on fait allusion à la 'première acception : » Com-
>' ment, dit cellui qui nvoil esté féru du cor.
•' oncques cornart ne fut si «crtr/u' comme je suy. »
(Modus et Racio, ms. fol, 1 iO, V^)
VAni.\NTES :
ACCORNÉ. La Colomb. Théat. d'honn. T. I, p. Sïi.
AcoRNÉ. Modus et Racio, MS. fol. IKn V". - La Colomb.
Théat. d'honn. T. I, p. 89.
Accoi't, adjcclif. Prévoyant, clairvoyant. .Vdroit,
subtil. Civil, complaisant.
Ce mot paroit avoir été emprunté des Ttaliens, (jui
disent accorto, pour avisé d'entendement, clair-
voyant, de bon esprit et jusrement. (Voy. Nicot,
Dict.) Pasquier, dans ses Lettres, T. l, p. 10."), donne
au mol accorl la même origine et témoigne qu'il
étoit encore nouveau de son temps.
Si les premiers malheurs de mes amours passres
Ne m'eussent plus accorl et plus sage rendu, etc.
fiilcs Diinind, à la suite de Bonnef. p. 197.
En étendant cette première acception, l'on a dit
accort, pour subtil, adroit, en parlant soit des per-
sonnes, soit des choses. « La plus Une, accorte et
« mieux disante Damoiselle qu'il estoit possible. >■
(Des Ace. Escr. Dijnnn. p. K. — Voy. Escoiît ci-après.)
Corneille a dit au même sens :"
Son éloquence arcnrle enchaisnant avec grâce
L'excuse du silence à celle de l'audace.
P. Corn. Trag. d'Olhon, T. IV, Ac. I, Scène I, p. iô
Celte complaisance, celle politesse, qui savent
plaire, supposent de la pénétralidii, delà linesso, de
l'adresse. De l;i, on a dit accort, pour r.omplaisaut,
civil, et ce mot n'est pas encore absolument hors
d'usage en ce sens. On écrivoil autrefois accord.
« M. Du Fouilloux, Centilhomme autant accord
» et accompli qu'il s'en trouve, etc. » (Dudé, des Ois.
foi.n.-., V".)
ACCORT. Pasq. Rech. p. 002.
Accort. Rudi-, des Ois. fol. H5, V».
AcoRT. Tahureau, Dialog. p. 34.
Acrortt'nuMit, adv. Subtilement, habilement,
piudenimeiit.
De ritalien uccortumoilc, qui signille " advi-
« séemenl el l'œil au guet pour n'estre surprins
>• industrieusement, ingénieusement el subtile-
« ment. » (.\icol,Dict. — Voy. aussi Monet et Cotgr.
Dict.) L'usage de ce mot n'étoit pas encore très-
hion établi du temps de l'.Vuteur des Coules d'Eu-
trapel. Voy. p. 477.)
.Vccortosso, sitlist. {cm. Finesse.
.Subtilité d'esprit, de l'Italien Accortexi^a, qui
dans le sens propre, signille prévoyance, sagacité,
piudcnce ; el selon Nicot, advisement, ou advis.
(Voy. son Dict. au mol Accortcsse.)
ACCORTESSE. BIbl. de Du Verdier, p. 290. - Monet, Dict.
AccoRTiSE. Monet, Oudin et Cotgr. Dict.
Accoster, iH'vhc. Aborder, fréquenter. Appuyer.
Mettre en parallèle. Braver.
Ce verbe, suivant .Nicot, est imité de l'Italien,
Accostarc. Mais c'est plutôt un composé <le la pré-
position A, réunie au verbe Costkicr ci-après. Il si-
gnifie dans le sens propre se mettre à côté de
queliiu'un, se ranger au costé de queliiu'nn. De lit
les acceptions subsistantes : accoster, approcher
quehiu'un, l'aborder ; " quchiuefois prendre sa
« hantise et conversation », le fréiiuenter. (Voy.
^"icot, Dict.)
Ou a employé ce mot, mémo dans le sens généri-
que d'aborder :
i,)uant à Douvre ne pot port prendre,
l.e lonc de la mer a siglé,
Et le pays a acosié.
A Toutenois rivage prist.
Ne trouva qui ly dellendist.
A Essccestre vint poignant, etc.
Uom. du Brul, MS. fol. 30, V- col. 2.
(In (lisoit aussi accoster, accoter, pour appuyer.
(Nicot, Dicl.i Proprement appuyer en mettant une
chose à côté d'une autre pour la soutenir; " apuier
« h côté. " (Monet, Dict. — Voy. Ar.oiiiTiiicit ci-après.)
De là, s'accoter, s'appuyer contre un arbre.
Nicot, Dict ; On trouve s'a'kciitcr an même sens,
dans ces vers :
Lors s'ukeute de sor l'esclame (1).
Si dist heures de Nostre-Dame.
Vies des SS. .MS. doSorb. diif. LIX, col. 2.
(Voy. Aqcf.ntkr sous Acoutkr ci-après.)
Par une extension de ces signilications, accos-
lo'jer a signille mettre à côté avec quchpie sorte de
(diuparaisoii, de parallèle. » Fnguerrand de .Mari-
" i;uy, pendant s.'i faveur, avoil pris la hardiesse
■' d'àccustoijer sa statue de celle d'un Roy de
(1) banc.
AC
- 4'J —
AC
« France, au Palais royal de Paris. » 'Pasff.
Hecli. i». 58 'i.)
l>o là, on a dit, « acoster aucun, pour l'irriter,
<■ que nos nouveaux l'Yançois (dit L. Trippault, dans
" son CelloUenismel appellent ce jonrd'liuy bra-
« ver; « proiirenient se nicllrc en parallèle, délier,
provoquer.
vAni.\NTi:s :
ACCOSTER. Monel, Colpr.etc. Dict.
AccosToYKn. Pasquier, Hech. p. ôSi.
Accoter. Nicot, Oudin, etc. Dict.
Acoster. Tahureau, Dialog. fol. 'M. R". — Cleomades, MS.
tlo (uiitïri.it, loi. 27, V" col. 1.
Ac.di sTER. Kabl. MS. du U. n» 7218, fol. 291, R» col. 1.
AKi;uii-.n. Vies des SS. MS. de Sorb. chif. LIX, col. 2.
Accotopot, subst. masc. Appui-pot.
C'est ainsi que Nicot explique ce terme. C'étoil
proprement « ce que l'on mettoit auprcs d'un pot
« qui étûit devant le feu, pour l'empocher de se
« renverser. » (Le Duchat, sur Rabelais, 'I'. IV, p.
170. — Monel, I?orel,R. Est.etCotgr.Dict.î On a vu
ci-dessus le verbe .Vccosti-r, Accoter, pour appuyer.
VARI.\NTF.S :
ACCOTEPOT. Monet. - R. Est. - Nicot. - Oudin. -
Cotgr. Dict.
AccoDEPOT. Le Duchat, sur Rab. T. IV, p. 170.
AcOTKPOT. Borel, Dict.
Accouai'dir, verbe. Rendre lâche, poltron.
(Voy. Oudin, Dict.)
Car uns esmais (1) Vacoavdist.
Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gai^nat, fol. 315, R* col. 2.
Delà, s'acoarder, pour s'effrayer, avoir peur.
Pourquoi ne vous acoardez
Dou feu que seur vous atifiez.
Dit de Cliarité, MS. de Gaignat, fol, 222, V» roi. 1.
On disolt être acoiiberdi de faire quelque chose,
pour n'oser faire quehiue chose.
Car qui de prendre n'est hardis,
De doner est acoitherdis.
Fabl. MS. du R. n' 7615, T. II, fol. 119, V col. 2.
(Voy. CocARDER ci-après.)
VARIANTES :
ACCOUARDIR. Oudin, Dict.
AcoABDER. Dit de Charité, .MS. de Gaignat, fol. 222, V" col. -1.
AcoARDiR. Dits de Baudouin de Condé, MS. de Gaignat,
fol. 315, R" col. 2.
AcouARDiR. Alain Chartier, p. Cm4. — Eust. des Ch. MS.
fol. 115, col. 2.
ACOUHARDIR. Cotgr. Dict.
AcouHERDiR. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, fol. 149, V» col. 2.
Accoucher, verbe. Se coucber, s'aliter. Baisser.
Ce mot signilioit autrefois dans le sens propre,
« se coucher pour cause de maladie, s'aliter.
« Accouclia au lict malade en l'hostel d'ung noble
« Bourgeois. » (Ger. de Nevers, p. 88.) « Le'Roy de
« Navarre acoucha malade au lit de la mort. «
(Chron. S'. Denys, T. Il, fol. 88, V°.)
Nicot observé que, de cette signification géné-
rale, le mot accoucher a passé à l'acception spé-
ciale d'enfanter, qu'il conserve encore.
Nous trouvons souvent coucber la lunce, pour la
bai.sser, dans nos anciens Auteurs. Accocher est au
même sens dans les vers suivans, où il s'agit d'un
coup do lance qui n'étoit pas mortel :
En accnchunt le prist la lance ;
N'i a de mort nul doutance (1).
AlliU.MS. fol. 84, R'col. 1.
(Voy. CouciiiR ci-après.)
VARIANTES :
ACCOUCHER. f;er. de Nevers, p. 88.
AccociiER. Athis, MS. fol. 8-4, R» col. 1.
Acocher. Villehard. p. 18.
AcoLCHiER. Villeharcf. p. 120.
AcoLciER. Rorel. Dict.
AcoiCER. Phil. Mousk. MS. p. 01.
AcoLCiiER. Chron. S. Den. T. II, fol. 88. V». - Lanc. du Lac.
— Percef. — Les neuf Preux. — Froiss.
AscoLXiiER. .loinville, p. 59.
Accouches, subHt. fé>u. plur. Couches.
Du verjie AccoiciiEn ci-dessus.
<■ Joubei t et Liehaut apiioileiit que les femmesen
« plusieuis lieux cominaiulcnt aux .Matrones lors
" des aecouclies, leur garder la vidille, ou nombril
« de leur filles, pour leur faire des amoureux en
» temps et lieu. >■ (Maladie d'amour, p. tJ-iS.)
Accouflemont, subsf. ntasc. L'action de
s'accouder.
De s'appuyer sur le coude. (Cotgr. Dict.)
Accoudiere, subst. (cm. Parapet.
Muraille à hauteur du coude, à hauteur d'appui.
« Donna de l'esperon à son cheval et le fait sauter
« par dessus les accoudieres, dedans la Lovre. »
(Contes de Des Periers, T. Il, p. 9. —Voy. Accocdoir
ci-après.)
Accoudoir, sulist. masc. Parapet.
Ce mot subsiste, sous la première orthographe,
pour désigner une chose faite pour s'accouder.
(Voy. CoiDiERE ci-après) ; mais on ne s'en sert plus
dans la signification de parapet, muraille à hauteur
d'appui. « Il y a cent tours toutes de porphire;
« tout le haut est en aecouldoir. « (Merlin, Coc.
T. Il, p. 31.) Accoudnuers du port, parapets d'un
port. (Bouchét, Sérées, liv. l, p. '230. — Voy. Accoudiere
ci-dessus.)
VARIANTES :
ACCOUDOIR. Orthog. subsist.
AccouLDOiR. Merlin, Coc. T. II. p. 31.
AcouDOUER. Rabelais, T. Il, p. 70.
Accouer, verbe. Approcher.
Proprement être à lu (jucuc. ou à la coiie. comme
on écrivoit autrefois : « Quand il verra le cerf....
« tourner la tète pour s'enfuir, il doit piquer son
« cheval, et Vaccouër le plus près qu'il pourra. »
(Fouilloux, Vén. fol. 5.3. R-.'i
De là, on a dit être accoué à quelqu'un, pour se
(1) émotion, surprise. — (2) crainte.
AC
— r.o -
AC
leiiii' près de lui: » Nous n'avons pas fail marclié.
« en nous niarianl, île nous lenir conlinuellcment
• accouexVun à l'aulre. » Essais de Monlaigiie,
T. m, p. 345.)
VARIANTES :
ACCOUER. Fouilloux, Vénerie, p. Xî, R".
AcoLEK. Chasse de Gast. Pheb. MS. p. 27i.
Accoupluble, adj. Propre îi l'accouplLMiienl.
Du mot Acoii'LE ci-après. (Voy. Cotgr. Dicl.)
Accouraoeiuent , subst. masc. Encourage-
ment.
Ce qui encourage. JOudin , Dict. — Yoy. ci-après
E.NCOlIUiCEMF.NT.)
Accounigcr, verbe. Encourager. Affectionner.
Le mot courage cxprimoil autrefois non-seule-
ment cette disposition de Tàme (jui nous porte fi
enlrcpreinlre (les choses haidies et dilTiciles ; mais
enciiru les diilcrentes alfectiuiis du cœur. 11 signi-
lioit (lueliiueluis le cœur niéme. De lu les deux
acceptions du verbe kccouratjer.
La première se trouve dans ces vers :
Poi fait qi disl aies seureincnt :
Cil fait trop mious qi sa paiiie despent
Et losengier ;
Tant q'il ait fait à amer loiaument
Acorayicr.
Ane. Poés. Kr. MS. du Valic. ii" 1 IPU, fui. 180, U".
r\'oy. CociiAGER ci-après.)
Pris au second sens, ce verbe éioit réciproque.
.... Sor tous li boins Rois de Franco
Garandi la Contesse France.
Couse! ot qu'ai Roi s"en iroit. . .
Et li Rois, ki point ne targa.
Vers sa nietain s'ucorat/a.
Ph. Mou'k. MS. p. 673-67 1.
(Voy. ENcoiRAGiEit ci-après.)
VARIANTES :
ACCOURAGER. Oudin et Cotgr. Dict.
AcoRAGEH. Phil. Mousk. MS. p. 074.
AcoH.WiiEK. Ane. Poës. fr. MS. du Vat. n» 1400, fol. 180, R".
AcoUR.\uiER. Al. Chart. dans le Curial, p. 394.
Accourber, verbe. Courber, plier.
Du verbe Cm huer. (Nicol, Oudin et Cotgr. Dict. —
Voy. AcoiRui ci-après.)
Accourir, verbe. Concourir, contribuer.
Nous ne citons point la sigiiilication propre de
ce mot, (lui subsiste sous la première orlliograplie.
(Yoy. CoLRiR et ENCdi RiR ci-ai)rès.)
On a dit accourir au ligure, pour concourir, con-
tribuer " Les héritiers ([uigaigneroienl les conquetz
« de l'enfant faiz par îe père, esquelx Icdict enfant
•> avoit sa part, se il/ sont tenus ez debles dudicl
« père, il faudroit ipie les conquetz et meubles y
« accourissent, tant comme ilz pourroient fournir,
u et par ainsy ne gaigncroil pas le perc les meubles
« franchement en' ce cas, car se les conquesls ne
« pouvoieul fourun', les meubles y accourroient. »
(La Thaumass. Coul. de Iteiri, p. 310.)
Co.NJllî.
Acconrissej}t. imp. subj. Accourussent. i^La Thau-
mass. Coul. de Derry, p. 310.)
.iccounj, prêter. Accourut. ^Machaut, >is, fol. '221,
H" col. 2.)
Àcijucur. impér. Accours. ^Chasse et départie
d'amour, p. 10"), col. 2.)
.l(/((('(nr, ind. prés. Accourt. (MacliaiU , ms, fol.
101, V" col. 2.)
.{(jiicurcnt , ind. prés. Accourrenl. lîom. de la
Rose, vers 1477i.)
VARIANTES :
ACCOfRIR. Orlhogr. subsisl.
Acc.muE. Fabl. .MS. du R. n» 7015, T. I, fol. 7, V» col. I.
Ai:i^u KiuuK. Gloss. du Rom. de la Rose.
Acniiiiiiiii. Poës. d'Al. Chart. p. 773.
zVcjlKiiun. Rom. de la Rose, vers 14774.
Aguociun. G. Guiart, MS. fol. 73, R«.
Accourrement, subst. masc. L'action d'accou-
rir. Concours.
Sur le premier sens, qui est le sens propre. (Voy.
I). Cai pent, !(/*/ suprà.)
De là ce mot siguilioit « concours, aflluence de
1 monde en ([uelque endroit. » i^Cotgr. Dict. — Voy.
ci-dessous Accoi rs et Accocrse.)
VARIANTES :
ACCOURREMENT. Colgr. Dict.
AcouREMENT. D. Carpent, suppl. Gloss. de Du Cange au
mot .Accunmenluni.
Accours, subst. masc. Concours. Terme de
chasse.
Nicot définit ce mot au premier sens, subvention,
aflluence d'advenants. (Voy. Accocre.ment ci-dessus.)
En terme de chasse, Accours, le même (lue Coirbe
et Coi RS ci-après, désigne le lieu où l'on met les
lévriers, pour prendre le loup ou autre béte; le lieu
d'où ils parlent piuir cuurrr sus « Doivent estre
■' regardez les accours et fuyles du boys où l'on
« vouldra cbascier. •• (Chasse de Gasl. Pliéb. ms.
p. 311. — Voy. AcoiREs ci-dessous.)
VARIANTES :
ACCOURS. Nicot et Cotgr. Dict.
Acocu.s. Chasse de Gast. Phéb. MS. p. 311.
Aecourse, subst. fém. Aflluence.
Concours et chute d'eaux. C'est en ce sens qu'on
lit : " Accdurses des poulées et eauwessauvaiges. »
j-'ragm. d'une Charte de lôôô, citée par D. Carp.
suppl. — Closs. de Du C. au mot Putchus. — Voy.
AccciiitRKMi'.NT ci-dessus.)
Accoursie, subst. [cm. Coursier.
En termes de marine, c'est l'espace de la proue à
la puupe dans une galère, entre les bancs des for-
çats. (Voy. CoiRsiK.)
. . . silost qu'il les veid, il range liane à flanc
Galères en bataille et Soldats ranc à ranc. . .
Afin qu'il demeurast planté sur VAvourcie.
R. Bclleau, Ucrgcr, T. I, \-. lîl, V- cl 125, R*.
Monet donne à ce mol une signification pins
AC
— 51 —
AC
génc^rale, lorsqu'il ledi'dnit, « passaj>e, vnïe jilaii-
« cliée (le proue à poupe dans un vaisseau de mer. "
(Voy. aussi Dict. de Trévoux.)
VARIANTES :
ACCOUnSŒ. Monet et Oudin, Dict.
AcouuciE. H. Uelleau, liergeries, T. I, p. 12.").
Accousiiiei", verbe. Appeler cousin.
Traiter do cousin, d'allié, comme en ce passaç;e :
tu citr tri'S-noblp et .ancienne,
(Jui jadis lut UnuU-f <\f Hi'iiuis ;
Henis t';ui|i('Ua ite son ihuii rancienne.
Homme funda t;os frères Ucimuliis :
Le Sénat i'acoxisina. . . .
Et ton confort requist et demanda.
Eus), des Cil. Tofs. IISS. fol. 37, col. 1.
On dit encore Accousine)', en ce sens, dans la
l'icardie, l'Artois, etc.
ACCOl'SINER. NIcot, Oudin, Monet. etc.
AcousiNicn. Eust. des Cli. Poës. MSS. fol. 37, col. 4.
Accoustnmance, s;//>s^ fém. Habitude, cou-
tume.
On a dit : « Y accoutumance est une seconde na-
ture. » ^Essais de Montaigne, T. 111, p. 45.)
C'est selon ce même sens que Bouteiller observe
que l'aide payée par un Vassal à son Seigneur, lors
du mariati-e "de son fils aîné, devientun droit,
parce « iju'il est accoustumé ainsi à l'aire ; et ac-
« couslumance est desheritance selon aucuns. »
(Som. Rur. p. 500. — Voy. ci-après Coustume et ses
dérivés.)
VARIANTES :
ACCOUSTUMANCE. Bouteill. Som. Rur. p. 500.
AccouTlMWCE. Essais de Montaigne, T. III, p. 5i.
Ac:oisTrM\Ni;K. Chron. S. Den. T."l, fol. 118, V».
AcorsTi'MANcuE. Anc. Poes. fr. MS. du Vat. n» 1490.
AcousTiME. .Modus et Racio, fol. 49, V".
Accoustuméenient, adverbe. Habituellement,
de coutume.
(Voy. CousTUMÉMENT cl-après.)
Tousjours Acoiistiiméemeiil,
Aloit la querre ses herbées.
Cleomades, MS. de Cai
at, fol. 31, R- col. 3.
VARIANTES :
ACCOUSTUMÉEMENT. Chron. S. Den. T. I. fol. 114, V".
AccouTUMÈMENT. Gloss. suF les Cout. de Beauv.
AcousTu.MÉEMENT. G. Guiart, MS. fol. 89, V».
AcousTUJiiEREJiENT. Assis. dc Jérusalem, p. 182.
Accoiisîtimer, verbe. Contracter une habitude.
Fréquenter.
Le sens propre subsiste; mais on ne diroit plus:
Ki d'enfance acoKsIiDue
Sa mauvaise coustume
Ne s'en puet repentir.
Prov. du Vilain, MS. de Caijnat, fol. 27G, col. 1.
Del;^ ce verbe a signifié l'habitude de voir quel-
qu'un, le fréquenter. Brantôme, parlant de Cathe-
rine de Médicis. a dit: << J'ai veu Monsieur de Sa-
" voyc qui avoit accoustumé l'Kmpereur, le Itoy
» d'r.spagne et veu tant de Crands, la craindre et
■' la resiiecter plusijue si c'estoit sa mère. - ibutaes
Illiisires, p. K7.J
VARIANTES :
ACCOUSTUMER. Rrantome. Dames Illustre.?, p. 87.
AC0i3Tl'MEli. S. Rern. Senn. fr. MSS. p. 10.
AcousTiîMEii. Prov. du Vilain, ,MS. de Gaignat , fol. 270.
V°. col. 1.
Aecondro, verlie. Coudre.
Proprement coudre une chose à une autre. •■ Les-
« quelles Lettres visitées... fii trouvé... esire faus-
" ses et contrefaictes... par l'empreinte du Sél qui
« y avoit esté mise et pendue, accousue ou atta-
" chée. " (Charte de 138!) , citée par D. Carpent.
uhi suprà.)
Un de nos anciens Poêles, parlant du mystère de
rincarnalion, a dit dans un sens ligure èl propre
tout à la l'ois :
.... Il accomi par pité
Au sac de nostre humanité
La porpre de sa Deité.
Miserere. MS. de Gaijjnat, f.'l. 213, V' col. 3.
(Voy. CiHi.DRE ci-après.)
VARIANTES :
ACCOUDRE. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Acouplare.
AcouDUE. Miserere, MS. de Gaignat, fol. 212, V" col. 3.
Aecouvei', verbe. Couver. Couvrir. Embrasser,
envelopper.
On a dit au premier sens, Accouver et .iccouvC'
ter. (Colgr. et Oudin, Dict.) « S'accouveter, composé
« d'à, préposition, et de couve ter, fréquentatif de
« couver.... signilie proprement s'accroupir sur
« ([uelque chose. » (Nicot. Dict.) C'est aussi dans
cette signification qu'Oudin explique s'accouver,
rester fixe en même place, comme une poule qui
couve ses œufs. (Voy. Coiver ci-après.)
De là l'acception générale et figurée d'acouveter,
pour couvrir. « Ledit aigle le accouvetoit tout de
« ses ailes, et le vouloit bequier es yeulx. » (Hist.
de B. Du Guesclin, par Jlénard, pp. 396 et 397i)
De la cuve aie paille (1) osté,
Oui tout avoit acoxweté.
Rom. deRou, MS. p, 281.
Enfin, par une autre extension de ce dernier sens,
on a dit Acouvoiter, pour embrasser, envelopper.
.... Deable qui acouvnile
Le monde, et le tient en sa main,
Auxi com Toisel vient à main ;
Par un pou de fausse apparence,
Dont aux eus (2) vient la decevance.
Geofr. de Pari-î, à la s. du Roui, de Fauvel, MS. du R. n" 6812,
fol. 19, R* col. 2.
VARIANTES :
ACCOUVER. Oudin et Cotgr. Dict.
ACGOUVETER. Monet, Cotgr. Oudin, Nicot, Dict.
AcovETER. .Anseis, MS. fol. 60, V" col. 2.
(1) voile ou nappe pallium. — (2) yeux.
AC
AG
AcouvATEn. s. Rem. Serm. fr. MSS. n. 272.
AcoL'VETEK. Gobin de Rains, Ane. Poët. fr. MSS. avant
1300, T. II, p. 722.
AcouvoiTEn. Geofr. de Paris, à la suite du Rom. de Fauv.
MS. du R. n» 0812, fol. 49, R» col. 2.
Accricr, verbe. Appeller.
C"esl proprement crier après quelqu'un. Ou disoit
aussi eu ce uicmc sens, suecrier. « Si coluy qui est
« trouvé en douiniaiii' s'enfuit avant ([ue le Ser-
" géant ou propriétaire ave peu prendre v^a^e, et
« que le Serseiiut ou propriétaire s'^t'ov'c, sans que
>. le fugitif se présente pour donner gage, il sera
« tenu pour suffisaïuenl convaincu d'avoir fait
« dommage. " Coût, de l.u.xenilniurg, au nuuv.
Coût. gén.T. II. p. 3Ô1, col. 2. — Voy. Ciiir.it ci-après.
Acri, indic. prés. Appelle (Villeliardouin, p. ■201.'
v.\ui.\NTr.s :
ACCRIER. Nouv. Coût. gén. T. II, p. ;!ôl, col. 2.
ACRIER. ViUehard. p. 201.
Accroisor, verbe. Terme dédiasse.
Accroiser îles levrii-rx, probablement les faire
croiser l'un sur l'autre. On a dit de la Champagne,
entre Troyes et Cliàlons :
Pour déduits de lévrier avoir.
N'est au monde plus belle place,
Aux autres pas ne desplace (1);
Ne gens qui niieulx saichenl garder
Leur lévrier, ne raieulx accroise):
Gace de la Kgnc, des Iicd. IIS. fol. Hî, I\'.
Au reste, comme nous ne trouvons point d'autres
exemples de cette expression, on pourroil croire
qn accroiser est une faute, et qu'on doit lire accoiser
les lévriers, les appaiser, calmer leur impaliencc.
(yoy. Accoiser ci-dessus.)
Accroissance, subst. fém. Accroissement.
Elévation, rang, dignité.
Le premier sens est le sens propre :
Sa honte fut de ma gloire accroissauce.
i. .Marol, p. 36.
Delà, au figuré le mot Accroissance s'est dil,
pour élévation, rang, dignité :
Mais Dames sont d'autre façon ;
Vient d'elles la grant liabondance
De tous les biens dont on s'esjoye
Et n'est honneur, bien, n'iu-n-oissance
Que leur liaulte bonté n'envoyé.
l'oCs. d'Aï. Charticr, p. 752.
Afcroissôinoiit, adv. Par augmentation.
En latin Aiielim. Gloss. de Labbe, p. 41)0.;
Acrroissciir, subst. masc. Enchérisseur.
En latin Aiiclor. Gloss. de Labbe. — Voy. aussi
Glossar. (iall. Lai. ex cod. reg. cité par D. Carpent.
ithi suprà.) (Jui accroît, i|ui augmente, ((iii enchérit.
(Voy. AciiELSE ci-après.)
V.\RIANTES :
ACCROISSEUR. Gloss. de Labbe, p. V.X).
.\cKOissEt'.\. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Accrescentia.
Accroist, subst. masc. Accroissement. Intérêt,
profit.
On a dit autrefois, en parlant du progrès que la
débauche avoit fait dans l'état ecclésiastique :
En mainlz tormentz fait son nccrcsl;
Carmes, Augustins, Cordeliers
Ont pour elle Corps destiez.
llisl. du Th. fr. T. II, p. 219.
(Voy. Accroissance ci-dessus.)
De lu, l'acception particulière iV Aérons, pour
intérêts, profit croissant de l'argent qu'on a prêté :
" Usuriers veulent compter deux ou troys fois l'an
« pour avoir leurs aeroijs. « (Doclrin. de Sapience.
fui. 27, U".)
VAIUA.NTES :
ACCROIST. Crétin, p. !:«.
AccuEST. Ilist. du Th. fr. T. II, p. 219.
AcROYs. (Plur.) Doctrin. de Sapience, fol. 27, R».
Accroisti'C, verbe. Élever.
Ce mot subsiste dans la signification propre et
gc'-nérale, rendre plus grand; maison ne diroit plus
dans un sens spécial et figuré :
Oui trop s'abaisse, on dit que Dieu Vaci-oull.
Mûlinct, p. 1 M.
On trouvera dans les variations d'orlhograiihe du
verbe Choistme ci-après, l'origine des anomalies du
verbe comiiosé aecroistre.
CO.NJCG.
AeereisI, indic. prés. Accroît. (Marbodus de Gem.
art. 2.-), col. 1000.)
Aceressoni, indic. prés. Accroissent. ^Perard,
Ili.sl. de liourg. p. M'A. tit. de [-IJ'I.]
Aeruiiisent, indic. prés. Accroissent; en latin
Annuieiilaiilur. fS' lîern. Serm. fr. MS. p. 88.)
.i<';'«.s/. indic. prés. Accroît; en latin Addit.
(S' lîern. Serm. fr. ms. p. 73.)
Aeriurenl, prêter. Accrurent. ;Phil. Mousk. ms.
page 24i.l
Aeraull, iudic. prés. Accroît, élève. (Molinel.
page lil.i
Aeruul, iudic. prés. Accroît. (Eust. des Ch. Poës.
.MSS. fol. ."iôT, col. 1.)
Acci'oné, part. Courbé, accroupi.
Ce participe, forme du latin Accurvatus, signifie
proprement courbé. « Hetournant h la beuverie
» apeiceusmes un vieil Evesgant à teste verde,
" lei|uel estoit uceroué, accompaigné d'ung souffle-
« gan, etc .- (Uab. T. V, p. 36.)
Le Ducliat, (lui donne ù ce mot l'étyinologie que
nous venons de marquer, l'explique dans le sens
d'accroupi, en cet autre endroit : « Nous mena....
(1) n'en déplaise.
AC
— 53 -
AC
« (Iroict h la caiue en laiinelle il Papcoaul'; estoil
« accroué » (Uab. T. V, p. ;w. — Vuy. ibkl. Not. '2.)
Acciioil, smbat. manc. Accueil. Abri, retraite.
Élan, oll'ui't. Kiivie, tlcsir. Pi'ospérité, élévation.
Cu mot einpiniiite ses diiïéreiiles sijïililications du
verbe Accukii.i.iu ci-aprcs, ([u'on écrivoit aussi
Escueillir.
Nous lisons au premier sens :
... il lor fait si beax ai/tieu:,
Qu'il est tenu ù plus cortoiz
(Ju'onques veissenl les frarif.ois.
l'arteii. de liluis, MS. de S. Gir. fol. 132, V" col. 2.
. . . . Se tçe aini autrui que vos,
Dont me doinl Diex, malvais escucil.
Alex, cl Arislote, MS. de S. Cet. fol. 72, V' col. 3.
(Voy. AccuEii.LANCE ci-après.)
Le verbe Accueillir ou Escurilliv, a signifié
Recueillir, en parlant des personnes, leur donner
retraite : de lî', on a dit Acueil ou Escueil, dans le
même sens :
Son temps pert, jeunesce et le sien,
Qui mauvais sert ; s'il n'a escueil
D'estat, d'office, ou autre bien.
Pour vivre soy, etc.
Eust. des Ch. l'uûs. MSS. fol. 390, col. 1.
On trouve encore ce mot avec cette signification
dans les vers suivans, où le Poëte parle de ceux qui
présument pouvoir se mettre à l'abri des traits de
i"amour :
Maintes gens ont un Ksi-nel,
Ou soit à droit, soit à tort;
Et amours fierl (1) sans déport;
Jà ni doutera orguel.
Li sages plus s'en esmaie.
Ane. Poés. fr. MS. du Val. n- 1490, fol. H, 11".
11 est bon d'observer qu'on trouve acueil et Achi/,
pour Escuel, dans les mss. de -MM. Baudelot et Clai-
rembaut.
On disoit Accueil et Escueil, pour élan, du verbe
s'accueillir ou s'escueillir, s'élancer : « Ilurls, bout-
« tements et accueils de chevaux. i> (La Jaille,
Champ de bataille, fol. 37, V°.)
De là, pour élan, saut :
Fut en sa chambre d'un Escueil.
Eusl. des Ch. PoC-s. MSS. fol. 514, col. 4.
Et pour élan, effort :
Tu ne secs mie, je m'en vant
Quel voie tu prens, ne recoeilles :
Mais tu le saras. se tu voels ;
Si en vaudra mieuls tes Escoels.
Froiss. Poés. .MSS. p. 3G, col. 2.
Dans une signification plus figurée, ce mot sigiii-
fioit envie, désir, mouvement de l'âme qui se porte,
s'élance vers un objet :
Simple et plaisant sont si vair oeil,
Sans fierté et sans orgueil.
Et si doucement attraiant.
Qu'il me donnent moult grant Escueil
D'avoir !e bien que j'en recueil.
Froiss. Poi-s. MSS. p. 48, col. 2.
Nous venons de voir Accueil ou Escueil, employé
pour élan, saut : de l;i, on s'en es! servi par exten-
sion dans lesens d'éli'vation ; au U'^jifé prospérité :
... de bas lieu venoient en Escueil.
Eu«t. de» Ch. PoCs. MSS. fol. 127, col. 1.
. . . chetif sont en Escueil ;
lit nulz n'a aux vaiUans cuers l'oeil.
Id. ihid. fol. 197, col 1.
ACCUEIL. Oliv. de la Marche, Gage de Bat. - La .laille.
Champ de liât. fol. 37. V".
Acueil. Chans. du C. 'l'hib. MS. de Clairembaut, p. 19.
AcuiL. Clians. du C. Thib. MS. de Baudelot, p. 101.
Aqueuz. (l'Iur.) l'arten. de Bl. .MS. do S. G. fol. 132, V'.
EscoElL. Froiss. Poës. MSS. p. 143, col. 2, et 14V, coL I.
EscoEL. Froiss. l'oies. MSS. p. 30, col. 2.
Escueil. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 300, col. 1.
Escuel. Chans. MS. du C. Thib. p. 23.
EsKECL. Ane. Poës. fr. MS. du Vat. n" liOO, fol. «7, R".
Accueilluncc, subsl. fém. Accueil.
(Du Gange, Gloss. Lat. au mot .lco//)t'«sa. — Voy.
AcciKiL ci-dessus.)
Accneillii", verbe. Recueillir, amasser, rassem-
bler. Associer. Engager. Accueillir, faire accueil.
Accepter, recevoir. Prendre. Reprendre, répriman-
der. Attaquer, lancer. Atta(|uer, poursuivre. Pous-
ser, exciter. Faire un élan, faire un effort. .Mettre
en mouvement.
Le premier sens est le sens propre de ce mol
composé de la préposition A et du verbe CrEii.Lin
ci-après. Ménage le dérive du latin AdcolUrjere.
(Voy. AciEILLF.TER.)
On disoit figurément, « accueillir bon los. » Ane.
Poct. fr. MSS. avant 1300, ï. IV, p. 1429.)
Noble Lion le bestail vous appelle,
Et vous devez secourra vos Subgis.
Chacez ces loups
Car vous pourriez par eux estre honnis,
Et acqueillir par leur fait povre nom (2).
Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 232, col. 4.
Accueillir, avec le pronom réciproque, signifioit
s'amasser, se rassembler, de l'acception propre
recueillir, rassembler des choses dispersées. (Voy.
Xicot et Cotgr. Dict.' On a dit se cueillir, au même
sens. (Voy. Cueillir.)
De la signification d'accueillir, rassembler, mettre
ensemble, est née celle d'associer. « Je confirme
.< i[ue l'Abbé et le Couvent de Saint-Pere de
» Chartres.... tiennent.... en main-morte, pour ac-
» cueillir moi et mes anceseurs en leurs prières. »
(Charte de 1292, citée par D. Carpent. suppl. Gloss.
de Du C. au mot Accolligere.) ^
On disoit aussi accueillir à un métier, pour y
associer. « Item, iiue il ne puissent recevoir es
« franchises que nous leur avons octroiées, forsque
.1 enfant d'ouvrier ou de monnoier, ou filz de fille
>< d'ouvrier ou de monnoier; ne acqueillir ou
• mesliericeus, ne autres, sens appeller les Mestres
« de nos Monnoyes, etc. » (Ord. T. 1, p. 806.
(1) frappe. — (.2) mauvais renom.
AC
— Voy. Du Can?e, r.loss. Lat. au mot Accolligere,
qu'il explii]ue par Associavc.)
F/assooialiou est une espèce cl'on;iaj;enieut. De là
le verbe incciicilli); pour s'en;,'ai;ei' en ^'associant
à (jueKiu'un. " Se alloua ou acciwilli a un Maistre
» ilu mestier. » (D. Carp. suppl. Gloss. de Du Cang:e,
au mot Accolligere.) « Comme le suppliant se feust
« alloué et rtrcHr'/7// avec... lleriuen Vantlouborne
« Maislie (le la nefMarieUuenecli...pourle servir...
« par la mer. » iKl. ibiil. — Voy. .Vccikillage ci-après.)
Pour s'eng;ager en général,' comme dans ce vers:
A vos servir tout vn'acuel.
Symon d'.Vulic, .\nc. Pool. fr. MS3. avant 1300, T. UI, p. 1231.
On dit encore dans queliiues Provinces, accueillir
un ilo)ih'stii]ue, pour reui;ai;er à son service.
Accueillir conserve encore la sii^nification figurée
de faire accueil ; recueillir, recevoir humainement,
avec bonté. On trouve au même sens Escueillir
dans ces vers, où le Poëte dit , en parlant d'un
amant indiscret :
. . . chil ki parde ne prent
A cose k il die ;
Ains aime si durement (1)
Ke tôt si en oublie ;
liien aperchoil ki entent
K'ill ne proie fors ensi
Com amors Va t^scucilli,
N'en a baerie (2)
Fors à çou c'on ail oit son talent. (3)
Ane. Pool. fr. MSS, avant 1300, T. UI, p. 976.
Le changement de Va en e étoit très-fréquent
dans notre ancienne langue. De là l'orthographe
escueillir pour accueillir, comme escueù pour
ncueil. (Voy. Ar.r.ri:u. ci-dessus.)
Le serhc accueillir se disoit non-seulement des
personnes, mais aussi des choses. Accueillir la
sfHiO)i(Y, signifioit accepter, recevoir la semonce,
y obéir, y déférer. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) « Ac-
<• cueillir un ajournement » (dans les Assises de
.lerus. p. 'il. — Voy. ibid. p. loi.) Accueillir son
congé \>ouv l'accepter, le recevoir. Ibid. p. 101.;
lyAccueillir, recueillir, ramasser, relever, pren-
dre ce qui est à terre, on a dit Accueillir dans le
sens général et figuré de notre verbe prendre :
« Punira oudit pais d'Espengne fourrager, à tout
« cinq cents Rngloiz... et accueilloient la proye;
<■ c'est assavoir heufs, vaches, moulons et berbis. »
(llist. de 11. du (juesclin, par .Ménard, p. '250.)
De là ces expressions, Accueillir sa voye, pour
prendre sa route. [Ane. Poët. fr. mss. avant 1300,
T. IV, p. l',94. — Voy. Cotgr. Dict.)
Accueillir son clieiiii)i devant, pour prendre les
devans. « Si accueillent leur chemin devant, et
" lîoiul son chcMnin apivs eulx. » fl.anc. du l>;ic,
ï. II. fol. 'i.'î, n col. I.)
Accueillir une maladie, pour prendre une mala-
die. (Assis. deJérus, p. 100.)
Accueillir en haine, pour prendre en aversion.
(Hist. de .1. Boiicicaut, liv. I, p. 8'J.)
Accueillir une preuve à soi, pour prendre sur
soi le soin de faire une preuve. (Assis, de Jérusa-
lem page ."li.)
Accueillir son erre, pour prendre sou allure.
(C.hrou. fr. ms. de G. de Nangis, an. l'iîO.)
Accueillir à, etc. pour se prendre, commen-
cer à, etc.
. . . Païen à l'enchauz ('»'> acciiillrnl à glatir (."))
Que toz en font les vax et les montz relenlir.
Parlen. de Blois, MS. de S. Genn. fol. 170, V- col. 1.
Nous disons encore figurcmeut relever quel((u'un
pour le reprendre avec aigreur, le réprimander.
Accueillir, a la mèmesignilicalion dans ce passage.
« Adoiic fut mauih- le comte d'Arondel devant le
« Duc (le 1-auclaslre et le Comte de Cantehruge; si
« fut moult grandement accueilhj de ceste adve-
« nue, mais il s'excusa. » (Fi'oiss. Vol. II, p. 31.)
En Icnui'S de vénerie, c'éloit proprement faire
sortir 1111 cerf ou autre bête de sou relevé, le lan-
cer, l'allaquer, le poursuivre; c'est eu ce seiiS(iu'oii
lit, « accoillirent ung sangler » (dans Guiteclin de
Sassoigne, ms. du R. fol. 138, V° col. I.) « Les "\'e-
« neurs du Roy Artus avoient accueillu ung cerf en
« la forest lequel vint à la foulaine [xuii' eslaiicher
» sa soif. « (Lanc. du Lac. T. 111, fol. l'iit, V-col. I.)
Dans un sens plus général, ce mot signifioit at-
taquer, poursuivre. « Trop fort estoit bai et ac-
u cueillii. » (Froiss. Vol. IV, p. 2î.)
Spécialement attaquer, poursuivre en justice.
« L'avoit en plaid en Parlement accueillu pour la
« somme de cent mille francs. « (Froissart Vo-
lume IV, page '217.)
Relisac, dont il s'agit dans les deux citations
précédentes, étoit rinstrnment dont se servoit le
Duc de Rerry, pour coinmellre eu Languedoc toutes
sortes d'exactions. 11 fut accueithj mortellement
(en 1380), c'csl-à-diie attaqué en procès criminel.
C'est, je crois, le sens de cette ex[)ressiou dans le
passage suivant , où l'on dit à ce même Relisac:
« Le itoi de France, son frère et le Duc de liourbon
« son oncle vous ont (/cci(C///.'/ mnriellement ; car
« il leur sont venues sur vous tant dr plaintes...
« {[ue tous vous jugent à pendre. » (Froissart
vol. IV, p. 2.4.)
On se sert encore en Normandie du verbe ac-
cueillir, avec cette signification d'attaquer, pour-
suivre.
Ce mot, dans le sens de pousser, exciter, exprime
une idée accessoire de poursuivre. « Le Comte
" Derby estoit liien accueillu de mettre un grand
" troul'jle en Angleteire, car il estoit si bien des
« Loiidriens (pie merveilles. » (Froissart. Volume
IV. page '207.)
On accueille, on rassemble ses forces, jiour faire
un élan, un effort; de là, s'accueillir, ou & escueil-
lir pour s'efforcer, s'élancer. « Il vint à son des-
" triier qu'il aplanioit d(mbcement... mais comme
>• il se escueillnil pour monter, etc. » (llist. de H.
du Guescl. par .Ménard, p. 370.)
(1 ) fortement. — (2) raillerie. — (3) et n'aspire qu'à faire exaucer ses vœux. — (4i poursuite. — (i>) aboyer.
AG
AC
Tu ne scés mie, je m'en vant,
Comment ([u'au monter tu t'csaieillcs,
Quel voie tu prens, ne recueilles.
l'roia». l'ocs. MS. p. 36, col. 2.
On peut lappoi 1er l'i celle siRiiiticalion les fa(;ons
de parler, ^'cscitillir à la course. (Kroiss. Vol. IV,
p. M)\ sdcucillir au cours, ul. Vol. I, p. ITid.)
Jte là, vraisciiihlalilciiiciit Texpression encore
usiltîe dans le palnis mniiiaïul , CKCUCillir d'aller,
pour faire aller, niellre eu Irain.
Ou a dil dans un sens à i)eu près semblable , es-
cueillir H)ie toupie, [mur la mcllrc eu uiouveuienl,
la faire pirouetter :
llensement cou (1) leu coupoie (i)
K'estuot primes (.i) csrueiltir
Au decoivre, à le coroie, etc.
Ane. Poes. fr. MS. du V^it. ir 1 i'JO, fol. 104, R'.
COiNJrG. ANC.
Accueilhj, pari. Reçu. (Froiss. Vol. IV, p. 207.)
Accueil, indic. prés. Accueille. (Repues francbes,
à la suite de Villon, p. (ii.)
Aceudra, indic. futur, .\ccueillera. ;.\nc. Poës.
fr. MS. du Valic. w 1 i'JO, fol. l(i(i, H°.)
Aceut, indic. prés. Accueille. (Ancienne Coutume
d'Orl. p. /iC.S.)
Aequeull, indic. prés. Accueille. (Repues fran-
cbes, à la suite de Villon, p. G'2.)
Acquiclleul, indic. prés. Accueillent. iModus et
Racio, MS. fol. 22, R«.)
Acquieult, indic. prés. Accueille. (Cliasse de Gast.
Pbéb. .MS. p. 80 et 2.'i4.)
Acueilloite, participe féminin. Accueillie, pour-
suivie. (Rerle as grans pies, ms. de Caignat, fol. 125,
R-col. 1.)
Acuel, indic. prés. J'acueille. (Ane. Poël. fr. ms.
av. 1300, T. m, p. 1231.)
Acuet, indic. prés. Accueille. (Coût. d'Orl. p. 408.)
Acuiderent, indic. prêt. parf. Attaqueront. (Cbasse
de Gast. Pbéb. ms. p. 252.)
Akeut, indic. prés. Accueille. (Ane. Poët. fr. mss.
av. 1300, T. II, p. 894, R°col. 1.)
Aqeut, indic. prés. Accueille. (Ane. Poës. fr. ms.
du Valic. n" 1490, fol. 39, R".)
Aquel (]'), indic. prés. Je prends. (Vies des SS.
MS. de Sorb. cbiffr. lx.)
Aquelt, indic. prés. Accueille. iFabl. ms. de S. G.
fol. I(J. — Parlen. deBlois, ms. de S. G. fol. 170,
V-col. 1.)
Aqueulloiis , indic. prés. .Vccueillons. ;Tesl. du
G" d'Alençon, à la suite de Joiuville, p. 1S2.)
Aquiaut, indicatif présent. Accueille. (Assis, de
Jérus. p. 157.)
Aquielt, indic. prés. Accueille, commence. (Vies
des SS. .MS. de Sorb. chiffr. lvui, col. 5.)
Aquieudra, indic. futur. Accueillera. (Cbass. de
Gast. Pbéb. ms. p. 9.)
Af/Hf^HS/, indic. prés. Accueille. (G. Guiarl, ms.
fol. 235, V°.)
Aquis, part, .\ccueilli. (Ph. Mousk. ms. p. 398.)
Escolf (s'), indic. [irélér. Se ras.scmbla. (Parlen.
de lUois, MS. de S. G. fui. lOO, \ col. 2.)
Kscucilloile, partie, fi'-ui. Excitée, poussée. CHerle
as grans pies, ms. de Gaignal, fol. 125, IVcol. 1.)
VAIMA.NTKS :
ACCUEILLIR. Lanc. du Lac. T. II, fol. 23, R", coL 1.
AccoiLLUi. (luiteclin de Sassoigne, .MS. du II. fol. l.'«, V».
col. I .
AccuLLiH. Ciloss. surlesCout. de Reauvoi.sis.
Aci;uLi,U(. Ane. l'oes. Kr. MS. du Vat. n" liiKl, foL 180, V".
AcoiLLin. Ane. Poët. Fr. MSS. avant CJOU, ï. III, p. 1(J44.
Ac(,iuiaLi.n(. Eust. des Cli. Poils. MSS. fol. 2;i-2, col. 4.
AcuKii.i.nt. Ane. Poës. Er. MSS. avant lliOO, T. IV, p. IWi.
Aciii.LUi. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot
.!,<■„//,;/,•,•«.
AQUEiLLin. Estrul). l'abl. MS. du R. n" TÎIOT,. p. 0,
Aqueullh». D. Carpent. suppl. Gloss. de Du Gange, au mot
AccoHiçjerc.
.\riUil.r,iR. Conquôte de Rrctagne, par Chailemagne.
EscioL'iLi.ni. Ane. Poë'S. Fr. MS. du Vat. w li'.K), fol. lUi, R».
E^^CELl-LUi. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n" 14'.K), fol. 4a, V».
E.scoKiLi.iB. Froiss. Poës. MSS. p. 30, col. 2.
EsGuiLLiR. .1. Erars, Ane. Poës. fr. MSS. avant 1300, T. III,
page 1092.
EscuEiLLin. .\nc. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 976.
E.scuiLLUi. Froiss. Vol. IV, p. 53.
Accul, suhst. masc.
Ce mot subsiste sous la première ortliograpbe ,
pour désigner un lieu où l'on ne peul reculer; mais
on ne diroil plus en parlant de TEspagne. dont la
situation ne permet pas de leculcr les limites,
(iu"elle est ■■ siluée à un acul plus propre à se con-
« server qu'à s'accroistre. « (Mém. duD. de Roban,
T. II, p. in.)
Dans un sens moins figuré, Vaccul d'un rocher,
signilioil la pai'tie escar[iée d'un rocher, là où il
n'est plus possible de reculer sans se précipiter.
« Un ours poursuivi embrassa sept ou buil Arque-
« busiers qu'il trouva en Vaccul d'un baut roclier,
« avec lesquels il se précipita en bas, et furent tous
« decbirez et brisez en pièces. » (Mém. de Sully,
T. I, p. 125 )
VARIANTKS :
ACCUL. .Mém. du D. de Rohan, T. II, p. 117.
Aci'L. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. U, p. 722.
.\Qi;u. Salnove, Vénerie, p. 322.
.\cculei', verbe. Asseoir. Renverser. Forcer,
contraindre.
Au premier sens, c'est proprement mettre sur le
cul, d'où s'aculer pour s'asseoir.
se sied et acule:
El là séant en toutes pars spécule.
Clttn. Jlarol, p. 511.
Par extension, on a employé ce mot dans la si-
gnification générale, de mettre à terre, renverser.
« De sa lance... aculoit un arbre. » (Rab. T. I,
p. 102. — Voy. ibid. }\ole de le Ducbat.)
Enfin Acculer pris au dernier sens et conformé-
ment à la signification ù'accul, revient à notre ex-
pression, mettre au pied du mur, mettre bois d'état
de reculer ; au figuré , forcer, contraindre. « Ùue
« diray-je de l'éruption des larmes, lesquelles
(1) ainsi que. — (2) lisez toupoie ; toupie, saljot. — (3) qu'il faut d'abord.
AC
— 56 -
AC
« iiKiintenant vous ont acculé et contraiiU fairo fin
« à vos resrretz. » (L'amant résusc. p. 5'i8. — Voy.
AcciL fi-dessus.)
VARIANTFS :
ACCULER. L'Am. nésiiscitê, p. 528.
AcLLER. Cl. Marot, p. 5*1.
.Vcculite, subst. fém. Récolte.
1». Cariicntier l'explique en ce sens dans un Acte
de 1273, où on lit : « Se por raison de douaire ou
» de bail, nous ne poiens avoir la frarde de Floi'i,
" ne la .l(YH/(/(' de Sent Germain-dou-bois, etc. ••
(Suppl. Closs. de Du C. au mot Collecta !). — Voy.
Cl EU.LKTTE ci-après.)
Accniinulatonr, subst. masc. Qui accumule.
(Voy. Oudin et Colgr. Dict.)
Accumuler, verbe. Combler. Acculer.
Ce verbe, au premier sens, est formé du latin
accuuiularc. (Voy. Cimcleh ci-après.) Dans le sens
propre et subsistant, il signifie accumuler, entas-
ser; d'oîi l'acception figurée, accumuler quelqu'u)i
de dons, pour le combler de dons, en les accumu-
lant sur lui. » Les accumula des grans dons , par
« toute manière de liliéralilé Royale. « (J. Le .Maire,
Illustr. des Gaules, liv. I, p. 1 i(!." — Voy. AcdMisLEii
ci-après.)
On s'est servi autrefois d'accumuler, danslesens
d'acculer ; soit par la confusion des deux mots qui
se ressemblent, soit parce que l'idée d'acculer, en-
traîne celle de presser, analogue ù celle d'enlasser.
Ces sortes d'analogies ont souvent multiplié le sens
du même mot. On'disoit donc : « 11 luy avoit déjà
« enlevé le passage de Claye, où il i)onsiiit pouvoir
<• accumuler uos\VG armée. » (Méiii. de Villcrny ,
T. IV, p. (17.) « F.Ue eut accumulé le Duc del'arnie,
<• l'eut contraint prendre un autre cbemin , ou de
« combattre en ce passade avec désavantage. »
(Ibid. T. 1, p. 237.)
Accusatoiro, adjectif, tjui accuse.
Du Latin, Aecusatorius.
Sont escriptes les Iiistoires,
Et poc'sies fictoires, (1)
Narratoires
l'es mauvais acciif^aUnres,
Des bons recommandatoires. (2)
Al. Chartier, de rEspérance, p. 370.
Accusemcnt, subst. 7nasc. Accusation.
(Voy. Coût. gén. T. IL p. '280 ; Oudin et Cotgr. Dict.)
Dç cel anrusemoil e.st mort :
Là furent les choses nommées
Qu'encor n'estoient révélées.
H. de Fr. en vers, à la s. do F.iiivel, MS. du I\. n- G812, fol. 87, V col. 3.
ACCUSEMENT. D. Moricc, Hist. do Bretagne, col. 971, lit.
de 1259.
AcusEMKNT. S' Bern. Scrm. fr, MSS. p. 178.
A.NCUSF.MENT. H. de Fr. en vers à la suite, de Fauvel, MS.
du R. n" (V<12, fol. 87, V» col. 3.
Accuser, verbe. Déceler, découvrir, montrer.
C'est une extension du sens propre et subsistant
du verbe accuser. Voy. Cotgr. Dict\... « Se con-
" duisirent si mal secrêttemcnt, que leur entreprise
" fut accusée. » Monstr. Vol. 1, fol. 30r.. IW)
Tout l'estre du verpier accuse,
A celuy qui dedans l'eau muse (.3)
r.om. de la Hosc, vers 1570.
De là, ce verbe employé avec ellipse, en parlant
du cerf, dont le cri lorsqu'il est en rut, accuse,
décèle le lieu de sa retraite. « Après la my Aoust
« les cerfs.... burlent Iciloment les ungs aux autres,
« qu'ils sont oys de bien loing, et par celle cause
« accusent. >> (.Modus et Racio, fol. ii. R".)
CONJIC.
.Accuséfje. Subj. prés. Accuse. fAnc. Coût, de Bre-
tagne, fol. 90, R".)
La finale ge, désigne assez commiiiu'iiienl le
subjonctif dans nos anciens Auteurs.
ACCUSER. Monstr. vol. I, fol. 305, R».
AcusEU. Ph. Mousk. MS. p. 407.
Accuscresse, subst. fém. Accusatrice.
" Elle se met en danger d'eslre morte et brûlée,
« si son champion est vaincu, et d'estre punie de
« vie comme fausse «rcj<s^r<'ssf. » (01. de la Mar-
che, Gage de bataille, fol. 31. V°. — Vov. La Colomb.
Théat. d'honn. T. II, p. 68.)
Accuseur, subst. masc. Accusateur. Espèce
d'OI'licier ou Sergent.
On a dit ce mot au premier sens, sous ses ditfé-
rentes orliiograplics. Aceusnr. répond au latin
accusator, dans les Sermons de Saint Bernard,
ubisuprà.
Certainement li Jugieres, ('0
Y ert (.")) Advocas et aceuscren.
Eusl. des Cil. Pocs. WSS. fol. 90, col. 3.
Nous ne le trouvons au second sens, que sous
l'orthographe accuseur. » Encore commaiulasmes
« nous ù tenir que nostre Prévost par aucun Ser-
>• gent de sa meson et de sa table, qui sont apelez
« Bedeaus ou .\ccuscurs, contre aucun des Borjois
« ne puisse fere nule '(! dareson. » (La Tliaumass.
Coût. d'Ori. p. AU, tit. de 1137.)
VAniANTES :
ACCUSEUR. Ordon. T. I, p. .521. - Molinet, p. 152.
AccusEBES. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 177, dans le Latin
Accusator.
AccusiF.uEs. Beauman. Coût, de Beauvoisis, p. 160.
Acccson. S. Bern. Serm. fr. .MSS. p. :{51 et 35.3.
ACU.SE1HE.S. S. Bern. Serra, fr. MSS. p. 07.
AcusERE. .Miserere MS. deGaignat, fol. 20<î, R» col. 2.
.\co(lio, subst. fém. Paresse.
Du mol Latin Acedia. » Li quars pecbié de pare-
« che. c'on apelc en clerkois [7] accide. » (Le
(1) feintes fictives. - (2) qui louent, exaltent. - (3) s'arrête. - (4) Juge. - (5) Y éloit. - (C) plaid, action judiciaire. —
7) dans le langage des Clercs.
AC
AC
Miroir, ms. cilé par Du Cange, Gloss. Lai. au mot
Acedia.) • L'homme qui a accule, c'esl-;Vclire pa-
« resse. » (Ortlre de Ciievalerie, fol. 15.)
Accide, qui sa tcsto cuevre,
Qu'cle n'a cure de fore oevre.
Fahl. MS. du R. n- 7218, fol. 311, R- col. 2.
VAIllANÏKS :
ACEDIE. Fabl. MS. du It. ir 7'2IX, fol. :t'27, H" col. 1.
Accide. Fabl. MS. du It. ii» 7'21S, fol. :ii:(. U" col. i.
ACÉIDE. Kabl. MS. du lî. ii" 7-21S, fol. :K7, K" col. 1.
AssiDE. Modus et Racio, MS. fol. '2S(i, V».
Acée, siibst. [cm. lîécasse.
Ce mol esl en usage dans la Sainlonge et le Poi-
tou. Borcl le dérive d'.kv/s, aiguille ; par allusion ;\
la forme du bec de cet oiseau. (Voy. Ménage, Dicl.
étym.)
On disoit : « Repaire d'assées on becaces « :
(Chart. de I i78, citée par D. Carpentier, suppl.
t;ioss. Lai. de l»u ('.. au mol nccia.)
Nous remaiHiucrous celte expression proverbiale
et figurée. ■< Heure de volée d'asséc, devers le
« soir. » (Chart. de liOO, citée par 1). Carpent.
7ibi suprà.) Dans une Cliarle de liVi, on lit au
même sens. « Entre volée d'rttYV, et jour coucliié. »
(D. Carpentier, ubisiiprà.)
VARIANTES :
ACÉE. Borel. Dict.
AssÉK. Nicot, Dict. — Du C. Gloss. Lat. au mot Bcgaciiini.
Aceminer (s'), verbe. S'acheminer
Papes Estievencs s
Vers Roume.
(Voy. CuE.MiNKn ci-après
Ph. Mousk. MS. p. 63.
Aceiise, subst. fém. et masc. Espèce de contrat.
Ferme, censive. Cens, revenu.
Au premier sens, c'est un contrat, par lequel on
donne un héritage à cens ou rente. (Laur. Gloss.
du Dr. fr. On en distinguoil de dillerentes sortes.
« En acccnse perpétuelle d'aucun héritage baillée
" à perpétuellement, pour aucuns cens ou rente...
« il n'y a point de retenue au Seigneur direct ou
« lignàger, sinon que les.... entrages en argent
« excédassent la cliarge ou devoirs perpétuels,
" auquel cas il y aura retenue.. » (Coût. gén. T. Il,
p. 401 ) « Quant les... gens d'Église baillent leurs
« hostels à adcense h aucunes gens, celluy qui est
« adcenseur doit payer la disîne. » (La Thaum.
Coût, de Berry, p. 277.)
De là, ce mot a signifié la chose acensée; une
ferme, une censive. (Laur. Gloss. du Dr. fr.)
Accence et acence, en ce sens, sont masculins, sui-
vant Cotgrave. (Voy. Censé ci-après.)
Enfin VAccense éloit le prix annuel des fermes,
autrement le cens. (Laur. Gloss. du Dr. fr.) et c'est
dans cette signification qu'on lit en ce passage :
« Nous avons eu et pourrons avoir.... plaisir de
« faire advantage à aucuns de nos serviteurs, ve-
« neurs, archers... ou autres personnes ayans
« maisons près d'icelles forests, en lieux de petite
•< accense et de petits édifices. » (Gr. Cout. de Fr.
liv. 1, fol. 71. — Voy. Ar.KN.siE ci-dessous.)
, vAiiiANTEs :
ACENSE. r.odefr. sur Ch. VllI, p. 084.
AçANSE. Monet, Dicl.
Accence. Colgr. Dict.
Accense. Gr. Cout. de fr. liv. 1, \i. 71.
Agence. Cotgr. Dict.
.\dcensk. La Thauinassière. Cout. de Rerry, p. 277.
Aceiiscment, sulisl. ;»rt,sf. Rail à cens.
Contrai, jiar lequel •■ on baille .son héritage à
« titre lie cens. >• (Laur. Gloss. du Dr. fr. — Voy.
AcKNSE el AccENSAiGE ci-dessus; et du Cange, Gloss.
lat.au mot accensa.) « Parlacoutume de la Prevosté
« de Paris en ticcensemeiit.... il n'est point de
« nécessité d'aller au Seigneur, [lour avoir la sai-
« sine, etc. ■> ((ir. Cout. de Fr. liv. II, p. l'iO.)
On enlendoil souvent, [nwacenscment, une censé
perpétuelle. (Laur. Gloss. du Droit franrois) « D'hé-
« ritage, chargé de censive, baillé à rente, em-
" phytéosité ou acccnsivemcnl, le Seigneur de
<■ ladite censive prendra lods et ventes. » iCout.
gén. T. I, p. 41(j.) La note en marge de ce passage,
indique que l'accensivement désigne la rente ou
Vacense perpétuelle. (Voy. sous Acense.)
Dans un autre endroit du Cout. gén. ibid. p. 422,
on lit : « Oue le retrait n'a pas lieu pour les hérita-
« ges baillez en empbiléosilé on accensissement ; «
et l'Éditeur observe en marge qu'emphitéose, em-
phitéosité, accensissement et acensivement, signi-
fient même chose. (Voy. Censissement ci-après.)
VARIANTES ".
ACENSEMENT. Du Cange, Gloss. Lat. Tom. I, au mot
Acessemenhon, col. 93.
AccENSEMEXT. Gr. Cout. de Fr. p. 140.
Accensissement. Cout. gén. T. I, p. W'2.
ACCENSIVEMENT. Cout. gén. T. L p. 41(3.
Adcensement. Cout. gén. T. I, p. 31.
Adcensive.mext. Laur. Gloss. du Dr. fr.
AsGENSEMENT. Rymer, T. I, pars 2, p. 45, lit. de 1259.
Ascensissement. Nouv. Cout. gén. T. III, p. 376, col. 2.
Assencement. Cotgr. Dict.
Acenser, verbe. Donner à cens ou à ferme.
Prendre à cens ou ù ferme.
Ce mot, au premier sens, est le même que Cessir
ci-après. (Voy. Laur. Gloss. du Dr, fr. — Du C. Gloss.
lat. au mot accensarc, col. 70. Ord. T. V, p. 133, et
les autorités ci-dessus rapportées.)
Dans la seconde signification, on lit : « Nous
i. primes à cens noslre maison que nous avons à
« Paris, qui fut jadis aux Augustins. et laquelle
« nous accensismes de Révérend Père S. par la
« grâce de Dieu, Evesque de Pans, par vingt livres.
« cbascunan. » (Gloss. de fllisl. de Paris.)
On a dit au même sens, mais figurément :
Vo doue (1) samblant demonstre et senefie ;
Oue me doiioz (2) en la fin otroiier.
Et se loutjours me volés faussilier, (3)
Jou ne sai qui los coupes demander, (,4)
Fors cou (5) que j'ai inescheance (6) acensie.
Adc. Poës fr. MS. du Valic. n- UOO, fol. 76, V'.
(1) vostre doux. - (2) deviez. - (3) refuser. - (4) attribuer la faute. - (5) hormis que. - (6) malheur.
At
ÂC
VARIANTES :
ACENSER. Godefr. sur Ch. VIII, p. fi83.
AccENSER. Laur. dloss. Uu Dr. fr.
AccENSiii. Perard. II. de Douig. p. t*<i. lit. de 1256.
AcENsin. Ane. PoiJs. Fr. MS. du Vat. n« U90, fol. 76, V» -
Perard, H. de lîourg. p. M'.), lit. de 12-29.
ACE.NSIVER. Coljir. Uict.
Adcenseu. La Thaumass. Coût, de Rerry, p. 282.
AssENSEU. Bouteill. Som. Rur. p. 422.
Acenseur, snbsl. tiiasc. CensiUiire, fermier.
Du mot AcK.\sK ci-dessus, juis dans le sens de
ferme, ceusive. (Du Gange, Gloss. lat. au mot
Acccnsatorcs. — Laur. Gloss. du Dr. fr. Nouv.
Coût. gén. T. 111, p. 1178. Ord. T. I, p. 477, etc. etc.
— Yoy. Ci:.NSEiit ci-après.)
VAP.IASTES :
ACENSELIl. Oudin, Bict.
AccENSELU. Laur. Gl. du Dr. fr.
ADCENSEun. La Thaumass. Coût, de Berry, p. G89.
AscENSELH. Laur. Gloss. d\i Dr. fr.
AssENSENCECR. Cotgr. Dict.
AssE.NSEun. Gloss. de l'ilist. de Bretagne.
Acensie, suhst. (cm. Droit de cens.
Espèce de redevance seigneuriale. « Les Accn-
» sù'fs, 'infrii Acoisies., des bcstcs, c'est assavoir
» decliascun clieval li'aiaut ix den. etc. » (U. Car-
penlier ubi suprà. — Yoy. Ci;nsie ci-après.)
VAIUANTES :
ACENSIE. D. Carpentier, suppl. Gloss. Lat. de Du C. au
mot Accensal'xo.
ACENSIÉE. Id. ibid.
Acerbe, aU]. Aigre, revêche.
Du latin Acerhu&'iQw a diltigurcment, en parlant
d'un perroquet :
Un aperceus atout y\) son œil acerbe.
Nuils lie Strapar. p. 313.
Acerber, verbe. Aigrir, irriter. Couper.
Au premier sens, ce mot vient du latin acerhare,
aigrir. De là, s'accrhcr au figuré pour s'aigrir,
s'irriter. « Il s'accrba grandement, et avecques pa-
'< rôles d'aigreur leur enjoignit, etc. » (Pasquier,
Rech. p. 893].
On pourroit dire qu'Acerber au second sens,
signifie proprement, ùler la partie rude, la partie
âpre du bois, l'écorcer ; mais, il paroit plus simple
et plus naturel de le faire dériver du latin sarpere,
couper :
n'y est pourcel,
Chievre, congnie, ne coustel,
Qui en puist acerber les bois.
Eusl. des Ch. Pois. MSS. fol. 112, col. 1.
Mal herbe croist tantost, ce dit l'en en proverbe,
Et ce qu'icelle joinct, estainct (2) qui ne l'acerbe.
J. lie ikun, Cod. 1370.
(Voyez CnniiEn, sous l'article Saiu'er ci-après.)
Acéré, partie, et adj. Qui est d'acier. Garni,
armé d'acier. Endurci, robuste.
Ce mot, au premier sens, est le même qu'AcEBiN
ci-après. On disoit, aiguilles asserées. ( Rab. nouv.
prol. T. IV, p. ni. — Voy. aussi Cotgr. Dict.)
Il signitioit plus souvent garni, armé d'acier.
(Bourg, ùiig, Voc. Vulg, p. '23, R.") On trouve en ce
sens, Guantclct asséré, dans Rab. ï. IV, p. 05.
Sollcrcts axsor;. jbid. p. 18.; Bastou appelé Fauchet
ou Vuulge, llaiiccret-. ^Charl. de 1 iG8, citée par D.
Carpentier, ubi suprà.)
Par extension de celte acception propre, on a dit
figurément acéré pour armé. • Fermes et acérés,
" contre rellorl des passions. » (S.ig. de Charron,
p. 231.)
Dans une autre signification figurée, peu éloignée
de la précédente, ou l'employoil pour endurci.
Cueur d'amie ou vray amant.
Est occré trop plus que dyamant,
Contre l'infortune, etc.
J. Slarot, P. . . .
(Voy. AcF.uiN ci-après, sous la seconde acception.)
De iîi le mot accré, pour robuste, endurci à la
fatigue. « Socrates, par la sobriété, avoil une santé
« forte et acérée. » (Sag. de Charron, p. 611.)
VARIANTES :
ACÉRÉ. Orth. subsist.
AssERÉ. Rab. T. II, p. 223.
H.wcEUÈ. D. Cacpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Acherure.
Acerer, verbe. Garnir, armer d'acier.
Ce mot subsiste sous la première orthographe,
que .Nicot dit être une abréviation d'acicrer, armer
(l'acier. (Voy. ce mot.J
C'est en ce sens qu on lit: « Asseroiott niaehi-
« colis, c'est-à-dire, armoieut de bon fer ou de fin
« acier, la pointe des herses qui étoient aux portes
« ou aux ouvertures des murailles de leur ville. >
(Le Duchat, sur Rabelais, T. III, prol. p. 7, note 0.)
VARIANTES :
ACERER. Nicot, Diction.
Al;lEn^;li. Cotgr. Dict.
A.'^ciciŒii. GcolTr. do Paris à la s. du Rom. de Fauvel, MS.
du R. n". 6812, fol. M. R". col. 1.
AssERER. Le Duchat, sur Rabelais. T. III. prol. p. 7,
Note 9.
Accriii, adj. Qui est d'acier. Constant, im-
muable.
Ou disoit, dans le sens propre, Espées aeériues.
(Fauchet, Lang. et Poës. fr. p. 109. 1!ranc(3) acerin.
Atbis, MS. foL 125. R". col. 2. — Voy. Acéré ci-
dessus.)
De là, pour constant, immuable; acception figu-
rée, empruntée de la solidité de l'acier.
Mais De.x parost si acharhix.
Si très-vrais et si enterins.
Que caoir ne puet, ne glacbier.
Mirac. B. N. V. MS. 1. 2, cil<S par D. Carp. suppl. Gloss. Lai. au niot .ichcrurc-
(Voy. Acéré ci-dessus, sous la troisième accep-
tion.)
U) avec. — (2) étouffe. — (3) lame.
AC
— 50
AC
VARIANTKS :
ACERIN. Fauchet, Lang. et Poes. fr. p. iflO.
ACHERiN. ftcclus de Moliens.
Acertainci", verbe. Cerlilier, assurer. Klrcsùr.
Du mol Cerlilin. (Voy. Ckutaim;!! ci-aiurs.)
'Au premier sens, ôa lit: ■■ .Nous (iccrtené des
« choses dessus tlites. » (Ord. T. Ill, p. 213.) « Les
« gens du pays acertninent, qu'il fut vrai. •■ (f.a sa-
lade, fol. 'i;J. "IV. col. 2.) « Leur (iccrtenoient, que
« les .\ni;lois étoient \o^és en trois sièges. » (Ilist.
de Loys ilL 1>. de liourb. p. Ii8. — Voy. AcERTEFiEit,
Aia:nTi:ii et AcKnTiuuF.u.)
On disoit aussi Acertcncr, pour être srtr, s'as-
surer.
.... s'élongna,
Que l'œil ne peult nrcrlencr,
Où le faulcon vouloit aller.
Gacodc la Bigiio, des Ded. MS. fol. 25, R'.
(Voy. AcEUTKR, sous la seconde acception.)
VARIANTKS :
ACERTAINER. Glossaire de Marot, .Toinville. p. -123.
AcERTAiNNKR. Chasse de Gaston-Pliébus, MS. p. 148.
ACERTENER. Monet, Oudin, Pict. - Moduset Uacio, fol. 34.
Adcertener. Gloss. de l'ilist. de Paris.
AssERTENER. Favin, Th. d'honn. T. I, p. 159.
AsERTENiK. Assis, de Jérus. p. 200.
Acei'tancc, suhsf. fcm. Assurance, certitude.
« Avons eu sur ce Ar.K.uTAMr.K des dites choses. »
(La Thaum. Coût, de Berry, p. 125. — Voy. Ager-
TEME.NT ci-après.)
VARIANTES :
ACERTAXCE. La Thaumass. Coiit. de Berry. p. ISô.
AcHERTAXCE, .VcHEKTANCHE. Carppntier, Hist. de Cam-
brai, T. H, p. 28 et 29, tit. de 125.5 et 1237.
Acertefier, verbe. Rendre certain. Certifier,
attester.
On disoit au premier sens: « Vous mandons que
<i vous certitiez avecques ce que tout fait aurez sur
« ce.... et aussi des jours et des lieux esquels, et
« ou l'aurez fait à vostrebaillage, et de la manière,
« afin que nous soyons de ce adcertifiez. « (Monstr.
Vol. I, p. 18'< V". — Voy. Acertiorer ci-après.)
Dans le second sens, c'ctoit déclarer une chose
comme certaine, la certifier :
Car tout ensi Lires li sognefie,
A son retour, et li arerlelie,
Ne plus, ne moins, etc.
Froiïs. roîs. MSS. fol. 72, V".
(Voy. Acertainer et .\ceuter.)
VARIANTES :
ACERTEFIER. Froiss. Poës. MSS. fol. 72, V».
Adcertifier. Monstr. vol. I, fol. ISi.
Acertement, subst masc. Assurance. (Voy.
Les Dict. d'Oudin et de Cotgrave.)
VARIANTES :
ACERTEMENT. Cotgr. Dict.
. ACERTENE.MENT. Oudin. Dict.
AcorJnr, verbe. Assurer, fttre silr.
De l'aiijectir ceite, iiui s'est dit autrefois pour
ceitain. (Voy. ce mot.)
On lit au premier sens: « Por chou nous
" aciiertel de! hocuc eiiclinenche ke no dis frère
« avoet en sen vi por li eiiKlise de Hiinnekart. »
(Car|)entier, Ilist. de Camlirni, jthi suprà.)
Selon la seconde acception.
Rois Sornegur est angosox
Qu'il n'a Partenopex rescox ;
Ouand n'il peut o les siens trover
As frani.'ois vail |>our ucertcr.
l'arlun. de Blois, MS. do S. G. fol. 137, R'.
(Voy. AcERTAiNEii ci-dessus.)
VARIANTES :
ACERTER. Parten. de Rlois, MS. de S. G. fol. 137, H .
Acherter. Carpenlier, Hist. de Cambrai. T. II, p. 29, tit.
de 1255.
Acertes, adv. Certainemenl. Affirmativement.
Serieusciuent. Instaminent.
Acerlca, est cnni|)0sé de la préposition .1 et
de l'adjectif pluriel certes, pris substantivement.
(Voy. Certe ci-après.) Le mot .Icerles est employé
souvent dans les transi tiens par nos anciens Auteurs.
(Voy. Chron. fr. mss. de G. de A'angis, etc.) Aussi
le trouvons-nous rendu par ces mots, autcm,
etinm, igilur, vero, quuJem, de eœtero, dont on a
fait le même usage dans la langue latine. (Voy. S.
Allian. ulii suprà. — Ilist. de Reauv. par un Dénéd.
p. 279. tit. de d 182. — lîeaumauoir, p. S.".?, tit. de
1201). — Ordonn. T. I, p. 08 et 70. — Ibid. p. 329.
- Ibid. T. III, p. I.-i, etc.)
On disoit acertes, pour certainement. De là,
très acertes dans les Ord. T. III. p. 201. C'est le
même sens dans ce passage: « Parce que .Socrates
« avoit seul mordu acertes au précepte de son Dieu,
» de se connoistre, et par cette étude étoit arrivé à
« se mépriser, il fut estimé seul digne du nom de
« sage. » (Essais de Montaigne, T. Il, p. 82.)
Pour affirmativement. « Ils ne parlèrent pas sec,
« distinctement, et acertes, mais ambiguemenl,
« comme oracles. » (Sag. de Charron, p. 220.) J. Le
Maire, Illust. des Gaules, p. 350, a dit en ce sens :
« Leur mandant bien adcertes qu'ilz ne presu-
« massent de troubler.... le royaume d'Austrichela
« basse. »
Pour sérieusement " Chrysippus disoit, que
« ce que Platon et Aristote avoient écrit de la
« Logique, ils l'avoienl écrit par jeu, et par exer-
« cice, et ne pouvoit croire qu'ils eussent parlé
« acertes, d'une si vaine matière. « (Essais de
Montaigne, T. II, p. 312. — Voy. l'Hist, de Loys ni
Duc. de Bourb. p. 31.' Ce mot "est bien rendu par
tout de bon, dans le suppl. au Gloss. du R. de la
Rose, par l'Abbé Langlel, qui l'avoit mal expliqué
dans son premier Gloss.
Enfin, pour instamment, affectueusement: « Ledit
" Duc de Bourgongne écrivoit bien acertes à
« l'Evèque de Liège, et ù aucunes bonnes villes de
« son pays, en les requérant, et les sommant qu'ils
" pourvussent par telle manière aux besongnes. »
AC
— GO —
AC
(Math, de Coucv, Hist. de Charles Vil. — Voy. Froiss.
Vol. I, p. 13,et.Monslrelet, Vol. IJol. IG. V°.) .. Vous
« prions, et reiiuerons tant alîectueuseinent, et si
• adcertes comme plus provons. » (Ordonn. T. 111,
p. 448.)
VAUI.K.NTKS :
ACERTES. S' Alhan. Symb. en fr. T. II, p. 'Xi.
Adcertes. Ord. T. III. p. 4W. — J. Le Maire, suite de
l'IUuslr. des Gaules, p. il9.
Adeceutes. La Thaumass. Coût. d'Orl. p. M>6, tit. de 1180.
ADECHKKTE.S. Loiscl, Hist. de lieauv. p. 'iGii, tit. de 1122.
Al'deceiites. Chron. fr. .MSS. de Nangis, an. 1290.
Acertiorer, verbe. Hendi-e certain. Assurer,
répondre.
Au premier sens, ce mol, composé de la pré-
position .t et du vcihe l'ertiorev ci-apivs, en latin
certiorare , s'empkiyoil comme verbe rélléchi :
« faisant eiKiueste.... pour plus sassereivrer. »
(Montbourcher, Gag. de Bat. fol. 37, R\ — Voy.
ACERTER, Af.EllTKFlER et AcKRT.MNER Cl-dCSSUS.)
Dans la signification de ceilitior, répondre d'une
chose, on lit: « En cas que les corespoudans cl unis
« soient.... en cette volonté et intention, et ([u'ils
•• en voulussent acertiorer et le promettre aux
- Catholiques. » [Mém. de Villeroy, T, VI, p. H.)
VARIANTES :
ACERTIOREK. Mém. de Villeroy, T. VI, p. 11.
.VssEKCiOREU. Montbourcher, Gag. de Bat. fol. 37, R°.
Acès, suhst. masc. Accès, abord, approche.
Accès de fièvre. Incident. Atteinte ou blessure.
On lit dans le premier sens:
fist engiens
Et de cloies et de mairiens. .
Teus que nus ne valoit acés.
Ph. Mousk. MS. p. 703.
C'est-à-dire que nul ne pouvoil approcher. J. de
Meun, s'est servi de ce mot sous l'orthographe assés
pour accès, abord, facilité d'aborder, d'approcher
quelqu'un, dans ces vers:
Tant de Robes pareilles, ne valent une trompe,
(Jui paV la rue monstrent ta venue à grant pompe ;
Se tu as qui te serve, et qui presse te rompe,
Bon est ; mais que par ty ton assez ne corrompe.
Cod. versCCl-CC4.
C'est en ce même sens, pris au figuré , que l'on
dit encore accès de lièvre. L'on écrivoit autrefois
aces. (Kust. des Ch. Poës. mss, fol. -173, col. 'i;
achés. — Al. Chart. Poës. p. 5i)8) ; asseés dans ce
passage : « Knvirun quinze jours devant la S' Reiny
« H'an Ii27j; cheut ung mauvais air corrompu
« aont une très-maulvaise maladie advint que on
« appelloit la Dando... et n'estoit nul quant elle
« prenoit qui ne cuidast avoir la gravelle... et
« après ce, à tous venoient les assées ou fortes
« frissons, etc. » (.lourn. de Paris, sous Charles VI
et VU, p. 113.)
Ce même mot, sous l'orthographe Àcés, s'est em-
ployé pour incident en terme de pratique, propre-
ment ce qui arrive , ce qui survient ; extension
à' Accès, approche. (Voy. Accessoire ci-après) :
... le derrain corps de ces trois
Entendoit à jupier les drois.
Les grans causes et les procès
Coiitinuelmenl des acés
Que le second collège avoit
Qui par dessus les deux jugoit.
Eusl. lies Ch. Pocs. MSS. fol. «5, V- col. 8 el 3.
Enfin .icès pris dans le sens d'atteinte, de bles-
sure, est encore une extension du sens propi'e ac-
cès, approche :
Bien monstroil qu'il euist esté
Et hardiemenl arrestè
En cops d'espèes et de haccs ;
On en veoit assés les aces.
Froiss. Toes. MSS. p. 3i, col. S.
On pourroit aussi faire dériver le mot acès, en ce
passage, du latin eœdere, au supin ea'sum; et pour
lors aecs signilieroit blessure ou cicatrice.
VARIANTES :
ACÈS. Phil. Mousk. MS. p. 703.
ACKX. Triomph. de Pétrarque, trad. d'Oppède, fol. 14, V".
Achés. Poës. d'Al. Chart. p. ."i!)8.
AssEÉs. Journ. de P.iris, sous Charles VI et VU, p. 114.
AssÈs. Chron. de S' Denys, T. II, fol. 272.
AxcÈs. Triomph. de Pétrarque, Irad. d'Oppède, fol. 14, V».
Acosiné, adj. Bien en point.
Nous donnons ici rex{ilication de Borel ; mais
Borel a mal lu ce mot. 11 devoit lire Acesiné. (Voy.
AcEs.MEB ci-après.)
Acesinans, partie. Paré, élégant.
C'est proprement le parlicipe actif du verbe Aces-
mer ci-après, employé dans le sens du participe
passif. On disoit plus souvent aeesiné. (Voyez ce
mot.)
Il est de moult lâche corage
Mes moult est biaus et urcsmans.
Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 133, V- col. f.
D. Carpentier paroit avoir confondu la significa-
tion d'Aelu'SDHDis. paré, avec celle de eointes, poli,
complaisant, dans deux vers du Doctrinal, qu'il
cite. (Suppl. Gloss. de Du C. au mol Scema 1) :
Bien doit li haus liom estre jolis devant la genf
Coinlcs et Aclicsiiians, se il est de jouvent.
On lit ron;<('s et .la's»i«H:; dans le ms. de S. C.
fol. 402, V" col. 2.
VAHIA.NTES :
ACESM.\XS. Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. XVt. R» col. 2.
.Vr.KMA.Ns. Fabl. MS. (lu R. n» 7615, T. Il, fol. 133, V» col. I.
Ai;ksm AN/.. Dûclr. MS. de S. G. fol. 102, V" col. 2.
AciiEs.M.xNs. D. Carp. suppl. Glossaire de Du Cange au
mot Sceina 1.
Acosiiié, partie. Paré, orné, ajusté.
Nos anciens .\uleursemployoientsouventce mol,
avec celte signilicalion. (Closs. de Villeliard. —
Chron. fr. .ms. de Nangis, an. i>2'J, etc. etc. — Voy.
Acesmer ci-après.)
Or maudirai ma maie destinée.
Quant j'ai perdu le genl cors accsmé,
Où tant avuit de sons et de bonté ;
Qui valoit mel/. que le reaume de France,
Ane. Pocl. MSS. avanl 1300, T. IV, p. U3ti.
AC
— Gl —
AC
.... e.\toient si arcsmcts.
Et si Irùs-richemenl parées ;
De grans biautez, de graiis ricliesses,
(Jue toutes senabloient IJéesses.
G. Macluul, MS. fol. 216, n- col. 2.
Un autre Poi'to déclainanl contre le luxe des Pré-
lats, s'exprime ainsi :
Ils sont plus joint ; il sont plus droit ;
Plus uct'siiu;, plus alit^uié ;
Et plus poli et plus pitînié.
Que Rabardel, ne Damoi.seles.
Hi»l. Je S" Lcocado, MS. do S. G. fol. 29, U* col. 3.
VAIUANTKS :
ACESMÉ. Rom. de Brut. MS. fol. 31, R" col. 2. - G. .Ma-
chaut, MS. fol. 22T, V" col. :i.
AcÈMÈ. Ane. l'oët. fr. MSS. avant i;!<lO, T. 1, p. ^69.
AcHESMÉ. J. Lo Maire, Illustr. des Gaules, liv. I, p. 99.
ASCÈ.MÉ. Fabl. MS. du H. n- 7CI5, T. I, fol. 113, R» col. 2.
AssÉMÉ. Ibid. V° col. 1.
Acesméemeiit, adv. Klésaiiuneiil. Faslueuse-
ment.
Au premier sens, ce mot exprime une idée d'élé-
gance dans la parure :
Son cors atome richement
En bel, et acéinéement.
Alliis, MS, fol. il, R- col. I.
11 paroit avoir plus de rapport au faste dans cet
autre passage :
Tel chevaucent molt acesmceii>e»t
Qui ne sevent leur grant honour entendre.
En amers a maint guerredon à prendre
Dont el puet bien son Dru (1) faire joiant.
Cbans. MSS. du C. Thib. p. ii.
D. Carpenlier croit (\\i'Acesméeme7il vient d'Jm'-
ment, que nous croyons n'être qu'une contraction
d'AcESMEMENT ci-après. (Voy. Suppl. Gioss. de Du C.
au mot Scema ^.)
V.4RIAXTKS :
ACESMÉEMENT. Chans. MSS. du C. Thib. p. U.
AcÉMÉEMENT. Athis, MS. fol. 44, R« col. 1.
Acesmement, subst. masc. Parure, ornement.
Lambrequin.
Borel l'explique au premier sens. (Voy. Aces.mer,
AcEs.MEs et AciiESMLRE ci-après.)
.... miex m'acesmeroie
D'im riche aresmeinens
A Nataus (2), que ce vestoie
Chacun jour saoulement.
Ane. Tocs. fr. MS. du Val. n" 1522, fol. i53, R- col. l.
Nous lisons Achememens dans une autre copie
de la même pièce. Acéement paroît être une con-
traction de ces orthographes, de même qn' Achemcnt,
ou hachcment.
Ces deux mots, pris dans le sens de lambrequin.
ornement d'armoiries , ont la même étymologie
(\\ï Acesmement. (Voy. Menestrier, Orig. des .Vr-
moir. p. 35 et suiv.)
VARIANTES :
ACESMEMENT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 22^1, V» col. 2.
Acéement. D. Carp. suppl. Glossaire de Du Cangc au mot
Sccma i.
ACIIE.MEMENT. Anc. Po<!s. fr. MS.du Vat. n" I40(), fol. 148, V".
Aciik.mrnt. Menestrier, Orig. des Armoir. p. ij, Ii6 et 42.
A(;nEs.\iK.«KST. IJ. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Scema i.
Hache.me.nt. Menestrier, Orig. des Armoir. ubi iuprà.
Acosmor, verbe. Orner, parer, ajuster. E(iui-
per. l'iM'paier, dis[)i)ser.
Si j'osois hasarder (juelques conjectures sur l'o-
rii^inc de ce mot, je diiois qu'il a pu se former du
latin coH/ov, peigner; par extension ajustei'; ef
plus immédiatement du mot de la basse latinité,
AcoHuiiire. formé de Coma, chevelure.
On a dit, eqiius acosmare, pour faire le crin des
chevaux. (Voy. Du C. Gloss. Lat. au mot.U'osmrtre;
dont Acetnare — Id. ibid. sous le mot .S'coHapour-
roit être une altération.)
En admettant cette étymologie, ce seroit par
extension qu'on auroit dit acesmer, pour orner,
parer, ajuster, comme dans ces vers :
Tant pourement s'est accutéc.
Comme se fust au bois trouvée.
Alhis, MS. fol. 13, R- col. I.
Li mireoirs aprent à s'acesmer.
Aiic. Pocs. Fr. MS. du Vat. n- 1522, fol. 158, V* col. I.
On a dit figurément, et dans un sens moral , en
parlant du Baptême :
.... par tout rend lame bénigne,
Et en trait toute riens maligne,
Et d'innocence si Vasesme,
Qui la fait plus blanche que cresme.
i. de Meun, Test, vers 253-259.
On reconnoissoit les courtisanes à certain signe
quelles dévoient porter, pour les distinguer des
honnêtes femmes ; ce qui a induit l'Editeur des
Ordonnances, à lire asseijnier, formé du motst^ne,
au lieu d'asseijmer, dans les Lettres de Charles VI,
datées du mois de Décembre 1389. Ces lettres sont
accordées aux filles de joie de la ville de Toulouse,
qui se plaigiioient du mépris el des insultes aux-
quelles elles étoient exposées, parce qu'elles ne
pouvoient >< se vestir ne asseijnier, (ajuster, parer)
« à leur plaisir, pour cause de certains chaperons
« et cordons blans, à quoi elles étoient estiaintes
« porter. 11 est dit qu'elles pourront à l'avenir por-
« ter et vestir telles robes et chapperons. el de telles
>• couleur, comme elles vouldront vestir et porter ;
>> pourvu qu'elles aient à leur bras une ensaingne
>■ ou dilTérence d'un jaretier ou lisière dedrapd'au-
« tre couleur que la robe. » (Ord. T. VII, p. 327.)
Acesmer, ajuster, a signifié par extension équi-
per, fournir, pourvoir quelqu'un des choses néces-
saires.
Et s'estoient très -bien armé,
Rien abillié, bien accstné.
De garrots, de sayettes, de ars,
D'épées, de lances, de dars.
G. Machaut, MS. fol. 231, V col. 3.
(1) ami, favori. - (2) NoOl.
AC
— 0-2 -
AC
1)0 là, ce mot employé dans le sens général d'ar-
ranger, préparer, disi)oser.
.... fit chevalerie ucesm^i:
H. do Kr. « la suite de F.•lu^cl, M3. du H. n* 68IÎ, fol. 81, U' col. 3.
Artus le vil en piez ester,
Et de ferir bien acestner.
Hom. du Drut, MS. fol. 87, V- col. 2.
La mein desfre mist h l'espée,
Si l'a fors du fiierre gitée (1),
Aresme soij por ax (2) ferir,
Or sont au(iuos près (3) de morir.
Fl.iire cl Blaiichcnor, MS. do S. G. fol. 20i, I\' col. ^.
Quand il ce furent acesmé,
Et chac\in et fait son conroy (4),
Serréeniont, et sans desroy,
Alérent les Romains férir.
nom. du Drut, MS. fol. 31, R- col. 2.
V.VRI.VNTKS :
ACESMER. G. Guiart, JIS. fol. IHl, V». - Athis, MS. fol.
55, Rocol. 1.
ACKMER. Eust. des Cli. Poës. MSS. fol. 220, col. 1.
Aciiemeh Oud. et Cotgr. Uict.
ACHEMMEn. Cotgr. Dict.
AcHE.<.\iiiR. .\nc. Poi'S. Fr. .MS. du Vat. n" 1400, fol. 7. R".
AsESMKR. J. de .Meun, Test, vers 2()1.
AssEY.MER élisez Asseymer). Ord. T. VII, p. 327.
Acesnics, sithst. masc. Oi iiemens.
Atoiiis el ornemens de femmes. Mcot, Dicl. Bo-
rel, au mot Aciiesmes, cite ce i)assage de Jean Le
Maire. <• Q'iand la Déesse eut mis bas ses habitz et
« Achemes, inrelle eut defeulflé coilTe, guimiile,
« attour et autre accouslremeiit de teste, elc. «
(Illust. des Gaules. — Voy. id. ibid. liv. 1, p. 1(I8.)
v.\Hi.\NTi:s :
ACESMES. Borel, Dict.
AciiKMEs. Xicot , Oudin, Borel et Cotgr. Dicl. - J. Le
Maire, Illustr. des Gaules.
AcHËSMEs. Borel et Cotgr. Dict.
AsCHENES. Borel, Dict. au mot Accsincs.
A.cessaire, adj. Accessoire.
L'un principal, l'autre aces.saire.
(Voy. AccEssoiiiE el Accessorik ci-dessus.)
Acetabule, siihst. masc. Espèce de plante.
Sorte de mesure.
Au premier sens, c'est une berbe ou plante, en
latin .tc('/rt/>;</»?n ; nombril de Venus, autrement
Cotylédon. (Voy. Cotgr. etOudiu, Dict.)
Le mot Acétùbitle, pris eu un autre sens, vient
du latin Acctahitlits , petite mesure qui contient
autant que la cotiuille d'un onif. Cotgravc la délinil
une ancienne mesure de deux onces environ. (Voy.
son Dict.)
Accteuse, subst. fcm. Oseille. Kn latin, Acelosa.
(Voy. Cotgr. Dict.)
Aceteux, adj. Aigre. (Voy. Oudin et Cotgrave,
Dict.
Aootosité, subst. fém. Aigreur. (Voy. Oudin et
Cotgrave, Dict.)
Ach! Exclam. Ah! (Voy. Oudin, Dict.) Le c de-
vant Vil rendoit l'aspiration plus forte et l'exclama-
tion plus énergique.
Acliancrl, adj. Gangrené. (Oudin et Cotgrave,
Dict. — Voy. EsciiANcnÉ ci-après.)
AcliantoliM', !'C7'b<'. Ebranler. Proprement, faire
pauclu'i' di^ côté ; du mot Cant ci-après, pris dans le
sens de cùté :
I.i espiez (.5) au costé li frie ;
Un poi la char li a blesmié,
Hurlé Ta bien, si Vaschantele,
Toi le remue de la sele :
Se li espiey ne fust croissiz, (6)
Abaluz fust et desconfiz.
Partcn. de Clois, MS. de S. G. fol. 135, R- col. 3.
i'eul-ètre aussi faut-il lire acbaoceler , pour
ébranler, faire chanceler. (Voy. Escii.\m;i:i.i-r ci-
après.)
Acliantor, verbe. Appuyer sur le côté.
hecant, on a fait ciuilel ou chantel ; et l'on a dit,
lance en cantel, pour lance appuyée sur le cùté,
mise en arrêt. Achanter la /ff«rc, l'appuyer sur le
colé. sur la cuisse, la mettre en arrêt.
L'un renc en l'autre se séelle,
Lances, (7) celé assemblée, achantent,
Unes rompent, autres esclattent, etc.
G. Guiart, MS. fol. ÎI3, R-.
Achantiqiic, adj.
On pourroit dii-e (lue ce mot est formé û'Acante,
espèce de plante épineuse que les Botanistes ont
confondue quehiuefois avec plusieurs chardons,
tels que celui (|u'on nomme cbausse-trape. De là
l'expression mastic rtt'/(rtu/;Y7»(', (pie Cotgrave définit
une sorte de gomme d'un goût très-agréable, que
l'on trouve à la sommité de cette dernière espèce
de plante.
VARIANTES :
ACII.WTKJUK. Oudin el Cotgrave.
AcA.NTioLE. Oud. Dict. Fr. Esp. au mot .AcIiaiUique.
Acliap, subst. niase. Esquif.
Mot Breton, d'oii peut s'être formé l'ancien verbe
.1 (•/(«/;('/• ci-après. (Voy. Du Cange, Gloss. Lat.au
mot EscapiuDi.)
Achapor, verbe. Echaper.
Du mot AciiAP ci-dessus, esquif, barque propre
à s'enfuir. C'est ainsi que l'on a formé Esiiuiver, du
mot Esipiif, baniuc légère. « Ceux ([ui sont Achapé
" de chartie brisée. » (Ane. Coul. d'Orléans, à la
suite de Beaumanoir, p. 401).)
Rien voil qu'il n'achapcra mio.
F,ilil. MS. du R. Il* 7015, T. Il, fol. 15î, R- col. 1.
(Voy. EsciiAi'ER ci-après.)
(1) du fourreau tirée. - (2> eux. - Çf; très -prés ou tout prés. - (4) disposition. - (5) épieu. - (0) rompu, cassé. -
(/> a celte rencontre. \ ' i- \ ' t- \ / f <
AC
03 —
AC
Achapt, s»//.s/. inasr. Itadiiit. Aclial.
On peut rosi'ardei' ces doux siLiiiilicMlioiis crimmo
des exleiisioiis de la sii;iiilicaliuii pailiciilirre
d'AcAi'ii ou AcAi'TK ci-dessus, doiil le uiot Aclidpt,
el ses autres orlliosraplies paruisseul avoir été
formes; nous ne le Irouvoiis oniployt' ([ue sous la
première, dans le sens de radiai. « Si aucun pns-
>' sesseur d'aucune maison ou autres liérilaLies
« cliai'^i'é d'aucune l'ente foncière, acujili' ladille
«' rente, icellc rente demeure estainle, et après
« ledit J(//rtyv/, etc. » (Goût. gén. T. II, p. STII. —
Voy. Ar.iiArTKit ci-après.)
Dans le sens générique el subsistant de notre
mol Achat, cette oiilioï^raplie paroil être plus an-
cienne ([ue celle d'.lc/u'/, formée sans doute du
veibc Acheter, le nu'me (|u'Aciiai'ti:u ci-aprcs. On
lit, art. 155 des établisscmens de S'-I.ouis, faits en
1270: >' Se il aveuoil que aucuns acliclasl, cl un
<' autre du lignage li deuiandasl Vaclial, cl li oll'risL
>• les deniers à rendre que li aclias li anroil cousté,
« etc. " (Ord. T. I, p. 235. — Voy. Aciiai'Tuhe et
AcuKTEMKNT ci-après.)
Il paroil que [lar Lettres de l'achat du marclic,
il faut entendre l'expédition de l'Acte, par lequel
on donnoil à ferme certaines impositions. " Ne
« seront lenuz les acbeleurs.... payer au... Rece-
« veur ne à son député pour les Lettres de l'achat
» du iiiarchic, (lue douze deniers, et pour la quit-
» tance du payement, que six deniers tournois. »
(Ord. T. m, p. (580.)
On disoit au figuré :
Cuidiés-vous que je soie vuis.
De durs jours el de pourcs nuis?
Nennil ; j'en ai bien quatre muis
De bon acat.
Froiss. l'oës. MSS. p. lli, col. 1.
Proverbes
Cas en sac, si est mauvais acas.
Ane. Poès. Fr. .MS. du Val, n- UOO, fol. 110, V'.
Nous disons encore « acheter chat en poche, »
pour faire marché d'une chose sans la connoilre el
sans la voir.
VARIANTES :
.\CHAPT. Bourgoing. de Orig. voc. vulg. p. 22, R».
Agas. Ane. Poes. Fr. MS. du Vat. n» li'JO, fol. 149, V».
Acat. Froissart, Poës. JISS. p. 114, col. 1. — Laur. Gloss.
du Dr. fr. — Du Chesne, Gén. de Béth. preuv. p. 104, tit.
de 1246.
Achas. Ord. T. I, p. 235.
Achat. Orthog. subsist.
AcHATE. Littleton, Gloss. de M. Hoiiard. — Rymer, T. I,
p. 45, tit. de 1259.
ACHEPT. Crétin, p. 203.
ACHET. Nicot et -Alonet, Dict. — Nuits de Strapar. T. I, p.
50 et 198.
Achapter, verbe. Racheter. Acheter.
Du Gange et Ménage, font venir ce verbe du latin
Accaptare formé û'AccapItuin ; en françois Acapit^
AcAPTE. (Voyez ces mots ci-dessus.)
Plusieurs de ces orthographes portent en effet des
marques sensibles de cette origine, sur-tout celle
ù'Acapter, sous laquelle ce mot signifie racheter,
faire un rachat; proprement racheter une rente
dont le payement étoit une espèce à'acapil, ou
reconnoissaiice faite au Seif;neur. dont le vas.sal
teiioil un liérilage à tilre iriiiféodalion. ■■ Se aucun
" possesseur d'aucune maison ou autres liérila-
« ges chargé d'aucune rente foncière, «ca/v/e....
" ou relraict ladilte rente ; icclle rente demeure
" sopitc et estainle; el après ledit acbaid laditle
« maison el héritage <|ui tenue estoit eu la dilt(;
« rente achaptée , sera tenue du S(-igiieur dont
« ladille renie vendue estoit tenue. - 'Goût, zéa
T. II, p. 879.)
Ce passage prouve (\u'aeliajiler esl le même (jne
le Xiivhc <(C(iptcr. On disoil au même sens, quoique
llguréiuenl, achaler ou acheter un crime, pour en
payer la peine, le racheter. (Uist. des 3 Maries, en
vers MS. p. 35, 230 et 237.)
Toutes ces orthographes, même celle (Tacheter
(ju'on retrouve dans le ['■'■ Vol. des Ordon. p. 2.'55-
087, etc. sont donc des variations occasionnées par
les différentes manières de prononcer le même
mot. La prononciation rude iVachapter s'adoucit
dans .lr//a/('r. Le son ouvert de redevient sourd
s'il esl piononcé rapidement. De là les orlhogTa-
plies AcIiCptcr, Aciieter. Le Glossaire fournira mille
exemples de ces sortes de changemens.
Par une extension naturelle de l'acception rache-
ter, achapler signifioit acheter. Vov. Molinet, p.
107. — Saiulré, p. \¥A. — Rabelais, T. IV, Ane.
Prolog, p. 20, etc.) Les Picards disent encore Acaler
comme dans ces vers :
je ne sai feme acater
Pour ce si me sui trais en sus.
Ane. Pofs. Fr. MS. du Valic. n» 1 IDO, fol. 39, R-.
Amours n'achate ne vent.
ILid. fal. 43, V-.
Prov.
Oui tant l'aime, tant Vachette.
Eusl. des Ch. PoJs. SISS. fol. 430, col. 1.
Qui plus l'acale, millor l'a.
Pb. Mouskes, MS. p. 242.
Gu.NJfG.
Acatet, partie. Acheté. (Garpenlier, Ilist. de Gam-
brai, p. 31, tit. de 1260.)
Acatissiés, imp.subj. Achelassiés. (Fabl. ms. duR.
ir 7989, fol. 212, R°col. 1.)
Acharad. Lisez Achalad. Prêter. Acheta. En latin
Emit. (Loix Xorm. Art. 25.)
Acliat, subj. prés. Acheté, en latin Eniat. ^Loix
Norm. Art. 43.)
Aehatet, subj. prés. Acheté, en latin Emat. (S*
Bern. Serm. fr. mss. p. 289.)
AchatissieX; imp. subj. Achetassiez. Tabl. ms. du
R. 11° 7218, fol. 333, V" col. 1.)
Achelaieiit, subj. prés. Achètent, en latin Eman^
(Ord. T. Il, p. 16, col. 2, Art. 6.)
variantes:
ACH.^PTER. Bourgoing. Orig. voc. vulg. fol. 22, R". -
Joinv. p. 55. - Rab. T. II, p. 2oS.
AcAPTER. Coût. gén. T. II, p. 879.
Acater. Du Chesne, Gén. de Guines, p. 283, tit. de 1241.
AcHATEn. S. Bern. Serm. fr. ilS. p. 289. — Joinville, p. 25.
Ord. T. I. p. 785.
AC
— G4
AC
AciiATRE. Britton, Lois d'Angl. fol. 84, V».
AcnEPTKii. Duplessis. Hist. de Meaux, p. 135, Ut. de 1235.
AciiE.^TEK. Ord. T. I, p. 51G.
Acheter. Orth. subsist.
AuHETTEu. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 42G, col. 1.
AsKETER. Carpenlier, Hist. de Cambrai, p. 18, lit. de 1133.
Id. ibid. tit. de 12:{7 et 1-r>5.
Achapteur, subst. masc. .Vcheleur.
Ce mot ibrmé ilu veibe Acii.\PTEn ci-dessus, ne
subsiste aujourd'liui que sous l'orlhoîjraphe Ache-
teur, (jui est ancienne, car on la trouve dans une
Ordonnance d;" IS.V.. lOrd. T. 1, p. 07!», art. 1.)
On disoit proverbialement : >■ Il y a plus de fols
« acheteurs que do fids vendeurs. •> fLoisel, Insti-
tut. Coût. T. 11, liv. III, m. 4, art. % p. 33.)
v.\Ri.vNTKs :
ACHAPTEUn. .^ag. de Charron, p. 3»V).
AcATÈHEîi. Laur. Gloss. du Dr. fr.
Ac.^TERREs. Gloss. sur les Coiit. de Beauvoisis.
AcATEiR. l.aur. Gloss. du Mr. fr
ACATOi u. Gloss. de l'ilist. de Hretagne, p. 897.
AciiErTEiK. Du Verdier, Eibliolh. p. 15;5.
AcHETEiR. Orlhog. subsist. - Ord. T. 111, p. 670, art. I.
ACHETiÈRES. Ord. T. I, p. 513, art. 4. - Ibid. p. 5'21, art. 0.
AcHETiEHRES. l.aur. Gloss. du Dr. fr.
Achapturc, subst. fthn. .\chat.
On a dit au ligure :
Mais est trop le marché pire
Dont Vénus se veull entremectre ;
Cai nul n'y sçaura jà tant mectre
Qu'il n'y perde tout le chaté (,1),
Et tout ce qu'il a achapté.
L'avoir, le pris, et la vendure :
Si que tout pert son arliaphirc,
Que jà tant n'y mettra d'avoir
Qu'il en peust Seigneurie avoir.
Hom. de la Hum, vers 11308.
Voy. Af.riAi'T ci-dessus.
Achai'i«M*, verbe. Cbarriei', voiturcr.
La préposition u jointe au mot charier, exprime
un rapport de tendance dans ce passage : « Fist
« acitarier par les villains du pays grand foison de
« busclies. ■> Froiss. vol. I, p. l'ifi. — Voy. Char-
RoiKR ci-api'ès.'
On rencontre par-tout des exemples de ces pré-
positions inséparables, dont la réunion ajoute ?i
la signification des mots, celle de différens lapports.
Tels sont les verbes Acharner, Aciioper, Aconter,
AcRoiRE etc.,
VARIANTES :
ACHAHIER. G. Guiarl, MS. fol. 134, R».
ACARiER. Gloss. Lat. de Du C. au mot Carin.
AciiARnoiiKH. Enfances d'Ogier le Danois, M.S. de Gaignas,
fol. 77, R'col. \.
Acharner, verbe. Donner la curée, mettre en
curée.
Proprement donner aux bétes le goût, l'appelit
de la cbair. (Nicot, Dict.] d'oîi vient l'expression
flc/ifl7*H<'r/('.sc/(?V/)s, pour leur donner la curée. (Font.
Guer. Très, de Vén. .ms. p, 31. — Voy. Ciiarner ci-
après.)
C'est dans un sens figuré et propre tout à la fois
qu'on a dit en comparant l'amant timide avec le
cbien de chasse : " Ainsy se lamenloit le gentil
" Chevalier, et tant doulëureusement (lue se pitié
" et mercy fussent si près de luy ((u'ilz peussent en-
• tendre son giat ci), jù n'eussent si dur courage
« qu'ilz ne cornassent la priuze, et atTectassent la
« venoison pour acharner le gentil brachet. ■>
(Percef. vol. IV. fol. 111, Vcol. 1.)
La signification subsistante d'acharner, irriter,
est une extension du sens propre.
(Voy. Aciienf.z ci-après).
VARIANTES :
ACHARNER. Font. Guer. Très, de Vén. MS. p. 31.
Ancharner. Fabl.MS.du R. n» 7615, T. H, fol. 165. V» col. 2.
Acharoifiner (s'), verbe. Manger beaucoup de
chair.
I.'ame la char het con charoigne,
N'est nus sages qui s'iicharoiijiie»!.
Prélat lor âmes escharnissent (3),
Quant du délit de la char n'issent (4>,
De toz mangers ont il la craisse.
Aise et repos, si les encraisse.
Hist. de S" Lcocade, MS. de S. G. fol. 31, V* col. i.
Acliastasna, subst. masc. .Ichète-âne.
C'est un solii'iiiuet. (Voy. Gloss. de l'Histoire de
Bretagne.)
Achéc, subst. masc. Sorte de vers.
Ce mot, encore en usage dans les provinces
d'Anjou et du Maine, sous la première orthographe
seulement, est féminin suivant une citation du
Ltict. étym. de Ménage; cependant on trouve flc/fcV.s
au pluriel, comme substantif masculin dans Nicof,
Dicl. Ce sont de longs vers qui s'engendrent dans
la terre, et (|ue l'on nommoit aussi achets. " U'iand
« les sangliers sont aux marèts, ils vivent d'an-
« guilles, d'achets et autres choses qu'ils peuvent
« trouver. » (Fouilloux, Vén. fol. r>7. H".)
Les pécheurs s'en servent pour amorcer le pois-
son ; de lu cette comparaison : « La mort gist des-
« soubs les délices, comme le poisson qui prend
« l'hain, et Vachée c'est la mort. • (Le Chevalier de
la Tour, liistr. ;^ ses Filles, fol. -l'i. U" col. 2.)
VARIA.NTES :
ACHÉE. Nicol, Dict.
AciiET. l'ouilloux, Vén. fol. 57, R".
Aclionicresso, subst. fém. Coëffcuse.
(Voy. Oudin et Cotgr. Dict. Proprement celle qui
orne, qui pure, mot formé du verbe achevter. (Voy.
AcESMER ci-dessus.)
De Ici ce mol s'est employé, pour signifier en par-
ticulier CoëlTeuse, et plus particulièrement encore
les CoëlTeuses qui faisoient profession decoëffer les
nouvelles mariées.
variantes :
ACIIEMERESSE. Oudin, Dict. Espag. et Fr.
AciiE.MMEREtisE. Cotgraye, Dict.
(1) le capital. - (2) glapissement, cri. — (3) avilissent, dégradent. - (4) ne sortent.
AC
— (ir. —
AC
AclK^noz, part. plur.
Ce mot paroil (■■tre une cnii'iiplidii d'ucliariicz
dans ce |jassai;e : « Kn ce temps éloicnt les Ai'mi-
« naz plus arhi'ni'z à cruaulléiiuc ouci|ues mais. •
(Journ. do Taris, sous Cliailes VI et VII, an litJO,
p. 62. — Voy. AcuARNER ci-devant.)
Arlierissemont, siihst. JHrtsc. Caresses.
Du verbe ('.in;iun ci-après. <■ M'est cremeur amou-
« reuse entr(''e au coi'ps, et désir au cueur de le
« veoir, car de leur achcrissoncnt ne me douhte-jc
pas. .. (Percef. Vol. IV, fol. l'il, H" col. I.)
AeliciMiro, suhsi. frm. L'action d'acérer.
(Voy. D. Carp. Suppl. Gloss. de Du G. au mot
« Acliertire.)
Aclicsniure, s!//;s/. fihti. Parure.
(Voy. Ane. l'oët. fr. mss. av. 1300, ï. III, p. 1201,
et Varticle Acesmement ci-dessus.)
AclK'tcinent, sithsl. masc. Achat.
Du mot (iclu't sous Aciiai't ci-dessus. (Voy. Gloss.
Gall. Lat. ex God. lieg. cité par D. Carp. Suppl.
Gloss. de Du G. au mot .lf/iC/;(?».)
Achotivé, partie. Captif. Heslreint, borné.
Au premier sens, c'est le participe du verbe «c/iC-
tiver, employé substantivement. « Délivrerez ache-
tivez qui sont en ceste terre. ■> (Lanc. du Lac, T. Il,
fol. 8, V°col. 1.)
.ichetivé signifie donc proprement captive, rendu
captif. De là, ce mot dans la sis:nification générale
de borné, restreint, resserré dans des bornes.
On a dit, en comparant le mal que peuvent faire
deux hommes , tous deux mécbans, mais l'un ayant
le pouvoir en main et l'autre sans pouvoir :
Li poures hom mauves
Ne porte que son fés:
C'est chose achclivêc;
Et riches Bers punès,
Quant se faut lonc tens mes,
En valt meins sa contrée.
Trov. du G. de Brel. MS. de S. Ger. fol. H5, V- col. l-
Achetiver, verbe. Emprisonner, rendre captif.
Rendre malheureux, chetif.
On a dit elielif, pour captif. De là, le verbe ache-
tiver, pour rendre captif, emprisonner. (Cotgr. Dict.
— Voy. Chron. fr. ms. de Nangis, p. 2.) Dans le Gloss.
de Labbe, Acheitiver est l'explication du latin
captivare.
Dans un sens plus général, Achetiver signifioit
rendre malheureux, chetif, en latin calainitare.
(Voy. Gloss. de Labbe, p. 492.)
VARIANTES :
ACHETIVER. Cotgrave, Dict.
ACHETIFVF.R. Corn. Dict.
AcHOiTivER. Gloss. du p. Labbe, p. 493.
Achèvement, subst. masc. Projet, entreprise.
Chose à finir, à exécuter. C'est une extension de
l'acception propre et subsistante du mot achève-
ment, action d'achever. (Voy. Achever ci-après.)
" Nouveau désir et nouvel achèvement lui vint au
« devant ; ce fut île trouver la Puceile aux deux
« DiagoMS. .. (Perccf. Vol. VI, fol. 51, \{ col. 2. —
Voy. Aciir.vEi !t ci-après.)
VARIANTES :
ACHEVEMENT. Al. Chart. Poës. p. 7f«.
AcHEVKMANT. Monct, Dict.
Achever, vertie. Obtenir. Finir.
Du mot chef, emi)loyé figiirémeiit dans la signifi-
cation de but capital, l'on a dit achever pour venir
ù chef, venir à son but, obtenir :
Amor et bonne espérance
De ma grant joie lu-liiever,
M'a donné force et poissance
Et volonté de chanter.
Ane, Poùl. Fr. .MSS. avant 1300, T. U, p. 804.
Mûrir meil ou achever ;
Mes espérances m'afie
Que cil doit merci trover,
Qui sait servir et amer.
Ane. Pocl. Fr. MSS, avanl 1300, T. IV, p. 1580.
(Voy. CiiKvm ci-après.)
Dans un sens figuré, en prenanl le but pour le
tenue, on a dit achever, pour parvenir au terme,
finir.
La vie d'ome tost achievc.
Vie de S" Kalerine, MS. de Sorb. chifT. I.X, col. 41.
Au reste, ce verbe conserve encore la significa-
tion de finir; mais elle est toujours active. (Voy.
AcTAitER ci-après et Acab.vt ci-dessus.)
VARIANTES :
ACHEVER. Du Cange. Gloss. Lat.
AcHAiFFER. Fabl.MS.duR. n-Vei."!, T. Il, fol. 1C8, R- coL2.
A'cHEViR. Rom. de la Rose, vers 1127.
Aghiever. Ane. Poët Fr. MSS. avant 1300, T. H, p. 804.
AcHivER. Borel, Dict.
Aciever. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic, n''1430, fol. 32, R».
Akiever. Vies des SS. MS. de Sorb. Chiffr. LX, col. 55.
Archiever. Fabl. MS. du R. n» 7015, T. II, fol. 168, R- col. 2.
Acheveur, subst. masc. Exécuteur.
C'est en ce sens qu'on a dit d'un Chevalier ; « P^ut
" l'un des preux.... le mieulx aimé des pucelles,
" car si fut leur Dieu, et de leurs désirs Yache-
« vetir. " (Percef. Vol. V, fol. 109, V" col 1. — Voy.
Achèvement ci-devant.)
Achevissance, sitljst. [cm. Achèvement.
Exécution entière, accomplissement d'une chose,
,1. Le Maire, dans le discours qu'il prête à la Déesse
Pallas s'adressant au berger Paris, fait l'énuméra-
tion de toutes les vertus nécessaires aux guerriers.
11 en termine la liste par celles-ci : « Armature de
c prudence, conduite louable, déduction prospère
« et glorieuse aclicvissance; sans lesquelles vertus
« (ajoute Pallas). mon frère le Dieu Mars ne sauroit
u conduire ses batailles. » (lllustr. des Gaules, liv.
I, p. 102.)
C'est en ce même sens qu'on a fait de ce mot, le
nom d'un personnage allégorique dans le Colloque
des 12 Dames (ms. du R. ir 1490.) Glorieuse aclie-
9
AC
— 06 —
AC
vissance est la Jernière des douze Pâmes. Elle en-
tre liaris le détail de ses (luulitùs, et finit en disant
que c'est elle qui couronne les travaux des hoiuaies
illustres :
J'en fais exalter la personne,
Voler son euvro jusqu'au trosne :
Et gloire plus que d'eau en Rtiosne
Luy baille çn bouche des meilleurs.
Collo'iuc des 12 lianws, MS. du R. n* 1490.
(Voy. CiiEvissANCE ci-après.)
Adiicoiipour, siibst. nuise.
On lit Acliicoiipciirdi' houirca, pour archicoupeur
de bourses, maître fripon. (Houles d'Eutrap. p. 3"i().
— Voy. ci-après Coupeur de pendans suus le mot
CniTHin.)
Achior, suJ/st. masc.
Ce mot dans Tancienne Coutume d"Aiijou et du
Maine, non imiirinice, signilie le lieu où.snuilcs
ruches des abeilles. On lit dans les Editions,
Arcliier; mais c'est une faute. Achier vient du
latin Apiiirimn. (l)ict. étym. de R[énage. — Voy.
aussi I»ict. univ.)
Laurière se trompe lorsqu'il interprète ce mot
dans le sens de ruciie. (Yoy. Ord. T. I, p. 24'2, note
sur le chapitre Km des I-ltablissemens de S' Louis.)
Dans cette même note, il observe qu'aces et iiuciès
sont des variations d'urlbograijhe du mot Achier.
En eiïet, leur si;;iiilic:ilinu est la même : " Se
• aucun a es (l^el elles s'ent'uieiitdeson«C(i"s. » (.ms.
de Baluze, cite ibid.)
v.\niANTEs :
ACHIER. .\nc. Coût. d'Anjou, ch. 159.
AcÈs. Ord. T. I, p. -lli. Notes.
AcciÈs. Ibid.
Achillos, subst. iiiiise.
Le nom célèbre de l'invincible Achille, a été em-
ployé au figuré, pour désigner les choses auxquel-
les on ne ponvoit résister. De h'i dans les Ecoles, on
appeloit .lr/////c, tout argumcsit dirimaiU : au Bar-
reau, on a donné le même nom au moyen décisif
d'un procès. (Voy. Oudin et C.olgr. Dict. — liour-
goinp:, de Orig. voc. vulg. et Le Duchal sur Rabe-
lais.) De l:"i, encore celte façon de parler : « Faire
" son .lr/////e de quelqu'un, ou de quelque chose -,
s'en faiie un défenseur; nous diiions s'en faire un
bouclier. (Coût. gén. T. 1, p. 1(38. — Apol. pour
Hérod. et Aresta amorum, p. 412.)
Acliommer, verbe. Chômer.
Rester oisif, proprement s'abstenir du travail,
comme aux jours de fêles. (Voy. Cotgr. Dict.) On lit
dans les Contes d'Euli'apei, s'achommer, pour se
tenir oisif: <• Se relira disant ne se pouvoir rtt'//rt/»-
m^r davantage. " (Contes d'Kuhap. p. i80. — Voy.
Chôme» ci-après.)
Achopail, ,s;<^.s/. vuise. Achoppement.
Sujet de chute :
Un achopai! et abussal
A genl de pié et de cheval
Guignoil, in Percer, hum. (jen. MS. cite parD. Carp. «uppl.
Gloitô. de Du C. au mot Uoutare.
(Voy. .Vciiiu'E.ME.NT ci-dessous.)
-Vehopomont, subat. masc.
Ce mot est d'usage dans celle expression, '> pierre
« d'achopemeiit. « C'est ainsi (jue le Cardinal
d'Ossat appeloit le point de l'absolution de Henri
IV. (HisL. de Tbou, Irad. T. Il, liv. CXIII, p. .'i7(i,
année l.v.».");) et c'est peut-être ce (jui a introduit
dans notre langue l'usage familier de celle expi-es-
sion. (Voy. Ciioi'ement ci-après.)
.Vchopcr, verbe. Broncher. Surseoir, inter-
rompre, airèter.
On dit encore ehojJi/er au premier sens, pour
faire un faux pas en heurtant du pied contre
([iielque chose ; mais ce mot vieillit. Autrefois on
écrivoit Arhu]u'r. (Oudin et Cotgr. Dict.)On écrivoit
aussi Aehoiiper, Asso])er, Assoiiper, Eseltoper, etc.
« Il se'assopa à aucune chose en la rue, et chut en
« un fangaz. « (Chait. de l.'iS.'J, cilée par D. Car-
pentier, suppl. Closs. de Du C. au mol assii]>ire.) Il
cile aussi le passage suiv. lire d'une Charte de liiitft:
« Pour l'eschoison d'un treiïouel (|u'il trouva, où
<(. il escliopa, il chey si terre. » Dans un passage cité
au même endroit et tiré d'une Charte de !i7i, on
lit: « Le suppliant poussa.... icelui.... tant qu'il le
« lisl açauler ou clieoir sur la baye. « Carpentier
regarde le mot. lca»/('r(!2), comme une variation d'or-
thograplie du verbe Ass()])er ou Aciioper. Mais nous
conjeclurons (|u'il faudi'oit lire Aeauter ou Acauter,
a|)puyer sur qucliiuc chose, se renverser dessus. Il
est aisé de confondre 1';/ et Vu dans les mss. et l'on
sait qu'au milieu du xiu' siècle on n'cniployoit point
de cédille sous le c.
On disoit au figuré .Idjopc/', Açouper. |)0ur in-
terrompre :
Si nous aloit si açoitpunt
Et destourbant do nostre alTairo,
Ne li poions nul mal faire.
On l'aisoil usage de ce verbe au passif: « Lapour-
« suite de cette affaire est demeurée aehopée et
« interrompue. « (Préambule de la Coût, de
Ilaynault. au Nouv. Coût. gén. T. II. p. il. — Voy.
une Ord. de li5.3, et Tanc. Coût, de Normandie en
vers .Ms.s. fol. '2, V°.)
V.MIIANTES :
ACHOPEU. Oudin et Cotgr. Dict.
AciiouPKU. Vies des SS. SlS. de Sorbon. Chap. LXl, col. '21.
AÇOPER, ACOUPEB, ASOUPER, AtfOL'PPEH , ASSOPEIl ,
AssorPEii, EsciiopER. D. Carp. suppl. Du Cange, Gloss.
verbe Assopirc.
Achou, subst. masc. Petite hache.
Ce mot est encore d'usage en ce sens, dans
l'Auvergne, sous les deux orthographes achou et
aichou.{[)u C. Gloss. Lat. au niot.l;i(/OHes.) En Lan-
(I) abeilles. — (2) c'est assautcr éciit par ç.
AC
— 67
AC
guedoc, on d i I A issadou, peu l-6tre le môme qu'AiscicAu
ci-après, (ft jrel, Dict. ubi suprà. — Voy. Haciio.n.)
VAIIIANTES :
ACIIOU. Du C;u)ge, Gloss. Lat. au mot A>ign)tcs.
Aiciioii. Il), ibid.
Aiss.vDOU. Iiori:l, Dict. au mot Aisceatix.
At'hrenté, subst. masc. Vieillard toussilieux.
C'est aiiiF.i que ce mot est expliqué dans Horcl, Dicl.
1. add. Pout-ctro n'esl-ce qu'une allusion au dom
de Chrêmes, personnag:e d'un vieillard dans
Térence.
Achristos, sitlisl. ninsc. plur. impies.
S" .lulieu, Mesl. liist. use souvcnl de ce mol en ce
sens : » Achristcs et liberlins. » (Id. ibid. p. û'il.)
C'est proprement l'A privatif, joint à celui de
clirisfcs, employé pourchrestiens.
Aciîiiion, siihxt. nuise. >'oni d'un pays.
Ce pays, dont le nom i>aroil iniai;iné par l'Auteur
du Homan de Floireel Blanchellor, est suppose aux
environs de Babylone :
Jonas de Handres l'Aumaçor (1),
Qui d'Acianon est Seignor
Floire et Blanchenor, MS. de S. 0. fol. 20V, V- col. d.
Aclor, subst. masc.
Ce mol subsiste sous la première orthographe,
dont les autres sont des altérations. Ménage le fait
venir du latin barbare aeiarium, dérivé û'acii's.
(Voy. Td. Dict. Etym. et Bourgoing, Orig. voc. vulg.
p. 2"2, V" et 2;{, R°. ■■ Encoutre'son'espée'peuU durer
« fer ne arcicr. » (Lanc. du Lac, fol. 80, R" col. 2.)
A tant 11 percent les mameles
Que moult avoit tenres et bêles
D'un grant clous à'achcr angoisseux.
Vies des SS. MS. de Sorb. chif. LX, col, 57.
VARIANTES :
ACIER. Orth. subsist.
AciiEn. Vies des SS. MS. de Sorb. chiff. LX, col. :>!.
AcHiER. Chans. MSS. du C" Thib. p. 147.
AciÉs. G. Guiart. MS. fol. 238, R».
Arcier. Lanc. du Lac. T. II, fol. 83, R» col. 2.
A.ssiER. Rabelais, T. III, p. -183.
Acis, subst. fém. Ais, planche.
Du latin Axa. (Voy. D. Carpent. suppl. Closs. de
Du Cange au mot.4a'fl.)
Aclaroier, verbe. Éclaircir.
Rendre plus clair , dans le sens propre ; au
figuré éclaircir un bataillon, le rendre moins serré :
Vit Palatin à bran d'acier
Le soes gens achxroicr.
Alhis, us. fol. 30, U" col. 1.
On lit ailleurs Claroier. Quelquefois Aclaroier
étoit neutre.
Devant iaus font les rens aclaroier.
Anseis, MS. fol. 33, %'• col. 1.
(Voy. Ci,.\RER ci-après.)
VAIUANTES :
ACLAROIKR Atliis, .\IS. fol. 1(18, R» col. 2.
Acr,\inGi|.;ii. Guiteclin de Sassoigne, M.S. de Gaignat, foL
Trî, H» col. I.
Acr,Aiuu. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, fol.
■.m, V« col. 2.
.\CL,\noiii!n. Anseis, MS. fol. 25, R» col. 2.
Cr.AKOiiiu. Athis, MS.
Aclasser (s'), verbe. Se calmer, s'assoupir, se
reposer.
Le mol AcasenienI ci-dessus, pris dans le sens de
calme, assoupissement, pourroit faire croire qu'on
a d'il Acaser on Aeasser ; et (lue les oithographes
quasser, aclasser, etc. sont des variations de cette
orthographe primitive, n(;edu latin cailere, tomber;
figurément s'apaiser, se calmer.
Celle se coche qui fu lasse ;
Après son duel un pot (2) s'aclasse.
Alhis, MS. fol. 21. W col. 2.
A ice mot i çou s'csclasse
Car de travail s'est endormie.
Ibid. fol. 119, V col. 2.
.\CLASSER (s'). Athis, MS. fol. 21, R> col. 2.
ÉCLASSER. Ibid. alias.
EscLASSER. Ibid. fol. 119, V" col. 2.
Quasser. Ibid. alias.
Aclerçjir, verbe. Rendre savant.
On disoit Clerc pour Savant, dans le siècle oi^i les
Ecclésiastiques étoient presque les seuls en France
qui cultivassent les lettres. De h'i, le mot Aelergir
pour signifier rendre savant; par extension, rendre
sage : « Jà mesdisant ne créiai, ains servirai toute
« ma vie ma mie h gré. Qui le bien a desprové
« d'amours, trop s'esl aclergis. » (Chans. mss. du
xiir siècle, .Ms. de Bouh. fol. 251, V°.) C'est-à-dire:
qui a perdu le bien d'amours, devient sage à ses
dépens.
Aclin, acij. Penché. Soumis.
Ce mot,qui paroit formé du latin ,lrcZ/H?.s, signifie
penché, dans le sens propre ; d'où l'on a dit au
figuré :
Tuit estoient au Duc cil de Marche, aclin.
Rom. du Rou. MS. p. 59.
C'est-à-dire, tous penchoient, inclinoient pour le
Duc. (Voy. AcLixF.R.)
Par ex'tension de la signification propre, penché,
courbé, l'on a dit, aclin pour soumis.
Blanchardin
A cui grant règne (3) fut aclin
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 179, R' col. 1.
On trouve ce mot au même sens. (Vie de S"
Katherine, ms. de Sorb. chif. LIX, col. 6. — Voy.
AcLiNANT ci-dessus.)
Aclinant, partie, prés. Soumis.
Ce Clossaire fournit plusieurs exemples du parti-
Ci) nom de dignité. - (2) peu. - (3) royaume.
AC
— 08
AG
cipe actif, employé pour le passif. On a dit, par
extension du sens propre :
Mainte liere fu à iaus aclinans.
Anscis, MS. fol. n, V-col. 2.
(Voy. ci-dessus Aclin, et Aclinku ci-après.)
Acliner, verbe. Incliner, pencher, .\voir du
penciianl. Baisser les yeux.
Le premier sens est le sens propre. On disoit :
Sur son lit s'aclina.
Fabl. MS. du U. a- 7218, fol. 47, V-. col. 1.
Dans le sens fip:uré, ce mol s'eniployoil pour
désigner le penchant, l'attachement :
je ne peux à rien al (1),
Fors là où mes cueurs s'acline.
Aiic. Poet. Fr. MSS. avant 1300, t. III. p. !>9l.
Enfin, par une application particulière de l'ac-
ception propre et générale, le mot .Acli.nkr a signifie
baisser les yeux.
Lors les vessiez acliner.
Muer color, et puis pâlir.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. lU P.' col. 1.
(Voy. Ci.iNF.u ci-après.)
Co.NJUG.
Aclin, ind. prés. Acline, incline.
Puiske versli m'acli»,
Xe perdrai mon affaire.
Ane. Poi-l. Fr. MSS. avanl 1300, T. III, p. 10-18.
Aclinouci", suhst. Lit de repos, canapé.
Du lalin Acclhiahiriiim, chose sur laciuelle on se
couche, on se repose. (Voy. Uu ('>arige au motAccu-
NATORRM, — et Carpcnt. suppl. à ce même article.)
Aeli(iueter, verbe. Faire du bruit.
Du verbe cliqueter, sous Ci.iniEn ci-après. (Voy.
D. Carpent. suppL Gloss. Du C. au mot Clingere 2.)
Aciorre, verbe. Clore, fermer.
En latin Acliidere. (D. Carpent. suppl. Gloss. de
Du Gange. — Voy. ci-dessus Acclosagier et Clork
ci-après.)
Agné, arij. Sot.
Sans esprit, sans grâces. (Borel et Colgrave, Dict.)
Homme sans aucune sagesse ou grâce. (CellhelL de
Léon Trippault.) Ce mol, suivant Borel, lire son
origine du Grec. aXvtatoç.
AGNÉ. Borel et Cotgrave.
Aqle.né. Celthell. de Léon Trippault, au mol Aîné.
Acoin, subst. musc. Familiarité.
Ce mot paroit être une contraction à'Acointcment
ci-après. On disoit avoir ncitin, dans le sens où
nous disons aujourd'hui avoir des familiarités avec
une femme.
qui vouldroit garder l'une pour soy
El laisser Vautre, je vous jure ma fcy
Qu'on y perdroil santé et pacience.
Mais bien seroit subtile la science.
D'avoir acoiit en secret et requoy
A toutes deux, etc.
Chasse d'Amours, p. 1G7, ool, 1.
(Voy. Acoi.s'tasce.)
Acoint, (ulj. et subsl. Familier. Ami, ainaiil.
Parenl, allié. Orné, ajusté. Prêt, disposé.
Ce mol, au premier sens, exprime une idée de
familiarité, née île riiahilude d'approcher quel-
([u'iiii, de raccompaguer, d'être toujours auprès de
lui. ()iulin et Cotgr. Dict. — Voy. Acoimkr.)
L'amitié, l'amour et la parenté rendent familiers.
De lîi l'adjectif acoinl, employé substantivement
pour ami : « familier et amy d'approche. » (Nicot.
Dict.)
On éciivoit aussi acointe , « moult son ncoinle, »
c'est-à-dire fort son ami, en latin familiaris.
(Chron. S' Denys, T. I, fol. 2 51», W Ibid. fol.
209. V°. )
Pour amant, dans ces vers :
Amis, par Dieu, c'est chose voire
Qu'il a plus d'un asne à la foire ;
Car vo Danios a plu.sieurs cwui»tes
Joonnes, jolis, appers et cointes
Qui la vont visiter souvent.
r.. Machaul, MS. fol. 103, R- col. i.
Pour aillante dans cet autre passage :
Si n';iy-jo l'iobin ne Gautier,
Ne huninie donc je soie ucoiitte. . .
Ainsis pluseurs femmes le font.
Eusl. des Ch. Pol's. MS. fol. 517, col. 1.
Monet expli(|uc accoint, dans le sens de parent,
prochain, allié. Voy. Acointk ci-après.)
On peut renianiuer ([ue les définitions de ce mot,
l'une de Nicot et l'autre de Monet, rappellent toutes
deux l'idée d'approcher.
Dans la signification d'orné, paré, ajusté, ce mot
est le même ([ue cuint ci-après, formé du latin
complus. (Voy. Cotgr. Dict.)
S'en fut plus acoinie et acesmé.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. 2, fol. 192, V" «ol. 2.
Enlin, par extension d'orné, ajusté, l'on a dit
acoint, pour disposé, prêt, préparé.
Donqcs fu biele .\ude la cointe
. .\1 Duc Rollant d'amer acomtc:
Et fu jurés li mariages.
Ph. Mouskos, MS. p. 122
(Voy. AcoixTFR ci-après.)
VARIANTES I
ACOINT. lîorel et Nicot, Dicl.
AccciiNCT. Collliell. de Léon Trippault. - Cotgrave, Dict.
AcciiiNT. Nicot, Oudin et Monet.
AcoiNTK. l'abl. MS. du R. n° 7218, fol. 9. V' col. 2.
Acointage, subst. masc. Proximité, fréquen-
tation.
(Voy. AcniNTF.R ci-après.) " V Acointage de ceulx qui
« ainsi csloient pourpriiis de celle maladie, s'es-
« iiaiiilit aux autres. » (Trioinph. des neuf Preux,
p. 210, col. 2.)
(1) nulle autre chose.
AC
(JO -
AG
Acoiiilaiico, siihsi. (cm. Aboril, accès. Faiiii-
liaiilci. Ainilu', liaison. Alliance, alliiiiU-.
!,(' prcuiiur sens est le sens proijrc. On disoit de
(iuei(|u'uii facile h approcher, de facile abord, «lu'il
étoil « uccdinlabtc, de facile (icfulntaiicc. <> (Moiicl,
Dicl. — Voy. AcdhNTKMKNT.)
Queli|uefois ce mol seul exi)rimoit l'idée d'af-
fabilité, qualité de'celuicju'ilest facile d'apjuocbcr.
(Œuvres poét. de McUin de S' délais, p. ¥J.)
Un abord facile et gracieux inspire la confiance
et mène (lueUiuefois à la familiarilé. Il fait naili-o
aussi |)res(iué toujours le di'sii' d'élrc amis. Ite là,
le mot acco'nilance pour liahiluilc, familiarité,
communication. (Voy. Monet, Nicot, Oudin, Dicl.
— Closs. de Marot. — Sagesse de Charron, p. 488,
etc.) Nous le disons encore familièrement en ce
sens.
Pour amitié, liaison, soit de tendresse, soit de
politique; ainsi l'on disoit d'un amant: « fort en
« son cueur la print à aimer, désirant son accoiii-
taiice. » ((!er. de Nevers, paît. 1, p. '•".)
L'on appeloit légats d'acoinhnicc, des Ambas-
sadeurs, dont la mission n'avoil d'autre motif que
le désir d'entretenir l'amitié et la bonne intelligence
entre deux Souverains. « Promis leur avoit de leur
« envoyer légalz d'acointaitce. » (Triompli. des
neuf Preux, p. 329.)
C'est en étendant un peu cette même acception,
que l'on a dit aussi :
par quel ocoi»(a»re
Vous partirez au Dieu Reaurae.
Faljl. MS. du H. n"7C15, T. 1, fui. 59, V col. 1,
C'est-à-dire, par quelle intelligence aurez-vous
part, etc.
De l'acception générale de liaison, ce mot a passé
àl'acception particulièredeliaison parles mariages.
« Il y avoit entr'eux acointancc, (|ue on a|)pelle
« affinité de par leurs femmes. » (Chron. S' Denys,
T. I, fol. 2G3, R°.)
Le Duc de Bretaigne de suitte.
Pour tousjours croistre Vacointance,
Espousa Dame Marguerite, etc.
Vigil. de Charles VU, Part. 1, p. 6 et 7.
VARIANTES :
ACOINTANCE. Gloss. du Rom. de la Rose.
AccoiNTAN'CE. Sagesse de Charron, p. 341. — Gloss. de
Marot, etc.
AcoiNTisE. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat,
fol. 314, Vo col. 3.
Acointe, stihst. fém. Plaisir, agrément.
On a dit Acoint, pour orné, paré. De là ce mot
employé au féminin comme substantif, pour signi-
fier le plaisir particulier que procure la parure et
le luxe. « Une Comtesse morte ([ui avoit eu fort son
« acointe en sa vie, damnée pour l'aournement de
« son corps qu'elle a trop aismé. « (Doctrin. de
Sapience, fol. 18, R°.)
Xcointé, participe et adjectif. Familier. Amant.
Parent, allié.
(1) Dom denier, Seigneur argent.
(;(unme adjectif, en employoit ce mol pour fami-
lier. (Cerai'd de .Neveis, itlii auprà.}
Comme participe passif, employé substantivement,
on disoit accoinlé pour amant. « ApoUo envieux de
« l'honneur de Vénus et |)0ur causer despit et
« slomachation à elle et à Mars son (tccoinlé
« feit signe de la main pour obtenir silence. »
;.). I.e Maire, lllustr. desCaules, liv. I, p. 112 et 113.)
Kniin il signilloit aussi parent, allié. (Chron.
S' Denys, T. I, fol. 202, IV.; Allié, joint dinlérél
dansée passage, en 1387: « Les Anglois e.scrivirent
« an hue (le lîrebigne, comme à \(iuv accointé, qu'il
" les vonlnst aider. » (Juven. des Urs. llist. de
Charles VI, p. (il. — Voy. Acoi.vr ci-dessus.)
VAMIANTES :
ACOINTE. Chron. S' Denys, T. I, fol. 202, R".
AccoiNTi';. Ger. de Nevers, Part. I, p. 11. note de l'Éditeur.
Acoiiik'inont, sulist. masc. Abord, accès.
Familiarilé, fréi[uentation. Insinuation.
h'acoinler, on a fait acointement pour abord,
accès, facile accès. (Voy. Acoi.ntance.)
Au comenchier vos troval
De si bel acohilemcnl.
Thomas llcrier, Ane. Pool. Fr. .MSS. avant 1300, T. III, p. H01.
De là l'idée accessoire de familiarité, que ce mot
exprime dans ce vers :
nus amender
Ne peut de lor acointement.
Fabl. MS. du R. a' 7218, fol. 205, R» col. i.
(A'oy. -VcoiN et Acointance ci-dessus.)
C'est encore par extension du sens propre, facile
accès, qu'on a dit Acointement pour Insinuation,
en parlant du pouvoir de l'argent :
Denier va ^ax acointement.
C'est Dans Denier (1) qui tout sorprent ;
11 est li feus qui tout esprent.
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 167 R- col. 2.
ACOINTEMENT. Gantiers d'Argus, Ane. Poët. Fr. MSS.
avant 1300, T. 111, p. 1138. - Gloss. du Rom. de la Rose.
.\CCOIXTEMENT. Cotr. Dict.
AcQUOiNTEMENT. Modus et Racio, MS. fol. 270, R"
Acointement, adv. Gracieusement.
En biau parler, et acointement rire.
Fauchet, Laug. et Pot-s, fr. p. 120.
(Voy. Cointément ci-après.)
Acointer, verbe. Approcher, aborder. Faire
connoissance, se familiariser. Avoir commerce.
Associer. Faire part, communiquer. Se battre.
Apercevoir. Parer, orner, .\rranger, disposer.
Sans vouloir fixer l'étymologie de ce mot, nous
observerons que Ménage a cru l'avoir trouvée dans
le latin adconiitare, accompagner ; qu'on pourroit
la chercher encore dans adcognilarc, se joindre.
(Du Cange Gloss. Lai. au mot Acunydare); enfin
que la signification ù' Acointer, approcher, a beau-
AC
- 70 —
AC
coup d'analogie avec celle des mois latins dans
lesquels on croit apei'cevoir l'origine de ce même
verbe.
On a dit, au premier sens, i-'itcoiiitrr pour s"a[»-
proulier en i^énéral :
Cil remande les soes pens
(lu'il vienpnant. pris lor garnemens,
Que jusqu'à pou s'acoiiileronl
Là où U Baron s'ajousteront.
Alhis, MS. fol. 0», R- col. 1.
Dans une sipiificotion plus particulière, nroinler
(iueli|u'un, pour l'approcher l'aborder à dessein de
lui parler. ■■ Personne ne les sahioil ni aco'nitoit. «
(Essais de Montai^^ne, T. III. p. iSO.)
I>e là l'expression « ^.'ncnintcr de paroles à
<■ quelqu'un, » pour l'aborder eu lui parlant. « De
•' paroles s'acDinta à chascun moult bonorable-
« ment. » (Cliron. S' Denys, T. 1, p '205.)
Souvent ce mot dans le sens d'approcher, aborder
quelqu'un, emportoil une idt^e de t'amiliaritc; d'où
vient acninler ou cvolntier pour faire connois-
sance. se familiariser, lier commerce avec quel-
qu'un. " Souvent maudissoient l'heure et le jour.
■' que de la Demoiselle s'étoit acoiitli'. » (V.er. de
devers, part. I. p. 37.)
Amis, or vous voil-je prier
Que vous m'aidiez à acointier
À ces Dames, à ces Pucelles
Qui sont à la cité moult belles.
Alhis, IIS. fol. 41, U'col.2.
On disoit aussi dans le même sens, mais figu re-
nient, « acointer les maux, » pour se familiariser
avec les maux. « Peu y en a qui considt!;rent les
« maux en eux-mêmes," qui les gousles et nccoinc-
c lent, comme lit Socrates la mort. » (Sagesse
de Charron, p. r>!)l.)
En particularisant celte idée de familiarité, on a
dit « acointer une femme, » dans le sens où nous
disons encore la fréquenter. > Quand il fu revenu
« de Home, il acointa la femme à nn Mercier. »
(Martene, Conlin. de G. de Tyr. T. V. col. Gii5.;
On appliquoit quelquefois celte idée de fréquen-
lation à la femme. De là, nous lisons: « Honneur
<' aux femmes d'avoir 'acninlé plusieurs masles. »
(Sagesse de Charron, p. 33.3.)
l'n de nos anciens Poêles a dit, en parlant de l'in-
lidélilé de Coronis :
Quant Phebus oy la nouvelle
Du Corbcl qui dist que la belle
Qu'il aime de fin cuer entier.
Le lait, pour un autre acointier. etc.
G. Mach.nul, .MS. fol. 205, V col. 3.
Par une extension de l'idée de familiarité, liaison,
acointer signilioit, allier, associer, unir. (C.loss. de
Marot.) C'est dans le sens d'associer (ju'on lit :
A son fils les acninti', et fet
D'eles et de lui un douz plet.
FaM. MS. du R. n- 7218, f..l. 121, V- col. 2.
L'idée d'associer, emportant celle de faire part,
on a dit acointer, pour faire part ; accointer d'une
chose, en faire part, la communiquer, l'apprendre:
« Si les acointa de ce (|ue l'en liiy avoit com[)té, cl
« leur dit, etc. » (Lanc. du Lac, T. II. fol. 10-2. n°
col. 1.)
.... son noble atour bel et gent
Simple fait, appert et acointe
M'acoinloit et encore acniiite
Que me tenisse cointement.
G. Machaut, .MS. fol 22, V* col. 2.
C'esl-;i-dire: M'apprenoil et m'apprend encore
iiue je dois, etc.
On approche son ennemi pour le comballre.
De là, le verbe %'acointer, pour se batlre en s'appro-
chanl, se joindre, se mesurer : c'est ainsi qu'on
verra ci-a|irès assembler, se mesler, combattre.
■' .Autresfoisavez bien ouy comment deux Chevaliers
« se sçavent entre accoihcter aux espées, quant il
« touche l'honneur de l'ung et de l'autre. » (Percef.
Vol. 11, fol. 3'i, I',° col. '2.)
Par les selles faire widier
Se cuide à vous bien acnbitier.
Athis, MS. r.iHl, R- c"l. 2.
C'est encore en remontant à la signiricalion
A'acointer, approcher, que l'on remarque que de
cet le idée l'on a pu passer à celle de voir de prîîs,
apercevoir. Aussi lisons-nous que le père d'.Uhis.
ignorant l'amour de son fils (^ui se mouroit :
Ne pot sentir, n'acointier
Signe de mort, ne destorbier,
Qu'.\this eust dont se plaignnit.
Ailiii, SIS. fol. 21, Vcol.1.
On a vu ci-dcvaiit acoint, pour coint, orné, paré.
De là, le verbe acointer, pour orner, parer. (Oudin,
Dicl.) « Faire t'o/»/ et joli. » Monet, Dict.)
Sa léesse m'esjoissoit,
Sa cointise m'acaiiiHssoit,
Et son gent corps m'agentissoit.
C. Macliaul, MS. fol. 283, V" col. 3.
(Voy. CoiM'En ci-après.)
Enfin, par extension de l'idée iVacointer, parer,
ajuster, ce mot a signifi('' s'arranger, se disposer :
« S'accoincta moult fort de garder la Ville et le
« Chastel de Sanxerre. » (Froissarl, Vol. III, p. 38.)
De même acesnier, parer, orner, a signifié aussi
s'arranger, se disposer.
VARIANTKS :
ACOINTER. Athis, MS. fol. 94, R» col. 2. - Gloss. du Rom.
de la Rose. — Ern. Caupains, Ane. Poët. Kr. MSS. avant
131», T. III, p. 1257.
AccoiNCTER. Celthell. de Léon Trippault.
AccoiNTKit, Monct. Dict. — Faucher, Lang. et Poës. fr.
p. '.ï.i. — Arcstaamorum, p. 174, etc.
AcoiNTiKH. J. Erars, Ane. Poët. Vt. MSS. avant 1300, T. II,
p. r/ii.
AcorNTin. G. Machaut, MS. fol. iK>, V» col. 3.
Ar.o.MPTKH (lisez .^cointier). Modus et Racio, MS. fol.
270, R».
Acointères, suhst. viasc. Galant. Ami,
camarade.
Proprement, qui aborde familièrement, galam-
inenl : » Renommée avez d'estre le plus grand
n ncninicnr de tons les Chevaliers errans ; car
■' nulle femme ne s'en va à faulte. » (Percef. Vol.
V, fol. «3, H" col. 1.)
AC
— 71 -
AC
Pour Ami, Camarade :
Suies (lebonaires à tous, à nului,
Losengiers, acoinlims de pou de gens.
Prov. de Senuke, MS. de ('.aignal, fui. 3i0, V- col. i.
(Voy. AcoiNT ci-dessus.)
ACOINTERES. Proverbe de Seneke, .MS. de Gaignat, fol.
320, V° col. 2.
AcoiNTEUR. Percef. Vol. V, fol. 03, H" col. 1.
Acolîide, siibst. fém. Embrassement. Coup sur
le col.
Ce mot forme de col, en lalin collum, signifie
proprement : •< rembrassement tiui se l'ait, jetant
" les bras autour du col de celui qu'on embrasse. »
(Nicot, Dict.)
>'ous disons encore Acolade en ce sens ; mais
Acolce, n'est plus en usage. « Six ou huit baisers
-« tous entiers à grandes accolées et embrassées. »
(Aresta amovum, p. '200. — Voy. Accollement et
ACCOLLEHVK Cl-deSSUS.)
Dans une signification particulière, c'étoit l'em-
brasseinent, le baiser de paix que l'on doiiiioit aux
Chevaliers, lors de leur réception. iVoy. Le P. Ho-
noré de S"-Marie, Chevalerie, p. 338.)
On entendoit aussi par ce mot un coup sur le col.
(Voy. Cotgr. Uicl.) Particulièrement le coup d'épée
que l'on donnoit sur le col des Chevaliers en les
recevant.
Là si furent faitz Chevaliers
Qui eurent Vacollée et paulme (1)
Vigil. de Charles VII, Part. II,
p. Hl.
Lorsque le Novice étoit revêtu de toutes les mar-
ques extérieures de la Chevalerie, « le Seigneur
>' qui devoit lui conférer l'Ordre.... lui donnoit
« l'accolade ou Yaccolce : » ^Voy. Accol ci-tlessus.)
« C'étoit ordinairement trois coups du plat de son
« épée nue sur l'épaule ou sur le col de celui qu'il
« faisoit Chevalier ; c'étoit quelquefois un coup de
« la paume de la main sur la joue. On prétendoit
« l'avertir de toutes les peines auxquelles il devoit
« se préparer, et qu'il devoit supporter avec patience
« et fermeté, s'il vouloit remplir dignement son
'< état. En donnant Yaccolade. le Seigneur pronon-
« çoitces paroles ou d'autres semblables : Au nom
« de Dieu, de S' Michel et de S' George, je te fais
■< Chevalier; auxquelles on ajoutoit quelquefois ces
« mois : soyez preux, hardi et loyal. » i^Mém. de
l'ancienne Chevalerie, T. I, p. 74. — Voy. Colée
ci-après.)
Il y avoit un Ordre auquel on donnoit spéciale-
ment le nom de Chevalerie de l'Accolade. (Voy. Le
P. Menestr. de la Chevalerie, p. 85 et 334, etc.)
ACOL.VDE. Le P. Honoré de S" Marie, Chevalerie, p. 338.
Accolade. Mém. de Bassomp. T. I, p. 329.
AccoLL.\DE. Nicot, Dict.
-VccOLÉE. Ménage, Dict. étym. — Oudin, Dict.
.\CC0LLÉE. Vigil. de Charles VII, l'art. 11, p. 121. - lUI^e-
lais, T. I, p. W,.
Alulêe. l'abl. MSS. du R. n» 7218, fol. 125, V" col. 1.
Acoler, verbe. Saisir au col, embrasser. Conte-
nir, renfermer. Frapper sur le col.
Ce mol dans le sens propre, signifie saisir au col,
et de là on a dit: .. Paludament.... accolant à un
« large fermait d'or. » J^om. d'Aiector, fol. 18, \\)
C'est-à-dire, un manteau saisissant le col, l'embras-
sant, le tenant serré avec une agiafl'e d'or. iJaiis le
même sens, on lit : <■ Us furent acolés d'un baudrier
" militaire « on leur passa au col. (Godefr. annot.
sur Charles VI, p. .")05.)
On l'a plus fréquemment employé pour embras-
ser, passer les bras autour du col. ^Mcot, Dict. —
Voy. CdLEi! ci-après.) Il est même encore en usage
dans ce sens parmi le peuple.
L'autre jour une m'en parla,
Et en m'en parlant ax' accola.
Chasse et Dcparlie d'Amour, p. 108, col. 1.
Estrain-la et acole
Quant tu la baiseras
Si soef la met jus.
Que ne la blece pas. '
Fail. MS. du R. n- 7615, T. II, fol. 179, R'- col. ».
De là, on a dit au figuré, acoler son escii, pour
embrasser son escu, le serrer. .. .Monta sur son che-
" val, prist son glaive en sa main, et acola sou
« escu. » (Ilist. de B. Du Guesclin, par Ménard, p.
41.) « Si la fist battre de basions, et mener tout
•< bâtant à son ourme, et lui fist acoler, et la fist
" lier. " (Journ. de Paris sous Charles VI et VII, p.
85.) On voit par la suite du passage, que la personne
dont il s'agit, embrassoit l'arbre, de ses deux bras
liés par derrière.
Dans un sens encore plus figuré :
L'air va des elles (2) acolant.
Eust. des Ch. Pcës. JISS. fol. .JS3, cul. 4.
En généralisant et étendant cette acception, on a
dit : Acoler, pour renfermer, contenir.
Tous les lieux qu'.Vuvergne acolc (3).
G. Guîarl, ilS. fol. 89, R-.
Enfin, la signification à'acoler, saisir au col, a
produit celle A'acoler , frapper sur le col.
^Cotgr. Dict.)
VAR1.\XTES :
ACOLER. Journ. de Paris, sous Charles VI et Vil. n «3 -
Percef. Vol. III, fol. 20. R» col. 1. '
.VccoLER. Rom. d'Aiector, fol. 18, V\
AccûLLER. Chasse et Départie d'.Vmour, p. 168, col. 1.
.VccoLÉER. Cotgr. Dict.
Acombattre, verbe. Combattre.
Les Romains, après la conquête de l'Angleterre,
eurent toujours dans cette isle :
Des légions ou trois ou quatre
Pour gens adverses acombalre.
Rom. du Brut, US. fol. îi, V.
^Voy. EscoMB.\TRE ci-après.)
(1) coup de la paume de la main sur la joue. — (2) ailes. — (3) renfermer.
AC
AC
Acoinblcmcut, subsl. masc. Au?;meiitalion,
surcroit.
Du verbe Acomuler ci-dessous. ■• Ke li inullitn-
« dine de la mercit c'un lor a inostiell ne lor li^rsl
i\ la paisomme en acumbleincnl de droiturière
» dampnation. » (S' Bern. Serin. i"r. mss. p. Toà. —
Voy. Co>im,K.MF..NT ci-après.)
Acombler, verbe. Combler, .\u5rmenter, grossir.
Surcbarjier, accabler.
Au premier sens, ce verbe est le même qu'Ar.r.i-
Mi 1.ER ci-dessus, dont il ne ditlî'rc que par son éty-
mologie qu'il tire ininu-diatement du mol françois
comble, iornie du latin cumiilHH. On a dit fis^urt'"-
meut, •> convient à présent acrfiiiiblcr et jnlinnstci-
« offenses sur oll'enses. » [Mcm. de Du licilay, lui.
280, R".) « Toute Accomblée de tous les
u soubaits que femme de Prince sauroit demander
« en ce monde. •■ (.1. Le Maire, lUustr. des Gaules,
liv. Il, \>. 177. — Voy. CdMr.i.ER ci-après.)
Acombler, mettre le comble, a signilié par exten-
sion augmenter, même en parlant d'une armée
grossie par la réunion de dilTërens corps de troupes.
fist li Rois commander
Qu'apriés la mort, fu.st asamblés
Li remanans et acomhlés
ne cou k'il avoit mis ensanble.
Pli. Mousk. MS. p. 2(l!l.
Dans un sens plus figuré encore, l'on a dit
Accoviblcr, pour surcbarger, accabler; « accombler
» quelqu'un de maux, » pour l'accabler de maux
en les augmentant à l'excès. (.1. Le Maire, lllustr.
des Gaules, liv. II, p. 231.)
ACOMBLER. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. »i2 et 375.
Accombler. J. Le Maire, lUustr. des Gaules, liv. II, p. 177.
Acommencer, verbe. Commencer.
Du verbe Commenceh ci-après, « Aujourd'buy en
« acommenee on à prendre la coustume. " (Brant.
sur les Duels, p. 11.)
On l'employoit aussi dans la signification active;
Acoumuncer quelqu'un, lui donner les premières
leçons :
l'une ne li ose rien véer.
Qu'amours l'a acnumancée ;
Et l'autre s'est de li si bien gardée,
K'ele outre bort ne se laise adeser.
Ane. Poés. Fr. MSS. du Valic. n- tWO, fol. 171, H'.
VAIUANTF.S :
ACOMMENXER. Brant. sur les Duels, p. 11.
ACOU.MAXCEK. Ancienne Poésie Fr. MS. du Vat. n" 1100,
fol. 174, R».
Acoinrniiiior, verbe. Rendre commun. Joindre,
réunir. Accoutumer.
Ce mol, au premier sens, signifie rendre commun,
mettre en commun.
Ne lor volt pas donner franchises,
Ne pour forces ne pour richeises ;
Ne lor lignage entremesler.
Ne lors terres acommuner.
Rom. du Drut. MS. fol. IC, V' col. 2.
De l;"!, l'expression « acommuner, ou accommu-
iiier une l'emme, » pour la rendre commune eu
biens avec son mari. (La Thaumass. Cout. de Berri,
p. 2SÎ), 29G. — Voy. Commcner ci-après.)
Par extension, l'on a dit acommuner dans la si-
gnilicalion générale de joindre, réunir.
S'il vouloit ma force à lui aconinumer
Ne Roi/., ne iluens (1), ne autre n'i porroit puis grever.
Kom. do Rou. MSS. p. 99.
Kniiii accoutumer (luelqu'un à une chose, c'est
lui en reiuire l'usaguou l'exercice commun, fami-
lier, ordinaire. De là, le verbe accominnner, pro-
prement rendre commun, a été employé dans le
sens figuré d'accoutumer.
Là ot maint soudoier d'élite
Oui ;i la guerre arrnminune:, etc.
Furent la dedanz aunez (2)
l'our celés marches garentir.
G. Gui.irl, MS, fol. Ï77, R'.
VARIANTES :
.\f;<")MMrNER. Rom. du Brut, MS. fol. V), Y" col. 2.
.Vcc.OMMUNKii. Gloss. sur les Cout. de Beauvoisis.
Acu.M.MCNiKu. La Thaumass, Cout, de Berri, p. 280 et 29().
A(M)iniimiii«'i', verbe. Communier, recevoir la
communion. Coirmuiuicr, donner la communion.
Ménage fait venir ce mot du latin iiitcomniiDiieure,
ou peul-étre û'AdeoDUiiicarc, composé de mica.
Voy. Dict. étym. au mot Àcoiiunlcher.) L'analogie
sensible de ce" verbe avec Aceoinmuuer, ne permet
pas d'admettre la seconde étymologie. La commu-
nion éloit comme aiiioiiid'liui le signe de l'union
de plusieurs lidèlesdaiis la même foi. (Voy. Accom-
MUNER ci-dessus, dans le sens de réunir.)
On a dit au premier sens, s'accomtnunier, pour
comniunier, prendre, recevoir la communion : ■■ Le
« Roy de France... lit en son pavillon chanter une
« messe... et ^'acconnnuiiin lui et ses quatre lils
» aussi. >' (Kroissart, Vol. I, p. 18G.)
Au second sens: « accommunier et administrer
' les Sacreniens. » (Routeill. Som. Hur. tit. 31,
p. l'.t'J : '■ fit le l'ioy dire grant planté de messes,
" pour accommiclicrcexw qui dévotion en avoient. »
(Kroissart, Vol. I, p. 20.)
VARIANTES :
ACOMMtTNlER. Chron. S' Denys, T. I, fol. 231, V».
AccoMMii;iiEU. Kroiss.-irt, Vol. I, p. 20.
.\ci,o\iMCNiKii. Boulcill. Som. rur. p. 192.
\. , MMiii >,:iiii,ii. Milii-o Kr. du 1'. Daniel, T. I, p. KM.
\. MMMiMi.i;. Vi.-s di-.^^ S" MSS. de Sorb. Chiff. LXI,coI. li.
Ail iM.MiiiiiKU. liorel et Corn. Dict.
Ai:i>MMii;iiii;u. 1). Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot
.\,,..,nn,u,,„;n;'.
A.;cmi;nf.ii. Vies des S" MS. de Sorb, Chiff. LXI, col. 1^.
Ksr.fiMiNciiEu. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot
EsGiiMMii.iiHU. Id. Ibid.
EsGûMMiNUliai. Id. Ibid.
(V) Comtes. — (2) assemblés.
AC
7.3 —
AC
A<'ompn'u|iHMU(^iit , siihnl. viaxr. I.';ic,tii)ii
d'acc(ini|i;iL;iit'r. Assiici;ition.
Ce mol subsiste au iireinicr sens sous la dernière
orthoi^raplie. Mais on ne diroit plus: « \,'nc(wipai-
« gncDioil ([u'il ont fait de nous. » (Ord. T. III,
pa^e r.SS.i
Il si^inHioit aussi figurément association, com-
muiiauti' de biens. (Closs. sur les Coul. de lîeanvoi-
sis, au mol .\((i)up(i(jnement. — Iteauman. p. 11.!
On le trouve pour assoeialion à la propriéU-
d'une terre, i|ue l'on nomnuiil aussi l'uriin/e, dans
les Ord. des Hois de Vr. T. V, p. .'ilMl el iiDli noie I).
(Voy. A(:oMi>.\ir..NEn et Comp.\gni;ic ci-après.)
ACOMI'.VIGNEMENT. Ord. ï. III, p. .'.88.
ACCO.Ml'AONKMI'.NT. Ord. T. V, p. if'.W, etc.
AcoMi'AijNEMKNT. Gioss. Sur les Coût, de Beauvoisis.
Acompaigner, i^erbe. Fré(|ucnlei', vivre en-
semble. Associei'. Fauiili.'iriser. Comparer.
^'arronipdHiirr, proiireuuMil se l'aire compagnie.
Charlemagne, au lit de la mort, pria ses enfans :
.... qu'ils s'entr'amassent,
Et que souvent s'accoiiipavKjnassent.
H. de Fr. en vers -i la suilc ilu Uom. de l'auvel, MS. du K. n' 6812, fol. 8G.
On disoil aussi acompaigner charnelemenl une
femme, pour vivre, habiter avec une femme, avoir
sa compagnie cliarnelle. (Reaumanoir. Coul. de
Beauvoisis, p. itO.)
Par extension , ce mot s'est pris souvent pour
associer: « Charlemagne acconijiagna Loys... en
.. l'Empire. » (Chron. S' Denys, T. I, fol. l'2'i, V".)
On l'employoit même en pailant d'un pariiige ou
association à la propriété d'une terre. (Ord. T. V,
p. SDO.) D'une société de commerce. (Ibid. T. III,
p. 33.) Des associations, pour les entreprises de
chevalerie : « Ces trois Chevaliers sestoient accom-
« paignex; pour la raison des trois Pucelles qu'ilz
« aimoient par amours. « (Percef. Vol. VI, fol. 5!),
R° col. ±)
C'est encore dans la signification d'associer,
qu'on a dit de lierlrand Du Cuesclin , qu'il devoit
« estre accovipnigné nu\ neuf Preux pour les hiaux
o faits qu'il lit. » (Hist. de Bertrand Du Guesclin,
par Ménard, p. 2.)
Delh, s'accompaigîier, pour se rendre égal, se
rendre familier. Le Duc de Bretagne étant entré
chez le Connétable de Clisson : « Tous se levèrent...
et le recueillirent... ainsi qu'on doit recueillir son
« Seigneur, et il s'accovipaioixi et humilia grande-
« ment envers eux et s'assit entre eux. » (Froissart,
Vol. III, p. 195.)
Enfin Oudin explique ce mot dans le sens de
comparer, extension naturelle d'accompagner, as-
socier. (Voy. Compagnon ci-après.)
CONJI'G.
Accompaing [ï], indic. prés. J'accompagne.
Tuit mis ami
que i'accompaing ensemble moy.
Fabl. MS. duK. n- 7518, fol. 26, R' col. 2.
I.
'^'nrcompninc, sulij. prés. .S'accompagne. En latin
./««.^r//»/'. 'Hègle de S' lienoil, lat. et fr. ms. de
lieauv. cil. '2.").]
AcrompdJipiiet , indic prés. Associe. En latin
Social. (S' Bern. Serin. Vv. ms. p. 318.)
VAniA.NTKS :
ACO.MPAIGN'Ell. l'est, du Comte d'Alençon à la suite de
.loinville, p. Wt.
Ai:(:nMi'Ai;Ni:n. Oudin. Ilict. Pasq. Rech. liv. VIII, p. 0C3.
AccD.MPAKiNKlt. Ord. T. III, p. :i't.
AccdMi'AiNCNKii. II. de Fr. en vers, à la suite de Fauvel,
MS. du U. M" tWl-2, fol. m, V col. '2.
Aco.viPAioNUCii. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 318.
Acompiller, verbe. Accomplir, ell'ecluer.
Nul, tant soit rlerc, apostiller
Ne .srauroit au vray ma pensée,
Ne mon désir ailiiichiler,
Ne ma voulunté acompiller
l'our en estre récompensée.
Œuv. de Kogcr de Collerj'c, p. 61.
(Voy. Accomplir ci-dessns.)
Acoii, subst. musc. Petit bateau.
On appelle encore en terme de marine, accon, un
bateau plat pour aller sur les vases. Les Poitevins
s'en servent dans les marais. Celui qui est dedans
le mène en poussant la terre avec le pied. (Ménage,
Dict. étym.)
Aconcepvoir, verbe. Rejoindre, rattraper,
atteindre.
C'est en ce sens que Le Duchat explique ce mot,
qu'il dérive du latin adconcipere. « Ce terme (dit-il)
" est particulier à Rabelais dans cette significa-
« tion. » Il est vrai que Rabelais s'en est servi dans
plusieurs endroits. (Voy. T. I, p. 167 et 182, T. V,
p. 18.5.) Mais il n'est pas le seul qui en ait fait usage.
On lit dans .loinville p. 1)7 : " Les aconceupt, etmist
" par terre deux Turcs à belle pointe de lance. »
Dans Lancelotdu Lac: « S'il fust venu par icy nous
« le eussions bien aeoneeu à ce que nous sommes
« tant basiez. .. (T. III, fol. 118, V° col. 2.)
On le trouve encore dans les Vigil. de Charles
VII. (Part. I, p. 8, 53, 140 et 168. — Ibid. Part. II,
p. 50 et 81.) Le passage suivant peut servir d'exem-
ple de l'orthographe aconscevoir :
Le Roy de Navarre le sneut,
Et vint à son ost et armée
Ratant tant qu'il les aconsceut
A deux lieues près de la Eysmée.
Vigil. de Charles VII, Pari. II, p. 50.
Cette même orthograjibe nous eut fait soupçon-
ner que aconsceut, uconceut, etc. étoienl des alté-
rations du prétéiit parfait d'Acco.NsuivRE ci-dessus, si
nous ne trouvions rintinilif aconcepvoir, dans ce
passage : <■ On luy metloit une grosse perche ap-
« puyée à deux arbres ; à icelle se pendoit par les
" mains, et d'icelle alloit et venoit sans des pieds
« à rien toucher, qu'à grande course on ne c'eust
« peu aconcepvoir. (Rabelais, T. I, p. 166.)
VARIANTES :
ACONCEPVOIR. Rabelais, T. I, p. iCC.
10
AC
AC
ACOKCEVOIR. Rabelais, T. V, p. ISô.
ACONSCEVOIR. Vigil. de Charles Vil, Part. II, p. W.
AconclH', part. Plaisant.
Ce mot vieul île l'Italien acconciato, qui sipiitie
proprement uiné, paré, etc. (Voy. Conçue, Ajuste-
ment, Parure ii-aprt''S.')
De là, on a dit aconché, pour désigner ce qui est
agré^.ble, plaisant. C"est en ce sons qu'il se trouve
dans les Contes d'Kutrapel, où il est question de la
réponse d'un jeune Marchand à .Vuguste, auquel il
ressembloit. L'Empereur lui ayant demandé si sa
mère n'étoit jamais venue à Home: « Répondit que
<> non, fort aecorlement, comme il ctoit gaillard et
« aconchc, tiop bien son père y être diverses fois
" venu mai'chauilcr, etc. ■■ (P. Ail.)
Tahureau , dans ses Dialogues, met ce mot au
nombre de ceux que le bel usage avoit nouvelle-
ment introduits et qui étoient entendus de peu de
personnes.
AconcueiMir, verbe. Assembler, ramasser.
Du verbe Co.ncieillir ci-après. (D. Carp. suppl.
Gloss. de Du C. au mol Conciliare. — Voy. Accikil-
LiR ci-dessus.)
Aconçjneu, participe. Heconnu. Connu.
Sur le premier sens, voy. Itom. du Brut, ms. de
Bombarde, où le mol Acônneu répond dans mon
exemplaire à l'orthograplie Decotineu , (lui paroit
être une faute.
Ne vouldrent estrnngc home alraire,
Ne d'estrange liomiiic Seigneur faire ;
Ains seraient tout viel chanu
Qu'il l'eussent dcconneu.
Roni.du Drul, MS. fol. 75, R' col. 2.
Dans le sens de Connu, la paiticule a est explé-
tive. « Quant celui Chevalier fut acoiigneu ou pais,
« il se piinl à chasser aux lions, lui et ses gens. »
(Joinville, p. 1)3. — Voy. Aco.Nci.NoisTUE ci-après.)
VAItUNTKS :
ACONGNEU. Joinville, p. !t;i.
AcoNNEf. Roni. du lirut, MS. de Bombarde.
Acougiiic'iiture, siilist. fém. Sédiment, ordure.
C'est en ce sens que D. C.arpentier explique ce
mot dans une Charte di' [•l'Ji: » Que ilz ne mettent
« en la chandelle jjoint d'emi>irenienl, comme
«• acoïKjnienlure de chaudière ou rature d'eslaux
« de boucheries. - Il soupçonne que ce mol pour-
roit être foruu' de l'ancien verbe Co)icliicr, d'où
l'on a fait cDucIncure. (Voy. D. Carp. suppl. Gloss.
de Du C. au mot Concagcitus.)
AcoïKjnoistre, verbe, Connoitre.
Du verbe CnNr..NoisTiu; ci-après.
L'ung d'eulx s'aprocha du Maistre
D'hostel et se fist acoitynoistre.
Disant qu'il lui enseigneroit
Le hault, le bas marché, etc.
Repues franches à la suilc de Villon, p. 18.
Aconto, suh.'it. musc. Compte. Itente, fermage.
Conte, récit, discours.
Le premier sens est le même que celui d'AccoMPT
ci-dessus. •• Si ascun Serjaunt die pour excepcioii
" ipie il rendy son ac<nin'te à son Seigniour... ou ii
<• son allorné ,1 (lue ad ses roules et ses autres
« munimentz dount il duist aeuiDile rendre, etc. »
(Brilton, des loix d'Anglet. fol. 70.)
On a dit : « ez accoiis de la Toussainct , » par
ellipse, pour aux comptes qui se règlent aux fêtes
de la Toussaints, « sont lenuz poïer e rendre audit
•> Duc... dons mil livres de monaie corant ez ter-
" mes qui ensuivent, i. ez accon:^ de la Toussainct
« prochaine... treys cens livres; et ez prochains
« «tro/(s de Pasques ensuivant, dous cens livres;
« ensi par cheseiiii an per les neeuns eiisuivans,
« etc. " illist. de Brct. par Lobineau , preuv. col.
AU, tit.deL298.)
De là ce mot paroit s'être appliqué aux choses
dont on compte, comme rentes, fermages: » Ceux
" qui par jugemcnl de nostre Court sount comaun-
'' d('s à la prison pur arrérages de uccoiDiles, eic. »
(Brilton des Loix d'Anglet. fol. 73, R". — Voy.
AccoN ci-dessus.)
Nous ne trouvons .icon/c au dernier sens, que
sous cette orthographe :
Que vous feroie lonc aconle !
Hits de Baudoin de Condé, MS. do Gaignat. fol. 313, U- col. 3.
A grant joye l'en ont amené
lot droit à la sale le Conte.
Puis ne firent pas lonc acontc.
Fabl. .MS. de S' Germ. fol. 5',1, R' col. 3.
C'est une extension de l'acception propre. (Voy.
Aco.NTKU ci-dessous, à la fin de l'article.)
VARIANTES :
ACOXTE. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, fol.
315, R» col. 3.
AccoN. Histoire de Bret. par Lobineau, preuv. col. 4M,
tit. de 1298.
Accointe. Britton, des Loix d'Anglet. fol. 73, R".
Acoi'NTE. Id. ibid. fol. 70, R°.
Acontens, adj. plur. Contens.
C'est la préposilion a dans le sensde/JOi/r, réunie
au moi eiinlcns. ■■ Se tiiulreiil... aconlens du sere-
•< ment que le Roy leur avoit fait. - (Joinville ,
p. 73.) Ou lit apaié, dans la nouvelle édition.
Acouter, verbe. Compter, passer en compte.
Estimer, faire compte. Conter, raconter.
Les mots Compte et Conte, qui sont aujourd'hui
si dilTérens l'un de l'autre, avoient autrefois les
mêmes acceptions. De là le verbe Acoiiler pris dans
les deuxsignitications d'Aecoinpter ci-dessus.
On a dit, au premier sens :
Son escot bien li aconta
Sa femme, ançois k'aler l'en laisce :
Certes makeriax et cnvoisce
Aront en i déniera plain.
Ce dist, et ii deniers au pain,
C'est assés por lui et por son fil.
Fabl. MS. du Recueil, n- T08s), fol. 45, R* col, 1.
Nous trouvons Acoiiter avec la même signifi-
cation dans rilist. de B. Du Cuesclin, passim; mais
(1) attorné doit être rapproché d'atlornetj en anglais moderne.
AC
AC
c'est uno laulo; il faut lire Acoiilcr. •■ r.'csl un lier
u dKini[iioii, cl (jui n'driniU' licns à iiiori il'iniiiiu; ;
« et pour ce csl-il a|)|i('l('' le ItonclKU' do C.liroii. »
(Ilisl. tleli. Du Cuescliii, par ML'uatd.p. '((»(;.)
Ele n'airmloit pas un ail,
Ne h paino no à travail.
C16onindi\», MS. de Caignat, fol. 25, R- col. 3.
(Voyez quelques façons de parler, semblables,
sons Af.coMi'TKR ci dessus.)
Par extension, ce mot signilioil estimer, faire
compte.
Et ClOomailôs s'en ala,
Oui moult trOs-petit ciconta
Se il furent lie ou dolant.
Clooniados, MS. de Gaigiiat, fol. IC, R» col. 3.
On a souvent employé ce même mol dans le sens
de conter, raconter.
Quant la vieille a tout aconté
A lEvèque ce que li plot, etc.
Fobl. MS. de S- Germ. fol. 57, V» col. i.
D'un Borgois vous acont la vie.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 2H, V col. i.
Tu m'acniista trestout ton bien;
Mais du mal ne désistes rien.
Failles d'Ésope, MS. du R. n- 7989, fol. 161, R- col. 2.
Dans le ms. de Gaignat, fol. 257, R° col. 3,
on lit :
Tu me contnies tout ton bien ;
Mais de ton mal ne deys rien.
Nous n'avons point le verbe \ccompter en ce
dernier sens : c'est pourquoi nous l'avons distingué
du verbe Aconter, quoiqu'on puisse regarder ces
deux mois, comme étant les inùnies quant à la
signification. Les plus anciens monumens de notre
langue; les Sermons de S' Bernard, des titres de
l'268, etc. nous offrent par-tout conter et compter,
dans le sens de calculer, faire un dénombrement.
Si, par extension de l'acception propre, ces deux
verbes ont signifié conter, raconter, faire le dé-
nombrement, l'énumération de certaines circons-
tances ou particularités, dignes d'être rertiarquées ;
leurs composés Acofiter eiAccompter, ont pu l'un
et l'autre avoir cette dernière signification. (Voy.
Compte et Compter ci-après.)
VARI.\XTES :
ACONTER. Fabl. MS. du R. n" 7'218, fol. 211. V» col. 1.
AcoNSTER. Fables d'Esope, MS. du R. n» 7980, fol. 161.
AcouTER (lisez Aconter). Hist. de B. Du Guesclin, p. 434,
435, 489, etc.
Acontrcr, verbe. Rencontrer.
Par extension, heurter, frapper.
Le bon cheval leur adreça (1)
De la lance les acontra.
Alhis, MS. fol. 80, R" col. 1.
Aconvoyer, verbe. Accompagner, suivre.
Du mot CoNvoY ci-après. « Vint à Paris bien
« aconvoijé de processions et de ceux de la ville. >■
(Journ. de Paris, sous Charles VI et VII, p. 101
et 102.)
On a dil li;;nn'iii(Mit, en 'parlant du Comte Derby :
" De telles vuix et [jarolles estoit recueilly et
" (tconvinjc. en venant ù Londres. » fFroissart,
Vol. IV, p. ;{28.)
Acopars, srihst. masc. pliir. Nom de peuples.
(Voy. Du Cangc, Closs. Lat. uhisuprà.)
Si vous dirons do Turs et d'Arrabis,
De Persans, A'ArhopnrH, de Lutis.
Enfance d'Ogicr le Danoin, MS. de C.aignal, fol. 77, R- col. 9.
I.à ot plcnté à'AcImparx, de Lutis
Et do Commains, de Turs, d'Amoravis.
Iliid. fol. M, V- col 1
VARIANTES :
ACOPARS. Du Gange, Closs. Lat. au mol Ameravu
AciioPARs. Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaimiat
fol. 77, R» col. 2. ' uaignat,
AcouPAits. Anseis, MS. fol. 22, V" col. 2.
Acope, sub&t. masc. Sorte de remède.
Fomentation composée de simples émolliens
(Voy. Cotgr. Dict.)
Acorrtison, aiibst. fém. Accord, union.
On a dit en ce sens, faire .lcon//,soH, pour s'unir
s'accorder, être d'intelligence.
Force d'amour par quoi bien mesprent-on ;
Joenece aussi, et foie enprision.
Firent entre aus itele .icordison,
Que la Pucele li fist de s'amour don.
Enfance d'dgier le Danois, MS. de Gaignat, fol. 74, V col. 1.
(Voy. ci-dessus Accniii)A>cE sous la troisième
acception.)
Acornartli, adj. Lâche, poltron.
Du mot CuitNAiiD ci-après, qui avoit la même
signification.
Acorus, suhst. maxc. Lis de marais.
Sorte de plante. (Voy. Menestr. des Tournois,
p. 2i0.) C'est proprement le nom latin, qui a passé
dans notre langue.
AcossoIdaIiors,SHisLj«flsc.;jZiO'. Conseillers.
(Voy. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.)
Acost, sulist. masc. Fréquentation, hantise.
Du verbe Accoster ci-dessus. Une Fée, dit à Parte-
nopex, qu'elle trouve dans son lit :
Sire, fait el, alez en tost,
Quar ge n'ai soig (2) de vostre acost.
Parten. de Blois, MS. de S. Germ. fol. 128, V col. 1.
Acouardi, adjectif. Lâche, poltron, paresseux.
(Du mot CocART ci-après.)
.... honteux, en jour de sa vie,
Ne couars n'aura belle amie ;
Et fortune aide au.x hardis;
Et griève les acouardis.
G. Machaut, MS. fol. 180, V» ool 1.
Chevaliers fu preux et hardis,
N'estoit pas leus, n'acoiiardis.
Hisl. des 3 Maries, en vers, MS. p. 459.
(1) poussa droit à eux. —(2) je n'ai que faire.
AC
— 76
AC
On a dit. en parlanl de l'amour :
. . . tant enhardis
Est, qu'il avance les tardis,
Eiihardist les iiiuHurilis.
Al. Charl. p. Côl.
VARIANTES :
ACOUARDI. Al. Char. Toës. p. G5i.
AcoARUi. Fabl. MS. de S' Germ. p. 215.
Acoulin, subst. masc. Rijïole.
Mot forme du verbe Couler. Froissart, parlant des
jeux de son enfance, dit :
Et s'ai souveot fait, s'en un val,
D'un ruissot, ou d un acouliit.
Sus deux tieulettes. (1) un moulin.
Froiss. Pocs. MSS. p. 85, V.
Acoup, subst. viasc. et adv. Accident. Sur le
champ, tout-à-coup. Promptement.
Ce mot, composé de coup et de la préposition à,
signitîoit accident au premier sens, coup imprévu.
Lucans nous a reitist aillours
Que praindres paours souvent vient
De chose qui onques n'avient,
Que de ce qu'on voit avenir :
Et por ce, se doit-on tenir,
Que on ne crit devant le coup :
C'on put crier à tel acoup.
Que il est tousjours reprouvé, etc.
Mars do Carabray, Moralités, .MS. doCaignal, fol. 146, V' col. t.
Ce même substantif, employé comme adverbe,
signifioit sur le champ, tout-à-coup.
Tous donques soient par peine méritée
Punis acoup.
Clém. Marot, p. 520.
Promptement dans cet autre passage : « Va ton
« chemin que tu ne te embastes ('2) es mains des
« malles femmes: mieulx te vauldroit esire en
« enfer. Va ta voye aroiJ. <■■ Pereef. Vol. VI, fol. 18,
R°col.2.)
YAUIANTKS :
ACOUP. Alars de Cambray, .Moralités, MS. de Gaignat, fol.
14fi, V» col. i.
AcoP. Pereef. Vol. VI, fol. 48, R'^ col. 2.
Acouplage, subst. masc. Accouplement.
Du mot .{couple ci-après. « Tout le mouvement
« du monde se résout et se rend à cest iiciiujiltu/e
" de masle et de femelle. « ^Sagesse de Charron,
p. 132.,
VAIUANTKS :
ACOUPLAGE. Sagesse de Charron, p. 1.32.
AccouPLAGE. Monet et Oudin, Dict.
Xc.ouY}}^, subst. masc. et fém. Lien, ligament.
Accoui)lenient. Couple.
Ce mot, composé de Couple ci-après et de la
préposition a, si^iiilie proprement nœud, lien, en
général ce qui accouple; dans un sens plus parti-
culier, li^'ament en tei'mes d"Anatomie. « Les
" acnuples iUis>e> neifsqui les tenoient ensemble. »
(Pereef. Vol. V, fol. Or., U col. 1.)
Il sest pris pour V.iccouplciiu'ut même. (Oudin,
Dict.)
Enfin par extension de ces deux premières
acceptions, on remployoit pour désigner deux
choses ou deux personnes accouplées. (Voy. Monet,
Dict.) « S'il faut donner quelque relais à l'accouple
« heruiaphrodilique, ce n'est point en contemplation
» du marv, ains plustost de la femme. « (Contes de
Cholières,' fol. 2G4, ÏW)
VARIANTES :
ACOUPLE. Pereef. Vol. V, fol. 95, R" col. 1.
Accouple, .\lonet et Oudin, Dict.
Acoupler, verbe. Lier, joindre. Mettre des
entraves.
La signification propre et générale est lier plu-
sieurs choses ensemble, les unir, les joindre.
(Voy. CûPii.ER ci-après.) Les Limouzins disent encore
acouliler dans se sens. (D. Carpentier, suppl. GIoss.
de Du C. au mot .icouplare); et ce changement de
la lettre /' en U, se retrouve dans la prononciation
Angevine. Ainsi, il y a peut-èlrc plus de suitlilité
([ue de vérité dans la remar(iuc de Le Duchat sur
ce passage de Raiielais: « Le p^ulce et le doigt
" indice desquelz il accoubla mollement les deux
" uuuies en.semble. « (Rabelais, ï. IH, p. 108.)
" C'est avec dessein, dit-il, que l'abelais adoucit le
« mot fi-;iiMiii-^ wcoiiiitcr |iour inanjuer que ce fut
'< fort dcliciilcincut que Pauurge ;il devoit dire
« Xazdecahrc) joignit le pouce et le doigt indice. >>
Ce même mot, pris plus figurémcnt, signilioit
joindre, approcher (|ueliiu'un de près, ])0ur l'atta-
(jner ; « ainsi aimez a|)pci'ceurent le suppliaiil, le
" acouplcrcut d'un costé et d'autre, et de fait le
« assailirent. » (Lettres de i4l(), citées par D.
Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au moi Acouplare.)
On a dit aussi s'acoupler avec quelqu'un, se
joindre à lui pour l'accompagner. « Ils lui dirent
« qu'il allasl avec eux et qu'il en auroit sa part.
'< (juant il oy ce se accoupla aveciiues eux. »
(Leitres de l.'!8!), citées par D. Carpent. ubi suprà.)
Mettre des entraves à un fheval, c'est propre-
ment lui lier les jambes i)our l'empêcher de s'éloi-
gner du lieu où l'on veut ((u'il paisse. Ainsi, nous
lisons en ce sens: « Acoubla ou empestra sa
« jument afin (lu'elle ne fist ou portasl dommage à
« aucun. >■ (Lettresde 1 i78, citées par D. Carpentier,
ubi suprà.)
VARIANTES :
ACOUPLER. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot
.[coiiplare.
AccouRLEH. Rabelais, T. III, p. 108.
AcounLKU. D. Carpentier, ubi suprà.
Acoiippandir, verbe. Faire cocu.
Kii latin curucarc. (tJloss. du P. Labhe.) On a dit
coujHiul, roui), pour désigner un amant ou un mari,
dont la maiticsse ou la femme éloit inlidèle. De là
le veibe Acouppaudir, Accoupir, pour exprimer
l'inlidclité de l'une ou de l'autre. ■■ Laquelle femme
(1) morceau.x de tuiles. — <2) tombes.
AC
- 77 —
AC
« îippclloil sou inary, snnsiant (»oiip|iaiill, cl se
« vaiiloil (le V!i\oiv acouiiiKiiidi. •■ (Voy. Lcllres de
RiMiiissidii de 1-ilG, cilées par 1». Carpculier,
ublsiijirà.)
.... nul n'a pouvoir de porter
Grand amour ardumment ou pis (1),
S'il n'a paour d'eslre ucoupu..
Uoni.delanojo, vcrsl50G.
C'est-à-dire, que beaucoup d'amour ne va jamais
sans jalousie.
Dans les vers suivaiis, le Poêle fail ainsi parler
une femme :
.... j'ay trouvé beaus jeunes fors.
Qui m'ont dit puisqu'il me fait couppe,
Qu'acoupir le puis bien deslors.
Je lui feray d'autel pain souppe.
Eust. des C.li. Poc'S. IISS. fol. .H9, col. t.
Apollon, trop sensible à rinfidélilé de Coronis sou
amante,
L'arc prist, la flèche mist en coche,
Et si rudement la décoche,
Qu'à Coronis l'a traite ou pis.
Pour ce qu'il estoit acuupis.
G. Machauî, IIS. fol. 205, V col. 3.
Il faut lire acoupis dans ces deux autres vers :
Je suis jaloux et .lcTOi(pî.s;
Sen l'angoisseuse flamme ou pis.
Id. ibid. fol. 202, V»col. 1.
On disoit aussi acoupir une femme, pour lui être
infidèle; proprement la [nire couppe, comme
on vient de le voir dans un passage d'Eust. des
Champs.
quant elle treuve
son amy sa mye neufve,
El jette par tout feu et flame.
Preste de perdre et corps et ame :
Et s'el ne l'a prinse prouvée
D'eulx deux ensemble la couvée:
Jlais bien en chée en jalousie
Qu'elle cuide en estre acoupie
Rom. de la Rose, vers 10275-10283.
(Voy. CouPAi'iiKR ci-après).
V.iRIANTES :
ACOUPPAUDIR. D. Carpent. supp. Gloss. de Du C. au
mot Copaudiis.
AcoL'PiR. Gloss. du Rom. de la Rose et suppl. — G. Mâ-
chant, MS. fol. 205, V° col. 3.
ACROUPiii (lisez Acoupir). G. Machaut, fol. 202 V" col. 1.
Acourbi, partie. Courbé, accroupi.
En une fosse acorbi.
G. Guiail, .\1S. fol. 59, R°.
(A^oy. AccouRDER ci-dessus.)
TARUNTES :
ACOURRI. G. Guiart, MS. fol. 309, R".
AcoREi. Id. ibid. fol. 59, R».
Acourcir, verbe. Accourcir, abréger. Baisser.
Diminuer.
Ce mol dans le sens général, signifie rendre plus
court ; « acoursier les rênes. » '(Chasse de Gast.
(I) dans la poitrine, dans le cœur. — (2) craignoit.
l'Iicli. M<. p. 'J77) ; au figuré : « Si n'acourche pas
" le lans que cliil doivent avoir qui tiennent par
« raison de bail. » (Beaumanoir, [i. '.M. — Voy.
Acoi RTEii ci-apr'ès.)
Se baisser, est en (|uel(iue sorte i,' accourcir. De
là, ^'acorsscr pour .se baisser. Nous ne trouvons ce
mot avec cette siguilication, que sous cette seule
orlhugraplie.
Por la hache qu'il moût cremoit (2^,
S'acorssa il.
Rom.de Rou, MS.p. 3C7.
Enfin par extension de f acception propie, ou a
dit acourcir ou acorcir, pour diminuer en général.
Tuit li droit sont acorci.
Fabl. MS. du R. a' 7C15, T. I, fol. 68, V col. 1.
VARIANTES :
ACdiUClR. Chans. fr. du XIII» siècle, MS. de Bouhier,
fol. ■iii'.t. U-.
A.;cjr,.:ni. Fabl. MS. du R. n" 7015, T. I, fol. 08, V' col. 1.
AcoRSKii. Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 80, R» col. 1.
AcoRssKR. Rom. de Rou, .MS. p. '.M>7.
AcouGUî. Percef. Vol. If, fol. 2o, V» col. 2.
AcocRCER. Gloss. du Rom. do la Rose. — Cléomadès, MS.
de Gaignat, fol. 4, R" col. 3.
.\i;oLRCHER. Fîeaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 91.
Acoip.ciiiER. Id. p. 331.
Ai,..i i;,;iER. G. Guiart, MS. fol. 118, \«.
.\<.u\-\:>v.K. Gloss. du Rom. de la Rose. Percef. vol. I,f. 115.
AcuLKSiER. Chasse de Gaston Phcb. MS. p. 277.
Acourres, suhst. ))iasc. plur. Terme de chasse.
Relais placés aux Accours. (Voy. ce mot.; « Ce
« sont-là les lieux où vous pouvez faire vos acour-
« res. Les délenses se doivent mettre comme pour
« les loups.... et votre courre aussi de même. »
(Salnove, Vénerie, p. 302.)
Acoui'ser, verbe. Installer, adialander.
Au premier sens, ce mot vient de cour. On disoit
acourser quelqu'un, pour fintroduire, l'installer,
soit à la Cour, soit dans la Magistrature; " finsta-
« 1er et jeter à Tamploi an la Cour, soit du l'rince,
« soit de Parlemanl au autre. » iMonet. Dict.)
Ce même mot vient de cours, concours, lorsqu'il
est pris dans le sens d'achalander, comme en ce
passage : « le dit exposant étoit mieulx acoursez,
<r c'est assavoir mieulx achalandez. » (Lettres de
1383, citées par I). Carpenlier, suppl. Gloss. dé Du
Gange, au mot Acursus. — Voy. Acoursier ci-après.)
Acoursier, subst. ??iasc. Favori. Chaland.
Les étymologies de ce mot dans ses deux sens,
sont les mêmes que celles du verbe Acolrser
ci-dessus.
.\u premier sens, Monet fexplique par ■' bien
« acoursé près du Prince, favori du Prince. » (Voy.
aussi Oudin, Dict.)
Sous la seconde acception, ce mot signifie pro-
prement celui qui a coutume d'acheter chez un
Marchand. Suivant Le Duchal, accourcier se dit en
Sainlonge. pour désigner les chalans d'une bouti-
I que, qui prennent à'crédit sur une taille dont les
AC
AC
dixaines sont en forme de croix ; et de là, il dérive
acoursier (Vndcruciare; mais cette étymologrie ne
nous p;iroit ç^ui'rc naliuvlle. (Voy. Le Ducliat sur
Rai). T. II. p. 11-2, note -2.)
VARIANTES :
ACOURSIER. Monet et Oudin, Dict.
AccouRciER. Le Duchat sur Rab. T. H, p. Ilî, note 2.
AccouBSiKH. Monet et Oudin, Dict. — Rabelais ubi suprà.
Acoiirtcr, verbe. Abréger.
Propri'nii'iit, rendro plus court. (Voy. D. Carpent.
suppl. Gloss. Lat. de Ihi Cange, au mol Acnrtare.
— Voy. aussi Escourté ci-après.)
Acourtiné, partie. Revêtu, orné.
Du nint Courtine, rideau d'étoffe, on a fait CornTi-
NF.R ci-aïuès, pour ç^arnir de l'ideaux. De là, par
extension le participe .Irof/rZ/Hc' dans le sensd'orné,
revêtu, en parlant d'un Ijùton d'étendard, garni
d'une étoffe pi'écieuso.
.\ coingniés la parche (1) tranchent,
Oui iert si bel acottrtiiiée.
G. Guiart, MS. fol. 131, R'.
Acouster, verbe. Coûter.
C'est le verl)e Couster ci-après, avec la préposi-
tion expié! ive a ; l'on trouve Tune et l'autre ortho-
grapiie dans ce passage :
Voit dire acnusie aumains (2),
Et coKstcra.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 71, R' col. S.
Acnusti-emcnt, siibst. maso. Habillement.
Ce mot, qui a vieilli, désigne encore un babit de
parure : c'est le sens propre. On disoit Acoustre-
ment de tète, pour Cas(iue : cette façon de parler
étoit nouvelii'niciit iiiliodiiile dans la langue, sui-
vant l'auteur des Contes d'Eulrapel, p. 47'J. (Voy.
ACOUSTRER.)
VARIANTES :
ACOUSTREMENT. Essais de Montaigne. T. II, p. 41.
AccousTREMENT. Du Cange sur JoinviUc, p. 83.
Acoiistrer, verbe. Préparer, ranger, arranger.
E(|uiper, inuiiir, fortifier.
On peut voir, sur l'origine de ce mot. Ménage,
Dict. étyin. 11 conserve encore dans le style fami-
lier sa signification propre, babiller, ajuster. On
dit même ironiqucmeni ncoustrer quelqu'un de tou-
tes pièces, pour le maltrailer. C'est en ce sens,
qu'on lit : « eut puis coppez les piez et les mains,
« le nez et les aureilles, et mourut iicoutré. »
(Cbron. S' Denys, T. I, p. i3.) Il faut suppléer ainsi.
Ces cbroniiiucs, dans le Recueil des Ilistorions de
France, T. 111, p. t>l!), portent en cet endroit:
o et morut cinsi atournez. »
De l'idée particulière déparer, ajuster, on passoit
h l'idée générale de préparer, ranger, arranger.
De là ces expressions : acouslrer ses armes. (Méin.
de Montluc, T. I, p. A'i.) Acnustrer les vifjiies.
(Nuits de Strap. T. I, p. :i^5.} Accouslrcr les viandes.
(Rabelais, T. V. p. 71.) Acoustrer ses gens, pour les
ranger, les mettre en bataille. (G. Cuiart, ms. fol.
^'ii^. W") Acoustrer ses affaires, pour les arranger.
(Gloss. de l'IIisl. de Bretagne.)
Par des applications particulières de cette accep-
tion générale, .IcoHSÏJYrsignifioit équiper : s'acous-
trer de chevaux. (Sainti'é,'p. li'J.) S' acouslrer de
patience, pour se munir de patience. (Dom Flores
de Grèce, fol. .\i, V°.) Dans le sens de fortifier, on
lit : « Audit Fleurange a ville et ebasteau.... et les
« avoit bien fait accoustrer. » (Mém. de Rob. de la
Marck, .ms. p. 4'2G.)
VARIANTES :
.\COUSTRER. Tahuroau, Dial. p. ,35.
Acr.oiLTUKR. Bourgoinfr, (Irig. voc. vulg. p. 20, R».
AccdUsTuiiu. Contes de la R. de Nav. T. I, p. -lOi, ibid.
T. II, p. l-2'.l.
AcndiTUKR. Orth. subsist. Mên. Dict. étym.
Acoi:sTRE. R.nbelais, T. I, p. 2('>4.
AcouTRE. G. Guiart, MS. fol. 21C, R".
Acoustreur, subst. masc. Qui ajuste, qui
arrange.
La .iaille, en parlant de son livre, dit figurémenf,
qu'il en a élé l'auteur, et Vaccoustreur, et le pré-
senteur. (Cliamp de bataille, fol. 71, R°.)
V.ARIANTES :
ACOUSTREUR. Lanc. du Lac.
AccousTUEUR. La Jaille du Champ de Bat. fol. 71, R».
Acouté, partie. Appuyé, soutenu. Coudé,
courbé.
Le sens propre de ce mot est Accoudé, qu'on
écrivoit autrefois acouté; de coûte, variation de
l'orthograplie coude. (Voy. Acouteh ci-après.)
On s'appuie sur les coudes. Do là, on a dit,
acoudé pour appuyé, soutenu, dans le sens figuré.
De ses amis bien acoudé.
Gace de la Bigne,de5 Dcd. MS. fol. C7, V*.
Comme le coude est formé par le pli du bras, on
a dit accoudé pour coudé, courbé. « Les percbes
« sont si bien ployées et enarchées (3) par mesure
« sans Cf,{\-ii accoudées. « (Modus et Racio, fol. 8.)
« Sans estre acoustées. » (Ibid. ms. fol. 18, V°.
— Voy. CoinÉ ci-après.)
VARIANTES :
ACOUTÉ. Modus et Racio, MS. fol. 18, V».
AccouDK. Modus et Racio, fol. 8.
Xcoiinfc. Gace de la Rigne, des Ded. MS. fol. 67, V».
Af:f>iii.i)K. Gace de la Rigne, des Déd. .MS. fol. 62, V».
AcoLSTii. Modus et Racio, MS. fol, •18, Y".
Acoutcr (s'), verbe. S'accouder.
De Conte, ancienne orthographe de Coude, on a
fait sacoulcr pour s'accouder, s'appuyer sur le
coude.
. . . . soustenir ne se povoit,
Acotitez s'erl sor son escu.
ClcomaJès, MS. de Gaignat, fol. 45, R* col. 2.
(1) perche, bàlon. - (2) moins. — (3) Arquées.
AC
— 71) -
AC
Besus le coustc (\) où il se pist,
S'est ucoHléc moull bonnomtnt.
Atliis, MS. fui. IIV, U" c(^l. i
Alias, on lit, Acoltcs. Acoitkh est encore en usatie
dans mielques provinces.
Nous trouvons Aquciilcr, expliiiué dans le même
sens, par Du Cange, (Jloss. lai. au mol Accuhilus.
Il cile ce vers :
Dessus une fenestre s'est allé aijuenter.
Cbron. de B. du Guesclin.
Cepenilanl le verbe aqncnlcr, paroil n'être pas
une variation de l'ortliograplie acouter, mais bien
un mol formé de caiil, pris dans la signilication de
côté ; s'(iqui')U('7' , s"appuyer de coté. l'eut-ètre
falloil-il lire sakottcr^oui salieidcr,^o\ià Accosteu
ci-dessus.
VAUIANTES :
ACOUTER (s'). Ph. Mousk, MS. p. 7-21.
AccouTER. Lanc. du Lac. T. III, fol. 1,50, V" col. %
AcoLTEiv. Alhis, MS.
Aquenter. Du Gange, Gloss. Lat. au mot Accubitu.i.
Acouvers, partie Couvert.
(Voy. CouvKBT ci-après.)
Li vilains
Qui du lincuel ert acouvers.
Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 2.13, R" col. 2.
Acouverter, veyhe. Tapisser, tendre.
Mot formé du sulislaulif (Iouverte ci- après : dans
le sens propre couvrir ; dans le sens particulier
tapisser, tendre.
N'i ot ne rue ne destour,
Ne fust très-toute pourtendue
De paile et de proupre vestue,
De mantiaus vairs, de dras aperché
Fu cascune bien acoiwei-lé.
Vie de i. G. MS. cité par D. Carpent. suppl. Gloss. de Dii C. au mot Coo'peralus.
Acoys, subst. masc. pltir. Appui, arc-bon tant,
éperon.
Nous citons les explications données par D. Car-
penlier, suppl. Gloss. de Du Gange ù ce mot ; c'est
proprement ce que nous nommons élays. On dit
encore en quelques lieux de la Normandie, acuijei'
pour étayer. Le mot acoijs est visiblement employé
en ce sens dans le passage, cité par D. Garpenlier,
« parietes... destructi taliter quod ipsos lirmare
« oportet cum Acoys. » (Des murs si délabrés qu'il
les faut soutenir par des étays.)
Acq, subst. masc. Droit sur la pèche.
Nous n'osons déterminer d'une manière plus
précise quelle est cette espèce de droit, sur lequel
Du Gange et D. Garpenlier n'ont donné que des
conjectures : « chascun pesclieur allant aux grosses
« et menues cordes depuis le Gandelier, doivent au
« Seigneur en saison de caresme une marée, et sur
« ce on leur rabat leur acq. » (Du Gange, Gloss. lat.
au mol Aquatia. — Voy. D. Garpenlier, suppl. aux
mots Aql'ahia et Aquatia.)
A(r(iiiariii, subst. masc. Nom d'hérétiques.
On appeloil Acquarins ou Aquariens, du mot
nqun, tertaiiis hén'tiqucs qui n'offroient que de
l'eau dans le sacrilice de la Messe. Ge sont les
mêmes que les Tatiaiiiles, ainsi nommés de ïalieii
leur chef, qui vivoit sous Marc Aurèle.
On a dit proverbialement :
J'enrage lors comme aiiuarin, (2)
Pourquoi mist Dieux grand cuer en poure pense.
Eusl. des Ch. Pou». IISS. fol. 219.
Ac<(uéniux, sidisl. iitasc. jilur. .Machines de
guerre.
On s'en servoil pour jeter des pierres. (Borel,
Dict. au moi Acqucraux.i On trouve aqucreaux el
aqucreanl.f il-diis les diverses éditions de Froissarl...
■i Oi(liinnèrciilà porter canons en avant, el à traire
« en uquercaux,iilh feu grégeois. » (Froiss. Vol. 1,
p. 184.J
VARIANTES :
ACQUÉR.VUX. Borel, Dict.
AqUehe.aulx. Froissart, Vol. I, p. 184.
Aquekeaux. Id. ibid. Voy. div. cdit.
Aquehots. Mém. de Du Bellay, liv. X, fol. 342.
Acquéreinent, subst. masc. L'action d'acqué-
rir. Aquesl, acquisition.
Le premier sens est le sens propre. ^Golgrave.
Dict.)
De lii ce mot s'est pris pour l'acquisition même.
(Gotgrave, Dict.) En particulier pour acquest entre
gens mariés. « Après le Irépassemenl de l'un d'eux,
« iceux meubles el acquereniciis se divisent,
« etc. » (Goul. de Ghasleauneuf en Thimérais. —
Goul. gén. T. II, p. 20G.)
Acquérir, verbe. Enquérir.
Tant fut la chose aquine, et tant fut demandée.
Rom. de Rou, MR. p. 52.
En acquérant, je demanderay
A celuy qui est là dedens.
Eust. des Ch. Poès. MSS. fol. 459.
VARIAMES :
ACQUÉRIR. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 459.
AuuKRiR. Font. Guer. Très, de Yen. MS. p. txi.
Acquerre, verbe. Acquérir, gagner. Chercher,
demander.
Au premier sens, ce mot vient du lniin acquirere.
(Voy. AcoLESTER ci-après.)
Et pour aquerre los et pris,
Lance, baniere porteront.
Ane. Poêt. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1345.
On a dit au figuré : aquerre vent, pour prendre
haleine. (G. Guiart, ms. fol. 350, R°.)
Par extension, l'on auioil pu dire acquerre son
pain, pour gagner son pain en mendiant. (Fahl.
MS. du R. n° 7015, T. II, fol. 751, R° col. 1.) Mais il
paroit plus naturel de faire venir acquerre en ce
sens du latin quœrere, chercher, demander. (Voy.
E}<(jLERRE ci-après.)
(1) matelas. — (2) comme un hérétique.
AC
— 80 —
AC
CONJIT..
Acquei'iens, sub'}. prés. Acquérions. (Perard, Ilist.
de Bourg:, p. .^0-2, lit. de 1-201.^
Acqnerii, partie. Acquis.
Bien acqttem, mal ariiuerii,
Quand fol y fiert, tout est perdu.
C'est une espèce de proverbe, auquel donna lieu
parmi les Bourguijrnons, la mauvaise conduite de
leur Duc, Charles le Téméraire. (S' Julien, Mesl.
liist. p. 63.)
/Uv/MJÉjrjfé', subj.prés. Acquierre. (Al.Cliart. Poës.
p. 615.)
Aliiert, indic. prés. Acquiert. (Ane. Poës. Fr. ms.
du Vatic. n" 1 Wn, fol. I.".7, V .)
Aqueisse, inip. subj. Aquisse. (.Jeh. de l'Escur. à
la suite du Rom. de Fauvel, ms. du li. n' tiSI'2, fol.
62, R'col.î.
VAni.\NTES :
ACQUERRE. Gloss. du Rom. de la Rose, Ord. T. I, p. 71.
Akei-hre. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat. n" 1490, fol. 8G.
AQiEniiE. Athis. MS. fol. 52, R» col. 1.
Aquuœr. Villehard, p. 8t).
Acquost, subst. masc. Acquisition , acquest.
Oain. piolit, avantage. Seau.
Sur le premier sens. (Voy. Du Cange, Gloss. lat.
au mot Acquesta, col. 103; et Laur. Gloss. du
Dr. fr. " Acquest est un ternie général, qui eom-
<c prend les acquéremens faits avant le mariage et
« depuis. » (Coul. gén. T. II, p. 211.)
On s'en sert encore en termes de pratique, dans
le sens générique d'acquisition ; et c'est en ce sens
que Laurière définit le Droit de nouvel acquest, un
droit appartenant au Seigneur, « Quand personnes
<i non nobles acquestent ou possèdent liefs ou
« nobles teneinens ; et se levé de vingt ans en vingt
tt ans, et est de trois années l'une ; et est ce droit
« personel, etc. » (Gloss. du Dr. fr.)
On disoit proverbialement :
Jamais mal acquest ne profite.
Villon, p. 80.
Ce mot dans la signification de gain, profil, avan-
tage, pourroit venir du latin quœstus, qui répond
au franrois Aquest. dans les Sermons mss. de Sainl-
Hernanl, ;//// suiii'à. L'on pnurioit aussi considérer
cette acception, comme une extension de la pre-
mière. On la trouve fréquemment dans nos anciens
Auteurs. On lit dans Kroissart : « Si prindrent le
« chemin d'Esvreux, mais point n'y trouvèrent
« A'acquest, car elle csloit bien ferniée. >• (Vol. I,
p. li.") ;] c'est-à-dire, qu'ils n'y gagnèrent rien.
• Au contredit n'a point iVaquest. » (Kabl. ms. du
R. n- 7218, fol. 2i2, H° col. 1.) Cette expression
signifie, ([n'il ne sert rien de contredire, que l'on
n'y gagne rien.
Enfin acquest. en latin ncqueversium, a signifié
Seau. •• Survint Jebannettetiui portoit deuxa6Y/Hc/s
« pour emporter de l'eaue dicelle fontaine. >• (Let-
tres de 13!)l, citées par D. Carpentier, suppl. Gloss.
de Du G. au mol acqueversium.) Nous ne le trou-
vons en ce sens que sous la première orthographe.
\oy. Cueillir l'Eau, pour Puiser de l'Eau, sous
l'article Crrn.i.m ci-après.)
v.\RiA>Ti:s :
ACQUEST. OrUi. subsist. - Laur. Gloss. du Dr. fr. -
Farce de Patlielin.
Ai'.orET. (Kuv. de .loach. du Rellay, p. 419, V».
Agi ts. (Plur.) Oïd. T. 1, p. 119.
AQLiC'iT. Fabl. MS. du H. n» 7218, fol. 242, R» col. 1. —
S. liern. Serm. Fr. MSS. p. 2W.
AyCEZ. (Plur.) Ord. T. I, p. 79, art. 13.
Acqnesto, suhst. fém. Acquisition. Exploits,
conquêtes.
.Nous lisons au premier sens : <• ches X livreies
" de tere vuel-jc c'on asieche à mes acas (1) e à mes
« aquestes, ke j'ai fais au plus prèsd'iluel^es. » (Du
Chesne, Généal. de Guines, uhi su])rà.)
.\u figuré, ce mot a signifié exploits, conquêtes.
(Voy. AcocESTEn ci-après.) « Est-ce par vantise ou
« parfaits acquis par vaillance'!' en vérité, dist-il,
« ce n'est point par vantise ne par acqueste. >>
(Percef. Vol. V, fol. 13. V col. 2.
VARIANTES :
ACQUESTE. Percef. Vol. V, fol. 43, V» col. 2.
Aqueste. Du Chesne, Gén. de Guines, p. 2K^, lit. de 1241.
Aciiuester, verbe . Acquérir, gagner. Conquérir.
Ménage dérive ce mot du latin adquu'sitare. Le
premier sens est le sens propre : « un frère aisné
« (|ui a acqueslé de ses frères ou soMirs puisnez ou
o de l'un d'eux, à prix d'argent le fief, etc. » (Coût,
gén. T. I, p. 45.").)
De là la signification générale d'acquérir, gagner.
(Voy. AcorERUE ci-dessus.)
Mais s'entre bont et volée il a'aqucste
Le sort eureux, etc.
Crétin, p. 185.
Dans le sens particulier d'acquérir par les armes,
conquérir, on a dit :
Après la prinse de Libourne,
liressiere vint en la cité,
Pour prendre possession bonne.
De ce qu'on avoit acqueslé.
Vigil.dcCh. VU, T. n, p. 132.
C(iN.irr,.
Acquescés (faute pour Acquestés). Acquérez.
(Eust. des Ch. Poës. mss. fol. 427, col. 3.)
Aquasteil, partie. Acquis. (S. Bern. Serm. fr. mss.
page 67.)
Aquastet, indic. prés. Acquiert. (S. Bern. Serm.
fr. MSS. p. 91 et 303.)
Aquest, subj. prés. Ac»iuière. (S. Bern. Serm. fr.
MSS. p. 40.)
VARIANTES :
ACQUESTEIi. Perard, Ilist. de Hourp. p. Wr>, tit. de 1257.-
Gloss. de l'ilist. de Paris. — S. Hem. Serm. fr. MSS. p. 40.
AyUASTER. S. Rern. Serm. fr. MSS. p. 67 et passim.
Aquester. Crétin, p. 185.
Acquesteur, sul/st. fém. et masc. Acquéreur.
(Voy. Monel, Oudin et Colgrave.) On disoit au
(1) acM est un mot picard qui signifie achats.
AC
81
AC
féminin Acqucstcressc, pour Femme qui acquiiMl,
(Oudin cl Cots^M'Mve, Iiict.)
Dans une siL;nilic;ili()n plus particulière, feuinie
((ui a pint aux ae(|U(''ls lails duranl le uiai'iai;e :
u toutes l'euiuics sont aaiiicslcrcssci^ en la nu)itié
« de tous l(ïs (icfs, manoirs cl terres (lue son feu
« mary auroit acijuis, constant son mariage. " (Coût,
gén. T. 1, p. 70i.)
VAIUANTKS :
ACQUESTEUR. Monet, Oudin et Cotgravo, Dict.
Ac(,iri:s'ri:iti:ssi;. Coturave et Oudin, Dict.
Accii'KTKi H. Monet, Uict.
AccH'isiTEUu. Coût. gén. T. I, p. 379.
Acqueux, adj. Aqueux.
(Voy. Oudin. Dict.) On a nommé. Cité acqueuse la
ville d"Aix en l'roveiu;e, par allusion aux bains
d'eaux chaudes que Caius Sextius y fit construire
l'an O.'W de la fondation de Home, et qui lui ont
donné son nom latin Afiuu' Scxtiœ. >■ Le menèrent
« sur un Moncin i^i une Cité qui étoit appelée
« acqucui^e. « (Chron. S' Denys, recueil des Hisl.de
fr. T. 111. p. -rsx]
Ao(inis, partie. Acquis, gagné. Hassis, tran-
quille.
Ce mot subsiste dans le sens propre ; mais on ne
diroit plus au ligure, d'un h(unme que le chagrin
ou la maladie g:jgne, qu'il esl acquis de l'un ou de
l'autre, comme dans les deux passages suivans:
Li flus Lohier, rois Loheis,
lert d'un raalage(l) donc (Wjuis ;
A Compiegne estoit : là moru.
Ph. Mousk. MS. p. 308.
Cil qui par duel est trop aqtiis,
Grand joie fait ses eneniis.
Alliis, MS. fol. 52, R" col. 1.
C'est encore par la même analogie d'idées, qu'on
a pu dire aquis, pour rendu de fatigue, qui suc-
combe à la fatigue :
... les chevaus de Garde estanchiez et aquis.
Giiiteclit) de Sassoigne, MS. de Gaignat, fol. 252, R- col. 1.
Dans une signification moins figurée, le participe
Aquis désignoit celui sur lequel on a gagné ou
remporté quelques avantages. Ernouf, Ambassadeur
du Roi Louis, demandant du secours ;"! l'Empereur
OUion, lui dit :
Sires Oies mi sires est moult arjiiis.
Grant guerre a en sa terre de mortels anemis
Li Dus de Normendie a sez chasteaux assis, etc.
Rom. du Rou, MS. p. 100.
On disoit aussi acquis, pour rassis, tranquille.
Alors ce mot, qui paroit venir du latin qitietus (2),
signifie précisément la même chose qn'accoisé.
(Voy. AccoisER ci-dessus.) « Quant la dame eut
<■ ouy le Chevalier ainsi parler sens acquis. » C'est-
à-dire, de sens rassis, de bons sens. (Percef. Vol.
IV, fol. 142, R° col. 2.)
VARIANTES :
ACQUIS. Orth. subsist.
Akiiis. Ane. Po<'!s. Fr. MS. du Vatic. n" 1490, fol. 1.".7.
Ayuis. Ph. Mousk, MS. p. :««.
Acrqniso, suhst. fém. Acquisition.
("est proprement le participe Acquis an féminin,
employé comme sul)stantif, pnnrsignitiei' une chose
aciiuise. « S'il n'y a enl'ans du... mariag(; la...
« vesve pourra retenir en propi-ii'té la moitié des
« acquises, en renonceant, etc. » (Coût, de Metz, au
nouv. Coût. gén. T. II, p. Wi, col. 1 et 2.)
De là. Lettres d'acquises, pour Contrats d'acqui-
sition. « Gens mariez entrent (k'-s la S')lemnization
« de leur mariage, en communauté d'acrinels et
» conquels d'immeubles qu'ils fontcunstant iceluy,
« soit que les femmes soient denomméi'S es Lettres
« d'acquises nn non. « :Cout. d'Espinal, au nouv.
Coût. gén. T. I, |). 81.'5.)
Acquit, sul)st. masc. Tranquillité, sûreté.
CautiiHi, garant. Sorte de droit. Lods et ventes.
Ord(jnnance.
Le premier sens est le sens propre de ce mot,
formé du verbe Acquiter ci-après, rendie Irantiuille.
De lîi l'expression Lettres d'acquit, pour signifier
des Lettres de garantie ou de sûreté, données à
celui qui gouverne les affaires d'un autre, pour
toutes les avances qu'il pourra taire, (nouteill.
Som. Rur. p. Cil.)
Par extension, il a signifié la caution même,
le garant.
A Saint-Denis en France là ens ai mon aeuil,
Où je trouve l'Estoire dedens i livre estuit (3)
Beric as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 125, V' col 9.
Dans un sens plus figuré encore, c'étoit une
espèce de droit de péage ou de coutume, dont le
payement opéroit la tranquillité de ceux qui le
dévoient, parce qu'autrement ils couroient les
ris(iues de l'amende ou de la saisie. « Eu pareille
« amende eschet vers le Seigneur viscontier, celui
•• (iuiestdelTaillantdepayer'ledroictd'ac«7;<27, etc. »
(Cdut. gén. T. 1, p. (i7r).) « Si aucun Marchand
« forain trespasse par les branchieres d'aucune
« coustumiere, par la terre des Comte, Vicomte,
« Baron et Seigneur Chastellain, sans acquitter sa
« denrée, s'il ignore Vacquit, pourveu qu'autrefois
" n'v ait passé, il sera reçu à le jurer par serment. »
(Coût. gén. T. II, p. 6i.) Les États, en 148i, de-
mandèrent que « tous acfiuits, travers et péages
>< fussent révoquez. « (Godefr. sur Charles VIII,
p. 410.)
On appelle encore acquits, les quittances de
certains droits d'entrées, qui se perçoivent aux
portes, etc. Ces droits s'acquittent presque toujours
de mauvaise volonté et par force. De là notre ex-
pression, « faire une chose par manière d'acquit. »
c'est à-dire négligemment, et seulement parce qu'on
ne peut s'en dispenser. On disoit autrefois par
acquit. (Cotgrave, Dict.) « Les hommes n'aiment
« jamais de bon cœur, ains seulement par acquit. »
(^'uils de Slrap. p. 177.)
(1) malaise. — (2) coi, non acquis. — (3) enfermé : comparez étui.
Il
AQ
— 82
xc
De là ces faix^ns do parler figurées : « hûve acquit
« de son possible, » pour s'acquitter de son devoir
en faisant ce quon peut. (Lett. de Ch. Duo di^
IJour^;. au sieur Du Fay, p. 3G8.)
Faire bon acquit, pour faire son devoir, payer
de sa personne dans une alVaire. iVoy. s'Acni itkk
au même sens.; « Nous souuncs bien contens de
<i Yûsti'c bon debvoii' et acquit que vous avez fait en
« cette partie. » [Lett. de Cli. Duc de Ituurg. au
sieur Du Fay, p. 3(51.)
On aiàil&acquitcr de quelqu'un, pour le traiter
avec les égards qui lui sont dûs : de là l'expression
« éti'e aussi cher acquit comme un autre, » pour
signifier être également bien traité. - Sans avoir
« égard au Roy leur souverain Seigneur.... ont
« aussi cher acquit été Bourguignons et Anglois
« comme Fi-anrois. » (Ane. Coiit. de Troyes.
procès-verb. au Nouv. Coût. gén. ï. 111, p. 'i'.IO.')
On aciiuiert la possession tranquille et paisible
dun liéritage, en payant les lods et ventes, d'où
l'on a pu nommer acquit, cette espèce do droit
seigneurial. (Coût, de Ponlhieu, art. 85 et 80.,
Suivant cette coutume, " le droit à'ucquit est deu
« au Seigneur censuel le jour de la vente de
» l'héritage tenu à cens. » (Laur. Gloss. du
Droit fr.)
Nous disons encore acquit patent, pour signifier
un Ordre ou Mandement sur les Trésoriers, pour
être payé com[itant. Le Glossaire de Marot, expli-
que le mol acquit au luèuu; sens ; « Ordonnance de
« content sur les Trésoriers. » (Voy. Acijlitkh
ci-après, pour payer, et le Glossaire de Du Gange,
au mot Acquilanienluni.)
V.\I!IAXTES :
ACQUIT. Orlh. subsist.
AccLiT. D. Carpont. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Aajuilum.
AcQuiCT. Lett. de Cli. Duc de Bourg, au S' Du Fay, p. 36i.
Acquis. (Plur.) Ord. T. V. p. 3û<".. art. f5.
AcuiT. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C.au mot s\cqmtum.
.Aquit. .\ouv. Coût. gén. ï. I, p. 389, col. 1.
Ac<ini(ablt', adj. Raclietable.
« Rente foncière et non acquiluble ; » proprement.
Rente dont le principal ne peut être acquitté.
(Voy. Recueil de M. Blondeau, p. 03, lit. de 1610.)
Acquit;il,S!</vs^ viasc. Obligation d'acquitter.
11 paroil (jue c'est le sens de ce mot dans le pas-
sage suivant : « hommage auncestrel (1), trait à luy
« garantie ; c'est à sçavoir, que le Seignior qui est
■< en vie et ad receivé le homage de tiel tenant,
« doit garranter; son tenant et auxy trait
« à luy acquilal ; que le Seignior doit acquiler le
« tenaunl envers touts aulers Seigniors par amount
« luy Cij do chescun maner de service. •> (Tenures de
Liltleton, fol. 32.)
Acquitance, subst. fém. .Justification. Quit-
tance.
Au premier sens, ce mot vient d'acquiter ci-
après, justifier. (^Vov. Rritton, des Loix d'Anglet.
fol. Il, R".)
On disoit aussi acquiter. payer. De là le mol
acquitance. pour (|uittance. ;ld. ibid. fol. 07. — Test,
du G" d'.Vlençon, ubi suprà.)
v.vRi.vNTKs :
ACQUITANCE. LiUlelon, Gloss. de M. Iloiiard. - Britton,
des Loi.x d'.Vnglet. fol. 11, R«.
.\cgiiT.\l'NCE. Ul. ibid. fol. 67, R».
AcQi rrT\NCE. Test du C" d'Aleuconàlasuile de JoinviUe,
p. is:.. - Ord. T. I, p. &17, art. 11.
Acquiter, verbe. Rendre tranquille. AITranchir.
Justilier. l'ayer.
Du mol quitte, en latin quietus, tranquille, l'on
a l'ail (icijuilter. Ce verbe qui subsiste avec plusieurs
acceiilious figurées, signifie proprement rendre
traïuiuille, rendre paisible.
Prince, je di, à tout considérer,
Que l'en devroit à ce siège tirer :
Cai- lors seroit Picardie acguittée.
Eust. des Ch. l'of-s. MS?. fol. lîO, col. I.
Ce mot s'est dit pour affranchir.
Par vostre aide et par vostre delTois(3)
Ai-jou d'Espaigne ucuités les destrois : (4)
Ne m'i valut periére (5), ne defois (6),
Mais vos proueches, etc.
Anseis, MS. fol. 1, n* col. 2.
L'idée de justification emporte celle de tran-
quillité, aussi trouvons-nous at'(/H//('rp()urjustilier:
i< est acquilc de cesl félonie. » ('renures de Liltleton,
fol. 45, V».)
On est tranquille, quand on ne doit rien, ou quand
on n'a rien à se reprocher. De là le verbe acquiter
pour payer, dans le sens propre.
Qui s'a(juite, ne s'encombre.
l'rov. du Vilain, MS. de S. Gcrm. fol. 75, R- col. 3.
De légier s'en porra acttiler.
Ane. Poèl. Fr. .MSS, avant 1300, T. III, p. IU7.
Qui doit vif feu, mal s'acuite de cendre.
.\ne. VoH. Fr. MS. du Valic. n* 152a, fol. ICC, V- ci.l. ï.
Fn considérant les devoirs (ju'un état impose, et
les égards auxquels la bienséance ou la politesse
nous oblige les uns envers les autres, comme des
dettes qu'il faut payer, on a dit s,'acquiter pour
faire son devoir. « L'Evesque de Durem, et tout
« farriereban de la Sénéchaucée de Durem, avoit
« entré en la ville et y avoit soupe: en séant à
n table imaginations lui allèrent au devant qu'il ne
« s'acquittait pas bien, quand les Angluis estoyent
" sur les champs, et il se tenoit à la ville, si list
" osier la table, etc. » (Froissart, Vol. 111. p. 338.)
^'acquitter de quelqu'un, pour en agir bien avec
lui. ■< IjCS Chevaliers de Gascoiigne, et les
" Seigneurs receut tous joyeu.semeut, et s'at-
« quitta si honorablement d'eux, que tous s'en
« conlenterent » (Froissart, Vol. I, p. 201. — Id.
ibid. p. 21)1.)
De là celte même expression employée quel-
(1) héréditaire. — (2) pardevant luy en remontant, qui l'ont précédé. — (3) défense, aide. - (i) passages. — (h) macliine
à lancer des pierres. — (G) défenses, travaux d'approche.
AC
— 8.1 -
AC
quefoispour se tenir quitte envers quelqu'un de
oe qu'on lui devoit, Be dispenser de toute obli-
gation envers lui.
Je m'acijuictc de vous et m'en désiste.
G. Machâut, MS. fi.l. Î31, V- col. 3.
VARIANTKS :
ACOUITER. Orth. subsist,
Ac.OiiicTKU. Gacc de la liigne, des Dcd. MS. fol. 81, H".
Af'.olUTTKn. Froissart, Vol. III, p. 33H.
AcùiïEU. Ane Poët. fr. MSS. avant 13lV), T. 111, p. 1117.
AcuiTiiKu. Fabl. MS. du R. n" 7089, fol. 57, V" col. 2.
Aquiteii. Prov. du Vilain, MS. de S. Germ. fol. 75.
Acrainponcr, verbe. Cramponer.
Atturlicr l'orlement. Au fia;uré : « Le bassinel sur
« la lèlc lui mist bien acrampnnê. « (Sainlré,
p. 656.)
Acrapé, partie. Courbé.
Proprement, courbé comme un croc ; du verbe
AcKAPEn ci-dessous.
Je suis de \ieiUesse acrapé.
Eu»l. aes Ch. Poils. MSS. fol. 333, col. 3.
Peut être le même qu'AcRAPi ci-dessous.
Acraper, verbe. Accrocher.
De rÀllemand Krapp, croc, crochet. (Voy.
Ménage, Dit-l. étym. au mot (iraiipiu.) Les échelles
de corde ont un "crochet de fer au bout d"en haul.
De là l'expression aecrapper une échelle, pour
l'accrocher, dans le sens propre : « Vindrent au
« pied de la tour, oîi ils trouvèrent eschelles attra-
« pées aux créneaux du mur. » (Triomp. des neuf
Preux, p. 473, col. 1 et 2.)
C'est visiblement une faute : lisez aecrapées.
Dans les anciennes écritures, ces deux caractères c
et t n'étant presque jamais distingués, il étoit facile
de les confondre.
Ce mot est employé figurément pour accrocher,
enlever, dans ces vers oii le Poète compare les Loix
à une toile d'araignée :
Justice pugnist (1) petit cas ;
Petites gens prant à ses las (2),
Mais, quant il vient une fort mouche
A la toile, cil fait le louche (3)
Qui la deust prendre et happer,
Et li laist sa toile acraper,
Emporter, froissier, desrompre :
Ainsis n'est justice c'un ombre,
Qui ne pugnit les grands larrons.
Eust. desCh. Poos. MSS. fol. 521, col. 1.
Pour accrocher, prendre ; en parlant de l'avidité
de la Cour de Rome:
Car Rome adies pense d'el agraper.
Anseis, MS. fol. 56, R" col. 1.
VARIANTES :
ACRAPER. Eust. des Ch. Poës, MSS. fol. 521, col. 1.
Agraper. Anseis, MS. fol. 56, R» col. 1.
Attraper (lisez Accraper.) Triomph. des neuf Preux
p. 473, col. 1 et 2.
Arrapi, part. Retiré, engourdi.
Ce mol paroit être une abréviation à'.ierampi,
formé de crampe, espèce <rengoui'dissemeiil ou de
convulsion qui fait retiroi- les nerfs; d'où l'on a pu
dire en paiiarit de rclfet d'une brûlure à la langue :
Li fu si la langue acranic,
Et la gorge si eschaudéo ;
Et si mal mise la corée.
Qu'il no pot ne racier (4), n'enduire (5).
Ealil. .MS. du It. n- '708!), fui. i5, V'col. 2.
(Voy. CjUami'Hh et Cuami'ih i'i-n[)rès.)
Acro, aultsl. jém. Mesure de terre.
Ce mot subsiste, et la mesure iiu'il indique varie
suivant les pays: c'est communément un peu plus
(|ue l'arpent. Dicl. de Uorel, de Ménage, de Cot-
grave. — Laur. Closs. du Droit fr. — Du Cange,
Closs. lat. au mot Aéra. — Vfiy. Rourguiiig, de
Orig. voc. Vulg.) Quelques-uns dérivent ce mot du
lat. ager ; mais il paroit venir plus iiniuédialement
du mot .k'/in', qui s'est dit pour terre labourable,
suivant Pezron, Antiq. des Celtes, p. 4'23. « En Pi-
« cardie et en .Normauilie, les aera^ sont pris pour
" arpens. » (l'ilhou, Coût, de 'i'roves , p. 376. —
Voy. le Coût. gén. T. I, p. 1010 et iba'i. — Coût, de
Morm. fol. 56, Y°.)
Acréantement, sultst. mase. Promesse.
Du verbe Créanler ci-après, promeltre, assurer. Si
« chelui ([ni fet son testament, fet liacbier (6) à ses
<i hoirs... que il tendront l'ordenanche de son tes-
« tament... se les hoirs voient que il fit le testa-
« ment encontre droit, li acréanlemens si ne leur
« doit pas nuire. » (D. Carpent. suppl. Closs. du Du
Cange, au mot Accreantatio. — Voy. Cue.^ntement
ci-après.)
Aeréer, verbe. Faire crédit, prêter.
Mot formé du verbe Créer ci-après, pris dans le
sens de croire; d'où aeréer, avoir foi: au figuré
faire crédit. » .le ne sçai se vous me devez ou se je
« vous doy. Or soit tout quitte... mais se de cy en
« avant nous acréons l'un à l'autre , nous ferons
« nouvelle deble et le convendra escrire. » (Hist.
de B. du Guesclin, par Ménard , p. '248. — Voy.
AcRoiRE au même sens.)
Acresté, partie. Fier, orgueilleux.
Proprement, qui levé la crête. Voy. Le Duchat
sur Rab. T. I, p. 180. — Et le verbe Acrester ci-
dessous.)
Acrester, verbe. Etre orgueilleux.
Lever la crête. Du verbe Crester ci-après. 'Voy.
ce mot et Le Duchal sur Rab. T. I, p. 180.)
Acreuse, subst. fém. Enchère.
Mot formé du verbe Aecrnitre. (Voy. Accroissei-r
ci-dessus.) « Guillaume de Bullac dist que Lattat
« l'avoit accompaigné en ladite vente ou acreuse. »
(1) prend en main. — (2) filets, lacets. — (3) n'y regarde pas, n'y prend pas garde. — (4) cracher. — (5) avaler. — (6) jurer.
AC
— 8-4 —
AC
(Lettre de Ii08, citées par D. Carpent. — Suppl.
Gloss. de Du Gange, au mot Accresentia.)
Acroc, subst. masc. Croc, crochet. Obstacle,
incident. Arrêt, saisie.
Le premier sens est le sens propre. (Oudin, Dict.
Vov. Ciuic ci-après.)
Ùe là ce mot au figuré, pour obstacle, incident.
(Oudin, Dict.l
Enfin, on a étendu cette acception à celle d'arrêt,
saisie. " Celui ijui fait accrocher ou arrcster un
" autre en personne, ou ses biens à tort , comme
« aussi qui s'opposant Ji ïacroc ou arrest, vient à
« succomber par sentence , sera en l'amende de
» trois livres parisis. » (Coût, de Bailleul au Aouv.
Coût. gén. T. L p. 980, col. 1.)
ACROC. Coût, de BaiUeul, au Nouv. Coût. gén. T. I, p. 080.
Accroc. Oudin. Dict.
Acroclie, siihst. [cm. Croc, crochet. Accroc,
ob.stacie. incident.
.Moiiel délinil ce mot au premier sens: « Croc
■■ fiché à la paroy pour i pandre des uslansiles. »
Le môme qu'acrw ci-dessus. « Armez et de mains
•' et d'accrochés. » (Poës. de R. Belleau, T. I, p. 23.
— Voy. Crocuk ci-après.J
On s'en servoil aussi figurément pour obstacle,
incident, embarras. « Pourvoir à une accroche que
« les négocialcurs de la paix de Vervins y avoient
« laissée nonchalamment. « (Mém. de Sully, iibi
suprà.) Nous disons encore accroc et même accro-
che, en ce sens; mais le dernier est du style fami-
lier. (Voy. Dict. de l'Acad. fr.)
V.MIIANTF.S :
ACROCHE. Jeann. Négoc. T. II, p. [Kl
Accroche. Mém. de Sully, T. IX, Ep. p. 14.
Acrochenient, sulmt. masc. L'action d'accro-
cher. Incident.
Sur le premier sens. (Voy. Cotg. et Oudin , Dict.)
Ce mot a signifié incident, délai, en termes
de {>rocédure. (Cotgr. Dict. — Voy. Acbiociie et Acnoc
ci-dessus.)
VARIAMES :
ACROCHEMENT. Du Cangp. Gloss. Lat. au mot .ihetliim.
AccRociiEMENT. Oudin cl Cotgr. Dict.
Acrochor, verbe. Faire obstacle, embarrasser.
Arrêter', saisir.
Du verbe Chociikii ci-api es Ce mot subsiste sous
la première orlho;;raphe, et s'emploie encore quel-
quefois dans les mêmes acceptions; mais nos an-
ciens Auteurs en faisoient un usage beaucoup plus
étendu.
« Dans le premier sens, ils di.soient : •> Se voslre
« aversaire veaut prover contre vous par privilège,
« soies gailans (1) soutillement de noter les points
« don privilège; savoir se vous, par aucun point,
« pories voslre aversaire a<;;'0(;/(it'/' à faire faillir à
« sa preuve, et s'il y a aucun point à quoi vous le
» puissiez acrochier, si le faites defaciant (2) sa
« preuve. » (Assises de Jérusalem, p. 56.)
Ce mot a aussi signifié arrêter, saisir : « Celui
« qui fait accrac/u'cr ou arrester un autre en per-
« sonne, ou ses biens Ji tort... sera en l'amende de
« trois livres parisis. » (Coût, de Dailleul, au Nouv.
Coût. gén. T. L p. 980, col. 4.)
VARIANTES :
ACROCHER. Assis, de Jérus. p. 28.
Accrocher. Coût, de BaiUeul, au Nouv. Coût. sin. T. I,
p. m), col. 1.
AcROcniER. Assis, de Jérus. p. 56.
AcnociER. Fabl. MS. du R. n° 7989, fol. 5'2, V» col. 1.
Acroirc, verbe. Croire. Rehkher sur parole.
Prêter, donner à crédit. Emprunter. Avoir crédit.
Le sens propre de ce mol est croire à quekiue
chose ou à quelqu'un, croire avec idée de rapport.
(Voy. CiioiRE ci-après.) " Tout le meilleur et le plus
« fort veulx acroire ; croyez donc, dist la dame. »
(l'ercef. Vol. IV. fol. lil , 11" col. 2.) « Il me fist
« acroire menzonge. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 7.)
De lu l'expression s'en faire accroire: elle est
très-ancienne dans notre langue ; on l'employoit
en bonne part pour exprimer l'empire et l'autorité
(|ue les bienfaits, les talens supérieurs ou la pru-
dence nous donnent sur l'esprit des autres.
Athis respont ; bien vous en croi.
Si grant chose avez fait por moi ;
Que vous en faites bien acroire,
Vostre parole est saine et voire.
Atliis, MS. fol. IG, R- col. 2.
Brantôme a dit, en parlant de Catherine de Médi-
cis : « Quelle brave Reine, et de quelle audace elle
« s'en faisoit accroire ! " (Cap. fr. T. IV, p. 270.)
« Le Roy s'en fuisoil estrangement l»ien accroire
" sur l'observation de ses loix. « (Brant. sur les
duels, p. 170.)
Nous disons encore s'en faire accroire, pour
avoir trop bonne opinion de soi ; cette expression
s'empioyoit autrefois dans un sens à peu près sem-
blable pour ne s'en rapporter qu'ù soi , par excès
de conliance: >• Comme M. de Tavanes voulut pas-
" ser ; M. de Barbesieux ne le vouloit permettre,
" luy disant qu'il ne seroil pas de la partie; et là
« il y eust de la colère d'un côté et d'autre; mais
« quoiiiu'il fist, il s'en fit accroire et passa le guis-
>' cbet. » (Mém. de Montluc, p. 73.) C'est-à-dire, il
en lit à sa tête, etc.
Par extension du premier sens, on à\so\l accroire
un prisiinnier, pour le relâcher, en ci'oyant à sa
parole. « Il m'a prié (jue je le veulsisse acroire
« jus(iues à trois semaines, et jel'aiacj'^?!/. >■ (Frois-
sart. Vol. m, p. 3<)0.)
De même .Accroire a signifié donner à crédit,
prêter sur la parole de l'emprunteur. (Voy. Acréer
ci-dessus.)
Or regnie-je bieu, si i'accrois
De l'année Drap.
Farce do Palhclin, p. 57.
(I) prenez-garde. — i2; manquant.
AC
— 85 —
AC
Fol est qui Ici gaiçc ctcrnil.
Fahl. MS. du n. n-
JIR, fol. 203, V- ool. 2.
On disoil aussi dans un sens contraire, acroirc
pour emprunter.
Se lu li dies que tu n'aies
Nés (1) un denier de quoi tu paies ;
Ele dira que lu Vacioies.
OviJ. do art. MS. do S. G. fol. !>4, U" col, 3.
Qui acfoit, et ne rent,
L'ame fait paiement.
Marc, cl Sa'.ciu MS. do S. 0. fol. 117, V col. 3.
De lîi pour avoir crédit.
.... qui bien paye, bien acroist.
Et de legier pas l'en ne croit
Celui qui promet et ne sot (2).
Hisl. de Fr. à la suite du Rom. do Fauvol, MS. du R. n- OSIS, fol. 08.
Proverre.
Cent ans accreu se paye tout à une heure.
Ce proverbe (ju'on trouve dans des vers ù la suite
du Pursaloire d'amour, dans un ms. intitultî: La
danse aux aveugles, [)-JiV Michauil, est répété par
J. Marol, p. 78. (Voy. aussi Dialog. de Mallepaye , à
la suite de Villon, p 52.)
ACROIRE. S' Bern. Serra, fr. MSS. p. 7.
Accroire. Test, de ,1. de Meun, vers 591.
Acroissans, partie. Qui s'accroît.
Au ligure, qui s'élève, du verbe Accroistre ci-
dessus: qui excelle au-dessus des autres, qui les
surpasse ; c'est en ce sens qu'on lit :
. . . . fu li Rois apieles
Carlemannes par tous règnes ;
C'est à dire, sire acroisans,
Rois et Erapereres poisans.
Ph. Mousk. MS. p. 118.
Ce mot dans la suite a élé employé comme un
titre de prééminence affecté à la dignité Impériale.
« Villaumes, par la grâce de Dieu, Rois des Romains
« et tondis (3) rtc?'o/ssrtHS, etc. » (Lettres de 1253, ci-
tées par D. Carpentier, ubisuprà.) " Philippes, parla
« gi'ace de Dieu, EmpereresdeRomanie à touz temps
« acroissans, etc. » (Lettres de 1265. — Id. ibid.)
VARI.\NTES :
ACCROISSANS. D. Carpentier, suppl. Gloss. de Du C. au
mot Augustits 5.
AcROiSANS. Ph. Mousk, MS. p. 118.
Acropie, partie, fém. Accroupie.
« De luy dist une vieille acropie , le monstrant
« au doigt, etc. » (Rabelais. T. 11, p. 106.)
Acrostichide, subst. fém. Acrostiche.
On lit que » Philibert Gautier de Rouille a escrit
« chant funèbre des neuf Muses sur le tombeau
« d'Anne de Montmorenci, Pair et Connestable de
« France, avec acrostichide, et l'annagrammatisme
« du dict Seigneur. » (Du Yerdier, Biblioth. p. 949.)
Acrotalres, .s;W/.s/. muse. plur. Somuiels, hau-
teurs, extrémités.
(Voy. los Dictionnaires ci-dessus.) C'est le mol
Grec ',tx(><iit)^(ituy.
VARIANTES :
ACROTAIRES. Oudin et Cotgr. Dict.
AcuoTÉRES. Nicot et ,Monet, Dict.
Acrote.
Ce mot est mis par Borel dans la pn'fuce de son
Dictionnaire, au nombre de ceux que Charron, dans
son Histoire linivcrscUe, n'a pas entendus. -Nous
n'avons jusqu'ici trouvé aucun passage qui nous
en ait fourni la signification.
Acroupi, subst. masc. Sorte de mon noie.
Elle empruntoit cette dénomination de l'animal
acroupi qu'elle représcntoit : « Bailla .... .\.\xvi
« solz û'acroupis, monnoie de Flandres, pour douze
« deniers la pièce. » (Lettres de 1398, citées par
D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mol Acroujii.)
On lit dans d'autres lettres de 1 'i02 : » Hz allouèrent
« les XL pièces d'icelle monnoye pour un petit
« acroupi. » (Voy. Id. ibid.)
Acroiipie, subst. fém. (iénuflexion.
Du verbe Acroupir, s'agenouiller. (Voy. ce mot.)
.... fait une acroupie,
Et un enclin devant s'ymage.
Mirac. B. M. V. MSS. lib. I, cité par D. Garp suppl. Gloss. de Du C.
sous le mol Acroupi.
Acroupir, verbe. Gîter, coucher. S'agenouiller.
Déprimer.
Le sens propre est accroupir. De là pour giter,
coucher, dans ces vers où il faut lire acrouper, au
lieu û'acouper :
Fors du Chastel et de la Tor
La getont ; et de son douaire
Ne li laissent en nul repaire,
A qu'ele se puisse acoiipei;
Ne penre repas, ne souper.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 280, R- col. 1.
Pour s'agenouiller :
Devant Dame Yfame s'acroupe.
Puis li descuevre sa penssée. •
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 11, V col. 1.
(Voy. AcRoui'iE ci-dessus.)
Dans une signification plus figurée, l'on a dit
acroupir, pour déprimer. « Quele ribaudaille sont
f( ceux-là qui nous veullent acroupir? y> (Lettres de
1390, citées par D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au
mot Aeroupi.)
V.VRIANTES :
ACROUPIR. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. sous le
mot Acroupi.
AcouPER (lisez Acrouper). Fabl. MS. duR. n''7-218, fol. 289,
R° col. 1.
Acrouper (s'). Ibid. fol. 11, V" col. 1.
Acrnaulté.
Je crois ([u'il faut lire en deux mots a cruaulté.
(1) pas mesme : ordinairement neis-ne ipsitm. — (2) paye : sot-solvit. — (3) totis diebus.
AC
— 86 -
ÂC
ayes cntaultê dans ce passage : « Abbaz les édifi-
« ces, et acruaulté que les puissans, et les plus
» graus citez, et les plus nobles mettes à Tespée. »
(Clirou. S' Deiiys, T. I, fol. M, V°.) C'est-à-tlire,
« sois si cruel tiue tu passes au 111 de l'espée, etc. »
Actabei', verbe. Achever.
On a dit li?urément : « baille-moi le poinhal. car
<■ je le actaberai : voulant dire qu'il le aclievoroit
o de murtrir. » ;D. Carp. suppl. Gloss. de Uu C. au
moi Actuare. — Voy. Achever et Acab.^t ci-dessus.)
Actalneiix, adj. Opiniiltre. Offensant. Querel-
leur. Pi'iiible. l'ude.
Ce verbe foruié du verbe \alir ou Manier, parti-
cipe à ses acceptiiHis; ainsi comme aatir signifie
disputer, on a dit une contention uctaineuse, pour
une dispulo vive. « Longue fu, et trop uctaineuse
« qu'il n'aniert, la conlcncion de ces deux qui
« estrivoieiit 1 ensemble. » ;AI. Ciiartier, quadri-
logue invectif, p. 430.)
Aatir a signifié attaquer, provoquer. De h\ on
a dit, Ataigneu.v pour ce qui oiTense. ce qui pro-
voque au ressentiment : paroles atuigneuscH, pour
paroles injurieuses. ;Gr. Coût, de France, Liv. III,
p. 297;; et par une extension de celle acception.
l'on a dit ataineus, pour ce qui fatigue, ce qui
ennuie. (Voy. l$orel, Dict.)
Ataineux est expliqué par querelleux dans le
Dictionnaire de Borel ; et c'est l'un des principaux
sens du verbe Atainer.
Au figuré, ce mot appliqué à sentier, chemin, a
désigné pénible, fatigant. Peut-être en ce sensvienl-
il de taner, peiner, fatiguer. (Voy. Ta>er.)
par une voie boiteuse,
Roiste, estroite et atainense.
G. Guiart, MS. fol.72, Vv
ACT.\INEUX. -M. Chart. quadrilogue invectif, p. «G.
ATAiONEfx. Gr. Coutum. de Fr. Liv. III, p. 297.
Atainels. g. Guiait, MS. fol. 21C, V».
Ataineux. Borel, Dict.
Attavnecx. Cotgr. Dict.
Acte, suhst. fém. et masc. Action, acte.
Ce mot, dont la signification est aujourd'hui
moins générale, étoit autrefois du genre féminin.
« Furent présents et complices à la deslrousse de
« Lacedemone, quant lleleine fut ravie et à toutes
« les autres bonnes actes que Paris feit. etc. »
(J. Le Maire, Ulustr. des Gaules, Liv. III, p. '2'.»!).)
On ccrivoit act au masculin, pour acte. « Esgousts
<■ ny autres servitudes par nets occults et latents,
« non cognus au voisin, ne se peuvent prescrire....
« si les «f/.s de la jouissance luy en sont... cogneus,
« peuvent estre prescripts par vingt-un ans. »
(Coût. d'Espinal, au nouv. Coût. gén. t. II, p. li3G,
col. 2.)
VAIIIANTKS :
ACTE. J. Le Maire, Ulustr. des Ga\iles, liv. III, p. 299.
Act. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 11*5, col. 2.
Actéoniser, verbe. Faire cornard.
Faire porter des cornes comme à Actéon. (Voy.
Caquets de l'Accouchée, p. 41.)
Actor, verbe. Dresser des Actes.
\.'art d'acter, l'art de dresser des Actes; propre-
ment la connoissance des formules, la science des
Notaires. Celte expression est emidoyée en ce sens,
par l'h. Mouskes, en parlant des diverses connois-
sances dont on ornoit l'esprit de Charlemagne.
Aprisl Charlon Dialectique,
Astronomie et Rélorinue ;
l.'itrt (/'tl(•^'l• aprist volentiers,
Et des étoiles les sentiers.
l'h. Mousk. MS. |.. 8».
Acteur, suhst. masc. Auteur.
Proprement celui qui fait ou qui a fait; du latin
Actor. C'est dans cette signification générale, que
pour désigner Dieu, l'Auteur de tout, on s'est servi
de l'expression. Acteur de toutes choses. (Ilist. de
Doucicaut. p. 304.)
Ne homs ne pourroit son Créateur
Qui de tout le monde est Acteur,
Hien amer, ne bien honnorer.
G. Machmit. MS. fol. 231, V- col. 3.
Dans un sens particulier, ce mot a signifié Auteur,
celui qui fait, qui compose des livres.
De prouver le contraire suis prest,
Par les acteurs et livres, etc.
Eust. des Ch. Pois. MSS. fol. 51, col. 1.
Voyez un Manuscrit, intitulé : Voyage de Cènes,
parJ.Marot, où l'on trouve encore .4r7<'Hr pour
Auteur.) Ce même ouvrage imprimé sur un exem-
plaire où Marot avoit fait beaucoup de corrections
de sa main, offre p. ir>, le mot Auteur, au lieu
d'Acteur; ce (lui pourroit faire conjecturer que
c'est vers ce temps-là qu'a cessé l'usage du mot
Acteur, dans cette signification.
Sans parler de l'acception particulière qu'il
conserve, nous observerons qu'on l'employoit figu-
rénicnt comme aujiuird'hui. L'on appeloil chef
Acteur, le principal Acteur dans une alîaire, dans
une intrigue, etc. (Triomph.des neuf Preux, p. 217,
col. 2.)
VARIANTES :
.\CTEUR. Orth. subsist.
Ar.TiiLiH. Gér. de Roussillon, MS. p. 208.
ÊTOun. Id. ibid.
Actif, adj.
Nous ne citons ce mol qui subsiste, que pour
expiicpier cette expression Vasselagc actif; c'est le
droit de féodalité qui appartient au .Seigneur sur
son Vassal. (Laur. Gloss. du Dr. fr. et Dict. de Cotgr.)
Ici actif, est par opposition îi passif. Le Vasselage
actif esl le devoir qu'on se fait rendre: le Vasselage
passif est le devoir que l'on rend. (Voy. Vasselage
ci-après.j
(1) disputoient.
AG
— 87 -
AC
Action, anhst. (èm.
Le sens ]m(i[)i-c subsiste ; el l'on appelle encoi't!
actuin au lij;ur<', le droit en vertu clui|uel on ajfit
eonlie la iiers(uuie ;i UKiuelle on lail une ilenianile
en justice, el (lueliiuelois par extension l'objet
niènu' (le la ileuiande ; c'est en ce sens ((ue l^auiière
(lélinit action: " iletle active, à la dillérence de la
" passive. » ((iloss. du l>r. IV.)
L'ancienne .lurispnuleace dislin^uoil comme
aujourd'hui ditVi'renles espèces d'actions. Avoir
action en la eliose, e'étoit « avoir droicl en la pro-
« priélé d'aucun liéritage. dont un autre prendroil
«' les usnfruicis, ■> : Voy. Houleill. Soui. lîur. p. L")").)
On ntinunoil action à ta elione, celle i|ue « peut
" avoir celuy qui tient usul'ruicl d'aucun héritage à
« vie ou ;^ certain tem|ts; iiui n'a aucun droicl en
•< la propriété. >< i\'oy. Id. ihid.)
Sur une accusation dont la preuve étoit difficile
;i faire, les Juges ordonnoieiit le duel en certains
cas, qu'on disoit : cticnir en action jwpulaifc. Celui
du Crime de Lèse Majesté en étoit excepté. « On
" avoit cause de ce l'aire et demander, si comme par
" la mort ou Irayson de son père ou de sa mère,
'< de son frère ou de sa sœur, de son fils ou de sa
" fille de son germain ou de sa germaine; et
« pour s(ui droicturier Seigneur, se le cas chet eu
« action populaire, c'est-ù-dire, ce c'est de cas qui
« à lui appartiennent i^i cause ; si comme se un
" homme noble, ou (lui n'est de la famille du Roy,
" eausoit de trahison contre le Roy, il ne seroilà
« recevoir gage de bataille : car ce n'est par action
« de populaire, ne qui appartienne à sousteuir à
« commun homme , etc. » (Routeill. Som. Rur.
page 881.)
On peut voir ibid. p. 152 etsuiv. notes p. ir)3-17().
et dans le Gr. Goutumier de France, Liv. II, p. 111.
les autres espèces d'«c'//oHS. Celles qui ont des noms
anciens et particuliers , nous les avons rangées
sous le mot qui les dislingue.
AcUor, adverbe.
Il faut probablement lire à euer. pour à cœur. Il
est facile de confondre ces deux orthographes en
lisant ou copiant les manuscrits.
Princes à vous suppli humblement,
A mes -Seigceurs semlilablement
Vos oncles et Irère, que prenés
Mon fait aciiur, et tellement
Que clibscun voye clerement
Que je ne soye révoquez.
Eust. des Ch. Povs. IISS. fol. 3i0, V col. i.
Actrayère, subst. fém. Terme de Coutume.
Ce mol, le même (\v\'Eslraière ci-après, quant à
la signification, pareil eu différer par l'étymologie.
<Juelques-uns cependant dérivent l'un etî'autre'du
latin attrahere, attirer.
" Par ce mot Actrayère (1) se doivent entendre les
« biens assis en autre justice, qui viennent au Roi,
« ou à autre Seigneur, soit à cause de leurs hautes
« Justices, ou de leurs homme et femme de corps
« par succession , confiscation ou autrement »
(Coul. gén. T. I, p. ma.)
VAIIIAXTES :
AGTR.VYKRES. Coût. gén. T. I, p. 4C6.
.\Tin.\iiu;iiK. Du Cangc, Gloss. Lat. au root Atli-aclus.
Acliiaiité, snlist. fem. Réalité.
L'.Vuleur du Gloss. sur les Coul. de Beauvoisis
dit n'avoir lu ce mot que dans P. de Fontaines; ii
ci'oil (lu'il faul lire cruauté; le passage auquel il
l'envoie, et que nous allons rappoj-ter, semble
luouver (jue actuautc esl pour acte réel, comme
s'il y avoil actualité, réalité : « 11 ne convient pas
•' ke peur soit prouvée tant seulement par vantan-
« ces, ne par manaches, mais par Vactuauté du
« l'ait. » (Cons. de P. de Fontaines à la suite de
Joinville, ch. .XV, n° 57.)
Acturer (s'), verbe. Se tapir.
Se cacher, en se tenant dans une posture rac-
courcie et resserrée; i)eul-étre du latin rtrc;/«s. res-
sens, étroit. ■' Se leuoit musse ou «c/î/n'ou appuyé
" en aguet contre le torchis ou apparoy de son
« hostel. » (Lettres de liGS, citées parD. Carpenl.
suppl. Gloss. de Du G. au mot Acurtare)
Acube, ?,ul)st. masc. Tente, lit.
En général, lieu pour coucher, du latin «(■(■(///«;■£;.
■' Gite, repaire, s. jour » suivant Mcot. jVoy. Oudin
et Cotgr. Dict.) Nos anciens Poètes ont souvent em-
ployé ce mot dans la signification particulière de
tente. (Voy. Du Gange, Gloss. lat. au moi AccubitUK,
T). col, 80.) Il cite ces vers : .
.Vnviron la cité firent lo trefs drecier,
PaviUons et Aucuhesel grands paissons ficliier.
llom. de Girard de Vienne, MS.
Ce pourroit être aussi une espèce de lit, sur lequel
on couchoit dans les tentes.
XII lieues moult granz tient la herbergerie,
De paveiUons ovrez de soie d'Aumarie,
De loges et de très, A'acubes de Turquie.
Parten. de Blois, MS. de S. G. fol. 168, V- col. 3.
Les grant (2) eschet que pris avons,
Et Aucuhes et pavellons.
A'.his, MS. fol. 53, V col. 2.
On lit ailleurs :
Les riches trez, les pavillons.
V.MU.VNTES :
ACCBE. Rom. de la Prise de llierus. ilS. cité par Du Cange.
Gloss. lat. au mot Accubilus.
AccuBE. Oudin, Cotgr. el \icot Dict.
Alcube. Gér. de Roussillon, MS. p. 65.
Acueillage, subst. masc. Association, engage-
ment.
Du verbe xVccrEiLLiR ci-dessus, pris dans le sens
d'engager, associer. - Grant Jehan acueillit et al-
ft loua à la suppliante une sienne niepce Au
" moyen duditac'i/('///«(/(% ladite niepce, etc. » ^Lett.
de Ii8'2, citées par D. Carpent. suppl. Gloss. de Du G.
au mot AccolUgere.)
(i) actrayère vient de udraclus, estraiére vient de extractus. — (-2) butin.
AC
— 88 —
AC
Acuoillotor, verbe. Cueillir. Prendre.
Le premier sens est le sens propre.
A cueillflr la promere flor
A tel déduit et tel doucor.
Que mainte bêle Damoiselle :
I change le nom de pucele
Qui celé tlor n'en acueillcle,
Jà Diex en Paradis n'el mete.
Fabl. MS. de S. Germ. fol. M, R- col. 3.
De 1;^ le sens générique de prendre. On disoit au
figuré, aceucilloiter une voie, prendre, tenir un che-
min. (Voy. AcciKiLi.iR ci-dessus.)
.... tant est la voie estroite
D'amie avoir, que blasmer
Ne doit-on pas celui qui acueilloite
Voie de lui faire amer.
.\iK. Po«. Fr. MS. du Valic. n' i522, fol. 155, V col. t.
VARIANTES :
ACUEILLETER. Fabl. MS. de S. Germ. fol. &i, R° col. 3.
AcUEiLLûiTER. Ane. Poës. fr. MS. du Vat. n" 1522, fol. 255.
Acueui'é, partie, et udj. Qui esL sans cœur.
Foihle, qui est sans courage.
On a employé ce mot, soit au propre pour dési-
gner celui a ([ui on a arraché lecœurou les entrail-
les, soit au tiguré pour signifier celui à qui le cœur
manciue, ou par lâcheté, ou par foiblesse de corps.
(Vov. .4ciErni:n ci-après.)
Ainsi, on a dit au propre : « lui escreva la playe,
« et en saillit ung ray de sang aussi gi-ant comme
« il eust faict d'une 'besle aciieurée, et se pasma
« incontinent. » (Lanc. du Lac. T. III, fol. I2-2,
V- col. 2.1
Au figuré, ce mot a signifié lâche, sans cœur.
(Oudin et Colgrave, Dict.) Foible dans ce vers :
J'en ai le cueur noir, triste et acoiivé.
Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 55, col. 3.
VARIANTES :
ACXJEURÉ. Lanc. du Lac, T. III. fol. 122, V» col. 2.
AccuECRÉ. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 155, col. 3.
ACHORÈ. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. aumot.4coraWws.
AcoRÉ. Gér. de RoussiUon, MS. p. 129.
AcouRÈ. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 108, col. 2.
Acueurcr, verbe. Arracher, percer le cœur.
Tuer, l'aire mourir. Faire manquer le cœur, afToiblir.
Le premier sens est le sens propre de ce mot
formé de cueur, qu'on écrivoit aussi ciier ou cor,
etc. « Je iiay acorer ce lyoncel que là avez occis...
» Quant il Veut acoré, il le pendist à sa selle. »
(Percef. Vol. II, fol. 52, V^col. 2.) 11 signifie percer
le cœ'ur, dans ces vers :
li quens Beghe est descendus,
De son espiel l'a acore.
Ph. Mousk, MS. p. .58 el 59.
De là. ce mot dans le sens général de percer, dé-
chirer. On disoit ligurément acourer le cuer, pour
déchirer, percer le cœur.
Pour mon dolent cuer acourer.
G. Machaut, »1S. fol. iV, R- col 3.
Souvenirs vient mon las cuer acourer.
Ibid. fol. m, R'col. 1.
Dans la signification de tuer, faire mourir, il dé-
signe reiïct au lieu de la cause.
Tant en occist et acoura
Li Uoys et sa gent en la chasse,
Que couverte en estoil la place.
G. Machaut, MS. p. 23î, R' col. 1.
C'est par métaphore qu'on lit au même sens :
.... verrai-je jà Vore
C'un très dous ris
Puisse avoir de son cler vis
Qui si m'occit et acorc.
Ane. Pool. Fr. MSS. araDl 1300, T. II, p. Î6.
On trouve akeure dans une autre copie de la
même pièce.
Enfin l'on a dit acourer pour faire manquer le
C(i.Mir, aiïoiblir, rendre foible. « Sourdist en leur
« ost une maladie de cours de ventre, qui fort les
" acoura : car leurs gens mouroient epaissement
« de celuy mal. » (IlisL de Loys 111, Duc de Rour-
bon, p. li>.').)
De là s'aqueurer, pour tomber en défaillance.
... . il en boit tant qu'il s'aqueure.
Fabl. MS. du I\. n- 7218, fol. 238, V col. 1.
VARI.ANTES :
ACUEURER. Rom. de la Rose, vers 18805.
AccORER. Gér. de RoussiUon, MS. p. 132.
AccoiRER. G. Machaut, MS. p. 228, R« col. 3.
AcoRER. Percef. Vol. II, fol. 52. V» col. 2. - Gér. de Rous-
siUon, MS. p. 134 et 163, etc.
AcocRER. Histoire de Lovs III, Duc de Bourbon, p. 155. —
Gér. de RoussiUon, MS. p. 142.
AcuERER. Rom. de la Rose, vers UOf^ et 11090.
Akeurer. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300. T. III, p. 995.
Aquelrer. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 238, V» col. 1.
Acuillahle, adj. Agréable.
Proprement, qui mérite d'être bien accueilli. De
là mal acuillal)lc, pour désagréable.
Pou plesant, et mal acuillabte.
Fabl. MS. du R. ii- 1218, fol. 217, R- col. 1.
Acuisinor, verbe. Nourrir.
Proprement fournir la cuisine de gibier, etc.
C'est en ce sens qu'on a fait dire à un vieux chien
qui avoit bien chassé :
.Mes corps bien vous acuisina. (1)
Eusl. des Ch. Pocs. MSS. fol. 300, col. 1.
Acuité, subst. fém. Pointe. Subtilité.
Dans le premier sens, on a dit métaphorique-
ment : " Le grave accent du tien escript, tiliole ca-
« rissime, gecté sur la balance d'afTection pater-
.< ncUe par «t"H(7('' de vive impression, a sublevé
« ccste pesanteur et tardilé d'escripre. • (Cré-
Ce même mol pris figurément, signifioit subtilité.
(Oudin, Dict.)
(1) j'ai bien fourni votre cuisine.
AD
— 80
AD
Aciiincnionienl, suhst. musc. Communion.
Du verbe Acuincner sous Acommumiih ei-dessus :
en latin t'unniiuuio. (Hùjîle de S' Benoit lat. et fr.
Ms. de IJeauvais, cii. 63.)
Acur«', (idji'ctif. Terme de i''auconnerie.
On disoit oiseau acnrc par opijositioii à oisaeude
repaire. « Il y a plus d'alïaire ;\ un faucon prinsde
« repaire qu'à uni;- qui a esté «r^rc'. » (Budé,
des Ois. fol. I'2i, H". — Voy. aussi Modus et Hacio,
fol. 61, V".)
VAUIANTES :
ACURÉ. Oudin, Dict.
A.CORRÊ. Cotgrave, Dict.
Acuvertlr, verbe. Asservir.
Du mot cuvcrt, serf. (Voy. ce mot.)
Ne fust votre venue,
Tôt eussien France perdue ;
Et se vos y perdez la vie,
Donc sera ele activcrtie
Parten. da Blois, MS. do S. Gcrm. fol. 131, V col. 1.
Au Pape qui l'ot converti,
Ainsi sa terre acuverti
Li llois Jehan.
G. Guiart, MS. fol, 107, X:
Mors aquiverlit Rois et Papes.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 103, V- col. 2.
ACUVERTIR. Parten. de Blois, MS. de S. Germ. fol. 134.
Aquivertir. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. I, fol. 103, V» col. 2.
Ad, prép. A.
Cette préposition est purement latine. Nous en
avons fait la préposition françoise rt, qu'on a vue ci-
dessus exprimer des rapports semblables à ceux
que présentent les passages suivans :
.... vostre vueil s'accorde ad ce.
Grelin, p. 150.
Ad l'honneur, à l'utilité
Du Roy, de la Royne et du Règne.
Eust. des Cil. Poès. MSS. fol. 558, col. i.
De là l'expression ad ce que; afin que. (Join-
ville, p. 45.)
Ad ce présent. •< I4' par bourgoys de la ville de
" Clermont ad presens. » lisez ad ce présens. (Du
Chesne, gén. de Chastillon, Pr. p. 46, tit. de 1247.)
Jusqu'rtrf ce que. (.Foinville, p. 45.) Jusqu'à ce que.
Adage, subst. masc. Proverbe.
(Voy. Monet et Oudin, Dict.) Ce mot n'est plus
d'usage qu'en plaisanterie, selon le Dictionnaire de
l'Acad. fr.
Adagial, adj. Proverbial.
Du substantif A(/flsr£' ci-dessus. (Voy. Épith. de Mar-
tin de la Porte et le Dict. de Cotgr.)
Adagner, l'^'r/^P. Favoriser. Respecter.
Le sens propre est estimer digne ; du latin
(1) j'eus. - (2) orgueil, fierté. - (3) le corbeau.
I.
dUjnare. Par extension, favoriser, estimer digne
d'une faveur.
tant nous ada'njna.
Qu'à sa feste nous manda.
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 58, R- col. 2.
De son amour ne le voelt adagyncr.
Froissarl, Pom. MSS. p. 72, R'.
.... j'aim celé qui ne m'adaintjne.
Falil. MS. du R. n- 7218, fol. 218, V- col. 1.
Si eue Cl) trop el cuer la raige.
Quant j'aim là où ne TR'adaiijne.
Ane. Poil. fr. MSS. avant 1300, T. III, [>. UM.
Ce mot a signifié aussi respecter, estimer digne
de respect.
Se vos famés mainent bufoi (2)
De seur vous
.... fetcs ausi fctement,
Comme Ilains (3) fist de sa moillier
Qui aine ne le vout adaimpni'r,
Fors tout le mains qu'ele pot,
Dusques à tant que il li ot
liatii et les os et l'eschine.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 51, R- col. 2,
(Voy. Daig.nkr ci-après.)
VARIANTES :
ADAGNER. Froissart, Poës. MSS. fol. 17, R».
Adagnif.r. Id. ibid. fol. 72, R».
Adaigner. Ane. Poët. Fr. MSS. av. 1300, T. III, p. 1101.
Adaingner. Fabl. MS. du R. n" 7218. fol. 218, V" col. i.
.\d.\ingnier. Id. ibid. fol. 51, R» col. 2.
Adaieur, subst. 7nasc. Qui harcèle.
Du verbe Adaier, sous Adoiser ci-après, harceler,
irriter. Nous trouvons ce mot employé comme épi-
Ihète de plaideur et d'.Vvocat, dans les Epit. de
Martin de la Porte; et comme synonyme de harce-
leur. (Id. ibid.)
Adain, suhst. masc. Aile.
Nous n'avons sur cette explication d'autre auto-
rité que celle de Borel, qui a trouvé dans ce mot
l'origine du nom de la capitale de l'Ecosse, Edem-
burg; en latin ui'bs alala. (Voy. son Dictionnaire,
secondes additions.)
Adainager, verbe. Ruiner, détruire.
Proprement endommager ; le même que Da.mager
ci-après.
.... Caries bien se vengea,
Des Payens qu'il adatnana.
Ph. Mousli. MS. p. 224.
(Voy. Adamer ci-dessous.)
variantes :
ADAMAGER. Ph. Mousk. MS. p. 224.
Adamagieh. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.
Adomager. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 171, R» col. 2.
Adom.vgier. g. Guiart, MS. fol. 71, V°.
Adamant, subst. masc. Diamant.
Du latin Adamas.
Ta vertu estincellée.
Comme le riche Adamant,
12
AD
- 90 —
AD
Qui, de sa force cellée,
Fraude l'honneur de l'enoant ;
De tel insllnct me ravit,
Que si autre ciel m'atire.
Soudain de ses raiz me tire.
Poi-s. de Loys le Caron, fol. 47, V" et 48, R'.
Il paroit que ce Poëte eroyoit que le diamant
empèclioit rallraction de l'aimant. Marbodus l'a
cru de même; mais les expériences ont démontré
le contraire.
On a dit ti^uréuient par allusion h la dureté du
diamant, pièges d'Adamaiil, pour sii;nilier des fers
qu'il n'est pas possible de brist'r. ■> Uue restera-t-il
« aux misérables Franrois vos cousins idisoient
« les Ambassadeurs de France aux l'i-inces de l'Em-
« pire à la diète de ['>ii), sinon qu'encbaisnez par
« les pieds et par les mains de menicles de fer et
« do pièges d'Adamanl ; ils présentent leurs gorges
« à couper à leurs vainqueurs, etc. ■> 'Mém. de du
Bellay, T. V, p. -ilT, notes. — Voy. Adamantinement
ci-après.)
Adamantin, adj. De Diamant.
On a dit dans le sens propre (/emme adamantine,
pour signilier une espèce de diamant. " Les meil-
« leures de ces gemmes adamantines viennent
« d'Inde, et ont aucune convenance avecques le
« crystal, à cause qu'elles ont plusieurs costez et
« faces. (J. Le Maire, Cour. Margar. p. 35.)
Au figuré, cœur adamantin, cœur dur comme le
diamant. (J. Le Maire, Illustrations des Gaules,
Vol. I, p. .7«.)
Vous avés bien les cœurs adamantins.
FaiTeu, p. 3.
Adamantinenient, adv. Fortement, solide-
ment.
Acception figurée, par allusion à la solidité du
diamant : « Adamantinement unie. » (S' Julien ,
Mess, histor. p. tl'-l.)
Adamer, ver^r. Perdre, ruiner, détruire. En-
tamer.
Au premier sens, du mot Dam ci-après ; en latin
damnum , perte , dommage. (Voyez Aiia.magkr ci-
dessus.)
S'esmut et par liera et par mer,
l'our Hobiert Wiskar adamer.
Ph. Mousk. MS. p. 447.
Ce mot pris dans un sens moral signifioit plus
particulièrement la perte de l'âme. (Voy. Damner
ci-après.j On lit dans une paraphrase de VAve Maria :
Dominux tecunt ; douce Dame,
Fu bien chascuns à salu Dame,
Quant chascune ame erl adainée.
Dits de Baudoin do Cundc, MS. de CJainnal, fol. 300, V col. S.
Dans la signification d'entamer, adamer paroit
être le même qu't'/it/a»u;?', sous E.nta.meh ci-après.
. . . ont la char plus rouge que n'est charbon en tlame,
Et les oreilles lées comme une grant eschame
Dont il s'afublent tuit ; puis ne doutent nule arme.
Tant soit trenchant ne dure, qui parmi les adame.
Fabl. MS. du R. n* 7!tl8, fol. 343, V col. I.
Adamites, suhst. ma.sc. plur. Sorte d'Héréti-
ques.
Il y en avoit de différentes espèces. tVoy. le Dic-
tionnaire des Hérésies, par M. l'abbé Pluquet.)
Adaptation, snbst. févi. L'action d'adapter.
Du lalin Adaptare, ajuster, adapter. (Voy. Oudin
et Cotgr. Dict.)
Adarce, subst. fém. Espèce d'écume.
En latin .If/flrcrt ; du verbe Adarrscere , devenir
sec. C'est une espèce d'écume; (luelquefois aussi
une espèce de coton , c|ui s'attache aux roseaux ,
dans les temps de sécheresse. (Voy. Cotgrave et
Oudin, Dict.)
Adarl»', adj. Nigaud.
" (iuillaume Moiiin appela Pierre Louchin, grant
<< .If/rn'/c' de villain. » (Lettres de l'i21, citées par
D. Carpent. suppl. (lloss. de Du C. au mot Addicio.)
L'étymologie ([u'il indiciue nous paroit peu natu-
relle, n suppose que ce nom vient du latin addis-
cere, apprendre, s'instruire, et qu'on a formé de
là rtr/«/'/t', homme neuf et simple, inepte, niais.
Nous aimerions mieux tirer son élymologie de
l'Anglois Dallii , que Junius Etymolôg. anglican,
dérive du Flamand Dollcn , nigauder, d'où Adarlé
pour nigaud. Le nom composé Jacque-Ualle , dont
le peuple de quehiues cantons de la .Normandie fait
usage dans le même sens de nigaud, pourroit bien
avoir la même origine, et confirmer celle de l'Ad-
jectif Adarl .
Adavinour, subst. masc. Devin.
Du mol Devi.neitr ci-après. (Voy. D. Carpentier,
ubi suprà.)
variantes :
ADAVINEUR. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du Cange au
mot Diriiius.
ADAViNiKH. Id. ibid.
Advineuu. Id. ibid.
Addextreniant, adj. Adroitement.
Dextiement. (Monet, Dict.) Proprement d'une
manière ade.vtre. (Voy. Adextue ci-après.)
Addit, subst. masc. Terme de procédure.
L'Editeur du Gr. Coût, de Fr. dans sa note tou-
chant \'interdil sur rc/ilicatinns. Liv. ill, p. 4,55.)
observe « qu'on peut appeller ccsle fnrnied'escrire,
" OfW?7;o/iS, comme les nomme fdnlonnance, ou
- responses ou responsif qui se baillent après les
" premières escritures. » Cette délinition paroitroit
propre à donner l'idée de la signilicalion du mot
Addit, dans ce passage. « L'une des grandes per-
>. plexités et longueurs estans es proceix de nos
« dits pays et Duché, est à cause de Vaddit et plai-
« derie ; et advient souventes fois, que le proceix
« qui aura longuement duré entre les parties, est
« en droit et pi'esl à juger, que leur addit et plai-
» doii'ie n'est encore accordé entre elles: tellement
" que, (luaut la partie poursuivante cuide avoir la
•< lin de son proceix, elle est encore au minence-co
AD
— 91 -
AD
« ment; cai' le (leiïcnileur ou la pnrlie fini vcult
« délayer, alif'guera cl dira que le |)lay(lié et uililit
« qui a esté escript par le diofliei', ne; coiilient,
« vérild, et ([u'il n'a pas été ainsi plaiilaié ; et coni-
« munénient sont les parties coiitiaires et en
« preuve sur ce. « (Ord. des Ducs de Bret. fol. 373.
— Voy. AiiDiTun et AniuTioNs ci-après.)
AdditanuMit, suhst. mnsc. (le qui est au bout.
Proprement ce (|ui est ajouté: d'où l'on a dit
Additamenl vinmillaire, pour le bout du sein, le
tetin. Dans l'.Xnatomie de Caresnie-prenant, on lit :
« l.as Adilihniiciis inainilliiircs, comme ung bobe-
« lin. » vHabelais, T. IV, p. Iti8.)
Addite, subst. fém. Clause, convention.
(Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) Stipulation du mot
Adicter ci-après.
Additer, verbe. Terme de procédure.
Proprement ajouter ; du latin addere , au supin
additum, d'où vient peut-être le mot Addit ci-dessus.
En termes de barreau, c'étoit ajouter, fournir de
nouvelles pièces à un procès, y faire des Additions.
(Voy. ce mot): « Avons délibéré et ordonné que...
« le procès du contredict sera escript en tierce
« personne, et après ce qu'il sera escript, addlté et
« passé, sera clos et sellé avecques les choses ser-
« vantes à iceluy. » (Ord. des Ducs de Bret. fol. 225.)
« L'Advocat ne se absentera par fraude en faveur
« des parties... le jour qu'il aura pledoié cause,
« jucques ;i tant que le procès en soit addlté , ou
« que il ait fait son devoir de l'addit du procès,
« ou au moins qu'il se rende à l'addit du Procès. »
(Ibid. fol. 231, V°.)
VARIANTES :
.M)DITER. Ord. des Ducs de Bret. fol. 223, V».
A.D1TER. Nouv. Coût. gén. T. I, p. 398, col. 1 et 2.
Additions, subst. fém. plur. Procédures.
Laurière remarque, « qu'en l'Edit de l'an 153!),
« art. 38, et ailleurs, ce sont les écritures secondes
« de réplique ou duplique, que les parties litigan-
« tes fournissent en la cause, soit pour ajoute)'
« autres faits, ou pour répondre aux faits de partie
« adverse , qui sont contenus par les écritures
« principales et premières. » (Gloss. du Dr. fr. —
Yoy. Addit et Additer ci-dessus.)
Addomter, verbe. Dompter.
Au figuré dompter, en flattant, rendre moins
féroce, dans ce passage. « II... est licite de rtf/f/om?('r
« et endormir par belles paroles les oreilles du
« tyran ; car puisqu'il est licite d'occire le dit tyran,
« il est licite de luy blandir par belles paroles et
« signes. » (Monstr. Vol. I . fol. 41 , V°. — Voy.
Dompter ci-après.)
Adduire, ve7'be. Conduire, amener. Instruire ,
dresser.
Le premier sens est le sens propre ; du latin ,lf/-
ducere. (Voy. Cotgr. Dict.) De là s'aduire au figuré,
pour se porter ù quelque cho.se, proprement y être
conduit par l'inclinalioii.
La chasse où tout franc cuer s'aduit.
Font. Guur. Trh. de Vi!n. MS. p. 4.
On dit encore, dans quelques cantons de la Nor-
mandie, s<' r/w/ri? fl?< /;ù'h, pour se porter au bien.
S'rtr/H,(/?r paroit avoir (Hé employé alisolument dans
une signification à peu près semblable.
Se ung grant Prince se veult aduyrc,
Qu'il soit tant soit peu courageux :
.Tr luy faitz tous ses fait/, descripre,
Et mettre du nombre des preux.
Coquillart, p. 126.
Instruire quelqu'un , c'est le conduire par des
leçons. (Voy. Duiri: ci-après.) Ainsi l'ondisoit aduire
pour instruire en général. « Vous estes aduictz en
« bonne créance. « (Percef. Vol. III, fol. 07, V-
col. 1.) Plus particulièrement, pour instruire, dres-
ser en ternies de chasse ou de fauconnerie. « L'es-
« morillon est le plus petit oiseau de proye dont
« les fauconniers se servent. Il est de poing et non
« de leurre ; combien qu'à un besoin on le puisse
« aussi aduire au leurre. » (Budé. des Ois. fol. 118.)
. . . primier vous vueil introduire
D'acharner vos chiens, et aduire
Telz qui soient à la saison
Très-bons, etc.
Font. Guer, Très, de Vén. MS. p. 31.
CONJUG.
Aduict, part. Instruit. (Percef. Vol. III, fol.
67, V'col. 1.)
Aduiz, partie. Instruit, appris. (Contred. de
Songe-creux, fol. 114, V".)
ADDUIFIE. Cotgr. Dict.
Ax)UiRE. Font. Guer. Très, de Vén. MS. p. 31.
Aduyre. Coquillart, p. 126.
Adebonnairir, verbe. Adoucir.
iVcception générale, née de l'acception particu-
lière et subsistante de l'adjectif Débonnaire. (Voy.
D. Carpentier, ubi suprà.)
ADEDONNAIRIR. D. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au
mot Mayinuelnve.
Adebonerik. Gloss. du P. Labbe.
Adécation, subst. fém. Conformité.
Proprement équation, égalité de valeur, équi-
valent, au figuré, conformité d'une idée avec son
objet, comme en ce passage: « Vérité est une adé-
« cation de la chose qui" est à l'entendement de
« l'homme. » (Ilist. de la Toison d'or. Vol. II,
fol. 208, V°.)
Adéfier, verbe. Bâtir, construire.
(Voy. Édifier ci-après.)
Abilant siet sus Aire port
Droit trait : moult fu le chastel fort,
Et la contrée moût planière
De beau bois, de bêle rivière.
AD
- 92 —
AD
Cil qui primes Vadèfia.
Et qui le chastel coinpassa,
Moult fu sages et corloiz ;
Or l'apéle l'en mont Hagneiz.
Uom. du Rou. MS, p. 10 cl 11.
AdL'iiuMiter s), verbe. Se désespérer,
l'roiiremeiit , perdre Tespril, la raison; du latin
Démens, insensé. (Voy. Demknter ci-après.)
Gentement s'nilcmcntp, prist soi à gramoier ;
Helas! dist-il chetis, or n'ai-jo nul denier.
Fabl. .MS, du R. n- 7218, fol. ZH, H' col. î.
Adeinetre, verbe. Décliner, baisser. Avancer
tète baissée.
Du latin Ihmillere. On a dit tlyurément au
premier sens :
Par les mauvais dont il est tant,
Vait li siècles urft:i/ic((i(i(.
Et est largece déchue.
Dils de Baudoin de Condc, MS. de Gaignal, fol. 31Î, R' col. 3.
De là peut-être s'ademctre pour avancer tète
baissée. (Voy. Ahkmis ci-après.)
Encontre lui de grant eslôs, (i)
S'est ademis, etc.
Alhis, .MS. fol. 1Î5, R* col. 1.
Vers Ysore se vait adcmetant.
Anseis, MS. fol. 30, V- col. 2.
On pourroit aussi faire dériver ademetre en ce
sens, du latin admiltere ; au figuré admitlere
equiirn, i)Ousser son cheval, le faire avancer vers
son eniienii.
Adeinis, purtieipe. Caisse. Abaissé, humilié.
Reçu, admis.
Du latin Deniissus, on a fait Adeinis au premier
sens, le même ([ue Demis ci-après, pour baissé ; et
l'on a dit venir adeinis, dans le sens pro[)ie, pour
venir tète baissée.
Cil primerains qui ci vient adonis,
.\ura la jouste de moi, je vous plevis. (2)
Anseis, MS, fol.61, V'col. 1.
(Voy. Ade.metke ci-dessus.)
Au ligure, ce mot signilîoit abaissé, avili,
humilié.
Il firent pais as anemis.
Dont il furent trop adeinis,
Et mains prisié, etc.
Dits de Daudoin de Condc. MS. deGaignal, fol. 310, V- col. i.
Dans le dernier sens, c'est notre mot ailinis,
formé du latin adniissiis.
De saluer bien adcmiscs.
Se sont de lez le lloi assises.
Athis, MS. fol. i23, V'.
On écrivoit adeinie au féminin.
Vaillance n'est ndcmie,
Cogneue, ne mise en haut.
Euse. des Ch. Pof s. MSS, fol. 175, col. 2.
Peut-être faut-il lire à-demie pour à-demi :
à-demie cogneue, pour à-demi connue. I
VARIANTES :
ADE.MIS. Kabl. MS. du R. n- 7'21S, fol. 3, R» col. 2.
Adk.mie (au fém.) Eust. des Ch. l'oes. MSS. fol. 175, col. 2.
Adrmpre, subst. Impôt.
Laurièie rend ce mot par exaction violente,
conformément à l'étymologie (ju'il donne, res
adempta. (Gloss. du Dr. fr.)
Du r.ange, (lloss. lat. au mot .\drinpruin, dit (lue
c'étoit une sorte de droit imposé par les Comtes de
l'ioveuce sur leurs sujets , pour les dépenses des
mariages de leurs liUes, ou pour les expéditions de
la terre Sainte, ou pour faire des acquisitions. Ce
droit répond (iueli|uefois à celui qu'on appelle
aide-chevel dans d'autres Coutumes. Du Cange
ajoute que le mot Adciiipre se prend en Languedoc
pour toute espèce d'impôt : on trouve la même dé-
linition dans Jean de .Nostre-Dame, des Poêles
provençaux, p. lOi.
Ad<Mier, verbe. Condamner.
Il paroit que c'est le sens de ce mot dans les vers
suivans, où le Poêle dit en parlant de Dieu :
.... quant il voet ordener,
Et castoiier et adencr
Son serf à souffrir aucun grief, etc.
Hist. de Job, en vers, MS. de Gai^nat, fol. l'i, R° col. 1.
Adénéralion, subst. fém. Vente à prix d'argent.
Il paroit que c'est le sens de ce mot dans ce
passage : ■• Faire mettre à exécution lesdiles Lettres,
" alin d'obvier à la relardation des couppes de bois
" et pesclies d'eslangs; être présent aux baux,
« veiidilion de grains, vins, bois, poissons, forests,
" pesclies d'eslangs, adénéraliun d'iceulx, et
'< receple desdites choses, rentes, etc. » (Ilist. de
Paris. l'reuv. T. III, p. I'i8, col. 1.) 11 est expliqué
par vente dans le Closs. de cette même Histoire.
(Voy. AiiE.NEREH ci-après.)
Adcnérer, verbe. Apprécier en argent. Vendre,
convertir en deniers.
On peut voir sur le premier sens, les Dicl. de
Nicol, de Moiiet, de R. Estienne cl de Cotgrave.
(Laur. Closs. du Dr. fr. Closs. de l'ilist. de Paris, au
mot .lr/(''«Jr(?r ; cl du Cange, au mol Dcnariula.)
Ce mol a signiliê vendre, convertir en deniers,
vendre par adjudication. « Il ordonne en son tes-
" tament, (iiie tous les biens meubles quelconques
« soient adénérex- et mis à argent, lequel argent
« soit mis en héritage, au profil des pupilles. >■
(La Tbaumass. Coul. de lierry, p. 300.) « Rien
'< meubles vendre ou faire vendre et adeiierer, en
" gardant les solempnilés.... accoutumées. »
(Procès de .lacques Cœur, ms. p. 2."). — Voy. Adene-
RATioN ci-dessus.)
VARIANTP;s :
ADÉNÉRER. Procès de .1. Cœur, JIS. p. ir>. - Nicot, Dict.
AufcNiEREK. Coût. gén. T. I, p. 757, T. II, p. 1)11.
ADOiiEniER. (lisez /Idenerier) Pasq. llech. Liv. l.\, p. 7>f9.
(1) élan. — (2) garantis.
AD
— 03 —
AD
AiU'uos, Kitlist. plur. Terme tl'analomie.
Les lieux i^laiides ([ui sont au fond du palais, et
que Ton nonime couiiuiuicnieut les amys^dalcs.
Rabelais les nomme en IVanrois de leur nom Hrec
A'âcyeç. <' Luy coupanl entirrenicnl les veines ju^'u-
« lairesel ai'U'res spliaL^ilides du col, avec le s^ar-
« guarcoii jusques es deux admcs, el i-elii"iul le
" coup lui enlreouvril la mouelle spinale entre la
" seconde et tierce vertèbre. » (Habelais, T. 1, p. "n'*)-
Adeiict, siihst. masc. Diminutif d'Adam.
(Voy. Mcot et Cott;r. Dict.)
Adens, adv. Sur les dents.
C'est le sens propre de ce mol, cimiposé de la
préposition n et du substantif doits.
Là reraaint mains payens adcns.
Hisl. do Fr. en vers, à la suilc du Rom. de F.iuvel, MS. dvi 11. n* 6812,
fol. 75, V" col. 1.
C'est-à-dire, snr les dents, ou comme nos Poëtes
diroient aujourd'hui, mordans la poussière.
On l'employoit par métonymie, ponr signifier
la bouche, le visage contre terre ; par extension sur
le ventre. « Plusieurs devant le corps nostre
« Seigneur.... estoient en la nef tous adans et
<' crians pardon à Dieu. » (Joinville, p. Ii'2.)
se gisoit,
Contre le Soluelll si dormoit.
Adenz s'est mis tout découvers,
Et son pertuis (1) fii tout ouvers,
Un escharboz (2) dedenz entra, etc.
Bestiaire, MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 82, R- col. 2, fabl. 31.
On lit as dens. (Bestiaire, ms. du R. n° 71)8t).
Baluze, p. 57"i, fabl. 43.;
Au lit se met puis envers puis culof:.
Al. Charlier, Poi's. p. .".53.
Se sont andui entr'abatu,
Cil adcns, et celé souvine. (3>
Fabl. MS. du R. n- 7i!l8, fol. 213, R» col. 2.
VARIANTES :
ADENS. Ph. Mousk, MS. p. 702. - Rom. de la Rose, vers
1485 1487.
Adans. Joinville, p. 71.
Adenz. G. Guiart, MS. fol. 44, R".
Adent, siibst. masc. Hangar, appentis.
Les Charpentiers et les Menuisiers appellent
encore « adeiits, les mortaises et entailleures à en-
« chasser un bois dans l'autre.... pour ce que le
« bois enchâssé est comme mordant et eiidentant
" dans la mortaise. « (Voy. Nicot, Dict. et l'art.
Adenter ci-après.)
De là le mot Adant, pour signifier Hangar,
appentis ; proprement un assemblage en adent,
« Plus un adantel masure assis audit lieu, appelle
« le pot vert ... quatre espasses de maisons cou-
«' vertes de thuille avec un- «rfari.... couvert de
« chaulme... plus ung«rfaHf couvert de chaulme
" plus ung adant alias apentilz, couvert de thuille. »
(D. Carp. suppl. (;ioss. de Du C. au mol Indenlare 2.)
Adart paioil être une faute d'orthographe dans
ce passage.
VARIANTES :
ADENl . Dict. de Nicot, au mot Adenls.
AnANT. I). Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot
l,nlr,ilii,-e, '2.
.\i>AUT. Id. ibid.
Adenté, partie. Toiuln;. Cuuclié, penché, ap-
puyc'. .\ncré, alTeriui, établi.
Le sens propre est: lomi)é sur les dents, c'est-à-
dire, le visage contre terre. Cotgrave. Dict. — Voy.
Adens ci-dessus.)
Il explique le même mol, par couché sur les
dents. De là l'acceplion gém^rale, penché, appuyé.
« Ainsi qu'elle fut adeniptér en un banc sur (jreillers
« et sur quarreaux. » (Cliron. S' Denvs, T. I,
fol. ni. V".)
En comparant les deux points ou crochets d'une
ancre à des dents, on a pu dire adenté, pour ancré;
établi, affermi, dans le sens figuré. Louis VIII,
après la prise d'Avignon sur les Albigeois, fil
combler les fossez de la ville :
Et pour i estre plus adenté,
Fiu'ent tût li mur craventé.
Pli. Mousk. MS. p. 732.
C'est-à-dire, que pour mieux s'affermir dans sa
conquête, il fit abattre les murailles. (Voy. Adenter
ci-après.)
VARIANTES :
ADENTÉ. Cotgrave, Dict.
Adantk. Id. ibid.
.\ddenté. Id. ibid.
.\de.mpté. Chron. S' Denys, T. I, fol. 54, V".
Adentée, subst. fém. Courmade.
Proprement, coup de poing dans les dents.
Hutin (i) et trumel,
Buffe, (5) colée, (6)
Joée, (7) adentée,
Tel sunt lor avel. (8)
Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 57, R'.
Adenter, verbe. Tomber. Faire tomber. Ren-
verser. Mordre. Lier, assembler. Attacher, accrocher.
Comme on a fait Aboucher du mot bouche, pour
tomber le visage contre terre; l'on a fait le verbe
Adenter du mot dent, avec la même acception. Il
est neutre au premier sens, et signifie proprement
tomber adens; figurément, tomber la bouche, le
visage contre terre. (Voy. Adens ci-dessus.) « Fiert
« leChevalier sur le comble de l'escu ung si grant
« coup, qu'il fist le Chevalier adenter, voulsisl ou
« non. » (Percef. Vol. I, fol. 139, R" col. 1.)
De là pour tomber en général ; même en parlant
de choses inanimées.
En celé année raoult venta.
Dont mainte meson adentut.
H. de Fr. en vers à la suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. n' 6S19,
fol. 7+, V col. t.
(1) bouche. — (2) escarbot. — (3) sur le dos, du latin supinus. — (4) démêlé, querelle. — (5) soufllet. — ^6) coup sur le
col. — (7) coup sur la joue. — (8) plaisir.
AD
- 94 —
AD
Souvent on l'employoit dans une signification
active, pour faire tomber en avant. « Lors en fiert
a ung sur l'escu, uns: si grant coup, qu'il Vadcnlii
« sur le col de son cheval. » (Percef. Vol. I, fol. ll;i,
Vcol. 1.)
« Adenter un homme à terre, " proprement le
faire tomber adens, la bouche, le visage contre
terre.
Maint homme a à terre admté.
G. Guiirt. MS. fol. 132. V'.
On l'emplovoit même dans une sismification plus
étendue, pour jeter par terre, abattre, renverser ;
verser, même en parlant des blés sur pied, lorsque
le vent ou la pluie les couche.
Le mercredi un vent venta.
Que les corlines adenla.
Et desrompi ; mes redreciées
Furent fost, etc.
H. de Fr. eo vers à la suite du R. de Fauvcl.MR. du R. n- C812,
fol. 80, V col. 3.
Font tous les murs jus adenter.
G. Guiart, MS. fol. 48, R'.
En cel an moult plust et venta ;
Que blez et vingnes adenta.
II. de Fr. ea vers i la suite du R. de Fauvel, MS. du R. n- C812, fol. 88.
En comparant ù une bouche, l'ouverture, la
gueule d'un pot, on a dit, adenter un pot, pour le
renverser. « Adenta un pot de terre sur les chan-
« dalles eslans sur le ventre d'icele malade, qui fut
« fait par forme de ventoise. » (Lettres de 1425,
citées par D. Carpcntier, suppl. Gloss. de Du C. au
mot Indentare 2.)
Une gmnt g.itn (I) demanda ;
Sour une table ['adrmpta ;
Une souris a dcsous mise.
Bestiaire, MS. du R. n' 7089. Baluze 572, fabl. 53.
Nous lisons adenta pour adempta. (Bestiaire,
MS. du R. n- 761,5, T. I, fol. 87, V» col. 1, fable 53.)
On peut considérer le premier sens du verbe
Adenter, tomber adens, c'est-à-dire, donner des
dents contre terre, comme une extension du sens
propre mordre, donner des coups de dents.
Coûtant i est venuz courant,
A tôt un baston cort, pesant. . .
Au Prévost a sauvé la gorge
Que li cbien ; si l'orent navré
Le forestier ont adenté,
Et il crie : CoiUanz aïe,
Por Dieu le (ils Sainte Marie,
Ne me laissez as chiens mcngor.
FaW. MS.dcS'Gcrm.fol.209.
De là s'adeutir, dans un sens moral et figuré,
pour s'attacher, s'adonner; proprement s'attacher
comme avec les dents, ce qu'on exprimoit aussi
quelquefois par amordre. (Voyez ce mot.)
Ains me voil toi adenlir,
A la belle amer.
Ane. Pocl. Fr. MSS. avant 1300, T. Il, p. 899.
.... sont apris et adcnti
A lecerie, (2) à mauvaistié.
Bestiaire de la Div. escrit. MS. du R. n' 7989, Baluze 578, fol. 197, R* col. 2.
On appliquoit encore l'idée de mordre à la bles-
sure qun fait un trait, parce que ce trait arfnife,
mord pour ainsi dire, entame le corps de l'ennemi
(lu'il alliMut.
La veissiez quarriaus voler
Qui s'assiocnt en pluseurs places,
Sus visages nuz et sus faces
Soudoiers ça et là palir,
Sus qui quarriaus aguz s'adcntcnt.
G. Guiart, MS. fol. 317, V'.
En termes de menuiserie et de charpenlerie, ce
mot signilioit lier, assembler plusieurs pièces de
bois, les " enchâsser si que l'enchâssée adente
« et inorile dans l'autre. » (Voy. iNicot, Dict. et
Ade.nt ci-dessus.)
Enfin, l'on a regardé des crochets, comme des
espèces de dents. De là le verbe adenter pour ac-
ciocher, agraffer. (Voy. Borel , Dict. et Endetter
ci-après.)
Adenter une eschelle à un mur, l'attacher, la
dresser contre un mur, ne se dit que « quand
« l'eschelle a deux crochets et agraphes larges de
« fer, etc. » (Voy. Nicot sous Adents et Cotgr. Dict.)
ADENTER. Borel et Cotgr. Dict. - G. Guiart, MS. fol. 40, V».
.Vdemptich. Bestiaire, MS.du R. n»7989. Baluze 572, fable M.
ADENTin. Bestiaire de la Div. escrit. MS. du R. n" 7989.
Daluze 572, fol. 197, R» col 2.
Adepi'imes, adiK Premièrement.
(Voy. Rrilton, dos Loix d'Anglet. fol. 18, R°.) Ce
sont les deux prépositions a et de, réunies au mot
prime, par une espèce de tautologie, dont nous
avons donné plusieurs exemples sous vl , préposition.
Adès, adv. Lors, alors, dès lors, maintenant,
incontinent. Tantôt. Toujours, sans cesse.
Nous remarquerons qu'anciennement , tant en
provençal, qu'en frauçois, on disoil es, pour ipse,
et que l'adverbe adès pourroit bien être composé
de ce pronom, précédé de la préposition ad. Quoi
qu'il en soit, ce mot sous les deux premières ac-
ceptions, est le même que l'Italien adesso. L'une et
l'autre langue ont aussi pu le former du lalin ad
ipsum, suppl. tevipus.
De là le premier sens dont on trouve mille exem-
ples dans nos anciens Auteurs, dans les Fabliaux
.MS. ihi lloi, dans les vies des S" ms. de Sorbonne,
etc. (Voy. aussi Nicot, Borel, Cotgr. et Ménage, Dict.)
Laurière, Closs. du Dr. fr. au mot adez, l'expli-
que par alors, dès lors ; en quoi il semble se confor-
mer à l'Editeur de Bouteiller, qui l'interprète par
adonc ou lors.
Ce mot signifioit maintenant, incontinent, aussi-
t(M, sur le champ. (Gloss. de Villehard.) " L'Empe-
« reres Baudouins chevaucha adès droit à Sale-
<■ nif|iie. >' (Villehard, page il5. — Voy. Chrou.
S' Deuys, T. I, fol. 25, etc., etc.)
(1) jatte. - (2) Lu.\ure.
AD
— 1(5 —
AD
Li Rossignous dit sa raison,
Et nuit et jor en sa saison.
Cil nos sernont d'amer adés.
Parlcn.de Uloii., MS. du S. Geriii. fui. 12t, IC col. 1.
Ne vos di mie ses boautez
Mais nus n'el voit n'el die wlés,
Si beau ne fu , n'en ert jamès.
Ibid. fol. 102, V- col. 3.
On l'employoil dans le sens de l'adverbe tantôt,
redoulilé, pour mariiuer des eliani;enicns eonsécu-
tifs, qui se font en (|ut'lque sorte au même instant ;
adés, ad ipsiuu tcnipus.
Après disner on s'avança
Ce danser, chacun et cliascune;
Et le triste amoureux dança,
Adùs à l'autre, adcs à l'une.
Al. Chart. Poës. p. 506.
Adès avant, adès arrière.
Vigil. de Charles VII, T. I, p. 16C.
Furent en grand martire, en grande afiliction,
N'orent pas adc:, froit n'orenl pas adez chault.
Ger. de Roussillon, MS. p. 77.
Dans la signification de toujours, le mot tout qui
précède quelquefois adês, et rorlhograplie adiès,
indiquent assez Tétymologie tota dies.
Ensi va de malvais sergant,
Que tout adés va reprovant
Son grant service à son Segnor.
Bestiaire, MS. du K. n' 7089. Baluze 572, fable 54.
On lit ailleurs :
Ainsi vait du malvés sergant
Qui tote jor vait reproichant, etc.
Bestiaire, MS. de S. G. T. Il, fol. 22, V col 3, fable 53.
Guillaume de Lorris parlant des dangers auxquels
s"expose l'amanl qui regarde la beauté dont il est
épris, s'exprime ainsi :
Et saiches que du regarder
Feras ton cueur frire et larder,
Et tout adés en regardant.
Aviveras le feu ardant :
Car qui ayme et plus regarde,
Plus enflame son cueur et larde.
Rom. de la Rose, vers 2368-2373.
En redoublant adès, on retranchoit le mot tout,
comme dans ces vers :
Adès adès serviray
Boine amor tant com vivrai.
Ane. Poèt. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1076.
Plus souvent on Femploycit seul et sans le
répéter, avec la même signification. « Depuis que
" la belle Agnès fut morte, la demoiselle de Yille-
• quier sa iiiepce teint son lieu devers le Roy,
« lequel en ses derniers jours vouloit adés avoir à
« son service les plus belles Damoiselles que l'en
« porroit recouvrer en tout son Royaume. « (Monstr.
Vol. III, fol. (38, W)
Le temps. . . s'en va nuyt et jour,
Sans repos prendre, et sans séjour,
Et ... de nous se part et emble
Si céléement, qu'il nous semble
Qu'il nous soit adés en ung point, etc.
Rom, de la Rose, vers 370 et suiv.
Adés dure la lime, <tdés dure ly Ters (1)
Qui mort la conscience du long et du travers.
i. de Mcun, Cod. ver» 1533 cl «ulv.
Aiguë perce dur caillou
l'or qu adès i llere. (2)
Ane. Poét. Fr. MSS. avant 1300. T. I, p. 46.
Quinaut a rendu cette maxime par ces vers, qui
sont devenus proverbiaux :
L'eau qui tombe goûte à goûte.
Perce le plus dur rocher.
-Nous remarquerons que l'expression dez en dez,
pour incessamment, paroit être formée du latin de
die in diem, comme tout adès ci-dessus, du latin
de ipso in de ipso.
VARIA.NTES :
ADÈS. S< Bern. Serm. fr. .MSS. p. 22-2C5, Passim.
Adez. Fauchct, Lang. et Po(-s. fr. p. 131, \Xi et lî-i.
Adiès. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. l31i.coI.3.
Andes. Triomph. des neuf Preux, p. 38, col. 2.
Adetrier, verbe. Disputer, résister.
Du mot Detri ci-après, débat, dispute.
Mais que vaudroit adetrier ?
De toutes parts chascuns l'assaut.
Et sa défence pot li vaut.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 148, R- col. 2.
Adevaler, verbe. Descendre.
(Voy. Dévaler ci-après.)
Un grant tertre ont adeialé.
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 353, V col. 1.
On employoit quelquefois ce verbe avec une
signification neutre et figurée :
Espaule qi point n'encruçoient, (3)
Dont li lonc brac adevaloieiil,
Gros et graile ù il aferoit. (4)
Ane. Poès. fr. MS. du Valic. n* 1400, fol. 132, V'.
Ade^^naille, subst. fém. Conjecture.
(A'oy. Adevinal ci-dessous.)
jà frapaiUe
Ne merdaille
Ne saura de mon valoir
Riens, fors par aderinaiUe.
Ane. Poës. Fr. MS. du Valie. n- 1490, fol. 151, V.
(Voy. Devi.naille ci-après.)
Adevinal, subst. masc. Conjecture. Chose à
deviner. Espèce de jeu.
(Voy. Devinal ci-après.)
Ou a dit au premier sens :
Ainsi l'ont conforté par lor adevinatts.
Guiteclîn de Sassoi^e, MS. de Gaig:nat, fol. 250, R" col. 1.
(\'oy. Adevi.neme.mt ci-dessous.)
D. Carpeiitier explique ce mot par énigme. (Voy.
Suppl. Gloss. de Du C. au mot Divinus 1.) Il signi-
fie chose qu'on ne peut définir, chose à deviner,
dans ces vers :
(1) ver. - (2; frappe, tombe. - (3) se courboieut. - (4) où il convenoit.
AD
'M —
AD
Vestue ert d'un drap d'outremer,
.... il n'ert blans, ne noirs, ne pers,
Ne vers, ne jaunes ne vermaus,
C'estoil uns drois adeviuaus.
Cléomaaès, .MS. de Gaignal, fol. 66, U' col. 1.
On appeloit aussi adeviiiiaus, certains jeux où
l'on devine.
Juiens nous au lloy qui ne ment ;
A je me plaing, qui me feri ;
Et dedens cliambre à l'esbalii ;
Et aussi aux adeviiiiaus,
A l'avainne et aiuc reponniaus.
Froiss. Poes. MSS. p. 86, col. 2.
VARIANTES :
ADEVINAL. D. Carp. suppl. Gloss. de Du C. au mot
Diviniis 1.
Adevinaus. (Plur). Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. G»i.
Adeviniais. (l'iur). Froissart, Poës. MSS. p. 80, col. 2.
Adevine, subst. fcm. Conjecture.
(Voy. AnEvi.NAii.i.E ci-dessus.)
Ne sai quel part alai, fors que par adevine.
Fabl. MS. du IV. n- 7218, fol. 343, V' col. 1,
Adovineiiient , subst. masc. Conjecture ,
soupçon. Imputalii)n, caloinnie. Chicane.
Ce mot sig^nille proprement Faction de deviner.
(Voy. Adevinem et Devineme.nt ci-après) ; par extension,
soupçon, conjecture.
Tiennent à honte li faus.
Dex ! qui les orroit entr'aus
Conter et dire sovent
Lor faus adevincment
De faire mem.'onge voir,
Por fins amanz décevoir.
Ane. Puul. Fr. .MSS. avant 1300, T. I, p. 482.
Comme on passe quelquefois du soupçon à la
calomnie, l'on a dit adevinemcnt pour calomnie,
imputation, accusation sans fondement. Charles VI
dans un .Mandement contre le Duc de Bourgogne,
s'exprime ainsi : « ledit Duc... feit publier fausse-
« ment et contre toute vérité.... ([u'eux et autres
« de nostie lignée.... nous vouloient destituer de
« nostre estât et dignité Royal.... et sous umbre
« desdites mensonges et adevinemens.... esmeut
<■ nostre peuple contre eux. ■« (Monstrelet, Vol. I,
fol. 1!)7, v°.;
De là, ce mot employé dans la signification par-
ticulière de chicane; chicane injuste et mal fondée,
comme en ce passage : « usant de paroles sentans
« formedctencerieeldertr/f/ci'àiCHU'HL ■> (.Lettresde
l;îl)i, citées par D. Carpentier, suppl. Closs. de Du
C. au mot Divinus 1. — Voy. Adevineu ci-après.)
VARIANTES :
ADEVINEMENT. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 482.
Adavine.ment. d. Carpent. suppl. Gloss. de Du C. au mot
ftiviilus 1.
Addevi.nement. Id. ibid.
Adcviner, verbe. Deviner, prédire. Conjectu-
rer, soupçonner. Calomnier. Chicaner.
Le premier sens est le sens propre. (Voy. Deviner
ci-après.)
Mors voit parmi voille, cortine ;
.Mors sole voit et adeiine,
Con cbacuns est à droit prisiez.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 101, R* col. 1.
Je prophétie et adevin.
Renarl cl Piau d'Ouc, MS. de Paulniy, fol. 4, V col. 2.
L'art de deviner n'est fondé (lue sur des conjec-
tures. De là le verbe .{deviner dans la signilication
de conjecturer, soupçonner.
.... comme il songe et adevine.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 123, V« col. 1.
.... courroceiix j'adevine
Ce qui n'est pas, et loe plus
Le temps passé que la doctrine
Du temps présent, etc.
Eust. des Ch. Poes. MSS. fol. 344, col. 3.
En étendant l'acception Ci'(idevi)ier, soupçonner
sans fondement, on s"est servi de ce mot pour ca-
lomnier, attaquer par des imputalions fausses et
mal fondées. « S'il viieil sur moy adeviiier, et que
X j'aye fait chose.... (lue bon Chevalier ne puisse
« faire de droit, vecy mon gage près de le combat-
« tre en champ de bataille. » (Hist. de B. Du
Gucsclin, par Ménard, p. 52.)
Sainctement là se gouvernèrent. . . .
Pans rien touldre, ne rapiner,
Sanz mentir, sans adcviner.
Eusl. des Cb. Poes. MSS. fol. 466, col. 4.
Enfin par une application particulière de ce der-
nier sens, on a dit adeviner sur quelqu'un, pour le
chicaner, lui faire une chicane sans fondement.
« Icellui procureur, qui avoit accoustumé de vivre
tt de teles tromperies et mauvaistiez, et se faisoit
« pouv adeviner sur les gens. » (Leitres de 1381,
citées par D. Carpent. suppl. Gloss. deDuC. au mot
Divinus i.) « 11 sembloit (jue l'en le vouloit abuser
« ou adeviner snr lui. » (Lettres de 1377, citées
par le même, ubl suprà. — Voy. Auevinemext
ci-dessus.)
Cl)N.U-C,.
Àdevin (.1"), ind. prés, .le conjecture. (Dits de
Baudoin de Condé , ms. de Gaignat , fol. 316,
V" col. 3.)
Adextre, adj. Adroit. Vif, prompt. Agréable.
Favorable, salutaire.
De l'adjectif f/c,ï/?T droit; en latin dexter, s'est
formé le composé adextre, proprement f/roj/zV?- ; au
figuré adroit, vif, prompt, agréable, peut-être parce
•lii'on se sert ordinairement mieux de la main
droite (|ue de la gauche, c'est-îi-dire avec plus de
grâce, lie vivacité et d'adresse.
On a dit au premier sens chevalier adextre.
(J. Marot, p. 80.) 11 faut lire adextre en un seul
mot dans ce passage: " .leuiie, gailaiU, frisque, dc-
« hait, bien a dexlre, hardi. » (Rabelais, T. I, p. 18!».)
C'est une femme en faits et dits adextre.
Clém. Marol, p. 280.
Cotgravc explique ce mot, par vif, prompt. (Voy.
son Dictionnaire.)
AD
— 07 —
AD
11 signifioit qucUnicfois agrc^ablc. (Cotjrr. Kicl. cl
Gloss. de Marot.)
Nous le trouvons rendu par favoral)le, salutaire
dans le (iloss. de Marot; acception (i;j,un'e, emprun-
tée comme la pi'cmière du latin r/cr/r'r, secoural)le,
geni'reux. Il paroit que c'est le sens d'adesti-e en ce
passai^e :
Coument sont en cors d'omme ensamble
Vertus si noble et si adestre,
Et si mauvais visce, etc.
Dits de Baudoin de Condé, MS. de GaignnI, fol. :!19, R* col. 2.
ADEXTRE. Nicot, Dict. - Clém. Marot, p. 280.
Addkxthk. Monet, Dict.
Adestre. Nicot et Cotgr. Dict.
Adexti'cr, verbe. Rendre adi'nit, pn-parer,
disposer. Former, instruire, élever. Donner la
main droite. Donner la main, .\ccompagner, suivre,
escorter, .\tleler.
Ce mot, au premier sens, s\s:m\]e rendre adextre ;
c'esl-à-dire adroit, propre, liabile à (iiielque chose.
« On ade.rtre les jeunes esprits, par les choses
« plus difliciles, îi recevoir aisément les plus
« faciles. » (Des Ace. Bigarr. Liv. IV. fol. 5, V".)
Préparer, disposer, dans ces vers :
Qui or velt oïr la merveille
Qui envers rien ne s'apareille,
Adicst son cuer et me regart ;
Je li dirai de laquel part
Venra la grant mésaventure.
Signes du Jugement, .MS. de S. Gerra. fol. 24, V- col S.
On l'employoit moins figurément lorsqu'on disoit
s'adeslrcr ou s ade.vtrer anxixrmes, pour s'y rendre
adroit par l'exercice. (Voy. Mcot, Dict.) Delà pour
s'y exercer avec adressé. On s'étonnoit de voir
M Strozze, « estant si grand Seigneur.... faire
« ainsi si bravement et si asseurément la faction de
« soldat, et manier si dexlrement les armes du
« soldat et s'y «(/fx/rrr si gentiment. » (Drant. Cap.
fr. T. IV, p. 297. — Voy. Ade.\tre ci-dessus.)
Par extension ce mot a signillé former, instruire,
élever ; spécialement en parlant de l'éducation
d'un Piince. « En ce temps Madame l'Arcbedu-
« chesse accoucha à Bruges d'un beau fils, qui est
« à présent nostre Prince, le plus bel, le mieulx
« adextré et adrecé que l'on pourroit nulle part
tt trouver. » (Mém. d'Ol. de la Marche , Liv.
II, p. 617.)
... cil ki ses fius devoit i estre.
Garde Aleniagne ù on l'adiestre.
Puis prisl feme gentil et rike :
Fille fu al Duc d'Osterike.
Ph. Mouskes, MS. p. 764.
On disoit plus souvent adextrer, pour donner la
dextre, la main droite, dans le sens propre. « La
« belle Nerones estoit adextrée dung sien cousin
« nommé Cadifferus.... et Caradoce estoit menée à
« dextre d'une: preux Chevalier. » (Percef. Vol. V,
fol. 107, R°col. 2, ibid. V° col. I.)
Le mot dextre signilloit main en général, par
une espèce de métonymie; d'où le verbe adextrer
I.
pour donner la main; par extension accompagner,
soit de droite ou de gauche; escorter, suivre, ac-
compagner. « Suyvoit une moult ancienne Dame....
« elle avoit deux Chevaliers qui l'adexlroieiit et
' deux Damoiselles qui la siiyvoienl pour la ser-
" vir. .. (l'crcef. Vol. V, fol. l"07, V'^^oL^j.)
Pour accompagner, être à la droite dei|uelqu'un,
marcher ù sa droite, (llonn. de la Cour, ms. p. 4.3.
— Voy. Dkxtiucr ci-après.) Accompagner de droite
et de gauche dans ce passage : ^ Pour ce estoit-II
« au meillieu des deux autres qui le adextroienl
« pour l'honorer. » (llist.de la Toison d'or, Vol. II,
fol. 18.3, V".) Escorter, suivie, accompagner, dans
ces vers :
... cil qui adestroicnt
La pucele, par derrière érent,
Et li autre devant alerent.
Kalil. MS. du R. n- 7218, fol. 353, V' col. 1.
Ou (lislinguc adextrer en termes d'armoiries, de
senestrer. (Le Laboureur, Orig. des armoir. p. IfiS
ellG'.t.)
Enfin, c'est peut-être par une espèce d'analogie
d'idées, qn adextrer, accompagner, être à la droite
de queh|u'un, s'est pris dans la signification d'atte-
ler, attacher deux chevaux de façon que l'un soit,
pour ainsi dire, à la droite de l'autre. « Appollo
" l'Escuyer dompte ses poullains pour les adextrer
« t^i son chariot. » (Merlin Cocaie, T. I, p. 319.)
Peut-être aussi cette acception est-elle une appli-
cation particulière du premier sens, rendre propre,
habile à quelque chose. Alors adextrer signifieroit
dresser. Ce passage paroit susceptible de l'une et
de l'autre explication.
CONJUG.
Adiest, imper. Prépare, dispose. (Signes du ju-
gement, MS. de S' Cerm. fol. 2'i, V" col. 2.)
VARI.\NTES :
ADE.KTREB. Merlin Cocaie, T. I, p. 319.
Addextrei'.. Honn. de la Cour, MS. p. 12.
.\DESTRER. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. .57, V" col. l.
Adiestuer. Anseis, MS. fol. 49, R» col. 2.
Adrestrer. Berte as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 139.
Adhéritance, subst. fém. Saisine, possession,
investiture.
Le sens propre est hérédité ; droit eu vertu
duquel un héritier se saisit de l'héritage d'un
homme mort. (Voy. ENiirRiT.\xcF. ci-après.)
De là par extension lesensgénériqued'ft(//ifV;7rt«t'e
pour saisine, possession, investiture. (Laur. Closs.
du Dr. Fr.) « Item d'une Lettre de deshéritance et
« adhérilanee d'un fief à vie ou à héritage.... ilsau-
« ront, etc. » (Coût. gén. T. I, p. 707.)
On lit à la marge : « Adhéritance et deshéritance;
« c'est-à-dire saisine et dessaisine. » (Ibid. Voyez
Adiieritement ci-après.)
Adhéi'ité, participe. Investi, mis en possession.
Par extension, qui possède un héritage . un fief.
C'est dans ce sens, qu'en Flandre on appelle nobles
adliérités, les nobles possédant fiefs et seigneuries,
13
AD
— ",>8 —
AD
qui leur donneul des vassaux, sujets ou censilaires,
à proléfïer ou îi iléfomlre, comme on peut voir dans
des Lettres do Philippe Duc de nourgosiie, du 13
Avril li-i'.t, (jui commencent ainsi : « Pliilippo IHic
• de Bours:os:ne, etc. Itc la partie de nos biens
« amés les nobles adhcritcs en notre cliatellenie
« de Lille, nous a ctc humblement expose, etc. «
(Mémoire de la noblesse de la province de Lille,
imprimé à Paris, en 1705. — Voy. Ai)iii;niTi:u ci-
après.)
Adhérileineut, subsl. masc. Saisine, investi-
ture.
Le même qu'ADHÉRiT.ANCE ci-dessus ; du verbe
ADiiEniTKii ci-après. " Celuy qui vend sa tenure ,
« mais il en retient encore la saisine par devers
« l'jy... sçachcz (lu'il est encore sire de la chose;
« mais... il peut eslre contraint à faire le Werp et
« adhéritement... si ce est tenure. •• (Bouteill. Som.
Rur. p. ;i'.»7.l '< L'acheteur est tenu prendre Vadlic-
« rilctiicnt, s"il plaist au vendeur, en dedans <|na-
« rante jours. » (Coul. gén. T. 1, p. 708. — Voy.
Laur. Gloss. du Dr. Fr.)
Adliôri ter, ('«t/;*'. Faire héritier. Céder à litre
d'hérédité. Saisir, investir.
Le premier sens paroil être le sens propre. •> La
« mère... diroit (lue ii aucun de ses enfans seroit
« bastars pour les autres ahériler. » (Beaumanoir,
Coût, de Beauvoisis, p. î)8.) « Douaires n'alu'rilc
« mie enfans en manière que li pères n'en ptiist
« faire sa volenté de son hiretage puis la mort de
« sa famé... Li enfans ne sont pas hérites par la
•< raison dou douaire leurs mères. >■ (Id. ibid. p. 7.").
— Voy. K.Nrn;itiTF.n ci-ajirès.)
De là on a dit adlicrilcr (jnelqu'un d'un héritage,
pour le lui céder à titre d'hérédité, en avancement
d'hoiiie. " Là se dessaisit de sa terre et en udhérila
« sa fille. " (Voy. Du Gange , Gloss. Lai. au mot
Adhœrcdare.)
Nous trouvons ce verbe employé comme absolu
au même sens.
Moult m'auriez bien ahérilé.
S'a Miaulens m'aviez bouté,
Je ne sçai meson qui le vaille.
FaLl. MS. du U. n> 7218, fol. G2, V col. 2.
Dans un sens plus étendu encore, le verbe adhé-
riler a signifié saisir, investir, donner avec de cer-
taines formalités le titre d'un fief et la faculté de le
posséder. " Le Duc d'Anjou, qui avoit une grande
« et haute imagination d'aller au Boyaumc! de Na-
« pies, dont il s'escrivoit Boy et semblableinenl de
« Cécile et Duc de l'uuiile et de Calabre ; car le
« Pape Clément l'en avoit. revestu et adliéritc par
« vertu des Lettres, etc. » (l'roissarl. Vol. II, p. 155.
— Voy. AuiiEHiTi- ci-dessus.)
VAnuNTES :
ADHÉRITER. Pjrcef. Vol. II, fol. 1, R' col. i.
Adiiiheteh. Du Cango, Gloss. Lat. au mol Adhœfedai'c.
AÉRiTEn. l!°aumanoir, p. SI.
AiiÉiUTER. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.
Ad honores.
Mots purement latins, qui dc'signent un titre
sans fonctions, ou sans émolumens: cette façon de
parler a passé il y a long-temps dans notre langue,
et y subsiste encore. (Voyez les Pnqiositions de la
Chambre Ecclésiastique "aux F.tats de lilois, en 157G,
dans les Mess. hist. de Camusat, iii-8 p. 57, au sujet
des Officiers Ad honores des Rois et des Princes.)
Adhorer, verbe. Venir à heure.
Voy. Gelthell. de Léon ïripault , au mot Heure,
et le liiet. de Golgrave.)
Adjacenee, suhst. fém. Lieux adjacens.
Terres ou autres choses adjacentes à un lieu
principal. (Gloss. del'IIisl. de Paris.)
Puis le Roy vint à Sainct Denis,
Qui luy rendit obéissance,
Lalgiiy avec le plat pays,
Deiipe'ndences, et Vajacence.
Vifil. do Cliarlcs VII. T. I, p. 113.
VAni.\NTES :
ADJACEXCE. Gloss. de lllist. de Paris.
Aj.vcence. Vigil. de Charles VU, T. I, p. H3.
Ailjanceinent, suhst. masc. Ajustement, ar-
rangemenl.
Du verbe Acenceu ci-après. (Bob. Est. et J. Thierry,
Dictionnaire.)
Adiaiile, suhst. Espèce de Capillaire.
^Voy. Nicot, Dict.l On le nomme encore .\dian-
tuni. (Voy. Dict. Univ.)
ADI.VNTE. Nicot, Dict.
Adiente. Cntfrr. Dict.
Al.\NTK. Id. ibid.
Adiaplioristes, suhst. masc. et plur. Nom
d'Hérétiques.
C'est un mot purement grec, qui signifie Indiffé-
rons. Il fut donné dans le xvr' siècle aux Luthé-
riens (lui suivoient les sentimons de Mélanchthon ,
et ensuite à ceux ijui souscrivirent à \' Intérim de
Charles V. (Ilist. des Religions. — Voy. aussi Ga-
rasse, Bech. desRech. p. C83.)
AdiDle, adj.
Ou appeliiii /(o/,s adihle une espèce do nasse, peu
diflerenle, sans doute, du marchepied, que Golgrave
définit une demi-nasse que les Pêcheurs poussent
devant eux, en marchant dans l'eau, pour prendre
le poisson. « Une l'on ne pesche, ne puisse pescher
« d'engin de filé, de quoy la maille ne soit de moule
« d'un gros tournois d'argent, fors la ]\<iis adihle,
« el le marchepied. >< (Ord. des Bois de Fr. T. I,
p. (>'il. — Voy. .MAnciiEi'iEti, ci-après.) Peut-être faut-
il lire audible, et alors ce mot aura la même éty-
mologie qu'AxDAix ci-après.
Adictcr, verbe. Stipuler.
Signification particulière née de l'acception géné-
rale dire, exprimer; en latin diclare. Dans les
Coutumes locales de la ville de NVissent en Roule-
AD
— 00 —
AD
nois, on lit : «■ Est deu double relief de la rente que
« doit riu'ril;ige, s'il n'est expressément adiliclé
u par le bail à rente ou (lontrat de aliénation. »
(Coût. g(Mi. T. I, p. "O-i.i Par les Coutumes Rcnérales
de ce même Comté; « ne sont liefs d'autres reliefs...
« si ce n'est par fait spécial et addicfé, et dont ap-
« paroisse par tillrc suffisant. » Coul. gén. T. I,
p. 680. — Vov. Laur. Closs. du Dr. Fr.)
Lelh ficf a'dictc , pour sip:nilier un fief dont le
relief est à dicte. (Vuy. AnnrrK ci-dessus.) Peut-être
faut-il lire, en un seul mot, adicté dans ce passat;e:
•i Quand le lief <iue l'on veut relever est relief à
<i dicte, on est tenu de payer selon le contenu des
« terres, de ce faisant mention , qui sont commu-
a nément de dix livres, cent sols et soixante sols
•. parisis, avec clianibella^e pour lesditz liefs adic-
<i tc%. » (Coût. sén. du Comté de Cuisnes, au Coût.
gén. T. I, p. 237, col. 1.)
VARI.\>'TES :
ADICTER. Xouv. Coût. gén. T. I, p. 237, col. 1.
Addicter. Coût. gén. T. I, p. 68G.
Adidem, adv. Pareillement, de même.
Ce sont deux mots latins réunis. (Vov. Coût. gén.
T. II, p. 88.)
Adjection, s)//^,s/. fém. Expulsion.
C'est le sens de ce mot en ce passag:e, dans lequel
adjection est peut-être une faute d'orthographe
pour abjection: » L'Eglise de Romme estoit moult
u troublée, et foible de Vadjeclion l'Apostole Sil-
« vère, et de la mort Virgile qui, après lui, eut la
« dignité. (Chron. S' Denys, T. I, fol. 35.;
Adiercer,r('ri'C. Adhérer, consentir, acquiescer.
Le peuple de quelques cantons de Normandie,
prononce Atiercer, et l'emploie figurément en ce
sens.
Charlemagne, quatre ans avant sa mort, légua
par portions égales aux vingt-un Archevêques de
son Empire, tout l'argent provenant de la vente de
ses effets les plus précieux, sous condition qu'ils ne
se réserveroient que le tiers cîe la part (|ui leur
étoit léguée, et qu'ils remetlroient ii leurs Evêques
sutîragàns les deux autres tiers, pour les distribuer
aux pauvres. On trouve celte disposition, rapportée
dans le passage suivant :
.... sa part douna à chascun,
Ensi que cascuns Arceveskes
Dounast les ii pars as Evesques
Desous lui, pour aumosnes faire. . .
Et TArcevesques en sa glise
L'une part euist quite mise,
Si com l'escriture i adierce,
Et as povres dounast la tierce.
Th. Mousk, .MS. p. 208.
(Voy. AiiERDRE ci-après.)
Adieu, adverbe.
Ce mot subsiste sous la première orthographe.
L'usage en est ancien , comme ii paroit par ces
vers :
Il me convient d'avec eulx départir,
Et dire adieu à l'amoureuse vie.
Euil. des Ch. Poès. MSS. fol. 152, col. 2.
Cet adverbe, formé par ellipse des façons de par-
ler à Dieu soyex; à Dieu command, etc. rapportées
sous l'article Dirr ci-après, étoit comme aujour-
d'hui, un terme de compliment, dont on se servoit,
lorsqu'on pienoit congé <le quelqu'un.
De lu le mol AniEr ci-dessous, pris substantive-
ment pour congé en général ; dans un sens dé-
tourné, permission que l'on donne de partir.
VARIANTES :
ADIEU. Orth. subsist.
ADfc. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. I, fol. lOij, Y» col. 1.
Adiou, subst. JHflsc.^ongé, permission.
C'est en ce sens qu'on lit: ■< Ayant donné charge
« un jour ù un Capitaine daller ruiner et mettre
« une maison par terre et tout bas, durant les
« guerres dernières ; le Capitaine respondit qu'il y
» iroit volontiers, niais ([u'il luy en dounast le com-
« mandement et un adieu escrit de sa main , de
« peur de n'estre un jour recherché. » Brant. Cap.
fr. T. IV, p. 252.)
A- Dieu- Lever, subst. masc. Elévation de
riloslie.
On a dit, snnncr À-dieu-lever, pour sonner l'E-
lévation, lorsque le Prêtre élève l'Hostie. 'Ilist. du
Théat. Fr. T. IL p. 360.)
Adjeuner, verbe. Faire jeûner. Affoiblir.
Le premier sens est le sens propre. Monet, Dicl.)
On employoit ce verbe avec le pronom réfléchi.
« Le mercredy premier jour de Karesme , icelle
« jeune tille... se adjeunael ne voult menger que
« une fois. » (Très, des Chartes, Reg. I9ô. — Lettres
de l'i7i, citées par D. Carpent. suppl. Gloss. de
Du C. au mol Dejejunare.)
De là au figuré pour affoiblir. « Adjecner son
n. cors, ofîanser son cors par le trop adjeuner. »
iMonet, Dicl.) On trouve adjeunée au même sens.
iVoy. Lettres de 1 47'<, citées ubi suprà.)
Adinvention, subst. fém. Mensonge, calomnie.
En latin adinventio. Nous lisons au figuré : « La
« vérité vaincra les rtrf/ni'OiiioHS, et faux rapports
« faits contre Monseigneur. » (Du Clos, preuves de
rilist. de Louis XI, fol. 212.' C'estpar une formation
analogue, qu'on a dit aussi Controveure pour men-
songe. (Voy. Coxtroveure ci-après.)
Adjoignance, subst. fém. Inhérence.
En latin inhœrentia. (Gloss. de P. Labbe, p. 508.)
Adjonction, subst. fém. Addition.
Voy. Des Ace. Bigarr. avant-propos, p. 11.)
Adjoindre, w/'Z**?. Joindre, unir. Enjoindre,
ordonner.
.\u premier sens, c'est le mot latin adjnngere.
Certes dui vrais amant doivent un cuer porter,
Et leur deus cuers en un ajoindre et bien fermer.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fui. 253, R- col. î.
i • Au second sens, c'est le mot latin injungere, en-
AD
— KiO —
AD
joindre, ordonner. « Il donna senlence contre luy...
" et lui uiIjoiKjnit qu'il prescha tout le contraire. «
(Chron. S- Itenys, T. II, loi. M, Y°.)
CoNJir..
Ajoi(jnessent , partie, prés. Joignant, unissant.
(S' Bern. Serni. fr. .ms. p. 71.)
Ajiiiisis, prêter. Joignis, unis. (Id. ibid. p. 82.)
AjiDist. indic. prés. Joint, unit. ;id. ibid. p. 83.
\ Ani.\NTKs :
ADJOINDRE. Monet, Dict.
Ajûi.ndiik. Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 351, V» col. 2.
AjiiiNTiF.n. Ibid. fo!. (il, R» col. 2.
iUc.s'NRE. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 79.
Adjoint, ixirlir. Joint, uni.
En lalin conjunclua dans les Serm. de S' Ucrn.
Le passai;e répond à celui-ci: « Eswarde (1) ke
« lu à Deu es ujiois, et si ne soies mies non greit
« sacbans. » (S' Bern. Serm. fr. mss. ubi suprà.)
Ce mot. sous la première orthoiiraphe, s'em-
ployoit pour conjonction, et l'on disoit adjoiiil que,
pour joint que, outre (jue.
Prenez variés de bon lieu, touz apris.
Humbles de cuer et doctrine soullrens...
Adjoint encore </i('aient été nourris,
En paine avoir et non pas en delis.
Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. «9, col. l.
VARIANTES :
ADJOINT. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. .-«l, col. 4.
Ajoi.nt. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 78, 135, 141, et passim.
Ajuns. Id. ibid p. 80.
Aju.nt. Id. ibid. p. ;î82.
Ajunz. Id. ibid. p. 284.
Adjonda my, interjection. Aide-moi.
Dans le patois Limousin. (Yoy. Rabelais, ï. II.
page 45.)
Adjour, subsl. niasc. .Vjournement.
On disoit auti'cfois être à jour, pour être ajourné.
(Voy. l'article Jiuii ci-après.) C'est de la réunion
de ce mot avec la préposition ail ou à, devenue
préposition inséparable, que s'est formé celui d'.lrf-
joiir, le même qu'adjournement, suivant la note en
marge du passage que nous allons citer: « Dans
« le Baillage de llaynaull, les Sergens de ladite
« Court, de^ adjours qu'ils feront auront pour
« chacun adjourné cinq sols tournois en la ville où
<• ils seront demourans, etc. n (Goût. gén.
T. I. p. 7!>3.)
VARIANTES :
ADJOUR. Cout. gén. T. I, p. 793.
Ajouk. Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat,
fol. 320, R»col. i.
Adjournée, s«/;s/. fém. Malin, point du jour.
Journée.
Le premier sens est le sens propre de ce mot,
formé d'AïuoriiNEu ci-après. (Voy. Ai)Jolhne.ment.)
vostre fille a espousée
Très hui matin à l'ajornée. (2)
Ful.l. MS. du II. !!• 7218, fol. 355, If col. 1.
Une femme ayant appris le soir que son mari
devoit aller à un marché le lendemain de grand
malin, le fil savoir ù son amant, et lui manda :
Uu'il fust la nuit bien esveillicz.
Et prestement appareilliez
D'entrer, conie bien avertis,
Laiens ^3), quand il sera partis.
Ses sires, devant Vetijoniée.
l'.ibl. MS. de S' llurm. fol. 121, R- col. 1.
(In disoit toute jour ajournée, pour signifier tout
le jour, à commencer dès le malin.
Je n'ai, toute jour ajournée
Ne toute nuit, nul autre avis.
Frois5.Trl, Tocs. MSS. p 103, col. 1.
Quelquefois le mol adjournée exprimoit seul la
force de celte expression, comme dans ce vers :
l.à demeuray mainte adjournci'.
G. Machaul, MS. fol. -203, V* col. 3.
C'est-à-dire : " là j'ai passé souvent des journées
entières. »
variantes :
ADJOCRNKE. G. Machaut, MS. fol. 203, V" col. 3.
A.iniiNKK. Clians. fr. du treizième siècle, MS. de Bouh.
fol. isi, V". — Rom. de Berte as grans pies, MS. de Gaignat,
fol. l;«;, V" col. 2.
AjoLinNÉE. Froissart, Poès. MSS. p.I03, col. i. —Enfance
d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, fol. 70, V" col. 2.
ENGonNÉE. Fabl. MS. de S' Gerra. fol. 13, R» col. 2.
Enjohnée. Fabl. .MSde S' Germ. fol. ;«iO.
Enjouunée. ViUehard. p. 1G7, en marge.
Adjoiii'iH'mcnt, suhst. niasc. l'oint du jour.
Jour. Assigiialioii. Délai.
Le premier sens est le sens propre. « Vindrent
" droit à un adjaurnement, un petit devant soleil
« levant, à Mortaigne. » (l'roissarl. Vol. I, p. -45.)
" Vindrent à un luljournement devant le chastel de
« Mauconseil. Celle matinée faisoit si grande
« brouée, ([u'iin arpent de terre ne pouvoit-on
>' veoir loing. » (Id. ibid. p. 21.4.)
Quant je gis en mon lit endroit Vajorncment
Et j'ois les oiseillons chanter si doucement, etc.
Falil. MS. du U. n- 7J18, fol. 270, V- col. î.
(Voy. Ajohnail ci-après.)
Ce mol, de même i\u' adjournée ci-dessus,
signilioil jour, par métonymie; c'est la partie pour
le tout.
Verrai-jou jà venir Vajornement.
Ke me peust votre aniours eschaoir,
Ke je désir tant débonairement, etc.
Aiic. Pofl. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p- i-W.
De là l'acception particulière û'adjournetneiit,
pour désigner le jour où queUju'un doit compa-
roilre en justice. Ce mol s'est dit et se dit encore
ligurémenl de l'exploit qui fixe le jour de l'assi-
gnation. On appeloil « adjournement libellé, la
.. coinmissii)!! de justice pour adjouiiier, eli'exploit
" iV adjournement qui contient le thème et libel ;
« c'est-à-dire, qui contient par écrit la demande,
" le fait, les fins, conclusions et moyens du de-
(1) prends garde. - (2; au point du jour. — (3) Là-dedans.
AD
101 —
AD
.. niaudeur, iloiU le Sergeiil a fait exploit par eciàl,
.. et ilouiié juin- cerlaiii et assimilation par-dovaiit
« le .lut;e pour y irpoiidre et procéder. » ^Laur.
Gloss. du Dr. l'r. — Voy. Aiuoi ii ci-devaiit.)
Dans le Laonnois, un particulier (jue sa partie
faisoit adjouruer, couipamissoil devant le iw^n.
et pouvoil, sans répondre sur la cause, demander
son renvoi devant le .lu^e supérieur: en cous(''-
tiuence il ajouruoitle premier .lu;;e à com|)aruitre
lui-même devant Taulre aux plus prochaines
assises, pour lui voir soutenir son appel. (Voy.
Douteill. Som. Hur. p. 773.) Ces appels et ces
adjauruciiiois éloient nommés voulii!icsc[ frivoles.
{dvd. T. 11, p. A'Ck) Les liabilans des villes de
Tannières et de Ponstivicour, oblinrent ([u'ils
seroient supprimés en leur faveur, en s'obliiieant ;i
payer au Roi ■> cliascnn an, par chascun chief de
« feu d'oslel, deux sols parisis Iceuls
« iiabitans pour euls et pour leurs sucrcs-
« seurs aiTrancliissous et délivrons desdits appiaux
<> voulages et frivoles et de tous (uijornoiiciis
« qui pourraisond'appiaux voulages.... se porroicnt
« ou povoient ou souloienl faire avant nostredit
« alTrancliissemcnt. >• (Voy. dans TOrd. du mois
d'Août 1351. Hec. des Ord. T. H, p. Ai'i et suiv.)
Enfin VÀdjoitrnement, comme terme de procé-
dure, emporte l'idée de délai. C'est en ce sens ((u'on
lit au sujet du procès que le Parlement de Paris fit
au Connétable de Clisson, sous l'an loO'i, ([u'on
lui donna « par Ordonnance du Parlement, fust
« tort ou droit, tous les ajou)')i('uu'us, alin ((ue
« ceux qui l'aimoyent ne peussent point dire ne
« proposer que par envie, ne par haine on l'eust
« forcé, ne forvoyé. » (Froissart. vol. IV, p. dCG.)
ADJOURNEMENT. Froissart, Vol. I, p. 377. - Id. il.id.
page 431.
Ajornement, Ane Poët. fr. MSS. av. 1300, T. III, p. l-20().
Ajournement. Froissart, Vol. IV, p. 166.
Adjourner, verbe. Faire jour. Éclairer.
Adjourner.
Le premier sens est le sens propre. C'est un
" vieux mol francois pour déclarer que le jour est
« venu. » (Pasq. Hech. p. 0G2.)
D'une entresuyvante fuyle,
II ajourne et puis ennuyte.
(Euv. de Joach. du Bellay, fol. 198, V°.
Comme ce mot servoit ù désigner la naissance,
le commencement du jour, on a pu dire :
la belle journée
Qui nous estoit là ajournée.
Froissart, l'ous. MSS. p. 137, col. 2.
On lit ailleurs : » à l'hçure du matin, dont le
vendredy adjoitrna. » (Froissart, Vol. 1, p. 175.)
La nuit en se dissipant fait place au jour. De là
par une espèce de métonymie, on a dit: « la nuit
•< adjourna, et fut incontinent haute matinée. »
(Froiss. Vol. 1, p. 383.)
C'est dans une signification encore plus figurée,
(|ue l'idée du jour naissant s'est appliquée, aux
premiers accès d'une noire mélancolie.
Et si ne sçai com lonc dernour
.le forai là où je séjourne ;
Grand mélancolie m'ajourne.
FroUsarl, Po<8. MSS. fol. Î09, R*.
Au propre, on cmployoit souvent comme subs-
tantif riiilinilif ou II' p:ii tici|)e pn'-seiit dr ce verbe,
et rondisiiil; à l'ajaiiriicr, [xuir au jujint du jour.
(Ger.de Itoussillon, ms. p. 112 : à l'cnjouruer au
même sens dans Villehard. p. 1(17.
Si n'osèrent plus séjourner.
Pour la paour de Vacljourner.
liusl. des Ch. Pois. MSS. fol. .181, col. 2.
C'est-à-dire : « ils n'osèrent demeurer plus long-
" temps de peur d'être surpris, le jour venant à
" paroitre. »
le laissèrent la nuit,
Et lendemain, à Vajornaul,
Li Chevaliers leva avant.
Falil. MS. de S' Geriu. fol. ii. Il" col. 3.
Et au matin, à l'aube apant
Que l'en sout dire (1) à Vajuurnanl.
Rom. de Rou. MS. p. 299.
On trouve mijourner, pour éclairer. C'est une
extension de l'acception propre, faire jour.
le luysant soleil
Qui anjuuriie noslre veue.
.laq. Tatiureau, Poôs. p. 22 V°
Enfin par une espèce de figure que nous avons
remarquée sous l'article adjournement, adjourner,
en termes de pratique slgnifioit comme aujourd'hui
assigner à quelqu'un un jour certain pour compa-
roiti'e en justice. (Voy. D. Morice, llisl. de Bretag.
Preuv. col. DOS, tit. de 1265.) « Nous avons perdu
<. (dit Pasquier) la naifveté de ce mot, pour la
.< tourner en chicanerie. » (Vov. Hecherches,
Liv. VIII, p. GOl.)
On obseivoit différentes formes et solennités
^onv adjourner. (Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.) On
ttdjournoit h verge ; de main mise, etc. <• si l'achap-
« leur est absent, n'ayant aucun domicile au lieu
« ou la chose acquise "est scituée, suffira au lignager
« le faire adjourner à verge, faisant attacher
« l'exploit du Sergeant à la porte de l'Église paroi-
<i chialle, pour interrompre la possession d'an et
" jour. •> (Coût, de Bouillon, au nouv. Coût. gén.
T. II, p. 856, col. 2. — Voy. Verc.e ci-après.)
Nous lisons dans une "Ordonnance de Jean 1"
contre les faux monnoyeurs : « Et touz ce (ceux)
« que par informacion."... il trouvera eslre coul-
« pables.... adjourne demain miseon autrement. »
(Ordonn. T. 111, p. 540.) « Cette expression peut
« signifier ou en arrestant les malfaicteurs prison-
« ni'ers, ou en saisissant leurs biens. » (Ibid. notes).
VARI.\XTES :
AD.IOURNER. Borel, Dict. - Laur. Gloss. du Dr. fr. -
Froiss. Vol. I, p. 175.
(1) a coutume de dire.
AD
- 102 —
AD
Ajorner. Cartul. MS. de la Ch. des C. de Nerers, Vol. I,
fol. ."•Il, tit. de 12t9. - Perard, Hist. de Bourg, p. t~S, tit.
de l-2.->i.
Ajourner. Fauchet, Lang. et Poës. Fr. Liv. II, p. t2.
Anjol'rxer. .laq. Tahureau, Poos. p. 22.
Enjûuuner. Villehard. p. 167.
Atljonrneur, siihst. masc. Celui qui ajourne.
(Voy. Oudin, Dict.) « Doit li ajoimiierres dire
« aiussint: P. nous vous ajournons contre J. d'ui
<■ en quinze jours à Clermont, à répondre ù vos
« lettres. » i.i3eaumanoir, p. 54.)
ADJOURXEl'R. Oudin, Dict.
AjOLRXiERRES. Beaumanoif. p. 54.
■ Adjouste, suhst. fthn. .Vddition.
Voy. sous l'article Adjmitcr, l'origine de ce mot
ctdela signilication dans laciuelle il est employé
en ce iiassage : •< Vous et Messieurs d'Angleterre ne
« demandez sinon Vafijousie du nom du lioy. »
(Jeann. Négoc. T. II, p. "l'I. — Voy. Au.ioLsïi;.Mi;.Nr
ci-après.)
Adjoustement, siibst. masc. Corps de troupes.
Addition.
Du verbe Adjousier, assembler, on a fait ajous-
temcnt au figuré, pour signifier un Corps de trou-
pes assemblées ou réunies; ralliées, dans ce
passage :
Cil qui fut de S' .Tehan sires.
En rassembla si longues tires (1),
Que vi= d'armes largement,
Fu li dui ajoustcmoU.
G. Guiarl, MS, fol, 230, V.
Dans le sens d'addition, ce mot est le même
qu'AojorsTE ci-dossus. (Uob. Est. et Colgr. Dict.)
De là l'expression adjoustement de testament,
pour Codicile; écrit pour lequel on ajoute quelque
chose à un testament. 'Beaumanoir, p. G9 et 70. —
Voy. Ai>jorri;it ci-après)
On disoit adjouster et adjuster des mesures, pour
les étalonner. Mais comme le substantif formé de
ces verbes ne se trouve que sous les orthographes
adjusteinent et adjuslage, nousavons cru devoir en
faire un article séparé. (Voy. Aujlsteme.nt ci-après.)
VARIANTES :
ADJOUSTEMENT. Cotg. Rob. Est. Dict.
AjoisTEMENT. G. Guiart, MS. fol. 230, V».
Adjouster, verbe. Mettre auprès, approcher.
Coml)altre. se mesurer. Joindre, unir, assembler.
Allier, marier. .Vjoutcr. Étalonner. Ajuster.
Ce mot semble venir des prépositions latines,
(id v[ ju.vla. i.Nicot, Dict. Plus inimédialemeiil des
vei'bes (le la basse latinité adjoualave ou adjustare,
formés de ces mêmes prépositions, et que Du Cange,
(Gloss. Lat.) expli(iue par mettre auprès. C'est aussi
la signification propre et primitive d'adjouster. Le
Duc Gérard fut enterré auprès de son épouse; et le
Poète dit à ce sujet :
Dieu veust qu'ajousic soit le Saint avec la Sainte.
Ger. de Roiiss. MS. p. 190.
De là s'ajnuslcv pour se mettre auprès, s'appro-
cher, s'avancer.
Vint à l'ostel ; la Dame de lès li s'ajnitsla.
Vies des gS. MS. do Sorb. Cliif. XXVH, col. 3.
Ce mot oITre le même sens dans ce passage :
« Hz s'approchèrent et virent au iiied de l'arbre qu'il
« y avoit lettres qui disoienl en telle manière : »
Oui, pour coucher dessus ce lict, s'tuljousle,
Ne peut faillir d'avoir en brief la joiiste.
Pcrcef. Vol. 111, fui. 151, Y- col. î.
On s'approche pour combattre, se mesurer. De là
le verbe njouster pris en ce sens :
.... sont moult lor gent desconforté
Qu'as plains chans ne sommes ostelé (2),
Où il n'eust ne fraite ne fossé,
Oui de combatre les eust encombré ;
Car moult désirent à vous estre ajouxté.
Enfjncc d'Obier lo Danois, MS. de Gaign.lt, fi.l. 8fl, V- col. 2.
La même analogie d'idée a donné lieu à la signi-
fication subsistante de notre verbe .IniTEn.
Ln étendant toujours l'acception d'adjouster .
mctlrc auprès, approcher, on a dit. adjouster pour
sei'rer de près, joindre, unir, assembler, proi)re-
ment mettre auprès, à coté fune de l'autre, plu-
sieurs personnes, ou plusieurs choses. « Adonc se
« adjoustèrent ensemble eulx et leurs gens, et se
« babaiulonnèrent sur Sarrasins, auxquelz ils com-
« baltii'eut de glaives fièrement en poussant. »
(llisl. de Hertr. du Guesclin , par Ménard ,
p. 3.-)8 et 3.VJ.)
Il s'agit de deux lutteurs dans ces vers :
lîras à bras se sont entrepris,
Bras ont dessus et dessous mis ;
Ez lès vous (.3) ensemble ajoustés
Pis contre pis, lez contre lez,
Par derriers les dos s'embracièrent.
Rom. du Brul, MS. fol. 0, R- col. 2.
Dans un sens plus général, ce mot signifioit joiii-
die, unir. « Gaberict, le Duc et Gueresches sont
« adjousle:^ ensemble, et dient qu'ilz ne s'entrelais-
« seront pour double de mort. » (Lanc. du Lac,
T. II, fol. 70, V'col. 2.)
Un de nos anciens Poètes, pour dire (jue l'argent
fait tout, s'exprime ainsi :
Denier a chambre painte à flors ;
Denier ajnusie les amors ;
Denier donne les grans honors.
Fabl. MS. du l\.n'7M8, fol. 107, R-col. î.
On reni|)loyoit encore en ce sens, du temps de
.J. Le Maire. « L'un dos jeunes bastai'ds nommé
« Mislor, avec l'un des maisti'cs d'hoslel de la
« lîoyne.... se vindi'enl adjouster en leur bande. »
(Illustr. des Gaules, Liv. I, p. l'ri.) Mais nous
n'avons point d'exemples qu'on dit alors njouster
pour assembler, comme en ce passage : « Le cuens
« li loa qu'il semonsist ses os [-i] et les ajousta à la
(1) file de soldats, troupes. — (2) campé. - (3) les voilà. — (4) troupes.
AD
- 1(13 —
AD
« fontaine de la Forie. " (llartèno, CoiiUn.de (i. de
Tyr, T. V, col. GOO. — Voy. Aipjoisïii.Mi:.\T ci-après.)
Le bel oste (1) que li llois ajuuslc
Où de fîenl a si fière somme,
S'estent sur lu rive de Suinme.
(;. Cuiarl, MS. fol. 117, V'.
En reslrcis'iiaiit à ruiiion du iiiariai;e racLCplidii
générale tie joindre, unir; l'on a dil ujousLcr [luur
allier, marier, l'ii père dil à son tils, dont il désap-
prouve rincliiialioii pour une reiiiuic au-dessous de
son état :
Celo n'est pas de ton affaire
Ne ditîne ilo loi descliaucier ;
Je le vorrai jilus sorliaucier,
Que que (i) \\ me doive eouster
Que je te vorrai ajoster
As nieillors gens de cest pais.
Fabl. MS. de S' Gcrni. fol. 80, R- col. 3.
La nuance qui distinjrue les deux significations
joindre et ajouter, est si légère, qu'au premier coup-
d'u'il elles paroissent se confondre. Toutes deux
sont une exiension de l'idée mettre auprès, ilais
notre mot ajouter, iiu'on vient de voir si souvent
employé en parlant des personnes, semble s'être
dit plus rarement qu'aujourd'hui, en parlant des
choses. On en trouve cependant des exemples dans
les Sermons de S' Bernard , sous l'orthographe
ajosler, qui répond au mot adilerc dans ces mêmes
Sermons en latin. « Mestier est k'à cest vespre soit
« ajosteie li lièce (3) del malin. » (S'Bern. Serm. fr.
Mss. p. 184.) <. Cil ki à l'umaniteit ajosteit lo nom
« de Deu. » (Id. ibid. fol. 194. — Voy. Adjoustement
et ÀDJorsTELR ci-après.)
On pourroit croire que notre mot adjuster ou
ajuster seroit différent d'adjouster, si l'on ne trou-
voit celle orthographe au même sens dans ce pas-
sage : « Jou Ernols Cuensde Chisnes et Castellains
« de Broborc, faits à sçavoir ke ai donnei el
« adjuslci à le Capeleiie de Broborc sis livrées
<■ de renie par an. » (Du Chesne, Gén. de Guines,
preuv. p. 281), lit. de 12G0.) On lit ajuster avec une
signification semblable dans les Chron. S" Denvs,
T. I, fol. 31, V°.
La manière la plus simple, et peut-être la plus
usitée, pour s'assurer qu'une mesure étoit juste,
étoit de Vadjouster, de l'approcher, de la mettre
auprès de. la mesure originale sur laquelle elle
devoit être réglée. De là ce mol, pris dans le sens
figuré d'étalonner. >■ Pour adjouster et mai>quer
« chacune mesure, aulnes ou poids, sept palars et
« demi. » (Coût, de Bouillon, au nouv. Coût. gén.
T. II, p. 860.) « Avoir sects et adjouster mesures à
« bled et à vin , sont déclarez espèce de
« moyenne Jurisdiction. » (Coût. gén. T. I, p. 8G4.
— Voy. Ibid. T. Il, p. 4.)
On disoit aussi adjuster « Donner et adjuster
« mesures, sont exploits de haute Juslice. » (Coût.
de Bar, au Coût. gén. T. II, p. 1033. — Voy. Adjus-
TEMENT et Adjusteur ci-après.)
S'il faut en croire Caseneuve, ce mol en ce sens
vient de juste, qui a ses proportions et ses mesures'.
(Ménage, Dicl. étym. au mol «f/yHs/^'r. C'est vouloir
établir une diUVrcnce de siguificalioii entre deux
mois, qui ne dilVèieiil peut-être que par une varia-
tion (roriliographe, née de la pnuiouciation de !'«,
plus ou moins ouverle; ce ijui semble devenir au
luoiiis iirobablc par les passages que nous avons
ra|>i)orlés ci-dessus. Ony [iou\{:adjustir ou ajuster,
pour adjouster; et réciproquement adjouster pour
adjuster.
Si notre conjecture est appuyée, il en l'ésulte
i\n ajuster qui subsiste, est le mc'me dans son ori-
gine qu'ar/yo».s<rr; et (lue la signification figurée
que ce mol conserve, peut être i-egardée comme
une exiension des idées approcher, assemider,
réunir. Celle signification étoit nouvelle du temps
de Balzac, (iiii taxoit ce mot de jargon à la mode.
(Socrate, Cluél. T. II, p. 234.)
ADJOUSTER. Percer. Vol. III. fol. 151, V»coI. 2, - Coût, de
IJouilIon, au nouv. Coût. gén. T. II, p. 860.
Adjouxtkr. Mémoire de Du Bellai, par Lambert, T. VI. —
Pièces justificatives p. 324.
Adjuster. Du Cliesne, Gén. de Guines, Pr. p. 289, tit. de 1260.
Ajosteh. S' liorn. Serm. I"r. IISS. p, 184 et 194.
Ajousïeh. Rom. du Brut, MS. fol. 9, R» col. 2. - FroisE.
Vol. III, p. 88.
Ajoi-ter. Fabl. MS. du K. n» 7218, fol, 167, R« col. 2.
Ajl'.ster. Chron. S' Denys, T. I, fol. 31. V».
Ajcter. Du Ch.esne, Gén. deChûtillon, Pr. p. 60, tit. de 1268.
Adjousteiir, sul>st. masc. Celui qui ajoute.
Mol formé du verbe adjouster, pris dans le sens
subsistant. (Voy. Des Ace. Bigar. avant-propos,
p. 3, et l'arlicle Adjouster.)
La même raison qui nous a fait distinguer
adjoustement, d'ajustement, nous détermine à sé-
parer Adjousteur cI'Adjistei'r ci-après.
Adipiscer,t)«'^c. Acquérir.
Du latin adipisci. On disoit, « prendre et adi-
« piscer la possession. » (Godefroy, sur Charles
VIII, p. 74U.)
Adir, subst. masc. Sorte d'épicerie.
(Gloss. de l'Histoire de Paris.)
Adirer, verbe. Égarer, perdre.
Ce mot, encore usité dans la Normandie, étoit
d'un usage frécjuent à Paris, quand Nicot composa
son Dictionnaire. Après avoir observé qu'il vaut
autant comme esgarer, il ajoute : pourtant usez des
formules de esgarer. (Voyez sur son Etymologie le
Diclionnaire de Monet ; — Gloss. lat. de Du Cange,
au mol Adirare. — Ménage, Dict. Etym. etc.)
« Ayant adii'é mes bagues et joyaux, le Sire Artile
.1 noslre compère.... retrouva le tout. » 'Nuits de
Slrap. T. II, p. 20.) » Trouveures ou choses adi-
rées. » (Ord. T. III, p. 312.) « La doulce Vierge
« adira son fils, lequel estoit demeuré au temple
« pour disputer contre les sages de la loi; si le
(1) armée. — (2) quoique. - (3) liesse, joie.
AD
— 104
AD
< queroit la bonne dame. etc. » [Le Chevalier île la
Tour, Instr. à ses filles, fol. r.i, H" col. 1.'
On iremployoit guère ce mot qu'eu parlant des
choses : l'usag'e en est très-ancien dans notre lan-
gue, tant au propre qu'au figure.
l'uiz a dit au Duc en l'oreille
Que il a eu moull merveille
De la cuillié qu'il a trouvée
Qu'il ont au niengié adirée.
«om. de Rou, MS. p. 18D.
Moult ay le cueur du ventre yrë
Dont (1) j'ay bel acueil adiré.
Rom. de la Rose, vers 38r>3-3854.
C'esl-à-dire : " Je suis bien irrité d'avoir perdu,
" etc. ■■ L'abbé Lenglet n'a pas entendu ces vers.
(Voyez son Gloss. suppl.)
On a dit adirer cuer gai pour perdre sa gaieté.
.... qant j'entendi
Q'ele mot congié douné;
Se ne m'eust conforté
Haute emprise et esperanche,
i'eusse adirci gai cuer, etc.
Ane. Poès. Fr. MS. du V.ilic, n- ^iW, fol. 4?, V'.
(Voy. Adis ci-après.)
VARI.iNTES :
AJJIRER. Coût. gén. T. I, p. 210. - Ord. T. III, p. :!l-2. -
Ane. Coût, de Normandie, fol. IG, R». — Beaumanoir, ,\nc.
Coût. d'Orl. p. KO.
Adiurkh. Contrat de Vente de la terre de Bazarne, en liUl.
Adis, partie. Egaré, fourvoyé.
Mous ne trouvons que dans Froissart, ce mol ([ui
p.aroît être un participe du verbe Aiurkii ci-dessus.
Égarer. Ce Poète l'employoit figurément pour signi-
fier l'égarement d'un ccTÙr maîtrisé par l'amour.
.... c'est raisons qu'il me souviegne,
De la belle douce et rians,
A qui je sui merci crians ;
Et comment pour s'amour jadis
.1 ai esté souvent si adis,
Qu'àpainnes me pooie aidier :
Ains vivoie de souhaidier.
Froissart, Poés. MSS. f..l. 31'.), cnl. 1.
Jf//s ex|irime le trouble de la surprise et de la
confusion dans les vers suivans : Un amant, après
avoir fait le récit d'un songe, dans lequel sa mai-
tresse l'avoit surpris infidèle, ajoute :
Un peu en fui premiers adis
Et esbahis pour l'aventure.
Froissart, l'oi's. MSS. fol. 307, col. J.
Adits, subst. tnaac. plitr. Kspèce d'animal.
C'est peut-être le même que Varlive ou chacal,
dont parle M. de liuiïon, (liisl. naliir. T. V, p. 'il '»,)
et qu'on trouve dans l'Asie et l'Afriiiue, aux envi-
rons de Trébisonde, etc. Louis Xt « cnvoyoit
« quérir bestes estrangesde touscostez; comme
« en Barbarie, une espèce de petits lions qui ne
« sont point plus grands que petits renards, et les
« appeloit .\>lits en margej Aduz ou Ardits. )»(Mcni.
de domines, p. VJI.)
Peut-être aussi les Adits sont-ils les mêmes que
les Adirés, espèce de chiens de Barbarie. (Dict.
Univers.:
V.\RIANTES :
ADITS. Mém. de Comines, p.
Anrz. lliid. en marge.
Ardit-s. Ibid. en marge.
Wl.
Adjiice. siilist. Aide.
(Voy. A.!i'DE ci-après.) « L'amitié nous a esté
•i donnée par nature, pour eslre adjuee de vertu,
« non pour estrc compaigne de vice. » (L'amant
Bessusc. p. 151.)
Adjudication, subst. fém.
Ce mot subsiste, il a été employé par un de nos
anciens Poètes, pour indiquer une espèce dépêché,
commis [lar rintenliou, entre personnes mariées, et
qui pouvoit être regardé comme une sorte d'adul-
tère. Voici le passage : quoiqu'il soit un peu obscur,
le sens du mot ne nous paroit pas é(iuivoque.
... il est souvent advenu
Que fenmie ou lit et homme nu
.Mariez, l'un l'autre approclioient,
Et l'un Tautre ne desiroient ;
Mais avoit chascun son désir
A son despareil et plesir
I.à n'ont il point l'entencion,
Fors fairi- fornicacion.
Le deu fuit, si fait l'espoir,
Eu ce cas, de lignée avoir,
(,)ui a tel péchié les fait traire,
l'our celé volunlé contraire
Do ce qu'ils font et ne l'ont mie
Es noms ou d'ami et d'amie,
Qui note, selon l'escripture,
Branche ou péchié contre nature ;
Comme la propre entencion
Eace i'adjailiration
De la personne bonne ou maie.
Eust. des Ch. Pofs. MSS. fol. 567, col. 4.
Adjudicature, subst. fém. Vente, adjudication.
Les Maréchaux de France (vers lîOO avoient
" de propre cause de leur office tren te muis d'avoine;
" chacun quinze, à prendre sur le bac du port de
" NuUy près Paris. " 11 paroit aussi (ju'ils étoiriit
chaigt's (le la police concernant V Adjudicature, la
vente ou adjudication des avoines qui descendoient
dans le même port ; et que pour administrer cette
l)0lice, cl juger en même temps des contestations
(juc l'aisoii naitre la perception de leur droit, ils
IxMivdicnl faire et constituer un Prévost. C'est ce
qui semble résulter de ce passage : « devant le....,
« Prévost doivent eslre ventillées toutes les causes'
« qui au droit desdits Mareschaux appartiennent,
« et en V adjudicature, et doit avoir de chatmne
" commission deux sols ; et de chacune amcnile de
« soixante sols, doit avoir dix-si'pt ; et. . . se l'amende
" estoit de soixante livres, en quoy encourt tmite
ff personne qui faict ou vient contre les estatuts
« desdits Mareschaux, il a aussi dix-sept livres. »
^Voy. Bouteil. Soni. Bur. p. 897 et 898.)
(1> de ce que.
AD
— Kir, —
AI)
A<lju(ior, verbe. .luser, condamiior.
Acceplidii générale eiiipniiili'e du latin mljuili-
care, et {[ue l'on trouve dans un titn; sans date,
placé Ji la suite d'une i)irce de l'ii'.l. (Du Cliesne,
Gén. de liar-le-nuc, preuv. p. .'t;i.)
Elle snbsisloit encore du temps de .1. Le Maire.
« Les mauvaises destinées m'ont l'ait demeurer jus-
« ques à présent . . . là ou Madame nostre mère
« m'envoya dès que je fus m; pour ("viter la mort à
« laquelle i'estoye adjugé. » (lllustr. des Gaules,
Liv. L p. m.)
On disoit par une espèce de métonymie, aiu'jer
une i)cine, pour condamner à une peine.
Por ce t'est la paine ajurjie
Que tu recevras sans tarder.
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 139. R- cM. 2.
La signification particulière (|ue ce mot conserve
encore, n'est pas moins ancienne dans notre lan-
gue ; car nous lisons dans une eufinète que Philippe
Auguste fit faire au sujet des droitures que les Hoys
d'Angleterre avoienl eu Normandie, (|ue lorsqu'il y
avoit procès pour le palronage, l'Archevêque ou
l'Evêque ne pouvoient conférei' le nénédce avant
que la contestation fût décidée : « El quant li con-
<• tans estoit fine l'Archevcsiiue ou l'Evesciue
« devroient adonc recevoir personne sounisante au
« tesmoing du Roy ou de son Bailiif pourtant
« que celuy présente personne fut souflisante ,
« auquel le patronage de l'Éalise seroil adjugic,
" etc. » (Voy. Ord. T. F, p. 28 et -it», noie ul;, col. 2.)
V.VBI.VNTES :
ADJUGER. Orth. subsist.
Adjugieu. Ord. T. I, p. 29, notes, col. 2.
Ajuger. Du Chesne, Gén. de Bar-le-Duc, preuv. p. 3;>.
Adjiirateur, subst. masc. Celui qui juie, qui
fait un serment. Celui qui l'exige.
On trouve le premier sens dans les Dict. d'Oudin
et de Cotgrave.
h'adjurateur signifioit aussi celui ([ui exige le
serment- d'un autre. (Cotgr. et Mcot, Dict. — 'Voy.
Adji'rer ci-après. '
Adjuration , siihst. féiii. .Serment. L'action
d'exiger le serment.
Voyez, sur le premier .sens, les Dict. d'Oudin et
de Cotgrave.
La seconde acception se trouve dans Cotgrave et
Nicot. (Voy. Adjurer ci-après.)
Adjurement, subst. masc. Conjuration.
Invocation de Dénions, du verbe jVnjunrR ci-après,
conjurer. « Estoit l'ung des hommes qui habitast
« dedans ces forestz, qui plus sçavoit de l'art de
« Nigromance, et de adjuremens, el d'enchante-
« mens. » (Percef. Vol. I, fol. 29, R" col. 3.)
Adjurer, verbe. .Furer, faire serment. Conjurer,
prier. Faire prêter serment.
(1) c'est le roi Kanut. (n. e.)
I.
Ce mot emprunte les deux premières acceptions
du latin adjiirare. Comme verbe neutre, il signifioit
jurer, faire serment, promettre avec serment. (Vov.
Cotgr. F)ict.) • ^ ^
Comme verbe actif, conjurer, prier, proprement
taire jurer, faire promettre nm chose avec serment.
Rabelais, T. FV, p. ix, Kpist. dit au Cardinal de
ChAtillon : « ceulx qui par moy seront rencontrez
« congratulans de ces joveux escripts , tous je
" adjurerait vous en savoir gré total, uniquement
» vous en remercier et prier pour conservation
« et accroissement de ceste vostre grandeur, etc. »
Cette signification subsistoit encore du temps de
.1. Le Maire. " Par tous les Dieux, je ['adjure que
" ne vueilles tuer mon Cygne. » fFllustr. des Gaules,
Liv. IFI. p. 312.;
F)aus un sens moins étendu, faire prêter serment.
(Cotgrave el Nicot, Dicl.) D'où l'on a dit : « tout
« noble homme, devant qu'il prengiie l'ordre de
« Chevalerie, doit estre adjuré par .serment de
« tenir foy el loyauté; premièrement à Dieu ([ui
« est le commencement el le chief de toute Clieva-
" lerie, etc. » (Le.louvencel, fol. 93, V-.)
Adjustemcnt, subst. masc. Étalonnement.
On appeloit « droit de marque et «r//;/s/«^f des
« mesures, " celuy qui se payoit au Seigneur pour
les mesures que l'on faisoil jcàuger et maniuer. fLa
Thaumass. ubi suprà. — Voy. Adjuster en ce sens
sous l'article Aujocster.) « Appartiennent. . . . aux
« gens de la justice, Vadjustemeut des poids, mesu-
« res el aulnes. « (Coal. d'Espinal, au nouv. Cuut.
gén. T. FI. p. 1129. — Voy. Ad.iiisteur ci-après )
VARIANTES :
ADJUSTEMENT. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1129, col. I.
Adjcstage. La Thaumass. Coût, de Berry, p. IGB, art. 18.
Adjusteur, subst.' masc. Élalonneur, jaugeur.
(Voy. .If/y^s/fîH^î/Y et. l(/Ji/sto' sous l'article Aaiocs-
TEH.) « Se les mesures sont trop petites et elles
« soient signées aux armes du Roy el de Vadjus-
" tcur, etc. » (La Thaumass. Coût, dé Berry, p. 340.)
Adjutoire, sulist. masc. et adjectif. Aide,
secours. Secourable.
Au premier sens, c'est le mot latin .\djutorium.
Par eulx et par leur ajuctoire
Out des Engleiz Quenut (t) victoire.
Rom. de Rou. MS. p. 184.
Ce mot , très-ancien dans notre langue , étoit
encore en usage du temps de .J. Le Maire. « Le
« Capitaine des gens de guerre et navires de Paris,
« donna çrand fulliment et adjutoire. » Illust. des
Gaules, Liv. IF, p. 189.)
is'ous ne le trouvons employé comme adjectif que
dans ce passage :
Ceulx qui pour droit et équité
Ont requis mon bras adjutoire,
Auront haulte prospérité, etc.
Molinet p. 189.
14
AD
— lOG —
AD
ADJUTOIRE. Vie de S" Marie Égypt. Vies des SS. MS. de
Sorb. cUilï. LXi, col. 36.
.\DJUToYnE. Triom. de Pétrarque, Irad^du Baron d'Oppède,
fol. li, R». •
Ajlctoire. Rom. de Rou, MS. p. 18^1.
Adjuvaiice ^1), stibst. fém. Aide, assistance.
(Voy. AiD.*>cE ci-après.)
le Duc luy requeroit
Consort, secours el aUjuvance.
Vigil. de Cliarlos YII. Part. II. p. i.
Ailiuallei', verbe. Appeler en justice. Nous
ferons oliserver, pour l'intelligence de ce mot,
que inall en Aiii^lois, en Flamand mael, signitioit
assemblée, parlemcnl. d'uù iinilliix ou ntallii»! em-
ployé dans la ha.-^se l;ilinil(' pour (l('siL;ner si)éciale-
meht ces assemblées i;éuérales de la nation, convo-
quées par nos Mois, et dans lesciuelles on disculoit
les intérêts de l'Etat, ceux même des particuliers,
lorsqu'il s'auissoit de causes importantes. Si l'on
administroit la justice dans ces assemblées j;éné-
ralcs, .1 (//;;«//(';• composé de la préposition ad et du
verbe mallare, a pu passer de l'acception pio[iie
assembler, ;i la siiiuification d'appeler en justice.
(Voy, Borel, Dict. 'i'". add. Junius, étym.Ani;l. — D.
Carp. suppl. (Iloss. de Du C. au mot Malleare '2, etc.
— Eckard, loi Sali(iue, T. 1, note (c), etc.)
Admenteuîince, siibsl. fém. Terme de procé-
dure.
Dans la coutume de Ilaynault, faire rtrfwit'H/t'HaHfc
d'une requête, c'est peut-être persister aux fins
d'une requèti', en maintenir les conclusions, les
affirmer. ■< Uuand le demandeur se sera présenté au
« jour servant, et que le deffendeur sera en faute
" de comparoir, sera prolesté contre luy pour ledit
" deffaut : et à la journée ensuivante ledit dcman-
" deur reiiuerera que pour 1^ proffit dudit delfaut,
« il soit admis en sa demande et aux despens ; et si
« lors ledit delTendeur est encore en faute de venir
" en cause, sera prins àsuspenser jusques à la jour-
« née suivante: à laquelle sur admentenaiice que
" fera ledit denmndeur de sa dite requeste de con-
" tumace, il y sera admis. » (Nouv. Coût. nén. T. II,
p. 113, col. 1. — Yoy. Ibid, p. 111 et 115, col. 2.)
Adniinicule, siibst. masc. Appui, aide.
Du latin ailminiculum. (Voy. Oudin, Dict.) Ce
mot subsiste encore comme terme de prali(|ue dans
la signilication particulière de moyen ; ce (jui aide
ù faire une preuve dans une affaire civile ou cri-
minelle.
Adniinistrateresse, &uh&t. fém. Administra-
trice.
Dans une signification particulière, Curatrice ;
celle qui administre les biens d'un mineur éman-
cipé. " Katlierine étoit légitime tuteresse et admi-
> nislrancsse de Mariou sa fille. » ^Trés. des Cbart.
licg . Itir». Lett. de I37;i; « La femme qui est batiste (2),
" adiiiDiisIrarrfssc ou tutrice de ses enfans, quand
« elle se marie ne perd point laditte balislerie,
» administralion ou tutelle de ses eufans. » ^Cout.
de Bourg, au Coul. g n. T. I, p. 8il. — Voy. Au.mi-
NisTKATio.N ci-après.)
VARIANTES :
ADMl.NISTUATERESSE. Coût. gén. T. I, p. 8il.
.Vu.Mi.NisTRAnnKssE. Trés. des Chart. Reg. U)5, Lett. de 1373.
AdministraU'iir, subst. masc. Celui ((ui sert.
F.ii latin milustrator. De là l'expression adminis-
traWiirs de cliemins, pour désigner les travailleurs
dont on se sert dans une armée pour aplanir les
cbcmins : « si estoycnt abbalcursde bois, fossoyeurs
» cl aihiiiiiistraleurs de cbcmins moult smigneux,
« eu celle forest d'Ardenne à abbalre bois iledans
" les lieux où on u'avoitonwiuespassé ne conversé. »
(l'roissart, Vol. HI, p. 327. — Voy. Ahmimstiieh ci-
apiès, pris dans le sens de servir.)
Administration, SîW)S/. fé)ti. Curalcllc. Intcr-
vculiou. (.iiuseulement.
On a (lit admnùsli'aliiDL pour Curatelle, eu parti-
cularisant l'aeccplion générale et subsistante de ce
mot. « La femme qui est batiste, «dmiiiislrarresse
». ou tutrice de ses eufans, (luand elle se marie ne
« perd point laditte balistcrie, administralion ou
« tutelle de ses enfans. » (Coût, de liourg. au Coût,
gén. T. 1, page 841. — Voyez An.MiMsriiATKiiKssi; ci-
dessus.)
Toute administration donne à celui qui en est
chargé le droit d'intervenir dans toutes les allaires
(jui y sont relatives. De là ce mot pris dans le sens
d'inteivenlion, consentement. >> Les enfans masles
" d'une femme de servile condition , ne peuvent
« prendre, avoir ou porter couronne ou tonsure
.1 clérical 3 , f,an&admiHislration, congé ou licence
" du Seigneur dont ils sont serfs. « (Coût, de
Meaux au Coul. gén. T. I, p. 80. — Voy. Aujiinis-
TiiiiMENT ci-après.)
Adniinistrenicnt, subst. masc. Adminislra-
lion, gouvernement. Médiation, négociation. Action
de fournir.
Le piemier sens paroit être le sens propre de ce
mot formé du verbe Admimstreu ci-après. « (4) Il fut
" abbés cl jus (r.; al)bés. Abbés el Abbés uns sols
« noms est; mais en l'un de ces dous abbez n'en at
" mais ke les soles paroles de cest nom. Uns offices
« est, mais cbailif mi ; cum sunl dcssemblant li mi-
« nistre et cum est altres li uns amiiiishrmens ke li
" altres. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 314.)
(1) C'est un mot savant fait avec les yeux, tandis que /li(/a(ice a été fait avec l'oreille par les Romans, (x. k.) - (2> Il
vaiidrait mieux bailtiulrc et haillislrerie : voir l)u C. au mot Ilajulus, .i. (N. ic.) - (3) Clérical n'a pas de femiiun, parce qu il
était (le la famille de fc;rand. qui restait invariable, venant tlun adjectif latin de la 2« classe. (N. E.) - (l) Trailiichon : « Il y
eut abbé et abbé. Abbé et abbé, ce n'est qu'un seul nom: mais dans l'un de ces abbés, il n'y eut que les seules paroles de
ce nom. Ce n'est qu'un office, et c'est peu de chose à mon avis : ainsi dillérenl entre eu.\ les serviteurs, l'un adnunistre
d'une manière et Tautre d'une autre. » (n. e.) - (.5) auprès, mot explétif. (N. e.)
AD
107 —
AD
C'est par une analni^ie îi peu p^^s scmblahlcî à
celli' (lue nous avons indiquée' sous le mot Ahminis-
TRATKiN ci-ilessus, pi'is (laus le sens d'iiilervention ,
t]u'.{(linniisl)riiii')tt a sij^nilié nn'ilialion , m'^mcia-
tion : « les habitans de la ville de Lisieux se mirent
" en l'oliéissance du lioy de l'"rance, ^s mains île
« son l.ieulenant, par V'adminlstrcinrnt et conseil
c de leui' Kvesques. » (Monslr. Vol. 111, fol. l'i, i;-.;
Enfin du verbe .'If/wi/H/s/r*'?', Iburnir ; on a dit,
Admitiistroncnt d'aide, pour l'action de secourir,
de fournir du secours. " L'eaue creut en si grande
« haulteui'... que aucune facnltc, ou administre-
« ment de ayde ne lui lors aux Hommainspresl(î. «
(Triompb. des neuf l'reux, p. 3;i'i, col. -2.)
VARIANTES :
ADMINISTREMENT. Monsirelet, fol. 12, R".
Aministui:mknt. S' Bern. Rcrm. Fr. MSS. p. C").
Administrer, verbe. Administrer, gouverner.
Servir, fournir, donner.
Ce mot formé du \n[\n administrai'e, se dit encore
au premier sens en parlant des clioses. On Fem-
ployoit autrefois en parlant des personnes. « Le
« Roy... accordoit tontes requestcs î'i luy faicics par
« ceux de qui il estoitflf/H(/«!S/»r'. >■ iMonsli'. Vol. I,
cil. 191, p. 200. Y°.)
Il paroit emprunter la seconde acception du lalin
miiiistrare , servir, fournir, donner ; acception
encore subsistante dans les expressions Ailuihiis-
trer les Sacrcmens, Administrer des preuves, etc.
mais beaucoup moins étendue qu'elle ne l'ctoit
dans l'origine de notre langue, comme on en peut
juger par les passages suivans : « (1) As cuers ki
<i eiulurit estoient si cum pière, aministrevet om à
« droit les coutels de pière dont Jh. C. nave (2) fist la
" circoncision. » (S' Bern. Serm. fr. ms. p. 220.) « A
« leurs propres mains adiuinistroieut l'eau en
« leurs bouches. » (Percef. Vol. V, fol. 3G, R" col. 2.)
« Tu es sage et es appelle es aiïaircs des humains...
« Vecy le mondequi te «/«('/(/.s/jr beaux chevaux,
« belles robes , bonnes viandes, etc. « (.Modus et
Racio, Ms.. fol. 220, R°.)
Souvent dans les écritures du 13' et du M" siècle,
Ve et Vo se ressemblent : cette ressemblance, jointe
à l'abréviation de Vr qui n'aura pas été remarquée
par le copiste, aura pu faire lire admoneste pour
admenistre en cet autre passage: « Vaine gloire
K leur rtf/;HOHi's/^ tout ce qui leur fault de perles,
« de pierres précieuses et de toutes richesses. »
(Modus et Racio, ms. fol. 220, R°.)
Enfin, Administrer h)i prisonnier, c'étoit le ser-
vir, le soigner, lui fournir les secours dont il avoit
besoin. (Voy. Froissart, Vol. 111, p. 33. i « Le Duc de
« Bourgongne, qui avoit la garde du Duc de Bar...
« et d'autres plusieurs prisonniers qui estoient au
« Louvre, et lesquels il faisoit administrer par ses
« gens... les restitua et rendit à ceux de Paris. «
(Monstrelet, Vol. I, ch. 103, p. 167, R°.)
On a dit au môme sens en parlant de malades :
Elle leur administre, elle les couche «t liéve.
G. Uacliaol, MR. p. 89.
Alors Administrer est neutre comme dans le pas-
sage suivant, oii le régime du verlie est suppléé
par celui de la préposition à. S' Bernard, dans une
aposliiiplii! à Lucifer qui jirétendoit se rendre égal
au Très-Ilaul, s'cx[iiiiiie ainsi: " ô oulrecuidiez
« et mal senneiz (;jy, li millier des milliers arninis-
" trenl à luy et deix lieies (i) mil cent millier estent
« davant lui" et lu soiras (5). >• (Serm. fr. mss. p. 324.)
VARIANTKS :
ADMINISTRER. Monst. Vol. I, ch. 191, fol. 2<«, V».
Admenistker. Gloss. du P. Lalibe, p. .520.
Admonf.stk». Modus et Racio, MS. fol. 220, R».
AMENisTiiKFi. Ord. T. I, p. 2.J2. - G. Machaut, .MS. fol. 214.
Amimsther. L'amant ressusc. p. 25G.
Adininistrcur, siibst. masc. Celui ([ui admi-
nistre. Celui qui sert.
Nous trouvons souvent ce mot employé dans la
signification particulière et subsistante de notre
mot Administrateur, qui administre, qui régit.
(Voy. Beaumanoir, iihi suprà. — Gloss. sur les
Coût, de Bi'auvoi.sis, etc. etc.)
Ainsi ne font administreiir que braire,
Vivres quérir pour mesgniée (6> et argent,
Chevaulx, harnois pour chevaulcher ou traire.
Administre vivent bien saigement,
Vestuz, peuz sont ; gaignent largement
Et si font po, etc.
Eust. des Ch. Poi'S. MSS. fol. 3i7, ccl. 2.
Dans un sens plus général, on disoit au figuré :
Si fès au Bacheler entendre.
Que tôt adès doit son cuer tendre,
Et la droite voie tenir,
De plus en plus preus devenir :
A droit i doit tendre et tirer.
Et tôt son afaire atirer,
Au mestier des armes s'offrir.
Si doit le cvier du tôt offrir,
Car se li cuers n'est amiwster,
Li cors n'i a guères mesler.
Fabl. MS. du R. n" 7015, T. U, fol. 161, R- col. 1.
Or faut-il donc que je le garde,
Et que les vertus je regarde
De quoi je sui aministn's,
Et anciennement registres.
Froissart, Poês. MSS. p. 36, col. 2.
Ce même mot a signifié celui qui sert. De là l'ex-
pression Aministreor espirit, en lalin Ministratorii
spiritus, pour designer les Chérubins. « Chérubin,
« ce dist li Profète,"estevent [7) et ne soyenl mies...
" Tuit sunt aministreor espirit por ceos ki doient
« receoivre l'érilaige de salveteit. >> (S' Bern. Serm.
fr. MS. p. 324. — Idem. Serm. lai. — Voy. Admixis-
TRATEim et Administrer ci-dessus.)
VARIANTES :
ADJUNISTREUR. Beaumanoir. ch. 16. p. 96.
Ad.menestrières. Ibid. ch. 7, p. 47.
Administre. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 347, col. 2.
(1) Traduction : « Aux cœurs endurcis comme pierre, on présenterait avec raison les couteaux de pierre avec lesquels
J. C. nouvellement né fut circoncis. » (n. e.) — (-2) neuf. — (3) insensé. - (4) dLx fois. —(5) Traduction : « Et toi-même tu y
seras. » (n. e.) — (6) mesnie ; voir D. Carpentier, Glos. français, (n. e.) — (7) sont debout.
AD
— 108
AD
Admixistrières. Beauraanoir, ch. 4, p. 31.
Amenistreur. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.
A.MixisTREOR. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 65.
Amixistues. Kroissart, Pocs. MS. p. 30, col. 2.
A.MiNisTUEin. Ibid. p. '.m, col. I.
AMNiisïEii. Kabl. MS. du K. iv 7015, T. II, fol. 16V, R" col. 1.
Admirablo, adj. Extraordinaire.
En laliii «(/;«ira/'/7is; proprement, tiui cause de
Tadmiration, delà surprise, de l'étonneuient. Voy.
AimiiiATiF l'i-après.^ On a dit en parlant d'un ("léanl
d'une taille extraordinaire, au-dessus de la nafu-
i-elle. " 11 (uluihnimblc à nature pour son extrême
" grandeur. >■ (D. Flores de Grèce, fol. 25, U".)
Adniiratif , (nlj. Qui attire l'admiration. Qui
mar(iue l'admiialion.
Dans le pieiuier sens, a<li)iiralivc au (t'ininin
signiliuit admirable. (Gloss. de Marot. — Voy. Ai»ii-
R.\iiLE ci-dessus.)
Ce mot subsiste avec la seconde acception ; mais
on ne diroit jilus : faire situes «H(//'rt///'s pour signi-
fier exprimer, marquer par des signes le sentiment
de l'admiration. (Voyez Histoire du Tliéalre français,
T. II, p. 515.1
VAltlANTKS :
Ar)MIB.\TIl-\ Gloss. de Marot.
A.MUIATIF. Ilist. du Th. fr. T. II, p. 515.
Admiration, subsl. (cm. Surprise, élonne-
ment, horreur. Cliose admirable. Exclamation.
Admiralion subsiste étant [iris en bonne part, et
comme un sentiment excité par quelque cliose de
grand, de merveilleux , etc. On l'employoit aussi
autrefois en mauvaise part, pour tout geiire desiir-
prise et d'étonnement, même d'iiorreur : ■> Si luy
« vint à grande iuhiiiration , et desplaisance. »
(Froissart, Vol. 1, p. 3(51.) Le Duc de Bourgogne,
après l'assassinat du Duc d'Orléans, « confessa, et
" dit que par l'introduction de l'ennemy, si avoit
" fait faire cest homicide par Hollet d'An'tonville, et
« ses complices ; lesquels Seigneurs, oyans ceste
« confession, eurent si grande admiralion , et tris-
« tesse en cueur, ([u'à peine luy peurent-ils donner
« response. » Monsir. Vol. 1, fol. ;!l. V°.)
De là, on a employé le mot .idiniration pour la
chose même (lui excite l'admiralion :
Si est Rrant délectation,
D'ouyr telle admirai ion.
r.acc de la Bi-nc, des Ded. MS. fol. 101, R".
Le peuple dit encore en quelques Provinces, c'est
une admiration, pour c'est une chose admirable.
Enliii ce mot paroit avoir été en usage pour le
signe même de l'admiration, l'exclamation. 'Voy.
Eust. des Gli. l'oi's. ms. où l'on Irimve le mot .\d-
miracion, confondu ;illeriiativement avec le mot
demande on question dans le litre de plusieurs qua-
trains, après lesquels on en trouve avec le titre de
Réponse. Le \nol Aihniraeion paroit signifier dans
ces endroits, exclamation. ^Voy. Eust. desCh. Poës.
jiss. fol. -2Ti, col. ;i)
ADMIRATION. Froissart. Vol. I, p. 361.
Au.MiNisTn.vciox (lisez Admiracion). Triomph. des neuf
Preux, p. ll'.t, col. 1.
.\D.MiR.\cioN. Kust. des Ch. Pol-s. MSS. fol. 274, col. 3.
Amui.\c.ion. Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 203, R" col. 2.
Admission, suhst. fém.
Du laliii Adinixsio. C-e mot (pii subsiste pour dési-
gner laclioii par laiiuelie on est admis, a signilié
pins parlicuiicrement le droit d'être admis à occu-
per en iiualilê de l'roeureur. " Les Procureurs sont
" tenus en toutes les causes... de tenir bonne et
» |ierliuente noie de tous les deniers... à peine de
" raiiicnde, el par-dessus cela, d'estre [irivez de
« leur admission, pour tel temps que la loy trou-
■ vera il propos. » ;Nouv. Coût. gén. T. I, p. (577,
cul. I. — Voy. -V.Missio.N ci-après.)
Admittei', verbe. Recevoir, admettre.
Du latin Admittere. (Voy. Adicmis ci-dessus, sous
la troisième acception.) « Poet le Seigniour aver
'< accion euverz le Soveraigne del meason que prist
" el admit! ast son villen d'estre professe eu mesme
>' la meason sanz licence el la volunt(! le Seignior,
'< el recovera ses damagez ii la value de le villein. "
:Tenur. de Litll. fol. ii, VM » Tout ceo que n'est
" pas encounter reason poit bien eslre admillé et
" allow (1). " (Id. ibid. fol. 17, R°.)
Admodei-, verbe. Façonner. Préparer, disposer.
Modérer, modilier. Rorner, se borner. Adonner,
s'adonner. .Jouer en mesure.
Ce verbe, composé du substantif latin modus ,
mode, façon, moilération, modification, borne, etc.
emprunte ses diverses acceptions des différentes
signilications de ce même substantif.
Le sens propre el générii|ue est façonner, donner
la façon, en parlant d'un ouvrage; en termes d'A-
griculture, façonner, donner un labour.
. . . l'asne dist, qui pert le principal
ICt rest le cuir, sa rente est mal foniléc.
La beste muert, riens ne demeure au pal
Dont la terre puist lors estre admodée.
I.e labour fault, etc.
Eust. desCh. Poës. .MSS. fol. 104, col. I.
On (lisoil figurément, s'amoier avec le pronom
I)ersonnel. pour se façonner, s'accoutumer.
Xiilz aprentis ne s'i puet amnim;
.\nc. l'oûs. Fr. MS. du Valic. n' 1322, fol. 152, R- col. 1.
En étendant l'acception d'Admoder, façonner, à
celle (le préparer, disposer; on a dit an ligure
s'amoder ou s'amoier pour se préparer, se dis-
poser.
Alors à jazers je m'amodc.
Comme beau parlant, bien disant.
Œuv. de Uoger de CoUepyc, p. 48.
je me vueil amoier
A rimer et à fabloïer.
Fabl. .MS. du I\. n- "SIS, fol. 277 R- col. I.
Ce même verbe dans le sens de modérer, modifier,
(1) alloué.
AD
KK)
AI)
exprime encore ujie idée accessoire de Tidce prin-
cipale, façonner, «.le m'y emploieray de dieu i)on
« cueur et n'y espar^noray du mien pour coiilem-
« pérer et umodier les condilions controverses
« entre les deux parties. » liabclais, T. IV,
p. 151 et 15-2.)
i^'ainoier de parier, c'est modc'rer sa Iau5;uc, la
retenir, modérer le désir de [larler.
Oie/, communément, niés ;
Et lie parler vous ainoic:.
Si vous dirai teles novel .s
Qui aux niales l'aniLS sont bêles, etc.
Fabl. MS. du II. ir 7218, fol. 223, n» col. 2.
De là, ce mot a signifié borner, restreindre;
&'a»ioier, se restreindre, se borner.
Ne s'i savoient ainuier ;
N'avoient pas renies à vivre,
Chascune de centaine livre.
Ne vendoient pas blé à terme, etc.
Fabl. lis. du U. n" 7218, fol. 319, V" col. 2.
On a dit, par extension de ce dernier sens,
s'amoicr à servir Dieu pour s'y adonner, s'y plaire
uniquement, s'y borner.
Lessicr m'esluet (l) le rimoier;
Quar je me doi moult esmaier ('-),
Quant tenu l'ai si lonfînement.
Bien me doit le cuer lernioier
Conques ne me poi aimiifif
A Dieu servir parfoteraent.
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 332 11- col. 2.
Enfin du latin mndus, mode, règle, mesure, on
a fait amoier pour jouer en mesure, jouer un air
suivant les règles du mode dans lequel il est
composé ; moduler, s'il étoit permis d'user de ce
terme.
Guis du fretel (3), au clialumel
Biau s'acorde et amoie.
.\nc. Pocs. Fr. MS. du Vat. n' U90, fol. HO, R-.
Nous finirons cet article par une remarque sur
la formation des mots francois, dont l'étymologie
est latine. Si les uns, en vieillissant, ont perdu ces
traits de ressemblance qui découvrent leur origine
lorsqu'on remonte à l'urtliographe primitive ;" les
autres en ont ac(iuis. qu'ils n'avoient point en
naissant (1). Telssontles \erhes, Amoier, Aorer, etc.
que des Auteurs plus modernes ou mieux instruits,
ont écrit Admoder, du latin iiiodtts; Adorer, du
latin Adorare, etc.
VARIANTES :
ADMODER. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 101, col. 1.
Amoder. Qùiv. de Roger de Collery, p. 48.
Amodier. Rabelais, T. IV, p. I,")2.
Amoier. Ane. Poët. fr. JISS. avant liiOO, T. IV, p. 1359.
Amoyer. Percef. Vol. 1, fol. 78, R» col. 2.
Adniodiateur, subsl. nuise. C'ui prend à
ferme. Qui donne à ferme.
Ce mot qui subsiste au premier sens, sous la
seconde orthographe, n'a pins guère d'usage que
dans (iuel(|ues provinces. Il signifie fermier, mé-
tayer. (Colgr. IMct. et Laur. (jloss. du Dr. fr.)
Dans un sens moins propre, celui (|ui dunne :"!
ferme. (Colgr. Dicl.)
On a voulu dériver Admodialeur, de moisson.
(LaurièiT, /(/)/ sitjjrii.) Mais je crois que son origine
est la niéiMc <iue celle dn verbe Admodier ci-après.
ADMODIATEUR. Cotgrave, Dict.
Amgdiateur. Id. ibid.
Ailinotlialion, subsl. fém. Bail à ferme.
Du verbe Ahmoducu ci-après. — Voy. Cotgr. Dict.)
AIJMdiJlATIO.X. Cotgr. Dict.
A.Muuiatio.v. 1(1. ibij.
Adinodior, verbe. AlTermcr.
Ce mol roriné du latin riidiliiis, muid, boisseau,
signifie pioprcment Al'iermer moyennant une re-
devance de certaine (juaiitilé de inuids ou boisseaux
de grain. (Du Cange, ubi siiprà.] Par extension,
affermer à moitié fruits. iColgr. Dict.; Affermer en
grain ou en argent. (Dict. de l'Acad. fr.)
variantes :
ADMODIER. Du Cange, Gloss. lat. au mot .\rlmoUia,'e -2.
A.MORiEii. Cotgrave, Dict.
Adnioissoiiiior, verbe. Affermer.
Bailler à ferme. (Du Cange, Gloss. lat. au mol
Admodiare'2.) Proprement alfermer la moisson, la
récolte d'un fonds ; ou peut-être, affermer un
fonds à moitié fruits de la moisson, de la récolte.
(Voy. Ad.modieu ci-dessus.)
On a dit par extension, Adnwissonner pour
afi'ermer, en parlant de droits payables en blé ou
autre grain, même en argent. (Voy. Du Cange,
Gloss. lat. au mot Ad)noisso)iata tallia.) ■■ Le Gou-
« verneur de la Chancellerie ainoissonne chascun
« an les petits sceaulx. » ;Estats des oflic. des
Ducs de Bourg, p. 6.) « Ils ne vendront justice, ne
« ne amoissonneront foires ne marchiés. » Ibid.
page 297.)
Cette signification générale doit peut-être son
origine à l'usage de payer en grain, c'est-à-dire
avec une partie des fruits de la moisson, ce que
l'indigence ne permettoit pas de payer en argent.
Cet usage subsiste encore dans le Lyonnois, où les
paysans ou laboureurs conviennent avec les
charrons, maréchaux et autres artisans de cette
espèce, de leur donner une certaine quantité de
grain en payement de leurs ouvrages ou fournitures
durant le "cours d'une année. C'est ce qu'ils
appellent icunoissonner. Ils s'abonnent de même
avec le médecin. iVoy. Du Cange, Gloss. lat. an
mot Amuissonata tallia.)
(■1) me faut. - (2) émouvoir. — (3) le mode du flageolet. — (4) Sainle-Palaye s'aperçoit déjà de la différence entre les
mots populaires et les mots savants; s'il juge bien de ces derniers, il ne voit pas pourquoi les premiers s'éloignent du latin ;
ils sont d'ailleurs moins vieillis, si, comme dit Pascal, « la vieillesse du monde est devant nous et non derrière. » (x. e.)
AD
110 —
AD
vAniAMF.s :
ABMOISSOXXER. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.
Admoison.neh. Du Cange, Gloss. lat. au mot Admodiai-e 2.
Amoisonner. Gloss. de l'Hist. de Paris.
A.MOisso.NER. Du Gange, Gloss. lat. au mot Amnisaonala
tallia.
Amoissoxxer. Estats des Offic. des D. de Bour. p. 297.
Aclinonestement,SH/)s/.?Hnsc".Averlissement.
(Du vci'he Admo.nesteu ci-après.)
Espérance qui tant est nele,
Si me deprie et anioneste
Que je ne chieco ( 1) en désespoir.
Celui Dieu qui anianz afete (2),
Me commande cors et cuers mete
En li servir sans renianoir ;
'L'atmmcslcmciil bon espoir
Si meslonge du désespoir, etc.
Fal.l. us. du R. n'7218, fol. 980, R- col. 1,
VARIANTES :
ADMONESTEMENT. Nuits de Strap. T. I, p. :}{. - J.
Marot, p. 73.
AMON-ESTE.MENT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 280, R" col. 1.
Admonester, x^erbe. Avertir, conseiller.
Mander. Annoncer.
Ce mot formé du latin Admonere (3), au supin
Adnionitum, d'où l'ortliograplic subsistante admo-
néter, ne se dit plus que de l'avertissement ou re-
montrance ù huis clos que fait un juge à un parti-
culier coupable d'une faute qui ne mérite pas une
plus (grande punition. (Voy. Gloss. de Marot.) On
î'employoit autrefois dans îc sens général d'avertir.
« Il fut."... surprins d'un remors de conscience....
« et d'icelui, comme si par (juclque esprit il eust
>' es[é amonété, qu'il s'amusoil ù la moutarde, il
« tomba en un désir violant, etc. » (L'amant
Ressusc. p. 215.)
De là pour conseiller, engager à faire une chose.
<■ Estre (imonesté ; en latiiî persuaderi, être con-
« seillé, être engagé. » (Voy. Règle de S' Benoît,
lat. et fr. >is. de lîeauvais, ch. xl.) t'est la même si-
gnification dans ces vers :
.... affin que pitié Vadmoncsle
Nous venir veoir soubz une crainte honneste
T'advertissons qu'alors jeux et esbatz,
Robbes de pris et joyau! x mismes bas,
Puur prendre noir, la dolente couleur.
J. iMarul,!.. 193.
Pour mander, donner avis de s'assembler, en
parlant de troupes :
Environ vu'^ Brebançons
Estoient encore arestez
El champ de guerre amonncsicz.
G. Guiarl, MS. fol. 133, V-.
Enfin pour annoncer. Amonrstcr une fête, en
<lonner avis, l'annoncer.
. . . Cléomadés commanda
A eaus, quant partirent de là,
Ce fu ce qu'il umoneslassent
Sa feste et savoir le laissassent
Par tous les lieus là il venroient.
Clcomadis, MS. de Caigoal, fol. 95, V- col. 1.
VARIANTES :
AllMONTSTEi;. C.loss. de Marot. - Gloss. de l'IIist. de
Paris.
Amonester. Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. 59, V° col. t.
Amoxëter. L'amant Uessusc. p. 21.x
Amonnester. g. Guiart, MS. fol. 133, V".
Admonition, subst. fém. Avertissement, avis,
conseil. Suggestion.
Du latin Admoiiilio. Ce mot subsiste en termes
de pratique avec une signification particulière.
(Voy. An.Mo.NESTER ci-dessus.) On I'employoit autre-
fois dans le sens général d'avertissement, avis,
conseil. « Estouppez vos oreilles à toutes bonnes
<■ umonitiom. » (Al. Cliarl. Quadril. invectif, p. /d3.)
Pris en mauvaise part, 11 signifioit suggestion.
« Très-mauvais Satliau aussi comme Adam fu
« pris en péchié pai' ton nmonicion en un jardin,
« aussi fu pris le lîciioil iilz de Dieu en un jardin,
" où il estoit en oroison. » (.Modus et Hauio, ms.
fnl. -JO-i. V°.)
VARIANTES :
ADMONITION. Gloss. de Marot.
Amonicion. .Modus et Racio, MS. fol. 202, V".
Amdxitio.v. Al. Chart. Quadril. invectif. p, 413.
Admorti, partie. Mort. Éteint, raquitté.
Ce mot, dans le sens propre, signifie mort ;
au figuré pâle comme un mort, défait dans ce pas-
sage : " me veuillez dire la cause de votre doléauce,
« car tant vous vov palle et amorty. » (Cér. de
-Nevers, Part. II, p. 2!).)
On a dit, en parlant des hypocrites :
Les sanbleanz ont esperi tex,
Faces maigres et atnortics;
Mais dedenz sont tuit plain d'orties ;
Viex est lors vie orde et mesele (4).
De huppe nos font turlerele,
Et de corbel colon-croiser.
D'aubespine nos font roser.
D'orties griescbes, fenoigl.
llisl. de S" Loocadc, MS. de S' Germ. fol. 30. V- col. 2.
Nous disons en ce sens lè\T'es mortes, pour dési-
gner des lèvres pâles et livides. On appelle aussi
eau morte, une eau qui ne coule point, qui n'a pas
de mouvement. Dans une signification également
figurée, l'oji appetoit autrefois vif-argent amorliz;
dii vif-argent sans activité; amorti:^ comme yaue,
sans mouvement comme l'eau qui ne coule pas,
qui n'est point agitée. Pour guérir un cliinn de la
« roigne volante prenez vif-argent tant comme
n vous vouldrez faire d'oignement, et metez en une
« escuelle, avec la salive de trois ou de quatre
.< liiimines à jeun, et menez tout ensemble contre
" le fonz (le l'escuelle, au doiz, jusq'fi tant que
» l'argent vif soit amortiz comme yaue. >• (Chasse
de Gaston Pliébus, ms. p. 101. et I0-2. — Voy.
Ad.mûrtir ci-après, sous la cinquième acception.)
/Imo?'//, se dit encore en matière de rentes, de
pensions et de devoirs de fief, qu'on éteint, qu'on
(1) tombe. — (2) se montre. — (3) Admonester a été fait sur Admoncslarc, fréquentatif formé de Admoncslum, corruption
de Admonilum. (N. E.) — (4) lépreuse.
AD
— III
AD
rachète. (Voy. AnMinniu eu ce sens.] Au reste, pour
Lieu enteiulre ces expressions : .« lief npparleiiaiit à
« l'ÉKlisi' (idinorli ; terres il'Ki;li.ses adinurlii's ;
« i\ci admurli et iiuleiuiiisé; licrit;ij;es «f/mo;7/s et
« iiulenuiisez ; ceiisives udiiiorlii's ; rente admurtie,
« etc.; " ou lient lire l'ailicle Aii.muiitissi:.mi;.nt ci-
dessous et consnller l.auricre. (iloss. du Dr. tV. Il
nous suflira de reuianiuer ici ([u'anciennement les
rentes constituées îi prix d"ari;ent sur les liels ou
autres lu'rilaj;es, donnoient ouvertures aux droits
de Idils et ventes, de i'acli;d, etc. et ([ue comme ces
di'oits ctuient cteints par raciiuisitiou i|ue les gens
de niain-niorte faisoienl de ces rentes, ils dévoient
payer aux Seigneurs l'amortissement, ou droit d'in-
demnité. Suivant fancienne Coutume de Laon en
Vermandois, « pour rentes constituées sur liels....
« est reiiuise inl'codatinn par le Seigneur. » iCout.
gén. T. I, p. 481.) L'article 117 de la Coutume d'Or-
léans, porte que « si aucun héritage censuel est
« vendu, donné ou autrement aliéné, ou rente sur
« iceluy constituée à Kglises, ou gens de main-
« morte, le Seigneur censier, si bon luy semble, en
« fera vuider les mains à celuy qui l'a acquis, ou
« auquel il auroit esté donné ou aliéné ; et ne le
<■ recevra ù vicaire, s'il ne luy plaist. Et si une fois
« il a esté receu à vicaire, le Seigneur censier sera
« tenu à toutes mutations de l'y recevoir, en
« payant les redevances telles ([u'elles sont deues. »
(Coût. gén. T. I, p. 955.)
Le payement des droits d'amortissement ou d'in-
demnité, rendoit ces sortes de rentes non racbeta-
bles. '< Coustume est notoire au Bailliage de Vitry,
■< que toutes rentes achetées et constituées à prix
« d'argent, posé ores qu'elles soient achetées et
« accordées entre les parties , perpétuelles et à
.1 tousjours. néantmoins elles sont racbetables,
« n'estoit qu'elles fussent amorties, en tant qu'il
« touche les gens d'Eglise. » (Coût. gén. T. I,
p. 402.) Par le procès-verbal des Coutumes de Berry,
on accorda « aux gens du premier estât, que...
« pour le regard des cojistitutions des rentes faites
» pour les fondations du service Divin... qu'ils de-
« moureroienl en leurs droicts, ainsi que justement
« ils en ont jouy par cy-devant ; et aussi quant aux
« rentes d'autre qualité, s'elles ont esté deuëment
« amorties. » (Coût. gen. T. II , p. 361. — Vov.
Laurière, Gloss. du Dr. fr.)
La Coutume du Poitou distingueracry((fs/ar//HO/'^'
de Yacquesl commun. •> Quand le mari et la femme
« ont racheté durant leur mariage des rentes, des
« charges ou des servitudes dues sur les immeu-
« Lies de l'un d'eux, et créées et constituées avant
« qu'ils eussent été mariez , l'acquêt est appelé
« commun, et l'offre du demi-denier a lieu. Mais
« s'ils ont vendu, pendant leur mariage, et consti-
« tué sur les immeubles de l'un d'eux ces charges,
" ces rentes et ces servitudes ; et s'ils les rachètent
« ensuite, ce rachat n'est point un acquêt commun,
« et dans ce cas l'offre du demi-denier n'a point de
« lieu : parce qu'à le bien prendre un tel rachat
« est moins un acquêt qu'une ejctinctioii et un
<■ admortissement, d'où il a été appelé acquêt ad-
■' viorli. - (Laur. Closs. du Dr. fr.)
VARIANTES :
AMilUri. Nicot, Dict. - Laurière, Gloss. du Dr. fr.
A.Mouri. Ortli. subsiste. — Gloss. des arrêts d'amour.
Amoutiz. Chasse de (last. l'héb. .MS. n. 10-.'.
A.MoiiTï. Gér. de Nuvers, l'art. II, p. 28.
.Vdinoi'tir, verbe. Faire mourir, mettre à mort.
Eteindre. Hacquitter, racheter. Mourir. Défaillir,
manquer. Finir. Termes de Coutumes.
Le sens propre est faire mourir, mettre à mort,
livrer à la mort. Un de nos anciens Poètes dans une
prière (lu'il adresse à la S" Vierge, s'exprime ainsi :
Dame, de ton Saint cors Diex toz nous conforta
Qu'en loi prist nostre char, que por nous amorta.
Comme vrais Die.\ et hom ; en ses Cie.x l'enporta!
l'ahl. .MS. du R. n- 7218, fol. 2:3, l;- col. 3.
De là ce même mot employé ligurément par op-
position au verbe Aviver. « Roy glorieux amorte
« en moy le désirer de la char et avive la vigueur
« de l'amour. » (Chasse de Cast. Phéb. >is. p.' :%(.).
Il conserve encore cette acception figurée, sous
l'orthographe amortir, qui semble être moins an-
cienne dans notre langue, que celle LÏAmorter.
nuoiqu'.l;;io/7/r soit encore d'usage en |iarlanl des
choses morales, des passions; on ne diroit cepen-
dant plus : « Quant à ce que me mandez avoir
« rendu l'amour esclave... amortij ne l'avez-vous
« point... ains endormy, et à la charge de se réveil -
« 1er de plus beau quelque jour, pour vous faire
« réparer l'injure que vous vantez luv avoir fait. »
(Lett. de Pasq. T. I, p. 5'2.) .Nous disons encore ligu-
rément, faire mourir ses passions. (Uict. de l'Aca-
démie française.)
Amortir le feu, signifie aujourd'hui rendre le feu
moins ardent. Autrefois , c'étoit le faire mourir,
l'éteindre. (Voy. La Thaumass. Coût, de Berry,
p. '281.) Xous trouvons amortcr pris métaphorique-
ment en ce sens : « Illumine mon cuer de la céles-
« tial sagesce, amorte ire et chaleur charnel.
« attrempe et refrène ma langue de vain parler. »
(Chasse de Cast. Phéb. ms. p. 3.58.)
De là, on a dit amortir en matière de rentes et
de devoirs de lief, pour les éteindre, les racquitter,
les racheter. Suivant plusieurs de nos anciennes
Coutumes, on peut « Admortir à deniers une rente
« foncière ou autre... quand un bériiage a été baillé
'• ou hypothéqué à rente ou autre charge et devoir,
« soit à condition ou faculté de la racheter etétein-
>• dre pour certaine somme ou non. » (Laur. Gloss.
du Dr. fr.)
Le temps fixé pour le racquit, étoit quelquefois
appelé grâce d'admortir. « Si aucun prend héritage
« à rente, à grâce d'(/);;o)7('r,- et pendant la grâce,
« le bailleur d'héritage à rente vend ou transporte
« la rente, et le preneur Vadmortisse au-dedans du
« temps d'icelle grâce, il ne devra qu'une rente. •>
(Coût. d'Anjou, au Coût. gén. T. IL p. 74.)
Amortir la foij et Iwmmage . c'étoit racheter ce
devoir par une redevance, l'éteindre, en dédom-
AD
— 11-2 —
AD
mageant le Sei?;neur à qui il étoit dû. « Si personne
« c'ousliimière ; c'est Ji sravoir, personne non no-
« ble, aborne à ([ueUiue devoir ou amortist la foy
« et hommage qu'elle doit à cause d'aucuns hérila-
" ges ;^ elle ap|);uienans par son acqucst, ce ncant-
« moins tels liiTilaLifs et i-lioses autres fois lioin-
■■ magées deniuurcrdul en leur première nature,
« quant aux successions. » (Coût. d'.Vnjou, au Coût,
gén. T. II, p. 83. — Voy. Aomoiiti ci-dessus.)
Amollir, comme verbe neutre, siiinilioit mourir ;
et Ton disoil en i)aHanl d'une (leur: « La Kose...
« incontinent passe, seiclie et pcri sou odour,
« beaulé. et amortist. » (Eusl. des Ch. Poës. mss.
fol. 301. H" col. I.)
On s'en servoit par une espèce de métonymie
pour designer les symptômes ou signes de la inort,
comme la pâleur, le défaut de mouvement. (Voy.
Amouti ci-dessus.) U siguilie di-faillance dans ce
passage: » De la graut paour que de vous j'eus, le
« cueur me amortist tellement, que comme morte
« cheus. " (Saintré, p. 3/(5.)
En termes de peinture . on dit que les couleurs
se perdent eu mourant les unes dans les autres,
lorsqu'elles Unissent par une dégradation insensi-
ble. Nous trouvons amortir, emiiloyé figurément
en termes de maçonnerie, dans une signiiication à
peu près semlilal)le, en pni'lanl d'un conlro-mur
dont la saillie Huit, cesse d'être au-delà du nu du
mur. en diminuant insensiblemenljusqu'à une cer-
taine hauteur. « Si... four, forges ou cheminée sont
« faits contre mur moitoyens, sera fait contremur
« de l'espesseur de six poulces eu admortissaiit ou
« diminuant jusques au premier estage. » (Coût.
gén. T. I, p. 112.)
Enfin %'admortir en termes de Coutume , « c'est
« donner ses biens à la charge d'être nourri jus-
« qu'à la mort, .\nciennement, celui qui adoptoit ,
« s'amorlissoit. « ,Laur. dloss. du Dr. fr.) •■ Toute
« personne débile ou constituée en vieillesse ou
« maladie, se peut donner et amortir à tel qu'il luy
« plaira, en lui donnant entre-vifs tous ses biens
« meubles, acquests et conciuests immeubles, et la
« moitié de son naissant. » (Coût. gén. T. I, p.TriO.)
« Toutes personnes n'ayant enfans ou autres des-
« cendans d'eux en ligne directe, se peuvent don-
« ner ut amortir à tels qu'il leur plaira , en luy
■' donnant entre-vifs tous ses biens meubles et
" immeuiiles, tant d'acquêts que de naissants. »
(Nouv. Coût. gén. T. II, p. 87(i , col. 2. — Voyez
Admortissement ci-après.)
C'est par allusion à ces sortes de donations, qu'un
de nos anciens Poètes a dit :
Ne vous tuez pour vos prouchains :
Qui s'amortit, pis vault que mors.
Eust. des Ch. Pocs. .MSS. fol. 437, col. 3.
VABI.\.NTES :
ADMORTIR. Laur. Gloss. du Dr. fr.
AMonTF.n. Chasse de Gasl. Phéh. .\IS. p. 38.
A.MORTiiEn. Ane. Poc's. fr. MS. «lu Vat. n' 1522, fol. 152.
Amohtir. Orth. subsist. - Lett. de Pasq. T. I, p. 52.
.\(lmovtissal)Io, aitj. Racbetable.
Vuy. Laur. Gloss. du Dr. fr.)
Admoi'tisseinont , sulist. masc. Acquisition
ou vente sujette à amortissement. Lettres d'amor-
lissemenl. Droit d'amortissement. Amortissement,
raciiuit. Espèce de donation.
Il est constant que les Eglises, .sous nos Rois de
la première et de la seconde race, pouvoienlaciiué-
rir des biens immeubles. Les Lettres de Carde ou
de protection que nos Hois leur accordoient, sous
le titre d'iiumunilés , prouvent qu'ils favorisoient
ces acquisitions. (Voy. (»ril. T. 1, pn-face, p. 1».)
Ces aciiuisitions ou ventes faites à des gens de
main-morle, furent appelées dans la suite V/f/)Hor-
tissrmeiis, parce que sur la fin de la seconde race,
les droits de mutation, dans la possession des fonds,
fiireiil établis, et que ces ventes ou ac(|uisitions
cansi lient l'extinction de ces mêmes droits, les
anéantissoient, les éteignoient ; acceplion figurée
du verbe AnMORTiR ci-dessus. (Vov. Ord. T. I, pré-
face, p. <). — Et Laur. r.loss. du Dr. fr.)
Les Seigneurs se plaignii-enl de ce qu'ils étoient
privt's des droits de lods et ventes, de rachiit (»u de
relief, qui leur seroieni échus, si les fonds tombés
en main-morte fussent demeurés dans le commerce
ordinaire. Leurs contestations à ce sujet avec les
Eglises s'étautronouvoléessousle règne de LouisIX,
ce Saint l'oi décida contre elles, « en ordonnant
« qu'elles seroient obligées de traiter avec les Sei-
<• gueurs féodaux pour être conservées dans la
■< possession des héritages qu'elles auroient ac(|uis
« dans leurs mouvances , sinon qu'elles seroient
« conlraintes de les mcllre dans l'an et dans le jour
« hors de leurs mains, sous peine de confiscation. >•
(Ord. T.I. préf. p. 10.) Pour éviter cette peine, les
Eglises Iraitèrent avec les Seigneurs féodaux immé-
diats, qui leur accoi-dèrent la possession paisible
des liiens immeubles (|u'elles avoient acMpiis ,
moyennant une liiiance proportionnée à la perte
qu'ils faisoient. iVoy. Ord. nhi suprà.)
Dans la seconde signilicatîon : " Atimortissement
" est congé ou octroy (lue fait aucun bault justicier
" à personne ou gens (l'Eglise, de tenir aucun liéri-
" tage en leur main à perpétuité, sans ce que par
.' iceluy hauU justicier, ne par autre ayant cause
" de luy, ils puissent doresnavant estre contraints
« à le meltre hors de leurs mains : et par ce appert
« que c'est héritage admorly, car c'est héritage
« duf|uel ledict octroy est donné. Pourquoy fut
« adtiiorlisscvicnt trouvé, pour ce (lue gens d'I'!glise
« acheployent volontiers et jamais ne revendoyent,
« et ainsi Vils pouvoycnl achepter à volonté et sans
« congé du SeigiHMii- hnnll jusiicic'r, coiiiine autres
" personnes séculii'i'cs, rien ncî leui' escbapperoit
« (lu'ils n'acheplassenl. » (Gr. Coût, de Er. Liv. II,
ch. xNiii, p. 1('>3. — Voy. Amortis.mion ci-après.)
Les /,c//rr.s (l'amorliaacmcnt , accordées par le
Seigneur hault justicier, n'ôtoient iioint au Sei-
gneur foncier, bas ou moyen, le droit d'exiger à
son tour une indemnité. " S'il est ainsi que le hault
>i justicier les admorlisse, si demourra le droict
AD
— 113 —
AD
« desdits autres Seigneurs sauf ; et faut qu'il soit
« par cliasciiu (ulmarUi. » ((ir. Coût, de France,
Liv. II, cil. wiii, p. 1(!4.)
Ce i)riiici|K' ilii droit l'codal est aussi ancien que
la Loi ([ui ulili^ea les gens de main-morte d'olftonir
des Seigneurs immédiats des Letti'es d'amortisse-
ment pour se conserver dans la possession de leurs
biens iinniciiMcs. Car à peine furcnl-ollesolilenues,
que les Scii^iiciii's nuMinls smilini'i'iil (inc ces suites
de gi'àces n";iv(>icnt pu être failes ;i leur prc^juiiice ;
et les Eglises furent contraintes de linancer une
seconde fois au profit de ces Seigneurs, cl ainsi de
Seigneurs en Seigneurs jus(iues au lioy, en remon-
tant de degré en degré. « l»e l;i vient (dit Lauricre)
« que les commuiiautez et autres gens de main-
« morte, sont obligez de payer au Hoy le droit
« d'aviortisKcincnt, t\u\ n'est autre chose qu'une
« indeniiiilé; et non pas parce qu'ils sont person-
« nelleiueul incapables de posséder des biens iin-
» meubles dans le lioyaume comme Hagueau et
« tous nos Auteurs l'ont cru jusqu'à présent. »
(Gloss. du Dr. fr.)
Comme ces indemnités multipliées, souvent exor-
bitantes, parce qu'elles étoient arbitraires, excé-
doient pres(|uc toujours le prix des aciiuisitions, et
qu'elles meltoient les Eglises dans une sorte d'im-
possibilité de les conserver, Pbilippe le Hardy guidé
uniquement par son zMe, crut devoir donner des
bornes cerlaiiics aux prétentions des Seigneurs.
Pour cet effet, il ordonna dans un Parlement tenu
à Paris, aux fêtes de Noël de l'année 127."j , que les
Seigneurs ne pourroient inquiéter les Eglises au
sujet de leurs acquisitions, lorsqu'elles auroient été
amorties par trois Seigneurs médiats, sans compter
celuy qui avoit donné ou vendu aux Eglises ; que
pour les immeubles qu'elles possédoient à titre
d'aumône, sans la permission du Roy, dans ses
fiefs et ses arrière-fiefs, à compter depuis vingt-neuf
années, elles payeroient en argent la valeur des
fruits de deux années ; et de trois années, pour les
immeubles qu'elles auroient acquis, à quelque titre
que ce fût. Quant aux acquisitions par elles failes
dans les AUeus situez dans les fiefs et les arrière-
fiefs du Roy, elles dévoient payer pour celles ([ui
leur avoieiit été ainnônécs, l'estimation des fruits
d'une année ; et pour celles ù titre non graluil, don-
ner les fruits de deux années, à moins qu'elles
n'aimassent mieux mettre ces acquisitions bors de
leurs mains. (Voy. Ord. T. I, sommaires, p. 303.)
Cette Ordonnance, qui ne devoit avoir lieu ([ue
çopr le passé, nous apprend que les Barons avoient
été de tout temps en possession â'amorlir. Philippe
III, en 1277, accorda le même droit à l'Archevêque
de Reims et aux Évêques, Pairs de France, en le
restreignant aux arriére-fiefs, relevant d'eux.
(Voy. Du Cange, Gloss. lat. au mot AdmortiuUio.)
Les Comtes de Champagne pouvoient aussi donner
des Lettres d'amortissement. (Coquille, hist. du
Nivernois, p. 123) ; et les Ducs de Nevers ont ré-
clamé ce droit. (Voy. Mercure de Fr. Juin 4739,
p. 12()!).) Il |);iroit (|ucce n'est pas sans quelque
fondement, puis(|iren Vl'M), sous le rijgne de
Philippe le lîel, le Parlement rendit un Arrêt en
faveur du Comte de Nevers, par lequel il lui étoit
permis d'accorder des Lettres d'amortissement aux
gens de miiin-morte, etc. [)Ourvu qu'il ne i-e ût
point d'argent. Aulrement le lioi pouvoit mettre
dans sa main les biens amortis. (Voy. Du Cange,
(iloss. lat. au mot Adniorlizat/o.]
Si nos Rois accordoient le droit d'amortir, s'ils
pouvoient le restreindre et le inodi'rer; s'il leur
éloil (lu, |)()ar chaque ;imorliss(.'iiient, un droit
d'indeiiiiiilé, comme étant lU'U'eux souverains dans
leur Royaume, ce sont les termes dont se servent
i|uelques-uiies de nos Coutumes, on a eu raison
de regarde!' ce droit comme un droit attaché à
la souveraineté. Par conséquent les Rarons et autres
Seigneurs n'en ont pu jouir (lu'à titre de conces-
sion, ou bien ils usurpèrent ce droit, •• lorsque la
'< force de l'auctorité royale n'estoit bien cogneue,
« comme depuis elle l'a esté. Car telles choses qui
« dépendent de la puissance souvei-aine, appartien-
« nent à la seule majesté. » (Gr. Coût, de Fr. Liv. II.
ch. XXIII, p. IGG, note.)
Anciennement, les personnes non nobles qui
acquéroient des fiefs, et qui ne les possédoient pas
à services roinpéteiis, c'est-à-dire sans diminution,
sans extinction des services militaires, étoient
aussi contraintes d'obtenir des Lettres d'amortis-
sement ; cela fondé sur le même principe qui y
assujettissoit les gens d'Église. Comme eux, elles ne
pouvoient conserver leurs acquisitions qu'en payant
aux Seigneurs suzerains, de degré en degré
jusqu'au Roi, de grosses finances pour Vadmortis-
sement, l'affranchissement des services militaires
([u'elles étoient incapables de rendre. (Voy. Ord.
T. I, préf. p. 11, et A.MORTi ci-dessus.)
Nous avons remarqué ci-dessus, que les ventes
failes à des gens d'Église, étoient appelées
admorlissemens, parce qu'il en résultoit une
extinction de profits Seigneuriaux. C'est par la
même analogie qu'on a dit'et qu'on dit encore nd-
mortissement pour racquit, extinction d'une rente.
(Voy. Laurière, Gloss. du Dr. fr.) On écrivoit quel-
quefois admortiement. « Jamais on n'admorliroit
« la rente dedans l'an et jour, mais tùusjours
« après, quelque temps que ce soit l'on feroit
« de sorte qu'il n'apparoistroil Y admortiement
« avoir esté fait dedans l'an et jour, etc. » (Coût,
gén. T. II, p. G49.)
Enfin, ce mot signifioil, en termes de Coutumes,
une donation faile^ à la charge par le donataire de
nourrir le donateur jusqu'à sa mort. « Toutes per-
« sonnes ayans enfans, peuvent donner l'usufruit
« de leurs biens, acquests 1) et naissans '2), et leurs
« meubles en propriété à tous l'un ou plusieurs de
(1) Pour Acquests, voir Littré, I, p. 46, col. 3. (n. e.) - (2) « .\u regard des héritages vulgairement dits et appelez propres
ou naissans venus des pères ou mères ou d'autres parens, iceux héritages doivent retourner au plus prochain parent dudit
défunt en ligne descendante du costé dont sont procédez lesdits héritages. » {Nouv. Coust. rjénér., II, p. 680.) (x. e.)
I. 15
AD
— 11 i —
AD
• ses enfans, à la charge irèlre nourry el subvenu
« à toutes ses nécessitez et autres choses que
« voudra apposer le donateur du contrat de
« Viiniurlissoiicnt. - (Coût, de Clennonl, au Nouv.
Coût. jïén. T. 11. p. 877, coi. l.j • Hcrila^e baiiié
« par adiiwrtissciiH'iit. à ciuelque personne que ce
« soit, ne se peut vendre, liypotliétiuer, n'y aiicner
» par raccei)tant de tel don et udnioiiissoiteut
« durant la vie de Taduiortissant. » fCout. de
Clermout, ubi suprà. — Voy. s'Amortir sous
Amortir ci-dessus.)
V.VHU.NTES :
.\DMOUTISSEMENT. I.aur. Gloss. du Dr. fr.
.\nMORTlK.MKNT. Cout gcn. T. II, p. Il'h^.
Amortissement. Orth. subsist. — Nouv. Cout. gén. T. I,
p. 158, col. 1.
Adnection, subst. fém. Liaison, union, jonc-
tion. Colgr. Dict. — Voy. An.nex.vïion et An.nexi:
ci-apres.)'
Adnex, subst. masc. Titre, qualité.
Titre annexé, attaché à une personne, du latin
Adnexus ; proprement, ce ([ui est annexé. (Voy.
AxNEXE ci-après.) •■ Est delTcndu, en Cour royale,
« que on ne se puisse faire ne [>orler par Porteur
« de lettres d'autre et Procureur en.... niesme
« cas pour ce que le Porteur est Seigneur de la
« cause, et le Procureur non ; el que le Maistre et
« le Pi'Ocureur procèdent ensemble, il n'est pas
« possible, car il faut avoir partie directe el si
<• formée qu'elle n'ait pas deux adncx, mais un
« seul qui vaille. « (Bouleill. Som. Rur. lit.
197, p. (i'.l.)
Adnic-hiliition, substantif fcm. Annihilation.
Cassation.
Le premier sens est le sens propre et générique.
" Du trop peu manger procèdent.... débililalion de
« corps, perturbations d'esprit el anicilation de
" soi. « (Triomph. de la noble Dame, fol. 51. —
Voy. Admciiileh ci-après.]
Dans une signification particulière, on disoil
Aduichilation pour Cassation, en parlant d'un tes-
tament. '• Si sur Yadnicliilalioii dudil testament
« estoient ouys, tors vaudroilla reproche: car ledit
« testament adiiicliiU', leur don seroit nul. »
(Bouteiil. S(im. lUir. lit. 10."., p. OIS.)
vAni.\NTEs :
AnXICIllLATION. DouleiU. Sera. Hur. tit. lO."., p. 018.
A.sicii..\TioN. Triomph. de la noble Dame, fol. 51.
Adnicbiler, verbe. Réduire à rien, détruire.
Devenir à rien. Avilir, deshonorer.
Ce mol subsiste sous l'orthographe Annihiler,
en latin Aunihilare, formé de nihil qu'dU écrivoit
nichil [\] dans la b;isse latinité, d'où vient Adni-
chiller, proprement réduire à rien, détruire. (Voy.
AuMLi.Eii ci-après.) « Si tu moyennes la puissance
" d'autruy, tu aduichUles le plus souvent la
« tienne. » (Le l'rince de Machiavel, p. '29.)
J. de Meun, parlant des trois Parques, dit :
Saichcz que moult vous réconforte
Clilolo qui la quenouille porte
Et Lacliesis qui les filz file :
Mais Atropos si anichile
Ce que les deux peuvent liler.
Rom. de la Rose, vers 20070-20G80.
Quelquefois ce verbe étuit neutre, et signifioit
devenir à rien, se détruire, « mult anichilant
« s'alloil. » illisl. des 3 Maries, en vers, ms. p. -1\-1.)
On l'empioyoit encore de même, du temps de
.1. Le Maire. « Leur force et leur dureté robuste, et
« paravant si terrible el si redoutable, se commença
<• à amollir et anichiler. » (Illustr. des Gaules, Liv.
III, 1). 300.)
Dans un sens figuré, Anillier, réduire à rien,
s'est dit pour avilir, deshonorer, proprement
compter pour rien. Peut-être même faut-il lire
nvillicr. L'n ancien PoiHe reiiroclianl aux Prélats
de son temps, le bannissement de Guillaume de
S' Amour, que le Pape Alexandre fit exiler à l'oc-
casion de cette querelle célèbre qui dura sept ans
entre les Dominicains el l'Université, et dans
laquelle les Prélats intervinrent, s'exprime ainsi :
Prélat, je vous faz asavoir
Que tuit en este nnitlié.
Mot^lre ("lUillaume ont escillié,
Ou li Rois, ou li Apostoles.
Or vous dirai, à briés paroles,
Que se r.Vpostoiles de Homme
Puet escillicr d'autrui terre homme,
Li Sires n'a nient en sa terre, etc.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 324, R- col. 2.
VARIANTES :
ADNICIIILER. C.ér. de Nevers, Part. II. p. 1 l'J.
Adnichilleu. Ord. T. III, p. 149. — Le Prince de
Machiavel, p. 21.
ANicuiLEn. Oudin. Cotgrave, Nicot, Dict. — Ménage, Dict.
étvm. - Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 217, col. 4.
A.NiLLiEn. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 324, R" col. 2
Annichilku. Oudin, Nicot, Rorel, Dict. — Brantôme, Cap.
fr. T. II, p. 387.
ANNiini.Eii. Orlli. subsist. — Clêm. Marot, p. 259.
Adiioiioer, verbe. Annoncer.
Du latin .[(Inuiiliare ([u'on écrivoit aussi Annun-
liare : > Uuanl le lioy eutouy parler les messagiers
" des Admiraulx d'Égipte, qui estoient venuz
« avecques Messire .lehan de Vallance ("ij.... le Hoy
" leurdisl qu'il ne feroit nulle trêve à eulx, pre-
" mier (lu'ilz lui eussent rendu toutes les testes des
« Chreslieiis morts, ([ui pendoicnt sur les murs du
" Quassere (3), dès le temps (jue les Contes de Bar et
« de Montfort furent prins el avecques eux
« renvoia le Hoy ledit Messire .lelian de Vallance,
« pour la grant sagesse el vaillance qui estoit en
" lui, pour adHO)icer de par le Uoy le message aux
« Admiraux. » (Joinville, p. 8!).)
(1) On écrivait de même michi; cotait pour empêcher la contraction des deux syllabes en une, et renforcer le son de la
lettre h. (n. e.) - (2) Jean de Valenciennes. — (3) Le Caire.
AD
115 -
AD
CONJUG.
Anouricvct, impnrf. indic. Annoncoit. (S' Bern.
Soi'iii. fr. M-s. p. io!).)
Anomal. p;irf. iiidic. Annoiira. (Iil. Ibid. p. 51.)
Anunch'vct, iiiiparl". iiidii'. Aiinonroit. (Id.
ibid. p. ir.i.)
VAMIANTICS :
ADNONCEU. .loinvillo, p. 89.
ANNUNCEn. Molinet, p. UVi.
Anonchh. S' lii-rn. Serm. fr. MSS. p. 105.
Anonzer. Id. ibid. p. ,')1.
Anuncer. Id. ibid. - ,1. Marot, p. 207.
Adiiiilliitioii, subst. iiiasc. Doslriiclion. Perle.
Ru pi lire.
Mots formés du verbe An.Mi.i.Eu ci-après. Le
premier sens est le sens pi'opre. <■ .Iulius... a esté
« à l'eiu'oiilre du bien commun, l'bonneur el la
« fraiicliis(! de la noble cité de Homme el aditul-
« lation des nobles liommes du pays. » (Percef.
Vol. V, fol. 15, R" col. 1.) « Se fut ensuiviz adnul-
« /fl/îo» et corruption de nostre ville; conse-
il quemment désolalion et totalle destruction de
« nostre.... Royaume. » (Monsir. Vol. 1, fol. "iiJS.)
De lîi l'expression anuUcmoit de courage, pour
signifier découragement, perle décourage « Nous
« ne sommes pas tenus par si grand anullemenl
« de petit courage, que nous "ne veuillons com-
« battre jusques à la mort pour justice. » (Monstr.
Vol. I, fol.'2±2, V».)
Dans une signification particulière née de l'a-
ception générale destruction, on a dit adnullation
d'alliance, pour rupture d'alliance. ■< Renonciation,
» revocation, et adnullation desdictes alliances. »
(Hist. de Paris, preuv. ;T. III, p. -o±\i, col. 1. —
Voyez le mot Abolition ci-dessus.)
ADNULLATION. Monstr. Vol. I, fol. 'm. R» et V°.
Annullement. LeFévredeS.Remy. H. de Charles VI, p. 81.
Anullement. Monstr. Vol. I, fol. 222, V".
Adniiller, verbe. Rendre nul, détruire. Dé-
courager.
Rendre nul, annuller comme l'on dit encore
aujourd'hui en termes de pratique, dans une signi-
fication particulière. •• Lequel privilège ou Cous-
« tume... avons annulbj et aboly, annulions et
« abolissons. » (Coût. gén. T. I, p." 78i.)
On employoit autrefois ce mot dans un sens plus
général.
Après je ne sais chose nulle
Dont joie en son cuer tant anulle,
Ne dont tu aies tant d'irour,
Comme de vivre en cette erreur
Que tu tiens ta Dame pour folle.
G. Macliaul, 5IS. fol. 27, V- col. 3.
Il s'est dit figurément pour décourager, faire
perdre courage. (Voy. Anullement décourage, sous
Adni!ll.\tion ci-dessus.) « Le Capitaine luy demanda
« se il les cuidoit esbabir pour ses menaces et
« trouver si anulliz, pourtant 86(1) ceulx de la
» Rochelle s'estoienl rendus. .. (Ilist. de B. du
Guesclin, par Ménard, p. 51G.)
VAHIA.NTKS :
AD.NULLER. Aresta amorum, p. 219.
Annui.lkh. Orth. suhsist. - Coût. gén. T. I, p. 7»i.
An.n'UM.iu. Coût. pon. uhi .supra.
ANUI.I1EH. Froissart, l'oc-.s, M.SS. fol. 17.5, R».
Amilleh. g. M.ichaut, .MS. fol. 27, V» col. 3.
Anui.lh;. Ilist. de li. Dugesclin, par Ménard, p. 510.
Ad-oculuin.
C'est une expression purement latine, el qui
signifie sous les yeux. « -Si ce n'estoit (|ue les biens
« que l'on veut estre reclamez, ne pussent pas
« eslre m\s ad-oculum, tels que sont des deniers,
« le droit de ([uebiue succession.... ou autres
•■ droits incorporels. " Coût, de Courtray au nouv.
Coût gén. T. I, ]). KK'.O, col. 1.)
Adoiser, verbe. Toucher du doigt. Toucher,
approcher. Toucher, frapper. Animer, irriter.
Du mot Doit ci-après, que l'on écrivoit fiuelque-
fois Doi, s'est formé le verbe Adoiser. On a fait
Adaier en substituant à la diphtongue oi celle d'«/.
Le peuple en Normandie prononce encore dai ;
dais au pluriel pour doigt, doigts. Les autres or-
thographes semblent n'avoir été produites que par
l'altération du son naturel de ces deux diphtongues.
Ateser, donl Du Gange, Gloss. Grec, a cherché
forigine dans Enteser, est une variation de l'ortho-
graphe Adeser.
On a dit dans le sens propre adeser pour loucher
du doigt, toucher avec les doigts.
Si me prendrai garde à la Rose
Qui d'espinètes est enclose.
Sovent avient que cil qui l'a
Desirrée à avoir pieça.
Ne l'ose si tost adeser ;
Quar il se doute à espiner.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 205, R- col. 2.
De \h pour toucher avec la main , ou de quelque
autre manière, comme en embrassant.
Si de sa main i voloit adeser.
Bien en porroit le cop mortel ester.
Chans. MSS. du G" Thib. p. lli.
D'un dous baisier l'a esveillie.
Durement fu espaourie.
Quant ele les iex entrouvri.
En souzpirant a dit, ainmi !
Que fu ce ore qui m'adesa ?
Cléomadès, MS. de Gaifnat, fol. 18, V* col. t.
Pour approcher ; toucher en approchant.
, Dies qu'en Jherusalem venistes,
' Si (2) ceus de la loi deffendistes
La pécheresse à adéscr
Que il voloient lapider.
Fabl. MS. du R. n* 7218, fol. 105, R- col. 2.
Nous lisons dans un sens plus figuré :
L'an que le certain nombre adeze
M. ce. iiu.ïi et XVI.
G. Guiart, MS. fol. 222, V.
(1) parce que. — (2) Le plus souvent si, venant de sic, correspond à of
en se. (n. e.)
tandis que la conjonction si est transformée
AD
IIG -
AD
De Roen assaillirent le chief et le coslé ;
L'autre que clôt Sainne, ne l'ont mie adésc.
Rom. do Rou, US. roi. 104.
On peut rapporter encore îi cette sii;nificalion
générale, l'expression dont un ancien Poëte s"est
servi en parlant d'un manteau neuf.
. . . prist un manliel d'escarlate,
Tôt nuef et lonc à lor costume,
Conques n'i ot adcsés (1) plume.
l'Ii. -Mousk. MS. p. 500.
C'est-à-ilire, (jue jamais plume n'y avoil touché ;
que jamais on n'y avoit essuyé sa plume. C'est un
écrivain qui emploie les idées qui lui sont fami-
lières.
Pour touchi'r, frapper.
que jà adezé
Ne soit tel cerf d'épée nue ;
Car c'est folie maintenue.
Font. Guer. Trcs. de V^n. MS. fol. 17.
On a dit en parlant d'.\bralKim, prêt ù sacrifier
son fils Isaac :
.... quant le coup volt enteser (2),
Ains que Ci) l'eiilTaiit peut adcser,
Es vous (4) un Ange qui li crie,
Garde l'enfant, ne l'ochis mie.
Hisl. des 3 Maries, en vers, MSS. p. 13.
On frappe, soit avec le doi-ît, soit avec un petit
bâton sur le dos des oiseaux de proie, pour les
animer, les exciter. De là le verlie Adaicr employé
dans cette signilication particulière en termes de
fauconnerie.
.... Laniers faintis
Kl on al)eke(5)et adaie fameis
Pour plus ostre aigre et volenteis.
Ane. Pocs. Fr. .MS. du Valic. n' 1400, fol. 38, R-.
Ce mot sisnifioil en général irriter, harceler.
(Nicot et Oudin, Dict. — Voy. .Viiaieir ci-dessus.)
V.\RIANTES :
ADOISER. Blanchandin, MS. de .S' Germ. fol. 190, R» col. 3.
.\daieh. Froiâsart, PoOs. .MSS. p. 113, col. i.
Adavkr. Oudin et Nicot, Dict.
Adesf.ii. Fabl. MS. du R. n» TOl.'i, T. II, fol. 81, V» col. 1
Adesser. Ane. Potis. Fr. .MS. du Vatic. n» 1190, fol. 39, R».
Adeteh. Marbodus de Géra. art. 35, col. 1066.
Adezer g. Guiart, MS. fol. 222, V».
Ateser. Du Gange, Gloss. Grec.
Adombration, sitbst. fém. Ombre, apparence.
On a dit fiyuiément : « .Nous voyons tous les jours
" de telles amours tant mocqucr, que l'on les peut
" dire seulement estre une je ne sray quelle adoin-
« i*?'rt/;'(yH d'amour ; non celle laquelle je dy estre
« vraye. » (L'amant ressusc. p. 71 et 72. — Voy.
Adcmbrement ci-après.)
A(]<>inl)ri'inent, snl/st. inasc. .\ction d'ombra-
ger. Action de couvrir, de cacher. Terme de pein-
ture.
Le premier sens est le sens propre. ,Voy. Colgr.
Dict. et le verhe Ahomurer ci-après.)
Ce mot a ét('' pris pour action de couvrir, de
cacher. (Cotgr. Dict.)
J.-C. en s'incarnant dans le sein delà Vier<xc, a
voulu cacher sa Divinité sous la forme humaine ;
d'où l'on a pu dire ([ue le Sauveur en se faisant
homme,
Prist en la Vierge aoinbrement
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 321, V' col. 2.
L'origine de celle acception fi^iiuve paroit indi-
quée clairement par le mot covri, dans un passage
cité sous l'article AmoimtER, où l'on trouve saunibrer
pour s'incarner.
Enfin Adombrement, en termes de peinture, a
siiinilii' l'aclioii d'éhaucher, ébauche. fCotgr. Dict.)
Lbancher, c'est donner ù une figure les premiers
traits, m latin Adumbrare.
VARIANTES :
AfJOMliREMENT. CotRr. Dict.
AOMBRE.ME.NT. Fabl. MS. du R. Il» 7218, fol. 332, R" col. 2.
Adoinlu'ci", verbe. Ombrager, donner de l'om-
bre. Obscurcir, rendre sombre. OlTusi|uer. Couvrir,
cacher. .Mettre à l'ombre. Recueillir , mettre ù
couvert.
Le premier sens est le sens propre. (Voy. Oudin
et Colgr. Dict. et le verbe Enompracer ci-après.)
. . . truôrent (0) un lieu descombré,
D'arbre açaint, de feuille aombrc,
D'erbes, de tloroies vestu :
L'a petit i sont arestu.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 249, V col. 2.
Les cheveux noirs d'une femme , relèvent l'éclat
et la blancheur de son leiul ; d'où l'on a pu dire
figurément, en comparant cet cllet à celui des
ombres (lui relèvent un tableau : « .ses cheveux noirs
<■ adombroient son teint et le rendoient si attirant,
« etc. » iBrantôine, Dames lUustr. p. 170.)
Ce verbe, iiar extension du sens propre ombra-
ger, a signiti('' obscurcir, rendre sombre. » 11 clost
« les feuestres pour la chambre plus mimbrer. »
(Lanc. du Lac, T. II, fol. 3, Y» col. 2.)
Plus ligurément encore, offus(iuer, empêcher de
voir.
Lermes m'amibrcnt l'esgarder ;
Soupirs me lolenl le parler.
riranie et Tiiisbc, MS. do S' G«mi. fol. 99, R* col. 3.
Offusiiuer, empêcher d'être vu, dans cet autre
passage: ■< La fumée qui de eulx et de leurs chc-
" vaulx yssoit, les enumbroil lellemonl (lu'il sem-
" bloit (|u'ils fussent en une nuée. " (l'erccf. Vol. V,
fol. 17, IV col. 2.)
Dans un sens plus général et plus étendu, couvrir,
cacher. (Oudin, Dict. et Gloss. de Marot.)
(1) Le participe accompagné de l'auxiliaire avoir pouvait rester invariable ou s'accorder avec son régime, qu'il en fût ou
non précédé ; ici, le participe gardant Vs du nom singulier de la 2' déclinaison latine, est invariable, (n. e.) — (2) alonger.
— (3) avant que. — (4> voila. — (5) Ahvke signiiie donner la becquée. — (G) trouvèrent.
AD
117 —
AD
Un cliat (I) fait sur le pont airaire
Li mineur desouz sn laacont ;
Le fort mur à miner commencent ;
Et font le chat si aoinhrcr.
Que riens (1) no les puet encombrer,
Que cil des creniaus puissent faire.
(l.Ouiarl, MS. fol. 81, V.
La foule caclic celui ([u'cUc cuviroinie. De lî» celte
expression :
. . . Grant planté de gent Vaonihre.
G. Guiart, MS. fol. 08, 11'.
On se cache pour faire le mal, c'est ce qu'exprime
ce vers :
Chascun de mal faire s'aoinbri\
G. Mach.TOt, MS. fol. 188, I\" col. 3.
Un de nos anciens Poêles, dans sa prière îi la
Vierge, s'exprime ainsi :
... du Déable me dcscombre
Qui en moi s'est tant aomliré.
Fabl. MS. du H. n" 7-2I8, fol. ni, R" col. 1.
La joie qu'on renferme dans son cœur, est une
joie cachée; ainsi l'on a dit :
Il n'est clers qui sceust sommer.
Dire, penser ne mettre à nombre,
La joie qui à moy s'aonilire.
G. .MMhaut, MS. fol. t75, V col. 3.
On peut voir sous AooMunKMnNT ci-dessus, l'ori2:ine
de la signification figurée du verbe s'aombrer pour
s'incarner, en parlant de J. C. fait homme.
. . li filz Dieu deigna en la Virge descendre.
Ilueques (3) s'aoïiibnt et prist liumanitc.
Et de l'umaine char covri sa deité.
Disp. duJuifel duChrét. MS. de S' Germ. fol. 108, R° col. 3, et V" col. 1.
Enfin, c'est en passant de la cause à l'cfTet, que
l'on a dit Adombrer pour ombrager, mettre à l'om-
bre, s'aombrer, pour se mettre h l'ombre.
En mi ot un pint verdoient.
Si grant que par dessus en l'ombre
Tant de gent, que n'en sai le nombre,
Moult bien aoinbivr s'i poussent
Que jà point de soleil n'eussent.
Fabl. MS. du H. n' 7-218, fol. 257, V col, l.
Ce verbe a été employé dans le sens de recueillir,
mettre à couvert.
Redoute Dieu omnipotent.
Et fai le sien commandement
Que tu puisses estre aonbrez
En sa cort, estre ses privez (4).
Fabl. MS. de S' Germ. fol. li, V° col. 3.
V.\RIAXTES :
ADOMBRER. Oudin, Dict. - Gloss. de Marot.
AOMBRER. G. Machaut, MS. p. 187 et ISS.-Fabl. MS. du R.
n°7218, fok358, R» col. 1.
AONBRER. Fabl. MS. de S' Germ. fol. 14, V» col. 3.
AcMBRER. Percef. Vol. VI. fol. 121, V° col. 1.
ÉNOMHREB. Cotgr. et Oudin, Dict. — Gloss. de P. Labbs,
page 517.
Enumbrer. Percef. Vol. V, fol. 17, R» col. 2.
A(l<>m<'s<-liei' (s'), verl)C. Devenir privé.
l'ro|)reiiieiit s'adonner, s'attacher à une maison ;
du latin I)o)iicslicarc. (Gloss. Du Gange. —Voyez
DoMKsc.iiE ci-a[irès.)
On a dit dans le sens figuré :
Par la donçour de donlz nourrissement
S'apprivoisist mainte beste sauvage,
S'adomcsche : par dur gouvernement
S'asauvagist, et mue son usage
Ainsi est-il, selon m'entencion.
En l'aage humain de mainte créature
Qui par douçour, ou par contempcion
Mue souvent et change sa nature.
Eusl. des Ch. l'oe». MSS. fol. 29, col. i.
C'est ainsi que le verbe s'accoquiner, formé de
coqiiina, cuisine, a signifié figurément s'apprivoi-
ser. (Voy. Adomkstioi'er ci-aprôs.)
AdoiiKistiqiier, verbe. Hendre privé, ajjprivoi-
ser. lîendre ami, familier. Loger.
De l'adjectil Doincsti(|ue, on a fait Adomestiquer,
pour rendre privé, apprivoiser , en parlant des
animaux qu'on accoutume à demeurer dans les
maisons, qu'on rend domestiques. 'Cotgr Dict. —
Voy. ci-dessus .Vimimi.m.miii et DoMicsTinrER ci-aprés.)
En parlant des Ikhiiiiics, rendre ami, familier;
parce que la familiarilé et l'amitié naissent assez
ordinairement de l'iiabilude de vivre doiiiestiqiie-
nient, familièrement dans une maison. (Voy. Coter
Dict.)
De là s,'adoinestiquer pour devenir ami, s'allier,
vivre en bonne inlelligence. « Witikind... voyant
•< toute la Saxe avoir reçeu le... Baptesmeet s'estre
" réduite sans espérance de respit sous l'obeyssance
« de l'Empereur Charlemagne, il le vint trouver à
« Aligny où après avoir esté chreslienné, il luy fit
« le serment de fidélité, et commencèrent dès lors
« luy et sa postérité de s adomestiquer de la
« France. » 'Pasq. Rech. Liv. \\, p. 450.)
On fait, pour ainsi dire, partie du Domestique de
celui chez qui on loge ; de là, le verbe Adomestiquer
pour loger. (Cotgr. Dict.) " .NLafiierbe... étant addo-
« viestiqué chez U. de Bellegarde, etc. » 'Ménage
sur Malherbe, Liv. IV, p. .il3.)
On a dit s'adomesliquer pour se domieilier, fixer
sa demeure dans un lieu. S' Colomban venu d'IIyher-
nie en France, où il s'étoit établi, reçut l'ordre de
son bannissement en ces termes : « >i"ous vous sup-
« plions de... vouloir retourner es lieux dont sor-
« tistes premièrement pour vous adomestiquer aux
« nostres. » (Pasq. Rech.Liv. V, p. 426.)
V.4R1ANTES :
.^DOMESTIQUER. Pasq. Rech. Uv. V, p. -420.
Addo.mestiquer. Cotgr. Dict.
Adominer, verbe. Maîtriser.
Du latin Dominus, maître. « Cil qui priseroil
« amour de famé, mon los (5) jamès nul jor fous n'en
solide. (N. E.) — (5) à mon avis.
AD
— 118 -
AD
« seroit... fous est qui la croit. Il n'est nus en vie
« tant sapes soit, pour qu'ele en sa baillie l'ait, que
« tost n'en cusl iiné; n'a si sage iju'ole aussi sau-
« vage n'ait adominé. » (Chans. fr. du \m' siècle,
Ms. de Bouhier, fol. 254, V°.—Voy. Dominer ci-après.)
Adon, suh^t. maxc. Don, présent.
C'est notre mol Don avec l'.l explétif.
Ains (jn'il eust les adoiis
Qui vous furent donnez.
Tout vostre mal tallent
Luy auriez pardonné.
Pcrccf. Vol. II, M. 133, R- col. S.
^Voy. -Adonkr ci-après1.
Adonc, adv. Alors.
La préposition ad précédoit souvent, dans les
Auteurs de la basse latinité, l'adverbe Tiiiir ; d'où
le mot composé adonc, très-ancien dans notre lan-
gue, et dont l'usage n'a été aboli que vers le milieu
du xvu' siècle. (Voy. Goujet. Bibl. fr. T. XVI,
p. '•() et '(7.)
Ce mot s'employoit dans les deux acceptions de
notre moi alors, pour dans cet instant et dans cette
conjoncture.
On disoit : « jusqu'rtrfoHC ne s'estoit aperçcu des
« bonnes volontez , etc. » (Nuits de Strap.
T. H, p. 81.)
Ma douce Dame quant vi
Vo gent cors et vo beauté,
AdoHt nul mal ne senti.
Ne nule autre enfremelé (1) :
Mais de grant jolieté
Trovai mon cuer si garni,
Ke pour vous en ai chanté.
Ane. Poi-I. Fr. MSS. av. 1300, T. UI, p. 1078.
. . . li baisselle (2) dit (touques,
Ha ! Sire, ne le créez onkes.
Fabl. MS. du II. n- 7089, fol. £12, V.
Adon dans le passage suivant, nedésigne pas seu-
lement l'instant, mais la conjoncture.
Quant Talebot sceut le dit siège,
Paour eut que ceulx de Galardon,
Si ne feiissent tost prins au piège,
S'ilz n'estoient secourus adon.
Vigil. dcCh. VII, T. I, p. 198.
(Voy. Donc ci-après.)
APONC. Gramm. fr. p. C:>.
Adhonc. l,Pllr. fin Louis XII, T. I, p. 101.
Adon. Vigil. de Charles VII, p. l'.w.
Adosck. Carpent.hist.de Cambray, T. II, p. 18, lit. de 1133.
Adon-cques. .1. .Marot, p. 55. — Gloss. du Rom. delà Rose.
Adonk. nymer, T. 1, p. 1 14, col. 2, tit. de 1270.
Adonkes. Ibid. p. 1.3, col. 2, tit. de 12.")6.
Adont. Ane. Poet. fr. MSS. av. i:!00, T. III, p. 985. -
Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. 20, R» col. 1.
ADOun. (Corr. Adonc>. Perard, hist. de Bourg, p. 480.
Aoncq. Loyer des folles amours, p. 325.
AONQUES. Fabl. MS. du R. n» 7989, fol. 212.
Adoner, vrrbc. Donner, procurer, accorder.
(Voy. .\iiiiN ci-dessus.) On disoit au tiguré dans la
signification de donner, procurer:
. . il li fist au grant fait mener
l'armes, por lui los adonner.
Uilsde Baudoin do Comlé, MS. de Gaignal, fol. 320.
Dans un sens plus figuré encore: « aventure li
« adoiia, etc. >■ La fortune lui accorda, le hasard
fit, etc.
Aventure li adona
Que la Dame seule trouva.
l'ahl. MS. do S' Germ. p. 242.
De là s'ailoiDwr h une chose, pour s'y accorder.
Dieu tout puissant qui tous bien donnes,
Au dire tien pas ne s'adonne.
Percer. Vol. IV. fol. GO, «• col. J.
C'est en ce sens qu'un ,luif, argumentant contre le
mystère de l'Incarnation, dit en parlant de .1. C. et
de la Vierge :
S'il n'ot commencement, donc ne naquist-il mie :
Et commencement ot, si nasqui de Marie.
Une autre chose i a, qui plus sanble raençonge ;
Ge ne puis pas veoir con raison s'y adoiige.
Ce ne fu onc oï, ainz est chose novele,
Que feme eust enfant qui remanssist pucele.
Iiisp. du Juif et du f.hrél. MS. de S' Ccrm. fol. 108.
Peut-être le verbe réfléchi s'adonner, a-t-il été
employé absolument dans le sens où nous disons
s'adonner, se livrer au repos. Théodoric après ses
comiuètes en Italie, « en France retourna mais
« il se adonna et laissa un sien Prince, » pourache-
ver l'exécution de ses projels. (Voy. Chron. S'Denys,
T. I, fol. '27, V".)
CONJUG.
ilr/o?(Y/^, subj. prés. Accorde. (Disp. du Juif et du
Chrét. MS. de S' Germ. fol. 108, R" col. 2.)
ADONER. FabL MS. de S' Germ. p. 242.
Adosxek. Chron. S' Denys, T. I, fol. 27, V».
Adonien, adj.
Ce mot est employé comme épilhèle de fleur, dans
les Épithèles de Martin de la Porte, et semble dési-
gner l'anémone rouge par allusion à la métamor-
phose d'Adonis; ou peut-être une plante qu'on
appelle encore Adonis, et qui croit dans les blés.
Elle approche de la P.enoncule.
Adoiiin, adj. Poupin.
Proprement, beau comme Adonis. (Cotgr. Dict.)
Martin de la Porte en a fait une épithète de
Damoiseau.
Adonisor, verbe. Minauder.
Alfecler des mines et des manières pour plaire et
paroîtie plus agréable; proprement faire l'Adonis.
(Voy. Oudin, Dict.)
Ce mot, ([ui se dit encore en parlant du trop
grand soin que prend un homme de s'ajuster pour
paroitre plus jeune ou plus beau, semble avoir été
introduit dans notre langue, du temiis de Bran-
tôme ; mais alors, on disoit s'adoniscr, en bonne
(1) enfremelé, infirmilatem. — (2) Servante.
AD
— H'J -
AD
pari, pour se parer. « Il n'est bien si'iint (|u"unc
« femme se {marronne, pour se faire nionslrer i)lus
« belle ; si ce n'est pour se i^entiuicul tidoniscr
« d'un beau lionnel, avec la [iluuu' allacJH'e à la
« guelfe ou gibeline, ou bien au-devant du front,
« pour ne trancber ny de l'une ny de l'autre;
" comme depuis peu nos Dames d'aujourd'lmy se
« sont mises en voj;ue. » !nranl('>me. Dames (lai.
T. 1, p. /.(Iti.)
Adopéralcur, subst. masc. Opérateur.
En général, celui ([ui opère. « Vousestesd'advis...
" qu'après avoir eu recoui's à Dieu, cbacun de nous
•< doit mettre la main à l'œuvi'e pour ddiiner ordre
« îi nostre mal. Je loue vostre intention, eucores
« que je ne pense n'estre en la puissance des bom-
« mes d'y remédier, sans la main du graïul adopé-
« rateiir. « (Leit. de Pasq. T. I, p. SO'i.)
Dans unesignilication plus particulière :
Le Médecin est Tordinateur;
L'Apothicaire Vadopéraleur.
Lellr. de Pasquicr, T. U, p. 55-2.
Adoptatif, adj. .\(loptif.
Du latin Àdoptativiis on a dit : fils adoptatif.
(llist. de la Toison d'or, itbi siiprà.)
Ce mot sous l'ortbograplie Adoptis, vient du laliu
adoptiviis. Le Pape Adrien, dans un Concile, tenu
en 7'J'2, condamna l'Iiérésie d'Élipau, .\rclievcr|ue
de Tolède, qui attaquoit la Divinité de .1. C. en sef-
forçanlde prouver qu'il étoit;j)'0/;r('s liovis, et non
fils de Dieu; pas même « fllz aduptis. » (Rec. des
Hist. de Fr. vbl stiprà.) 11 est vraisemblable
qu'Adopt, est une abréviation d'adoplis dans le pas-
sage suivant. L'.\uteur dit, en parlant des erreurs
de ce même Archevêque : •■ .Ne... prononça pas
« tant seulement celui adopt. » (Chron. S" Denys,
T. I, fol. 113.)
v.\niANTEs :
ADOPTATIF. Hist. de la Toison d'or, T. 1, fol. 29.
Adopt. Chron. S' Denys, T. I, fol. 113.
Adoptis. Chron. S' Denys, Rec. des llistor. de Fr. T. V, p. 244.
Adorableinent, adv. D'une façon adorable.
(Voy. Oudin, Dict.)
Adorement, subst. masc. Adoration.
Ce mot subsistoit encore du temps de II. Estienne;
mais il eommenyoit à vieillir. On disoit : « adore-
« ment ou adoration pour mieux parler. » (Apol.
pour Hérod. p. 582. — Voy. Adorer ci-après.)
VARIANTES :
ADOREMENT. Apol. pour Hérod. p. 582.
Agrément. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 205.
Adoré, partie.
La signification de ce mol, qui su])siste sous la
première orthographe, étoit autrefois beaucoup plus
étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui , comme on
peut le voir ci-après sous larticle Adorer.
Il suffira de remarquer ici les e.xpressions hors
d'usage, qui semblent appartenir au participe de
ce verbe.
On retidoil grâces à Dieu d'un événement heu-
reux, en disant: " Iiieu en f.n\\.aoinr. " i.anc. du
Lac, T. I, fol. ().-., V" col. t>. - Percef. Vol. V, fol. 92,
V. Ibid. fol. '.»;{, H" col. t.) On dit encore en ce même
sens, Dieu soit loué.
Le jour de la ci'oix aouréc, étoit le jour du Ven-
dredi .SiiiiiL (Voy. I.auc. du Lac, T. IM, fol. 2, R"
col. 2.) .Nous lisons (pie Itobert, fils de CuiUaume le
Comiiiérant, étant repassé en Angleterre :
Y fist deslruire bien Signors
ici sa mort avoient jurée,
l.e^'iH)' Je la fi-uis aouréc.
Ph. Mousk. .MS. p. 459.
C'est par métonymie qu'on appeloit ce même
jour Vendredy «oHî'^;', joui' où l'on adore la Croix.
(Chron. S' Denys, T. 11, fol. 1G8. — Voy. Gloss. de
rilist. de Dretaune.)
ADORÉ. Rom. de Rou, MS. p. :*).
AonÉ. Favin, Théaî. d'honn. T. I, p. 427.
Aorey. Hist. de la S'- Croi.v, JIS. p. 1.
AouuÊ. Froissart, Poes. .MSS. fol. '.fil , col. 1.
Aoukné (lisez Aoiu-c). Chron. de Louis W, p. I."i0.
Adorer, verbe. Prier. Adorer. P.évércr. Saluer.
Du verbe simple orare, prier, composé du subs-
tantif os bouche, les latins ont pu faire le verbe
composé adorure, d'oi'i notre mot adorer. Celle or-
thographe qui subsiste, est ancienne, puisqu'on la
trouve dans les Romans de Rou et de Perceforest.
Mais elle paroit l'être moins que celle (ïaorer,
([u'on seroit tenté de regarder comme orthographe
primitive, la rencontrant presque à chaque page
des plus anciens monumens de notre langue.
La signification propre est prier, adresser des
prières. Du moins seinble-t-elle assez clairement
indiquée par l'étymologie du verbe latin adorare.
•' Les trois jouvenceaulx se misrent à genoulx... et
« aorerent ung grant espace tant... que la foible.sse
« de nature faisoit faillir dévotion. » (Percef. Vol. II,
fol. 147, V" col. 1. — Voy. Chron. S' Denys, T. II,
fol. 2.) Du Chesne explique aourer, au même sens,
du verbe simple orare. (Annot. sur Al. Chart. p. 854.)
Mais l'origine de ce mot, tirée du verbe composé-
adorare, est plus immédiate, et rappelle l'idée d'un
rapport qui n'est point exprimé par le verbe simple
orare.
Que Dieu très-longue vie te doint, je l'en aour.
Gér. de Roussillon, MS. p. 91.
On a considéré les prières que le besoin ou la
reconnoissance des créatures adresse au Créateur,
comme un culte, un hommage. De là, est née l'ac-
ception subsistante du verbe adorer, rendre à Dieu
le culte qui lui est dû. Anciennement, on écrivoit
aorer. » Si me lessay chéer devant l'esgardement
" de Dampnedieu et l'aorray. » iHist. de la S" Croix,
.■as. p. 5.) « Mostre peire honorèrent... Deus faitis,
'< et sï aoreveiit, par... sacrilège les arbres et les
« pierres. » (S* Bern. Serm. fr. siss. p. 98.) « Xostre
AD
- 120 —
AD
« sires avoit jai fait mainz miracles, et pluisors
» genl ravuieiit jai aiionciel et aoreit. » (S' Herii.
Serm. fr. mss. p. 'iOS.) Arurer paroit être une cor-
ruption (lu verlie anitrcr. » Coinmeiiila solempnelie
» jeûne à l'oniieur... de Dieu ilu ciel, leciuel Dieu
« seule il antre, etc. » Martène, Thés, anecd. ï. I,
colonne 18-i-2.)
Se voloies Dieu aoirr.
Qui danipner te puet et salver ;
Lui seul amer et lui servir,
Qui le (ist naistre et le fera morir ;
Et s'avoies en loi raison,
Jà n'amerois se lui non.
Vie de S" Calhcrino, MS. do Sorb. diif. LX, col. 4.
Au mostier doiz donques aler
Por Dieu proier et aniirer.
Fabl. V5. de S' Gcrm. fol. 1, R- col. 2.
C'est par relation à Jésus-Christ, qu'on a dit ado-
rer la Croix.
El champ fist une crois lever,
Et sa genl là fist aouri:r
La Sainte Crois, etc.
Rom. du Brut, MS. fol. 110, R" col. 2.
(Voy. Jour de la Croix murée, sous l'article Adohk
ci-dessus.)
On abusoit, comme aujourd'hui, de la significa-
tion de ce mut, en l'appliiiuant aux objets de son
admiration, de sa cupidité, de son amour. « LeChe-
« valier est digne d'estre aoré, comme Dieu de
« proesse. » (Percef. Vol. II, fol. 89, R" col. 1.)
Ma Déesse estes que j'oohc,
Et veil amer.
Or osiez mon cuer de tristour.
Eusl. des Ch. Poês. MSS. fol. 108, col. 4.
N'autre n'a»»)' com Déesce mondaine.
Id. ibid. fol. U2, col. 2.
Ce même Poëte, dans une ballade sur les maux
causés par la découverte des mines d'or et d'argent,
s'exprime ainsi :
Toutes fussiez-vous recouvertes :
Moyen, poures ont trop de souffrétes (1)
Par vous : on vous aoircn et croit :
Chascun qui vous a, vous conjoit.
Eusl. des Ch. Pois. SISS. fol. 432, col. 9.
11 faut peut-être lire aoure, adore. Nous disons
encore dans un sens à peu près semblable: « faire
« un Dieu de son or. «
Notre vénération pour les Saints, est une espèce
de culte. De là le verbe adorer dans le sens de révé-
rer. « \.h est adoré le corps de S' Andrieu. » (Mém.
d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. 3'(8.)
Un de nos anciens Poêles, comparant sa maîtresse
aux choses que la piété révère, a dit :
Tant est doce à savorer,
Conques de nul sainluaire
N'oi tel talent A'aorer
Con le trés-biau cors de li.
Ane. Poil. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 14CG.
En considéiant les devoirs de la reconnoissance
et de la tendresse filiale, comme des devoirs saints
et sacrés, on disoil au même sens :
Ne fu mie asseur (2) de sa fille adoré.
Rom. de Rou, MS. p. 5G.
Celui doit-on auottrcr
Qui les prisonniers deslie.
.lliesus-Christ nos puist sauver
Et moi et vous, doce amie ;
El si noslre anior garder,
Ke nus ne nous puist meller.
Ane. Poul. fr. .MSS. avant 1300, T. 111, p. 1037.
Enfin l'usage de se prosterner en signe d'adora-
tion, a fait dire, par extension, adorer quelqu'un
pour se prosterner devant lui en signe de respect,
le saluer, lui rendre de très-profoiuls respects en
se prosternant. " La pucelle... voulut adorer le
« genlillîoy; maisluyquimoultestoilcourtoysnele
« voulut souffrir : aius la print par la main, etc. "
(Percef. Vol. IV, fol. Ki, V° col. ti.)
Cils qui veuillent dos femmes au conseil contrester,
Ne sçavont pas l'histoire de la très bonne Hester...
Elle fut bien venuii du bon Roy .\ssuére ;
Devant luy fut encline, doucement Vadoura ;
Cil ly tendit son sceptre et très-bien Thonora.
Gcr. de Roussillon, MS. p. 42.
C'est, sans doute, en ce même sens qu'on dit en-
core aller à l'adoration, en parlant d'un l'ape nou-
vellement élu, lorsqu'il est mis sur l'Autel après
son élection, et (pie les Cardinaux lui vont rendre
hommage. On fait allusion à cette cérémonie dans
les vers'suivans :
.... nostre loy, tout à plain,
Est en grant cisme (3) et grant dcsdain.
Deux Papes se font aourer,
Dont il ne deust c'un seul régner.
Eusl. des Ch. Poês. MSS. fol. 200, col. 4.
COXJCG.
Aor, iiul. prés, .l'adore. ^Kabl. ms. du H. n" 7218,
fol. '201, H" col. 1.)
Aoreit, partie. Adoré. En latin, Ailoratus. fS' Dern.
Serm. fr. mss. p. 2(18.)
AoreiX; imper. Adorez. En latin, Adoi'ute. (S* Bern.
Serm. fr. mss. p. -im.)
Aoreates, prêter. Adorâtes. En latin Adorastis.
(Id. ibid. p. 112.)
Aorel, indic. prés. Adore. (Id. ibid. p.22'i.)
Aoreveiil, imparf. Adoroient. (Id. ibid. p. 98.)
Aoriims, indic. prés. Adorons. (S' Atlian. Symb.
en fr. 2'' trad. p. 733.)
.lo)/r, indic. prés. J'adore. (Gcr. de Roussillon,
MS. p. 108.)
Aitor, indic. prés. J'adore. (Ane. Poct. fr. mss.
avant 1300, T. 111, p. 1110.)
VARIANTES :
ADORER. Percef. Vol. VI, fol. rA, V" col. 2.
ADOcniin. Vigil. de Charles VII. Part. II, p. -113.
AicuiiKU. Am. Pout. Fr. MSS. av. 1300, T. III, p. 122.
Aiioni-;n. llist. de la S" Croix, MS. p. i.
AoiiiciîR. Eusl. des Ch. Pocs. MSS. p. .'i32, col. 2.
AowER. Gér. de Roussillon, .MS. p. lit et 102. -
Molinet, p. 149.
(l) misères. - (2^ certainement. - (3) schisme.
AD
- V2[ —
AD
AonnER. Hist. de la S'" Croix, MS, p. 5.
Aoureh. g. Machaut, MS. p. %il. - Ane. PoiH. fr. .MSS.
av. 13()0, T. m, p. lOW.
Auuuica. Marleno, Tlios. anecd. T. I, col. 1822, tit. de 1453.
Auoi\Ki\. l'crcet'. Vol. U, fol. Ii7, V" col. 1.
AuouiiER. Ane. Poët. fr. MSS. av. r3(1«), T. III, p. 1(»7.
Adorsor, verbe. Adosser.
Du latin (lorsHiit. dos. l'roi)remoiit, incUi-e le dos
couti'C (iuel<nu' chose. (Moiiet et Colj;rave, Dict.)
En termes de iikisoii, iiieltrc dos-;i-dos deux pièces
d'armoiries. Cl iiiinie deux lions, etc. vCotgrave et
Oudin, Dict. — Voy. Annssi:» ci-après.)
ADORSER. Monet, Dict.
Addukser. Monet et Oudin, Dict.
Ados, siihst. masc.plur. Ilabillemens, armures.
Coups sur le dos.
Ce mot composé de la proposition à et du subs-
tantif r/os (qu'on écrivoit r/oi(/'S, dol , etc.) signilioil
autrefois toute es|ièce d'habillement propre à être
endossé. (Voy. Dossikuk ci-après.)
Quant il issi de Rune as adols qu'ot vestiz, etc.
Guitcclin do Sassoigno, MS. de Gaijjiiat, fol. 248, R" col. 2.
Del moustier issent, si ont les admis pris ;
Par les hosteus est cascuns fiers vestis.
Sor les ventailles lacent elmes burnis, etc.
Anseis, MS. fol. 28, R" col. 2.
Peut-être le mot rtrfos, adoiis, etc. n'est-il dans
ces deux passages qu'une contraction du mot
adoubement, pris dans les sens d'habillement. (Voy.
Adoubement ci-après.)
On disoit donner à dos pour frapper, battre; d'où
le compose Addos poui- coups sur le dos.
.... quelqu'un qui sera plus fort
T'y eralÔourera bien ton dos ;
Et te donnera des addos.
Balu seras plus qu'ung viel chien.
Chasse et Départie d'Amour, p. 98, col. 2.
Nous appelons encore ados, en ternies de jardi-
nage, la terre qu'on élève en talus le long d'un mur
bien exposé, parce que cette terre ainsi élevée, l'orme
une espèce de dos ; ou bien parce qu'elle est au dos
du mur, adossée contre le mur. (Voyez Dictionnaire
de Trévoux.)
VARIANTES :
ADOS. Orth. subsist.
Addos. Chasse et départie d'amour, p. 100, col. 1.
Adols. Guiteclin do Sassoigne, MS. de Gaignat, loi. 248.
Adous. Anseis, MS. fol. 28, R" col. 2.
Adosser, verbe. Renverser. Mettre derrière.
Abandonner, oublier. Couvrir, orner.
Ce verbe composé de la préposition à et du subs-
tantif dos, en latin dossuin, suivant Ménage, subsiste
avec la signitîcatioa du verbe Adorser ci-dessus.
Il paroit que, dans son origine, il a signifié pro-
prement, mettre à dos, renverser sur le dos ; en
général renverser, jeter par terre, faire tomber.
Petreium ont trespassé,
Et Bos o lui ont adossé ;
Et Breton ont Bos relevé ;
Sur son cheval l'ont remonté.
nom. du Brul, MS. fol. 92, R* col. 1.
C'est par une iiK'Ionvmie semblable, qu'on a dit
en ce môme sens A bOHCher, Adenter.{So'i. ces deux
articles.)
Nous disons aujourd'hui. Adosser contre une
muraille ; façon de parbT ([u'on peut regarder
comme vicieuse, puisque la préposition contre ex-
prime une seconde fois le rapport déjà désigné par
la préposition à, dont le vi'rbe .U/o.s.scr est composé.
Aussi disoit-on autrefois Adosser une montagne,
une rivière ; proprement les mettre à dos, les met-
tre derrière soy, en y tournant le dos. ■> N'osoye
<■ pai'tir de la montagne (jue j'avoye adossée, afin
« ([u'ilz ne m'assaillissent par derrière. « 'Percef.
Vol. IV, fol. !), K° col. 1.) ■< Heciilèrent [y >m- adosser la
•• rivière. » (Mém. d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. 403.)
Tost après les fait-on mouvoir.
Le pont Lusequin adossé,
Passe leur ost le neuf fossé.
G. Guiart, MS. fol. 201, R°.
Au figuré, pour abandonner, oublier. On verra
sous l'aYticle Dos ci-après, l'expression mettre ar-
rière-dos, avec la même signillcalijn.
Quant vi que mon biau parler
Et ma demorée
M'a tout torné à chuller (1),
Trop me désagrée. . . .
Lors m'en pris à retorner ;
Si l'ai adossée.
Ane. Poét. fr. MSS. avant 1300, T. 1, p. 752.
Les granz Dames et U Borgois,
Et li vilain, et U cortois,
Sont si à cel deUt torné,
Que tout en ont Dieu adossé.
Nus ne quiert mes que ses solaz.
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 80, R' col. 2.
Cil qui la foi avoient adossée.
Enfaucc d'Ogicrle Danois, MS. de Gaîjnal, fol. 97, V° col. 1.
Oraces dou Leu nous ensaigne,
Qu'il est hardis à la champaigne ;
.\s chans toute paour adosse ;
Mais ils crient et doute (2) la fosse.
Alars de Cambray, moralités, MS. de Gaignat, fol. 152, R°, col. 3.
Enfin, on a dit adosser pour tapisser, couvrir;
proprement, appliquer une étolTe, un tapis, au dos
d'un mur, contre un mur, etc. Ainsi en parlant d'un
pavillon : « Estoit adossé par dedans d'un riche
« drap d'or noir. (Mém. d'Ol. de la Marche, Liv. I,
p. 317.) " Là fut drecée une moût grande table toute
« couverte et adossée d'un velours noir brodé de
« fusils et des armes du Duc de Bourgogne. » (Mém.
d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. 2G-2.)
VARIANTES :
ADOSSER. Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat,
fol. 97, V" col. 1.
Addosser. Cotgr. Dict.
Adouars, subst. masc. plnr. Villages.
Les Arabes du territoire dépendant de Gigery
(1) siffler. - (2) craint et redoute.
I.
16
AD
— l'2'2 —
AD
ville d'Afrique sur la côte de Barbarie au Royaume
d'Aller. ■■ assez semblables en leur manière de vi-
« vre, aux anciens Nomades du même pays, sont
« divisés en ditlerenles habitations ([u'ils nomment
<■ Ailouars'Ai. moitié lentes, moitié maisons. » [l'c-
lisson, Ilisl! de Louis XIV, T. 1, p. 207.)
A(lonl)enient. subst. musc. Habillement, habit.
Armure. Crratitm, réceptinn d'un Chevalier.
On peut voir, sous l'article Anui iii;n ci-aprcs, l'o-
rigine et l'analiisie de ces Irois acceptions.
Le premier sens paroil être le sens propre. « Prit
« maladie à Otiion , si lu mort; mes ainçois qu'il
« morust, se demist-il de l'Empire, et rendit au Hoi
«< i'édéric la corone de linme et les adoubemens
» qu'il poi'|iiili|uant il estoit Emiici'eor. " i^Martène,
Conlin. de G. de Tyr, T. V, col. 07!).)
De là, ce mot a siiinifié armure. L'auteur d'un
Fabliau, qui a pour titîe Bataille de Qitaresnie et de
duinutije , termine la description de l'armure de
celui-ci par le vers suivant :
Moult fu ses aUoitbemeii: bea.\.
BalaiUe Je (Juaresme, MS. de S' Gcrm. fol. 92, R' col. 1.
Par extension, ce mot a signilic création , récep-
tion d'un Chevalier. Nous lisons que Philippe le Bel,
étant à Compiegne, en \29~:
Ainz qu'il vousist lessier la vile
Ne la forest qui est de jouste,
Fi.st-il, le jour de Penthecouste,
Duquel volenliors m'esjoïs ,
Chevalier son frère Lois
Tost après cel udoubemeiit
Dés ci-devant ramenteu,
S'est l'ost vers Flandres esmeu.
G. Guiarl, .\IS. fol. 233, V" el 23;i, l\'.
Adouber, verbe. Armer. Donner l'accolade,
faire Chevalier. Revêtir, haijiller, équiper. iMal-
traiter. Couvrir. Réparer, raccommoder, rajuster.
Préparer, apprêter. Panser.
Du Cange et le P. Meneslrier remarqueni, à l'oc-
casion de ce mot, que la léceplioa d'un nouveau
Chevalier opéroit une espèce d'adoption, el (ju'il
devenoit, pour ainsi dire, le lils adoplif, l'enfant
d'armes de celui qui l'avoil fait Chevalier. Cet usage
de notre ancienne (chevalerie, leur a fait croire (|ue
le vrrbe .If/OH/ycr veiioitdu latin udoptare, ad0|)ter.
(Voy. le P. Menestrier, de la Chevalerie, p. loO et
131. — Et Du Cange , Gloss. latin au mol Adobare.)
Les nouveaux Editeurs de ce Clossaire, prétendent
que Ménage (Dict. Elym.), au mot Adouber, n'a iias
été |)lus heureux dans ses conjectures sur l'élymo-
logie de ce verbe, <|u'il dérive tantôt du latin duplex,
double; tantôt de l'Allemand daube, douve, etc. 11
pareil formé, selon eux , du .Saxon dubba ou dub-
ban; eu hiliu Fj/uiteiii percutcre , créer un Cheva-
lier, lui diiiiiier l'accolade, littéralement le frajiper;
d'où est née, ajoutenl-ils, l'acception de notre verbe
Dauber. Quelque vraisemblable que leur paroisse
celte dernière étymologie, nous doutons qu'on doive
la préférer à toiite autre [2;, spécialement à celle du
mot Double. Nous observerons même que doublier
et doulileulin , mots composés de l'adjectif double ,
ont été souvent employés couiine ('pilhèles de hau-
bert; (lu'on a dit douilles de liauliert, double de
l'écu ; et ([uedans les pièces de rarinuie des anciens
Chevaliers, il y en avoil une ([ui s'appeloil doubles
de coude.
De là, on a pu dire adoubter pour armer de toutes
pièces; s adoubter pour s'armer.
L'espie descendit ; à Uicliart vint curant :
Lez nouvelles qu'il sout ne va mie celant.
l'rancheiz, fait-il, s'atluiihlcul, chevals vont demandants;
Ne l'ont mie de pais ne d'apaisier semblant.
Traioz vous outre Diepe, quer il ont moût de gent.
.V Dame Dieu du Ciel, dist le Duc, me commant;
Compaingnon, or as armes; n'alez mie tarjant.
lloni. (loRou, MS. p. 118.
Nicol définit .l(/oH/;fr dans ce même sens, ■■ soy
" armer de toutes pièces el mettre en estai de com-
« battre. » Celle dernière ortliogiaphe, quoique plus
usitée, n'est peut-être qu'une altération de la pre-
mière.
On armoit les nouveaux Chevaliers , lors de leur
récei»tion. De là le verbe adouber pour donner l'ac-
colade, faire Chevalier. « Ung danioysel.... va (jué-
u ranl ung Chevalier qui ayt povoir de Vadouber :
« car il ne trouvera Chevalier qui l'accolle luy
.< puisse donner, au moins s'il ne luy est cousin
« germain, ou plus près. » (Percef. Vol."lV, fol. 130,
V° col. 1.) « Gallafar.... liève la main et donne à
« Utran son frère l'accolée, cl puis disl à Durseau
" (lu'il adoubast ."Sanguin son autre frère. Gallafar,
« disl Durseau, voulentiers le feray. Lors leva Dur-
« seau la paulme el donna à Sanguin l'accolée. »
(Ibid. col. 2.)
.... à Penlecouste Chevaliors les fera
Droit au Mans la cité; là les adoubera.
Berle as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 135, R* col 2.
Le participe de ce verbe s'est employé comme
substantif, pour désigner les Chevaliers nouvelle-
ment reçus.
llonnour doit querre li nouviaus adoubés.
Enf.inco d'Ogier le Danois, MS. de Gaignal, fol. 83, V col. 2.
Voy. Adouhemknt ci-dessus.)
Nous venons de dire iiue le verbe Adouber pour-
roil bien être une altération de l'orthographe Adou-
bter, qu'on retrouvera plus bas, dans le sens figuré
de réparer. Si notre conjecture paroil fondée, l'on
conviendra sans peine que la signilicatioii propre
est doubler, garnir dune doublure; par extension,
revêtir, habiller, équiper, armer: l'armure d'un
homme de guerre, étant considérée comme un
hal)illement,'une doublure, pour ainsi dire, propre
à le garantir des coups qu'on lui porte. Eu ce cas ,
les deux premières acceptions de ce verbe, naî-
troienl de l'acception revêtir, habiller, é(iiiiper, jus-
(1) C'est le pluriel de l'arabe dà,\ habitation. — (2) C'est l'étymologie admise par Dioz et Littré ; le sens de frapper se
retrouve encore dans le wallon udobi, ayant reçu un coup, cl dans l'ancien anglais dub, un coup, lo dub, adouber un
chevalier, (n. e.)
AD
— 123 —
AD
tifiée par les passages suivans : « Le Duc de Hour-
« gongnc esloil eiî granll)ruit, mouU richeineiil
» paré et mlaubc pour vcoir les jousles. » (Monstr.
Vol. III, fol. ",).">, li" et V'\ — Voy. AnoniKMKNT ci-des-
sus.) « Ceulx(|ui n"avoicnl nulles armures, s"(7r/0H/(r'-
« rent (oui à leur vou lente de celles(iu'ils irouvrreiit
« illec. " (Triouii)li. des neuf Preux, p. 'iCi'i, col. 1.
Li Rois Vadmtba richement ;
Armes li done à son talent.
Fabl. MS. du R. n- -'J8'.), fol. 48, R" col. 2.
.... homs, d'armes adoubés,
Ne fu ça dedens ostelés,
Cui il ne convenist.laissier
Et armeures et destrier.
Cléoniadès, US. de Cai^nat, fol. 38, R" col. 2.
Cist lions est plains de grant valeur :
Moult a !es poinlz gros et quarrez.
Par mon conseil ['adouberez,
Fet li Dus ; moult en ait grant joie ;
Je cuit que Dex le nos envoie
Et por ceste guerre fenir.
Alez, çel faites revestir
Si corne noviau Chevalier.
Estrub. fabl. MS. du r,. n" 7000, p. CO.
Ces mots, " revestir corne noviau Chevalier, » ex-
pliquent parfaitement bien l'expression adouber à
Chevalier, qu'on trouve dans cet autre iiassage, où
l'on apprend que Hugues Capet :
... le premier an k'il fu Rois
Fist-il couroner de François
Robiert son fil ki fu bons clers,
De gramare et seurs et fers (1).
A Cevalier l'ont adoubé, etc^
Ph. Mousk. MS. p. 400.
Guillaume Longue-épée, Duc de Normandie, étant
allé un jour voir l'abhaye deJumiège, voulut se
faire moine. Mais l'Abbé condamna ce mouvement
d'une dévotion mal entendue, et refusa de \' adouber
moine, c'est-à-dire de lui donner l'habit religieux ,
de l'en revêtir.
Sire Dus', dist l'Abés, s'il vous plaist. fort avez
Vous jà soiez moingne renduz ne adoubez,
Vous estes geunes homs, si poez vivre assez.
Nos serons por vous moingnes, et vous nos maintendrez.
Faites droite justice, et Sainte Yglise gardez :
Amez la gent menue, le pa'is defl'endez.
Rora. de Rou, AÏS. fol. G3, V.
En termes de marine , on appelle doublage , le
second bordage ou revêlement de planches qu'on
met à des Vaisseaux doslinés à des voyages de long
cours. Cette remarque nous paroit propre à faire
sentir l'analogie de la signification du verbe Radou-
ber (2), avec celle à^ adouber, revêtir; â'Adoubler,
raccommoder, réparer.
On dit encore dans quelques cantons de Norman-
die, doubler quelqu'un, pour l'équiper mal, le mal-
traiter. Adouber, s'est dit llgurémenl au même sens.
« Si avoit le poing dextre au champ , et le bras
« seneslre estoit tel adoubé , qu'en trois lieux il ne
« tenoit fors que à ung nerf; et si luy sailloient les
« boyauix du ventre "en quatre lieux; du dextre
" pied estoit aiïolé. " (Percef. Vul. IV. fol. H8, R-
col. 2.j
Ce même verbe, par extension de l'acception
revêtir, habiller, a signifié couvrir. "Le sang luy
' priiil à saillir par le nez, tellement qu'il en eut a
<• coup la face toute adoubée. « (Peicef. Vol. V,
fui. .'i.'5. V" col. 2.) Plus ligiij(';menl, couvrir, dégui-
ser. ■< Veut entendre à adouber la faute. » (Les
(luiiize Joies du mai'iage, p. 10.)
.Nous disons aujourd'hui, babiller une faute pour
couvrir une faute, la déguiser.
Ou dit aussi revêtir un fossé, pour couvrir un
fossé, le rempai'erde pierre ou de brique. Adoubler
ou Adouber s'est employé dans un sens à peu piès
somblablc, pour réparer, raccommoder, en parlant
d'un i|uai. « Nous... octroyons ausdiz marchans,
•' ([ue le payement (corr. pavement; et les quais de
" ladilc ville , et les ysuës soient adoublés et mises
« en tel estât, par quoy eulx, leurs gens puissent
" bonnement leurs biens et marchandises charger
« ci descbarger de nuit et de jour. « (Ord. T. fil,
p. r>7(j.) On lit ailleurs Adoubées. (Voy. Ibid. la note
de l'Editeur.)
Eu général , on emploie ce m-^t pour réparer ,
rajuster. « Archiers renouvellérent cordes et adou-
" bèrenf ainsi comme il appartenoit. » (Le Fèvre
de S' Rémi, Histoire de Charles VI, p. 8î.) « Elle
« print incontinent sa course, au long d'une belle
" prairie, sans autrement adouber ses belles tresses,
« qui flottoient autour de ses espaules. » 'J. Le
Maire, Illust. des Gaules, Liv. II , p. 196. — Voy.
AiiocBErR ci-après.)
C'est encore de l'acception revêtir, habiller, qu'est
née celle de préparer , apprêter. « Quant il se
« trouva... en tel désert, il fut contrainct deappren-
" dre II manger les chairs crues: car.... il ne trou-
« voit point de feu pour les cuvre, ne créature qui
luy adoubast. « (Percef. Vol. IV, fol. 8(5, R° col. 2.)
Eiinn, l'on appliquoit ce mot au pansement d'une
plaie. De là, le verbe Adouber dans le sens de pan-
sei-, mettre un appareil. « Luy fut adoubée sa playe
« qu'il avoit au col. » (Méra. cle Comines, p. 35.)"
VARIANTES :
ADOUBER. Fabl. MS. du R. n" 7989 , fol. 48 , R» col. 2. -
Enfance d'Ogier le Danois, MS. deGaignat, fol. 118, V" col. 1.
Addouber. Co'gr. Dict.
Adober. Ph. Mousk. MS. p. iOo.
Adoubler. Rom. de Rou, MS. p. 118.
Adoubeiir, subst. masc. Qui ajuste, qui rac-
commode.
Signification empruntée du verbe Adoi'ber ci-des-
sus, raccommoder. De là, V expression Addouheur
de mauvaises causes, pour désigner celui qui rac-
commode une mauvaise affaire en la présentant
sous un jour favorable. (Voy. Cotgr. et Nicot. Dict.)
VARIANTES :
ADOUBEUR. Bouchet. Serées, Liv. III, p. '273.
Addoubelr. Cotgr. et Nicot. Dict.
(1) Sûr et fier sur la grammaire. — (2) L'étymologie de radouber est adouber, plus le re itératif. Dans le Livre des Métiers ,
on trouve redauber, ce qui nous ramène à dubban par le simple dauber, (n. e.)
AD
— i-ii —
AD
Adoulccmont, snbst. masc. Adoucissement,
soulajirement.
Du verbe Adoilcer ci-après, Adoucir; au C\^nré
soulagLM'. » Il avoit espérance, moyennant l'ayde de
« son Créateur, qu'il auroit adoulcement de ses
• navreures. » (Percef. Vol. IV, fol. 137, R» col. 2.)
Encontre li mois d'Avril
Qui si me vail aprochant,
Ne me puis-je plus tenir
Que je face \in noYiau chant
Pour celé que je désir tant;
Car je l'aim sanz repentir,
Et quant sa biauté remir.
Lors vienent adouremctit
D'amours et si soutiment (1),
Que je ne m'en puis départir.
Clians. Tr. du XIII' siècle, MS. île Bouhier, Toi. 18S.
VARIAMES :
ADOULCEME.\T. Percef. Vol. IV, fol. 137, R» col. 2.
Adocce.me.nt. Chans. fr. du .\iu' siècle, MS. de Bouhier.
Adoulcer, verbe. Adoucir.
Proprement rendre doux , tempérer l'àoreté ou
l'amertume de queltiue chose d'amer ou d'aigre.
De la douchor qui vient de lui
Est quant qu'iUuec a adouchi,
Nule amertume n'a vigor
De contrester celé douchor.
Vies des S" MS. deSorb. Cliif. Lx, col. 57.
Au figuré adoucir, rendre moins sévère, attendrir.
Se je me plains, Dame, j'ai bien de quoi :
Car vo regart me sont un peu trop lier.
Adouciés-les, quant les jettes sur moi.
Froissart, l'o«s. MSS. fol. 332, col. 2.
Adoucir, soulager, diminuer un mal, le rendre
moins insupportable.
La belle gracieuse et doulce
Qui mes maulx amoureux adoulce.
G. Machaul, MS. fol. 182, R- col 2.
(Voy. Adoulcy ci-après.)
VARIANTES :
ADOULCER. G. Macbaut, .MS. fol. 182, R» col. 2.
Adocchir. Vie des Saints. MS. de Sorb. chiff. lx, col. 57.
Adoucieb. Fabl. MS. du K. n" 7218, fol. 337, V" col. 2.
Adoulcy, partie. Amolli. Diminué, aminci.
Le sens pVopre est adouci, rendu plus doux. (Voy.
Adol'lcer ci-dessus.)
De là, ce mot a signifié figurément amolli, rendu
moins dur. - Le Haubert qui estoit échauffé et
« adoulcij du sang et de sueur, list voye à l'acier
« qui estoit fort et Irenchant. » (Lanc. du Lac, T. I,
fol. 117, H" col. 1.)
Amolli, rendu moins rigide, moins rigoureu.x,
dans un sens moral.
Serjans qui à Londres estoicnt,
Qui la chartre garder dévoient,
De la longue garde anuié,
Et de promesses adoucie,
Octa lil/. Enguist délivrèrent,
Et de la chartre le jetturent.
Rom. du Brul, MS. fol. 67, R' col. i.
Amolli, rendu moins courageux ou plus foible.
" Arrière pucelles, meshuy ne vault \oz doulx par-
" 1ers. Qui les escoute peult bien estre trop souvent
« adoulcy. » (Percef. Vol. IV. loi. 137, H- col. 2.)
Nous ne trouvons ce mot employé comme terme
d'archileclure, que sous l'orthographe aduugi, donl
le sens propre est adouci.
Adoucir, rendre moins aigre, etc. exprime une
idée de diininution. ;Voy. Atuu M.r.ii ci-dessus.) En
généralisant celle idée accessoire, l'on a pu dire
ligurément, adougi pour diminué, aminci, rendu
[ilus délié, dans la description du chapiteau d'une
colonne. « Il se monsti'ûil bien plus menu tiue par
" ses bouts, estant par le milieu adougi ;i la pi'opor-
» tion de l'ouvrage d'entre les volutes et du tail-
« loye. » (Vrai et parfait amour, fol. 21 i, R". — Voy.
DocGi ci-api'ès.) De même nous appelons encore
adoucissement, le racordement, la réunion ((ui se
fait de deux corps au même niveau, par un cavetou
moulure rentrante, qui se réunit, en diminuant
insensiblement, au fût dune colonne.
V.^RIANTES :
ADOULCY. Lanc. du Lac, T. 1. fol. 117, R» col. 1.
.\DOLCiÉ. Rom. du Brut, MS. fol. 67, K° col. 2.
.\DOUGi. Vrai et parfait amour, fol. 214, R°.
Adouloui'é, partie. Affliger.
(Voy. AuoiLoiREii ci-après.) Ce participe employé
comme substantif, di'signe un amant timide et
malheureux, dans le passage suivant :
S'il veut tenir secrette sa douleur.
Un regard triste, une blesme pâleur,
Une contenance égarée.
Un parler froid et fort mal asseuré.
Montrent assez du pauvre udmdouré
Lame d amour alangourée.
Tahureau, dialog. fol. 195, R*.
VARIANTES :
ADOULOURÊ. Tahureau, dialog. fol. 195, R«.
Adoloké. Oudin et Cotgr. Dict.
ENDOULoi'ni. Cotgr. Dict.
Endoui.ocrv. Oudin, Dict.
Adoiilourer (s' , i-o'/^^?. S'affliger.
Proprement s'abandonner à la douleur. Nous ne
trouvons ce verbe qu'avec le pronom personnel.
(Voyez s'Adoler, au même sens sous Adceiller
ci-après.)
La tourterelle au bois, en ceste sorte,
Veufve gemist dessus la branche morte,
?>'adouluuraiU de son povre confort.
Talmrcau, Po«î. i>. 221.
varia.ntes :
ADOULOURËR (s'). Cotgrave, Dict.
Adolorer (s'). Xicot, Oudin et Cotgr. Dict.
Adourncinent , suhst. masc. Ornement.
Machine. Feinte caresse.
Le premier sens est le sens propre :
La flambe qui el bourc fu mise,
Sailli contrcmont à l'yglise,
(1) subtilement.
AD
— 125 -
AD
Et ardi touz les vcstemenz,
Les livres, {es.uoui'iieineiiz.
C.Guiarl, MS. fui. «l, UV
Lorsqu'un enleva le corps de S" Ma^delaiiie,
pour le transférer de la ville d'Aix à l'aljbaye de
Vézelay,
Oncques si grand odeur ne fut de jjcns santuo,
Comme ils sentirent tuit quant lo corps l'en remue.
Ly corps enveloppé fust moult honn<stenient
En ses adimieiiwnls, moult très-devotement.
Gcr. du Houssillon, MS. p. 114.
Dans un sens moral et figuré, l'on a dit : « liien
« aourouseeslli airnieil) kesi(''sjoscstdcsapieace :
«■ car justice et jiiyeineuz est li (lonioiiciis de son
« siège. » (S' Bernard, Serin. tV. mss. p. t>G.)
On'appeloit aorneniens pour assaillir, les machi-
nes nécessaires pour un assaut, les préparatifs d'un
assaut; acception tigurce empruntée du veilie
Adourner ci-api'ès, préparer. « Avuiciil... appareillé
« instrumenset(/o;'Ht')«<'H.s pour assaillir. ■■ i,l''roiss.
Vol. I, p. il.-).)
Ce mol formé du latin Adovnarc, proprement
orner; au figuré controuver, feindre, a pu signifier
fausseté, tromperie ; fciiile caresse dans ces vers :
dolent au Jouvencel
Auquel foie femme mortel
Fait de A'wers adournemcns.
De baisiers et d'embracemens,
De doulx regars, de plains piteux,
De doulx parlers très-convoiteux
Lors dit à cellui qu'elle treuve,
En faingnant nouvelle contreuve,
Aujourdui suy aler orer,
ATm que te peusse trouver,
Eust. des Ch. Poës. IISS. fol. 530, col. 3.
Peut-être aussi ce mot n'est-il qu'une altération
de dosnoicment, précédé de la préposition à, que
nos anciens Poètes ont employée souvent dans le
sens de caresse. (Voy. Dosnoi ci-après.)
VARI.\>'TES :
ADOURNEMENT. Triomph. des neuf Preux, p. 121, col. 2.
Adorn'ement. Gér. de Roussillon, MS. p. 144.
AORNEMENT. Cotgr. Dict. — Gloss. du Rom. de la Rose. —
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 3GI, R» col. 2.
AouRNEMENT. Ord. T. I, p. 597.
Adourner, verbe. Orner, parer, ajuster. Habil-
ler. Apprêter, préparer. Assaisonner.
Du latin Adornare, l'on a fait adourner, aorner
au même sens. » Sioiu//u^r«<'ta maison et si receos
« Ion Roi. >> i,S' BeriKinl, Serm. fr. mss. p. 381.)
On disoit proverbialement :
Qui va vers femme qui s'aourne,
Et sage y va, fol s'en retourne.
Frère Jean de Vigny, jeu des échecs, MS. du R. n' 7387, not. 93, p. 2.
Un de nos anciens Poêles, considérant tout ce qui
nous vient de Dieu, les maux mêmes dont il punit
nos fautes dans celte vie, comme les ornemens, les
instrumens du pouvoir de la Divinité, s'est servi
d'une expression qui nous a paru digne de
remarque :
la gravellc es costelz,
La t'oute ez flanz et la crampe en leurs doys,
Lo mau Suint-Leu, la lièvre d'autre lez,
Tout les tourmens dont Dieu est aoniez, etc.
Kust. des Ch. Voit. MSS. fui. 309, col. 3.
(l'est en abusant de la signification (Yadourner,
[laier, ajuster, qu'on a dit (tourner, pour ajuster,
adresser.
Gloùs (2) ardanz et embrasées
Que l'cdrogue a là esleues,
.là sont en pUiseurs lieus veues ;
Li sien sus Flamens les aoitnic»!.
G. Guiart, MS. fol. 319, If.
On se pare en s'iiabillant ; de là, le verbe Addnr-
ner pour habiller, dans une Ordunnance concernant
les cérémonies de la réception des Chevaliers du
Bain. « Les Escuyers gouverneurs prendront
" rF.scuyer hors du baing et nietlront en son lict,
« lant qiVil soit séchié.... et quant il sera séchié, il
■ lèvera hors du lict et sera (uldunié et vestu bien
" cliauldcment pour le veillier de la nuit. » l'Milice
fr. du P. Daniel, T. I, p. 101.)
Ce même verbe, par extension des deux premiè-
res acceptions, a signifié apprêter, préparer, en
parlant d'un repas. « Après que le luurnoy fut
« party, le mangé inlaorné. Atlonc murent dames,
« damoiselles et pucelles, et aussy chevaliers. »
(Percef. Vol. V, fol. 07, R- col. i.) « Le manger fut
« uor)ié par les Minisires, si allèrent seoir ordon-
« néeuient. » vibid. fol. 70, R° col. 2.)
Enfin dans une signification analogue, mais plus
figurée encore, assaisonner. « Silachasseluiplaist,il
« ne fault que l'émouvoir à la prise ; la trouvera de
« telle saveur, comme s'elle fut rtonu'cd'espices. "
(Percef. Vol. VI, fol. G, V" col. 1.)
ADOURNER. Gloss. du P. Labbe, p. 521.
Addcrner. Milice fr. du P. Daniel, T. I, p. 101.
AiioiiNEU. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 381.
AoRNER. Rabelais, T. III, p. 2. - Crétin, p. 18.
Aocrxer. Ménage, Dict. étym. — Joinville, p. 5.
Adouzillar, verbe. Mettre en perce.
Mol languedocien. (Voy. Du Gange. Gloss. lat.
T. H, col. 1004, au mot Ducilliis.) Dans plusieurs
provinces, on dit doux-il pour fausset, petite che-
ville de bois servant à boucher le tiou que l'on fait
à un lonneau. (Voy. Doizil ci-après), d'où s'est
formé le verbe Adouzillar, qui signifie proprement
mettre un dou:iil à un tonneau, comme l'on fait
lorsiju'on l'a percé ; et par extension le mettre en
perce.
Ad perpetuam rei niemoriam.
Mots purement latins, employés en termes de
pratique dans celte expression : Enquesie ad perpe-
tuam rei memoriam. •< Compète.... à notre dite
« Cour seule d'accorder commissions d'enquestes à
» futur, valétudinaire, et Ad perpétuant rei memo-
» riam, avant procès entamé. » ^Cout. deHaynault,
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 47, col. 1.)
(1) âme ; anima est devenue anme, arme. — (2) Bûches, poutres ; voir Du Gange au mot Gloa.
AD
— i-ic.
AD
Adpi'L'sont, arij. et ndv. Présent. A présent.
Ce mot composé des prépositions .1 et .\ff ci-des-
sus, signifie au premier sens, présent, ([ui existe
dans un lieu, présent à ce qui s'y passe.
Li Roys le Viconte manda ;
A présent tous, li demanda
Tesmoingage de vérité.
G. Macliaul, MS. fol. 230, n* col. 2.
En employant l'adjectif présent comme substan-
tif, nous disons, à présent, pour dans le temps pré-
sent. C'est de la réunion de cette préposition à ou
ad. que s'est formé l'adverbe Aclprcsent dans le
même sens. « Tliresoiiers cl Receveurs qui sont
« adpréwnl. » Ord. T. Il, p. G8.)
VARI.iNTES :
ABPRÉSENT. Ord. T. II, p. f».
Aprésest. g. Machaul, MS. fol. 236, R» col. 2.
Adquiescement, substantif masculin et fémi-
nin. Acquiescement.
Du verbe Adqiiescer ci-après. On sait ce que si-
gnifie Adquiescement en fermes de .lurisprudence.
On donnoit autrefois des Lctlres iVAiiuiescement.
(Bourgoinc: de orig. voc. vulg. fol. tiG, IV'.)
On a dit .lC7HÙ'"sfo//o« dans un sens plus géné-
ral. « Les hérétiques ont fait une notable
« acquiesçation aux esprits des simples Calholi-
« ques. » (.Mém. de A'illeroy, T. lY, p. 143.)
VARIANTES :
ADQUIESCEME.XT. Laur. Gl.du Dr. fr. an mot .Adi/uiesce):
Aquiescemext. Bourgoing de Orig. voc. viilg. fol. 26, R".
Acquiesçation. Mém. de Villeroy, T. IV, p. 143.
Adquiescer, verbe. Acquiescer.
Du latin Adtjuiescere ou Acquiescere, proprement
se reposer, au figuré céder, déférer. De U\, on a dit :
« Adquiescer h la sentence donlest appel.... quand
« l'appellanl se tient à la scnlcnce contre lui don-
« née, et qu'il l'approuve; ou que celui qui a été
« condamné n'en apelle. •> (Laur. Gloss. du Dr. fr.)
VARIANTES :
ADQUIESCER. Laur. Gloss. du Dr. fr.
ACQUIESCEU. Orthographe subsist. — Bourgoing de Orig.
voc. \-ulg. fol. 25, V».
Ad quod jiistum.
Expression de Droit, purement latine. On la
trouve employée dans nos Coutumes. « Par le
« stile, ledit possessoire en cas de saisine et de
« nouvelleté, peut estre intenté judiciairement, la
» partie adverse présente ou appcilée simplement
« ad quod jusfum. « (Coul. de Montar-is au Coût.
gén. T. I, p. 9-29.)
Adrayar (s'), verbe S'acheminer.
Voy. .Adresser ci-après, ^^'adrayar fornK; du
substantif draie, grand chemin, signifii" en
Languedocien : « s'accoutumer à faire ciiemin, » ;
dans le sens propre; au figuçé : «se mettre en
>• train à faire quelque ouvrage. » (Borel, Dict. —
Voy. Uraie ci-après.)
.Vdrès, suhst. masc. Dédommagement, répa-
ralinn. Voie, moyen secret, lîeiiuète ou Minute.
Le dédommagémont est de droit. De h'i, le mot
Adras. le même qu'.VnnEssE ci-après, dmit. justice,
pour dédommagement, réparation, dans ce pas-
sage. « Relèvement présuppose asseurement, et
« doit celui qui veut relever contre un autre
« auquel riuM-itage a été asseuré, payer les arré-
« rages et la peine du défaut de paycmcut appelle
« (l'Iras. •' (Coût, de Metz au noùv. Coût. gén.
T. 11, p. 400, col. 4 et 2.)
On a dit ligurément au second sens: « pour ce
« que les choses de par-dei:?i sont sy diverses et
« estranges... et... que par vos lettres m'avés
« ordonné vous en advertir souvent, depuis n'a-
« guères vous en ay adverty plusieurs fois, mes-
" mement de ce que sans sifres et aullre adrcs,
« ay peu escripre. •■ (Lett. de Louis .\lf, T. II,
p. '2'('i. — Voy. .VniiEssE ci-après, em|iloyé dans la
signification propre de voie, chemin.)
On trouvera sous le même article l'expression
faire adresse, s'adresser à quelqu'un pour lui de-
mander une grâce, etc. Addrcs dans un sensnwius
général, mais analogue, a pu signifier l'acte parti-
culier que nous nommons r.equêle ; la Heiiuète
adressée aux .luges pour nommer un Tuteur.
« Pour les droits du serment des tuteurs pai'ticuliers
« et de la garde, seront payez à l'Amman (1) ou à son
« Lieutenant ipii recevront le serment, six sols ; et
« à l'escrivaiii du Magistrat pareillement six sols; et
« à l'escrivain des chefs tuteurs pour Vaddrcs et
« acte ensemble, douze sols. » fCout. de llruxellcs,
au nouv. Coul. gén. T. l, p. lt>(i-2, col. 2.) Peut-être
aussi ce mot signifie-l-il minute. Nous disons
encore dresser la minute d'un acte.
ADRES. Lett. de Louis Xll. T. II, p. 2H.
AnnnÈs. Nouv Coût. gen. T. I, p. 1262, col. 2.
Aduas. Id. ibid. p. MK),' col. 1 et 2.
Adresse, subsl. fém. Droit, justice. Droit che-
min. Court chemin. Voie, chemin. (îuide.
Si l'origine do ce mot est la même que celle du
verbe Auresser ci-après, le sens propre doit être
le même que celui de droicture qu'on empioyoit
autrefois pour signifier une chose droite, tir('e en
droite ligne; au figuré, droit, justice. Nous trouvons
f/r/rcssc avec cette signification figurée. Le Hoi de
Navarre, après s'être plaint aux Chevaliers françois
avec lesquels il avoildiné, de l'injasticc du lloi de
iM'auce {|ui l'avoit dépouillé de ses terres on
Normandie, ajoute: " non pas. Seigneurs, ([ue ce
" je vous ilie pour la cause de ce que vous m'en
» faciez adrèce ne raison. Nenny ; car je say bien
(1) Etymologie : de umt, fonction, et de «uoi», homme; c'est encore le titre de quelques chefs de cantons suisses; à
Metz, l'aman était le notaire. Voyez Du Cange au mot Anwnnus.(fi. e.)
AD
lt>7
AI)
« (|ue vous n'y avez nulle puissance. » (Froissait,
« Vol. 111, p. 185.)
La signilicalion propre et i^éneraie que l'on vient
d'indiquer, paroil en ([uelque .surte jusliiiée par
l'aeceplion pnrliculii re du mot .t(/;r,s.sr', droit
Clieniin. (hi s'en sei'Vdil i)ar opiiusilion à torle voie.
« Se faisoil l'oi'l d'irenx.... mener sans péril, ear il
« savoit \càad(in'ces el les lortes voyes. » (Fi oissart.
Vol. I. p. 59.) " Couj^iiois bien les torces et
« les adrcccs et les chemins fravans. » fid.
Vol. III, p. ;!r2.)
I>e là, l'expression à railrêcc pour lout di'oil.
« Clievauchèrent liastivenient.... et à Vadrèce
« dever Saincl-Ouentin. » (Froissart, Vol. I, p. S'iO.)
Nous disons li^urémciit s'adresser pour aller
direi'tenu'nl à (|ni'li|u'un, avuir l'ocours à lui, lui
faire adresse i-omme l'on parloit autrefois. Le
Comte de Cliarolois s'oiïensoil de ce que « le
« Seipieur de Crony et les siens faisnieiif plus
'< grande adrèee à Monsieur le Dauphin ([u'il ne
'< sembloit bon audit Coude [)our son pi-olil. »
(Mém. d'Ol. de la Marche, Liv. I, p. iGO.)
Les chemins les [ilus droits sont aussi les plus
courts ; de là ce même mot employé avec cette si-
gnidcation. « Nule seule ne (luiérent, ne nule
« adrèee. " (S' Bernard, Scrni. IV. mss. p. 3;î8.) En
latin « niilla viœ eoiiijieiidia eajilet. >> (Id. ihid.
Serm. lat.) « alloienl par une adresse et avoient
« laissé le grant chemin. » (Chron. S' Denys, T. I,
p. 2GI.) Ce passage est la ti'aduclion du latin
« nieonsiilte /banl el per ijuasdam eoiitpendlosas
« vins iiUer fanées iiioiiliiiin diriyexles. » (Sngcr,
p. 394. — Voyez Ord. T. V, p. 71, note; et
Nicot, Dict.)
Il s'est dit en général pour voie, chemin qui
conduit d'un lieu a un autre ; en latin via dirigeas
comme l'on vient de voir ci-dessus. « Délibéra de
« reprendre Vadresse de France, et à son retour
« mourut. » (Pa.sq. Lett. Liv. VI, p. «O.)
De là l'expression « se mettre à Vadresse après
" quelqu'un, » pour le suivre, cheminer après
lui. « Je vous voys... ou parfoiid de la forest moy
« hucher, et tantosl me iiiectois à l'adresse après
.< vous. ï) (Percer. Vol. II, fol. 43, R° col. 1.)
Dans un sens moral et figuré, « mettre en
« Vadresse de proesce. »
. . . li bon qui aime proesce,
Qui loi- boa cuer mettre en l'adresce
De proesce et ou droit sentier ;
Cil n'ont cure de convoitier
Vaine gloire qui séeche et faut ;
Mes vraie gloire ne défaut.
Fabl. MS. du R. n' 7615, T. II, fol. ICi, R" col. i.
Enfin ce mot a signifié figurément guide, celui
qui dirige, qui conduit quelqu'un dans un cliemin.
« Je ne s(,"ay pas le pays, et je te suivray ; car
« mestieravoye de adresse. » (l'ercef Vol. II, foL
32, R" col. 2.)
Un de nos anciens Poètes regrettant la morl d'un
bienfaiteur qu'il aimoit, a dit en ce même sens :
. . . chil, est del siècle départis,
Kl des honors iert la voie et ïadrèche.
Larges, cortois, saigcs, nés de me.sdis ;
Graiis dolos est ke si losl est fenis.
Ane. Pocl. Fr. MS. avant 13U0.1. III. p. 1093.
VAHIANTliS :
AliRKSSE. Nicot. et Cotgr. Dict. - D. Klores de Grèce
f.ii. 127, K". '
Ahhi.i i;i;. l'roissart, Vol. I, p. 5!J.
AuDiii.nsi;. Méni. de du (iellay, Liv. X, fol. ;!l:j, Ro.
AiiUECi'; G. Cuiart, MS. fol. X>i, V». - S' Bern. Sorm fr
MS, p. :«8. ■ ■
ADiiEciiK. Ar:c. Poi-t. fr. MSS. av. l.'ÎOO, T. III, n 1003
AiiiiocF.. Tabl. MS. du li. a" 701.-), T. II, fol. Uii, R • col. 1.
Adressé, partie. Droit. Régulier. Parfait.
Instruit. •
Le premier sens est le sens propre. Voyez
Admksskii ci-après.) On disoit adverbialement tout
adrecie, pour tout droit, directement.
Vers li s'en vet tout adrecie.
Mestre, fet-il, très-bien veigniez.
Dites moi ce que vos huchiez ;
Ne l'ai mie bien entendu.
Kslrub. fabl. JIS. du R. ir 7090, fol. 38.
Uu verbe Adresser, diriger, régler, on a dit
adereie au féminin, dans le sens de régulière.
. . . tant est bcle de biauté adereie,
Que dou veoir estoit grans mélodie.
Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, fui. 81, W" col. 2.
La régularité est une espèce do perfeclion. De là,
la mù\, adrecie, aussi au féminin, dans la sigiiifi-
calion de parfaite, accomplie. <■ Le sage dit que
« nulle chose en ce monde n'est parfaicte..'. car
« toute la plus adressée à en aucun sens deffaulte. ■>
(PerceL Vol. III, fol. 132, R- col. 1,
... là fnst grant joie menée
Où si grant chose ert recouvrée
Que si adrecie, pucele,
Com ert Clarmondiue la bêle.
Clconiadès, MS. de Gaignal, fol. 54, V° col. I
Enfin, ce mot a signifié instruit. « Tout le mieulx
>' adressé d'eulx, et trop peu sachant. » (Percef.
Vol. III, fol. 35, V" col. 2. — Voy. .Voresser
ci-après.)
VARIAMES :
ADRESSÉ. Percef. Vol. V, fol. 37, R» col. 2.
AnERCiE (fém.) Enfance d'Ogier le Danois, JIS. de Gaignat,
fol. 81, R» col. 2.
Adrecie (fém.) Cléomadès,MS. de Gaignat, fol. .'Ji-,V»col.l.
Adressée, subst. fém. Adresse. Ciiemin, voie.
On lit au premier sens: « ayant donné pour en-
« seigne asseurée du passage sans péril et danger,
« Vudressière où les Seigneurs Diego Lopez de
« Haro, et Garcia Romeu trouveroient la carcasse
« et la teste d'une vache. » (Favin, Théat. d'honn.
Liv. VI. p. 1155.)
Dans le second sens, ce mot est le même
qu'AoREssE ci-dessus, voie, chemin. « II... ramena
« son Seigneur par une adressée à Compiegne. »
(Chron. S' Denys, T. II, fol. 2, R°. — Voy. Dressier
ci-après.)
V.\RIANTES :
ADRESSÉE. Chron. S' Denys, T. II, fol, 2, R».
Adressière. Favin, Théat. d'honn. T. 11, p. 1155.
AD
— 1-28
AD
Adresscment, siibst. masc. Action île re-
dresser. Droit, justice. Action de conduire. Voie,
chemin. Instruction, avis, nouvelle. Sagesse,
équité, prudence.
Le premiers sens est le sens propre. (Voyez
Adresser ci- après.) L'on a dit au (iguré :
Contre eulx feront un jugement
Envelopé de grant malices,
Si ne mettes lulréemenl
Sus culx, et grant corrugeraent.
MoJus cl Racio, MS. fol. 33î, R'.
Ce mot a signifié droit, justice. « Le Prince
i. leur fisl respondre qu'il eÇloil courroucé des
» domaiges et excez... faitz au Itoyauline de France,
« et que luv, quant il seroit retôuiné d'Espaigne,
<■ en feroit "bon et lovai adrecement. » (Chron.
S'Denys. T. 111, fol. 19," V°.)
Du verlie Adresser, diriger, conduire, on a fait
adrcssemcnt pour désigner l'action de conduire
par le chemin le plus droit, le plus court.
(Cotgr. Dict.l
Ce même mot a été pris dans le sens de voie,
cheminqui conduit directeincntd'iin lieu à un autre.
" S'en va par uug adrcssoitcnl tic la forest, qu'il
« s^avoit moult bien. " ;Lanc. du Lac, T. I, fol. 158,
Y» col. 1. — Voy. Adresse ci-dessus.)
Instruire tiuelqu'un. c'est le diriger, le conduire
par des avis. Ainsi adrcssemcnt a pu signilier en
génér.il, insiruclion. (Cotgr. Dict.l Dans une signi-
lication plus particulière, instruction, avis, nou-
velle. « La Hoyne Lydore alloit.... par la loresl,
« escoulant s'èile aïiroit ([ueltiue adressement
« comment le tournov... s'esloil porté. » (Percef.
Vol. IH, fol. 30, l{»col."l.)
Knfin, il semble que ce mol considéré comme
terme collectif des vertus morales, sur le principe
desquelles on doit diriger sa conduite, puisse être
interprété par sagesse', équité, prudence dans les
passages suivaiis :
.... estre moult liez dcveroic,
Se je la suer avoir povoie
De Roi de tel odcrr.emcnt
Com vous estes, etc.
Cléomadcs, MS. de Gaignat, fol. 44, R- col. 3.
N'estoit-ce pas trop grant meschiés,
Quant hom de tel adrrrrmcnt
Qu'il ert, estoit à tel tonnent,
K"à paines povoit-il parler.
Clcomailcs, .MS. de Gaign.il, fol. 24, R* col. 3.
Qui vit aine mais home de son jouvent,
Encui si fussent tout bon adcrcnmantf
Enfance d'Ogicr le Danois, MS. do Gaij^al, fol. tl2, R' col. 1.
VARIANTES :
ADRESSEMENT. Cotgr. Dict.
Adercement. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. fiS, R" col. 2.
Adrecement. Chron. S' Denys, T. Uf, fol. 19, V".
Adrèement. Modus et Racio, .MS. fol. 332, R».
Adresce.ment. l'atem. de Rlois, MS. de S' Germ. fol. 109.
Adresser, verbe. Redresser, rendre droit.
Redresser, rectifier. Faire droit, rendre justice.
Restituer. Protéger. Secourir, aider. Fournir,
pouivoii-, munir. Dresser, tenir droit. Diriger,
conduire, guider. Approcher, parvenir, arriver.
Egaler. Frapi^er. Instruire.
On pourroil dire avec Du Cange, que des verbes
de la basse latinité adirectarc, addretiarc, addres-
sare, formés du latin dhrclioii, on a fait notre verbe
Adresser. (Voy. lil. Cbxss. Lat. coi. I'_>7 et 13G.)
Ménage le dérive A'addirccliare. i,Voy. Dict. étym.)
11 paroitroit pourtant i)liis simple et plus nat'urel
d'en chercher l'origine dans les variations d'ortho-
graphe de l'adjectif droit, que l'on a écrit drès,
drcch, etc. d'où le verbe Adresser, Adrrehier, etc.
proprement redresser, rendre droit, (^elte acceplion
propre est employée figurémeut dans ce passage :
« Li Prêtait, ce suni cil (lui eus nels descendent en
« la meir, et ki eu nuiiiites awes se travaillent. Il
« ne suul dcslroit par nulc sente de pont, ne de
« wcil (1 , por ceu k'il poieiitcorre zai et lai, et
« soscorre i'i un chascuns, selon ceu ke mestiers
« est et adrecier la sente del pont ou encerchier (2)
« le weit. » (S' Bcrn. Serin, fr. mss. p. 3'i'2 et 343.)
C'est aussi dans un sens propre et figuré tout à la
fois iiue l'on a dit adrecer un tort pour réparer une
injustice, redresser un tort; expression fort usitée
dans le style des vieux romans et (jui subsiste encore
dans le style familier.
Juges quant tu vois, en la toie
Court, le povre qui se tristoie ;
Di, je voi là un Dieu eslit :
S'on li fait tort, si \'adl•t•^•nie.
Dit de Cliarild, MS. de Gaignat, fol. 218, R* col 1.
Ce verbe a été pris dans la signification figurée
de redresser, rectifier en parlant de choses morales.
Pour ce convint totcs servir,
Et le fol et le sage oïr ;
El bien convient mal otroïer.
On ne puet pas tôt adrc.cicr,
Ne mettre toute chose à point.
Fal)l. MS. du U. n" 7015, T. II, fol. 135, R" col. 2.
. . . encore keurt (3) cis usages,
Et entre fouis et entre sages,
Que ce c'on ne puet adrecier.
Convient souventes fois laissier.
Clcomadès, MS. de Gaignat, fol. 57, V" col. 3.
Fuyons toute vilbnie,
Soyons amis et amie.
Qui a mal fait, si l'adresse.
Eust. des Ch. Po5s. MSS, fol. 201, col. î.
Ré[)arer un tort, Vadresser, c'est faire droit à
qucliiu'un, lui rendre jusiire. Ainsi l'on a pu dire
en ce sens adresser iiuclqu'uii d'une dureté, c(Hiime
dans ce passage : Le Conseil du Itoi « ne se voiiloit
« point passer que le Coniiestable de France... ne
« fust adrecé des durtés que le Duc de Dretaigne
» luv avilit faites. » (Froissait, Vol. III, p. 203.)
On fait droit à celui, eu f;ivcur de qui l'on or-
donne une restitution. De là le vcrlie adresser dans
le sens de restituer. « Enjoignons à tous nos Sénes-
« chaux, etc.. que cil, en linéique destroit, juris-
(1) Voici la traduction : « Les prélats sont ceux qui en nefs descendent en la mer, et qui en maintes eaux se travaillent.
Us ne sont distraits à nul passage, ni aux ponts, ni aux gués... » (N. e.) - (.2) incircare, chercher. - (3) court.
AD
- 120 —
AD
« diction ou ressort que sriof, moleste, destoiirbier
<i ou aucun (lonimnj^e sera fait sommairement
« et de plein facent tout rendre, adrecier et amen-
« der. .. (Ord.T. II, p. -Ml.)
Qu'il nous suflise d'observer que si ce mot a dé-
signé plusieurs autres moyens de rendre justice,
c'est par la même analogie d'idées, (lu'il a eu ces
diverses acceptions.
La protection, et le crédit, sont (juclquefois né-
cessaires pour faire valoir un bon droit. De Ifi encore
le verbe «^//rs.srrdans le sens de luotéiicr, appuyer
quelqu'un de son crédit. « En(iui doit-on et peut-on
« avoir liance, fors en son Seigneur? elle Seigneur
« doit adrecer ses gens et les tenir en droit et en
« justice. » (Froiss. Vol. III, p. l'J7.)
L'Evèque de Noyon, parlant à Louis A'III, s'ex-
prime ainsi :
.... Sire, pourqoi noi-on (I)
Que del Roiaume et del Empire
Ne soii^s adrecière et Sire ?
France le doit et vous pour li
Ki Rois i estes, bien le vos di,
Adrccién i crestienté
Conques ausi grant volenté
N'en ot Rois, corn li Rois Felipes
Vos pères li sages, li vistes,
Ki sainte Église sostenoit, etc.
Ph. Mou5k, MS. p. 723 cl 7'2i.
(Voy. Adresse™ ci-après.)
On l'employoit même dans la signification géné-
rale de secourir, aider. « Le Duc de Bretaigne...
« povoit.... adrecer et aider les Anglois de Navires
« pour retourner en Angleterre. » (Froissart,
Vol. II, p. 113.)
. . . s'ainsi avient \Cadrecier
Li puisse, faillir ne li quier ;
Car ambedeus les aideroie.
Se povoir de ce faire avoie.
Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. H, V' col. 3.
Or cuidai bien, se Jhûcris m'adresce
Qu'il ne deuist jamais avoir tristesce.
Froissart, Poës. MSS. fol. 76, col. 1.
En étendant la signification de ce mot aux
moyens de secourir, l'on a dit adresser dans le sens
de fournir, pourvoir, munir. « Les adrecèrent de
« tout ce qui leur faisoit besoing. « (Froissart,
Vol. II, p. 265.) « En succession de ligne directe,
« les enfans qui auront esté mariez ou adresccs
« d'estat honnorable par leur père ou mère... ve-
« nant à la succession commune d'iceux avec les
« autres enfans non encore mariez ny adreschez,
« seront tenus de rapporter ce que leur aura esté
« donné.... pour leur dict mariage ou estât. »
(Coût. gén. T. Il, p. 854.)
De là l'expression s'adresser de sacremens. » Se
« fist ledit Bertran adrecierhiQn et bel de tous
« les sacremens qui lui apparlenoient. » (Hist. de
B. du Guesclin, par Ménard, p. 539.)
Dans le sens propre de dresser, on disoit, en par-
lant d'un homme, s'adrecier pour se tenir droit, se
lever, se mettre sur ses pieds. « 11 est temps de
« vous lever et adrecier ; et avec ce les Gouverneurs
« le prendront par le braz et le feront drecier. »
(V(iy. Du Cange, Gloss. Lat. au mot Miles, col. 737.)
Poui' se di'csser sur les pieds de derrière, se ca-
brer, en parlant d'un cheval.
Quant li destriers est adreckz,
De legier puet estre bleciez
Cil qui arriére ne se trait.
Mars de Cambray, Moralités, SIS. de Oaignat, fol. 150, R- col. 2.'
(Voy. DiiEssicn ci-après.)
Plus souvent ce verbe signifioit diriger, conduire,
guider. « Sa doctrine nos eslruit (2) et adrecet en la
« voie de paix. - (S' Bern. Serm. fr. .mss. p, 320 et
321 .1 « L'accompagnoient et adressoient deux de ses
<< frères... lesquelz menèrent la pucclle seoir au
« plus hault siège. » Percef. Vol. III, fol. 7, V°.)
On peut rapporter à cette signification générale,
les expressions suivantes: « Adrechiev un cheval à
quelqu'un, -> le pousser droit à lui. .. Le Roy humble
« de humilité... trouva ou la iiiesiée... le Roy des
« vices... si leur adrechièrent les ciievaux lui et
« ses gens comme à ceulx des champs qu'ilz
« héoienl plus. » (Modus et Racio, ms. fol. 299, V",)
Adrecer un cheval par une poite, l'y faire passer
droit, en dirigeant sa course. « Li Vallès fu grans
« et fort... li cevaus sor quoi il sist, rades 3 et co-
« rans ; et li vallès l'ot bien adrecié parmi la
« porte. " (Fabl. ms. du R. n° 7989, fol. 74, V° col. 2.)
Adrecier sa voie dans le sens où nous disons en-
core adresser ses pas.
. . . Trubert adi-ecie sa voie
A l'esponde (4) ; la borse a prise
Ou sa pucelle l'avoit mise.
Eslrubert, fabl. MS. du P.. d- 7996, p. 96
De \h le verbe s'adresser pour aller droit, diriger
sa route vers un lieu. « Les deux Escuyers... prin-
« drent les champs et s' adrecèrent en un bois qui
« estoit ù demie lieue françoise de la. » (Froissart,
Vol. I, p. 234.) « Elle li dist vous m'avez tué mon
« mary, et maintenant me voulez deshonnourer.
« Certes je vueil mielx morir ; et lors s'adresca à
« une fenestre et sailly en la rivière de Leyre qui
« estoit au pié de la' Tour. » (Chasse dé Gast.
Phéb. MS. p. 87.)
On arrive au lieu vers lequel on dirige sa route.
De là encore s'adresser pour approcher, parvenir,
arriver.
Toutes voies tant s'efforça,
Qu'à l'ermitage s'adresçu.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 4, V col. 1.
Parvenir, arriver au terme qu'on s'est proposé,
pris au figuré, signifie réussir, venir à bout d'une
chose. C'est la signification à'adresser dans ces vers :
on, ce respondi Jonèce,
11 n'est riens de quoi on n'adréce.
Froissart, Poës. MSS. p. 362, col. 1.
Nous disons aussi figurément, qu'une chose n'ap-
proche pas d'une autre, (les Italiens disent, non ar-
riva'"', pour signifier qu'elle ne peut l'égaler ; mais
(1) nje-t-on. - (2) instruit. - (3) mpidus. - (4) châlit, bois de lit.
I.
17
AD
— 130 —
AD
adresser en ce sens, semble exprimer une idée
moins analogue îi celle d'approcher, qu'à celle d'al-
ligner , dresser sur une même ligne , en latin
dirigere.
Et pour ce que nulle richesse
A valeur d'aray ne s'ailivssc,
Qu'il ne pr.uroit si hault attaindre
Que valeur d'amy ne soit graindre.
Roiu. de la Rose, vers 51Gl-5iai.
C'est encore en étendant la sisnilication iVddrcs-
ser, diriger, ^ue ce verbe a sigiiiné frapper, propre-
ment diriger un coup, le porter droit, l'adresser.
.... en l'escu Vaclcrchiùrent,
Si qu'il li ont frait et troé.
Clùomaaôs.SIS. de Gaignal, fol. «, R" col. 3.
Enlln adresser, proprement diriger, conduire,
s'est dit au figuré dans le sens général d'instruire,
diriger pai' des conseils, des avis ; « vous retiuiers
» que vous me adrcssicx- de ce (jue j'ay à faire. »
(Percef. Vol. V, fol. dû, V" col. 1.) Dans un sens
beaucoup moins étendu, inslruire, donner des nou-
velles. « Vous iiianderez la Dainoiselli' du Chastel
'< qui vous adressent du lilz au très-excellent
« Alexandre. ■■ (l'erccf. Vol. iV, fol. 1, V^col. 1. —
Voy. Adressf.me.nt ci-dessus.)
V.VltlANTES :
ADRESSER. Orlh. subsist, - rercef. Vol. III, fol. 7.
Addri:sm:k. Oudin.Dict. - Froiss. Vol. II. p. 113.
Adercer. Eabl. MS. du R. n» 7-218, fol. 249, R° col. 2.
.^UKRCiiiKH. Cléoniadès, MS. de Gaignat, fol. 44, R° col. 3
Adekcieu. Enfance d Ogier le Danois, US. de Gaignat,
fol. 81, U» col. 2.
Adracieu. Font. Guer. Très, de Vén. MS. fol. 42.
Adrecer. g. Guiart, MS. fol. IM, V".
Adrechier. Modus et Racio, MS. fol. 299, V°.
Adressieu. Ord. T. III, p. 435. - Ane. Poct. fr. MS. avant
1300, T. III, p. -1281.
Adreçoieh. Dits de Charité, MS. de Gaignat, fol. 218.
Adre.scer. Chasse de Gast. Phéh. MS. p. 87.
Adrescher. Coût. gén. T. II, p. K>i.
.A.DRESSIER. Ord. T.I, p. 530. - Ibid. p. 573.
Adresseur, siiMt. masc. et subst. jém. Protec-
teur, protectrice. Qui instruit.
On lit au premier sens, qu'à la mort de Pliilippc-
Augusle :
Moult biùlemcnt s'arme (1) on ala,
Et quoiement en tout era pais.
Et cou fu drois k il ert râpais
De sainte Gllse et aclreciire,
A cuer joiant, à baude cière.
Ph. Mousk. MS. p. CV2.
Nous trouvons adresseresse au féminin dans cette
même signification. « Venus... est adresseresse et
«■ souveraine conseillère de tous les vrais amans. »
(Percef. Vol. IV, fui. 18, I«" col. 1. — Voy. Auresseii
ci-dessus, protéger.)
Du verbe Adp.esskr, instruire, on a dit Adresseur,
pour désigner celui qui instruit, qui donne avis
d'une cbose. « OMars, dieu des batailles et des occi-
« sions, conseiller véritable, adresseur et vray di-
« sant de toutes mesadventures, etc. • iPercef.
Vol. IV, fol. 18, R° col. 1.)
VARIANTES :
ADRESSEUR. Percef. Vol. IV, fol. 18, R» col. 1.
Aduecière. Ph. Mousk. MS. p. 642.
Adre-sseresse. Percef. Vol. 111, fol. 93, R» col. 2.
Adressouer, suhst. mase. Protection, aide,
secours.
Mot formé du verbe Adresser ci-dessus, protéger,
aider, secourir.
Mais rien ne sert ung tel adressouei:
Faifcu, p. 110.
.\(lri:ulos, subst. fém. plur. Dryades.
l'eul-ctre llanuuliyades, par contraction.
Luy suscita Muses et Adriades,
Nymphes des eaux, Nappées, jléliades.
i. Marot, p. 48.
iVdroict, adj. Adroit.
Eu latin Ik'xler. (.Nicot, Dict. — Ménage, Dict.
Etym. — Voy. Adextre ci-dessus.) Nos anciens Au-
teurs ont employé quelquefois l'adjectif pour
l'adverbe, comme en ce passage : « Se contournoit
« très adruiet en (luelquc costé qu'on vouloit. »
(Rom. d'Alector, fol. '>l , R^) C'est une construction
purement latine, remarquée sous l'article Adverbe
ci-après.
Adscrire, verbe. Attribuer.
Signification figurée, empruntée du Latin Adscri-
bere. (Voy. Oudin et Cotgr. Dict.)
Adueillé, participe. Qui a de la douleur. Dou-
loureux, llaliillé de deuil.
Le premier sens est le sens propre de ce mot,
composé de la préposition a et du substantif rfi/^iZ
(ju'on écrivoit aussi dol. (Voy. Adleiller et Dieu.
ci-après.)
Si commença à plorer.
Et grand dol à démener,
Et s'amie à regreler :
Nicoléle, biax esters (2),
Biax venir et biax alers,
Riax déduis et dous parler,
Biax borders (3) et biax jouers,
Biax baisiers, biax acolcrs,
Por vos sui si aitulés,
Et si malement menés,
Que je m'en cuit vis aler,
Suer, douce amie.
Fabl. MS. du R. n- 7980, fol. 74, R- col. 1.
C'est par une espèce de pléonasme qu'on a dit,
« de grand dueil adoulé. « (Clirou. fr. .ms. de Nan-
gis, sous l'an 118!).)
Ce mol sous les ortbograplies endolé et endoiulé,
a signifié douloureux, dans le sens oii nous em-
ployons cet adjectif, pour exprimer une sensibilité
accidentelle, dans (juclques parties du corps, i|ui ne
permet pas d'y loucber, sans causer de la douleur.
(1) son âme. — (2) Ce sont des infinitifs pris substantivement : avec tes beau.c êtres, ou mieux, avec tes belles poses. (N. E.)
- (3) badiner, voir Du Cange à ilunture, et Raynouard à BorUir. {s. E.)
AD
— 131 —
AD
Tole la mein ot endoUp.
Por l'espée qu'il ot portée.
Fluiro et Ilinnchcnor, MS. Jo S. G. fol. 201, H- col. 3.
. . . homs qui vit Rn tel moschief
A, par droit, dolorous le eliief.
Je f'avoio lors si cndondé.
Et le coor si mat ot si foible,
Qu'à painiios pooie parler,
Ne moi soustcnir ne alcr.
Froissarl, l'oiia. MSS. p. 107, col. 1.
On a(''tcnilii l;i siçfiiilicalion propre du mot ducil
ou deuil aux siiiiics de la doulcui'. aux habits de
deuil. De là le ])arli(:ipe Ailcuillé pour habillé de
deuil. (CotgT. Dict.)
VARIANTES :
A.DUEILLÉ. Crétin, p. W. - Nicot, Monet et Cotgr. Dict.
Adeuillé. Cotgr. et Oudin, Dict.
Adeulé. Merlin Cocaie, T. II, p. L'iO.
Adeullé. Cotgr. Dict.
Adolé. Gér. de Roussillon, MS. p. -137. G. Machaut, MS.
p. 207, V» col. 3.
Adoulé. Enfance d'Ogier le Danois, MS.de Gaignat, fol. 87.
Endoiulé. Froissart, Poës. MSS. p. 407, col. I.
Endolé. Floire cl Rlancheflor, MS. de S. G. fol. 20i.
Aduciller, verbe. Avoir de la douleur. Causer
de la douleur.
Du mot lu i;iL ci-après, on a fait Adneiller au
premier sens pour avoir île la douleur, « être
« dolent. " .Horel, Dict.)
On employoil queUiuefois ce verbe aveclc pronom
personnel. Delà s'adonloir pour s'abandonner à la
douleur. (Holgr. Dict.) Ou s'adoler, comme dans le
passage suivant :
il li estoit
Grief do ce que tant demoroit
Que Clarmondine ne trouvoient ;
Ne que nouvele n'en ooient.
S'en ert moult de cuer adolcc.
Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 23, V" col. 1.
(Voy. ADOiLoi'RF.n ci-dessus.)
Comme verbe actif, Adueiller signifioit causer de
la douleur. « Causer dueil à quelqu'un. » (Monet,
Dict.)
VARIANTES :
ADUEILLER. Borel et Monet, Dict.
Adoler. Borel, Dict. - Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 23.
ADOULOin. Cotgr. et Monet, Dict.
Adveiiament, «r/t». Convenablement. Agréable-
ment.
On trouvera sous les articles Advenant et Advenir
ci-après, l'origine et l'analogie des acceptions figu-
rées de l'adverbe Advenamenl, et du substanlif
Advenance ci-dessous.
On disoit, au premier sens, « baillier despenses
avenammenl. » iPerard, Hisf. de Bourg., page 450.)
Quant il covient à l'ome despendre largement,
Jl le doit si bele fere et si avennument.
Que l'en n'en puist tenir nul vilain parlement.
Fabl. MS. du R. n- 7-218, fol. 335, R- col. 1.
Dans le second sens, ce mot signifioit agréable-
ment, d'une manière avenante.
.le vous roquir vo druierie,
Bele, ne m'éscondi.sciés mie (1).
Quant ele l'a liien entendu,
At'cnanimit a respondu, etc.
Falil. MS. du R. n- 7089. fol. 51 , V- col. 1.
VARIANTES :
ADVENAMENT. Gér. de Xevers, part. I, p. G.
Avenamknt. Fabl. MS. du R. n» 70H0, fol. (w, V" col. 1.
Avenam.me.nt. Pérard, Hist. de Rourg. p. Vil), tit. de 12*1.
AvENANMKNT. Doctrin. MS. de S' Germ. fol. 102, R» col. 3.
Avt:NAii.Mi;NT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 322, R ■ col. 2.
- Ménage, Ilist. de Sablé, p. 220, lit. de 12&5. - Rom. de
Rou, MS. p. 375.
AdvtMiance, subat. féin. Convenance, propor-
tion. Convenance, décence, bienséance.
On lit, au premier sens, <■ saige Chevalier a
" volentiers gros chief à Vavenancc du corps, et
« ronil et bien peu einbarré selon les temples (2),
« quant il passe xxv ans; et doit avoir les cheveulx
« serrez et brunis, et en face doit estre liardy. »
(Le Chevalier de la Tour, Guidon des guerres, fol.
i»l, V'col. 2.)
Ce mot signifie convenance, décence, bienséance
dans les vers suivans :
Simplece et debonneretez,
Cortesie, senz et lai géce ;
Avenaytcie, humilités.
Alhis, MS. fol. 122, R» col. 2.
Robert, Duc de Normandie et père de Guillaume
le Dàtard, surpris de ce iiu'Arrede sa concubine
avoit coupé de haut en bas ledevant de sa chemise,
lui en demanda la raison.
N'est, dist-elle avenantise
Que le plus bas de ma chemise,
Qui à mes jambes fiert et touche,
Soit tornée vers vostre bouche ;
Li Duc l'en a seu bon gré,
Et à grant bien li a torné.
Rom. du Rou, MS, p. 213.
VARIANTES :
ADVENANCE. Oudin, Dict.
.AvENANCE. Le Chevalier de la Tour. Guidon des guerres,
fol. 91. V» col. 2.
AvENAXCiE, AvESANDiSE. Athis, MS. fol. 122, R" col. 2.
AvEN.\NTiSE. Rom. de Rou, MS. p. 213.
Advenant, pcnikipe. Qui vient, qui arrive.
Convenable, (jui convient. Suffisant, proportionné.
Agréable, gracieux, revenant.
Le premier sens est le sens propre. On employoit
ce participe comme substantif, et l'on disoit à
Vadvenant, pour signifier à l'arrivée , à la venue.
« N'ydemoura Chevaliers, qui i\uadvenant d'eulx...
« ne venist pour le désir que chascun avoit de les
« veoir. >> (Gér. de Xevers, part. I, p. 31.)
De là, l'expression figurée jour avenant, dans le
sens où nous disons un avenir en termes de pra-
tique. « Si vous suppli.... que j'aye jour avenant,
« et coppie de son libelle ; et respondray ad ce
« qu'elle a dit et proposé devant vous, etc. » (Modus
et Racio ms. fol. 208, V°.)
(1) ne m'éconduisez pas. — (2) ayant les tempes peu enfoncées.
AD
— 132 —
AD
Ce même mot, comme terme de coutume, dési-
gnoit la létritime et portion qui avient, qui éclioit
à une lllle dans une succession, avenant le décès
du père ou de la mère. « Gentislions si puet bien
« donner à sa fille plusjri'and maria-re que avenant ;
• et se il la marioito mains (1} que avenant, si puet
n elle recouvrera la franchise. >- (Ord. T. I, p. 115.)
On a dit que « Vavenant est la part et portion de
« la fille noble dans le tiers seulement de tous les
« biens immeubles de ses père et mère .... mais
« réçrulièrement Vavenant eii la portion que lalille
« doit avoir dans tous les immeubles délaissez par
« ses père et mère, soit propres ou acquêts. » (Voy.
Laur. Gloss. du Dr. fr. au mot Advenant.)
Pour exprimer la convenance, le rapport que
deux choses ont entr'elles, nous disons que Tune
vient à l'autre. C'est dans ce même sens figuré
qu'ailvenant a siiiiiifié convenable, qui convient.
« Mariage (U'e/if/H/ est se elle est mariée à conve-
« nable personne, selon son liLina^e et ses posses-
« sions. » (.\nc. Coût, de Norm. fol. 44, V°. — Voy.
Du Cange, Gloss. Lat. sous l'article Maritagium.)
De là les expressions suivantes : à son avenant,
pour convenablement.
Armez iert li Chastelains
De Bergues, à son avenant.
G. Guiarl, MS. fol. 23C, R*.
Faire son avenant, faire ce que l'on doit, ce qui
convient. (Voy. Gloss. sur les coût, de Beauvoisis.)
En particularisant l'idée générale à'advenant ,
convenable, qui convient, ce mot a signifié suffisant,
proportionné. (Voy. Aven.\ble ci-après.; Il est em-
ployé coinme substantif dans ce [lassage. « Ouand
» les acquéreurs font hommage, au Seigneur suze-
« rain par depié {'!) de fief, sans sommer le Seigneur
« vendeur de leur porter garentage, ce ne peut
« eslre au préjudice dudit Seigneur vendeur qu'il
« n'en ayt derechef l'obéissance, sommation faite à
« son seigneur de la luy rendre, en l'informant
« qu'il tient advenant et portion suffisante pour le
« garenlir, si le Seigneur veut mettre en fait le
« desadvenant. » (Coût. gén. T. II, p. 10., On lit en
marge : •< ce mol ailvcnant est expliqué par les
« mots subséquens, portion suffisante, comme le
« desadvenant c'est portion insuffisante. » A'oy.
Laur. Gloss. du Dr. fr.)
En termes de coutume, « Advenant bien fait...
« est cequel'ainé bailleà son puiné en récompense
« des fiefs de dignité (lu'il retient, et qui ne tombent
<• en partage, comme Baronie qui ne se départ point
« entre frères, si le père ne leur en fait part. »
(Laur. Gloss. du Dr. fr.j II est aisé de juger parcelle
définition, i\u'advenant exprime une idée de pro-
portion, comme dans cette autre façon de parler,
selon son advenant, à proportion de sa force :
Mariniers Normanz là esloient
Frétez et chargiez à leur guise
De vin et de marchandise,
Chascun selon son avenant.
G. Guiarl, MS. fol, 216, R'.
\ proportion de ses besoins, dans cet autre pas-
sage (3) :
En amours a pavors et hardemont.
Cil doi sont trois et don tiers sont li dui.
Et grans vslors est à ciaux apendans,
Où tout li bien ont retrait et refui.
Pour c'est amors li hospitaus d'autrui
Ke nus n'i faut selonc son avenant.
G'i ai failli, Oame, qui valés tant,
A vostre bostel, si ne sai où je suis.
Chans. MSS. du C.Thib. p. 113.
Nous avons conservé l'expression adverbiale à
Vavenant. pour à proportion. On disoit autrefois à
ou en Vadve)uint. « Deux mille chevaux et dix mille
« hommes de pied et artillerie à Vadvenant. »
(Mém. de Rob. de la Mark, Seig' de Fleuranges, ms.
p. 320.) " Le rachapt d'un muid de Brusseîles, se
» fait avec seize fiorins.... et les aulres en adve-
« nant. » iNouv. Coût. 'j:én. T. I, p. I27."i, col. 2.)
Enfin, ce mot dans le sens d'agréable, gracieux,
revenant, ([ui plait, exprime encore une idée de
convenance. iVoy. Advenir ci-dessous.) Nous ne
l'employons aujourd'hui avec celte signification,
qu'en parlant des personnes. Anciennement il s'est
dit des personnes et des choses.
.... si prist adont à espouse
Une moult avenandf touse (.4).
Fille fu al Comte Robiert.
Ph. Mousk. MS. p. 483.
Epistites (5) est avenant.
Bêle et bien replendissant,
Ruige est, e sa vertu si chère
Ke le boillir loll à chaldiére.
.Marbodus de Gcrm. art. 31, col. 1664.
V.\RI.\.NTES :
AD\'EXANT. Percef. Vol. V, fol. 74, R» col. 1.
Avenant. G. Guiart, .MS. fol. 216, R».
Advéïieineut, sulist. masc. Venue, arrivée.
Aventure, accident.
Les acceptions particulières que ce mot conserve,
sous l'orthographe .\venement, sont des applications
de l'acception propre et générale, empruntée du
verbe Adve.mr ci-après, venir, arriver. ^Voy. Advent.)
Au figuré, ce mot a signifié Aventure ," accident.
« Tous les désobéissans ou enfraingnans nostre...
« sauvegarde ou qui aus... Gardiens ou l'un d'eulx
« feront injures ou violences ou fliiCHCwc»/, etc. »
(Ord. T. V, p. .">3i.; C'est le même sens que celui
d'.Vventure, en ce passage: « Volons que comenule
« félonie ou mésaventure soit avenue, ou que tre-
» SOI- soit trové desouth terre mauveysement
« muscé, ou de rap de femme , ou de brusure de
" nostre prison, ou de home navfré près à la mort
(1) avec moins. — (2) Voir Du Cange à Depitare. — (3) Traductioi : « Dans l'amour, il y a peur et hardiesse. Ces deux
passions en ft.nt trois, ce sont les deux seconds de l.i troisième. Une grande valeur s'y attache, car tout bonheur a là
retraite et refuge. L'amour est l'hùpital du prochain ; que nul n'y manque, si c'est à sa convenance. Et moi. j'y ai manqué,
Dame de val. ur, à voire holel: aussi ne sais-je où j'en suis. » (n. e.) — (4) tonsa, jeune tille ; lu:a en provental. — (ô) sorte
de pierre précieuse.
AD
- 133 —
AD
« ou (le aulrc aventure avenue, etc. » (BrillDn, îles
Lois U'Autîlet. fol. 3, V". — Voy. ADvi;NTritE ci-après.)
v.\RiANTr:s :
ADVÉNEMENT. Du Gange, Gloss. T.al. au mot .Ulvmias
jocundus.
Avènement. Ord. T. V, p. 534.
Advt'iiir, !'(')■/;(?. Venir, nrriver. Arriver, écheoir.
ApprocluT. 'l'iniclii'r. (Idavculr.
Le premier sens est le sens propre. On disoil au
figure: « Ne poieul «ivHir ù eète divine lialtesce. »
(S' Bern. Serm. fr. mss. p. 10.)
Or cort chascuns à son domagc :
Qui n'i puet avenir, si i rue.
Fabl. MS. du R. n- 1G15, T. 1, fol. 1U2, R- col. 2.
On employoit, comme aujourd'liui , ce verbe en
parlanl des choses qui arrivenl par sort ou par cas
fortuit, par accident.
Toudis (1) advient ce qui doit a<ivenir.
Eust. des Cil. Poès. MSS. fol. 300, col. l.
Qui no puet avenir, si faille.
Fabl. MS. du R. n" 7r.l5, T. 11, fol. 137, V- cul. 1.
Car ce me pourroit avenir, etc.
G. Machaut, .MS. fol. 101, R- col. 2 cl 3.
De lii l'expression, S( de lui aveigne, c'est-à-dire,
s'il meurt, s'il lui arrive accident, comme l'on dit
encore dans quelques provinces: « Si il avent ky
« Deu fet Sun comandemenl de! lioy de Aleniaigne..".
« nus volum ky seon fit Henri... eytmeymelè poer
« ke sun père avoyt. E si de lui aveigne... nus
« voloms, etc. » (Rymer, T. I, page 115, col. 1,
tit. de 1-270.)
On lit au même sens: « Si per aventre mesitve-
« gne de nuls, etc. » (Id. ibid.)
Les peines imposées à ceux qui contreviennent
aux loix, comme la confiscation, etc. étoient encore
exprimées par le verbe «ii^H/r, arriver; échoir dans
une signification particulière. « S'il avient qu'on
« appelle... en nostre court, par quelle achoison
« que ce soit, de mauves et de faux jugement, ou
•' dedéfautede droit..., sideeeux apiaux par aucun
« cas choient...; en paine. ne en forfaiture, ne en
« amende vers nous ne chiéent ; et se aucune chose
« par achoison de ce peut accroître ou avenir à
« nous ou nos II hoirs... nous les quittons, reles-
« sons, donnons, etc. » (Ord. T. 1, p. 311. — Voy.
AvENANTF.R ci-après.)
C'est par analogie d'idées , qu'avenir, arriver, a
signifié approcher. Gace a dit en parlant d'oiseaux
de fauconnerie :
.... quant on les prendra,
A la perche on les mectra.
Que cil qui les mect se garde bien
Qu'ils ne puissent toucher en rien,
Ne debout, n'y de avenir
A nul autre pour le férir.
Gace de la Bigne, des déd. .MS. fol. 91, V.
Par extension, toucher en approchant. « Quant il
« sera jour, faut les remellre à la perche, l'un au-
« près de faiitre, toutes fois nu'ils ne puissent
« advenir, l'un ;i l'autre. « (Budc, des Ois. fol. 12C.)
lùilin advenir, pi-oprement venir à quelqu'un,
arriver à lui, s'est eiii|iloyé avec l'acceptiuii siibsis-
laiilc ut ligiirée du verbe convenir, dont le sens
propre éloit venir, arriver ensemble. (Voy. Convenir
ci-après.)
Sire, s'il la vostro bonté
Vousist mon père prendre garde ;
Par foi n'eusse point de garde
fine vous à moi n'avenisf^iez,
Kt qu'à son accort ne fussiez.
Fabl. MS. du R. n' 7Î18, fol. 3Ô0, V- col. 1.
Prasinc (2) est vert de bêle manére ;
Mais sa vertu n'est guaires chère.
Nulle vertu de li ne vient,
Fors kc sul tant en or avient.
Marbodus, de Gcm. art. M, col. 1668.
C'est la traduction du vers latin :
Vtite nil offert, niai quod viret et decet aurum
Id. ibid. col. 1667.
On dit encore dans quelques provinces, d'une
chose qui convient îi (luehju'un, qui lui va, qui lui
sied, qu'elle lui avient. (Voy. AnvEN.iXT ci-dessus.)
Nous indiquerons ici une ancienne pièce de théâ-
tre, qui a pour titre le Mijstêre du Uni avenir, et
dont on trouve l'extrait dans l'Histoire du théâtre
français, T. H, p. 475.
CONJIG.
Adviengne, subj. prés. Arrive. (Joinville, p. 8.)
Avaimine, subj. prés. Arrive. (Eust. des Ch. Poës.
MSS. fol. 188, col. 1.)
Avanilraient , subj. imparf. Arriveroient. (La
Thaumass. Coût. d'Orléans, p. -^64, tit. de 1137.)
Avandront , indic. futur. Arriveront. (Pérard.
Hisl. de Bourg, p. 475, tit. de 1253.)
Aveg)ie, subj. prés. Arrive. (Rymer, T. I. p. 115.
col. 1, tit. de 1270.)
Aveigne, subj. prés. Arrive. (Ane. Poës. fr. mss.
avant 1300, T. IV, p. 14G3.)
Avendra, indic. futur. Arrivera. J). Jlorice, Hist.
de Brel. col. 034 et 940. tit. de 1248.^
Avene)'U)it, indic. futur. Arriveront. Du Chesne,
gén. de Guines, p. 283, tit. de 1241.)
Aveneijst, subj. imparf. Arriveroit. (Rvmer. T. I.
p. 115, col. 1.)
Avenissie:^, subj. imparf. Convinssiez. Fabl. ms.
du R. ir 7218, fol. 350, V" col. 1.)
.li'CH/s^ sulij. imparf. Arriveroit. (Rymer, T. I.
p. 115, col. 1, tit. de 1270.)
Ave)ioet. indic. imparf. Arrivoit. D. Morice, Hist.
de Bref T. III, Pr. col. 080, til. de 1261.)
.li'CHn/, indic. futur. Arrivera. (Ord. Tome III.
page 51(5.)
Avent, indic. prés. Arrive. En latin .lct'('rf^'^ 'Loix
Xorm. art. 13.)
Avieigne, subj. prés. Arrive. (G. Machaut, ms.
fol. 195, V°.)
Aviengne, impér. Arrive. l'Fabl. ms. du R. n"72l8,
fol. 13 i, R»col. 1.)
(1) toujours ; totos dies. — (2) sorte de pierre précieuse.
AD
134 —
AD
Aviijnc , subj. prés. Arrive. (Fabl. sis. du R.
IV 7Cir., T. I, fol. 107, H°co!. 1.)
Avignel, suh]. prés. Arrive. (S" Bern. Serm. fr.
.Mss. page 07.)
v.\RiANTi:i :
ADVEXIR. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 456, col. 1.
Avenir. Orth. subsist. - Fabl. MS. du R. nf72IS, fol. 109,
V' col. 1. - G. Machaut, MS. fol. 191, R» col. 2 et 3.
Advent, subst. masc. Venue, arrivée.
Du latin .l(/ii<'«n/s. (Nicot, Dict.) Avènement, en
parlant du Messie. De Ifi l'expiession, avent nostre
Seigneur, dans les Cliron. S'Denys, T. II, fol. 4!), V".
(Voy. Advk.nkmkst ci-dessus.)
Par,extension, ce mot a signillé le temps (jui pré-
cède la fête où l'on célèbre Vavi'iiemcnt du Jlessie,
et l'on a dit, aveuls de yocl. ^Res'n. Sat. xiv. p. 110.)
Le peuple dit encore au pluriel, les avenis, pour
l'avcnt ; et la fêle de la Vicr;;e, ([ui tombe dans le
nwis de Dt-cembrc, peu de jours avant Noël, s'ap-
pelle encore dans queliiucs provinces, ?îotn'-l)aine
lies advi'HS, comme en ce passage : « Le jour Nostro-
« Dame des advens, au soir, eurent conseil les
« fran(;uisiiui se lenoycnt à Nantes, qu'ils vien-
" droyeiit reveiller l'osl. » (Froiss. Vol. II, fol. l(ir> ]
Un de nos anciens Poêles, a dit figurément et par
allusion au caractère de celte espèce de gens, qui
sans crédit se font de fêle, s'entremettent de toutes
les affaires, et veulent s'y rendre nécessaires :
Cesle feste a tous les mois ses ar!vens ;
Et chascun jour en sont plusieurs temptez
Qui au coucher, et quant ilz sont levez,
Soudent SI fort que j'en suis espoventez.
Mauditte soit si fausse voluntez
Il ne vault rien aujourd'huy qui ne souffle.
Eusl. des Ch. l'ocs. MSS. fol. 222. col. i.
VARIANTES :
ADVENT. Froissart, Vol. II, p. lOô.
AvEXT. Chron. S' Denys, T. II, fol. 49, V».
Advontif, tidj. Etranger.
Proprement, qui vient d'ailleurs; en latin adveii-
titius. (Voy. Advknu ci-après.) Ce mot exprime une
idée de mépris dans les vers suivans :
Sire Roi, dist Tliieljaut, raonlt sommes tuit honlous
De Richart, cel Xormant, cel aveutiz, cel rouz.
Qui tant s'est maintenu longuement contre vous.
Mal fist à vostre père et mal fera à vous.
Rom. de Rou, MS. p. H5.
Avenlif et fuitif le claime sanz osir ;
Fill au P... prové, n'en irez sanz morir.
Parlen. de Blois, M.S. de S. Gcrtn. fol. HO, V" col, 1.
De là l'expression bien ad vent ifs en termes de
jurisprudence, pour désigner les biens qui viennent
à qucliiu'iin, soit par succession collatérale, snjt
par la lihéralilé d'un étranger ; « les biens qu'un
« fils acquiert par son industrie, ou qui luiéchécnl
« par succession, pendant qu'il est en la puissance
« de son père. « (Laur. Gloss. du Dr. fr.)
On distingue le bienailvenlicrûuhienprofectice,
celui qui provient du père directement, et non d'ail-
leurs. » Eu partance, seront conférez tous les biens
« gagnez par ceux qui voudront partance, adventi-
« ees que profcctices, &\non les douaires qui seront
■> par entier à ceux à qui auront esté donnez. "
'Coût, de Marsan au nouv. Coût. gén. Tome IV,
page i>08, col. 2.)
Dans la coutume d'Auvergne, « les biens adven-
<> tifs, sont généralement tous les biens qui écbéent
« à une femme après ses rian(;ailles. » (Laur. Gloss.
du Dr. fr. au mot Advenant.)
VARIANTES :
.\DVENTIF. Du Gange, Gloss. Lat. aux mots Aduenimen-
tum et Aitventitia, col. 167 et l&S.
Advf.nticf.. Nouv. Coût. gén. T. IV, p. 908, col. 2.
AvENTiK. l'arten. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 174.
.\VENTiz. Rom. de Rou, MS. p. II.").
Advonture, subst. fém. Aventure , accident ,
basard , fortune. Succession. Droit casuel. Fruit
pendant par les racines.
Ce mot, qui subsiste avec différentes acceptions,
signifie en général, tout ce qui peul arriver de bien
ou de mal, « ce qui doit advenir et succéder à
« quelques-uns, ou de quebiuecbose. ■■ Nicol, Dict.)
De là, il s'est pris quehiuefois pour fortune, acci-
dent heureux, bonheur.
Cil qui en maladie aguë
Par sa teste, boit vin, se tue :
Et s'aucuns en est bien venu,
A cas d'aventure est tenu.
Géofr, de Paris, i la suilc du Rom. de F.iuvcl, MS. du R. n' CR12, fol. if.
Pour accident, malheur, dans les passages sui-
vans : « Forment doiens doteir ke celé hoiible mal-
« dizons , ke li profète priet, ne cliacet (1) par
« fl!ic»/!/?r sor noz. Devignent , disl-il , si cum li
« foensdes toiz. >. (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 132.)
« Si, par aventre, avègne... ky gerre sorde en la
« terre, etc. >■ (Rymer, T. I, p. 115, col. 1. — Voy.
Advénkme.nt ci-dessus.)
Pour malheur, péril, danger, risciue, acception
particulière de notre mot fortune.
Du Roi qui iert en aventure
N'avoient ne soussi ne cure,
G. Gui.irt, MS. fol. 351. \:
Voit flamens comme en aventure
De reçoivre honte et laidure,
G, Guiart, MS. fol. 255
V.
Rpser la velt et acoler :
Celle commença à souspirer,
Qui là avoit mise sa cure,
Où moult estoit en aventure.
Alhis, MS. fol. UVcol.l.
De là ces façons de parler : « Aimer bien du corps,
" mettre à vâdventure ; c'est-à-dire, risquer volon-
" liers sa vie. >• (Voyez Gér. de Nevers, part. II,
p. llTi, note de l'Editeur.)
En aventure de mort, en danger de mort. « Il fu
.. inull chargiez et fn feruz parmi le vis d'un glaive.
« en aventure de mort. » (Villehard. p. 60, — Voy.
Adventurë ci-après.)
(1) tombe.
AD
— I3r. —
AD
11 résulte de ces apiilicalions particulières de
l'idée gciiérale du mot advciitiire, qu'il signilie,
comme nous avons déjà dit, tout ce qui avicnt, tout
ce qui arrive fortuitement, sans cause a|)i)arenle
ou nécessaii'e ; liasard dans les passages suivans:
« C'est une des plus danucieuscs choses qui soit à
« la guerre, (jue d'aller d'une traicle clierclier ses
« enuemiz : je ne diz pas qu'il n'eu soit aucune-
« ment liien venu ; mais c'est advenlure. « (Le Jou-
vencel, ms. p. TiTS.J « Pour ce dit-on (|iie les gens
« de guerre vont a Vadvcnlurc ; car (|uaut ilz par-
« lent de l'hostel, ne savent pas (lu'ilz doivent trou-
« ver en chemin. » (Id. p. 140.)
Qui desirn merci d'amie,
De li servir se doit pener,
El amer joie et courtoisie ;
Et tout orgucl doit eschever.
Qui ainsi ne le veult démener,
Je di par roison et droiture
Bien lui prendra par aventure.
Ghans. fr. a la S. du Rom. de Fauvcl, MS. du R. n" C812, fol. 57, V- col. î.
De là l'expression yssii' à ses aventures, la même
à peu près que celle ci-dessus, aller îi l'aventure.
« Tiebault du Pont et Vvain de Galles s'en yssissent
« ung jour à lem's avenlmrs savoir se des Anglois
« pourroient riens apprendre. " (Triomph. des
neufs Preux, p. 07)0, col. 1.)
On trouve dans ces expressions l'origine du nom
de cette espèce de milice qu'on appela Adventurieis.
Comme ils ne vivoient que du bulia qu'ils l'aisoient,
en s'exposant à tous les hasards de la guerre, on a
dit qu'ils éloient » nourris à leur aventure et au
« mestier de la guerre. » (Mém. d'Ol. de la Marche,
Liv. I, p. '214.)
Anciennement on disoit, en advenlure, pour
au hasard.
En aventure ai chanté ;
Si ne sai s'il m'aidera.
.\iic. Poët. Fr. MSS. avant 13U0, T. III, p. KGO.
Nous lisons à toutes ailveulures, pour à tout
hasard, dans Pathelin, test. p. 111 ; et notre façon
de parler adverbiale par aventure, très-ancienne
dans notre langue, répond au latin forte, (dans
S' Bern. Serm. fr. mss. p. 116. Passim.) Nous disons
aussi, û'aveiiture; expression dont s'est servi
J. Le Maire, lllustr. des Gaules, Liv. II, p. 170.
Les hasards, les périls, les accidents, heureux
ou malheureux qui accompagnent ordinairement
les entreprises difficiles, ont fait employer souvent
le mot Advenlure, au figuré dans les anciens
romans de Chevalerie, po\ir désigner ces entre-
prises hasardeuses, mêlées quelquefois d'enchan-
tement dont on sait qu'ils sont remplis.
... de chanter n'ai ore cure ;
Si sai de Romans A'avenlure
Qui sont à oïr délitable ;
Je sai de la roonde tahle, etc.
Fal)I. MS. du R. n' 7218, fui. -2U, R» col. I.
C'est en ce même sens qu'on a intitulé : Dit d'aven-
tures, un Fabliau ms. du R. ir 7218, fol. 343, P,".
Nous disons encore d'un homme qui aime les
entreprises extraordinaires, « c'est un homme qui
■ aime les aventures, qui court après les aven-
" tures. » (Uict. de l'Acad. fr.)
H semble (lue le diminutif «l'fH/wjT/c réponde ii
notre expression : aventure amoureuse, bonne for-
tune, dans les vers suivans:
Certes, dist la pucèle, moult m'a cis maus grevée
Séez-vous de-lez moi, si me soit racontée
Aucune avenlurèle rimée ou dérimée.
FaH. MS. dn R. n- 7218, fol. SIC, R- col. i.
Le mot advenlure, de même que hasard, fortune,
s'est pris aussi pour certain être chimérique auquel
on attribue les eirels dont on ignore la cause ;
que l'on regarde comme l'auteur des biens ou des
maux qui uvicnnent, qui arrivent dans le cours de
la vie.
Oez coin merveilleuse chose
\)'Aveiiluri; qui ne repose.
Qui bone l'a, si est guéris ;
Et qui ne l'a, mal est baillis.
Alhis. MS, fol. 15, V- col. I.
Mes Dieu ne plot et Aventure.
Alhij, JiS. fol. 103, Vv col. 2.
Jlès .\venturc les garda
Que l'un l'autre ne damaja.
Alhis, lis. fol. 99, R' col. S.
Ce même mot, dans le sens de succession,
exprime encore une idée accessoire de l'idée géné-
rale A'adventure, chose qui peut ou qui' doit
advenir. « Aventure est chose qui vient de mort de
« home sauns félonie, si come de geut qui sodey-
« nement moergent par ascune socleyne maladie,
« ou se lessent cheir, en le fue, ou eu le ewe, et
« là demoergent, jesques à taunt que ilz soient
" mortz, esteintz. » ^Britton, des Loix d'Anglet.
fol. 15, V°.)
On appeloit, en termes de coutume, droites
aventures, les successions directes. « Toutes
« escheoites qui aviennent entre frères, si sont à
« l'aisné, puis la mort au père, se ce n'est de lour
« mère et de lour aiol ; car l'en appelle celles
« escheoites, droites aventures. » (Ordon. T. I,
p. 123. — Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr.)
C'est parla même analogie à'iûéesqn'adventures
au pluriel signifioit droits casuels, profits de fief.
« Us ne sénéfieront à personne nulle de uostre
« court.... les aventures qui échoiront en leurs
« receverie, comme mains-mortes, estrayères et
« autres revenues. » (Ord. T. I. p. 713.' Lès Séné-
chaux, les Baillis envoyoient à la Chambre des
Comptes les états de « touttes les forfaitures, gros-
« ses amandes, quints deniers, rachapts et morte-
« mains et aventures, et aussi les gros cas et
« fais.... escheus en leurs baillies et sénéchaucies. »
(Ibidem, p. 705.)
Enfin, les fruits pendans par les racines, les
fruits qui croissent; proprement les fruits à venir
ont été désignés par le mot advenlure. « Bleds
AD
136 -
AD
« verds et autres aventures, jusques au my-may,
« sont reputez liéritage ; et après, sont reputéz
« catheux. » (Coût. gén. T. I, p. 750.)
VARIANTES :
ADVENTURE. Froissart, Vol. 1, p. :»1. - .\nc. Coût, de
Norm. fol. 80, V».
AvANTiRE. Fabl. MS. du R. n» 7l)l.%, T. II, fol. 163.
AvENTi\E. Rymer, T. I, p. ll.">, col. 1, lit. de 1272.
Aventure. ^' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 1, etc.
AvE.NTiMiKTE (.Diminutif.) Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 21i.
Adventuré, participe. Exposé à des risques.
Devenu douteux, incertain.
Du mot À'Iventure, accident, risque, on a fait
fl(/i'('?(/Hn'dansle premier sens: >• Elle... craindroit
« eslre adventnrée de mort, se I.ancclol le povoit
.< Sfavoir. » Lanc. du Lac. T. III, fol. l'ir., R".)
Le mot Adventure, pris dans sa signification
générale, exprime une idée d'incertitude. Pc là
le participe rt'/i'<'/i/MJ"J, pour douteux, incertain.
Je m'en vois. Dame ; à Deu le Créatour
Vos lais, qui soit à vos où que je soie.
Ne »ai si jà verroiz mais mon retor
Avciilitrcz que jamès vos revoie.
Por Deu vos pri, quel part qui li cors traie.
Que vos pensez au cuer, voingne ou demor.
Ane. Pocl. Fr. MSS. avant 1300, T. I, fol. 21, R'.
(Voy. .\DVKXTinEn ci-après.)
ADVENTURE.. Lanc. du Lac. T. III, fol. 125, V» col. 1 et 2.
Adv.vntuuè. Épith. de Martin de la Porte.
AvE.NTCiiÉ. Ane. Pout. Fr. MSS. avant 1300, T. I, fol. 21, R».
Adventurer, verbe. Mettre à l'aventure, hasar-
der. Chercher des aventures. Échouer. Favoriser.
Ce verbe subsiste dans le premier sens en
parlant des choses et des personnes; mais en ce
dernier cas, il est toujours récii)roquc. Nous ne
dirions plus aventurer tiuelqu'uii, pour l'exposer,
le mettre en péril. (Voy. Auventiiik ci-dessus.)
• Ne luy fut conseillé a adventurer la noblesse de
« Bretagne pour si peu de chose. ■■ (Ilisl. d'Artus
III, Connétable de Fr. Duc de Bret. p. 7:>'2. — Voy.
AvENTLnE.MENT ci-après.)
De là, on a dit Adventurer dans la signification
particulicrc de harceler; proprement mettre
l'ennemi en péril, rendre sa retraite dangereuse,
comme en ce passage : « Ils désirent leur logis et se
• tirèrent.... Ceux de la ville firent grand huy
" après eux, pour eux adventurer; mais ils furent
« rechacés arrière. » (Froissart, Vol. I, p. 90.)
Quelijuefois ce verbe éloil absolu ; alors il
signifioil chercher des aventures, tenter fortune en
s'exposant aux hasards de la mer. - .Se meit .Messire
« Louis en ces balteaux.... pour aller aucune part
« adventurer sur la marine. » (Froiss., Vol. I,
p. 101.)
On a vu le mot Adventche ci-dessus, pris dans le
sens général d'accident. Les naufrages sont des
accidents. De là l'expression adventurer une nef
pour l'échouer. « Pour ce (luc les marchands
« auventurent souventes fois par fortune de
•' lamps, en noslre.... royaume leurs nefs, vasseaux
" et leurs biens qui dedens sont, nous voulons...
- ([ue cliascun des .Justiciers, en (]uelle .lurisdicion
" ou destroil il se avanturoient, face mettre
" personnes jurées pour garder lez dis biens et
" nefs, etc. » (Ord. T. V, p."2/j5.)
Charles V. en ordonnant qu'on restituât les
diMiris et les marchandises trouvés sur les bords
de la mer, à ceux à qui ils apparlicndroient, ne
faisoit que renouveler la disposition de l'article XX
d'une Ordonnance de .lean I", datée du mois de
.luiUetl.'itl'i. (Voy. Ord. T. III. p. 579.) Les Seigneurs
ont prétendu depuis avoir sur ces marchandises,
des droits nomuK's en francois Waieeli, liris-
uuireeh. (Voy. Du Cange, Closs. Lai. au mot
Hafiea ; et Laur. Gloss. du Dr. fr. aux mots Uris,
Varech et Warech.)
Enfin, comme ce verbe emporte toujours l'idée
de hasard, on s'en est servi ((uelquefois pour
désigner les accidens de la vie, le sort ([ue Dieu
nous prépare. S'il est heureux, c'est une faveur ;
de là Avanturer, pris dans le sens de favoriser.
... se Dieus tant li avantura
Qu'il vainque le tornoiement,
Il a moult biau commancement.
Kalil. MS. du R. n- 7015, T. II, fol. 163, R' col. S.
VARIANTES :
ADVENTURER. Froissart, Vol. I, p. 99.
AvANTunER. Fabl MS. du R. n» 7(51."), T. II. fol. 163.
Aventurer. Ord. T. III, p. .''i79.
AuvENTURER. Ord. T. V. p. 215.
Adventurcusement, adverbe. Ilasardeu-
sement.
» Le... Proconsal Cépion, pour ce qu'il avoit
« donné la bataille trop aventureusement, fut
« démis de sa dignité, envoyé en exil. » (J. Le
Maire, ubi suprà.)
VARIANTES :
ADVENTUREUSEMENT. Oudin ot Cotpr. Dict.
Avestureusement. j. Le .Maire, lUustr. des Gaules,
Liv. III, p. 303.
Adventureiix, adj. et subst. masc. Éventuel.
Qui est au hasard. Hasardeux, hardi. Qui court
après les aventures. Aventuriers.
Le premier sens est le sens générique. (Voy.
Adventuhk ci-dessus.) « Ascun purchas sont
" aventureus, si comc en ceo cas: jeo le doyne à
n tcncr, si jeo soy fait Évesque. » (Britton", des
Loix d'Anglet. fol. 9i, V°.)
Du mot Adventure, hasard, on a dit parlers
ailventureu.r, pour signifier des propos jetés au
hasard. « Les parlers qui sont adventureu.r ne font
.< ne chault ne froil. » (Percef. Vol. VI, fol. 91.)
De ce même mol Adventure pris dans le sens
de hasard, péril, danger, on a pu (lire.lrfi'CH/»r('H.c
pour dangereux, périlleux ; et par extension
îiasardeux, hardi, qui s'expose volontiers au péril,
au danger. « Celuy ([uc vous vistes hier si avan-
« tiircux, ne trouvez pas estrange de le voir aussi
AD
— 137 -
AD
« poltron le Inndemain. » (Essais de Montaiîïnc,
T. II, p. 7.) " nuoi(iuc'fois la fortune aide plus aux
« adventurctix ([ue non pas aux trop discrets. ■■
(Contes de Dcsperiers, T. II. p. 23.) C'est la tra-
duction de ce vers de Virgile :
Audaces forhma juvat , timiilosijue repellit.
AdvcHlurcu.r, s"est dit plus particulièrement de
ces Chevaliers erraus, (|ui couroient après les
aventures, qui u'aimoicntciue les entreprises hasar-
deuses. 'in tiouve en ce sens. Chevalier advenlu-
reux, dans l.anc. du Lac, T. III, fol. 58, R° col.
2. (Voy. ADVE.NTrnE ci-dessus, et Advei^turiebs ci-
après.)
Enfin, il paroil que ce fut vers la fin du xiv
siècle, ([uc Ton commenta ;^ nommer adventiireux
ou adveniHiiers une espèce de Soldats qui cher-
choient les aventures, les occasions de la ijuerre,
sans être eiuôlés et sans recevoir de solde. « Les
« Compaio-nons.... qui servy avoient Aimerigot
« .\Iarcel.'.. s'assamblèrent î^i la roche de Vandais....
« et les bonnes gens qui cuidoyentestre en paix....
<. se commencèrent à esbahir. Car ces robeurs et
« pillars les prenoyent en leurs maisons et par-tout
» où ils les pouvoient trouver.... et se nommoyent
■' [esaveiiliireux. » (Froiss. Vol. IV, p. GO et 01.)
>■ A parler par raison, les François estoyent droits
« Gens-d'armes, et plus que n'estoyent les aven-
» tureux, etc. » (Idem. Vol. III, p. 279.) « Behai-
« gnons et Zassons et Aventureux... sont tous
« gens armez et nourris i!i leur aventure et an
« mestier de la guerre. » (Mém. d'Ol. de la Marche,
Liv. I, p. 214. — Voy. Adventiriers ci-après.)
VARIANTES :
ADVENTUUEUX. Oudin, Rob. Est. Cotgr. Dict.
Adtureuse (fera, lisez AdveiUureuse.) Lanc. du Lac. T. I,
fol. lOi, col. 1.
AvANTUREULX. Rûb. Est. Dict.
AvANTUREUX. Vigil. de Charles VII, T. II, p. 147.
AvENTUREUS. Bnlton des Loix d'Anglet. fol. 94, V».
Aventureux. Crétin, p. 100.
Adventuriers , adj. et subst. masc. plur. Qui
cherche les aventures. Espèce de Troupes.
Ce mot désignoit autrefois un homme courageux,
qui cherchoit'à se distinguer par des actions de
vigueur et d"éclat. (Voy. Advextlrecx ci-dessus,) pris
dans une signification semblable. De lii, en parlant
des tournois qui furent faits à Paris, en 1539, en
présence de l'empereur Charles V, l'on a nommé
Princes aventuriers, les Princes assaillans dans un
pas d'armes, tenu contre tous venans. (Mém. de Du
Bellay, par Lambert, T. VI, p. 443.)
Aujourd'hui ce mol ne se dit plus qu'en mauvaise
part; et c'est ainsi qu'en 1387, l'on appeloit « gens
« aventuriers toutes manières de pillars dont
« tout le pa'isdeçii et delà Loire.... estoit rempli. >•
Ils estoyent bien neuf cens combattans, quand Ber-
trand du Guesclin, sous la bannière de Messire
Jehan de Bueil , les attaqua et les défit près le fort
de Preuilli , vers fan 1370. « Là eut grand poulsis
« etboutisde lances.... et dura la bataille un grand
■' temps, sans branler ne d'une part ne d'autre....
" niiaiid les Ca[iitaines de ces pillars veirent que la
« chose alloit mal pour eux, si montèrent sur leurs
« chevaux, etc. » (Voy. Froissart, Vol. III, p. 214
et 215.)
De la le nom ù'adventuriers donné dans la suite
à ces « gens levez parles villes et villages.... Ils
« alloient chercher leur advenlure par fortune de
« guerre, invitez et levez au son du tabourin. »
(Fauchet, orig. Liv. II, p. 117. — Voy. ADVENrniEu.x
ci-dessus.)
Cette espèce de troupes étoit commandée par des
Capitaines. Yves de Malherbe étoit Capitaine d'aven-
turiers en 1499-1501. (,I. d'Auton , annal, de
Louis XII, p. 95.) Les aventuriers que le Duc d'Au-
triche avoit pris ù son service en I'(88, avoienl un
Capitaine à leur tète. (Jaligny, Hist. de Charles VIII,
page 66.)
Il paroitroit que sous Charles VIII, on faisoit peu
de cas de ces troupes, puisqu'à l'entrée de ce Prince
dans Florence, en 1494, les Aventuriers étoienl con-
fondus avec les Charretieis, les .Muletiers et les
Laquais. (André de la Vigne, voyage de Charles VIII,
à Naples, p. 119.) Cependant nous lisons, Lettr. de
Louis XII , T. IV, p. I2G , (juc les Suisses avoient
levé un corps de ([uinze cents aventuriers , et que
c'étoit la plus belle troupe ([ui fut sortie de leur
pa'is ; que Louis XII réforma les francs archers , et
leur substitua des Adventuriers; qu'en 1508, il en
avoit quatorze ou quinze mille dans son armée en
Italie. (Hist. du Chevalier Bayard, p. 131.)
Quoique le nom d'Aventuriers se retrouve dans
les Mém. d'Angoulême, p. 135, où l'on apprend que
Henri IV en avoit deux régimens à sa solde ; nous
remarquerons que ce nom étoit vieilli du temps de
l'auteur des contes d'Eutrapel. (Voy. Ibid. p. 479.)
Bouchet dit: « aujourd'huy on levé les gens de pied
« de toutes conditions et estais , qu'on appelloit ,
« n'a pas long-tems, advantu7'iers et soldats
" maintenant. » (Serées. Liv. III, p. 9.)
« Ces Adventuriers menez aux guerres d'Italie
« par les Rois Charles VIII, Louis XII, François I",
« prirent le nom de Soldats , pour la solde et paye
« qu'ils touchoient, laquelle ne passoit la somme de
« six livres tournois. » fFauchet , orig. Liv. II ,
p. 117.)
Il y avoit des Aventuriers à pied et à cheval.
(Mém. de Fleurange, ms. p. 75.)
Sous le règne de François I", les Aventuriers
avoient pour tout vêlement « une chemise à lon-
« gués et grandes manches, comme Bohèmes de
" jadis ou Mores, qui leur duroient vestues plus de
« deux ou trois mois sans changer; monstrans
« leurs poictrines velues, peines et toutes décou-
« vertes; leurs chausses bigarrées, découpées,
« déchiquetées et balafrées; et la pluspart mons-
« troient la chair de la cuisse, voire des fesses.
« D'autres, plus propres, avoient du taffetas si
« grand quantité, qu'ils ledoubloient et appelloient
» chausses bouffantes: mais il falloit que la plus
» part montrassent la jambe nue, une ou deux, et
18
AD
- 138
Ab
« portoienl leurs bas de chausses pendus à la cein-
- turc ,1). » (Brant. cap. fr. T. lY, p. 44. — Voy.
Ménage, Dict. étym. — Rabelais, T. 1, p. 185. note
de le Ltuchal.)
Du reste, ces troupes semblent avoir clé toujours
assez mal disciplinées, et fort adonnées aux brigfan-
dages. De là ces expressions : " font choses que des
« avanturiers auroienl honte de faire. » (Contes de
la l\. de -Nav. T. 11, p. "iOT. « On les craint plus
({11' avanturiers. » (Ibid. p. Wl.)
Ces advenluriers , (dit Pas(iuier, Rech. p. 877.)
« LesqiK'ls ne se voyent bransler l'espée h leur
« costé, qifils n'accouipas:nent aussi-tost leure ges-
« les d"un minois de mauvais garçon , avec une
■< inlinité de renieniens et blasphèmes. <> étoient ,
au rapport de Charron, « hardis à la picorée et loin
<> des coups ; cerfs et lièvres aux dangers. "
(Sagesse, p. i;58. .1. Marot parle aussi de leur avi-
dité au pillage, mais il exalte en plusieurs endroits
rintrépidité de leur courage, et l'importance des
services qu'ils rendirent îi Louis XII, dans ses guer-
res d'Italie. Voici le portrait qu'il en fait lorsqu'il
les décrit passant en revue devant ce Prince :
Adventuriers,eii Iriumphe autenctique,
Tabours sonnans, leurs enseignes au vent,
Viennent après, marchèrent en avant,
Font révérence au Roy leur Seigneur,
Voire, et Dieu scet, quant passoient par devant,
S'ils se marchoicnt fiers comme un Poursuivant,
Plus renversez qu'ung poulce de changeur.
J. Marot, r- 92 et 93.
VAR1.\NTES :
AD\'ENTL'RIERS. Fauchet, orig. Liv. II, p. 117.
Advantl'IUKH:>. Boiiclict, Serées. Liv. III, p. 9.
Av.\NTLiiiEHS. Brant. cap. fr. T. IV, p. 45.
AvE.NTL'KiERs. Jahgny, Hist. de Charles VIII, p. 60.
Advenu, participe. Arrivé. Aubain , nouveau
venu. Venu à bien.
Le premier sens est le sens propre. (Voy. Cotgr.
Dict. et AuvE.MR ci-dessus.) On a dit au figuré:
« chacun an aw«». » ^Godefroy, annot. sur Char-
les VI, p. G3C.)
Les Aubains sont des étrangers nouvellement
arrivés, des nouveaux venus dans un païs. De là le
participe .1 roi» , employé comme substantif dans
cette sigiiilicatiun : <■ Aubains, que les anciennes
« couluu)es appellent «i'CHHS.... sont ceux qui s'es-
« tablisseut de nouveau dans la Chastellenie. •> (La
Thaumas. Coût, de Berry, p. 474.)
Eulin du verbe Advenir, croître, profiter, venir à
bien, ou a dit, hlle bien advenue, au même sens.
(Cotgr. Dict.,
VARIANTES :
ADVENU. Cotgr. Dict.
AVE.NU. La Thaumass. Coût, de Berry, p. 166, art. 20.
Adveuue, subst. fém. Arrivée, approche. Aven-
ture, événement. Avenue, passage.
Dans le sens propre, on a dit :
A l'aprocUier, pierres esqueuent (2)
Roidement selonc leur usages.
Non pas aus piez, mes aus visages
Bidauz (3), dont bien i ot sexante,
A qui ceste chose atalante.
Leur relancent aus avettites
Les dars mouluz es chières nues.
G. Guiarl, MS, fol, 29), W
Au figuré, ce mot signifioit aventure, événement,
chose fli't'«HC, arrivée; quelquefois chose qui doit
avenir, arriver. .< Ilaa ! Passelion, traistre mau-
" vais mal avez fait, qui avez violée ma fille.
« Adonc, respondit Passelion Dame, ne vous
•< troublez aucunement à moy; car advenir devoit.
" Haal Laroii, dist-elle, c'est une mauvaise ar/ye-
. nue. •' (Percef. Vol. IV, fol. 102, V° col. 2.) «Telles
» advenues advenoient souvent au royaume de
>' France. " (Froissarl , Vol. I, p. 216.) <> A ce
» behourt vindrent moult de Chevaliers pour
« regarder les avenues des honneurs qui illec se
•i dévoient faire. » ^Triomph. des neuf Preux ,
p. 500, col. 1.)
C'est par extension du sens propre, qu'Advenue
a siguilié et signifie encore passage, endroit paroii
l'on arrive en iiuehiue lieu. « Il vouloit veoir de
" quelle advenue estoit la ville de Sousbise. » il.e
Fèvre de S. Hemv, llisl. de Charles VI, p. 20.)
ADVENUE. Froissart, Vol. I, p. 13.
Avenue. Triomph. des neuf Preux, p. 500, col. i.
Adverbe , snlist. masc. Teneur , mot-;Vmot.
Terme de Grammaire.
Ce mot composé de la préposition Ad el du subs-
tantif Verbuin , signifie au premier sens le mot-
à-mot , en latin ad verbum, la teneur , le contenu
mot-à-iiiol d'un écrit, etc.
.... se tu os un grant Seignour,
Du tout ne te mects à séjour ;
Car mieul.K ne te peulx desconfire
Que te mectre sur la littiére.
Prouver le puis par le proverbe
De quoy je le diray l'adverbe ;
Homme, cheval, oysel, ne chien,
S'il ne traveille, il ne vault rien.
Gace de la Bigne, des VU. US. f«l. 10, R*.
Nous ne parlons ici du mot Adverbe, pris comme
terme de grammaire, que pour faire une remarque.
C'est que Joachim du Bellay conseiiloil aux auteurs
de son temps de « rendre au plus près du naturel...
" la phrase et manière de parler latine , eu
« employant, par exemple les noms pour les Adver-
" bes; ii vouloit (ju'oii dit, ils eomhalcnt obstinez
" pour obstinément; il vole léger, pour légère-
■■ ment. » (lUuslr. de la Langue françoise, fol. 34,
R° et V°.) Ces façons de parler ne sont pas rares
dans noire ancienne langue. (Voy. l'expression,
contournait, adroiet, sous Aoroict ci-dessus.)
Advers, préposition. Vers, contre, à rencontre.
En latin .idversùs. On dit encore dans quehjues
(1) Ce passage est cité dans Vllisloirc du Costume en France, par J. Quicherat, Paris, Hachette, 1875, in-8», p. 371. (N. E.)
— (2) lancent. — (3) Voir Du Cange au mot Bidaldi.
AD
— 139 -
AD
provinces contre, à rencontre de, pour aiipH'-s, en
comparaison de. C'est la signincation li(îui'ée à'ad-
vers dans les i)assai;es suivans: << Le Roi d'En^^le-
« leire n'a (■'un poi défient «l'crs nous. » (Martène,
Contin. de U. de Tyr. T. V, col. tJS5.) ■■ Les florsdes
« margerites (lu'èiei'ompoitasoriex de ses pies, qui
« ligissoient sor le menuisse (1) du pie pardeseure,
CI cstoient droites ('2) noires rtr<'rs ses pics. » (Fabl.
M.s du R. u" 798!), fol. 72, U" col. 1.)
Ains Chevaliers angoisseus
Qui a perdu son liarnois
N'est (ii'i'r.s nidi ilolereus,
Que je ne sois de ceus
Qui aimment deseur lor pois (3).
Chans. MSS. du C" Thil). p. 29.
VARIANTES :
A.DVERS. Fabl. MS. du R. n» 7218. fol. 295, R» col. 1.
Avers. Ane. Poët. Fr. MSS. av. 1300, T. IV, p. 1351.
Advers, adj. Opposé, contraire, ennemi. Cruel,
dangereux.
Le sens propre rsl: tourné vers, en latin adversus.
(Voy. ADvi:nTin ci-après.) De lu, on a dit ligurément
advers ou aver, pour opposé, contraire, ennemi.
Ne sai se merci trover
Porroie en son cuer aver.
Ane. PoSl. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 421.
Arlus fist ses hommes armer,
Sans cor et sans gresle(4) sonner;
Trestout despourveument
Coururent sus l'averse gent.
Rom. du Brut, MS. fol. 7», R- col. 1.
On recommandoit toujours ù un Ctievalier d'être
doux et modéré après la victoire. II devoit,
Estre crueul.K à la bataille,
Et ferir d'estoc et de taille,
Jusques la place e.st desconfite.
Mais adonc forment li profite
Espargnier et sauver la vie
Aux vivens d'adverse partie.
Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 50-1, col. 2.
De ces expressions averse partie , averse gent, a
pu naître l'acception de l'adjectif .irfwrs, employé
comme substantif pour ennemi , parti contraire.
(Voy. Adversaire ci-après.)
Passe les monts pour advers assaillir.
J. Marot, p. 80.
En style de pratique , pour adverse partie. « Ne
« pourra aucune partie estre contrainte d'ester en
« jugement, soit pour cause desjàauparavantles....
« vacances intentée , ou bien que son advers de
« nouveau voudroit intenter. » (Coul. de Bouillon,
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 8i6, col. 1.)
Anciennement on faisoit tous les ans, à Namur ,
une espèce de tournoi appelé le eombat des écliasses.
II semble qu'on se soit servi du mot .Iwf^ss^s au
pluriel, pour désigner le parti contraire aux cham-
pions désignés par celui de inêlans. (Voy. Poës. de
Walcf, auteur des Titans, T. V, p. 227.;
C'est par extension ({u'advers, opposé, contraire,
a sigiiilii' cruel, dangereux, qui est ù craindre, qu'il
faut éviter. l'eut-ètre aussi ({u'averse , pris dans ce
sens, vient du latin aversus.
Panthère est une heste averse ;
E si est de culur diverse,
liestes la fuient, tant est fière.
Marbodus do Gcmm. art. 51, col. 1674.
VARIANTE.S :
ADVERS. .1. Marot, p. 10.
AvKH. Ane. Poiit. fr. MSS. av. 1.300, T. I, p. 421.
AvEKSE. (fera.) G. Guiart, MS. fol. 308, V».
AVKESSE. Poës. de Walef, auteur des Titans, T. V, p. 227.
Adver.saire, subst. mase. Ennemi.
Celui qui est cnnlr.iire à ijuclqu'un, qui lui est
opposé. C'est le sens général indiqué parle passage
suivant :
Icele pais, dons Jesus-Crist,
Que promeistes à vos amis,
Metez entre moi et toz cels
Qui me voient aler entr'els,
Aversaires et anemis.
Fabl. MS. du R. n- 7-218, fol. 2G1, R" col. 1.
De lîi pour ennemi, adversaire, celui qui combat
contre un autre.
Il trait l'espée de l'escu
Où il avoit le cop féru ;
La teste prent de l'averser,
Le grant espié et destrier.
Floire et Blanchenor, MS. de S' G. fol. 205, \' col. 1.
Pour ennemi, dit absolument et indéfiniment
dans le sens de i arli contraire, qui fait guerre
ouverte.
Trovai le pa'i's tôt gasté ;
Ne vi ne blé, ne cliamp are ;
N'ome qui m'osast ensaignier
Où je trovasernircs-ier.
Parlen. dcBlois, MS. de S' Germ. fol. IGC, V- col. 1.
(Voy. Advers ci-dessus.)
Nous appelons le Diable l'ennemi du genre hu-
main, ou absolument l'ennemi. .Vutrefois on disoit
aversaire. aversier. etc. au même sens. « Nostre
' aversaires at lo feu de cuvise (5) charnel, lo
« feu d'envie et d'orgoil, cuy li Salveires ne vint
« mies enspanre IG] en nos, mais estingure (7). »
(S' Bern. Serm. fr. mss. p. 26i. — Voy. Averserie
ci-après.)
. . . ains n'issi du cors nule ame d'userier
Tant alast en enfer, au puant aversier.
Qui du Saint Paradis ait si grant desirrier
Comme j'ai de sa bouche recouvrer un besier.
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 34G, V° col. 1.
De là, on s'en est servi pour exprimer la haine,
(1) sur le menu du pied, c'est-à-dire le cou-de-pied. — (2) droites équivaut à tout-à-fait. — (3) pour leur malheur. —
(4) instrument qui rend des sons aigus. — (5) désir; vient de cupiditia, dont Du Cange donne un exemple. — (6) épandre;
de intus pa7idgre. — (7) exstimjuere, éteindre.
AD
liO —
AD
l'horreur qu'inspire lalaiUeur dune personne ou sa
cruaulé, etc.
Laide, vielle et hideuse plus qu'aitvsier,
Moult li desplot la joie du Chevalier.
Koin. dWudigier, .MS. de S- G. fol. 07, R- col. 1.
In Clievalier chercliant un Géant pour le com-
battre, rencontre une reiiune ([ui lui apprend que
ce Géant (lu'elie noiniue Diable quelques vers plus
bas, vient de lui enlever une jeune lille, et lui dit
en pleurant :
Testuet cy ta vie finer.
Se ly Jaians te peut trouver.
Maleuré ! fuy, tien ta voie,
Ains que ly aihcmières te voie.
Koni. du llrul, US. fol. 86, V- col. 2.
On dit encore, dans le style populaire ou fami-
lier, dequel(iu'un très-laid, qu'il est laid comme un
Diable; d'un iiumine cruel, que c'est un Diable.
VARI.4.\TES :
.\DVERSMRE. Orth. subsist. - Bourg, orig. voc.
Vulg. fol. 31, R".
AuvEUSiÈRES. Rom. du Brut, MS. fol. 80, V» col. 2.
AvE[is.\iRE. Ane. Poët. fr. >1SS. av. 130J, T. III, p. 1067.
AvERSER. Floire et Glanchellor, MS. de S' G. fol. 205.
AvERSiEH. Alhis, MS. fol. H, R" col. 2.
AvRESiER. Alhis, MS. du Roi. — .\nc. Poës. Fr. MS.duVat.
n» 1490, fol. 526, V».
Adverseï", verbe. Contrarier.
S'opposer à quel(iu'un dans ses desseins, lui être
advcis, en latin adversare. (Voy. Advkrtih dans le
sens d'opposer.) « Le Roy de Chippre assaillit
» soubdainement les Sarrasins... mais ainsi que
« furlune le voulut adverser, le coursier du Roy
<■ ciieut des quatre pieds à terre. » (Monstr.
Vol. II, fol. 30, R".!
Adversité, suhst. [cm. Contrariété, opposition.
Malheur, disgrâce.
Cette première sijrnification a la même origine
que celle de l'adjectif Advkhs ci-dessus, opposé,
contraire.
... en son temps sera l'Église
En pais et en concorde assise ;
Et tourneront en unité
Ceus qui sont en aversitc.
Géofr. de Pari» à la suile du ISom. do Fauvel, MS. du II. n* 0812, fol. 51.
De là, ce mot a signifié, disgrâce, malheur, for-
tune adverse, choses conti-iires à nos desseins, ù
notre bien-être, en latin adversa. « Sire Deus, apa-
« rilliez est mes cuers.... as aversilez-, aparilliez as
« prospérité/.... aparilliez est à lot ceu ke tu me
« comanderas. ■> (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. 2i)G.)
Nous avons conservé à ce mot cette acception
figurée sous l'orthographe adversité.
ADVERSITÉ. Fobl. MS. du U. n« 7218, fol. 325, R» col. 2.
AVERSITK. S' Bern. Serm. Fr. MSS. p. 296.
AvERSiTElT. Id. ibid. p. 270.
Adverteiice, suhst. féin. Attention. Avis, aver-
tissement, instruction. Notilication, signification.
Ce mot, dans le sens propre, signifie l'action de
se tourner vers une chose ; au figuré attention,
action de l'esprit tiui se tourne vers un objet moral
ou physi(iue. « Seroit la femme bien farouche cl
" mal privée, qui ne ticiulroit conte de l'homme
'< faisant profession d'avoir en rccDiiimaïulalioii
« tout ce qui plaist à sa dame, avec(iuesune adver-
« tance qu'il a de tenir secret.... jusques aux peti-
" tes faveurs qu'il reçoit de sa maîtresse. » ^Pas-
quier, Monophile, p. 'i'il.)
... il sauva la ville et leurs corps,
Et espargna à la cité.
Par sa grâce et douce pilé :
Et mua ainsi sa sentence.
En ce aiez vostre advcrience.
Eu.«l. des Ch. Pocs. MSS. fol. «0, col. 1.
On excite l'attention par un avis. De là cette
expression faire ou dniineradvertauce, pouv adver-
ti)\ donner avis, instruire, donner un avertisse-
ment. (Voy. Lettr. de Luuis XII, T. IV, p. 18". —
Xouv. Goût. gén. T. II, p. î)0, col. '2. — Voy. Adver-
TErH ci-après.)
Ce mot dans le sens de notification, signification,
exprime une idée analogue à celle d'iidvertance,
avis, avertissement. « Pour arrests d'alloels (1), il
« les conviendra faire par-devant deux alloettiers,
» faisant publication par attache de billets desdits
« arrests h l'église parochiale prochaine de la si-
« tuation desdilsalloels,et«(/i't';7rtHC('aulouager. »
(Nouv. Coût. gén. T. Il, p. 102, col. 2.) < C'est-à-dire
« notification et signification... de la saisie au fer-
>' mierqui exploite... les héritages saisis. " (Ibid.
note de l'Editeur.)
VARIANTES :
ADVERTENCE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. WO, col. I.
Advert.vnce. Corneille, Dict. — Borel, Dict. l'« addit.
AvEHTENCE. Mém. de Du Bellay, par Lambert, T. V, p. 385.
Advei'teur, suhst. mase. Renseignement.
Acception analogue à celle d'AnvEUTENCE ci-dessus,
avertissement, instruction. « Il nous faulsavoir les
« limites anciens du royaume de Bourgongne...
" mais je m'en suis mis hors de soucy, pour ce que
" après avoir trassé beaucoup, j'ay trouvé certains
" aucteurs anciens qui m'en ont donné Vadverteur. »
(.1. I.e Maire, lllustr. des Gaules, Liv. III, p. 321.)
Advertii", verbe. Tourner vers, tourner. Faire
attention, penser, réfléchir, aviser, apercevoir.
Repentir, se repentir. Avertir. Opposer. Accomplir,
elTectuer. S'accomplir, s'elTectuer.
Le sens propre est tourner vers, en lalin adver-
tere. De là ce verbe employé figurément jiour expri-
mer le mouvement de l'âme iiui se tourne vers
le bien, qui abandonne l'erreur pour retourner à
la vérité.
Là fist li Papes rapeler,
L'entredit d Aubijois (2), par grâce,
Et voust qu'il eussent par espace.
S'il s'i peussent avenir.
D'eus à bien faire convertir.
G. Guiarl, MS. fol. i48, V.
(!) [ranc-alleux. — (2) Albigeois.
AD
— 111 —
AD
11 semble qu'on ail dit Adverlii; en parlant d'une
nouvelle désa^ivable, dans le sens où nous dirions
aujourtl'liui tourner une nouvelle, lui donner une
tournure proiue ;i en adoucii riuipression. <• Moult
« esbaliys comment ils udvoii raient à Eslonne la
« mort piteuse de sa compaigne Priande. " (l'ercef.
Vol. IV, fol. 'itl, W- col. 1.)
Ce même verbe signilloit plus souvent, par méta-
phore, l'action de l'esprit (jui se tourne vers lesdif-
férens objets de s(ui alteutidii, de ses pensées, ou de
ses réilexions ; et l'on disoit advcrtir pour faire at-
tention, penser, réfléchir, aviseï-, apercevoir avec
les yeux de l'esprit.
Jiigos vueiUez ci advcrtir.
Ne faites mie coin l'yraingne,
Qui ses fix lent, afin que praingne
Mouclies pour soûler son venin.
Les petis mouches met à fin,
Si tost qu'iU viemient eu sa toile
L'yraigne jà n'iert si hardie
Qu'elle au gros mouche contredie.
Eust. des cil. l'oés. -MSS. fol. 5Î1, col. 3.
Qui a filles à marier,
Il doit à son fait avertir
Eust. des Ch. Pocs. IISS. fol. 333, col. t.
Il étoit quelquefois réciproque. « Pas ne s'adver-
« tissait de la malice que cil pensoit. » (Cbron.
S- Denys, T. 1, fol. 5.)
Les Bretons ont fait compaignie
Pour aler en .\lemaigne
G le Seigneur de Coucy ;
Mais puy se sont averti/
Qu"il fait plus doux en Champaigne.
Eust. desCh. Pocs. MSS. fol. 195, col. 3.
Le retour sur soi-même, une sérieuse réflexion
sur ses fautes, doit exciter le repentir. Ainsi l'on a
dit &advertir de ses maux, ou tout simplement
s'advertir pour se repentir, faire un retour
vers Dieu.
Les coustres de leurs charrues,
Avec les sochs en my les rues,
Feray en gleves convertir,
S'ilz ne se veulent advcrtir
De leurs maul.K, etc.
Eust. des Ch. Pofs. MSS. fol. i68, col. i.
. . . j'aperçoy les grans destresses
Qu'ilz aront, s'ilz ne s'adverlissent
Briefment, et se convertissent.
Id. ibid. fol. 479, col 3.
Nous observerons que dans ces vers on pourroit
encore expliquer s"ftf/i'fr//r par se détourner ; s'éloi-
gner; du latin avertere. Voy. .\vertir ci-après.)
Le passage suivant sembleioit autoriser cette
interprétation.
. . . ilz se repentirent
De leurs péchiez et advertirent ;
Et crièrent aux Dieux mercy.
Eust. des Ch. Poès. MSS. fol. 481, col. 4.
Il arrive souvent que l'attention et la réflexion
sont en quelque sorte involontaires, ([u'elles sont
occasionnées par des avis, des conseils. Ainsi ad-
verlir dans le sens li^uré qu'il conserve, signifie
par métaphore tourner vers un objet l'esprit de
quelqu'un, le faire penser à cet objet, l'y faire réflé-
chir. ;Voy. AuvKiiTissEMKNT et Advkhty ci-a'pi-ès.
C'est par une extension naturelle de la sii,'iiifica-
tion propre û'advertir, tourner vers, que ce verbe
s'est dit pour opposer, proprement tourner contre.
Il est pris ligurémenl dans ce passage : « Se par
» vous n'est à ces choses adverti et pourveu par
" pitié et miséricorde. » (Eust. des Ch. Poës. mss.
fol. 403, col. i. — Voy. Adveiiser ci-dessus.)
Enfin du mot vérité qu'on écrivoil quelquefois
verte, vreté, etc., l'on a fait advertir. dans le sens
d'accomplir, effectuer, i)roprement rendre vrai.
Seigneur, savés pour koi j'ai men habit cangié ?
.l'ay esté aveuc feme, or revois (i) au Clergié.
Or arerlirmj cou que j'ai pieçà songié.
Ainçoi sui à vous tous venus prendre congié.
Aoc. Pocs. Fr. MS. du Vatican, n* 1490, fol. 131, Rv
Comme verbe neutre, il signifioit s'accomplir,
s'elfectuer, devenir vrai. Les vers qui suivent sont,
îi linéique légère difl'érence près, les mêmes que les
précédens.
Seignour, savez pourquoi j'ai mon abit changié ?
J'ai esté avoec famé, or revois au Clergié.
Or, avertira ce que j'ai piéga songié.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 250, V col. 1.
V.\RIANTES :
ADVERTIR. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. H]S, col. i.
AvERTiiî. Poës. à la suite du Rom. de Fauvel, MS du R
n» G812, fol. -1, Ro col. 3. - Fabl. MS. du R. n' 7218'
fol. 95, R» col. 1.
Advertissement, siibst. masc. Avertissement,
avis, conseil, instruction.
Nous avons indiqué ci-dessus, sous l'article
Advertir, l'origine de la signification figurée et
subsistante de ce mot. C'est par analogie qu'on
appelle encore en termede pratique. Avertissement,
la première pièce pour l'instruction des Juges,
qui est suivie de l'inventaire de production ; ou
comme le définit Ragueau. « Un motif de fait ou de
" droit, que la partie baille par écrit sur un inci-
« dent ou débat survenu en la cause, ou après les
« écritures principales, premières et secondes
« additions: ou quand le différent est petit. ->
(Laur. Gloss. du Dr. fr.) Cette définition semble con-
venir à l'ancienne procédure. « En chastelet comme
« en quelques autres jurisdictions, on use princi-
•• paiement de deux manières d'eserire , ou par
« interdicts et raporter l'enqueste, quand il est
« question d'une cause personnelle gisant seule-
« ment en faict ; ou par advertissement, quand la
" cause consiste en faict et en droit, ou seulement
" en driiit, soit action personnelle, hypotequaire.
« petiloire ou possessoire. » ^Gr. Coutum. de Fr.
Liv. m, p. 3-21, note.)
Adverty, participe. Averti, conseillé, instruit.
Signification figurée, dont on peut voir l'origine
sous Advertir ci-dessus.
(1) je retourne, mot à mot revais.
AD
112 —
AD
On disoit proverbialement, comme aujourd'hui
enci>re : ■' Un ndvcrtfi en vaut deux. » ;sauesse
de Cliarron, p. 330. — Brant. D" gai. T. I, p. i'ii:
Advest, siibst. masc. Investiture.
Signification figurée, née de l'acception propre
du vei-be .Viivkstiii ci-après. (Voy. AnvESTunE.)
■< Justice funsière.... ne comprend cognoissance,
« fors des ailvi'sts et desavests des terres. » (Bou-
teill. Som. Rur. tit. 22, p. 11."».) Aiivest signifie la
même chose que vest, vestnre, ailheritance, adhé-
ritemciit. etc. (Voy. Laur. (lloss. du Dr. fr. — Borel,
Cotgrave. Monet et Corneille, l»ict.; - De la forme
« de saisine et dessaisine ([ue Bouteiller et autres
« anciens praticiens appellent vest ou advest et
" devest. n'est besoingd'cn traicter... parce qu'elle
« n'est plus ù présent en usage, les Notaires par
« style mettaus aux contracls la dessaisine que l'ait
" le vendeur et le consentement d'ensaisiner l'a-
<' chepleur par le Seigneur. ■. [Gr. Coutum. de Fr.
Liv. II, p. 173, note.) Quant au droit de lods et
ventes dû au Seigneur pour Vadvcst, Vinvcstitiirc
d'un héritage dans sa mouvance, Bouteiller décide
" que si le vest et devest n'est faicl actuellement
•< devant le Seigneur, ains auparavant les parties
« se repentent et défont leur marché, audict cas il
« ne peut demander aucun droict ne profict, à
« cause de sa seigneurie. » (Cr. Coutum. de Fr.
ubi siiprà. — Vov. Bouteiller, Som. Bur. tit. 72,
p. 425-428.)
Advesti, participe. Couvert. Fourni.
Voy. Advestir ci-après, dans le sens de vOtir,
revêtir. C'est par extension de l'acception propre
qu'on a dit, terres aveslies de bled, etc. ou tout
simplement terres advesties, pour désigner des
terres couvertes de blé, etc. des terres non dé-
pouillées. (Voy. Advesti;he ci-après.) » Ont cous-
<< tume les Seigneurs de prendre amende de chinc(]
B sols parisis sur ceux et celles qui... laissent
« paistre leurs bestes en dommage d'autruy, soit
« prez, gardins ou terres labourables a'vesties
« de blé, ou mars. » (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 405,
col. 1.) « Que nul ne puist faire.... nouveau chemin
« sur héritage d'aulruy.... en temps qu'ils soient
« querijuiés :l) et advêstis de biens. » (Coût. gén.
T. 1, p. 833.) « Si terres y a advesties au jour du
« Irespas dudit Eves(iue, qui ne soient à ferme,
« sçachez que tout compète au Roy, si ainsi
« n'estoit que au jour du trespas fussent les \vari-
" sons (2) et advesture couppccs et abatues. >■ (Bou-
teill. Som. Rur. Liv. II, tit. I, p. Gâ5.)
Nous lisons dans un sens plus figuré encore:
« fist plainte à loy, Cour ndvestie d'hommes de
■■ fief, tant que pour suffire à loy et à ce faire. »
(Bouteill. Som. Rur. fit. 100, p. .571.) « Nostre...
•• grand Bailly aura regard à ce que aux jours de
« plaids, noslre... autre Cour soit advei-tie (corr.
« adveslie; de nos hommes féodaux.... en nombre
« compétent. <• (Coût. gén. T. I, p. 780.)
VARIANTES :
.\DVESTI. Cout. gén. T. I, p. 833.
AnvKiiTi (corr. .\devesli.) Id. ibid. p. 780.
AvESTi. Nouv. Cout. gén. T. I, p. wô, col. 2.
Advestir, verbe. Vêtir, revêtir. Investir.
Le premier sens est le sens propre. (Voy. Colgr.
Dlct. et Advestcre ci -après.)
Au figuré, ce verbe a signifié investir, donner à
([uelqu'un le titre d'un fief, l'en revêtir, comme
nous disons encore en parlant d'une charge, d'un
béni'fice, le mettre en possession d'un fief ou autre
bérilage. (Voy. Cotgr. Dict.)
Il faut lire .iî'/csh' powr avierti [S) dans les vers
suivans :
.... France icrt donc si deceue,
Et si dpsierte et si pierdue,
Dés icel tans que sor; demaine
Loeys li fins Carlemaine
A ses un fius avicrti ;
Quant sa tière leur départi.
Ph. llousk, MS. p. 33t.
De là, l'expression héritage advesti. pour dési-
gner un héritage dont on a donné l'investiture.
« En cas où l'on seroit obligé sous seel royal....
'< peut on obliger son héritage sans le sceu du
« Seigneur de (|ui il est tenu, puistiue les lettres
« en .sont faictes; et parcelles lettres le vendroit-
» on, ou feroit vendre le .Juge royal vers (\m on
" s'en trairoit; mais le Seigneur moyen en seroit
" servy de ses droicts, et seroit l'héritage advesti
<< et desavesti par lui à la commission du Juge
« royal. » (Bouteill. Som. Rur. lit. 25, p. 137. —
Voy. Advestihe ci-après.)
variantes :
AnVESTIR. Cotgr. Dict.
AviEUTUi (lisez Advieslir). Ph. Mousk. MS. p. 334.
Advesture, siibst. masc. Vêtement. Récolte sur
pied. Investitui'e.
Sur le premier sens, qui est le sens propre,
voyez Cotgr. Dict.
De là, ce mol employé figurément pour désigner
les fruits qui couvrent, qui revêtent la terre, les
fruits pendaus par les racines, une récolte sur
pied. fVoy. Laur. Closs. du Dr. fr. au mot Advest.
« Bleds vers et autres advestiires jusques au my-
« may sont repule/. héritages, et après son reputez
" catbeux. » (Cout. ç;i}n. T. I, p. 7GI. — Voy.
Advesti ci-dessus.) « Si le fief estoit si petit ([u'il ne
" vaulsist mie soixante sols tournois par an, ou
« autre fief qui ne vaulsist son relief, sçachez que
" le Seigneur doit avoir la meilleure advesture
<• du fief... (\u\ dedans trois ans y viendra. » (Bou-
teill. Som. Rur. tit. 84, p. 493.) Dans ce dernier
l)assage le mot Advesture est employé pour dési-
gner cette récolte comme devant être enlevée ; ce
(1) chargés. — (2) champ garni de ses fruits; voir Du Cange à Varactum. (n. e.) — (3) Il faut avicrti pour la rime ; ce
mot donne d'ailleurs un sens sufnsant : il détourna {avertit), il transmit, (n. e.)
At)
— H3 -
AD
qu'exprime mieux le mol tlépoiiiUe, <lonl nous nous
servons aujourcriiui dans le même sens.
C'est par une analogie tl'idc'es semblable à celle
que nous avons remaniuéc ci-dessus, sous l'article
ÂDVKsTiit, t\u'.\dv('slun' a passé de la si^înification
propre à celle d'investiluie. « Convenances du
« mariage deuemenl approuvées et vérifiées porle-
« ront avesture, oires ([u'il n'y eust relief, pourveu
« que les biens ne soient féodeaux. » (Coût. gén.
T. II, p. 8GG.)
YAIUANTES :
ADVESTUUK. Cotgr. cl Bord. Dict.
AvESTUHE. Coût. gén. T. II, p. 8G6.
AvÊTURE. Nouv. Coul. gén. T. I, p. 36i.
Adviaire, subst. masc. Idée, opinion, avis.
Ce mot est le même qu'Anvis ci-dessous, pris
dans le sens d'idée, opinion. Ouoii|u'ils diffèrent
par la terminaison, ils ont tous deux la même
origine, (^'oy. Vis et Vi.mre ci-après.)
Lendemain l'autel dédia,
Tout ensi com li devisa
S' Denise et son aiière.
En l'ounour S' Pol et S' Pière.
Ph. Mousk. .\!S. p. 63.
Dès que vieUars prend la pucelle,
Et il ne puet tenir estière ;
Si m'ait Diex, il m'est aviére
Qu'il ont perdu tout leur soûlas.
Ane. Poët. Fr. MSS, avant 1300, T. IV, p. 1312.
VARIANTES :
ADVUIRE Dispute du Juif et du Chrét. MS. de S' Germ.
fol. 108, R» col. 1.
Avère. Fabl. MS. de S' Germ. fol. 4.5, V» col. 2.
AviÈRE. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 2i, V» col. 2. - Ane.
Poët. Fr. JISS. av. 1300, T. IV, p. 1371.
Advis, subst. masc. Vue, visée. Idée. Mémoire,
imagination. Réflexion, délibération. Raison, esprit,
jugeVient. Prudence, sagesse. Vue, dessein. Dis-
position.
Ce mot, composé de la préposition latine Ad
et du substantif visiis, dont on a fait vis, vtie dans
le sens propre ; au figuré visage, etc. a signifié
de même que le mot Vis ci-après, la faculté par
laquelle on voit les objets. Mais au moyen de la
préposition qui y est réunie, il désigne' en outre
l'action de ces mêmes objets sur la vue. Ainsi lors-
qu'on disoit « il luy sembloit advis que, etc. » c'est
comme si l'on eut dit, « il sembloit à sa vue
« que, etc. » en latin advisiiin. « La Royne un
■« songe... avoit faict... tel qu'il luy sembloit advis
« que un sien petit passereau qu'elle nourrissoit,
« s'envoloit autour de la maison assez lointain
« espave (1). » (Rom. d'Alector. fol. 84, R°.)
De là l'expression par avis, pour signifier en
apparence. Un de nos anciens Auteurs apostrophe
ainsi l'amour: « Haa! faux garson, qui congnois-
« troit tes ruses,, paravanture se pourroit-il garder
« de toy ; mais tout aveugle et enfant, tu si.'ais
« desrober les volontez des personnes, lorsqu'ilz
•' en pensent le mieux joui'r, et présenter, /^ar «y/s,
" liberté, lois(iue plus eslroitement tu encbaiuesel
— captives les âmes. » ;D. l'iorès de Grèce, fol. i K'
— Voy. Froissarl, Vol. I, p. 273.)
En considérant les idées comme des objets de
réllexion offerts à la vue de l'esprit, on a pu dire
figurément, Advis m'est, il m'est advis, ce m'est
avis, etc. pour il me semble, il me paroit, je vois,
je pense etc. !l{om. de la Rose, tibi suijvà ; — Rabe-
lais, T. III, p. 2'i et 53; — Gloss. de Maiot;
— Saintré, p. I7G, etc., etc.)
.... si monstreray le deffault
De sa mémoire, et comme il fault
Qu'il recongnoisse son erreur.
Pourquoy, mon redoubté Seigneur,
Je dy, si comme il m'est advis,
Qu'il n'est pas bien à son advis.
Gace de la Bigac, des Déd. 118. fol. 8i, V'.
Ces expressions, encore usitées parmi le peuple
et dans plusieurs provinces, peuvent aussi être rap-
portées à la signification ù'advis, idée, opinion,
seiitiiiieiil. Nous remarquerons qu'elles n'empor-
toient pas toujours une idée de doute; car Froissait,
parlant de la démence de Charles VI, et de l'accou-
chement de la Reine, événement qu'il ne pouvoit
ignorer, s'exprime ainsi : » fut la maladie trop bien
« celée et dissimulée devers la Royne... jusques à
« tant qu'elle fut accouchée et rélevée, elle n'en
« sceut riens ; et eut celle fois, ce m'est avis, une
« fille. » (Froissart, Vol. IV, p. I«7.)
Si ce mot a désigné quelquefois l'action des
objets sur la vue, plus souvent il exprimoit le rap-
po. t de la vue à ces mêmes objets. De là ces façons
de parler, à mon advis, au mien avir, selon nÔstre
avis, comme je vois, comme nous voyons. « Estoit
« couvert, à mon avis, de velours cramoisv. »
(Math, de Coucy, Ilist. de Charles VII, p. 6G7.)
II vont en une chambre enjamble
Por lui vestir, si con moi sanjjle ;
Et n'i font el (2), au mien avir,
Fors seulement que lui vestir.
Parlcn. de Blois, MS. de S. Germ. fui. 103, R* col. 2.
.... selonc le nostre a L i.s
N'ont d'issir nule volenté.
G. Guiart. JIS. fol. 267, V'.
Veoiv d'avis, découvrir avec la vue.
.... la gent veons essorée
Joignant de ce bois à l'orée,
Que nos povons veoir d'advis.
Id. ibid.
Guider par avis, juger avec la vue.
. . . fais tes cheaux (3) mener
Là où tu cuides par avis
Que li cerf doie estre honniz.
Fibl. MS. du R. n'TClô, T. II, fol. 163, V col. 2.
« Cheminer selon advis de pavs ; à \uedepa'is. «
Ilist. de Floridan, p. 700. — Saintré, T. III, p. 700.)
Au figuré, « parler par advis de pays; » c'étoit
parler d'une chose à vue de pais, d'après les pre-
(1) égaré ; voir Du Cange à Espava, .Spaviœ. (x. E.) — (2) autre chose, de alium. — (S) Chiens ; voir Du Gange à Canis
alaiius.
AD
lii -
AD
mières connoissances et avant que d'avoir appro-
fondi, r^'oy. Pasq. recli. Liv. 1, p. G.)
Dans le sens propre, par advis sliinilloit par
visée, en visant. •< Getta ])ar ailvis son espée si roi-
« dément, qu'il acconsuit (1) l'Anglois es cuisses. »
(Froissart, Vol. I, p. 19i.)
Coup d'avis, coup adressé en visant, littéralement,
coup (le visce. " Plusieurs coups d'aguet et d'avis
" rua le Gandois de la pic(|ue potircuider l'Kscuyer
" atteindre. » (Mém. d'Ol. de la Marche, Livre I,
page 39-i. i
Viser, prendre sa viscc, diriger sa vue ;\ un cer-
tain point, signitie llguit'nieni avuir en vue une
certaine tin dans une entreprise, dans une all'aiir.
On disoit autrefois yetter son avis dans ce nicuie
sens ligure. « Il imagina, et getta son advis pour
« son nom exaucer. » (Froissart, Vol. 1, p. 2'M. —
Voy. Ai)visr.ME.NT ci-après.)
La vue d'un objet en excite l'idée, d'où l'on a pu
dire advis pour idée, notion que l'esprit se forme
d'une chose.
En joie estois ainsi ravis
Eu la douceur de mon avis.
En tel pensée,
En mon chemin ai esgardée
Dame trés-diçne d'estre amée.
Car de biauté
Je li donnai la roiauté.
Jeli. de TEscur. Ch.ins. fr. à la suite du Rom. de Fauvcl,
MS. du It. n- 6812, fol. 61, V col. t.
Pour idée, opinion. (Voy. Adviaihe ci-dessus, An-
visEMENT et Advisiun ci-aprcs.) " Ce poise moy et
« cuvde en mon advis que vous vous en repcnti-
.. rez. » (Lanc. du Lac, ï. III, fol. 150, V° col. 2.)
De là notre expression subsistante dire son avis.
Tout li recorde en son avis
Cora estoit biax et clers Atys.
Alhis, .MS. fol. 21, V- col. i.
Par extension, ce mot a signifié mémoire, imagi-
nation ; cette faculté que nous avons de nous re-
présenter les objets dont nous conservons l'image
après les avoir vus.
De Ui, il s'est dit dans le sens de réflexion , déli-
bération, action de l'esprit, qui délibère et rélléchit,
qui opère sur les idées gravées dans la mémoire ou
l'imaginaliim. « Il alla dire, sans advis, comme
« celuy qui estoit tout eslouidy de cheoir, etc. »
(Percef. Vol. II, fol. lOG, V- col 2.)
En armi^s vault plus advis et prudence,
Que foui hardi qui veult estre chauU hora.s.
Eusl. des Ch. Poe». MSS, fol. 58, col. I.
. . . folie est default d'advis.
Id.ibid. fol. 57, col. 3.
.... d'advis y a bien peu
En un corps bien repeu.
Œuv. Pocl. de Mellin de S. Gelais, p. 31.
On disoit en ce sens, Escuijer d'advis, pour dési-
gner un Etnyer prudent , qui ne fait rien sans
réflexion. Sa'intré, p. 30.'î.)
Getter son avis, pour réfléchir, délibérer, voir
avec réflexion. « Messire Pierre d'Andellée, Capi-
« taine de Peauforl... f/etta son advis ijne s'il pou-
« voit passer la rivière de Marne au-dessus (le la
" ville de Chaalons... il cntreroil légèrement en
« ceste ville. » (Froissart, Vol. I, p. 221.)
De lu, on a dit el l'on dit encore donner des avis,
pour coiumiini(iuer ses réllexions , les proposer
comme If but aui|uel l'esprit doit viser dans la
conduite d'une aiïaire. « Donner bon conseil et
" advis sur la garde, bon gouvernement, tuicion et
<• deffense du... Hoyaume.» (Ord. T. III, p. 12."). —
Voy. Adviskr ci-après, .ivertir.)
V.n termes de [)rali(iue, jour d'avis, dilution d'a-
vis sigiiilioit un délai accordé au défendeur pour
rélkrliir aux moyens de défense. « Dilation d'avfs
« n'est donné qu'une fois, c'est à sçavoir au com-
" luencement de la cause. " (Gr. Coutum. de Fr.
Liv. III, p. .301.) « Selon l'usage de Cour laye, il y a
" gi'ande dilTérence entre délibération el advis. Car
" jour d'advis est prins par le detîendeur au com-
" mencement de la cause : mais délibération est
« prinse par le demandeur, ([uand sur le jourd'adr
'< vis le défendeur projiose aucunes exceptions ou
« di'fenses sur lesquelles le Procureur du défen-
« deur a à parler à son maistre. » (Ibid. p. 299. —
Voy. Douteill. Som. lUir. p. 38. — Voy. Advisement
ci-après.)
^'ous disons encore proverbialement, qu'il y a
jour d'avis, pour dire qu'il y a temps de délibérer,
de rélb'cliir.
11 semble qu'on ait étendu la signification figurée
d'advis, réllexion, ;\ la faculté de réiléchir, à cette
puissance de l'ame qu'on appelle raison, esprit,
jugement.
Lors pensay moult parfondement
A la beaulte que je veoie,
Si que parler je ne povoye.
En tel point elle m'avoit mis,
Que presque perdy mon ndvis.
Rom. de la Rose, vers 15550.
Se chascuns qui volentiers m'ot,
Quand je li di aucim biau mot,
M'entendoit bien, je le vaudroie ;
Quar avis m'est, miex en vaudroie,
Me.s ainsi n'est pas la bosoingne.
Pou li'ailvis qui por aus besomgne
Leur fet oïr et nient entendre
Reson ou chascuns bons doit tendre.
Fabl. MS. du R. n- 1218, fol. 243, V col. 2.
La prudence dans les actions, les desseins que
l'esprit conçoit, résultent de la réflexion. Ainsi l'on
a dit ligurément, en passant de la cause à l'elîet,
advis pour prudence , sagesse dans les passages
suivans : « Se deffendoyent vaillammenl et par
•< grand advis. " (Froissart, Vol. I, p. 17.) « Il veit
" bien que force sans flr/ii/.s et habillitii n'y avoient
« bien de lieu. » (Percef. Vol. IV, fol. 15, V" col. 1.)
« Les honneurs et prouesses qui sont enconvenan-
« cées el oultrées par sens et par raison... sont
" plus à priser ([ue celles qui sont enconvenancées
(1) atteignit.
AD
Al)
« par râpe et (mllrc ciiydiiiicc cl .s;iiis adjousiei'
« advis ne aucune raisdii. >■ (ll)i(l. fol. '20, \'"col. I.)
Ce mot est c'ini)l(iy(' juMir (lesseiii dans cet aiilrc;
passage : » Avoyont advisé de venir sur cesle luoii-
« taigne et la i)ren(lre les premiers, pour avoir
« l'advenla^e; mais ils faillirent fi leur nilvis. «
(Kroissarl, Vol. 1, p. ;{I8.) ■■ Le l'.oy dWiiiik'Lterre,
« ((ui ne pouvoil coïKiueslei' la ville de (lalais fors
« par famine, lit charpcnter, pour foicloiae le pas
« de la mer, un ctiaslel... Ce fut l'advis ([ui plus lit
« de contraire ;i ceux de Calais, et plus tttst les lit
« affamer. » (Kroissarl, Vol. 1, p. 105 et IWi.) Nous
employons encore le mol vue, dans cette significa-
tion figurée.
De là l'expression Advis appoisé , pour dessein
prémédite^ (l'asii. Hecli Liv. Vlll, p. 700. j
Enfin, c'est paran;doi;ie à cetlt^ dei-niere accep-
tion, (|ue et; mol a sigiiili(' disposiliou , espèce de
testament par le((uel, en dcrogeanl à la coutume,
on dispose de sa succession, suivant ses desseins,
ses vues particulières. « Tous conjoints possédans
« fiefs ou non, pourront par l'advis et conseil de
« leurs par'cns el communs amis, deux de chacun
■< côté pour le moins, faire advis cl partage rêvo-
•« cable et irrévocable à leurs enfans ou enfans
« d'enfans, de tous leurs biens immeubles venus et
« à venir de lii;;ne directe. » (Coût, de llaynault,
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 07, col. 1.) >■ Assené (1)
« eindvis.. est quand un père faitdon àsespuinez
« ou à ses filles pour les avantager. » (Laur. Closs.
du Droit français. — Voyez Bouleill. Som. Rur.
tit. XXV, p. 138.)
On trouvera sous l'arlicle Advisement ci-après , la
plupart de ces acceptions figurées, unies à l'accep-
tion propre par des rapports semblables à ceux (jue
nous venons d'indiquer.
VARIANTES :
ADVIS. Rom. de la Rose, vers 49, 784 et 955.
AviR. Parton. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 103, R" col. 2.
Avis. G. Guiart, MS. fol. 26, V». - Id. fol. 320, R".
Advisîiger, verbe. Envisager.
Du mot Visage ci-après. (Voy. Contes d'Eutiapel,
p. 15. — EtColgr. Dict.)
Advisé, participe. Réfléchi, prémédité. Rédigé.
Etalonné. Pourvu.
On lit, au premier sens: <■ Se aucune personne
« y souveuoit ('2) d'adventure, ou de fait advisé... ù
« grant peine povoit-il eschai)per la vie sauve. »
(Percef. Yol. IV, fol. 101), V° col. 1. — Voy. Adviser
ci-après, réfléchir.)
Rédiger les articles d'un traité, les mettre par
écrit, c'est les présenter ù la vue ; d'où l'on a pu
dire, " pi'oposilions l'aictes pour le bien de la paix,
« et articles sur ce adviscz. » (.1. Le FevredeSaint-
Remy, llist. de Charles VI, p. 35. — Voy. Advisement
ci-après, dans le sens de projet.)
C'est peut-être par allusion ù la manière d'éta-
lonner les poidsou mesures, (|n'«r/)î/.sï'i)ropremeiil.
mis vis-à-vis, s'est dit pour étalonné. •■ Auront leur
" poids tous vrays el «(/('/.SCS loyaunienl, el seront
" vus par les... visitans el consëillans. ■■ Ord. T. H,
p. 533.) On peut voir ci-dessus Adjocsteii, mettre
auprès, dans le sens propre, employé (igurémenl
avec celle sigiiilication, par une semblable analogie.
La verlu, les belles (lualib's se font apercevoir.
De là, il semble qu'en transportant à la cause l'idée
de l'elfel, on se soit servi de l'expression de tous
/>/t'?;s «yisc'c, pour désigner une persoinie pourvue
de toute sorte de belles ([ualités.
Belle et saige est, de tous biens avisée :
Kii li servir nule riens ne perdrai ;
Car se je niuir, ma mort iert savourée,
Et si je vit, en grant lionor vivrai.
Ane. Poèl, fr. MSS. avant 1300, T. lU, p. 1113.
VAIIIANTES :
ADVISÉ. Ord. T. II, p. .533.
Avisé. Ane. l'oët. fr. MSS. avant I3()0, T. III, p. H13.
Advisée, sitbst. fém. Esprit. Vedette.
Nous disons encore d'un homme (jui a l'esprit
juste, qui juge bien des choses, qu'il voit bien. De
même .idvisée ou Advisé, vue dans le sens propre,
s'est dit au figuré pour esprit, jugement, dans les
vers suivans :
Encores voit-on maintenant
Aucuns Chevalliers maintenant,
Qui autrui causes e.xpleidient:
Et, gentil Roys Loys, qu'en dient
Cens qui en eus ont bonne avise 9
Il dient que c'est convoitise.
Geofr. de Paris, à la suite du R. de Fauvel, MS. du R. n» 0812, fol. i!».
Pour esprit, imagination, dans cet autre passage :
Ne nul ne les peut deviser,
Tant les saiclie bien adviser ;
Ne si joingdre par advisées
Qu'il ne les treuve divisées.
Enfin, le mot advisé, par une espèce de métony-
mie, pareil avoir signifié Vedette ou Sentinelle, po-
sée en un lieu pour observer, voir ce qui se passe.
.... quant ils vont chevauchier,
L'un court devant, l'autre derrier.
Jà n'y ert ordonnance mise.
Eu péril sont li fourragier.
Avant-garde n'y a mestier,
Guet de nuit, escoute, n'avise.
Pour garder l'est chascun se prise.
Eusl. des Cil. Poës. MSS. fol. 80, co!. 2.
VARIANTES :
ADVISÉE. Rom. de la Rose, vers 21451.
Avise. Geofr. de Paris, à la suite du Rom. de Fauvel. MS.
du R. n» 6812, fol. 49, R» col. 1.
Advisf'cmont, rtrfî'. En face, en visant. Sage-
ment, prudemment. A dessein.
Du mot Advis ci-dessus , vue, visée, l'on a fait
Aviséement pour signifier en visant, dans le sens
propre.
(1) assignation ; voir Du Cange à Assenamenluin, Assciutlio. (n. e.) — (2) survenoit.
19
AD
— liC —
AD
Lors veissiez en maintes guises
Descendre cops aus dévalées
De grans godendaz (t) et d'espées
L'un sus l'autre avuéemcnt.
G. Guiart, MS. fol. 246, R\
Dans le second sens, on disoit voir ou reg:arder
aviséement, pom- \o[r, rei;arder en face, propre-
ment vis-iVvis. ;Voy. Anvis ci-dessus, el Visci-après.j
« La F{ovne qui esioil sage et de jurant mémoire le
« regarda moult aviséement, et lui fu bienavisque
• c'estoil un de ceulx qui avoit deffié le Roy. <<
(Modus et Hacio, ms. fol. '2Hj, R\)
li Rionnois,
Ceus d'Englelerre et Daionois
Aus quiex leur niorz desagréoient
Avisecmetit les véoient.
G. Guiarl, MS. fol. 219, Vv
Tant font cil qui miner dévoient,
Qxi'aviséemett t s'entrevoient.
G. Guiarl, MS. fol. 81. V-.
C'est par une analogie d'idées semblable à celle
que nous avons remarquée sous l'article Advis.
qn'advitiéoiu'Ht s'est dit au figuré pour sagement,
prudemment. " Feist tant de prouesses sur Salphar
" que démonté l'eusl,se ne fut esté F^icides qui
" advhéement tourna une chasse sur eulx, qui . . .
« les fist départir. » ;Percef. Vol. VI, fol. 3G, V°
col. 2. — Voy. Méni. de Sully, T. Il, p. 467, etc. etc.^
Aviséeinetil se pourchacent.
G. Goiarl, .MS. fol. 119, R».
Pour à dessein, de dessein prémédité, dans cet
autre passage : ■< ce faisoit pacience aviséement
« pour ij causes. >• (Modus et Racio.; Dans le ms.
fol. 258, R° ou lit uppenséemenl pour aviséement.
(Voy. Pasquier, Recli. Liv. VIII, p. 700.)
VARIANTES :
ADVISÉEMENT. Rob. Est. Dict. - Percef. Vo!. VI, fol. .W.
ÀDVisÉMENT. Oudin, Dict. — Pasq. Rech. Liv. 8, p. 700.
.VvistEMKNT. J. de Meun, Coil. 13.")0.
.AvisÉ.ME.NT. Méiu. de Sully, ï. II, p. 467.
AvisEVEMENT. S. Bem. Serra, fr. .MSS. p. 62.
Adviseinent, sm6s^ masc. Visée. Idée, avis,
opinion. Réllexion. Esprit, jugement. Avertisse-
ment, avis. Projet.
On a dit, dans un sens propre et figuré tout-à-la-
fois, prendre uviseinent en quelqu'un, pour viser
à l'imiter, le regarder comme son modèle.
Gentilz Roys de Loial lignée.
En la Roytie couronnée
Prenez le vostre aviscmcnf.
Giotr. de Paris, à la suite du Rom. do Fauvel, MS. du R. n* 6812, fol. 53.
Ce mot, qui signifie proprement direction de la
vue vers un objet, s'est pris figurément pour idée,
avis, opinion. (Voy. Adviaihe ci-dessus.)
Jr suis de cet advisenienl
Que loyauté leur soit gardée.
Borel, Dicl.
De là, pour réflexion. ■< Je remarquay
combien il monstroit û'avisement et de résolu-
" tion. . . . considérant et jugeant ce qui se passoil
« autour de luy. " (Essais de Montaigne, T. III,
page 202.)
Dans une signification plus particulière, on a dit
en termes de pratique, jour d'avisement, le môme
que jour d'avis ci-dessus. (Voy. Gloss. sur les Coût,
de Reauvoisis.)
Pour Esprit, jugement. « Ayant fait faire trop
" grand feu, et par conséquent se brûlant, n'eut
" pas Vai'isetnent de se reculer ; mais envoya (juérir
« les ma(.'ons pour reculer la cheminée. » (Apol.
Hérodote, p. 18.)
Enfin' d'aviser, avertir, donner avis, l'on a fail
avisenie)it pour avertissement, avis. (Voy. Rabelais,
pronostic. T. V, p. 1.)
ont eu avisement,
Sanz fere nul amendement.
Ilist. de Fr. en vers, h la suile du R. de Fauvel, IIS. du R. n- 6812, fol. 7B.
Par extension, ce même mot a signifié projet
dans lequel on propose par écrit des vues, des avis,
des moyens pour exécuter un dessein. « Fut mons-
" tré par. ... le Ctiancelier d'Arquitnine un petit
« advisement , le([uel. . . frère .liuiues Petit avoit
« fait sur le gouvernement do ce Royaume. ■>
Monstr. Vol. I,"ch. lxxxvii, fol. I'i3, \'.)
Qu'il nous soit permis de renvoyer aux articles
Anvis et Aiivi<:er, ceux qui voudront juger de la
liaison et du rapport de ces ilin'crcnlcs acceptions
figurées avec l'acception propre t\'.{dvise)nent.
VARIANTES :
ADVISEMEXT. Monslr. Vol. I, cli. 87, p. 14:t. V».
Avi.sEMENT. Essais de Montaigne, T. II, p. VXi. — Id. ibid.
T. III, p. 202.
Adviser, verbe. Viser, regarder, considérer.
Voir, apercevoir. Reconnoitre. Imaginer. Exami-
ner , réfléchir , penser. Résoudre. Avertir , donner
avis.
Le sens propre est viser à, diriger le vis, c'est-à-
dire la vue vers une chose, la regarder. Voy. Advis
ci-dessus et Vis ci-après.) « Fut tellement atourné...
" qu'il n'estoit homme, ((ui devant luy Trust veu,
" qui jamais le tenist pour Laiicclot du Lac, si! ne
>' Vavïsoit moult. » .Lanc. du Lac, T. III, fol. (JO,
R» col. 1.) « Moult voulentiers Vadvisoit, la voyoil
" avec plaisir. » (Gér. de Nevers, Part. H, p. !.•>.)
Dame, si je vos osasse proier,
.Moût me seroit, ce cuis, bien avenu.
Mais il n'a pas en moi tant de vertu
Que devant vos, vos os bien ariser.
Ane. Pool. fr. MSS. avanl 1300, T. I, [.. SBt).
C'est par une espèce de tautologie (ju'on a dil
adviser à, comme dans ce passage. « On peint jus-
« tice cachant la teste dans les cyeux, advisant à
« Dieu seul. « jiouchet, Seiécs, Liv. 1, p. M'A.)
Considérer une chose , c'est la regarder avec
attention, idée accessoire exprimée par .lî'z'sf/'danS'
le passage suivant :
(1) demi-pique : c'est une corruption de l'allemand godendag, honjoii)-, comme l'expUque ailleurs G. Guiart. (n. e.)
Ad
— l'iï
AD
... la Dame s'abandonna
A regarder frère Denise.
Sa chiure et son saniblant avifse.
Aperccue s'est la Daino
Que frère Denise esloit famé.
Fabl. MS. du W. n" 7318, fol. 330, V- col. 1,
De là ce verbe a signifié voir, apercevoir, en
recevaiU les images des ohjcts vers lesquels ou a
dirigé sa vue, les connoiti'c par les yeux.
Trop a grand paino h deviser
Ce que puis en vous aviser :
Vostre biau chief un petit sor
Qui reluit comme le fil d'or, etc.
Fnlil. MS. du U. n- 7!it8, fol. 218, R" col. 1.
Arbalestriers pour traire visent ;
Mes nul homme ans creniaus n'aviseiU.
G. Guiart, MS. fol. 22t, H'.
... de joie sautelle, quant vous avitsc.
Jeh. do Loscur. clians. fr. à la suite du U. de Fauvcl, MS. du R.
n' 0812, fol. 09. R- col. 2
Il conserve celte signification dans le style fami-
lier, et nous lisons dans les Fâcheux de Molière,
T. II, act. 'i, se. 4. p. 188:
J'avise un homme icy qui n'est pas ignorant.
Par extension, il s'est dit dans le sens de Recon-
noitre.
. . . Poureuz d'estre avisez,
et, le jour, atourz desguisez.
G. Guiart, MS. fol. Sli, R-.
(Yoy. Advisecr ci-après.)
C'est par métaphore que ce même verbe a signifié
imaginer, se représenter une chose en idée, la \o\v
avec les yeux de l'esprit. (Voy. Sagesse de Charron,
p. 17'J, etc. etc.) Cette acception, qui subsiste, est
ancienne dans notre langue.
.... quant je plus le regardoie
De tant miex l'uevre connoissoie.
N'est nus, tant seust aviser
Qui la vous peust deviser.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 357 V col. 1.
De là, examiner une chose qui est dans notre
esprit, y réfléchir, y penser, l'aviser, la regarder,
la considérer ; comme nous disons encore figuré-
ment. « Advisex, bien que c'est que vous dites; car
« vous blasphémez grandement. » (Cymb. Mundi,
p. 69.) « Pour icelles requestes mieux 'adviser, en-
« leriner et accomplir de tout. » (Ord. T. III, p. ^io.)
Or advises que tu nous diras
Et que nous responderas.
Euit. dcsCh. Poi^s. MSS. fol. 190, col. 2.
Qui bien avise en femme et ses fais et ses dis,
Com elle set aidier à trestous ses amis,
Ne sera jà tant fols que il n'ait tost apris
Que quiconque croit femme devient poure et chetis.
Fabl. MS. du R. n' 7615, T. I, fol. 100, R- col. 2.
Ainsi l'on peut expliquer le verbe réciproque
i'adviser, par réfléchir sur ce qu'on doit faire,
penser à sa siireté. « Chers Seigneurs, advisovous;
« car Messire Jehan Chandos est parti de Poictiers
• à tout plus de deux cens lances. » (Froissart,
Vol. I, p. 376.)
En étendant cette dernière acception, l'on a dit
aviser dans le sens de résoudre. « Parle conseil du
« Comte d'Anjou, il (aUidviiic que, etc. -> (Joinville,
page l(»6.)
Kiilin adviser quebiu'iin, dans la sig:nification
(igui'ée et subsistante d'avertii', c'est propi-emenl
(hrigei' la vue de son esprit vers un objet, ou lui
présenter des avis, des réflexions comme un but
auiiuel il doit viser. (Voy. Advis ci-dessus. ) « Les
« coureurs du Duc Baudoin, advisèrenl le Jouven-
« cel, tellement qu'il fusl sur sa garde et ne peut
" le Duc Baudoin riens faii-e. » [La Jouvencel, us.
page Ml.]
je vous prie
Que sur ce fait m'escripvez vostre accort ;
Et s'avisez n'estes de la partie.
Demandez-en à l'amoureux Cliffort.
Eust. des Ch. Poés. MSS. fol. 170, col. 1.
On a dit proverbialement :
Qui bien se cognoit, peu se prise ;
Qui peu .^e prise, Dieu l'avise.
Colçr. Dict.
Le proverbe suivant est encore en usage :
Un fol avise bien un sage.
Id. ibid.
VARIANTES :
ADVISER. Bourgoing, Orig. Voc. vulg. p. 31. V» - Gloss.
de Marot, etc.
AviRER. Hist. de B. du Guescl. par Ménard, p. 492.
Aviser. Fabl. MS. du R. n» 7989, fol. 59, R» col. 2.
Adviseur, subst. masc.
Du verbe Aliviser ci-dessus, reconnoitre; on a pu
nommer adviseurs de forteresses, ceux qui vont
reconnoitre les places qu'on veut attaquer. " Avoit
« là ... . hardis et apperts hommes d'armes et
« moult grans adviseurs et échelleurs de forleres-
« ses. » (Froissart, Vol. I, p. 367.)
Advision, subst. fém. Vision, apparition. Idée,
fantaisie. Idée, avis, opinion. Songe.
Ce mot, composé de la préposition latine ad et du
substantif Visio, action de voir, a signifié vision,
chose vue en esprit ou par les yeux du corps, ap-
parition dans ce passage : « li Angle Deu vint à
« Seynt Ileleyne en avision. » (Hist. de la S" Croix,
.MS. p. 17.)
Idée, fantaisie dans cet autre passage :
Or oiiés d'autre avission
Si alèrent tôt et tuit
Cil d'Alemagne sans essogne,
Isi com l'estore tiesmongne
A S' Rumas de Dieu amis
Qu'ocire fist li Rois Henris.
Ph. Mousk, MS. p. 826 et 827.
Idée, avis, opinion, en parlant d'une personne
qui réfléchit sur ce qu'elle voit. (Voy. Adviaire, .\dvis
et Advisement ci-dessus.)
Gautiers fu biaus, de membres, de vis, et de menton ;
Quant la Dame le voit, s'en dist s'avision :
Puis dist à son Seignor, cist ne vaut un boton.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 3i5, V col. 2.
AD
- 158
AD
Songe, idée, pensée, imaiiinalioii d'une personne
qui croit voir une ciiose en donnant.
Vil li Roys en avision,
Que la Royiie concevoit
Un filz, Il quiex régner devoit.
G. Guiarl, MS. fol. 11, V.
Une nuit iert en dormissons
Si li vint une avissioiis
Qu'il s'en aloit pour faire guierre
Sor les Englois en Eugletiére.
Th. Mousk. MS. p. 340.
De là le verhe Amsonner ci-après dans le sens de
Rêver.
VAKIANTES :
ADVISION. Chron. S. Donvs. T. I, fol. 5, V».
Avisios. Fabl. .MS. du ». ri» 7218, fol. 251, R» col. 1.
AvisoN. Borel, Dict. - Fabl. MS. du R. w 7218, fol. 183.
AvissiON. Ph. Mousk. MS. p. *40.
Atlvitaillemcnt, suhst. masc. Avitaillement.
Convoi.
Du verbe .Vd\haili.f.h ci-après, l'on a fait .l(/iv7«;7-
lemcnt, le même ^\n'Avu^t^taillenu'nt, pour signifier
au premier sens, Taction de inetlre des vivres dans
une place. (Voy. Cotgr. Dict.)
De là, ce mot s'est pris pour les vivres mêmes
qu'on mène dans une place, etc. pour convoi. « Le
•< Duc de Vendosnie, adverty que de Sainct-Omer
« et Aire devoit parlir un advita'illement. . . . dcli-
« béra de le destrousser. » Mém. de Du Belhiv.
Liv. X, fol. 333, V°.)
VARIANTES ;
ADVITAILLEME.XT. Mém. de du Rellay, Liv. X, fol. 333, V».
.4.VICTUMLLEMENT. Cotgr. Dict.
Advitailler, verbe. Fournir des vivres. Munir.
>Jous disons encore dans le sens propre, Avitail-
1er une place pour y mettre des vivres. Cependant
on ne diroit plus, comme dans ce passage :
Si parlireiil en bel arroy,
Ayant désir d'y Iraveiller
Là menant vivres et charroy,
Pour les françoys avilailler.
Vigil. de Charles VU, Part. I. p. 98.
Si ce verbe, formé du substantif Vitaille ci-après,
signifie proprement fournir de vivres, c'étoit expri-
mer deux fois la même chose, que de dire : •■ le...
" Chastellain avUailla son cliastel de plusieurs
« vivrrs largement. '^ AUsl. de B. du Guesclin, par
Ménaril, p. '29:>:
Au reste, on a [)u faire usage de cette expression
en étendant la sigiiilicalion propre et particulière
(ï Advitailler, fournir de vivres, à la signification
générale et liguiée de munir, foui'nir de vivres et
autres munitions de toute espèce. En effet, lums
lisons dans ce sens : " j'ay bonne forteresse....
« bien avitaillée de biefs, de vins et de bons sou-
« doyers >• (kl. ibid. p. 433.)
variantes :
ADVITAILLER. Chron. S' Denys, T. Il, fol. 83.
AviCTUAiLLF.n. Cotgr. Dict.
AviTAiLLER. Vigil. de Charles Vil. l'art. I, p. 98.
Ailvitailleur, subst. masc. Vivandier.
Celui (|ui rouiuil des vivres. •• Nulles pourvéan-
" ces n'enti'oyent si ce n'csioil en grand péril
« -Vucunes fois (luelques lulviliiillciirs s'adveiitu-
» rans pour gaigner... s'asscuibUiycnt et se bitu-
" loyent es bailles (1) d'Audenarde, etc. » iFrois-
sa't. Vol. II, p. 71 et 72. — Voy. Advitailler
ci-dessus.)
VARIANTES :
ADVITAILLEUR. Froissart, Vol. II, p. 71 et 72.
.\1)VITA1LLIEH. Id. ibid. p. 153.
.VVICTITAILLEUB. Id. Vol. I, p. 338.
Adulater, verbe. Flatter.
Kn latin (ululari. « Une... Dame.... entretenant
•> une autre grande Dame plus ([u'elle, et luy louant
" et exaltant ses beaulcz, elle liiy dit après : non,
<• Madame, ce que je vous en dis, ce n'est point
'< pour vous adultérer, voulant dire adulater. »
(Brantôme, D" (îall. T. I, p. 3->2. — Voy. .Kwlè
ci-après.)
Adiilaleui", snbsl. ))iasc. et ,sh/;,s/. fém.
Ce mol subsiste au masculin ; mais au féminin,
on dit aujourd'hui Adulatrice pour Adtilaleuse.
« Flaleurs et llateresses... jamais ne diront à leur
« Seigneur ne à leur Dame chose qui leur des-
« plaise. .. comme ceste adulateuse qui à sa Dame
« faisoit acroire que son fils avoil eu victoire et en
" ameiioit ses prisonniers, et c'é'loil bien le con-
« traire; car il étoit mort. » (Le Chev." de la Tour,
instr. à ses filles, fol. 38, R" col. 2.)
VARIANTES !
ADULATEUR. Bourg, de orig. voc. vulg. p. 31, V».
Adl'lateuse. Le Chev" de la Tour, Inslr. à ses filles, fol. .38.
.Vdiilé, participe. Flatté. Qui flatte.
Dans le premier sens, on lit : « La maison fort
" habondanle'en richesses sera adolée ou flattée
« par orgueil. » ^lIist. de la Toison-d'or, T. II.
fol. G9.; On ponri'oit bien interpréter ici adule par
trompi', en le faisant dériver du mot latin dolus,
ti'omperie, d'où s'est formé peut-être le verbe latin
Adulari. Du moins est-il certain que flatter et trom-
per expriment deux idées très-analogues.
Il semble que ce participe passif ait été pris dans
une signification active, lorsqu'on a dit en parlant
d'un Hoi:
Par vaine et folle adulée évidence,
Dangier y a qu'il tumbe en décadence.
Crfiio, p. M».
VARIANTES :
ADULÉ. Crétin, p. 119.
Aniii-É. llisl. de lu Toison-d'or, fol. 09.
Adultère, subst. masc. et subst. fém. Qui viole
la foi conjugale. Enfant adultérin. Bâtard, enfant
ilb'gilime.
liii mot latin Adulter, composé de la préposition
latine (/'/ et du pronom aller, ou a fait Adultère.
(1) avant-cour, cour des ouvrages extérieurs, basse-cour. Les écuries, les communs étaient habitueUeraent dispoeéi?
dans la baille des chàteau.x forts du moyen-âge. (N. e.)
AD
— M!) —
AI)
Aditltre ; Avouli'ircs, avoitllre, en clian<icanl le />
eu V, vA CM iiroiiuii(,;uil Vu cimiiiie un. C'est ainsi
(jne la (lillV'renie de prontmcialion, la ti-ansposi-
tion, le lelranclicnienl, ou Taddiliou d"uiie icllre
ont iirudiiit les orllioi;raplies Avoirc, Ai'viielri',
Advoitllrc, A V(iiislrc\ ele. ,Voy. Am 1.11,1111. ci-dcssiius.)
Nous iiidi(Hierons la si^niliealKin pruiire i\\\ iikiI
Adultère sous .\ijri.Ti£iu;u ei-;iprès. Uesl suhslanlifel.
adjeclif. tjiioiiiu'il suhsiste eoiunie adjectil', ou ne
diroil plus l'aule adulti:rc. » Les iueonvc'uiens sont
« sans comparaison plus grands de la faute aduUèrc
« de la l'ciiunc ipiedu uiary. "(Sagesse de Cliarion,
p. 170.) Il n'esl niciue guère d'usage aujourd'hui
eonune adjeelil', (lu'en parlant des femmes.
Ce mot, plus souvent pris comme substantif,
désignoit et désigne encore celui qui viole la foi
conjugale, un Adultère. On écrivoit ([iieUiuefois
Aditltre, Avoutre, etc. ;Vov. ("Iiron. S' Itenvs.
T. 1, fol. ôl, V".)
Nature qui est de vin gloute.
Ut legier en péchié se voutie.
L'aine de cest le cors engroute.
Guersoi (t), fols est qui ne le doute,
Que il a iet maint homme avouln;.
Fabl. MS. du n. n- 7218, fol. 238, V col. 1.
Un de nos anciens Poètes a dil, d'après le .seiili-
ment de S" Gerùme :
Que le mary est adultère.
Quant il de trop grant ardour aime
Sa femme.
Kusl. des Ch. PoOs. MSS. fol. 528, col. 1.
Nous trouvons Avoultreusse au féminin pour
femme adultère. « Cil qui comandat coin lapidest
•' Vavoullreusse, comandast-il c'on accusast la
« chaste. » (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. Sôô.)
On a puni (iueli|uefois les Adultèies ou Adullres
en les faisant promener nus dans les rues (Voyez
Gloss. sur les Coutum. de Beauvoisis.) Suivant les
anciennes Coutumes d'Orléans, « cil qui sont «co»-
« tire, sont en la main le Roy, deus fois; la tierce,
« ils doivent aller en essil, et leur bien sunt le Roy,
« se il sont condamnez. Li fornicateur doit estre
<> chastié atempréement ('2 de poine de corps. » (Voy.
La Tliaumass. Coût, de Berri, p. 'iG8, et le mot Àdil-
TEniE ci-après.)
Les loix Normandes ne pronon^oient pas de
peine : mais » si le père truitet (3; sa file en avulte-
« rie en sa maison, u en la maison de son gendre,
« ben li laust {-i) oure (lisez ocire) VAvultêrc. »
(Loix Norm. art. 37, édit. de Selden. On hl Adul-
tère, ibid. édit. de Wilkins.)
Nous observerons que ce mot, sous les orthogra-
phes Avoulti-e, Avoutre, etc., signifioil plus spécia-
lement enfant adultérin. « Li aî'Oi/^r^'s sont chil qui
« sont engendrés en famés mariées d'autrui que de
• leurs seigneurs, de hommes mariez. « i^Beauma-
noir, ch. 18, p. 102.) Aux termes de l'ancienne cou-
tume de la Marche, « bastards ne succèdent à leurs
« pères en quelque manière qu'ils soient bastards.
" mais ils peuvent bien succéder à leurs mères, si
" elles n'ont point d'enfans nalurels et légitimes,
■' pourveu (juc lesdits bastards ne soient wlvoultres,
■' ou autremeiil nez, ex damualo cuilu; car tels
'< (tdvdultres, ou ainsi nez ne succèdent h père,
" nièn- ou .111 très pareils. ■> On a cru devoir adoucir
" la disposition de cet article, en décidant que
■' bastards ne succèdent point à père ne à mère;
« néanlmoins si la mère pour le nourrir et aliinen-
« ter luy fait donation dcilans les termes de la
■ Coustume, (lui est de la tierce partie de tous ses
■' biens par teslamenl, lelledon.ition est vallable. ■-
(Coût gén. T. II, p. 537 et .-).38.) Mais cette modifi-
cation favorable au bâtard, à l'enfant illégitime, ne
fait rien pour l'enfant adultérin, « à le nommer de
" sou propre nom, en vieux francois Avoutre. nay
'< en adultère. » 'Dupuy, Majorifé'des Rois, p. 'MH.)
Ib'iiri, comte de Traiistamare, cherchant à éluder
le reproche de bùtardise ([ue lui foisoit Pierre Roi
de Castille, disoit : « .le me accorde bien que mon
« père n'espousa pas ma mère ; mais il la fiança
« par bonne entente, présens l'Evesque de Burset
« plusieurs Barons ; et puis jut charnellement avec-
» ques elle, dont je fu lors engendrez. Si le povoit
« ma mère tenir pour mary; car il ne povoit avoir
« autre femme; et par ce point cy, je ne suis bas-
« tart ne avoultre. « (Ilist. de B. du Guesclin. par
Ménard, p. 360.)
On distinguoit donc le bastanl de VavouUrc ; ^\
celte distinction est en effet très-ancienne dans
notre langue.
Luxure confond tout là où elle s'aoutre ;
Car maint droit héritier deshérite tout outre ;
El hérite à grand tor', maint bastard, maint advoulti-e.
i. de Meuii, Codicile, vers 1785.
Cependant, il paroit que le mot Avoutre s'est
dit aussi pour bâtard, enfant illégitime, puisqu'on
trouve ■< Yvain ly avoustres, c'est-à-dire le bastard.
« créé Chevalier de la Table-ronde, au second cha-
'< pitre de cet Ordre..» (Favin, Théàt. d'bonn.
T. II, p. 1097.)
Borel, Oudin, Monet et Nicot, confirment celle
interprétation, qu'on pourroit justifier d'ailleurs
par la signification du mot Adulterie. employé dans
le sens général d'union illégitime. (Voy. ce mot.)
VARIANTES :
ADULTÈRE. Loix Norm. art. 37, édit de Wilkins.
Adcltre. Gloss. sur les Coût, de Bpauvoisis.
Advoi-ltre. Eust. des Ch. Poés. MSS. fol. ô68, col. i.
AvoisTRE. Borel. Dict. au mot Avoutre.
AvoTRE. Du C. Gloss. Lat. col. 17'2 au mot Adullcrium.
.\V0UETRE. D'Arcentré, Coût, de Bret. p. 1743.
.4.V0ULTRE. Eust. des Ch. Poës. .MSS. toi. 330, col. 2.
AvousTRES. Favin, Théàt. dhonn. T. IL p. 1097.
AvoiTERRES. Gloss. du P. Labbe, p. 513.
.\vouTiRE. Beaumanoir, anc Coutum. d'Orléans, p. 468.
Avoutre. Beaumanoir, ch. IS. p. 102.
.\vuLTÈRE Loix Norm. art. 37, p. 121, édit. de Selden.
AvouLTRECSE. S. Bernard, Serm. fr. MSS. p. 355.
■'Adultérer, verbe. Commettre un adultère.
Commettre le péché de la chair. Altérer, corrompre.
(1) ivrogne; mot d'origine anglaise, (x. e.) - (2) modérément. - (3; trouvoit. — (4) seroit permis.
AD
— 150 —
AD
Ce mol sig:nirie, dans le sens propre, aller î> un
autre ; en latin (td alterum ire, d'où le composé
adultcrare, en françois adultérer. On devient adul-
tère et fornicateur, en allant, en s"unissant à un
autre. De là est née l'acception d'adultérer, com-
mettre un adultère, etc. Ainsi Adiltkkie ci-après,
désigne proprement l'action d'aller à un autre; et
Adiltére ci-dessus, celui qui va, qui s'unit fi un
autre, par extension les enfans nés d'une unioi]
criminelle ou illégitime.
Dans le sens d'adultérer, commettre un adultère,
on lit : " Il est... licite prendre femmes en juste
>• guerre cl les tenir pour serves et esclaves; mais
« il n'est licite h celuy (jui les a, de adultérer avec
« elles. . llist. de la Toison-d'or, Vol. II, fol. 1:2 L;
En supprimant la préposition avec, on donnoit
quelquefois un régime à ce verbe. « David, après
<■ qu'il cul adultéré la belle lîersabée, etc. ■ 'Car-
tliény, voyage du Cbevalier Errant, fol. 105,' R°.)
Mais plus souvent on l'employoït absolument ci
sans régime. « Ils adultérèrent.... corporellement
« par leur luxure. » fllist. de la Toison-d'or,
Vol. II, fol. 83, V'.';
Chascuns se tint à sa paire
Selon la loy, sans advoxillrer
Et sanz nulle par force oullrer.
Eust. des Ch. Poés. MSS. fol. 467, col. 1.
Ce mot dans un sens plus général, a signifié com-
mettre le péché de la chair.
Dangier y a qu'il lumbe en décadence,
Et que beaulté le face adultérer.
Crétin, p. 119.
De là, l'expression fille adultérée. « Le père de
« Lyonore.... se lamente... pour sa lille adulté-
o réc. » (.Peregrin d'amour, fol. 57, V°.)
Enfin, Adultérer s'est dit pour altérer, corrom-
pre une chose en la mêlant avec une autre. (Voy.
Cotgr. Dict.) Les Anglois disent encore adullera'te
en ce même sens.
V.Ani.\NTES :
ADCLTÉRER. ^fonstr. Vol. II, fol. 1G0, R».
Advculther. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 467, col. 1.
Adulterie, subst. masc. Adultère. Fornication.
Infidélité.
Ce mot, sous les orthographes Adulterie, Avulte-
rie, Avoulterie, etc. paroit être du genre féminin;
et l'on peut dire que c'est à cette terminaison fémi-
nine qu'on doit celle des orthographes Advoultrise,
Avoultrise; Avoitisse dans les Vers suivans :
Plus enflambé c'ardant tison,
Un des fils fornicacion
C'on seust avoilisse (1) nommer, etc.
Fal.l. MS. du II. n- 7C15, T. II, fol. 102, R- col. 2.
Quel que soit le genre de ce mot sous ces trois
orthographes, nous observerons qu'il pourroit être
masculin sous celle û'adulterie. Le son obscur de
l'e final, supprimé dans adulteri, rend assez bien
celui de la dernière syllabe du mot latin adulterium.
d'où adulterie, adulteire et adultère, par le retran-
chement ou la transposition de 1'/'. Le d se change
en i' dans avulterie. On pronom^-oit anciennement
u comme ou. De là l'orthographe avnultrie ; 1'/ placé
devant Vr faisoit avoultire, etc. (Voy. Anri-TÉRE ci-
dessus.)
C'est de la signification propre et générale
d' Adulterie, indii|uée sous l'article AorMEHEn ci-
dessus. (|u'esl née l'acception subsistante de notre
mol adultère, péché qui se commet par des person-
nes mariées, en allant, en s'unissant à quelque
autre, ou même par une personne non mariée,
(juand elle a commerce avec une autre ((ui l'est. On
dislingue donc deux espères d'adultère; railultère
simplement dit, ou le double adultère. Autrefois on
désignoit le premier par le mot fnrnieation. « For-
« nication est d'avoir à faire par homme (ui femme
" mariez à autre que marié ne seroit, ou à veufve
« ou femme de religion Xdultére est d'homme
>■ on de femme mariez cognoistre cluu'iicllement
« aulrpsmariez. » (Bouteill.Som. iUir. p 7;iOct 731.)
On expliqueroit peut-être l'expression simple
adultère, en la définissant de même que le mot
Fornication ci-dessus. » Compositions en délicts
« méritant peine corporelle, faiele par le fisque,
« sera déclarée injuste et illicite ; et pourra le
« composé eslre recherché et chaslié, tant et si
« long-temps que le délict ne soit prescript : sça-
« voir, le simple adultère en cinq ans, et tous au-
« très en vingt ans. » Coût, de Bouillon, au iiouv.
Coût. gén. T. II, p. 861, col. 1.)
Nous lisons, que <• le Roy Contran fut trop haban-
« donné à luxure et avoultrie. » (Chron. S' Denys,
T. I, fol. 35.) Le mot Avouterie, donl Jean Le Maire,
fschisni. et concil. p. 56,) s'est encoi'e servi sous
r()ilbogi"ii)be Advnutrerie, répond au latin Adul-
terium, dans les Sermons de S' Bernard. « Li mise-
» ricordo de nostre Salveor assolst (2) la femme qui
« reprise fut avouterie. » (Id. Serm. fr. mss. p. 349.)
On lit Adulteire dans un autre passage, où il dit,
en parlant du sens dans lequel il faut entendre les
Peires de l'ancien testament. « Li espirilels signi-
" ficbance k'est en lor oyvres, est voirement bêle
« et deleitaule; mais eswàrde les par èles,si nés (3)
" atrovcras mies hèles, si cum sunt les oyvres
« Jacob, et li adulteires David, et maintes altres
« choses. Précious sunt li mas (i), mais li vaissel
« ne sunt mies précious. •> (Idem, p. '233.)
Jean Le Eebvre, célèbre Jurisconsulte, a écrit
qu'en France on ne punit point Vadultère. (Voy.
De Tbou, llist. fr. T. IV, p. 531.) Cependant nous
trouvons dans nos anciennes Coutumes et dans les
Ordonnances de nos Bois, des peines établies pour
ce crime. La plus ordinaire éloit de promener
l'adultère nu par la ville, quelquefois de le fustiger,
peines dont il pouvoit se racheter en pavant une
amende. (Voy. Ord. T. I, p. '259 ; — T. II,' p. '259;
— et T. III, p. 597, etc.)
(1) Avoilisse a sa racine dans avère, désirer, et par suite signifie désir charnel, (n. e.) - (2) absout. — (3) pour neis, nec
ipsas. (N. E.) - (4) mets.
AD
151 —
AD
Il iiaioil (in'au xiir sii'cli', ou luùlnii les femmes
adullùres. l.a Iciuine iriui l'aisaii elViayi'i! do li'Oii-
ver clicz olU' le radavii! d'un MoiuL', i)fudu à la
place d'uu cuchuu, ([ue des vokuis avoieul enlevé,
s'éci'ie :
que ferai lasse !
Bien sai, je SL-iai dciiiaiii (trac ;
Et vous siMi'z pnidus, liiax sire,
Demain porra li slkclcs (.1) <l're
k'od moi l'avé Irove gisant.
Fabl. MS. du 11. Il- 7989, fol. 01, R- col. 1.
Nous lisons encore nu'un certain Juge nommé
Reluclie, se lit arraclier un œil pour en sauver du
moins un ù son lils, ijui devoil les perdre tous deux
pour crime d'adultère.
Tels u/. èrent en sa terre ; que (.2) femme soustrayoit,
Les deux yeux, se avoit, par droit l'on l'y trayoit.
Son fils qu'i aimoit moult, fut pris en adortire
Pour faveur de nature et pour justice faire
Un œil fit à son lils et ly ung autre traire.
Gér. de Uoussillon, MS. p. 97 ol 98.
Suivant les loix d'Angleterre, la femme perd son
douaire. « Ele ad dow'er de mary forfait par sou
'■ avouteni, car ele ala de son mary à autry lyt. »
(Britton, des Loix d'Auglet. fol. '2:>S, V°.)
L'idée que Tacite a voulu donner de l'éloignement
des femmes des Germains pour ce crime, semble
combattue par l'usage où l'on étoitcliez ces peuples
de demander en otages les enfaiis des sœurs, plutôt
que les autres. (Voy. La Bléterie, Trad. des mœ'urs
des Germains, p. 33-35. — Ibid. ir>8-l()(j.) Ils se
séparoient pour cause d'adultère.
Ce mot, pris dans un sens plus général, a signifié
fornication, pécbé de la chair entre deux personnes
non mariées ni liées par aucun vceu. (Voy. Du
Gange, Gloss. lat. au mot aduUcrium.) L'amant
d'une jeune fille, voulant excuser l'indiscrétion de
sa conduite à son égard, lui dit : « J'ai sollicitement
■■ pourchassé de me trouver en ta présence : ce
« n'est pourtant pour vouleuté mauvaise, ne pour
« adultère et lubricque opinion. .. (Peregrin d'a-
mour, fol. 27, V".)
Si l'on considère la foi que deux amans se pro-
mettent, comme un engagement qu'ils doivent res-
pecter, l'infidélité de l'un ou de l'autre est une
espèce d'adultère. C'est en ce sens qu'on s'est servi du
mot Advoultire, pour désigner l'infidélité de Coro-
nis. (Voy. Eust des Ch. Poës. mss. fol. 483, col. 4.)
.... amoit un damoisel
Plus que Phebus son blanc oisel
Car li corbiaux le vit ensemble,
Joints par nature, se me semble
Quant li corbiaux vit Wwoutirc, etc.
G. Machaut, MS. fol. 205, W col. 2.
VARIA.NTES :
ADULTERIE. Loix Norra. art. 37, édit. de WUkins.
Adoctreiue. Gloss. du P. Labbe.
ADVouLTnisE. Al. Chartier, de l'Espérance, p. 389.
Advoctrerie. J. Le Maire, schism. et concil. p. 56.
i.voiTissE. Fabl. MS duR. n» 7615, T. IL fol. 192, R'col. 2.
AvouLTRiE. Chron. S' Denys, T. L fol. 35.
AvouLTRisE. Lanc. du Lac, T. II, fol. 127, U« col. I.
Avoi;terik. Ménage, Dict. Elym. au mot Avoutric.
Avoi'ïiiiE. liorej, Tlict. — Britton, des Loix d'Angl. fol. 16.
Avi i.TKiui:. Loix Norm. art. 37, édit. de Selden.
AiioiiTiRE. Gér. de UoussiUun, MS. p. 97 et 98.
Aini.ri;MiK. S' liern. Serm. fr. MSS. p. 233.
AuLLTER. Coût. tçén. T. Il, p. Wl, col. \.
AiJUi.Ti;i:i!:. Orthographe subsisl. — Bouteill. Som. Itur.
titn.'R, p. 730 et 731.
,\ipii, ri:iii. Du Gange, Gloss. lat. au mot iferclricium.
Auri.iiiiE. Rom. de la Rose, vers •17373-189.'j7.
ADViii.riiu:. Eabl. MS du R. n» 72lK, fol. 317, R° coL 2.
.Vuvn.NnvK (Corr. Ailvautire.) Journal de Paris, sous
Charles VI et Vil, p. 20L
AnvnuLTiRE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 4«3, col. i.
Avor.TutR. l'abl. MS. du R. n» 761.">. T. II, fol. 192, R«col. 2,
Aveu I.TIHE. G. Machaut, MS. fol. 205. K» col. 2.
.\Viirii:uE. DuC. Gl. Lat. col 172 et 173au mot.4'/i<iferiu/(i.
.\vor ri:uY. liritton, des Loix d'Anglet. fol. 258, V»'.
AvûuriÈHE. Gér. de Roussillon, MS. p. 188.
AvouTiRE. Marténe, Contin. de G. de ïyr, T. V. col. 015.
.Vdvocussage, siilist. musc. Plaidoirie.
Profession, fonction d'Avocat. » Les autres dienl
" (lue ce que l'on gaigne par advocassage, que
« c'est illicite gaing. » (Contred. de Songecreux,
fol. 80, V".)
.... de tous poinctz au juge m'en submetz
Sans plus tenir termes d'avocassaige.
Crélin. p. 96.
(Voy. A[)vn(;ASSKM.\NT ci-dessous.)
ADV0CAS3AGE. Contred. de Songecreux, fol. 80, V«.
AvocAssAiGE. Crétin, p. 9G. — Farce de Palhelin, p. 1.
Advocasseau, aubst. masc. Mauvais Avocat.
Ce mot , formé du verbe AnvocAssER ci-après,
exprimoit toujours une idée de mépris. La haine
des Jésuites contre Pasquier, a fait dire à l'un d'eux,
dans un libelle, intitulé : La chasse du Renard ou.
Pasquiji découvert, (lue ce Jurisconsulte célèbre ne
mérita jamais le noble filtre d'Advocat ; que c'étoit
un Ailvocaceau de nef/les. (Pasq. Lett. ï. II, p. 797.
— Voy. Advocateau ci-dessous.)
VARIANTES :
ADVOCASSEAU. Cotgr. et Oudin, Dict.
Advog.vceau. Œuvr. de Rerai Belleau, T. II, p. 122.
Advocassecr. Epilh. de Martin de la Porte, au mol Légiste.
Advocassemant, suhst. masc. Plaidoirie.
Fonction d'Avocat. (Monet , Diction. — Voyez
Auvocassehie ci-après.)
Advocasser, verbe. Plaider.
Viùre la fonction d'Avocat. " L'on n'est receu
» à'advocacer en sa cause. » (Pasquier, Monophile,
p. 112.) Ce mot n'exprimoit autrefois aucune idée
de mépris, puisqu'un de nos anciens Poètes, parlant
du Jugement dernier, a dit : « Dieu advocacera,
" jugera et accusera les pécheurs. » (Eust. des Ch.
Poës. MSS. fol. 90, col. 3.) Il ne se prend plus aujour-
d'hui qu'en mauvaise part. « Poyet, Chancelier de
« France après sa destitution. ... ne rou-
•■ gissoit pas d'aller avocasser au Pilier des consul-
« Talions. » (Longueruana, part. I, p. 203.)
(1) le monde. — (2) celui qui.
AD
15-2
AD
VARIANTES :
ADVOCASSER. Ord. de l'Echiquier à la suite de lanc.
Coutum. de Xorm. fol. 2(;. R".
Advocacer. Pasquier, Monophile, p. 11-2.
AvocASSER. Orth. subsist. — Farce de Pathelin. p. I.
Advocasserie, suhst. fém. Plaidoirie.
Piofession d'Avocal « Monsirô ay la inaiiièi'e de
« faire sa demande de bouche en cour lave : aprcs
< veux nionslrer comment on la peu! el doici Taire
>• arliculrr par escrit, (jui est un des notai)les l'iiicls
« patrociiiieiis d"fl(/i'Of(/f<'r/('. » .liouteili. Soni. rur.
lit. l-l. p. Il-i.)
VARIANTES :
.\DVOCAS?ERIE Cotpr. Blet. - Tahureau, Dialog. fol. 79.
Advocacerie. Bouleill. Som. Rur. T. II, p. 671.
Acivocat, suhst. masc. Avocat.
l/oliide des loix, (jnelqu'utile qu'elle soit en elle-
mènie. exii;eaut un loisir, une opiniâtreté au travail,
des (iualit(is cl des lalciis qu'il est rare de trouver,
devoit naturellement n'être ciiltivce que par un
très petit nombre de personnes. De là, celte ii^no-
rance presque icéncrale des Loix, et la nécessité
d'appeler ceux (jui les avoient étudiées, pour nous
défendre contre l'oppression el l'injustice. Celui
qu'on appeloit en pareille circonstance, fut désigné
par le mot Advocnl, proprement appelé; en latin
Àdvocatus «Pour ce que moult de gens ne sèvent
" pas les couslumes couinent on doit user, ne che
" qui appartient à leur querèle maintenir, il loit
« à cbiaux qui ont à plediei' que il ([uiéi eut conseil
<' et aucunes personnes qui parolcnt pour aux, et
« chil qui parolent pour autrui, sont appelés Avo-
« cats. » (Beaumanoir, ch. V, p. ;!-i.)
Celte nécessité devint une loi, parce que « jamais
« homme n'est saige en sa cause; et à ceste cause
« est-il en justice ordonné qu'on ne le plaide point
« par soy-mesmes, et fault faire dire son l'ait par
« ung oflice d'Avocat. « (Le .louvencel, ms. p. ô.w.)
Cependant nous lisons qu'il étoit permis aux parties
de plaider elles-mêmes, sans se servir d'Avocats.
(Vaillant, Opusc. par contre-opinion, p. 41.) Les
femmes même pouvoieut plaider pour elles et pour
leurs païens. Deauman. Coût, de lîcauvoisis, p. 3û.)
Mais l'exercice de la fonction publique d'Avocat
leur étoit interdit. (Id. ibid.;
Sous nos derniers Hois de la seconde race, et
sous les premiers de la troisième, lorsque l'inno-
cence ou le bon droit des parties paroissoienl dou-
teux, on ordonnoit souvent les gages de batailles
judiciaires, comme une espèce d'épreuve, pour
découvrir par l'événemenl du combat le véritable
coupable d'un crime, ou pour décider une question
einbai'iassante en malière civile. Les formalités qui
pii'r(>diii(;ii|, rcssoinbldient beaucoup à celles iiu'on
obseivoit en justice régulière. Il falloit, par exem-
ple, que celui (|ui demandoit le gage de bataille,
appellàl quelqu'un pour exposer les raisons sur
lesquelles il appuyoit sa demande ; car, « si ccluy à
" qui il touche parloit luy inesme, il pourroit plus
" dire qu'il ne doit, par"cbalcur , haine ou autie-
« ment ; et pour ce veut la couslume (lu'il face
" parler par autrny, et advoue les paroles de son
' Ailvoidt... et dira VAilviiCdt la plainle (jne son
■ maiire fait de tel qui l'a olfeiisé, et pour ce (lu'au-
" tremeut ne le peut prouver, il vient le gant en sa
« main pour jelter le gage. « 'Olivier de ia Marche,
gage de bataill. fol. l-i li°.'
Celle espèce de jurisprudence militaire em-
prunta, comme on voit, jusiiu'aux termes de la
jurisiirudence civile, (jui, ù son tour, panni s'en
être appropiié d'autres, qui n'apparlenoienl qu'à
la première; tel est celui de Barre, em(>loyé (igu-
rémeiit pour exception, dans ce passage: "< Quant
« aucuns a bonne delfeiise et loiaux, Viavoras et H
•• avantparlier doit mettre avant et proposer en
" jugement ses delTenses et ses havres. « (Ord. T. I,
p. ■iljl.) Le Glossaire fournira plus d'une preuve
de la vérité de celle remarque.
On payoit les Advorats dont on se servoit dans
les gages de bataille; el le .luge ordonnoit le ser-
ment pour s'assurer de la justice de la cause qu'ils
soulenoient. (Voy. Oliv. de la Marche, gage de
bataill. fol. ■14, H°. — 16, V".) Mais il sem'blè iiue
ce serment étoit spécial, et que chaque cause
exigeoil la même formalité; au lieu (pie dans les
tribunaux des justices régulières, les Ailvocats fai-
soient un serment général, (jui lixoit, pour ainsi
dire, leur état. Philippe le Hardi, par son Ordon-
nance du '2.3 octobre 127i, slalua ([ue les Advorats,
tant du Parlement que des Bailliages et autres jus-
tices Boyaies, feroieiit serment de ne se cliai'ger
que de causes justes, sinon qu'ils seroient interdits.
« Advocati autem qui juxta eam l'ormam jui'are no-
" lueriiit, hujusmodi voluntale durante, advoca-
" tionis ofilcium in diclis Curiis sibi noverint
■' inlerdictum. ■■ (Ord. T. I. p. îiOO.) L'Ordoiniance
de Philippe le Bel. datée de l'an l'291. porte que
les Advocals feront le serment prescrit par celle
de Pliili|)pe le Hardi, et qu'ils renouvelleront tous
les ans. 'Id. ibid. ji. :V2-2. — Vov. aussi T. Il, p. 225 ;
T. lV,p. .-.!-2cl.->l;i.
Vraisemblablement la formalité du serment n'éloit
pas encore essentielle, pour cire Advocat, sous le
règne île S' Louis, puisiju'il n'en est point fait men-
tion dans l'arlicle de ses étalilisscniciis, ipii a pour
litre: « Commenblrocdssc doil contenir en cause. •■
Mais le .luge ou la partie pouvoient l'exiger,
lorsqu'ils le croyoient nécessaire. Du moins nous
lisons dans la Coutume de Beauvoisis: « Chil (pii
" .se vient nieller d'avocation. se il est requis don
" .luge ou de la partie contre (pii il plède, si doit
« jurer que il tant comme il maintiendra l'oflice
'• d'Advocat, il se maintiendra en l'office bien et
" loiaument, el i|ue il ne soustendra îi son essient
" ne mes que bomic (juerèle el loial Pui.s(iue il
« a fcl chelui serement en une Court, il ne est plus
" tenus à fère loi des ores en avant; mes devant
" ipie il l'ait fet, il n'est pas à rechevoir en
« advocation, se partie le débat. » (Beauman.
ch. V, p. 33.)
Au reste, cela ne doit s'entendre que de ceux
AD
- 153 -
AD
qui exerçoient la fonction d'Advocat d'une manière
intéressée; « car autres gens sont qui bien puecnt
« plaidicr pour autrui, sans fèrc scrcMiKuit (|iii
« aparlieiil à l'ère .l(W«/s, si couinic quaul aucun
« plède sans attente do iouier, pour aucun de son
« lignage ou [lour aucun de ses sougiés(l) asquiex
" il est tenus à aidicr, etc. " (id. ibid.)
C'étoit donc pour empêcher les elTets de l'avarice
et de la cupidité de certains Avocats, qu'on les
assujettit h la l'ormalilé du serment. Mais, il ne
paroit pas que cette précaution ait eu tout le
succès qu'on devoit eu attendre, l'n l'oéle du trei-
zième siècle, a dit eu parlant d'eux :
Plain sont do convoitise
Ai'ocat et Notaire ;
Tout avant veulent estre
Païez (le leur salaire.
Quant ont trait de la gent
Ce qu'il en puent traire,
Aucune pés (21 honteuse
Li conseillent à faire.
Fabl. MS. du R. n" 7G15, T. II, fol. lil, U- col. 1.
Un Auteur qui vivoit vers le milieu du quator-
zième siècle, leur a fait le même reproche dans
les vers suivaiis :
Avocat court au sacrement
Où l'en sonne or ou argent ;
Car de la cloche n'ont ilz cure,
S'il a afaire à povre gent.
D'un costé et de l'autre prent :
Et puis de paix tost prent la cure.
Modus et Racio, MS. fol. 215, V.
Il n'épargne pas plus les Avocats des justices
ecclésiastiques, lorsque pour donner une idée de
leurs pilleries, et de leur exactitude ;^ exiger les
présens de bougie auxquels le mot esclairer dans
le passage suivant paroit faire allusion, il dit que
« deux des lits dame convoitise, bons Clercs et
« bons Advocas... sont ceulx de toutes les Cours
« Cathédraulx qui sont appeliez et qui ont plus de
« causes; l'un a nom maistre Nichole Tricherie,
« et l'autre maistre Thomas P'ausseté; et sont si
« bons Advocats, qu'ûz ne pèvent avoir nulle
« mauvaise querelle, mais que on leur esclaire,
« car ilz ne scèvent plaidier sans lumière. » (Modus
et Racio, MS. fol. 21.-), R".)
On regarda bientôt la profession d'Avocat comme
un moyen siir et facile de s'enrichir ; de sorte que
la mépriser, c'étoit mépriser la fortune.
Tu n'as maison n'éritaige.
Pratique, vray sens ne usaige.
Pour pratiquer un seul denier ;
Et si as blasmé le mestier
Des loys et de ïadvocacie.
Eust des Ch. Poës. MSS. fol. 418, col. 2.
Aussi vit-on jusqu'ft des laboureurs quitter le la-
bourage pour exercer cette profession.
.... les laboureurs utiles
Sont tous marchans, ou ilz sont Advocal: ;
Hz font mestier et demeurent aux villes.
Et ont fermiers par lesquelz font leur cas.
Aux povres gens ilz usent de cabas (3) ;
Les rentes ont, et après l'héritage.
ConlreJ. de Songecreux, fol. 73, V*.
Kiilin les Moines abusant de leur étal voulurent
aussi, vers la tin du quinzième siècle, être Advocats.
(Voy. Doctrin. de Sapience, fol. 2!». Ret V"., Ce fut
dans ce même temps qu'il fut fait défenses aux
Avocats de tenir tavernes et hôtelleries comme ils
faisoient, et i|u'il fut oidoiiiK' ([u'on n'en recevroit
point s'il n'i'toit Licencié ou Bachelier. (Voy.
Codefroy sur Charles Vlli, p. 309.)
Il y a tout lieu de croire (]ue la principale cause
des malversations (lu'oii reprochoit aux .\vocats,
étoit la facilité avec huiuelle on admeltoil indistinc-
tement toutes sortes de personnes à exercer leurs
fonctions. Ce reproche étoit juste, pourvu (|u'il ne
fût pas général ; nous savons qu'il y a eu de tout
temps des Avocats dont le désiiil(>iesseiiieut iné-
ritoit des éloges, et qui applaudissoient avec plaisir
aux Ordonnances de nos Rois, dont l'objet étoit de
réprimer la cupidité de ceux qui ne leur res-
sembloient pas. Nous lisons dans les /''Jalilisnemcns
de S' Louis, qu'un Avocat ne devoit « fère nul
•• marchié l'i celuy pour qui il plaide, plet pen-
« dant.... et ce appartient à loyal Avocas. >• (Ord.
T. I, p. '2(11.) Peu de temps après, Philipiie le itardi
et ses successeurs permirent aux Avocats de con-
venir de leur salaire, (\u\ devoit être proportionné
à la nature des affaires et à la condition des per-
sonnes, sans excéder pourtant la somme de trente
livres parisis, dans les plus importantes. (Id. ibid.
p. 300 ; T. II, p. 225) ; et suivant une Ordiuinance
du roi Jean, celle de trente livres tournois. (Voy.
Dial. des Avocats, opusc. de Loisel, p. 18 'i. L'an-
cienne Coutume de Beauvoisis étoit conf(U'me à
celle disposition. « Li Avocats... puent peure de la
•> partie, pour qui il plaident, le salaire convenance,
« ne mes que il ne passent pour une querelle trente
« livres.... et se il ne fout point de marchié à
« chaus pour ([ui il plaident, et doivent estre payés
« par journées selonc che que il lèvent et selonc
'■ leur estât et che que la querelle est grant ou
« petite et quant plet est entre VAdvocat et
'■ chely pour (jui il a pledié, pour che que il ne se
" puent accorder dou salaire qui ne fut pas con-
« venancié, estimation doit estre faite par le .Juge,
« selonc che que il void que resons est. ■> ;Beau-
manoir, ch v, p. 33.)
On voit qu'anciennement les Avocats avoient
action pour être payés de leurs honoraires. Le
préjugé d'aujourd'hui fait regarder cette action
comme déshonorante. Il aurbit été peul-être à
souhaiter qu'à l'imitation de Philippe le Hardi et de
quelques-uns de ses successeurs, on eût mis des
bornes raisonnables aux honoraires excessifs, dont
on s'est plaint aussi fort que jamais dans les quin-
zième, seizième et dix-septième siècles. ;Voy. Mém.
de Comines et de Condé; — Vaillant, de l'Etat de la
Fr. déclaré par les fiefs, fol. 17G, V° etc. etc.)
(1) subjccti, inférieurs. (N. e.) - (2) paix. — (3) ils servent de panier, de coffre à argent, (n. e.)
I.
20
ÂD
15-4 —
AD
De \h, ces plaisanteries, qui ont passé en pro-
verbes, et (lu'oii trouve répandues dans les ouvra-
ges qui parurent ;ilors, tels tiue les Coules de
Cholières, de Despériers el d'Eiitrapel, le /')•//(-
temps-d'Yver, etc. etc. Colgiave en a rassemblé
plusieurs dans son Dictionnaire, au mot Advocaï.
« C'est aile d'.l'/coca^ vendre parolle. » (Rabelais,
T. IV, p. -l-'À).) In Toëte de ce temps-lù, a dit en
parlant des xVvocals :
feront feste plus hastive
De Sainct Duims que de Saincl Yves.
MuUnci, p. 198.
On voulut, en ltiO-2 et en IGli, les obliiïer ù
mettre leur rei;u au bas de leurs écritures, confor-
mément à l'arliile t'.LXI do l'Ordonnance de lllois ;
mais ce lut iuutileuient. En IG14, on statua que les
Juges laxcM-oient leurs honoraires. (Yoy. Rapine,
étals de IGl'i, p. 77 et 78.)
Cet usai;e est très-ancien, comme on a pu le
remarquer plus haut, en lisant un article des
Coutumes de Deauvoisis, que nous avons citées ;
et l'on peut dire ([ue la profession d'Avocat étoit
autrefois moins libre, peut-cire moins considérée
qu'elle ne TcsL aujourd'hui. Les Gens du Parlement,
les Juges ne maui^eoienl point avec les .\vocats,
et Procureurs des paities. (Voy. Mém. serv. à l'Ilist.
de Fr. lG"i3, p. 373. — Dupùy, major, des Rois,
p. 579.) « Que cil qui tiendront le Parlement ne
" beuvenl, ne ne mangent avec les Parties.... ne
« les dites Parties avec euls ; ne avec les Avocats, :
« quar l'en dit piei;à ([ue trop grande familiarité
<• engendre grand mal. » (Ord. T. 1, p. C7G.) Cette
défense qui se trouve dans une Ordonnance de
1318, est limitée à certains cas, dans une autre
Ordonnance de liili, art. VI : «One doresnavant
« soit dclfcndu... aux Présidens et Conseillers ..
« que ils ne mangent ne boivent avec elles (les
« parties) à leur convy, n'avec leurs Procureurs et
« Avocats, quand ils syauronliiuelesdits Procureurs
« et Avocats les convieront à la retiuète et aux
« dépens des parties. » (Joly, T. I, p. 'i'i.)
Le litre de .Maiires, en latin Magistri, dont les
Avocats jouissent à présent, étoit spécialement
affecté aux Juges, sous Philippe le Bel, comme il
paroilpar son Ordonnance de l'2!U,où nous lisons:
<> Prœcipimus (luod Advocati sint présentes in
« palatio, quandiu Mauistri erunt in Caméra, ut
■' parati sint intrare ([uoties vocabuntur. « (Ord.
T. I, p. 3'i-2.) 11 falloil qu'ils fussent toujours là,
prêts a rc'pdndic, ([uand on les appeloit. L'Ordon-
nance de Pliilii)[)e le Long, en date du 17 novembre
1318, condamne à dix livres d'amende un Avocat,
qui ne comparoit pas au Parlement lorsque la
cause de son client y est appelée. " La partie qui
« ne seroit oye et délivrée par la défaute de son
« Avocaz.... seroit après oye; mais li Avoca:i en
« payeroit dix livres d'amende.... El est assavoii'
« et entendre des .li'ofrti.s résidens en Parlement :
« car nulle autre partie ne seroit excusée pour
« attendre Avoeaz estrange, ne de son pays. •>
(Id. ibid. p, (J74.J
On trouve dans les règlemens faits par le Par-
lement, qu'on a publiés (Rec. des Ord. T. II, p.
'l'ITi et suiv. , une distinction des Avocats consultans
el (les Avocats proposans ou postulaus, les for-
mules du serment que les uns et les autres étoient
obligés de faire, leurs devoirs et leurs fonctions.
Les .\vocats consultans, qui accompagnoienl les
Avocats poslulans, faisoient leurs fonctions debout
el derrière le premier banc. (Id. ibid.i Lorsqu'ils
avoient prêté leur ministère à une pailie dans une
ad'aire, ils ne pouvoient plus assister au jugement,
et les Juges ne pouvoient leur demander conseil,
ainsi qu'ils le faisoieni (|uel(iuefois ; c'est par cette
raison, sans doute, (|u'on les (lualilioit consiliarii.
ild. ibid. T. 11, p. 218.)
Le droit Romain avoit distingué de même les
Avocats consultans, en latin Advoeali, des Avocats
postulaus ou Avantpuiiiers; en lalin l'(ili'oin.{\oy.
AvANTPAiiLiKiis ci-après.) « Advoeals posliiltiiis ne
« soient receuz à proposer autres faits, n'usages
« pour vouloir déroguer, interpréter ou déclarer
« les.... Coutumes. » (Coulum. gén. T. I, p. 8G8.)
Philippe le Bel ordonna qu'un Avocat (lui cileroit
les Coutumes à faux, fût puni comme parjure.
(Voy. Ord. T. I, p. 32'i.) Depuis un Avocat de Paris,
ayant avancé, en plaidant, une proposition con-
Iraire à une loi fondamentale du royaume, l'Avocat
général se leva, et lit contre lui un r(''(iuisitoire,
auquel la Cour eut égard. (Rép. de Rodiu, liv. VI,
ch. V, p. 7i8.)
Nous lisons qu'anciennement les Avocats, quoi-
que lettrés, étoient obligés de soutenir, par le duel,
les accusations ([u'ils avoient faites en i)laidanl.
;Sauv:d, Ilisl. de Paris, T. II, p. t).")"2.) 11 semble que
cette obligation devoit regarder la partie autant que
l'Advocat, puisque ce (lu'il disoit en présence de
son client, étoit réputé dit par le client même.
« Ce que li Advoeus dil, si est aussi stable, comme
-' si les parties le disoient, quand ils entendent
« ce ([ue il dient, et il ne le contredient présen-
« tement. « (Ord. T. I, p. 2GI.) Il étoit naturel de
défendre aux Avocats et aux Parties, d'insulter les
(iensdu Parlement par des paroles outrageantes :
" Car la lioneur du Hoy, de (jui il repi'ésentent
" la i)ersonne, ne le doit mie souffrir. » (Ord. T. II,
p. 2-28, col. '2.)
Enfin, les règlemens du Parlement, que nous
avons déjà cités, prescrivirent aux Avocats pos-
tulaus nouvellement reçus, d'avoir beaucoup de
délérence pour leurs anciens ; (les Avocats con-
sultans éloient sans doute de ce nombre), et de leur
céder les places honorables. Ils dévoient, après leur
réception, demeurer un temps sullisant sans faire
de fonctions, et écouler les autres. (Id. ibid. p. 226.)
Dans la Coutume générale de Ilaynaut, les Ad-
voeals sermentés paroissenl être les mêmes que les
Avocals consultans et postulaus, dont nous venons
de parler. « Si lesdits Advocat::: sermeiitex, faisoient
« refuz de servir aucunes parties, ils devront estre
" constraints par le Juge, s'ils n'ont excuse légitime
.. au contraire. » (Coût. gén. T. I, p. 792.) Pas(iuier
AD
— 151
AD
dans ses Lctl. (T. 1, Liv. VII, p. '(28,) assure que les
Avocats, pour dillérer de pluider les causes qu'ils
sentoieiil mauvaises, fei?;noienl d'être malades. Le
Pn'sideiit de Tiiou réforma cet al)us.
Si le senneul, comme nous l'avons observd déjà,
llxoit l'étal d'un Avocat, il faut cioire ([ue les Ad-
vocats non sernientés, dont il est mention au même
article de la Coutume de llaynaut, étoient moins
des Avocats, tiue des l'rocurêurs-GIercs-d'Avocals.
« Les .If/iwrt/i non scnnente:^.... quant ils yront
« dehors i)our leurs maistres, fi cheval, ils auront
« par joui' xxviij s.; et sans cheval, xx ,s. dedans le
« pays. Kl s'il est besoins: que pour les négoces et
« matières de leursdits maistres, aller hors du pays,
« ils auront par jour xxxij s. tournois, el pour leurs
<i escritures auront le taux ordonné aux autres
« Advocalz. » (Coût. sén. ï. 1, p. 7!)1 et 7!)-2.) Les
Huissiers doivent empêcher ([ue <• les Clercs des
/liiofrt/;- ou d'autres, fassent leurs escrilures enta
Chambre du Parlement. » (Ord. T. II, p. '225, col. 1.)
On voit que la principale fonction de ces Clercs
d'Avocats, étoit la même (lue celles des Avocats non
sermenlés; que les uns et les autres faisoient les
écritures, el qu'à ce moyen les fonctions d'Avocat
et de Procureur se trouvoient en quelque sorte
réunies. Il y a encore des Provinces en France, où
les parties charg'ent les Avocats de leur procuration,
et les Clercs de ceux-ci font les procédures. (Vail-
lant, de l'État de la Fr. déclaré par les fiefs, fol. 179.)
Le Conseil ordonna, en 1007, que les Avocats des
Bailliages et Sénéchaussées seroient aussi Pro-
cureurs. (Mém. de l'Étoile, i". suppl. T. II, p. 170.)
L'Édil de juillet 1009, étendit la disposition de cet
arrêt, aux Avocats en général. (Id. ibidem, p. -11'!.]
Les Advocats postulans au Chàtelet de Paris,
« sont tous assermentez, et conseillent, plaident et
« demeinent les causes des personnes privées qui
« ont affaire par-devant le.... Prévost : lesquels
K Advocats sont tenus de venir chascun jour à l'or-
« dinaire, el faire résidence continuelle durant le
" siège. » (Gr. Coût, de Fr. Liv. I, p. 7.) Ils renou-
veloient tous les ans leur serment le lendemain de
la Quasimodo, et le premier jour plaidoyable après
les vacations des vendanges. (Ord. T. VII, p. 705.)
M. Secousse, dans ses recueils de pièces historiques.
nous a conservé une Lettre du mois d'août 1358,
tirée du Très, des Chartes, Registre 80, qui nous
apprend que Jean Rose. Avocat'au Parlement, étoit
en même temps Conseiller au Chàtelet.
On convient généralement de la prééminence des
Avocats au Parlement, sur les autres Avocats; mais
les distinctions dont ils ont joui et dont ils jouissent
encore, n'étant accordées qu'au mérite personnel,
tous ont eu droit d'y prétendre, pourvu qu'ils n'ou-
bliassent pas qu'elles étoient la récompense des
talens, d'un sage désintéressement et d'une exacti-
tude scrupuleuse à remplir les fonctions et les
devoirs que les Coutumes et les Ordonnances de
nos Rois leur avoient imposés. On peut lire le détail
de ces devoirs et de ces fonctions dans Bouteiller,
(Som. Rur. p. 33 et suiv.) dans le Rec. des Ord.
(T. I, II, etc.) Fn s'en acquittant ndèlement, les Avo-
cats parvinrent à mettre l'excellenceet la noblesse de
leur professinn au pair «le la Chevalerie. ■■ Pour ce
" sont-ils appelés, en droit ('ciil. Chevaliers de
« Liiix, et doivent et peuvent porter d'or comme les
" Chevaliers. « JRouleill. Som. Rur. p. 071.) Le
même Auteur ajoute que le gain qu'ils font, non
plus (|uc celui, fait en Chevalerie n'est point rap-
poi'té par le fils lors du partage de la succession de
son pèie. Ihid. p. 072.; Encore aujourd'hui dans la
Grand'Chambre du Parlement de Bordeaux, il y a
un hanc où ont accoutumé de s'asseoir les Avocats
et les Gentilshommes. (.Mém. serv. à l'Ilist. de Fr.
102;î, p. 417 et 418.)
On voit dans les Mém. de Comines, Ip. 433,) qu'en
1484, les Avocats du Parlement curent rang après
les Magistrats de cette Cour. En 1491, ils étoient à
l'entrée d'Anne de Bretagne, femme de Charles VIII,
avec leurs chaperons fourrés. Ils avoient l'Avocat
du Roi à leur tète. (Godefioy, sur Charl. VIll, p. 625.)
On peut regarder ces chaperons fourrés comme
un reste de leur ancien habillement. Un Poëte du
xui' siècle, a dit:
Li Avocat qui ont
Les grans chapes foirêes, etc.
Fabl. MS. du R. n- 7615, T. H fol. Ul, R' col. 1.
Voyez sur leurs anciens habillemens, leurs robes
d'écarlate, rouges ou violettes, et leurs chaperons,
(Loysel, Dial. des Avocats, opusc. p. 401 et 482.)
Il yavoit en 1559, trois cents Avocats au Par-
lement. (Mém. de Casteln. T I, p. G ) Leur réputation
étoit égale îi celle de ces Avocats, que nos Rois ont
consultés autrefois, sur l'utilité des établissemens
qu'on proposoit de faire dans les différentes villes
du royaume. (Ord. T. II, p. 201; T. III, p. 592;
ï.IV, p. 709); deces Avocats, dis-je, si souvent em-
ployés dans des négociations importantes, et dont
on trouve les noms dans les traités conclus, surtout
depuis le xiv jusqu'au xti« siècle. C'est ainsi que
Nicolas Bataille, fameux .Vvocat, fut nommé Com-
missaire de Louis XI, pour conclure une trêve avec
le Duc de Bourgogne. (Vov. Mém. de Comines, iii-4°
T. m, p. 293.)
On prenoit de simples Avocats pour plaider pour
le Roi, et faire les fonctions que font aujourd'hui
les Avocats généraux. fLoysel, Dial. des Avocats,
opusc. p. 409.) En effet, Guillaume de Dormans
qualifié Avocat général, Advocatits rjeneralis, au
commencement d'une Ordonnance, est appelé plus
bas, Advocat au Parlement. (Voy. Ord. T. III, p. 447.)
Il semble que l'Ordonnancedu 28 Mai 1359, par
laquelle Régnant Dacy fut rétabli dans son office
d'Avocat général, distingue cette qualité de celle
d'Avocat du Roi. Il y est nommé « Général Advocat
« en Parlement, et aussi espécial Advocat de Mon-
« sieur et de nous, (c'est-à-dire du Roi et du Régent)
'< ou dit Parlement. » (Ord. T. III, p. 340.) Pasquier,
dans ses Rech. (Liv. II. p. 48'. a remarqué cette dis-
tinction, sans nous apprendre en quoi elle consiste.
Lorsqu'il s'agissoit d'alïaires qui intéressoient le
Roi personnellement, ou qui paroissoient n'avoir
AD
— 156 —
AD
qu'un rapport indirect à radministralion générale
du Hoyaume, on se permelloil de considérei' le lloi
comme un particulier; et l'Advccat général devenoit
l'Advocat Particulier du Roi.
S'il éloil question d'uric alTairc criminelle, c'étoit
l'Advocat Ciiminel du Uoi. l.e Comte d'Arma^;nac,
ayant envoyé, en liiô, des Députés îi Cliarles VII,
pour se justitier auprès du lloi, et lui demander
justice, lors(iue le ■• Proposant qui esloit assisté en
« faveur d'iceUiy comte dKrmiiiac. d'aucuns grands
« Seigneurs... eut Uni ladite proposition, l'Advocat
« Criminel du Huij, (jui esloit là présent, nommé
« Maistre Jean Uarliin, se leva, etc. » (Mattli. de
Coucy, ilist. de Charles Vil, p. 5'»".)
En matière de lise, l'Avocat i;énéral prenoit quel-
quefois le titre d'Avocat fiscal. Du moins trouvons-
nous que l'Avocat général, Juvcnal des l'rsins, est
gualilié Avocat fiscal, dans Godefroy, (Ilist. de
Charles Vil. p. 177;) et qu'on a délini l'Advocat du
Roy, Advocatiis vel patronus fisci. (Laur. Gloss. du
Di'oit fr.j
Dans les .Justices seigneuriales, l'.Vdvocat d'Office
devoitèlre le » premier Avocat en la Cour du Sei-
« gneur qu'il représente, si comme l'Advocat du
« litifi es Cours Royaux. » Rouloill. Som. lit. ii, p.
G7;i./l/Advocat géni'ral doit toujours conclure pour
le Roi. (Vaillant,' de l'État de la f'r. déclaré par les
fiefs, fol. 1-i.) De même l'Advocat d'office ne peut
jamais « estre contre iceluy Seigneur en cas de
« Advocacerie. » (Routeill. Som. Rur. p. G73.)
La commission d'Avocat général éloit ancienne-
ment donnée par le Procureur général. iVoy. Rep.
de Rodin, p. '288.) L'un et l'autre faisoient autrefois
les fonctions d'Avocats au Conseil. (Voy. Cochet,
Traité de l'Induit.)
L'Avocat général, fondé de procuration du Roi,
inteijelle ap|)el, en l'«88, des Lettres monitoriales
d'Innocent Vlll, données contre les Flamands. (Go-
defroy, Ilist. de Charles VI, p. 177.) Sous le règne
de ce même Prince, .luvenal des Ursins, Avocat
général se met à la tèlc du iieuple, et vient à l'ilùtel
de Saint-Poi, prier le Roi de donner la paix. (Choisy,
vie de Charles VI, p. 'ilC.)
.Nous lisons cependant que ce fut en 16D7, (\ue
les Avocats généraux des Cours supérieures de
Paris, firent pour la première fois des harangues au
Roi, lorsque ces Cours allèrent lui faire des com-
plimens sur la |)aix. (Leltr. Ilist. T. II, p. (108.)
Kn 1588, on vouloit vendre la charge d'Avocat
général, (piinze mille écus. Klle avoit alors trois
mille livres de gages. (Pasquier, Leltr. ï. 11, p. G.)
L'Avocat du Roi, distingué de l'Avocat général
étoit, comme aujourd'hui, dans les Cours ou Juri-
dictions sulialleriies, ce que celui-ci étoit dans les
Cours supérieures. Au Chàtelet, « le Piocureurdu
« Roy... conduit et demeine les causes du Roy, tant
« par luy, ([u'aussi par l'Advocat à ce estahly et
« commis par le Roy. •> (Gr. Coût, de Fr. Liv. 1, p. 7.
- Voy. Ord. T. I, p. 4.)
Quant aux Avocats poslulans, ils « sont tous asser-
• mentez, et conseillent, plaident et demeinent les
« causes des personnes privées qui oui affaire par-
" devant le... Pi'cvost: lesiiuels.lrfcoca/ssont tenus
" de venir chacun jour à l'ordinaire, et faire rési-
« dence continuelle durant le siège. ■■ (Gr. Coût, de
Fr. uhi siiprà.)
11 est fait mention, (ihid. Liv. IV, p. 51G,) d'un
Raoul Pimont Advocatde S' Denys. C'étoit vraisem-
hlaiilemeiit l'Advoué de celle Ahbaye. (Voyez .\dvoi)é
ci-après.)
.Nous trouvons dans ré()itaiilie de Pathelin, l'ex-
pression AdvdCdt sous l'orDw, iiui est devenue
proverbiale. Klle semble désigner l'orme près des
l)aroisses ou deschàleaux, sous lequel se faisoient
anciennement les plaidoiries. On a dit de même,
Jufjcs Sduti l'Orme. (Voy. Les Opusc. de Loysel, p. 72.)
On lit au figuré :
Ha ! bone amour, par la franchiso
En qui j'ai mon entente mise,
Te pri que la vuelles liaster,
Et mètre li une estincele
Ue ton feu desous la mamele
Pour embraser.
Car je n'i sai meUour avocat en ceste cause trouver,
Ne qui si bien parfaitement i sache procéder.
Chans. fr. du Xlll" siScle, MS. de lioiiliior, fol. 328, R- col. I.
Un doulz baisiers est trop bons adrocas.
Eusl. des Ch. Po6s. MSS. fol. i39, col. I.
VAni.\NTES :
.\DVOCAT. Le Jouvencel, MS. p. SfiC.
Advocas. Enst. des Ch. Poës. MS.S. fol. 90, col. 3.
Advocate, suhst. fém. Protecirice.
Celle (lui soutient, qui défend les intérêts de
quebiu'un auprès d'un autre; en lalin Advorata.
(Voy. Advoc.vt ci-dessus.) <• A donc parlast l' Advocate
« des pucelles, et dist, etc. » (Percef. Vol. VI, fol. G7,
R'col. 1.)
Dans ce même sens, on dit encore Avocate , en
parlant de la Sainte Vierge, l' Advocate, o\\ coiuine
on écrivoit autrefois l'Advocasse des pécheurs. (Voy.
Ilist. des trois Maries, en vers, ms. p. 210.
VARIANTES :
ADVOCATE. Percef. Vol. VI, fol. C7, R" col. 1.
Advocassk, Ilist. des trois Maries, en vers, M.S. p. 'MO.
Advocateau, subst. masc. Dimiuulif d'Avocat
On l'employoit comme terme de mépris.
De cause qu'il soit or endroit,
.V la Court no nous fait-on droit.
Sers, vilains, avocaleriaus
Sont devonuz emperiaus.
Ilist. de Fr. cii \n>, iil/i «iipid.
(Voy. Advocasseau ci-dessus.)
VARIANTES :
ADVOCATEAU. Fabl. MS. du H. n" Till.-., T. II, fui. Ml.
AvoG.VTERiAU. Ilist. de Fr. en v.-is, à la suite du !M:n. de
Fauvel, MS. du R. n» 0812, fol. 85, V" col 1.
Advocatcur, subst. masc. Celui qui appelle.
Champion en termes tle Chevalerie; celui (pii
appelle, (lui provo(iiii! (lueliiu'uN au combat. ■■ Par
« ma l'oy. dist-il, bien venu ;i lourde mon emprinse ;
« suis sims^Uivocalcur. « (PerceL Vol. V, fol. 111.)
AD
— Jr>7 -
AD
Advoratie, Hitbst. fciii. l'iMiiloirie. rroleclion,
assislaiii'c.
Ce mot, dans le premier sens, signifioil [ilaidoi-
rie, l'art de plaider une eause.
Est-ce grant fait à'avocacie ■?
Se lu m'as, pas ne te soussie :
Car ton plaidoié sera bon.
l'.ust. des Cil. Pofs. MSS. fol. 373, col. 4.
l'iaidoifie, la profession, lexereice qu'on en fait,
dans eet autre passage :
Avez-vous paonr de tricherie?
Ouil, pour vostre ailvocacic.
Car je ne sçaroie plaidier
Contre vous ne m'en vueille aider.
Eusl. des Ch. PoJs. SK-^S. fol. 37V, col. 2.
{Voy. Cotgr. Dict. et Du Gange, Gioss. lat. col.
178, au mol Advocatia d'où Advocatie. — Voyez
aussi Advocasskiuk ci-dessus, et Auvocation ci-après.)
On protège celui dont on plaide la cause. De \h le
mot Advocatie, expliiiué dans le sens d'AuvonEiuE
ci-après, protection, assistance. (Cotgr. Dict. —
Voy. AuvouAisoN ci-dessous.)
VARIANTES :
ADVOCATIE. Cotgr. Dict.
Advocacii;. Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 418, col. 2.
AvocACiE. Gloss. sur les Coût, de lieauvoisis.
AvocASSiE. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 37G, col. 1.
Advocatière, siibst. fém. Protectrice.
Celle qui protège, qui soutient le libertinage ;
« Maquerelle, peut être nommée communëmenl
<• VAdvocate des péclieurs. » (Voy. Rabelais, T. V,
pronostic. Pantagr. p. l'<, note 27.) Le Ducbat
observe ibid. que le mot AnvocATiÉuE manque dans
l'édition de 154'2; mais qu'il se trouve dans celles
de 1553 et de 1559.
Advocation, subst. fem. Plaidoirie. Terme
collectif d'Avocats, ou demeure des Avocats.
On peut dire que le sens propre û'Advocalion, est
le même (lueceluid'ÉvocAiioN ci-après, l'action d'ap-
peler. De lîi, ce mot pris tigurémeiil a signifié plai-
doirie, l'art de plaider une cause. (Voy. Advoc.\t et
Advocatie ci-dessus.)
Il n'y a nul qui se cognoisse
Si hault en aclvocation.
Farce de Palhelin, p. 4.
Cet art étant devenu un état, on a dit, estât d'ad-
vocacion pour désigner la profession, l'exercice de
la plaidoirie. (Voy. Eust. desGh. Poës. mss. fol. 427,
col. 1); ou tout simplement Advocation. Un Avocat
(lui n'avoit pas prêté serment, n'étoit pas à reche-
voir en advocation, si la partie s'y opposoit. (Voy.
Beaumanoir, Goût, de Beauvoisis, p. 33.)
Il semble que ce mot ait signiOé par extension la
personne ou la demeure de ceux qui exerçoient la
plaidoirie.
Par gens d'armes est li peuples robes;
Es prières (i), et es religions (2),
Es maisons Dieu (:t) vont prendre leur hoslelz.
Es bourgs du lloy, es advocacioiis,
El au.x juges gardans jurisdicions,
De ces trois-cy quicrent chevaux et draps.
Eusl. des Ch. PoCs. U!^S. fol. 2G3, col. 4.
VAIIIANTES :
ADVOCATIOX. Farce de Palhelin, p. 4.
Advocacion. Eust. des Ch. Poës. SlSS. fol. 20:}, col. 4.
AvocACiON. Eabl. MS. du R. n- 7015, T. II, fol. 190, V» col. i.
Adv()(|«ier, vcvhc. A|)peler. Évoquer.
Du latin Ailvoca)'c, ou a fait Advoquev, avocer,
etc. proprement aiipeier, faire venir à soi. « L'on
<■ a jour de gareiis amener, selon le leuc, où il dit
« que il sont, quant l'on les avoce. » 'Assis, de
Jérus. [). 7'i.j > Uuant celui ([ui a ses garens...
« avocliics amené/, en la Court, il doit dire par son
« Conseil au Seignor, etc. ■> (Ibid. p. GO. — Voy.
EvoQi EH ci-après.)
Quoique les verbes Advoquer et Evoquer, en latia
Evocare et Advocare, signifient tous deux appeler,
ils diffèrent néanmoins par les prépositions dont
ils sont composés. Il semble donc qu'on ait con-
fondu la signification de ces mêmes prépositions,
lorsqu'on a dit Advoquer, pour Evoquer, propre-
ment appeler, faire venir de quelque lieu ; en ter-
mes de procédure, tirer une cause d'un tribunal à
un autre. " La Cour souveraine ne devra avoquer
'■ causes pendantes indécises et commencées par
" devant les Justices inférieures, sinon par voye
« d'appel, ou en cas de dilation ou dénégation
.. de Justice, etc. » (Coût, de Bouillon, au nouv.
Coût. gén. T. II, p. 810, col. 1.)
.\DVOQUER. Ord. T. V. p. 426.
Avocer. Assis, de Jérusalem, p. 74.
AvocuiEn. Id. ibid. p. GO.
AvoQUEn. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 8Wj, col 1.
Advou, subat. masc. Reconnoissance, déclara-
tion. Réclamation. Approbation, consentement.
Ménage a cherché l'étymologie de ce mot dans
Advocacium, qu'il dérive du latin Advocare. Mais
si, comme il y a lieu de le croire, AdvouercsKormé
de ce verbe latin, il semble qu'il auroit pu dire,
avec Gaseneuve, que du \erhe Advouer,aveuer, etc.
déclarer, on a fait Advou, Aveu.
Ce mot signifie déclaration en général, confes-
sion et reconnoissance. (Nicot, Dict.) « Selon ce on
•' dit en matière féodale, bailler adveu parle Vassal
« h son Seigneur de fief, qui est le dénombrement
" et déclaration par le menu des choses esquelles
« se consiste le fief tenu de luy, auquel est en teste
« Vadvcu dudit Vassal, c'est-à-dire, la reconnois-
« sance et confession par escrit que le Vassal fait
« de tenir dudit Seigneur feodalles choses conte-
" nues audit dénombrement qui s'ensuit : à cause
•' de laquelle intitulation dudit dénombrement,
" icelle déclaration mesmes est appelée adveu. »
Id. ibid.i Cette distinction de l'aveu et du dénoin-
(1) Églises. - (2) Monastères. — (3) Hôpitaux.
AD
- 158 —
AD
bremcnt ou déclaration, dinU il est suivi, est justi-
fiée par l'ancien usage, suivant letiucl les Vassaux
Advouoïenl en gros seulement, ce qu'ils tenoient de
leurs Seigneurs ; mais ceux-ci pour empêcher la
fraude de leurs Vassaux, les obligirenl dans la suite
à en faire le dénombrement, la déclaration par le
menu. Ces termes employés dans la délinition du
mot . !(/!'(•», par Nicot, expliquent celui de minu,
dont plusieurs Coutumes se sont servi pour signifier
déni)uibrement. « Tous sujets teuans fiefs et juris-
« diction, bailleront leurs iitlveux- et minus dedans
« l'an à compter du jour qu'ils sont venus à nou-
voile possession desdils fiefs. » (Coût. gén. T. II,
p. 770. — Voy. Laur. Gloss. du Droit fr. au mot
Adveu.,
Ces déclarations, ces dénombrcmenséloientdonc
distingués de l'ailvcu. Dans la coutume de Vilry,
article lir>, on entend par adveu et dénombrement
des hommes et femmes de corps, Vai'cui\\ie le Vas-
sal donne au Seigneur féodal, avec le dénombre-
ment de ses terres et droits. (Voy. Laur. Gloss. du
Dr. fr.) L'oubli de cette distinction a souvent fait
confondre les aveux et les dénomhremens. De là,
ces termes pris indilléremmenl eu matièîre féodale.
(Voy. Douteill. Soni. liur. p. .MO, note.) « On dicl
« déclaration pour les héritages roturiers que le
« propriétaire et tenancier est tenu bailler au Sei-
« gneur censier. « Id. ibid.^ Quoi qu'il en soit de
cette remarque, elle ne peut être générale puisque
plusieurs Coutumes ont employé comme synonymes
les mots adveu et déclaration. (Voy. Laur.
Gloss. du Dr. fr.)
On peut consulter Loisel, 'Instit. Coût. T. I,
p. 20;) et Du Cange, (Gloss. lat. col. 177 et seq.) sur
l'origine et la nature des aveux. Anciennement
l'aveu et la foi se faisoient dans le même temps.
(Voy. Ord. T. I, p. "270, note.) Et les contestations
en matière d"/l 11^)/, se torminoient parenquêtedans
les Justices Royales, et par le duel dans celles des
Seigneurs. (Voy. Ibid. p. '277.)
Pour entendre ce que signifient les expressions
« droit de nouvel adveu, adveu de servitude », il
faut savoir que suivant la Coutume de Berry,
« tous estrangers venans demeurer on la dicte terre
«' et justice devenoient gens franchs, du Seigneur,
« par demeure d'an et jour, si dans l'espace de ce
lems ils n'avoicnt f lit adveu de servitude ez Sei-
" gneurs ayans (/rrt/c/ f/c HOHiv'/ ru/ir». » fLaThnu-
mass. Coût, de Berry, p. 'i(t8. Id. iliid. p. "211.) Ces
adveux, comme on voit, se donnoient par les Au-
bains on Étrangers, au Seigneur dans la terre
duquel ils venoient s'établir. Les Vavasseursavolent
droit de nouvel adveu. En conséquence ils succé-
doient « pur droictde mortaille h tous et chacuns
leurs hommes et femmes serfs décédés sans en-
« fans, etc. » (Fd. ibid. p. 201.)
C'est un axiome en jurisprudence féodale, que
VAdveu emporte l'homme, tant en matière civile
que criminelle. (Voy. Ord. T. I, p. 137.) Il y avoit
pourtant exception, lorsque le criminel étoit pris
sur le fait. « Se aucune justice prend un bons le
' Roy, ou aucun juslisable (|ui au lîoy &'avoe, en
« quelque meschief (jue ce soit eu présent fet eu sa
« justice on en sa Seignorie, et il noie (t i le [u'esent,
« la justice qui le suivra, si prouvera le présent par-
« devant la justice le Roi.... et le présent prouvé
« loiaulment ou conneu, l'en le rcndroit en la Cort
« de ceux ([ui le teudruieiil pour justicier ; et se li
" présent n'est prouvés soiilTisammeut, il demoer-
« roit en la Cort que il aura avoé, pour justicier
" par la Coutume de Baronnie. » (Ord. T. 1, p. 247.)
Mais en général Vaveu emportoit l'homme, c'est-à-
dire qu'il étoit justiciable de corps et de meuble, où
il levoit et coucboit. Ainsi quand il éloit poursuivi
pour le délit commis, en s'avouant du Seigneur
sous le(iucl il levoit et coucboit, il devoit être ren-
voyé eu la .Justice de ce même Seigneur. Il eu étoit
de même lorsque le Seigneur rti'o»r)/7, rcilemaudoit
lui même son homme. (Voy. Ijoisel, Instit. Coût.
Liv. I, lit. 1, règle 20.)
On trouve dans cet ancien usage l'oiigine de
l'expression subsistante, « gens sans aveu. » L'au-
teur du .lournal de Paris, sous Charles VI et VII,
p. H),"), a (lit en parlant de Larrons et de Brigans,
« faisoient tant de manlx que nul ne le diroit, et si
« n'avoient point d'aveu et nu\ cslanàavl. ■>
Xous remarquerons ici que les .{ilveux, dès le
commencement du xiv siècle au plus lard, étoient
connus sous le nom û'Advocaliones, et que dans
plusieurs Coutumes, on lit nommée pour adveu,
(Voy. Nouv. Traité de Diplom. T. I, p. /i20. — Laur.
(îinss. du Dr. fr.) Celte remarque servira peul-ctreà
r'oiiili'(! |)lus sensible le rapport des acceplions parti-
culières de ce mot, avec l'acception générale appe-
ler, indiquée sous différens articles, telsqu'.lf/i'OfO-
tion, Advorjuer, Advouer. En effet Adveu dans le
sens de reconnoissance, déclaration, acte par
lerinel un Vassal nomme le Seigneur dont il relève,
exprime une idée liée en quelque sorte à l'idée gé-
nérale d'Advoquer, appeler.
De même, dans le sens de réclamation, revendi-
cation. (Voy. AiivoLKR ci-après.) » La vindication et
« desponillement de meubles, est appelé Adveu,
'< dont mention est faicteenquehiues Couslnmes. «
(Gr. Coût, de Kr. Liv. II, p. IX).) Celle action
« compète à celuy qui demande la chose qu'il main-
« tient (qu'il appelle) sienne, luy eslre restituée. »
(Ibid.) « Faut noter que pour simples meubles, l'on
« ne peut intenter complainte possessoire; ains en
« iceux échet adveu et contr'adveu, s'il n'étoit
« question d'université de meubles, comme en
« succession collatérale. » (Laur. Cdoss. du Dr. fr.)
De là, mettre adveu a signifié réclamer, peut-
être saisir en réclamant. « Se aucun habilanl de la
« ville et cité de Bayonne, veut mettre ban, adveu,
« arrest ou autre empeschement sur aucune chose
« meuble, ou sur les fruicts pendens en chose im-
« meuble, etc. » (Coutuin. gén. T. II, p. 714.)
(1) nejn/, nie.
AD
— ir.'.t —
AD
Advcii dans ce passade, seiiil)lc it'pondro au inol
sauveji'arde. (Voy. (!r. ('.oui. de l'r. Liv. Il, !>. I.T..)
Lorsque celte aclion ii'c'loil pas fondée, et (|ue
VAdvru avoit viédcncnioil applcif/é, fameudeéUiil
(le soixante sous. (Voy. C-imiI, de Tours, au Coul.
gén. T II, p. '2.").)
Ij'Adi'CU (tpjilcijc avoit lieu, tant ixnir les cImiscs
mobiiiaires qu'ininudiiliaires. I, 'ancienne Container
de Poitou, (Liv. Il, chaii. 'il, arl. 2), le distingue de
VappU'dcinent. " Advcus applcac::, ont convenance
n avec applc'i^emens, en lant(|u'est de donner piège,
« et que la ciiose est tenue en main de court; et se
« dillerent d'applégenienl et se concordent avec
« demandes simples en tant ([ne avec la possession
« est traite de la propriété; et îi perdre la cause
« par contumace, il convient quatre dcfaulx comme
« en demande simple, et l'amendi! n'y est (pie sim-
« pie, et en applégemcns, elle est de siùxaute sols
« un denier tournois. » (Voy. Laur. (Iloss. du Ur. l'r.)
On a substitué dans la suite à cette f(U'me de
procéder « une poursuyle civile ou criminelle pour
« la restitution des meubles, dont par requcste
« présentée au Juge on peut demander l'exliibilion
« pour la reconnoissance. « \(^v. l'.out. de France,
Livre II, page 135.)
Nous disons encore Aveu pour approbation, con-
sentement ; signification empruntée du verbe Au-
voL'ER ci-après,"et que l'on trouve dans cette ancienne
façon de parler, c/i6'oir f H rtf/DCii. « Officiers... que
« eulx... voudront avouei', et qui cherront en ave;/,
« c'esl-à-dire, qui seront dans le cas d'être avoués,
« approuvés. » (Voy. Ord. T. Y, p. 52-4.) On nediroil
plus à mon adveu pour de mon aveu. (Voy. Nicot,
Rob. Est. et Cotgr. Dict.)
VAHIANTES :
ADVOU. Ménage, Dict. étym. au mot Adveu.
Adveu. Nicot, Rob. Est. et Cot^r. Dict.
Aveu. Orth. subsist. - Ord. T. V, p. 524.
Advouaison , s»/;s^ fém. Protection, garde,
défense. Patronage.
On a souvent employé ce mot, le même qu'Ao-
vouERiE ci-après, dans le sens de protection , garde,
défense. (Monet, Dict. — Pithou, Mém. surles'Com-
tes de Champagne et de Brie. — Laur. (iloss. du
Dr. fr. etc. etc.) Les Eglises, Abbayes et Monastères,
fondés dans l'étendue d'une Seigneurie, éloient
presque toujours sous la protection du Seigneur.
De là, on a dit : » Quant à nos fées, soit enquis des
« églises cathédrales, perochiales et religions, et
« de mesons de religion et de hospitals... quex
« sounlde nostre flvoHSou... et par quex ilz ount
« esté sustrelz. » (Britton, des Loix d'Angl. fol. 27.)
Ces sortes d'usurpations auroient été vraisem-
blablemenl moins ù craindre, sans les droits utiles
et honorifiques attachés à la garde ou protection
des Eglises. Tel est le droit de Patronage , désigné
par Avo«'SO/i dans ce passage: « Fées et... Avowsons
« de Esglises... que dyvent estre tenus de nous en
. cliicfe, etc. " 'Id. ibid. fol. 27, \". — Voy. Tenures
de Littlet. fol. 121, U°.)
VAniANTES :
AbVoUAISON. Cot. Dict. — Skinner, voc. forens. Expositio.
\i.s.ii:si).N. Pitliou. Coût, de ïroyes, p. 540.
.\h\(iisoN. liorel, Dict. au mot Advnerie.
.\voisr)N. Chron. Saint Denys, T. II, fol. 2Gi.
AvousoN. Uritton, des Loix d'Anal, fol. 27, R".
Avowso.v. Tenures de Littleton, fol. 121, R».
Advouateur, subst. musc. Celui (jui réclame.
Plusieurs de nos anciennes Coutumes ont em-
ployé ce mol, pour désigner celui qui Advoue, qui
réclame son bétail pris en dommage sur l'héritage
d'aulrui. (Voy. Du Cange, Gloss. lat. ubi $upra.)
« \,'Adi'()ualt'iivei[ tenu resarcir(l) ledommageque
« le beslail aura donné. " (Coût. gén. T. II, p. G."i2.)
11 avoit encore quelques autres significalions
particulières, analogues à celles du verbe Advouer
ci-après. (Voy. Cotgr. Dict.)
ADVOUATEUR. Cotgr. Dict.
Advoateur. Du C. Gloss. lat. col. 193, au mot Advocator.
AdvoiK', siiJtKt. fém. Avocat. Champion. Pro-
tecteur d'une llgiisc ou Abbaye. Officier municipal.
Tuteur. Mari, l'upille, mineur. Prolecteur, défen-
seur. Seigneur. Vassal. Père et Fils adoptifs.
La signification propre â'Advoué, participe du
verbe Advoier ci-après, employé comme substantif,
est la même que celle d'AnvocAT ci-dessus. L'un et
l'autre ont désigné celui que la nécessité el les loix
nous obligent d'appeler à notre secours contre l'in-
justice et l'oppression.
Anciennement dans les Cours oi^i l'on jugeoit par
conjure (2), il falloit que les Clercs, Bourgeois,
Veufves et Damoiselles, parce qu'ils jouissoient de
certains privilèges, se présentassent paradvoué qui
ne fût bourgeois ne clerc. Il devoil être « couchant
" ou levant du Seigneur... afin, si faute y avoit en
« celuy pour qui il seroil advoué, que le Seigneur
" s'en peusl traire h luy, el esloit tenu Vadvoué de
« l'amender pour l'autre. » [Bouteill. Som. Rur.
lit. VI, p. 35.) Dans la suite, on abolit cette forme de
procéder, comme l'observe l'éditeur. (Ibid. p. 38,
note (e). « Mon vieux praticien (ajoute-t-il) appelle
« ii/H/j«/7/c?'S les .lf/i'0»es, ceux qui ont adveu de
« partie pour plaidoyer pour li. » (Voy. Ava.ntp.\ruer
ci-après, el Advocat ci-dessus.)
On sait que, durant plusieurs siècles, les duels ou
gages de bataille, ont décidé trop souvent de l'inno-
cence et de la fortune de ceux qu'altaquoienl l'in-
justice et la calomnie. Lorsqu'on n'étoit pas en état
de combattre pour sa défense, soit qu'on en fût
dispensé par son âge, son sexe , soit par quelque
autre raison, on ponvoïl advouer quelqu'un, l'ap-
peler à son secours. Alors on venoil devant le Juge,
i> le gant en sa main pour jeter le gage et prouver...
'< par son advoué l'offense qu'on avoit reçue ; » et
l'on disoit : « Je proleste et retien que par loyale
(1) rcsîircire, réparer. — (2) Ce sont les coiijuratores de l'époque mérovingienne. - (n. e.)
AD
IGO
AD
« exoine (1) de mon corps, je puisse avoir un gentil-
« homme pour celuy jour mon ailvoué qui en ma
« présence, si je luiis, ou en mon absence, à l'ayde
« de Dieu et de .Nostre-Dame, fera son Ical devoir ù
" mes porils, cousis et despeiis, comme raison est. »
;01ivier de la Marche, gage de hal. fol. I i, l{\ —
Id. ihid. fol. oô, V». — Vovez La Colomb. Théàl.
d'hunn. T. II, p. 100. — Sauvai, Histoire de Paris,
ï. II, p. Gô-2. - Ord. T. I, p. '2\i. — Du Caugc,
Gluss. hi(. au mot Campiones.; « Jour de halaille en
» est prins lellemenl, (lu'clie se doit delTeiidi'c par
« mv^advoiiL'. ■> J'ercef. Vol. III, fol. loi, IV col. 1.;
Ces advouL'S, dont on peut lire les devoirs et les
fonctions, dans Olivier de la Marche (Cage de bat.
fol. 1 i, 15 et 1G\ ctoicnl aussi nommes Champions.
On trouve » la manière de présenter le l'Iiinii/iinn
" ou .\(lvoui\ au ctiamp, armé à cheval, el la forme
« des présentations et protestations de champ îi
« pied. ■■ (Bouteill. Som. Rur. p. 881 et suiv.)
Lorsque les fiefs furent donnés à l'Eglise, on ne
les changea pas de nature. On les donna avec leurs
chai'ges et leurs prérogatives, de même que s'ils
avoient été donnés à un Leude. Ainsi les Kvéques
et Abbés furent obligés de conduire leurs Vassaux
à la guerre, et de leur rendre justice pendant la
paix, comme faisoient les autres Leudes; ou d'«f/-
vouei- un Seigneur (jui remplit pour eux l'un et
l'autre de ces devoirs. De là, l'origine de ces Ad-
voiics, en latin Advocali, dont la principale charge
étoit d'aci|uitter les Eglises et Abbayes du service
militaire auquel elles otoient sujettes; d'adminis-
trer la justice à leurs Vassaux, de maintenir ces
Vassaux sous le joug de l'obéissance, lorsqu'ils
vouloient s'en affranchir; de défendre enliii les
droits et biens temporels de ces Eglises et Abbayes
contre les entrepi'ises des Seigneurs qui seroient
tentes de les usurper.
Il étoit naturel de ne confier celte charge qu'ù
des ijcrsonnes dont la naissance etlcrangégaloient
l'auloi-ité. Aussi voyons-nous dans les pliis "anciens
monumens de notre Histoire, que les Rois, les Ducs,
les Comtes ne dédaignoient pas d'être les Àdvoiiés,
les protecteurs et défen.seurs de l'Eglise. Charlema-
gne, que le Pape Adrien 1" appela' à son secours
contre le Roi des Lombards, mérita par son zclo le
litre d'.idvoué de l'Egliae de S' l'ierre , au rapport
d'un ancien Historien, cité par Du Chesne (Géncal.
de Déth. p. i-2.) La dignité (ÏAdvoué d'Arras ou de
Iteniinie, éloit héréditaire.
On pourroit se tromper sur la vraie signification
du Uirc d'ndvoué que prenoienl les Seigneurs de
Béthune et d'Arras, si l'on ignoroit ([ue te domaine
de ces deux villes leur appartenoil en propriété.
C'est donc parce (lu'ils en étoicnl Seigneurs, et en
même temps Advoiiéa de l'abbaye de S' Vaast, (|u'ils
se qualilioient ,lrfi'o/u'S rf'.ln-rts et de liéthune , en
attribuant ii leur Seigneurie le titre de leur dignité.
Il faut dire la même chose des Advoués de Tlié-
ronenne, de Tonniay, rf^ B^-^î/es, etc. qui prenoient
ce litre, comme prolecteurs des Eglises ou des
abbayes célèbres, fondées dans l'élendue de leur
domaine. Gautier II du nom , Seigneur de Tenre-
monde, parce (ju'il étoit Advoiu' de S' Ravon de
Gand, i)renoit de même laiiualité d'Advoué de Ten-
reiiKinde. (Voy. Du Chesne, Généal. de Réth. p. 14,
l."i el suiv.) 11 esl l'ait inenlioii dans les Congés de
J. Itodel, d'une Dame de Teuremonde Avoeresse de
liéthune. Lq Poêle, en parlant d'elle, s'exprime
ainsi :
Mais seur toutes celcs dou monde,
Vueil que tu m'en salues une ;
V Avnercxsc de lîétune,
Plus courtoise ne sai nisune (2),
C'est la Dame de Tenremonde ;
Diex qui la list en prime Lune,
Mete en li volenté aucune,
Que sa bonté seur moi r'abonde.
Cmfii de .1. de KoM, ,MS. do Gaifnal, fol. 228, V col. 9.
Les Advoués éloienl héréditaiies, lorsque le fon-
dateur d'une Eglise, Abbaye ou Monastèie, s'en ré-
servoil Vadvourrie pour lui, ses descondans et suc-
cesseurs ; ou lorsque nommant un ailvoué par la
Charte même de fondation, il ordonnoit (lue celte
dignité çasseroit îi sa postérité. Mais « c'est estât
« (rrti'oc estoit qnehiuefois en l'élection du Monas-
« tère par privilège exprès de la fondalion, si (ju'il
« esloit en la puissance des Moynes d'en pourvoir
« ou destituer à leur discrétion. » (Pilhoii , Mém.
des Comtes de Champagne et Rrie, p. 547. — Voy.
Du Chesne, Généal. de Réih. p. 17.) Alors ces Ad-
voués électifs ne pouvoienl transmettre leur dignité
à leurs héritiers. " Toutefois par succession de
« temps, et au moyen de divers traitez faits avec
" les Abbez... la pfuspart de tels advouez obtinrent
« que leurs charges passèrent en hérédité ;'i leurs
>' descendans. » (Du Chesne, ubi suprà, p. 18.)
Le l'ûvc d' ad voué , soit qu'il fut héréditaire ou
électif, ne pnuvoit jamais déroger à la garde du
Souverain. Ainsi nos Rois, en confirmant la nomi-
nation ou l'élection des Advoués, ne faisoient peut-
être iiue renouveler la mémoire d'un droil, ([ui par
sa nature étoit imprescriptible. Du moins ces con-
firmations (ju'on leur demandoil et qu'ils accor-
doicnt, n'étoient pas toujours nécessaires. (Voy.
Du Chesne, Généal. de Bélh. p. 17.) Les Ofliciers
dépendans des Comtes ne pouvoienl être Advoués.
(Voy. .lourn. des Savans, Juin 1750, p. 970.)
Ces «(/l'Oiic's, à l'imilation des Comtes qui convo-
qnoient en temps de guerre la noblesse de leurs
Provinces, assembloient, quand il en éloit besoin,
les va.ssaux et les hommes des Eglises ou Abbayes,
pour les mener contre les ennemis. Ils porloient
[lour enseignes les bannières des Eglises. De là, ils
oui été nommés en latin Signiferi , VexilLarii ; en
fraufois, Go)ifa}iniers ou Coufalonuiers, d'une es-
pèce de bannière aiipelée Confalon ou Conjanon.
(Voy. Du Chesne, (iénéal. de Beth. p. 28 el 20.) Les
Advoués, dit le P. Ménestrier (Mém. de la Chevale-
(1) excuse qu'on allépne pour n'avoir pas comparu à une assignation. Voir Du Cangc à Kssonki. (n. e.) — (2) La racine
est nec ipsam unam, aucune. (N. e.>
AD
i(ii -
AD
rie, p. ICO), etoienlaux Eglises, ce que les Cheva-
liers bamierels étoieiit aux Souverains. Le (Jeiilil-
lioiiiine fi (|ui on fait porler encore Ions les ans la
bannit're de S' Claude, en liouii^o^ne , représente
l'ancien Advoné on Chcvitlicr de ce Monaslcre.
(Id. il)id. (i. ;i(> ;
S'ils s'occu|ioienl, connue ils dévoient le faire,
de l'administralion inU-rieure et civile des Ef^lises
on Alihayes, on les ([nalilloil Abbiis ini/cs. (llist. de
l'aldii" Suider, Itissert. I, T. 1, p. Il ; on loni siniple-
uicul. Hrcliiy. Ou lit dans une Charte de donation
faite, en 87G, ù rci;lise de Urioude, et acceptée par
Bernard Comte d'Auvers'ue : « IJcrnardus Cornes
>' super ipsam Casam Dei Hector pneesse videtur. »
(Voyez fialnze llist. gcnéal. de la M. d'Auvergne,
T. II, page ;{.)
L'impossibilité de suivre en temps de guerre, les
détails de cette administration, obligea les Eglises
et Abbayes d'avoir quelquefois plusieurs Advoués.
K Mais ils dépciuloicut tousgénc'raiement d'un seul,
i. (lui à leur csgard csloit appclh' (•(nnmuuémcnt
« principdl , (j)'(i)id et .sH/y/vHiC lulvoiié ; et eux
» quelquefois rtr/ii(j»('j sim|ilement, par l'ois, ad-
« vouez- moindres et inférieurs , et quelquefois
" souhiddiuniex-, L'u\n\\t\siil)(tdvocati. >>(l)uChesne,
Céiu'al. de Hi'lh. p. 'il. Tandis que ceux-là proté-
gcoient les Eglises par la force des armes , ceux-ci
les défendoieut en justice, par le secours des loix.
On leur donuoil pouvoir de rechercher tous
les droits des Églises ou Monastères dont ils étoient
les arfi'oi/t's; de poursuivre et défendre ces droits
dans les assises publiques, ou dans le Palais, devant
les Vicaires, les Comtes, les Commissaires du Roi,
le Comte du Palais et tous les autres Juges, avec
promesse d'avoir agréable et de ratifier tout ce
qu'ils feroient en conséquence de ce pouvoir gé-
néral. (Voy. Append. de Marculf. form. ix.) Les plus
anciennes Chartes nous apprennent qu'en effet ils
comparoissoient, en justice comme Advocats et
Procureurs des Églises ou Monastères ; que les do-
nations se conféroient en leur personne. (Pithou,
Mém. des Comtes de Champagne et Brie, p. 546,
— Voy. Pérard, IL de Bourg, "p. iAS, tit. de 8C8 ;
p. 153, tit. de 876, et Ibid. p'assim.)
C'étoit aussi sur eux (pi'on se reposoit du soin
de rendre la justice. Comme Juges, ils avoient
certains droits, « tant es amendes de Court qu'au-
« très revenus des Églises. » Ces droits étoient si
considérables, que c'étoit accorder une grâce à une
Église que de lui permettre de n'avoir qu'un
Advoiié. Le Concile de Ratisbonne tenu vers 1104,
les modéra, en les fixant à la troisième partie des
bans et amendes. (Voy. Pithou, Mém. des Comtes
de Champagne et Brie, p. 546 et suiv.) 11 est
souvent fait mention .. es anciennes Loix de France
« de Charlesmagne, Loys et Lothaires, recueillies
« par Ausegisus Abbé, des Advoués ou Protecteurs
« des Eglises ou Monastères, auxquels les Évè(iues et
" Abbés bailloient quelques droits et prérogatives
« qu'ils tenoyenl en fief. » (Gr. Coût, de Fr.Liv.lI,
p. 192, note.)
I.
Ce ne fut (jue vers la fin du xi' siècle et le com-
mencement du xn' que les Villes et les Provinces,
i'i l'exemple des Eglises et Monastères, eurent aussi
des Ailvoués auxquels on confia le gouvernement
des unes, et l'administralion du revenu des autres.
" Ils prcuoyent aussi f]uelque part es revenus de la
" ville, communauté ou pays, et spécialement es
" amendes, d'autant qu'ils avoient esgard sur la
« justice de laquelle ils estoient comme surin-
» tendans et tenoient souvenics tdis en fief ces
« gages ou revenus ; d'où |)eut venir qu'encore à
'• présent en plusieurs endroits de la France,
« le droict de justice est appelé droit de voirie
■■' ou vouerie. » (Pilhou, Mém. des Comtesde Cham-
pagne et Brie, ]>. 54t>.)
Tliibaut, Cduite de Ferette, fut établi advoué
de la terre d'Alsace pour la défendre contre l'in-
vasion des François. (Voy. Du Chesne, Généal. de
Béth. p. 14.) Simon de Montfort, api'ès la reddition
de Carcassonne, demeura dans la ville, comme
Séiiesclidus ou y'oiers. (G. Guiarl, .ms. fol. 91, V° —
Voy. \ ni E ci-après.)
Les Advoués, dans plusieurs villes, avoient
« l'Office d'esti'C les deffenseurs de tous les Boui--
« geois et Bourgeoises.... et des habitans; d'avoir
» soin pour les" mineurs orphelins, et la cou.ser-
« vation de leurs moyens ; de faire entretenir et
« observer les privilèges, coustumes et statuts,....
« de delTendre les droits de la Commune. » (Coût,
de Bailleul, au nouv. Coût. gén. T. I, p. 956,
col. '2.) Les villes Suisses, en 15!'i, avoient des
Advohiers. (Voy. Lett. de Louis XII, T. IV, p. 47.)
M. de Foncemagne, (Extr. de la i" Kace, ms.
p. 274 et 275,) rapporte un certificat donné par un
Évéqne à un Prêtre allant en Espagne, conçu en
forme de Lettres de recommandation, remarijuables
par le titre de l'inscription et l'ordre des dignités
des Comtes, des Tribuns, des Avoués, des Cen-
leniers à qui elles sont adressées : « Tribunis,
« de/feusorihus. centenis, et hominibus publica vel
« Ecclesiastica agenlibus. >■ La Coutume de Mons
place Vadvoué entre le Vicomte et le Maii'e. « Si
« bon semble auxBaillif, Prévost, Vicomte, .If/i'ocf,
« au Majeur. » (Coût. gén. T. 1, p. 821. ) Il semble
que cet Officier municipal éloit supérieur aux
Maire et Échevins.
Qui le justice lienent, com plus sont grant Seignor,
Bien soient Arw:, Esquivins ou Major;
Mais por droiture faire, com plus ont de labor,
Tant aront devant Diu plus de bien et d'onor.
Vies des SS. MS. de Sorb. Chif. XXVII, col. Î3.
Il y avoit d'autres villes où l'on nommoit des
Advoués ou Tuteurs publics aux enfans mineurs et
orphelins. « Les Avouez ou Tuteurs des enfants
« mineurs et orphelins de la Cale d'Audenarde,
« connoissent et ont la jurisdiction de cinq espèces
« ou sortes de maisons mortuaires de Bourgeois
« ou Bourgeoises de la ville d'Audenarde, dont
« l'appel rèssortist en la Chambre du Conseil de
« Flandres. » (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1061,
col. 1.) Ces Advoués ou Tuteurs publics, sont
21
AD
— If.-2 —
AD
appelés SoKi'f)'rt/Hs .l(/i'OHt's, dons la Coulume «le
Sainl-Omer. »Puurg:ouveriier le faicl des Mineurs....
« les... -Mayeiir el Ksdieviiis, selon leur institution
« el le povoir (ju'ilz ont par icelle.... créent par
« chacun an deux Souverains Ailvoe::, ausdicls
« orphelins, de deux de leurs compaignons d'Es-
« chevinages, les(iuolz aveeq deulx des dix Jurez,
« pour la Conimunaullé aussi par eulx à ce
« ordonnez, onl la cognoissanee du faiet desdictz
« orphelins, de leurs corps et de leurs biens. »
(Nouv. Coût. gén. T. 1, p. '290.)
Les devoirs d'un Tuteur à l'égard de son Mineur,
ceux d'un mari à l'égard de sa femme, ont un
rapport sensible avec les obligations des Avoués
des Églises et des Villes. De là, le mot Advoué s'est
dit pour Tuteur. « Les Souverains Advoez ont ac-
« coustumé commectre aus.... mineurs d'ans,
<• deux Advoez- el Tuteiirs particuliers.... lesijuelz
« .tf/i'Ofx.etTuteursonU'administration particulière
« des biens d'iceulx mineurs d'ans, cl sont tenus
« par chacun an de rendre compte par devant
« lesditz Souverains Advoez- de ladicte adminis-
« tralion. » (Coût, de Saiut-Omer, au nouv. Coût,
gén. ï. I, p. -i'.tO, col. 1 etti.)
Pour mari dans un titre de 12i."). ■■ C'est ven-
« daige el cesle ([uitance avons fait parle créance
« mon aisné hoir .Mehault me fille et sen Advoé
« qu'elle prist, Pieion d'.\ubeigni. Chevalier. »
(Du Chesne, Généal. de Déth. pr. p. 132.)
. . . Marie est lors assignée
Au bon Joseph son Ailvoué.
Hisl. des 3 Maries, en vers, MS p. fil.
On s'est aussi servi du moi Advoué pour désigner
un Mineur, un Pupille, (lui est sous la tutelle, la
protection, la garde de son tuteur. (Voy. Advockiuk
ci-après.) " Il est couslume en Champaigue, que se
» enfens noble demeurent de père el de mcre,
« soient noble de père ou de mcre, se il y a hoir
« ainsné, il doit avoir l'avouerie de ceaulx qui sont
« soubzaagiés, et tant comme il seront en avouerie,
« li Avoués n'en perdront ne gaigneront. » (Pilhou,
Coût, de Champagne, p. iii.)
Par une extension naturelle de ces acceptions
particulières dérivées toutes de l'acception propre
indiquée au commencepient de cet article, le mol
Advoué a. signifié prolecteur, défenseur; soil que
celui qui protège soil appelé au secours, soil qu'il
y vienne de lui-même.
.... sa tière li calengoit,
Pour cou qu'éle Avoé n'avoit;
Mais li preus Chevaliers al cigne,
Ki le cuer ot et juste et digne,
Envers le Duc li kalenga ;
La tière et la Dame en sauva.
Ph. Mousk. MS. p. in cl \K.
.... dlex soil leur Arh'ouez,
Et leur doint de li cognoissance.
Hist. des 3 Maries, en vers, MS. p. 110.
L'idée générale de protection, attachée à ce mot,
l'a fait employer en parlant d'un Roi, d'un Chef,
d'un Patron ou Patronne, Saint ou Sainte dont on
iuvotiue, dont on réclame l'assistance.
Constantin ont à Hoy eslit,
Sans respit et sans contredit
L'ont à i;rant joie couronné ;
Sy en ont fait lor Avoué.
Uom. du Drut, MS. fui. 50, R' col. 1.
.... cil n'avoient nul refui
En toute Grèce fors en lui ;
Par son conseil et par son gré,
Firent lirutuin leur .\voé.
Ibid. fol. 2, V col. I.
On a dit : « Sire, je vous supplie pour l'honneur
■' de voslre Advoé M. S' Denys. » (l'abri, arl de
lUiét. Liv. 1, fol. 1)3, V°.)
Sainte pucelle, Vierge Marie,
Vierge vaillant, Vierge llorie,
Nostre joie, nostre espérance,
Nostre Avoé, etc.
Les quinze Allcgr. de la Vierge, MS. p. 1.
Les Seigneurs doivent leur protection aux
Vassaux qui la réclament. De lu, le mot Advoué
s'est pris pour Seigneur, dans ce passage, où les
Xoriiiands, en pariant de leur Duc et de son lils,
s'expriment ainsi :
Xous amasmes Guillaume nostre bon avoé
Et son fiz amison (1), s'il traisist (2) à bonté.
Uoni. de Rou, MS. p. 87.
Il semble que c'est en ce sens (|u'un ancien Poète,
esclave de sa fidélité en amour et de sa constance,
a dit figui'ément :
.... loiauté est ma droit avoéc ;
Ce fait èle que je vueil mon damage.
Ane. Poûl. fr. MSS. avant 1300, T. II, p. 585.
Pour Vassal, soit qu'on le considère comme
protégé par sou Seigneur, ou comme réclamant sa
protection. (Voy. AnvoiEii ci-après.) \h\ Roi de
France, disoil, en parlant de Richard Duc de
Normandie :
Jà tenez en prison Richart nostre Advoé.
Rom. de Rou, MS. p. 71.
Enfin adopter quelqu'un, c'est Vadvouer, le
reconnoitre pour son fils, l'appeler à sa succession.
De là, le mol Advoué a signifié celui (|ui a adopté,
el s'est iiris aussi pour l'aduplé. (Voy. Bouleiller,
Som. Rur. lit. xli.\, p. 536 ; et Auvolkiue ci-après.)
VARIANTES :
AliVOn:. Du Chesne, Gén. de liôlh. pr. p. 120, tit. de 123(5.
.\Dvoi-:. Alhis, MS. fol. 62, V» col. 1. - Du Chesne, Gén.
de la M. do Uéth. pr. p. 131, •134 et 139 , tit. de lii3, 1247
et 1252.
Advokt. Coût. gén. T. I, p. 821.
Advoiiieu. Lettr. de Louis XII, T. IV, p. 17.
Advove». Ménage, Dict. Etym. au mot Advoés. — Laur.
Gloss. du Dr. fr. - Mém. de Comines. T. ill, pr. p. 313.
Avoé. Du C. Gloss. lat. col. lOi et 113, au mot Campiones.
AvoEZ. Du Chesne, Gén. de liôlh. pr. p. 131, tit. de 1243.
Avocé. Id. ibid. p. 1:î2. tit. do 12'iô.
AvnuEKT. Id. ibid. p. 47, tit. de 1248.
AvoK. Les quinze Allegr. de la Vierge, MS. p. 1.
AvoLE. Ane. Poit. MSS. av. 1300, lit. II, p. 585.
AvoEHESSE. Fabl. MS. du K. n» 1218, fol. 62, V» col. 2.
(1) aimerions ; ce mot est formé sur amissem, pour amassem. (n. e.) — (,2) traitait : de iraxissei. (n. e.)
AD
— lO.f —
AD
AdvoiuMiuMit, siihst. tnasc. neconnoissance,
aveu, (lôclMiMlion. .luKcnicnf, décision.
Du verbe AiudiKii ci-dessus, on a UViiAdvourmrnt
au premier sens. « Sachiez.... ([ue de lié on ne va
« mie par avocment seloiic rusat;e dou pais, mais
« par i)ure veritei et par loial en(|uesle; ne por
« advouement n'esl en saisine de (ié cil de eui
« on Vavouc. » (Du Ciiesne, Cénéai. de Har-le-Diic,
pr. p. 33.) « Sur une simple recoiiiioissance et
« avonement des crimes, elc. ■> ;Mém. de Sullv,
T. III, p. 5().)
C'est encore du verhc Advoucr, déclarer, ap-
prouver, (lue ce mot a sit;iiilié ju2;ement, décision,
déclaration ou approbation judiciaire. •< Quant
" gent à qui Ton a la dellie conue en court...
« veulent estre pai(''s, doit venir devant le Seignor
« en la Court, et reiiuerre au Seignor que il li fasse
« paier si come il doit |)ar l'assise... et le Seignor
« li doit respondre ([ue il en fera volentiers ce
« que il devra par Vavoement de sa Court. » (Assis.
de Jérusalem, p. 13i.)
VARIANTES :
ABVOUEMENT. Du Chesne, Gén. de Rar-le-Duc, pr. p. 33.
Advéement. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis.
AvOEMENT. Du Chesne, Gén. de Bar-le-Duc, pr. p. 33.
AvoxjEMENT. Mém. de Sully, T. III, p. 50.
Advouer, verbe. Appeler, réclamer. Déclarer,
reconnoitre, adopter. Approuver, autoriser. Juger,
décider.
L'origine des acceptions figurées du participe
Advock ci-dessus, employé comme substantif, prouve
l'acception propre du verbe Advouer, qu'on peut
regarder comme une contraction d'AnvoQUER ci-
dessus, en latin Advocare, appeler. De h\ on a
dit: y avoue Dieu que si ferez. » (Nuits de Strapar.
T. II, p. 419.) C'est-à-dire, «je jure par Dieu, je
« l'appelle à témoin, que, etc. >>
On retrouve cette signification générale appeler,
dans celle d' Advouer, réclamer.
devez estre pitous
A ceuls qui ne sont pas coupables.
Réservez aucunes estables
De ceuls qui vous ont advoué.
Eust. des Ch. Poi-s. MSS. fol. 469, col. 3.
On a dit, en ce même sens : « Advouer l'arrest
« fait d'aucune chose par un Sergent; Advouer
« l'espave, pour réclamer une bête ou autre chose
« égarée. >> (Laur. Gloss. du Dr. ¥r.)
S'advouer de sa eouronne, c'étoit réclamer le
privilège de sa tonsure ou cléricature. « Si tost que
« le Juge lay par(,'Oit qu'asseurement est requis
« devant luy sur Prestre, et il s'advoue de sa cou-
« ronne, le Juge lay.... a ceste auctorité.... sur le
« Prestre, que nonobstant le Clergié, il le peut dé-
fi tenir prisonnier et le faire mener aux despens du
« Clerc son Ordinaire, et en sa présence faire bailler
« l'asseurance au lav qui la requiert. » (Bouteill.
Som. Rur. tit. x.\xiv, p. 233.)
Nous disons encore s'avouer de quelqu'un, pour
se réclamer de lui, s'en renommer, comme dans ce
pa.ssage : " Pour gens d'armes, n'en ay tenu aulcuns
" sur le pays; et se aulcuns y soiit tenus, eulx
" Adviiuaus de moy, ce n'a i)as esté iiar mon or-
« donnance. « (Le l'évre de S- Hemy, Ilisl. de Charles
VI, p. /i9.)
On disoit s'advouer pour queUju'un au même
sens. '< De trois hommes cpie prisl Chaslel-morant,
" l'un s'itdvoua pour le Duc de liourbon et
« Chastel-moranl l'ayant présenté au Duc son Sei-
« gneur, celui-ci lui sauva la vie. » (Ilist. deLovsIII,
Duc de Bourbon, p. 39.)
Anciennement, lorsqu'une partie appelloit quel-
(lu'un pour défendre sa cause en justice, elle étoit
obligée de l'advouer, de le reconnoitre pour son
Advoué, son Advocat. (Voy. Advocat et AnvorÉ ci-
dessus.)
Prudence a prinse la parole
En disant à déduit d'oyseaulx,
.4i'0(?:-vous ce damoyseaulx.
Qui a parlé derreniérement?
Guy, je l'firoe vrayement.
Gace de la Bijne des Dcd. MS. fol. 97, II'.
On ohservoit la même formalité dans les gages de
Bataille. " Pourra l'advoeat proposer son cas et se
« faire par son maistre advouer en la présence du
" Juge, et puis doit demander licence que son
« maistre puisse jetler son gant pour son gage,
« etc. » (Olivier de la Marche, Gage de bat. fol. l'r.,'v°)
■' Sire, voirement j'advoue ce que le Chevalier a
>• dit, car je mectz ma querelle du tout en luy, soit
" de perle ou de gaigne. En tandis que la Damoiselle
•> advouoit le Chevalier, le Chevalier contraire
« saillit, etc. » (Percef. Vol. I, fol. 115, V° col. 2.)
C'est par allusion à cette ancienne formalité,
qu'on s'est servi de la même expressifju dans un
sens plus général. Le Connélable de S' Pol ayant
refusé de remettre au Roi l'épée de Connétable^ lui
envoya des Ambassadeurs pour exposer les raisons
de son refus. Mais celui qui parla, « fut requis qu'il
" se feit advouer sur les parolles, comme avoient
« fait aucuns qui avoient proposé en cas pareil et
" autres, lequel ne fut point advoué desdits Am-
« bassadeurs; et pour ce fut tantost mené au Chas-
« tellet. » (Monstr. Vol. 1, fol. 180, R") « Un Carme
« ayant presché devant le Roy, le Chancelier lui
« ordonna de se faire advouer; et il le fut aussy
» tost par le Prévost des Marchands et les Eschevins
« qui l'avoient fait presrher. » (Id. ibid. fol. 106. V")
Advouer ainsi quelqu'un, c'étoit déclarer qu'on
regarderoil tout ce qu'il diroit ou feroit comme fait
ou dit par soi-même; s'en reconnoitre comme l'au-
teur, l'approuver, l'autoriser, acceptions figurées
et subsistantes de notre verbe Advouer. Cependant
on ne diroit plus : « Pour justifier la liberté que je
■< prens de vous dédier ce poëme, en publiant la
« bonté que vous avez eue de m'en advouer, elc. »
(Bérénice, Tragédie de Th. Corneille, T. VI, épit.
dédie, p. 4.)
AD
— iti'i -
AD
Ce même verbe employé dans la signification de
juiçer, décider, exprime une idée analogue à celle
d"avouer, déclarer, autoriser. >. Doit dire à la Court
'• qu'elle avuic ce qu'û en sera. « ^Assis. de Jérus.
P- '34.)
Si les Rois et les Seigneurs ont ete nommes
advouL'S, à cause de la protection qu'ils accordent îi
ceux de leurs sujets et vassaux qui la léclament,
on a pu se servir du verbe Advoucr, pour désigner
l'acte par lequel ceu.x-ci acquicrenl un droit à la
protection de celui ([u'ils nouuiieiit, iiu'ils déclarent,
qu'ils rcconnoissent pour leur Seigneur. De lîi, l'ex-
pression advoucr un lief, pour en faire hommage.
(Yoy. Du Cliesne, gén. de Bar-le-Duc, pr. p. 33.)
Richart, font li Danois, lai nous en France ester;
Toute voulon la terre à ton euls ^l) conquester.
Seignor t'en voulonz fere, se lu la veuz garder,
Et se tu no la veuls, à Ion euls avoer.
Rom. de Rou, MS. p. 133.
On disoil Advouer à Seiyneur, et quelquefois tout
simplement advouer, reconnoitre pour Seigneur :
Tant fti d'amours sousprins et tourmentez,
Que Dieu regny, et le Diable à Seigneur
Adifiie, aussi se jamais jeue aux dez,
Ne se femme touche, etc.
Eusl. des Ch. Poës. MSS. fol. 238, col. 1.
Sur la rivière de Dordonne
Se rengent et l'un osl et l'autre.
François d'une part, Anglois d'autre.
Cil qui le Roi de France aveueiit, etc.
G. Guiarl, MS. fol. 150, V.
VARIANTES :
.\DVOL'ER. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 4C9, col. 3.
.\DVEiEK. Id. ibid. fol. 231, col. 1.
Advoeu Gac^e de la liigne, des Déd. MS. fol. IIG, V».
AvKER. Du Cange, Gloss. lat. au mot Advocare.
.\VEUER. 0. Guiart, MS. fol. 3,37, V».
Avoer. Ord. T. I, p. '247. Gace de la Bigne, des Déd. MS.
fol. 97, R°.
.\voiEH. Assis, de Jérusalem, p. 1.3'f.
AvoïiER. Ph. Monskes, MS. p. OiO.
Avouer. Ord. T. II, p. 308. G. Guiart, MS. fol. 319, R°.
AvuER. Estats des Offic. des Ducs de Bourgogne, p. 308.
Advouerie, subst. fém. Présentation de Cham-
pion. Obligation en garantie. Protection, garde,
défense. Aveu, déclaration. Juridiction. Droit sei-
gneurial. Tutelle. Adoption. Terme collectif de
A'assaux.
La signification propre de ce mot, est relative à
celle d'ADvui:K ci-dessus. Si l'un répond, dans les
plus anciennes Chartres latines au mot Advocutiis,
l'autre répond à ceux d'Advocalio, Advoccitia, etc.
proprement action d'appeler. Lorsqu'on étoit dis-
pensé par les loix de soutenir un gage de bataille,
on appeloit ([uehiu'un pour c(juibaltre à sa place.
De là, l'expression recevoir l'Advouerie, a signifié
accepter /'«(/['oia', le champion présenté parla partie
adverse. « IJien se gart, qui reçoit avoué pour autrui,
u car il ne li loit pas à repentir de l'advouerie,
« puisque il l'a reyeu en le journée que il le reçoit;
« mais se li jours esloit alongiés... il ne seroit pas
« tenus à recevoir Vadvoueric à l'autre jour se il ne
« vouloit. » (Beauman. Coût, de Heauvoisis, p. 331.)
Loisiiu'on soupconnoit une partie d'être insol-
vable ou peu fidèle à tenir ses engagemens, il arrivoit
souvent (]u'on appeloit quelqu'un en garantie. De
là encore l'expression prendre oi advourie dans
un sens à peu près semblable. " S'aueun fait ap-
« plegement au nom et pour autrui, il doit être pi'is
<• en Advourie dudit applegement, au jour du ilroit,
•< avant toute œuvre; ou aulrement, il se defaudi'a.
" sans eslri' reçu à prendre atleiite de Conseil....
» et s'il estoit désavoué, il dédommageroit partie et
« feroit amande arbitraire à la Court; et peut èli'e
" plis en advourie, en présence ou absence de
" partie adverse. » (Ane. style impr. à la fin de
l'anc. Coût. d'Anjou, citée par Laur. Gloss. du Dr.
fr. au moi Advouerie.)
La raison pour laquelle on nommoit Advoués les
protecteurs des Églises, des Villes et Communautés,
a l'ail employer le mot Advouerie |iour désigner la
protection d'un advoué. (Vôy. Pithou, Mém. sur les
(Comtes de (Champagne et Brie, p. .''•'iG et suiv. —
Du Cliesne, Cén. de Béth. p. Il et suiv.)
Par extension, il a signifié protection en général,
garde, défense. (Monet, Dict.) On a confondu ces
mots de bail, garde et avouerie, « combien (jne par
" cy-devant les Practiciens y eussent mis iiueli|ue
« subtile dilférence, laquelle se retient en ([ueUiues
" Coustumes particulières, et es autres a esté depuis
« ostée en les reformant. ■■ (^Pithou, Mém. sur les
Comtes de Champagne et Brie, p. 5iy et TùA).)
Kl péril .sui, mais ma Dame est garie ;
l'or ce vuel faire de li acoiioie,
Qu'île me sois vers Dame Dieu, etc.
Vio des S" MS. do Sorb. chiCT. LXI col. 38.
On sait ()ue les Seigneurs appelés au secours des
Eglises et des .Vbbay'es, étoient chargés de les pro-
téger et de les défendre. Cette charge « nommée de
« là Advocalio, et Advocatia, en franeois Advouerie,
" fut introduite après le Consulat de Stilicon. ■> iDu
Chesue, Cén. de Béth. p. 12.)
Les advoués avoient seuls le droit de porter à la
guerre la banière de l'Église dont ils avoient l'ud-
vouerie. Ce droit étoit inhérent à leui' dignité; et
lorsqu'elle étoit héréditaire, il leur " appartenoit
« liérédilaireinent et par succession de père à fils...
" si non en cas qu'il ne fust demeuré d'eux (|ue des
" filles : encore ([uand elles venoient à se marier,
« le privihige en passoit avec elles dedans les
« maisons de leurs maris, aussi bien (|ne le droit
« i\(ii,Advouerics. » (Du Chesue, (!(''n de Béth. p. 'iC.)
Nous reinai'iiuerons avec ce même auteur, (|ue
le Pape Adrien I" ayant déclan; Cbarleuiagne Ad-
voué de l'Église de S' Pierre, le reçut à Home avec
les croix et les bannières; et iiue les .If/cr^^/c'.s des
autres Églises ont reçu de inêuie l'invesliture de
leur dignité. « De là (ajoute-t-il) est demeuré la
" coustume (jui se pratique encore à présent de rc-
(1> besoin.
Al)
- Kir, —
AD
« cevoir les Roys, Princes et Seigneurs avec la
« croix et la hanièro, lorsqu'ils enliriil iKHir la
« preniirio fois dans k'> I';;;lisrs (|iii sont île leur
« foudalion ou ilc leur patronage el (itlvoiicric. »
(Du Cliesne, ubi siiprà, p. 2Î).)
Le mol advoucric, en lalin advocatio, signifloil
aussi aveu, déciaralion, acte par lequel on s'avoue,
on se reeoniioit Vassal d'un Seigneur. :,Voy. Onl.
T. I, p. 277.) On trouvera iudiiiué sous Auvoi el
AnvorKu ci-dessus, le rapiiorl de eelli; atL-eptina à
l'acception propre d'Advuui'rit'.
Philippe le Bel, à l'exemple de Pliilippe le Hardi,
défendil aux Sénéchaux par son Ordouuauce du y
ntixi 1302, de recevoir aucunes nouvelles (ivouerics
au préjudice des personnes ecclésiasliqucs, dé-
clarant que la .luridiction des Kvéques et des .Vbbés
ne pourroit être empêchée, sous prélexle ([ue leurs
Églises et Abbayes étoient en la garde ou proleclion
du Roi. Il avoit ordonné en l'2t)0, que les nouvelles
avoueries faites au Uoi par les vassaux et les le-
nanciersdes Éniises, seroient mises au néaul. (Voy.
Ord. T. 1, p. 'i!»7, 319, 3/i3, M'i, 3.-)8, /(O'i et 570.)
Le Roi Jean, dans une Ordonnance du mois d'Oc-
tobre 1351, piomelde ne plus recevoir les avoueries
des Vassaux des gens d'Église et des Barons, el re-
nonce à celles qu'il a reçues, à moins qu'il n'y ait
prescription. (Voy. Ord. T. II, p. 'i55.) Cçs nouvelles
avoueries furent aussi défendues en P278, dans la
terre du Comte de Blois; et le Parlement qui les
avoit abolies, décida en P27!), que les Barons d'une
terre, dont les avoueries avoient été supprimées,
et qui avoient obéi à la suppression, ne seroient pas
recevables à rien proposer au conlraire; mais que
ceux qui n'auroient pas obéi, pourroient proposer
leurs moyens, et qu'il leur scroil fait droit. (Voy.
Reg. du Pari, collé Olim, fol. 8-2 el 110.)
Il paroit que le but de ces sortes de défenses étoit
d'empêcher les Vassaux des gens d'Église de se
soustraire à la Juridiction qu'ils exerçoient sur eux
par des advoués, et qu'on nomma pour celte raison
Àdvouerie. •< L'advoué de Théroanne qui est Pair
« de la Cour de l'Évêque... a Justiee dedans la ban-
« lieue. » (Laur. Gloss. du Dr. fr. au mol Advouerie.)
« Quecouques appelle des Esclievins de la ville et
« cité de Théroanne, et aussi delà seigneurie de
« Vadvouerie dudit Théroanne, et il déchet de son
« appellation, ou à icelle il renonce, après dix jours
•< passez, il commet et chet en amende. » (Coul.
gén. T. I, p 648.)
On pourroit dire aussi qxC Advouerie a signifié
Juridjction, parce que les droits des Advoués, tant
des Églises que des Villes, leur étoient souvent
concédés à titre de fief; •> d'oîi peut venir qu'encore
« à présent en plusieurs endroits de la France, le
« droict de Justice est appelé droict de voirie ou
■< vouerie. » (Pilhou, Mém. sur les Comtes de Cham-
pagne et Brie, p. 549 el ."mO. — Voy. Gr. Coût, de
Fr. liv. II, p. 19'2, note, et Volerii; ci-après.)
De là, ce met s'est employé pour désigner une
espèce de droit seigneurial. » Les Advoiiries d'Es-
« laples el Iti unbly, que doivent les habilans d'icelles
" villes à la Toussains... se croissent et amoindris-
" sent, selon le nombre des ménages... dont chacun
" chef doit demi polkiii (1) d'avoine, les veuves un
" (|uail de polkin. >• (Voy. Laur. Closs. du iJr. fr.au
mol Advouerie.)
Le mol Advoué a signifié Tuteur, Père ou Fils
adoplif. C'est par la même analogie, <[\i' Advouerie,
s'est dit pour Tutelle. >■ Il est couslume en Cham-
' pagne, (jue se une dame demeure veuve, et elle
" a petits eufans , elle en doit avoir le bail et
« Vavouerie, et emporte les meubles et les daux (2)
<• se elle les veut prendre. » (Pilhou, Coul. de
Troyes, p. 437.) « Hom est hors û'avouerie, au
« quinzième ans, et femme à la onzième. " \Id.
Ibid. — Voy. Ai)V()\iaE ci-dessous.)
.l'ay bien vingt cinq ans, hors suis dViroime ;
Curateur ne tuteur ne m'ont plus en baillie.
Gcr. de Roussillon, US. p. 29.
Pour adoption dans cet autre passai: « Celui
« qui autre veut avoir en adoption, doit avoir au
•■ moins quatorze ans plus (lue celuy qu'il prend en
« adoption ou en Advouerie. ...".. Aucuns ont
« estimé que par conlract on pouvoit faire adop-
" lion , qu'autrement on appelle Advoourie ou
.. affiliation. » (Bouteill. Som. Rur. lit. xciv, p. 536.
— Voy. Advché ci-dessus.)
Ce mol peut sans doute avoir eu plusieurs autres
significations. Mais qu'il nous suffise de les avoir
indiquées sous les articles Anvou, Advolaison, Advoué
el Advcueu ci-dessus. Par exemple, le mol Advoué
pris dans le sens de Vassal, a pu faire employer
Advouerie, comme terme collectif de Vassaux." Il
semble qu'on doive l'expliquer ainsi dans les vers
suivans :
Bernart, ce dit li Roiz, ceu ne Savoie mie
Qu'en Normendie eust si grant avocrie.
Rom. de Rou, MS. p. 88.
V.^RL^XTES :
ADVOUERIE. Ménage, Dict. tijm. au mot A(lvev. - Du
Cange, Gloss. Lat. col. 193, au mot Advoraria.
Advoehie. Cotgr. Dict.
Advoochie. Bouteill. Sora. Rur. p. 537, note.
Advoclrie. Coût. gén. T. I, p. 569.
Advocrie. .\nc. Coût. d'.Vnjou, p. 34 et 35.
AvoERiE. Ord. T. I, p. 277. — Du Cange, Gloss. Lat. col.
859, au mot Avoena.
AvoiEiuE. Gcr. de Roussillon, MS. p. 29.
AvûiRiE. Laur. Gloss. du Dr. l^r. au mot Avocrie.
AvouEiUE. Vies des S'* JIS. de Sorb. chilT. lxi, col. 38.
AvowERiE. Du Cange, Gloss. Lat. col. 539, au mot ilares-
ca llus-Foflnsccus.
AvowRY. Tenures de Littloton, fol. 106, Y" et 107, R"
Advoy, subst. masc. Aveu, consentement.
(Voy. .Vdvoi: ci-dessus.) « Les contracls faits par
•< mineurs estans sous le régime de leurs parents
« ou autrement sujets à la tutelle, sans advoy e\
« aulhurité de tels parens ou tuteurs, seront nuls. »
(1) espèce de mesure. — (2) signifie immeubles. Voir Du Cange à Duyla : c'est l'anglais date. (n. e.)
AD
— ICG
AD
(Nouv. Couf. gén. T. I, p. i-l'û. col. 2. — Vov. Ibid.
p. l-iOl, col. 2. — Ibid. p. 1202. col. 1 et 2.)
Advoyeue. siibst. jém. Tutelle.
(Voy. .ùiviuKRiE ci-dessus. i « Aulcuii mineur n'est
« mis en ses biens ni délivré de tutelle et adi'oijcue,
« quelque ;\g:e qu'il ait, s'il n'entre et prend estât
« de preslrise, de religion ou de mariage. » (Nouv.
Coul. gén. T. I, p. 290, col. 2.)
Adurci, participe. Endurci.
Pour désigner un homme d'une insensibilité
stupide, on disoit proverbialemenl et dans un sens
figuré : '• Il est adurci comme un vieil àne qui par
« accoutumance endure l'aguillon pour lequel il ne
« hâte guères son pas. » (Les quinze Joyes du ma-
riage, p. 52. — Voy. .\dibé ci-après.)
Adurcimont, sithst. masc. Foulure.
Le sens propre est dureté ; mais parce qu'un nerf
foulé devient moins souple, iju'il durcit en se reti-
rant, on a dit au figuré .\durciment pour foulure.
•■ Le suif du cerf porte médecine contre adiircimcut
>' de nerfs. ■> Cliasse de Gast. Pliéb. ms. p. 22. —
ibid. p. 33.' *
Adureir s' , verbe. S'épaissir.
Proprement s'endurcir ; d'où le sens figuré deve-
nir épais, faire corps: acception qui se trouve dans
les vers suivans, où il s'agit de traits lancés en si
grande quantité qu'ils semltlenl faire masse.
A tant tendent de touz coslez
Aus arbalestes dévaler ;
Et puis lessent quarriaus aler
Les uns aus autres tel foison
Que. se du voir ne vous boison (1),
L'air où il se sont adurci:,
En est durement ocurciz.
G. Guiart, MS. fui. 121, Rv
Aduré, participe. Endurci.
On a dit dans le sens propre et figuré loul-à-la-
fois :
Ce doit estre pierre oi/iorc,
Et glaive asceré et espée,
Pour maintenir ton tenement ;
Si que ne soit pas mesprisée,
France en ton temps, ne diffamée.
Geofr. de Paris, Poés. i la suite du Rom. de Fauvel, MS. du R.
n'6812, fol. 54, R- col. 1.
.Nous disons figii rément d'une personne accou-
tumée à la fatigue, à la jteine, au cliagrin, au crime,
etc. qu'elle y est endurcie. La signilicalion figurée
du participe' rtrfi/rt' éloit encore plus étendue.
flOn disoit Aduré d'armes, Aduré de guerre, Aduré
en estor, ou simplement Aduré pour désigner un
homme aguerri , exercé au métier des armes ,
accoutumé, endurci aux fatigues de la guerre. " Se
>■ penèrent mmilt à montrer aux fers de lances,
« lesquels valent mieulx et de combien sont mieulx
« prisés et «(/«n'.s^/'rtn/ics, que ceulx qui ontapprins
. le repos. » (Cliron. S- Denys, T. \, fol. 237, V".)
Le latin de Suger semble indiquer qu'il faut corri-
ger et adurés, en lisant les adurés. » Mirû concer-
<■ tant audaciù, ot quantum prœstent multn marte
« e.rercitati longa pacesolutis... edocere lahorant. »
Oui de guerre est bien aduré.
Alliis, MS. fol. 87, V* col. 2.
Et li Rois fil preuz et senncz,
En fors esters bien adurez.
Id. ibid. fol. 49, V* col. 1.
Lor broche le destrier com Vassaus adurés,
Buenon de Coniiuarchies, MS. do Gaignat, fol. 107, V* col. 3.
Vassal èrent Breton prouvé
Hardi, et fort, et ailuré
Qui à celui se combatirent.
Rom. du Brul, MS. fol. 36, R- col. ï.
Si Sauvage, éditeur de Froissart, eut été plus
familiarisé avec nos anciens auteurs, il ii'auroit pas
dit qu'il falloit peut-être lire advisé pour aduré
dans le passage suivant : « Messire .lean Ilaconde
« estoil un Chevalier moult aduré, hardy et usité,
" et bien renommé es marches d'Italie. ^Froissart,
Vol. II, p. r>6.)
Ce mot employé comme substantif, éloil quelque-
fois un titre de "distinction, spécialement affecté à
certains Chevaliers célèbres par leurs faits d'armes.
Les chevaux esperonnent plain d'ire et de fierté
Devant trestous les autres Ouill. l'.li/iirt».
Buenon de Commarchies, MS. de Gai^iat, fol. 188, V* col. i.
On trouve au nombre des Chevaliers de la Table
ronde, Aconstant le adurés. (Voy. La Colomb.
Théat. d'honn. ï. I, p. 120.)
Aduré en déplaisir, signifie accoutumé au chagrin
dans ces vers :
je suis aduré
En desplaisir et eu tristesse,
Pour vous ma Dame et ma maistresse.
Al. Charl. Poi'9. p. 791.
Et cuer aduré, un cœur endurci au crime, dans
cet autre passage :
Or me mervoil je moult que tel vie menés.
Merveille est que li cuers vous est si adurés.
Vies des S" MS. de Sorb. ChilT. xxvii, col. 4.
On a dit proverbialement : « Aduré comme asne
« à somme. » (Les quinze Joyes du mariage, préf.
p. 14. — Vov. AinKci ci-dessus et Adcrf.r ci-après.)
Le mot .(duré, paroit signifier azuré, dans les
vers suivans :
.... la Lune estoit par tout plaine ;
Elle fu de couleur diverse,
Vert, adurcc, rouge et perse.
Selonc les diverses couleurs
Demonslre diverses douleurs.
Geofr. de Paris à la suile du Rora. de Fauvel, MS. du R. n' (1812, fol. 54.
Adurer, verbe. Rendre dur. Flétrir, ternir,
noircir.
Du mol Dur, on a fait .Irfifî-cr, proprement rendre
dur. (Voy. Adi'hk ci-dessus.) Ensuite l'idée de solidité
exprimée par le mot radical, s'est appliquée figuré-
nient ii la constance, à la solidité de l'attachement ;
et l'on a dit adurer un parti pour y demeurer cons-
tamment, solidement attache. » Tenans et adurans
(I) signifie trompons ; voir Du Cmge h Doitsiare. (N. E.)
AE
— I(i7 -
AE
». le party du Hoy. » (Cliron. scaiid. dr Louis XI,
pase VI.)
Delà, le p:irlicii)e.4r//;)v, employé connue subs-
tantif, iiour désiL;iier celui au i)aili duiiuel ou s'at-
UJclie. « .l'ay seivi le Itoy de Frauce mou didict
.' Seigneur el ailnré, de" tel petil povoir eounne
« j'ay. " (Ilist. de B. du Cuescliii par Ménard, page
292 el 2'.»:«. — Voy. Ibid. \). 3:>.]
On a mcuie éteiidu celle idée de solidité îi l'inva-
riabilité des loix de la Nature, toujours constante
dans ses opérations.
Trop seroit à nous touz contraire
Et grief de nouveau monde faire,
Qui a si longuement duré,
Et qui a son cours adiiré
En eaue en mer, en eaue en terre.
Eust. des Ch. Pocs. MSS. fol. 4C8, col. 3.
11 semble qn udiirer, en latin aduverc, brûler, ail
signifié au figuré llélrir, ternir, noircir, par allusion
à l'eUet du bàle ou du feu. Peut-être aussi faut-il
attribuer l'origine de celte signification à l'usage de
marquer certains coupables d'un fer cliaud, en
signe de fiétrissure.
... il gardent les haulx droiz de noblesse.
Tant que péchié n'adure ne les blesse,
Par tout seront pour leurs faiz bien venus.
Eust. des Ch. Pocs. MSS. fol. 20.4, col. i.
Adiiste, adj. Brûlé. Atrabilaire.
Ce mot qui ne se dit plus guère que des humeurs
du corps humain, a signifié Biûlé, hàlé du feu, du
soleil ; en latin Adiislus. (Voy. Monet, Nicot et
Cotgr. Dict.)
Il s'est dit figurément d'un homme qu'une humeur
aduste rend triste, chagrin, atrabilaire. (Voy. Monet,
Dict.)
Adustible, adj. Combustible. (Voy. Colgr. Dict.)
Adustion, subst. féin. Brûlure. Effet du feu et
du hàle. (Voy. Monet et Cotgr. Dict.)
Aduzalacion, subst. fém. Adulation. Complai-
sance injuste, dans les vers suivans:
.... aujourd hui voy de tous biens esclipce
Tant au secle comme en Religion.
Car es estas sont promeu li nice (I)
Et li enfant, par aduzalacio».
Eusl. des Ch. PoOs. MSS. fol. 65, R- col. 1.
Aé. C'est le refrain d'une ancienne chanson.
Pastoure amie,
De bon cuer à vos me rent.
Faisons de foiUe courtine (-2),
S'amerons mignotement. Aé.
Ane. Po«t. fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1253.
-iEditue, subst. niasc. Sacristain. En latin
Mlituus. (Voy. Cotgr. Dict.)
^Egyptiens, subst. masc. plur. Égyptiens.
Sorte de Vagabonds qu'on appelle aussi I
Bohé-
miens. Ce fut vers le milieu du (luinzième siècle, en
1 i27, qu'ils parurent à Paris au nombre de cent
viiigl ou envii'on. Ils éloient conduits par douze
Pcnanciers, « c'est à sçavoir, un Duc et un Comte
" et dix hommes tous à cheval, lesquels se disoienl
" très-bons Cliresliens , el estoient de la basse
.< .Egypte. » (Voy. Pasq. rech. Liv. IV, p. 3.59.1 Ils
ajoutoienl qu'ils avoienl élé forcés par les San asins
d'abandonner le christianisme qu'ils avoienl em-
brassé lois de la cuiKiuéle de leur pays par les
Cluvliens; et que pour obtenir le jiardo'n de leur
apostasie, ils s'éloient adressés au Pape, qui leur
avoil « ordonné en pénitence, d'aller sept ans en-
" suivant parmi le monde sans coucher en lit. »
Bienlôt, le peuple de Paris el des environs, courut
pour les voir à la Chapelle de S' Denys, où ils
éloient logés par justice. « Presque tous avoienl
« les oreilles percées, el en chacune oreille un
" annel d'argent ou deux en chacune : et disoient
« (lue c'esbiil gentillesse en leur |)ays... Les hom-
« mes estoient très-noirs, les clieveu.x crespez ; les
» plus laides femmes que l'on peut voir, el les plus
« noires. Toutes avoient le visage deplayé (S,, chc-
■' veux noirs comme la queue d'un cheval ; pour
" toutes robbes, une vieille flossoye (i, très-grosse,
« d'un lien de drap ou de corde liée sur l'espaule,
" et dessus un pauvre roquet ou chemise pour
« paremens : bref c'esloient les plus pauvres eréa-
•< tures que l'on vit oncques venir en iM-ance et
« néantmoins leur pauvreté, en la compagnie avoit
« sorcières qui regaidoient es mains des gens, et
" disoient ce qu'advenu leur esloit ou à l'advenir »
(Pasq. nbi suprà, p. .300.) Mais l'Evêque de Paris
ayant excommunié tous ceux et celles qui ... .
avoient... monstre leurs mains ; les .Egvptiens s'en
allèrent et se retirèrent vers Poiiloise". Depuis ce
temps, dit Pasquier, [ubi suprà, p. 300 el 3G1, « ils
» nous ont continué successivement et de main en
« main leurs voyages.... sans avoir autre adveu de
« leur pénitence, sinon celuy que par une sotte
» renommée, ils avoient imprimé.... dans nos tes-
" les, disans que les sept ans de pénitence qui
■' furent ordonnez aux premiers, alloient de suc-
•< cession en succession. » Enfin par l'Edit d'Or-
léans, publié le 3 septembre 1501, il fut ordonné
« îi tous tels imposteurs qui empruntoient le nom
■< de Bohémiens ou Egyptiens, leurs femmes, enfans
■ et autres de leur suite, de vuider dans deux mois
« de ce Royaume, à peine des galères el de puni-
« lion corporelle. » Pasquier," i(^/ suprà. Il en
existe encore des familles entières dans les fron-
tières du côté de l'Espagne, connus sous le nom de
Bohémiens. {Voy. Boiiémie.\s ci-après.;
^-Egis, subst. fém. Egide. Armure que les Poêles
donnoient à leurs divinités, particulièrement à .Ju-
piter et à Pallas. « h'acgis est escu commun à Jupiter
« et à Pallas... a pouvoir de convertir les hommes
•< en pierres, c'est-à-dire les rendre muets et par-
Ci) nice signifie niais et viendrait du latin ncscius. (n. e.) - (2) une couverture de feuiUage. (X. e.) - (3) cicatrisé. -
<4) couverture. s \ / \ /
AE
— 1G8
AE
« lients de choses véritables. » 'S' Julien, mesl.
histor. page 558.)
i'Einorrhoïdes, siihst. [cm. pliir. Hémorroï-
des. Espèce tle Serpent.
Cotgrave explique ce mot dans le sens subsistant.
Cest peut-être par allusion à l'elïet des Hémor-
roïdes, (lue P.abelais (T. IV, p. '274), s'en est servi
poui' désigner une espèce de serpent dont la mor-
sure fait saigner jusqu'ù ce qu'on meure d'épuise-
ment. !Voy. Cotgr. Dict. et I.e Ducliat sur Itabelais,
au lieu cité.)
VARIANTES :
^MORRHOIDES. Rabelai.», T. IV, p. 274.
/Emeri\uoïdes. Cotgr. Dict.
Aemplement, suh&t. musc. Accomplissement.
Proprement action de remplir. (Voy. Ae.mi'mii ci-
après.) De là, on a dit au tignré: » Ne s'abast mies
« solement desoz les devantiMcns (1;, mais m'-s assi
« desoz les jilus jouenes; et c'est li perfections d'u-
« milileit et li «aw/j/c/hc^x- de justice. » iS' Jiern.
Serm. fr. mss. p. 264.) « Cil qui vint en Vaemple-
" ment des tens, etc. « (Id. ibid. p. '222. — Voyez
Emplesient ci-après.)
VARIANTES :
AEMPLEMENT. S' Born. Serm. fr. MSS. p. 222.
A.\MPLEMENT. Id. iliid. p. 2r>4.
Aemplissïï.ment. Id. ibid. p. 190.
Acmplir, vcrlie. Emplir, remplir, combler.
Heiuplir, accomplir.
iJu latin .{(liiiij)lcre, on a dit dans le sens propre:
« L'en comnuMii.'a fort îi gellcr et à lancer bois
« dedens les fossez, tant qu'ils furent aempli% et
■< rasez jusques aux murs. "(IIist.de B. du Gues-
clin, par Ménard, p. 185.)
Au figuré, diiiis le sens de remplir, accomplir:
« Aemplit la cantique Moïses; en lalin : ('(i)ilieiim
« Motjsi adimplevil. « ;Cbron. fr. >is. de .Nangis,
p. 5.) « Que li parole que tu disis, ao'ilaampUe, etc. »
(S' Bern. Serm. fr. >iss. p, 377.)
.... je vous vueil ce chant offrir,
Pour ueinplii-
Ce que vous avoue et convent :
Pour rien n'en vousisse mentir.
Ane. PoSl. Fr. MSS. aitant 1300, T. IV, p. 1395.
(Voyez Accomplir ci-dessus, Comi'i.ir et E.mpi.er ci-
après")
CONJUG.
Aemplissesl, \m\iavL subj. Accomplit; en latin»
Adimpleret. (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 8.)
VARIANTES :
AEMPLIR. Chron. fr. MS. de Nangis, p. 5.
Aampi.ih. S' Rprn. Serm. fr. MSS. p. H77.
AoEUPLin. D. Carp. suppl. Glossaire de Du Cange au mot
Imptrii^nnlum.
A-on-avant, ndverhe. Dorénavant.
Littéralement, delîi en avant.
.... il l'a bien gardé
Et gardera it-en-avant.
Ph. Mousk. MS.
p. 533.
Aençjci", verbe. Multiplier. Remplir. Charger,
embarrasser.
I>e sens propre est peupler. (Voy. Enger ci-après.)
De là, on a dit dans uii sens moral et figuré :
Par tout voi le mal aemjicr.
On ne set mais nul lieu aler,
C'on ni voit le bion avaler,
Et le mal venir au dese\ire.
bits (le B.iuiiuin de Condé, .MS. de Gaignsl, fol. 309, \' col. 9.
l'ar extension de l'acception propre, ce verbe a
signifié remplir.
Or parlerai de la Clergie :
Elle est de vent trop aeiigic.
Ane. Pocl. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1313.
Charger, embarrasser, dans cet autre passage :
Se j'ai paveur et doutance
Ke si me sont eslongié
I.e regard et la semblance
Ki do çou m'ont aengc.
Ane. Poël. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1089.
VARIANTES :
AENGER. Ph. Mousk, p. 033.
Aexoier. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n" li'.XI, fol -ICO, R».
Aentremettre (s"), verbe. S'entremettre, se
mêler.
C'est le verbe Mettre, précédé des prépositions à
et entre. (Voy. Entremettre ci-après.) « Seordonnè-
« renl moult bien pour aidier aux Engloiz ; mais
« se ilz sceussent bien leurs pensées, ilz ne s'en
« fussent aentremiZ: « (llist. de B. du Cuesclin, par
Ménard, p. 465.)
Aenviei", verbe. Envier, désirer. (Voyez Fabl.
MS. de S' Geiin. fol. 4, V° col. 3. — Et le verbe sim-
ple Envier ci-après.)
Acr, suhst. masc. Air, élément. Respiration,
baleine.
Il paroil que c'est à la renaissance des Lettres,
(jue nos .Vuteurs ont dit uer comme en latin , pour
signifier l'air. Dans l'origine de notre langue, on
écrivoit air ou aire, quelquefois ar, du latin aer.
" Sire, el ciel est ta mi.seiirorde , et la verilez en
-. josk'à nues, appressanz par ton jugement lote la
« terre et les pooesleiz de i'airc. >■ (S' Bern. Serm.
fr. MSS. p. 125.)
Corals cum arbre naist en mer.
Verz naist, e niult fait à amer.
Qant l'oiî-e la tuche, si devient dure ;
Huige devient de sa nature.
Marbodns ilc Gcm. arl. 20, col. 105G.
par la lune
Est li bruns tirs esi;laircis.
Amours fait sambler mie lune (2)
Que la nuis soit miedis.
Ane. Poiis. Fr. MS. du Val. n- 1490. fol. 152, R'.
(1) anciens. — (2) inic lune signifie au milieu de la lune, en pleine lune. (N. e.)
AK
— loa
AE
Oïl lit airs pour a?'S dans une autre copie de la
même cliaiison. (Voy. Ane. l'oës. Kr. ms. du Valic.
n'i.Vi'J, fol. KiO. li" l'iil. i>.)
On a (lit liL;nr('nHMit altirci' dans l'air, pour dissi-
per, delruiie. M. de liurie ■> fui Colonel d'infanleiie
« Françoise au voyafie de M. de Lautrec vais le
>< Royaume de Naplcs; et si commanda à son arlil-
« lerie et s'acijuitla Irès-liien de tout. Mais le (licl
<' malin anime contre nous autres [-"rançois de ce
" temps-là, (ttlira ilcnis soit air et nostre armée et
« nos desseins. >>■ Brantôme, Cap. Vv. T. II, p. 19'2.)
Donner air à une entrei)rise, pour éventer un
projet. (ColL;r. I»ict.)
On a|)iieloit /ief en l'air, un fief de condition non
féodale... un droict incorporel assigné sur un ticf,
et tenu féodalemenl, comme une rente infcodi'e.
(Bouteil. Som. Hur. lit. 8:5, p. 483.)
L'air sert à la respiration. De lit reprendre so)i
air, a signiiié respirer, reprendre son haleine.
La Dame longuenipiit se tost ;
A tart li giéte un lonc soupir,
Et reprant ainsi son air.
Ses cuers revient, mes folement, etc.
Parton. de Blois, MS. de S. Gprm. fol. 150, R- col. 3.
VAni.\NTi:s :
AER. Mém. de Du Bellay, Liv. VI, fol. 104, R". - Faifeu,
p. 3. - Crétin, p. 18.
Aeir. Molinet, p. l^'t.
AiER. Percpf. Vol. III, fol. 30, R» col. 1. - Ibid. fol. 41, V».
Aire. S' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 46.
Airs. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n» 1522 , fol. 166 , R»
col. 2. - Athis, MS. du Roi.
Ars. Athis, MS. fol. 74, V° col. 2. - Gér. de Roussillon ,
MS. p. 197.
Ayre. S' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 143.
Aërée, adj. Aérien.
Du latin aereits. (Voyez Aerin ci-après.) « Un
« nommé Gasparin... se vante... de sçavoir chasser
« du corps des hommes les esprits... ou terrestres
« ou aercT^. » (Nuits de Strap. T. 1, p. 1.V2.)
De là, on s'est servi de ce mot pour désigner les
oiseaux, que les Poètes appellent habitans de l'air.
« S'il est quelques animaux moins favorisez... que
<' nous, il y en a d'autres... qui lesont plus... voire
« des terrestres... Car quant aux marins..., en cou-
" leur, netteté, polissure, disposition, nous leur
« cédons assez : et non moins en toutes qualitez,
« aux aérées. « (Essais de Montaigne, T. 11, p. 271.)
VARIANTES :
AEREE. Essais de Montaigne, T. II, p. 271.
Aéré. Cotgr. Dict. — Nuits de Strap. T. I, p. 152.
Aereux, adj. Aéré. (Voy. Cotgr. Dict.)
.^l'ien, adj. Qui appartient à l'airain. Du mot
vEkin ci-après. (Voy. Cotgr. Dict.)
Aerin, adj. Qui est d'air, qui appartient à l'air.
(Voy. Nicot, Dict. — Molinet, p. 13'J.) « Mercure
« s'en coula parmy la région ae;7«e, clere et sap-
« phirine, pour parfournir son message. » (J. Le
« Maire, lllustr. des Gaules, Liv. 1, p. 87.)
/'Erin, suhst. )nasc. Airain, enivre. En latin, y^s,
.'Eris. <■ A clouer les aiz des nefz valent mieulx les
" clous d'«/'«/// que de fer. « 'Le Jouvencel, fol. 88.)
fin disoit proverbialement œil d'arain, pour si-
gnilier un d'il jilein de feu, un ujil élincelant,
comme celui du Lion. (Voy. Cotgr. Dict.)
l'our désigner un sot, un ignorant, on disoit :
« Il pense (jne niies sont pailles fl) (\'urain. « (Ibid.)
.Nous reina)'(iiicroiis ici que du mol arain , on a
fail Auai.m: ci-après, espèce de trompette.
VARIAMES :
-KRIN. Cotgr. Dict.
AitAiN. Rabelais, T. V,p. lOi. — Nicot et Cotgr. Dict.
Er.mn. Cotgr. et Rob. Est. Dict.
Aoriiniouot, suhst. mase. Août. fVny. Borel ,
Dict. 2'' aililit.) C'est la corruption du mot allemand
.irtunnniiDlil, que Charlemagne voulut substituer
au nom ([iic les François donnoientau moisd'Août.
(Voy. Kginbard, vie de Charlemagne, chap. xxix.)
Aeromancien, suhst. mase. Espèce de devin.
(Voy. Aeromantie ci-après.)
Ydromanciens, l'eaue fault visiter ;
.'\eromatwiens, regardez-vous bien l'air?
Pyromanciens, advisez bien le feu.
Chasse et Départie d'Amour, p. 2i8, col. l.
Aëi'oiiKinlie, suhst. fém Espèce de divination.
Divination prise de l'impression de l'air. « Vou-
« lez-vous... en si;avoir plus amplement la vérité
« par Pyromantie, par liéromanlie , par hydro-
« mantie, etc. » (Rabelais, T. III, p. 1-38.)
AEROMANTIE. Oudin et Cotgr. Dict.
Hkromantie. Rabelais, T. III, p. 138.
Aerpeiinis, suhst. viase. Demi-arpent. Mot
composé de uert, terre, et de païut, ce (jui est borné
par des limites. (Voy. Borel, Dict. 2''" addit.)
Aei't, sul)st. mase. Terre. (Voy. Borel, Dict. 2''"
addit.) C'est presque le mot hébreu haaret~^. En An-
glois, eurth signifie terre.
>^Tï;rugineiix, adj. Erugineux.
En latin .Eruginosus ; qui a du vert-de-gris, qui
lient de la rouille de cuivre, ou qui lui ressemble.
De là, on a dit figurémenl c/(o/(??'^yËn/</iHe«^e dans
le sens oi^i nt^us dirions hile érugineuse. (Colgr.
Dict. — Voy. Érigine ci-après.)
Aes, suhst. fém. plur. Abeilles.
L'orthographe la plus propre à nous indiquer
l'étymologie de ce mot, paroil être l'orthographe
Eps, dont Laurière trouve l'origine dans le mot
latin apes ou apis, qui signifie une Abeille. Voy.
Gloss. du Dr. Fr. au mot Adet tz-.] 11 dit au mènie
endroit, q\i'. \dehtz-,Adex, Deps, sont des fautes que
l'on auroit du corriger dans les Coutumiers géné-
raux. Par l'article vu des Coutumes particulières du
(1) pallœ, manteaux. (N. E.)
I.
22
AE
170
AE
Baillia<;e de S' Orner, discordantes aux générales
de la rVevôté de Montreuil : >• Les Viscontiers ont
« le sanj;- et le larron : est à S(.'av(iir uonnuissanoe
« de mèk-e, de debal fait à sany- coulant, et du larron
« prinsen icelle seigneurie, posé qu'il doive être
« pendu et estraniîlé : et si ont estreiures (1', de bas-
« tards, voilée, cùlebts, et amende de soixante sols
« parisis pour navreures à sang courant, etc. >■
<Cout. gén. T. 1, p. Gi").) L'Editeur, dans une note
au bas de la page, remarque qu'un lit: aluis Adcxs
ou Ik'ps. et renvoie pour l'explication de ces mots
à l'indice des Droits Royaux et Seigneuriaux de
Bagueau. Suivant cet auteur, ils signifient une
espèce de droit Seigneurial. C'est aussi le sens que
leur donne Cotgrave dans son Dictionnaire.
M. Hagucan auroit pu se rappeler cet article de
la Coutume d'Amiens : •■ Si ancuu eps ou muuchcs
« à miel s'envoUent liors leurs vaisseaux , etc. »
(Coût, génér. T. 1, p. (jO-i; ; ou bien seulement cet
autre de la Coutume du Mont S' Eloy : » Les Sei-
•< gneurs prendent. . . droit de dismes sur les manoirs
« non amazés \2), prez et gardins, tant de boys,
« de foings, de mouches, de vascheaulx d'cp:,, c'est-
» à-dire ile riiclie. •■ (Nouv. Coût. gén. T. 1, p. iGG,
col. 'i.); alors il se seroit aperçu que Deps est une
faute pour d'Eps ; et qu'au lieu de Voilée, adcbls,
il faut liie, Vollce d'achts dans l'aiticle vu des Cou-
tumes particulières du Bailliage de S' Orner. (Voy.
Laur. Closs. du Dr. fr.)
On a pu écrire aebts pour eps, ou eptes, parce
que le son de la diphtongue «c est le même que
celui de Ve simple, et que les lettres b et p étant
des lettres de même organe, on les a souvent em-
ployées l'une pour l'autre. Mais la transposition du
d a'près Va rendoit ce mot ainsi ([u'adex tout-à-
fait méconnoissable. (Voy. Ani;ii.i,K ci-dessus.)
Bouleiller dit « qu'autre fois on a disputé si les
« mouches à miel qui sont appellées au livre escrit
" à la main eples, sont fciœ an inuiisitetœ, c'est-à-
" dii'c, sauvages ou privées. » (Voy. Som. iîui'.
p. 'iôH. note (f). )
On lit dans un de nos anciens Poètes :
Li saiges de quant qu'est soz ciel
Trait sens, con Ex trait d'erbe miel.
Li Ex s'assiet delez lorlie ;
Tant la porgarde et t.int l'espie,
Qu'il trait le miel de l'amertume :
C'est du saige home la costume, etc.
Parlon. de Blois, MS. de S' Gcrm. fol. 124. R- col. 3.
Prov.
Qui venlt du miel, faut qu'il seuffre les .fies.
Cirthcriyc, Voyage du Chevalier errant, fol. 32, R*.
Nous disons au même sens : Point de roses sans
épines.
VARIANTES :
AES. Cartliény, Voyage du Chevalier errant, fol. 32, R».
Adebts. Coût. pén. T. 1, p. 0-45, note.
Adebtz. Laur. Gloss. du Dr. fr.
Adex. Id. ibid. au mot Ailelz.
Adexs. Cout. gén. T. I, p. Oiô, note.
JEs. Laur. Gloss. du Dr. fr. - Cout. gén. T. II, p. 858.
Deps. Cout. gén. T. Il, p. &15, note. - Laur. Gloss. du Dr.
fr. au mot Atlleb:.
Els. Du Cange, Gloss. lat. au mot Abollafiiiwi, col. 49.
Eps. Cout. gén. T. 11, p. 876.
Eptes. lîoutpill. Som. Rur. p. SriS, note (f).
Epz. Nouv. Cout. goD. T. I, p. 40G, col. 2.
Es. Ord.T. 1. p. 242.
Ex. Parlon. de Blois, MS. de S. Gcrm. fol. 124, R» col. 3.
Aeschié, participe. Amorcé.
^Voy. Aesciuer ci-dessous.) Aciiuies est une faute
dans ie passage suivant : « Nul ne tende nasse de
« bras, ni pareillement bouchelles Ac(]Hics corr.
" acquiécS; de ver. » (Cout. de llaynault. au nouv.
Cout. gén. T. II, p. 150, col. 2.) On lit acquises,
■Mû. Cout. gén. T. I, p. 813.)
Li Doaulile ont gieté pour nous saisir,
Quatre amenons uescliii}s de torment.
Chiins. MSS. du C" Tliib. p. U3.
Dans un autre manuscrit, on lit Oschie:^ pour
Aeschiés.
VARIANTES :
AESC1IIÉ. Ane. Poet. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. -141. -
J. de Jleun. cod. vers 1516.
Ai;(juiES (fé)ii. plur.). Nouv. Cout. gén. T. II. p. 150, col. 2.
Acquises (fi7n. pha:). Cout. gén. T. I, p. 813.
OsciiiÈ. Chans. MSS. du C" Thib.
AescliH'r, verbe. Faire goiiter, faire prendre.
Le sens proiire est amorcer, du mot Esche ci-
après ; en lalin Ksca. De là, on a dit llgurémenl
aeschier une loi, la faire goûter, la faire prendre.
Nez fustes Dieu c'en doit amer
Après ce, toute l'escriture
Conimcntastes à preschier
En Judée, pour aesciticr
La loi que nous ores tenons, etc.
G. Guiarl, MS. fol. 93, V.
Aesmiiuvn, sithst. viasc. et féiii. Estimation,
prisée. Prix, valeur.
Le premier sens est le sens propre. (Voyez Aes-
MER ci-dessous.) On a dit au ligure, « selonc mon
n aesmance, » « par lo sien aesinement. » (S' Bern.
Serm. fr. mss. p. r>rjet 70.)
. . . tant de miséricorde a
Que je n'en sai faire acummice.
Miserere, MS. de Gaignat, fol. 213, V' col. 2.
Par extension du sens propre, ce mot a signifié
le prix mémo de la chose (|u'on estime, qu'on ap-
précie. « Aerast (iij assi en mi et dolor et crimor //
aasiiioitenx' de la médecine. " ^S' Bern. Serm. fr.
MSS. p. 1 i8. — Voy. EsME ci-après.)
VARIANTES :
AESMANCE. S. Bern. Serm. fr. MSS. p. 70.
Aasmement. Id. ibid. p. 148.
Easmement. Id. ibid. p. 55.
Aesnier, verbe. Estimer, jjriser, apprécier.
Estimer, juger, penser. Délibérer. Croire, présumer.
.Ménage faildériver ce verbe du lalin Adœstimare.
(1) Voir Du Cange à Esli-ajcrUn. Droit seigneurial stir les biens délaissés par mort ou aulretnont. ^.\. E.) - (.2) non « vêtus
non loués. (N. e.) — (3) accroît, augmente.
AE
171 —
/\F
(Voy. Dicl. Elyni. au mot Esme.) Cependant on ne
trouve point le composé .•l(Zfi'-s//H(cnr, dans le(;ioss.
lat. (le Itii Caiit^'-e, ni dans le supplément de fi. C.ar-
pentier. l'tMit-cMre ncsmcr est-il le même iin'KsMiai
ci-ai)rès. Nous les aui'ions réunis, si nos anciens
Poêles n'avoient fait trois syllabes iVAcsnirr; et
nous l'aurions écrit avec la diplitong:ue œ, dont le
son est le nirmo que celui de Ve dans Ksincr. Tous
deux eniprunicnl leur si;,Miiticatiou propre du verbe
latin .Estiinarc, composé du substantif ./-.'s, ciiivie,
airain, au ligure ars^ent, monnoie.
Ainsi, on a dit dans le sens pro|)re : » La charre-
« tée de pomes doitcim] deniers, et poires aussint :
■< et se elle vient par F^oire elle est armée par
« sommes, et fet la somme 18 mines. » (Ane. Coût.
d'Orléans, p. 47i.)
Au figure :
. . . Dex mist tant de liiens en li,
Que nus n'en porroit aasnier.
Ane. Poêl. Fr. MSS. av. 1300, T. I, p. i52.
■ Ains le pooit-on aesincr
A chant de Serene de mer.
Rom. de la Rose.
Borel, (lui cite ces deux vers, explique .Ifs/Hcr
par comparer. Quoi ([u'ilen soit de cette explication,
aesnicr une chose à une autre, c'est proprement
l'estimer de même prix, de même valeur.
De \l\, ce mot a signifié estimer, juger, penser.
« Ju, par l'eswarl del remeide, aanine la mervil-
« louse grandesce de mon péril. » (S' Bern. Serm.
fr. MSS. p. 147.) Peut-être faut-il lire aeumer pour
aumcr dans le passage suivant : « Si le disseisi fuit
« en longteyne pays en temps de la disseisine faite,
« adonques est droit de aumer et ajuger dedens
« combien de temps que il poist estre retorné de
« engettei' les disseisours. » (Britton , des loix
d'Anglet. fol. UT), R-.)
Queliiuefois ce verbe étoit récipro(iue, dans le
sens d'estimer, penser.
, Ains Narcisus n'ama Dame, si com je Faime ;
Car ele souspris m'a, et si n'ai pas l'estraine
De li, que tel famé a si clere face plaine,
N'onques ne s'acsma (1) à alegier ma paine.
Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 274, V" col. 2.
Se vos Sire vous baille son chastel à gardier,
En vo cuer vous devez sagement aeuncr
Que vous soies hardis et fier comme sangler.
Id. ibid. fol. 33i, V col. 1.
De lîi, s'aesuier pour délibérer, extension de
l'acception figurée penser, proprement estimer,
apprécier les raisons de faire une chose ou de ne la
pas faire. Il est réciproque dans les vers suivans :
Aesmc soi, et tint l'espié ;
Vers le vallet s'est eslaissié.
Soz la boucle l'escu li fent, etc.
Floireel Blanclienor, MS. de S' G. fol. WG, V" col. 3.
Pour estimer, croire, présumer, dans ces deux
autres passages :
A Tournay, si com je Vaesmc,
l'rist rarceresque son quaresme.
Pli. Moufk. MS. p. 0!H.
Li hom qi reut et afxme
Q'il soit amés en il lieus.
Il ne set qu'e.st bons husages,
Ains est trop fols et volages.
Ane. Poiis. Fr. MS. du Valic. n* 1490, fol. 150, V'.
VAIIIA.NTES :
AESMER. Ph. Mousk. MS. p. 788. - Ane. Poës. fr. MS. du
Vatic. n" ir.2'2, fol. 1")8, V» col. 1. - Villetiard. p. 178
Aasmi.h. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 452.
Aemkiv. Ane. Coût. d'Orléans, p. 474.
Au.MKii. liritton, des loix d'Anglet. fol. 115, R».
Aksmer. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 45 et 148.
A-ciix.
Mot composé de la préposition a et du pronom
eux On crioit à-C!/,s, pour animer les troupes, les
mener à la charge, ou pour les rallier.
. . . les voient ; si crient or à-eux.
Desconfi sont li caitif famellous.
An?.
, MS. fol, 50, R- col. î.
Souvent on redoubloit le cri a-eiix.
A-eua, l't-ciin il sont venduz ;
Pour néant ci se retropelent.
0. Guiart, MS. fol. 268, V.
A-eiis, à-eus ; nul ne s'en aille.
Id. ibid. fol. 206, R».
On écrivoit canl,i\ ynnx pour eux. ^Eust. des Ch.
Poës. MSS. fol. '2G.">, col. 8.) De là, lecomposé a-eaulx,
cri de chasse, dans lequel on trouve l'origine de
notre mot Tuyau.
Volunté tint à sa courroye,
Et chascun d'eulx en las de soye,
Trois renars et quatre louveaulx
Pour descoupler, crians a-eaulx.
Eust. des Ch. Poës. MSS, fol. 279, col. 2.
VARIANTES :
A-EUX. Gér. de Roussillon, MS. p. 170.
A-EADLX. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. -279, col. 2.
A-Eus. G. Guiart, MS. fol. 268, V".
Afache, subsf. fém. Agrafe. Un de nos anciens
Poëtes voulant désigner là fourberie, dont il fait un
personnage allégorique, sous le nom de Dame
Cuile, décrit ainsi sa parure:
S'a aumosnière de folies ;
S'a coutel tranchant d'aquérance,
Et s'a au col, par contenance,
Por croislre ses acesmemens
Afache de faus jugemens, etc.
Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 224, V col. 2.
(Voy. Affiche ci-après.) Au reste, peut-être faut-il
lire atache\)onv afache.
Afadi , participe. Languissant, usé, affoibli.
Dégoûté.
Mot formé de l'adjectif fade, en latin fatuus ; pro-
prement qui est sans goût, sans saveur. (Voy. Nicot,
Dict. et Ménage, Dicl.Etym. au mot fade.) Cette ac-
(1) jamais ne pensa.
AF
— 17-2 -
AF
ceplion propre deviendroit douteuse pour qui s'ar-
rOteroit au sentiment de Vairon. Il prétend que le
mot fatitiis, proiiremeul ijni fuliir incpla, eni|)loy(;
d'abord poui' désii;iier un houuue dont les discours
sont sans sel et sans agrément, s'est dit ensuite liy:u-
rément des alimens sans g;oiit et sans saveur. Si
son opinion étoil fondée, il eu résulteroit qu'on au-
roit pris pour auceidion propre du mol fade, l'ac-
ception tigurée. Dans cette espèce d'incertitude,
qu'il nous soit permis de faire ici la remarque sui-
vante. En Anglois, le verbe to fade, siiinifie se flé-
trir, se faner, languir ; et Juuius Elyui. Augi.')
pense (ju'il pourroit venir du Flamand vuililoi, (jui
a la niéuie signification. Les dérivés de vaddoi sont
vaddig, engourdi, languissant, vadde dans un sens
à peu près semblable en parlant d'une femme, et
peut-être le mot faddcdonl les riamands se servent
pour désigner un lioiume intlolcMit, (|ui languit dans
la paresse. On pourroit aussi trouver l'étymulogie
d'atJ'adi dans le mot latin vappa, vin usé, vin gâté.
(Voy. A\v.\i'i ci-après.) Alf'adi signifie languissant,
usé, atîoibli par le plaisir, dans ces vers :
II y a seize ans que je suis ou vergier.
Où touz viennent pour quérir leur deliz,
Et où j'ay veu pluseurs boire et manger,
Qui estoient lasches et afudis.
Eust. des Ch. Pois. JISS. fol. 13, col. i.
.... Rois, Chevaliers et Clers,
Dont je fay recité les dis.
Sont par femme ainsis affadis,
Dcstruis, mors ou persécutez.
Id. ibid. fol. 529, col. 2.
C'est peut-être par allusion au défaut d'appétit,
occasionné souvent par l'épuisement des forces,
qu'on a dit affadi pour dégoûté, ijui n'a point de
goût.
Cents qui des biens de Paradis,
Estoient povres et affadis.
Id. ibid. fol. 5U, col. t.
VARIANTES :
AFADI. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 13, col. 4.
Aff.vdi. Orlh. subsist.
Afaire, subst nuise, et fém. Affaire. Action,
combat. Façon de faire, façon. Naturel, caractère.
Etat, condition. Domaine, seigneurie. Chose.
Ce mot a été long-temps des deux genres; mais il
semble (jue l'usage auroit dû décider en faveur du
masculin, suivant les règles de l'analogie. C'est le
verbe faire précédé de la préposition a, que le re-
doublement de la letttre F, a rendu inséparable
dans l'ortliograplie affaire. (Voy. Akkaihe ci-après et
autres di-rivés.) Cette préposition , comme nous
l'avons observé sous A, s'employoil dans la conju-
gaison des futurs, formés du verbe auxiliaire avoir,
et l'on disoit anciennement comme aujourd'bui :
« Ou'avez-vous affaire, qu'avoit-il affaire de, etc.
« pour (jneferez-vous, que pouvoit-il faire de, etc. '!• »
» Fil d'Adam, lignie avère et convoitouse, k'avciz
« affaire de ricbesces terriennes, ne de temporel
• glore? » (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. 33.) « ouelle
'< afaire.... avoit Scipion l'Africain de Lélius ? »
i;l/Amaiit ivssusc. p. It)."i.) M"' de Cournay a pré-
tendu i\\\'<ilfairc étoit une orthogra[)he vicieuse, et
qu'il falloit toujours écrire un à faire. ,Voy. Essais
de .Montaigne, T. I, préf. p. ii.)
Quoi qu'il eu soit, ce mot a signifié et signifie en-
core tout ce (|ui est le sujet de (luelque occupation,
en général ce qui est à faire pour la conservation
de son bien ou de sa sauté, pour ragraïuiissement
de sa fortune, pour la réussite d'une négociation,
etc. « Il te faudra apprendre la Cbevalerie et les ar-
" mes, pour.... nos amis secourir eu toutes leurs
« affaires contre les assaultz des malfaisans. »
(Rabelais, T. 11, p. iti.) « Je laisse faire nature.... et
" je crains au lieu de l'aller secourir, ainsi comme
" elle est aux prises... avec la maladie, qu'on se-
« coure son adversaire au lieu d'elle, etiju'on la
" recharge de nouveaux rt//i///rs. • Essais de Mon-
taigne, T. 1, p. 177.) .' Crangousier ordonna que
" Ulrich Gallet, maistre de ses requestes... duquel
" en divers et contentieux affaires, il avoilesprouvé
« la vertus et bon advis, allast devers Picrochole,
" etc. .. (Rabelais, T. 1, p.'id-i.)
De là, M" de Sillery, Villeroy, de Frênes, Minis-
tres du temps de Sully, sont qualifiés ^;('h,s d'affai-
res dans ses Mémoires T. XII, p. 'iO-i efi03.) On ne
se sert plus à présent de cette expression qu'en
|iaii;t!il de Praticiens ou de Gens chargés de la ges-
tion d'un bien.
Nous disons encore d'un homme qui agrandit sa
fortune en travaillant à ses intérêts, qu'il fait ses
affaires. Cette façon de parler paroilroit avoir été
nouvellement introduite du temps de M. de Ville-
roy. " Ceux qui ont la bourse mieux garnie et qui
" ont le plus dérobé et /'(/// leurs affaires, pour user
" des termes (jui sont en praliijue, etc. » (Méni. de
Villeroy, T. I, p. 28.
Un combat, une action, qui n'est pas engagée, est
une elivse à faire. De là, on a dit dans un sens par-
ticulier : >' poui- commencer Vaffaire fort et fier et
.. enclin. » (.N'ol. du Rom. d'Alex, fol. '53.) Celte ac-
ception, ijui subsiste, est ancienne dans notre
langue.
. . . chascuns ot riche convoi,
Tex com il sot nieller choisir
Pour un estai- bien maintenir.
Alhis, MS. fol. i6, V col. 1.
On lit affaire pour estor, combat (ibid. ms. du
Roi). C'est par un abus de la vraie signification du
mot affaire, qu'il s'est dit et se ilit encore d'une
chose faite. Voy. Afaitkmf.nt ci-.iprès spécialement
d'un combat, d'une action, dont le succès est
décidé. « Fut prise la ville de Conslantinople par
« les Turcs, en laquelle affaire furent tués, etc. »
yCliart. Ilist. de Cbailes Vil, p. '271.)
Ce même mot a passé de la signification de chose
à faire, à celle de façon de faire, façon. " Il veit
" yssir une ancienne dame, de moult bel affaire ;
" et devant elle, avoit ung jouvencel de prime
" bariie. « Percef. Vol. IV, fol. VIO, R° col. 2. —
Voyez Afaitement ci-a])rès.)
AF - ^'3 -
AF
Son corps n'est mies coustumiors.
Fors que d'onnour et de tiion faire :
Cascuns prise son bel «fuire,
Son maiiilieii, son estre et son sens.
Froissarl, l'oés. MSS. p. lOi, col. 1 cl 2.
. . . Quant je regart vostre afaire,
Vos biaus iex et vo clair viairo,
Vo cors qui si est avenans,
Adonc nie mue toz li sans.
Fobl. MS. du R. n- 721S, fui. 218, V col. 1.
Par extension, il a si?,ni(ié ce qui délcrmine la
fafon lie faire ; le nalurei, le caractfire. De \h, ces
expressions ('/;r de bon ajfuire, de bcnignr alfaiir,
de iiKtuvaia aj]aivi\ etc. (Voy. Vi;;il. de Charles Vil,
T. I, p. '(8. — Ibid. T. Il, p. 05. — Arvcsla amu-
rian, p. 27.)
. . . Cuer de gentil afaire
Ne faudroit (1) son fin amant,
Por rions que piii.ssent rolrairc
Envieus, ne mesdi.sant.
Ane. Pool. fr. MSS. avaut iîlOO, T. IV, p. 1407.
. . . feme est d'un ufahv.
Qu'elle aime et het de legier.
Ane. Po.ls. fr. .MS. du V.it. ii' IIOU, fol. iG2, P.'.
Le genre des affaires, des occupations auxquelles
on s'adonne, conslitiie ordinairement rétaldes per-
sonnes, leur coiidiliun. Ile là, on a pu dire : « Tous
« esloienl de si graut alfairc et si saiges, que Ten
« disoit que France estoit deniouree orpheline de
« sens, et de noblesse et de force, puisque ceux s'en
>■ estoient partis. » (Chron. S' Denys. T. I,
fol. 175, fV.) « Bien nous semble homme de moult
« haulte affaire. » (Ger. de .Nevers, part. I, p. 07.)
. . . molt ert saiges et cortois,
Et riche et de grant affaire.
Falil. MS. de S' Germ. fol. 300.
Ce mot signifie domaine. Seigneurie dans les vers
suivans :
. . . Toulouse est de son afaire,
Et de lui le doit-on tenir.
Ph. Mousk, MS. p. 030.
On peut voir ce que dit Du Gange, Gloss. lat. aux
mots affare et affrus, sur forigine de ces deux ac-
ceptions. Le service militaire et l'administration de
la justice étoient la principale a//'a/?Y de ceux qui
possédoient les fiefs. De là, ce mot a pu désigner un
fief, une seigneurie; par extension, un domaine
quelconque. Vers la fin de la seconde race, la no-
blesse fut attachée ù la possession des fiefs ; d'oii
peut-être l'expression homme de grand affaire,
c'est-à-dire , de grande condition , de grande
naissance.
Au reste, il est difficile de rendre raison des ac-
ceptions d'un mot, dont l'usage n'étoit pas moins
général que celui de notre mot chose. On le substi-
tuoit souvent à la place des termes propres ; ainsi
l'on peut dire qu'il est mis pour charrue dans ce
proverbe, à moins i\nafuire ne soit une faute et
qu'il faille lire araire, du latin aralrnm, charrue.
Peu vaut l'afaircis sans le contre.
Ph. Mouîk, MS. p. 79C.
Nous terminerons cet article, en observant que le
mol affaire est souvent employé comme masculin
dans mis .\uleurs, deimis .1. Marotel Grelin, jusi|u'à
Montaigne et Gliarron ; qu'il éloit masculin et fémi-
nin indiiréremincnt, du temps de Mai'tin de la
Porte, et qu'il ne |)Oiivoit rimer exactement avec
les mots tcrmini's en ère. Gharles Fontaine, repro-
chant à deux Poi-lcs contemporains de Clément
Marot, leur peu d'exactitude dans la rime, leui' dit :
Un peu trop tost vous voulustes fréter
De l'ensuyvir, pour contreinaroter.
L'un va rimant la ferc contre affaire,
Et l'autre aussi frère contre desplaire.
Clcni. Marol, p. 203 el 204,
VAIUA.NTES :
AF.\mE. Villehard, p. 133. - l'abl. MS. du R. n« 7GI5, T If
fol. 171, R" col. 1. - Ph. Mou.sk, MS. p. 371.
Afkke. Kabl ,MS. du R. n° 7218, fol. 237, V° col. 1.
ArFAin. .MailioJus, de Gem. art. 25, col. KiO).
Affaihk. Orlh. subsist. — Carpent. Hist. de Cambray,
page 28, tit. de 1255.
Afferhe. Rymer, T. I, p. 109, col. 1 et 2, lit. de 1268.
A-falt, adv. et conjonclion. De fait, en effet,
réellement. Entièrement, toul-à-fait, parfaitement!
Aussit("»t.
En redoublant la première lettre du participe fait,
comme dans Afaiiii: ci-dessus, on a (\\i Affait pour
signifier de fait, en elfet, réellement. « sapience,
« certes voirement ateires-tu (2) tôt affait suefve-
« ment. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 25i.) On lit
dans le latin, col. 1)04 : « sapientia suaviter verè
>> î//iùit'rsfl disponens; » preuve que la significa-
tion de l'adverbe affait, est indépendante du
mot tout.
11 est conjonction dans cet autre passage. « Tuil
« «//«//, ce dist li Apnslles, ont péchiet :' en latin.
" omnes eniin pcecavvrunt, etc. » (S' Bern. Serm.
fr. MSS. p. 180. — Id. Serm. lat. col. 700.)
La préposition à n'étoit pas toujours inséparable.
A-fait en deux mots signifie entièrement, tout-à-fait,
parfaitement dans ces vers :
Ne seroit jamais, dist-il, fait,
Se raconter vouloie à-fait
Mes maul.x, etc.
Eusl. dos Ch. Poos. MSS. fol. 457, col. 2.
Ce même adverbe, ou plutôt l'expression tout-à-
fait âésïgnoït quelquefois le temps, le moment où
l'on fait une chose. Xous disons encore dans un
sens très-analogue sur le fait.
Il vodroit bien que tout-à-fait
Qu'il pense la chose à avoir.
Qui l'euist, etc.
Froissarl, Poês. MSS. fol. 10, col. 2.
VARIANTES :
A-FAIT. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 457, col. 2.
Affait. S' Bernard, Serm. fr. MSS. p. 20.
Afaité, participe. Fait, façonné. Formé, accou-
tumé. Dressé, apprivoisé. Instruit, appris. .\é avec
certaines ([ualités. Bien fait, parfait. Spirituel, fin.
(I) tromperoit. — (2) disposes-tu.
AF
— r
malin, vif, actif. Affecté. Dissimulé, rusé, feint,
affélé. Affectionné. Ilypotliéqué.
Ce mut s"est dit sjcnéralement des choses aux-
quelles on donne une forme ou tlgure quelconque,
des choses faites. fa(;onnées pour certains usages.
(Voy. Afaiteu ci-après.) Le moulle est un gros ç;:int
de cuir fait pour garantir la main de ce qui pourroil
la blesser. De lu, on a dit :
.... moufles bien curries,
De novel afclies
.\ux espines cuillir.
Fabl. MS. du R. n' 7GI5, T. H, M. 213. R* col. 1.
Nous disons d'une personne que son élal obli2;e
à certains devoirs, qu'elle est faite pour les remplir.
C'est aussi la sisinilicalion du mol Afaitié dans les
, vers suivans :
Prévos qui sont toz afailiez
Por prendre cels qui mesprendront,
Aux yvres pou conquesteront.
Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 217, R- col. 2.
Arranger les dents, les nettoyer, apprêter les
cuirs, farder la marchandise, frelater le vin, faire
durcir un bàlon au feu, le garnir de fer, alTiler des
armes, etc. c'est donner à ces choses la forme par-
ticulière qui leur convient . les faire , pour ainsi
dire, telles qu'on veut qu'elles soient. Ainsi l'on a
dit (Ion afaitie%, pour signifier des dents propres
et bien rangées.
Net cliof, cheveus bien pigniez
Doit li fins amant vouloir.
r>iaus sorcis, denz afailiez
Ne doit mètre en nonchaloir.
Ane. Potl. Fr. MSS. avant 1300, T. II, p. CIG.
Cuirs ajfailie%, pour signifier des cuirs apprêtes.
(Voy. Du Gange, Gloss. lat. au mot Affaitia pelle-
teri. — Borel, Dict. 'i-"" add.) De là, les mots Aff.vit
et Aff.mtkih ci-aprcs.
On entciidoit par marehandises affeetiés, des
marchandises fardc-es. « Denrées et marchandises
.< faulses ou «//fec/k'S. » (Ord. T. VIII, p. (>7C)) ; par
vins ajfecliés, des vins frelatés. (Ihid.)
Le baslon afaiclié et invasible, éloit une espèce
de massue. - Ilaulsa une grosse massue de bois ([ui
« est baston afaiclié el invasible. » (Voyez Lettres
de Charles VI, du mois de Février l'dô. — Très,
des Chartes, Heg. \'rl. Pièce G.) La Coutume du
Mont-Saint-Eloy, fixe à (iuin:ie sols parisis, l'a-
mende pour uii coup de îiaston ajl'aicliê ou ferré ,
sanssangue. (Nouv. Coût. géii. ï. I, p. iOG, coi. "2.)
AU'ecsic, es,l une faute; ou doit lire ajfeclié, dans
les Coutumes de la ville de Bernes. « Pour basture
" d'un baston affecsié , sans sang , soixante sols
« parisis. « (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 390, col. 1.)
Les Cloud-i affeclez étoieni des clouds afiilés, es-
pèce d'arme olfensive. « Touttes armes apointées,
" cloudz alfecle:,, arbalestes, harquebuses soit def-
>' fendus sur l'amende de vingt sols parisis. » (Coût,
de Tournehem, au Nouv. Coût. gén. T. 1, p. l'iO.)
/t/7'^t'/('', signifie aussi affilé, dans l'expression
AF
proverbiale ; <■ affetle::, comme l'aiguille d'un pelle-
> lier. « (Contes d'Eutrapel, p. 312.) On retrouvera
cette même expression sous Affii.k ci-après.
Ce mol a eu sans doute plusieurs autres signifi-
cations parlii'ulières, de l'espèce de celles que nous
venons d'expliiiiier : mais un plus long détail
devient inutile après avoir maniué la signification
générale. ;i laquelle elles doivent être rapportées.
On fait le corps, on le forme, on l'accoutume à
eeilaines choses, à certaiiies habitudes. On a dit.
.l/(///r' dans un sens également figuré, pour signi-
fier fait, formé, accoutumé, tant en parlant des
hommes que des animaux. « Combien que je ne
« soye si congnoissable, ne si afi'aiclé en tous hon-
•< neurs, ne en toutes courtoisies que je devroye. »
(Percef. Vol. II, fol. MO, R° col. 1.)
Les uns contre les autres traient,
Con gent de mal faire afailice.
Ilui mais est la guerre entamée.
G. Gui.iil, MS. fol. 282, V.
Il semble qu'on a voulu désigner par l'expres-
sion, champion afeetc, un homme fait, accoutumé
à combattre. « Chascun home (pii .seroit grant et
« fort, ou qui seroit cham|)ii)n afecté , poroit par
.> ce remubier (1) moût de gens. » (Assis, de Jéru-
salem, p. 73.)
Kn parlant des animaux, on disoit: « Beste...
« aprise ou a faite et abette à... maus faire. >> (Brit-
ton, des Loix d'Anglet, fol. G, V°.) « Cheval bien
" alfaiclc et preux aux armes. » (Chron. S' Denys,
T. I, p. 23G.) " Esprevier alj'nilié au Chapperon. »
(Modus et Bacio, ms. fol. 13G, V°.)
Nos anciens Auteurs de vénerie el de fauconne-
rie, ont souvent employé ce mot dans le sens d'ap-
privoisé, dressé ; signification particulière (jui sub-
siste encore. (Voy. Modus et Racio, ms. passim.)
.... adoncq la print ung lévrier
Bien nffaiclé pour le mestier.
Gace de la Bignc, des Dcd. MS. fol. 120, V'.
Là si vit baigner ung faulcon
Qui estoit nouvel affaiclié.
U. MA. fol. C, V.
Quant oyseaulx sont mal afftiictez,
Voulentiers sont mal entaichez.
Id. ibiJ. MS. fol. 113, V'.
l'n ancien Poète a dit. en comparant la femme îi
l'Autour, dont on ne peut jamais être sûr, ijnelque
soin qu'on ail pris de l'apprivoiser :
Sire, afailii'l ostoir
Voit-on faire mauvais tour :
Se j'ai dame à mon voloir,
Ne doi douter avoir menour (2).
Ane. Poés fr. MS. du Valie. n* 1 100, fol. 181, R'.
Ce mot, de même que notre verbe faire, se disoit
figurément iiDU-seulcnienl de ce qui regarde le
corps, mais plus figurément encore de ce ijui con-
cerne l'esprit. Il signifie instruit, appris, dans ces
vers :
(1) Lisez remuhier, dans le sens d'éloigner, détourner, en latin rcnnitarc. — (2j mot à mot : avoir moindre m.iuvais tour. (N. E.)
A F
— 175 —
AF
De bel parler fu afaUic,
Dont a se raison commenchie.
Vies (les SS. MS. du Surb. chif. LX, col. 1.
Ite là, (III :i |iii (lire triine personne qui parle
tien, ([irt^lie csl iifaitcc. Il paroit (juc c'est le sens
de ce iiKil dans les vers siiivans, où il faut peut-être
lire affttcc pour ufcstcc.
A tant cessa ceste Dame afestée,
(Jni bien monstra eslrc fort afl'ectée.
A soustiMiir vaillaMiiiii'iil s^'ii ;ilT,iiii!.
Si failli iiol'T iiur ri.iilhv . m ImiI .illaire
A se [lanlcr (l(^ kiy tiMiuln r |i.iicillr ;
Car il sen\bluit «[u'ollr juu.i.sl (i.a rolle, etc.
Crolin, p. yi.
En parliciilarisanl l'acception générale û'afaité ,
instruit, on s'est servi tle ce mot pour tl('sic,iier
(lueUiu'un à (jui on a fait la leçon, (|ue l'on a ins-
truit de ce (lu'il dcvoil (lire ou l'aire; d'où les ex-
pressions inciinl)'i('rs ajl'alctcs , uicssdii/cs (ijfai-
lés., etc. " Horrible ineurdre... l'ait en srant trahison,
« d'aguet apensé, par ineurdriers aU'uicte^i. »
(Monstr. Vol. I, fol. 12 i. H".) « Fist coi're novèles
« que Corradin le fils de Corraul estoit mort; et
.< list venir niessaigcs rt//h/^t'S, (jui distrent vraie-
« ment ([u'il avoit esLé à la mort Corradin, etc. »
(Martène, Conlin. de (J. de Tyr, T. V, col. 7'il.)
« Avoit Verciiigetorix envoyé ses legalz alfaillcz
« \)iiv toutes provinces subvertir, etc. » (Triomph.
des neuf Preux, p. 359, col. 2.)
J. Le Maire, disoil encore en ce sens : « Le cau-
« teleux Sinon, uffaUc de par les Grecz... ouvrit le
« ventre du grami cheval, dont il saillit Pyrrhus. »
(Illuslr. des Gaules, Liv. II, p. 254.)
Tous les hommes sont faits, sont nés avec un es-
prit, un caractère. De là, on a ditdeceux(|uiavoient
des dispositions, des inclinations plus ou moins
heureuses, qu'ils éloient bien ou mal afaités.
il est vilains
Et fel, et moût mal af'ailics.
Fabl. MS. du R. n" 7080, fol. Gii, R". toi. 2.
.... seroit drois, ce m'est vis,
Ke mesdisant mal afaitiC;
Et de félonie entrepris.
Fuissent tôt à une part mis ,
Come Larron enségnié.
Ane. Poët. Kr. MSS. avant 1300, T. 111. p. 1054.
Qui de tout le monde cerchier
Vorroit chascune partie,
N'i trouveroit mie
Si bien ufuitie.
Et quant amour me veut prisier
Tant, qu'amer me fait sai:s folie
Dame si proisie,
Moût doi tel don avoir chier.
Clians. fr. du xiii* siècle, MS. Je Bouliier, fol. 308, R" col. 1.
Jean li Nivelois fut moult bien affaitiez.
Borol, Dicl. 2'" add.
On disoit de même ajfaictié en tous biens.
Ainsin trestous malvaiz par leur grand malvaitié
Haient tous ceuxqui sont en tous bien alfaiclié.
Ger. de RoussiUon, MS. p. 103.
Ce mot, comme l'on voit, n'exprimoit bien sou-
vent rien de plus, que notre participe fait , pris
dans le sens propre. Mais la préposition à paroit
ajouter à la signification simple dans les passages
suivans, où «/■«//(' semble mis pour achevé, lini ,
parfait, en piirlaiit des choses.
Mais uns autres mestres i fu,
Ki maint engien avoit seu
D'uevre parant et ufaiUi.
Ph. Mousk, MS. p. 702.
G'est en ce même sens que lirant(jme appeloit un
pied mignon et bien fait, un pied alfeclé. « Leurs
" robbe's fort courles... montrent à plein leurs bel-
« les jambes et belles grèves, et leurs [ncdiulfeclez
« et bien chaussez. » (Drant. Dam. Gall. T. i, p. ■42(t.)
Pour accompli, parlait, en parlant des personnes.
Artus ot non li Damoisiaus.
Rouses (1) estoit, mais moult fu biaus ;
Et moult estoit ensii;niés,
Simples, courtois, afaitiés.
Id. ibid. p. 549.
Gomme la linessc dans l'esprit et la vivacité, sont
des ijualités nécessaires pour être parfait, accom-
pli ; elles ont été désignées par le mot ujuitê, ((ui
signifioit spirituel, (in, malin, vif, actif, etc. « Plu-
« sieurs, qui est une grande dérision des lettres, ne
« mettent leurs enfaiis à l'étude pour étudier; mais
« seulement pour leur éveiller l'esprit... et pour
» les rendre plus fins et ajfelte^ par le moyen de
« la compagnie, pour ce que les jeunes gens sem-
« blent comme s'eniraguiser l'esprit. •> (.\pol. pour
Hérodote, p. 90.) « Le jeune fils... étoit bien ajj'elté
« et faisoit toujours quelque singerie. » (Contes de
Despérriers, T. I, p. 77.)
^'(jus pensons que l'éditeur du Pioman de la Rose,
en interprétant alj'ecté par fin, spirituel, auroit
mieux rendu la signification de ce mot, qu'en l'e.K-
pli(iuanl par sage, prudent dans ces vers :
le plus sage,
Le plus preu.x et plus affecté
Y a été prins et guetté.
Rom. de la Rose, vers 1589-1501.
On employoit ce mot dans le sens de vif, remuant,
(^'oy. Gloss. de Marol); et l'on disoit en comparant
la vivacité, l'activité d'un jeune homme à celle de
l'émérillon : « Trouva emmy la place ung garçon
« plus alfaité que ung esmérillon... et le mieulx
« adressé de tous membres qu'on peust trouver. »
(Percef. Vol. II, fol. 45, V°.)
Ce mot a désigné l'abus même des talens qu'on
outre, en voulant trop les perfectionner; par
extension l'effet de cet abus, et l'on a dit langage
affaiclé, dans le sens où nous disons encore atleclé.
(Voy. Coquillart, p. 87.)
Dissimuler, feindre, c'est se faire à l'extérieur
autre que ce qu'on est réellement. De là, le mot
afaicté ou ajl'cté, proprement fait, que Moiiet
explique par ell'rontémeiit rusé, a signifié rusé, dis-
simulé. " Vous estes une alfetéc; vous faites
(1) roux.
AF
170 —
AF
« quelque méchancelerie avec cet liommc. ■•
(Moyen de parvenir, p. 02.)
Feint, l'usé, ilans les vers suivans :
La Dame l'ot, < 1) si en sourist.
Tôt cortoisemenl li a dit.
Par un ofnitë gab i2) petit,
Ahi ! com suit bone ; etc.
Vies des SS. SIS. de Sorbonne, clu(T. Lx, col. 32.
On fait, on accoutume les yeux à feindre de
Tamour. De là encore l'expression wil n/feté, dont
le grand Corneille a fait usage en parlant de l'art
d'une femme, qui alVecte dans ses regards un amour
que son cœur ne ressent pas.
Quoi ! je pourrois descendre à ce lâche artifice
D'aUer de mes amans raandier le service.
Et sous l'indigne appas d'un coup d'o'i/ (tffefc,
J'irois jusqu'en leurs cœurs chercher ma seureté.
CEuY. de P. Cum. Rodogunc, Tr.igM. T. HI, p. 30.
On écrivoit autrefois affecté, dans le même sens.
Yculx affecte: sont mes héraulx
Portans, pour double d'estre pris,
Baston (3) à feu roydes et cliaulx.
Coqiiillarl, p. 132.
Lorsqu'on employoit ce mot comme substantif,
pour désigner une coquette, une femme ([ui cherche
à inspirer un amour qu'elle ne partage pas, il ex-
primoit encore une idée de feinte et d'artifice. « Il
« trouveroit quelciue petite rt//'(?c^('> et safTrettefl) de
» laquelle il s'amouracheroit. » (Brant. Uam. Gall.
T. III, p. iliO.)
^ous disons aujourd'hui une alfctée, dans une
signification toul-à-fait semblable.
C'est l'ordre général,
De voir u»e affetlée
Se trouver mieulx traittée
Qu'une ayant cœur loyal.
Mellin de S. Gelais, p. 205.
Pour signifier ([u'une personne étoit fuite pour
en aimer une autre, on disait (]u'clle étoil alfuilc
en amour envers elle. « En tant d'amour l'uienl
« envers lui alfais et attrais, etc. » (Chron. fr. de
G. de Nangis, ms. an. I.'iO,3.) De lu, le mot Afnité
pris dans le sens d'affectionné. I,c Seigneur do
<■ Monfort eust voulenticrs venu à accoi'd à messire
« Charles mais sa femme le limonna tant avec
X aucuns ses «//'rt/f/ci-, qu'il voulsist procéder à la
" bataille. » (Triomph. des neuf Preux, p. r»17,
col. 1. — Voy. .\ffi:(;ti^ ci-après.)
Enfin bypnlh(M[u('i' un immeuble, c'est le dé-
clarer fait, Vafaiter, ou, comme nous disons au-
jourd'hui, ValJecter au payement d'une rente dont
il demeure chargé. .\insi,"on a dit héiitages affels
de censés, pour .signifier des héiitages cliargés de
rentes au payement des(|uelles ilssmit liyi)otlié(|ués.
(Voy. Coût, de Boiii-gogne, au Coût. géii. T. I,
p. 8G5 ; et le mot AFKf;(:TATioN ci-après.)
VARIAMES :
AKAITÉ. Vies des SS. MS. de Sorbonne, chiiï. I.X, col. 32.
.\FAii'.TiK. Très, dos Chartes, Rog. 17-2, Pièce 6.
.\f.mti. .\nc. PoOs. fr. MS. du Vatic, n° IV.K). fol. 3-2, V».
Akmtii: Fabl. MS. du R. n» 7089. fol. 56, R» col. 1.
Al MiiKT. Ane. Poes. fr. MS. du Vatic, n» liiK), fol. HM, R".
Ail II':. Assis, de Jérusalem, p. 73.
Al I < 11':. Crétin, p. M.
Al KTiK {fi-m.) l'abl. MS. du R. n» 7218, fol. -158, V» col. 1.
Afktik. Kabl. MS. du R. n» 7-218, fol. 61, R» col. 1. - Rom.
de Rou, MS. page 81.
Afkytk (fém.) Brilton, des Loix d'Angl. fol. 6, R°.
Ai-i-AicTi':. Gace de la Rigne, des I>éd. MS. fol. 126, V".
AnucTiK. Ciér. de Roiissillon. MS. p. Ittî.
Afiait. Chron. fr. de G. de Xangis, SlS. an. 1:^)3.
Akfaitk. .Martcne Contin. de G. de Tyr, T. V, col. 741. —
Budé, desOiseaus, fol. l'2i. H".
AFFAiTifc. Borel.Dict. 'i''" add. - Modus et Racio.MS. fol 77.
Affaittk. Triomph. des neuf Preux, p 35;), col. 2 et :i60.
Afff.csiè (lisez Alfrctié.) Nouv. Coût. gén. T. I, p. 390.
Afffxtk. Nouv. Coût. gén. T. I, p. 456, col. 2.
Affectié. Ord. T. V, p. 676.
Affkt. Coût. gén. T. I, p. 8G5.
Affeté. Contes de la Reine de Navarre, T. II, p. 442.
Affktté. Contes de Desperiers, T. I, p. 77.
Afaitoment, subst. masc. Action de faire,
forme, fai;on. Action de commettre. Arrangement,
accommodement, accord. Action de dresser, d'ap-
privoiser. Manière. Perfection. Esprit, sagesse,
politesse, douceur, grâce, beauté, sincérité, bonne
foi, etc. Exécution d'un projet.
Ce mot signifie dans le sens propre et générique,
action de faire, action par laquelle on donne à
certaines choses une forme, une figure. (Voy.
AFAirK ci-dessus. i Par extension, il a désigné la
forme même, la façon ; et l'on a dit d'un bâton
brut, qui n'avoit point été afaité, façoniK". que
c'étoit un bâton, auquel n'avoit aucun ajl'aicte-
menl. Vov. Lettres de Charles VI, Très, des Chart.
Reg. 172, Pièce 3.)
On l'employoit de même en parlant des ouvrages
et des productions de l'esprit.
Uns bons un,? rime fait a,
Que de parler bel afaila.
Mes rien n'i vaut Vafaitcment
Géofr. de Paris, ii la S. du Rom. du Fauvel, MS. du R. n* C815, fol. 46.
Dans un sens moral et plus figuré encore,
Afaiteineiit signifioit action de faire, de commettre.
Pour comparer vers Dieu des malz X'affaitemcnt.
Gcr. de Rousillon, MS. p. 100.
C'est-à-dirç, afin d'expier envers Dieu les crimes
qu'il avoit fait qu'il avoit commis.
La signification particulière d'arrangement, ac-
commodement, accord, nail aussi de l'acception
générale d'afailetnenl, action de faire, d'arranger,
d'accommoder, action jiar laquelle on met les
choses dans l'état (jne l'on désire. Il faut lire
ajailemenl \)Ouv afuiccnwnl dans les vers suivans :
prislrent un parlement,
Por querre de Itichart aucun nfincnncnl,
Que Ricbart ne seit du tout mis à néant.
Rom. de Rou, MS. p. 94.
N'onques ne fu, ne n'ert jamès
Qu'an amor ait repos, ne pais,
(1) l'entendit. — (2) raillerie, du Scandinave gabb. — (3) armes. — (4) Diminutif de safrc, qui
élégant, gentil, et se rattache sans doute au bas-latin saf/ium, orfroi, broderie, (n. e.)
signifiait anciennement
AF
— 177 —
AF
Ne sens, no conseil, ne raison,
Ne droit nul, se volenté non,
Ne par droit nul, afaiicment,
Korz seul de faire son talent.
Parlon. de blois, SIS. do St Gcrni. fol. 100, H' col. 3.
Dresser un chien, apprivoiser un oiseau, c'est
le faire, le l'oriner pour la cliasse ; action expri-
mée par le mot afaiteiiicnl dans nos anciens
auteurs de vénerie cl de fauconnerie. « Si vous
« dirons comment... on pcult donner bon alfco-
« temcnt ai bonnes chasses à ses chiens jeunes,
« qui oncques ne cliassèrent. » (Modus et Hacio,
fol. 22, V".) De là, on disoit d'un ci)ervier nouvel-
lement apprivoisé, ([u'ilétoit^/c miHVClajfdildiioil ;
(ibid. fol. 13."), V".) qu'il étoit de doux ajjnijloni'nl,
lors(iu'il étoit naturelieinenl peu farouche, et par
couséqueiit facile à apprivoiser. (Yoy. Cotgr. Uicl.)
Moult sont prcudome Vavassor,
Et moult vivent à grant henor.
Ce sont, ce m'est avis, les genz,
De qui vient plus afailemciiz
De chiens, d'oiseau.\ et de servise.
Parlon. do lilois, MS. de SI Germ. fol. 1(J0, V" cjI. 'J.
Il paroitroit qne la chasse, qui n'est aujourd'hui
qu'un plaisir de pur amusement, étoit autrefois
considérée comme un exercice, dans lequel il
n'étoit pas indiiférent de se distinguer.
lirenne parloit courtoisement ;
Si ert de grant afailemenl ;
De bois savoir et de rivières, etc.
Rom. du Brut, MS. fol. 20, V col. 2.
En étendant la signification primitive de ce mot
à la manière dont on fait une chose, on a dit
afaitement pour manière, façon. (Voy. Akaiue
ci-dessus.)
Qui demorer veut de sa maisnie, (1)
Qu'en lui soit tous courtois afaiicmens.
Ane. Poet. Fr. MSS. avant 1300, T. II, |i. 828.
Ce mot a pu signifier perfection, de même qu'a-
faité a signifié parfait (Voy. Af.\ite ci-dessus.)
Nule riens aine ne trovai
De si bel contenement.
Ne de tel afaitement.
Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1101.
A pou d'afaitement
Sans point de cortoisie, etc.
Id. iijid. T. II, p. 554.
De là, on l'a employé comme terme collectif,
pour désigner les qualités du cœur, les agrémens
du corps et de l'esprit, dont l'assemblage peut seul
rendre un homme parfait. On pourrott expliquer
Afaitement, par esprit, sagesse dans les passages
suivans :
. . . tint Richart toute sa vie
A joie et à pais Normendie.
Moût fu de grant afaileuxent,
Et de riche contenement.
Rom. deRou.MS. p. 146.
Moult fut de grant afaitement,
Et de noble contenement.
Rom. du BruI, MS. fol. 73, R° col. 2.
Par douceur, politesse, dans cet autre passage,
où plusieurs bonnes riuaiilés sont mises en oppo-
sition avec les défauts contraires :
Honte, henors; sens et folie ;
Afailemcnz, et vilannie. (2)
Parlon. do Ulois, MS. de S' Ccrm. fol. 158. R-
Il paroit mis pour grâce, beauté, dans ces vers :
. . . Rose, no flors de lis
A li ne se prant ; (3)
Kt de son afuilctnenl
l'orroient bien dis
Eslrc à honor, ce m'est vis.
Ane. Pool. Fr. MSS. av. 1300, T. III, p. 1009.
Dans un autre endroit, pour sincérité, bonne foi.
l'aus est et gars ki à Dame se done ;
Ken leur aiiior n'a point d'Afailemeril.
Quant la dame se tient coiiite (4) et atornée.
C'est pour faire son povre ami dolent.
Et la joie est au riche faus qui ment :
Et au povre se tient eskieve (5) et morne.
Pour cou di-jou k'amors vient de noient ;
De noient vient et à noient retorne.
Id. ibid. T. III, p. 1070
Ou lit dans une autre copie :
Fox est et gars ki à Dame se tome ;
Qu'en lor amor n'a point d'afiemeni, etc.
Id. ibid. T. II, p. 741.
Enfin par une nouvelle extension de la signi-
fication d'afailcmoit, action de faire, ce mot s'est
dit de l'exécution d'un" projet, d'une chose faite,
exécutée. (Voy. Afaiue ci-dessus.)
Régna Artus paisiblement ;
Ne nulz guerroier ne l'osa ;
Ne il aultre ne guerroia.
Par soy, sans autre enseignement
Emprist si grant afaitement.
Rom. du BruI, MS. fol. 74, Y- col. 2.
VARIANTES :
AFAITEMENT. Parton. de Rloi.?, MS. de S. G. fol. 160.
Afaicement (lisez Affattement.) Rom. de Rou. MS. p. 94.
Afktement. Fabl. MS du R. n» 7218, fol. 107, V» col. 2.
Affaicte.ment. Modus et Racio, fol. 61, V». — Gace de la
Bigne, des Déd. MS. fol. 76, R».
Affaitement. Modus et Racio, MS. fol. 41, V».
Aff.\ytemext. Cotgr. Dict.
Affectement. Modus et Racio, fol. 22, V».
Afaiter, verbe. Faire, donner une forme, pré
parer, parer, arranger, disposer, composer, panser
etc. Former, élever, instruire. Apprivoiser, dresser
Refaire, raccommoder.
Ce mot, composé de la préposition à et du parti
cipe fait, signifie faire une chose en général, lui
donner uneïorme propre à certains usages, propre
à produire certains effets. (Voy. Afaite ci-dessus.)
De là, on disoit afellier ses armes, pour les mettre
en état, les préparer pour combattre. (Rom. de
Uou, MS. p. 305.) Affaictier ses sour&U-,, pour les
peindre, les arranger à dessein de plaire. « Elle
« avoit affaictiez ses sourcilz, ses temples et son
« front. » (Le Chev. de la Tour, Instr. à ses filles.
(1) maison, suite. — (2) rudesse, grossièreté. — (3) ne se compare. — (4) parée. On hésite pour rétvmologie entre le latin
cognitus et Tallemand kund. (n. e.) — (5) à l'écart du...; c'est notre mot esquiver.
I. 23
AF
— 178 —
AF
fol. 28, V" col. 1 ; &afl'aicHcr, pour se p;irer, afin
de mieux séduire. ^Voy. Affaicterik ci-après.) Guill.
de Lorris fait ainsi l'éloge de la beauté, qu'il
personnifie:
N'estoil farjée ne pignée;
Car elle n'a voit uieslier
De soy farder et «//'uic/ier.
Les applications particulières de l'acception jïc-
nérale d'afaiter, pounoienl être variées à l'infini;
ce mot signifie disposer dans ces vers:
Et mon cuer si o fêtes.
Qu'en loi soit ma créance.
Kalil. ils. du R. n- 7218, fol. 171, ft- col. 2.
Composer, dans cet autre passage :
Car à mes rimes ufailicr.
Ne vueil que de vu Roys traittier.
G. Guiarl, MS. fol. 7, R:
Panser, en parlant d'une plaie. « Quant le mire
« luy eut ses playes alfauit'c'S, etc. » (Lanc. du Lac,
T. Il", fol. Gi, V" col. 'i.) On disoit même ajj'aiter un
blessé, pour le panser, le préparer h guérir, le
mettre en étal de guérison. ■< >iul Bariiier, si ce n'est
« en aucun besoin d'estancher le blessé, ne se
« pourra enlreiuellre dudit lucslier; et sitosl qu'il
« l'aura estanrlu' cl ajl'aiU' . il le fera à S(,-avoir à
" Justice. " "l'asq. llecli. Liv. IX, p. 831.)
L'éducation fait les lionimes ce qu'ils sont. De là,
le mot Afallcr, pris dans le sens de former, élever,
instruire.
Par la bonté de son courage,
Et pour le los de son barnage,
Et part la grant Chevalerie
Qu'il ot ufailie et nourrie,
Dist Artus que mer passeroit.
Uom. du lirut, .MS. fol. 75, R* col. 1.
.... aie l'avoit alatlié,
Et tout nouri, et afailié.
Ph. Mousk, .MS. p. 8.
Mes je proi a<i Diu d'amors
Qui amans afaile,
Qu'il nos tiengne en bone amor.
Vraie et parfette.
Clions. fr. du xiii* sii'clc, MS. de Bouhier, fol. 75, V.
En termes de fauconnerie, il signifioit et signifie
encore apprivoiser.
L'esparvier
Se laisse en six jours a/faicter.
Gacc de la Digne, des Véd. MS. fol. 81, R*.
On disoit aussi Afailer, en parlant des chiens
qu'on dicssoil pour la chasse. » Qui veult bien
« afailicv son limier, etc. » iChasse de Gaston
l'hébus, .MS. p. 210.)
Bien est vray que dame Nature,
Qui en ce fait a mys grant cure,
Donna aux cliiens entendement
De buste chasser saigement.
Et neantmoins les fault uffaicticr
Qui bien les veult faire chasser.
Id. ibid. fol. 39, R*.
La préposition à, dans afailer, étoit réduplica-
tive, lorsque ce mot signifioit refaire, raccommoder,
donner ù une chose sa preinicrc foriuc. <> Li Giieu
« avoieiit le pont colpé; et li Ikinui lireiU tôle jor
•• l'ost laborcret tote la nuit, por le puni ajfuitit'v. <>
(Villeliard. p. (12.) Il faut lire afailier. i,ld. ibid.
Voy. Boiel, Dict.j
Un Vallet vint ci avantier;
Por recodre et por afaitier,
Si nie bailla un sien sercot,
Que rompu ot à un Escot (1).
Fabl. MS. de S' C.crm. fol. 321.
On disoit au figuré, s'afaitcr, pour se raccom-
moder, se réconcilier.
Henri li noirs à vous m' a faite;
Se nule riens vous ai melfaite, etc.
Fabl. MS. du U. ii- 7218, fol. Gl, V oui. 1.
VARIANTES :
AFAITER. Règle de S. Benoit, lat. et fr. MS. de Beauvais,
ch. 2. - Rorn. du Brut, MS. fol. 103, R» col. 2.
Afaitier. Ane. Poët. Ir. MSS. av. 1300, T. 111, p. 1053.
Afeitif.r. Rom. de Rou, MS. p. 305, idem.
Afeter. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 171, R» col. 2.
Afetier. Id. ibid. fol. 9, V" col. 2.
Affaicter. Gace de la liigne, des Déd. MS. fol. 93, R".
Affaictieu. Modus et Racio, fol. 5, V».
Aff.viteu. Oudin, Monet, Dict. — Ménage, Dict. Étym.
Affaitikr. Borel, Dict. - Ane. Poët. fr. MS. av. 1300,
T. II, p. 589 et 590.
Affecter. Percef. Vol. V, fol. 19, Y" col. 1.
Akfectieu. Poës. d'AI. Chart. p. 515.
Affetier. Ord. T. I, p. 199.
Affetteh. Gloss. du P. Labbe, p. 488.
AFFcrriER. Villchardoin p. 62.
AiFFAiTER. Gace de la Bigne, des Déd. MS. fol. 3, R".
Afaitieinent, adv. Avec grâce. .\vec alTectation.
iSous avons iiidiiiué, sous Afaitk ci-dessus, l'ori-
gine de ces deux acceptions figurées. La première
est justifiée par le passage suivant :
au cheval de pris
Richement siet et ufaitiement.
Teus honi doit amor servir «
Sans li traïr.
Aoc. Poit. fr. MSS. av. 1300, T. II, p. 915.
On a dit ajfcctcment dans le même sens. ■• Pre-
>c nions plaisir... de leur voir porler leurs jambes
'■ si gentiment et démener et frétiller leurs pieds si
« (ilji'cléntt'iit, que rien plus. » (Brant. Dam. Gai.
T. I. p. H7.)
Ce même mot, pris en mauvaise part, signilioil
avec allectation. « L'ancien Gaulois cust un langage
« court.... et de celte mesme brièveté de langage,
« prit son origine cl essence enire nous l'E femi-
" nin... lellrc ([ui es! mnjioycmie entre la voyelle
« et la consunnaule pronoiicco trop alfcclcmciit en
« la fia d'une diction. » (Pasq. Itech. Liv. Vlll.
p. 655.)
VARIA.NTES :
AFAITIEMENT. Cléomadés. MS. de Gaignat, fol. 07, V» col. I .
Affecté.mant. Brant. Dam. Gai. T. I, p. 417.
Afuitisou, subsl. [cm. Action de dresser, d'ap-
privoiser. Fa(;on.
(1) Ecossais.
AF
— il'.) —
AF
On trouvera sous Afaité et Afaitemf.nt ci-dessus,
l'origine et ranalof!:ie de ces deux sisnifications. F^a
premii're se rencontre partout dans nos anciens
Auteurs de fauconnerie et di- vénerie. On disoit
d'un faucon (lilTicilc à apprivoiser, ([u'il cloit de
dure iif(iifi)isii)i. (Falil. ms. du It. n" 7GI.">, T. II,
fol. 13,1, V° col. '!;) et le temps, la saison ([ue l'on
prend ordinairement pour di'csser les chiens à la
Chasse, s'appeloit sdiison m alfctaysons. (Chasse de
Gaston Phcbus, ms. p. 303.)
Dans le sens de façon, on a dit lille de ooite
afaitison.
Ot une fille de (jent afailison,
Bêle et courtoise; Mahaut l'apeloit-on.
ClëomadcH, MS. de Gai-nal, fol. 71, V col. 1.
Chascuns ara sa mie de r/cntc afaitison.
Buenon do Conimarchies, MS. do Gaîgn.'it, fol. lOB, R* col. i.
VARIANTES :
AFAITISON. Cléom.irlos, MS. do daignât, fol. 110, R» col. 1.
Afaitoison. Fabl. MS. du U. n»7Gl,-), T. II, fol. \m. R" col. \.
Afetoiso.n. Chasse de Gaston Pliébus, MS. p. 216.
Affetayson. Id. ibid. p. 303.
Afamé, participe. Affamé. Qui désire.
On a écrit Afeinmé pour Afiuné, qui a l'aim, dans
le sens propre.
Cet jor avoient jeune ;
Si érent trestuit afirmmé.
De mengier orent grant talent, etc.
Floire et Blancliellnr, MS. de S' Gcrm. fol. 198, V" col. 3.
Ce mot désignoit quelquefois l'effet d'une épargne
outrée, dans la dépense de la table; et l'on disoit
table affamée, pour signifier une table mal servie,
où l'on meurt de faim. « La table d'Achilles.... esloit
« toujours vuide et affamée, ce dit Homère. » ;Bou-
chet, Serées, Liv. III, p. 173.) « De retour de ces
« affamex- banquets, dont on revient creux comme
« une lanterne, je souperai chez moy. » (Id. ibid.
p. 174.)
De là, il s'est dit de certaines choses faites à
l'épargne, spécialement d'un habit oîi l'on a épargné
l'étoffe. (Voy. Brantôme, sur les Duels, p. 64.)
Enfin, par extension de l'idée du désir, qui ac-
compagne la faim; affamé a signifié figurément qui
désire, qui a de l'avidité pour quelque chose, qui
souhaite avec ardeur. De là, ces expressions usitées
affamé de gloire, affamé d'honneurs, ete. Un de nos
anciens Poètes s'est servi de ce mot dans un sens
absolu, en parlant des amans qui désirent sans
cesse. 11 dit à sa maîtresse qu'il invile à se rendre
auprès de lui, sous un ombrage :
Là serez-vous. s'en vous ne tient, clamée
Des Rossignoz, dame des afame:
Auxquelz les biens d'amours sont enfermez.
Eusl. des Ch. Poos. MSS fol. 179, col. 2.
(Voy. Afamer ci-après.)
VARIANTES :
AFAMÉ. Eust. des Ch. Poës. MSS. fol. 179, col. 2.
(1) Renard. - (2) Coq.
Aff.mmè. Floire et Blancheflor, MS. de S' Germ. fol. 198.
AFFAMf:. Orlh. subsist. - Uouchet, Serées, Liv. III, p. 173.
Afamor, verbe. Désirer. Mourir de désir.
Le sens propre est avoir faim. De là, ce mot a
signifié désirer, souhaiter quelque chose avec ar-
deur. (Voy. Afamé ci-dessus.) Un amant que le soin
(le la réputation de sa maîtresse engage à con-
traindre SCS désirs, exprime ainsi la délicatesse de
son amour :
ainçois me prengne
La mort, que j'envers vous m.-îspreigne;
Ne que je veuille
Que vos cors par moi los acueille.
Par lequel d'onneur se despeuille.
Miex aim amer
Touzjours, et de joie affamer,
Sanz moi veoir ami clamer.
Jet. de [.escur. chans. fr. à la suite du Rorn. de Fauvel, MS. du R
n"6812, fol. Cl, Vcol. 3.
En passant de la cause à l'effet, afamer, avoir
faim, a pu signifier mourir de faim dans le sens
propre, au figuré mourir de di\sir. Ce verbe est réci-
proque dans le vers suivant, oh le Poète dit, en
parlant de la violence de l'amour d'Achilles pour
Polyxène :
Il s'en alittc, il s'en afame.
Froissart, Poës. MSS. fol 318, col. 1.
VARIANTES :
AFAMER. Froissart, Poës. MSS. fol. 3iR, col. 1.
Affamer. Orth. subsist. — Jeh. de Lescur. chans. fr. à la
suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. n« 0812, fol. 61, V» col. 3.
Afannoié, participe. F;\ché.
Mis en peine, qui est en peine; du mot Affan ci-
après.
Quant li Goupiz (t) s'est regardez,
Moult se tint bien afannoié.
Que li Cox (2) lot si engignié.
Fabl. de S' Gcrm. fol- 19, R" col. 2.
VARIANTES :
AFANNOIÉ. Fables MS. de S' Germ. fol. 19, R» col. 2.
Afaxoié. Fabl. d'Esope, MS. du R. n» 7615, fol. 88, V» col. 2.
Afatomic, subst. fém. Tradition, donation.
Donation, qui se faisoit en jetant un fétu, dans le
sein du donataire, en signe de tradition. (Voy. Du
Cange, Gloss. lat. au mot Affatomia.' Ce mo"t est
expliqué par tradition dans un capitulaire de Louis
le Débonnaire, fait en interprétation delà loi salique.
« De ajfalomie dixenint quod esset traditio. »
'Baluz. Capitul. Reg. fr. ;//;/ suprà.)
VARIANTES :
AF.\TOMIE. Favin, Offic. de la Couronne de France, p. 171.
Affato.mie. Baluz. Capitul. Reg. fr. T. I, col. CIO.
Afautler, verbe. Tomber. Manquer.
Mut formé de la troisième personne de l'indicatif
présent du verbe falloir, dont la signification étoit
la même que celle du verbe faillir. Cette analogie
paroit d'autant plus naturelle, qu'ils ont tous deux
la même origine. ^Voy. Faillir et Falloir ci-après.)
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Afautier, signifie tomber, dans le passage suivan t :
« Se tu as trait ton faucon de la mue.... ne lui
•< donne mie cliar lavée ; mais lui donne char d"oi-
« seaux vifs... et le tien;;' à Tair; ou aulremeiU ses
« pennes pourroicut afuutit'r el anienlir. ■ Modus
et Racio, ms. fol. 1-28, l\° . Ou lit Alfailer dans Dudé,
des Oiseaux, p. ['11; mais c'est une faute.
Dans le second sens, on a dit :
Nus ne puet de famé joïr,
Tant sache faire son plaisir ;
El se aucune foiz ufaut.
Foi qui doi Deu et Saint Nicaut,
Il perd trestot au derrien,
Fabl. .MS. du W. n- "Clâ, T. U, fol. 153, V* col. J.
VAniANTES :
AFAUTIER. Modus et Racio, MS. fol. 12R, R».
Af.vl't. (3' pers. de Tindic. prés.j Fabl. MS. du R. n» 7015,
T. II, fol. 153, V» col. 1.
Afeinniir s", verbe. Devenir féminin.
Un de nos Poëtes a dit, en parlant de la méta-
morpliose d'IIennaptirodile, opérée dans une fon-
taine de Carie, à la prière de la Nymplie Salmacis:
l'eau de force étrange
Avoit fait dedans luy si merveilleux échange,
Qu'homme entier y entrant, n'en sortoit que demy ;
Et son cors émaslé s'y estoil afcmnuj,
(Euv. do Baif, fol. m, V'.
Afer, subst. masc. Jument ou Verrat.
Ce mot, (jue les écrivains Anglois ont rendu par
le mot latin Afferus, affriis, paroit ne différer
à'aver, que par la mutation d'une lettre de même
organe. Dans le Norlhumberlaud, on désigne encore
un cheval de peu de prix, et ([ui n'est propre qu'au
labourage, en ces termes, a laulsc avcr ou afer.
(Voy. Du Cange, Gloss. lat. aux mois Afferi et Af-
frus.] Si le mot afer est en effet le même qu'ai'cr,
il pouvoil signilier hèle de somme. Verrat, Rduif,
etc. puisque dans Brillon, (des Loix d'Angleterre
passi)ii,] «rcr.s signifie hestiaux en général, el qu'en
IVormandie comme en Angleterre, on appelle avers
les animaux domestiques. (Voy. Avoiu ci-après em-
ployé comme substantif.)
De i;i, Wilkins a traduit afer, par le mot latin
Jumcntinn, Loix Aorm. art. 10.) et du Cange, par
celui de verres. (Ibid. Édit. de Selden.)
VARIANTES :
AFER. Loix Xorm. art. tO, édlt.,de Wilkins.
Iter (lisez Afer ou Aver). Ibid. Édit. de Selden.
Aiester, verbe. Régaler. Donner une fête, un
festin. (Voy. Feste ci-après.)
Arrière reperiérent, quant messe fu chantée :
Puis afesli: ses gens, dont moult a assamblée
De gent loing et de prés , qui n'i fu pas mandée.
Fabl. MS. du n. n' 7218, fol. 3i8, I\' col. 2.
Afetardir, verbe. Devenir paresseux. Amollir,
énerver.
Ce verlie, composé de la préposition à et de
l'adjectif Faitard ci-après, qu'on écrivoit fêtard.
signifie devenir paresseux dans ce passage : « Leur
« fait-on prendre peine pour les garder de afclar-
■• (lir, etc. » [\x .louvencel, fol. 8, V°.)
Dans le sens d'amollir, énerver, proprement
rendre paresseux, ce verbe avoil une signification
active. « Se nous n'en faisons rexercile,'nous. . . .
» afétardirious noz cueurs qui maintenant prisent
« pelil une graut chose. ■> (Le .louvencel, fol. -iS,
R°.) On lit, aiijHiresscroiis pour uli'tardirions. Jbid.