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Full text of "Dictionnaire languedocien-français, contenant les définitions, radicaux et étymologies des mots; les idiotismes, dictions, maximes et proverbes, leurs origines et celles des coutumes, usages et institutions; les noms propres de personnes et de lieux, origines, étymologies et significations; les termes d'agriculture, de métiers, d'arts, de professions, d'industrie; la flore et la faune méridionales; etc., etc"

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DICTIONNAIRE 

LANGUEDOCIEN-FRANÇAIS 

CONTENANT 

les définitions, radicaux et étyniologies des mots; les idiotismes, 

dictons, maximes et proverbes, leurs origines et celles des coutumes, usages et institutions; 

les noms propres de personnes et de lieux; 

origines, étymologies et significations; les termes d'agriculture, de métiers, d'arts, de professions, 

d'industries; la flore et la faune méridionales; etc., etc. 



l'AR 



Maximin D'HOMBRES 



ANCIEN PRF.SinKNT DU TRIBUNAL CIVlI. l) ALAFS, MBMnRR DE I, ACAnEMIP. I)K NIMES, 
ANCIEN PRÉSIDENT TIF. I.A SOCIÉTÉ SriENTIFIOUB ET MTTKnAIRE B'aI.AIS, 



ET 



Gratien CHARVET 



MEMBRE RE I, ACADÉMIE DE NIMES, DR l,A SOCIETE .Mir.llF.OI.OlilnUE DE MONTPKI.I.IEIl 

KT riR I.A SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE ET LITTÉRAIRE d'aLAIS, 

l^ORRRSPONOANT nu MINISTÈRE riE l.'iNSTBDCTION PUBLIQUR FOUR I.BS TRAVAUX HI.STORI0UR5, 

OFFICIRR n'ACADÉMIR. 




ALAIS 

Imprimerie et Lithographie \. BRUGUEIKULLI-.. (Jrand'rue. \)à. 

1884 



DICTIONNAIRE 



LANGUEDOCIEN-FRANÇAIS 



DICTIONNAIRE 

[LANGUEDOCIEN-FRANÇAIS 

CONTENANT 

les définitions, radicaox et étymologies des mots; les idiotismes, 

dictons, maximes et proverbes, leurs origines et celles des coutumes, usages et institution!; 

les noms propres de personnes et de lieux, 

origines, étymologies et significations; les termes d'agriculture, de métiers, d'arts, de professions, 

d'industries; la flore et la faune méridionales; etc., etc. 



PAR 



Maximin D'HOMBRES 



ANCIEN PRÉSIDENT DU TRIBUNAL CIVIL d'aLAIS, MEMBRE DE L' ACADÉMIE DE NIMES, 
ANCIEN PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ STaENTIFIQUE ET LITTÉRAIRE D'ALAIS, 



ET 



Gratien CHARVET 



MEMBRE DE l'aCADÉMIB DE NIMES, DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE MONTPELLIER 

ET DE LA SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE KT LITTÉRAIRE d'aLAIS, 

CORRESPONDANT DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE POUR LES TRAVAUX HISTORIQUES, 

OFFICIER d'académie. 



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•« 




5 - 



ALAIS 
Imprimerie et Lithographie A. BRUGUEIROLLK. Grand'rue, 93. 

1884 



^ 



MAXIMIN DHOMBRES 



Deu agradal e al pobol uM. 
Agréable à Dieu et utile au peuple. 
Vieille Charte d'Alais. 



On l'a dit bien souvent et avec juste raison : certaines familles semblent être prédestinées au goût des 
recherches studieuses; elles possèdent ce don naturellement et se le transmettent de génération en géné- 
ration comme un précieux héritage. Cette observation ne s'est jamais manifestée avec plus d'évidence qu'à 
l'égard de Maximin d'Hombres. 

François-Louis-Maximin d'Hombres naquit, le 14 août 1810, à Alais, d'une ancienne et honorable 
famille des Cévennes. Il était le fils de François-Régis d'Hombres dont les vertus charitables sont restées 
légendaires, et de Marie-Antoinette-Eulalie Desroche, de Génolhac. 

Petit neveu des deux célèbres Boissier de Sauvages, par sa grand'mère Marie-Augustine Boissier de 
La Croix de Sauvages, et neveu du baron d'Hombres-Firmas, il voulut se rendre digne de ses devanciers 
et suivre comme eux, avec honneur, la voie que leurs travaux lui avaient ouverte. 

Doué d'une intelligence peu commune et d'une pénétration non moins remarquable, Maximin fit avec 
succès ses études classiques à Forcalquier d'abord, à Aix ensuite, chez les Jésuites. U les poursuivit plus 
tard au collège de sa ville natale, et alla les compléter à Paris par celles du Droit. 

Ses débuts à Alais, comme avocat, lui valurent les éloges les plus mérités, et firent présager pour lui un 
brillant avenir. Il prit, pendant trente-cinq ans, une part active à tous les grands débats judiciaires qui se 
produisirent devant le tribunal de celte ville. A partir de 1840, il fit toujours partie des Conseils de l'ordre; 
et, à neuf reprises différentes, il en fut élu bâtonnier. « Cœur noble, âme généreuse, esprit cultivé,» a dit 
sur sa tombe un de ses anciens confrères, « Maximin d'Hombres était un de ces hommes dont le tjdent et la 
probité s'imposent et honorent les corps auxquels ils appartiennent (1). » 

Caractère aimable et enjoué, esprit incisif et éminemment gaulois, Maxiniin avait l'aimable défaut des 
hommes très spirituels, qui n'ont jamais l'air de se prendre tout-à-fait au sérieux, lors même qu'ils se 
livrent à des occupations fort sérieuses; contrairement aux esprits bornés ou superficiels, qui se gardent 
bien de douter d'eux-mêmes, et font consister leur principal mérite à s'occuper, avec une gravité affectée, 
de choses parfaitement insignifiantes. 

Un membre de la société d'AIais a décrit avec finesse « celle figure originale et sympathique, pré- 
sentant un singulier mélange de douceur et de malice, de bonhomie et de causticité Ce charmant 

causeur, prompt à la réplique, habile à lancer le trait, à la verve familière, aiguisée, piquante, ironique, 
mais jamais blessante (2). » , , 

Une bienveillance constante, une bonté inaltérable, formait, en effet, le fond du caractère de Maximin 



(1) Discours de M. Emile Pin, Mtonnier de l'Ordre des avocats. 

(2) V. ArpRAN. — Compte-rendu des travaux de la Société scientifique et littéraire d'Alais, pendant l'année 1873. 



n 



d'Hombres. Ses qualités charmantes, son abord facile et plein d'aménité, lui attiraient l'estime et lafTec- 
tion universelles. Quant à ses amis, ils ont pu apprécier combien l'un d'entre eux (1) l'a justement défin, 
en signalant chez lui cette ténacité du cœur qui rendait ses afTections indissolubles. 

Pourrions-nous oublier, en parlant des précieuses qualités de notre ami, celles qui étaient peut-être 
les moins apparentes, mais en même temps les plus réelles : ces vertus bienfaisantes, ces habitudes de 
charité, héréditaires dans sa famille, dont pourraient rendre témoignage tant de misères secourues, tant 
d'infortunes soulagées en silence, sans faste et sans ostentation? 

Aussi, lorsqu'à la fin de sa carrière d'avocat, parcourue avec autant d'honneur que de distinction, 
Maximin d'Hombres fut appelé à la Présidence du Tribunal [d'Alais, tous ses concitoyens, sans acception 
d'opinions, applaudirent avec enthousiame à une nomination si bien justifiée. 

* 

Maximin d'Hombres avait épousé, le 26 novembre 1844, M"" Victorine Farjon, de Montpellier, dont 
l'inaltérable affection l'a, jusqu'à ses derniers moments, entouré des soins les plus délicats et les plus 

dévoués. 

Durant de longues années, Maximin d'Hombres a fait partie du Conseil municipal d'A.lais, où l'avaient 
appelé la confiance et l'affection de ses concitoyens; et il a rempli, pendant un certain temps, les fonctions 
d'adjoint à la mairie. 

Il était membre de V Académie du Gard, de la Société des études pour les langues romanes et de 
la Société scientifique et littéraire d'Alais, dont il a occupé la présidence pendant l'année 1872. 

Maximin d'Hombres avait eu quatre frères, morts avant lui, et une sœur qui lui survit : 1° Hippolyte, 
ancien élève de l'École polytechnique, mort en Afrique, capitaine du génie; — 2° Léonce, mort religieux 
trappiste; — 3° Ernest, mort garde-général des Eaux-et-Forêts ; — 4° Paulin, mort enseigne de vaisseau 
devant Saint-Jean-d'UUoa; — 5° Pauline, religieuse de la Visitation à Tarascon, seule survivante. 

Avec Maximin s'est éteinte la descendance mâle de la branche cadette de la famille d'Hombres. 

* 

Doué d'une aptitude exceptionnelle pour toutes sortes de travaux, mais principalement porté vers 
les études littéraires, historiques et archéologiques, Maximin savait faire marcher de front ces diverses 
études avec celles de sa profession. Les premières avaient même d'autant plus de charme et d'attrait pour 
lui, qu'elles fournissaient à son esprit une agréable diversion aux fatigues du barreau, et lui servaient 
en quelque sorte de délassement. 

Le but constant qu'il poursuivit toute sa vie fut de mettre en lumière les principaux faits historiques 
qui se rattachent au passé de sa ville natale pour laquelle il professait, comme tous ses devanciers, une 
prédilection intime et profonde, un culte ardent et passionné : Soli totus amor (2). 

A part ses incontestables qualités littéraires, ce qui mérite surtout d'être signalé dans Maximin 
d'Hombres, c'est l'esprit de suite et l'opiniâtreté dans le travail qui, chez l'historien et l'érudit, sont toujours 
des qualités fécondes. 

« On est en général tenté de plaindre les savants qui consacrent leur vie à composer de gros livres et 
les curieux qui passent leur temps à les lire, dit M. Gaston Boissier. Peut-être les uns et les autres sont-ils 
beaucoup moins malheureux qu'on ne le suppose. S'il faut un certain courage pour se jeter résolument dans 
ces études pénibles et infinies, il est rare, quand les premières difficultés sont vaincues, qu'on n'éprouve pas 



tl) Éloge de Maximin d'Hombres, par M. d'Espinassous. 

(î) Épigraphe inscrite par Maximin d'Hombres en tête de son Étude sur Alais. 



pour elles un grand attrait : elles ont ce privilège qu'elles donnent beaucoup plus qu'elles ne promettent. 
Les érudits, qui se sont fait un domaine restreint et fermé, le fouillent avec passion dans tous les sens, et 
finissent toujours par y découvrir (]uelque coin de terre inconnu où ils sont les premiers à poser le pied. 
Ce plaisir est un des plus vifs qu'on puisse éprouver, et il n'est pas commun (1). » 

Maximin d'Hombres a laissé trois excellentes Études ou notices réunies dans le volume des Recherchée 
historiques sur Alais, publié en 1860, en collaboration avec MM. Marette, Duclaux-Monteil et César Fabre. 

La première de ces notices est un précis historique sur la Seigneurie d' Alais. C'est, sans contredit, 
le travail le plus complet qui ait jamais été publié sur cette matière. 

La seconde contient une étude archéologique et historique sur l'ancienne église de Saint-Jean-Baptiste 
d'Alais, convertie plus tard en cathédrale. 

La troisième traite des anciens noms des rues et places de la ville avec l'indication de leur étymologie. 

On doit, en outre, à Maximin d'Hombres, de nombreux articles publiés dans l'Écho d'Alais, journal 
dont l'existence a duré onze années, de 1841 à 1852, et dont il fut l'un des principaux fondateurs. 

On a aussi de lui une notice biographique placée en tête de la deuxième édition de Las Castagnados, 
recueil de poésies languedociennes du marquis de Lafare-Alais, à qui l'unissait une vieille et étroite amitié; 
et trois ou quatre plaquettes, sans nom d'auteur, qui n'ont jamais été mises en vente : il n'en a été tiré 
qu'un nombre très restreint d'exemplaires (2). 

Mais les travaux les plus remarquables dus à ses longues et patientes recherches et à sa profonde 
érudition, sont : 1* Une étude de longue haleine, sous forme de discours, intitulée : ALAIS, ses origines, 
sa langue, ses chartes, sa commune et son consulat; 2' Le nouveau Dictionnaire languedocien-français, 
resté inachevé. 

• « 

Dans son étude sur Alais, l'auteur expose d'abord l'ensemble de son œuvre. 

Il a pris à tâche de faire ressortir le synchronisme qui existe entre les origines de l'organisation 
municipale de la ville d'Alais et celles de la formation de son langage. Il établit l'étymologie du nom 
d'.Mais qui tient par ses racines à la langue celtique; il montre la contrée successivement occupée par les 
Ibères, les Ligures, les Celtes, les Romains, les Franks, les Yisigoths, les Sarrasins, et assimilant à son 
idiome des éléments divers empruntés au langage de ses envahisseurs. Il signale l'introduction de la forme 
latine, dans la langue indigène, comme la conséquence évidente de l'occupation romaine et de l'établisse- 
ment du christianisme dans la Gaule méridionale; et, après l'apaisement des grandes secousses produites 
par les invasions, il montre ce mémo langage national, ainsi modifié, s'assujétissant à des règles, se flxant 
progressivement, et, sous le nom de langue romane, s'imposant à l'Europe occidentale. 

Abordant ensuite la période féodale, l'auteur fait apparaître, en 1093, le premier seigneur connu 
d'Alais, Raymond Pelet, qui prend part à la première croisade, de concert avec Raymond-Décan d'Uzès et 
Guillaume de Sabran, sous les ordres de Raymond IV de Saint-Gilles. Il fait voir aussi les papes Gélase II, 
en 1118, et Alexandre III, en 1162, recevant à Alais l'hospitalité des Pelet; il décrit la vie seigneuriale, 
les aventures des troubadours de la contrée; il dépeint enfin, au seuil du XIII' siècle, la ville d'Alais entrant 



(1) G. BoissiER. — Les provinces orientales de l'empire romain. 

(î) Les Chartes d'Àlals du Xtll* siècle, traduites du roman et da latin en rimes françaises, 40 pages in-8*; — Rapport au 
Conseil municipal d'Alais sur la dénomination des rues et places de la ville; — Caup-â'œil sur l'alignement et les tgrulicats d» 
Gardon, 80 pages in-8°. 



«r 

« en possession d'elle-même et de la vie publique; » le peuple alaisien établissant ses droits; aflirmant son 
existence civile et son organisation communale. 

Parvenu à cette partie de son Étude, l'auteur passe en revue les principaux articles de la charte 
de 1200, octroyée par les seigneurs aux habitants d'Alais, et si étrangement défigurée dans son texte et 
dans sa date par MM. Beugnot (1) et LafcrriC-re (2). Rétablissant les textes d'après les documents originaux 
déposés aux archives municipales, il présente une vue d'ensemble de l'organisation communale d'Alais, en 
faisant ressortir le profond sentiment religieux qui domine dans les institutions de la société naissante. 

* 

Le nouveau Dictiontiairc languedocien-français fut le but constant vers lequel convergèrent les études 
de Maximin d'Hombres, et la meilleure partie de l'existence de notre cher et regretté confrère a été con- 
sacrée à cette œuvre capitale, qu'une mort prématurée ne lui a pas pcrmi d'achever. 

En publiant son Dictionnaire languedocien-français, l'abté de Sauvages s'était donné pour mission 
principale d'enseigner à parler correctement le français à ceux de ses compatriotes qui, accoutumés dès 
l'enfance à formuler leur pensée en languedocien, n'en donnaient, en se servant du français, qu'une tra- 
duction vicieuse hérissée de gasconismes. Il se proposait, en outre, d'expliquer les mots du vieux langage 
dont fourmillent les anciens documents écrits de l'époque féodale. 

Cette préoccupation constante a empêché le savant abbé d'atteindre le résultat qu'on était en droit 
d'espérer de lui. Elle lui a fait souvent négliger ou omettre les mots les plus usuels et le mieux employés 
pour s'attacher de préférence aux termes purement techniques. Ainsi restreint dans sa spécialité, on peut 
dire que le plan de l'ouvrage manque d'unité et demeure incomplet, au grand préjudice du dialecte alaisien. 

Le danger qu'avait voulu conjurer l'abbé de Sauvages n'existe d'ailleurs plus de nos jours. Ce n'est 
pas, en effet, l'altération de la langue française par le languedocien qui est à craindre à l'heure présente : 
l'influence contraire est bien plus à redouter, et nous assistons, chaque jour, à l'envahissement progressif 
de notre belle et vieille langue d'Oc, qui tend à se per^'ertir et à se corrompre, en se francisant. 

C'est pour combler les nombreuses lacunes du dictionnaire de l'abbé de Sauvages que l'auteur des 
Castagnados eut le premier la pensée, il y a déjà plus de trente ans, de rendre sa physionomie vraie au 
dialecte alaisien, cet ami d'enfance qu'il savait manier avec tant de grâce et d'esprit. Il associa à cette œuvre 
considérable deux amis intimes, MM. J-M. Marette et Maximin d'Hombres, animés comme lui du feu sacré; 
et, avec leur collaboration, il jeta les fondements de l'œuvre future, en commençant par recueillir la 
onmenclature de tous les mots qui devaient entrer dans le nouveau Dictionnaire languedocien-français, 
nomenclature écrite en entier de la main du marquis de La FarL-, et destinée de servir de guide aux trois 
collaborateurs. Cette classification devait être considérée comme un arrêt définitif, qu'il fallait religieu- 
sement respecter. 

Mais la mort vint successivement enrayer ou suspendre l'accomplissement de l'œuvre commencée. 
M. le marquis de Lafare-Alais succomba le premier en 1846; M. Marelle le suivit vingt ans plus tard, en 1866. 

L'honneur et le fardeau de l'entreprise devinrent alors l'héritage exclusif du dernier des survivants, 
qui, à son tour, devait disparaître avant d'avoir pu mettre la dernière main h ce monument patriotique. 

« « 

A dater de sa nomination comme président du Trilnnial civil d'Alais, l'existence de Maximin d'Hombres 
ne devait plus être qu'une longue agonie précédant une crise suprême. 



(1) Doaimenis inédUt sur l'histoire de France. Les Oliié, ou registres des arrêts rendus par la Cour du roi, publiés par 
M. Ilengnot, membre de l'Institut. T. III, 2~ partie, 131Î-1318. Appendice; Anciennes coutumes d'Alais, pp. 1458-1501. 

(2) LAFKRRifcBK. Uisloire du Droit français, T. V, Coutumes de France, sect. 11; Anciennes Coutumes d'Alais, Paris 1858. 



Notre ami succomba, le 27 décembre 1873, à la cruelle maladie dont il était atteint depuis plusieurs 
mois. II mourut en chrétien convaincu et résigné, digne couronnement d'une aussi belle existence. 

M. K. de Roux-Larcy a résumé en trois mots, sur sa tombe, la noble devise de Maximin : « Dévoue- 
ment, abnégation, fidélité. » 

« Sa foi religieuse, a-t-il ajouté, sa mort la proclame — Sa foi politique fut de celles qui com- 
mandent le respect à leurs adversaires, et qu'aucune épreuve ne fait jamais défaillir (1). » 

« Né dans le sein de l'Église romaine, élevé dans la foi et l'amour de ses dogmes, dans le respect de ses 
décisions, dans la soumission à sa discipline, a dit excellemment de lui M. d'Bspinassous, rien de ce qui, 
dans nos temps troublés, a fait hésiter tant d'âmes, n'a eu la force de le faire dévier un seul moment de son 

devoir filial Dieu, roi, patrie, cité, famille, amis, tant que ce noble cœur a battu, il a tout aimé avec 

obstination — Catholique et légitimiste par sentiment, il devait nécessairement en être le type le plus 

pur, et il ne pouvait que vivre et mourir dans les bras de l'Église et en rêvant du trône (2). » 

A ce splendide hommage aussi mérité que noblement exprimé, il nous suffira d'ajouter que la mort de 
Maximin d'Hombres fut une perte irréparable pour sa famille et ses nombreux amis, et un deuil public pour 
cette excellente population alaisienne, qui voyait s'éteindre en lui une de ses figures les plus originales et 
les plus aimées, un des derniers chroniqueurs de ses mœurs populaires, un des derniers représentants de 

ses antiques traditions. 

* 

Après la mort de notre ami. Madame d'Hombres voulut bien nous confier le soin de terminer l'œuvre 
inachevée de son mari : honneur insigne et périlleux, qui nous revenait moins qu'à tout autre et que nous 
nous sommes efforcé de justifier, sans espérer d'y avoir réussi aussi complètement que nous l'aurions désiré. 

Maximin d'Hombres avait, en mourant, laissé le Z)tWton/ïatre languedocien rédigé et imprimé jusqu'à 
la lettre M, inclusivement. Il restait donc à définir, sans autres jalons que la liste incomplète laissée par 
M. le marquis de La Fare-Alais, tous les mots correspondant aux douze dernières lettres de l'alphabet. 

L'orthographe introduite par M. de La Fare, dans ses poésies, est des plus défectueuses et se trouve en 
complète opposition avec les origines et les traditions de la langue d'Oc. Maximin d'Hombres l'avait néan- 
moins adoptée, par déférence pour le souvenir de son ami, et, bien que nos préférences soient en faveur 
de l'orthographe rationnelle, reconstituée par la renaJssarice provençale, nous avons dû, à notre tour, nous 
plier aux mêmes exigences, pour conserver, à l'œuvre à moitié accomplie de nos prédécesseurs, sa physio- 
nomie propre et sa complète unité. 

Dix ans ont été consacrés à cette tâche laborieuse, dont l'accomplissement nous a été facilitée surtout 
par MM. Emile de Firmas-Périès et César Fabre, deux alaisiens de vieille-roche, pour qui le dialecte Cévenol 
n'a point de secrets. Nous devons aussi de nombreux renseignements aux trois poètes d'Alais, successeurs 
de La Fare, MM. Paul Félix, André Leyris et Albert Arnavieille ; et, d'autre part, M. Emile Reboul, a bien 
voulu prêter à MM. Alfred Veirun, .\uguste Brugueirolle et Clodomir Castagnier, imprimeurs du Diction- 
naire, le concours de son remarquable talent de correcteur. 

Nous nous estimons heureux de pouvoir consacrer ici, à ces bienveillants collaborateurs, les meilleurs 
témoignages de notre sincère reconnaissance. 

Alais, 27 décembre 1883. 

G. CHARVET. 



(1) Discours prononcé par M. E. de Roux-Larcy sur la tombe de M. Maximin d'Hombres. 

(2) Éloge de M. Maximin d'Hombres, par M. d'Cspinassous. 



EXPLICATION DES ABRÉVIATIONS 



A ou a 

Ace 

Adi 

Adv 

Allem 

Anql 

Art 

Au FiG 

AUGM 

AO PHOP 

Bass. lat 

Cant 

Cat.. 

Celt 

CÉV 

COMM 

CONJ 

CONTH 

CORB 

Dat 

DÉMONS 

Dkr 

DiAL 

DiCT 

Dm 

DlPH 

Emp 

Esp 

Etym 

Exclam 

Ex 

F. onf 

Fam ; 

Fio 

Fr 

Fréq 

Gasc 

Gènit 

Gr 

Imp 

— Indique le changement 
= Signifie égale. Ex. Àc : 



Actif. 

Accusatif 

Adjectif. 

Adverbe OU Adverbialemenl. 

Allemand. 

Anglais. 

Article. 

Au figuré. 

Augmentatif. 

Au propre. 

Basse latinité. 

Canton . 

Catalan. 

Celte ou Celtique. 

Cévenol. 

Commune. 

Conjonction. 

Contraction. 

Corruption OU Corrompu. 

Datif. 

Démonstratif. 

Dérivation OU Dérivé. 

Dialecte. 

Dictionnaire. 

Diminutif, 

Dipklhongue. 

Emprunt OU Emprunté. 

Espagnol. 

Etymologie. 

Exclamation. 

Exemple. 

Féminin. 

Famille ou Familier. 

Figuré. 

Français. 

Fréquentatif. 

Gascon. 

Génitif. 

Grec. 

Impératif. 



Ind Indicatif. 

Intehj Interjection . 

Irrég Irrégulier. 

Ital Italien. 

Lang Languedocien. 

Lat Latin. 

LlM Limousin. 

LiNN Linnée, naturaliste. 

Loc . PRVfl Locution proverbiale. 

M. m . on MASC Masculin. 

M. SIGN Mime signification. 

N . PH Nom propre. 

Par EXT Par extension. 

Par kx Par exemple. 

Part, pass Participe passé. 

PÉJ . ou PÈJOR Péjoratif. 

Pers Personne. 

Phr . F ou FAITS Phrase faite 

PlUR Pluriel. 

Port Portugais. 

Pop Populaire. 

Poss Possessif. 

Pbép Préposition. 

Prés Présent. 

Prêt Prétérit. 

Pron Pronom. 

Prov Provençal. 

Prvb Proverbe. 

RÈDUP Réduplicatif. 

RÉF Réfléchi. 

Bel Relatif. 

SiNG Singulier. 

ScBS. ou S Substantif. 

Syn Synonyme. 

Thad Traduit. 

Triph Triphthongue. 

V. G. M Voyez ce mot. 

V. ou V Verbe. 

V . 1 Vieux langage . 



VOY Voyez. 

d'acceptions on de sens d'un mot; mais plus souvent les citations et remarques. 

= ec, ac égale ec; angue ^ anègue, = anencke : angue égale anègue, égale anenche; etc. 



DICTIONNAIRE 



LANGUEDOCIEN-FRANÇAIS 



BOISSIER DB SAUVAGES! De LA FARE-ALAIS! Deux 

noms radieux et sympathiques, que nous sommes heureux 
d'inscrire en tête des colonnes de ce Uvre, et qui feront sa 
meilleure fortune. 

Au premier nous rattachent des liens de famille; an 
second est due l'idée première de notre nouveau Diction- 
naire languedocien. 

L'abbé de Sauvages, parmi les célébrités que noire pays 
a vues naître, on l'a dit avec raison, est la plus complète- 
ment alaisienne : aucune n'a le cachet du crû comme la 
sienne. Géologue, physicien, naturaliste, agronome, litté- 
rateur ou lexicographe, soit qu'il consacre ses études à 
l'agriculture, soit qu'il dirige ses recherches vers la linguis- 
tique, tous les travaux d'une vie bien remplie et toujours 
appliquée, les connaissances variées qu'il possède à un 
degré distingué, supérieur même en quelques branches, son 
expérience et son rare savoir semblent n'avoir quelque prix 
à ses yeux qu'autant qu'il peut Içs faire tourner à la pros- 
périté et à l'illustration de son pays natal. 

Entre tous ses ouvrages, le seul dont nous ayons à 
parler ici , le mieux connu peut-être , ne pouvait manquer 
de porter l'empreliite de celle pensée de bien public. Dès le 
titre même de son dictionnaire , et dans sa préface , le but 
du nioilestc savant prend plaisir à s'avouer hautement. Il 
se donne pour mission principale d'enseigner à parler cor- 
rectement le français à ceux de ses compatriotes qui, accou- 
tumés dès l'enfance à formuler leur pensée en languedocien, 
n'en donnent, en se servant du français, qu'une traduction 
vicieuse et toute hérissée de gasconismes. Il se propose en- 
suite d'expliquer les mots du vieux langage dont founnil- 
lent les titres et actes établissant d'anciens droits ou leur 
exemption. Une pareille conception a pu paraître étrange, 
originale : il n'y faut voir que le sentiment exagéré peut- 
être mais touchant, d'un noble patriotisme, qui sacrifie au 
désir d'être utile même le soin de sa renommée littéraire et 



scientifique. Cette préoccupation toutefois a empêché nne 
œuvre excellente d'atteindre la portée que l'auteur pouvait 
se promettre. Elle lui fait mettre de cdté les mots les plus 
usuels, pour ne s'attacher qu'à des techniques; tous les 
termes, et souvent les mieux employés, ne se trouvent pas 
chez lui, et il les néglige pour en poursuivre d'autres, 
hors de son domaine, s'il y peut saisir l'occasion d'un 
redressement et matière à sa leçon de français. Restreint 
ainsi dans une spécialité, et en même temps entraîné vers 
des dialectes étrangers , son plan est incomplet et manque 
d'unité, au grand détriment de notre dialecte. Quelle valeur, 
en effet, était destiné à avoir, pour l'avenir Uttéraire de 
notre pays, un travail de cette importance, exécuté par on 
homme comme l'abbé de Sauvages, si, au lieu de se renfer- 
mer dans un traité de purisme français , il nous eût donné 
un vrai lexique languedocien, embrassant la langue daas sa 
plénitude, ne sanctionnant que ce qu'il savait être de pur 
sang cévenol, mais légalisant tout notre avoir légitime! Sa 
réserve trop timide est d'autant plus regrettable, que pear- 
sonne encore n'avait, avec tant de profondeur, de sagacité 
et d'érudition , pénétré dans le génie de notre idiome , ne 
s'était plus impressionné de ses beautés, de sa limpidité, de 
la sève de ses tours , de ses images , de ses figures , de ses 
idiotismes. Malgré ces lacunes, Saitvages restera comme la 
gloire la plus populaire de nos contrées, et il méritera tou- 
jours d'être considéré comme le plus savant et le plus spi- 
rituel des initiateurs du languedocien. 

Son recueil sera le meilleur à consulter et le plus cu- 
rieux quand on voudra remonter aux sources; mais sa 
donnée trop exclusive devait nous interdire de le prendre 
en tout pour modèle. Le danger qu'il a voulu combattre 
n'existe plus d'ailleurs au même degré. Ce n'est pas l'alté^ 
ration de la langue française par le languedocien qui est i 
redouter : l'influence inverse est bien autrement à craindre, 
et le péril sérieux est au contraire de voir notre belle et 



8 

vieille langue d'Oc se pervertir et se corrompre en se fran- 
cisant. Notre gi^ntVation qui s'en va et celles qui viennent, 
sont vouées au français : elles ne parlent et ne pensent plus 
qu'en français. Est-ce à dire cependant que, de notre passé, 
dont il ne reste plus qu'une ombre, rien ne soit à regretter? 
Faudr»-t-il surtout que le fier et doux parler de nos pères 
et de nos mères-grands, pour avoir encore quelque charme 
et une valeur, ne se façonne qu'aux belles manières 
françaises et aux modes nouvelles, déserte son archaïsme, 
énerve sa virile individualité, se renonce tout entier à 
lui-même? 

Quand la nationalité méridionale s'est fondue dans la 
grande nationalité française, notre terre classique des liber- 
tés communales, des franchises municipales, a-t-elle perdu 
par la conquête et par la centralisation son esprit d'indé- 
pendance et ses généreuses aspirations, qu'elle ne prouve 
encore par moments qu'il en survit un souvenir? N'en 
serait-il pas de même pour la langue d'Oc , qui a régné en 
souveraine des Alpes à l'Océan, des Pyrénées à la Loire? 
Quinze millions d'habitants, dans vingt départements, l'em- 
ploient comme moyen de communication habituel , comme 
l'agent le mieux compris dans leurs transactions, dans leurs 
besoins journaliers. Elle est partout, et son génie vivifie en- 
core nos provinces ; il semble les resserrer entre elles par une 
plus étroite solidarité. Elle est divisée en une nombreuse 
variété de dialectes, le Cévenol, le Provençal, le Limousin, 
l'Auvergnat, le Gascon, le Béarnais; mais elle les rapproche 
et les fusionne tous dans son principe unitaire, sous le même 
symbole commun et fédératif. L'ostracisme français n'est 
point parvenu à paralyser chez elle la fibre spiritualiste et 
poétique : elle vient de faire ses preuves éclatantes. On 
l'exclut des écoles , de l'enseignement classique et des aca- 
démies : elle se venge de la proscription en forçant son 
vainqueur à applaudir, à envier les merveilleuses inspira- 
tions de sa muse toujours fidèle. Vaincue par les armes 
perfectionnées du français, on voudrait la reléguer à la 
campagne, à la ferme, parmi les paysans et les laboureurs; 
elle s'en échappe pour prendre ses entrées dans les salons 
du grand monde et sur les théâtres des premières villes. 
Modeste Cendrillon, on la croit réduite aux plus vulgaires 
usages de la vie commune, condamnée au rôle de servante, 
après avoir été dépouillée de sa part d'héritage par sa su- 
perbe sœur d'outre-Loire ; mais elle est restée grande dame 
et noble fille du peuple, et elle ne veut pas que son blason 
mi-parti soit infecté de la barre ignominieuse de bâtardise. 
Elle était littéraire, élégante et polie avant que le français 
n'eût secoué son enveloppe tndesque et inculte. Elle n'a 
point abdiqué, et se souvient; elle se refuse à recevoir l'au- 
mône du français, ce qui pour elle serait consentir à des- 
cendre à l'humiliante condition de patois, et dégénérer de 
langue savante et de haute extraction en un jargon grossier 
et barliare. I^s royautés tombées, comme les démocraties 
asservies, ont leurs majestés et leurs fiertés, qui comman- 
dent encore le respect, et quelquefois de ces retours de sève 



et leurs jours de révolte, qui les relèvent des proscriptions 
et des dédains ! 

Ce n'est pas qu'il y ait à armer en guerre pour reconqué- 
rir à la langue d'Oc sa couronne de souveraine déchue , et 
{wur la restaurer dans son rang politique et inteniational 
d'autrefois. Ses destinées sont changées, elle n'aspire pas si 
haut ; mais elle n'est pas tombée si bas qu'elle se laisse dé- 
figurer, travestir et outrager sans protestation. Au moins 
aura-t-elle bien le droit de vouloir rester en possession 
d'elle-même et de son génie, et qu'il lui soit permis, tant 
soit-<?lle bafouée et trahie, même par les siens et ses plus 
proches , d'espérer que son culte vit encore dans quelque 
noble cœur, et que le feu sacré trouvera un coin de foyer 
qui l'abrite et le conserve. 

Cependant on a pu croire que l'heure de la réhabilitation 
était près de sonner pour elle , à voir le mouvement litté- 
raire qui se produit en sa faveur à notre époque, si peu 
portée vers la littérature. C'est au moment où la langue 
d'Oc est proclamée, de par les pédants, morte sous la férule 
du français, et dûment ensevelie, que, de tout le Midi, dans 
son vieil idiome national, s'élève la plus éloquente des pro- 
testations, s'exprimant avec une fraîcheur de poésie, une 
jeunesse de verve, une inspiration, une originalité, à rassu- 
rer contre de fatidiques et niaises prédictions, à consoler 
des écœurements du positivisme matérialiste. Et c'est à ce 
moment-là même que les meilleurs esprits, en France et en 
Allemagne, — historiens, savants, philologues, curieux et 
érudits , doctes et lettrés , — attirés vers les études de la 
linguistique , se prennent à interroger nos anciens dialectes 
pour y découvrir le secret de leur formation, de leur ori- 
gine, des lois du langage , la trace des vieilles mœurs , des 
usages , des institutions du pays , que souvent un mot a tra- 
duits et conserve dans son étymologie. 

La renaissance des lettres méridionales a déjà pour elle 
la plus grande puissance du jour, le fait accompli. Elle 
s'est affirmée par des œuvres brillantes et vigoureuses; et 
aussitôt, sous le charme et l'étonnement, l'attention publi- 
que s'est fixée sur ces patois , comme on disait , auxquels 
on n'avait pas soupçonné tant d'harmonieuses ressources. 
Grâces en soient rendues à la muse de la langue d'Oc ! Dès 
qu'on a pu voir l'éclat et la richesse de son écrin , on a 
voulu sonder les profondeurs de la mine qui recelait ces 
fines pierreries : les travaux de recherche et les fouilles ont 
été entrepris avec ardeur. Cette poésie, que l'on pouvait 
avouer et qui se faisait applaudir, a commencé par faire 
aimer sa langue et le vocabulaire qui en apprenait les déli- 
catesses, le tour et l'expression. L'histoire d'un peuple n'est 
autre que l'histoire de sa langue ; et à son tour, la science 
est venue explorer les sources , les formes , les flexions, les 
transformations du vieux langage néo-latin, roman, langue- 
docien ; demander aux dictionnaires du jxîuple ce que le 
peuple pensait et comment il parlait sa pensée , comme il 
la parle encore et la parlera longtemps, et étudier sur le vif 
son génie, ses coutumes et ses traditions. 



e 



La poésie refleurissait au berceau des premiers trouba- 
dours; et par un inerveilicux eiitraiiu'inent de patriolisiiie, 
tous les dialectes, aussi nombreux et aussi Mii''lodicux (jue 
dans l'ancienne Grèce, se réveillaient jiour publier leur 
charte particulière, le code local de leurs variétés. Les tra- 
vaux des grammairiens et des linguistes, li?s glossaires, les 
lexiques, les vocabulaires se sont multipliés |K)ur attester 
la vitalité rajeunie de l'idiome languedocien. Des acadéniies, 
des sociétés , des congrts , des jeux floraux ont encouragé 
cet élan de l'esprit provincial, et tout le Midi a répondu à 
des voix aimées et connues, qui l'appelaient dans sa langue 
populaire .1 une vie nouvelle. 

Certes , tout cela ne va pas faire renaître les temps des 
Raymond de Toulouse et des Déranger de Provence, avec 
les cours d'amour, avec les fleurs et les joies de la gaie 
science. Kous n'allons pas revenir à l'épmjue pour laquelle 
écrivait Sauvac.es, où, par tout notre jwys, dans les plus 
grandes maisons comme sous les toits les plus humbles, le 
patois, c'est-à-dire le langage de la patrie, conservait seul 
l'antique droit d'asile, où seul il était admis dans les rela- 
tions privées et domestiques, dans les causeries intimes du 
■salon du riche et de l'àtredu pauvre, où la famille patriar- 
cale ne s'entendait, ne s'entretenait, ne s'aimait qu'en pur 
languedocien. >'on; mais tout cela, ce réveil intellectuel de 
nos provinces , ce retour de faveur, cet empressement du 
monde savant à remettre en honneur l'idiome méridional 
donnent la preuve que le flambeau , rallumé par des mains 
habiles, n'a rien perdu de son éclat, et qu'il y a mieux que 
des cendres mortes à remuer au foyer de la langue d'Oc. 
N'est-ce pas déjà quelque chose de bien remarquable qu'une 
langue, proscrite et dédaignée, qui revendique d'autorité sa 
place au soleil, qui s'impose par des chefs-d'œuvre et se 
classe de prime-saut au rang (jui lui a autrefois appartenu 
et qui lui revient encore? N'est-ce pas faire acte de force, 
sous le régime le plus centralisateur qu'on ait jamais inventé, 
d'avoir su persévérer dans son in lépendance, et si bien 
garder intactes l'originalité et la pureté de son type natif? 
Et quand elle s'est présentée ainsi, de quels artifices a-t-elle 
usé pour se faire reconnaître? Quelles habiletés a-t-elle 
employées pour être adoptée et recherchée? Son histoire 
était là qui disait son passé, ses traditions, ses instincts. 
Le charme de sa parole, de sa mélodie, de ses rythmes a 
suffi : elle n'a pas exercé d'autre séduction. 

Gîpendanl, depuis le commencement de ce siècle, le sys- 
tème des prohibitions ne lui a i)as éjwrgné ses rigueurs. 
Que de défenses par l'ilits et par arrêts, par lois et décrets, 
de se [)roduire ! Et en même temps, comme sur son domaine 
les introductions de la concurrence officielle étaient léga- 
lisées! Au non\ du progrès et de l'unité, sous prétexte de 
belle diction, aucune trahison, aucune rupture, aucun 
abandon ne lui ont été ménagés. Elle a été écartée de l'in- 
struction primaire de l'enfance; les hautes classes de la 
société n'ont plus consenti à la traiter que comme une langue 
de luxe, pouvant s'adonner avec quelque succès à la litté- 



rature et y réussissant assez bien , et elles l'ont bannie de 
leur conversation la plus fanjilière. Mais, sous le coupdecet 
injustes réi»rol)atit)ns, auprw des masses populaires, loin des 
villes et des écoles, elle a trouvé un refuge. L'attachement 
opiniâtre du peuple pour le langage dans le({uel il a appris 
à {lenser, qu'il s'est donné conmie l'instrument le plus 
facile, le plus commode , le plus actif de ses relations, de ses 
nécessités d'habitudes et de mœurs, lui a fait un rempart 
inexpugnable. Là est pour elle la vraie patrie; elle est là 
en pleine possession d'elle-même. Vivant par les populations 
attachées au sol, elle a suivi leur dévelopiicment ; mobile 
comme tout ce cjui vit et marche, quand elles avançaient; 
s'impressionnant avec elles des influences climatériques, 
quand leur organisme les portait naturellement à modi- 
fier certains sons, à préférer certaines articulations mieux 
appropriées à leurs facultés; se prêtant à formuler les 
idées et les connaissances d'une civilisation plus riche, 
dans la mesure des besouis et des intérêts qu'elle était 
appelée à servir, dans le cercle qu'elle embrassait, selon les 
lois et la nature de son organisation, dont le peuple a si 
bien le secret et l'iastinct. C'est assurément pour s'être 
tenue dans ce milieu , dont on ne l'arrachera pas de long- 
temps, où les innovations ont moins de prise et le respect 
de la langue mateniellc plus de puissance, qu'elle doit de 
n'avoir presque rien [lerdu de son caractère primitif, 
du naturel qui distingue son individualité , qui la classe 
comme une langue à jKirt, vivant de sa vie propre. 

Aussi, plus qu'un autre, l'idiome languedocien est-il en 
droit de se montrer jaloux et fier de rester et de paraître 
lui-même. Il ne redoute rien tant que l'alliage et la contre- 
façon : il réprouve avec horreur tout ce qui ressemble à un 
pastiche ou à un calque ; il est dans sa nature d'avoir des 
suscciitibilités d'hermine, des délicatesses de sensilive, et 
des raffinements de pruderie, qui auraient dû déconcerter 
les audaces d'attouchements profanes. A ce point que, pour 
vivre dans le mouvement intellectuel et social, quand il est 
forcé d'emprunter un mot au français , son voisin et son 
rival , il a hâte de protester contre ce servage, et se croit 
obligé de défigurer l'intrus par (|uolque métathèse hardie 
qui sauve jusfju'à l'apparence de l'imitation. Ainsi encore, 
il sent bien que le langage moderne de la politique, des 
sciences et des arts, de la philosophie, lui échappe; mais, 
dans la sphère où l'a retenu sa défaite, il n'en avait nul 
besoin; il repousse l'imjiortation étrangère ou il la dénature 
par des procède^ à lui propres, et peut-être aussi par la 
crainte d'introduire dans son domaine la plus étrange des 
battologies, s'il lui fallait, à l'exemple du français, deman- 
der des techniques à l'Angleterre pour la politique, le com- 
merce ou l'industrie, à l'Italie pour la musique et la pein- 
ture, à la Grèce et à l'Allemagne pour la philosophie. 

Le contactcontiimelet forcé du français n'autorise avec lui 
ni assimilation, ni promiscuité. Le génie de la langue d'Ocest 
en opposition avec le génie de la langue d'Oil. La sonorité de 
l'accentuation méridionale, l'euphonie et la cadence de ses 



10 

désinences et de ses formes, ses tours elliptiques et sa con- 
struction ne se plieront jamais au dialecte sourd du >'ord, à 
sa précision exacte et compassée. Il ne sortirait de la fusion 
qu'une logomacliie sans nom , qui ne serait ni du langue- 
docien ni du français, mais du vrai patois celle fois, inin- 
telligible aux habitants du pays eux-mêmes, et faite pour 
déconcerter les étrangers et les plus savants philologues. 

Malheureusement ces incompatibilités entre les deux lan- 
gues n'ont pas été toujours bien comprises. Pour quelques 
affinités que le latin avait à l'origine apportées dans l'une 
et dans l'autre, on n'a pas assez tenu compte de leurs diffé- 
rences physiologiques, de tout ce que peut-être le climat, 
leur position géographique, leurs tendances avaient mis 
d'inconciliable, d'antipathique dans leur nature, dans leur 
caractère, dans leur mécanisme, dans leur expression. 
C'étaient deux fleuves, ayant une source commune, qui 
longtemps avaient suivi une marche parallèle, fécondant 
le pays dans leur cours ; mais que depuis des pentes oppo- 
sées ont entraînés en sens contraire , et dont les eaux ne 
peuvent plus se mêler sans se troubler et se corrompre. 
C'est ce qu'il fallait surtout remarquer : c'était à main- 
tenir la séparation qu'il importait de s'attacher. 

Aujoui-d'hui la langue française, qui ne cesse de se pro- 
diguer, de se répandre , do se perfectionner, attire tout à 
elle : seule , elle a la parole ; seule , elle est de bon ton et 
de bonne compagnie; tout se fait, s'enseigne, se régente, 
se discute, se traite en français : sa prééminence est incon- 
testable. La langue d'Oc, à ses côtés, depuis qu'elle a perdu 
sa nationalité , n'est plus qu'un parler de vaincus. Comme 
elle n'a pu se mouvoir que dans un cercle restreint , sa 
puissance de développement s'est mesurée à des intérêts et 
à des besoins bornés. Émule souvent heureuse du français, 
dans la poésie, plus abondante et plus musicale que lui, on 
l'a bien vue toucher sans efforts aux conceptions élevées de 
la pensée et de l'esprit ; mais rejetée de la vie publique 
active, du monde des afl'aires , de la politique et des sciences 
humaines, mise en quelque sorte au ban do la civilisation 
moderne : toute expansion lui devenait imiwssible. Elle est 
restée, avec ses allures familières, vulgaires, un peu rusti- 
ques, la langue du peuple, de la famille, des campagnes. 
Elle a vécu néanmoins et elle vit encore de son propre 
fonds, par la seule énergie de sa constitution. 

Mais tous rapports philologiques ont cessé entre les 
deux idiomes. Leur co-exisl?nœ sur le même territoire ne 
saurait fonder ni alliance, ni association. La transfusion de 
l'un dans l'autre ne serait en effet que l'anéantissement du 
plus faible, sans profit pour le plus fort. 

Sans doute il peut arriver un jour, si éloigné qu'on le 
prévoie, où le vainqueur parviendra à étouffer le paria, à 
force de l'élreindre. Il le supplantera dans son modeste 
empire, mais son pouvoir ne va pas jusqu'à le rayer de la 
famille des langues. Que le languedocien soit supprimé et 
démonétisé, c'est le lot des proscrits; mais rien ne fera 
qu'il n'ait eu cours légal, qu'il ne soit encore une des 



gloires de la mère-patrie, qu'il no revendique justement son 
individualité distincte, et qu'il ne se refuse à être converti en 
un dos patois du français. C'est au moins contre cette 
décomposition violente qu'il proleste, s'il est condamné à 
mourir. Amis cl ennemis s'achariienl à le transformer en 
un argot qui le rendra bientôt tout :"i fait méconnaissable. 
Certains puristes, et quelques-uns très-érudils vraiment, 
ne sont-ils pas allés jusqu'à professer que le vocabulaire 
languedocien n'avait rien de mieux à faire que de mettre 
au pillage les dictionnaires français? Ces stériles et humi- 
liants larcins, s'ils étaient érigés en système cl innocentés, 
ces monstrueux amalgames, s'ils s'accomplissaient, c'en 
serait fait de la langue d'Oc, et de sa dignité, et de son génie. 
Les empiriques, en infiltrant dans les veines de la pauvre 
malade un sang étranger, n'obtiendraient que ce déplorable 
résultat de compromettre davantage son existence. A l'arrêt 
de mort qu'on n'ajoute donc pas un arrêt de flétrissure. 

La réaction intelligente de l'esprit des provinces, dans le 
Midi, n'a pas été saluée partout avec tant de sympathie 
encourageante pour avorter en plein succès. La langue d'Oc, 
qui a repris sa place dans la littérature de la Franco , fait 
désormais partie de ses richesses, et sa conservation inté- 
resse la gloire nationale, liais que lui faut-il encore pour 
vaincre les préjugés , pour avoir raison de tous les partis- 
pris? Elle n'y parviendrait pas mieux si elle consentait à 
reprendre les formules archaïques du roman des trouba- 
dours, avec lesquelles on ne s'entendrait plus, que si elle 
était contrainte à recourir à ces faux ajustements d'em- 
prmit, qui l'enlaidissent et la défigurent. Jlais tous les suf- 
frages lui feront accueil quand elle se montrera dans sa 
pureté première, dans sa simplicité vraie et naturelle. Elle 
ne doit être jugée que sur son tyi» natal , sur un tableau 
correct, complet, entier d'elle-même, telle que le progrès 
l'a faite, modifiée, appropriée, avec les accroissements que 
son génie lui a apportés et que l'usage consacre. Au prix 
d'une épuration sévère, elle méritera de se relever de son 
abaissement, et d'attirer les études sérieuses et la faveur 
publique. 

Sans rien répudier de son passé qui a jeté un vif éclat 
dans la littérature, ne peut-elle avoir (juelque orgueil de sa 
renaissanœ, qui n'est pas moins brillante? Ce qui était 
autrefois do son essence, ne le porte-t-elle pas encore 
aujourd'hui en elle? Toutes les langues arrivent nécossai- 
reiiient à se transfigurer avec les mœurs, l'esprit public et 
les tendances des populations qu'elles représentent. Et de 
cela que l'idiome méridional ne s'est pas figé dans l'immo- 
bihté, qu'il a éprouvé des transformations, serait- il juste 
de conclure qu'il doit être déclaré atteint et convaincu de 
mort civile? Ce ne sont point les acquisitions nouvelles, 
quand il les a marquées au titre légal , qui {auvent dimi- 
nuer son crédit; mais bien cette fausse monnaie, frappée 
au coin d'une fantaisie ignorante, qui le déconsidère : et 
c'est là que le remède doit être appliqué. 

D'autre part, la langue d'Oc est morcelée en une infinité- 



11 



de dialectes; mais s'en est-elle pour cela affaiblie dans son 
principe? Tous ces rameaux se relient par mille radicules 
à la souclie-mi^re; les nuances d'intonation et de vocalisa- 
tion viennent confondre leurs accords dans l'harmonie 
originelle, dans nne gamme commune. S'il n'est pas jiermis 
d'espérer, à cause de l'Mendue du territoire et de la diver- 
sité (les dialectes, de les rassembler tous dans une compo- 
sition unique, qui di'nonce les altérations dont ils ont 
chacun plus ou moins subi l'atteinte, et qui les ramène au 
thème vrai, ce résultat ne peut-il être obtenu dans une 
monographie, qni se rattache ,'i tous par des aperçus géné- 
raux, par la fraternité d'origine et de famille? Notre dia- 
lecte cévenol, par sa position concentrique entre la plaine 
et la montagne, plus abrit*^ que les autres contre les impor- 
tations exotiques, ne s'est-il pas montré aussi plus fidèle au 
vieux culte, n'a-t-il pas mieux conservé lessaines traditions? 
Ne devrait-il pas être préféré pour ce travail d'épuration? 

Ce sont ces études qui préoccupaient l'auteur des Casta- 
gnados, auxquelles il conviait un groupe d'intimes, animés 
comme lui du feu sacré. Il rôvait de rendre à son dialecte 
bas-languedocien, cet ami d'enfance tant aimé, sa physio- 
nomie vraie. Dans cette pensée fut commencée la nomencla- 
ture du nouveau Dktinnnnire langnetlocien : elle nous est 
parvenue écrite en entier de la main de M. le marquis db 
La Fare-Alais. 

A cet émiuent esprit , si versé dans la connaissance de 
l'idiome maternel , si familier avec le génie du gai-savoir, 
il appartenait, et lui seul avait autorité et compétence pour 
cela, de dresser le nobiliaire complet de notre langue, où 
ne devaient être inscrits, comme sur le livre d'or de Venise, 
que les patriciens de bon aloi , de pure origine ou d'allian- 
ces légitimes. Poète, il avait rendu à cette langue populaire 
sa grAce et son élégance, sa clarté et son énergie, son carac- 
tère joyeux et goguenartl, ses allures franches et agrestes; 
il l'avait élevée même jusqu'à l'idéal qu'on lui croyait 
inaccessible, jusqu'au sentiment et au pathétique pour les- 
quels on l'accusait de manquer d'expression ou de souffle. 
Grammairien, il voulait lui garder son purisme natif et son 
originalité technique; la sauver du servilisme de l'imitation et 
des pollutions de l'invasion étrangère; délivrer son domaine 
des excroissances sauvages que le terroir natal n'avait pas 
produites et se refusait îi féconder; conserver aux fleurs de 
ses champs leur fraîcheur et leur parfum , sans proscrire 
toutefois celles que sa culture ou son génie avaient natura- 
lisées et dont il avait fait des cx)nquêtes. I^e maître seul eût 
pu mener à bien ce labeur délicat : malheureusement il ne 
lui a pas été donné de l'accomplir; mais il en a déposé la 
pensée dans la nomenclature. 

Cette classification, telle qu'il nous l'a laissée , accompa- 
gnée de quelques notes trop rares et pieusement recueillies, 
qu'il sera facile de rec(mnaitre, forme un tout complet. 
Notre système d'orthographe et les règles de notre syntaxe 
s'y trouvent en germe : toutes les acquisitions nouvelles du 
Cévenol sont légalisées, les néologismes irréguliers condam- 



nés; le maître a prononcé. Pour nous, ces listes de mots 
sont les tables de la loi : elles fixent notre dialecte, elles 
sont notre langue vraie, actuelle, vivante. C'est l'arrêt au- 
quel il n'y a rien à ajouter ni à retrancher : le jugement 
deniier qui sépare le Ixm grain de l'ivraie. 

Il y a plus de vingt-cinq ans du jour où fut écrite la pre- 
mière ligne du Vocabulaire et où nous rec/'vions, avec un 
ami, hélas! perdu aussi pour nous, la confidence du plan 
d'une entreprise trop tôt interrompue. Alors, dans une col- 
lalxiration fraternelle, à la({uelle manquait son chef naturel, 
le travail aurait pu être suivi; d'autres préoccupations 
arrêtèrent nos études, sans jamais cependant nous les 
faire perdre entièrement de vue. Enfin, quand au dernier 
survivant est revenu ce legs de l'amitié, pour en accepter 
l'honneur et les périls il a moins consulté ses forces que 
son patriotisme. L'eeuvre avait été inspirée par un senti- 
ment qui devait la faire continuer : elle pouvait être utile, 
ses difiiculti^ ne devaient pas empêcher d'en tenter les 
risques et les écneils. Mais aujourd'hui que la tlche est à 
peu près remplie, que nous avons parcouru jusqu'au bout la 
voie tracée par les jalons indicateurs, nous jetons un regard 
en arrière, et nous doutons. F.a bonne volonté ne nous 
a-t-elle pas égaré? L'esprit du maître ne souffle plus; ne 
nous a-t-il pas abandonné dans ce long trajet? Et nous en 
sommes à nous demander, en le regrettint peut-être, s'il 
n'eût pas été préférable que l'esquisse fût restée simplement 
au trait qui seul lui donnait tant de vie et d'animation; 
s'il n'eût pas mieux valu que la toile eût été laissée vide 
dans son cadre d'or. Puisse au moins la gangue abrupte 
ne pas trop déparer le diamant que nous avons voulu 
mettre en lumière ! 

Tout d'abord nous devions dire comment était né le 
nouveau Dictionnaire languedocien ; maintenant, que son 
ordonnance, sa marche et son développement eussent dû 
être moins imparfaits, plus conformes aux us et coutumes 
et aux règles académiques, nous l'avouons. H y aurait trop 
mauvaise grAce A ne pas le reconnaître et trop de présomp- 
tion à ne pas s'en excuser. Il va de soi que notre pré- 
tention n'a pas été de faire un livre savant, pas plus que 
destiné à apprendre la langue à ceux qui la savent; mais il 
importait de conserver l'acte de son état civil, nous l'avons 
fidèlement enregistré. Nous avons mis toute sorte d'appli- 
cation et de désir à bien faire, pour rendre utiles et inté- 
ressantes nos recherches, pour maintenirles saines traditions; 
s'il ne nous a pas été donné de faire mieux , A nous seul 
la faute. Mais que ne nous pardonnera-t-on pas et ne nous 
laissera-t-on point passer A la faveur des deux noms si 
populaires et si sympathiques qui nous couvrent? Ce double 
patronage de Sauvages et de f,A Fark-Alais. nous l'invo- 
quons A chaque page. A plus d'un titre nous avions le droit 
de nous en réclamer : ici le devoir qui nous tenait le plus 
au cœur était de porter l'hommage du souvenir et de la 
reconnaissance à ces deux mémoires vénérées et chères. 



A 



A, j. m. Premièreletuedel'alphabet. Cette lettre n'étant 
jamais muette et n'ayant qu'une seule et môme prononcia- 
tion, il n'y a pas lieu de lui donner un accent quelconque, 
ni au commencement, ni à la fin, ni dans l'intérieur d'un 
mot. Cejiendant A prend l'accent circonflexe dans la diph- 
thongue : tndou, pâou, âoubé, etc. 

A, prépos. et signe du datif il. — Anan à la vito; donna dé 
pan à un pâoure. Ici l'i n'est pas considéré comme lettre, 
comme substantif; il est préposition. Pour ledistinguer ainsi, 
et ne pas le confondre avec le mot suivant, nous lui domions 
l'accent grave , qui du reste ne modifie en rien sa pronon- 
ciation . 
A, 3'^' pers. ind. prés, du \erhe Avédre. il ou elle a. 
A, désinence, qui est représentée dans quelques noms 
propres d'homme et dans beaucoup de noms de lieu, en 
fr. par ac, et en lat. par acus, acum. 

Dans aucun mot notre dialecte n'admet ni ne prononce 
le C final ; le français, au contraire, le fait fortement sentir; 
en cela, et sur la terminaison dont nous traitons, celui-ci se 
rapproche davantage de l'ancienne forme. Kos aïeux, les 
Celtes, avaient en effet ce sufDxe ac, ak, qui se confondait 
avec son équivalent ec, ek, conservés encore dans l'armori- 
cain, le cambrique et autres; et ils appuyaient sans doute 
sur la finale. 

On connaît le rôle des préfixes et des sufiSxes, deux 
sources qui fécondent et enrichissent les langues. Ceux-là 
précèdent le mot, font les composés et marquent un rap- 
port de convenance, de lieu, de distince, de temps, de 
différence, etc.; ceux-ci suivent le mot, forment les dérivés 
et impriment it la racine un sens particulier de qualité, de 
mode, d'action , de substance , d'appropriation , de ressem- 
blance, de réunion, de collectivité et autres. Le sulBxe ac, 
d'origine gauloise, servait à adjectiver le radical auquel il 
s'attachait, en lui apportant une idte de descendance, de 
propriété ou do collectivité, quand il s'ajoutait à un nom 
propre. 

En arrivant dans les Gaules, Rome leur imposa sa langue 
et son génie; mais le vieux tronc celtique ne fut pas déra- 
ciné et ses rameaux verdissaient dans le langage usuel au 
milieu des pousses latines. Les dénominations locales toutes 
faites ne pouvaient s'effacer : elles furent latinisées le plus 
souvent par la simple addition de la syllabe romaine carac- 
téristique us, a, um, selon qu'il s'agissait d'un mansus ou 
pagus, d'une villa ou mansio, d'un castrum om prœdium. 
Pour les établissements nouveaux à créer et à nommer, le 
contact persévérant des deux idiomes amena des modifica- 
tions de procédés et de formes. Le latin introduisit son 
génitif en i, signe de relation identique au suffixe ac; et 



ABA 

de là très-probablement les désinences en acius ou ocium, 
et par transposition iacus , iacum, et peut-être les flexions 
en assius, assium, atius, atium. C'était déjà l'altération, 
mais aussi le renouvellement; et pendant les sept ou huit 
siècles que dura la décadence du régime romain, (jui allait 
s'altérant dans la basse latinité, se faisait en même temps 
le travail de formation de la langue d'Oc, prête à jeter 
tant d'éclat avec ses troubadours. Il est facile de compren- 
dre, dans cette période, les transformations par lesquelles 
durent passer les désignations apiwUatives , sans parler des 
influences ethniques, qui agissent avec tant de puissance sur 
les organes vocaux et sur l'accent. 

Les résultats se traduisent en variantes multipliées. 
Tandis que, dans le Nord , le suffixe ac se convertit eu é, 
ey, ay, i, y, il fléchit, dans le Midi, en a simple, en ec, ex; 
vers le Centre, en eu, euj;;un peu partout, en as et at; et 
toujours le lalin immobile et uniforme a jxîrsistô dans ses 
finales acus et acum, iacus et iacum. Dans cette variété de 
produits issus de l'union des formes latines avec les dési- 
nencesgauloises, tantôt latinisées, tantôt seulement traduites 
de la langue vulgaire et primitive, la combinaison de la 
mouillure sur \'i apparaît dans beaucoup do noms ; elle 
amène encore comme équivalent le suffixe an, en et autres, 
et, il faut le reconnaître aussi, le g celtique mouillant l'n, 
qui donne, pour ac et acum ou iacum, dans le Nord, igné, 
igni. igny, ignies, qui ne sont pas moins pittoresques que 
nos agnac, agnas, anègues, anigues, agnurgues, argue et 
orgue, méridionaux, qui ont les mêmes cléments primitifs 
et remontent à la même source. En commençant, il fallait 
tenir note de ces transformations. — Voy. les articles An, 
Argue, et les exemples sous les noms de lieu Aïmargue, 
Massïargue, Cand'ia, Sdouvagna, Sdouvagnargue, etc. , elc. 

Abadiè, s. f. Abbaye; monastère d'hommes ou de fem- 
mes, gouverné par un ablié ou une abbesso. 

Dôr. du latin Abbatia. 

Ahandoù, i. m. Abandon. — Il ne se prend guère 
qu'adverljialement. Laissa tout à l'ubandoù, il néglige toutes 
ses affaires. 

Abandouna, v. Abandonner. — Ce mot d'origine toute 
française est peu employé dans son sens propre, mais il 
devient lout-à-fait technique au particii» passé fém. uno 
abandounado, une femme décriée et que tout le monde fuit. 

Nous remarquerons, en conmiençant et une fois jMur 
toutes, que le plus grand nombre de verbes actifs, dans 
notre idiome ainsi que dans le bas-breton , se terminent en 
A à l'infinitif et au part. pass. masc. Tous ces participes 
font ado au féminin. 

Abàoucha (s'), v. Tomber sur la face, sur le nez. 



ABE 



ABE 



19 



Le radical semble pris de bueca. bass. latin., bouche. 

Abàousa, i'. Uetounicr un vase sens dessus dessous. 

Atiâousa (s"), t!. Se coucher .'i plat ventre. 

Abâousoù (d'), ou d'Abàousoùs, adv. A plat ventre, 
face à ti'rrc. 

Abarbassi, ido, adj. Barbu, qui laisse croître sa barbe 
outre mesure. 

Dér. de Barbo. 

Abartassi (s'), v. Se couvrir de buissons; dégénérer en 
buisson. S<î dit d'un arbre qui a été brouté ou trop fré- 
quemment ravalé dans sa jeunesse. 

Dér. de Barlas, buisson. 

Les verbes dont l'iidinitif est en I , ont la même termi- 
naison au part. pass. masc. ; ils font au fém. ido : règle 
générale. 

Abasani (s'), v. Se flétrir, se rider; devenir vieux, usé, 
nii-jwurri. Se dit quel<iuefois des persoimes, mais plus sou- 
vent du bois do service qui a été pénétré par l'humidité et 
la gelée, et qui jjerd par là son poids et sa dureté. 

Abastardi (s'), v. S'abâtardir, se rabougrir, dégénérer. 
Se dit surtout des plantes et des céréales qui dégénèrent 
faute d'assolement et de renouvellement des semences. 

Abataïa, v. Attaquer, poursuivre quelqu'un avec des 
projectiles quelconques; jouer de la fronde, jouer à la 
bataille, lancer des pierres avec la fronde ; abattre des fruits 
à coups de pierre ou de gaule. 

Abè, ». »»., dim. Abéqué. Abbé. Ce mot n'est plus qu'une 
désignation générique de tout ecclésiastique, n'iuqx)rte son 
rang et ses fonctions, jusqu'à celles d'évèque inclusivement. 

Dér. du lat. Abb'ts. 

Abé, *. m. Sapin, Abie» vulgarii, Linn. Grand arbre de 
la famille des Conifères. — Voy. Sapin. 

Dér. du lat. Abies. 

A-bé-cé-dé, s. m. A-b-c, alwcédaire, alphabet. 

Abéïano, s. f. Mélisse, citronnelle, Melissa ofpcinaliê, 
Linn. Plante à odeur de citron. Ses feuilles prises en infu- 
sion sont un léger stomachique. C'est le thé des paysans. 
— Voy. Limounéto. 

Etym. de abiio, parce que les fleurs de cette plante, la 
mélisse, attirent les abeilles, dont le nom grec est [iÈXmoa, 
formé lui-même de [jiiXi, lat. mel. 

Abéïè, !!. m. Grand troupeau de moutons composé de 
plusieure troujwaux. de différents propriétaires, et que l'on 
réunit sous la ganle d'un maitro-berger nommé baile, pour 
les conduire en été sur les hautes montagnes. — Voy. Avé. 

Ce mot est évidemment une dégénérescence d'douèliê, qui 
a la même signification dans le dialecte gascon ou plutôt 
bordelais. Ce dernier est dérivé d'àouèlio, brebis, formé du 
latin ovis, comme ovile, bergerie, étable à brebis. C'est la 
même origine que le français ouailte ou ovaille. 

Abéïo, s. f. Abeille, mouche à uikI. Apis mellifica, Linn. 

— Mèrdo d'abé'io, miel. Carya coumo uno abéïo, chargé 
comme une abeille; ne se dit que de quelqu'un chargé de 
butin ou d'objets utiles à soi-même. 



Ahél ou Apiè, (. m. Rucher d'abeilles; lieu où sont pla- 
cées les ruches à miel; l'ensemble de toutes les ruches. 

— Voy. Apiè. 

Abéna ou Avéna, t>. Finir, user, éliiuer. Se dit d'an 
habit, du linge, d'un meuble; au fig. d'une personne usée 
de vieillesse ou de travail. — C'est encore un technique 
particulier jwnr les filatures de soie. Chaque jour, à la fin 
de la journée, on ramasse les derniers cocons à moitié filés 
qui restent dans la bassine, iiour les réunir le lendemain à 
des cocons neufs ; mais le samedi il y aurait inconvénient 
à les laisser croupir ainsi tout le dimanche dans leur humi- 
dité. Pour y obvier, on travaille un |)eu plus longteinj» le 
samedi, pour achever de filer ce qui reste de soie aux der- 
niers cocons : c'est ce travail sur les cocons ainsi usés, et 
sans en adjoindre de neufs, (ju'on appelle Abénn. — 
Voy. Avéna. 

Abénaduros, ». f. pi. Reste de cocons mi-<lévidés dont 
il est parlé à l'article précédent. La soie qui en provient a 
moins de force et de nerf, car ce sont les filaments inté- 
rieurs et le dernier travail du ver arrivé à sa lin. Aussi 
n'est-il pas prudent de dévider cette soie sur la flotte déjà 
commencée; elle paraîtrait à l'extérieur et donnerait à 
l'œil mauvaise opinion de sa consistance. Pour y remédier 
ou prend une roue nouvelle et l'on entreprend une autre 
flotte ; alors la soie provcnuc des abénaduroi se trouve eu 
dedans et passe ainsi inaperçue. 

Abèou (àl'), adv. Eu danger, sur le bord d'un précipice, 
sous le coup d'un accident. — Aquà's biin à l'abiou, cela 
est fort exposé, bien en danger. 

Dér. peut-être du lat. Labes, chute, ruine; mais alors il 
aurait dû être écrit Labèou; peut-être du lat. Abytsun, 
abime, précipice. 

Abéotira, v. Abreuver; mener à l'abreuvoir, faire boire 
les bestiaux ; combuger un vaisseau en bois, des futailles. 

— 1m lèro es prou abéourado, la terre est assez humectée, 
abreuvée. 

Dér. de Béoure, boire. 

Abéouradoù, ». m. Abreuvoir; auge à cochon; auget de 
cage. On dit proverbialement : l'aï tout soûl à l'abéouradoù, 
il n'est pas nécessaire de le mener boire, il sait boire tout 
seul, en parlant d'un ivrogne. — Cassa à l'abéouradoit, 
tendre des filets le long d'un ruisseau où vont boire les 
oiseaux. 

Abéouraje, ». m. Breuvage. — Il se dit de la pâtée 
qu'on sert aux cochons; du b»euvage mêlé de son et de 
farine qu'on donne aux chevaux et aux vaches; particuliè- 
rement des breuvages médicaux qu'on fait avaler aux 
animau.x domestiques de toute sorte. 

Abéoure, ». m. Toute sorte de boisson étendue d'ean, 
mais dont le vin est la base, soit piquette, soit vin trempé; 
abondance. 

Abérlénquiè ou Amélan, ». m. Amelanchier, Cratagus 
amelanchier, Linn. Arbrisseau de la fam. des Rosacées. Son 
fruit se nomme Abérlénquo. — Voy. Amélan. 



14 



ÂBL 



ABR 



Le nom propre Abérlén tire de là son origine et sa signi- 
fication . 

Abérouni, v. Priver un mouton ou un agneau, lui 
apprendre à manger dans la main, à suivre son maître, ft 
oiiéir à sa voix. Il est dér. de Béroù, agneau privé, llobin- 
nioutoii, le favori du berger. 

Al)érouni (s'), v. Se vermouler, se garnir de vers. Se 
dit d'un fruit qui commence à Être vermoulu, souvent à 
force de maturité. 

Dér. de Béroii, le ver blanc du fruit. 

Abéssi, i'. Émousser, tourner le morfil d'un instrument 
tranchant. — La ddio s'abéssis quan arapo uno Uloupinièiro, 
la faux émousse son morfil en coupant la terre d'une tau- 
pinière. 

Abésti, ti. Hébêter, abêtir. — Lou trop manja rèii 
abésti, trop manger abêtit. 

r» abesii ne signifie point un homme hébété, mais un 
homme grossier, brutal, sans mesure, sans convenance. 

Dér. de BèsUo, bète. 

Abima, v. Friper, salir, perdre, gâter ; déchirer la peau. 
— As abima (a vèsto das diménohes, tu as fripé, sali ton habit 
des dimanches. M'abimè, il me roua de coups. Mé souï 
abima en toumban, je me suis moulu, tout déchiré en 
tombant. 

Dér. du français Abîmer, quoiqu'il n'ait aucun rapport 
de signification avec lui. Celui-ci n'a jamais qu'un sens 
figuré et elliptique ; le premier n'est jamais qu'au positif et 
au physique. 

Abitaïa, v. Ravitailler, fournir des provisions de bouche. 

Dér. de Bita'io, victuaille. 

Ablada, v. Emblaver une terre. — Aquélo lèro s'ablado 
énd'un séstiè, cette terre reçoit un setier de semence. 

Dér. de Bla, blé. 

Ablanqui, v. Rendre blanc, rendre propre, laver; passer 
un blanc. 

Ablasi, ido, adj. Usé, devenu souple par usure, avachi. 
On le dit surtout du linge qui, pour avoir trop servi, pour 
avoir été trop souvent blanchi, a perdu son apprêt, sa 
crudité. 

Dér. de Blaso. bavure des cocons. Cette substance, émi- 
nemment souple et molasse, sert ici de terme de comparai- 
son. C'est à tort, pensons-nous, que Sauvages veut donner 
à cet adjectif une origine celtique, lorsque la déduction ci- 
dessus est si simple et si naturelle. Quant au subs. blaso 
lui-môme, il ne saurait être celtique; car à coup sur les 
Celles ne connaissaient ni les vers à soie, ni la nomencla- 
ture qui s'y rattache. D'ailleurs Sauvages ne cite pas le 
radical qui pourrait à toute force , par une analogie quel- 
conque, avoir fourni le mot à notre langue. Mais sans 
remonter si haut, et ce sera encore une assez ancienne 
descendance, Blaso ne \iendrait-il pas du grec ZXa^, qui 
signifie mou, lAclie, paresseux? Sa parenté étymologique 
avec Ablasi nous parait au moins aussi certaine. — 
Voy. Blasi. 



Ablasiduro, s. f. Étal du linge ablasi. 

Ablasiga, i'. Meurtrir; accabler de lassitude; briser les 
es. Au j)arl. pass. seul employé : harassé, moulu de fatigue, 
courbaturé. .Vctivomcnt il est inusité. 

Mémo dérivation q\i' Ablasi, dont il n'est que la repro- 
duction dans un sens figuré. 

Ablasigaduro, s. f. Lassitude dans tous les membres, 
courbature. 

Ablouta, II. Joindre plusieurs sommes ensemble. 

Dér. de Blà, bloc. 

Abouchardi, ido, a<IJ. Barbouillé, sali, au visage surtout. 

Dér. do Bouchur. 

Abouminable, blo, adj. Abominable. 

Tra;l. du français. 

Abouna, v. Abonner. 

ïrad. du français. 

Abounamén, s. m. .\bonnement. 

Trad. du français. 

Abounda, i'. Rassasier, et non point abonder. Ce mot 
est évidemment dérivé du français, quoique l'acception en 
ail été restreinte. C'est seulement de l'analogie : ce qui 
abonde par trop est rassasiant. — Mé souï abounda dé i 
dire, je me suis lassé de lui dire. 

Etym. du lat. ab, et de undo, regorger, déborder. 

Aboundivou, adj. de tout genre. Rassasiant, qui gonfle 
l'estoinac, comme les mets trop gras. — Yoy. Abounda. 

Abouréla, v. Traiter une chose comme le tourreau 
traite un patient, c. -à.-d. la torturer, la briser, la déformer, 
l'abîmer. 

Abourgna, v. Éborgner, rendre borgne, crever un œil, 
ou lui faire grand mal ; éborgner l'œilleton d'une greffe. 

Dér. de Borgne, borgne. 

Abourl, V. Détruire. — Abouri uno hisado, détruire 
une nichée. Abouri un caml, défricher un chemin. Uno 
vigno abourido, une vigne abandonnée et en friche. Aquélo 
modo s' ubourïs , cet usage se perd. Uno fénno abourido, \m& 
femme fanée, ridée, qui a perdu ses formes et sa fraîcheur. 

Ce verbe parait formé de Boure, bourgeon, bouton, et 
de l'a privatif. On ravale un arbre et une plante en lui 
enlevant ses boutons à mesure qu'ils paraissent. Les autres 
acceptions ne sont qu'une extension de celle-là, primitive- 
ment tirée de l'agriculture. 

Abouscassi (s'), v. Dégénérer, s'abâtardir; au fig. se 
ratatiner, se négliger dans sa tenue et dans son allure. 

Dér. de Bouscas, bAlard, sauvageon. 

Abraqua, v. Braquer un canon, une lunette, môme les 
yeux. 

Trad. du français. L'a à'abraqua est purement explétif. 

Abrasa, v. Braser du fer ou du cuivre; mettre de la 
braise sur un potager, dans un réchaud, dans les sabots. 
Cette chaussure, ainsi échauffée quelques secondes, con- 
serve longtemps sa chaleur, quoiqu'on aille dans la boue 
ou la neige. Cet usage est fort suivi chez les Cévenols. 

Dér. de Braso, braise. 



ACA 



ACA 



1» 



Abrasaïre ou Estabrasa, s. m. Chaudrontiirratiibalant, 
qui va souder, raccommoder le vieux cuivre A domicile, en 
s'aiiaouçant par ce cri ; l'eïroulérou-éstubrasa.' Cassérolo 
ésiama .' O'Ue phrase est sans doute un mélange corrompu 
du languedocien et de l'italien c-dahrais; car la plupart de 
ces industriels étaient dans l'origine des Napolitains et 
avaient le costume et le clia|ieau conique des lazzaroni. 

Abrasqua, v. Elirancher; rompre les branches d'un 
arbro en les tirant du bus. — Imus frurhèt l'abrasquoù, 
les arbres rorii|)ent sous le poids de leurs fruits. 

Dér. de Branquo, branche. 

Abrasque, quo, ou Abrasquou, ailj. m. f., de tout 
genre. Cassant, fragile, qui s'éliranche facilement. Le châ- 
taignier principalement casse au moindre effort de l'homme 
ou du vent. 

Abri, 1. m. Abri. Ne se dit que d'une exposition à l'abri 
du vent ou des gelées, et non au figuré. 

Dér. du lat. Apricut. 

Abriou, a. m. Avril, i"""" mois de l'aimée. Le proverbe 
dit : Mar douroùs, abriou pléjoiis, rènJou lou peisan our- 
gutoùs. mars venteux., avril pluvieux, rendent le paysan 
orgueilleux. Àou mis U'abriou t'alâoujeïras pas d'un fiou, 
dou mes dé mai faï ce que té plaï, amaï éncaro noun sa'i, 
au mois d'avril tu ne t'allégeras pas d'un fd , au mois de 
mai fais ce qui te plait, et je ne sais trop encore... Bon 
conseil hygiénique, (jue les variations de température dans 
ces deux mois justifient souvent. — Péïssofi d' abriou , 
poisson d'avril, attra|)e. 

Etym. du lat. Aprilis. 

Abriva, V. Faire manger un poisson d'avril, attraper. 

Abrouqul (s'), v. Se ralwugrir, végéter maigrement, se 
dessécher. Se dit d'un arbre brouté ou trop souvent ravalé, 
qui pousse faiblement. — Voy. t'Abarlassi. 

Dér. de Broquo, bûche, branche sèche. 

Abrouta (s'), v. Avorter. Se dit en parlant des animaux. 

Du lat. Abortus, part. pass. lï'Aboriri, même significat. 

Abusa, V. Abuser de... Traduit du français. Ce mot ne 
s'emploie jantais vis-à-vis d'un régime direct ; ainsi on ne 
dit pas : Abusa quàouquùs, pour tromper, duper quelqu'un ; 
mais abusas dé ïiou, vous abusez do moi. 

Açal inierj. Oh çà! Or çà! — Açà véguén, çà, voyons. 
Açà vénès? oh çà! venez-vous? 

Acaba, v. Achever, finir; se ruiner. — Es acaba, il est 
achevé; sa santé est usée; il ne peut plus vivre longtemps; 
ou bien : c'est un honinio ruiné. Aquél co l'acabé, ce fut 
le dernier coup ([ui l'acheva. Acaba que siègue, sitôt fini, 
pas plus tôt terminé, une fois ceci achevé. 

Acabado, ». /■. Fin, terme. — Al'acabado! à mon reste! 
Cri des revendeurs de rue , lorsqu'il ne leur reste que peu 
de marchandise. A Vacabadol Cri de victoire des fileuses 
de soie à la fin de la saison de la filature. Ce cri multiple 
et poussé de toute la force des poumons se fait entendre 
pendant les trois derniers jours de la campagne. Il est 
accompagné d'une chanson de circonstance fort ancienne, 



et à chaque refrain il recommence à se produire par un 
crescendo progressif. 

Acabaïre, ro, adj. Prodigue, dissifuteur; un mange- 
tout. 

Dér. de Acaba. 

Acabassi (s'), v. Se biser, se flétrir par l'Age et le tra- 
vail. Il ne se dit quo des personnes, et surt<^iut des femmes 
à qui quelques aimées de mariage, des couches fréquentes 
et un allaitement trop prolongé ont enlevé leur fraîcheur, 
leur agrément et le goût de la toilette. 

Dér. de Cabas, cabas. On apjwllo cabas, au fig., une 
femme malpropre et mal fagotée. 

Acagnarda, v. Abriter une plante, l'exposer au soleil, 
à l'abri de la bise. — S'acagnarda, prendre le soleil ibns un 
angle de mur, comme font les vieillards et les mendiants, 
qui n'ont pas d'autre feu que celui du ciel. Au fig. s'aca- 
gnarder, s'acotjuiner, s'accoutumer à vivre dans la fai- 
néantise. 

Dér. de Cagnar, abri ex|)osé au soleil. 

Acalouna, v. Échauffer, réchauffer. — Aquéste lén 
s'aculouno pas gaïre, ce tciiq» ne se radoucit guère. 

Dér. de Caloù, chaleur. 

Acamina, v. Mettre sur la voie; mettre une affaire en 
train ; mettre en fuite, chasser. S'acamina, v. r. Se mettre 
en route, se diriger vers, s'avancer. 

Dér. de Cami, chemin. 

Acampa, v. Ramasser, cueillir; prendre, gagner; au fig. 
économiser, entisser. — Al)cédcr, alMutir, en parlant d'un 
apostume qui travaille, qui se forme, qui suppure. — 
Acampa dé forças, reprendre des forces après une maladie. 
Acampa d'apéti, gagner de l'appétit. Acampa dé sén, pren- 
dre de la raison. — }Ioun dé acampo, mon doigt apostume, 
il a un mal d'aventure. 

Dér. de Camp, vieux mot : champ. 

Acampaduro, s. f. Mal d'aventure, aixMtume. 

Acampaïre, ro, adj. Ilamiisseur; au llg. économe, thé- 
sauriseur. Le proverbe dit : A bon acampaïre bon escam- 
païre, à père avare enfant prodigue. 

Acampaje, s. m. Action de ramasser, de cueillir; cueil- 
lette. 

Açan ou Acén, s. m. .\cccnt, accentuation. 

La première forme Açan est admise par l'usage : elle se 
justifie par son étyin. du lat. ad cantus, que rappelle sa 
consonnance. La seconde Acén a reçu ses lettres de natu- 
ralisation do Sauvages, et dérive aussi du lat. accintr», 
chanter, qui a donné acctntus. Les deux mots sont régu- 
liers et également employés. — Yoy. Acén. 

Acanala, f. Diriger l'eau par un canal ou un bief. Une 
rivière, un cours d'eau quelconque sont acanala», soit 
quand on les canalise, soit même lor8<iu'ils se sont tracés 
un lit profond et droit. 

Dér. du mot suivant. 

Acanâou, s. f. Chéneau de toiture ; toute sorte de con- 
duit d'eau en bois, en fer ou en poterie, pourvu que ce soit 



16 



ACA 



ACE 



à ciel ouvert ; lorsqu'ils sont ou en forme de tulie , on sou- 
terrains, on les nomme Bournèou, bounieau. — Faire 
Vacanàou, loc. prvb. pour dire : s'entendre comme lar- 
rons en foire, tricher au jeu en s'entendant frauduleuse- 
ment avec l'un de ses adversaires pour duper son partner; 
signifie encore : ménager la cliùvre et le chou ; nager entre 
deux eaux; crier tour à tour vive le roi, vive la ligue; 
promettre à celui-là ce qu'on a promis à celui-ci, et 
tromper au moins l'un des deux ; car c'est le rôle de celui 
qui Ironiiw tout le monde, et à qui, par conséquent, per- 
sonne ne peut se fier. VAcandou, le chéneau, comme 
nous venons de le définir, est le conduit, primitivement en 
bois et ensuite en fer-blanc, placé horizontalement au bord 
des toits pour en recevoir l'eau , qui , par de plus petits 
tuyaux appelés gouttières ou gargouilles, tombait do là sur 
le pavé, avant que les règlements de la police urbaine 
eussent prescrit des descentes appliquées contre les murs 
des maisons pour amener l'eau jusqu'au niveau du sol. 
C'est par ces gouttières assez multijiliées que le chéneau 
versait sa provision sur tous les passants, également et 
sans faire de jaloux. Dispensateur généreux d'une chose 
qui ne lui coûtait rien et ne valait pas davantage, est-il 
devenu le type de notre homme qui fait VAcandou, ou 
comme V Acandou , en prodiguant ses promesses, ses pro- 
testations, marchandise de même valeur, qui n'est aussi 
que de l'eau claire? — Tout cela n'est pas certain, peut- 
être même n'est pas très-probable; mais, à coup sur, ce 
n'est pas impossible. 

Acances, s. m. pi. Espace qui reste sans être labouré dans 
un cliamp, aux deux extrémiti'S de la ligne des sillons, où 
tourne la charrue. A la fin du labour, on reprend toutes ces 
lisières par une nouvelle diiection perpendiculaire à la ligne 
des sillons : c'est la dernière opération que subit un champ. 
Par extension, on donne au fig. ce même nom à la termi- 
naison d'une foule de choses. — Sèn as acances ddou carémo, 
nous sommes à la fin du carême. Souï as acances dé moun 
vi, je suis au fond do mon tonneau. 

Serait-il dérivé du lat. ad cakes, aux pieds, au fond? 

Acantouna, v. Tirer quelqu'un à l'écart, l'acculer dans 
un coin; écoinsonncr un mur, y placer un écoinson, la 
pierre angulaire d'encoignure. — S'acantouna, se réfugier 
dans un coin, se blottir au coin du feu. 

Dér. de Canloii, coin. 

Acâou, J. m. Chaux; pierre calcaire cuite ou calcinée 
dans un four à chaux. En chimie, protoxide de calcium. — 
On la distingue en Acdou grasso, chaux grasse, et Acdou 
maigro, chaux maigre. La première est la chaux pure, 
sans argile, acide carbonique et chaux; elle foisonne par 
l'immersion dans l'eau. Le mortier à chaux grasse se 
lessive et se détruit dans l'eau. La seconde est la chaux 
argileuse ou siliceuse, qui foisonne peu ou pas. Celle 
qu'on appelle chaux hydraulique, qui est une variété de la 
chaux maigre, contenant de 8 à 20 pour »/„ d'argile, fait 
prise dans l'eau : le mortier fait avec cette chaux prend 



de la consistance lorsqu'il est immergé. Les chaux maigres 
do il C pour "/o d'argile, sont non hydrauliques ; de 6 ou 
8 à 20 pour "/« d'argile, elles sont hydrauliques; de 20 à 
26 pour °/o elles forment à elles seules, sans besoin de 
sable, le mortier hydraulique connu sous le nom de ciment 
romain. 

La chaux de la Blaquière, aux environs d'Alais, est 
renommée. Celles des Tavernes, de Vézenolires et de Ncrs 
ont aussi des qualités remarquables. — Déstrémpa d'acdou, 
éteindre et détremper de la chaux. Pasta d'acdou, corroyer 
de la chaux, la mêler avec du sable, à l'aide du rabot, 
paslo-mourliè . 

Dér. du lat. Caix, Calcis. Notre dialecte a ajouté un o 
initial , purement explétif et euphonique. C'est ce qui fait 
sans doute que dans ce pays , bien des personnes, en par- 
lant français, on qui s'en piquent du moins, disent couram- 
ment au plur. les uchaux, comme elles font pour les acôlés, 
les cùtés. Aucuns vont même jusqu'à les apilaslres, les 
■achéneaux, les amuriers, les pilastres, les chéneaux, les 
mûriers, etc. 

Acapara, «. Accaparer, monopoliser. 

Trad. du français. 

Acaparur, urdo, adj. m. et f. Accapareur. 

Trad. du français. 

Acarcavéli, ido, adJ. m. et f. Cassé, ratatiné, branlant 
de vieillesse ou de maigreur. Il se dit principalement du 
bois desséché et d'un meuble branlant dans ses jointures. 

Dér. de Carcavèl, qu'on dit en certaines localités pour 
Caseavèl, par terme de comparaison avec le brandillement 
bruyant de cet instrument. — Voy. Caseavèl. 

Acarnassl, v. ïLibituer à manger de la chair, rendre 
carnassier. 

Dér. de Car, chair. 

Acata, V. Couvrir; joncher. Au fig. Acata, part, pass., 
caché, dissimulé, sournois. 

Acatage, s. m. Toute sorte de couvertures de lit. 

Acén ou Açan, s. m. Accent : accent tonique, flexion 
de la voix sur certaine syllabe des mots; prononciation, 
accentuation. Se dit aussi pour accent grammatical, signe 
graphique qui affecte certaines voyelles. 

Notre langue n'a qu'un substantif pour exprimer les 
deux acceptions très-différentes du mot Acén, dont l'une 
désigne la prononciation elle-même, et l'autre un signe 
accidentel et variable destiné à modifier le son d'une 
voyelle. Elle n'a pas accordé droit de cité à ces qualifi- 
catifs, inventés par les grammairiens, d'accent rationnel, 
oratoire, logique, pathéli(iue et autres. Mais, pour faire de 
tout cela comme le bourgeois-gentilhomme de la prose, 
sans le savoir, elle ne se reconnaît pas moins si redevable 
à l'accent tonique et à l'accent grammatical, que nous ne 
pouvons nous dispenser de leur ouvrir un crédit particulier 
proportionné à leur importanoe. 

Ce qu'on doit entendre par accent tonique, notre défini- 
tion, peut-être trop concise, a essayé de l'exprimer en un 



ACE 



ACE 



17 



mot. Qu'on nous pprmptte d'emprunter à la préfaœ de» 
Caslajnados un cotiiinenlaire qui la complote. 

La Faro-.\lais dit de la langue d'Oc « qu'elle est une 
musique comme l'italien, plus que lui i)eut-ètr6; c'est du 
moins une mi^lopée. Ses syllabes sont des notes, ses 
phrases des motifs harmoniques; son accentuation, si 
variée, est une viVitahIe gamme, et ses diphthongues, ses 
triphthongues , si fréquentes, si multiples, forment des 
syncopes chromatisécs d'une mélodieuse expression. Si 
cette langue a le larynx limpide et métallique, elle a 
aussi, et par-dessus tout, l'oreille chatouilleuse; et sa 
susccptihilité à cet égard rappelle ce sybarite que le pli 
d'une rose em[Wicliait de dormir. » 

On ne saurait mieux dire. C'est bien là, en effet, l'origi- 
nalité et le caractère dominant de notre langue d'Oc, que 
cette prosodie musicale des mots et des syllabes, qui ne 
l'abandonne jamais, qu'elle garde en parlant les autres 
langues, et qui est dans sa nature. Et cela n'est autre 
chose que son accent propre et l'accent tonique, que ce 
culte de la modulation , qui lui est inspiré par l'éclat de 
ses voyelles, qui lui fait éviter le redoublement des con- 
sonnes et condamner, même dans la plus humble prose, le 
choc de deux sons pareils; que ce sentifnent natif de 
l'euphonie , d'où lui viennent ses délicatesses exquises 
de construction et de vocalisation. L'accent tonique, ainsi 
compris, est de toutes les langues ; mais il est, au plus haut 
degré, l'essence, l'ftme et le génie particulier des idiomes 
méridionaux. Pour eux, qui chantent d'instinct, qui 
relèvent plutôt du solfège que de la grammaire, l'har- 
monie est la loi souveraine. La langue d'Oc, comme l'ita- 
lien et l'espagnol, ses sœurs du même lit, en reconnaissent 
si bien la puissance, que la prononciation est devenue la 
raison logique de leur orthographe. 11 le fallait bien. ï^ 
sens d'un mot dépend souvent, — on va le voir par des 
exemples, — de la manière dont il est accentué : dés lors, 
écrire comme on prononce et comme on entend, et par 
voie de conséquence, ne prononcer que conune on écrit et 
que ce qui est écrit, c'est-à-dire conformer l'écriture à la 
parole, est une nécessité de nos dialectes; car l'unique 
moyen de leur conserver la clarté, la grftce, l'intelligence, 
consiste à rapprocher l'orthographe de la pensée, à lier la 
forme des mots avec leur signification. Dès lors, toutes les 
lettres devant être articulées avec le son qu'elles expri- 
ment, il n'est besoin de représenter à l'œil que ce qui doit 
être entendu par l'oreille. 

Les Grecs et les Latins avaient la quantité, qui mesurait 
la durt^ des sons : les langues modernes ont l'accent 
tonique, c'est-à-dire l'élévation ou la flexion de la voix 
sur chaque mot, presque sur chaque syllabe. A Rome, 
rapporte Cicéron, le (Kîuple se montrait très-sensible à 
l'observation de la mesure. « Tout le théâtre, dit-il, se 
soulève et pousse des cris, si une syllalM! est trop brève 
ou trop longue, bien que la foule ne connaisse ni pieds 
ni rhythme , et qu'elle ne sache point ce qui blesse son 



oreille , ni pourquoi ni en quoi elle est offensée : Theaira 
tota extlnmant , si fuit una tylUibii brevior aul longior, nec 
verà mulliluJo peilei novil nec ulloi numéros tenet, née 
illud quod offendit aul rur aul in quo offenrial inlelligit. » 
La langue d'Oc a hérité de sa mère latine d'une sensibilité 
pour le moins aussi vive. Dans sa vocalisation, qu'une 
ronde soit sulratituée à une noire, elle se sent froissée; 
qu'une note qui doit être éclatante soit convertie en un 
son sourd, qu'une voyelle forte s'échappe comme une 
muette, elle s'irrite de la transposition ; e|le est blessée de 
la cadence fausse; pour elle le sens se déplace, se dérobe, 
se dénature aussitôt. Il n'y a pas ici cependant non plus 
d'autre juge que l'oreille. Judicium ipsa nalura m auribus 
nosiris eollocavit, dit toujours Cicéron; mais l'accent va 
de soi, sans théorie et sans grammaire; il est dans l'air et 
dans la voix; notre parler est ainsi fait. Il faut l'accepter 
tel quel, se soumettre à ses exigences, on renoncer à se 
faire comprendre. C'est de celle accentuation que nous 
essayons de donner une idée et de poser les principes. 

Il n'existe pas de langue qui n'ait son système propre, 
individuel d'intonations, de consonnanccs, di'pendant de la 
combinaison, du rapprochement et de la sonorité de ses 
voyelles. Pour notre langue d'Oc, rien n'est plus essentiel 
que de connaître la clef de sa notation. 

Le premier point , et le plus délicat, est de préciser l'in- 
flexion , de déterminer le degré d'élévation ou d'abaisse- 
ment de la voix, qui constitue l'accent tonique. Dans une 
phrase écrite, tous les mots sont séparés par un intervalle; 
il en doit être de même dans la phrase parlée. Chaque mot 
a sa syllalje tonique, et n'en a qu'iuie, la syllabe finale, 
sur laquelle, par une sorte d'insistance, il se fait un temps 
d'arrêt imperceptible, cependant appréciable, une modu- 
lation distincte, qui peut être classée dans l'échelle de» 
sons, insensible presque, mais qui, en appuyant, est mise 
en saillie, l'ne seule condition est imposée à celle dernière 
syllalK», c'est qu'elle soit de force à supporter l'accent, ce 
qui n'arrive jamais avec une muette, une féminine, une 
faible , sur laquelle la voix ne s'arrête point. C'est pour- 
quoi la tenue ne se fait que sur la finale des mots , quand 
cette syllabe est masculine, à consonnance pleine et grave; 
ou sur la pénultième, quand le mot se termine par une 
féminine, faible ou muette. 

Cette règle est le fondement de la prononciation du lan- 
guedocien : son corollaire se trouve dans la justesse exacte 
du son attaché à chaque syllabe, représenté par une 
voyelle. Noire idiome, pour s'écrire avec le même alphabet 
que le français, qui fut l'alphabet latin, ne donne pas 
cependant à toutes les lettres le son qu'elles avaient en 
latin, non plus que celui qu'elles ont en français. A chacun 
son lot. La langue d'Oc a des sons qui lui appartiennent 
en propre , des alliances de lettres qu'elle affectionne , des 
cadences qu'elle recherche; elle ne veut pas en être dépos- 
sédée, et elle ne se livre qu'à ceux qui lui sont fidèles ; à 
eux seuls elle consent à révéler sa grâce , sa douceur, sa 



le 



ACB 



souplesse, soa énergie, ses beautés entières. La variôtÉ do 
ses intonations, la sonorité de ses voyelles rendent sa pro- 
nonciation vivement accentuée; et surtout elle diffère 
essentiellement du fraufais, qui cultive les consonnances 
muettes et sourdes, et qui arrive à de grands effet* par des 
procédés tout contraires. Aussi, sur ce chapitre do l'accent, 
pas d'accord à établir; point de rapprochement entre deux 
pôles opposés. Quand les puristes d'Outre Loire auront 
traité dédaigneusement de gascons nos dialectes méridio- 
naux, et que ceux-ci auront répliqué par l'épithète corres- 
pondante de franchiman, la séparation de» deux langues 
n'en restera que plus accusée, et il en sera mieux prouvé 
encore qu'une transposition de l'une à l'autre est impos- 
sible. La part faite à chacune, elles garderont chacune leur 
mérite, et leur accent, et leur caractère, et leur génie; et 
lemrs chefs-d'œuvre n'y perdront rien. Mais essayer de 
réduire le languedocien à la vocalisation française, de le 
prononcer à la française, ne serait que l'assourdir, l'énerver, 
le défigurer, et arriver à la cacophonie la plus ridicule et 
la plus inintelligible. L'emploi d'un alphabet commun, les 
habitudes d'épellation inculquées par l'enseignement sco- 
laire peuvent être des causes fréquentes d'erreur et d'hési- 
tation à la lecture ou à l'écriture; les plus familiarisés avec 
nos idiomes n'y échapperont pas toujours. L'n Dictionnaire 
languedocien ne peut donc trop insister sur ce chapitre 
si essentiel de l'accentuation, qui fait comprendre son 
orthographe et facilite l'étude de sa grammaire. C'est pour 
cela que nous résumons , môme en nous exposant à quel- 
ques répétitions, nos remarques générales sur la valeur 
spécifique dos voyelles et sur la prononciation. 

L'accent tonique, avons-nous dit , est une simple flexion 
de la voix; il n'a qu'une place dans chaque mot, la der- 
nière syllabe , si elle est masculine ; l'avant-dernière , si le 
mot est terminé par une féminine. C'est une pure nuance 
euphonique, une modulation musicale, indépendante de 
tout signe qui l'exprime, mais qui se fait toujours sentir. 
Ce qu'on appelle l'accent grammatical est au contraire un 
signe apparent, visible, posé sur une voyelle et destiné 
seulement à en modifier le son. Comme il se borne à indi- 
quer la qualité particulière d'un son, il se place partout où 
il rencontre la voyelle à accentuer, et peut par suite se 
trouver indifféremment au commencement, au milieu ou à 
la fin d'un mot; mais à celte dernière position, il rend 
tonique la voyelle qu'il touche, en piquant sa consonnance. 
Il est de trois sortes : aigu, grave et circonflexe, comme en 
français. Ce dernier ne se place que sur les voyelles a, i, o, 
quand elles comi)osent des diph. ou des triph., pour mar- 
quer seulement la voix dominante. 

Le languedocien a cinq voyelles simples, a, e, i, o. u> et 
nne voyelle composée, ou, qui regrette toujours d'être 
obhgée d'employer deux lettres pour un son unique et 
simple. Cette indication sudït à notre sujet, sans entrer 
dans les suWivisions et distinctions de classes. 
Toute» les leUres et les voyelles sa pronoacent et 



ACB 

sonnent à la méthode ancienne de l'alphabet ou suivant- 
l'accent graphique qu'elles portent : c'est pourquoi dajoa) 
l'intérieur d'un mot polysyllabique, il no peut exister de 
syllabe muette, ressemblant à l'e muet français moderne, 
A la fin des mots seulement se trouvent les syllabes; 
muettes; et là, règle générale, toute voyelle finale, à l'ex.- 
ception de l'a et de \'u, est faible, sourde, féminine, si ella- 
n'est pas accentuée, ou si elle est suivie d'un s formant le 
pluriel; ce qui signifie que la voix doit appuyer sur lat 
syllabe précédente, la pénultième, que nous axxentugosL 
exprès ici. Ex. : ràbe, pi. ràbes; image, pi. images; ràbUh 
pi. rèbles; diménche, pi. diménches; chàri, pi. chàrit,:., 
sèti, pi . sètis ; bàcho, pi . bàchos ; éscèlo, pi . éscdlos ; cà»-' 
quou, pi, ciUquoui; flàsçou, pi. flàscous; basségou, pi. bas- 
ségouf. 

Dans notre dialecte , les voyelles finales o et u ne sont 
jamais muettes : elles peuvent donc supjwrter l'économie 
de l'accent grammatical, sans en être appauvries ni fémir 
nisées. Cependant, par cela que leur position les rend tonir 
ques, le repos de la voix, qui se fait alors sur elles, semble 
les élever d'un quart de ton. Cette nuance méritait d'être 
notée; elle est sensible mêxue dans les polysyllabes com- 
posés de lettres similaires, comme acaba, davala, etc., dont 
le dernier a est un peu plus éclatant que les premiers. La 
prosodie latine du Gradus ad Parnassum classerait ces 
mots parmi les anapestes, deux brèves et une longue ; de 
même qu'elle aurait fait des iambes de marna ou de chv- 
chu, une brève et une longue. 

Dans plusieurs localités de l'Hérault et au midi d'Alais, 
sans dépasser cependant le canton de Vézénobres, r(/ final 
est muet dans les terminaisons caractéristiques du féininia 
des substantifs et adjectifs, comme ro»a, musa, bona, 
nova, etc. On le prononce comme un a adouci, d'un son 
intermédiaire entre l'e et l'o. Cette variété dialectique est 
une réminiscence très-rapprochée du latin. Nous ne pou- 
vons l'adopter ici ; car pour la même désinence nous enten- 
dons o, nous prononçons o,. nous avons du écrire partout o 
naturel; et nous no pensons pas que l'étymologie en 
souffre. 

L'e languedocien a trois sons distincts. Surmonté de 
l'accent aigu, il se prononce comme l'é fermé français 
dans été, bonté ; avec l'accent grave, comme l'e ouvert dans 
accès, succès; privé de tout accent, il no se présente qu'à 
la fin d'un mot, et alors il est muet, naturel, non point à. 
la manière de l'e muet français, mais comme l'e final italien 
de rose, dare. 

La pix^nonciation do Vi ne varie que du fort au faible, 
du sonore au doux, du long au bref; mais une certaine 
aouité se fait toujours plus oil moins sentir. La voyellot 
est sonore , naturelle entre deux consonnes : dindo, roun- 
dina, dijicinle, n.\cc une légère insistance quiiml elle est 
tonique à la pénultième ; cependant nous ne lui accordons^ 
pas l'accent : c'est affaire de quantité. Nous le Lui rései> 
vons, au contraire, pcwir les cas où U pourrait y aroic 



ACE 



ACB 



19 



confusion, ti In fin dos mots par exemple, comme loupi. 
Éêeupl , énilévéni , ilimini : lA il w» A'-taoliR Clair et net. 
■L'accent grave iiHli()nc alors que le son se renforce ; tAiidis 
ifue l'i firwl non accentué glisse et tnunnnro faiblement, la 
Voix appuyant sur la prôc<HlAntc syllabe. Ëx. : ehàH. HH, 
Ùli, téméntrri, jmrgatori. 

■Mmb employons l'acceiit circonflexe pour la diphthongue 
iou, et il inari|ue l'insistance de la voix se prolongeant : 
ealiou, arpiou, réligiou. 

Le tréma sur l'ï est un signe particulier de notre accen- 
tuation orthographique. Sa fonction est des plus impor- 
tantes. Quand il suit une consonne et précède une voyelle, 
le tréma sur l'ï a pour but de le faire sentir plus longue- 
ment, et d'en faire une syllabe séparée de la voyelle subsé- 
quente, comme dans fïo, Tno, m'io, en deux syllabes. Alors 
qu'il est placé après une voyelle, et suivi d'une consonne, 
on à la fin d'un mot, Tï trématé est doux et faible ; le plus 
souvent il forme la diphthongue. Ex. : l'eïr», foire, tout, 
réï, galo'i, pantaï. Entre deux voyelles, il remplace à peu 
près en certains cas // mouillés' français, sans communiquer 
à celle qui le suit la flexion labiale, mais seulement en la 
mouillant ; et toujours il empèclie la cohésion avec la 
voyelle précédente, ainsi dans païo, ddio, jdio, Bluïo, pulo; 
de telle sorte qu'il devient le siège d'une séparation de 
syllalx^s, ou ce qui revient au même, qu'il s'oppose à la 
formation d'une diphthongue ou d'une triphthouguc, que, 
sans lui, le rapprochement des voyelles amènerait, comme 
dans les mots presque exclusivement composés de voyelles, 
vidouU, aie, euUiri, rouïdoume. Pour scander ces mots et 
parvenir à la prononciation juste, le concours de l'ï tréma, 
qui est séparatif entre voyelles ou diphthongues dans le 
mot, est un des signes les plus essentiels à bien observer. 
Nous reviendrons sur son r61e très-important. 

L'o et You, voyelles, sont soumises aux mêmes règles. 
Le défaut d'accent , quand elles sont finales , indique 
qu'elles doi\ent s'échapixT sans articulation, qu'elles 
jouent dans le mot à peu près le même rôle que l'e muet 
français, caractérisant le féminin des sultstantifs, et que le 
point d'appui de la voix se fait sur la pénultième. Ex. : 
fangn, manado, bèlo, eénténo, babino, earosso, cagnoto, 
fguro, dai^alou, révènou, basségou, manipoit, donou, ttitou. 
Surmontés do l'accent grave, ô et oii soiment clairement : 
escld, cachd, grétd, vértigi); lavadofi, agassoù, loubatoù; 
méchoiis, vérinoùs. 

Réi)élons encore que ou entre deux consonnes ou près 
d'une voyelle, avec ou sans accent, ne compte jamais que 
pour une voyelle, comme s'il n'y avait qu'une seule 
lettre. 

A l'agencement et ^ la liaison de ses voyelles, la langue 
d'Oc semble avoir mis avec complaisance tous les raffine- 
ments do son génie mélodique. Parmi les langues de l'Eu- 
rope, elle est seule h possiSler dans sa vocalisation ces 
trilles brillants qui ne produisent qu'un accord unique, 
comme trois cordes de harpe touchées i la fois, \'ibrant 



dans la hième c.idonce. I>e français m contente de tfwAt 
doux son»; le languedoiieu raweiiiblo dans une «ylhlJS 
deux, trois et jn.s(iu'à quatre sons distincte. Ses diphthoh- 
gae« se multiitlient à profusion et se présentent unies M 
(dparéM, au commencement, dans rintèrienr ou k la fia 
d«i mots. Ses triphthongues si originales suivent la mftme 
marche el sont presque aussi fré(]nentes : les tètraphlboh- 
gues apparaissent dans les vocables les plus asiiels. 0>pe«- 
daiit l'orlhograithe, l'accentuation et la prononciation dm 
toyelles ne changent point parce qu'elles se rencontreiH 
doubles, triples ou quadruples à former, dans un mot, rsm 
seule syllalie compow'-e d'autant de sons en une seule énd»- 
sion de voix. Si compliquée que puisse être la combi- 
naison, le pren)ier et le plus essentiel de leurs caractèwe 
est de ne faire jamais qu'un temps, un pied, dirait-OB 0B 
versification : la pluralité dans l'unité. 

Là est la pierre de touche de cette sorte de tyllabw. 
C'est pourquoi nous nous refusons à ranger parmi les 
diphthongues les formes un, ué, uï, uo sollicitées i)ar les 
consonnes g et q, comme ahra$qua, cargné. Manqué, guin- 
eha, quiclia, aquà : ici Vu ne parait que comme explétif; 
c'est nn parasite dont l'emploi rend le g dur : il n'y a 
pas dualit)^ de consonnance; après ces deux lettres, l'ï» 
ne se fait p.as entendre : précédé de tonte autre il doit 
sonner : apuia , «uW , etc^, on Uen , tn diphthon(«e, 
ittui,jvèt, etc. 

Par ces exemples on a pu voir qu'une voyelle suivie 
d'une autre voyelle ne fait pas nécessairement alliance 
avec elle. En dehors des éléments dont nous allons donner 
le tableau, nous ne connaissons pas d'assemblages deletlrr*» 
qui puissent en réalité former des dipbthongiies ou des 
tripbthongues. Mais la langue d'Oc aime trop k rapprocher 
ses voyelles, à les multiplier, a nuancer de tons divers des 
combinaisons identiques ; sa vocalisation seule donne son- 
vent à ses mots un caractère et un sens trop diB^rents, 
pour n'avoir pas une notation qui réponde à ce besoin, qui 
représente exactement son euphonie, ses accords, le rhylhme 
de ses gammes syllabiques. 

Le français se préoccupe moins d'éviter one confusion 
qui le rend si diflicile A bien prononcer : sa prose et sa 
poésie ont des différences de quantité inexj)licables dans 
les terminaisons en ion, ieur, iêux, par ex, (pii reviennent 
sans ces.se et qui font tintôt des monosyllabes diphthongues, 
tantôt doivent se scander en deux temps : de ce nombre, 
avec une infinité d'antres mots, fier, adj. d'un seul jet, 
et fier, vcrl)c, dissyllalw. Ceixindant rien n'avertit de cm 
changements. Notre orthographe au contraire a voulu les 
indiquer au moyen de l'ï tréma, qui disjoint les syllabes, 
comme fXo, fille, et fd, feu, mio, amie, mid, mnid, pio, 
pillage, pid, dindon, etc. 

Un signe spécial étiit indisi^nsaltle; car le langtiedocien 
n'a pas le droit de prendre les licences du français. Il n'a 
ni grammaire, ni académie jMur commenter et justifier ses 
anomalies. Il n'admet pas de lettres inutiles, non arti- 



'iO 



ACE 



culées, 9C prononçant autrement qu'elles ne sont lîotées ; 
il professe en principe que sa prononciation est toujours 
vraie, réglée sur la valeur propre des voyelles; w qui 
ne l'enipùche pas d'accumuler volontiers les accords 
sonores, de mêler ses diplithonguos et ses tripiithongues 
dans le même mot. Dès lors il lui est imposé plus 
striclcmeul qu'au français d'avoir un système d'ortho- 
graphe qui mette en pleine lumière la dilïèrence d'accen- 
tuation de toutes les lettres et de lettres identiques, et 
la séparation des membres d'un même mot où se trouvent 
surtout des voyelles avec des diphthongucs. Par la plus 
ingénieuse disposition, qui dénote la perfection du senti- 
ment mélodique de la langue d'Oc, les complications les 
plus ardues deviennent simples et faciles avec les accents 
grammaticaux et les ï tréma. 

L'accent modifie le son : il l'affaiblit ou le renforce ; 
mais il ne transforme pas la voyelle. Le tréma réservé à 
r« ne lui fait rien perdre de sa qualité naturelle ; mais il 
l'isole en quelque sorte quand il est placé entre deux 
voyelles, comme pa-ïo, ma-ïo, pu-ïo, et il mouille celle qui 
la suit, comme fait à peu près ill en français. 

Par sou interposition il signale, dans l'intérieur d'un mot, 
la séparation de deux diphthongues, et adoucit un choc 
trop rude ; et il est remarquable que l'ï se trouve au com- 
mencement de toutes les tripiithongues : ce qui nous 
semble l'indice de la délicatesse d'acoustique de notre 
langue, et la preuve d'un sentiment harmonique très- 
étudié. Ainsi, quand Vi ne fait que se lier aux autres 
voyelles dans la triphthongue U garde sa forme naturelle, 
midou, monosyllabe, sidoume, deux syllabes; mais 
alors qu'il suit une voyelle ou une diphthongue, ou 
qu'il termine une diphthongue ou triphthongue, il prend 
le tréma : rou-ïdumé, cadiéïro, risoit-ïeiro , vidou-ïè, 
viè-ïé, offrent des exemples des positions les plus diffi- 
ciles et démontrent le fonctionnement de Vi simple et 
de l'ï tréma dans l'agglutination et dans la division des 
syllabes. 

Notre dialecte possède trois diphthongues qu'on peut 
appeler féminines, et qui pour cela sont dénuées de tout 
accent. Cette variété a son importance dans la versification. 
Leur prononciation d'ailleurs se conforme aux règles qui 
précèdent : le tréma, quand il est nécessaire, ne change 
rien à leur nature. 

Exemples : en te, vindie, rendis, moïe , ouïe ; en io, 
glorio, bè$tio, joïo, fuio ; en iou, énténdiou, maïou, tu'iou, 
moiou, ouïou. 

La finale diplithonguée de ces mots s'écoule comme une 
muette, et comme elle n'est comptée que pour une syllabe 
qui est féminine, l'insistance de la voix s'établit par l'accent 
tonique sur la pénultième. Ces différences de sons se 
trouveront indiquées à leur place. Voy. lettre I et Iou, 
diph. 

Pour bien comprendre l'effet que produisent les accents, 
il ia'y a qu'à comparer à l'oreille les sons muets, purement 



ACE 

alphabétiques, avec ceux donnés par les mêmes diphthongues 
accculuées. Dans la diphlhongue luasculiiic, et dans toutes 
les tripiithongues, se trouve toujours une voyelle domi- 
nante, celle qui est le pivot de l'intonation sur laquelle se 
fait la tenue; les coagulées se font entendre, mais coulent 
rapidement : dans les diphthongues féminines, la voix, en 
réunissant le double son, égalise les voyelles sans appuyer 
plus sur la première que sur la seconde. 



DIPHTHONGUES. 



ai. - 

âou 

èï. — 

éï.— 

èou.- 

éou.- 

ia. — 

ie. — 

iè. — 

ié. — 

io. — 

iô. - 

iou. 

iou. 

iu. - 

oï - 

oua. 

ouè. 

oué. 

ouï. 

ôou. 

uè. 

ui. 



— Mai, plus 

— Nàou, auge 

— Rèi, roi 

Créï, croissance 

— Lèou, poumon 

— Béou, il boit 

— Diable, diable 

— Vélldie, que je vende. 

— Miè, moitié 

— Aïé, ail 

— Glorio , gloire 

— Fiô", feu 

— Maïou, mati 

— Diou, Dieu 

— Béstiu, bestial 

— Coï, il cuit 

— Coua, eouué 

— Voué, holà 

— Foué, fouet 

— Bouï, buis 

— Dôou, deuil 

— Gnuè, nuit 

— Frui, fruit 



Esclaïre, éclair. 

Lâouso, dalle. 

Pèïro, pierre. 

Véïre, verre. 

Cisèou, ciseaux. 

Téoule, tuile. 

Aparia, accoupler. 

Moïe, que Je mouille. 

Ariè, arrière. 

Bèstiéto, petite bêle. 

Bèstio, bite. 

Cafîo, chenet. 

Enténdiou, qu'ils entendent. 

Miougrano, grenade. 

Méssius, messieurs. 

Galoï, gai. 

Couacho, calandre. 

Espouèr, espoir. 

Couéto, queue. 

Douïre, jarre. 

Cévénôou, cévenol. 

Juèl, ivraie. 

Estui, étui. 



TRIPHTHONGUES. 



iaï. — Biaï, adresse Répapiaïre, radoteur. 

iftou. — Siâou, coi Viâouloun, violon. 

ièï. — Sièï, six Cadiéïro, chaise. 

iéou. — léou, je, moi Liéourèïo, livrée. 

iôou. — Miôou, mulet Faviôou, haricot. 

iuè. — Hiuè, huit Endiuèl, andouille. 

TÈTRÀPHTHONGUES. 

iuèï. — Hiuèï, aujourd'hui. Cadiuèïsso, cosse, 
uièï. — Cuièïsso, cuisse. . . . Cuièïssàou, molaire. 

Ce tableau doit faire comprendre la raison de notre ortho- 
graphe ; et répétons ce que nous avons dit ailleurs : « On 
ne saurait assez recommander l'observation minutieuse de 
l'accent; elle est d'une importance radicale. Toute l'intel- 
ligence de l'idiome est là ; et sans elle, on nage à pleine 
eau dans l'amphibologie. > 



I 



ACE 

Une lisUî à jxîu près complète de mots parfaitement 
homographes , .présentera un curieux intérêt à ce point 
de vue, et complétera ces ex[)Hcations. 

Nous avons négligé les homonymies dans les différents 
temps dos verbes, qui seraient irop ncjmhrcuses, comme 
rénilie, il reniLiit, et çué réndie, que je rende, etc., etc., 
et quelques autres mots dans lesquels l'accent est iden- 
tique sur la finale , mais qu'innuence l'ï tréma ou \'i 
naturel, soit pour les divistîr en deux temps, soit pour en 
faire des monosyllalx?s, comme pï^, pilier, etpi^, pied, Pucch, 
cuïi, cuiller, et cuié, cuit, bie, je serre, et bïé, billet. 

Il sera ainsi facile de se rendre compte de ce que peut 
l'accent graphique, et comment une simple inflexion sur 
une voyelle fait varier le sens et la signification d'un mot. 

t FERMÉ ET E NATUREL. 

Boufé , soufflet Boufe, je touffle. 

Boumbé, bout-d'homme Boumbe, je cogne. 

fioaré , brun Boure, bourgeon . 

Bourges, bourgeoù Bourges, lu creuset. 

Bouté , brin Boute, je mets. 

Bravé, gentil Brave, robuste. 

Cargué, étui Cargue, je charge. 

Césé, n. pr. dim. François. Céae, pois-chiche. 

Chaîné, chat sauvage Chaîne, chine. 

Coublé, solive Couble, couple. 

Coulé, petite colline Coule, je décuve. 

Courdouné, ganse Courdoune, je cordonne. 

Dévé , devoir Déve, je dois. 

Déstré, pressoir à vin Désire, perche (mesure). 

Estré , étroit. " Estre, être . 

Furé, souris Fure, je fouille. 

Gourgué, petite mare Gourgue, je trempe. 

Grané, petit grain Grane, je grène. 

Lipé, gourmand Lipe, je lèche. 

Manqué, manchot Manque, je mianqtte. 

Mèrlé, créneau Mèrlo, merle. 

Miné, minon Mine, je mine. 

Mouïssé, épervier Mouïsse, écourlé. 

Paré, paroi Pare, je pare. 

Pénô, petit pied Pêne, je peine. 

Piqué, pieu Pique, je frappe. 

Poudé, serpette Poudo, je taille. 

Pougiiô , poing Pougne, je pique. 

Quiche , targette Quiche, je presse. 

Quinqué, quinquel Quinque, je souffle. 

Rèssé, scie à main Rèsse, je scie. 

Salle, science Sabe, je tanne. 

Sâousé, n. pr. , Sauzet Sâouse, saule. 

Séré, petite colline Sère, montagne. 

Siblé, sifflet Sible, je siffle. 

Tapé, petit bouchon Tape, je bouche. 

Télé, sein Tête, je tète. 



ACE 

Tourné, rouet Tourne, je reviens. 

Tràouqué, petit trou TrAftuque, je perce . 

Triste, soupente Triste, triste. 

l'ïé, œillet Uïe, je sers ce tonneau. 

Ë FERMÉ ET È OUVERT, (MUVB. 

Après, appris Après, après. 

Arésto, arrête Arèslo, halte là t 

Espésso, épaisse Espéço, espèce. 

Espéro, attente, affût Espère, attends. 

Lachén, pourceau Lachén, nous tachâmes. 

Jasén, nouvelle accouchée... Jaséu, nous gisons. 

Vaïén, actif Vaïèn, lY* valaient 

Péro , poire Péro, père. 

Fé, foin; foi Fè, fuit. 

Se, soif Se, sept. 

Sén, saint Séu, nous sommes. 

Vén, vent Vèn, il vient. 

k GRAVE ET E NATUREL. 

Cadè, cadet Cade, genévrier. 

Counséiè, conseiller Counséïo, je conseille. 

Entré, «7 entra Entre, entre. 

Gàouchè, gaucher GÂouche, gauche. 

Lachè, il lâcha, laitier Lâche, mal serré. 

Mouïè , épouse Mouïe, je mouille. 

Récaté, il serra Récate, provision . 

Révélé, aubade Révéïe, je réveille. 

Roudiè , charron Roudie, je regarde. 

Vigè, n. pr., Viger Vije, osier. 

i GRAVE ET I NATUREL OU TRÈILA. 

Courl, courir Couri, n. pr., Courrtf. 

Fasti (faire), faire horreur . . Fasti, aversion. 

Garl, guérir Gari, rat. 

Péis , pays Péis, poissons . 

Sal, panne de porc Saï, l'et dedans. 

Trai, trahir Traï, il jette. 

Véri, poison, venin Véri, porc. 

NATUREL ET Ô GRAVE 

AoQSéro, Lozère Aousérù, Loxérien. 

Babo , bave Babô, chrysalide . 

Balo, balle Balô, ballot. 

Bardo, bât Bardô, bardot. 

Bigo, bigue Big6, hoyau . 

Bïo, biUe Bio, triciA. 

Bousso, bourse Bonssù, gousset . 

Cacho , cachette Cachô, cachot. 

Cagno, dégoût, paresse Cagnô, niais. 



91 



fS ACE 

Capo , manteau Capô, attrapé. 

Casso, cheute Cassô, ladre. 

Cato, chatte Catô, catin . 

Enquo, canelle Enc6, chez. 

Faro, mine, visage Farô, élégant. 

Fino, rusée Finô, finaud. 

Fïo, fille Fiô, feu . 

CJalo, gale Galô, galop. 

Gigo, cuisse de IxBuf. Gigô, gigot. 

Grélo , grêle Grélo, grelot. 

Léngndo, coup de langue. .. . Léngadô, Languedoc. 

Mancho, manche Manoliô, manchot. 

Mïo, amie Miô, tnuiJ. 

Palo, pelle Palô, lourdaud. 

Pato, patte Patô, brique. 

Pégo , poix Pégo, savetier. 

Péro, poire Pérô, mouton. 

Pilo, pile, tas Pilô, pilote. 

Pïo, pillage Piô, dindon. 

Rabo, rave Rai», rabot. 

Ribo, rive, bord Ribô, n. pr., Ribot. 

Salo, salon Sala, malpropre. 

Ciro, cire Siro, sirop. 

Tantos, s. plur., tantes Tantos, tantôt. 

Trapo , trappe Trapô, trapu. 

Triquo, trique Tricô, gilet de laine. 

on MUET ET où GRAVE, 

Ajnstoa, i7j ajoutent Ajustoù, ajoulage. 

Apialou, ils étaient Apialoù, état. 

Bïou, ils billent Bïoù, trique. 

Boutou, i7j placent Boutoù, bouton. 

Caladou, ils pavent Caladoù, pavé. 

Calou, ils lâchent Caloù, chaleur. 

Canton, ils chantent Cantoù, coin. 

C&oussou, t7j chatissent Câoussoù, chausson. 

Coulou, ils coulent Couloù, couleur. 

Escalou, ils grimpent Escaloù, échelon. 

Espèrou, ils attendent Espéroù, éperon. 

Espirou, f7j suintent Espiroù, soupirail. 

Furou, ils furètent Furoù, fureur. 

Gardou, ils gardent Gardoii, Cardon. 

Jètou, ils vomissent Jètoù, jeton. 

Lardon, i7j lardent Lardoù, lardon. 

Liquon, »7j lèchent Liquoù, liqueur. 

Mascarou, ils noircissent. . . . Mascaroù, barbouillé. 

Paslou, i7« pétrissent Pastoù, tas de mortier. 

Passèrou, i7s passèrent Passéroù, moineau. 

Pélassou, ih raccommodent . Pétassoù, petite pièce. 

Piquou, «7» frappent Piqnoù, pic. 

Plounjon, i7j plongent Plounjoù, plongeon. 

Prison, i7j prisent Prison, prison. 

Révéïon, (7* réveillent Rôvéïoù, réveillon. 



ACI 

Sablon, ils mettent du saUe. Sabloù, sablon. 

Sabon, t7j tannent Sabon, savon. 

Sénglou, ils sanglent Séngloù, petite torde. 

Sénton, ils sentent Sôntoù, odeur. 

Sermon, ils trempent d'eau. Sérnioù, sermon. 

Snsou, ils suent Susoù, sueur. 

Téchon, ils dégoûtent Téchoù, petite gotttte. 

Tourtïou, «7s tordent Tourtïoù, craquelin. 

Trissou, t7s broient Trissoù, piton. 

Valon, î7s valent Valon, valeur. 

Véïrou, i7s tournent Vèïroù, menu poisson. 

Viron, i7s tournent Viroù, vrille. 

La différence à l'oreille, qni, en définitive, détermine le 
sens de tous ces mots correspondants à nn mot semblable, 
est produite par les accents. Dans ceux où la finale est 
accentuée, elle est tonique; c'est sur elle que la voix s'arrête 
et pèse : au contraire, pour ceux qui n'ont pas d'accent à 
la fin, la tonique est la pénultième et la tenue se fait sur 
elle. Par exemple, le dernier mot de cette longue liste, 
virou, ils tournent, est composé d'une longue et d'nne 
brève; l'inverse a lieu pour virait, vrille, qui est formé 
d'une brève et d'une longue, et ainsi des autres. La mesure, 
la quantité, réglées par les accents : toute notre langtje 
musicale est là. 

Acérti, V. Certifier, assurer, rendre certain, aflirmer. 

Dér. du lat. Certus. 

Acéta , prép. Excepté. Il est visiblement corrompu du 
français, mais fort de mise. 

Achas I interj. Voyez donc ! Voyez un peu ! 

Dér. i'Agacha, voir devant soi. C'est" la contraction de 
ce verbe à la 2"" pers. plur. de l'impér. Agachas. — 
Voy. Agacha. 

Achata on Acheta, v. Acheter. 

Trad. du français. 

Achétur, nrdo, adj. Acheteur, euse. 

Trad. du français. 

Aciè, s. m. Acier. 

Trad. du français. 

Acièïra, v. Aciérer, chausser d'acier la pointe d'un outil . 

Acimérla, ado, adj. Perché, juché haut. 

Dér. de Cimo, hauteur, extrémité. 

Acîou, s. f. Action. Il ne se prend qu'en mauvaise part. 

— Quinlo aciou m'as fa! quel tour tu m'as jOUé ! 
Trad. du français. 

Acipa, V. Prendre par surprise, saisir, surprendre. 

— Nous acipè, et sa! dédin, il nous surprit, et crac! sons 
clé. 

Dér. du lat. Accipere, recevoir. 

Acipa (s'), V. Se heurter, broncher, se rencontrer tète à 
tète, chopper. — Nous acipèn, nous nous rencontrâmes nez 
à nez. 

Étym. du celt. Assoupa, dit Honnorat. 



iiOO 



ACO 



I 



Acivada, v. Donner de l'avoine. Au. Sg. et pat ironie, 
régaler d'une volte de coups, rosser. 

Dér. do Civado, avoine. 

Aclapa oa Bésaègre , v. Couvrir de meane pierraille; 
recouvrir, le» sillons d'une terre oiublavée, soit à la pioche, 
soit à la herse, et briser les mottes pour mieux enterrer la 
semenca ou le futnior. 

Dér. de Cla ou Clap, pierraille. 

Aclapassa , v. Entasser des pierres en nioucean ; antoD'- 
celer. 

Dét. de Clajiat, tas de pierres. 

Adata, v. Baisser, courber; accal)ler sons le poids; 
lapider; recouvrir, enfouir sous... 

Dét. de Cla, las, amas, monceau. 

Acol, s. m. Mur de soutiineinenl en pierre sèche. 

Acor, s. des deux genres, ou Acordi, ». toujours 
m. Accord, réconciliation, bonne ijitelligence. — Eëtre 
dlae»rdi, être cœur a cuMir. — Acor est masculin ou 
féminin à peu près ad libitum. On dit : Lacor et facho, 
et dé bon acor. 

Dér. du L-it. Cor, ccenc. 

Acoto , »■ (■ Une cale qu'on met sons le pied d'une table 
cbanceL-itile, sous la i-oue d'une charrette pour l'einpècher 
de marcher. 

Dér. du lat. Co$, eoti». 

Aconassa (s'), v. Se coucher comme les poules qui 
veulent couver. Au fig. se pelotonner, se tapir, s'accroupir, 
se mettre dans toute sorte de posture qui rappelle une 
poule couveuse. 

Dér. de Coua ou Couga, couver. 

Acoubla , V. Accoupler, joindre par couple; joindre des 
bœufs ou des chevaux pour le labour. — Àquélo miolo 
acoublariè bien la mtou , cette mule s'appareillerait bien 
avec la mienne. 

Acoucara (s'), v. S'encanailler, fréquenter la mauvaise 
compagnie, s'engueuser. 

Dér. de Coucarou. 

Acoucha (s'), v. Accoucher. 

Trad. du français. 

Acoucbado , s. f. Accouchée. On dit Jasén en langue- 
docien. 

Acouchardo ou Aconchuso , ». f. Accoucheuse, sage- 
femme. En lang. Lévandièiro, — V. C. n>. 

Trad. du français. 

Acougassa, v. a. Faire tomber quelqu'un sur le der- 
rière. 

Acougassa (s'), v. r. Le même que »'ileo«a»»a, s'aceron- 
pir. — Y. c. m. 

Dér. de Couga, couver. M. sign. que Coua. 
Acoogooncha (s'), v. S'accroupir. C'est un explétif du 
verbe précédent et il a la raôrae racine. La posture qu'il 
désigne est encore plus grotesque : c'est celle des magots 
d« la Chine que le XVni« siècle nous a légués avec ses 
visiUes. cheminées. 



Acoulado, ». (. Accf)lade, embrassement les bras autour 
du cou. 

Ëtym. du lat. ad collnm. 

Acouloubri, ido, adj. Eflarouché, irriié, envenimé- 
comme une couleuvre. Au flg. éveillé, déluré ; ss dit d'une 
lille garçxtmiière et hardie. 

Di>r. de CotUobr*. 

Acoumada, v. Raccommoder, radouber; assaisoimer. 
Au fig. concilier, convenir. 

Dér. de Covnxod». 

Acoumadamén , ». m. Accommodement, accord, trans- 
action, le mezio termine d'un différend. 

Aconménça, v. Commencer. Au fig. cherclier noise, 
être le premier à attaquer. — Ce mot, auquel on n'a fait 
qu'ajouter l'o explétif, a une origine commune avec le 
français commencer, et l'italien eomineiare. Cette origine 
se prend dans le latin Cum. initiare. 

Acouménçamén ou Couménçamén, ». m. Commence- 
ment. Le premier se dit plus particulièrement du com- 
mencement d'un livre, d'une histoire. 

Acouménçanço , ». /". Commencement d'une histoire, 
d'un conte, d'ujie leçon, d'un livre. 

Aconmouda, v. Accommoder, arranger, apprêter. 

Acoomouda (s'). S'accomiinxier, se contenter de. — 
Que t'acoumode , qu'il s'arrange. 

Acoomoula, v. Kcmplir par dessus les bords, faii« 
grasse mesure; accumuler, combler. 

Dér. de Coumoul. 

Acoumpagna, «. Accompagner, aller de compagnie. — 
Lou bon Viou vmi$ acoumpagne, et té plôou que vous bagne. 
Dieu vous accompagne, et s'il pleut soyez trempé. 

Étyni. du lat. Cornes, compagnon. 

Acouqnina (s"), v. S'acoquiner, prendre des habitudes 
de fainéantise et de débauche; s'accoutumer en un lieu, en 
certaine compagnie. Il est toujours pris en mauvaise part. 

Dér. de Cougui. 

Acourcha, v. Raccourcir, rapetisser. 

Acourcha (s'), v. Prendre le chemin le plus court. 

Dér. de Courcho. 

Acourcoussouni (s'), v. Se ratatiner, se recroqueviller 
de vieillesse ou de rachitisme. 

Dér. de Courconstoit, charançon. Cet animal est plié en 
courbe dans l'alvéole on il se blottit ; de là la comparaison 
du vieillard qui a à peu près la même posture. 

Acourda, v. Réconcilier, accorder ensemble. 

Dér. i'Aeordi. 

Aconssa (s'), c. Se diriger vers, au pas de course; s'em- 
presser de courir ; poursuivre. 

Dér. de Cousso. 

Acousséîa, v. Conseiller, donner an conseil. — Voi/. 
Coussêia . 

Dér. de Contsél. 

Acousta, t). Accoster, aborder. 

Trad. du français. 



a*. 



ADE 



ADR 



Acoustuma, v. Accoutumer, habituer. 

TraJ. du français. 

Acoustumado (à 1'), adv. Selon la coutume, l'habitude; 
à l'accoulumée. 

Acouta, t>. Caler, mettre une .cale sous le pied d'un banc, 
d'une table pour remi)êcher de brandiller, sous une roue 
de voiture pour l'einpi^cber de rouler seule ; ôtayer, mettre 
un étai. Au fig. arrêter. 

Dér. û'Acoto. 

Acouti, ido, adj. Tassé, épais, compacte. — Se dit très- 
bien du pain trop peu manipulé ou trop levé, qui est 
massif et compacte. 

Acoutra, v. Accoutrer, parer, habiller d'une manière 
ridicule et surchargée d'ornements. — Ce mot, contempo- 
rain du français Accoutrer, a une même origine latine : 
«d, augment., et cuUuram, culture, soin du corps, parure. 
Ce serait donc un superlatif de toilette ; ce qui la rend 
ridicule et grotesque. 

Acoutra (s'), v. S'enivrer, se griser. Cette dernière 
acception n'est que l'extension de la première signification 
active ; ne dit-on pas, en fr. familier : se pomponner, pour 
se griser? 

Acoutramén , s. m. Accoutrement, costume bizarre. 

Acro, s. m. Accroc, déchirure occasionnée par un corps 
crochu. 

Dér. de Cro. 

Acrocbi, s. m. Embarras, difTiculté, pierre d'achoppement. 

Dér. de Cro. 

Acrouchouni, ido, adj. Courbé, ratatiné de vieillesse. 

Acrouchouni (s'), v. S'accroupir, se blottir dans un 
coin ; se mettre en peloton ; se ratatiner, se ramasser tout 
le corps. — Voy. s'Amouchouna. 

Dér. de Crouclutù, quignon de pain, auquel un vieillard, 
ainsi fait , ressemble par sa masse informe , par sa couleur 
bise et la rugosité de sa peau. 

Acrouqua, v. Accrocher, suspendre à un croc. 

Dér. de Cro. 

Acrousti , ido , adj. Se dit du pain qui a beaucoup de 
croûte , et des plaies et pustules , où il se forme des 
croules, des gales, des escares. 

Dér. de Crousto. 

Acnl, *. m. Accueil. — Mot tout français, que notre 
languedocien s'est approprié et qu'il emploie très-bien. 

Acosa, V. Accuser. — Contemporain du français, et 
dér. comme lui du lat. Aceutare. 

Ade, n. p. Agde, ville (Hérault) : X^otOii, Agaiha. 

Adéli, ido, adj. Déjoint, baillant comme un tonneau 
dont les douves sont déjointes par la sécheresse. Au fig. 
sec, amaigri, exténué. 

Étym. du lat. Deligare. 

Adéré, adv. De suite, pied à pied; un à un; sans rien 
laisser en arrière. — On disait en vieux français dans le 
même sens : à la rangetle. 

Dér. de l'esp. Arreo, même signification. 



Adijà, adv. Déjà. 

Dér. de la bas. latin. Dejam. 

Adîou ! Adioussias ! interj. Adieu. — Le premier ne 
s'adresse qu'("ntrc égaux , ou de sui)érieur à inférieur. Le 
second, plus respectueux, s'adresse aux suj)érieurs, ou aux 
égaux, à(}ui l'on veut nioiitror des égards. C'est une phrase 
faite : A Diou-siasl soyez à Dieu! Le mot Adiou est la 
syncope de la môme phrase, et par cela même il est plus 
cavalier. 11 n'en est pas de ces deux mots comme du fran- 
çais Adieu, que l'on n'emploie qu'en prenant congé d'une 
personne, jamais en l'abordant. En languedocien, on s'en 
sert avant, pendant et après la rencontre, indistinctement. 

Adouar , n. p. Edouard. — Depuis qu'on a raffiné sur 
le choix des noms propres, et que le peuple a abandonné 
les prénoms de Jean, Jacques, Pierre, etc., il a bien fallu 
que son idiome adoptât les noms nouveaux-venus et qu'il 
les appropriât à son génie. Depuis lors, Adouar et son 
diminutif Douaré sont devenus familiers et très -usuels 
dans la langue. 

Adouba, v. Accommoder, apprêter, assaisonner; tanner; 
raccommoder, radouber; émonder; bistourner; renouer un 
membre ; relier des tonneaux ; rosser, écliiner. — Adouba 
la soupo, assaisonner le pot au feu. Adouba dé souïés, 
raccommoder des souliers. Adouba dé boutos, relier des 
tonneaux. Adouba dé pèls, apprêter, tanner des cuirs. L'an 
pas mâou adouba, on l'a bien ajusté. Té vôou adouba, je 
vais te battre, te rosser. 

Toutes ces acceptions procèdent du même primitif, et 
représentent directement ou par extension la môme pensée. 
Le verbe est dérivé de Adoù, terme ancien, hors d'usage, 
qui signifiait : lessive de tanneur, qui a formé Adobare, de 
la bas. latin., pour ajuster, armer, préparer, dont la racine 
Adob serait celtique. Adouber est du vieux français, qui 
s'est conservé comme technique au jeu des échecs et du 
tric-trac, quand il s'agit d'une pièce ou d'une dame dérangée 
à remettre en place; mais radouber, radoubeur, sont restés. 
L'ancien Dauber ou Dober appartient aussi à la môme ori- 
gine et rentre dans le môme sens. 

Adoubaïre, s. m. Tanneur; mégissicr; tonnelier; save- 
tier; renoueur; chàtreur. 

Adoubaje, s. m. Raccommodage; apprêt; manière d'ap- 
prêter ; réduction d'un membre luxé. 

Adoubun, s. m. Assaisonnement, qu'il soit huile, beurre, 
lard ou saindoux. 

Adoun, adv. Alors, pour lors; en ce temps-là. 

Dér. du lat. ad tune. 

Adoura, v. Adorer. 

Trad. du français. 

Adraïa, v. Fouler, battre un chemin, le rendre viable. 

Adraïa (s'), v. Se mettre en route, s'acheminer. Au fig. 
se mettre en train, se dégourdir les jambes. 

Dér. de Draïo. 

Adraqua (s'), v. Sécher à demi ; se ressuyer. — On po pat 
séména que noun la tèro siègue adraquado, on ne peut pas 



AFA 



AFA 



» 



semer avant que la terre soit ressuyée de la pluie. Linge adra- 
qua, linge essoré; [roumaje adrai/ua, fromage à moitié sec. 

Adré, écho, adj. Adroit, habile. 

Di't. iIu lat. Dexter ou ad rectum. 

Adré, 5. m. ExiKisition sud d'une montagne, opposée 
à Vavèa, exposition nord. 

Même dérivé que le précédent, ad rectum, c'est-à-dire 
vers le Iwin c6té. Avês est dér. de Adversus. contre, con- 
traire, op|)osé. 

Adréchamén, adv. Adroitement, avec dextérité, avec 
adresse. 

Même dér. 

Adressa, v. Adresser, envoyer i quelqu'un. — S'adressa 
à ijudouquus, s'adresser à quelqu'un, lui demander des 
renseignements. 

Dér. de la bass. lat. Addirectiare, envoyer directement 
à quelcju'un, dont l'csp. a fait Enderezar, et l'ital. Addi- 
rizzare. 

Adresse, s. f. Adresse, habileté. 

Dér. de Adré. 

Adrèsso, s. f. Adresse, suscription d'une lettre-missive. 

Dér. do Adressa. 

Adrissa, v. Dresser, placer debout; rendre droit; faire 
tenir droit; relever. 

Adrissa (s'), v. Se cabrer; se redresser. — Adrissa-^mut, 
levez-vous. Se tiras tro la brido, «a» s'adriua, si vous 
tirez trop la bride, il va se cabrer. 
1- Dér. de a explétif, et Dré, droit. 

Adu, ucho, part. pass. de Adure. 

Adure, v. Amener, conduire, apporter. 

Dér. du lat. Adducere. 

Adusa ou Adésa, v. Atteindre à une chose élevée, 
hors de la portée ordinaire. — ty pode pas adusa, je ne 
puis y atteindre. Y adnsara pas, il n'y parviendra pas. 
C'est la position du renard do la fable, sous les raisins. 

Dér du lat. Adiré, Adeo. 

Afacha, v. Dépouiller les chStaignes rôties de leur coque 
à demi brûlée, les éplucher. — Celte opération se fait d'ordi- 
naire en les agitant dans un paillon ou panneton, appelé en 
languedocien Païussoù , où on les recouvre d'un torchon. 

Afachado, s. f. Châtaigne rôtie au moyen d'une poêle 
percilh'*. 

Sauvages, qui est parfois admirable dans ses étymologies, 
s'amuse sans doute dans celle qu'il donne à ce mot. Il le 
fait dériver de l'ital. A/faciato, effronté, sans pudeur, 
c D'autant, dit-il, que les chMaignes qu'on fait rôtir ou 
griller, [lètent dans les meilleures compagnies. » 

Cette plaisanterie accuse du reste la difficulté d'extraire 
cette racine. Dans ses notes, La Fare-AIais pensait que ce 
mot tenait probablement à quelque circonstance, à quelque 
anecdote locale, qui n'étaient pas venues jusqu'à nous , et 
qui sont spéciales aux Cévenncs d'Alais; car, dans le reste 
desCévennes, on dit Brasucado , dér. de Brato, et c'est 
plus naturel. 



Sauf le resj)ect du à nos maîtres, la racine ne se trouve- 
rait-elle pas simplement dans Affait, Affach, pris du roman 
Afaiter, préjwrer, séprer, raccommoder, dér. du lat. Affte- 
tare: d'où l'esp. Afeyiar, orner, [«rer, ce qui a donné 
Affaitamen, Affackador, A/fachamén, et dans notre vieux 
langage Afachomén , une tuerie ; et dans le dialecte gascon 
Affaych, préparation; dans le bas-limousin Affachadoù, 
atelier où l'on foule les chapeaux , et Affachadïs . criblures 
que l'on enlève en vannant le blé? Certaines ressemblance» 
sont souvent de grandes présomptions de parenté. 

Afaïra, ado, adj. Qui a beaucoup d'affaires; quiest enaflai- 
re;su^toutcelui qui a de mauvaist^saffaires, qui a des dettes. 

Afaïre, ». m. Péj. Afaïras, dim. Afaïroù. Affaires; 
particulièrement procès. — Aquéles afairasses m'émpachou 
dé dourmi, ces diables de procès m'ôtent le sommeil. 
Aquà's un doutre afaïre, je ne l'entends pas ainsi. Vn 
home d'afaïres, intendant, homme d'affaires; un avocat, 
un avoué. Aqud's pa'n afaïre, ce n'est qu'une bagatelle. 
Din l'afaïre d'un an , dans un an , dans l'espace d'un an. 
Aïei d'afaïres, voici bien des difficultés. 

Afaïroù, s. m. dim. Un petit outil, un petit ingrédient; 
un objet dont on ne trouve pas de suite le nom propre. 

Même origine que le mot français. 

Aiama, v. Affamer, causer la faim. — En termes 
d'agriculture on dit s'afama, en parlant des racines des 
arbres arrachés depuis longtemps, exposées à l'air, et qui 
ont de la peine à reprendre, quand elles sont mises en 
terre. C'est ce qui arrive souvent aux mûriers de pépinière 
qu'on transporte d'un marché à l'autre et qui restent sans 
vendre pendant longtemps. Le meilleur moyen de connaître 
si ces arbres sont trop anciennement arrachés, c'est de 
trancher un Iwut do racine. S'il sort par l'incision une 
sève glutineuse de couleur de lait, on est assuré que les 
arbres pousseront. Du reste le mûrier est une plante très- 
vivacc, et il est rare qu'il ne pousse pas même après on 
long éventement de ses racines. Le châtaignier et les frui- 
tiers sont bien plus délicats. 

Dér. du lat. Famés. 

Afara, ado, adj. Effaré, qui a la figure farouche et 
décomiwséc par la surprise, la peur ou la colère. 

Dér. du lat. Fera. 

Atasqua, v. Dégoûter, rassasier jusqu'au dégoût, ce 
qui est le propre des mets trop gras. 

Dér. sans doute du lat. Fastidium. 

Afasquoùs , ouso , ai/y. Rassasiant jusqu'au dégoût. 

Du lat. Fastidire, Fastidiosus. 

Afatiga, v. Lasser, fatiguer; empressé; emlwrrassé. — Es 
afatiga coumo un pàoure home qui coula sa trémpo, empêtré 
comme un homme pauvre qui coule sa piquette : il y v* 
de cul et de tête, comme une corneille qui abat des noix. 

Dér. de Fatigo. 

Afatoonl, ido, adj. Mou, lâche, usé, avachi, comme le 
linge qui a perdu son apprêt par l'usage. 

Dér. de Fato. 



515 



AFO 



Afatrassi , ido , adj. Péjoratif du mot précédent : c'est 
nn degré de plus. Il est dérivé de Tatras, pi'jor. lui-môme 
de Fato. Mais Afatrassi se dit, en outre, des personnes qui 
ont perdu leurs forces, et particulièrement des jambes qui 
flageolent do faiblesse maladive. 

Afécîou, s. f. Zèle, ardeur, application ; vif intérêt qu'on 
apport* à un ouvrage. — Y ana d'aféciou, travailler de 
tout cœur. — Il n'a rien de commun avec Vaffeciion en 
franfais. 

Dér. du lat. Àfflcere, exciter, émouvoir. 
Afénadoù, s. m. n. pr. Petite hôtellerie de route 
où l'on ne fournit que du foin. — Ce mot a vieilli et 
n'est connu que par le nom d'une maison, ou d'un quartier 
par extension, sur la route de Nimes à Moulins, près de 
Portes. 
Dér. de Fé, foin. 

Afénadoù, ». m. Trappe par laquelle on jette le foin du 
grenier dans l'écurie. 

Afénaïra, v. Faner le foin, le tourner, l'apprêter au 
soleil , le mettre en meule ; faire tout le travail qu'exige 
cette récolte quand elle est fauchée. 

Dér. de Fé, foin, et Ènaïra. donner de l'air. 

Afénaïraïre, aïro, adj. Faneur, faneuse. 

Afénaje, s. m. Nourriture en fourrage donnée au bétail, 
soit dans une écurie , soit dans un herbage , sans peser le 
foin; sorte de pension. — Métré soun chival à V afénaje, 
mettre son cheval en pension, fourrage à discrétion. 

Afénassa, v. Ensemencer un champ en pré, y semer de 
la fénasse, de la graine de foin; vendre du foin en botte. 

Dér. de Fé, foin. 

Aféta(s'), i'. S'affecter, prendre un air affecté. 

Trad. du français. 

Afiança, i'. Se promettre en mariage, passer des pactes 
de mariage. — Ce verbe est actif en languedocien. — 
Afiancè uno tèlo, il s'engagea avec une telle. 

Dér. du lat. Fidentia, confiance, foi. 

Aficha, V. Afficher. 

Trad. du français. Dér. de Àfflgere, attacher à. 

Aiicho, s. f. Affiche, placard. 

Trad. du français. 

Afincha (s'), w. S'appliquer à... avec zèle ; mettre toute 
son attention, toute son intelligence à quelque chose; y 
appliquer sa finesse et sa vue. 

Dér. de FI, adj., fin, rusé, attentif. 

Afina, v. Ruser, cajoler dans l'intention de duper; affi- 
ner, polir, rendre plus fin un objet, faire la pointe. 

Dér. de F), adj. 

Aflaqui (s'), v. S'affaiblir, se relâcher, s'amollir; devenir 
faible, mou, flasque. 

Dér. de Fia. 

Afoola (s'), V. S'affoler, s'engouer, se passionner. 

Dér. de Fol. 

Afonrti , v. Assurer, affirmer opiniâtrement. 

Dér. de For. 



AGA 

Afourtuna, ado, adj. Qui a de la fortune; bien partagé 
des biens de la fortune; favorisé du sort. 

Dér. du lat. Fortuna. 

Afourtuna, v. Ce verbe n'est employé que dans cette 
phrase intcrj. Diou m'afourtune.' Diou vous afourtune! 
Que Dieu m'assiste! Que Dieu vous soit en aide! Cette 
expression n'est communément qu'explétive , sans que la 
circonstance soit assez importante pour nécessiter une pieuse 
éjaculation. On le dit lorsqu'un enfant pleure ou qu'il fait 
du tapage , qu'une chose dérange ou importune ; lorsqu'on 
veut souhaiter bon voyage à un ami ou même à un indif- 
férent. 

Dér. du lat. Fortuna. 

Afraïra (s'), v. S'associer; proprement se faire des dona- 
tions réciproques entre mari et femme, entre parents ou 
amis. 

Dér. de Fràire. 

Afréjouli (s'), ti. Se refroidir, tourner au froid. — Lou 
tén s'és bien afréjouli, le temps est devenu bien froid. Souï 
tout afréjouli, je suis tout transi de froid. Lous viéls soun 
afréjoulis, les vieillards sont frileux. 

Dér. de Fré. 

Afrésqua, ado, adj. Empressé, alléché, la gueule enfa- 
rinée. — Il a son origine dans le mot frés, frais. T. c. m. 

Afrésqua (s'), v. S'apprêter vivement; se hâter. 

Afri, ido ou iquo, adj. Avide, empressé, affriandé ; ardent, 
âpre à la curée. — Es afrl dou traval, il est affectionné à 
l'ouvrage. 

Dér. du lat. Apricus, ardent. 

Afriquèn, èno, adj. Africain, d'Afrique. 

Afrique, s. f. Afrique, partie du monde. — Depuis la 
conquête d'Alger, l'Afrique est devenue populaire et réveille 
d'autres intérêts que ceux de sa géographie. 

Dér. du lat. Apricus, chaud, ardent ; ou selon Roquefort, 
de l'arabe Aphrah, séparer. 

Afronn, ». m. Injure, outrage, affront. 

Dér. de l'ital. A/fronto, ou du lat. ad frontem. L'affront 
est une injure en préâfcnce de celui qui la subit : ad fron- 
tem ejus. 

Afrounta, v. Affronter, rencontrer de front; mais sur- 
tout injurier, donner un démenti. 

Afrountur, s. m. Affronteur, insolent, trompeur. 

Afroùs, ouso, adj. Affreux, horrible, épouvantable. 

Dér. du grec ippi;, frayeur. 

Agaboun, s. m. — Voy. Agôou. 

Agacha, v. Regarder devant soi ; regarder avec attention, 
considérer, admirer. — Agachas! Voyez donc! V. Achas. 

Dér. du grec àyéS^w, admirer, regarder avec surprise, 
être frappé d'étonnement. 

Agaci, s. m. Cor, durillon, calus; excroissance dure et 
douloureuse qui vient aux pieds. 

Agafa , v. Prendre à la volée; saisir avec la main ou 
avec un chapeau, un tablier, ce que l'on jette de loin; 
attrapper. 



AGI 



AGN 



3T 



Étym. du vieux mot lang. Gaff. qui signifie Croc, dont 
le fr. a tiré et conservé gaffe, gaffer. 

Agalanciè, *. m. Eglantier, rosier sauvage; Rota rubi- 
ginosa, I.iiin. — Sa fleur se nomme Eglantine. Son fruit, 
qu'on app»>lle gratte-cul, sert à faire les conserves de cynor- 
rliodon, dont il se fait un commerce d'exportation consi- 
dérable dans la petite ville de Meyrueis (Lozère). 

Nodier dit que le savant Périon fait venir ce mot du 
grec ifî-avToî, arbre ou fleur épineuse. 

Agalavardl, v. Afl'riander, accoutumer à la friandise. — 
Au particiix; passé, Agalavardl, se dit surtout du bétail 
mal gardé et qui a trop accoutumé d'aller brouter dans 
les blés ou les vignes. 

Dér. de Galavar. 

Agalls (en), adv. En biais, en biseau, en talus, en diagonale. 

Dér. (le aval, par le cbangement du v en g, qui est fréquent . 

Agalousses, s. m. plur. — Voy. Agdoutset. 

Aganl, ido, adj. Retrait, mal-venu, mal nourri, par 
vice d'origine. Au Og., chétif, exténué, rachitique. 

Dér. de l'ital. ingannare, tromper, frustrer. Son étym. 
remonterait-elle au sanscrit aghan, exténué? 

Aganlo, s. f. Moix de galle. Elle est fournie par le chêne 
des teinturiers. 

Étym. du lat. G alla. 

Aganta, i'. Prendre, saisir, empoigner. — On dit égale- 
ment : té vôou aganta, je vais l'agripper; té t'agant», si je 
te prends, et aganlo aqud, attrape ceci ; aganlé un tapas, 
il reçut un soufllet ; ce qui est prendre. 

Dér. do Gan, de l'allem. tcand, ou du lat. vagina, gaine. 

Agàousses, s. m. plur. ou Agalousses. Ouonix ou 
arrètc-bœuf épineux; Ononit tpinota, Linn., plan te ligneuse 
èf^ famille des Légumineuses, commune dans les blés. 

L'étym. du mot, selon les uns, se trouve dans le celt. 
aga, bois ; selon d'autres, dans l'arabe, et aussi, par cor- 
ruption, dans le lat. aculeata, aculeota. 

Agaracha, t>. Donner une œuvre aux champs laissés en 
jachère ; laisser reposer une terre. 

Dér. de Gara, guôret. 

Agas, s. m. Erable, arbre; Acer, Linn. 

Ce mot parait d'origine ligurienne. 

Agasso, ». f. Pie; en v. it.agatte; Corvut pica, Linn., 
oiseau de l'ordre des Passereaux, commun dans nos 
climats et connu par son caquet. — Au fig., se dit d'une 
personne au babil étourdissant. 

Du bas-br. Agac, dit Sauvages. 

Agassoù, t. m. dim. Le petit de la pie. — Tramblo 
coumo lou quiou d'un agassoù, il tremble comme la feuille. 

Agérbassi (s'), ou Agérbl (s'), «. Se gazonner, devenir 
herbeux, se couvrir de graminées; se taller. 

Dér. de Girbo. 

Aginouïa (s'), v. S'agenouiller , se mettre à genoux. 

Aginouïa, v. Terme de vigneron : couder, coucher un 
sarment dans la fosse pour le provigner. 

Dér. de Ginoul. 



Aglan, >. m. Gland, fruit du chêne. — Voudrifi istrt 
un aglan, qu'un /«orm^ man^^iM, je voudrais Mrc un gland 
et être mangé par un porc : c'est une expression d'an- 
goisse quand on se trouve dans une situation malheureow 
et sans issue; mais le plus souvent le |)euple, qui est tou- 
jours hyperbolique, l'emploie pour une simple contrariété. 

Dér. du lat. Clans, glandis. 

Agiana, v. Ramasser des glands, faire la glandée; don- 
ner, distribuer du gland aux pourceaux. 

Agnano, ». f. n-, pr. de lieu, .\niane, i)etite ville, chef- 
lieu de canton de l'Hérault. — Une célèbre ablaye d'hom- 
mes de l'ordre de Saint-Benoit y fut fondée du temps de 
Charlemagne. Les bâtiments qui restent encore ont été 
transformés en maison de correction. 

Un vieux dicton languedocien dit : Inoucén d' Agnano. 
Quelle est son origine? Le français dit bien dans le même 
sens : Niais de Sologne, qui ne se trompe qu'à son profit. 
Les habitants de la Sologne passent pour avoir d'autant 
plus d'intelligence qu'ils en font paraître moins, et ils 
mettent dans les affaires qu'ils traitent une habileté secrète 
qui les fait toujours tourner à leur avantage. On a dû 
trouver dans nos contrées que, tout en contrefaisant le 
simple, l'habitant d'Aniane était aussi extrêmement adroit 
et alerte sur ce qui regarde ses intérêts ; de la le dicton, 
naturalisé bien avant qu'il y eût des détenus à Aniane, 
qu'on ne jieut pas traiter d'inoucén, même en commettant 
un jeu de motsà la française ; car il s'applique à tout individu 
de l'acabit du niais dont il est question, en sous-cntendant 
la dernière partie de la phrase qui complète le sens. 

Agnèl, ». m. Augm. Agnètas, dim. Agnilé on Agnèhù. 
Agneau, petit agneau. — Les moutons changent de nom 
en changeant d'Age; ils sont d'abord agnél depuis leur 
naissance jus<iu'au retour de l'amountagnajé, à la fin d'août ; 
alors ils deviennent bédigas. L'an d'après, A la même époque, 
ils sont doublén, ensuite tèrnén, et ainsi de suite. — Agnil di 
la, agneau de lait, qui n'a été nourri que de lait. Agnél dé 
can, agneau qui a mangé aux champs. Es un agnél. il est 
doux comme un agneau. Quinte agnélas! Quel grand 
agneau, quel Iwn diable ! Aquà's la sournéto dé l'agnél blan, 
c'est toujours la même répétition. Ce proverbe tient à un 
usage des conteurs de sornettes. Lorsqu'ils sont ennuyés des 
demandes qu'on leur adresse pour en conter une nouvelle, 
ils disent : Vôou vous dire la sournéto dé l'agnél blan. — Ah/ 
voui, diga-la, s'écrie l'assemblée; et le conteur : Se vouUi 
que vous la digue, vous la dirai. — Voui ! voui ! diga-la, 
insiste-t-on de plus telle. Mais le conteur se renferme 
dans son éternel : Se voulis que vous la digue, vous la dirai, 
jusqu'à ce que, fatigué de cette vaine répétition, le cercle 
d'auditeurs passe enfin condamnation. On dit en français, 
pour la même chose : c'est la chanson du ricochet. 

Agnèl, agnèlé , agnéloù sont des termes de cajolerie 
enfantine, de tendresse mignarde. 

Dér. du lat. Agnus, din). Agnellus, qui vient lui-même 
du grec i-pii, pur, chaste. 



28 



AGN 



AGN 



Agnèla, v. Agneler, raellre bas, en parlant des brebis. 

Agnèlado, i. f. Le croit d'un troupeau, sa portée 
d'at;uoau\ dans l'année. 

Agnèlo, ». f- Agneau femelle.— Se dit parliouliùreinent 
d'une brebis qui commence à porter avant d'être à l'état 
de béUiyasso. Cet animal souffre de cette précocité; il 
ne peut se développer, vit dans un état rachitique, si tou- 
tefois il ne meurt pas en mettant bas. Les éducateurs ont 
plusieurs ])roc<:tlés jwur prévenir cette nubilité trop liàlive. 

Agnèlo, s.f. Nielle des blés; Agrostema githagn, Linu., 
plante de li famille des Cary ophy liées. Son grain mêlé au 
blé rend le pain noir et amer. 

Dér. du lat. Migellas, noirâtre. 

Agno, désinence, en fr. Agne. 

Par ordre alpliabétique, Agno est le premier d'une série 
de suffixes, qui se sont formés sur toutes les voyelles en 
igno, égno, igno, ogno, ougno, ugno, qui tous présentent 
des particularités curieuses dans l'bistoire de la formation 
de la langue. Ces finales entrent en composition de noms 
connnuns, substantifs ou adjectifs, et d'un certain nombre 
de noms propres d'Iiommes et de lieux, avec un caractère 
spécial. Elles ont été d'ailleurs soumises à tant d'altéra- 
tions diverses, qu'il n'est pas sans intérêt de faire ici 
connaissance avec elles, en leur consacrant un môme 
article. 

Dans toutes les langues, les noms se forment en quelque 
sorte par des procédés systématiques. L'élément rudimen- 
laire reste à peu près invariable, et c'est au moyen des 
suffixes qu'il se modifie suivant les acceptions auxquelles 
il est destiné à s'appliquer. Chaque pays, par une disposi- 
tion particulière, obéissant aux influences de son orga- 
nisme vocal, adopte de préférence la formule qui convient 
le mieux à ses facultés d'articulation et de vocalisation ; 
et dans ses vocables appellatifs surtout, parce qu'ils sont 
sujets à se répéter plus souvent et doivent être plus fixes, 
il rapproche les lettres et les combinaisons les plus faciles 
pour lui à prononcer. 

Ainsi , étant donné un radical, il est nécessaire de lui 
imprimer une certaine forme stable et commode pour en 
étendre le sens ; il faut ajouter une désinence caractéris- 
tique pour lui faire signifier que l'objet désigné par lui doit 
s'unir à un autre objet ou qu'il n'en est qu'une partie, 
qu'il en dérive, qu'il en provient ou qu'il doit s'incorporer 
à lui, pour préciser sa descendance, le qualifier plus expres- 
sément, et pour déterminer ses dimensions, son étendue, 
ses propriétés. C'est l'adjectif tiré du substantif; le quali- 
ficatif joint au significatif; le diminutif ou l'augmentatif 
venant mixlifler le simple, ce qu'on nomme la dérivation: 
c'est le fonctionnement des sulfixes. 

Cette loi est universelle: partout mêmes proa''dés pres- 
que mécaniques, en ce sens que, les mots représentant les 
idées, l'accessoire suit le principal, la désinence supplétive 
étend la signification du radical. Ce qui fait la variété des 
idiomes à base commune comme le celtique et le latin, 



d'où sont issues nos langues modernes, n'est en définitive 
que la différence de prononciation. Les rapports sont sou- 
vent cachés, inappréciables à l'analyse, mais ils existent. 
Ils se sont dénaturés par des raisons inconnues, mais des 
points de contact vérifiés laissent voir leur rapprtichement. 
Chaque groupe de population a, en cft'et, des tendances de 
langage qui lui sont propres, des habitudes qui le portent 
à rechercher certains sons et à en éviter d'autres ; les dia- 
lectes naissent de ces convenances toutes locales, et de 
cette manière se lie et se décompose l'ensemble général, 
sans perdre ses affinités, mais en les laissant s'oblitérer et 
en les écartant plus ou moins de la source comnnuie. C'est 
pourquoi, dans ces recherches qui remontent quelquefois à 
des origines lointaines, il y a à tenir compte de l'état des 
idiomes voisins et de la philologie comparée. C'est faire 
une tentative dans cette voie que d'essayer, sur les mots 
de notre langue, de surprendre le secret de leur formation 
originelle ; de savoir par quel instinct naturel ou quel tra- 
vail prémédité, la pensée et son expression s'est plue à 
revêtir certaines formes plutôt que d'autres , et de démêler 
sous l'empire de quelles propensions et de quelles antipa- 
thies particulières quelques-unes de ces expressions sont 
arrivées jusqu'à nous, etontété adoptées. Pour cela, l'étude 
des désinences est d'une importance considérable; car ce 
sont ces syllabes, insignifiantes en apparence, qui donnent 
à une langue son type individuel, son cachet et son carac- 
tère. Du petit au grand, le dialecte a sa valeur; si modeste 
que soit sa part, il a droit de se présenter au concours. 

De la langue la plus anciennement parlée dans les 
Gaules, le celtique, nous n'avons que des notions impar- 
faites, réduites à quelques centaines d'expressions éparses 
dans les écrivains latins ou grecs, et à quelques lambeaux 
d'inscriptions lapidaires; il n'a été recueilli aucun monu- 
ment écrit d'une sérieuse portée. Kien n'est resté dans l'air 
de son accentuation. Cependant, avec les mots qui nous 
ont été conservés, avec les appellations géographiques et 
les noms d'hommes, que la stabilité naturelle de leur signi- 
fication et de leur structure a protégés davantage, si l'on 
n'est point parvenu à composer un vocabulaire complet, il 
a été possible de discerner sûrement ce qui appartient dans 
nos langues modernes à l'idiome primitif, et de lui attribuer 
toiles formes, telles locutions, telles racines qui, ne se 
retrouvant pas ailleurs, n'ont pu lui servir de modèle et 
remontent nécessairement à cette source. Cet élément pri- 
mordial mérite d'être relevé avec prudence, sans doute, 
mais avec un soin minutieux. 

Les colonies grecques, établies sur le littoral méditerra- 
néen, eurent des rapports de commerce et d'échange avec 
les populations voisines ; mais bien que florissantes et d'une 
civilisation plus avanciie, elles ne se mêlèrent jamais avec 
le corps gaulois au point d'exercer une influence, qui n'eut 
pas le temps d'ailleurs d'être bien profonde. Les mots grecs 
que nous avons retenus nous ont été apportés presque tous 
par l'intertnédiaire des Romains. 



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Le latin doit être considéré comme le vrai générateur de 
nos idiomes. Il avait pénétni dans la Gaule et dans la Nar- 
bonaiso, avant l'arrivée de César. Après la conquête, il s'y 
naturalisa avec une absorbante énergie, et tout œncourut 
à favoriser sa prétloiiiinana; et i» en prolonger la durée : 
les lois, l'administration, la civilisation, la religion, même 
l'esprit national. Le cliristianisme vint encore seconder son 
inflttena'. Les invasions germaniques des Francs et des 
Visigoths, loin do comprimer cet essor, accrurent sa popu- 
larité : les barbares l'adoptèrent, et leur conversion à la 
religion cbrétienne, leur orthodoxie ne contribua pas peu 
à le maintenir, bien (ju'ils eussent versé un élément nou- 
veau dans le langage |)ar leur prononciation. Mais il faut 
dire que ces altérations furent plus sensibles au nord qu'au 
midi de la France ; et nous n'en avons que plus tard res- 
senti les effets par le français d'Outre-Loire. 

Mais la langue im{X)rtée jwr les vainqueurs de la Gaule 
et par les colons à la suite n'était pas le latin classique et 
cicéronien : c'était le langage déformé de Rome, familier 
aux soldats et au bas peuple, hérissé de barbarismes. La 
latinité gauloise se forma d'abord sur ce modèle; et encore 
la nouvelle langue, pour se répandre dans le pays con- 
quis mais toujours indompté, dut-elle se soumettre à une 
foule d'altérations néologi(]ue$ , se plier à des exigences 
dont la masse de la nation puisait le principe dans son 
indépendance. Qir, tout en acceptant un langage qu'ils 
n'avaient pas appris dans leur enfance, les indigènes ne 
renoncèrent pas à leurs habitudes de prononciation, et 
firent violence au latin pour l'approprier aux formes natu- 
rellesde leur pensée. 

Ces témoignages les plus certains attestent que le vieux 
gaulois, en pleine possession de son territoire au VU" et 
au VIII" siècle, se maintint longtemps encore; môme au 
Xni« siècle, son extinction n'était pas complète. Mais déjà 
tous ces ferments de celte , de latin , de tudescjue avaient 
commencé à se fusionner. Puis, qu.ind ce pêle-mêle se 
réorganisa sous le souille d'mi esprit différent, après de 
longues élaborations , une langue véritable était créée. 

Elle fut d'abord qualifiée de ruttique, comme si elle 
n'eût été qu'une dégénérescence d'idiomes corrompus; 
mais une dénomination plus juste, qui est un souvenir, ne 
tanla pas à prévaloir : elle est appelée Romqn ; et c'est le 
roman qui a donné naissance à la langue d'Oïl et à la 
langue d'Oc, ces deux fdies si glorieusement régénérées. 
— Fby. Léngadà, Patouès, Rouman. 

L'œuvre de recomposition fut lente : elle suivit les phases 
de la grandeur romaine, qui mit du temps à mourir. Dans 
le priiiciiw, elle était inconsciente, irréfléchie, ignorant sa 
voie, mais entrevoyant un but; elle s'inspirait et se gui- 
dait par mi vague souvenir, qui n'avait jamais piVi et qui 
ramenait peu à peu le peuple, lui qui fait la langue, vers 
des inflexions qui lui avaient été familières. En acceptant 
le latin, il l'avait soumis, par une sorte d'instinct méca- 
niqi'c, aux aptitudes les plus conformes à son organisme 



vocal ; en le transformant, il ne cherchait qu'à porter dans 
la prononciation les prédilections ou les anti|ia(hie8 qui 
étaient dans sa nature. 

Un resi)ect traditionnel entourait les racines, ((ui sont 
l'âme des mots : les modifications s'accomplirent donc plus 
volontiers sur les désinences. Elles s'adressèrent surtout à 
celles qui avaient le cachet romain, d'almrd parc; qu'elles 
étaient moins dans les prédisjnsilions organiques de la 
voix, puis (urce que ces finales, sans signification par elles- 
mêmes, n'affectaient qu'accessoirement la substance du 
mot, que le changement ne voulait pas atteindre. Le génie 
national reprenait les coneessions arrachées par les vain- 
queurs : c'était l'affranchissement qui s'annonçait. Co 
retour à l'ancien esprit gaulois offrirait des coïncidences 
qui vont plus loin que les formes du langage. 

Mais les signes de cette réaction se manifestent clairement. 
Le premier besoin est la rapidité de la parole répondant à 
la promptitude de la conception : et la contraction des mots, 
la simplification des modes et des cas marquent des écarts 
d'indéjiendancc qui protestent contre l'ampleur et la régu- 
larité latines. L'accentuation se reprend à des cadences et i 
des agencements de syllabes qu'une bouche et une oreille 
romaines n'avaient pas inventés : et il s'ensuivit la nécessité 
de combiner autrement la forme d'une foule de mots. On 
le voit : si les fondements latins restaient encore solides, 
un édifice plus jeune s'élevait sur eux. 

Les éléments de cette révolution du langage se trouvent 
dans le changement de formes, dans les modifications des 
désinences, qui obligent l'appareil phonétique à prendre 
d'autres flexions plus en harmonie avec ses tendances et 
ses habitudes natives. C'est ce qu'il faut constater par des 
applications et des exemples. Qu'on en juge à l'œuvre. 

Chez nos ancêtres gaulois la forme du sullîxe était AC = 
EC; nous l'avons déjà signalé. — Voy. A, tuff. Son accen- 
tuation, forte sans doute, à cause de la lettre ûnale, devait 
cependant être adoucie ou assourdie jwr un son guttural, 
ressemblant à celui du X grec, qui lui servait d'expres- 
sion dans l'écriture: et ce qui le prouve, ce sont les 
variantes dialectales, conservées dans la néo-celtiqnc en 
ach-^ iac = aue = oeh =eeh; nuances ménagées pour 
estomper des tons trop durs. Les permutations opérf-es plus 
tard en S doux, en J ou G doux, comme é({uisonnants, 
seraient aussi un indice de quelque valeur. 

Ces désinences étaient employées à ailjectiver les mots, 
à former des termes ethniques, patronymiques, géogra- 
phiques, à marquer la possession, la filiation, l'apparte- 
nance, la collectivité. En voici quelques exemples : Bron, 
tristesse, bronach, triste; bod, touffe, boilec, touffu; karad, 
amitié, karadee, aimable; «ut/, œil, tuilech, qui ades yeux; 
«(an,' salut, steinech , salutaire; plum ou plwm, plume, 
p/umauc ou p/umaujc,emplumé,dial.corniqueoucambrique. 
En gaélique : Albanach. Écossais; Erionnach, Irlandais; 
Sacsanach, Anglais; en bas-breton : derv, tann, chêne, 
derv^, lannec, lien planté de chênes, abondant en chênes; 



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ounn, frêne, ounnek , frênaie, etc., etc. — Voy. Zeuss, 
Gram. celt.; Le Goilidec, DM. brel. 

Mais, arrive la domination étrangère, et les mots cel- 
tiques n'entrent plus dans le langage usuel qu'à la condi- 
tion de revêtir la forme romaine. Le latin avait sa termi- 
naison caractéristique générale en tts, a, «m; partout où 
un ternie gaulois se rapprochait d'un des siens par le sens 
ou la consotmance, dans les noms propres qu'il ne tenait 
point par politique à défigurer, dans les dénominations 
locales qu'il importail de ne pas débaptiser, il s'appropriait 
le mot et se contentait d'adjoindre sa formule propre à la 
désinence vaincue. Maisàpartsa finale en acus, aca, acum, 
la plus proche, qui a été la plus durable et qui donne en- 
core à bien des noms propres, dans la moyenne latinité, 
une physionomie gauloise , il avait aussi ses suffixes en 
anus, a, «m ; aneus, a, um ; anius, assius, enus, inus, 
mus ; de la même catégorie, et exerçant de pareilles fonc- 
tions adjectives, jwssessives ou collectives. Les Gallo- 
Romains adoptèrent ces désinences dictées par le vain- 
queur, et ils les vulgarisèrent en les étendant en anicus. 
enicus, inicus, onicus, a, um, employées généralement au 
plur. fém. : anicœ, enieœ, inicœ, onicœ. Suivons la gradation 
sur les noms d'hommes et de lieux. On trouve dans César : 
Divitiacus, Dumnacus, Valetiacus, ■ Aa.ns TàCile : Galgacus, 
Caractacus; Sidoine- Apollinaire cite AvUacum, prcedium 
Avili, Prutianut; Grégoire de Tours, Brennacum; l'Itiné- 
raire d'Antonin, Juliacum, Tiberiacum, Solimariacum ; les 
chartes, Flaviacum, Aureliacum, Pompeiacum, Pauliacum; 
et en même temps , à cette dernière période, on rencontre 
Martiniacum et Martinhanicœ , Colonia et Colonicœ , 
Condacum et Condusonicœ, Salvanum et Salvanicae, Alsonum 
et Alsonicœ. Veranum et Verananicœ, et ainsi d'une foule 
d'autres. De sorte que la progression pourrait être celle-ci : 
Brenn, primitif celtique, donne directement Brenn m; puis 
Brennac, Brennacus, œlto-latin, fils ou descendant du 
Brenn ; et dans les noms communs, devenus noms de lieu, 
collectifs, cass, cass-ac, cass-ec, forme celtique; cassacus, 
tassanut, casnus, forme latine ; Cassanicœ, forme gallo- 
romaine, etc., etc. Les transformations se firent sur ce 
modèle; inutile d'en détailler l'interminable nomenclature. 

Tel était le produit du mélange du gaulois et du latin, 
parlés simultanément, à côté l'un de l'autre sur le même 
sol. Les désinences ac = ec affaiblies en ach, aue, ech, 
furent donc soumises à la prononciation romaine, qui don- 
nait toujours le son dur au C, semblable au K rude, 
même sur les voyelles douces e, i, et qui articulait forte- 
ment le N, dont il ignorait le son mouillé. Les Gailo- 
Romains avaient surenchéri en redoublant les deux sons 
de CCS consonnes dans anicœ, enicœ, inicœ, onicœ. 

C'est contre la dureté et la sécheresse de ces intonations 
•que devait protester la langue romane en France, comme 
le firent tous les idiomes dans les pays où les Celtes avaient 
séjourné, une fois que la puissance romaine eut cessé de 
peser sur le langage. 



Aussi, ac = ec, la forme première, représentée par 
acus, ecus, icus, ocus, um, perd-elle d'abord sa finale 
latine ; puis le c s'amoindrit et coule; il permute avec le 
ch ou le j et g doux ; il disparaît même entièrement de nos 
appellatifs, où il ne se fait jamais sentir. A part quelques 
exceptions, qui localisent une dénomination, il se trans- 
forme de vingt manières différentes, selon les influences 
auxquelles il obéit. Tandis que la géographie ancienne 
garde ses acum ou anum immuables, à tous les points de 
l'horizon, les terminaisons nominales se sont changées en 
a, as, at, é, ei, ie, ier, ière, ies, y, eux, ieux, etc. II faut 
encore comparer, pour ces métamorphoses du ac =ec, 
dans la signification adjeotivée, nominative, collective ou 
diminutive, les variantes qui paraissent autant formées sur 
le suffixe celtique que sur le correspondant latin ou sa 
latinisation, comme édo, iè, ièïro, et leurs dérivations ou 
leurs analogies sur les différentes voyelles, et les affinités 
et les permutations de lettres. — Voy. lettres C, G, et Èdo, 
Iè, etc. 

Dans les finales anus, anum; enus, inus, onus; aneus, 
enius, inius, onius, au masc. et au neutre, d'importation 
latine plus marquée peut-^tre ou du moins plus éloi- 
gnée des suffixes celtiques, le roman, pour les traduire, 
supprime également la caractéristique latine; il garde an, 
en, in, on, avec ou sans i antécédent, et souvent même il 
efface le n dans les noms communs, au moins de notre dia- 
lecte, comme bo, cousi, matï, etc.; et dans ceux où la consonne 
persiste, elle prend, dans le Midi surtout, une expression si 
fortement nasalisée qu'elle devient un caractère typique de 
notre idiome. — Voy. An, suff. 

Les désinences féminines ana, ena, ina, ona, una, et 
surtout ania, enia, inia, onia, unia; anea, inea, onea, 
unea, se reproduisent plus particulièrement dans le vieux 
languedocien et dans le moderne par nos finales agno, égno, 
ègno, igno, ogno, ugno, qu'emploie le français sous diffé- 
rentes formes transmises par le roman, en agne, aigne, 
eigne, oigne, ogne. — Voy. aux mots : Cassagno, Gamégno, 
Gascougno, etc., etc. 

Et encore sur tous ces suffixes, à peu près indifférem- 
ment, tant sur ceux où le c est la consonne dominante que 
sur ceux où l'n se rencontre, il intervient fréquemment 
une autre combinaison très-répétée en aje, éje, èje, ije, oje, 
uje, le J remplaçant le G doux, — et en acho, écho, écho, 
éncho, icho, ocho, qui dérivent du même principe et qui 
vont reparaître sous un autre aspect. 

Les Gallo-Romains avaient, disons-nous, représenté les 
désinences principalement en icus, a, um, en les latinisant 
plus durement, par anicœ, enicœ, inicœ, onicœ, où se rap- 
prochaient les deux consonnances fortes de l'N et du C. 
C'était une transformation qui voulait peut-être rappeler 
le suffixe primitif des aïeux et le mettre en contact avec 
ceux des vainqueurs ; mais cette finf.le de la moyenne lati- 
nité, à dur redoublement, devint particulièrement antipa- 
thique au roman et aux autres langues néo-latines qui se 



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recomposaient. La malheureuse terminaison en nicuj, nica, 
nieum, quelque voyelle qui lui serve de véhicule, a le don 
d'horripiler tous les idiomes en voie de rénovation, et 
cause les écarts de prononciation les plus étranges. 

En France, le roman en fait anègues, enègues, inègues, 
onègues, et aniches, anénches, anges, enget, ingei, onge. 
Le languedocien emploie là-dessus sa voyelle féminine propre 
0, mais la forme en est conservée. Dans l'espagnol et l'ita- 
lien, comme dans la langue d'Oc, se retrouvent des procé- 
dés identi(]ues ; et il est remanjuahle ({u'en Espagne, à 
propos de l'altération apportée plus tard par le languedo- 
cien sur ces désinences anigues, onègues, etc., venant de 
anica, enicœ, onica, se montre une articulation conforme 
à nos argues, ergues, orgues. — Voy. Argue, Canounje, OÙ 
des exemples sont cités. 

Cette variété anègues, enègues, etc., ne débarrasse pas la 
désinence d'une certaine rudesse, qu'amortit à la vérité la 
présence de l'e ou l'o atone ou muet, sur lequel elle tombe 
en languedocien comme eu français ; mais nous présutnons 
que la flexion forte du g n'est ici que le résultat d'une 
exigence orthographique, quand il précède les voyelles a, 
0, u, dans nos dialectes. L'exactitude de cette induction 
nous est démontrée par ce qui existe de pareil en français, 
et aussi dans la prononciation du languedocien des llautes- 
Cévcnnes. Ainsi, pour traduire le lat. ventât, nos monta- 
gnards disent : que végno, et dans la plaine ou prononce : 
que vèttgue. Le preipier est plus pur ; mais cette diUé- 
rence a peut-être amené une autre combinaison : celle 
du g suivant \'n au lieu do la précéder. La mouillure est 
moijis sensible : cependant ng n'est qu'un équivalent. C'est 
une imnortation du germain par les Francs ou les Visi- 
goths, qui n'avaient aucune facilité à articuler notre gn, et 
qui l'ont démontré en changeant prescjue toujours nos dési- 
nences agne, aigne, eigne, igné, ogne, en ange, inge, onge, 
dans les dénominations. Quoi qu'il en soit, la formule ré- 
pond exactement, par la suppression de la voyelle e inter- 
médiaire, à cella des romanes anègues, enègues, onègues, 
et ne sort pas d'une autre provenance. Dans le roman et 
au nord, où l'influence germanique se fait plus sentir, on 
trouve, comme formes analogues dans la langue du moyen 
âge : fi dunge, dogner et duner, doner et dogner ; aviegne, 
avegne, avienent ; espreigne, preigne ; et venge, lenge, donge; 
et viengne, tiengne, dongne, qui sont aujourd'hui : donner, 
advenir, prendre, venir, tenir; sans compter encore d'au- 
tres variantes qui ne laissent pas d'être frappantes et fort 
congruentcs k notre sujet. 

Dans cette généalogie de désinences, ce qui est essentiel 
à retenir, c'est l'introduction dans l'accentuation d'élé- 
ments toul-à-fait nouveaux et inconnus au latin. Le G 
guttural et souvent doux se substitue au C toujours dur 
du latin ; le Cil chuintant, qui est celtique, aspire aussi à 
reprendre ses droits; enfin, dans les suffixes qui font le 
sujet de notre article et dans beaucoup de leurs variantes, 
sur toutes les voyelles s'articule le GIS mouillé, une des 



flexions de la plus incontestable origine gauloise. El ce 
n'est pas mi phénomène des moins rentarquables que U 
reproduction de ces mouillures gutturales et nasales dans 
tous les idiomes celto-latius au moment où ils se renouvel- 
lent. Elles s'étendent même à U mouillé, que le fr. et l'esp. 
adoptent, baiaitle, baialta, etc., que l'ital. représent*' vargli, 
figlia, bataglia, et notre dialecte parl'ï tréma, (ïo, bata\o. 

En résumé, quand on suit à la trace ces transformations, 
et qu'on étudie leur dégénérescence graduelle dans ses prin- 
cipes et dans ses causes, il est diOicile de ne pas recon- 
naître, à voir leur identité d'emploi et de destination au- 
près du radical, que tous ces suffixes de même famille sont 
égaux entre eux, et que, depuis les primitifs AC ^ EC en 
passant par le latin, ils peuvent être ramenés, par une 
équation logique et rigoureuse, jusqu'à la forme usitée 
dans nos idiomes modernes, si originale qu'en paraisse 
l'expression au premier aspect. La singularité de physio- 
nomie qu'affectent parfois certaines désinences n'est pas, 
au reste, sans avantages : elle signale et met dans un relief 
plus frappant le membre sur lequel il faut d'abord opérer 
pour arriver par la dissection jusqu'à l'os, c'est-à-dire an 
radical. Dans la recherche des ëtymologies, il est bon 
d'avoir affaire à un mot ainsi surchargé, dont on peut da 
premier coup-d'œil dégager l'appendice à tournure connue 
d'avance. Mais la parité significative ou l'équipollence des 
terminaisons de même catégorie a une portée bien plus 
étendue : car si elle permet d'établir entre les mots et les 
noms, des analogies (jui les font équivalents les uns aux 
autres, malgré la différence de leurs formes, quand ils pro- 
cèdent d'une racine unique, elle empêche encore et le pins 
souvent de confondre, avec un mot qui parait dérivé d'une 
langue de formation, comme le latin par exemple, une 
simple désinence, qui lui ressemble par sa physionomie, 
mais qui n'est en définitive que le produit d'une combi- 
naison régulière ou d'une altération successive. Ceci soit 
dit en passant pour notre finale Argue, à laquelle nous 
renvoyons. Mais que de ceci surtout ressorte clairement 
la loi d'affinité, de concordance, d'égalité de valeur dans 
les désinences supplétives, ce résultat obtenu sera fécond ; 
et nous tenions à en consolider les bases. Les citations 
sous chaque mot feront mieux comprendre son impor- 
tance majeure. — Yoy. Argue, suff., Canounje, Cassagno, 
Sdouvagnargue, etc. 

Notre but ici, au moyen de ces observations générales, 
était encore de démontrer qu'au moins une partie de 
l'ancienne prononciation s'était conservée dans les Gaules, 
et qu'au moment de la rénovation de la langue qui devint 
notre idiome roman, tout imprégné de celte et de latin, 
qui ne faisait encore que se parler et se pa^parait à s'écrire 
en devenant la langue d'Oc, cette tradition était assez 
intense, assez enracinée pour constituer un de ses attributs 
essentiels, comme il arriva pour le français, l'italien et 
l'espagnol. La prononciation obligea l'alpltabet à se com- 
biner autrement, avec la même énergie que la contractioa 



3-2 



AGR 



AGR 



qui resserrait les mots ; ce furent les premières tendances 
de l'esprit nouveau. Cependant, le plus souvent, l'expression 
significative, dépendance respectée du radical, se maintint, 
et l'accent lonicjue persista, comme en latin, sur la der- 
nière syllal» forte ou sur la pénultième. L'intonation, ce 
sentiment mélodiiiue représenté par la mesure et la quan- 
tité, garda même dans la langue d'Oc de ces réminiscences 
qui en ont perpétué l'euphonie presque matérielle en longues 
et en brèves, dont nos dialectes ne se sont jamais séparés. 

Sans doute, il est difficile de bien apprécier la nature de 
ces diverses modifications à la distance où nous sommes de 
ce mouvement intellectuel et euphonique de notre langue, 
quand les changements peuvent être le résultat de circon- 
stances fortuites ou de particularités d'origine, de sol, de 
climat, ou de tant d'influences ignorées ; mais nous essaie- 
rons de les distinguer et de les débrouiller avec patience, 
et à l'aide de tout ce que nous pourrons recueillir de 
lumières et d'enseignements. 

Nos indications, si insuffisantes qu'elles soient, ne servi- 
raient<lles qu'à faire entrevoir la communauté d'extrac- 
tion de la langue d'Oil et de la langue d'Oc, leur contem- 
poranéité de formation et de progrès, à montrer que celle-ci, 
déchue politiquement, mais aussi littéraire que jamais, 
n'est pas un des patois corrompus du français ; ces études, 
que de plus habiles compléteront, ii'arriveraient-elles qu'à 
jeter une lueur bien faible sur nos origines et notre his- 
toire, qu'à sauver leur aridité technique par quelque uti- 
lité et un peu d'intérêt et de nouveauté, que nous persiste- 
rions encore à les suivre, et nous ne croirions pas notre 
labeur perdu. 

Agnuè, adv. Cette nuit, ce soir. — En vieux français, 
on disait : anuit. 

Dér. du lat. ad noctem. 

Agnuècha (s'), v. S'anuiter, se mettre en chemin la 
nuit, voyager de nuit. — Kous agnuèchan, la nuit se fait, 
la nuit nous gagne. En v. fr. s'anuister. 

Dér. de Gnuè. 

Agôon, s. m. plur. Agôousses. Le petit chêne-vert épi- 
neux; Quercus coccifera, Linn. Plante ligneuse sur laquelle 
on cueille le kermès animal ou vermillon. 

Agourini (s'), t>. S'acoquiner; prendre des habitudes de 
paresse et d'ivrognerie; fréquenter mauvaise compagnie. 

Dér. de Gourin. 

Agoustén, quo, adj. Du mois d'août, d'arrière-saison. 

Dér. du lat. Augustut, qui lui-même a formé août, qui 
n'en est qu'une contraction. 

Agrada, t>. Plaire, convenir, être au gré; agréer, ap- 
prouver. — Aqaéles éfans sagradou, fôou tous marida, 
ces enfants s'aiment, il faut les marier. Safaçoun m'agrado, 
ses manières me conviennent. S'aquù vous agrado, si vous 
approuvez cela. 

Dér. de Gra, gré. 

Agradèlo, s. f. Épine-vinette; Berberis vulgaris, Linn. 
Arbrisseau épineux dont on forme des haies vives. Son 



fruit en grappes est aigrelet et rafraîchissant. Agradèlo est 
évidemment la corruption à'Aïgradèlo, qui n'est qu'un dimi- 
nutif A'uïgre; c'est comme si l'on disait : l'Aigrelette. 

Agrâoutouni {s'), v. Se recroqueviller, se ratatiner, 
comme des cretons ou graisillons, connus en languedocien 
sous le nom de grdoutoù. 

Agrava, v. Couvrir un champ de sable, de gravier, par 
inondation. — Gardoii agravo tous pras, le Gardon couvre 
les prés de gravier. 

Dér. de Gravo. 

Agrévou, s. m. IIoux, arbre toujours vert, à fleurs mo- 
nopétalos en rosette, hérissées de piquants, à baies rouges, 
et dont la seconde écorce sert à faire la glu. De ses bran- 
ches flexibles on fait des baguettes, qu'on appelle pour cela 
des houssines. — Ilex aquifolium, Linn., de la famille des 
Frangulacées ; assez commun dans nos bois. 

Étym. du grec àfflu, qui est le nom du même arbris- 
seau, dér. de iypioç, sauvage, farouche, à cause des épi- 
nes longues et fortes de ses feuilles^ 

Agriable, blo, adj. Agréable. 

Trad. du franc. 

Agrimouïè, s. m. Groseiller à maquereau, arbuste épi- 
neux, dont les fruits sont assez gros, mais moins doux que 
ceux du groseillersauvage ordinaire; liibes grossularia,L[nn. 
Son nom lui vient sans doute du goût aigre de ses fruits. 

Agrimouïo, s. f. Groseille à maquereau, fruit de l'ar- 
brisseau précédent. 

Agrïoto, s. f. Griotte; variété de ce qu'on appelle à 
Paris la cerise, à laquelle notre griotte ressemble beau- 
coup, au goût prés. La cerise est fort douce et la griotte 
est fort aigre. — Aquà's vrai coumo manjan d'agrïolos, cela 
est vrai comme il neige des boudins. Badinan ou manjan 
d'agfioios ? Mot à mot : plaisantons-nous ou mangeons- 
nous des griottes? Est-ce pour rire ou tout de bon ? Tel 
est le sens. Dans notre dicton, les griottes se trouvent mê- 
lées par la raison que leur goût âpre et acide fait faire à 
celui qui les mange une grimace qui "ressemble au rire, 
une sorte de rire aigre-doux, sardonique, laissant le choix 
entre le rire ou la grimace. 

Agroumandi, v. AfTriander, apâter, affrioler. Le même 
que Agalavardi. — V. C. m. 

Dér. de Grouman. 

Agroumïa (s'), ou Agroumouli (s'), v. Se blottir; s'ac- 
croupir; se mettre en peloton; se tapir dans un coin; se 
ramasser comme pour rentrer en soi-même. 

Dér. du lat. grumus, grumeau, qui a donné aussi gru- 
tnèl, du primitif grum, grain, d'où grumo, etc. 

Agroutiè, s. m. Griottier, arbre qui porte la griotte. 
— Voy. Grïoto. 

Agruméli, v. Pelotonner, former des caillots, mettre 
en grumeaux. — Se dit des choses, jamais des personnes, 
pour lesquelles on se sert de Agroumouli. 

Dér. de Grume/. 

Agninas, s. m. Prunellier ou prunier sauvage ; Prunus 



AGU 



AIA 



tpinosa, Linn., arbrisseau de la famille des Rosacées. Son 
fruit est d'une acidité et d'une âpreté reinanjuables. — 
On dit également ; Agrugnè et Agrunéiè. — Yoy. Bouïtioù. 

Étym. do i^pio;, sauvage, champêtre; le celt. avait 
aigr, aigre. 

Agrunèlo, s. [■ Prunelle, fruit de X'agrunai, dont on 
fait de l'eau-de-vie. 

Môme étym. 

Agu, part. pas», du v. Avédre, avoir; eu, possédé. 

Agnè, 3' pers. iing. du prêt, du v. Avédre. Il ouelleeut. 

Agnè (i. V), adv. Aux aguets, à la piste. 

Dér. du grec i-^iw, considérer attentivement. 

Agoi'ado, a. f. Aiguillée de fil ; aiguillon du laboureur : 
le bout pointu sert à piquer les bœufs, l'autre extrémité 
est armée d'une [jctile pelle, qui sert à racler la terre du 
soc et qui s'appelle Bourboussado. 

Dér. ii'Aguïo. 

Aguialas, ». m. Aquilon , vent du nord-est. Il souffle 
pour Alais des Alpes piémontaises. — Il y a sans doute 
bien loin du latin Aquilo au langued. Aguialas, cepen- 
dant on ne peut méconnnaitre entre les deux mots un air 
de famille. Le 9 du premier se change souvent en g par 
euphonie : c'est ici le cas. Quant à la terminaison, elle 
exprime évidemment un péjoratif caractéristique, car on 
ne parle de ce vent qu'avec aversion. I.« grec alyiaX6^, 
rivage, bord de la mer, veut de terre, a peul-ètru aussi 
contribué à sa formation. 

Agniè, s. m. Porte-aiguille; pelotte, sorte de coussinet 
ou de bourrelet destiné à piquer les épingles et les aiguilles, 
recouvert et barriolé de morceaux de drap ou de velours. 
AutrefSS'Ies femmes de noblesse ou de bourgeoisie en fai- 
saient un ajustement de toilette qu'elles portaient suspendu 
à leur ceinture à côté de l'aumônière ou du claviè. ( K. c. m.) 
Aujourd'hui des breloques remplacent ces deux symboles du 
travail et de la charité : la pelotte a aussi perdu sa place. 
Le mot lui-même commence à être hors d'usage : affaire de 
mode, trait de mœurs, signe du temps. 

Odde, de Triors, dans ses Joyeuses Recherches de la langue 
tolosaine, do 1378, décrit comme suit ce petit bijou: 
« Aguillier est à dire vn petit peloton de drap que les fem- 
mes coustumicrement tiennent pendu en leur ceinture, en- 
semble auec leur bource, auquel elles mettent et ficlient 
leurs cspiiigles, et doit estre tousiours beau, ioly, et s'il 
est possible neuf et la bource semblablement, autrement 
cela n'a point de nez, principalement quand de iennes 
femmes le portent, car il n'est guicre beau et séant à vne 
ieune femme de prendre vn vieil Aguillier, non plus qu'il 
est beau de chausser quelque vieille sabatie, groulte, ou 
escarpin dans quelque belle pantoufle, toute ncufue, ou 
mettre quelque vieil petas et pièce de drap vsée sur de belles 
chausses toutes neufues. Et jx)ur preuue décela, ie mettray 
icy en auant ce nouueau et assez vsité prouerbe en cesto 
ville de Tolose disant ainsin : A bourçn nauuo non cal 
aguillier vieil ; et hœc tint dicta nemine nominando. > 



Aguîo, (. f. Aiguille à coudre, à tricoter; aiguille de 
montre; pièce de fer pour planter les vignes ou le» saules. 
— Mentis pas dé la pouneho d'uno aguio, il ne ment pu 
d'un iota. 

Dér. de Acus, ûs, aiguille. 

Aguincba ou Guincha, v. Viser, prendre pour point de 
mire. 

Dér. de GuincKe ou guineh», louche, parce qu'en visant 
ainsi, on ferme un œil pour mieux régulari.ser la ligne 
visuelle, et on a l'air de loucher. Peut-être encore ce verbe 
tire-t-il son origine de l'esp. <;uinar, regarderda coin de l'œil, 
eta-t-il la même communauté de sens avec le franc, guigner. 

Agnsa, v. Aiguiser, rendre aigu; pointu, tranchant. 

Étym. du Int. Acuo; acus, aculut. 

Agusadooïro, ». f. Pierre à aiguiser. — Voy. Chafrt. 

Ah I interj. Ah ! 

Ah 1 bé I interj. Ah ! pour le coup ! 

Aï, 1" pers. sing. ind. prés, du v. Avidre; yû. 

Aï, interj. Aïe, cri de souffrance, de plainte, de sur- 
prise. — At! dé ma dén! Ah ! la dent! Ai! mé fat màou! 
Aïe ! tu me fais mal. Ai! çnï ses ? Ah ! vous voilà? 

Aï, diphthongue, c'est-it-diro réunion de deux voyelles 
produisant un double son par une seule émission de voix. 
L'articulation de cette syllabe, dans la langue d'Oc, se fait 
en appuyant sur la première voyelle, tandis que la seconde 
reste laiblc: la voix dominante ici porte sur l'a, elle s'adou- 
cit et s'efface presque sur l'i final. 

En vertu du principe que toutes les lettres se prononcent 
et se font sentir, nous aurions pu éviter de marquer l'ï 
d'un signe particulier. L'italien et le grec n'en emploient 
jws : ils écrivent simplement farni, veirai; ÇXait^ç, >lix«i, 
xa(, et tous les infinitifs passifs; et leur diphthongue ai a la 
même consonnance que la nôtre. Cependant le tréma nous 
a paru nécessaire, d'abord pour marquer une différence 
dans la prononciation de l't entre ses variétés d'inflexion 
(K. la lettre /); puis, pour sauver une exa'plion que nous 
étions forcé d'admettre. Voici le cas : le fraiiçiis a la diph- 
thongue simple, sorte de voyelle, formée des deux lettres at, 
qu'il prononce tantôt comme «fermé, j'aïmai, tantôt comme 
è grave, j'aimais; or dans notre dialecte se rencontrent 
certains mots d'origine toute française, mais impa Ironises et 
consacrés depuis longtemps parmi nous, (juoique en assez 
petit nombre, notamment, pour les citer presque tous : 
air, Alais, mais, conjonc. Pour ceux-là nous demandons, 
en faveur des 4ecteurs habitués à lire à la française, de leur 
conserver leur physionomie orthographique à la française. 

Certes, ils ne perdraient rien à être écrits comme ils se 
prononcent: ér, Aies, mé; cep*>ndant le moindre trouble 
à la lecture résulterait-il de cette configuration puriste, et 
il reviendrait souvent, ce serait assez pour justifier une 
exception si peu exigeante d'ailleurs. L'emploi du tréma 
sur r«' après o devient ainsi tout à fait logique, et la règle 
se trouve mieux confirmée, en rendant sensible la distinction 
et en maintenant invariablement le son diphlliongué sur m. 



m 



AIG 



AIG 



.yado, t. f. Sauce à l'ail, aillade; coulis du paysan, fait 
avec de l ail, du persil et du poivre. En Provence, cette 
sauc*! s'ap|)elliî aïoli, parce qu'il y entre aussi de l'huile. 

Dér. de Aïé. 

Aïçaï, aiiv. Çà, deçi», de ce côté, niais un peu plus loin. 
— Tira-vous aïçaï, passez do çà, dfi Ce côté. 

Di'^r. du lat. //de. 

Aïçalin, adv. Ici-bas, ci-dedans. 
<ii Conip. de Aïci et alin. 
'i Aïçamonn, adv. Cà-haut. 

Coinp. de Aïcî et amoun. 

Aïçainoundàoa, adv. Çii-haut, mais plus haut encore 
que la place occuikVj par l'interlocuteur. 

Conip. de Aïci et amounddou. 

Aïçaval, adv. Çà-bas. Il est presque synon. de Aiçalin. 

Comp. de Aïci et aval. 

Aïçi, adv. Ici, dans cet endroit. — D'mei-'n-laï, doré- 
navant. D'atci-'n-foro, en sortant d'ici, de ce pas, doréna- 
vant. 

Dér. du lat. Hic. 

Aïçà, pron. démomt. Ceci. — Que sera tout aïçd? qu'ar- 
rivera-t-il? que sera-ce que tout ceci? Aï pôou quaiçà vi- 
rara mdou, j'ai peur que ceci tournera mal. 

Dér. du lat. Hoc. 

Aïçii-Aïlj, pkr. faitt. Ceci-cela, des si et des mais. 

Aïé, s. m. Ail, plante de la famille des Liliacées, AlHum 
taiivum, Linn. — Son oignon se divise en plusieurs gousses 
nommées beségno. L'assemblage de ces cai<;ux forme une 
tète qu'on nomme bouisèlo. 

Etym. du lat. Allium. 

Aïècha (s'), v. Saliter, garder le lit. 

Dér. de U. 

Aïèïro, s. (. ou Aïguïèïro, s. f. Evier, conduit, égoùt 
des eaux de cuisine. 

Dér. dn lat. Aquarium. — Aïèïro n'est que la contrac- 
tion euphonique de aïjuïJïro. 

Aïgadino, ». f. Ondée, pluie subite d'orage peu vio- 
lente; une faible inondation, ou plutôt l'inondation d'un 
petit torrent, d'un ravin. 

Dér. ai Aïgo. 

Aïgagnâou, ». m. Rosée, serein, vapeur exhalée de 
l'hunms terrestre et condensée par le contact de l'air froid 
de la nuit. Malgré la démonstration physique, on dit : 
tomba d'ùïgagndou. comme si la rosée tombait d'en haut. 
Le languedocien, passe encore; mais le français, qui doit 
être et qui est en effet plus docte, dit à merveille : tonU>er 
da larotée, li serein tombe; et personne ne s'en émeut. 

Dér. de Aïgo et d" gnui, eau de nuit. 

Aïgaïè, ». m. n. pr. de lieu. .Vigaliers, AquUerium, com- 
mune du cantjn d'L'zàs. — Voy. Aïgoùs, et liïro, suff. 

Aigaie, s. m. Ce mot a le même sens que aïgagndou, 
mais il est plus générique; il désigne seulement l'humidité 
des prés, du terrain, de la feuille de mûriers, trempés de 
roeéc. 



Aigarado, ». f. De l'eau rougie, du vin trempe outrç 
mesure et qui n'a conservé qu'une teinte rosée; de la rin- 
çure, de l'abondance. C'est aussi une ondée d'eau de vais- 
selle. 

Aïgardén, ». m. Eau-de-vie, alcool, liqueur plus ou 
moins spiritueuse et incolore. 

Formé de Aïgo et du lat. ardens, brûlant. En esp., agua 
ardiente; en ital. anc. acqua ardente. 

Aïgardéntiè, ». m. Marchand, débitant, distillateur 
d'eau-de-vie; particuliorenu'nt les marchands ambulants 
d'eau-de-vie, qui la débitent i)ar contrebande dans les vil- 
lages et hameaux, loin des agents de la régie. 

Aiigasso, s. f., péjor. d'Aïgo. Eau sale, de mauvais goût, 
et même do l'eau pure, eu égard au mépris que lui témoi- 
gnent les ivrognes. 

Aïglo, ». f. Aigle, oiseau de proie, de l'ordre des Ra- 
paccs; Falco fulvus, Linn. Aquila fusca. Le français fait 
une distinction de genre lorsqu'il s'agit de l'oiseau, animal, 
qui est masculin, ou de l'emblème, insigne, qui est alors 
féminin ; le languedocien n'admet pas cette différence; 
seulement, lorsqu'il parle de l'aigle romaine ou napoléo- 
nienne, il francise tout à fait et prononce èglo. L'un et 
l'autre mot sont d'origine française. 

Aiigo, ». m., dim. Aïguéto; péj. Aïgasso. Eau. — F6oa 
pas dire d'aquél' aïgo noun béouraï, il ne faut pas dire : 
fontaine, je ne boirai pas de ton eau, pour : il ne faut jurer 
de rien. Yôou pas iaïgo que béou, il ne vaut pas l'eau 
qu'il boit; c'est un homme de peu de valeur. Aï pantaïsa 
d'a:igos trébous, j'ai fait un mauvais rêve. Pér avédre dé 
bono aïgo, fôou ana à la bono fon, pour avoir de bonne 
eau, il faut aller à la bonne source ; qui veut bon conseil, 
s'adresse à bon conseiller. Faire las aïgos, se dit des eaux 
qu'une femme prête à accoucher rend aussitôt que le pla- 
centa s'entr'ouvre pour laisser passage .1 l'enfant. Escampa 
d'atgo, verser de l'eau, uriner, pisser. Las aïgos li vènou 
as ièls, les larmes lui viennent aux yeux. Aïgo que coure 
faï pas mdou dou moure ; en franc, du XV' siècle, on 
disait dans le même sons : Esve {eau] qui court ne porte 
point d'ordures {Prov. Gall., ms. cité par Le Roux de 
Lincy). AquH vièl a éncaro bono aïgo, ce vieillard est en- 
core vert, il a bonne mine. Donna l'aïgo , ondoyer un 
enfant. L'an batéja émbé d'aïgo dé mérlusso, il est mal 
baptisé, c'est un pauvre chrétien. 

Aïgo-boulido, s. f. Eau bouillie, potage à l'eau, au sel, 
à l'ail et à l'huile. 

Aïgo-ddou-méïnage, s. f. Eau de vaisselle, lavure. 

Aïyo-courén, eau courante, rivière ou ruisseau. — L'adj. 
reste au masculin, comme dans le mot suivant, seulement 
pour l'euphonie. 

Aïgo-for, s. f. Eau forte. — On donne cette qualification a 
l'acide nitrique ou sulfurique, àcause de sa force dissolvante. 

Aïgo dé sardos, saumure de sardines. La saumure s'exprime 

aussi par Aïgo-sdou, composé de digo et de sdou, avec sup- 

j pression de l'article, comme dans les deux mots suivant%. 



Ate 



AIM 



Aïgo-nafo, ean de fleurs d'oran^r, eau de naffe. Dulat. 
'Aqua napklha, m?me sens. 

Aïffo-roan, eau-rose, de fleurs de rosier. 

AVgo-iignado, eau bénile. Signado, marquée du signe de 
la croix. 

Étym. du lat. Aqua; du rad. celt. Aa, ae, ag, eau. 

Aïgo-Morto, j. f. n. pr. Aigues-Mortes, ville, arrondis- 
sement (If Mrrips. 

Ce nom est composé avec l'adjectif qualificatif et le 
représentant languedocien du celt. aa, aq, aqua, eau, trans- 
formé par le roman eve, ave, ive, euve, et ses nombreuses 
variantes. Il est entré de même dans Aïgo-Vivo, Aigues- 
Vives (dard), et autres. 

Aïgo-pouncho, s. f. Bourge-épine, espèce de nerprun ; 
Kamnus caiharticus, I.inn. Arbrisseau de la famille des 
Frangulacées, dont la feuille, l'écorce et surtout les baies 
sont purgatives. — Avec le suc épaissi des baies de ner- 
prun et un peu d'alun, on prépare la couleur verte connue 
sous le nom de vert de vessie. 

Aïgoùs, ouso, adj. Aqueux, de la nature de l'eau, qui 
Contient de l'eau, alwndant en eau. 

Dér. du lat. Aquosus, formé du rad. celt. Aa, ae, ag, 
ayg, eau. 

Il n'est pas peut-fttre de radical qui soit entré dans la com- 
position de plus de mots, avec plus de variantes. !Nons ne fai- 
sons pas ici un dictionnaire géograpbique, pour le relever dans 
tous les noms de lieu qu'il a formés ; mais nous le signalons 
dans quelques localités les plus rapprochées, pour constater 
certaines analogies étymologiques il l'appui de ce que nous 
disons des noms propres locaux. Ainsi Aïgouso, Saint-Lau- 
rcnt-(r^gouze (Ganl), et Aiguéso, Aiguèze (Gard), ASgaiè, 
Aquiterium, Aigaliers (Gard), identiques entre en», léseront 
encore avec Agusargues, Agusanicœ, -Agusargues (Hérault), 
avec Aguzan, communede Conqueirac (Gard) ; avec Aguessac 
(Aveyron), Aguillan (Drôme), comme avec Eyguières, Aqua- 
ria, et Eygaliéres, Aquaria (Bouches-du-Rhône) ; et de même 
avec Guzargues ( Hérault), et Gnzan (Hérault), par apocope de 
l'a initial. Tous ces noms sont dérivés de la même source, 
et la différence de leurs désinences n'ôte rien à leur com- 
munauté d'origine et de signiflcation. — Voy. Argue. 

Aïgo-vès, s. m. Ean-versant, les eaux-versantes d'une 
montagne, terme de cadastre : l'arête, l'angle supérieur du 
prisme de la montagne ou de la colline. 

Dér. de Aïgo et de vès, en bass.-lat. Aqui-vergium. 

Aïgre, ». m. Coin de fer, outil quelconque faisant levier, 
quelquefois même une pierre plus dure que les autres, qu'on 
donne pourpoint d'appui au piod-de-biche d'un levier, quand 
on veut soulever une masse, ou débiter un banc de pierre, 
on faire une pesée. C'est ce qu'on nomme en français : 
orgueil. — Ce mot, qui n'est guère usité que chez les carriers 
et les chauffonrniers, a donné naissance à un verbe fort 
employé, aïgréja, et dont l'acception figurée est classique 
et multipliée dans ses applications. 

Dér. do Aigre, à étym. lat. aeer, aerU. 



Aïgre, gro, adj. Aifre, acide, piquant an goût ; au flg., 
piquant, fAcheux, mordant. 
Aigréja, v. Aigrir, sentir l'aigre, tourner k l'aigre. — 

Vog. A'igre, adj. 

Aigréja, t:. Au prop. secouer fortement, soulever avec oh 
levier, faire une pesée. Au flg., mettre en mouvement, 
mettre en route, décider. S'nigrèja, commencer à se remuer, 
se secouer, s'aviver, se mettre en train. Un enfanl t'ai'grijo 
quand il se réveille, qu'il se démène et qu'il commence 'à 
pleurer. 

Dér. de Aigre, t. m. 

ASgrétO, i. f. Oseille ; Rumex atetota, Bumex icutalus, 
Linn. Plante champêtre et potagère à saveur très-acide. 

Dér. de Aïgre, adj. 

Aigri (s), v. S'aigrir, devenir aigre, passer à l'aigre. 

Aïgaéja, v. Laver souvent; arroser, mouiller, baigner; 
passer du linge à l'eau simple. 

Dér. de Aïgo. 

Aïgnlèïro, ». f. Evier. — Voy. AïHro. 

Aîlaï, adv. De ce côté-là, de l'autre côté. — IMetai 
aqud aïlaï, laissez donc cela; brisez-là; n'en parlez plu. 
— Voy. D'aïlaï, En4aï. 

Formé du lat. Ad et illà, ou illàe. 

Ailamonn, adv. Là-haut, au-<lessn8, amont. 

Formé du lat. tllà, et ad montem, vers la montagne, do 
côté d'en haut. 

Aïlamoandàca, adv. Bien plus haut. C'est an augmen- 
tatif d'Aïtamoun, en y ajoutant dâou, haut, qui est on 
réduplicatif de amoun. 

Aïlaval, adv. Là-bas, aval. 

Formé du lat. Ittà et de ad vallem, vers la vallée, ven 
le bas. 

Aima, v. Aimer, prendre plaisir à, se plaire à, désirer. 

Dér. du lat. Amare. 

Aimable, blo, adj. Dim. Aïmablo^, aïmabléto; péjor. 
A'imablas, sa. Aimable. — Le péj. aXmablae ne se dit qoe 
par contre-vérité. — Ses aïmablas / vous êtes gentil! repro- 
che-t-on à quelqu'un qui fait ou dit quelque chose de 
désagréable, de mauvais goût. 

Aimargne, ». m. n. pr. de lieu. Aimargues. qni s'écri- 
vait aussi Aymargues, commune et petite ville dans le can- 
ton de Vauvert (Gard). 

Le nom A'A'imargue, parmi ceux qni portent la même 
finale, se prête moins qu'aucun autre à la combinaison fan- 
taisiste qui voulait que toutes ces dénominationsdésignassent 
des maisons de campagne ayant appartenu dans l'origine aok 
pins nobles familles patriciennes de Rome, ou tout an moins 
à leurs riches affranchis établis autour de la métropole db 
Nimes. Dans la composition du mot, il n'entre ni le nom 
d'homme ^miliut, ni même le latin ager, domaine. 

Pour s'en convaincre, il suffit de dégager d'abord la 
désinence adjective argue, sur le sens et l'origine de la- 
quelle nous nous expliquons. — Voy. Argue. Reste h 
corp du mot ; et remarquons qu'il a subi bien des trankfor- 



3C 



AIN 



AIS 



mations, et quo sa lortiic la plus rôœntc n'a pas pu d'évi- 
dence autoriser sa plus ancienne dérivation. 

Or, le premier titre latin qui mentionne cette localité, 
est de l'an 81 3 ; elle y est apiwlée Armasanica in littora- 
ria. En 961, ni dans les actes publics depuis celte époque, 
on écrit tantàl Armasianici, Armatianicœ, lanlèt Armada- 
nicar, Armazanicoe, qui se fixent enfin en Armasanicœ . 

Dans le môme temps, comme pour tous les noms à finale 
identique, la langue vulgaire disait Armasanigues, qui se 
trouve dans les vieilles chartes, et plus tard Emargues, 
Morgues, Aimargues. 

En latin, comme en roman, on le voit, le radical est le 
même; et il s'est conservé en languedocien. Armas ou 
Ermas, qui signifie, dans notre vieil idiome, marais, ter- 
rain marécageux, vague, inculte, s'approprie très-bien à la 
situation d'Aiinargues, encore in littoraria au IX' siècle, 
et à plus forte raison quand l'appellation dut lui être ap- 
pliquée. Armasanica ou Armasanègues supposent le pri- 
mitif Armas-ac ou Armas-ec, ayant passé par Armas-ana 
ou Armas-aca, latin, et n'ont pas d'autre sens que, champ, 
domaine, propriété, villa de l'Armas. Ce qui est modeste, 
et moins flatteur peut-être que la descendance romaine ou 
gallo-romaine de jEmilius, mais plus certain et plus naturel. 
— Yoy. Agno, suff. 

Il est vrai (jue, dans la forme nouvelle, la substitution, 
sur la première syllabe, de la lettre t à la consonne r est 
étrange; mais le fait n'est pas isolé, on le dirait même sys- 
tématique dans la composition de noms de ce genre dans 
notre pays. En effet, pour le Gard seulement, on trouve 
Goudargues, représenté par le lat. Gordanicus et Gorda- 
nica; Boussargues, par Brossanicœ; Bassargues, par Bar- 
sanica; Goussargues, par Gorsanicm ; Massargues, par 
^arsanica. 

Malgré les variétés de désinences qui se sont attachées 
à la racine, il convient de rapprocher les analogies qu'in- 
diquent et que justifient les changements eux-mêmes du 
nom ù!Aimargue que nous venons de signaler. Ainsi nous 
trouverons les mômes mots dans : Arman (Basses-Pyré- 
nées) ; Armeau (Isère); Armens (Gironde); Armons et 
peut-être Armagnac (Gers) ; Herm (Landes et Basses-Pyré- 
nées) ; L'IIerm (Gironde) ; L'Herm (Ariége, Haute-Garonne, 
Lot); Hermaux (Lozère); Armes (Isère); Arinissan, Arrael- 
lan (Aude); Armilhac (Lot-et-Garonne). Que ces dénomi- 
nations ethniques viennent de notre armas, langued., ou du 
gr. ?pri(io«, qui a fait le lat. eremus, leur identité est incon- 
testable, et justifie notre système du formation des noms. 

Aïna, ado, s. et adj. Aîné, ée , le premier né des en- 
fants ; par ext. personne plus âgée qu'une autre. — Dans 
les familles villageoises, il est d'usage de distinguer le fils 
aine en l'appelant l'aïna, le puiné cadé, et les autres, de 
leurs prénoms. — Faïre un aïna, faire à son fils aine tous 
les avantages que permet la loi. Ses moun aïna dé quatre 
ans, vous êtes plus Sgé que moi de quatre ans. 

Dér. du lat. antè natus, né avant. 



Air ou Èr, s. m. Air, fluide qui entoure le globe ter- 
restre; vent, vent-coulis; mine, manière, physionomie, 
façon, allure; chant. — Anas préne l'air; allez prendre 
l'air. Faï d'air, un pdou d'air, il fait de l'air, il fait un 
peu de vent. A prés un air, un co d'air, il a pris froid, il 
a une fluxion, une transpiration arrêtée. Prén un air, il 
prend des airs de fierté. A un air dé se ficha dé ièou, il 
semble vouloir se moquer de moi. Dono d'air à soun pèro, 
il a un air de ressemblance avec son père, c'est tout le 
portrait de son père. N'a pas l'air, il ne parait pas. Canta- 
nous un air, chantez une chanson. 

En l'air, adv. En l'air, en haut. 

Dér. du lat. Aër. 

Aïradé, s. m. Airelle ou myrtille, Vaccinium myrtillus, 
Linn.; petit arbuste de la fam. des Bruyères ou Ericacées. 
— Il croit sur les hautes montagnes, et ses fruits sont assez 
agréables au goût. 

Dér. du gr. AîÇ, ai^iç, de chèvre, plante de chèvre. 

Aire ou Ère, s. m. dim. de Air. Petit air; air, mine, 
tournure. — Un aire rharman que noun saï, un petit air, 
une tournure charmante et gentille comme on ne peut 
mieux. 

Aïréto, s. f. Petite enclume de faucheur pour rabattre 
la faux, pour étirer son morfil. 

Aïriè, s. m. Chef d'une aire à battre le blé; celui qui en 
dirige les opérations. 

Dér. de Aïro. 

Aïro, s. f. Dim. Aïréio. Aire, plate-forme pour battre le 
blé ; plate-forme pour les tuiliers, les potiers. 

Dérivé du lat. Area. 

Aïrôou, s. m. Dim. Airoulé. Airée, la quantité de 
gerbes qu'on foule à la fois sur l'aire ; jonchée de diffé- 
rentes choses répandues sur la terre. — Ramassa ta pas- 
turo à bêles aïrôous, ramasser du fourrage trop clair-semô 
par jonchées de quelques pouces d'épaisseur. 

Dér. de Aïro. 

Aïsa, do, adj. Aisé; mais il n'emprunte à cet adj. franc, 
que cette seule acception relative à l'aisance de fortune. 
Appliqué aux personnes, il signifie : douillet, délicat, qui 
aime ses aises, qui plaint sa peine. Dans ce sens, il se 
rapproche de Coumode. V. cm. — Aquà po se dire un 
Iwme aïsa, voilà un homme qu'on peut dire jouir d'une 
honnête aisance. 

Dér. de Aise. 

Aiisanço, s. f. Commodité, faculté, convenance. Par 
ojjposition au mot précédent, aisanço n'est jamais employé 
pour aisance do fortune. — Aquà's une bèlo aisanço, cela 
est fort commode, cela évite de la peine, des corvées. 
L'aïsanço d'un ousldou, la bonne distribution, les facultés 
d'une maison, un arrangement commode où chaque chose 
esta portée. 

Dér. de Aise. 

Aïse, s. m. Dim. Aïsé, augm. iron. Aisas. Aise, con- 
tentement, commodité, repos heureux, satisfaction, sans- 



Aïs 



AJU 



37 



gène. — Soui m aïie dé vaut viUre, je suis charmé, bien 
aise de vous voir. Aquél home é$ à toun aise, cet homme 
jouit d'une lionnfttJî aisance. Faraï aquà à moun aUe, je 
ferai cela à loisir, sans trop me presser. JUarcha à soun 
aUe, marcher à pas lents, au pas de promenade. Y-ana 
d'aïse, aller doucement, avec précaution, sans se presser. 
Préne tout a'iseï, se prélasser, se dorlotter : c'est le far- 
nieitte des Italiens. Vaï à toun a'uai, moun home, ne te 
gène pas, mon garçon. 

Étym. du gr. ATsa, convenance, bienséance, d'où aîato;, 
heureux, favorable. 

Aïses, ». m. pt. Êtres d'une maison, d'une contrée. — 
Sa tout aïscs, se perdra pat, il connaît la maison, le pays, 
il ne s'égarera pas. Un chasseur doit connaître iou$ aïtei, 
les allures, les mœurs, les remises du gibier. 

Aïsl, ido, adj. Commode, facile; bien à la main. — 
Aquét oustdou et bien aïti, cette maison est fort commode. 
Aquélo piolo et bien aitido, cette cognt^> est bien à la 
main. Sa fénno et patgaïre a'itido, sa femme est d'humeur 
revôche et peu facile à vivre. 

Dér. à'AXt». 

Aïsino, (. (. Nom générique que l'on donne à tout 
ustensile, ou meuble, ou vase, qui sert à contenir soit un 
liquide, soit un solide. Ainsi, un panier, un plat, on seau, 
un tonneau, sont tout autant d'aïtmoi. 

Dér. de Atii. 

Alssado, t. f. Diin. Aïttadéio. Marre, houe, outil de 
jardinier. — Dans les Ilautes-Cévennes et dans le Vivarais, 
cet outil a un manche assez court, sa lame est triangulaire 
et légèrement recourbée en-dedans; c'est la môme forme 
que la ny)M« ou maiglc de Bourgogne et la chèvre de Lor- 
raine. A Alais et dans les environs, le manche en est long, 
la lame large en cari"é-long et tranchant au bout; sa sur- 
face est plate; elle décrit un angle de 45 degrés avec son 
manche, qui s'y joint |>ar un anneau ou oeil et non par 
une douille comme la pelle. Vaïtiado ou trénquo jardi- 
gnUro est plus large de lame; l'angle de la lame et du 
manche est plus aigu que dans le précédent outil. Celui-ci 
sert particulièrement aux jardiniers pour faire les semis ou 
plantations à raies dans un terrain meuble, et à creuser les 
canaux d'irrigation. 

VAïstadéto est ime serfouette, petit outil à lame pointue 
du bout, à l'usage dos jardiniers et fleuristes, pour gratter 
la terre autour des plantes jeunes et délicates. 

Dér. du lat. Atcia. 

Aïssadoù, t. m. dim. Le môme que le précédent Atuadéto. 

Aïsséja, t'. Se plaindre, geindre, soupirer. 

Formé de l'interj. Aï/ — Ces sortes de formation des 
verbes fréquentatifs sont un des caractères particuliers de 
la langue d'Oc. Les augm., les dira., les péjor. appartien- 
nent à un même ordre d'idées. Il est peu de mots dont on 
ne puisse faire un verbe, et peu de verbes qui ne puissent 
recevoir et admettre la désinence éja, qui amoindrit, adou- 
cit ou renforce même le sens primitif. 



Aïsséiaïre, ro, adj. Douillet, qui aime à m plaindre, 
qui ne cesse de gémir ; malade imaginaire. 

Aïsséto, I. m. Aissettc ou aisseau, petite hache de ton- 
nelier et de sabotier, dont le manche, d'environ six ponces 
de long, porte un fer qui a d'un calé un large tranchant 
recourbé, et de l'autre une panne, un marteau, et quelque- 
fois une douille simple. 

Étym. du lat. Atcia, hache. 

Aïsséto, t. f. Plainte faible; soupir continu d'un enfant 
qui soufl're, propre particulièrement à la fièvre. — Aquil 
éfan méno uno aïtiéto que dévigno pat rit di bo, ce pauvre 
enfant a une manière de se plaindre qui n'est pas de bon 
augure. 

Môme rac. que Auséja. 

Aîtabé, Tabé, Aïtambé, També, adv. Aussi, aussi 
bien, à cause de cela. 

Formés de Tan ou aïtan, autant, et de bé, bien. 

Aïtan, adv. et t. m. Autant, tant. — Vn âoutre aïtan, 
une autre fois autant. 

Aïuèncha (s'), v. S'éloigner, s'écarter d'un lien, d'une 
personne. 

Dér. de luên. 

Aja, ado, adj. Agé, qui est avancé en ige. 

Trad. du franc. 

A-jal interj. Cri de commandement d'un charretier pour 
faire obliquer son attelage à gauche. 

Ajassa, v. Coucher par terre, ou sur un lit. —Bla 
ajaua, blé versé. 

Ajassa (s'), v. Se coucher, s'étendre. — En parlant des 
vers à soie, il signifie : entrer en mue, se coucher sur la 
litière {jat). — Lou» magnat couménçou dé t'ajaua; t'ajat- 
tou à lat quatre, les vers commencent à entrer en mue ; ils 
sont à la quatrième maladie. 

Dér. de Jat. 

Aje, t. m. Age. — Il semble une simple traduction 
du franc. C'est un de ces roots qui, manquant à la 
langue, ont dû être empruntés à leur voisin. En bon 
languedocien, on l'évite autant que possible. — On dit 
très-bien cependant : Un home d'aje, un vieillard. Et 
éncaro d'un bon aje, il n'est pas encore trop igé. 
Se faï adija din l'aje, il commence à être d'un Age assez 
avancé. 

Ajouqna, v. Jucher, percher, accrocher en haut. 

Ajouqaa (s'}, v. S'accroupir, s'assoupir, s'endormir sur 
sa chaise ; en parlant des perdrix, se raser, quand elles 
aperçoivent l'oiseau de proie. 

Etym. du lat. Jugum, perche, juchoir, ou tïeJacere. 

Ajougne, v. Atteindre, attraper, joindre quelqu'un qui 
marchait devant. 

Dér. du lat. Adjungere. 

Ajuda, V. Aider, secourir, venir en aide. — Les villa- 
geois, lorsqu'ils invitent à diner un ami, ne manquent 
jamais de lui annoncer le mets principal du repas. Ainsi 
on lui dit : Vendra» m'ajuda à manja uno ttpanléto, lu 



38 



mA 



ÂLA 



viendras prendre Ui jwrt d'une éclanclie. Diou m'ainde, 
Dieu n)0 soit en aide. 

Dér. du lat. Arljuvare. 

Ajudo, i. f. Aide, secours, assistance, protection ; celui 
qui aide dans un travail. — As «no bono ajudo émbé ta 
fénno, tu as un bon associé avec ta femme. Siès dé jAouro 
ajudo, tu es d'un faible secours. Un pdou d'ajudo faï 
gran bé, l'rvh, un peu d'aide fait grand bien. On dit alter- 
nativement : Bon dré a besoun ou n'a pas besoun d'ajudo, 
le bon droit a ou n'a pas Ijcsoin d'aide. Le premier sens 
est rassurant; il ne faut pas toujours se fier an second. 

Dér. de Adjuvar». 

Ajusta, V. Ajouter, joindre, ajuster, additionner, mettre 
quelque chose de plus ; viser pour atteindre un but en 
tirant. — Les premières acceptions dérivent de adjungere, 
joindre ensemble ; la dernière est formée du lat. ad-justum, 
juste, droit. 

Ajustoù, s. m. Petite pièce de bois ou d'étoffe, ajoutée 
par assemblage ou par couture à une autre trop courte ou 
trop étroite. 

Dér. du lat. Adjungere. 

Al, artic. mase. sing. dat. Au, roman-languedocien ; inu- 
sité aujourd'hui dans notre dialecte, mais encore employé 
dans la région montagneuse des Cévennes, et même dans 
une partie de l'Hérault. 11 est formé par la contraction de 
« lou, qui a donné dot». — Voy. Aou. 

Al est aussi l'article arabe qui s'est incorporé à quelques 
mots lang. et fr., tels que alambi, etc. 

Aladèr, ». m. Alaterno sauvage; Hhamnus alaternus, 
Linn. Arbrisseau de la famille des Frangulacées, toujours 
vert, qui croit sur nos collines et surtout parmi les bruyères, 
auxquelles il se trouve môle quand on s'en sert pour ramer 
les vers à soie ; sa feuille ressemble à celle de l'olivier. 
Son nom lat. alaternus est probablement une altération de 
altemus, parce que les feuilles de Yaladèr, alateme, sont 
alternées sur leurs branches . 

Alafan, i. m. Eléphant; Elephai maximui, Linn. Mam- 
mifère onguiculé de la fam. des Pachydermes. — Alafan 
est une pure corruption du français ou plutôt un purisme 
languedocien, dont le génie tend à s'éloigner du type fran- 
çais, alors qu'il est obligé de lui faire un emprunt. 

Étym. du lat. Elephantus, dér. du grec EXé^aç. 

Alais ou Aies, ». m. n. pr., Alais, ville. — Ce nom a 
exercé bien des fois les investigations des étymologistes. On 
a prétendu l'expliquer par les armoiries de la ville, puis par 
sa configuration et môme par son orientation. L'écusson 
porte, en effet, un demi-vol d'argent sur champ de gueules; 
mais avant l'époque incertaine où cette aile lui fut donnée, 
avant que la science du blason eut été mise en honneur, la 
ville et son nom existaient, et n'ost-il pas naturel de penser 
que le nom fil naître l'idée de prendre une aile comme armes 
parlantes, au lieu d'imaginer que les armoiries inspirèrent 
le nom? 11 parait tout aussi difficile d'admettre les antres 
systèmes. La rose des vents n'était pas inventée avec ses 



indications d'Kï( et A'Ouest, quand le baptême se fit. D'ail- 
leurs la forme Ahst dérivait de Alestum, traduction latirte 
à l'usage des tabellions, du nom roman Aies, de beaucoup 
plus ancien. Enfin, comme la ville ne s'était pas impro- 
visée d'un seul jet dans un moule tout tracé, comment 
cette figure d'aile aurait-elle été assez nettement dessinée 
dès sa première phirne, alors qu'il fallut la nommer, pour 
déterminer l'allusion V Le mot de l'énigme n'est pas dails 
ces découvertes, plus ingénieuses que vraies. Une autre 
solution du problème se présente. 

C'est au mot lui-môme qu'il faut s'adresser pour trouver 
sa racine. Or, l'histoire fait remonter le nom à' Alesia aux 
Ages les plus reculés. Elle raconte que, treize siècles envi- 
ron avant l'ère chrétienne, les Celtes, sous le nom de Voloes 
Arécomiques, qui occupaient le littoral méditerranéen de 
la Gaule, eurent .'t lutter contre une invasion de naviga- 
teurs phéniciens , descendus sur leurs rivages. La colonie de 
Tyr venait explorer ces contrées inconnues et y apporter 
sa civilisation et le commerce. Son but était d'exploiter les 
mines de nos Cévennes, où l'or et l'argent se rencontraient 
alors presque à fleur de terre, et de faire l'échange de ses 
produits. Elle établit deux stations commerciales, à proxi- 
mité l'une de l'autre, pour se prêter un mutuel secours. La 
première, plus voisine de la mer, s'appela Kamauz, de 
Nama, en celtique, fontaine, ou de Neimheish, gaélique, 
qui se prononce Nemese, d'où on a fait IS'emausus, Kismet 
et filmes. La seconde, plus haut, au centre de l'exploita- 
tion et du trafic, fut nommée Alesia. 

L'attribution est certaine pour Nimes; les plus graves 
historiens ne la mettent pas non plus en doute pour Alais. 
S'il en était autrement, il serait au moins singulier de 
trouver, après tant de siècles, les deux noms s'appliquant 
aux deux localités désignées par les anciens géographes 
grecs, dans les mêmes conditions topographiques, avec la 
même raison appellative, et une pareille communautéd'orî- 
gine et d'existence. 

Au reste, cette Alesia primitive, malgré l'opinion de 
M. de Mandajors aujourd'hui abandonnée, n'a rien de com- 
mun avec V Alesia àQ Vercingétorix, que la ressemblance 
de son nom, tiré du même radical et exprimant une posi- 
tion semblable. L'invasion d'Hercule dans les Gaules, 
ses conquêtes et ses voyages ne sont que le symbole de la 
marche et des progrés de l'antique civilisation phénicienne, 
et ce n'est que par une flatterie imaginée sous Auguste, 
pour honorer la mémoire de César, vainqueur d'Alesia, 
que la fondation de la grande cité gauloise fut rattachée 
aux aventures du demi-dieu mythologique. Mais la confu- 
sion n'est pas jwssible; car les commerçants de Tyr n'au- 
raient pu pénétrer si avant dans les terres, ni s'éloigner 
des Cévennes, où leur exploitation de l'or les avait attirés 
et les retenait. 

Campement fixe, station commerciale on ville, il importe 
peu; rien n'est resté que les deux noms. Voilà pour !el 
inductions historiques. 



ALA 



ALA 



39 



Coratne dcmi(^n! épanive, le nom a Ixssoiii d'élire aouinis 
à l'analyse daii9snco(ii|Kiiiilioii. Il lient au c<?lti(iu<>, puisqun 
la langue du paysoù il étail employé |X)Uvail seule servira 
la déiiuiiiin.'itioa; etdans uel idiouio il doit être gigiiificttif. 

Coiislatf)ris d'alwrd la forme la plus ancienne : c'est 
celle qui, dans les noms propres et de lieux, rend le mieux 
compte de leur l'orination, qui les suit et s'attache à eux 
avec le plus de ix-rsévérana-. Pour Alais, le mot est écrit 
dans les vieilles chartes Alè$ ou AtUz. Alesia ou Alexia est 
composé stîlon le génie du grec; mais la désinence explé- 
tive ta laisse facilement apparaître le radical primitif. 

Les deux syllalws du mot appartiennent au celtique. 
Al ou tUl. cité par Virgile et expliiiué par Ausonne {Al 
Celiarum), signifie : hauteur, élévation, sommet, montagne. 
Il est reproduit par le latin cUtus, cornisponilnnt à ej-celtiu; 
et dans toutes les langues dérivées, il emporte égalciiteat 
l'idée de liauteur. £< ou èz final est aussi d'origine gau- 
loise. U est fréquf!nt dans les noms du Midi , où on le 
retrouve pour dt'^signer une portion de territoire, une région. 
Il imprime à la racine al, en s'y joignant, comme une 
idée, de provenance, de dérivation. Dans ce sens, le mot 
entier ne pourrait que signifier : pays élevé, contrée haute, 
vers la montagne. C'est là, en effet, la dé»ignatioa la plus 
caractéristique, celle qui exprimait le mieux la position, 
qui s'appliquait exactement à un certain territoire. Quand la 
ville, plus Uird, vint à se bâtir, il était luturel de la dési- 
gHerpar le nom appliqué au |i.iys sur lequel elle s'emplaçait. 
Ses commencements furent si faibles, qu'ils ne méritaient 
pas d'abord d^îénomination spéciale de ville. Mais tout 
concorde et se réunit [wur reiulrc ces faits et leurs circon- 
stances vraisemblables ; il n'en faut i>as davantage pour que 
notre étymologio soit juste. 

Après les diverses altérations que nous venons d'indi- 
quer, le nom était revenue sa forme primordiale; il s'écri- 
vait AUt ou Alez, en francs, au commencement du 
XVllh siécli!. Alors, pour éviter la confusion avec une autre 
ville du Midi, son orthographe définitive fut fixée en Alaii. 

Nous la maintenons ainsi ; mais sans vouloir pom cela 
que sa prononciation languedocienne soit altérée, pas plus 
qu'elle ne devrait l'être en français. Les habitants du Nord 
nous chicanent un peu sur ce point. Ils prononcent Alais 
comme Calais, palais, etc., et s'étayant de l'analogie, ils 
trouvent ridicult; qu'en Languedoc nous fassions sentir, en 
parlant, le s final. Serait-ce vraiment un gasconisme que 
l'on aurait le droit de nous repi-ocher, et une contravention 
au Iwau langage, dont tout le Midi se rendrait coupable? 
Mais si les puristes ont raison de bl;\mer cette manière de 
faire sentir ici la consonne finale sifllinte, poun{uoi l'ado])- 
tcnt-ils lorsqu'il s'agit de Reims, do Sens, d'Aix, (jui, à 
coup sur, ne se prononcent pas comme reins, saits, faitt, 
ai» ?■ Pour vivre et parler de bonne intelligence, ne vau- 
drait-il pa« mieux se monti-cr moins difllciles? Il est inu- 
tile d'aborder une discussion sur les noms propres et de 
lieux , mais il nous semble qu'on ferait bi«a. d« rèsoodre 



la question en faveur de la prononciation locale, qui doit 
être généralement adnptiVî : car c'est la seule manière de 
s'entendre partf^mt, et même de parler corn'cteiiienl. 

Alanda ou Alandra, t<. Ouvrir une |)orte, une fenêtre â 
deux battimts. — De même qu'on dit : Alamla la porto, 
ouvrir tout à fait la porte, on dit au.ssi ; Alawla lou troupil, 
licher le troupeau, le faire sortir de la liergeric grande 
ouverte ; Alanda lou fid, faire briller le feu , et AtanJa 
ta mérchandiso , étaler sa marchandise. Dans toutes CM 
acceptions, il se trouve un certain mnl-Tct, une sorte de 
rapprochement qui peut servir à expliquer la racine da 
mot. Ne viendrait-il pas de ad laium, au largeT 

Alanda (s') v. S'étendre par tern>, tomber de son tong. 

Alangtd, ido, aJj. Triste, languissant; abattu, affaibli 
par le chagrin ou la maladie. 

Dér. de Langui, venant du lat. Languere. 

Alâongèïri, v. Décharger, alléger, rendre plu» léger. — 
S'alâoug^r), se dévêtir, prendre des habits plus légers. Ix 
proverbe dit : 

Aou mes d'abriou 

Talâougèïres pas d'un flou ; 

Aou mé» dé mai 

Faï ce que té plaï, 

Amaï éncaro nonn saï : 

Au mois d'avril, ne te dévêtis pas d'un fil ; an mois de mai, 
fais ce qu'il te plaira, et je ne sais encore si c'est prudent. 

Dér. de Làougi. 

Alàouso, t. f. Alose; Clupea alosa, Linn. Sorte de 
(wisson de mer qui remonte le Hhàne par grandes bandes 
pour aller déposer son frai. Sa chair est fort bonne après 
qu'il a vécu quelque temps dans l'atu douce, tandis que, 
pris dans la mer, elle est sèche et de mauvais goût. 

Alapas, s. m. Bouillon-blauc ; Verbascum lapsus, Linn. 
Plante cotonneuse, à fleur bLinche ou rote, agreste, adoo- 
cissante, vulnéraire, détersive. — Voy. Boutoun-blan. 

Alapédo, s. f. Asphodèle ; Asphodelus, Linn. — Vala- 
pédo à fleurs blanches est fort commune dans nos bois. De 
la pulpe de sa racine, on fait une espèce de pain assez 
mangeable. Cette qualité était sans doute connue des 
anciens : car les Romains avaient fait de l'asphodèle une 
plante des tombeaux; ils la plantaient autour des mo- 
numents funèbres, pour donner aux morts ou à leurs mânes 
le moyen de se substanter. — Voj/. Pouraquo. 

Alarga, v. Elargir, faire sortir un troupeau de la ber- 
gerie. — S'alarga, s'étendre; devenir libéral. — Quan-t-un 
vilin s'alarga, tout y va'i, il n'est rien de tel qu'un vilain 
qui se met en train. 

Dér. Ao. large. 

Alari (Sent-) , n. pr. Saint-Hilaire, oom commun Jt pla- 
sieurs villages. 

Du lat. miaris. 

Alarja, v. Elargir, nendre plus large, un vêtement, on 
champ, un meuble, un canal, une fenêtre, un trou. 

Dés. ia. Large. 



40 



ALE 



ALI 



Alarmo, j. f. Tocsin. — Ce raot n'a pas d'autre acception. 
Il est formé de à l'armo, aux armes, cri pour courir aux 
armes à i'approclie de l'ennemi. En ital. on dit : Aliarme. 

Mata, i'. Elargir un troupeau, lui donner la clé des 
champs. — Le môme que Alarga. 

Dèr. du lat. adlata, sous-ent. ileJucere. 

Alcovro, j. /■ Alcôve. — Corr. du fr., m. sigu. 

Étym. : al koba ou el-kauf, en arabe, cabinet où l'on 
dort, tente. En esp. Àlcoba et alcova. 

Alédro ou Anédo ou Coutèlo ( K. c. m.), s. f. Narcisse 
blanc des prés, fiarcissus poetieus, Linn. 

Dér. du lat. Albeio, blancheur. 

Alègre, j. m. n. pr. Allègre, commune du canton de 
Saint-Ambroix , arrondissement d'Alais, et nom pr. de 
plusieurs autres villages. Il est aussi quelquefois nom pr. 
d'homme. En lat. on le trouve écrit dans les anciens titres, 
Àlegrium et Alergium. 

Ce nom est assez répandu; mais sa désinence n'est pas 
commune, car on ne la rencontre, dans notre langue, que 
dans pécègre, persica, et iègre, sequi, avec ses deux composés 
coussègre etpérsègre. Cette circonstance, etsurtout la variante 
latine, semblent être l'indice d'une altération ou d'une trans- 
position de lettres dans la terminaison. En ce cas, un primitif 
en èrge se laisserait soupçonner, et, par la prononciation du 
g dur, on arriverait à argue, finale adjective identique à 
argue. Les exemples de ces inversions ne sent pas rares. 

De là, le corps du mot ne présentant d'ailleurs qu'une 
variété d'orthographe bien connue et insignifiante, l'ana- 
logie serait directe entre Alègre, Alèrgue, et Aleyre, et 
Aléirargues, qui ne sont eux-mêmes qu'une forme de 
Alairac {.\ude); Aleyrac (Drôme, Hérault, Haute-Loire); 
Alèira, Alleyrac (Gard) ; Alleyras (Haute-Loire) ; Allerand 
(Marne); Allaires (Morbihan); Alayrac (.\veyron, Tarn); 
Alairas "(Ardèche); AUeyrat (Corrèze, Creuse); Allières 
(Sarthe) ; qui auraient produit, par apocope de l'a initial, 
Layrac (Haute-Garonne et Lot-et-Garonne) ; Leyrat (Creuse) ; 
Lirac (Gard) ; Leran (Ariége) ; Leren (Basses-Pyrénées); Laires 
(Pas-de-Calais); Lairargues (Hérault). Tous ces mots ont, en 
effet, pour racine le at gallicum, de Virgile, al Celtarum d'Au- 
sonne, pour indiquer l'altitude, l'élévation, les montagnes. 
La conformité du nom de notre Aies, Allez, Alais, semble 
encore le ranger dans la même famille étymologique. 

Alémagno, n. pr. Allemagne. — On donne le sobriquet 
i'Alémagno à un Allemand, ou même à quelqu'un qui a 
voyagé et séjourné en Allemagne. 

Aléman, ando, aJj. Allemand. — Las Alémandos est 
devenu le nom d'un quartier où se trouvait une ancienne 
taverne; c'est aujourd'hui une tuilerie à un kilomètre 
d'Alais, sur l'ancienne roule de Saint-Ambroix. 11 doit y 
avoir un siècle à peu près, deux femmes, des Alsaciennes 
peut-être, vinrent là établir une buvette qui attirait les 
chalands. Elles se firent peindre sur la façade de la maison 
par un barbouilleur de l'endroit; cette image, à demi effa- 
cée, se distingue encore : de là le nom, qui s'est conservé. 



Alénga, ado, ailj. Grand parleur, beau diseur ; qui a 
la langue bien pendue, bien affilée ; qui a réjwnse à tout. 

Dér. de Lèngo. 

Alèrto, ailj. seulement fém. Alerte, éveillée, vive, dé- 
gourdie. 

Trad. du fr. 

Aléstl, V. l'répart'r, apprêter; disposer; mettre en état. 

Dér. de Lèsie. 

Aléva (s'), V. Se lever. — Ne se dit que du temps quand 
il tourne au beau, qu'il se lève. 

Algarado, s. f. Algarade; mercuriale, réprimande; re- 
proches bruyants et publics. 

Étym. de l'arabe et de l'esp. Algarada, qui signifie : 
course sur l'ennemi brusque et imprévue. 

Aliboufiè, s. m. Aliboufier ou alibousier, storax, styrax; 
Styrax officinalis, Linn. Arbre de la fam. des Ébénacées. 
Il découle de cet arbre, dans les pays chauds, un suc bal- 
samique connu sous le nom de storax, que l'on conserve 
ordinairement dans des roseaux, calamus ; de là le nom 
de calamité appliqué à cette résine. 

Son étym. serait-elle prise de Aie, haleine et de boufa, 
souffler, à cause de son odeur d'encens ? 

Aligna, v. Aligner, ranger sur une même ligne droite. 
— S'aligna, se battre en duel. 

Dér. du lat. A pour ad, et linea. 

Aliiuâou ! interj. Péj. Alimàoudas l Animal! butor! 
grosse bêle! — Il n'est employé qu'interjectivemeut et 
presque jamais comme subst. 

Corrupt. du fr. Animal. 

Alimase, s. m. Limace, limaçon sans coquille, mol- 
lusque rampant, visqueux. — Marcha coumo tm alimase, 
il marche à pas de tortue. 

Dér. du lat. Umax, venu lui-même du grec XelaaÇ; 
Xsc[X(ûv, pré humide. 

Alin, a:lv. Là-bas. — C'est à tort, selon nous, que Sau- 
vages le traduit par là-dedans. C'est sans doute la termi- 
naison, qu'il a prise pour la'préposilion latine in, qui a 
causé son erreur. 11 est bien certain que alin veut dire là- 
bas, bien bas, plus bas encore que ava// jamais il n'a 
signifié : là-dedans. Il est formé du lat. Ad et imum, au 
fond. 

Aliroù, s. m. Aileron, extrémité de l'aile à laquelle 
tiennent les grandes plumes. — Le mot est formé de même 
que le fr., mais non pas d'après lui : car ici le languedo- 
cien est au moins son contemporain. 

Dér. de Ah. 

Alisa, V. Polir, lisser ; ratisser ; enduire un mur à la 
truelle. Au fig., flatter, cajoler, flagorner quelqu'un pour 
en faire une dupe. — T'alise, Bdoussièïro ! dit-on prover- 
bialement quand on voit faire des compliments à perte de 
vue. Sàoussiëiro, qui est un nom propre, la femme de Bois- 
sier, est mis génériquement; peut-être le dicton faisait-il 
allusion à une anecdote réelle. 

Dér. de Lis, uni, poli. 



ALU 



AMA 



41 



Alisaire, ro, adj. Flatteur, cajolear, cmbauchear. 

DiSr. du procèdent. 

Alisaje, i. m. Enduit d'un mur au mortier fin. 

Alisiè, J. m. — Yoy. Ariguiè. 

Alisqua [s'), V. Se farder, s'ajuster, s'adoniser ; ta pour- 
lôclier comme font les chats. 

D6r. de Liqua . 

Alo, 5. f. Diin. Aléto; pi^j. Àlasso. Aile. — Se dit par 
analogie de choses très-diverses ; Alos d'un capil, bords 
d'un chapeau, dont la forme et l'envergure autrefois, dans 
les cha[)caux à la française, justifiaient l'acception. Àlo dé 
rasin, grapillon, brin qui s'en détache, figurant par à pou 
près une aile. — Voy. Sounglé. 

Dér. du lat. Ala. 

Alongui, s. m. Retard ; délais, lenteurs affectées. — Dé 
qu'anas cirqua tan d'ahnguis? qu'avez- vous besoin de tant 
chercher des retards ? 

Dér. de Long. 

Alor, adv. Alors, en ce temps-là. — Ator .' dans ce cas- 
là ; oh ! s'il en est ainsi. Pér alor, pour lors. 

D6r. de l'ilal. Allora. 

Alouèto, s. f. Alouette ordinaire, alouette des champs ; 
Alaudaarvensis, Tcmm. Oiseau de l'ordre des Passereaux. 
— Syn. Ldouséto. Lou Couléloù, la Couquïado, la Calan- 
dro sontdes variétés de l'Alouette. — V. c. m. 

Dér. du lat. Alauda et de son dim. Alaudetta, qui a la 
raCme sign. 

Alounga, ^'^llongcr, prolonger; retarder, différer; 
rendre plus long. — Aquàfdi pas qu alounga loupoutaje, lou 
pastis, cela ne fait qu'entraîner des retards. — Alounga lou 
pastis, allonger la courroie, perdre du temps volontairement. 

Alounga (s'), v. Prendre le chemin le plus long; tomber, 
s'étendre de son long. 

Dér. de Long. 

Aloongaîre , s. m. Mauvais payeur ; qai prolonge le 
terme du paiement ; conteur, discoureur verbeux qui n'en 
finit pas. 

Dér. de Long. 

Aluïasses , s. m. plur. Compliments intéressés ; belles 
paroles ; détours de paroles, ambages. — Fàou pas ana cérqua 
tant d'aluïasses, il ne faut pas tant de circonlocutions. 

Contr. de Alléluia. 

Alnma, v. Allumer, enflammer, mettre le fen. — H 
parait spécial aux deux locutions suivantes : Aluma la 
clédo, commencer à faire du feu au séchoir à châtaignes ; 
et Aluma lou four d'acdou, garnir le four à chaux. Ce 
qui prouverait sa légitimité languedocienne. Mais on ne 
dirait pas bien : Aluma lou /un, {ou fà, pour lesquels il 
faut préférer Aluba ou Aluqua. — V. c. m. 

Formé du lat. Ad lumen. 

Alnméto, Brouqnéto, Luqnéto, t. f. Allumette, petit 
brin de bois soufré par le bout. Au fig., chercheur de noises, 
boute-feu. — Koy. Brouquilo, Luquéto. 

Dér. de Aluma. 



Aluqna, v. Allumer le feu ou h lampe. — Voy. Aluma. 
On le dit quelquefois pour appeler de l.)in une personne, 
lui crier : ILAtil il.i I la héler. Oa no voit pas trop le rap- 
port entre ces deux significatisns. 

Aluqna (s'), v. S'animer, s'échauffer, en parlant aveo 
feu. 

Dér. du lat. Allueere, on du gr. Xuxvt&u, parf. XcXuj^vcuxa, 
éclairer. 

Alura, ado, alj. Fin, rusé; éventé, étourdi; Inron. — 
Tislo alurado, tête à Tôveut. — Yoy. Lvra. 

\>iT. de Luro. 

Ama, aro, ou Amare, alj. Amer, qui a de l'amertume. 

— Que 6<!ou ama, po pas iscupi dou$, prvb., qui boit 
amer, ne peut pas cracher doux. 

Dér. du lit. Amrirus, qui lui-même vient do mar, mer; 
l'eau de mer étant le type de l'afflcrtumo. 

Amadou, ». m. Amadou. 

Emprunté au fr. 

Amadura, v. Mûrir, rendre mûr; devenir mûr, aboutir, 
apostumer, en parlant d'un abc(>8; s'apprétor, s user. — 
Lou sourél ama luro la frucko, lous blas, le suleil fait 
mûrir les fruits ou les blés. Aquél rouJaïre ama luro, 
est al)cès va alx)Utir. Atçà s'amaturo, ceci s'apprête, dit«a 
quand on commence à être a bout do patience et près 
d'éclater. Mas bra'iot s'amaJurou, mes pantalons s'usent. 

Dér. du lat. Maturare. 

Amadnmn ou Hadnnm, t. m. Maturité, état de ce qui 
est niiir. — Aquélo psro tomba d'amaturun, cette poire 
pourrit d'excès de maturité. Aquéles magnas si foundom 
d'amadurun, y a lon-lén que déouriéou rèstre imbrugas, 
ces vers à soie dépérissent de maturité, on devrait les avoir 
rames depuis longtemps. 

Formé de Malu, venant du lat. Matutare ou mafurut. 

Amaga, v. Choyer, réchauffer, abriter; cacher; couvrir. 

— Amaga un éfan, envelopper un enfant, le dorloter, le 
serrer dans ses bras on sur le sein de sa mère. Lou fid ii 
amaga, le feu est couvert. 

Amaga (s'), v. Se tapir, se blottir dans lue cachette; 
se pelotonner dans un coin ; s'envelopper pour se défendre 
du froid. — Voy. S'amata. 

Dér. du lat. Magale, magalia, mot punique, cabane, 
huttes. Le radical est probablement magus, maga, magi- 
cien, sorcier, fée ; parce que dans l'antique superstition, oei 
êtres fantastiques habitaient les cavernes et les grottes. 

Amaî, adv. Encore; aussi; de plus; davantage; avec; 
même, quand même. — Amaï-maï, bien plus, encore 
davantage. Amaï-maH gn'aguèsse, quand même il y en 
aurait davantage, y eneùt-il plus encore. Amat que, pourra 
que, quoique. Vivo l'amour, amaï que dine, vive l'amour, 
pourvu que je dine, dit le proverbe. Amaï fasen, aossi 
faisons - nous. Amax à vous/ i vous aussi : c'est une 
réponse aux civilités ordinaires entre gens qui se rencon- 
trent ou s'abordent. Bonsouir à touto la eoumpagno. Bon- 
soir à la compagnie, dit le premier interlocuteur; Amai à 



Il AIHA 

vous, lui n^ponil-on, à vons aussi, nous vous disons de 
même. Amaï tus.' Toi aussi, fu quoque! Amaï vendra pas, 
et mfinc il ne viendra pas, vous verrez qu'il no viendra 
pas. Amaï la cassibruto, la canaille avec. Homes, fénnos 
tt lout drôles amaï, hommes, femmes et les enfants avec, 
et môme les enfants. 
Dôr. de Mai, plus. 

Amaigri (s"), i'. Maigrir, se dessécher, dépérir. 
Dér. de aiaïgre. 

Amaira, v. Au prop. réunir un enfant ou le petit d'un 
animal à sa môre. C'est le contraire de Uésmdira. — Y. c. m. 
Au fig. réunir, associer, rassembler. Se dit d'une gerbe, 
d'un fagot, de toute espèce de tiges, qu'on assemble régu- 
lièrement en plaçant tous leurs gros bouts du même côté 
pour les lier plus facilement. 
Dôr. de Maïre. 

Amaïsa, v. Apaiser, adoucir, calmer. — ÀmaXsaùh éfan, 
endormir un enfant, l'apaiser, le consoler, l'empêcher de 
«irier ou de pleurer. Amaïsa la fan, apaiser le premier 
aiguillon de la faim, la calmer. Amaïsa-vous, calmez-vous, 
radoucissez- vous. Lotilén s'amaïso, le temps devient calme. 
L'Aouro t'es amaïsado, le vent s'est calmé. 
Dér. de l'ital. Ammausare, adoucir, apprivoiser. 
Amalâoati, ido, adj. Qui est bien malade, bien exté- 
nué, bien affaibli. 
Dér. de Malâou. 

Amaln, s. m. Hanche, et proprement la tête supérieure 
du fémur. 

Dér. de l'arabe Amaluc, l'os-sacmm ; c'est parext. qu'on 
l'applique à la hanche. 

Amalnga, v. Au prop. déhancher, déboiter le fémur. 
Au fig. froisser, meurtrir, éreinter. 

Dér. sans doute à'Amalu, mais le lat. ad malum pour- 
rait bien ne pas y être étranger. 

Amana, v. Rassembler ; amonceler; amener en un même 
tas; cueillir à pleines mains; serrer, empoigner. — Es pa' 
qui éncaro bien amana, il n'est pas là encore bien en main, 
Wen exercé. Ta fïo s'és pas éncaro amanado, ta fille n'est 
pas encore rentrée à la maison. 

Dér. du lat. Ad manum, soit que manut se traduise par 
main, soit par foule, peloton, botte . 
Amare, ro, adj. Amer. — Voy. Ama. 
La formation du lat. est encore plus sensible dans Amare, 
qui vient de ad et mare. 

Amaréja, v. Etre un peu amer, avoir un léger goût 
d'amertume. — C'est un fréquentatif formé A' Amare. 

La plupart dos substantifs et même des adjectifs sont 
susceptibles, en languedocien, d'être ainsi transformés en 
Terbes. Les verbes eux-mêmes, en prenant la désinence éja, 
se dédoublent presque tous, et deviennent fréquentatifs on 
diminutifs. 

■ Sauvages dit dans ses proverbes : Que plaxdéjo, maldou- 
lijo et tout ce que manjo amaréjo, le plaideur est comme 
le malade, tout ce qu'il mange a de l'amertume. 



AWA 

Amarëlo, t. f. on Amaroù, Thiaspi , Jberis ou Thlaspi 
amara, Linn. Plante de lafam. des Crucifères siliculeuscs, 
qui croit dans les blés, et dont la graine, lors<ia'elle s'y 
mêle, coiniimnique de l'amertume au pain qui eu provient. 

— Voy. Amaroù. 
Dér. de Ama, amer. 

Amarignè, s. m. Souche ou pied de l'osier franc et 
jaune, dont ou coupe les jets chaque année qui servent do 
liens pour les treilles et vignes; Salix amerina, Linn. 

Dôr. d'Amarino. 

Amarinén, énquo, adj. Flexible, pliant comme l'osier. 

— Se dit des diverses cspjces de bois de service qui ont 
la nervure longue, Hexible et non cassante. 

Dér. d'Amarino. 

Amarino, j. f. Osier ; c'est le nom générique. — Vno 
émarino, un jet ou un scion d'osier, coupé pour servir de 
ligature. 

Dôr. du lat. Salix amerina, qui lui-même vient de Ame- 
ria, ville de l'Ombrie, en Italie. C'était dans l'origine le 
Saule d'Ameria, comme l'on dit : le peuplier de la Caro- 
line, le peuplier d'Italie. 

Amaroù, s. f. Amertume, saveur amère. 

Dér. do Amare. 

Amaroù, s. m. ou Amarèlo, Thlaspi, Tlaspi amara, 
Linn. Plante qui croit dans les blés, et produit une petite 
graine qui, mêlée ensuite à la farine, donne au pain ttne 
amertume prononcée. — Yoy. Amarèlo. 

Dér. de Amare. 

Amarougnè, s. m. Marronnier d'Inde, marronnier des 
jardins, arbre magnifique de grandeur, de port, de feuil- 
lage et de fleurs. 

Amarouno, s. f. Marron d'Inde, fruit du marronnier 
d'Inde. — Ce fruit, qui est d'une amertume extrême, n'a 
rien de commun avec le marron, qui est si sucré et si 
savoureux, que par sa couleur et sa formation dans un 
hérisson; le dernier se nomme exclusivement : Dâouphi- 
nénquo. — V. c. m. 

Ici se présente une difficulté d'étymologie que le lecteur 
jugera lui-même. 

Amarouno vient-il A' Amarougni, l'arbre qui produit ce 
fruit, ou bien vient-il de cette amertume, amaroù, qui forme 
son principal caractère et qui fait qu'aucune espèce d'ani- 
mal ne peut s'en nourrir ? Celte dernière solution semble 
si naturelle qu'on serait tenté de l'adopter; cependant il 
devient difficile d'expliquer que l'ainaroujnè et {'amarouno, 
son fruit, aient deux origines différentes. 

D'autre part encore, comment admettre que Xamarougnè 
et le marronnier d'Inde, le môme arbre très-certainement, 
avec leur physionomie si fraternelle de noms, ne pro- 
viennent pas d'une racine comnmne? Or, le marronnier 
d'Inde n'est qu'une variété du marronnier ordinaire, du 
châtaignier à marrons ; et le mol marron, frère et contem- 
porain de l'ital. marrone, vient comme lui du grec dû 
moyen âge (iapp(5v. 



mw 



^m 



Hais, comme il est impossible que le grec, l'italica e^ le 
français, à la fois, soient venus puiser leur étyraologie 
dans II! languedocien omorouno, qui lui-même no représente 
pas du tout le marron doux dont ces diverses langues ont 
voulu parler; il faut en conclure qn'amarougnè dérive du 
fr. marronnier, qui doit w nom à snn fruit, marron, et 
que ce dernier le tient de l'italien et du grec. Àmarougni, 
à son tour, a créé le mot amarouno, qui, du reste, va ft 
merveille à sa nature et n'enlùve pas l'amertume, au con- 
traire, pour n'en pas être issu : le mot signifie innocem- 
ment la chose. 

AmuToxmo se dit aussi : Castagno amaro. — V. c. m. 

Amassa, v. llamasscr, cueillir, faire un amas; mettre 
ensemble ; réunir beaucoup do monde ; entasser, tliésaa- 
riser ; aboutir, abcéder, apostumer. — Voy. Acampa. 
— Amassa d'hèrbos, ramasser des herbes. Amassa la fiêïo, 
cueillir de la feuille de mûriers. Amassa foço argén, deve- 
nir très-riche, amasser une grande fortune. Moun dé amassa, 
mou doigt apostume; le mal que j'ai au doigt aboutit. 

Le lang. amassa, le fr. amasser, l'it. ammassare, dériv. 
tous du lat. massa, masse, amas, ou plut<^t du gr. dtjxsuD, 
j'amasse. 

Amassa (s'), v. S'attrouper, se rassembler. — S'amat- 
sara proù, dit-on d'un absent, il se rendra bien, il reviendra 
au gite. S'amasse un fun dé mound«, il 80 fil un grand 
rassemblement. 

Amassaïre, ro, adj. Entasseur, thésauriseur, quand il 
est etnploy^ s^h#» Lorsqu'il est question de vers à soie, il 
signifie : les gens qui cueillent la feuille de mûriers, quoi- 
qu'on n'y ajoute pas le mot fièïo. 

Amassaje, s. m. Action de ramasser, de cueillir; frais, 
coût de la cueillette. — Voy. Acampaje. 

Amata (s'), v. Se tapir, se blottir, s'aplatir; s'humilier 
de crainte ou de respect. — L'aï amata, je l'ai confondu, 
je l'ai maté, aplati. S'amatou dé pôou, ils se cachent de 
peur, ils se tapissent de frayeur. — Voy. S'amaga. 

Dôr. de Mato. 

Amatl, ido, alj. Dru, épais. — Se dit d'an pré bien 
gazonné, bien tallé, et aussi du pain massif et gras-cuit. 

Dér. de JUato. 

Amatina (s'), v. Se lever matin; se mettre de bonne 
heure à l'ouvrage ou en voyage. 

Dér. de Htati. 

Ambre, s. m. Amble, allure du cheval entre le pas et 
le trot. 

Corr. du fr., qui dér. lui-même du lat. Ambulare. 

Ambre (Leva 1'), v- Être fin et rusa au dernier degré, 
an-dcia même de la délicatesse. — C'est une phrase faite, 
contraclive d'une plus longue. On sait que l'ambre, quand 
il est échauffé par la friction, soulève et attire môme d'as- 
sez loin une paille. I>c peuple, qui croit voir 1,1 un signe 
de sa finesse, dit proverbialement : Es fi coumo l'ambre, 
lèvo la païo^ puis, dans l'usage particulier, il a syncopé la 
phrase, et pour exprimer la finesse poussée à l'cxUême, 



quand le fr. «e contentait de : fin comme l'ambre, le lan- 
guedocien a exagéré et a voulu dire : plus fin que l'ambre, 
une finesse qui lèverait l'ambre lui-mémo. On comprend 
que, jouant sur le mot, il s'agit ici de finesse morale, et 
c'est de celui qui la possède à un très-haut degré qu'un dit: 
Uvo l'ambre. 

Dér. de Ambra, bass.-lat. ; ambre, eu catal. ; anbar, eo 
arabe. 

Ambrièi (Sent), i. m. n. pr., Saint-Ambroix, ville, 
commune et canton de l'arrondissement d'Alais. — Voy. 
BUiou. 

Dit. de Sanctus Ambrosiut. 

Améchi, ido, adj. Qui a les cheveux plats et embrooillés; 
mal peigné. — Sauvages, qui écrivait à ime époque où 1» 
coiffure était relevée, retapée, boncléc, crêpée et poudrée, 
concevait la négligence des cheveux améchis par leur apla- 
tissement sur le front, d'où ils retomliaient en mèches sales 
et irrégulières. La coiffure actuelle a dû amener une entente 
différente du mot améchi, qui n'est au fond que le désoidrs 
dans les cheveux. 

Dér. du fr. Mèche. Il ne peut venir du subs. méeho, qai 
ne signifie quo la morve du nez. 

Amélan, s. m. ou Abérlénquië, Amelanchier, CraUtgut 
amelanchier, Linn. Arbrisseau de la fam. des Rosacées, 
dont le fruit est nne petite baie, nommée abérlmquo, iff^ 
au goût. — Voy. AbérlénquU. ., 

Dér du gr. ixrjXta, pomme, et i^tX'"* étrangler; ponuni 
qui serre la gorge. 

Amèn, s. m. Fin d'une chose; ainsi soit-il. — Dirp 
amèn à toutes cdousos; consentir a tout ce qu'on propot^ 
accepter toute condition, approuver le bien et le mal. Jut- 
qu'amèn, jusqu'il la fin des fins, sans fin, jusqu'à l'éter- 
nité ; de jusqu'à amén. 

Reproduit du mot hébren : Amen, fiât, ainsi soit, ainii 
soit-il, qui termine toutes les oraisons latines de l'Eglise. 

Amende, s. f. Amende, punition pécuniaire au profit 
du fisc, qui n'a rien de comniim avec les dommages et 
intérêts dus à la partie civile. 

Dér. du lat. Emendare. 

Améndri, v. Abaisser, diminuer le prix. — N'a pas da 
tout le sens du fr. amoindrir, et ne s'emploie guère qn* 
pour exprimer un abaissement de prix d'une marchandiaft. 
— An améndri /ou pan, le prix du pain est diminoé. , 

Dér. de Méndre. 

Aménla, (. m. Sorte de marbre commun dans le Gard ; 
brèche, sorte d'amygdaloïde; poudingue composé de pl«- 
sieurs cailloux cimentés ensemble par un gluten aussi dur 
que la pierre. 

Dér. A'Aménlo, parce que ces différents cailloux ressen- 
blent anx amandes qui sont noyées dans le ciment da 
nougat. 

Aménliè, 5. m. Amandier; Amygdalus commiinif, LioA. 
Arbre de la famille des Rosacées. , 

En esp. i(mcn(/ro, du lat. Amygdalus ; du gKC fy^tàok». 



44 



AMI 



AMO 



Aménlo, i. f. Ammdn, fruit de l'amandier. 

Même diT. que le prie. 

Aménloù, ». m. dira. d'AmirUo. Petite amande. C'est 
propremenl la pulpo de l'amande, le fruit dans la coque. 
Il est également applicable à l'amande de tous les fruits à 
noyau. — Lorsque quelqu'un, après avoir fait de grosses 
pertes au jeu ou dans le commerce, réalise un menu gain, 
on lui dit ironiquement : Éngriisso-té, perlé, aqui un 
aménloù, engraisse-toi, avare, voilà une amande. Peut-être 
le mol perlé, qui est devenu une qualification usuelle de 
l'avare, prend -il son origine dans ce dicton. Peut-être 
vient-i' au-ssi d'un idiome quelconque, où, dans un temps 
donné, perlé signifiait à la fois cochon et avare. Le fait est 
que dans la formule de ce proverbe, il semble que c'est 
d'un porc qu'il est question, comme le mot éngraïsso-té 
l'indique. 

Aménuda, v. Couper à plus petits morceaux ; amincir ; 
émincer, amenuiser; retailler, recasser. — Yoy. Aprima. 

Dér. de Sfénu. 

Amériquèn, èno, adj. Américain ; qui concerne l'Amé- 
rique. 

Trad. du fr. 

Amériquo, s. f. Amérique, partie du monde. — On dit 
d'an homme trop fin, trop rusa eu affaires, trop âpre à la 
curée, trop peu délicat : A pas bésoun d'ana en Amériquo 
pir faire fourtuno, il n'a pas besoin d'aller en Amérique 
pour faire fortune. 

Amérita, v. Mériter, être ou se rendre digne de. — 
Âquà i amerito, il a bien mérité son sort ou sa punition, 
cela lui va bien. Aquà t'amérito, ta as bien gagné ce qui 
l'arrivé. 

Dér. du lat. Uereri, meritus tum. 

Amérites, t. m. plur. Mérite, ce qui rend digne d'estime 
et de considération. 

Dér. de Amérila. 

Améstïo, j. f. Amnistie, pardon, exemption de peine. 

Corr. du fr. 

Ami, igo, $. et adj. Dim. Amigué, amigoù, amigouné, 
amigueto, amigouno, amigounéto. Ami, amie ; petit ami, 
cher petit ami. — Sfoustù moun ami, est une phrase 
explétive qu'on ne peut traduire par : monsieur mon ami, 
qui n'a aucun sens en fr. ; elle revient à celle-ci : ah ! certes ; 
ab 1 oui vraiment ; ah I je vous en réponds ! 

Dér. du lat. Amicui. 

Amiada, v. Caresser; flatter; pateliner, amadouer. — 
Toy. Lavagna. 

Dér. de Ami. 

Amiga (s'), v. Se lier d'amitié avec quelqu'un; se faire 
nn ami. 

Dér. de Ami. 

Amigué, éto, t. et adj. dim. — Toy. Ami, de même 
que pour les autres dim. et doub. dim. 

Aminça, o. Amincir, rendre plus mince; émincer, cou- 
per par tranches minces; menoiser. 



Aminça (s'), v. Devenir mince; maigrir. 

Dér. du lat. lUinuere. 

Amistanço, i. f. Amitié, attachement ; affection ; rap- 
ports d'amitié ou d'amour. Au plur., Àmistanços signifie: 
caresses, amitiés, cajoleries. 

Dér. de Ami. 

Âmistoiis, oaso, adj. Dim. Amistousé, éto. Amical, 
caressant; doux; qui témoigne de l'affabilité. — Et pa$ 
gdire amistoùs, il est d'humeur revêche, brutale. 

Dér. de Ami. 

Amitié, s. f., ou mieux : Amitiés, au pi. Amour, affec- 
tion, attachement, tendresse. — Ne se dit que de l'atta- 
chement entre personnes de sexe différent. C'est cette 
affection douce, raisonnable et matrimoniale qu'éprouvent 
les gens simples du peuple, après une assez longue fréquen- 
tation. Il est fort singulier qu'en languedocien AmitU 
signifie amour, et que Amour signifie amitié. 

Dér. de Ami. 

Amo, I. f. Ame; esprit; cœur; conscience. — Rendre 
l'amo, mourir, expirer, rendre l'àme. Par une alliance de 
mots assez bizarre, on dit ; Vn sacre-moun-amo, pour : 
im tapageur, hardi, audacieux, effronté. — T-a pat amo, 
pas âme qui vive. 

Dér. du lat. Anima. 

Amouchouna, v. Mettre en tas, réunir des objets épars 
en monceaux ; froisser, friper; mettre en bouchon du papier, 
du linge, etc. 

S'amouchouna. Se blottir dans un coin; se ratatiner; 
se pelotonner ; se courber comme fait un vieillard. — Yoy. 
S'acrouchouni. 

Dér. de Mouchoii. 

Amoula, v. Aiguiser, émoudre, avec une meule tour- 
nante et non avec la pierre à aiguiser ; rendre tranchant 
ou pointu sur la meule. 

Dér. de Molo. 

Amoula, v. Agir lentement, lambiner; lanterner. 

Dér. de Mol. 

Amoolaire, ro, s. et adj. Remouleur, ëmouleur ; lambin, 
lent, qui va, parle ou agit lentement. 

Amoulè, t. m. Remouleur, gagne-petit. — Ce mot est 
plus technique que Amoulaïre. Celui-ci se dit de toute per- 
sonne qui aiguise ; Amoulè est le nom particulier de la pro- 
fession. 

Dér. de Amoula. 

Amoulouna, v. Amonceler, mettre en tas, en meule; 
entasser ; rassembler, réunir en masse. — Ce mot entraine 
l'idée d'une plus grande dimension que Amouchouna ; 
comme sa racine mouloii est plus grande que mouchoù, 
qui n'est qu'un petit tas, un bouchon. 

S'amoulouna. S'amonceler, en parlant de la foule, 
s'entasser ; et aussi se rabougrir, se recroqueviller, se mettre 
en peloton, en parlant d'une seule personne. 

Amonn, adv. Là-haut; au ciel; vers le nord. 

Dér. du lat. Ad montem. 



AMO 



AMO 



if> 



Amoandâoa, adv. Là-haut; an ciel. Augmentatif cl 
réduplicalif de Amoun, couiiiio si l'on disait : là-haut au 
haut. 

Amounéda, ado, adj. iUcbe en espèces ; lain., en gros 
sous ; pùcunicux. 

DéT. de Mounédo. 

Amounina (s'), v. Dovcnir effronté. — Se dit d'une nile 
trop délurée, trop hardie, trop gar^nniôre pour son Âge. 

Dér. de Mounino. 

Amountagna, v. Envoyer ou conduire un troupeau dans 
les hautes iiiuutagnes pendant la canicule. — On fait une 
différence dans les foires entre le bétail qui a passé l'été 
dans les montagnes, et celui qui est resté dans le pays. 
Celui-ci a la laine plus mate, moins de vigueur, et les brebis 
■ont moins précoces à mettre bas que celles qui tout 
amountagnadoi . 

Amoantagnaje, $. m. Action ou habitude d'envoyer 
les troupeaux dans les montagnes ; frais de pâturage des 
pacages; et aussi frais que l'on paie au raaitre berger ou 
batte qui garde plusieurs troupeaux sous sa respousabihté. 

Amour, t. m. En poésie, ce mot répond bien au fr. 
Amour dans ses diverses acceptions; mais dans le style 
ordinaire, il exprime : Affection, attachement, tendresse, 
pris d'une manière générale ; on ne l'emploie jamais avec 
la signification française de Atnour. On dit d'un homme, 
d'an valet, d'un chien : Èi $ant amour, il n'a nul atta- 
chement, il ne s'attache à rien ; il ne consulte que son 
intérêt, son big^tre, son égoïsme. La poésie a ses privi- 
lèges et ses licences : elle a fait d'amour une passion, un 
sentiment, tandis que dans le langage commun, amour ne 
l'entend que des attentions, des soins affectueux, de ces 
préférences souvent personnelles et de cet empressement 
sympathique, mais plutôt naturel que passionné. 

Pér amour dé, prép. A cause de ; en considération de. 
— Pér amour dé vous, à votre considération. Pér amour 
d'a^à, en considération de cela. On supprime quelquefois 
le mot pér : Amour dé rire, amour dé parla, comme on 
dit en fr. histoire de rire, histoire de parler. 

Amoara, v. Emousser ; faire perdre la pointe ou le tran- 
chant à un outil, à un clou, à tout objet pointa ou tran- 
chant. 

Dér. de Uouru. 

Amoara, v. Rapprocher, joindre ; mettre nez-à-nez, l'un 
contre l'autre. — Aquélo p^ro amouro pat prou, cette 
pierre ne joint pas suffisamment. 

Dér. de Mouri. 

Amoara (s'), o. Boire à même ; donner du nez à terre; 
tomber sur la face ; se heurter du nez en se rencontrant 
avec quelqu'un inopinément; ou contre une porte, un 
arbre ou un mur. — S'amoura dou fiatquou, boire aa 
goulot de la bouteille; dou fera, en trempant la bouche 
dans le seau ; dou vala , au ruisseau , en se coudiaut i 
plat ventre. 

Dér. de Moure. 



Amoaracha (s'), v. S'amouracher de.. S'engager en une 
folle passion. Tout comme en fr., ce terme ne s'emploie 
qu'en mauvaise part. Il exprime une inclination de liaul 
en bas, à l'cnuoiitrc d'une personne inférieure, soit en con- 
dition, soit en considération ]icr8onnc!le. 

Formé eiitièrcinent du fr. 

Amoorèléto, i. f. Morelle; Solanum nigrum, Linn. 
Plante du la famille des Solanècs, commune le long des 
murs ou sur le bord des chemins. La même que lu Pùso- 
ean. — V. C. m. 

Ëtym. du gr. <i|uiup^, sombre, noir&tre. 

Amoariè, <. m. Mûrier; Uoruê, Liiui. Cet arbre, qoi 
joue un rôle principal dans les préoccupations du pays, 
offre deux espèces et un tms-grand nombre de variétés. 
Le mûrier noir, JUorut nigra, Linn., qui se plante dans 
les terrains les plus arides, est impropre à l'éducation des 
vers à soie, à cause de la dureté et de la grossièreté de sa 
feuille, dont les fibres et les nervures sont trop ligneoses 
à sa maturité. Il produit la inùro noire employée à faire 
les conserves et les sirops de mures. Les Cévennes avaient 
autrefois beaucoup de mûriers noirs qui ont dit céder la 
place au mûrier blanc, if oru<a/ia, devenu si populaire et si 
vénéré denosjours.Cependantlecnlte, ou laculturedu mû- 
rier, est suivi avec moins de ferveur et est menacé d'aban- 
don, Uuilla persistance des maladies des vers àsoie, l'insucoës 
des éducations ontjcté de découragement dans les pays séri- 
cicoles. Il n'y a pas vingt ans, même dans les montagnes, 
le moindre coin de terre, une aiifractuosité de rocher étaient 
utilisés, et un mûrier était planté, cultivé, élevé, et pros- 
pérait dans la plus petite place ; aujourd'hui on a des pré- 
férences pour la vigne, et l'agriculture de nos contrées 
cévenoles semble tendre à se modifier profondément. 

Amouro, *. f. Mûre, fruit du mûrier et de la ronce. — 
Celle du mûrier blanc est blanche, douceâtre, fastidieuse ; 
les porcs en sont friands ; mais elle est rare, parce qu'on 
la fait tomber avant sa maturité en cueillant la feuille. 
Elle ne mûrit que sur quelques arbres qui restent sans être 
dépouillés. — L' amouro d'aroume , la mûre de la grande 
ronce; l'amouro dé bariat, la mûre de buisson : elle vient 
presque par grappes, noire et douce ; l'amouro dé damt, 
la mûre de la ronce rampante, qui croit dans les champs : 
elle est aigrelette et agréable au goût. 

Étym. du lat. Uorum, mûre, dér. du gr. à^uivpit, sombre, 
noir. 

Amoaroiis, oaso, adj. Mollet, souple, moelleux ; doux ; 
aimable. En lang. l'acception de : Amoureux, qui a de 
l'amour, ne vient que par imitation du fr. — Amouroùt 
eoumo un bartas, par contre-vérité, doux comme an fagot 
d'épines. 

Amoarousl , o. Rendre souple, ramollir ; assouplir ; 
adoucir. — Dé part amourouti, du pain ramolli par l'ba- 
midité. 

Dér. de Amouroùi. 

Amoartl, «. Amortir; calmer; éteindre; enlever la 



4« 



Mi 



^m 



vivacité, l'ardonr, la violence; reodre plus faible. — 
Àmourti un co, affaiblir, amortir la portée d'un coup. La 
bulo s'amourligué sus soun mantèl, la b,llle ne put tra- 
verser son manteau, elle fU balle-morte. Amourii soun co, 
appesantir un coup de hache ou de houe sans tirer à soi la 
terre ou l't'clal de bois. 

Diir. du Mort. 

Âmourtièïra, v. Garnir de mortier, fixer avec du mor- 
tier. — Bien amourliiira, âmourtièïra à pérpàou uno bas- 
tisso, en)j)loyer sudisainment do mortier, noyer convena- 
blement les moellons dans le mortier, de manière à ne pas 
laisser des vides dans les joints. 

Dér. de Slourliè. 

Âmoussa, v. Eteindre; calmer; maler; réduire au 
silence, faire taire. — Amoussa lou fid, lou lun, éteindre 
le feu, la lampe. Fasiê bi dé soun crano, mais Vaguer» lèou 
amoussa, il faisait le crâne, mais j'eus bientôt rabattu sou 
caquet. 

Dér. de l'it. Amorsare. 

Âmoustéll (s'), V. Maigrir; devenir fluet; prendre un 
visage pointu comme une belette. 

Dér. de Moustèlo. 

Amoutéli, ido, adj. Grumelé; foriqé en grumeaux, ep 
caillots. 

Dér. de iloutél. 

Amoutà, ido, adj. Gazonné; devenu herbeux; tallé. — 
Se dit d'un pré qui est assez foulé, tassé, pour pouvoir Être 
lirrosë. 

Dér. de Mouto. 

Amusa, u. Amuser, divertir; occuper an jouant; faire 
prendre le change ; tenir le bec dans l'eau ; ' distraire quel- 
qu'un pour l'empêcher de voir clair à ce qui se passe. 

Dér. de l'allem. Musen, être oisif. 

Amusamén, s. m. Amusement ; cp qui amuse; passe; 
temps; action de tympanisor quelqu'un. — ; Fâou paf 
préne a(juù en amusamén, il^ne faut ,p^ h prendre en 
plaisanterie. 

Amusan, anto, qdj. Amusant, divertissant ; qui fait 
passer le temps. 

Amuséto, J. f. Jouet; bagatelle. — Saïqueméprénespér 
toun amusHo? tu veux sans doute faire de moi ton jouet 4 

An, suffixe qui provient du lat. anus. anum. 

Notre langue doit beaucoup au latïn : elle lui a pris dos 
inots et presque toutes les désinences qui s'ajoutent au^ 
radicaux pour constituer des mots. Mais le celtique, qui 
fut son élément natif, lui a laissé a\issi certaines de s?s 
formes, d^ ses inlonatiops, 4e ses constructions. Nous aurons 
plus d'une occasion de signaler cette fusion des deux languesi 
leur existence parallèle, et de suivre à ces" lueurs la marché 
qui les a fait arrivera notre languedocien moderne; surtout 
dans les suffixes, ces syllabes accessoires qui s'attachent 
à un radical pour en étendre et en modifier le sens; et.dans 
les noms propres de lieu, toujours significatifs ,' plus 
inaltérables qu'aucun autre qaot. — Yoy], Agno. 



Pour adjectivcr un substantif, pour marquer le rapport 
d'une personne ou d'une chose à l'objet auquel elle appar- 
tient ou dont elle dérive ou fait partie, les Gaulois se ser- 
vaient de la terminaison ac ou ec ajoutée au mot ; les lan- 
gues néo-celtiques, le bas-breton et l'armoricain ont 
conservé cette forme. Rome victorieuse , en iiuposant sa 
langue à nos contrées méridionales, les premières soumises, 
et à toute la Gaule, n'abolit jias ceppudant l'idiome national. 
Elle avait surtout à respecter les aiipollations locales, sous 
peine de ne pouvoir plus ni s'entendre ni se reconnaître ; 
mais, par droit de conquête, elle leur imprima le cachet 
propre de son génie. Sa formule générale était dans le? 
finales us et um avec la même portée que ac et ec; mais 
elle avait plus particulièrement anus et anum, d'une iden? 
tité très-rapprochée. Ainsi commença à se latiniser le gau,T 
lois. Dans la catégorie que nous étudions, un nom ou un 
mot se rencontrait-il en même temps dans les deux idiomes, 
de signification et de structure pareilles, la terminaison 
caractéristique latine était jointe i sa finale locale, par luitJ 
sorte de pléonasme de suffixes ; était-il purement celtique, 
à radical barbare, sans correspondant latin, on le traduisait, 
ou bien le vainqueur se l'appropriait par l'addition du suf- 
fixe, à lui propre, en anus et anum. Les mômes procédés 
de formation et de composition des noms comnmns et des 
noms propres persistèrent tant que dura le contact et la 
promiscuité des deux langues. C'est pour cela que l'emploi 
de l'une ou de l'autre de ces formes ne détermine ni l'âge 
ni la date d'un mot, non plus que d'une dénomination 
locale. Mais par là aussi se compremient assez bien le^ 
variantes qui s'attaquent à la finale en laissant partout invar 
riable le corps même des mots. On trouve, dans le Midi, 
la désinence ac, abrégée pour nous en a simple, ailleurs 
changée en at, qui représente le celt. ac ou ec, en lat. acuf 
cl acum, à. côté d'une localité à finale en an. altération de 
anu,s et anum, analogue aux précédentes. Ici encore cette 
dernière finale est souvent reproduite par anicœ. dériva- 
tion directe ; et la langue vulgaire, au moyon-âge, traduij- 
sait en anègues, doux notre languedocien a fini par faire 
qrflue, pans le nord de la Gaule, le latin ayait aussi ses 
finales constantes en acuni et anum ; nvjis le roman et le 
français leur ont substitué des finales en e, y, ies, etc. Oif 
en conclut avec raison que tous ces suffixes sont de môme 
valeur et égaux entre eux. — Yoy. l'art. Agno, et ppur 
les çxejnples, Iç^ Ba,ots Jf<(ir<j^a,^Jf^r%nar3ues, S4oi*y 
vagna. et autres. , , ,,,■■/ 

Le suffixe an = anus, anum, = ac. ec, == acus, acnm, 
marquç une idée de collectivité, de provenance, de pro- 
priété. Lou fédan, lou pian, lou fémélan, lou mioulan sont 
4es substantifs col^ecliJ's pour dire : les brebis, les fillt^ 
}es femmes, Iç^. b^te^ de Irai^ et de soinrae, en général, 
Comme expression 'du sens de propriété, toutes lesvariantes 
5je reproduisent flans beaucoup do noflis de lieu. -— Yojfj 
Martignargue, Massïarguo, Pâouia, Sdouvagna . Qlo„ 
Lédignan, Poumpignan, et autres. 



ANC 



AND 



47 



Ad, s. m. An, année. — L'an dé dai-ldi, l'aïuiéc avant- 
derniôre ; il y a deux anâ. Anlau, l'an dernier. — V.c. m. 
Ùavah antan , il y a deux ans. HiuSi fui un an, aujour- 
d'hui il y a un an. Couménço sous ans pér calémlos, il 
COniptc ses anniîcs à partir de la .Noël. L'an ddou bissés, 
l'année bisscxlile. — Voy. Bissés. 

D6r. du lat. Ânnus. 

An, 3""' pers. plur. indic. prés, du verbe Àvédre; ils ou 
elles ont. 

Ana, V. Aller; marcher; avancer; se mouvoir; se trans- 
porter d'un lieu dans un autre ; changer de place du point 
où l'on est i un autre ; s'étendre an loin ; être contenu, 
renfermé ; entrer. — Vùou à la mésso, je vais à la messe. 
Vas à Paris, tu Vas à Paris. Va» vite, il marche vite. Anén 
plan, allons lentement. Anas-y, allez-y. Anérou dou mazé, 
ils allèrent à la campagne. Y-anan ana, nous y allons \ 
l'instant, nous nous y rendons sur l'heure. Faï pas gu'ana 
et Déni, il ne fait qu'aller et venir. Vaï d'aïcl dou pn foun, 
il s'étend d'ici au fond. Vai bas, il plonge profondément. 
tout aqud anara pas dinc aquél sa, tout cela n'entrera pas 
dans ce sac, ne peut être contenu dans ce sac. Aquélo rolo 
txiV pas, vai mdou, ce rouage ne marche pas, manœuvre 
mal. 

S'ih-aha. S'en aller; partir; disparaître; quitter lui lieU; 
et quelquefois simplement aller. — La taquo s'és in-anado, 
la tache a disparu. La couloù s'én-vaï, la couleur s'clTace, 
se ternit. On dit d'un malade : S'én-vaï tant que po, il 
dépérit à vue-d'œil, il marche à grands pa4 vers la fosse. 
Lou ta s'én-vaï en aïgo, le lait tourne en petit-lait. On dit 
d'Un domestique à gages : s'én-vai, il quitte ses maîtres ou 
il est renvoyé. Lou fia s'én-vaï, le feu s'éteint faute d'ali- 
ment. Aquél éfan couménço à s'én-aha soulé, cet enfant 
commence à aller, h marcher seul. Tout soun bon-sén s'és 
én-ana, tout son bon sons est parti. Coumo n'én-van lout 
o/"a'»rej ? comment vont les affaires? Coumo n'én-vàiT quelle 
tournure cela prend-il ? 

D6r. de l'ital. Andare. 

Ana, s. m. Manière d'être, de vivre; étal de santé. — 
Aqud's soun ana, c'est sa manière d'être ou de faire. Mé 
démundè moun ana, il me demanda des nouvelles de ma 
santé. — On dit aussi subsl. faï l'ana et lou véni, il fait 
l'aller et le retour ; lou vai et lou vèn, le va-et-vient. 

Anchoïo, s. f. Anchois; Clapea encrasicholus , Linn. 
Petit poisson do mer, sans écaille , que l'on sale pour man- 
ger cm. Il ne faut pas confondre Vanchoïo avec la sardo, 
qui n'a rien de commun avec la première que la saumure. 
' — A lous mis bourdas d'anchoïo, il a les yeux rouges, 
diassieux et éraillés. Esquickas coumo d'ancho'ios, pressés 
comme harengs. 

Étym. du cclt. Anchova. 

Ancien, èno, aJj. Vieux, vieillard; ci-devant, ancien. 
— Moun ancien, mon père ou mon aïeul. Es vn ancien, 
c'est nn vieillard. 

Emprunté an fr. 



Anciènéta, s. f. Mode ancienne, et non ancienneté ou 
antiquité. 

Foririé de Ancien. 

Ancro, ». f. Encré, liqueur noire pour écrire. — M4 fat 
sùsa l'ancro, il me donne une peine horrible. 

Dér. de l'ital. Inchiostro. 

Ancro, t. f. Ancre de navire, instrument de fer, i bran- 
chi?s aiguës, qu'on jette an fond de l'ean pour arrêter les 
vaisseaux. 

Dit. du lat. Anckora. 

André, n. pr. m.; au féin. Andrèïo. Dim. m. Andréné. 
Andrissé; dim. f. AndrSiélo, Andrènito. — H est & 
remarquer que te fém. Andrè'io ne se donne qu'à la femme 
d'André, et non point pour prénom à une fille. On appelle 
Andréïéto ou Andrènéto la fille ainée d'André, lorsque 
celui-ci est On nom patronymique. 

Andrion (Sent-), n. pr. de lieu. Saint- André : nom 
connnun à plusieurs villages. 

Andronno, i. f. Cul-de-sac; plus particulièrement la 
petite ruelle, ou espace vide, qu'on est obligé de laisser 
entre deux maisons qui ne veulent pas de mitoyenneté, et 
par où s'écoulent les eanx des toits. C'est ce qu'on appelle 
en termes de coutume : le tour ou le pied de l'échelle. Oii 
lui donne aussi le sens de : latrines, privé, lieux d'aisance. 
Dans cette acception, étym. du grec ivSpùv, lieu écarté, 
petite salle réservée aux hommes, qui est traduit aujour- 
d'hui dans les gares de chemin de fer par : Côté des hommes, 
même sign. Dans la bass. lat., Androna. 

Andusén, énquo, adj. D'Anduze ; qui habite on qui con- 
cerne Anduzc. 

Anduso, s. f. n. pr. Anduzc, ville du département du 
Gard. — Si l'on voulait se contenter de la forme latine de 
ce mot pour expliquer sa dérivation et sa forme actuelle, 
rien ne serait plus simple que de rapprocher du lat. Anda- 
tia, le fr. Anduze, et le lang. Anduso, et l'analogie démon- 
trerait seule la parenté et la descendance en ligne directe. 
Le mot, quoique venant de loin, n'a pas assez changé sor 
la route pour n'être pas d'abord reconnu. Sur un petit 
monument en marbre, conservé au musée de Mmcs, se 
trouve inscrit à la tête d'un groupe de plusieurs noms de 
localités gallo-romaines, le nom à' Andusia, sur l'attribu- 
tion duquel à l'Anduze moderne aucune contestation ne 
s'est élevée. Depuis cette époque, le nom est fidèlement 
reproduit par les plus anciens cartullaircs , et presque 
sans altération il est arrivé jusqu'à nous. Ix;s Romains 
avaient donc un poste militaire, un campement d'une 
certaine importance qu'ils appelèrent Andusia, sur l'empla- 
cement de la ville actuelle, on un peu an-dessus vers le 
sommet dit de Saint-Julien : d'anciennes constructions, 
des médailles et des antiquités trouvées sur ce point 
ajoutent à la dénomination elle-même la certitude de l'occu- 
pation. 

Mais la difficulté étymologi(ine n'est pas résolue. Les 
vainqueurs de la Gaule se montraient surtout jaloux d'im- 



48 



ANE 



ANI 



poser aux noms de lieux des pays soumis la forme qui con- 
venait au génie de leur langue : do \^ celte terminaison 
latine qu'ils donnèrent à ce mot. Or, la localilt;, comme 
toutes les autres inscrites sur le monument antique du 
Musftp, faisait partie du territoire des Volces An'ioomiquos, 
qui avait des villes ou des bourgs assez nombreux. Par con- 
séquent, elle avait aussi, comme les autres, son nom gau- 
lois ou celtique, quand les Romains vinrent l'occuper et 
la classer : et c'est dans le plus ancien idiome national que 
sa racine doit se retrouver. 

Heureusement ici se rencontrent des similaires qui peu- 
vent mettre sur la voie, et faire déterminer sa forme pri- 
mitive. Sur deux autels votifs découverts dans le Midi, et 
qui portent des inscriptions, on lit : Andosso et Andose; 
une autre inscription, remarquable par ses noms gaulois, 
mentionne également la forme Andos. Enfin, un cippe 
funéraire du Musée de Nimes rappelle encore mieux le 
nom latinisé, en écrivant : Andus. Ce ne sont là, sans 
doute, que des rapprochements, dos termes de comparaison ; 
mais ils permettent d'admettre avec la plus grande proba- 
bilité que la forme celtique d'jlnf/us/a al Andos o\i Andus. 
Le premier radical and, haut, élevé, se retrouve avec cette 
même signification dans beaucoup de langues anciennes. 
La désinence os et «j serait réduplioative avec le même 
sens. Les deux montagnes d'Anduze, entre lesquelles coule 
le Gardon, l'emplacement de la ville, nous paraissent auto- 
riser parfaitement cette étymologie et lui donner une signi- 
fication caractéristique. L'origine antique du nom et son 
application ne peuvent pas être douteuses. 

Anédo, s. f. — Voy. Alédro. 

Anèl, s. m. Anneau, bagne, boucle d'oreille. 

Sén-Jan-das-Anèh, n.pr. Saint-Jean-de-Marvéjols, com- 
mune de l'arrondissement d'Alais, canton de Barjac. On 
l'appelle aussi : Saint-Jean-des-Anneaux, parce qu'autrefois 
on y fabriquait quantité de bagues de crin, qui étaient un 
des principaux objets de commerce à la foire qui s'y tient 
le 29 août. 

Dér. du lat. Anellus, dim. de annulus. 

Anéla, v. Boucler; anneler; tourner en volute. — On 
dit proverbialement d'un homme qu'on ne peut décider à 
terminer une affaire : A lou màou dé la qud d'un por, 
anèlo toujour et Jamaï noun nouso, il est comme la queue 
d'un porc qui s'entortille et ne se noue jamais. 

Dér. de Anèl. 

Anèlo, j. f. Anneau de rideau ; virole de tonte sorte 
d'outils. — Anèlo dé pèout, boucle de cheveux. 

Dér. du lat. Anellus. 

Anéqnéll (s'), ». S'exténuer, s'amaigrir de faim, de 
froid, de manque de soins ; devenir à rien. 

Dér. du lat. Nihil, ou de née alere, nec alitus. 

Anén, ^" pers. plur. impér, du v. Ana. Allons. Se prend 
souvent comme interjection. — Anén à la fon, allons à la 
fontaine, .inén.c/tu, allons! silence. ^Ins'n/ xou.' pirvétre, 
idiotisme : fa! voyons donc ! Anén/ vendra pas, il ne viendra 



pas; il faut en prendre son parti. Anén/ moun home, ou 
fas bii)n, c'est cola, mon garç m, tu le fais bien. 

Anfèr, *. m. Enfer; lieu où les damnés éprouvent un 
supplice éternel; diable, diablotin; fosse d'un pressoir \ 
huile, où l'on fait écouler les eaux de la cuve, après en 
avoir enlevé l'huile à la surface. Ces eaux ainsi rejetées 
contiennent encore do l'huile, que les employés du moulin 
recueillent quand elles sont repjs^es ; mais cette huile der- 
nière est toujours plus ôpaiss?, plus chargée et de qualité 
inférieure; on l'appelle : OH d'an/èr. 

Dér. du lat. Inferi. 

Anfln, alv. Enfin ; à la fin, en dernier lien. 

Formé du lat. In fine. 

Anfla, t) Donner, appliquer un soufflet ; souffleter. 

Dér. du lat. Iri[i;gsre, appliquer, frapper violemment; ou 
peut-être de inflare, faire enfler, grossir, parce qu'un souf- 
flet très-fort fait enfler la joue. 

Anfle , t. m. Soufflet sur la joue. 

Angle, s. m. Angle, ouverture de deux lignes qui se 
rencontrent ; coin, recoin. — Angle dé ro, couches et veines 
de terre végétale qui se trouvent dans les diverses assises 
d'un rocher. 

Dér. du lat. Angulus. 

Angles, s. m. Créancier ficheux, importun. — L'origine 
de ce mot vient évidemment d'un temps où, en France, 
on ne connaissait pas de rencontre ou do vue plus déplai- 
sante que celle d'un Anglais, maitre du territoire. 

Angles, éso, adj. Anglais, anglaise, qui est d'Angle- 
terre. 

Angléso, s. f. Redingote, dont la forme et la coupe ont 
été importées sans doute d'Angleterre. 

Anguièlén, énquo, adj. Qui tient de la forme et de la 
naturjde l'anguille. — Se dit au prop. et au fig. de quel- 
qu'un ou de quelque chose, long et menu, qui échappe 
facilement , qui glisse en se tordant, qu'on ne peut saisir. 

Dér. de Anguièlo. 

Angnièlo, s. f. Anguille, lUurœna anguilla, Linn. Pois- 
son, de la famille des Pantoptères et de l'ordre des Holo- 
branches, qui habite non-seulement la mer, mais les lacs, 
les étangs, les rivières et les ruisseaux. 

Dér. du gr. fyysXu; , d'où le lat. anguilla, ou de 
anguis. 

Anlmâon, àondo, adj. Péjor. Anim&oudas. Grosse bête; 
grossier, brutal. — Alimâou n'est que la corruption de ce 
mot, et il ne s'emploie que par interjection. — V. c. m. 

Dér. du lat. Animal. 

Anls, s. m. Anis, Pimplnella anisum, Linn., delafamille 
des Ombellifères. Plante aromatique originaire d'Egypte, 
dont la graine est une des semences chaudes. — Le» 
semences, plutôt que la plante elle-même, sont ainsi 
nommées. 

Dér. du gr. Svmow. 

Anisèto, ». f.. on mieux Nisèto. Anisette, eaa-de-ris 
anisée. — C'est l'absinthe des gens du peuple. Étendue d'eau. 



ANN 



ANU 



4» 



elle est exlrêmcment rafraichissanle cl désaltère beaucoup. 
— Voy. Kisèto. 

Dér. (le Anis. 

Anisses, s. m. pi. Laine ou poil d'agneau, qui sert à 
faire les chaiwaux de feutre les plus grossiers, qu'on nomme 
cha|XMu\ de laine. 

Dér. (lu lat. Agni, gi^n. d'agnus. 

Anitor, 5. m. Crosson des jardins, cresson alënois, nasi- 
tort; Lepiilium salivum, Linn. Plante do la famille des 
Crucifères, iwtagère, qu'on met daus le bouillon et dont 
on mélange la salade de laitue. 

Corr. du fr. Naiitori , peut-être aussi dér. d'Anh, dont 
il a un i^u la saveur. 

Anje, ou mieux Anjon, ». m. Dim. Anjouné. Ange, 
créature spirituelle d'un ordre sup<'!rieuràriiumanité. Petit 
ange, se dit souvent des petits enfants. — Anjou boufaril, 
c'est une de ces tôtes d'ange, sans corps, avec des ailes, 
qu'on trouve dans les tableaux et dans l'architecture 
d'église, toujours Ixiuilies et qui semblent souffler, comme 
les têtes de vent qui viennent du paganisme. On dit d'un 
enfant joufflu et vermeil : Sembla un anjou boufarèl, et 
d'un joueur qui a tout perdu et se retire de la partie, nu 
et déjwuillé : Anara coucha émbé lous anjout. 

Dér. du lat. Angélus. 

Anjèlus, s. m. Angélus, prière que les catholiques fon* 
en l'honneur de la sainte Vierge, le matin, à midi et le 
soir. Désigne aussi le point du jour et la nuit tombante ; 
la sonnerie qui .innonce l'heure de cette prière. 

Dér. du lat. Angélus. 

Anjou, s. m. — Voy. Anje. 

Anjouné, ». m. — Voy. Anjt. 

Anjounén, énqno, adj. Angélique, qui tient de l'ange, 
qui appartient ou qui est propre à l'ange. 

Dér. de Anjou. 

Annadiè, dièïro, adj. Qui n'est pas pareil, qui ne pro- 
duit pas également ch.ique année ; casuel. — L'ouliviè es 
bien annadiè, l'olivier ne produit p<is tous les ans, il est 
soumis k bien des éventualités. — Dans le même sens, on 
dit d'un homme d'humeur inégale, qu'es joumàii, il est 
journalier. 

Dér. de Annado. 

Annado, ». f. Année; annuité. — Ce mot n'est pas 
employé comme synonyme de an pour le comput du temps, 
mais simplement pour l'ensemble des récoltes de l'année. — 
Aourén uno bono annado dé bla, nous aurons cette année 
une bonne récolte de blé. L'annado dàou fanfaroù, fou 
péïsan béguè prou ; celle phrase proverbiale, empruntée à 
la sagesse des anciens, signifie que lorsqu'il y a abondance 
de fanfaroùs au printemps, il y aura une bonne récolte 
de vin. fy'oy. FanfaroiiJ. L'annado se présenta bien, il y 
a bonne apparence de récolte cette année. 

La bono annado, la bonne année ; souhaits du premier 
jour de l'an, dont le protocole est : Vous souhète la bono 
annada, acoumpagnado dé fosso d'àoulros. La plupart du 



I 



temps on supprime cette finale, et l'on dit simplement : La 
bono annado acoumpagnado. 

Dér. du lat. .innus. 

Anno, s. f. n. pr. Dim. Annélo, Kanoun, Kanéto. Anne, 
Annette, n. pr. do femme. 

Anoonça, v. Annoncer, faire savoir; publier; pronos- 
tiquer, présager. — S'anounçabièn, se produire avec avan- 
tage; s'exprimer avec facilité et élégance. 

Em|>riinlé du fr. 

Anonncies, ». m. pt. Bans de mariage; publication de 
mariage. — An erida sous anouneits , on a publié ses bans. 

Dér. du lat. Nuntiare. 

Anqnado, s. f. Fessée ; claques; coups de la main sur 
le derrière. — Ficha uno anquaJo, donner une fessée ; fouet- 
ter avec la main sur les fesses. Cette expression n'est usi- 
tée qu'à rencontre d'un enfant. 

Dér. de Anquo. 

Anquo, ». f. Au sing. Fesse; au plur. Lat anquos sont 
les hanches, partie latérale du bassin située au haut de la 
cuisse. 

Dér. de la bass. lat. Anca, m. sign., ou du gr. itp^y, 
angle saillant. 

Ansin, adv., ou Énsin, Énsindo. Ainsi, de cette ma- 
nière, de celte façon; c'est pourquoi, de même. — Pir 
ansin, par conséquent, partant. — Aquà's pas ansin qu4 
fôau faire, ce n'est )as la manière de faire cela. Ansin 
siigue, ainsi soit-il. Crise que siis un pàou ansin, je crois 
que tu rêves, que tu radotes : euphémisme délicat. 

Dér. du lat. In et sic. 

Antan, adv. L'an dernier; autrefois, jadis, ancienne- 
ment. — En vieux fr., on disait antan, comme on le voit 
par ce dicton encore admis : Je m'en soucie comme des 
neiges à'antan. — Davan-antcm, adv. L'année avant-der- 
nière. Mas amours d'antan, mes vieilles amours. 

Dér. du lat. Antè annum. 

Antièno, ». f. Antienne; mauvaise nouvelle, commis- 
sion fâcheuse ; demande pénible. — Paurta l'anlièno, faire 
une commission désagréable pour celui à qui elle s'adresse; 
solliciter. 

Empr. au fr. 

Antifo (Batre 1') , v. Battre la campagne, courir les 
champs. — Phr. faite, mol d'argot français. 

Antignargne, ». m. n. pr. de lien. Antignargues, ha- 
meau dépendant de la commune d'Aigremont, canton de 
Lédignan, arrondissement d'Alais. En lat. Antinhanica et 
Entrinnanicœ : roman , Entrinnaniguts. 

Dér. du cclt. Ant, and, anti, devant, en avant; avec la 
désinence lat. anica, transformée par la langue vulgaire 
en anègues et argues. — Voy. Argue. Ses analogues se 
retrouvent dans Antignac (Hérault, Cantal, Haute-Garonne): 
dans Antignate (Lombardo-Vénétie) ; dans Antigni ou Anti- 
gny (Vienne, Vendée, Côte-d'Or), et dans Antin (Hautes- 
Pyrénées). 
Annïa ou Anuèja, v. Ennuyer, causer de l'ennoi; fati- 

1 



50 



AOU 



AOU 



guer. — Tout aquà m'anuïo , tout cela m'ennuie, me 
fatigue. 

Anoïa (s'), v. S'ennuyer, languir d'ennui; perdre le 
goût d'une chose dont on a usé longtemps. 

Dér. du gr. ëvvoia, tension d'esprit, application forcée. 

Anuè, adv. — Voy. Agnttè. 

Annècha (s'), v. — Yoy. Agnuècka fs'J. 

Aou, particule et art. sing. masc. au datif. Au. Il est 
la contraction de à lou pour former le datif. Aou s'emploie 
quand le subst. auquel il s'applique, commence par une 
consonne. Au plur. datif, il fait eu, contraction de 
à tout, aux; comme le dat. sing. fém. à la, donne o 
las, aux, pluriel. — Aou puple, au peuple, as puples, 
aux peuples ; à la fénno, à la femme , à las fénnos , aux 
femmes. 

La chute de 1'^ du radical primitif al a produit la con- 
traction dou, dipht., qui se prononce par une seule émis- 
sion de voix, et dont la première voyelle est tonique pa r 
l'accent circonflexe. Ce qui motiverait assez bien, au moins 
pour l'article, la manière d'écrire que nous préférons . — 
Foy. M. 

Mais cette forme, qui est également appliquée aux 
voyelles e, i, o, alors qu'elles deviennent aussi diphthon- 
gues par l'adjonction de la consonnance ou, a été l'objet de 
vives critiques. Avant de justifier des motifs qui nous font 
rester réfractaire aux réformes en vogue, qu'il nous soit 
permis de présenter, in limine litis, un exposé de quelques 
principes généraux sur la matière, préliminaire indispen- 
sable de toute discussion. 

Notre Dictionnaire, par droit de naissance, avait son 
orthographe toute faite dans la nomenclature dressée par 
La Fare-Alais. Ce catalogue, patiemment élaboré sous le 
contrôle d'une critique que l'intimité rendait plus rigou- 
reuse parce qu'elle était plus libre et plus familière, n'avait 
pas seulement en vue de relever un à un tous les mots de 
notre dialecte, de juger de leurs droits à l'admission ou de 
prononcer leur rejet définitif. Il avait encore fallu, pour 
les enregistrer dans un ordre régulier, déterminer exacte- 
ment la forme et la structure de chacun : leur classement 
posait donc les bases de notre méthode orthographique. Le 
savoir du maître et son goût éprouvés donnaient à ce pre- 
mier travail une irrécusable sanction. Nous pouvons dire 
cependant que cette nomenclature nous était imposée 
moins par déférence pour son autorité, que par une con- 
viction réfléchie de suivre, en l'adoptant, la système le 
plus clair, le plus rationnel et le meilleur. 

Avec une langue comme la notre, qui n'a ni alphabet 
propre, ni règles précises, ni syntaxe bien arrêtée ; qui est 
beaucoup parlée sans avoir presque de prose écrite ; qui 
ne s'est produite an dehors que par une merveilleuse poésie 
partout chantée; mais qui veut se faire lire et comprendre, 
■et qui mérite d'être étudiée ; un dictionnaire n'a qu'une 
voie à prendre, celle qui rapproche autant que possible 
récriture de la prononciation. Par cela que, dans notre 



idiome essentiellement musical et euphonique, le sens d'un 
mot dépend le plus souvent du son qui lui est imprimé en 
parlant, il est nécessaire que la lettre écrite soit la pein- 
ture de la voix entendue. Chaque terme, chaque syllabe, 
figurés par les signes convenus et usuels, doivent se pré- 
senter avec un relief tel qu'ils puissent d'abord être ôpelés 
sans hésitation, puis liés régulièrement, enfin prononcés 
comme l'usage demande et vent qu'ils soient articulés. 
Saisir rapidement l'œil, la voix et l'oreille pour arriver par 
le plus court chemin à l'intelligence, c'est le but que se 
propose notre Lexique. L'orthographe phonétique est donc 
la seule que comporte notre idiome : voilà le principe. 

Seulement la règle est dans la mesure et ne peut se sou- 
tenir que par des tempéraments. Une rigidité absolue n'a 
rien-de pratique dans les conditions de l'idiome méridional; 
et l'éclectisme large et simple que les Castagnados ont for- 
mulé, lui convient mieux de tous points. Certes, si nous 
avions à mettre en œuvre les richesses enfouies de l'an- 
cienne langue d'Oc , avec ce trésor-là, et en dépit des acces- 
sions nouvelles que le temps et les mœurs nous ont impo- 
sées, nous n'aurions pas hésité à relever le vieux pavillon, 
à proclamer une syntaxe et une orthographe spéciales, à 
arborer des principes radicaux et inflexibles. Mais nous 
n'en sommes pas à avoir une langue-maitresse et, comme 
on dit, suijuris; nous ne sommes plus le roman. Il n'y a 
pas d'illusion patriotique à se faire : notre idiome s'est 
transformé ; sa configuration doit se ressentir du change- 
ment, s'il y a progrès. Soit que, remontant aux mômes 
origines, le français et le languedocien aient gardé l'em- 
preinte de leurs éléments primitifs ; soit que l'action des 
mêmes influences ait agi sur eux d'une manière presque 
identique au moment de leur seconde formation, dans leur 
passage du roman au langage actuel; soit que, par le 
contact forcé, des infiltrations aient pénétré de l'un dans 
l'autre ; le fait certain est que bien des mots se retrouvent 
dans les deux langues, sans qu'il soit toujours facile de 
reconnaître à laquelle appartient la primauté de composi- 
tion, ou si la greffe n'a pas une date contemporaine. Celte 
catégorie de vocables ne saurait manquer d'engendrer cer- 
taines conformités d'orthographe. Il s'en rencontre d'autres 
que l'usage a mis dans la circulation, qui se sont natura- 
lisés et qui ont actjuis droit de cité. Si nous voulons un 
Dictiomiaire complet, nous devrons leur faire place. 

Cet état de choses était de nature à mitigcr notre rigo- 
risme. Sauvages, il y a cent ans, avait déjà été amené à 
faire des concessions. Nous avons une instinctive antipa- 
thie, égale au moins à la sienne, pour les travestissements 
à la française de nos techniques ; mais la crainte de nous 
confondre avec le français nous préoccupe moins. Surtout 
le désir de donner à notre langue originale une physio- 
nomie plus originale encore, ne nous conduira pas à défi- 
gurer certains mots, au point de dérouter l'œil le plus 
exercé, ni à compliquer certaines liaisons de syllabes par 
l'introduction de lettres parasites ou biz^-res, pour la seule 



AOU 



AOtt^ 



«elisfactlon de ne pas créer des ressemblances graphiques, 
quand il y a au fond analogie de provenance et de consan- 
gainitc. 

Si, avec Sauvages, nous reconnaissons que toutes les 
lettres doivent être prononcées, encore faut-il, croyons- 
nous, n'écrire que colles qui se prononcent, qui sont suffi- 
santes, de par l'alplinliet, à constituer le son juste. En tout 
ce qui ne lilesse pas le génie de la langue, il n'y a pas péril 
ft se montrer facile, et nous indiquons comme exemple la 
dipht. ai. — Voy. Ai. 

Mais à.part cotte exception, c'est toujours la prononcia- 
tion vers laquelle converge notre orthographe et qui loi 
sert de guide. 

Nous entendons les docteurs és-grammaire s'écrier : 
mais les étyniologies que vous sacrifiez avec votre sys- 
tème phonographiqne ! mais les homonymies qui vont 
pulluler, semer partout la confusion et nous précipiter 
dans le chaos ! Nous tomlx)ns dans l'abomination de la 
désolation prédite par Ch. Nodier. 

Ces anathèiiies no seraientjias effrayants, ni ces griefs 
très-sérieux, n'étaient le pédantisme et le paradoxe qui les 
ont parfois éloquemment enflés ; mais que les timorés se 
rassurent. 

La part des étymologies est largement faite dans notre 
lexique; au-dessous de chaque vocable est, autant que 
possible, plact5e sa dérivation. Les lettres étymologiques 
savantes ne disparaissent-elles pas on parlant? Pourquoi en 
surcharger le mot écrit? Ne serait-ce pas le plus sur moyen 
de le rendre inintelligible à la lecture, introuvable à. la 
recherche la plus obstinée, et d'en fausser l'épellation ? 
Dans les cas si fréquents d'apocope et d'aphérèze, de syn- 
cope et de métathèse, de mutation, de transposition, d'ad- 
dition ou de suppression de voyelles et de consonnes, quel 
serait le parti à prendre pour éviter le barbarisme en écri- 
ture ou la cacophonie dans la parole? Les savants auraient 
bien fait de commencer par résoudre ces difficultés. 

Quant aux homonymies, avec une orthographe pure- 
ment phonique, elles existent au môme degré dans l'écri- 
ture comme dans la prononciation , pour la vue et pour 
l'ouïe. Eh bien! après? Dans le langage parlé quelle est la 
confusion possible? Dans la phrase écrite d'où peut nnitre 
l'incertitude ou l'obscurité? Avec notre méthode d'accents 
et de tréma, il n'y a pas de mot absolument homographe. 
Sur les mômes lettres, la notation donne le sens; tonte 
amphibologie est prévenue par l'accent. 11 n'y a, pour s'en 
convaincre, qu'à le voir fonctionner, par exemple, dans 
babo et babd, béou et bèou, coulou et cou/où, tén et tèn, 
vin et vèn, fto et fia, léngado et léngadà, etc., etc. — Voy. 
au mot Acén. 

Là est, en effet, le point capital. L'accentuation est le 
vrai génie de la langue d'Oc. C'est par l'accent que se 
module la gamme harmonique de sa vocalisation ; l'accent 
qui marque la tonalité de ses cadences brèves ou longues, 
sonores ou muettes : il est l'àme de notre langue. 



Comme disait le maître, notre idiome c vocalise platàt 
qu'il n'articule. > Sa parole est une musique et une mé- 
lopée : il ne faut pas l'oublier. .Mais son chant, si doux à 
l'oreille, a pour se traduire aux yeux une notation : poor 
son parler écrit, cette notation est l'alphabet. 

La langue d'Oc n'a pas un instrument fait exprès pour 
elle ; elle a partagé avec la langue d'Oil l'usage de l'aa- 
cien alplialiet latin ; les mômes combinaisons de signes 
produisent à peu près les mêmes effets. Nous no voyons, 
pour notre ])art, aucun mal à ce qu'elle s'empare et se 
serve d'un bien qui lui appartenait un peu aussi ; n'eùt- 
elle même pas été la première à le posséder. Aujourd'hui 
c'est peut-être pour elle la seule condition possible de 
vivre, de se faire comprendre et étudier, de se ré|)andre 
par le monde et d'y faire figure. Elle a donc sagement agi 
d'en adopter les formes ; elle a fait mieux encore de suivre 
son mouvement, de mettre à profit sa valeur et ses perfec- 
tionnements. Quel regret aurait-elle de cette communauté, 
si les caractères de l'alphalMt français en usage peuvent 
représenter tous les sons languedociens et reproduire fidè- 
lement sa prononciation ? 11 sera môme facile de prouver 
qu'elle y a gagné d'exprimer certaine consonnance qui lui 
était particuUère et qui n'existait pas en latin. — Voy. 
lettre V. 

Maintenant, à la question de notre article, que ces pré- 
mices auront simplifiée. Comment faut-il écrire les diph- 
thongues ou triphtbongues dans lesquelles se rencontre la 
consonnance ouf Nous ne parlons que de la première 
forme sur a ; les autres e, i, o viendront en leur lieu : elles 
ont toutes d'ailleurs les mômes raisons d'être. — Voy. Eou. 
diphth. 

11 s'agit d'tine diphthongne, ce qui signifie une syllabe 
unique composée de deux sons. La voyelle a, éclatante, 
sonore, n'est pas en litige; mais comment doit être repré- 
sentée la seconde, voyelle sourde et aphone? 

Rien ne parait plus simple quo la réponse, s'il est bien 
convenu, une fois pour toutes, que les mots doivent être 
figurés tels que dans l'usage on les articule; que la pro- 
nonciation doit être rendue de la manière la plus facile, la 
plus perceptible au plus grand nombre ; qu'enfin le seul 
véhicule connu et pratiqué doit ôtre l'alphabet français. Il 
n'y a pas à vouloir se soustraire à cette loi do la nécessité, 
ni à s'en humilier. Ce n'est point an tribut de vassalité 
payé au français , mais le partage d'un héritage commun. 
Que l'on s'en plaigne, à la bonne heure : ce peut ôtre un 
agréable exercice d'esprit. Que l'on trouve une regrettable 
imperfection à ne pouvoir exprimer chaque son simple par 
un signe unique, et que, par exemple, dans la conjoncture, 
l'abréviation grecque u (ou) qui ferait si bien , ne soit pas 
admise chez nous; nous nous gardons d'y contredire. Mais 
nous n'en serons pas moins tenus, quel que soit notre dia- 
lecte, de nous servir de ce que nous avons et comme nous 
l'avons ; et il faudra bien s'en contenter. Il semble donc 
qu'il devrait suffire de savoir comment l'alphabet fran- 



52 



AOU 



AOU 



çais traduit en lettres le son qui se fait entendre nette- 
ment, isolément, à la finale de notre diphthongue, pour 
décider que la langue d'Oc doit l'écrire de même. Or, la 
voix u est représentée par un seul caractère : la vocale ou 
a besoin de deux signes, mais n'en est pas moins une : et 
l'une et l'autre ont leur son spécifique, particulier. Nous 
entendons et nous prononçons u et ou, voyelles, sans les 
confondre ; écrivons donc et notons avec des signes diffé- 
rents des sons distincts. L'orthographe vraie de la syllabe 
sera donc dou. 

La déttuclion est rigoureuse et logique. Elle avait frappé 
sans doute Lien des auteurs et des plus recomniandables, 
glossatcurs et poètes , qui professaient la nécessité d'écrire 
comme on prononce, lorsque de notre temps on a essayé de 
changer tout cela, non pas en attaquant le principe, mais 
en imaginant une exception qui le renverse. 

l'ne nouvelle école proclame que la voyelle « se pro- 
nonce, en effet, toujours comme en français, hormis les 
cas ou elle suit immédiatement une autre voyelle ; car alors 
elle doit prendre le son ou; et il faut écrire au, eu, eu, tu, 
du, diphthongues, et tau, iéu, ièu, iàu, triphthongues, au 
lieu de àou, éou, èou, iou, ôou, et idou, iéou, iûou. 

Voilà l'inéluctable Schibholeth en écriture, posé d'auto- 
rité à l'entrée du cénacle, où nul ne pénètre sans sou- 
mettre, au culte et à la pratique de ce symbole, son esprit, 
sa foi et sa plume. C'est l'heureux commencement, le pivot 
fondamental de l'unité orthographique des dialectes de la 
langue d'Oc, ont décidé les puristes réformateurs. 

Ce dogme, d'assez fraîche date, est soutenu à la vérité 
par des hommes d'un incontestable talent, sinon par des 
arguments bien solides ; mais il n'est pas si absolu qu'il ne 
souffre des atténuations, ni si vrai qu'il ne se contredise 
souvent lui-même. On lui a fait une histoire, ce qui donne 
toujours un certain crédit ; il a trouvé des partisans, ce 
qui ne manque jamais aux plus étranges doctrines. Ne 
parlons pas des convertis du premier degré, qui longtemps 
avaient écrit ces diphthongues comme ils les articulaient, 
»ans doute avec la conscience de bien faire et la certitude 
d'être compris, et qui depuis, illuminés par un rayon d'en- 
hant, se corrigent eux-mêmes, et dans leur ferveur de néo- 
phytes, affrontent le douloureux martyre de ne plus pou- 
voir être lus. Ne relevons pas chez les adeptes du second 
degré ces scrupules qui leur font admettre l'application du 
système à la voyelle a, tandis qu'ils la rejettent pour les 
autres. Les résipiscences conmie les divergences prouvent 
ceci: que l'orthographe dou a eu et aura toujours sa raison 
d'être, et qu'il n'est pas aussi sur que la réforme par au 
puisse également bien justifier de la sienne. 

Nous regardons cette prétendue innovation comme une 
hérésie grammaticale de la plus grosse es{)èce. Elle mène 
tout droit à la cacophonie, ce que notre langue redoute le 
plus; elle introduit forcément l'exception dans l'exception, 
ce qui est un danger et un signe de décomposition pour 
B» idiome [ elle se met en révolte ouverte avec l'usage et 



le sens commun, et finit par ne tenir aucun compte de» 
lois de la liaison, du rapprochement, de la combinaison et 
de la valeur des lettres. 

Il est facile de poser en théorème que la voyelle u prend 
le son ou, quand elle se trouve placée après une autre 
voyelle ; mais rien n'est moins réfléchi, ni moins véritable. 
U existe une famille nombreuse et très-intéressante de 
mots dans lesquels l'euphonie caractéristique de Vu simple 
ne peut pas disparaître. Nous ne tenons pas compte de 
quelques noms propres, comme Esaii, Danaiis, Emmaiis, 
Antinous, etc. ; mais Marins, si commun en Provence ; 
mais Darius, Durius, Vius, etc., fréquents dans le Bas- 
Languedoc, mais tant d'autres à désinence identique, qui 
reviennent si souvent dans les traductions des anciens 
auteurs, il n'est pas aussi commode de s'arranger avec eux 
si l'on veut prononcer correctement et suivre les préceptes 
des novateurs. De quel droit sacrifier encore cette classe 
de substantifs communs, d'adjectifs et de participes, ter- 
minés en aiu, èïu, èïun, ïun, aïur, ïur, ïus, ïuro, ïuso, etc., 
comme douréïu, oreillard ; béstiu, bestial ; caXHus, chétif ; 
iscouhïun, balayures ; éscafouïun, écrasement ; aïul, aïeul ; 
iuèl, œil ; maliuga, rompre ; méssius, messieurs ; hiuèt, 
aujourd'hui; liuèn, loin; huiél, bourgeon, œil; s'aïuêncha, 
s'éloigner ;6aïuérno, étincelle ; ;)ar£uro, gageure; cadiueisso, 
cosse de pois; taïu ou aia:iu, bière, cercueil ; tfiun, éplu- 
chures; triuèjo, truie ; vièïun, vieillesse, etc., etc. ? Certes, 
s'il en fut, ceux-là ont un u qui suit immédiatement la 
voyelle ; et personne ne s'avisera jamais de faire entendre 
ou en les prononçant. La conclusion est claire. 

Cependant comment une erreur de ce calibre a-t-elle 
pris naissance et crédit ? Simplement parce qu'on a évo- 
qué le souvenir des troubadours classiques, qu'on a démon- 
tré qu'ils n'avaient pas écrit autrement ces syllabes diph- 
thonguées, et qu'on a voulu s'autoriser de leur exemple 
constant. 

L'argument, pour être le seul qui se soit encore produit 
en faveur de ce système, n'est pas heureux. Son moindre 
défaut est d'avoir trop oublié que les troubadours écri- 
vaient avec l'alphabet latin et qu'ils prononçaient à la 
mode latine. La langue romane employait les formes et 
les lettres romaines. Or, le latin qui ne connaissait point 
le son de Vu simple, avait cependant ce signe u qui son- 
nait partout et invariablement ou, isolé, précédé ou suivi 
par une voyelle ou une consonne. En italien, en espagnol, 
en portugais, langues néo-latines. Vu français, qui n'existe 
pas non plus, a conservé la prononciation qu'il avait chez 
les Romains. Au contraire, dans la langue d'Oc, le son u 
est ancien : on le fait remonter aux Gaulois. Il est dans 
son génie, et il est impossible de ne pas le maintenir. Mais, 
comme pour exprimer ce son u, la langue d'Oc manquait 
d'un caractère spécial, ou, pour mieux dire, n'avait à sa 
disposition, dans l'écriture, qu'une lettre destinée à repré- 
senter deux voix différentes, force était bien à ceux qui 
écrivaient de mettre un u dans les mots dont la pronon- 



AOU 



AOU 



53 



ciation devait faire entendre ou, comme dans ceux, où la 
voyelle avait le son actuel. Cet usage s'est prolongé long- 
temps : il expli(iue l'ancienne manière d'écrire des trou- 
badours , mais il est loin de prouver qu'on doive la préco- 
niser et la reprendre. 

Aujourd'hui, en l'état des conventions et des combinai- 
sons aliihahéliques (jui n'-gisscnt la langue d'Oc, il n'est 
plus jwruiis do revenir aux. vieux errements. A moins de 
réformer l'alphabet adopté, et nous n'en sommes pas là, si 
la langue d'Oc veut se faire lire et se faire comprendre à 
la lecture, elle sera tenue d'écrire par le signe convenu la 
voyi'llo qui devra être prononcé.! comme l'u français, et de 
même pour la voyelle ou, formée de la jonction de deux 
signes, mais ne produisant qu'un son simple, entier, indé- 
pendant ; et ce sera une règle générale, sans exception, bien 
que l'mio ou l'autre vocale soit précédée ou suivie d'une 
voyelle ou d'une consonne. — Voy. Eou, diphth., /, Ou, 
V, voyelles. 

Que l'on consulte donc l'oreille et la prononciation, c'est 
tout ce que demande notre idiome, essentiellement eupho- 
nique. Sauvons son autologie, sans cesse menacée par les 
envahissements du ÎSord ; mais soyons de notre époque, et 
sous prétexte d'unité, ne faisons rien do rétroactif, la pire 
des conditions. N'essayons pas de ressusciter des formes 
surannées, ne latinisons pas notre orthographe, si nous 
voulons prouver que notre langue d'Oc est toujours vivante 
et qu'elle produit encore des chefs4'œuvre. 

Aou, 5. m., au plur. Aousses. Toison de mouton on de 
brebis ; rcnscmble de la dépouille d'une bèto à laine prise 
isolément. — L'dou ne comprend que cette partie do la 
toison qui se tient toute et ne forme qu'un corps, déduction 
faite do la laine du ventre, des jambes et do la tête, qui se 
coupe en détail, par flocons et se nomme : Flouquarii. 

Dér. du béarn. Àoulha, brebis, du lat. Ovieula, et Ovit. 
— Voy. Àbé\è. 

Aoubado, ». f. Aubade; concerts, musique, sérénade au 
point du jour sous les fenêtres d'une jeune fille ou d'une 
personne que l'on veut honorer. — 11 se prend souvent, 
par antiphrase, pour une insulte publique ou une scène de 
moquerie ou de reproches. — Voy. Bév&è. 

Dér. de Aoubo. 

Aoobala, v. Dévider la soie, la doubler et la tordre fai- 
blement, lui donner un faible apprêt, sur des bobines qui 
tournent fixées à un grand métier, Vdoubalo, mis en mou- 
vement par l'eau, la vapeur ou des chevaux, et qui est de 
forme ovale. 

Dér. du fr. Ovale, qui est le mot technique de ce métier. 

Aoubalaïre, airo, adj. Celui ou celle qui sert un métier 
de soie dit ovale. 

Aoabalaje, s. m. Œuvre que donne à la soie le métier 
dit ovale ; moulinage de la soie destinée à la confection des 
bas de métier. 

Aoobaléstriè, ièîro, subst. et adj. Étourdi et maladroit 
i la fois; jeune gars sans frein et sans mesure. 



Ce terme de mépris est une suite du décri où étaient 
tomt)és nos archers qu'on nommait au moyen Age, en langue 
romane, doubaléttriés, arbalétriers. Comme la guerre, à 
cette époque, se faisait principalement au moyen de ia 
cavalerie, les hommes d'armes, les archers , milice à pied, 
étaient peu considérés, mal exercés et partant peu utiles, 
ce qui devait seul étouffer chez cc.s soldats tout germe de 
courage et tout désir de se distinguer. Leur nom et jusqu'ft 
celui de mairai qu'on donnait à leur flèche, devinrent en 
Languedoc des termes d'injures ; tandis que chez les Anglais 
les archers étaient la meilleure et la plus utile de leurs 
milices, témoins les batailles de Crécy et de Poitiers. 

Aoubaléstriè, (. m. Arbalétrier, pièce de char|)enterie 
d'un comble; ferme on assemblage qui soutient la couver- 
ture, formé de deux pièces obliquement placées, qui vont 
s'emmortaiser du haut avec le poinçon ou pied-droit et par 
le bas avec la ferme décrivant avec elle un triangle. 

Dér. à' Aoubaléitro. 

Aoobaléstriè, t. m. Grand uiartùiet, martinet à ventre 
blanc Cypselus alpinus. Temm. Oiseau de l'ordre des 
Passereaux et de la famille des Planirostres. Gris uniforme 
sur toutes les parties sui)érieures, la gorge et le ventre 
blancs. Son nom lui vient de ce qu'eu déployant les ailes 
il rappelle la forme d'une arbalète. 

Aoobaléstro, s. f. Arc d'acier monté sur on fdt, qu'on 
tend au moyen d'iuie corde, servant à lancer des flèches 
nommées matrai. 

Dér. de la bass. lat. Arbalitta, formé de arcu-balitta. 

Aoubalo, (. f. Ovale, métier à doubler et à tordre la 
soie. 

Empr. an fr. 

Aoubé, inlerj. Oui ; oui vraiment. — Aoubi tant ! oh I 
certes oui ! Aoub'aquà ! pour cela, oui 1 je vous le promets. 
Aoubé taHque ! oui, sans doute. 

Formé par syncope de Oui ou ha et de M. 

Aoubécho, j. f. Aubier d'un arbre, couche ligneuse 
entre l'écorce et le cceur de l'arbre ; elle est plus blanctie, 
plus tendre et plus poreuse que ce dernier, parce qu'elle 
est plus récente de formation. Les planches prises dans 
l'aubier sont plus sujettes à ia vermoulure. — Voy. Aou- 
béneo. 

Dér. du lat. Alburnum . 

Aoobél, V. Obéir; agir selon un ordre reçu; céder, 
plier. 

Dér. du lat. Obedire. 

Aoubéîssén, énto, adj. Obéissant, soumis ; maniable. 

Aoubéïssénço, t. f. Obéissance, soumission ; habitude 
d'obéir. 

Aonbénas, t. m. n. pr. Aubenas, ville du Vivarais. 
dans le département de l'Ardéche. — On remarquera que, 
pour tous les noms de heu qui commencent par un a, on 
ne place pas au-devant la préposition à, correspondant an 
lat. ad, et l'on ne dit pas à AlaU, à Aoubtnat, à Avi- 
gnoun, parce que cette réduplicatioa de la même voyelle» 



54 



AOD 



AOU 



quelque chose de heurté pour l'oreille languedocienne. 
Mais on emploie la préposition en, répondant au lat. in, et 
l'on dit : Ydou en Alais, en Aoubénas, en Anduso, en 
AHe. Il n'en est pas de même pour les noms de lieu com- 
mençant par une autre voyelle ; car on dit très-bien : à 
Vsèt. à lousé, à Vchâou, à Orléan. 

Le mot languedocien Aoubénas est exactement reproduit 
par son équivalent latin Albenacium ou Albenassium. C'est 
pour la première syllabe, le changement, très-commun 
dans notre idiome, de al en âou, rendu par au en fr., ce 
qui ne se fait pas non plus sans une certaine réciprocité. 
Quant à la terminaison as, ce n'est pas ici un fréquentatif, 
mais une variante du suffixe celtique primitif ak, vulga- 
risé dans la forme latine acum, assium. Le mot lui-même 
est le gaulois alb, le même que alp. signifiant sommet, 
haute montagne, et blanc, couleur de neige ou couvert de 
neige. Sa parenté est nombreuse ; aux désinences près, on 
la reconnaît dans les noms identiques : Albénas, en Pro- 
vence; Aoubénas, arrondissement de Forcalquier (Basses- 
Alpes) ; dans Aubeignan (Landes) ; Aoubigna (Gard), en fr. 
Aubignac; qui se retrouve dans Aubignac ou Albignac, 
Albiniacum. arrondissement de Bourges; Albignac, Albi- 
niacum (Vauclnse) ; Aubignas, en Vivarais ; Aubigné, en 
Bretagne, Poitou, Maine, Anjou, Touraine ; Aubigny, Albi- 
niacum, dans le Berry, la Brie, la Picardie, le Bourbon- 
nais, le Poitou, Touraine, Champagne, Bourgogne, Laon- 
nais, Normandie, Franche-Comté, Nivernais, Artois; et 
encore dans Aubeinges ou Aubinges (Berry); et enfin dans 
noire Aottbignargue, Aubignargues, Albanhanicœ (Hérault). 

Tous ces noms présentent dans leur radical et dans la 
version latine une analogie directe, et s'appliquent à des 
localités, comme Aubenas, sur des plateaux élevés ou 
remarquables par les montagnes qui les entourent. — 
Toy. Aoubussargue, etc. 

Aoubénco, «. f. Aubier, couche ligneuse extérieure et 
ordinairement plus blanche, qui se trouve entre le cœur 
de l'arbre et le liber ou couche intérieure. — Voy. Aou- 
bécho. 

Dér. du lat. Alburnum. 

Aoubérjèïro, s. f. Pêcher qtii produit l'alberge ou pavie- 
alberge, à chair adhérente au noyau. Cet arbre a de nom- 
breuses variétés. 

Dér. de Aoubèrjo. 

Aoubérjino, s. f., ou Vièdase, fam. Aubergine, mélon- 
gène ; Solanum melongena, Linn. Plante potagère de la 
famille des Solanées. 

Aoubèrjo, i. f. Auberge ; hôtellerie ; lien où l'on donne 
à manger et où on loge pour de l'argent. 

Dér. de la bass. lat. Alberga ou il/isrjum, logement, on 
de l'ital. Albergare. Au reste, il est emprunté au fr. Le 
mot propre d'hôtellerie, en lang., est cabaré; mais comme 
cabaret, en fr., signifie une mauvaise hôtellerie, ou plutôt 
encore l'échoppe du marchand de vin, débitant à bandière, 
on a cru qu'en lang. aussi il fallait distinguer l'hôtel- 



lerie bourgeoise de la taverne du peuple, en appelant la 
première Aoubèrjo, et la seconde Cabaré. 

Aoubèrjo, j. f. Pavie, alberge ; sorte de pêche ferme, 
dont la chair adhère au noyau ; fruit plus connu dans le 
midi de la Franco que dans le nord. On en distingue trois 
espèces : la Pavie, qui a la chair très-blanche et qui est 
la plus savoureuse ; la Pavie Jaune, et une dernière dont 
la pulpe est d'un rouge très-foncé, dure et peu aqueuse. 

Dér., d'après Ménage et Roquefort, du lat. Albus, parce 
que l'espèce principale a la cliair blanche ; selon Saumaise, 
de l'art, arabe Al, le, et Beg, fruit. 

Aoubéto, s. f. La petite pointe du jour; le premier 
rayon lumineux qui précède l'aurore. 

Dim. de Aoubo. 

Aonbicoù, s. m. Sorte de figue précoce, longue et noire, 
qui mûrit à la Saint-Jean. 

Dér. du lat. Albicans, qui signifie blanchâtre, sans doute 
parce qu'en séchant, cette figue passe du noir au blanc. 

Aoabièïro, s. f. Lieu planté de trembles , peupliers 
blancs, âoubo. — V. c. m. 

Aoubignargue, ». m. n. pr. de lieu. Aubignargues, 
dans le département de l'Hérault. — Voy. pour l'étym. 
Aoubénas, Aoubussargue. 

Aoublida, v. Oublier, perdre le souvenir, la mémoire ; 
laisser quelque chose par oubli. — Aï aoublida moun 
couièl din lou pra, j'ai laissé mon couteau au pré. 

Dér. du lat. Oblivisci. 

Aoublidoùs, ouso, adj. Oublieux; qui a la mémoire 
courte. 

Âoubligacîon, s. f. Obligation, engagement qui lie, qui 
impose le devoir qui nait des services rendus; billet ou 
acte par lequel on s'oblige. — / aï fosso âoubligacious, il 
m'a rendu bien des services, il m'a souvent obligé. Passa 
uno doubligaciou, passer un contrat notarié, portant obli- 
gation ; prêt hypothécaire. 

Dér. du lat. Obligalio. 

Aoublija (s'), v. S'obliger pour quelqu'un, lui servir de 
caution. 

Aoublisè, indécl., locution proverb., phr. faite, pour 
dire : Merci, bien obligé ; s'emploie surtout quand on refuse. 
C'est ce qui s'exprime en fr. fam. par : Merci, non. 

Contr. et corr. du fr. 

Aonbo, s. f. Aube, le point du jour. — La primo Aoubo. 
la première clarté de l'aurore. D'uno âoubo à idoutro, 
toute la journée, de l'aube du matin à l'aube du soir ou au 
crépuscule. 

Dér. du lat. Albus, alba. 

Aoubo, s. f. Peuplier blanc, Populus alba, Linn., et 
aussi Peuplier-tremble , Populus tremula, Linn. Arbres 
communs dans nos contrées, de la fam. des Araentacées. 

Dér. du lat. Alba. 

Aoubo dé mèr, s. f. Algue-marine, ou Algue des vitriers ; 
Zostera marina, Linn. Plantedela fam. des Aroïdes, abon- 
dante sur les côtes de la Méditerranée; la même que la 



AOU 

Mouiso-<Ié-mer, vermifuge bien connu. — Voy. Mouuo-di- 
mér. 

Aoubo parait Être une corr. de Aougou, employé aussi 
dans notre dialecte et qui avait son étymologie dans le lat. 
Ad et ligare, parce qu'elle s'attache aux pieds de ceux qui 
marchent dans la mer. — Voy. Aougou. 

AonboTi, ». m. Vigne-blanche ou Viorne à larges feuilles, 
Clematis alba, Linn. Plante de la fam. des Uenonculacées, 
caustique et vénéneuse, espèce de Clématite, autrement 
dite : Herbe aux gueux. 

Dér. du lat. Allia et de viii$, ou uva. 

Aoubrado, ». f. Quantité de feuilles qui se trouve sur 
un seul mûrier. — Aqul y-a uno bravo douiraio, ce mûrier 
fournira beaucoup de feuille, il est bien garni. 

Dér. de Aoubre. 

Aonbre, ». m. Arbre, plante ligneuse et vivace dont la 
tige, épaisse et nue à la base, s'élève à une hauteur remar- 
quable; le plus grand des végétaux. — On disait dans l'an- 
cienne langue romane : Albre, atber. 

Dér. du lat. Arbor. 

Aoubre, ». m. Arbre, pièce de bois, posée horizontale- 
ment ou verticalement, sur laquelle tourne toute une 
machine et d'où dépond son principal mouvement. 

Aoubre dâou tnouli d'oli, le mouton, la presse d'un pres- 
soir à huile, énorme pièce de bois qu'on fait peser par une 
vis sur la pâte d'olives. 

Aoubre dri, arbre-droit d'une charpente, d'un puits-à- 
roue, etc. — Faire l'doubre dré, se tenir en équilibre, en 
chandelle, sur la tétc, les pieds en l'air. Au lîg., faire tous 
ses efforts, faire l'impossible, employer tous ses moyens 
pour prouver sa bonne volonté ; se mettre en quatre. 

Aoubre jasén, pièce de bois horizontale dans laquelle 
tourne l'arbre droit d'un puits à roue. 

Aoobré, ». m. dim. Petit arbre, arbrisseau. 

Aoubréspl, ». m. — Voy. Aougréspi. 

Aoubréssa, ». m. Havresac. C'est particulièrement ce 
sac d'ordinaire en peau et à divers compartiments, dans 
lequel les chasseurs et les ouvriers terrassiers à la journée 
portent leurs provisions de bouche. 

Formé de l'allemand Haber, avoine, et take, sac. D'après 
cette étym., celte sorte de sac aurait été dans l'origine & 
l'usage dos soldats de cavalerie, pour porter la provende de 
leurs chevaux en campagne, ce que l'on appelle aujour- 
d'hui : musette. 

Aoubricô, ». m. Abricot, fruit de l'abricotier. 

Dér. de l'arabe Albercoq. 

Abricoutiè, ». m. Abricotier, Prunut armeniaea, Linn. 
Arbre de la famille des Rosacées, originaire de l'Arménie, 
comme son nom latin l'indique. 

Acobussargne , ». m. n. pr. de lieu, Aubussargncs, 
commune du canton de St-Chaptcs, arrondissement d'Uzès. 

Son nom est en latin Albussanieoe. Il peut absolument 
avoir eu pour radical un nom d'homme, comme son ana- 
logue Aoubigriargue, en lat. Albinhanica, et la seule diffé- 



AOU 



99^^ 



I rence serait alors entre les noms Alban, Albain, ou Albin, 
Albanut, on Albinus ; mais, soit nom d'homme ou nom de 
lieu, l'origine est ccrt-iinement dans le c«ltiiiue Albnn Alp, 
montagne, blanc de neige, et les procédés de formation ap- 
pellative sont ici les mêmes que nous signalons aux art. 
Argue et Aoubénas, etc. Ainsi se vérifient les identités de 
racine, et l'équivalence des terminaisons, quand on rapproche 
successivement les noms. Celui-ci se n'produii, pour ea 
donner un nouvel exemple, dans Albussan (Creuse; , dans 
Albuss.ic, Aubusson (Creuse et Puy-dc-D^^me;; et dans ce* 
similaires, comme dans tous ceux cités sous le mot Aoubt- 
nat, il s'applique à une situation sur des montagnes ou 
caractérisée par le voisinage de montagnes. 

Aoncnpa (s'), v. S'occuper ; travailler ; mettre le tempe 
à profit ; ne pas rester oisif. — Aquèl iravaïadoù et pat 
d'un gran és-avan, mais t'Aoueupo toujour, cet ouvrier 
n'est pas très-habile, il ne fait pas rapidement son travail, 
mais il ne perd pas un moment, il est toujours ft l'ouvrage. 

Dér. du lat. Occupare. 

Aoufénsa, adj. tans fém. Atteint d'une hernie. — Le mot 
eréba est le technique le plus usité, mais il est familier et 
ignoble ; quand on veut y mettre de la décence, on se sert 
de Aoufénsa ou de rélassa. — K. c. m. 

Dér. du lat. Offensus. 

Aougou, ». m. Algue ou mousse-marine. — Voy. Aoubo- 
dé-mèr. 

Aougréspi, ». m., ou Aoubréspl. Aubépine, épine 
blanche, noble épine; Cratagut oxiacaniha, Linn. Arbris- 
seau épineux de la fam. des Hosacées. 

Dér. du lat. Alba et spina. 

Aongnmo, ». {. Augure, pronostic, présage. — Ce tech- 
nique, qui a vieilli, s'emploie encore parmi les vieillards 
et les bonnes femmes. — JV'aï pas bono àougruno, j'en ai 
mauvais augure, je n'en augure rien de Iwn. 

Corr. du fr. 

Aouja, ». m. n. pr. de lieu. Aujao, commune du 
canton de Gënolhac, arrondissement d'Alais. 

Ce nom, en lat. Aujacum, offre un exemple intérsHont 
de la composition des noms dans nos pays, qui confirme ce 
que nous disons à l'art. Argue. Inutile d'abord de remar- 
quer que, selon la règle invariable de notre dialecte, le c 
final est supprimé. Mais, auprès de ce hameau, se trouve 
un écart qui est indifféremment appelé Aoujagué ou Aou- 
j'argué, petit Aujac. Le premier diminutif est dans la 
forme ordinaire et régulière de tous les noms propres en 
a, le second présente cette particularité que, par l'ad- 
jonction de la consonne r, il entre dans la catégorie des 
appellations en argue, et se montre en complète analogie 
avec le nom Aoujargue, Aujargues, commune du canton 
de Sommières, arrondissement de Nimes. Ce sont bien là 
les mêmes noms sous différentes finales, et ils sont rendus 
par la môme forme latine; mais en même temps ils sont 
identiques à Aoujan, ruisseau près d'Aujac, à Augy (Nord), 
et à Aujon (Haute-Marne). 



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AOU 



AOU 



Quant h l'étymologie, comme Auj.irgncs se disait autre- 
fois Orjargues, il est probable que la même altération 
a eu lieu pour Aujac. Si donc Orjargues dérive du lat. 
Âurum, Aujac doit en venir aussi, avec d'antant plus de 
raison qu'il est situé, comme Orjargues, sur un de ces ruis- 
seaux qui roulent des paillettes d'or. 

Aoujourdhiuèï, adv. ou Hiuèï, Aujourd'hui. Aoujour- 
dhiiièi est plus grave que Hiuèï : celui-ci désigne plus par- 
ticulièrement le jour même où l'on parle ; le premier s'étend 
i toute l'époque, à tout le régime actuels. 
Dér. du lat. Hodiè, et formé du datif âou, et jour, hui. 
Aoulivastre-bonscas, s. m. Troène, Ligustrum vulgare, 
Linn. Arbrisseau de la fam. des Jasminôes, commun le long 
des baies. 
Aoumédo, ». f. Ormoie, lieu planté d'ormes. 
Dér. du lat. Ulmarium, ou de Oume. 
Aonméléto, s. f. Omelette, œufs battus et cuits dans 
la poêle. — Vous la révira coumo uno douméléto, il vous 
l'a rebiffé comme on retourne une omelette. — Faire l'dou- 
méléto, faire la fête, le repas du lundi de Pâques, dont 
l'omelette forme le plat de fondation, le mets tradition- 
nel. Cette coutume tient aux. anciens rits de l'Eglise pri- 
mitive, où les œufs mêmes étaient interdits pendant le 
Carême. La jubilation pascale se traduisait par le rappel 
des œufs longtemps proscrits. 
Du fr. Omelette, de œufs mêlés. 

Aonménta, v. Augmenter; croître en valeur ou en 
quantité. Se dit principalement du prix des denrées en 
hausse , et aussi d'une rivière dont les eaux commencent à 
te gonfler par de fortes pluies. 
Trad. du fr. 

Aouméntacion, s. f. Augmentation de prix , hausse do 

prix ; augmentation du nombre des mailles dans un tricot. 

Aoumorno, t. f. Aumône, ce qu'on donne aux pauvres 

par charité. — Démanda l'âoumorno, demander l'aumône. 

Faïre l'âoumorno, faire la charité. 

Dér. du gr. i).:7)(i.o<rJv»i. 

Aouno, ». f. Aune, mesure ancienne de longueur. — Ce 
mot est peu usité dans le style vulgaire, parce que cette 
mesure, venue de Paris, n'est connue dans le Midi que 
depuis peu. Comme les marchands s'en sont servis jusqu'à 
l'emploi exclusif et obligé du mètre, force était au peuple 
de connaitre la valeur de l'aune et de la comparer à sa 
mesure vulgaire, lou pan. L'aune représente cinq pans 
moins un quart. — Voy. Pan. 
Trad. du fr. 

Aoupila (s'), V. Se passionner maladivement pour cer- 
tains aliments même insalubres ; s'adonner avec ardeur à 
leur usage ; désirer se nourrir de substances terreuses comme 
la cendre, la suie, leplitrc, le sel. Cette maladie, à laquelle 
les jeunes fdies sont particulièrement sujettes, se nomme 
en fr. malaise. 

Dér. du lat. Oppilare, fermer, boucher, venant du gr. 
aù.6io, je serre. 



Aouquo, J. f. Oie domestique ou sauvage, Ânas anter, 
Linn. Oiseau de l'ordre des Palmipèdes. — Marcha coumo 
uno douquo crébado, il marche comme une oie crevée, 
phrase proverbiale qui correspond à : il marche lourdement 
et les jambes écartées. En vieux français du moyen âge, 
on disait auque pour oie, témoin l'histoire fabuleuse de la 
reine Pédauque, nom que l'on a donné à la reine Berthe, 
mère de Cliarlemagne, dont on voit les statues sur quel- 
ques monuments gothiques, avec des pieds d'oie, traduction 
du nom. 

Les Joyeuses Recherches de la langue tolosaine, de Cl. Odde 
de Triors, publiées au XVI« siècle, sont curieuses à con- 
sulter sur notre article. Elles disent : Auque (Aouquo) idem 
sonat gallico sermone quod Oye , hinc illud en cesie cité, 
estre coumo las auquos de Blagnac, que se leuan de m.ay- 
tis per beoure. Et dicuntur hœc à l'endroit de ceux qui 
naturellement sont altérez comme vne esponge, et lesquels 
escase poyne ne sont pas sourtis du licl qui crient à layguo, 
à layguo, ie voulois dire au vin... Est et aliud vulgare 
dictum en ceste cité de Tholose sur ce mot d'auquo, ainsin : 
Non quai pas parla sinon quand l'auquo pisso ; et hœc à 
l'endroict de ceux qui n'ont que babil. Le diminutif d' au- 
que est auqueto, hinc illud, en ceste mesme cité : à la 
Sant'Anneto, taston liœu à l'auqueto. 

Dér. selon certains étymologistes du celt. Auca ; suivant 
d'autres, du lat. Avis ; mais il y avait sans doute à la suite 
quelque épithète spéciale, que la contraction subie par le 
mot ne laisse pas deviner. En ital. Oca. 

Aouraje, s. m. Tempête, grand vent. — Ce mot n'a 
aucun rapport de signification avec le fr. orage, qui a 
cependant une origine commune dans le lat. Aura, vent. 
Le français a dévié du sens primitif, le languedocien y est 
resté fidèle. 

Aouréïado, ». f. Action de tirer les oreilles; correction 
donnée ou reçue en tirant les oreilles. 

Dér. de Aourèio. 

Aouréïéto, ». f., on Bongnéto. [V. c. m.) Beignets 
sucrés, faits avec de la fleur de farine, du sucre et de la 
fleur d'oranges. — C'est un dim. d'doureïo, et les teignets 
susdits sont ainsi nommés, non pas à cause de leur dimen- 
sion, qui dépasse de beaucoup celle de l'oreille, mais à 
cause de leur forme et de leur plus ou moins de ressem- 
blance avec l'oreille. 

Aouréîo, ». /". Oreille, organe de l'ouïe. — Es du d'àou- 
rêio, il a l'oreille dure. Pénja l'douréio, porter l'oreille 
basse, être tout honteux. Pouda éndouréio dé lèbre, tailler 
la vigne ou un jeune plant de mûrier à oreille de lièvre, 
c'est-à-dire lorsque deux des scions que l'on conserve se 
réunissent en angle aigu par leur base. C'est un défaut 
pour la bonne direction à donner à l'arbre dont l'enfour- 
chure devient trop serrée. 

Dér. du lat. Auricula, dim. deauri». 

Aouréïo-d'ase, ». f. Grande consoude, Consonde offi- 
cinale, Symphiium consolida, Linn. Plante vulnéraire de 



AOU 



AOU 



57 



la fam. des Burraginécs , commune dans les prairies 
humides. 

Son nom lui vient de la forme de ses feuilles. 

Aouréïu, udo, adj. Oreillard, qui a de longues oreilles. 

Dér. de Aouriio. 

Aonréja, v. Donner de l'air; secouer à l'air, pour faire 
perdre l'humidité; essorer, faire séclier à l'air. 

Dèr. du lat. Aura. 

Aoarénie,5. m. n.pr. de lien. Orange, ville du Comtat, 
dans le département de Vauclusc. — On doit dire : Ana 
in Aourénje, pour : aller à Orange. — Voy. Aoubénai. 

Aonriolo, *. f. Chardon étoile ou Chausse-trappe, Cen- 
taurea calcitrapa, Linn. Plante qui croit dans les champs 
à lilé, et commune sur le bord des chemins, dont la 
semence est enfermée dans une espèce de bërissoa trés- 
piquant. — Voy. Cago-lrépo. 

Dér. du lat. Aumlus, qui est couleur d'or, parce que sa 
fleur a cette nuance. 

Aouripèlo ou Aouripènlo, s. f. Erysipèle, inflamma- 
tion supcrnciullc de la peau, avec rougeur, chaleur et une 
très-légère tuméfaction. 

Con-. du fr. 

Aouristre, s. m. Ouragan, coup de veut subit et de peu 
■ do durée. 

Dér. du lat. Aura. 

Aouro, s. f. Vent, soufllo; grand vent, génériquement. 
Aouro d'dou, ou douro drécho, bise, vent du nord ; mistral. 
Aouro folo, coup de vent impétueux. Aouro rouito, ou Rou- 
véryasto, vent du nord-est, ou qui vient du côté du Rou- 
erguc, relativement aux Cévenncs ; c'est un vent chaud et 
malsain pour les vers à soie. — Dé t'douro, en terme de 
cadastre, à l'aspect ou du côté du nord. 

Dér. du lat. Aura. 

Aouroùs, ouso, adJ. Venteux, qui donne du vent ; qui 
est exposé au vent. — Voy. Abriou. 

Dér. du lat. Aura. 

Aoùs, >. m. .\out, huitième mois de l'année. — Prvb. : Se 
pldou en aoùs, tout oli ou tout mous, s'il pleut en août, 
bonne récolte d'huile ou de vin. 

Dér. du lat. Auguslus. 

Voici un de ces mois sur lesquels se fait le mieux sentir 
l'influence de l'accent dans la prononciation et par suite 
dans la Bigniflcation : sa contexlure le rapproche beau- 
coup de la particule dou, dipht. ; son accentuation l'en 
écarte absolument, en en faisant une dissyllabe par le seul 
déplacement de la tonique. Ces petits incidents, qui sont 
très-essentiels à observer, tiennent de trop près au méca- 
nisme de notre orthographe et se présentent trop souvent 
pour que nous négligions d'y insister. — Voy. Aeén. 

Au commencement ou dans l'intérieur d'un mot poly- 
syllabique, toutes nos voyelles gardent leur son naturel, 
et c'est pour cela qu'il serait inutile de les accentuer. 
Cependant l'E, à cause de ses intonations différentes, 
mérite une exception, et il a besoin d'un signe qui marque 



sa consonnancc grave on aiguë, ouverte ou fermée ; nous 
n'avons pas cru pouvoir nous en dispenser même dans les 
monosyllabes fVoy. lettre F.J. Pour les antres voyelles, 
quand elles forment diphthongues ou triphthongues, quelle 
que soit leur place dans le mot, la dominante est tou- 
jours distinguée par l'accent circonflexe. 

Mais c'est surtout i la flnale des mots que se fait U 
cadence, que se produit la modulation propre aux idiomes 
méridionaux. C'est là, sur la dernière syllabe ou sur la 
pénultième, que repose l'accent tonique, cette inflexion 
qu'aucun signe n'indique le plus souvent, mais qui bien 
des fois aussi est signalée par la présence de l'accent gram- 
matical. Nous rappelons cette règle. 

Dans notre dialecte, les voyelles AelV exceptées, tontes 
les autres, y compris la composée ou, sont féminines ou 
muettes quand elles se trouvent à la fin d'un mot polysyl- 
labique, seules ou suivies d'un s, ou en composition d'une 
diphlhongue ou triphthongue, à moins toutefois qu'elles 
no soient accentuées. 

Ce principe est général et absolu. Aussi qu'arrive-t-il 
dans la prononciation ? La tonique, qui est dans chaque 
mot, et seulement à la fin, ne peut s'appuyer que sur une 
syllabe pleine, forte ou masculine; la tenue est donc ame- 
née sur la dcmiérc, grave de sa nature ou marquée d'un 
accent. Sur celle syllabe se module la note, se condense 
l'imperceptible repos prosodique. Les syllal)cs pn'xédentes, 
quelle que soit d'ailleurs leur qualité ou leur nature, son- 
nent de leur son naturel sans doute, mais se prononcent 
plus rapidement, plus légèrement en quelque sorte, la voix 
s'arrêtant sur la syllabe accentuée, sur la voyelle domi- 
nante, quand il y a diphthongue émise d'un seul jet. 

L'application en exemples est saisissante. Ainsi A natu- 
rel, toujours éclatant, est néanmoins bref dans barda, bar- 
dot; tantàs, tantôt; iscaloù, échelon ; Léngadà, Languedoc, 
tandis qu'il est long et grave dans les mots homographes, 
bardo, bat; tantos, les tantes; iscalou, ils grimpent; Im- 
gado, coup de langue, etc., etc. Toute la dilTérence est dans 
l'accent final, qui convertit la syllabe tonique de brève en 
longue, d'une noire fait une blanche, et produit cette inver- 
sion musicale et un sens nouveau. Il en est de mémo 
pour les autres voyelles. Le secret de la prononciation 
vraie et juste, comme la raison de notre orthographe, ne 
tient qu'il l'observation de cette règle. 

Pour en revenir maintenant à notre article, il est facile 
de comprendre sur le mot Aoùs la nécessité et l'eiTet de 
l'accent. Si la finale n'était pas accentuée, elle resterait 
muette féminine, et par son contact avec la voyelle forte 
a, elle serait absorl)éc, et deviendrait diphthongue, se 
confondant avec elle. L'accent grave la dégage, et avertit 
qu'elle doit servir d'appui à la voix : il décide du son et 
du sens. Dans la versification, l'épreuve est bonne à faire : 
{ou mis d'aoùs, le mois d'août, ne rime pas avec hut di- 
ddous. les dés à coudre, pas plus que, par une raison sem- 
blable, ne rimeraient 'ou* maoùs, les carreaux de terre 



58 



AOU 



AOU 



cuite, avec tous mdou», les maux. Pourquoi ces différences 
d'assonnances dans des mots où les mêmes voyelles se 
reproduisent ? Simplement parce que ici ou là la position 
de l'accent a été intervertie. La tonique est fixée dans les 
premiers sur oui accentué, qui fait un mot dissyllabe de 
a-où< et ma-oùs, et dans les derniers déddous et mdout, il 
y a diphlhongue, et la voix pèse sur l'd. 

Au moyen de cette simplification et sans préjudice pour 
l'intelligence du mot, on arrive à cet autre principe du 
languedocien, de n'écrire que comme on prononce, avec les 
seules lettres nécessaires, et toutes devant être articulées. 
La parasite h pourrait donc être sacrifiée dans bien des 
mots sans que le sens eût à en souffrir. Maoù servirait 
d'exemple, et dans le même cas se trouverait irai, trahir, 
dissyllabe par l'accent, qui ne se confondrait pas non plus 
avec trai, il jette, monosyllabe par la diphthongue. 

Ces observations se répéteraient également sur les autres 
voyelles. Elles viendront à leur place, mais il est déjà 
facile de les pressentir par l'épellation des mots : Sai, 
panne de porc, et saX, céans ; mïoù, meilleur , et miou, 
mien ; fid, feu, et fïo, fille ; péis, pays, et péis, poissons, et 
dans la longue série des homographes que nous avons 
cités, que l'absence ou la présence de l'accent sur une 
des lettres de la syllabe finale modifie si profondément. 

L'harmonie de notre langue se compose de ces nuances 
de tons et de demi-tons, qu'il est indispensable de noter 
distinctement dans l'écriture. C'est la quantité prosodique, 
la mesure, que l'orthographe a charge de marquer. Nous 
avons essayé de poser quelques règles, qui se complèleron t 
d'observations successives, principalement en traitant des 
voyelles et de leur assemblage dans les diphthongues. L'in- 
telligence de notre dialecte est toute dans la prononciation 
juste; la notation écrite doit tendre à s'en rapprocher autant 
que l'alphabet usuel, adopté, classique, peut le permettre. 

Aousa, t). Oser, avoir l'audace ; s'enhardir. 

Dér. du lat. Âusus, part. pass. de audere. 

Aousar, s. m. Hussard ou housard, corps spécial de 
cavalerie légère. 

Corr. du fr. 

Aousardo (à 1') , adv. A la housarde, à la mode des 
housards; cavalièrement. 

Aouséro ou Làouséro, ». /. Lozère, chaîne de monta- 
gnes qui donnaient autrefois leur nom à toute la contrée, 
et le donnent aujourd'hui à un département. Les princi- 
paux sommets de la Lozère sont granitiques, mais son 
extrémité orientale, qui est dans le département du Gard 
et se nomme la Tête-de-Bœuf, est composée de schiste mi- 
cacé, comme la plupart des montagnes secondaires qui 
suivent sa direction. Il parait que c'est de cette espèce de 
pierre, qu'on appelle Idouso dans le pays, que le mot Ldou- 
*éro aurait été formé, et l'usage actuel la contracté par 
celui de Aouséro. 

Aouséro, oto, adj. Lozerot, habitant de la Lozère ou 
du départ, qui porte ce nom. — On ne sait pourquoi ces 



habitants, lorsqu'ils se répandent dans la France, sem- 
blent vouloir renier ce nom de Lozerot et le remplacer par 
celui de Lozérien, qui est antipathique au génie de leur 
langue originaire. Si on les ajjpelle Lozériens, k Paris, sur 
parole, ils restent LozeroCs pour leurs voisins du Lan- 
guedoc. — Yoy. Gavd. 

Aousl, V. Ouïr, entendre ; percevoir les sons ; écouter. 
— Aouses? m'entends-tu? entends-tu? Ce temps de verbe 
appartient à un dialecte au-dessus d'Alais; car ici il ferait : 
dousisses ? Il est cependant très-adopté. Ou save pas gué 
pér àousi dire, je ne le sais que pour l'avoir ouï dire, je ne 
l'ai pas vu. K'aï pas âousï dire aquà, je n'ai pas entendu 
parler de cela. Aquà faï bon dousi dire, c'est bon à savoir. 
Sé^vène, m'àousiras, si je viens, tu m'entendras. Dlou 
vous dousie ! Dieu vous écoute ! J'en accepte l'augure. 
Dér. du lat. Audire. 

Aousido, t. f. Oul'e, l'un des cinq sens ; faculté d'ouïr. 
— I-a leva l'dousido, il l'a étourdi du coup. Parti d'dousido, 
prendre feu à la première parole; être prompt et vif; se 
décider étourdiment et sans réfléchir. 
Dér. du lat. Auditus. 

Aousidoù, s. m. Tympan, orbite auriculaire; oreille. 
Dér. de Aousi. 

Aousidouïros, j. f. pi. Oreilles; organe auditif.— S'em- 
ploie pour ouïe et oreille, en poésie et style trivial. 
Dér. de Aousi. 

Aousino et Eousino, s. f. Gland du chêne vert. — Car 
d'dousino, chair ferme et de boime qualité, telle que celle 
des porcs qui se nourrissent de glands. On pousse la com- 
paraison jusqu'à l'espèce humaine : quand on pince les 
joues rondes et fermes d'un bel enfant, on dit : Aquà's di 
car d'dousino. — Voy. Eousino. 
Dér. de Eouse. 

Aoussé, s. m. Troussis ; plis qu'on fait au bas de la 
robe des enfants et qu'on découd pour l'allonger à mesure 
qu'ils grandissent. — Va;/. Hdoussé. 
Dér. de Hdoussa. 

Aoussèl,». m. Dim. Aoussélé, Aousséloù ; Angm. el péj. 
Aoussélas. Oiseau, animal vertébré et ovipare, ayant un bec, 
des plumes et des ailes. — L'doussèl dé Séti Lu, l'oiseau 
de saint Luc, le boeuf, parce qu'on le représente ailé ; se 
dit ironiq. d'une personne lourde, pesante, qui ressemble 
par sa marche et sa tournure à un bœuf. 

Aoussélé est proprement un petit oiseau ; doutséloù, un 
oiseau de nichée; ûoussélas, un oiseau de proie, un gros et 
vilain oiseau. 

Aoussèl, t. m. Instrument pour porter le mortier; sorte 
de benne en planches, ouverte d'un côté et à deux man- 
ches, que l'on porte sur le cou, pour monter le mortier 
aux maçons sur leur échafaudage; on l'appelle en fr. oiseau 
ou mieux augeot, qui parait être une corruption de angéot, 
petite auge. 

Dér. de la bass. lat. Aucellut, dit pour avieellut, dim. 
de Avit. 



AOU 



APA 



59 



Aonsséla (s'), v. S'ébonrifTer, comme font lei oiseanx 
en colère; se hérisser. Au fig.se mettre en colère, s'irriter, 
s'emporter, hausser le ton, monter sur ses grands chevaux. 

Dèr. de Aouttti. 

Aonssélino, t. f. La gent volatile, qui porte plumes ; 
les petits pieds. Quelquefois se dit fam. et par contre- 
vérité d'un gros oiseau de rapine. 

Dér. de Aoussèl. 

Aonssén, s. m. Absinthe, armoise-amère, Artemisia 
ahtinthium, Linn. Plante de la fam. des Composées corym- 
bifères ; elle croit dans les montagnes des Cévennes. — La 
plante n'a de commun avec la liqueur du môme nom, 
fabriquée aujourd'hui, que le souvenir de ce baptême pri- 
mitif, où les feuilles de la tige macérées entraient pour 
quelque chose, au moins pour leur parfum. Aussi le vieux 
nom Languedocien n'est plus connu qu'en botanique, et les 
amateurs du breuvage dont nous parlons, en ont fait bra- 
vement : Arsénto, et s'empoisonnent pour faire la mode, 
tout en parlant mal leur langue. 

Aonssuro, s. f. Hauteur, éminence, cime d'une mon- 
tagne; tout endroit comparativement plus élevé qu'un 
autre. — Sus l'âoutiuro, sur la hauteur, au sommet. 

Dér. de ^'doussa, nàou. 

Aouta, t. m. Autel, table destinée aux sacrifices et par- 
ticulièrement h la célébration de la messe. — Lou gran- 
t'âouta, le maitre-antel. 

Dér. du lat. AUare. 

Aoutouna, V. Automncr ; jeter du bois dans l'arrièrc- 
saison; mûrir en autommc. — Se dit particulièrement do la 
pousse que fait le mûrier après avoir été dépouillé de sa 
feuille et taillé au commencement de l'été. C'est au prop. 
pousser en automne. 

Aontoono, $. f. Automne, troisième saison de l'année, 
entre l'été et l'hiver. 

Dér. du lat. Autumnus. 

AontooT, mieux : A l'éntoar, adv. Autour, à l'entour, 
aux environs. — E$ âoutour de mièjo gnué. il est environ 
minuit. 

Formé de Aou, article, et de tour. 

Aoutre, âoutro , pron. et adj. Autre. — D'doutre-tén, 
autrefois, jadis. Âoulre mdou noun y ague! Que tout le 
mal se réduise là ! Oh ! pour cela, c'est un petit malheur ! 
Coumo disii l'àouire, comma disait cet autre : sorte de pré- 
caution oratoire pour commencer une phrase proverbiale. 
Tout un ou tout àoutre, tout blanc ou tout noir, point de 
milieu. F^s toutânutre, il est singulièrement changé, on ne 
le reconnaîtrait pas. Un co l'un, un co iâoutre, tantôt 
l'un, tantôt l'autre; alternativement. Vno âoutro fés, une 
aulrc fois; pas cette fois-ci, une antre. 

Dér. du lat. AUer. 

Aoutromén ou Aontramén , adv. Autrement , d'une 
autre manière ; sans cela ; sinon. — Paras ce que té dis», 
àouiromén! . . . tu feras ce que je te dis, sinon!... Dans le 
dialogue familier, on l'emploie d'une manière explétive, et 



sans qu'on lui attache un sens positif : Aoutromén disia* 
qui..., vous disiez donc. C'est uitc formule \>o\u changer 
de propos, pour ramener à la question. 

Aoutros-fés, adv. Autrefois, jadis, au temps passé. 

AouEoù, s. m. n. pr. de lieu. Auzon, hameau de la 
commune d'Allègre, arrondissement d'Alais; et Alzon, 
chef-lieu de canton, arrondissement du Vigan. 

Les deux appellations sont les mêmes en languedocien, 
et se trouvent aussi mentionnées dans le dénombrement des 
feux de la sénéchaussée de Bcancaire et de Nimes, en 1384, 
avec la même orthographe latine, Alsonum. On sait la faci- 
lité de a< à se transformer en au et à s'exprimer par 
âou dans la langue vulgaire : le français n'a pas eu de pré- 
férence; mais la communauté d'étymologie dcs'deux mots 
n'en est pas altérée. Il est à remarquer que la fmale ou en 
lang., on en fr., provenant du suOQxe lat. ou onus, onum, 
est quelquefois diminutive, mais elle marque aussi l'abon- 
dance et communique à la chose représentée par le radical 
une idée de dérivation, de conformité de nature ou de 
ressemblance, en mémo temps que de quantité [Voy. Ou, 
suif.). Quant au corps même du mot, la forme au pluriel 
aouz, auz, als, semble ne pas être tout à fait insignifiante: 
elle n'aurait pas été employée pour indiquer simplement 
une localité placée sur une élévation et comme isolée, mais 
plutôt une localité entourée de hauteurs, dans un pays de 
montagnes, où s'élèvent de nombreuses colUnes. C'est avec 
cette signification que le sens du suffixe lui conviendrait 
en donnant plus d'énergie au radical, et que l'application 
serait exacte pour les deux villages. 

Apaîa, V. Garnir de paille; faire la litière aux che- 
vaux ; jeter de la paille sous les animaux pour leur litière. 

Dér. de Pdio. 

Apanll (s'), V. Pâlir, devenir pâle ; se faner, s'étioler. 

Dér. de Panl». 

Apàonii, V. Appauvrir, rendre pauvre ; rendre moins 
fertile ; devenir mauvais ; épuiser. — L'doumorno apàourU 
pas, l'aumône ne rend pas plus pauvre. Lou tén ê'apâou- 
ris, le temps se gâte, il se couvre. 

Dér. de Pâoure. 

Apâonsa (s'). Se poser, prendre pied, comme fait le 
gibier après une remise. — S'apdousa, dans le sens du fr. 
s'opposer à..., n'est qu'une corruption, mais il se dit 
quelquefois. Il n'a pas la même étym. 

Dér. de Pdouso. 

Apâousado, *. f. Reposée, lieu où le gibier se repose pen- 
dant le jour ou après une remise. — Tira à l'apdoutado, 
tirer à la reposée, an gite. — Yoy. Pdousado. 

Dér. de Pdouso. 

Apâonta (s'), t<. Tomber sur ses mains ; se mettre sur 
les mains. 

Dér. de PAouto. 

Apâoutoùs (d'), adv. A quatre pattes ; sur les pieds et 
les mains. 

Dér. de Pdouto. 



60 



APE 



APE 



Apara, v. Défendre, protéger, prendre la défense. — 
S'aparo coumo un catévès, il se défend de bec et d'ongles. 
S'apara dou [ri, se garantir du froid. Po pas t'apara dou 
prouf'i, il ne peut pas se défendre contre la fortune ; il a un 
tx>nheur insolent ; tout lui réussit. Apara lai mouscot, 
chasser les mouches. 

Dér. du lat. Apparare, armer pour la défense. En ital. 
Parare, en esp. Parar. 

Apara, o. Tendre, présenter un récipient quelconque 
pour recevoir ce qu'on y jette ; attraper au vol ce qu'on 
vous jette. — Aparo toun fantldou, lou pagnè, lourt capèl, 
ta man, tends ton tablier, le panier, ton chapeau, ta 
main. 
Dér. du lat. Àperire, ouvrir. 

Aparamén, adv. Probablement, apparemment, sans 
doute. 
Empr. au fr. 

Aparéïà, v. Accoupler, appareiller; ranger deux à 
deux. 

Dér. de Parél. 

Aparénço, s. f. Physionomie extérieure d'un objet, ses 
apparences, ce qu'il semble être ; vraisemblance, proba- 
bilité. — Aquél bla a bono aparénço, ce blé en herbe pro- 
met beaucoup. Y-a pas aparénço que partiguén hiulK, il est 
peu probable que nous partions aujourd'hui. 
Dér. du lat. Apparere. 

Aparénta, ado, adj. Apparenté, allié. — Vous ses pas 
mdou aparénta, vous voilà bien apparenté ; vous avez des 
parents dont vous pouvez être fier. 

Aparénta (s'), v. S'apparenter, former par un mariage 
des liens d'affinité avec une famille. 
Dér. du lat. Ap pour ad, et parens, parentis. 
Aparia, ti. Egaliser, -rendre égal; unir, ajuster. — On 
apario les vers à soie de différents âges, en donnant aux 
plus jeunes plus de chaleur et de nourriture. — Aparia las 
lélros, assembler les lettres quand on apprend à lire. Y-a 
pas rés qu'aparle aquà, il n'y a rien de pareil à cela ; tel 
homme ou tel objet n'ont pas leur pareil. 

Aparia (s'), t>. S'apparier, s'accoupler, se réunir par 
paires ; se comparer, se mesurer. 
Dér. du lat. Par, d'où parél. 

Apartémén, s. m. Appartement. —C'est un emprunt au 
fr. pour désigner un appartement de luxe, la chambre 
d'honneur ou le salon de parade ; le terme générique est 
Membre. — V. c. m. 

Aparténl, v. Appartenir, être dans la possession de 
quelqu'un. — Aquà l-appartèn hé, émb'un home dé soun 
ispèço, dé faire lou déspicholis, il convient bien à un 
homme de sa sorte de faire le dédaigneux. 
Dér. du lat. Pertinere, pertinet. 
Apèl, j. m. Appel ; recours exercé devant tine juridic- 
tion supérieure. — Faire l'apèl, faire son compte. 
Empr. au fr. 
Apéla, V. Appeler, nommer ; faire venir à soi, attirer. 



— Lous valas apèlou la barbasto, les cours d'eau attirent 
la gelée blanche. Lou marin apèlo la pléjo, le vent du 
midi amène la pluie. Aquà s'apèlo parla/ voilà parler, 
voilà qui est parler. Aquô s'apèlo un home, voilà nn 
homme de tête et de cœur. Aquà s'apèlo .' dit-on souvent 
comme interj. pour exprimer l'admiration : voilà qui est 
bien ! voilà qui est beau ! 

Dér. du lat Appellare. 

Apéna (s'), v. S'appliquer, apporter ses peines et ses soins. 

Dér. de Péno. 

Apéndris, drisso, s. e( adj. Apprenti, qui fait son 
apprentissage. 

Corr. du fr. Apprenti. 

Apéndrissage, s. m. Apprentissage. 

Avec une légère variante qui vient du génie de la lan- 
gue, empr. au fr. 

Apéns (Lous), s. m. pi. Hameau de la commune de La 
Melouze, arrondissement d'Alais. La prononciation du mot 
est la même en fr. qu'en lang. 

Dér. du celt. Pen, cime; sommet, pointe d'une mon- 
tagne. La lettre a qui le précède n'est que l'augraent ini- 
tial. La situation de ce hameau explique son nom. En 
allem. pinn, et pfin, haut, élevé, hauteur, sommet. En 
ls^,. pinna, créneau de mur; pinnaculum, faite, pinacle, 
ont la même origine du gaulois pen. L'Apennin, les Apen- 
nins, célèbres montagnes d'Italie, Alpes penninœ, Apen- 
nins, sont le même mot que notre Apéns. 

Apénsiouna, v. Bailler à emphytôose, ou à bail emphy- 
téotique, ou à locaterie perpétuelle. C'est aliéner un im- 
meuble quelconque moyennant le service d'une rente con- 
stituée et perpétuelle, dont le bailleur ne peut exiger le 
remboursement tant que la rente est régulièrement servie. 

Dér. de Pénsiou. 

Apèou, s. m. Appeau; toute sorte de sifllot avec lequel 
on contrefait la voix des oiseaux pour les attirer dans 
les filets ou à portée du fusil. Le même que Souné. — V. 
c. m. 

Dér. de Apéla. 

Apérési (s'), v. Devenir paresseux, mou, lâche au tra- 
vail; s'accoquiner. 

Dér. de Péréso. 

Apésa, V. Prendre pied; appuyer le pied; donner du 
pied à quelque chose, comme à un sac, à une échelle, à 
une planche, qu'on place debout et que l'on apéso pour les 
rendre plus solides. 

Dér. de Pè, au plur. pèses. 

Apéti, *. m. Appétit, besoin on seulement désir de 
manger. — Es pas l'apét). que manqua, ce n'est pas faute 
d'appétit si nous ne mangeons pas. 

Dér. du lat. Appetere. 

Apétoui, ido, ou Apétounl, ido, adj. Apprêté. Ne se 
dit que du pain et no se prend qu'en mauvaise part. On 
ne dit pas en effet : Dé pan bien apéioui ; mais : Aquél 
pan es mdou apéioui, ou apélouidat, qui est le péjor. 



APL 



APO 



61 



L'étym. est-elle dans ApM, ce qni contrarierait an peu 
le sens de ce mot, toujours appliqué à un pain qui ne 
l'excite guère ; ou bien serait-elle dans sa formation, a grec 
privatif, et une altération du mot pdte, arrangé euphoni- 
quement, ce qui ne serait pas sans exemple 7 

Api, s. m. Céleri, Apium graveoltns, Linn. Plante pota- 
gère de la famille des Ombeiliféres. — Api bouscas, Ache, 
lorte de céleri à feuilles et à côtes plus menues, qu'on 
n'emploie que par brins dans un potage. Son arôme est 
beaucoup plus fort que celui du céleri franc. 

Au commencement de ce siècle, on raconte qu'un de nos 
concitoyens, obligé d'aller à Paris, se promit bien d'y faire 
ample récolte de découvertes qu'il publierait au retour. 
Dans ce but, à son premier diner au restaurant, il cherche 
sur une longue carte un de ces mets inconnus sur les bords 
du Gardon ; il le trouve enfin et demande des céleris au 
jos. On ne les lui fit pas attendre ; mais à peine y eut-il 
goûté, qu'il s'écrie : A%/ saeridi I tous eilérit toun d'apii I 
Le mot est resté. 

Dér. du lat. Apium, formé de apit, parce que sa fleur 
est recherchée par les abeilles. 

Apialoù, s. m. Etai, étançon; appui; jambe de force 
pour soutenir les cintres en bois d'une voûte. — L'apiodoit 
est un étai posé verticalement ou obliquement, quand il 
soutient un pan do mur qui menace ruine ; {ou pincil est 
ce même étai placé horizontalement, quand il est destiné 
à prévenir l'éboulement d'un mur ou d'une tranchée de 
terre. — Voy. Pincél. 

Dér. du lat. Pila, pilier. 

Apialouna, t>. Etançonner, étayer, étrésillonner ; poser 
on étai. 

Dér. d' Apialoù. 

Apîè, s. m. Rucher; ensemble, collection des roches 
dans un même lieu. — Yoy. Abél. 

Dér. du lat. Apis, abeille ; aparium. 

Apignéla, ado, adj. Serré comme les écailles ou comme 
les amandes d'une pomme de pin. 

Dér. de Pigno. 

Apitança, v. Ménager le mets que l'on mange, en y 
ajoutant beaucoup de pain, en sorte que le mets ne serve 
que de véhicule, d'ass;iisonnemeut à celui-ci qui, selon les 
règles d'une bonne hygiène et surtout de l'écouoinie domes- 
tique, doit être le principal aliment. Les enfants, qui sont 
naturellement gourmands, font tout le contraire ; aussi est-ce 
parliculioremeiit pour eux que le mol apitança est employé. 

Dér. de Pitanço. 

Aplacarda, v. Placarder ; mettre ou alTiclicrun placard ; 
appliciuer contre un mur, y lancer un objet quelconque de 
nature i y rester appliqué, à s'y coller. — Aplacarda qudou- 
quiis, lancer quelqu'un contre..., le coller au mur, l'y fixer 
en le tenant par le cou ou la jwilrine. 

Dér. de Plucar, pris pour affiche. 

Aplana, v. Aplanir; niveler ; rendre uni, rendre lisse. 

Dér. de l'adj. Plan, du lat. Planas, txplanare. 



Aplanaje, i. m. Action d'aplanir, aplanissement. 

AplaU, II. Aplatir, rendre plat ; lancer avec force contre 
un mur, contre la terre, contre un corps dur. 

Dér. de l'adj. Pla. 

Apléj! (s'), V. Devenir pluvieux, tourner à la pluie. 

Dér. de Plèjo. 

Apliqoa (s'], o. S'appliquer: porter toute son attention, 
son zèle, son savoir-faire. — Il est principalement employé 
pour exprimer l'application d'un écolier studieux. 

Empr. an fr. 

Aploon, s. m. Aplomb; ligne verticale, équilibre résul- 
tant pour un corps de l'observation de cette ligne. — AquU 
mur es pas gaïrt sus soun aploun, ce mur n'est guère 
d'aplomb. 

L'aploun est un outil de maçon en forme de triangle 
rectangle, à l'angle droit duquel est fixé un cordon qui est 
terminé par une boule de plomb. Cet instrument sert i 
reconnaître le nivellement des assises d'un mur ou du gise- 
ment d'une pierre de taille, c'est-à-dire son parallélisme 
avec l'horizon. 

D'aploun, adv. D'aplomb. — Seditpour ; fortement, avec 
décision, sans hésiter. 

Dér. de Ploun. 

Apotro (Bon) , adj. m. Bon-apôtre. — Faire /ou bon- 
apotro, se faire meilleur qu'on n'est, affecter la probité, la 
générosité. Es un bon-apolro, se dit ironiquement soit 
d'un homme faux, hypocrite; soit d'un libertin, soit d'an 
homme peu obligeant ou de mauvaise foi. 

Dér. du grec 'Vo'iTroXoî, envoyé, messager. 

Apouénta, v. Pointer, ajuster vers un but. — Terme de 
jeu de boules ; c'est lancer sa boule modérément, terre & 
terre, de manière à approcher le plus près possible du bat 
ou cochonnet. C'est le contraire de tira, qui signifie : 
lancer sa boule avec force contre celle de l'adversaire pour 
la déplacer, ou l'éloigner du but. On dit au fig. et pro- 
verb. : Tiro, que iiou apouinte, passe devant, je te sui- 
vrai. On le dit surtout des filous ou fripons, qui s'enten- 
dent pour duper quelqu'un. 

Dér. de Pouèn, (Kiint, qui est l'expression reçue au jeu 
de boules pour désigner le gain du coup. On dit : Es iiou 
qu'ai lou pouèn, c'est moi qui gagne le coup. — Voy. 
Pouên. 

Apoolidi, V. Enjoliver, rendre joli; embellir. 

Dér. de Pouli, adj. 

Apoulina, v. Dresser un jeune cheval, faire son éduca- 
tion; le niaquignonner. Au fig. former par la flatterie; 
amadouer ; tiabitucr ; déniaiser. — Vno fio apouUnado, une 
fille délurée, bien maniérée, qui a toutes les ruses de la 
coquetterie, ou bien une jeune fille bien apprivoisée, dont 
l'éducation amoureuse est faite. 

Dér. de Pouli. poulain. 

Apooloun, 5. m. Casaquin, sorte do spencer de femme, 
d'une étoffe ou d'un dessin différent de la jupe. Cette mode 
de nos grand'mères a duré longtemps , elle revient ai^joar- 



m 



APR 



AQU 



d'hui. Il est probable que ce nom lui est venu du fr. 
Apollon, en usage dans le grand monde, toujours savant 
et fort en mythologie. En arrivant au peuple, il y est resté 
pour représenter génériquement toute sorte de vêtements 
justes à la taille et ne formant qu'un corsage sans jupe. 
Cependant le renouveau de la mode a introduit de nou- 
velles dénominations, et il est douteux qu'elles soient plus 
heureusement trouvées : ce qui a dû faire conserver l'an- 
cien nom. 

Apounctaa, v. Rendre pointu; donner de la pointe, for- 
mer la pointe d'un outil en fer ou en bois. Au fig. Apoun- 
cha d'argén, mettre l'argent au bout des doigts ; payer 
comptant. — Tout aquà apounchariè pa'n fus, tout cela 
n'aboutit à rien. Apouncha dé joun émb'uno masto, faire 
un travail de dupe, une œuvre sans objet. 

Dér. de Pouncho. 

Apoupounl, V. Choyer, dorloter, comme tine nourrice 
fait pour un enfant en le berçant sur son sein. 

Dér. du gasc. Poupos, sein, mamelle; ou du h. Poupon. 

Apouridl, v. Faire pourrir, réduire en dissolution, en 
décomposition. Au flg., gâter un enfant. 

Dér. de Pouri. 

Apourta, «. Rapporter, comme fait uti chien qui rap- 
porte ce que son maitre a jeté, ou laissé, ou caché même 
pour éprouver son intelligence et la finesse de son odorat. 
C'est là la seule acception de ce mot, qui ne reproduit 
aucune de celles du verbe apporter dont il est cependant 
le dérivé. 

Apoustïos, s. fém. plur. Attelles, terme de chirurgie ; 
minces et petites planches pour maintenir les fractures d'os. 

Dér. et dim. de Pos. 

Apoustoumi ou Apoustémi, v. Apostumer, venir à sup- 
puration; abcéder. 

Dér. du gr. '.\i34!jTriu.ot, abcès. 

Apouticari, ou mieux Pouticari, 5. m. Pharmacien, 
apothicaire. — Aquos un conte d'apouticari, c'est un 
compte d'apothicaire, un mémoire enflé à plaisir. 

Dér. du gr. 'AcioOiixr], boutique. 

Apradl, v. Gazonner, semer un champ de graine de 
foin ; mettre en pré. — S'apradis dé pér él, il se garnit 
lui-même de plantes fourragères. 

Dér. de Pra. 

Apréne, t». Apprendre, acquérir quelque connaissance 
qu'on n'avait pas ; retenir, graver dans sa mémoire ; être 
averti, prévenu ; instruire, enseigner. Dans le sens d'ap- 
prendre, il signifie : apprendre une leçon, un métier ; mais 
non point apprendre une nouvelle, uu ouï-dire. — Ai après 
ma liçoit. j'ai appris par coeur ma leçon. Aprénguè d'istre 
maçoù, il apprit le métier de maçon. S'ou es après, il s'est 
formé lui-même sans maitre. 

Apréne se dit aussi des plantes ou arbres transplantés, 
<iui poussent de nouvelles racines, et d'une greffe qui com- 
mence à pousser ; reprendre. 

Dér. du lat. Prehendere. 



Aprèts , s. m. pi. Apprêt ; préparatifs ; préparation en 
général. Il signifie aussi : apprêt, raideur d'une étoffe pro- 
duite par sa préparation ou par la teinture. 

Empr. au fr. En ital. Appresto. 

Après, adv. et prép. Après, ensuite. — Après la mort, 
lou mèje, après la mort, le médecin ; c'est de la moutarde 
après diner. M'es toujour après, il m'est toujours après. 

Après, éso, adj. et part. pass. de Apréne. Appris. 
— Quand il s'emploie adjectivement, ce n'est guère qu'en 
mauvaise part; alors il signifie : élevé, éduqué. — Siès bien 
mdou après, tu es bien mal élevé, mal embouché. Un 
mdou-aprés, un mal appris, un insolent. 

Aprèsta, v. Apprêter, préparer, disposer; assaisonner, 
faire cuire; tenir prêt. 

Dér. de l'ital. Appretare. 

Aprima, v. Amincir, rendre mince; amenuiser; émin- 
cer [Voy. Aménuda). — S' aprima, maigrir, s'user. 

Dér. de Prim. 

Aprivada, v. Apprivoiser, priver; rendre plus doux, 
plus traitable un animal ou une personne d'humeur sau- 
vage et farouche. 

Dér. du lat. Privatus. 

Aproucha (s'), v. S'approcher de quelqu'un ou de quel- 
que chose. 

S'aproueha est employé particulièrement pour : s'appro- 
cher des sacrements, communier. — A Pasquo fôou s'aprou- 
eha, faire soun dévé, il faut faire ses Pâques. 

Empr. au fr. 

Aprouchan, adv. Approchant; environ; à peu près. 

Formé do Aproucha. 

Aproufita, ti. Profiter; économiser; ne pas laisser per- 
dre. — Aproufita sas fardas, user ses bardes jusqu'à la 
corde. Aproufitè cent éscus davan soun mariage, il ramassa 
cent écus avant son mariage. Aproufiio bien dou coulèje, il 
profite bien des leçons qu'il reçoit au collège. 

Dér. de Proufi. 

Aproumés, èsso, part. pats, de Aproumétre. Voué, pro- 
mis. 

Aproumétre, v. Promettre, donner l'assurance; s'en- 
gager ; vouer ; engager sa foi ; passer des pactes de ma- 
riage. — • T'aprouméle que m'ou pagaras, je te réponds que 
tu me la paieras. — Vous aprouméte qu'éspasvraï, je vous 
assure que ce n'est pas vrai. Aï aproumés moun éfan dou 
blan, j'ai voué mon enfant au blanc : c'est-à-dire j'ai fait 
vœu de l'habiller tout en blanc en l'honneur de la sainte 
Vierge. Mé soui aproumés, je me suis voué, j'ai fait vœu à 
Notre-Dame. 

Dér. du lat. Promitlere. 

Apuïa, i>. .\ppuyer; étayer; soutenir; protéger. 

Dér. de la bass. lat. Appodiare. 

Apuïage, s. m. Droit d'appui, de mitoyenneté. — Té 
farai pngii l'apuiage, je te ferai payer la mitoyenneté. 

Aquél, élo, pron. dém. Ce, cet, celte, celui, celle. — • 
Aquél d'aqui, celui-là. Es pas aquél que déouriè rèstre, il 



AQU 



ARA 



ii 



n'est pas tel qu'il devrait être. Oh l aquélo laï èro pa'nearo 
iitado, oh ! voill un propos que nous n'avions pas entendu ! 
en voilà Lien d'une autre ! Soui pa$ aquél que mé crises, je 
ne suis pas l'iiomme que vous croyez. 

En ital. Quelto; en esp. Aqueste, aquello. 

Aquéste, ésto, pron. dém. Ce, cet, cette, celui-ci. 
celle-ci. — D'aquéstes ans, il y a quelques années. D'à- 
quéste tin, par ce temps-ci . 

En ital. Quéslo; en esp. Aqueste. 

Aqnl, adv. Là, dans cet endroit ; près du lieu où l'on 
est. — Pér-aqul, de ce côté-là, par là. Yen dé passa pér 
aqui, il vient de passer de ce côté. Coumo vaï voste pèro? 
— Pér-aqui , Comment se porte votre père ? — Coussi, 
coussi, par ci, par là. D'aqui-aqui, d'un moment à l'autre, 
de là là. S'en souvèn pas d'aqui-aquI, il ne s'en souvient 
pas d'ici là. D'aqui et d'aïti. de çà et de là, à droite et à 
gauche. Aïli n'est pas de notre Dictionnaire : c'est un de 
ces mille mois inventés pour l'euphonie. Le languedocien 
aime surtout à procéiler par consonnance ou rime dans la 
plupart de ses dictons. Aquél d'aqui, celui-là. Aquù d'aqui, 
cela même. Es aqttù d'aqui, c'est bien cela. Aqul-dri, vis- 
à-vis d'ici, en droite ligne. Mais celte expression est le 
plus souvent explélive. Les gens de la campagne, surtout 
à l'est d'Alais, ce qu'on nomme les Gounèls, s'en servent 
sans aucune espèce d'à-propos, sans besoin. Ses ana à la 
fèiro hier ? — Aqui-dré y anère bi, Avez-vous été hier à 
la foire î — Ma foi oui , j'y fus. Ce n'est réellement qu'un 
moyen d'allonger la phrase, de se donner le temps de 
répondre catégoriquement. 

En ital. Qui; en esp. Aqui. 

Aquîoula, v. Acculer ; pousser et serrer dans un coin 
on contre un mur; empêcher de reculer; faire pencher 
une voilure, une charrette sur son arriére ; faire tomber 
sur le derrière. 

Dér. de Quiou. 

Aqiiis, s. m. Acquit , quittance. — Un bé dé bon aquis, 
dé michant aquis, une fortune bien ou mal acquise. 

Empr. au fr. Dér. du lat. Acquirere. 

Aquissa, v. Haler des chiens pour les faire battre ; exci- 
ter deux ennemis, deux rivaux l'un contre l'autre. — Le 
même que Atissa. — F. c. m. 

En celto-brelon, Atizar, m. sign. Le mot est-il formé par 
onomatopée de quis-quis, cri d'excitation, ou bien le verbe 
»-t-il inspiré l'onomatopée 7 

Aqoita, v. Acquitter , solder, payer intégralement. — 
Quàou s'aquito faï cabâou, qui paie ses dettes s'enrichit. 

Empr. du fr. 

Aqno, pron. dim. Ça, cela, celte chose-là. — Coumo 
aquù, comme cela, ainsi. Aquà d'aqui, cela, cela môm;. 
AquMo, mol-à-mot : cela bon, signifie une liqueur quel- 
conque moelleuse et sucrée, on toute autre friandise. 
Vn piehà véïre d'aquù-bo, un petit verre du meilleur. Un 
d'aquà, une chose, une affaire dont on ne se rappelle pas 
le nom. Emb'aquà ou End'aquà, avec cela, pourtant, cepen- 



dant. D'aquà, de cela, de cette chose. A fosso d'aquà, il a 
beaucoup de biais, d'esprit, de subtilité, d'adresse. A d'aquà, 
il a du quibus. F<tou d'aquà. il faut de l'argent. Aquà's, 
contraction do aquà es, c'est. Aquà's aquà, c'est cela, c'est 
bien cela. Aquà'ro, contraction de aquà iro, c'était. Aquà 
vaï aqui, c'est la conséquence naturelle do cela. .4 fud tomba 
bien, cela arrive bien, à propos, à point nommé. Aquo uni 
bien, cela va bien. Qu'es aquà? qu'est-ce que c'est ? Aquà's 
aquti, c'est cela. Aquà's p'aquà, ce n'est pas cela. .4» vit 
aquà? as-tu vu cela ? Vèiras aquà, tu verras, tn me la 
paieras. Aquà si dis, cela se dit ; on en parle. 

Aquà se prend quelquefois comme prépos. pour éncâ. 
chez. — Anan aquà dé moun pero, nous allons chez mon 
père. — Voy. Encà. 

Dér. du lat. Quod. 

Ar, s. m. Arcade, arceau, constmction en courbure de 
voûte. — Au plur. Lous ars, les arceaux, les arcades. Le 
marché à Alais était entouré de portiques ou arcades. L'éta- 
lage des légumes et autres marchandises, dans le temps 
des foires et des marchés, se fait souto lous ars. L'ar 
dé Vius, l'Arc-des-'Vienx , carrefour à Alais, formé en 
voûte à la rencontre des rues Valanrie, Bouquerie et Ray- 
mond Pellet : il vient de disparaître. Vius nous parait être 
ici un nom propre : l'art, dé au sing. l'indique. On aurait 
dit das vièls si l'on avait dû traduire par l'.4rreau des 
vieillards. A moins qu'il ne s'agisse d'une corruption fran- 
cisée. — Voy. Vius. 

Dér. du lat. Areus. 

Ara, V. Donner des arrhes, s'assurer d'une vente, d'un 
achat moyennant des arrhes; arrher. — Se dit généralement 
pour retenir d'avance un objet chez un marchand. C'est 
une promesse d'acheter une chose qui n'est pas encore livrée . 

Dér. de ^ro, arrhes. 

Araïre, s. m. Araire, charrue à deux bêtes, et même i 
une seule, sans roue et sans coutre. — Cette fois c'est bien 
évidemment le fr. qui a emprunté au languedocien le mot 
araire, qui figure assez nouvellement dans la nomencla- 
ture technique de l'agronomie. 

Dér. du Ut. Arare. 

Aran, s. m. Fil d'archal : fil de for ou de laiton. — En 
esp. on l'appelle : Uilo de arambre. — Voy. Fiou dé 
richar. 

Dér. du lat. Aramen, airain, enivre. 

Arapa, v. Prendre, saisir avec la main ; empoigner, accro- 
cher. — Arapol attrape! Arapa-lou, empoignez-le. Se 
t'arape, si je te pince. Tarapardil je t'y prendrai. 

S'arapa, se coller, s'accrocher. — La pégo s'arapo à las 
mans, la poix s'attache aux mains. Aquél chival s'arapo 
bien, ce cheval tire à plein collier. Aquél Iwme couménço 
dé s'arapa, cet homme commence à bien faire ses affaires, 
à prendre dans son commerce. On le dit aussi d'un con. 
valescent qui revient en santé après une longue ou dange- 
reuse maladie. 

Dér. du lai. Arripere. 



64 



ARC 



ARD 



Arapo-man, s. m. Grateron, galiet grateron; Galium 
aparine, Linn. Plante do la famille des l\ubiac(?es, ram- 
pante, rude au toucher et qui s'accroche aux mains quand 
on la saisit. De là lui vient son nom. — Voy. liéboulo et 
HéjislH. 

Arapo-pèon, i. m. Bardane, Aretium lappa , Linn. 
Plante de la fam. des Composées Cynarocéphales, floscu- 
lense, et dont la semence est renfermée dans un hérisson 
dont les piquants sont terminés en crochets; ce qui fait 
que, lorsqu'on les mMe dans des clicveux un peu longs, 
on ne peut plus les débrouiller et l'on ne s'en débarrasse 
qu on coupant; son nom dérive de cet effet. 
-• Arasa, «. Terme de maçon, couronner un mur, égaliser 
« dernière assise, la niveler. 

Dér. de Bat. 

Arboùs, s. m. Arbousier, Arbulus unedo, Linn. Arbris- 
seau do la fam. dos Ericacéos, toujours vort, qui porte à la 
fois des fleurs et des fruits. Ces derniers sont d'une belle 
couleur aurore foncée, mais fades, d'une saveur plate. 

Dér. du lat. Arbulus, m. sign. 

Arboussé, i. m. Lieu planté d'arbousiers. 

Arbousso, ». f. Arbouse, fruit de l'arbousier. — Ce mot 
et les deux précédents ont fourni un assez grand nombre 
de noms propres et de lieux, comme : Arbous, Darboux, 
Larbous, Arboussé, Arbousset, Darboussier, etc. 

Arbontan, s. m. Pied de biche, bras de fer qui sert à 
fermer l'un des vantciux d'une porte cochére. Il n'a aucun 
rapport de signification avec Yarc-boulant fr., dont il est 
pourtant dérivé probablement. 

Arcanje, s. m. Archange, ange d'un ordre supérieur dans 
la hiérarchie céleste. 

Empr. au fr. 

Arcèli, s. m. Lavignon, Tenus decussala, Linn. Coquil- 
lage marin, bivalve, bon à manger, du genre des Cames. 

Dér. du lat. Arcella, petit coffre. 

Arcbavésque, ». m. Archevêque, prélat métropolitain 
qui a des évêquos pour suffragants. 

Dér. du lat. Arehiepiscopus, formé du grec ^^çf^, pri- 
mauté, et 2ciiiTxoj:o;. 

Arche , s . m . Cavalier de l'ancienne maréchaussée ; archer, 
soldat armé d'un arc et de flèches. 

Dér. de la bass. lat. Archeriut. 

Arche, ». m. Archet, baguette aux extrémités de laquelle 
sont attachés en saillie des crins qu'on tend à volonté et 
qu'on passe sur les cordes d'un violon ou d'une basse pour 
en tirer des sons ; instrument pour faire tourner un foret ; 
sorte de piège fait avec deux branches pliées en arc et 
rattachées par un fil double, pour prendre les petits oiseaux ; 
en terme de moissonneur, étui de la faucille, qui en a par 
conséquent la forme recourbée. 

Dér. de Ar, dim. 

Archiban, ». m. Banc à dossier, banc d'honneur, chez 
\2s bons paysans des Cévennes, placé au coin de leurs im- 
menses cheminées : c'est le siège des chefs de la maison et 



des étrangers de distinction. L'archiban est aussi un long 
coffre en forme de banc, fixé auprès de la table à man- 
ger, Sauv. — Le mot et la chose sont des demeurants 
do l'ancien régime : ils représentent ces mœurs patriar- 
cales, qui conservaient avec rcsjiect les traditions de la 
famille et de l'hospitalité, l'amour du père assis au foyer 
domestique ou à la table frugale, à la place d'honneur. Le 
progrès ne trouve plus là que des ais vermoulus qui ne 
sont bons qu'à jeter au feu. 

Dér. du grec \yf\, primauté, puissance, et Ban. 

Archimpo ou Archipo, ». m. Etuvée, viande hachée, 
hachis. 

Dèr. du gr. 'Apx'^?. premier, principal, grand, et du 
lang. Po. 

Arcialoùs ou Arcièloùs , ». m. Bolet, a'pe, potiron, 
champignon gris , très-bon à manger ; Iwlet comestible, 
Boletus edulis ou esculentus , ou bovinvs. Fers., Linn., 
Roques. — Cet excellent champignon se roconnait aisément 
à son chapeau plus ou moins large, un peu ondulé sur les 
bords, d'une couleur fauve, quelquefois d'un rouge de 
brique, brunâtre, couleur noisette. Sa substance intérieure 
est ferme, d'un beau blanc qui ne s'altère pas à l'air, à la 
cassure. Le pédicule est épais, tubéreux, renflé à la base, 
court ou élevé. Il est essentiel de ne pas le confondre avec 
le pissagd, qui lui ressemble beaucoup et qui est très-véné- 
neux et malfaisant. C'est cette espèce de champignon, très- 
abondante dans les Cévennes, qu'on fait sécher et qui est 
livrée au commerce. Au nord d'Alais, on le nomme Céhùi; 
ce n'est qu'une contraction de 'notre vocable. — Voy. Cé- 
loùs ; Pissagd. 

Dér. de l'it. Araceli, m. sign. 

Arcisoùs ou Artisoùs, ». m. pi. Ver, mite ou ciron du 
fromage, Acarus siro, Linn. Insecte du genre des Aptères 
et de la fam. des Parasites. On le nomme également JJ/aram). 

— Voy. Artisoùs et Marano. 

Le second de ces noms, dont le premier n'est qu'une 
variante, est évidemment parent du fr. Artisan, qui est 
aussi un petit insecte rongeur. 

Arculo, ». m. Un homme fort, robuste, un Hercule. 

Empr. au fr. 

Ardécho, ». f. Ardéche, département dont le chef-lien 
est Privas ; rivière qui y prend sa source et lui donne son 
nom, affluent du Uhône. 

Dér. du lat. Arduesca. 

Ardïoù, ». m. Ardillon, dard on pointe d'une boucle.— 

— Sara un ardïoù, serrer sa ceinture d'un point, se ser- 
rer le ventre, au prop. et au fig. 

Ce mot est au moins contemporain du fr. ; il est dér. dn 
celt. Darl, pointe, ou du grec "Apoiç, L'ital. a Artiglio, 
orteil, ergot, serre. 

Ardoù, ». f. Grande chaleur, chaleur brûlante, parti- 
culièrement celle qui est produite par la fermentation ; viva- 
cité avec laquelle on se porte à quelque chose. 

Dér. du lat. Ardor. 



ARE 



AlU-l 



65' 



Are, *■ m. Bt'licr, le màlo non ch.ltré de la LrcLU- 

Dér. du lat. Anes. 

Arèdre, v. Lasser, fatigncr, harasser; rendre; mettre 
sur les dents. — Se dit surtout de la fatigue procurée par 
une marche foro'^. 

Dér. du lat. Radueere. 

Arédu, udo, pari. pass. de Aridre. Rendu, lassé, ha- 
rassé. 

Arcgacha, v. Regarder; fixer attentivement en arrière. 
— So J.i aus.'ii geni'riijueuient pour: regarder, considérer 
de toute maiiiiM'e. 

Fonnii du I.U. Aetrd, arrière, et du gr. 'Ayoio, admirer. 

ArémouU, ido, ou Arémoolu, udo, udj. Avide, âpre à 
la cuivc; qui n'a pas de puJeur dans si'S vues intéressées ; 
alTroiilcur ; insatiable. — Voy. Bemouta. 

Arémouliie, s. m. Avidité du bien, désir insatiable d'en 
acquérir, uiéle de jalousie ; cffroMterio intéressée. 

Aréna, v. Tenir en bride; raccourcir les rênes. — Arina, 
ado, part. pass. Au fig. Rengorgé, qui relève la tête, qui 
,«0 rengorge. 

Dér. du lat. Retinaeulum, ou de l'ital. Pedina, rêne. 

Arénadoù, $. m. Terme de bitier ou de iKiurrelicr, Ar6- 
lioir; bouton ou baguette fixés au-devant du UM ou d'une 
, barde ou bardelle, pour y accrocher les rèujs du bridoa oa 
la longe du licou. 

Dér. de Arma. 

Arénda ou Arcnta, v. Prendre et bailler à ferme, 
prendre et donner à loyer; affermer, louer. 

Dér. de Rendo. 

Aréndamén ou Aréntamén, s. m Bail à ferme oa à 
loyer ; le prix du ce bail. — Mi fâou ana paga moun arén- 
damén, il me fnu[ aller payer mon loyer. 

Dér. de Rendo. 

Arénja, t). Arranger, disposer, mettre en ordre; accom- 
moder, ajuster, ranger; raccommoder, concilier, accorder, 
faire transiger ; arranger une affaire. — Arénja sous afaï- 
res, mettre onlrc A ses affaires. Arénja soun p^u. jieigner, 
lisser ses cheveux. Aquà m'arénjo bien, cela me va, cela 
m'arrnuge à merveille ; s'accorde avec mes intentions ou 
mes iiilt'ièts. Lou jugt tous arénjf, le juge les réconcilia, 
les fil transiger. Fdou arcnja aqaet proucès, il faut arran- 
ger cotte affaire. 

S'aimij.i, se parer, s'ajuster, s'endimnncher ; se ranger ; 
•'arranger, prendre des arrangements, se mettre ^ son aise. 
— Suïqué t'arénjarus un pdou, sans douto tu t'habilleras 
convenablement. Lou lén s'arénjo, le temps devient serein, 
ou bien, il se radoucit. Aquél home s'arénjo démpiii qu'es 
marida, cet homme est devenu plus rangé, moins dissipé, 
moins prodigue, depuis son mariage. Se voulès , m'arénja- 
raï d'uqudo pièço, si vous voulez, je me chargerai de ce 
champ, je m'en arrangerai, je vous l'achèterai. Aquélo drolo 
s'arénjo bien, cette jeune fille s'ajnstc bien. Arenja-vous, 
sans fnçoun, mettez- vous il votre aise, sans cérémonie. Aïçù 
f'arénjur-a, tout ceci s'arrangera, se raccommodera. Bouto i 



bouto I farenjartiï, va! va ! je t'arrangerai d'importance, 
je te châtierai de la lionne manière. 

Dér. de l'allem. Ring, rang, d'où est venu rén. 

Arénianién , s. m. Arrangement , transaction ; ordre 
dans la teime d'une maison ; esprit de conduite dans se* 
affaires. — Vn michan arenjamen frtou maX qu'un bon prou- 
eis, mauvais arrangement vaut mieux que bon procès. 

Aréscle, i. m. CiTcle en bois refendu, dont on reliait 
les anciennes mesures de capacité, telles qne les minots, 
quartes et boisseaux ; dans les mesures du nouveau sys- 
tème, ce cercle est en fer. L' Aréscle est encore le cerceau 
d'un tamis, d'un crible, des tours à filer la laine et le 
coton, des caisses de tambour, etc. — Pif uo tant sut l'aréscl» 
eoum'o sus lou tambour, il parle ab hoc et ab hae, sans me- 
surer la portée de ses paroles ; par comparaison avec un 
tambour maladroit qui frapperait tantôt sur le l)ois, tantôt 
sur la peau de sacaisse. — Aréscle dé tnouli, archnres d'an 
moulin à farine ; elles sont recouvertes par les converseaux 
et forment ensemble le tamboar : terme de meunier. 

Dér. du lat. Arculum. En roman areset», cercle mince, 
éclisse. éclat de bois. 

Arcsouna, v. Demander raison; discuter; interroger; 
faire rendre compte. 

Dér. de Résoà. 

Arésta, v. Arrêter, retenir, empêcher d'aller oa dédire : 
faire cesser, réprimer; attacher; déterminer; régler; saisir 
par autorité de justice ; engager pour servir ; décider, con- 
venir de faire. — t'aréttire Uou, je le retins, je l'arrêtai 
bien vite; je le réprimai. Arésta lou san, étancher le sang. 
Arésto aquélo bœho, calle cette boule. Avin arésta lou Jour, 
nous avons fixé le jour. L'an arésta, on l'a mis en prison, 
on l'a écroué. Aï arésta un méssaje, j'ai retenu un domes- 
tique, je l'ai arrhé. Avèn arésta dé faire uno pérménado, 
nous avons décidé d'aller à la promenade. AquH ehï aristo 
bien, ce chien a bon nez, arrête ferme le gibier. 

Arésta, ado, part. pass. et adj. Sage, réservé, retenu, 
posé, quand il s'agit des personnes ; arrêté, fixé , concla , 
en parlant d'une chose, d'une affaire, d'un marché. — Vn 
Jouïne home arésta, uno fio aréstado, un jeune homni8 
sage, posé, une fille vertueuse, réservée. 

Dér. du lat. Restare. 

Aréstamén, ». m. Arrêt, arrestation; saisie d'une per- 
sonne ou des biens. — Faguèrou un aréstamén dé soun bé. 
on fil contre lui une saisie immobilière. — On se sert dn 
mot banimén, quand il s'.igit d'une saisie-arrêt ou mobilière. 

Aréstiè, s. m. Arêtier, pièce de bois qui, dans un toit, 
part de l'extrémité du faite et va en descendant reposer 
sur l'angle du bâtiment, divisant les eaux à droite et k 
gauche dans les toitures à deux égoùts. 

Dér. de Arésto. 

Arésto, ». f. Arête de poisson, os long et pointa qui 
lient lieu de côtes dans les poissons; crête d'un toit; angle 
saillant d'un prisme, d'un mur, d'une voûte. 

Dér. du lat. Aritta, barbe de blé. 



ARG 



ARG 



Aréstoù, ». m., ou Cabi. Chabot, mpunier, chcvane; 
Cyprinus dobula, Linn. l'oissoii de rivicro, qui a la lète 
large et plate, la guoiile fort ouverte et s:ins dents. Sa 
chair, peu estimée, est toute parsemés d'arèles, ce qui lui 
a valu son nom lang. — Yoij. Cabù. 

Argèlo, ». /". Argile; terre grasse; terre do poterie. — 
Pasta U'argèlo, pi>trir de l'argile. 

Dér. du lat. Argilla. 

Argéloùs, onso, aJj. Argileux, qui tient de l'argile. 

Dér. de ArgUn. 

Argén, ». m. Argent, métal ; monnaie en général. — 
iiino d'argén. cuU d'argén, mine d'argent, cuiller d'ar- 
gent. Plago d'argm es pas mourlèlo, plaie d'argent u'esl 
pas mortelle. Gagno vir l'argén, se dit d'un animal domes- 
tique quelconiiue, qui est encore d':lge à augmenter de 
valeur en grandissant, ou d'une bête qui a Ole malade et 
qui se rétablit cli.Kjue jour : dans ce dernier sens, on l'ap- 
plique même aux iwrsonnes. Gagnan vir Vurgcn, disons- 
nous à un malade pour lui donner do l'espoir ou du cou- 
rage. Aquos d'argén dé mnun gagna, c'est de l'argent de 
mon pécule, g.igné par mon travail ou mon industrie, et 
non advenu par héritage. Au (ig. Aquo's d'argén de soun 
gagna, se dit aussi d'un malheur arrivé à quelqu'un p.nr 
sa faute ; c'est un malheur qu'il a éle chercher lui-même. 
L'argén es roun, fônu be que rounle, la monnaie est ronde, 
pour qu'elle circule; l'argent est fait pour rouler, jwur 
courir d'une main à l'autre. D'argén blan, eu monnaie 
d'argent, en pièces d'argnnt. Pugan argen counian, nous 
payons eu espèces sonnantes. Ana bon jo, bon argen, agir 
loyalement, franchement, sans ménagement. 

Dél. du lat. Argentum. 

Argénta, ti. Argenter; passer une couche d'argent ; 
donner une couleur argentée. 

Argènta, ado, pari. pass. du v. préc. et adj. Le même 
que ArgéntoilS. [V. c. m.) — Sèn pas biùn argénias pér 
lou moamen, nous ne sommes pas riches, pas chargés d'ar- 
gent pour le moment. 

Argéntariè, ». f. Argenterie, vaisselle ou autres meu- 
bles et ustensiles d'argent. — C'est le nom d une rue il 
Montpellier, i'Argeuterie , oii était autrefois l'ilôlcl des 
monnaies. 

Argéntoùs, onso, aitj. Pécunienx, riche en espèces; 
qui a beaucoup d'argent; qui produit de l'argent. Ne se 
prend guère que négativement. 

Argén-viou, ». m. Vif-argent, mercure. La propriété de 
cette substance métallique, blanclic et fluide, d être conti- 
nuellement en mouveiasnt à la moindre agitation, l'a fait 
prendre pour emblème des personnes vives et renmantes. 
— Sembla qu'a d'argén-viou din sa4 mans, ses mains s'agi- 
tent comme si elles étaient du vii-argent. 

Argnè, ». m., ou 'Vèrdé. Marlin-péchenr, oiseau. — On 
l'appelle Argné parce qu'on avait cru longleiiips qu'en le 
mettant desséché dans une garde-roi», son mieur en chas- 
tait les teignes, arnot; mais, loin de préserver sou voisi- 



nage, on a vu. dans les cabinets d'histoire naturelle, l'ar- 
jjiJ èlr.' puMii les oiseaux cmpràLéj un des premiers atteint 
par \'À'n iii.-.'ictes. 

Vo^. \\n''e. 

Argue, on fr. Argues, terminaison d'un grand nombre 
de noins de lieux dans le 13as-Lauguedoc, départ, du Gard 
et de llli'rault. 

La finale Argue a été longtemps considérée comme repré- 
sentant le lat. agir, champ, domaine. Cette ingénieusef 
interprétation, niise en crédit par le savant liisl'ricn M6- 
naril, élait coinbaltue par les Bénédictins de l'ilisloiro 
générale du Langin'doc; elle fut adoptée à titre de conjec- 
ture par Sauvages ; aujourd'hui, battue en brèche au sein 
même de l'Académie du Gard, elle parait abandonnée par 
la plui)arl des élyinologistes. 

Argue, dans la langue vulgaire, le languedocien, est, en 
cITet, de dernière formatiin ; elle n'apparaît iju'au XIV' siè- 
cle, où elle devint parliculi to au territoire qui avait été 
autrefois le pays des Volœs Arécomique*.- Au moyen âge/ 
les noms ainsi formés avaient pour finale anègues, ani- 
gués ou unicités ; dans le priiaiiic c'était le radi.-al celtique' 
eli ou son analogue contempirain ak , qui s'attachait aux 
mômes noms pour leur donner la signification de pro- 
priété, un sens, une idée de provenance. 

Quand, avec la conquête, le latin s'imposa à la Gantof 
il ne changea jinsles appellations locales existantes; seule- 
ment il l'Mir iinprima le cachet de son génie et de sa 
langue, et il ajouta ses finales caractéristiques eu u», a, 
um. selon qu'exigeait l'accord avec mansus, villa , cas- 
trum ou pritdium. Pour les établisssemenls nouveaux qui 
se créèrent dans la suite, les mêmes procédés de dénomi- 
nation furent employés. De là les terminaisons en aeut,- 
aca, ucum; puis les variantes enanj'ws, aneus, atius, assiui, 
a, um, etc., désinences correspondantes adjeclivcs. 

Les Gallo-Romains, nos ancêtres, adoptèrent donc soit 
pour l'euphonie, soit pour se rapprocher de la forme latine, 
les finales celtiques latinisées ou purement romaines. Enfin, 
lorsque du mélange se forma la langue romane rustique, 
plus tard quand se fit la division en langue d'Oil et en lan- 
gue d'Oc, comme le latin se conserva toujours à titre de 
langue officielle des actes publics, les altératioiis se multi- 
plièrent, par une sorte de marche parallèle. Les influence» 
elliniques, qui ont tant de puissance sur l'intonation, agi- 
rent à leur tour piur modifier les terminaisons. Ainsi, 
tandis que le latin disait ucus, aca, ucum, le roman répon- 
dait par ac,as,at, par préférence au niidi et au centre de la 
France, et p.ar e, y, ey, ieux, etc., dans le Nord. Les ten- 
dances à la contraction, à l'adoucissement de la prononcia- 
tion se mani:estèrent ; et alors que le basjalin écrivait 
acus, anus, a, iiiii, le roman siipijrimait la terminaison et 
il avait an, en, ane, enne, et ainsi de suite sur les autres 
voyelles. 

Peu a peu, par le mftme sentiment, la consonnance ton- 
jours dure du t se transforma en ck chuintant, et l'on arrivs 



ARG 



ARI 



67 



MX désinences mèMos en ache, anehe, ineht, tneh«. L'or- 
tbogra|ilie ne resU pas d siiiUîn.-ss'e dans la question: le 
latin WMiplaçait souvent !'« pir j. Or (junnd les (lallo 
Romains, de aniut, aneus, onius, », um, eurent fait 
anicus, inicui , onlcus, a, um, et anica , au plur. . 
l'inversion par anjcus, anjus, aliailde soi dans l'iHiriiure: 
la chute du c dur s'ensuivit et l'on eut unjus, enjus, a, 
um, et les nuln's, qui par la suppression de la linnle carne- 
lérisliqiio pr.")iluisiri"nt do leur oi)l<i unje, en je, iuje. L'on 
comprend euoure (|(ie la suliStitution du g doux, au j soit 
arrivée tout uaturellemcui, cuiiMue celle du c doux ou du 
ch au c latin sonnant k dc^vant toute voyelle. Ces conjbi- 
naisons amènent également le <jh mouillé et aussi la inéta- 
thése ng. — Yoy. lus articles Agno, Canounge, Catsagno, 
et autres. 

De là sont issues les finales en agna, igna, agnae, ignae, 
ailleurs igné, igné;;, ignies, igny, etc., qui se prononcent 
en nasalisant et en inouillant. Et ce pliénoinéue, dans notre 
pays, avait passe d'abord par un'guat, oniguei, aniches, 
inigtus, onich.es, etc., du moyen ;ige fDinan, désinences 
exprimées en lat. anieœ, enicce, onicw, et qui sont enfin 
devenues orgue, ergue, orgue, d.ins bien des ap;iellatiaus 
de ni:s jours. 

Mais il est facile de saisir, !i travers ces pi-riniitations 
de lettres, les altérations qui se sont produites de la l'urme 
romane priuiilive aux furines d'MInilives de notre dialecte. 

Toutes ces variétés do finales, depuis ac = ec = aeus, 
anus, aniut, jusqu'à an, anche, ènche, anj'e, ange, agne, 
elles autres, comme uncx = anègues = argues, etc.. ont 
donc nue source commune et sont é(|ui]Hjl lentes ; et 
ce qni le prouve, c'est que le latin, langue plus fixe, 
plus fidèle au radical premier, les exprime, ([iiello que 
soit leur diversité, au midi et au nord, par sa formule i 
peu prés uniforme acum on anum; et que, dans les noms 
de lieux, d'un bout de la France à l'autre, des corps de 
mots identi(|ues, portant suivant les pays des terminai- 
sons différentes, en langue vulgaire , se retrouvent dans 
le latin des chartes, des diplômes, des anciens titres, 
avec la mémo fiii.ile InvariaLle. Pourquoi ces différences 
cnr des mots siiiiilaircs, souvent inéiuc à des distances 
trés-rapprocliées? 

Sic voluére patres, stc Toluit usus. 

Question de latitude ; loi de permutation ; recherche 
d'énergique euphonie; toutes ces caiis.-'s ont pu amener 
une coiiibinaison qui a donné lieu à de si singulières inter- 
prétations. 

Pourquoi encore, pour nos contrées, près de nous, an 
milieu de ces syllabes fluides de la terminaison latine, s'est 
introduite la consonne ruJorde notre orjMg? Comment 1'» 
doux a-t-il disparu? Il n'y a pas peut-être d'autre raison, 
et il faut bien s'en contenter, que celle qui, du latin pasti- 
naea a fait notre pasténargo: de ilominicus, domirgue; de 
dies dominica, dimCrgue (v. lang), et diménche actuel ; 
qui a converti le Pugus rutenicus en Uoucrgue ; canonicus, 



chanoine, en canounge; villa eononica en La Canonrgua 
(Lo/,ère),et le même, nom d'une place à Montpellier; comme 
mnnica, religieuse, s'est transformé en mourgo, les Mour- 
gués, nom d'une de nos rues, et les dim. mourguéto et 
mounjéio. {V. c. m ) Ce qui est remaniuablc néanmoins, 
c'est que la même forme se rencontre dans l'espagnol 
et dans l'italien, langues néo-latines de mèrae origine que 
la nôtre. — Vog. Canounge. 

Il nous parait donc évident que la finale argue n'est 
qu'une désinence purement explélive, adjeclive, qui em- 
porte de soi un sens de provenance, une idée de propriété, 
à peu prés comme agir, mais qui n'en est pas on dérivé ni 
une traduction. Ce qu'il fallait démontrer. 

Ari, inierj. Haie! commandement qu'on adresse aux 
ânes, chevaux ou mules pour les faire avancer. — On dit 
d'un paresseux, d'un ouvrier nonchalant : tôou loujour i 
dire: ari, il faut toujours lui dire : allons donc! 

Habelais s'en est servi dans ce sens : Ari, bourriquet/ 

En ilal. on dit aussi : arri; on esp. port. arre. Les 
Anglais ont, avec h même sigiiilication, le verbe to harri. 
Uarre est un mot arabe d'origine ; il signifie proprement : 
marche, avance. En celt. uri désigne un âne. Tous ces 
mots et le nôtre dériveraient-ils du celtique ? Le latin aurait- 
il contribué de moitié \ sa composition, en combinant et 
élidant aro, maintenant, avcci, impératif, va, marche? En 
étymologie, il ne faut jurer de rien. 

Ariala, w. Canaliser, oinduirc les eaux d'.arrosage par 
de |)elits canaux. — La ribié'iro s'és touto arialado d'un 
eousia, la rivière s'est creusée un lit étroit sur l'un de ses 
bords. 

Dér. de liial. 

Arias, J. m. n. pr. de lieu. Arias, nom de ruisseau dans 
plusieurs communes du Gard. 

Dér. sans doute, comme le mot préc, de Itial, avec l'a 
explétif ; peut-être aussi le mot riassos n'est-il pas étranger 
à sa formation. — Voy. Riassos. Toutes ces idées se rap- 
prochent et se tiennent. 

Ariba, V. Donner à manger aux animaux ; jeter de la 
feuille aux vers à soie; appâter un enfant, un vieillard, on 
infirme, qui ne peuvent faire usage de leurs mains. — 
Ariba, sans n^gimc, s'applique, par excellence, aux vers i 
soie : A guinio houro ariban 1 à quelle heure donnons- 
nous la feuille, le repas de feuille aux vers à soie ? Ariba 
Jou reinar, app\tcr le renard, faire une tramée d'appât 
qui le conduise dans le piège. Tôou ana ariba sas gnèiros, 
il faut aller donner à manger aux puces, c-â-d. fam. se 
coucher. Ai;ibo sans fiAo, répond quelqu'un à qui l'on 
demande une chose impossible ou trés-difiicile à faire: 
donne à manger à tes vers sans le moindre brin de feuille. 

Aribado, i. /". Repas, ration qu'on donne aux animaux, 
particulièrement aux vers à soie. — Quant donnas d'ari- 
bados? combien de fois par jour donnez-vous à manger aux 
vers 7 Lus manguo pas qu'uno aribado perlous ajassa, il ne 
manque à ces vers qu'un léger repas pour les faire dormir 



68 



ARL 



ÂRM 



Aribaïre, aîro, adj. Ouvrier qui donne à manger aux I 
vers à soie. 

Ariè, interj. En arrière! commandement pour faire 
reculer un cheval. 

Formé du lat. Retrù ; en esp. Arriédro. 

Arles (es) , aJv. En arrière, en reculant, derrière. — 
Porto loun eapêl et ariès, il porte Son ch-ij^au eu arrière. 
Yaï M ariès, il marche en arrière ; il porte, il incline der- 
rière. 

Dér. du lat. Ad retrd. 

Ariguiè ou AUgniè, par corr. Alisiè, ». m. Alisier, 
Cratœgut aria, Linn. Arbre de la fam. dtisUosacées, com- 
mun dans les bois. Son fruit se nomme Alise en fr. 

Ariuè)e, s. m. Salsepareille du Languedoc, d'Europe, 
Smitax aspera, Linn. Plante de la fam. des Asparagées, 
sarmeiiteuse, à baies rouges, rampante el épineuse. — On 
dit proverbialement : Bama coumo un ariuèje, de ce qui 
est touffu, épais, même d'un mensonge. 

Dér. du gr. !\pî;, lime, râpe, cette plante étant toute 
hérissée de pointes. 

Arira, v. Arriver; aborder, parvenir dans un lieu où 
l'on voulait aller ; advenir ; survenir. — Faï pas que d'a- 
riva, il vient d'arriver, il arrive à peine. S'aquà m'arivo 
tourna, si l'on m'y prend encore. Se t'ar>'vavo, si lu t'avi- 
sais de cela, s'il t'arrivait. T'arivara matur, il t ea advien- 
dra malheur. Y-és ariva, il y est parvenu, au prop. et 
au fig. 

Ce verbe, en languedocien comme en français, a été tech- 
niquement approprié, dans le principe, à l'arrivée d'un 
voyage sur eau. Son étymologie de rive ou de ribo, quand 
on prononçait ariba au lieu de ariva, le démontre assez. 
Les deux dérivations se confondent dans le lat. liipa, ad 
ripam. 

Arivado, i. f. Arrivée; venue de quelqu'un on de quel- 
que chose en un lieu. 

Dér. du lat. Ad et ripa. 

Arjalas, ». f. Genêt épineux. Spartium scorpius, Linn. 
Arbuste de la fam. des Légumineuses, à fleurs jamies ; 
ajonc. 

Sauvages prétend que ce mot est d'origine arabe; ne 
viendrait-il pas plutôt du grec 'VpfaWoî, difficile, fâcheux, 
incommode, qui est pour l)eaucoap dans le lat.. argutus ; 
à cause des longues épines de cet arbrisseau î 

Arialassièiro, ». f. Lieu couvert d'ajoncs, de genêts 
épineux. 

Dér. de Arjalas. 

Arjéïrolo, ». f. Azerole. fruit de l'azerolier, arjérouU. 

Arjérouïè, ». m. Azerolier, Mespilus, Linn. Arbre de 
la fam. des Néfliers, dont le fruit ressemble a une petite 
pomme el a dos noyaux comme la sorbe. 

Arle, ». m. Arles, ville de Provence ; sous-préfecture du 
départ, des B3uclies-du-Ilhônc. — On dit : en Arle, à Arles, 
et non à Arle. — Voy. Aoubénat- 

Dér. du lat. Arelas. 



Arlén, énquo, adj. Arlésien, ienne; d'Arles; qui est 
d'Arles. 

Dér. du ht. Arelas. 

Arlènde, s m., n. pr. de lieu. Arlende, hameau dépen- 
dant do la coiiiiiiune d'Allègre, canton ds S.iint-A!iibroix, 
arrondissement d'.\lais. Dans le voisiinge, se trouve une 
belle source du même nom : La fon d'Arlèwle. 

Ce mot est écrit dans le dénombrement de l.a séiié.îhaus- 
sée de ÎSimes, ArlempJe. Sa denirh'e partie fonin-'e de linde, 
clair, transparent, traduit le lat. Lmpixlus. Sa première 
syllalje est-elle l'article armoricain ar, la, que l'on trouve 
dans bien des noms commençant ainsi : Ar-leux (Nord), 
très-rapproché de notre mot; Ar-cenay (Côte-d'Or); Ar- 
dennes (Aveyron), et autres ? Serait-elle préposition repré- 
sentée le plus souvent par le lat. ad, vers, ou h particule 
celt. intensive, jointe à l'adjectif pour lui donner plus de 
force et mieux exprimer la beauté et la limpidité des eaux 
de la font.iiue d'ArUnde? — Voy. Zeuss, Cramm. celt. 
On pourra choisir. 

Arlequin, s. m. Arlequin, homme léger, peu sûr ; bouf- 
fon, farceur. 

Ce nom est le surnom d'un bouffon de théâtre qui vint 
d'Italie à Paris s ms le règne de Henri III. Comme il allait 
souvent chez M.M. de Harlay qu'il amusait beaucoup, ses 
compagnons le nommèrent Barlaiquino, petit Harlay ; et 
ce nom est demeuré à tous ses successeurs dans l'emploi. 
Il a fini par passer dans l'usage comme adjectif. 

Arléquinado, ». f. Arlequinade; tour d'arlequin; bouf- 
fonnerie; l.tziii; niche. 

Anna, «. Armer, donner des armes ; mettre sous les 
armes; disposer une machine, un fusil à tirer, à faire 
feu. 

Dér. du lat. Armare. 

Armado, ». f. Armée ; troupes en corps sous la con- 
duite d un chef; grande foule, grand nomlire. — F sian 
uno armado, nous y étions en foule, en grande multi- 
tude. 

Armagna, ». m. Almanach, calendrier. 

Altér. de Almanach. 

Armas, ». m., augm. de Erme, grand tènement de terre 
en friche, de lande. Autrefois il avait la signification de 
marais, terrain marécageux, et les an.;iennes clinries latines 
le reniliient par Palus, paludis. Sauvages lui donne pour 
synonyme Garigo, qui a le sens de marais. — Voij. Erme, 
Aimurgue. 

Armasi, ». m., ou Cabine. Armoire, placard, buffet; 
meuble où l'on tient du linge et des bardes, et où le 
paysan serre ce qu'il a de précieux. 

Ce mot vient, comme armoire, son correspondant fran- 
çais, de ce qu'on y ren.'ermait autrefois les armes, les 
armures, et dans les châteaux les titres et les armoiries. 
— Cérquo la gnuè pér tous armasis, il clierche midi 
à quatorze heures, il cherche des faux-fuyants. 

Armitaje, ». m. Ermitage, habitation d'un ermite; au 



ARO 



ARP 



6fl 



fig. lieu solitaire, maison isolée; nom d'une montagne qui 
domine Alais, où était un ancien ermitage. 

Dér. du lat. Eremita. 

Armito, i. m. Ermite, solitaire qui s'est isolé du monde 
pour servir Dieu. — Démpièï qui l'armilo es mort, arivo 
toujour quicon, dit-on chaque lois qu'il arrive un malheur 
ou un événement étrange, comme si l'ermite était une 
•espèce de Providence qui éloignait les malheurs d'un pays. 
An fouita l'armilo, aquà i-amérilo, chantent les enfants 
autour d'un camarade qui a été puni par ses parents, ou 
qui a été justement houspillé par un compagnon plus fort 
que lui. 

Dér. du lat. Eremita. 

Armo, I. f. Arme; tout ce qui sert à armer, soit potir 
l'attaque, soit pour la défense. — N'y douriè pér n'en 
prine las armas, il y en aurait pour prendre les armes, 
pour s'insurger, au prop. et au fig. Pourta l'armo. la* 
armos, porter les armes. 

Emp. du fr. dér. du lat. Arma. 

Armol, (. m., ou Armôoa. Donne-Dame on Arroche 
des jardins, Àtriptex hortensis, Liun. Plante potagère et 
sauvage; quand on la cultive dans les jardins, elle devient 
haute et ligneuse, et on la nomme alors épiuard d'Es- 
pagne. 

Dér. de l'esp. Armuellas, m. sign. 

Armorié, t. m. Armurier, arquebusier; qui fait des 
armes. 

Emp. au fr. 

Arna, ado, aij. Rongé, percé par les teignes, piqué des 
vers; vermoulu. 

Dér. de Amo. 

Amaduro, s. f. Blangeure de vers ou de teignes; le trou 
percé par elles. 

Dér. de Amo. 

Arnavès, ». m. Argalon, paliure, nerprun, Bhamnus 
paliurus, Linn. Arbrisseau qui ressemble au jujubier et 
qui est bien plus piquant, de la fam. des Frangulacées. Un 
savant botaniste suédois, qui avait voyagé en Palestine, 
dit qu'il n'y a, dans tous les environs de Jérusalem, que 
cette espèce de paliurus qui ait pu servir à faire la cou- 
ronne d'épines de N.-S.-J.-C. 

Astruc affirme que ce mot nous vient de l'arabe. 

Arno, s. f. Teigne, en lat. Tinea, petit insecte, vériuble 
chenille qui se change en phalène, de l'ordre dos Lépidop- 
tères, trop connu par les dégAts qu'il fait sur les étoffes, les 
pelleteries et le papier. Sa phalène est ce petit papillon, 
d'un blanc un peu gris mais argenté, qu'on voit voler 
l'été dans les appartements où l'éclat de la lumière l'attire. 

Au fig., importun, parasite, solliciteur dont on ne peut 
se débarrasser. 

Sauvages prétend que ce mot vient du celtique. 

Aro, s. f. Are, mesure de superficie contenant 100 mè- 
tres carrés. 

Emp. du fr. dér. du lat. Area, surface. 



Aro, adv. A présent, d cette heure, maintenant, en ce 
moment. — Tout aro, tuut à l'heure, bii;ntàt, dans un 
moment. Ak ' per-arot Ah ! pour le coup ! Gna prou pèr 
aro, c'est Assoi \m\iT l'instant. Un p<ioià aro, un pdou jiiti, 
un peu après l'autre; par moments. Aro mèméto, tout à 
cet instant, il n'y a qu'un bien pelit moment. 

D>-r. du lat. Uora, ad lu>ram, ou dt kar. horà. En ital. 
Ora, en esp. ahora, en cat. ara. 

Aros, s. f. pi. Arrhes d'un marché, gage de son accom- 
plissement. — Doutui d'aros, donner diis arrhes. 

Dér. du gr. i^i^iSôiv, m. sign., formé de l'hébreu arab, 
promettre, donner des assurances, ou do l'arabe araba, 
nouer, affermir, serrer; d'uu lu lat. arrka, m. s. 

Arougan, anto, adj. Fier, insolent, arrogant. 

Dor. du lat. Arrogant. 

Arouganço, *. f. Orgueil, fierté, arrogance, insolence, 
morgue. 

Même dér. 

Arouina, v. Ruiner, causer la mine; démolir; user 
par le temps ; détruire la fortune, causer la perte des biens 
de quelqu'un. 

Dér. du lat. Ruina, 

Aronndl, v. Arrondir; élargir; rendre rond. S'aroundi, 
engraisser, se remplumer. Au fig., étendre son héritage, 
joindre à son domaine une terre qui convient. 

Dèr. de Koun. 

Axounze, s. m. Ronce, Bubex eatius, I.inn. Arbrisseau 
épineux t-t para:>itc, qui produit les mures ; de la fam. des 
Rosacées. 

Dèr. du lat. Ranea. 

Arouqua [s'), »., ou S'aronqul. S'endormir; tomberdam 
un profond sommeil, où l'on semble changé en pierre. 

Dér. de Ro. 

Aronqul (s'). Se pétrifier, devenir de la pierre; durcir 
Au fig., s'endormir profondément. 

Dér. de Ro, rocher. 

Arousa, v. Arroser, répandre de l'eau; humecter. 

Dér. du lat. Ros, eau, goutte, rosée. 

Aronsado, t. f. Petite averse de pluie; pluie douce et 
de courte durée. 

Arousage, s. m. Action d'arroser; droit d'arrosage. 

Arousouèr, t. m. Arros lir; grande cruche en fer-blanc 
pour arroser les plantes et les fleurs. 

Emp. du fr. 

Arpaiargue, s. m , n. pr. Arpaillai^es, commune du 
canton d'Usés. Son annexe est Aoureia, Aureillac on 
Aurillac. Deux petits villages, situés, celui-ci sur une 
haute montagne , celui-là sur la pente d'un coteau. 

Le nom du dernier pourrait lui venir de Aouro, vent, a 
cause de sa siluati m; mais son voisinage avec Arpaiargn«, 
et même sa traduction française laissent croire que aurum, 
Int., a contribué ti la deno(nination des doux localités, 
situées pri?s d'un ruisseau aurifère :-^urum/e^«, chercher, 
recueilhr de l'or. 



70 ARP 

Le nom d'Arpalargut. qui n'exprime pns bien entendu 
par sa finali- «l'jae le domaine de qucKiiic sfiiali'ur romain, 
est rendu dans le latin des chartes par Arpallmnicœ, et il 
dérive fo-rlaineiiiont aussi de aurum et de palkure, bass. 
lat., cliercliei- di> l'or dans le salile dos rivières ; d'où le fr. 
Orpailleur. Ses analogues sont Orpilliéres (Gard) et Arpail- 
hac (Aveyrnn). 

Arpan, ». m. A proprement parler, signifie : longueur de 
l'ouvoriur.! de la maiii. — .\ii jou d'Eqinp} {V. c. m.), qui 
se joue avi'o des gobilles, ou mesure ainsi la dislance entre 
les bouli's; l'on dit alors : l'aï tous (irpun.i, fais ta mesure. 
Mais cninine la tricherie se niMe toujours h ces jeux d'en- 
fants, le mesureur allonge tellement les duigts en glissant 
sur la terre, qu'il abroge singulièrement la distance. On 
appelait ce iirocèdé : Arpuns de la naciou, et l'on voulait 
parler d'une mesure frauduleuse. Le jeu en question avait 
sans doute pris naissance eu ce tenqjs-là. La nation était 
prise alors pour le gouvernement ; on était sous la répu- 
blique, la priîiiiière Ijien entendu, et les enfants se permet- 
taient celle s irte l'epigrammo politique, en comuiémnra- 
tion de la b.m'juer jule du tiers-consolidé. Les bonnes 
vérités smt le jirivif'gî de cet ;^ge. 

Aipaii, 01) ce sons, p lUi-rait av.iir quelque parenté avec 
arpo; oepeiulanl nous peasjus quil n'est que l'extension 
du mot suivant. 

Arpan, i. m. Mesure de superficie qui répond au fr. 
arpent, et qui dérive comme lui du lat. Arripendium, 
mesurage des champs. Mais en Languedoc, il ne répond pas 
aux dimensions de l'arpcul de Paris, qui valait autrefois 
51 ares 07 centiares. 

. L'arpent de Montpellier, qui était l'unité légale pour les 
justiciables de la Cour des Aides de cette ville, était de 
deux sortes. L'arpeiit ou dextre, pour mesurer les bâtiments, 
était une corde qui tirait neuf pans, soit 2 met. 23 cent., 
sans avoir égard à la fragtion imperceptible qui résulte de 
la comparaison du inHre à la toise ou à la canne. Le dexlre 
on arpent, pour mesurer les champs, était de 18 pans, soit 
4 m. 50, en mesure linéaire. L'arpent carré représente 
donc une sui>erficie de 20 mètres : il faut 25 arpents pour 
rxno quartdluh, 100 pour une scstUïrado, 400 pour une 
tâoum'i'lado [V. c. m.), et dans le système décimal, il en 
faut 5 pour un are, 500 pour un hectare. 
Lerfej-Jreou Vaipeni coutientdonc ares 20 centiares. 
Le boisseau. ..... | 23 

La quarte ^ 5 > 

L'émine 10 > 

Le septicr 20 i 

La salméc 80 i 

Telle éUait la mesure à Alais ; à Saint-Christnl et dans 
quehjues autres communes voisines, l'arpent n'avait que 
8 pans. 

Arpanta, v. Arpenter, mesurer la contenance des terres; 
faire de loi^^^s pas, marcher vite et à grands pas. 
Pér. de Arpan. 



ARQ 

Arpanlaîre, s. m., on Arpentur. Géomètre arpenteur 

— ^'olJ. lispcr. 

Arpantage, s. m. Arpentage, art de mesurer la super- 
ficie des terres ; rapiwrt ou plutôt résultat d'une opération 
d'arpenteur. 

Dér. de Arpan. 

Arpantéja, v. Parcourir à grands pas ; courir ç^ et là ; 
et par ext., jouer des jambes. — Se dit surtout d'mi enfant 
au berceau qui, couché sur le dos, joue des jambes et se 
di'niéne quand il est libre. Ce mot se confond avec Arpa- 
téja. 

Dér. de Arpan. 

Arpatéja, v. Gambiller, jouer des jamlws. — Il est le 
môme que Arpantéja. La seule difl'èreuce parait être dans 
l'étym. Celui-ci est dér. de Arpo. 

Arpéto, j. /"., dim. de Arpo. Croc de batelier; mais plus 
particulièrement ces petites griffes en vrilles, avec lesquelles 
plusieurs plantes parasites grimpantes s'attachent au-\ 
murs ou à l'arhre, leur tuteur, comme le lierre, la vigne- 
vierge, etc. On le dit aussi des pattes de la plupart des 
insectes. 

Arpi, V. Accrocher avec les mains ou les griffes ; rapi- 
ner ; empoigner, saisir. 

S'arpi, se prendre aux cheveux, s'égratigner récipro- 
quement avec les ongles et les griffes. 

Dér. de Arpo, formé lui-môuie du lat. arripio. 

Arpian, ando, adj. Pillard, rapineur, qui a les mains 
crochues, comme on le reproche, improprement sans doute, 
aux iNormands; escogriffe, escroc. 

Dér. de Arpo. 

Arpiou, î. m. Dim. Arpîoulé. Ongle long et crochu ; 
un doigt d'une serre, d'une griffe, pris séparément. Au 
plur. par ext., main, doigts. 

C'est un dim. dér. de Arpo. 

Arpo, s. f. Main; griffe; serre; patte. — On dit: À 
bono arpo, ou L"* uno bono arpo, d'une femme qui a la 
main habile pour ramasser luie récolte, telle que les châ- 
taignes, ou pour cueillir la feuille de mûrier. Jouga dé 
l'urpo, jouer de la griffe ; rapiner, même égratigner. Trempa 
l'arpo, mettre le pied, entrer dans l'eau ; au 11g. mettre la 
main à la piite; entreprendre. Y-an bouta l'arpo dessus, on 
s'en est saisi, on a mis la main sur lui. 

Dér. du gr. ''Apaai, croc, crochet, grappin. 

Arquado, s. f. Arche d'un pont; voûte courbée en 
arc. 

Dér. du lat. Arcus, arc. 

Arqué, s. m. Arc-en-ciel, météore en arc formé par la 
réfraction de la lumière solaire dans les nuages, composé 
de plusieurs bandes de couleurs, rouge, orange, jaune, 
vert, bleu, indigo et violet. — C'est le dim. do Ar. {V. c. m.) 

Arqué dé voulan, Archet ou étui de faucille. 

Dér. du lat. Arcus. 

Arquièïro, i. f. Soupirail, lucarne, jour de souffrance ; 
ouverture longue et très-étroite pour que la tôle n'y puissQ 



ASA 

{)asscr, qui éclaire une cave, une étable, un grenier, un 
bâliinpiit non habile; barliacane, chanlcplcure; ouverture* 
de même dimension. <|u'on praliiiue dans les murs do sou- 
tèiienienl et de terrasse, pour taire écouler les eaux de 
pluie. 

Ce mot vient de son ancienne application aux meur- 
trières par oii tiraient les archers, qu'on noininail arqaiès. 

Arséniso, ». f. Armoise, herl)ede Saint-Jean, Âriemisia 
vulgarU, Liiin. Plante de la fam. des Corymbifères, stoma- 
chique, vcrinirugo, einmenag.igue, anliseplique. 

Dér. du gr. 'Af rsixiif» , uoiii de la Diane des Latins, 
patronne des vier^'es, qu'on appliquait par allusion à une 
plante dont on faisait usage en médecine pour provoquer 
les menstrues chez les jeunes filles. 

Artéia (s'), v. Se heurter les doigts de pied contre quel- 
que chose; broncher, se blesser le pied par un choc. — 
Aï pôou que me serai artéia, j'ai peur d'avoir fait une 
sottise, un pas de clerc. 

Dér. de Artel. 

Artéïado, ». f. Heurt, blessure aux orteils : co qui 
n'arrive guère qu'aux gens qui vont pioJs nus. 

Ce mot n'a pas d'équivalent en fraiiç.iis, dans nos dic- 
tionnaires, parce que ni l'Académie ni les Parisiens ne vont 
no-pieds ; mais dans la Picardie, par exemple, où les pau- 
vres gens font comme les nôtres, on dit très-bien s'orteil- 
ler et orieillaile. En tous cas, dans l'acception figurée, il 
est encore à regretter, et il pourrait bien ne pas manquer 
d'emploi. 11 signifie en eiïel: maladresse, mal-habileté, entre- 
prise oa action dans laquelle on se laisse imprudemment 
pincer. 

Dér. de Àrtél. 

Ârtél, ». m. Orteil, doigt du pied. — Leva l'artâ, se 
sauver, décam()er, detalt^r; lever le pied. Trempa l'artél, 
se mettre à leau, guéer à pied. 

Dér., comme sou synouyme ital. Àrtiglio, du lat. Arti- 
culu$, jointure. 

Artlchàou, ». m. Artichaut, Cynara icolimut, Linn. 
Plante indigène de l'Andalousie, de la fam. dos Cynaro- 
cèphales, cultivée partout à cause de l'aliment que fournit 
son réceptacle et les écailles de son calice. On eu connaît 
plusieure variétés. — Voy. CarchofU. 

Dér. du ci'It. Articluiuden; art, pointe, et chtulx, chou; 
par où Chou épineux. D'autres le tirent de l'arabe h'har 
chioff, artichaut. Le grec et le latin ont été mis aussi à 
contriliution. Nous n'avons pas de préférence. 

ArtisOÙS, ». m. pi. — loi/. ArcUoùs. 

As, art. pi. m. au datif. Aux. Au fôm. on dit A las. — 
As homes, as éfuns, aux hommes, aux enfants ; ù las fen- 
nos, ù las fïos, aux femmes, aux filles. 

As, î' pers. sing. itul. près, du verbe Avitlre, tu as. — 
As fan. tu as faim. As dé poumos, tu as des pnmines. 

Asaïga, v. Arroser ; mouiller, baigner. — Ce terme 
exprime s|)écialement le mode d'arrosage imrticulier aux 
Cévenues, soit qu'on puise l'eau dans un cours d'eau bor- 



ASE 



71 



d.int la propriété, soit dans nn petit Ixissin où on la 
ramasse el ((u'oii a|)|M?lle /o«i/m Ou la puise et on la répand 
au loin au moyen d une [lelli' ca-iise en bois sur les plan- 
ches d'un jardin, à peu pn.'b comme les bateliers vident 
leur lKite;iu avec une éco|io. — Asatga lou vi. tremper le 
vin. Asaiga à régo, arrosiT par irrigali.in en fais.ml l'oulcr 
l'eau successivement dans chaque raie d'une planche de 
potager. C'est le mode (|u'on suit quand ou arrose au moyen 
dun pnils-a-roucou d'un chapelet. 

Dér. de Aïga et de la part, explètive a, qui marque l'ac- 
tion ; la lettre s n est l.*» que jwur I euphonie, pour éviter 
le choc des deux u. par un hiatus réprouvé même en 
prose. 

Asaïgadouïro, ». f. Pelle creuse en bois pour arroser, 
dont il est question à l'article précédent. Lorsqu'on n'em- 
ploie à cet u.sago qu'une moitié de courge sèche, emman- 
-chée d'un long bâton, cet qui est le plus commun, on peut 
toujours nommer cet outil asaigadouuo ; mais il est plus 
technique de l'appeler counsso. 

Asaigaje, ». m. Arrosage, arroscment; droit d'irrigation; 
acli'U d arroser. 

Ascla, V. Tendre, mettre en éclats, dans le sens de 
fêler. 

Ascla, ado, alj. et part. pass. Fendu, fêlé ; an fi^. 
éccrveli-, cer»enu fêlé, tête; folle. 

Asclo, s. f. Fente, fêlure, crevasse ; intervalle entre nne 
porte ou une lonéla' et li^ur chnmliranle. — Ilira coumo 
uno asclo, rire a gorge déploNé". — i'oy. Fén:asclo. 

Les trois mots ci-dessus de même formali.m dérivent, 
selon S:iuvages et Astruc, du celt. Ascl, escl, radicaux. 
Le grec a KÀâaiî, feule, rupture. 

Ase, ». m. Dim. Astue, p<''j. Asénat. Ane, baudet; 
Equus asinus, Linn. Mammifère de la fam. des Solipèdes. 
Au fig. S)t, ignorant, imbécile, butor. — Fuïre lou repas 
de l'use, manger sans \Mt<i. L'use lé quï$, peste de toi I 
L'ose me quU, foiu de moi ! ilouririè pu lèou Vase d'un 
pdoure home, il mourrait plutôt l'iinedu jjauvre : c'est une 
espèce de murmure contre le sort qui semble frapper plus 
fort sur le pauvre que sur le riche ; mais cette expression, 
qui est deveime très-proverbiale, n'a rien d'irrévérencieux 
ni d'irréligieux. Cela se dit quand l'enfant d'une nom- 
breuse famille est dangereusement malade ; ou bien lors- 
qu'on voit échapper de maladie un égoïste, un bomme isolé, 
dont la ix.'rte ne serait préjudiciable i personne. On sup- 
pose par là que rien n'est plus utile au pauvre que son 
;\ne, qui est son gagne-pain. lUichan coumo un ase négr», 
méch,ant comme un ^ne noir, 0\.i provient de cette race 
danes, très grands et très-uiécliants, qui vient de la CaU- 
logne, où ils sont tous d'un gris presque noir. Paii coumo 
un ase ilé lus g'^puiros. souffrir comme un àne de plâtriére. 
Le pl'ilre gris, qu'on n'exploitait autrefois pour les envi- 
rons d'Alais que dans la commune de Cénérargues, était 
transporté à d.is d'i\ue dans des sics qu'on leur posait à nu 
sur le dos. Un gamin, à calilourthon sur la croupe, les 



7-2 



ASE 



ASS 



guidait sans bride avec un grns bikton, et les faisait galo- 
per, malgré cite doulile cliargf : ils allaient ainsi par 
cavalcade de dix ft duiize. Cesrrvice était fort dur, atloiidu 
surtout que les pauvres baudets étaient mal nourris et 
réduits souvent à brouter l'herbe sèche des chemins. Ce 
genre do transport, qui avait son cachet local, a disparu 
aujourd'hui que les niutcs et les chemins vicinaux permet- 
tent une voie plus laeile; mais le dioluu proverbial est 
resté. Y-a vnï d'un use à tu fièiro que se sémblou, prvb., 
il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin. L'ose 
lié mita es loujuar màou émbasia, prvb., l'àne de la com- 
munauté est louji;urs le plus mal bâté : tout bien en com- 
mun ou en indivis ent toujours mal administré. Vase fiche.' 
est une S')rle d interjection explétive, fort en usage, et qui 
n'est que la modification plus décente d'une locution fort 
employée, quoique de beaucoup moins honnête : L'use 
fiche lou ilarià l le di.il)le emporte celui qui sera le dernier 
i la course. Aquû use es bien muldou que porto dessus un 
bit émplasire, voilà un ftiie bien malade, qui porte sur le 
dos un grand emplAtre, c'est â-dire un homme inutile : ce 
devait être un des prfipos de ceux de la fable du Meunier, 
son fils et l'ône. Mouqné coumo un use, penaud comme un 
baudet. Aqnelo rilju n'en pas ptr aijaet use, dicton prvb., 
mot à mot : ce veiJnge n'est pas pour un pareil âne. Au 
fig. : ce n'est pns p^iur lui que le four chauffe; ce morceau 
est trop délicat puurlui; il lui passera sous le nez. Dans ce 
sens se trouvent une foule d'applications. 

La lemelle do l'àne, fuiesse, est appelée Sdoumo. — V. 
c. m. 

Aséné, ànon, est le dim. Asénas, péjor., signifie au pr. et 
au lîg., gros Ane. — Voy. Dourou. Uounsquo, Pécata. 

Ase, au jeu de cartes, as. Ase <lé piquo, dé tréflo ou dé 
trounfie, dé cuxre, <lé car, as de piiiue, de trèfle, de car- 
reau, de cœur. — Voy. Bourou. 

Ase, très-petit poisson de rivière, chabot des rivières, 
Cottus gtiiiio, Linn., qui a lencolure de la baudroie, la tète 
large et plate, plus grosse que tout le reste du corps. 11 est 
insijiide à manger et Ci^ntient souvent du gravier dans l'es- 
tomac. Il si> tient presfjue toujours au fond de l'e.iu, sous 
les pierres. Qmnd on lirrite, il renfle sa large tète, ce qui 
le rend encore plus hiid. 

Ase-bouieii, s. m. Le têtard, la nymphe de la grenouille, 
qu'on renpontre dans les eaux, croupissantes, où un rayon 
de soleil sullit pour les faire éclare. Eu naissant il est noir ; 
en grossissant il devient gris. Sa tète et son corps forment 
une espèce de boule terminée par une queue plate en 
forme d'aviron et dont le plan est vertical. Les pattes sor- 
tent de cette boule, la queue se détache, et le têtard aqua- 
tique devient grenouille amphibie. Au fig. Ase-bouien 
signifie : butor renforcé, àne, imljéeile, sot Ceffe; un degré 
do plus dans la sottise ou la bêtise que l'Ane onlinaire. Il 
est très eoiiiliiyé. 

I-e nom latin du têtard, Gyrinns, est facile à comprendre : 
i( vient de gyrare, arrondir, puisque c'est une vraie boule. 



Son nom fr. qui signifie grosse tête, a sa raison puisqu'il 
ne semble être qu'une tête; mais notre aie-éouïé«, dont 
l'épithéte surtout ne dit rien, ne s'explique guère. Dans 
nos environs, on appelle le têtard tésto d'ase, ce qui est un 
peu moins incompréhensible. 

Ase (lé charpanto, chevron de charpente, composé de sa 
ferme, du pied-droit et des arbalétriers. 

Ase dé réssatre, banc à trois pieds sur lequel les scieurs 
de long élèvent et placent horizontalement leur bigue; le 
pied de derrière n'est que le prolongement du banc lui- 
même , qui vient s'appuyer à terrre et le long duquel on 
roule la bigue pour la hisser, quand elle est trop lourde 
pour être soulevée sur les épaules. 

Toutes ces dernières acceptions dérivent de quelque 
point de comparaison ou de similitude avec l'àne, animal, 
dont le nom dérive lui-même du lat. Asinus. 

Asénén, énqno, adj. D'Ane; qui tient de l'âne ; qui 
vient de l'âne. 

Asénga, v., ou Enzina. Arranger; rajuster; agencer; 
raccommoder; apprêter. S' asénga, s'arranger, se mettre à 
l'aise et s'ajuster. — Voy. Enzina. 

Dôr. de Aïsi. 

Asérba, v., ou Ashérba. Donner le vert aux chevaux ; 
conduire les troupeaux dans les prairies. 

Dér. de Hèrbo. 

Aspre, 0, adj. Apre, désagréable au goût. 

Dér. du lat. Asper, et au moins contemporain du fr. 

Assadoula, v. Rassasier, gorger; assouvir la faim. 

Dèr. de Sadoul. 

Assaja, «., ou Ensaja. Essayer; tenter; tâcher de faire ; 
faire l'essai; essayer un habit, une robe, un chapeau, pour 
voir s'ils vont bien. 

Dér. de l'ital. Assagiare, m. sign. 

Assalé, s. m. Place garnie de pierres plates ou de che- 
neaux en bois, où l'on donne le sel aux moutons. 

Dér. de Sûou et de Sala. 

Assaléja, v. Donner le sel au bétail. 

Dér. de Sâou, formé du lat. Sal. 

Assana, v. Cicatriser, guérir une plaie, une blessure. 

Dér. de San, sain. 

Assâou, j. m. Emotion pénible; nouvelle alarmante; 
reproche mortifiant ; importunité fatigante. — Nous douni 
un fier assâou, il nous alarma vivement. 

Einp. du fr. Assaut. 

Assàouvagi, v. Rendre sauvage, farouche. — Dé batre 
lou béstidou l'assdouvagis, on rend les animaux farouches 
en les battant. 

S'assdouvagl, v. S'effaroucher; prendre un air, une 
humeur sauvage; contracter des manières agrestes. 

Dér. de Stiouvnje. 

Assassin, s. m. Assassinat, et non assassin. — Aquù'» 
un assassin, c'est un vrai assassinat, dit-on, quand on est 
assailli par une troupe de mendiants, une foule de créan- 
ciers ou simplement d'importuns. 



ASS 



ASS 



73 



Dér. de Ifaschichin, qui était le nom des sujets du 
Vieux de la Montagne, autrement dit Prince des Haschi- 
chins, ou Assassins. Comme ses sujets, fanatisés par lui, 
assassinaient tous ceux qui déplaisaient au maître, leur 
nom est devenu générique pour désigner les assassins. 

Assassinna, v. Assassiner, tuer par guet-apens, par tra- 
hison, de dessein prémédité. Au fig. importuner à Texcès, 
solliciter; exiger son dû tout de suite, comme si l'on met- 
tait le pistolet sur la gorge. — Les deux n se font sentir. 

Assassinur, >. m. Assassin, meurtrier. 

Assata, v. Affaisser; battre; fouler, tasser. — Attatala 
bugado, encuvcr le linge de la lessive, l'abreuver pour 
l'entasser. Astata un co dé poun, asséner un coup de poing. 
La cro/o $'és assatado, la voûte a fait son effort, les murs 
ont pris leur assiette. Assata un soufU, appliquer an soufOet. 

Dér. du lat. Assidere. 

Assécarli (s'), v. Se dessécher, devenir sec. — Se dit 
principalement d'un arbre qui meurt peu à peu par les 
branches. 

Dér. de Sé^tMi. 

Asségnra, «. Rendre sur, consolider; caler; assurer, 
certifier, affirmer. 

Dér. do Ségu. 

Asséguranço, s. f. Sûreté, assurance ; caution, nantis- 
sement, liypothèque ; fermeté, hardiesse. 

Assémâoa, s. m., ou Sémâon. Cornue; comporte; 
benne ; vaisseau de bois composé de douves reliées par des 
cercles, avec deux chevilles horizontalement placées, par 
lesquelles deux personnes le transportent à l'aide de deux 
tâtons appelés pour cela sémaïés, qu'on passe en dessons 
des chevilles. Ce vaisseau sert principalement à transporter 
la vendange. 

Dér. probablement de Sima, mot d'un autre dialecte 
que le nôtre , qui signifie : tirer le moût d'une cuve trop 
pleine, dér. lui-même de l'ital. Scemare, diminuer. — 
Voy. Simdou. 

Assembla, v. Assembler; rassembler; mettre ensemble, 
joindre, unir, réunir, rapprocher; convoquer. — Dlou tous 
faï, amài tous assembla, Dieu les fait et les assemble, dil- 
on souvent ironiquement d'un ménage plus ou moins bien 
assorti , d'une coterie dont les membres sont ignorants et 
singuliers. 

Emp. du fr. Assembler. 

Assémblado, s. f. Assemblée; plus spécialement, la 
tenue des offices divins dans la religion réformée, soit 
dans un temple, soit au désert. 

Emp. du fr. 

Assès, adv. Assez, autant qu'il en faut. — C'est pure- 
ment un terme de civilité populaire. K'aï bien assès, dit-on 
à table quand le maître de la maison vous offre d'un nou- 
veau plat. Dans co cas-là on ne dit jamais : .V'oï bé prou. 
Assis ne se place qu'à la fin de la phrase. On ne dit pas : 
.il assùs manja, mais bien : Ai prou manja. 

Emp. au fr., comme la plupart des termes de civihté. 



Assési, ido, adj. Rassis. — Ne se dit guère que du pain, 
par opposition à pain frais ou mollet. 

Dér. du lat. Assidere. 

Asaéta, v. Asseoir, mettre sur un siège ; faire tomber 
quelqu'un par force sur son derrière; poser sur une base 
solide. 

S'asséia, v. S'asseoir, se mettre dans un siège ; s'établir 
d'une manière solide, prendre son faix, en parlant d'un 
mur, d'une voûte, d'une pierre de taille. 

Dér. du lat. Assidere. 

Assétoùs [d'), adv. Assis, sur son séant ; par opposition 
à debout. — Ero d'assitoàs sut toun U, il était au lit, assis 
sur son séant. 

Assiétado, t. f., ou Siétado. Assiettée ; contenu d'une 
assiette, plein une assiette. — Vno assiétado dé soupo, est 
une assiette de soupe, non seulement pleine, mais combtéq 
et presque en pyramide. — Voy. Siétado. 

Dér. de Assiélo. 

Assièto, *. f., ou Sièto. Assiette, vaisselle plate dans 
laquelle on met ce que l'on mange à table. — Assièto béeudo, 
écuelle à bec. Paro ta sièto, présente ton assiette. 

Dtir. du lat. Assidere ou assisia, de à tedendo, parce 
qu'autrefois Vassièio indiquait la place de chaque convive 
à table. 

Assigna, s. m. Assignat, papier-monnaie. — Ce terme est 
malheureusement devenu familier à tous les idiomes de la 
France, et y est resté en triste souvenir. — Prin coumo 
un assigna, mince comme un papier d'assignat. Afatrassï 
coumo un assigna, mou, sans apprêt, sans consistance, 
comme les feuilles d'assignats. Môme avant que ceux-ci 
fussent dôcrêdités par la banqueroute et l'échelle de dépré- 
ciation, ils étaient méprisés par le peuple pour leur légè- 
reté, leur peu de consistance, et la nullité de leur valeur 
spécifique, en regard des espèces sonnantes, fussent-elles 
du billon le plus lourd. 

Assista, V. Faire l'aumône ; aider, secourir. — Diou 
vous assiste. Dieu vous vienne en aide! Pode pas vous 
assista, je ne puis rien vous donner, dit-on ik im men- 
diant. 

Dér. du lat. Assistere. 

Assoncia (s'), v. S'associer, se mettre en communauté 
d'intérêts; former une association. 

Dér. du lat. Associare. 

Assoulida, v. Consolider, rendre solide, sûr; donner 
des garanties, des hypothèques, des nantissements ; affir- 
mer. 

Dér. de Soulide. 

Assouma, v. Assommer ; tuer on terrasser en frappant 
sur la tête avec quelque chose de lourd, comme un bâton, 
une pierre, une massue. 

Dér. du Lit. Summum, sommet. 

Assourda, v. Assourdir, rendre sourd à force de crier 
ou de faire du bruit ; ennuyer, fatiguer de propos. 

Dér. de Sour. 

to 



74 ATA 

Assourti, V. Aller au-dovant ou à la rencontre de quel- 
qu'un. 

Formé de Sourti et de la prép. lat. aJ, sortir vers. 

Assourti, V. Assortir, mettre ensemble des objets qui se 
ressemblent, qui se conviennent, qui concordent. 

Dér. du lat. Sors. 

Assupa, V. Rencontrer nez à nez, se heurter contre 
quelqu'un, en le rencontrant à l'improviste, sans l'avoir 
aperçu d'avance. 

Dér. de Su, tête, crine. 

Assuqua, i>. Assommer, frapper fort sur la tôte. 

S'assuqua, V. Tomber sur la tête, donner de la tête 
contre un corps dur. — Es tout assuqua, il est tout 
hébété. 

Dér. de Su, crAne, et a privatif. 

Astre, s. m. Astre; soleil, étoile, corps céleste. — Moun 
astre, dans le langage des nourrices à leur poupon , dans 
celui des amoureux à leur belle, est l'expression de leur 
tendresse charmée et éblouie. Il s'emploie aussi dans le 
même sens a peu près que planéto, ou étoile, en fr., pour 
parler do l'influence du sort, de la destinée soumise aux 
astres ou en dépendant. Les anciens et les modernes ont 
conservé dans leur langue la tradition de cette influence 
des astres ; on en a fait une science qui a eu sa vogue. 
Pér co d'astre, par hasard, par bonheur. Lou diable vire 
l'astre ! Peste soit ! sorte d'imprécation qui nous vient de 
loin, assure Sauvages. C'est le Deus omen avertati des 
Romains. Sembla que siès din lous astres, on dirait que tu 
es dans les astres, reproche-t-on à une personne distraite et 
préoccupée. 

Etym. du gr. ''A(rrpov,de 'Aorrrip, étoile, d'où le lat. astra. 

Asurpa, v. Usurper. — Ne se dit qu'en parlant des pro- 
priétés territoriales , qu'on rogne peu à peu en éloignant 
la ligne divisoire. 

Emp. du fr. 

Atala, V. Atteler; attacher des bêtes do trait, chevaux 
ou mules, h une voiture ou à une charrue. — Es dé mi- 
ehan atala, c'est un homme intraitable, revèche au joug 
ou qui n'entend pas la raison. 

S'atala, v. S'appliquer, employer toutes ses forces, toute 

son attention; faire son possible; se mettre au travail. 

S'atalèrou à batata, ils se mirent en train à babiller. 

Dér. du lat. Telum, flèche, timon. 

Atalaje, s. m. Attelage; l'ensemble des bêtes de trait 
qui traînent une même charrette. 

Atalus (en), adv. Obliquement ; en talus; en biseau. 

Dér. du lat. Talus, talon, cou-de-pind. 

Atalussa, v. Couper un terrain en talus ; former en talus 
la berge d'un fossé ; donner du pied à un mur, a une 
chaussée, à une butte. 

Atâoula, V. Attabler; mettre les gens à table pour 
manger, boire ou jouer. — S'atdoula, se mettre à table. 

Dér. de Tâoulo. 

Atapa, V. Prendre, saisir, joindre; fermer, boucher. 



ATÈ 

couvrir, caclicr, voiler. — M. de Bonafous a dit dans une 
charmante chanson : 

Se vos pas «[ué siègue tan amouroiis 
Et dé ta bouquéto et dé tous ièioiis, 
Âtapo-loùs, ma mïo, atapo-loùs. 

Ce mot, dans le premier sens, est une variante de atrapa, 
et dans le second, de tapa. — Yoy. Atrapa et Tapa. 

Ataqua, ado, adj. Atteint d'une maladie; qui a un vice 
dans une partie du corps ; qui souffre d'une infirmité. — ■ 
Ataqua dé l'asme , asthmatique. Ataqua dé la péUrino, 
atteint de pulmonie. 

Dér. de Taquo. 

Ataquo, s. f. Attaque, atteinte d'une maladie; crise. 
Au fig. folie, acte de déraison. — Es mor d'uno ataquo, 
il est mort d'apoplexie. Sas ataquos lou prénou, le voilà 
retombé dans sa folie. 

Emp. au fr. 

Atarda, v. Retarder ; attarder, mettre en retard. 

S'atarda, s'attarder, se retirer tard, se mettre tard en 
route. 

Dér. de Tar. 

Atari, v. Tarir, mettre à sec. S'atari, tarir, devenir sec ; 
perdre son eau. — Soun mouli s'ataris pas jama^i, il ne 
mot jamais l'écluse à ses paroles. 

Dér. du lat. Arire, par métaplasme de Arere, être à 
sec. 

Atébési (s'), v. Tiédir, devenir tiède. — La progression 
de ce mot est en raison inverse de son correspondant 
français. L'ne chose s'atiédit quand elle a été plus chaude 
avant et qu'elle passe graduellement à une température 
moins élevée. C'est le contraire avec le mot languedocien 
S'atébési, qui exprime que la chose, de froide qu'elle était, 
devient tiède. 

Dér. de Tébés. 

Atèncîou, *. f. Co mot ne s'emploie que précédé du 
verbe faire : faire attention, prendre garde ; ou bien seul 
comme intorj. : Attention! Atèncîou/ Garde à vous I 

Emp. au fr. 

Aténdre, v. Atteindre, frapper de loin, toucher ; attendre, 
être dans l'attente, l'expectative ; être attentif à un ouvrage, 
y mettre tout son temps, sans perdre une minute. 

S'aténdre, croire, se fier, avoir confiance, se rapporter. 
— L'aléndéguà à la lèsto d'un eo dé pè'iro, il l'atteignit 
a la tête d'un coup de pierre. L'aténdou coumo lou Méssio, 
ils l'attendent comme le Messie. Aténdùs-nous un pdou, 
attendez un peu que nous arrivions. S'aténdiè énd'aquél 
traval touto la gnuê, il s'appliquait à, cet ouvrage toute la 
nuit. Se vous aténdès d'él, sérés mâou fisa, si vous vous 
fiez à cet homme, vous serez peu sur de votre affaire. 

Dér. du lat. Attendere. 

Aténén, ènto, adj. Contigu, limitrophe, tenant.— 
Aquél bé es tout d'un aténén, dans ce domaine toutes le» 
terres se touchent, sont conliguës, attenantes. 

Dér. du lat. Ad, et tenere. 



ATR 



AVA 



n 



Aténténa, v. Atermoyer, prolonger les termes ; ren- 
voyer d'un jour à l'autre ; tenir le bec dans l'eau. — 
Aténténa uno fïo, bercer une jeune jicrsonne d'une pro- 
messe de mariage, dont on retarde toujours l'exécution. 

Formé de la réduplication do Tén, comme si l'on disait 
dé tén à tén, d'un temps à l'autre. 

Aténténaïre, aïro, mij. Atermoyeur, mauvais payeur ; 
enjôleur, trompeur de filles. 

Atéssa, V. Allaiter; donner i. téter ; donner le sein à un 
enfant. 

Dér. du gr. TiO*i, nourrice, par métaplasme du t en <, 
ou en suivant la prononciation adoucie du qui est une 
véritable sifflante. En celt. Tétar signifie téter. 

Atéssado, s. f. Repas ou réfection d'un enfant qui tète. 
— Donna uno atéssado, donner à téter, faire téter. A agu 
dos atéssados, il a tété deux fois. 

Dér. de Téta. 

Atétoonl, ido, adj. Affriandé à la mamelle, qui veut 
toujours téter; enfant difficile à téter, 

Dér. de Téta. 

Atifa (s'), t). S'attifer, s'ajuster, se pomponner, se parer 
de tous ses atours. 

Dér. du gr. StIçîiv , orner , ou de TSçoç, soin de se parer. 

Atifès, s. m. pi. AITiqucts, pompons; fanfreluches de 
toilette; atours, ajustements de femme. 

Emp. au vieux fr. Attifets. 

Atira, «. Attirer; allécher; affriander , appâter. — 
Aquel vin atiro soiin buvur, ce vin excite à boire. Aquélo 
marchanda es bien aliranto, cette marchande est bien pré- 
venante; elle attire les chalands par ses prévenances. 

Formé de Ad, vers, et tira. 

Atissa, V. — Voy. Aquissa. 

Ato, s. f. Acte, contrat notarié ; exploit d'huissier. — 
Li faraï donna uno ato, je lui ferai signifier un exploit. 

Dér. du lat. Actum. 

Atoùs, j. m., ou Trounfle. Atout, terme de jeu de cartes; 
couleur de la retourne, ou celle dans laquelle on joue ; triom- 
phe. — Baire atoùs, faire atout. A pas sâoupégu jouga, aviè 
bien tous atousses en man, il n'a pas su mener sa barque, il 
avait toutes les chances de succès; il a perdu avec beau jeu. 

Ce mot signifiait dans l'origine la couleur supérieure à 
tout, qui prend toutes les autres, qui gagne tout. 

Atrapa, t». Attraper; tromper, duper, faire une niche; 
trouver, trouver par hasard, rencontrer. — T'atraparas bé, 
tu finiras bien par t'attrapcr. Vos que tous atrapén? \OMX-txi 
que nous leur fassions une niche ? Coumo atrapas aquél vi? 
comment trouvez-vous ce vin 7 Piou-plou, ce qu'atrape es 
mtou, bon, ce que je trouve m'appartient, disent les enfants 
pn s'emparant de quelque bonne trouvaille. 

Dér. du vieux lat. Trappa. 

Atrapaire, aïro, adj. Trompeur, faiseur de dupes. 

Atrapo, s. f. Attrape ; niche; tricherie ou fourberie inno- 
pente et par pure plais.interic. — Le poisson d'avril est trne 
fitrapo. 



Atrouba, v. on Tronba. Trouver, rencontrer ; sur- 
prendre. — Aquést'an Caléndo s'atrobo un dilut, cette annte, 
la ISoël arrive un lundi. 

Dér. de l'ail. Treffen, toucher, atteindre, selon Le Da- 
chat ; par métaphore, trouver ; d'oii l'ital. Trovart. 

Atroupa (s'), v. S'attrouper, se rassembler par troupe, se 
réunir tumultueusement. 

Dér. de Troupo. 

Atroapéla, v. Réunir en troupeau, par bandes qui mar- 
chent dans un certain ordre, processionnellement, comme 
le troupeau qui suit la trace de Robin-mouton. 

Dér. de Troupèl. 

Atnba, V. Allumer le feu, la lampe, une chandelle ; et 
non éclairer. 

Dér. du lat. Tubus, tube, tuyau, parce qu'originaire- 
ment on souCQait le feu avec un tube en fer, comme on le 
fait encore dans quelques-unes de nos montagnes. 

Atnbal, s. m. Menu-bois, allumettes, copeaux, brou- 
tilles ; tout ce qui est propre à s'enflammer rapidement et 
qui peut aider à allumer le gros bois d'un feu. 

Dér. de Atuba. 

Atnpl, V. Réduire au silence, rendre muet; éteindre; 
calmer; étouffer, couvrir; au prop. et au fig. — Atupl lou 
pà, ce n'est pas éteindre ni étouiffer le feu ; mais bien le 
recouvrir de cendres chaudes ou de charbon mouillé, co 
qui le conserve sans le laisser flamber. 

Dér. du gr. 'Atjjtoj, bogue, muet, sans bruit ; ou formé 
de a privatif et Tùçw, allumer, enflammer. 

Aval, adv. Là-bas, en bas : pour les Cévcnnes, tout ce 
qui est au midi et à l'est d'Alais. Le territoire de ^imes, 
de Montpellier et la Provence sont comparativement en 
bas, aval; en parlant d'une de ces localités, on dit : AveU 
vèr Sén-Gile, vùr Séoucatre. — Aval -aval, là -bas bien 
bas. 

Formé du lat. Ad vallem, vers la vallée, par opposition 
à amoun, ad monlem, vers la montagne. 

Aval! (s'), V. Se perdre, disparaître sans laisser do 
traces, à la manière des esprits; se dissiper comme on 
songe ; s'évanouir. 

Dér. de Aval et du lat. ire, parce qu'on suppose que les 
esprits viennent des bas lieux, et qu'ils y retournent 
quand ils disparaissent. 

Avança, v. Devancer, prendre les devants sur quelqu'un, 
le dépasser, soit en marches, soit en études, en savoir ; 
faire des avances, avancer de l'argent. 

S'avança, avancer, s'avancer; aller au-devant, prendre 
les devants; approcher du but, du terme. — Aguct éfan 
es bien avança, cet enfant est fort avancé dans ses études. 
Dé que vous avanço aqud? à qaoi cela vous sort-il, quel 
avantage en retirez-vous? Aro qu'avis fa lou fol, tit pus 
avança, à présent que vous avez fait toutes ces folies, ètes- 
vous mieux loti ? Es tan d'avança, c'est autant de fait. 

Dér. du lat. Ab, de, par, et anti, avant ; ou bien a4 
venlum, vers le vent. 



7C 



AVA 



Avanço, i. f. Avance, ce qui déborde, ce qui dépasse ; 
espace de chemin que l'on a devant quelqu'un. — Préne 
l'avança, prendre les devants. L'avança d'uno casquéto, la 
visière d'une casquette. 

Avanço (</'), adv. D'avance, par anticipation, avant le 
temps. — Ou savian d'avanço, nous le savions déjà. 

Avanços, ». f- pi- Avances d'une mise de fonds pour 
un fermier, pour un commerçant ou pour un artisan qui 
commence à s'établir ; anticipation ; ressources préparées 
et prêtes. — Avédre d'avanços, avoir des avances, de l'argent 
devant soi. Plaça sas avanços, placer ses fonds, ses éco- 
nomies. Aquéles novit douran prés las cKanços, ces jeunes 
fiancés auront prélevé les prémices du contrat. 

Dér. du lat. Ab et antè. 

Avantaja, v. Avantager, donner, faire des avantages à un 
de ses enfants par-dessus les autres, lui former un prôciput. 

Dér. du lat. Antè, et agere. 

Avantaje, s. m. Avantage; supériorité; position privilé- 
giée; préciput. — Aquà's un bel avantaje quand on a sat avan- 
ços, c'est déjà un grand avantage d'avoir sa première mise de 
fonds. D'aïçaval on a pas l'avantaje pér émplégi sas forças, 
d'eu bas on n'a point d'élan pour faire valoir sa force. 

Einp. au fr. 

Avantajoùs, ouso, adj. Avantageux, qui offre des avan- 
tages ; présomptueux , qui croit avoir par sa taille, sa 
force, son adresse, l'avantage sur les autres. 

Avantura, v. Aventurer, hasarder; exposer à un risque, 
à un danger, courir la chance. 

Dér. de Avantura. 

Avanturiè, s. m. Aventurier. — On appelle ainsi le vers 
à suie qui précède de plusieurs jours la masse de ses com- 
pagnons et fait un cocon précoce. Dans une chambrée on 
recueille à part ces avant-coureurs, pour avoir une idée 
de la qualité et de la forme du gros de l'armée. Quelques 
personnes croient que ces vers hâtifs ne passent que par 
trois mues au lieu de quatre ; il est plus probable que ce 
sont des vers premiers-nés ou qui ont plus de vigueur 
pour parcourir leurs divers âges. 

Dér. de Avantura. 

Avantaro, ». f. Aventure; événement inopiné; accident. 
— ilju^reureoawanJuro, j'eus une bonne fortune. A l'avan- 
turo, à la garde de Dieu, sans précaution, aux chances du 
hasanl. Douna la bano avantura, dire la bonne aventure, 
tirer des horoscopes. 

Dér. du lat. Adventurus, futur pass., qui doit arriver. 

Avanturoùs, ouso, adj. Aventureux, qui hasarde, qui 
ne craint pas le danger. 

Dér. de Avanturo. 

Avaras, asso, ». et adj. péjor. de Avare, peu usité; gros 
et sordide avare. 

Dér. du lat. Avarus, avidus eris. 

Avaricio, ». f. Avarice, attachement excessif aux 
richesses ; lésinerie sordide. 

Dér. du lat. Avaritia. 



AVE 

ATaricioùs, ouso, adj. Avare, pince-maille, fessc-ma- 
thieu; avaricieux, qui craint la dépense, ne donne pas ou 
donne mal. 

Dér de Avaricio. 

Avè, ». m. Avé. Premier mot latin de l'Ave Maria,- de 
la Salutation angélique ; grain de chapelet sur lequel on 
dit l'Avé ; temps de le dire. 

Avé, ». m. ou Avéïè. Troupeau de moutons, de brebis. 
Il a vieilli et n'est plus usité (pi'au -dessus d'Alais. — Garda 
l'avé, garder le troupeau. 

Dér. du lat. Ovis. 

Avédre, v. ad. et auxil. Avoir, posséder; atteindre, 
âveindre. -^ Avédre Ion flou, être dégourdi, rusé. Avédre 
pàou, avoir peur. Aoédre laténtido, pressentir. Avédre gran 
gdou dé... S'estimer heureux de... £» pas riche, mais a bien 
quicon, il n'est pas riche, mais il a quelque biîn. Avèn con- 
véngu, nous sommes convenus. Aï agu, j'ai eu. Aguérou,-ï]$ 
eurent. Aguèn, nous eûmes. S'aguéssian fa coumo aqud, 
si nous avions ou si nous eussions fait comme cela. Vaï.' 
t'dourai, vas, je t'atteindrai. Avén agu dé résoiis, nous 
nous sommes querellés. Àquél broutèl es trop ndou^ pode 
pas l'avédre, ce rameau est trop haut, je ne puis y atteindre. 
— Vay. Avéra. 

Dér. du lat. Blabere. 

Avéjan, ». m. n. pr. de lieu. Avéjan, comm. annexe de 
Saint-Jean-de-Maruéjols, canton de Barjac, arrondissement 
d'Alais. 

Ce nom parait venir de Avé, avi'iè, troupeau de brebis, du 
lat. ot!i», plutôt que de ave, èvs, eau, en roman, qui dans 
notre lang. affecte en général une autre forme. La situation, 
d'ailleurs, la nature du pays favorise singulièrement notre 
interprétation. Le suffixe an qualifie le radical. — Vay. 
An, suff. 

Avélagnè, ». m., ou Avelagnéïro, ». f. Noisetier, ave- 
linier. Coudrier; Corylus avellana, Linn. Arbrisseau ou 
arbre de la fam. des Amenlacées. Le Coudrier est resi)ècc 
sauvage et silvestre ; le Noisetier est le coudrier cultivé. 
C'est avec les scions du coudrier que l'on fait la fameuse 
baguette divinatoire des prétendus inventeurs de sources 
et de fontaines. 

Dér. de Avélano. 

Avélagnèïro, ». f. Coudraie, lieu couvert de coudriers; 
bosquet de noisetiers. On la prend aussi pour le Noisetier 
lui-même. 

Dér. de Avélano. 

Avélano, ». f. Aveline, noisette, fruit du noise- 
tier. 

Dér. du lat. Avellana, m. sign., qui vient lui-même 
de Avella , ville du royaume de Naples , où les coudriers 
sont en abondance, et renommée encore aujourd'hui pour 
la bonne qualité de ses noisettes. En cat. esp. ital. Avel- 
lana. 

Avén, ». m. Cavité ou conduit souterrain et naturel, qui 
sert de réservoir aux eaux de la pluie ou de la neige, et 



AVÉ 



AVE 



77 



qui alimente les sources ; caverne profonde et verticale 
au fond de laquelle est un amas d'eau. 

Dér. du cclt. Awen, rivière. 

Avéna, v. ou Abéna. Epargner, ménager, économiser ; 
épuiser; user jusqu'au bout, jusqu'à la corde. — Avénas 
ta $dou, ménagez le sel. Avéna tas farJot, user ses vieux 
habits, les porliîr quoique usi^ et rapiécés. Avéna lou jour, 
profiter du jour jusqu'à son déclin. — Le part. pass. adj. 
Avéna, ado, signifie : épuisé, usé par les débauches, ou 
ruiné par les maladies. — Voy. Abéna. 

Aréna^ i. m. Gruau d'avoine, dont on fait une excel- 
lente purée pour le potage. 

Dér. du lat. Avena, avoine. 

Avénaduros, t. f. plur. — Voy. Abénaduro$. 

Avénén, ». m. Ne s'emploie qu'au génitif, et dans une 
sorte de phrase faite, d'un avénin. — Tout d'un avénén, 
tout d'une pièce, d'une venue, sans galbe et sans forme. 
Vno cambo tout d'un avénén, une jambe sans mollet. Et 
touto d'un avinén, elle n'a ni tournure, ni hanches, ni 
gorge. — Le nominatif adjectivé, qui voudrait dire : ave- 
nant, affable, est du pur franchimand. 

Dér. de Vénl. 

Avéngn, ado, alj. part. pati. de Avénl. Grand et fort, 
bien venu. — Aqaél éfan éi bien avénga pér toun tén, cet 
enfant est bien grand, bien fort pour son âge. 

Avéngudo, ». f. Crise de maladie ; revers de fortune ; 
accident malheureux et inopiné. 

Dér. de Avénl. 

Avéni, V. Arriver à faire ; parvenir à ; réussir ; suffire. 
— • Pode pas y avénl tout soûl, je ne puis suffire seul à ce 
travail. V avéndra pat, il n'y réussira pas, il n'y par- 
viendra pas. — Péraquà y-avénirin, pourtant nous en 
viendrons à bout. 

Dér. du lat. Advenire. 

Avéno, ». f. n. pr. Avène, petite rivière torrentielle qui 
prend sa source dans la montagne de Rouverguo, près de 
la Grand'Combc, et se jette dans le Gardon, au droit de 
Saint-Hilaire-de-Brclhmas, au-dessous d'Alais. 

Dér. du celt. Awen, rivière, qui entre dans beaucoup 
de noms propres de rivières ou de localités situées sur des 
cours d'eau, notamment le nom lat. Avenio, Avignon. 
Avesnes, chef-lieu d'arrondissement du département du 
Nord, sort évidemment de cette modeste source. Son an- 
cienne orthographe Avenna rapiiclle la mot celtique avec 
sa double consonnancc latinisée, avenn, et notre pronon- 
ciation lang. fortement sentie dans avén, qui est le 
même mot. L'origine de Advenœ, étrangers fixés sur ce 
territoire, ab advenit gentibut ibi collocads, est une glo- 
rieuse imagination ; mais notre patois, comme on dit dans 
le Nord, est plus fidèle aux traditions et a bien son prix. 
Les communes rurales Avesnes-le-See , Aveny , Avenay, 
Avesncs-sur-Ttelpe , Avcsnes-les- Aubert , sont de petits 
affluents : Avesnes-le-Sec indique un avén, une source tarie, 
et non pas un sol aride où l'avoine ne pousse plus. Là se 



trouve la confirmation de l'origine du nom, pour lequel il 
est inutile de faire de l'érudition historique à la recherche 
d'une (Intieuse et imaginaire dénomination. 

Avéns (Lous), ». m. pi. L'Aveut, le temps qui est 
placé entre la Saint-André, le 30 novembre, et la Noël, 
25 décembre. C'est pour l'Eglise romaine, un temps d'expia- 
tion et de pénitence pour se préparer aux joies de la Nali- 
viuS comme le Cirôme est une préparation au triomphe 
pascal. — On disait en v. fr. : les Avents. 

Dcr. du lat. Adventus, arrivée. 

Avéousa, V. ou S'avéonsa. Devenir veuf; perdre sa 
moitié ; être délivré. — Diou m'en avéoute. Dieu me 
délivre d'un tel ou de telle chose ! 

Dér. de Veouse. 

Avéra , v. Aveindre ; atteindre ; tirer un objet d'un 
endroit hors de portée, soit en haut, soit en bas. — ^Ivero 
dé céruHrot, cueillir des cerises avec un croc. Avéra lou 
fera, tirer un seau noyé du fond d'un puits. Qudou po y- 
avéraf qui peut y atteindre? 

Dér. du lat. Advmire. ou Advekere. 

Avéracloù, ». f. Advération, terme de vieux cadastre ; 
dénombrement des biens-fonds, avec leur contenance, con- 
fins et estimation, pour former l'assiette de la taille. 

Dér. du lat. Ytrax, véridique, sincère. 

Averti, v. Avertir, donner avis ; présager ; instruire ; 
prévenir du danger; convoquer les membres d'une assem- 
blée délibérante; inviter à un convoi funèbre. — Lou tou- 
nèro n'avertis pas, le tonnerre ne gronde p-is avant la 
foudre. 

Dér. du lat. Advertere, tourner l'attention vers. 

Arértimén, ». m. Avertissement du juge de paix, invi- 
tation à la conciliation ; avertissement du rôle des contri- 
butions. Il serait encore applicable aux avertissements 
donnés aux journaux dans notre époque. — Lous avérti- 
méns i-an pas manqua, ce n'est pas faute qu'on l'eût 
bien prévenu. 

Avès, 2' peri. du plur. de l'ind. prés, du v. Avédre. 
Vous avez. 

Avès, ». m. Revers d'une montagne vers le nord ; aspect 
an nord. C'est le contraire de l'Adré, aspect du midi. — 
Aquà't dé bot dé l'avès. c'est du bois coupé à l'aspect nord. 
Ce bois est moins bon à brûler que celui de Vadré. Ses 
pores sont plus serrés, ses fibres sont pins longues et pins 
entre-nouées ; il devient noir au feu et fournit peu de 
braise. 

Dér. de Vèt, versant. 

Avésqua, ». m. Evftché, palais épiscopal. — L'évèché a 
joué longtemps un grand rùle i Alais, soit pendant qu'il 
était réellement un palais et la résidence d'un évoque, soit 
lorsqu'il est devenu presque du dom.iine public. Ses cours, 
ses jardins étaient le rendez-vous des oisifs de café et <i<^ 
jeux des écoliers. Il demeure seulement encore à l'état de 
nom propre parmi nous, aujourd'hui que la sape indus- 
trielle a fait disp.-iraitre le magnifique dessin de sa double 



78 



AVI 



AVO 



façade et de sa cour d'iionneur, que les jardins mutilés 
ont été envahis par des constructions bourgeoises, ou divi- 
sés en petits carrés, et qu'enfin l'orangerie et le côté des 
fruitiers viennent d'être cédés pour une place publique 
devant l'bôtel-de- ville. 

Dér. du lat. Episcopatus. 

àvésque, s. m. Evèquo, prélat chargé de la conduite 
d'un diocèse. — Un chi regarda bé 'n avésque, amaï li leva 
pas lou capèl, prvb. Un chien regarde bien un évêque, se 
dit proverbialement quand une personne s'étonne ou se 
fâche qu'on la fixe. On dit d'un pendu : Es un avésque dé 
eampagno, dono la bénédicïou das pèses. 

Dér. du lat. Episcopus. En ital. Yeseovo. 

Arignoun, s. ni. Avignon, ville, chef-lieu du dép. de 
Vaucluse. — Pata d'Avignoun, un pata, ancienne monnaie 
papale frappée à Avignon. Palachoù d'Avignoun, sobri- 
quet des Avignonnais, qu'ils doivent sans doute à leur 
monnaie dite pata. Granéto d'Avignoun. graine de ner- 
prun, Bhamnus infectorius, Linn., qui croit dans nos 
environs. Elle sert aux teinturiers de petit teint pour le 
jaune et de stil de grain pour la peinture. — Yoy. Gra- 
néto, Aoubénas. 

Dér. du lat. Àvenio, qui a sa racine dans le celt. Awen, 
venant de aa, aqua, eau , qui a donné en roman ave, ève, 
ive, et autres, en lang. avén, a'igo, etc. — Voy. Avéno. 

Avirôoii, interj. Commandement de voiturier pour faire 
tourner à droite. La conversion ou le pas oblique qu'exigç 
ce commandement, décrit un angle plus ouvert que celui 
qu'on obtient par le commandement à ruou ou à ruâou, 
mais toujours du même côté. L'angle du premier se rap- 
proche du quart de cercle ou de l'angle droit, c'est tout un 
changement de direction ; l'angle du second n'est guère 
qu'une déviation à droite pour couper l'ornière, éviter un 
mauvais pas, ou pour partager la route avec une voiture 
qui croise la première. 

C'est un vocable composé arbitrairement, qui varie sui- 
vant les localités , mais qui est fixe et d'une antique ori- 
gine dans chacune d'elles. — Faire tira avirôou , faire 
changer de direction à droite. 

Avis, s. m. Vis, cylindre cannelé en spirale, destiné à 
rentrer dans un écrou cannelé de même. En fr. le mot est 
féminin, une vis ; il est masculin en languedocien. 

Emp. au fr. avec l'a explétif, qui est dans le génie de 
la langue quand elle est obligée d'emprunter à sa rivale. 

Avis, s. m. Sentiment, opinion. — M'en dounarés un 
avh, vous m'en direz votre sentiment, votre opinion. M'es 
avis, il me semble. 

Emp. au fr. 

Avisa (s'), V. S'aviser, s'apercevoir; tenter, oser, s'en- 
hardir — M'avise que plùou, je m'aperçois qu'il pleut. Lou 
ciel toumbariè que s'in avisariù pas, le ciel viendrait à 
tomber qu'il n'y prendrait pas garde, qu'il ne s'en avise- 
rait pas. S'avise pas de me dire: voulur / n'osa-t-il pas 
me dire : voleur! Se t'avises dé parla, si tu as la hardiesse 



de parler. Sans s'en avisa, sans s'en apercevoir, sans y 
faire attention. 

Avisa, ado, part. pass. et adj. Avisé, prudent, circon- 
spect ; éveillé. 

Dér. de Avis. 

Avisamén, 5. m. Prudence, prévoyance, perspicacité, 
intelligence; circonspection. — Aquél drôle vous a d'avi- 
samén que noun sat, ce garçon a une intelligence, une 
prudence extraordinaire. 

Dér. de Avisa. 

Aviva, V. Raviver, évertuer, réveiller; vivifier. 

Aviva, ado, part. pass. et adj. Vif; sémillant, éveillé; 
guilleret. — Lou tén s'és aviva, le temps s'est mis au vif. 
Lou tén s'avivo, le temps se refroidit. Aviva coumo «n 
péïssoù sus lou rasiouble, éveillé comme un poisson dans 
le sac. Aviva coumo un passéroii, éveillé comme un moi- 
neau. 

Dér. de Yiou, du lat, vivus. 

Avoua, V. Avouer, confesser; reconnaître qu'une choss 
est, en faire l'aveu. 

Emp. au fr. Aveu. 

Avoua, s. m. Avoué, procureur. — Cette profession a 
trop de rapport avec le peuple, pour qu'il ne se soit pas, 
hâté de la suivre dans la transmigration de son nom. 
Avoua est aussi bon languedocien que Proucuroù. 

Avouca , s. m., dim. Avoueadé. Avocat. — Es un 
avouca, c'est un Gros-Jean, im important, un pédant , qui 
fait l'entendu, l'érudit en affaires, et en toute science. 
Avotica das uses, un pauvre avocat. Aquél avouca es cher, 
dounariè pa'n bon eounsél pèr sièï frans , prvb. Cet avo- 
cat est cher ; il ne donnerait pas un bon conseil pour six 
francs, — sous-entendu : parce que cela lui est impos- 
sible. 

Pourquoi nos paysans appellent-ils leur Ane l'auouca.''... 
Que dans un atelier d'imprimerie, le pressier s'appelle un 
ours et le compositeur un singe, cela se conçoit pour qui 
les a vus manœuvrer et se démener. Que certaines per- 
sonnes soient des chameaux, c'est encore mieux, nul n'y 
peut contredire. Il n'en est pas de même de l'assimilation 
qui fait l'objet de cet article. Mais il est parfaitement inu- 
tile d'en prouver la criante fausseté ; il ne s'agit que d'en 
chercher l'origine. 

Un i)laideur malheureux, irrité contre son avocat à qui il 
attribuait, comme on fait toujours, la perte de son procès, 
dit que c'était un âne : — l'àne avait tout à fait mauvaise 
réputation à celte époque. — Rentré chez lui, il continua 
à exhaler sa colère , et réciproquement il appela son âno 
avocat. C'était du pur algèbre qu'il faisait sans s'en 
douter, comme Monsieur Jourdain de la prose. A* étant 
égal a .\2, X' devait être égal à .\i ; l'équation restait la 
même quoique les termes changeassent de place. La colère 
de notre plaideur dura bien au-delà des vingt-quatre heuresi 
légales, et toutes les fois qu'il allait aux champs avec son 
compagnon, il ne manquait pas de dire : Ari, l'avouca ! La 



AVO 



AZO 



79 



plaisanterie so répandit et finit par être acceptée, par l'âne 
d'abord, cela va sans dire, et pais par ceux même qui 
eussent pu en être blessés et qui no firent qu'en rire. 

Voici une autre explication, qui est celle des savants. 

L'a avocat, du vieux temps où l'on faisait force latin au 
barreau, avait pris la spécialité de plaider les alibi. Il en 
trouvait partout et faisait un tel usage de ce moyen dans 
tous les cas, qu'il lança un jour le génitif pluriel fort 
hasardé aliborum. On ne l'appela plus que Maitrc Alibo- 
rum, qui devint Aliboron. Or, cet avocat était, dit-on, 
un àne. De telle sorte que de ces trois noms ou de ces trois 
mots on finit par faire une confusion qui dure encore. 

Après cela il y a une explication plus simple et que je 
crois la bonne, car il no faut pas abuser de l'anecdote. 

Un paysan qui fait l'entendu en affaires, le beau parleur, 
aimant fort à avoir raison, le Gros-Jean enfin, ses voisins 
l'appellent un avouca. L'àno a bien quelque chose de ces 
allures. A certain entôtemeent, que peut-être on apprécie 
mal quelquefois, il doit se croire aussi une façon de doc- 
teur qui en sait plus que tout le monde, car il est diffi- 
cile de lui faire faire autre chose que ce qu'il a conçu ; et 
dans les fréquentes discussions qu'à ce propos ils ont 
ensemble, l'ànier de dire : Ah ! tu fais l'entendu, tu veux 
faure ta tête, tu raisonnes, tu fais l'avocat ; nous allons 
voir ; Art, l'avouca I — Ce n'est pas autrement qu'il a 



pris ses grades et reçu son titre. — Foy. TranthitiMn. 

Dér. du lat. Advoeatui. 

Avugla, ». Aveugler, rendre aveugle ; éblouir, au prop. 
et au fig. — L'douro avuglo, le vent vous remplit de 
poussière à aveugler. Cérquo soun eapèl, et es aqul qui 
l'avuglo, il cherche son chapeau, et son chapeau est là qui 
lui crève les yeux, tous Uiouuet avuglou, les éclair» 
éblouissent. 

Dér. de Àvugle. 

Avugle, avuglo, adj. Aveugle. — Vôou mai èttre nèei 
quavugle, mieux vaut être sot qu'aveugle, n5pond-on prvb. 
à quoiqu'un qui vous traite d'imbécile. Cette phrase, dont 
le sens est singulièrement elliptique, signifie que n'étant 
pas aveugle niais simplement un sot, on a la satisfaction de 
voir plus sot que soi et l'espérance d'en guérir. Bada eoumo 
un avugle, crier comme un aveugle, parce que l'aveugle 
mendiant a une façon lamentable et criarde de déplorer son 
infirmité. L' Avuglo dé Cattél-Cuïê, est le titre d'une de» 
plus jolies pièces du poète Jasmin. 

Dér. de la bass. lat. Abœulus, privé d'yeux. 

Azoaèn, ». m. Adjoint à la mairie. — Toute la nomen- 
clature des fonctions constituées sous un régime constitu- 
tionnel est devenue familière au peuple, qui en accommode 
au génie de sa langue toutes les dénominations. 



B 



B 

B, seconde lettre de l'alphabet et première des con- 
sonnes. 

Il entre dans le plan de ce Dictionnaire, on a pn s'en 
apercevoir, de réunir à la nomenclature purement lexico- 
graphique de notre langue ou du moins de notre dialecte 
les observations grammaticales relatives à la contexture 
des mots, qui est leur orthographe, ou à leur étymologie, 
qui est leur histoire. Nous faisons en même temps de la 
grammaire, suivant toute l'acception du mot, et du glos- 
saire, en inscrivant sous leur numéro d'ordre les termes et 
les locutions en activité de service ou d'usage, et en ras- 
semblant autour d'eux les significations, les définitions, les 
exemples, les citations, les remarques qui présentent quel- 
que intérêt de curiosité ou un éclaircissement instructif. 
En cela nous suivons notre programme ; mais encore est-il 
bon d'expliquer pourquoi nous nous le sommes imposé. 

Avec la conviction que nous avions affaire à une langue 
véritable, il convenait de traiter notre idiome méridional 
comme une langue. Né le même jour et dans le même ber- 
ceau que le français, il est resté plus longtemps fidèle à sa 
nature et à ses origines : il l'a emporté sur lui en culture 



B 

et en harmonie; mais après avoir lutté, il a été vaincu et 
il est proscrit. Pour lui le mouvement de progrès s'est 
arrêté; la force seule de sa constitution le soutient, mais 
la déchéance qui le frappe ne l'a pas converti en un des 
patois du français, et les principes vitaux do sa forma- 
tion n'ont point péri. C'est à retrouver ces éléments, à en 
réveiller l'énergie et la puissance qu'il travaille et qu'il 
mérite d'être aidé. Et c'est précisément pour cela aussi 
qu'un vocabulaire languedocien, même quand il se ren- 
ferme dans un dialecte particulier, ne saurait se contenter 
de relever le catalogue complet des mots do bon et vrai 
crû, ou des naturalisés, de traduire leur sens, de signaler 
leurs altérations, de les ramener à leurs sources. Il nous 
a semblé qu'il devait encore étudier leur formation et leur 
composition, pénétrer dans leur génie, chercher la raison 
de leur structure, de l'agencement de leurs lettres et de 
leurs syllabes, de leurs combinaisons et de leurs change- 
ments, noter leur accent et leur prononciation, tout ce qui 
fait le caractère, le cachet, l'individualité, la physionomie 
animée d'une langue. 

C'est un champ nouveau à explorer : un filon que 



80 



B 



la langue d'Oc a peut être trop négligé, tandis que lo 
français et les autres langues possèdent des travaux Irès- 
remarquables : est-ce un motif pour le délaisser? Notre 
Dictionnaire n'a pas voulu rester dans le cadre d'une 
simple classification de mots, moins dans l'espérance de 
combler ime lacune, que dans la pensée do recueillir ce 
qui intéressait la langue. Ces notions grammaticales, ces 
observations sur la composition des termes qu'il enregistre 
et sur la syntaxe, auraient peut-être gagné à être rassem- 
blées et à se condenser dans un traité spécial entièrement 
didactique, qui manque à la langue d'Oc, au lieu de se 
répandre à petites doses séparées sur une infinité d'arti- 
cles ; mais une fois la forme du Lexique adoptée, il était 
difficile de procéder autrement. D'ailleurs, malgré leur 
dissémination, un enchaînement coordonne et relie dans 
une iilée d'ensemble tous ces matériaux ; puis, à vrai dire, 
le travail s'est mesuré de lui-même à nos forces : vouloir 
élever un monument eût été une bien grosse entreprise, et 
pour nos moyens d'une exécution impossible. Un livre à 
consulter, au courant de la fantaisie ou de la distraction 
a surtout besoin de variété : il se sauve par l'éparpiUement 
et peut atteindre son but sans fatigue : nous ne cherchons 
que cela. Dans une œuvre toute originale, ce sera, si 
l'on veut, notre originalité. Humble débiteur, dès notre 
enfance , envers notre langue , nous payons notre dette à 
cette créancière amie en monnaie de billon, ramassée sou 
par sou , au lieu de solder en fins billets de banque, réservés 
aux riches de la finance, dont nous ne sommes pas. Qu'im- 
porte après tout, si la monnaie est courante et de bon aloi 
et que le compte arrive juste? 

Sans aller plus avant, nous tenions à expliquer, sinon à 
justifier notre méthode et l'ordonnance de ce vocabulaire. 
Sans doute notre travail n'est pas simplifié par là, non 
plus qu'abrégé et plus facile; mais cette digression et colles 
qui pourront suivre ne seront pas inutiles, si pour un plus 
grand labeur elles nous valent aussi plus d'indulgence. 

A propos de la première consonne do l'alphabet, il est 
donc naturel de s'informer avec quelle valeur et par 
quelles modifications les consonnes, ces éléments consti- 
tutifs des mots, sont entrées dans leur composition. 

La question serait fort abstraite et trop compliquée s'il 
fallait la tenir à la hauteur des spéculations théoriques 
touchant l'origine, la formation et la physiologie du lan- 
gage ; elle se tempère heureusement en abordant à l'his- 
toire, en s'appuyant sur des faits rapprochés, plus tan- 
gibles et déjà vérifiés. Nous n'aurons qu'à relever les prin- 
cipaux : les notions générales paraissent suffire. 

La gamme des sons que peut émettre la voix humaine 
n'a qu'un petit nombre de notes : ce sont les voyelles , 
qui se meuvent dans une échelle fixe, en passant du grave 
au doux, du long au bref, du simple au composé. Les 
consonnes sont plus nombreuses , leurs combinaisons 
plus multipliées : elles servent de lien aux voyelles, 
elles sont leur point d'appui. L'alliance de ces deux 



B 

éléments forme les syllabes et les mots, et toutes les 
langues ont les mêmes procédés nécessaires. Tout cela, 
voyelles et consonnes, se divise et se subdivise en nuances 
de tons et demi-tons, se distingue en classes et en familles, 
s'étiquette en genres et en catégories de gutturales, pala- 
tales, dentales, labiales, sibilantes, liquides, aspirées, fortes 
ou faibles. Dans la revue qui s'ouvre chacune doit venir 
à son tour par ordre alphabétique; et nous nous attache- 
rons à signaler leur caractère individuel, leur office el 
surtout leurs permutations, sans autre tableau systématique. 

Ce qui fait en somme une langue et la différence des 
langues et des dialectes n'est que la tonalité ou l'accent 
que prennent les voyelles, et la combinaison des con- 
sonnes avec elles, comme agents et instruments de la 
parole. Et ce qui rend un idiome commun à un peuple 
est l'effet de la prédisposition naturelle ou instinctivement 
convenue de l'organisme vocal d'un groupe vivant dans 
des rapports fréquents, sous le même ciel et sur le même 
sol ; ce sont les propensions particulières à chaque population 
à rechercher ou à répéter certains sons, à préférer les 
uns ou à réprouver les autres , suivant les facilités ou 
les complications d'une articulation, qui la rendent plus 
ou moins propre à être exprimée, entendue et comprise, et 
qui lui font adopter de préférence telles ou telles intonations. 
Cette loi est générale ; tous les langages qui se sont parlés 
dans un pays quelconque, dans une zone déterminée, ont 
leur raison dans ces sympathies ou ces répulsions orga- 
niques: leurs altérations, leurs changements, leur déve- 
loppement môme n'ont pas d'autre mobile. 

Nous n'avons pas une langue primitive : notre idiome est 
un dérivé de seconde ou de troisième formation. Par con- 
séquent pour peu que l'on tienne à s'expliquer son expan- 
sion, sa vivace persistance et sa régénération actuelle, il 
est impossible de ne pas consulter ses origines, sa généa- 
logie, sa filiation , son histoire, c'est-à-dire de ne pas 
rechercher leg lois et les procédés de la langue qui lui a 
servi de type, dont il s'est imprégné et qu'il remplace sur 
son ancien territoire. Là est l'essentiel. 

Nous l'avons dit déjà : le midi de la Gaule fut le pre- 
mier latinisé. En tenant compte de l'élément celtique qui 
se mêla au latin populaire, apporté par les vétérans et les 
colons ; en faisant la part des influences germaniques et 
orientales, dues aux Visigoths ou aux Sarrazins ; toujours 
est-il que ce qui nous est parvenu de la langue des plus 
anciens habitants, comme ce qui est resté de celle des 
envahisseurs, ne nous a été acquis que par le latin, et à 
la condition de revêtir la forme el les flexions romaines. 
Au moment où, après une longue période d'inculture et 
presque de barbarie, la langue voulut se relever et que se 
forma le roman rustique, en même temps que l'italien et 
l'espagnol, c'est encore le latin plus ou moins corrompu 
et oblitéré, qui leur fournit son vocabulaire et sa syn- 
taxe, les lettres de son alphabet et le mécanisme de l'ac- 
centuation. 



B 



B 



81 



Mais il est bien évident (\\xe, jwur se former et s'orga- 
niser, la langue romane ne fut pas coulée d'un seul jet 
dans ce moule un peu fêlé du latin vulgaire, et ne sortit 
pas non plus comme un l)loc d'une éialioralion savante du 
moyen âge. Le peuple s'en mêla pros(iue seul. La fusion de 
tous les éléments qu'on y dislingue se fit |ieu à peu, de sou- 
venir et d'instinct. A mesure que s'éteignit la domination 
qui imposait SCS formes, la population, pluslivrée àelle-mêmo 
fit prévaloir ses goûts et ses commodités dans la pronon- 
ciation, et assouplit davantage le parler à ses aptitudes et 
à SCS préférena's. Et (ju'akjrs certaines tendances tradi- 
tionnelles aient fait retour, que certaines propensions de 
vocalisation, sous l'action directe du climat ou par l'in- 
fluence des habitudes, se soient manifestées; il n'est pas 
permis de le mettre en doute. En Espagne et en Italie, la 
langue nouvelle qui se créait aussi, n'opéra pas d'une 
autre manière : les mêmes conditions climatériques eurent 
ici une influence à peu près pareille ; et c'est pour cela 
que tant d'alTmités se montrent encore entre la langue 
d'Oc et l'espagnol et l'italien. 

Partout, dans noire Midi, la vivacité proverbiale des 
Gaulois se donna carrière. 11 semble que la formule radi- 
cale, qui représentait suflisamment l'idée, étant trouvée et 
conservée, le premier besoin, le plus pressant était de 
l'exprimer promptement, avec la rapidité que le peuple 
tenait de sa nature. Aussi, la contraction, la syncope, 
l'abréviation se produisent à chaque mot. Les langues 
romanes les érigent en système ; preuve que la simpli- 
fication répondait à une nécessité de l'esprit nouveau. Le 
latin populaire n'y avait pas échappé : c'était comme un 
exemple à suivre; souvent même l'idiome nouveau exagéra 
le modèle. 

Comment les désinences SHp|X)rlèrcnt la première épreuve, 
nous l'avons fait voir il l'article Agiw , suffixe ; mais en 
même tenqis le corps des polysyllabes ne pouvait manquer 
d'être atteint. Pour eux la restriction s'opère au moyen de 
l'accent tonique : nous allons indiquer ce procédé. 

On sait (jue tous les mots, sans exception, ont une syl- 
labe dominante sur laquelle la voix s'appesantit. Le latin, 
langue de quantité par excellence, A cause des dactyles qui 
terminaient licaucoup de ses mots, cl pour donner un point 
d'appui suffisant à son accent sur une syllabe longue, avait 
la faculté d'accentuer toniqucmcnt même l'anté-pénultiôme; 
dans asinut, bibere, viiere, etc., la voix pesait sur la pre- 
mière syllabe, elle glissait sur les autres. Le roman lan- 
guedocien et ses dialectes n'étei\denl jamais l'accent jus- 
qu'à l'anté-pénultième ; ils rejKiusscnl le dactyle de la fin 
des mots , et c'est jKiurquoi la syllabe médiane brève se 
trouve nécessairement supprimée ou absorbée dans une 
seule voix diphlhonguéc et longue. Ex. : Âtinus fait ate, 
bibere, béoure, vivere , vioure , conimo. populus donnait 
pobol au roman et à notre dialecte puple ou pople, baju- 
Iftt ba'ile, baculus battoù, spiritus éspri, etc., etc. 

)^a conséquence devrait être d'amener les permutations 



de lettres, qui mettaient la prononciation plus en rapport 
avec l'organisme vocal du peuple destiné à s'en servir; 
car CCS syncopes pouvaient placer en contact des combinai- 
sons de syllabes dont les consonnes en se heurtant se 
re|K>ussaient eupboniquemcnt. Et c'était le moins dès lors 
que chaque [)opulation cherchât à approprier Ic^ mots à ses 
facultés innées, à ses propensions et à ses facilités de les 
articuler. Mais comme en définitive le roman languedo- 
cien ne se débarrassait pas absolument de sou empreinte 
latine, et comme il ne voulait pas s'affranchir des lois 
générales d'affinités euphoniques qu'il recueillait par suc- 
cession et trouvait toutes faites ; et qu'enfin les combinai- 
sons anciennes avaient leur logique et ne s'étaient pas 
établies au hasard et par pur caprice; les changements 
qui ne blessaient pas le sens et n'étaient pas une gêne trop 
grande, se soumirent aux règles consacrées. 

Ainsi les permutations du latin à notre languedocien 
actuel, en passant par le roman, ont été inspirées, de 
proche en proche et ta tous les degrés, par le besoin d'ob- 
tenir une prononciation plus prompte et plus facile, et par 
cela de diminuer l'elTort et de mieux approprier la lettre 
aux habitudes ou aux propensions de l'organe. 

De là est venu d'abord l'adoucissement dans la pronon- 
ciation et l'introduction des finales muettes, plus gènëra- 
liséi* dans le français que dans notre idiome méridional. 
Les consonnances dures se sont affaiblies ; le e et le 9 
romains, toujours rudes devant toutes voyelles, se sont 
cliangés en j et en g doux, en ch ou en j. Quand deux 
lettres similaires se rencontraient rapprochées dans deux 
syllabes voisines, il paraissait souvent plus commode d'en 
transformer une par son équivalente, que d'admettre une 
répétition. C'était un sentiment mélodique, autrement 
perçu et autrement noté ; mais les rapports chromatiques, 
si délicats à observer, se maintenaient sans avoir toutefois 
rien de constant et d'uniforme. La fixité leur est venue, 
quand chaque dialecte, prenant son vrai caractère, s'est 
consolidé dans une région et qu'il y persévère, comme 
pour démontrer qu'il réiiondait dans le principe, et qu'il 
répond encore à (juelque nécessité réelle ou harmonique, 
naturelle à la population ([ui l'a adoptée. 

Dans cet ordre d'idées, quelques exemples ' pris au 
hasard, qui seront mieux expliqués par la suite, mais qui 
donnent déjà la clé de bien des étymologies et qui décou- 
lent des observations précédentes. >"ous ne faisons qu'in- 
diquer : d'abord les désinences en argue, passant de la 
bass. lat. anicœ au roman anègues, se métamorphosant en 
artche, ange, encke, agne et leurs analogues ; manica, latin, 
devient notre -vieux mot tnargue c\, nuxneht actuel, domi- 
nicut, tlominica, donne doumèrguecX dimènche ; les finales 
en ola, ola, olum se convertissent de diverses manières, 
Balneolœ, bnlneolum. balniolum, deviennent jwur nous 
Bagndou, Bauious et Yagnas, en fr. Hagnols, Baigneux. 
IJagnères, etc., comme Unleolum fait lênçàou, linceul, 
ftUolas, /idou, filleul ; lusciniola, routsignàou, rossignol, etc. 

n 



82 



BAB 



BA6 



Et encore , pour la permutation qui nous occupe , ou 
iconve piper , pébre, |)oivre; râpa, rabo, rave; ripa, ribo, 
rive; capra, cabro, cllèvre ; lepus, lèbre, lièvre, et ainsi de 
8nite d'une foule d'autres ; la labiale B, selon l'esprit de 
chacun des trois idiomes, se transformant de trois façons, 
tant()t douce, tantôt forte, tantôt aspirée. 

Tant il y a que, dans l'application, on est arrivé à obtenir 
certaines lois de permutation. C'est ce qui a permis de les 
classer par groupes naturels. Il se rencontre sans doute des 
exceptions; mais rien ne parait en définitive livré au 
hasard ni au caprice dans les variantes les plus étranges 
en apparence. La règle peut se formuler, et il en résulte 
qu'une consonne de même nature, soit forte ou faible, soit 
aspirée, peut bien être appelée à remplacer une consonne 
appartenant à la môme famille, mais que rarement elle 
dément sa race et elle ne se substitue jamais à une con- 
sonne d'un groupe opposé. Ainsi B pourra être indifférem- 
ment, sans trouble harmonique, converti en une consonne 
de son ordre, P, F, ou V, et à l'inverse ces dernières ixjur- 
ront être permutées en B ; mais il n'adviendra pas que les 
unes ou les autres passent facilement dans l'ordre des den- 
tales ou des gutturales. 

B et V appartiennent au même groupe des labiales sim- 
ples ; leur permutation est fréquente et légalisée par les 
règles. Suivant les diverses nuances de l'idiome languedo- 
cien, elles usurjient volontiers l'une sur le domaine de 
l'autre. Dans le dialecte gascon, B a l'avantage ; dans le 
Bas-Languedoc, c'est V ; dans nos Cévennes, c'est un juste 
milieu. Il y a encore parmi nous une foule de mots dans 
lesquels on emploie B et V à peu près ad libitum, comme 
tabe, save ; abcna, avéna ; atrouba, atrouva ; houmi, 
voum), etc. Cela tient à ce qu'Alais, placé sur la ligne 
divisoiro du dialecte lozéricn et raïol, et de celui de Mimes 
et du pays gounèl [V. c. m.), est comme un terrain 
neutre, qui peut emprunter aux deux rivaux avec une 
égale légalité. 

Sans insister sur des observations qui reviendront 
d'ailleurs à chaque lettre, on voit toutes les ressources que 
la philologie peut tirer de ces principes, quand il s'agit soit 
de recomposer un mot étyraologiquement, en dégageant le 
radical, soit alors qu'il faut chercher sa descendance et la 
raison de sa forme actuelle. 

B, lettre isolée, se prononce à l'ancienne méthode fran- 
çaise, comme si elle était suivie d'un é fermé, Bé. A ce 
litre, ici el dans l'article suivant, elle devrait figurer à un 
aulrc rang ; mais comme elle n'est considérée que dans sa 
valeur ordinale et non point sous le rapport de la pronon- 
ciation, noHs la inainttmons à cette place. H en sera de 
même pour les autres consonnes. 

Ejire marqua doit B, être maniuô au B. Un pro- 
verbe a dit : 

lU^you, lioriii, boussu, bouïtoiis, 
Quatre U que soun faihoùs. 

B-a-ba, ». m. Commencement de la seconde leçon du 



syllabaire, et par conséquent une des plus faciles. — Es 
éncaro âoii b-a-ba, il en est encore aux premiers éléments. 
Aquà's lou b-a-ba. c'est la chose la plus simple du monde. 

Ba, syllal» qui, isolée, no présente aucun sens, et qui 
n'entre dans ce dicton populaire : tant fa, tant ba .' que 
pour signifier : tant de gagné, tant de mangé. — Cela 
dérive probablement de bas, jeter à bas. 

Baba, v. Baver, comme font les enfants au maillot, les 
vieillards en caducité et même quelquefois les idiots. C'est 
sans doute ce qui a donné naissance au dicton : es nèci que 
babo, il est imbécile au point de baver. — Dâou plésl que 
n'aviè babavo, il en bavait de plaisir, a dit le poète abbé 
Favre, dans son fameux sermon dé moussu Sistre, pour 
peindre la l3éate jouissance de Simon h l'écouter. Li faguère 
baba lou rouje, je lui fis rendre le sang par la bouche ; je 
lui cassai la gueule. 

Un fousél baba, est un cocon que la nymphe, récem- 
ment transformée en papillon, a commencé h percer pour 
obtenir sa délivrance. L'animal, pour cette opération, com- 
mence par répandre sa bave sur les parois intérieures de 
l'un des pôles du cocon, afin de les ramollir et de dissoudre 
le ciment visqueux qui colle les fils de soie l'un à l'autre ; 
par oe procédé, il parvient à les décoller, à les séparer et 
à les écarter, en les ramassant en bourrelet sur l'orifice, 
mais sans jamais les couper, car, à l'état de papillon, il 
n'a ni dent, ni sécateur quelœnque ; enfin il agrandit assez 
l'ouverture pour y passer tout le corps. Or le fousél baba 
n'est pas celui qui est complètement ouvert et qu'on 
nomme parpaïouna, mais bien celui dont les téguments 
intérieurs ont été humectés de bave, babo, et relevés en 
bouchons, sans ouverture extérieure. Cette espèce de 
cocons ne fournit pas de soie, parce que le brin de soie a 
été embrouillé, noué, renoué, et qu'il ne peut se dévider 
à la bassine ; il n'a plus d'autre valeur et d'autre utilité 
que le cocon de graine ordinaire, dé babo, gâté par la 
bave. 

Dér. du lat. barb. Babua, enfant. 

Babaïre, aïro, adj. Qui bave ; enfant plein de bave ; 
baveux. 

Dér. de Baba. 

Babàou, *. m. Sorte d'être fantastique dont on ne déter- 
mine pas le nom, ni la forme, ni l'usage ; c'est un objet 
indécis de crainte pour les enfants. — Garo lou babâou! 
Gare la bête noire ! — Babdou est aussi le type do ce qui 
est noir, de l'obscurité ; on dit : nègre coumo babdou, éscu 
coumo babdou. Faire pinchoii-babdou, montrer et cacher 
alternativement la tête : jeu qu'on fait à un petit enfant 
pour l'amuser. — Dans le langage enfantin, on appelle 
encore babdou un pou de tête, qu'on présente comme ime 
liêto dangereuse et méchante pour engager les enfants à se 
laisser peigner. On leur fait à l'appui le conte suivant : 
Se vos pas té laissa pénchina, lous babâous trénaran tout 
péous, né faran uno cordo, et té rabalaran en Gardoîi, si 
tu ne veux pas te laisser peigner, les poux tresseront tes 



BAB 



BAB 



83 



cheveux, ils en feront une corde, avec laquelle ils te trai- 
neronl t\ h rivière. 

Ce mot i)nr;ul dur. de l'ital. florentin BAou, dont il n'est 
qu'un réduplicatil' et qui a la môme signification . Va auteur 
italien, qui a voulu faire l'ôrudit cl l'original , prétend que 
ce mot bdou est l'abrégù ou la finale du nom d'Annibal, 
qui fut longtemps un signe d'elTroi à Rome, et dont les 
femmes romaines usaient pour menacer leurs enfants. 

Babarèl, t. m. Bavette d'enfant; pièce d'estomac, linge ou 
toile en taffetas ciré, destiné à recevoir la.bave des enfants. 

— Sauvages dit aussi que Babarèl est une pièce ajoutée 
au haut d'un tablier, dont les femmes font un ajustement et 
se couvrent la poitrine, dans un âge où l'on ne bave plus. 

Dér. de Baba. 

Babarïa, v. Baver ; rendre de l'écume par la bouche, 
comme font les chevaux qui ont trop d'ardeur ou les épi- 
leptiques. 

Fréquentatif de Baba. 

Babario, s. f. Bave, salive qui découle de la bouche; 
écume de la bouche ; liqueur visqueuse que répandent les 
limaçons. 

Dér. de Baho. 

Babarogno, ». f. Être fantastique; la bête noù«, dont 
on fait peur aux enfants, en les elTrayant autant par un 
nom aussi laid que par la forme hideuse qu'on suppose au 
fantôme. 

Ce mot no serait-il pas un peu parent d'étymologie avec 
celui de Babarâoudo, que cite Sauvages, et qui signifie un 
domino, habit de masque ; grande robe dont on alTublait 
les pleureurs, a .Montj)cllier, dans les convois fujièbres? 

— Yoij. Baragogno. 

Babaroto, s. f. Blatte, eu lat. Blata, insecte ortho- 
ptère, très-vite, lucifugo, brun-noir, plat et large, à deux 
longues antennes, qui habite autour des cheminées et des 
fours. Sa préférence pour la farine et le pain lui a fait 
donner un second nom languedocien, celui de Panaiièïro. 
Il est assez dilficile de se débarrasser de cette blatt« domes- 
tique, là où elle a établi son domicile. 

Nous sommes fort tenté de faire dériver son nom de 
Babàou, parœ que c'est une béte noire et qu'elle inspire 
quelque di-goùt. 

Babèou, n. pr. de femme, dira, de Itabèou, Elisabeth. 

— Voy. Béloun. 

Babïa, t>. Babiller ; jacasser, bavarder. 

Dér., comme le fr., d'après certains auteurs, de l'hébreu 
Babel, confusion ; d'après les autres, du gr. BaCiÇav, bal- 
butier. On a voulu y voir aussi une onomatopî-e, imitant 
les premiers sons inarticulés (jue fait entendre un enfant. 
Je le crois plutôt dér., comme Baba, du lat. Babut, enfant, 
parler comme les enfants, pour ne rien dire. 

Babïaïre, aïro, adj. ou Babiur. Balùllard; qui aime à 
caqueter; qui parle beaucoup, a tort et à travers. — Voy. 
BabiuY. 

Pér. do Babil. 



Babil, t. m. Babil, lo({uacité ; caquet, caqnetage. •— 
Manqua pat dé babil, il n'est i>as en peine de iwrler. 
A fosso babil, il babille beaucoup. A j>as qui dé babil, il n'a 
que du caquet. 

Même étym. que Babfa. 

Babinar, ardo, adj. Qui a de grosses lèvres; lippu. 

Dér. de Bobina. 

Babino, t. m. \A\Te ; babine d'animal. — Ti né pot 
fréta las babinos, tu j)eux t'en frotter la moustaclie. S'in 
liquo adéja lai babinot, il s'en lèche les lèvres d'avance ; 
l'eau lui en vient à la bouche. 

Dér. du lat. Labina, dim. de labia, lèvres; peut-être 
aussi de babo, dont ks babinos sont le siège. 

Babiur, urdo, adj. — Voy. BMidirt. 

Babo, ». [. Bave, salive qui découle de la Iwuche ; 
écume de certains animaux ; liqueur visqueuse du lima- 
çon. — Es tendre coumo dé babo, diton d'un légume ou 
d'un fruit très-tendre. On ne sait quel rapport il peut y 
avoir entre un fruit tendre et la bave, qui n'a aucune con- 
sistance et n'est qu'un hquide gluant. Le languedocien est 
plein, dans ses dictons, de ces comparaisons excentriques 
dont les deux membres sont sans rapport. L'usage de 
celui-ci est fort ancien et fort journalier. Aquélo éstofo es 
pas qui dé babo, cette étoffe n'a point de consistance. 

Dér. de Baba. 

Babo, ». m. Nymphe ou chrysalide du ver i soie : c'est 
l'état moyen de cet insecte entre celui de ver et de papillon. 
Il se métamorphose en chrysalide environ trois jours après 
avoir commencé à fder son cocon, qu'il termine en se con- 
vertissant en babd, de forme ovoïde, à mesure qu'il se 
dépouille de sa soie : et après le treizième jour de cet état, 
il devient papillon. 

Les chrysalides sont un excellent engrais, soit qu'on les 
répande dans leur entier, soit réduites en poudrette. Cet 
engrais actif et chaud accélère prodigieusement la pousse 
et la végétation. On dit que les Madécasses en font un plat 
très-friand, au rapport de Lamothe Le Vayer. Pareil usage 
se retrouve en Chine, où les mandarins ont trouvé et livré 
une recette particulière pour cet apprêt. La députation chi- 
noise venue à la dernière exposition universelle, avait, 
sans doute, oublié le secret de cette préparation, ou bien 
elle a tenu a ne pas le révéler ; car le rapport de la com- 
mission ne mentionne pas qu'elle ait été primée pour le 
moindre échantillon culinaire en ce genre. Si cependant le 
fait rapporté par les voyageurs est vrai, il est fort pro- 
Ijable que les chrysalides qui font les délices des gour- 
mands du Céltîste-Empire ou de Madagascar, sont d'une 
nature différente des nôtres, dont on connaît l'odeur détes- 
table, et qui ne doivent pas avoir un goût meilleur à quel- 
que sauce qu'on les acconimode. — Vn pouU àou baba, 
un poulet nourri et engraissé de chrysalides, qui lui don- 
nent une chair jaune, molasse et une saveur naust^bonde. 

Dér. du lat. Bombyx, jwr un métaplasme un [«u forcé. 

Baboutièïro, ». f. Femme qui achète les chrysalides. 



64 



DAD 



BAD 



dans les filatures, soit pour élever des porcs, soit pour Ips 
faire sécher et les revendre pour engrais. 

Dér. de Baba. 

Bacanal, i. m. Bacchanal, grand bruit, tapage infernal; 
rixe bruyante. 

Dér., comme lo fr., du lat. Bacchanalh , bacchanales, 
fêtes de Bacchus ; mais le bacanal n'entraùie pas comme 
les bacchanales l'idée d'orgie, ni de plaisir sensuel. 

Bacara, s. m. Bacarat, terme du jeu de macao. C'est le 
plus mauvais point à ce jeu, un point ruineux. Par ana- 
logie, on dit : faire bacara, manger tout son bien, se 
ruiner complètement, jusqu'au jeune forcé inclnsivoment. 
Quand on a tout mangé ou perdu,' on se trouve dans la 
môme situation que lorsqu'on fait bacarat an macao. 

Einp. au fr. 

Hachas, s. m. Bourbier; gilciiis; cloaque, soit qu'il pro- 
vienne de boue liquide, d'eaux sales ou d'eaux pluviales; 
mare à canards ; mare à fumier ; flaque d'eau ; cuvette ou 
bassin de fontaine domestique ; maie ou réservoir d'un 
pressoir à vendange. — Crébo-bachas d'Anduso, vieux 
sobriquet des Andusains, sans doute à cause des fontaines 
dont leur ville est abondamment fournie. 

Dér. de l'allem. Bach, rivière, ruisseau, ou de h. bass. 
lat. baeca, baccha, bacchia, baccharium, identiques de 
Sign. k bâchas. 

Bachassoù (Céndrouséto) , *. f. Cendrillon. — Voy. 
Céndrousélo. 

Bacho, ». f. Baclie, grande couverture de grosse toile ou 
de cuir, dont on recouvre les charrettes ciiargées pour 
préserver les colis de la pluie ; sorte de manne en cuir 
qui occupe l'impériale des chaises de poste et sert de 
malle aux voyageurs. 

Bada, v. Ouvrir la bouche ; avoir la bouche béante ; 
Être ouvert; par ext., crier à tue-tête; appeler; héler en 
donnant toute extension à sa voix ; bayer, être ravi d'ad- 
miration. — Bada âou lotip, crier au loup. Bado tant qu'a 
dé gorjo, il crie de toute la largeur de sa bouche, il crie à 
pleine gueule. — Doumynaï lotis âousséloùs soun jomnes, 
doummaï badou, plus les oisillons sont jeunes, plus ils 
ouvrent le Iwc. C'est une expression proverbiale, qu'on 
applique par comparaison à une nichée d'oiseaux qui 
ouvrent lo Ijec et crient à la fois quand ils voient arriver 
la pâtée que leur apporte leur mère. Mous soutes badou dé 
pérlout, mes souliers font mille grimaces. Aquà faï bada 
■ dé véire, on est, en voyant cela, ravi d'admiration. Dé que 
baJet ? le, véloù'quU De quoi te plains-tu ? pourquoi cries- 
tu? tien», le voilà ! Bada ta drageio, avoir la bouche béante ; 
bayer aux corneilles. Cotte expression i)rvb. est empruntée 
à un jeu de carnaval. Un masque, déguisé en Cassandre, 
est monté sur un àne, la face vers la queue. Il tient a la 
main une haguelti; au bout de laquelle est attaché un fil, 
portant une dragi'w qui se balance sur la tête d'une foule 
d'enfants qui suivent, la bouche ouverte pour happer la 
dragée, car il leur est défendu de se servir de leurs mains. 



Le Cassandre frappe sur la baguette avec une seconde, qui 
inii)rime à la dragée un sautillement continuel et rend 
très-difTicile la t:\chc des happeurs. A les voir .se démener, 
se bousculer, et bada, est le plaisir du masque et l'amuse- 
ment des spectateurs. 

Dér. de la bass. lat. ou de Fital. Ba'are, béer, bayer. 
Bayer est donc l'acception naturelle et originaire de bada; 
crier n'est venu que par analogie, prrce qu'on crie en 
ouvrant la Iwuche grande, comme quand on baye. 

Badadls, s. m., ou Badadisso, s. f. Criaillerie; réu- 
nion de plusieurs voix qui crient. 

Dér. de Bada, crier. 

Badado, s. f. Grand cri prolonger; mercuriale à hante 
voix et colérique ; huée de mépris ou de risée. — Faire la 
badado, huer quelqu'un, le poursuivre de huées ; lui faire 
une honte publique, crier haro. 

Dér. de Bada, crier. 

Badafièïro, s, f. Terre remplie de lavande; par ext. 
broussaille, bruyère. 

Dér. de Badafo. 

Badafo, s. /"..ou Espi. Lavande, spic, aspic, Latandula 
spica, plante de la fam. des Labiées, aromatique; nard 
commuft. C'est de cette .plante qu'on tire par la distilla- 
tion l'eau de lavande et l'huile d'aspic. La badafo est pro- 
prement la plante elle-même considérée comme combus- 
tible. On la brûle en effet dans les magnaneries poirr puri- 
fier l'air; on l'emploie aussi en guise de bruyère pour 
ramer les vers à soie ; mais comme elle est basse et courte, 
on ne peut la fixer d'une table à l'autre comme la bruyère, 
et on la réserve pour la table la plus haute qui n'a point 
de dessus, en la piquant dans des liteaux jiercés de trous, 
ou dans des fagots de sarment. Les vers à soie se plaisent 
à filer dans la badafo, dont ils paraissent aimer l'odeur 
forte et agréable. La fleur de la badafo et sa semence sont 
placées au haut des nombreux épis qu'elle pousse annuel- 
lement. Quand ces épis sont secs, on les vend par bottes 
pour allumer le fou , ou pour faire chaufl'cr le linge de 
corps, auiiuel ils communiquent une bonne odeur. Dans cet 
état, on l'appelle Espi. — V. c. m. 

Il est difficile de donner une étymologie à ce mot ; là 
plupart des termes empruntés à l'histoire naturelle sont 
dans le même cas. Chaque dialecte a ses techniques, et 
ils sont souvent, comme les noms propres, produits par 
un cas fortuit, quelquefois anecdotique. Le lat. JSalsamum 
serait bien hasardé et aurait passé par trop d'altérations. 
f.,e roman a badace, pour nommer aussi une plante qui 
croit dans les lieux arides, comme la lavande. 

Badaia, v., fréquent, de Bada. Bâiller, ouvrir invo- 
lontairement la bouche, en respirant et expirant avec 
force; au fig., s'entr'ouvrir; se crevasser; rendre le der- 
nier soupir. — ■ Lous castagnes couménçou dé badaia, les 
chiUaignes commencent à ouvrir leurs hérissons; les châ- 
taignes sont prêtes à tomber. Badaia vàoa pas menti, m 
noun vôou manja, vôou dourmi, prvb., le bâillement 



ËAG 



BAG 



85 



annonce la faim ou le sommeil. Ei pat mort, mait bada'io, 
il n'est pas mort, mais il est aux abois. 

Dér. de Bmla. 

Badaïre, aïro, adj. Qui crie, qui appelle; criard. — 
Siii pas qu'un hadaïre, tu ne fais que crier. 

Der. de Buda. 

Badal , «. m„ dlm. BadaHoù. Bâillement ; action de 
bâiller. — Faire tous badais, ou faïre lou dariè badal, 
rendre le dernier soupir. 

Dit. de Badaïa. 

Badàon, âoudo, adj. Badaud, niais, nigaud, qui s'ar- 
rête à tout, qui admire tout. 

Dér. de l'ital. Badare, ou de la bass. lat. Badaldus, qui 
t la bouche ouverte, qui bâille. 

Badarèl, élo,a(/y., péjor. Badarilat. Criard, criailleur; 
qui toujours cric, toujours se fâche. 

Dér. de Bada. 

Badin, ino, adj. Badin, plaisant, farceur. 

Dér. du gr. flaiSviSî, d'enfant. 

Badina, v. Badiner ; folâtrer ; tromper, duper, plaisanter 
quelqu'un, le mystifier ; faire semblant. — M'an bien 
badina à la jieiro, on m'a bien dupé à la foire. Badine 
pai, je ne plaisante pas, je le dis très-sérieusement. Véaèt 
pas que badine? ne voyez-vous pas que c'est pure plaisan- 
terie? 

Dér. du gr. IlaiSviî. 

Badinado, s. f. Plaisanterie ; tour de plaisant bon ou 
mauvais ; mystification ; gaillardise. 

Badinaïre, aïro, adj. Gouailleur; plaisantin; mystifi- 
cateur. 

Badinaje, s. m. Badinage; plaisanterie; gaillardise; 
mystification, génériqueinent parlant. Badinado est un 
acte isolé et spécial du badinaje. — Enlinpat rés lou badi- 
naje, il n'entend nullement la plaisanterie. Aquà's pas dé 
badinaje, ce n'est point un jeu, c'est très-sérieux. Aquà's 
un vilén badinaje, c'est une mauvaise plaisanterie. 

Badine, s. f. Badine, canne mince et flexible; le stick, 
en nouveau langage à la mode ; petit bijou que les femmes 
portent suspendu au cou et qui varie suivant le pays, le 
culte et la mode. 

Dér. de Badina, parce que dans l'une ou l'autre accep- 
tion, l'objet semble toujours frétiller, jouer et être en 
mouvement. 

Badîon, adj. m. sans fém. Ouvert de tous côtés; béant; 
grand-ouvert. — L'ousiâou es tout badiou, la maison est 
toute grandoouverte, soit par négligence, soit par manque 
de lernjeture, comme le logis du pauvre. 

Dér. de Bada. 

Bagar, j. »»., n. pr. de lieu. Bagard, commune du can- 
ton d'.\iiduze, arrondissement d'.Vlais. 

Un titre de l'an 1071 cite cet ancien village comme 
viguerie, in vicaria de Baijarnis, et l'appelle encore de 
Bagarno ; en M 74, la forme au pluriel revient dans (ie 
Bagarnis, el se conserve depuis. 



Comme étymologie il se rencontre deux mots de la bass. 
lat. qui feraient une sorte de pléonasme : baga, id ttt 
arca, coffre ; et ania, alveus apum, ruche d'abeilles, qui 
est dans l'ital. arnia, lieu rempli de ruches d'abeilles. Cette 
attrihution serait appuyée et confirma par le nom d'un 
écart de cette commune dans le voisinage , mentionné 
aussi dans la charte de 1071, qui dit : in vitaria d« 
Bagarnis, el in villa quae vocatur de Melnacho. Ce dernier 
mot est certainement le nom primitif de Moinas actuel, 
qu'il est facile de reconnaître ; mais le nom latin d'évidence 
est formé de md, miel, qui y entre tout entier. Ce rappro- 
chement donne raison à la signification étymologique de 
Bagar, lieu où se trouvaient de nombreuses rucheries. 

Bagasso I interj. Ah ! bien oui, je t'en souhaite ! Va- 
t-en voir s'ils viennent ! Cela ne vaut rien. 

Nous croyons que cette expression dérive du mot de l'an- 
cienne langue d'Oc, Bagans, formé du lat. vagans, errant, 
vagabond, nom que l'on donnait aux Ijergers nomades de» 
Landes. Sans doute, ce genre de vie excentrique, au milieu 
de la civilisation, leur avait donné des mœurs barbares et 
sauvages, pareilles à celles des truands et des bohémiens, 
qui les mit en mauvais renom. On a fait de là notre inter- 
jection, qui ressemble à l'expression du mépris. 

Autrefois, en v. fr.,on api)elait Bagasse, une prostituée, 
une coureuse. Probablement l'étymologie est la même et 
s'appliquait à ces sortes de bergères nomades. En tous cas, 
le mot est ancien dans notre idiome. Voici un fragment 
extrait des Joyeuses recherches de la langue tolosaine, par 
Odde, de Triors, 1378, qui s'en explique dans un assez 
long commentaire rabelaisien ; il commence ainsi : « Ba- 
gasso, seu ut nonnulli volunt, eourredisso en ccstc cité de 
Tolose, est vn terme iniuricux entre les pauures femmes, 
de fort basse, vile et infime condition, lequel nom de 
Bagasso sœpissime resoluitur per aliud nomen quod dicitur 
[cantoniero) ; sunt et nonnulli quidicunt [cabas], juxta vul- 
gare dictum figue de Marscillie, cabas d'Auignon... Or, 
bien que le susdit prouerbc se dise et s'vsite bien souuent 
comme nous voyons icy m mahm partent contre la noble 
cité d'Auignon, toutes fois ie m'asseure que telle maladie 
règne plus ailleurs qu'en Auignon, et que si elle a le brnict 
les autres ont le faict. Que mal de pippe eut abbatu le 
premier inventeur de tels blnsmcs et ne peus croire que ce 
n'aye esté quelque larron foeté et banni de la susdicte 
noble cité. Et pour tout liongue qui hongue, gronde qui 
gronde, tousiours viura la noble cité d'Auignon, moienant 
l'ayde de Dieu, car sine ipso facium est nihil, et per ipsum 
omnia fucta sunt, Deo gratias » 

Bagatèlo, s. f. ou Barandèlo. Danse on plutôt galop, 
fort en honneur dans les Cévennes, qui ressemble assez i 
la danse des Bacchanales. Celte danse fort animée et sou- 
vent gracieuse s'elTace dans nos mœurs actuelles, qui ont 
adopté la contredanse des villes, danse pâle et dialoguée, 
qu'on ne fait plus que marcher de nos jours. Le galop 
était ce qui rappelait le mieux, il y a quelques années, ki 



86 



BAG 



bagatèlo ; mais depuis qu'avec les mazurkas et les scotichs, 
le progrès chorégraphique a [rfnétré dans les campagnes, 
par la manière dont on les saute et avec laquelle on s'ahan- 
doiuie, il n'y a pas à regretter les élans et la désinvolture 
de la bagatèlo. 

Comme vocahle, Barandèlo est à la fois plus technique 
et plus expressif. C'est celui qu'a employé notre charmant 
poète cévenol, dans la description si vive, si joyeuse de 
celte danse à la Fièïro dé Sén-Bourloumiou. 
Ce mot est sans doute par analogie empr. au fr. 
Bagna, v. Mouiller par aspersion ou par immersion. — 
Lou bas se bagno, proprement, le bit commence à tremper 
dans l'eau; au fig. et prvh. : la chose commence à se 
gâter, le danger approche. On suppose ici un homme pas- 
sant à gué une rivière sur un nmlet ; quand l'eau com- 
mence à arriver à la hauteur du bat, il est à craindre que 
cela n'empire, il y a danger de la noyade : prenons donc 
garde, lou bas se bagno. Ainsi dans toutes les entreprises 
ou circonstances, pour avertir d'être avisé et prudent, 
quand ou comprend qu'on va être poussé à bout, et que la 
mesure s'emplit. Bagna coumo un ra, mouillé comme un 
canard, fat la cato bagnado, il fait la chate-mite. 
Dér. de Ban, bain. 

Bagnaduro, s. f. Mouillure; état de ce qui est mouillé. 
— fôou pas garda la bagnaduro, il ne faut pas garder ses 
habits ou sa chaussure, quand ils sont mouillés. 
Dér. de Bagna. 

Bagnôou, n. pr. de lieu. Bagnols-sur-Cèze, ville, chef- 
lieu de canton, arrondissement d'Uzès. — On donne à ses 
habitants, dans la tradition, le sobriquet de Galinélo dé 
Bagnôou, mais la tradition n'a pas expliqué pourquoi. — 
il ne faut pas confondre cette ville avec celle de Bagnols- 
les-Bains (Lozère), qu'on appelle Lous Banîous. — V. 
c. m. 

Il est curieux cependant de rapprocher les deux appel- 
lations : Bagnôou, arrondissement d'Uzès, Lous Banious, 
arrondissement de Monde. Ces deux mots, qui ont la môme 
signification, la même traduction, se distinguent par leur 
consonnancc finale. Leur radical commun vient du lat. 
Balneum, qui donnait dans les vieux titres Balneolœ ou 
Balneolum, par l'addition de la désinence diminutive, pour 
indiquer un iietit lieu de bains. A Bagnôou, il existait en 
effet autrefois, ii peu de distance de la ville actuelle, au 
pied d'une petite montagne appelée Lancisc, une source 
d'eau thermale fort en renom jwur les maladies cutanées : 
celte source a perdu son efficacité. Lous Banious gardent 
toujours l'ancienne réputation de leurs eaux minérales qui 
les ont fait dénommer. — Voy. Banious {Lous). 

Sur le nom latin des deux localités, le languedocien a 
fait la variante que nous remanjuons, (|ui s'ell'aco dans le 
français Bagnols, mais qui se retrouve dans le roman 
encore conservé sur des points nombreux de la France. 
Ainsi, au bord du Rh6ne, dans la plaine, Bagnôou ; dans 
les montagnes des Cévennes, lous Banious ; comme iden- 



BAU 

tiques, les noms de BanyuU-des-Âspres et Banyult-sur- 
Mer se rencontrent dans les Pyrénées-Orientales; Bagnouœ, 
commune de Calvisson (Gard), dit liagnolum villa, en 1060 ; 
Les Bagnious dans la Haute-Garonne ; Bagneux, dans l'Aisne, 
Allier, Cher, Indre, Isère, Maine-et-Loire, Marne, Meurthe, 
Moselle, Seine, Deux-Sèvres, Somme, Vienne ; Baigneux, 
dans Indre-et-Loire, Sarthe, C6te-d'0r; qui avec Banios 
(Hautes-Pyrénées) , Baneuit (Dordogne) , Bagneaux (Loiret, 
Seine-et-Marne, Yonne) , Baigneaux (Eure-et-Loir, Gironde, 
Loir-et-Cher) , Batièche (Haute-Vienne) , Baneins (Ain) , 
Baneix (Haute-Vienne) , tous désignés par Balneolœ, Bal- 
neolum, Baniolum, Batniolum, semblent plus rapprochés 
de lous Banious ; de même que La Bagnolle (Ardennes) , 
Bagnolles (Orne) , Bagnol (Cote-d'Or) , Baignol (Haute- 
Vienne) , Bagnols (Basses-Alpes, Aude) , Bagnols (Hérault, 
Puy-de-Dome, Uhùne, Var) , Bagnolet (Seine) , les Bagno- 
leis (Allier), Baignolet (Eure-et-Loir), sont parfaitement 
semblables ou plus voisins au moins de Bagnôou. Dans la 
même famille se comptent encore Bagnac (Cantal, Lot, 
Haute-Vienne), Ba^inars (Allier, Cantal), Bagnars (Avey- 
ron) , /e Baj»as (Hérault) , Bagne (Ain), Bagne (Vienne), 
Bagnéras, Bagnères, la Bagnère (Hautes-Pyrénées, Haute- 
Garonne, Landes), Baignac (Lot-et-Garonne), Baignes 
(Isère, Haute-Saône, Charente), les Baigners (Loiret). Près 
de nous, Vagnas (Ardèchc) et La Vagniérette, ruisseau dans 
la commune de la Rouvière (Gard), n'onl-ils pas la même 
source, par la substitution connue du V au H? 

Partout le radical est à peu près immuable ; les variantes 
s'exercent sur le diminutif olus, ola, olum, au sing., ou 
olœ, plur. Ces différences ethniques très-remarquables s'ex- 
pliquent par l'influence des situations, des climats, sur la 
formation des noms. 

Bago, s. f. Bague ; anneau d'or ou d'argent ou d'autre 
matière, orné quelquefois de quelque pierre précieuse, 
que l'on porte au doigt. — Bago dé mariaje, anneau 
nuptial. 

Dér. du lat. Bacca, anneau. 

Bagou, s. TO.Caquetage, babil, intempérance de langue; 
facilité de s'exprimer, mais dans le genre trivial. — • A bon 
bagoli, il a la langue bien pendue. En fr. fam., dans la 
langue verte, on dit aussi bagou. 

Dér. du gr. BïÀjj-a, son, parole. 

Baguéto, s. f. Baguette ; bùton long, délié, flexible ou 
rigide; baguette de fusil; petite bague, petit anneau; 
baguette d'un nœud, ganse. — Voy. Aouscléto. 

Dér. de la bass. lat. Baculela, dim. de Baculus. 

Baguiè, s. m. Baguier, écrin à mettre des bagues. 

Dér. de Bago. 

Bahu, s. m. Bahut, grand coffre à serrer les bardes, le 
plus souvent doublé en cuir et garni do clous à tête qui y 
forment divers dessins. C'est un meuble du moyen-!lge. 
On appelle encore bahu, ces grands coffres où les paysans 
serrent leur salé quand il est sec. 

Dér. de l'allem. Behuten, m. sign. 



BAI 



BÀJ 



87 



Baïa, 1'., ou BaHa. Donner en g«^n*^ral; donner à bail 
ou ik eniphiléosp, Imiller en style de pratique. — Ti baia- 
raï uno douréïailo, je te tirerai les oreilles. Baia-iné un co 
dé mon, aidez-moi un moment, donnez-moi un coup demain. 

D6r. du gr. BiXXitv, lancer, jeter, envoyer. 

Baïar, ». m. IJar, ou bard, sorte de civière dont le fond 
n'est pas à claire-voie, mais en planches, pour transporter 
le mortier. 

Dur. du lat. Bujulare, transporter un fardeau. 

Baïargue, t. m., n. pr. de lieu. Baillargues, village et 
commune dans le dt^partement de l'Hérault. 

Au lieu de cbercher [x'-niblemenl dans les monuments 
lapidaires ou sur les médailles romaines un nom d'homme 
d'une notoriété souvent douteuse, qui corresponde à la 
dénomination d'un village construit sur les prétendues 
ruines d'une villa antique, pourquoi ne pas demander à la 
langue parlée dans les (JaulM en même temps que le latin, 
et ne pas extraire des altérations et des transformations 
que les mots ont subies pour arriver jusqu'à nous, une 
racine qui soit également satisfaisante à la signification et 
aux procédés ordinaires do composition des noms propres? 
Pour Baiargue, Baillargues, Balhanieœ au moyen-àge, sa 
dérivation no serait-elle pas plus naturelle en la tirant du 
gaulois bala, baile, village, qui est encore, avec le môme 
sens, en gallois, bala ; en irlandais, baile et bala ; en bas- 
breton, baile; qui ont donné au fr. baillage, l«illi, après 
la kiss. latin., qui disait baXia, balHa, baillagium? Sur co 
radical , se serait , par les procédés ordinaires , formée 
l'appellation de la Iwss. lat. en anicee, puis la traduction 
romane arrivant enfin à notre désinence en argue. Cette 
descendance est pour le moins aussi probable que celle 
tirée du nom d'un airlain liaUienus que cite Cicéron dans 
son oraison Pro l'onteio 

BaOa, V. — Voy. BaXit. 

Baïle, s. m. Itailli ; maitre-valet dans une ferme, chef 
des journaliers, qui a la dirtîctioii de l'ouvrage; maitre- 
berger (jui a la conduite d'un grand troupeau pour aller à 
la montagne (V. Âbeié). — Odou pu toundrâou n'an fa 
lou baïle, prvb., du plus ignorant on a fait un docteur. 
Ce dicton a reçu et recevra, de tous temps et sous toute 
sorte di' régimes, de nombreuses applications. La malice 
des ambitions méconnues esf si grande, les Iwns choix si 
difliciles, le vrai mérite si rare! 

Dér. de la Iwss. lat. Ballium, gouvernement, adminis- 
tration, tutelle. 

Baïléja, «. Commander; faire les fonctions do baïle; 
tranclier du maître ; faire l'important. 

Baïléssû, J. f. l'emme du maitre-valet dans un domaine, 
qui est chargée de veiller aux soins du ménage. 

Baissa, t>. Baisser, diminuer de hauteur; baisser de 
prix ; s'affaisser peu à [ku, s'affaibhr. 

Se baissa, se baisser, se courber. 

Emp. au fr. 

Baïssos, 5. f. pi. Brandies basses d'un arbre, celles où 



l'on peut atteindre de terre. — Ce root ne se dit que de* 
arbres à fruits quelconques et du mûrier, do ceux enfin dont 
il faut atteindre les branches pour faire la curillette. — Loê 
baïssos toqaou lou tdou, l'arbre est tellement chargé de 
fruits que les basses branches traînent à terre. 

Dér. de Baissa. 

Baïto, s. f., ou Capitèlo. Hutte, liaraque, maisonnette 
do vigne, qui n'est pas habitée et ne sert que pour enfer- 
mer des outils, on se mettre à l'abri d'un orage, d'ane 
ondée. 

Dér. de l'héb. Baith, maison, logement, d'où vient peut- 
être l'angl. to bail, se loger en pssant. 

Baïnèmo , s. f. Etincelle ; bluette qui s'échappe du 
bois enflammé. — Voy. Bélugo et Sarjan. 

II est difficile de déterminer l'étymologie de ce mot; 
mais il est impossible de lui refuser un rapport saisissant 
de conformation avec le français baliverne, rapport qui 
trahit une commune origine. Le mot est en effet le même 
dans les deux langues, sans autre variante que celle pro- 
duite par une trans{)osition de lettre due à la différence de 
leur génie ; l'ï tréma languedocien n'est guère que le pen- 
dant des deux II mouillés ou de l'i, forme que garde du 
reste la ]irononciation raïole en disant baïuimo. Sauvages, 
qui ne donne pas ce mot, conserve cette orthographe dans 
tous ses analogues. Quant .'i la transformation de l'u en v, 
elle est si commune aux deux langues qu'elle n'a pas 
besoin d'explication. Outre la ressemblance matérielle, gra- 
phique et consonnante, les deux mots ont bien aussi quel- 
que rapport dans leur signification. La baïuèmo comme 
la baliverne , sont choses de peu d'importance , de peu 
de durée, choses qui passent sans laisser de trace. Leur 
différence est en ce que le premier mot tient \ l'ordre 
physique, le second à l'ordre moral. Maintenant, le pre- 
mier a-t-il donné naissance au second ou faut-il prendre 
le tiice versd ? iVe peut-il se faire aussi que, dérivant d'une 
source commune, ils soient nés simultanément? Ce mystère 
se perd dans la nuit... de l'étymologie. 

Baïzaduro, t. f. Biseau on baisure du pain, empreinte 
que deux pains s'impriment réciproquement , lorsqu'ils sa 
touchent et se collent dans le four. 

Dér. de Baïsa, baiser, mot ancien, usité encore dans 
quelques-uns des dialectes du languedocien. 

Bajana, s. m., ou Coiuina. Potage aux châtaignes blan- 
chies, dont toute la préparation consiste à les faire bouillir. 
C'est un mets très-commun dans les Cévennes, où il fait 
la principale nourriture des habitants pendant tout l'hiver. 
Il est exquis avec une addition de lait. 

Dér. de Bajano. 

Bajanèl, èlo, adj. Nigaud, imbécile, niais. — Cette 
épithète mocjueuse me parait tenir à cet esprit de rivalité 
qui a existé au moyen âge entre les habitants de localités 
voisines. Par la même raison que les habiL-ints des Cévennes 
appelaient Gounèls [lar dérision les habitants des communes 
au-dessous d'Alais, ceœc-ci, usant de représailles, quali- 



83 



BAL 



BAL 



fiaient les premiers de Bajanéls, parce qu'ils se nourrissaient 
de bajanos; et dans leur dictionnaire ce nom est resté 
synonyme de nigaud. — Voij. Gounél. 

Dér. de Bajano. 

Bajano, ». f- Châtaigne blanche, séchée à la fumée et à 
la ciialeur dans le suoir à châtaignes, clédo, et dépouillée 
après cette opération de sa coque et de sa pellicule ; châ- 
taigne-bajane. 

Dér. du lat. Baianus ou Bajanus, qui est de Daïa, ville 
du royaume de Naplos. Il semblerait par là que l'usage de 
faire sécher ou blanchir les châtaignes a commencé dans ce 
dernier pays. 

Bal, *. m. Bal ; réunion convoquée pour danser ; danse. 
— Donna lou bal, donner la chasse, pourchasser ; rosser, 
faire danser quelqu'un, iron. 

En ital. JSallo; en esp. Balle. Le gr. a BaXÀfiJw, je danse, 

Bal, s. m. Bail à ferme, à loyer, à emphytéose ; contrat 
public ou privé, pour donner, pendant un temps déter- 
miné, moyennant un prix payable annuellement ou à des 
termes convenus, la jouissance d'une chose mobilière ou 
immobilière à quelqu'un. 

Dér. du lat. Baltium. 

Bala, V. n. Etre en suspens, entre le mouvement et 
l'immobilité. — Se dit d'une boule prête à s'arrêter, qui se 
balance avant de se fixer ; et encore d'un moribond à ses 
derniers moments, prêt à passer. — Balo, il est entre 
la vie et la mort. A bala, il est mort. Dans ce dernier 
sens, familier du reste, ce mot ne serait-il pas une corrup- 
tion de émbala, faire ses paquets pour partir ? Ou bien a-t-il 
la même étymologie que le suivant : balan ? 

Balalin-balalan , ou Balin-balan. Onomatopée pour 
exprimer un objet qui branle, qui s'agite ou qu'on agite 
de droite et de gauche, comme une cloche. C'est im rédu- 
plicalif de 6atan. — Ana balin-bcUan, ou balalin-balalan, 
aller à l'aventure, à droite et à gauche, ou les bras ballants. 

Balan, t. m. Branle, volée ; élan que l'on donne â un 
coup que l'on vent lancer. L'élan qu'on prend soi-même 
pour s'élancer se dit van. — Souna à balan, sonner les 
cloches à volée. Très cos à balan, trois volées. Donna lou 
balan. donner le branle. Aquélo carétado a trop dé balan, 
cette charrette est chargée trop haut, elle court risque de 
verser. Aquél marlèl a mai de balan, ce marteau a plus de 
coup, plus d'élan. Itesté'qui en balan, il resta là en sus- 
pens, dans l'hésitation. 

Ce mot est-il une contraction de Bilança, ou bien vient- 
il du gr. BiUw, lancer, envoyer ? On peut choisir. 

Balança (se), v. Se balancer, se dandiner; s'égaliser, se 
valoir réciprofiuement l'un l'autre; jouer à l'escarpo- 
lette, à la balançoire. 

Dér. de Balança. 

Balançadoù, ». m. Balançoire, escarpolette; une planche 
posée en travers sur une poutre, et aux doux bouts de 
laquelle les enfants se balancent en faisant la bascule. 

Dér. de Balança. 



Balanço, ». f. Balance. Au sing. ne se dit que figur. 
pour : attention avec la(juelle on pèse les raisons pour et 
contre; comparaison, iwrallèle équitable. Au plur. la» 
balanças s'emploie pour balance, instrument formé d'un 
arbre, d'un fléau et de deux bassins pour peser. — Tèn 
bien la balança, il rend justice égale à tous. ¥6ou faire la 
balanço. il faut rendre justice à tous, il faut fajre un 
poids, une mesure équitables. 

Dér. du lat. Bilancis, génit. de bilanx, double bassin, 

Balandran, ». m. Arbre mobile de la balandro; plateau 
d'une grande romaine ou balance pour peser des objets 
d'un grand volume. — Delà, par analogie, pa»»a(lou 6a/an- 
dran, berner, faire passer à la couverture ; Iwusculer. 

Formé de Balan et de l'ilal. andare. aller. 

Balandro, ». f., ou Poulèje. Bascule de puits de cam- 
pagne ; mécanisme fort simple et fort usité pour les puita 
de jardin dans les Cévennes. Il consiste : 1" en un arbre 
droit fiché en terre; 2» en un arbre mobile fixé au pre- 
mier par un crochet et un anneau, en forme de vergue ; à 
une extrémité de celui-ci on place un contre-poids fait 
d'ordinaire d'une grosse pierre jwrcée qui tient à l'arbre 
par une cheville; à l'autre bout est attachée, par un brin 
de corde assez lâche, une barre mince qui descend ainsi 
verticalement et qui est terminée par un croc soutenant le 
seau. Pour puiser l'eau, on tire cette barre, qui fait jouer 
facilement la vergue sur son anneau, et le seau plonge; 
quand il est plein, le moindre mouvement du bras fait 
jouer la bascule, et le contre-poids, agissant dans le môme 
sens, le seau remonte sans effort et sans fatiguer le pui- 
seur, — Voy. Poulèje. 

Même dér. que Balandran. 

Balé, s. m. Auvent, petit tojt de planches, en saillie, 
au-dessus de la porte d'une boutique, pour abriter l'étalage 
de la pluie et du soleil trop éblouissant ; palier d'escalier 
ou galerie découverte, balcon en terre-plein. — Le balé, 
auvent au-dessus de la porte des magasins , a disparu, ou à 
peu près, devant les règlements d'édilité ; il était pitto- 
resque et utile aux marchands ; mais les devantures en 
avancement et surtout les étalages à la mode le remplacent 
avec avantage et maintiennent à l'intérieur un peu plus 
que le demi-jour favorable au choix de la marchandise, 
sous prétexte d'un soleil trop éclatant. Le progrès des 
lumières nous vaut ce changement. 

Dér. du gr. BâXXsiv, jeter en avant. 

Baléja, f. Faire contre-poids ; être égal, équivalent ; en 
équilibre. — faire balèja, égaliser, équilibrer, par ex. ; 
une charge de mulet, de manière à ce que les deux côté* 
aient à peu près le même poids. Aquâ batéjo à l'èniour 
d'un quintdou, cela pèse environ un quintal. Aquéles doui 
éfans se balèjou, ces deux enfants sont à pou près du 
même ago ou de même force. 

Dér. do Bala. 

Baléno, s. f. Baleine, Balœna mysticetus, Liim. Poisson, 
genre de Mammifères de la fam. des Cétacés; le plus grp^ 



BAN 



BAN 



89 



de tous les animaux connus ; ses fanons ou barbes four- 
nissent les baleines de parapluies, servent aux corsets de 
femme, etc. 

Eiiip. au fr. 

Balisto, I. m. Bailliste; fermier, séquestre; adjudica- 
taire. — BaUsio rli Votroui, fermier de l'octroi. 

Dér. de Bal, Itail. 

Balo, s. f. Balle do plomb; ballot, balle. — Balo dé 
fusil, dé pistoulé, balle de fusil, de pistolet. Balo dé eébos, 
balle d'oignons ; il y a douze tresses, on rèsses, à la balle. 
Aquù fat bien ma balo, cela me chausse à merveille, ça fait 
bien mon affaire. 

Dér. du gr. liciXXsiv, jeter, lancer. 

Balo, ». m. Ballot, balle, sous une enveloppe de grosse 
toile, serrée avec des corde»; demi-charge d'un mulet, 
celle que l'on met d'un côté du bât. — Sc^que aquà's pas 
un balà dé sélo, pér lou mena tant plan? ou pesa tant fi, 
faut-il tant de précautions, ou tant regarder au poids? ceci 
n'est pas un ballot de soie. 

Dér. du précédent. 

Baloto, s. f. Petite boule du loto, ouest inscrit un numéro. 

Ditn. de Balo. 

Balouta, v. Balloter; au pr., lancer et relancer d'une 
main à l'autre, ou d'un joueur à l'autre, comme se repasse 
une balle ; au fig.. mystifier quelqu'un, le renvoyer do l'un 
à l'autre, du poirier an pommier. 

Dér. de Balo. 

Balustrade, s. f. Balustrade, garde-fou, composé de 
balustres continus. 

Emp. au fr. 

Balustro (à tusto), adv. A l'aveuglette, i la hurlu- 
berlu ; brusquement , brutalement ; sans prendre aucune 
précaution. 

Formé de Tusta et du fr. balustre, parce que dans cette 
situation on se heurte à tout. 

Bambocho, i. f. Orgie, débauche. — Faire la bam- 
bocho, ou se mètre en bambocho, faire une partie de dé- 
bauche, un gala crapuleux. 

Dér. de l'ital. Bamboccio , petit homme grotesque : 
Bocca, Iwuche, ne serait-il pas là pour quelque chose? 
Peut-être même le fr. bouc, dont la lascivité est connue. 

Bamboucba, v. Faire des bamboches; se livrer à la 
débauche ; faire de mauvaises farces, des farces d'ivrogne. 

Bambouchur, urdo, adj. Bambochnur'; libertin ; enclin 
à la débauche. 

Ban, ». m. Rinc; siège ou tréteau long, en bois ou en 
pierre, sur lequel plusieurs personnes peuvent prendre 
place ou plusieurs choses être déposét>s. Il prend en fr. dif- 
férents noms, suivant les usages auxquels il sert. — Ban 
dé mcnuisiè, établi de menuisier. Ban dé bouché, étal de 
boucher. Ban dé ié, tréteau de lit. Ban dé la bugado, 
selle ou batte de lessiveuse. Ban das marguïès, banc de 
l'œuvre. Es vièl coumo un ban, il est vieux comme les rues. 

Dér. du lat. Bancus ou de l'allem. tank. 



Banar, do, adj. Cornu, encorné; qui a de longues 
cornes; habitant de la commune de Bannes (Ardèche). 

Dér. de Bano. 

Banastado,»./'. Contenance d'une&ana<ro/ plein une man. 
ne, ou banne — Faïtoujourquâouquobanasiado, il fait toujours 
quelque ânerie, quelque école, quelque affaire do dupe. Yana 
émbé touto la banastailo, dit-onde quelqu'un qui parledesgens 
sans égard, sans garder aucune mesure, lâchant sur leur com- 
pte les vérités les plus dures, les plus blessantes, qui, jjas plus 
que les véritésordinaires,nesont pas toujours bonnesà dire, ni 
surtout à entendre : c'est comme si l'on disait qu'il vide tout 
son sac, sans y rien garder, comme on jette là une banastado. 

Dér. de Banasto. 

Banastaïre, ». m. Fabricant de banastes, et de toutes 
sortes d'engins faits avec des scions refendus de châtai- 
gniers sauvageons, que l'abbé de Sauvages apjielle Cotons. 

On dit proverbialement : Banastaïre das Apéns, parce 
que les habitants de ce hameru, dépendant de la commune 
de Lamelouse, arrondissement d'Alais, se livrent beaucoup 
en hiver à la fabrication de ces bannes en châtaignier. 

Dér. de Banasto. 

Banastéia, v. fréq. Transporter habituellement à dosde 
mulet ou d'âne dans des banastos. 

Banasto, ». f. Banne ou manne double, panier à bât 
pour transporter le fumier et autres objets, dans les pays 
où les voitures ne peuvent rouler. — Sot coumo uno ba- 
nasto, sot comme un panier. A éstudia souto uno banasto, 
dit-on d'une personne complètement ignare, par allusion 
peut-être aux chevreauX; que l'on recouvre ainsi pour les 
empêcher de gambader et par là de maigrir; ou bien pour 
rappeler les ânes, qui sont le plus souvent chargés de banastos. 

Dér. du gaulois Benna, voiture, ou de l'allem. benne, 
tombereau ; d'oii le lat. benna, charrette entourée de claies, 
sorte de corbeille. 

Banastoà, ». m., ou Taréirôon. Dim.dc Banasto. Ban- 
neton, mannequin ou petite manne, sans anses, très-évasé 
d'ouverture. 

Bancèl, ». m., ou Faisso. Terrasse ou bande de terre; 
plate-bande de jardin. Le terme bancél est proprement usité 
dans les hautes Cévennes; faïsso est plut^it des environs 
d'Alais. 

Dim. de Ban, banc, parce que le baneél est droit et 
long comme le banc. 

Banda, ado , adj. Mort, crevé; ivre-mort, roidi. — 
Banda coumo un piô, soûl comme une grive. 

Emp. du fr. bander, pour roidir. 

Banda (se) , v. Se soûler, s'enivrer ; se goi^r de vin. 

Rlêine dér. 

Bandé] a, v. fréq. Passer du linge savonné dans l'eau 
claire, ce qui se fait en le tenant par un bout et le plon- 
geant, le passant, le repassant dans l'eau, jusqu'à ce qu'il 
soit bien essuyé de l'eau de savon. 

Est-il dér. du lat. Pondère, étendre, développer, ou du 
languedocien branda 1 



90 



BAN 



BAO 



Bandi, $. m. Dim. Bandinà. Bandit, vagabond, homme 
sans aveu. — E$ un bandi. c'est un mauvais drôle; et 
quelquefois, seulement, un mauvais sujet, un libertin , s'il 
s'agit d'un tout jeune homme ; on dit alors : es un ban- 
dinà. 

Dér. de l'ital. Banditto, banni, proscrit. 

Banéja, v. fréq. Commencer à montrer les cornes, comme 
les escargots ; par ext. jouer des cornes. 

Dér. de Bano. 

Banèlo, ». f. Vanneau. — Voy. Vanèou. 

Bani, v. Bannir, chasser. — Y-a pat mouïèn dé boni 
tous ras, il est impossible de se délivrer complètement des 
rats. — 11 signifie aussi : faire une saisie-arrêt. 

Dér. du lat. Bannum, bannissement, exil, ban. 

Banimén, ». m. Saisie-arrêt ou opposition, terme de pra- 
tique en procédure. 

Banîous (Lous), n. pr. de lieu. Bagnols-les-Bains, ville 
dans la Lozère, renommée par ses eaux thermales. 

11 est à remarquer que l'appellation française ne donne 
pas la preuve que le baptiseur fut très-fort en languedocien. 
Bagnols, traduisant lous Banious, est dér. du lat. Balneo- 
lum, qui signifie : lieu de bains ; pourquoi alors ce pléo- 
nasme inintelligent dans le nom français, et l'accouple- 
ment de deux mots de même signification ? — Voy. Ba- 
gnôou. 

Bauo, J. f. Dim. Banéto, péj. Banasso. Come de la tête 
de certains animaux ; antennes de certains insectes ; cornes 
des escargots ; coup à la tête, qui se tuméfiant devient une 
bosse au front. — Vno bano dé fougatso, un morceau de 
fouace, parce que la fougasso , le gâteau des paysans, est 
plate et formée en compartiments et en grillage ; un de ces 
fragments ressemble donc assez à une corne. Fia coumo la 
bano d'un biâou, contre-vérité, mou comme la corne d'un 
bœuf. Chacun soun gous, dis lou prouvèrbe, coumo l'âoutre 
que sufavo uno bano, chacun son goût, comme disait 
cet autre qui suçait une corne. S'és fa uno bano, il s'est 
fait une bosse au front. La bano d'un tour, l'un des quatre 
volants de la roue d'un tour à filer la soie. Cagarâouléto, 
$or tas banitos, chantent les enfants dans nos Cévennes, 
comme ceux de Paris disent : Colimaçon borgne, montre- 
moi tes cornes. Nous rimons mieux. 

Las banos, au plur., comme les cornes, sont, au fig., 
l'emblème d'un mari trompé. 

Dér. probablement du celte; car on ne trouve l'ana- 
logue de ce mot dans aucune des langues connues. 

Bano, n. pr. de lieu. Bannes, village et commune de 
l'Ardèche, sur les limites du département du Gard. 

Du Cange cite Bano avec la signification de terrain 
communal. L'étymologie de ce nom pourrait bien être tirée 
de l'affectation du territoire à des dépaissances, ou à quel- 
que autre servitude communale. Ce que nous ne pouvons 
vérifier. 

Banquaroutiè, tièïro, adj. Banqueroutier, ière, celui 
ou celle qui a fait banqueroute. 



Banquaronto, ». f- Banqueroute; faillite; insolvabilité 
feinte ou réelle d'un négociant. 

Dér. de Banquo, banque, et de routo, fém. de rou, 
rompu. 

Banque, t. m. Petit banc; tréteau de lit, de théâtre de 
bateleur, de table à manger, etc. 

Dim. de Ban, banc. 

Banquiè, ». m. Banquier; celui qui fait le commerce 
de l'argent ; à certains jeux de cartes, celui qui taille ou 
joue contre tous les autres. 

Dér. de Banquo. 

Banquo, s. f. Comptoir de marchand ; grand coffre à 
hauteur d'appui, qui règne tout autour du magasin, ou 
dans une partie seulement et sur lequel on montre et on 
étale la marchandise. Il y a un tronc au milieu, en tiroir, 
où l'on fait tomber les espèces à mesure qu'on les reçoit, 
et dont on fait la levée et l'inventaire chaque soir. 

Dér. de Ban, banc. 

Banu, udo, adj. Cornu; qui a ou qui porte des cornes. 
— Vn cho banu, un sot, un homme sans intelligence, 
comme un hibou. 

Dér. de Bano. 

Bâou, bàoujo, adj. Niais, nigaud, badaud. — Que sièt 
bdou ! Que tu es bête ! 

Dér. du lat. Balbus, bègue. 

Bâoubècho, ». {. Bobèche, partie du chandelier où se 
place la chandelle. 

Emp. au fr. 

Bâoudrado, ». f. Bêtise, balourdise, niaiserie ; école. 

Dér. de Bâou. 

Bàoudroï, ». m. Baudroie, galanga, raie pécheresse, 
diable de mer; espèce de lophie, Lophius piscatorius, Linn. 
Poisson de l'ordre et de la fam. dos Chisnopnés (respirant 
par une fente), cartilagineux, à corps plat, à évent près 
des nageoires, à large gueule, qui semble n'être que tête et 
queue. La Baudroie fait un très-bon potage. 

Bâoudufo, ». f., ou Boudufo. Toupie, jouet d'enfant; 
sabot. Ce mot ne s'emploie plus qu'au fig. Es pat pu bel 
qu'uno bâoudufo, il n'est pas plus grand qu'une toupie. Té 
vire coumo uno bâoudufo, je te fais tourner comme oo* 
toupie. 

Que se trufo, 

Dlou lou bufo. 

Et lou faï vira coumo uno bâoudufo. (Prvb.) 

Les étymologistes sont fort divisés sur la dériv. de ce 
mot ; elle est tirée du celte Bodwa, mamelle, à cause de 
la ressemblance; ou bot, boud, qui a fait dans la bass. 
lat. botta, d'où l'ital. bodda, crapaud, à cause de la gros- 
seur. — Voy. Boudufo. 

Bàoujoula, u. Porter un eid&ni au bras, le caresser, le 
cajoler. 

Dér. du lat. Bajulare, porter un fardeau. 

Bâoume, ». m. Baume, sorte de menthe, plante aro* 
matique, plus particulièrement la mentlie verte et gen- 



BAR 



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tille. Aufig.ïeditaussid'un confortatif, d'unréconfortantdoiit 
on exagère la Ijoiité : Aquél vin is un bdoume tus l'éttoitma. 

D(t. du tat. Baliomum. 

Bâoumélu, udo, adj. Creux, caverneux ; se dit parti- 
culièrement d'un arbre, d'une pièce de bois. 

Dér. de Bâoumo. 

Bâoumo, ». f. Dim. Bdouméto, péj. Dâoumatto. Grotte, 
caviti^ naturelle; caverne; bauge du sanglier; terrier du 
renard; garenne du lapin. Ce mot a donné naissance aune 
foule do noms propres de personnes et de lieux : Laàâoumo, 
Bàoumé, Bâoumèlo, Bâoumassiè, qui se traduisent en fr. 
par I^baume, Baume, La Banmelle , Rilmelle, Balmes, 
Baumior, Baumassier, etc., qui signifient pour en dériver 
en ligne directe et primitive : babitation ou liabitant des 
■cavernes, des grottes : l'origine est ancienne et se rattache, 
par une infinité de quartiers, aux troglodites. La Bâoumo 
dé lut Fados est le titre d'une des plus jolies pièces de 
notre inimitable poète des Caalagnadoi. 

Bâonquo, t. f. Du verdage, espèce d'herbe graminée, 
foin grossier qui pousse naturellement sur les talus et 
berges des fossés et dans les bois taillis ; c'est probable- 
ment du foin dégénéré en poussant dans des terres sèches 
et trop fortes. On ne s'en sert guère que pour litière. 
Aucune bète de labour , non plus que les moutons , ne 
-consent à s'en nourrir. 

Bâouri, s. m. Péj. BAouriat. Précipice; ravin profond 
et escarpé , gorge étroite et sauvage ; atrime ; fondrière. 

Dér. peut-être du lat. ValUt rivut, ruisseau de vallée, 
ou de l'ital. balzo, précipice, du gr. BifXXsiv, jeter, lancer. 

Bar, I. m. Dalle, pierre plate large et carrée, pour car- 
reler. — Bar dé Mus, dalle des carrières de Mus, vilLige 
près de Nimes, d'où se tirent les meilleures dalles pour 
carreler les fours à pain, parce qu'elles sont réfractaires et 
iMpportent très-bien l'action du feu. Bar dé $abo{i, ane 
table de savon. C'est sous cette forme que le savon est 
fabriqué et Uvré an commerce. Cette table a d'ordinaire huit 
lœnlimétrcs d'épaisseur sur cinquante centimètres en carré. 

Buw, «. Fermer, en général; barrer, boucher; bâcher 
une porte, la fermer et l'assujeitir par derrière avec une 
barre. — S'en fâou bara tous ièls, il faut s'en fermer les 
yeux, s'en consoler, en prendre son parti. Aquà bnro iés- 
touma, ce spectacle vous serre le cœur. Bara sa boutigo, 
est tout simplement fermer son magasin ; mais bara bou- 
tigo, c'est cesser son commerce par suite de déconfiture ou 
-autrement. Baropas dé lout loujour, il ne cesse pas de pir- 
1er de toute la journée. Bara lou cami, couper le chemin, 
entraver la marche, fermer la carrière ^quelqu'un. Bara un 
trdou, boucberun trou. Se bara déforo,sé bara déJin, fer- 
mer la porte sur soi du dehors, ou par dedans, s'enfermer. 

Dér. de Baro. 

Baracan, *. m. Bouracan , espèce de camelot, étoffe qui 
rejette La pluie. 

Enip. au fr. 

Baradis, isso, adj. Qui peut se fermer ; fermant; des- 



tiné à Mre fermé. — Pagnè baradU, panier k couvercle. 
Coûté/ baradis, couteau do poche, qui se ferme. 

Dér. de Bara. 

BaraditBO, t. f. Action souvent répétée de fermer et 
d'ouvrir une porte, une fenêtre, un tiroir. — Aquilo bara- 
disso finira léou? En ilnira-t-on bientôt d'ouvrir et de fer- 
mer cette porte? 
Dér. de Bara. 

Baradnro, s. f. Fermeture, en général; boucheture 
d'épines ou de fagots, pour empêcher l'accès d'un champ. 
Il est peu employé au propre. Au fig. il est usuel dans ce 
dicton : PAouro baraduro ! pauvre ressource ! mauvais 
pronostic! cela s'annonce mal. 

Dér. de Bara. 

Baragna, v. Faire une haie vive, garnir de buissons on 
d'épines l'entrée d'un champ ou la crête d'un mur de clô- 
ture ; clore, faire des haies avec des buissons. 

Dér. du celt. Bar, barrière ; on de l'esp. brma, hallier, 
ou du lat. vara, barre : sans doute tons proches parents. 

Baragnado, *. f. Haie vive ou non; échalier; toute 
sorte de clôture en haie. Sur les bords du Gardon, et de 
toutes les rivières torrentielles, on fait des baragnadot 
pour faire déposer le limon. On y emploie des ramées de 
chêne-vert, serrées et assujetties par le sable et le gravier, 
on des branches d'osier et de saule. Les premières sont 
plus fortes; mais celles-ci, plus épaisses, ont l'avantage 
de prendre racine, de durer plus longtemps et d'être plus 
résistantes; aussi sont-elles préférées. On établit aussi des 
baragruidos en fagots de bois mort de toute sorte, potir 
arrêter et faire amonceler les feuilles de ch&taigniers que 
le vent entraine. Par ce moyen elles se trouvent ramas- 
sées en tas, nettes de leurs hérissons et propres à la litière 
de toute sorte d'animaux. — Vn Irdouquo baragnado, on 
braconnier, un grapilleur, un homme qui ne respecte 
aucune propriété ni clôture. Au fig., un éventé, un étourdi, 
un hurluberlu. — Voy. Barlai. 

Baragnas, ». m. Haie naturelle ; amas de ronces et 
d'épines, qui se forme sur les anciennes murailles démo- 
lies; entrelacement de ronces; buisson. 

Péjor. de Baragno. 

Baragno, ». f. Echalier plutôt que haie ; clôture presque 
toujours provisoire, moins forte et moins épaisse que la 
baragnado. 

Baragogno, ». f. Le mfime mot et la même ngmf. qw 
Babarogno. — F. C. m. 

Baragouina, t- . Baragouiner; parier d'une manière inin- 
telligible ; lirijdouiller. 

Emp. au fr., qui tire, dit-on, son étym. dubas-brel. 
Bara, pain, et guin, vin, à cause de la confusion que font 
ceux qui parlent mal la langue ; mais que d'antres font 
venir du lat. Barbaricus, Ivtrbare. 

Baraia, v. — Voy. Taraïa. 

Baraïè,». m. Boisselior; ouvrier qui ftitdes banrax. 

Dér. de Barùou. 



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Baraje, ». m. Barrage, digue ; déversoir en travers d'un 
cours d'eau pour faire une prise d'eau. 

Dt>r. de Bara. 

Baralé, ». m. Baril, barillet; bidon des journaliers aux 
champs ; baril à huile ; capron, baie de fraisier sauvage, 
qu'il ne faut pas confondre avec la fraise des bois. 

Dim. de Barâou. 

Barandèla, v. Danser la barandèlo ou la bagaièlo. 

Barandélaïre , aïro, alj. Danseur de barandèlo. Par 
ext. un étourdi, inconsidéré, léger. 

Barandèlo, s. f. — Voy. Bagatèlo. 

Baranqua, v. lladoter ; battre la campagne ; parier ou 
agir à tort et à travers; ne savoir ce qu'on dit. — L'es- 
coulés pas, baranquo, ne l'écoutez pas, il radote, il ne 
sait ce qu'il dit. 

Dér. de Ba, partie, rédupl., et de ranquo, de rolulare. 

Baranquaje, ». m. Radotage; paroles en l'air ou sans 
suite ; propos extravagants. 

Baranquaïre, aïro, adj. Radoteur; qui débite des rado- 
teries, ou par vieillesse, ou par bôtise. Id., Baranqur, 
urdo. 

Baranquéja, v. rédupl. de Baranqua. 

Barâou, ». m. Baral, v. fr., barrique à vin, longue et 
étroite, qui sert, comme les autres, à transporter le vin à 
dos de mulet; mesure de capacité pour les vins. Cette 
mesure varie d'une localité à l'autre. Le Barâou d'Alais 
contenait autrefois 27 pots ou 54 pintes de Paris. Le Ba- 
rAou métrique contient 60 litres. — Enlén boutopér barâou, 
il entend tout de travers ce qu'on lui dit ; il prend des 
vessies pour des lanternes, martre pour renard. Pou-barâou, 
un puits public qui se ferme la nuit, de crainte d'accident 
ou de mauvais dessein. Il y avait autrefois à Alais une 
quantité de ces puits qui étaient situés dans un renfonce- 
ment de rue et à couvert dans l'épaisseur d'une maison. 
On les fermait la nuit ; mais avec le temps les fermetures 
avaient disparu, et ces impasses obscurs étaient dange- 
reux ; on les a fermés et remplacés par des pompes. Un de 
ces puits a donné son nom à une de nos rues, qui est appe- 
lée encore : rue Puits-Baral. L'opinion que son nom lui 
vient de la fermeture appliquée à son puits, est fort sou- 
tenable; mais, dans ce mot que le languedocien persiste à 
prononcer baral, et non barâou, et qu'il n'a pas eu l'idée 
d'exprimer par baradis, ne trouverait-on pas aussi bien 
une qualification tirée de la situation qu'il occupait, au 
moment de son baptême, à l'extrémité de la ville? Puitt- 
Baral signifierait alors : puits situé aux barrières d'Alais, 
sur la limite de la clôture de la ville. La rue Montagnasse, 
qui reprend aujourd'hui son nom, s'appelait, au moyen Age, 
rue Malbourguel, mauvais petit fauljourg : elle est voisine 
de la rue Puits-Baral ; sa dénomination ancienne viendrait à 
l'appui de notre interprétation, en indiquant que, dans ces 
temps reculés, la ville ne s'étendait pas plus loin. 

Barâou, en tous cas, put trouver son étym. dans la 
bass. lat. barrale, barile, barillus, d'un capitulairc de Char- 



BAR 

lemagne, avec la sign. de tonne ou de vase propre à con- 
tenir un liquide quelconque, ou dans l'esp. barrai, grande 
bouteille; ou enfin, comme baral, dans le celt. barr, qui 
signifie non-seulement barre, barrière, mais tout ce qui 
sert à renfermer, à contenir. 

Baraquo, ». f. Dim. Baraquéto. Baraque, chaumière ; 
maisonnette en mauvais état; hôtellerie de routier sur les 
routes ; baraque, échoppe, auvent, construit en planches 
sur les places en temps de foire. — Aquél oustdou es uno 
vié'Co baraquo, cette maison n'est qu'une mauvaise pauvre 
baraque. Las baraquos dé Coudougnan, dé Fons, la bara- 
quo dé Plagnoou, la baraquo ddou Pela sont connues et 
renommées sur nos routes départementales. 

Dér. de l'esp. Baracca, cahute de pécheur. 

Barato, s. f. Baraterie; dol, fraude, contrebande ; alté- 
ration des liquides par mélange ; contrefaçon, tromperie. 

Dér. de l'esp. Baratar, brouiller, tromper. 

Barba, v. Pousser des radicules, prendre racine ; se dit 
surtout des boutures, quand elles commencent à barba, à 
jeter leur tissu de radicules. 

Dér. de Barbo. 

Barbacano, ». f. Ouverture, fente laissée dans un mur 
de soutènement, pour faire écouler les eaux pluviales. 

Dér. de l'esp. Barbacana, m. sign. 

Barbajôou, ». m. Grande joubarbe, artichaut de mu- 
raille, Sempervivum lectorum, Linn. Plante de la fara. des 
Crassulacées, grasse, vulnéraire et émolliente. 

Dér. du lat. Barba Jovit, barbe de Jupiter, comme son 
correspondant fr. Ces deux mots sont la métathèse l'un de 
l'autre. 

Barbajôou, ». m., ou Quiou-blan. Dim. Barbajoulé. 
Hirondelle à croupion blanc, hirondelle de fenêtre ; Hirundo 
urbica, Temm. Le dessus du corps, partie d'un noir à 
reflets bleuâtres, partie d'un noir mat, le restant d'un 
blanc pur ; queue fourchue. Cette hirondelle est lapins 
commune dans nos contrées, où elle arrive quelques jours 
après l'hirondelle de cheminée. Elle aime à placer son nid 
sous la corniche des maisons et des grands édifices. — £»ca- 
rabïa eoumo un barbajôou, gai comme un pinson. 

Ce mot a évidemment la même étym. que son homo- 
nyme précédent. Cependant il est difiicile de saisir les 
rapports de cette origine, à moins que la queue fourchue 
du volatile ne soit une image de la barbe du maître des 
dieux. 

Barbasta, v. Faire ou tomber de la gelée blanche. — 
A barbasta tus sa tésto, ses cheveux grisonnent, il a neigé 
sur ses cheveux. 

Dér. de Barbasto. 

Barbasto, ». f. Gelée blanche ; givre. C'est le produit 
de la condensation de la rosée et de toutes les vapeurs qui 
exsudent de la terre. Barbasto exprime cet effet des grands 
frimas d'hiver qui fait ressembler le sol à un champ de 
neige; plouvino eljalibre {V. c. m.), sont plus particu- 
lièrement ces gelées de printemps, ces giboulées, qui font 



BAR 



BAR 



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tant de mal à la vigne et à la feuille de mûrier. Les con- 
crétions ilo la barbaiio sur les plantes et les arbres ressem- 
blent à une sorte de barbe blanche. C'est de là que Sau- 
vages fait dériver ce nom. 

Barbata, v. Bouillir <1 gros bouillons; particulièrement, 
faire un certain bruit en bouillant, soit comme un grand 
vase qui rend un bruit sourd en bouillant fortement, soit 
seulement comme un potage qui mitonne sur un fourneau ; 
chez l'un et l'autre , ce bruit est pnxluit par le dégage- 
ment de l'air, qui forme des globules qui crèvent et se suc- 
cèdent instantanément. C'est ce qu'e.xprime ce mot par 
une onomatopée saisissante. 

Barbéja, v. Raser, faire la barbe, au pr. et au fig. — 
L'avèn barbéja, nous avons eu de son poil, nous lui avons 
gagné son argent. 

Dér. de Barbo. 

Barbèl, ». m. Barbeau, Cyprinus barbui, Linn. Poisson 
d'eau douce; museau pointu, mâchoire supérieure fort 
avancée avec des barbillons, dos olivAtre, ventre blanc ; 
il croit vite et devient fort grand ; sa forme ressemble 
assez h celle du brochet. Il préfère un lit couvert de cail- 
loux à un fon^ bourbeux. 

Barbèl signifie aussi : un jeune gars, un blanc-bec. 

L'une et l'autre do ces acceptions sont dér. de Barbo : 
dans la dernière, parce que c'est l'Age où la barbe com- 
mence à pousser ; dans la première, parce que ce poisson 
porte deux appendices ou barbillons à la mâchoire supé- 
rieure. 

Barbéto, s. f. Terme do nageur, qui n'est employé que 
dans cette expression : Faire ta barbéto, et signifie : ap- 
prendre à nager à un apprenti en le soutenant de la main 
par le menton, ce qui l'empêche d'enfoncer la tète, et lui 
permet d'étendre le corps sans danger dans la position 
horizontale. Au fig., prêter aide et appui, soutenir. 

Dér. de Barbo, parce qu'on prend le nageur par la 
barbe, ou du moins au siège de la barbe ; qu'on lui tient 
le menton dans la jKiume do la main, comme font les bar- 
biers à leur patient pour le savonner, ou plutôt comme ils 
faisaient, quand il y avait des barbiers, et avant l'inven- 
tion du pinceau à Iwrbe. 

Barbie, $. m. Barbier, qui fait la barbe, qui rase. L'his- 
toire des barbiei-s mériterait d'être écrite et conservée. Il y 
a un siècle, ils n'étaient point autres que des chirurgiens, 
avec privilèges. Aujourd'hui, ils ont i)crdu leur droit de 
saigner, autrement qu'en faisant la barbo, et encore! mais 
leur titre a totalement disparu, sinon la profession. — Lou 
barbiè de Sâouzé. Sauzot est un petit village, arrond.d'Uzès. 
La tradition assure qu'il y avait là un barbier qui non-seu- 
lement rasait gratis, mais qui payait à boire à ses pratiques 
par-dessus le marché. Sa réputation est passée en pro- 
verbe. On en voit les applications ironiques. 

Barbïà, >. m. Petit homme barbu, bamboche à longues 
moustaches. La mode de nos jours rend fréquente l'appli- 
cation de ce mot. — Yoy. Barboefu. 



Barbo, t. f. Dim. Barbéto, péj. Barbaiio. Barbe, poil 
des joues et du menton; arête de l'épi des céréales; filets 
du tuyau d'mie plume ; radicules, filaments d'un végétal 
quelconque. — Quand papiès parlou, barbo» calou, quand 
les titres parlent, les docteurs se taisent. Farié la barbo 
énd'un iéou, il trouverait à tondre sur un œuf. A'ou» /"aï 
la barbo en toutes, il nous i)asse tous, il nous rendrait 
des points. Barbo dé païo, visage de bois, dicton fort usité 
et d'mie application plus large (lue son correspondant fran- 
çais : il s'étend à toute sorte de désappomtement, quand 
on se voit trompé dans son attente. Bouvii tans barbo, aïro 
sans garbo, prvb., à jeune bouvier, pauvre moisson. 

Dér. du lai. Barba. 

Barbocho, 5. m. Dim. Barbouchéto. Petit homme liarbn: 
môme sens que Barbie. {V. c. m.) Barbichon; chien- 
barbet. 

Dér. de Barbo, parce que le liarbet a beaucoup de poil 
autour du museau. 

Barbouïa, v. Balbutier ; bégayer; baragouiner ; bre- 
douiller. 

Dér. du lat. Balbus, bègue. 

Barbouîaje, s. m. Barbouillage, en discours, en écri- 
ture, en jxîinture, en diction ; grifTonnage ; gahmafrée. 

Enip. au fr. 

Barbouiur, uso, adj. Barlwuilleur ; bredouilleur ; grif- 
fonneur. 

Barbontl, v. Marmotter; chuchotler; parler entre ses 
dents; murmurer tout bas; faire un à-parte; dire des 
messes-l)as.ses, i)arler dans sa barbe. 

Dér. de Barbo. 

Barboutimén, s. m. Chuchottement , marmottement; 
murmure ; messe-basse ; bredouilleraent. 

Barbu, ndo, adj. Barbu, qui a de la barbe, beaucoup 
de barbe. 

Barbudo, s. f. Chicorée sauvage, barbe de capucin, 
Cichorium intybus, Linn. Chicorée liarbue des prés, qu'on 
mange en salade quand elle commence à pousser et qu'elle 
germe encore dans la terre ;plus tard elle est dure et héris- 
sée de piquants. C'est à cet âge peu tendre qu'elle a reçu 
son nom. 

Barbudo est aussi le nom des ceps de vigne d'un an, qui 
ayant poussé des radicules, qui plus faciles à la reprise et 
donnent plus tôt des produits. 

Dér. de Barbo. 

Barda, (. m. Carrelage en dalles; pavé bardé avec des 
dalles. 

Dér. de Bar. 

Barda, v. Couvrir, barder de lanl un rôti ; mettre la 
barde à mie bête de somme ; plaquer ou lanc«r contre les 
murs ou sur le carreau. ^ Barda un perdigal, barder, 
couvrir un perdreau de bardes de lard, l'aï barda la miolo. 
Vase, va-t-en mettre la barde à la mule, à l'âne. Lou bardé 
àou s6ou, il le jeta rudement par terre. 

Dér. dans le premier sens de Bardo, dans le second de .Bar. 



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BAR 



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Bardo, ». f. Dlm. Jiardèlo, péj. Sardasuo. Barde, bar- 
delle, espèce de bât ou de se/le piquée de liourre ; tranche 
mince de lard appliquée sur une volaille. 

Dér. de Barda, du lat. bardianum, espèce d'armure ou 
de cuirasse des soldats gaulois. 

Barda, j. f. Dim. Bardouté, jwj. Bardoutas. Espèce de 
mulet, né de l'âncsse et du cheval. Cet animal, très-robuste 
mais de forme peu élégante, est le souffre-misère de la 
bande des mulets [cottblo] ; c'est lui qui porte les bagages, et 
le muletier par-dessus le marché. Au fig. butor, lourdaud ; 
souffre-douleur. — Lou prénox pér barda, on en fait le 
bouc émissaire, un objet de mystification ; on le charge de 
tout ce qu'il y a de plus pénible. Paisa pér barda, deve- 
nir le jouet, être le dindon de la farce. 

Il y a une distinction à faire entre les deux locutions : 
passa pér barda et préne pér barda. Que le premier dicton 
s'applique à qui porte plus que sa part des peines et des 
fatigues communes, c'est bien cela, mais c'est encore antre 
chose. La charge susdite du bardot ne pouvant figurer sur 
une lettre de voiture, il ne comptait pas lui-même au 
nombre des mulets qui composaient la caravane. C'est dans 
ce dernier sens qu'est prise la première locution, appliquée 
à une personne qui, dans une dépense à faire, dans une 
charge quelconque à supporter en commun, trouve moyen 
de s'exonérer de son écot, de sa tiche ; passe comme on 
dit par-dessus le marché, et par conséquent ne compte pas 
non plus. 

Pour le deuxième dicton : Barda, au fig., signifie un 
lourdaud, un imbécile, un sot «t grossier personnage, dont 
on se moque, dont on abuse, à qui l'on fait porter aussi 
double bat, double charge; et l'individu qu'à tort ou à 
raison on considère comme tel et que par conséquent on 
traite de cette manière, on le prend pour bardot : il devient 
alors chef d'emploi de doublure qu'il était, et la copie vaut 
l'original. 

Dér. du gr.BapSiç, lourd, lent. 
Barguigna, v. Barguigner; hésiter; balancer; être in- 
décis, embarrassé. 

Dér. de la bass. lat. Barcaniare, marchander. Ce der- 
nier mot venait lui-même du lat. in barcam ire, aller sur 
ime barque, parce que le mot barca était à proprement 
■un esquif, on embarcation, sur laquelle les trafiquants 
allaient et venaient, dans le port, d'un navire à l'antre, 
pour traiter avec les patrons. 

Bargulgnaire , aïro, adj. Péj. Barguignaïras , asso. 
Barguigneur; marchandeur. — Voy. Ratsséjaïre. 

Bari, s. m. En vieux languedocien. Rempart; barrière. — 
La earièiro ddou Bari, la rue du Hempart, qu'on a eu le 
bon esprit à Alais de ne pas franciser et qui s'appelle tou- 
jcAirs la rue du Barry. Lou m'ioit bari es la pès. le meil- 
leur boulevard d'une ville, c'est la paix. Suivant la fameuse 
devise, ce devait être aussi celui de l'empire; mais depuis... 
Esfouïro-bari d'Aoubénas, c'est le vieux surnom que l'on 
'donne aux habitants d'Aubenas. Il est sans doute glorieux 



pour eux, puisqu'il doit signifier : qui sape les remparts, 
sapeur de remparts. 

Dér. de la bass. lat. Vara onbarum, barricade, enceinte, 
clôture , faite avec des poutres, premiers remparts des 
villes, ou plutôt des villages qui devinrent des villes et 
des places de guerre sous la féodalité, dans un temps où 
tout le pays était couvert de forêts. On se servit ensuite 
de l'expression, un peu modifiée, barium , pour mur de 
ville fait de poutres, et le nom resta quand les pierres rem- 
placèrent ces remparts trop faibles. Un prvb. disait, et il 
justifie la dériv. : A bari bas éscalo noun fàou. 

Barièïraïre, s. m. Préposé aux Ijarrières, à l'octroi, 
commis aux barrières à la percepticm des droits d'entrée 
dans les villes. 

Dér. de Bariètro. 

Barièïro, s. m. Barrière. — Les villes, qui n'avaient 
pas des portes, avaient des barrières, ne fut-ce que pour 
empêcher la contrebande et assurer les péages. On les pla- 
çait même quelquefois à des distances assez éloignées, qui 
agrandissaient le rayon autour des villes ou des châteaux 
féodaux ; et les noms , qui {)ersistent encore, en conservent 
le témoignage, comme les anciennes chartes d'établisse- 
ment. Un décret consulaire imposa un droit de péage à 
l'entrée des villes pour les chevaux et les voitures, et pour 
la perception on y plaçait des barrières mobiles. Ce droit 
fut converti par la loi de frimaire an VII en octroi muni- 
cipal, et les bureaux d'octroi occupèrent le même empla- 
cement que les barrières. Ce n'est même que sous le nom 
de barièïro que sont connus ces bureaux et le quartier 
qu'ils occupent. Ainsi, on dit à Alais la Barièïro ddou 
Mas-dé-Négre pour désigner le bureau d'octroi du Mas-de- 
Nègre. 

Dér. de Bara. 

Baril, ». m. Dim. Barïi. Baril, petit tonneau, barrique 
à huile ; barillet, petit liaril. — Un baril dé sardos, une 
barrique de sardines. Un baril d'anchoïo, \m baril d'an- 
chois. Un baril d'oli, un baril d'huile. 

Dér. du celt. Barr, vaisseau, d'où la bass. lat. bariUut, 
baril. 

Barioto, s. f. Brouette, espèce de petit tondiereau, à 
une roue et deux bras, traîné ou poussé par une personne. 

— Voy. Brouéto ou Brouvèto. 

Dér. de Ba, rédupl, et du lat. rota, roue, parce que 
dans le principe elles avaient une double roue. 

Barïoù, ». m. Barillon, engin destiné à confectionner 
des trousses, de grosses bottes de foin ou de paille. C'est 
une sorte de filet, composé de deux barres et de cordes 
non croisées : un réseau ou tramail à cet usage. 

Dér. do Baro, dont il est un dimin. 

Bariqno, s. f. Barrique, grand baril. Il ne se dit que 
du baril qui sert de caque aux anchois et aux sardines. On 
se sert de ces barillets pour les chapelets de puit»-à-roue. 

— La musiquo es din la bariquo, disent les chantres et Bn 
peu sans doute les chanteurs, dont la réputation est aussi 



BAR 



BAR 



95 



d'être boDS buveurs ; mais alors ils parlent de bariqua, 
dans sa grande diiuoiision, gros toniicau servant à conte- 
nir Uu vin. — Au ûg. et en style fani. ce mol signifie lo 
ventre, les intestins. — Té vàou créba ta barinuo, je te 
crève le ventre. En esp. on dit aussi dans le même sens 
bvrrica, ventre. 

Dde. du celt. Barr, vaisseau, ou du lat. barillui. 

Barisquo-Barasquo, adv. Ouoinatoptie exprimant l'ac- 
tion de quelqu'un qui , une barre à la main, comme une 
faulx, renverserait ou briserait tout ce qui est à sa portée. 
Au fig. brutalement, bruyamment. 

Dtïr. de Baro. 

Barja, n. pr. de lieu. Barjac, ville et canton de l'arron- 
dissement d'Alais. 

Celte petite ville est mentionnée dans les anciennes 
chartes avec quelques altérations dans son nom : en i 076, 
de Bariado; en 1077, de Bariac; en 1084, de Bargiaco ; 
ea HM, de Bargago; eu ll3i, de Barjago; en 1171, de 
Barjaco; en 1194, de Bargiaco. En fr. on écrivait Barjac 
ou Bargeac. 

Abstraction faite de la désinence adjective ae, acum, et 
enlang. a, ou le c Quai est supprimé [V. a, an, suff.), la 
forme la plus ancienne du mot semblerait indiquer son 
étymologie de la bass. lat. barium au plur., avec le sens 
de nucnia, fortiiication, selon Du Cangc, et Barja signifie- 
rait alors village fortifié. Mais n'a-t-elle pas été prise peut- 
être du celt. berg, éminence, hauteur, d'où est venu le 
vieux mot barge, aujourd'hui berge, ou mieux peut-être de 
la bass. lat. baria ou beria, locus scilicet arboribus desU- 
lutus, dumelit i>erù vepribusqxte referlus? (\'oy. Du Cauge, 
V" Berra.) On ne trouve pas en elTet dims le territoire de 
grandes forêts, mais de petits bois. Le nom d'un lieu voisin. 
Sériât, dans l'Ardèche, pourrait servir d'indice, au moins 
par analogie de situation, d^ nature de terrains et d'aspect 
général, 

Il y a dans le Gard deux autres localités du même nom, 
Barja, hameaux des communes de Monteils et de Trêves, 
où la topograpliic et le sol coufirmcraieat notre dernière 
interprétation. 

Barja, t>. Maquer le clianvre, le broyer avec la maque. 

— Ce mot semble une contraction du fréquentatif Baréjei, 
qui n'est pas dans la langue, mais qui signifierait jouer de 
la barre, passer à la barre : parce que les mâchoires de la 
maque à chanvre ont bien pu dans l'origine n'être que de 
simples barres à broyer. — Dans le dial. prov. maquer se 
dit brégea, rapproché de broyer, dér. de l'allem. brecken, 
rompre, briser; de cette origine germanique, le laugued. 
aurait bien pu conserver bar ou ber pour bérja et barja, 
avec le même sens de briser et broyer. 

Barja, v. Jaser ; babiller; jacasser; caqueter ; jabotter. 

— Barja eoumo la bèlo Jano, babiller comme une com- 
luôre. Lou diable lé barjei Au diable ton babil ! 

Bel-, du celt. BajoU ou du gr. Bx^w. babiller, bre- 
douiller. 



Barjadisso, «. (. Bavardage; longue causerie; babil 
ennuyeux et insupportable. 

Dér. de Barja. 

Barjaire, aïro, ailj. Babillard, qui aime à causer; qui 
ne cesse jkis de jacasser. — Yoy. Barjâou. 

Barjalado, t. f. Bisaille; trémois; menus grains ; menus 
blés; semences de mars; mélange de paumelle et de vesco 
dont on fait un pain grossier. On séiiie ainsi en mars, de 
barjalado, les terres que le manque de temps ou les lon- 
gues pluies ont empêché d'ensemencer en automne. — 
Aquà's pus que dé barjalado, c'est de la ripopée. 

Dér. du lat. Farrago, toutes sortes de grains. 

Barjàou, àoudo, adj. — Voy. Barjaire. 

Bariïos, e. f. plur. Chencvottes, débris du chanvre 
broyé, niaqué, avec quoi on faisait les allumettes soufrées, 
avant que l'usage des allumettes chimiques, a frottement, 
à phosphore, à explosion soudaine, plus dangereuses mais 
plus rapides à s'enflammer, eût fait oublier les premières. 
— Dansa tus las barjios, sauter de joie, être dans le ravis- 
sement. Quand la culture du chanvre était une industrie 
dans nos contrées ; quand arrivaient les barfiot, la récolte 
était fmie, et c'était fête et repos; on pouvait danser. 

Dér. de Barja, maquer. 

Barjo, (. f. Maque, brisoir, banc à maquer le chanvre; 
babil, jacasserie, superfluité de paroles. — Xa pat qui di 
barjo, il n'a que du babil, U n'y a point de fond. 

Barlaqua, v. Mouiller, tremper; agiter dans l'eau; 
plonger dans l'eau. 

Si barlaqua, se tremper jusqu'aux os; se vautrer dans 
l'eau et dans la boue; se saucer par la pluie. 

Dér. de Bar, eu v. laug. boue, fange, limon, et laqm, 
vautrer. 

Barlaqaado, t. f. Mouillure, soit qu'elle vienne en jetant 
à l'eau quelqu'un ou quelque chose, ou s'y plongeant soi- 
même, soit par l'effet de la pluie qu'on reçoit. — Ai indura 
uno bono barlaquado, j'ai supporté une grosse averse. 

Dér. de Barlaqua. 

Bamaje, (. m. FouilUs, embarras; bardes, meubles, 
entassés en désordre. Au prop. effets personnels qu'on prend 
en voyage. 

Ce mot nie parait la contraction de Barounage, qui vou- 
lait dire l'ordre des barons, équipage de baron ; ou plus 
simplement, du gaulois bornage, bagage désignant le train 
d'un grand seigneur. — Voy. Baroun. 

Baro, t. f. Dim. Baréto, baroit, barïoii, péjor. Baratto. 
Barre ; pièce de bois ou de fer, longue et peu épaisse ; tra- 
verse ; perche; latte. — Baro dé carito, enrayure de 
charrette. Baro dé galignè, juchoir. — Se préne uno baro! 
si je prends un bâton ! Propre eoumo la baro d'un galigni, 
propre comme le perchoir des poules. 3Iitre la baro à la 
porto, bâcler une porte. A'oui ajuJarat à pourta la baro, 
tu nous aideras àporler le joug, dit-on à un nouveau marié. 

Dér. du lat. Vara, traverse, pièce de bois mise en tra- 
vers d'une porte. 



96 



BAR 



BAS 



Baroù, j. m. BMon de chaise; traverse de bois rondin, 
qui sert à soutenir les tailles do vere à soie et qui porte 
elle-môme sur les chevilles des montants. Quand ces tra- 
verses sont en bois scié, on les appelle jaséno. — Y. cm. 

Dér. de flaro. 

Barougné, ». f. Baronnie; titre de baron ; terre baron- 
niale, château baronnial. — Le quartier où s'établit aujour- 
d'hui l'avenue de la nouvelle gare du chemin de fer, l'em- 
placement de l'hôtel du Commerce, et tout ce pfité de mai- 
sons, ainsi que la première gare, faisaient partie de ce 
qu'on appelait autrefois à Alais la Barougné, quand la 
ville et son territoire étaient divisés en deux juridictions, 
celle du baron et celle du comte ; ce dernier avait aussi 
des possessions vers le quai de la Comté, rappelant ce sou- 
venir. 

Baroun, s. m. ; au fém. Barouno. Dim. Barouné, péjor. 
Barounas. Baron, titre de noblesse. — Le sort de ce mot 
a été bien divers : lors de son premier emploi, dit Honno- 
rat, il signifiait homme vil, ensuite homme en général, et 
il n'est devenu un titre d'honneur que vers l'année 567. 
En italien, le mot barone signifie tantôt noble, vaillant, 
puissant, et tantôt brigand, voleur, vaurien. Les extrêmes 
se touchent. 

Dér. du V. lang. Bar ou baro,vir, homme. Les roisappe- 
laient barons leurs vassaux immédiats. Ils disaient indif- 
féremment : mon baron ou mon homme, pour homme 
d'armes. 

Barounéja, v. Se montrer baron ; se vanter de l'être ; 
se donner des airs de grand seigneur. 

Dér. de Baroun. 

Barquado, s. f. Batelée ou barquée, plein une barque ; 
le chargement d'une barque. — Empouisounariè uno bar- 
quado dé crucifis, dict., il ferait faire naufrage, il porte- 
rait malheur à une barque chargée de crucifix. 

Dér. de Barquo. 

Barque, s. m. Batelet; bachot; canot; esquif. 

Dim. de Barquo. 

Barqaéto, ». /". Petit bateau, petite barque ; barquerolle ; 
barquette, espèce de pâtisserie, de gaufre, en forme de 
l)arque. 

Dim. de Barquo. 

Barqoiè, barquièïro, adj. et s. De barque, qui tient à 
une barque ; batelier, patron d'un bac sur ime rivière ; pas- 
seur. 

Dér. de Barquo. 

Barquo , ». f. Péjor. Barquasso. Barque ; bac; tartane; 
allège. — Sa barquo toquo, sa barque échoue; il est au 
Iwut de son rouleau: ses affaires vont mal. Mena bien sa 
barquo, bien conduire ses affaires. Coumo vaï la barquo? 
comment va la santé? comment vont les affaires? 

Dér. du lat. Barca. 

Bartas, ». m. Dim. Barlaiioù. Hallier, buisson épais, 
touffe do ronces et de broussailles ; au pr. touffe de bois 
taillis non élagué. — Amouroùs coumo un bartas, par 



contre-vérité, doux comme un fagot d'épines. Vn sâouto- 
hartas, a beaucoup de rapport avec trdouquo-baragnado 
{Voy. Baragnado), et je n'y vois d'autre différence que 
celle de l'escalade à l'effraction. 

Le poète Salluste du Bartas était certainement méridional 
par son nom ; né dans le nord de la France, il se fût appelé 
du Hallier ou du Buisson , avec ou sans séparation de 
l'article; nous ne savons. 

Dér. delà bass. lat. Barta, buisson, hallier, ou par l'ad- 
dition d'un r, du grec Bi-coç , buisson. 

Bartassado, s, f. Fourré de bois ; lieu rempli de hal- 
liers, où il est difficile de pénétrer ; grande touffe de buis- 
sons. 

Dér. de Bartas. 

Bartasséja, v. Battre les buissons et halliers, terme de 
chasseur ; quêter le gibier en fouillant les buissons. 

Bartassoù, s. m. Branche basse, ou plutôt rejeton de 
chêne vert, rabougri et ravalé, et par cette raison plus 
épais, plus touffu, dont on se sert pour ramer les vers à 
soie en les mêlant avec la bruyère. Avant de les employer, 
on les fait sécher et on les dépouille de leurs feuilles, en 
les battant contre un mur. L'éducateur cévenol, supersti- 
tieux observateur des lunaisons, ne coupe les bartassoùs 
que pendant la nouvelle lune, sans quoi il arriverait que 
le bois en serait de suite vermoulu et se briserait en le 
frappant. D'après lui, tous les arbres verts doivent être 
coupés en lune nouvelle, et tous ceux qui j^rdent leur 
feuille, après la pleine lune, sous peine des vers. 

Dim. de Bartas. 

Barunla, v. Rouler; courir; rôder; vagabonder. — 
— Barunlé lous éscaïés, il roula l'escalier. 

Rédupl. deBunla. — V. c. m. 

Barunlaïre, aïro, adj. et s. m. Vagabond; batteur 
d'estrade ; coureur ; rouleau, cylindre mobile qu'on roule 
sur une terre nouvellement ensemencée pour aplanir la 
crête des sillons et raffermir le terrain. 

Dér. de Barunla. 

Barunlo, s. f. Pente escarpée et rapide ; terrain qui va 
en descendant, très-incliné. — Préne la barunlo, être 
entraîné par la pente, dégringoler, au pr. et au fig. 

Dér. de Ba, signe du rédupl. et du lat. rotula, petite 
roue. 

Barutèl, s. m. Claquet ou traquet d'un moulin ; blu- 
teau, blutoir; sas. Au fig. babillard sempiternel, bavard 
dont le caquet imite le bruit incessant d'un traquet de 
moulin. 

Dér. du lat. Volutare. 

Bas, basso, adj. Dim. Basse, péj. Bassas. Bas, pro- 
fond ; qui a [wu do hauteur. 

A bas, adv. A bas ; doucement. 

En bas, ou Dé bas, adv. En bas, au fond. 

L'émbas OU Lou débas, s. m. Le bas; par rapport an 
premier étage d'une maison; le rez-de-chaussée; le fond. 

— Lou vin es bas, le tonneau est au bas. Delà cénturo en 



BAS 



B.\S 



97 



bas, (lo la ceinture aux talons. Et à bas, il est tombé, 
détruit, par terre. 
DtT. (le la bass. lat. Bassus. 

Bas, s. m. Dim. Batte, [)t'j. Bastas. Bat, espèce de selle 
très-forte jwur b6tes de soiniiie, servant au transport. — 
Anén plan, loti bas se biigno, ou té moto, doucement, ceci 
commence à se gùtcr [Yoy. Bagna). Pourta lou bas, payer 
l'acquit ]Kiur les autres ; avoir tout le souci. 

Dur. du celt. Basi, d'où la bass. lat. aurait fait bastum, 
bât ; ou bien du gr. Bïariiî, bâton avec lequel on iiorte les 
fardeaux, forme de Baoril^eiv, iwrtcr une charge. 

Basacle, ». m. Terme de comparaison à tout ce qui est 
large et grand. — Aqtiéles souïès soun dé basacles, ces sou- 
liers sont démesurômcnt larges. 11 existe à Toulouse une 
grande minoterie de ce nom sur la Garonne et le canal 
Brienne. Est-ce ce nom qui est devenu type , ou bien 
vient-il lui-même de ses grandes dimensions ; ou enfin ces 
deux acceptions existent-elles indépendantes l'une de 
l'autre? Cette dernière hypothèse parait plus raisonnable. 
Le mot Basacle est ancien dans l'idiome, tandis que le 
moulin du Basacle a été construit sous l'administration de 
Mgr de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, qui 
a laissé son nom au canal sur lequel il est construit ; ce 
qui ne fait remonter son établissement que vers les années 
qui touchent à 1789. Son architecture ne présente pas une 
date beaucoup plus ancienne, en supposant qu'il ne se fut 
agi alors que d'un agrandissement. Du reste, ce mot parait 
dér. du lat. Yascultim, vase, vaisseau. 

Basali, s. m. Basilic, ser[)cnt ou lézard, animal fabuleux, 
dont le regard, dit-on, donnait la mort, s'il voyait l'homme 
avant que l'homme l'eut vu. On croyait , et qui dirait que 
bien des gens ne croient pas encore? qu'il provenait des 
œufs d'un vieux coq. Dans les Cattagnados , le marquis de 
la Fare-Alais a chanté cette légende et a dédié cette pièce à 
Jean Relwul : deux noms fraternels ! deux gloires locales ! 

Dér. du gr. BadiXixiî, royal. 

Basali, j. m. Basilic, Ocymum busilicum, Linn., de la 
fam. des Labiées, jilante annuelle, aromatique, que le popu- 
laire cultive avec soin dans des pots cassési Les jeunes 
gens des .deux sexes, (luand ils sont endimanchés en été, 
ne se passeraient pas d'un brin do basilic .'i la bouche, à la 
main ou sur le sein. C'est le patchouli cévenol. On peut 
l'apitelcr aussi l'oranger du savetier, car il n'est guère de ces 
artisans qui n'en aient un jKit dans leur boutique. Notez qu'on 
ne dit point vase, attendu que c'est presque toujours un vieux 
pot hors de service et chassé de la cuisine, qu'on emploie à 
ce dernier usage. — Etiguén-basall, Ijasilicon, onguent. 

Même étym. que le mot précédent. 

Bassaqua, v. Cahoter; secouer; remuer d'un côté à 
l'autre ; ballotter comme un sac. 

Dér. de Ba, particule rédup., et de sa, saquo. 

Bassaquamén, s. m., ou Bassaquado, s. f. Secousse; 
cahot, cabotage d'une voilure. 

Même dér. que le mot préc. 



Bassaqno, j. f. Paillasse de lit ; sac à paille ; large sac 
dans \m\w\ se plient les l)ergers dans leur cabane, et sur- 
tout lorsqu'ils bivouaquent dans les pâtis des montagnes. 

Même dér. (juc Bassaqua. 

Bassarèl, s. m. — Voy. Bastil. m. sign. 

Basségou, s. m. Timon d'une charrue, d'un araire; 
brancard d'un puits à roue, auquel est attelé le cheval qui 
met en mouvement son mécanisme. 

Dér. du lat. Baculus, bJton. 

Bassèl, s. m., ouBassarèL Battoir de lavandière, palette 
de bois dont elles se servent pour luttre le linge en lavant. 
Au flg. soufDet, tape à main plate. 

Dér. du lat. Baculus, dim. Bacetltis. 

Basséla, v. Battre le linge avec le battit. Au iig. frap- 
per, Iwttre comme plAtre ; frapper à coups redoublés ; par 
ext. tourmenter, inquiéter. 

Dér. de Bassèl. 

Bassélaje, s. m. Bruit de battoir de lavandière; ou 
tout autre bruit ou tapage qui lui ressemble par la fré- 
quence des coups. 

Dér. de Bassèl. 

Bassèsso, s. f. Action indigne d'un homme ou d'une 
femme d'honneur ; action honteuse ; une faiblesse chez le 
sexe . — A fa uno bassèsso, il a commis ime lâcheté. 

Emp. au fr., le mot, mais non le sens. 

Bassina, 5. m. Au ptur. Bassinasses. Cocons qui ne 
peuvent achever de se dévider dans la bassine, soit qu'ils 
aient été attaqués par les rats, qui auraient rompu la suite 
du fil, soit parce que le papillon aurait commencé à le» 
bouchonner intérieurement, comme on le voit à l'article 
Baba, OU bien encore que le fil serait bouchonné naturelle- 
ment [Voy. Troumpélo), ou enfin que le fil soit lellemenl 
inconsistant qu'il casse à chaque instant. 

Dér. de BassU. 

Bassina, v. Bassiner, chauffer avec une bassinoire; bas- 
siner, fomenter en mouillant avec un linge imbibé ou avec 
une liqueur tiède. — Se bassina Véstouma, se réconforter 
le cœur par la lioisson, se réchaufl'or par quelques rasades. 

Dér. de Bassina. 

Bassinado, s. f. Contenu d'une bassina, plein une bas- 
sino. — Bojo dé plèjo à bèlos bassinados, la pluie tombe 
à seaux. 

Dér. de Bassina. 

Bassiné, s. m. Bassinet d'un fusil, d'un pistolet ; partie 
creuse d'une arme à feu qui rcfoit l'amorce. — F6ou cra- 
cha âou bassiné, il faut jwyer d'avance, payer comptant : 
c'est d'un petit bassin, d'une sébille à quêter qu'il s'agit 
dans ce dicton, et non du bassinet d'une arme quel- 
conque. 

Dim. de Bassis. 

Bassino, s. f. Cuiller à seau pour puiser de l'eau. Elle 
est ordinairement en cuivre. Quelquefois, pour éviter le 
vert-de-gris, la queue seulement est en cuivre et le bassin 
en étaia. 

u 



98 



BAS 



BAS 



Depuis que le français s'est emparé de ce mol pour 
exprimer le vaisseau où l'on fait bouillir les cocons dans 
une filatui-e, le languedocien l'a suivi dans cette voie ; 
inais sous cette dénomination il ne désigne que la bassine 
en poterie des nouvelles fdatures. — Voy. Bassis. 

Bassis, s. m. Au plur. Bassisses. Bassin ; vivier ; plat 
à barbe; particulièrement, bassine h fder les cocons. Le 
bassis était autrefois en fonte ou en cuivre pour résister à 
l'action directe du feu ; dans les filatures à la vapeur ou 
à la Goiisoul, ils sont simplement en poterie. 

Dér. du gaulois Jîac/tinou, bassin; la bass. lat. avait 
bacinus, formé de l'allem. hack, signifiant lac ; diin., 
bassin. 

Basso-cour, s. f. Cour, basse-cour. — Le lang. exprime 
l'une et l'autre acception. 

Emp. au fr. 

Bassoii, s. f. Profondeur; ce qui est bas et profond. 

Dér. do Bas. 

Bastar, ardo, adj. D'un. Baslardoù, ouno. Bâtard, 
enfant naturel. En terme d'agriculture, sauvage, sauva- 
geon. 

Dans cette dernière application, on dit tantôt bastar, 
tantôt bouscas; l'usage seul indique les différents emplois. 
En général cependant l'adj. bastar s'accole aux simples et 
aux plantes potagères, et bouscas aux arbres et arbustes. 
On dit : api bastar, aïgréto bastardo, et castagne bouscas , 
férié bouscas. Il y a une distinction qui parait plus tech- 
nique encore : on dit bastar d'un végétal qui, quoique de 
la même famille que celui qui lui sert de type, en diffère 
par sa nature et sa production ; tandis que bouscas est pro- 
prement le sauvageon, qu'on peut assimiler au type en 
l'entant. 

Le dim. Basiardoit, ouno, ne se prend jamais qu'en par- 
lant d'un enfant illégitime, naturel. 

Dér. du gr. Baaoipï, femme prostituée. 

Bastardiè, ièïro, adj. Préposé des hôpitaux qui va 
conduire les enfants-trouvés en nourrice. 

Bastardièïros, s. f. pi. Comportes, grands paniers 
d'osier doubles, où l'on dépose les enfants-trouvés pour les 
transporter il dos d'Ane chez leurs nourrices. 

Bastardije, s. f. Bâtardise; état de celui qui est bâtard ; 
signe de bMardise. 

Bastarduégno, s. f. La gent bâtarde; les enfants-trouvés 
pris collectiveineiit ; les bâtards en général. 

La dérivation du mot n'a pas Iwsoin d'être expliquée, 
tant elle est naturelle. Au substantif est joint le suffixe 
uigno, qui marque la collectivité ; il est peu fréquent et 
propre à notre dialecte. On le rencontre dans éfantuéiino, 
trassuègno, avec la même idée collective. 

Baste ! adv. Plût à Dieu ! A Dieu plaise ! — Le fran- 
çais a également le mot baste, peu usité et familier, qui 
signifie : soit, passe pour cela, j'en suis satisfait. Dans le 
lang., Basic' exprime un souhait. Ce n'est donc que la 
différence du vœu, du désir à l'approbation ; une nuance. 



Les deux mots ont évideniinoiU la luèmo origine. Basier, 
verbe neutre, impers., aucii'iini^ment en fr., ne s'est con- 
servé qu'il l'impér., comme en lang. l'ancien verbe Basta. 
L'un et l'autre devaient être contemporains et procédaient 
d'une source commune avec Vital. Baslare, suffire, qui 
fait basta, il suffit. La racine doit donc être la même pour 
tous, et elle ne jKSUt être que dans le lat. bené slare, qui 
réiwnd à toutes les acceptions dans les trois langues. 

Basté, s. m. Maiitelet, sellette d'un cheval de trait, qui 
supporte le brancard ou liinonnière. 

Dim. de Bas, bât. 

Bastéja, V. Charrier à bât, à dos de mulet ou d'âne ; 
transporter sur le bat ; porter le bât. 

Dér. de Bas, bat. 

Basti, V. Bâtir, construire en maçonnerie; établir ; battre 
violemment, frapjjer, jeter contre le mur. — ■ Lou roussi- 
gnôou couménfo dé basti, le rossignol commence à bâtir 
son nid. Basti sus lou davan, en parlant d'un homme, 
engraisser, prendre du ventre; d'une femme, être enceinte; 
avancer dans sa grossesse. Bastirièï aquél drôle, quand 
bado coumo aquô, je souffletterais cet enfant, quand il crie 
de la sorte. Qudou m'a bastî aquél gusas? qui m'a amené 
ce gueux-là 7 

Dér. du gr. Bao-ci;, bâton, parce que dans les premiers 
âges on construisait les maisons avec des perches et des 
barres. 

Bastido, s. f. Maisonnette de campagne ; villa. 

En Provence, et à Marseille surtout, ce nom a été donné 
aux pavillons et aux maisons des jardins qui sont dans la 
banlieue dos villes. Il ne s'applique qu'à des maisons 
d'agrément, et non aux fermes et aux bâtiments d'exploi- 
tation. 

Dér. de Basti. 

Bastiè, s. m. Bourrelier; ouvrier qui fabrique des bâts; 
celui qui fait et vend tout l'équipage des bêtes de somme, 
bâts et gros harnais. 

Dér. de Bas, bât. 

Bastimén, s. m. Navire, vaisseau. — 11 est impropre 
de s'en servir pour désigner un bâtiment sur terre, un 
édifice. 

Dér. de Basti. 

Bastisso, s. f. Bâtiment, construction en maçonnerie ; 
toute chose bâtie; action de bâtir ; frais de construction. 
— Aïmo la bastisso, il a la manie de faire bâtir, la maladie 
de la truelle. Aquélo acdou faï dé bono bastisso, ce mortier 
fait une excellente prise. La bastisso la arouina, la manie 
de bâtir l'a ruiné. 

Dér. de Basil. 

Bastoù, s. m. Dim. Baslouné, péj. Bastounas. Bâton; 
canne ; long morceau de bois, brut ou travaillé, que l'on 
porte à la main pour se soutenir, pour parader, pour con- 
duire des animaux, pour se défendre, etc. — Seras moun 
bastoù dé vièïèsso, tu seras mon bâton de vieillesse ; mon 
appui, mon soutien dans mes vieux ans. Tour dâou battod. 



BAT 



BAT 



99 



tour de bâton, ponr dire profits casuels et illicites d'un 
emploi. 

Dît. du gr. BaTrfî. 

Bastounado, j. f. Bastonnade; volée de coups de 
bàtoii. 

Batacla, v. Bicler une affaire, la terminer rondement, 
proiiipleiucnt ; finir un ouvrage rapidement, taniliour-bat- 
tant. — Sera U'ou balada, ce sera bientôt troussé. 

Dér. (lu lat. Ilucutare, fermer avec un liàton. 

Bataclan, s. m. Avoir, mobilier d'une maison; nippes 
et a rfc'ont; équipage; étalage; batterie de cuisine ; attirail 
de ménage. — A éscudéla tout soun bataclan, il a dissipé 
tout son saint-fru.s(juin. Empourlas tout vaste bataclan, 
emiwrtoz tout votre attirail, tout ce qui vous appartient. 

En provençal, on dit Pataelan, c'est évidemment le 
môme mot. Cette homonymie ne pourraiUelle pas mettre 
s>ir la voie de l'élym. ? Ne dériverait-il pas alors de Palo, 
chiffon, tiré du gr. IliT/ifia, chose vile, et de KXioj, rompre, 
briser, WXi<3[xx, éclat, morceau ? 

Batado, s. f. Dim. Batadéto, péj. Batadasso. Empreinte 
de la iKittc d'un animal. 

Dér. de Bato. 

Bataïa, v. Bavarder ; brailler; babiller; batailler en 
paroles. 

Dér. du lat. Batuere, combattre, se disputer. 

Bataïaire, aïro, adj. Péjor. Baiaïai'rat,a$so. Babillard; 
braillard; bavard qui aime la discussion. 

Dér. de Bata'ia. 

Bataïo, s. f. Bataille; batterie, querelle entre des com- 
battants. — Faiire la bataïo, jouer à la bataille, à coups de 
fronde. C'est une sorte de petite guerre qui a été fort en 
vogue chez les enfants et jusque chez les gars de quinze à 
dix-huit ans, sous le Directoire et le Consulat. Les diffé- 
rents quartiers d'une ville se formaient -sous des bannières 
différentes. Ce jeu avait fini par donner lieu k des études 
de stratégie et de ruses de guerre fort savantes. La police 
alors se montrait peu réjjressive aux développements de 
cette science, et les enfants avaient d'autant plus de zèle 
et de loisir pour cet exercice qu'on trouvait jieu d'écoles 
de ce temps. Pendant l'Empire, il y avait ailleurs trop 
d'occasions sérieuses de batailler pour chercher des amuse- 
ments dans l'imitation. Plus tard, la police mit bon ordre 
a des jeux qui avaient voulu reprendre leurs anciennes 
projiortions. Sous le nouvel empire, ces divertissements 
enfantins seraient moins tolérés que jamais. La paix n'est- 
elle pas .son princij» ? 

Emp. au fr. 

Bataiioun, s. m. Bataillon; grand nombre, multitude; 
' foule. 

Emp. nu fr. 

Batanlul, s. m. Espèce de coiffe, de bonnet de femme, 
dont la dentelle descend sur le front et les yeux comme vm 
demi-voile. 

Dér. du fr. Batiant-l'œit, terme que la mode consacra 



dans le temps, et qui a passé avec elle. L'expression, qui 
est restée générique en languedocien, a survécu. 

Batéïè, ïèïro, adj. Dér. de Batêou. — Voy. Barquiê. 

Batéïre, éïro, adj. Qui aime à battre, qui cherche 
noise; querelleur; disputetu^. 

Dér. de Batre. 

Batéja, v. Baptiser, donner, conférer le baptême; donner 
un sobriciuet à queUju'mi ; asiwrger d'eau la tête de quel- 
qu'un par plaisanterie; tremper, arroser d'eau. — Batéja ton 
vi, tremper le vin. Couro baléjes? Quand feras-tu baptiser 
ton enfant? c'est-à-dire quand ta femme accouchera-t-elle î 
L'an batéja émbé d'aïgo dé mérlusso, c'est un mauvais 
chrétien, un mal-haplisé. Batéja soulo'n code; quand les 
protestants n'avaient point le libre exercice de leur culte, 
c'est dans les champs, au désert, qu'ils accomplissaient 
toutes leurs cérémonies religieuses, et que par conséquent 
ils donnaient le baptême ; de là, pour indiquer un protes- 
tant, le dicton : es esta batéja souto'n code, il a été bap- 
tisé sous un genévrier. Ce dicton, par extension, tend bien 
aussi à prendre la significaticm du préoklenl. / fané batéja 
un téoulé, il lui inspire tant de confiance, il a tant d'em- 
pire sur lui, qu'il lui ferait baptiser une tuile, qu'il lui 
ferait croire que les enfants se font par l'oreille. Té vOou 
batéja coumo se déou, je vais t'asperger comme il faut. 

Lou Batéja, cérémonie ; escorte ; fête de baptême. 

Dér. du gr. Bi;r:Etv, plonger dans l'eau. 

Batéjado (La), s. f. n. pr. de lieu. La Baléjade, quar- 
tier voisin du hameau de Larnac, dans la coramuoe 
d'Alais. Son nom lui vient-il de ce que, au moment de 
l'introduction du christianisme dans les Gaules, ce lieu 
fut témoin de la prédication de la foi nouvelle par un des pre- 
miers apùtres et de la conversion des plus anciens habitants 
de nos contrées? >'ous ne le jwnsons i)as. Il semble plutôt 
ne dater que de l'époque de nos dissidences religieuses où 
les cérémonies du culte, les assemblées et l'administration 
du baptême se faisaient, comme on disait, au désert. 

Batèmo, s. m. Baptême, sacrement qui efface le |)éché 
originel et rend chrétien; le premier des sacrements. — A 
pas que lou batémo dé trop, il a le baptême de trop : c'est 
une brute. Téni en batémo, être parrain d'un enfant. 

Dér. du lat. Baplisma. 

Batén, s. m. Vanteau de porte, de croisée, d'armoire. 

Dér. de Batre. 

Bat-én-goulo (Dé), adv. Tout grand ouvert ; ouvert à 
deux battants ; béant. 

Formé de Bat ou batén, vanteau, et de Gâoule, jable, 
mortaise ; c'est-à-dire battant ou vanteau à mortaise. 

Batèou, I. m. Bateau, petit vaisseau qui va à rames, et 
qui est particulièrement destiné à naviguer sur les rivières 
ou dans les ports. 

Emp. au fr. Dans la bass. lat. Batellut. 

Batèsto, s. f. Batterie ; rixe ; combat à coups de poings, 
de bâton ou de pierre. 

Dér. de Batre. 



100 



BAT 



BÈ 



Batïoù, s. m. Pied de cochon, de mouton, spécialement; 
pince d'uii cheval. Par ext. péton d'un petit enfant. 

Dim. de Balo. 

Batisto, «. pr. d'homme. Dim. Batistoii, souvent abré- 
gés l'un en Tisio, l'autre en Tistoii. Baptiste : nom insépa- 
rable de Jean, qui vient de saint Jean-Baptiste . — Tran- 
quiiUe coumo Balisio, tranquille comme Baptiste ; on dit 
de même proverbialement en français : un père tran- 
quille. 

Batistouèro , s. m. Constatition du baptême sur le 
registre curial ; l'acte lui-même. On disait autrefois l'extrait 
baptistère ou de baptême, ce qui équivalait à l'acte de 
naissance d'aujourd'hui, lorsque les curés étaient c'^ nés 
de la tenue des actes de l'état civil. En languedocien, 
malgré ce changement dans nos institutions, on nonrne 
encore mi acte de naissance : batistouèro. — Regarda, hu 
batistouèro d'aquélo mioto, regarde l'âge de cette mule à ses 
dents. A perdu soun batistouèro, dit-on d'une femme (j yi 
cache son âge. 

Dur. du lat. Baplisma. 

Bato, s. f. Dim. Satéto, balïoii, péjor. Batasso. Pied; 
corne du pied des bœufs, des brebis, des porcs, des chè- 
vres ; sabot d'un cheval, d'une mule, d'un àne. — Dalica 
coumo uno bato d'ase, douillet comme le sabot d'un àne ; 
par contre-vérité. A vira las batos, il a tourné les pieds 
en l'air ; il est mort, ou il est crevé. 

Bato dé biôou, espèce de grosse figue, assez fade et 
aplatie. 

Yoy. Pato. 

Dér. de Batre, par la raison que c'est avec cette partie 
que les animaux battent ou foulent le sol. 

Bato-quioulo, s. f. Casse-cul, selle ; contre-coup sur le 
derrière, comme lorsqu'on tombe en glissant, ou qu'on 
vous enlève une chaise sur laquelle vous comptiez vous 
asseoir. — • Douna la bato-quioulo, est uu jeu d'enfants 
(cet âge est sans pitié) qui consiste il prendre le patient, 
ordinairement le plus faible de la bande, et en le soule- 
vant par la tète et par les pieds, à lui faire, par saccades 
régulières, donner du derrière contre une pierre ou sur le 
sol. 

Sauvages rapporte que « la selle est en Lombardie le 
supplice des banqueroutiers, et la pierre sur laquelle on 
les fait tomber en les hissant et en les lâchant de fort 
haut, au moyen d'une corde et d'une poulie, est appelée : 
pierre d'ignominie. » C'est de l'histoire du moyen âge, et 
peut-être du temps du roi Didier. Ces sortes de supplices 
spéciaux sont aujourd'hui abolis partout. 

Formé de Batre et do Quiou . 

Batre, v. Battre; frapper; donner des coups; frapper 
fortement. — Batre dé las dos mans , terme d'agric, 
bêcher des deux côtés, de manière k rejeter la terre sur un 
même point pour niveler le terrain et combler mi bas-fond. 
Batre la pavano, vagabonder. Batre uiw marcha, suivre 
un plan de conduite, entrer dans une voie : il se prend 



d'ordinaire en mauvaise part. Chacun ba sa marcho, cha- 
cun tire de son côté. Batre atotts, jouer de l'atout. Batre 
las cartos, mêler les cartes. Batre la campagno, battre la 
campagne; radoter ; chcrcherdes faux-fuyants. Batre l'aïyo 
émbe un basloii, battre l'eau avec un bâton, perdre son 
temps. Batre d'iôous, brouiller des œufs. Mena un bel 
batre, faire étalage de sa fortune ; mener grand train ; faire 
un commerce sur une grande ècliclle. 

Dér. du lat. lialuere, battre. 

Batu, udo, part. pass. de Batre. Battu, lie. — Conçu 
et batu, les battus paient l'amende. 

Batudo, s. f. Battue, terme de chasse et de louveterie ; 
battue, terme de filature, quantité de cocons mise en une 
fois dans la bassine à fder et .'i battre avec le petit balai ; 
séance de travail sans désemparer; quantité de travail que 
fait un ouvrier entre un repas et l'autre. 

Dér. de Batre. 

Batuma, v. Enduire; cimenter; empoisser ; goudronner. 
Par cxt. enduire un mur, terme de maçon. — Balumo, 
dit-on d'un ivrogne qui s'en va battant les nmrailles. 

Dér. du lat. Bitumen. 

Baturèl, èlo, adj. Péj. Baturélas, asso. Bavard; babil- 
lard; caqueteur; causeur ennuyeux. 

Mélathèse de Barutèl. 

Bavar, ardo, adj. Dim. Bavardé, bavardoU, péj. Bavar- 
das. Bavard, babillard; effronté, impertinent; sot, insolent. 

Dér. de Baba. 

Bavardije, s. f. Bavardcric ; impertinence ; effronterie. 

Même étym. que le précéd. 

Bé, J. m. Dim. Béné, augm. Béwos. Domaine ; immeuble 
rural, quelle que soit son imjwrtanco ; génériquemcnt, for- 
tune, avoir, biens, possessions, richesses. — A foço bé dou 
sourél, il est riche en fonds de terre. Pér tout lou bé que 
se souréto, voudrièï pas . . . . pour toute la fortune du monde, 
je ne voudrais pas... Un bé d» dous coubles, un domaine 
de deux charrues. 

Dér. du lat. Benè. 

Bé, adv. Bien; beaucoup; considérablement. Cette 
expression est prise explétivement comme en fr., pour 
synonyme de : en effet, certainement, il la vérité ! Devant 
une voyelle, on y joint un n euphonique. Elle prend aussi 
quelquefois la forme substantive. — Bé lalamén, très-cer- 
tainement ! Y souï bé-n-ana, j'y ai bien été. — Ona bé 
foço, il y en a en effet beaucoup. Dé bé s'en fdou, il s'en 
faut bien, il s'en faut de beaucoup. Tout se fat pér un bé, 
rien ne se fait sans raison. Ou fasià pér un bé, il le faisait 
dans de bonnes intentions. Ou a tout fa hormi lou bé, il a 
fait toutes sortes de choses excepté le bien. Fasés dé bé à 
Bértran, vous ou rendra en cagan, prvb., Graissez les' 
boites d'un vilain, il dit que ça les brûle; chantez à l'Ane, 
il vous fera un pet, ce qui revient au vieux prvb. fr. : Oignez 
vilain, il vous poindra ; qui ajoute de plus que le nôtre : 
Poignez vilain, il vous oindra. 

Dér. du lat. Benè. 



BEC 



BED 



101 



Bè, s. m. Diin. Béqué, béquoù, péj. Béquas. Bec, partie 
cornée qui tient lieu de bouclie aux oiseaux ; nez ; pointe 
en forme de l)oc ; au fig. babil, langue, caquet. — A un 
pouU bè, il a un fameux nez, fam. un fameux pif. Tato la 
piolo? dé bè; dé bè.' expr. prvb., niot à mot : ta hache 
coupe-t-elle? de la pointe seulement; mais cela s'applique 
à une personne qui n'a que du jargon, à un faux brave. 
Un co dé bè, un coup de langue, un trait satyrique, un 
sarcasme, itam/ao pas dé bè, il ne manque pas de babil. 
Tène lou bè din l'aïgo, payer par de belles paroles, faire 
attendre. 

D(5r. du gaulois Becq, ou du celto-breton bak ou beg. 

Bèbo, s. f. Moue, mine ou grimace de mauvaise humeur, 
de b(5uderie. — Foire la bèbo, faire la moue, bouder. 

Dér. de Bè. 

Bécar, ». m. Goujon, bouillerot, Cyprinus gobio, Linn. 
C'est un petit poisson de rivière (bien qu'on cite un j)ôclieur, 
un seul, qui en prit un de 2oO grammes ou demi-livre pour 
être clair), d'un bleu noirâtre sur le dos et le ventre blan- 
châtre à fdets jaunes. Son nom de Bécar lui viendrait-il de ce 
qu'il mord, ou bèquo, facilement M'hameçon des pécheurs- 
amateurs, dont il est la grande ressource ? 

Bécaru ou Béchani, s. m. Flamant, bécharu, phcni- 
coptére, Phoenicopicrus ruber, Liun., oiseau de l'ordre des 
Échassiers. Son nom lui vient de la grosseur de son Iwc. 

Bécasso, s. /". Bécasse; bécasse ordinaire, Scolopax rus- 
licola, Linn., oiseau de l'ordre des Échassiers et de la fam. 
des Tenui rostres. Sa chair est trés-estimée ; gibier d'un 
fumet supérieur. St)n long liée eflilé lui a fait donner son 
nom. 

Bécasso s'appli(jue au fig. à une iicrsonne niaise ; sot, 
butor. — Chd coumo uno bécasso, stupide comme une 
bécasse. Tout aquà ses foundu en mèrdo dé bécasso, tout 
cela est venu à rien. 

Les deux dim. Bécassoù, s. m., Bécassino, s. f., iiécas- 
sine, Scolopax gallinago, Linn., sont des oiseaux du même 
genre et de la même fan)ille que la bécasso, plus jwtits 
comme leur nom l'indicpie, mais de même fumet et de 
pareille délicatesse de chair. 

Béchar, s. m. Dim. Béchardé. Houe fourchue, houe à 
deux lx!cs, binette, qui est l'instrument le plus usité dans 
ce pays pur travailler la vigne, les mûriers, et pour toute 
espèce de travail h bras, là où la pierraille empoche d'em- 
ployer le louchet. — Voy. I.uché. 

Dér. de la bass. lat. Besca ou becca, bôche. 

Béchérino, *. f., ou Réïné. Uoitelet, le plus jjetit des 
oiseaux d'Europe. Il y en a de deux espèces également 
communc!> dans nos contrées et que le languedocien con- 
fond sous le môme nom ; ce sont le roitelet ordinaire, Re- 
gxUus cristatus, et lo roitelet triple-lwndeau, Regulus igni- 
eapUlus, Temm. I>e second ne diffère que par le dessus de 
sa tète, orangé couleur de feu, du premier, dont les parties 
supérieures sont olivâtres nuancées de jaune, gorge et 
poitrine ronssiVlres, et les parties inférieures blanchâtres. 



Bèchos, j. f.plur. Lèvres; gi-osses et laides lèvres. Ne 
se prend i[u'au péjoratif, en terme de mépris. Autrement 
on dit : las bouquos. 

Dér. de Be. 

Béchu, udo, adj. Péj. Béchudas, atso. Lippn; qui a de 
grosses et vilaines lèvres; bec-de-lièvre. 

Dér. de Bè. 

Bécu, udo, adj. Dim. Bécudé, péj. Béeudas. Qui a un 
bec, une pointe en forme de bec. Au fig. babillard ; rai- 
sonneur; qui se reljè<iuc, qui répli(iue h tout. — Pèses 
bécus, pois |)ointus, pois-chiches. Sièto bécudo, écuelle à 
bec [Voy. Crouséludo). Es uno bécudo, elle a la langue 
affilée. 

Bèdaïne, s. m. Bec-d'àne , outil de menuisier, espèce de 
rabot destiné !i vider les mortaises. 

Emp. au fr. 

Bédé, s. m. Petit agneau, terme d'amitié qu'un berger 
donne à un agneau favori. Lous bédés, les moutons ou les 
brebis, dans le dictionnaire des {)etits enfants. 

Onomatopée tirée du Wlement des brebis ; le gr. avait 
aussi B^, et le latin hee, pour exprimer le bêlement. 

Bédigano, s. f. Sarment, liane de vigne sauvage dont 
on fait des cannes. 

Formé et corrompu de Védil et de cano. — V. c. m. 

Bédigas, s. m. Bédigasso, s. f. Dim. Bédigassé, jvjor. 
Bédigassas. Agneau d'un an, mouton de l'avant-dernière 
portée. Au mois de septembre, les agneaux de l'année com- 
mencent à s'appeler Bédigas, nom qu'ils conservent jus- 
qu'au mois de septembre suivant, où ils deviennent Dou- 
blén. , 

liédigas, au masc. et Bédigasso, au lém. se disent des 
bonnes personnes, sans fiel et sans malice. Bédigas est 
aussi un terme de commisération. — Es un bédigas, un 
bédigassas, un bédigas sans lano, c'est un bonhomme, une 
bonne pâte d'homme, une bête du bon Dieu. Pdoure bédi- 
gas ! jiauvre homme ! lo poveratzo des Italiens. 

.Vugment. de Bédé. 

Bédlgo, s. f. Brebis de l'année; brebis maigre, malingre, 
éclopée. — Voy. Bédigas. 

Bédin-Bédàs, s. m. Jeu des osselets; osselets. — Les 
enfants, pour jouer i, ce jeu, se munissent d'osselets, qui 
font le plus souvent l'enjeu, quand il n'est pas autrement 
intéressé ; chacun des joueurs doit en avoir au moins trois. 
L'adresse consiste à placer les osselets dans un trou 
creusé dans la terre, à une certaine distance. Au premier 
coup celui qui joue dit : Bédin ou bédi ; an second, bédàs 
ou bédà, et au troisième, sdauto din lou crûs. L'incantation 
et le jet doivent être rapides; le gain de la partie appar- 
tient, comme de raison, au plus adroit, qui fait rafle. Ce 
jeu est fort ancien ; l'histoire raconte qu'Auguste, empe- 
reur, s'y divertissait beaucoup. 

Les osselets avec lesquels on joue, sont la rotule du 
genou des moutons. Le nom du jeu ne viendrait-il pas, 
pour cette raison, do Bédé, mouton, agneau? 



102 



BEL 



Béfa, s. m. nicnfiiit; Iwuue œuvre; bonne action. 
Dér. du lat. Venefactum. 
Bèli, io, adj. Vù'y Bépas, asso. — Voy. Bofi. 
Bégatagno, alj- <lcs deux genres. Bègue, qui bOgaic. 
Péjoratif de Bègue. 

Bégu, udo, part. pass. du v. Béoure. Bu, bue. — Y-a 
bégu, il a donné dans le panneau. 

Bégudo, j. f. Bouchon, petit cabaret de route, où l'on 
s'arrête pour se rafraîchir. Ce mot est devenu nom propre 
pour une foule de maisons et de lieux où cette industrie 
ne s'exerce plus, mais où elle existait autrefois. 
Dér. de Bégu. 

Bègue, bèguo, a.Jj. Bègue, qui bégaie. 
Dér. du gaul. Bec, d'où le lat. heccus. 
Bégui, s. m. Dim. Béguine. Béguin, bonnet d'enfant de 
naissance ; têtière ou coiffe de toile, qu'on attache sous le 
menton au moyen d'une bride ; béguin en velours ou en 
soie qu'on leur met un peu plus tard par-dessus la têtière. 
— L'a prés ûou bégui, lou quilara âou couïssi, c'est un 
défaut qu'il d pris au berceau et qu'il ne quittera qu'au 
tombeau. 

Ce mot, comme son correspondant français, dérive évi- 
demment du mol Béguine, parce que sans doute les reli- 
gieuses de ce nom portaient une coiffure à peu près sem- 
blable dans l'origine. Elles formaient un ordre fort ancien 
et qui est resté fort populaire en Belgique, où elles exer- 
çaient une œuvre de miséricorde. Ce nom, d'après un 
auteur anglais, vient de la première fondatrice de l'ordre, 
Bégué, fdle de Pépin de Landon, mère de Pépin d'Héristal 
et grand'mère de Charles-Martel, qui fonda la première 
maison à Gand, au VIH siècle. 

D'autres le font dériver d'un chanoine de Liège, nommé 
Laml)erl dit Le Bègue, qui aurait fondé cet ordre en 1177. 
A cette époque les surnoms avaient plus d'importance que 
de nos jours, ils devenaient l'appellation vulgaire, et il 
n'est pas étonnant que ce Le Bègue ait pu donner son 
nom à un monastère de sa fondation. 

Un mot allemand pourrait aussi intervenir dans l'ôtym. 
C'est Beginn, commencement, origine; bonnet qu'on met 
aux enfants nouveau-nés. 

Bèjàoune, s. m. Béjaune. Les deux acceptions du fr. 
au prop. et au fig. ne sont point admises en lang. Cette 
expression n'a cours que dans cette phrase : Paga lou 
Mjâoune, payer la bienvenue, la mise hors de page, la 
sortie du noviciat. 

Bel, bèlo, adj., au plur. BUes, hèlo) ; dim. Bêlé, péjor. 
Bélai. Grand ; gros ; vaste. — Gardoù es bel, la rivière a 
grossi. .S'és fa bit, il a grandi. On dit aussi : Es un bel 
éfan, c'est un l)cl enfant; mais ce n'est que par euphonie, 
bel est pris là pour bèou, teau. 

Dér. du lat. Bellus, beau, bien fait. Il parait que dans 
les premiers âges de notre idiome, Ages éminemment guer- 
riers, la l)eaut« était inséparable d'une belle taille. Bellus 
était évidemment la qualité d'un homme fort et propre à 



BEL 

la guerre, ieWwm.En fr. encore, onnc dira pas liel homme, 
ni belle femme, d'un individu mignon et de courte sta- 
ture; c'est pour ce dernier qu'a été inventé le mot : 
joli. 

Bèl-Bèl, locution au masc. qui n'est employée que 
comme suit : faire lou bèl-bèl, flagorner ; accabler de pré- 
venances; flatter l'amour-propre; faire tout Iwau à un 
chien; montrer une friandise ou un joujou à un enfant, 
sans vouloir le lui laisser prendre. 

Bùl est pris ici pour synonyme de beau. 
Bélèou, adv. Peut-être; il est jwssible. — Que dit 
béléou, n'es j)as ségu, dire peut-être, n'est pas allîrmer, 
donner ni avoir l'assurance. 

Bêles (A), à bèlos, adv. Un par un; un après l'autre. 
— A bêles sôous, un sou après l'autre. A bèlos fés, à plu- 
sieurs reprises. A bèlos pal ados, par pelletées. A bèlos 
avéngudos, par accès, par crises. A bèlos troupélados, par 
pelotons. A bêles flos, un morceau après l'autre, par petits 
morceaux. A hèles us, un par un. A bêles dous, deux à 
deux, deux par deux. A bêles dès, à bêles douje, par 
dizaine, par douzaine; dix, douze à la fois. A bèlos houros, 
parfois, quelquefois. 

Bélétos, s. f. pi. Petites pièces de monnaie; argent 
mignon. — Foudra bé qu'apounche sas bélétos, il faudra 
bien qu'il délie les cordons de sa bourse. 
Dér. de Bèou. 

Bélicoquo, s. f., ou Piquo-poulo. Fruit du micocou- 
lier, qui est une jxîtite baie à noyau, noire quand elle est 
mure, sèche, douceâtre, et qui n'a presque qu'une peau 
ridée sur son noyau ; on en fait une tisane béchique. 

Bélicouquiè, s. m., ou Fanabrégou, ou Piquo-pouïè. 
Micocoulier, Celtis austral is, Linn., arbre de la fa m. des 
Amen lacées, qui vient très-grand et très-vieux. Son lx)is, 
qui a les fdires longues, fortes et flexibles, compacte et 
dur, est très-cstimô pour le charronnage. Dans les Ce ven- 
ues, on le recépait camme les saules, et de ses pousses, 
quand elles étaient arrivées h l'itge de trois ans, on faisait 
des cercles de tonneau, qui duraient fort longtemps. Cette 
industrie s'est perdue, soit par la rareté de ce bois que les 
défrichements ont singulièrement éclairci, soit par l'emploi 
très-répandu des cercles en fer laminé. Cet arbre est soi- 
gneusement ménagé en taillis à Sauve (Gard), où l'on on 
fabrique des fourches ii trois becs, les seules dont on se 
serve dans tout le pays pour remuer et tourner les pailles 
et les foins. 

Béloïo, s. f. Bijou, parure, alliquets de femme. 
Dér. de Bèou. 

Bèlos (Dé), s. f. pi. Terme de jeu. Ne se dit que dans 
la phrase : Faite dé bèlos, parier en dehors du jeu prin- 
cipal, comme les paris de la galerie à l'écarté. C'est sur- 
tout au jeu de dés, au passe-dix, que ce terme était em- 
ployé. Ce jeu. qui était fort usité parmi les gamins, il y a 
quarante ou cinquante ans, s'établissait en plein air et sur 
les places. On formait une masse ou poule des mises de 



BEN 



BEN 



103 



tous les joueurs, el celui (lui aiiiciiait le plus gros jKiiut on 
la plus forlc rafle, gagiuiit la poule. Mais le joueur le plus 
lianli, ou (|ui voulait jouer plus gros jeu, au inoiueiU où il 
avait les dés en main, i)roposait à la galerie de parier 
qu'il ne délasserait pas tel iioiubre ; s'il dépassait ce nombre, 
il avait \Ktdn. C'est ce pari d'extra qu'on nomaialt</é bèlos. 

Dér. de Bèou. 

Béloun, n. pr. Dim. Bélouné. C'est un dini. du nom 
de foniiiifi Isabelle ou £lisal)elb. — Voy. BaMou. 

Bélouso, J. f. Blouse, un des six trous du billard. — 
fichu din la bélouso, blouser; duper; tromper ; mettre 
dans l'embarras. 

Emp. au fr. 

Bélugo, s. f. Dim. Bélugùéto. Bluette, étincelle qui 
s'ôcbai>|K,' du feu. — Es (oui Jià. tout bélugo, il est vif 
comme la poudre, il est plein de zélé et d'ardeur. 

Dér. du lat. Lux, lumière, précédé de la particule 
rédupl. bé. 

Bélugué, éto, adj. Vif; léger ; alerte, éveillé ; émous- 
lillé ; fringant ; sijmillant. 

Béluguéja, v. Elinœler ; pétiller ; briller ; éclater. — 
Tout li bétuijuéjo, il est pétillant de vivacité ou d'esprit. 
io fièïo couménço dé béluguéja, les Ixjurgcons des mùriei's 
conunenwnt à poindre el fi prendre un reflet doré. 

Dér. de Bélugo. 

Bèmi, bèmio, adj. Péjor. Bémias. Dohèmc, bohémien, 
truand, qu'on appelle Gitanos en Espagne, Zingari en 
Italie, Zigemier en Allemagne et Gypsi eu Angleterre ; au 
moyen âge, le fr. les nonnnait Bernes ou Besmes; jwuplade 
errante, triliu vagabonde, que chaque peuple fait sortir 
d'une origine dilTércnto. Ceux que l'on voit dans notre 
pays, nous arrivent des frontières de l'Espagne et du Bous- 
sillon. Aussi les appelle-t-on vulgairement Catalans. Ils se 
rendent par biuulcs à nos foires, vendant des unes et des 
nmles, disant la Ixonne aventure, et exerçant souvent des 
industries moins légales. Us marchent ainsi en tribu com- 
posée d'hommes, de femmes et d'enfants, ne logent jamais 
dans les hôtelleries, mais bivouaquent sur une grève. 
campent sur les bords d'un chemin ou sous l'arche d'un 
pont, se nourrissant d'animaux morts ou de débris de 
légumes qu'ils ramassent par les rues. Ils sont très-friands 
de chats. 

On dit adjectivement Bèmi, d'un homme de mauvaise 
mine ou de mauvaise foi. — Franc coumo un bèmi, franc 
comme un Bohème : c'est le me plus ultra de cette contre- 
vérité. 

Sous la Ligue, on a donné le nom de Bème au meur- 
trier de l'amiral de Coligiiy, qui était de la Bohème et se 
nonnnait Charles Dianowitz. — Voy. Bigoro [bando dé). 

Corrupt. do Bohème. — Voy. Catalan. 

Bémian, ano, ou ando, ailj. Bohémien. — Voy. Bèmi. 

Bénda, f. Bander, envelopjwr d'une bande ; lier avec 
une bande. — Bénda uno rodo, embattre ime roue. 

Dér. deBéndo. 



Béndaje, ». m. Bandage de hernie, exclusivement. Le» 
aulivs acceptions s'arrangent avec Béndo, qui suit. 

Béndèoa, t. m. Dim. Béndèlé, {«^j. Béndélas. Bandeau; 
bande pour ceindre le front ou pour couvrir les yeux ; 
plus spécialement bande de toile, bordée d'une petite den- 
telle, dont les fcnnnes du peuple se servaient autrefois pour 
se serrer la tète el les cheveux par-dessous la coiffe, et 
qu'on met encore aux enfants au maillot sous leur Wguin. 

Diia. de Béndo. 

Béndo, j. f. Bande d'étoffe , pièce de linge, plus longue 
que large, destinée à entourer quelque partie du corps, une 
pjaie, un membre; bande de fer pour renforcer les jantes 
d'une roue; ])andagc de roue. 

Le railical de ce mot se trouve dans beaucoup de lan- 
gues : en persan, bend, lien ; en allom. anc, bund, aujour- 
d'hui benden, lier, bind , lien; en XaX., pondère, déplier, 
étendre; dans la bass. lat. bandum, bandellus ; d'où le 
roman benda. 

Bénédiciou, s. f. Bénédiction, cérémonie par laquelle 
on liénit ; vœux favorables; abondance, bienfaits du ciel. 
— Ana à la bénédiciou, aller au salut. Plôou qu'es uno 
bénédiciou, il pleut à seaux. Gn'avié qu'èro uno bénédiciou, 
il y en avait à foison. 

Dér. du lat. Benedictio. 

Bénézé, n. pr. d'homme, fort répandu daus ce pays ; 
au fém. Bénézéto. C'est un dim. de Bénouè, Benoit, et 
tous, en lang. et en fr., dér. du lat. Benedictus, liéni. 

Bénhuroùs, ouso, adj. Dim. Bénhurousé. Un bienheu- 
reux, un saint-homme, lut innocent ; une personne sans 
malice, sans vice. — Voy. Bénura. 

Dér. de Bé et Huroits. 

Béni, V. Bénir, consacrer au culte divin ; donner la 
Ijénédiction ; louer, remercier ; faire prospérer. — Diou té 
bénisque! Dieu te bénisse ! expression qu'on adresse à celui 
qui éternue. Cierge béni, cierge liénit. Aïgo-bénito, eau- 
bénite. Dé pan-bén), du pain-bcnit. 

Dér. du lat. Benedicere. 

Bénissiadîou ! interj. Littéralement : que Dieu soit 
béni ! Merci ! Grâces à Dieu ! 

Dér. de Béni, siègue contracté en sia, et Diou. 

Bénitiè, s. m. Bénitier, vase à l'eau-bénite, placé à 
l'entrée des églises catholiques, ou au chevet de lits, ou 
au-dessus d'un prie-Dieu. 

Dér. de Béni. 

Bénobre, ». m. n. pr. de lieu, ou Vénobre. Vézenobres, 
chef-lieu de canton dans l'arrondissement d'Alais. 

La tradition rapporte que le vieux château de Véze- 
nobres, dont il ne reste plus que quelques pans de murs, 
et dans l'enceinte duquel est bâtie la plus grande partie du 
haut village, fut attaqué ])ar les Sarrazins après leur 
déroute à Poitiers, due à Charles-Martel. C'était sans doute 
une forte position, qu'ils convoitaient pour un de leurs 
postes de défense. Ils en furent repoussés par les habitants, 
qui délivrèrent par là tout le paysd'iui semblable voisinage. 



104 



BEN 



BEN 



Une autre tradition, moins glorieuse, est rapportée par 
l'iiistorien Ménard. A la fin du X1V« siècle, pendant les 
troubles de la minorité de Charles VI, une troupe de 
rebelles des environs de Nimes, excédés sans doute du 
poids des impôts et provoqués par le désordre des guerres 
civiles, avait pris les armes et commettait toutes sortes de 
brigandages chez les nobles et les riches. Ces bandes étaient 
désignées sous le nom de Touchis. On prétend que les 
habitants de Vézenobres favorisèrent ces pillards; peut- 
être ne firent-ils que leur donner asile à contre-cœur ; tou- 
jours est-il que le surnom de Touchi dé Bénobre leur fut 
donné en souvenir de ces faits. Ce sobriquet est venu 
grossir ainsi la nomenclature de surnoms, d'ordinaire 
peu flatteurs, que les localités rivales et voisines se don- 
naient entre elles au moyen âge. 

Le nom de Bénobre est arrivé au languedocien après de 
nombreuses variantes. Le latin du moyen âge l'écrit dans 
un titre de 1 050 Yezenobrium ; en 1 052 et \ 054 Vinedo- 
brium ; en 1 060 Yidanobre et Vinadobre dans le môme 
acte ; en 1 077 Vinezobre ; en 1 1 00 Yedenobrium ; en H 25 
et 1128 Yezenobre ; en 1142 Yedenobrium; en 1144 et 
1150 Yesenobre ; en 1151 et 1162 Yedenobrium; en 1166 
Yicenobrium; en 1167 Yedenobrium; en 1174 Yenedo- 
brium ; en 1 1 93 Yedenobre , en 1 21 9 Yicenobrium et Yeze- 
nobrium, sans parler des variations plus récentes. 

Sur ce thème l'étymologio ne se montre pas clairement. 
Le savant Ménard a voulu la voir dans le mot Yirinn, un 
des noms de lieux du territoire des Volces Arécomiques, 
inscrit sur un petit piédestal antique conservé au musée 
de Nimes. Ce nom aurait été abrégé à cause des dimen- 
sions du monument ; mais restitué en son entier, il serait 
Virinno on Virinnum , se rapprochant l3eauC;0up des 
formes que nous citons. L'interprétation a été contestée. 
Cependant qu'on nous permette une analogie, si éloignée 
qu'on voudra. La ville de Bergues, arrondissement de 
Dunkerque (Nord), était anciennement dénommée Gruono- 
Berg, Groenberg, nom tudesque composé de groen, gruen, 
vert, et berg, liauteur, éminence, et le latin le rendait par 
viridis mont. Soit à cause de cette origine, soit à cause de 
la venue de saint VVinoc, qui fit en ce lieu bâtir une église, 
le nom dans les chartes latines se transforma en celui de 
Winociberga. Le rapprochement est facile à saisir : ici la 
forme tudesque domine ; pour nous, c'est la celtique qui 
survit ; mais la traduction latine est de nature à faire im- 
pression et a bien pu se conserver dans une inscription de 
la province romaine, en adoptant le mot Yirinn qui s'est 
si bien altéré dans la suite. 

Quoi qu'il en soit, les chartes disent Yieeno, Yideno, 
Yidano, Yeceno, et ajoutent le radical bri, rendu par le 
neutre lat. brium ou bre. Bri est caractéristique de la 
situation, comme suffixe ; il signifie hauteur, colline, élé- 
vation. Yicœn est traduit dans Du Cange par habitatio, 
domus, demeure, maison, et il ajoute : Saxonibus vicœn 
eu pagut, vicus; en saxon viccen veut dire bourg, village. 



Le nom entier signifierait par conséquent demeure élevée, 
tourg ou village, sur une colline : ce qui est exact pour 
Bénobre. 

Le glossaire de Du Cange peut fournir une autre indica- 
tion. On y trouve le mot YinobUum, — et la ressemblance 
avec notre nom latin n'est pas contestable, — pour vigne, 
champ planté ou propre à être planté de vignes, dont le 
fr. a fait vignoble. Puis, et à l'article suivant : Yinobre, 
eodem intelleclu, avec le môme sens. Il y a concordance. 

La dernière forme surtout a le mérite de reproduire le 
mot actuel sans le décomposer : on sait en effet que les 
deux lettres Y et B se substituent volontiers l'une à l'autre. 

L'application dans les trois modes, soit éminence verte, 
verdoyante, soit village sur une hauteur, soit lieu planté 
de vignes, est du reste également juste. 

Encore une interprétation, qui pour être la dernière 
n'est peut-être pas la bonne, mais qui prouvera au moins 
que nous avons cherché, si nous n'avons pas trouvé. 

Sur le monument du musée de Nimes, parmi les noms 
inscrits, se trouve celui de Briginn, abrégé plus tard eu 
Brinno, qui est devenu le Brignon actuel. Briginn, à 
l'époque la plus ancienne, était une localité, centre de 
population sans doute assez important dans un certain 
rayon. Une voie romaine, celle de Nemausus à Gabalum, 
n'était pas éloignée de Briginn, Brinno, et venait traver- 
ser le Gardon à Ners, en vue du village actuel de Véze- 
nobres. Quand ce village se fonda, peut-être à l'époque 
gallo-romaine, aurait-on voulu que son nom, tout latin 
dans sa première partie, traduisit ou exprimât sa situation 
dans le voisinage de l'oppidum le plus considérable aloi's 
de la contrée, vicinus, vicino, de Briginn, Brinno, qui 
nous est parvenu avec les abréviations et les altérations 
d'usage. Cette conjecture vient de bien loin, de si loin 
même, qu'on peut sans lui faire le moindre tort, préférer 
les autres; mais elle n'était pas à négliger. 

Bénoù, s. m. Auge, sorte de mangeoire pour les brebis. 
Elle se compose de deux planches posées de champ et réu- 
nies par des chevilles d'environ lui pied de longueur, ce 
qui laisse entre elles un vide de même dimension, qu'on 
remplit de fourrage ou de regain. Cette mangeoire, ainsi 
disposée, a pour objet d'empêcher les brebis de mettre les 
pieds dedans et de fouler et de gâter leur provende. 

Dér. du celt. Benn, benne. 

Bénoubrén, énquo, adj. , ou Vénoubrén , énquo. 
Habitant do Vézenobres; qui appartient à Vézenobres. 

Bènouri, s. m., ou Fourniguiè, ou Pi-col-dé-sèr. 
Torcol, torcou, turcot ; torcol ordinaire, Yunx torquilla, 
Linn. Oiseau de l'ordre des Grimpeurs, de la fam. des 
Cunéirostres. Cet oiseau, qui est une espèce de pie, s'ac- 
croche aux troncs d'arbres et se pose sur les grosses bran- 
ches ; mais il préfère se tenir à terre où il cherche des 
fourmilières. Sa langue est longue, rugueuse et gluante; 
il l'introduit bravement dans les trous de fourmis, dans 
l'interstice qui se forme entre l'arbre et l'écorce ; les four- 



BÈO 



BÉO 



105 



mis, qui y liabitent, grimpent sur cette langue, croyant y 
trouver pâture; alors l'oiseau-chasseur la retire et avale 
ses ennemis. Le torcol est curieux à voir de près : il 
retourne sa tête et son cou par des mouvements onduleux 
semblables à ceux des serpents ; il ouvre sa queue en 
éventail, tourne ses yeux et redresse les plumes du haut 
de sa tête. (1 devient extrêmement gras aux premières 
pluies de l'automne. Les diverses habitudes de cet oiseau 
lui ont valu ses trois noms languedociens ; il est pourtant 
plus habituellement dénommé par le premier. — Voy. 
Fourniguié, et Pi-col-dé-tèr . 

La prononciation du nom de cet oiseau est l'indice de 
son étymologie. La première syllabe est en effet fortement 
sentie par l'accent grave sur Vè. ce qui lui donne aussitôt 
sa filiation de Bè, bec, faisant allusion à la manière ingé- 
nieuse que ce volatile emploie pour se procurer une pro- 
vende de son goût. Si un accent aigu se fût rencontré sur 
le mot, sa signification eût été changée et il aurait voulu 
dire : bien nourri. Ce qui était moins pittoresque et se 
serait appliciué à bien d'autres. Le caractère et la descrip- 
tion exacte du volatile sont bien mieux représentés par la 
prononciation et l'orthographe de son nom. 

Bénura, ado, «'0'- et pari. pass. Heureux, bienheureux; 
favorisé du Ciel ; à qui tout réussit. 

Bénura comme verbe, signifiant rendre heureux, est peu 
usité, quoique le terme soit bien fait et pittoresque. Mais 
dans le sens de l'adj. ou du part, pas., il est élégant et 
expressif. — Ta bénurado planéto, ton heureux destin. 
Diou l'a bénura, Dieu la béni, l'a rendu heureux. 

Ce mot, d'après Sauvages, parait être formé du lat. Bona 
et //ora, qui a une bonne heure ou qui l'a eue. On sait en 
effet que les anciens distinguaient les heures favorables et 
les heures funestes ; traditions qui se sont conservées dans 
le vieux mut fr. keur, et qui sont passées dans ceux de bon- 
heur et malheur, contraction de bonne heure et maie heure. 
A ce titre le lang. devrait écrire notre mot avec un h, 
comme nous avons fait pour Bénhuroùs, qui a la môme 
origine; mais nous supprimons ici la lettre parasite, qui 
n'est qu'étymologique, et dont le retranchement ne nuit en 
rien à la prononciation , par raison de nos règles d'ortho- 
graphe, et jwur avoir d'ailleurs une variété de plus con- 
forme h notre mut à la malouro, où elle ne parait pas 
d'avantage. 

Bèou, adj. m. sans fém. Beau. — Faï bèou, il fait 
beau. A bèou faire, il a beau faire. 

Ce mot, dans sa formation, dans sa signification natu- 
relle et dans toutes ses acceptions elliptiques, est d'origine 
française ; mémo einplui, mêmes acwptions. 

Béoucaïre, i. m. n. pr. de lieu. Beaucaire, ville renom- 
mée par sa foire du 22 juillet. Aussi son nom est-il devenu, 
iwur un vaste rayon de pays autour de lui, une date, un point 
important dans l'année. Autrefois les marchands en détail, 
les artisans, les fournisseurs do toute espèce, allaient faire 
_eurs achats en foire de Beaucaire, et pour cela ils avaient 



besoin de réaliser les crédits qu'ils avaient faits dans 
l'année. Quoique aujourd'hui les boutiques et magasins 
se fournissent ailleurs qu'à Beaucaire, l'nsage d'arrêter les 
comptes des fournitures à crédit et de réclamer le montant 
des mémoires s'est conservé. Aussi pleut-il à cette époque 
ce qu'on appelle les comptes de Beaucaire : c'est un mau- 
vais quart d'heure pour les débiteurs et un temps fort 
occupé pour M.M. les huissiers. — Pér Béoucaïre, ou à 
Béoucaïre à l'époque de la foire de Beaucaire, k la mi- 
juillet. 

Béoucaïre remonte aux temps les plus anciens. Le géogra- 
phe Strabon l'appelle (KY^fvov, Vfipvjv et l'ipvjv, que les 
auteurs latins Pline, Sidoine Apollinaire, les Tables théodo- 
siennes traduisent par Vgemum ou Ugertto;que l'Anonymede 
Ravenne écrit Vgurnum: qui devint au VI* siècle Catirum 
Odjerno, et dans la bass. lat. Catirum de Vgemo, en 
4020; Belcayra, en Hii ; Bellicadrum. en <460. H78, 
4209; Belloquadra, Bellumquadrum, Belli-quadrum, en 
4 226 et plus tard ; en même temps que la langue vulgaire 
disait, en 4425, Belcaire; en 4 294, Bauquaire; en 4302. 
Bieuchayre, et en 4435, Beleayre; ce qui a donné enfin le 
nom actuel. 

La première partie du mot, en lang., en fr. et dans la 
latinité du moyen <tge, ne présente aucune diflicuitô. La 
seconde partie cayra, quadra, quadrum ou cadrum, est une 
alteration on une syncope du substantif de la bass. lat. 
cité par Du Cange, quadraria, quadrataria. Cayra a fait 
directement caire, comme quadra et quadrum, dérivant de 
quadraria OU quadralaria , en lat. lapidieina, le tout a 
produit carrière, en fr. L'aflinite est incontestable ; et tous 
ces dérivés descendent d'un primitif commun, le vieux 
mot celtique cair, pierre, qui se retrouve du reste dans 
une infinité de noms locaux. Nous avons dans nos envi- 
rons, en grand nombre, /ou» Caïrolt, comme désignation 
de quartiers pierreux, ou de carrières de pierres communes. 
La liste serait longue des lieux ayant la même origine d'ap- 
pellation : Cayrac et Cayrol, dans l'Aveyron; Cayres 
(Haute-Loire); Cayrols (Cantal); Carole (Gers); Carrole 
(Hautes-Pyrénées) ; Carolles (Manche) ; Charolles (Saône- 
et-Loire ; Queyrac (Gironde) ; Queyras (Hautes-Alpes) ; 
Caralp (Ariége) ; Carrouge et Carouge (Orne, Seine-et-Oise, 
Suisse) ; Cayrouse (Aveyron) ; Qniers (Seine-et-Marne) ; 
Carrare, en Italie, et autres. 

Sauf tout le respect dû à une opinion assez accréditée, 
qui voudrait que le nom de BMiquadrum ou Bellumqua- 
drum eût ëte donné à Beaucaire à cause d'une tour carrée 
qui dominait l'emplacement sur lequel la ville s'est cons- 
truite, l'étymologie tirée du gaulois cair nous parait préfé- 
rable et plus naturelle. D'ailleurs la même raison appella- 
tive devrait se rencontrer dans les homonymes assez nom- 
breux ; et l'on n'a pas remarqué des traces de la moindre 
tour de forme carrée à Belcaire (Aude), arrondissement de 
Limoux ; à Beaucaire (Aveyron), commune Noviale ; à 
Beaucaire (Charente), commune Saint-Amand-de-Nouère ; 

t* 



106 



BEO 



BEO 



i Beaucaire (Cher), commune Herry; à Beaucaire (Gers), 
commune Valence, et autres encore ; non plus qu'à Bel- 
caire (Dordogne) ; à Beilicaire, province de Gerona, et à 
Bellicayre, province de Lerida (Espagne). Ce qui commence 
à donner beaucoup de crédit à noire version. 

Mais il y a plus : le nom grec de Béoucaïre latinisé me 
semble un argument nouveau. Le lieu désigné par Strabon 
existait avant lui et était connu. On a dit que sa forme 
celtique devait être Wern ou Guern, qui veut dire en 
gallois et en bas-breton : aune, aunaie, lieu planté d'aunes; 
vèr, lang. L'application à un castrum sur un grand fleuve 
est juste ; mais la dérivation serait-elle moins exacte, si 
l'on admettait que le celtique cair a été le parrain du Tép- 
vov de Strabon, qui se trouvait sans doute précédé d'une 
épithète significative, exprimant en gaulois ce que dit le 
bellum de la bass. lat., Béoudn languedocien, et que, dans 
la variante ÏYÉpvov, Strabon aurait traduite et exprimée? 
Ainsi, la première syllabe de Ugernum on Vgerno, lat., ne 
serait-elle pas la diphlhongue adverbe Eu, bien, reproduite 
euphoniquement par le latin u ? La prononciation du y 
grec et du g latin devant « est dure et se rapproche sen- 
siblement de celle du celtique : ce qui ne met pas à une 
grande distance cair et guer. Le gaulois a encore cairn, 
appliqué aux monuments de pierre, dolmens, qui introduit 
une lettre de plus dans la ressemblance graphique des mots. 
Mais une permutation identique se fait remarquer sur le 
nom d'un ancien oppidum purement celtique, signalé dans 
le savant ouvrage de M. Germer-Durand, Diction, lopogr. 
La petite commune de Garn, ancien évêcbé d'Uzès, aux 
limites du Vivarais, a conservé intacts sa forme et son 
nom celtique, Cairn. Le g s'est substitué au e, inverse- 
ment à ce qui est arrivé dans le roman pour Belcaire, qui 
reprend sa forme primitive ; mais par un procédé sem- 
blable à celui employé par le latin et le grec, Ugernum, 
Y-cépvov : preuve que nos déductions sont vraisemblables. 
La terminaison en o, si commune dans les appellations 
celtiques, ne doit pas être négligée. On sait que nos pères 
les Gallo-Romains employaient les deux langues, celtique 
et romaine, et quand, au moyen âge, on voulut désigner 
l'antique localit«5, la traduction devint précise et fidèle en 
substituant à ïy^pvov, le mot Belcayra, Bellicadrum, Bel- 
lumquadrum. 

Tous ces noms seraient donc synonymes; mieux que 
cela, ce serait le môme nom, sous différentes formes, grec- 
que, latine, languedocienne et française. L'antiquité qu'on 
attribue à Beaucaire, les belles carrières qui touchent la 
ville, et qui ont été connues dès les premiers âges, ne s'op- 
posent point à cette origine de son appellation et semblent 
la justifier. Le géographe Strabon a traduit autant que le 
grec le permettait, sans trahir le vieux gaulois. 

Béou-l'oli, s. m., ou Damo, Suito, Nichoulo. Effraie; 
frésaie, chouette-effraie, Strix flammea , Linn., de l'ordre 
des Rapaces et de la fam. des Nocturnes. Cet oiseau de 
proie nocturne, qui atteint jusqu'à 3o centimètres de lon- 



gueur, a le dessus du corps jaunâtre, onde de gris et de 
brun, parsemé d'une multitude de petits points blancs ; le 
dessous est d'un blanc soyeux, éclatant. 11 habite les vieux 
édifices, les clochers et les toits des églises. On croit vul- 
gairement qu'il y entre la nuit pour boire l'huile des lam- 
pes; de là son nom de Béou-l'oli. Par celui de Suito sous 
lequel il est connu aussi, on a sans doute essayé de rendre 
le soufflement ou sifflement qu'il pousse pendant la nuit. 
Il a la réputation d'être l'oiseau de mauvais augure par 
excellence. — Voy. Damo, Suito, Nichoulo. 

Béoure, v. Boire ; avaler un liquide, l'absorber. — 
Aquel home béou, cet homme est adonné à la boisson, à 
l'ivrognerie. Mous soutes bévou, mes souliers laissent trans- 
pirer l'eau. Béoure dos iils, manger des yeux, couver du 
regard. Béoure coumo un sablas, boire beaucoup, sans fin, 
comme un champ de sable, qui absorbe l'eau et la pluie 
en telle quantité qu'elle y tombe. Y-a pas qu'un grand 
béoure que pogue té tira d'aqui, ce n'est qu'à force de 
boire de la tisane que tu peux te tirer de cette maladie. 
Mais les ivrognes ou les plaisants qui veulent les imiter 
dans leurs propos, tournent la chose dans le sens du vin, 
et c'est le vin qu'ils conseillent, quand ils adressent cette 
phrase à ceux qui se plaignent d'un malaise. Jmu béoure 
U lévo pas lou manja, la soif ne lui Ole pas la faim, boire 
ne l'empêche de manger. Un ase i béouriè, le cas n'est pas 
difficile, un âne s'en tirerait. Fénno que noun manjo, lou 
béoure la mantén, à petit-manger, bien boire. Béoure pûou 
et souvén, boire peu et souvent : bonne hygiène. 

On dit d'un homme qui s'est ruiné : Ou a pas tout 
manja, n'a bé bégu dé p.às, il n'a pas mangé tout son 
bien, il en a bu une partie. Aquélo aigo se béou, cette 
source se perd dans la terre ou dans le sable. Béoure lout 
cos, endurer les coups sans se plaindre. Crésès aquo et 
bévès d'aïgo, croyez cela et buvez de l'eau par-dessus, 
phr. prvb. pour dire que vous ne croyez pas un mot de ce 
que l'on raconte, ou que ce mensonge est difficile à avaler 
et qu'il faut boire pour le faire descendre dans le gosier. 
C'est dans le môme sens qu'on dit d'un hâbleur : Faï-lou 
béoure, fais-le boire, pour que son mensonge ne s'arrête 
pas au gosier. Las lèros an prou bégu, les champs sont 
suffisamment abreuvés. Faire un béoure, faire un temps de 
repos pour les journaliers, pendant lequel ils vont boire 
un coup à leur gourde pour reprendre haleine. Il ne faut 
pas confondre un béoure avec un repas, un repas : le repas 
est un temps déterminé par les usages, où les travailleurs 
mangent commodément assis ; lou béoure n'est qu'un 
simple temps d'arrêt, pendant letjuel ils cassent simple- 
ment une croûte et boivent un coup. Ce temps est de 
durée arbitraire, et soumis au plus ou moins de zèle de 
l'ouvrier, ou au plus ou moins de sévérité du chef d'ate- 
lier, ou baïle. Quant se faï dé béoures d'aquésto sésoù? 
combien doit-on faire de poses au travail dans cette 
saison ? 

Dans cette acception, lou béoure est subst. maso. Il 



BEQ 



BER 



107 



signifie encore : le boire, le liquide que l'on boit; la ration 
de breuvage aux animaux , mais dans ce dernier sens on 
emploie : Abéoure. — Lou béoure et tou manja, le boire et 
le manger. Aqub mé lévo lou béoure et lou manja, cette 
émotion, cette nouvelle m'a cnnpè la soif et l'appétit. 

Dér. du lat. Bibere. En ital. Bevere, boire. 

Béouta, ». f. Beauté, qualité do ce qui rend aimable ou 
adiniralile, au physi(|ue et au moral. — Es pa'no béouta, 
ce n'est pas une beauté. 

Ernp. au fr. 

Béqna, v' Becqueter; mordre avec le bec; battre à 
coups de bec; donner des coups de bec; manger seul, en 
parlant d'un oiseau ou d'un poussin ; brouter ; mordre à 
l'hameçon; avaler crédulement un mensonge. — Aquél 
pastéroù couménço à béqua, ce petit moineau commence à 
manger seul. Lou péusoù bèquo pat, le poisson ne mord 
pas. rouf Inu bdquo, tout le monde le dupe, le houspille; 
tout le monde l'accuse ; se moque de lui : on l'accable i 
coups de bec. Lout faguère toutes béqua, je leur fis avaler 
à tous cette bourde. 

Dér. de Bi, bec. 

Béqnado, 5. f. Dim. Béquadéto. Becquée, pîktée que les 
oiseaux portent à leurs petits dans le nid ; coup de bec ; 
raillerie ; sarcasme, insulte. — Espéra la béquado, attendre 
la becquée; attendre que la manne tombe du ciel ; ne se 
donner aucune peine, aucun souci, pour obtenir ce qu'on 
désire. 

Dér. de Bi, bec. 

Béquaduro, ». f. Blessure causée par un coup de bec; 
accroc; déchirure ou piqûre causée par un coup de bec oti 
par quelque chose de pointu. 

Dér. de Bè, bec. 

Béquaje, ». m. Herbage d'automne, qu'on fait brouter. 
C'est l'herbe dernière qui pousse dans un pré, après en 
avoir enlevé le foin et le regain. 

Dér. de Béqua. 

Béquo-figo , ». m. Becfigue, oiseau du genre gobe- 
mouche, Motacilla ficedula, d'après Linn. ; Muscicapa lue- 
tuosa , suivant Temm. Le becfigue a le dessus du corps 
noir, le front et toutes les parties inférieures blanches ; la 
queue et les ailes noires ; celles-ci ont leur couverture blan- 
che. Arrivé en Franco vers la fin d'avril, il repart dans les 
premiers jours de septembre. D'après l'ornithologie mo- 
derne, il se nourrit de mouches et d'autres petits insectes 
ailés, qu'il enlève de dessus les feuilles et les fruits mûrs; 
aussi la science l'a dénommé Gobe-moucho. Le vulgaire, en 
le voyant fréquenter de préférence nos figuiers, car c'est 
là qu'il fait la chasse la plus abondante, a cru qu'il se 
nourrissait do leurs fruits et lui a donné le nom de Bèquo- 
figo. Les latins, qui on avaient la même opinion, l'appe- 
laient Ficerlula. Peut-être ce gobe-mouche, en becquetant 
la figue pour y saisir sa proie vivante, se laisse-t-il aller à 
goûter un pou du fruit ot mérite-t-il ainsi ses divers noms ; 
en tous cas, dans quelque genre ou famille qu'on le range. 



son nom est évidemment un emprunt dn fr. au langued. 
La figue est trop un fruit du Midi pour ne l'avoir pas ins- 
piré ; Bee^gue, double sul)st. fr., ne signifierait rien s'il 
n'était la traduction dn verbe et du régime employés par 
la langue d'Oc. — Orat eoumo un bèquo-figo, gras comme 
un becfigue. Sa chair est en effet très-délicate et très-esti- 
mée. Un grand professeur en gastronomie, Brillât-Savarin, 
a dit : « Parmi les petits oiseaux, le premier, par ordre 
d'excellence, est sans contredit le becfigue ; si cet oiseau 
privilégié était de la grosseur d'un faisan, on le paierait 
certainement à l'égal d'un «rpent de terre. > 

Bèqnon, ». m. dimin. Baiser, en style mignard et 
enfantin, comme on dit en fr. famil. Bécot. 

Dér. de Bequa, becqueter. 

Bérbéqnin, t. m. Villebrequin, outil de menuisier, qui, 
au moyen d'une mèche, sert à faire des trous en emportant 
la matière qu'il traverse. 

Formé probablement de Vira, tonmer, et de bréquin, 
nom ancien de la mèche, du lat. Veru, veruum. 

Béré, ». m. Berret ; espèce de bonnet d'enfant, en ve- 
lours ou en soie, coupé à côtes de melon, qu'on attache 
sous le menton ; bonnet plat et tricoté des paysans du 
Bôam. — Voy. Béréto. 

Dér. du lat. Birrut on birrum, nom d'une espèce de 
coiffure en usage chez les anciens ; d'où la bass. lat. bar- 
retum ou birretum, berret, barelte ; en esp. birreta; en 
ital. barreta. 

Bérénguèri, ». m. nom pr. d'un terroir d'Alais, près 
la route d'Alais à Nimes, dit Bérénguèri, que des archéo- 
logues, d'après un passage de Sidoine Apollinaire, pré- 
tendent être Yoroangus, habitation d'Apollinaire, voisine 
de Prusianus, Brésis aujourd'hui, demeure de Tonanoe 
Ferréol, préfet des Gaules an V« siècle. 

Béréto, ». f. Bonnet d'enfant ; calotte de prêtre; bonnet 
rond et juste à la forme de la tête, tel que la calotte qu'on 
voit au thé&tre aux Cassandres, à Bartolo et aux r6les à 
manteau de la comédie française et italienne. 

Même étym. que Déré ci-dessus. 

Bérgadiè, ». m. Brigadier, commandant d'une brigade, 
grade de cavalerie on de gendarmerie correspondant à celai 
de captral dans l'infanterie. 

Emp. au fr. 

Bérgado, ». f. Brigade, division d'un corps d'armée; 
section de gendarmerie commandée par un bérgadiè. En 
gén., troupe, bande armée. 

Emp. au fr. 

Bérgan, ando, adj., ou Brégan, ando, péjor. Bérgam- 
das ou lirégandat. Brigand, voleur de grand chemin ; le 
plus souvent, èpithèle injurieuse donnée à celui qui com- 
met des vexations ou d'étranges concussions. Souvent en- 
core, c'est une sorte d'interjection : O Bérgan/ neutrale- 
ment employée; en ce sens, le péj. Bérgandas 1 1&\ surtout 
admis. 

Dér. du lat. BriganUs, peuples d'Hibemio qui, sous la 



108 



BER 



BER 



domination romaine, ravagèrent souvent les provinces sep- 
tentrionales de la Grande-Bretagne. 

Bérgandaje, a. m., ou Brégandaje. Brigandage; action 
violente; volene; concussion. 

Même étym. que le préoéd. 

Bérgandéja, v., ou Brégandéja. Se livrer au brigan- 
dage, dans la double acception, étendue ou restreinte, mais 
également peu recominandable. 

Bérgè, s. m. Dira. Bérgètré. Berger, pitre, expression 
toute française, qu'on ne [wut employer qu'en poésie. 

Bergéïreto, t. {., ou Gouache, Bergeronnette, hoche- 
queue, lavandière, petit oiseau du genre des becs-fîns ; il 
vient se mêler au milieu des troupeaux de moutons, et 
mange familièrement avec eux : ce qui lui a valu son 
nom. Quant au mot lui-même, c'est du français tout pur 
comme le précédent et le suivant, et dans le même ordre 
d'idées et d'emploi. Aussi ne devrait-on donner droit de 
dlé et de classification qu'à Pastouréléto; car le languedo- 
cien n'appelle ses bergers que paitres, ainsi qu'on le voit 
dans le mot de meilleur aloi de la bergeronnette, Gala- 
pattre. 

Voy. Couacho, Galapaslre, Brando-quu'io. 

Bérgèïro, i. /". Dim. liérgèïréto. Bergère. — Voy. Bérgè. 

Bérigoulo, s. f. Barigoule ; manière d'apprêter les arti- 
chauts, qui consiste à les placer crus sur le gril, avec du 
sel, du poivre et de l'huile, qu'on introduit dans les inter- 
stices des feuilles. C'est un emp. au fr. Barigoule, sauce 
bien plus compliquée d'ailleurs que notre bérigoulo. 

Bérlénqué, s. m. Jeu d'enfants, qui ne pourrait être 
traduit et exprimé en fr. que par le mot lui-môme. Il con- 
siste à placer quelques sous ou même des épingles, debout 
derrière une petite pierre carrée et mince, posée de champ. 
Les joueurs, placés à une certaine distance, lancent chacun 
deux palets contre cette pierre; quand ils peuvent la 
chasser assez loin pour que l'un de leurs palets soit plus 
rapproché que la pierre de l'enjeu ou d'une pièce de cet 
enjeu ; l'enjeu ou la partie d'enjeu leur est acquis. Comme 
on le voit, le bérlénqué est le premier rudiment du jeu de 
bouchon. 

Dér. peut-être de Bèrlo, à cause du petit caillou qui 
sert de but, ou de ceux avec lesquels on joue. 

Bèrlo, s. f. Dim. Bérli, bérléto, péj. Bérlasto. Eclat de 
pierre ou de bois , souche d'arbre ébréchée ; grosse branche 
morte ; bord d'un vase. 

Bérioquo, ». f. Breloque. Ne s'emploie que dans la 
phrase : Batre la bérioquo, battre la campagne, divaguer, 
déraisonner. La bérioquo, breloque, en terme de théorie 
militaire, est la batterie de tambour qui amionce l'heure 
des corvées. 

Dér. du lat., soit Veriloquium, langage vrai, naïf; parce 
que, quand on déraisonne par folie ou par ivresse, on 
laisse souvent échapper des vérités qu'il eut été sage de 
retenir ; soit de breviloquium, laconisme, langage coupé ; 
soit de varia loqui, parler sans suite. 



Berna, ». m., n. pr. d'homme; au fém. Bérnudo ; dim. 
Bérnade. Bernard. Nom qui a servi de racine à beaucoup 
d'autres dans le pays : Bernadèl, Màoubérna, Bernardin, 
et la syncope familière de ce dernier : Nadin. — T'a tou- 
qua. Berna? J'espère qu'on t'a touché, l'ami? Express, 
prvb. qu'on adresse à celui qui vient de recevoir une 
correction méritée, ou bien un quolibet piquant qu'il av it 
provoqué. Berna din la luno ; ou fait croire aux enfants 
que les diverses taches qu'on aperçoit dans la lune, quand 
elle est pleine, et qui donnent l'apparence d'une face 
humaine, ne sont autre chose que la figure dlin bûcheron, 
nommé Berna, que Dieu a placé dans la lune pour le punir 
d'avoir fait des fagots un jour de dimanche. 

Dér. du lat. Bemardus, formé de l'allem. béer, ours, et 
de kart, génie. 

Bérna-pésquaîre, s. m., ou Guiràou-Pésquaïre. Héron 
cendré, héron ordinaire, Ardea cinerea, Luni., nom com- 
mun à plusieurs variétés de héron. Oiseau de l'ordre des 
Echassiers et de la fam. des Cultrirostres, remarquable 
par la longueur de ses jambes, de son cou et de son liée ; 
il vit de pêche et tire de là son nom. Dans nos environs, 
on l'appelle Béma-pésquaïre, et dans d'autres localités voi- 
sines aussi, Guirdou-pésquaïre. Keste à savoir quel Ber- 
nard et quel Guiraud, qui ont toujours été assez nombreux 
dans le pays, étaient assez forts pêcheurs devant la langue, 
ou assez mal bitis, pour qu'on ait donné leur nom au dis- 
gracieux oiseau- jiôcheur, aux si longs pieds et au si long 
bec, emmanché d'un si long cou. La Fontaine, qui l'a si 
bien peint, ne l'a pas dit et ne le nomme que le héron ; 
nous n'en savons certes pas plus que lui. — Voy. Guirdou- 
péscaïre. 

Béroù, s. m. Dim. Bérouné. Terme de berger, Kobin- 
mouton, mouton favori ; celui qui conduit le troupeau ; 
petit agneau privé qui mange dans la main. 

Dér. du lat. Vervex, mouton. 

Béroù, s. m. Ver blanc, qui vit dans les fruits, princi- 
palement dans les cerises et dans les pois. 

Ce mol parait dérivé du fr. ver, dont il ne serait qu'un 
dim. Dans le rom. beron ou berou, ver qu'on trouve dans 
les cerises nommées guignes. 

Bérouïa, v. Verrouiller; fermer au verrou. 

Dér. de Béroul. 

Béroul, s. m. Dim. Bérouïé, péjor. Bérouias. Verrou; 
fermeture de porte; tige de fer ronde et mobile, glissant 
entre des crampons, ou anneaux. En lat. Pessulus. « C'est 
de ce mot, dit Sauvages, que certains auteurs font dériver 
le nom de Montpellier (Monspessuli), mont ou colline du 
verrou, à cause de la célébrité du verrou de l'église de 
Saint-Firmin, dans cette ville. » 

< Les banqueroutiers y faisaient, dit-on, cession de 
biens, en présence des magistrats et du peuple assemblés 
un dimanche à l'issue de la messe. Le patient, debout, nu- 
pieds et nu-tête, appuyait les deux mains sur le verrou de 
l'église, et, dans le moment marqué, il en détachait une 



BÉR 



BES 



lU'J 



i 



qu'il portait sur son derrière en disant à ses créanciers 
d'une voix haute : Pago-té d'aqui, dicton qui a passé en 
proverbe. » 

11 prétend encore que c'est de là qu'est venu cet autre 
dicton : Moustra loa quiou, montrer le derrière, qu'on dit 
de ceux qui ont manqué à leurs engagements. 

L'anecdote est assez curieuse et peut être vraie ; mais il 
est absurde do supposer, comme ces savants auteurs qui ne 
sont pas d'ailleurs cités par Sauvages, que de là vient le 
nom de Monspessulanus, Montpellier, attendu que ce nom 
existait certainement avant l'invention de cet usage, et sur- 
tout avant qu'on y parlât le languedocien, tel qu'il est 
cité dans la phrase sacramentelle : Pago-té d'aqui. — Voy. 
Mounpeïè. 

Empourtaras pas lou béroul , tu n'em{)orteras pas la 
crémaillère quand tu quitteras cette maison, est une exprès^ 
sion proverb. fort usitée de nos jours. Lorsqu'un domes- 
tique prend vivement l'intérêt de son domaine vis-à-vis 
d'un maraudeur, d'un grapilleur, celui-ci l'apostrophe par 
cette phrase, comme pour lui dire que sa fidélité ne lui 
procurera pas une fortune. 

Dér. de Baro, dim. baroul, béroul. 

Bérqua, v. Ebrécher; écorner; entailler; édenter. 

Dér. de Bèrquo. 

Bérquaduro, t./". Brèche ; écornure ; entaille ; l'action 
d'ébrécher. — Voy. Bèrquo. 

Dér. lio Bèrquo. 

Bèrque, bèrquo, adj. Spécialement mouton, brebis ou 
chèvre, (jui a jwrdu ses dents. 

Bérquièïro, s. (., ou Vérquiéïro, t. f. Dot d'une fille 
en la mariant; constitution dotale; bien apporté par la 
femme en mariage. 

Dér. de la bass. lat. Vercheria. 

Bèrquo, ». f. Brèche ; écornure ; entaille; coche. 

IKt. do l'allcm. Brechen, rompre, casser, briser. 

Bèrquo-dén, adJ. des deux genres. Brèche-dent, à qui 
il m.iiKiue une ou plusieurs dents; ne s'applique qu'aux 
personnes. 

Formé de Bèrquo et de dén. 

Bértèlo, s. f. Sangle, courroie, pour soutenir un sac 
sur le dos; bretelles pour soutenir les pantalons. 

Emp. au fr. 

Bértoul, ». m., ou Bértoulo, *. f. Dim. Bériouli, bér- 
touléto. Cueilloir, petit panier à anse, fait d'éclisses tres- 
sées ; son usage principal est de servir à ramasser des châ- 
taignes. — Aquèl castagne frucho bien, las bojo à plén 
bértoul, ce châtaignier produit beaucoup, à plein panier. 

Formé par corrupt. peut-être de Bridoulo, éclisse, scions 
refendus; mais mieux dér. de brett, celt., en lat. lignum, 
bois, planche. — Yoy. Bréthmas. 

Bértoulado, ». {. Contenu d'un Bértoul, plein un bér- 
toul. 

Bérugo, ». f. Dim. Béruguéto, péj. Bérugasso. Verrue; 
poireau, excroissance dure et indolente, qui vient ordi- 



nairement aux mains. — Un remède de bonne fcnmie contre 
les verrues consiste à les frotter journellement avec un 
bouchon de bourre prise dans un bat. On n'a pas oui dire 
que cela ait guéri |)ersonne ; mais comme cela ne saurait 
faire empirer le mal, il n'y a aucun inconvénient à conti- 
nuer la friction jusqu'à ce qu'elle ait usé la calosité. 

Dér. du lat. Verruea, verrue. 

Bésàon, ». m. Dim. Bésalé. Canal d'irrigation, biez de 
mouhn; prise d'eau. 

Ce mot doit avoir une origine commune avec le fr. Biez. 
En roman, betal, besaliere, canal, conduit des eaux, rigole 
d'arrosage, même sign.; celt. beat; bass. lat. bedale, en lat. 
via aqua; en gr. B(r,. 

Béscle, ». m. Terme de boucherie; rate de mouton; 
fressure. 

En V. fr. Bascle. 

Béscul, » m. Biscuit; pâtisserie faite de la fleur de 
farine, de sucre et d'œufs, cuite au four dr* pâtissier. ~ 
Papiè-béscuX , papier sur lequel on enfourne la pâte de 
biscuit, et sur lequel il reste des traces de sa substance 
quand on le détache. Les enfants achètent ce papier chez 
les pâtissiers et rongent à belles dents cette friandise à 
très-bon compte. 

Dér. du lat. Bis et coetus, cuit deux fois. 

Béségno, t. f. Gousse-d'ail; amande d'ail; un des 
caieux dont la réunion forme la tète, qu'on appelle Bous- 
sèlo. 

On dit, et c'est possible, que ce mot a pour étym. Véno 
d'a'iè, à la vérité par altér. 

Béségudo, ». (. BesaigUe, instrument de charpentier, 
taillant jxir les deux bouts. — Eselà à la béségudo, sabot à 
la cévenole, dont la pointe est recourbée connue les anciens 
souliers à la ix)ulaine. 

Dér. du lat. Bis et actitus, à deux pointes, soit qu'il 
s'appliciue à l'instrument des charpentiers, soit à la chaus- 
sure do nos montagnards, qui portait sans doute, dans 
l'origine, une seconde pointe à l'arrière, comme une sorte 
d'éperon. 

Bésougna, v. Travailler, s'occuper ; faire une aflaire ; 
faire ses affaires. — A bien bésougna, il a bien spéculé. 

Bésougno, ». f. Dim. Bésougnélo, péj. Bésougnatso. 
Chose ; affaire ; besogne, travail, ouvrage. Dans ce dernier 
sens : Laissa mé fairo ma bésougno, laisse-moi faire ma 
besogne, mon travail, mon ouvrage. Faï fosso bésougno, il 
fait beaucoup d'onvrage. Faire bésougno, réussir dans ses 
affaires, être rangé ; augmenter progressivement son avoir. 
Avec la première acception, Bésougno a la même extension 
que le fr. chose et le lat. negolium. 11 sert à désigner une 
foule d'objets dont le technique ne vient pas immédiate- 
ment à la mémoire ; il veut tout dire et désigne tout. — 
.Vou»»u Bésougno, monsieur Chose, monsieur un tel. 
Bésougno en dit autant, en supprimant monsieur. 

Dér. de l'ital. Bisogna, affaire. 

Bésoon, ». m. Besoin ; manque ; misère, disette, indi- 



b 



110 



BËS 



BÉS 



gence ; nécessité naturelle. — Aqud U fdi bésoun, cela lui 
est nécessaire, il ne peut sen priver, ou s'en passer. Es bé 
b«ioun que... il faut bien que, il est bien nécessaire que... 
Es lou bétoiin que i-ou [ai faire, c'est la misère qui le 
conduit là. S'èro dé besoun, s'il le fallait. Faire sous bésou- 
nas, vaquer à ses nécessités naturelles. 

Dér. de l'ital. Bisogno, manque, nécessité. 

Béssédo, ». f. Taillis de bouleau.x. 

Ce mot est dér. de Bés, bouleau, qui a vieilli, mais qui 
s'est conservé dans le breton be:, pris du cett. bets, même 
sign. Il n'est plus qu'un nom prop. et entre dans la com- 
position de plusieurs ; la désinence édo, qualificative et col- 
lective, répondant à aie fr.- ou ay : La Béssédo revient à 
La Boulaye ou La Boulay, ou Boulay. Cette finale édo est 
caractéristique et propre au midi de la France ; elle repré- 
sente la terminaison lat. etum, qui a varié souvent en 
eium, eyum, et a fait idum et edum, d'où édo procède 
plus directement; mais sous toutes ces formes, elle porte 
en soi un sens de collectivité, qui s'attache aux mots dans 
.lesquels elle apparaît : Cériéïrédo, Nougarédo, Pinédo, 
Vérnédo, etc., lieux plantés de cerisiers, de noyers, de 
pins, d'aunes, etc. Ses similaires sont en lang. ter, ières; 
en fr. aie, ay, aye, ei, ey, ée, eis, eis, eix, es, et, ex, ois, 
ai; mais le radical commun est dans l'ancien gaulois, au- 
quel il faut toujours remonter, en fait surtout d'étyraologie 
des noms propres de lieux. 

Bésséjo, ». /■., n. pr. de lieu. Bessèges, commune 
érigée nouvellement en chef-lieu de canton, arrondis- 
sement d'Alais. L'importance et la prospérité des mines de 
houille et des fonderies et forges établies dans cette loca- 
lité lui ont donné un développement considérable. 

Dans l'étymologie des noms, il y a toujours à distinguer 
le radical, qui forme le corps du mot et leur signification, 
de la désinence, qui n'est souvent qu'explétive. Ici éjo 
semble être un suffixe marquant la collectivité, la quan- 
tité ; le radical reproduit le celt. bess, vess, bouleau, et le 
nom signifierait un lieu planté de bouleaux. Il pourrait 
cependant aussi avoir été formé par la bass. lat. bessœ ; 
Bésses dans le dialecte limousin et auvergnat a le sens du 
lat. pascua, pâturages, prairies. Les deux acceptions sont 
applicables. 

Béssina, v. Vesser ; rendre par le bas un vent muet. 

Béssino, ». f. Vesse, vent muet par en bas. — Parâou- 
los dé fénno, béssino d'ase, propos de femme, le vent l'em- 
porte. Pér un pé, pér uno béssino réfuses pas la vésino, 
pour un petit défaut sans gravité, ne refuse pas en mariage 
la voisine. La moraliiéde ce proverbe est qu'il vaut mieux 
épouser une femme que l'on connaît bien, malgré quelques 
petits défauts, qu'une étrangère qui peut en cacher de 
beaucoup plus grands. Le proverlie ajoute en effet : rfé 
prendras uno déiras lou pioch que n'daura fach sept ou 
kioch. 

Béssino-dé-loù , vesse-de-loup , plante de la fam. des 
Funguê, Bolefs ; qui se remplit d'une poudre noire, quand 



elle est en maturité. Sous la pression elle éclate, et sa pous- 
sière se répand. 

Dér. du lat. Vesica, petite vessie, globule. 

Bésso, ». f. Abbesse, supérieure d'un monastère de filles 
ou de femmes. — Tèros ou Mas dé las Bessos, métairie on 
champs de l'Abbaye ou des Abtesscs. 

Dér. du lat. AObas, par apocope de l'a initial. 

Béssoù, béssouno, adj. Dim. néssouné. Jumeau, elle; 
en parlant soit des [jersonnes, soit des animaux ou des 
arbres, produits d'une même souche, ou bien des fruits 
adhérents l'un à l'autre. 

Dér. du lat. Bis et de la part, on, contraction de homi- 
nes : deux hommes, ou homme double. La désinence saà, 
qui est la même que soun, et qui, dans le principe, était 
ainsi, puisque son féminin est encore souno, peut avoir été 
empruntée à l'aiigl. son, fils. La longue occupation des 
provinces méridionales par les Anglais rend cette hypo- 
thèse plausible, liéssoù reviendrait alors à bis-son, deux 
fois fils, ou double-fils. 

Béssounado , ». f. Accouchement de jumeaux ou de 
jumelles ; les jumeaux eux-mêmes pris collectivement. — 
Aquo fat uno bravo béssounado, c'est un joli couple. A fa 
très béssounados , elle est accouchée trois fois de ju- 
meaux. 

Béstialén, énquo, adj. Qui tient de la bête, bestial ; 
qui aime les animaux, qui se plaît à lesélever, à les soigner. 

Dér. de Bèstio. 

Béstiâou, ». m. Dim. Bestiale, péj. Béstialas. Bétail ; 
ensemble des animaux domestiques d'une ferme ; la gent 
animale en général. — Lous magnans soun un brave bes- 
tiale, les vers à soie sont un charmant peuple-animal. 
Ariba lou béstidou, donner la ration aux animaux de la 
grange, chevaux, mules, bœufs ou moutons, non comprise 
la volaille. Laissas pissa lou béstiâou, laissez pisser le mou- 
ton ; laissez faire ; laissez couler l'eau. 

Dér. de Bèstio. 

Béstiassado, ». f. Grosse bêtise; balourdise; gaillardise 
grossière. 

Béstiasso, ». f. Gros et vilain animal. Au fig., grosse 
bête; butor; grand imbécile; grossier. 

Augm. et péjor. de Bèstio. 

Béstiéja, v. Faire l'imbécile, le nigaud; dire ou fairs 
des gaillardises grossières. 

Béstiéjsûre, aïro, adj. Qui fait des niches grossières et 
gaillardes ; qui fait des lazzis indécents. 

Béstiéto, ». f., ou Béstiolo, s. f. Bestiole, petite bête; 
insectes en général. Au fig., petit esprit, personne bornée, 
sans intelligence et sans instruction. 

Béstiouno s'emploie dans le même sens. 

Dim. de Bèstio. 

Bèstio, ». f. Dim. Béstiéto, béstiolo, béstiouno, péj. Bés- 
tiasso. Bote, animal, en général, particulièrement une 
mule ou un cheval. Au fig., sot, idiot, imbécile ; lourdaud; 
butor; mauvais plaisant; vicieux. 



BIA 



BID 



lit 



— Âï étcampa uno bittio, il m'a crcvé un cheval, une 
maie. Es pu bèslio que nèci, il est plus co({ain que sot. Mi 
digue pas soulamén : bèslio, siès aqui? il no fit nulle atten- 
tion à moi ; il no mo deniandH pas seulement : que fais-tu 
là ? Aguù's la bèslio ddou bon Diou, c'est un pauvre inno- 
cent, un crr'tin inolTensif. 

Dér. du lat. Beslia. 

Béstiôou, olo, adj. Dim. BésUoulé. Nigaud; imbécile; 
ignorant; stupidc. 

Béstiu, udo, adj. Dim. Béstiudé, péj. Bistiudcu. Bes- 
tial, qui a les instincts de la bète ; brute ; abruti. 

Dér. de Bèstio. 

Bésnquariès, (. /*. plur. Dim. Bétuquarièïrétos. Vé- 
tilles ; niaiseries ; bagatelles. 

Dér. de Bésuqué. 

Bésnqné, éto, adJ. Vétillenr; cogne-fétu ; tatillon ; 
qui fait une grosso affaire de niaiseries ; qui se tue et se 
tourmente de minuties, les crée et les cherche à plaisir; 
qui épluche ce qu'il mange. 

Dér. de Bésuquo, vieux mot hors d'usage, qui signifie 
une espèce de jeu de fainéant, consistant en une chaîne 
dont les anneau.\. sont enchevêtrés de manière qu'ils sont 
très-difficiles 4 dénouer. C'est cet instrument ou quelque 
chose d'analogue qu'on vient de renouveler sons un nom 
de circonstance : la question romaine. L'allusion a été 
saisie; cet exercice a amusé sans rien résoudre, bien 
entendu ; mais l'inventeur y a fait sa fortune. 

Dér. du lat. Bis et uncus, double crochet. 

Bésuquéja, v. Vétiller; baguenauder; s'amoser à des 
riens ; pignocber ou majiger à petits morceaux et en éplu- 
chant. 

Bésuquoiis, ooso, adj. Vétilleux ; minutieux en parlant 
des choses. — Vn ouvraje bisuquoùs, un ouvrage minu- 
tieux, qui exige de la patience ; travail de détail minu- 
tieux. 

Béto-rabo, s. f. Betterave. Beta vulgaris, Linn., plante 
potagère, partout cultivée, qui a trois variétés principales : 
blanche, rouge et jaime. 

Emp. au fr. 

Bétorgo, j. f. Cerise courte-queue; gobet ; la meilleure 
espèce pour confire à l'eau-de-vie. 

Bétourguiè, s. m. Cerisier courte-queue. 

Serait-il dér. du lat. Bis lortus, qui serait une allusion 
à la brièveté de la queue de son fruit qu'on croirait 
tordue î 

Bïa, V. Serrer la corde d'un ballot, ou la charge d'une 
voiture, en la tordant avec la bille ou avec le garrot; 
biller. 

Dér. du lat. Bis et de Via, lier ; lier deux fois. 

Biaï, ». m. Dim. Biaïss». Biais; adresse, habileté; 
savoir-faire ; tournure ; esprit ; inclinaison ; manière d'être. 
— Jean sans biaï ou Pdou-dé-biaï, un maladroit. Préne 
lou biai, prendre la bonne manière de faire quelque chose. 
Aquà'i soun biat, c'est sa manière de faire on d'être. Cha- 



cun soun biaï, chacun a sa façon d'agir. Prine quàouquut 
dé soun biaï, prendre quel(ju'un par son faible, s'acoom- 
mcxlor à son humeur. Aquà's toujour d'un biaï, c'est tou- 
jours la même chose, ni mieux, ni plus mal. Donna lou 
bia'i à quicon, donner une Iwnne inclinaison à quelque 
chose ; lui donner de la tournure. A bon biaï, il parait 
adroit, habile. De quinte biat que mi vire, de quelque côté 
que je me tourne, quelque tournure que je prenne. D'un 
biaï ou d'un àoulre, d'une façon ou d'autre. Siès pas de 
biaï. ta n'es pas bien placé. A fosto bidissé, il a beaucoup 
de dextérité, d'adresse ; il est plein de savoir-faire. Aquà'i 
pas dé biaï, ce n'est pas d'aplomb ; cela n'a pas de tour- 
nure. 

Dér. du gaulois Bihay, obliquité. 

Blaïssu, udo, adj. Dim. Riaïssulé. .\droit ; ingénieux; 
plein de savoir-faire. 

Dér. de Biaï. 

Biala, ». Bêler. — Se dit des brebis, des moutons, des 
chèvres, des agneaux, et par cxtens. de tout cri forcé. — 
Fido que bialo pèr un moucèl, brebis qui bêle perd sa gou- 
lée, c'est-à-dire qu'un bavard est toujours en arrière dans 
ses affaires. 

Dér. du lat. Batare, bêler, ou du gr. Br)>.Tiv, brebis. 

Bialaïre, aïro, adj. Qui bêle; au fig., pleurard; qué- 
mandeur; poétiq., mouton, chèvre, agneau. 

Bialamén, s. m. Bêlement, cri naturel des brebis, etc. 

Bïar, s. m. Dim. Biardi. Billard; table sur laquelle on 
joue à ce jeu. 

Emp. au fr. 

Biasso, s. f. Dim. Biasséto. Besace ; panetière de berger ; 
sac des mendiants; sac ouvert dans le milieu, ayant une 
poche de chaque cèté. — ■ A sa biasso eoufido, pléno, il a du 
foin dans ses bottes. Chacun prècho pér ta biasso, prvb., 
chacun prêche pour sa besace, dans son intérêt. 

Dér. du lat. Bisaccium. 

Biblo, *. f. Bible; livre ou recueil des Saintes Ecri- 
tures. 

Dér. du lat. Biblia, livre par excellence. 

Bicarèoa, s. m. Mercier ambulant; porte-balle. 

Dér. du lat. Vieatim. de bourg en bourg, de village en 
village. 

Biohë, ». m. Dim. Bichëiré. Petit broc ; cruche à vin 
qui, au lien d'avoir un goulot, a un large bec. 

Dér. du gr. B'xoî, vase ou urne à anses. En ital. hic- 
chiere, verre, gobelet ; mesure à vin. 

Bidé, s. m. As au jeu de dés. — A fa raflo dé bidi, il 
a fait rafle d'as; il a tout gagné, tout ramassé. 

Ce mot a la même étym. que le fr. Bidet; comme l'as 
au jeu de cartes se nomme aussi ase en langned., âne, 
bidet. 

Bidoun, s. m. Bidon; barillet en bois, où les journaliers 
portent leur ration de vin pour la journée, et les cantiniers 
de l'eau-de-vie. 

Emp. au fr. 



112 



BIG 



BU 



Bièïos, j. f. pi. Pi5jor. Bièïassos. Effiloques ; effiinres ; 
franges d'une ôloiTo usée et qui s'effile. 

Corrup. du mot Vièïos. 

Bien, adv. Bien; beaucoup; à merveille; grandement; 
lieureuscment ; largement. — Ce mol est une richesse de 
la langue d'Oc, qui distingue entre les deux acceptions du 
fr. bien, sans confusion possible. On dit en français : je 
l'aime bien, et l'amphibologie est embarrassante. On doute 
si cette petite phrase signifie : oui, je l'aime, ou si elle 
exprime : je l'aime lx>aucoup. En lang. on dirait dans le 
premier cas : L'aime bé, je l'aime, certainement ; et dans 
le second ; L'aïme bien, je l'aime extrêmement. 

Dér. du lat. Béni. 

Biènfasén, énto, adj. Bienfaisant ; qui prend plaisir à 
faire du bien; qui fait de bonnes œuvres. 

Formé de hièn et de fasén. 

Bièro, s. f. Bière, boisson spiritueuse produite par la 
fermentation de graines céréales et particulièrement del'orge. 

Dér. de l'allem. Bier. 

Bièro, i. /". Brancard à claire-voie dans lequel on porte 
les morts au cimetière, qu'ils soient déjà renfermés dans 
le cercueil ou seulement dans leur suaire. On ne doit 
jamais dire la bièro, dans le sens de cercueil, bière, qui se 
disent caùso. 

Dér. du celt. Haer ou baar, cercueil, ou de bar, bran- 
card, caisse portative. 

Bïèto, ». f. Citation ; billet d'avertissement à compa- 
raître devant le juge de paix; extrait du rôle des contri- 
butions ou avertissement. 

Dér. du fr. Billet. 

Biga, v. Colloqucr ; se défaire; troquer; échanger; 
vendre ; marier. — A bien biga sa fto, il a bien placé sa 
fille ; il lui a fait faire mi bon mariage ; il l'a bien collo- 
qnée. Coumo quicon la bigarén, de manière ou d'autre 
nous nous en débarrasserons. 

Dér. du lat. Bis et jugare, ou vices, échange : invicem 
miiture. 

Bigara, ado, wJj. Bigarré; peint, nuancé, mêlé de plu- 
sieurs couleurs disposées par bandes. 

Dér. du lat. Bisjugare, atteler, joindre, et radius, rayon, 
raie; ou bien de variegatus ou virgutus. 

Bigaraje, .?. m. Bigarrure; bariolage; mélange de plu- 
sieurs couleurs tranchantes. 

Dér. de Bigara. 

Bigarouno, s. f. Bigarreau, grosse cerise en forme de 
cœur. 

Formé du lat. Bis et du mot garo, lang. adjectivé. 

Bigo, s. m. Hoyau à deux dents; bident; binette; 
moins fort et emmanché plu» court que le béchar. — Y. c. 
m. — C'est l'outil dont on se sert dans les hautes Cévenncs 
et le Vivarais pour les vignes et toutes sortes de binage. 

Dér. du lat. Bicornis. 

Bigo, oto, adj. Bigot; faux dévot; hypocrite. 

Dér. de l'allem. Bey Goti. ou de l'angl. hy god, par 



Dieu ! parce que les bigots sont censés répéter souvent cette 
oraison jaculatoire. 

Bigo, «. f-, ou Bigoun. Pièce de bois courte et équarrie; 
poinçon; étai. — Voy. Bigoun. 

Dér. de la bass. lat. Biga. 

Bigorno , s. f. Enclume à deux cornes ou à deux 
pointes arrondies pour tourner le fer en rond; compagnies 
du centre de la garde nationale ; ancienne milice. 

Dér. du lat. Bicornis, à deux cornes. 

Bigoro (Bando dé), s. f. Bande, troupe de Bohême ou 
de Gitanos, qu'on appelle aussi dans le pays Catalans, 
parce que leur domicile, s'ils en ont un, est dans les mon- 
tagnes frontières de la Catalogne et de la France. On les a 
appelés dans le temps bando dé Bigoro, parce qu'il en 
venait beaucoup du Bigorre, pays limitrophe de la Cata- 
logne. Par ext. on dit bando dé Bigoro comme terme inju- 
rieux, pour : tas de voleurs, tas de brigands. — Voy. 
Bi'mi. 

Bigoun, s. m., ou Bigo. Bigue; petite poutre longue et 
grêle, ou courte et équarrie quand elle sert de poinçon ou 
d'étai. — Yoy. Bigo. 

Bigoumu, ado, adj. Milicien ; garde national du centre; 
biset. 

Dér. de Bigorno. 

Bigoutariè, s. f. Bigoterie; fausse piété; fausse dévo- 
tion. 

Dér. de Bigo. 

Bigoutéja, v. Faire le bigot; se livrer habituellement & 
des actes de dévotion puérile. 

Dér. de Bigô. 

Bigre, bigro, adj. Dim. Bigratoii. Synonyme radouci 
etdimin. de Bougre. Il n'entraîne aucune idée fâcheuse 
ni insultante : ce n'est guère qu'une plaisanterie. Bigre 
s'emploie aussi comme inlerj. : diable! C'est un nom qu'on 
donnait autrefois aux riverains des forêts nationales ou 
seigneuriales, qui étaient des espèces de gardes spéciaux, 
chargés de la surveillance et de la recherche des abeilles, 
pour en recueillir le miel. Un privilège de leur charge les 
autorisait à couper l'arbre sur lequel l'essaim venait se 
poser. De lii ils furent nommés dans la bass. lat. et les 
actes de notaire bigrus ou bigri, par corrup. du lat. api- 
ger, apicurus, apicuri, ce qui a fait le mot actuel. On 
pourrait peut-être aussi tirer cette épithète légèrement 
moqueuse du nom des habitants du Bigorre, en lat. Biger- 
riones , que l'on confondait avec les Bohèmes. — - Yoy. 
Bigoro. 

Bijare, aro, adj. Bizarre; bourru; d'humeur peu so- 
ciable; fantasque; capricieux. 

Emp. et corrup. du fr. 

Bijou, s. m. Dim. Bijouné. Bijou, parure, jolie petite 
chose en général. Bijouné, joli petit enfant. 

Dér. du lat. Bis et jours. 

Bijoutariè, s. f. Bijouterie ; toute espèce de bijoux ; 
magasin et profession de bijoutier. 



BK) 



BIS 



113 



Bijoutiè, .t. m. Bijoutier, marchand qui vend des bijoux ; 
fabricant de bijoux. 

Bijoutièîro, i. f. Marchande de bijoux ; femme d'un 
bijoutier ; boite vitrée oii s'étalent les bijoux dans un 
magasin de bijouterie. 

Bingoï (Dé), adv., ou Dé guingoï. De guingois; de 
travers ; de cûtti ; en faux-6querre ; bistourné. — Marcha 
tout (lé bingoï, il marche obliquement. Y véi dé bingdi, 
il est louche. — Toy. Dé guingoï. 

Dér. du gr. Tvib;, boiteux, estropié. 

Binlo, s. f. Hile; mais particulièrement pituite. C'est ce 
qu'on entend d'oiilinaire quand on se plaint de la binlo ; 
on veut désigner par là un épaississement des glaires sur 
la poitrine, qui deviennent visqueuses, muqueuses et diffi- 
ciles .1 expectorer. 

Dér. du Lit. Bilis. 

Bïo, ■"!■ f. Bille de billard, exclusivement. 

Dér. du lat. Bulla, bulle ou boule, ou de pila, balle à 
jouer, boule. F>e mot n'est pas ancien en lang. avec cette 
sign. et vient du fr. 

Bïo, s. f. Garrot; bille; bAton court et fort dont on 
serre les cordes d'emballage en les tordant ; trique, tricot ; 
gros b;\ton ; court kMon des bfktonistes. — Garo, la tiio I 
gare, la trique, le bftton ! 

Dér. de Vio. 

Bïo, s. m. Billot; grosse canne bnite; tricot; gourdin. 

Augm. de Bïo. 

Biôou, s. m. Dim. Blousé, péjor. et augm. Bioulas. Bœuf 
domestique. Bas taurus domesticus, Linn., mammifère de 
la fam. des Ruminants. Le taureau se nomme SrAou. — 
Bioulé, s. m. Bouvillon, jeune IxEuf ; en v. fr. bouvelet 
ou beuvelet. I.ou biOou bramo, le IxEuf beugle, meugle on 
mugit. — Aquél home es un biôou, cet homme est fort 
comme un IxBuf. Bidou dé la Palu, taureau sauvage des 
marais f palus J de la Camargue , très-propre aux combats. 
Fia coumo la bano d'un bidou, antiphrase, c'est-à-dire 
raide comme une barre. Volo-biâou, sobriquet ancien des 
habitants de Saint-Ambroix. On prétend qu'iui charlatan, 
au moyen Age, annonça qu'il voulait faire voler un IxBuf 
du ran dé Jèsu, rocher de Jésus qui domine la ville au 
midi, jusqu'au ran dé Manifaciè, rocher qui se trouve de 
l'autre côté du pont. Jour pris pour cette expérience, on 
ne sait trop comment s'en tira l'empirique : probablement 
le bœuf ne vola pas ; mais les drogues et les onguents 
eurent bon débit, et les malins du voisinage firent subir 
aux Saint-Ambroisicns les conséquences de leur crédulité. 
Ce sobriquet tient encore dans toute sa force. 

Voici une autre version : les habitants de Saint-Am- 
broix avaient une foire à laquelle jamais personne ne 
venait. Une année, ils s'avisèrent de faire publier dans 
tous les environs (les affiches-programmes n'étaient pas 
connues , non plus que l'imprimerie inventée dans ce 
temps), qu'on verrait à leur prochaine foire un spectacle 
extraordinaire : un bœuf qui volerait, en parcourant dans 



son vol le trajet ci-dessus indiqué. On laisse à {wnser si au 
jour dit les curieux abondèrent dans la ville ; pendant 
toute la journée, les boutiques non plus que les cabarets 
ne purent suffire aux chalands. |l va bien sans dire que le 
bœuf ne vola pas non plus; mais la foire fut Iwnne, et 
cette fois les mystifiés ne furent pas ceux de Saint-Am- 
broix. 

On peut choisir entre les deux origines du sobriquet : à 
coup sûr, elles ne partent pas du même auteur. 

Bato dé biôou. — Voy. Bato. 

Léngo dé biôou, espèce de feuille de mûrier, dure, gri- 
sâtre et sans mures; elle est plus clair-semée que les autres 
espèces ; aussi est-ce la moins productive et doit-on l'éviter 
à h greffe , mais en revanche, elle est moins sujette à la 
tache par les brouillards et la miélée. 

Biôou, s. m. Coccinelle, Coceinella punetata, Linn., de 
la fam. des Triinérés, insecte, genre de scarabées, dont les 
élytres sont rouges, tigrées de sept points noirs. On le 
trouve principalement dans le calice des lys. Il est connu 
aussi sous le nom de Béstio ddou bon Dieu, ou Galinito 
dàou bon Diou. 

Lorsque Biôou est un nom propre d'homme, ce qui est 
fort commun dans le pays, il fait au féminin Bùdo. 

Dér. du lat. Bos, ou mieux du gr. BoOç, même sign. 

Bien, t. m. Dim. Bïouné. Biguc de bois équarrie pour 
être sciée en long. — Aquél Aoubre fara tri» bfioiit, cet 
arbre fournira trois longueurs de sciage. 

Dér. de Bio. 

Biquo , f. m. Gaillard; bon compagnon. — Vn bon 
biquo, un bon drille. Trasso dé biquo, mauvais garçon, 
mauvais diable. Sires un biquo à faire aquà, si tn étais 
homme à faire telle chose. AM lou biquo.' ah! le luron ! 

Ce mot [wurrait bien dér. de Vicanus, villageois. 

Bisa, ado, adj. IIAlé, gercé par la bise. 

Dér. de Biso. 

Bisbil, (. m. Bisbille; mésintelligence; discorde; que- 
relle ; rixe ; dispute. 

En ital. Bisbiglio. 

Biscaïre, s. m. Biais; côté; obliquité; travers; angle. 
— Dé biseaire, de travers, en faux équerre. Coupa dé bis- 
caïre, couper de biais. Cantoii dé biscaïre, encoignure en 
faux équerre. 

Dér. du lat. Bis et du lang. cotre. 

Biscarlà, s. m. Bidet; petit cheval de montagne, ordi- 
nairement de race lozerotte. 

Ce mot ne serait-il pas dans sa finale une contraction on 
une altération de eavalà, petit cheval? La syllabe bis, de 
la bass. lat. bisus, brun, noir, déterminerait la couleur la 
plus ordinaire de ces poneys de montagnes. 

Biscoantour, s. m. Zig-zag; faux-fuyant ; course pleine 
de contours et de détours, en décrivant divers arcs de 
cercle inverses les uns des autres. 

Dér. du lat. Bis et eontorquere, tourner deux fois au- 
tour. 

u 



114 



BIS 



BLA 



Bise, ». m. Pigeon biset; ramier; pigeon sauvage, 
Columba liviu, Liiui. — Il se distinguo par doux bandes 
noires nu'il a sur chaque aile. Son plumage est d'un gris 
de fer fonce, et lui a valu son nom, tirci de la bass. lat. 
bisus, brun. 

Bisècle, s. m. Bizègle, instrument de cordonnier en 
buis, ayant une sorte de mortaise aiguë à chaque bout, 
qui sert à lisser la tranche des semelles et h effacer la ligne 
de suture. 

On no sait trop pourquoi on donne quelquefois, chez le 
peuple, le nom de Bisècle aux enfants qui ont le prénom 
de Louis. 

Dér. du lat. Jiis acutus, aigu des deux côtés. 

Bisèl ou Bisèou, s. m. Biseau, talus pratiqué à l'extré- 
mité d'un outil, d'un instrument. On le dit des bords à 
facettes d'une glace, de l'arête adoucie d'un bois équarri, 
du dos d'un couteau, etc. 

Dér. comme Biaï, du gaulois Bihay, obliquité. 

Bises, s. m. pi. Coup do bise ; autans; vents froids et 
fréquents. 

Dér. de Biso. 

Biséto (En), aJv. De biais; en biseau ; obliquement. — 
Biseto est le dimin. de Bisèou, mais ne s'emploie qu'ad- 
verbialement. On dit encore : ésca'iè en biséto, escalier en 
colimaçon. 11 semblerait cependant que cette dernière 
expression viendrait de avis, une vis, dim. viséto. 

Biso, s. f. Bise; vent de bise; vent sec et froid qui 
souille du N.-E. au N.-O. — La biso es folo, il fait un 
vent fou. Touqua ildou vén dé biso, il est un peu timbré. 
Aquésto fés né siès touqua dâou vén dé biso, pour le coup, 
tu peux t'en frotter les moustaches. 

Juste-Lipse fait venir ce mot de l'ancien teutonique, bisa, 
tom-billon de vent. En tous cas, il est remarquable que la 
racine de notre biso, prise du celt. bis, signifiant noir, 
réponde au grec MeXavSoféaç, vent noir, et au lat. aquito, 
même sign., dér. de aquilus, noirùtre. 

Bisouèr, s. m. Dimin. Bisouèrné. Vent-coulis; courant 
de bise à travers une porte, une fenêtre, une ouverture 
quelconque. 

Dér de Biso. 

Bisqua, v. Bisquer; être vexé; enrager; s'impatienter; 
s'inquiéter; recliigner. 

Dér. du lat. lexare, vexer. 

Bisquo, J. f. Colère; fâcherie. — A prés la bisquo, il a 
pris la mouche. Aquù's mdou préne sa bisquo, voilà qui 
est mal prendre son temps, se fAclier mal a propos. 

Dér. de Bisqua. 

Bisses (L'an dé), s. m. L'année bissextile, celle où se 
rencontre le bissexte, c'est-à-dire le jour (pi'on ajoute an 
mois de février tous les quatre ans. — l.ou pagarai l'an 
dé bissés, je le paierai aux calendes grecques. 

Un lourdaud, nommé Jean dâou t'es, qui avait pris 
femme, trouva mauvais que celle-ci accouchât au bout de 
trois mois de mariage. 11 consulta sur cette affaire son 



curé, qui, en homme d'esprit et de conciliation, voulut pré- 
venir les suites fâcheuses d'un événement irrémédiable 
d'ailleurs. Il comj)ulsc son Ordo, et voyant qne l'année 
est bissextile, après des calculs qui commencent à calmer 
l'imagination du pauvre mari, il on tire enfin l'oracle con- 
solateur suivant : 

Jean (làou Fés 
Fénno n'a prés 
L'an dé bissés que né vûou très ; 
Très et très fau sièi et très fan iiôou, 
L'éfan es vostre pcrqué Diou-z-ou vécu. 
Jean du Fé$ a pris femiue dans l'anuéc bissextile, qui 
compte triple ; trois et trois font six, et trois font neuf; l'en- 
fant est à vous puisque Dieu le veut ainsi. 

Notre homme se retira satisfait, dit l'histoire. 

Dér. du lat. Vissextus. 

Bistour, s. m. — Voy. Biscountour. 

Bistourtiè, s. m. Bistorlier, terme de pâtissier ; cylin- 
dre, rouleau, pilon de bois pour travailler la pâte, la pétrir 
et la mettre en feuille sur une table. 

Dér. du lat. Bis et torquere. 

Bitaïo, s. f. Victuaillo ; provision de bouche ; spéciale- 
ment, ration de vivres qu'apjwrte un journalier dans son 
bissac. 

Dér. du lat. Victualia, vivres. 

Biva, s. m. Bivouac, garde qui est sur pied pendant la 
nuit. 

Emp. au fr., qui dér. do l'allem. Bey, guet, etwacht, nuit. 

Bivaqua, v. Bivaquor ou bivouaquer ; par ext. passer 
la nuit en plein air, à la belle étoile. 

Dér. de Biva. 

Bla, s. m. Dim. Bladé. Blé, nom générique qui com- 
prend toute espèce de céréales propres à la noun'ilure de 
l'homme. Dans beaucoup d'endroits, le mot bla ne désigne 
que le froment et ses variétés. — Lou bla a fa d'un sièt, 
d'un dès, le blé a sextuplé, décuplé, il a produit six ou 
dix pour un. Téro négro [aï bon bla, la terre noire pro- 
duit de bon blé; on dit cela souvent d'une femme très- 
brune, qid doit produire des enfants robustes. Manjarén 
pas grand bla ensemble, nous ne vivrons pas longtemps 
ensemble; il y a incompatibilité entre nous. Sa fénno ïé 
fara manja lou bla cher, sa femme le ruinera. Bla carga, 
blé chargé de mauvaises graines. Via dé barquo, blé étran- 
ger, qui \ ient par eau et (jui est souvent avarié. Bla dé 
péïs, blé indigène. Chaque pays a une prédilection pour les 
produits de son sol, ici surtout. Le fait est que le blé des 
environs d'Alais est de fort bonne qualité; il se vend tou- 
jours plus cher que le blé étranger. Bla dé séinénço, blé 
du premier clioix, réservé pour renouveler la semence. 
Bla vésii, grains qui n'ont pas éti;- dépouillés de leur 
balle. Vn bla est ordinairement un blé en herbe. Un for 
bla, un blé bien fort et bien épais. 

Dér. delà bass. lat. Bladum, qui vient lui-même du 
vieux saxon blad. 



BLA 



BLA 



115 



Bladïè, èïro, adj. Qui concerna le bl6; LIalier, mar- 
chand de l)lé, moins usité cependant en ce sens que mar- 
chai! dé bla. n est quelquefois nom prop. ; les enfants alors 
se nommant : Bladiifré, Bladièïréto. — SfouU bladiè, 
moulin à blé. 

Dér. de la bass. lat. Bladaritu ou bladerius, moulin à 
farine. 

Blagua, v. Bavarder; hàbler ; parler inconsidérément; 
mentir. 

Dér. du lat. Blaterare, caqueter, babiller. 

Blaguo, j. /". n;\blcrio ; bavardage ; babil importun ; 
menteric; blague, qui est passé en ce sens dans le fr. fam. 
et pour signifier : sac i tabac. — Taïso ta blaguo, cesse 
ton babil. J^'omj a pas fa que dé blaguos, il ne nous a dit 
que dos Iwurdcs, dos bàblories, des mensonges. 

Dér. do Blagua. 

Blagur, urdo, adj. Blagueur; hâbleur; parleur sempi- 
ternel ; indiscret. 

Mémo dér. que le préc. 

Blaâme, s. m. Calomnie, ou tout au moins grosse médi- 
sance. — Leva un bldime, inventer une calomnie, calom- 
nier. 

Dér. (lu gr. Vki^'^oi, lésion, injure, dommage. 

Blaïsa, V. Biaiser; agir avec nonchalance, sans entrain, 
sans conviction. 

Dér. du nom pr. BUso, Biaise, synonyme de noncha- 
lant. 

Blaïséja, v., et Blésséja, r. Grasseyer, parler gras, 
comme font les Provenfaux, i. l'enconlre de la lettre r qui 
s'embarrasse dans leur gosier, et qui a quelque rapport 
avec le g. 

Ce mot est encore plus spécialement applicable à un léger 
défaut de langue, qui so produit pour certaines con.sonnes, 
comme si on les glissait entre les dents ; ce qui fait pro- 
noncer le ch comme un s, \e j comme un z, et ^ comme si 
d la précédait. 

Le premier est le grassaicmcnt et le second le zézaie- 
ment , que le lang. confond dans Blaïséja ou Blésséja. 

Dér. de Blé. 

Bla-maré, s. m. Maïs; blé d'Inde ou de Turquie; gros 
millet des Indes; Zea mays, Linn. Plante de la fam. des 
Graminées, originaire de l'Amérique, d'après certains 
auteurs, tandis (pio d'autres soutiennent qu'elle est venue 
des Indes-Orientales, opinion que semblerait confirmer son 
nom fr. En tous cas, la dénomination languod. Bla-maré, 
indique qu'elle nous est arrivée par la mer. 

Blan, s. m. nianc, monnaie du moyen Age qui valait 
cinq deniers. — Sirt blan, deux sous et demi, ou 125 mil- 
lièmes. C'est là le seul cas où le mot est employé. 

Son nom dérive de sa couleur, c'est-A-dire que cotte 
monnaie était blanchie ou étaniée ; en argent, elle eût été 
trop iwtilo pour la valeur repn'-sentée. 

Blan, quo, adj. Dim. Blanqué,p^]oT. Blanqua.^. Blanc; 
couleur de la neige ; pAlc; propre. — Drapeau blan, dra- 



jieau de la monarchie française. Pèro-blan, frére-pri^chouf 
dominicain dont il existait un couvent à Alais. Abtoura 
Aou blan, mêler de la farine dans le breuvage d'un animal. 
Mé fai véni tous pèous blans, il mc fait blanchir les che- 
veux, dit-on do quelqu'un qui nous tourmente, nous im- 
portune jusiju'à l'iraiwtience. Camiso blauqno, chemise 
propre. Faire un viaje blan, faire un voyage inutile, se 
déplacer pour rien, rénguè tout blan, il pâlit tout à coup. 

Dér. de l'allem. Blank, brillant, éclatant. 

Blan, .5. m. Cible, but où l'on tire. — Aï fa blan, j'aà 
mis dans le blanc, j'ai touché le but. Tira Aou Uan, tirer 
à la cible. 

Le point où l'on vise est marqué ou tracé en blanc au 
centre d'un espace noir : de là le nom. 

Blan-bè, s. m. Blanc-bec, jeune homme sans expérience, 
ironique et méprisant. 

Formé de Blan et de bè. 

Blanchi, v. Blanchir; jusser au lait de chaux; faire 
prendre une couleur blanche. — Fuira blanchi, faire blan- 
chir, en terme de cuisine, donner une première ébullitiou 
à la viande, aux légumes, les passer à. l'eau bouillante. 

Dt^r. de Blan. 

Blannavo, s. f. n. pr. de lieu. Blannaves, commune du 
canton de Saint -Martin- de -Valgalgucs, arrondissement 
d' Alais. 

Ce nom se divise en deux parties. La dernière ne pré- 
sente aucune difficulté : nave, twve, noue, en v. fr., nava, 
en osp., signifie prairie. Dans la première, pour avoir un 
sens raisonnable, blan ne pouvant s'allier au sens do nave, 
il faut admettre, pour l'euphonie et la signification, que 
r primitif s'est transformé en l actuel ; ces deux consonnes 
ont d'ailleurs des dispositions particulières à permuter 
ainsi. Or brana est rendu dans la bass. lat. par juvenea, 
vacca junior, vache jeune. Ce qui donne pour le nom entier: 
prairies ou pâturages pour l'élève des vaches. Cette inter- 
prétation se fonde par assimilation sur le nom d'un hameau 
de cette commune de Blannaves, où la môme étymologie se 
trouve très-marquée. Branoiis, Branoux.est représenté par 
le lat. branu.s, niasc. de brana, id est juvencus, junior 
bos (Du Cange), dont nous avons fait en langued. avec la 
même sigi\ification brâou, jeune taureau. 

Blanquâou, f. m., ou Blanquâondo, s. f. Guigne 
blanche, espèce de cerise de couleur de cire, légèrement 
teintée de rose, du cAté exposé au soleil. Le fruit est indif- 
féremment masc. ou fém., l'arbre n'a que lemasc. Cérièïre 
blanquâou, cerisier qui produit la guigne blanche. 

Dér de Blan. 

Blanquas, asso, adj. Blanchâtre, qui tire sur le blanc; 
d'un blanc sale. 

Poj. de Blan. 

Blanqué, s. m. Cérat de Galien, pommade résolutive, 
détersive et dessicative ; onguent connu aussi sous le nom 
de blanc Bhasis , par corrup. blanc raisin, d'une couleor 
blancluMrc. 



IIG 



BLÂ. 



Blanquéïras, s. m. Terre schisteuse et argileuse, d'une 
teinte jaunâtre pâle ; terrain à maigre végétation. Pour le 
mettre en produit, il faut le défoncer profondément. 

Dér. de Blan. et du celt. cair, pierre, yuier et autres. 

Blanquéia, v. Paraître blanc ; avoir de loin une teinte 
blanchâtre ou lumineuse; tirer sur le blanc; devenir 
blanc. — Lous sères acouménçou dé blanquéja, l'aurore 
commence à blanchir le soinraol des montagnes. Adéjà 
blauquéjo, il devient blanc, il vieillit, en parlant d'un 
homme qui commence à grisonner. 

Dér. de £lan. 

Blanquéto, s. f. Blanquette, espèce de fricassée, de 
gibelotte d'agneau, de chevreau ou de rogatons de rôtis de 
veau ou de mouton, à la sauce blanche. 

Blanquéto de Limoàs, Blanquette de Limoux, nom que 
le fr. a emprunté au lang. comme le précédent. C'est un 
vin clairet et mousseux, de môme natnre mais plus piquant 
que la clairette de Die. 

Blanquinoùs, ouso, adj. Dim. Blanquinousé, péjor. 
Blanquinousas. Blanchâtre ; tirant sur le blanc ; d'un 
blanc sale. Peut-être est-il d'un degré supérieur à Blan- 
quas, déjà péjor. — V. c. m. 

Blanquoù, s. /". Blancheur ; couleur blanche. 

Blaquarédo, s. (. Chênaie ; taillis de chênes blancs. 

Ce mot est formé de la finale caractéristique, méridio- 
nale essentiellement, élo, qui est le signe de la collecti- 
vité, et qui répond à la terminaison lat. elum, et armori- 
caine ek : le radical, ou mieux les deux syllabes qui pré- 
cèdent, se décomposent en blak, celt. blanc, et quar qui 
égale querc, celt., d'où le lat. a fait quercus, chêne; et en 
voulant désigner un lieu planté de chênes, une chênaie, il 
s'est servi de son collectif etum, traduit dans la langue 
d'Oc par édo. Ainsi s'est formé quercetum, même ques- 
notum, exprimé en fr. par chênaie cl en lang. par blaqua- 
rédo, ou blanche chênaie, ou taillis de chênes blancs. 

La première syllabe est indicative de la qualité ; la seconde 
représente le radical celtique, caractérisant le sujet, l'arbre 
lui-même. Mais il n'est peut-être pas de syllabe qui ait 
subi autant de transformations, qui ait été plus défigurée 
que le nom du chêne, l'arbre des Druides, le vieux gau- 
lois tann. On le retrouve en Armorique, et il est syno- 
nyme de dero; le latin l'avait altéré en querc u>, avec la 
désinence propre au génie de sa langue. Il est toujours 
reconnaissable et le changement graphique devait avoir été 
produit par la variété de prononciation. Tann ou dero 
sonnaient indifféremment comme tsann, chann, sann, ou 
ehero, chesro, xero. quero ; quand la voyelle finale, muette 
sans doute, est tombée , on voit facilement comment ont 
pu se former et le mot latin et les variantes romanes. Si 
bien que, d'après les plus anciens titres, tann primitif est 
exprimé par tasnus comme par connus, d'où leur collectif 
ta$netum et casnetum, ce dernier donnant quesnetum, le 
môme que quercetum, plus rapproché du latin, et employés 
tous deux également dans la traduction ou la reproduction 



BLA 

des noms comnmns ou de localités, tels que chênaie, écrit 
autrefois chesnaie comme c/iesne, et Chesnei (Eure), Quesnay 
(Calvados) , Chenay (Sarthe) , Cheney (Yonne) , Chenaye 
(Deu.x-Sèvres), Chenois (Meurtho), Chesnaye (Seine-et-Oise), 
Tannois (.Meuse), Ckanoy (Haute-Marne), Xenois (Vosges), 
Sannois (Seine-et-Oise), T/ic/iay (Indre), yue/ta»/ (Calvados), 
Casneuil (Lot-ct-GaronnC;, identiques à Thenailtes (Aisne), 
Chenailles (Loiret), Tkenneil (Indre-et-Loire), et Quesnay 
(Nord), lous analogues, et tous rendus par la forme inva- 
riable latine, Quercetum ou Quesnetum. Le lang., en em- 
ployant édo, as, ièro, ièïro, comme désinences, n'a fait 
qu'approprier au génie propre de sa langue et de sa pro- 
nonciation, ce que dans d'autres dialectes on entendait et 
on prononçait avec une autre inflexion. Jlais la dérivation 
est évidente ; elle se fait mieux sentir dans La Blaquièïro, 
La Blachère (Ardèche), qui confirme la filiation — Voy. 
les articles Cassayno, iido et lè'iro, suffixes. 

Blaquas, s. m. Dim. Blaquassoù. Jeune chêne blanc. 

Blaquassino, s. f. Jeunes pousses du chêne blanc qui 
se convertissent en buisson faute d'être élaguées, ou pour 
avoir été broutées à leur naissance. 

Blaquièïro (La), s. f., nom pr. de lieu. La Blaquière, 
hameau de la commmie de Cendras, près Alais, probable- 
ment dans l'origine un taillis de chênes blancs. Même 
forme et môme étym. que Blaquarédo. — Voy. Blaquas. 

Blaquo, s. f. Jeune ramée du chêne blanc, dont les 
moutons sont très-friands, et dont on fait des fagots pour 
leur nourriture d'hiver. 

Blasa, t). Faire de la blaso. premier travail des vers à 
soie qui veulent filer leur cocon. 

Dér. de Blaso. 

Blasi, s. m., nompr. d'homme. Biaise. Au fig., noncha- 
lant, mou, bonhomme. — Voy. Blèso. 

Dér. du gr. BXiÇ, lâche, imbécile. 

Blasi, V. Faner; flétrir; froisser, meurtrir. — Blasi, 
part, pass., flétri; fané; meurtri. 11 a formé Ablasiga qui 
a la même sign. — V. c. m. 

Dér. du gr. BXàS, comme le nom pr. précéd., qui n'a 
avec lui que la seule différence de l'accent, placé dans le 
premier sur la pénultième qui est longue et rend l'i muet, 
tandis que la syllabe est brève dans celui-ci, comme le 
note du reste l'accenl que prend l'i final et le fait sonner. 

Blaso, s. f. Bave, bourre des cocons du ver à soie : ce 
sont les premiers fils qui servent d'échafaudage à ce petit 
édifice et qui le tiennent à la bruyère où il est suspendu. On 
dépouille le cocon de cette bave avant de le filer ; elle est , 
grossière et n'est pas chargée de l'humeur visqueuse , 
répandue par le ver, qui donne de la force et de la consis- 
tance au fil de soie. 

Dér. du gr. BÀàÇ, subst. de BXâiCu, être mou, flasque. Le 
mol blasi existait dans la langue ; il a suffi d'un rappro- 
chement pour appliquer l'épithète et faire le mot, au 
moment de l'importation des vers à soie, moins ancienne 
évidemment que le mot lui-même. 



BLO 



BO 



117 



Blassa, t>. Blesser. N'est pas admis avec son acception 
active, et serait une injure adressé à une femme. II n'est 
reçu que comme ver!», se blassa, se blesser, avorter, en 
parlant d'une femme enceinte qui accouche avant le terme 
naturel; faire une fausse couche. 

Dér.dugr.IIXniajsiv, frapper, ou BXirceiv, offenser, blesser. 

Blatiè, 5. m., au fém. BlaUhro. Dlatier ; marchand, ou 
plutôt revendeur de blé. 11 a beaucoup d'analogie avec 
Bladiè, s'il n'est toutefois le même. 

Dér. de Bla. 

Blé éto, wlj. Blet, blette, ])cu usités; mou, comme le 
deviennent certains fruits en mûrissant; mince, plat. — 
Péro bléto, poire blette. Bousso hléto, bourse plate. Il est 
des fruits qni no sont mangeables que lorsqu'ils ont atteint 
un certain point de maturité, tels que la nèfle, la cor- 
nouille, la corne. Pour les poires et les autres fruits, quand 
ils arrivent à ce degré de ble, ils sont à demi pourris et 
perdent tout leur prix. 

Dér. du gr. BXiÇ, lâche, mou. 

Blé, adv. En grasseyant, avec blésité. — Parla blé, 
grasseyer, bUser. — Voy. Blaïsséja. 

Dér. du lat. Blœsus, bègue. 

Blédo, ». f. Blette, bette; poirée; Beia vulgarit, Linn. 
Plante potagère de la fam. des Chénopodées. — Coslot ou 
couslétos dé blédo, cardes de poirée. 

Dér. du lat. Blitum, ou du gr. BJitov, m. sign. En ital. 
Biela, en esp. Bledos. 

Blêmi, adj. m. sans fera. Blême, pâle. 

Dér. du gr. BXÉjxfi», aspect, visage. 

Blèso, s. m., nompr. d'homme. Biaise. Au flg., niais; 
nigaud. — Fa>ire dé soun Blèso, faire l'innocent, le bon 
apôtre, la cbatte-mittc. — Voy. Blasi. 

Dér. du lat. Blasius, du gr. Bki^. 

Bléste, ». m., ou Blésto, ». f. Talc, sorte de mica- 
schiste, concrétion de mica; pierre tdqueuse, commune 
dans nos Cévennes, opaque, feuilletée en lames minces, 
flexueuses, jamiàtres ou grises, facilement pulvérulentes; 
elle se trouve en amas ou en filons dans les différentes 
roches de cristallisation ou dans les calcaires qui lui sont 
subordonnés. 

Le roman avait le mot Blesie, bom-bier, chose sale. 
Dèriverait-il du lat. Bliteus, vil, pour signifier un terrain 
de peu de valeur ou qui se convertit aisément en boue? 

Blétoù, ». m. Diin. Blétouné. Clou rivé d'un couteau, 
de ciseaux, etc., qui est accompagné d'ordinaire d'une 
rosette d'argent ou de cuivre. 

Corrup. de Boulait. 

Blétouna, v. Clouer la lame d'un couteau à son manche, 
y mettre un clou rivé. 

Blo, ». m. Total, assemblage en bloc de différentes choses 
de nature et de valeur diverses. 

Dér. de l'allem. Block, tronc, souche ; gros morceau de 
métal bmt. 

Blodo, t. f. Blaude; blouse; sarrau de toile, le plus 



souvent bleue, que les cliarrcticrs et les cultivateurs, dans 
beaucoup de départements, portent par-dessus leurs habits. 

Dér. de la bass. lat. Btialdus, bliaudus, venant de 
bla vus. 

. Bloun, mieux Blounde, do, adj. Dim. Bloandé, bloun- 
din, Uoundiné, bloundinà, bloundinoùs; péj. Bloundai, 
Uoundinas. Blond, onde; d'mie couleur moyenne entre le 
doré et le chàtain-clair. — Bloundin est souvent un sobri- 
quet, que l'on donne rarement à un blond, mais bien par 
antiphrase à un uoireau, à un teint prescjuc mulâtre. 

Nombreuses variétés d'étym. : les unes prises du saxon 
Blond, mêlé; d'autres du lat. upluda, couleur de la graine 
de millet, ou de ablunda, paille, couleur de paille; ou 
bien de bladum, couleur de blé; ou encore de blandut, 
agréable. 

Blouqua, u. Boucler ; serrer avec une Iwucle. — En 
parlant des cheveux, le lang. dit frisa, dans le sens de 
boucler ; mais blouqua serait impropre. 

Blouquo, ». m. Dim. Blouquéto, augm. Blouquasso. 
Boucle, anneau de métal, muni d'un ardillon, et qui sert 
de fermeture à bien des objets divers. — S'emploie dans 
toutes les acceptions, sauf boucle de cheveux. 

Dér. du lat. Buccula, anneau du bouclier par oii ou 
passait le bras. 

Bloaquà, ». m. Clou de soulier, court, à tète ronde et 
plate, dont on sème la semelle par lignes régulières. Il ne 
faut point le confondre avec la taclio, petit clou, fi tète 
grosse et ronde, comme les clous de fauteuil, pour fixer 
toute sorte de choses délicates, et qu'on appelle en fr. 
broquette. Métathèse de Broquo, en esp. broca, clou. 

Dér. de Blouquo, parce que cette espèce de clous sert à 
relier les différentes assises de la semelle, comme si elles 
étaient serrées par des boucles. 

BIu, OÏO, adj. Dim. Bluïé, péjor. Btuxas. Bleu, bleue; 
violet; de couleur bleue ; une des sept couleurs primitives 

— Blu dé ciel, bleu céleste. Véni lout blu, prendre un 
teint pourpre de colère, de frayeur ou de froid. Estre passa 
dou blu, être désappointé, désabusé de ses prétentions. 

Il se prend quelquefois comme substantif; mais il se 
rapproche alors de l'argot. Vn blu signifie un mauvais 
bidet, une rosse, mi àne, et par ext. au jeu de cartes, tm 
as. — Au pi. m. lous blus, les bleus, désignation de parti. 

Dér. de l'allem. Blauw, azur, bleu de ciel. 

Bluïastre, astre, adj. fileu&tre; violacé; tirant sur le 
bleu ou le violet ; d'un bleu sale. 

Blaiéja, v. Paraître bleu; jeter de loin une teinte bleue, 
azurée ou violacée. 

Dér. de Utu. 

Bo, bono, adj. Dim. Bouné, péj. Bounai. Bon, bonne; 
qui a de la bonté; parfait ; qui a toutes les qualités dési- 
rables selon sa nature ou pour sa destination, on pour son 
état ; en parlant des personnes et des choses , excellent, 
fort, vigoureux, vrai, heureux, humain, franc, véritable. 

— Lorsque cet adjectif précède immédiatement le sob- 



118 



BON 



BOR 



stantif auquel il se rapporte, il se dit : bon ; xm bon home, 
dé bon pan. 11 fait de iiiêiiie, lorsque le uiot suivant com- 
mence par «ne voyelle dans un môme membre de phrase : 
Aquà's bon à sâotipre, c'est bon à savoir. — Faire soun bon 
jour, faire sa communion eucharistique. 

Jùii-bo, il fait bon : le temps est doux. Lorscjue cette 
expression (a:i-bo est suivie immédiatement d'un infinitif, 
on dit bon. Fuï-bon marcha, il fait bon cheminer. Faï-bon 
tAoupre quicon, 11 est utile d'avoir quelque instruction. 

Se faïre bo pér quâuoquus, se porter fort pour quel- 
qu'un, le cautionner. Faire bo dé r.én frans, s'obliger sur 
parole de cent francs ; les jouer sur parole. 

Un bon home ne veut pas dire comme en fr. un I)on- 
homme, un peu niais; mais un homme solide au travail, 
soit pour l'adresse, soit pour la force. — Aquà's dé bon 
faire, dé bon dire, cela est aisé à faire, à dire. Escrittiro 
dé bon Ugi, écriture très-lisible. Aquà's dé bon vitre, c'est 
clair, évident. Loti bo dâou jour, le bon du jour. Faï bon 
èstre riche, parlez-moi d'être riche. Ou dises dé bo ? Tu 
parles sérieusement ? Y vaï dé bo, il ne plaisante pas. Y-a 
une bono lègo, iino bono houro, il y a encore une forte 
lieue, une bonne heure. I.ou bon Diou, Dieu, le bon Dieu; 
se dit quelquefois pour crucifix. 

Dér. du lat. Bonus. 

Bocho, s. f. Boule, ordinairement en buis, servant à 
jouer. — Jouga à las bochos, jouer au jeu do boule. Tira 
uno bocito, débuter une boule. 

En ital. Boccia, en csp. bocha. 

Bofi, io, adj. Péj. Boufias. Bouffi ; gros joufflu; enflé ; 
difforme de figure ; boursouflé. 

Dér. de Boufa. 

Bojo, s. f. — Voy. Saqua. 

Bolo, s. f. Borne; limite ; frontière; ligne divisoire quel- 
conque entre deux territoires, comme entre deux héri- 
tages, deux champs, qu'elle soit déterminée par la nature, 
un cours d'eau par exemple, une chaîne de rochers, les 
eaux versantes d'une montagne, ou par un canal et un 
chemin public, soit par des bornes conventionnelles entre 
parties. — Faire bolo, servir de point ou de ligne de déli- 
mitation. 

Le plur. lat holot est d'un emploi plus fréquent. 

Dér. de la hass. lat. Bola : bolas seii mêlas plantare, 
planter des bornes, venu sans doute du gr. BôiXoç, motte, 
tertre. 

Bomi, s. m., ou Vomi. Vomissement; action ou envie 
de vomir; haut-le-cœur. — Aquà faï véni lou bomi, cela 
soulève le cœur. 

Dér. du lat. Vnmere. 

Bon, bono, adj. — Voy. Bo. 

Bonaloùs, oasso.Dim. Bnmifiussé, éio, n. pr. d'homme, 
qui réiKind à bonne fontaine : Bonafous, Bonefoux ou Bon- 
nafoux. L'ancienne langue d'Oc disait fous pour fontiiine. 

Dér. du lat. Bonus, et fons. 

Bonamén, arft». Bonnement; sans fiel, sans malice; sans 



arrière-pensée. C'est souvent un adv. explétif, sans portée: 
Jlonamén dé que vous dirai? .\u fait, que voulez-vous que 
je vous dise ? 

Dér. do Bonus, bonâ mente. 

Bonhur, s. m. Bonheur; félicité; état heureux; pros- 
périté; chance heureuse. — Estre dàou bonhur, être heu- 
reux au jeu; avoir bonne chance. Se lou bonhur m'en vdou 
dire, si le hasard veut me sourire. Lou bonhur gn'én vôou, 
le bonheur le suit, s'attache à lui. Y-a pas bonhur que dé 
canaïo, il n'y a de bonheur que pour la canaille. 

Dér. du lat. Boyia et hora. 

Bonjour, s. m. et interj. Dim. Bonjotimé. Le bonjour 
et Bonjour ! En langufd. plus qu'en fr. on distingue le 
bonjour du bonsoir ; on s'y trompe bien quelquefois, mais 
rarement. On dit bonjiur toute la matinée jusqu'à midi, 
et bonsovàr de midi au soir. Bonjour et bonsouèr se disent 
soit en accostant quelqu'un, soit en passant à côté de lui, 
sans s'arrêter. On ne les dit guère pour prendre congé, ce 
qui se fait par adiou, adiou-sias, ou bien vdtro, auquel on 
répond : amaï à vous, je vous en dis autant. — Lou bon- 
jour à vosto fénno, vous présenterez mes salutations à 
votre femme, et l'on réplique invariablement : Y manqua - 
rat pas, dé vosto part, je n'y manquerai pas, de votre 
part. 

Formé de Bon et de jour. 

■ Bonsouèr, s. m. et interj. Dim. Bonsouérné. Le bon- 
soir, bonsoir ! salutation du soir. — Voy. Bonjour. — 
Aça anén, bonsouèrné. Çà, nous partons, bonsoir! Dire 
bonsouèr, dire adieu ; renoncer à. 

Formé de lion et de soiièr. 

Bôou, s. m. Ocre; terre bolaire. On emiiloie l'ocre en 
pain ou en motte pour marquer d'une couleur rouge ou 
jaune foncé les moutons qui sont destinés à la boucherie. 
Les bergers s'en servent aussi par coquetterie pour farder 
leurs plus beaux moutons, concurremment avec le vert- 
de-gris. 

Dér. du lat. Jiolus. bol, terre bolaire. 

Bor, s. »i. Dim. Botirdé. Bord; lisière ; extrémité; rive. 
— Préne sus lous hors, prendre vers les extrémités, sur la 
lisière. Siifs bien âou bor, tu es bien sur le bord. 

Dér. du lat. Ora etdugr. "Opoç, par l'addition du B. 
En allem. bord, m. sign. 

Bordo, .f. f. Dim. Bourdéto. Fétu, brin de paille ; saleté; 
atomes surnageant dans un liquide. — Tiro mé aquélo 
bordo, tire-moi cette paille de l'œil, dit-on i quelqu'un 
qui avance une grosso liablcrie. Y-a bé dé bordos dinc aquél 
afaïre, cette affaire est bien sale, bien louche. 

Dér. comme le v. fr. Ord, orde, du lat. sordidus, laid, 
sale. 

Borgne, gno, adj. Dim. Botirgné, péj. liourgnas. Bor- 
gne, privé d'un œil. — C'est par le frottement du fr. qu'on 
a restreint le mot Borgne il ce sens. 11 parait certain qu'en 
lang. il signifie proprement : aveugle, privé de la vue, 
comme cela se démontre par les phrases proverbiales : 



BOR 



BOS 



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Borgne d'un ièl ; il est clair que borgne s'enlend ]!i {wur 
aveugle. Une chansun fr. ilil bien aussi : Il était borgne 
des deux yeux. L'argén fat canta loua borgnes, l'argent 
fait cliantcr les aveugles et non les lM)rgnes. D'aïcl à cent 
ans sérén toutes borgnes, dans cent ans nous serons tous 
aveugles, nous n'y verrons plus. On apjiclle aussi les vers 
à soie tous borgnes, à cause du préjugé général qui veut 
qu'ils soient privés de l'organe de la vue. Enquiè coumo 
un ca borgne, ne peut s'entendre que d'un chat aveugle; 
les animaux ne pouvant beaucoup s'inquiéter de la iicrte 
d'un seul œil, qui ne fait que diminuer faiblement leur per- 
ception visuelle. Bado coumo un borgne qu'a perdu soun 
battoà, il crie comme un aveugle qui a perdu sou bftton ; 
crierait-il s'il lui restait un œil ? Siis borgne que y véses 
pas, tu es donc aveugle pour n'y pas voir? 

Dér. du bas-breton Born, m. sign. 

Borgno, alj. fém. de Borgne. Dim. Bourgnéto ; péj. 
Sourgnasso. Borgne ; aveugle. .\u fig. obscure. — Ma 
grand-la-borgno. ma mère-l'oie ; la traduction est exacte, 
mais incomplète. En fr. comme en lang., il s'agit d'une 
bonne vieille grand' mère, qui charme et endort les enfants 
par ses longs contes. Notre gran a la mftmc spécialité que 
la Mère-l'Oie. Ce^jcndant il y a pour nous quelque chose 
de plus ; nous n'avons pas seulement recours à notre con- 
teuse, comme on fait à l'autre, {jour nous amuser ou appe- 
ler le sommeil. Lorscjuc quelqu'un nous poursuit ou fatigue 
de billevesées, de promesses auxquelles on ne croit pas, 
de contes à dormir deijout pour tout dire, on lui jette à 
la figure : ma gran-la-borgno ! ou contractivemont : ma 
jran.' C'est une expression d'incnVlulilé, de dédain, de 
reproche, de colère. On voit qu'il est toujours question de 
contes, sans quoi l'ellipse ne s'expliquerait pas, c'est comme 
si l'on disait : vous me débitez des sornettes, je n'en crois 
pas un mot. En fr. on n'emploie pas ainsi le nom de la 
Mère-l'Oie, c'est une lacune. Resterait maintenant à savoir 
quel malheureux accident rendit liorgne ou iiour mieux 
dire aveugle, notre pauvre gran. L'infirmité lui vint .sans 
doute avec l'âge, et elle a toujours été si vieille ! Xlais que 
de plus clairvoyants décident à quelle époque de sa vie ma 
gran-la-borgno perdit la vue. 

Borgno, s. f. Canal d'entrée ou d'amont, canal de fuite 
ou d'aval d'un moidin h eau. C'est généralement ce pas- 
sage voûté et obscur, qui conmiencc à la première vanne 
de chute et se termine au canal couvert de fuite. 

Dans le Ixis-bret. liorn ; on ital. Vornio, m. sign. 

Borio, s. f. Dim. Bouriéto ; jiéj. Bouriasso. Métairie ; 
ferme ; closerie ; domaine déiiendant d'une seule et même 
exploitation. Comme ce mot est propre aux llautes- 
Céveunes, où la propriété est fort divisée, il ne représente 
guère qu'un petit domaine. Le mot .Has, plus particulier 
aux Basses-Cé venues, et à un pays de plaines et de larges 
vallées, enlraine \"u\6e d'une plus largo exploitation. 

Borio est devenu nom pr. ol s'appli(iue à tout mi quar- 
tier, où se trouvait sans doute et où il existe encore un 



manoir ou une ferme principale. On le traduit en fr. par 
La Borie, et quelquefois on on a fait un nom d'homme. 

Dér. de la bass. lat. Boria, fonds do terre, maison de 
campagne; du lat. fmuria, étahles & IwRufs. 

B08, s. m. Dim. Bousquè; péj. Bouscarasso. Bois, en 
général, substance ligneuse dure et compacte des arbres 
et des arbrisseaux; forêt ; taillis; futaie. — Apara un bos, 
défendre l'entrée d'un taillis aux tmu|)oaux. Bos dé luno, 
bois coupé dans la lunaison favorable ; dans le sens de ce 
préjugé qui veut qu'on coujjo après la pleine lune tout le 
bois qui perd annuellement ses feuilles, et en nouvelle 
lune celui qui les conserve toute l'année (Yog. BartassoitJ. 
Bos coumun, communal ou communaux, pâturages où les 
habitants d'une commune ont droit de pâture ; dans les 
Hautes-Cévennes et la Lozère, communaux sur lescjuels les 
habitants ont droit d'affouage, c'est-à-dire le droit de 
prendre du Ijois iwur leur chauffage, fixé par répartition 
des feux. Sén dinc un bos ? Sommes nous dans une forêt, au 
milieu des voleurs? .Vu fig. Porto bien soun bos, il jwrte 
bien son âge, il est vert pour son ftge. Es dé bon bos, il 
est b&ti de bon Ixiis, il durera longtemps. Faire /td dé tout 
bos, faire flèche de tout Iwis. Laissas faire luu bos, loc. 
prvb., ayez patience ; laissez pisser le mouton ; mot A mot 
cela signifie : attendez que le Irais ait travaillé tout ce 
qu'il doit, qu'il ait pris le degré de sécheresse néces- 
saire. 

Le radical Bos, ses composés et ses dérivés, ses dimi- 
nutifs ou ses jjéjoralifs ont donné naissance à une famille 
Irès-noinbrousc do noms propres do personnes et do lioux. 
Pour bien saisir les variantes dos apj)ollations modernes, 
il faut connaître les changements par lesquels a passé le 
primitif qui se trouve dans la langue ci?lti(iuo Bos, base, 
dans le germaniciuc Buse, ou dans le gothique Busche. 
Suivant l'innuence dominante, la bass. lat. fit ; Boscus, 
boseum, buscus, buschus, avec les dim. Boschelus, buske- 
tus, busquetus. Le roman disait : Bos, base, bor, boise, 
bosche, bou, busche, et les dimin. Boscal, bosquet, buchel, 
bosquina, boscntge, boisson, bogssala; en csp. portug. 
Bosque, bosquete; en ital. Bosco et boschelto. 

De ces éléments se sont formées, disons-nous, bien des 
dénominations locales ; mais le fonds était si rioho, dans 
lui pays couvert do forêts, et il prêtait si bien à une dési- 
gnation, qu'il ne faut pas s'en étonner. Les altérations de 
langage s'en mêlant ensuite et venant à modifier les mots 
et les sons, à les amoindrir ou à les renforcer, il n'est pas 
surprenant non plus que la véritable racine des vocables 
soit souvent difficile ft distinguer, et puisse être confondue 
dans oesbroussailli's. Nous essaierons do les retrouver sous 
leurs formes diverses, et sous chacun des composés on 
dérivés, diminutifs et autres. — Voy. Bruèl, Bruguii. 

Ici notons les nuances qui retracent dans notre langue 
colles du primitif lui-même. Dans les noms d'homme et de 
lieu, se conservent très-rapprochées : Mu Bos, Um Bosc, le 
Bosq (Hérault) ; dèl-bos, Delbos, Dalbos, Dalbosc. Dnbosc 



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ou Dulwis, tous idonliques et faits du môme l)ois ; les 
composés Chalbos, Châoudobos, Chàoudoboi, Mânubos , 
Malbos. Malbosc. — Voy. ces mots, et autres, sans oublier 
ceux où la désinence particulière k notre territoire se 
montre, comme dans les noms : Boussargue, qui est 
identique aux premiers, et Bussargiie. 

Bosso, ■«. f. Dim. Bousséto, Boussignolo, péj. Boxissanso. 
Bosse, déviation de l'épine dorsale ou du sternum ; enflure 
causée par une contusion ; en général, toute excroissance 
contre nature. — Bounla sa bossn, rouler sa bosse, voya- 
ger de tous cotés en exerçant différentes industries inter- 
lopes. Faire ou j^ ficha uno bosm, manger et boire avec 
excès. Se ficha uno bosso ddoti rire, rire à ventre débou- 
tonné, ou mieux dans le même sens : Créba ddou rire ; ces 
trois locutions sentent fortement la langue verte. Ses fa 
uno bosso âou front, il s'est fait luie contusion au front, 
qui s'enfle. 
Dér. du celt. Boss, ou du gr. «PJaaa, enflure. 
Boto, s. f. Péj. Bouiasso. Botte, chaussure de cuir qui 
couvre le pied, la jambe et quelquefois le genou. — Coumo 
vaï la boto ? comment va votre santé ? 
Emp. au fr. En celt. Bot, pied. 

Bon, t. m. Dim. Bouté. Bout; fin, extrémité, reste de 
quelque cbose; brin. — Fiou à dous bous, à très bons, fil 
à deux ou trois brins. Sèn pa'ncaro âou bon, nous ne 
sommes pas encore au bout, à la fin; nous n'avons pas 
fini. Tout se v^ra dou bou, nous verrons bien à la fin du 
compte. Ia)u téne pér un bon bou, j'ai mes sûretés avec lui ; 
je le tiens par un bout qu'il n'essaiera pas de rompre. 

Lou boit ddou mounde, terme de charcutier, l'intestin 
cœctim, boyau fermé naturellement d'un côté, dans lequel 
on ensache de la viande de porc hachée dont on fait une 
sorte de mortadelle : c'est cette mortadelle qu'on appelle 
bou ddou mounde. 

Dér. du celt. Bod, fond, extrémité, ou du gr. BuG6ç, 
fond, profondeur. 

Bou, 1. m. Papillon mile des vers à soie. Plusieurs 
femelles pouvant être fécondées par un même mâle, il y a 
intérêt à prendre pour le grainage plus de femelles que de 
m&les ; à cette fin, lorsqu'on choisit les cocons qui doivent 
servir, on donne la préférence k ceux qui sont bien formés, 
qui sont les plus durs, parce qu'il est à supposer qu'ayant 
plus de soie, il faut admettre que les papillons qui en 
proviendront seront plus robustes ; on reconnaît ensuite ou 
on croit reconnaître les mMes dans les cocons à forme plus 
allongée, plus pointue aux extrémités, mais souvent on se 
trompe à ce triage dont les données sont peu précises. 
C'est du reste un mauvais procédé et une économie mal 
entendue que de choisir trop peu de mâles pour le nombre 
des femelles que l'on élève; car le plus souvent la mau- 
vaise qualité de la graine est due â sa provenance de mâles 
épuisés. Il est prudent de calculer seulement deux femelles 
pour un mAle ; mais l'usage contraire est malheureusement 
suivi par les spéculateurs, surtout depuis l'extension que 



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cette industrie a prise. Quand il sera possible d'échapper à 
tous les inconvénients des grainages faits au hasard, et 
que chaque éducateur éclairé par l'expérience et soigneux 
(lèses intérêts, voudra lui-même avec intelligence surveiller 
cette opération délicate, en y mettant l'importance qui 
convient, peut-être la solution du problème si intéressant 
pour nos contrées aura-t-elle fait un pas de plus. 

Bou, .s. m. Figue-fleur, ou figue précoce, que le préjugé 
donne pour mXh h la figue fraachc. C'est cette idée qui 
lui a fait donner le nom de Bou, bouc, qui est typique du 
genre niAle. 

Bou, s. m. Péj. Boucas, Boucaras. Bouc, mâle de la 
chèvre, Capra hircus, Linn. Mammifère de la fam. des 
Ruminants. Se prend aussi pour : outre à vin faite d'une 
peau de bouc, dont le poil est tourné en dedans. — Es 
confie coumo un bou, il est enflé comme une outre; ou au 
flg. il a le cœur gros, de colère ou de chagrin. 

Dér. du celt. Buch, d'où le bas-bret. bouch, le gallois 
bwch, le saxon boch, dans la bass. lat. buccus. 

Boubâou, s. m., n. pr. de heu. Boubaux, Saint- 
Martin-de-Boubaux, hameau de la commune de Lamelouze, 
arrondissement d'Alais. 

Dér. de Bou, bon, dialecte lozerot, ou peut-être de bos, 
en lat. buschus, bois, avec apocope, et de bdou, baux, 
par substitution du t; en b, lettres identiques, vaux, val, 
anc. fr.. vdou, lang., vallon, vallée ; d'où bon vallon ou 
vallon boisé. Les noms analogues seraient : Belval, Bel- 
leval, Beauvalon , ou Bonval , Bonneval , noms d'homme ; 
Bonnevaux, canton de Génolhac, arrondissement d'Alais. 
Boubo, ou Boubou I interj. Dim. Boubéto , boubou. 
Terme d'enfant ou de nourrice. C'est le baragouinage de 
l'enfant qui demande à boire. On sait qu'iv cet âge où peu 
de syllabes sont encore connues, on ne s'attache qu'à quel- 
ques consonnes qui frappent davantage la mémoire, en y 
joignant luie voyelle quelconque, et on en fait une rédn- 
plication de la syllabe retenue pour la rendre plus sen- 
sible. L'enfant ne se rappelle pas de tout le mot béoure, 
mais le B l'a frappé comme le son de la diplithongue o«, 
il en fait boubo et botiboù. de même qu'il a créé papa, 
poupo, tété, etc. Les grands enfants qui sont auprès de 
lui, et qui devraient toujours le ramener à la prononcia- 
tion du mot propre pour l'y façonner, au lieu de cela, 
abondent dans son sens et se plient à son vocabulaire. La 
nourrice ne manque jamais de lui dire : Vos boubo, vos dé 
bouboti, au lieu de prononcer le mot béoure, qu'il compren- 
drait évidemment, puisque c'est lui qui a formé par ana- 
logie son boubo. S'il ne le répète pas exactement, ce n'est 
pas faute de l'entendre ni d'en faire l'application, mais 
plutôt d'être exercé aux procédés labiaux et autres qui sont 
nécessaires à la prononciation. Il est bien entendu que, par 
cette raison, le dim. BouAefo n'est jamais employé que par les 
nourrices et les bonnes, jamais par leur poupon lui-même, 
qui aurait aussitôt fait de dire béoitre, s'il pouvait varier et 
articuler plusieurs syllabes avec changement de consonnes. 



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Boubourado, i. f. Pi^j. Bouboiiradasso. Vapour chaude et 
étouffante qui s'exhale d'un endroit chaud et enfermé; étuvc. 

Onomatopée exprimant le bruit d'une eau qui bout à 
gros bouillons: hou! Ixiu ! répété. 

Boucan,!, m. Boucan; Itriiit; vacarme; tintnmarre; 
l)ruit d'une rixe. 

Ce mot, qui est importé, comme son homonyme fr., de 
l'idiome des Caraïbes, signifie le mode et le lien de la pré- 
paration des viandes qu'on boucane ou qu'on fume. Il a 
donné naissance au v. boucaner et au s. boucanier, appli- 
qués d'abord aux Indiens qui boucanaient à la fumée des 
viandes de bœufs sauvages, dont ils faisaient commerce. 
Plus tard, ce commerce d'échange innocent et primitif fut 
délaissé par les sauvages, qui travaillaient plus directe- 
ment et qui se firent flibustiers. De toutes les nations leur 
vinrent des compagnons : c'étaient bien les plus grands 
tapageurs et les plus mauvais garçons du monde. Le mot 
originaire dévia de son acception primitive, et il reparut 
comme synonyme de tapage tumultueux, vacarme, et 
caractérisa ainsi les boucaniers, faiseurs de boucan, tapa- 
geurs et querelleurs. — Voy. Bousin. 

Après cela, comme l'étym. a des ressources, elle a fourni 
dans le celt. Bocan, impudique, qualification encore très- 
applicable à ce genre de tapageurs, et dans le gr. Buxcîv»;, 
instnimentde tapage par excellence, qui les caractérise aussi. 

Boucariè, ». f., n. pr. de rue et de quartier, qui signi- 
fiait dans l'origine Boucherie, inscrit aujourd'hui sous le 
nom fr. de Bouquerie. 

Dans les premiers temps de l'émancipation des com- 
munes, les différentes corporations des arts et métiers adop- 
taient des rues et des quartiers particuliers, soit par ordre 
de leurs syndics, soit que l'autorité consulaire voulût 
détruire tout privilège de quartier en obligeant tous les 
exploitants d'une même industrie à s'établir dans une 
même rue. — Voy. Fabrariè, Frucharii, Piiroulariè . 
Sabatariè, TéUsariè, etc. 

nouqunrid, dérivant de bou, botte, boearia, dans labass. 
lat., désigne le lien où l'on tuait les boucs et où l'on en 
préparait la chair, où l'on tenait boutique pour la vendre. 
Or il .semble extraordinaire que la viande des boucs et des 
chèvres fiit le principal objet du commerce des boucheries; 
cependant le doute est difficile quand on se rend compte 
des mots Iwucher et boucherie, et quand on trouve dans la 
charte d'Alais de l'année 1200, écrite en langue vulgaire, 
ce curieux passage : 

Et mmnndamenz disent que en carreiras puhligas o em 
plas'as n boquier o H nltre mnnelier lo sanc de.lz bocz non 
jeton ni escnmpon, ni las bii/ladas o attras causas pudenz, 
ni auclzon los bocz emptassas ; e aizo vedam a tofz homes. 

« Nous défendons expressément aux bouchers de jeter ni 
répandre le sang des boucs dans les rues publiques ou sur 
les places, non plus que les intestins ou autre chose fétide, 
qu'ils ne puissent non plus égorger les boucs sur les places; 
et ceci nous le défendons à tout le monde. » 



n paraîtrait cependant qu'au moyen âge il existait deux 
sortes de bouchers, les uns dits boquiers, les autresmaïe/i«r». 
du lat. macellarius. Sauvages nous dit que ce dernier nom 
appartient à un autre dialecte. Néanmoins dans la charte 
de <Î00 nous voyons les deux noms en usage à Alais, en 
rapprochant l'article que nous venons de citer de celui-ci : 
Establen que fuit It masellier vna regada en lan juron 
sobrels quatre evangelis de Peu qvezel masel defra la vUa 
dalest lur etient en alcvna guisa carn de moria ni poirida 
dallra gnisa mortalz non vendran ; cant verre rendran 
aret o troia digon o al comprador, iasla aisso que non H o 
demant ; de feda si hom non H a deinanda non son tengut 
de dire nomnadamenz. Creissem que las camz non sion ten- 
giidas en aigo, en aicique las vendant polridas per bonas; 
e si en contra aizo fasion H seinnor melan lur pena. 

€ Nous ordonnons que tous les bouchers, une fois par an, 
jurent sur les quatre Evangiles de Dieu, que dans la bou- 
cherie ou dans la ville ils ne vendront sciemment aucunes 
viandes passées, ni pourries, ni provenant de bêtes mortes 
de maladie. Quand ils vendront verrat, bélier on truie, ils 
devront en prévenir les acheteurs, même sans qu'on leur 
demande; s'il s'agit de brebis, ils ne seront tenus de le 
dire qu'en tant qu'ils en seront requis expressément. Nous 
ajoutons qu'ils ne tiendront point les viandes dans l'eau 
afin de vendre ainsi pour bonnes celles qui seraient pour- 
ries, et s'ils se mettent en contravention ils seront punis 
par leurs seigneurs. > 

Il existait donc des états distincts et par le genre de 
leur commerce, et par le quartier de leur réunion en con- 
frérie, puisqu'à Alais il y avait une rue appelée Boucariè, 
et une autre nommée Uaxèl-vièl. Il faudrait en conclure 
que les boquiers, bouchers, ne vendaient que delà chair de 
bouc, chèvre et chevreau, qui était sans doute plus estimée 
que de nos jours, et les maseliers toute autre espèce de 
viande, comme mouton et porc. 

On pourrait tirer une autre induction du rapprochement 
de nos. deux citations. On y voit qu'il est défendu aux 
bouchers d'égorger les boucs dans les rues et places et d'y 
jeter le sang ; mais on ne retrouve pas la même prohibi- 
tion laite aux maseliers pour les béliers, verrats ou truies. 
D'où on pourrait penser, à notre avis, que les boquiers 
égorgeaient toutes sortes de bêtes comprises dans l'expres- 
sion générique boves, et que les maseliers n'étaient que des 
espèces de revendeurs de viande de basse qualité, qu'ils 
auraient achetée des particuliers ou des gens de la cam- 
pagne. Ce qui confirme cette idée, c'est leur serment de ne 
pas vendre, à leur escient, de la viande de bètes mortes ; 
il est évident que, s'ils avaient égorgé eux-mêmes, ils 
n'auraient pu être dans le doute si leur viande appartenait 
ou non à une bête morte. Une seconde considération, qui 
corrobore cette idée, est puisée dans l'étym. de maselier: 
macellarius signifie moins boucher que marchand de 
viande; en outre macellum signifie halle, étalage de den- 
rées, étal de boucher; enfin macellus est le dira, de maeer. 



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maigre. De tout cela on pourrait conclure que le maselier 
n'était que le revendeur, Tétalagisle de viandes maigres, 
de moindre qualité, et destinées à la classe la plus pauvre ; 
les boquiers, bouchers, étaient au contraire à peu près ce 
qu'ils sont de nos jours . 

Boucaru, udo, adj. Péj. Boucarudas. Lippu ; qui a de 
grosses lèvres. Ce mot, qui n'est plus dans le dialecte, est 
resté nom pr. d'homme. 

Boucha, V. Tirer une boule, débuter une boule ; terme 
du jeu de boules. Ou lance de loin pour cet effet une boule 
contre celle qu'on veut débuter, éloigner du but; si elles 
sont d'un poids égal et qu'on tire juste, la boule lancée 
perd tout mouvement et le communique à l'autre, qui part 
au loin, tandis que la première occupe exactement la place 
qu'elle a usurpée, par droit d'adresse : c'est ce qu'on 
appelle : tira'n plaça, qui s'emploie aussi au fig. — Yoy. 
Tira. 

Boucha ne se dit au sens de boucher (tapa) qu'au part, 
pass. et figurât. : es boucha, il est bouché, il a l'intellect 
fort obtus. 

Dér. de Bocho. 

Bouchar, ardo, adJ. Dim. Souchardé, péj. Bouchar- 
das. Sale ; malpropre ; barbouillé au visage ; mouton 
marqué de noir ou de brun sur le museau ; un bœuf ou 
un mulet, portant au museau une couleur noire ou diffé- 
rente de celle du corps, reçoivent aussi cette dénomina- 
tion. 

Dér. de Boucho, ou de bouquo. 

Bouchardije, s. f. Saleté; malpropreté; crasse sur la 
figure. 

Bouchariè, s. f. Bouctierie; abattoir public; boutique 
où l'on vend de la viande. — Voy. Boucariè. 

Bouché, s. m., au fém. Bouchèïro, dira. Bouchèïroù. 
Boucher. — Voy. Boucariè. 

Bouchin-Cabro, s. m. Barbe-bouc, salsifis des prés, à 
fleur jaune, Trapopogon pratense, Linn., de la fam. des 
Composées chicoracées. Les gamins sont très-friands au 
printemps de cette plante dont ils sucent chaque jointure 
au nœud de sa tige, qui a un goût douçàtre. 

Dér. du lat. Barbula-hirci, d'où bouchin-barbo, et la 
corrup. bouchin-cabro. En ital. Barba-di-becco ; en esp. 
Barba-de-cabron. 

Bouchi-tè ! interj. Cri ou plutôt commandement adressé 
à la chèvre. Il é(iuivaut à Halte-là! et s'emploie lorsque cet 
animal se dresse contre un arbre pour le brouter, ou quand 
il prend quelque direction dangereuse. Comme cet appel 
est toujours accompagné d'un coup de pierre, l'animal ne 
se trompe guère sur sa signification. 

Dér. de Boucho. 

Boucho, s. f. Dim. Bouchito; péj. Bouckasso. Chèvre. 
[Voy. Cabro.) Boucho est le fém. de Bouc, et l'ancien nom 
de la chèvre en langue d'Oc. 

Boucouïran, j. m., nom pr. de lieu. Boucoiran, com- 
mune du canton de Lédignan, arrondissement d'Alais, sur 



la route de iNimes à Alais, et sur le chemin de fer qui 
traverse sous un tunnel le rocher que domine son vieux 
château. 

Sauvages le fait dériver de deux mots gr., Bou;, bœuf et 
Korpo?, porc. On pourrait trouver une autre racine qui 
paraîtrait s'accommoder davantage aux allures du pays. 
Haremont on a emprunté chez les Grecs pour formuler le 
nom des bourgs qui se fondaient dans les Gaules, excepté 
peut-être pour quelques-uns qui pourraient remonter à la 
colonisation phocéenne. Il est plus naturel de supposer 
qu'on a pris dans l'idiome vulgaire, surtout alore que les 
racines s'en présentent si aisément dans deux mots de l'an- 
cien comme du nouveau languedocien : bou ou bouc, qui 
signifie bouc, et outre, outre de bouc. La désinence an, 
qui est la traduction littérale du lat. anus, anum, dérivée 
du suffixe celt., signe de la descendance, de la propriété, 
de la provenance, indique le sens et la signification à don- 
ner au mot qui lui est attaché ; ici Bouc-ouïr-an veut dire : 
lieu des outres de bouc, où l'on fabrique des outres de 
bouc. — Voy. l'article Argue, et An, suff. 

Sauvages a commis une erreur en écrivant à la française 
le prétendu Côiros venant du gr. Le mot porc se dit bien 
côiros; mais en gr. l'orthographe veut qu'on mette .Xofpoç 
par un X et non Kotpo;, par un K: différence qui détermine 
le sens. Dans le mot Boucouiran, d'ailleurs, pas la moindre 
trace du ch, qui aurait été conservé, si la version de iiotte 
savant lexicographe eût été admissible. 

Boudéfla , v. S'enfler ; se gonfler, se boui-soufller. — 
Aquù faï bjudéfla las bouquos, cela fait enfler les lèvres. 
Las figos boudéflou, les figues commencent à tourner en 
maturité; elles se gonflent. 

Boudéfle, éflo, adj. Péjor. Boudéjlas, asso. Enflé; 
gonflé; bouffi; boursoufllé; gros. .4u prop. et au fig. 

Boudifla, v. S'enfler; former des vessies, des cloches, 
des ampoules ; enlever. — Moun dé boudiflo, mon doigt 
s'enfle; il me vient au doigt une ampoule, une cloche. 

Boudiflo, s. f. Dim. Boudiflélo, péjor. Boudiftasso. 
Vessie urinaire ; vessie de porc, (ju'on conserve gonflée de 
vent pour l'appliquer comme dessiccatif; cloche; ampoule; 
élevures sur la peau ; bulles formées par de grosses gouttes 
de pluie en tombant dans l'eau. 

Dér. comme les précédents, du celt. Bot, crapaud, bass. 
lat. botta, en ital. bodda ; et du lat. inflare, flare in, souf- 
fler dans. 

Boudignièïro, s. f. Boudinière ; charcutière qui va 
dans les maisons particulières faire l'assaisonnement des 
viandes salées do porc, qu'il est d'usage d'égorger pour la 
provision do l'année. 

Dér. do Boudin. 

Boudin, s. m. Boudin, boyau rempli d'un mélange de 
sang de porc, d'iiorbos et de graisse. — Kuus pourtan pas 
dé boudin, nous n'en sommes pas aux civilités ensemble; 
nous sommes brouillés; il y a des motifs d'inimitié entre 
nous. Cette loc. prvb. est fondée sur l'usage local qui veut 



BOU 



BOU 



«28 



que lorsqu'il! égorge un porc, ce qui a lieu dans chaque 
iuai»on de paysan el presque dans toutes les familles bour- 
geoises, on envoie un plal de boudin à ses parents, à ses 
amis et à tous ceux auxquels on veut témoigner affection 
ou reconnaissance. Aquà's cla coumo dé boudin, c'est clair 
comme la bout<3ille à l'encre ; tout cela est fort obscur. 

Dér. de laltass. lat. Botulus ou boteUus. 

Bou-Dioul interj. Bon-Dieu ! exelam. de surprise, 
d'étonnement, qu'on place h tout propos, et qui survient un 
peu partout, au commencement, au milieu on à la fin 
d'une phrase. — Bou-Diou .' qu'es M. Bon Dieu ! qu'il est 
grand. Dé que voûtés faire, Jiou-DUntI Que voulez-vous 
faire, grand Dieu ! 

Altération de Bo, bon ; euphoniquemcnt traduit en bou. 

Boudoli, s. .■». Petit homme; bout d'homme; nabot; 
enfant gros et court, replet et jouilln. 

Dér. de Bon, bout, et oU, huile, comme terme de com- 
paraison à une outre à huile, qui a les mêmes dimensions 
et une sorte de ressemblance de conformation. 

Boudoufle, s. m. Péj. Boudouflas. Gros-bouffi; gros 
joufUu ou pansu ; bouffe-la-balle, dans l'argot populaire. 

Ce mot est synonyme de Boudtfle, proche parent de bou- 
doli. descendant plus ou moins direct de boudiflo pour 
l'étym. 

Bondougna, v. S'élever; s'enfler; grossir. La différence 
ayec itoudifia, est que l'enflure exprimée par ce dernier 
est censée remplie d'eau ou d'air ; dans celui-ci l'enflure est 
produite par une contusion, d'où résulte une bosse, une 
bigne, en v. fr. 

Dér. de Boudougno. 

Boudougno, s. f. Dim. Boudougnito, péjor. Boudou- 
gnasso. Bosse, enflure, bigne, produites par un coup, par 
une contusion ou par l'engorgement d'une glande ; loupe, 
tumeur, excroissance charnue. — Il vient de pareilles tumeurs 
à certains arbres, au chêne et au châtaignier principale- 
ment. 

Parait un augm. de Bougno. — V. c. m. 

Dér. du gr. Bouviç, élévation. 

Boudousquo, s. f. Epiderme de certains légumes; écale, 
écorce, coque do certains fruits ; pellicule qui reste sou- 
vent adhérente dans les nigosités de la châtaigne sèche ou 
blanchie ; efllorescence du vin en bouteille ; dépôt de lie 
au fond d'un vase ; éclaboussure de boue. — Manqua pas 
boudousquo din tout aquà, toute cette aC&ire est bien 
sale. 

Dér. peut-être du gr. B4p6opo{, bourbe. 

Boudroun, s. m. Terme de maçon. Biguc de ]K>isqui sert à 
soutenir les planches d'un échafaud.ige, soit lorsqu'elle est 
posée transversalement aux poutres principales, soit lors- 
qu'elle s'enfonce dans l'épaisseur de; murs, ce qui arrive 
lorsqu'on est parvenu à une élévation telle qu'on ne peut 
plus échafauder ni sur des poutres maîtresses, ni sur des 
6tau(ons. 

Formé de Bou-dé-roun. 



Boudufo, j. f. Toupie, sabot, bourdat; jouet d'enfant. 
— Voy. Bdoudufo. 

Bouésaje, s. m. Charpente d'un couvert ; boiserie, 
ouvragj de menuiserie ; Iwisagc, tout le bois dont on s'est 
servi pour boiser ; (Kirquetage. 

Dér. de Bot. 

Boula, V. Souffler; être essoufflé ; siffler; refuser avec 
dédain ; manger avec avidité, avec excès ; dévorer. — 
Boufa coumo un Utrou, souffler comme un lézard, soufiQer 
de fatigue; le lézard, quand il est aux abois, rend une 
espèce de son comme le vent d'un soufflet. LaUsat un pdou 
bou fa à la mountado, donnez le temps de souffler à la 
montée. Mé botifé d'uno lègo, il repoussa au loin mes pro- 
positions. Un pdoure diable tout lou boufo, un pauvre 
hère est mal accueilli partout. L'àouro boufo, le vent 
souffle. Àguè lèou boufa tout toun fdoure, il eut bientôt 
dévoré sa fortune. Boufes pat, ne souffle pas; chut! 
silence ! 

Onomatopée du bruit (ju'on fait en soufflant ; en allem. 
on dit puffen, gonfler les joues pour souffler. L'étym. peut 
s'appliquer à im homme qui est essoufflé, ou qui se gorge 
la bouclie en mangeant avidement. 

B ouf aire, t. m. Goinfre; gros mangeur; voraco; au 
fig. prodigue, mangeur. 

Dér. de Boufa. 

Bonfar (Grau), s. m. Bouffard, maitre-souffleur daos 
une verrerie, celui qui souffle les grands vaisseaux, tels 
que dames-jeannes, alambics, matras. 

Dér. de Boufa. 

Boufarèl (Anjon-), t. m. Ange bouffi, gros bouffi, par 
comparaison aux têtes d'anges isolées qui sont toujours 
joufQnes, et aux figures du vent, que les peintres repré- 
sentent comme les têtes d'anges et que le peuple confond 
avec elles. — SémJlilo un anjou-boufarèl, il ressemble à un 
ange bouffi. 

Dér. de Boufa. 

Boofé, t. m. Dim. Boufétoit. Enfant joufflu et nabot; 
gros petit joufflu ; fort ressemblant au boudoli. 

Dér. de Boufa. 

Boofèlo, s. m.; au fém. Boufilétto. Dim. Bouféloii. 
Gros-enflé; gros bouffe-la-balle, surnom familier que l'on 
donne aux hommes d'un embonpoint excessif. Le dimin. 
ne s'applique pas à un homme moins gros que le premier, 
mais d'ordinaire au fils de celui qui est surnommé BoufèU, 
quelle que soit d'ailleurs sa constitution; de même pour 
le fém. BoufèUsso. Cet usage de faire participer les femmes 
et les enfants aux sobriquets de leur mari et de leur père 
est trèsfré(iuent chez le peuple, surtout chez celui des 
communes rurales. 

Dér. de Boufa ou de boudifla. 

Boules, i. m. pltir. Dim. Boufétit ; péjor. Boufétattat. 
Soufflet à feu, instrument pour souffler. 

Dér. de Bo^tfa. 

Boufiga, v. Se boursouffler; se comTir d'ampoules; 



1^4 



BOU 



s'élever en pustules, en vessies, avec inflammation, telles 
que les produisent les piqûres d'abeilles, de moucherons, et 
le frottement des orties, ou les brûlures. 

Dér. de Boufa. 

Boufigo, s. f. Dini. Boufiguéto, péjor. Bouflgasso. Vessie; 
cloche ; ampoule ; pustule ; échauboulure ; boursoulllure. 

Diir. de Boufa, boufiga. 

Boufo , s. f. Balle du blé ; gousse ou pellicules des 
légumes. 

Dér. de Boufa. 

Boufo, adj. fém., inusité au masc. Boufe. Creuse ; ver- 
moulue; stérile, appliqué à une femme. — Nose boufo, noix 
vide, qui chante creux, parce que l'amande est desséchée. 
Fénno boufo, femme stérile. 

Dér. de Boufa. 

Boufo-fio, s. m. Petit bonhomme ; enfant chétif et petit, 
toujours au coin du feu ; gratte-cendre : le pendant au 
masc. de Cendrilion. 

Boufo-la-balo, s. m. Bouffe-la-balle. Il a beaucoup de 
rapport avec Boufèlo ; seulement celui-ci exprime plus 
particulièrement l'embonpoint de la figure, de grosses joues 
et une petite bouche ; celui-là est instantané d'application 
et ne sert jamais de sobriquet. Le fr. d'argot pop. et fam. 
dit bouffe-la-balle, qu'il parait avoir emprunté au lang. ; 
car que signifie en fr. le mot boulîe ? tandis que boufo, 
3°» pers. indic. prés, du v. Boufa, indique quelqu'un qui 
souffle et qui, pour ce faire, enfle ses joues. 

Boufoon, s. m. Bouffon; plaisantin; gaudrioleur ; facé- 
tieux; farceur; goguenard. — Boufoun coumo un céndriè, 
loc. prvb., mot à mot : bouffon, plaisant, farceur comme 
un cendrier. Voilà un de ces dictons capable de déjouer les 
plus subtiles et les plus sagaces explications. Est-ce une 
antiplirase? c'est probable, car on ne dit cola que de quel- 
qu'mi passablement refrogné, nullement rieur ou qui plai- 
sante à la façon des fossoyeurs d'Hamlet. Mais le cendrier 
est-il l'emblème de la tristesse, l'image de la morosité ? 
peut-être; surtout lorsqu'on se le représente avec ses débris 
de charbon noirci et sa couleur grise, sans étincelles, sans 
flamme. Puis n'est-ce pas de cendres qu'on se couvrait 
dans les jours de deuil ; et le premier mercredi du Carême, 
le Mémento homo, avec ses cendres, ne vient-il pas rappeler 
les pensées graves et solennelles de notre néant 7 La locu- 
tion peut avoir été créée par toutes ces comparaisons. Le 
contraste serait parfait. Le fr. a dans le môme sens : gai 
comme les portes d'une prison. Les deux phr.ises, en lang. 
et en fr., veulent dire : aussi peu gai que possible, ce qui 
approche beaucoup de triste, et le dépasse souvent quand 
il s'y mêle tant soit jkîu d'ironie. Donc contre-vérité. 

Boufoun, comme son correspondant fr. et l'ital. buffb, 
vient du nom des anciens bouffons de cour, dont le premier 
emploi a été celui de grimacier ; la principale de leurs gri- 
maces consistait à s'enfler les joues et à rouler les yeux, 
ce qui donne au mot la même dérivation qu'au verbe 
boufa. 



BOU 

Boufouna, V. Bouffonner; dire ou faire des plaisante- 
ries ; mais particulièrement railler, amuser les autres aux 
dépens do quoiqu'un ; goguenarder. 

Dér. de Boufoun. 

Boufounado, s. /'. Bouffonnerie; plaisanterie presque 
toujours mauvaise ; farce qui excite à rire. 

Dér. de Boufoun. 

Boufounaïre, aitro, adj. Péj. Boufounaïras. Railleur ; 
mystificateur ; mauvais plaisant. 

Bougéroun, ouno, adj. Matois; luron, petit coquin. 
Dimiri. et lénitif d'une expression plus énergique ; comme 
qui dirait en fr. d'argot niiligù : un bigre. C'est là un de 
ces mille mezzo-lermine que le lang. emploie volontiers pour 
faire accorder ce qu'il doit à l'énergie d'une qualification 
avec son respect pour la pudicité du langage. Dans bougé- 
roun, du reste, l'adoucissement n'est pas seulement dans 
le terme, il est aussi dans la pensée : il n'y a rien d'insul- 
tant dans cette épithôte, et la signification que nous lui 
donnons est exacte. Les Italiens disent aussi en langage 
trivial bugiarone, évidemment un dim. de bugiardo, men- 
teur. 11 est d'autant plus probable que notre bougéroun est 
emprunté à l'ital. que nous le croyons vulgarisé ciiez nous 
depuis seulement que les chaudron)iiers napolitains, les 
labrasaïres {V. c. m.), nous ont apporté leur bugiarone. Il 
a été au surplus très-bien accueilli comme léuitif du gros 
mot que nous n'écrivons pas ici, et qui a bien quelques 
autres variantes, toutes en dimin. classés et usuels. 

Bougnas, s. m. Vieux tronc d'arbre noueux, tels que 
ceux qui sont charriés et délaissés par les inondations. Au 
fig. grosse et vilaine tête. 

Augm. et péjor. de Bougno. 

Bougné, s. m. Débris noueux d'un arbre; petite 
souche. 

Dimin. de Bougno. 

Bouguéto, s. f. Beignet, sorte de pâtisserie cuite à la 
poôlc avec de l'huile ; tache produite \)a.v un corps gras. 

Dér. de la môme source que l'ital. Bugna , tumeur, 
enflure, parce que les beignets sont une pâte boursouf- 
flée. 

Bougno, s. f. Dim. Bougnéto, péj. Vougnasso. Souche 
d'arbre, particulièrement la partie noueuse du tronc où 
sont attachées les racines ; bigne ; bosse ; enflure ; glande ; 
contusion ; meurtrissure. — Voy. Boudougno. 

Dér. de l'ital. Bugna, bosse. 

Bouï, s. m. Buis, liuxus semper virens, Linn., arbris- 
seau de la fam. des Euphorbiacées, commun dans nos 
montagnes. Cet arbuste, qui fournit un très-bon engrais, 
est fort en vénération dans le pays. On prétend qu'il fume 
un champ pour trois années, suivant ses divers degrés de 
putréfaction ; il fume la première année avec ses feuilles, 
la seconde avec l'écorce, la troisième avec le bois. 

Dér. du lat. Bitxus, dugr.IIiîoî.buis. — Yoy. Bouïssiétro. 

Bouïargue, s. m., n. pr. de lieu. Bouillargues, commune 
dans le canton et l'arrondissement de Nimes. Il est fait 



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mention de ce village dans de vieilles cliartcs sous le nom 
de BollaniccB et Bolhanicw, villa de Bolhanicit. 

Nous aurions à l'épt'ter, à propos de l'étymologie de ce 
nom, ce que nous avons dit dans l'art. Baïargue. {Y. c. m.) 
Tous ces villages ou hameaux, si nombreux dans le Gard 
et dans l'Hérault, ne nous semblent pas avoir eu nécessai- 
rement pour parrains des Romains d'origine auxquels on 
attribue leur fondation, sans autre preuve qu'une ressem- 
blance de noms et sur une fausse interprétation de la finale 
argue Parce qu'un Komain inconnu se sera appelé Bo/onui, 
qu'un certain Vcttius Bulaims aura été consul avec Cal- 
purnius Piso, en l'an III do l'ère chrétienne ; que même 
Cicéron aura eu un ami de ce nom, et qn'il parle dans une 
lettre i Quintus, son frère, d'mi domaine près de Home 
qu'il noniine Bouillanus, ce n'est pas une raison pour 
admettre (juo Bouïargue, Bouillargues, Bolhanicœ, tire sa 
dénomination de cet illustre personnage, non plus (jue de 
ijuelqu'un de ses clients ou descendants établi dans les 
environs de la colonie nimoise. Il est moins superbe, mais 
certainement plus sur, de prendre l'origine du nom dans 
le lat. bovilia, étables à bœufs, de bos, bovit, qui a donné 
à notre dialecte Ihdou, bœuf, botnè, bouvier; au prov. 
buôou ; au roman l/ouières, bouvières, boviéres, terres lais- 
sées en jachère pour servir de pAturage aux bœufs. Ainsi 
on trouverait à ranger dans la même famille, comme l'a 
fait-le latin, qui se connaissait en traduction, en les dési- 
gnant par le nom analogue Bnvilhacum ou Boviliacum, les 
identiques correspondants à Bouïargue, Bolhanica : Bouil- 
lae (Aveyron, Oordogne, Gironde, Tam-et-Garonne) ; Bouil- 
lat (Gers, Lot-et-Garonne) ; La Bouille (Seine-Inférieure) ; 
Bouille (Maine-et-Loire) ; Bouilly (Aube) ; Bouvine (Nord) ; 
Bovelles (Somme); Boves (Somme); Bova, en Calabre; 
môme Bovaca, dans la Colombie ; car la racine, la même 
pour tous, est tirée du nom de l'animal le plus utile à 
l'agriculture. A Bouiargue, ce nom est parfaitement en 
situation. 

Bouïda, V. Vider ; faire écouler d'un lieu, d'un vaisseau, 
d'un sac ce qui le remplit ; enlever; ôter; éloigner. 

Dér. du lat. Viduare. 

Bouide, bouïdo, ndj. Vide; qui ne contient rien; qui 
n'est rempli que d'air. 

Dér. du lat. Viduut ou vitltiatus. 

Bouïén, énto, part. prés, du V. Bout). Bouillant , qui 
bout; aufig. (jui a beaucoup de vivacité, d'ardeur; colé- 
rique ; prompt ; violent. — Aigo bouïénto, de l'eau bouil- 
lante. Ase-bouïen. {Voy. Ase.) Ses trop bouïén, vous êtes 
trop vif, trop i)étulant. 

Dér. de Bouli. 

Bottïno, s. f. La gent bovine, l'espèce bovine ; viande 
de bœuf ou do vache. — Léngn-bouino. — V. c. m. 

Dér. du lat. Bovis, génitif do bos. 

Bouïo-baïsso, s. f. Matelote à la provençale; espèce de 
ragoût ou de potage que l'on fait avec du poisson bouilli, 
assaisonné Ix l'ail. 



Les étymologistes provençaux, les plus compt^tents |)our 
un mot qui leur appartient, lui donnent une dérivation 
du sens même des mots dont il est formé : il bout, laisse ; 
c'est-à-dire : descends la marmite , le potage bout. Et 
servez chaud ! 

Bouïoù, s. m. Peson d'une balance; boulon, contre- 
poids mobile d'm»e romaine. 

Dér. du lat. Butta. 

Boiuonn, s. m. Bouillon; décoction de vùindes ou 
d'herlws ; consommé. — Vn bon liouïoun, aquà remonta, 
un bon consommé, rien de mieux pour restaurer. 

Dér. de la bass. lat. EbulUum, fait du lat. bullire, parce 
que c'est par l'ébullition qu'il se pn^pare. 

Bouïoun-blan, ». m. — Yoy. Alapas. 

Bouiira, v. Bourrer, charger do coups; frapper quel- 
qu'un à coups redoublés, comme l'on fait sur le corps 
soufflé d'un IxEuf pour en détacher la peau. 

Dér. du gr. Bo3{, bœuf. 

Booiril, s. m. Ventre ; bedahie ; grosse panse; panse de 
bœuf. 

Même étym. que Bouïra. 

Bouïssèl, s. m. Boisseau, mesure de capacité qui con- 
tient le quart de la carte, le huitième de l'émine, le soixante- 
quatrième de la salmée, d'après nos anciennes mesures ; 
en mesure métrique, il contient 3 litres 125. Il est aussi 
mesure de superficie et vaut \ are 25 centiares. 

Dér. de la bass. lat. Bussellus. 

Bouïssièïro, ». f. Terrain couvert de buis ; taillis de 
buis. 

Ce mot est un nouvel exemple de l'analogie qui existe 
entre les désinences celtiques et les finales latines et pins 
tard romanes, ou en langue vulgaire (jui les traduisait. Le 
primitif final était certainement oc ou ec , marque de la 
collectivité, que le lat. a rendu par elum, et que le lang. 
exprime par iiïro : beuzae, heuxek, buxiacum, forme celtique; 
buxetum, forme latine ; bouïssietro, forme languedocienne, 
signifient également lieu couvert de buis, comme le fr. 
bussaie, bussières, Buxières, n. pr., et Bussièrcs (Seine-et- 
Marne), Bussiares (Aisne), Boussières (Nord), Bouxières 
(Meurthe). [Voy. l'art. Argues, An, I&iro, etc., sufT.) Ces 
affinités sont les plus directes ; mais la prononciation de 
Vu en ou, l'altération de la voyelle double elle-même ou et 
celle de la voyelle o de bos, bois, les traductions employées 
dans la bass. lat. passées dans le roman et enfin dans le 
languedocien, rendent souvent très-mal aisée l'application 
pour distinguer s'il s'agit d'un lieu couvert de bois ou seu- 
lement couvert de buis. Il faut toujours citer, d'après Sau- 
vages, les n. pr. Boissier, La Boissièrc, Montboissier, etc., 
comme dérivés de bout, buis, qui a formé le masc. bouïssiè 
et le fém. bouïssièïro. Il est certain que dans notre dialecte 
la prononciation mène droit A cette étymologie. Il faut en 
dire autant do La BouissUïro, La Boissière, communes de 
Bez ot Esparon, et communes de Malons et Elze, de BouU- 
sièïros, Boissières, commune du canton de Sommières, 



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arrondissement de Nimes, et sans doute du nom de Bouïssé. 
Boisset, Buxelum, commune du canton d'Anduzc, et 
hameau de la commune de Saint-Sébastien. En composition, 
Sèlbuis, de la commune de Rochegude, sera également à 
citer. On est ainsi conduit à trouver comme similaires : 
Boissières (Sarthe), et peut-être La BoisselUre (Sarllie), et 
Boissi (Seine et-Oise) ; et môme le nom prop. Boissy, avec 
la désinence familière aux dialectes du Nord, et chez nous 
Boissin, représenté par Bouïssé; à moins toutefois qu'ils 
n'aient été inspirés par le mot suiv. bouïssoit, qui est une 
sorte de péjor. venant encore de bout, et qui a donné 
comme noms de lieu et d'homme : Boisson, Bouïssoù, Bois- 
sonade, Bouissounado, le Buisson, Boi/«onMm(Cievaudan). 

— Voy. Bos. 

Bouïssoù, s. m. Dim. Bouïssouné, péj. Bouissounas. 
Buisson, en général; toute touffe d'arbustes épineux et 
piquants, particulièrement le prunier sauvage ou prunelier. 

— Voy. Agrunas. 
Dér. de Bouï. 

Bouja, V. Verser, répandre; à proprement parler, verser 
d'un sac ou dans un sac. 

Bouja, se vider, rendre tout ce que l'on a dans le corps, 
se dit iron. d'une fille qui est accouchée depuis peu. — 
Yen dé lou bouja, elle vient d'accoucher. En parlant d'une 
pluie torrentielle : JY'é» bojo à plés feras, il en tombe à 
seaux. 

Dér. de Bojo. 

Boul, s. m. Bouillon; ébuUition ; action de bouillir; 
mouvement des bulles soulevées ; bruit d'imhquide qui bout. 

— Prén lou boul, il commence à bouillir. Dinc un bout 
aqttà sera quiè, dans un seul bouillon ce sera cuit. Fâou 
pas qu'un boul, c'est l'affaire d'un bouillon. 

Dér. du lat. Bulla. 

Boulado, s. f. Jet d'une boule au jeu de boules. — Aï 
éncaro uno boulado, il me reste encore une boule à jouer. 

Dér. de Boulo. 

Boulanjariè, «. f. Boulangerie; profession, atelier, bou- 
tique de boulanger. 

Dér. de Boulanjè. 

Boulanjè, s. m. Boulanjèïro, «. f. Boulanger, boulan- 
gère; qui fait et vend le pain. 

Dér. du lat. Polentarius, de polenta, farine de froment. 

Boular, j. m. Péj. Boulardas. Grosse boule ; gobille plus 
grosse que les autres. — Un boular d'équipé, une grosse 
gobille pour jouer à ce jeu d'enfant que La Fare décrit 
dans ce charmant ITabl dé Sagati des Castagnados. — Voy. 
Boulo. 

Augm. de Boulo. 

Bouldrado, s. f. Crevasse ; action de crever, de se cre- 
vasser, de s'entr'ouvrir, de répandre par là son contenu. 
Au fig. tour de maladresse, sotte équipée. Dans ce dernier 
sens ce mot paraîtrait n'être qu'une altération de bdou- 
drado. 

Dér. de Bouldro. 



Bouldro, s. f. Boue ; vnse ; dépôt de limon d'alluvion; 
lie, crasse, fèces que dépose un liquide ; effondrilles d'un 
bouillon, d'une infusion ; bourte. Bouldro et surtout son 
péjor. Bouldras, entraînent l'idée d'un plus grand épaissis- 
sement dans ces matières et d'un amas plus considérable 
que la loudro. — V. c. m. 

Dér. du gr. Bi^pEopoç, bourbe. 

Boulé, .5. m. Dim. flnulété, péj. Boulétas. Bolet; cham- 
pignon ; agaric ; fungus; cryptogame en chapiteau. On 
peut diviser en deux classes les champignons comestibles 
dont on fait usage dans ce pays, savoir : les laminés et les 
poreux et fistuleux. Dans la première se rangent ; lou dorgut 
fboulé rouge), l'éscumèl, lou capélan, lou souquarèl, lou 
vinoùs ; dans la seconde, l'arcialoùs, la léngo-bouïno, la 
sabatèlo et la galinolo. Il est rare que chacune de ces 
espèces n'ait pas un analogue dans la classe des champi- 
gnons malfaisants. Les plus comnmns sont le pissagù, 
variété de Varcialoùs, et le fdou-dorgue qui ressemble 
beaucoup à celui-ci. — V. c. m. 

Les principaux diagnostiques des champignons vénéneux 
se reconnaissent : 1 ° lorsque la cassure qu'on fait au cha- 
piteau devient en quelques secondes d'une couleur violacée 
et livide ; 2" lorsqxi'en les rompant il en suinte une humeur 
laiteuse ; 3» lorsqu'ils ne portent pas vers le milieu de leur 
tige une sorte de collet ou de couronne, qui n'est autre 
chose que la membrane liant le chapiteau au pédoncule, 
avant que cel ù-là ne fut développé; 4° lorsque l'épiderme 
du chapiteau ne se détache pas nettement en ruban, en le 
pinçant du bord au centre ; 5° lorsque la coupole est par- 
semée de petits flocons de matière laiteuse et spongieuse. 

Dér. du lat. Boletus. 

Boulé, s. m. Boulet; boule de fer dont on charge les 
canons. 

Dér. du lat. Bulla. Dim. de Boulo. 

Bouléga, v. Bouger; remuer; se remuer; changer de 
place ; tant à l'actif qu'au passif. — Vole pat jamaï bou- 
léga d'aïci s'és pas vrai, je veux ne jamais bouger de cette 
place si je mens. Boulégues pas, ne bouge ni ne remue. 
Bouléga lou véspiè, remuer le guêpier ; réveiller le chien 
qui dort. 

Dér. de l'allem. Wogen, voguer, ou du lat. bulla, bul- 
lam agere, pousser, agiter une Iwule. 

Boulégadis, s. m. Remue-ménage; démangeaison de 
remuer; frétillement. 

Dér. de Bouléga. 

Boulégado, s. f. Foule; troupe; tas; fourmilière. 

Dér. de Bouléga. 

Boulégaïre, aïro, adj. Dim. Soulégatré, péjor. Boulé- 
gaXras. Remuant; frétillant; qui s'agite, qui remue tou- 
jours; mauvais coucheur. 

Dér. de Bouléga. 

Boulégamén, s. m. Remuement; mouvement perpétuel ; 
frétillement. 

Dér, de Bouléga. 



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BOU 



127 



Bonléja, v. Confiner; être liiuitroplie ; tiire contigu ; se 
touclicr, en parlant des propriétés. — yoits boulejan, nos 
champs, nos propriétés se touchent. 

Dér. de Bolo. 

Boulétièïro, $. f. Terre à champignons; proprement, 
chanipignouoière, c'est-i-dire un endroit particulier où les 
champignons viennent de préférence. Une fois que cet 
endroit est connu, on est à peu près sur d'y eu trouver plu- 
sieurs années de suite, jusqu'à ce que le sol soit épuisé. Cela 
ne s'applicjue guère qu'aux dorgues, au.x arcialoùt, aux 
eapélans; les autres espèces viennent au hasard, ou bien 
au pied des souches do certains arbres. 

Dér. de Boulé. 

Booll, V. Bouillir; s'élever en bulles et à bouillons par 
l'effet de la dialeur ou de la fermentation ; fermenter ou 
cnver, en parlant du vin. — A'juél vin a prou boiUl, ce vin 
a assez cuvé. Moun sang mé bout, la colère me fait monter 
le sang au cerveau, j'en ai la fièvre. — faire bouli l'émi- 
ndw, verser de très-haut et avec force le blé dans la 
mesure, de manière qu'il n'ait pas le temps de s'y tasser, 
et qu'il forme par conséquent une plus grande quantité de 
vide. C'est ce qu'on reproche aux revendeurs de blé qui 
veulent faire maigre mesure. 

Dér. du lat. BuUire, qui vient de buUa, bulle, bouil- 
lon. 

Bouli, s. m. Bouilli ; viande bouillie ou cuite dans l'eau. 
— Métré lou bouli, mettre le pot-au-feu. Et pas bo ni pér 
boulï ni pér rouM, il n'est bon à rien ; il n'est bon ni à 
pendre ni à dépendre. 

Dér. du lat. Bullire. 

BouUdoii, s. m. Tourbillon dans l'eau; bas-fond qui se 
forme dans une rivière par le tournoiement des eaux causé 
par la rencontre de deux courants, ou d'un rocher qui 
l'oblige à changer de direction, ou encore par des ouvrages 
d'art qui ont le môme effet. C'est également toute espèce 
de vaisseau supplémentaire dans lequel on fait cuver la 
vendange, quand la grande cuve est insuffisante ; celle-ci 
ne prend jamais le nom de bouliUoà, qui est un dimin. 

Dér. de Bouli. 

Boulnado, s. f. Dim. Boulnadélo, péjor. Boulnadatso. 
Proprement, panse ; la poche gastrique où se rencontrent 
les aliments à moitié digérés ; en général les intestins et le 
bas- ventre. 

Dér. du lat. Bolulus, boyau, intestin. 

Boulo, s.f. Dim. Bou/éfo, augm. Boular, boulasse. Boule; 
bille; gobille; tout corps rond ; au fig. la tête. — Boulo 
d'équipé, ■.'obillo d'un jeu d'enfant qui se nomme équipé. 
(Koj. Boular.] A perdu la boulo, il a perdu la télé. Ttra'no 
boulo, terme du jeu do boule, viser à déloger une boule, la 
débuter, en laujant fortement la sienne contre elle. — l'o^. 
Boeho. 

Dér. du lat. Bulla. 

Bouloun, s. m. Dim. Boulouné. Boulon, cheville en fer 
quia une tête d'un côté, et do l'autre une ouverture où l'on 



passe une clavette on une mèche taraudée qui est vissée 
par un écrou. 

Bouizes, s. m. plur. Soufflet de forge ; mais particuliè- 
rement soufflet double des chaudronniers ambulants, qui 
consiste en une poche terminée par un tuyau, et qu'on 
élève et comprime successivement de cliaque main. Ce 
genre de forge s'établit en plein vont, sur la première place 
venue, en creusant une petite fosse de trois ou quatre |x)uces 
de profondeur, où vieinien! aboutir les tuyaux des boulzei, 
et par-dessus on place une très-petite quantité de charbon 
de bois. 

Boulze, s. m. sing., est encore un nom pr. très-répandu 
dans le pays, dont le fém. est Boulzitto et le dim. 
Boulzé. Il est rendu en fr. par Boulze. 

Boum I interj. Onomatopée qui exprime le bruit sourd 
produit par la chute d'un corps j)esant. — Yoy. Chinnanano. 

Dér. du lat. Bombut. 

Boomba, v. Battre ; frapper un coup sourd ; heurter 
avec force. — Boumbo-qutou, casse-cul; coup sourd qu'on 
se donne on tombant sur le derrière. 

Dér. du lat. Bombus. 

Boumbanço, f. /. Bombance; gala; grande et bonne 
chère; festin pompeux. 

Dér. de la l)ass. lat. Pompantia. 

Boumbarda, v. Bombarder; jeter, lancer des bombes; 
canonner; jwr ext. tirer des coups de fusil, môme lancer 
des coups de pierre. 

Dér. de Boumbo. 

Boumbé, éto, adj. Petit homme court, ramassé, gras- 
souillet, rondelet, nabot tout rond de graisse. — Voy. 
Boumboti, Coufloti. 

Dér. de Boumbo, arrondi comme une bombe. 

Boumbe, s. m. Augm. Boumbas. Bruit sourd; celui que 
fait un corps lourd en tombant. 

Dér. du lat. Bombut. 

Boumbi, v. Hcndre un son sourd en tombant ; au fig. 
mourir; crever. — !S'é boumbiguè, il en creva. 

Dér. du lat. Bombut. 

Boumbo, (. f. Bombe, gros boulet de fer creux qu'on 
remplit de poudre pour le faire éclater. — Tira las boum- 
bos, tirer des boites en signe de réjouissance et faute de 
canon. Boumbo, grosse femme, courte et replète. 

Dér. du lat. Bombut. 

Boumboti, .s. m. — Voy. Boumbé, m. sign. 

Boumbourido, t. f. Bourdonnement ; ne s'emploie qu'au 
fig. caprice ; boutade ; transport. — Voy. Grâoule. 

Boombourina, v. Bourdonner, comme font les taons, les 
abeilles, les hannetons; au fig. murmurer; marmotta; 
grogner ; bougonner ; corner aux oreilles. 

Dér. du lat. Bombus, bourdonne mont. 

Boumbourinéja, f. (réq. de Boumbourina. 

Boomi. t;., ou Vouml. Vomir; jeter par la booche ce 
qui était dans l'estomac. 

Dér. du lat. Vomere. 



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Bounas, asso, a>Ij. lîonhommc, trop bon, sans malice, 
avec une légère teinte Je stupidité. 

Augrn. de Bo. 

Boundoù, J. m. Bonde; bondon; trou rond d'un ton- 
neau par où on le remplit; bouchon, tampon qui ferme ce 
trou. — Youdrièt que ma gorjo sérviguésse dé boundnit, je 
voudrais que mon gosier servit d'entonnoir: souhait d'ivro- 
gne. Mttre lou boundoù, bondonner. 

Dér. du gr. Bkn, boucher. 

Bonne, s. m. Dim. Bounélé; péj. Bounétas. Bonnet 
d'homme, génériquemenl, ou lionnet de feinnie, par em- 
prunt au fr. Le bonnet de coton, qui est la coiffure habi- 
tuelle de travail pour les cultivateurs et la plupart des 
artisans, se nomme particulièrement bounéto, ainsi que les 
tonnels de laine rouge ou brune des auvergnats ou loze- 
rots. — Le n. pr. Bouné, en fr. Bonnet, est assez porté. 

Vouné signifie encore : bomiet carré, bonnet que portent 
les gens d'église. — Un curé des hautes Cévennes, qui fai- 
sait ses prônes en patois, dit un jour en chaire : Il y a une 
personne dans ma paroisse qui scandalise tout le monde 
par sa conduite plus que légère ; voulez-vous que je vous 
la nomme, que je la désigne? Je vais lui jeter mon bonnet 
carré... Le geste ryant suivi la parole, l'histoire ajoute que 
toutes les femmes simultanément baissèrent la tête, chacune 
ayant bien quelque petite chose à se reprocher. Ah ! fourié 
l'é dé bounés. Ah ! qu'il faudrait de bonnets carrés, reprit 
le malin curé, en voyant ce mouvement. 

Un co dé bouné, une salutation, un coup de chapeau. 
On l'nraparié à cos dé bnuné, on le prendrait avec un cha- 
peau. — On croit vulgairement qu'un bonnet crasseux 
d'homme calme les affections histériques d'une femme, 
quand on lui en frotte le haut de la poitrine ou qu'on le 
place à nu sur son sein. 

On n'est pas d'accord sur l'étym. : les uns la tirent du 
celt. Boned, bonnet; d'autres de l'angl. bonnet; quelques- 
uns enfin du nom d'une esiièce de drap dont on faisait 
anciennement les bonnets. 

Bonnétado, s. f. Coup de bonnet ; salutation, révérence; 
salut du bonnet. 

Dér. de Bouné. 

Bonnéto, s. f. Dim. Bounététo, péj. Bounétasso. — Voy. 
Bouné. 

Bounta, s. f. Bonté, qualité de quelqu'un ou de quelque 
chose qui est bon ; obligeance. 

Dér. du lat. lionitas, 

Bounto, .f. f. Ce mot ne s'emploie qu'en se joignant 
avec cabro, ou en la désignant directement et quand il est 
déjà question d'une chèvre dans la phrase : Vno bounto. 
— Cabro-bounto, chèvre franche, sans cornes. 

Dans d'autres dialectes, au lieu de bounto, on dit mouto 
pour la môme qualification. L'étym. donnée alors est prise 
du lat. Mutila cornubus, à qui on a coupé les cornes, ou 
du gr. MirjXoç, qui n'a pas de cornes. IN'ous n'avons pa» 
mouto ; il n'y a rien à dire. Bounto serait-il une altération ? 



Ces deux mots ne paraissent pas se prêter ."i une commu- 
nauté d'origine. Mais pourquoi le nôtre ne viendrait-il pas 
aussi du gr. Bouvi5;, mamelle? 

Il peut sembler extraordinaire, au premier abord, que 
ce mot grec, qui a une acception générique, soit employé 
pour désigner adjectivement une espèce particulière de 
chèvre. Pour que la déduction fût logique, il faudrait sans 
doute que le radical étymologique indiquât l'absence de 
cornes. Cependant si on veut remarquer la manière dont 
les langues se sont formées, il ne serait peut-être pas diffi- 
cile, dans l'espèce, de se rendre compte de la possibilité et 
de la justesse d'une pareille racine. Les divers dialectes 
méridionaux ont puisé alternativement dans la langue des 
colons phocéens et dans celle des colons romains. Dans le 
mot que nous étudions, une moitié est empruntée au lat. 
capra, cabro; l'autre moitié vient du gr B-,jv(5;, qui a fait 
Bounto, c'est-à-dire l'animal aux mamelles. Ces deux 
idiomes s'ôtant confondus dans le roman lang., il en est 
résulté deux mots divers pour rendre l'idée de la chèvre. 
Dès lors on a liien pu profiter de cette richesse pour dési- 
gner par l'un des deux une espèce particulière. Or la chèvre 
sans cornes parait le type de l'esi^ce ; la chèvre encornée 
est l'exception, puisque, en fr., on désigne la première 
espèce par le nom de chèvre franche, au témoignage de 
Sauvages, la chèvre-type. On l'a appelée dès lors cabro- 
bounto, comme on dirait chèvre-chèvre, et cabro-banardo, 
la chèvre à conies. 

Bouqua, v., ou Boulqua. Verser les blés ou les foins ; 
les coucher, ce qui est d'ordinaire l'effet d'une grosse 
averse, lorsque les blés et les foins étant fort épais et fort 
orgueilleux, les tiges en sont tendres et faciles à s'age- 
nouiller. Ce même effet est produit quand une personne ou 
un animal les foule en les traversant ou en s'y vautrant. 
— S'aquél bla se bouquo, y-âoura dé païo, si ce blé vient 
à être versé, la paille sera ahondante cette année. Cela 
veut dire que ce blé en herbe est bien maigre, et s'il vient 
à être assez fort, assez dru pour être versé, c'est une 
preuve que tous les autres, qui sont de plus belle venue, 
réussiront merveilleusement. Locution ironique pour expri- 
mer un champ de blé étiolé et clair-semé. 

Dér. du lat. Volvere, rouler. 

Bouqua, v. Terme de magnanerie, couvrir, féconder la 
femelle du papillon du ver à soie. 

Dér. de Bou, papillon mâle. 

Bouqué, s. m. Dim. Bouqueté, bouquétoù. Bouquet, 
réunion de fieurs liées ensemble ; mais il se dit plus com- 
munément d'une fleur isolée. — Ah.' que de bouquéaf Ah ! 
que de fieurs ! dira-t-on en entrant dans un parterre. Bou- 
qué de péiros, pierre d'attente. Bouqué dé pèous, une 
mèche de cheveux, un toupet, un flocon de cheveux. 

Dér. de la bass. lat. Jioscetum. 

Bouqué, .«. m., n. pr. de lieu. Bouquet, commune du 
canton de Saint-Ambroix, arrondissement d'Alais. C'est 
le nom d'une montagne vers le nord-est d'Alais, Sère dé 



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Bouqué, au sommet de laquelle, dit le guithn , on a ùrigé 
récetiwneiil une statue colossale de la sainte Vierge. I-'alti- 
lude de la montagne, au guidon, est de G3t mètres. 

Ce nom est d'évidence un dimin. de Itoi [Y. c. m.), tra- 
duit de la bass. lat. Bosquetum, boscelum. hoschetum. Il a 
pour analogues Dousché, Bouscliet, œmniunes de Ponteils 
et de Hrésis ; lou Bousqué, le i)<)US({uet, liameaude la com- 
mune de Sainl-Romansde-Codière ; tous Bousquet, les Bou- 
quets, commune do Soudorgues, et les noms de j)ersoiine 
Bouchet, Bousquet, Bosquet, communs dans nos pays. Sa 
signif. indique la présence de petits bois, ou clair-scmés, 
ou de médiocre hauteur. 

Bonquéto, ». f. Petite bouche, bouche mignonne. — 
Fatre liniiqiiéii, faire Vx petite l)ouche; ne manger ou ne 
parler (|ue du bout des lèvres; faire le dédaigneux, auflg. 

Dim. de Boiiquo. 

Bouquo, 5. f. Dim. Bouquéto, péj. Bouquatto. Bouche, 
partie inférieure de la tête par où on [)arlc et on mange ; 
ouverture. — La bouquo dé l'ésiouma, le creux de l'esto- 
mac. (Voy. Paléto.) La bouquo d'un four, la gueule d'un 
four. Bouquo-fino, un gourmand, ou un lx!au parleur. 

Bouquo s'emploie rarement au positif pour bouche, qui 
se dit Ciorjo. — V. c. m. 

Las biiuquos, les lèvres. 

Dér. du lat. Bucca. 

Boura, v. Casser des pierres ou des rochers avec une 
masse de carrier qu'on ap|)elle bouro. Au fig. Bourrer ; 
frapper rudement; maltraiter; travailler avec assiduité et 
employer toute sa force. — Fôoh boura aquél ro, il faut 
cass<3r ce rocher à coups de masse. IVous bourarén , nous 
lutterons ensemble. Zou .' houras , allons, ferme, forcez, 
poussez. 

Dér. de Bouro, masse de fer. 

Boura, v. Bourrer; au prop. garnir on remplir de bourre; 
presser la charge d'un fusil. 

Se boura, se bourrer de vivres ; se gorger d'aliments ; 
prendre double fourrure contre le froid; se rembourrer, au fig. 

Dér. de Bouro, bourre. 

Boura, v. Bourgeonner, se dit principalement de la 
vigne quand elle commence à ]K)usscr ses bourgeons. 

Dér. de Boure, bourgeon. 

Bourado, j. f. Effort ; épaulée ; reprise d'un travail, 
d'un ouvrage. — V viiou faire uno bourado, je vais don- 
ner encore un coup de main à cet ouvrage. Y-avèn fa uno 
bravo bourado, nous avons donné un bon coup de collier. 

Dér. de Bouro, masse de fer. 

Bouraïè, s. m. Bourrelier, celui qui fait les colliers de 
labour et harnais de roulage, parce qu'il emploie beaucoup 
de l)ourrn ])our rembourrer. 

Bourajo, s. f. Bourrache, Borrago officinatis , lAnn. 
Plante de la fam. des Borraginées, diaphonétique et bé- 
cbique. 

Dér. du lat. Borrago, altér. de corago. Selon Apulée, 
mot qui dans la Lithuanie signifiait cordial. 



Bouras, s. m. Péj. Bourassag. Lie, l)one, que dépose 
l'biiile soit dans les fosses du pressoir, soit au fond des jarres. 

Dér. du gr. IWfSop'jç, l)oue, bourbier. 

Bouras, x. m. Pt'j. Bourassai. Etoffe de laine grossière; 
bure ; grosse toile d'étou{x; dont on fait les sacs et drafts de 
la campagne, bourén. 

Dér. de Bouro, Iwurro. 

Bourasso, s. f. Dim. Bourasséto. Lange en laine gros- 
sièn', espèce de bure dont on envelopi» les enfants au 
maillot par-dessus le lange de toile, drape ou drapèl, et au- 
dessous du lange de parade. — Eslre à la bouratio, être au 
maillot. 

Dér. d(! Bouras. 

Bourbouïado, .v. f. Hachis d'herbes, ragoût, fricassée, 
macédoine conqjosée de légumes, d'herbes et de viande 
hachée, d'œufs brouillés, apprêtés comme les épinards; plat 
assez commun et qui n'est pas du goiit de tout le monde. 
— Vùou manja aquélo bourbouïado, dit, surtout un jour 
maigre, quelqu'un qui n'a (ju'un trés-mince ordinaire. 

Dér. du gr. B6p6.pj;, bourbier. 

Bourbounés, $. m. Au p\ur.' Bourbnunéset. Bourlion- 
nais, province de France; habitant du Bourbcmnais, qui 
lui appartient. On di^igno ainsi mie espèce de porcs tout 
blancs qui viennent du Bourbonnais. 

Bourboussado, s. f. Curoir de l'aiguillon ; (x^tit fer 
plat en forme de |)elle, au bout du manche de l'aiguillon à 
bœufs, pour détacher la terre, les herbes, les ronces qui 
s'engagent dans le soc de la charrue en lalnurant. — Voy. 
Curélo. 

Dér. du gr. BûpCop-jj, boue, faugc. 

Bourdaléso, >. f. Débris fangeux de menu Imis et de 
végétaux de toute espèaî, que les inondations déposent 
dans les oseraics et ijui marquent le plus haut (wint qu'a 
atteint le niveau des eaux. — Voy. Botirdinchè. 

Ce mot parait directement issu de bordo; la place où 
sont déposés ces débris sur les bords des rivières, la trace 
qu'ils laissent comme bordure, pourraient avoir aussi 
influencé sur sa dénomination. 

Bourdas, .«. m. Péj. Bourdattas. An plnr. Bourdatset. 
Rustre ; gros lourdaud. Epithète injurieuse donnée aux 
montagnards de la iMzèrc, parce qu'ils voyagent avec un 
gros bAton nommé hourdo. De là ce nom; mais ne vien- 
drait-il pas du lat. Burdo ou burdus, mulet engendré par 
un âne? 

Bourde, «. f. Sabot, espèce de tonpie qu'on fait tourner 
en la frappant avec un fouet. Ce mot n'est plus usité que 
par comoaraison : Etcarab'ia coumo «n bourde, vif comme 
une toupie. 

Bourdèou, n. pr. de lieu. Bordeaux, ville, ancienne 
capitale de la Guyenne, maintenant chef-lieu du départe- 
ment de la Gironde. 

Dér. du lat. Burdigala. Isidore de Séville dit que ce nom 
lui vient de ses premiers habitants, qu'il appelle Burgos 
Gallot. 

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Bourdérèou, s. m. Bordereau; facture des différentes 
livraisons d'une marchandise ou d'une denrée vendues. 

Enip. au fr. 

Bourdifaïo, s. f. Fétus et brins de quoi que ce soit qui 
surnagent dans un liquide ou qui vont au fond ; brous- 
sailles; rejetons ravalés qui croissent au pied d'uii arbre. 

— y-a bé dé bourdifaïos, c'est une affaire sale ou em- 
brouillée. 

Dér. do Bordo. 

Bourdifèl, ». m. Péj. Boudifelas. Amas embrouillé de 
fils entrenoués, de racines enchevêtrées. 

Dér. de Bordo. 

Boardinchè, s. m. Péj. Boitrdinchèïras. Débris fangeux, 
détritus de bois, de racines, mêlés de limon, déposé dans 
une cruede rivière sur les rives ou dans les oseraies. — 

— Voy. Botirdaléso. 
Dér. de Bordo. 

Bourdo, s. f. Péj. Bourdas, bmirdasso. Bas-bout noueux 
d'une souche; long bâton renflé à une extrémité, qui se 
termine par une sorte de boule, bougno. — Pè-dé-bourdo, 
pied-bot. 

En V. fr. bourde, bâton ; d'où bourdon, bâton de pèle- 
rin. 

Bourdo, i. f. Bourde ; menterie ; fausse nouvelle. — 
Débita dé bourdot, débiter des mensonges. 

Dér. de la bass. lat. Burda, mensonge. 

Bourdouïra, v. Ravauder ; farfouiller ; mettre sens des- 
sus dessous ; fouiller; retourner en tous sens. — Dé gué 
bourdouïres pér aqui ? que vas-tu ravauder là ? 

Formé de Bordo, balayures, débris, et de vira, ou de 
bordo, V. m., maison des champs, et vira, tourner la 
maison. 

Boure, s. m. Dim. Bour'ioù. Bourgeon qui commence à 
pousser ; plus particulièrement œil de la vigne. — Pouda 
à boure et bourïoU, tailler la vigne en ne laissant au scion 
restant que deux bourgeons ou deux yeux. — Voy. Bou- 
rïoù. 

Dér. de Bouro, bourre, parce que le bourgeon, quand il 
commence à gonfler, est couvert, entouré d'une sorte de 
duvet cotonneux. 

Bouré, éto, adj. Brun, couleur de la bourre de bœuf 
on de vache. — Vi-bouré, vin blanc rosé, clairet et dou- 
ceâtre. 

Dér. de Bouro, bourre. 

Bourèïo, ». f. Boiu-réc, bourrée d'Auvergne ; rigaudon ; 
danse qui s'est effacée déjà devant le galop et la contre- 
danse, détrônés eux-mêmes par la polka et la mazurka. — 
Voy. Bourigal. 

Bourèl, s. m., au fém. Bourèlo. Péj. Bourélas. Bour- 
reau; exécuteur des hautes-œuvres; au fig. cruel, inhu- 
main, féroce. —Pagode bourèl. paiement d'avance. Avédre 
un fron dé bourèl, être déhontè comme un valet de bour- 
reau. Lou bourèl l'a manqua, c'esl-à-dire il s'est échappé 
de la corde qu'il a méritée. 



On n'a qu'à choisir entre les diverses étyni. proposées. 
Ce mot, dit-on, vient ducelt. borrev; Caseneuve le tire du 
gr. Bcpi;, qfii dévore; Gui-Patin, du lat. burnts, roux, 
parce que les rousseaux sont ordinairement violents ; li* 
P. Labbe, du v. fr. bouckeriau, petit boucher ; Ménage, du 
lat. buccarus, boucher, passant par buccarellas, burellus, 
bourèl; Eiisôbe do Salverte et Uoquefort, du bourguignon 
buro, lance; Villai'et, du nom d'un clerc, possesseur en 
1 260 du fief de Bellem-Combe, à la charge de pendre les 
voleurs du canton. En langue romane et en ital. on dit 
boya, en bas-breton bourreo. J'incline pour ce dernier. 

Bourén, s. m. Dim. Bourenqaé, péj. Bourmquas. Drap 
de grosse toile qui sert à porter du foin, de la paille, etc. 
— Voy. Bouras. 

Dér. de Bouro. 

Bourétaïre, ». m. Au fém. Bourétaïro. Cardeur, car- 
deuse de lleuret et de bourre do soie. Us cardent les cotes 
et ce qu'on appelle lous estrasses de cocons de filature. Ils 
en tirent dans les premières barbes ce qu'on appelle la fan- 
taisie, et du reste le fleuret, qu'on nomme boureto. 

Bouréto, ». f. Fleuret ou bourre de soie, provenant des 
débris grossiers des cocons. C'est une étoffe qui fait un 
très-long usage, et dont les femmes de la campagne étaient 
exclusivement vêtues, il y a quelques années, excepté dans 
les grands froids. Aujourd'hui les jeunes filles ont des ten- 
dances marquées à s'émanciper de la servitude de cette 
mode antique. L'étoffe était très-solide à la chaîne, mais de 
mauvais teint et peu élégante d'ailleurs. 

Dér. de Bouro, bourre. 

Bourgadiè, ièïro, ». et alj. Habitant d'un bourg, d'une 
bourgade ou gros village; plus généralement, habitant d'un 
faubourg de ville ; qui appartient au faubourg d'une ville. 

Dér. du lat. Burgus. 

Bourgade, s f. Dim. Bourgadéto. Bourg, bourgade, 
petit bourg ; faubourg. 

Dér. du lat. Burgus. 

Bourgal, alo, adj. Franc, loyal. La franchise et la 
loyauté étaient censées les vertus particulières aux bourgeois 
affranchis, par comparaison aux serfs de la glèbe, dont les 
compliments et les offres de service étaient entachés d'une 
arrière-pensée de servilisme. 

Ce mot dérive évidemment de bourg, qui a fait bour- 
geois ; l'idée qu'il exprime est l'honneur de la bour- 
geoisie. 

Bourgalamén, ar/v. Loyalement; franchement; carré- 
ment; sans arrière-pensée; avec indépendance. Il répon- 
dait autrefois à bourgeoisement, qui, dans l'acception fran- 
çaise, comme subst. et comme adv., a bien dégénéré de 
notre temps, où bourgeois est devenu une expression de 
mépris et synonyme de homme vulgaire, sans esprit, sans 
délicatesse et sans goût. 

Bourges, ». m. Au fém. Bourgéso ; au pi. m. Bourgéses. 
Bourgeois; habitant d'une ville, qui vit sans travailler; le 
peuple entend par là les riches. 11 signifie encore : patron, 



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BOU 



tSl 



olief d'atelier, dans le langagn des ouvriers; maitre et hôte- 
lier, dans celui dos domestiques ou des voyageurs. 

Mr. du Int. fliirgiis, Imurg. 

Bourgnoù, «. m. Ruche il miel ; tronc d'arbre creusé, 
cai&se ou panier dans leqwA on met les alieilles. 

l)ér. de Itonjue, oljscur. 

Bourgougno, s. f. F-a Bourgogne, ancienne province de 
France. — Pé<ji) dé Bitunjniignn, importun qui s'attache à 
vous avec obstination et dont on peut se d^ibarrasser plus 
difTicilement que de ta poix de Bourgogne, qui est la meil- 
leure et la plus adhérente. 

Dt^r. du lat. Biinjuniliiis. 

Bourguignoun, ». m. Porc, cochon. C'est là mi des 
nombreux dii^uisemeiits que l'urbanité languedocienne im- 
pose à cet animal immonde pour le produire l.t où il doit 
du respect. Môme alors n'est-il désigné qu'en accompagnant 
son surnom de précautions oratoires, comme : parlan-i-én 
réspé, parihiulos pmlnu pas. Elle fait de môme, quand elle 
parle du fumier, d'un Ane, etc. Cet usage se perd cepen- 
dant, soit par le contact du fr. (|ui se moque de ces locu- 
tions, soit p.ir l'extension des idées d'égalité. — Voy. 
Lachén, Vésti-Jé-aéJo. 

Il est probable que les premières races de nos porcs nous 
sont venues de la Bourgogne, ce qui leur a donné ce nom. 

Bourigal, a. m. D'un. BmirigaHé. Rigodon, liourrée, sorte 
de danse. 

Dimin. de Bourèïo. — V. c. m. 

Bouril, t. m. Dim. Bourïoù. Bouchon; duvet; coton; 
éraillures de fd qui dépassent sur la trame d'une étoffe, 
qui la déprécient et qu'il faut éplucher; bouchon ou caillot 
qui se forme à un fil en le fdant. — Tiroaquél bouril éntté 
ta.i dins, tiro-toi d'embarras si tu peux. ; dénoue cotte diffi- 
culté. 

Dim. de Bnttro. 

Bourioù, .f. m. Petit bouchon de fd ; petit bourgeon; 
contre-bourgeon qui pousse ,1 cùté du principal ; le plus 
bas reil d'un sarment do vigne. — Voy. Boure. 

Dim. de Bouril et de boure. 

Bourïoùs, ouso, adj. Dim. BouHousé; i)éj. Bout^outa». 
Cotonneux ; bouchonné; plein de duvets et de bouchons. 

Dér. de Boure. 

Bourisquado, a. /". Dim. Bnuriaqiiadéto, péj. Bourisca- 
dasso. .Viierie, faute grossière, ignorance cr.isse. 

Dér. de Bonrisqiio 

Bonrisquo, a. f. Dim. Bniirisqiioii , Bonriaqiiéto, péj. 
Povrisqiiiissri. Bourrique, ànesse, ou même .'lue générique- 
menl. .Vu ma.se. llouriaqiriH, avec la diplilliniigue finale 
muette, ce qui le distingue de son dim. Bourisqimù où elle 
est accentuée. — Voy. Boitrou. 

Jioirriaqiioii, baudet, Ane ; bourrique ; au» fig. ignorant ; 
lourdaud ; ignare ; bourrique, qui a aussi les deux accep- 
tions. — Vi médial est long; il est bref dans Bourisquoii. 

Dér. du gr. HJ^Jt/o;, roux. 

Bonrisquoù, s. m. .\non, bourriquet, petit àne. — La 



nuance entre les diminutifs, bouriaqué, m., bovritquéto, {., 
et bouriaqiioii, est si.'uleriienl que celui-ci est un jietit Ane 
qui commence A porter le bit , les autres dos ànons qui 
tètent encore leur mère. 

Boorja, v. Fouiller profondément la terre avec la Iréa- 
quo, lou béchar ou loii eoutrii. — V. C. m. 

Augm. de Ilouléga. 

Bourjoù, ». m. Tisonnier; fourgon pour atiser le fou; 
tout liMon de Iwis ou de fer, propre à fouiller, à remuer. 

Altér. pour Fourjm'f, dér. du lat. Fiirca. 

Bourjouna, v., et Bourjonnéja, fréq. Fourgonner; 
remuer ; fouillerdans un trou avec les mains, un fer ou un 
bAton. — Bourjouna lou fia, fourgonner le feu, le remuer 
avec les pincettes; tisonner. Bourjouna las térvos, fouiller 
les remises du jmisson avec une [«relie [wur le faire sortir. 
Déqu'anns bourjouna a'/u)? (ju'al lez- vous farfouiller làî 

Formé de Bourjoii. 

Bourjounaïre, aïro, adj. Remuant, qui s'agite, qui - 
fouille partout et sans ce.sso. 

Dér. de Bourjoii. 

Boorlls, ». m. Trouble; confusion; tumulte; foule 
agitée. 

Dér. do l'ital. Burlana, tourbillon. 

Boumal, ». m. Cendrier d'un four. 

Il est dit (wur Fournal, altér. fréfjuente de F en B. 

Bonmèl, £. m., ou Boumèou. Dim. Bournélé, péj. 
Bournélas. Conduit d'eau souterrain ou e.xiérieur, en 
plomb, en zinc, en fonte ou en iwterie; tuyau de poêle. 

Dér. du celt. Born, fontaine. 

Boumiquèl, èlo, adj. Dim. Boumiquélé, j)éj. Boumi- 
quélas. Myope; qui a la vue basse, faible, mauvaise vue; 
qui cligne les yeux; louche. 

Dim. de Borgne. 

Bouro, ». f. Masse de fer montée sur un manche long et 
flexible pour briser les rochers; tnasse de mineur ou de 
carrier pour rompre les pierres. 

Bouro, ». f. Péj. Bourn.iso. Bourre ; poil dos animaux ; 
duvet qui recouvre certains fruits et certains végétaux ; 
bourre d'un fusil , Iwuchon fait de Iwurre ou de papier 
pour presser la charge. — Bouro dé aédo, lx)urre de soie. 
Quan-t-on fat mérca énd'él fdou Umjmir y la'i^aa dé bouro. 
on no peut traiter une affaire avec lui sans y lai.ssier du 
sien. Emb'él fôou ton jour y laïtaa pèou ou bouro, on ne 
peut se tirer de ses mains les braies nettes. Fàou qui la 
bouro né saoule, il ne faut pas s'y épargner quand vous 
devriez y laisser de la |)eau. Tira pi-oua et bouro, tirer d'une 
affaire, d'une six'culation, tout ce qu'il est possible de lui 
faire rendre. Y-a dé bnuro, cela s'entend sans qu'on soit 
obligé de compléter le dicton qui est : y-a dé Imuro à balre. 
Pour le rendre, on trouve la phrase toute faite : il y a du 
fil à retordre. En vérite, si l'on voulait positivement et 
sans velléite même d'antiphra.sc qui n'y est certainement 
pas. si l'on voulait, [wr une image, par une comparaison, 
exprimer une très-grande difficulté à vaincre, on pourrait 



13*2 



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sans peine trouver plus juste et plus vrai. En effet, rien 
n'est au contraire plus facile que de tordre, même de 
retordre du fil et de battre de la bourre comme do la laine. 
Le français a donc bien décidémont déraillé, quoique les 
chemins de fer ne fussent pas inventés à cette époque ; 
mais qu'il s'arrange. Quant au languedocien, qui nous tient 
en ce moment davantage au cœur, il n'y aurait pas moyen 
non plus de sauver sa locution en la prenant comme on la 
dit et surtout comme on l'entend communément. Il en serait 
tout autrement si, au lieu do battre, il y avait comme dans 
le français et plus à propjs que chez lui tordre ou filer; 
car le poil si , court de la bourre se prêterait dillicilement à 
cette opération. Il n'est pis i npis-sitile que notre dicton soit 
parti de là pour arriver on il fst, par une oblitération quel- 
conque. Slais il est plus ijr.ib.ible encore (ju'il ait été fait dans 
un autre ordre d'idées, et qu'il ne dise pas ce que l'on croit. 

Boiiro signifie aussi la masse de fer, au bout d'un long 
■manche, dont se sert le mineur ou le carrier pour rompre 
les blocs de rocher et les réduu'o en moellons. Frapper de 
cette masse est à couji siir un travail des plus pénibles. 
N'est-ce pas cela qui a donné naissance au dicton ? Notons 
d'abord que batre est pris de nràme pour frapper. On dit : 
batre tous piqués, frapper les pieux pour les enfoncer avec 
le tnouioit, le bélier ou la sonnette, qui les bat comme la 
masse bat la pierre. Notre locution a du être primitivement 
avec une inversion : Y-a dé ta bouro à batre pour y-a à 
batre dé la bouro, autrement dit : éndé la bouro, ainsi 
qu'on dit en français : jouer de la prunelle, des couteaux, 
pour avec la prunelle, avec les couteaux. Cela équivalait à : 
il y a à frapper de la masse, ce sera aussi rude que de frapper 
avec la masse. Dans cet ablatif, l'article la a disparu, parce 
qu'il n'était pas indispensable ni môme nécessaire à la clarté 
de la phrase, qu'il allongeait inutilement, ce dont la langue 
a horreur. Dans nos proverlxis si nombreux, des irrégula- 
rités, des ellipses bien autres abondent. Cette suppression de 
partie de l'article, créant un calembour, a donné ouverture 
à cette double interprétation par les deux sens qui se présen- 
taient ; mais dans le choix à faire il faut se garder de toute 
préoccupation du français. A chacun sa responsabilité, à 
chacun selon ses œuvres : parce que dans cette circonstance, 
le fr. a mal dit, ce n'est pas une raison pour que le lang. 
en ait fait autant; lorsque surtout il est si facile de voir 
qu'il a autrement et mieux dit, qu'il a dit ce qu'il fallait. 

Dér. du lat. Burra, bourre, fait de burrus, roux, cou- 
leur de la bourre, ou du gr. Ilu^fô;, roux, rougeitre. 

Bouro, s. f. Jeu de cartes, espèce de bête-ombrée ou de 
mouche. — listre à la bouro, faire la bête à ce jeu-là, faire 
la remise. 

Bourou, -1. m. Ane, baudet, bourrique; as, au jeu de 
cartes. — Voy. Bourisquo. 

Bourtoulaïgo, s. [., ou Pourtoulaïgo. Pourpier, Por- 
tulaca ohracea, Linn., de la faiii. des Portulacées, plante 
potagère et grasse. 

Dér. du lat. Portulaca. 



Bourtoumiou, s. m. Barthélémy, prénom d'homme, qui 
est devenu nom de famille fort commun. Il fait au fera. 
Bourtoumigo , et au dim. Bourtnumigué. — Sén-Bourlou- 
mioii , la Sainl-Barthéicmy, jour de la foire principale 
d'Alais, qui commence le 24 août et dure huit jours. C'est 
une date fort intéressante pour tout le pays, parce qu'elle 
sert de terme aux baux à loyer et à ferme, à la location des 
domestiques des champs, et à la plupart des transactions 
et des échéances de rentes foncières. Quouro que vèngaa 
Sén-Bourtuumiou y-doura dous uns, il y aura deux ans, 
vienne la Saiut-Barlhélemy : forumlc générale de comput 
de date pour les paysans, qui prennent ainsi pour point 
de départ, tantôt une fête, tantôt une récolte, tantôt l'époque 
d'un travail qui se fait à temps fixe : quouro que vèngott 
las pruHos, loas Avéns, lous cabosses, vienne la saison des 
prunes, l'A vent, l'époque des provins. Finis sous ans pér 
Sén-Bourtoumiou, il compte ses années à partir de la Saint- 
Barthélémy ; il est né aux environs du 24 août. La Fare, 
dans SOS Castagnados, a fait fie la Fièïro dé Sén-Bourtou- 
miou, un tableau du genre des plus gais et des mieux 
réussis. 

Dér. du lat. Bartholomeus. 

Bouru, udo, adj. Dim. Bourudé, péjor. Bourudas, asso. 
Velu ; couvert de poils ou de bourre. Au fig. bourru, 
inquiet avec grossièreté. Au jeu de la bouro, celui qui a 
fait une mauvaise affaire, une spéculation ruineuse. — 
M'a fa bouru, il m'a mis dedans. Estre bouru émbé lou rèï, 
perdre avec beau jeu; en effet, au jeu de la bouro, quand 
on ne fait pas de levée on est bouru, et il est par trop fort 
de n'en pas faire, quand on a en main le roi, qui est la plus 
forte carte. 

Bousa, V. Fienter; mais il ne se dit (jue du gros bétail 
domcsti(iue, dont les excréments se nomment bouso. 

Bousado, s. f. Augm. Bousas. Fientée ; tas de boùae 
que les bœufs ou les vaches ont rendue en une seule fois. 

Dér. de Bouso. 

Bousanqué, éto, adj. Homme ou femme de très-petite 
taille ; bamboche; nabot. Il est devenu n. pr. — Voy. Bou- 
sérlé. 

Dim. de Bousas. 

Bousas, s. m. Péj. Bousassas. Fientée énorme. Au fig. 
homme ou enfant de taille basse et large, îi la fibre lâche 
et molle. 

Augm. de Bouso et de bousado. 

Bouscarasso, s. f. Bois fort épais et mal entretenu, où 
les ronces et les plantes sauvages abondent ; fourré sau- 
vage. 

Péj. de Bouscas. 

Bouscardiè, s. m. Bûcheron, qui coupe et qui dépèce 
les arbres sur j^ace ; qui habite les bois. 

Dér. de Bos. 

Bouscardièïro, s. f. Bûcher; hangar au bois; lieu où 
l'on serre le bois de chauffage. — Voy. Piolo. 

Dér. de Bos. 



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Bouscarido, ». /". Dim. Bouscan'léio. Fauvette ; l)ec-fin 
à tète uiiire, Sylvia alricapilla, Teiiirn., do la fam. de» 
PassiTiMux. O; cli.'ii'iiiant oiseau, le seul qui puisse riva- 
liser avec le rossignol par son chant, (|ui dure plus long- 
temps s'il est un |iou moins parfait , est fort commun à 
son double passage d'automne cl de printemps ; il en reste 
aussi l)eaucoup en hiver dans lo jiays. 11 vit d'insectes et 
de larves, ainsi que des baies du sureau et du groseiller, et 
fait son nid d-.ms les buissons d'aul^'pine et d'C'glantier. Il 
a le dessus de la tète d'un noir profond, le corps cendré, 
légèrement nuancé d'olivâtre à la queue et aux ailes, le 
ventre et la gorge inclina'iit au blanchAtro. Lo nom de 
Bouscarido, qui vient ùvidem;iiL':il A3 boi, li.ibitnht, ama- 
teur (les Iwis, s'applique bien p.irticuli 'reim'nt à cette fau- 
vette, mais il se donne égalernsnil aut autres espèces de ce 
genre, qui sont nombreuses. C'est que le languedocien n'est 
point une langue de savant; il se contente de tracer à 
grands traits et abandonne les détails. Ce n'est point par 
pénurie, car il donne souvent plusieurs noms au même 
individu, mais il est frap[)é surtout de la difTorencc des 
genres et néglige ou dédaigne les nuances, insignifiantes 
souvent, qui distinguent les variétés. Nous le verrons ainsi 
confondre sous le nom do turlano et de mouïcé la plupart 
des oiseaux, de proie, de sèr, de lusèi- ou Utrou, de raiopé- 
nado, de grapànu, toutes les espèces de ces animaux, qui 
sont très-nombreuses et qui ont chacune un nom ou une 
6pithètc différents dans la science. On p^mrrait citer bien 
d'autres exemples de ce genre qui se retrouveront. 

Bouscarido, et par abrév. Bouscar, est un sobriquet que 
l'on donne A quehpi'un do frôle, maigre et fluet. 

Bouscarido (Grosso), s. f. Silclle ou Torchepot, Siita 
Europe)!, Linn. Cet oiseau, qui a les plus grands rapports 
avec les pies, vit sédentaire chez nous. Il a les parties supé- 
rieures du corps d'un cendré bleuAtre, la gorge blanche, les 
flancs et les cuisses d'un roux marron. — Voy. Raté. 

Bouscarlo, j. f. Fauvette ; variante de Bouscarido, qui 
a la même racine et s'applique aussi aux mêmes variétés 
de fauvettes. — Voy. Bou.scarido. 

Bouscas, s. m. Gros bois ; grande forôt; forêt solitaire ; 
bois qui brùlo difficilement; mauvais bois. — Yoy. Bous- 
cara-iso. 

Augm. et jh-j. de Boi. 

Bouscas, casso, s. et adj. Sauvage; sauvageon; braiichc 
non greffée; bâtard; faux. — Leva lou bouscas. enlever les 
pousses de sauvageon d'un arbre. Pèro bouscas, père nour- 
ricier. Fraïre boiiscax, frère utérin ou consjinguin. Cousis 
bouscas, cousin bâtard, parent fort éloigiK'. Las litaniai 
botiscassos, dos chants obscènes, grivois ; la mère Gaudl- 
chon. Fron bouscas, front très-étroit, où les cheveux sont 
très-bas plantés. 

Péjor. de Bos. 

Bouscassino, s. /. Généralité des arliros-sauvageons ; 
pous.ses de sauvageon qui sortent tout le long de la tige 
^un arbre greffé à la tête, qui forment souvent comme des 



buissons, et qu'il faut se hMet d'enlever pour ne pas affa- 
mer le bourgeon de la greffe. 

Dér. de Bouscas. 

Bousérlé, s. m. Enfant tout petit de taille, menu, 
mignon. Il est, comme bousanqué, un dim. de bousas, mais 
il n'entraine pas, comme lui, une idée de ridicule ; il ne 
s'iittache qu'aux enfants, tandis que bousanqué s'atlaclio à 
des individus de tout âge. — Voy. Bousanqué. 

Boasiga, v. Fouiller, remuer, soulever la terre avec le 
grouin, & la manière des pourceaux et des sangliers. Par 
exl. giter un ouvrage, bousiller, le gâcher, le faire à demi 
et sans régularité ; rabAcher ; ressasser. — Bou.iiga lou fêlé, 
est ce que fait un enfant à la mamelle, quand il donne des 
coups de tête au sein de sa mère pour faire venir le trait 
ou le jet de lait. 

Dér. do Bauso et du lat. agere, remuer, agiter, parce 
que tout le monde sait que c'est surtout dans la fiente que 
les porcs aiment à fouiller. 

Bousigado, .t. f. Trace laissée dans un champ par le 
fouillenient des pourceaux; barbouillage, mal-façon. 

Dér. de Bousiga. 

Bousigadoù, s. m. Fouillis ; endroit hanté par les porcs 
et surtout labouré par leurs œuvres ; groin ; gros nez qui 
ferait croire que le propriétaire pourrait s'en servir à bou- 
siga, iron. 

Bousigaïre, s. m. Mauvais ouvrier; celui qui gfktc un 
travail. Au fig. rabicheur. 

Dér. de Bousiga. 

Bousigaje, s. m. Bousillage; ouvrage, travail mal fait; 
œuvre donnée à un champ, peu profonde, inégale, toute de 
trous et do bosses, comme si elle était faite par le groin 
d'un porc. 

Dér. de Bousiga. 

Bousin, (. m. Tapage; tintamarre; train; rumeur. — 
Yoy. Boucan. Par ext. mauvais lieu, lieu de délwuchc. 

Emp. au fr. mais le lat. Buccinare semble ne pas être 
étranger à sa formation. 

Bonso, s. f. Fiente, crottin des Iwcufs, vaches, ânes, 
chevaux et mulets. — Ramassaïre dé bmao, le dernier 
degré sur l'échelle sociale, ou plus académiquetnent sur la 
roue de la fortune ; ce métier, consistant à ramasser du 
crottin sur les routes, est sale et donne de jwtits bénéfices; 
aussi n'est-il exercé que par les enfants, les vieilles femmes 
et les hommes hors d'état de travailler. Doux jeunes enfants 
se rencontrent; le plus grand dit à l'autre : Dé que fat? 
— Ramasse dé bousos, it lus ? — Oh I ïéou, soûl à las bro- 
quo.i. Et lo plus petit d'envier son camarade qui avait fait 
son avancement; car, quittant son premier métier, il était 
passé raraasseur de bûchettes. — Para bé la bouso pér la 
gorjo, expression fort sale, mais très-énergique, pour dire 
qu'une personne, vivement contrariée, irritée, va finir par 
exhaler sa colère, vomir sa bile et son venin. 

Dér. du gr. Bwtrraafa, venu de Boî;, bœuf. 

Boussa, V. Former une bosse, s'élever en protubérance ; 



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se dit surtout des plantes tuberculeuses ou bulbeuses, 
comme les pommes de terre, les raves, les aulx, etc., lors- 
qu'elles commencent à développer leurs tubercules ou leurs 
caïeux. 

Di'-r. de Jtoxso. 

Boussado, s. f. Dim. Boiasadéta. Contenu d'une bourse; 
plein une bourse; magot d'un avare ; iH^cule d'une femme, 
qui se dit mieux faté(o. 

Di?r. do Boiisso. 

Boussar, ardo, ndj. V6'\. Bmissanlas. Vilain bossu; 
mauvais bossu; se prend toujours en mauvaise part. 

Péjor. de Bnttssu. 

Boussargue, s. m. n. pr. de lieu. Boussargues, village, 
dans la viguerie de Bagnols, Broasanicœ, dans le dénom- 
brement de la sénéchaussée de Nimes. 

Y. pour l'étym. l'article Vos. 

BoussèlO, s. f. Dim. Boussèlélo; péjor. Boitssélassn. 
Oignon de fleurs; tète d'ail, qui est composée d'un assem- 
blage de plusieurs caïeux ou gousses, béségnos. 

Dim. de Bosso. 

Boussi, s. m. Dim. Boussiné. Morceau ; bribe ; petit las. 

— Voy. Flo, Tèfle, Tro. 
Dim. do Bosso. 

Soussignolo, s. f. Dim. Boussignouléto. Petite bosse ; 
bosse an front ; excroissance ; protubérance ; bosse de cha- 
meau; tuméfaction quelconque. 

Dim. de Bosso. 

Bonssignoula, v. Enfler; se former en bosse; tuméfier. 

— 5o('n fron hovssignoulè tout dé suito, l'œdème se forma 
tout de suite sur son front. 

Bousso, s. f. Dim. Bousséto, péj. Boiissasso. Bourse; 
petit sac de peau, de fil, ou de soie, où l'on met de l'argent; . 
par ext. l'argent que l'on a, dont on peut disposer. — Es 
élo que garda la bousso, c'est la femme qui tient les cor- 
dons de la bourse. A bono bousso, c'est un richard. Vôou 
ma'i amis en cour qu'argén en bousso, exp. prvb., la 
faveur en justice vaut mieux que l'argent. Tant gué vou- 
ras ami, mais que la bousso noun toques, prvb. ami jus- 
qu'à la bourse. 

Dér. du gr. BJpia, ou Bjfai;, peau, cuir, parce que les 
premières bourses en étaient faites. 

Boussà, ». m. Gousset, petite poche placée près de la 
ceinture de la culotte, où autrefois on tenait l'argent pour 
porter avec soi. 

Curo-houstt), vide-gousset, est le nom d'un village sur la 
route de Nimes à Bcaucaire, qui autrefois n'était qu'une 
taverne de route. Ce nom lui fut-il donné parce qu'on y 
faisait bonne clièrc et qu'on y buvait du bon, ce qui allé- 
chait les voyageurs à y vider leur gousset, ou bien cette 
taverne avait-elle mauvais renom, et supposait-on que le 
gousset s'y vidait un peu contre le gré de ceux qui étaient 
forcés de s'y arrêter ? La première version est plus chari- 
table, la seconde est mieux dans les mœurs du temps où 
le surnom a été donné. — Par ext. on appelle curo-b(A»sà 



tous les objets de dépense habituelle et les enfants qui 
font des apiiels fréquents à la bourse de leur père ou qui 
leur coûtent beaucoup pour leur ('xlucation. — Gratas itn 
pdou voste Imussb, mettez la main à votre gousset, dit à son 
père un fils qui demande de l'argent. 
Di't. de Biiiissn. 

Boussu, udo , adj. Dim. lloussudé, péj. Boussudat. 
Bossu, qui a une bosse; montueux; inégal ; contrefait. — 
Faï nousvéïre se siàs boussu, tourne sur tes talons et va- 
t-en. S'oii vos pas croire, vendras boussu, si tu ne veux 
pas le croire, tu deviendras bossu, c'est-ù-dire Dieu te 
punira. Dé jouine médéci, céméntèri boussu, le jeune méde- 
cin peuple le cimetière. 
Dér. de Bosso. 

Boussuduègno, s. f. La gent bossue ; la race des bossus ; 
express, collective, avec le suffixe iiègno : à conférer à 
Bastarduègno, Éfantiiêgno, etc. — V. C. m. 
Dér. de Bos.io. 

Bouta, V. Mettre, poser, placer. 

Ce terme est très-élastique ; ses diverses acceptions 
s'étendent à beaucoup d'actes. Queliiues exeiriples aideront 
à en bien comprendre les sens divers. — /imitas qii'ague 
pas rés di, faites comme si je n'avais rien dit. Lmis cahris 
boutou dé banos, les cornes commencent à pousser aux 
chevreaux. Las fédos boutou dépièï, les brebis commencent 
à avoir les mamelles gonflées, preuve qu'elles mettront bas 
bientôt. Afjiiél éfan bouto dé déns, les dents commencent à 
percer à cet enfant. Bouta davan, faire marcher queliju'un, 
un troupeau devant soi. Boutas-y la man, mettez la main 
à cette affaire. Bouta cotre, mettre le pot au feu, ou en 
terme de boulangerie, enfourner le pain. Bouta fia, com- 
mencer une chose que d'autres feront après; attacher le 
grelot. Bouta lou lévan, mettre le levain, pour faire le pain; 
au fig. semer des ferments de discorde. 
Dér. de la bass. lat. Biitare. 

Boutado, s. f. Ecluse, réservoir d'un moulin; le pre- 
mier lait qui vient aux mamelles après l'accouchement. 
Dér. du gr. HM;, fond, profondeur. 
Bontar, s. m. Gros tonneau; tonne; foudre. 
Augm. de Bouto. 

Boutas! interj. Sorte de locution explôtive, qui n'a 
rien de commun avec le v. bouta. Quand elle est prise inter- 
jectivemcnt, elle répond suivant les cas à : Allez donc! 
Allons donc ! Mon Dieu, non ! Je vous en prie ! Allez ! 
.\ttendez, attendez ! Bon ! — Doutas ! fasi-m'aquél plèst, 
ah! rendez-moi ce service, je vous en supplie. Ah/ boutas! 
mon Dieu, non, vous n'y pensez pas ! Est-ce possible 7 Bou- 
tas, boutas ! es pas tan néci, allez, allez, il n'est pas si sot 
qu'il en a l'air. Routas ! laïssa-lmi dire, ne vous tourmentez 
pas, laissez-le dire. Boutas.' n'agués pas pdou, allez, ne 
craignez rien. Ah ! bouta-vmis , ah ! laissez-donc ! Vous n'y 
pensez pas! Ce sont des balivernes. — Ce dernier exemple 
présente un idiotisme qu'il faut remarquer. L'interj. a pris 
ici tout à fait, pour ainsi parler, la forme verbale, c'estrà- 



BOU 



BOl) 



135 



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dire que boutas est considéré comme un temps du verlw 
bouta. Il entre alors dans une règle générale et invariable 
qui veut que, lorsqu'un verbe à la î""" personne plur. de 
l'impératif est suivi iininédtatemcnt du pronom pour régime, 
on supprime 1'» final : Âima-vous, régarda-mé, réicoundè- 
lou. Ainsi boiita-voits, laissez donc. Dans ce cas, comme 
dans les précédents, i^reste une observation : boutas est la 
forme respectueuse et plurielle; au sing., avec la môme 
acception, on emploie : Bouta! bouta! va! va! Bah! pas 
possible! Bon, bon! que dis-tu là? Boulo! vingues pas, 
va, je t'en prie, ne viens pas. Bouta ! té troumpes, bien vrai, 
tu te trompes. Bouta! save ce que tènes, va, va, je sais ce 
que tu vaux. Bouta! qu'où faras bé, j'en suis sur, tu le 
feras. 

Bouté, s. m., ou Siblé. Tuyau de greffe, pour enter en 
flûte ; virole d'écorce prise à un scion franc, qui a un ou 
deux, œilletons et qu'on insère dans un scion écorcé de 
^uvageon. Il faut faire attention que cette virole soit juste 
à la place qu'elle doit occuper : trop large, elle perdrait la 
sève et laisserait l'air circuler entre elle et le sujet ; trop 
étroite, elle se fendrait avant d'arriver à sa place. 

Dira, de Bon, bout. 

Boutéïa, ado, adj. Qui a de gros mollets. — Bien bou- 
téïa, (|Hi a de forts mollets, bien pris, bien tournés. 

Dér. de Boutét. 

Boutéïè, s. m. Plant, semis de courges, de toute espèce 
de cucurbitacées. — Voy. Cougourliè. 

Dér de Boutera, courge. 

Boutéïo, s. /". Dim. Boutététo; augm. et péj. Boutéïasso. 
Bouteille ; vase de verre ou d'autre matière, à long col et 
à large ventre, propre à contenir les liquides ; quantité de 
liquide contenu dans la bouteille. — Sour coumo uno boit' 
têio, sourd comme un pot. Béoure boutéto, boire chopine. 
La bo fèio l'a mes aqui, le vin l'a tué. 

Dér. de B uto, dont boutéïo est un dimin. 

Boutéïo, s. f. Courge de toute espèce, la famille appelée 
cucurbitacée ; potiron. — Boutéto étivinadouïro, espèce de 
courge, étranglée par le milieu, renflée par les extrémités, 
dont on fait les gourdes à vin. (1*6!;. Gourdo.) Los autres 
e^)àces sont : la cougourlo, lou pastis, lou courné , ta 
eouasso. 

Dér., comme le précéd., do Bouta, parce que la courge 
sert aussi de vaisseau à vin. 

Boutéïoù, s. m. Graine ou pépin de courges et des 
cucurbi lacées en général. 

Dér. et dim. de Boutéïo. 

Boutél, s. m. Dim. Boutéïé, boutéïoù, péj. Bouléïas. 
Mollet, gras de la jambe. — A miè boutél, à mi-jambe. 
long d'esquino, prin dé boutél, rasclo m'aquél, mot à mot: 
long d'écliine, fluet de mollets, n'est pas redoutable, atta- 
que-le; longue taille et jaml)es grêles annoncent la faiblesse 
de la constitution, qui rendent propre il recevoir uno raclée. 
Faire tous bautéls énd'un éfan, fêter à table le baptême d'un 
enfant. 



• Ce mot parait avoir la même étym. que le fr. botte, fais- 
ceau d'herlxîs, parce que le mollet est un faisceau de mus- 
cles et tendons. 

Boutigna, f., ou mieux Réboutigna, Bouder; rechi- 
gner; répondre avec aigreur; revenir sans cesse sur un 
grief passé; se montrer capricieux, mutin, chagrin. 

Boutignaïre, aïro, adj. Péjor. Boutignaïras. .Mieux 
Réboutignaïre. Boudeur; rechigné; capricieux; mutin; 
chagrin. 

Bontigo, s. f. Dim. Boutiguéto; péj. Boutigasso. Bou- 
tique. 

Ce mot, en fr., s'étendait autrefois aux industries et 
aux professions les plus lil)érales, de l'échoppa du savetier 
aux brillants magasins de nouveautés et à l'étude ou plutôt 
au cabinet du notaire ; il ne s'élève pas plus haut aujour- 
d'hui que la boutique du regrattier. Le lang., qui ne veut 
pas être en reste, a suivi la progression de la mode ; mais 
il lui a fallu emprunter au fr. les apjicllations plus pom- 
peuses pour lesquelles il n'a pas été consulté, attendu 
qu'elles lui sont arrivées toutes formulées de Paris. Aussi 
est-il obligé de se faire patois, quand il entre chez le bot- 
tier à la mode, pour appeler sa boutique un aféii. Cepen- 
dant il a conservé l'ancien vocable, sinon dans toutes ses 
applications, au moins avec certaines acceptions caracté- 
ristiques dont il use encore. 

— Faïre boutigo, tenir une boutique, tenir un tout petit 
commerce de détail. FaX bien boutigo, il est achalandé ; il 
est gracieux et prévenant pour les chalands. Bara boutigo. 
fermer boutique ; faire banqueroute ; au fig. se taire. Leva 
boutigo, commencer un commerce ; au fig. se battre, se 
quereller; susciter une rixe. 

Dér. du gr. ^\ml^■Kr^. 

Boatiguiè, s. m. Au fém. HoutiguUïro. Boutiquier, bou- 
tiquière ; celui ou celle qui tient boutique; petit marchand 
en détail. 

Dér. de Boutigo. 

Bouto, s.f. Dim. Boufeto; augm. Boutar.fé]. Boutasso. 
Tonneau ; fût ; futaille. Lorsque le tonneau de ce pays est 
pris pour mesure de capacité, il contient 360 litres, ou six 
barraux. — Béoure à la barbo dé la bouto, boire à même 
le tonneau, en plaçant la bouche à la canelle. Bouto-trém- 
piiïro, tonneau à piquette, trempo, que l'on tient à part 
pour cet objet, parce que le vin pourrait en être détérioré. 
Bouto-caréiiiiro , petit tonneau qu'on place debout et 
défoncé sur une charrette pour charrier la vendange. 

Dér. de la bass. lat. Buta; on allem. butte, barrique, 
cuvior. 

Bouto! interj. S"" pers. sing. impér. do Bouta. Terme 
de menace, qui s'emploie dans toutes les acceptions, quand 
on tutoie l'interlocuteur. — Voy. Boutas. 

Boutoù, s. m. Dim. Boutonné; péj. Boutounas. Bouton 
d'habit ; de fleur ; bubon, élevure sur la peau ; Iwurgeon 
d'arbre; moyeu de voiture, de charrette ; testicule d'animal. 

Dér. de la bass. lat. Botonus, bouton, que Roquefort 



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BRA 



BRA 



fait venir de ftoufa , mettre; hoionus signifie également 
bont, extn''inité, ce qui le rend applicable à toutes les 
acceptions. 

Boutougnèïro, s. /". Diiu. Voulougmïrélo, pi5j. lloutoit- 
gnèïrasso. Boutonnière, {«tite entaille faite à un habille- 
ment quelconque pour y passer un bouton. Au fig. estafi- 
lade à la peau, blessure. 

Dér. de Boiiloù. 

Boutonna, v. Boutonner, attacher, fixer avec des bou- 
tons. Boulonner , bourgeonner, pousser des boutons , en 
parlant des plantes à fleurs, des arbres. 

Boutonna, part. pass. Bourgeonné, couvert de bubons; 
au fig. boutonné, discret, caché, dissimulé. 

Se boutonna, se boutonner; être discret, dissimuler. 

Dér. de Boutoù. 

Bouvé, s. m. Bouvreuil, pivoine ou pivète. Pyrrhula 
vulgciris, Temm Ce joli oiseau a le dessus du corps d'un 
noir lustré de violet et le dessous d'un beau rouge minium, 
excepté le bas-ventre et les couvertures inférieures de la 
queue qui sont blancs. Il se nourrit de baies, de bourgeons 
des îrbres et de graines. Il s'apprivoise facilement, retient 
les airs qu'on lui siffle et apprend à parler. 

Bouvé,!. m. Bouvet, terme de menuiserie, rabot destiné 
il faire des languettes et des rainures. 

Bouviè, s. m. Bouvier, celui qui conduit les bœufs; 
valet de charrue. La planète Vénus, lorsqu'elle parait 
avant l'aurore, est désignée sous le nom de Bouviè. 

Ce mot a servi à former le n. pr. Bouïè, en fr. Boyer. 

Dér. du lat. Bos, bovis, bœuf. 

Bracana, adj. Dim. Bracanadé, bracanadoù, péj. Bra- 
canadas. Bariolé; moucheté, tigré; tacheté; tavelé; mar- 
qué de bandes, de taches, de zig-zags, en couleurs tran- 
chantes sur le fond. 

Dér. de l'ancien lang. Brac, tache de boue. 

Bracongnè, s. m. Braconnier, chasseur par contrebande; 
celui qui chasse furtivement. 

Dérive-l-il du gaulois Brac, boue, bourbier, parce que 
les braconniers s'exposent à traverser des flaques d'eau, à 
séjourner dans des mares, ou du lat. bracca, chausses, sorte 
de vêtement de la Gaule dites Braccata? Il est fort possible 
que les premiers braconniers aient été des soldats licenciés, 
comme on en voit tant dans le moyen âge, qui étaient 
obligés de chercher des moyens d'existence dans le pillage 
et le braconnage. 

Brafa, v. Bâfrer; manger goulûment; goinfrer. — A 
tout brafa, il a dévoré tout son patrimoine. 

En bas-bret. Dibriff, m. signif. 

BrafadO, s. f. Diin. Brafadélo, péj. Brafadasso. Bâfre; 
repas abondant; coup de dent solide. 

Dér. de Brafa. 

Brafaïre, aïro, adj. Dim. Brafairé, péj. Brafaïras. 
Bàfreur; goinfre; gros mangeur. 

Dér. de Brafa. 

Bralo, ». f. Bàfrerie; goinfrerie ; la gueule. — La brafo 



Il fariè faire fnssn rdnuso>i, il n'est rien qu'il ne fil pour 
un bon repns. 

En bas br. Dibriff, manger. 

Bragassargue, s. m. n. pr. de lieu. Bragassargues, com- 
mune dans le canton de Quissac, arrondissement du 
Vigan. 

Ce village est connu dans les tijfes sous le nom lat. 
Brucassanicœ. Dans la première syllabe, ]iar un accident 
très-fréquent, il y a eu nmtation des consonnes : / est 
devenu r. La substitution étant.certalne, ou obtient blacat 
pour radical tiré de Mac, celt., jeune chéjie, et fort bien 
employé dans notre langued. avec l'orthographe Blaquas. 
(V. c. m. et Blaqaarédo.) Quant à la finale lat. explétive 
anicœ, représentée par argue, nous renvoyons aussi à nos 
explications. L'analogie amène immédiatement les noms 
similaires répandus dans nos environs : Blaquéxras, La 
BlaquiHro, hameaux de la commune de Cendras, de Pom- 
miers, de Peyroles, de Savignargues, et autres, et Blacoàs, 
dans la commune de Cardet. 

Braïa, v. Culotter; mettre une culotte ou un pantalon. 
— Se hraïa, mettre sa culotte, le pantalon aujourd'hui. La 
gradation est sensible ; le lang. est resté gaulois avec les 
brayes ; la traduction fr. est obligée de se servir du mot 
qui ne s'applique plus à l'objet désigné, et pour se faire 
comprendre, d'adapter le mot nouveau qui n'est pas encore 
devenu un verbe.- — Es braïa bien juste, au fig. il a tout 
juste ce qu'il lui faut pour vivre. Se bra\o bé nàou, il a 
bien de la morgue pour sa condition. Un amouriè bien 
braïa, un mûrier bien fourni- en feuille dans l'intérieur de 
ses grosses branches. Un par bien braïa, un porc dont les 
jambons sont bien fournis en graisse. Un braïo-l'ase, un 
nonchalant, un niguedouille ; ou bien un homme qui veut 
se mêler d'un ouvrage de femme, ou de ce qui n'est pas 
dans ses attributions. 

Dér. de Braïn. 

Braïa, v. Brailler; babiller sans mesure; criailler; 
chanter. 

Dér. de la bass. lat. Bragulare, criailler, faire du bruit. 

Braiar, arda, adj. Dim. Braïardé, braïardoù; péj. 
Braïardas. Braillard, qui parle haut, sans cesse, hors de 
propos ; brailleur ; tatillon ; qui se mêle de ce qui ne le 
regarde pas ; qui fait l'important. — Dé que se mêln aquél 
braiar? que veut donc ce braillard? que vient-il ici four- 
rer son nez? 

Dér. de Braïa, brailler. 

Braïardije, s. m. Importance, manie de se mêler des 
affaires des autres. 

Dér. de Braiar. 

Braïasso, .5. m. Qui est mal culotté; qui laisse tomber 
sa culotte en marchant ; par ext. qui a les jambes courtes 
et le derrière bas. Péjor. de braiar, importun, curieux, 
tatillon. 

Dér. de Braïo. 

Braïéto, s. f. Primevère des prés à fleur jaune, Primula 



BRÀ 



BRA 



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officinalis, Linn. Plante de la fam. dos Prinmlacées. Oreille 
d'ours, primevèro des jardins à flenr rouge ; variété. 

Dér. de Braïo, et dim. probablement parce que sa fleur, 
en forme de calice, est recouverte, à moitié de sa longueur, 
par une enveloppe verte, ressemblant à un canon de 
culotte. 

Braïo, t. f. Dim. BraUto, péj. Vrdiatto. Culotte, pan- 
talon ; brayes, braie ; chausses. — Donna la» braïos, culotter 
tin enfant pour la première fois. Un cago-braïo, terme de 
mépris, un chie-en-lit, un Iftche, un poltron. S'en tira las 
braios néios, s'en tirer les braies nettes, se tirer adroite- 
ment et sans pertes d'une mauvaise affaire. Quito pas mas 
braïos, il m'est toujours après, c'est un importun dont je 
ne peux me débarrasser. 

Dér. du celt. Brag, d'où le lat. Braca, bracca, braceœ. 

Brama, v. Braire, comme les àncs; crier, brailler ; pleu- 
rer comme font les enfants ; pleurer en général. — Lou 
diable lé brame ! peste soit du pleurard ! Cette locution 
revient souvent sans que le diable serve de nominatif au 
verbe; on dit de même : lou diable té rigue! peste du 
rieur! Lou diable té démore.' peste soit du lambin qui 
n'est jamais prêt ! Un bramo-fan, un prêche-misère, un 
crie-famine, qui cric famine sur un tas de blé. Latsso lou 
brama as ases, laisse le braire pour les ftnes, dit-on de quel- 
qu'un qui pleure sans sujet. Bramo coumo un biôou, il ne 
crie pas, il beugle. Quan douras prou brama, quand tu 
auras assez pleuré. A brama soun sadoul, aro se pdouto, 
il a pleuré tout son soûl, maintenant il se repose. 

Dér. du gr. Bp^fistv, frémir, braire, gronder. En bas-bret. 
Bram, en ital. Bramare. 

Bramadis, t. m.,ouBramadisso, s. f. Pleurs continus; 
criaillcric soutenue d'un enfant; manie de pleurer; naturel 
d'un enfant pleurard; braiement prolongé de plusieurs 
ânes, soit à la fois, soit par dialogues. 

Dér. de Brama. 

Bramado, t. f. Dim. Bramadéto, péj. Bramadasso. 
Durée du braiement d'un ftne ou des pleurs d'un enfant ; 
interruption jusqu'au temps d'arrêt qui les sépare d'une 
reprise. 

Dér. de Brama. 

Bramadoù, ». m. Gosier, au fig.; l'instrument par 
lequel un cnfanl pleure. 

Dér. de Brama. 

Bramaïre, aïro, adj. Dim. Bramaïré; péj. Bramairas. 
Pleurard; braillartl ; brailleur; qui pleure ou crie conti- 
nuellement. 

Dér. de Brama. 

Bramovaquo, s. f. Gratiolc, Gratiola offlcinalis, Linn. 
Plante dé la fani. dos Personnées, médicinale, employée 
souvent par les indigents comme émétique et purgative. 

Brancu, udo, ndj. Dim. Brancudé; péj. Brancudas. 
Branchn ; qui a beaucoup do branches ; qui se termine en 
forme de fourche. — Yoy. Branquaru. 

Dér. de Branquo. 



Branda, v. a. et n. Branler, ébranler; agiter en divers 
sens; remuer fortement; secouer; pousser deçà et delà; 
branler; être peu solide, branlant; chanceler; balancer. — 
Aquél iôou brando, cet œuf cloque , il a du vide. Branda 
las eambos, liattre le pavé, faire le fainéant. Tout ce qui 
brando tombo pas, tout ce qui menace ruine ne tombe pas. 
Branda las eampanos, sonner les cloches ; an pr. et au fig. 
Branda-nicouldoit, être faiseur de bas au métier. Brando- 
pinto, ivrogne, amateur de la dive bouteille. C'est le surnom 
qu'on donnait aux habitants du Collet-de-Dèze. Branda un 
Aoubre, secouer un arbre. Branda àou manche, branler au 
manche. Al vno dén qui brando coumo uno sovnaïo, j'ai 
une dent qui branle comme une sonnette. A toujour 
quâouque fère que li brando, il a toujours un fer qui loche, 
au fig. il a toujours des entraves ou quelque affaire qui 
cloche. Tdoulo que brando, table qui chancelle. 

En ital. Brandire, brandir. 

Brandi, v. Secouer avec force; branler; ébranler rude- 
ment. — Vou lou brandiguèrou coumo se déou, on vous le 
secoua, on le pelota comme il faut. 

En esp. Brandir. 

Brandido, s. f. Secousse; saccade; branle; remuement. 
Au fig. reproche, mercuriale; semonce. 

Dér. de Brandi. 

Brandimar, ardo, adj. Péj. Brandimardas. Grand 
vaurien; fainéant; grand flandrin. 

Ce mot vient évidemment de Brandimart, l'un des per- 
sonnages de l'Arioste. Un grand nombre de ces person- 
nages sont passés proverbialement dans le fr. et le lang., 
comme rodomont, sacripant, etc. Mais si Rodomont a con- 
servé son caractère en s'adjectivant, il n'en a pas été de 
même pour Sacripant et Brandimant, car dans le poème 
italien leur caractère est à peu près l'opposé de celui que 
leur donnent le fr. et le lang. 

Brandin, ino, adj. Brandinas, asso. Fainéant; batteur 
de pavé; flandrin; dégingandé. 

Dér. de Branda. 

Brandin-Brandan, adv. Sorte d'onomatopée de mouve- 
ment ; bras ballants, balançant de droile et de gauche, 
comme un pendule ; démarche dégingandée. 

Rôdupl. de Branda. 

Brandinéja, v. Fainéanter; battre le pavé; gueuser. 

Dér. et fréq. de Brandi. 

Brando-quuïo, s. f. Bergeronnette. — Voy. BirgHrito, 
Couach", Galapnstre. 

Brandouïa, v. Brandiller; branler; secouer vivement. 
Se brandouia, se balancer, se dandiner. 

Dér. et fréq. de Branda. 

Brandussa, V. Secouer rudement ; branler; brandiller. 
Se brandussa, se dandiner en marchant; sui\Te des épaules 
le mouvement des jambes. — Brandussavo sa lèsio, il 
branlait la tête. 

Dér. et fréq. de Branda. 

Branle, s. m. Branle; danse; ronde. — Anan fa\re lou 

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BRA 



BRÂ 



branle, nous allons danser la rondo. Lou branle dé Pala- 
dan, Imt pu nèci es lou pu gran. chanson qui acœmpagno 
une ronde d'enfants, au dernier mot de laquelle chacun, 
pour ne pas être pris ou donner un gage, se pelotonne et 
se fait petit ; le plus grand est le sot qui paie. 

Branoùs, s. m., n. pr. de lieu. Branoux, hameau de la 
commune de Blannaves. — Voy. Blannavo. 

Branquado, s. f. Diiii. Branquadéto. Branche chargée 
de fruits ou de feuilles de mûriers, qui s'éloigne assez du 
tronc pour qu'on ne puisse les cueillir sur l'arbre sans 
échelle; rameau hors de portée couvert de fruits; grain de 
folie. 

Dér. de Branquo. 

Branquaie, s. m. Branchage; ensemble des rameaux et 
branches d'un arbre; bois-menu produit des branches. 

Dér. de Branquo. 

Branquar, s. m. Brancard, espèce de litière pour trans- 
porter un malade, sorte de civière pour porter des far- 
deaux, des pierres ; les bras d'une charrette entre lesquels 
on attelle le cheval. 

Dér. du lat. Brachium. 

Branquam, udo, adj. Branchu, qui a beaucoup de 
branches. — Voy. Brancu. 

Dér. de Branquo. 

Branquas, s. m., ouBranquasso, ». f- Grosse branche; 
longue et grosse branche considérée comme une arme. 

Augment. de Branquo. 

Branquo, «. f. Dim. Branquéto, péj. Branquasso. — 
Branche d'arbre; branche de rivière ; brin ; division ; por- 
tion ; racine ou germe d'un mal ou d'un défaut. 

Dér. du celt. Branc, d'où le lat. brachium, et la bass. 
lat. branca, branche. 

Bràou, s. m. Dim. Bràoudé, Brâmidoù, péj. Srâoudas. 
Taureau, bœuf entier. — Brama coumo un hràou, beugler. 
Aquà's un bràou; for coumo un brdou, il est fort comme 
on taureau. 

Dér. du bas-bret. Braw, qui a fait aussi l'adj. brave, et 
le fr. brave. En lat. bravium,, et en gr. BpaSaov voulaient 
dire : prix des jeux, prix de la bravoure et de la force. 
Partis aussi signifiait brave et fort : les deux qualités 
suprêmes. Le taureau était chez tous ces peuples le type 
adopté de la vaillance et de la force. 

Braqua, v., mieux Âbraqua. Braquer, tourner vers ; 
fixer un but. — / braqué sous doits ièls dessus, il braqua 
ses yeux sur lui. — Voy. Abraqua. 

Emp. du fr. 

Bras, s. m. Dim. Brassé, brassoù; augm. Brassas- Au 
plur. Tirasses; dim. plur. Brassés el Brassoiis. Bras, membre 
du corps humain qui tient à l'épaule; ce qui en a la forme, 
la figure, l'usage ; au fig. action, force, puissance. — A pas 
que soies brasses , il n'a que ses bras pour le nourrir. Sèn 
prou brasses aïci, il y a bien assez de bras ici. Brasses 
d'uno caréio, brancard d'une charrette, timons. En bras dé 
camiso, en manches de chemise. Lou bras dé Diou, la 



puissance, le bras, la main de Dieu. A lou bras long, il a 
les bras longs; il peut beaucoup. 

Dér. du lat. Brachium. 

Brasa, v. — Voy. Abrasa. 

Brasas, s. m. Au plur. Brasasses. Grand brasier; gros 
tas de braise ; foyer bien garni de braise et qui ne flambe 
plus. 

Augm. de Braso. 

Brasièïro, s. f. Dim. Brasièiréto. Brasier, récipient à 
braise, en fer ou en terre, pour chauffer un appartement. 

Dér. de Braso. 

Braso, s. f. Braise, charbon allumé ou portion de bois 
brûlé qui ne donne plus de flamme. 

Dér. du bas-bret. Bras, braise, du gr. BpiÇoj ou Episuto, 
bouillir; en allem. Brasen , brûler. Esp. Brasa, ital. 
Bragia . 

Brassado, s. f. Dim. Brassadélo, péj. Brassadasso. 
Brassée, ce que peuvent enceindre les bras étendus en 
cercle ; embrassement ; embrassade ; accolade ; même sim- 
plement baiser. — A brassado, à pleins bras. — Vno bras- 
sado dé bos. une brassée de bois ; uno brassado dé gavèls, 
dé païo, uno brassée de sarments, de paille. Faî uno bras- 
sado, un baiser, s'il te plait. Arapa à brassado, prendre à 
foi de corps. 

Dér. de Bras. 

Brasséja, v. Gesticuler, remuer les bras avec vivacité 
en parlant ; travailler des bras. 

Dér. do Bras. 

Brasséjaïre, aïro, adj. Gesticulateur ; travailleur à 
bras. 

Brassiè, s. m. Journalier, cultivateur qui travaille la 
terre seulement à bras, et non avec un instrument ara- 
toire ou le secours des animaux de labour. 

Dér. de Bras. 

Brassièïro, s. f. Lisière pour soutenir les enfants qui 
commencent à marcher, — Efan à la brassièïro, enfant à 
la lisière. 

Dér. de Bras. 

Brasacado, s. f. Dim. Brasucadéto. Grillade de châ- 
taignes sous la braise. — Dans une partie des Hantes- 
Cévennes, ce mot est pris pour la châtaigne elle-même, 
quand elle est rôtie. — Voy. Afachado. 

Dér. de Braso. 

Bravamén, adv. Beaucoup; à foison; ni trop, ni trop 
peu ; raisonnablement ; médiocrement. — Bravamén, sui- 
vant l'intonation, a tous ces sens divers : preuve nouvelle 
que le ton fait la chanson. 

Brave, avo, adj. Augm. Bravas. Se dit généralement 
de beaucoup de qualités du corps ou de l'esprti. Selon les 
cas, il signifie : honnête, intelligent, leste, adroit, robuste, 
bien portant, sage, de bonne mine. Il se dit aussi des 
choses inanimées pour : bon, avantageux, beau. — Un 
brave home, un honnête homme. Vno bravo fénno, une 
honnête femme. Vno bravo fio, fille sage, de mérite. Sis 



BRÉ 



BRE 



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brave eotttno un stiou, vous vous portez comme le Pont- 
Neuf. Sériât bé brave té..., vous seriez bien aimable si... 
Sè$ brave ? vous allez bien ? Vno bravo téro, un champ 
assez considérable. Un brave oustdou, une maison confor- 
table. Se tén pas riches, séguén braves, si nous ne sommes 
pas riches, soyons honnôtes. 

Jirave n'a jamais l'acception de brave en fr. Cependant, 
faute d'un mot qui réponde à bravoure dans le sens de 
courage ou d'exploit guerrier, on dit par exception et en 
ajoutant un nom pour qualifier et justifier cette extension : 
Brave coumo César, brave comme César. Mais l'exception 
confirme la régie, et elle est rare. 

Dér. du bas-bret. Braw, on du lat. Bravium. — Voy. 
Brâou. 

Bravé, éto, adj. Dim. Bravait, bravouné, bravounéto. 
Joli; gentil; mignon. C'est là un exemple frappant de la 
dégénérescence des mots, quand ils passent par différentes 
filières et après un long laps de temps. Celui-ci a la même 
origine que le précédent, et voilà leur radical brdou, tau- 
reau, qui finit par différentes cascades à l'adj. bravouné, 
gentillet, qui semble la qualité la plus antipathique avec 
lui. 

Bravén, s. m. Nature particulière de terrain assez fer- 
tile et ton surtout pour la vigne, mais difficile à labourer 
en bonne saison ; car il est très-dur avec la sécheresse et 
argileux par la pluie. 11 est composé d'un mélange de limon 
et de schiste. 

Bravonro, s. f. Honnêteté ; probité. Ne signifie jamais 
bravoure ou courage. 

Dér. de Brave. 

Brégadiè, s. m. — Voy. Bérgadiè. 

BrégadO, s. f. — Voy. Bérgado. 

Brégan, j. m. — Voy. Bérgan. 

Brégandaje, ». nt. — Voy. Bérgandaje. 

Brégandéja, v. — Voy. Bérgandéja. 

Brégo, s. f. Noise; chicane; querelle d'Allemand. — 
Cérgua brégo, chercher noise. 

Dér. du gallois Breg, rupture. En esp. Brega, en ital. 
Briga, dispute. 

Brégoùs, OUSO, adj. Dim. Brégousé; péj. Brégousas. 
Querelleur ; hargneux ; tracassier. — Chi brégoù.i a las 
dourék'o5 virménousot, chien hargneux a les oreilles déchi- 
rées : le dicton se comprend de reste et ne s'applique pas 
seulement aux animaux. 

Dér. de Brégo. 

Brén, s. m. Son, partie la pins grossière du blé moulu. 
— Déatré (lou brén et larje à la farina, économe de bouts 
de chandelle; il ménage la paille et prodigue le grain. 

Dér. du bas-bret. Brenn, même sign. 11 a formé le fr. 
bran, excrément, bran de son, qui est le son véritable du 
brénean. Tous ces mots n'ont aucune espèce d'analogues ni 
en lat. ni en gr., ni dans les langues modernes qui ont 
puisé à cette source. La racine celtique est forcée. 

Brénoùs, ouso, adj. Qui contient trop de son, en par- 



lant du pain ; défaut de tonte antre préparation culinaire 
qui n'est pas liée, ou qui est graveleuse. 

Dér. de Brén. 

Brès, s. m. Dim. Bresse. Au plur. Bresse*. Berceau 
d'osier; larcelonnette d'enfant. Au fig. jeune âge; commen- 
cement, lieu oii une chose a commencé. — Ou a prés ûou 
brès, c'est un défaut qu'il a pris au berceau. Gna'n plén 
brès, loc. prvb., il remplit son berceau, en parlant d'un 
gros enfant, quelquefois même d'un adulte. On dit d'une 
femme qui désire ardemment des enfants : Ah boutas.' lou 
fariè en tout lou bris, ah ! mon Dieu ! elle consentirait à 
accoucher d'un enfant tout liotté, tout éperonné. La grano 
di bris, les petits enfants. 

Dér. du lat. Versus, part. pass. de versare. Cependant 
quelques-uns le tirent du gr. BptÇeiv, dormir, ou de Bpiaaeiv, 
agiter. 

Bréa (Sén-), s. m., n. pr. Saint-Brès, commune dans 
le canton de Saint-Ambroix (Gard). Bris est la traduction 
du nom pr. Brice, Saint-Brice, disciple de saint Martin de 
Tours, vers le milieu du V« siècle ; du lat. Brietiut. 

Bréscan, s. m., ou Briaqno, ou Briscan. Brisque, bris- 
can, nom qu'on donne aux as et aux dix du jeu de mariage 
ou de biscambille. 

Brésl, s. m., n. pr. de lieu. Brésis, quartier du terri- 
toire d'Alais, au midi et sud-ouest de la montagne de Saint- 
Germain-de-Montaigu, et que l'abbé Teissier, notre compa- 
triote, ainsi que d'autres après lui, soutiennent avoir été 
Prusianus, l'habitation de Tonance Ferréol, préfet des Gau- 
les au V« siècle, décrite par Sidoine-Apollinaire. 

Brésï serait une altération du nom lat. Prusianus. 

Brésil, s. m. Brin ; fétu ; résidu en poussière ; petite 
parcelle ; débris de charbon qui restent au fond d'un sac. 

Dér. de Briso. 

Brésqno , s. f. Rayon de miel ; ganffre on g&teau de 
cire ; cire avec ses alvéoles pleines, telle qu'elle est ou 
qu'elle sort de la mche. — Bâtonnet ; jeu du bâtonnet ; 
jeu d'enfant. 

Dér. du bas-bret. Bree, cassant. En allem. Breehen, 
rompre, briser. 

Bréssa, v. Bercer, donner le branle à un liercean; 
balancer un enfant dans son berceau poiu: l'endormir. — 
Se bréssa, se dandiner, se balancer lourdement en mar- 
chant, comme font les bergers et les gens chaussés de gros 
sabots. 

Dér. par métathèse, du lat. Versare, agiter. 

Brèsso, s. f. Lit en planches d'un valet d'écurie dans 
l'écurie même; cabane de l)erger portative pour coucher 
dehors, couverte le plus souvent en paille. 

Augm. de Bris. 

Bréssolo, s. f. Dim. Brissoulito. Lit d'oiiant à bar- 
reaux ; table à rebords, avec des pieds en bateau, sur 
laquelle on pose le berceau d'un enfant, pour l'élever au 
niveau du lit de la nourrice et lui imprimer au besoin 
le balancement qui le berce et l'endort. 



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BRE 



BRI 



Bréthmas, s. m., n. pr. de lieu. Brelhmas, écart de la 
commune de Saint-Hilaire, à laquelle il donne son nom, 
Sint-Alari-dé-Bréthmas, canton et arrondissement d'Alais. 
D'antiques ruines découvertes dans ce quartier, des restes 
de tuiles et de poteries gallo-romaines, sans doute, font 
remonter assez loin son origine et son nom. 

Ce village est mentionné dans une ancienne charte qui 
mérite d'être rapportée. — Hist. gén. de Lang., t. \", pr. 
p. 35. — C'est une donation faite vers l'an 810 à l'abbaye 
d'Aniane. Trademus res quœ sunt in territorio nemausensi 
suburbio castra andusianensl, sive infra ipsum pagum, villa 

cui vocabutum est Berlhomales , hoc est cum mansis, 

campis, curtis et liorlis, cum exeis et regressis, cum ecclesia 
Sancli NUarii conslnicta, necnon aliis ecclesiis gua: infra 
terminum de ipsa villa fmidata fuerint, cum oblatis et 
mansionibus ad Berlomates aspicienlibm. 

Le nom porté dans cet acte avec une légère variante se 
trouve au dénombrement de la sénéchaussée, en 1384, 
S. Ylarius de Bretomanso. 

Il n'y a rien à dire de la dernière portion du mot Mates, 
identique à Mazes et Mages, traduit par le latin mansus 
et abrégé selon les règles par le lang. et le fr. en mas. Sa 
forme au pluriel parait moins l'indice d'une agglomération 
que la réunion ou la proximité d'un certain nombre de 
mansi dans sa dépendance. La première partie jouit d'une 
possession d'état fort respectable, et Beriho, Breto pour 
signifier breton ; par où on arrive à if as du Breton. 

En contestant cette facile interprétation, je ne voudrais 
pas me faire une méchante affaire avec ce Breton breton- 
nant, qui, à une époque assez reculée, nous aurait laissé le 
nom de son pays, plutôt que son nom propre, ce qui est 
étrange d'abord. Mais l'existence même de cet étranger 
transplanté aux bords du Gardon ne me semble pas encore 
soflisamment attestée par ime simple dénomination, à 
laquelle on peut assigner dans notre langue vulgaire une 
origine et une raison plus naturelles. En effet, si Bertho- 
mates, Bretomansus, Bréthmas a eu pour parrain un Breton 
quelconque, le droit d'invoquer pareille descendance au 
même titre appartient à une petite place de la ville d'Alais, 
appelée en fr. Berthole aujourd'hui, en lang. Brétolo, et 
dans une proclamation de l'an 1388, — Mss. de l'IIôtel-de- 
Ville, — trivium de Berihola. C'est la même racine et le 
même mot. Or cette place, au moyen âge, à proximité du 
Marché, était le lieu spécial où se cantonnaient et s'éta- 
laient les denrées apportées des Cévennes avec la bréto, la 
hotte montagnarde, ou dans le bértoul, brétoul, panier fait 
de minces lames de bois; peut-être aussi y avait-il là une 
industrie de fabrication de brétos et de bértouls. Elle en a 
retenu le souvenir. Les deux noms, en tous cas, qui ont 
contribué à faire celui de Brétholo, Berthole, dérivent du 
gaulois brett, en lat. lignum, bois, planche, éclisse, ser- 
vant à faire brétos et bértouls. Mais les analogies nous 
viennent encore en aide. Le nom propre Breteuil n'est pas 
plus breton d'origine que notre Bréthmas et que notre 



Brétolo, son correspondant direct, avec la différence du 
dim. roman euil au dim. lang. ol ou olo. Et l'on sait que 
le nom de cette ancienne famille était autrefois Tonnelier, 
changé depuis en Breteuil, son équivalent synonyme, plus 
noble et plus sonore peut-être mais sorti de la même souche, 
exprimant la même idée, fait du même bois, brett. Pareil- 
lement pour Bretche, vieux mot fr. signifiant fortifications 
de bois, dans Du Cange Bretechiœ, castella lignea. Dans 
tout cela pas la moindre trace d'un Breton. 

La dérivation pour Bréthmas nous parait donc fort pro- 
bable, en y faisant entrer brett, soit que le mansus pri- 
mitif fût construit en planches, soit qu'il ait été établi 
dans un pays couvert de bois ; les deux hypothèses peuvent 
être également soutenues. 

Brève, s. m. Brevet, privilège ; acte portant concession 
d'une grâce, d'un don, d'une autorisation. 

Emp. au fr. 

Breveta, ado, adj. et part. pass. Breveté; qui est 
pourvu, muni d'un brevet. 

Emp. au fr. 

Brïa, V. Briller ; reluire ; jeter une lumière étincelante ; 
avoir de l'éclat. 

Emp. au fr. 

Brian, anto, adj. Brillant, qui a de l'éclat ; qui reluit. 

Emp. au fr. 

Brida, v-, mieux Embrida. Brider, mettre la bride ; 
lier, arrêter, attacher. — M'an bien brida et séngla, on 
m'a joliment lié et garrotté, dit-on proverbialement, quand 
on vient de passer un acte qui vous lie fortement. Sén bri- 
das, nous sommes arrêtés, liés. Sauvages traduit : nous 
jeûnons. Très-juste : la loi est la bride. Brida Vase pér la 
quuio, prvb., prendre une affaire à contre-pied; agira 
contre-sens. 

Les étym. paraissent nombreuses : d'abord le celt. bride, 
puis le vieux saxon bridel, bridl, même mot et même signi- 
fication, le gr. éolien Bpu-nîp, pour ^uTiip, tirer, parce que la 
bride sert à tirer. En ital. briglia; en esp. brida, bride. 

Bridèl, s. m. Dim. Bridélé; péj. Bridélas. Bridon; filet 
à mors brisé, sans branches ni bossettes. 

Dér. de Brida. 

Brido, s. f. Dim. Bridéto, péj. Bridasso. Bride; partie 
du harnais d'un cheval qui sert aie conduire; petite bande 
de toile ou d'étoffe, attachée au béguin d'un enfant, aux 
bonnets et aux chapeaux de femme, destinée à passer sous 
le menton, pour retenir ces coiffures. — Trépa émbé la 
brido, ou émbé lou cabéstre, jouer avec sa queue à la 
manière des jeunes chats ; se dit des gens très-jeunes qui 
ne prennent nul souci et se font un jeu de tout. — Voy. 
Cabéstre. 

Dér. de Brida. 

Brido-mousquo, s. m. Cogne-fétu; tatillon; qid fait de 
grands embarras de petite chose ; homme fluet, frêle, débile. 

Bridoolo, ». f. Dim. Bridouléto. Bois de jeunes scions 
refendu en lames fort minces, que l'on tresse pour faire les 



BRI 



BRI 



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pataront, bértoulos cl eampanèjes. {V. C m.) Les jeunes 
pousses de cli;\laigiiier sauvageon sont considérées comme 
les plus favoral)les ; à cet effet, on les aménage en taillis et 
on les coupe tous les trois ans. 

Dér. de Brido. 

Brignoù, i. m. Brignole; prune de mirabelle, la plus 
petite de toutes les espèces. Elle est d'un assez beau jaune 
quand elle est mûre. 

Comme son nom, et surtout son représentant fr. l'in- 
dique, ce fruit vient de Brignoles, en Provence, ou il est 
cultivé avec succès, et où l'on fait des conserves de prunes 
très-renommées. 

Brignoon, s. m. n. pr. de lieu. Brignon, commune du 
canton de Vézénobres, arrondissement d'Alais. La tradi- 
tion donne à ce village une origine fort ancienne. 

Le nom de Brignoun sous la forme Briginn, est un de 
ceux qui sont inscrits sur un petit monument du musée 
,de Nimes, portant les noms de onze localités du territoire 
des anciens Volces Arécomiques. Il occupe le second rang 
dans le deuxième groupe, qui parait avoir pour chef-lien 
Veetia, Uzès. L'attribution de Briginn à Brignoun, Bri- 
gnon, n'est pas douteuse. Dans l'inscription le mot est évi- 
demment abrégé de la dernière syllabe à cause des dimen- 
sions du piédestal ; il devrait se terminer en o, Briginno, 
simple nom de localité avec la fmale celtique si commune, 
ou en ones, au plur., si on veut l'appliquer à une peuplade, 
Briginnoms. La traduction latine du moyen âge donne 
raison à cette désinence. La basse latinité des Cartulaires 
disait, en effet, en 1207, Brinnonum, en 1273 Brinno, en 
1381 et 1384 Brinhonum, en 1435 Brinhon, dont le lan- 
guedocien a fait Brignoun et le fr. Brignon. Ici se remarque 
la transformation du g entre deux voyelles, dont la pro- 
nonciation était mouillée, ce que le latin rendait eu plaçant 
lui A ou un t après n, et que nous avons repris par notre 
gn qui produit le même effet ; les exemples sont nom- 
breux. 

Dans le voisinage on a découvert des restes d'antiquités 
romaines ou gallo-romaines; un monticule où l'on prétend 
que l'ancien village était établi, porte le nom de Sère dé 
Briino, colline de Brienne, et un ruisseau est aussi appelé 
Brdouno, Braune ; ce sont autant de dérivations du celtique 
Briginn. 

Quant à l'étymologie du mot, on trouve en gallois Bri- 
gynn, cime, sommet, extrémité, bout, où l'on reconnaît la 
racine bri, brin, bren, colline, élévation, hauteur, qui a 
donné avec le même sens dans diverses langues ter, Wr, 
berg, bem, birn. La situation de Brignoun justifie cette 
dénomination, et son ancienneté d'origine est également 
établie : village sur luie élévation. 

Brin, ». m. Brin de fil ; fil de la soie sans être doublé et 

tel qu'il se dévide sur la roue à filer ; brins de chanvre 

dont est composée une corde, ou un fil redoublé et tordu. 

— Floundo à guatre brins, fronde à quatre bouts. 

Ce mot parait dérivé de Prin dont il est la métathèse. 



Il ne faut pas perdre de vue que le mot prin vient évi- 
demment du lat. primus. Le fil dont on fait les étoffes est 
doublé, triplé, quadruplé; lorsqu'il est simple, il se dit 
brin, ce qui revient à premier; ce sont bien là dès-lors ces 
premiers filaments qui restent dans la main de celui qui 
sérancc, les brins premiers, par excellence. 

Bringo, s. f. Diin. Bringuéto, péj. Bringasso. Bringue; 
rosse; cheval maigre; femme maigre, délianchée, mal 
bâtie. — Métré en bringo, mettre en pièces, en désarroi. 

Emp. au fr. 

Briou, s. m. Dim. Brivé, brtoulé. Certain temps; petit 
intervalle Je temps. — Y-a un bon briou, il y a longtemps. 
K'avès pér un pouli briou, vous en avez encore pour long- 
temps. Espérarés un briou, vous attendrez un peu. T-a'n 
brivè, il n'y a qu'un petit instant. 

Dér. du lat. Brevi, bientôt. 

Briqué, s. m. Dim. Briquétoii. Briquet à feu, outil 
d'acier pour tirer du feu d'un caillou ; sabre-briquet court 
à l'usage de l'infanterie ; jeune gars, blanc-bec ; homme 
sans valeur et sans consistance; petit homme, au physique 
et au moral ; petit et mauvais cheval, criquet. — Batre 
dàcu briqué, au fig. être cagneux, avoir les genoux qui se 
heurtent en marchant. 

Emp. au fr. 

Briquo, s. f. Dim. Briçuéto ; péj. Briqucuso. Brique, 
terre argileuse pétrie, montée et cuite, qu'on emploie dans 
les constructions. — Briquo énvérnissado, brique vernissée. 
Briquo canéludo, brique à crochet, qui sert à faire des 
voûtes. 

Dér. de la bass. lat. Brica. 

Brisa, V. Briser; casser; rompre, mettre en pièces; 
réduire en poudre. 

Dér. de la bass. lat. Brisare, presser. 

Brisai, t. m. Dim. Brisa'ié. Menus débris de pierres; 
petits fragments, réduits en poussière, de tout corps dur 
très-divisé. 

Dér. de Briso. 

Briso, s. f. Dim. Briséto, s. f. Brisouné, s. m. Miette ; 
brin ; parcelle ; morceau détaché d'un plus grand ; miettti 
de pain. — Douna-mé n'é'no briso, donnez-m'en un petit 
morceau. Né risto pa'no briso, il n'en reste pas un fétu, il 
n'en reste rien. N'avédre dé las brisos, en avoir des écla- 
boussures. Àou foun dâou sa s'atrobou las brisos, prvb., 
au fond du vase la lie ; au dénouement les angoisses. Las 
brisos né sdouiavou àou capèl, on mangeait de si grand 
appétit, on cassait si vivement la croûte, que les éclats, 
les miettes en volaient au loin. 

Las brisos, châtaignes sèches qui ont été brisées en les 
battant pour les dépouiller. Cette espèce de châtaignes a 
un peu moins de valeur au marché que les autres, parce 
qu'elle se met en marmelade en cuisant ; mais elle est aussi 
bonne, préférable môme, si on veut la moudre en farine 
pour l'abreuvage des porcs, parce que généralement ce sont 
les châtaignes de meilleure qualité et les plus sèches qui se 



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BRO 



BRO 



brisent le plus; œlles qui sont avariées, nioisies ou ver- 
moulues contenant une humidité qui les préserve de se 
concasser. 

Dér. de Brisa. 

Briso-baro, s. m. Ecervelé; indompté; tranche-mon- 
tagne ; qui se met au-dessus des lois. 

Comp. de Briso, brisa, et baro. 

Brisqné ! interj. intraduisible, qu'on adresse à quelqu'un 
qui commet une incongruité en parole ou en action sales. 

Ce mot parait la contraction et un sous-entendu de : 
brusquez la politesse. 

Brivado, j. f. Dim. Brivadéto. Séance, durée d'un tra- 
vail entre ses diverses interruptions ; séjour. — Y-avèn fa 
vno bono brivado, nous avons fait une bonne séance de 
travail. — Il a aussi toute la portée de JBriou; on dit bien 
et également : Y-a un bon briou et uno bravo brivado, 
pour : il y a un long espace de temps. 

Dér. de Briou. 

Brocho, s. f. Dim. Brouchéto, mieux : Haste. Broche 
de cuisine; espèce de longue aiguille. 

Dér. de Broquo, parce que les premières broches étaient 
un pieu de bois, une bûche. Sauvages prétend qu'il y a 
des bâtons d'un certain bois dont les fibres sont de leur 
nature tellement torses que la chaleur les fait détordre, et 
que les viandes qu'on y embrochait autrefois, tournaient 
d'elles-mêmes. Probablement ce n'étaient que des moineaux 
ou tout au plus des grives, avec lesquels on pouvait se 
permettre cette économie de tourneur ou de tourne- 
broche. 

Brodo, s. f. Paresse ; fainéantise; mollesse; indolence ; 
produites par l'ennui on par »me certaine disposition d'es- 
prit ou de corps semblable au spleen anglais. Ce n'est pas 
une paresse habituelle, mais accidentelle, un entraînement 
irrésistible et momentané au far-niente, qui donne du 
dégoût pour le travail et par conséquent de l'inapti- 
tude. 

Les ouvriers de Paris appellent cette disposition : avoir 
la flême, ce qui veut dire : avoir la brodo, être plus en 
train de flftner que de travailler. — La brodo mé gagno, 
l'ennui, le dégoût me gagnent; je ne suis bon à rien. Aquél 
tén faï vénl la brodo, ce temps lourd donne des vapeurs, 
de la lassitude dans les membres, de la mélancolie dans 
l'esprit. Mé dones la brodo, tu m'ennuies. 

Dér. du gr. BpaSû?, lent, Bpeiôoç, lenteur. 

Broquo, s. f. Dim. Brouyu^fo, péj . Brouquasso. Bûche; 
bâton brut ; scion d'arbre sec. — Lou touqaariè'i pas énd'uno 
broquo, je ne le toucherais pas avec des pincettes. Porto uno 
broquo, lou fib s'amousso, apporte une bûche, le feu va 
s'éteindre. S'arrape uno broquo.' si je prends un Mton, 
gare! 

Dér. de la bass. lat. Broca, branche d'arbre, échalas, 
broussaille. 

Broqao-qaion (A), adv. Tout de travers; à la diable. 
— Travaïa à broquo-quiou , gâter rou\Tage, en se hâtant 



trop et ne faisant nulle attention : va comme je te pousse. 
Aqu() s'apèlo juja à broquo-quiou , voilà qui s'appelle jugé 
à la diable, dit un plaideur qui perd son procès, dans les 
vingt-quatre heures bien entendu, et quelquefois, avec plus 
de raison, après ce délai de tolérance. 

Dér. d'un jeu d'écolier qui porte ce nom et qu'on nomme 
en fr. broche-en-cul. 

Bron, s. m. Dim. Brouté. Jeune pousse des arbres; brin 
détaché d'une plante; trochet de fleurs ou de fruits; Iwur- 
geon. — Un brou dé sdouvio, dé vidouïè, dé basali, une 
branche de sauge, de giroflée; un brin de basilic. 

Dér. du celt. Brout ou Brot, brin, d'où la bass. lat. 
Brogilum, Bruillum, Brolium, petit bois, broussailles; OU 
du gr. Bpj(o, bourgeonner. 

Brou, s. m. Terme de boucherie, pièce du poitrail d'un 
mouton, qui répond au grumeau du bœuf; haut côté de la 
poitrine. 

Dér. du v. m. Brutz, sein, poitrine. 

Broucanta, v. Brocanter; acheter, revendre ou troquer; 
vendre par échange; vendre du bric-à-brac, des marchan- 
dises d'occasion. 

Dér. du lat. Becantare, se dédire, parce que ce genre de 
revendeurs avaient autrefois vingt-quatre heures pour se 
dédire, et rompre leurs marchés. 

Broucantur, urdo, adj. Brocanteur; celui qui sans être 
marchand, a la manie de brocanter, d'échanger, de troquer 
ce qui lui appartient, comme chevaux, voitures, meubles. 

Dér. de Broucanta. 

Brouchado, s. f. Dim. Brouehadéto. Brochée; hàtelettes; 
enfilade de petits-pieds à la broche. 

Dér. de Brocho. 

Brouda, v. Broder. 

Emp. au fr. 

Broudariè, s. f. Broderie. 

Emp. au fr. 

Brouduso, s. f. Brodeuse. 

Emp. au fr. 

Brouéto, s. f., ou Brouvéto. Brouette. — Voy. Barioto. 

Brouïa, «. Brouiller, semer la discorde; mettre le dé- 
sordre. — Se brouïa, se brouiller avec quelqu'un; d'ami 
devenir ennemi. 

Dér. de Vital. Brogliare, imbroglio. 

Brouïadisso, s. f. Brouillerie, mésintelligence. 

Dér. de Brouta. 

Brouïar, s. m. Dim. Brouïardé; péj. Brouïardas. Brouil- 
lard ; nuage. — Lou brouïar a mouqua las vignos, la gibou- 
lée a fait périr les bourgeons de la vigne. 

Broaïar, en style d'écolier, est le brouillon , cahier on 
écrit qui n'est pas mis an net. — Papiè brotiiard, papier 
gris, qui Iwit. 

Dér. du lat. Pruina.oudelabass.lat. Brolhardus, m. sig. 

Broniarda, ardado, adj. Couvert de brume, chargé de 
brouillards. 

Dér. de Brouïar. 



BRO 



BRO 



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Bronïo, ». f. Brouille; mésintelligence légère; petite 
brouillerie. Le môme que Brouiadiiio, mais avec une 
nuance un jieu plus foncée. 

I)ér. lie Brouta. 

Broun-broun, 5. m. el aJv. Ilurlu-berlu ; étourdi; 
étourdiment, en renversant tout. Onomatopée. Viendrait-il 
du gr. Bpovn5, tonnerre? 

Broundas, s. m. Dim. Broundastoù ; péj. Broundatseu. 
Rameau de cliène-vert avec toutes ses feuilles, dont on se 
sert, en guise de balai, pour amonceler les feuilles mortes 
ot les hérissons de châtaigniers ; braudes, bourrée. 

Dér. et augm. de Broundo. 

Broundïo, s. f. itamilies, émondilles, broutilles; débris 
de menu bois qui reste après qu'on a dépecé des arbres, ou 
ëbranché. 

Dim. de Broundo. 

Broondïoù, s. m. Brindille, petit morceau, petit éclat de 
bois. 

Dim. de Brount/to. 

Broundo, ». f. Bourrée; brandes; fagots de menu chène- 
vert ou de broussailles, dont se servent les boulangers, les 
potiers de terre et autres pour chauffer leur four. 

Dér. du lat. Frons, Frondis, ramée, feuillage, qui, par 
apocope et changement de f en b, avait fait dans la bass. 
lat. Bronda, menues branches. 

Brounqiia, v. ou Braqua. Brondier, faire un faux pas 
en heurtant du pied contre quelque chose. — Que bruguo 
et noun tomba avança cami, prvb. qui bronche sans tomber 
accélère ses pas ; c'est-à-dire on apprend en failiant. 

Dér. de l'ilal. Bronciare, broncher, el Bronco, tronc, 
souche, heurter contre une souche. 

Brounquado, t. f. ou Bruquado. Bronchade; action de 
broncher; faux pas d'mi cheval. 

Dér. de Brounqua. 

Brouncaïre, aïro, adj. ou Bruquaïre, aïro. Qui 
bronche; qui est sujet à broncher; cheval qui n'a pas les 
jambes solides. 

Dér. de Brounqua. 

Brounza, v. Bronzer; donner au fer une couleur bleuâtre 
poui- le préserver de la rouille, ce qui se fait à un feu très- 
vif. Au ilg., cuirasser contre les douleurs de l'&me et du 
corps ; aguerrir, rendre insensible à la souffrance ; devenir 
dur comme le bronze. 

Brounza, part. pass. Bronzé, couleur de bronze ; teint en 
noir. — Souïèt brounzas, souliers de peau teinte en noir, 
présentant le velouté de la peau, à l'extérieur. 

Dér., disent aucuns, du celt. Bronez, m. sig. 

Broonzl, v. Se rdlir outre mesure, se dessécher au feu ; 
noircir comme bronze; bronzir par le froid, qui produit le 
même effet. 

Dér. de même que Brounza. 

Brounzi, v. Siffler, bruire, en passant comme font les 
balles, les boulets, une pierre lancée avec une fronde. Au 
fig., murmurer, grogner, marmotter, gronder. — Lai balos 



brouniisiièou, les balles nous sifflaient aux oreilles. Dé gui 
brounzitses din toun cantoà? qu'as-tu à murmurer, à gro- 
gner dans ton coin? — Voy. Brounzina. 

Dér. du gr. Bp-j/iJ, hurlement. 

Brounzidoù, ». m. ou Rouflo. Loup, instrument de jeu 
pour les éojliers, fait d'une petite planche fort mince atta- 
chée au bout d'un cordon. Ils le font tourner très-vivement 
au-dessus de leur tête, et produisent par ses vibrations dans 
l'air un frémissement sourd, un brounzimén, qui imite le 
hurlement du loup. 

Dér. de Brounzi. 

Brounzimén, ». m. Bruissement; sifflement d'un projec- 
tile ; frémissement de l'air produit par le frôlement d'un 
corps quelconque; frôlement d'une robe, d'une étoffe. 

Dér. de Jirounzi. 

Brounzina, v. — Toy. Brounzi, siffler, bruire. 

Brounzinaïre, aïro, adj.PèyJirounzinaïras.GTOBdeut; 
grommeleux ; qui marmotte, qui aime à gronder ; qui mar- 
ronne. 

Dér. de Brounzi. 

Bronqua, v. Planter des oseraies, des saulsaies. L'osier, 
le saule, le peuplier se plantent par simples boutures dans 
les graviers les plus secs, et ils y réussissent toujours pour 
peu qu'ils trouvent de l'humidité à la profondeur où l'on 
enfonce leur extrémité inférieure. H faut, en général, les 
planter après que la sève s'est retirée ; cependant lors(]u'ou 
les plante dans l'eau ou dans des terrains marécageux, ils 
prennent en toute saison, même en juillet et août. 

Comme ces plantations se font très en grand dans le pays, 
au bord des rivières, soit pour en défendre les bords, soit 
pour bonifier les graviers inertes en arrêtant les dépôts 
d'alluvion, on prend très-peu de soin pour ce travail de 
brouquaje. On a des scions de toute grosseur, on les coupe 
à la longueur d'un mètre, et l'on amincit en pointe leur 
gros bout; ensuite on. fait un trou dans ies graviers avec 
un instrument de fer pointu, appelé Aguïo, et l'on y place 
trois ou quatre scions à la fois, en se contentant d'écraser, 
d'ébouler le sable avec le pied pour remplir le vide du trou. 
II est rare qu'aucun de ces plants reste sans pousser. 

Brouqua s'applique à toutes les espèces de boutures, 
comme celles de la vigne, du figuier, etc. 

Il se dit aussi, pour repiquer des plantes que l'on a 
semées d'abord sur couches et qu'on repique à distance dans 
les jardins potagers, comme l'oignon, la betterave, la poi- 
rée, la laitue, la chicorée, le céleri, etc. 

Dér. de Broquo, dans la première acception, à cause des 
scions qu'on emploie et qui se nomment Broçvo; dans la 
seconde, à cause de la bûche qui sert de plantoir dans cette 
opération. 

Brouquaje, ». m. Action de planter des oseraies; la 
saison de ce travail, et surtout la masse des bois qu'on y 
emploie. — Aqub'a dé bravt brouquaje, éttén bien, c'est du 
bois très-favorable à planter en oseraies, il foisonne beaucoup. 

Dér. de Brouqua. 



U4 



BRO 



BRU 



Brouquéto, s. f. Allumette. 

Toutes les allumettes se faisaient avec des brins de che- 
nevotte coui)és à quatorze ou quinze centimètres de lon- 
gueur, soufrés simplement aux deux bouts et mis en paquets. 
De là leur nom de Brour/uéios, dira, de Broquo, parce que 
ce n'était en effet que de minces bûchettes. Il est bien 
entendu qu'aujourd'hui on ne peut plus par cette raison 
appeler Brouquétos, les allumettes en cire de Roche et 
autres. Aussi le lang. a-t-il été forcé d'adopter VAluméto. 
Les gamins qui vendent les allumettes à la Congrève, ont 
même fait disparaître à peu près entièrement les marchans 
dé brouquétos, quâou né vôou, dont le cri est remplacé dans 
nos rues par celui d'alumétos à la Congre, dous cén pér un 
sôou. C'est du bien bon marché, mais c'est du bien mau- 
vais lang. — Yoy. Aluméto, Luquéto. 

Brouquïado, s. f. Dim. Brouquïadéio. Fagot ou brassée 
de broutilles ou de Iràchettes ; ramassis qu'on en fait dans 
un lx)is ou au fond d'un bûcher. Au Cg., feu de paille, de 
peu de durée. 

Dér. de Broquo. 

Bronquiè, s. m. Boisselier; artisan qui fabrique des 
futailles de bas-bord, telles que seaux, baquets, cornues, 
cuves à lessive, barillets, etc. Les mêmes font les patins à 
semelle de bois pour les femmes. 

Dér. de Broquo, bois refendu. 

Brousén, s. m., n. pr. de lieu. Brouzen, quartier du 
territoire d'Alais, en amont sur la rive droite du Gardon, 
où quelques étymologistes placent le Prusianus du préfet 
des Gaules, Tonance Ferréol. — Voy. Srési et Berén- 
guèri. 

Broussa, v. Tourner, caillebotter, grumeler ; faire tourner 
le lait, une crème, une sauce ; c'est-à-dire que la partie 
butirense ou onctueuse se sépare de la partie séreuse et se 
grumelle par caillots. — Moun la ses broussa, mon lait a 
tourné. A broussa sa erèmo, elle a laissé tourner la crème. 

Brousso-sâouço, s. m. Gàto-sauce, mauvais cuisinier 
qui manque ses sauces. 

Dér. de Brousso, parce que le lait tûumé forme de petits 
caillots assez semblables à la graine de bruyère. 

Brousso, s. f. Touffe de bruyère de la petite espèce, basse 
et rampante. 

Dér. du bas bret. Broust, buisson, broussaille. Dans la 
bass. lat. Bruscia. 

Brousso-pèou (A), adv. A contre-poil ; en sens contraire 
du poil ; à relwurs ; de travers ; au pr. et au fig. — Yoy. 
Cronto-pèou. 

Broustïo, j. f. Petite boite de sapin, à lames minces, 
refendues. 

En bas bret. Brousiet, branche aisée à refendre. Dans la 
bass. lat. BrusCia. 

Broutél, s. »ji.Dim. Broutélé. Trochetou glane de fruits ; 
jet d'arbro qui porte une certaine quantité de fruits ramassés 
en bouquet. 

Dim. de Brou,- en celt. Bi-out ou Brot, traduit dans la 



bass. lat. parBrajiVus, BruiUus, Bz-o^iks, qui signifie comme 
dimin. petit bois, broussailles qu'on fait brouter. 

Broutélado, s. f. Quantité de fruits qui se trouve réunie 
dans un seul trochet ou sur une môme branche. 

Dér. de Broulél. 

Bru, s. m. Bruit, son ou mélange de sons, tapage, 
vacarme; bruisseinent ; rumeur; nouvelle qui circule; 
dicton; renommée; renom. — N'es pas bru que d'acà, on 
ne parle que de cela. Ké coure tm bru, on en murmure bien 
quelque chose dans le public. Faï fosso bru, il fait beaucoup 
de tapage. Crén pas bru, il ne se laisse pas intimider. Vn 
home sans bru, un homme paisible, qui ne fait pas parler de 
lui. S'én-és douna lou bru, la nouvelle, le bruit en a couru. 

Dér. du bas bret. Brud, Brui, bruit, rumeur, ou du gr. 
BouÊo'jv, rugissement, murmure. 

Bru, adj. masc. — Pan-bru, pain-bis. N'a pas d'autre 
application. 

Dér. du lat. Brutus, grossier; il pourrait être aussi une 
altération ou une contraction de Brun. 

Bruèl, s. m. et n. pr., ou BnièiL En v. lang. petit bois; 
un fourré ; jeune taillis. 

Il y a dans l'Aveyron un village et commune de Saint- 
Jean-du-Bruel, qui a pris cette épithéte de sa position dans 
les bois. 

En V. fr. on disait : breuil, brouil et brel, auquel le mot 
lang. répond très-exactement; et dans la bass. lat. on avait 
dit : broilus, broilum, brolium ; brogilus, brogihim, bruillus. 
Cette diversité de désinences, attachées à un radical inva- 
riablement le même, donne clairement le sens dans lequel 
il faut les entendre dans les différents idiomes. La termi- 
naison lang. èl est diminutive, comme le sont en fr. ses 
correspondantes directes en el, eïl, euil, uil, qui traduisent 
ou que traduit le lat. oihis, oliutn, ogilus, uillus. Par con- 
séquent comme règle générale, tous les mots-racines, affectés 
d'une do ces finales égales entre elles, auront une signification 
diminutive. De plus les désinences en ol,ols, 6ou, jnl, jols, 
jôou, du languedocien, rendues par oiliif, olius, ogilus latin, 
seront identiques à ^i et également diminutives, comme dans 
le fr. eul, euil, el, oil et eau, eaux, ège, elles, elles, ailles, 
eilles, ailles, parfaitement équivalentes. De sorte que Bruèl, 
en ôtymologie, sera le même que Brueilet, du Breuil, Brue- 
joul, Bruojols, Bruèges, Broglio, Brouelles, Braailles, 
Bruclles, Brouxelles, Breaux; et que de la même source 
dériveront, A part les noms communs, les noms propres 
Bruyère, La Bruyère, Bruguit', lang. Bruguèïrole, Ilrugas. 
Le gaulois Bru, ou Brou, Brout, bois, branche, brin, est 
atténué par sa désinence qui prend toute sorte d'inflexions; 
mais l'élément primitif reste immuable et toujours recon- 
naissable. 

Brugas, s. m. Lande couverte de bruyères. 

Péj. de Brugulè. 

Bruguèïrolo, s. f., n. pr. d'homme et de lieu. Bruguei- 
roUe. Petit champ couvert de bruyères. — Yoy. Bruèl. 

Dim. de Bruguiè. 



BRU 



BRU 



145 



I 



Bruguiè, *. m. Taillis de bruyères à balais que l'on met 
en cou[)c régl(?e. — N. pr. d'homme : Bruguier. Avec la 
désinence féminine, léïro, il est encore n. pr. de lien, et 
très-commun. 

Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, les anciens radi- 
caux, signifiant bois ou forêt ont dû nécessairement donner 
naissance à de nombreuses dénominations dans nos pays 
couverts de forêts, de landes de bruyères, de hautes et 
basses futaies : de là aussi les diminutifs ou les péjoratifs 
caractéristiques d'une situation ou de l'état des lieux et des 
propriétaires. Aussi le primitif celtique ôruj, adouci en 6r« 
ou bru$, bruyères, broussailles, que nos ancêtres gaulois 
prononçaient jxîut-être broug, et dans lequel certainement, 
en latin. Vu sonnait ou, s'est-il reproduit dans nos appella- 
tions locales et dans les noms d'homme avec des variétés 
nombreuses, tantôt en conservant sa consonnance simple, 
tantôt en adoptant l'euphonie latine. 

A propos du mot qui nous occupe, la plus ancienne forme 
connue du radical est tirée d'une inscription gravée sur un 
petit piédestal conservé au Musée de Nimes, malheureuse- 
ment tronqué, mais où se lisent encore onze noms de loca- 
lités des Volces Arécomiques. A la seconde ligne de ce 
monument est porté le nom de Brugetia. Nous n'avons pas 
à chercher ici la certitude d'attribution entre les diverses 
localités qui auraient, chacune, des raisons égales à la 
réclamer : les savants ne sont pas d'accord sur la vraie 
position indiquée. Cependant le mot nous reste, et la 
divergence des opinions no fait ressortir qu'une chose : 
c'est que le nom Brugetia est aussi bien représenté par 
Bntget, hameau de la commune de Comillon, que par La 
Bruguière, canton de Lussan, arrondissement d'Uzès, ou 
par La Bruyère près d'Anduze, ou par Bruges de la com- 
mune d'Aigaliers; comme il pourrait l'être par Brugèdet, 
commune de Sénéchas, par Bruéje, commune de Saint- 
Privat-des-Vieux, par Bruguier, commune de Monoblet et 
Méjeannes-lès-Alais , et par tous les autres noms de La 
Bruguière répandus dans le département du Gard. Ce qui 
amène à reconnaître que toutes ces appellations ont une 
commune racine, et que, si elles se distinguent par leurs 
sufHxes en et, yès, i-de, iè, ièiro, elles n'en représentent pas 
moins des localités où les bruyères étaient abondantes, ce 
qui donne la signification ; et ces nuances prouvent que ces 
désinences sont égales entre elle? et équivalentes , ce qui 
donne raison à ce que nous disons des suilixes et de la 
composition des noms. 

Mais il y a plus : la différence de prononciation dans le 
radical multiplie les analogies. Bru étant identique à Brou, 
il s'ensuit que les noms de Brouzén près d'.VIais, Brouzel, 
commune, liroussoiis, près de Portes, dans notre arrondis- 
sement, Hrousnan, commune de Bellegarde (Gard), devront 
être ramenés à la même signification désignant des lieux 
anciennement remplis de broussailles, couverts de bruyères. 
La variété ethnique des terminaisons n'emi)êcherâ pas de 
les reconnaître et de les rapprocher; elle ne servira qu'à 



démontrer la fécondité de la langue qui se prête harmo- 
nieusement à ces modulations diverses, à prouver la 
richesse de notre idiome et sa souplesse à diversifier la 
forme sans altérer ni compromettre le sens des mots. 

Dér. de Brut. 

Bnila, V. Brûler; consumer par le fen; être en état de 
combustion ; brouir, se dit des effets produits par le froid 
sur les fleurs et sur les premiers bourgeons des arbres. — 
Fato-brulo, jeu d'enfant qui consiste à cacher un objet de 
petite dimension et à le faire chercher par un patient. A 
mesure qu'il se rapproche de l'objet, on lui crie : falo-brulo/ 
et quand il s'en éloigne : brulo pat; par ce moyen oa le 
conduit petit à petit à l'objet lui-même. Par suite, le mot 
Brûla, dans le langage ordinaire, est devenu synonyme de 
se rapprocher, être prêt à deviner. — Brulei bien, tu es 
sur la voie, tu te rapproches singulièrement du but. 

Brûla, t. m. et part. pou. — Et un brûla, c'est une 
tète brûlée. 

Dér. du lat. Peruitulare. 

Broladoro, t. f. Brûlure; action du feu; sa trace, sa 
marque. 

Dér. de Brûla. 

Brulaïre, t. m. Poêlon à brûler le café; brûloir; instru- 
ment ou ustensile servant à cette torréfaction. 

Dér. de Brûla. 

Brun, bmno, adj. Dim. Brune, ilo; péj. Brunat, aito. 
Brun, brune; noirâtre; d'une teinte foncée, sombre; obs- 
cur; bis. — Mouli brun, moulin destiné à fabriquer le 
pain bis, parce que les meules en étant plus serrées donnent 
un degré de plus de trituration à la farine, ce qui rend 
impossible sa séparation d'avec le son au tamis. — Il est 
aussi n. pr. d'homme. Brun : d'où son dim. Brunit. 

Dér. de l'allem. Braun, en ilal. et en esp. Bruno. 

Bmqua, v. — Voy. Brounqua. 

Bruquaïre, aïro, adj. — Voy. Brounquaire, dira. 

Bms, (. m. Dim. Brutti. Au plnr. Brustei. Bruyère à 
balais, Eiica scoparia. Linn. Arbuste de la fam. des Eri- 
cacées. C'est celle qu'on emploie pour ramer les vers à soie, 
et dont on fait des balais, éicoubot dé brut. — Ana at 
bruttet, aller à la provision de bruyère pour les vers à 
soie. Capouta dé bruttet, couper les brins de bruyère de la 
longueur nécessaire pour les échalasser entre les rangs des 
tables. Pligariat lou proufl dinc uno fièto dé brut; la feuille 
de bruyère étant sans largeur aucune, que pourrait-on plier 
avec? Aussi cette phrase équivaut à celle-ci : le bénéfice est 
venu à rien. 

Dér. du celt. lias-bret. Brue; Brutcut en lat., dans la 
bass. lat. Bruscia et Brueria, broussailles. 

Bmtâou, talo, adj. Péj. Brutalas. Brutal; grossier; 
féroce; emporté; sans égard, sans politesse, sans ménage- 
ment. 

Dér. du lat. Brutut. 

Bu, s. m. Dim. Buijué: péj. Buquas. Chicot d'arbre; 
ergot de branche; bout mort et desséché d'un scion d'arbre 

it 



I4C 



BUQ 



BUT 



qui a ètë taillé el qui n'a repoussé qu'à quelques pouces 
au-dessous de la taille ; éclat de bois, écharde ou picot qui 
est entré dans la chair. — lU'és entra un bu din Vounglo, 
il m'est entré une écharde entre l'ongle et la chair. 

Dér. de la bass. lat. Buca, tronc, lige. 

Bn, j. m. But; intention; point où l'on vise, fin qu'on 
se propose. — Y-anavo énd'un bon bu, il se présentait pour 
le bon motif, en vue du mariage. 

Dér. de la bass. lat. Tiutum. 

Bobo, s. f. Bubon; pustule qui se forme sur la tête des 
enfants mal soignés; boutons qui s'élèvent aux lèvres; 
échauboulure. — Renouvela las bubos, au fig. renouveler 
de tristes souvenirs, une ancienn3 douleur. 

Dér. du gr. Bou6u')v, tumeur. 

Bufadèl, s. m. Mets du pays composé de raves et de 
châtaignes bouillies ; celles-ci à deuii-cuites, qu'on nomme 
calossos. — Bufadèl est l'expression gounèlo et alaisienne ; 
les Cévenols, chez lesquels ce mets est surtout en honneur, 
le nomment Picourelo. 

Dér. de Bufa, ou Boufa, qui veut dire soufller ou man- 
ger, deux acceptions également applicables à un mets qu'il 
faut manger chaud, et souffler. 

Bugada, v. Faire la lessive; blanchir au moyen de la 
lessive; faire boire à grands verres de l'eau ou de la tisane. 

Etyni. nombreuses et variées : du celt. Biigad,\e&û\c et 
abreuver, d'où le bas-brct. Bugat, m. s.; du lat. i;«ca, trou, 
parce que la lessive s'écoule par un trou; du gr, Bou/iSa, 
cuve, grand bassin ; du lat. Buo ou Imbuere, imbiber. 

Bugadièïro, s. f. Péj. Bugadièïrasso. Lessiveuse; lavan- 
dière ; blanchisseuse ; buandière . — Un froun dé bugadièïro, 
une effronterie de harangère. Le prvb. dit : Las soubros 
dàou flascou dé las bugadièiros garissou las fèbres; c'est 
comme si l'on disait : le vin pur guérit les fièvres, car ce 
qui reste au fond de la gourde d'une lessiveuse est assuré- 
ment du vin pur, ou bien peut-être : la fièvre est un mal 
sans remède, qu'on guérirait cependant avec les restes d'une 
gourde de lessiveuse, mais impossible de s'en jjrocurer 
jamais une goutte de surabondance. Qtiinio bugadièïro! 
quel bavard ! des deux genres. 

Dér. de Bugada. 

Bngado, s. f. Lessive; quantité de linge encuvô, lessivé, 
blanchi. — Métré la bugado, mettre à cuver le linge dans 
la lessive. Faire bugado, faire la lessive. Esténdre la bugado, 
étendre le linge lessivé pour le faire sécher. Au flg. Bugado, 
perte considérable au jeu, une lessive, dans ce sens, lié 
léssiou sus la bugado, ajouter une dette à une autre, une 
maladresse, une sottise sur une autre, faute sur faute. 

Môme dér. de Bugada. 

Buqua (se), v. Se blesser, se faire une déchirure à la 
peau en se piquant à un éclat, bu, il un chicot de bois. 

Dér. de Bu. 

Buquado, s. (. Dim. Buquadéto. Déchirure à. la peau ; 
accroc il un habit, ii une robe ; procurés par un c liicot de bois. 

Dér. de Bu. 



Burataïre, s. m. Au fém. Buraïaïro. Tisserand de 
burate. Aujourd'hui cette étoffe de laine, plus fine que le 
cadis, ne se fabrique plus; on appelle Buralàires les tisse- 
rands de fleuret ou bouréto. 

Ce mot vient peut-être du portug. Buraio, gaze, parce 
que la burato était beaucoup plus claire que le cadis. 

Bure, s. m. Beurre; crème du lait épaissie en l'agitant. 

— Un bure, un pain de beurre. Âguù's un bure, ce fruit 
est fondant comme du beurre. Faire soun bure, faire ses 
orges, ses choux gras; bénéficier dans une spéculation ; 
expression qui entraine toujours l'idée d'un gain illicite ou 
peu délicat. A foundu soun bure, il a dissipé tout son bien. 
M'en coustè moun bure, il m'en a coûté fort cher. 

Dér. du gr. BoTipov, formé de Bo3;, vache, et de Tup6ç, 
fromage; d'où le lat Butyrum, leurre. 

Burèl, èlo,a!//. Dim. Burélé;i>él. Barétas. Brun; tirant 
sur le brun. — Cadis-burèl, cadis fait de la laine de moutons 
noirs, sans teinture, avec la couleur naturelle ; on dit aussi 
couloù dé la hèsiio, de la couleur de la bête qui l'a produit. 

Dér. du lat. Burrus. 

Burèou, ». m. Bureau, table destinée au travail des 
affaires; pupitre, secrétaire; lieu où l'on expédie les affaires. 

— Lou burèou ddou vi, le bureau du receveur des contri- 
butions indirectes. Escriou dinc un burèou, il est employé 
dans un bureau administratif. 

Empr. du fr. 

Burina, v. Buriner, graver au burin; avoir une belle 
plume, une écriture élégante ; bien peindre. 

On le dit dér. du celt. Burin, ou de l'allem. Boren, creuser. 

Bus, s. m. Dim. Busfjué. Buse, lame de haleine, de fer 
ou de bois, qui sert il tenir on état un corps de jupe. On 
disait autrefois Intsquièïro; mais ce nom, comme l'objet 
qu'il représente, n'était connu que de l'aristocratie. Aujour- 
d'hui que l'usage du Buse est devenu populaire dans toutes 
les classes, on a emprunté le nom au fr. qui fournissait la 
chose. 

Busqua, v. Echancrer une jnpe, un corsage, pour dessi- 
ner le galbe de la taille. — Se busca, se cambrer; creuser 
les reins et développer la poitrine eu marchant. 

Dér. de Bus. 

Busquaïa, f. Ramasser du menu bois, des broutilles; 
couper des branches d'un arbre. 

Dér. de Busquaïo. 

Busquaïo, s. /". Bûche ii brûler; broutilles; mciui-bois 
refendu ; éclat de bois. 

Busquaïo est évidemment pour bousquaw, bosquàio, dér. 
do Bns. 

Buta, V. Pousser; heurter; serrer contre; soutenir; 
affermir; germer. — Buta lou tén, pousser le temps avec 
l'épaule. A pas bésoun que lou butou, il n'a pas besoin 
d'être poussé, d'être excité. La fan lou buto, la misère le 
pousse. Butas la porto, poussez la porto. Butas ferme, 
heurtez v\ement. Mé butarés un 2>àou, vous me soutien- 
drez un pou. Butés pas.' ne poussez pas! Aguét âoubre buto 



m 



bien, col arbre jmusso avec vigneur. l^it hUi a huta, le blé 
a comniciicô à geniifir. Fôou qui qudouqmis lou bute, fariè 
pas flf/iiO, il faut que quelqu'un l'excite, il ne ferait pas cela 
de lui-niônie. 

D(^r. Je la bass. lat. Buiare. 

Butado, s. f. Diin. Butailéio; p6j. Butadasto. Secousse; 
heurt; poussOe; coup d'C'paule. — À bèlos butadoi, par 
secousses: par épaulées. M'a fougu douna uno bonobulado, 
il a fallu donner un Iwn coup de collier pour terminer cette 
affaire, pour mener cet ouvrage à bonne fin. 

Dit. de Buta. 

Butaroù, s. m. Chasse roue. — Même sign. que buto- 
rodo, dont il n'est qu'une syncope et peut-être une corrup- 
tion. — yoy. Biito-rodo. 



Butavan, ». m. Boutoir, outil de maréchal, espèce de 
l)elle tranchante pour parer le sabot d'un cheval avant d'y 
placer le fer. 

Formé de Buta, iwusser, et Avan, en avant. 

Butin, I. m. llutin ; provisions de bouche et autres. Il 
ne se prend guère qu'en mauvaise part — Manqua pat 
butin, il y a Iranche-lippée. 

Empr. au fr. 

Buto-rodo, ». m. Borne, en pierre, en fer ou en fonte, 
en forme de cône tronqué, placée soit au coin d'une maison, 
A la jwrte d'une remise, à l'entrée d'un pont, pour empê- 
cher que l'essieu des roues d'une voiture ou charrette 
n'écorne les murs; soit à l'cntour d'une place, pour inter- 
dire la circulation des voitures. 



c 



I 



c, troisième lettre de l'alplialM?! ; elle a la même pronon- 
ciation qu'en fr. et subit les mêmes modifications, c'est-à- 
dire qu'elle a la prononciation du K devant les voyelles a- 
o-u, et colle de 1'» double devant e et ». 

Le C est la deuxième des consonnes ; il appartient à l'ordre 
des Palatales, parent de la famille des Gutturales. Les gram- 
mairiens le classent ainsi en expliquant la manière dont se 
fait son émission, forte ou faible, par l'organe buccal : très- 
bien; nous n'insistons pas autrement. Son histoire est plus 
curieuse et présente plus d'intérêt : nous lui devons une 
mention. — Les Romains, qui avaient adopté l'alpliatet 
des Grecs, l'appelèrent d'alxird Gamma et le figuraient par 
le signe r : ce qui cependant n'empêcha pas d'employer la 
forme arrondie en croissant, C, d'où lui vint le nom de 
Luna, surfont quand il prenait le son adouci. Tout cela 
est formel, et il est Imn de citera ce titre, Varron disant : 
« Antiquis enim C quod nunc G ; » et Festus Avienus : 
« C pro G fréquenter ponebant Aniiqni, » et dans un autre 
passage : • Quae nunc C appellalur, ab Antiquis G vocaba- 
• tur. » C'est ce qu'écrivait aussi Ausone dans ce vers, 
De literis : 

Pra-valuit postqnam gamma; vice functa prius C. 

Cependant l'opinion contraire était soutenue par d'impor- 
tantes autorités ; en latin, Tacite, Pline et Juvénal en par- 
lent, et appuient le nom lunaire; en grec. Suidas et Plutar- 
que penchent aussi jwur la forme du cappa au lieu du 
gamma. Mais on sait par Isidore de S<Wille, De oHginibiis, 
que le K prévalut et fut introduit définitivement par un 
maitre d'école, nommé Sallustius. 

Puérilités, dira-t-on. Nullement. La conclusion à tirer 
est que, si la forme a eu quelque influence, au point de 
faire confondre une lettre avec l'autre, il y a certainement 



rapprochement d'articulation quand la lettre et le son se 
produisent, ce qui tient à leur nature et au procédé 
d'émission ; mais ceci explique encore que le C latin tenait 
de son origine grecque la force et la dureté devant toutes 
les voyelles, comme le T on G grec, et que, par suite aussi, 
leur permutation est naturelle et facile. C'est ce qu'a trans- 
mis le latin aux langues romanes, et celles-ci au languedo- 
cien. Par où on ne sera plus étonné, dans la recherche des 
étymologies, des substitutions fréquentes des deux signes, 
et par exemple, des changements de eavea, lat., en gabio, 
lang., cage, fr.; cicada cncigalo; cranut en gras ; crolatum 
en gréld; actis, aciicula en aguïo; ecclesia en glèïso; ficus 
en figo; vicariiis en viguiè; etc., etc. Et encore, par des 
variantes caractéristiques plus remarquables : le lat. canis, 
du gr. KiSiov, KuviS;, qui donne au fr. chien, à notre dial. 
chi pour chin, au toulousain, gous et cas; de plus, le lat. 
catus, en gr. KaT(î, donne au fr. chat; à notre dial. ca; au 
prov. gat; au cat. gat ; à l'esp. et au port, gato; à l'ital. 
gatto. 

Nais dans la formation du roman, la permutation ne 
s'arrêta pas là : la réaction continuant amena d'abord 
l'adoucissement de l'intonation sur les voyelles e et i, par 
lequel le C dur, romain ou grec, se convertit en deux SS; 
puis, pour les voyelles éclatantes et fortes, a, o, n, les 
mêmes tendances firent introduire la combinaison primitive 
et celtique sans aucun doute du C avec H, flexion chuin- 
tante inconnue au latin. Ce CU est gaulois pur-sang, il ne 
vient pas d'importation germanique. F.,es peuples tudesqnes 
ne le prononcent qu'avec une articulation fortement guttu- 
rale aspirée, et leur langue en général ne montre aucune 
aptitude pour les mouillures adoucies du roman. Nos dia- 
lectes au contraire, et le français lui-même, l'ont repris à 



148 



CÂ 



sa source; et en particulier, notre dialecte cévenol, comme 
preuve d'origine ancienne, lui qui a mieux conservé les 
traditions du langage, l'emploie partout et invariablement 
et dit cha pour ca, châou pour câou, et même où nous 
disons fdoit : châou ana séjaïre; cliabro, pour cabro; etc. 

Nous signalons ici un des phénomènes de l'élaboration 
de l'idiome, comme nous l'avons fait à la lettre B. En pas- 
sant du celtique au latin, du latin au roman, en dérivant 
ensuite vers le languedocien et ses dialectes, la langue ne 
s'annule pas plus qu'elle ne se crée, elle se modifie suivant 
les latitudes et suivant les dispositions propres aux groupes 
de chaque zone. C'est pourquoi les permutations n'ont pas 
de règles absolues, invariables, savantes, en vertu desquel- 
les tous les mots se seraient transformés et qu'on devrait 
nécessairement retrouver dans leur composition nouvelle. 
A part le radical il peu près innnuable, toutes ces lois de 
transformation et de permutation varient à l'infini dans 
l'intérieur d'un idiome, et à plus forte raison dans un dia- 
lecte comme le nôtre, qui se distingue par un caractère 
si particulier : nous en saisissons seulement les principaux 
accidents. Ce qui est à bien constater, c'est que, à toutes 
les époques où le langage s'est modifié, il a obéi partout à 
des tendances spéciales, et que, sans se dépouiller d'une 
manière complète de ses formes, il a cherché en tout temps 
et partout à ressaisir ses propriétés primordiales; et que 
toujours, cédant ou à la puissance de l'habitude ou à des 
influences organiques et climatériques, appropriées au pays 
où il était reçu, il suivait dans ses innovations un certain 
plan uniforme, sans secours de la science ni souci de la 
grammaire, mais sous l'inspiration d'aptitudes innées et de 
facilités de prononciation, dont le peuple, peu instruit 
d'ailleurs, restait le souverain juge, .\ussi nous contentons - 
nous de prendre notre dialecte sur le fait, et laissons-nous 
de coté les classifications scientifiques. 

Le languedocien n'admet pas le C final, non plus que le 
C devant ime consonne autre que les fluides L et R. Lors- 
qu'il emprunte au gr. au lat. ou au fr., qui tous admettent 
celte rencontre, il supprime net le C et le considère comme 
non avenu. C'est une délicatesse d'acoustique qui lui est 
commune avec l'ital. Une seule exception a été faite pour 
la propos, (lin, dans, précédant une voyelle; on dit : dine 
un an, dans un an. 

Dans une langue dont l'orthographe n'a rien de précis, 
rien d'arrôté, qui n'a jamais eu de grammaire et qui ne 
pouvait en avoir à cause de ses variations d'une localité à 
l'autre, qui n'a eu que des lexiques partiels et à principes 
divergents, chaque écrivain, chaque glossateur surtout doi- 
vent se créer des principes, des règles et une orthograplie à 
leur usage, faute de type à imiter, de loi unanimement 
acceptée et reconnue ou d'académie autorisée qui impose 
ses décisions. Au milieu de ces incertitudes, un principe 
semble bien surnager, celui de l'orthographe auriculaire ; 
et cependant, son application absolue a présenté des diffi- 
cultés si nondireuses que tous les essais ont échoué. Sauva- 



ges, qui a été plus loin ([u'aucun autre peut-être dans cette 
voie, s'y est fourvoyé lui-même, et plus d'une fois. L'ori- 
gine de certains mots, leur étymologic l'ont entraîné ; et 
c'est ainsi qu'il nous donne jusqu'à trois signes différents 
pour rendre la prononciation du C, en se servant tour à 
tour du C, du S et du Q. 

Certes, en suivant la règle de l'orthographe auriculaire, 
le C et l'S auraient suffi à exprimer les diverses prononcia- 
tions combinées que nous offrent les lettres C, K, Q, S, et 
nous y aurions gagné l'économie de deux signes ; mais nous 
l'avons dit, nous faisons de l'éclectisme ; et il est prudent, 
avec une certaine mesure, de respecter, dans cha(jue mot, 
sa physionomie étymologique. Nous avions d'ailleurs des 
traditions qui obligent, et mieux encore les notes et les 
formules de l'éminent poète des Castagnados, qui, dans tout 
ce travail, sont notre guide, notre loi et notre inspiration. 
Nous conserverons donc chacune de ces consonnes, en don- 
nant toutefois congé définitif au K intermédiaire, qui nous 
parait tout à fait anomal au languedocien et que le fr. 
lui-même n'adopte que dans quelques emprunts exotiques. 

On s'étonnera peut-être d'après cela de rencontrer quel- 
quefois le Qit, là où le C aurait été parfaitement suffisant, 
où même il aurait eu plus de convenance étymologique ; 
nous l'avons employé ainsi parce que notre premier besoin, 
en cette affaire, a été de faire concorder orthographiquement 
chaque mot avec ses composés, avec ses dimin. et ses péj., 
chaque verbe avec les divers membres de sa conjugaison. 
Si, par exemple, nous avions écrit broco, — saco, — Wuca, 
il aurait fallu écrire brouciè iwur brouquiv; sacélo pour 
saqiiéto; toucére pour louquère; l'on comprend bien que 
cette orthographe n'était pas abordable. 

Ca, 4'. m. Dim. Caté, catoii, calouné; augni. Catas; péj. 
Catarus. Chat, felis catiis, Linn. Mammifère delà fam. des 
Carnivores. — Le chat sauvage, la véritable souche de 
notre chat domestique, existe dans nos cantons montagneux 
et boisés; gris plus ou moins brun, avec des ondes plus 
foncées sur le dos et transversales sur les flancs ; dedans 
des cuisses un peu jaunâtre ; les lèvres et la plante des 
pieds noires, la queue annelée terminée en noir. — Voy. 
Chaîné. — Lou ca miâoulo, le chat miaule. Es saje coumo 
Ion ca âou froumaje, il est sage, tranquille comme un chat 
qui tient sa provende, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'elle soit 
achevée. Sâouta coumo un ca maigre, sauter comme un 
chat maigre, comme un cabri. Lou mes das cas, le mois de 
février, temps des amours des chats. Au fig, Faïre lou ca, 
faire la ch.-^tte-mitte, patte de velours ; baisser le ton ; baisser 
pavillon; ramper devant plus fort ou plus puissant que soi. 
Kmpourla lou ca, vider un loyer sans prévenir le maître, 
décamper à la sourdine; partir sans prendre congé, sans 
faire ses adieux. Acheta un ca dinc un sa, acheter chat en 
poche; faire marché sans voir la marchandise. Soun coumo 
Ion ca et lou ra, ils vivent ensemble comme chien et chat; 
ils vivent très-mal d'accord. Y-a pa'n ca, il n'y a per- 
sonne, personne! Fariè d'iHs énd'un ca, exp. prvb., il 



CAB 



CâB 



149 



€8l si adroit qu'il ferait des yeux à un chat. 3Ianjo ca que 
roumiaras, loc. prvb. pouvant se traduire par : tel qui rit 
vendredi, diinanclie pleurera. 

D6r. de la bass. lat. Caiu$, même sig. Quant à l'étym. 
de celui-ci, on est loin d'être d'accord : le gr. KaT({, furet; 
l'hébreu Chatoul, peuvent y avoir contribué; le lat. y a 
pris part : Caiare, ou CaHar«, voir clair; Catum ab e<i qtiod 
eatat, id est videt; i'atos id est iicutos; et encore, Si origo 
ejus adferri posait, à caveo diei maxime probatur, jwnse 
Vossius. On n'a que le choix. 

Cabala, v. Cabaler; intriguer pour quelqu'un ou pour 
soi; comploter; se liguer avec quelqu'un. 

Emp. au fr. 

Cabalo, ». f. Cabale, complot, coalition d'ouvriers. 

Emp. au fr. 

Cabanèl, «. m., n. pr. Au fém. Cabanèlo; dim. Caba- 
nèlé, Cabanéloii. Cabanel. 

Dér. de Cabano, chaumière, on du bêam. Caban, formé 
de Cab, tète, en v. lang., manteau des pâtres béarnais et 
navarrois, pourvu d'un capuchon. 

Cabanis, ». m., n. pr. d'homme. Au fém. Cabanitto; 
dim. Cabanissé. Cabanis. 

Dér. de Cabano. 

Cabano, s. f. Dim. Cabanéto; péj. Cabanasto. Cabane; 
chaumière, hutte. — Cabano dé pastre, hutte de berger. 

11 est aussi n. pr. d'homme, Cabane. Au fém. Cabanésso; 
dim. Cabane. 

Dér. de la bass. lat. Capanna ; àxx gr . Katjâvr,, fi/yurium. 

Cabâou, ». m. Bétail gros et menu qui fait partie d'une 
ferme d'exploitation nirale, , et que le code civil désigne 
sous le nom d'ijiiiiieubles par destination. Par ext. ce mot 
8'appli(iue i fortune, avoir, héritage, possession, trésor. — 
Y-a un for cabâou dinc aquél mas, il y a un bétail consi- 
dérable dans ce domaine. Àquà's tout moun cabâou, c'est 
tout mon avoir. Las fénnos soun un michan cabâou, les 
femmes sont une mauvaise engeance dans une maison. Que 
s'aquito, faï cabdou, prvb., qui paie ses dettes s'enrichit. 

On emploie aussi famil. le dim. Cabale, pour dire toute 
sorte de famille d'insectes et de petits animaux, comme 
les rats, les fourmis, les sauterelles, etc. 

Dér. du lat. Caballus, mauvais cheval, rosse. 

Cabaré, ». m. Cabaret; logis; hôtellerie; auberge; lieu 
où l'on donne à boire et à manger. — Faire cabaré, tenir 
une aulierge; vendre du vin en détail. 

Les étymologistes français, qui ne peuvent se décider à 
devoir quelque chose au languedocien, tandis qu'ils vont 
fouiller dans les patois les plus sauvages des Gaulois et des 
Gertnain.s, font dériver calwrct du gr. Kaw;Xjt'-v, même 
sig. Le mot nous parait, à nous, d'origine purement lan- 
guedocienne. En fr. il était peu connu au moyen âge; il n'a 
guère commencé à paraître qu'au temps de la Ligue, et il 
était sjTionyme alors de taverne : c'était les rendez-vous de 
l'aristocratie comme les cafés de nos jours, à la seule diffé- 
rence qu'au lieu de liquetirs et de café, on y buvait du vin. 



Le lang. Cabaré semble bien plus ancien, car son acception 
est plus large : il signiflait autrefois logis, hôtellerie, et il 
n'a pris que plus tard la synonymie de taverne et Iwnchon. 
Le nom du château de Cabaret, dans le département de 
l'Aude, fameux dans les fastes de la guerre des Albigeois, 
était une corruption de Cab - are, caput arietis, tète de 
bélier. N'est-il pas probable que le nom commun de Cabaré 
a la même origine? peut-être parce qu'une tête do bélier 
était l'enseigne commune des logis à l'époque et dans la 
localité où ce nom a pris son origine. Il est bien évident 
dès-lors que le fr. nous aurait fait cet emprunt , comme en 
mille autres circonstances, sans qu'il veuille en convenir. 

Cabarétéja, v. fréq. Hanter les cabarets, les tavernes. 

Dér. de Cabaré. 

Cabarétéjaïre, adj. m. Pilier de taverne; liabitué des 
cabarets. 

Cabarétiè, ièïro, ». Cabaretier, cabaretiére; aubergiste; 
hôtellier. 

Cabas,», m. Dim. Cabasté; péj. Cabossas. C&bns; panier 
de sparterie, dont se servent les cuisinières pour aller à la 
provision d'herbes, de légumes, et même à la boucherie. 
Au fig. une femme sale, mal fagotée, très-négligée dans sa 
tenue; un torchon. — Voy. Acabassi. 

D'après les étym. fr. le gr. Ki6o{, ancienne mesure de 
froment, aurait donné naissance au mot cabas. Nous le 
croyons plutôt tout méridional et formé du lat. Caput, qui 
avait fourni à l'esp. Cabessa, comme au lang., pour dire 
tête, sans doute parce que cette sorte de panier se portait 
autrefois sur la tête. La quantité de mots lang. qui ont la 
syllabe cab pour racine, et qui sont tous relatifs à la tête, 
apporte une nouvelle probabilité à celte origine. 

Cabasso, ». f. dim. Cabasséto; péj. Cabassasso. Tronc 
d'arbre étètè, qu'il soit mort ou vivant ; maîtresse branche 
de la tête d'un arbro. Lorsque les mûriers ou les châtai- 
gniers sont étiolés et menacent de périr par les branches, 
ou rase celles-ci tout près du tronc : s'il arrive que les 
racines soient encore saines, l'arbre reprend toute sa vigueur 
et pousse de nouvelles branches, qui atteignent vite leur 
première dimension. 

Dér. de Cab, pour tête, Cabasso augm. En esp. Cabesta; 
en ital. Capo. tête. 

Cabassu, ». m. n. pr. d'homme. Au fém. Cabassudo; 
dim. Cabasstulé. En fr. Cabassut ou Chabassut. Il est très- 
répandu, indifféremment avec les deux intonations à la 
première syllal». Qu'il dérive de Cabésso on de Cabasso, le 
mot adjectivô a voulu dire en principe forte tête ou grosse 
tète, au moral ou au physique, avec Cab pour racine. 

Cabassudo, ». [. Jacée des prés, Centaurm jacea, ou 
Cenlaurea nigra, Linn. Plante de la fam. des SjTianthérées, 
commune dans les prairies. — Voy. Carouje. 

Cabés, ». m. Chevet d'un lit; côté du lit où l'on met la 
tête; oreiller; traversin. 

Dér. de Cab, tête. 

Cabésso, s. [. Péjor. Cabissasso. Tête; an fig. savoir. 



150 



CAB 



CÂB 



jugement, esprit, bon sens. — Vno forio cabésso, «ne bonne 
tête ; une t&te bien meublôc et à jugement siir. 

Dér. de Cab, tête. En esp. Cabessa, Cabeza; en port. 
Cabeca ; en b. bret. Cab. Le lat. Caput n'est pas étranger 
à tous ces mots, non plus que le gr. KEjpaÀ»;, si on voulait 
bien. 

Cabéstre, «. m. Licou ou licol; lien que l'on met à la 
tête des bètes de somme pour les attacber au moyen d'une 
longe. — Trépa émbé tou cabéstre, OU émbé la brido, se dit 
des jeunes gens,, qui s'amusent de tout, sans nul souci, 
fringants et dissipés, qui ont la bride sur le cou. — Voy. 
Brido. 

Dér. du lat. Capisirum, formé de caput stringo, capitis 
stringiutn. En bas-bret. Kabestr. 

Cabi, V. Serrer un objet, le ranger, le mettre à l'abri des 
voleurs ou des curieux, le cacher. — Cabi iino fio, marier 
une fille, la collo(]uer. Couss) quicon la eabirén, de manière 
ou d'autre nous l'établirons bien. 

Dér. du lat. Cavum ou Cavu$, cavité, cachette, enfonce- 
ment. 

Cabïè, s. m. Ruban de fil dit Chevillére, dans toutes les 
localités de France, quoique non enregistré par l'Académie. 

Sauvages le fait dér. de Capilli, les cheveux, parce que, 
dit-il, les femmes, peu avant lui, se servaient de ce ruban 
ix)ur tresser leurs cheveux ; il aurait pu ajouter que, de son 
temps, il servait à tous les hommes du peuple pour rouler 
leurs cheveux en queue. Aujourd'hui, comme cordon, il 
entre dans beaucoup d'ouvrages de couture. 

Cabine, s. m. D'un. Cabinété ; pèy Cabinétas. Armoire; 
bahut; garde-robe; jamais cabinet. C'est le meuble essen- 
tiel jwur tout nouveau ménage : une fille des plus pauvres 
ne consent guère à se marier, quand elle ne peut pas se 
donner nn cabine; elle attend, s'il le faut, avec une rési- 
gnation méritoire, jusqu'à ce que son pécule arrive au pair 
de cette dépense. 

Ce mot vient évidemment du précéd. Cabi : cependant 
il est singulier que le lat. barbare se soit rencontré avec 
lui dans son emploi relatif au mariage. Dans la bass. lat. 
Cabimentmn veut dire établissement. 

Cabà, s. m. Chabot, meunier, chevane, poisson de 
rivière à grosse tête; ce qui lui vaut sans doute son nom. 
— Yoy. Aréstoù. 

Cabosso, s. f. Dira. Cabousséto; péj. Cabowssasso. Clou 
de fer de cheval à grosse tête carrée ; clou de même forme, 
mais de plus grande dimension, avec lequel on fixait les 
bandes de fer sur les jantes de charrette, et où ils étaient 
autrefois en si grand nombre que la roue portait sur les 
clous et non sur la bande. Aujourd'hui qu'on ne ferre plus 
les roues à bande, mais en cercle, on n'emploie que des 
Iwulons A tôle plate. — Voy. Clavèl dé carélo. 

On apiK'lle aussi Cabosso, certains gros clous dont les mon- 
tagnards garnissent leurs sabots et souvent leurs souliers. 

Dér. de Cabésso. 

Cabra, s. m. Troupeau de chèvres, génériquemeut ; mais 



il n'est employé qu'en parlant des chèvres qu'on envoie au 
Imuc pour les faire saillir. C'est là une branche d'industrie 
agricole, qui consiste pour toute mise de fonds dans l'achat 
d'un bouc. On amène \h toutes les chèvres du canton, et 
elles y rsstcnt jusqu'à un mois ou deux. En attendant, le 
propriétaire du bouc profite d'un restant de lait que les 
chèvres ont conservé, se fait payer la nourriture, et quand 
le lait tarit, il a grand soin de renvoyer les chèvres à leur 
maître. Ténl cabra, c'est garder un bouc pour cet usage. 

Cabra, v. Dresser une échelle, une planche, une poutre 
contre un mur, dans la position d'une chèvre qui se dresse 
contre un arbre. 

Se cabra, se cabrer; se dresser, se révolter contre; s'em- 
porter, se brouiller avec quelqu'un. — Se soun cabras, ils 
sont en opposition. 

Dér. de Cabro. 

Cabri, s. m. Dim. Cabridé, Cabridoù. Chevreau, cabri, 
petit de la chèvre, Hœdtis; petit coté d'une échelle double, 
qui, dans certains pays, n'est composé que d'une barre 
ronde. — Sdouta coumo un cabri, sauter comme un cabri. 
Vno tèsto dé cabri, au fig. un étourdi, un écervelé. Quan 
la cabro vaï pér hor, se lou cabri sdouton'apas (or, prvb., 
quand la chèvre va dans le jardin, si le chevreau y saute, 
il n'a pas tort ; pour signifier que les parents doivent seuls 
rester responsables des mauvais exemples qu'ils donnent à 
leurs enfants. 

Dér. de Cabro. 

Cabrida, v. Chevroter, mettre bas des chevreaux; faire 
le chevreau. Se dit encore d'une échelle double, qui, étant 
dressée, s'ouvre entièrement, parce que la partie qui sert 
de support vient à glisser en arrière : par ext. et de là, 
cabrida, signifie dégringoler, tomber. 

Dér. do Cabri. 

Cabridado, s. f. Portée d'une chèvre, quantité de che- 
vreaux qu'elle met bas. Par cxt. dégringolade, chute de 
haut. 

Dér. de Cabri 

Cabridan, s. m. Frelon, guêpe frelon, Vespa crabro, 
Linn. Insecte du genre de la guêpe. — Voy. Grâoule. 

Cabriè, s. m. Au fém. Cabrièïro. Chevrier; celui ou 
celle qui garde les chèvres. Est devenu n. pr. d'homme et 
fait en fr. dans le Midi, Chabrier, et dans le Nord, Che- 
vrier. 

Dér. de Cabro. 

Cabro, s. f- Dim. Cabréio; péj. Cabrasso. Chèvre, 
femelle du bouc. ■ — Cabro- bounto. Voy. Bounto et 
Boucho. Mé fartas véni cabro, vous me rendriez fou, 
vous me feriez perdre patience. La cabro dé moussu Sagnè 
se baiéguè toulo la gnuè émbé lou loup, mais ânu jour lou 
loup la manjè, phrase proverbiale qui exprime de longs 
et vains efforts pour se défendre, surtout au jeu ; on syn- 
coi» souvent et l'on dit : Faï coumo la cabro dé nwussu 
Sagnè, et Cela signifie : il finira par être enfoncé ; il va tout 
iwrdre. 



CAB 



CKC 



15i 



Il s'agit, comiiie on le voit, de toute défense longue, 
obstinée, désespérée, mais inutile, conti-e plus fort, plu» 
habile ou plus beureux que soi. Un joueur qui perd la 
partie après l'avoir disput'ie pied it pied ; un malade qui 
meurt après avoir longleri)ps et péniblement résisté au 
mal; un négociant, un jwrliculier qui voit s'accomplir sa 
déconfiture après l'avoir retardée autant que jiossible eu 
faisant flèche do tout bois; nos éducations de vers à soie 
depuis vingt ans, commençant bien pour finir par un 
désastre; tout cela fait coumo la cabro dé moussu Sagnè. 
D'où vient qu'une chèvre est devenue le parangon de tous 
ces braves malheureux? 

C'est ce qu'explique suffisamment le complément du 
dicton, qu'on scinde parce qu'il serait trop long et que 
tout le monde le sait assez pour pouvoir l'abréger. J'ai 
môme vu les gens en pareille occasion se permettre une 
ellipse bien autre en disant seuleiiient : la cubro; Mais 
c'était un j)eu des argotiers. L'entier dicton est comme 
dessus : Faire coumo la cabro dé moussu Sagnè, que se 
batéguè toulo la gnué émbé lou loup et lou mati lou loup la 
manjè, faire comme la chèvre de monsieur Sagnier, qui se 
battit toute la nuit avec le loup et le matin le loup la 
mangea. — Cette fin était prévue, mais celle des Spartiates 
aux Therniopyles l'était aussi; et la chèvre ne méritait 
pas moins de passer à la postérité et d'y entraîner son 
maître, qui sans elle serait fort peu connu, et avec elle 
risque môme de ne survivre que dans le proverbe. 

Dér. du lat. Capra. 

Cabro, s. f. Echelle double; chevalet des scieurs de 
long, (|ui soutient le baudet o« ase. 

Cabro, ». f. Mante, mante religieuse. — loi/. Prigo- 
Dlou. 

Cabro, ». f. Papillon femelle du ver .'i soie; morpion, 
vermine qui s'attache aux endroits couverts de poils. 

Cabros, au pi., les deux iwulres princiiwles qui soutien- 
nent l'appareil d'une sonnette à piloter, ou moutoù; la 
troisième, qui est garnie d'échelons pour grimiwr à la 
poulie, se nomme éscalo. 

Cabréto, ». f. Chevrette, meuble de l'âtro d'une cuisine, 
appui en fer [wur soutenir les pots dans les cendres. 

Dér. du lat. Capra. 

Cabrôou, s. m. Chevreuil; chamois; isard; toute espèce 
de chèvre simvage; Ca/jreo/u», Limi. Quadrupède de l'ordre 
des Cerfs; brun ou roux, à cinq andouillers au plus. — Le 
n. pr. Chabr6oii,en fr. Chabrol, est formé de là, comme en 
fr. encore Chevreuil et Chevreau. La seule différence est 
dans la désinence, sufllxe diminutif en lang. exprimé par 
ôou, traduit par ol, rendu par le fr. euil. — Voy. Oou 
suffixe. A conférer avec Bagndou. Cassagnolo. Plagndou, 
etc. 

Dér. de Cabro. 

Cabroù, ». m. Dim. Cabrouné. Chevron, pièce de char- 
[lente compost-e d'un pied droit et de deux arbalétriers. 

Dér. de Cabro. 



Cabas, ». m. .\ctionde plonger dans l'eau, on de tomber 
de haut la tète la première ; de faire un plongeon. 

Dér. du lat. Caput, parce que la tète porte la première. 

Cabus, t. m. Au pi. Cabusses. Provin, branche de vigne 
que l'on couche dans la terre jwur qu'elle prenne racine et 
remplace un cep qui manque. — Ddou lén dos cabusses, 
dans le dernier quartier de la lune de mars. 

Cabus, aJj. m. Cdou ou Câoulé cabiu. Chou blanc, 
chou cabus ou chou pommé. 

Dér. du lat. Caput, parce que cette espèce de ciiou forme 
une grosse tète ronde. 

Cabussa, v. Plonger dans l'eau ; faire le plongeon ; tom- 
ber de haut la tète la première. 11 est quelquefois actif : — 
Cabussa qudouquus, plonger pour sauver quelqu'un qui se 
noie. Cabussa un sôou, aller chercher un sou au fond de 
l'eau, en plongeant : exercice qu'on s'amuse à faire exécu- 
ter aux enfants en jetant un sou dans l'eau. 

Dér. du lat. Caput, tête; en esp. Cabessa. 

Cabossa, v. Proviguer la vigne; marcotter toute espèce 
de plantes ou d'arbustes. Au fig. inhumer, enterrer quel- 
qu'un. 

Cabussaïre, aïro, adj. Plongeur; qui a coutume de 
plonger. 

Dér. de Cabus. 

Cabussàou, ». m., ou Cassdou, ou Saeol. — Voy. Cat- 
sâou. 

Cabussé, ». m. Haie d'eau, Jlallus aquaticus, L'inn. Ce 
nom est aussi donné à la poule d'eau marouette, gallinula 
porzana, dont les habitudes tiennent beaucoup de celles 
du Haie. — Voy. Itasclé. 

Cabussèl, ». m. Dim. Cabussélé; péj. Cabussélas. Cou- 
vercle; ce qui sert à couvrir. — Lou cabussèl dé la listo, 
le crâne, l'os sujK'i'iour de la boite du cerveau. 

Dér. du lat. Caput; en esp. Cabessa. 

Cabusséla, v. Mettre un couvercle; couvrir un plat, un 
pot, une huche, de son couvercle. 

Cabussèlo, ». f. Couvercle d'un pot an feu, uniquement. 

— Chaquo toupl trobo sa cabussèlo, chaque cheville a son 
trou; chaque fille trouve un mari. 

Las cabussèlos, au pi. les cymbales, parce que cet ins- 
trument a effectivement la forme d'uu couvercle à pot. 

Môme étym. (jue les préc. 

Cacaï, ». m. Caca; selle d'un enfant; ordure, saleté; 
terme de nourrice qui, pour détourner un enfant de tou- 
cher à quelque chose, lui dit : Cacaï! C'est par suite do la 
môme idée (ju'on met une décoction amère au bout du sein 
do la nourrice (juand on veut sevrer son nourrisson, et 
quand il y porte la bouche, il se retire en s'écrianl : Cacaï/ 

— Aquà's dé cacaï, c'est sale. 
Dér. du gr. Kiiarj, excrément. 

Cacalaca! interj. et ». m. Coqnerico, chant du coq; 
onomatopée. Gosier, au fig; par exl. cou, col. — Li coupé 
soun cacalaca, il lui coupa le cou. 

Cacalaca, ». m. ou PantoufUto, ». f. Digitale pourprée. 



15â 



CAC 



CAD 



mufle de veau, Antirrhinum majus, Linn. Plante de la 
fam. des Pei-sonnées, qui croit sur les vieilles murailles, à 
fleurs irrégulières et pourprées, auxquelles il ne manque 
que d'être plus rares et exotiques pour être recherchées. 

Cacalaca, en terme de coiffure, toute espèce de nœud de 
ruhans, de pouf, posé sur le haut d'une coifTure de femme, 
en guise de la crête d'un coq : d'où le nom. 

Cacalas, j. m. Au pi. Cacalasses. Eclat de rire. — Faguè 
un bel cacalas, il partit d'un grand éclat de rire. 

Ce terme vient-il du gr. KayyaXdîw, rire à gorge déployée; 
ou bien n'est-il qu'un rappel du cacalaca du coq, avec 
lequel l'éclat de rire a un rapport d'onomatopée? 

Cacalassa, v. ou mieux S'éscacalassa. Eclater de rire ; 
tire à gorge déployée, bruyamment, rire aux éclats. 

Dér. de Cacalas. 

Cacha, v. Serrer; presser; meurtrir; casser, briser en 
serrant fortement, avec les dents, ou en frappant ; mâcher, 
broyer avec les dents. — Cacha dé noses, casser des noix. 
Sloiin ésclà mé cachavo, mon sabot me blessait le pied. Un 
ase dé smin tén cachariè pas la païo; c'est ce que l'on dit 
de quelqu'un qui veut se faire ou que l'on croit plus jeune 
qu'il n'est, et qui a cependant largement atteint ou dépassé 
l'âge où un âne, faute de dents, ne pourrait plus broyer ou 
mâcher la paille. 

Se cacha lotis dés, se meurtrir les doigts ; au fig. être 
dupe de son propre stratagème. 

Dé froumaje cacha, du fromage qui a dépassé le degré de 
fermentation qui lui convient, vieux, fort et rance. 

Dér. du lat. Qttassare, briser. 

Cachaduro, s. f- Meurtrissure ; pinçon ; blessure produite 
par une forte pression. — Aou débasta se vésou las cacha- 
duros, exp. prvb., quand on enlève le bât à un âne, on 
aperçoit ses blessures; au fig., c'est à fin de compte qu'on 
juge de son mal. 

Dér. de Cacha. 

Caché, *. m Cachet; sceau; pain à cacheter. 

Dér. de Ccu:ha. 

Cacheta, v. Cacheter; appliquer un cachet; fermer avec 
un pain à cacheter. 

Dér. de Cacha. 

Cacho, s. f. Cachette; cache; lieu secret où l'on cache 
quelque chose. 

Emp. au fr. 

Cacho, s. m. Dim. Cachouté; péj. Cachoutas. Cachot; 
prison basse et obscure. 

Emp. au fr. 

Cacho-foué, s. m. Chambrière de charrette; gros bâton 
suspendu par une douille mobile au tablier d'une charrette, 
qui sert à soutenir les bras en équilibre lorsqu'elle est 
dételée, et à soulager le limonier lorsqu'elle est attelée 
chargée, mais au repos. 

Comp. de Cacha et de Foué, fouet. 

Cachomoure, s. m. Coup de poing sur la mâchoire, sur 
le nez. 



Comp. de Cacha, meurtrir, et Moure, visage. 

Cadabre, j. m. Péj. Cadabras. Cadavre, corps mort; 
plus particulièrement en parlant du corps humain; au fig. 
homme maigre et décharné, ou seulement livide. 

Dér. du lat. Cadaver, qui serait la syncope de caro data 
vermibus, à ce qu'on assure et qui est vraisemblable et 
ingénieux. 

Cadacu, n. pr. de lieu. Cadacu, petit hameau dans la 
commime de Laval, arrondissement d'Alais. 

Dér. du lat. Caput et Acutum, chef pointu. 

Cadaï, s. m. — Voy. CalaX. 

Cadansa, v. Balancer; remuer en équilibre; pencher; 
branler. — La tàoulo cadanso, la table n'est pas solide ; 
elle branle sur ses pieds. 

Dér. du lat. Cadere, tomber, et de Danso. 

Cadâoula, v. Fermer au loquet; fermer une porte avec 
le loquet. 

Cadâouléja, v. Loqueter; agiter, faire aller le loquet 
d'une porte pour ouvrir, ou pour indiquer qu'on se dispose 
à entrer. 

Cadàoulo, s. f. Dim. Caddoulélo; péj. Cadâoulasso. 
Loquet; cadole; languette de fer, avec son appareil en 
bascule qui la soulève, et le crochet-gache qui la retient, 
pour fermer une porte. En terme de charcuterie, verge du 
porc, y compris son fourreau et la longue membrane qui le 
lie à l'abdomen. — Es ton jour en l'air coiimo uno cadâovlo, 
au fig., il est sémillant, actif, agité; il ne saurait rester en 
place. Fino cadàoulo, loc. prvb., fin matois, rusé et actif. 

Le fr. s'est emparé de ce mot dont il a fait Cadole, qui 
a la même acception, mais qui ne s'emploie que comme 
technique de serrurerie. 

Dér. du lat. Cadere, tomber. 

Cadaràou, s. m., n. pr. d'un torrent qui borde à l'ouest 
la ville de IN'imes : Cadarau. 

Dans le dialecte uimois, ce mot est synonyme de voirie, 
gémonies. Cela tient peut-être à ce que le lit de ce torrent, 
sur lequel est aussi situé l'abattoir public, servait à cet 
usage; et que cette destination était ancienne. Mais ne 
pourrait-on pas prétendre avec autant de fondement que 
c'est de cette circonstance même que le torrent tire son nom? 
Il n'est pas hors de probabilité que l'expression, soit qu'elle 
s'applique génériquoment à tout emplacement de voirie, 
soit à l'emplacement particulier de ce torrent, ne dérive du 
lat. Cadaver, cadavre; si l'on se rappelle surtout que des 
fourches patibulaires , véritables gémonies, dont on voit 
encore quelques piliers sur la route de Sauve, dominaient 
le cours de ce ruisseau. Cependant Sauvages, en consultant 
sans doute quelque dialecte voisin, applique ce nom de 
Cadaràou aux ruisseaux d'écoulement des rues, et lui 
donne pour origine le verbe grec KaTà^éw , couler de haut 
en bas. D'autres veulent le faire venir du catalan cataranco, 
torrent. Le mot n'appartient pas à notre langue ; et nous 
y voyons plutôt une redondance réduplicative de notre 
Cardon, qui a la même signification. — Voy. Caràou. 



CAD 



CAD 



153 



Cadastre, t. m. Cadastre; anciennement registre de 
capitation ; plus tinl terrier des proprii^ti^ imposées à la 
tiiili'; aujourd'hui registre public où sont marquées l'éten- 
due et la valeur des terres. 

Dér. de la bass. lat. Capitasirium. Godefroi dit : In 
Gallia, aliquibtts in locls, à capltlbm vel enpitatione cap- 
daslra, rrl enta tre, rocatur capilnlionis scilicel regisirum, 
in (juihm siiigiilnriim nomina aSnotata eraiif. 

Cade, 5. m. Grand genévrier à baies rouges, Jtiniperm 
nxijcerlriis, I.inn. Arbrisseau de la fam.dos Conifères. C'est 
la grande esiièce dont la racine fournit l'huile empyreuma- 
tique de Cade, qui est d'un usage très-fréquent en agricul- 
ture pour le traitement des animaux, et principalement 
contre la gale des moutons. La tige de cet arbuste fournit 
par incision la résine appelée Sandaraque, base des plus 
beaux vernis. — Es ilavala dàou cade, il a dégringolé; il 
est en déconfiture; ou ikest mort. 
• Cade-mourvU, s. m. — Voij. Mourvis. 

Cade-sabi, s. m. — Voy. Sabino. 

On regarde ce mot comme dér. du celt. 

Cadè, J. m. Dim. Cadété; péj. Cadélas. Cadet. Snmom 
qu'on donnait beaucoup dans le [leuple au fils puiné d'une 
famille, au second enfant mMe, n'importe le nombre des 
frères subséquents. Ce nom était tellement incarné à l'indi- 
vidu qui en était affect(^ dans son enfance, qu'il ne le per- 
dait pas même par la mort de son fn>rc aîné, quoiqu'il 
devint par lA le chef de la maison. Lorsqu'on voulait y 
ajouter le nom de famille, on faisait précéder celui-ci de la 
partie, dé; on disait donc : cadè dé Marti et non cadè- 
Marti. Il en est de même encore assez généralement pour 
les prénoms; on dit plutôt : Jean dé Brunèl que Jean 
Brunèl. Dans les races vraiment populaires et autochtones, 
il n'est pas rare qu'on ajoute au prénom et au surnom de 
Cadi la désignation de la mère, surtout lorsque cette mère 
est plus connue que le père, ou lorsqu'elle est veuve. On 
dira plus volontiers par ext. cadè dé Martino, Janà dé 
Briinêlo, que cadè dé Marti ou Janà dé Brunèl. Cette 
tonrnurc prend un caractère plus original et plus local 
encore, si l'on féminise p^iur la mère le surnom du père. 
Un homme était surnommé /ion Dioti. son fils était connu 
sons le nom de cadè dé Bon Dioulo. Ce nom de Cadè est 
resté dans le génie de la langue, mais l'usage se perd de le 
donner aux enfants. — Un bon cadè, un bon drille. I.ous 
cadè.i dé las Mattlos, que tous doux fan cent ans; loc prvb., 
de \vm\ jouvenceaux! la paire fait un siècle! dicton qui 
a été imiwrté de Mont|)ellicr : les Matèles est un village au 
bord de l'étang de Mauguio. 

Cadè, qui se disait autrefois Capdè, est un dim. de Capta, 
chef, petit chef, second chef de la famille. 

Cadèl, s. ni. Dim. Cadélé, Cadéloù; itf'']. Cadélas. An 
fém. Cadrio. Jeune chien, petit de la chienne; par ext. 
jeune homme sur les confins de la puberté. — Vn cadélas, 
nn jeune gars, robuste et un peu niais. 

Dér. du lat. Catellus. 



Cadèl, .f. m. Chaton on folles fleurs des arbres que les 
botanistes distinguent sons le titre et rangent dans la fam. 
des Amentacées, comme le chêne, le noyer, le châtaignier, 
le coudrier, le i)cuplier, l'orme, le saule, etc. 

Cadéla, v. Chicnner, mettre bas, en parlant d'une 
chienne; pousser des chatons, en parlant de certains 
arbres. 

Cadélado, s. f. Portée ou ventrée d'une chienne ; lailée, 
en fr., se dit également d'une chienne de chasse. 

Dér. de Cadèl. 

Cadenas, ». m. Cadenas; serrure mobile et portative, 
qu'on adapte par un anneau à un autre anneau fixe, com- 
me fermeture. — Lou cadenas dânu col, les vertèbres du 
cou ; les clavicules qui joignent les deux épaules en fermant 
l'orifice su|)érieur de la poitrine. 

Dér. du lat. Catena, chaine. 

Cadénéto, ». f. Cadenette, longue tresse de cheveux. 
C'était la coiffure des incroyables du Directoire, qui se 
nommaient aussi Muscadins. Cette mode était renouvelée 
d'autrefois, et remontait, dit-on, à Henri Allwrt, seigneur 
de Cadcnet, maréchal de France, qui lui aurait donné son 
nom. Il est bien aussi probable que ce nom lui vient de ce 
qu'elle consistait à relever les cheveux en tresse plate, en 
chaine, qu'on fixait au haut de la tête avec un peigne. 

Cadéno, ». f. Chaine, suite d'anneaux ou chaînons 
entrelacés. — Cadéno dé coula.^, mancelle, chaine qui tient 
au collier d'un cheval de charrette. Fré coumo la cadéno 
d'un pous, froid comme une chaine de puits. 

Cadéno est le nom d'une rue du vieil Alais. Est-ce un 
souvenir du moyen-âge, pour rappeler les précautions d'une 
bourgeoisie toujours jalouse de ses libertés et privilèges à 
rencontre de ses soigneurs, qui faisait placer des chaînes à 
l'entrée do ses rues contre les incursions des gens du châ- 
teau dominant la ville sur ce point, ou contre les attaques 
extérieures? Ou bien, cette rue en pente était-elle si diffi- 
cile, qu'autrefois il avait été nécessaire d'établir une chaine 
dans toute sa longueur pour servir de main-coulante aux 
passants? Le nom se retrouve dans les plus anciens titres 
des archives municipales : les attaches des chaînes se dis- 
tinguaient encore aux deux extrémités et indiquaient leur 
position en travers de la rue; la première origine nous 
parait donc préférable. Le lat. Catena est en tous cas le 
radical du mot. 

Cadièïraïre, aïro, ». Fabricant, tourneur, faiseur de 
chaises ; rempailleur de chaises. 

Dér. de Cadifiro. 

Cadièïro, ». f. Dim. Cadièïrélo; péj. Cadièiratso. Chaise, 
siège à dossier où l'on s'asseoit ; chaire à prêcher. — Empâta 
uno cadièïro, rempailler une chaise. L'an tracho dé la 
cadièïro en bas, on a publié en chaire les bans de son 
mariage. 

Dér. du lat. Cathedra, qui a les deux mêmes signif. 

Cadis, ». m. Cadis: étolTe de laine grossière, espèce de 
gros drap gris ou brun, sans teinture, qu'on fabrique dans 



154 



CAG 



CAG 



les campagnes, surtout dans la Lozère. — Faire un cadis'^ 
faire faire une pièce de cadis dans la maison, ce qui pro- 
cure une meilleure qualité que de l'acheter en foire ou chez 
les marchands . 

Dér. sans doute de la ville de Cadix, d'où cette étoffe 
doit avoir été importée dans l'origine. 

Cadissaïre, aïro, s. Tisseur de cadis; marchand ou 
fabricant de cette étoffe. 

Dér. de Cadis. 

Cadissariè, s. f. Hardes et habits de cadis de toute une 
maison, qu'on lave à la fin de l'hiver et qu'on suspend dans 
la cave pour les préserver des vers. 

Dér. de Cadis. 

Cadiuèïsso, s. f. ou Cadôousso, ou Dôonsso. Cosse de 
pois, de fèves, de haricots et autres légumes qu'on écosse ; 
au fig. forte tape, causant contusion et douleur. — Voy. 
Dôousso. 

Cadra, v. Cadrer; convenir; s'ajuster, s'assortir avec. 

— Aquà eadro bien, cela vient juste à point. 
Dér. du lat. Quadrum, carré. 

Cadran, ». m. Cadran, surface sur laquelle sont marquées 
les heures. Au fig. homme ou femme effronté, aux allures 
hardies, qui s'affiche avec affectation et mauvais goût. 

Dér. dans sapremièreacceptiondnlat. Q«adrat«m; dans 
la seconde, par comparaison peut-être avec le cadran, qui 
étale et marque les heures. 

Cadre, ». m. Cadre, bordure de bois en baguettes dont 
on entoure une glace, un tableau, une gravure; chambraide 
d'une porte. 

Dér. du lat. Quadrum, carré. 

Café, ». m. Café; nom commun à la graine du cafier, à 
l'infusion qu'on en fait, et au lieu où on le vend préparé. 

— Faire café, tenir un café ; être cafetier, limonadier. Au 
fig. préne soun café, jouir silencieusement et paisiblement 
d'un spectacle qui amuse. Cette phrase se prend d'ordinaire 
en mauvaise part, c'est-à-dire qu'on jouit malicieusement 
d'une mystification que l'on fait subir à quelqu'un, ou 
d'une querelle h laquelle on ne prend part que pour juger 
des coups et en rire. 

Dér. comme le fr. de l'arabe Gahoukah. 

Caîétiè, ièïro, ». Cafetier ; limonadier ; le maître ou la 
maîtresse d'un café. 

Dér. de Café. 

Cafétièïro, ». m. Dim. Cafétièïréto. Cafetière; vase à 
faire le café, ou toute autre infusion. 

Dér. de Café. 

Cafio, ». m. Chenet; landier; ustensile de cheminée qui 
soutient le bois dans le foyer. 

En bas-bret. Kafuner, chenet; en ital. Capi fuocco. 

Cafour, ». m. Enfourchure d'un arbre; le point où les 
grosses branches se séparent du tronc ; carrefour ; embran- 
chement de plusieurs rues qui forment une sorte de petite 
place. 

Dér. du lat. Quadrum et Forum, place carrée. 



Caga, v. Chier ; aller à la selle; s'ébouler, en parlant 
d'un mur, d'une tranchée , ou d'une bobine, d'une fusée, 
d'une toupie, dont le fil ou la corde est enroulée trop 
lâche. 

Notre Dictionnaire s'est fait un devoir d'enregistrer tous 
les mots et de chercher l'explication de toutes les locutions 
populaires. Il suffit de le rappeler. « En mouchant une 
expression mal propre, on s'expose à lui arracher le nez — 
c'est-à-dire le caractère, l'originalité, » a dit un glossateur 
de beaucoup d'esprit : il n'y a donc pas à faire les délicats 
avec une langue qui professe hautement et avec raison que 
pardoulos pudou pas. Un empereur d'assez bonne maison 
disait la même chose de l'argent ; nous pouvons bien le 
dire de la monnaie courante du peuple. Nous toucherons 
donc au passage deux dictons fort usités, et sans aucmi 
scrupule. 

Caga ddou pichô quiou : inutile de donner le mot à mot ; 
mais l'argot de la langue verte nous fournit un correspon- 
dant : chier de petites carottes; même signification. C'est 
mener petit train, vivre de peu, se serrer le ventre; cette 
dernière expression, plus académique, nous mène tout droit 
à la nôtre, comme on va le voir. Quand on est obligé 
d'économiser jusque sur son manger, l'estomac n'a pas 
beaucoup à faire. Dans cet atelier de fabrication, comme 
dans les autres, la matière première faisant défaut, les pro- 
duits diminuent nécessairement ; et l'importation manquant, 
l'exportation doit être peu de chose : d'où il suit qu'une 
petite voie suffit pour l'opérer. L'effet est dit pour la 
cause dans notre locution, qui, par une bizarrerie à 
noter, indique beaucoup moins le fait d'économiser sur sa 
cuisine, avec les conséquences de l'espèce, que celui de se 
restreindre, par nécessité aussi, et de faire petitement toute 
autre chose, quoique les mêmes conséquences n'y soient plus. 

Caga méléto. Le melet est un poisson de mer assez long 
mais surtout très-mince. C'est cette conformation qui a 
donné lieu à notre dicton qui signifie : avoir grand peur. 
On sait qu'un des effets de la peur est de resserrer singu- 
lièrement chez l'homme certain conduit sécréteur; bien 
d'autres dictons dans toutes les langues viennent, avec la 
science, témoigner de ce fait. Or, il doit résulter de cet 
état que les produits ne peuvent être que fort minces, 
comme la mélélo, par exemple, et c'est encore dire la cause 
que de dire l'effet. 

Dér. du lat. Cacare. 

Cagado, ». f. Cacade; excréments. Au fig. éboulis; 
imprudence , entreprise manquéo ; ànerie , pas de clerc. — 
As fa aqui uno bèlo cagado, tu as fait là une loui'de sottise, 
une énorme imprudence. De cagados dé mousquos, chiures 
de mouches. 

Dér. dn Caga. 

Cagaràoulé, s. m. Très-petit pot à bouillir; le plus petit 
pot, dans lequel on fait chauffer le bouillon d'un malade, 
la soupe d'un enfant. 

Dér. du lat. Cacàbulus, dim. de Cacalus, pot au feu. 



CAO 



CAI 



155 



Cagarâoulo, s.f. Dim. CagaràouUto. Escargot, limaçon 
àc<)<juillo; hélice asjiergé, Ilelix aspersa, Linii. Mollusque 
Gastéropode. En fr. nioyen-àge, on disait Caquerole, qui 
signifiait h la fois un escargot el une espèce de marmite 
à trois pieds et à longue queue. Cette dernière acception 
semble annoncer sa dérivation du lat. Cacabus, pot au feu ; 
et l'escargot y aurait participé par analogie de forme. Le 
limaçon, quand on l'irrite ou qu'on l'approclie du feu, rend 
une écume comme le pot au feu. — lou tambour dé las 
cagardoulos, le tonnerre. Aïfo é$ la eaiso dé las cagardoulos, 
tan dé vis tan dé prés; dicton pour exprimer un succès 
complet en quoi que ce soit, comme au jeu, par exemple, 
quand on gagne toutes les parties. Ordinairement on ne dit 
que le premier membre de la phrase, le second restant 
facilement sous-entendu. Il est inutile, pour expliquer ce 
dicton, de dire que lorsqu'on va à la recherche des escar- 
gots, ce qui se fait après une pluie de printemps ou un 
orage, on en prend tout autant qu'on en trouve ; ce gibier, 
dont on est généralement friand dans le pays, étant peu 
propre k dépister ou à fuir le chasseur. 

Cagarèl, Picarèl ou Snscle, s. m. Mendole, Sparus 
Marna, Linn. Petit poisson de la Méditerranée, de l'ordre 
des Holobrancbes ; bon quand on le mange frais, mais qui, 
ainsi que l'indique son nom lat., peut imiter l'anchois, 
Marna, et qui en effet se conserve dans la saumure ; c'est 
le goût piquant qu'il en tire qui l'a fait appeler Picarèl. 
— Yoy. c. m. 

Cagarèlo, *. f. Mercuriale, foirclle; Mercurialis annua, 
Linn. Plante de la fam. des Euphorbiacées, purgative et 
laxative : elle est un poison pour plusieurs animaux et 
entr'autres pour les lapins. 

Son caractère éminemment émollient lui a valu son nom. 

Cagarocho, ». f. Dim. Cagarouchéio. Très-petite mai- 
son, cahutte étroite, taudis, où l'on est logé à pli de corps. 
Au fig. hamlwchc, très-|)ctit homme, nalwt, avorton. 

Il peut, dans les deux sens, pr. et fig., dériver par com- 
paraison de la posture accroupie exprimée par le verbe. 

Cagasso, ». f. A-bé-cé, alphabet, croix de par Dieu. — 
Voy. CroiM. 

Cagnar, ». m. Dim. Cagnardé. Cagnard, abri exposé au 
soleil; c'est le foyer d'hiver des pauvres gens, des vieil- 
lards et des fainéants; la cheminée du roi René à Ais. 

Dér. du lat. Car»'», chien, ou de l'ital. Cagna, chienne, 
parce que les chiens aiment à se coucher au soleil. 

Cagnarda, v. Exposer au soleil et à l'abri du vent. 

Dér. (le Cagnar. 

Cagno (Faire la), v. Faire la mine, la grimace; dédai- 
gner ; refuser d'un air dédaigneux. 

Dér. du lat. Canis, c'est-à-dire faire une mine de chien. 

Cagnà, Oto, adj. Dim. Cagnouté, élo; péj. Cognoutas, 
asso. Sot, imbécile; poltron. 

Dans l'ancien lang. Cagnà signifiait chien : on dit encore 
un foulrassdou de cagnà, un gros diable de chien. 

Dér. du lat. Canis; en itai. Cagnolino, petit chien. 



Cagnoto, ». f. Dim. Cagnoutéto ; pty Cagnoutasso. Cor- 
nette de femme en indienne, sans dentelle ni avance, qui 
emboitc la tête et les oreilles. C'est la coiffure exclusive 
des femmes du peuple et de la campagne dans leur négligé 
de travail. Les étrangers conspuent cette coiffure, qui n'est 
pourtant pas sans grâce, et qui ressemble Ixïaucoup au 
bonnet phrygien. Tout dépend du plus ou moins de coquet- 
terie dans la manière de l'arranger. 

Ce mot parait encore dér. du lat. Canis, parce que, dans 
le principe, cette coiffure descendait sur le cou en oreilles 
de chien. 

CagnoQta, t>. Mettre la Cagnoto à quelqu'un ; coiffer une 
femme de sa Cagnoto. 

Dér. de Cagnoto. 

Cago-chl, ». m. Bon-Henri, épinard sauvage, . Chenopo- 
dium bonus-henrieus folio triangulo, Linn. Plante de la 
fam. des Chénopodées; commune dans les lieux gras. 

Son nom lang. lui vient de ce que les chiens aiment à 
déposer sur elle leurs excréments. 

Cago-prin, «. m. Pince-maille, fesse-Mathieu; ladre 
d'une avarice sordide; vilain; taquin. — Sauvages donne 
à ce mot pour équivalents : eago-dignès, cago-du, cago-sée, 
eago-maïos : c'est la même idée, que nous avons expliquée 
dans le verbe servant à la formation de tous ces subst. — 
Voy. Prin, Digne, Maïo, etc. 

Cago-trépo, ». f. Chausse-trappe ou chardon étoile, 
Centaurea calcitrapa, Linn. Plante de la fam. des Compo- 
sées Cynarocéphales, qui vient le long des chemins. La 
même que Vàouriolo. — Voy. c. m. 

Çaï, adv. de lieu. Ici, céans. Il a la même portée que 
Aïci, avec cette différence que ce dernier suit d'ordinaire 
le verbe auquel il sert de régime , tandis que le premier le 
précède . — f aï sera lèou, ou sera lèou aïci, il sera bientôt 
ici. Çaï sèn, nous y voilà. Diou çaï siéf que Dieu soit 
céans! exp. prvb., quand on entre dans une maison. 

faï a quelque chose de plus technique, de plus syncopé 
et partant de plus poétique que Àiei. 

Dér. du lat. Bàe, par ici. 

Caîa, «. Cailler; coaguler; figer. — Lou earboù dé la 
Gran'Coumbo es lou mïoù, parça que caïo lou mat, la 
houille de la Grand'Combe est de la meilleure qualité, 
parce qu'elle se caille, elle fait prise, c'est-à-dire que le 
soufre et le bitume qu'elle contient se mettent en fusion et 
en vitrification à l'action du feu ; ce qui cimente les mottes 
entr'elles. 

Dér. du lat. Coagulare; en ital. Quagliare. 

Caïado, ». f. Caillé; du lait caillé. 

Dér. de Caïa. 

Caïàou, ». m. Dim. Caialé; péj. Caiaias. Caillou; galet; 
pierre de pleine main et de la dimension dont on se sert 
pour la fronde ou pour le jel à la main. — L'abalaiavo à 
cos dé caïdous, il le poursuivait à grands coups de pierre. 
S'arape un caidou, si je prends une pierre. 

Dér. du lat. Calculus, ou Cautes. 



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CAI 



CAl 



Csùias, s. m. Caillot de sang, grumeau de sang caillé. 

Dér. de Caïa. 

Caïé, éto, adj. Bigarré; pie; de deux couleurs. Ce mot 
ne se dit guère que des bœufs dont la robe est de deux 
couleurs. Pour les porcs, on dit Garèl, dans le môme sens. 

Ha-caïé, s. m. Lérot, espùce de loir ou de gros rat, 
tacheté de gris et de blanc, qui niche sur les arbres. — 
Voy. Ra. 

Caïé signifie aussi mollet, à moitié sec, en parlant de 
certains fourrages et de quelques céréales, connue la luzerne, 
le sainfoin, le seigle et l'avoine, qu'il faut couper et entas- 
ser, avant une parfaite dessication, pour éviter que la 
feuille des premiers et le grain des seconds ne se détachent 
en les remuant et ne se perdent. 

CaïèïfO, s. f. Ventricule ou estomac des agneaux, veaux 
et chevreaux, que l'on conserve par une préparation, pour 
cailler le lait. La première opération digestive de ces ani- 
maux étant de cailler le lait, le viscère qui sert à cette 
opération , est saturé de certains acides, qui produisent le 
même effet après la mort de l'animal et la dessication du 
viscère. — Voy. Cal. 

Dér. de Caïa. 

Gain, ïno, aJJ. Tatillon; importum; inquiétant; qui se 
plait à tourmenter; incommode. 

Dér. du nom de Caïn, race de Caïn. 

Caïna, v. Tourmenter; inquiéter; importuner; piquer à 
coups d'épingles. 

Même dér. que l'adj. préc. 

Cûo, ». f. Caille, Perdix coturnix, Temm. Oiseau de la 
fam. des Alectrides. Les cailles arrivent dans notre pays 
vers le commencement d'avril. On les appelle alors cailles 
vertes, parce que la campagne est déjà couverte de verdure; 
elles sont peu grasses à cette époque, qui est celle de leurs 
amours. Vers le mois d'août et de septembre, elles font un 
second passage ; on les chasse dans les luzernes et dans les 
vignes, et comme elles sont fort grasses, elles sont faciles à 
tirer; leur chair alors est un manger délicieux. 

RH dé caïo, s. m. Râle de genêt, Saliiis erex, Linn. 
Oiseau de la même famille que la caille, un peu plus gros; 
il vit solitaire, ce qui lui a valu sans doute d'être traité de 
majesté. 

En ital. Quaglia. 

Caïo, s. Jeu d'enfants qui ressemble à celui de cligne- 
musette, mais dont il est le contre-pied : car celui qui est 
caché doit prendre celui qui le cherche avant qu'il ait 
touché le but, tandis qu'ici celui qui se cache fait ses efforts 
pour ne pas être découvert d'abord, et une fois éventé par 
le chercheur qui l'annonce en criant : caïo pér uti tel, tâche 
de toucher le but avant d'être saisi sous peine d'interver- 
sion des rôles. 

Caïradé, ». m. Gesse domestique; pois carré, Lathyrus 
sativus, Linn. Plante de la fam. des Légumineuses, cultivée 
soit comme fourrage, soit pour en cueillir la graine. 

Dim. dér. du lat. Quadrum, carré. 



Caïre, s. m. Dim. Caïioù. Coté; carré; coin; angle; 
coté d'un angle. Au fig. endroit; canton; quartier. — Cara 
dé tout caïre, carré dans tous les sens. Céiqua dé tout caïre, 
chercher de tous cotés. Y-a un brave caïre dé Irufos, il y 
a un beau carré de pommes de terre. Es réscoundu din 
qudouque caïre, il est caché dans quelque coin. Bésto pas 
en d'aquéste caïre, il n'habite pas dans ce quartier. 

Dér. du lat. Quadrum. 

Caïre, s. m. Carreau, une des couleurs du jeu de cartes. 
— Joijuo caïre, qudou n'a pas né po pas traire, c'est un de 
ces mille dictons que les joueurs inventent pour entretenir 
la conversation , quand le jeu absorbe toutes leurs pensées 
au point de ne pouvoir causer de sujets étrangers il ce qui 
les préoccupe exclusivement. Le besoin de rimer est parti- 
culier au génie du dicton, surtout en languedocien. Copo 
caïre et jogo caïre, il triche; au fig. il plaide le faux et le 
vrai; il fausse sa parole. 

Ficha' n caïre pour ficha en caïre ou ficha un caïre. Cela 
veut dire : fatiguer, ennuyer, scier le dos, et aussi contra- 
rier, vexer, ficher malheur, ce dernier verbe mis par amen- 
dement, bien entendu, comme dans notre languedocien. 
Slainlenant, d'après ce que nous venons de dire, Caire a 
plusieurs significations, selon l'occurrence : coin, sens, coté 
et carreau du jeu de cartes. Il n'est pas absoluluent impos- 
sible que la locution vienne d'une partie de cartes dans 
laquelle un joueur aurait été obstinément poursuivi et battu 
par la couleur carreau ; cejiendant il y a une autre explica- 
tion assez simple, assez naïve, si ce n'est davantage, pour 
être la bonne. Lorsqu'un enfant n'est pas sage, on l'envoie 
en pénitence dans un coin de la chambre oii il doit rester 
jusqu'à l'expiration de sa peine , delx)ut , sans bouger, et 
tourné vers le mur ; il est clair que cela doit l'eunuyer, le 
vexer, lui ficher malheur, si vous voulez. Ces souvenirs 
d'enfance restent en grandissant et, quoique plus sage alors, 
si l'on éprouve quelque contrariété, quelque ennui, quelque 
vexation , on a pu les assimiler à ceux du jeune temps, 
quand on vous flanquait dans un coin pour jiunition, et les 
appeler du même nom en salant tant soit peu l'expression. 

Mais il ne faut rien garder sur la conscience. Cette der- 
nière explication , qui me revenait assez , je dois convenir 
qu'elle ne peut être acceptée que sous bénéfice d'inventaire. 
Le dicton est exclusivement languedocien et de vieille date. 
Ceux qui font les dictons étaient, en matière d'éducation, 
pour l'ancienne méthode de M. Cinglant, et je crois niôrae 
qu'ils le sont toujours. Comment auraient-il» fait celui-ci 
sur une nouvelle pénalité qui n'a été édictée que depuis et 
seulement dans le code des salons? C'est assez difEcile à 
arranger, et il faudra sans doute revenir à notre partie de 
cartes au risque de la perdre encore. 

Dér. du lat. Quadrum. 

Caïre (dé), adv. De travers, obliquement; de côté; en 
diagonale. — Ana dé caïre, marcher de côté; au fig. être 
gêné dans ses affaires ; ne pas aller franchement. Coupa dé 
caïre, couper de biais. 



CÂL 



CAL 



157 



Uér. du lai. Quadrum; ou du gr. Xtlp, la main. 

Caïssa, V. Terme d'agric. Equarrir une fosse, une fosse 
d'arbre, tailler ses berges |)erpendiculairement, les ragréer; 
lalier, jwusser plusieurs rejetons do la racine. Au fig. si 
eaUsa , se remplumer ;"rajustcr ses affaires; s'arrondir; 
lirendre de l'einlionixiint. — Lou bla caïsso , le blé tallo, 
lors(jue sa fane s'épaissit et forme plusieurs plantes avant 
que sa tige s'élève. Un home, un ehival bien caïsjo», un 
homme ou un cheval ragotés. S'és bien ca'issa, il a bien fait 
ses orges; il a remonté ses affaires; se dit aussi d'un jeune 
homme dont les membres se sont renforcés, qui a pris du 
corps. Âquélo fénno s'és bien catssado, cette femme s'est 
bien meublée, bien nippée; on elle a pris de la carrure. 

Dér. de Caïtso. 

Caïssàou, (. m. Dim. CaïsscUé; péj. Caissalas. Dent 
molaire ou màchelière. — M'a déroba dous caïssdoiis, il 
m'a extir])é deux grosses dents. Dérabo aqxtél ca'issAou, au 
fig., tire toi de cet embarras; tire toi cette grosse épine du 
pied; trouve une solution à cette affaire di^cilc. 

En lang. romane Cals, mâchoire, dent. 

Caisso, I. f. Dim. CaïMéto; péj. Cdissasso. Caisse de bois 
propre à renfermer toute sorte d'objets ; coffre ; bière, cer- 
cueil. — CaXsso dé cabiis, fosse à provigner. — Voy. Cros. 

Dér. du lat. Capsa, coffre. 

Caïssoù, s. m. Oiisson de charrette ; petite armoire placée 
sous le brancard et fermant à clé, où les rouliers renferment 
leur argent et ce qu'ils ont de plus précieux. 

Dim. dér. du lat. Capsa. 

Caïtiviè, ». f. Chétiveté; misère; infortune; pauvreté; 
mésaise; saleté, crasse, scjualidité qui suivent la misère; 
maigreur, mauvaise santé provenant d'une nourriture mau- 
vaise ou trop peu abondante. — Es mor dé caïtiviè, il est 
mort de pénurie . de misère. Tira sotm ventre dé caïtiviè, 
manger goulûment , avec avidité , comme quelqu'un qui a 
longtemps jeûné, et qui est à bonne table pour se refaire. 
Y vaï pas dé caïtiviè, il n'y va pas de main morte. 

Dér. du lat. Captivas, captif, esclave; en ital. Cattivo, 
malheureux, chélif. 

Caltivoùs, ouso, adj. Chétif, malingre; cacochyme; qui 
végète languissamment. 

Dér. de Caïtiviè. 

Cajoula, t). Cajoler; courtiser; tenir à quelqu'un des 
propos flatteurs, agréables, séduisants. 

Emp. au fr. 

Cal, ». m. Présure ; matière acide qui sert à faire cailler 
le lait. La substance que l'on emploie le plus souvent, 
provient de la macération de la caïèïro, caillette, ou estomac 
des chevreaux, qu'on fait tremper longtemps dans l'alcool. 
Une cuillerée à café de cette Uqueur, ainsi pénétrée des 
acides do la caïèïro, suffit pour faire coaguler trois litres de 
lait. — Voy. Caïèïro. 

Cal se dit au prop. de cette sorte de matière gélatineuse, 
ressemblant à du caillé, qui forme le noyau de certains fruits 
au commencement de leur maturité, l'intérieur des grains 



& enveloppe dure, et se prend pour jointure, calus, nœud 
des os fracturés; au fig. il exprime la verdeur, la sève, le 
défaut de maturité, dans le sens de jeunesse. — Lou bla é$ 
en cal, le blé commence à former son grain ; le moment où 
le grain n'est encore qu'une pAte blanclie, laiteuse, comme 
le caillé, yose in cal, noix , lorstiue son amande n'est 
encore qu'une gelée. Aguà's pas qui dé cal, cela n'a point 
de consistance encore. Préne cal, en parlant d'un os cassé 
qui commence à se souder {ïht la coagulation de la substance 
gélatineuse qui lubréfle ses pores : former calus. Aquilo 
Jouïnèsso es incaro din soun cal, cette jeunesse n'est pas 
formée, fam., si on lui pressait le nez, il en sortirait du 
lait. 

Dér. de Caïa. 

Cala, V. Céder; baisser pavillon; l&cher; se taire; mettre 
les pouces. 

Dér. du gr. XaXtiw, céder, faiblir. 

Calada, v. Paver; carreler; couvrir, revêtir de pavés, de 
carreaux ; joncher. — La tèro èro toulo caladadodé poumot, 
le sol était couvert de ])omme8. Lou ciel is calada d'éstèlos, 
le ciel est semé d'étoiles. Fdou avéJre lou gousiè calada pir 
béoure aquà, cette liqUeur estsi forte, qu'il faut avoir le 
gosier pavé, le palais bronzé, pour la boire. 

Dér. de Calado. 

Caladaïre, ». m. Paveur, celui qui pave. Au fera. Cata- 
daïro. 

Calado, ». f. Pavé des rues; chemin pavé; l'ensemble, 
l'espace pavé, recouvert de pavés. 

Dér. du celt. Kaled, dur; en bas-bret. Kaled, ou Kalet. 

Caladoù, ». m. Pavé; pierre équarrie qu'on appelle pavé 
d'échantillon. Par est. pavé des rues, des œurs, des corri- 
dore intérieurs. — A couja sus lou caladoii, il a couché par 
terre. 

Même dér. qne Calado. 

Calai, ». m., ou Cadaî. Sorte de colle claire dont la 
farine est la base. Les tisserands en oignent les fils de leur 
chaîne, pour leur donner plus de fermeté, les empêcher de 
s'ërailler ou de se détordre , ce qui leur procure une sorte 
d'apprêt ou de raideur. 

Dér. du lat. Catena, ou Cadeno. chaîne, dans Cadaï, ou 
de Cal, pour calus, callosité, dans Calaï. 

Calaman, s. m., ou Caraman. Arêtier, faîtage d'une 
toiture ; pièce de bois qui s'étend d'une ferme à l'autre et 
qui supporte les chevrons ou traverses, sur toute la longueur 
du toit. 

Dér. du gr. KoXdEiM], chaume, parce que dans l'origine 
les maisons étaient couvertes en chaume; ou de KàXov, bois. 

Calamandriè, s. m. Germandrée ou Chênetle, Tencrium 
chamœdrys, Linn. Plante de la fam. des Labiées, qui croit 
de préférence sur les aJteaux. 

Calandra, v. Calandrer ; passer une étoffe à la calandre. 

Dér. de Calandro. 

Calandriè, ». m. Calendrier, almanach, livTe ou table 
qui contient la suite de tous les jours de l'année. 



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CAL 



CAL 



Dér. du lat. Cahndarium, parce qu'on écrivait autrefois 
en gros caractères en tête de chaque mois le mot Calendœ, 
calendes, premier jour du mois, nouvelle lune. 

Calandro, s. f. Calandre, presse ou machine cylindrique, 
qui sert il lisser, h donner du lustre, du moiré il une étoffe. 

Nodier fait dér. ce mot du gr. KaXéovTs;, rouleau, et 
Roquefort de K'jXwopo;, cylindre. 

Calandro, s. f. Grande alouette, non huppée; calandre, 
Alauda calandro, ïemm. Oiseau lie l'ordre des Passereaux 
et de la fam. des Suhulirostres. C'est l'espèce qui supporte 
ie mieux la captivité; elle vit longtemps, chante agréable- 
ment d'une voix éclatante et répète les airs qu'on lui 
apprend. 

Dér. du gr. KiXavSpa, alouette. 

Caléndàou, s. m. Bûche de Noël; grosse bûche qu'on 
met au feu pendant la veillée de ta messe de minuit, à la 
Noël. Les gens de la campagne lui attribuent une foule de 
qualités superstitieuses. En Provence, on l'appelle Cacho- 
fuèc. 

CaUndâmt est le titre du second poème provençal de 
Frédéric Mistral : une nouvelle et magnifique épopée après 
la charmante épopée de Mirèïo. Le récit des amours et des 
aventures du jeune et beau Caléndàou, le héros du poème, 
sert de cadre aux tableaux de mœurs, aux descriptions des 
vieux usages, des fêtes, des gloires de l'ancienne Pro- 
vence. 

Dér. de Caléndos. 

Caléndos, s. f. pi. Fête de Noël ; jour de la fête de Noël. 
— Pér caléndos, à Noël, à fin décembre. Caléndos jalados, 
Pasquos mouiados, éspigos carados, prvb., de la gelée à 
Noël, de la pluie à Pâques, promettent une riche moisson. 

Dér. du lat. Calendœ, les Calendes : terme de comput 
pour la division du mois chez les Romains. Les Calendes 
étaient le premier jour de chaque mois ; les jours qui pré- 
cédaient se comptaient en ordre rétrograde. Ainsi le 
31 décembre était le second jour des calendes ou avant les 
calendes de janvier, secundo calendas, sous-entendu aniè ; 
le 30 décembre tertio calendas, le 29 quarto calendas, et 
ainsi de suite en remontant jusqu'au 1 S""" jour où commen- 
çaient les ides, que l'on comptait aussi en rétrogradant 
jusqu'au 5">« jour, qui était le jour des Nones. La fête de 
Noël se trouvait donc à peu près au milieu de cette série 
des Calendes, et comme cette fête occupait plusieurs jours, 
on appelait tous ces jours-là les Calendes de janvier; et la 
fête de Noël étant une des plus grandes solennités de l'année, 
on l'a appelée Caléndos par excellence. 

Le mot lui-même en lat. Calendœ, vient du gr. KaXav, 
appeler, parce que le jour des Calendes, à Rome, on convo- 
quait le peuple pour lui annoncer le nombre des jours du 
mois, la nouvelle lune et quel jour tomteraient les Nones. 
Calibo, s. m. Caillebotte, masse de lait caillé; du lait en 
grumeaux qu'on obtient du pctitlait en le faisant bouillir. 
On en fabrique plusieurs mets, entr'autres l'éscarassoù, qui 
est une sorte de rhubarbe, et la réquiicho, recuite, sorte de 



crème qu'on préijare avec du sucre et de la fleur d'orange, 
et qui a quelque rapport avec la crème à la Chantilly. 

Dér. de Cal, venu du lat. Coagulare. 

Calibre, s. m. Calibre, diamètre intérieur d'un tube, 
comme fusil, canon, conduit de fontaine, tuyau, etc. Au 
fig. constitution physique, valeur individuelle. — Quinte 
calibre.' quel calibre! dit-on en voyant un individu forte- 
ment constitué, surtout une femme aux formes puissantes 
et développées. 

Dér., dit un auteur, de l'arabe Calib, moule. 

Calice, s. m. Calice, vase où l'on fait la consécration de 
la messe. Il s'ap])lique seulement dans cette acception. — 
Propre coumo un calice, très-propre, très-net, comme un 
calice. 

Dér. du lat. Calix, coupe, tasse. 

Calico, s. m. Calicot, tissu ou toile de coton, moins fine 
que la percale. 

Emp. au fr. 

Caligna, v. Courtiser; flatter; coqueler, faire l'aimable 
auprès des femmes; faire sa cour, faire l'amour; mugueter; 
convoiter. — Caligna à cos dé poun, faire l'amour à coups 
de poing. 

Ce mot parait être une corruption de Galina, qui n'est 
pas dans la langue, mais qui, en l'admettant, signifierait 
faire le coq. Les mots fr. galant, galanterie, de Gai, ont 
la même étymologie , de même que coqueter, coquetterie , 
coquet, dérivant de coq. 

Calignaïre, s. m. Dim. Calignairoii. Le galant, l'amou- 
reux d'une fille, celui qui lui fait la cour. 

Même étym. 

Calimas, s. m. Au pi. Calimasses. Chaleur forte et 
humide ; air chaud, lourd, étouffant ; vapeur chaude. 

Dér. du lat. Calidus, chaud. 

Câlin, ino, adj. Dim. Câliné, éto. Câlin; flatteur; qui 
fait le doucereux, qui s'insinue hypocritement dans les 
bonnes grâces; patelin. 

Dér. du lat. Callidus. rusé. 

Calîou, s. m. Do la cendre chaude, de la braise qui se 
conserve sous les cendres; au fig. feu, verve, inspiration. 

Dér. du lat. Calidus, chaud. 

Calo, s. f. Abri proprement dit. — Ne s'emploie guère 
qu'adverbialement au dat. à la calo, à l'abri du froid et du 
vent. 

Dér. de Caloii. 

Calos, s. m. Au pi. Colosses. Dim. Caloussé; péj. 
Caloiis.sas. Trognon de chou; grosse tige d'une plante légu- 
mineuse. — Calds dé brus, chicot de bruyère que l'on 
coupe quand on rame les vers à soie. Calas dé fièïo, la tige 
de nouvelle pousse des mûriers, qui est verte et tendre, 
mais que les vers ne mangent pas. An pas laissa gué loin 
colosses, ces vers ont bien mangé, ils n'ont laissé que le 
bois de la feuille. 

On dit au fig. un calas dé fénno, une femme très-grasse. 

Dér. du lat. Coulis, tige, ou du gr. KôXov, bois. 



CAM 



CAM 



159 



CaloSBOS, adj. f. pi. N'a d'emploi que dans Bajanos 
calouos, châtaignes sèches, qu'on ne fait cuire qu'à demi et 
qu'on mange d'ordinaire avec de la salade. 

Dér. du lat. Callosus, calleux, durci. 

Caloto, j. f. Calotlo, petit honnet hémisph<?ri(iue qui 
couvre le sommet de la tôte ; calotte de prêtre ; taloche, tape 
du plat de la main sur la tête. — Dans ce dernier sens : 
jouga à ta caloto. jouer en prenant une taloche pour enjeu; 
on comprend que c'est le gagnant qui paie et le perdant qui 
reçoit. 

Caloto est aussi une réunion d'habitués, qui font cercle 
et causent assis en public, oudelxiut, sur une place, devant 
un café, etc. 

Un auteur fait dér. ce mot du celt. Calota :ao\is n'avons 
pas le moyen de le vérifier. D'autres du lat. Cattus, 
couverture de tête, que nous ne trouvons pas, mais qui 
viendrait du gr. RaXilraTu, couvrir, voiler : à la bonne 
heure ! 

Caloù, s. f. Dim. Calounito; péj. Catounatto. Chaleur; 
au fig. ardeur, feu, véhémence, activité. — Estre en caloA, 
entrer dans la saison des amours, en parlant des animaux. 

Dér. du lat. Calor, chaleur. 

Calourado, I. /°. EchaufTaison; bouffée de chaleur. Au 
fig, concupiscence, passion de l'àme. 

Dér. de Caloà. 

Calourén, énquo, adj. Chaleureux, échauffé; d'un 
caractère chaud et bouillant. 

Caloussu, udo, adj. Dim. Caloussudé et Caloustudà; 
péj. Caloussudai. Robuste; bien membre; ragot, gros et 
court ; qui a de gros membres. 

Dér. de Calas. 

Calottta, V. Donner du plat de la main une tape sur la 
tète ; soufQeter. — Té vas faire calouta, tu vas recevoir une 
taloche. • 

Dér. de Caloto. 

Calu, udo, adj. Dim. Caludé; péj. Caludat. Myope, qui 
a la vue basse ; presque aveugle. Par ext. se dit des moutons 
on brebis atteints du vertige ou tournis , sorte de maladie 
qui leur rend la tôte lourde et les fait tourner sur eux- 
mêmes jusfju'à ce qu'ils tombent. Elle est occasionnée par 
des vers qu'une mouche dépose dans leurs naseaux et qui, 
pénétrant jusque dans les sinus frontaux, y font de grands 
ravages. 

Dér. du lat. Caligo, obscurcissement, venu du gr. 
KaXinjTtii, couvrir, voiler. 

Camar, ardo, adj. Dira. Camardé et Camardoù; péj. 
Camardas. Camard; camus, qui a le nez plat, gros et 
écrasé. Dans le iiouple , on donne volontiers le surnom de 
Camar par antiphrase aux gens porteurs d'un gros nez. — 
Dé souïès camars, des souliers à pointe large et carrée. 

Lou camar, substant. se prend pour le nez. 

Son étym. est-elle dans le gr. Kajiif a, voûte, arcade, qui 
a donné le lat. Camurus, tourné, courbé en dedans, parce 
que les nez camards ou camus sont courbés en dedans? Ou 



bien serait-elle tirée de Camelus, chameau, qui a le nez 
très-aplali, mais qui porte aussi une bosse et a l'épine 
dorsale fortement en arcade et en voûte? Les unes ont sans 
doute formé les autres : tout se tient. 

Camba, ado, adj. Dim. Cambadé;pé]. Cambadas. Jambe; 
qui a la jambe bien faite ou de longues jamiies, suivant le 
qualificatif qui précède, ou même seulement l'inflexion et 
le ton. — Camba coumo un gai, qui a des jambes de coq. 

Dér. de Cambo. 

Cambado, t. f. Dim. Cambadélo; péj. Cambadasto. 
Enjambée; gambade. — Faudra bé né dansa uno cambado, 
il faudra bien essayer de cette danse, y danser une enjam- 
bée. 

Vno cambado, en termes d'agric. l'enjambée de terrain 
que fait un ouvrier avec la houe, c'est-à-dire la largeur 
qu'il peut atteindre autour de lui sans changer de place ses 
jambes, qu'il est obligé d'enfouir dans la terre. 

Dér. de Cambo. 

Cambaïa (se), v. Mettre ses jarretières. 

Dér. de Cambo et de ïa, lier. 

Cambaïè, s. f. Dim. Cambaiiiréto. Jarretière. 

Même étym. 

Cambajoù, s. m. Jambon, cuisse de porc salé. — Tirarén 
d'agu'i coumo d'un cambajoù, ce sera là notre plat de 
résistance, qui doit servir pour plusieurs jours. Tiro d'iéou 
coumo d'un cambajoù, il me prend pour banquier, il tire 
sur moi comme si son crédit ne devait jamais s'épuiser. 

Ce mot a toute l'apparence d'un dim. de Cambo, de 
même que son correspondant fr. jambon, dim. de jambe : 
nous ne savons pourquoi, car c'est la cuisse et fort grosse 
encore qu'il désigne. Sauvages fait la même remarque, et 
cite plusieurs mots fr. ayant leurs analogues en lang. 
qui offrent la même anomalie, comme : caisse, caisson, 
caïsso, caïssoù; salle, salon, salo, saloun; saucisse, saucis- 
son ; sdoucisso, sdoucissà, etc. 

Cambaloto, >. /'.Dim. Cambaloutéto ; pé'}. Cambatoutasso. 
Culbute; cabriole; saut périlleux. — Faïre la cambaloto, 
faire la culbute, tomber cul par dessus tête. Faïre dé 
eambalotos, faire des cabrioles. 

Quoique ce mot semble avoir pour racine le mot Cambo, 
il est probable qu'il dér. de l'ital. Tombolata, qui a la 
même signif.; seulement le lang. en l'empnmtant l'a trans- 
formé de manière à lui donner une physionomie plus locale 
par la métathèse de Cambo. U est certain qu'en prenant ce 
dernier pour racine du mot Cambaloto, on ne sait trop que 
faire de la désinence cUoto, qui ne présente aucun sens ni 
aucmie analogie. 

Cambalouta, v. Faire la culbute; faire des cabrioles; 
tomber la tête en bas. 

Cambalu, udo, adj. Qui a de longues jambes; c'est la 
tournure du héron voyageant sur ses longs pieds. 

Dér. de Cambo. 

Cambarô, s. m. Douleur vive au poignet à laquelle sont 
sujets certains artisans par le fréquent exercice de cette 



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CAM 



CAM 



partie du bras, ou plutôt par la reprise d'un travail de 
main ou de bras dont on avait perdu riiabilnde. Les 
fauclicurs y sont très-sujetsaucommencement de la saison, 
parce qu'ils étaient déshabitués depuis plusieurs mois d'un 
travail qui intéresse presque exclusivement les nerfs et 
ligatures des poignets. On j)rétend, sans doute par préjugé, 
qu'un bracelet ou cordon d'écarlale est le remède de celte 
incommodité. 

Dér. de l'ital. Gamba rotta, qui a la même signif. Pro- 
bablement on a appliqué au bras un terme qui avait été 
trouvé dans le principe pour une douleur de même nature 
à la jambe. 

Cambéto, s. /". Petite jambe; mancheron d'un araire, 
qui est surmonté et terminé par le manche ou manipou. — 
Faire la cambélo, donner un croc-cn-jambe. 

Dé sdoulo-cambéto, loc. adverb., à cloche-pied. 

Dim. de Cambo. 

Cambi, s. m., ou Candou. Abonnement avec un maré- 
chal pour ferrer les chevaux d'une ferme, et réparer les 
outils aratoires. — Fera à cambi. ferrer par abonnement. 

Dans le principe Cambi signiOait échange ; c'est par un 
excès d'extension de sens qu'il en est venu à ne plus signi- 
fier qu'abonnement. 

Dér. du lat. Cambium, échange. 

Cambo, ». f. Dim. Cambéto; péj. Cambasso. Jambe, 
partie du corps du genou jusqu'au pied; tronc d'arbre, tige 
de plante. — Douna las cambon à un éfan, donner la 
liberté aux jambes d'un enfant, c'est-à-dire lui ôter le 
maillot et le vêtir d'une robe pour la première fois. Cambo 
dé pastièiro, surnom qu'on applique à im cagneux, à cause 
de la ressemblance de conformation de ses jambes avec 
celles d'un banc de maie-à-pétrir qui ont la môme dériva- 
tion. Cambo falèto, jambe à moitié paralysée, qu'on traîne 
ou qu'on jette en avant ; celui qui est affligé de cette infir- 
mité. Sembla qu'un chi mé pisso à la cambo, phrase faite, 
pour exprimer le mépris ou le peu de cas qu'on fait de 
vaines paroles, ou d'une sotte fanfaronnade. 

Dér. de la bass. lat. Camba, mêmesig., oudugr. KaixcjTi, 
courbure, jointure. En ital. Gamba. 

Camboï, ». m. Cambouis, vieux oing d'une roue de 
charrette, ou d'une machine, devenu noir par suite du 
frottement et par le mélange des parties métalliques. 

Dér. du celt., dit Honnorat. Je lui crois plutôt une 
parenté naturelle avec CambaJoU, à cause de la graisse de 
porc qui en est la base. — Voy. Cambajoù. 

Cambovira, i'. Faire la culbute; culbuter, renverser, 
mettre sens dessus dessous. Au fig. trépasser. 

Formé de Cambo et de Yira. 

Cambra, ado, a'ij. Cambré; arqué; courbé; voûté. 

Dér. du gr. Ka[j.ipi, voûte. 

Cambrado, ». f. Dim. Cambradélo ; p{']. Cambradasso. 
Chambrée, en terme de magnanerie, la quantité de vers ou 
de cocons compris dans une magnanerie. — Fa:ire uno 
cambrado, élever des vers à soie ; mena la cambrado, diri- 



ger leur éducation. Manqua sa cambrado, ne pas réussir 
sa chambrée. 

Dér. de Camhro. 

Cambrïoù, s. m. Dim. Cambrïouné. Petite chambre; 
chambrette ; cabinet. 

Dim. de Camhro. 

Cambro, s. f. Dim. Cambréto, cambrïoù; p(''j. Cambrasse. 
Chaïubro; plus particulièrement, appartement où l'on 
couche. — ilounta uno cambro, meubler une chambre 
pour des nouveaux mariés. 

La cambro, la chamhre des députés. Acception nouvelle 
prise du fr. et introduite dans le langage iwlitique. 

Dér. du lat. Caméra, môme sign., ou du gr. Ka;ji<ipa, 
voûte. 

Cambroul, s. m. Échauboulurc, éruption de boutons, 
efflorescence de l'épiderme, maladie commune aux enfants. 

Camélo, s. m. Camelot, grosse étoffe de laine, originaire 
du Levant, où elle était tissée de poils de chameau ; ce qui 
lui a valu son nom. 

Dér. du gr. Kaarp.iox^ peau de chameau. 

Camèou, s. m. Chameau, Camelus bactrianus, Linn. 
Mammifère de la fam. des Ituminants; il porte deux bosses 
sur le dos. Au fig. un grand nigaud, badaud; une grande 
femme mal charpentée et sans grâce. — Les armoiries de 
Béziers sont un chameau. Des malins lui ont affecté pour 
devise : Sèn foço, nous sommes fort nombreux. 

Faire lou camèou, se courber, se voûter ; faire le dos de 
chameau. 

Dér. du lat. Camelus, ou du gr. Ke![j.rj),oç , même 
sign. 

Caml, s. m. Dim. Caminé. Chemin, route, voie, sentier. 
— Caml méssadiè, chemin qui conduit à la messe, à 
l'église. Camï das éndéoutas, chemin des débiteurs : chemin 
de traverse, mauvais chemin, plu» long que la voie directe. 
Tout caml méno en vilo, prvb., tout chemin conduit à Korae. 
£.s- à la fin dé soun caml, il est à la fin de sa course. 

Plusieurs étymologies ont été proposées : d'abord, du 
celt. Cam, marche; ou d'un mot égyptien C/iom ou Chem, 
signifiant incendie, feu; parce que les premières voies 
auraient été frayées par le feu; ou de l'ancien gothique 
Vamen, Quiman, ou du teuton Komen, avec le sens de 
chemin; ou de l'allemand Kommen, aller et venir; enfin, 
selon Ménage, de Caminare, tiré de Campinare, dimin. de 
Compare, formé du gr. Kœpicni, jambe. En ital. Cammino; 
en esp. Camino; en portug. Caminho; en cat. Caml. La 
vraie source parait être dans la première indication : on 
trouve en effet Caman en kymri, Ceum en gaël, Kamen en 
armoricain : Kam y signifie Pas, comme le Kymri Camre: 
dont l'anglais a fait to corne, venir. 

Camina, v. Cheminer, faire route, marcher, aller, faire 
son chemin. — Camino, tron dé l'air! as pdou que la tèro 
té mam/ue? fais ton chemin, morbleu! tu as j)eur que la 
terre te man<jue? C'est une phrase faite qu'on accuse les 
provençaux d'adresser aux personnes qui leur demandent 



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CAN 



161 



leur route. Ce ne peut être qu'une calomnie motivôe par 
leur brusquerie native : si elle a quelque chose de vrai, ce 
défaut s'efface chaque jour par les progrès de la civilisation. 
Faï bon cnminn lou mnti, il fait Iwn marcher le matin, 
fnmifio, camino.' marche, marche : sorte d'interjection, 
pour faire avancer, ou pour chasser quelqu'un. 

D6r. de Cami. 

Caminaïre, .?. m. Cantonnier, ouvrier employé à l'entre- 
tien ou ."I la Réparation des chemins; marcheur. 

DiV. de Cami. 

Caminarèl, èlo, atlj. Voyageur, qui fait he.aucoup de 
chemin; marcheur, qui marche beaucoup, longtemps. 

Dér. de Cami. 

Caminolo, ». /"., ou Caréïron. Petit sentier; chemin de 
traverse; chemin niral, 

Diin. de Cami. 

Camisar, ardo, arij. Qui est en chemise; qui va en 
chemise. 

iMut Camiiards. les Camisards, bandes armées de calvi- 
nistes cévenols dans la guerre religieuse du commencement 
du XVlll"" siècle. Ce nom leur fut donné de ce qu'ils por- 
taient sur leurs habits une chemise, camino, ou.un sarrau 
ou blouse de toile blanche. 

Camiso, ». f. Dim. Camiséto. Chemise, vêtement de 
linge avec corps et manches, qui se porte sur la peau. — 
En eoT dé camiso, sans antre vêtement que la chemise et le 
pantalon, ou la jupe. En manchn de camiso, sans habit, de 
manière Ji montrer les manches de la chemise. La car es pu 
prèchi que la camiso, OU es pu prés la car que la camiso, la 
chair est plus près du corps que la chemise : cette phrase 
est employée pour exprimer qu'on porte plus d'intérêt à 
soi-même ou h sa famille qu'aux étrangers. 

Dér. do la bass. lat. Camisia. 

Cammas, -i. m. Ilameair, manoir principal d'un domaine. 

Dér. de Cap, chef, tête, et de JWn», métairie. 

Camouflé, .?. m. Camouflet, insulte, affront; mystifica- 
tion. Dans l'origine, cette sorte d'affront consistait à souffler, 
au nez de quelqu'un qui dormait, de la fumée avec une 
paille, un chalumeau ou un cornet de papier allumé. 

Dér. du lat. Calamus et Flatus, chalumeau et souffle, 
Calamo flatu.t. 

Campagnar, ardo, adj. Campagnard, qui habite la 
canipajrno. On dit mieux Pfj.ton. 

Campagne, s. m. Sonneur do cloches, celui qui est 
chargé de sonner les cloches. 

Dér. de Campano. 

Campagno, s. f. Campagne, grande étendue de pays; 
lieux eu dehors de la ville où sont les champs, cultivés ou 
non cultivés; expédition militaire et sa durée. — Ana in 
campagnn, faire un voyage. 

Dér. du lat. Campus, champ. 

Campanéja, v. fret/. Sonner les cloches ; brimbaler les 
cloches.; sonner .'i coups redoublés. 

Dér. de Campano. 



Campanéjado, s. f. Contenu d'un clayon; plein nn 
clayon. 

Dér. de Campanèjt. 

Campanèje, s. f. ou Léradon. Clayon, sorte de panier 
plat, plus long que large, avec un étroit rel)ord, formé et 
tressé d'éclisses en bois refendu. On l'emploie ^ faire sécher 
les fruits au soleil , pour transporter le linge sec du lavoir, 
et pour élever les vers à soie dans le premier flge. 

Campanéto, ». f-, ou Conréjolo. Liseron ou volubilis, 
Convolvulus arvensis, Linn. Plante de la fam. des Convol- 
vulacées ; sa fleur blanche ressemble à une clochette, d'où 
lui vient son nom. — Yoy. Couréjolo. 

Campano, ». f. Dim. Campanéto. Cloche; clochette, 
sonnette. — Bé dé campano, se disait autrefois d'une pro- 
priété cléricale. 

Dér. du lat. Campana, nom pris de la contrée d'Italie 
où les premières cloches furent connues, et dont saint Pau- 
lin, évêque de Noie, en Campanie, fut le premier à intro- 
duire l'usage dans les églises, en 400. 

Campéja, v. Poursuivre, courir après quelqu'un ; chas- 
ser, dissiper. — La fan lou campéjo, la faim, la misère le 
talonne. — /-'aï campéja tout lou jour, je l'ai poursuivi 
toute la journée. — Lou son lé campéjo, le sommeil t'ac- 
cable, te poursuit. 

Dér. du lat. Campus et Agere. 

Campèstro, ». m. Terrain inculte, sauvage; propriétêde 
peu do valeur et de mauvaise culture ; pays montueux. 

Dér. du lat. Cnmpestris, champêtre. 

Camus, uso, adj. Camus, camard, qui a le nez court et 
aplati. Se dit mieux Camar. (Y. c. m.) — Qu'a »m pan dé na$ 
n'es pas camus, prvb., qui par une inversion du physique 
au moral, du propre au figuré, s'applique ironiquement 
à quelqu'un qui, recevant une juste mystification, échouant 
dans une entreprise, n'en ayant qu'un pied-de-nez, voudrait 
encore se faire passer pour habile ou pour avoir réussi. — 
Voy. Camar, même étym. 

Can, ». f. Plaine snr une hante montagne. — Avec la 
même signif. et sans toutefois que cette différence puisse 
être expli(iuée, si ce n'est par un usage local, on dit pour 
certaines désignations la chan, en faisant sentir le ch, pour 
la can, synon. Ainsi la chan ddou Tor, plaine sur la mon- 
tagne du Taur (Ardèche), et la can dé l'Èspitalé, plaine 
d'une montagne de la Lozère, n. pr. de lieu, ayant appar- 
tenu aux chevaliers hospitaliers de St-Jean de Jérusalem, 
qui possédaient plusieurs commanderies dans nos pays. 

Il n'est pas douteux que ce monosyllabe Can pourrait 
être une altération orthographique dérivant soit du latin 
campus, soit de cantus, selon qu'il serait orné à sa der- 
nière lettre de la consonne indicative ;> ou r / mais il est & 
remarquer que le mot n'est reçu, dans notre dialecte, qu'an 
féminin, dans l'acception qui précède, avec la flexion du 
C dur, qu'il a retenue du latin ; il n'existe pas au masculin 
isolé, avec aucune des flexions du C. Seulement il entre 
volontiers en composition dans les deux sens de champ on 



16-2 



CAN 



CAN 



de chant, et alors, bien qu'il préfère le chuintement du Ch, 
il admet aussi l'intonation latine, au moins dans le parler 
gouiiM; car le ra'iôou n'emploie partout que le ch. Le fr. 
conserve au contraire, pour les deux emplois, l'adoucisse- 
ment chuintant. — Voy. Chamboù, Canla, etc., etc. 

L'observation est importante au point de vue de notre 
purisme lexicograpliique, qui ne doit donner droit de cité 
qu'aux mots véritablement reconnus pur-sang, et proscrire 
le mélange franchimaii et fantaisiste, qui ne nous appartient 
pas. Notre nomenclature a ses rigueurs ; c'est le respect de 
la langue qui les a inspirées et dictées. La langue avait ses 
raisons pour choisir on adopter telles ou telles formes plutôt 
que d'autres, et nous nous inclinons toujours devant elle ; 
ce que le sentiment général et l'usage ont consacré, nous 
parait avoir plus de cachet, plus de droit à être maintenu 
que les prétendus perfectionnements de notre vieil et bon 
idiome cévenol mis en vogue par les novateurs. — Voy. 
Franchiman . 

Dér. du lat. Campus. 

Cana, t>. Mesurera la canne; mesurer en général. Ce 
terme s'emploie principalement au jeu de boules, pour 
mesurer la distance des boules des joueurs au but. 

Dér. de Cano. 

Canabas, s. m. Canevas, grosse toile, toile de chanvre. 

Dér. du lat. Cannabis, chanvre. 

Canabassariè, s. f. Toilerie, toute sorte de marchandise 
de toile, ou de tissu de chanvre. 

La Canabassariè était le nom d'une rue à Alais, dans les 
environs du Marché, le quartier des Canabassiers , qui 
représentaient dans les corporations du moj'en-àge les 
commerces de chanvrier, de filassier et de toilier; là sans 
doute se faisait l'étalage de ces marchandises. 

Canabassiè, s. m. Tisserand, ou marchand de grosse 
toile; marchand chanvrier -filassier. 

Dér. de Canabas. 

Canabièïro, s. f. Chènevière, champ où croît, où est 
semé le chanvre. 

Le nom de la fameuse rue de Marseille, la Canebière, tire 
de là son origine. 

Dér. du lat. Cannabis, chanvre, ou du gr. Kciva6o;, 
canne, roseau. 

Canaboù, s. m. Chènevis, semence ou graine de 
chanvre. 

Même étym. 

Canaïo , s. f. Canaille, nom collectif pour designer tous 
les gens sans aven, sans honneur, ni probité, ni déhcatesse; 
souvent aussi, en l'adoucissant, pour troupe d'enfants 
bruyants, tapageurs. 

Dér. du lat. Canis, c'est-à-dire race de chiens ; ou plus 
probablement du lat. Canalicoke, espèce de lazaroni de 
Rome qui se tenaient sur les bords d'un des canaux de 
cette ville. 

Canâou, s. m., ou mieux Âcanàou. Cheneau, conduit 
des eaux d'un toit de maison,- tronc d'arbre creusé pour 



conduire des eaux d'irrigation. Ce mot dans notre dialecte 
ne correspond nullamont au mot fr. Canal, bien que tous 
deux aient la inéine étym. dans le lat. Canalis; mais quand 
on parle, par cxt., du canal du Languedoc ou do tout autre, 
on francise le mot et l'on dit ; lou canal ddou Léngadù, 
lou canal das pras dé Sén-Jan, ou à Alais simplement, lou 
Canal; et l'on s'entend. — Voy. Acandou. 

Canar, s. m. Canard, Anas, Linn. Oiseau domestique ou 
sauvage, de l'ordre des Palmipèdes, dont les espèces et les 
variétés sont nombreuses. — Tira as canars, être très-peu 
vêtu par un temps froid, grelotter de froid. Cette locution 
provient sans doute de la chasse aux canards, qui se fait à 
l'affût et dans la saison la plus rigoureuse do l'année : quand 
on est peu vêtu en hiver on grelotte, comme lorsqu'on est 
à l'affût des canards. 

Canar, -s. m. Chien caniche, barbeL. 

Dans la première acception, il est possible que Canar soit 
une onomatopée tirée du cri de cet oiseau, Can, Can, 
comme quelques-uns l'ont voulu. 11 se peut aussi que son 
nom vienne du lat. Anas, qui semble cependant un peu 
bien éloigné; mais, dans le second sens, la dériv. du lat. 
Canis, chien, est très- indiquée. 

Canarda, v. Canarder, tirer au fusil un animal ou un 
homme; le tirer comme un canard. 

Dér. de Canar. 

Canari, s. m. Serin des Canaries, Fringilla canaria, 
oiseau de l'ordre des Passereaux, remarquable par son beau 
plumage jaune, par sa facilite à apprendre des airs, très- 
susceptible d'attachement et d'éducation. 

Canastèl, s. m., ou Canastèlo, s. f. Dim. Canastèlé, 
Canaslèléto, CanastHuii. CorLeille, panier d'osier ou d'é- 
clisses, de forme rondo ou oblongue, moins profond que 
large ordinairement; corbillon, petite corbeille, suivant les 
dimensions que suivent les dira. 

Dér. du lat. Canistrum, ou du gr. Kâvainpov, vase en 
forme de corbeille, fait de Kivr,?, corbeille. 

Cancagnè, èïro, a//. Cancanier; médisant; faiseur de 
cancans. 

Cancan, s. m. Cancan, commérage; vacarme, tapage. — 
Faire gran cancan, faire grand bruit, grand étalage. 

Dér. du lat. Quamquàm, quoique, parce que, formule de 
début de bien des discours quand on parlait latin à l'école. 

Candéïè, s. m. Dim. Candéïèïré. Chandelier, flambeau, 
ustensile destiné à supporter les ciiandelles, bougies, etc.; 
fabricant de chandelles, qui fait ou vend des chandelles 

Dér. de Candèto. 

Candéïèïro, s. m. Fabrique de chandelles. 

Candèl, s. m. Peloton de fil, de soie. 

Corruption de Cap dèl, dim. de Cap, petite tête. 

Candéla, v. Dévider, mettre en peloton. 

Dér. do Candèl. 

Candèléto, s. f., ou Aoubre-dré. Arbre droit, arbre 
fourché. — faire la candèléio, faire l'arbre droit ou l'arbre 
fourché ; jeu d'enfant qui consiste à se tenir en équilibre 



CAN 



CAN 



169 



sur la tfte, 1m pieds en l'air, droit comme nne chandelle, 
dont ran'lélélo est le dimin. En espag. on dit de niftmc 
Hnzer la cnnileliUa. 

Candèlo, s. f. Dim CandHéto. Chandelle, petit cylindre 
de suif dont une mèche de fi! do coton occupe le centre 
d'un tout A l'autre; slalaclite qu'on trouve dans les caver- 
nes et les souterrains en forme de cierges, ou celles formées 
par la glace suspendues l'hiver au bord des endroits par où 
l'eau coule. 

Dèr. du lat. Cnndela, formé de Candeo, être hlanc de feu. 

Candélonso (Nosto-Damo-la), ». f. Chandeleur, fête de 
la Puriliealioii de l.i S.i in te -Vierge, qui est céléhrée le 
2 février. Ce nom lui vient de la bénédiction des cierges 
qui a lieu ce jonr-l<1. — Quan la Candélouso lusèmo, 
eranto jours après hivèrno, prvh., quand le soleil brille le 
jour de la Chandeleur, l'hiver dure encore quarante jours. 
On prétend que l'ours rentre dans sa tinière s'il fait beau 
ce jour-là. Le prvh. lat. dit aussi : 

.Si sol clarueril Marld Purifîcanle, 
Majus frigus er'U posteà quant antè. 

Candi, s. f. Chanvre, Cannabis tativa, Linn. Plante de 
la famille des L'rlicécs, que l'on cultive partout pour en 
retirer la filasse connue sous le même nom. Il se faisait 
autrefois un assez grand commerce de chanvre dans notre 
pays, cette industrie a l)eaucoup perdu de son importance. 

- Àï dima candi.' l'aXgo l'émméno! locution prvh., qui 
n'a pu passer dans le langage et devenir le type d'une 
exclamation de détresse, qu'à cause du prix qui s'attachait 
à la culture et à la récolte du chanvre. La phrase doit avoir 
nne origine anecdotique. Un individu avait mis du chanvre 
à rouir dans un ruisseau; un orage grossit le ruisseau, 
l'eau entraîna le chanvre, et notre homme, voyant son bien 
se perdre, de pousser piteusement cette exclamation. Quel- 
qu'un l'entendit, la répéta en racontant la scène, elle devint 
le cri de désappointement, d'alarme, de déploration pour 
toute autre chose que pour du chanvre emporté : trope, 
figure, dicton pittoresque et populaire, qui a mainte appli- 
cation. Quand une position critique se complique et s'ag- 
grave, que les choses se gâtent, s'en vont à vau-l'eau; que 
la déb.lcle arrive, commence; que miséricorde se perd; 
qu'un danger menace, qu'une catastrophe est imminente; 
que tout annonce une ruine inévitable : c'est ce que signifie 
et le cas de crier : Aï dé ma candi! l'aïgo l'émméno.' 

Dér. du lat. Cannabis, reproduisant le gr. KiwaStç, 
chanvre. 

Candîa, s. m., n. pr. de lieu et de personne. Candiac, 
sur la rive gauche du Vistre, ancien château et seigneurie 
dans le diocèse de Nimes, village du Gard, cité dans le 
dénombrement de la sénéchaussée de 1 394 sous le nom de 
Candiaeum. 

Candïargne, s. m., n. pr. de lieu. Candillargiies, com- 
mune et canton de l'Hérault, à dix-sept kilomètres de 
Montpellier, situé sïir la rive septentrionale de l'étang de 



Maguelonne. Dans un acte de donation de 960, il en est 
parlé : dono villam indominicatam quam vacant Candiani- 
cas. En 985, son nom est un peu différent; un titre porte: 
in suhurbto caslrl substantionensis, in lerminio de villa 
Candianicus, etc., e( in lerminis de Uontepestellario. Depuis, 
la forme ranrfi'anicff a été seule employée; elle est devenue 
par les procédés ordinaires Candiargu», Candillargues. — 
Voy. Argut. 

Ce n'est pas tout à fait à cause de l'importance, du reste 
fort médiocre, des deux localités dont les noms précédent, 
que leur étymologie mérite d'être particulièrement étudiée; 
mais bien à cause des variétés intéressantes qui se sont 
attachées à cette famille nombreuse d'appellations locales, 
et qui font ressortir ce que nous disons de la formation et 
de la composition des noms propres. 

D'abord l'élément constitutif du mot, ce qui fait sa 
signification, le radical , pour Candia et Candïargne, est 
évidemment le même que celui de Cande, de Candé, de 
Candat, de Candan, de Candaillac. Cande, qui parait être 
l'expression la plus simple, est le nom de la ville de Ton- 
raine où mourut saint Martin, le grand a|)6tre des Gaules : 
la latinité du moyen-âge l'appelle Condate, Condaie Turo- 
ntim, Condatentii vieus. Expillv, Diction, géog., cite en 
France trente-un hameaux, villages ou villes du nom de 
Condé, trois Condes, onze Condat, et ils sont rendus en 
latin, sans exception, par Condate, ou par les variantes 
Condatum, Condœum, Condetum, Condata, qui ne sontqne 
des accords de genre. 

Ainsi, devant la traduction, point de différence entre 
Cande et Conde; ils sont égaux : la même identité existe 
au fond. En effet, Kant, en armoricain, signifie : coin, 
angle; en gallois, Kand, Kind, Kend, Cond, confluent, 
rencontre de deux rivières, emlwuchure traçant un angle; 
de même que le mot celt. Kon, Cuneus, lat., veut dire ; 
coin, encoignure, angle. Du premier nous avons fait Cantèl, 
Cantoit, peut-être Cantal, et leurs composés; du second 
Cougna, Cougné, même Couga et autres; fV.c. ra.), par le 
changement ordinaire en lang. de on en ou, o en u, on 
peut-être en u lat. prononcé ou, de cuneus. Nous verrons 
comment tous ces noms à l>ase identique répondent à la 
même idée. Voilà pour la première syllabe, la plus certaine 
affinité éUblie. 

Une fois la racine étymologique dégagée, le reste est 
affaire de terminaisons. On sait qne le gaulois était riche 
en suffixes : pour faire des noms d'hommes ou de lieux, 
pour adjectiver un substantif qui désignait l'objet, et 
marquer la propriété, la provenance, la possession, l'état, 
la qualité, les attributs, la configuration de la chose, il 
employait des formules précises, qu'il redoublait même 
quelquefois pour l'euphonie , ou pour leur donner plus de 
force ; et il les variait avec une merveilleuse fécondité. La 
langue latine vint ensuite exercer son génie pour s'appro- 
prier les dénominations existantes. A son tour le roman les 
modifia, et enfin le languedocien moderne s'est emparé de 



16+ 



CAN 



CÂN 



toutes ces altérations, en conservant tantôt leur tournure 
priniitive, en la remaniant tantôt à sa manière. 

Essayons, jwur arriver aux deux mots qui nous occu- 
pent, de remonter cette longue échelle de variantes. ÎNous 
avons parlé des suffixes a, ac, argue, au; dans l'espèce il 
eu apitarait de nouveaux sur la plus ancienne forme, 
Cande, Conde, Condate. Par les exemples on arrive aux 
plus claires démonstrations. La grammaire celtique de 
Zeuss en fournit de nombreux : dia, deus, dia-de, divinus; 
doin, liomo, doin-de, humanus; dal, forum, dat-de, foren- 
sis; beo, vita, beo-de, vivus; bi, pix, bi-de, piceus; tiem, 
cœlum, nem-de, cœleslis; dam, cervus, dam-de, cervinus; 
irab, traba, trab-da, trabeatus ; riji, rex, n"<;-(/a, regius; 
fag, fagus, fag-de, faginus; — cis, fiscus, census, cis-te, 
censorius; mis, mensis, mit-te, menstruus; ros, rosa, ros- 
le, rosarium; brot, momentum, ambroi-te, momentaneum; 
gut, vox, gul-te, vocalis; — briv, pons, briv-ate, pontilis; 
dun, castrum, arx, dun-ate, castrensis; maes, campus, 
»na«-a(e, campestris ; nant, vallis,na»it-2«ï(e, vallestris; etc., 
etc. Par où, il résulte que de = da = te = ate, finales 
adjectives, sont identiques. 

De plus, si l'on veut remarquer que de et di sont deux 
syllabes fort sujettes à se confondre, ou, comme dit Zeuss, 
qui alternent souvent ensemble ; — nous les avons en effet 
retrouvées dans le gallois ; — si l'on tient compte de l'intro- 
duction du génitif en i, imposé par le latin au celtique, 
dans les dénominations locales, et des procédés au moyen 
desquels la désinence gauloise ak, ek, était conservée à la 
condition de s'adjoindre la finale caractéristique latine en 
us, a, uni; il sera facile de constater une parenté très- 
rapprochée entre Cande, Caudale, et notre Candïa, Can- 
di-ac-um, Candiac. L'assimilation avec Candïargue, Can- 
dianicus, Candianica, Candillargues, ne sera pas moins 
évidente. 

Cependant les termes de l'équation que nous venons de 
poser sur les désinences adjectives se sont multipliés. La 
finale gauloise primitive ae = ec = a* = te = aie, s'est 
modifiée, combinée tantôt avec elle-même, tantôt avec les 
suffixes latins ; par suite d'influences agissant sur les orga- 
nes de la voix et de la prononciation, selon les climats, 
suivant le mélange et le contact de divers idiomes, elle a 
pris les formes les plus bizarres, elle admet les variantes les 
plus disparates en apparence. Si bien qu'elle se trouve 
aujourd'hui représentée par a, as, at, argue, e, ey, ergue, 
orgue, ez. ies, eu, ieu, y, et une infinité d'autres suffixes 
simples, sans compter ceux produits par redoublement, par 
l'adjonction du latin ou du tudesque. Ici la raison de ces 
variétés est sensible. 

Le radical Kant = Kon s'étant adjectivé pour faire un 
nom de lieu, pour désigner une propriété d'après sa posi- 
tion, a donné Kan-de = Kon-de = Kon-ak = Kon-ek, et 
les autres, latinisés en CondaCe, Condatum, Cundetum, tra- 
duits par Cuneatus, angulaire, pour signifier un lieu, un 
terrain, une maison, Mantio, Villa, Prœdium, Castrum, 



situés dans un angle, formant un angle, au confluent de 
deux rivières, dessiné par la jonction, la rencontre de deux 
cours d'eau, le plus souvent, ou encore et par extension, 
dans un angle terrestre formé par des vallées ou par tout 
autre accident de terrain remarquable. On comprend pour- 
quoi le radical Kani, Kon, se trouve dans tant de noms de 
lieux et est devenu si comuiun en France : aussi toutes les 
localités que les anciens titres désignent par le mot Condaie, 
sont-elles toutes posées au confluent de deux rivières. 
Expilly le remarque à propos de Condéol Conrfaf, en disant 
« que ces noms sont synonymes et signifient la même chose 
que confluent ou jonction de rivière.» Evidemment, Cand'ia 
sur le Vistre, et Candïargue sur l'étang de Maguelonne, et 
formant angle, n'ont pas d'autre raison dénominative : ils 
la prennent dans leur situation, comme leurs analogues : 
Candes, Condate, Condata, ïouraine, Indre-et-Loire; 
Candé, Condetum, Loir-et-Cher, Maine-et-Loire, Charente- 
Inférieure , Vieinie ; Candilly, Oise ; Condac, Condate ad 
Carantonum, Charente; Condac, Vienne; Condal, Saônc-et- 
Loiro; Condat, Condato, Condatum, Cundalum, Cundadum, 
Lot, Corrèze, Lot-et-Garonne, Puy-de-Dôme, Haute-Vienne, 
Cantal, Dordogne; Candas, Aveyron; 27 Condé, Condate, 
Condatum, Condœum, Condetum, Condatus, Condete, Cône- 
dacus, Conadacus, Condetum, par toute la France ; Condes, 
Tarn, Jura, Haute-Marne ; Condcsaygues, Lot-et-Garonne ; 
Coûdel, Calvados, Tarn; Condette, Pas-de-Calais; Condillac, 
Drôme; Condeau, Orne; Condrieu, Conderate, Condriacum, 
Rhône. 

Ces analogies pourraient se multiplier; adjoignons -y 
seulement trois appellationsqui nous touchent : Coundamino, 
terre autrefois seigneuriale, désignation très-répandue don- 
née a la terre principale d'un domaine, comme on dirait : 
le coin du seigneur, du maître. L'élément Conde, Conda, 
lui donne cette signification, qui est complétée par l'abré- 
viation euphonique de Domini, au gén.; le mot est ensuite 
devenu le nom pr. d'homme £a Condamine. — Yoy. Coun- 
damino. 

Il faut encore remarquer deux noms de hameaux dans 
le Gard, Canduzorgue, dans la commune de Sainl-Uoman- 
de-Codière, et Conduzorgue, Condusonicœ, commune de 
Moutdidier, qui peuvent être conférés h Condansargue, 
Condansanicœ, dans le territoire du Caylar. Les variantes 
sur le radical ne font que confirmer ce que nous avons 
établi sur l'identité de Cande et Conde : même configuration 
dans les mots, môme signification; la voyelle u, qui parait 
au milieu du nom, nous l'avons également trouvée dans les 
traductions de Condé et Condat, dans la bass. lat. 

Le même thème primitif, dans sa pureté, suivant que 
l'influence gauloise ou romaine a agi sur la dénomination, 
se montre encore dans Lou Cun, Le Cun, hameau de la 
commune de Ponmiicrs, Cuneus latin, et dans Coundou, 
Coimaux, commune de Bagnols, où l'élément celtique Jion- 
ak, est plus apparent. 

Les termes de comparaison augmenteraient si l'on voulait 



CAN 



CAN 



165 



} 



suivre la racine dans ses transformations : Condate, ancien 
nom de ville dans la Gaule entre IS'eviruni et Ilrivoilurum. 
est aujourd'hui (.'o«ne, Nièvre ; f onrfaJe, vers le confluent de 
rille dans la Dordogne, se nomme Condat, près Libourne, 
Gironde ; Cognac, dans la Charente, dans la Hante- 
Vienne ; tous sont appelés au moyen-àge Condat». On voit 
d'un coup-d'œil la nouvelle si'rie d'appellations locales (ju'a 
fait naître le premier radical : Cognan, Cognât, Cogne, 
Cogners, Cognes, Cognières, Cognin, Cogny, Coin, le Coin, 
Coinces, Coinches, Coincy, Coing, Coigne, Coigneux, Coi- 
goières, Coigny, etc. Concordance de racine, variété ethni- 
que des terminaisons, qui se rencontrent dans bien des noms 
communs et des noms propres, en lang. et en fr. de même 
origine, dont le sens se rattache par là à une idée de coin, 
d'angle, d'encoignure, de confluent. 

Mais si ces déductions sont vraies, de tous ces rappro- 
chements il faudra conclure au moins, sans trop de témé- 
rité, que les noms ainsi formés à désinence en argue, ou 
orgue, ne représentent nullement des noms historiques 
complétés par le lat. ager, mais des localités que leur situa- 
tion, leur emplacement seul a fait dénommer. 

Candou, ». m. — Yoy. Cambi. 

Cane, j. m., n. pr. de lieu, Canet. 

Ce mot est plutôt un nom collectif qu'tu dim. Il vieat 
de la bass. lat. Cannelum, canuaie, comrue le suivant, lieu 
abondant en roseaux et même en joncs , la canne des ter- 
rains bas et humides, r^assos. 

Canéïè, s. m. Lieu planté de roseaux, qu'on coupe tous 
les ans : cannaic. 

Dér. du lat. Canna, roseau, dont le rad. celt. est Cari, 
même sigu., auquel s'ajoute le suffixe de collectivité iè, 
similaire à ïèïro, édo, et autres, répondant au fr. axe, ay, ei, 
eix, etc.; dans le bas lat. Cannelum. 

Canéla, v. Canneler ; en parlant du blé, se former en 
tuyau, monter en tige. 

Dér. du lat. Canna, roseau. 

Canèlo, s. f. Roseau, plante aquatique. Se dit aussi du 
tuyau de bois ou môme de cuivre qu'on ajuste à un ton- 
neau, à une cuve, pour en tirer la liqueur, la faire écouler : 
robinet, cannelle. Mais on dit mieux en bon lang. Enquo, 
dans ce dernier sens. — T. c. m. 

Dér. du lat. Canna, roseau. 

Canélu, udo, adj. Cannelé; creux intérieorement; qui 
forme le tube. 

Dér. du lat. Canna. 

Canfigoùs ou Canfiégoùs, s. m., n. pr. de lieu, dans la 
commune de Soustelle, arrondissement d'Alais. —Sauvages, 
prenant la seconde version, qui est cependant peu usitée, 
donne à ce mot la sign. de terre brûlée; champ où le feu a 
passé et a tout embrasé : il le décomiwse sans doute en 
Can pour Camp, et Fiégoits pour Fuégoits, de Fuec, ancien 
mot , feu. On pourrait peut-être aussi le faire venir de 
Campus fici, champ du figuier, lieu planté de figuiers, qui 
d'ailleurs se rapproche davantage de la première appella- 



tion; mais l'autorité d'un maître tel que ^Vinvages, qui 
possédait si bien la connaissance de la langue et le senti- 
mont (les étymologies, mérite la plus grande considération. 

Cangaro, 5. m. Blé de Crimée; par extension tout bl6 
étranger qui arrive par mer et dont le peuple fait peu de 
cas. 

Ce mot est la corruption de Tangarok ou Taganrok, ville 
de la Crimée. 

CSanïo, s. f. Chenille. — Ce mot ne s'emploie que pour 
désigner ces sortes de chenilles microscopiques qui arrivent 
en masse et détruisent certains végéUiux et la feuillaison 
des arbrcs, et qui meurent sans transformation, au bout de 
quelques jours : ce sont à proprement parler des vers à 
pattes. Par là on les distingue de VÉrugo, qui est la che- 
nille ordinaire et qui passe par les mêmes métamorphoses 
que le ver à soie. Il est une sorte de Canïo qui s'attaque X 
la luzerne et en dissèque chaque feuille sans en altérer le» 
flbres les plus tenues, de manière à la réduire en dentelle. 
Ces chenilles s'aliattent en telle quantité qu'en mie matinée 
un champ de luzerne est quelquefois entièrement dévoré. 
Après trois jours de vie, cet insecte se dirige en colonne 
serrée vers le cours d'eau le plus voisin, qu'il devine avec 
un instinct merveilleux, et où il termine sa courte et mal- 
faisante existence en se noyant; il eu périt aussi beaucoup 
en chemin, et leurs cadavres forment mie trace noire dont 
on distingue à peine les individus. 

Traduit du fr. Chenille. 

Canisso, s. f. Petite et même espèce de roseaux de 
marais; le clayon lui-mêmj, fait de ces roseaux, qui sert 
de plancher aux tables de vers à soie. Ces claies en treillis 
sont préférables à des planches pour cet usage, parce qu'elles 
laissent mieux pénétrer et circuler l'air dans leurs inters- 
tices, et qu'ainsi la litière mieux aérée est préservée de 
toute fermentation. Lorsque les vers sont jeunes et qu'ils 
pourraient passer à travers le clayon, on le tapisse d'un 
papier gris qui est connu sous le nom de papicr-ma^a. 

Le fr. nous a emprunté ce mot; mais comme chaque 
langue a sa petite vanité, il a fait comme le lang., il a défi- 
guré son emprunt, qu'il nomme Canis. Quand je dis le fr., 
je ne dis pas celui de l'Académie et des savants, mais bien 
celui de l'école séricicole, qui recherche et fabrique au 
besoin tous les tecluiiques à son usage. 

Dér. du lat. Canna, dont il est un dim. 

Canisso, j. m. Petit homme chevelu et crépu. C'est un 
surnom fort répandu. 

Corr. du fr. Caniche. 

Cano, J. f. Canne, bâton; jonc, pour s'appuyer en mar- 
chant. 

Dér. du lat. Canna, roseau. 

Cano, I. f. Cane, femelle du canard, Anas, Linn. 

Cano, ». f. Canne, mesure de longueur. Elle varie beau- 
coup suivant les pays. La canne d'Alais est de huit pans, 
elle vaut 1™ 989 ; la canne carrée vaut S" 956 miU. 
carrés. 



166 



CAN 



CAN 



Mesure de capacité iwur le vin : l'ancienne canne était 
de 18 litres, la nouvelle en vaut 20. 

Mesure de capacité pour l'huile : l'ancienne canne valait 
9 litres 521 , la nouvelle vaut un décalitre. 

Cnno est souvent pris génériquenient pour mesure de 
toute espèce. — Es pas dé cano, c'est indubitable, c'est une 
assertion qui n'a pas besoin de preuve ; une dimension qui 
peut se passer d'une mesure exacte. 

Encore une de ces locutions dont le système métrique est 
en grand train d'oblitérer l'origine. La cano était une 
mesure de contenance, pour l'huile surtout, à très-peu près 
le décalitre actuel; mais du même nom, nous venons de le 
voir, il y avait aussi une mesure de longueur, qui équiva- 
lait à la toise ; et l'on disait Cana comme toiser et aujour- 
d'hui métrer. C'est de cotte dernière mesure seulement qu'il 
est ici question. Notre locution s'usitait surtout au jeu de 
boules ou à d'autres jeux analogues que les enfants avaient 
en grand nombre : lors donc qu'il s'agissait de décider si la 
boule, la gobillo ou le palet du joueur étaient plus près du 
but que celui d'un autre, on disait en examinant des yeux 
d'abord : Es dé cano, ou bien : Es pas dé cano, selon que 
le cas était ou paraissait douteux ou non. Es pas dé cano 
signifiait par conséquent : il n'y a pas à mesurer, il n'est 
pas besoin de mesurer pour décider ce qui se voit, qu'il y 
en a de reste. Et cela se dit toujours de ce qui est évident, 
hors de discussion, incontestable; et par extension ou 
exagération, de tout individu, de toute chose dont les qua- 
lités ou les défauts atteignent largement ou dépassent môme 
la mesure, sans que toutefois ni Cano, ni mètre aient rien 
à mesurer en tout ceci. 

Cano, s. f. Chancissure blanche, espèce de moisissure 
qni surnage en paillettes blanches sur le vin mal bouché, 
ou lorsque la Iwuteille a été mal égouttée au lavage. C'est 
ce qui sort le premier d'une bouteille et le dernier d'un 
tonneau. On dit au fig. es à las canos, il est à sec, il est à 
son dernier sou. 

Dér. du lat. Canus, blanc. 

Canobas, s. m. Mauve sauvage, alcée. 

Canoù, s. n». Dim. Canouné. Canon, longue pièce 
d'artillerie, canon de fusil, de pistolet. 

Dér. du lat Canna. 

Canoù, s. m. Tuyau; tube; conduit; plumes en tuyau 
d'un jeune oiseau : ce sont les grosses plumes des ailes qui 
poussent les premières, tandis que celles du corps ne sont 
encore qu'un duvet. Ce mot s'applique en général à beau- 
coup de choses en forme de tuyau : Lou eanoft dé la chimi- 
nito, le tuyau de la cheminée ; Loit canoù d'nno fon, le 
tuyau, le robinet d'une fontaine, d'uno boulo, \a, canelle 
d'un tonneau ; un canoù dé ploiimo, un tuyau de plume. 

Dér. du lat. Canna. 

Canonna, v. n. Monter en tuyau, comme toutes les céréa- 
les, les oignons et autres plantes bulbeuses ; être en forme 
de tuyau. Dans le sens actif, canonner, battre à coups de 
canon; il est reçu, mais par imitation du fr. 



Canounado , s. f. Canonnade, décharge de coups de 
canon ; conduite d'une fontaine soit en Ixiis, en fonte ou en 
poterie, lorsqu'elle est dirigée sous terre ; quand elle est à 
ciel découvert, on emploie le mot Acanàou. 

Dér. du lat. Canna. 

Canouné, s. m., ou Manouné. Terme de triperie : 
boyaux d'agneau, de chevreau, de mouton et même de 
veau, qu'on lie par petites bottes, et dont on est friand 
surtout à Alais, où l'on dit mieux Manouné. — V. c. m. 

Dim, de Canoù. 

Canounge, s. m. Chanoine, celui qui iMssède un canoni- 
cat. — Il est devenu n. pr. d'homme, rendu par Canonge. 

Dér. du lat. Canonicus. 

Canourgo (La), s. f.,n.pr. de lieu. La Canourgue. ville 
et canlon du département de la Lozère, mentionnée dans les 
titres les plus anciens sous le nom de villa de Canonica. A 
Montpellier, une place est aussi appelée La Canourgue, à 
cause de son origine canoniale, voisinage ou dépendance 
d'une propriété canoniale. 

Les deux mots Canounge, Canonicus, et la Canourgo, 
Canonica, dérivent évidenjinent de la même source : leur 
radical commun se trouve dans le gr. Kavc'jv, règle, ordre, 
que le lat. a simplement adopté dans le même sens Canon, 
onis, et qu'il a adjectivé en Canonicus, a, um, régulier, 
chanoine régulier. Dans le principe, il est probable que 
celte unité d'origine en avait fait deux menechmes; depuis, 
ils se sont un peu déformés ; mais , malgré la différence de 
physionomie, l'air de famille persiste et les rapproche. 
Seulement, le premier, subst. masc, a gardé les contours 
émoussés, le ton sourd, qui sont peut-être plus fréquents 
dans le Nord ; tandis que le second, nom propre féminin, 
a revêtu cette forme rude, accusée, particulière à notre 
Midi. Mais, la parenté une fois établie, ces ressemblances et 
ces variétés, les altérations mêmes des deux mots, que nous 
prenons pour types, présentent un assez curieux sujet 
d'étude sur ces fameuses finales languedociennes en argues, 
ergues et orgues, dont on s'est tant occupé. 

L'importation grecque ou latine de Canonicus date de 
l'époque où, dans les Gaules, l'ancienne langue nationale 
était encore comprise et parlée, au moment où commençait 
à se former, du mélange avec le ktin , l'idiome rustique 
vulgaire. Des besoins nouveaux, une civilisation plus avan- 
cée, surtout la nécessité de se reconnaître avec les dénomi- 
nations locales débaptisées ou en voie de se modifier au 
goût des conquérants, des traditions indestructibles et des 
influences imjiérieuses avaient fait subir au langage des 
changements considérables; mais une langue ne procède 
pas au hasard, bien qu'il soit difficile d'avoir toujours rai- 
son de ses variations, et, dans la conjoncture, les analogies 
ne manquaient pas : elles sont même si frappantes qu'on 
dirait une loi régulière , systématique , uniforme, dont on 
va saisir les applications. 

Le mot arrive tout fait, tout d'une pièce, purement 
latin. Quand le roman , qui se créait, le rencontre et qu'il 



-CAN 



CAN 



167 



veut s'en einiMrer, il n'a garde de toucher au radical ; mais 
sa finale en icux n'allait pas à ses aptitudes vocales : à 
d'autres seinblaliles, à des noms de lieux ainsi terminés, il 
avait fait subir une altération conforme à son génie, et il 
appliqua à Canonicut sa niéthoile lialiituelle de transforma- 
tion. La voyelle la plus souple devait d'abord être atteinte : 
l'i disparait de la désinence, ou il se change en e plus ou 
moins ouvert, qui le rappelle ; la palatale C est remplacée 
par sa corrcspondanle G, la consonne celtique de prétlilec- 
tion, sur la((uelle nous revenons souvent; enfin la termi- 
naison devient muette et s'éteint. L'intrusion de R, qui se 
substitue à A, est particulière au Midi. On ne peut exiîli- 
quer sa présence que jar le désir instinctif du peuple, ce 
maître souverain de sa langue, de donner à certains mots, 
à des noms propres de lieux, plus de consistance, plus 
d'énergie, et de faire peut-être un accord mieux lié avec le 
son guttural fortement accentué qui la suit presque tou- 
jours; ce que l'organisme méridional ne dédaigne pas, 
quand celui du A>'ord y semble moins porté. 

Ces procédés de recomposition se révèlent clairement 
dans les diverses évolutions du mot Canonicui. Notre 
langue romane en a fait Canonge, Canonègue et Canorgae. 
Un exemple de chaque forme ; la chanson de geste de 
Gérard de Roussiilon dit : Xi monge, ni canonge, ni cujie- 
lan. Dans un litre de 1174 ou trouve : La claustrales 
canonégiies ; dans Pierre Rogiers, troubadourdu XII™* siècle : 
Peire Jtotgier si fo d'Alvernhe, canorgues de Clermon . L'abbé 
de Sauvages cite Canonèjhe (Canonège), comme appartenant 
au vieux langage. Enfin le languedocien moderne dit 
Canounge. Le subsl. féminin suit la môme marche : Cano- 
nica est représenté par Canorgtia, Canorguia. Dans Pierre 
Rogiers : Luïsset la canorgua et fes se joglart; dans Pierre 
Cardinal : Son paire lo mes per canorgue en la canorguia 
del Piiei. Nous arrivons naturellement à la Canourguo; et 
pas n'est besoin de faire remarquer que dans notre dialecte 
ou égale roman. 

La preuve maintenant qu'il s'agit ici d'une loi générale, 
au moins en ce qui concerne la substitution du fi gaulois 
au C latin dans ces désinences ; c'est que les idiomes cello- 
latins l'adoptent de môme. Canonicus a donné en cat. 
Canongo, en esp. Canonigo et Canongia, en port. Cano- 
nego. L'anglais lui-raèmé a Canongaie, faubourg d'Edim- 
bourg, qui accuse pareille fiUation ; l'italien seul Canonico 
s'est conservé absolument latin. 

Mais la règle s'applique encore ans noms propres et aux 
noms communs, dans lesquels la présence du même suffixe 
latin a du amener ime pareille combinaison dans le roman 
et dans le languedocien. Sans citer ilonachus, qui faisait 
en roman Monge, Mongne, Monègue, Morgne, Moyne; en 
cat. Monjo, en esp. et en port. Monje; prenons le subst. 
fém. lUonica, religieuse. Le roman avait Monja, Monga, 
Morga, JHoyna; en cat., esp., port. 3Ionja; comme pour 
monastère on disait Mongia et Morgia; et notre languedo- 
cien Moungeo (Mounjo), et Mourgo : la cariètro dé las 



Mourgnt, In nic des Mourgnes à .\lais; et les diminutifs 
ilounjéto, Mourguéto, |)etite religieuse, et Mounjélos, nom 
des tiaricots à enveloppe blanche ou noire, févcroles sèches. 

Il faut voir comme le roman, au nord et au midi, en fr. 
et eu lang., s'exerce sur ces syllal)es icus, ica, toutes les 
fois qu'il les rencontre : Carrica, de la bass. lat., donne 
Curguo, charge; Cranica, Graujo, grange; Lanica, lange; 
Serica, sarjo, serge; Fabrica. Forjo, forge; Pautrica, 
Fttngo, fange; Slanica, Margue, Hanche, manche; Porli- 
cus, Porge, porche; Mediciis, Mi'je, médecin. 

Les noms de lieux suivent la même voie. Pour ne citer 
d'abord que les plus rapprochés par la consonnancc finale 
avec notre type, dans le Gard, Colorgues, commune de 
Saint-Chaptes, était, dans un dénombrement de 1394, Colo- 
nicœ; connne un lieu détruit de la commune de Langlade, 
Colonges ou Colongres, commune de Verfeuil. Colourcs, 
commune de Marguerittes , s'appelait en lat. Colonicte , 
Colonices; Coulorgues, commune de Bagnols, Colonicar; 
Colonges, dans la Cùted'Or, Cologne sur le Rhin. Cohnira;. 
Santonicus est devenu Saintonge. Conduzorgues, commune 
de Moutdardier (Gard), vient de Con-lu zonica ; Montuzor- 
gues, de Montusonicte ; Solofgues, de Savaronitte; Soudor- 
gues, de Sardonicœ et SorJonica; etc. 

Ces rapprochements indicjuent une marche constante vers 
le même effet à produire. Les termes de comparaison sont 
alwndants pour démontrer que cette désinence latine, nicus, 
nica, nicœ, au sing. ou au pi., au masc. ou au fém., se 
reprixluil dans notre langue \ulgaire, et même dans le fr., 
par les comliinaisons nge, nigue, nège, rgua, rguia, rgue, 
rguo, qui toutes sont équivalentes, égales entr'elles. 

Mais ce n'est pas seulement alors que le mot porte o = 
ou comme voyelle dominante à l'anté-iHînultièrae, onicus, 
onicip, que la iicrmutation a lieu; les voyelles a, e, i, dans 
les mêmes conditions ont le môme privilège. Ârmasanicœ a 
donné Armasanègues , Aïmargue, Aimargues; Cajcanicus, 
Caxanicœ, Caixanfgues, Caissargue, Caissargues; Domes- 
sanicœ, Domessanègues, Domessanengues, Domensan, Dou- 
méssargue, Domessargues ; Rutenicus, Rodinigus, Rouergue. 
Enfin notre mot Diménche, dimanche, en lat. dies Domi- 
nica, et le nom propre Dominique, du masc. Dominicus, 
offrent une autre preuve à l'appui. Le roman traduisait 
Diemence, Diemenche, Dimoingc, Dimenge, Diménche; dans 
les coutumes d'Alesl, on lit Dimenige. Le verbe était, 
d'après Sauvages, Endimirga ou Endiménga ; aujourd'hui 
Endiméncha. De son côté, le nom propre a passé de Domi- 
nicus en Doumèrjhe, Doumènjhe, Doumènghe ; il est Dou- 
mèrgue, en fr. Domergue; en esp. Domingo. Ce sont 
toujours et partout des formes identiques ; mais les derniers 
exemples donnent plus d'extension au procédé et introdui- 
sent de nouvelles désinences pour représenter le même 
sulGxe : ce qui ne laisse pas que de jeter le plus grand jour 
sur la comiwsition des mots et des noms propres. 

D'où vient cependant cette constance à repousser une 
telle finale, cette espèce de parti-pris des langues néo-latines 



168 



CAN 



CAN 



de n'admettre que des coiiibinaisoiis qui s'éloignent tant 
en apparence de la construction ancicrmc? D'abord, si grand 
que soit l'L'cart entre les formes actuelles et la forme primi- 
tive des mots que nous relevons, il faut remarquer que, dans 
la plupart des cas, les désinences seules sont atteintes. Dans 
nos idiomes néo latins l'inconvénient n'est pas grave : car 
l'influence de la terminaison est à peu près nulle sur la 
signification des mots. Tout se réduit donc le plus souvent 
à une question d'euphonie, et dépond de la manière dont tel 
ou tel son est rendu ou perçu, suivant certaines préférences 
de flexion naturelles h chaque peuple, selon une disposition 
particulière des organes ou la différence des tempéraments. 
On sait en effet quelle action exercent sur le langage les 
habitudes, les influences locales et climatériques. C'est que, 
il faut le bien dire, dans toutes les langues, dans tous les 
pays, dans tous les temps, le peuple a une propension innée, 
irrésistible à la contraction : il y est poussé et entretenu 
par son dédain de la correction classique , par une négli- 
gence naturelle de prononciation, par l'ignorance des flexions 
qu'il abandonne volontiers aux savants et aux rhéteure; 
mais à tout prix la syncope et l'ellipse doivent s'adapter à 
ses instincts et à sa diction. On comprendra des lors com- 
bien les licences du latin vulgaire, usuel, tel qu'il fut 
transporté dans les colonies par les soldats de Rome, en se 
mêlant aux idiomes gaulois, rencontrèrent de facilité à 
faire accepter leurs incorrections, et comment la nouvelle 
langue, en train de se former, éprouva peu de gêne, peu de 
résistance à fondre ses propres éléments dans le moule 
accrédité, à se façonner sur le modèle sans trop grandes 
concessions, sans perdre son caractère et son génie. 

Mais nous ne faisons qu'indiquer en passant ce mouve- 
ment de transformation et de recomposition , et il n'est pas 
de notre sujet de remonter aux causes. Il suffit d'en cons- 
tater l'activité et l'énergie, et de saisir quelques-uns de ses 
effets isolément, pour avoir une idée du travail général et de 
l'esprit de notre langue. 

Maintenant, en présence des altérations, des divergences, 
des variétés de prononciation et de structure, par lesquelles 
ont passé quelques mots, que nous étudions, avant de par- 
venir à leur forme actuelle, nous nous demandons s'ils 
n'ont pas ol)éi à une loi générale de compositions diverses; 
et il nous semble impossible de ne pas reconnaître que 
toutes ces disparités sont plus superficielles que réelles , 
qu'elles se confondent et se balancent; qu'au fond le nom- 
bre des mots et surtout celui des noms propres, quoique 
très-varié, est beaucoup plus réduit qu'on ne pense. Il res- 
sort de là avec évidence que chaque pays, presque chaque 
localité adopte de préférence une formule , qui ne lui est 
peut-être venue que par une disjwsition propre, particulière, 
de son organisme vocal à prononcer plus ou moins facile- 
ment telle ou telle articulation , tel ou tel rapprochement 
de lettres; et les exemples nous paraissent ici saisissants. 

Ainsi, a propos de Canonicns, Canounge , Canonica, la 
Canourgno, nous voyons les finales orgue et èrgue corres- 



pondre exactement à onge, inge, èngtie, énche, one, par 
onêgue, onège, onènche, reliées par contraction à oun, on, 
en, et au fém. ono, ouno : pourquoi la désinence argues, qui 
a été anègue.1, aniches , oniches, n'aurait-elle pas aussi 
quelque nlïinilé avec an, anges, anche? Pourquoi inget, 
ignés, ignies, igné, igni, igny , n'auraient-ils pas une atta- 
che par tM, ine, inies, ein, eine, dje, ije; et ne seraient-ils 
pas affiliés à cette communauté dénominative , qui , pour 
englober tant d'appellations locales en France, part d'une 
source unique? Pourquoi tous ces suffixes ne reconnaî- 
traient ils pas pour auteur le celtique «c =: ec, qui s'est 
transformé au contact du latin, tantôt faisant fonction 
d'adjectif, tantôt servant à donner certaines attributions 
ethniques et patronymiques? Ces conclusions nous semblent 
solidement établies. 

Mais alors que devient le système laborieux qui voulait 
trouver une signification, dans la désinence expléti vearjrue, 
des noms propres de lieux do nos contrées, en en faisant la 
traduction du lai. Ager? 

Nous nous en sommes expliqué ailleurs : ceci est un 
nouvel argument. — Yoy. Argue. 

Cansoù, s. f. Dim. Cansounéio. Chanson; pièce de vers 
par couplets, que l'on peut chanter. ."Vu fig. sornettes, 
contes frivoles. — Aqitd's la cansoù de l'agnM blan; c'est 
toujours la même chanson; c'est un thème qui ne finit pas. 

Dér. du lat. Cantio, même sign. 

Ganta, v. Chanter, former un chant par une suite de sons, 
d'accords. Au fig. célébrer, louer; sonner, résonner. — 
Canta clari, rendre un son clair comme un vase vide. Il se 
dit aussi pour : rendre un son fêlé Cantarén pas mésso, 
loc. prvb. pour dire : nous ne serons pas longtemps 
d'accord, nous ne nous entendons pas. C'est sans doute une 
allusion aux chants du lutrin. Té foura canla pu ndou, 
dit-on à quelqu'un qui marchande avec la prétention 
d'obtenir k bas prix ou à des conditions très-modérées une 
chose quelconque, une marchandise, qu'on estime davantage 
qu'il n'est offert : il te faudra chanter une antre gamme, 
un ton plus haut. 

Dér. du lat. Cantare. 

Cantaïre, aïro, arlj. Péj. ranfaïrns, asso. Chanteur; qui 
fait profession de chanteur. — -En terme de magnanerie, on 
appelle un cantaïre, un cocon faible, qui cède à la pression 
du doigt et rend un son quand la coque reprend sa première 
position. 

Dér. du lat. Cantare. 

Cantarèl, arèlo, ailj. Chanteur sempiternel et ennuyeux; 
qui aime à ciianter, ou qui a des dispositions à chanter. 

Cantarèlo, s.f. Chanterelle; sorte de Iwuteille en verre, 
dont le fond très-mince est percé d'une petite ouverture. On 
chante contre ce fond pour amuser les enfants, et le souffle, 
qui fait vibrer fortement les parois, augmente très-singuliè- 
rement le volume de la voix en lui donnant une qualité 
métallique et frémissante. 

Dér. du lat. Cantare. 



CAN 



CAO 



169 



Cantèl.t. m. Chanteau; premier morceau taill»^ en coin 
sur uii grand pain; pointes supplômcnlaires d'un manteau, 
d'une robe, d'une chemise de femme; pièce du milieu d'un 
fond de tonneau, qui est terminée des deux côtés par un 
segment de cercle. 

Dé eanltU ou pér eanlèl , [)osé de champ. On le dit d'un 
corps plat, d'une brique, d'une pierre de taille, posés sur 
leur tranche, c'est-à-dire sur leur face la plus étroite, 
comme les livres dans une bil)lioth(>(]ue. 

Dér. de la Iwss. lat. Canlellum, dim. de Canfum, coin. 

Canto-pérdrls, s. m. Garou ou Saint-bois, Daphne lau- 
reola, Linn. Arbrisseau de la fain. des Thymélées; à feuille 
étroite, commun dans les landes arides. 

Par extension , on appelle Canto-pirdris , un terrain sec 
et infertile, une propriété de peu de valeur, serait-elle 
ornée d'une chétive masure, parce que c'est là que l'arbuste 
de ce nom croit de préférence. 

Les Iwtanisles assurent que les' fruits du garou, rouges 
à leur maturité, sont avidement recherchés par les oiseaux, 
surtout par la perdrix : de là sans doute le nom lang. 

Canto-plouro, ». f. Chante-pleure. Ce mot, qui est imité 
du fr. chante-pleure, ne représente pas le même objet. 
Celui-ci est proprement un grand entonnoir pour remplir 
les futailles, ou bien un tuyau de fuite pour les eaux plu- 
viales pratiqué dans l'épaisseur d'un mur. 

La Canlo-plouro esl un outil de moulin à huile. Ce qu'on 
appelle l'Enfer dans ces moulins est un récipient où l'on 
rejette les eaux qui ont servi à échauder la pâte d'olives, 
après qu'on a écrémé l'huile sur leur surface. Cet enfer est 
composé de trois cuves superposées l'une à l'autre et qui 
déversent successivement l'une dans l'autre. Quand la plus 
haute est pleine, elle verserait par le haut et entraînerait 
l'huile qui surnage dans la seconde et de là dans la troi- 
sième, résultat qu'il faut éviter, puisque cette huile doit 
rester autant que possible dans la cuve supérieure, et tout 
au plus dans la seconde. Pour y parvenir, on place dans 
chacune de ces deux premières cuves un tuyau de fer blanc 
plus ou moins recourbé, qui fonctionne comme un siphon 
et vide les cuvées par le bas. Par ce moyen l'huile baisse 
avec l'eau, mais surnage toujours jusqu'à complète vidange 
de l'eau. C'est ce tuyau qu'on nomme Canto-plouro. 

Cantoù, s. m. Dim. Cantouné. Coin; carrefour; quartier 
d'une ville; quignon de pain; coin du feu; recoin d'un 
appartement; angle d'un mur; canton, division territoriale. 
En terme de maçon, pierre angulalreà faces perpendicu- 
laires l'une à l'autre, dont on forme les angles saillants d'un 
ranr. — Resta à soun cantoù, garder le logis, demeurer 
dans son coin ; ne pas se mêler des affaires des autres. Vira 
tou cantoù d'un air, prendre la ritournelle, saisir les 
reprises d'un chant. Vira tous cantoùs, tourner les difTi- 
cultés. À un brave cantoù, il possi'xle un bon coin de terre, 
il a un petit domaine bien productif, fièsto Aou cantoù dé la 
Tétsiariè, il demeure au coin de la rue Tisserie. 

Le mot est riche en interprétations étymologiques : nous 



en avons dit quelque clioso indirectement à l'art. Candïa, 
Canttiargue. Les uns le tirent do l'allcm. Hant , Iwrd, 
extrémité, marge, angle, coin. D'autres le font dériver du 
gothi(]ue l'ont, même signif.; ou du gr. XavSé;, le coin de 
l'œil, l'angle, le coin. 

Cantounado, t. f. Hameau; amas do maisons formant 
une lie dans une commune rurale. Ce mot est dit par 
opposition aux maisons isolées, dont se composent en 
grande partie la plupart des communes des Cévcnncs. 

Dér. de Cantoù. 

Cantourléja, v. fréq. Fredonner, marmotter une chanson 
entre les dents; gringolter un air. 

Dér. du lat. Cantilare. 

Canturlo (Vira-), v. Perdre la tète; battre la campagne. 
Se dit plutôt de la perte do la raison par maladie ou acci- 
dent, que d'une folie passagère par ivresse. 

Dér. du lat. Cantilare. 

Càon ou Câonlé, s. m. Chou, Brattica oleracea, Linn. 
Plante potagère, alimentaire, de la fam. des Crucifères. — 
Le proverbe dit : 

Entre Sén-Pière et Sén-Pâou, 
Planta lou pore et lou cdou. 

— Y-a cAout et câou$, distin<nions, il y a choux et choux. 
Une anecdote est attachée à ce dicton, et en explique l'ori- 
gine présumée. Cn pauvre diable se confessait à son curé 
d'avoir volé des choux ; celui-ci lui fit une légère répri- 
mande et voulait passer outre. Le pénitent ajouta alors : 
Mais ces choux-là étaient à vous. — Ah! reprit le curé, 
y-a cdou$ et cdout, c'est bien une autre affaire. Et la 
semonce ainsi que la pénitence furent doublées. 

Sganarelle, dans le Médecin malgré lui, dit dans la même 
acception : il y a fagots et fagots. 

L'étymologie prise du lat. Caulis, tige, semblait tonte 
naturelle ; mais on a dit contre elle que le chou Cdou, 
Cdoulé, était précisément une des plantes les moins remar- 
quables par la tige ; et ceux qui n'étaient pas satisfaits du 
dér. lat. ont trouvé dans le celtique le mot Chaulx, Cavol 
ou Caul, qui signifie légume, et qui leur a paru de beau- 
coup préférable. Leur raison s'appuie de ce que de Caio/, 
les Italiens ont fait Cavolo, les Espagnols Col, les Allemands 
Koel, les Belges Koole. Cal est de notre vieux langage, mais 
il est encore usité dans les Cévennes; la plaine emploie 
Cdou et Cdoulé plus adouci. — Voy. Cdoulé. 

Càou, Càondo, adj. Chaud, chaude: qui a, qui procure, 
qui fait éprouver la sensation de la chaleur. Se prend quel- 
quefois adverbialement : 5e tène cdou, se tenir chaudement. 
Béoure cdou, boire chaud. 

Dér. du lat. Calidus, même sign. 

Il faut observer que dans le dialecte des basses Cévennes, 
on change fréquemment la lettre / en la voyelle composée 
ou; cela tient au goût particulier de cette population poor 
les polyphthongues, qui sont en général plus euphoniques. 
A mesuce qu'on s'éloigne vers le levant du Languedoc, les 



170 



CAO 



CAO 



consonnes se multiplient de proche en proche, les poly- 
phthongucs s'effacent, les syllabes deviennent plus labiales 
ou plus gutturales , et par là se rapprochent davantigc du 
français. Le génie originaire semble mieux conservé dans 
le premier mode, car il n'a pu l'emprunter à aucune autre 
langue ; aucune ne faisant une telle dépense de voyelles, et 
n'étant aussi avare de consonnes. 

Nous avons donné des exemples de cet harmonieux agen- 
cement de voyelles au mot Acén. Les diphthongues et les 
triphthongues se rencontrent, se mêlent, se croisent dans 
le même mot, sans se heurter, sans choc discordant, grâce 
à leurs ingénieuses compositions , faites pour ménager tou- 
jours l'oreille. Ce mécanisme appartient tout entier à notre 
langue, et donne la preuve de sa souplesse et d'une sensi- 
bilité musicale très-dé vcloppée. 

Câoucîou, s. f. Caution; celui qui répond ou s'oblige 
pour un autre. — Pdoure, cdouciou et malaïroàs noun sou 
lujès à l'énvéjoùs, prvb., être pauvre, caution et malheu- 
reux ne sont pas sujets d'envie. 

Dér. du lat. Cautio, formé du verbe Cavere, part. Cau- 
tus. 

Câonciouna, v. Cautionner; se porter garant; s'obliger, 
se rendre caution pour quelqu'un. 

Câoudéja, v. fréq. Couler la lessive à chaud, en y jetant 
fréquemment de l'eau bouillante, qu'on laisse écouler par 
la bonde de la cuve. On verse de l'eau bouillante ou du 
moins très-chaude pour dégager plus facilement les alcalis 
contenus dans la cendre et les unir au corps gras du linge 
sale, ce qui les change en véritable savon. Ces corps gras 
eux-mêmes ont besoin de cette chaleur pour se fondre, se 
détacher du linge et s'unir aux alcalis ou sels lixiviels. La 
lessive, Bugado, est purement une opération chimique d'un 
ordre relevé. Les ménagères ne s'en doutent guère. 

Dér. de Cdou. 

Càoudéjado, j. f. Action de réchauffer une lessive en y 
jetant une nouvelle ondée d'eau lixivielle chaude. — Li 
fôou éncaro très câoudéjados, il faut donner encore trois 
réchauds à cette lessive, c'est-à-dire renouveler trois fois le 
même manège. 

Càoudéto, s. f. Châtaigne bouillie, qu'on sert sous un 
linge pour lui conserver sa chaleur ; de là elle tire son nom. 
— Voy. Této. 

Câoudo, s. f. Battue; reprise de travail; chaude, en 
terme de forgeron. Il s'emploie surtout pour les ouvrages de 
forgeron, et pour les travaux de pilotage, soit au maillet, 
soit à la sonnette, où les ouvriers doivent mettre de 
l'ensemble dans le battage du fer ou des pilotis, et s'arrêter 
ensemble à un signal donné. La câoudo est l'intervalle de 
travail continu entre deux repos. 

Dér. de Cdou. 

Càoufa, V. Cliauffer, échauffer; exposer à la chaleur du 
feu. — Lou sourél cdoufo, le Soleil est ardent. Aïço cdoufo, 
l'affaire devient chaude. 

Dér. du lat. Calefacere, même sign. 



Càonfaje, *. m. Action de se chauffer; quantité de bois 
ou de houille qu'il faut à une famille ou à un individu. 

Câouféja, «. fréq. Réchauffer; chauffer à plusieurs 
reprises, comme on le fait pour une personne ou un animal 
malade, par l'application de linges chauds, ou au moyen 
d'une bassinoire. 

Câou-flori, .1. m. Chou-fleur; Brassica oleracea bolrytit, 
Linn. Variété de chou commun, selon quelques botanistes; 
espèce distincte, d'après les autres. 

Câoulé, s. m. Dim. CdoiiUchoù. Chou. C'est un dim. de 
Cdou, mais plus usité que lui pour exprimer le genre dans 
sa généralité. — Voy. Cdou. 

Cdoulé-cabus, s. m. Chou cabus ou pommé, Brassioa 
oleracea capitula, Linn. 

Cdoulé à i'oli, s. m. Brocoli, variété du chou-fleur. 

Cdoulébru, Cdoulé-vèr, chou vert, Brassica oleracea 
viridis, Linn. Espèce qui ne pomme jamais. Elle a un grand 
nombre de variétés. — Voy. Cdou. 

Câonléja, v. fréq. Effeuiller un chou sur sa tige, sans 
l'arracher, afin qu'il puisse pousser de nouvelles feuilles. 
On n'enlève que les feuilles les plus vieilles et extérieures, 
sans toucher au cœur. On dit Cdouléja, par extension, de 
toutes les plantes légumineuses auxquelles on fait suhir la 
même opération, comme la blette, la betterave, etc. 

Câoulichoù, s. m. Dim. de Cdoulé. Petit chou, et mieux 
un cœur de chou, et les jeunes pousses du chou- vert ou du 
chou-brocoli. 

Cdoulichoù, s. m., est aussi le nom du Carmillet, compa- 
gnon-blanc, Lychnis sylvestris alba simplex, Linn. Plante 
de la fam. des Cariophyllées , dont on mange les jeunes 
pousses. La même que Télo-lèbre. — Voy. c. m. 

Câoupisa ou Càoussiga, v. Fouler aux pieds; mettre le 
pied sur le pied de quelqu'un, ou sur quelque chose. — 
M'avès cdoupisa, vous m'avez marché sur le pied. 

Dér. du lat. Calx, talon, chaussure, pied, ou de Calcare, 
fouler, uni à Pes, pied. En ital. Piggiare et Calpeslare ; en 
esp. Pizzar, fouler aux pieds. 

Càoupre, v. Contenir; tenir; être contenu dans. — Li 
pode pas cdoupre, je n'y puis tenir plus longtemps, ma 
patience est à bout. Àquà poura pas jamaï cdoupre din ma 
tèslo, cela n'entrera jamais dans ma tête. Po pas cdoupre 
din sa pèl, il ne peut plus tenir dans sa peau, il est trop gros. 

Dér. du V. pass. lat. Cajn, capior, être contenu. 

Càouqua, v. Fouler le blé avec des chevaux; quand on 
le bat avec le fléau, on dit Escoudre. Au fig. fouler aux 
pieds, presser fortement sous les pieds. — La païo né vâou 
pas lou càouqua, prvb., le jeu n'en vaut pas la chandelle. 

Dér. du lat. Calcare, fouler aux pieds. 

Câouquado, s. f. Airée; reprise de foulage; quantité de 
gerbes qu'on foule en une reprise. 

Las cànuquados, s. f. pi. La saison où l'on foule le blé. 

Câouquasoù, s. f. Action de fouler le grain ; foulage ; 
saison de ce travail. 

Dér. de Càouqua. 



CAO 



CAO 



171 



Câonqnièïro , ». f. Tannerie; atelier où l'on tanne; 
maison gnriiic de galeries couvertes jwur faire sécher les 
peaux tannées. 

I.c nom d'une ancienne rue d'Alais, désignée ainsi dans 
les vieux titres, a été francisé en rue des Calquiéres. 

Dér. à'Acàou, parce que c'est principalement avec une 
lessive de chaux qu'on apprêta; les cuirs et qu'on en fait 
tomber le poil. 

Câouquïo, t. f. Coquille, partie dure qui recouvre on 
ronlerrae le corps des mollusques teslacés; trompe, voûte 
en saillie, propre à soutenir un angle de mur, le coin d'une 
Biiaison. 

Dér. du lai. Concha, mêmesign. 

Càouse, >. m. Chose; mot que l'on applique à une per- 
sonne, à un objet dont on ne se rappelle pas le nom, ou 
qu'on veut éviter de nommer. — Moutiu edouse, monsieur. . . 
chose; monsieur un tel. 

Câouso, f. f. Chose, ce qui est, ce qui existe; toute 
chose inanimée; cause, motif. — A'é tièï cdouso, j'en suis 
cause. On dit mieux : Ké souil'tn-eàou$o, qui n'est qu'une 
altération de la première forme plus régulière, mais moins 
usitée. — Se $ièi bono càouto parla, té que dé noù, Diou lé 
rétire, si tu es bonne chose parle, sinon que Dieu le fasse 
disparaître : phrase de conjuration quand on croit voir on 
entendre quelque chose de surnaturel, un revenant, un 
esprit familier, etc. 

Dér. du lat. Causa. 

Câoussa, V. Chausser; mettre une chaussure, des bas on 
des souliers; buter, chausser un arbre, ramasser de la terre 
au pied. En terme de forgeron ou de taillandier, rechanger 
un outil, une boue, un soc, etc., en y appliquant, lorsqu'il 
est usé, de nouveau fer pour l'élargir, l'allonger et l'acérer 
une seconde fois. — Se câoutta d'un pè'n àoutre, se chaus- 
ser à rebours, mettre par exemple le pied droit dans le 
soulier ou le sabot du pied gauche. 

Dér. du lat. Calx, chaussure. 

Câousse, s. m. Causse, haute montagne ou chaîne de 
hautes montagnes terminées en haut par une vaste plaine. 

Les parements extérieurs des Causses sont fort escarpés 
et présentent dans leur tranche l'épaisseur des diverses 
assises dont ils sont composés et qui sont en général de 
nature calcaire. C'est ce qui les distingue dans le pays de 
ce qu'on appelle la montagne, terrain de seconde formation, 
composé de schiste et de mica la plupart du temps. La 
haute chaîne de la Lozère est de la première nature; les 
chaînes inférieures et parallèles à cette chaîne sont de la 
seconde espèce, surtout dans les versants méridionaux. 

Celle a'rie de Causses règne en arc de cercle dans le 
centre du département de la Lozère et se poursuit dans la 
chaîne de l'Aveyron. Ce sont les Causses de ce dernier 
déparlement qui fournissent ces excellents fromages de lait 
de brebis qui, en passant par la fermentation des célèbres 
caves de Roquefort, acquièrent une renommée européenne. 
Les meilleures qualités sont produites dans l'arrondissement 



de Saint-AfTrique, et surtout dans le canton qu'on appelle 
le Camarès. 

Ce nom de CAou$tt peut fort bien dériver de la nature 
calcaire des rochers dont ils sont composés; Sauvages le 
tire du lat. Caute$, rochers. 

Câonssésoù, t. f. Action de rechanger on outil ; quan- 
tité di- fer (ju'on y ajoute ; point de jonction du vieux fer 
au nouveau. 

Dér. de Càoutsa. 

Câonssétariè, s. f. Bonneterie; chaussetterie ; fabrique 
ou magasin de bas et de bonnets. 

Il y a à Alais une rue de ce nom, qui est bien la plus 
petite de toutes celles que le métier ou l'industrie qu'on y 
exerçait eût dénommées; car elle n'a pas plus de viagt 
mètres de long sur trois de large. Cela indiquerait-il que, 
dans le vieux temps, on allait beaucoup plus les janibes 
nues et que le bonnet de colon était moins en vogue? 

Câoussido, (. f. Chardon épineux ou hémorroidal, Ser- 
ratula arveniit, Linn. Civium arvense, plante de la fam. 
des Composées Cynarocéphales, très-commune dans les 
champs. 

Dér. de Càouttiga. 

Câonssië, $. m. Chaussure de quelque espèce qu'elle 
soit. Ce mot ne s'emploie guère que lorsqu'il s'agit de la 
dépense que fait lui individu pour sa chaussure. 

Câoussiga, v. — Voy. Cdoupisa. 

Câoussignè, t. m. Chaufournier; faiseur, fabricant de 
chaux. 

Dér. de Àeàou. 

Câoussina, v. Passer le blé de semence à l'eau ou à la 
fleur de chaux, le chauler, pour détruire le germe du char- 
bon ou de la nielle, qui est une sorte de carie ou de fungus. 
Aujourd'hui on emploie plus souvent la soude et l'eau de 
vitriol pour cette opération, sans cesser pour cela de dire 
Càrjustina et chauler. 

Dér. de Àcàou. 

Câoossinar, t. m. Habitant des Causses; mouton de 
petite espèce qu'on nourrit dans les Causses, et principale- 
ment dans les Causses de l'Aigoual. 

Dér. de Càouite. 

Gâonssos, ». f pi. Chausses, hant de chausses, vêtement 
de la ceinture aux genoux, propr. culotte. I.*s deux mots 
et les deux modes ont vieilli. Le pantalon, lat Braïos (T. c. 
m.), règne seul. Cependant Câoutioi s'est conservé dans une 
locution qui revient souvent : Coumo y farén las cAoustotl 
C'est la question que l'on se pose devant un problâme 4 
résoudre, en présence d'un embarras qui se dresse inopiné- 
ment, devant un coup de partie difBcile à jouer, dans un 
écart au jeu de piquet, dans une situation dont on ne voit 
pas le moyen de sortir; quand en se grattant le front on se 
demande : comment nous y prendrons-nous? Quel biais 
emploierons-nous? Comment sortir de ce pas? Comment 
nous tirer de li? Ou autrement : £A bel aro, eoumoyfarin 
las eàouttoi? 



17-2 



CAP 



CAl' 



Ce dicton confirmerait ce que j'ai entendu dire mainte fois, 
qae les pantalons sont très-dilTiciles à faire, plus difficiles 
que toute autre partie de l'habillement; car autrement com- 
ment serait-on plus en peine pour faire chausses et haut de 
chausses que pour un gilet ou un paletot, et enfin pour une 
règle de trois, une moi'tose ou une paire de souliers? J'aime- 
rais bien aussi de savoir, pour vous le dire, à quel tailleur 
on doit le dicton. 

Câoussoù, s. m. Chausson; chaussure de toile, de tricot, 
de flanelle, de lisières, qu'on met aux pieds. 

Di^r. de Cdoussa. 

Càouto-à-Câouto (Dé), adv. En tapinois; à pas de loup; 
en marchant avec précaution, en catimini. — Y vaï dé 
edouto à-cdouio, il y va tout doucement, sur la pointe du 
pied. 

Dèr. du lat. Cautus, avisé, prévoyant, rusé. 

Capable, Mo, adj. Capable; qui est en état de Ne 

s'applique que, par une extension franchimanJe et réprou- 
vée, à celui qui a de la capacité, de l'intelligence. — Siès 
pas capable, tu n'as pas la force, le courage, l'audace de... 
Es capable dé tout... hors lou bé, il est capable de tout 
hormis du bien. 

Dér. du lat. Capax. 

Capéïè, s. m. Chipelier; celui qui vend ou fabriqtie des 
chapeaux. 

Dér. de Capèl. 

Capéïroù, s. m. Sorte de filet de pêche à double manche, 
en forme d'entonnoir. Il est beaucoup plus grand que le 
Vignoù, dont le manche est en forme de fourche. 

Dér. du lat. Capere, prendre. 

Capèl, s. m. Chapeau; coiffure extérieure des hommes 
et des femmes. 

Dér. do la bass. lat. Capellum , même sign., qui vient 
lui-même de Caput, tête, qu'avait retenu notre vieux lang. 
Cap, resté dans beaucoup de composés. 

Capélado, s. f. Salut du chapeau ; coup de chapeau. — 
Li dévèn la capélado, nous lui devons le salut. Emb'uno 
capélado t'en vé'iras, tu t'en tireras avec un coup de cha- 
peau. 

Capélan, s. m. Prêtre; celui qui a reçu les ordres sacrés; 
abbé, ecclésiastique. — On appelait autrefois Capellani les 
clercs qui gardaient la chape de saint Martin, à Tours, 
relique que nos anciens rois faisaient porter devant eux à 
la guerre. On appliqua ce nom au petit édifice où était 
renfermée cette relique, qu'on nomma Capèlo. chapelle. Ce 
dernier nom passa par extension à toutes les autres cha- 
pelles, et celui de chapelain et Capélan à ceux qui les 
desservaient. Le lat. Cappa, chape, désignation do la relique 
et du vêtement que portent les prêtres dans les cérémonies, 
n'est pas étranger non plus à l'appellation. 

— Mounta ddou eousta das capélans, monter à cheval 
du côté droit. 

Capélan, ». m. On appelle ainsi les vers à soie morts sur 
la bruyère avant d'avoir filé leur cocon, et qui restent sus- 



pendus aux branches. Ce nom leur vient sans doute de ce 
qu'ils deviennent tout noirs. 

Capélan, s. m. Sorte de champignon très-commun dans 
le pays et qui naît dans les oseraies et les prairies humides. 
Il est fait en pain de sucre comme les morilles, mais il est 
beaucoup plus grand. Il est laminé et noir en dessous quand 
il est un peu fait ; le dessus est d'un blanc cendré. C'est ce 
mélange de noir et de blanc qui lui a valu sans doute son nom . 

Capélan, s. m. Capélan ou officier, Galus minutus, Linn. 
Poisson de mer de la fain. des Jugulaires et de l'ordre des 
Holobranches. Sa chair est peu estimée. 

Capélan, s. m. Carthaine ou safran bâtard, Carthamus 
tinctorius, Linn. Plante tinctoriale, de la fam. des Iridées. 
Sa semence est connue sous le nom de graine de perroquet. 

Capélané, s. m., est ledim. très-bien reçu dans toutes les 
acce])tions précédentes. 

Capéléto, s. f. Nombril de Vénus, Cotylédon umbilicus, 
Linn. Plante grasse, de la fam. des Crassulacées, qui pousse 
dans les vieux murs humides. Elle a la forme d'un cham- 
pignon, dont la concavité serait en dessus; au centre exté- 
rieur de sa circonférence se trouve un renfoncement qui 
ressemble à un nombril humain. Elle est connue aussi sous 
le nom de Coucarèlo. — Voy. c. m. 

Son nom est du probablement à sa ressemblance assez 
éloignée avec un chapeau, Capèl. 

Capélino, s. f. Têtière ; petite coiffe des enfants nouveau- 
nés; espèce de capote de femme, en étoffe, dont l'usage est 
récent dans nos campagnes pour préserver contre le soleil. 

Dér. de Capèl. 

Capèlo, s. m. Dim. Capètélo. Chapelle; petite église, 
petit oratoire consacré à Dieu. — Aïço es pas la capèlo das 
kégandous, dit un joueur de cartes en voyant beaucoup de 
figures dans son jeu : on sait qu'il n'y a point d'images 
dans les temples protestants. 

Le mot venu du lat. Capella, même sign., se rattache à 
ce que nous avons dit de l'étym. de Capélan. 

Capélu, udo, adj. Huppé, ée; qui a une huppe sur la 
tête. Il se dit des poules ou de certains oiseaux, qui ont sur 
la tête une touffe de plumes, comme l'alouette huppée et la 
huppe ou pupul. 

Capéssulo, s. f. Capsule, amorce au nitrate d'argent, 
fulminate, pour les fusils à piston. — Ce mot d'invention 
nouvelle est une simple corruption du français. 

Capéto, s. f. Dira, de Capo. Manteau de femme; man- 
telet de femme ou d'enfant. 

Capigna, v. Chercher querelle; (luereller; taquiner. Cela 
répond principalement aux picoteries et petites querelles 
des enfants entr'eux, qui ne vont pas plus loin que de se 
prendre aux cheveux ou à la tête. 

Dér. du lat. Caput, d'où Cap, et Pigna, peigner. 

Gapignaïre, aïro, adj. Enfant taquin; qui cherche que- 
relle, noise. S'ajiplique aussi aux grandes personnes. 

Capignoùs, ouso, adj. Hargneux, querelleur d'habitude; 
pointilleux. 



CAP 



CAP 



173 



Capitani, t. m. Capitaine, chef d'une compagniede soldats. 

D('r. ilt^ la bass. iat. CapUanus, et autant fr. que lang. 

Capitàoa, s. m. Capital, souinie principale, principal 
d'une dctli; ; [leinc capitale. — L'an jugea dou capitdou, on 
l'a condamné à mort. 

Capitèlo, j. f. Hutte, maisonnette de vigne, non habitée, 
où l'on renl'crine les outils, et où l'on peut se mettre à l'abri 
d'un orage. 

Dur. du Iat. Caput, chef; ou biea parce que ce petit 
édiGce terminé en cône a la forme d'un chapeau, ou parce 
que la Capitèlo est en quelque sorte le chef-lieu de la vigne. 
Peut-être aussi faut-il chercher sa dériv. dans l'ital. Capi- 
telto, chapiteau, parce que la Capitèlo n'est souvent et n'était 
surtout autrefois qu'uit appentis, un petit toit, une sorte de 
chapiteau sous lequel on mettait à l'abri la cuve vinaire. 
De nos jours, malgré la cour d'assises et le luxe des garde- 
vignes, il ne serait pas prudent de laisser la vendange ainsi 
à portée des passants et des vagabonds. 

Capitolo, s. m. Capitole; hôtel-de-ville de Toulouse. Ce 
nom n'est point une imitation de celui du Capitole de Rome. 
11 vient du Iat. Ca/u'tu/um, chapitre, assemblée. 11 fut donné 
an chapitre des consuls de Toulouse par une lettre de la 
reine Blanche qui portait en titre : DUectis de Capitula. 

Capitoul, s. m. Capitoul, nom que portaient les consuls 
de Toulouse , et qu'ils prirent au commencement du 
XIV"" siècle. Cette dignité conférait de droit la noblesse 
à ses titulaires avant 1789. 

Capitula, v. Calculer, spéculer. Ce mot qui d'évidence 
est uu emprunt au fr. s'éloigne complètement de lui par sa 
signification. — Aquà't bien capitula, c'est bien calculé, 
combiné. 

Capo, j. f. Cape, espèce de manteau de drap grossier, que 
portent les paysans et surtout les bergers pour se parer de la 
pluie. Les bergers, qui conduisent les troupeaux dans la mon- 
tagne en été, couchent sur la terre nue plies dans leur cape. 

Dér. de la bass. iat. Cappa, chape. 

Capo, 5. m. Chapeau de femme en paille ou en ëtoiTe; 
capote de femme. 

Dér. du Iat. Capui. 

Capo, oto, adj. Honteux, confus, qui a un pied de nez; 
interdit, attrapé. 

Ce mot dérive du fr. Capot , terme de jeu de piquet. Celui 
qui est capot à ce jeu est honteux et désemparé : on a fait 
sur lui toutes les levées, il est pris, en Iat. Captus, capere : 
ou bien, il a perdu du commencement, à capite, jusqu'à la 
fin du coup. Le point de départ est un peu éloigné ; et nous 
ne sommes pas d'ailleurs chargé d'expliquer les étym. fran- 
çaises. 

Capoù, s. m. Chapon; jeune coq coupé ou châtré; croûte 
de pain frottée d'ail , dont on assaisonne la salade dans ce 
pays et qu'on nomme aussi en fr. chapon. 11 y a là sans 
doute une ironie : la croûte à l'ail dans la salade est la 
poule au pot du pauvre. 

Dér. du Iat. Capo, eunuque. 



Capoachin, i. m. Capucin, religieux de l'ordre de Saint- 
Franjiiis, portant ordinairement une longue robe brune et 
un capuchon. — Le mot est une corruption du fr. 

Grano de capouchin , Cévadille, Verairum sabadilla, 
plante de la fam. des Colchicacées, originaire du Sénégal. 
On prétend que sa graine fait mourir les poux Ce préjugé 
remonte sans doute à la môme source (jue ces mauvaises 
plaisanteries sur la barbe et la saleté des capucins, que l'on 
disait se servir de la semence de cévadille pour se débar- 
rasser de la vermine qui nichait sous leur menton. 

Capoula, V. Hacher menu, couper à morceaux ; découper 
avec des ciseaux. 

Dér. de la bass. Iat. Capulare, couper, trancher, déca- 
piter. 

Capoulado, t. f. Hachis; abattis; massacre. 

Capoolaïre, aïro, adj. Qui hache, qui coupe à mor- 
ceaux. 

Capoun, onno, aJj. Capon; lâche, poltron; traitre, de 
mauvaise foi, vaurien; gueux. Terme injurieux. 

Selon Roquefort, ce mot viendrait du fr. Capot, qui fait 
son adversaire capot, qui lui prend tout; selon te P. Puget, 
il serait tiré de Capoù, chapon, parce que, dit-il, les capons 
d'ordinaire sont gras comme des chapons. 

Capouna, v. Chaponner, châtrer un jeune coq ; caponner, 
lâcher pied, montrer de la lâcheté. 

Capounadoù, adj. m. seulement. En âge d'être cha- 
ponné; poulet assez fort pour subir cette opération. 

Capounaïro, >. f. Femme qui chaponne les poulets. 

Capounariè, s. f. Polissonnerie ; action méprisable ; 
lâcheté; trait de capon. 

Capounéja, v. fréq. Vagabonder, polissonner; faire le 
galopin. 

Capouno, oto, s. m. f. Petit vaurien; jeune efironté; 
petite libertine. 

Capouràon, t. m. Caporal, chef de la plus petite subdi- 
vision d'une compagnie d'infanterie. 

Dér. de l'ital. Caporale, dim. de Capa, chef. 

Caprice, i. m. Gipricc ; boutade d'un enfant qui pleure 
et crie pour une folle idée qu'on contrarie ; entêtement ; 
engouement amoureux. 

Dér. du Iat. Capra, chèvre, dont le caractère est capri- 
cieux et volontaire. 

Capricioùs, ouso, adj. Capricieux; qui a des caprices ; 
qui est sujet aux caprices. 

Capricioasé, éto, adj. Dim. du précédent. Petit capri- 
cieux. Se prend quelquefois comme expression de câlinerie, 
de gentillesse : mais suivant le ton la chanson. 

Caprice, t. f. Fantaisie, caprice; désir déraisonnable; 
goût particulier et capricieux. 

Capucho, t. f. Capuce, capuchon; chaperon d'une cape 
ou d'un manteau de berger. 

Dér. du Iat. Caput, tète. 

Capusa, V. Charpcnter, menuiser; couper du bois ea 
menus morceaux, soit avec la hache, soit avec un couteau 



>74 



CAR 



CAR 



ou tout antre instrument tranchant ; mais non point avec 
le rakit ou la varlope. Aiifig. inquiéter, tourmenter à coups 
d'épingles; faire endêver. 

Dôr. de la bass. lat. Capulare, couper, trancher. 

Capusadoù, *. m. Espèce de banc sur lequel on amenuise 
le bois. 

Capusaïre, s. m. Equarisseur, charpentier, biicheron ; 
ouvrier qui menuise le bois sans autre outil que la hache, 
la plane, le ciseau et les tarières. C'est ainsi que l'on fabri- 
que les échelles, civières, râteliers et la plupart des outils 
aratoires. 

Capusaje, s. m. Action de menuiser le bois, de l'équar- 
rir, de dégauchir une pièce. 

Capnsïos, i. f. pi- Copeaux, petits morceaux, gros ou 
menus, que l'instrument du Capusaïre détache d'une pièce 
de bois. 

Caqué, s. m. Caquet ; bavardage ; intempérance de langue. 

Onomatopée du caquetage des poules. 

Caqueta, v. Caqueter; bavarder; jacasser. 

Car, ». f. Péj. Carnasso; dim. Carnéto. Chair, viande. 
— Car dé cavïo, chair d'un animal dont on a ôté la tête, 
la peau, les viscères intérieurs et les pieds, et réduit à la 
seule viande qui a cours à la boucherie. Vendre car dé cavio; 
quand on vend au poids un animal de boucherie, on ne le 
pèse que quand il est réduit à l'état ci-dessus ; tout ce qu'on 
a enlevé ainsi passe sur le marché au profit de l'acheteur : 
en appelle cela Car dé caino, parce que l'animal dans cet 
état, à l'abattoir, est suspendu à l'étal particulier du bou- 
cher par une cheville, et pesé. Estre car dé cavïo, au fig., 
être réduit au strict nécessaire, être sans le sou. Es pu près 
la car gué la camiso; ma peau est plus proche que ma 
chemise ; je tiens plus à ma peau qu'à son vêtement : pro- 
verbe d'égoïste, dira-t-on, mais qui peut si bien se justifier 
dans ses diverses applications ! 

Dér. du lat. Caro, chair. 

Car, conjonc. Car. 

Dér. du gr. Yip, ou du lat. Quare, c'est pourquoi. 

Cara, ». m. Oreiller, coussin carré pour soutenir la tête 
quand on est couché. Il tire son nom de sa forme. 

Cara, ado, adj. Carré; qui a la figure, la forme carrée. 
An fig. large d'épaules. — Cara coumo un chafre, mot à 
mot : carré comme la pierre à aiguiser des faucheurs. — 
Voy. Chafre. Cette comparaison répond à l'acception figurée; 
elle signifie : bien râblu, vigoureux; mais quel est le rap- 
port avec la pierre qui donne le tranchant à une faulx f Je 
ne sais. Sauvages traduit par : panader comme un coq. Je 
ne l'explique pas mieux. La phrase est très-usitée : il 

SBffît. 

Cara, v. Donner le bras à quelqu'un ; lui prendre le bras. 
Se eara, se carrer, faire le gros dos, se pavaner, se prélasser, 
faire l'homme d'importance; se mettre à l'aise, s'accom- 
moder. — Cara uno poulido fïo, marcher en donnant le 
bras à une jolie fille. Âquélo pièço tné earariè bé, ce champ 
arrondirait bien mon domaine. 



Carabacho, ». f. Cravache, fouet court d'une seule pièce, 
pour les chevaux de selle. 

Corr. du fr. 

Carabagnado, ». f., ou Caramagnado. Quantité prodi- 
gieuse; une batelée. 

Serait-ce une corrupt. du vieux fr. Carabinade, décharge 
générale de carabines? 

Carabata, v. Mettre la cravate à quelqu'un. Se carabata, 
se cravater; mettre, arranger sa cravate à son cou. 

Carabato, ». f. Cravate; linge qu'on met et noue autour 
du cou. 

Corr. du fr. 

Carabignè, ». m. Carabinier à cheval; grenadier de 
l'infanterie légère. 

Emp. au fr. 

Carabiné] a, v. fréq. Transporter quelque chose, on 
promener quelqu'un d'un lieu à un autre et à plusieurs 
reprises; porter d'ici et de là, çà et là. 

Dér peut-être du genre de guerre que font les carabiniers 
ou tirailleurs, qui vont de çà et de là, sans ordre de bataille ; 
et mieux peut-être du lat. Currus, char, qui a fait charrier, 
et de Binus, double, double charriage. 

Carabine, ». f. Carabine, petite arquebuse qu'on portait 
à cheval. 

En ital. on dit Carabina, mot altéré de ranafcma. canne 
double, soit parce que le canon de cette arme était double, 
soit parce que le canon de fer est accompagné d'une canne 
ou d'une monture en bois. 

Caral, ». m. Mâchefer; scories qui se détachent du fer 
ou de la gueuse quand on les forge ; balle coupée en quatre 
ou plomb carré, dont on se sert pour la chasse au loup et 
aux bêtes fauves, dont la peau très-dure est quelquefois 
impénétrable aux balles rondes. 

Caral, ». m., se dit aussi pour l'ornière, la trace qtje 
laissent les voitures sur la terre. — La Fare l'a poétiquement 
appliqué à la voie ferrée, lou caral dé fère, pour les rails 
qui forment la voie. 

Caramel, ». m. Longue trompette faite d'écorce d'arbre 
roulée en rubans, ou d'un tuyau d'oignon, dont les enfants 
s'amusent. Par extension, flageolet, chalumeau. 

Dér. du lat. Calamus, chalumeau. 

Caràou, ». m. Ruisseau des rues; ornière de charrette, 
de voiture; espace contenu entre les ornières. — Coupa 
carâou, traverser quelqu'un dans ses projets. 

Caral et Carâou ne sont, dans cette acception, que le 
même mot : al correspond à âou. — Yoy. Aou. 

Dér. du lat. Carrus, char. 

Caravira, v. Défigurer, décomposer les traits; troubler, 
étourdir ; bouleverser l'esprit et les sens ; causer une pénible 
émotion. — Es tout caravira, il est tout interdit. Àquô l'a 
caravira, cette nouvelle l'a troublé, bouleversé. Caravira 
l'oustdou, mettre la maison sens dessus dessous. 

Dér. du gr. Kipx, tête, figure, et de Vira, tourner : ûùre 
volte-face. 



CAR 



CAR 



17> 



CaraTirado, ». f. Subite et pénible émotion ; boulevene- 
nent dans les traits et dans l'esprit. 

Carbon, $. m. Charbon de bois; houille; braise éteinte. 

Diir. du lat. Carbo, même sign. 

Carbougnè, s. m. Charbonnier ; fabricant de charbon de 
bois; mineur de houille. — Sa carbougnè, sac à cliarbon. 
D'un $a carbougnè po pas tourli farino Manqua, prvb., 
d'un sac à charbon on ne sort pas de la farine blanche : on 
ne tire d'un sac que ce qui y est contenu. Les applications 
du dicton sont nombreuses. 

Carbougnèïro, t. f. Mine de charbon; houillère; grande 
fosse creusée en terre où l'on fait brùlor le bois pour le 
convertir en charbon. 

Le plus ancien titre qui mentionne les mines de houille 
de notre pays, et qui prouve que leur exploitation, si infé- 
lienre à ce qu'elle est aujourd'hui, comptait cependant 
pour une certaine valeur, remonte i l'année 1 345. Dans la 
vente faite par Humbert, dauphin de Viennois, à Guillaume 
Roger, vicomte de Be§ufort, de tous les droits qu'il possé- 
dait comme seigneur A'Alesi et dépendances, l'estimation 
est donnée de chaque propriété, et après l'article concer- 
nant la forêt d'Abylon, dans la baronie de Portes-Bertrand, 
il est ajouté : llem, carboneria lapidum, que est in dicta 
foresta, eu; ut emolumentum ex ipia proveniens valere apre- 
eialum est, pro redditu annuo, quatuor libras Turon. ren ■ 
duale: — Et l'article suivant pour les minerais de Palme- 
Sftlade : Item, menerie ferri site in tenamento de Palma- 
Salada, cum explecha nemorum foreste de Porlis et de Eseka- 
leriis, apreciata valere, pro redditu annuo, scxies viginti 
Ubras Turon. renduales. Enfm, pour ne pas négliger le 
droit régalien sur les mines ni les renseignements sur leur 
périmètre de concession, cette autre clause : llem, census 
seu servUules quas idem dominus Dalphimts liabet et perci- 
pU, dictusque dominus rex Itabere etperelpere consuevU, pro 
explecha carboneriarum lapidum tnandamenli caslri de 
Porlis, ab hom'inibus de Partis, de Cambono-Rigaudo et quo- 
rumdam aliorum locorum, valenles seu ascendentes in et ad 
reddilum annuum qiiindecim solidos Turon. 

Il est curieux, au moins en étymologie et en industrie, 
de savoir quel chemin ont fait les mots et les choses depuis 
six cents ans environ. 

Carbonnado, s. f. Étnvée de mouton ou de veau. C'est 
d'ordinaire une rouelle prise dans la cuisse de l'animal et 
qu'on pique de gros dés de lard. C'était jadis le plat mignon 
du dimanche chez la petite bourgeoisie, qui s'en régalait en 
famille ou avec ses amis et voisins. Aujourd'hui le luxe 
répandu dans toutes les classes l'a fait reléguer dans le 
service le plus journalier et le plus usuel. 

Dér. de Carboii, parce que c'est avec nn feu doux de 
charbon de bois qu'on apprêtait ce mets autrefois. 

Carbouncle, s. m. Charbon, maladie inflammatoire des 
hommes et des animaux, et presque toujours mortelle si on 
n'y apporte un prompt remède. Le plus eflïcacc est la cau- 
térisation. Autrefois les paysans superstitieux n'osaient 



manger 



appeler cette maladie par son nom, parce qu'ils croyaient 
que ce nom portait malheur et donnait la maladie elle-même 
à celui qui le prononçait. On l'appelait la michanto, la 
mauvaise. C'est par suite d'un pareil ordre d'idées qu'on 
nomme les vers à soie muscardins, aquélo michanto méno, 
et la grêle, lou michan tén. 

Dér. du lat. Carbunculus, petit ulcère enflammé, bubon 
de peste. 

Carbounèl, s. m. Blé niellé, charbonné, touché par an 
brouillard appelé la nielle, qui le rouille et le noircit. — 
Vog. Cdoussina. 

Carbonnïo, s. f. Braise éteinte; poussier, débris de 
charbon ; cendre de bouille, mêlée de charbon non consumé. 

Dér. de Carboù. 

Carcan, «.m. Carcan, pilori; peine infamante; collierde 
fer fixé à un poteau et avec lequel on attachait par le cou 
les malfaiteurs qui y avaient été condamnés. 

Dér. du gr. Koprovot, cancre, écrevisse de mer, parce que 
les branches du collier, appelé carcan, ressemblent aux 
pinces de cet animal. 

CarchoQe, s. m. Artichaut, cardounette, cardon bon à 
Yoy. Artichàou. 

Carchofle d'ase , chardon aux ânes, cardon sauvage, 
Cynara cardunculus sglvestris, Linn. 

Carcnl, s. m. Calcul, supputation. 

Corr. du fr. 

Carcola, v. Calculer, supputer, compter. 

Carcolaïre, aîro, adj. Calculateur, celui qui aime à 
supputer, qui est prés de ses intérêts, qui compte minutieu- 
sement ses intérêts. 

Carda, v. Carder; peigner la laine avec la carde. Au ûg. 
s'emploie avec le mot faire, faire, et comme verbe n. : Âquà 
mi faï carda, pour dire : cela me fait trépigner de dépit, 
de colère, à peu près comme si on me peignait avec la 
carde. — Voy. Carda. 

Cardaïre, aïro, s. m. f. Cardeur de laine, d'étoupe, de 
fleuret de soie, etc. 

Cardé, s. m. n. pr. de lieu. Cardet, canton de Lédi- 
gnan (Gard). 

La désinence en é, ito, en fr. et, ette, formée par le suf- 
fixe lat. etum, indique la collectivité, plutôt qu'elle n'est 
un dim. Nous citerons de nombreux exemples (T. E, 
désin.) et ses variantes : Cardé, Caidet, lieu oii se trou- 
vent beaucoup de chardons, lat. carduus, ou bien où 
s'exerce l'industrie des cardeurs. — Voy. Cardo. 

Cardèlo, s. f. Laiteron, Sonchus, Linn. Plante de la 
fam. des Chicoracées, laiteuse, bonne aux lapins; chicorée 
jaune. 

Cardéto, s. f. Séneçon, Senecio vulgaris, Linn., plante 
de la fam. des Composées Corymbiféres, commune, à fleurs 
à aigrettes blanches, qui a quelque ressemblance avec celles 
de la cardo, d'où lui vient son nom dim. 

Cardinal, i. m. Cardinal, un des soixante^t-dix prélats 
du Sacré-Collége. — Rouje coumo un cardinal, rouge comme 



176 



CAR 



CAR 



un coq, parce que les cardinaux sont vêtus de rouge en 
habit de cérémonie. 

Cardo, s. f. Cardon, cardonnette. Cynara cardunculus, 
Linn., plante de la fam. des Cyranocéphales, cultivée dans 
les jardins, ressemblant à l'artichaut, dont les côtes sont 
tendres et estimées dans l'art culinaire. On assure que 
cette plante a été introduite en France, en 1336, par Rabe- 
lais, curé de Meudon. 

Dér. du lat. Carduus, chardon, doirt la cardo est une 
spécialité cultivée. 

Cardo, s. f. Carde à carder, espèce de peigne à l'usage 
des cardeurs, dont la forme varie suivant les matières à 
carder. — Sapa coumo uno cardo, se dit des semailles qui 
naissent drues et épaisses comme les pointes d'une carde. 

Dér. du lat. Carduus, chardon, dont une espèce, à tête 
hérissée de pointes, est employée pour carder. 

Cardounïo, s. f. Chardonneret, Gros-bec chardonneret, 
Fringilla carduelis, Temm., oiseau de la fam. des Cunéi- 
rostres et de l'ordre des Passereaux. « Le chardonneret, 
dit Crespon dans son Ornithologie du Gard, est un de nos 
plus beaux oiseaux d'Europe ; à l'éclat de la parure il joint 
d'excellentes qualités : il se plie facilement à l'esclavage, 
devient familier, reconnaît la voix de ses maîtres, et comme 
il veut de l'occupation dans son étroite demeure, on peut 
Ini apprendre divers petits exercices très-amusants. Je ne 
parlerai pas de son chant que tout le monde connaît et 
que chacun aime à entendre ; j'ajouterai qu'il ne manque 
vraiment à cet oiseau que d'être plus rare pour en faire 
désirer vivement la possession. » — Le proverbe dit : Pés- 
edire dé ligna, cassaKre dé cardounïo, noun achétèrou jamaï 
ni tèro, ni vigno, pêcheur à la ligne, chasseur au filet ne 
firent jamais fortune. 

Dér. du lat. Carduelis, m. sign., qui, à son tour, vient 
de carduus, chardon, dont cet oiseau recherche la graine; 
de ce rapport, qui ressemble à celui qui existe entre le 
loup et l'agneau, est venu le nom de la cardounïo. 

Cardousses, s. m. plur. Épine jaune, Scolyme d'Es- 
pagne, Scholymus, Linn., plante de la fam. des Composées 
Cynarocéphales, qui pousse aux bords des champs. 

Caré, s. m. Charroi; voiture; frais de voiture. — Quart 
mé coustara lou caré ? combien me coûtera la voiture ? quel 
sera le prix du charroi? 

Dér. du lat. Currus, char. 

Caréïado, j. /". ou Sâoupignano, j. /•. Jusquiame ou Ilane- 
bane, TTyoscyamus niger , Linn. , plante de la fam. des 
Solanées. La jusquiame, comme la ciglle, selon comme on 
l'administre, peut être un excellent remède ou un violent 
poison. Elle est un narcotique puissant. 

Caréïè, s. m. Sorte de cadre en avant d'un tour à filer 
la soie, où sont encadrées plusieurs bobines tournantes des- 
tinées à tordre le fil de soie avant qu'il se dévide sur la roue. 

Caréïrôou, s. m. Dim. Caréïroulé. Viol ; petit sentier 
pour les piétons et tracé seulement par l'usage. 

Dim. de Carièïro. 



Caréja, v. Charrier, voiturer, transporter. — Las four- 
nigo.s couménçnu dé caréja, les fourmis commencent à 
emmagasiner. L'atgo caréjo, la rivière est bourbeuse, elle 
charrie du limnn. 

Dér. de Caré. 

Caréjadis, disso, adj. Qui a été souvent transporté; 
qu'on a souvent changé de place, comme le vin de Bor- 
deaux, retour des Indes, qui gagne au transport. — OU 
caréjad'is, huile étrangère, par opposition à l'huile du pays. 
Soiiï pas caréjadis, dit un podagre, je ne suis guère 
allant. 

Caréjaïre, aïro, adj. Qui charrie, qui dépose; qui 
entasse. 

Caréjaje, .?. m. Action de charrier, de transporter, de 
voiturer, de changer une chose de place. 

Caréjè, s. m. Sédiment, dépôt d'une liqueur; bourbe 
déjwsée après avoir soutiré; par ext., le tonneau même. 

Carél, s. m. Carrelet, sorte de filet à poisson; il est 
carré et soutenu aux quatre coins par deux butons en 
croix, dont le milieu est fixé à une longue perche 

L'acception donnée à ce mot par l'abbé de Sauvages de : 
petite lèchefrite dans laquelle on fait cuire de la saucisse, 
s'est perdue depuis que les cuisinières parlent français. Il 
en est de même de celle par laquelle il affirme aussi qu'on 
désignait ces carrés de gros papier servant à placer les 
vers à soie sortant d'éclore. Depuis l'invention des méthodes 
perfectionnées, ce technique a disparu; on ne fait pas 
mieux que du temps de notre savant sériciculteur cévenol, 
au contraire ; mais le progrès parle français, et en atten- 
dant, notre industrie des vers à soie en souffrance et en 
danger de mort, désespère ceux qui cherchent les remède» 
et ceux qui ont encore confiance. 

Carémo , s. f. Carême ; espace de quarante jours de 
pénitence, dans l'église catholique, pour se préparer à la 
fête de Pâques. — Faire carémo, observer le jeune; faire 
maigre chère. Sèn à la fi dé la carémo, nous sommes à la 
fin du carême. Y-aï prêcha sèt ans pér uno carémo, j'y ai 
été sept ans prêcher le carême 

Dér. du lat. Quadragesimus, quarantaine. 

Carèou, s. m. Carreau, gros fer à repasser des tailleurs. 

Fran-Carèou, jeu d'enfant, qui consiste à lancer en l'air 
une pièce de monnaie qui retombe sur le carreau; celui 
dont la pièce est le plus au centre du carreau, et la pins 
éloignée des joints, a gagné. 

Caressa, v. Caresser, faire des caresses ; traiter avec 
des démonstrations de tendresse, d'attachement, d'amour ; 
faire l'amour. 

Dér. du gr. Kapflîw, m. sign. 

Caréssan, anto, adj. Caressant, qui aime à caresser; 
mielleux, doucereux. 

Carésso, s. f. Caresse, baiser; geste qui approche de 
la trop grande familiarité, à demi indécent. 

Dér. du lat. Carus, cher. 

Caréstiè, t. f. Cherté, disette, misère. — Jamaï lou 



CAR 



CAR 



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michan tén noun éngéndrn rarittiè, la grôle n'engendre i»s 
la disette ni la cliertô, parce que,. tout en ruinant la con- 
trée qu'elle frappe, ce ne sont que quelques individus qui 
en souffrent, sans faire augmenter en général le prix des 
denrées. 

Dér. du lat. Carere, manquer, souffrir de disette. 

Caréstioùs, ouso, adj. Pauvre, misérable; chétif ; qui 
inaïKiue du nécessaire ; maigre, ratougri. 

Carétado, ». f. (-Iiargc d'une charrette ; charretée ; la 
quantité ([u'uno charrette jiorte ou peut contenir. 

Dér. du lat. Carru.i, char. 

Carétéia, v. fréq. Voiturer d'habitude; exercer la pro- 
fession de roulier, sans suivre une route habituelle. 

Carétéjaire, j. m. Roulier; qui voiture toute sorte de 
marchandises et de denrées, sans service régulier. 

Carétiè, s. m. Charretier ; celui qui conduit une char- 
rette; roulier. 

Caréto, ». f- Dim. Carétounn. Charrette, voiture à deux 
roues destinée à porter de lourds et gros fardeaux. — Im 
Caréto méno lous biôous, la charrette conduit les bœufs, 
loc. prvb., qui s'emploie lorsqu'un chef de famille se laisse 
gouverner par toute sa maison. 

Dér. du lat. Carrus, char. 

Carétoun, ». m. Petite charrette ; camion ; charriot ; 
baquet. 

Carga, v. Charger, mettre une charge, un fardeau sur...; 
prendre, se vêtir ; attaquer l'ennemi, donner la charge ; 
déposer contre, rendre un témoignage accablant; mettre 
de la poudre et du plomb dans une arme à feu. — Zou.' 
cargo la miolo, allons ! charge la mule. Cargo mi un pâou, 
porte-moi un peu. Carga lou ildou, prendre le deuil. Carga 
l'éstiou, prendre des habits d'été. Lou tén se cargo, le temps 
se couvre. Carga sut lou davan, prendre du ventre; être 
enceinte. Carga la mounino, s'enivrer, se griser. Té vôou 
carga, je vais fondre sur toi. Lou cargo à fàou, il dépose 
faussement contre lui. Carga toun fusil, charger son fusil. 
Carga Iro, tro cnrga, surcharger. 

Dér. de la bass. lat. Carkare, charger un char. 

Cargadoù, s. m. Chargeoir ; toute espèce d'engin pour 
aider quelqu'un à charger un fardeau ; spécialement, gros 
billot de bois qu'on pose debout et sur lequel les manœuvres 
des maçons posent et garnissent leur planche à mortier, 
pour la charger sur leur tête sans aide et sans avoir besoin 
de la soulever ilc terre. 

Cargadouïros, ». /". plur. Corde à charger un mulet 
lorsqu'il porte à biU. Elle est faite exprès et très-peu tordue 
pour pouvoir supporter une plus grande torsion quand on 
la garrotte, qu'on la serre avec le garrot, Mo. 

Cargaïre, aïro, ailj. Chargeur; celui qui charge on qui 
iiiJe à charger. 

Cargamén, ». m. Chargement ; charge d'une voiture on 
d'un mulet; quantité qu'on transporte en un voyage soit 
en voiture, soit à dos de mulet ; chargement, reconnais- 
sance d'un dépôt. 



Cargassèlo, ». f. .Manière de porter quelqu'un sur le» 
épaules, en le mettant à califourchon snr son coa. — FaHn 
cargassèlo, faire la courte échelle à quelqu'un, le hisser 
sur ses épaules pour l'aider à atteindre à un iwint plus 
élevé ; lui servir d'échelle. 

Dér. de Cargo et de SHo, parce que celui qtii grimpe 
ainsi est placé comme sur une selle. 

Cargastièïros, ». f. plur. Cadre de bois fixé & un b&t et 
garni de cordes, sur lequel on transporte à dos de mulet 
les gerlies à l'aire. Ce procédé est peu usité de nos jours, k 
cause du progrès de la grande et petite voirie qui permet 
aux voitures d'aller dans presque tous les champs. On ne 
le rencontre guère que dans les pays de montagnes. 

Cargo, ». f. Dim. Carguéio. Charge, fardeau, faix ; obli- 
gation onéreuse, permanente; impôt; ce qu'on met pour 
cha