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Full text of "Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle et des phénomènes de la nature"

(Hef A- 





DICTIONNAIRE 

^ PITTORESQUE 

D'HISTOIRE NATURELLE 

* 

ET 

DES PHÉNOMÈNES DE LA NATURE. 



ÏOME DEUXIÈME. 



2 

à. 




PARIS.— IMPRIMERIE DE COSSO?!, 
Rue Saint-Germain iles-I'rc's , n" g. 



DICTIONNAIRE 

PITTORESQUE 

D'HISTOIRE NATURELLE 



ET 



DES PHÉNOMÈNES DE LA NATURE 



CONTENANT 




l'histoike des animaux, des végétaux, des minéraux, 

DES MÉTÉORES, DES PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET DES CURIOSITÉS NATURELLES, 

avec DES DÉTAILS SUR l'eMPLOI DES PRODUCTIONS DES TROIS RÉGNES 

DANS LES USAGES DE LA VIE , LES ARTS ET MÉTIERS ET LES MANUFACTURES 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE NATURALISTES, 
SOUS LA DIRECTION DE M. F.-E. GUÉRIN, 

MEMB&E DE tA SOCIETE D HISTOIRE NATURELLE DE PARIS ET DE DIVERSES AUTRES SOCIÉTÉS SAVANTES KATlONAtES ET ÉTRANGÈEES, 

ADTECR DE L ICONOGRAPHIE DV REGNE ANIMAL DE CUVIER ET DU MAGASIH DE ZOOLOGIE, 

LUS DES AUTEURS DU DICTIONNAIRE CLASSIQUE d'hiSTOIRE NATURELLE, DE l'eNCTCLOPÉDIE METHODIQUE , 

DU VOYAGE AUTOUR DO MONDE PAR LE CAPITAIHE DUPERRET, 

DE l'expédition SCIENTIFIQUE DE MORÉE , DU VOTAGE AUX INDES ORIENTALES PAR M. BÉLANGER, ETC., ETC. 

AVEC PLANCHES GRAVEES SUR AClEK SUR LES DESSINS DE MM. DE SAIKSON ET PRIES. 



TOME DEUXIEME. 



A SAINT-OMER , 
chez E. LEGIER, Libraire-Papetier, 

Place Royale y 45. 



PARIS, 



AU BUREAU DE SOUSCRIPTION^ 

Rue Sainî-Germain-des-Frés , n" ii. 



r 



DICTIONNAIRE 

PITTORESQUE 

D'HISTOIRE NATURELLE 



ET 



DES PHÉNOMÈNES DE LA NATURE. 



c. 



CARI 
'CARINAIRE, Carinaria. (moll.) Genre établi 
par Lamarck pour une précieuse coquille péla- 
gienne , apportée au Muséum d'histoire naturelle 
de Paris par l'expédition de Dantrecasteaux,etdont 
voici les caractères : 

Coquille non symétrique, extrêmement mince, 
fragile , vitrée, enroulée obliquement sur sa droite ; 
li spire très-petite et terminant le sommet ; à ou- 
verture extrêmement grande , oblongue ou ovale; 
flivisée en deux parties presque égales par une 
carène longitudinale mince et très-saillante, ^ 

Nous avons été des premiers à observer l'ani- 
mal de la Çarinaireà l'état de vie , tant sur l'espèce 
de la Méditerranée que sur une nouvelle que nous 
avons rencontrée dans les mers de Madagascar. 
D'après notre propre étudeet celles qui en ont été 
faites par M. Bory de St-Vincent , Péron et Le- 
8ueur, nous pouvons définitivement, comme nous 
l'avons fait dans notre Manuel , assigner pour ca- 
ractères génériques à ces animaux, d'être gélati- 
neux, transparens, à manteau épais et toujours 
couvert d'aspérités; d'être terminés en pointe pos- 
lérieureraent et arrondis en avant à la base de la 
Irompe; d'avoir cette trompe verticale, terminée 
par la bouche , qui est triangulaire et contient un 
appareil propre à la mastication , composé de trois 
lames garnies chacune de rangées de crochets; 
Û'avoir deux tentacules coniques , allongés et re- 
ceurbés en avant, portant les yeux à leur base, 
en dehors et sur de petits tubercules arrondis; 
«ne ou plusieurs nageoires, dont la principale 
est constamment ventrale ; un nucleus placé dans 
une cavité au dos de l'animal, correspondant plus 
on moins verticalement avec la nageoire ventrale, 
et protégé par une pièce testacée; enfin de por- 
ter la terminaison du canal intestinal et des or- 
ganes de la génération dans un tubercule au côté 
droit. 

Les Carinaires n'ont point, h ce qu'il paraît, 
été connus par les anciens; mais Rondelet , cé- 
lèbre naturaliste de la renaissance, en a décrit et 
figuré le premier l'animal (pag. 126 ) sous le nom 
de lloloturiuin secimda specie : cette figure, que l'on 
serait peut-être tenté de rapporter au genre Fi- 
role, nous représente sans aucun doute un animal 



CARI 

de Carinaire privé de sa coquille , comme on en 
rencontre si souvent dans les hautes mers , et les 
caractères sur lesquels nous nous fondons dans 
ce rapprochement sont : la présence à la surface du 
corps d'une grande quantité de petites aspérités , 
comme on en voit dans tous les animaux de Cari- 
naires connus jusqu'à ce jour, et jamais dans lesFi- 
roles; puis les vestiges des branchies, suffisamment 
indiqués sur la partie antérieure du nucléus; et en- 
fin la position de ce même nucléus. La figure de 
Rondelet présente bien le mollusque dans la po- 
sition ordinaire aux Gastéropodes, c'est-h-dire le 
ventre en bas, mais dans une position renversée 
pour l'animal delà Carinaire. Du reste, il a parfai- 
tement indiqué la disposition et la direction du 
canal alimentaire. Il ne faut qu'avoir vu quelques 
uns de ces mollusques à l'état de vie pour bien 
reconnaître l'analogie que nous signalons ici 
comme un point assez important de l'histoire de 
la malacologie, puisqu'il fait remonter à une épo- 
que reculée la découverte d'un animal que l'on 
a été si long-temps sans retrouver, et qui même 
encore aujourd'hui n'a pas laissé pénétrer dans 
tous les mystères de son organisation. 

Linné, considérant la forme générale de la 
Carinaire , et lui trouvant de l'analogie avec cer- 
tains Cabochons, en fit ime Patelle; Gmelin, Dar- 
genville et Favane , tenant plus particulièrement 
compte de la nature fragile, mince et transparente 
de cette coquille, y virent une espèce d'Argonaute; 
mais Lamarck, Schweigger et Ocken, h qui ces 
caractères parurent trop vagues , en formèrent un 
genre à part , en attendant la connaissance de 
l'animal qu'ils ne soupçonnaient pas si bien indiqué 
dans Rondelet. Enfin deux naturalistes, justement 
célèbres parleurs voyages et les belles découvertes 
qu'ils en obtinrent, Péron, et plus tai^ M. Bory de 
St-Vincent , donnèrent bientôt chacun une des- 
cription de l'animal, et dès lors la Carinaire révéla 
un nouvel ordre de mollusques et en devint le type. 

Son organisation intérieure devint bientôt le 
sujet de plusieurs travaux importans. M. Cuvier 
le premier la décrivit en traitant de la ptérotra- 
chée, qui n'était qu'un mollusque de Carinaire 
mutilé; puis plusieurs autres naturalistes, et entre 



T0M£ II. 



8l">LiVRMS0N. 



CARI 



CARI 



anlres Poli, Délie Chiaie, <^]oy et Gainiard, 
s'enocciipèrent plus on moins complétemenl aïoiis ■ 
mêmes nous ajoulâmes quelques lumières à celles 
que l'on connaissait déjà, en sorte que ce genre 
est aujourdhui sinon complètement connu, du 
moins assez pour qu'il n'y ait plus à discuter sur 
la place qu'il doit prendra dans la série des mol- 
lusques : mais il n'en a pas été ainsi dès les com- 
mencemens, car si lesconchyliologistes ont difl'éré 
long-temps dans la manière de classer laCarinaire, 
les zoologistes ensuite n'ont pas moins varié d'o- 
pinion sur la place que son animal devait occuper, 
tout en admettant généralement qu'il était dans 
le cas de former le type d'un ordre distinct. Ainsi 
M. de Lamarck fit pour la Cariiiaire et un autre 
genre voisin (la Firole) , l'ordre des Hétéropodes, 
mais, par une l'ausse application de quelques uns 
des caractères, il jugea à propos de le placer à l'ex- 
trémité de la série des mollusques , après les 
Céphalopodes , en faisant le passage aux poissons 
avec lesquels il lui reconnaissait une certaine 
analogie. Cuvier, ayant découvert, par son inves- 
tigation anatomique sur la ptérotrachée, que la 
nageoire ventrale n'était autre chose que le pied , 
mais disposé d'une manière particulière , telle- 
ment comprimé qu'il prend son extension dans le 
sens opposé, et devient propre à la natation, la 
plaça avec les Scutibranches, dans la première 
édition de son Règne animal. 

M. de Férussac, en publiant les tableaux systé- 
matiques où il adopte en général la classification 
de M. Cuvier, admit comme lui les Carinaires 
dans les Scutibranches, et en fit une simple fa- 
mille. 

M. de Rlainville, dans son Manuel de Malaco- 
logie, admit les Carinaires dans un ordre à part 
sous lenom deNucléobranches, par lequel il rem- 
plaça celui d'Héléropodes , et y réunit , mais dans 
mie famille à part, l'Atlante, dont il ne possédait 
alors qu'une l'ausse description qui ne lui permet- 
tait pas de saisir ses rapports avec les Carinaires , 
laSpiratellc, qui n'est autre chose qu'un Pléro- 
pode (legenreLimacine), et l'Argonaute, qui d'a- 
près une foule d'observations plus ou moins con- 
vaincantes a été reconnu pour être un Céphalo- 
pode. Après tout, on voit que M. Cuvier avait fait 
faire un pas dans la connaissance de ces animaux, 
en démontrant le premier que c'étaient des Gas- 
téropodes. 

Lorsque nous fîmes notre Manuel de l'histoire 
naturelle des mollusques et de leurs coquilles, nous 
profitâmes de ces premiers travaux, et nous nous 
appuyâmes encore, pour le classement de la Cari- 
naire et de l'ordre auquel elle sert de type, de nos 
propres observations sur la nature vivante. Nous 
avions aussi reconnu que la nageoire ventrale des 
Carinaires n'est autre chose qu'une modification 
extraordinaire du pied de l'animal gastéropode, et 
nous y avions même découvert un vestige de sa 
forme et une suite des fonctions qui lui appartien- 
nent. C'est cette ventouse, cette sorte de dupli- 
cature de la nageoire que l'on voit h son bord pos- 
térieur," elle existe dans tontes les espèces de Ca- 



rhiaires, de Firoles,'et même d'Atlantes que nous 
connaissons ; c'est un organe essentiel aux INucléo- 
branches , et par conséquent un des principaux ca- 
ractèresde cet ordre. Ce pied, on plutôt ce vestige de 
pied, est, il est vrai, très-borné, cowt, étroite 
incapable de servir à la reptation ,• mais il est pro- 
pre h fixer le n)ollusque à un corps flottant , en 
épanouissant sur lui sa surface et faisant aussitôt 
le vide par le jeu de ses muscles. 

D'après cette considération et la certitude que 
nous acquîmes bientôt que la Curinoir« devait oc- 
cuper par son organisation un des pt^mîei^s rangs 
parmi les mollusques , d'après la certitude que ce 
mollusque appartient cependant h la classe des 
Gastéropodes , mais qu'il offre sous quelques rap- 
ports de l'analogie avec les Ptéropodes, nous l'a- 
vons réuni aux Firoles et aux Allantes', dans une 
division d'ordre sous la dénomination de iN'ucléo- 
branche empruntée h M. de Rlainville, îi la tête 
des Gastéropodes, faisant le passage à la classe qui 
précède. Dans la dernière édition du Règne ani- 
mal, M. Cuvier a en partie suivi notre manière de 
voir,* comme nous, il retire les Carinaires et genres 
voisms des Scutibranches pour en faire un ordre 
à part ; il en rapproche les Atlantes, mais il con- 
serve la dénomination d'Hétéropodes et les place 
entre lesTectibranches et les Peclinibranches, rom- 
pant par là leurs rapports avec les Ptéropodes. Ce 
savant pense que les sexes sont séparés chez les Cari- 
naires; nous les croyons au contraire réunis, nous 
fondant sur ce que les Atlantes nous ont paru à la 
dissection les avoir ainsi. 

Nous avons fréquemment rencontré des Cari- 
naires en mer; mais assez généralement leurs ani- 
maux étaient plus ou moins mutilés, et jouissaient 
toutefois d'une vie très- active. La partie où cette 
mutilation se montre ordinairement est le nucléus 
qui renl'erme les organes les plus essentiels à la 
vie, le cœur cl les branchies. Nous en avons ren- 
contré un individu qui en était entièrement privé, 
et qui cependant vécut encore assez long-temps. 
Nous ajouterons que M. Gaudichaud nous a com- 
muniqué des dessins faits par lui sur des fragmens 
de ces mollusques , m.oindres que ceux que nous 
avons eu nous-mêmes l'occasion d'observer, et 
jouissant encore de la vie. La trompe des Carinaires 
est aussi quelquefois mutilée, et nous en avons 
vu qui en étaient entièrement privées. 

C'est sans doute à cet état de mutilation des 
Carinaires et des Firoles qu'il faut attribuer la per- 
sévérance avec laquelle quelques savans ont re- 
fusé d'admettre deux genres d'animaux jtrès-dis- 
tincts parmi eux; car rien ne ressemble plus à une 
Firole qu'un animal de Carinaire privé de sa co- 
quille ou de son nucléus. Aujourd hui il est biea 
démontré que ce sont des genres difierens, mais 
chez lesquels la plus grande différence consiste 
dans la présence ou l'absence de la coquille. La 
considération, dunucléus peut plus que tonte autre 
chose, dans un cas d'incertitude, servir à les faire 
distinguer; chez les Firoles, ce nucléus, qui est 
placé tantôt au milieu de la partie dorsale du 
mollusque et tantôt àson extrémité postérieure, est 



CARI 



GARM 



lonjours plus enfoncé , plus caché dans l'épaisseur 
ide l'animal, et ne flotte point au dehors, comme 
on le voit dans l'animal de la Carinaire; il est 
donc moins exposé dans la Firole que dans la Cari- 
naire, et c'est ce qui fait, sans doute, que nous 
n'avons jamais rencontré de Firoles mutilées dans 
celle partie. Quelques autres caractères peuvent 
encore servir à faire reconnaître les Carinaires et 
tei Firoles; par exemple, les animaux des Carinaires 
sont toujours couverts d'aspérités, et nous n'en 
avons pas aperçu dans les espèces de Firoles que 
nous avons observées, ou dans celles que l'on a dé- 
crites ; elles paraissent remplacées dans ce dernier 
genre par de nombreuses taches. Nous signalerons 
encore, comme caractère distinclif, la position du 
peigne branchial qui est placé en avant du nu- 
cléus dans les Carinaires, et en arrière dans les 
Firoles. 

La cause de ces mutilations dans les Carinaires 
ne nous est pas connue; cependant nous sommes 
tentés de l'expliquer par la voracité de certains 
animaux marins et surtout des Céphalopodes. Quant 
à ce prolongement d'existence observé dans des 
fragmens de ces animaux, nous ne saurions croire 
qu il soit de bien longue durée , et nous pensons 
qu'on doit en attribuer la cause à la disposition 
de leur syslèrae nerveux qui se compose de deux 
ganglions principaux situés dans des parties op- 
posées, l'un céphalique, l'autre abdominal, en 
sorleque l'un de ces centres de sensibilité existant 
dans un fragment , celui-ci conserve pendant un 
peu de temps une apparenci; de vie. 
^^ Les animaux des Carinaires, et cela peuts'appli- 
queràtouslesNucléobranches, sont des mollusques 
pélagiens que l'on ne rencontre dans le voisinage 
des terres que lorsque lescouransou les tempêtes 
les y ont jetés; toujours sage dans ses vues, tou- 
jours industrieuse pour appliquer aux besoins et 
aux localités les organes qui leur sont nécessaires, 
la nature a donné h ces mollusques les moyens de 
se diriger au milieu des mers dont elle a voulu 
qu'ils fussent les paisibles babitans. Le pied leur 
devenant inutile, puisqu'ils ne devaient pas ram- 
per, il a été converti en nageoire, et ces animaux 
se sont dirigés dans tous les sens h la surface de la 
haule mer, au dessus des abîmes dont il ne leur est 
pas donné d'atteindre les profondeurs. Mais pou- 
vait-elle les priver de la faculté de se fixer, qu'elle 
a accordée à presque tous les êtres, et générale- 
ment aux mollusques? Pour parvenir h ce but, 
elle a ménagé sur le bord de ce pied, devenu na- 
geoire, ef vers la partie supérieure, celle ventouse, 
reste de l'organisation primitive, et c'est par ce 
moyen , comme nous l'avons déjà dit, qu'ils se sai- 
sissent des fucus et autres corps floltans, et s'aban- 
donnent avec eux h l'impétuosité des vagues. 

Quant h là position que conserve ce mol- 
lusque dans sa progression , elle est telle qucM. Cu- 
vic!- l'avait jugée lorsqu'il décrivait la plcrolrachée, 
c est-à-dire qu'elle est renversée; il en est de 
même chez les Firoles et chez les Atlantes , et au 
surplus chez tous les mollnsqucs pélagiens qui 
il ont pas la disposition aplatie des Glaucus de 



Forster et des Briarées de MM. Quoy et Gaimard , 
et il est facile d'en concevoir les motifs; c'est à 
la surface de la mer que tous ces animaux vien- 
nent chercher leur nourriture ; s'ils pouvaient 
ramper à l'air libre sur celte surface mobile, il se- 
rait naturel qu'ils se tinssent le dos en haut et le 
ventre en bas; de celte manière leur bouche se- 
rait à portée de saisir leur proie: mais au con- 
traire ils vivent dans l'eau même, ils se tiennent 
au dessous de sa surface; il faut donc que leur 
corps soit renversé , afin que leur bouche puisse 
l'explorer. w 

On ne connaît encore que quatre espèces de Ca- 
rinaires bien déterminées, d'autres ne sont con- 
nues que par des fragmens de leur animal ou sim- 
plement de leur coquille. Nous les divisons en deux 
sections. Première section: espècessubsymétriques, 
coniques, à bord continu, le sommet ne rentrant 
pomt dans l'ouverture. Carinaire vitrée , C. fragile, 
C. de la Méditerranée. Deuxième section ; es- 
pèces non symétriques, aplatis, à bord non con- 
tinu , le sommet rentrant dans l'ouverture. C. dé- 
primée; cette dernière, que nous avons découverte 
dans les mers de Madagascar , est décrite dans le 
Bulletin universel des sciences. Nous avons repré- 
senté la Carinaire vitrée dans notre Atlas, p. 76, 
fig. 2. (B.) . 

CARLINE, Cariina. (bot. phan.) Genre de la 
famille des Synanthérées, tribu des Cynarocé- 
phales, J. , et de la Syngénésie polygamie égale, 
L. Caractères génériques : involucre composé de 
deux sortes de folioles ; les extérieures épineuses 
et découpées, de forme et de couleur analogues à 
celles des feuilles; les intérieures beaucoup plus 
longues, luisantes, blanches ou colorées, le plus 
souvent lancéolées, aiguës, ressemblant aux fo- 
lioles qui forment les rayons des Elychrysumet des 
autres corymbifères : fleurs hermaphrodites, pail- 
lettes membraneuses sur le réceptacle ; akènes 
couronnés d'une aigrette plumeuse, et hérissés 
de|.poils roux formant une sorte d'aigrette exté- 
rieure. 

Ce genre comprend environ quinze espèces in- 
digènes des pays montueux de l'Europe, de l'A- 
frique septentrionale et de la Puissie d'Asie. Ce 
sont des plantes vivaces, herbacées, pour la plu- 
part à très-courte tige et h feuilles pinnatifides et 
épineuses. Dans les montagnes de l'Europe méri- 
dionale croît luie Carline à tige, C. siibacauiis 
{l-^oy. notre Atlas, pi. 76 , fig. 3), remarquable par 
les énormes dimensions de ses fleurs. Les paysans 
en mangent le réceptacle en guise d'artichaut. 

Après le désastre de Roncevaux, où périrent 
les Preux de Charlemagne, un ange, pour con- 
soler ce prince, lui donna la Carline comme un 
remède h, tous maux. Que sont devenues ses ver- 
tus merveilleuses ? (C. É.) 

CAiiMIN. (cniAi.) Le Carmin est unesnbstance 
solide, pulvérulente, d'une beau rouge, que l'on 
obtient en faisant bouillir de la cochenille dans 
de l'eau légèrement alcaline, et versant dans la 
liqueur un soluté de sulfate d'alumine. On fait 
encore du Carmin en ajoutant de l'alun dans un 



CARN 



CARN 



décocté de cochenille, préparé avec de l'eau de 
pluie fdtrée dans un vase d'étain. 

Le Carmin est la plus belle couleur rouge em- 
ployée par les peintres. Son prix est très-élevé; le 
meilleur se dissout en presque totalité dans l'am- 
moniaque; le résidu d'alumine qu'il laisse doit 
être extrêmement faible. (F. F.) 

CARNASSIERS, Camivora. (mam.) Ce mot, 
dont on se sert pour qualifier en général tous les 
animaux qui se nourrissent de proie , a été em- 
ployé par les mammalogistes pour indiquer un 
ordre très-intéressant des animaux dont ils s'oc- 
cupent. 

Les Carnassiers, suivant celte dernière accep- 
tion , forment une réunion considérable et variée 
de mammifères quadrupèdes onguiculés , ayant 
comme l'homme et les quadrumanes trois sortes 
de dents , mais n'ayant de pouce opposable h au- 
cune de leurs extrémités , ou bien , si l'on veut 
y comprenclçe les marsupiaux , n'ayant jamais de 
pouce opposable h. leurs pieds de devant. 

Ces animaux vivent , plus ou moins exclusive- 
ment , de ^matières animales. Les mâchelières 
sont surtout plus tranchantes chez ceux de la pre- 
mière de ces catégories. Quelques uns, qui les ont 
en tout ou en partie tuberculeuses , recherchent 
plus ou moins les matières ' végétales , et ceux 
qui , comme les taupes, les ont hérissées dépeintes 
coniques, se nourrissent principalement d'insectes. 
L'articulation de lamâchoire inférieure, dirigée en 
travers , et serrée comme un gond , ne lui permet 
aucun mouvement horizontal. 

C'est parmi ces animaux que l'on range les 
Chauve-souris , les Chiens, les Phoques , les Chats 
et les Blaireaux; nous en retirerons, h l'exemple 
de plusieurs auteurs, les Marsupiaux ou Didelphcs 
qui semblent destinés à former un ordre distinct , 
peut-être même une sous-classe. 

On partage les Carnassiers en cinq familles, 
qui sont : 

I. Les CnEiROPTÎiRES ou Chauve-souris, caracté- 
risés par un repli de la peau qui commence aux 
côtés du COU et s'étend entre les quatre membres. 
Nous nous occuperons ailleurs de celte famille , 
dans laquelle on admet deux tribus , l'une pour les 
Chéiroptères proprement dits ou Chauve-souris , 
la seconde pour les GaLéopithèques. 

II. Les Insectivores n'ont point de membra- 
nes entre les membres, et leurs dentsmolaires sont 
hérissées de points coniques. Ils se nourrissent 
d'insectes et sont pour la plupart nocturnes. M. Cu- 
vier les partage en deux tribus , la première com- 
prenant les genres qui ont de longues incisives en 
avant, suivies d'autres incisives et de canines tou- 
tes moins hautes que les molaires ; la seconde étant 
réservée h ceux qui ont de grandes canines écar- 
tées , entre lesquelles sont de petites incisives ; 
exemple, les taupes. 

M. de Blainville fait deux familles de celle des 
Insectivores de Cuvier : 

f La première, celle des Oryctères ouTalpiens, 
est caractérisée par la disposition anormale de ses 
membres antérieurs , disposés pour fouir. Elle ren- 



ferme les genres: Talpa-sore, Chrysochlore, Con- 
dylure , Taupe et Scalope. 

f f La seconde , celle des Insectivores propre- 
ment dits , est caractérisée par des molaires épi- 
neuses comme la précédente, mais elle n'a point 
les membres modifiés ; on y place les genres Ten- 
rec, Hérisson,\Musaralgrie , Desman et Tupaya, 
ou Cladoùate. 

III. Les Plantigrades , réunis par Cuvier dans 
une seule famille, avec les Digitigrades et les Am- 
phibies sous le nom de Carnivores , constituent , 
pourM.de Blainville, une famille distincte carac- 
térisée par des pieds à cinq doigts , appuyant la 
plante comme ceux de l'homme. ) 

La famille des Plantigrades se compose de gen- 
res presque tous omnivores, qui sont les suivans : 
Ours, Bali-saur , Raton , Panda, Benturong , Pa- 
radoxurc, Coati, Kinkajou, Blaireau, Glouton, Qi 
Ratel. 

IV. Vient maintenant la famille des Digitigra- 
des, qui sont de véritables animaux Carnivores, 
marchant sur l'extrémité des doigts , et non sur la 
plante entière comme les précédens. 

Genres: Marte, Mouffette, Mydaus , Loutre, 
Chien, Gymnure, Civclte, Mangouste, Suricate , 
Mangue , Hyène, Protèle, Chat. 

V. La cinquième et dernière famille est celle des 
Amphibies, auxquels on est naturellement conduit 
par le genre Loutre que quelques auteurs ont 
même voulu y faire entrer. 

Les Carnassiers amphibies ont les pieds très- 
courts, modlfiéspourlauatation, et nepermettant à 
l'animal placé h terre que de ramper même difficile- 
ment. Ces animaux ont le corps allongé , le bassia 
étroit et le poil ras et serré contre la peau; ils 
passent leur vie dans l'eau. 

Les genres Calocêphale , Stcnorhynque , Pelage, 
Stemmapode , Macrorhin, Arctocéphale, Platy- 
rhinque , Kalychœrus , Phoque et Otarie , forment 
une première tribu ; la deuxième renferme le seul 
genre Morse , nettement caractérisé par ses cani- 
nes supérieures qui sortent de la bouche et forment 
d'énormes défenses. (Gerv.) 

CARNASSIERS, Camivora. (ins.) Première 
famille des Coléoptères pentamères , établie pac 
Cuvier. Son principal caractère consiste à avoic 
la bouche munie de six palpes , dont deux h cha- 
que mâchoire; celles-ci se terminent toujours ea 
pointe aiguë , et sont garnies intérieurement de 
cils raldes; la languette est enchâssée dans une 
échancrure du menton : les pieds antérieurs sont 
toujours montés sur une grande rotule , avec les 
tarses assez souvent dilatés dans les mâles ; les 
pieds postérieurs sont armés d'un fort trochanter. 

Ces insectes sont chasseurs et coureurs; aussi 
quelques uns manquent-ils d'ailes sous leurs ély- 
tres ; ils vivent de proie vivante : leurs larves ont 
les mêmes mœurs que l'animal parfait ; elles sont 
très-agiles ; leur corps est cylindrique , composé 
de douze anneaux dont le premier écailleux , por- 
tant , ainsi que les deux suivans , une paire de 
pattes recourbées en avant; la bouche est ar- 



CARO 



CARO 



inée de deux fortes mandibules, de mâchoires, 
de palpes; l'organe de la vision consiste en de 
petits yeux lisses, au nombre de six de chaque 
.côté de la tête. 

Les Carnassiers se divisent en terrestres, où 
-toutes les pattes sont propres h la course , et en 
aquatiques , où les pieds 'postérieurs 'se compri- 
ment pour servir de rames ; la première division 
se sépare en deux tribus , les Cicindelètes et les 
Carabiques; la seconde, beaucoup moins nom- 
breuse , ne forme qu'une tribu sous le nom d'Hy- 
drocanthares. (A. P.) 

CARNIVORE. (pHYsioL.) Qui se nourrit de 
chair. Cuvier a réduit le nombre des Carnivores 
à la troisième famille de l'ordre des Carnassiers : 
mais on applique ordinairement ce nom h tous 
les animaux qui font de la chair leur nourriture 
ordinaire. Le peu de longueur de l'intestin , le 
volume relativement plus considérable du foie et 
des glandes accessoires, sont des conditions orga- 
niques qu'on rencontre chez les Carnivores , qui 
présentent aussi comme attributs , ou plutôt 
comme moyens de meurtre et de déchirement, soit 
des dents pointues ou tranchantes , parmi les ver- 
tébrés , soit des becs crochus parmi les oiseaux. 

(P. G.) 

CAROCOLLE , Carocolla. ( moll. ) Coquilles 
terrestres confondues pendant long- temps parmi 
les hélices, avec lesquelles elles ont les plus grands 
rapports, et séparées d'elles par Lamarck dans son 
Histoire des An. S. V. (vol. 6, 2° p., pag. 94 ). 
Ce genre est ainsi caractérisé : coquille orbicu- 
laire , plus ou moins convexe ou conoïde en des- 
sus , et à pourtour anguleux et tranchant. Ouver- 
ture plus large que longue, contiguë h l'axe de 
la coquille; bord droits, subanguleux, souvent 
denté en dessous. Les espèces caractérisées par La- 
marck ne s'élevaient qu'à dix-huit; aujourd'hui 
elles sont plus nombreuses et, dans celles qui ont 
été nouvellement découvertes, quelques unes sont 
d'une rare beauté. Nous citerons comme exemple 
la Carocolleéoline, C. eoUna, que nous avons ré- 
cemment décrite et figurée dans le Magasin de 
Zoologie de M. Guérin, cl. 5, pi. 3o, et qui fait 
partie de la collection de madame Dupont. Celte 
coquille précieuse présente , en outre des caractè- 
res ci-dessus décrits, trois plis en forme de lames 
à l'intérieur de son bord droit, et deux autres plis 
au côté gauche , se continuant sur toute la super- 
ficie du dernier tour. Sa couleur générale est jaune 
surmonté de rouge, sur laquelle est placée une es- 
pèce d épiderme velouté. Les plus grandes espèces 
sont les Carocolles Disque, Labyrinthe, Scabre , 
et Lèvre blanche. Cette dernière est représentée 
dans notre Atlas, pi. 77, fig. 1. Elle est de grande 
taille, ornée sur son dernier tour d'une zone 
fciuve, avec le bord droit blanc; l'animal, sem- 
î)lable h celui des hélices, est jaune, avec trois 
lignes bleues sur le dos. 

(DUCL.) 

CARONCULE, (anat.) Mot dérivé de caro , 
chair, petite éminence charnue. La Caroncule 
lacrymale est un petit renflement rougeâtre, formé 



par un repli de la conjonctive; chez le cheval elle 
est garnie de poils, et prend quelquefois un déve- 
loppement qui l'a fait confondre avec l'affectioa 
connue sous le nom â^ Onglée. Les débris de la 
membrane hymen déchirée forment de petits tu- 
bercules qui ont reçu le nom de Caroncules myr- 
ti formes. (P. G.) 

CAROTIDE, (anat.) Voy. Circulation. 

CAROTTE, Daucus. (bot. phan.) Tournefort a 
créé ce genre, Linné l'a inscrit dans sa Pentandrie 
digynie , et Jussieu dans sa grande famille des 
Ombellifères. On lui connaît une quinzaine d'es-- 
pèces, habitant presque toutes le bassin de la Mé- 
diterranée, et particulièrement les côtes de Rar- 
barie ; elles sont aromatiques , et quelques unes 
d'entre elles contiennent le principe odorant en 
telle quantité qu'on l'extrait par incision , sous 
forme de gomme-résine , dans la Carotte rési- 
neuse, D. gummifer, en particulier. 

La plus utile, celle dont la culture se perd dans 
la nuit des temps, celle qui est également nourris- 
sante et pour l'homme et pour les animaux do- 
mestiques, la Carotte commune, D. carotta, offre, 
dans l'état de nature, une racine et un feuillage 
peu volumineux , et n'est alors recommandable 
que par les propriétés médicinales de ses semences, 
qui servent aux liquoristes. Depuis qu'elle est 
transportée dans le jardin potager , sa racine est 
devenue plus forte, alimentaire, succulente, d'une 
saveur douce plus ou moins parfumée et a fourni 
des variétés remarquables en dimensions, en cou- 
leurs, et par leur hâtiveté. On en compte cinq â 
six ; la blanche , la jaune et la rouge sont préféra- 
bles pour les grandes cultures , leur produit étant 
plus considérable. La blanche est la moins difficile 
sur la nature du sol; elle résiste mieux au froid et 
réussit même dans les terrains humides ; elle est 
moins aromatique et se rapproche beaucoup du 
type sauvage. La jaune est hâtive, pivote moins, 
convient mieux aux terres peu profondes, La rouge 
est la meilleure des trois ; elle est ramassée , fort 
tendre et d'une saveur très-agréable. Depuis 17G5 
que Rilling, en Angleterre, et 1766 que Guerwer, 
en Suisse , ont cultivé la Carotte comme plante 
fourragère, cette destination a considérablement 
accru le domaine de l'agriculture. Tous les ani 
maux la mangent avec plaisir et sensualité; elle 
rétablit les chevaux fatigués beaucoup plus vile et 
mieux que l'avoine; nulle nourriture n'engraisse 
plus sûrement les bêtes h grosses cornes. 11 faut 
bien se garder d'en couper la fane quand la racine 
est h demi-grosseur; cette pratique, sottement 
adoptée par quelques cultivateurs , suspend la vé- 
gétation, durcit la racine et la rend presque en- 
tièrement inutile. Les vaches laitières qui mangent 
celte ombellifère donnent une quantité remarqua- 
ble de lait de haute qualité. 

Cultivée dans les jachères, la Carotte améliore 
le sol qu'elle remue h la profondeur de vingl-scpt 
et trente centimètres. 5a récolte est toujours cer- 
taine. Les plus beaux champs de Carottes que je 
connaisse se voient dans l'arrondissement de Châ- 
teau-Salins, déparlement de la Meurlhe : la pré- 



CARO 



CARO 



sence du sel gemme qui s'y trouve par bancs 
d'imc grande étendue , d'une imnaense profondeur, 
est cause de cet état florissant. La racine en reçoit 
des qualités précieases. 

Dans les petites cultures , on compte plusieurs 
sons-variétés que l'on sème en mars et en avril, ou 
au mois de septembre. Les plus estimées sont la 
grosse rouge et la violette ou noire, dont la saveur 
est très-prononcée; la petite jaune hâtive, la pe- 
tite rouge également précoce, qui sontsucrées. J'en 
ai mangé une excellente qualité dans nos dépar- 
lemens de l'ouest, sous le nom bizarre de Queue 
de Rat, La rouge-jaune n'est point originaire de la 
Hollande, comme on le croit communément; la 
culture l'a créée en France, aux environs de Lille. 
La Carotte dite Picarde est préférable à toute 
autre pour la nourriture des bestiaux. 

On a voulu extraire du sucre de la Carotte , 
mais la tentative a été sans résultat ; la partie su- 
crée quel'on obtient ne cristallise point, elle donne 
seulement un sirop , dont on relire une eau-de- 
vie très-potable. On confit la Carotte au sucre et 
au vinaigre; coupée par rouelles, h demi cuite dans 
l'eau, puis séchée et réduite en poudre, elle m'a 
fourni dans mes voyages un très-bon aliment; j'en 
ai gardé pendant six ans sans qu'elle s'altérât au- 
cunement. On emploie la Carotte dans les bouil- 
lons apéritifs. A cause de sa couleur jaune, quel- 
ques personnes la recommandent dans les jaunisses: 
c'est une sottise égale à celle qui veut que le jus 
de la betterave rouge arrête les hémorrhagie». La 
Carotte est très saine, d'une digestion facile, elle 
convient h .^tous les estomacs; je puis attester 
ses bienfaits dans les aflections des voies urinaires, 
surtout contre l'accumulation des graviers dans la 
vessie; elle est aussi très-bonne pour retarder les 
progrès de l'horrible maladie cancéreuse. (T. d. B.) 

CAROUBE, CARROUGE ET GARROBE (bot. 
PII AN.) Noms de la si] ique ou plu tôt de la gousse du 
Caroubier; elle est longue de vingt-un centimètres 
et large de trois, obtuse, aplatie, pendante, épaisse 
en ses bords, lisse, pulpeuse en dedans, assez co- 
riace en dehors, de couleur marron ; elle ne s'ou- 
vre pas d'elle-même; on la cueille vers le lever de 
la canicule, c'est-à-dire h la mi-août. Elle est plus 
ou moins arquée, c'est de celte forme que lui vient le 
nom de Keronia, gousse cornue, qu'elle portait 
chez les Grecs. Sa pulpe est ordinairement rou- 
geâtre, charnue, moelleuse, creusée d'espace en 
espace en petites loges transversales , renlermanc 
chacune une semence ou fève elliptique , compri- 
mée, noire, dure et luisante : c'est le fruit dont 
l'enfant prodigue souhaitait de se rassasier. Autant 
ce fruit est désagréable au goût lorsqu'il est vert , 
autant il est d'une saveur gracieuse quand il a atteint 
sa parfaite maturité; on le mange alors jusqu'à 
l'écorce. Pendant mon séjour décennal en Italie , 
j'en ai beaucoup mangé, toujours avec un nouveau 
plaisir; je lui trouvais le goût suave de l'excellenle 
châtaigne des montagnes de Lucca et de la Gar- 
fagnana. 

Les anciens faisaient grand cas de celte silique; 
Biaintenant, si elle ne paraît plus que furtivement 



sur les tables somptueuses , elle fait toujours les 
délices du pauvre et de ses enfans; c'est, avec la 
pomme de terre , une ressource abondante et 
agréable dans les temps de pénurie. Il est fa.ux 
que le Caroube donne la diarrhée et cause des 
tranchées; cette nourriture, prise même à l'excès, 
ne détermine aucun accident grave. Les Syriens 
et les premiers peuples de l'Italie en obtenaient 
un vin délicat, très-recherché; nous n'en faisons 
point de vin , mais nous en retirons une excellente 
eau-de-vie, qui conserve, il est vrai, quelque 
chose de l'odeur du fruit , et n'en est pas moins 
agréable au goût. Les liqueurs préparées avec 
cette eau-de-vie ne le cèdent en rien aux plus- 
fines. Les Turcs font un usage journalier du Ca- 
roube dans leurs sorbets. Le suc extrait de sa. 
pulpe sert h confire, dans diverses localités médi- 
terranéennes , les abricots, les prunes, les myro- 
holans, les tamarins et autres fruits; les Arabes 
l'csliment autant que le miel le plus exquis. 

Tous les animaux mangent avidement la silique 
du Caroubier; c'est une substance qui leur donne 
de l'embonpoint : aussi dans l'Italie méridionale, ea 
Espagne , parliculièrement dans le pays de Va- 
lence, l'emploie-t-on comme la nourrilure la plus 
prompte, la plus économique, et poussant le mieux 
à la graisse. 

On fait entrer le Caroube dans les préparations 
pharmaceutiques. Son mucilage contient les mêmes 
principes et jouit des mêmes propriétés médici- 
nales que la Casse [v. ce mot); seulement il est. 
un peu moins laxatif, et n'a point son goût nau- 
séabond. 

Une propriété particulière à la semence contenue; 
dans celte silique , c'est de prendre à la cuisson' 
une couleur sanguine Irès-prononcée : aussi ai-je 
plus d'un motif de croire qu elle était la fève funé- 
raire des anciens, celle que le flaminc ne pouvait 
toucher, ni nommer, parce qu'elle ressemble h de 
la chair crue; c'est la fève noire que l'on jetait 
aux lémures et aux larves , c'est la fève funéraire 
dont les disciples de Pylhagore réprouvaient 
l'usage comestible. Celte opinion , que m'avait fait; 
naître la vue des tombeaux grecs , et surtout ro- 
mains , où je remarquais la figure de la silique, est 
confirmée par le témoignage d'Aristoxène de Ta- 
renlc, qui nous apprend que les pythagoriciens 
mangeaient de toutes les fèves ou légumineuses, 
h l'exception de celle du Caroubier ; celle opinion 
est aussi corroborée par une pierre gravée, d'une 
haute antiquité, où la silique est réimie à un. 
squelette et h d'autres emblèmes de la mort, par 
diverses lampes et des vases qui servaient d'orne- 
mens aux chambres sépulcrales. 

Cette fève , dont le poids est d'une égalité fort 
remarquable, quand elle a reçu son entier déve- 
loppement, paraît avoir servi d'étalon, avec le 
Lupin {voy. ce mot) , aux poids employés chez les 
Grecs, et seulement comme un supplément à ceux 
calculés des Asiatiques et des anciens Romains. 

Mise en terre, cette fève lèveen peu de semaines, 
mais il faut qu'elle soit fraîche et confiée h un sol 
bien exposé; elle m'a donné de jeunes plants qui 



CARO 



CARO 



ont succomLc h la i-iguenr du froid sous la zone 
niéléorique de Paris. (T. d. B.) 

CAROUBIER, Ceratoniu slliqua. (bot. phan. ) 
Une seule espèce constitue ce genre de la Dioccie 
bexandrie et de la fami!le des Légumineuses. C'est 
un grand arbre toujours vert , montant à la hau- 
teur de huit à dix mètres, dont la cime, étalée 
comme celle du pommier, est garnie d'un grand 
nombre de branches tortueuses, irrégulières, sou- 
vent peudantes. Son aspect est très-analogue h 
celui des Pistachiers et de certaines Térébinthacéesj 
il s'éloigne un peu des Légumineuses par la stru- 
ture de sa fleur , et s'en rapproche par l'organisa- 
tion de son fruit; il est représenté dans notre Atlas, 
pi. 77, fig. 2. Le tronc, extrêmement raboteux, est 
terminé par une racine pivotante, longue et ra- 
meuse. Les feuilles de ce bel arbre sont ailées , 
Irès-entières, coriaces, luisantes, d'un vert bleuâtre 
en dessus et de couleur cendrée en dessous; elles 
conviennent, à cause du principe astringent qu'elles 
renferment, à la préparation des cuirs en guise de 
tan. Les fleurs qui l'ornent sont d'un pourpre 
foncé avant leur entier épanouissement; elles de- 
viennent ensuite d'un beau rose, et comme leur 
disposition en petites grappes sur la partie nue des 
rameaux les rend fort agréables h voir, elles sem- 
blent payer celui qxii les contemple par l'odeur 
qu'elles répandent. La fleur est entièrement dé- 
pourvue de corolle; les élamines, au nombre de 
cinq, rarement six ou sept, sont saillantes, pla- 
cées devant les lanières du calice , lequel est divisé 
en cinq parties inégales. L'ovaire avorte souvent; 
lorsqu'il est fécondé, un disque charnu staminifère 
l'entoure, et il lui succède une gousse ou silique, 
appelée Caroube (voj. ci-dessus). 

Le bois est très-dur, presque inaltérable, et pro- 
pre aux mêmes usages que celui du Chêne vert , 
Quercus tlex; on l'emploie surtout dans les boiseries 
et les ouvrages de marqueterie; il fait aussi un 
très-bon feu. 

On a dit , et l'on répète dans tous les livres 
écrits loin des yeux de la nature et des faits histo- 
riquement établis , que le Caroubier est originaire 
de l'Inde ou delà Haute Egypte; c'est à tort, car 
on ne l'y trouve pas, ou, s'il y est, il s'y cultive. Il 
est indigène h presque toutes les contrées qui bor- 
dent la Méditerranée. Il abonde en Syrie, dans 
l'île de Rhodes , sur les côtes de la Palestine, dans 
toute rilalie , en Sardaigne, en Corse, dans nos 
départemens du sud-est, et en Espagne. Cet arbre 
figure très -bien dans nos bosquets d'hiver. Il 
vient très-bien sur les plus mauvais terrains ; il 
aime surtout les rochers voisins de la mer , des 
fleuves, des masses d'eau, quand ils sont exposés 
au soleil. On le multiplie de marcottes. Un préjugé 
le fait abattre impitoyablement dans quelques 
cantons du midi; on l'accusé de nuire aux her- 
bages et ti toutes les plantes herbacées qui croissent 
près de lui; l'erreur est grossière; les pâturages 
de l'Andalousie, les plaines de l'Apulie, si riches 
en céréales, sont coraplantés de Caroubiers, et là 
personne ne se plaint de sa prétendue influence 
maligne. (T. ». B.) 



CAROUGE , Xantliornus. (ois.) Ce genre , assez 
semblable h celui des Troupiaies, duquel il a été 
démembré, ne renferme qu'un petit nombre d'es- 
pèces, toutes auiéricaines, à fexception d'une seule 
nouvellement décrite. Les Caroliges vivent par 
paires ou par petites troupes dans les prairies; ils 
sont entomophages et carnivores; leur ponte est 
de quatre ou cinqreufs, elle se répèle plusieurs 
fois dans l'année. 

Les caractères par lesquels ces oiseaux diffèrent 
des Troupiaies sont peu importans ; aussi quel- 
ques auteurs ont-ils cru ne pas devoir les en sépa- 
rer. Les principales espèces sont : 

Le C. cimvsoèÉPiiALE , Oriolus chrysoc€pfià:lus , 
Linn.,Gm., PenduUnus chrysoccphalas de\ie\\\.. 
Gai,, pi. 56. Cet oiseau est noir, avec la tête, la nu- 
que, le croupion et les couvertures inférieures de la 
queue, ainsi que l'épaule, d'un jaune éclatant; la 
femelle a la tête noire, avec une tache jaune plus 
petite et ne couvrant que la nuque , les couver- 
tures inférieures de la queue sont noires. Celte 
espèce habile l'Amérique méridionale ; on la trouve 
dans les Antilles. 

C. SOLITAIRE. Celte espèce construit un nid 
assez remarquable ; elle le suspend à l'extrémité 
des branches les plus flexibles, et ne fait entrer 
dans sa composition qu'une espèce de filasse ; elle 
lui donne la forme d'une nacelle un peu profonde 
et le fixe h deux rameaux par des oreilles, Quoique 
bien fragile en apparence , ce berceau , jouet des 
vents, est cependant d'une texture assez forte 
pour résister à leur impétuosité. 

C. BANANA , Oriolus baixana , Lath. , Enl. , 87. 
Le nid de cette espèce n'est pas moins singulier; 
c'est un tissu de fibres de feuilles enlacées les unes 
dans les autres, et dont la forme est celle d'ua 
quart de sphère. Le nid est fixé sous une feuille 
de Bananier qui lui sert d'abri et sert à le com- 
pléter. Le Ban an a vit à la Martinique. 

C. RouNoiR, Jcterusrufisater, Less., Zool., Coq. y 
pi. XXII, 1. Celte espèce habite les îles antarcti- 
ques de la Mouvelle-Zélande, où M. Lesson l'a 
observée ; sa longueur totale est de près de huit 
pouces. Elle a le bec noir ainsi que les tarses ; son 
plumage également noir est mêlé d'une teinte fu- 
bgineuse. Le manteau et les couvertures alaires 
sont d'un rouge cannelle vif, qui colore aussi le 
croupion ; les rémiges et les rectrices sont d'un 
beau brun uniforme. Cet oiseau est le seul de son 
genre qui ait été observé autre part qu'en Amé- 
rique. 

C. GASQUET , Xantliornus gasquet , de MM. Quoy 
et Gaimard, Zool. Uranie, pi. 24, est une espèce 
qui habite les rivières de Rio de la Plata, les prai- 
ries et les marais, où elle se lient par petites 
troupes. Sa têle est d'un brun tirant sur le noirâtre, 
tandis que son dos , ses ailes et sa queue sont 
d'un brun plus clair : un jaune élégant colore le 
dessous du pli de l'aile, le ventre, et tranche sur le 
croupion avec une large bande de couleur brune. 
Longueur totale, huit pouces neuf lignes. C'est le 
Leisfcs Sucini, Vigors , Zool. Journ., 11, p. 182. 

C. Avx AiiES JAUNES, On'o/tw chrysoptenis , Yi- 



CARP 



8 



CARP 



gors. Cet oisean est noir, avec les épaules et le 
croupion jaunes. Sa tête est surmontée d'une 
huppe. Longueur, six pouces et demi. Il habite le 
Brésil. 

On place également dans ce genre IcTBOtipULE 
A TÊTE ORAKGÉE , Ictcrus xanthoceplialus , Ch. Bo- 
naparte {Journ. of tlie acad., of nat., hist., of 
Pliilad., t. VI, p. 222 , le même que VOriolus ic- 
terocephaUis de Say {^Major Long s exped.). Celte 
espèce est noire , avec la tête et le cou de couleur 
orangée; une tache blanche est dessinée sur les 
yeux. Longueur, dix pouces six lignes. Elle habite 
les régions occidentales de l'Amérique septentrio- 
nale et les côtes de l'Amérique du sud. 

Enfin le Carouge jamacaïg , que nons avons 
représenté dans notre Atlas , pi. 77, f. 3 , est d'un 
heau jaune orangé, avec la gorge, les ailes et la 
queue noires. Il se trouve dans l'Amérique. 
i (Gerv.) 

CARPE. ( ANAT. ) Partie intermédiaire entre 
l'avant-bras et la main et qu'on nomme vulgaire- 
ment poignet. Le Carpe est formé par deux ran- 
gées de petits os courts, unis intimement entre eux, 
de telle sorte que cette partie jouit dans son en- 
semble de quelque mobilité, tandis que chacun 
des os se déplace à peine , disposition qui donne à 
leurs articulations une très-grande solidité. La pre- 
jnière rangée de ces os se compose du scapkoïde , 
â\i semi-lunaire, du pyramidal et du pisi forme ; le 
trapèze , le tzapêzoïde , le grand os et l'os crochu 
forment la seconde rangée. Les huit os sont dis- 
posés de manière h protéger les vaisseaux et les 
4iérfs qui vont de l' avant-bras à la main ; ils for- 
ment avec les ligamens un canal que ces organes 
traversent, et qui peut supporter, sans s'aplatir, 
la plus forte pression. (P. G.) 

■ CARPE, Cyprinus. (poiss.) Ce genre, si l'on 
considère le nombre d'espèces qu'il fournil , est 
certainement un des'plus intéressans de la famille 
^es Cyprinoïdes. Les caractères du genre dont il est 
«question sont : une longue dorsale, ayant, ainsi que 
l'anale, une épine plus ou moins forte pour deuxième 
rayon ; la bouche petite , garnie de barbillons et dé" 
pourvue de dents; corps couvert d'écaillés assez 
grandes. L'espèce suivante est la plus commune, et 
peut être considérée comme type de ce genre. 

La Carpe vulgaire [Cyprinus carpio , L. ), 
Bloch., 16. Ce poisson , que l'on transporte dans 
tous les marchés, que l'on voit sur toutes les 
iables, que tout le monde connaît, recherche, 
distingue, apprécie dans les plus petites nuances 
de sa saveur, est cependant si peu connu du vul- 
gaire, qu'il n'a d'idée nette ni de ses formes ni de 
ses habitudes qui inspirent un grand intérêt au 
naturaliste. La Carpe est un poisson à corps 
aplati , un peu comprimé , à mâchoires dépour- 
vues de dents et d'aspérités, mais bordées de lè- 
vres épaisses , que ce poisson porte en avant pour 
sucer ses alimens; ses dents pharyngiennes sont 
plaies et striées h la couronne: ses yeux enfin sont 
d'une grandeur médiocre. Sa couleur est d'un vert 
olivâtre , jaimâtre en dessous , mais ses couleurs 
peuvent varier suivant les eaux dans lesquelles elle 



séjourne. La Carpe se nourrit du frai d'autres 
poissons , d'insectes et de quantité de substances 
animales et végétales qu'elle rencontre en suçant 
la vase , ce qui a fait croire qu'elle se nourrissait 
de vase. Tout le monde a vu des Carpes se jeter 
avec avidité sur les morceaux de pain qu'on jette 
dans les endroits où il y en a. Les pêcheurs aux 
haimsen prennent tant avec des appâts de différentes 
espèces , qu'il n'est pas permis de douter que la 
Carpe cherche à se nourrir d'autre chose que de 
la vase. Les Carpes fraient en mai , et même ea 
avril quand le printemps est chaud. Elles cher- 
chent alors les places couvertes de verdure pour 
y déposer ou leur laite ou leurs œufs. On dit que 
deux ou trois mâles suivent chaque femelle pour 
féconder sa ponte, et dans ce temps où les facul- 
tés de ces mâles sont plus exaltées , leurs forces 
ranimées et leurs besoins plus pressans, on les 
voit souvent indiquer par des taches et même par 
des tubercules , les modifications profondes et les 
sensations intérieures qu'ils éprouvent. A cette 
même époque les Carpes qui habitent dans les 
fleuves ou dans les rivières s'empressent de quitter 
leurs asiles pour remonter vers les eaux les plus 
tranquilles ; si dans cette sorte de voyage annuel 
elles rencontrent une barrière, elles s'efibrcent de 
la franchir. Elles peuvent , pour la surmonter, 
s'élever h une hauteur de deux mètres , et elles 
s'élèvent dans l'air par un mécanisme semblable à 
celui que l'on observe dans le Saumon. Elles 
montent à la surface de la rivière , se placent sur 
le côté, se plient vers le haut, rapprochent leur 
tête et l'extrémité de leur queue , forment un cer- 
cle , débandent tout d'un coup le ressort que ce 
cercle compose, s'étendent avec la rapidité de 
l'éclair, frappent l'eau vivement , et rejaillissent 
en un clin d'œil. Duhamel, dans son Traité des 
pêches sur les poissons , rapporte le fait suivant : 
«Je l'ai éprouvé à mes dépens, dit-il; car le long 
d'une rivière qui traversait un fond de tourbe et 
de vase , je fis charger cette terre vaseuse avec de 
la terre franche pour former une allée de six h 
sept toises de longueur, s'élevant d'environ deux 
pieds au dessus de la surface de l'eau. Au delà de 
cette allée , dont les bords étaient garnis d'arbres 
qui formaient chaussée ,jefis creuser parallèlement 
à la rivière un canal pour former un vivier dans 
lequel je mis de belles Carpes : elles s'y compor- 
tèrent très-bien pendant quatre ou cinq ans, de 
sorte que , quand on se promenait le long du canal, 
elles semblaient à portée de ceux qui y étaient, 
dans l'espérance qu'on leur jetterait du pain : tout 
d'un coup elles disparurent, et l'on s'aperçut 
qu'elles s'étaient frayé un chemin dans la terre 
franche et dans la terre marécageuse, pour gagner 
la rivière; ce qui n'est pas douteux, puisqu'un pê- 
cheur'prit dans la rivière, d'un seul coup de filet, 
sept grosses Carpes que je reconnus pour être des 
miennes , parce que , pour les distinguer, je leur 
avais coupé la moitié de la caudale. » C'est un fait 
que Duhamel a cru devoir rapporter pour que ceux 
qui voudraient former un vivier auprès d'une ri- 
vière, prissent des précautions convenables pour 

ne point 



CARP 



CARP 



ne point craindre un pareil accident. Ces Cyprins 
peuvent d'autant plus montrer des développemens 
très-remarquables, qu'ils sont favorisés par une des 
principales causes de tout accroissement, qui est le 
temps. On sait qu'ils deviennent très-vieux, et 
nous n'avons pas besoin de rappeler que Buffon a 
parlé de Carpes de cent cinquante ans, vivant 
dans les fossés de Pontchartrain , et que dans les 
étants de la Lusace on a nourri des individus de 
la même espèce très-âgés. Les Carpes se multi- 
plient avec une facilité si grande , que les posses- 
seurs d'étangs sont souvent embarrassés pour res- 
treindre une reproduction qui ne peut accroître 
le nombre des individus qu'en diminuant la part 
d'aliment qui peut appartenir h chacun de ces 
poissons , et par conséquent en rapetissant leurs 
dimensions, en dénaturant leurs qualités, en alté- 
rant particulièrement la saveur de leur chair. 
Lorsque , malgré ces efforts , l'espèce s'est sous- 
traite à l'influence des soins de l'homme , et qu'il 
n'apuimprimer à des individus des caractères trans- 
inissibles h plusieurs générations , il peut agir sur 
des individus isolés , les améliorer par plusieurs 
înoyens , et les rendre plus propres h satisfaire ses 
goûts; il nous suffira d'indiquer parmi ces moyens, 
plus ou moins analogues, l'opération imaginée par 
un pêcheur anglais, et exécutée presque toujours 
avec succès. On leur enlève , comme on fait aux 
brochets , les ovaires ou la laite, on rapproche les 
bords de la plaie , on coud ces bords avec soin , et 
la blessure est bientôt guérie. Les jeunes Carpes 
habitent ordinairement pendant deux ans dans les 
étangs formés pour leur accroissement, et on les 
transporte ensuite dans un étang établi pour les 
engraisser, d'où, au bout de trois ans, on peut les 
retirer déjà grandes , grasses et agréables au goût. 
! Elles s'y sont nourries , au moins le plus sou- 
vent , d'insectes, de vers, de débris de plantes 
altérées , de racines pourries , de jeunes végétaux 
aquatiques. On peut être obligé , après quelques 
années, de laissera sec pendant dix ou douze 
mois l'étang destiné à l'engrais des Carpes; on 
profile de cet intervalle pour y diminuer, si cela est 
nécessaire, la quantité des joncs et des roseaux, 
et y semer d'autres végétaux qui servent d'aliment 
aux Carpes qu'on introduit dans l'étang renouvelé. 
Si la surface de l'étang se gèle , il faut en faire 
sortir un peu d'eau , afin qu'il se forme au dessous 
de la glace un vide dans lequel puisse se rendre 
l'air, qui dès lors ne séjourne plus dans le fluide 
habité par les Carpes. Il suffit quelquefois de faire 
dans la glace des trous plus ou moins grands et 
plus ou moins nombreux , et de prendre des pré- 
cautions pour que les Carpes ne puissent pas 
s'élancer par ces ouvertures au dessus de la 
croule glacée de l'étang, où le froid les ferait 
bientôt périr. Mais on assure que, lorsque le ton- 
nerre est tombé dans l'étang, on ne peut en sauver 
le plus souvent les Carpes qu'en renouvelant près 
que en entier l'eau qui les renferme, et que l'action 
de la foudre peut avoir imprégnée d'exhalaisons 
malfaisantes. Au reste , il est presque toujours as- 
sez facile d'empêcher, pendant l'hiver, les Carpes 



de s'échapper par les trous que l'on peut avoir 
faits dans la glace. En effet , il arrive le phis sou- 
vent que lorsque l'étang commence h se geler, les 
Carpes cherchent les endroits les plus profonds, et 
par conséquent les plus garantis du froid, fouillent 
avec leur museau et leurs nageoires dans la terre 
grasse , y font des trous en forme de bassins, s'y 
rassemblent, s'y entassent, s'y pressent, s'y en- 
gourdissent et y passent l'hiver dans une torpeur 
assez grande pour n'avoir jîas besoin de nourri- 
ture. On a même observé assez fréquemment et 
avec assez d'attention celle torpeur des Carpes , 
pour savoir que , pendant leur long sommeil et leur 
long jeûne, ces Cyprins ne perdent guère que le 
douzième de leur poids. Les Carpes élevées dans 
les étangs ne sont pas celles dont la chair est la 
plus agréable au goût; on leur trouve une odeur 
de vase qu'on leur fait aisément perdre en les te- 
nant seulement une huitaine de jours dans de l'eau 
vive pour les dégorger. Il y a des cuisiniers qui 
prétendent , mais peut-être à tort , que si au sortir 
de l'eau on fait avaler du vinaigre aux Carpes qui 
ont été pêchées dans la vase, et qu'on les laisse 
étendues sur une table, il sort comme une espèce 
de transpiration , une vase très-fine qu'il faut en- 
lever en grattant de temps en temps les écailles 
avec un couteau, et que, quand elles sont mortes, 
leur chair n'a aucun goût de vase. On préfère 
celles qui vivent dans un lac , encore plus celles 
qui séjournent dans une rivière , et surtout celles 
qui habitent un étang ou un lac traversé par les 
eaux fraîches et rapides d'un grand ruisseau, d'une 
rivière ou d'un fleuve. Tous les fleuves et toutes 
les rivières ne communiquent pas d'ailleurs les 
mêmes qualités à la chair des Carpes. Il est des 
rivières dont les eaux donnent à ceux de ces Cy- 
prins qu'elles nourrissent une saveur bien supé- 
rieure h celle des autres Carpes. Dans les fleuves, 
les rivières et les grands lacs , on pêche les Carpes 
avec la ligne : on emploie, pour les prendre dans 
les étangs, des collets, des louves et des nasses, 
dans lesquels on met un appât. On peut aussi se 
servir de l'hameçon pour la pêche des Carpes; 
mais ces Cyprins sont très-souvent plus difficiles 
à prendre qu'on ne le croirait : ils se méfient des 
différentes substances avec lesquelles on cherche 
à les attirer. D'ailleurs, lorsqu'ils voient les filets 
s'approcher d'eux, ils savent enfoncer leur tête dans 
la vase et les laisser passer par dessus leur corps, 
ou s'élancer au-delà de ces inslrumens par une 
impulsion qui les élève h deux mètres ou environ 
au dessus de la surface de l'eau. Aussi les pêcheurs 
ont-ils quelquefois la précaution d'employer deux 
trubles dont la position est telle, que, lorsque les 
Carpes sautent pour échapper à l'un , elles tom- 
bent dans l'autre. Dès le temps de Belon on faisait 
avec les œufs de Carpes du caviar qui était acheté 
avec d'autant plus d'empressement par les Juifs 
des contrées asiatiques et européennes , que 
leurs lois religieuses leur défendaient de se nour- 
rir de caviar fait avec des œufs d'Esturgeons. 

On trouve parmi les Carpes, comme dans les 
autres espèces de poissons , des monstruosités 



ToMfi II. 



82° Livraison. 



CARP 



10 



CARP 



plus ou moins bizarres; mais ces poissons ont 
dans leur tête, et particulièrement dans leur mu- 
seau, une difformité qui a souvent frappé les na- 
turalistes , et qui a toujours étonné le vulgaire à 
cause des rapports qu'elle lui a paru avoir avec la 
tête d'un Dauphin. Mais, indépendamment de ces 
Bfionstruosités , celte espèce est fréquemment mo- 
difiée, suivant plusieurs naturalistes, par son mé- 
lange avec d'autres espèces du genre des Cyprins, 
et particulièrement avec des Carassins et des Gi- 
bilcs. Il résulte de ce mélange des individus plus 
gros que les Gibiles ou des Carassins, mais moins 
gros que des Carpes, et qui ne pèsent guère 
qu'un ou deux kilogrammes. Gesner, Aldrovande, 
Schwenckfeld , Scheneveld et Klein , ont parlé de 
ces métis , auxquels les pêcheurs ont donné diffé- 
rons noms ; on les reconnaît h leurs écailles qui 
sont plus petites, plus attachées h la peau que 
celles des Carpes , et montrent des stries longitu- 
dinales; leur tête est plus grosse, plus courte, et 
dénuée de barbillons. Mais Bloch croit qu'on n'ob- 
serve ces dernières différences que lorsque les œufs 
de la Carpe ont été fécondés par des Carassins ou 
par des Gibiles, parce que les métis ont toujours 
la tête et la caudale du mâle. 
I On eu élève une race à grandes écailles , dont 
certains individus ont la peau nue par place , ou 
même entièrement , et que l'on nomme Reine des 
Carpes, Carpe a miroir. Carpe a cvii{ (Cyprinus 
rex Cyprinorum , Bloch., 17). Dans certains pays 
on élève ces poissons dans les étangs , où ils par- 
viennent à une grosseur très-considérable, et où 
leur chair acquiert une saveur que l'on a préférée 
au goût de celle de la Carpe. Telle est encore une 
espèce importée chez nous , et qui s'y est fort 
multipliée h cause de l'éclat et de la variété de ses 
couleurs , qui fait l'ornement de nos bassins. La 
JDoRADE DE LA CmNE (Cypiuius auvatus , Linné) , 
Bloch., 93, qui aies épines dorsales et anales 
dentelées comme la Carpe. D'abord noirâtre , elle 
prend par degré ce beau rouge doré qui la carac- 
térise; mais il y en a d'argentées et de variées de 
ces trois nuances. 11 y en a aussi des individus sans 
dorsale , d'autres h dorsale très-petite , d'autres 
dont la caudale est très-s;rande, d'autres dont les 
yeux sont énormément gonflés ; c'est aussi h ce 
groupe qu'appartient le plus petit de nos Cyprins 
d'Europe, dit la Bouvière ou Péteuse [Cyprintis 
arnarus , Bloch., Guérin , Iconog. du règne anim., 
pi, 46, fig. 1). Longue d'un pouce, verdâlre 
dessus, d'un bel aurore dessous; en avril, dans le 
temps du frai , elle a une ligne d'un bleu d'acier 
de chaque côté de la queue ; le deuxième rayon 
dorsal l'orme une épine assez raide. (Alpii. G.) 

CARPIIOLITIIE. (min.) Ce nom, qui signifie 
pierre de paille, a été donné avec raison à une sub- 
bslance fibreuse, brillante et de couleur jaune, se 
présentant en petits faisceaux radiés à la surface 
de certaines roches granitiques dont elle tapisse les 
fentes. La Carpholithe ne s'est pas encore pré- 
sentée autrement qu'à l'état fibreux; on ne la 
connaît pas cristallisée. 

Composée de 36 parties de silice, de 26 h. 27 



d'alumine, de 19 de protoxide de manganèse, 
de 2 de protoxide de fer, de 10 à 11 d'eau, de 1 
à 2 d'acide fluorique et d'une très-petite quantité 
de chaux, la Carpholithe entre nécessairement dans 
la division des silicates alumineux. 

Ses caractères chimiques sont de donner de 
l'eau par la calcination, de se fondre difficilement 
au chalumeau en un verre brun opaque , et de 
présenter des indices de manganèse par le carbo- 
nate de soude. (J. H.) 

CAÇPOBOLE , Carpobolus. (botan. crypt. ) 
Genre de Lycoperdiacées créé, en 1729, par 
Micheli, Son nom lui vient de la propriété qu'il a 
de lancer ses semences avec bruit. Le savant pro- 
fesseur de Florence compare ce bruit h celui que 
produit une chiquenaude , ce qui vraiment est 
extraordinaire dans une plante aussi petite. Ce 
genre est composé de deux seules espèces que 
l'on verra figurées en notre Atlas , pi. 77; la fig. 5, 
est celle du Carpobole iroiLÉ, (.'. stcllatas, que 
Linné a décrit sous le nom de Lycopcrdon stellatiis, 
et Tode sous celui de Spluerobolus stcllatas , la 
fig. 4 est celle du Carpobole porte-cercle , C. 
cyclophorus. L'un et l'autre sont de grandeur na- 
turelle et représentés à différons âges et grossis.' 

Desmazières est le premier botaniste qui, en 
1825, ait fait connaître le Carpobole porte-cercle. 
Cette espèce croît sur les chaumes des graminées 
pendant l'automne; elle jouit d'une propriété hy- 
grométrique assez remarquable ; elle resserre très- 
sensiblement les divisions de sa première enve- 
loppe quand l'air est sec ; elle les étend au con- 
traire lorsqu'il est chargé d'humidité. Sa forme est 
une petite boule de trois à quatre millimètres de 
diamètre. La première enveloppe, de couleur 
fauve , est épaisse , charnue , légèrement velue au 
dehors quand on l'observe à la loupe, arrondie à 
sa base et fendue au sommet en six, quelquefois en 
sept et huit divisions dentiformes. Elle renferme 
une membrane ou volva i'ort mince, blanche, 
sphérique, marquée horizontalement , et dans son 
milieu, d'un grand cercle rouge-orangé très-vif. 
Cette membrane se rompt pour donner issue , au 
moment de l'entier développement, à une petite 
vésicule ronde, brune , qui renferme les semences, 
et qu elle projette au loin avec bruit. Une fois le 
fruit lancé , la plante perd sa forme et s'affaisse. 

Le Carpobole étoile croît sur les étocs , les 
charpentes à demi pourries, et sur la sciure de 
bois humide, dans laquelle il s'enfonce. Il est 
plus grand que l'espèce porte-cercle ; sa forme est 
plus allongée , ses divisions plus larges et plus 
courtes; il n'a point de ceinture rouge, 

(T, n. B,) 

CARPOLITHES, (eot. foss.) Cette dénomina- 
tion grecque, traduisible par fruits pétrifiés , dési- 
gne en effet les graines ou l'ruits qui se trouvent 
à l'état fossile dans les diverses couches de notre 
globe. Le nombre des genres et espèces de Carpo- 
lithes est considérable; jamais étude ne fut plus 
curieuse sans doute; mais, ne pouvant nous ar- 
rêter aux conjectures ou aux hypothèses, bornons- 
nous h deux ou trois faits constatés. 



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11 



CAPiï 



Les fruits fossiles appartiennent en général à des 
régétaux que la terre ne produit plus; si quel- 
ques uns se rapportent à des genres connus , ce 
n'est jamais aux espèces actuelles. 

Les terrains tertiaires et les terrains houillers 
OBt fourni des graines très-reconnaissables de 
chara ; des fruits de palmiers , de cocos , de pins 
et de sapins, d'érables, de charmes, de bouleaux, 
et beaucoup de noix d'espèces diverses. 

Les fruits et graines de genres inconnus , en 
nombre 'beaucoup plus grand, ont été surtout 
rencontrés dans les lignites de l'argile plastique , 
dans ceux de la Misnié et d'autres parties de l'Al- 
lemagne et de l'Angleterre; on n'en trouve point 
dans la craie , ni dans les calcaires du Jura et des 
jf\.lpes. Quant à leur dénomination , on conçoit 
l'extrême difficulté d'un semblable travail. Vénus 
se serait cruellement vengée de Psyché en lui fai- 
sant trier un mélange de cinq ou six cents espèces 
des graines les plus vulgaires; que dire de graines 
de formes insolites, produites par des végétaux 
qwi vivaient il y a plusieurs dizaines de siècles ? 
roy. l'art. Végétaux fossiles. , (L.) 

CARRARE. F. Marbre. 

CARRIÈRE, (géol. et technol.) C'est dans les 
Carrières que le géologiste, avide de science, trouve 
le plus de facilité pour étudier la disposition des 
flilTérentes couches et des dilTérens terrains qui 
composent notre globe. Les Carrières sont des 
lieux d'exploitation qui fournissent aux entrepre- 
neurs la plupart des matériaux propres à la con- 
struction , tels que le grès, le marbre, la pierre 
à plâtre, le sable, etc. Ces lieux prennent dilîerens 
noms d'après les matières qu'ils renferment. Ainsi 
on les appelle marbrières , ardoisières , pLâ- 
trières , etc. , selon qu'on en retire du marbre , 
des ardoises , du plâtre, ou autres produits na- 
tm^els. 

Quant au mode d'exploitation , il est subor- 
donné aux localités et à la disposition des substances 
qu'on recherche. Tantôt ce sont des Carrières h 
ciel ouvert, quand l'objet de l'exploitation n'est 
pas à une grande profondeur. D'autres fois , ce 
sont des galeries creusées dans le flanc d'une col- 
line; souvent aussi, et surtout aux enviions de Pa- 
ris , à Mont-Rouge , à Charenton , elles sont ouver- 
tes h fleur de terre : on y descend par des puits , 
\ l'orifice desquels est disposé un treuil pour en- 
lever les pierres et les amener à la surface. 

Lorsque la pierre offre peu de résistance, le pic , 
grand marteau de fer pointu à son extrémité , et 
les coins que l'on enfonce dans le bloc , suffisent 
pour le séparer de la masse. Quand au contraire 
ces moyens ne sont pas suffisans, on lait sauter le 
quartier par l'explosion d'une mine. La manière 
d'obtenir les meules de moulins est la plus cu- 
rieuse ; on trace dans la pierre un cercle , et l'on 
y enfonce , de distance en distance, des pieux en 
bois de sapin très-sec ; on verse ensuite de l'eau 
sur chaque pieu qui , augmentant considérable- 
ment dej volume par l'imbibition de l'eau, fait 
rompre la pierre suivant le cercle que l'on y a 
tracé. 



Les^Carrières les plus considérables sont creu- 
sées dans le calcaire grossier et dans la craie : on 
peut s'en faire une idée par celles de Mont-Rouge, 
dont une partie a formé les catacombes de Paris. 
Les ardoisières, les marbrières et ne peuvent en rien 
être comparées h ces immenses souterrains, creusés 
dans la craie, tels qu'on en voit aux environs de Maës- 
tricht, ou à ceux qui sillonnent une partie de la 
Champagne, et dans lesquels leshabitans d'L[>er- 
nay se sont pratiqué des caves remarquables par 
leur étendue et leur b'îauté. (J. IL) 

CARTE GÉOGRAPHIQUE BRUNE ET FAUVE. 
(iNs.) Noms sous lesquels les amateurs connaissent 
deux espèces de Papillons du genre Vanesse; ce 
sont les Fanessa levana et prorsa de Linné. Foy. 
Vanesse. (Guér.) 

CARTHAME , Carthamus. (bot. phan.) Sur une 
vingtaine d'espèces que renferme ce genre de la 
Syngénésie polygamie égale et de la famille des 
Synanthérées , section des Carduacées , une seule 
est l'objet d'une culture qui devrait être plus im- 
poriante ; les autres ne seraient point déplacées 
dans les jardins d'agrément pour leurs fleurs eC 
leur port. Parlons d'abord du Carthame offici- 
nal, C. tinctorius; nous dirons ensuite un mot 
de quelques espèces bonnes à connaître. 

Désigné dans le commerce sous le nom de 5a- 
fran bâtard et Safranon à cause d'une similitude 
de sa fleur avec celle du safran , le Carthame 
officinal est une plante annuelle , que l'on voit re- 
présentée dans notre Atlas, pi. 78, fig. 1 , origi- 
naire de l'Afrique, peut-être même des fles Ca- 
naries, cultivée en grand dans quelques parties de 
l'Europe et dans le Levant. Elle demande une 
terre un peu légère , substantielle. Sous le climat 
de l'Egypte et dans l'île de Ténériffe, surtout 
dans la belle situation de Tacoronte , elle jouit 
d'un avantage particulier, essentiel à l'abondance 
de la récolte , c'est d'être exempte de pluie et 
d'orage durant le mois de mai , époque de la flo- 
raison. 

Une tige de trente-deux centimètres de haut , 
droite , cylindrique , dure et lisse , couverte de 
feuilles simples , entières , alternes , bordées de 
quelques dents épineuses , vertes et lancéolées , 
aiguës , et terminées par des fleurs assez grosses , 
d'un jaune orangé , donne au Carthame officinal 
un asoect agréable. Sous le rapport de l'utilité , 
ses fleurs et ses graines sont recherchées. Les pre- 
mières contiennent deux substances colorantes 
très-distinctes: l'une jaune, très-soluble dans 
l'eau , altère les principes de l'autre , qui est 
rouge, insoluble dans l'eau, dans l'alcool, et 
qu'on obtient seulement par la voie des alcalis. 
En Europe l'opération se fait à froid; en Egypte , 
d'où nous tirons la plus grande quantité du Car- 
thame qu'emploient nos teinturiers , elle a lieu 
dans un bain chauffé entre trente et cinquante de- 
grés. La couleur est peu solide , mais elle se nuance 
h l'infini de la manière la plus heureuse et la plus 
éclatante, depuis le rose carné jusqu'au rouge 
ponceau, et depuis le violet jusqu'au lilas le 
plus agréable. Le Carthame entre aussi dans le 



CART 



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CARV 



rouge auquel les dames ont recours, quand, par 
suite d'une coquelterie mal entendue, de maladies, 
de langueur ou de passions satisfaites avec trop 
de complaisance , elles veulent simuler la fraîcheur 
de la jeunesse, tromper les yeux mal exercés, et 

« Réparer du temps l'irréparable iiijuro. » 

Ce très-beau rouge tendre n'a pas les inconvé- 
niens des sophistications qu'elles vont demander 
à de prétendus chimistes , à des marchandes à la 
toilette. On prépare encore avec les étamines ime 
espèce de laque à l'usage des peintres , et qu'ils 
appellent î-oage végétal ou vermillon d'Espagne. 

Quant aux graines , qui sont grosses , nombreu- 
ses et noires, on en exprime une huile douce 
d'excellente qualité. On mange leur amande, mais 
il faut le faire avec circonspection , car elles sont 
pour l'homme violemment purgatives; la volaille 
et surtout les perroquets en sont très-friands : c'est 
de là que les graines du Carthame sont vulgaire- 
ment dites graines de perroguet. 

Les anciens connaissaient la double propriété 
du Carthame officinal , comme plante tinctoriale 
et oléagineuse. Théophraste en a parlé sous le 
nom de Safran épineux, Knêkos. En Espagne et 
en Angleterre , on mêle ce végétal dans les po- 
tages et autres aliniens , pour leur donner une 
couleur agréable ; les Juifs l'aiment beaucoup , 
et en jettent dans presque tous leurs mets. 

On trouve dans quelques jardins le Carthame 
A FEUILLES DE SAULE , C, salicifoUus , petit arbuste 
d'un bel aspect, h. fleurs blanches, à épines 
soyeuses, que l'on a tiré de l'île de Madère ; le 
Carthame nain, C. mitissimus , aux feuilles) lon- 
gues étalées sur la terre , soutenant une grosse 
fleur bleue; le Carthame grillé, C. cancdlatus, 
qui porte des fleurs d'un bleu pourpré, dont le 
calice est armé d'un réseau à mailles très-rappro- 
chées , où les mouches sont parfois retenues cap- 
tives. (T. D. B.) 

CARTILAGES. (ANAT.)Parties solides du corps 
des animaux, de couleur blanche, laiteuse, opa- 
line, qui encroûtentlesextrémités osseuses destinées 
à se mouvoir les unes sur les autres,- ou qui en- 
trent dans la composition de certains organes comme 
le larynx, la trachée artère; plusieurs dispa- 
raissent avec l'âge et se convertissent en vérita- 
bles os. Chez quelques poissons ,tels que les raies, 
tout le squelette est formé de substance cartilagi- 
neuse , et demeure constamment dans cet état; 
tandis que chez l'homme et chez d'autres ani- 
maux, s'il en est ainsi dans les premiers temps 
de la vie, cette substance s'encroûte bientôt de 
sels calcaires qui les font passer h l'état d'os. En 
faisant macérer pendant quelque temps les os dans 
l'acide hydrochlorique , les sels calcaires se dis- 
solvent et le Cartilage reste isolé: celte expérience 
prouve que la substance cartilagineuse forme la 
base du système osseux. (P. G.) 

CARTILAGINEUX, (poiss.) Les animaux qui 
forment, dans la classe des Poissons, une série ou 
une grande division , désignée sous le nom de 
Cartilagineux dits chondroptérygiens , relative- 



ment à l'ensemble de leur organisation , difl^rent ' 
tellement des autres pour le squelette, qu'il est 
nécessaire d'en faire l'abrégé. Les pièces qui com- 
posent le squelette , dans les poissons Cartilagi- 
neux , c'est-à-dire dans les raies , les squals et les 
lamproies, ne prennent point le tissu fibreux qui 
caractérise les os dans les poissons connus sous 
le nom d'osseux. Leur intérieur demeure toujours 
cartilagineux , et leur surface extérieure se durcit 
par de petits grains calcaires qui s'y accumulent , 
et qui lui donnent cette apparence pointillée qui les 
distingue des autres poissons. C'est probablement 
ce qui fait que le crâne de ces poissons n'est pas 
divisé par des sutures , et ne se compose que d'un© 
seule enveloppe, modelée et d'ailleurs percée à 
peu près comme un crâne de poisson ordinaire , 
en sorte que l'on y distingue les mêmes régions 
et les mêmes trous, mais non des os qui peuvent 
être séparés. Leur fiice est très- simplifiée , leur 
mâchoire inférieure n'a également qu'un os de 
chaque côté , articulaire , lequel porte des dents , 
et il ne reste des autres qu'un seul vestige , ainsi 
caché sous la peau de la lèvre. L'appareil opercu- 
laire, dans cette division des poissons cartilagineux, 
manque, mais l'appareil hyoïdien et branchial a 
de grands rapports avec celui que l'on observe 
dans les poissons osseux. Le bassin est d'une seule 
pièce transverse qui ne s'articule pas à l'épine, et 
porte de chaque côté une lame ou tige à laquelle 
adhèrent les rayons de la ventrale, 11 y a des par- 
ties de l'épine où plusieurs des vertèbres sont sou- 
dées ensemble , ou du moins l'espace où elles 
doivent être n'est occupé que par un tube d'une 
seule pièce, percé de chaque côté de plusieurs 
trous pour autant de paires de nerfs. Les ammo- 
nites n'ont pas même de squelette cartilagineux. 
Toutes les parties de leur charpente demeure tou- 
jours à l'état membraneux, et sous ce rapport 
ils ressemblent à des vers plutôt qu'à des ani- 
maux vertébrés. (Alph. G.) 

CARTONNIÈRES. (ins.) On donne ce nom à 
des espèces de Polistes qui font un nid semblable 
à une boîte de carton. F. Poliste. (Guér.) 

CARVI, Carum. (bot. phan.) Quoique certains 
botanistes veulent supprimer ce genre de la Pen- 
tandrie digynie et de la famille des Ombellifère» 
pour le réunir aux Sjésélis {voy. ce mot) , nous 
le conservons, appuyé d'abord sur l'autorité de 
Tournefort, de Linné, de Jussieu, mais encore 
parce qu'il a des caractères tranchés , qui l' éloi- 
gnent de ce genre. S'il a , comme lui , le calice 
entier, les pétales cordés et infléchis, le même 
port et les mêmes feuilles , il en dilïère par sa col- 
lerette générale à une ou deux folioles linéaires, 
par son fruit ovale-oblong, strié, à trois côtes dor- 
sales et obtuses , par sa tige moins rigide dans 
l'ensemble de ses parties. 

C'est dans les prés montueux, tant des pays 
froids que des contrées méridionales de lEurope, 
que se" trouve la seule espèce connue de ce genre. 
Le Carvi des prés , C. carvi , est une plante her- 
bacée , bisannuelle, indigène, quoique l'on dise 
qu'elle nous soit venxie de la Carie. La tige, de 



CARY 



i5 



CARY 



soixante-cinq centimètres de haut, lisse et ra- 
meuse , est garnie de feuilles deux fois ailées , à 
découpures linéaires, pointues; les fleurs sont 
d'un blanc jaunâtres, petites, disposées en om- 
belle lâche ; épanouies au milieu du printemps , 
^Ues donnent naissance à des semences verdâtres, 
©blongues-ovales , odorantes , qui fournissent une 
huile essentielle ; elles ont les mêmes propriétés 
que celles de l'anis , et entrent dans la composi- 
tion de plusieurs sortes de liqueurs. Elles font par- 
tie des quatre semences chaudes et sont très-fré- 
quemment employées en médecine. Dans le nord 
on les fait entrer dans la pâte du biscuit de mer; 
les marins , qui les aiment beaucoup , prennent 
soin de les mêler à tous leurs mets. En Amérique, 
il s'en fait une grande consommation ; toutes les 
euisines en sont pourvues. 

On cultivait autrefois le Carvi dans tous nos 
jardins légumiers pour sa racine fusiforme , aro- 
matique , que l'on enlevait dès les premiers froids, 
que l'on mangeait frite et dans les potages; au- 
jourd'hui, on en rencontre h peine quelques pieds 
conservés pour la graine. Les vaches et les mou- 
tons mangent la fane avec plaisir. (T. d. B.) 
:' CARYBDÉE, Carybdea. (zooph. acal.) Genre 
de médusaire établi par Pérou pour les espèces dont 
le corps est orbiculaire, subconique et garni dans 
sa circonférence de lobes foliacés, subtentacu- 
laire ou creusé en dessous par une grande exca- 
vation stomacale à ouverture aussi grande qu'elle. 
On n'en connaît encore que deux espèces : la Ca- 
RYBBÉE PÉRiPHYLLE, qui cst de coulour bruuc; et la 
Carybdée bicolore, de couleur ferrugineuse, avec 
les folioles ponctuées de rouge. Quant h la Caryb- 
dée marsupiale , elle doit être rangée dans le genre 
Eguorée. (/^. ce mot.) " (R. ) 

, CARYOPHYLLAIRES, Caryophyllaria. (zooph. 
POLYP.) Ordre de Polypier lameliifère , institué par 
Lamouroux pour les Polypiers pierreux et non 
flexibles, qui ont des cellules étoilées et terminales, 
cylindriques, turbinées ou épatées, parallèles ou 
non parallèles, simples ou rameuses, isolées ou 
en groupes, jamais à parois communes. D'après 
ces caractères, les Caryophyllaires se composent 
des genres CaryophyUic, Turbinolopse, Turbinalie, 
Cyclalite, et Fongée. 

Lamarck décrit quelques uns de ces genres 
comme étant libres; mais celte opinion, combat- 
tue avec tous les avantages possibles par Lamou- 
roux dans le Dictionnaire classique d histoire na- 
turelle, paraît aujourd'hui abandonnée. '(R. ) 

CAR10PHYLLEES, Caryophyllea. (bot.piian.) 
Famille de plantes à embryon dicotylédoné, h 
corolle polypétale , h ctamines hypogynes. Elle a 
été composée par Jussieu, qui, prenant pour type 
YœiUet , a groupé un certain nombre de végétaux 
qui ont de commun les caractères suivans : une 
tige cylindrique , souvent noueuse et comme ar- 
ticulée, des feuilles opposées, réunies par leur 
base, et quelquefois munies de stipules (on les 
trouve aussi verticillées) ; un calice tantôt tubu- 
Ifiux et h quatre ou cinq divisions persistantes, 
tantôt formé de sépales étalés et caducs; une co- 



rolle de cinq pétales égaux, ordinairement ongui- 
culés à leur base , étalés ou dressés selon la dis- 
position du calice; des étamines en nombre égal 
ou double de celui des pétale*, insérées à un dis- 
que particulier qui supporte l'ovaire; celui-ci 
renferme d'une h cinq loges , et porte de deux à 
cinq styles. Le fruit est une capsule (le seul genr& 
Cucubalus produit une baie) h une, deux, troi? 
ou cinq loges polyspermes ; elle s'ouvre , soit par 
des valves, soit par des dents terminales , qui, d'a- 
bord rapprochées, s'éloignent lorsque les graines 
sont mûres , et leur donnent passage. ; 

Les Caryophyllées sont rarement ligneuses ; 
leurs fleurs , axillaires ou terminales , sont en gé- 
néral blanches ou rougeâtres. \ 

Les botanistes qui, depuis Jussieu, ont examiné 
les divers genres de cette famille, en ont éloigné plu- 
sieurs qui différaient du groupe par quelques ca- 
ractères; telles étalent les plantes composant au- 
jourd'hui la famille des Paronichiées et celle des 
Linariées. Voici les principaux genres de la fa- 
mille des Caryophyllées, divisés en deux sections 
selon la disposition du calice : 

Dianthèes (calice tubuleux) : Agrostemma , Cu- 
cubalus, Dianthus , Gypsophila , Githago, Lychnis , 
Saponaria , Silène, etc. 

Alsinées ( calice étalé ) : Alslne , Arenarla , 
Buffonla, Cerastium, Holosteum, MoUugo, Pharna- 
ceum,Mcerhingia, Sagina , Spergula, Steliaria, etc. 

(L.) 

CARYOPHYLLIE et Caryophtllite, Caryo- 
phyllia, ( zooph. polyp. ) Genre établi par La- 
marck pour des animaux subcylindriques aclini- 
formes, pourvus d'une couronne simple ou double 
de tentacules courts , épais et perforés , saillant à 
la surface d'étoiles ou de loges cylindro-coniques, 
garnies de lames rayonnantes , complètes en de- 
dans, striées en dehors et formant un polypier 
solide conique, fixe par la base, simple ou à 
peine agrégé. ^' 

Tous les zoologistes ont adopté ce genre, dont 
les espèces sont assez nombreuses. M. Goldfuss 
seul ne l'a pas admis, ayant réuni les Caryophyllies 
aux Oculines sous le nom générique de Lithoden- 
dron. Spallanzani a publié en 1 786 une descrip- 
tion de la Caryophyllie , et y a ajouté des parti- 
cularités tellement extraordinaires qu'il est de toute 
impossibilité d'y ajouter foi. Ildit entre autres choses 
que l'animal ne meurt pas , quand même on le 
plongerait dans une eau acidulée, et que si on ne 
renouvelle pas l'eau dans laquelle on le conserve , 
il peut abandonner sa loge pour aller se promener 
aux alentours. 

Les caractères que nous avons donnés h ciî 
genre sont ceux que M. deBlainville a adoptés lui- 
même pour toutes les espèces qu'il croit devoir 
y rapporter. Il les divise en deux sections , les es- 
pèces simples et les espèces fasciculécs : on compte 
6 à 7 espèces dans les premières, et de ce nom- 
bre est la Car. gobelet que nous avons figurée 
dans notre Atlas , pi. 78 , fig. 2 a ; dans les se- 
condes il y en a à peu près autant, et nous avons 
représenté comme exemple la C. m cfiiiCE. l\ou* 



CASC 



i4 



CASÉ 



avons également figuré l'animal d'après MM. Quoy 
et Gainiard. Yoy. notre planche 78, figure 2 
et 2 b. 

On connaît un assez grand nombre de Ca- 
ryophyllies à l'état fossile ; on les divise de la 
même manière, celles qui forment la seconde sec- 
tion sont les plus nombreuses. Il en existe de vi- 
vantes dans les mers d'Europe. (Pi. ) 

' CASCADES, (géogk. phys. ) Quoique ce nom 
ne s'apjtlique, à proprement parler, qu'à des 
chutes d'eau peu importantes, nous compren- 
drons sous cette dénomination toutes les chutes de 
fleuves ou de rivières. 

Les véritables Cascades sont formées par des 
ruisseaux qui descendent des montagnes ; celle de 
Gavarnie, dans les Pyrénées, est ime des plus 
belles que l'on connaisse. Elle tombe de la hauteur 
de 1,266 pieds. Les ports ou cols que l'on remar- 
que dans les mêmes montagnes , et dans d'autres 
encore, paraissent être les traces d'anciennes Cas- 
cades qui ont cessé de couler. 

Les fleuves , les rivières qui rencontrent dans 
leur course une pente abrupte , forment des 
Cataractes, des Chutes, des Sauts. Les Ca- 
taractes du ]\il ont été long temps célèbres, bien 
que la plus haute n'ait pas plus de cinq pieds. 
Que sont ces jjetites Cascades , quand on les com- 
pare aux chutes du Lidea, en Suède; delà Nettlna, 
en Dalmaltiej du Serio et de la Tosa, en Italie; 
de la Reuss et du E/iln; et pour finir par un 
nom national , à celle de V Ardèche, en France ? 
La première passe pour avoir 600 pieds de hau- 
teur; la seconde, i5o; la troisième, 5oo; la qua- 
trième, l^oo•, la cinquième, 100; la sixième, 76; et 
la septième, 100. 

Dans l'Amérique septentrionale, la cataracte de 
J âmes River est fort haute, mais elle est bien in- 
férieure h celle de la rivière de Montmorency , qui 
a 242 pieds de hauteur, et à celle du Niagara, for- 
mée par les eaux du lac Erie. Celle-ci a une lieue 
de long et tombe de i44 pieds dans im gouff"re 
qu'elle s'est creusé et qui n'en a pas moins de 60 de 
profondeur. Nous n'essaierons pas d'en faire une 
froide description. Tout le monde connaît celle de 
M. de Chateaubriand, qui, au dire des voyageurs, 
est aussi remarquable par l'exactitude que par la 
l'ichesse du style. C'est la plus large masse d'eau 
que l'on connaisse. 

Le bruit qu'elle cause s'entend de quinze à 
vingt lieues, et les vapeurs qui s'en élèvent se 
voient de vingt -cinq lieues de distance. 

'^ La figure que nous offrons de cette célèbre 
chute d'eau , bien qu'elle soit exacte , n'en donne 
qu'une idée incomplète, parce qu'elle ne la repré- 
sente que dans la moitié de sa largeur; son déve- 
loppement est trop considérable pour pouvoir 
être figuré dans une vue en perspective. Cepen- 
dant elle suffira pour les observalions que nous 
avons h faire. 

Le Niagara est une rivière de i3 h i4 lieues de 
cours , formée par les eaux du lac Erie qui vont 
se jeter dans le lac Ontario. A quelque distance 



de ce dernier lac le sol est plat , et formé en 
grande partie d'alluvions. C'est au dessus de cette 
plaine que s'élève le plateau qui se prolonge jus- 
qu'au lac Erie. L'espace compris entre la chute 
et le lac Ontario a dû jadis être occujjé par ce 
plateau : de telle sorte que c'est dans ce lac , ou 
très-près de ses bords, que devaient tomberorigi- 
nairement les eaux du Niagara. L'action destruc- 
tive des eaux a reculé la Cascade de 3 à 4 lieues, 
et tout porte à croire que dans la suite des siècles 
elle continuera à se reculer de tout l'espace qui 
la sépare du lac Erie. Quand cette marche , qui 
a déjh été observée de mémoire d'homme, sera 
accomplie , il n'y aura plus qu'une gorge ou un 
ravin entre les deux lacs. 

La nature des roches sur lesquelles coule le Nia- 
gara rend parfaitement compte et de sa marche 
passée et de sa marche future. L'espèce de mu- 
raille du haut de laquelle tombent les eaux, et 
qui forme une rampe sur le côté droit de la figure, 
c'est-h-dire au dessus des deux Indiens , est com- 
posée de couches calcaires horizontales, reposant 
sur des couches de schiste ; l'eau, humectant sans 
cesse cette dernière roche , en fait tomber des dé- 
bris de manière à former un talus ; dès que le schiste 
s'est écroulé , le calcaire n'ayant plus de support 
cède bientôt et tombe dans l'abîme. Cet effet 
tout naturel se renouvelant sans cesse , ne permet 
pas de supposer , comme on l'a fait , que l'écrou- 
lement du plateau puisse avoir lieu d'une ma- 
nière soudaine, et produise conséquemment une ter- 
rible inondation. Ce qui ajoute une nouveUe 
preuve à ce que nous venons de dire de la destruc- 
lion successive du plateau d'où tombe le Niagara, 
c'est la présence des masses de roches , que l'on 
voit maintenant au dessous de la Cascade , et dont 
quelques unes sont représentées sur le premier plan 
de la figure. 

L'élévation du terrain ou l'affaissement des 
roches diminuent insensiblement les cataractes, 
qui forment alors ce qu'on appelle des Rapides , 
sortes de Cascades qui se trouvent au milieu de 
certaines rivières et entravent la navigation. 

(J. H.) 

CASEUM. (cuiJi.) Le Caséum, ou matière ca- 
séeuse, existe en grande partie en dissolution dans 
le lait. On l'obtient en mêlant du lait écrémé 
avec de l'acide suif urique étendu : celui-ci se com- 
bine avec le Caséum et le précipite sous la forme 
d'un caillot blanc. On lave le caillot à grande eau 
et h plusieurs reprises pour le débarrasser du petit- 
lait qu il contient, puis on le lait digérer avec de 
l'eau et du carbonate de chaux. L'acide sulfurique 
s'empare de la chaux; la matière caséeuse, mise 
à nu , se dissout dans l'eau ; on filtre pour 
séparer le dépôt calcaire et le beurre qui sur- 
nage; enfin on évapore et on fait sécher le liquide 
filtré. 

Le Caséum est d'un blanc jaunâtre , insipide , 
inodore, soluble dans les acides, l'alcool et les 
solutés alcalins , plus pesant que l'eau , sans action 
sur les couleurs bleues végétales , décomposable, 
par le feu, en carbonate d'ammoniaque, etc., et 



CASO 



i5 



CASO 



.en charbon volumineux, difficile h incinérer, et 
très-riche en sous-phosphate de chaux. Placé sur 
une claie d'osier, à l'état de caillé et sous l'in- 
fluence du contact de l'air, il se solidifie peu à 
peu, s'altère et se transforme en une sorte de 
fromage. 

Ainsi que la fd)rine et l'albumine, la matière 
caséeuse peut exister sous f état de coagulation et 
aous celui de non-coagulation. Coagulée, séchée 
et mêlée k une plus ou moins grande quantité de 
beurre, elle constitue le Fromage, [l^oj. ce mot, 
où nous traiterons très-succinctement de Yacide 
0fisèi(jue et de Vacide casceux.) (F. F.) 

CASOAR, Casuarius. (ois.) Brisson a réuni 
sous ce nom deux espèces d'oiseaux de l'ordre des 
Echassiers et de la famille des Brévipeunes , Cu- 
vier. Ces oiseaux , assez voisins des Autruches , en 
difièrent par leurs ailes beaucoup plus courtes et 
totalement inutiles à la course ; leurs pieds ont 
trois doigts , tous garnis d'ongles et dirigés en 
avant ; leurs plumes ont des barbes si peu garnies 
de barbules que de loin elles ressemblent à du poil 
ou à des crins tombans. 

Vieillot a proposé pour chacune des espèces 
dont se compose le groupe des Casoars un genre 
distinct ; le premier, auquel il réserve le nom de 
Casoir , Casuarius , nous occupera d'abord. 

I Genre Casoar. Ce genre a pour caractères : le 
bec droit , à dos caréné, arrondi et fléchi à la 
pointe; tête casquée, cou nu et garni de deux 
fanons ; pieds robustes , charnus jusqu'aux doigts ; 
ongle du doigt interne du double plus grand que 
les autres; pennes alaires remplacées par cinq ba- 
guettes sans barbe. 

La seule espèce comprise dans ce genre est le 
Casoar émeu ou casqué, Casuarius emeu, repré- 
présenté dans notre Atlas, pi. 78, fig. 3. Cet oi- 
seau habite la partie la plus orientale de l'Asie 
méridionale, les îles Moluques, celles de 'Java 
et de Sumatra, et surtout les profondes forêts 
de l'île Céram; mais il n'pst commun nulle part. 
Quoiqu'il existe en domesticité à Amboine, il 
n'en est pas originaire ; on l'y a mené des îles si- 
tuées plus à l'est. 

Le Casoar est stupide et glouton , sa nourriture 
ordinaire consiste en fruits , en herbes et en pe- 
tits animaux; on en a vu un vivant h la Ménage- 
rie de Paris, qui consommait par jour trois livres 
et demie de pain, six ou sept pommes et une botte 
de carottes. 11 buvait qualité pintes d'eau en été, 
et un peu plus en hiver. 

Le Casoar est, après l'Autruche, un des oiseaux 
les plus volumineux; son corps massif est couvert 
de plumes lâches noirâtres, assez analogues h des 
poils; sa tête est surmontée d'un casque osseux, 
brun par 'devant et jaune dans tout le reste; ce 
casque a trois pouces de haut , un pouce de dia- 
mètre à sa base et trois lignes à son sommet; il 
est produit par un renflement des os du crâne et 
recouvert par des couches concentriques d'une 
substance cornée. Le reste de la tête n'offie, sur 
une peau d'un bleu céleste, que quelques poils 
noirs, principalcAient autour .dp l'orifiçe auditif, 



qui est très-grand. La peau colorée qui se continue 
jusqu'au milieu du cou , y présente des sillons et 
des tubercules semblables h ceux du dindon; sur 
le devant du cou il existe de chaque côté une caron- 
cule mince , de couleur rouge , qui s'élargit vers 
le bas. Les plumes de la partie inférieure du cou 
sont les plus courtes ; elles vont en s'allongeant 
sur le reste du corps jusqu'au croupion , où elles 
sont tombantes et remplacent la queue. 

Les ailes sont extrêmement courtes; leurs pen- 
nes, ou plutôt les rudimens qui les représentent s 
sont au nombre de cinq , gros , à peu près ronds 
et dénués de barbes. Ces espèces de tuyaux sont 
creux dans toute leur longueur et contiennent une 
sorte de moelle semblable à celle des plumes 
naissantes; ils représentent cinq piquans dont 
l'animal se sert en effet pour se défendre; celui 
du milieu, qui est le plus grand, peut avoir un 
pied de longueur. Le bec , les pieds et les on- 
gles sont de couleur noire. Hauteur', cinq pieds 
environ. 

Le cri ordinaire de cet animal est hou hou pro- 
noncé faiblement et comme de la gorge; dans les 
momens de colère , il est remplacé par un bour- 
donnement assez analogue au bruit d'une voiture 
ou du tonnerre entendus de loin. 

Le mâle est d'un caractère plus farouche que 
la femelle, mais c'est principalement au temps des 
amours qu'il est le plus furieux. La femelle pond 
trois ou quatre œufs d'un blanc gris avec une 
foule de petits points verdâtres ; elle les place dans 
le sable , et ne les couve que pendant un mois , et 
la nuit seulement. Les jeunes diffèrent des adultes 
en ce qu'ils ont la tête non encore revêtue d'un 
casque, et que leur plumage est d'un roux clair 
mêlé de gris. 

Quoique plus difforme et proportionnellement 
plus lourd que l'Autruche , le Casoar court très- 
vile, et se défend des animaux qui l'attaquent en 
les frappant de ses pieds. Le premier iadivida 
qu'on ait vu en Europe y a été apporté par les 
Hollandais qui , en iSgy, l'avaient reçu pour pré- 
sent du roi de Cidaio dans l'île de Java. Depuis 
ce temps on en a possédé plusieurs autres 
vivans. 

Genre Emon, en latin Dromaius. Ce deuxième 
genre a pour caractères les suivans : bec droit, 
à bords très-déprimés , un peu caréné en dessus , 
arrondi à sa poin^, et plus court que celui du 
Casoar à casque; têle simple, sans casque et em- 
plumée ; jambes charnues jusqu'au talon; ongles 
presque égaux, un peu obtus ; rémiges et rectrices 
nulles, point de baguettes à leur place. 

L'espèce type du genre Emou est I'Emou noir, 
Droin. ater, Yieill. , Casuarius novce Ilollandue de 
Latham. M. Lesson l'a nommé Emou parembany^ 
Le premier de ces noms, qui est celui du genre, 
n'est qu'une modification du mot emeu qui sert 
quelquefois pour désigner le Casoar h casque ; le 
second est celui que l'oiseau porte à la IVouvelle- 
G ailes du sud. 

L'Emou a été figuré par Pérou à la pi. 3C de 
l'atlas du Voyage aux terres Australes; lorsqu'il 



CASP 



CASQ 



est parvenu à son état parfait, il est plus grand que 
leCasoar ; il n'a guère moins de six pieds de haut : 
ce qui le dislingue nettement de celui-ci , c'est 
que sa tête n'est point chargée d'un casque osseux 
et que son cou est emplumé ainsi que le dessus 
de sa lêle ; seulement les plumes de cette dernière 
partie sont plus rares , principalement sur les 
|oues et la gorge , où elles laissent voir la couleur 
purpurine de la peau. Les plumes du corps sont 
soyeuses et recourbées à leur extrémité; elles ont 
une teinte blanchâtre aux parties supérieures : le 
bec est noir et les pieds bruns , avec des dentelu- 
res saillantes le long de leur face postérieure. Les 
jeunes ont la tête entièrement emplumée ; ils sont 
couverts de plumes grises, blanches et brunes; 
ils quittent leur nid, courent et mangent seuls, 
dit-on , dès leur naissance. Les œufs sont d'un 
beau vert et de la grosseur de ceux du Ca- 
$oar. 

< Les Emeus habitent la Nouvelle-Hollande; on 
les a souvent observés dans les environs de Port- 
Jackson. Ils se nourrissent de fruits mous , de 
fleurs et de plantes de toutes sortes ; leur chair est 
moins mauvaise que celle du Casoar, elle approche 
assez pour le goût de celle du bœuf. On dit qu'ils 
sont polygames. 

t Emou kivi-kivi, Drom. Novœ-ZelandlœM. Lesson 
(Manuel, t. ii, p. 210) donne ce nom aune 
nouvelle espèce d'Emou très-commune dans les 
forêts de la Nouvelle-Zélande. Voici la courte 
description qu'il en donne : « Cet Emou est de 
moitié plus petit que le précédent ; son plumage 
est grisâtre, suivant ce que me dirent les naturels, 
car je n'ai jamais vu qu'une peau à moitié détruite 
et informe. » Les habitans de la Nouvelle-Zélande 
estiment la chair de cet oiseau et le chassent avec 
des chiens; ils le nomment Kivi-kivi. (Gebv.) 

CASPIENNE (Mer), (géocr. phys.) Cette mer, 
située entre 36 degrés l^o minutes et 47 degrés 
ao minutes de latitude septentrionale, et entre 
l^l^ degrés et 54 de longitude orientale, a 70 lieues 
de largeur moyenne sur une longueur de 270. 
Dans sa superficie, de i6,85o lieues carrées, on 
comprend le lac Amer, appelé par les Turcomans 
Koidi-Deria , auquel elle communique parle dé- 
troit de Karaboui^har (Taureau noir), dont la 
longueur est incertaine. Ce lac est réputé fort 
dangereux, l'eau en est malfaisante; les ani- 
maux, le poisson même s'en éloignent. 

Profonde de 2,700 pieds dans certains endroits, 
la mer Caspienne est si basse le long des côtes, 
que les navires sont presque toujours forces d'abor- 
der loin du rivage; un grand nombre de fleuves, 
parmi lesquels nous citerons le Volga , le Terek , 
l'Aksaï, l'Oural et le Rour, y portent leurs eaux; 
il est maintenant reconnu que la communication 
souterraine que l'on prétendait exister entre la 
mer Caspienne et la mer Noire est une fable dé- 
nuée de fondement. Parmi les îles qui bordent les 
côtes , on remarque celles de Ouga , de Popova , 
et de T/ielchen , h l'embouchure du Volga. Le dé- 
troit d'Alpheron est formé par la presqu'île du 
même nom et trois autres îles, i^iafoi (la sainte) , 



L€bejeï{\es Cygnes) etJyloî (l'habitée). A peu de 
distance du cap Touk-Karagan s'étend la grande 
île de Koutal, qui a 7 lieues de longueur sur 1 de 



largeur. 



L'opinion qui veut que le lac Aral ait été autre- 
fois uni à la merCaspienne se trouve appuyée par 
une foule de témoignages. Strabon et Eratos- 
thène parlent tous deux du fleuve Oxus , aujour- 
d'hui Amou-Deria, qui se jette, disent-ils, dans la 
mer Caspienne. Outre qu'il n'est pas probable que 
les deux géographes aient confondu cette mer 
avec l'Aral, le capitaine Mouraviev a suivi dans 
l'espace qui les sépare le lit de l' Amou-Deria jus- 
qu'à la mer Caspienne, ce qui confirmerait encore 
cette opinion. D'ailleurs le dessèchement conti- 
nuel de l'Aral est attesté par des faits physiques 
importans et par les traditions des Kirghiz qui ea 
habitent les rivages. Ainsi des vieillards de cette 
nation assurent avoir vu les eaux de ce lac dans 
des endroits situés à plusieurs lieues de la limite 
actuelle, et le mont Sari-Êou'ack, aujourd'hui à 
12 lieues de l'Aral, est couvert de coquilles et 
d'ossemens de poissons qui prouvent que les eaux 
y ont long-temps séjourné. 

De plus , un des caractères les plus remarqua*- 
bles du bassin delà mer Caspienne, c'est soa 
extrême dépression ; ainsi Astrakan se trouve ^à 
3oo pieds au dessous du niveau de l'Océan. Cette 
sorte d'entonnoir que les géographes nomment 
improprement plateau de l'Asie centrale, serait 
due, selon M. deHumboldt, au même soulèvement 
qui a formé le Caucase , l'Hindou-Kho et le pla- 
teau de la Perse qui entourent ce bassin ; on re- 
marque aussi entre les monts Oural et l'Altaï une 
région d'anciens lacs qu'on prétend être les restes 
du grand Inc Amer. De tous ces faits on peut 
donc induire sans trop de témérité que cette con- 
trée , qui a subi de vastes changemens par le des- 
sèchement et les mouvemens du sol , formait au- 
trefois ime mer dont la superficie était trois ou 
quatre fois plus étendue que la Caspienne actuelle. 
(Foj. Aral.) (J. H.) 

CASQUE, Cassis, (moll. ) Coquilles univalves 
marines confondues par Linné, et long-temps 
après par tous les naturalistes, avec les Buccins, 
dont elles diffèrent tant par la forme longitudi- 
nale de leur bouche, qui est toujours étroite et 
dentée sur le |bord gauche, que par un canal ter- 
minant leur base et brusquement replié sur le dos 
de la coquille. Lamarck , dont la pénétration ne 
saurait être trop louée , fut le premier à distinguer 
ces caractères, qui lui parurent suflisans pour for- 
mer un genre adopté depuis généralement. La 
coquille des Casques est fortement bombée dans 
presque toutes les espèces ; sa spire est courte et 
aiguë, sa columelle est plissée ou ridée transversa- 
lement, et quelquefois chargée de petits tubercules. 
Le bord droit est orné d'uu bourrelet dont l'épais- 
seur et la largeur n'ont pas de limites. La taille 
de ces coquilles est très-variée ; certaines espèces 
ne dépassent jamais im pouce de longueur, d'au- 
tres atteignent jusqu'à un pied et peut-être plus. 
Parmi ces géans nous citerons les Casques de 

Madagascar 



FI -0 




rasiuK' 



Ca 



( asso-iioix. 



^ Cassu'aii 



CASS 



17 



CASS 



Madagascar et tricoté; ce dernier est connu dans 
le commerce sous le nom vulgaire de Fer h re- 
passer, il est employé, ainsi que le Casque rouge, 
par les Italiens, pour la fabrication de ces camées 
connus sons le nom de camées-coquilles , avec les- 
quels on fait les plus jolies parures que les reines 
même ne dédaignent pas de porter. 

L'animal qui donne naissance à ces coquilles 
a été long -temps inconnu. M. de Blainville le 
signale , dans son Traité de Malacologie (page 
4io), comme étant le même que celui des Buc- 
cins. C'est encore, de ce professeur, une erreur que 
nous ne pouvons passer sous silence ; et si nous 
n'analysons pas ici les organes qui distinguent ces 
deux genres , c'est pour ne pas dépasser les limites 
qui nous sont tracées dans cet ouvrage et pour ne 
pas empiéter sur les droits de MM. Quoy et Gai- 
mard , qui en ont donné deux très-bonnes figures 
dans les planches de leur Voyage autour du 
monde sur CAstrolnbe. L'une d'elles , celle du 
Casque bézoard, espèce décrite par Lamarck, a 
été reproduite dans noire Atlas, pi. 79,fig. 1. 
L'animal est d'un blanc sale, et avec une bordure 
jaune-orangée autour du pied. Vingt-cinq espèces 
ont été décrites par Lamarck dans son Histoire 
des An. sans vertèbres, pag. 218. Nous supprimons 
de ce nombre le Casque plume qui n'est que le 
jeune âge du C. rouge, et le Casque hérisson, sim- 
ple variété du C. baudrier. Mais nous y ajoutons 
huit espèces nouvelles , dont trois fort rares ont 
été décrites par nous sous les noms de C. d'EpA- 
MiNONDAS, Gebmanicus, ct Trajan. EUcs fout partie 
de notre collection. (Ducl.) 

CASQLIE. (iNs. ) Quelques entomologistes ont 
traduit par ce mot le nom de galea, que Fabricius 
donnait h une partie de la bouche des OrthoptIj- 
RES. (F. ce mot.) (Guin.) 

I CASQUE, Galea. (bot. PHAN.)On désigne ainsi 
la lèvre supérieure des corolles bilabiées, lors- 
qu'elle est voûtée et concave, comme on en voit un 
exemple dans la Sauge , l'Ortie jaune , etc. L'Aco- 
nit et rOrchis ont aussi une partie de leur fleur 
disposée en Casque. (L.) 

i. CASSA VE. (bot. phan.) Sorte de pain ou de 
gâteau préparé avec la râpure fraîche des racines 
du Jatropha manihot (arbrisseau qui croît natu- 
rellement dans l'Amérique du Sud, et qui appar- 
tient à la famille des Euphorbiaciées de Jussieu) , 
que l'on étend sur des disques de fer , et que l'on 
fait cuire h une forte chaleur , afin d'eu chasser 
tout le principe vénéneux. (F. F.) 

CASSE , Cassia. (bot. phan.) Un grand nombre 
d'espèces , ayant en général peu d'agrément , dont 
quelques tnies sont cultivées par simple curiosité, 
quatre ou cinq comme ornement , et deux seules 
pour leurs propriétés , constituent ce genre de la 
famille des Légumineuses et de la Décandrie mo- 
nogynie. La jouissance des premières ne répond 
pas aux soins qu'elles coûtent; les secondes sont 
de pleine terre, elles intéressent par leur beau 
feuillage et par les grappes fleuries qui les déco- 
rent ; l'utilité des troisièmes, comme plantes mé- 
dicinales, justifie pleinement l'attention qu'on leur 
Tome IL 83' Livr 



accorde. Botaniquement prises, les Casses offrent 
dans la forme de leurs gousses, dans le nombre 
des valves, dans leur nature sèche ou pulpeuse, 
des variations si grandes qu'on les croirait étran- 
gères les unes aux autres sans la fleur qui les rap- 
proche. Le calice a cinq divisions très-profondes, 
colorées et caduques ; la corolle est pentapétale , 
les pétales inférieurs plus grands; dix étamines 
distinctes, dont trois inférieures plus longues sont 
munies d'anthères arquées; les quatre latérales 
ont les anthères courtes , et les trois supérieures 
sont petites et à anthères stériles. L'ovaire est pédi- 
cule. Toutes les Casses sont des plantes dormantes, 
c'est-à-dire qu'elles resserrent leurs feuilles le 
soir , ct qu'elles les étalent chaque matin aux 
premiers rayons du soleil. {Voy. Plantes dor- 
mantes). 

Deux mémoires ont jeté le plus grand jour sur 
ce genre, à l'égard duquel les botanistes ont émis 
des opinions très-opposées : l'un est botanique, 
on le doit au docteur Colladon de Genève ; l'autre 
est purement médical , son auteur est le docteur 
Nectoux. J'y renvoie avec plaisir. 

Les deux espèces d'usage en médecine sont la 
Casse purgative, C fistula, que l'on verra figurée 
dans notre Atlas, pi. 7g, fig. 2, ct la Casse d'iTA- 
lie , C. senna, dont les effets sont beaucoup plus 
puissans ; elle purge bien , mais elle est sujette à 
occasioner des tranchées ; elle est de plus nauséa- 
bonde, ce qui force, pour en corriger le goût, 
d'ajouter à son infusion ou décoction quelques 
graines de coriandre. La première porte vulgaire- 
ment, le nom de ca?2e/îc(er que rien ne justifie puis- 
qu'elle purge doucement, sans causer d'irritation', 
et celui de Casse en bâton , h cause de ses gousses 
noirâtres, cylindriques, longues d'un mètre et 
quelquefois plus. La seconde devrait s'appeler de 
préférence Séné d'Egypte , puisqu'elle est origi- 
naire de ce pays, et qu'elle n'est quecullivée dans 
la célèbre péninsule. 

Parmi celles que l'on admet dans les jardins 
d'ornement, la plus éclatante est la Casse cretelle, 
C. chamœcrista. Cette plante annuelle, originaire 
de la Jamaïque, des Barbades et de la Virginie, 
se soutient en France en pleine terre, même sous 
la zone de Paris , mais , en cette dernière situation, 
elle ne porte presque jamais de fruits. Ses tiges 
herbacées s'élèvent au plus h un mètre ; elles don- 
nent des fleurs en juillet, grandes, d'un beau 
jaune et marquées de deux petites taches pourprées. 
Je place h côté d'elle i°la Casse du Maryland, 
C. marylandico, qui monte un peu plus haut, 
fournit des tiges nombreuses d'un vert jaunâtre , 
chargées de grappes jaunes, courtes, aux aisselles 
des branches, et au sommet des épis clairs de 
même couleur, ce qui produit un effet des plus 
remarquables, durant sa floraison automnale; 
2° la Casse a feuilles en faux, C. falcata, joli ar- 
brisseau de l'Amérique , aux feuilles d'un vert 
foncé, courbées en faucille, de même que les si-, 
liques qui succèdent à des fleurs nombreuses,, 
rangées en bouquets d'un très-beau jaune , et dont 
la tige monte jusqu'à trois et quatre mètres ; et 
AISON. 3 



CASS 



i8 



CASS 



la Casse a gousses ailées, C. alata, qui se dis- 
tingue par ses larges feuilles , mais qui dure peu. 

Le mot Casse est appliqué h plusieurs végétaux 
étrangers au genre dont je viens de parler. Citons- 
en quelques uns. 

Casse. Quelques personnes estiment que ce 
nom donné au Chêne roure, Quercus robur, est 
d'origine gauloise , parce qu'il est conservé dans 
les dialectes gascons. Je ne sais jusqu'h quel point 
cette singulière assertion est fondée. 

Casse aromatique. On donne improprement ce 
nom à une espèce de Cannclier, quoiqu'elle ap- 
partienne à une tout autre famille que les Casses 
proprement dites , dont l'écorce n'est nullement 
odorante, et dont le fruit n'a aucun rapport avec 
celui des Laurinées. 

Casse-lunette. Nom vulgaire du bluet ou bar- 
beau des champs , Centaurca cyanus, 

Casse-piekre. On donne indistinctement ce 
nom vulgaire au Bacille des bords de la mer , 
Critlimum maritimum; à la Pariétaire commune , 
Parietaria officinaUs; à diverses saxifrages, particu- 
lièrement h celles des botanistes, Saxifraga pe- 
trœa , etc. , parce que ces plantes se plaisent sur 
les rochers. 

Casse-pot. Quand on brûle le bois du Cestreau 
à feuilles de laurier, Cestrumlaurlfolium , il éclate 
et brise tous les vases qu'on expose devant le feu 
qu'il entrelient : de là le nom vulgaire qu'on lui 
donne dans la Guiane, et surtout au Pérou. 

(T. D. B.) 

CASSE-NOIX, Cucifraga. (ois.) Ce genre ap- 
partient à la famille des Corvidés ou Corbeaux; 
on peut le caractériser ainsi qu'il suit : Bec en 
cône long, effilé h sa pointe, à bords tranchans, 
et garni de plumes sélacées à sa base; mandibule 
supérieure plus longue que l'inférieure; narines 
rondes , ouvertes et cachées par des poils dirigés 
en OTant; tarses plus longs que le doigt du milieu ; 
ailes acuminées , à quatrième rémige la plus 
longue. 

Ce genre est composé d'une seule espèce eu- 
ropéenne , qui semble former par ses habifndes 
le passage du genre Corbeau h celui des Pies; son 
bec d'ailleurs a beaucoup de, rapport avec celui 
de certains de ces derniers. Le Casse-noix se tient 
sur les arbres, frappe leur écorceet la perce pour 
prendre les insectes et les larves qui y font leur 
demeure ; il recherche aussi les fruits, les noyaux, 
quelquefois les charognes et surtout les noisettes , 
ce qui lui a valu son nom. 

Cet oiseau, appelé en latin Nucifraga caryoca- 
lactes, est représenté à la planche 79, lig. 3 de noire 
Atlas. Il a le corps entier d'un gris fuligineux , 
sans tache sur le sommet de la tête et flammé de 
blanc au centre de chaque plume; ses reclrices 
sont terminées par une teinte blanche; son bec 
et ses pieds sont de couleur livide; iris brun. Sa 
femelle est d'un bran nuancé de roussâtre. L'es- 
pèce ne mue qu'une fois chaque année; on en voit 
des variétés accidentelles d'un blanc pur ou barré 
de jaunâtre , avec des taches plus foncées ; les ailes 
et la queue sont quelquefois de couleur blanche. 



Le Casse-noix se trouve dans toute l'Europe; il 
préfère les montagnes couvertes de bois , et se li- 
vre à des migrations; il passe régulièrement dans 
certaines contrées, dans d'autres il reste plusieurs 
années sans se montrer. Il niche h terre, dans les 
trous des arbres , et pond cinq ou six œufs, d'un 
gris fauve, avec des taches rares d'un gris brun 
clair. (Gerv.) 

CASS& NOYAUX ou CASSE-ROGNON, (ois.) 
Nom vulgaire du Gros-Bec. F oyez ce mot. 

(GuiR.) 

CASSICAN, Bar'ila. (ois.) BuiTon a donné ce 
nom à un oiseau qui a quelques rapports avec 
les Cassiques par la l'orme de son corps et l'échan- 
crure de ton front, et avec les Toucans par la 
conformation du bec. Gmelin et Lalham ont 
rangé le Cassican parmi les RoUiers , sous le nom 
de Coracias varia; Cuvier en a faille type d'un 
petit genre nouveau, et l'a placé à la suite des 
Pies-grièches en lui donnant pour caractères : un 
bec grand, conique, droit et rond à sa base, en- 
tamant les plumes du front par une échancrure 
circulaire ; sa poitrine est crochue, échancrée la- 
téralement; narines petites, linéaires, non entou- 
rées d'un espace membraneux ; ailes médiocres 
ou longues , ayant leur quatre premières rémi- 
ges étagées , et la sixième ou la cinquième la plus 
longue. 

Ces oiseaux forment le passage des Corbeaux 
aux Pies-grièches; ils sont omnivores comme les 
premiers, et ont la voix criarde et les habitudes 
bruyantes des autres. Certaines espèces ont le 
brillant plumage des oiseaux de Par.adis; d'au- 
tres au contraire ont les teintes sombres des 
corbeaux et des pies : il est probable qu'on les di- 
visera en plusieurs groupes correspondant à leur 
distribuliou géographique. 

Les unes viennent de la Nouvelle-Guinée, les 
autres de la Nouvelle-Hollande et des îles envi- 
ronnantes. Nous ninùiquéi'ons que les prin- 
cipales : 

Cassican VARIÉ , ou proprement dit, le Cora- 
cias varia de Gmelin, qui est l'espèce type du genre, 
a été nommé par Vieillot Craclicus varias , pi. 
enl. C28. Cet oiseau , qui paraît êlre de la Nou- 
velle-Guinée , d'où il a été envoyé ti Buffon pat 
Sonnerai, a le cou, la tête, le haut de la poi- 
trine et le dos noirs ; le croupion , les couvertures 
supérieures de la queue et le dessous du corps 
blancs , les couvertures supérieures des ailes blan- 
ches avec des taches noires ; son bec est bleuâtre, 
ses pieds sont noirs. Près de celle espèce on doit 
ranger le Barita strepcra , Cuvier, Icon. du Règne 
animal, pi. 6, fig. 3. Cet oiseau est tout noir 
avec un miroir aux ailes, la base et l'extrémité 
de la queue blanches. Il vient aussi de la Nou- 
velle Hollande , et est représenté dans noire Atlas , 
pi. 79, fig. 4- ^ . , , 

Cassican calyeé , Crachciis chalybcas , Vieillot. 
Cet oiseau, décrit par Le Vaillant dans ses Oiseaux 
de Paradis, p. 64, et figuré à la pi. 20 du même 
ouvrage, habite la Nouvelle-Guinée, où il paraît 
commun. 



CASS 



19 



CASS 



Cassican réveilleur, le grand Calybé ou Ca- 
lybé bruyant de Le Vaillant, Ois. de Paradis, 
p. G7 et pi. 24. Cette espèce est de la taille d'une 
Corneille ; elle est commune dans l'île de Norfolk. 
Sou nom vient de Ihabitude qu'elle a de s'agiter 
beaucoup , et de pousser pendant la nuit des cris 
assez forts. 

Cassican de Quoy , Baryta Quoy'i, Less. Ail. 
de Latr. Coquille, pi. xiv. Cet oiseau a été trouvé 
h la Nouvelle-Guinée ; il a treize pouces de lon- 
gueur totale ; son bec, long de deux pouces,- est 
robuste et de couleur blanchâtre , passant au 
bleu noir vers le milieu , l'extrémité des mandi- 
bules d'un noir vif; le plumage est partout d'un 
beau noir lustré. Cet oiseau a les habitudes 
bruyantes de ses congénères; il s'agite sans cesse 
sur les branches où il se tient perché. (Gerv. ) 

CASSIDAIRE, Cassidaria. (moll. ) On désigne 
»ous ce nom quelques espèces de coquilles uni- 
valves qui ont les plus grands rapports avec les 
Casques, mais qui en ont été séparées par La- 
marck, parce qu'eflectivement il y a des diffé- 
rences dans les caractères. 

_ La coquille des Cassidaires est facile h recon- 
naître par le canal plus ou moins court qui termine 
inférieurement son ouverture et n'est jamais re- 
plié sur le dos , c'est-à-dire n'offre qu'une légère 
courbure ascendante. Le mollusque des Cassidaires 
est lin trachélipode, appartenant à la famille des 
Purpurifèrcs de Lamarck ; le nombre des espèces 
qui constituent ce genre est fort minime; on n'en 
connaît encore qu'une dizaine, tant vivantes que 
fossiles, dont la plus grande porte le nom de 
Thyrrénienne, et peut atteindre quatre pouces de 
longueur. Elle est légèrement sillonnée transver- 
salement, fort légère, d'un beau blanc, et habite 
la Méditerranée. Chcmnitz en donne deux assez 
bonnes figures h sa planche i55 , n"' i46i et 
14G2. " (Dtjgl.) 

CASSIDAIRES, Cassidarlœ. Tribu de Coléop- 
tères de la famille des Cycliques. Les insectes 
qui forment cette tribu ont les antennes très-rap- 
prOchées h leur insertion h la partie supérieure de 
la léte , droites , quelquefois un peu renflées gra- 
duellement vers le bout ; la bouche est inférieure 
et enfoncée; les palpes sont courts, presque fili- 
formes; les yeux entiers ; les pattes courtes , con- 
tractiles, avec les tarses déprimés. Les genres 
dont se compose cette tribu sont peu nom- 
breux; on ne connaît les larves que des cassides. 
{F. HisPE et Casside.) (A.'P.) 

CASSIDE, Cassida, Genre de Coléoptères, de 
la section des Tétramères , famille des. Cycliques , 
Irihu des Cassidaires, qui se dislingue des genres de 
Ja même tribu par les caractères suivans : corps 
orbiculaire , méplat en dessous , bombé en dessus; 
le corselet demi-circulaire cache la tète, oulen- 
ckidre dans une échancrure antérieure; les élylres 
débordent le corps. Les mandibules sont munies 
de quatre dents ; les mâchoires ont le lobe exté- 
rieur aussi long que lintcricur. Linné a cicé ce 
genre, un des mieux tranchés de Tordre des Co- 
léoptères; depuis lui, on eu a démembré le genre 



Imatidie , qui comprend les espèces où la tête, 
au lieu d'être recouverte par le corselet , est seule- 
ment emboîtée dans une échancrure. 

Les métamorphoses d'une espèce (la C. verte) de 
ces insectes' ont été étudiées avec soin par Réau- 
mur, et méritent d'être rapportées. 

La larve aie corps très-plal , mou, et de cou- 
leur variable, depuis le vert clair jusqu'au noir; 
sa têle, très- petite, est cachée sous le piemicr seg- 
ment qui forme une espèce de corselet; chaque 
côté du corps est armé d'un rang d'épines bran- 
chues ; l'exlfémité du corps , où est l'anus , est 
tronquée et relevée en haut; il est en outre armé à 
droite et à gauche, un peu avant l'extrémité, de 
deux appendices mobiles , sétacés , égalant 
presque la longueur du corps, et que l'insecte 
peut à volonté relever au dessus du corps ; pour 
se garantir du soleil , qui aurait bientôt tué cette 
larve, elle use d'un moyen assez singulier ; c'est 
de se faire un parasol avec ses excrémens , et 
voici comment elle s'y prend. Les premières par- 
celles qui sortent de l'anus sont par celui-ci dépo-r 
séessur les deux appendices dont nous avons parlé, 
et qui se trouvent couchés sur le dessus ducorps; 
là poussées par d'autres, elles avancent toujours du 
côté de la tête, s'y durcissent, et acquièrent assez 
d'homogénéitépour tenir entreelles, sans être soute- 
nues autrement que par celles qui viennent ensuite j 
cet abri ne touche nullement au corps de l'insecte, 
qui peut le rapprocher plus ou moins de son corps 
en faisant varier les deux supports de la position 
horizontale à la position verticale; quand dans 
l'intervalle arrive une mue, l'insecte dégage d'a- 
bord son corps, et la vieille peau, par les ondu- 
lations du corps, se trouve chassée vers son extré- 
mité , et de là remonte vers la tête , le long des 
deux appendices , qu'il faut tirer de la vieille dé- 
pouille , et ce doit être le plus difficile; cette 
opération doit naturellement entraîner la destruc- 
tion de la couverture, mais en quelques heures 
l'insecte a réparé sa perte. Quand vient le chan- 
gement en nymphe, ces appendices, qui ont rendu 
tant de services à l'insecte, disparaissent; le corse- 
let s'agrandit beaucoup et offre en devant une 
forme demi-circulaire ; les épines latérales ac- 
quièrent un développement singulier, de bran- 
clîues qu'elles étaient elles deviennent foliacées; 
toute celte nymphe est verte; au bout d'une quin- 
zaine de jours l'insecte parfait en sort. 

Les Annales du Muséum offrent la description 
d'une autre larve, que nous passons sous silence, 
parce qu'on ne sait à quelle espèce la rapporter 
positivement; mais nous allons extraire la descrip- 
tion de la forme singulière qu'elle fait prendre à 
ses excrémens pour former son manteau : « Re- 
présentez-vous un assemblage d'un grand nom- 
bre de corps déliés, semblables à de petits brins 
de fil un peu noueux, ou comme articulés, d'un 
brun jaunâtre, arqués et disposés presque horizon- 
talement sur deux faisceaux, dont chacun est com- 
posé de filets qui ont leur courbure dans le même 
sens; faites que ces faisceaux se réunissent parles 
extrémités de leurs arcs, et forment ainsi des 



CASS 



20 



CASS 



ovales concentriques ; supposez que les ovales les 
plus internes soient plus petits , plus nombreux et 
plus ramassés ; élevez un peu plus que les autres 
cette partie; que tout ressemble à un petit nid 
renversé , et dont le centre est ouvert ; vous au- 
rez une idée du manteau qui couvre notre larve, 
et qui la dérobe aux regards de l'observateur. » 

Le nombre des espèces connues de ce genre est 
très-considérable , et formerait h lui seul un vo- 
lume dont les planches offriraient la représenta- 
lion des couleurs les plus variées et des formes les 
plus bizarres ; mais toutes ces subdivisions si ex- 
traordinaires sont exotiques,et nous nous bornons à 
parler de quelques unes des espèces les plus 
faciles h reconnaître parmi celles de notre pays; 
car , quoique plusieurs possèdent des couleurs 
métalliques brillantes, elles disparaissent avec la 
vie de l'animal. 

C. VERTE , C. viridis , Lin. ,Rœsel, ins. , 2, 
scar. 3 , tab. 6. Verte en dessus ; tète , dessous du 
corps et première moitié des fémurs noirs ; an- 
tennes , seconde partie des fémurs , reste des pat- 
tes fauves; les angles du corselet joignent les angles 
des élytres , celles-ci sont ponctuées, et les points 
de ces dernières forment quelquefois des stries. 
Commune sur les arlichauds. 

C. THORACiQUE, C. thovaclca , Panz., Faun. ins. 
Germ., fasc. 58, tab. 24, ne diffère de la précé- 
dente que par les pattes entièrement jaunâtres, et 
l'exlrcmilé des antennes noire. D Europe. 

C. PANACHÉE, C. varia, Degeer, Longue de 2 à 
3 lignes , verdàtre étant jeune , rougeâtre plus 
âgée, avec les élytres parsemées de points noirs ; 
tout le corps en dessous est noir. Paris. 

(A. P.) 

CASSIDULE , CassiduUis. (zooph, échin. ) 
Genre établi par Lamarck, dans ses Pxadiaircs échi- 
nides, pour des animaux que nous devons aujour- 
d'hui caractériser de la manière suivante : corps 
irrégulier, elliptique, ovale ou subcordiforme, à 
bouche centrale , symétrique , h supports osseux 
adhérens dans la cavité dujtest, à ambulacres 
bornés, muni de quatre pores génitaux, ayant 
l'anus au dessus du bord, les aires sub-cgales. 

Nous prenons une partie de ces caractères dans 
le beau travail que M. Charles Des Moulins fait 
sur les Echinides en général, et qui, selon le désir 
des naturalistes qui savent apprécier le talent de 
ce zoologiste paraîtra bientôt. 

Lamarck décrit quatre espèces de ce genre; mais, 
d'après les observations de M. Chirles Des Moulins, 
1 une d'elles, le CassiduLus Car ibceorum, est une nu- 
cléolile. (B. ) 

CASSIE. (bot. piian.) C est h nom du 31 imosa 
farnesiana en Provence, où cet arbre fleurit en 
pleine terre. (GuiR.) 

CASSIOPEE , Cassiopea, ( zooph. acal. ) 
Genre établi par Péron pour des médusaires qui 
ont plusieurs bouches au disque inférieur de l'om- 
belle; celle-ci sans pédoncule, mais garnie de bras 
en dessous et de tentacules au pourtour. On ne 
connaît encore que quatre h cinq espèces de ce 
genre, sur lequel M. Délie Chiaie , anatomiste na- 



politain, a jeté un si grand intérêt en décrivant le 
Cassiopea borbonica des mers d'Italie. L'espèce 
type du genre est la Cassiopcea frondosa ( Mé- 
dusa frondosa , Pallas ) , représentée dans notre 
Atlas, pi. 80, fig. 1. Elle est entièrement transpa- 
rente et bleuâtre; on la rencontre dans les mers 
du Nord. (R. ) 

CASSIQUE , Cassicus. ( ois. ) Les espèces de ce 
genre appartiennent à l'Amérique; elles ont pour 
caractères communs un bec en cône allongé , droit 
ou légèrement arqué , pointu , à mandibule supé- 
rieure sans arête , avec une place nue , arrondie], 
qui s'étend sur le crâne. 

Les Cassiques se nourrissent de baies, de graines 
et d'insectes; la plupart se rassemblent en troupes 
nombreuses. Ils suspendent leur nid à l'extré- 
mité des plus petites branches sur des arbres éle- 
vés, et le composent de brins d'herbes entrelacés 
avec des filamens longs et très-déliés , qui provien- 
nent des végétaux, et notamment d'une espèce 
deTillande, le Tillandica w^veoides de Linné. Les 
Cassiques ont un cri désagréable et peu sonore , 
qui ressemble assez à celui des troupiales; ils vi- 
vent d'insectes et de graines, et leurs troupes 
nombreuses font de grands ravages dans les 
champs cultivés; leur chair a une odeur musquée 
qui la rend désagréable. 

Cassiqi'e huppé, Oriolus cristatus de Gmelin, 
est une espèce de ce genre longue environ de dix- 
huit pouces. On la trouve dans les bois h Cayenne 
et dans la Guiane ; les créoles lui donnent le nom 
de cul-jaune des palcluviers. 

Cassique yapou, Cassicus pcrsicus, est une au- 
tre espèce très-commune h. Cayenne et dans plu- 
sieurs autres contrées de l'Amérique méridionale. 
Elle vit par troupes auprès des eaux, dans les lieux 
découverts ; sa nourriture consiste en insectes et 
en fruits. Le nom d'Yapou ou d'ii'acou qu'on a 
donné à ces oiseaux exprime leur cri ; on les tient 
en captivité à cause de la facilité avec laquelle ils 
apprennent h parler. 

Cassique Jupupa, Cassicus hcBmorrhous, L. Cet 
oiseau , le même que le Cassique rouge de Buffon, 
Enl. 482, ressemble assez au précédent pour que 
quelques auteurs aient cru ne pas devoir l'en dis- 
tinguer. 

Cassique noir , Cassicus niger. Le Troupiale 
noir de Buffon, Enl. 554, se trouve à Saint-Do- 
mingue, h la Jamaïque et h la Guiane; il se tient 
ordinairement dans la campagne et fond par 
troupes sur les champs de riz. 

Cassique a tête blanche , C. Leucocephalus 
de Daudin, est regardé par Mauduit comme une 
variété du précédent. 

Cassique MÉLANiCTiiRE , C. melanicterus , Ch. 
Bonaparte, Journ. Acad., Philad. IV, p. 38, doit 
être placé dans ce genre; il est généralement 
noir, avec la huppe, le croupion, les couvertures 
des ailes et la queue jaunes. Longueur , sept 
pouces et demi. Habite Mexico. 

MM. Quoy et Gaimard ont décrit, dans la par- 
tie zoo logique du voyage de XUranie, deux autres 
espèces de ce genre. (Gery.) 



F/ . /lo 




'. ("assiopée. 



2 . ('asta£;nolc 



J Castal 



4 CasU-le. 




^ 



> 



I 



FI 82 




(" assiiniunar 



2 . C iiuvl 



3 C aiirnk" 



£ Guênn eùf 



CAST 



21 



CAST 



CASSIÏÉRITE. (min.) Ce nom, qui dérive 
d'un mot grec qui signifie ^fam , se donne, dans 
la nomenclature de M. Beudant, à l'oxide de ce 
métal. Ce minéral , ornement des collections par 
sa couleur, son éclat et sa cristallisation , se com- 
pose de 91 à 99 pour cent d'oxide d'étain; de 
quelques parties d'oxide de fer, et quelquefois de 
manganèse et' de silice. Nous renvoyons sa des- 
cription à l'article Étain. (J. IL) 

CASSUMUNAR , Cassamunar. ( bot. phan. ) 
Nouveau genre créé, en i835, par Colla, avec 
une plante que Roxburgh, savant botaniste voya- 
geur, a le premier fait connaître. Il appartient à 
la Monandrie monogynie, et se place naturelle- 
ment dans la famille des Amomées, entre les genres 
Gingembre et Amome. En voici les caractères : 
spathe double, l'extérieure infère herbacée, la 
supérieure pétaloïde; le limbe de la corolle tri- 
parlite, l'autre bifide; filament allongé; anthère 
nue; stigmate tronqué. On n'en connaît encore 
qu'une seule espèce, le j^assumunar Roxburghii, 
dont nous donnons le portrait, pi. 82 , f. 1 , de notre 
Atlas, d'après un beau dessin de madame Billolti, 
de Turin. Cette espèce a fleuri en août 1829 dans 
les serres du jardin botanique de Rivoli (y. Jardin 
botanique); elle est originaire de l'Inde. Sa ra- 
cine tubéreuse est grise en dehors , jaunâtre en 
dedans, d'un goût un peu acre, amer et aroma- 
tique; son odeur est agréable; sa tige droite, 
herbacée, avec des feuilles glabres, lancéolées, et 
des fleurs bleuâtres. On lui attribue des propriétés 
médicinales qui ne sont pas encore parfaitement 
constatées. (T. d. B.) 

CASTAGNEUX. (ois.) Espèce du genre GrIsbe. 
(F. ce mot.) (GrÉR.) 

CASTAGNOLE , Brama, (poiss. ) Genre établi 
par Bloch et Schneider aux dépens des Spares de 
Linné, et adopté par Cuvier (Règne anim. , t. 11, 
p. 194) , qui le place dans la famille des Squami- 
pennes, parmi les Acanthoptérygiens ; il rentre 
a" * " ans les Léiopomes deDuméril; les Casta- 
guoies tiennent à cette famille par les écailles qui 
couvrent leursnageoires verticales, lesquelles n'ont 
qu'un petit nombre de rayons épineux , cachés 
dans leurs bords antérieurs , mais elles ont des 
dents en cardes aux mâchoires et aux palatins ; 
le profil élevé, le museau très-court, le front 
descendant verticalement ; une dorsale et une 
anale basses, mais commençant en pointe saillante. 
Le genre Castagnole a pour type la Castagnole 
proprement dite , Crama Rau , Schneid. , pi. 99 , 
Spams Rail, Bloch, 273, Brème dentelée, Encycl. 
Ce poisson a la mâchoire supérieure garnie de deux 
rangées de dents minces , égales ; un rang de dents 
semblables paraît h la mâchoire supérieure. Le 
corps est plus haut dans sa partie antérieure que 
dans sa partie postérieure ; les écailles sont molles 
et lisses; en général, la forme de la Castagnole 
est facile à distinguer de celle des autres poissons. 
La couleur est celle de l'acier bruni. Celte espèce, 
onginaire de la Méditerranée, s'égare quelquefois 
dans l'Océan; sa nourriture consiste en petits pois- 
«ons et en frai; sa chair est blanche et molle; ce- 



pendant elle est bonne à manger lorsque le poisson 
a pris tout son développement et qu'il a vécu daiwî 
des endroits pierreux. On le prend pendant l'été 
avec des filets ou des lignes; et l'on profile souvent, 
pour le pêcher, des temps d'orage et de tempête , 
pendant lesquels il se réfugie près des rivages et 
sur les bas-fonds. Nous avons représenté celte es- 
pèce dans notre Atlas, planche 80, figure 2. 

(Alpii. G.) 

CASTALIE , CastaLla. ( aioll. ) Lamarck a 
donné ce nom à un genre de coquilles bivalves, 
de la classe des Acéphales , formé aux dépens du 
genre Mulette , Unio , et n'en différant que par la 
coquille, qui est un peu en cœur, striée en rayons, 
avec les dents et les lames de la charnière sillon- 
nées en travers de leur longueur, ce qui leur donne 
quelques rapports avec celles des Trigonies. Ces 
coquilles se trouvent dans les fleuves de Tintérieui: 
de l'Amérique méridionale, et elles sont très-rares 
et très- recherchées des amateurs; aussi leur prix 
est-il fort élevé, car elles valent encore de 80 et 
100 fr. la pièce. On n'en connaissait qu'une es- 
pèce , brune en dehors , nacrée en dedans , la 
Castalie ambiguë, C. «m^/g(tfl, Lamarck, repré- 
sentée dans notre Atlas , pi. 80 , fig. 3. Mais 
M. d'Orbigny, qui vient de faire un voyage de sept 
ans dans l'intérieur de l'Amérique méridionale, en 
a découvert d'autres individus qui semblent cons- 
tituer des espèces nouvelles. On pourra bientôt 
en voir des descriptions accompagnées de bonnes 
figures , dans le grand ouvrage qu'il va [publier 
avec les immenses matériaux recueillis pendant 
son voyage. (Guér.) 

CASTÉLA, Castela. (bot. phan.) Ilmérilait 
bien l'auteur du Poème des plantes, Louis René 
Castel, de Vire, avec lequel j'ai été très-lié, qui 
est mort à Reims, le i5 juin i832, de voir son 
nom donné à un genre de plantes de la Polygamie 
monoécie , et de la famille des Rhamnées. Ce. 
genre, créé par Turpin en 1806, est composé 
de deux espèces, originaires de l'Amérique méri- 
dionale :1a première, le Castela deprcssa, se 
trouve dans lîle de Haïti, entre Monlchrist et 
Saint-Yague; la seconde, le Castela erecta, pro- 
vient de la petite île Anligoa , l'un des meilleurs \ 
ports des Antilles. 

Le Castela couché est un arbriseau se divi- 
sant, dès la base, en plusieurs rameaux flexibles, 
longs d'un mèlre , subdivisés en un grand nombre 
de petites branches terminées en pointes épineuses, 
garnies de feuilles alternes, oblongues , d'un vert 
luisant en dessus, et en dessous d'un blanc ar- 
genté, semblable à celui de l'écorce; fleurs pur- 
purines, réunies deuxà quatre dans les aisselles des 
feuilles, auxquelles succèdent quatre , rarement 
cinq drupes ovales , de la grosseur d'un pois or- 
dinaire , disposés en étoiles autour d'un récep- 
tacle commun , et d'un bead ^ouge de feu. Son 
utilité n'est point connue. 

Le Castela droit s'élève à un mètre et demi, son 
écorce est brune, ses feuilles lancéolées; les fleurs, 
s'épanouissant en juin et juillet , naissent de même 
par petits groupes axillaires. Nous avons repré- 



CAST 



22 



CAST 



sente le premier dans notre Atlas, pi. 80, fig. /|. 
La beauté de ces deux arbrisseaux peint bien les 
gracieuses idées répandues dans le Poème des 
plantes, le charme que l'on goûtait dans la société 
de son auteur; comme les épines de ses rameaux, 
qui défendent de les toucher sans précaution , re- 
présentent bien l'irritabilité du poète. 

On croit que plus tard ce genre formera une 
famille particulière entre les Ochnacées et les Si- 
maroubées : c'est du moins l'opinion d'un bota- 
niste qui se complaît à couper toutes les familles 
établies , et h les multiplier h l'infini. 

(T. D. B.) 

CASTNIE , Castnla. Genre de Lépidoptères, 
de la famille des Crépusculaires; il fait partie de 
cette division que Latreille a nommée Hesperispldn- 
ses , exprimant , comme on le voit , qu'elle fait la 
liaison entre les Hesperies et les Crépusculaires 
proprement dits. Fabricius, qui avait établi ce 
genre , l'avait uni avec les Lépidoptères diurnes. 
Les antennes sont simples , épaissies près de l'ex- 
trémité, qui se termine en pointe tournée en cro- 
chet, sans houppe de poils h l'extrémité; la trompe 
est toujours distincte, et les palpes de trois arti- 
cles bien apparens. Ce qui distingue principale- 
ment ce genre de ceux qui en sont voisins dans la 
même coupe , ce sont les antennes épaissies vers 
leur milieu , et les palpes courts , larges et cylin- 
driques. On ne connaît encore que peu d'espèces, 
toutes propres h l'Amérique. 

C. icAnus, C. icariis, Godard , représentée dans 
notre Atlas, p. 81, f. 1. Envergure de 3 h 4 pouces; 
on ea trouve cependant quelquefois des individus 
plus petits; le dessus des premières ailes est brnn, 
parsemé de taches grisâtres et chatoyant en violet 
sous différens aspects ;nes seconde* ailes sont rou- 
ges avec la base , deux' bandes et le bord terminal 
noirs; en dessous les premières ailes ont la base 
rouge, avec quelques traces des bandes noires. Il 
se trouve h Surinam. (A. P.) 

CASTOPt, Castor. ( M.wr. ) Ce genre appartient 
à l'ordre des Rongeurs; il ne comprend qu'une 
seule espèce, vulgairement connue sous les noms 
de B lèvre ou Castor. 

Il est, comme nous l'avons dit, de l'ordre 
des Plongeurs, et prend place parmi ceux qui 
ont des clavicules bien distinctes; ses caractères 
sont : la queue aplatie horizontalement, couverte 
d'écaillés, et de forme ovale; doigts au nombre de 
cinq partout, les antérieurs plus courts que ceux 
de derrière qui sont réunis par une membrane ; 
les dents au nombre de vingt , savoir } incisives , 
et ~-^ molaires; celles-ci sont à couronne plate; 
elles semblent formées par un ruban osseux re- 
plié sur lui-même, de telle sorte qu'on voit une 
échancrure au bord interne , et trois à l'externe 
dans les supérieures , et vice versa dans les infé- 
rieures. 

Les Castors sont originaires de toutes les con- 
trées froides et tempérées de notre hémisphère ; 
on les trouve dans l'Amérique septentrionale , au 
Canada, dans les Ltats-Unis, au Labrador, et sur 



le banc de Terre-Neuve , ainsi que dans l'Asie et 
tout le nord de 1 Europe jusqu'au Rhône : quoi- 
que partout ils ne présentent pas les mêmes habi- 
tudes, et que souvent ils diffèrent aussi par la co- 
loration, on a tout lieu de penser qu'ils appar- 
tiennent h une même espèce. 

. Ce sont d'assez grands animaux , dont la vie est 
aquatique, et qui se nourrissent de matières orga- 
niques végétales , telles que les feuilles , les racines 
et les écorces d'arbres ; aussi ont-ils les dents in- 
cisives très-vigoureuses. Ces dents, comme celles 
de tous les Rongeurs, repoussent h mesure qu'elles 
s'usent , de sorte que leurs dimensions sont tou- 
jours à peu près les mêmes. 

L'anus et l'orifice des organes génito-urinaires 
viennent aboutir dans une cavité commune ; de 
chaque côté sont deux paires de poches glandu- 
leuses; la paire supérieure reçoit des glandes pla- 
cées auprès d'elles, une humeur graisseuse et for- 
tement odorante, à laquelle on donne le nom de 
Castoreum. Elles sont garnies d'un grand nombre 
de plis ou lames saillantes , et viennent aboutir au 
prépuce par un conduit plus ou moins allongé. 
Ces poches , séparées de l'animal et remplies de 
leur humeur, sont connues dans le commeixe de 
la droguerie sous le nom de Castoreum ; pendant 
long-temps on a pensé que c'étaient les testicules, 
et quelques auteurs ont écrit que l'animal se lee 
arrachait lui-même lorsqu'on le poursuivait , espé- 
rant sauver sa vie en se mutilant ainsi. 

Le CasL-jr a reçu de Linné le nom latin de Cas- 
tor fiber; il surpasse le blaireau par la taille; sa 
longueur totale est de trois pieds environ , sur les- 
quels la queue en compte un ; il a près d'un pied 
de haut; ses formes sont lourdes et ramassées; 
son 2>elagc est bien fourni , et généralement d'un 
roux marron , plus foncé aux parties supérieures: 
mais on trouve souvent des individus qui offrent 
d'autres teintes ; quelques uns sont gris et même 
blancs (l'espèce du, y^as/oî'rt/i^Hi ,Briss. règ. anim. , 
repose snr un individu de cette variété) , d'autres 
bruns ou noirs. Nous avons'représenté le Castor 
fiber dans notre Allas, pi. 81, fig. 2 > 

Ces animaux sont fouisseurs et très-bons na- 
geurs; ils sont de tous les mammifères ceux qui 
mettent le plus d'industrie à la fabrication de leur 
demeure : mais tous n'ont pas la même adresse , 
et ce n'est guère que dans certaines parties de 
l'Amérique du nord et au banc de Terre-Neuve, 
qu'ils déploient toutes les ressources de leur 
art. 

C'est ordinairement vers le commencement du 
moisd'août, quelquefois plutôt en juillctet en juin, 
qu'ils se mettent à construire leurs habitations; ils 
font choix d'une rivière ou d'un lac , et com- 
mencent par creuser sous l'eau , au pied de la 
berge , un trou qu'ils poussent un peu en pente 
jusqu'à la surface du sol ; de la terre qui sort de 
ce trou , ils forment une petite butte dans laquelle 
ils mêlent quantité de petits morceaux de bois et 
même de pierres; ils donnent h cette butte la 
forme d'un dôme, ayant ordinairement quatre pieds 
de haut , et quelquefois jusqu'à six et sept au des- 



p/. 





.;^l3Rui, J;, 



Cast 



J l astme . 



2. Castor 



3 . Casuanna . 



F./^urrm ,/»■ 



CAST 



CAST 



sus du sol. (r.pl. 81, fig. 2). La base est géné- 
ralement ovale; son grand diamètre est de dix ou 
douze pieds, le petit de huit ou de neuf. A mesure 
qu'ils élèvent cette sorte de cabane, ils creusent 
au dessous pour former le logement qui doit les 
recevoir avec leur famille , et qu'ils ont soin de 
tenir au dessus du niveau des grosses eaux. A la 
partie antérieure, ils pratiquent une descente en 
pente douce, aboutissant à leau : ce boyau a 
été nommé l*fl?)g/c j par les chasseurs; c'est en 
le traversant que l'animal entre dans sa de- 
meure. 

A une petite distance de l'angle se trouve le 
magasin pour les provisions ; c'est là que le Cas- 
tor entasse les racines de nénuphar , les branchages 
et les écorces qui doivent le nourrir pendant la 
mauvaise saison ; on a vu de ces magasins qui 
contenaient presqu'une charrette de provisions. 

La cabane n'a pas d'issue du côté do la terre ; 
aussi l'accès est-il interdit h toute espèce d'enne- 
mi; les Loutres cependant s'y introduisent quel- 
quefois , mais en y arrivant par l'eau; l'absence 
d'ouvertures exposées à l'air empêche aussi le 
grand froid de pénétrer et de nuire h l'animal. 

Certains Castors construisent tous les ans une 
nouvelle demeure; d'autres se contentent de ré- 
parer la leur , et après qu'ils l'ont habitée plusieurs 
années de suite , ils en font une autre dans le voi- 
sinage. 

Lorsqu'ils ont bcsoiu de quelque charpente , ils 
Tont chercher des arbres , et prennent de préfé- 
rence ceux qui sont h proximité des lieux qu'ils 
ont choisis ; ce n'est qu'à défaut de plus petits , 
qu'ils abattent les gros; mais à la quantité de 
ceux qu'on a trouvés renversés par eux, on voit 
qu'ils en viennent à bout facilement ; si l'arbre 
qu'il s'agit d'emporter n'est pas plus gros qu'une 
canne , ils le coupent d'un seul coup de dents , et 
aussi net qu'avecjune serpette; mais, lorsque le 
tronc est très-fort, ils rongent tout à l'entour, et 
finissent par le faire tomber, puis ils en détachent 
toutes les branches, qu'ils coupent en morceaux 
susceptibles d'être chargés sur les épaules, ou 
traînés avec les dents , et poussent ensuite le tronc 
jusqu'à la rivière pour le conduire h flot jusqu'à 
sa destination. 

Ces animaux travaillent pendant toute la belle 
saison à la réparation ou à la construction de leurs 
habitations, et s'occupent à ramasser les pi-ovi- 
sions qu'ils déposent avec ordre dans leurs maga- 
sins , les gardant intactes jusqu'à ce que le froid 
soit survenu. 

C'est au mois de mai qu'ils s'accouplent; la fe- 
melle met bas vers la fin de juillet; elle lait ordi- 
nairement deux petits (un de chaque sexe) , quel- 
quefois , mais rarement , trois ou même quatre. 
Les jeunes continuent à vivre avec leurs paréos 
jusqu'à l'âge de deux ou trois ans : c'est alors 
seulement qu'ils peuvent s'appareiller; ils con- 
struisent une cabane et commencent à avoir des 
petits; leurs premières portées n'en donnent le 
plus souvent qu'un seul. 

Tous les Castors, comme nous l'avons déjà dit, 



ne bâtissent point de huttes , ne font point de 
digues, n'élèvent point de ponts; ceux qu'on 
trouve en France noutpas cette industrie; ceux 
de Laponie et de Piussie se bornent à creuser deux 
terriers , l'un au dessus de l'eau , l'autre au des- 
sous , et de les réunir par une galerie. Dans cer- 
taines parties de l'Amérique, à la Louisiane, ils 
ne construisent point non plus , quoique vivant 
par familles dans de vastes solitudes où le chaST- 
seur n'a jamais pénétré. 

Ces diverses particularités sont très-dignes de 
remarque ; elles sont une preuve de plus à l'appui 
de cette opinion qui admet la perfectibilité de 
l'instinct (qui devient alors de l'intelligence) non 
seulement chez les individus isolés d'une espèce 
animale, mais chez des réunions formées par cotte 
espèce. L'objection que l'on a souvent faite , de la 
différence d'espèces cntrcle Castor d'Amérique et 
celui d'Europe, n'est point valable, car on voit 
aussi en Amérique des Castors qui ne bâtissent 
pas; de sorte que, si l'on regarde ceux de ce con- 
tinent comme provenant d'un type originel diffé- 
rent de ceux d'Euiope , parce qu'ils exercent 
une industrie inconnue à ces derniers, et qu'il» 
ont une autre patrie , on est obligé de les séparer 
aussi de ceux delà Louisiane, qui sont clans le cas 
des seconds. Pai-mi les Castors de l'ancien conti- 
nent , les uns vivent en société , tels sont ceux du 
Nord, d'autres vivent solitaires : on les nomme 
Castors terriers. On trouve souvent aussi en Amé- 
rique et au banc de Terre-Neuve, dans les en- 
droits où les Castors s'adonnent à la construction 
des huttes, quelques individus isolés : les ermites, 
comme les nomme le chasseur, ne sont point aussi 
paresseux qu'on le pense vulgairement; ils con- 
struisent au contraire des habitations d'autant 
plus remarquables qu'eux seuls y ont travaillé. 
Cartwright, qui a donné sur ces animaux tant 
d'intéressantes observations, pense que les ermites 
sont des individus veufs , qui attendent dans la 
solitude que le sort leur présente un autre 
malheureux de sexe différent , avec lequel ils puis- 
sent s'unir de nouveau. 

Lorsque les Castors plongent, leur queue, tom- 
bant sur l'eau de tout son poids , produit un bruit 
remarquable; elle ne leur sert point, comme on 
le croît assez généralement, de truelle pour 
disposer les matériaux du travail , mais pendant la 
natation elle accélère de beaucoup leur vitesse. 
Quand ils s'asseoient, ils la posent au dessous de 
leur corps et se tiennent dessus à la manière des 
singes ; ils se servent de leurs membres antérieurs 
pour porter leur nourriture à la bouche. Lors- 
qu'ils marchent, ils n'appuient pas la plante en- 
tière des pieds de derrière, mais seulement des doigts 
de devant. Leur voix, pendant des momens d'in- 
quiétude, est d'abord un petit bruit sourd qui 
change ensuite en un éclat assez semblable à un 
aboiement; elle est douce lorsqu'ils éprouvent un 
sentiment agréable, ou qu'ils en expriment quelques 
désirs. 

Dans les contrées où les Castors sont en grand 
nombre , on les chasse pour obtenir leur fourrure 



CAST 



24 



CASU 



qui est fort recherchée dans le commerce ; leur 
chair est mangeable, et même assez bonne , sur- 
tout lorsqu'ils se sont nourris de bouleau. Le pe- 
lage se compose de deux sortes de poils : les uns 
soyeux, longs et brillaus, donnent lenr couleur h 
i'animaljles autres, gris, plus courts , touffus, 
d'une finesse extrême et d'un éclat argenté, le 
garantissent contre le froid. On distingue plu- 
sieurs qualités de ces pelleteries : les unes, prove- 
nant des Castors tués en hiver, sont les plus pré- 
cieuses , on les destine aux fourreurs; les autres, 
celles de la seconde qualité, ont déjà servi aux sau- 
vages ; celles de la troisième, qui viennent des ani- 
maux tués en été, sont moins estimées , parce que 
les Castors sont alors dans la mue; ces deux der- 
nières sont employées à la fabrication des chapeaux; 
aujourd'hui on les recherche moins en France 
pour cet usage , parce que les tissus de soie, qui 
se vendent à un prix inférieur, sont d'une plus 
grande défaite. 

On voit souvent des Castors dans les ménage- 
vies , et il est facile de les apprivoiser ; on les ac- 
coutume même à vivre de substances animales. 
M. Geoffroy, Ann. Mus., t. XII, et M. F. Cuvier, 
Dict. se. nat. , art. Castor, et Histoire des mam- 
mifères, ont donné des détails sur quelques uns 
de ces animaux retenus en domesticité. 

Castor trocontiiérium , Castor trogontherium. 
M. Fischer de Moscou a donné ce nom à une es- 
pèce qui n'existe qu'à l'état fossile , et dont on 
connaît seulement quelques têtes. Cette espèce , 
si tant est qu'elle en soit une , présente avec les 
Castors vivans une frappante analogie ; elle ne dif- 
fère que pour les dimensions qui sont plus grandes. 
On l'a trouvée sur les bords de la mer d'Azoff. 

(Gerv.) 
' CASTOR DE MER. ( MA^f. ) On donne quel- 
quefois ce nom à une espèce de Loutre , Lutra 
marina. Aldrovandel'a donné au Harle. ( f^oy. ce 
mot.) (Gerv.) 

CASTORÉUM. (zooL.) Le Castoréum est une 
substance animale particulière, très- composée, 
sécrétée parles glandes préputiales du Castor fiber 
de Linné , quadrupède mammifère, de la classe 
des Rongeurs, que l'on rencontre sur les bords des 
rivièi-es et des lacs des parties désertes et septen- 
trionales de l'Europe et de l'Amérique. Ces glandes 
sont situées dans une cavité commune, sorte de 
cloaqiie qui renferme les organes génitaux et 
l'anus. 

Tout le monde connaît la rare intelligence du 
Castor et l'imperméabilité des tissus que l'on pré- 
pare avec son poil. Il est assez rare de rencontrer 
maintenant des peuplades de Castors; la cupidité 
de l'homme les a forcés de vivre isolés. 

Le Castoréum nous arrive du Canada, de 
Sibérie ou de Moscovie, par Dantzick, renfermé 
dans des poches qui ont servi de réservoir aux 
glandes qui l'ont sécrété. 

Les poches renfermant le Castoréum sont pyri- 
ormes, plus ou moins volumineuses, grisâtres, 
sillonnées, aplaties sur elles-mêmes, réunies deux 
h deux en forme de besace au moyen de leur ca- 



nal excréteur, desséchées, cloisonnées, membra- 
neuses à l'intérieur; entre ces membranes se trouve 
logé le Castoréum qui , fluide sur l'animal , se pré- 
sente dans le commerce à l'état solide, plus ou 
moins friable (celui du Canada est plus friable 
que celui de Sibérie) , se ramollissant à la chaleur 
des doigts; d'une couleur fauve plus ou moins 
brunâtre; d'une odeur pénétrante, vive et désa- 
gréable (faible dans le Castoréum du Canada); 
d'une saveur acre, amère (Canada) et nauséeuse 
(Sibérie); peu soluble dans l'eau, davantage dans 
l'alcool et l'éther. 

Le prix très-élevé du Castoréum a fortement 
stimulé la coupable industrie des falsificateurs. 
Aussi que ne rencontre-t-on pas dans cette sub- 
stance? du sable de vieilles résines , des grains de 
plomb, etc. , s'y trouvent tour h tour. La chose 
importante, celle à laquelle on doit surtout s'at- 
tacher dans l'achat du Castoréum, c'est l'intégrité 
des poches qui le renferment. Une odeur faible , 
une sécheresse et une légèreté très-grandes seront 
encore des indices de sophistication. Quant à ce- 
kii que l'on fabrique en Angleterre avec le scro- 
tum du bouc, ou la vésicule biliaire de divers 
animaux, il faudrait n'avoir jamais vu de Cas- 
toréum pour se laisser tromper aussi grossière - 
ment. 

Le Castoréum est employé comme antispas- 
modiquedansletraitementdel'hystérieetderhypo- 
chondrie, de l'aménorrhée et de beaucoup d'au- 
tres affections nerveuses; on le donne également 
comme stimulant dans les fièvres lentes malignes. 
En pharmacie, on en prépare des teintures éthérées 
et alcooliques ; mais les parfumeurs sont ceux 
qui en font la plus grande consommation. 

(F. F.) 

CASUARINE ou FILAO', Casuarina. ( bot. 
PiiAN. ) Genre de végétaux arborescens , et qui 
fait partie des Myricées et de la Diœcie monandrie. 
Il comprend plus d'une douzaine d espèces, toutes 
h rameaux allongés, grêles, cannelés, dressés ou 
pendans , grisâtres , offrant, de distance en dis- 
tance, de petites gaînes qui tiennent lieu de feuil- 
les; à fleurs dioïques, dont les mâles , en chatons 
çrêles et écalUeux, n'ont qu'une étamine , et 
sont dépourvus de corolle , et dont les femelles , 
réunies en neuf globules sphériqucs ou ovales , 
ont un calice bivalve, un style, deux stigmates, 
et des graines ailées. De ces espèces , dont nous 
venons de donner les caractères génériques , trois 
sont cultivées dans nos jardins ; ce sont : 

1° La Casuarine à feuille de prêle, ou Filao de 
l'Inde, Casuarina equisetifoL'ia, figurée dans notre 
Atlas, pi. 81, fig. 3. Elle s'élève à trente pieds, 
et se couronne dune cime large et rameuse. On 
la trouve dans l'Inde, à Madagascar et dans l'île 
de France. Cet arbre peut être cultivé en pleine 
terre dans le midi delà France; il serait très-utile 
pour les constructions navales. 

2° La Casuarine tuberculeuse. C. torosuLa , ori- 
ginaire de la Nouvelle-Hollande. 
I 5" La Casuarine à laquelle Ventenat donne l'é- 

pithète 



GATA 



25 



GATA 



pithète spécifique de DystUa , et qui croît au cap 
de Dicnien, 44° ^^ latitude sud. 

Le bois des Gasuarines est très-dur cl trcs-com- 
pactc. Les sauvages en font des armes et des usten- 
siles de ménage : il est agréablement veiné de 
rouge. Le nom de ce genre de plantes vient du Ca- 
soar , parce que ses ramcanx ressemblent aux plu- 
mes de cet oiseau. 

Ge genre est le type de la famille que M. de 
Mirbel appelle Cnsuaruwcs , et h laquelle M. Ri- 
chard avait déjà donné le nom de Mykicées (r. ce 
mot). (G. È.) 

GATAGLYSME. (géol.) On désigne ainsi, 
dans le langage scientifique , ces immenses inonda- 
tions que les peuples appellent Déluges. Une foule 
de faits physiques , sans parler des traditions de 
la Genèse, qu'on retrouve encore dans l'histoire 
de presque toutes les nations, attestent que plu- 
sieurs contrées de la terre ont été ravagées par un 
et même par plusieurs Gataclysmes. G'est à ces 
inondations violentes que l'on attribue la forma- 
tion de ces amas de cailloux roulés qui constituent 
un terrain que les géologistes anglais ont désigné 
sous le nom de Diluvium , par allusion au Déluge 
de Moïse. Parmi ces faits , l'un des plus importans 
est l'existence des blocs erratiques , énormes cail- 
loux roulés que l'on retrouve en très-grand nombre 
dans le nord de l'Europe , et dont l'origine , 
long -temps discutée parmi les savans , est au- 
jourd'hui attribuée h une masse d'eau considé- 
rable qui les aurait détachés de montagnes assez 
éloignées, comme l'attestent les angles arrondis 
de ces blocs. 

Les blocs erratiques que l'on trouve sur les 
côtes orientales de l'Angleterre, dans l'Ecosse et 
dans les îles Shetland , appartiennent par leur for- 
Qiation aux montagnes de la Norwége ; ils auraient 
donc été déplacés par un courant d'une rapidité 
effrayante qui les aurait portés aux lieux où ils 
sont encore. Outre ces rochers, le Gataclysme qui 
les entraîna a laissé dans le sol d'autres traces h 
t'aide desquelles on peut suivre presque pas à pas 
le cours et la direction qu'il a suivis. 

D'abord, en Suède, près de Strœmstadt et de 
Hogdal , on remarque des plateaux de Gneiss et de 
Granité dont la forme mamelonnée est évidem- 
ment produite par le passage des eaux. M. Al. 
Brongniart a reconnu, en outre, que ces mame- 
lons étaient traversés par de nombreux sillons 
disposés parallèlement et toujours dans la direc- 
tion du N. N. E. au S. S. 0. 11 attribue ces sillons 
au frottement violent de corps très-durs. 

Ges amas de débris de montagnes , comme les 
ont appelés pres<[ue tous les voyageurs qui les ont 
visités, sont composés en grande partie de sable et 
de gravier auxquels se mêlent des blocs de deux 
ou trois pouces de diamètre. On peut, avec M. Al. 
Brongniart, les comparer h ces petites collines de 
sable qui se trouvent dans les rivières aux endroits 
où le courant a été modifié par exemple, aux piles 
des ponts ou h la pointe des îles. 

Aussi on peut aiïlrmer que les montagnes de 
la Suède ont été démantelées par une cause vio- 



lente qui a déterminé ces courans qui ont suivi une 
marche uniforme, jusque sur les côtes de la Grande- 
Bretagne, d'une part, et de l'autre jusque dans les 
plaines du Mccklenbourg,duUanemark, de laPrusse 
et de la Poméranie. G'est \l\ qu'il faut étudier les 
blocs erratiques qui ont traversé le sud de la Suède. 
Un autre exemple de la force des Gataclysmes 
qui ont parcouru cette partie du globe , c'est la 
présence d'autres blocs erratiques que l'on trouve 
au N. E. de Varsovie, entre la Devina et le Niémen, 
et qui viennent des montagnes de la Finlande, 
d'où ils ont été emportés par des courans paral- 
lèles, analogues h ceux qui ont traversé la Suède. 
Un deces blocs sertdepiédestalàla statue de Pierre- 
le-Grand h St-Pétersbourg. (J. H.) 

GATALPA ,Crtto//j(7. (bot. piian.) Genre de la 
Didynamie angiospermie , et de lu famille des 
Bignoniacées, séparé par Jussieu du genre Bigno- 
nia , avec lequel il offre quelques caractères par- 
ticuliers , principalement ceux d'avoir deux éta- 
mines fertiles et la cloison opposée aux valves du 
fruit. On lui connaît deux espèces , dont une seule 
passe maintenant l'hiver en pleine terre dans toute 
l'Europe tempérée : c'est le Gatalpa t-n arbre , 
C. arborea. Cet arbre, haut de cinq h sixmètres» 
dont la tige droite se ramifie vers la moitié de sa 
hauteur, et forme une tête ouverte , très-étendue, 
a été trouvé au Japon par Thunberg, figuré pour 
la première fois par Kajmpfer, et découvert , en 
172G, par Gatesby dans les forcis les plus éloi- 
gnées de la Garoline : c'est d'après un dessin fait 
pour moi , au pied des Apalaches , sur un individu 
sauvage, qu'est exécuté le portrait donné dans no- 
tre Atlas, pi. 82, fig. 2. 

Superbe au mois de juillet , époque de sa florai- 
son , le Gatalpa a les feuilles très-grandes , très-lé- 
gères , d'im beau vert satiné , sur lesquelles se dé- 
tachent agréablement ses fleurs blanches , mar- 
quetées de points pourpres et de raies tracées en 
jaune dans l'intérieur, assez semblables par leur 
port en gros bouquets terminaux , et par leur cou- 
leur, h celles du Marronier d'Inde. Dans ce temps , 
comme en toute autre saison, cet arbre est très- 
agréable, et produit un fort bel effet parmi nos ar- 
bres d'ornement. On le multiplie de boutures et 
de graines , les premières prises sur les rameaux 
de l'année précédente , les secondes de l'année 
même de la production. 11 fait de très-grands pro- 
grès dans sa jeunesse, et prend en trois ou quatre 
ans toute son élévation , quand il n'est pas surpris 
par les premières gelées. Il pousse vigoureusement 
dans les bonnes terres franches et argileuses. 
Dans son pays le Gatalpa donne des légumes 
fort longs et cylindriques, remplis de semences 
plates , ailées et couchées l'une sur l'autre comme 
des écailles de poisson. Le miel que les abeilles 
vont recueillir dans ses fleurs est d'une âcreté ré- 
voltanle, tandis que l'odeur que la fleur exhale 
est fort agréable. Le bois a les veines larj^emcnt 
prononcées , mais il est poreux, son grain n'est 
point fin, ni son poli lustré; lorsqu'il est fraîclie- 
ment coupé, sa couleur tire sur le vertj séché , 
elle passe au brun-clair. Le Gatalpa est parfaile- 



TOME IL 



84' Livraison. 



CATII 



26 



CAÏH 



ment nccllmylc en France , puisque sa graine est 
féconde , et qu'il a parlout résiste aux hivers si 
rigoureux (le i78(), )820 et i83o. (T. e. 13.) 
CATARACTE.>. Cksckhu. 

CATARRIILMNS. Catarrhlni. (mui.) M.Geof- 
froy (Ann. du Mus., t. xix) a proposé de réunir 
sous ce nom , comme formant un premier groupe 
dans la l'amille des Singes, les genres appartenant h 
l'ancien continent. Ils ont pour caraclères com- 
muns: des narines ouvertes au dessous du nez et 
séparées par une cloison étroite; cinq dénis mo- 
laires de chaque côté et h chaque mâchoire; Taxe 
de vision parallèle au plan dos os maxillaires; 
toujours des callosités et souvent des abajoues. 

■j- Les uns sont dépourvus de queue. 

Genres: Troglodyte, Orang , Gibbon. 

■f-f Les autres ont une queue plus ou moins 
longue, mais jamais prenante. 

Genres: Scmnopithcr/uc , Nasifjac, Colobe , Gue- 
non, JMacacjue, Cynocéphale. 

Les singes du nouveau continent ont , par op- 
position , reçu le nom de Platyrrhinins {voy. ce 
mot) ; nous n'avons pas à nous en occuper ici. 

(Gerv. ) 

CATASTOME, Cataslomns. (poiss.) Les Calas- 
tomes , ainsi que les Labéons et les Ables , ont 
de grands rapports avec les Cyprins proprement 
dits, dans la famille desquels ils ont été compris 
par Cuvier et plusieurs autres naturalistes; ce 
genre, établi par Lesueur, puis adopté par Cu- 
vier, se distingue des Labéons par ses lèvres 
épaisses , pendantes et frangées ou crénelées ; 
la dorsale de ces poissons est courte comme celle 
des Ables; elle répond au dessus des ventrales. 
Parmi ces Catastomes, une des espèces les plus 
connues, et le type du genre, est le Cyprin Ca- 
ïASTOiiE , Cyprinus Catastomas , Lesueur, observé 
dans les eaux douces de l'Amérique septentrionale; 
il est couvert de grandes écailles ovales, sa tête 
est presque carrée et plus étroite que le corps. La 
couleur générale de ce poisson est argentée. Le- 
sueur a décrit, dans le Journal de l'Académie des 
sciences naturelles de Philadelphie, dix-sept es- 
pèces de ce genre, et il en a représenté neuf. 

(Alph. G.) 

CATENIPORE, Catenipom. (zooph. polyp. ) 
Genre fondé par Lamarck pour des polypiers fos- 
siles qui ne diffèrent des tubipores que par des 
caractères de peu d'importance. F. Turipoue. 

(GuiiR.) 

CATHARTE , Cathartes. (ois.) Ce genre, établi 
par Illiger pour diverses espèces de Vautours , 
telles qxie le Kultur percnopterus ou Percnoplère 
d'Egypte , le Vult. papa ou Roi des Vautours, et 
l'Urubu, a subi plusieurs modificalions importan- 
tes que nous devons signaler ; ainsi le Percnoplère 
est aujourd'hui le type d'un pelit genre distinct; 
il en est de même du F, papa, cl le genre Catharle 
proprement dit ne comprend plus que l'Urubu 
et quelques espèces plus récemment décrites; ce- 
pendant, comme les différences qui caraclérisent 
ces divers groupes sont assez importantes . nous 



allons les étudier tous trois en commençant par 
celui des vrais Calharles. 

Genre Catiiarte. 
Les espèces qu il comprend ont pour caraclères 
communs : la tête nue ainsi que le haut du cou, 
le bec grêle , allongé, droit jusqu'au-delà de son 
milieu et convexe en dessus: les narines longitu- 
dinales, linéaires; la troisième rémige plus longue 
que les autres; les ongles courts et obtus. 

Ces oiseaux ne se Irouvont qu'on Amérique ; ils 
diffèrent des autres Vautours, en ce qu'ils sont 
moinsforts, moins robustes, et quils vivent, exclu- 
sivemen à toute autre nourriture, de charognes et 
d immondices; ils sont si familiers qu'ils viennent 
jusque dans les villes pour ramasser les ordures 
qu'on y a jelées. 

UnrBTJ, Fultur a ttrat as, \^ Wson , Ornith. am. , 
IX, pi. 7.3, est un oiseau de la taille d'une pelile 
oie ; sa lèle est nue ainsi que le haut de son cou, 
et recouverte d'une peau d un violet très-foncé, 
sur laquelle oh voit quelque peu de duvet très^ 
court; il n'y a point de caroncules , non plus que 
de plis h la peau. Le plumage est d'un noir mii- 
forme. 

L'Urubu , que les premiers Espagnols du Pérou 
nommèrent Gallinaze, à cause de son analogie 
avec la Poule, est très-commim dans toute l' Amé- 
rique chaude et tempérée. C est certainement le 
plus familier de tous les Vautours ; enhardi par 
la sécurité qu'il y trouve , il vient par grandes 
troupes dans des lieux habités et jusque dans les 
villes, pour chercher, et disputer aux chiens , aux 
canards et autres animaux domestiques , les débris 
qui leur sont jetés. Quoique la chair de lUrubu 
soit mauvaise et puante, il a cependant fallu dans 
certaines colonies des déiénscs sévères pour em- 
pêcher les nègres de le tuer, car il rend aux hom- 
mes de ces contrées brûlantes un véritable service, 
en débarrassant les rues de toutes les immondices 
qui sont une cause permanente de maladies. 

Catuarte aura, Calharles aura. Celle espèce, 
que l'on a quelquefois confondue avec la précé- 
dente, est très-répandue au Brésil, au Paraguay, 
aux ils Malouines, au Chili et au Pérou; elle vit, 
comme l'Urubu, de charognes, mais parait 
moins auprès des lieux habités. 

Cathartevautourin, Cath. vulturinus ,Temm, , 
col. 3i , Fuit, callfornianus de Lalham. Cet oi- 
seau aie cou entièrement nu; son bec est jaunâ- 
tre et son plumage brun. Il habite la Californie et 
n'est que très-peu connu. 

Genre Sarcorhamphe. 
En latin Sarcorhamphus. Ce nom a été donné 
par M. Duméril h des espèces confondues par 
Illiger avec ses Calharles, et qui ont le bec gros, 
assez semblable h celui des Vautours proprement 
dits, droit et robuste; la mandibule supérieure 
dilatée sur ses bords et crochue vers le bout; les 
narines sont allongées , ouvertes et situées vers 
l'origine delà cire qui est garnie autour du bec h 
sa base de caroncules charnues, trh-êpaisses et di 
versement découpées, surmontant le front et la tête. 



CATH 



«7 



CATH 



Les doigts sont forts , ainsi que les tarses , épais 
et garnis d'ongles obtus ; le pouce est plus court 
quo les autres doigts. 

On ne connaît dans ce genre que deux espèces 
du Nouveau-monde. 

Roi DES Vautours, Fuit, papa, Enl. 428. Cet 
oiseau est sans contredit le plus beau de tous les 
Vautours par les caroncules diversement colorées 
qui orne nt sa tête et son cou, et la douceiu- des 
teintes de son plumage. Sa taille est celle d'une oie; 
dans le premier âge il est noirâtre , puis varié de 
noir et de fauve , et enfin à la quatrième année il a 
toutes les parties supérieures du corps d'un roux 
clair teinté de carné, et d'un luisant agréable et 
comme glacé; toutes les parties inférieures sont d'un 
blanc pur, quelquefois nuancé de roux; la poitrine 
est blanche, les rémiges sont d'un noir foncé. Les 
cr'jtes charnues de la tête et du cou sont peintes 
des couleurs les plus vives ; la caroncule est tom- 
bante et denticulée comme une crête de coq- 

Cette espèce, dont on voyait il y a peu d'années 
deux beaux individus mâles vivans, à la Ménagerie 
de Paris, habite une grande partie de l'Amérique 
méridionale, entre les deux tropiques. On la 
trouve h la Guiane, au Brésil, au Paraguay, ainsi 
qu'au Mexique et au Pérou; mais elle n'est nulle 
part bien commune. Sa nourriture consiste en 
charognes, et en petits reptiles qu'elle cherche 
dans les pays déserts. 

Le V^AUTOUR A QUEUE BLANCHE, le VlEILLOT, 

J^ultur sacra de Bartram, est encore mal connu; il 
est probable qu'il doit former une espèce distincte. 

Condor ou grand Vautour des Indes, J^idtur 
gryphus , de Linné. Cet oiseau , depuis long-temps 
célèbre par les récits merveilleux dont on avait 
chargé son histoire, est aujourd'hui assez bien 
connu pour qu'il soit permis de rectifier la fautive 
description qu'en a donnée Buffon. Nous l'avons 
représenté dans notre Atlas, pi. 84 , fig. 1. 

On doit à M. de Humboldt, qui a observé les 
Condors dans la chaîne même des Andes où ils se 
tiennent , tout ce que l'on sait sur leur histoire. 
Ce savant voyageur en a fait le sujet d'un long 
Mémoire , et en a donné dans ses Mélanges de 
Zoologie deux belles figures. M. Temminck leur a 
aussi consacré plusieurs pages et trois belles plan- 
ches de son Recueil. 

Les Condors, dont on a tant exagéré la taille, 
la force et la voracité, prennent rang parmi les 
plus grands oiseaux ; ils sont en effet supérieurs 
à tous ceux de leur continent; mais l'ancien 
monde peut leur opposer, même parmi les oiseaux 
rapaces, certaines espèces qui les surpassent (tels 
sont rOricou et l'Arrian), et beaucoup d'autres 
qui les égalent. Ils habilenl l'Amérique méridio- 
nale , et se tiennent dans la grande chaîne des 
Andes, h la hauteur des ncij;,e» perpétuelles : leur 
nourVlture consiste princip;vlcnieut en charognes 
qu'ils pn-fèrent aux animaux vivans; cependant 
ils mangent aussi de ces derniers, et lorsque la 
faim les presse, ils se jettent sur les troupeaux 
démontons, do lamas et même de bœufs; mais 
ib n'attaquent jamais l'homme. Lorsqu'ils ont fait 



une grosse proie , ou rencontré les débris de quel- 
que animal , ils sont obligés de les dévorer dans 
le lieu même où ils les ont trouvés, car leurs pattes 
ne sont point assez fortes pour leur permettre de 
les emporter. 

Le mâle de celte espèce a sur la tête une crête 
cartilagineuse qui occupe le frontal et une partie 
du bec ; cette crête est garnie de petites papilles 
mamelonnées dont la couleur varie , suivant cer- j 
laines circonstances, du rouge violet au violet 
presque noir; elle est assez élevée, plus longue 
que haute et libre vers ses deux extrémités; à 
son milieu est un espace destiné à l'ouverture des 
narines. L'arrière de la tête et le cou , une caron- 
cule placée au dessous de la gorge, ainsi que le sa- 
bot, sont nus, mamelonnés et de la couleur de la 
tête; un collier incomplet, formé par un duvet 
d'un beau blanc neigeux, entoure le derrière et 
les côtés du cou h sa partie inférieure. Tout le 
plumage du corps, ainsi que la queue et une partie 
des ailes, sont noirs ; les pennes secondaires et les 
couvertures alaires sont d'un beau blanc. La 
femelle dilTëre du mâle adulte par l'absence de 
crête coronale et d'appendices charnus aux côtés 
du cou; elle a seulement un petit fanon pendant 
h la hauteur du jabot; les ailes ont du gris blan- 
châtre au lieu de blanc pur. 

Les jeunes manquent de tout vestige de crête ; 
leur cou est couvert d'un petit duvet, et leurs ailes 
sont brunes, kinsi que tout le corps, sans trace de 
blanc. 

Les Condors vivent par troupes nombreuses; ils 
se plaisent h une hauteur de deux milles toises et 
plus; ce n'est que pour butiner qu'ils descendent 
dans la plaine. Leur vol est puissant et majestueux. 
Voici quelles dimensions M. de Humboldt leur 
donne : 

Longueur totale. . . 3 pieds 2 pouces. 

Envergure. 8 — 9 pouces. 

Tarses » — • 10 pouces. 

Ongle du pouce. . . » — i 1 pouce. 

Bec. » — 2 pouces 9 lig. 

Ils pondent sur les rochers , et ne font jamais de 
nid; la femelle dépose ses œufs, qui sont au 
nombre de deux , dans quelqife cavité naturelle. 

Les habitans de certaines contrées chassent les 
Condors plutôt par amusement que pour tirer 
quelque fruit de leurs dépouilles. C'est pour eux 
une bonne aubaine qu'un de ces animaux pris vi- 
vant ; pour y réussir, ils abandoiînent dans la cam- 
pagne, au lieu que les Condors fréquentent, le 
cadavre d'une vache ou d'un cheval; ces oiseaux 
ne sont pas long-temps à venir et se mettent h 
manger avec une telle voracité que, lorsqu'ils sont 
repus, ils peuvent i» peine voler; avec quelque ha- 
bitude il est alors facile de les prendre. D'autres 
fois les chasseurs mêlent h la chair qu'ils livrent 
aux Condors, des plantes vénéneuses ou quelques 
substances nuisibles qui les font tomber dans un 
état de stupeur. On voit aujourd'hui, et depuis six 
ou sept ans, dans la Ménagerie du Muséum de Paris 
un beau Condor vivant. 



CATII 



28 



CAUC 



Genre PERCNOPTÎiRE. 
Le dernier genre dont nous ayons à parler main- 
tenant, est celui des Percnoplères {Gypaètes Bech- 
stein, et Neophron Savigny). Ces oiseaux, compris 
par llligeret M. Temminck dans le genre Calharle, 
ont la tête nue en devant; le cou plumeux et le 
hec assez grêle; leurs narines sont longitudinales ; 
la troisième rémige de leurs ailes est la plus 
longue. 

Le nom de Percnoplèrc, c'cst-h-dirc ailes noires, 
était donné par les anciens à une espèce d'Egyplc 
qui sert de type à ce genre de l'ancien monde. 

LePKRCNOPTiiRE dEgypte, FiiUiiv pocnoptcrus, 
leucoccplialus et fuscus deGmelin , a été représenté 
par BulTon dans ses planches enluminées aux n°' 
4*27 et 419- 11 est parlé de lui dans les auteurs 
sous les divers noms de Vautour blanc ou de 
Norwége, Ourigourap , Rachamach ou Poule de 
Pliaraon , Catharte, Àlimoclic , etc. 

La peau nue de la tête et du devant du cou est 
d'un jaune clair; tout le plumage est blanc, 
varié plus ou moins de brun et de roussâtre , avec 
les grandes pennes alaires noires ; les plumes de 
l'occiput sont longues et très-eflilées , celles de la 
queue blanchâtres et étagées; la cire est de cou- 
leur orangée , 1 iris jaune ainsi que les tarses. 
Longueur totale, deux pieds un ou 2 pouces. Les 
jeunes, dans la première année, ont les parties nues 
de la tête de couleur livide , et couverl(îs d'un 
duvet gris assez rare; la cire et les pieds sont d'un 
gris cendré; tout le plumage est brun, varié de 
taches d'un brun jaunâtre. Le Vautour de Malle 
de Buffon est un Percnoplèrc encore jeune. 

Cet oiseau se nourrit de charogucs , de voiries 
et de loulcs sortes de cadavres; rarement il at- 
taque les oiseaux et lespelits mammifères. On l'a 
observé en Suisse, aux environs de Genève, en 
Espagne, où il est assez abondant, et particulière- 
ment en Turquie et dans l'Archipel; mais nulle 
part il n'est aussi commun et aussi généralement 
répandu qu'en Afrique. Il suit par grandes troupes 
les caravanes dans le désert , pour dévorer tout ce 
qu'elles abandonnent. Les anciens Egyptiens le 
respectaient h cause des services qu'il rend au 
pays, en le débarrassant des cadavres et des cha- 
rognes : ils l'ont souvent représenté dans leurs 
monumens. Encore aujourd'hui on ne lui fait au- 
cun mal; il y a même de dévols musulmans qui 
lèguent de quoi en entretenir un certain nombre. 
Le Percnoplèrc niche dans les crevasses des ro- 
chers et dans les cavernes ; il choisit ordinairement 
les lieux inaccessibles et taillés en pente verticale. 
Quoique cet oiseau ne soit réellement pas un Cor- 
beau , il est certain qu'il en a cependant toutes les 
allures et tous les mouvemens. Il marche exacte- 
ment comme lui , et vit aussi de tout ce qu'il peut 
trouver. 

On ne rencontre pas ime seule horde de sau- 
vages où il n'y ait une couple de ces oiseaux qui 
y soient fixés; ils sont, pour ainsi dire, de l'endroit. 
Leur caractère est peu farouche , les sauvages ne 
leur font jamais aucun mal; au contraire, ils les 
voient avec plaisir, parce qu'ils purgent leurs en- 



virons de toutes les ordures qui s'y trouvent. Ils 
se laissent approcher très-facilement par le chas- 
seur. 

C'est dans le genre Percnoplèrc que l'on doit pla- 
cer le Catharte moine, Cath. monachus , Temm, , 
pi. 223 , qui est d'un quart moins grand que le 
précédent. Cet oiseau a la queue carrée, le som- 
met de la tête, les joues et le devant du cou nus 
et de couleur rouge; l'occiput et le cou en arrière 
et infcrieurcment garnis d'un duvet serré, lisse 
et d'uu brun sombre; celle couleur est celle de 
tout le corps. Les tarses sont un peu emplumés au 
dessous du genou. Le Calharle moine paraît ha- 
biter la côle scplentrionale d'Afrique. (Gerv.). 

CATILLE , CatUlas. (moll. )M. Brongniart a 
établi sous ce nom un genre de l'ordre des Acé- 
phales, composé de deux espèces fossiles, et ayant, 
comme les Crénatulcs et les Inocérames, des fos- 
settes pour le ligament, et de plus un sillon conique 
creusé dans un bourrelet qui se reploie h angle 
droit , pour former un des bords de la coquille ; 
les valves sont à peu près égales et de texture fi- 
breuse; ces mollusques doivent avoir euunbyssus. 
Les deux espèces décrites par M. Brongniart se 
trouvent dans les terrains de craie des environs 
de Rouen. M. Michelin en a fait connaître une es- 
pèce nouvelle sous le nom de Calillus pyriformis, 
dans noire Magasin de Zoologie, i833, cl. v, pi. 
32. Elle vient de Gérodet, près Lusigny, et se 
trouve dans le grès vert. (Guér. ) 

CAUCASE, (gêog. phys.) Cette chaîne de mon- 
tagnes, qui s'étend du sud-est au nord-ouest, de- 
puis la mer Caspienne jusqu'à la mer Noire , doit 
être considérée comme formant la limite de 1 Eu- 
rope et de l'Asie, entre le 44° et le 45° parallèle. 
Elle est composée de plusieurs chaînons qui con- 
stituent un syslème important , si l'on y rallachc 
les monts Taurus et les monts Elvend. Sa lon- 
gueur en ligne directe est d'environ 2 1 2 lieues : 
mais, en suivant les sinuosités du faîte, elle est 
d'environ 290 lieues. Son nom paraît venir de 
deux anciens mots persans, Koli-Kaf, qui signi- 
fient Montagnes blanches, et qu'on retrouve dans 
celui de Kov-Kas que lui donnent les Arméniens. 
Ses deux plus hautes cimes sont le Mquinvari ou 
Karbek, élevé de 4,677 mètres, et X Elbrouz, qui 
en a 5,009. 

On y remarque plusieurs passages ou défilés 
qui portaient chez les anciens les noms de Portes 
Caucasiennes , Aibaniennes , Caspiennes et Jbc- 
rlennes. On reconnaît les Portes Caucasiennes, 
dans le vallon étroit qui conduit de Mozdok h Ti- 
flis, et qui exige quatre journées de marche pour 
être parcouru dans sa longueur; les Portes Alba- 
niennes paraissent être un passage qui s'étend le 
long de la frontière du Daghestan ; le nom de Por- 
tes Caspiennes appartient h un défilé, près de 
Téhéran; enfin, celui de Portes Ibériennes con- 
vient au défilé de Schaourapo , passage où , du 
temps de Strabon , on franchissait des abîmes et 
des précipices, mais que les Persans, dans le qua- 
trième siècle, ont rendu praticable aux armées. 
On compte treize bassins formés par les rameaux 



CAUC 



29 



CAUD 



du Caucase : sept apparlienncnt au versant sep- { 
tentrioiial ou européen, et six au versant méridio- 
nal ou asiatique. IS'ous ne citerons qvie les plus 
ioiporlans, en commençant par ceux qui appar- 
tiennent à l'Europe. On remarque d'abord ii l'est le 
tassin du Koaban, fleuve qui prend sa source près 
/lu mont Elbrouz , et qui se jette dans la mer IN' cire 
après un cours d'environ i3o lieues. A l'ouest, 
un autre bassin est celui du Tcrck , qui après im 
cours de 1 10 lieues se rend dans la mer Caspienne. 
Ces deux bassins déterminent la division du Cau- 
case en deux parties : l'occidentale et l'orientale. 

Le versant méridional offre deux autres grands 
bassins : h l'ouest, celui du Bionl , dont les eaux 
se déchargent dans la mer Noire, et qui a environ 
5o lieues de longueur ; à l'est, celui de V Alazan , 
rivière qui après un cours de plus de ^o lieues va 
se jeter dans le Kour, grand fleuve qui appartient 
Lien au système du Caucase, mais qui prend sa 
«ource dans une chaîne dont le mont Ararat fait 
partie. 

Constitution géologique. Sous le rapport géo- 
gnostique , la chaîne du Caucase se divise dans 
toute sa longueur en plusieurs bandes presque pa- 
jallèles ^ celle du centre,, qui constitue ses plus 
Jiauts sommets, est granitique ; on y voit alter- 
ner , avec le granité , des gneiss , des amphi- 
bolites et des porphyres. Les deux bandes les plus 
yoisines de celle-ci sont conn^osées de schistes 
argileux , souvent interrompus par des porphyres, 
et coupés de veines de quartz. Aux bandes schis- 
teuses succèdent, sur les deux versans, des bandes 
calcaires qui forment une série de petites monta- 
gnes moins hautes sur le versant septentrional que 
sur le versant opposé. Au nord , la roche qui les 
constitue est ordinairement d'un blanc jaunâtre 
et d'un grain fin et serré; on y trouve des veines 
minérales et métalliques, mais rarement des sour- 
ces salées. Au sud, le calcaire est plus grenu et 
plus mélangé de parties métallifères. Du côté du 
nord, la base des montagnes calcaires et schis 
teuses est couverte de vastes dunes de sable et de 
grès, qui se perdent peu à peu dans l'aride plaine 
appelée Steppe de Koiima. Ces grès renferment des 
empreintes ou des moules de coquilles. Quelque- 
fois , entre ces sortes de dunes ou promontoires, 
s'étendent jusqu'au massif de la chaîne, des plaines 
argileuses, qui au nord se prolongent jusqu'au Don 
et au Volga, et au sud jusque vers les monts 
Tchll-dir, qui appartiennent à la chaîne que les 
Européens appellentr^n/cra((?-/(5. L'argile deces 
plaines est sablonneuse, etparaît devoirson origine 
à des alluvions. 

Végétation. Tous les climats de l'Europe et de 
l'Asie se retrouvent dans la chaîne du Caucase, et 
conséquemment les végétaux de ces deux parties 
du monde. Sa crête, presque toujours couverte de 
neiges et de glaces, est dépourvue de végétation ; 
mais les montagnes schisteuses , moins élevées , 
bien qu'elles supportent des glaciers, ont leurs 
cimes tapissées de mousses touffues , mêlées du 
vacclnliimmyrtylas, de vltis idca, àcpyrolasecunda, 
et leurs flancs parsemés de pins, de bouleaux et 



de genévriers qui deviennent d'autant plus rares 
qu'on s'élève davantage. Yers la nioiué de la hau- 
teur on trouve plusieurs plantes alpines, et dans 
quelques endroits d'assez bons pâturages. Les pro- 
montoires de sable et de grès , dont nous avons 
parlé , forment de petits plateaux ordinairement 
couronnés de chênes et de hêtres. Au midi , de 
belles vallées et des plaines se couvrent de la plu- 
part des plantes qui caractérisent la riche végéta- 
tion de l'Asie. Les botanistes ont remarqué que 
partout 011 les dernières pentes du Caucase se di- 
rigent vers le couchant , le levant ou le midi , elles 
se couvrent de cèdres, de cyprès et de saviniers. 
L'amandier, le pêcher , le liguier, croissent en 
abondance dans les chaudes vallées abrilée» 
par les x'ochers. Le cognassier , l'abricolier 
sauvage, la vigne, le poirier à feuilles de saule, 
abondent dans les halliers, au milieu des buissons 
et sur la lisière des forêts. Le dattier et le jujubier, 
indigènes dans cette contrée, en attestent la douce 
température. Les marais sont ornés de très-belles 
plantes , telles que le rhododendron pontlcum et 
ïazalca pontlca. L'olivier cultivé et l'olivier sau- 
vage, le platane oriental, le laurier mâle et fcmeik'. 
embellissent les rivages de la mer Caspienne. Les 
hautes vallées sont parfumées par le seringa , le 
jasmin, le lilas et la rose circassienne. 

Animaux. On voit, par ce que nous venons de 
dire, que les régions du Caucase sont au nombre 
desplus intéressantes parties du globepour l'histoire 
naturelle. Les insectes y sont rares, à l'exception 
de quelques espèces de mouches j dans les mon- ' 
tagnes , on ne trouve ni cousins ni moucherons» 
mais dans les prairies, les taons sont très-communr.. 
Dans ces mêmes prairies on ne rencontre, 
parmi les amphibies et les reptiles , que la gre- 
nouille et le lézard commun. Au centre des glaces 
éternelles et des rochers stériles habitent les ours, 
les loups, les chacals, le chaus , animal du génie 
Felis , le bouquetin du Caucase [copra cauca.uca), 
qui aime les sommets escarpés des montagnes 
schisteuses; le chamois, qui se lient au contraire 
sur les montagnes calcaires inférieures; l'aurochs, 
qui stationne h l'entrée de ces montagnes ; le lièvre, 
le putois, Ihermine, le rat et le hérisson qui habi- 
tent la région moyenne. On rencontre très-peu 
d'oiseaux dans les hautes montagnes, ti l'exception 
du geai et du verdier qui sautent entre les rochers 
solitaires; mais on y trouve quelques oiseaux de 
proie et de passage. Les nombreuses rivières qui 
descendent des montagnes nourrissent princi!)alc- 
ment le barbeau, la truite et le saumon. 

( J. II. ) - 

CAUDALE, (zooi,.) Nageoire qui termine !a 
queue de presque tous les poissons; h l'exception 
d'une variété monstrueuse du Cyprin doré de la 
Chine, on la trotive verticale chez tous. Quelque- 
fois unie à la dorsale, elle varie aussi par sa forme 
qui est entière, fourchue en croissant ou même 
trilobée. La Caudale des cétacés est horizontale; 
on ne la rencontre chez le plus grand nombre des 
Batraciens que dans le premier état de l'auinjal. 

(P. G.) 



CAUR 



3o 



CAUX 



CAULERPE , Caalcrpa. (bot. cript.) Hydro- 
phytes. Toutes les espèces du genre Caulerpe , 
ordre des Ulvacées , ont une tige cylindrique , 
horizontale, rampante, rameuse et souvent slo- 
lonifère; leur fruclificalion est inconnue; on n'a- 
perçoit dans leur organisation ni fibres ni ré- 
seau , et leur épiderme, leur tissu cellulaire sont 
îi cellules si petites qu'on n'a pu encore en déter- 
miner la forme. 

Parmi le très-grand nombre de Caulerpes ci- 
tées parles auteurs, nous ne donnerons une idée 
générale que des deux suivantes : 

La Caulerpe prolifîîre , Caalerpa proliféra de 
Lamarck, qui croît dans toute la Méditerranée , 
est remarquable par la grandeur et le nombre de 
ses feuilles, qui sont planes, lancéolées, termi- 
nées à leur base en un pédoncule court et cylin- 
drique , obtuses h leur sommet , rarement rameu- 
ses, souvent prolifères, offrant ordinairement çà et 
là ou des points opaques ou granuleux , ou quel- 
ques taches d'un fauve brillant et doré. 

La Caulerpe peltêe , Caider papeltata, de La- 
marck , habile les côles occidentales de l'Afrique; 
elle offre d'abord des tiges rampantes, sur les- 
quelles s'en élèvent d'autres qui sont droites, cy- 
lindriques et un peu rameuses , couvertes de feuil- 
les nombreuses , et assez analogues à celles de la 
capucine quant à la forme seulement, car elles 
sont considérablement plus petites. (F. F.) 

CAULINAlPvE. (bot.) Celte expression s'em- 
ploie pour désigner toutes les parties de la plante 
qui naissent de la tige. Les racines de la Vanille, 
des Orobranches , du Guy , desVacquois, etc., les 
capsules de certains Lycopodes sont caulinaires. 
On confond parfois les feuilles caulinaires avec 
les feuilles radicales, malgré leur grande diffé- 
rence; les premières sont insérées médiatement 
ou immédiatement sur la lige , comme dans le 
Cacaotier, le Bugle, le Tabac, et autres; les se- 
condes, au contraire, parlent immédiatement du 
collet de la racine , comme dans la Primevère , la 
Valériane, les Scabieuses , etc. (T. d. B.) 

CAURALE, HeLias. (ois.) M. Vieillot a nommé 
ainsi un petit genre de la famille des Hérons , au- 
quel Illiger avait donné le nom d'^Krj/jjg-a. Carac- 
tères : bec un peu épais, long , droit , dur et renflé 
h sa pointe; sillon nasal très-profond, occupant 
les deux tiers de la longueur de la mandibule su- 
périeure; narines basales . linéaires , longues; pieds 
longs, grêles, h tarses plus longs que le doigt du mi- 
lieu, qui réunit par une membrane rinlerne à l'ex- 
terne; pouces au niveau des autres doigts ; ailes am- 
ples; les deux premières rémiges pi us courtes que la 
troisième qui est la plus longue , et composée de 
pennes égales entre elles. 

Linné confondait les Caurales avec les autres 
Hérons , et Latham les a placés parmi les Bé- 
casses. 

Ce genre ne comprend qu'une seule espèce, qui 
est de l'Amérique méridionale , et principalement 
de la Guianc , où elle est connue sous les noms 
èi Oiseau du soleil, et Petit Paon des roses; c'est 
Vjirdea Helias de Linné, figuré ù la planche en- 



luminée 782 ,sous lenom de Caural. Ce charmant 
oiseau est de la taille d'une perdrix ; son cou long 
et mince, sa queue large et étalée, et ses jambes 
peu élevées , lui donnent un air tout différent de 
celui des autres Echassiers; son plumage , nuancé , 
par bandes et par Ugnes , de brun , de fauve , de 
roux, de gris et de noir, rappelle les couleurs 
des plus belles phalènes. 

11 est représenté à la planche 82, fig. 5, de notre 
Atlas. (Gerv.) 

CAUX (Pays de), (géogr. phts.) Le pays de 
Caux , qui appartenait à l'ancienne province de 
Normandie , compose anjourd'hui la plus grande 
partie du déparlement de la Seine-Inférieure. Il 
comprenait en effet tout le jîays situé entre la 
Seine , l'Andelle, la Bresle et la mer, depuis Tré- 
port jus<[u'au Havre. Celte province se divisait 
naturellement en deux parties bien distinguées , 
séparées par le pays de Bray et la rivière de la 
Bélhune ; elles prenaient le nom de Grand et de 
Petit g aux. 

Le Grand Qaux, qui comprend le plateau situé 
entre l'Andelle, le pays de Bray, la Bélhune, 
la mer de Dieppe au Havre, et la rive droite de 
la Seine depuis son embouchiu'e jusqu'au con- 
fluent de l'Andelle et au dessus du Pont-de-l' Ar- 
che, peut se diviser lui-même en deux parties, 
si l'on prend pour ligne de partage lespèce de 
relèvement qui marque la séparation des rivières 
allant se jeter d'un coté dans la Seine , et de l'au- 
tre à la mer. Les premières, celles qui se réunis- 
sent à la Seine , sont la Lézarde , la rivière de 
Lillebonne , le Rançon , l'Austreberlc , la rivière 
de Bapaume, l'eau de Robec et l'Aubelte. Les 
secondes, qui se perdent h la mer, sont la Scye, le 
Dun , la Durdent et la rivière de Ganzeville. Beau- 
covqj de vallons secs se font en outre remarquer 
sur ce versant , et il parait que la rivière qui tra- 
versait autrefois Etretat , s'est frayé une voie sou- 
terraine, et que ce sont ses eaux qui reparaissent 
à marée basse , entre les rochers qui forment le 
pied des belles falaises qui entourent ce village. 
On a remarqué en outre que les puits creusés dans 
le vallon d'Elretat, qui se dessèchent à marée 
basse, se remplissent d'eau douce pendant la 
haute mer; circonstance qu'on ne peut attribuer 
qu'au refoulement de ces eaux douces par celles 
de la mer. 1 

Le pays de Caux proprement dit, qui com- 
prend toute la partie centrale du plateau , est re- 
nommé par sa fertilité , et l'angle occidental 
formé presque entièrement par l'arrondissement 
du Havre , est la parlie la mieux cultivée du dé- 
partement, surtout dans les cantons de Goder- 
ville, de Saint-Romain , de Colbosc, où la terre 
végétale est d'une profondeur et d'une fertilité re- 
marquables. En approchant de la mer , le sol de- 
vient plut léger, et passe à un état très-ferrugineux 
vers Fécamp, Ourville et Valmont. Le sol du pays 
de Caux est en général composé d'une terre argi- 
leuse froide, mais qu'on réchauffe par lemarnage, 
sorte d'amendement qui y exerce un cfl'et assez 
puissant. On rencontre l'argile plastique dans la 



CAUX 



5i 



CAVE 



partie supérieure de quelques vallées , qui toutes 
apparlieunent au système crayeux: elle s'y ren- 
contre à un demi-mètre de profondeur, ce qui 
rend raison de l'humidité du sol et du peu de du- 
rée des arLres, dont les racines ne vont que jus- 
([nh cette argile qu'elles ne peuvent pénétrer , 
tandis que la végétation des arLres plantés dans 
les endroits où la terre a élcéchauftece, est d'une 
vigueur remarquable et a beaucoup plus de durée. 

C'est en partie h celte cause et à la double né- 
cessité d'abriter Icsbàlimens et les arbres fruitiers, 
qui seraient exposés, en rase campagne, à l'im- 
pétuosité des vents, quo paraissent dues la forme 
et les dispositions singulières d'une partie des fer- 
mes de ce pays , et que nous croyons devoir si- 
gnaler ici. On y nomme vergers, herbages, ma- 
sures, cours, un(! partie de terre ordinairement 
carrée et généralement dun dixième des terres 
labourables de la ferme, sur laquelle on laisse 
pousser l'herbe , et où sont établis les bâlimens 
d'exploitation. Ces vergers ou herbages sont en- 
tourés de remparts en terre , appelés fossés , qui 
ont habituellement une hauteur de deux mètres , 
avec une largeur de quatre à la base et deux au 
sommet; on plante sur ces remparts, soit une 
haie , soit deux rangées d'arbres de haute futaie. 

Tout le monde connaît la fraîcheur et la beauté 
remarquables du sang des femmes de ce pays , 
et il n'est personne qui n'ait vu ou entendu parler 
de ces belles Cauchoises au costume h. la fois ori- 
ginal et élégant , si recherchées pour être nour- 
rices , qu'elles sont presque devenues un objet de 
luxe autant que de mode. 

Le Peiit Caux , formé du plateau situé au nord- 
est du pays de Bray, est compris presque entiè- 
rement entre les vallées de la Bresle et de la Bé- 
thune; il est coupé dans son centre par deux val- 
lées principales, celles de l'Yères , qui descend à 
la mer au dessous d'Oriel , et celle de l'Eaulne, 
qui se joint ti la Béthune au dessus de Dieppe. 

Suivant M. Passy , le sol de ce plateau, comme 
celui du Grand Caux, est composé de la partie su- 
périeure et moyenne de la craie visible dans les 
falaises et dans les vallées; le terrain superficiel 
offre les argiles , les sables et les silex épars ou ac- 
cumulés , qui sont généralement répandus h la sur- 
îàCQ de la craie et du sol, lorsque des couches 
compactes ne les recouvrent pas. Quoique le sol du 
Petit Caux soit moins fertile que celui du Grand 
Caux, la culture y est cependant la même. Le 
bas des vallées est occupé par de bons pâturages ; 
tandis que le haut des plateaux allongés qui les 
séparent se compose d'un terrain froid , argileux, 
mais malgré cela encore productif. Lorsque la 
craie s'y montre à nu, la culture s'appauvrit , et 
les parties du sol les plus rebelles à la charrue sont 
couvertes de forêts. 

Les vallées de cette province présentent une 
disposition bien remarquable, quia frappé depuis 
longtemps tous les observateurs ; ce sont les li- 
gnes de terrasses ou marches qui régnent le long 
du flanc des collines qui circonscrivent ces vallées 
et les vallons qui y aboutissent. Ou a cherché à 



expliquer de beaucoup de manières leur origine , 
mais on n'en a pas encore donné d'explication 
bien satisfaisante. Ces terrasses ont un à deux 
mètres de hauteur , et leur plan horizontal ou 
oblique est d'une largeur variable; elles s'amincis- 
sent h leur extrémité et se croisent parfois entre 
elles. Dans quelques endroits , cl principalement 
dans le vallon sec de Bracquemont, elles sont si 
mullij)liécs qu'elles l'essemblent à des conslruc- 
lions d'hommes, cl figurent de vastes amphilhéàtrcs 
h. gradins. Ces terrasses si remarquables et si mul- 
tipliées entre les villes d'Eu et de Dieppe, et dans 
les vallées qui partagent le plateau du Polit Caux, 
se retrouvent encore sur d'autres points du dé • 
parlement de la Seine-Inférieure, et dans les val- 
lées de l'Oise et de l'Eure qui appartiennent h d'au- 
tres formations; mais leur forme y est en général 
moins régulière. 

IS'ous pensons, nous, qu'elles sont dues à des 
émcrsions successives et en masse de notre con- 
tinent , soit par des relèvemens , soit par suite do 
la retraite des eaux; elles nous paraissent indiquer 
des lignes d'anciens rivages, semblables h ceux qui 
existent à différentes hauteurs dans tout le pour- 
tour de la Grèce, et comme il paraît en exister éga- 
lement en Italie, en Sicile et sur tout le littoral 
de la Méditerranée. Une circonstance qui vient 
surtout appuyer l'hypothèse que ces terrasses sont 
dues à l'action de la mer, c'est qu'elles se dessi- 
nent encore aujourd'hui sur tout leur littoral , et 
que les marées forment, en accumulant les galets, 
à l'embouchure des vallées ou à la base des falai- 
ses, des levées à peu près semblables. Voy, Val- 
lée A PLUSIEURS ÉTAGES. (Tll. V.) | 

CAVERNES, (géol. ) On nomme ainsi de grandes 
cavités souterraines naturelles, que l'on remarque 
dans certaines montagnes ; elles prennent le nom 
de grottes, lorsqu'elles sont d'une médiocre éten- 
due. 

L'origine des Cavernes a donné lieu à diffé- 
rentes théories : quelques savans attribuent ces vas- 
tes cavités à l'action des torrens souterrains; d'au- 
tres prétendent que des sources chargées d'acide 
carbonique sont parvenues h dissoudre les roches 
calcaires ; d'autres enfin leur ont donné pour 
causes les fréqaens soulèvemens de la surface du 
globe qui en remuant les roches calcaires ont dé- 
rangé leur position horizontale, et ont formé ces 
cavités qui se sont agrandies par l'action des eaux. 

Les Cavernes creusées dans les roches calcaires 
sont ordinairement tapissées de stalactites qui pré- 
sentent les formes les plus variées; on les voit des- 
cendre en longs festons, en guirlandes, et former 
des colonnades élégantes ; quelquefois même imi- 
ter des figures humaines; mais ce n'est pas sous 
ce rapport qu'elles présentent le plus d'intérêt 
aux géologistes. La plupart renferment des dépôts 
d'ossemens fossiles que les eaux diluviennes y ont 
apportés. On leur donne alors le nom de Cavernes 
à osscmens , quoiqu'au premier abord elles ne dif- 
fèrent en rien de celles qui n'en conlienncnt pas. 

Une couche de cailloux roulés et d'argile rou- 
geâlre forme le sol de ces Cavernes; on ne trouve 



CAVE 



02v 



CÉAN 



dans quelques unes de celles ci des débris d'ani- 
maux que lorsque sur celle couche s'est formée 
une croule de stalagmiles, et, si celle croûte man- 
que, les ossemens manquent également : de là on a 
été induit à penser que dans les Cavernes dépour- 
vues de ces stalagmites , les ossemens se sont dé- 
truits, et que, dans le cas contraire, elle les a pré- 
servés de la décomposition. En eflet sur ces sta- 
lagmites se trouve ordinairement un dépôt d'ar- 
gile moins rouge que la précédcnlc et quelque- 
lois noirâtre , contenant des débris de corps orga- 
nisés et de végétaux. Celle terre semble cire tout- 
h-fait analogue à celle qui se forme h la surface du 
globe, sous le nom de terre végétale. 

Les Cavernes les plus remarquables en France, 
celles d'Echcnoz et de Fouvcnt dans le départe- 
ment de la Haule-Saône, celle d'Osscllcs dans ce- 
lui du Doubs, cell-;s de Poudres et de iSo(/r/g:/!rt7-- 
giies dans celui du Gard, celle de ^àe dans celui 
de l'Aude, et celle de Lnnei-V iel dans celui de 
l'Hérault en Angleterre, celles de Banxvcli en Al- 
lemagne , celles de Bauman et de Gailenreuth , 
et tant d'autres que nous pourrions citer et qui 
sont célèbres, soit par leur étendue, soit par la 
quantité d'ossemens fossiles qu'on y a trouvés, 
sont creusées dans la roche calcaire. Cependant 
la commission scientifique envoyée en Morée eu , 
a fait connaître une qui est d'autant plus curieuse^ 
qu'elle est creusée dans des roches a])parlenant 
au terrain primitif. Nous en devons la descrip- 
tion h l'un de nos collaborateurs, M. T. Virlet, char- 
gé de la partie géologique dans la savante expé- 
dition que nous rappelons. 

Cette caverne, dont nous avons représenté la 
coupe, pi. 84 , fig- 2, située près du village de Sil- 
îaca dans l'île de Therraia, esl entièrement creusée 
au milieu découches presque verticales deschisles 
argileux , de stéaschistes et de micaschistes très- 
ienaces et souvent très-durs. Son entrée est à 
4oo ou 45o mètres au dessus du niveau de Limer. 
Les habitans de l'île prétendent qu'elle a plus 
d'une lieue de longueur : ce qui probablement 
est exagéré. Elle se compose , ainsi que l'indique 
la figiu'C qu'en a donnée M. T. Virlet et que nous 
reproduisons, d'une suite de cavités plus ou moins 
larges et plus ou moins hautes, souvent même 
d'une très-grande élévtition , communiquant entre 
elles par des passages rétrécis et quelquefois fort 
étroits. « Les parois en sont rarement planes ou 
parallèles, comme pourraient l'être celles d'une 
caverne résultant de quelque fente ou d'un filon 
qui, ayant disparu, aurait laissé sa place vide. Au 
contraire, le long de ces parois régnent d'autres 
excavations sans issues, ressemblant assez à des 
fissures élargies ou corrodées par l'action d'un 
liquide en mouvement , comme cela a souvent lieu 
.siu" les rivages de la mar, dans des fissures verti- 
cales, continuellement battues par les vagues. Ces 
excavations latérales , en général fort étroites et 
ordinairement creusées entre les strates du terrain, 
ne sauraient être prises pour d'anciennes galeries 
d'exploitation , comme la présence des nombreux 
filons de fer qui traversent la roche pourrait 



d'abord le fixire penser; car, bien que souvent fort 
profondes , elles ne permettaient pas toujours à ua 
homme de pouvoir y pénétrer. » 

Celle caverne offre plusieurs embranchemens 
dirigés en différens sens : « on y observe souvent 
des pointes de la roche schisteuse qui s'élèvent du 
milieu du sol et s'y présentent comme de ces té- 
moins que réservent les terrassiers dans leurs tra- 
vaux. Ces pointes ressemblent encore assez bien à 
certains écueils , h ces saillies de rochers que Ton 
remarque parfois au milieu du lit des torrens. 
Enfin , les parois offrentparlout ces formes arron- 
dies qu'on observe aussi dans la plupart des groltes 
calcaires. »Les filons de fer qui font saillie i ainsi 
que quelques filons de quartz ; le dépôt limoneux 
et argileux bleuâtre qui forme le sol sur lequel on 
marche , semblent attester que celte immense ca- 
vité souterraine a été balayée par un courant. 

Si l'on admet que l'action des feux souterrains 
a contribué à la formation des cavernes, on 
pourra considérer avec M. Virlet que celle de 
Sillaka et le canal qui -sert encore aujourd'hui de 
conduit aux eaux thermales de Tliermia, ne sont 
que des cheminées ou fissures par lesquelles- 
s'échappèrent les gaz intérieurs , h une époque où 
l'aclion volcanique qui avait produit ces fissures 
n'était pas encore assez puissante pour produire 
le relèvement des couches qu'elle avait commencé 
à fracturer, et que ce n'est qu'après ce relèvement 
que les fentes , auparavant verticales ou fortement 
inclinées, s'étant rapprochées de rhorizonlalité , 
ont pu donner passage aux eaux de la surface , et 
contribuer à compléter la formation de la ca- 
verne de Sillaka. (J, H. ) 

CAVIAR, (poiss.) Mets préparé , dans plusieurs 
parties de l'Orient, avec des œufs d'esturgeon 
qu'on y recueille en très-grande abondance. Ce 
mets est recherché et se sert sur les meilleures 
tables. 

CAVITL. (anat.) Espace vide, circonscrit en 
totalité ou en partie; on dit la cavité crânienne 
pour le crâne, tlioracique pour la poitrine, etc. 

CAVITÉ, (bot.) On appelle ainsi chacun des 
creux ou des loges qu'on rencontre dans l'inté- 
rieur d'une capsule et qui sont séparées par un 
plus ou moins grand nombre de cloisons. (P.G. V 

CAVOLllN'E." (moll.) Foy. Eoude. 

CÉANOTHE, Ceanotlius. (bot. phan.) Ce nom, 
qui désignait chez les anciens plusieurs espèces de 
plantes (entr'autres le Serratala arvcnsis) , a-été 
attribué par Linné à un genre d'arbustes de la fa- 
mille des Rhamnées , dont voici les caractères gé- 
néraux : feuilles alternes, entières ,pétiolées, mu- 
nies de deux stipules caduques; fleurs petites, en 
grappes terminales ou axillaires; calice monosé- 
pale, turbiné il la base, à cinq divisions; corolle 
de cinq pclales longuement onguiculés, creusés 
en cuiller ; cinq étamines opposés aux pétales , et 
insérées, ainsi que ces derniers, autour d'un disque 
glanduleux h cinq angles; ovaire à trois loges, 
surmonté d'un style trifide et h trois stigmates; 
capsule globuleuse, formée de trois coques mo- 
nospermes , se séparant h la maturité. 



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33 



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On cultive dans nos jardins plusieurs espèces 
de Ccanotlies , parmi lesquelles nous citerons les 
suivantes : 

Le CiANOTHE DE l'Amérique septentrionale, 
Ceanothus americana , arbuste élégant , connu sons 
le nom de Tkc de Jersey. Ses tiges s'élèvent à 
quelques pieds, et portent à leur sommet des grappes 
de fleurs blanches. Ses feuilles sont ovales, fine- 
ment dentées , et im peu pubesccnles. 

Le Céanoïiie d'Afrique, C. africana , est une 
espèce plus vigoureuse , s'élevant ti dix ou douze 
pieds. Elle demande une culture d'orangerie , 
tandis que la précédente peut passer l'hiver en 
pleine terre. 

Le Ceanothus discolor, originaire de la Nou- 
velle-Hollande, se dislingue par ses feuilles d'un 
vert clair en dessus, blanches et tomenteuscs en 
dessous. 

Labillardière a donné une figure de deux autres 
espèces de Ceanothus ; elles paraissent distinctes 
du genre, et en formeront peut-être un nouveau 
quand on les connaîtra mieux. (L.) 

CEBRION, Cebvio. (ins.) Genre de Coléoptères 
de la famille des Serricornes , section des Malaco- 
ûermcs, tribu des Cébrionitcs, établ par Olivier, et 
ayant pour caractères : mandibules arquées, aiguës; 
labre court ; antennes de 1 1 articles , longues dans 
les mâles ,- très-courtes dans les femelles; articles 
des tarses entiers sans pelotes, tous les fémurs 
presque identiques entre eux. Ces insectes portent 
en général la tête inclinée ; les antennes dans les 
mâles ont tous leurs articles presque égaux , com- 
primés, formant un peu la scie, et atteignant la 
moitié de la longueur du corps ; dans la femelle 
elles ne sont guère plus longues que la tête; le 
premier article est beaucoup plus long que les 
autres , et à partir du quatrième elles forment une 
massue oblongue et presque pcrfoliée. Elles sont 
insérées près des mandibules en avant des yeux, 
qui sont globuleux ; les mandibules se courbent 
brusquement en forme de crochet; les palpes sont 
filiformes , avec le dernier article un peu ovoïde ; 
le corselet est transversal, avec ses angles terminés 
en épines ; les ailes sont en partie avortées dans les 
femelles. On ne connaît pas les larves de ces in- 
sectes ; on présume qu'elles habitent la terre , dont 
les insectes parfaits sortent quelquefois en grande 
quantité après les orages; la femelle, h ce qu'il pa- 
raît, n'en sort presque jamais; mais la nature, qui 
pourvoit h tout, lui a donné un abdomen dont 
î'extrémitéest susceptible d'un grand allongement ; 
elle fait sortir de terre cette partie, et les mâles 
savent très-bien la découvrir à la surface du sol : 
aussi, quand on les voit en grand nombre rassem- 
blés dans un endroit, on peut présumer qu'il ya une 
femelle et la chercher sûrement; elles sont assez 
rares. On doit ces observations à M. Guérin, qui 
les a faites il y a déjà bien des années quand il 
habitait Toulon; mais il n'a pas été assez heureux 
pour compléter l'histoire de ces insectes. 

C. GÉANT, C. gigas , Fab. , Oliv. , col. 3o bis, 
\ , a b c , Taupin , i, a b c, (Voy, notre Atlas , 
pi. 85 , fig. 1 et 2.) Long de 7 h 8 lignes; tête, an- 



tennes et corselet noirs, reste du corps fauve, avec 
les tibias et les tarses plus foncés. C'est l'espèce 
la pins commune; elle vient du midi de la France; 
quelques autres espèces venant d'Espagne et de 
quelques contrées plus méridionales, n'en sont 
peut-être que des variétés, (A. P.) 

CÉBRIONITES, Cebrionllcs. (ins.) Tribu de 
Coléoptères établie par Lalreillc , faisant partie 
de la section des Malacodermes , de la fimiillc des 
Serricornes ;le caractère le plus marquant de cette 
tribu consiste dans les mandibules arquées , avan- 
cées , terminées en une simple pointe ; la forme 
du corps varie un peu dans les difFérens genres; 
mais en général elle est oblongue, un peu con- 
vexe , avec la tête inclinée ; le corselet est presque 
toujours transversal , plus large postérieurement; 
les antennes allongées , dans les mâles au moins. 
On ne connaît pas leurs larves, et dans un genre 
seulement on a quelques observations de mœurs. 

CECIDOMYE, Cecidomya. (ins.) Genre de Dip- 
tères , établi par Meigen , dans la famille des Né- 
mocères, et démembré du genre Tipule de Linné. 
Caractères : antennes simplement grenues , de 1 2 
articles dans les femelles, et d'environ 94 dans les 
mâles, simplement poilues; ailes couchées sur le 
corps, n'ayant que trois nervures. Ces insectes 
ont le port de très-petites Tipulcs ; l'abdomen des 
femelles, corné à son extrémité, est terminé comme 
en espèce de dard; elles s'en servent pour percer les 
boutons à feuilles ou h fleurs et y introduire des 
œufs ; leur blessure fait gonfler le bouton , et ses 
larves y trouvent l'abri et la nourriture. On en 
connaît plusieurs espèces, toutes très-petites et 
propres à l'Europe. 

C. GRANDE , C. grandis , Meig. Elle est d'un 
noir cendré , avec les pieds bruns. (A. P.) 

CECILIE, CœcUia. (rept.) Théodore de Gaza 
paraît être le premier qui ait employé le nom de 
Ccecilla pour désigner les seipens aveugles d'Aris- 
totélès , espèces de reptiles que les commentateurs 
ont cru retrouver dans YÂnguis fragilis , dans 
le Seps d'Italie , etc., qui pourtant ne sont pas 
aveugles. Linnœus l'appliqua à son tour à des ser- 
pens dont Aristotélès et ses successeurs n'ont pu 
avoir d'idée , mais qui du moins ofli-ent cette dis- 
position , que leurs yeux cachés par la peau les 
font paraître aveugles au premier coup d'œil. 
Quelque arbitraire que soit cette application du 
mot Cacilia de Linnœus, elle a prévalu, et au- 
jourd'hui elle est unanimement adoptée. Les Cé- 
cilies sont des reptiles à corps allongé, cylindri- 
que, dépourvus de pieds, revêtus d'une peau molle 
couverte d'un mucus gélatineux analogue h celui 
des tégumens des Batraciens, garnie de petites 
écailles minces, disposées en rangées transversales, 
logées comme celles des poissons dans l'épaisseur 
même du derme. Leur tête est petite, déprimée, 
le museau arrondi, obtus, la bouche petite, la 
mâchoire non extensible , l'os maxillaire étant sans 
pédicule mobile , et l'os tympanique enchâssé soli- 
dement dans les os du crâne; les dents simples, 
petites, égales, coniques, légèrement recourbées 



T. IL 



85' Livraison. 



CECI 



34 



CECI 



en arrière , disposées sur les maxillaires et les os 
du palais sur deux lignes courbes concentriques ; 
la langue large, molle, ovalairc, mince, adhé- 
rente par sa partie moyenne, et son sommet libre 
seulement sur ses bords; aux côtés de la lèvre su- 
périeure, des papilles cutauées plus ou moins al- 
longées en manière de petits tentacules ou de bar- 
billons rétractiles ; les narines petites, placées h 
l'exlrémité du museau, simples, libres, arrondies, 
ouvertes dans la bouche en arrière des os du pa- 
lais 5 les yeux petits, à peu près ou totalement ca- 
chés sous là peau; au-devant d'eux une petite ou- 
yerture arrondie, communiquant dans une cavité 
ampuUaire logée dans l'orbite au-dessous de l'œil, 
tapissée par une membrane muqueuse, lisse , que 
l'on a comparée au larmier des Cerfs et des Anti- 
lopes; point de conduit auditif externe apparent; 
leur oreille composée d'un seul osselet discoïdal , 
appliqué sur la fenêtre ovale comme chez les Sa- 
lamandres; le tronc grêle, de grosseur égale par- 
tout , se continuant d'une manière insensible avec 
la tête , garni sur les côtés de rides annulaires 
plus ou moins nombreuses et plus ou moins arrê- 
tées, comme chez les Salamandres et les Sirènes, 
réunies sur le milieu de l'abdomen en une sorte de 
raphé, les unes entourant tout le corps, d'autres 
n'en marquant que la moitié. L'on a cherché à dé- 
terminer les espèces de Cécilics d'après le nombre 
de ces rides circulaires ou semi-circulaires, mais 
leur nombre est trop variable chez les individus de 
la même espèce pour fournir un caractère assez ab- 
solu. La queue est très-courte, peu marquée, ter- 
minée par un cône obtus; l'anus arrondi, plissé 
concentriquement et presque terminal; leur pou- 
mon est double, mais l'un des sacs est aussi petit 
que chez les serpens; sur les côtés du cou l'on 
trouve dans le jeune âge des trous analogues h ceux 
des Amphiumcs, qui donnent à penser que dans 
une première époque ces animaux peuvent avoir 
des branchies, ce nue vient encore appuyer la dis- 
position de l'hyoïde qui se compose de trois paires 
d'arceaux comme celui des Batraciens dans leur 
jeune âge, et l'oreillette du cœur, qui n'est qu'in- 
complètement divisée. Le crâne s'articule avec la 
première vertèbre par deux condyles comme celui 
des Batraciens, avec lequel il a d'ailleurs beau- 
coup de conformité; les vertèbres s'unissent entre 
elles par des surfaces en cône creux comme celles 
des Sirènes et des poissons; leurs cotes sont courtes 
et grêles; leur canal intestinal se rapproche beau- 
coup pour la disposition de celui des Batraciens. 
On trouve des matières végétales , de l'humus et 
du sable dans leur intérieur; leur foie est, comme 
celui des Batraciens, divisé en plusieurs feuillets; 
l'on ne connaît pas la disposition de leurs organes 
reproducteurs, ni leur mode de génération. On n'a 
rien de bien certain sur leur genre de vie; on dit 
que , comme les Amphisbèncs, elles font des trous 
assez profonds en terre , dans les endroits bas et 
humides , et n'en sortent guère que lorsque la pluie 
les en chasse. Quelques auteurs pensent qu'elles 
vivent dans l'eau comme les Tritons. Une organi- 
sation qui offre des points de contact si nombreux 



avec des animaux si différens les uns des autres, a 
dû jeter dans quelque perplexité les classifica- 
leurs systématiques; aussi les ims ont-ils rangé 
les Cécilies avec les Amphisbèncs parmi les Sauro- 
phidlens , d'autres en ont fait une famille à part 
qu'ils ont placée à la suite des serpens, et que quel- 
ques uns ont désignée sous le nom de Pseudophi- 
diens ; d'autres les ont rapportées aux Batraciens 
sous la désignation de Batraciens apodes; d'au- 
tres enfin les ont rapprochées des Amphisbèncs et 
des Sirènes ou Batraciens ichtiyoides dérotrêmes 
sous le nom de Gymnoplùdia, L'observation du 
genre de vie, du mode de reproduction et du dé- 
veloppement de ces animaux peut seule dissii>er 
les doutes sur leurs rapports naturels. 

L'oniconnaît plusieurs espèces de Cécilies, telles 
que : 

La CiciLiE LOMBRicoÏDK {C. lumùrlcoïdes , C. 
gracUis) , entièrement aveugle, à corps grêle, 
cylindrique, très-long, h plis latéraux peu mar- 
qués; noirâtre, longue d'un h deux pieds, de la 
grosseur d'une plume d'oie. De l'Amérique mé- 
ridionale. 

D'autres Cécihes h corps également cylindrique 
ont été réunies en un groupe à part, à cause de la 
présence des yeux et de l'existence du larmier, qui 
a fait donner h ce groupe le nom particulier de 
Syphonops , savoir : 

La Cécilie AN^'ELivE, C. annulata, d'un vert 
olivâtre, chaque sillon des flancs marqué d'une 
couleur pâle et blanchâtre , longue d'un pied h un 
pied et demi , de la grosseur du doigt. Elle habite 
le Brésil. 

La CicixiE TENTACULÉE (C. tciitaculuta , C. al- 
bircntris?) , de couleur noirâtre, le ventre marbré 
de blanc; sa longueur est de près de deux pieds 
et de huit à neuf lignes de diamètre. On la rencon- 
tre h Surinam et dans l'Amérique méridionale. 

LaCÉCILIE A ANNEAUX IISTERnOMPliS (T. /)(/«•;•«/)- 

ta , Cuv. ) se distingue de la Cécilie anneléo par 
ses anneaux blancs qui ne se réunissent pas en des- 
sous ; du reste, elle a les mêmes proportions et la 
même patrie. 

La Cécii.ie A MUSEAU PoiNTu(6\ Tostrcita, Cuv.). 
Celle Cécilie n'est pas marquée de blanc dans le 
sillon de ses anneaux; son museau est plus aigu que 
dans les espèces précédentes; elle n en diflère pas 
sous le rapport des proportions; comme elles, elte 
est de l'Amérique méridionale. 

Cécilie a deux bandes ( C. bivittata, Cuv. ). 
Egalement d'Amérique, de couleur brunâtre, mar- 
quée sur chaque flanc d'iuie ligne fauve, longue 
de moins d'un pied, de la grosseur d'une plume 
de paon (figurée dans l'Iconographie de G uérin , 
pi, 25|, fig. 2, et dans notre Atlas, pi. 85, fig. 5. 

Il est enfin des Cécilics à corps plus comprimé, 
h queue plus pointue, à tentacules assez pronon- 
cés,^ à anl petit, mais marqué. On leur a donné, 
cause de leur forme , le nom particulier d'Ichlhyo- 
phis ; d'autres auteurs, h cause de la disposition 
des tentacules, leur ont donné le nom d Epicrium, 
du mot ^rec cplcrion , antenne. 

Ici se rapporte laCiciUE glutinecse, C. gluli- 



CÉCR 



35 



CÉDR 



nosa hypocyana Epicrlum (Vanhasselt), noire olivâ- 
tre en dessus ,grisebleuâtre en dessous, avec une 
rangée de taches jaunâtres , souvent confondues en 
ligne continue le long des flancs. Cette Cécilie se 
trouve hCeylan'età Javajles Javanais lui donnent 
le nom d'Oc/ar doe'èl. Les plis des flancs sont bien 
plus serrés et moins enfonces que dans les autres 
Cécilies. 

Les Cécilies sont des animaux tout-à-fait inoflen- 
sifs, qui ne méritent pas du tout la mauvaise répu- 
tation qu'on leur a faite. (T. C.) 

CÉCROPIK, Cecropla. (bot. phan.) Arbre delà 
famille des Urticées , Diœcie diandrie , indigène 
aux jVntilles , où ses tiges creuses , divisées inté- 
rieurement par des cloisons transversales , placées 
de distance en distance , lui ont fait donner le nom 
de Bois trompette. 

Ce genre a pour caractères distinctifs : fleurs 
en épis amentiformes ; les mâles h calice turbiné, 
anguleux , tronqué au sommet , et percé de deux 
trous qui donnent passage aux deux étamines; les 
femelles h calice bidenté au sommet, un style per- 
sistant, deux étamines stériles, un ovaire unilo- 
calaire et monosperme. Le fruit est un akène 
ovoïde , allongé , lisse , enveloppé par le calice. 

On connaît trois espèces de Bois trompette ou 
Cécropie, confondues par Linné en une seule, 
mais distinguées et séparées par Willdenow. La 
plus commune est la Cécropik peltée , C. peltata, 
arbre de trente pieds et plus , à tronc cylindrique 
et fistuleux ; feuilles grandes, cordiformes, pcltées 
(c'est-à-dire où le pétiole est inséré, non au bord, 
lûais au milieu delà feuille), à sept ou neuf lobes 
très-obtus et acuminés; la face supérieure est d'un 
vert foncé; im duvet blanc et cotonneux recouvre 
l'inférieure. Les fleurs sont très-petites; les cha- 
tons mâles , réunis par quatre à huit au sommet 
d'un pédoncule commun , sont enveloppés d'une 
spathe monophylle , qui tombe avant l'épanouis- 
sement. Cette espèce , abondante aux Antilles et 
sur le continent de l'Amérique méridionale , a été 
figurée par Jacqnin et par Lamarck ; c'est le Ya- 
riima Oviedi de Soane , et le Corlotapalus ramls 
excavatis de Brown. 

Les deux autres Cécropics sont indigènes au 
Brésil; l'une, Cecropia palmata , se distingue par 
ses feuilles digitées, vertes en dessus, tomenleu- 
ses en dessous ; Marcgraaf l'a décrite sous le nom 
^Ambayba ; l'autre , C. concolor , est remarquable 
en ce que ses feuilles sont également vertes sur les 
deux faces. ( L. ) 

CÉCROPS, Cecrops. (orust.) Genre de l'ordre 
des Branchiopodes , fondé par Leach ( Encycl. 
brit. , suppl. 1 ),et adopté par Latreille , qui le 
place, dans son Cours d'entomologie , dans 
la famille des Caligides, et dans la deuxième 
tribu des Hyménopodes. Ses caractères généri- 
ques sont : test coriace , séparé en deux , la por- 
tion antérieure en forme de cœur , profondément 
échancrée en arrière; antennes à deux articles; ab- 
domen aussi large que le lest ; deux articles h la 
paire des pattes antérieures, qui sont armées d'un 
ongle fort et recourbé; l.rois articles à la seconde 



paire, plus minces , et dont le dernier est bifide; 
troisième paire plus forte, n'ayant qu'un seul ar- 
ticle et un ongle très-fort ; les quatrième et cin- 
quième paires bifides; les hanches et les cuisses 
des sixième et septième paires très-dilalécs , lamel- 
liformes et réunies en paires; bec inséré derrière 
les pattes antérieures , ayant de chaque côté de sa 
base un appendice ovale. Ce genre , remarquable 
par son organisation , se distingue tiès-aisément 
des Limules, des Caliges et des Argules, avec 
lesquels cependant il a quelque analogie. On n'en 
connaît jusqu'à présent qu'une seule espèce qui 
est le CtcROPS de Latreille, Cecrops LatreUlil , 
figuré par Desmarest , Considér. génér. sur les 
Crustacés, pi. 5o, fig. 2. D'après Latreille, cette 
espèce vivrait sur les branchies du Turbot. 

(H. L.) ^ 
CLDONULLI, CedonuUL (moll.) Coquille uni- 
valve appartentant au genre Cône , qui a toujours 
été considérée comme l'une des plus précieuses 
de toutes celles qui ornent les cabinets des con- 
chyliologistes. Cette espèce, que Lamarck a fort 
bien décrite dans le 7""' vol. de ses Animaux 
sans vertèbres, varie à l'infini, et ne se trouve 
que fort rarement à l'état bien frais ; d'où l'on 
peut conclure qu'elle habite à de grandes profon- 
deurs dans la mer. Dans cet état de belle conser- 
vation, elle a un prix assez considérable, qui est 
rarement moindre de trois cents francs. Lamarck 
en possédait un exemplaire qui fait aujourd'hui 
partie de la collection de M. le duc de Rivoli, et 
que l'on va voir par curiosité ; cette intéressante 
coquille offre sur le milieu de son dernier tour 
deux fascies transverses , composées de taches 
irrégulières d'un blanc légèrement bleuâtre , cir- 
conscrites de brun ; le fond est parsemé de petits 
points rangés en lignes assez symétriques ; mais 
en outre on remarque quatre cordonnets perlés et 
fortement exprimés , dont lun se trouve placé an 
dessus des deux fascies, et les trois autres au des- 
sous. La base et la spire sont élégamment pana- 
chées de blanc. Cette espèce, qui n'atteint que 
deux pouces ordinairement, habile les mers de 
l'Amérique méridionale et des Antilles. De tous 
les ouvrages connus, l'Encyclopédie est celui qui 
a donné le plus de figures des variétés sans nom - 
bre de l'espèce que nous décrivons. Nous ne ter- 
minerons pas cet article sans dire un mot du 
hasard qui favorise certains individus. Un mar- 
chand de la capitale a acheté moyennant trente 
sous, il y a peu d'années, en face du portail de 
l'égfise Saint-Roch , un très-bel individu du cône 
Cédonulli , qu'il a revendu 000 francs au bout de 
quelques jours. Le même marchand trouva peu de 
temps après sur une des places de Londres trois 
autres coquilles de celte espèce, qui ne lui coû- 
tèrent que quelques schelings , et dont il se défit , 
sur l'heure môme, avec vm bénéfice tel, qu'il fut 
défraye de toutes les dépenses de son voyage. 

(DucL.) • 

CÉDRAT et CÉDRATIER, (bot. phan.) Le 

premier nom indique le fruit , le second celui de 

l'arbre qui le porte. Le Cédratier est un genre du 



CEDR 



56 



CEDR 



groupe des Citronniers ^ nous en parlerons en trai- 
tant du CiTnoNNiER et desHiiSPKRiDjÉES. {f^oy. ces 
deaxmols), (T. d. B.) 

CÈDRE, Cedras. (bot. piian.) Nom équivalant 
dans toutes les langues orientales au mot puissance, 
et le plus anciennement connu d'un arbre célèbre 
par son élévation , la grosseur qu'il acquiert , le 
nombre des années qu'il compte, et par 1 indes- 
Iruclibilité de son bois recherché pour les con- 
structions nautiques , pour les temples et les autres 
grands édifices. Autrcl'ois il croissait spontanément 
sur les hautes montagnes du Liban, de l'Ama- 
mis et du Taurus; la main de l'homme est par- 
venue h l'y détruire avec la fin du dix-huitième 
siècle de Fèrc vulgaire, et peut-être aujourd'hui 
regarderait-on comme un phénomène ; de ren- 
contrer un seul individu aux lieux où l'antiquité 
nous dit qu'il en existait d'immenses forêts. On 
ne le trouve point sur les monts Ourals, uni dans les 
environs de la mer Caspienne , ainsi que l'ont écrit 
Pallas et ceux qui l'ont servilement copié; mais il 
est de nos jours tellement répandu , tellement 
prospère en Europe , qu'on le croirait originaire 
du sol et des climats divers qu'il y a adoptés. 

Son introduction en France est d'une date fort 
reculée ; j'en connais deux liges plantées, en 14C9, 
par Ebérard de Wurtemberg, dans la cour^du vieux 
château de Montbeillard , oli je les ai vues plus de 
trois siècles après , en 1 792 , entourées par d'anti- 
ques tilleuls ; elles avaient alors acquis une hau- 
teur considérable, et rien, m'écrit-on, rien n'an- 
nonce encore, en i854, qu'elles doivent dépérir 
de long-temps. Ce n'est que depuis 1727, époque 
à laquelle Bernard de Jussieu rapporta celui que 
l'on admire au labyrinthe du Jardin des Plantes 
de Paris, que le Cèdre du Liban s'est répandu 
dans presque tous nos déparleinens, et que ses 
graines commencèrent à lever sans soins autour 
des arbres qui les oiit produites. Chez nous, il est 
moins remarquable par sa stature gigantesque, sa 
forme pyramidale et son port majestueux, que 
par la grosseur de son tronc et la grande étendue 
de ses branches très-ouverles , très-nombreuses, 
dont les plus basses s'éloignent horizontalement h 
plus de dix mètres , et se courbent vers la terre ; 
en se couchant les unes sur les autres , elles offrent 
des étages de verdure que le vent ondule h chaque 
nistaut. Les rameaux suivent la même direction. 
Les feuilles qui les décorent sont petites , courtes , 
éparses, raides et piquantes, d'un vert sombre, 
réunies en faisceaux divergens ; elles persistent 
lorsque celles des autres arbres sont tombées. Le 
berceau que forment les branches et les rameaux 
est impénétrable h la pluie et au soleil ; il s'élargit 
à proportion que le Cèdre monte, de manière que 
sa circonférence est presque toujours à peu près 
égale à la hauteur de l'arbre, particulièrement 
lorsqu'il se trouve dans un lieu très-ouvert et qu'il 
est isolé. L'on a avancé une grande. erreur quand 
on a dit que la flèche est constammeut inclinée 
vers le nord; ce cas est infiniment rare et pure- 
ment accidentel. 

Les deux sexes sont séparés sur le même indi- 



vidu. Les chatons mâles sont ovo'ides, allongés; 
les chatons femelles sont constamment presque 
cylindriques, et placés au sommet des jeunes ra- 
meaux. Le cône qui leur succède , de la grosseur 
d'une forte orange, a la forme d'un œuf dont la 
partie supérieure , aplatie ou déprimée , regarde 
le ciel; il demeure deux ans fixé aux branches. 
Alors seulement les graines sont arrivées h leur 
maturité complète, et quittent les espèces de plica- 
tiu'es dans lesquelles elles sont contenues et telle- 
ment pressées que la moitié avorte. Ces semences, 
assez grosses, à odeur très-balsamique, veulent 
être confiées aussitôt à la terre , si l'on désire les 
voir produire. \ 

Le Cèdre, que l'on voit figuré dans notre Atlas, 
pi. 85 , fig. 4. se plaît dans les terres légères, sa- 
blonneuses et pierreuses , au sommet, surleflanc 
des montagnes , comme dans les plaines , pourvu 
que celles-ci ne soient point sujettes aux inonda- 
tions , et qu'elles ne retiennent point l'eau durant 
l'hiver. Les gelées lui nuisent , surtout quand il 
est jeune; mais , une fois parvenu à sa vingt-cin- 
quième année , il brave les froids les plus rigou- 
reux ; il supporta , sans en souffrir aucunement, 
les hivers mémorables de 1789, 1820 et ]83o. 
Sa croissance est très-lente pendant les preinières 
années, mais elle devient ensuite assez rapide; je 
l'estime être de quatorze et quinze millimètres par 
année. 

Son bois est résineux , blanchâtre tant qu'il est 
plein de force , rougcâtre quand il entre dans 1 âge 
delà caducité; de plus il est réellement incorrup- 
tible; en brûlant , il dégage une odeur agréable : 
on le distingue assez dilllcilemcnt de celui du pin 
sylvestre quand il est h son moyen âge ; le grain 
en est lâche. Il jouissait autrefois d'une très-haute 
réputation. Le fameux temple de Jérusalem était 
en bois de Cèdre, ainsi que le palais des rois per- 
sans à Persépolis , qui périt dans l'incendie com- 
mandé par Alexandre au milieu d'une débauche- 
Les architectes modernes ne professent jjoint la 
môme estime pour ce bois, sans doute parce qu'ils 
le connaissent mal , ou qu'on le leur livre trop 
jeune, et qu'alors il est sujet à se fendre par l'effet 
de sa dessiccation. Une substance résineuse, fort 
peu différente en apparence de celle du mélèze , 
découle de son écorce : elle jouit des mêmes pro- 
priétés que celle du sapin. 

De même que tous les arbres résineux , le Cèdre 
ne repousse pas de ses racines une fois que l'on a 
porté sur lui la hache. Du reste sa multiplication 
par voie de semis et sa culture sont extrêmement 
faciles. On a conseillé les boutures ; elles réussis- 
sent si rarement que ce moyen est sans valeur. 

Le Cèdre du Liban appartient h la Monoécie 
monadelphie , et à la famille des Conifères. Les 
très-grands rapports qu'il présente avec le Mélèze, 
Larlx , déterminèrent Tournefort et Linné h le 
réunir h ce genre; d'autres botanistes l'ont succes- 
sivement promené du genre Pinus au ^enreAôies: 
ce qu'il y a de certain , c'est qu'il doit former un 
genre particulier entre le premier et le second. 

On a abusé du mot Cèdre pour l'appliquer à 



CEDR 

des végétaux qui sont étrangers à l'arbre que nous 
venons de décrire. Yoici les principales de ces 
fausses dénominations qu'il serait à désirer devoir 
«e perdre pour toujours. Elles entraînent h de 
graves erreurs la tourbe des demi savans, et par 
suite ceux qui les écoutent. 

CîiDRE-ACAJOU , nom vulgaire de l'Acajou îi 
meubles ou Mahogon d'Amérique, Swietenla 
Mahogoni, ainsi que de l'Acajou h planches, ou 
Cédrel odorant, Cedrcla odorala. 

CiîDiiE BLANC. Leshabitans du Canada donnent 
ce nom vulgaire au Cyprès h feuilles de Thuya , 
Cupressiis thuyoldes. 

Cèdre de Busaco , le même que le Cyprès glau- 
<jue , Cuprcssus pendilla de L'Héritier. 

Cèdre d'encens. On appelle ainsi le Genévrier 
de l'Europe méridionale, Jiiniperus thiirifcra, L. 

Cèdre d'Espagne. Dans quelques catalogues on 
-désigne encore sous ce nom le Genévrier h encens. 

Cèdre de Goa. Le même arbre que le Cèdre de 
Busaco. 

Cèdre de la Caroline. Variété du Genévrier 
de Virginie, Junipcrus virg'iniana. 

Cèdre de la Jamaïque. Nom improprement 
donné h un arbre de la famille des Malvacées , le 
Guazume h feuilles d'Orme, Guazuma idmifolia 
de Lamarck. 

Cèdre de la Sibérie. Dans ses voyages , Pal- 
las donne ce nom au Piniis cembra. Quoique 
Gmelinet Patrin aient, depuis long- temps, détruit 
l'erreur accréditée par les traducteurs du natura- 
liste russe, on la retrouve encore dans les auteurs 
modernes. Il n'y a point de Cèdres proprement 
dits dans les forêts de la Sibérie, ni dans aucune 
partie de la vaste contrée appelée Pvussie. 

Cèdre des Bermudes. Le Genévrier particulier 
aux îles de l'Amérique septentrionale découvertes 
en 1027 par Juan Bermudez, Juniperus berniu- 
diana, L. 

• Cèdre lycien. Variété du Genévrier de la Phé- 
nicie, Juniperus phœnicea, dont on a fait à tort 
une espèce. 

Cèdre rouge. On appelle ainsi^ tantôt lu Gené- 
vrier de la Virginie, Juniperus rirginiana , tantôt 
la grande espèce d'Iciquier, Iciquia altissima. 
, , (T. D. B.) 

CEDRELE, Cedrcla. (bot. phan.) Ce genre, 
ainsi appelé parce qu'il a la qualité du Cèdre, ou 
parce qu'il lui ressemble, appartient à la famille 
des Méliacées ou Ji celle des Cédrélées de Brown. 
Il est ainsi caractérisé : calice persistant, à 5 dents; 
corolle infundibuliforme , pentapétalc ; cinq éta- 
mines; un style; un stigmate; capsule ligneuse h 
cinq valves , à cinq loges ; graines membraneuses, 
imbriquées ; réceptacle ligneux. La seule espèce 
de ce genre qui doive nous intéresser est le Ce- 
drcla odorala , vulgairement appelé Acajou à 
planches {voyez Acajou,). Son tronc acquiert 
des dimensions telles qu'on en construit des 
canots tout d'une pièce , de 4o pieds de lon- 
gueur sur cinq de largeur. Le bois en est ordinai- 
rement rouge. II yen a aussi de marbré, de jaune, 
de couleur de chair. Il se polit aisément , et de- 



37 CELA 

vient très-luisant. Il pourrit difficilement dans 
l'eau , et est inattaquable aux vers. On en fait des 
meubles qui communiquent leur odeur suave au 
linge qu'on y renferme. 11 est originaire de l'Amé- 
inque méridionale. (C. É.) 

CÉDRÉLÉES. (bot. piian.) Genre des Mélia- 
cées , que R. Brown a érigé en famille , h cause de 
la structure du fruit et des semences ailées qu'of- 
fre le type, connu sous le nom vulgaire d'Acajou 
à planches, et que les botanistes appellent Cedrèle. 
{F. ce mot.) (C. È.) 

CED Pli A. (cniM.) Liqueur que les anciens Egyp- 
tiens préparaient pour l'embaumement de leurs 
momies de seconde classe; elle avait la propriété 
de dissoudi'e les viscères ; on introduisait dans le 
ventre, et lorsqu'elle avait produit l'effet voulu, 
on la laissait s'écouler ; on couvrait ensuite le corps 
de natruin, et après soixante-dix jours on le re- 
mettait aux parens. (T. d. B.) 

CELASTRE , Cetaslrus, (bot. piian.) On con- 
naît plus de quarante espèces de Célastres, qui 
toutes sont arbustes ou arbrisseaux appartenant à 
la Pentandrie monogynie et à la famille des Rham- 
nées. Quelques unes méritent d'être remarquées 
pour leurs fleurs ou pour leurs fpuits. On les trouve 
également dans l'un et dans l'autre hémisphère. 
Le pays qui en fournit le plus est le cap de Bonne- 
Espérance , ensuite le Chili, puis le Pérou. Le 
Célastre de Virginie, C. bullatus, arbuste buis- 
sonneux aux fleurs blanches , disposées en épis 
terminaux, et le Célastre du Canada, C. scan- 
dens , appelé i>o«7'?'Crt(t des arbres , parce qu'il s'en- 
roule autour d'eux, les presse si fortement qu'il 
les fait périr, sont de pleine terre et viennent 
partout, excepté dans les terrains crayeux; ils pro- 
duisent un fort bel effet quand ils se décorent de 
leurs fruits d'un très-beau rouge. Mais ils perdront 
de leur crédit du moment que l'on parviendra à 
compléter la naturalisation dans nos cultures du 
Célastre paniculé de TElhiopie , C. pyracanthus, 
qui forme un buisson lâche presque sans épines, 
à feuilles toujours vertes , lancéolées , à peine 
dentées , ayant ses jeunes rameaux rougeâlres , 
ses corymbcs de flei*rs blanches, nombreux, axil- 
laires et terminaux, auxquelles succèdent des 
fruits d'un rouge éclatant , assez gros. Déjà celle 
jolie espèce supporte dans le nord de la France 
les premiers degrés de congélation. Il en est de 
môme du petit Cerisier des Hottentots, C. luci- 
dus, dont les rameaux cylindriques sont constam- 
ment garnis de feuilles ovales, fermes, luisantes, 
armées en leur sommet d'un aiguillon crochu. Il 
porte des fleurs blanches qui demeurent épanouies 
depuis le printemps jusqu'en automne, et de pe- 
tits fruits rouges assez semblables à des cerises , 
d'où lui est venu le nom qu'il porte. Les Arabes 
possèdent une espèce, C, esciilentus , dont ils man- 
gent les baies quoiqu'elles aient un goût acre; ils 
préparent encore avec une boisson enivrante, 
ainsi qu'une liqueur distillée Irès-alcoolique. 

Le genre Celastrus a de grandes affmités avec 
le genre Evonymus oi\ Fusain et le genre Cassine; 
il diffère seulement du premier par le slignialo 



CELL 



58 



CELL 



qu'il a profondi^mcnl Irilohé, et par sa capsule h 
Irols et quelquefois deux loges; il s'éloigne du se- 
cond par son fruit capsulaire et ses graines dures 
et rouges qui sont munies d'un ariilc rouge et 
charnu. (T. d. B.) 

CÉLASTRINÉES. (uot. phan.) Robert BroAvn 
ayant remarqué parmi les Rhamnées une légère 
différence dans l'estivation , qui est pour les unes 
imbriquée , et pour les autres valvaire , ainsi que 
dans l'ovaire qui se trouve chez les premières 
toujours libre , tandis qu'il est chez les secondes 
plus ou moins adhérent avec le calice , s'est cru 
suffisamment autorisé à en former deux coupes 
distinctes : i" la famille des Célastrinées compre- 
nant les genres Cassine , Celasirus , Evonymus, 
PoLycardia , Staphylea, etc.," 2° et la famille des 
Rhamnées proprement dites. Les caractères sur 
lesquels le botaniste anglais fonde ce changement 
ne sont pas aussi constans qu'il l'estime , puisque 
l'ovaire du genre Rliamnus, quil conserve en son 
entier, est tout-à-fail libre dans les espèces c^fAar- 
tlcus , frangula, Infectorius , minutiflorus , etc., 
quand il est habituellement adhérent au calice 
dans les autres. La coupe proposée n'est donc 
point heureuse, et doit être mise au néant. 

(T. D. B.) 

CELERI, Apium dulce, T. (agr.) Les Italiens 
ont été les premiers à tirer des lieuv humides et 
marécageux I'Acue, Apium gravcolens (voy. ce 
mot) , et h la transformer en plante potagère. La 
culture lui a fait perdre sa saveur désagréable , 
son odeur forte jet, en introduisant dans son tissu 
une sève surabondante, elle nous a procuré plu- 
sieurs sous-variétés, que l'on peut réduire à qua- 
tre , savoir : 1° le Céleri long ou tendre, que d' autres 
appellent grand Céleri , dont la couleur est d'un 
vert clair; il est très-sujet ti la rouille; un brouil- 
lard, auquel succède un soleil ardent , suffit pour 
l'endommager ; 2° le Céleri court , au vert foncé , 
à la racine dure, qui est hâlif et peu sensible à la 
gelée; 3° le Céleri brancha, tirant son nom de sa 
forme, peu élevé , d'une couleur foncée, ayant 
des tiges nombreuses, doux, parfumé et d'une 
odeur forte ; 4° le Céleri-rave : ses feuilles sont 
couchées sur terre horizontalement et circulaire- 
ment; sa racine est semblable à celle d'un navet ; 
il est très-délicat, très-parfumé, surtout après 
qu'il a été cuit. On mange la base des pétioles 
et des jeunes tiges ; on confit les sommités fleu- 
ries; la racine et les graines sont employées en mé- 
decine, la première comme apéritive, les secon- 
des comme semences chaudes. Les bestiaux en 
mangent les issues avec avidité. Le Céleri cultivé 
est une plante saine, agréable, alimentaire; le Cé- 
leri sauvage, au contraire, est plus que suspect 
pour l'homme , il a souvent causé de graves dan- 
gers ; les chevaux n'y touchent point ; les chèvres, 
les moutons et quelquefois les vaches le mangent 
sans inconvénient. (T. d. B.) 

CELLAIRE. (poLYP.) Genre qui sert de type h 
l'ordre des Cellariécs dans la division des Poly- 
piers flexibles cellulifèrcs. Les Cellaires, suivant La- 
œouroux , sont des polypiers phytoïdes , articulés, 



cartilagineux, cylindriques, rameux, à cellules- 
éparses sur leurs surfaces. 

Les espèces les plus disparates semblent avoir 
été réunies dans le genre Cellairc, qu'on a formé 
de tous les polypiers qui ne pouvaient se classer 
dans les Flustres et les Sertulaires, Comme chez 
ces dernières, les cellules sont disposées de ma- 
nière à former des tiges branchues, mais elles 
n'ont pas de tube de communication dans l'axe.. 
Leur substance est d'ailleurs plus calcaire , ce qui 
les rend plus fragiles et moins flexibles. Leur cou- 
leur, au sortir de la mer, varie; il y en a d'un 
rouge vif et foncé, d'autres d'un jaune plus ou 
moins brillant; leur plus grande hauteur est d'en- 
viron un décimètre. Les principales espèces sont la 
Cellairesalicor, toujours dichotome, avec des ar- 
ticulations cylindriques ou fusiforraes, couvertes de 
cellules rhomboidales (voy. Atlas, pi. 86, fig. 1 ) ; la 
Cell AIRE VELUE, remarquable par les poils longs et 
nombreuxdontelle est couverte depuis la base jus- 
qu'aux extrémités; elle est originaire de la mer des In- 
des; la Cellaire OVALE, dont les articulations pyri- 
formes se composent de dix cellules: ce polypier vi- 
vantest d'un vert brillant, le polype est rougeâtre; on 
trouve sur les côtes des îles Kouriles ; et enfin la 
Cellaire cierge , filiforme. Cuvier a nommé Sa- 
LicoRNiAiRES ces polypes h cellules. (P. G.) 

CELLARIÉES. (polyp.) Elles forment le troi- 
sième ordre des polypiers cellulifères dans la di- 
vision des Flexibles. Voici les caractères qui leur 
sont assignés par Lamouroux : polypiers phytoïdes,. 
presque toujours articulés , à rameaux planes, 
comprimés ou cylindriques , h cellules communi- 
quant souvent entre elles par leur extrémité infé- 
rieure, ayant leur ouverture en général sur une 
seule face; h bord rarement nu, ordinairement 
avec un ou plusieurs appendices sétacés sur le 
côté externe; point de tige distincte. Les Cella- 
riécs varient beaucoup dans leur forme; leurs 
couleurs ne sont pas moins variables; desséchées, 
elles sont d'un blanc jaunâtre; quelques imes 
sont d'un blanc éclatant, d'un brun foncé; d'an- 
tres vertes, rouges, jaunes. On les trouve isolées 
ou groupées ensemble dans toutes les mers, et 
d'autant plus nombreuses qu'on se rapproche da- 
vantage des régions équaloriales. M. Lamouroux 
a divisé l'ordre des Cellariées en plusieurs genres 
dont les espèces peuvent encore se multiplier par 
de nouvelles observations; ainsi il distingue les 
Crisies, dont les cellules sur deux rangs, ordinai- 
rement alternes , s'ouvrent sur la même face ; les 
Acamarchis, disposées de même, mais avec une 
vésicule h chaque ouverture; les Loricules , dont 
chaque articulation se compose de deux cellules 
adossées , avec des orifices opposés vers le haut 
qui est élargi ; les Eucratécs , où chaque articula- 
tion n'a qu'ime seule cellule à ouverture oblique. 

(P. G.) 

CELLEPORE. (polyp.) Genre qui sert de type 
h l'ordre des Cclléporées dans la division des po- 
lypiers flexibles cellulifôres , et offrant pour ca- 
ractères principaux: un amas de petites cellules 
ou vésicules calcaires , serrées les unes contre les 



FI. sa. 




^^^. a/. 



.CoUa.re ..(VlvpUe ^X.U.^r.. ^.iX.^v..^^. ^ ConUaunote. ^.Ccntro.c. 



^m^' 



>^ 






<i^«AL H\g3Î 



CELL 



39 



CELS 



autres, et percées chacune d'un petit trou ; polype 
isolé. , 

Les Cellépores sont peu remarquables par leurs 
formes et leurs couleurs; souvent, h cause de 
leur petitesse et de leur aspect demi-lransparent, 
on les confond avec de simples dépôts calcaires, 
et ils contiennent si peu de malièie animale que 
les acides les dissolvent presqu'en entier. On les 
trouve ordinairement en plaques plus ou moins 
étendues sur toutes les productions marines soli- 
des ou végétales. L'étude des Cellépores n'est pas 
encore assez approfondie pour qu'il soit permis 
de les classer d'une manière rigoureuse; ccpen 
dant on en connaît plusieurs espèces , distinguées 
jusqu'ici pardesnuances peu tranchées; telles sont: 
la CcLLipoRB LABiÙE, dout Ics ccllulcs formcot de 
petites roses ou des verticilles sur quelques serlu- 
îariées de l'Australasie ; la Cellépoue MÉciSTOUE , 
dont les cellules ovoïdes ont l'ouverture presque 
•cenlraie et très-grande , cette espèce se trouve sur 
les corps fossiles de la craie des environs de Pa- 
ris ; la Cellépore spongite : dont les cellules sont 
$ériales , un peu ventrues , à ouverture orbiculaire; 
elle est d'un blanc jaunâtre, et sa grandeur varie 
de quatre à vingt centimètres : on la trouve dans 
la Méditerranée , en Amérique , dans la mer des 
Indes ; la Cellépore transparente : elle forme 
de petites croûtes blanches , brillantes, sur les flo- 
ridées des mers d'Europe, ainsi que sur des pro- 
ductions marines ; on ne peut bien l'observer 
qu'avec une forte loupe ; les cellules en sont ova- 
les , allongées, à ouverture simple, un peu obli- 
que et régulière. Enfin il existe encore plusieurs 
espèces non décrites, et dont le nombre doit 
s'augmenter sans doute par de nouvelles obser- 
vations. (P. G.) 

CELLEPORÉES. Ce que nous avons dit à l'ar- 
ticle Cellépore , genre qui forme le type de cet 
ordre, nous dispense d entrer dans les détails 
d'une nouvelle description; les caractères que 
nous avons assignés au genresont précisément ceux 
qui distinguent cet ordre; ajoutons seulement, avec 
Lamouroux, que ces petits zoophytes ont une sub- 
stance beaucoup plus solide que les autres poly- 
piers de la même division ; qu'il en est même qu'on 
pourrait regarder comme entièrement pierreux, 
h cause de leur dureté dans l'eau, où ils sont plus 
flexibles que dans l'air; que, desséchés, ils sontrai- 
des et fragiles; que les Celléporées, en général 
microscopiques, n'oflVcnt point dans leur couleur 
de nuanccsvariées et brillantes, et qu'enfin on les 
rencontre dans toutes les mers , où elles adhèrent 
aux rochers, aux plantes, aux crustacés, aux 
mollusques testacés. Jusqu'ici on n'en donne que 
deux genres : la Cellépore que nous avons indi- 
quée, et la TubUipore. (P. G.) 

CELLULAlPiE. (anat.) t^oy. tissu. 

CELLULES, (anat.) Nous nous contenions de 
définir ce mot , réservant pour l'article Tissu tout 
ce qui concerne l'organisation des Cellules, leur 
analogie dans le règne animal et le règne végétal, 
leurs propriétés, etc. ; les faits curieux qui se pré- 
sentent, sous ces divers rapports, ont été surtout 



examinés d'une manière toute neuve par M. Raspaîl, 
auqxiel nous devrons les emprunter. Dans le sens 
le plus général , le mot Cellule désigne une petite 
loge ou cavité , soit qu'on veuille indiquer celles 
qui , par leur ensemble , et en se modifiant de di- 
verses façons, forment pour ainsi dire la trame de 
tous les tissus ; soit qu'il s'agisse de certaines 
excavations plus prononcées et qu'on rencontre 
dans les organes comme les os , les corps caver- 
neux, les divers sinus, les poumons. 

CELLULES. (poLYP.) On appelle ainsi les par- 
ties creuses qui servent d'habitation aux polypes. 
La Cellule est liée aux polypes comme le mollus- 
que testacé îi sa coquille, et n'en renferme jamais 
qu'un seul; mais comme elle varie considérable- 
ment, et qu'il est utile de l'étudier dans chaque di- 
vision, dans chaque ordre, nous renvoyons ce qui 
a rapport h cette étude au mot Polype et aux ar- 
ticles qui en dépendent. 

CELLULES, (bot.) Les botanistes donnent éga- 
lement h ce mot plusieurs applications différentes : 
tantôt il sert à désigner les petits vides dont la gé- 
néralité compose l'ensemble du tissu cellulaire; 
tantôt on donne ce nom h de petites chambres, 
séparées les unes des autres, dans une capsule, 
par autant déduisons, ou aux loges dans lesquelles 
sont renfermées les graines ou semences. La moelle 
des plantes est constamment formée de Cellules, 
plus abondantes dans les herbacées que dans le 
tissu des arbres , et plus aussi dans les jeunes 
pousses de ceux-ci que dans leur ancien bois. 

(P. G.) ^1 

CÉLOCASIE. (bot. phan.) Voy. colocasie. '^ 

CÉLONITE, Cclonhes. (ins. ) Genre d'Hymé- 
noptères de la famille des Diploptères , tribu des 
Masarides, établi par Latreille, et ayant pour carac- 
tères : premier et deuxième articles des antennes 
plus courts que le troisième, le huitième et suivant 
formant une massue courte dont les articles son^ 
peu distincts; les ailes n'ont que deux cellules cu- 
bitales complètes ; le seul insecte coimu de c© 
genre a l'abdomen plat en dessous, et ses anneaux 
sont prolongés en forme de dents sur les côtés; le 
dernier segment est armé d'épines dans les mâles; 
cette conformation, qui se rapproche des Chrysi* 
d'une part, et des Anlhidies de l'autre, jointe h la 
faculté qu'il a de se mettre en boule quand on le 
saisit, me fait penser que celte espèce doit vivre en 
parasite. Cet insecte a été décrit par Fabricius 
sous le nom de Célonite apiforme , C. apiformis. 
Jurine l'a figuré dans la nouvelle Méthode de 
classer les Hyménoptères, pL 10, genre 17; il est 
long de quatre h cinq lignes, noir, avec les anten- 
nes, excepté les deux premiers anneaux, fauves; 
la tête, le corselet et l'abdomen sont chargés de 
taches et de bandes jaunes. On le trouve, mais peu 
communément, dans nos départemcns méridio- 
naux, où il se tient attaché aux plantes, avec les 
ailes pendantes des deux côtés du corps. 

(A. P.) 

CELSIE , Celsia. (bot. piian.) Genre delaDi 
dynamie angiospermie qui lie la i'amillc des Sc;o- 
phulariées avec colle des Solanccs , îi Lic-uelle il 



CENT 



4o 



CÉNO 



appartient pins particulièrement; il est consacré 
h la mémoire du botaViiste suédois, Olaiis Celsius, 
qui fut, après Stobé, l'un des plus ardcns prolec- 
teurs de Linné. Ses espèces sont peu nombreuses, 
toutes plantes herbacées et d'ornement , originai- 
res des contrées orientales, des îles de l'Archipel 
grec, de l'Egypte, et des côtes de la Barbarie. 
Elles ont beaucoup de rapports avec les Molknes 
(r. ce mol) , mais elles leur sont inférieures en 
aspect. 

La Celsie du Levant , C. oricntail^ , plante an- 
nuelle de quarante centimètres de haut, est de 
pleine terre quoique fort délicate; ses petites fleurs, 
d'un jaune pâle, s'épanouissent en juillet et août. 
La Celsie a lokgs pédoncules, C. arcturus , ori- 
ginaire de l'île de Candie, et la Celsie de Crète, 
C. cretica , sont d'orangerie, ainsi que la fort jolie 
espèce rapportée des bords rians de l'Euplirale , 
en 1798, parBruguières et Olivier, par euxappelée 
Celsie lancéolée, C. ianccoLata. Celte dernière 
a les fleurs en roue , h tube court , divisé en cinq 
parties arrondies, inégales, d'un beau jaune jon- 
quille , avec tache pourpre à sa base, et couvertes 
de poils de la même couleur : elles se montrent 
en mai et juin. On la multiplie de boutures et de 
l'éclat de ses racines vivaces et fibreuses; elle veut 
une terre légère et substantielle. 

L'Héritier a détaché plusieurs Celsies pour for- 
mer son genre Hemitomus. {f^oy. ce mot.) 
, , . (T.D.B.) 

CÈLIPHE, Çeliplius. (iNs.) Genre des Diptè- 
res , de la famille des Athéricères , établi par Dal- 
inan dans ses Analccta entomologica , et auquel 
il donne pour caractères : bouche sans trompe; 
chaperon presque perpendiculaire , nu , largement 
échancré ^ son extrémité; corps ovo-hémisphé- 
rique; écusson très-grand , couvrant tout l'abdo- 
men et les ailes. Cet insecte singulier présente au 
premier abord l'apparence d'une Sculellaire ; son 
écusson présente le même développement que 
dans ce genre d'Hémiptères; il est de la forme 
d'un ovoïde large, renversée, beaucoup plus large 
que le corselet bombé ; les ailes le dépassent un 
peu. Sans ce développement extraordinaire, l'in- 
secte , vu de profil , aurait un peu du port des 
Myodoques. Cet insecte est encore unique dans 
son espèce cl très-rare dans les collections ; il porte 
le nom de C. couvert, C. obtcctus. Daim. Nous 
l'avons représenté dans notre Allas, pi. 86, fig. 2; 
long de trois lignes; lêlc, corselet, abdomen et 
paltes fauves ; écusson bleu violet , rugueux sur les 
côtés. De Java. (A- P.) 

CÉMENT. (cniM.) Agent de la Cémentation; 
matière de nature particulière h l'aide de laquelle 
on cémente un corps métallique. (F. F.) 

CÉMENTATION, (ciiim.) Sorte de stratification 
qui, aidée d'une forte chaleur, a pour but de 
faire agir le cément sur une substance métallique 
simple ou alliée. La Cémentation a pour objet de 
déterminer quelques combinaisons ou décompo- 
sitions. Déjà nous avons vu que le fer, soumis h 
la Cémentalion au moyen du charbon, est trans- 
formé en Acier. {Voyez ce mot.) (F. F.) 



CENDRES, (géol.) F. Volcans. 

CÉNOMYCES. (bot. crypt.) Lichens. Dans 
le genre Cénomyce , qui en comprend Irois autres : 
les Cladonia , Scyphopliorus et Ilellopodium de De 
Candolle, la fronde est tantôt composée de fo- 
lioles étalées , tantôt nulle; de cette fronde s'élè- 
vent des tiges simples ou rameuses , cylindriques, 
fistuleuscs, terminées ou par des rameaux divisés 
en une sorte de panicule, ou par une partie évaséa 
en entonnoir , et portant sur son bord des apothé- 
cies arrondies en tête , sans rebord et de couleur 
brune ou rouge. 

On compte jusqu'à cinquante espèces de Céno- 
myces; presque toutes croissent sur la terre ou 
sur les bois pourris , ont une couleur jaune ver- 
dàtre, et varient beaucoup dans leur forme. 

Le genre Scyphopliorus renferme les espèces dont 
la tige presque simple se termine en forme d'en- 
tonnoir. Les espèces les plus communes de ce 
genre sont : 1° le Scyphopliorus piri datas que l'on 
trouve sur tous les vieux murs couverts de mousse, 
au pied des arbres , et qui paraît jouir des pro- 
priétés médicinales du lichen d'Islande; 2° le Scy- 
pliophorus coccineus ou coccifera, qui croît dans les 
bruyères, et qui se distingue souvent par la belle 
couleur rouge de ses tubercules fructifères. 

Le genre //e//o/)Of/mm n'a presque pas de fronde; 
sa tige est divisée près du sommet en rameaux 
courts, portant des apothécics globuleuses. 

Enfin le genre Cladonia, différent des deux 
précédons , a pour caractères : une tige très-ra- 
meuse , divisée en un grand nombre de petits ra- 
meaux supportant les apothécies. Parmi les espè- 
ces de ce genre, nous ne citerons que la Cénomyce 
rangiferina , comme étant la plus remarquable et 
la plus commune, surtout dans les bruyères du 
nord de l'Europe. En Laponic , cette Cénomyce 
remplace le lichen , fiiit la nourriture d'hiver des 
Rennes ; et chez nous , les Cerfs la mangent éga- 
lement, surtout pendant les grands froids. 

(F. F.) ' 

CENTAUREE, Ccntaurea, Lin. (bot. phan.) 
Genre très-nombreux en espèces , d'une famille 
très-nombreuse en genres. Cette famille est celle 
des Carduacécs. Dans le système de Linné , les 
Centaurées se rangent dans la Syngénésie polyga- 
mie frustranée. Leurs caraclères communs sont :un 
réceptacle garni de soies nombreuses; ime aigrette 
simple ou rameuse ; les fleurons de la circonfé- 
rence neutres , et souvent beaucoup plus déve- 
loppés que ceux du centre, infundibuliformcs et 
irréguliers 

La grande variété des involucres, et d'autres 
difterences observées dans les organes floraux, 
avaient déjà porté Tournefort et Vaillant à former 
divers groupes parmi les plantes qui sont le sujet 
de cet article. Linné n'en avait tenu compte que 
pour établir plusieurs sections dans son genre 
Ccntaurea. Jussieu , dans ces diverses sections , 
a vu autant de genres distincts. Avec plus dérai- 
son, sans doute, Monch et De Candolle ont mis 
h part, l'un le C. galactites; l'autre , le C. coni- 
fera , pour en créer deux nouveaux genres , sous 

les noms. 



CENT 



4i 



CENT 



les noms de Ga/ac*(Yc5et de Zaarca. Ce dernier, sé- 
duit par un caractère qu'il croyait particulier aux 
Centaurées, mais qui s'étend à d'autres plantes 
du même ordre, a établi une nouvelle famille 
(les Centauriées) aux dépens des Carduacées. Henri 
Cassini a , de son côté, formé plusieurs groupes 
parmi ]es Centaurées. On a déchiré, tourmenté 
ce genre de toutes les façons; 

Et adhuc sub jiidice lis est. 

tj ni jugera en dek-nier ressort? Pour décider en 
sûreté de conscience , il faudrait , ce me semble , 
déterminer avec précision la somme des diffé- 
rences qui doivent donner lieu h la séparation des 
genres. Mais la nature , en jetant , d'une main pro- 
digue , les végétaux sur notre globe, ne s'est nul- 
lement occupée de les différencier de manière à 
les rendre susceptibles d'entrer, sans effort, dans 
nos divisions méthodiques; elle n'a point songé, 
la cruelle, aux tribulations qu'elle ferait éprouver 
aux botanistes ! Au reste, considérons les choses 
de sang-froid , et demandons-nous s'il y a beau- 
coup d'inconvéniens h tolérer la divergence d'opi- 
nions en matière de classification. L'essentiel , 
n'est-ce pas de bien étudier son objet, d'en re- 
connaître tous les caractères, toutes les pi^opriétés? 
Après cela , étiquetez la case où vous le placez , 
genre ou section , qu'importe ? Voici les sections 
établies par Linné, et conservées, avec quelques 
modifications, par De Candolle. 

1» Écailles de l'involucre entières, foliacées, 
non épineuses. 

Ici vient se ranger la Centaurea crupina, que 
l'on trouve en Languedoc et en Provence. 

2° Écailles de l'involucre scarieuses , non ciliées, 
ni épineuses. 

A cette section se rapporte la C. amara , com- 
mune dans nos provinces méridionales. 

5° Écailles de l'involucre ciliées, non épineuses. 

Ici se groupent les C. Jacea , commune dans 
toute la France; nigra, trouvée parRamond dans 
lesPyrénées;Hn(7Zora, croissant dansleDauphiné, la 
Provence, le Languedoc; pectlnata, dans les envi- 
rons de Montpellier, de Narbonne;/)a//flta, dans la 
Provence méridionale, etc. , etc. 

4° Écailles de l'involucre terminées par plusieurs 
épines digitées. 

Sous ce titre se rangent les C. aspera, qu'on 
trouve de Narbonne h Nice; serldis , àAix , h Mont- 
pellier, h Vienne ; sonchifolia, en Provence. 

5° Écailles de l'involucre terminées par une 
épine qui se ramifie latéralement vers sa base. 

Dans cette section on place les C. calaitrapa 
{y. Calcitrape, tom. i, p. bSo) , Calcitrapoïdes 
des environs de la Drôme, de Gap , de Lyon ; mya- 
cantlia, qu'on trouve au-delà deVincennes; bc' 
nedicta , aux environs d'Aix, de Montélimart; la- 
Tiata , ou Chardon-bènit des Parisiens , qui passe 
pour fébrifuge et sudorifique; etc, etc. 

6° Écailles de l'involucre terminées par une 
épine simple. 

C'est ici qu'on doit placer la C. salmantica, 
commune en Provence , aux environs de Montpel- 
lier et de Sorèze. 



Tome II. 



86» L 



Si l'on voulait maintenir la C. galactites parmi 
les Centaurées, il faudrait former une septième 
section qui serait caractérisée par une aigrette 
plumeuse , et un port qui se rapproche de celui 
des Cirses. 

Parmi les Centaurées, on remarque des plantes 
dont le feuillage , les fleurs et le port sont fort 
élégans, quelquefois même magnifiques. Par 
exemple , la Centaurée d'Amérique, C. americana. 
{y. l'Almanach du Bon Jardinier.) 

Ce sont des beautés, les unes douces et traita- 
bles , comme la Centaurée de Salamanque , C. 
salmantica; les autres cruelles et farouches, telles 
que la C. galactites, figurée dans notre Atlas, 
fig. 3. pi. 8G. Sa fleur d'un pourpre tendre vous 
séduit; vous avancez la main pour la saisir; mais 
vous la retirez soudain ensanglantée , car elle est 
armée d'une infinité de dards dont il est presque 
impossible d'éviter l'atteinte. Son calice en est 
tout hérissé ; ses feuilles alternes , sinueuses et 
rapprochées , se mettent en garde contre vous , et 
vous présentent de toutes parts leurs pointes acé- 
rées. 

Dans l'impossibilité où nous sommes de dé- 
crire les diverses espèces de Centaurées , même 
indigènes , nous renvoyons nos lecteurs , pour 
celles-ci , h la Flore française de De Candolle ; et, 
pour les exotiques, aux Flores étrangères. 

te. É.) 

CENTRARCHUS. (poiss.) Sous-genre établi par 
Cuvier aux dépens du genre Pomotis du même 
auteur. {V. Pomotis.) (Alph. G.) 

CENTRISQUE, Centriscus. (poiss.) Ce nom 
dérive du grec bouclier, et signifie tranchant. Le 
nom de Centrisque,de particulier qu'il était primiti- 
vement, est devenu commun, et sert non seulement 
h désigner le Centrisque vulgaire , mais encore le 
groupe dont cet animal peut être considéré comme 
le type. Le genre Centrisque proprement dit, l'un 
des plus naturels de la classe des poissons, est remar- 
quable par sa dorsale antérieure, située fort en ar- 
rière. Sa première épine, longue et forte, est sup- 
portée par un appareil qui tient à l'épaule et à Ja 
tête , et couvert de petites écailles , et de plus de 
quelques plaques larges et dentelées sur l'appa- 
reil dont nous venons de parler. Le Centrisctis 
scolopax , Linné, Bloch, i23 , fig. i, Silurus cor- 
nutus de Forskal, Macroramphose de Lacépède 
{voy. noire Atlas, planche 86, figure 4)? est 
une esjîèce connue dans la Méditerranée ; on 
la voit quelquefois dans les marchés de Rome et 
des autres villes d'Italie : sa couleur est argentée ; 
la longueur considérable de son museau , et sa 
forme tubuleuse, l'ont fait comparer à une foule 
d'objets différens, tantôt à une bécasse, tantôt à 
l'éléphant, tantôt à un soufilet. Ainsi h Rome on 
la Tiomme Soffietta; h. Gênes, Trombetta ; en An- 
gleterre , l'rumpet. Gesner avait pensé que c'est 
ce même poisson que Pline appelle àerra. Sa 
chair au reste est délicate et estiftiée. 

Dans les Amphisiles , Klein , le dos est cuirassé 
de larges plaques écailleuses , dont l'épine anté- 
rieure de la première dorsale a l'air d'être une 

6 



IVRAISON. 



CENT 



42 



CENT 



continuation. Les uns ont même d'autres pièces 
écailleuses sur les flancs , et l'épine en question 
placée tellement en arrière , qu'elle repousse vers 
le bas la queue, la seconde dorsale et l'anale. 
Tel est le Centriscus scutatus , Linné, Bl. 120, 
fig. 2, représenté dans notre Atlas, pi. 86, fig. 5. 
D'autres tiennent le milieu entre cette disposi- 
tion et celle des Centrisques ordinaires. Leur 
cuirasse ne couvre que la moitié du dos [Centris- 
cus veLitaris , Pal!., Spic, VIII, IV, 8). Les uns et 
les'-^utres viennent de la mer des Indes. (Alph. G.) 

CENTROLOPHE, Centrolopkus. (poiss.) Lacé- 
pède a établi sous ce nom un genre voisin des 
Coryphènes. Nous en parlerons en traitant du genre 
Çoryphène. (Alph. G.) 

CENTPiONOTE, Centronotus. (poiss.) Ce grand 
genre, que l'on place parmi les Scombéroïdes, con- 
stitue un petit groupe très-naturel , caractérisé 
par des épines libres au devant de la première 
nageoire du dos , et deux également libres au de- 
vant de la nageoire de l'anus , et' de plus par une 
saillie sur chaque côté de la queue. Il se subdi- 
vise comme il suit : 

Les Pilotes (Naiicrates, P»afin.) joignent à ces 
épines libres du dos, un corps en fuseau, une 
carèiK." aux côtes de la queue . comme les Thons , 
et deux épines libres au devant de l'anale. 

L'espèce la plus généralement connue , ou 
le Faufre de nos matelots provençaux [Goste- 
rosteus ductor ,\Àr\nèi Scomber ductor , Bloch , 
338), est bleue, avec de larges bandes verticales 
d'un bleu plus foncé. Son nom de Pilote vient de 
ce qu'elle suit les vaisseaux pour s'emparer de 
tout ce qui tombe j et, comme le Piequin a aussi 
cette habitude, quelques voyageurs ont dit qu'elle 
sert de guide au Requin ; sa taille n'est guère que 
d'un pied. 

Le Pilote des Indes (Naacratcs indicw; , (Ln- 
vicr) a en avant de la dorsale cinq épines libres, 
sans compter celles qui se cachent dans son bord, 
et le nombre des rayons mous est de vingt-neuf; 
en avant de son anale sont deux petites épines , 
et elle a dix-sept rayons mous outre l'épine de 
son bord antérieur; son corps est plus épais , son 
museau plus bombé , et son œil plus grand que 
dans l'espèce commune ; mais les stries de son 
opercule sont les mêmes. Le fond de sa couleur 
paraît d un beau bleu clair, et les bandes d'un 
ideu noirâtre. Nous l'avons représenté pi. 86, 
fig. 6. 

Les Elacates, qui ont la forme générale des 
Pilotes , et leurs épines libres du dos ; mais leur 
tête est aplatie horizontalement , et ils n'ont ni 
carènes h la queue, ni épines libres au devant de 
l'anale. [Elacates amerlcana , Cuv. ; Centronotus 
spinoHts , Mitch. ,Trans. , Noveb. , i , m , 9.) 

Les LiCHES [Lichia , Cuv.) ont avec les épines 
libres du dos , et deux autres libres au devant de 
l'anale, le corps comprimé, el la queue sans ca- 
rènes latérales. En avant des épines du dos il en est 
une couchée et dirigée en avant. La Méditerranée 
en nourrit trois espèces déjà bien caractérisées par 
Rondelet , et toutes très-bonnes comme aliment. 



La Liche propre ou Vadigo ( Scomber atnia, Lin. , 
Rondel. 284 j, aligne latérale fortement courbée 
en S ; grande espèce qui atteint à plus de quatre 
pieds de long et pèse jusqu'à cent livres. 

LeDerbio, Rondel. 282 ( ' comber glaucus,hin.),h. 
ligne latérale à peu près droite; l'anale et la 
deuxième dorsale marquées d'une tache noire en 
avant ; les dents en velours. Sa chair est grasse , 
ferme et de bon goût. 

La Liche sinueuse, Rondel. 255 (Lichia sl- 
nuo^a, Cuv.). Le bleu du dos est distingué de l'ar- 
genté du ventre par une ligne en zig-zag ; les 
dents sont en crochets sur une seule ranirée. 

f r • 

Les Trachinotes ( Traclunotus , Lacép.) sont 
des Liches h corps élevé, à profil tombant plus 
verticalement , à dorsale et anale aiguisées en 
pointes plus allongées. Ce genre se compose d'un 
assez grand nombre d'espèces. La plus répandue 
est le Trachinote glauque ( Trachinotus glaucus), 
originaire de la Médilerranée , où elle était très- 
connue du temps de Pline, et même de celui 
d'Aristote , qui avait entendu dire que ce pois- 
son se tenait caché dans les profondeurs de la 
mer pendant les plus grandes chaleurs de l'été. 
La couleur générale de ce poisson est indiquée 
par le nom qu'il porte; elle est en effet d'un beau 
bleu clair mêlé d'une teinte verdàtre; quelquefois 
cependant elle parait d'un bleu foncé. La partie 
inférieure de l'animal est blanche. On voit souvent 



une tache noire h l'origine de laseconde nageoire 
dorsale, ou celle de l'anale, et quatre autres ta- 
ches noires , dont les deux premières sont les pins 
grandes, et placées ordinairement sur la ligne la- 
térale. Sa chair est blanche, grasse, et de bon 
goût. (Alph. G.) 

CENTROPOME, Ccntropomus. (poiss.) Grand 
et bon poisson connu dans toute l'Amérique chaude 
sous le nom de Brochet de mer [Centropomus un- 
clecimalis, Cuv. ; Ciœna undecimalis , Bloch , 3o5 ; 
P/ijWne ori'cf , Lacép.), qui a en efiet le museau 
déprimé comme notre vrai Brochet; mais ses 
dents sont toutes en velours, et tous les autres ca- 
ractères sont ceux des Pcrcoïdes à deux dorsales. 
Il est argenté, teint de verdâtre, et à ligne laté- 
rale noire. (Alph. G.) 

CENTROPRISTE , Centropristis. (poiss.) Ce 
poisson, qui appartient au grand genre Perça, tel 
qu'il a été déterminé par Artcdi et Linné, a tous 
les caractères des Herrans , excepté qu'il manque 
de canines, et que toutes ses dents sont en ve- 
lours; leur opercule est épineux, et leur pré- 
opercule dentelé. Les États-IUiisen ont un qui de- 
vient assez grand, et dont la caudale dans sa jeu- 
nesse est trilobée; c'est leur Perche noire ( Cen- 
tiopristis nigricans , Cuv.; Coryplicena nigrcscens , 
Bloch). Les dents qui garnissentses mâchoires sont 
très-petites et égales ; la nageoire dorsale pré- 
sente un grand nombre de taches ou plutôt des 
raies inégales, irrégulières et placées entre les 
rayons. (Alph. G.) 

CENTROPYX. (rept.) Spix a donné ce nom h 
un genre de Sauriens, voisin des Améiva , et qui 
ne se dislingue des individus de cette famille que 



CENT 45 



par la présence d'un collier cutané analogue à 
celui des Lézards, et par la disposition des écail- 
les de l'abdomen , qui sont loiUes carénées. Spix, 
croyant que les petits ergots cornés qui s'obser- 
vent sur les côtés de l'anus chez l'individu qu'il a 
rapporté du Brésil étaient une particularité toute 
spéciale, avait donné h son genre un nom qui rap- 
pelle cette circonstance (le mot Cenlropyx est en 
eilet formé des deux mots grecs Kcntron , épine , 
et Pux , croupion); mais, comme l'un de nos col- 
laborateurs , G. Bibron , l'a observé , ces épines se 
rencontrent aussi sur plusieurs membres de la fa- 
mille des Améivas, et ce nom devient dès lors dé- 
fectueux. Les Centropyx se distinguent d'ailleurs 
des pseudo-améivas par les écailles dorsales qui 
sont granulées comme chez les Améivas, Le type 
de ce genre est le Centropyx a kperon , C. calca- 
ratiis de Spix ; de la grosseur de notre lézard ; 
vert , piqueté d'un vert bleuâtre sur le dos , ocellé 
de noir sur les flancs, jaunâtre sur les parties infé- 
rieures; l'anus dans cette espèce est pourvu de 
crochets cornés, longs de deux â trois lignes, lé- 
gèrement courbés, que l'on croit un insigne 'du 
sexe mâle. Cette espèce estdu Brésil; sa taille est 
environ d'un pied, la queue en forme h peu près 
les deux tiers. 

L'on rapporte encore ici le Centropyx inter- 
médiaire , C. Intermedius , Tejus, de Schlegel. 
Verdàtre , avec trois lignes jaunâtres sur le dos. 
Cette espèce vient de Surinam. (T. C.) 

CENTROTE, Centrolus. (ins.) Genre d'Hémi- 
ptères , famille des Cicadaires , dont les caractères 
consistent à avoir l'écusson au moins visible en 
partie , quel que soit le prolongement du protho- 
rax. Dans les formes si variées qu'olTrent une 
partie des Cicadelles membracides, les Contrôles 
affeclent en général d'avoir les côtés du prolho- 
rax dilatés en forme de corne, et sa partie posté- 
rieure terminée en ime longue épine atteignant 
souvent jusqu'à la fin de l'abdomen. Leur tête est 
perpendiculaire en forme de triangle, on y remar- 
que un chaperon distinct et deux ocelles écartés 
placés sur la ligne même des yeux. Ces insectes 
sautent avec facilité. Ce genre est assez nombreux, 
mais en exotiques ; deux espèces seulement sont 
d'Europe, ce sont les : 

C. PETIT DIABLE, C. comuta, Linné, Nous l'avons 
figuré dans notre Atlas , pi. 8G , fig. 7. Long de 
Clignes, noir, pointillé; élytres et ailes, tibias 
et tarses fauves; le corselet, dilaté, oflVe sur 
le côté deux cornes méplates, courtes , aiguè's, et 
à son extrémité postérieure il se prolonge en une 
lame tranchante en dessus, ondulée, qui n'atteint 
pas l'extrémité du corps; l'écusson est bi-épinenx 
à son extrémité. Commun dans les bois. 

C. DEMI-DIABLE, C. genlsUc , Linn.,de moitié 
plus petit que le précédent; le corselet n'offre 
point de dilatations latérales , et le prolongement 
postérieur est droit au lieu d'être ondulé. Com- 
mun sur les genêts. Panzer l'a figuré dans sa 
Faune d'Allemagne, L. 19. Foycz notre Atlas, 
pi. 86, fig. 7. (A. P.) 



CEPH 

CÉNnPxE, CanuTiis. (zooPH. iNTEST.) Genre 
de vers entozoaires, de Tordre des Vésiculaires, 
à corps allongé, presque cylindrique, ridé, ter- 
miné par une vésicule commune à plusieurs vers 
semblables, tête garnie de quatre suçoirs et 
d'une trompe armée de crochets ; plusieurs in- 
dividus semblent se rattacher à une vessie com- 
mune , ou mieux celte vessie kysteuse contient 
plusieurs vers groupés , adhérons h la poche. On 
n'a décrit jusqu'ici qu'une seule espèce. Cet ani- 
mal se rencontre dans le cerveau des moutons et 
des bœufs affectés de tournis. Dans un travail 
projeté entre M. Berger, savant médecin vétéri- 
naire , et moi, nous voulions démontrer qu'il exis- 
tait plusieurs espèces dans ce genre d'Hydatide , 
et que leur origine, sur laquelle on avait créé tant 
d'hypothèses, devait être considérée comme le ré- 
sultat d'une génération spontanée. (P. G.) 

CÉPHALOIDES ou C APITÉES, Caphatœ. (bot. 
PHAN. ) Linné, qui, dans ses Fragmenta natura- 
iia, donna la première idée d'une méthode oii 
les plantes étaient disposées par familles, nom- 
mait ainsi la famille que Jussieu et Ventenat dé- 
signent sous le nom de Cynarocèphales. ( Voy. ce 
mot.^ . (C. k.) 

CÉPHALIQUE. (anat.) Qui appartient h la 
tête : le nom ô^ artère Céphalujue a remplacé dans 
la nomenclature de Chaussier celui à' artère caro- 
tide ; celui de veine CéphaLujue a également été 
donné par ce savant à la veine jugulaire interne. 
Les anciens nommaient aussi veine Cèphalique 
la radiale cutanée qui parcourt le bras et l'avant- 
bras, parce qu'ils pensaient que la saignée de ce 
vaisseau était d'une grande efficacité dans les 
maux de tête. (P. G.) 

CÉPHAL ACANTHE, Ccphalacantlms. (poiss.) 
Nom imposé par Lacépède à un petit poisson 
osseux , thoracique , assez semblable par les for- 
mes aux Dactyloptères , et particulièrement par 
la tête; mais dont il diffère par l'absence totale des 
nageoires surnuméraires, ou des ailes. On n'en 
connaît qu'un très-petit individu originaire de 
la Guiane ( Gas ero.steus spinarcUa, Lin., Mus., 
Ad., Fréd. pi. xxxii, fig. 5). Le nom générique 
de cet animal désigne la forme particulière de sa 
tête. CeCéphalacanlhe n'atteint qu'une très-petite 
dimension; sa tête, plus large que le corps , est 
striée sur toute sa surface , et garnie par derrière 
de quatre grands aiguillons. La Spinarelle a été 
placée d'abord dans les Gastérostes et les Centro- 
notes , mais elle en diffère par trop de traits pour 
qu'on ne l'en ait pas séparée. L'absence d'aiguil- 
lons isolés au devant de la nageoire dorsale au- 
rait suffi pour l'en séparer, mais elle a été in- 
scrite dans un genre particulier qui précède immé- 
diatement celui des Dactyloptères avec lesquels il 
a beaucoup de rapports, ^oje;: notre Atlas, pi. 87, 
fig. 1. (Alph. g.) 

CÉPHALÉMYIES , Cepkalcmyia. (ins.) Genre 
de Diptères, établi par Latreille, à l'article OEstre 
du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle. J^. 

OEsTRE. ^ (A. P.) 

CÉPHALÉS. (moll.) Quelques naturalistes mo- 



CÉPH 



44 



dsrnes emploient ce mot pour désigner les Mollus- 
ques munis d'une têle, le mot Acéphales exprimant 
ceux qui en sont privés. (Dlcl.) 

CÉPHALOPODES, (moll.) Classe considéra- 
ble d'animaux que Linné confondait dans son 
genre Sepia, et qui en a été retirée pour la première 
fois par Cuvier, sur la considération des tenta- 
cules dont beaucoup d'espèces^ sont munies au- 
tour de la tête, et par l'usage qu'en font la plupart 
pour marcher. Lamarck, dans la seconde édition 
de ses Animaux sans vertèbres, vol. vu, pag. 58o, 
adoptant cette dénomination , lit de ces animaux 
son quatrième ordre de Mollusques , qu'il divisa 
en trois grandes coupes de la manière suivante : 

1° Céphalopodes testacéspolylhalames (immergés), 
dont la coquille est multiloculaire , subintérieure; 

2° Céphalopodes testacés r.ionothalames (naviga- 
teurs), avec la coquille uniloculaire tout-à-fait 
extérieure ; 

0" Céphalopodes non testacés (sépiaircs), qui n'ont 
point de coquille, soit intérieure, soit exté- 
rieure. 

Cet illustre professeur pense que les Céphalo- 
podes peuvent être encore considérés comme des 
Mollusques , puisqu'ils ont, comme ces derniers, 
le corps mollasse et inarticulé; un manteau dis- 
tinct; une têle libre et un mode de système ner- 
veux h peu près semblable; mais il reconnaît que 
de tous les Mollusques ce sont ceux-ci qui sont le 
plus avancés en complications d'organes. Cepen- 
dant, dit-il, ces animaux, extrêmement nombreux 
et diversifiés , ont une conformation si singulière 
qu'elle ne parait nullement devoir conduire à celle 
qui est propre aux poissons : idée émise depuis par 
Lalreille dans un mémoire fort long, mais qui n'a 
pas reçu la sanction des naturalistes. Il est donc 
probable, continue Lamarck, que les Céphalopodes 
ne sont pas encore les Mollusques qui avoisinent 
le plus les animaux vertébrés, et conséquemment 
qu'ils ne sont pas les derniers de la classe. 

Le corps des Céphalopodes est épais et charnu, 
et contenu inférieureaient dans un sac musculeux, 
formé par le manteau de l'animal. Ce manteau, 
fermé postérieurement , n'est ouvert que dans sa 
partie supérieure, de laquelle sort la tête ainsi 
qu'une partie du corps. La tête est libre, saillante 
hors du sac, et couronnée par des bras tentacu- 
laires , dont le nombre et la grandeur varient 
selon les genres. Elle offre, sur les côtés , deux 
gros yeux sessilcs, immobiles et sans paupières. 
Ces yeux sont très-compliqués dans leurs humeurs, 
leurs membranes, leurs vaisseaux, etc. , etc. La 
bouche est terminale , verticale et armée de deux 
fortes mandibules cornées , qui sont crochues et 
ressemblent assez h un bec de perroquet. Enfin 
l'organe de l'ouïe , quoique sans conduit externe , 
comme dans les poissons , se distingue dans ces 
Mollusques. Pour la circulation de leur fluide , 
les Céphalopodes ont trois cœurs , mais peut-être 
pourrait-on dire qu'ils n'en ont qu'un, et qu'en 
outre ils ont deux oreillettes séparées et latérales. 
En ellét , le principal tronc des veines qui rap- 
porte le sang se divise , comme on le sait , en deux 



CÉPH 

branches , qui portent ce fluide dans les oreillettes 
latérales ; celles-ci le chassent dans les branchies, 
d'où il est rapporté dans le vrai cœur qui est au 
milieu , et cet organe le renvoie dans tout le corps 
parles artères. Ces animaux vivent tous dans la mer, 
où les uns nagent vaguement, se fixant de temps 
h autre aux corps marins , et les autres ne font 
que se traîner , à l'aide de leurs bras , au fond des 
eaux ou sur leur bord. La plupart de ces derniers 
se retirent dans les excavations des rochers. Tous 
sont carnassiers et se nourrissent de crabes et au- 
tres animaux marins dont la mer pullule. La po- 
sition de leurs bras favorise singulièrement le 
besoin qu'ils ont d'amener leur proie jusqu'à leur 
bouche , où deux mandibules très-fortes, et dont 
nous avons donné plus haut la description, suffi- 
sent pour briser les corps dont ils se sont emparés. 
Un travail des plus remarquables a été fait dans 
ces derniers temps, sur cette classe d'animaux, par 
M. Alcide d'Orbigny, voyageur intrépide qui vient 
de parcourir avec fruit une partie de l'Amérique. 
Ce naturaliste a fait connaître un grand nombre 
de ces Mollusques , qui jusqu'ici étaient complè- 
tement ignorés. La plupart, il est vrai, sont micros- 
copiques; mais l'auteur a donné les moyens de les 
étudier facilement en les modelant en plâtre, et en 
les représentant cinquante fois plus gros qu'ils ne le 
sont effectivement. 11 est impossible de se faire 
une juste idée des formes bizarres, et tout à la fois 
jolies, qui caractérisent ces espèces; on ne saurait 
trop appeler. sur elles l'attention des naturalistes. 
Ce travail ayant introduit dans cette grande série 
des .genres nouveaux, ainsi qu'une classification 
méthodique, nous allons l'analyser le plus succinc- 
tement possible. Le premier ordre, appelé Crypta- 
dibranches par M. de Blainville , est composé de 
deux familles , les Octopodes et les Décapodes. La 
première comprend les genres Argonaute , Bellè- 
rophe , Poulpe , Eledon et Çalmaret. La seconde , 
un peu plus nombreuse, a six genres, savoir : 
Cranchie , Sépiole , Onychoteuthe , Calmar, Sépio- 
teuthe et Seiche. Le deuxième ordre, les Siphoni- 
fires, crééparM. d'Orbigny, donne quatre familles: 
les SplruUes , les Naulilacècs , les Ammonées , et 
les Pérlstellées. La première a pour genres, dans sa 
première coupe , les Spirales , et dans la seconda 
coupe, les genres Nautile, Lituite etfirthocératite. 
La seconde famille présente les Bacutites , les Ha- 
mites , les Scaphites , les Ammonées , et les Turrl- 
lites. La troisième, les Ichthyosarcolites, et les Be- 
lemnites. Le troisième ordre, le plus riche, égale- 
ment créé par le même auteur, se compose de 
cinq familles : les Stichostcgues , les Enallostègues, 
les Ilélicostègues, les Agathistègues , et enfin les 
Entomostègues. On trouve dans la première fa- 
mille les genres Nodosaire , Linguline , Frondicu- 
laire, Bimuline, F^aglnuline, Marginuline, Planit- 
laire et Pavonine. Dans la seconde, les genres 
Bigcnérine Textulaire , Fulvuline , Dimorphine, 
Polymorphine, Firguline, et Sphèroïdine. Dans 1» 
troisième (première coupe) , les genres Clavuline, 
Uviférine, Bulimine, Valvuline, Rosaline, Rotalie, 
Calcarine, Gloùigérine , Giroïdine , TroncatuUne , 



p/ et-?. 




Cépliiilacninlio 



2 C'cplialopt 



:i CophiUoli 



4 Cci)l\i'; 



.5, Ccplius 



Ji. ùnrrin </„ 



CÉPH 



45 



CEPH 



Planutine, Planorballne , OpercuUne et Soldante; 
et dans la seconde coupe, les genres CassiduUne , 
Anomaline, Vertèbraline, PoLystomeUe, Dendritine, 
Pénérople, Splroline , Robaline, Cristellaire, No- 
monine, Nummuline et Sidéroline. Dans la qua- 
trième famille, les genres BilocuUne, Spirolocidine, 
Triloculine , AriicuUne , QuirKjuétocuUne et Adé- 
tosine. Enfin, dans la cinquième et dernière fa- 
mille , les genres Amphistéglne , JJétcrostéglne , 
Orbiculine, AlvéoUne et Fabulaire. V. ces mots. 

(DUCLOS.) 

CÉPHALOPTÈPiE , Cephalopterus.^ ( ois. ) Ce 
genre appartient à la famille des Corvidés ou Cor- 
beaux ( genre Coi-vus de Linné ) ; il] a élé établi 
par M. Geoffroy , pour une espèce nouvelle rap- 
portée du Musée de Lisbonne. Cette espèce vit 
dans le Haut-Pérou, et non pas au Brésil, comme 
oa le pensait; son nom fait allusion au grand 
nombre de pennes ou plumes développées qui 
forment sur sa tète une huppe très-élevée , et sur 
son jabot une sorte de fanon. Outre ces caractères, 
cet oiseau est aussi remarquable par son bec fort, 
légèrement arqué et aussi long que celui des cor- 
beaux, mais plus renflé sur les côtés, moins large 
à sa base et plus haut. 

• Le CÉPHALOPTknE ORNi, Cepliatopterus omatus, 
Geoff. (Ann. Mus., xiii, pi. i5), seule espèce dont 
se compose le genre, est très-rare encore aujour- 
d'hui dans les collections ; il est tout entier d'un 
beau bleu-noir uniforme, avec la tête et la base 
du cou en avant, ornées d'un panache formant une 
sorte de parasol , composé de plumes étroites , 
très-longues , droites sur la tète et terminées par 
un épi de barbes noires qui se renverse en devant. 
Les côtés du cou sont nus; la queue est longue et 
légèrement arrondie. Cet oiseau est représenté 
dans l'Iconographie de M. Guérin , et dans notre 
Atlas, pi. 87, fig. 2. (Gerv.) 

CÉPHALOTE , Cepkalotes. ( mam. ) Ce genre 
appartient h la famille des Chéiroptères ; il est 
voisin de celui des Roussettes, dont il se distingue 
par ses dents, au nombre de vingt-huit seulement, 
sa membrane interfémorale échancrée, et celle 
des flancs qui naît de la ligne médiane du dos. 

H a été établi par M. Geoffroy, pour renfermer 
deux espèces : l'une est le VesperlUJo cepkalotes, 
décrit par Pallas , CiPHALOTE de Pallas , Cepka- 
lotes Pallasii, Geoff. , qui vit aux îles Moluques; et 
Fautre, la Céphalote de péron, Cephalotfis Pero- 
n'd , G.; espèce nouvelle, rapportée de Timor, par 
Péron. (Gerv.) 

CÉPHALOTES. Cepkalotes. ( ins. ) Genre de 
Coléoptères, de la section des Pentamères, famille 
des Carnassiers, tribu des Carabiques, et de la di- 
vision appelée Simplicimanes , où les deux tarses 
antérieurs sont seuls dilatés dans les mâles ; ce 
genre , établi par Bonelli , offre pour caractères : 
mandibules avancées, dépassant beaucoup le cha- 
peron , la droite fortement unidentée en dedans ; 
labre entier; antennes à articles courts, atteignant 
au plus la moitié de la longueur du corps, le premier 
article h peu près de la longueur du troisième. Ce 
genre est peu nombreux; les insectes qui le com- 



posent ont le corps allongé, un peu cylindrique ; 
leur tête forte et leur corselet en cœur leur donnent 
quelques rapports de ressemblance avec les Sca- 
rites , dont sous d'autres rapports ils s'éloignent 
beaucoup. 

C. vulgaire, C. vulgarls, Bonelli, (v. notre Atlas 
p.87, f. 3). Long de neuf à dix lignes, entièrement 
noir ; la tête et le corselet sont lisses, couverts de 
stries transversales ondulées ; le vertex offre en 
outre des points épars; les élytres sont glabres, avec 
des rangées longitudinales de très-petits points et 
des stries transverses , pareilles h celles du cor- 
selet, mais plus écartées et moins profondes. 
Commun en France. (A. P.) 

CÉPHÉE. (zooPH. ACAL.) Cuvier réserve ce nom 
pour l'une des sections du genre Méduse; Péron et 
Lesueur en avaient fait un genre de l'ordre des Aca- 
lèphcs. Ces animaux présentent un corps transpa- 
rent, orbiculairc, ayant en dessous im pédoncule 
et des bras, mais sans tentacules au pourtour de 
l'ombrelle; le disque inférieur est garni de quatre 
bouches et quelquefois plus. Le pédoncule est 
épais, et par ses divisions forme les bras, qui sont 
au nombre de huit, parfois très-composés, parfois 
bilobés seulement. On rencontre les Céphées dans 
les mers chaudes et tempérées ; leur couleur et 
leur forme sont variables. Parmi les espèces on 
distingue la Céphée cyclophore ; son ombrelle est 
tuberculeuse, d'un brun roussâtre, marquée de 
huit rayons pâles , à rebord festonné. Elle habite 
la mer Rouge. 

La CÉPHÉE POLYCHROME , à Ombrelle orbiculaire 
un peu bombée , échancrée sur le rebord. Elle a 
huit bras arborescens , entremêlés de villosités. 
On la trouve sur les côtes de Naples. La Cépiiée 
RHizosTOME , Ordinairement appelée Gelée de mer , 
dont l'ombrelle ne présente ni croix ni étoile; 
elle se rencontre sur les côtes de France et d'An- 
i^leterre. Enfin, nous avons représenté dans notre 
Atlas, planche 87, figure 4, la Céphée de Du- 
BREUiL, décrite par M. Reynaud; elle vient de la 
mer des Indes , et est d'un bleu pâle, avec une 
couronne rongeâtre sur le disque et des taches 
noires dans les bras. (P- G.) 

CÉPHÉNÉMYIE , CepkcnemyiaMim.) Genre de 
Diptères établi par Latreille aux dépens de celui 
dCffisTRE. V. ce mot. (A. P.) 

CEPHUS, Cepkus. (iNS.) Genre d'Hyménoptères, 
de la famille des Porte-Scie, tribu des Tenlhre- 
dines,'établiparLatreille, et ayantpour caractères: 
antennes insérées au milieu du front, simples, plus 
grosses vers le bout ; labi'c peu apparent ; mandi- 
bules courtes : palpes maxiUaires de six articles, 
dont le quatrième aussi grand que les trois pre- 
miers , le cinquième le plus petit de tous ; la 
tarière saillante au-delh de l'abdomen. M. Klug a, 
dans sa Monographie des 5iVej; ,1 rapproché ces 
insectes des i/>-ocère5, sous le nom à' Asiates; 
je crois qu'il a eu raison , et je me fonde moins 
sur la disposition de la tarière que sur l'obser- 
vation des mœurs du C. pygmcus que l'on sait 
habiter dans l'intérieur des tiges du blé, tandis 
que les larves des véritables Tenlhredines vivent 



CKRA 



46 



GÉRA 



à découvert. Ces insectes sont de petite taille; 
les antennes, de la longueur de presque la moitié 
flu corps, sont dune vingtaine d'articles; la tête 
est globuleuse, portée sur un cou; les ailes ont deux 
cellules radiales et quatre cubitales ; l'abdomen 
est comprimé sur les côtés. M. Klug en a décrit et 
figuré neuf espèces , qui toutes appartiennent h 
l'Europe. Nous nous contenterons de citer le G. a 
PIEDS ÉPINEUX, C. spmipcs, Panz. Klug, Mon. des 
Sirex, pag. 5i, pi. 6, fig. 4 à 6 , que nous avons 
figuré dans notre Atlas , pi. 87, fig. 5. Long de 
quatre h cinq lignes, noir, avec les mandibules, les 
palpes , excepté rextrémilé, les quatre tibias et 
tarses antérieurs, et deux ou trois bandes sur lab- 
Jomen, jaunes. Gommun dans les champs, sur les 
fleurs, dans toute l'Europe. (A. P.) 

GERA DE PALMA. (cot. et chim.) Gorps com- 
bustible produit par un palmier des plus hautes 
régions des Gordilières, appelé Céroxyle {voj, ce 
mot). La Géra de Palnia appartient essentiellement 
à la classe des résines, et donne un tiers de cire 
pure. On l'obtient de l'exsudation annuelle de 
cette monocotylédonée arborescente. On la met 
à boiiillir dans de l'eau, et lorsque la substance 
est à peu près refroidie, on la retire à demi figée; 
on la réunit en masse, h laquelle on donne une 
forme assez semblable h. celle de nos pains de 
craie de Meudon, mais d'un volume plus fort et 
plus compacte. Je viens de dire qu'elle a une très- 
grande analogie avec les résines : en effet, la solu- 
bilité dans l'eau d'une certaine portion de sa ma- 
tière extractive amère, la solubilité plus appré- 
ciable dans l'alcool froid de sa résine soluble , 
enfin la dissolubililé complète dans l'alcool bouil- 
lant et dans l'élher de sa partie insoluble dans 
l'alcool à froid (la sous-résine), l'assimilent entiè- 
rement aux résines , quoiqu'il lui manque Ihuile 
volatile qui leur est inhérente. Parle refroidissement 
la matière cristalline prend la consistance d'une 
gelée, sous forme de cristallisation byssoïde. L'as- 
pect de la Gcra de Palma est d'un jaune blanchâ- 
tre; elle est d'une légèreté remarquable, poreuse, 
friable , peu consistante , d'une odeur presque 
nulle à la température ordinaire, mais qui devient 
plus sensible par la chaleur, et surtout par l'ap- 
proche d'un corps en combustion : alors elle 
répand une odeur résineuse, faible , agréable. Sa 
saveur amère n'est appréciable que lorsqu'on la 
met h dissoudre dans 1 alcool. La Géra de Palma 
sert dans l'économie domestique ; on en fait des 
bougies qui donnent une belle lumière et peu de 
fumée. (T. D. B.) 

CLRAISTE, Cerastium. (bot. phan. et agr. ) 
Une vingtaine d'espèces herbacées, presque toutes 
d'Europe, la plupart vivaces, composent ce genre 
déplantes de la Décandrie pentagynie et de la fa- 
mille des Garyophy liées. Les botanistes les divisent 
en deux groupes; l'un a les pétales égaux ou calice 
ou plus courts que lui ; dans l'autre, ils sont plus 
longs. Le cultivateur les considère toutes avec in- 
térêt , parce qu'elles sont avidement reeherchées 
par les bestiaux dans les pâturages où elles abon- 
dent. Les jardiniers et les horticoles les aiment à 



cause de la multitude; de l'éclatante blancheur de 
leurs fleurs, et du contraste remarquable qu'elles 
produisent dans les gazons : elles s'y montrent 
au premier printemps. Tournefort appelait ce 
genre Myosotis ; c'est Linné qui lui a donné le 
nom de Géraiste, que l'on a unanimement adopté. 

Le Géraiste DES champs, C. arvense, est annuel, 
très-commun dans les terres en friche, sur le bord 
des chemins, à peine haut de seize centimètres, et 
fleurit en juin et juillet. Le Gériiste argentine, 
C. tomenlosum est depuis long-temps en posses- 
sion de revêtir avec avantage quelques places dans 
les jardins d'ornement; étalé sur la terre, il la 
revêt de ses tiges faibles et traînantes, couvertes 
d'un duvet blanc , de feuilles étroites , très- 
blanches, et de jolies fleurs, petites, très-nom- 
breuses, d'un blanc de neige, bien ouvertes et 
sans odeur. Gette espèce est très-rustique, elle 
réussit dans tous les sols , excepté ceux qui sont 
trop humides ou trop ombragés, et peut être pla- 
cée sur des terrains remplis de pierrailles , sur les 
rochers , les décombres , dans le voisinage des 
grottes où elle produit un effet très-agréable; ses 
fleurs s'épanouissent en mai et en juin ; elles sont 
portées sur des pédoncules ramcux, se redressent 
eu partie jusqu'à treize et même seize centimètres. 
Les racines, qui poussent h chaque nœud des tiges, 
et qui se multiplient extrêmement, tracent beau- 
coup et désespèrent souvent l'horticulteur. Ni la 
gelée, ni les grandes chaleurs ne font de mal à ce 
Géraiste, que l'on croit originaire de l'Italie; mais 
il souffre des hivers longs et pluvieux. 

On a fait une Stellaire {p. ce mot) du Gé- 
raiste aquatique , C. aijuaticum de quelques 
auteurs, lequel croît dans les marais, sur le bord 
des rivières, et dont la tige vivace s'élève, quand 
elle est soutenue, jusqu'à un mètre. (T. d. B.) 

GERAMBYX. (ms. > Genre de Goléoptères. {F. 

GALtICHROME et GaPRICORNE.) (A.. P.) 

GÉRAMBYGINS. (jns.) Goupe ou tribu de Go- 
léoptères, de la famille des Longicornes. Les in- 
sectes qui la composent peuvent se reconnaître à 
leur labre très-apparent, leurs mandibidcs peu 
différentes dans les deux sexes, leurs yeux toujours 
échancrés pour recevoir la base des antennes qui 
sont ordinairement longues; les cuisses sont tou- 
jours en forme de massues et comme portées sur 
un pédoncule. Ils vivent comme les autres Longi- 
cornes, et sont souvent de couleur brillante. (A. P.) 

GÉRAMI AIRES, (bot. crypt.) Les Géramiaires 
ont pour caractères essentiels des filamens arti- 
culés qui produisent, à l'extérieur, des capsules ou 
çemmes parfaitement distincts. Ge genre de végé- 
taux comprend une foule d'individus aquatiques, 
très-déliés, d'un port élégant, d'une couleur agréa- 
ble , soit brunâtre, soit rouge, soit purpurine, soit 
verte. 

Les espèces de Géramiaires sont très-nombreu- 
ses ; on les a divisées en genres dont la quantité 
augmentera certainement encore : voici jus- 
qu alors celles qui sont le mieux connues. 

f Ccramiaircs Iwmogénéocai'pcs , produisant ^e 



M., 1/1 




2 Ce 



1 2 \ eramu» 



.1 (eraptère 4 Cerartue .' (Vvoeris />. ( ciiope 



Céraplivte 



/t ùiiefin f//r 



GÉRA 



47 



véritables capsules homogènes, monocarpes ou 
-polycarpes. 

a. Capsules nues; filamens cylindriques, com- 
posés d'articulations non sensiblement renflées. 

A. Filamens simples, i" Les /)e5marc5fe//e5, qui 
ont été comparées par quelques algologues aux os- 
cillatoires, mais qui en dilï'èrent par leur immobi- 
lité, lenr fructification, etc. 

B. Filamens rameux. * Parcourus par des li- 
ncamens entrecroisés de matière colorante. 

2" Les H utcliinsles , dont les capsules, légère- 
mentpédonculées, en forme d'ampoule, s'ouvrent à 
leur extrémité pour laisser échapper les semences. 

3° GratdupeUes , qui ont des capsules parfaite- 
ment sessiles et groupées vers l'extrémité des ra- 
meaux. 

4° Les Brongniartellcs, à germes ovoïdes , opa- 
ques , et qui, dans la maturité, donnent aux ra- 
meaux fructifères l'aspect des gousses de certaines 
légumineuses articulées. 

** Entre-nœuds où se trouvent plusieurs ma- 
cules colorantes , longitudinales et parallèles. 

h° Les Delisèlles, à capsules ovoïdes , subpédi- 
cellées et comme annelées. 

6° Les Dicarpelles, à fructification ambiguë, et 
à capsules ampullaires à l'extérieur. 

n" Les Calltthamnies , h capsules ovales, poly- 
spermes, sessiles et axillaires. 

*** Matière colorante , groupée en macules ar- 
rondies au milieu de l'entre-nœud. 

8° Les Ectocarpes , à capsules subsessiles , soli- 
taires, non revêtues d'une enveloppe transparente 
qui les fasse paraître annelées comme dans les 
Deliselles. 

q° Les Capsicarpeiles : capsules pédiculées, so- 
litaires, oblongues, acuminées, semblables au fruit 
du piment long. 

io° hes Audouinelles : filamens cylindriques, 
sans renflement aux articulations , gemmes exté- 
rieures, nues, ovales, oblongues, opaques et stipi- 
tées. Les espèces les plus remarquables de ce 
«•enre sont les ^«(/«/ne/^a funiformis , C/ialybceaet 
Miniata. 

1 1° Les Céramies •■ capsules solitaires , comme 
annelées, avec matière colorante dans l'intérieur 
de l'article. . 

p. Capsules nues , filamens moins cylindriques. 

15° ht^s BulbochcBtes : calyptre cilifère disposé 
à côté du point d'insertion des articles. 

7. Capsules involucrécs ; filamens noueux com- 
posés d'articulations renflées. 

i3° Les Borynes. Foy. ce mot. 
-j-j Céramiaires glomérocarpes. Fructification 
composée de glomérules pressés, nus et extérieurs. 

i4° Les BotryteUes. Genre placé ici provisoire- 
ment, et qui se rapproche beaucoup plus , par les 
organes reproducteurs, des Batracliospermcs et des 
Chaodinces. 

Les Céramiaires se trouvent dans la mer , les 
fontaines et les eaux courantes. (F. F.) 

CÉRAMIE. (bot, crypt.) Ceramlnlres. M. Bory 
de Saint-Yincent caractérise ainsi le genre Céra- 
mie : filamens cylindriques , non renflés à leurs 



GÉRA 

entre-nœuds, articulés par sections, qui sont mar- 
quées intérieurement d'une seule macule de ma- 
tière colorante, disposée de manière à faire croire 
à l'existence d'un tube intérieur. Fructification : 
capsules externes, solitaires, nues, opaques, 
comme enveloppées d'un anneau translucide. 

Ainsi que les borynes , les Céramies sont des 
plantes très-petites et très- élégantes ; leurcouleur 
varie du pourpre au violet; elles ont la forme d'ar- 
bustes , croissent dans l'Océan et sont très-recher- 
chées des criptogamisles. 

Les espèces marines les plus connues sont les 
Ceramium arbuscida , coccinea , frulictilosum , co- 
rymbosum , roscum , coraliinum , repens , confervoî- 
des , etc. Nous avons représenté dans notre Atlas, 
pi. 88, fig. 1 et 2, les C. scoparium et casuarincs, 
de De Candole. Ces deux espèces sont vertes et se 
trouvent sur nos côtes. 

Comme espèce terrestre nous signalerons 
le Ceramium aureum qui se rencontre sur les ro- 
chers des régions tempérées et même froides , où 
il forme de petits coussinets qui ressemblent à des 
fragmens de velours , couleur d'orange à l'état 
frais, et couleur cendrée ou verdâtre après la des- 
siccation. (F. F.) 

CÉRAMIE, Ceraniius. (ins.) Genre d'Hyménop- 
tères de la famille des Diploptères, tribu des Guêpiai- 
res : ce genre avait été aussi reconnu par M. Rlug.et 
il l'avait indiqué sous le nom de Gnalhe, mais dans 
son ouvrage intitulé EntomoLogische monographien , 
il a adopté le nom de M. Lalreille. Ce genre par 
plusieurs de ses caractères est tout-à-fait anomal. 
Dans cette famiUe , en eflet , le caractère distinc- 
tif, qui est d'avoir les ailes doublées dans le repos, 
manque dans ce genre; en outre les cellules cu- 
bitales, qui dans les autres genres sont au nombre 
de trois, ne sont ici qu'au nombre de deux; en 
outre, les palpes labiaux sont plus longs que les 
maxillaires. On ne connaît rien des mœurs de ces 
insectes, dont deux espèces sont propres à l'Europe 
méridionale ,et denx au cap de Bonne-Espérance; 
toutes quatre ont été décrites par M. Klug dans 
l'ouvrage précédemment cité. 

C. DE FoNscoLOMBE, 6. F onscolombH, Lat. Long 
de 7 lignes, noir, avec des points sur la tête et le cor- 
selet, et des bandes sinuées de chaque côté de l'ab- 
domen. Cette espèce a été pour la première fois 
trouvée aux environ d'Aix en Provence par M. de 
Fonscolombe, à qui M. Latreille l'a dédié. (A. P.) 

CÉRAPTÈRE, Ceraterus. (ins.) Genre de Co- 
léoptères de la famille des Xylophages, établi 
par Swcderus sur un insecte démembré du 
genre Paussus de Linné; il a comme eux la lèvre 
grande , les palpes très-visibles , mais d'inégale 
longueur : les élytres sont longues , et les tarses 
courts ; mais les antennes sont de dix articles , dont 
le second et suivans jusqu'au neuvième inclusive- 
ment sont perfoliés; le dixième est demi-globu- 
leux. On ne connaît qu'un insecte de ce genre. 
C'est le C. A LARGES PATTES, C. latipcs, Swed., figuré 
parDonovan dans scsGen. illust. ofEntom. , tab. 3. 
il est entièrement brun, avec l'extrémité des ély- 
tres tachée de fauve; de la Nouvelle-Hollande. 



CÉRA 



48 



CERA 



Nous l'avons représenté pi. 88 , fig. 2 de notre 
Atlas. ' (A. P.) 

CÉRASTE, Coluber cérastes, Linn. (rept.) C'est 
le nom d'une espèce du genre des Vipères, qui se 
fait remarquer par une petite corne pointue qu'elle 
porte sur chaque sourcil; elle est grisâtre et se tient 
cachée dans le sable en Egypte, en Libye, etc. Les 
anciens en ont souvent parlé. V. Vipîîre. (Guée.) 
CÉRATINE, Ceraiina. (ins.). Genre d'Hymé- 
noptères de la famille des Mellifères, section des 
Apiaires , établi par Latreille, qui lui donne pour 
caractères: labre plus long que large, paraglosses 
courtes en forme d'écaillés pointues au bout; pal- 
pes maxillaires de six articles; trois cellules cubi-. 
taies complètes aux ailes: de tous les genres d'A- 
piaires celui-ci paraît se rapprocher le plus des 
Xylocopes, surtout par leurs palpes maxillaires qui 
sont au nombre de six : leurs mœurs les en rap- 
prochent aussi, mais ils en diffèrent beaucoup par 
la forme. Les antennes sont insérées ru milieu de 
la face, coudées après les trois premiers articles, 
le reste formant une massue cylindrique; les jam- 
bes n'offrent aucune dilatation h leur extrémité 
et sont légèrement velues; l'abdomen est entière- 
ment lisse. Ce sont de petits insectes à couleurs 
bronzées ou noires , et n'offrant seulement que 
quelques taches blanchâtres à la partie antérieure 
de la tête, soit dans les deux sexes, soit quelque- 
fois dans un seul. On en connaît peu d'espèces. 
C. CALLEUSE, C. callosa, Fabr. ; figurée dans 
notre Atlas , pi. 88 , 11g. 5. Longue de 5 à 4 li- 
gnes, bronze vert ou bleu très-obscur; corps lisse, 
brillant, et cependant finement pointillé; ailes 
.légèrement enfumées. Rare aux environs de Paris. 
Spinola, dansun mémoire inséré dans les Annales 
du Muséum d'Histoire naturelle, a consi2;né le ré- 
sultat de ses observations sur ces insectes; il mé- 
rite d'être connvi. La femelle, profitant des bran- 
ches d'églantier rompues par accident, creuse un 
trou à la place de la moelle jusqu'à la profondeur 
de près d'un pied ; elle commence à rassembler 
au fond une certaine quantité de pollen et un peu 
de miel , et y laisse un œuf; elle iait alors une sé- 
paration au dessus avec la moelle même de l'ar- 
bre, et recommence de pouce en pouce jusqu'à l'ou- 
Terture; ce nid contient quelquefois une douzaine 
de cellules; les larves sont entièrement semblables 
à celles des abeilles ; elles ne rendent aucun ex- 
crément; aussi , quand l'insecte est arrivé à son 
entier développement , et qu'il a percé la cloison 
qui le retenait prisonnier , son premier soin est 
de se vider de la masse d'excrémens que conte- 
nait son abdomen. Une autre particularité remar- 
quable de ces insectes, c'est que ce n'est pas avec 
les brosses de leur abdomen, ni avec leurs pattes, 
qu'ils grattent le pollen qu'ils destinent à leurs 
petits, mais avec leur tête, et les fossettes où 
sont insérées leurs antennes servent à le contenir; 
)e crois cependant que cette observation mérite 
d'être renouvelée. (A. P.) 

CÉRATITE , Ceratltes. (moll.) Dénomination 
donnée par M. De Haan à quelques espèces d'AM- 
MONITES. f^oy, ce mot. (DtCL.) 



CÉRATOPHRIS. (rept.) Genre établi par 
Boïé aux dépens des Grenouilles, et composé d'es- 
pèces à large tête , h peau grenue en tout ou en 
partie, et dont chaque paupière a une proémi- 
nence membraneuse en forme de corne, f^oy» 

GnENOriLLE. (GuÈR.) 

CERATOPOGON, Ceratopogon. (ins.) Genre de 
Diptères , de la famille des Némocères , établi pétr 
Meignen,etaux quels on assigne pour caractères : 
antennes de treize articles au moins, simplement 
grenues ou à peine velues ; les mâles seuls ayant 
un bouquet de poils à la base. Ces insectes, quoi- 
que très-nombreux, avaient été jusqu'à présent 
peu ou point étudiés dans leurs métamorphoses, et 
leurs petitesses , avait pu beaucoup contribuer à 
l'oubli ou on les laissait. On avait dit vaguemeiit 
qu'ils vivaient dans des galles végétales , M. Mac- 
quart, dans son ouvrage sur les Diptères du nord 
de la France , ou il en a décrit un assez grand 
nombre d'espèces, paraissait pencher a présumer 
la larve aquatique ; mais M. Guérin ayant élevé 
celte larve, qui a été le sujet d'un excellent mé 
moire, nous sommes maintenant bien instruits. 

Ces larves ont été trouvées réunies en société 
sous les écorces humides de différons arbres, elles 
sont un peu plus larges à leur partie antérieure 
avec la tête armée de deux petites mandibules et 
de soies raides, qui sont peut-être des antennes ou 
des palpes, leur dernier segment est susceptible 
de s'allonger et sert à pousser le corps en avant 
quand ces insectes veulent changer de place; mais 
ce que ces larves offrent de plus remarquable , ce 
sont deux poils sur chaque anneau du corps, ter- 
minés par une petite perle argentée, dont jus- 
qu'à présent on ignore absolument l'utilité. Dans 
la transformation en nymphe, celle-ci reste enga- 
gée en partie dans la peau de la larve, et en sort 
comme insecte parfait au bout de très-peu de 
temps. M. Guérin a décrit deux de ces espèces 
qu'il regarde comme nouvelles. La première est le 
C. cENoriLLkKE, C. geniculatus, Guév'iD. Il est long 
au plus de quatre millimètres, noir, avec le des- 
sous de l'abdomen, le bord des anneaux en dessus, 
une tache aux extrémités des fémurs et des tibias, 
les tarses et les balanciers jaunes, les ailes sont en- 
fumées à la côte antérieure , avec la base et une 
tache carrée près du milieu de la côte jaunâtres. 
Trouvé dans la forêt de Saint-Germain. 

La seconde espèce , qu'il nomme F lavifrons , 
difiere par les nervures des ailes et n'a peut-être 
pas de genre. (A. P.) 

CERATOPTERIS. ( bot. crypt. ) Fougères. 
Genre caractérisé ainsi : capsules globuleuses , 
sessiles, entourées à moitié par un anneau élasti-- 
que, plat, large, demi-circulaire, s'ouvrant par une 
fente transversale; capsules insérées sur un seul 
rang sous le bord replié de la fronde. 

Dans les plantes de ce genre, la fronde est 
molle, presque transparente, à nervures réticulées, 
plusieurs fois pinnatifide, lobée, surtout dans les 
frondes stériles. Dans les frondes fertiles, les pin- 
nules sont divisées à peu près comme les bois du 
cerf, les lobes sont linéaires ou sétacés, les bords 

s'étendent 



CERB 



49 



CERG 



s'étendent jusqu'à la nervure moyenne; les cap- 
sules globuleuses, sessiles, espacées, s'ouvrent 
latéralement et sont entourées d'un anneau élas- 
tique, large, plat et strié ; les graines sont globu- 
leuses, très-peu nombreuses et faciles h distinguer, 
mais à la lonpe seulement , car elles sont très- 
pelites. 

La capsule des Céralopleris paraît formée de 
deux membranes: une extérieure, jaune et solide; 
l'autre intérieure, très-mince et blanche. 

Les trois espèces de Cératopteris connues crois- 
sent dans l'eau et les lieux marécageux, et se ren- 
contrent dans les régions équatoriales. 

La première espèce, Ccratopteris tliallctroïdes , 
a jusqu'à un pied de hauteur: sa fronde est pinnce, 
h segmens peu profonds , surtout dans la plante 
stérile; on la trouve dans les eaux stagnantes et 
dans les rivières de l'Inde, de Ceylan, de Java, etc. 
Dans ce pays, les feuilles de cette Cératopteris sont 
préparées et mangées comme nous le faisons des 
épinards. 

La seconde espèce , Cératopteris Gaudichaudii, 
n'a pas plus de cinq à six pouces de haut; ses frondes 
sont réunies en touffes, bipinnalifides, à lobes li- 
néaires , étroits et longs dans les plantes fertiles : 
Gaudichaud l'a trouvée dans les lieux marécageux 
des îles Mariannes. 

Enfin, la troisième espèce, CcraropterisRichardii, 
s'élève h deux ou trois pieds. Sa tige est profondé- 
ment striée, nue dans sa moilié infc'rieure; ses 
frondes sont quadri-divisées, pinnatifides; elle ha- 
bite les lieux humides de la Guiane , où elle a été 
rencontrée par L.-G. Richard. (F. F.) 

GÉRAUNIASou CÉRAUA'ITE. (min.) Sous ces 
noms, qui dérivent du mot grec Keraunos (foudre), 
les anciens désignaient différentes substances que 
l'on croyait être tombées avec la foudre : telle est 
entre autre la Pyrite martiale globuleuse , ou le 
sulfure de fer radié, que l'on trouve en petites 
masses sphériques dans la craie; telles sont encore 
les Délemnites , et les haches en Jade , ou en 
diverses antres roches dures. Ces noms ne sont plus 
en usage; cependant quelques minéralogistes ont 
conservé la dénominaiion de Céraunite , h la Né- 
phrite (voy. ce mot) , ou au Jade néphritique , 
substance verdâtre, compacte et d'un éclat gras , 
que l'on ne tire que de la Chine , d'où il nous 
vient taillé de diverses manières. (J. II.) 

CERBÈRE, (rept.) Nom d'une espèce du genre 
Couleuvre, f^. ce mot. (Guér.) 

CERBÈRE, Cerbera. (rot. piian.) Genre placé 
par Jussieu dans la famille des Apocynées, et par 
Linné dans la Pentandrie monogynie. Caractères : 
calice ouvert, à cinq divisions profondes; corolle 
înfundibuliforme, dont le tube, plus long que le 
calice, est resserré à son orifice, et présente cinq 
angles et cinq dénis; et dont le limbe est très- 
grand, oblique, et divisé en cinq parties qui 
figurent une étoile; anthères conniventes , oppo- 
sées aux dents de la corolle ; un seul style suppor- 
tant un stigmate bilobé ; fruit drupacé, Irès-gros, 
marqué d'un sillon et de deux points latéraux, 
et renfermant une noix osseuse h quatre valves, 
Tome II. 87* Liv 



et h deux loges, dont chacune contient une graine. 

L'espèce la plus remarquable de ce genre est le 
Cerbera aliercai, L. C'est un arbre du Brésil , dont 
les noix servent de parure aux Américains méri- 
dionaux, y. Lamarck, Cavanilles, Forster, Wil-' 
denow , Runth, Rumph , etc. (C. k.) 

CERCAIRE. (zooPH. inf ) Ce genre forme le 
second de la famille des Cercariées. On reconnaît 
ces infusoires à leur corps très-petit, tran'^parent, 
diversiforme, muni d'une queue particulière très- 
simple. M. Bory Saint -"N'incent s'est appliqué h 
prouver que les Cercaires devaient être distinguées 
des animalcules du sperme, en ce que ces derniers 
avaient le corps membraneux et très-comprimé, 
qu'ils étaient aplatis comme un battoir ou une ra- 
quette , tandis que les Cercaires ont au contraire 
le corps rond ou cylindrique et qu'ils sont épais 
comme des petites massues. Les Cercaires vivent 
dans les eaux douces et dans les infusions. Parmi 
les espèces qu'on connaît, on distingue la Ccrcarla 
cometa. Comète, qu'on rencontre dans les infusions 
d'orge, où elle s'agite comme un balancier de pen- 
dule, dont elle a la forme; la Cercaria opaca , qui 
ressemble h une grosse épingle dont la queue n'au- 
rait pas plus de trois fois la longueur de la tête; 
la Cercaria lacryma , Larme , ainsi nommée parce 
qu'elle présente la forme d'une larme funéraire : 
on la rencontre dans les infusions d'avoine; la C. 
c«?jo/)/(j//«te, qui prend son nom de sa ressemblance 
imparfaite avec un clou de giroHe; le Têtard, 
C. ceyrimes , qu'on a quelquefois trouvé dans les 
infusions animales, et enfin plusieurs autres dont 
le nombre augmentera sans doute encore. 

(P. G.) 

CERCARIEES. (zoopn. inf.) Famille établie 
par M. Bory-Saint-Vinccnt dans le second ordre 
de la classe des Infusoires, et h laquelle il assigne 
pour caractère commun un corps globuleux ou 
discoïde, parfailement distinct d'une queue inar- 
ticulée, simple et postéineure. Des observations 
microscopiques, répétées avec un soin extrême , 
ont mis ce savant naturaliste à même de remar- 
quer dans les Cercariées une tête ou corps qui se 
présente toujours en avant , va , vient , s'agite , 
s'avance en tâtonnant , quitte et reprend, comme 
par réflexion , la direction qu'elle suivait d'abord; 
puis une autre partie , la queue, qui par ses mou- 
vemens de fluctuation et de balancement déter- 
mine l'impulsion qu'elle imprime h la tête. Sui- 
vant M. Bory- Saint- Vincent on pourrait déjà 
soupçonner dans les espèces du dernier genre de 
cette famille un orifice buccal et des points ocelli- 
formes. C'est dans cette famille que l'on a rangé 
les animalcules spermatiques qu'on trouve dans la 
liqueur séminale des mâles et jamais dans celle 
de la femelle. Ces animalcules ont donné lieu b 
de longues discussions et ont été l'objet d'étranges 
illusions. MM. Prévost et Dumas ont récemment 
encore décrit leur organisation ; ils avaient cru 
apercevoir les yeux de certaines espèces, et s'étaient 
appliqués h décrire leur marche i» travers l'ovule 
préféré, pour s'y logera jamais. M. Raspail a réfuté 
en peu de mots l'opinion de ces savans, et prouvé 

RAISON. 7 



CERG 



5o 



CERG 



qu'ils avaient été trompes par certains effets de 
lumière; il pense, lui, que les animalcules sper- 
matiques doivent être rapprochés du genre Cer- 
caire, el que la seule différence est dans la dimension 
gigantesque des Cercaires ( i/3 de niillimèlre) et 
dans celle des animalcules spermaliqucs qni ont à 
peine 7^ de millimèlre. Celte différence nous pa- 
raît assez considérable pour motiver la séparation 
faite par M. Bory-Saint- Vincent, que nous suivons 
encore dans la division qu'il a adoptée. Six genres, 
selon lui, composent cette famille, savoir : 1, Tri- 
posàcorps non contractile, plat, antérienrement 
tronqué , aminci postérieurement et terminé en 
queue droite; un appendice recourbé en arrière de 
chaque côté du corps; 2. Ceucaire, corps non con- 
tractile, cylindrique, obtus antérieurement, aminci 
postérieurement , terminé en queue flcxueuse ; 
3. Zoosperme, corps non contractile, ovoïde, très- 
comprimé , avec une queue sétiforme. Ce genre se 
compose d'animaux spermaliqucs; l^. Virguline, 
corps très-plat , obrond , aminci tout h coup, et 
terminé par une queue en virgule; 5. Ttjrbinile, 
corps subpyriforme, obtns aux deux extrémités, 
queue droite, sétiforme, implantée, plus courte 
que le corps; 6. IIestrionnille , corps ovale, 
oblong, contractile, aminci antérieurement, queue 
implantée; rudiment d'organe buccal. (P. G.) 

CERCÉRIS, Ccrceris. (ins.) Genre d'IIymé- 
noplères de la famille des Fouisseurs, division des 
Crabroniles , établi par Lalreille sur un démem- 
brement des Philanlhes de Fabricius, dont ildinère 
parles antennes plus rapprochées , beaucoup plus 
longues que la tôle, les mandibules dentées et la 
seconde cellule cubitale des ailes, péliolée. Ces 
insecles ont la tête épaisse comme les Crabrons , 
les antennes grossissant insensiblement , les yeux 
sans échancrure; le chaperon a une disposition 
à se relever en l'air, dans quelques espèces même 
il fait presque un angle droit avec la tête ; tous les 
anneaux de l'abdomen sont séparés entre eux par 
des élranglemens. Le jiremier est beaucoup plus 
étroit que les antres, infundibnliforme; tous sont 
fortcmeni pointillés en dessus, la plaque anale est 
toujours bicarénée. Les femelles font des trous 
dans le sable pour placer leurs œufs et elles ap- 
provisionnent leurs petits de coléoptères de l'ordre 
des Charançonites, souvent assez gros. Toutes les 
espèces connues sont noires , bariolées de jaune. 

C. A OREILLES , C. ûurita, Lat. , figuré dans 
notre Allas, pi. 88, fig. 6, la plus grande espèce 
de notre pays. Long de six lignes, noir; trois ta- 
ches entre les yeux ; base des antennes , deux ta- 
ches derrière les yeux, deux sur leprolhorax, les 
écailles des ailes, une bande transverse sur l'écus- 
son, deux taches latérales au dessous, deux sur 
le premier segment de l'abdomen , el une bande 
écliancrée à la partie postérieure des autres seg- 
mens , excepté l'anal , jaunes; les pattes sont d'un 
jaune clair, avec leur attache et les genoux noirs 
ou roux. ("A. P.) 

CERCOCÈBE. (mam. ) M. Isidore Geoffroy-St- 
Hilaire considère les Cercocèbes comme formant 
dans le gence àesMaccujues une simple section. Les 



espèces qu'il y groupe sont peu nombreuses; elles 
ont pour caractère commun une longue queue ; ce 
sont, comme le dit ce naturaliste, des Macaques 
à longue queue : nous en parlerons en traitant de 
ces derniers. (Gerv.) 

CERGOPE, Cercopis. (ins.) Genre d'IIemipté- 
res de la section des Ilomoplères , famille des Ci- 
cadaires. Ce genre a été établi par Fabricius, et 
depuis lui subdivisé par plusieurs auteurs , comme 
Germar, Lepelleticr, Servillc et d'autres; les gen- 
res qui en ont été démembrés sonl ceux d Aphro- 
phore, de Ptyèle , qui offient des caraclères fa- 
ciles h saisir ; mais M. LaUcille ne les ayaut pas 
admis dans le règne animal , nous les réunissons 
ici au genre primitif qui offre pour caractères : 
antennes placées entre les yeux, de trois articles, 
dont le dernier conique, terminé par une soie inar- 
ticulée , deux ocelles sur le dessus de la télé. Ces 
insectes ont h la piemière vue le plus grand rap- 
port avec les Cigales; leur tète est horizontale, 
les yeux latéraux et saillans ; le rostre est très- 
bombé, étroit transversalement; les antennes sont 
insérées entre les yeux sous un petit avancement 
de la tête ; le corselet est en losange ; les élytres 
différent beaucoup de celles des Cigales par la 
forme et la consistance; elles sont arrondies, al- 
longées, presque aussi larges partout et de consis- 
tance coriacée ; les tibias postérieurs offrent une 
ou deux épines, le développement de la tarière est 
naturellement restreint au dernier anneau. D'après 
ce qui précède, je crois que c'est à tort que 
M. Lalreille, dans sesdifférens essais de méthode, 
les a toujours éloignés des Cigales, et a séparé 
toute la seclion à laquelle ils appartiennent par 
celle des Fulgorelles, qui doivent à mon avis être 
rejelés après , comme se rapprochant davantage, 
par plusieurs caractères, des Psylles et des Puce 
rons; de cette façon les Cigales et les Cicadelles 
formeraient une section naturelle, où la forme et 
la position des antennes, des ocelles, du rostre et 
de la larici'e sont identiques, et malgré cela ne 
dérangeraient rien à la subdivision en Muetlcs et eu 
Chanteuses déjà existante, mais quil faudrait res- 
treindre en en écartant les Fulgorelles. 

Ce genre d'insectes est nombreux , surtout en 
exotiques; notre pays en offre aussi quelques es- 
pèces , qui vivent dans leur premier état sur les 
plantes dont elles font extravaser la sève autour 
d'elles sous la forme d'une écume blanche, qni ga- 
rantit l'insecte du contact de lair et l'abrite des 
rayons du soleil. 

C. SANGLANTE, C. saiiguinolotla , Fab. Longue 
de 3h 4 lignes, noire; abdomen, une tache à la 
base de chaque élytre, un point rond au mi- 
lieu et une seconde bande sinuée Iransverse près 
de l'extrémité, les genoux rouges : se trouve à 
Paris. On en trouve , mais plus rarement, une 
autre espèce appelée Fuincrata par lUig'er, où 
l'abdomen et les pattes sont entièrement noirs , et 
les taches des élytres beaucoup plus larges. 

C. icuMEUSE, C. Spumaria , hian. , représentée 
dans notre Atlas , pi. 88 , f 7. Longue de quatre 
lignes , d'un gris jaunâlrc , avec deux lâcher» Irian-' 



•.y ' l 



GÉRÉ 



5i 



GÉRÉ 



gulaires transparentes à la côte de chaque élytre. 
Getle espèce , type du genre Aphrophore , est la 
plus commune de nos environs. 

Le C.dianthi, F a.h. Stoll., pi. xix, fig. io5 , est 
long de 3 lignes; il est d'un gris noirâtre ou rou- 
geâtre, avec la tête et la première moitié du cor- 
selet blancs, et denx taches triangulaires transpa- 
rentes h la côle de chaque élytre. Commune aux 
environs de Paris. Get insecte fait partie du genre 
Ptyèle. (A. P.) 

GERGOPITHÈQUE. ( mam. ) Ce mot est la tra- 
duction du nom latin Cercopithecus , par lequel on 
désigne le genre Guenon ; il est inusité. (Gerv.) 

GERCOSALiRE. (rept. ) Nom formé des mots 
grecs cercos , queue, ci sauras , lézard, qui a été 
donné par Waglcr h un genre de Sauriens connu 
seulement par ce qu'en a dit cet auteur. Le Cer- 
cosaure appartient, h ce qu'il paraît, à la famille 
des Lézards cycLoiépides ou h écailles disposées 
en verticillcs et rectangulaires, carrées, oblongues, 
comprimées , carénées sur le dos et la queue , 
lisses aux parties inférieures, avec une double 
rangée de lamelles sous le cou ; les dents sont 
nombreuses , égales , droites , serrées ; les anté- 
rieures simples , coniques , les suivantes plus ou 
moins distinctement bi-ou-trilobées ; il n'existe 
pas de dents palatines. Wagler ne dit pas s'il 
existe un pli enfoncé sur les flancs, des pores aux 
cuisses, un tympan ou conduit auditif visible; il 
ne donne aucun renseignement sur la disposition 
de la langue, et il dit seulement que la queue est 
très-longue et arrondie. 

On n'a signalé encore qu'une espèce de Cerco- 
saure, le CiiRCOSAunE ocellé, C. oceUata, Leptus 
ocellatus , brun noirâtre sur la tête et le dos , avec 
quatre lignes longitudinales blanches, dont les 
deux externes commencent derrière l'œil , passent 
iiu dessus du tympan et s'étendent ainsi que les 
deux autres jusque sur la racine de la queue ; les 
plaques labiales sont ponctuées de noir \ les flancs 
sont verdâtres , parsemés de huit h neuf taches 
noires marquées d'un point blanc dans leur cen- 
tre ; le dessous du corps est jaunâtre, et la queue 
nuagée en dessous de brun et de blanc : l'on croit 
que ce Lézai'd vient d'Asie. (ï. C.) 

CÉRÉALES, (agr. et bot. puan.) Base fonda- 
mentale de la nourriture de Tiiomme. Les plantes 
que l'on désigne sous le nom de Céréales, et que la 
brillante mythologie présente comme le produit 
des dons de Gérés , se limitent , Ji proprement dire, 
au froment , au seigle , à l'orge , à l'avoine ; cepen- 
dant on y réunit encore, par une extension trop 
large, I'Alpisïe, la Féïuque floïtaiste, le Maïs, 
le Millet, le Riz, le Sarrazin, le Sorgho et la 
Zizanie {v. chacun de ces mots, où, de même 
qu'au mot Blé, je combats et détruis les erreurs 
accréditées). Les principes immédiats les plus 
abondans de toutes ces plantes sont la fécule et 
la matière végéto-animale. On en fait du pain , 
des préparations alimentaires . des liqueurs fer- 
mentées; on les donne aux bestiaux comme four- 
rage vert et sec ; leur paille couvre le toit du pau- 
vre , sert de litière, puis d'engrais ; elle est encore 



employée à la fabrication des chapeaux, des chaises, 
des nattes et de quelques jolis petits meubles de 
femme. Les Céréales alimentent en France un com' 
merce de dsux milliards , lequel s'exerce , année 
commune , sur plus de i5o millions d'hectolitres , 
tant pour les semailles que pour la consommation. 

On a voulu faire honneur aux Egyptiens de la 
création des Céréales , ou du moins de leur pre- 
mière culture; d'autres, aux laboureurs de hi Sicile, 
de la Perse , de l'Inde , etc. ; ce qu'il y a de plus 
positif, c'est qnc l'époque de ce fait mémorable 
est perdue pour jamais, il est possible que les pré' 
tentions de ces divers peuples soient fondées, et 
qu'elles se rapportent h une seule espèce ; mais 
comme le voile épais qui recouvre l'histoire pre-» 
mière de l'humaine civilisation est surchargé de 
ruines moins anciennes, muettes à nos recherches, 
contentons-nous de jouir du bienfait sans remonter 
à son origine, qui ne sera jamais révélée avec cer» 
titude. \ 

Les Céréales peuvent se conserver sans aucune 
altération apparente pendant une série plus ou 
moins longue de siècles, renfermées, soit dans des 
vases hermétiquement fermés, comme ceux décou- 
verts dans quelques hypogées de la Haute-Egypte, 
soit dans des chambres souterraines, comme à Her- 
culanum, h Gergovia, l'ancienne capitale des Ar-r 
verniens , etc. ; mais elles perdent leur puissance 
germinalive. Elles sont, il est vrai , susceptibles 
d'un premier développement , ainsi que me l'ont 
prouvé des grains de blé provenant de ïhèbes aux 
cent portes ou temples; mais h peine eurent -ils 
pris un certain volume , une sorte de fraîcheur, 
qu'ils se décomposèrent et se putréfièrent. Sans 
aucun doute le grand nombre de siècles écoulé» fut 
cause de ce trompeur résultat , puisque Home a 
fait germer des grains de seigle récoltés depuis 
1/4O ans, et qu'il les a vus parcourir toutes les 
phases de la vie végétale; puisque Réaumur a 
obtenu de beaux épis de grains de froment décou-r 
verts à Metz dans un magasin oublié depuis uipi 
grand nombre d'années, etc. {Voyez, au mot 
Germination), une suite curieuse que j'y donne 
d'observations du môme genre.) 

Des économistes ont successivement vanté les 
Céréales de la Sicile , de l'Afrique , des plaines 
voisines de la mer Noire et de diverses contrées 
de l'Amérique , au détriment de celles cultivées 
en France. Ils ont prétendu que la farine des Cé- 
réales des États-Unis contenait trois dixièmes de 
gluten , tandis que les plus estimées parmi les nô- 
tres n'en présentaient que deux dixièmes. Celte' 
assertion m'ayant paru singulière, j'ai voulu la 
constater du moins à mes yeux ; j'ai pour cet effet 
établi , dans luie expérience répétée quatre années 
de suite, 1820 à 1824, en des circonstances dif- 
férentes, et avec des grains recueillis durant des 
récoltes heureuses et misérables, une comparai- 
son critique entre les Céréales vantées et celles 
déprisées : aussi je puis dire avec assurance que les 
meilleures Céréales de la France m'ont constam- 
ment rapporté le quintuple de la semence, c'est- 
à-dire ide cinq à sept pour un, quaa»d celles de^ 



CÉRÉ 



52 



CERF 



États-Unis variaient de quatre à six pour un, et 
les autres de trois , quatre et six pour un. Les Cé- 
réales françaises, de première qualité, pèsent de 
74 ^ 75 kilogrammes l'heclolitrc, tandis que , ap- 
proximativement, les autres n'ont pas dépassé le 
chiffre 72 et -j'b. Nos Céréales, quand elles sont 
cultivées avec soin, quand on en renouvelle la 
semence h des époques convenables, donnent peu 
de son, et par conséquent beaucoup de fleur de 
farine. Comme celles de la Sicile, des côtes de 
l'Afrique et des rives de l'Euxin , elles sont glacées, 
jo veux dire qu'elles ont de la transparence; le 
pain qu'elles fournissent est très-savoureux , il a 
un goût de noisette qui ajoute à ses qualités appé- 



gj^uu uv. ..„ww..^ qui ajoute 
tissantes et h sa bonté. 

^ J'ai fait voir aussi, lors de la grande discussion 
sur les Céréales, en 1821 , que, la consommation 
de la France entière étant par jour de 42 1,000 hec- 
tolitres de blé , il n'y avait qu'un seul moyen de 
l'entrelenir, c'était la liberté la plus absolue du 
commerce intérieur des grains. J'ai démontré 
dans le même temps que les millions de francs 
jetés h l'étranger, de 1816 à 1820, parle ministère 
Villèle, n'avaient donné que dix-sept journées et de- 
mie de consommation, en d autres termes , qu ils 
n'avaient rien ajouté à nos propres ressources , et 
qu'ils n'avaient été qu'un prétexte h des fortunes 
scandaleuses ; j'ai demandé la suppression totale 
du droit d'importer en France des Céréales de 
l'étranger sous quelque titre que ce soit , et qu'il 
y eût une défense légale d'exportation (pour ne 
rien laisser h. la décision éventuelle du gouverne- 
ment), du moment que le prix des grains ne serait 
pas également partout, dans notre patrie, au 
dessous du prix de 16 francs rhectolitrc. {Voyez 
tom. IX, pag. 217 et 36 1 de ma Bibliotlicifuc phy- 
sico-éconovi'ujue.) Comme on exploite aujourd'hui 
mon travail, sans me citer aucunement, je suis 
bien aise de consigner ici ce peu de mots sur ce 
que m'ont appris de longues éludes sur les Cé- 
réales. (T. D. B.) 

CÉRÉBRAL, (anat.) Masse on substance ctré- 
hralc. (Voy. Ceuveau, Cervelet , Encéphale , 
Axe cÉRÉnno spinal. ) Les vaisseaux et les nerfs 
qui appartiennent au cerveau sont en général dé- 
signés sous le nom de vaisseaux et de nerfs céré- 
braux. (P. G.) 
CÉRÉBRO-SPINAL, (anat.) F. Encéphale. 

(M. S. A.) 
• CÉRÉOPSE , Ccrcopsis. (ois.) Petit genre de la 
famille des Canards ou Lame'lirostrcs , voisin de 
celui des Oies , mais qui s'en dislingue, ainsi que 
de tous ceux de la même famille, par les carac- 
tères suivans : bec très-court, fort, oblus, pres- 
que aussi élevé h sa base que long, couvert d'une 
cire qui s'étend presque jusqu'h la pointe; narines 
grandes, percées dans le milieu du bec; tarses 
plus longs que le doigt du milieu ; ailes amples , 
Ji première penne un peu plus longue que les 
suivantes. 

Le genre Céréopse ne comprend qu'une seule 
espèce, le Céréopse cendré , Cerropsis Nova IJol- 
landiœ , Lalh., Teinin.,pL col. 206. La lêtc est 



d'un blanc pur, et tout le reste du plumage d'un 
cendré foncé , onde sur le dos de cendré roussâ- 
tre , et marqué aux couvertures alaires de taches 
brunes; les rémiges sont noires. Longueur, deux j 
pieds et demi. Les jeunes n'ont point de blanc 
sur la lêle , non plus que de taches sur les ailes. 

On trouve cet oiseau à la baie de l'Espérance 
et sur une partie des côtes de la Nouvelle-Hol- 
lande. (Gerv.) 

CERF , Cervus. ( MAM. ) Le genre des Cerfs fait 
partie de l'ordre des Mammifères ruminans; il 
compose à lui seul la deuxième famille de cet or- 
dre, laquelle est caractérisée par des protubé- 
rances frontales dermigères , c'est-à-dire recou- 
vertes de peau comme celles des girafes, mais 
qui sont caduques; on leur donne le nom de bois. 

Les nombreuses es2>èces de Cerfs existent ré- 
pandues dans les deux contiuens; quelques unes 
sont même propres à l'un et l'autre, tels sont 
lElan et le Renne; elles vivent par grandes trou- 
pes ou par petites familles composées seule- 
ment de quelques individus; les unes recherchent 
les forêts et les contrées élevées, d'autres préfè- 
rent les plaines ou les savanes noyées et maréca- 
geuses. Ce sont de tous les ruminans les plus 
élégans et aussi les plus agiles: leurs jambes sont 
minces et élevées sans cependant itre grêles, 
leur corps est svclte et gracieusement arrondi ; 
leur cou est délié, et leur tête surmontée par des 
bois dont les formes variées ajoutent encore à 
leur beauté. 

Les Cerfs ont pour caractères: trente-deux 
dents , huit incisives à la mâchoire inférieure , et 
six molaires partout; quelques espèces ont, dans 
le sexe mule principalement, deux canines h la 
mâchoire supérieure , ce qui porte alors h trente- 
quatre le nombre total des dents; des larmiers 
et un mufle dans la plupart des espèces; les oreil- 
les médiocres et pointues ; la queue très-courte et 
quatre mamelles inguinales. Les bois , qui font le 
caractère principal du genre , n'existent ordinaire- 
ment que chez les mâles (toutes les femelles, ex- 
cepté celle du Renne , en sont privées) : ils varient 
normalement suivant l'âge de l'animal, et acci- 
dentellement suivant les circonstances où la do- 
mesticité et la maladie l'ont placé. 

Ces bois tombent Ions les ans vers l'époque du 
rut, et sont remplacés par d'autres ordinairement 
plus forts qui commencent h paraître peu de 
temps après; il n'existe point , comme l'avait sup- 
posé BulFon, de liaison entre leur chute et leur 
reproduction , et les phases correspondantes de 
la végétation , mais une relation plus vraie a par- 
faitement été constatée entre les périodes de leur 
révolution et celle de l'activité des organes gé- 
nérateurs : en efl'et on voit les bois cesser de sfe 
nourrir et tomber quelque temps après que le rut 
a frappé les individus mâles d'un grand accable- 
ment , et l'on sait que la castration qui l'empêche 
permet au contraire la persistance de ces bois. 
Chez les femelles l'afllux perpétuel du sang vers 
les organes générateurs, soit pour le rut , la ges- 
tation ou l'allaitement, est un obstacle au flux 



CERF 53^ 

vers la tète de l'excès des fluides nourriciers ; et ce 
qui le prouve, c'est la production de bois souvent 
observée chez des femelles infécondes : leur exis- 
tence normale chez le Renne femelle ne dément 
pas, commeon le pourrait croire, lesclTets attribués 
Ji la durée de la iluxion utérine , puisque les 
bois des femelles sont plus petits que ceux des mâles 
lorsqu'elles sont fécondes , et qu'ils les égalent 
lorsqu'elles sont infécondes. 

Les bois étudiés dans le cours de leur dévelop- 
pement sont remarquables par la constance des 
lois auxquelles ils sont soumis, et il cstpour ainsi 
dire merveilleux de considérer quelle invariable 
ressemblance ils oftVent chez les individus de 
même âge. Lorsque des circonstances extraordi- 
naires les font varier , on observe que leurs par- 
ties inférieures sont toujours les dernières à 
s'altérer ; les modifications qu'ils offrent alors 
consistent dans l'augmentation et la diminution 
de leur volume ou de quelques unes de leurs par- 
ties secondaires, qui même peuvent être réduites 
à zéro. Leur direction est aussi susceptible de 
changer, ainsi que leur consistance. 

On nomme refait le bois nouvellement repro- 
duit; il est alors couvert d'une peau velue comme 
celle du reste de la tète, qui se détruit ensuite et 
tombe par morceaux lorsque ses vaisseaux nour- 
riciers s'oblitèrent. 

Les Cerfs n'ont pour la plupart qu'une seule 
sorte de poil, dur, cassant, et qui paraît tenir 
fort peu (les Rennes ont seuls un duvet qui est 
surtout abondant en hiver) ; leur couleur est gé- 
néralement brune , mais susceptible de varier 
sous la moindre influence : lémèlanisme, coloration 
en noir, et Valbinisme, coloration en blanc, sont 
très- communs chez eux et présentent cette particu- 
larité de se produire indifféremment sous tous les 
climats; c'est ainsi que l'on voit des Cerfs blancs 
non-seulement dans le Nord et dans les régions 
tempérées, mais aussi |sous l'équateur ,; comme 
M. de Humboldt l'a constaté. 

Le nombre des espèces de ce genre étant assez 
considérable , on a dû chercher un moyen de le 
partager en plusieurs petits groupes, afin de faci- 
liter leur distinction; quelques auteurs les ont 
simplement rangées dans trois sections d'après 
leur patrie, plaçant dans la première celles qui 
sont propres aux deiix continens, dans la seconde 
celles qui sont particulières h l'ancien, et dans la troi- 
sième celles qu'on ne trouve que dans le nouveau; 
mais celle distinction est loin d'être satisfaisante : 
par exemple un individu d'origine inconnue étant 
donné à déterminer, elle deviendra lout-à-fait 
inutile ; c'est ce qui a engagé M. de Blainville h 
rechercher , pour la distribution de ces animaux, 
des caractères ou notes inscrites , pour ainsi dire, 
sur l'animal, et qui ne peuvent être enlevées que par 
sa mutilation; en combinant ceux lires de l'exis- 
tence des larmiers, des canines, et surtout de la 
forme des bois, il est arrivé h établir huit sections 
<jui sont les suivantes : 

i* Bois petits et longuement pédicules ; les Cer- 



CERF 



2" Bois simples en daguets; les Daguets. 

3" Bois longs h andouiller médian , point de ba- 
silaire; les Cheireuils. 

4° Bois longs à andouiller basilaire , sans mé- 
dian ; les Axis. 

5" Bois longs h andouillcrs basilaire et mé- 
dian; les Cefs. 

6° Bois longs h andouillers basilaire et médian» 
empaumures tout aplaties; les Rennes. 

7° Bois longs h andouillers basilaire et médian , 
empaumures supérieures seules aplaties ; les 
Daims. 

8° Bois courts sans andouillers basilaire ni mé- 
dian, terminés par une forte empaumure digitée et 
palmée; les Elans. 

Quoique reposant sur des caractères qui n'exis- 
tent bien marqués que chez les individus mâles 
et à une époque de leur vie , celte distinction est 
cependant fort commode; aussi a-t-elle été suivie 
par plusieurs personnes: c'est d'après elle que 
nous nous guiderons. 

§ 1. Bois sessiles plus ou moins subdivisés sans 
andouillers basilaire ni 'médian , terminés par une 
vaste empaumure digitée à son bord externe seule- 
ment. Les Li,A.Ns. 

Les espèces de ce sous-genre sont au nombre 
de cinq seulement; encore trois n'existent-elles 
qu'à l'état fossile. 

Elan , Cervus alces, L. Cette espèce , h laquelle 
les Germains donnaient le nom d'Elk, racine du 
mot Elan , et que les Anglo-Américains du nord ap- 
pellent Moose Deer , est propre au nord des deux 
continens. Elle est la plus grande de son genre ; 
sa taille égale celle du cheval et la surpasse quel- 
quefois; les bois, ceux du mâle (la femelle en 
est privée), pèsent souvent plus de cinquante 
livres. 

L'Élan est doué d'uneforce très- considérable; son 
cou est très court , sa tête forte et allongée , sa lè- 
vre supérieure épaisse et plus longue que celle de 
l'autre cerf, ce qui a fait dire aux anciens qu'il 
broute l'herbe en rétrogradant ; la queue est très- 
courte; le poil,brun-fauve sur le dos, et la croupe: 
est moins foncé en dessous; chez quelques indi- 
vidus il varie accidentellement et se rembrunit 
jusqu'à devenir entièrement noir. L'Elan est re- 
présenté dans notre Atlas, pi. 89, fig. 1. 

Cet animal est le Mac'mlis de Pline ; il habile 
tout le nord et vit par petites troupes composées 
d'une vieille femelle, de deux femelles adultes , 
de deux jeunes femelles et de deux jeunes mâles. 
Au temps du rut, qui commence vers la fin du 
mois d août , les troupes sont composées de quinze 
et même vingt individus; les vieux mâles rassem- 
blent les femelles , et les jeunes , qui n'entrent 
pas en chaleur, s'écartent pour ce temps seule- 
ment. Les femelles commencent à mellre bas à 
la nii-mai; elles font ordinairement deux, trois 
petits; ceux-ci ne sont pas tachés, leur couleur 
est un brun rougeâtre. Ces animaux ne vivent 
guère que dix -huit ou vingt ans; ils recherchent les 
forets et les contrées marécageuses; en Amérique 
et en Asie ils sont plus communs qu'en Europe , 



CERF 



54 



CERF 



où ils disparaissspiit à mosui"e qiTC les terres tlc- 
*ieiinent plus haLitécs. Ils ont pour principal en- 
nemi l'ours , qui les attaque lorsqu'ils marchent 
isolés , et les blesse le pins souvent au cou et h la 
tête; le loup, lorsqu'il est seul, ne les attaque 
guère. 

La chair des Elans passe pour agréable et nour- 
rissante; les Indiens prétendent qu'elle les sou- 
tient plus long-temps que celle de tout antre ani- 
mal. Leur peau est excellente pour la buflleterie , 
et leur bois sert aux mêmes usages que celui du 
Cerf. 

Cerf couronné , C. coronatus. Cette espèce, qui 
se rapproche de la précédente , a été établie par 
M. Geoffroy; ses bois sont noirâtres, formés 
d'une simple empauuiure, disposés en lames min- 
ces , très-unies et un peu concaves; leur face 
externe est divisée en cinq ou six dentelures pro- 
fondes sans nervures. 

On ignore la patrie de ce Cerf; ses bois , que 
seuls on connaît , sont déposés dans les galeries du 
Muséum de Paris. 

CERFGi:\NT, C. giga/itcus. Espèce plus grande 
que le Cerf commun , qui n'est connue qu'5 l'état 
fossile. M. Goldfuss, qui l'a décrite , la caractérise 
par un aiuTouiller placé immédiatement au dessus 
de la couronne et dirigé en avant. 

Cerf irlandais , C. earyceros. M. Hibbert a dé- 
crit sous ce nom un Elan fossile qu'il pense être 
ÏEuryccros d Oppien ; cet animal , dont la race 
ne serait perdue que depuis un petit nombre de 
siècles, aurait vécu dans les marais; il serait le 
Scgic des anciens Bretons et l'un des Ccivi palmad 
de Julius Capitolinus. On l'a trouvé dans un ter- 
rain marneux de Bullaugh. . 

Cerf d'Amérique, C. amerUantis , Ilarlan , 
Faune améric, p. 245 , est encore un Elan fossile 
figuré par le docteur Wistar à la pi. lo, f. 4. d^i 
premier volume des Traus. de la Soc. philos, 
américaine, et décrit à la p. ôyS du'méme volume. 
Ses débris ont été trouvés dans une mollasse près 
des chutes de l'Ohio , mêlés h des os de Masto- 
donte. 

§ 2. Buis sessUes plus ou mo'ns dwiic^ , pourvus 
d'andouUlers basilaire et vicdian; andoiùLlers apla- 
tis. Les femelles portent des bois qui ne diffèrent ds 
ceux des mâles cpie par leur moindre étendue; les 
narines ne sont pas pcrccfis dans un mu fie. Les 
Rennes. ->hiH| ■• 

Renne , C. tarandus, L, . représenté dans notre 
Allas, pi. 89, fig. 2. Celle espèce est parlicu- 
iièrc au nord des deux continens; elle est facile 
à caractériser. Les bois existent dans les deux sexes, 
et sont plus petits chez les femelles que chez les 
mâles; ils présentent h leurs extrémilés de larges 
cmpaumures; le bois de droite, ordinairement 
plus développé que le gauche, envoie en avant 
une branche qui longe le front à la hauteur de 
deux pouces, et se termine au dessus du nez par 
une large dilatation en forme de palette. Les fe- 
melles stériles perdent leurs bois de même que 
les mâles dans le courant d'octobre ; lorsqu'elles 
ont conçu elles les gardent jusqu'au mois de mai, 



époque à laquelle elles mettent bas; cinq mois leur 
sufïisent pour les refaire enlièreinent; les mâles, 
qui les ont plus considérables , en emploient or- 
dinairement huit. 

La tête du Renne se rapproche assez de celle 
duBœuf; elle est très-élargie ; ses narines ne sont 
point percées dans un mufle, mais dans un mu- 
seau couvert de poils; les pieds de cet animal sont 
aplatis et les doigts recouverts par de grosses 
touffes de poils; la jambe est moins grêle que 
celle du Cerf commun , mais elle ne répond 
point h l'épaisseur du pied. 

Les poils sont serrés, plus longs en hiver et mê- 
lés d'un duvet laineux qui paraît moins abondant 
pendant la saison chaude; ils sont grossiers et très- 
développés aux pieds et sous la gorge. Leur cou- 
leur , d'un brun-fauve dans l'été, devient blanche 
pendant le temps des froids. , 

Ces animaux vivent par troupes nombreuses, 
ils sont doux et faciles à apprivoiser ; c'est surtout 
en Amérique qu'ils abondent : quelques voyageurs 
qui les ont observés hTerre-IVcuve, disent qu ils sont 
si multipliés dans les parties occidentales de 
l'île, que par momens le pays paraît en être cou- 
vert. Pendant l'hiver ils émigrent vers la côte oc- 
cidenlalc, et ne reviennent dans les prairies de 
l'autre extrémité qu'au commencement du prin- 
temps. Les Américains leur ont donné le nom de 
Caribous. 

Dans le nord de l'Europe , et principalement en 
Laponie, on élève' depuis long-temps ces ani- 
maux en domesticité; les habitaus de ces contrées 
les tiennent par grands troupeaux qu'ils mènent 
successivement paître dans les plaines et sur les 
montagnes. Il n'est point de Lapon si pauvre qu'il 
ne possède quelques paires de Rennes; les riches 
propriétaires en ont même des troupeaux de cinq 
cents et quelquefois de mille. On châtre les mâles 
et on n'en laisse qu'tm entier pour cinq ou six fe- 
melles, et encore dans certaines contrées lâ- 
che-t-on ces dernières dans les bois d'où elles re- 
viennent après s'être fait couvrir par quelque in- 
dividu sauvage : les petits qui proviennent de ces 
unions sont plus robustes et plus estimés. Le 
Renne est presque l'unique ressource des peu- 
ples du JXord; vivant comme après sa mort, il 
leur est de la plus grande utilité, soit qu'ils l'em- 
ploient comme bête de somme ou de trait , soit 
qu'ils le tuent pour profiter de ses dépouilles» 
C'est principalement eu hiver qu'on fait cette 
cruelle opération , lorsque le froid a glacé les 
étangs et fait fuir le gibier. Tout est employé 
dans ces animaux, tout jusqu'à leurs excrémens 
que l'on fitit sécher pour en fiibriqucr des mottes 
à brûler; leur chair est agréable et d'une digestion 
facile , leur lait procure de très bons fromages et 
un cérum que l'on prend en boisson ; leur pelage 
est très-recherché comme fourrure. I 

Ces animaux , inconnus à Aristote , paraissent 
avoir été indiqués par César ( De Bcllo gallico , 
liv. IV ) ; on les a souvent désignés par les mots de 
Rangier ou Ilangifer, du nom de lient liier , qui est 
celui que leur donnent les Allemands et les Sué- 



j'rs\). 





//,; 



/•y,!. 



Cerfs 



4 - ^VwfJ/vv/ir/ 



CERF 



55 



CERF 



dois. Ils ont élé peu connus des peupks méridio- 
Qaux, qui ont eu rarement l'occasion de les ob- 
server ; mais le nombre de ceux que M. Le Fran- 
çois a rapportés en France il y a deux ans promet 
à la science des notions plus précises sur les par- 
ticularités de leurs mœurs et de leur organisa- 
lion : plusieurs des individus donnés par ce 
voyageur existent encore aujourd'hui h la Ména- 
gerie du Muséum de Paris. 

Cebf D Étampes, C, g uettardL Celte esipèce , 
décrite par M. Cuvier, n'a été trouvée qu'à l'état 
fossile; ses débris sont répandus au milieu du 
sable dans la vallée d'Ltampes; ses bois, assez sem- 
blables h ceux du Picnnc , sont plus petits , plus 
minces et presque filiformes. 

La taille du Gerfd'Étampes est celle du chevreuil 
ordinaire. 

§ 3. uéndouiller s supérieurs seul comprimes; point 
de bois chez les femelles. LcsDaims.| 

Daim, Dama. L. La taille du Daim est intermé- 
diaire entre celle du Cerf et celle du Chevreuil ; 
son pelage en été est brun-fauve en dessus et ta- 
cheté de blanc, en hiver il est généralement brun; 
sa queue est longue, noire en dessus et blanche 
en dessous. Les bois sont divergens et dentelés 
profondément sur leurs deux bords supérieurs 
aplatis. La femell*, que l'on a nommée Daine, 
ne dilïère du mâle que parce qu'elle manque 
de bois; son faon est fauve et tacheté de blanc. 
Deux variétés de cette espèce sont assez commu- 
nes, l'une blanche et l'autre noire; celle-ci est le 
Cervus mauricas de M. Fréd. Cuv. (Nouv. Bullet. 
delasoc. Philom, 1816, etllist. des Mamm., fasci- 
cule 12); elle habile la Suède et la NorAvége : il 
n'est point encore certain qu'elle appartienne véri- 
tablement à l'espèce du Daim. 

Le Daim, moins commun que le Cerf ordinaire, 
est répandu dans presque toute 1 Europe, surtout 
en Angleterre ; on le trouve aussi en Perse et en 
Chine : c'est le Platyceros dcPlinc, et non pas son 
Doma, qui est un Antilope ; M. Fréd. Cuvier ïe re- 
garde comme le Prox d'Aristote et ÏEuryceros 
d'Oppien. ; 

Le Daim est retenu comme ornement dans les 
parcs, où il est aussi destiné à la chasse; sa chair 
est estimée. 

C'est h côté de lui que l'on doit placer, mais 
comme formant une espèce distincte, le Cerf d'Ir- 
lande, C. hibernas, G. Cuvier. Cette espèce fos- 
sile a été rencontrée dans plusieurs contrées de 
l'Europe et notamment dans les tourbières d'Ir- 
lande; ses bois sont très-grands et garnis sur leurs 
bords d'andouillers moins nombreux que ceux de 
l'Elan; leur envergure entre les extrémités des 
deux branches est de neuf à douze pieds. 

On doit aussi rapprocher du| Daim le Cerf 
d'Abbcville, appelé aussi Daim d'Abbeville, Cen. 
somononsis, qui n'est connu que par les débris de 
ses bois , trouvés dans les bois de la vallée de la 
Somme, tout près d'Abbeville. Ces bois sont ana- 
logues h cexjx du Daim , mais plus grands d'un 
tiers; ils naissent immédiatement des frontaux et 
ne sont ^a» portés par un pédoncule. 



§ 4- -^0" sessiles à andouiUers basilaire et mè- 
dian , tous conitjucs. 

Les espèces de ce sous - genre peuvent rece- 
voir le nom de Cekfs prophiîment dits ; nous 
les étudierons en commençant par l'espèce de 
notre pays,1e Cerf COMMUN , Cervus elaphus, h. l'e- 
présenté dans notre Allas , planche 89 , fignre 3. 
Cette espèce, qui est sans contredit l'une des plus 
belles et des plus intéressantes de nos contrée, est 
de la taille du Cheval; son pelage est brun-fauve 
en été, avec une ligne noirâtre et une rangée do 
petites taches fauves le long de l'épine; en hiver 
elle est d'un brun-gris uniforme; la croupe et la 
queue sont en tout temps d un fauve pâle. Les 
jeunes sujets, que l'on nomme Faons, ainsi que les 
petits de toutes les autres espèces du genre, sont 
d'un fauve tacheté deblanc; les femelles n'onlpoint 
de bois", non plus que de dents canines. Les bois 
sont fort longs à croître; ils tombent, comme on 
sait, tous les ans, et prennent h chaque>refaite des 
dimensions plus considérables, jusqu'à ce que, l'a- 
nimal étant arrivé à sa vieillesse, ils tombent et 
se reproduisent encore, mais avec moins de force. 
Yers leur sixième mois, les petits mâles présentent 
déjà sur la tête deux petites bosses ou tubercules, 
qui indiquent la place oii les bois s'élèveront. Ces 
éminences ont reçu le nom de Hères; à un an elles 
se sont fort allongées; quoique simples , elles ont 
déjà deux ou trois décimètres de longueur. L'ani- 
mal perd à cette époque la peau qui les recouvrait, 
et ces petits bois eux-mêmes ne tardent pas à 
tomber après qu'ils sont restés quelque temps li 
nu ; on les désigne alors par le nom de Daguets. 
Quand le Cerf est arrivé à sa troisième année, il 
perd ses daguets , et le bois qui les a remplacés pré- 
sente ordinairement trois ramifications qu'on 
nomme AndouiUers. Pendant chacune des années 
suivantes, jusqu'à la septième, le bois subit sa 
chute périodique et reparaît régulièrement avec 
un andouiller de plus ; de sorte que tous les vieux 
Cerfs ont le bois composé de sept ramifications 
provenant d'une tige commune, nommée /)/e?7cu'n. 
C'est dans le temps du rut, qui a lieu chez nous 
pendant le mois de septembre, que le bois se dé- 
pouille ; l'animal jette alors un cri particulier 
qu'on appelle leraier ou bramer; les mâles et les 
femelles, qui ne restent point ensemble, comme le 
font les chevreuils, se recherchent avec ardeur; les 
premiers se livrent entre eux des combats à ou- 
trance; ils ne restent avec une femelle que peu de 
jours, après lesquels ils s'en séparent et vont en 
chercher d'autres, auprès desquelles ils demeu* 
rent encore moins; pendant le temps de celle fu- 
reur amoureuse , ils mangent peu et ne dorment 
pas du tout; nuit et jour, ils sont sur pied et ne 
font que marcher, courir, combattre il jouir; 
aussi sortent-ils de là si défaits , si fatigués , si mai- 
gres , qu'il leur faut du temps pour se remettre et 
reprendre des forces. Les femelles ne portent que 
huit mois, après lesquels elles donnent le jour à 
un seul petit , très-rarement à deux; elles mettent 
bas au mois de mai ou au commencement de juin; 
toutes ne sont pas fécondes; quelques unes, aj^jpe 



CERF 



56 



CERF 



lées Brélialgnes , ne portent jamais; elles sont plus 
fortes et plus ardentes en amour que les premières; 
on prétend qu'il s'en trouve qui ont un bois comme 
les Cerfs, ce qui se conçoit facilement. Le jeune 
Cerf porte pendant six mois le nom de Faon; il ne 
quille point sa mère pendant les premiers temps, 
quoiqu'il prenne un assez prompt accroissement. 

Les Cerfs vivent par troupes plus ou moins 
nombreuses; on les trouve dans presque toute 
l'Europe, et aussi dans une partie de l'Asie; leur 
chasse, qui passe, comme on sait, pour le plus no- 
ble des exercices, est devenue l'objet d'un art qui 
fi sa théorie, et une terminologie étendue où les 
choses les plus connues s'expriment par des ter- 
mes bizarres ou détournés de leur acception or- 
dinaire. Cette chasse demande des connaissances 
qu'on ne peut acquérir que par l'expérience; elle 
suppose un appareil royal, des hommes, des che 
vaux et des chiens qui doivent y concourir par 
leurs mouvemens et leur intelligence; le veneur ou 
conducteur de la troupe doit savoir reconnaître 
par l'odeur les fumées et les pas de la bête , quel 
est son âge, son sexe, et même son prix; il doit 
savoir si le Cerf qu'il a détourné est un Daguet , 
un jeune Cerf, un Cerf de dix cors jeuncmcnt on 
un vieux Cerf. 

Ou ne peut réduire les Cerfs en troupeaux 
comme on le fait pour les Rennes; mais, en les pre- 
nant jeunes, on parvient h les apprivoiser, ainsi 
que plusieurs autres espèces du même genre; on 
les voit même quelquefois donner des preuves d'at- 
tachement. La chair de ces animaux est tiès-esti- 
mée , et leur bois est employé dans les arts, ainsi 
qu'en thérapeutique, h des usages assez nombreux : 
on en fait des manches de coutelas, de serpette , 
des pommes de canne, des pipes, etc...; raclé et 
réduit en fragmens minces, on en obtient, au 
moyen de l'eau bouillante, une gélatine très-saine 
et très-nourrissante : c'est ce qu'on nomme gelée 
de corne de Cerf. Indépendamment de cette géla- 
tine, la corne de Cerf fournit encore plusieurs au- 
tres préparations, mais dont on fait peu usai:e. 
Calcinée (privée par conséquent de toute matière 
organique) et porphyrisée, on en forme des tro- 
chisques , qui ne sont composés que de sels cal- 
caires ; par le moyen de la distillation on obtient 
plusieurs produits, savoir : un sous-carbonate 
d ammoniaque huileux, connu sous le nom 
èiCsprit volatil de corne de Cerf, l'huile volatile de 
corne de Cerf, et un sous-carbonate d'ammonia- 
que concret , nommé sel volatil de corne de Cerf. 
On trouve aussi indiqué, dans les anciennes Ma- 
tières médicales, l'os du cœur, la verge, le sang, 
la moelle et le suif, tous depuis long-temps cou- 
sidérés comme superflus et inusités. 
I,' On distingue deux variétés principales de l'es- 
pèce du Cerf: celle de Corse [Lcrvus corsia/uis 
de Gmelin), qui est beaucoup plus petite et a le 
corps plus trapu que le Cerf ordinaire ; la seconde 
est le Cebf des Ardennes ( Cerviis gcrmanicus de 
Brïsson), qu'on a long-temps considéré comme 
X ïlippliaphe d'Arislole; elle est plus grande et a 
le pelage plus foncé ; les poils de son cou sont plus 



j longs, ainsi que ceux des épaules. Quant aux Cerfs 
blancs et aux Cerfs noirs, ils ne constituent point 
des variétés proprement dites : les blancs, qui sont 
de tous les âges sont des individus frappés d'al- 
binisme; les noirs sont le plus souvent des indivi- 
dus âgés. 

Ceuf Wapiti, C. Wapiti, Mitchifl , nommé Elk 
par les Américains. Cet animal est un peu plus 
petit que le précédent; sa queue est très-courte, 
son pelage fauve-brunâtre, excepté la région des 
fesses et la queue , qui sont teintes de jaunâtre; les 
bois sont rameux, très-grands et sans empaumure. 

Les W apitis sont monogames et vivent par fa- 
milles dans les vallées du Canada et du Haut-Mis- 
souri ; les Indiens savent les apprivoiser et s'en 
servent pour tirer leurs traîneaux. On en a ou de 
vivans dans les ménageries de Paris et de Londres. 

Cerf canadien, C. canadensis , Rcd-deer de 
Warden, se distingue du Wapiti par des carac- 
tères peu importans ; son pelage est fauve sans 
tache jaune aux fesses; sa queue est plus longue, 
et ses bois branchus, sans empaumure terminale, 
ont six andouillers isolés, recourbés à leurextrémité. 

Le Red-deer est commun dans l'ouest et le sud 
des Etats-Unis. 

Cerf AGRANDESOREiLLES, C . macroùs A&W. Say, 
Expédition du major Long, t. 2, p. 88, est un 
Cerf dont le pelage, brun rougeâtre sur le corps, 
est d'un cendré brunâtre sur les flancs; sa queue 
n'a que quatre pouces, ses oreilles en ont sept et 
demi ; il habile le Nord des États-Unis. 

Cerf de Wallich, C. (ValUcliii. Cette espèce, 
dédiée par M. F. Cuvicr au directeur du Jardin des 
Plantes de la compagnie des Indes h Calcutta , a 
été envoyée du Népaul par Duvaucel; son pelage 
est d'un gris jaunâtre, plus pâle sur les joues, le 
museau, le tour des yeux et le ventre, et qui se 
change en blanc sur la queue; les bois s'écartent 
h droite et à gauche, et se renversent en arrière 
après les premiers andouillers , pour remonter en- 
suite verticalement. 

§ 5. Bois se.'siles, ramifiés, avec un seul an- 
douillcr basilaire , sans médian ; le supérieur or- 
dinairement simple. Les Axis. 

On peut les subdiviseren deux petites sections, 
l'une comprenant les espèces dont le corps est 
taché, l'autre celles qui l'ont [d'une teinte plus 
ou moins uniforme, mais sans taches. 

1. Espèces tachetées. 

Cerf axis, C. axis, L. , le Cerf du Gange de 
Buflbn. Ce Cerf vit dans l'Indostan et particuliè- 
rement au Bengale; quoique son nom se trouve 
dans les auteurs anciens et dans Pline en particu- 
lief , la brièvelé de la description qui l'accompa- 
gPiC ne permet pas de décider si c'est véritable- 
ment de lui qu ils ont voulu parler. 

Les formes de l'Axis sont celles du Daim; son 
pelage est en tout temps d'un fauve assez vif, mou- 
cheté de blanc sur les flancs et le dos; le menton, 
la gorge, le ventre, ainsi que la face interne des 
membres sont blancs. La queue, longue de dix 
pouces , est blanche en dessus , fauve en dessous, 
et n arquée sur ses côtés d'une ligne noire. 

On 



CERF 



57 



CERF 



On ne sait rien sur les mœurs de l'Axis sauvage ; 
les individus nombreux que l'on voit depuis quel- 
ques années dans les ménageries , où ils se repro- 
duisent, se font remarquer par leur légèreté et 
l'enjouement de leur caractère; les femelles de- 
mandent le mâle dès qu'elles n'allaitent plus; mais, 
pour leur laisser le temps de soigner leurs petits , 
on ne leur permet son approche qu'en automne : 
elles portent neuf mois et mettent alors bas dans 
la belle saison. Leurs faons sont dépourvus de li- 
vrée et présentent en naissant les taches et les cou- 
leurs des adulles. Ces animaux vivent entre eux 
en assez bonne intelligence; cependant, au temps 
du rut, les mâles maltraitent les femelles, et les 
tuent même quelquefois. 

Cerf cochon, Ccrvus porcinus, L. Cette espèce, 
décrite par Bufibn sous le nom français qui lui a 
été conservé, alecorpspluslrapuet les jambes plus 
courtes que l'Axis ; le dessus de son corps est 
fauve, tacheté de blanc, et le dessous d'un gris 
fauve; ses bois sont grêles, ses yeux noirs ainsi 
que son museau. Les fesses sont blanches, la 
queue fauve en dessus et blanche en dessous. 
Cet animal habile l'Inde. 
II. Espèces sans taches. 

Ceiif iiipPÉLAPiiE , C. hippclaphus, G. C\iv.,Os,s. 
foss. , IV, p. /\0. Celte espèce est le Cerf d'eau ou 
Mesangan banjoe des Malais de Java ; elle a d'a- 
bord été prise par Cuvier pour l'Hippélaphe d'A- 
ristote, qui a pensé depuis que cet animal était 
plutôt une autre espèce qu'il a nommée pour cela 
le Cerf d'Aristote; voy. ci-après. L'ilippéiaphe 
est à peu près de la laille de notre Cerf; son poil 
est plus raide et plus dur, et dès la jeunesse celui 
du dessus du cou, des joues et de la gorge, plus 
long et plus hérissé, lui forme une sorte de barbe 
ou de crinière qu'il relève comme le sanglier; son 
pelage est gris, brun en hiver. 11 habite le Bengale 
ainsi qu'une partie de l'Archipel indien, et re- 
cherche les lieux humides. 

Cerf des Mariannes , C. marlannus , dont on 
doit la découverte Jt MM. Quoyet Gaimard, est de 
la taille du Chevreuil; son pelage est entièrement 
gris brun ; sa queue est courte, son bois a deux 
andouillers, h une seule pointe terminale dirigée 
bien en avant et l'autre en dedans; le faon est 
d'un fauve uniforme et sans tache : le nom de 
cette espèce est celui des îles dans lesquelles on l'a 
trouvée. 

MM. Quoy et Gaimard ont aussi décrit une au- 
tre espèce très-voisine de la précédente; ils ont 
figuré le mâle à la pi. 24 de leur Atlas (Mam. du 
Voy. de C Astrolabe) , sous le nom de Cerf des 
Moltjques , C, moLucccnsis. Ce Cerf, comme son 
nom l'indique, habite les îles Moluques, où il a 
reçu des habitans le nom de Roussa ; ses formes 
sont courtes et trapues et sa lêle grosse; son pe- 
lage est brun, avec le ventre et l'intérieur des 
membres fauves; il se dislingue surtout du Cerf des 
Marianncs par ses bois, qui sont parallèles entre 
eux , munis d'un gros tubercule en dedans du pre- 
mier andouillcr , longs de deux ou trois pieds, et 
qui peuvent rester plusieurs années sans tomber. Les 



faons ont le pelage d'un gris fauve sans taches, 
la tête effilée et le museau pointu ; nous en avons 
vu un, rapporté de Manille par M. Eydoux; sa 
mère avait , dit-on , la tête surmontée d'un bois. 
Cerf noir , C. nigcr. Celte espèce a été décrite 
pour la première fois par M. de Blainville, d'a- 
près un dessin envoyé de l'Inde; sa taille et ses 
formes sont celles du Cerf commun ; son pelage 
est d'un brun presque noir en dessus , plus clair 
en dessous , tandis que les parties internes et su- 
périeures des membres sont blanches; les bois très- 
simples n'ont qu'un andouiller conique h la base 
d'un merrain allongé. 

Cet animal pourrait n'être qu'une variété du 
Cerf de Pérou ou de l'Hippélaphe. 

Cerf d'Aristote , C. Aristotelis , mieux appelé 
l'Hippélaphe d'Aristote, puisqu'il est sans doute 
ïlli/ipclaphe de cet auteur ( liv. 2 , ch. 5 de l'Hist. 
des animaux). Cet animal, plus grand que 1 Hippé- 
laphe de Cuvier, C. lùppelaplius, se rapproche assez 
duCerfdesMariannes. Il habite le Bengale, où on' 
le nomme Cal-orinn : on le trouve au Sylhet, dans 
le Népaul et vers l'Indus. 

Cerf de Duvabcel, C. Duvaucelii , espèce fon- 
dée par G. Cuvier sur des bois envoyés des Indes 
par Duvaucel. Ces bois ont de grands rapports 
avec ceux du vieux Cerf âgé , mais ils en diffèrent 
par une courbure qui est tout autre et une distri- 
bution différente des andouillers. L'animal est in- 
connu ainsi que ses mœurs. 

Cerf de Leschenault , C. Leschenaultti, Cet 
autre a été également décrit par Cuvier sur un 
bois envoyé de la côte de Coromandel par 
M. Leschenault, et qui diffère de tous les précé- 
dens. 

Cerf de Pèron, Cervus Peronu , a été rapporté 
de Timor par Pérou et décrit par Cuvier; il a des 
canines à la mâchoire supérieure. Il est peu connu. 
§ 6. Bois scssiles , ramifies, avec un andouiller 
médian, sans andouiller basilaire. Les Chevreuils. 
Toutes les espèces de ce sous-genre ont une li- 
gne blanche, bordée de noir, qui coupe oblique- 
ment le bout de leur museau. > 
I. Espèces de l'ancien continent. 
Chevreuil, C. c«/jreo/M5 , L., représenté dans 
notre Allas , pi. 89 , fig. 5. Cet animal est plus 
petit que le Cerf et le Daim , dont il offre à peu 
près les formes générales ; son pelage est fauve ou 
gris brun; ses fesses' sont blanches; quelques indi- 
vidus sont d'un roux très-vif, d'autres sont noi- 
râtres. Les bois, assez petits, sont rameux et ru- 
gueux, ayant deux andouillers dirigés l'un en 
avant, l'autre en arrière. 

Le Chevreuil n'a ni canines |ni larmiers; la fe- 
melle, que l'on nomme Chevretle, est delà même 
forme que le mâle, duquel elle ne diffère que 
par l'absence de bois. Au lieu de se mettre en 
hordes, comme les Daims et les Cerfs, ces ani- 
maux vivent par famille, le père, la mère et les pe- 
tits allant toujours ensemble, sans jamais s'asso- 
cier avec des étrangers, « Ils sont, dit Buffon, 
aussi constans dans leurs amours que le Cerf l'est 
peu ; comme la Chevretle produit ordinairement 



Tome II. 



î' LlYKAISON. 



8 



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5ë 



CEBF 



' j^vmA ^-^-' . 



deux faOns , l'on mâle et l'autre femelfe, ces jeu- 
nes animaux, élevés , nourris ensemble , prennent 
une si forte afFection l'un pour l'autre , qu'ils ne se 
quittent jamais...; et c'est attachement encore 
plutôt qu'amour. Quoiqu'ils soient toujours en- 
semble, ils ne ressentent les ardeurs du rut qu'une 
seule fois par an, et ce temps ne dure que quinze 
joints ; c'est à la fin d'octobre qu'il commence , et 
il finit avant le quinze de novembre. Ils ne sont 
point alors chargés, comme le Cerf, d'une venaison 
surabondante; ils n'ont point d'odeur forte, point 
de fureur, rien en un mot qui les altère et qui 
change leur état ; seulement ils ne souffrent pas 
<jue leurs faons restent avec euxpendant ce temps ; 
le père les chasse, comme pour les obliger h céder 
leur place à d'autres qui vont venir, et à former 
erux-mêmes ime nouvelle famille ; cependant , 
après que le rut est fini, les faons reviennent au- 
près de leur mère , et ils y demeurent encore quel- 
que temps, après quoi ils la quittent pour toujours, 
ot vont eux deux s'établir à quelque distance des 
lieux où ils ont pris naissance. » Le Chevreuil est 
deux ou trois ans h croître , mais il peut engen- 
drer dès l'âge d'un an ; sa femelle ne porte que 
cinq mois; on estime plus sa chair que celle du 
Cerf: il est répandu par toute l'Europe tempérée; 
on le trouve aussi dans une partie de l'Asie. 

Cerf ahu ou Chevueuil de Tartarie, C. pygar- 
gus de Pallas, est une espèce de l'Asie, de la Tartarie 
russe principalement; un peu plus grand que le 
Daim, il a les bois plus hérissés h leur base que 
ceux de notre Chevreuil, les poils plus longs et la 
queue réduite h un simple tubercule. 

II. Espèces du nouveau continent ; elles sont un 
peu plus nombreuses. 

Cerf de Virginie, C. virgtnianus, figuré h la 
pi. 42 , Mam. de l'Iconographie du Règne anitnal ; 
on le nomme aussi Cerf delà Louisiane; c'est le 
Daim des Anglo-Américains. 11 est un peu moins 
grand que notre Daim , duquel il diftere d'ail- 
leurs beaucoup pour les bois ; son corps est svelte, 
coloré en été de fauve clair, et en hiver de gris 
roussâtre , avec le dessous de la gorge et de la 
queue blanc en tout temps ; son bois est médiocre, 
très-fortement recourbé en avant et armé de trois 
ou quatre andouillers. Ce Cerf a des larmiers et 
manque de canines : il est commun dans toute l'A- 
mérique du Nord , et ne s'arrête au sud que vers 
la Guiane. 

Grand Cerf ROUGE, C , paludosusDesm. , le Gua- 
zou-poucou de d'Azzara , qui paraît avoir des bois 
plus droits que ceux du précédent , a le museau 
très-gros ; les parties supérieures et les côtés du 
corps sont d'un rouge bai; le dessous de la tête et delà 
poitrine est blanc , et les paupières noires , enlou- 
rées de blanc; ses bois sont assez grands et termi- 
nés par une fourche ayant quelquefois cinq dagues. 

Le Guazou-poucou, dont !e nom signifie grand 
Ce//, vit au Paraguay; il est le plus grand de cette 
contrée; sa chair est bonne, mais cependant on 
la mange rarement; c'es tplutôt poyir sa peau, qui 
sert à la buffleterie ou à la maroquinerie, qu'on lui 
donne la chasse ; cette chasse, à laquelle un grand 



nombre de personnes se livrent , n'a communé- 
ment d'autre résultat que de faire courir, et d'être 
la cause delà mort de quelques cavaliers excédés 
de fatrgue, de tuer des chevaux et de détruire de 
petits Cerfs , parce que le plus fréquemment on 
n'atteint pas les vieux. » (D'Azarra; Jl'ist. nat. des 
quadrup. du Paraguay. ) 1 , 

Cerf DU Mexique, C. mcxlcanus , dont BufTon 
a parlé sous le nom de Chevreuil cC Américiuc , 
n'est connu que par ses bois, qui sont médiocre- 
ment longs, gros et rugueux, écaillés, ayant plu- 
sieurs andouillers, dont Tantérienr est fort coni- 
que et non arqué. 

On lui donnepourpatrielcMexiqneet la Guiane. 

Cerf guazouïi , d campcstris , Fréd. Cuv. 
Cette espèce, primilivcmcnt décrite par d'Azzara , 
habile dans l'Amérique méridionale depuis le 
Paraguay jusqu'aux pampas de Bucnos-Ayres; 
elle se lient dans les plaines et non dans les bois 
comme le Guazoupita dont nous allons parler; 
elle est très-légère à la course et fort difficile à 
prendre ; sa chair, dans le jeune âge seulement, est 
bonne h manger ; celle des adultes porte une odeur 
désagréable ; son pelage est ras et serré , d'un bai 
rougeâtre en dessus, d'un beau blanc en dessous 
et sur les fesses ; les bois sont médiocres , assez 
minces , plus ou moins rugueux , h nieiTains à peu 
près droits , h andouillers antérieurs horizontaux, 
puis courbes et verticaux; les postérieurs sont 
obliques et au nombre de deux. 

§ 7. Bois sessiles , simples et en forme, de dagues. 
Les Daguets. 

Cerf guazoupita, C. ru fus , F. Cuv. , dont le 
nom signifie Cerf roux, a en eflét le pelage d'un 
roux vif doré; le dessus de la tête et des jarrets 
est d'un brun obscur tirant sur le roux; le des- 
sous du corps est blanc; queue assez longue; la 
femelle seule manque de canines; ses petits ont 
uile livrée e'n naissant. 

Il vit par troupes dans les forêts de l'Amérique 
méridionale; on l'a principalement observé au Pa- 
raguay. 

Cerf GUAzouBiRA, C. ncmorivagus. Ce Cerf, l'un 
de ceux que d'Azzara nous a fait connaître, est 
aussi de l'Amérique; il habite les bois marécageux, 
et vit soHtaire au Paraguay et dans la Guiane. Il 
a le pelage d'un brun grisâtre en dessus et d'un 
blanc teint de fauve en dessous; ses fesses et le 
dessus de sa queue sont fauves. Les larmiers sont 
très-petits , et il n'existe point de canines. 

§ 8. Bois portés sur un long pédicule osseux et 
dépendant des os du front. Les Cervules. 

Cerf montjak, dont le nom s'écrit aussi Munt- 
j'ac , est le Cervus muntjak de Blainville et le Che- 
vreuil des Indes de Bulïbn , ainsi que le Kijan^ de 
Piailles ; il a la tête pointue , les yeux grands et 
munis de larmiers , les oreilles assez larges et la 
queue courte; son poil est ras, luisant, d'un mar- 
ron roux, brillant en dessus, son ventre blanc 
ainsi que le devant de ses cuisses. Ce Cerf, plus 
petit que notre chevreuil d'Europe , vit par petites 
troupes dans l'Inde et les grandes îles voisines; 
le mâle seul a des bois et des canines. 






<5!^Ai.H^ 



Pl^o 




y. 2. Cerf- volant 



3.4 Ceritîie- 



3.Cerocome 



6 . C froplale . 



£. fi/wrùi t&\ 



CERI 



59 



CERI 



Cerf musc , 6. moschalus. Celle espèce, décrite 
par M. (le Blainville, esl connue d'après un crâne 
observé à Londres par ce naturaliste et provenant 
de Sumatra; ses bois sont Irès-courls. sans andouil- 
Icrs et sans ineule« à leurbase; leur pédoncule est 
très-long i le naâle a deux canines h la mâchoii'e 
supérieure. 

Cerf a petits bois, C. suOconiutas. C'est aussi 
à M. de Blainville que l'on doit la description de 
celle espèce; il l'a faite d'après un crâne qui pré- 
sentait un bois très-pelit, à meule assez bien for- 
mée; les pédoncules étaient médiocrement allongés 
et la était armée d'un petit andouiiler , à pointe 
brusquement recourbée en arrière ; le mâle manque 
e canines. (Gerv.) 

CERFEUIL, ChœropliyUum. (agr. et bot. phan.) 
Penlandrie digynie, famille des Ombellifères. Ce 
genre, appelé Scandix par Linné, a été démembré 
par Lamarck, et caractérisé ainsi qu'il suit : calice 
entier; pétales ouverts , échancrés , inéj;aux ; fruits 
oblongs, lisses ou striés, glabres on hérissés de 
poils courts; feuilles très -découpées, ombelles 
dépourvues de collerette générale; plantes herba- 
cées.LeCERFEUiL CULTIVÉ, (^'. 5a<à'a»n,estuneplante 
potagère, annuelle, qui vient spontanément dans 
les contrées méridionales de la France et de l'Eu- 
rope. Ses feuilles, assez semblables h celles du 
persil , ont une saveur eh une odeur légèrement 
aromatiques, agréables au goût et à l'estomac. Elles 
contiennent une huile très-volalile; aussi ne faut-il 
point les faire bouillir long-temps lorsqu'on les 
met dans le bouillon. Le Cerleuil est très-fréquem- 
ment employé dans les cuisines ; sa culture est 
très-facile; les bestiaux et surtout les lapins le 
mangent avec avidité. 

En Italie, sur les Alpes, dans les montagnes de 
la Suisse, on trouve le Cerfeuil musqué, C. odo- 
ratum, qui est cinq ou six fois plus grand que 
l'espèce commune, d'un vert plus foncé, exhalant 
une odeur aromatique très-prononcée; il trace 
beaucoup ; ses racines et ses semences ont le par- 
fum et le goût de l'anis. Ces dernières vertes et 
hachées , se mangent dans la salade, ainsi que les 
jeunes feuilles que l'on fait quelquefois entrer dans 
lespolages.Les Kamlschadales s'en nourrissentha- 
bituellemen t et en préparent une liqueur. On appelle 
encore celte espèce Cerfeuil d' Espagne. (T.d.B.) 

CERF-VOLANT, (ins.) On désigne vulgaire- 
ment ainsi en France le plus gros des Colcopt; res 
qui s'y trouvent, leLucanus cervtis, Linné. Quoiqu'il 
doive en être question au mot Lucane , auquel 
nous renvoyons , nous en avons donné une figure 
sous son nom vulgaire, dans notre Allas, p1. 90, 
lig. 1. (GuÉR.) 

CÉRINE. (cHiM.) La Cériue est une des deux 
cires particulières (l'autre s'appelle Myricine) , 
que John a obtenues en traitant la cire des abeilles 
par l'alcool bouillant. Cette substance est soluble 
dans l'éther froid et dans l'élher chaud, dans l'al- 
cool bouillant, l'essence de térébenthine chau- 
de, etc.; elle est noircie par l'acide sulfurique, 
p,eu attaquable par l'acide nitrique, décomposée, 



à chaud , par la potasse, etc. , etc. La Cérinc est 
encore sans usage. (F. F.) 

CERISE, (bot. piian.) Fruit du Cerisier. 

CERISIER, Cerasus. (bot. phan. ) Espèce du 
genre Prunus , selon Linné , et genre lui-même , 
selon Jussieu, appartenait à la famille des Rosacées 
(tribu des Amygdalécs) de Jussieu , et h l'Icosan- 
drie monogynie de Linné. Il est h peu près gé- 
néralement reconnu que cet arbre est indigène en 
Europe , et que Lucullus n'en apporta de Céra- 
sonte qu'une variété déjà perfectionnée en Asie. 
Suivant M. C. ToUard, on trouve, dans nos forêts, 
les trois types de toutes les variétés cultivées dans 
nos vergers. Les caractères de ce genre sont : un 
calice caduc , monosépale , h cinq divisions al- 
longées, qui retombent sur lui-même; une corolle à 
cinq pétales, dont la lame onduleuse est du blanc 
le plus pur; un long pistil autour duquel se ran- 
gent une foule d'ét aminés d'inégale hauteur , et 
dont la base est un ovaire luisant , qui , fécondé 
par la petite pluie d'or tombée des anthères , 
sera bientôt un fruit noir ou vermeil, aussi agréa- 
ble h la vue que la fleur à laquelle il succède. La 
Cerise est un drupe charnu, arrondi, glabre, 
légèrement sillonné d'un côté , et dont le noyau , 
ovale et lisse , est marqué latéralement d'un angle 
un peu saillant. Les feuilles du Cerisier, qui ne 
commencent h se développer que lorsque les fleurs 
sont déjà épanouies , sont ovales , lancéolées, pen- 
ninerves et finement dentées sur les bords. 

Cet arbre, dans l'état sauvage, acquiert les di- 
mensions de ceux qui peuplent nos forêts , parmi 
lesquels même on le trouve assez souvent. Sa tige 
alors s'élance fièrement pour atteindre à leur 
cime ; on dirait qu'animé d'une noble émulation, il 
ne veut pas rester au dessous de ses confrères. Son 
écorce est comme couverte d'une légère couche 
de cendre , au travers de laquelle se révèle un épi- 
derme rougeâtre , qui s'enlève aisément , et sur 
lequel on peut aussi bien écrire que sur du par- 
chemin. Dans la partie septentrionale du déparle- 
ment des Hautes-Pyrénées, qui s'étend en plaine, 
on suit h peu près, h l'égard de la vigne, l'usage 
de l'Italie; on la marie h un arbre; mais ce 
n'est pas l'ormeau qu'on lui choisit pour époux , 
c'est le Cerisier : aussi, par une belle matinée de 
printemps, transportez-vous sur l'un des coteaux 
qui bordent celte belle plaine au levant et au cou- 
chant , et dites si vous avez vu un spectacle qui 
surpasse en magnificence celui qui s'offre devant 
vous: c'est un océan de fleurs que, pardessus la 
douce verdure des pampres, fait mollement on- 
duler une légère brise, et qui, se combinant avec 
la rosée, reflète les rayons du soleil d'une manière 
éblouissante. Plus tard , la décoration change; et 
lorsque, sous l'influence de cet astre bienfaisant , 
les fruits se sont colorés , c'est une étendue im- 
mense de girandoles de jais et de rubis , qui se 
balancent au dessus d'un sol tout couvert de légu- 
mineuses ou de céréales de tout genre; car, dans 
ce bc£iu pays, la plupart des terres sont h la fois 
champ, vigne et verger; on pourrait ajouter tatlUs; 
car les Cerisiers qui soutiennent la vigne sont 



CERI 



60 



CÉRI 



émondés tous les ans , tons les ans aussi on arra- 
che les vieux, et ces deux opérations procurent 
beaucoup d'excellent bois de chaufliige. On réserve 
la plus grosse souche pour la nuit de ]\oël : la 
veille de cette fête, à peine le soleil a-t-il disparu 
sous l'horizon, que cette souche est placée au fond 
du foyer avec une sorte de solennité. Le chef de 
la famille y met le feu, et sur-le-champ la flamme 
s'élève en pétillant, claire, brillante, pure, comme 
la lumière que vint apporter au monde le divin 
enfant qui naquit dans celle nuit mémorable. 
Aïeul,' aïeule, père, mère, enfans, sont rangés en 
cercle dans la cheminée aux larges flancs, chan- 
tant h l'unisson de vieux Noi'ls , composés dans 
l'idiome naïf du pays. Bientôt le son de la cloche 
lointaine se fait entendre : tous se lèvent avec em- 
pressement , à l'exception du grand-père ou de la 
grand'mcre infirme, dont on prend congé en l'em- 
brassant , et qui garde le coin du feu , priant !e 
bon Jésus pour ses bons petit s-fils, et préparant le 
réveillon qui doit les régaler au retour. Cependant, 
vers l'église, bâtie sur le point culminant d'une 
colline , s'acheminent nos pèlerins, toujours chau- 
lant, h la lueur d'une torche formée d'écorces de 
Cerisier , roulées en spirale h l'extrémité d'une 
longue perche. Cette torche est pour eux ce que 
fut l'étoile pour les mages. Dans ces heureuses 
contrées, le Cerisier le dispute au noyer, à l'aca- 
jou même, pour la menuiserie et la marqueterie. 
Il a, dans sa couleur, quelque chose de gai qu'of- 
frent rarement les bois que le luxe fait venir de si 
loin à grands frais. Aussi est-il le bois favori dont 
la nouvelle mariée fait confectionner l'armoire où 
sera déposée sa parure de noces , pour n'en plus 
sortir qu'aux fêtes les plus solennelles. 

Ne pensez pas qu'il se borne humblement à 
orner la modeste chaumière; il pénètre dans les 
villes : les luthiers en font usage; et voyez-vous 
ce que balance légèrement la main d'une élégante 
citadine? c'est sa seconde écorce sous la forme 
d'un joli cabas. 

On célèbre, h Hambourg, la fête des Ceris;s. 
Des chœurs d'enfans parcourent les rues, tenant 
en main des rameaux verts, chargés de Cerises. 
Voici Torigine de cette fête : en j432 , les Hussiles 
marchaient contre la ville de Hambourg , dans 
l'intention de la détruire de fond en comble. Un 
citoyen , nommé Wolf, proposa d'envoyer aux 
ennemis une députalion d'enlans de sept à qua- 
torze ans , enveloppés dans des draps mortuaires. 
Le spectacle de ces êtres innocens qui, commen- 
çant la vie, venaient h lui couverts des insignes de 
la mort , surprit et toucha le chef des Hussites , 
Procope Nasus. 11 embrassa ces jeunes supplians , 
les régala avec des Cerises, leur promit d'épargner 
la ville, et tint parole. 

On sait qu'avec des Cerises on fait des confitures, 
du ratafia, une sorte de vin, du k.irschen--\vasscr, 
du rossolis, etc. 

Il serait trop long d'énumérer les espèces ou 
variétés du Cerisier. Nous renvoyons nos lecteurs 
aux ouvrages qui traitent spécialement des arbres 
fruitiers. (C. k.) 



CÉRITHE , Cm</i(Hwi. (moll.) Coquiflesunival- 
vcs marines , mais dont quelques espèces vivent h 
l'embouchure des fleuves, que Bruguièrc a sépa- 
rées des Strombes de Linné , et dont il a fait un 
genre adopté depuis par Lamarck et tous les con- 
chylioîogistes. Le mot Cérilhe a été emprunté par 
Bruguière h une des espèces ainsi nommées par 
Adanson. Ces coquilles sont turriculées ; l'ouver- ^ 
ture est oblongue, oblique, terminée à sa base par 
un canal court , tronqué ou recourbé, mais jamais 
échancré ; une gouttière à l'extrémité supérieure 
du bord droit, uu opercule petit, orbiculaire et 
corné; les tours de si)ire en fort grand nombre, 
presquetoujours chargés d'une multitude de tuber- 
cules plus ou moins gros. Q uclques espèces pourtant 
sont complètement lisses. L'animal est très-allongé, 
le manteau prolongé en canal à son côté gauche , 
le pied court , ovale, avec un sillon marginal anté- 
rieur, la tête terminée par un mufle proboscidi- 
forme, déprimé; tentacules très-dislans , annelés, 
renflés dans la moitié inférieure de leur longueur, 
et portant les yeux au sommet de ce renflement ; 
bouche terminale en fente verticale, sans dent 
labiale, et avec une langue fort petite; une seule 
branchie longue et étroite. Les espèces vivantes 
qui constituent ce genre sont tellement nombreuses 
qu'il serait fort difllcile d'en donner lechillVe ; il ca 
eslde même des fossiles que 1 on trouve dans presque 
tous les pays , surtout aux environs de Paris. Elles 
sont en général de moyenne taille, mais il en est 
une qui est véritablement le géant de l'espèce , et 
qui est figurée dans l'ouvrage de M. Deshayes , 
sous la dénomination de Giganteum; elle peut avoir 
de quinze à seize pouces de long. 

Nous avons donné dans notre Allas, planche 90, 
deux figures de Cérilhes, empruntées au beau tra- 
vail de MM. Quoy et Gaimard, inséré dans le 
Voyage autour du Monde de la corvelle V astro- 
labe. La figure 2 offre la Ckritiie rayée , Ceri- 
th'ium lincalam , Lam. ; elle a des plis épineux et 
des bandelcUes serrées d'un brun rouge ; son 
animal est entièrement jaunâtre, avec dos lunules 
blanches sur le cou. Son mufle est obliquement 
strié de jaunâtre de chaque côté; ses tentacules 
sont coiu'ls. Elle habite Tonga-Tabou et divers 
autres lieux. La figure 3 représente la Cérithe 
siu.oN^ÉE, C. sulcatum , Lam. Cette espèce , qui 
est toute brune, a un animal jaunâtre, J> pied 
large , arrondi , verdâtre , tacheté de noir. Le 
mufle est alloniré et d'un noir develours. Les len- 
tacules sont gros, très -longs, légèrement ver- 
dâtres. Le siphon respiratoire déborde le canal 
et s'étale en dessus sous la forme d'une petite 
palette jaune laciniée. Cette espèce vient d'Am- 
boine. (Ducl.) 

CÉPJUM. ( CHiM et MIN. ) Métal dont la décou- 
verte est due aux chimistes suédois Berzelius et 
Hizinger. Son nom lui vient de la planète de Cérès, 
h laquelle il a été dédié. A l'état de pureté , il est 
rangé par les chimistes dans la quatrième classe , 
c'est-h-dire parmi les métaux qui absorbent l'oxi- 
gèneaux plus hautes températures, et qui, suivant 
i\. Thénard,ne décomposent pas l'eau. Dans cet 



CÉRO 



61 



CERO 



état, il est cassant et infusible, ce qui le rend jus- 
•qu'à présent inutile duns les arts. 

Dans la nature, jamais on le trouve pur : il est 
ordinairement combiné avec l'oxigène, la silice et 
le phtore ou fluor, et quelquefois avec l'acide car- 
bonique. 
t Le Cérinm oxidé, toujours uni h la silice, forme 
dans la minéralogie chimique deux espèces dis- 
tinctes. L'une est le Cerium oxidé siliceux noir; 
on lui a réservé le nom de Cérine : c'est une sub- 
stance compacte, d'un noir brunâtre , qui raie 
le verre, et qui n'a point encore été trouvée cris- 
tallisée; cependant deux substances qui en sont 
très-voisines, VAUanite et 1' Orlhite , cristallisent. 
L'autre espèce est le Cerium oxidé s/'licifère rouge , 
dont le nouveau nom spécifique est Cérèrite. Elle est 
aussi compacte que la précédente, beaucoup plus 
pesante et d'une couleur rosâtre ou violàtre , ti- 
rant un peu sur le brunâtre. On ne la connaît point 
cristallisée. 

Combiné avec le fluor, le Cérinm constitue 
deux ou trois espèces minérales, La première, ap- 
pelée Flucérine , est une substance jaunâtre ou 
rougcâtre, h texture cristalline, mais ne cristalli- 
sant ])as; la seconde, nommée Basicérine , parce 
qu'elle renferme un excès de base, c'est-à-dire 
parce que le Cerium y est en plus grande quantité 
que dans toutes les autres ( et en effet, on y trouve 
66 h 67 pour cent de métal) , est jaune et d'une 
texture cristalline; la troisième, dont la place n'est 
point encore suffisamment fixée dans la méthode, 
est YYttrocérite ainsi appelée de ce qu'elle con- 
tient 1 5 , 20 , et même plus de 3o pour cent du_ 
métal nommé Yttrium, est une substance grisâtre 
ou violàtre, à texture cristalline ou compacte. 

Enfin , le Cerium combiné avec l'acide carbo- 
nique a reçu le nom de Carbocérine , espèce qui 
se présente ordinairement en petits cristaux blancs 
a la surface de la Cérérile. 

Ces différentes combinaisons du Cerium n'ont 
été trouvées jusqu'à présent qu'en Suède, dans des 
roches granitiques, principalement dans celles que 
l'on appelle Pegmalites. (J. H.) 

CERNIER, Polyprion. (poiss.) Ce poisson a en 
-général la forme d'un Serran ; on aperçoit non 
seulemc-«it des dentelures au préopercule et des 
épines à l'opercule , mais il y a , sur ce dernier os , 
une croie bifurquée et très-âpre , et les os de la 
tête ont beaucoup d'aspérités. La Méditerranée en 
possède une espèce qui atteint à de grandes dimen- 
sions , c'est le Polyprion cernium , Va1. ( Mém. du 
Mus. , t. XI, pi. 265). Ce poisson, dans l'état 
adulte , est d'un gris-brun uniforme ; dans sa jeu- 
nesse ; il est marbré de grandes et larges taches 
noirâtres sur im fond gris ; toutes les dentelures 
sont plus fortes, surtout celles de l'épine des ven- 
trales ; la caudale est toujours bordée de blanc. 

(Alph. g.) 

CEROCOME , Cerocoma. (ins.) Genre de Co- 
léoptères de la section des Hetéromères , famille 
des Trachélides, tribu des Cantharidies, étabfi par 
Geoffroy, ayant pour caractères : antennes de 
neuf articles, dont le dernier très-grand, beau- 



coup plus épais que les précédens; celles des 
mâles, ainsi que leurs palpes maxillaires, affectent 
quelquefois des formes très-singulières; corps dé- 
primé. Schœffcr a étudié avec beaucoup de soin 
l'espèce qui porte sou nom , et son travail , ac- 
compagné de figures très-détaillées , se trouve 
dans ses Mémoires détachés d Histoire naturelle, 
t. 2, pag. 219 et suivantes; les métamorphoses 
de ces insectes sont inconnues. On trouve l'animal 
à son état parfait sur les fleurs. 

C. DE ScnoEFFEK, C. Scliccfferi , Linn., figuré 
dans notre Allas , pi. 90 , fig. /^. Long de 5 h 6 li- 
gnes, d'un beau vert d'émeraude; les antennes, les 
palpes, les pattes et l'abdomen fauve pâle; l'ex- 
trémité de ce dernier est noire. De Paris. (A. P.) 

CÉROPHYïE, Ceropliytum. (ins.) Genre de 
Coléoptères , de la section des Penlamères , fa- 
mille des Serricornes , tribu des Elaterides , créé 
par Latrcille , qui lui donne pour caractères : 
dernier article des palpes beaucoup plus grand 
que les précédens , presque en forme de hache ; 
les quatre premiers articles des tarses courts et le 
pénultième bifide; antennes des mâles branchues 
intérieurement, à partir du troisième article. 

C. Elaïéroïde , C, Elateroides , représenté 
dans notre Atlas, pi. 90, f. 5. Ovale déprimé, 
de couleur noire, slrié. Cet insecte est très-rare 
aux environs de Paris. (A. P.) 

CEROPLATE, Ceroplatus. (ins.) Genre de Dip- 
tères, de la famille des Némocères , ayant pour 
caractères : palpes très-courts, coniques, relevés, 
presque soudés à leur extrémité ; antennes fusi- 
lormes comprimées. Réaumur a observé les mé- 
tamorphoses de cet insecte ; la larveest vcrmiforme, 
habite la partie inférieure des agarics du chêne , 
la dévore et la couvre d'une humeur visqueuse ; 
la nymphe, allongée, épineuse h son extrémité, 
a cela de remarquable que ses antennes, contrai- 
rement à l'usage des autres Tipules , sont cou- 
chées sur son dos ; toute son enveloppe est formée 
d'une humeur visqueuse. 

C. TiPULAïKE . C. tipuloides , Rose. Long de 
six à sept lignes, fauve jaunâtre, avec une tache 
et un point noir sur chaque élylre. De Paris, [f^oy. 
Atlas_^, pi. 90 , fig, 7.) (A. P.) 

Ç^hVSyKWiEi , Ceroxylumandicola. (bot. phan.) 
Sur les cimes les plus hautes de la chaîne des 
Andes du Pérou , et les plus voisines des neiges 
éternelles, croît le plus grand des Palmiers con- 
nus, celui auquel sa singulière propriété de don- 
ner de la cire a fait donner le nom qu'il porte. Sa 
tète, perdue dans les nues, monte à plus de cin- 
quante mètres ; quelquefois même elle arrive à 
soixante, et brave la puissance des autans; ses 
feuilles ailées ont de six à huit mètres de long, ce 
qui dénonce une force de végétation extraordi 
naire, surtout sous linfliience d'une température 
aussi basse que celle des lieux où se plaît exclusi- 
vement ce superbe, cet utile palmier. Au moyen 
d'une ratissoire , les habitans des Cordilières, et 
en particulier ceux de Quindiù , recueillent avec 
soin la cire qui s'échappe des anneaux résultant 
de la chute des palmes, et qui forme le long du 



CEST 



Gi 



CÉTA 



stype une couche de cinq à dix millimètres d'épais- 
seur. Cette substance est par eux appelée Cera 
DE PALMA (v. ce mot), et leur sert à l'abriquer des 
bougies et des sortes de pains ou galettes qu'ils 
livrent au commerce. Le fruit du Céroxyle est un 
drupe violet , sucré , faisant les délices des pola- 
touches, des écureuils, des oiseaux. Il est situé au 
sommet de la haute colonne et occupe le centre 
de cette rosette que forment les feuilles qui la ter- 
minent. Le Céroxyle appartient h la Polygamie 
monoécie. (ï. d. B.) 

CÉROXYLIA'E. La même substance que celle 
plus connue sous le nom de Cera de palma. [F. 
ce mot.) (T. d. B.) 

CERUMEN. (pHYSioL.) Matière jaune et amère, 
fournie par un grand nombre de petits follicules 
sébacés, qui garnissent les parois du conduit au- 
riculaire externe; visqueuse, d'une couleur oran- 
gée , d'une odeur légèrement aromatique ; elle 
forme, délayée dans l'eau, une émulsion facile- 
ment putrescible. On lui assigne pour usage de 
lubréficr la peau qui tapisse le conduit auditif, 
d'entretenir la souplesse de cette partie et d'em- 
pêcher les insectes de s'y introduire ; peut-être 
aussi de diminuer l'intensité du son. En sortant 
des follicules qui le sécrètent, le Cérumen est li- 
quide; il se durcit h l'air. Cette sécrétion est plus 
abondante dans l'enfance; dans la vieillesse il est 
susceptible de se durcir et de produire ainsi la 
surdité. Lorsque cette cause est reconnue, il est 
facile d'y remédier. Les chimistes qui ont analysé 
le Cérumen ont trouvé qu'il était composé de 
mucus albumincux , d'une matière grasse sem- 
blable ù celle que fournit la bile, d'un principe 
colorant, de soude et de phosphate de chaux. 

(l>. G.) 

CEPiUSE. ( MIN. ) Nom que , dans sa nomen- 
clature minéralogique, M. Beudant a assigné au 
carbonate de plomb , dont la cristallisation dérive 
du prisme rhomboïdal. (.^. Plomb.) (J. IL) 

CERVEAU et CERVELET, (anat.) (F. Encé- 
phale.) 

CESTE. (zoom, acal.) Genre placé par Cuvier 
dans les Acalèphes libres , et auquel il assigne les 
caractères suivans: très- long ruban gélatineux, 
garni sur l'un de ses bords d'un double rang de 
cils; on en trouve aussi sur linféricur, mais moins 
nombreux. C'est sur ce bord inlerieur, qu'on ren- 
contre la bouche, large ouvertiu^e qui se rend à 
un estomnc percé à travers la largeur du ruban , 
et se rendant h un anus très-petit ; de l'extrémité 
voisine de l'anus partent des vaisseaux; aux côtés 
de la bouche s'ouvrent deux sacs qu'on regarde 
comme deux ovaires. On n'en connaît qu'une 
seule espèce : le Cesle de Vénus, représenté dans 
notre Atlas, pi. gi, fig. i, qu'on rencontre dans 
la Méditerranée ; sa longueur est de plus de cinq 
pieds, sa hauteur de deux pouces. Les pêcheurs 
les appellent Sabres de mer. (P. G) 

CESTRACION. (poiss.) Genre démembré des 
Squales et formé par Schneider. {Foy. Squale.) 

(Alph. g.) 
CESTREAU, Ccstruin. (bot. puan.) Indigènes 



aux parties chaudes de l'Aoïérique, les trente et 
quelques espèces qui constituent ce genre de la 
Pentandrie monogynie, et de la famille des So- 
lanées, ne sont bien connues que depuis les deux 
premières années du 19"^ siècle. Ces arbrisseaux, ^ 
feuilles toujours vertes et d'un joli aspect , figurent 
très-bien dans les jardins paysagers ; mais la ma- 
jeure partie exhale une odeur nauséabonde fort 
désagréable et dénotant des qualités très-suspectes. 
Il en est quelques unes qui font exception , et 
de ce nombre sont : 1° Le Cestreau diurne, C. diur- 
nuDi , de la Havane, dont les fleurs blanches as- 
sez petites , huit à dix ensemble en une sorte de 
faisceau ombelliibrme , répandent durant le jour 
un parfum très-suave. Cet arbrisseau de trois mè- 
tres de haut a les rameaux droits, pubescens, la 
tige grisâtre , et les feuilles alternes , très-entières 
et douces au toucher. 2° Le Cestreau a baies noi- 
res , C. parcjui , que l'on verra figuré dans notre 
Atlas, pi. 91, fig. 2, croît naturellement sur les 
montagnes du Chili; il a été apporté en Europe, en 
1787 , et est cultivé en pleine terre. C'est surtout 
la nuit que ses fleurs d'un jaune un peu verdâtre , 
assez semblables à celles du jasmin, embaument 
l'air, et qu'elles se montrent radieuses à l'extrémité 
des rameaux et dans les aisselles des feuilles supé- 
rieures, disposées en une belle panicule : le jour 
leur odeur est fétide. Haut de deux mètres , cet 
arbuste, au feuillage d'un vert gai, supporte le 
froid de nos hivers, et quand la tige succombe à 
une température trop rigoureuse , les racines re- 
poussent au printemps des jets qui, la même an- 
nées , acquièrent f élévation des précédons , et 
donnent parfois des fleurs plus grandes , plus 
abondantes, dont la grappe a jusqu'à trente-doux 
centimètres de long : elles sont alors parfaitement 
inodores dès que le soleil paraît h l'horizon. 

Le Cestreau a grandes fleurs, C.tnacropliyL- 
luin , fournit de superbes toufles de deux mètres et 
demi de haut, garnies de feuilles larges, luisantes, 
portées sur des pédoncules violets , et de fleurs 
d un blanc de lait au moment de leur épanouisse- 
ment , qui passent bientôt h un jaune soufre; elles 
sont ramassées en petits bouquets aux aisselles des 
feuilles. Il provient de Porto-Ricco et compte ii 
peine quinze années dans nos cultures, lise place 
au pied des fabriques , des rochers et autres en- 
droits abrités , qu il embellit j^endant Tété. 

(T. D. b.) 

CETACE. (majim. ) Aristotelès avait donné le 
nom de cetos h certains animaux aquatiques, vivi- 
pares, mammilères , pourvus de dents, etc., que 
Ion a cru être les Dauphins des naturalistes mo- 
dernes. L'on a étendu le nom de Célacé iilous les 
animaux qui se rapprochent des Dauphins par leur 
organisation et leurs habitudes, c'est-à-dire à tous 
ces animaux aquatiques qui , avec une organisation 
intérieure analogue h celle des autres mammifères, 
avec une respiration aérienne et une éducation ma- 
mellaire, ont la forme extérieure et les habitudes 
des poissons. Comme chez les poissons , la forme 
générale du corps des Cétacés peut se formuler par 
l'adossemeul de deux coaodïes par leur base. L'an- 



yy 46 




Cej-veau ci mocrie cpiniero de rhonniu- 



jy.jjj 



\ 




I. Ceste 



2.Cf sti-au 



,7 C'etliosie. 



^ Ccloine 



CÉTA 



63 



CÉTA 



l<5rieur plus ebtas comprend la tète, qui h elle seule 
constitue au moins le cinquième et quelquefois le 
<jnart et même le tiers de la longueur totale de 
l'animal. Comme chez les poissons, la Louche est 
transversale , la iace réduite h rien par le dévelop- 
pement du front et des os supérieurs du crâne ; la 
tête se continue avec le tronc d'une manière in- 
sensible à Fextérieur, sans étranglement cervical 
ou cou mobile , et k l'intérieur par des vertèbres 
aplaties immobiles, et souvent soudées entre elles; 
le tronc est dépourvu de pieds postérieurs et mun 
seulement en avant de nageoires , dans lesquelles 
«n retrouve toutes les parties osseuses qui com- 
posent les membres antérieurs des mammifères , 
mais réunies en palette indivise et articulées entre 
elles d'une manière peu mobile et incapable de 
mouvement indépendant ; le tronc se continue h 
son tour, comme chez les poissons, d'une ma- 
nière insensible à l'exlérieur, avec une queue co- 
nique volumineuse , que l'on ne distingue h l'in- 
térieur que par un bassin plus ou moins vcsli- 
giaire suspendu dans les chairs; des os en V nom- 
breux viennent augmenter la force de cet organe 
en multipliant les points d'appui des muscles 
robustes destinés h mouvoir cet organe, qui paraît 
presque seul chargé de la locomotion de ces ani- 
maux. La queue des Cétacés est terminée en ar- 
I rière par une nageoire horizontale, mobile de haut 
I en bas , et susceptible seulement d'une légère ro- 
tation sur elle-même, en verlu de laquelle elle se 
porte un peu obliquement îi droite et à gauche , 
sans pourtant pouvoir effectuer un quart de con- 
Tersion sur elle même. L'on rencontre chez quel- 
ques espèces un repli de la peau qui , par sa 
forme comprimée et sa position sur la région ra- 
chidienne, rappelle volontiers la nageoire dorsale 
des poissons ; mais cette saillie n'est soutenue par 
aucune pièce osseuse , aucun muscle ne sert à la 
mouvoir , et elle paraît reproduire en petit ici la 
bosse dorsale des Zébus et des Chameaux, dont les 
rapports harmoniques nous sont entiè rement in- 
connus.' La forme générale du corps des Cétacés 
et la disposition particulière de leurs organes lo- 
comoteurs les obligent h rester constamment dans 
l'eau , et c'est erreur d'observation ou confusion 
lorsqu'on a dit que ces animaux venaient h terre 
paître Iherbe des rivages ; néanmoins ils ne 
peuvent pas rester au sein des ondes sans venir à 
la surface du liquide respirer l'air atmosphérique, 
qui seul peut servir à leur hématose; mais leur 
respiration peut se suspendre ou se prolonger 
pendant un temps assez long , en comparaison de 
ce que l'on observe sous ce rapport chez les au- 
tres mammifères; l'on voit en effet les Cétacés 
rester des demi-heures entières plongées sous l'eau 
sans que leurs facultés et leurs fonctions parais- 
sent le moindrement affectées. Ce phénomène a 
dû exciter la curiosité des physiologistes , et l'on 
a plusieurs fois tenté de l'expliquer. L'on crut 
d'abord que l'amplitude du poumon des Cétacés 
pouvait rendre raison suffisante de cette particu- 
larité , mais on renonça bientôt à celle théorie, et 
l'on voulut que le trou de Bolal persistât chez les 



Cétacés pendant tonte la durée de la vie, L'anato- 
mie de ces animaux a fait justice de cette erreur. 
Dans les derniers temp.sM. Breschet, ayant remar- 
qué sur les côtés de la colonne vertébrale des Cé- 
tacés un lacis vasculaire veineux très-développé et 
sans analogue chez les autres mammifères, a été 
porté h présumer que chez les Cétacés le sang 
trouvait dans ce réseau veineux un réservoir où il 
était retenu au besoin lorsque l'animal plongeait 
quelque temps sous l'eau , et où il restait en sta- 
gnation jusqu'à ce qu'un acte respiratoire pût 
rendre h ce sang désoxigéné la liberté de circuler 
à travers les cavités du cœur et le tissu du pou- 
mon. Du reste les principaux organes de la respi- 
ration et de la circulation n'offrent pas de modi- 
fications profondes et de particularités bien im- 
portantes dant leur rapprochement avec ceux des 
autres mammifères. Le système nerveux est en 
général assez développé chez les Cétacés; la por- 
tion encéphalique surtout paraît avoir une pro- 
portion relative assez considérable , et ce qu'il y a 
d'assez singulier, c'est que son volume en hauteur 
dépasse beaucoup ses deux antres dimensions, en 
opposition avec ce que l'on voit î> cet égard chez 
les autres animaux. Néanmoins l'intelligence des 
Cétacés, que l'on a souvent vantée d'une manière 
exagérée, paraît assez bornée, et dans aucun acte 
de leur vie l'on n'aperçoit les indices d'un instinct 
un peu étendu , soit pour la défense des indi- 
vidus eux-mêmes , soit pour la protection des pe- 
tits. L'on a bien dit que, lorsque ces animaux mar- 
chaient en troupes, ils se choisissaient un chef qui 
guidait et dirigeait la marche , avertissait du dan- 
ger, indiquait les parages h choisir ou h éviter; 
mais celle erreur, perpétuée depuis les Grecs et 
les Romains , paraît avoir été détruite par des 
observations plus exactes ; cette tendresse des Cé- 
tacés, qui s'étendait jusqu'à s'attacher h l'espèce 
humaine et jusqu'au désespoir mortel h l'idée de 
la perle d'un ami , ces larmes du chagrin , ce ra- 
vissement aux accords harmonieux d'une lyre, 
dont les anciens ont si gracieusement bercé nos 
ancêtres , sont de véritables labiés , et se réduisent 
à un attachement peu fécond en ressources pour 
leurs petits et à des jeux folâtres entre eux, jeux 
dont on admire quelquefois la grâce, parce qu'ils 
n'ont pas celte rudesse et celte brusquerie que 
l'on croit devoir attendre de mouvemcns parfois si 
rapides et si violens. D'ailleurs les organes des sens 
des Cétacés sont peu disposés pour une analyse 
exact:; des corps extérieurs et pour donner h. ces 
animaux des idées bien précises de leurs caractères 
physiques ou chimiques : le système tégumenlaire, 
partout uniformément «Jpais, dur et sans sou- 
plesse, même sur les nageoires et les lèvres, bien 
qu'il soit toujours nu et privé de poils ou d'écail- 
lés , ne peut pas leur fournir des élémens positifs 
sur la dimension ou la température; les yeux sont 
petits, très-écartés l'un de l'autre, rejetés en ar- 
rière et en bas sur les côtés de la têle; pourvus 
d'une sclérotique osseuse, susceptibles de mou- 
vemens peu étendus, ils sont conamnés à agir iso- 
lément ,si ce n'est à une distance très-considérable, 



CÉTA 



64 



CÉTA 



étant toujours submergés, ces organes sont peu pro- ' 
près h rendre la vue perçante ; les oreilles, ouvertes 
à l'extérieur par un orifice très-petit, sans conque 
ni appareil collectif des sons, suspendues sur les 
côtés delà tôle, indépendanles pour ainsi dire du 
reste du crâne, auquel elles ne tiennent que par 
des ligamens , ne paraissent pas avoir dans leur 
composition celte complication qui , presque tou- 
jours , indique la pcrl'ection de la ionction , et 
malgré leur isolement dans des tissus mous et peu 
conducteurs des sons , elles ne semblent pas avoir 
cette délicatesse que l'on observe chez les animaux 
mammifères terrestres; leurs narines sont placées 
à la base de la tête : dépourvues en partie«de ces 
anfractuosilés que l'on rencontre chez les autres 
animaux, privées des paires de nerfs qui, si elles ne 
président pas à l'odorat, contribuent puissam- 
ment du moins h la perfection de ce sens , parcou- 
rues h chaque instant par les flots de liquide que l'a- 
nimal engloutit avec sa proie, elles font présumer 
que si l'odorat existe chez ces animaux, il doit être 
fort obtus ; la bouche et les parties qui la com- 
posent ne peuvent pas non plus concourir par 
leur disposition à donner au goût une bien grande 
finesse; la langue molle, spongieuse, encombrée 
de graisse, est adhérente par toute sa face infé- 
l'ieure au plancher de la bouche ; le palais est 
quelquefois garni de lames cornées dures et 
épaisses, et les dents, uniformes, simples, coniques, 
courtes et droites , sont uniquement destinées à 
retenir la proie comme chez les reptiles , sans la 
diviser pour en faciliter l'analyse : aussi les Céta- 
cés , comme les reptiles, avalent-ils leur proie 
sans la mâcher. L'arrière-bouche offre ici un ap- 
pareil particulier, au moyen duquel l'eau englou- 
tie avec la proie dans l'énorme gueule des Cétacés, 
est rejetée avec force par les narines, dont l'ou- 
verture extérieure a reçu, à cause de celle cir- 
constance, le nom à'évent; la sortie brusque, 
forte et bruyante de cette eau qui s'élève quel- 
quefois à quinze ou vingt pieds au dessus du ni- 
veau de la mer, a mérité aux Cétacés le nom par- 
ticulier de Souffleurs. Les Cétacés peuvent , h ce 
qu'il parait, produire une sorte de mugissement 
assez fort pour être entendu à certaine distance; 
mais ce n'est guère que dans le danger qu'on les 
entend donner ce bruit inarticulé, et ordinaire- 
ment ils sont muets même dans leurs ébats. Le 
canal intestinal offre chez les Cétacés des parti- 
cularitées sans analogie dans les autres classes 
d'animaux, excepté les Lamantins et les Dugongs 
auxquels on les a réunis systématiquement, mais 
dont ils diffèrent sous beaucoup d'autres rapports ; 
leur estomac est multiloculaire et présente quatre 
et parfois cinq ou sept poches ou renflemcns suc- 
cessifs; ils n'ont pas de cœcum ni de gros intestin ; 
leur rate est aussi formée de plusieurs lobes ; ils se 
nourrissent de substances animales, et la Baleine 
proprement dite, qui d'ailleurs forme un groupe 
à part dans cette classe, se distingue encore par 
sa manière de vivre ; mais si elle se nourrit, comme 
on le dit , de fucus , ce n'est peut-être que pour 
engloutir avec ces végétaux les myriades de mol- 



lusques qui y adhèrent , et les poissons qui s'abri- 
tent sous les frondes de ces plantes marines. 

Les Cétacés n'offrent pas, sous le rapport de leur 
réproduction, de particularités majeures. Les or- 
ganes de la génération des Cétacés consistent, 
pour le mâle, en deux testicules globuleux placé* 
au dedans de la cavité abdominale , derrière les 
muscles qui complètent sa paroi inférieure et qui 
closent l'anus circulaire , au devant duquel saille 
la verge, dilatée seulement au temps du rut et 
terminée par un gland déprimé que perce oblique- 
ment le canal urinaire et spermatique. Chez la 
femelle , on trouve au devant de l'anus une vulve 
longitudinale sans autre appareil de protection 
que les bords affrontés de son orifice , et de chaque 
côté une mamelle qui ne se prononce sensible- 
ment que pendant l'époque de la lactation. La 
lactation des petits de ces animaux se fait d'une 
manière toute spéciale; le défaut de lèvres molles , 
extensibles , la disposition fixe de la langue , la 
présence des dents rendaient la supposition d'une 
succion proprement dite peu vraisemblable; aussi, 
comme M. Geoffroy St-Hilaire l'a démontré dans 
les derniers temps , la nature pourvoit-elle chez 
ces animaux h l'accomplissement de la lactation 
par un mécanisme particulier. Une glande placée 
sous la couche des muscles abdominaux superfi- 
ciels sécrète le liquide, qui est versé directe- 
ment dans un réservoir qui, par un conduit étroit 
et long, vient s'ouvrir h l'extérieur par un seul 
orifice pratiqué au centre d'un mamelon, qui 
après la gestation se développe de manière à pou- 
voir s'introduire jusque dans l'arrière-bouche du 
petit, Au moyen de la contraction des muscles 
qui recouvrent le réservoir lactifère, le liquide 
nourricier est lancé comme par un coup de piston 
dans l'œsophage du petit, qui le reçoit d'une ma- 
nière passive, et qui ne fait par l'appréhension de 
la tétine de sa mère que solliciter la contraction 
des muscles éjaculateurs; aussi la lactation des 
Cétacés ne s'exécute-t-elle pas d'une manière con- 
tinue et prolongée, comme chez les autres mam- 
mifères, mais d'une manière instantanée, et par 
saccade, le petit revenant, h intervalles plus ou 
moins rapprochés ou éloignés, chercher la quan- 
tité de liquide qu'il a laissé s'accumuler dans le 
sac mamellaire. 

Les Cétacés parviennent en général à une 
taille assez grande , et c'est parmi eux que l'on 
trouve ces animaux gigantesques qui nous témoi- 
gnent de l'énorme dimension de ces habitans des 
mondes antérieurs que l'on serait tenté de re- 
oiarder comme des êtres fabuleux, et de l'existence 
desquels on doute involontairement encore en 
voyant leurs restes fossiles plus ou moins com- 
plets. Les Cétacés habitent les mers profondes; 
quelques uns remontent les grands fleuves de tous 
les parages, mais les océans tempérés trop fré- 
quentés par la navigation les forcent à se réfugier 
vers les pôles; néanmoins on les voit se diriger, 
pour l'accouplement et la reproduction, vers les 
mers des Tropiques. L'on a douté de ces sortes 
d'émigrations, et l'on a pensé que ces animaux 

n'abandonnaient 



CÉTA 



65 



CÉTA 



n'abandonnaient guère les parages où ils étaient 
nés; mais l'on a rclromé h des distances très-con- 
sidérahles des Baleines qui avaient été chassées 
dans les mers du Nord, et qui avaient emporté 
avec elles les preuves irrécusables du fait, le har- 
pon manqué qu'on leur avait lancé. Ces animaux 
en général habitent les bas-fonds, où la tempéra- 
ture de l'océan est égale et uniforme à une cer- 
taine profondeur ; il n'en est pas de même dans 
les anses où, suivant M. de Humboldt, elle est plus 
froide de deux à quatre degrés. La surface du li- 
quide éprouve aussi plus ou moins la conséquence 
de l'abaissement de température de l'atmosphère, 
et les Cétacés sont obligés de se tenir près de 
cette surface par la nécessité où ils sont de reve- 
nir respirer l'oxigène atmosphérique; il n'est 
donc pas étonnant qu'à 1 approche des froids les 
Cétacés abandonnent momentanément les con- 
trées boréales pour des climats moins âpres, et 
c'est peut être h ce passage que nous devons ces 
échoueraens plus nombreux sur nos côtes au mo- 
ment de léquinoxc d'automne que dans les autres 
temps de l'année , bien que les tempêtes qui les 
occasioncnt ordinairement soient, dans d'autres 
saisons, quelquefois tout aussi violentes qu'à cette 
époque. La plupart des Cétacés habitent ordinaire- 
mentles mers, mais l'onen trouve quelques uns dans 
les grands fleuves; on en a signalé dans le Gange. 
De Humboldt et, après lui, M. Dorbiguyenont vu 
dans les grands fleuves de l'Amérique , et il y a 
quelques années qu'un animal de cette famille 
remonta la Seine à la suite d'un bateau de sel , et 
finit par se faire prendre dans l'intérieur même 
de Paris. Les Cétacés vivent, à ce qu'il paraît , en 
sociétés plus ou moins nombreuses , ou plutôt en 
troupes , chaque membre ne travaillant point en 
commun, mais isolément pour son compte; 
c'est celte circonstance qui fait qu'on en voit quel- 
* quefois un certain nombre échouer à la fois et 
dans la même nnit sur la même plage ; néan- 
moins il n'est pas rare d'en voir isolés, et il est à 
présumer qu'ils ne se réunissent qu'à l'époque de 
la reproduction. La durée de la vie des Cétacés 
est inconnue. 

De tout temps les Cétacés ont excité l'attention, 
non-seulement par la singularité de leur organi- 
sation et de leurs habitudes; mais encore par le 
parti que l'on retire de leur exploitation, et sur- 
tout de celle du tissu cellulaire graisseux , lar- 
dacé, qui double leurs tégumens, et qui leur a fait 
donner chez nous à certaine époque le nom de 
gras-pois; quelques anteurs font dériver ce mot 
du latin crassuspiscis, gras poisson ; mais , en lisant 
les éci'ivains du seizième siècle , on serait tenté 
de croire que ce mot a une tout autre étymologie, 
et qu'il vient de l'usage qu'en faisait le peuple. 
. L'observation suivante, en même temps qu'elle 
donnera au lecteur une idée de ce qu'était alors 
l'état de l'exploitation côlière des Cétacés en 
France, servira à confirmer ce soupçon que le 
vieux mot gras-pois vient peut-être de ce que le 
gras des Cétacés , que l'on confondait alors sous 
le nom de Baleine, servait à l'assaisonnement des 
Tome II. 



pois dont nos pauvres vilains formaient leur prin- 
cipale nourriture pendant les temps d'abstinence; 
et ce qui ajoute encore quelque soutien à celte 
opinion , c'est que dans les vieilles chartes françai- 
ses le gras-pois se trouve aussi désigné par le mot 
poui'-pois, 

« Contre ledit village (Biarris ), il y a , dit Am- 
broise Paré, une montagnette sur laquelle dès 
long-temps a esté édifiée une tour tout exprès 
pour y faire le guet, tant le iour que la nnict, pour 
descouvrir les Baleines qui passent en ce lieu, et 
de là on les apperçoit venir, tant par le 2;rand 
bruit qu'elles font, que pour l'eau qu'elles sortent 
par un conduit qu'elles ont au milieu du front ; et 
l'appercevant venir, ceux qui sont au guet son- 
nent une cloche au son de laquelle, promptement, 
tous ceux du village accourent équippez de tout 
ce qui est nécessaire pour l'attraper. Ils ont plu- 
sieurs vaisseaux et nacelles, dont en d'aucuns il 
y a des hommes, seulement, constituez pour pes- 
cher ceux qui pourraient tomber en la mer, les 
autres dédiez pour combattre, et en chacun il y 
a dix hommes forts et puissans pour bien ramer , 
et plusieurs autres dedans avec dards barbelez qui 
sont marquez de leur marque pour les recongnois- 
trc, attachez à des cordes et de toutes leurs l'orces 
les iettent sus la Baleine, et lorsqu'ils appercoi- 
uent qu'elle est blessée , qui se cognoist pour le 
sang qui en sort, ils lâchent les cordes de leurs 
dards et la suiuent à la fin de la lasser et prendre 
plus facilement , et ainsi l'attirent au bord dont 
ils se resiouissent et font gode chère et la partis- 
sent entre eux, chacun ayant sa portion selon le 
deuoir qu'il aura fait, ce qui se cognoist parla 
quanlilc des dards qu ils auront ictlés et se seront 
trouez, lesquels demeurent dedans et les cognois- 
scnt à leur marque ; or les femelles sont plus faci- 
les à prendre que les masles, pour ce qu'elles sont 
soigneuses de sauner leurs pelicls et s'amusent 
seulement à les cacher , et non à s'eschapper. La 
chair n'est rien estimée ; mais la langue , pour ce 
qu'elle est molle et délicieuse, ils la salent sembla- 
blement le lard, lequel ils distribuent en beau- 
coup de provinces, qu'on mange en caresme avec 
despois: ilsgardaient la graisse pourbrusleretfrot- 
ter leurs balteaux, laquelle estant fondue ne se 
congèle iamais. Des lames qui sortent de la bou- 
che on en fait des vertugales, busqués pour les 
femmes et manches de cousteau et plusieurs au- 
tres choses, et quant aux os ceux du pays en font 
des clostures aux jardins, et des vertèbres des 
marches et selles pour seseoire en leurs maisons. » 

Aux Cétacés se rapportent les Cachalots ou 
Physetères , et à leur suite les Baleines avec les 
subdivisions Baleinoptères, Piorqual; près d'eux se 
range le genre Ziphius , sorte de Cétacé fossile ; 
ce sont les Cétacés de ce groupe que l'on désigne 
sous le nom de Cétacés macrocéphales. Dans une 
autre tribu, à laquelle par opposilion on donne le 
nom de Cétacés microcéphales , on place les Dau- 
phins avec les subdivisions Delphinorrhynques , 
Delphinaptère , Anodon , Hétérodon , Uranodon , 
Épiodon, Hyperoodon, Diodon, Susa .Platanista, 

89* Livraison. 9 



CÉTI 



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CÉTO 



Oxyptferes , les Marsouins elles Narwals, Cera- 
todon,Monodon , de quelques auteurs , qui se dis- 
tinguent nettement des précédens par le dévelop- 
pement d'une des dents intermaxillaires selon les 
uns, maxillaires-canines selon les autres. A leur 
suite vient enfin l'Ananarck ou Ancylodon. (Voir 
pour plus de détails ces différens mots. ) (T. C.) 

CETERACH. (bot. crypt. ) Genre de Fou- 
gères dont le nom se voit inscrit en gros carac- 
tères chez tous les pharmaciens , sans doute pour 
étonner les yeux ou l'oreille des pratiques ; car 
le Cetérach est par lui-même peu employé ; ses 
propriétés sont pectorales, comme celles des ca- 
pillaires, mais h un degré faible. 

Celte plante ( Cclerach officinarum) se trouve 
dans toute l'Europe méridionale, et jusqu'aux en- 
virons de Paris ; chacun a vu sur les murs des 
touffes de petites feuilles d'un vert foncé .épaisses, 
coriaces , h nervures h peine vrsiLles ; hantes de 
quatre h cinq ponces , pinnalifides , h lobes alter- 
nes, arrondis au sommet, et parfois un peu den- 
tés, elles sont recouvertes en dessous d'écaillés 
scarieuses , blanches ou roussâtres. Entre ces 
écailles se trouvent des groupes de capsules li- 
néaires, placées transversalement. Ce dernier ca- 
ractère est le seul qui distingue le Celerack des 
Gramniilis , qui ont leurs capsules en groupes 
obliques ou épars. Aussi a-t-on souvent confondu 
ces deux Fougères. Linné rangeait le Cetérach 
avec les Asplenium (voy. ce mot). 

Dans les îles d'Afrique, et surtout aux Canaries, 
on trouve une espèce de Cetérach plus vigoureuse , 
h écailles rousses et brillantes; M. Bory de St-Vin- 
centl'a décrite souslenomd'y^^/^/en/Hm latifoUum. 

Le Cetcrach des Alpes a des caractères très- 
distincts, qui ont déterminé R. Brown h en faire 
un nouveau genre, [f^oy. Woodsu.) (L.) 

CÉTHOSIE, Cctiiosia. (ins.) Genre de Lépi- 
doptères de la famille des Diurnes, ayant pour 
caractères: cellule des ailes inférieures ouverte, 
palpes inférieurs peu comprimés, écartés, ter- 
minés par un article grêle; ailes oblongues; cro- 
chets des tarses simples , massue des antennes 
oblongue. On connaît peu les mœurs de ces pa- 
pillons, qui Font tous exotiques; on sait seulement 
que leurs chenilles sont munies de tubercules 
épineux. 

C. DiDON , C, dido, Fab. Large de trois à qua- 
tre pouces, noire avec trois taches principales 
aux ailes supérieures, dont une triangulaire oblon- 
gue à la base, et d'autres'plus petites au sommet , 
une large tache transverse sur le disque des ailes in- 
férieures, et six autres rondes prèsdu bord externe, 
vert d'eau. Celte espèce est commune au Brésil. 

Nous avons fait représenter, pi. qi, fig. 5, la 
Cethosla pherasa de Fabricius. Celte espèce a les 
ailes oblongues , légèrement dentées , d'un brun 
noirâtre; les supérieures avec trois bandes longi- 
tudinales , les inférieures avec deux transverses, 
fauves. Ces dernières ailes ont en outre ime ran- 
gée de pointes fauves sur le bord postérieur. Ce 
papillon est commim h Surinam. (A. P.) 

CÉTL^E. (cHiM.) Sous ce nom, donné par 



M. Chevreul pour rappeler celui des Cétacés, et 
sous ceux de Blanc de Baleine parce qu'on trouve 
de la Cétine dans l'huile de Baleine, à^ Adipocire , 
parce que Fourcroy comparait cette même sub- 
stance au gras des cadavres, de Spcrma ceti, parce 
qu'on croyait que c'était la liqueur prolifique des 
Cétacés, on emploie une substance que l'on trouve 
en dissolution ou en suspension dans unehuilegrasse 
qui entoure le cerveau , ou qui lubréfie la moelle 
épinière du Physetcr macrocrphalus de Linné , 
mammifère à sang rouge et h sang chaud, qui a 
quelquefois 90 pieds de longueur , 45 h 5o de cir- 
conférence , et dont la tête a environ le tiers de 
sa longueur totale, {f^oy. Cachalot.) 

La Céline se présente en masse plus ou moins 
volnmineusc, d'un beau blanc, d'un aspect na- 
cré , formée par luie infinité de petites écailles 
brillantes, douce et onclneuse au toucher; légè- 
rement odorante ( à moins qu'elle ne soit an- 
cienne et rancc ) ; l'usible h 44° centigrades ; so- 
luble dans l'alcool : quelques gouttes de ce liquide 
suffisent pour la pulvériser; insoluble dans l'eau, 
soluble dans les luiilcs fixes et volatiles; saponi- 
fiable par les alcalis; inaltérable par l'acide nitri- 
que qui décompose partiellement les huiles fixes; 
jaunissant à l'air, mais très-lentement. 

On obtient la Cétine en exposant h l'air l'huile 
grasse qui lui sert de véhicule; parle refroidisse- 
ment la Céline se dépose ; on décante le liquide 
surnageant , on exprime la masse pour la débar- 
rasser de toute l'huile qu'elle contient encore ; on 
la fait liquéfier h une douce chaleur , et on l'a- 
bandonne à elle-même: elle se solidifie sous forme 
cristalline. Dans lesarls, on en fait de toutes piè- 
ces, ert décomposant le gras des cadavres par un 
acide , l'acide nitrique par exemple. 

Aujourd'hui la Céline est h peu près abandon- 
née comme médicament interne ; on la donnait 
comme émolliente. Dans les arts, on en prépare 
des bougies diaphanes, di\ersement colorées, 
qui sont très-usitées. Elle entre encore dans quel- 
ques cosméliqncs mous, comme la Pommade à la 
Sultane , et quelquefois aussi dans le cérat , pour 
le rendre plus blanc cl plus léger. (F. F.) 

CÉTOIiN'E, Cctonia. ( iNs.) Genre de Coléop- 
tères de la section des Pentamères , famille des 
Lamellicornes , établi par Fabricius et queLatreille 
a pris pour type d'une division de ses Scarabées, 
sous le nom de Mélilophiles; car en effet ces in- 
sectes se trouvent habituellement sur les fleurs. 
Tel qu'il était alors, ce genre avait pour caractè- 
res : mandibules nulles, mâchoires membraneuses 
garnies de faisceaux de poils ; bientôt cependant 
ces auteurs reconnurent que ces caractères deve- 
naient insuffisans; plusieurs genres nouveaux fu- 
rent créés, soit par eux, comme les genres Tri- 
chias par Fab., et Platygcnia de Macleay, Cremar- 
tocheilles, etc., etc., par différens auteurs; enfin 
moi-même , embrassant dans une seule monogra- 
phie tout ce grand genre qui contient plus de 45o 
espèces, j'ai été obligé d'en créer plusieurs autres; 
pour ne pas répéter h plusieurs articles ce qui peut 
être dit ici plus commodément, je vais donner 



CETO 



67 



CÉTO 



nne idée succincte de ce travail : le groupe entier, 
sous le nom de Mélitophiles, a pour caractères : 
chaperon toujours avancé recouvrant le labre , 
mandibules rudimentaires ; corps déprimé, ova- 
laire, antennes de dix articles , dont les trois der- 
niers formant une massue feuilletée ; plaque anale 
découverte. Celte grande coupe est séparée en 
deux sections, et en cela je me suis conformé aux 
idées déjà adoptées plutôt qu'à une méthode ra- 
tionnelle ; celte première section forme les Tri- 
CHiDES , où l'on ne voit aucune pièce remarquable , 
dite pièce axillaire, entre les angles du corselet et 
des élylres , tandis qu'elle existe dans l'autre 
coupe. Celle-ci se subdivise en deux, les Céto- 
KIDES, où le corselet ne recouvre jamais l'écusson ; 
enfin les Gymnùtides, où le corselet est toujours 
assez prolongé pour recouvrir presque en tolalité 
l'écusson. Partant alors du principe que j'aurais 
dû appliquer à tous les Mélitophiles , j'ai placé en 
lêle de chaque division les espèces chez qui , con- 
trairement h l'opinion reçue, les mâchoires rem- 
plaçant les mandibules , deviennent plus ou moins 
cornées. Ainsi , pour la première division , nous 
avons les genres suivans : 

' Genre Osmoderma , de Lepelletier et Serville , 
qui a pour caractères : lobe terminal des mâchoires 
triangulaire corné; partie interne a son extrémité 
supérieure fortement élevée en un crochet corné ; 
tarses toujours plus courts que les tibias. 
' 0. ERMITE, O. eremita, Linné. Long d'un 
pouce , d'un violet foncé métallique , thorax iné- 
gal , écusson ayant une impression longitudinale. 
Des environs de Paris, Sur le vieux bois. 

Genre Valgus de Seriba. Caractères : palpes 
maxillaires très-grands , lobe terminal des mâ- 
choires non corné ; tibias antérieurs très-grands , 
premier article de starses postérieurs le plus grand. 

V. UÉMIPTÈRE , f^. hemtptcrus , Fab. Long de 
3 lignes , noir, thorax velu , avec deux stries ru- 
gueuses longitudinales , des bandes irrégulières 
sur les élytres , celles-ci sont très-courtes ; l'abdo- 
men des femelles est terminé par une tarière den- 
tée sur les côtés , qui n'est qu'un prolongement 
de la plaque anale; celle espèce se développe dans 
le vieux bois, siirtout quand il se maintient hu- 
mide. Elle est Irès-commune partout. 

Genre Triciiius de Fabricius. Caractères : lèvre 
plus haute que large, se rétrécissant antérieure- 
ment, fortement échancrée; tarses postérieurs 
beaucoup plus longs que les tibias. 

T. FAsciâ , T. fasclalus , Fab. Long de G lignes, 
noir, mais couvert de duvet serré jaune , trois 
bandes noires courtes sur les élytres. Aux environs 
de Paris. 

Genre Agemius, Lepel. , Serv. Caractères : palpes 
beaucoup plus longs que les mâchoires ; lèvre 
plus large que haute, demi-circulaire; palpes in- 
sérés à son sommet , beaucoup plus longs qu'elle. 

A. A LIMBE , A. limbatus , Oliv. Long de cinq 
lignes , noir, avec les côtés du corselet rouges ; 
élytres jaunes bordées de noir, avec un point de 
ïuèmc couleur au milieu. Du cap de Bonue-Espé- 
Xisxce. 



Genre Stripsipiier, Percheron et Gory. Carac 
tères : chaperon fendu ; palpes maxillaires et la- 
biaux ayant tous leurs articles visibles ; lèvre for- 
tement échancrée ; élylres striées ; tibias anté- 
rieurs tridentés. 

S. A yix TACHES, S, scxmaculalns , Sch. Long 
de 7 lignes, noir, avec six gros points jaunes sur 
les élytres. Du Sénégal. 1 ; 

Genre Gnorimus, Lepellet. et Serv. Caractères : 
lèvre cordiforme, tronquée inférieurement , plaque 
anale très-large, bombée; jambes antérieures bi- 
dentées ; tarses guère plus longs que les tibias. 

G. NOBLE , G. nobilis. Longue de 8 lignes, ély- 
tres rugueuses d'un vert doré, maculées de blanc 
à leur partie postérieure; cette espèce, commune 
dans notre pays, a, au premier aspect, l'apparence 
d'une Cétoine dorée. ' 

Genre Inca , Lepellet. et Serv. Caractères : par- 
tie squameuse des mâchoires égalant à peine 
les parties membraneuses ; lèvre inférieure très- 
large , profondément échancrée en gouttière ; 
fémurs antérieurs épineux à leur jonction avec 
les tibias. Toutes les espèces de ce genre ont la 
tête cornue dans les mâles, et sont d'une grande 
taille. 

I. BARBicoRNE, /. barbicomis, Macleay. Long 
de 1 8 lignes , chaperon tronqué relevé en deux 
cornes munies intérieurement de poils serrés , 
jaunâtres, d'un vert obscur, comme arrosé d'a- 
tomes jaunâtres. Du Brésil. 

Genre Platygema, Macleay. Caractères : corps 
très-déprimé; mâchoire carrée, guère plus haute 
que large, à lobe terminal, transversal, presque 
nul ; très-velu. 

P. DU ZAÏRE. P. zairica, Macleay. Longue de 
1 4 lignes , corpSj très-déprimé , noir luisant , avec 
les élytres striées; le genre ne repose encore que 
sur celle seule espèce , mais elle est trop tran- 
chée pour qu'on puisse la rapprocher d'aucune 
autre. Celte espèce vient du Sénégal et contrées 
voisines. 

Les genres de la première division de la seconde 
section sont : 

Genre Cremastocheii.us de Knoch. Caractères : 
lobe terminal des mâchoires unguiculé, corné; 
partie supérieure interne bi-épineuse, cornée; 
lèvre couvrant entièrement la partie inférieure 
de la tête; premier article des antennes triangu- 
laire, très-grand. Tous les insectes composant ce 
genre sont exotiques, 

C. DU CHATAIGNIER, C. cflifa?iert; , Knoch. Loug 
de 4 lignes, noir, ponctué, velu; quatre petits 
tubercules aux quatre angles du corselet; tarses 
antérieurs bidenlés extérieurement. De l'Amérique 
du nord. 

Genre Diplognatha, Percheron, Gory. Caractè- 
res : sternum court, épais, triangulaire; mâchoires 
k lobe termina], bifide, corné; palpes labiaux très- 
courts; corselet presque arrondi. 

D. JAIS, D. gagatis , Fab. Long de 11 lignes, 
d'un brun noir très brillant; chaperon coupé car- 
rément, relevé antéiueu rement; sternum obtus. 
Du Sénégal. 



CÉTO 



68 



CETR 



Genre GN\TnocERA,Rirby. Caractères: sternum 
avancé , aigu ; mâchoires à lobe terminal corné, 
tranchant, bifide, garni de poils supérieurement; 
la partie interne terminée en ongle corné h sa par- 
tie supérieure. 

G. DE Macleay, g. MacLeaii , Kirby. D'un 
vert doré très-brillant , avec le disque du corselet 
et deux larges bandes sur les élytres noirs. Des 
îles Philippines. 

Genre Àmpiiistoros, Percheron et Gory. Carac- 
tères : sternum aigu avancé ; lêlecunéiforme; mâ- 
choires terminées par un onglet corné; palpes 
grêles; lèvre deux l'ois plus haute que large. 

A. ÉLEVÉ, A. elata , Fab. Long de 7 lignes, 
chaperon rétréc bi-épineux, lêteelécusson noirs; 
deux bandes sur la tête , trois sur le corselet , une 
sur l'écusson , et d'autres sur les segniens infé- 
rieurs du corps, jaune soyeux. Du Sénégiil. 

Genre Macroma, Kirby. Caractères : mâchoires 
entièrement cornées; lobe terminal en forme de 
faux ; lèvre fortement échancrée à gouttière ; 
élytres fortement rélrécies ])ostérieurement. 

M. A ÉcussoN , M. sculellaris, Fab. Long de 
8 lignes, noir, avec le bord du corselet, une ligne 
enfoncée au milieu et l'écusson blanchâtres. Du 
Sénégal. 

Genre Goliath, De Lamarck. Caractères: mâ- 
choires presque aussi larges que longues; lobe ter- 
minal grêle; lèvre aussi large que longue , forte- 
ment échancrée en gouttière; palpes atteignant ti 
peine son extrémité antérieure. Ce genre renferme 
les géants des Mélitophiles. 

G. cACiQuiî, G, cacicus , Oîiv. Corps long de 
3 pouces et demi, noir; chaperon avancé trifide; 
tête jaune; thorax jaunâtre , marqué de six lignes 
noires; élytres blanchâtres avec le bord et une 
tache à la partie humorale noirs. De l'Amérique 
méridionale. On ne connaît cette espèce que dans 
ime seule collection , celle du Muséum d'histoire 
naturelle de Paris. 

Genre SciiYZORHiisA, Kirby. Caractères: sternum 
aigu, avancé; chaperon bilobé, mâchoire allongée; 
lobe terminal velu supérieurement; lèvre trapézoï- 
dale , fortement refendue; fossettes latérales très- 
grandes. 

S. DE l'Australasie, 5. A astralasla; , Donov. 
Long de 9 lignes, noir ; bord du corselet et deux 
petites lignes jaunes; élytres ferrugineuses, avec 
une ligne les bordant postérieurement et une au- 
tre siuuée leprésentant une lyre, toutes jaunes. De 
la Nouvelle-Hollande. 

Genre Cétoine, Cetonia de Fabricius. Carac- 
tères : lobe terminal des mâchoires membraneux , 
velu; élytres fortement sinuées. Ce genre, malgré 
tout ce qui en a été retiré' pour former les genres 
que nous venons de décrire et quelques uns des 
suivans , contient encore plus de deux cents es- 
pèces, et devra être de nouveau examiné. 

C. DORÉE, ('. aiirnta, Linn. Longue de 8 lignes, 
d'un vert doré; élytres avec des atomes transver- 
ses blanchâtres. Nous avons figuré dans notre 
Atlas, pi. 91 , fig. 4> lii Cétoine fastueuse qui en 
est très-voisine. 



GenreDicHEROs,PercheronetGory. Caractères: 
sternum très-avancé ; parties latérales de la tête 
fortement avancées en deux cornes proéminentes, 
droites; écailles mandibulaires fusiformes; palpes 
courts , menton carré. 

D. plagiatus, Khig. Long de 10 lignes, noir 
brillant , avec le disque des élytres rouge obscur. 

Genre Iciiestoma , Percheron et Gory. Caractè- 
res : mâchoires membraneuses ; lèvre pyramidale; 
palpes attachés h l'extrémité, très allongés, 

I. iiÉTÉROCLYTE , Hctcrociyta , Lat. Chaperon 
relevé, noir, avec les bandes des élytres enfu- 
mées. Du cap de Bonne-Espérance. 

Deuxième subdivision de la seconde section. ' 

Genre Tetraggnos, Percheron et Gory. Caractè- 
res : chaperon €arré; mâchoires h lobe terminal bi- 
dcnté; antennes beaucoup plus longues que la 
tête; corselet recouvrant presque tout l'écusson. 

T. CHINOISE, J\ chincns'f--. Long de 19 lignes; 
vert bronzé ; chaperon échancré , presque épi- 
neux; élytres épineuses h leur extrémité. Des Indes 
orientales. 

Genre LoMAPTÎiRE, Percheron et Gory. Caractè- 
res : chaperon très-profondément refendu; sternum 
avancé, aigu; élytres fortement rebordées sur les 
côtés; plaque anale carénée dans son milieu. 

L. LatreillEjL. I.atrciUe, Percheron. Longue 
de 1 4 lignes, corps déprimé, chaperon arrondi 
échancré; entièrement d'un vert de mer. 

Genre Macdonota, HolTmansegg. Caractères: 
élylrcs plus larges que le corselet; celui-ci lobé, 
recouvrant en grande partie l'écusson. 

M. ROYAL, />/. rcgia,Fsih. Long de 5 h G lignes; 
noir; thorax et élytres, avec des sillons remplis 
d'un duvet blanchâtre. Des Indes orientales. 

Genre Gymnetis, Macleay fils. Caractères : cor- 
selet recouvrant l'écusson; mâchoire à lobe termi- 
nal membraneux, soyeux,- pièces axillaires très- 
apparentes. 

G. BRILLANT , G. iiitula , Fab. D'un vert jau- 
nâtre brillant en dessous, glabre en dessus; tête 
ayant sur le vertex une corne retombant en 
avant; sternum proéminent. De l'Amérique bo- 
réale. 

Tous les insectes composant les genres dont 
nous venons de tracer le tableau ont à peu près 
les mêmes mœurs; leurs larves vivent en terre ou 
dans les arbres pourris, et il est probable que les 
larves qui ont ces habitudes sont celles des es- 
pèces où 1 on trouve des mâchoires cornées ; ces 
mêmes espèces se tiennent moins sur les fleurs que 
les autres ; on les trouve plus souvent sur les plaise 
des arbres. Après plusieurs années passées dans ce 
premier état, elles se forment une espèce de coque 
avec de la terre ou les détritus qui les entourent, 
et y subissent leurs métamorphoses. (A. P.) 

CEÏPiAlRE, Cetrariu. (bot. crypt.) Lichens. 
A peu près semblable au genre Borrcra d'Acha- 
rius, le genre Cétraire présente une fronde mem- 
braneuse, cartilagineuse, très-rameuse, laciniée, 
généralement lisse ; les apothécies sont en forme 
de scutelles ; le disque est distinct et terminé par 
un rebord formé au.\ dépens de la fronde même. 



CÉVA 



69 



CÉVE 

La Cévadillc paraît provenir d'une esprce de 
Ferairum appelé par Relz Veratrum sabadilla , 
de la famille des Colchicacécs. 

Analysée par IMM. Pellclier et Caventou, la 
Cévadille a donné de la cire, une matière grasse, 
de la gomme, du ligneux, un acide particulier, 
une malière colorante jaune, elc. !(F. F.) 

CÉVEININ'ES. (gkock. piiys.) Les montagnes de 
France que l'on appelle ainsi tirent leur nom 
du nom latin, Mons ccbenna , que les anciens leur 
donnaient. Par les montagnes de Corbières, elles se 
tient au sud avec les Pyrénées, et par les monta- 
gnes du Charolais, au nord, avec la Côte-d'Or et 
le plateau de Langres. Ainsi, elles occupent une 
étendue de 90 lieues en ligne directe, et de i4o 
avec les sinuosités qu'elles forment. On peut les 
diviser en deux parties, dont le nœud serait le 
mont de la Lozère : les Cévennes méridionales, 
qui se prolongent jusqu'à celte montagne ; et les 
Cévennes septentrionales, qui partent de cette 
montagne jusqu'à la Côte-d'Or. Leurs différentes 
parties portent les noms de montagnes Noires , 
montagnes de Lespinouse , montagnes de ÏOrO, 
Garrigues, montagnes du Gêvaudan, du Fivarais , 
du Lyonnais, du Beaujolais et du Charolais. De 
leurs flancs s'échappent plusieurs rivières, dont 
les principales sont : sur le versant occidental , 
ÏAgout, le Tarn , V Allier et la Loire : et sur le 
versant opposé, V Hérault, le Gardon, la Cèze , 
VArdéche et la Grone. 

Leur hauteur moyenne est de 800 h i ,5oo mètres, 
ainsi qu'on peut le voir par le tableau suivant des 
principales cimes. Mais on peut dire que dans sa 
première partie méridionale, la chaîne s'élève à 
800 ou 1,200 mètres, et que , si l'on considère les 
groupes du Mont-Dor et du Cantal comme des 
dépendances des Céveuncs, c'est au milieu d'eux 
que se trouvent les points les plus élevés. (\oy-. 
Mont-Dor , article dans lequel nous donnerons 
quelques détails sur le Cantal. ) 

Cévennes méridionales. 

Tn^trps. 

Pic du Faux Moulinier. . .• . . 622 

Pic d'Arfous.. . , 83p 

Pic de Montant io4o 

Mont de la Lozère ^Ao^ 

Montagne de la Tanargue. . . . 840 

Cévennes septentrionales. 

Gerbier des Joncs iSGa 

Mont Mézenc ^774 

Mont Pilât .1072 

Montagne de Tarare i45o 

Montagne de Ilaute-Joux ()()4 

Montagne de Gerbizon io4g 

Montagne de FoUetin ]5G8 

Montagne de ïartas 1045 

Montagne de Devez 1425 

Pic delà Durance 121 5 

Pic de Montocelle 1602 

Quelques uns de ces principaux sommets mé- 
ritent une mention particulière Le mont de la 
Lozère donne naissance à la rivière du Lot. Sa 



On connaît douze espèces de Célraires. La plu- 
part croissent sur les arbres ou sur la terre des 
pays froids ou des montagnes très-élevées. Parmi 
ces espèces, la plus intéressante est la Cetraria 
îslandica, Ach., Lichen ou mousse d'Islande, 
que l'on emploie comme médicament, qui fait la 
base de la nourriture de quelques peuples du Nord, 
et que l'on trouve abondemment en Islande , en 
Laponie, dans tous les lieux élevés de l'Europe, 
dans les montagnes de l'Ecosse, des Alpes, etc. 

La fronde du Lichen d'Islande est fohacée , 
sèche et coriace, serrée, montante, divisée en 
lanières rameuses irrrégulières , un peu velues , 
d'un rouge foncé à leur base, d'un gris jaunâtre , 
blanchâtre ou brunâtre supérieurement; son odeur 
est lade, particulière; sa saveur est amère, muci- 
lagineuse et nullement astringente. 

Le Lichen d'Islande jouit de propriétés médi- 
cales différentes , selon qu'il est privé ou non de 
son principe amer. Dans son état naturel, il agit 
à la manière des toniques; il convient dans les 
maladies chroniques de la poitrine, les diarrhées 
non inflammatoires, certaines atonies et toutes les 
fois enfin qu'il est nécessaire de relever les forces 
par un aliment abondant et facile h digérer. Dé- 
pouillé de son principe amer par le procédé que 
nous indiquerons dans un instant , il agit , en rai- 
son de la grande quantité de fécule et de gélatine 
qu'il contient, à la manière des gommes et des 
autres mucilagineux ; c'est ainsi qu'on l'emploie 
fréquemment dans les catarrhes pulmonaires et 
les diarrhées aiguës. 

Parmi les moyens proposés pour priver le lichen 
de son principe amer, nous ne citerons que ce- 
lui qui a été indiqué par Berzelius. Ce moyen mis 
en usage en Islande , où la Cétraire sert d'aliment, 
consiste à faire macérer, pendant vingt-quatre 
heures, seize parties de Lichen pulvérisé, dans 
troi cents quatre-vingts parties d'eau contenant en 
dissolution une partie de sous-carbonate de soude; 
à décanter, à faire macérer de nouveau dans un 
semblable soluté alcalin, à laver à grande eau, 
et à faire sécher. 

D'après Berzelius, le Lichen d'Islande paraît 
composé de bitartrate de potasse , de tartrate de 
chaux , de phosphate de chaux, de cire verte, de 
gomme , de fécule, de matière résineuse, etc. 

Avec le Lichen d'Islande , on prépare dans les 
pharmacies des tisanes, des sirops, des pâles , des 
gelées, des tablettes, etc., qui sont autant de 
formes sous lesquelles les médecins administrent 
cette substance. (F. F.) 

CÉVADILLE. (uoT. phan.) Nom d'un fruit qui 
nous vient d'Amérique et qui est composé d'une 
capsule à trois loges , mince', sèche , s'ouvrant 
par le haut , d'une couleur rouge pâle , bisperme ; 
les semences sont noirâtres , allongées , pointues , 
anguleuses , un peu recourbées, plus acres et plus 
«mères que la capsule. 

La Cévadille jouit de propriétés sternutatoires, 
purgatives et corrosives ; elle excite la salivation , 
et n'estemployée qu'à l'extérieur, enpoudre.pour 
détruire les poux qui vivent sur la tête des cnlans. 



CEVE 

base estgranilîque; sa ciuic esl couverte de vastes 
pâturages , et ses flancs sout garnis de Lelles 
forêts. 

Le mont Gerbier des Joncs est intéressant, parce 
que c'est de sa base que sortent les sources de la 
Loire. Avant Tannée 1821 , sa hauteur était de 
1,710 mètres; mais à cette époque, un tremble- 
ment de terre la fit écrouler en partie, et cet évé- 
nement y provoqua la formation d'un lac na- 
turel. 

Le Mézenc, que Ton écrit aussi Mézen et Mézin, 
est remarquable, comme la plus haute cime des 
Cévennes. Considéré sous un point de vue géné- 
ral , sa forme est conique, terminée par un pla- 
teau, et son rayon est de 10 lieues. M. Cordier , 
qui a étudié celte montagne, y a reconnu deux 
séries de matières volcaniques ,• sa base, qui repose 
sur un massif de granité , est formée de laves an- 
ciennes feldspalhiques , lelles que des trachytes , 
des phonolithes et des dolomites ; au dessus se 
trouvent des basaltes en colonnes prismatiques, 
remarquables par leur régularité, et des coulées 
de laves modernes , acompagnées de leurs scories. 
Ainsi , l'on pourrait partager le Mézenc en trois 
époques de formation, granitique, fcldsjjalhique , 
basaltique et lavique. 

Le mont Pilât tire son nom du mot latin Pilea- 
tiis [coiffé) , parce que les nuages qui s'amoncellent 
sur sa cime lui font une sorte de chapeau. Loin de 
former un pic isolé, il est composé de plusieurs 
sommets , séparés par des vallons. A son sommet 
s'étend une plaine couverte de prairies , arrosées 
par divers filets d'eau; celle plaine est dominée 
par trois pointes presque entièrement nues. Au 
dessous s'élèvent des bois composés de sapins, de 
chênes , de sycomores , de hêtres , de tilleuls , de 
charmes , de merisiers , d'alisiers et de châtai- 
gniers. Dans les lieux bas et humides, les princi- 
paux arbres sont : le frêne , le peuplier , l'aune , 
le saule et le bouleau. La roche dominante qui 
forme les cimes du Pilât est une espèce de schiste 
micacé gris ; on y remarque aussi ,des roches quar- 
tzeuses, et dans. les parties inférieures, tout paraît 
être granitique. C'est sur sa base que repose la 
formation de grès rouge et de houille, si puissante 
à Saint-Etienne, On y retrouve les dépôts ferrugi- 
neux qui appartiennent à cette formation : aussi 
les sources ferrugineuses y sont-elles fréquentes. 
Ainsi que nous l'avons dit dans le Dictionnaire 
de Géographie physique de l'Encyclopédie métho- 
dique, le noyau des Cévennes est généralement 
de granité; mais ce granité diffère de celui des Al- 
pes et des Pyrénées, en ce qu'il n'est pas en petits 
grains , mais parsemé de grands cristaux de feld- 
spath, qui lui donnent l'aspect porphyroïde. Dans 
plusieurs localités, il passe insensiblement au gneiss 
et au micaschiste, et renferme des filons métalli- 
ques, et dans d'autres, il se décompose ]et se ré- 
duit en gravier. Sur ces roches reposent des grès, 
des poudingues, et de l'argile schisteuse, apparte- 
nant au terrain houiller. Sur le versant oriental 
s'élèvent des montagnes formées de calcaire co- 
^iUier ancien , appelé MuscheLkalk par les Alle- 



70 CEYL 

mands, et du calcaire bien , nommé Lias par les 
Anglais. A ce calcaire s'adossent dilTérenles es- 
pèces de marnes, au delà desquelles sont les dépôts 
de transport des vallées du Pihône et de la Ga- 
ronne , couverts de coquilles d'huîtres cl d'autres 
fossiles. Sur le versant occidental s'étendent çà et 
Ih des coulées volcaniques. (J. H.) 

CEYLAN (île de), (ctoc. phts.) Cette île, qui 
autrefois portait le nom de Tropobane , est située 
dans le Tropique du Cancer et s'étend du 6' au 
10" degré de latitude Nord, et du 77' au 80' de- 
gré de longitude. Elle n'est séparée du cap Co- 
morin sur le continent que par un détroit de 
quinze lieues. Ce petit bras de mer, qui porte le 
nom de passe de Manar , est tellement rempli de 
bas-fonds qu'il est impraticable pour les vaisseaux; 
il y a même certains endroits où l'on ne trouve que 
quatre à cinq pieds d eau. Toutes ces observations 
nous conduisent naturellement h aflirmer que l'île 
de Ce) lan fit autrefois partie du continent , et 
qu'elle en fut détachée par quelques secousses 
souterraines et une irruption violente de la mer, 
qui vint former le détroit de Manar. Son périmètre 
est de trois cents lieues , et sa surface |peut être 
évaluée à sept cents lieues carrées. Les naturel*^ 
ont donné h celle île le nom de Lakka. 

L'île de Ceylan renferme quelques montagnes 
parmi lesquelles les naturels se font une gloire de 
posséder le Pic-Adam; celle montagne, dont on a 
beaucoup exagéré la hauteur et qui ne s'élève 
réellement qu à mille toises au dessus du niveau 
de la mer, a une grande réputation religieuse 
dans le pays et pour les Bouddhistes et pour les 
Brahmistes. Sur le sommet du Pic on trouve l'em- 
preinte d'un énorme pied que les Bouddhistes 
prétendent être le Sri-pada ou empreinte du pied 
de Bouddha : celte empreinte, qui a quelque res- 
semblance avec la forme d'un pied gigantesque, 
est entourée d'un petit çiur, et enrichie de pierres 
précieuses. Les musulmans du pays afllrment que 
lorsqu'Adam sortit du Paradis terrestre , chassé 
par la vengeance divine , il vint se placer sur le 
Pic dont nous parlons, et yresta sur un seul pied, 
jusqu'à ce que Dieu lui eût pardonné sa faute. 

C'est sur le Pic-Adam que se trouve la source 
des principales rivières qui arrosent l'île de Ceylan ; 
le MachaviUa , le Kalay , le Kalou et le TFalle- 
%vay en descendent : la rapidité de leur cours les 
empêche d'être navigables; elles ne sout donc 
d'aucune utilité pour le commerce. 

La surface de lîle est couverte de forêts épaisses 
qui entourent le royaume de Kandy , situé au cen- 
tre de l'île. Ces forêts sont habitées par lui grand 
nombre d'animaux sauvages, et surtout par des 
éléphans, qui sont très-estimés et ont la réputa- 
tion d'être les plus iulelligens de tous les élé- 
phans ; ce sont eux qu'on dresse h être les exécu- 
teurs des hautes-œuvres dans l'île ; et ils ont un 
talent tout particulier pour reconnaître à de cer- 
tains indices le criminel condamné à la mort pure 
et simple, ou bien celui qui doit être torturé avant 
de mourir. 

C'est sur les côtes 'de l'île de Ceylan , dans le dé- 



CHAB 71 

troit de Manar , que se trouvent les bancs d'huî- 
tres à perles fines; cette pèche, qui autrefois 
était d'un immense produit , a beaucoup perdu 
de sa valeur ; les bancs aujourd'hui sont tellement 
épuisés qu'on n'y peut revenir que tous les cinq 
ans. Les pêcheurs, qui sont ordinairement des 
noirs, ont de grands dangers à courir; d'abord 
l'asphyAie qui les menace à chaque instant; et en- 
suite les requins, qui , connaissant l'époque exacte 
de la pêche , viennent y chercher une proie facile 
et abondante. 

L'île de Ceylan est riche en minéraux de toute 
espèce; on y trouve le fer, le manganèse, des 
granités, du quartz, Jdu mica, etc. Les lits des 
rivières roulent des pierres précieuses ; les saphirs 
bleus et verts , les rubis, les topazes, les améthys- 
tes et les cornalines s'y trouvent en grand nom- 
bre ; on y rencontre aussi le cristal de roche en 
grande quanlilé. 

Depuis i8i4 i'ile est tout entière au 'pouvoir 
des Anglais ; mais il s'en faut qu'ils en soient pai- 
sibles possesseurs. Au reste , elle n'appartient pas 
à la compagnie des Indes, mais bien au roi d'An- 
gleterre lui-même. (C. J.) 

CHAB ASIE, (min.) Parmi les Silicates alumi- 
neux , la Chabasie est l'une des plus jolies espèces 
minérales. Sa couleur est blanche , son poli est 
éclatant , sa dureté est médiocre piiisqu'elle se 
laisse rayer par une pointe d'acier. Sa cristolJisa- 
tion primitive est le rhomboïde obtus d'où dérivent 
deux ou trois formes secondaires. C'est un com- 
posé de 48 il 5o pour 100 de sihce; deS^h^ig 
d'alumine; de 8 à 10 de chaux; d'un peu de po- 
tasse, et de 20 h 22 pour cent d'eau. 

La Chabasie se trouve dans des basaltes et dans 
d'autres roches d'origine ignée. (J. H.) 

CIIABOISSEAU. (poiss.) Nom vulgaire donné 
sur nos côtes à plusieurs poissons du genre Chabot. 

(Alph. g.) 

CHABOT, Cottus. (poiss.) Genre de poissons 
acanthoptérygiens , fondé par Linné, adopté par 
Cuvier et par tous les naturalistes, et comprenant 
des poissons qui ont la tête large , déprimée, cui- 
rassée et diversement armée d'épines ou de tuber- 
cules ; deux nageoires dorsales ; des dents au de- 
vant du vomer, mais non aux palatins ; six rayons 
aux branchies, et trois ou quatre seulement aux 
ventrales. Les rayons inférieurs de leur pectorale, 
comme dans les Vives , ne sont point branchus ; 
leurs appendices cœcaux sont peu nombreux, et 
ils manquent de vessie natatoire. 

Les espèces d'eau douce ont la tête presque 
lisse, et seulement une épine au préopercule. Leur 
première dorsale est très-basse. Wons citerons 
parmi ces espèces le Cuabot diî niviiiBE , Cottus 
gobio , Linn. (Bloch., Sg, 1-2.) C'est un petit 
poisson de quatre ou cinq pouces , noirâtre. 

On trouve ce Coite dans la Seine et dans d'autres 
rivières. Il parvient jusqu'à la longueur de quatre 
ou cinq pouces. Il se tient souvent caché parmi 
les pierres ou dans une espèce de petit terrier, et 
lorsqu'il sort de cet asile ou de cette embuscade, 
c'est avec une très-grande rapidité qu'il nage, soit 



CHAB 



pour atteindre la proie qu'il préfère , soit pour 
échapper h ses nombreux ennemis. Il aime à se 
nourrir de très-jeunes poissons ainsi que de vers 
et d'insectes aquatiques , et lorsque cet aliment 
lui manque , il se jeltc sur les œufs de diverses es- 
pèces d'animaux qui habitent dans les eaux. Il est 
très-vorace, mais succombe fréquemment sous la 
dent des Perches, des Saumons et surtout de3 
Brochets. La bonté et la salubrité de sa chair, 
qui devient rouge par la cuisson , comme celle du 
Saumon et de plusieurs autres poissons délicats oa 
agréables au goût , lui donnent aussi l'homme 
pour ennemi. Ce poisson est cependant dédaigné 
de plusieurs personnes. Dès le temps d'Aristote, 
on savait que , pour le prendre avec plus de faci- 
lité, il fallait frapper sur les pierres qui lui ser- 
vaient d'abri, qu'à l'instant il sortait de sa retraite, 
et que souvent il venait, tout étourdi par le coup, 
se livrer à la main ou au lilet du pêcheur. Le plus 
souvent ce dernier emploie la nasse pour être 
plus sur d'empêcher le Chabot de s'échapper. 11 
îaut saisir ce Colle avec précaution lorsqu'on veut 
le retenir avec la main. Sa peau très-visqueuse 
lui donne en effet la facilité de giisser^rapidement 
entre les doigts. Cependant malgré tous les pièges 
qu'on lui lend, et le grand nombre d'ennemis qui 
le poursuivent , on le trouve fréquemment dans 
plusieurs rivières. Cette espèce est très-féconde. 
La femelle, plus grosse que le mâle, ainsi que celle 
de tant d'autres poissons , paraît comme gonflée 
dans letemps où ses œufs sont près d'être pondus. 
Ces protubérances , formées par les ovaires qui se 
tuméfient pour ainsi dire h cette époque, en se 
remplissant d'un très-grand nombre d'œufs, sont 
assez élevées et assez arrondies pour qu'on les ait 
comparées h des mamelles; de célèbres natura- 
listes ont écrit que la femelle du Chabot avait non 
seulement un rapport de forme, mais encore un 
rapport d'habitudes avec les animaux à mamelles, 
qu'elle couvait ses œufs , et qu'elle perdait plutôt 
la vie que de les abandonner. On a pu observer 
des Chabots femelles et même des mâles se retirer, 
se presser, se cacher dans le même endroit où des 
œufs de leur espèce avaient été pondus, les cou- 
vrir dans cette attitude, et conserver leur position 
malgré un grand nombre d'efforts pour la leur 
faire quitter. Mais ces manœuvres n'ont point été 
des soins attentifs pour les embryons qu'ils avaient 
pu produire ; elles se réduisent à des signes de 
crainte, à des précautions pour leur sûreté; et 
peut-être même ces individus auxquels on a cru 
devoir attribuer une tendresse constante et cou- 
rageuse , n'ont-ils été surpris 'que prêts à dévorer 
ces mêmes œufs qu'ils paraissaient vouloir ré- 
chauffer, garantir et défendre. Au reste, les Cha- 
bots ont la tête large et déprimée, cuirassée et 
diversement armée d'épines ou de tubercules , et 
deux nageoires dorsales. Les espèces marines sont 
plus épineuses : quand on les irrite, elles renflent 
encore leur tête. Nos mers en nourrissent deux 
nommées Chaboisseaux et Scorpions de mer : f une 
est remarquable par ses armes, par sa force et par 
son agilité, c'est le Cottus scorpius , Linné, Bh» 



CHAC 



CHAO 



4o ; il se trouve sur les bords de la Méditerranée. 
Il poursuit avec une grande rapidité, et par con- 
séquent avec un grand avantage, la proie qui fuit 
devant lui h la surface de la mer. Ce poisson 
nage avec une vitesse étonnante; très-vorace , 
hardi , audacieux même', il attaque avec prompti- 
tude des Blennies, des Chipées ; il les combat avec 
acharnement , les frappe vivement avec les piquans 
de sa tête, les aiguillons de ses nageoires, les tu- 
bercules aigus répandus sur son corps , et en 
triomphe le jplus souvent avec d'autant plus de 
facilité , qu'il joint une assez grande taille h l'im- 
pétuosité de ses mouvemeus , au nombre de ses 
dards et à la supériorité de sa hardiesse. Ce Cotte 
peut parvenir à une longueur de huit à dix pouces ; 
sa chair, peu agréable au goût et h l'odorat , 
n'est pas recherchée par les pêcheurs ; ce ne sont 
que les ha])itans peu délicats qui en font quelque- 
fois leur nourriture, et tout au plus tiret-on parti 
de son foie pour en faire de l'huile , dans les en- 
droits, par exemple, où il est très répandu; si 
d'ailleurs ce poisson est jeté par quelque accident 
sur la grève, et que le retour des vagues, le reflux 
de la marée, où ses propres efl'orts ne le ramènent 
pas promptement au milieu du fluide nécessaire h 
son existence, il peut résister assez long-temps au 
défaut de l'eau; la nature et la conformation de 
ses membranes branchiales lui donnent la faculté 
de clore presque entièrement les orifices de ses 
organes respiratoires , d'en interdire le contact h 
l'air de l'atmosphère, et de garantir ainsi ses or- 
2;anes essentiels et délicats de l'influence trop ac- 
tive, trop desséchante, et pir conséquent trop 
dangereuse de ce même fluide atmosphérique. 
C'est pendant l'été que les Cottes-Scorpions com- 
mencent h s'approcher des rivages de la mer; mais 
ordinairement l'hiver est déjh avancé lorsqu'ils 
pondent leurs œufs, dont la couleur est rougeàlre. 
La tête de ce Scorpion est garnie de tubercules et 
d'aiguillons ; les yeux sont grands , rapprochés 
l'un de l'autre, et placés sur le sommet de la lête. 
Les mâchoires sont garnies, comme le palais, de 
dents aiguës; la ligne latérale droite, formée com- 
munément d'une suite de petits corps écailleux, 
faciles h distinguer malgré la peau qui les recou- 
vre, et placés le plus souvent au dessous d'une 
seconde ligne produite par les points de petites 
arêtes. Tout le corps est parsemé de petites ver- 
rues en quelque sorte épineuses , et beaucoup 
moins sensibles dans les femelles que dans les 
mâles. Sa couleur est ordinairement brune. La 
seconde espèce , qui vit dans la Méditerranée 
(CotlKs bubalis, Euphrasen. , Nouv. mém. de 
Slockh., VII , f)5) , a quatre épines, dont la pre- 
mière est très-longue. La mer Baltique en a une 
troisième espèce, distinguée par quatre lubérosi- 
tés osseuses et cariées sur le crâne [CotLus quadri- 
cornis , Bloch, 108). Il y en a debien plus grands 
en Amérique , et dans le nord de la mer Pacifique. 
Celte dernière mer produit une espèce petite, mais 
que ses formes singulières doivent faire remarquer, 
c'est le Chaboisse.vu a corkes du ceuf, Synancela 
cerTMi,Tilesius,Méin.derac. dePélersb,,iii, i8i 1, 



pi. 278, où lapremière épine du préopercule, pres- 
que aussi longue que la tête, a h son bord interne six 
ou huit piquans recourbés vers sa base. (Alph, G. ) 

CHACAL, (mam.) Cet animal, représenté h la 
planche 92, fig. 1, de notre Atlas, est le Canis 
aureus de Linné; on le trouve aux Indes, dans 
l'Asie mineure, en Afrique, depuis la Guinée jus- 
que sur la côte de Barbarie, et en Europe dans I3 
Grèce. I 

C'est un quadrupède du genre des Chiens. {F. 
ce mot.) Il paraît former le passage de l'espèce du 
Loup , dont il a le poil et les formes générales , à 
celle du Renard, avec lequels a taille et son sys- 
tème de coloration lui donnent quelque ressem- 
blance. Sou museau est pointu et de couleur gri- 
sâtre; son corps gris, jaunâlrelbncé en dessus, se 
rapproche en dessous du blanchâtre, et ses jambes 
sont d'un fauve clair. La queue du Chacal se rem- 
brunit h son extrémité , et ne descend que jusqu'au 
talon ; elle est peu fournie et présente, pour le dis - 
tinguer du Renard, un fort bon caractère. 

Les Chacals sont voraccs; ils chassent par 
troupes , comme les Chiens sauvages, et ne vivent 
que de petite proie ou de cadavres abandonnés 
par les Lions. Suivant M. Tilésius , qui "pense , 
ainsi que M. F. Cuvier, que l'on comprend sous 
la même dénomination plusieurs espèces diff'é- 
rentes, les Chacals du mont Caucase seraient la 
souche de notre Chien domestique, ainsi que Pal- 
las et Guldenslrcdt l'avaient pensé. Les Chacals 
de l'Inde dilTcrent de ceux que l'on trouve en 
Asie mineure et sur la côte de Barbarie. M. Fréd. 
Cuvier a ligure dans son Histoire des Mammifè- 
res, et décrit comme formant une espèce à part, 
le Chacal du Sénégal qui a les jambes plus élevées 
que les autres , la queue plus longue et le museau 
plus elîilé ; ill'a nommé Canis antlnis. 

Nous avons vu à Paris un jeune Chacal de la 
variété algérienne; cet animal était fort doux, ne 
cherchait point à faire de mal; il jouait même vo- 
lontiers avec les cnfans, mais ne pouvait supporter 
la présence d'un Chien. Son maître le nourrissait 
avec des panses et des intestins de ruminans, ou 
bien avec de la chair un peu avancée, et dépensait 
chaque jour quatre ou cinq sous h cet eft'et. Cet 
intéressant animal lui donnait des marques non 
équivoques d'attachement , et le suivait par les 
rues , attaché avec une simple laisse ; il ne portait 
aucune odeur désagréable. 

L'individu que nous avons fait représenter dans 
notre Atlas , pi. gS , f. 1 , provient de la Morée et 
constitue une variété très-remarquable dans l'es- 
pèce. Tout son corps est couvert de poils gris, à 
l'exception de la tête, du cou et des pattes qui sont 
fauves. (Gerv.) 

CHAFOIN. (muf. ) C'est le nom du furet ou 
de la fouine dans le midi de la France. (Gukr.) 

CHAINES DE MONTAGNES. {Foyez Mon- 
tagnes.) 

CHAIR, (anat.) Ce mot, qui sert ordinairement 
à désigner l'ensemble des parties molles des ani- 
maux , est plus spécialement employé pour dési- 
gner la masse musculaire; nous renvoyons donc^ 

l'article 



FI Ç2 





^ChAcal. 



2 Oliirtodon 



.'J CLaloida 



4 - Ckalris 



CHAL 73 

l'article Muscle tout ce qui, sous le rapport ana- 
tomique , physiologique ou chimique , pourrait 
trouver place dans celui-ci. (P. G. ) 

CHALAZE. (zooL.) Les anatomisles nomment 
ainsi les deux ligamcns ou plutôt les deux cordons 
blanchâtres qui , fixés d'une part à la membrane 
cxlernc de l'œuf et de l'autre h la tunique propre du 
jaune, suspendent celui-ci et le maintiennent en 
place. ^ (P-. G.) 

CIIALAZB. (noT. ) Lorsqu'on examine avec 
attention la surface externe de certaines espèces 
de semences, ou aperçoit ime petite proémi- 
nence, légèrement colorée, quelquefois spon- 
gieuse, d'autres fois calleuse. Ce tubercule, qui 
prend son origine h l'extrémité des vaisseaux om- 
bilicaux, a reçu le nom deChalaze. Il est rare que 
le Chalaze soit placé vers l'ombilic extérieur de 
la graine; souvent il lui est diamétralement op- 
posé , mais il communique avec lui au moyen d'im 
vaisseau particulier. (P. G.) 

CHALCAS, CluUcas. (bot. phan.) Genre de la 
familledesHespéridées, J. , et delà Décandrie Mo- 
nogynie, L. , établi par certains naturalistes pour 
une plante des Indes orientales , décrite et figurée 
par Rumph , sous le de nom Camuneng ou Camu- 
iiium; c eslle Clialcas paniculata de Linné, dont 
l'organisation offre tant d'analogie avec celle du 
Murraya , qu'on a proposé de les réunir en une 
seule espèce. Sonnerat lui donne le nom de Mar- 
sana ùuxifolia.YojezRi\mfh,lievh. amb. 5, p. 29, 
fig. 18; potu'les caractères, voyez Mueraya. 

, Trois autres arbrisseaux do flnde sont remar- 
quables par leurs usages et l'élégance de leur port. 
L'un d'eux, le C. javanense, passe chez les Ma- 
cassars pour avoir des propriétés médicinales. Son 
bois est si agréablement veiné de jaune, de blanc 
et de rouge, qu'il est réservé pour la confection 
des palanquins royaux. Bonne nature, ainsi, tou- 
joius et partout, quelques uns vous arrachent ce 
que vous offrez h tous ! (C. t.) 

CIIALCIDE , Chalets, (eept.) Ce nom signifiait 
Yairain chez les Grecs. Il paraît qu'au temps 
d'Arislotélès on l'appliquait à une sorte de reptile, 
que l'on appelait aussi Zygnis , et qui était sem- 
blable au Lézard pour la forme et au Serpent 
aveugle pour la disposition de la coloration , c'est- 
à-dire sans doute qu'il était de la couleur de l'ai - 
rain , et Plinius ajou'.e en effet qu'il avait des 
lignes couleur d'airain sur le dos ; ces caractères 
se reproduisant assez bien chez un Saurien tri- 
daclyle d'Italie, la plupart des auteurs de la re- 
naissance le regardèrent comme le Chalets d'Aris- 
lotélès. Ray entre autres le décrivit sous ce nom , 
et dit même, en considérant la brièveté de ses 
pieds et la distance qui les sépare, que c'était plu- 
tôt un Serpent h pieds qu'un Lézard. Ces idées se 
perpétuèrent long-temps , à cette légère diversité 
d'opinion près, que les uns le crurent ovipare, d'au- 
tres vivipare, les uns fort venimeux, sur la parole 
du maître de Stagyris, d'autres fort innocent. 
Mais quelques auteurs, sans trop peser les motifs 
d'une pareille détermination , transportèrent sur 
la fin du dernier siècle le nom de Chalcis à des 
Tome IL 90' Liv 



CHAL 

Sauriens sans analogie avec le Tridactyle d'Italie , 
et bien certainement ignorés des Grecs et d'Aris- 
totélès. Dans ces derniers temps l'on s'est efforcé 
deredresser cette erreur; mais, ces idées nouvelles 
n'étant pas universellement répandues, nous dé- 
crirons ici , ne fût ce que provisoirement , sous le 
nom de Chalcis , les Sauriens qui ont été décrits 
comme tels parDaudin et Cuvier. Les Chalcis, ou 
Chalcidcs de ces auteurs, sont des Sauriens à corps 
allongé, cylindrique, plus ou moins grêle, munide 
quatre pieds souvent rudimentaires , si petits, si 
dislans l'un de fautre, qu ils peuvent h peine sou- 
lever le corps et servir à la progression , ce qui a 
fait ranger ces animaux dans les Sauriens iirobènes 
ou Lézards qui marchent au moyen de leiu' queue; 
ces pieds sont très-courts et pourvus d'un nombre 
variable de doigts. La tête est pyramidale, qua- 
drangulaire, revêtue de plaques polygones; le 
tronc et la queue sont garnis en dessus et en des-- 
sous d'écaillés quadrangulaires presque égales, dis- 
posées en lignes transversales circulaires , ou en 
anneaux, en verticilles siu' le tronc et la queue j*^ 
la bouche est petite , non dilatable; les dents pe- 
tites, égales, simples, coniques, droites, insérées 
aux mâchoires seulement; la langue est mince, 
plate, entière, ou h peine incisée à sa pointe, lé- 
gèrement protractile peut-être, et écailleuse à sa 
surface; les Chalcidcs ont d'ailleurs forganisation 
extérieure et intérieure ainsi que les mœurs et les- 
habitudes des Lézards et des Scinques; comme eux 
ils se reproduisent par de petits œufs pisiformes 
qu'ils abandonnent dans le sable ; comme eux 
aussi ils sont tout-à-fait innocens. 

Quelques espèces de Chalcis ont le tympan ap- 
parent , et parmi elles il en est une à cinq doigts 
h tous les pieds; elle ne diffère guère des Gerrho- 
saures que par ses écailles dorsales , finement 
striées; elles sont du reste, comme chez les Gcr- 
rhosaures , légèrement inclinées , avec une série 
impaire rachidienne. L'on retrouve aussi chez cette 
espèce un pli latéral enfoncé ou suture , et des 
pores fémoraux; sa longueur est d'environ neuf 
pouces , la queue en forme les deux tiers ; sa gros- 
seur est à peu près celle du doigt annulaire; les 
parties supérieures du corps paraissent être d'un 
vert bronze uniforme ; les parties inférieures sont 
blanches; les plaques labiales sont marquetées de 
noir et de blanc. Cette espèce se trouve au Ben- 
gale et dans plusieurs points des Indes orientales; 
les auteurs modernes s'accordent assez volontiers- 
à la rapporter au Lacerta spps de Linnreus. 

Une autre espèce de Chalcide, à tympan appa- 
rent , a été décrite sous le nom de Lézard ou de 
Chalcide tétradactyle, parce qu'elle a quatre 
doigts à chaque pied; ces doigts sont inégaux aux 
pieds antérieurs ; le quatrième est le plus court , 
puis le premier, le deuxième et le troisième; aux 
pieds de derrière , c'est le premier qui est le moins 
développé, puis le quatrième, le deuxième et le 
troisième. Les écailles sont carrées et à côtés 
égaux, lisses; quelques auteurs disent qu'elles sont 
légèrement carénées , du reste inclinées, avec une 
série rachidienne impaire ; un pli latéral ou su- 
raison. 10 



CHAL 

tare, et des porcs aux cuisses s'observent encore 
ici; cette espèce est d'un vert-brunâtre uniforme 
en dessus , blanchâtre en dessous ; sa longueur est 
d'environ un pied , sa queue grêle en forme près 
des deux tiers; sa grosseur est celle d'une plume 
de paon. Merrem l'indique sous le nom de Tetra- 
dactylus c':alcidicus; Fitzin.ger en forme son genre 
Saurophis. 

Parmi les Chalcides à tympan caché sous la 
peau et non apparent à l'extérieur, on a signalé 
une espèce à cinq doigts à tous les pieds et munie 
d'un pli latéral ou suture. Cette espèce, qui pro- 
vient d'Amérique, a reçu le nom de Chalcide de 
Daudin. 

Une autre espèce décrite par Spix , sous le nom 
d'Hétérodactyle imbriqué, â cause de la disposi- 
tion de ses doigts , au nombre de quatre aux 
pieds de devant , de cinq aux pieds de derrière, et 
de celle de ses écailles, n'a point de pli latéral ou 
suture , et n'appartient par conséquent plus à la 
famille que Wiegmann a établie sous le nom de 
Ptygopleurcs , mais il possède aussi des pores aux 
cuisses. L'Hétérodactyle a des écailles hexagonales, 
allongées, droites, carénées-équilatérales sur le 
dos , lisses sur le ventre ; il est en dessus de cou- 
leur bronzée, avec une ligne pâle do chaque côté 
du dos; il est long d'un pied; la queue forme à 
peu près la moitié de celle longueur totale , sa 
grosseur est celle du doigt auriculaire. Il vit au 
Brésil. Wagler donne a rilétérodactyle le nom de 
Chirocoliis , qui peut signifier main incomplète , 
ne trouvant pas que le nom donné par Spix , et 
qui veut dire doigts dilTérens, indique d'une ma- 
nière assez précise la particularité du nombre des 
doigts de ce Chalcide. 

Fitzingcr a donné sous le nom de Brachypus 
(pieds courts) de Cuvier , une espèce qui a quatre 
doigts h chaque pied. Ces doigts sont très-courts, 
égaux , h un seul article, fmement unguiculés; les 
écailles sont subhexagonales, carénées, juxta-po~ 
sées et non imbriquées; derrière les pieds anté- 
rieurs on trouve un léger sillon , vestige du pli 
latéral des espèces précédentes ; il est vert bronzé 
en dessus, avec une petite ligne jaunâtre de cha- 
que côté du dos ; sa grosseur est celle d'une plume 
d'oie; sa longueur est de trois à quatre pouces; la 
queue forme environ les deux tiers de celte di- 
mension. 

Cuvier a indiqué une espèce h cinq doigts aux 
pieds antérieurs et trois seulement aux pieds posté- 
rieurs, provenant de la Guiane.On a encore décrit , 
d'après Lacépèdc , sous le nom de Chalcide jau- 
nâtre (^Chalcides jlavescens) , une espèce h trois 
doigts h chaque pied; Schneider lui a donné le 
nom de Chamœsaura coplilas ; Daudin, celui de 
Chakidetridactyie-, Merrem en faille type de son 
genre Chalcis sous le nom de C. eophias; tandis 
que Fitzinger donne le nom de Cophlas au genre 
qu'il forme d'après elle; enfin Daudin a décrit en- 
core sous le nom de Chalcide monodactyle une 
espèce à un seul doigt h chaque pied, Merrem 
en a fait un genre particulier sous le nom de 
ColpOus de Daudin; AVagler pense que ces deux 



74 CHAL 

dernières espèces n'en font peut-être qu'une, et l| 
que la dernière ne difiere de l'autre que parce II 
que les doigts ont pu être tronqués par ac- 
cident. Cuvier et Gray pensent même qu'elles 
sont la même espèce que la première mal ob- 
servée; ce sont des questions qui ne paraissent pas 
complélement résolues. A ces espèces il en faut 
joindre encore quelques unes qui ont le pied an- 
térieur h deux articles terminé par trois petites 
écailles, tandis que le pied postérieur n'est com- 
posé que d'une écaille allongée , conique , su- 
bulée, entourée h sa base de petites écailles gra- 
nulées. Ces espèces sont dépourvues de pli latéral 
et de pores fémoraux; l'une d'elles a les écailles 
hexagonales, allongées, lisses, plus étroites dessus 
le corps qu'en dessous; elle est verdâtre en dessus, 
avec dos lignes longitudinales d'une couleur 
bronzée plus foncée; le dessous est blanchâtre. 
M. Dorbigny en a envoyé un individu recueilli h 
Santa-Cruz : l'autre a des écailles carrées, lisses, 
tellement pressées les mies contre les autres que 
les anneaux qu'elles forment paraissent d'une 
seule pièce, elles sont un peu plus larges en des- 
sous qu'en dessus; cette espèce paraît d'un vert 
brunâtre uniforme en dessus, blanchâtre en des- 
sous. L'une et l'autre de ces espèces sont h peu 
près de la grosseur d'un tuyau de plume d'oie; 
leur longueur est de cinq h six pouces; la queue 
en prend pins de la moitié. 

eu ALCWITES , Chalcidiœ. (ms.) Tribu d'Hy- 
ménoptères delà famille des Pupivores, établie par 
Spinola , et ayant pour caractères : antennes de 
onze h douze articles, coudées, avec In partie au- 
delh du coude en massue allongée ; palpes très- 
courts; ailes n'ayant pas de cellule radiale, mais 
seulement une cellule cubitale ouverte. 

Les insectes qui composent cette tribu sont 
souvent ornés de couleurs métalliques très-bril- 
lantes, et ont presque tous la faculté de sauter; 
leur taille est quelquefois si petite qu'ils placent 
leurs larves jusque dans les œufs des insectes, car 
leurs mœurs ont beaucoup de rapport avec celles 
des Ichneumons. (A. P. ) 

CHALCIS, Chalcis. (iNS.) Genre d'Hyméno- 
ptères de la famille des Pupivores, tribu des Chal- 
cidiles , établi par Fabricius, et qui depuis a été 
subdivisé en une vingtaine de genres, mais que 
nous ne conserverons pas tous; ainsi nous réuni- 
rons , pour le moment , aux Chalcis propres des 
auteurs , ceux qui , comme les Dirrhines , les Pal- 
mon^ de Dalman, et les Chirocèrcs deLatreille , ont 
l'abdomen distinctement pétiole; cependant le 
dernier genre que nous venons de citer a cela de 
remarquable que les antennes sont en éventail. 
Tous offrent les caractères communs suivans : Ab- 
domen ovoïde, conique, pointu h son extrémité, 
pédicule ; tarière droite ; cuisses postérieures très- 
grandes; tibias arqués; la tôle est fort inclinée; 
les antennes sont coudées environ au tiers de leur 
longueur; le pédicule de l'abdomen est en forme 
d'un nœudpresque ovoïde; l'abdomenest très-petit, 
comprimé ; les hanches sont très-allongées ; les 
cuisses postérieures déniées en dessous. 



CHAL 



75 



CHAL 



C A PIEDS EN MASSTJE , C. clav'ipcs , Fab., fîguré 
clans notre Allas, pi. 92 , fig. 4- Long de trois h 
quatre lignes, entièrement noir, chagriné sur la 
tête et le corselet, luisant sur l'aLdomen; fémurs 
postérieurs fauves ; tous les tarses jaunâtres. 11 se 
trouve communément dans les endroits aquati- 
ques. (A. P.) 

CIIALEF, Elœagnus. ( noT. piian.") Genre et 
type de la famille des Elteagnées, dont la princi- 
pale espèce est un arbre connu vulgairement sous 
le nom d'Olivier- de Bohême; on le cultive dans 
nos jardins, où son feuillage argenté se détache 
élégamment sur le vert plus ou moins sombre des 
autres arbres. Il s'élève à quinze ou vingt pieds. 
Ses fleurs jaunâtres, et d'une odeur agréable, sont 
réunies trois h trois à l'aisselle des feuilles supé- 
rieures : celle du milieu domine un peu , et c'est 
la seule fertile; les deux autres restent stériles, 
par l'avortement de l'ovaire. Le fruit, à peine 
charnu, est recouvert de petites écailles sèches et 
comme micacées. 

Le Chalef que nous venons de décrire est , 
ainsi que son nom, originaire des contrées du 
Levant, où il se trouve très-communément; on 
y mange son fruit. Les aulres espèces , au nombre 
de douze , ofirent peu d'intérêt. Voici toutefois 
les caractères généraux qui servent à les classer : 
Fleurs hermaphrodites; une seule enveloppe flo- 
rale ou calice, non adhérent h l'ovaire, tubuleux 
inférieu rement , évasé au sommet , et divisé en 
quatre ou cinq parties ; autant d'étamines atta- 
chées et presque sessiles sur le calice; un style 
court , portant un stigmate glanduleux d'un seul 
côté; fruit formé par le tube du calice qui s'épais- 
sit et devient un peu charnu; noyau ovoïde , par- 
fois strié ; graine revêtue d'un périsperme très- 
mince. 

'"t Les Chalefs sont en général des arbres ou ar- 
brisseaux à feuilles simples. Celles-ci sont souvent 
recouvertes, ainsi que les jeunes tiges , par les 
écailles sèches et blanchâtres , qui donnent h ce 
genre un aspect particulier et le font reconnaître. 

CHALEFS (famille des), (nox. phan.) Voyez 

El.yEAGNiES. (L. ) 

CHALEUR. (PHYS.) V. Calorique. (F. F.) 
CHALEUR ANIMALE, (physiol.) Le corps des 
animaux vivans dégage constamment une certaine 
quantité de calorique, et par conséquent produit 
une quantité de chaleur que l'on désigne par le 
mot de Chaleur animale. Celte faculté est com- 
mune à tous, mais tous ne la possèdent pas éga- 
lement, et les diflerenccs qu'ils présentent h cet 
égard sont aussi variées qu'elles sont facilement 
appréciables. Les expériences les plus simples suf- 
fisent pour les constater : si l'on place , en effet , 
un poisson et un lapin h peu près de même vo- 
lume dans deux calorimètres, et qu'on les entoure 
de glace, la quantité de ce corps fondu dans un 
certain espace de temps donnera la mesure de la 
^anlité de chaleur développée par ces deux ani- 
maux. Après deux ou trois heures, par exemple , 
on trouvera plus d'une livre d'eau liquide dans 
l'iostrument qui renfermait le lapin, tandis qu'au- 



tour du poisson le poids do la glace fondue sera 
à peine appréciable. Cette difiérence dans la fa- 
culté de produire de la chaleur entraîne naturel- 
lement ridée d'une différence analogue dans la 
température des divers animaux: on a distingué 
par le nom d'animaux à sang c/irntd ceux dont la 
température se conserve à peu près la même au 
milieu des variations atmosphériques, et l'on donne 
celui d'animaux à sang froid à ceux qui ne pro- 
duisent pas assez de chaleur pour avoir une tem- 
pérature indépendante de ces variations. Dans la 
première catégorie se rangent les oiseaux et les 
mammifères; tous les autres animaux appartien- 
nent h la dernière. 

En prenant l'homme pour terme de comparai- 
son , on verra qu'il n'est pas celui des animaux à 
sang chaud qui a le plus de chaleur: les oiseaux 
tiennent h cet égard le premier rang. Les expé- 
riences comparatives tentées sur le chalet le chien 
d'une part , sur les chevaux, les brebis, les va- 
ches d'autre part, tendraient à prouver que la 
température moyenne des carnivores diffère peu 
de celle des herbivores, quoiqu'il y en ait parmi 
ceux-ci qui en aient une supérieure. 

Les deux classes d'animaux à sang froid s'éloi- 
gnent non seulement beaucoup de la température 
des animaux h sang chaud, mais entre elles-mêmes 
elles présentent une différence considérable : les 
reptiles développent une bien plus grande quantité 
de chaleur que les poissons , s'il faut en juger par 
le petit nombre d'expériences qu'on possède sur 
ce sujet. 

Les savans ne s'accordent point encore sur la 
véritable source de la Chaleur animale; de brillan- 
tes hypothèses, étayées de lois plus ou moins 
exactes delà chimie ou delà physique, sont encore 
aujourd'hui ce que la science offre de plus satis- 
faisant. Tantôt on la fait résulter du choc, du 
frottement, des liquides , du mouvement méca- 
nique des organes, et, par des calculs, au moins 
contestables , on a prétendu que son intensité 
était toujours en raison de la force impulsive du 
cœur , de la résistance des angles ou des courbures 
des vaisseaux. Quelques auteurs ont , avec Bichat, 
pensé que le chyle alimentaire, en passant de 
i'état de fluide î» l'état solide , abandonne le calo- 
rique nécessaire h la Chaleur animale ; d'autres 
enfin , et c'est le plus grand nombre , lui donnent 
pour principale cause l'acte respiratoire, pendant 
lequel l'oxygène de l'air se combine dans les pou- 
mons au carbone du sang pour former de l'a- 
cide carbonique ; ils se fondent sur ce fait que les 
parties les plus éloignées du centre de la circula- 
tion sont aussi celles qui se refroidissent le plus 
facilement, et sont généralement plus froides que 
les autres. Mais il s'en faut de beaucoup que les- 
expériences thermomélriqucs soient d'accord avec 
cette assertion. Dans un travail spécial sur ce 
point intéressant de la physiologie, nous avons 
démontré que les mains présentaient souvent «ne 
température plus élevée que les aisselles, que les* 
joues marquaient souvent aussi un demi-degré de 
plus que la poitrine, etc. 11 n'est donc pas encore» 



CHAL 



76 



CHAL 



permis de fixer les vérilables causes productrices 
de la Chaleur animale, et il est plus sage, dans 
l'état aclucl de nos connaissances, de ne point lui 
assij:;ner une cause unique. Les physiologistes qui 
ont traité le plus récemment ce sujet ont plutôt 
franchi la question qu'ils ne l'ont abordée; pour 
eux la cause de la caloricilé paraît être l'action 
que le sang artériel exerce sur les tissus sous l'in- 
fluence du système nerveux. En effet , disent-ils, 
on a prouvé par l'expérience qu'en détruisant le 
cerveau ou la moelle épinière d'un chien , ou en 
paralysant l'action de ces organes par des poi- 
sons énergiques, tout en entretenant, par des 
moyens artificiels, le mécanisme h l'aide duquel 
l'air se renouvelle dans les poumons , le corps se 
refroidissait rapidement. D'un autre côté, pour dé- 
montrer que l'action du sang artériel crait indis- 
pensable à la production de ce phénomène, on a 
expérimenté que la suspension de la circulation 
de ce liquide dans une partie entraînait toujours 
le refroidissement de celle partie, et que d'ailleurs'Ies 
animaux dont le sang était le plus chargé de par- 
iicules solides étaient aussi ceux qui produisaient 
le plus de chaleur. 

Quelles que soient , au reste, les causes qui la 
produisent , il nous paraît , si ce n'est plus cu- 
rieux, du moins plus important, d'étudier les va- 
i-ialions qu'elle présente non seulement, ainsi 
que nous l'avons dit, dans les différentes classes 
d'animaux, mais encore dans les mêmes espèces 
en raison des conditions diverses dans lesquelles les 
individus se trouvent placés. C'est une donnée, 
vulgairement acceptée , que l'enfance produit plus 
de chaleur que les âges qui la suivent; mais elle 
«e saurait s'appliquer aux premiers jours de 
l'existence; la température s'abaisse alors très-faci- 
lement, et les enfans, dans les premiers jours de 
la vie, sont si peu capables de résister h l'influence 
du froid qu'il en meurt un plus grand nombre 
pendant 1 hiver que dans toute autre saison. 
Los jeunes animaux ii sang chaud qui nais- 
sent les yeux ouverts, et qui peuvent aussitôt 
après leur naissance courir et chercher leur nour- 
riture , produisent aussi en naissant une plus 
grande quantité de chaleur, et sont par consé- 
quent plus capables de résister à laclion du froid: 
il n'en est pas de même de ceux des mammifères qui 
naissent les yeux lermés, ou des oiseaux privés de 
plumes au sortir de l'œuf. Si des chiens ou des 
chats nouveau-nés sont , pendant un certain temps , 
éloignés de leur mère et exposés à l'air, ils se re- 
froidissent; ce refroidissement peut déterminer la 
mort. Un peu plus tard la production de chaleur 
devient plus considérable; nous avons trouvé, en 
répétant l'expérience , une différence d'un demi- 
degré en plus chez un enfant que chez un adulte. 
J. Davy avait rencontré le même résultat en ex- 
périmentant sur un agneau et sur une brebis. En 
comparant la température de deux jeunes gens à 
celle d'une demoiselle de même âge, celle des 
deux premiers mesurée h la main était de 29° et 
demi, et la dernière présentait un peu moins 
de 29". 



Quant au tempérament, de deux jeunes gens du 
même âge, l'un éminemment sanguin, et l'autre 
ayant tous les caractères d'un tempérament bi- 
lieux , ce dernier a constamment fait monter le 
thermomètre d'un degré de plus. Répétée dans des 
circonstances diverses, les résultais ont à peu 
près été les mêmes. 

La température atmosphérique , celle des mi- 
lieux dans lesquels les animaux peuvent se trou- 
ver, exerce aussi des changemens dans celle de 
l'économie animale qu'il est intéressant de noter. 
Sans doute la plupart des mammifères et des oi- 
seaux développent assez de chaleur pour conser- 
ver la même température en été et en hiver, pour 
résister , dans certaines limites , h l'action d'une 
chaleur intense ou d'un froid très-vif. Il en est 
quelques uns qui ne peuvent élever leur tempé- 
rature que de 12 ou ï 5 degrés, lorsque celle de 
l'atmosphère est à zéro et au dessous; aussi pen- 
dant l'iiivcr reslent-ils plongés dans une sorte de 
torpeur qui dure jusqu'à !a belle saison, parce 
que le refroidissement qu'ils subissent ralentit 
chez eux le mouvement vital. Ces animaux hiber- 
nans semblent être les intermédiaires entre les 
animaux à sang chaud et ceux à sang froid. 

Fordvce , Delaroche et BerDrer ont cherché à 
déterminer l'élévation de température qui surve- 
nait après un séjour plus ou moins prolongé dans 
l'air sec et chaud des éluves, et s'ils n'ont pas 
toujours obtenu des résultats identiques , il faut 
peut-être l'attribuer h leurs dispositions indivi- 
duelles; l'augmentation de la chaleur a toujours, 
du reste, été manifeste, et a varié entre i°et 4°. 
Il parait encore constant que l'air chaud et hu- 
mide tend à élever plus rapidement et davantage 
la température ordinaire du corps. Ce qui nous 
paraît hors de doute, c'est que la tcmpér;iture du 
corps s'élève bien moins rapidement sous fin- 
fluencc d'une forte chaleur, qu'elle ne s'abaisse 
vite lorqu'il est soumis à l'action du froid. Si 
quelque partie du corps seulement est placée dans 
les conditions d'accroissement de chaleur ou de 
refroidissement , le reste de l'économie subit des 
variations analogues. Il serait trop long de repro- 
duire ici les expériences nombreuses que nous 
avons répelées sous ce rapport. Mais aucune d'el- 
les ne nous a démontré qu àrinstanl où la chaleur 
se rétablit, et où celle sensation est vivement 
éprouvée par le sujet qui s'est soimiis h un re- 
froidissement , la température dépassât le point 
de départ; nous nous sommes convaincus , au con- 
traire , que l'équilibre ne se rétablissait qu'après 
un temps assez long. Tout le monde connaît au 
reste le fait suivant: Si Ion plonge une main dans 
l'eau très-froide, tandis que l'air est à une tempé- 
rature agréable, quelque temps après avoir retiré 
la main de l'eau et après l'avoir essuyée , on res - 
sent une chaleur beaucoup plus vive qu'à l'autre 
main ; cependant si on les applique l'une contre 
l'aulre, on s'aperçoit que celte sensation est trom- 
peuse, car la main qui paraît plus chaude refroi- 
dit l'autre par le coçtact. Celte illusion paraît dé- 
pendre de la vitesse avec laquelle la température 



yy. ^j. 




i Cliaiiiciiis •' ('lia. MOI 

^ CiiainAM'opo 






^-li/^AL HVg5^ 



w. 



CHAM 



tend à se rétablir dans la main qui a été refroidie. 

Si, comme nous l'avons dit plus haut, l'homme 
■et les animaux subissent, toutes circonstances 
particulières à part, plus facilement des abaisse- 
mens que des élévations de températiu'C , ils ne 
peuvent supporter les dernières au - delà d'i n 
petit nombre de degrés sans perdre la vie: suivant 
Linnirif^s, des hommes ont péri, au milieu des 
rues de Charlcs-Town , lorsque le thermomètre 
marquait h l'ombre 29° \ , ce qui donne environ 
«ne chaleur de 40° l, au soleil. 

L'exercice, ou le sait , augmente momentané- 
ment la production de chaleur, et l'accélération 
des mouvemens respiratoires est suivie du même 
effet. Pendant le sommeil, celte faculté paraît être, 
au contraire , moins puissante que dans la veille; 
aussi les hommes exposés à linlluence d'un froid 
rigoureux, et qui s'endorment imprudemment, suc- 
combent-ils plus facilement que ceux qui résistent 
au sommeil. Brisés par la fatigue , accablés de 
privations de toute es^^èce, les malheureux soldats 
qui, dans la campagne de Russie, cédaient à l'irré- 
sistible besoin du sommeil, ne se relevaient plus de 
leur couche glacée. 

L'évaporation qui se fait par l'appareil de la res- 
piration à la surface du corps, lorsqu'il est soumis 
h une température élevée, est une des causes qui 
détruisent les effets qui peuvent en résulter. Pour 
se transformer en vapeur, l'eau enlève du calorique 
à tout ce qui l'environne , et par conséquent re- 
froidit le corps à mesure que la chaleur extérieure 
l'échauffé. Des chiens , des lapins , des cabiais , 
des oiseaux, enfermés dans des étuves échauffées 
il So", ont promptement succombé, et tous éprou- 
vaient les symptômes qui chez l'homme accompa- 
gnent une chaleur trop considérable , savoir : une 
accélération plus grande de la respiration , une 
sueur abondante, une anxiété extrême, quelque- 
fois des mouvemens convulsifs, et un affaiblisse- 
ment progressif qui se terminait par la mort. 

(P. G.) 

CHALOUPE CANNELEE. ( moll. ) Nom vul- 
■gaire et marchand donné quelquefois h Yy4rgo- 
naute ars,o. ( V. AncoNAUTB.) (Guék.) 

CHAM/EROPE , C/iamcerops. (bot. riUN. ) Ce 
«om désigne un palmier très-humble de taille, 
mais qui a pour nous autres , habitans de la plus 
petite partie du globe , un intérêt tout patrio- 
tique : seul de sa famille, il croît en Europe, 
adoptant , il est vrai , les contrées les plus chaudes, 
telles que la Sicile, dont il borde les côtes; les 
■environs de Gênes et de Nice, où ses feuilles 
forment les balais du pays; 1 Espagne, où il est 
parfois aussi commun que certaines herbes dans 
nos champs. Inutile de dire qu'il est très-abon- 
dant en Afrique. Il a réussi dans la Provence; mais, 
ce qui est plus curieux , le Jardin des Plantes de 
Paris en possède deux pieds d'une vaste étendue , 
et d'ïme végétation assez vigoureuse pour étonner 
les étrangers qui viennent des contrées méridio- 
nales. Le Chamwropc, représenté dans notre At- 
las, pi, 93 , fig. 4 , fait partie de l'Hexandrie tri- 
^ynie, L.; c'est, comme nous l'avons dit, un pal- 



77 CHAM 

mier fort peu élevé, souvent même sans lige; ses 
feuilles , profondément digitées et portées sur un 
pédoncule épineux , font l'effet d'un large éventail 
planté en terre , d'où le nom de Palmier éventail, 
donné au Cliamcerope. Ses fleurs doivent êlie re- 
gardées en général comme complètes et herma- 
phrodites; si certains pieds n'en portent que de 
mâles , c'est un avorlement accidentel , et non ua 
caractère du genre. Elles se composent ainsi : 
spalhe monophylle, de laquelle sort un spadicc 
rameux ; calice formé de trois écailles coriaces , 
dressées, arrondies, mais im peu aiguës ai^ som- 
met ; six élamines, réunies en urcéole par leur 
base; anthères cordiformes biloculaires ; au fond 
de l'urcéole des étaniines sont trois ovaires, por- 
tant chacun im style et un stigmate h sillons 
glanduleux; deux des ovaires avortent ordinaire- 
ment ; celui qui reste , semblable à un segment 
d'ovoïde, c'esl-h-dire plat sur deux faces et con- 
vexe sur l'autre, est orbiculaire et uniovulé. 

On ne connaît guère les autres espèces de Cha- 
mœrope; plusieurs sont même douteuses. (L.) 

CHAMAGROSTIDE, Chamagrostis. (bot. i-han.) 
Genre de la famille des Graminées, caractérisé 
par ses fleurs en épi, dirigées du même côté; une 
lépicène uniflore à deux valves oblongues, tron- 
quées; luie glume laciniée et soyeuse, en forme de 
godet ; deux stigmates velus; un grain ou caryopse 
terminé en pointe et non sillonné. 

L'unique espèce de ce genre , Cliamagrostis mi- 
nima, avait été confondue par Linné avec ses 
Agrostis; mieux déterminée par Adanson ,elle re- 
çut de lui le nom de Mibora; puis, de Smith, 
celui de Knappla; elle devint ensuite la Sturmia 
de Ilope; car chacun, pouvant observer cette pe- 
tite plante dans tous les lieux sablonneux de l'Eu- 
rope, s'empressait h l'envi de corriger une inat- 
tention du grand législateur. Enfin, M. de Candolle 
l'a décrite sous la désignation de Cliamagrostis , 
qui s'accorde bien avec son hiuuble taifle. Si quel- 
que nouveau botaniste désire encore exercer son 
imagination sur celte jolie petite graminée, nous 
l'envoyons au bois de Boulogne ou h celui de Ro- 
mainvifle, où , dès les premiers jours duprinlemps, 
elle couvre la terre de son gazon élégant ,• il la 
reconnaîtra h ses touffes serrées , à ses feuilles 
courtes et filiformes , et aux caractères génériques 
ci-dessus indiqués. (L.) 

CHAMEAU , Camelus. (masî. ) Ce genre , ainsi 
que le comprenait Linné, est formé par la réu- 
nion des Lamas et des vrais Chameaux (ces der- 
niers sont les seuls qu'il renferme aujourd'hui) ; 
il compose avec celui desChevrolains la première 
famille de l'ordre des Ruminans (famille des Ca- 
méliens de Blainville, qui ont pour caractère d'ê- 
tre privés de cornes). Voy. l'art. Ruminant de ce 
Dictionnaire , et le mot Lama ; nous ne traiterons 
ici que des Chameaux proprement dits. 

Ces derniers, quoique étant de véritables ru- 
minans, se rapprochent cependant un peu de 
certains animaux de l'ordre des Pachydermes ; 
leurs dents sont au nombre de trente-quatre, savoir : 
do\ize molaires supérieurement, dix inférieure- 



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ment , deux canines h. chaque mâchoire , six 
iacisives en bas el deux en haut ; au lieu de gi-ands 
sabots aplatis sur un de leurs côtés et qui enve- 
loppent toute la partie inl'érieure de chaque doiiît , 
lUi déterminant la figure d'un pied fourchu, les 
Chameaux nont que de simples ongles assez sem- 
blables à ceux des Tapirs, adhérant seulement à 
la dernière phalange, et une sorte de semelle cal- 
leuse, commune aux deux doigts qu'elle contribue 
à réunir inférieurement, et dont elle empêche les 
mouvemens séparés. Ces animaux ont le cou très- 
longet courbé en S; leur lèvre supérieure est renflée 
et fendue; leurs narines ne sont point percées dans 
im mufle, et leur estomac, au lieu d'êlrc composé 
de quatre poches comme celui de tous les rumi- 
nans, en présente une cinquième, qui est un ap- 
pendice de la panse, destiné à retenir ou à sécréter 
une certaine quantité d'eau que l'animal fait mon- 
ter dans sa bouche, afin d'étancher sa soif lors- 
qu'elle devient trop gênante. Les mamelles sont 
ventrales et au nombre de quatre. 

La conformation extérieure des Chameaux a 
quelque chose d'étrange et de rebutant; leur mau- 
vaise grâce, la difficulté de leurs mouvemens, la 
saillie de leurs lèvres, les loupes graisseuses de leur 
dos et les callos tés qui garnissent ceilaines parties 
de leur corps, leur donnent un aspect repoussant; 
mais leur extrême sobriété, la docilité de leur 
caractère et les services qu'ils rendent à l'homme 
les rendent de la première utilité, et font bientôt' 
oublier leurs prétendues difformités. Ils ont des 
callosités aux coudes , aux genoux de devant , et 
sur la poitrine; c'est sur elles qu'ils s'appuient 
lorsqu'ils se reposent; quelques personnes ont pensé 
qu'elles étaient occasionées par le frottemciit au- 
quel ces parties sont exposées et le poids 
qu'elles supportent; les loupes graisseuses ou 
bosses sont un des principaux caractères qui dis- 
tinguent les espèces de Chameaux entre elles, et 
celles-ci des animaux du genre Lama; elles sont 
placées sur le dos : dans le Chameau ordinaire ou 
de Baclriane, elles sont au nombre de deuxctordi- 
nairement tombantes; le Dromadaire au contraire 
n'enaqu'uneseule, laquelle est toujours droite. 

Le Chameau et le Dromadaire, qui sont deux es- 
pèces distinctes et non pas deux variétés comme 
le pensait BulTon, sont les seuls animaux que l'on 
comprenne aujourd'hui sous le genre CamtUis ^ ils 
ont avec les Lamas les caractères communs qui 
suivent : une cinquième poche stomacale, ayant 
la propriété de sécréter une lir|ucur transpai'ente 
assez analogue à l'eau (cette facilité parait tenir 
h de grands amas de cellules qui garnissent les 
côtés delà panse, et dans lesquelles la liqueur se 
produit continuellement, ouest retenue après que 
l'animal l'y a fait entrer comme boisson). Ces ani- 
maux urinent en arrière , mais ils sont obligés de 
changer la direction de leur verge pendaht l'ac- 
couplement, qui se fait avec beaucoup de peine, et 
pendant lequel la femelle reste couchée. Au temps 
du rut, il suinte de leur tête une humeur fétide. 

CuAMEA.u A VEUX BOSSES, appelé aussi Chameau. 
TURC ou DE Bactbiane , CumeUis. bactriatius. 



L. C'est le Chameau de Brissonct deBuflbn, cl le 
Camelas BactricB de Pline, représenté dans notre 
Atlas, pi. 93,fig. I. Cet animal parait être le Di- 
tjles des Grecs; il se distingue au premier coup. 
d'œil par des bosses graisseuses , qui sont au nom- 
bre de deux, l'une sur le garrot cl qui tombe or- 
dinairement de côté , l'autre placée plus en arrière,, 
et qui reste le plus souvent droite. Le Chameau 
est généralement plus grand que le Dromadaire ;, 
ses jambes paraissent moins hautes proportionnel- 
lement ; sa démarche est plus lente, et ses lèvres 
plus renflées; son corps est couvert de poils lai- 
neux, très- touffus et très-longs , parmi lesquels il 
s'en trouve quelques uns plus longs et plus gros; sa 
couleur est brun-roussâtre. 

Le Chameau existe naturellementdansunegrande 
partie de l'Asie , où il est employé depuis la plus 
haute antiquité au service domestique et mili- 
taire : on a essayé de le transporter en Amérique, 
mais il n'y a point réussi, faute des soins néces- 
saires . non plus que dans le midi de l'Europe; 
mais il s'est parfaitement acclimaté en Afrique, 
où il existe depuis un assez long temps, que certains, 
auteurs font remonter à l'époque des conquêtes' 
des Arabes; il est généralement plus recherché que 
le Dromadaire, quoique celui-ci supporte plus, 
facilement la fatigue et la faim. 

Dromadaire, Cumclus droviedarius , h. Celt©; 
espèce, appelée aussi Chameau h une bosse ou d'A- 
I abie, est le Camclus Arablœ de[Pline ; on l'a repré- 
sentée dans notre Atlas, pi, 93, fig.2. Quoique 
moins grande que la précédente, elle est plus vi- 
goureuse et encore plus habituée aux privations; 
elle a pour caractères : une seule bosse arrondie 
placée au milieu du dos ; son poil est doux, lair 
ncux, et médiocrement long sur la pins grande 
partie du corps, mais il est plus fourni et plus 
grand sur la bosse, la gorge et les membres; sa 
couleur est d'un gris roussâtreplusou moins foncé.. 

On dislingue trois variétés de l'espèce du Dro- 
madaire; la première est" celle du Dromadaire 
brun ou du Caucase, qui est plus fort que les autres, 
dont il se distingue par son corps trapu et sa 
couleurtoul-à-fait semblable à celle du Chameau; 
il a dessous la gorge une grande barbe, et un large fa- 
non sous le cou. On l'emploie pour le transport des 
fardeaux le plus pesans; ilpeut faire dix lieues par 
jour et porlcr plus de douze cents livres. La se- 
conde variété est connue d'après un individu 
provenant d'Egypte; elle est plus grande que les 
autres; son corps est recouvert de poils unilbrmi^ 
ment gris et courts. La troisième est celle du 
Dromadaire blanc, qui est en effet de celte couleur 
dans son jeune âge , mais qui devient ensuite d'un- 
gris roussâlrc; sa tête, sa bosse et ses jambes de. 
devant, ainsi que son cou eu dessus et en dessous,, 
sont couverts de longs poils. 

Le Dromadaire est aujourd'hui répandu: 
dans toute l'Afrique, et dans une grande partie de 

I Asie; quelques individus existent même enMorée. 

II parait avoir pris naissance dans l'Arabie ; cette, 
contrée est , en effet, celle où on le trouve eai 
plus grand nombre, et > à laquelle . il est le plus:. 



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conforme. «L'Arabie, dit Buffon, est le pays du 
monde où l'eau est le plus rare; le Chameau est 
le plus sobre de tous les animaux et peut passer 
plusieurs jours sans boire; le terrain est presque 
partout sec et sablonneux : le Chameau a les pieds 
faits pour marcher dans les sables , et ne peut au 
contraire se soutenir dans les terrains humides et 
glissans; l'herbe et les pâturages manquent h 
cette (erre , le bœuf y manque aussi , et le Cha- 
meau remplace celle bêle de somme. » 

Les deux espèces du genre Can^elas sont au- 
jourd'hui acclimatées dans toute l'Afrique ; elles 
le sont aussi dans la partie ouest de l'Asie jusqu'en 
Chine; elles paraissent originaires de l'Arabie, 
delà Perse et de la Turquie d'Asie: suivant cer- 
tains auteurs, elles n'existaient point encore en 
Afrique avant les premiers siècles de notre ère; 
on pense aujourd'hui qu'elles sont tout-h-fait ré- 
duites en domesticité ; cependant Pallas rapporte, 
sur la foi dos Bouchares et des Tarlares, qu'il y a 
des Chameaux sauvages dans les déserts du milieu 
de l'Arabie ; mais il faut remarquer , dit Cuvier , 
que les Ralmoucks, par principe de religion, 
donnent la liberté h toutes sortes d'animaux. 

En Turquie, en Perse, en Arabie, en Egypte, etc. , 
le transport des marchandises ne se fait que par 
le moyen de ces animaux. Les commerçans et les 
voyageurs , pour éviter les insultes et les pirateries 
des Arabes, se réunissent par troupes nombreuses 
connues sous le nom de caravanes. Ces troupes 
sont exclusivement servies par les Chameaux et les 
Dromadaires, qui y sont en plus grand nombre que 
les hommes. Lorsqu'une caravane doit se mettre 
€n route, on charge les Chameaux de volailles, 
d'eau , de légumes , de charbon , etc. ; les Dro- 
madaires sont réservés aux voyageurs. Lorsque 
l'on est préparé, un Arabe, chargé de conduire 
la troupe, se place en avant; il est suivi par les 
Chameaux qui portent le bagage, et les Droma- 
daires ferment la marche; au moment du départ, 
le conducteur entonne, en guise de chanson , une 
«espèce de râlement des plus singuliers, et aussitôt 
les animaux se mettent en marche, accélérant le 
pas ou le ralentissant , selon que le chant est alle- 
gro ou largo : aussi, lorsqu'une caravane veut aller 
à grandes journées , le conducteur ne cesse-t-il 
Tin seul instant sa musique; et, lorsqu'il est fatigué, 
un autre homme le remplace. 

La chair des jeunes Chameaux est aussi bonne 
que celle du Veau; le lait que les femelles produi- 
sent en abondance est également fort estimé, 
on en fait du beurre et des fromages. La chair des 
individus adultes se mange aussi ; quoique plus 
dure que celle des jeunes, elle n'est cependant pas 
désagréable. Le poil de ces animaux est très- em- 
ployé; on le coupe h certaines époques de l'année, 
et on en fait des tissus assez variés. 

Ces animaux étaient connus des anciens , qui 
les employaient aux mêmes usages que nous. 
Aristote et Pline en parlent avec assez de détails, 
et savent parfaitement distinguer le Chameau du 
Dromadaire. Cyrus les employa dans la guerre 
contre Crésus, et ils contribuèrent, h ce qu'on as- 



sure , beaucoup à la victoire ,'en portant la terreur 
et le désordre dans la cavalerie ennemie. Tite-Live 
fait mention d'archers montés sur des Chameaux 
et armés d'épées longues de six pieds , afin de pou- 
voir atteindre leurs adversaires du haut de leur 
monture; quelquefois deux archers se plaçaient 
sur le même animal adossés l'un contre l'antre, 
afin de faire face h l'attaque et h la défense. Moïse 
mit le Chameau au nombre des viandes impures, et 
il en défendit la chair aux Hébreux ; mais il n'en 
était pas de même chez les Perses, qui le servaient 
sur les meilleures tables. A Rome on connut aussi 
ces animaux , et sous les empereurs on en vit plu- 
sieurs vivans. Héliogabale fit servir leur chair 
dans plusieurs de ses festins , en même temps que 
celle des Autruches; il estimait surtout leurs pieds 
et se rejouissait en pensant qu'il avait inventé un 
nouveau mets. 

CimiEAu TURC. Ce nom est celui du Chameau 
h deux bosses ou Chameau proprement dit; on 
appelle le Dromadaire Chameau d'Arabie. 

Le Chameau LÉOPARD , et mieux Caméléopard, 
est la Girafe, que les anciens ont dit ressembler en 
même temps au Chameau et à la Panthère ou 
Léopard. 

Le Chameau du Pérou est le Lama; le Cha- 
meau DE RiviÎLRE, de quelques endroits de l'Elgypte, 
est le Pélican; et le Chameau marin, une espèce 
de poisson, du genre Ostracion, ÏO'<lrac'ion tur- 
riius de Linné, figuré par Bloch , i36. (Gerv.) 

CHAMEG ouCHAMER. (mam.) Cet animal est un 
quadrumane du genre Atèle {voy. ce mot) , ÏA- 
teles subpendactyUis, GeofF. H habite le Pérou et la 
Guiane. (Gerv.) 

CHAMOIS. ( MAM. ) Cet animal, représenté 
dans notre Atlas, pi. 95 , fig. 3 , appartient au genre 
Antilope , c'est V Antilope rupicapra de Linné ; 
ses cornes sont d'abord droites, puis recourbées su- 
bitement en arrière à leur pointe , ce qui l'a fait 
considérer comme le type d'un sous-genre dis- 
tinct, yoy. l'article Antilope de ce Dictionnaire, 
tom. I , p. 221. 

Le Chamois est le seul animal du genre des Antilo- 
pes que possède notre Europe occidentale ; il se 
tient en petites troupes dans la région moyenne 
des plus hautes montagnes; on le trouve principa- 
lement dans les Alpes et les Pyrénées, où il est 
connu sons le nom d'Isard. 

La taille du Chamois est celle d'une chèvre; son 
pelage, assez long et bien fourni, se compose de 
poils soyeux et de poils laineux; il est brun foncé 
en hiver et brun fauve en été; sa tête est toujours 
d'un jaune pâle, avec une bande brune sur le mu- 
seau et le tour des yeux; une ligne blanche borde 
ses fesses. On chasse les Chamois pour leur chair, 
et principalement pour leur peau, qui est employée 
avec ses poils , comme fourrure , ou sans poils : 
dans ce dernier cas, elle est travaillée par les mégis- 
sierset les chamoiseursqui lui font subir plusieurs 
préparations successives afin de l'assouplir, de lui 
donner du corps, et même de la colorer. Le com- 
merce de ces peaux était autrefois assez considé- 



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rablc eu France, mais il a beaucoup diminué de- 
puis quelques années; cependant on les recherche 
encore pour fiiire des gants, des ceintures, des 
culoltes, et môme des vestes et des bas. ( Gerv. ) 

CIIAMOllJNY (Vallée de). (cÉocn. nivs.) Cette 
célèbre vallée de la Savoie, qui n'est pour ainsi 
dire connue que depuis moins d'un siècle, est au 
jourdhui visitée par un si grand nombre de cu- 
rieux, et a acquis une telle célébrité, que le plus 
chétif dessinateur, que le plus modeste bourgeois 
qui vont chercher dans les Alpes, l'un des sujets 
d'études , l'autre l'aliment d'une stérile curiosité, 
jie croient avoir vu tout ce que ces montagnes 
renferment de plus intéressant que lorsqu'ils ont 
foulé le pied duMont-BIanc , que lorsqu'ils ont fait 
une promenade dans la longue et étroite vallée de 
Chamouny. 

Elle "doit son nom h un village qui doit lui- 
uièmc son origine à un couvent de IJénédictins , 
dont la fondation remonte h l'an 1099; mais ce 
village serait resté pauvre sans la célébrité qui 
s'est attachée h celte petite localité , depuis que le 
voyageur anglais Pocockc, en 1741 > étonné que , 
située h 18 lieues de Genève, cette vallée lut 
restée ignorée , en donna une description d'autant 
plus pompeuse qu'elle ne méritait pas cet oubli , 
et surtout depuis l'intéressant ouvrage de Saussure 
sur les Alpes. Les visites d'une foule d'étrangers 
qui s'y succèdent pendant les quatre seuls mois 
de l'année où le voyage en soit possible , ont 
porté le nombre de ses habitans h environ 1 700,'et 
V ont réuni toutes les ressources et les commodités 
qu'une petite ville peut offrir au voyageur. 

Le village est situé, selon Ebel, h 2,040 pieds 
an dcssTTS du lac de Genève , et à 3, 1 74 •''" dessus 
du niveau de la mer. La vallée est formée par des 
montagnes couvertes de neige : au nord ce sont 
le Brévcnt et les Aiguilles-ïlouges; au sud c'est 
le groupe du Mont-Blanc. De la base de celui-ci 
descendent jusque dans cette vallée d'énormes 
glaciers, tels que ceux des Bossons, de la Tour, 
.des Bois et d'Argentière , ainsi que celle fameuse 
vicr de glaces, dont l'étendue est de 2 lieues, et 
que l'on aperçoit en entier du haut du Montaa- 
vert. L'Arve, qui prend sa source au col de Balme 
à l'extrémité sud-ouest de la vallée , arrose celle- 
ci et la fertilise, mais sonvent y cause de grands 
ravages parles crues violentes qu'éprouvent ses 
eaux arrèlées lout à coup par les avalanches. 

La vallée de Chamouny présente confondus 
les di\ erses saisons et les différons climats : géné- 
ralement l'hiver le plus rigoureux y dure depuis 
.le mois d'octobre jusqu'à celui de mai; dans cette 
saison , le sol est couvert de 3 et même de 12 pieds 
de neige; les douces journées du prinlemps y sont 
pour ainsi dire inconnues ; on y passe , comme 
dans les régions polaires, presque subitement de 
l'hiver II l'élé; mais dans celle dernière saison le 
thermomètre ne monte pas le matin à plus de 
9 degrés et h midi à plus de 1 5 ou 17 ; très- rare- 
ment il alleint 20 degrés; quelquefois même les 
jours d'été sont si froids qu'on ne peut pas se pas- 
ser de l'eu, Les produits de h culture présentent 



un singulier aspect : les fruits de l'automne mû- 
rissent à côté des fleurs du prinlemps , et les cé- 
réales croissent près d'énormes amas de neige et 
de glaces. Les prairies , liworisées par l'humidité 
du sol et des roches, forment la principale richesse 
de la vallée de Chamouny. 

Celte vallée est creusée au milieu de calcaires 
appartenant au terrain intermédiaire; mais le 
calcaire qui forme les sommités près d'Argentière 
renferme du mica et du feldspath , et présente 
tanlôt les caractères du marbre cipolin , tantôt 
ceux de la roche appelée Calcipkyre. (J. 11. ) ' 

CHAMPIGNONS, Fungi (bot. crypt. ) Les 
Champignons, considérés d'une manière générale, 
sont des êtres organisés , de consistance et de du- 
rée variables : il y en a de charnus, de subéreux , 
de pulpeux, de mucilagineux, etc. Leur accrois- 
sement , qui est lent ou rapide , est toujours en 
rapport avec leur consistance. Leur forme varie ci 
linfini : ils représentent tanlôt des masses irré- 
gulières , tanlôt des sortes de filamens, de mame- 
lons , de capitules, de rameaux, de digitalions , 
qui offrent h l'œil une organisation curieuse imi- 
tant des lames, des porcs , des papilles , des veines , 
des globules, etc. 

Les Champignons se distinguent des Lichens et 
des Algass , cryptogames avec lesquels ils ont le 
plus d'analogie, par l'absence de toute espèce de 
fronde ou de croûte portant les organes delà fruc- 
tification. Leurs sporules, ou organes reproduc- 
teurs , organes diversement situés et qui ont servi 
à établir les genres, sont nichés dans la substance 
même du Champignon, épars h l'extérieur, 
libres et fugaces , ou bien entourés d'une matière 
glaireuse sur laquelle l'eau agit facilement, et 
sert ainsi d agent de disséminalion. 

L'ancien ordre des Champignons , établi par 
Linné et conservé par les botanistes modernes, 
est partagé en cinq familles, savoir : Les Cham- 
pignons proprement dits, \d& Lycopcnlacées , les 
llypoxilons , les Mucèdinces elles Urédinées. 

Les Cu.v.viPic?iOi\s , Fungi , sont des végétaux 
charnus ou subéreux, dont les sporules sont ren- 
fermées dans de petites capsules membraneuses , 
qui , par leur réunion , constituent une membrane 
diversement repliée , laquelle membrane recouvre 
tout ou ime partie seulement de la surface du 
Champignon. 

Les LvcoPERDActES , Lycoperdacece , ont les spo- 
rules non renfermées dans des capsules distinctes. 
Ces sporules sont enveloppées dans un péridium 
charnu ou membraneux , qui d'abord est fermé 
de toutes paris , et qui ensuite s'ouvre et laisse 
échapper les sporules sous forme de poussière. 

Dans les Hypoxieons , liypoxila, les sporules 
sont contenues dans des capsules propres qui sont 
renfermées elles-mêmes dans un péridium dur et 
ligneux, qui s'ouvre plus ou moins régulièrement, 
et qui donne passage aune gelée mêlée de sporules. 

Les MucÉDiNÉEs_, il/«cef/Vne«, ont des sporules 
nues, portées sur des fdamens diversement rami- 
fiés et entrecroisés. 

Enfin les UBiiDiNÈES, Uredineœ, ont les sporules 

renfermées 



CIIAM 



81 



CHAM 



renfermées dans des capsules libres , ou éparses h 
la surface d'une base filamenteuse ou pulvéru- 
lente. 

Histoire physiologique des Champignons. 

L'histoire physiologique des Champignons, dit 
M. Dutrochet, est un des points les plus obscurs 
de la physiologie végétale. Presque tout est pro- 
blématique dans ces plantes , si différentes des vé- 
gétaux verts par leurs formes , et qui n'ont pas 
besoin, comme eux, de l'influence de la lumière 
pour vivre et se développer. La plupart des Cham- 
pignons se distinguent encore des végétaux veris 
par l'extrême rapidilé de leur développement et 
par leur peu de durée , phénomène qui cesse de 
surprendre lorsqu'on partage l'opinion des cryp- 
logamistcs qui admettent généralement que ce 
qu'on appelle communément un Champignon , est 
un Âpothcciuin ou le fruit d'une plante habituelle- 
ment souterraine : MM. Cassini et Turpin parta- 
gent principalement cette opinion qu'ils appuient 
sur diverses observations. Déjà Vaillant avait con- 
sidéré les cellules lubuleuses de quelques Cham- 
pignons comme les ovaires d'une plante , et im 
siècle plus tard, Palissot de Beauvois avait émis 
l'idée que le blanc de Champignon , avec lequel les 
jardiniers reproduisent sur couches l'agaric co- 
mestible , était le byssus souterrain ou la plante 
rameuse dont cet agaric est le fruit. 

Les anciens pensaient que l'origine des Cham- 
pignons pouvait être divine; quelques uns disaient 
qu'ils provenaient de la sève des arbres, d'autres 
du limon de la terre, etc. Dans le 16" siècle on 
prélendit qu'ils étaient le résultat de la putréfac- 
tion des corps ; enfin on a été jusqu'à croire qu'ils 
pouvaient bien être des minéraux , des sortes de 
polypiers , qu'ils produisaient des œufs , que de 
ces œufs éclosaient des vers , et que ceux-ci deve- 
naient Champignons. Toutes ces idées sur l'origine 
des Champignons sont abandonnées aujourd'hui. 
Classification des Champignons proprement dits. 

On peut diviser les Champignons, dont le nom- 
bre s'élève h plus 5, 000 espèces, d'après leur 
forme générale et la disposition de la membrane 
sémin itère ou /ijîvienf'am, en cinq tribus qui sont : 

1° Les FuNGiNÉES , J'ungi pileati. Champignons 
îi chapeau distinct , hémisphérique , ordinaire- 
ment pédicule à son centre , ou demi-circulaire et 
attaché par un de ses côtés; à membrane sémini- 
fère très-variable dans sa forme, lisse dans quelques 
genres , et ne couvrant que la face inférieure. Les 
genres Boletus , / istuUna , Amanita , Agaricus , 
MernUius , Caniharellas , Mcrisma , etc., appar- 
tiennent h la tribu des Funginées. 

2° Les CLAVARiiES , Fungi clavati , Champignons 
sans chapeau distinct, en forme de massue, ou 
irrégulièrement rameux; membrane séminifère 
recouvrant presque toute la siu'face du Champi- 
gnon , ou ses extrémités seulement. 

Dans cette tribu senties genres : Clavaria, 
Pistiilaria, Crinula, Typhula, etc. 

5° Les VEZïziiES , Fungi ciipulati , Champignons 
à chapeau plus ou moins distinct , ayant la l'orme 



ToMfi II. 



d'une ombrelle ou d'une cupule ; à membrane 
séminifère ne couvrant que la face supérieure- 

Les Pezizées renferment les genres : Peziza, 
Vespa, Leotia, Moscliella , Ilelveila, etc. 

4° Les Tremelt.inées, Fungi tremellini. Cham- 
pignons gélatineux et de formes irrégulières , à 
sporules libres, sortant de dessous la surface du 
Champignon, tels sont les genres : TrcmcUa, yju- 
ricularia , Exidia, liymenclla , etc. 

5° Les Claïiiroïdées, Lytothecii, Champignons 
à sporules réunies en une membrane épaisse , gé- 
latineuse , étendue h la surface d'une partie du 
Champignon , ou renfermées dans son intérieur, 
et qui comprennent les genres : Clathrus , Later- 
nea, Phallus, Ilymenopliallus , etc. 

Organisation des Champignons. 

Bien que l'organisation des Champignons pré- 
sente des différences extrêmement marquées sui- 
vant les divers genres, on distingue toujours dans 
ceux qui sont les plus complets, c'est-ti-dire dans 
ceux qui présentent le plus grand nombre d'orga- 
nes différons, tels que les Amanites : 

1° Une racine filamenteuse , mais qui est très- 
différente de celle des plantes phanérogames. 

2° Le ou la volpa ou bourse , sorte de poche ou 
de sac qui contient tout le Champignon avant son 
développement complet, qui est d'abord fermée 
de toutes parts, qui se rompt ensuite et laisse 
sortir le pédicule et le chapeau. 

3° Le pédicule ou stype, organe qui supporte 
le chapeau, qui est tantôt central et tantôt laté- 
ral , qui est plein ou creux , et qui présente dans 
quelques genres, vers sa partie supérieure, un 
renflement, un anneau ou collier, ibrmé des dé- 
bris du tégument qui enveloppait le chapeau dans 
sa jeunesse. Le pédicule manque quelquefois. 

4° Le tégument ou voile, membrane qui, par- 
tant du sommet de la base du pédicule , enveloppe 
le chapeau en totalité ou en partie , supérieure- 
ment ou inférieurement. 

5° Le chapeau, partie plus ou moins élargie, 
étendue horizontalement , de forme hémisphéri- 
que, en ombrelle ou demi-circulaire, portant la 
membrane séminifère. Le chapeau n'est bien dis- 
tinct que dans les première et troisième tribu. 

6° La membrane séminifère, membrane lisse et 
unie, formée par la réunion d'un très -grand 
nombre de petites capsules membraneuses , appe- 
lées theca ou ascus , qui recouvre en totalité ou en 
partie la surface du Champignon dont elle suit 
irrégulièrement les contours, surtout dans tous 
les genres des trois dernières tribus. Dans la pre- 
mièi'c tribu , cette membrane se replie sur elle- 
même et forme des tubes , des lamelles, des veines 
ou des pointes qui couvrent une partie du cha- 
peau; dans la cinquième, elle forme une couche 
épaisse, sèche, un peu charnue avant le dévelop- 
pement complet du Champignon; sa couleur est 
ordinairement très-tranchée et foncée; enfin elle 
est composée de petites vésicules irrégulièrement 
réunies , qui renferment les sporules, et qui finis- 
sent par se changer en une gelée gluante et félide- 



91' Livraison. 



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-j'^ Les capsules, sortes de petits sacs membra- 
neux, visibles seulement au microscope, cylindri- 
ques et contenant les sporules. Tantôt ces petits 
sacs s'ouvrent pour laisser échapper les sporules 
et restent fixés sur le Champignon, tantôt au con- 
traire ils se détachent et entraînent avec eux les 
organes de la fructification. Les capsides séniini- 
i'ères n'existent pas sur tous les Champignons. 

8° Les sporules, sporei , sporidies , sémhiules , 
gongyles , etc. , ou graines qui servent h la icpro- 
duclion des plantes cryptogames. Les sporules 
sont de petits corps impalpables, renfei-més dans 
des capsules ou thecœ, rangés sur une ou plusieurs 
séries longitudinales, et variables dans leur nombre. 

Telle est la structure la plus exacte des Cham- 
pignons, et tel est aussi le nombre des organes 
que l'on a h considérer dans létude de ces sortes 
de végétaux ; toutefois , nous devons observer que 
quelques uns de ces Organes, comme le volva, le 
pédicule et le tégument, manquent dans plusieurs 
genres, et que, dans d'autres, le chapeau lui- 
même est réduit h une masse charnue recouverte 
par la membrane séminifère. 

Quant aux organes reproducteurs , organes qui 
diflercnt entièrement des végétaux phanérogames, 
et sur lesquels on n'a pas encore d'opinion bien 
arrêtée, il paraît qu'ils consistent dans des cor- 
puscules placés sur une partie de la surface du 
Champignon : ces corpuscules, misidans des cir- 
constances convenables , donnent naissance à un 
nouveau Champignon. 
Développement, durée, habitation des Cham- 
pignons. 

Les Champignons se développent d'autant plus 
vite qu'ils sont placés dans des lieux sombres et 
humides , et qu'une chaleur douce vient se join • 
dre h ces deux circonstances : les serres -chaudes 
réunissent complélenient toutes ces conditions. 

La durée moyenne de la vie des Champignons 
est de huit à dix jours; quelques espèces seule- 
ment, celles qui sont dures et ligneuses , vivent 
au-delii de plusieurs années. 

Les Champignons croissent dans les lieux som- 
bres et humides, au pied ou sur le tronc des 
vieux arbres, sur les bois pourris , les débris des 
végétaux et des animaux, sur le fumier, dans les 
caves, etc.; mais parmi les vrais Champignons, 
très-peu sont parasites. On les rencontre plus 
fréquemment dans les pays septentrionaux que 
dans les pays chauds; mais il est probable qu'on 
peut en trouver sous toutes les latitudes. 
ISature chimicjue des Champignoîis. 

Parmi les principes très-nombreux, tels que 
l'albumine, le mucus, la gélatine, etc. , trouvés 
par M. Braconnot dans les Champignons, trois 
leur sont particuliers : la f angine , V acide boléti- 
que, et Y acide fungiguc. Nous dirons un mot seu- 
lement de la première substance , qui forme la 
base et la portion nutritive des Champignons 

La fungine est une matière molle, spongieuse , 
légèrement a/o!ée, insoluble dans l'eau, et 
analogue, sons quelques rapports, au ligneux ; on 



la rencontre dans tous les Champignons où elle 
est toujours identique, non dangereuse, même 
dans les espèces vénéneuses , et ou peut l'obtenir 
à l'aide de plusieurs lavages. 
Genres de Champignons (jui renferment les espèces . 
comestibles. 

L'ensemble des Champignons offre un grand 
nombre d'anomalies; dans le même genre se trou- 
vent des espèces vénéneuses et des espèces comesti- 
bles. Mais c'est dans les genres y/manite , Agaric, 
Bolet, Polypore, Chanterelle, Ilydne, Clavaire, 
Morille, que se trouvent principalement les es- 
pèces les plus généralement servies sur les tables. 
Caractères des bons et des mauvais Champignons. 

On sait que de tout temps les Champignons ont 
été recherchés par les gourmands , et malgré les 
nombreux accidens , les eropoisonnemens causés 
par ce genre d'aliment, il est probable que le 
nombre d'amateurs n'est pas près de diminuer. 
Nous avons déjà dit qu'à Paris on ne permettait 
que la vente du Champignon de couche, yJ gari- 
cus campestris de Linné , et que des inspecteurs 
étaient chargés de veiller à ce qu'il ne se glisse 
dans les petits paniers ou maniveaux aucune^espèce 
nuisible. 

Jusqu'alors on ne connaît pas de caractères 
absolus propres à faire distinguer un mauvais 
Champignon d'un bon; nous allons cependant in- 
diquer ceux à l'aide desquels on reconnaît dans 
l'état actuel de la science les bonnes et les mau- 
vaises espèces. 

On sait d'une manière générale qu'une odeur 
nulle , une saveur poivrée , piquante , acre et 
amère , une couleur \erle ou intense, une habita- 
tion dans des lieux humides, de la laclescence , 
sont les caractères communs h tous les Champi- 
gnons ; mais on peut considérer comme innocens 
tous ceux qui ont une odeur de roses , d'amandes 
amères , ou de farine récente ; luie saveur de noi- 
sette, ni fade, ni acerbe, ni astringente; une or- 
ganisation simple; une .uïrjfac e sèche , charnue; 
une consistance ferme , non libreuse ; une couleur 
franche , rosée , vineuse ou violacée , ne changeant 
point à l'air. Les champignons de bonne qualité 
habitent les lieux peu couverts , les friches , les 
bruyères, et se trouvent sous toutes les latitudes. 
On doit les choisir non entiers , non complète- 
ment développés, ou entiers, sans volva ni collier: 
ils sont presque toujours entamés par les animaux. 
Ou doit également les récolter par un temps sec, 
après l'évaporation de la rosée , et il vaut mieux 
les couper,, casser le pédicule que l'arracher* 
Enfin le temps dessèche les bons Champignons , 
mais ne les altère pas. 

Les Champignons réputés dangereux ont une 
odeur herbacée, fade, vireuse, très -prononcée, 
désagréable, rappelant celle du soufre, de la terre 
humide, ou de la térébenthine; imc saveur astrin- 
gente, slyplique, acerbe, ou fade , nauséeuse; une 
organisation composée; une consistance molle, 
aqueuse, grenue, compacte, fibreuse; une couleur 
livide , rouge sanguine ( la couleur intérieure 1 



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change h l'air). Les Champignons vénéneux habi- 
tent les lieux couverts, humides, se rencontrent 
sur des corps en décomposition , mais ne se trou- 
vent pas au 40*^ ou So"" degré de latitude, lis sont 
ordinairement entiers avec le volva et le collier,- 
les animaux les entament rarement , et le temps 
les corrompt au lieu de les dessécher. 

Lorsqu'on veut préparer les Champignons pour les 
manger, on les monde de letirs feuillets et de leurs tu- 
bes : c'est ce que les cuisiniers appellent /bm; on en 
retranche aussi quelquefois le pédicule , qui est 
ordinairement moins délicat j on fait macérer la 
partie charnue dans de l'eau pure ou mieux dans 
de l'eau vinaigrée ; le vinaigre étant regardé 
comme le dissolvant du principe vénéneux des 
Champignons , il est bon d'en mettre un léger 
excès dans l'eau de macération ; bien entendu 
que cette eau sera jetée avant d'accommoder les 
champignons. 

Empoisonnement par les Champignons, antidotes 
et traitement. 

L'empoisonnement par les Champignons véné- 
neux, qui agissent comme les poisons narcotico- 
âcres, est caractérisé en général par des coli- 
ques violentes, des douleurs aiguës dans le ventre, 
des vomissemens et des déjections alvines, enfin 
par des convulsions séparées par des intervalles 
d'assoupissement et de défaillance ; et, si on n'ap- 
porte de prompts secours , la mort met souvent 
un terme à toutes ces souffrances. 

Les meilleurs moyens h employer , aussitôt 
qu'on ressent les symptômes dont nous venons de 
parler, sont les vomitifs et les purgatifs. On com- 
mence donc par administrer trois grains d'émé- 
lique dans un verre d'eau; un quart d'heure après, 
on donne en trois fois , et h vingt minutes d'inter- 
valle, un second verre d'eau dans lequel on a fait 
fondrç trois autres grains d'émélique ou bien 
trois ou quatre grains d'éméline , ou dans lequel 
enfin on a délayé vingt-quatre grains d'ipécacuanha 
et dissous une once de sel de Glauber. Après les 
Tomissemens on donne, de demi-heure en demi- 
heure, im cuillerée h bouche d'une potion laxa- 
live; puis on fait prendre un lavement purgatif. 
On réitère deux ou trois fois le lavement purgatif, 
si l'évacuation n'a pas eu lieu , et on a recours en- 
fin à un lavement de tabac, siles symptômes d'em- 
poisonnement , au lieu de diminuer , vont sans 
cesse en augmentant. 

Si on a été assez heureux pour faire évacuer le 
poison, on fiiit prendreau malade quelques cuillerées 
â'une potion préparée avec le sirop d'écorce 
d'oranije , l'eau de fleurs d'oraniier, l'élher sul- 
furique ou la liqueur d'Hoffmann. Enfin si lousles 
symptômes d'une vive inflammation gaslro-intes- 
tinale se manifestent , il faut renoncer aux vomitifs 
et aux purgatifs irritans, et se hâter de recourir à 
une médication entièrement débilitante. (F. F.) 

CHAMPSÈS. (rept.) Mot hellénisé de C/iampsai, 
nom que les anciens Egyptiens, selon Hérodote , 
donnaient aux animaux que les Ioniens appelèrent 
depuis (7/ ococ/ei/o^. Les zoologistes modernes, con- 



sidérant que sous ce dernier nom, dont nous avons 
fait Crocodile, les Grecs confondaient les Gavials 
du Gange avec les Crocodiles du Nil , ont restitué 
à ces derniers le nom primitif de Champsès qu'ils 
porlent^encore en Egypte, carie mot ^m-sak sous 
lequel on les désigne est évidemment une altéra- 
tion du nom rapporté par llérodolc, elle mot Cro- 
codile est aujourd'hui réservé pour représenter,, 
comme chez les Grecs, le groupe des divers genres 
de reptiles de cette famille. 

Les Champsès se distinguent de leurs congé- 
nères par leur museau large , déprimé, oblonc; , sur- 
monté de narines h orifice simple, sans renflement; 
par leurs pieds , palmés, dentelés en dehors, et par 
leurs dents inégales en grandeur et en volume , 
surmontées en avant et en arrière d'une légère 
arête; les premières de la mâchoire inférieure sont 
reçues dans des trous de l'intermaxiUaire supé- 
rieur, la quatrième se place dans une échancrure 
du bord de la mâchoire supérieure. L'on a dis- 
tingué plusieurs espèces de Champsès; ainsi Cu- 
vier, sous le nom de Crocodiles proprement dits , 
a établi les suivantes : 

1° Le Crocodile vulgaire, C. vutgaris , repré- 
senté dans notre Atlas, pi. 94, a un museau 
simple, égal, h six écussons sur la nuque, h écail- 
les dorsales carrées, disposées sur six rangées. 

C'est à cette espèce, répandue dans le Nil et 
dans toute l'Afrique, que se rapporte presque tout 
ce que les anciens ont dit du Crocodile ; c'est à 
celte espèce, par exemple, que les Egyptiens ren- 
daient le culte du aux dieux. Un Crocodile était 
entretenu dans leur temple aux frais publics , on 
attachait des bijoux h ses oreilles, on ornait 
ses pieds antérieurs de bracelets, on lui donnait 
du pain et de la chair des victimes , et après 
l'avoir ainsi choyé pendant sa vie , on le déposait 
enbaumé après sa mort dans des souterrains con- 
sacrés. On n'est pas d'accord sur le motif de la 
consécration de cet animal ; selon quelques au- 
teurs, c'est parce qu'il sauva du trépas le roi Me- 
nés qui était tombé dans l'eau; d'autres disent 
qu il fut dévoué à Saturne, ou au moins au dieu 
qui le représentait dans la théologie égyptienne , 
parce que le Crocodile, emblème du INil, insépa- 
rable des images de ce fleuve regardé, comme le 
père de l'Egypte , dévorait les liabilans de cette 
contrée, à peu près comme le Saturne ou le Temps 
des Grecs dévorait ses enfans ; mais comme le 
culte du Crocodile ne s'étendait pas h toute 
1 Egypte , mais seulement h quelques villes des 
environs de Thèbcs et du lac Mœris, il est pro- 
bable que ces honneurs avaient pour motif une 
cause locale et limitée; aussi Diodore et Cicéron 
pensent-ils que le Crocodile était adoré h Arsinoé, 
à Ambos et Comptes , parce que sa férocité pro- 
tégeait ces villes de la rapacité des habitans de la 
rive opposée du N'û, auxquels le cours du fleuve 
n aurait formé sans cela qu'une barrière impuis- 
sante, et qu'il remplissait dans le JN'il h peu près 
les mêmes fonctions que dans les fossés delà ville 
de Pégu , au rapport de Balbus. Quelques savans 
ont pensé queje Crocodile sacré, que l'on appelait 



^HAM 84 

du nom spécial de Sucliis, modification du mot 
Scv, qui signifiait le Temps, dont il était le repré- 
sentant matériel, appartenait h une espèce parti- 
culière, et tpi'il avait été choisi h cause delà 
douceur de cette espèce, tandis que l'on faisait 
une guerre impitoyable aux autres Crocodiles à 
cause de leur férocilé; on les avait même voués à 
i'infârae Typhon, soit parce que ce frère cruel d'O- 
siris se cachait quelquefois sous la forme de ces 
animaux pour tourmenter les mortels, ou parce 
que le Crocodile avait enlevé la fille du roi Psam- 
mids le juste. Ainsi le professeur Geoffroy Saint- 
Hilaire a été conduit, par une étude spéciale des 
Crocodiles d'Egypte , à distinguer parmi eux cinq 
espèces différentes, savoir, i° l'un de grande taille, 
à écailles nuchales, oblongues, au nombre de qua- 
tre , disposées en cercle , et associées deux à deux, 
à écailles cervicales disposées sur deux ranimées', 
îiu nombre de six, dont quatre plus grandes et 
deux plus petites , placées derrière les autres; les 
dorsales, au nombre de treize, rangées siir six 
séries, excepté les trois dernières qui sont dispo- 
sées sur quatre; les pelviennes formées do trois 
séries de quatre écailles. Cette espèce est celle que 
l'on trouve vivante aujourd'hui; c'est celle h la- 
quelle le professeur Geoffroy réserve le nom de 
vulgaire; 2° une autre espèce a le bord supérieur 
de la tête surmonté de bosselures qui deviennent 
notables avec l'âge; les écailles nuchales sont au 
nombre de six, mais plus petites que chez la pré- 
cédente , et le professeur Geoffroy pense que c'est 
celte espèce qu'Andanson a signalée , et qu'un 
arrangement anormal des écailles nuchales et cer- 
vicales a fait nommer C. biscutahis. M. Geoffroy 
lui donne le nom de C. makginairf, , C. margina- 
ius] 3° une troisième espèce, connue seulement 
par des restes momifiés , a les écailles nuchales au 
nombre de deux; les cervicales sur deux rangées, 
l'une de quatre écailles , l'autre de deux ; on 
compte dix-sept rangées d'écaiiles dorsales , la 
première composée ds deux écailles; sur la tclc 
des bourrelets, comme chez le C. rhomblfcr; 
4° une autre espèce, rencontrée aussi h l'état de 
momie , a les deux paires d'écaiiles nuchales sépa- 
rées , les cervicales sont au nombre de six sur 
deux rangées; mais ce qui distingue surtout cette 
espèce, c'est le chanfrein plus élevé et le bourre- 
let préorbitaire formé de mamelons ovoïdes et dis- 
posés circulairement; 5° enfin une espèce de pe- 
tite taille , h écailles nuchales disposées sur quatre 
rangées semicircdaires, et jointes deux h deux 11 
droite et à gauche; les cervicales, grandes ras- 
semblées deux à deux sur deux lignes , au nombre 
de huit; les externes de la première rangée assez 
descendues pour porter un tiers de leur largeur 
sur la seconde rangée; à dix-neuf rangées dor- 
sales, à six écailles, dont les moyennes plus 
petites; une rangée écartée sur les flancs et trois 
rangées de plus aux caudales que dans le Croco- 
dile vulgaire. C'est cette espèce que le professeur 
Geoffroy regarde comme le Snchos des anciens , 
comme l'espèce qui fournissait le Crocodile sacré, 
espèce douce et innocente en comparaison des 



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autres ; et; considérant que les villes d'Arsinoé et 
d'Ambos se trouvent assez éloignées du Nil et sur 
les confins du désert, le professeur Geoffroy pré- 
sume que les habitans de ces villes tiraient de 
l'apparition de cette espèce, que sa petitesse et sa 
légèreté rendaient seule susceptible d'émigration 
lointaine, et qui devait être plutôt que les autres 
versée avec les eaux du Nil débordées sur les plai- 
nes quece fleuve inonde annuellement, des induc- 
tions précieuses pour le degré et la force de la 
crue du î\il, d'où dépend leur fortune et leur 
prospérité, et que la reconnaissance de ce bienfait 
les avait portés plus encore que la douceur parti- 
culière de cette espèce h lui élever des autels et 
h lui vouer un culte divin. En général, trois motifs 
obtiennent les adulations des hommes : la crainte 
de l'offense, l'espoir du profit, et la reconnais- 
sance du bienfait ; ce dernier instinct est trop peu 
marqué dans l'âme pour durer long-temps et four- 
nir 1 aliment à un culte prolongé d'âge en âge. Les 
profits que les Egyptiens reliraient du Crocodile 
étaient trop minimes pour \ attacher de l'impor- 
tance; les habitans d'Elephantine mangeaient sa 
chair, mais on n'y touchait pas dans les lieux où 
il était sacré. Il est donc probable que la peur 
seule a déifié le Crocodile. Les significations mé- 
téorologiques que cet animal pouvait fournir, 
d'autres animaux les donnaient également; comme 
l'observe le professeur Geoffroy, des coflVes dio- 
dons paraissent avoir remplacé aujourd'hui le 
Crocodile sous ce rapport, et l'on est loin d'a- 
voir pour eux les égards que l'on gardait vis- 
h-vis de leurs prédécesseurs. Il est diflicile de 
supposer de la douceur h une espèce de Cro- 
codile; si dans la captivité ces animaux devien- 
nent moins cruels que dans l'état de liberté, ce 
que l'on appelle apprivoisés ; c'est que la con- 
science de leur impuissance, la certitude que 
1 habitude leur donne que ceux qui les J^ppro- 
chent ne cherchent pas à leur nuire, et la satis- 
faction continuelle de leur appétit, finissent par 
les rendre indifférens pour le carnage sans néces- 
sité; et, comme l'a dit Arislolelès , il n'y aurait 
peut-être pas d'animaux cruels, si l'on pouvait 
toujours assouvir leur faim. La preuve tirée de 
l'embaumement n'est pas péremptoire, puisque , 
sur .les cinq espèces déterminées par le profes- 
seur GeuflVoy, trois se sont rencontrées embau- 
mées ; cet usage n'était peut-être qu'une offrande 
au dieu dont il était l'animal favori , pour con- 
jurer sa colère et lui ôtcr la pensée de se ma- 
nifester beaucoup sous celte forme; peut-être 
celte offrande n'était-elle de la part des Egyptiens 
qu'une sorte de dîme tribulaire h leurs prêtres, 
ou bien une de ces parades vaniteuses d'adresse 
et de courage, ainsi qu'on peut le présumer d'a- 
près Léo lAfricain , et par l'usage qui leur fai- 
sait suspendre des têtes de Crocodiles aux mu- 
railles des villes ibrlifiées, à peu près comme de 
nos jours les gardes-chasses attachent au dessus 
de leurs portes les émouchels et les fouines qui 
ont été victimes de leur adresse; peut-être aussi 
doit-on considérer, avec quelques auteurs, ces cm- 



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85 



CHAM 



baumemens comme de simples actes d'hygîène 
habilement mis en pratique par des prêtres ins- 
truits, qui sentirent parl'ailement qu'il n'était pas 
de raison plus puissante qu'une raison religieuse 
pour porter un peuple apathique h se débarrasser 
par un moyen prompt , sûr et économique, comme 
la résination, d'un animal dont la multiplicité était 
une calamité , et dont la décomposition putride 
ciurait après sa mort altéré par ses produits fé- 
lidés la pureté de l'eau du fleuve , ou celle de l'air 
environnant. Nous renverrons le lecteur pour l'exa- 
men des différons points de celte question', que 
les bornes de cet article nous permettent h peine 
de soulever, aux mémoires originaux publiés par 
Cuvier et le professeur Geoffroy. Au reste, le 
Crocodile jouissait autrefois de vertus médicinales 
assez vantées, mais le temps a fait justice de ces 
propriétés , la plupart établies sur des inductions 
à priori que l'expérience n'a pas confirmées. A 
Rome , les cxcrémens blanchâtres des Crocodiles 
d'Egypte tenaient la place du blanc de fard dans 
la toilette des dames , et servait impuissamment 
pour blanchir le teint. C'est au sujet de cet usage 
que Horatius Flaccus dit (Epodon, od. 12): 

.... Nec illi 
Jam manet. . . . cnlorqae 
Stercore fucatus crocodili. 

' Outre celte espèce de Crocodile du Nil qui se 
retrouve dans plusieurs fleuves d'Afrique et à Ma- 
dagascar, Cuvier en distingue d'autres, comme: 

2° Le Crocodile a diîux arêtes, C. biporcatus, 
à'muscau surmonté de deux crêtes qui, partant 
de l'angle antérieur de l'orbite , s'avancent vers 
l'extrémité du museau; à six écailles sur la nuque, 
à écailles dorsales ovales , plus longues que larges, 
-disposées sur huit séries et dix-sept rangées , avec 
des pores dans l'intervalle des écailles dorsales, et 
<:omme les autres espèces des pores en arrière 
des écailles abdominales; c'est le C. porosus Aç^ 
Schneider; il provient du Gange et des îles de 
la mer des Indes, des Séchelles , etc. Le Cro- 
codile des marais des Indes, C. palustris , ne pa- 
raît en différer que par la longueur des dents. 

3° Le Crocodile RiioMBirliRE ou a losange , C. 
rlwmbifcr, à museau plus convexe et à chanfrein 
|)lus bombé, deux arêles préorbitaires prompte- 
ment convergentes, six écailles sur la nuque, 
écailles du dos carrées, disposées sur six rangées; 
celles des membres larges, ibriement carénées. 

4° Le Crocodile a casoue , C. galeatus , éla- 
hli d'après la relation des missionnaires l'rançais 
J» Siam, insérée dans les Mémoires de l'Académie 
des sciences ; muni de deux crêtes triangulaires 
osseuses, implantées Tune au devant de Vautre; 
5ur le vertex six écailles nuchales , comme le pré- 
cédent; c'est le C. siamcnsis de Schneider. 

b" Le Crocodile a deux plaques, C. ùiscutatas. 
Les écailles moyennes dorsales sont carrées, plus 
basses; les externes irrégulièrement dispersées-, 
deux grandes écailles sur la nuque qui lui ont fait 
donner son nom, précédées de deux plus petites; 
c'est, selon Cuvier, le Crocodile noir d'Adanson. 



6° Le Crocodile a museau effilé, C. aciitus , 
de Saint-Domingue et des Antilles , à six plaques 
sur la nuque, à écailles dorsales dis2>osées sur 
quatre séries longitudinales, et quinze à seize 
rangées transversales ; les moyennes carrées , peu 
élevées ; les externes saillantes , irrégulièrement 
disséminées ; le museau plus allongé et plus con- 
vexe que dans les espèces précédentes. 

7° Le Crocodile a nuque cuirassée , C. ca- 
taphraclus. Nuque garnie de quatre bandes os- 
seuses, de deux écailles, formant une sorte de 
bouclier, suivies de cinq rangées de deux grandes 
écailles continues avec celles du dos , disposées 
sur six séries, excepté les premières qui le sont 
sur quatre ; le museau allongé , plus étroit que celui 
du jîrécédent ; les dents en moindre nombre. A 
ces espèces établies par Cuvier, il huit peut-être 
ajouter les deux suivantes, proposées par Graves. 

8" Le Crocodile intermédiaire , C. interme- 
dius , Crocodile de Journu de Bory Saint-Vin- 
cent, ti museau allongé cylindrique , à six écailles 
nuchales ; les écailles disposées sur six séries lon- 
gitudinales. L'on présume qu'il provient d'Amé- 
rique. 

,9° Le Crocodile planirostre, C. planirostris , 
h museau égal, aplani' h sa base, à six écailles 
nuchales, les dorsales di^osées sur six séries. 
Bory Saint-Vincent lui a donné le nom de Croco- 
dile de Graves. Mais ces diverses espèces réclament 
peut-être une analyse plus sévère ; leurs caractères 
propres ne sont pas toujours bien nettement éta- 
blis , ils ne sont pas toujours d'une application 
facile . et jusqu'ici il n'est que trop vrai , ainsi que 
l'a dit le professeur Geoffroy Sainl-Hilaire , que 
« rien n'est plus fugitif que les formes des Croco- 
diles » . (T. C.) • 

CHAMPSODACTYLE. (REPT.)Nom formé des 
mots grecs champscs , voy. ci-dessus , et dactylos 
doigt , pour un genre particulier de Reptiles éta- 
bli récemment dans la famille des Sauriens àécailr 
les arrondies à leur bord libre ou Cyprilépides, 
par MM. Duméril et Bibron, dont le caractère 
principal est d'avoir quatre doigts aux pieds an- 
térieurs, et cinq aux pieds postérieurs. Comme les 
Champsès, les Champsodactyles ont d'ailleurs la 
tête pyramidale, quadrangulaire , revêtue c!e pla- 
ques polygones ; la bouche petite , les dents coni- 
ques , simples , nombreuses , égales, droites , très- 
pcliles; point de dents au palais; la langue mince, 
incisée à sa poinle, squameuse, imbriquée à sa 
surface; l'œil revêtu de paupières inégales, l'in- 
férieure plus grande que la supérieure; le tym- 
pan ouvert au dehors; le corps allongé, cylindri- 
que, supporté par quatre pieds courts, terminés par 
des doigts finement unguiculées ; sans pores aux 
cuisses ni au devant de l'anus; la queue conique, 
simple, grêle, à écailles imbriquées en dessus et 
en dessous, comme le reste du corps et les mem- 
bres. L'on ne connaît jusqu'ici qu'une seule es- 
pèce, le Ciiampsodactyle DE Lamarre, Piquot , de 
la grosseur d'une plume de corbeau. Long de six 
pouces environ, dont deux pouces h peu près pour 
la queue ; brun vcrdâtre en dessus , blanchâtre en 



CHAN 



86 



CIÎAN 



dessous; le côté de chaque écaille marqué de 
points rembrunis qui, par leur réunion, consli- 
taent autour de la queue huit ou dix lignes lon- 
gitudinales , étroites , nettement imprimées , éga- 
lement espacées entre elles. Le Champsodactyle 
de Lamarre a été rapporté de l'Inde par ce zélé 
collecteur. (T. C.) 

CIIANFREIlN. (zooL.) On nomme ainsi la mar- 
que blanche que plusieurs chevaux portent longi- 
tudinalement à la partie antérieure de la tête. 
Quand cette marque se prolonge jusqu'à l'extré- 
mité de la lèvre inférieure, on dit que l'animal 
boit dans son Chanfrein, et l'on a observé qu'il est 
plus ombrageux. On a étendu ce nom aux plumes 
rudes placées à la base du bec de certains oi- 
seaux, et qui se dirigent en avant. (Guée.) 

CHANTERELLE, (ois.) Les chasseurs désignent 
ainsi les femelles d'oiseaux qui servent h attirer les 
mâles dans les pièges. (Guér.) 

CHANTERELLE, Canthm-eUus. (bot. crypt.) 
Champignons. Les Chanterelles ont un chapeau 
bien distinct, charnu ou membraneux; ce cha- 
peau est porté tantôt sur un pédicule central, 
tantôt il est inséré sur un pédicule latéral , ou 
bien enfin il est sessilc, comme on peut 1e voir sur 
les troncs d'arbres ou de divers autres végétaux. La 
membrane sèminifère du même chapeau présente 
des veines rayonnantes , dichotom.cs et quelque- 
fois anastomosées ; le pédicule n'offre jamais ni 
volva ni collier. 

Dans les vrais M(??-«//(«5, parmi lesquels Per- 
soon avait placé les Chanterelles , le chapeau est 
remplacé par une membrane charnue , molle ; 
les veines moins régulières et non rayonnantes 
sont irrégulièrement anastomosées et simulent des 
espèces de pores. 

Le genre Chanterelle est divisé en trois sections 
appelées Mesopus, Goinpkiset Pleuropus ou Apiis. 
La première section renferme les espèces dont 
le chapeau a la forme d'une ombelle ou d'enton- 
noir; la seconde ne contient qu'une espèce qui a 
la forme d'un cône renversé et tronqué au som- 
met , et dont les côtés sont ouverts par la mem- 
brane sèminifère : cette espèce unique ressemble 
à une clavaire. Dans la troisième le chapeau est 
idemi-circulare et inséré par le côté sur diverses 
parties de végétaux. 

Toutes les espèces de cette première section 
sont parasites; elles croissent sur les tiges des 
grandes espèces de mousses: telles sont les Can- 
thareUas musci gemis , bryophilias, vmscorum , etc. 

La Chanterelle cojiestibliî , Cantharellus ci- 
Iiarius àe F ries, représentée dans notre Atlas, pi. 
90 , fig. 1 , est une espèce de la première section ; 
c'est un Champignon d'une couleur jaune doré , 
fort commun dans les bois; sa chair, un peu 
moins jaune que le pédicule, le dessus et le des- 
sous du chapeau, est très-saine; crue, elle a un 
goût un peu poivré; elle est recherchée par tous 
les paysans , quoique un peu indigeste. 

Bien qu'il soit très-facile de reconnaître ce 
Champignon , il ne faut pas le confondre avec la 
ausse Chanterelle , Cantharellus nigripes de Par- , 



soon, dont le pédicule est plus noir, beaucoup 
plus long et plus grêle, et le chapeau d'un jaune 
sale : cette espèce paraît être vénéneuse. 

Les autres espèces de Chanterelle qui méritent 
également d'être signalées , dont la forme est tan- 
tôt celle d'une trompette , tantôt celle d'une corne 
d'abondance, d'une coupe, etc. , el dont enfin la 
couleur varie du jaune au brun ou au noir, ont 
un pédicule creux, qui se continue avec la partie 
évasée du chapeau , ou plutôt un chajjcau presque 
sessile en forme de cornet évasé. (F. F.) 

CHANTEURS, (ois.) On qualifie de ce nom, 
qui est une simple épithèle tout-à-fait indépendante 
de la classification , les oiseaux qui se font remar- 
quer par 1 étendue de leur voix et la facilité qu'ils 
ont de lui fiure subir des variations plus ou moins 
nombreuses. Les espèces les plus intéressantes sous 
ce rapport appartiennent à l'ordre des Passereaux 
ou à celui des Grimpeurs; une seule paruîi les 
Rapaces est dans leur cas, c'est le Faucon chan- 
teur de Le Vaillant, Sparvlus musicus , Yieill. , 
que l'on trouve en Afrique ; le Coq est à peu près 
unique dans l'ordre des Gallinacés , tandis que 
ceux des Échassiers et des Palmipèdes ne nous 
offrent véritablement aucun oiseau qui puisse lui 
cire assimilé. Les Cygnes , que les poètes ont dit 
faire entendre une voix des plus harmonieuses , 
n'ont qu'un simple cri, fort désagréable encore, 
et raucjae, comme l'a dit Virgile : 

Dant sonitiim raoci per stagna loqaacia cycni. 

Le chant des oiseaux n'est qu'une modification 
plus étendue de leur cri; comme ce dernier , il s& 
l'orme dans une glotte musculaire placée dans la 
trachée un peu au dessus des bronches, et que l'on 
appelle le larynx inférieur; c'est certainement un 
moyen de communication, une sorte de langage 
par lequel ces animaux expriment leurs besoins et 
font connaître leurs sensations. « Cette énergique 
accentuation du discours , a dit l'ingénieux Du- 
pont de Nemours , tient à la surabondance de 
l'amour. Les oiseaux ne peuvent trouver celte 
force énorme dans leurs muscles si frêles que par 
un excès de vie dont les élémens donnent h leur 
amour tine extrême ardeur. En pareil cas il ne 
suffit pas d'aimer , il faut ajouter à la pensée 
même par les intonations et le rliythme. C'est ce 
qui fait nos poètes , et ce qui rend nos oiseaux 
musiciens. » 

On trouve des oiseaux Chanteurs sur tous le.* 
points de la terre; mais cependant il est h remar- 
quer qu'ils sont plus nombreux dans les pays 
tempérés que dans le Nord et sous les Tropiques ; 
mais dans ces dernières contrées ils joignent le 
plus souvent à l'éclat de leur voix une brillante 
parure , qui les rend plus intéressans encore. Les 
saisons , les localités et quelques autres circon- 
stances ont sur le chant de ces animaux une in- 
flueuce que nous ne saurions révoquer en doute; 
elles l'augmentent, l'altèrent , ou bien même le 
font cesser tout-à-fait : certaines espèces ne se font 
entendre qu'à l'époque des amours, d'autres con- 
tinuent jusqu'après la naissance de leurs petits, et 




/ ('haMU-[r 



à 6 ("Luiriiin;o"s 



7 Cliardon 



S . CliiiriloimiM-rt 



/t &'lt/>rift t/if 



CHAN 

il en est chez lesquels c'est un dire perpétuel. Le 
Rossignol ne chante qu'au printemps. « 11 a trois 
chansons, celle de l'amour suppliant, d'abord 
langoureuse , puis mêlée d'accens d'impatience 
très-vive, qui se termine par des sons filés, respec- 
tueux, qui vont au cœur. Dans celte chanson, la 
femelle fait la partie en interrompant le couplet , 
par des sons très-doux auxquels succède lui oui 
timide et plein d'expression. Ellefuil alors, mais...., 
les deuxamansvolligent débranche en branche; le 
mâle chante avec éclat. Très-peu de paroles, rapides, 
coupées, suspendues par des poursuites qu'on 

prendrait pour de la colère, aimable colère! 

C'est la seconde chanson , h laquelle la femelle ré- 
pond par des mots plus courts encore , ami, mon 
ami. Enfin on travaille; c'est une a{l\iirc trop 
grande, on ne chante plus. Le dialogue continue, 
mais il n'est que parlé, on y dislingue à peine le 
sexe des inlerloculetu's. » 

«Le Coq, dit le même auteur (Dupont), parle la 
langue de ses Poules, mais de plus il chante sa vail- 
lance et sa gloire; le Chardonneret, laLinotle , lu 
Fauvette chantent leurs amours. Le Pinson chante 
son amour et son amour-propre ; le Serin , son 
amour et son talent réel ; le màle de l'Alouette 
chante une hymme sur les beautés de la nature, 
déploie toute sa vigueur lorsqu'il fend les airs et 
s'élève aux yeux de sa femelle qui l'admire; l'Hi- 
rondelle, toute tendresse, chaule rarement seule, 
mais en duo , en trio , en quatuor , en sextuor, en 
autant de parties qu'il y a de membres dans la 
famille; sa gamme n'a que peu d'étendue, et 
pourtant son petit concert est plein de charmes. » 
La plupart de ces oiseaux ont un chant qui leur 
est propre, et qu'il suffit d'entendre pour le recon- 
naître , ils le répèlent plus ou moins souvent, 
mais toujours à peu près de même; il en est au 
contraire, tels que les Perroquets et certaines es- 
pèces des différens genres , qui n'ont pour ainsi 
dire qu'un chant d'emprunt ; ils le varient fré- 
quemment, disent tantôt celui de cettees pèce, tan- 
tôt celui de cette autre, et puis ensuite l'oublient 
pour en apprendre un nouveau ; le Moqueur est 
surtout i-emarquable sous ce rapport; cet oiseau, 
<jui habite l'Amérique méridionale, a la singulière 
habitude d'imiter le chant de presqne tous les 
•ciseaux; aussi les sauvages lui ont-ils donné le 
nom de CencontlatuUi, qui veut dire quatre cents 
langues, et les savans celui de Polyglotte, qui si- 
gnifie h peu près la même chose. Le Moqueur, qui 
appartient h la famille des Merles, est le Turdus 
polyglottus de Linné. D'autres espèces n'appren- 
nent que par les soins de l'homme ; elles répètent 
bien quelques airs , mais seulement après qu'on 
les leur a joués un certain nombre de lois; il en est 
aussi qui parlent, siffient, et varient de mille 
autres manières les inflexions de leur voix; tels 
sont les Perroquets, les Corbeaux, les Geais, elc. 

Vieillot a donné h une famille de ses Sylvains 
anysodactylcs le nom de Chanteurs; parmi les 
oiseaux qu'il comprend sous celte dénomination, 
les uns chantent en cfl'et, lels sont les Piossignols, 
les Fauvettes, les Alouettes, les Brèves et les 



87 CHAN 

"■"'''■ ... . , — . — _ — I ^ 

Merles; mais il en est d'autres, par exemple les 
Pioitelets, les Troglodytes, les Mari ins, lesMoJlteux, 
et quelques autres, qui sont muets ou à peine sif- 
fleurs, Le même ornithologiste a donné, sous le 
titre d'Histoire des plus beaux oiseaux Chanteurs 
de la zone lorride, un beau volume in-folio, orné de 
nombreuses planches exécutées par M. Prêtre, et 
dans lequel il a décrit certaines espèces exotiques 
des genres Bouvreuil , Fringille , Loœie , Ortolan, 
Malimbe , Veuve , Bengali et Scncgali. (Gerv.) 

CHANVPvE, Cannabis, (bot. phan.) Une seule 
espèce, abondamment cultivée dans toute lEu- 
rope, compose ce genre de la Himille des Lrlicées 
et de la Dioécie hexandrie. S'il fallait ajouter foi 
au plus grand nombre des botanistes et des agro- 
nomes , le Chanvre serait originaire de la haute 
Asie; mais leur assertion n'est qu'un mensonge de 
copistes serviles. Celte plante, d'après mes recher- 
ches, est spontanée aux deux régions quasi-po- 
laires de l'ancien hémisphère; elle existe égale- 
ment dans le nord de l'Europe et derrière les mon- 
tagnes Blanches delà Nouvelle-Hollande. Son nom 
primitif Kanab est celte ; je le retrouve dans tous 
les dialectes de cette langue de la vieille Eurojie; 
celui de Cans-java, qu'on lui donne parmi les peu- 
ples indiens, tantôt accompagné de l'épilhète iSTa- 
lengi, tantôt de celle de Tsj'era, l'une et l'autre 
ayant rapport h l'élévation de la tige, est une preuve 
incontestable du dire d'Hérodote, qu'ils l'ont reçue 
des Scythes ou Germains, lesquels appelaient le 
Chanvre Ilanf. Tandis que les habitans du JYord, 
surtout les Scandinaves, employaient ce végétal à 
la fabrication de leurs toiles pour vêtemens, et 
même de celles destinées h la voilure de leurs vais- 
seaux , les peuples de l'Orient le recherchaient 
uniquement pour se procurer un certain degré 
d'ivresse que leur refusaient leurs plantes indi- 
gènes. Onnele voit adopté que fort tard, sous le pre- 
mier rapport , chez les nations riveraines de la Mé- 
diterranée; il n'était point connu des anciens 
Egyptiens; le livre des juifs, la Michna, en parle 
comme d'un usage récent, et les Turcs ne l'ont 
propagé dans les pays qu'ils ont envahis que 
comme plante enivrante : c'est des feuilles forte- 
ment aromatiques du pied mâle, et des fleurs du 
pied femelle , qu'ils se servirent , sous le nom de 
HacJiicli, plante par excellence, pour se rendre 
maîtres de l'imagination ardente et de l'absolu dé- 
vouement de ces fanatiques appelés Assassins par 
les Croisés, au lieu de JJ acinchin , qui veut dire 
mangeurs de l'herbe hachich. 

C en est assez, je croîs , sur le nom et la patrie 
du Chanvre, pour prouver que les livres contien- 
nent à ce sujet de graves erreurs , que l'histoire 
des plantes est à refaire, et qu'il importe de se te- 
nir en garde contre tous ceux qui marchent en 
aveugles dans le sillon ouvert, qui préfèrent adop- 
ter les traditions les plus ridicules à se livrer à des 
études critiques , à retrouver les faits historiques. 

Le Chanvre est trop généralement connu pour 
qu'il soit nécessaire de s'étendre beaucoup ici sur 
sa description , sa culture, ses usages; il suffira 
d'en dire quelques mots. 



CHAN 



88 



CHAN 



De sa racine fusiforme et peu garnie défibres, 
s'élève une lige droite, creuse, obtusémcnt tétra- 
goiic, rude au toucher, très-rameuse quand elle 
est isolée, et simple lorsqu'elle est semée très-épais ; 
elle monte h la hauteur de deux mèlies; ses î'euil- 
Ics digitées, vertes, velues, sont opposées et al- 
ternes selon qu'elles occupent le bas ou le haut de 
la lige; ses fleurs verdâtres sortent de l'aisselle des 
feuilles supérieures, et forment de petites grappes, 
auxquelles succède une coque bivalve , ovoïde , 
contenant une graine solitaire, blanche, oléagi- 
neuse. Comme le caractère dioïque l'indique , les 
pieds mâles sont séparés des pieds femelles , et 
par une singulai-ilé qui remonte à la plus haute 
antiquité, c'est à ceux portant l'ovaire que l'on 
donne vulgairement le nom de mâle, et celui de 
femelle à ceux qui sont munis d'étamines. 

Une terre ombragée , fortement végétale ou fré- 
quemment ameublie et humide, mais point assez 
pour retenir les eaux , voilà ce que demande le 
Chanvre. II faut le semer immédiatement après 
les dernières gelées, prendre la graine de l'année 
et la choisir d'un beau gris foncé, bien pleine. 
Lien luisante. Les oiseaux de toute espèce en étant 
très-friands , il importe de couvrir le semis , de 
Ijasser dessus le rouleau afin d'unir la surface de 
îa chcnevière, et de la garnir d'épouvanlails , 
jusqu'à ce que le Chanvre ait acquis assez de force. 

Lorsque la plante a parcouru les diverses phases 
de sa vie végétante, fécorce jaunit; on l'arrache 
alors brin à brin , ou fait des poignées qu'on met 
sécher au soleil, puis on fait rouir à la rosée ou 
dans une mare , ou mieux dans une eau courante. 
On la retire du moment que la partie ligneuse 
s'enlève facilement; on lave, on sèche, on teille, 
c'est-à-dire on sépare la filasse de la chenevottc, 
on peigne et l'on obtient un fil plus ou moins fin, 
selon que l'opération a été fiile plus soigneuse- 
ment. La filasse du Chanvre mâle est toujours plus 
fine et plus longue que celle du Chanvre femelle. 

Nos départemens producteurs sont divisés en 
trois classes distinctes , a oici ceux de la première : 
l'Aisne, l'Aube, la Côle-d'Or, les Côtes du-Nord, 
rille-et-Vilaine, fLsère, la Meurthe, le Lot-et-Ga- 
ronne, l'Oise, le Puy-de-Dôme, le Bas-Rhin, la 
Haute-Saône , la Sarlhe , la Somme et la Hanle- 
Yienne. Je devais y ajouter le Morbihan, car ce 
département réunit au plus haut degré les condi- 
tions propres à la réussite du Chanvre; cepen- 
dant il en fournit une moins grande quantité que 
ceux de la seconde classe. 

On a successivement vanté les Chanvres de Bo- 
logne en Italie et ceux du pays de Bade, ainsi 
qu'une variété qui croît spontanément dans les 
vallées fertiles du Piémont. On en a distribué de 
la graine avec apparat, on en a recommandé, en- 
couragé la culture ; on a dit avoir comparé leurs 
produits avec le Chanvre commun que nous voyons 
prospérer dans toutes les parties de notre belle 
France , et l'on n'a pas manqué de donner aux 
premiers une préférence marquée : c'était d'ail- 
leurs un moyen de fouiller impunément dans le 
trésor national. Mais, après diverses récolles suc- 



cessives , on est revenu silencieusement à l'espèce 
connue. Le Chanvre bolonais a été essayé par ua 
grand nombre de cultivateurs des départemens 
du Rhône , de l'Ain , de l'Isère , de la Loire ; ils se 
sont d'abord assurés qu'il est.tout h la fois et plus 
productif et d'une qualité supérieure; plus tard, 
il leur a été facile de reconnaître que la graine de 
choix que l'on tire de Vizille, département de l'I- 
sère, et que l'on cultive dans la vallée du Graisi- 
vaudan, réunissait les mêmes qualités, quand sa 
cidture et sa préparation se font avec soin. 

Le Chanvre du pays de Bade, qui a obtenu la 
préférence pour les cordages employés au service 
de la marine, et que l'on disait ne pouvoir être 
produit sur le sol de nos départemens du Rhin » 
quoiqu'il n'y eût que le lit du fleuve qui séparât 
les deux contrées , prospère maintenant chez nous. 
L'espèce est la même , sa belle qualité dépend de 
la méthode de la cultiver; semer clair, choisir ua 
sol un peu humide, mêlé d'argile et de sable, et 
rouir dans une eau limpide et courante. 

Quant au Chanvre du Piémont, dans lequel on 
a voulu reconnaître le Cans-java de l'Inde, le 
Cannabis indlca de Rhéede et de Rumph, et 
qu'on érigea en espèce , sous le nom de Cannabis 
gigantea, à cause de ses liges arrivant d'ordinaire 
à la hauteur de deux mètres et demi à trois mètres, 
n'est rien autre , comme l'a dit Persoon , qu'une 
variété accidentelle , fort remarquable sans aucua 
doute , mais qui dégénère sensiblement hors des 
lieux où elle a été trouvée , et revient bientôt au 
type de l'espèce unique, de notre Chanvre cul- 
tivé, C. sativa. Les premiers essais faits sur celte 
variété dans le déparlement de la Sarlhe, et sur- 
tout à Saint- Amand, département du Nord, fu- 
rent cncourageans; ils annonçaient une conquête 
heureuse, une acquisition dont on tirait déjà va- 
nité; ce succès s'est soutenu durant la deuxième 
année , mais à la troisième récolte et aux sui- 
vantes le charme s'est brisé , la dégénération a 
ramené la plante à l'espèce commune. 

Ainsi, la beauté, l'excellence des produits du 
Chanvre dépendent essentiellement i° d'une cul- 
ture régulière, et de la connaissance des terres les 
plus avantageuses pour s'y livrer; 2° delà macé- 
ration des tiges, récoltées en temps convenable, 
dans des eaux courantes et non dans des routoirs 
ou marais , dont le méphitisme est si nuisible à la 
santé des hommes et à celle des animaux domes- 
tiques. 

En diverses -circonstances on a prétendu rem- 
placer l'action de feau par l'emploi des machines; 
le rouissage , disait-on , fixe sur la filasse une ma- 
tière colorante tellement tenace qu'on ne peut l'en 
débarrasser qu'à l'aide des alcafis ou d'autres 
agens chimiques; avec le brisoir ou broie , ajou- 
tait-on , l'on n'a pas cet inconvénient et l'on sé- 
pare la gomme-résine qui fait adhérer entre elles 
les fibres filamenteuses. Imposture des plus com- 
plètes , quoi qu'en puissent dire la foule des jour- 
nalistes et la coupable complaisance des sociétés 
savantes. Jamais une machine quelconque ne dis- 
pensera le Chanvre du rouissage , et toute toile 

frabriquée 



CHAO 



89 



CHAO 



Un des noms vulgaires de la 



fabriquée avec une filasse obtenue par la simple 
percussion ne remplira sa destination économi- 
que. J'ai vu des cordages, du linge et du papier 
préparés avec la filasse sortie des machines les 
plus vantées ; les premiers , quoique parfaitement 
goudronnés , se sont détériorés en fort peu de 
temps et ont été mis de suite hors de service; le 
linge s'est réduit en charpie dans quelques semai- 
nes; le papier ne répondait h aucun des emplois 
auxquels on le soumettait, malgré la grande 
quantité de chlorure répandue sur lui pour lui 
donner une certaine consistance. 

Vulgairement on donne le nom de Chanvre h 
des plantes qui sont étrangères au genre Canna- 
bis; voici les principales : 

Chanvre aquatique. C'est le Bident à calice 
feuille , Bidens tripartlta. 

Chanvre de Canada, nom de l'Apocin à fleurs 
herbacées, ^pocinum cannablnum, dont nous 
avons parlé plus haut, tom. I , p. 235. 

Chanvre de CrIite. On désigne ainsi la Canna- 
bine, Datisca cannabina, que l'on voit dans les 
jardins paysagers. 

Chanvre de la iMouvelle-Hollande. Expression 
impropre employée par quelques voyageurs pour 
indiquer le Phormium tenax. 

Chanvre DES Américains, V Agave arnericana. 

Chanvre du Japon 
Corette, Splrceajaponica 

Chanvre piquant, l'Ortie h feuilles de Chanvre, 
Urtica cannabina. (T. d. B.) 

CHAODINÉES. (bot. crypt.) « Pour peu , dit 
M. Bory de Saint -Vincent , qu'on ait touché des 
rochers long-temps mouillés , les pierres polies 
qui forment le pavé ou le pourtour de certaines 
fontaines fermées , et la surface de divers corps 
solides inondés ou exposés h l'humidité , on a dû 
y reconnaître la présence d'une mucosité parti- 
culière, qui ne se manifeste qu'au tact, dont la 
transparence empêche d'apprécier la forme et la 
nature, et dans laquelle le microscope n'aide à 
distinguer aucune organisation. Elle ressemble h 
une couche d'albumine étendue avec le pinceau. 
Cet enduit est ce qui rend souvent si glissantes les 
dalles sur lesquelles coulent les conduits d'eau , et 
les pierres plates qu'on trouve quelquefois dans les 
rivières. Cette substance s'exfolie en séchant, et de- 
vient à la fin visible par la manière dont elle se colore, 
soit en vert, soit en une teinte de rouille souvent 
très-foncée ; on dirait une création provisoire qui 
se forme encore pour attendre une organisation , 
et qui en reçoit de différentes selon la nature des 
corpuscules qui la pénètrent ou qui s'y dévelop- 
pent ; on dirait encore l'origine de deux existences 
bien distinctes, l'une certainement animale, l'au- 
tre purement végétale. C'est cette sorte de créa- 
tion rudimentaire dont nous formons le genre 
Chaos : c'est ce genre qui deviendra le type de 
la famille naturelle dont nous proposerons l'éta- 
blissement sous le nom de Chaodinèes. » 

Pensant ensuite qu'on pourrait bien lui repro- 
cher d'avoir rassemblé dans cette famille des 
genres qui semblent, au premier coup d' œil, devoir 



rester éloignés, ce célèbrenaturalisteestalléaude- 
vant du reproche, en démontrant qu'il suffirait 
d'examiner avec attention les caractères assignés à 
chacun de ces genres , pour reconnaître le mérite de 
la progression méthodique qu'il avait adoptée. Il 
en a reconnu seize , et les a rangés sous trois 
ordres différens. Nous le suivrons encore dans cette 
division, et dans l'exposition des caractères attri- 
bués soit aux différens ordres , soit aux genres qui 
les composent. 

I" ordre. Chaodinèes proprement dites. Les 
plus simples de toutes les existences végétales, 
consistant en une couche muqueuse que ne limite 
aucune membrane, et que remplissent, sans ordre, 
des corpuscules de formes diverses. 

1" genre. Chaos. Corpuscules internes, dissé- 
minés, isolés, épars dans un mucus amorphe, 
étendu. 

2' genre. Hétérocarpelle. Corpuscules inter- 
nes , simples ou agrégés , et formant dans l'inté- 
rieur du mucus qu'ils colorent des groupes de 
figures diverses. 

3' genre. Héliérelle. Corpuscules internes , 
cunéiformes , groupés dans l'épaisseur du mucus 
et figurant des vaisseaux divergens. 

Il"" ordre. Tremell aires. Déjà dans cet ordre 
le mucus , en s'étendant en expansions, en s' ar- 
rondissant en masses globuleuses, semble pren- 
dre une forme plus arrêtée. Des corpuscules sem- 
blables entre eux en pénètrent fétendue , s'y 
disposent en filamens ; et, lors même qu'ils sont 
épars, ils semblent déjà tendre vers un ordre sé- 
riai , pour arriver par leur emboîtement à la 
composition de rameaux assez distincts dans les 
derniers genres de Tremellaires. 



4' 



Palmelle. Mucus en masses arron- 



dies , pénétrées et colorées par des globules ho- 
mogènes , isolés ettendant à former des gloméru- 
les où ces globules sont disposés de quatre en 
quatre ou en petites courbes. 

5° genre. Cluzelle. Mucus et expansions divi- 
sées, rameuses, pénétrées de globules qui sem- 
blent s'asslomérer et se coordonner dans une 
disposition sériale. 

6" genre. Nostoc. Mucus en masses globuleu- 
ses ou sinueuses , dans lesquelles les corpuscules 
sont disposés en séries comme filamenteuses et 
articulées. 

7^ genre. Ch^tophore. Mucus en globules 
dans lesquels on distingue des filamens diver- 
gens, rameux, dans lesquels la matière colorante 
est disposée en globules, comme dans un collier 
de perles. 

8* genre. Linckia. Mucus et globules , dans 
lesquels on reconnaît des filamens simples , diver- 
gens , ciliaires , où la matière colorante forme plu- 
tôt des taches carrées que des globules. 

9" genre. Gaillardotelle. Mucus en globules 
dans lesquels se développent des filamens sim- 
ples , divergens , munis d'une sorte de bulbe. 

10" genre. Clavatelle. Mucus eu globules 
dans lesquels se développent des filamens di- 
vergens , dichotomes , articulés , renflés en mas- 



TOME II. 



92° LlTRilSON. 



12 



CHAP 



90 



sue à leur extrémité par l'effet du développement 
des gemmes. 

11'= genre. Mesggloje. Mucus en masses allon- 
gées , rameuses , dans lesquelles se développent 
des filamens articulés par sections transverses , 
subdichotomes ou rameux à leur extrémité , et qui 
produisent des gemmes. 

IIP ordre. Diphyses. Mucus formant d'abord 
des masses globuleuses ou étendues , comme dans 
les genres précédens , mais s'élendant bientôt, 
pour ne constituer qu'un enduit , sur des rameaux 
qui en se développant et en divergeant dans son 
intérieur, prennent une physionomie confervoïde, 
très-déliée. 

»i 2'' genre. Batrachosperme. Rachis fdamen- 
leux , investis de ramules ciiifères , transparentes, 
muqueuses, articulées par étranglement ; entre- 
nœuds sphériques ou ovoïdes. 

lô"^ genre. DRAPAK^ALmE. Rachis fdamenteux, 
distinctement articulés j)ar sections transverses, 
rameux, produisant des houppes ou des faisceaux 
de ramules ciiifères, articulés aussi par sections 
transverses, 

14" genre. Cladostephe. Rachis filamenteux, 
articulés par sections transverses autour desquel- 
les se réunissent, en verticilles, des ramules éga- 
lement articulées par sections , qui donnent aux 
entre-nœuds ime forme approchant du carré. 

i5' genre. TaoRiE. Rachis filamenteux, obscu- 
rément articulés ; à ramules simples et articulées 
aussi comme dans le genre précédent. 

i6'=irenre. Lemane. Rachis fdamenteux, arti- 
cuîés par sections transverses que ne paraissent 
pas séparer les dissépimens, et renflés vers les ar- 
ticulations; intérieurement remplis de séries fda- 
menteuses, composées de globules. (P. G.) 

CHAOS, (bot. crypt.) m. Bory-Saint-Vincent 
a donné ce nom h cette espèce d'enduit répandu 
à lasurHice des corps pénétrés d'humidité,* enduit 
qui colore en vert , et souvent de la plus belle 
teinte, les pierres d"où sont sorties des trane- 
sudations humides. Des animalcules de ?a fa- 
mille des Bacillariées (w. ce mot) y remplacent 
quelquefois ces corpuscules sphériques, sans mou- 
vement et de couleur verle, que le savant natura- 
liste que nous venons de citer regarde comme la 
molécule organique de l'existence végétale. 

M. Bory-Saint-Vincent a fait du genre Chaos 
le type de la famille des Chaodinées. Parmi les 
espèces qu'il rattache à ce genre, il distingue le 
Chaos primordlaits , h globules sphériques et 
verts ; le Cliaos biturainosa , dont la couleur bru 
nâtre et noire et la consistance visqueuse rappel- 
lent , dit-il , l'idée de l'asphalte sortant des ro- 
chers : cette espèce croît sur les parois des entrées 
de grottes ou de carrières creusées dans la pierre 
calcaire; le Chaos sanguinaritis , qu'on trouve au 
bas des murs humides, sur la terre et les pavés 
pénétrés d'humidité, et qui ressemble à des taches 
de sang éparses sur le soi et à demi caillées. 

(P. G.) 

CHAPEAU (bot, crypt.) Champignons. On dé- 
signe ainsi la partie des Champignons qui est 



CHAR 

étendue horizontalement, et qui supporte la mem- 
braiie sémiuifère. 

Le Chapeau est très-variable dans sa forme; il 
est hémisphérique et pédicule dans beaucoup 
d'espèces; latéral et semi-circulaire, pédicule ou 
sessile dans d'autres, surtout celles qui croissent 
sur les troncs d'arbres ; enfin il change de nom 
dans les Pézizes où on le nomme Cupule. 

(F. F.) 

CHAPERON, Ciypcus. (ixs.) Dans les inscLtesoa 
a,pourla facilité des descriptions, assigné des noms 
aux différentes parties du corps et naturellement 
à celles de la têlc ; la partie qui est immédiatement 
au dessus de la bouche, et à laquelle est attachée 
la lèvre supérieure, a reçu le nom de Chaperon, 
parce que souvent elle couvre ou abrite la face 
ou plutôt la bouche; sa partie inférieure suit la 
forme de cette dernière, mais sa partie supérieure 
est très -variable ; cependant c'est k tort que les 
différentes dilatations dont il est susceptible ont 
été considérées comme propres à servir de carac- 
tères de genres; elles ne peuvent être regardées 
que conmie spécifiques, car le Chaperon n'étant 
susceptible d'aucun mouvement , son rôle est es- 
sentiellement passif dans l'organisation buccale. 

(A. P.) 

CHAPON, (ois,) On donne ce nom aux jeunes 
coqs auxquels on a enlevé les parties essentielles à 
la génération, afin de donner plus de délicatesse 
h leur chair. {J^oy. Coq.) 

On nomme Ciiapo>- de Pharaon ouPoule dePhi- 
RAON le vautour d'Egypte ( Fultar pcrcnopterus , 
Linu. ). Voy. Catdarte. (Guér.) 

CHAPPE. (lAS.) Geoffroy adonné ce nom à 
quelques Lépidoptères qui portent des ailes larges 
et en toit. ^oj. Pyrale. (Guér.) 

CHARA DES ANCIENS, (bot. phan.) On a 
beaucoup écrit pour déterminer la plante désignée 
sous ce nom dans les auteurs romains , et qui est 
devenue célèbre par l'emploi qu'en firent, comme 
nourriture , les soldats de César assiégeant ceux de 
Pompée renfermés dans les murs de Dyrrachium, 
aujourd hui Durazzo, en Épire. Laxessemblance du 
Chara avec le Rares de Galien avait fait croire 
qu'il s'agissait de la carotte ou du cumin des prés; 
j'ai démontré le contraire dans un mémoire lu à 
l'Institut de France en i8i4, et imprimé en 1826. 
C'est aux environs même de l'ancienne Dyrra- 
chium que j'ai retrouvé le Chara, et que je 
l'ai reconnu être le Cvambc tataria , qui est en- 
core de nos jours mangé par les peuples situés 
sur la rive gauche du Danube, par les Hongrois , 
les Albanais et les Cosaques habitant les plaines 
sablonneuses du Jaïk. (T. d, B.) 

CHARACÉES. (bot. crypt.) Famille établie 
par L. C. Richard, et ne renfermant qu'un seul 
genre , le Chara, dont le caractère le plus important 
est d'avoir des capsules solitaires, uniloculaires et 
monospermes , et qui diffère des Marsiléacées , 
avec lesquelles elle a beaucoup de rapport, par 
ses capsules non réunies dans des involucres com- 
muns , par son port et la structure de ses orga- 



CHAR 

nés remplissant en apparence les fonctions d'éta- 
mines. Voyez Charagne. (F. F.) 

CHARAGINE, Cliara. (bot. crypt.) Characées. 
Le genre Chara ou Lustre d'eau, établi par Ri- 
chard. Parmi les cryptogames, ilparaît devoir être 
placé entre les Marsiléacées et IcsNaïades , et peut 
être caractérisé ainsi: Capsule uniloculaire, mono- 
sperme; péricarpe composé de deux enveloppes, 
l'externe membraneuse, transparente, très-mince, 
terminée supérieurement par cinq dents en rosace, 
l'interne dure , sèche , opaque , formée de cinq 
valves étroites , contournées en spirale. 

Les Charas sont des plantes aquatiques; elles 
croissent dans les eaux stagnantes; leur odeur est 
très-fétide; leur hauteur ne dépasse pas la surface 
de l'eau; leur fructification a lieu sous le liquide 
qui les submerge; leurs tiges, rameuses, fai- 
bles , flottantes , cassantes , hérissées de pointes 
ou lisses à leur surface, offrent de distance en 
distance huit à dix rameaux verticiîlés. Ces ra- 
meaux portent sur leur bord supérieur , d'abord 
de trois à cinq capsules espacées et bractifères , 
puis des tubercules sessiles , arrondis , rouges ou 
orangés , dont les usages sont encore peu déter- 
minés. Ces tubercules , que la plupart des auteurs, 
Vaucher surtout, regardent comme des étami- 
iies , sont formés extérieurement d'une membrane 
réticulée , transparente ; intérieurement on aper- 
çoit , au milieu d'un liquide mucilagineux : 
i°des fdamens blanchâtres, articulés et transpa- 
rens; 2° d'autres corps cylindriques, assez sem- 
blables à des tubes. Dans ces derniers se trouve 
une matière rougeâtre à laquelle les tubercules 
doivent leur couleur rouge , et qui disparaît avant 
la maturation du fruit. 

On connaît aujourd'hui vingt et quelques es- 
pèces du genre Charagne ; ce nombre augmen- 
tera de beaucoup, on ne peut en douter, h me- 
sure qu'on étendra l'étude des végétaux. 

Le genre Chara paraît répandu sur toutes les 
parties du globe; son existence semble devoir être 
antérieure auxdernièresrévolulionsquiont changé 
la surliice de la terre. En effet , on a trouvé , dans 
les terrains d'eau douce des environs de Paris et 
d'Orléans , des fossiles qui représentent parfaite- 
ment bien les fruits des Charagnes. 

La rudesse des tiges du Cliara vulgaris et de 
quelques autres espèces fait qu'on les emploie 
dans certains pays , et principalement aux envi- 
rons de Lyon , de Genève , etc. , pour frotter et 
nettoyer les métaux : cet usage leur a fait donner 
le nom à' Herbe à récurer. (F. F.) 

CHARACINS, CAflj'acùîMS. ( poiss. ) Artédi et 
plusieurs de ses successeurs ont réuni , sous le 
nom de Characins , tous les salmones qui n'ont 
pas plus de quatre ou cinq rayons aux ouïes; 
mais leurs formes, et surtout leurs dents, varient 
eiîcore assez pour donner lieu h plusieurs subdi- 
visions : cependant ils ont tous les cœcums des 
salmones, avec la vessie, divisée par un étrangle- 
ment , des Cyprins. Nous y établissons les sous- 
genres suivans : 

Les CuBiMATES, Cuv. Ils ont une grande res- 



91 CHAR 

semblance , et toute la forme [des Ombres ; leur 
bouche est très-peu fendue ; la première dorsale 
est au dessus des ventrales ; quelques uns même 
ressemblent h certaines Ombres par les dénis, qui 
ne se voient qu'à la loupe. Les Curimates habi- 
tent les eaux douces, et particulièrement les rivières 
de l'Amérique méridionale; leur chair est blanche, 
feuilletée et très-délicate. 

D'autres, au contraire, ont h chaque mâchoire 
une rangée de dents dirigées obliquement en 
avant, tranchantes, les extérieures plus longues, 
comparables, en un mot, à celles des BalisLes. Ce 
sont les AjiostoujùS, Anostomus , Cuv. Ces poissons 
ont une rangée de petites dents en haut et en bas. 
La mâchoire inférieure est relevée au devant de la 
supérieure, bombée, en sorte que la petite bouche 
a l'air d'une fente verticale sur le bout du museau. 

Les Serpes , Lacép. , Gasteropelecus , Bloch , ont 
la bouche dirigée vers le haut comme les Anos- 
tomes; mais leur ventre est comprimé, saillant 
et tranchant, parce qu'il est soutenu par des côtes 
qui aboutissent au sternum; leurs ventrales sont très- 
petites et fort en arrière ; leur première dorsale sur 
l'anale, qui est longue. Aleur mâchoire supérieure 
sont de^ dents coniques; à leur mâchoire inférieure 
sont des dents tranchantes et dentelées. Gastero- 
pelecus slcrnicla , Bl. 97 , 3. 

Dans les Piabuques, la tête est petite, et la 
bouche peu fendue comme celle des Curimates ; le 
corps est comprimé; la carène du ventre tran- 
chante mais non dentelée, et l'anale très-longue. 
On prend ce poisson avec facilité dans les rivières de 
l'Amérique méridionale, en attachant Ji l'hameçon 
un ver ou un mélange de sang et de farine : la 
chair est blanche et délicate. 

Les Serra-salmes , Lacép. , ressemblent beau- 
coup aux Clupes et aux Salmones , parmi lesquels 
ils sont comptés. Ils ont par exemple, sur la ca- 
rène de leur ventre, une dentelure analogue à celle 
que l'on observe sxir la partie inférieure des Clupes, 
et présentent la nageoire dorsale et adipeuse des 
Salmones ; lenr nom désigne cette dentelure. Leur 
maxillaire, sans dents , traverse obliquement sur. 
la commissure. Il y a souvent une épine couchée 
en avant de la dorsale. 

L'espèce la plus généralement connue est le 
Serra-salme rlwmbolde , Bl. 583. L'ouverture de. 
sa bouche est grande; la mâchoire inférieure est 
un peu plus avancée que la ' supérieure ; l'une et 
l'autre, et surtout celle d'en bas, sont armées de 
dents larges, fortes et pointues. La langue est 
lisse , mince et unie ; les écailles sont molles et 
petites. Le Rhomboïde vit dans les rivières de 
Surinam ; ilj y parvient à une grosseur consi- 
dérable , et il y est si vorace qu'il poursuit souvent 
les jeunes oiseaux d'eau, les canards et même les 
hommes qui se baignent, et avec ses dents tran- 
chantes leur emporte la peau. La chair du Rhom- 
boïde est blanche , délicate , grasse ; la couleur 
générale de ce poisson montre des nuances rou- 
geâtres relevées, par des points noirs, les côtés 
argentins, et les nageoires grises. 

LesïÉTRACONOPTÎîRES, Tétragonopterus, Arlédi, 



CHAR 



92 



CHAR 



ont la longue anale et les dents tranchantes et 
dentelées des Serra-salmes ; le maxillaire sans 
dents traverse obliquement sur la commissure , 
mais leur bouche est peu fendue, et leur ventre 
n'est ni caréné ni dentelé. 

Cuvier a établi, sous le nom de Chalceus , des 
poissons qui ont la même forme do bouche et 
les mêmes dents tranchantes et dentelées que 
les précédens, mais leur corps est oblong, et non 
caréné ni dentelé; leur maxillaire a de très-petites 
dents nombreuses. 

LesRAiis, iWj/efei, Cuv. ,ont les dentsen prisme 
triangulaire court, arrondi aux arêtes, et dont la 
face antérieure se creuse par la mastication, de 
sorte que les trois angles deviennent trois pointes 
saillantes ; mais leurs formes varient encore assez. 
Quelques uns ont la forme élevée ; parmi ceux-ci 
on compte trois espèces d'Amérique , grandes, 
estimées comme aliment ; d'autres ont simplement 
la forme allongée , tel est le Raii du Nil, Cyprinus 
dentex, Linné, Mus. Ad. fr. et Linné, XII. 

Les Hydrocyns , Hydrocyon, Cuv. , ont le bout 
du museau formé par les intermaxillaires; les 
maxillaires commencent près ou en avant des yeux; 
un grand sous-orbitaire leur couvre la joue, mais 
il y a des dents coniques aux deux mâchoires ; les 
uns ont encore une rangée serrée de petites dents 
aux maxillaires et aux palatins; la première dor- 
sale répond h lintervalle des ventrales et de l'a- 
nale; d'autres ont une double rangée de dents aux 
intermaxillaires et à la mâchoire inférieure, une 
rangée simple aux maxillaires , mais leurs palatins 
n'en ont pas. La première dorsale est au devant des 
ventrales. Tels sont les Salmo falcatus, Bloch, 585, 
JSalmo odoe , idem 586 ; d'autres encore n'ont 
qu'ime simple rangée aux maxillaires et h la mâ- 
choire inférieure; les dents y sont alternative- 
ment très-petites et longues, surtout les deux se- 
condes; d'autres qui passent au travers de deux 
trous de la mâchoire supérieure, quand la bouche 
se ferme, Hydrocyon scomberoldes , Cuv., Mém. 
du Mus. , V,p]. xxvii, fîg. 1. Une quatrième sorte 
a le museau très-saillant, pointu , les maxillaires 
très-courts, garnis, ainsi que la mâchoire infé- 
ji'ieure et les inlermaxillaires , d'une seule rangée 
de très-petites dents serrées; tout le corps est 
garni de fortes écailles, Hydrocyon Inclus, Cuv,, 
Mém. du Mus. ,V, pi. XXVI, fig. 3, ou Xiphostoma 
Cuvleiii, Spix, xlii. D'autres enfin n'ont absolu 
ment de dents qu'aux intermaxillaires et h la mâ- 
choire inférieure; elles y sont en petit nombre, 
fortes et pointues. On n'en connaît qu'un du Nil, le 
Roschal ou chien d'eau, For>k. 66, ou Characin 
dentex, Geoffroy , Poiss. d"Eg., pi. 4» %• i> et 
Cuv, , Mém. du Mus. , V, pi. xxvni , fig. i. 

Les CiTHAP.iNES, C/</iarm«5, Cuv. ,sereconnais ■ 
sent à leur bouche déprimée, fendue en travers 
au bout du museau , dont le bord supérieur est 
formé en entier parles inlermaxillaires, et où les 
maxillaires , petits et sans dents , occupent seule- 
ment la commissure; la langue et le palais sont 
lisses; la nageoire adipeuse est couverte d'é- 



cailles, ainsi que la plus grande partie de la cau- 
dale; on les trouve dans le Nil. (Alph. G.) 

CHARANÇON, CurcuUo. (ins.) Genre de Co- 
éoptères de la section des Tétramères , famille 
des Rhyncophores, section des Charançonites; toute 
la famille des Porte becs a éprouvé depuis quel- 
que temps de grandes mutations ; long-temps elle 
était restée dans l'oubli , tant on redoutait les dif- 
ficultés inhérentes à cette matière; mais tout à coup 
un beau zèle s'est emparé des entomologistes; 
chacun a tiraillé de son côté ce pauvre genre Cha- 
rançon pour avoir son genre à soi ; mais ni les tra- 
vaux de Swederus, Germar , et autres naturalistes 
connus, ni le travail général sur cette famille du 
judicieux M. Schœnnherr, n'ont, je crois, simpli- 
fié la matière, et malgré le talent reconnu de ces 
auteurs et le respect que je professe pour eux, je 
ne puis presque m'empêchcr de regretter l'oubU 
où celte famille était abandonnée; car, avec la 
meilleure volonté du monde , il est impossible de 
reconnaître la plupart des genres qu'ils ont éta- 
blis ; la foule des imitateurs, qui veut toujours am- 
plifier sur ceux qui ont créé , a mis le nec plus 
ultra au désordre ; maintenant les genres de cette 
famille s'élèvent à plus de trois cents, dont les trois 
cinquièmes ne sont établis que sur une seule es- 
pèce , et souvent sur un seul sexe. Nous nous gar- 
derons bien dans ce moment de suivre toutes les 
subdivisions de ces auteurs , et nous ferons rentrer 
dans le genre Charançon proprement dit toutes les 
espèces ayant le rostre court et les antennes cou- 
dées , en y joignant quelques divisions. 

1° Menton occupant toute la cavité buccale cou- 
vrant les mâchoires, mandibules sans dentelures. 

Tarses dépourvus de brosses , pénultième ar- 
ticle entier (les genres Crytops, Deracanthus , etc., 
de Schœnnh. ). 

C. PORTE-BAIES , C. bacclfcr , Germar , repré- 
senté dans notre Atlas, pi. gS, fig. 2. Long de 
six à sept lignes, corselet et abdomen formant 
deux parties globuleuses, presque égales , séparées 
par un très-fort étranglement; il est noir, avec tout 
le corps couvert de granulations rondes, régu- 
lières, très-serrées. 

Tarses garnis de brosses, pénultième article 
bilobé. 

Des ailes : 

Ici viennent se placer, outre les Charançons 
propres, les genres Enthnus, CIdor'ma, Polydro- 
sus, Lcptosomus, Leptocerus , Phyllobius, etc. , etc. , 
dont nous allons citer quelques uns. 

C. IMPÉRIAL, C. imperialis , Fab., long de dix 
à douze lignes, noir avec les stries des élytres cou- 
vertes de gros points enfoncés , remplis d'une pous- 
sière vert doré très-brillant; les côtés du corselet 
et les parties inférieures du corps sont couverts de 
la même poussière. Ce bel insecte est très- com- 
mun au Brésil. 

C. ÉCLATANT, C. coruscaus, Lat., long de dix 
lignes , entièrement du plus beau vert pâle doré 
métallique; les pattes violettes. Du Pérou. 

C. COULEUR DE NEIGE, C. nlvcus , Fab,, figui'é 
dans notre Atlas , pi. 96 , fig. 3 , long de huit à 



CHAR 



93 



CHAR 



neuf lignes, entièrement d'un blanc jaunâtre, 
avec les tarses, la tête et une bande longitudinale 
sur le corselet, fauve pâle. Du Brésil. 

C. SPÉCIEUX, C. speciosiis , Rudd. , Curtis Ent. 
Britan., représenté dans notre Atlas, pi. gS, fig. l^. 
\\ est long d'environ trois lignes, d'un beau vert 
à redets dorés, avec les pattes rongcâtreset dorées. 
Il se trouve en France et en Angleterre. 
Pas d'ailes : 

Cette division peut comprendre les genres : Olio- 
rhynclms ,Omyas , Packyrinchus, Syzygops, etc. , etc. 
C. SAULTUS , Escholtz , figuré dans notre 
Atlas , pi. 95 , fig. 5. Long de six h sept lignes, 
corselet presque cylindrique, abdomen très- 
bombé , mais se rétrécissant en pointe à sou ex- 
trémité, entièrement noir lisse, mais presque 
toutes les parties du corps sont coupées par de pe- 
tites lignes étroites, soit en long, soit en large, d'un 
vert très-pâle. Cette espèce est de Chine. 

C. CYCLOPE, C. cyclopus, Schœnnh. , espèce 
longue d'une ligne, très-remarquable en ce que les 
deux yeux se joignent par une ligne droite sur 
le sommet de la tête, et offrent l'apparence d'un 
seul œil; sa couleur est un brun jaunâtre. 

2° Menton rétréci ne couvrant pas les mâchoi- 
res ; mandibules dentées. 

Les espèces aptères, à tarses dépourvus de pelotes, 
sont pour M. Schœnnherr le genre Myniops. 

Celles dont les tarses ont dss pelotes forment 
le genre Llparus. 

C. ALLEMAND , C. germanus , Fab. , figuré dans 
notre Atlas, pi. gS, fig. 6. Long de six lignes, noir, 
élytres finement rugueuses, deux points de chaque 
côté du corselet et une bande à son bord posté- 
rieur formés de duvet jaunâtre. 
) Enfin ceux qui ont des ailes ont été disséminés 
dans plusieurs genres , tels que ceux nommés 
Mypera , Hylob'uis , Cleonus , etc. 

On voit par cette nomenclature combien peu 
împortans peuvent être les caractères qui distin- 
guent environ j5o genres qui subdivisent le genre 
Charançon tel que nous l'offrons. (A. P.) 

CHARAIVÇONITES , 6'Mrat/("ontïes. ( INS. ) Sec- 
tion des Coléoptères , delà famille des Rhyncho- 
phores , ayant pour caractères : dessous des tarses 
muni d'un duvet court formant des pelotes dans 
presque tous, pénultième article trilobé; antennes 
de 1 1 articles, coudées, terminées en massue. Voir 
pour les mœurs l'art. Rhynchopiiores. (A. P.) 

CHARBON. (ciiiM.) On donne le nom de Char- 
bon au produit solide , noir et fixe , obtenu en dé- 
composant les matières végétales et animales par le 
feu dans des vaisseaux clos, et dans lequel on trouve 
deux sortes de matières , l'une saline , qui consti- 
tue les cendres , et l'autre A\iQ charbonneuse. Cette 
dernière varie dans le Charbon azoté ou animal. 

Le Charbon non azoté ou végétal , c'est-h-dire 
celui qui est fourni par des substances organiques 
non azotées, est toujours solide, noir, inodore, 
insipide , fragile , et plus ou moins poreux ; il est 
assez dur pour polir les métaux; il est un peu plus 
pesant que l'eau, bien qu'il la surnage : cela tient 
à une certaine quantité d'air reteiue dans ses po- 



res ; il conduit plus ou moins bien le calorique et 
l'électricité , absorbe les gaz oxigène et hydro- 
gène, etc. 

Le Charbon de bois fait partie de la poudre à 
canon , de l'encre d'imprimerie , de l'acier, etc. 
Dans les arts et l'économie domestique , on s'en 
sert , 1° pour priver les substances végétales et 
animales qui commencent à se putréfier, de leur 
odeur et de leur saveur désagréables ; 2° pour ren- 
dre potable l'eau chargée de débris d'animaux; 
5° pour décolorer un grand nombre de liquides. 
En médecine, beaucoup de praticiens l'emploient 
comme antiputride, sous le nom de magnésie 
noire; on l'a également administré contre la 
teigne, dans le pansement des ulcères de mauvais 
aspect , etc. 

Le Charbon animal ressemble assez au précé- 
dent ; cependant il a un aspect plus brillant ; quel- 
quefois il est d'un gris noir et brillant comme la 
mine de plomb , ce qui a déterminé quelques chi- 
mistes h lui donner le nom de Charbon métallique. 

Le CocK, substance spongieuse, d'un noir fer- 
rugineux, jouissant presque de l'éclat métallique, 
qui ne brûle pas du tout lorsqu'elle est en petits 
morceaux, mais qui , lorsqu'elle est amoncelée et 
en grosses masses , brûle en répandant la plus 
grande quantité de chaleur qu'on puisse produire, 
est cette matière charbonneuse que l'on obtient 
en chauffant fortement le Charbon de terre pour 
le débarrasser de toutes les parties volatiles et 
étrangères qu'il contenait. Le Cock est un com- 
bustible assez usilé aujourd'hui. (F. F.) 

CHARBON, (bot. crypt. ) Nom que les agri- 
culteurs donnent à une maladie qui attaque la 
graine des céréales , et qui est produite par une 
espèce de cryptogame parasite que l'on a appelée 
Uredo carbo. 

Le Charbon se reconnaît à la ténuité de ses 
sporidies , à la manière dont ces dernières crois- 
sent entre les giumes dans le grain, qu'elles détrui- 
sent et transforment en une poussière noire, ino- 
dore et très-facile h détacher. (F. F.) 

CHARBONNIER et CHARBONNIÈRE, (zool.) 
On donne le nom de Charbonnier h une espèce de 
jeune Chien, au Chardonneret, an Rossignol des 
murailles , et à une grande Hirondelle de mer. Un 
reptile du genre Anolis porte aussi le nom de 
Charbonnier, ainsi qu'un poisson du genre Gade. 
Enfin on nomme Charbonnière une espèce du 
genre Mésange. (Guèr.) 

CHARDON, Carduus. (bot.piian.) On connaît 
un très-grand nombre d'espèces de ce genre ap- 
partenant à la famille desSynanthérées, tribu des 
Cynarocéphales , et à la Syngénésie égale; un tiers 
environ habile la France, ce sont des herbes épi- 
neuses, trop abondantes , très-aimées des abeilles ; 
les autres sont indigènes aux contrées orientales 
de l'Europe, à l'Asie mineure, à la Syrie, à 
l'Egypte, h la Barbarie. Très-peu nous viennent du 
continent américain. 

Quelques espèces ajoutent h la variété des par- 
terres, ce sont le Chardon tubèreux, C. tubeio- 
i(«; le Chardon polyacanthe , C. Casabonœ;\e 



CHAR 



9^ 



CHAR 



Chardon a feuIm-es d'acanthe, C. acantoides ; 
le Chardon hklékioïde, C. helenioides ; le Char- 
don A DEUX ÉPINES, C. Diucaiitha. On pourrait y 
joindre le Chardon lanugineux, C. eriophorus ; 
quoique l'un des plus communs , il produit un 
très-bel effet. 

Le Chardon marie , C. marianus , que l'on «np- 
pelie aussi Chardon argenté , de Notre-Dame , lacté 
et taché , a long-temps été employé dans la théra- 
peutique , mais il est bien déchu de sa prétendue 
utilité. Cette plante, représentée en notre Atlas , 
pi. 95, iîg. 7, que l'on rencontre à chaque pas 
autour des villages , est remarquable non-seule- 
ment par la grandeur, la beauté de ses feuilles, 
l'éclat de ses fleurs purpurines, souvent larges de 
quatre centimètres , qui servirent de pronostic aux 
cultivateurs grecs ,• mais encore par la singularité 
de son organisation qui détermina plusieurs bota- 
nistes, \'aillant, Gcertner, Mœnch entre autres, 
à la séparer du genre Cardans , tantôt pour en 
faire un genre particulier sous le nom de Silybum, 
tantôt pour la placer parmi les Carthames. On l'a 
introduite dans quelques jardins d'ornement, où, 
dans les l'entes des rochers , sur la pente des co- 
teaux, elle montre ses rosettes de feuilles vertes 
parsemées de veines larges et blanciies ; mais il 
faut en approcher avec précaution à cause des 
blessures que font ses robustes épines. L'agricul- 
teur la coupe lorsqu'elle est h moitié fleurie pour 
la piler et la donner aux bestiaux, qui la mangent 
alors avec plaisir, ou pour la brûler, soit pour 
chaufier le four, soit pour en retirer la potasse. 

Infiniment trop multipliés, les Chardons usur- 
pent souvent les meilleures terres, el comme leurs 
racines pivotantes pénètrent profondément , elles 
font le désespoir du laboureur. Le ('.!! vrbon kIlIN, 
C. acaalls , surtout, déshonore les pâturages et les 
fait déserter par les bestiaux, qui ne peuvent les 
fréquenter sans courir le risque de se blesser à 
chaque instant. On ne doit pas espérer le détruire 
en coupant le pied entre deux terres , les racines 
qui restent ne tarderaient pas a fournir de nouvelles 
touffes,* c'est par un assolement bien entendu, 
par une culture de plusieurs années consécutives, 
que l'on y parviendra. 

Beaucoup de plantes armées d'épines ont reçu 
le nom de Chardons , sans que pour cela elles ap- 
partiennent à ce genre. Cette anomalie vulgaire est 
tellement enracinée qu'il importe de prémunir 
sans cesse contre elle, et de ramener les végétaux 
aussi mal désignés h leur place véritable. 

Chardon acanthe, c'est le Pédane, Oaopordum 
acanthiw.n. 

Chardon a foulon, la Cardère des bonnetiers, 
Dipsacus fuUonum, 

Chardon Er.NiT. Ce nom s'applique dans quel- 
ques cantons h une Chausse-trape , employée en 
médecine, Calchrapa benedicta; aux environs de 
Paris , au Carthame laineux , Carthamus Lanatus ; 
aux Antilles, à l'Argémone épineuse , Argemone 
mexicana. 

Chardon bleu. Nom du Panicaut améthyste, 
Eryngiv.m amethystinum. 



Chardon des prés, la Quenouille de nos prairies, 
Cnlcus oLeraceas. 

Chardon des IndEs. Nom impropre du Caclier 
h côtes droites. Cactus Cclcculus, qui provient 
de l'Amérique méridionale et non pas de l'Inde. 

Chardon doré , la Chausse-trape solsticiale , 
Catcitrapa solstitiaiis. 

Chardon du Brésil. Nom de l'Ananas cultivé, 
BromeLia ananas , chez quelques horticoles. 

Chardon écuinope , la Boulette commune , 
Echinops sphœrocephalus. 

Chardon étoile. Nom d'une espèce de Chausse- 
trape formant un buisson arrondi , la Catcitrapa 
steliata. 

Chardon hémorrhoïdal , la Sarrète des champs 
et des vignes, qu'on ne saurait trop détruire, 
Scrratula arvensis. * 

Chardon laiteux, "la Centaurée galactite, Cro- 
codUlum galactltes. 

Chardon prisonnier , la même plante que La- 
marck appelle Carthame h réseau, Atractylis can- 
ccUata , L. 

Chardon roland ou plutôt roulant. C'est l'es- 
pèce de Van'icaut , Eryngiam campestrc , que le 
vent arrache aux terrains secs où elle abonde et 
qu'il roule dans les champs. (T. d. B.) 

CHARDON; (poiss.) Synonyme d'une espèce de 
Raie, Bain fuUonica. 

CHARDON (Petit), (moll.) Nom vulgaire d'un 
rocher. 

CHARDON DE MER. (zooph. echyn.) Nom des 
Oursins. 

CHARDONNEAU ou CHARDENER, CHAR- 
DONNERET et CHARDONNETTE. (ois.) Noms 
vu]2;aircs àiiEringilla carduclis, Linn. {J^oy, Gros- 
bec.) Nous avons représenté cette espèce dans 
notre planche 9^, fig. 8. (Guér.) 

CIIARMB , Carpinas. (noT. phan.) Parmi les 
arbres qui forment ce genre de la famille des 
Y^mentacées ot de la Monœcie polyandrie , Linné 
avait réuni plusieurs espèces que Micheli plaçait 
dans son genre Ostrya; elles ont depuis été déta- 
chées dn premier et restituées au second. Toutes 
les espèces du genre Charme sont indigènes à l'hé- 
misphère boréal , h l'exception d'une seule , prove- 
nant duCanada; les autres appartiennent à l'Europe. 

Tant que le Charme commun, C. bctulas, reste 
forestier, il garde son nom; mais, dès qu'il est 
élevé en palissade, on l'appelle Charmille. Sa hau- 
teur le place aa second rangdes arbres de nos bois; 
son tronc , rarement droit et bien arrondi , revêtu 
d'une écorce unie , blanchâtre , marbrée , sur- 
chargée de lichens , porte une tète ordinairement 
très-grosse, très-toulTue , souvent d'une forme 
peu agréable ; mais , comm.e les branches naissent 
dans toute sa hauteur , et jouissent aune grande 
flexibihté, comme les feuilles sont extrêmement 
nombreuses , le pépiniériste et le jardinier déco- 
rateur le façonnent h leur gré; tantôt ils le rédui- 
sent en buissons, en haies, tantôt ils le courbent 
en dômes , en portiques , en colonnades , etc. \\ 
se reproduit aisément de graine, qui tombe aus- 
sitôt après sa maturité. Cet arbre n'est guère pro- 



CHAR 



95 



CHAT 



pre à former une futaie, surtout s'il est mêlé à des 
chênes et à des hêtres; il veut être tenu en taillis, 
où il réussit très-Lien , quand il est un peu isolé 
«!t que le sol qui le nourrit a du Ibnd. Dans 
une terre franche et forte, il pousse avec une 
grande activité , dure long-temps et acquiert jus- 
qu'à dix sept mètres do hauteur. Le bois' de 
Charme est dur , compacte et blanc ; il prend bicu 
le poli , et est recherché pour faire les manches 
d'outils, pour les ouvrages du tourneur, du char- 
pentier , du menuisier ; on s'en sert pour vis de 
pressoir, maillets, roues de moulin, et comme 
bois de chaufiage. Sous ce dernier rapport, il 
brûle lentement, donne beaucoup de chaleur et 
fournit une braise ardente. 

On possède deux variétés du Charme commun, 
l'une à feuilles panachées, l'autre à feuilles imi- 
tant beaucoup celles de certains chênes: on les 
multiplie, par la greffe. 

Il en est de même du Cuaume nu Levant ,'' C. 
orientalls , arljrisseau un peu sensible h la gelée 
dans sa jeunesse , dont le port est diffus par le 
grand nombre de rameaux. H a l'écorce d'un gris 
brun, les feuilles petites, ovales, en cœur, den- 
tées et d'un vert sombre. 11 lui faut un terrain 
plus chaud et moins fort, ainsi qu'une situation 
plus abritée que pour l'espèce commune. 

(T. D. B.) 
CHARME-HOUBLOAf, Osbya. (bot. phan. ) 
Genre, comme le précédent , de la famille des 
Amentacées. On ne luî\çonnaît que deux espèces 
exotiques, celle d'Italie, O. vidgaris , qui donne 
quelquefois de bonnes graines dans le climat de 
Paris ; et celle de la Yirginie , O. virginlca , crois- 
sant en forêts en cette contrée de l'Amérique cen- 
trale, de même que dans la Caroline. Le Charme- 
Houblon a reçu son nom de ses capsules aplaties 
imitant le cône du Houblon, Ilamulus iupidus. Les 
fruits delà première espèce sont surmontés de fol- 
licules ovales et disposés autour d'un axe comiuun, 
tandis qu'ils sont plus gros, beaucoup plus longs 
et distribués par grappes dans la seconde. L'une a 
les feuilles ovales , pointues , bordées de dents ai- 
guës et inégales , portées sur des pétioles courts , 
un peu velus ; celles de l'autre sont plus grandes , 
lancéolées et chargées de poils. (T. d. B.) 

CHARNIÈRE, (moll.) F. Coquille. 
CHARPENTIER, (ois.) On désigne ainsi les oi- 
seaux qui , comme les Pics , percent et entaillent 
le tronc des arbres. 

CHARPENTIÈREouMENUISIÈRE. (ms.) Nom 
vulgaire de plusieurs Hyménoptères qui percent 
le bois afin d'y déposer leurs œufs. V. Abeille et 
Xylocope. (GuiR.) 

CHARRUAS. (imam. )Nomd'unenation d'hom- 
mes qui habitent l'Amérique méridionale et dont on 
a vu récemment une famille à Paris. {F, Homme.) 

(GuÉn.) 
CHARYBDEet SCYLLA. (céogr. phys.) Ce fa- 
meux courant du détroit de Messine a beaucoup 
perdu de son antique célébrité : certes, il est en- 
core dangereux à traverser aujourd'hui, mais ce 
n'est plus ce gouffre effrayant , engloutissant tout 



ce qui l'approche, et tel que nous l'a dépeint Ho- 
mère, 

Scylla est un rocher situé sur la côte de Cala- 
bre; en face, sur la côte de Sicile, se trouve le 
cap Pelore, et entre ces deux points est Is détroit 
de Messine; avant d'entrer dans le détroit , à quel- 
ques nulles, on entend déjà le mugissement des 
tournans d'eau, et à mesure que l'on s'approche 
davantage, le bruit augmente ; enfin lorsque l'on 
est dans le détroit , on voit les tournans où la mer 
s'agite violemmemt , même lorsqu'elle est calme 
partout ailleurs. Ces gouffres sont peu dangereux 
tant que la mer est calme; mais, pour peu que les 
vagues viennent s'y briser , ils forment une mer 
terrible. Le gouffre de Charybde est situé près du 
havre de Messine, et en rend quelquefois l'entrée 
assez difficile. Aussi , pour Téviter, les vaisseaux 
sont-ils obligés de ranger la côte de Galabre, et 
alors , lorsqu'ils sont arrivés à l'endroit le pluç 
étroit du phare de Messine, le courant les entraîne 
rapidement vers le rocher de Scylla , où ils cou- 
rent grand risque d'être jetés : de là est venu le 

uroverbe latin : 

i. 

Incidit in Scyllam cupiens vitare Charyljcliiu. 

Cependant il faut que l'action des eaux ait con- 
sidérablement modifié les pointes des récils dont 
le danger, comme nous venons de le voir, était 
devenu proverbial chez les anciens ; car aujour- 
d'hui il est assez facile d'éviter et le rocher de 
Scylla et le gouffre de Charybde ; il est très-rare 
que de nos jours des vaisseaux viennent se perdre 
dans ces parages. ( G. J. ) 

CHASSE. L'industrie humaine a multiplié à 
l'infini les moyens de dompter , de prendre les 
animaux de toute espèce : les mammifères , les oi- 
seaux , les reptiles et même les insectes. Ces 
moyens ont dû varier en raison des besoins, des 
ressources et de l'intelligence des différons peu- 
ples ou même des individus. On a écrit de longs 
traités sur les diverses chasses , mais il ne peut 
être de notre sujet de les analyser ici. L'invention 
de la poudre à canon a laissé tomber en désué- 
tude im grand nombre de procédés qu'il serait au 
moins inutile de tirer de l'oubli; il n'est guère im- 
portant non plus de tracer dans ce Dictionnaire 
ceux que le désir de vains amusemens a pu sug- 
gérer à l'oisiveté de certains hommes. Nous ne 
confondons pas , dans l'omission volontaire que 
nous commettons à cet égard, les moyens d'obte- 
nir et de conserver intacts les animaux réservés 
aux études : ces moyens doivent être examinés 
ailleurs. {Voy. Collection.) (P. G.) 

CHASSELAS, (bot. phan.) Nom d'une variété 
de raisin très-estimée. V. Vigne. (Guér.) 

CHAT, FeLls. (mam.) Ce genre a été établi 
par Linné; il fait partie de l'ordre des Carnas- 
siers , et doit être placé à côté de celui des Hyènes. 
Les espèces qu'il comprend sont digitigrades, et 
offrent toutes un air de famille qui les fait aisé- 
ment reconnaître ; elles ont d'ailleurs les caractèies 
suivaus : 

Pieds antérieurs pentadactyles , c'est-à-dire à 



CHAT 

cinq doigts , les postérieurs tétradactylesouà qua- 
tre; ces doigts, surtout ceux des pieds antérieurs, 
sont toujours armés, excepté chez le Guépard, 
d'ongles relevés dans le repos et couchés oblique- 
ment dans les intervalles des doigts , d'où ils 
peuvent sortir à la volonté de l'animal, qui les 
meut en contractant les muscles fléchisseurs de 
ses dernières phalanges. C'est au moyen de ces 
ongles, que l'on appelle ongles rétractUes ougrifTes, 
que l'animal s'accroche à sa proie et aux corps 
contre lesquels il veut grimper; lorsqu'il les rentre 
dans leurs gaînes et les cache sous les poils, on dit 
qu'il fait patte de velours. Les dents ne sont pas 
moins remarquables; elles sont établies sur le type 
le plus carnassier que l'on connaisse ; leur nombre 
est de trente , savoir : i 2 incisives , six à chaque 
mâchoire : les quatre intermédiaires tranchantes , 
disposées en forme de coin et échancrées à leur 
face interne ; les deux latérales plus grandes et 
pointues; 4 canines, très-grandes, coniques et 
peu crochues; i4 mâchelières ainsi distribuées : 
deux fausses molaires en haut et en bas de chaque 
côté ; quatre carnassières (une à chaque partie) , 
les supérieures à trois lobes et un talon mousse 
en dedans , les inférieures sans talon ; et enfin 
deux très-petites tuberculeuses à la mâchoire su- 
périeure (une de chaque côté), sans rien qui leur 
corresponde en bas. 

La langue des Chats est mince et couverte à sa 
face supérieure de papilles cornées, dont la pointe 
est dirigée en arrière; c'est pour cela que ces ani- 
maux écorchent lorsqu'ils lèchent; les oreilles sont 
courtes, en cornet triangulaire et dressé, avec un 
repli et un petit lobe à la base de leur bord ex- 
terne. La queue est le plus souvent longue et très- 
mobile. Elle est tantôt nue et floconneuse à son 
extrémité , tantôt au contraire couverte dans toute 
son étendue de poils très-longs , comme chez les 
Lynx. La verge des mâles est dirigée en arrière et 
couverte de crochets; les femelles ont le vagin 
lout-h-fait simple; leurs mamelles sont abdomi- 
nales et varient pour le nombre. 

Tous les animaux du genre Felis ont la tête ar- 
rondie, le museau court et qui paraît donner peu 
d'étendue à l'organe de l'odorat , mais les narines 
s'ouvrent sur les côtés d'un mufle assez élargi; 
leurs yeux sont diurnes ou nocturnes , c'est-h-dire 
qu'ils leur permettent de voir tantôt de nuit , tan- 
tôt de jour; ils ont leurs pupilles rondes ou ver- 
ticales. 

On compte plus de quarante espèces de Chats 
répandues dans l'ancien continent et dans le nou- 
veau , sous toutes les latitudes, cependant plus 
abondantes entre les Tropiques que dans les con- 
trées du Nord. Toutes ont un riche pelage com- 
posé de poils courts ou bien au contraire fort 
longs, et dont la coloration, généralement fauve, 
est tantôt uniforme , tantôt variée de bandes ou 
de taches plus ou moins grandes. Ce sont de tous 
les mammifères ceux qui ont le plus d'appétit pour 
la chair; aussi aiment-ils h se repaître d'une proie 
palpitante, et ne mangent-ils la viande morte que 
lorsqu'ils n'ont pu en trouver d'autre. Leur taille 



96 CHAT 

varie, depuis celle du Chat domestique et au 
dessous, jusqu'à celle du Lion et du Tigre, qui là 
sont les plus grands de l'ordre des Carnassiers; 
mais ils olTrent tous à peu près les mêmes habi- 
tudes. Prudens sans pour cela manquer de cou- 
rage, ces animaux surprennent plutôt leur proie 
qu'ils ne l'attaquent; pour l'atteindre, ils se tien- 
nent cachés derrière quelque tas de feuillage ,. 
s'élancent dès qu'ils la croient h leur portée; et, 
comme ils sont très-agiles , ils la manquent rare- 
ment; les plus petits la poursuivent même jusque 
sur les arbres. Ils courent très-vite , cependant 
les Chiens les surpassent, mais ils sont de tous les 
animaux ceux qui progressent par bonds avec le 
plus de célérité. 

Ils sont presque tous nuisibles à l'homme par 
les dégâts qu'ils occasionent dans ses troupeaux; 
quelques uns sont même assez hardis pour l'atta- 
quer lui-même; cependant avec des soins on par- 
vient à les apprivoiser presque tous , et il en est 
que l'on tient en domesticité. 

Nous les diviserons, avec M. Fréd. Cuvier, en 
deux sous-genres, le premier comprenant toutes 
les espèces qui ont les ongles rétractiles , et le 
second réservé au Guépard, qui seul manque de 
cette sorte d'armes. Le premier sous-genre sera 
partagé en deux sections, l'une pour les espèces 
qui ont les pupilles rondes et qui sont de l'ancien 
ou du nouveau continent ; l'autre pour les espèces 
tefles que le Chat domestique, etc., qui ont au 
contraire les pupilles verticales. On pourrait aussi, 
comme quelques personnes ont essayé de le faire, 
choisir parmi les espèces du genre quelques unes 
de celles qui sont le plus remarquables (teUes que 
le Lion, le Tigre, le Léopard, le Lynx, etc.), et les 
considérer comme les types d'autant de sous-gen- 
res dans lesquels les autres viendraient se grouper. 

§ I. Espèces dont les ongles sont rétractiles. 

Les espèces de ce sous-genre sont très-nom- 
breuses; aussi a-t-on recours pour les classer h 
la forme de leurs pupilles et même à leur patrie. 

•|- Espèces dont la pupille est circulaire. Les 
unes sont de l'ancien monde : 

Lion, Felis leo, L. Celte espèce, décrite par 
tous les auteurs , est facilement reconnaissable à 
la couleur fauve uniforme de son pelage , ras sur 
le corps et transformé en une épaisse crinière sur 
le cou ; sa queue est longue et terminée par un 
flocon de poils peu développés; la Lionne, qui est 
la femelle , ne dilfère du mâle que parce qu'efle 
manque de crinière; elle met bas quatre ou cinq 
petits, qui présentent une livrée plus foncée 
pendant leur jeune âge. 

Le Lion est célèbre depuis la plus haute anti- 
quité par son courage et la magnanimité qu'on lui 
prête ; il est le plus fort et le plus belliqueux de 
tous les animaux; on le trouve dans toute l'Afrique 
et dans une grande partie de l'Asie ; il paraît 
même qu'il existait autrefois en Grèce. Selon la^ 
localité où il se trouve , cet animal présente quel- 
ques dilférences qui ont servi à établir les variétés 
suivantes ; 

1° Lion de Barbarie » 



CHAT 



97 



CHAT 



1° Lion de Barbarie , qui a le pelage brun et 
une crinière dans le sexe mâle. 

2° Lion du Sénégal , dont la crinière est moins 
épaisse et le pelage plus jaunâtre. 

3° Lion de Perse ou d'Arabie; son pelage est 
cle couleur isabelle pâle , et sa crinière épaisse. 

4° Lion du Cap , que l'on peut diviser en deux 
races, l'une jaune et l'autre brune, qui est la 
plus féroce et la plus redoutée de toutes. 

Le Felis spidœa de M. Goldfuss est une espèce 
fossile, observée dans la caverne de Gailenreuth ; 
elle est voisine du Lion pour la taille , et de la 
Panthère pour la forme. 

Tigre , Fd'is tigris , appelé aussi Tigre royal , 
a été de tout temps célèbre par sa férocité et son 
ardeur pour le carnage. Son pelage est ras, sans 
crinière sur les épaules et très-remarquable pour 
ce qui est de la distribution des couleurs ; c'est, 
sur un fond jaunâtre en dessus et blanc en des- 
sous, une série de lignes irrégulières placées lon- 
gitudinalenient et teintes d'un beau noir. Le Tigre 
est répandu dans toute l'Asie méridionale, il est 
après le Lion le plus grand des Feiis. Sa réputa- 
tion de férocité tient à ce qu'il a plus souvent qne 
les autres l'occasion d'attaquer l'homme et les 
animaux domestiques , attendu que , dans des pays 
très-peuplés, il habite le bord des fleuves ; mais 
il est très-prudent et se retire plutôt que de com- 
battre , lorsqu'il ne soupçonne pas que la victoire 
sera pour lui. On connaît plusieurs exemples de 
Tigres apprivoisés. Ainsi nous savons que les Ro- 
mains en montraient dans leurs spectacles, et même 
que l'empereur Héliogabale, dans une représen- 
tation du Triomphe de Bacchus, parut sur un 
char traîné par deux de ces animaux. Marc-Paul 
a vu les empereurs tartares les employer pour la 
chasse. 

Panthîîre , Fel. pardus , L. Cette espèce, sur 
laquelle Georges Cuvier a donné, dans l'ouvrage 
intitulé Ménagerie du Muséum , une notice fort in- 
téressante, est fauve en dessus et blanche en des- 
sous, avec six ou sept rangées de taches en forme 
. de rose_s, c'est-h-dire formées par la réunion de 
cinq ou six taches simples sur chaque flanc. Elle 
compose avec quelques autres la série des Chats 
tachés , connus dans le commerce de la pelleterie 
sous le nom de Tigt-a d' Afrique ou à taches. 

La Panthère n'attaque que les espèces de Ga- 
zelles , les petits quadrupèdes et les oiseaux qu'elle 
poursuit jusque sur les arbres. Elle est commune 
en Afrique et principalement sur la côte de Bar- 
barie, d'où les anciens tiraient les nombreux in- 
dividus qui furent tués dans le Cirque. Les Grecs 
lui donnaient le nom de Pardalis et les Latins 
celui de Panthera. 

Léopard, Felis Icopardus , L. Il est figuré dans 
l'ouvrage de MM. Fréd. Cuvier et Geoffroy, livrai- 
son vingtième. Sa longueur est de cinq pieds cinq 
pouces, y compris la queue; sa hauteur moyenne, 
deux pieds un pouce. Le Léopard est semblable 
à la Panthère, mais il présente neuf ou dix rangées 
de taches sur les flancs. M. Temminck prétend 
qu'on ne peut l'en distinguer et le réunit avec 

T. IL 



elle sous le nom commun de Léopard; sa Pan- 
thère est une espèce qui ne vit qu'à Java. 

La Guinée, le Sénégal, etc., sont les contrées 
où l'on trouve communément le vrai Léopard. 

Serval, Fel. serval, L. Il est long de trois 
pieds un pouce, en comprenant sa queue , et haut 
d'environ un pied neuf pouces. Sa couleur est 
fauve, très- claire en dessus, blanche en dessous, 
avec de petites taches rondes et pleines distribuées 
irrégulièrement. La queue est annelée dans sa' 
moitié postérieure, son bout est noir. 

Les peaux du Serval sont connues dans le 
commerce sous le nom de C liat-tigre. Elles arri- 
vent par centaines du Sénégal et du cap de Bonne- 
Espérance. 

Caracal, Fel, caracal.W est fauve isabelle en 
dessus , avec les oreilles noires extérieurement et 
surmontées d'un pinceau de poils. Cet animal , 
appelé encore Lynx de Barbarie ou du Levant, aï 
le Lynx des anciens , et peut-être aussi le Lynx 
africain dont parle Aldrovande. Son nom est un 
abrégé du turc kara (noir) et kalack (oreilles). Oa 
trouve le Caracal dans tout le Levant ainsi qu'en 
Barbarie, au Sénégal et même au Cap. 

Lynx de Moscovie , F. se/varia, Temm. Il est 
de la taille du Loup. Sa belle et précieuse four- 
rure est connue dans le commerce sous le nom de 
Loup cervier ou Lynx moscc^'ite. Elle est entière- 
ment d'un beau gris argentin , parsemé de taches 
noires ; sa queue est touffue et noire à son extré- 
mité. Elle arrive par petites cargaisons des mar- 
chés de Moscou , qui la reçoivent du fond de 
l'Asie. Les peaux des adultes, lorsqu'elles ont 
leurs taches d'un beau noir, se paient jusqu'à 
cent francs, cent vingt et même cent trente. Celles' 
de la qualité moyenne valent pour le moins qua- 
tre-vingts francs chacune. La Sibérieparaît être le 
lieu que cette espèce habite. 

Lynx polaire, F. borealis ,'Yeravii. Les peaus 
de cette espèce sont d'un gris argentin , avec des 
ondes et de petites taches fauves ou brunes. Elles 
sont beaucoup plus répandues que les précédentes. 
On les désigne sous les noms de Loup cervier du 
Canada et de Lynx de Sibérie. Leur prix courant 
est de trente francs. On donne pour patrie à ce 
Lynx les régions polaires des deux continens. 

Lynx, Felis lynx des auteurs modernes, n'est 
point l'animal que les anciens connaissaient sous 
ce nom {voy. le F. serval). La longueur de son 
corps est de 20 pouces , sa queue en mesure sept; 
sa hauteur moyenne est d'un pied quatre pouces. 
Le Lynx, qui était autrefois très-répandu par toute 
l'Europe , est aujourd'hui refoulé dans quelques 
parties encore boisées et montagneuses de ce conti- 
nent ; on ne le trouve plus guère qu'en Allemagne , 
en Suisse , en Prusse et en Italie. En France il est 
très-rare et n'y existe même qu'accidentellement. 
On soupçonne qu'il se trouve aussi dans le nord 
de l'Afrique. Le Muséum possède un individu dont 
la patrie indiquée est celle-ci, mais c'est une in- 
dication qui a besoin d'être vérifiée. 

Auprès de cette espèce on peut ranger, comme 
formant une petite section , tous les Chats qui ont 
90° Livraison. ï3 



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des pinceaux de poils aux oreilles. Tels sont le Lynx 
de. Moscovie, le Caracal, le Lynx polaire et en- 
core l'espèce suivante, que M. Temminck a décrite 
dans ses Monographies de Mammalogie sous le 
nom de 

Chat parde , Fel. pardina. La longueur de ce 
Fells est de deux pieds neuf povices en comprenant 
la queue qui a sept pouces. Sa taille est celle du 
Blaireau, mais il est plus élevé sur jambes. Il pa- 
raît habiter les contrées les plus chaudes de l'Eu- 
rope, telles que le Portugal, l'Espagne et peut-être 
aussi h Sardaigne et la Sicile. On n'a point encore 
constaté son existence en Barbarie, mais il est 
probable qu'il s'y trouve. Son pelage est fauve, 
avec des taches noires plus ou moins foncées en 
dessus et blanches en dessous, H est connu dans 
le commerce sous le nom de Lynx de Portugal. 
C'est une fourrure peu estimée à cause de sa rareté 
et de la longueur de ses poils. Son prix est de six 
francs à dix et même quinze. 

Chat DE Java, Fei(5 javanensls et sumatrana, 
Horsfield , nommé par Temminck le Servalien , 
Felis minuta. Celte espèce , qui fait double em- 
ploi , a de longueur dix-sept pouces pour le corps 
seulement , et de hauteur moyenne huit pouces. 
Elle est d'un gris jaunâtre, blanchâtre en dessous, 
variée de taches noires pleines et irrégulières. 
Cinq bandes pleines garnissent le dessus du cou et 
deux les côtés des joues. Le bout de la queue est 
blanc. On trouve ce 'Chat à Java et à Sumatra. 
C'est le Kurwuk des Javans. 

Chat du Népaul, Felis torquata , Fréd. Cuv. , 
Histoire des Mammifères. Ce Chat est long de 
vingt-trois pouces, et haut de dix seulement. Il 
est d'un gris fauve, assez clair en dessus, plus pâle 
dessous et varié de taches longues transversales 
sur les parties antérieures, plus petites et isolées 
sur les postérieures. Sa queue a cinq demi-an- 
neaux en dess.us et le bout noir. Le Bengale et le 
Nepaul. 

Chat a taches de rouille, Fe/w rubiginosa. Cette 
autre espèce, plus récemment connue , a été rap- 
portée de Pondichéry par M. Bélanger et décrite 
par M. Isid. Geoffroy dans la partie mammalogi- 
que du Voyage aux Indes orientales. Elle se dis- 
tingue de toutes les espèces congénères par un 
système de coloration tout-h-fait particulier, et 
qui lui a mérité son nom. Elle a le pelage gris- 
roussâtre supérieurement , blanchâtre inférieure- 
ment, et marqué de taches de rouille, qui sont sous 
le ventre d'une teinte plus foncée que partout ail- 
leurs. Sa queue est de la même couleur que le 
fond de son pelage , et sans taches. Taille du 
Chat domstique. 

A la suite de ces espèces viennent quelques 
autres appartenantégalement h l'ancien continent, 
mais qui sont bien moins connues. Tels sont le 
FeLxS DORÉ et le Felis longiba de M. Temminck, 
ainsi que sa Panthîîbe de Java , qu'il considère 
comme une espèce distincte de celle d'Afrique , 
celle-ci étant regardée par lui comme analogue 
au Léopard, (^oj. ci-dessus.) Suivant cet auteur, 
le Chaï MELAS , Feiis mclas de Péroa , ne serait 



qu'une simple variété de cette Panthère qu'il n'a 
point encore figurée. M. Lesson regarde au con- 
traire le luclis Fêlas comme une espèce parfaite- 
ment établie. « Sa taille est, dit-il, celle de la 
Panthère (Panthère d'Afrique, ou Léopard de 
M. Temminck ) ; son pelnge est d'un noir très-vif, 
sur lequel se dessinent des zones de même couleur, 
mais qui semblent plus lustrées. Ce Chat , nommé 
Arimaoa par les Javanais, sert aux combats sin- 
guliers du Ranipok. » Foy. l'article Panthère de 
ce Dictionnaire. 

Etudions maintenant les espèces h ongles ré- 
tractiîes et pupilles circidaires qui appartiennent 
au nouveau continent. 

Ces espèces sont assez nombreuses; mais il en 
est plusieurs qui ont été indiquées trop vaguement 
pour qu'il soit permis de les caractériser. 

Jaguar, F. onca, Linn., dont il existe deux 
bonnes figures, mâle et femelle, dans l'ouvrage de 
M. Fréd. Cuvier, Hist. nat. des Mammif., est k 
grande Panthère des fourreurs. Son pelage , fauve 
en dessus , est blanc en dessous , marqué détaches 
noires circulaires en forme d'yeux , et rangées sur 
cinq ou six lignes de chaque côté du corps. Il ha- 
bite les forêts marécageuses d'»ine grande partie 
de l'Amérique méridionale. Le Jaguar noir, Felis 
nigra , Erxleben , est une simple variété de cette 
espèce , et de laquelle Marcgrave a parlé sous le 
nom do Jaguarctc. 

CouGUAR, Felis concolor, est le ' Gouazouara de 
d'Azara. fin le nomme aussi Lion des Péruviens 
ou Tigre rouge. Son pelage est d'un fauve agréa- 
ble et uniforme , saus aucune tache ; ses oreilles 
sont noires, sa queue noire à son extrémité seu- 
lement. Les jeunes ont dans le premier âge une 
livrée comme les Lionceaux. Le Couguar habite 
l'Amt'rique méridionale et une grande partie de 
l'Amérique septentrionale. On le trouve au Para- 
guay, au Brésil, à la Guiane et dans les États- 
Unis. Le Felis noir, Felis discolor qui se trouve 
h Cayenne, n'en est peut-être qu'une variété, af- 
fectée de mélanisme. 

Chat jaguiroundi, Felis Yaguarundi, Desm. , 
habite le Chili, la Guiane et le Paraguay. 11 est 
de la taille du Chat domestique et se tient dans 
les bois , où il fait la chasse aux oiseaux. Son pe- 
lage est d'un brun noir piqueté de blanc sale, et 
les poils de sa queue sont plus longs que ceux du 
corps. 

Chati , Fel. mitis , Fréd. Cuv. , Mamm. , est long 
de deux pieds onze pouces, et haut de quatorze 
pouces environ. Son pelage est fauve, marqué de 
rangées détaches noires sur le dos et sur les flancs, 
où elles sont plus petites. Oreilles noires , avec une 
tache blanche sur le milieu de chacune. Ce Chat 
a pour patrie le Brésil et le Paraguay. Ses mœurs 
douces lui ont fait donner le nom de Felis mitis. 

Chat élégant, Fel. elegans , décrit par M. Les- 
son et figuré dans sa Ccnlarie zoologi/juc. Ce'ui-ci 
a de longueur totale trente pouces six lignes. Son 
pelage est court, épais , fourni et très-doux , teint 
de roux vif sur les parties supérieures, avec des 
taches d'un noir profond , tandis que les inférieures 



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sont blanches et tachées de brun foncé. Il habite 
le Brésil, (f^oy. notre Atlas, pi. 96, fig. 1.) 

Oelot , FcL pardatis , L. , décrit par Buffon , 
au t. XIII, pi. 55 et 56, a de longueur quatre 
pieds deux pouces, H est fauve en dessus, blanc 
en dessous , et varié sur les flancs et la croupe de 
bandes obliques d'un fauve foncé, bordées de 
noir, et qui sont aunoïnbre de cinq. C'est le Mara- 
cnya du prince Maximiiien de Neuwied. 11 habite 
l'Amérique méridionale, la Guiane principale- 
ment et le Paraguay. Il a été décrit par d'Azara 
sous le nom de Chiblguaza. 

OcELOÏDE, Fel. macroura, Temm. , Monogra- 
phies. Celte espèce , que l'on doit au prince de 
Neawied, est longue de trois pieds sept pouces, 
et haute d'environ un pied. Son pelage est plus 
clair que celui de l'espèce précédente , et ses ta- 
ches des flancs plus aUongées et mieux encadrées. 
Elle habite le Brésil. 

CoLocoLLA , F. colocoUa, a été décrit par 
M. Fréd. Cuvier dans l'Histoire des Mammifères. 
Sa taille est celle du Chat domestique.il est blanc, 
avec des bandes transversales noires et jaunes, 
llcxueuses. Sa queue est annelée jusqu'à sa pointe de 
cercles noirs. On le trouve dans les forêts du Chili. 

CuiT lî AI , Fel. rufa , appelé aussi Lynx cC Amé- 
rique et Chat servier , est de la taille du Renard. 
Son pelage est gris, teint de fauve, avec" de petites 
taches noires très-nombreuses , placées sur le 
corps et sur les membres ; ses oreilles ont de pe- 
tits pinceaux comme celles du Lynx; en hiver il 
prend une teinte roussâtre. Cet animal habite 
l'Anîérique septentrionale. M. Temminck croit 
qu'il faut lui rapporter le Lynx du Mlssissipl et le 
Chat à ventre tacheté de M. Geoffroy. C'est le 
Bay-cat des Anglo-américains. 

f y Espèces à ongles rétractiles qui ont les pa- 
pdtes verticales. 

En première hgne on doit placer le Chat sau- 
vage , Feliscatus, L., représenté dans notre Atlas, 
pi. gG , fig. 2 , qui est d'un tiers environ plus 
grand que notre Chat domestique. Ses couleurs 
sont en dessous d'un blanc grisâtre , en dessus 
d'un gris foncé, nuancé de jaunâtre et varié ds 
bandes plus foncées, disposées longitudinalement 
sur le dos et transversalement sur les flancs , les 
épaules et les cuisses ; lèvres noires ainsi que la 
plante des pieds ; queue annelée de noir et de 
gris fauve, avec son extrémité noire. Cet animal 
vit isolé ou par paires dans les contrées couvertes 
de bois. On le trouve en Europe et dans une par- 
tie do l'Asie. Sa nourriture consiste en oiseaux de 
toutes sortes et en petits mammifères rongeurs ou 
carnassiers qu'il guette et poursuit sans cesse, et 
sur lesquels il tombe ordinairement à l'improviste. 
Les mâles s'allient avec les femelles de nos Chats 
domestiques. 

C'est de celte espèce que l'on fait généralement 
descendre les diverses races de nos Chats donics- 
tiijues, parmi lesquelles les plus notables sont : 

Le Chat d'Espagne , Felis catus hispana , figuré 
par Buffon au t. vi de son Histoire des quadrupè- 
des. Son pelage se compose d'un mélange de ta- 



ches blanches , rousses et noires ; ses lèvres et la 
plante de ses pieds sont de couleur de chair. 

Le Chat des chartreux, F. catus cœruleus, L. , 
Buff., t. IV, pi. IV, dont les poils sont très- fin s et 
généralement d'un gris d'ardoise uniforme ; lèvres 
et plahtes des pieds noires. 

Le Chat d'Angora, F. catus angorensis, L. , 
Buff., IV, pi. 5 , est revêtu de poils longs et soyeux, 
variant assez pour la couleur. 

Les Chats domestiques tigrés, Fel. catus do- 
mesticus , Atlas, pi. 96, fig. 5, sont les plus com- 
muns. Ils paraissent se rapprocher plus qu'aucun 
autre du type sauvage. 

Ces animaux , comme le dit Buffon , ne sont 
qu'à demi-domestiques ; ils font la nuance entre 
les espèces vraiment domestiques et celles qu'on 
ne trouve qu'à l'état sauvage. « Le Chat , dit ce 
grand naturaliste français , n'est qu'un domestique 
infidèle , qu'on ne garde que par nécessité , pour 
l'opposer à un autre ennemi domestique encore 
plus incommode et qu'on ne peut chasser; car 
nous ne comptons pas les gens qui, ayant du goût 
pour toutes les bêtes , n'élèvent des Chats que 
pour s'en amuser; l'un est l'usage, l'autre l'abus; 
et quoique ces animaux , surtout quand ils sont 
jeunes , aient de la gentillesse , ils ont en même 
temps une malice innée , un caractère faux , un 
naturel pervers , que l'âge augmente encore , et 
que l'éducation ne fait que masquer..,. La forme 
du corps et le tempérament sont d'accord avec le 
naturel; le Chat est joli, léger, adroit, propre et 
voluptueux : il aime ses aises ; il cherche les meu- 
bles les plus mollets pour s'y reposer et s'y ébattre ; 
il est aussi très-porté à l'amour; et, ce qui est 
rare dans les animaux, la femelle paraît plus ar- 
dente que le mâle; elle l'invite, elle le cherche, 
elle l'appelle, elle annonce par de hauts cris la 
fureur de ses désirs , ou plutôt l'excès de ses be- 
soins , et lorsque le mâle la fuit ou la dédaigne , 
elle le poursuit, le mord, et le force pour ainsi 
dire à la satisfaire , quoique les approches soient 
accompagnées d'une vive douleur. » Cette douleur, 
que les Chattes expriment par des cris si aigus, est 
produite par les papilles cornées et dirigées en 
avant , dont l'organe mâle est garni à sa pointe. 

Les Chats domestiques ne s'attachent point h 
l'homme aussi fidèlement que le chien , cependant 
ils se trouvent aujourd'hui sur presque toute la 
terre habitée; mais dans quelques endroits ils 
n'ont été apportés qu'à une époque récente et ils 
ne paraissent pas avoir existé à la Nouvelle-Hol- 
lande avant la découverte de cette vaste contrée 
par les Hollandais. Dans plusieurs endroits il a 
quitté les lieux habités pour rentrer dans l'état 
sauvage. 

Suivant M. Temminck le Chat domestique ne 
viendrait peint dti Felis catus, mais d'une autre 
espèce qui habite l'Egypte. Voici ce que dit cet 
auteur (Monographies demammal): «En cherchant 
» à remonter à l'origine de la domesticité du Chat, 
» on se trouve en quelque sorte guidé par la pensée 
Bvers les contrées qui furent témoins des premiers 
» élans de la civilisation , dos connaissances et des 



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y> arts. C'est de l'enceinte des temples consacrés à 
»Isis et sous le règne des Pharaons qu'on a vu 
«naître les premiers rayons des sciences, depuis 
» plus dignement honorées en Grèce et portées de 
» proche en proche dans les contrées que nous 
«habitons. L'Egypte témoin de cette civilisation 
» naissante a sans doute fourni à ces habitans réu- 
»nis en société cet animal utile. Plus encore que 
»les autres peuples cultivateurs, les Égyptiens 
» ont dû apprécier les bonnes qualités du Chat ; 
» s'ils en ont eu connsissance, ce que tout porte à 
» croire, il est certain qu'une espèce sauvage pro- 
»pre à ces contrées a fourni la première race do- 
«mestique.» 

L'espèce égyptienne qui a offert à M. Temminck 
le sujet de ces considérations a été rapportée de 
l'Afrique septentrionale par M. Ruppel; M. Tem • 
minck l'a décrite dans ses Monographies sous le nom 
de Chat ganté, Felis manicidata. Cette espèce 
est un peu plus petite que le Chat domestique 
(la domesticité influe le plus souventsur la taille des 
animaux en l'augmentant, aussi est-il fort extra- 
ordinaire, dit M. Temminck, de voir que le Chat 
sauvage d'Europe est plus gros que les races domes- 
tiques auxquelles il a donné naissance). Sa queue 
est de même dimension, et la teinte de son corps 
généralement grise, marquée de fauve en dessus, 
blanche en dessous, avec sept ou huit bandes fines 
et noires sur l'occiput et une ligne dorsale noire. 

S'il faut en croire l'auteur cité, toutes nos 
races de Chats domestiques ne reconnaîtraient 
point une même origine. C'est ainsi que ceux de 
l'Afrique et d'une partie de l'Europe descendraient 
de l'espèce égyptienne , tandis que la race du 
Chat angora, qui est originaire delà Russie asia- 
tique, serait le produit d'un autre type sauvage in- 
connu, et qui probablement vit dans les contrées 
du nord de l'Asie. 

Chat botté, Fclis callgata, Temm.,est un au- 
tre Felis que l'on trouve dans l'Afrique septen- 
trionale et aussi au Bengale et dans la presqu'île 
de l'Inde. H est un peu moins grand que le sui- 
vant, dont il ne diffère peut-être que par la face 
externe de ses oreilles qui est d'un roux brillant. 

Chaus, Felis chaus , a été représenté dans l'His- 
toire des mammifères de M. Fréd. Cuvier, liv. 56. 
n est long de trois pieds un pouce en comprenant la 
queue, et haut de quinze pouces. Sa patrieest l'E- 
gypte et les contrées voisines de la mer Caspienne. 

Marguay appelé aussi Margay, Fel. tigrina L. 
C'est le Baracaya de d'Azara. Son^ pelage, fauve en 
dessus , blanchâtre en dessous , est parsemé de 
taches noires allongées , disposées en cinq lignes 
longitudinales sur le dos et obliques sur les flancs. 
Les épaules sont tachetées de fauve foncé et bor- 
dées de brun noir; queue annelée irrégulière- 
ment. 

Le Margay habite l'Amérique méridionale , le 
Brésil et la Guiane principalement. 

§ IL Espèces dont les ongles ne sont point rétractiles. 

On n'en connaît encore qu'une seule, elle a les 

pupilles circulaires ; c'est le Guépard, Fel.jubata, 



Linn. , dont on voit la iîgure dans l'ouvrage de 
M. Fréd. Cuvier, livraison Sg. On connaît vulgai- 
rement le Guépard sous les noms de Tigre chasseur. 
Léopard à crinière, etc.; c'est XYouse des Persans. 
Son pelage est fauve , couvert de petites taches 
noires, rondes et pleines , disposées avec régula- 
rité, et n'ayant point la forme de rose. Il a une 
crinière sur la nuque. Longueur du corps, o pieds 
3 pouces; de la queue, 2 pieds 2 pouces; hauteur 
moyenne , 2 pieds 2 pouces. Cet animal habite 
l'Asie méridionale. On dit qu'il peut être dressé 
pour la chasse. 

On connaît quelques espèces fossiles appartenant 
au genre Felis. G. Cuvier dans son grand ouvrage 
en cite deux, lesquelles ont été trouvées dans trois 
sortes de gisemens : dans les cavernes de Hon- 
grie , d'Allemagne et d'Angleterre , dans les brè- 
ches osseuses de Nice et dans les couches meu- 
bles qui renferment des débris de grands pachy- 
dermes. L'une de ces espèces est le Fel. spelcca 
(Cuv. , Oss. foss., nouv éd., iv, p. 449 ^'-p'- 36), 
aujourdhui fort bien connu, depuis le travail de 
M. Goldfuss (Mém. de la Soc. des Curieux de la 
nat. , t. xi) ; l'autre est le Felis antiqua, Cuvier , 
ibid. (Gkrv.) 

CHAT-HUANT. ( ois. ). Ce nom est vulgaire- 
ment donné aux espèces du genre Chouette, f^oy. 
ce mot. M. Cuvier l'a employé, après M. Saviguy, 
pour indiquer un petit genre dans lequel il place 
la Hulotte ou Chouette des bois qui est le Chat-liuant 
de Buffon. C'est un oiseau que l'on trouve par toute 
l'Europe dans les grandes forêts , et particulière- 
ment dans celles qui sont très-louflues. Il se nour- 
rit de rats, de taupes , de mulots , de grenouilles, 
de petits oiseaux et même aussi de sauterelles et 
de scarabées. Il pond dans les nids abandonnés 
quatre ou cinq œufs blanchâtres. 

On appelle Chat volant les espèces du genre 
Galéopithèque {v. ce mot), elChat genêt te la Ge- 
nette ordinaire. (Gerv.) 

CHAT DOMESTIQUE. (icoN. rur.) Faire l'é- 
loge de cet animal, que les Helvétiens avaient 
choisi comme symbole de la liberté , c'est rappe- 
ler ce que Pétrarque, J. J. Rousseau et Sonnini de 
Manoncourt ont écrit en sa faveur d'une manière 
si éloquente et si pressante. Buffon et Pvozier 
l'ont maltraité. Cependant il faut bien croire que 
le Chat ne mérite pas tout ce que l'on en dit de 
peu flatteur , puisqu'on le trouve dans tous les 
pays, chez les riches comme chez ceux qui sont 
loin de connaître l'aisance ; qu'il est agréé dans 
toutes les maisons, où il vit en bonne intelligence 
avec les autres animaux. Le Chat réunit tous les 
extrêmes. On le craint pour ce qu'on appelle sa 
perfidie , qui n'est , en effet , que le résultat de la 
grande irritabilité dont il est doué. On l'aime par 
faiblesse , il serait peut-être plus vrai de dire par 
besoin. La guerre continuelle qu'il fait pour son 
seul et unique intérêt , purge nos habitations d'un 
ennemi importun , dont les dégâts multipliés pro- 
duisent, à la longue, d'énormes pertes. S'il atta- 
que les oiseaux, les jeunes lapins, les levrauts, 
combien de rats, de souris, de mulots, de tau- 



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pes , de serpens , de chauve-souris , etc. , devien- 
nent sa proie! Je l'ai vu détruire des quantités con- 
sidérables de blattes durant mon séjour hLivourne, 
où les habitations en sont envahies du bas en 
haut. Il leur fait la chasse avec autant de cons- 
tance que le chien griiïbn. 

Ce que le Chat ne peut ravir de haute-lutte , il 
le guette, il l'épie avec une patience inconceva- 
ble. Voyez-le tapi au bord d'un trou , ramassé 
dans le moindre espace possible, les yeux fermés 
en apparence, et cependant assez ouverts pour 
distinguer sa proie et en saisir les moindres mouve- 
mens ; son oreille est au guet , rien ne lui échappe. 
Direz-vous qu'il y a là de la férocité? Tient-il sa 
proie, il s'en joue et s'en amuse pendant quelque 
temps. Le taxerez-vous pour cela de perfidie? Eh ! 
messieursles chasseurs, êtes-vous moins inhumains? 
insultez-vous moins au malheur, ne tendez- vous 
point des pièges nombreux aux chantres des fo- 
rêts , à la gazelle timide, au cerf, au daim, etc.? 
Et vous, misérables qui^ne vivez que de calomnie, 
qui allez troubler la paix des ménages, l'union 
des familles pour satisfaire au plaisir de dire du 
mal , étes-vous moins féroces? Et vous qui faites le 
métier de dénoncer vos semblables, de les provo- 
quer aux désordres afin de les assommer ou de 
les tenir dans des cachots infects, êtes-vous moins 
cruels?... Laissez au Chat son naturel, son pen- 
chant h la petite rapine, puisqu'il rend tant de 
tons services à la maison rurale, et tâchez, 
comme lui , de tempérer des inclinations vicieuses 
par des qualités réelles. 

Buffon a eu tort de dire que le Chat bien élevé 
devient seulement souple et flatteur. S'il eût étu- 
dié sans prévention cet animal, ilse serait assuré que 
Ik où il est traité convenablement , il se montre ami 
fidèle et dévoué , capable de toutes les perfec- 
tions de la vie sociale. « Oui , disait mon ami 
X Sonnini , quelque perverses que l'on suppose les 
«inclinations du Chat, elles se corrigent , elles 
» acquièrent un caractère aimable de douceur 
j lorsqu'il est traité avec ménagement, et qu'on 
» l'a habitué aux soins, aux caresses et à la fami- 
«liarité.» Je vais donner quelques faits h l'appui. 

On cite de nombreux exemples de Chattes qui 
ont nourri de leur lait des écureuils , des chiens , 
des lapins, et eurent pour ces animaux beaucoup 
d'affection; d'autres vécurent dans l'union la plus 
iutime avec des oiseaux. On a vu des Chats mou- 
rir de chagrin de la perte de leurs maîtres. Du- 
maniant , l'auteur dramatique , avait donné l'hospi- 
talité; à deux Chats malades. Une foisrétabhs, 
ils ne voulurent plus le quitter. 11 habitait d'ordi- 
naire la petite ville de Clermont-sur-Oise , et al- 
lait passer la belle saison à quelques lieues de là. 
Lorsque les deux Chats voyaient approcher les ins- 
tans du départ , ils partaient ensemble et se ren- 
daient deux jours à l'avance h la nouvelle habita- 
tion , où ils recevaient leur maître avec plaisir et 
joie. Us en agissaient de même au moment du 
retour à la ville. Flamand, de Versailles , rentier 
et vieux garçon , a reçu de son Chat la plus haute 
preuve de l'attachement. Un soir il rentre chez 



lui assez tard, rapportant le montant d'un revenu 
qu'il touchait chaque année le même jour. A 
peine eut-il ouvert la porte de sa chambre que 
l'animal fidèle, qui ne quittait presque jamais cette 
pièce, se précipite au devant de lui miaulant d'uij 
ton lamentable, se tenant dans ses jambes de ma- 
nière à embarrasser sa marche , et comme pour 
l'empêcher de passer outre. Enfin il se lance sur sa 
poitrine, fixant les yeux vers l'alcôve. Flamand 
flatte son chat de la voix, de la main; mais ce- 
lui-ci paraît insensible à ces témoignages ; puis il 
s'approche de l'alcôve , alors le Chat saute h terre, 
setientau bord du lit, son dos s'élève en se cour- 
bant, ses oreilles se couchent, son poil se hérisse, 
sa queue s'agite avec violence , tout son être 
exhale la fureur. Le maître se baisse , aperçoit un 
pied, et conservant tout son sang-froid, il se re- 
lève en prenant le Chat dans ses bras et en lui di- 
sant : Viens, mon Bibi, je t'ai laissé trop long-temps 
enfermé , tu meurs de faim , pauvre animal, viens, 
viens prendre ta pâtée. A ces mots, il feort empor- 
tant son Chat, ferme la porte à double tour, ap- 
pelle du secours , et l'on retire de dessoiis le lit 

un misérable armé d'un poignard Et dites 

encore que le Chat n'aime point celui qui l'aime!... 

- (T. n. B.) 

CHAT DE MER et CHAT MARIN. ( moll. et 
poiss. ) On donne vulgairement ce nom à ÏAply~ 
sia deplLans, L. ( v. Àplysie) , et à quelques co- 
quilles hérissées d'épines, telles que le Murex tri- 
bula^, Linn., et le Murex crassispina , Lam. {voy. 
Rocher). On a aussi donné ce nom à la Chimère 
arctique {yoy. CHiMÎiKE) , parce que ses yeux bril- 
lent dans l'obscurité. 

Le nom du Chat marin est donné , sur nos cô- 
tes , à l'Anarhique-loup , à la Roussette et à un 
Pinelode. V. Anariiique , Squale et Silure. 

(GuÉR.) ' 

CHATAIGNE, (bot. puan.) On nomme ainsi le 
fruit du Châtaignier. On a donné ce nom à divers 
végétaux et animaux à cause des épines qui les 
couvrent et qui les font comparer à la Châtaigne 
ou h son enveloppe. Voici les principaux: 

Châtaigne du Brésil. Fruit de la Bertholétie. 

Châtaigne marine ou d'eau. Le Trapa natans. 
{V. Macre.) 

Châtaigne de cheval ou marron d'Inde. Le 
fruit de I'Hippocastane {voy. ce mot). 

Châtaigne de Malabar. Le fruit de \ Arlocar- 
pus Integrifolias. F. Artocarpe et Jaquier. 

Châtaigne de mer. Les Oursins, principalement 
sur les côtes de Normandie. 

Châtaigne noire. Nom vulgaire d'un insecte du 
genre Hispe {yoy. ce mot). (Guér.) 

CHATAIGNIER, Castanea. (BOT,PHAN.)Gacrlner 
a le premier fait sentir l'erreur commise par 
Linné, quand il confondit le Châtaignier avec les 
Hêtres , et la nécessité de revenir au genre établi 
par Tournefort , qui en a fidèlement exprimé les 
caractères. Les botanistes modernes ont adopté 
l'avis du célèbre carpologue Wétéravien. L^exa- 
men attentif des trois seules espèces connues et 
de leurs variétés, la disposition_des fleurs et la 



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nature de ia semence justifient pleinement ce 
genre nouvellement rendu h la Monoécie polyan- 
drie et à la t'amille des Amentacées. 
1,4 Indigène aux climats tempérés de l'Europe où 
on le trouve dans presque toutes les forêts, ce 
grand arbre, représenté dans notre Atlas, pi. 97, 
iig, 1 , vient très-bien sur les sols arides, sur les 
coteaux sablonneux et frais , sur les terres com - 
pactes et granitiques. Il aime h croître en futaies. 
Isolément il parvient à une grosseur extraordi- 
naire, à une taille gigantesque. Qui n'a pas en- 
tendu parler du fameux Châtaignier aux cent che- 
vaux que l'on voit en Sicile depuis des siècles , sur 
les laves de l'Etna, et qui a dix-sept mètres de cir- 
conférence et cinquante-deux de circonférence ? 
Qui ne connaîtpoint ceux des bords de lErdre, dé- 
partement de la Loire-Inférieure, les plus gros que 
je sache vivant en France, et ceux des environs de 
Sancerre , département du'Cher ? Quel est le Pa- 
risien qui n'a point visité les antiques et vénéra- 
bles Châtaigniers de la Cesle près de Marly, 
ceux de Montmorency, surtout ceux venus près du 
village de Boussemont, si souvent frappés par la 
foudre? 11 est peu de contrées où cet arbre soit 
répandu avec plus de profusion qu'en Corse , sur 
les Cévennes, et particulièrement sur les coteaux 
de nos départemens de la Haute-Vienne et de la 
Gorrèze , où son fruit fait la nourriture presque 
exclusive des habitans. 

Quoiqu'il habite les vallées des hautes monta- 
gnes du Jura, des Pyrénées, des Basses-Alpes, 
qui sont couvertes de neige pendant six mois de 
l'année , le Châtaignier ne vient pas dans le Nord, 
et ceux qui croissent dans le climat de Paris ne 
donnent que des fruits de médiocre qualité. Ses 
fleurs s'y montrent tardivement. Durant sa jeu- 
nesse , il pousse avec beaucoup de lenteur ; mais 
quand on le coupe h un certain âge , au dessus de 
vingt ans par exemple, il donne, la première 
année, des rejets d'une hauteur remarquable. 
Pendant douze ou quinze années, c'est-à-dire jus- 
qu'au moment où ces rejets portent fruits, cette 
activité de végétation se soutient; mais alors elle 
se ralentit de plus en plus et finit par n'être plus 
que de quelques millimètres par aii. Les pieds 
venus de semences ne parcourent point aussi ra- 
pidement les phases de leur végétation. S'ils ne 
donnent de fruits qu'à trente ans , combien aussi 
leur existence est de plus longue durée ! combien 
sont plus brillantes, plus larges, d'un beau vert 
clair, les feuilles qui les décorent pendant un bon 
nombre de printemps! Ces pieds fournissent de su- 
perbes poutres ; mais comme le bois du Châtai- 
gnier est loin de réunir la force et la densité de ce- 
lui du Chêne, qu'il est cassant, on le rejette de 
tout emploi d'œuvre qui exige de la l'ésistance. 
Aussi est-ce par erreur que l'on parle encore d'an- 
tiques charpentes en Châtaignier, ayant traversé 
de longs âges en Supportant des masses considé- 
rables. Toutes ces charpentes proviennent du 
Chêne blanc, dont l'espèce devient de plus en 
plus rare , et dont le bois a les plus grands rap- 
ports avec celui du Châtaignier. Ce dernier est 



seulement d'une teinte un peu moins obscure ; 
mais la disposition des pores , celle des fibres lon- 
gitvidinales, ainsi que la qualité du grain, sont ab- 
solument identiques. Plus riche en carbone qu'en 
hydrogène, le bois du Châtaignier est le meil- 
leur que l'on puisse employer pour faire un char- 
bon excellent. C'est sons ce point de vue qu'on 
l'exploite au pied des Pyrénées. 

JNous comptons différentes variétés de Châtai- 
gniers qui ne fructifient pas également dans toutes 
les expositions. Les unes ne prospèrent qu'autant 
qu'elles sont placées au nord ; les autres s'accom- 
modent plus volontiers des aspects du midi et du 
couchant; celles-ci montent très-haut; celles-là 
se tiennent dans une taille moyenne; plusieurs 
sont hâtives , tandis que quelques autres sont 
tardives. Il y en a qui produisent de très-gros 
fruits, riches en principe sucré, d'une saveur 
et d'un arôme tout particulier. Tels sont surtout 
les Châtaigniers du Brésil, petit canton dans la 
commune de Loir, à deux myriamètres de Lyon, 
et ceux du département du Var. Ces fruits portent 
à Paris le nom impropre de Marrons de Lyon. 

En certaines localités on tient le Châtaignier en 
sauvageon; en d'autres, on le greffe; ailleurs on 
l'élève en pépinière ; plus loin , on ne le veut 
qu'en forêts. Quelle que soit la position où il se 
trouve, quel que soit le mode de culture auquel on 
le soumette , le tissu ligneux s'altère assez promp- 
tement , il se ramollit et tombe en poussière. Il se 
forme alors au cœur même de l'arbre une cavité 
qui s'agrandit de jour en jour par les progrès de 
la décomposition. Bientôt le tronc ne présente 
pins qu'une écorce végétante. Le plus souvent, trop 
faible pour soutenir le poids des branches et pour 
résister aux secousses des ourairans , cette masse 
cède, 1 arbre tombe et périt. Si Ion adoptait la 
coutume des cultivateurs du département de 
l'Allier, on compterait un "plus grand nombre de 
vieux Châtaigniers. Cette coutume consiste , dès 
qu'ils apperçoivent que la carie fait des progrès, à 
excaver le tronc , puis à y brûler de la bruyère et 
autres broussailles. Ils poussent le l'eu jusqu'à ce 
que le bois soit charbonné. La carie n'agit plus 
alors et l'arbre traverse gaîmeut de nouvelles 
années. 

Tout Châtaignier qui n'a point été greffé donne 
des Châtaignes sauvages, peu ai)ondantes, petites 
et presque point sucrées. Les meilleures sont four- 
nies par les arbres cultivés, lesquels ne rapportent 
véritablement que de denx années l'une. L'excel- 
lent ouvrage de Parmentler sur la cueillette, la 
préparation et l'emploi de ce fruit, que mangent 
également le riche et le pauvre, nous exempte 
d'entrer dans des détails qui seraient trop longs. 
On gagnera à lire les pages écrites par ce savant, 
qui fut le bienfaiteur des hommes , et dont toutes 
les pensées eurent pour but l'amélioration de l'a- 
griculture et celle de toutes les branches de l'éco- 
nomie rurale et domestique. 

La seconde espèce de Châtaignier est le Chatai- 
GMER DE Li Chine , C. sincnsis , que l'on cultive 
dans quelques jardins botaniques, et que l'on pro- 



ri. 





j OialaionicT 



2 ('lia\aria 



.'i Cl)cilo<lacl->le. 



£ - Outvui fur. 



CHAT 



JOÔ 



CHAT 



page dans les iles françaises de Maurice et Masca- 
reigne. C'est un assez grand arbre. Sa Châtaigne 
est bonne h manger. 

Une troisième espèce nous esL venue de l'Amé- 
rique centrale sons le nom de Cuataicnier chin- 
CAPiN , C. pumila , arbrisseau fort rameux , ne 
s'élevant guère au dessus de cinq mètres dans son 
pays , et atteignant au plus en pleine terre chez 
nous, h un mètre et demi, deux mètres. Ses fruits 
sont petits , pendent en bouquets de cinq à six en- 
semble; ils sont presque tous solitaires dans leurs 
coques; à peu près sphériques en septembre, c'est- 
à-dire h l'instant de leur première maturité , plus 
tard ils deviennent pyriformes. Leur grosseur est 
celle de la noisette ordinaire des bois. Cette peti- 
tesse est rachetée par l'avantage de la bonté, de 
l'abondance et par la précocité. Elle devance tou- 
jours de plus de trente jours la récolle de la Châ- 
taigne commune , qui , dans les années tardives , 
ne mûrit qu'en partie et n'est bonne à recueillir 
qu'à la fin d'octobre. Pour sa petite taille, le Chin- 
capin ou Châtaignier nain peut se placer partout 
où l'on ne pourrait avoir le gigantesque individu 
qui produit le prétendu Marron de Lyon. H re- 
doute plus les grandes chaleurs que les froids les 
plus ri^oureivx , et se plaît dans les terrains frais et 
légèrement humides. On le multiplie de semis et 
parla grelFe. On le connaît depuis 1699. 

• Dans quelques cantons de France on donne le 
nom de Châtaignier à une sorte de pommier ; à la 
Guiane , au Pachire des marais , CaroUnea prin- 
ceps; les Haïtiens appellent aussi de ce nom le Cu- 
pane d'Amérique, qui a l'aspect du Châtaignier, 
Cupania ame/'/cana; le Qua parier; des Savanes, 
Bannlsterla tomentosa; et l'Apéiba velu, Sloa- 
neadentata. (T. d. B.) 

CHATAIRE, Nepcla. (bot. piian.) Trente es- 
pèces au plus, remarquables par leur odeur, et 
quelques unes par leur grandeur, constituent ce 
genre de plantes de la famille des Labiées et de la 
Didynamie gymnospermie. Leur patrie est res- 
treinte h la Sibérie, à l'Europe méridionale, à la 
côte de Barbarie et aux dernières limites de l'Asie 
occidentale. On les trouve dans les terrains humi- 
des et sablonneux, sur les rives des torrens qui 
longent les Alpes et les Pyrénées. On en cultive 
plusieurs à cause de leurs fleurs carnées ou amé- 
ihystées du plus bel aspect ; d'autres ont joui long- 
temps de la réputation , aujourd'hui nulle , d'être 
emménagogues , antihystériques et carminatives. 
Une seule est très-connue sous le nom à' Herbe 
aux chats , à cause du plaisir qu'ils trouvent à se 
rouler dessus , h la déchirer pour s'immerger , si 
l'on peut s'exprimer ainsi , daps l'huile volatile ré- 
pandue abondamment en toutes ses parties : j'en- 
tends parler de la Chataiee commune , N. cataria, 
que l'on rencontre sur le bord des chemins , aux 
lieux humides , et dont l'odeur pénétrante a quel- 
que chose de fétide qui la fait repousser des jar- 
dins. 

La CiiATAiRE TUBKREUSE, N. tubcrosa , origi- 
naire d'Espagne , présente dans ses racines , crues 
ou cuites , un aliment assez agréable. Elle se dis- 



tingue aussi par ses beaux épis d'un poupre violet 
très-prononcé. Sa tige est haute d'un mèlre, avec 
feuilles cordiformes, oblongues, pubescentes. Elle 
est en fleurs depuis le mois de juin jusqu'à la fin 
d'août. 

L'espèce la plus intéressante est la Chataire 
réticulée', n. reticulata , qui se cultive en ])l€inG 
terre, dans les terrains secs et chauds qui lui rap- 
pellent son sol natal, la Barbarie. Cette espèce 
forme un buisson, montant à plus d'un mètre et 
demi de haut. Ses tiges sont droites , rougeâtres sur 
leurs angles arrondis, parsemées de poils bhincs, 
longs et rares, avec des feuilles d'un vert foncé, 
souvent tachetées de jaune verdâtre, opposées en 
croix et presque amplexicaules. Elle se couvre, 
durant tout l'été, de longs épis terminaux, 
chargés de fleurs d'un violet pâle ou bien d'un 
bleu purpurin foncé. Pour la multiplier on a re- 
cours à ses graines, qui mûrissent sous la tempé- 
rature de Paris, quand la plante est bien exposée, 
et par la séparation de son pied au printemps. Sa 
culture , ainsi que celle des autres Chataires , ne 
présente rien de particulier. (T. d. B.) 

CHATE-PELEUSE. (ins.) On donne ce nom et 
celui de Chate-pelue , dans nos provinces, au cha- 
rançon du blé. /^. Calandre. (Guér.) 

CHATON , amentum. ( bot. piian. ) Les plus 
grands arbres de nos forêts , ceux dont on admire 
surtout le superbe feuillage , portent des fleurs sans 
éclat, humbles , exiguës, accumulées autour d'un 
'axe cylindrique , et le tout , à la rigueur, ressem- 
ble un peu à la queue d'un chat. Voilà , sauf le 
respecta la gravité des sciences naturelles, l'ori- 
gine de l'expression créée par une comparaison 
rustique, et adoptée par les botanistes. On l'ap- 
pliquera donc à tout assemblage de fleurs uni- 
sexuofles , sessiles ou légèrement pédonculées , 
autour d'un axe central, qui tombe de lui-même 
après la maturité. Ce dernier caractère distingue 
le Chaton de l'épi , dont l'axe est persistant. 

Le Saule , le Noyer, le Pin , le Cèdre , etc. , ont 
leurs fleurs disposées en chaton. Nous renvoyons 
aux articles même pour les variétés de ce mode 
d'inflorescence. 

Tournefort avait créé la famille des Jmentacées 
pour les arbres dont les fleurs sont disposées en 
Chaton. Mais on ne peut tirer du Chaton le carac- 
tère exclusif d'une famille. (L.) 

CHATOUILLEMENT, (physiol.) II est assez 
difficile de définir le Chatouillement. Cette sen- 
sation est toujours le résultat d'un mode oarticu- 
lier d'attouchement qui consiste le plus ordinaire- 
ment dans l'action rapide , légère, inopinée des 
doigts ou de tout autre moyen sur certaines parties, 
et qui doit varier en raison de la susceptibilité de 
ces parties. Cette sensation est si vive qu'elle dé- 
termine dans l'économie un état de spasme , et 
qu'elle provoque presque toujours un tic convulsif. 
Dans certaines limites , c'est une sensation de plai- 
sir, mais si elle ne cesse promptement elle devient 
un véritable supplice. Ou a va des enfans toi^iLcr 
dans d'effrayantes convulsions à la suite d'un Clia 
touillement de quelques instans. Les journaux oui 



CHAU 



io4 



CHAU 



longuement raconté l'histoire d'une femme tuée 
par ce moyen. Cette histoire a, je crois, été con- 
testée; elle est rationellcment possible. Les hypo- 
choudres , la paume des mains, la plante des pieds, 
la lèvre supérieure , les orifices de la bouclie , du 
nez, de l'oreille, etc., sont les régions delà peau 
et des membranes muqueuses les plus propres à 
développer la sensation du Chatouillement. Celte 
disposition reconnaît sans doute pour cause l'abon- 
dance des nerls dans la partie et leur épanouisse- 
ment superficiel en une sorte de tissu spongieux. 
On a tenté d'employer le Chatouillement comme 
moyen curatif chez les enfans d'un naturel indo- 
lent , d'une constitution lymphatique et menacés 
de scrophules. Un médecin allemand nous a af- 
firmé l'avoir employé comme moyen perturba- 
teur, dans l'épilepsie. S il faut l'en croire , à l'aide 
d'une titillation prolongée sous la plante des pieds, 
il est parvenu à éloigner les accès ou plutôt h les 
prévenir. Nous pensons que , dans le plus grand 
nombre des cas, le Chatouillement serait au con- 
traire capable de déterminer des accès épilepti- 
ques chez des sujets disposés h cette maladie. 

(P. G.) 
CHAULIODES, Ckaullodes. (ins.) Genre de 
Névroplèrss de la famille des Planipennes tribu des 
Hémérobins , ayant pour caractères , prolhorax 
formant corselet; palpes filiformes; le dernier ar- 
ticle presque conique; antennes pectinées. Ce 
genre a été établi par Latrcille, qui soupçonne 
que les larves doivent cire aquatiques ; mais je ne 
partage pas son avis. Je suis plus porté à croire 
que ce genre, ainsi que celui de Corydote, doit 
avoisiner les Raphidies , et que, par conséquent, 
leurs larves doivent être terrestres et probable- 
ment carnassières. L'organisation du dessous de la 
tcteoffi-e lamême disposition que j'ai signalée chez 
les Hhaphldies , dans la Monographie que j'ai 
donnée de ce genre dans le Magasin de Zoologie de 
M. Guérin. Ces insectes ont le corps de grandeur 
moyenne , mais les ailes sont très-grandes par 
rapport à lui , ovalaires , oblongues. On en connaît 
très-peu d espèces et aucune de notre pays. 

(A. P.) 
CHAUME, Calmas, (bot. phan.) Expression 
consacrée pour désigner la tige des Graminées, 
dont la structure uniforme , et particulière à cette 
famille, méritait un nom spécial. 

Qu'on examine le blé, le seigle, et en général 
les céréales, on voit un Chaume lisse, cylindri- 
que, intérieurement vide, coupé de distance en 
distance par des nœuds solides, d'où partent les 
feuilles. Tels sont les caractères ordinaires et ap- 
parens de la tige des Graminées. 

Un examen plus approfondi amènera aux obser- 
vations suivantes : 

Le Chaume est solide à sa hase, formé au 
centre de cellules peu allongées , puis de fausses 
trachées , et enfin vers la circonférence , de cellules 
extrêmement fines et très- allongées , qui donnent 
à cette partie plus de force qu'au tissu central. Le 
vide des entre-nœuds est dû à la destruction des 
membranes du centre et au refoulement des fibres 



vers l'extérieur, ce qui a lieu dans toutes les plan- 
tes monocotylédonées. Le maïs , la canne à sucre 
et quelques autres grandes graminées n'offrent 
point de vide intérieur. 

Les nœuds ou articulations formés par le res- 
serrement du tube et par la convergence des mem- 
branes intérieures, sont les parties les plus solides 
du Chaume. Ils jettent des racines quand la tige- 
est traçante. Très-rapprochés vers la base, il& 
s'écartent de plus en plus en s'en éloignant, et, h 
la parlie supérieure , gardent une distance à peu 
près égale. C'est toujours à un nœud que la feuille 
prend naissance ; on ne pourrait guère dire lequel 
des deux produit le développement de l'autre. 

Les nœuds paraissent manquer à quelques gra- 
minées; mais c'est qu'ils sont très-rapprochés du 
collet de la racine, où l'on en trouve toujours au 
moins un. 

H est prouvé par l'analyse chimique que le 
Chaume des graminées et surtout les nœuds con- 
tiennent beaucoup de silice. On n'a point encore 
donné d'explication suffisante de ce fait. (L). 

CHAUSSÉEDES GÉANS. (géol.) ^ojez Ba- 
salte. 

CHAUSSE-TRAPE. (moll.) On donne ce nom 
à une espèce de coquille du genre Rocher, {^oy- 
ce mot.) 

^ CHAUSSE-TRAPE. (bot. phan.) Nom vulgaire 
d'une espèce de Centaurée qui a servi de type au 
sous-genre Calcitrapa de Jussicu. /^. Centaurée. 

(GcÉR.) 

CHAUVE-SOURIS, (mam.) Ces animaux font 
partie de l'ordre des Mammifères carnassiers, ils 
sont les seuls de leur classe qui aient les mains 
modifiées en manière d'ailes et qui par suite mé- 
ritent le nom de CiiÉinoPTliRES {yji-p , main, r.zspov, 
ailes, mains ailées). Voy. ce mot. ,' 

Les Chauve -souris , ou vrais Chéiroptères, sont; 
généralement mal connues des personnes étran- 
gères h la science , auxquelles leur forme tout-à- 
fait singulière et tant soit peu bizarre, ainsi que 
les récils absurdes dont on a chargé leur histoire, 
inspirent une répugnance et souvent même une 
horreur qui sont tout-à-fait sans fondement. Les 
naturalistes anciens n'ont guère mieux connu ces 
êtres que le commun des hommes de notre temps. 
Ils les ont généralement pris pour des oiseaux qui 
ne différaient des animaux que l'on connaît sous ce 
nom, que par leurs ailes de peau et la possibilité de 
produire des peti's vivans ; mais ils n'ont rien su de 
leur histoire, soit générale, soit particulière. A la 
renaissance des lettres , aucun auteur ne comprit 
encore quels rapports existaient entre les Chauve- 
souris et les quadrupèdes; aussi les ont-ils tous 
placés parmi les oiseaux. Aldrovande lui-même, 
qui donna sur ces animaux des détails très-Ions;» 
et très-curieux, n'a pu éviter une telle faute. Il 
parle de leurs mœurs, de leur manière de vivre , 
de leur nourriture, de leur génération et d'une 
infinité d'autres considérations. Ses descriptions 
sont même accompagnées de figures assez exactes, 
mais qui ne donnent aux Chauves-souris que trois- 
doigts et un pouce aux membres antérieurs aa 

liea 



CHAU 



io5 



CHAU 



lieu de quatre. Ce n'est guère que vers le milieu 
du 1 8° siècle , que ces animaux ont réellement 
été regardés comme des quadrupèdes. Linné, dans 
la première édition de sou Sjstema , les place à la 
suite des Carnassiers après tous les genres de cet or- 
dre; puis il les en retire et les rapproche des animaux 
de son premier ordre, qu'il appelle d'abord An- 
thropomorphes et ensuite Primates. Il les regarde 
comme un genre intermédiaire aux Lemurs et aux 
Bradypus , les nomme FespertUio et les subdivise 
en neuf sections , comprenant à elles seules toutes 
les espèces. Dès-lors une nouvelle impulsion est 
donnée auxétudes, mais elle reste, jusqu'à Daubcn- 
lon et surtout M. Geoffroy, presque sans résultat, 
et ne donne guère que la Connaissance de quel- 
ques espèces. Mais le nombre s'en élève bientôt à 
tel point que le genre FesptrtUio doit être mis au 
rang des i'amilles naturelles et comprendre une 
série assez longue de genres qui sont primitive- 
ment établis par M. Geoffroy. Le nombre des es- 
pèces est bientôt doublé, triplé même, et déjà en 
jSao M. Desmarest, dans son Résumé de Mam- 
malogie, le porte à quatre-vingt-douze. Cependant il 
ne s'arrête pas là et aujourd liui on peut dire qu'il 
y a près de deux cents espèces connues parmi les 
Chauve-souris. Elles sont réparties dans plus 
de trente genres bien caractérisés , nombre que 
l'on peut comparer à ceux des espèces et des 
genres qui composaient la classe entière des Mam- 
mifère , il n'y a j^as un demi-siècle. Les auteurs 
auxquels cetlcbranche delà science mammalogique 
doit le plus, sont MM. Geoffroy Saint-Hilaire , 
Fréd. Cuvier^ Leach,etc. 

Nous devons maintenant donner quelques dé- 
tails sur la structure et les mœurs de ces intéres- 
sans animaux , puis nous passerons à l'élude de 
leur classification. 

Les Chauve-souris sont de véritables mammi- 
fères comparables , sous tous les rapports de leur 
organisation, aux autres animaux de cette classe. 
Leurs points de ressemblance avec les oiseaux sont 
plus supposés que réels. Ils consistent seulement 
dans la possibilité de s'élever dans les airs , au 
moyen de membres supérieurs changés en ailes , 
et dans une modification correspondante de 
l'appareil slcrnal. Pour ce qui est des organes 
de respiration , de digestion et même aussi de 
ceux de sensation, de génération et de protection, 
les Chauve-souris ne différent en rien des vrais 
mammifères. 

Leurs membres supérieurs fournissent leur ca- 
ractère le plus saillant et celui qui seul peut les 
faire reconnaître à la première vue. Ils sont fort 
étendus , surloutdans la partie correspondante h la 
main. La main offre des doigts très-allongés dé- 
pourvus d'ongles (excepté le pouce qui est libre et 
fort court) et réunis au moyen d'une membrane 
fuîe et non poilue. Cette membrane s'étend aussi 
entre les membres , elle est un prolongement de 
la peau des flancs, se compose de deux cou- 
ches Irès-minccs , l'une supérieure qui fait suite 
.aux tégumens du dos , et l'autre inférieure qui est 
la continuation de ceux de l'abdomen. Elle s'é- 

TOME IL 94= 



tend aussi entre les membres postérieurs où elle pré- 
sente un développement plus ou moins considéra- 
ble ; à cet endroit elle prend le nom de membrane 
inter fémorale. Jamais elle ne s'étend jusqu'aux 
doigts des pieds, qui sont toujours très-courts et 
tous unguiculés. 

Les dents varient, pour le nombre et la forme , 
selon les différens genres. Elles sont ordinaire- 
ment de trois sortes , incisives , canines et mo- 
laires. Celles-ci présentent deux modifications 
bien tranchées qui ont servi à établir deux tribus 
parmi les genres dont se compose la famille. Elles 
sont mousses ou très-hérissées dépeintes coniques 
et déterminent le régime frugivore ou insectivore 
de ces animaux. 

Les mamelles sont pectorales et au nombre de 
deux. Quelquefois il y en a quatre. Deux sont 
alors inguinales , c'est-à-dire situées près des ai- 
nes. Les mâles ont leur verge libre et pendante; 
les femelles ont les organes générateurs confor- 
més comme ceux des quadrumanes. Quelques 
unes sont même, au rapport de MM. Garnot et 
Lesson , sujettes à un écoulement menstruel. Le 
nombre des petits est de deux seulement, les pa- 
rons les soignent avec tendresse et, pendant le vol, 
ils les portent supendus à leurs mamelles , comme 
on peut le voir dans une figure donnée par Aldro- 
vande au t. i de son Histoire des Oiseaux. Les 
sens sont assez développés, ceux de l'ouïe j^rin- 
cipalement et du toucher. C'est à ce dernier qu'il 
faut rapporter , suivant Cuvier , les faits observés 
par Spallanzani de Çhauve-souris privées d'yeux, 
qui savaient se conduire parfaitement et même 
éviter un simple fil placé sur leur route , faits que 
le célèbre expérimentateur considérait comme 
étant le résultat d'un sixième sens. La vue chez 
la plupart des espèces est fort délicate et modifiée 
pour apercevoir les objets h une faible Iwmière. 
Cependant quelques unes des plus grandes chas- 
sent petidant le jour, et il n'est pas rare de voir, 
même dans nos climats, ainsi que nous l'avons 
observé plusieurs fois, des individus voltigeant en 
plein jour et sachant parfaitement se diriger, 
quoiqu'il fasse du soleil. Mais ce sont là des excep- 
tions et l'on peut dire que généralement ces ani- 
maux sont nocturnes et craignent la lumière. Pen- 
dant le jour ils se cachent et restent accrochés 
au moyen de leurs pieds de derrière à la voûte 
de quelque caverne. Ce n'est que le soir au cré- 
puscule , ou le matin , lorsque le soleil n'a point 
encore paru , que les Chéiroptères se montrent. 
Ils vont alors à la recherche de leur nourriture 
qui , le plus souvent , se compose d'insectes , 
et quelquefois de fruits. On les voit alors vo- 
ler avec plus ou moins de rapidité, mais toujours 
d'une manièregauche et pour ainsi dire gênée, en fai- 
sant un grand nombre de détours et de crochets, ce 
qui , soit dit en passant , rend assez difficile de les 
chasser au fusil. Après qu'ils se sont rassasiés , ils 
rentrent dans leur demeure qui est tantôt un trou 
de mur ou de cheminée, tantôt un grenier ou une 
carrière , etc. 

On trouve des Chéiroptères dans les deux con- 

LlVRAISON. i4 



CHAU 



106 



CHAU 



tinens et sous toutes les latitudes. Une espèce a 
même été observée à la Nouvelle- Hollande , ce qui 
est très-remarquable en tant que mammifère mo- 
nodelphe. 

Quelques unes, et en général toutes celles de 
»os climats , sont atteintes pendant l'hiver d'une 
sorte d'engourdissement, comparable à celui des 
Marmottes et des Loirs, pendant lequel elles restent 
enveloppées dans leurs ailes , qui leur tiennent lieu 
de manteau, et incapables de tout mouvement. Les 
unes passent ce temps accrochées ù la voûte des sou- 
terrains, d'autres se blottissent dans quelque îirou. 
Lorsqu'on les trouve dans cet état on peut les re- 
muer, les jeter même en l'air sans qu'elles donnent 
le moindre signe de vie, et ce n'est qu'après qu'on 
les a portées dans un lieu échauffé qu'elles recou- 
vrent leurs sens. Ce que l'on fait ici volontairement, 
les premières chaleurs du printemps le produisent 
aussi chez les Chauve-souris qui sont restées dans 
leur demeure. Alors ces animaux, qui ne s'étaient 
point montrés depuis l'automne, recommencent 
chaque soir leurs anciennes excursions, lorsque le 
temps continue à être favorable. Mais il arrive sou- 
vent qu'il change tout à coup etquelagelée reprend, 
alors les Chauve-souris retombent dans leur en- 
gourdissement , et restent, ainsi qu'on a pu l'ob- 
server cette année , quelques jours encore sans se 
montrer. 

On distingue dans la famille des Chauve-souris 
deux tribus assez faciles à caractériser. L'une est 
celle des Chéiroptères frugivores , appelées aussi 
Roussettes méganyctères ; l'autre comprend les 
Lhaut'e-souris proprement dites, connues égale- 
ment sous le nom à^ Insectivores. 

Première tribu. Roussettes ou CiiiiROPTÎîRES 
FRUGIVORES. Lcs gcurcs qu'ou y comprend ont les 
dents molaires à couronne pkue; aussi vivent-ils 
prcsquA exclusivement de fruits. Leurs ailes sont 
généralement moins grandes que celles des Insec- 
tivores , proportionnellement à leur corps qui est 
souvent plus gros. On les partage en cinq genres , 
qui sont : 

Roussette ou Ptcropas, Pachysome., Macroglosse , 
Céplialote el llypoderme. Voy. tes divers mots. 

Deuxième tribu. Vraies Chauve-souris ou 
Chéiroptères insectivores. Les genres de cette 
seconde tribu sont plus nombreux et renferment 
beaucoup plus d'espèces; leurs molaires sont 
toujours hérissées de pointes coniques. 

Ces animaux se nourrissent essentiellement 
d'insectes qu'ils attrapent au vol, quelques uns 
s'attachent aux mammifères et même à l'homme, 
pour sucer leur sang. Il en est cependant quel- 
ques uns, tels que le Phyllostome à lunette, qui se 
nourrissent de fruits. 

M. Isid. Geoffroy les distribue ainsi : 

j Genres h museau non surmonté de feuilles : 

1. Queue longue et membrane interfémorale 
complète: Fespertilion , Lasyui'e, Oreillard , lYyc- 
tère. 2. Queue longue et membrane inlerfémo- 
rale incomplète : Molosse , Nyctinome, Dinope , 
Myoptcre.Z. Queue courte, membrane inlerfémo- 
rale : NoctiUon , Taphicn , Stènodcrme. 



■{•f Genres à feuille nasale: 

Feuille rudimcntaire : Rhinopomc. 

Feuille développée : 1. Queue longue, mem- 
brane >interfémorale complète : Rhinolophe. 
2. Queue courte: Phyllostome , f^ampire, Glosso- 
pliage et Mcgaderme. Ces genres ne sont pas les 
seuls qu'on a établis, il y en a encore im assez 
grand nombre, mais qui sont trop peu intéressans 
pour que nous nous y arrêtions plus long-temps. 
Nous devrions maintenant, pour donner ime idée 
de ces animaux, étudier quelques espèces; mais 
il en sera question quand nous traiterons des 
genres auxquels elles appnrlienncnt; aussi nous 
contenterons - nous d'indiquer nominativement 
celles qui se trouvent dans notre pays. Ces espè- 
ces sont, d'après M. Desmarest, Faune française : 
1° Rhinolophe uni fer on Grand Fer à cheval; ^° Ri- 
fcr on Petit Fer à dicval; 5° Vespcrtilion murin; 
4° V e>^pertilton de Rec])stnn; 5° Fcspertilion de Dau- 
benton; 6" Vespertilion noctule; ^° f^espertilion pi- 
pistrelle; 8° Vespertilion scrotine; 9° Oreillard vul- 
gaire; 10° Oreillard barbastelle. (Gi;rv.) 

CHAUX, (miner.) Cette substance, si utile dans 
nos constructions et si répandue dans la nature, 
ne se trouve cependant jamais à l'état de pureté. 
Son aflinilépour les acides fait qu'elle est toujours 
combinée avec l'un d'eux, tel que V acide carbo- 
nique , V acide phosphorique , Yacide sulfurique , 
V acide avsénique et Yacide boricjuc, ou avec quel- 
ques autres substances, telles que \asiUce, la magné- 
sie, \e fluor , ]e chlore , et quelques métaux, tels 
que le fer et le manganèse. 

Dans ces différentes combinaisons elle reçoit 
des noms particuliers. Al'état de cor/wnaie , elle est 
désignée sous ceuix de Chaux curbonatce ou de 
Calcaire (yoy. ce mot) , ou sous celui d'ARRA- 
GONiTE (t'oj. ce mot). Souvent elle contient assez 
de fer pour être exploitée et pour recevoir les dé- 
nominations particulières de Chaux carbonatée 
fcrrifêre , de Fer carbonate ou de Sidérose ( voy. 
ce mot). D'autres fois elle renferme du manga- 
nèse : c'est alors la Chaux carbonatée manganési- 
fere ou la Diallagite [voy. ce mol). Souvent elle 
est combinée avec la magnésie, et forme alors la 
Chaux carbonatée magnésienne on magnèsifère, qui 
porte aussi les noms de Globp.rtite etde_DoLOMi£ 
(voy. ces mots). Unie h l'acide phosphorique c'est 
la Chaux phosphatée on Y Apatite; h. l'acide sulfu- 
rique , c'est la Chaux sulfatée , appelée Gypse et 
liarstènite , selon qu'elle est ou n'est pas privée 
d'eau; à l'acide arsénique, c'est la Chaux arsénia- 
tée qui, suivant que l'acide est plus ou moins abon- 
dant, forme les deux espèces appelées Phamacoli- 
the et A-bsénicite; h. l'acide borique, c'est la Chaux 
boratée siliceuse ou la Datholitiie {voy. ce mot) , 
combinaison qui contient toujours 5G à ôy pour 
cent de silice. 

Très-souvent la Chaux est mêlée , et non com- 
binée à la silice seule , mais comme le mélange est 
mécanique, elle ne forme pas dans cet état une 
espèce minérale, mais une rochtvnommée C(dcaire 
siliceux. C'est avec le fluor et le chlore qu'elle se 



CHEI 



107 



CHEI 



combine pour former les fluorure et chlorure, re- 
gardés autrefois comme des finales et des mariâ- 
tes , appelés Chaux fluatèe et Chaux muriatce et 
aujourd'hui Fluorine (voy. ce mot) , et Chlorure 
de ealclum que l'on aurait peut-être pu nommer 
Chlorlne. (J- H.) 

CHAVARIA, Chauna. (ois.) C'est le nom d'un 
genre de la famille des Kamichis, établi par Illiger 
pour une seule espèce que d'Azara décrivit sous le 
nom de Chaïa. Les caractères au moyen desquels 
on la différencie des vrais Kamichis sont de peu 
d'importance, c'est pourquoi MM. CuvicretTem- 
minck ont cru devoir la laisser avec eux dans un 
genre unique. 

Le Chaïa ou Chavaria n'a point de corne sur le 
vertex;' son occiput est orné d'un cercle de 
plumes susceptibles de se relever; son plumage 
est d'un plombé noirâtre avec une tache blanche 
au fouet de l'aile et une autre sur la base de quel- 
ques unes des grandes pennes alaires. C'est un 
oiseau massif, qui a le cou long et la tête petite,- 
.ses ailes sont armées de forts éperons avec lesquels 
ils se défend. 

Il a pour patrie le Paraguay et une grande 
partie du Brésil; il se tient dans les lieux éloignés 
des habitations, et recherche pour se nourrir les 
herbes aquatiques. Dans quelques localités, les In- 
diens relèvent en domesticité et le placent parmi 
leurs troupes d'oies et de poules , parce que l'on 
dit qu'il est fort courageux et capable de repousser 
les oiseaux de rapine. 

Voyez , pour la représentation de cet oiseau, la 
planche 97 , figure 2 de notre Atlas. (Gerv.) 

CHEILIA'E. (poiss. ) Ce poisson montre dans, 
quelles erreurs peut conduire la méthode de classer 
les êtres par leur apparence générale. D'après sa 
forme oblongue et plusieurs détails de son orga- 
nisation, Bloch jugea que ce devait être un Spare. 
Cependant laCheiline n'est en réalité qu'un Labre, 
mais un Labre où la ligne latérale s'interrompt 
vis-à-vis la fin de la dorsale , pour recommencer 
un peu plus bas, où les écailles de la fin de sa 
queue sont grandes et enveloppent un peu la base 
de la caudale. Les Cheilines sont de beaux pois- 
sons de la mer des Indes. (Alph. G.) 

CHEILODACTYLE , Chellodactylas. (poiss.) 
C'est l'un des genres les plusreconnaissables de tous 
les Acanthoptérygiens. LesCheilodactyles forment 
l'une des coupes les mieux déterminées du règne 
animal. Ils appartiennent àla famille desSciénoïdes 
de Cuvier et des Dimérèdes de D uméril. Les poissons 
qui composent ce genre ont le corps allongé, la bou- 
che petite et de nombreux rayons épineux à la 
nageoire dorsale, et surtout les rayons inférieurs 
de leurs pectorales simples et prolongés hors de 
la membrane comme les Cirrhites. On voit com 
bien ces poissons s'éloignent par ces caractères, 
non-seulement de ces derniers , mais encore de 
tous les Polynèmes qui offrent la même disposition, 
par plusieurs des rayons inférieurs de leurs pecto- 
rales qui sont libres et forment autant de fila- 
mcns. Ils en sont bien, séparés par l'absence des 
dentelures du préopercule , par les é^nnes de l'oper- 



cule , et notamment parce qu'ils manquent de 
dents aux vomer et aux palatins. 

Ce genre est peu nombreux en espèces. Celle 
qui lui sert de type se rencontre le plus commu- 
nément au Cap; c'est le Ciieilodactyle a p.andes, 
Cheilodactyius fasclatus , Lacép. La nageoire dor- 
sale de ce Cheilodactyle s'étend depuis une por- 
tion du dos voisine delà nuque, jusqu'à une très- 
petite distance de la nageoire de la queue. Le der- 
nier rayon de chaque pectorale, quoique très- 
allongé au-delà [de la membrane , est moins long 
que le treizième , et lui-même l'est moins que le 
douzième, et le douzième que le onzième. Sa cau- 
dale présente un peu la forme d'une faux, sa tête 
est petite , sa bouche peu fendue. On voit cinq 
lignes verticales brunes sur le corps , des taches 
foncées sous la nageoire du dos et celle de ki 
queue. Nous avons représenté dans notre Atlas, 
pi. 97, fig. 3, le Cheilodactyius Antonii de Cuvier, 
figuré dans l'Iconographie du règne animal. Ce 
poisson, qui vient des mers du Chili, est brun 
avec quatre bandes transversales blanchâtres, à 
partir du miheu du corps jusqu'à la queue. Ses 
nageoires sont rougeâtres. (Alph. G.) 

CHÉILODIPTÈRE, Cheilodipterus. (poiss.) 
genre de l'ordre des Acanthoptérygiens, appar- 
tenant, suivant la méthode de Cuvier, à la pre- 
mière famille, celle des Percoïdes , et qui nous 
présente une partie des caractères qui rendent si 
remarquables les Apogons et les Pom.,atomes. Du 
reste, il s'éloigne de ces derniers par des crochets 
ou dents longues et pointues qui arment ses mâ- 
choires. Son corps oblong , garni ainsi que les 
opercules de grandes écailles, a deux dorsales bien 
séparées l'une de l'autre et même plus séparées 
que chez l'Apogon. Les Chéilodiptèressontdepetits 
poissons de la mer des Indes, rayés la plupart lon- 
gitudinalement. Trois espèces distinctes, jusqu'à 
présent, constituent ce sous-genre. La première 

est le CllÉlLODIPTÎiRE A HUIT RAIES. ( CllcHodiptC- 

rus octouitfatus, Cuv. ) Il a de chaque côté de 
la queue une tache ou bande verticale noire qui 
se voit dans la plupart des Apogons ; sa couleur 
paraît avoir été blanchâtre, avec huit bandes lon- 
gitudinales noirâtres qui se rendent depuis la ré- 
gion de l'anale jusqu'à la tache noire delà queue. 
Uest aussi un pcuplus grand que les Apogons con- 
nus et son museau un peu moins court. La mâchoire 
supérieure a trois grandes dents pointues de cha- 
que côté , et il y en a quatre de chaque côté de 
l'inférieure. Les écailles sont assez lissesetla cau- 
dale est échancrée en croissant. L'espèce a été ob- 
servée par . Commerson, sur les côtes de l'île de 
France, au mois de janvier. Sa chair n'est pas 
mauvaise. Ce poisson est assez rare, dit-il. En effet, 
aucun voyageur ne l'a rapporté depuis. Une es- 
pèce qui doit ressembler beaucoup à la précédente, 
et qui cependant est différente, est le Perça lineata 
de Forskal (^Perca arabica, Cuv. Gmel. ; Centro- 
pome arabique, Lacép.). Ce poisson a les mêmes 
dents, les mêmes opprcules , les mêmes écailles 
tombant facilement, les mêmes nombres de 
rayons; mais le nombre des lignes noirâtres de 



CHEI 



108 



CHEL 



cliaqne côté est de quatorze à seize on dix-sept. 
Le bord argenté est teint de rose dans plusieurs de 
leurs intervalles. Elles s'arrêtent au milieu de l'es- 
pace qui est entre la dorsale et l'anale, d'une part, 
et la caudale de l'antre. Sur la base delà caudale 
est une large bande verticale verte, changeant en 
vert ou en doré. Au milieu de cette bande est 
une tache ronde et noire. Le bord antérieur de la 
première dorsale est noir. Ce poisson a été observé 
par Forskal dans la mer Rouge. On l'y nomme en 
arabe Djesauvi. M. Ehremberg l'a aussi entendu 
appeler" Tabah par les Arabes de Lohaia. Enfin 
la troisième espèce est le CnÉiLoniPTlîRE A cinq 
RAIES [Chellodipterus quinquellneatiis, Cuv. Val.). 
Les formes sont les mêmes qu'à l'espèce de Com- 
merson , son œil aussi grand , les écailles autant 
et plus larges , ses canines sont moins saillantes h 
proportion. Il a en outre cinq raies noires de cha- 
que côté du corps : une impaire le long de la ligne 
du dos , en avant et en arrière des dorsales ; une 
qui va du sourcil au bord supérieur de la caudale; 
une venant du bout du museau, interrompue par 
l'œil et finissant au milieu de la base de la cau- 
dale; une venant de dessous l'œil, passant par la 
base de la pectorale et finissant au bord inférieur 
de la caudale ; enfin une qui vient de la mâchoire 
inférieure et finit en arrière de l'anale. 

(Alph. g.) 

CHEIROGALE , Cliclrogaleus. (maji.) Ce petit 
genre, appartenant à la famille des Quadrumanes 
lémuriens, est placé le dernier de tous. Il ne 
comprend que trois espèces^ le Chcirogale grand, 
le moyen et le petit qui sont de Madagascar. 

(Gerv.) 

CHEIR.OMYS. (mam.) Ce mot, que l'on écrit 
aussi Chiromys , a pour synonyme le mot Dauben- 
tonia. II sert à indiquer en latin le genre Aye-aye, 
dont nous avons parlé à la page 049 du premier 
volume. (Gjîrv. ) 

CHÉIROPTÈRES, (maai.) Cette dénomination, 
que M. Duméril remplace par celle de Chiroptères, 
signifie proprement, mains changées en ailes. 
M. G. Cuvier s'en est servi , d'après Blumenbac, 
pour indiquer une famille de mammifères carnas- 
siers qui ont un repli de la peau étendu entre les 
membres et les doigts des extrémités antérieures , 
mais qui n'ont pas tous pour caractère d'avoir, 
£omme leur nom semblerait l'indiquer, les mains 
modifiées en manière d'ailes; c'est même ce qui 
les a fait répartir en deux grands genres ou tribus, 
qui sont : 

La première, celle des Galéopithèqaes ,si])])e\és 
aussi Pleuroptères ou Chats volans , qui ont les 
doigts des mains égaux h ceux des pieds et tous 
munis d'ongles. Leur membrane est poilue et ne 
produit l'effet que d'un simple parachute. Ces ani- 
maux ne composent qu'un seul genre, celui des 
GaléopithIîques. f^oy. ce mot. 

La deuxième tribu comprend les espèces con- 
nues vulgairement fsous le nom de Chauve-souris 
et auxquelles il serait peut-être plus convenable 
de laisser en propre, comme l'ont fait MM. Tem- 



minck et deBlainville, le nom de Chéiroptères, puis- 
qu'elles ont seules pour caractères d'avoir les 
doigts des extrémités antérieures tous allongés et 
privés d'ongles (excepté le pouce qui est libre et 
très-court) et réunis , ainsi que les espaces latéraux 
et interfémoraux , par une membrane mii^cft , dé- 
nudée , formant de véritables ailes. Les espèces 
de celte tribu sont fort nombreuses : aussi a-t-on 
dû les partager en plusiems genres que nous étu- 
dierons au mol Chauve SOURIS. (Gerv.) 

CHEL A. (poiss.) Ce sous-genre, établi par Bu- 
chanan, l'Able est h celui de, ce que le Barbeau 
est au Cyprin proprement dit. Il se compose de vé- 
ritables Ables , à dorsale et anale courtes. La dor- 
sale répond sur le commencement de l'anale, et 
dans plusieurs des espèces, le corps est comprimé 
comme dans certains Clupes; tel est le Rasoir 
( Cyprinus cuUratus, Linné) , Bloch , 67, remar- 
quable encore par sa mâchoire inférieure qui re- 
monte en avant de la supérieure, et par ses 
grandes pectorales taillées en faux. (Alph. G.) 

CHELIDOIiNE, Chelidonium. (bot. pnAN.)Que 
dire de ce genre de la famille des Papavéracées et 
de la Polyandrie monogynie, dont les plantes, 
toutes vivaces, laissent flner un suc jaune très- 
âcre et corrosif lorsqu'on blesse une de leurs par- 
ties , exhalent une odeur fétide lorsqu'on les 
froisse, sont rejetées par les bestiaux, et que le 
cultivateur trouve à peine bonnes pour augmenter 
la masse des fumiers lorsqu'elles sont en fleurs? 
La médecine s'en sert, il est vrai, mais leur em- 
ploi est dangereux, je devrais même ajouter qu'il 
est inulile , puisqu'on peut les remplacer très-ai- 
sément. Il faut en reléguer l'usage h l'art vétéri- 
naire et plaindre ceux qui remettent la guérison 
de leurs maux h des empiriques recourant aux 
Chélidoines. Quelques jardiniers les recherchent 
comijie plantes d'ornement , et c'est , selon moi , 
pousser la complaisance au-delh du terme. Je 
n'aime pas plus la Chélidoine commune , C. majus, 
que l'on trouve partout à l'ombre des vieux murs, 
dans les lieux humides, avec ses fleurs jaunes dis- 
posées en manière d'ombelle terminale, ainsi 
qu'on peut le voir dans notre Atlas , pi. 98 , fig. 1 , 
que la CnÉLiDOiNE A feuili-es de chêne, C. laci- 
riiatam , long-temps regardée comme simple va- 
riété , malgré les cinq lobes étroits de ses feuilles 
divisées en lanières aiguës, et malgré ses pétales 
qui sont découpés, quand ils sont grands et en- 
tiers', dans l'espèce commune. (T. d. B.) 

CHELMON. (poiss.) Genre formé par Cuvier 
aux c^épens des Chétodons , et qui n'est conservé 
que comme sous-genre par cet auteur. 

(Alph. G.) 

CHÉLODINE. (rept.) Nom donné récemmen 
à un genre d'Emydes. Foy. Emyde. (T. C.) 

CHÉLONÉE,C'/,'e/owm. (REPT.)Ondonnecenom, 
dérivé du mot grec clielone , aux Tortues de mer 
qu' Aristotelès désignait par les mots Clielone thnlat - 
f(05, Tortues marines; on les a désignées récemment 
sous le nom de Thalassites. Elles se distinguent des 
autres Tortues par leur cenformation , leur struc- 
ture et, par suite, par leurs habitudes. Leur cara- 



PL ç8 




1 Clielidoiue 

2 ("tieloaée ctiouiinne 

,3 t/prt/efee 

if, r/iref 



£ (r„^r,„ d.r 



CHÉL 



109 



CHÉL 



pace'est cordiforme, plus évasée et arrondie en 
avant, terminée en pointe et dentelée en arrière, 
peu bombée à son centre, trop étroite pour servir 
d'abri à la tête qui se replie sur le cou de haut en 
bas, comme chez les Emydes cryptodèrcs, et pour 
cacher entièrement les pieds aplatis , étalés en 
nageoires, qui leur ont valu dans les derniers 
temps le nom de Tortues o(aco^o(/ei ou l'émipèdes. 
Mais leurs pieds se réfléchissent sur les côtés du 
plastron de manière h être protégés du moins par 
la carapace , s'ils ne peuvent rentrer dans l'inté- 
rieur delà boîte, comme chez la plupart des 
autres Tortues. Les pieds offrent encore cette sin- 
gulière disposilion que les antérieurs sont plus 
longs que les postérieurs , ce qui ne se répète pas 
^ans les reptiles et ne se rencontre guère que 
-chez les^nhauve-souris , les Bradypes et les Pho- 
ques. Les pieds antérieurs sont constamment tour- 
nés dans la pronalion, de telle sorte que le bord 
cubital est dirigé en arrière, tandis que les pieds 
postérieurs sont au contraire infléchis dans une 
supination habituelle. 

Les doigts sont très-allongés , surtout aux pieds 
antérieurs , très-inégaux , réunis, comme chez les 
Phoques et les Cétacés, en une seule pièce par la 
peau ; mais leurs élémens se retrouvent h la lon- 
gueur proportionnelle, près des pièces qui les con- 
stituent , en même nombre que chez les autres 
Tortues. Les deux doigts antérieurs seulement de 
chacun des pieds sont armés d'ongles en ergot , 
et souvent l'un d'eux tombe, ce qui a occasioné 
quelque diversité dans la description des mêmes 
espèces par plusieurs auteurs. Le plastron , com- 
posé d'un nombre variable de pièces , offre sou- 
vent entre elles des espaces cartilagineux plus ou 
moins flexibles. La tête est couverte de plaques en 
nombre et en disposition variables , selon les es- 
pèces. La bouche , fortement comprimée sur les 
•côtés, est bordée par une lame cornée, tran- 
chante, à limbe flexueux, analogue au bec des 
oiseaux de proie et des perroquets. Les narines, 
placées sur le dessous du museau , près son ex- 
trémité, sont susceptibles d'être fermées com- 
plètement par une valvule membraneuse. On 
a dit qu'elles se prolongeaient en une tubulure 
-cylindrique, mais l'observation ne confirme pas 
cette proposition. Le tympan est, comme chez 
'toutes les Tortues, caché parla peau. L'œsophage 
est garni, h sa surface intérieure, dépeintes carti- 
lagineuses aiguës, dirigées vers l'estomac , qui rap- 
pellent un peu les dents œsophagiennes des Ra- 
chyodontes. Les côles des Chélonées ne sont pas 
confondues dans toute leur étendue avec les voi- 
sines , elles sont en partie dislinctes, mais h leur 
•extrémité excentrique Mbre , existent des pièces 
-osseuses que l'on s'accorde à considérer comme 
côtes sternales et qui complètent le cadre qui sup- 
porte la carapace. Le bassin des Chélonées est 
mobile sur la colonne vertébrale. 

Les Chélonées vivent habituellementcn troupes, 
mais non en société, dans l'eau des différentes 
mers tropicales , près des côtes garnies d'algues et 
de fncus , dont efles font leur principale nourri - 



ture et sous lesquelles elles trouvent une retraite 
assez sûre. Elles ne paraissent pas se pratiquer 
d'autres demeures que leurs ombrages. Elles 
s'éloignent peu des endroits qu'elles ont choisis 
pour domicile ; néanmoins , vers l'époque de la 
reproduction, c'est-à-dire à l'époque variable da 
printemps, pour les différentes latitudes, on les voit 
en pèlerinage dans des points assez distans des 
côtes. Quelquefois les vents et les tempêles les 
chassent vers des parages étrangers à leurs habi- 
tudes , et c'est ainsi qu'à diverses époques on en a 
signalé près du port de Dieppe, à l'embouchure 
de la Loire etc.. Partout elles sont obligées de 
venir de temps à autre, à la surface de l'élément 
liquide, respirer l'air atmosphérique. C'est à la 
surface de l'eau qu'elles viennent, à ce qu'il pa- 
raît, sommeiller immobiles ou se chauffer aux 
rayons du soleil. Leur pesanteur spécifique est 
telle que parfois , soit plénitude des sacs pulmo- 
naires, soit dessiccation de la carapace, elles ne 
peuvent plus plonger qu'avec une certaine diffi- 
culté. Mais généralement elles ne viennent à terre 
que rarement, et n'y séjournent guère que pour y 
déposer le produit de leur fécondation. 

L'accouplement des Chélonées se fait h la mer. 
Elles se huchent , comme toutes les Torlues, les 
unes sur les autres. Le mâle se cramponne avec 
l'ongle dont le bord antérieur des pieds de de- 
vant est armé , au bord antérieur de la cara- 
pace de la femelle , et reste ainsi pendant une 
quinzaine de jours. Lacépède a dit que les Ché- 
lonées s'accouplaient face h face; mais c'est er- 
reur et le cavalagc de ces animaux est aujourd'hui 
démontré. Après un laps de temps qui n'est pas 
bien connu , les femelles se traînent à terre , et 
pendant la nuit vont pratiquer dans le sable, à 
l'aide de leurs pieds et en se tournant sur elles- 
mêmes, un trou de plusieurs centimètres de pro 
fondeur, dans lequel elles déposent leurs œufs , 
ayant en général l'instinct de choisir pour cela un 
endroit inaccessible aux plus hautes marées. La 
ponte se fait d'une manière continue et, lacté 
terminé , la Chélonée remplit le trou de sable et 
abandonne ses œufs h la chaleur des rayons du 
soleil. Plinius , trop souvent crédule à l'excès , 
s'est laissé dire, et a répété dans ses Piapsodies, que 
les Chélonées échauffaient leurs œufs de leurs 
regards. C'est un conte à mettre avec celui qui 
donnait aux mâles la prévenance conjugale d'ac- 
compagner les femelles à terre, pour les protéger 
pendant la ponte. Une imagination poétique peut 
seule avoir expliqué de la sorte, dans le premier 
cas, la pose stupide d'une Chélonée non loin de 
ses œufs, et dans le second les poursuites inté- 
ressées d'un mâle en chaleur. Une Chélonée peut 
ainsi faire plusieurs pontes, sans nouvel accouple- 
ment. Les Tortues de mer sont les plus fécondes 
de la famille; elles peuvent pondre, dit-on, de cent 
à trois cents œufs ; mais communément un même 
trou en renferme de trente 5 soixante. Ces œufs 
ont une forme presque sphéroïdale; lenvelope ex- 
térieure est molle , flexible h peu près comme un 
parchemin; leur volume est h peu près celui d'un 



CHEL 



I 10 



CHEL 



œufd oie. Lciempsdc rincnbatioii solaire des œufs 
de Ghélonée n'est pas préciséûient connu. On l'es- 
time de quinze à quarante jours, selon les climats et 
la disposition de la saison. L'on a dit à tort que les 
femelles venaient déterrer leurs œufs à l'époque 
de la maturité, pour percer la coque qui les en- 
toure et conduire les petits à la mer. Les petits 
percent cette coque d'eux-mêmes et se rendent à 
l'eau directement et parun instinct invincible, que 
l'on aclierché à expliquer par la sensation par- 
ticulière que leur fait éprouver l'inspiration de 
l'air plus humide qui vient ordinairement du côté 
de la mer. La prodigieuse fécondité des Chélonées 
trouve alors plusieurs obstacles à la multiplication 
exorbitante des individus, car plusieurs petits 
sont, dans leur trajet, la proie des oiseaux rapaces, 
et en arrivant à l'eau, d'autres deviennent victimes 
de la voracité des poissons. 

Les Chélonées , et surtout certaines espèces 
d'entre elles , parviennent à une taille assez con- 
sidérable. On en a vu de sept h huit pieds de 
longueur et du poids de sept à huit cents livres, 
Plinius Arianus , et d'autres auteurs anciens', ré- 
pètent, d'après Néarchos, etc., que sur les bords de 
la mer Rouge et de la mer des Indes , on trouvait 
des Tortues de mer assez grandes pour que la ca- 
rapace pût servir de barque ou de toiliu-e à des 
cabanes , et Dampier rapporte que l'enfant du 
capitaine Roch , âgé de neuf à dix ans , allait re- 
trouver, monté dans une écaille de Tortue , son 
père h bord d'un bâtiment en rade. Il faut avouer, 
si cette histoire n'est pas un conte, qu'il y a au- 
tant à admirer ici le courage et le sang-froid du 
petit pilote, que la grandeur de la carapace. On 
tire un assez grand parti des Chélonées, et le 
profit que l'économie domestique et l'industrie 
tirent des Tortues de mer et de leurs œufs fait 
qu'elles sont généralement très- recherchées. 
Comme elles pullulent dans chaque localité h peu 
près h la môme époque , l'on se rend souvent de 
très-loin vers les îles sablonneuses situées à l'em- 
bouchure des grands fleuves et vers les dunes 
que les Chélonées fréquentent , et on les chasse 
de plusieurs manières, suivant les différens pays. 
En mer, il arrive quelquefois qu'un plongeur se 
jette à l'eau à quelque distance de la Chélonée 
qui dort à la surface de l'eau , la saisit par les 
pieds de derrière, et la tient ainsi basculée jus- 
qu'à ce que l'équipage de l'embarcation vienne 
l'enlever. D'autres fois on laisse flotter un nœud 
coulant, dans lequel on cherche à prendre la tête 
ou les pieds de la Chélonée, que l'on tire ensuite 
à soi ; mais cette manière de prendre les Tortues 
ds mer n'est pas sans danger. C'est ainsi que l'on 
rapporte qu'un Indien, esclave à la Martinique, 
étant seul à pêcher, aperçut une Tortue qui dor- 
mait sur l'eau ; il s'en approcha et passa douce- 
ment un nœud coulant h la patte de l'animal. Ce- 
lui-ci se réveilla bientôt et s'enfuit en plongeant , 
entraînant avec lui le canot auquel la ligne était 
attachée. Le canot chavira et l'Indien perdit la pa- 
gaye qui servait à le diriger, son couteau et les 
astensiles que le canot contenait. Habile nageur 



et chasseur intrépide , il ne se déconcerta pas et 
parvint h retourner son canot ; mais le même ac- 
cident se répéta de nouveau neuf ou dix fois, sans 
que la Tortue, qui se reposait lorsque flndien tra- 
vaillait à remettre son canot à flot, se lassât assez 
pour se laisser prendre. Elle traîna ce malheureux 
pendant un jour et deux nuits, sans qu'il pût dé- 
tacher ou couper la corde de la ligne. La Tortue 
se lassa enfin et vint échouer, par bonheur, sur un 
haut fond , où l'Indien , à demi-mort de fatigue et 
de besoin , acheva de la tuer. Une manière assez 
singulière de pêcher les Chélonées à la lit;ne est , 
dit-on, d'attacher à une corde un poisson du genre 
Echénels. Celui-ci va se fixer, au moyen des lames 
écailleuses qu'il a sur la tête , au plastron de la 
Chélonée , et y adhère d'autant plus que l'on tire 
la corde à laquelle il est attaché, et l'on parvient, 
à l'aide de ce moyen , à amener à portée la Tor- 
tue dont on veut s'emparer. D'autres fois, on pêche 
la Tortue au harpon à pointe simple et droite , 
ou varre.' L'on se rend de nuit et dans le plus 
grand silence vers les parages fréquentés par les 
Tortues, ce que l'on reconnaît par la quantité de 
débris de fucus déchirés qui flottent sur l'eau, et, 
au moment où l'une d'elles arrive à la surface 
pour respirer, on lui lance avec force le harpon 
attaché à imc ligne. La pointe se fixe dans la ca- 
rapace et Ion amène ensuite l'animal avec pré- 
caution; mais cette chasse, assez attrayante à 
cause de l'adresse et de la subtilité qu'elle exige, 
n'est pas aussi facile et aussi productive que les 
autres, aussi est-eUe moins employée. L'on tend 
dans certaines locahtés des filets le long des côtes 
où les Tortues montent pour pondre leurs œufs. 
Ces filets à grandes mailles sont maintenus tendus 
d'une part par des flots, d'autre part par des 
bouées. Lorsqu'à la nuit les Tortues veulent se di- 
riger vers le rivage, elles s'engagent la têle ou les 
pieds dans les mailles du filet , et lorsqu'on voit la 
foie , c'est ainsi qu'on l'appelle, caler ou baisser, 
ce qui indique qu'une Tortue est embarrassée, oa 
va dessus et l'on s'en saisit. Souvent l'on attend 
que les Tortues aillent à terre pour s'en emparer, et 
lorsqu'elles sont à une certaine distance de la mer, 
on les bascule avec la main ou au moyen de le- 
viers, et on les laisse ainsi se débattre sur le dos 
et chercher à se remettre sur leurs pieds , ce 
qu'elles ne peuvent faire que très-difllcilement. 
On charge d'une pierre les plus agiles et l'on al- ■ 
tend, pour venir les reprendre, un moment favo- 
rable. On peut les laisser ainsi plusieurs jours et 
les conserver vivantes, en les arrosant d'eau de mer 
de temps en temps. La recherche des œufs est 
assez facile.j Comme la Tortue de mer laisse sur > 
le sable une trace profonde à trois sillons inégaux, 
formés par le poids du corps et l'impression des 
pieds, il est facile de suivre sa piste jusqu'à l'en- 
droit où elle s'est arrêtée pour déposer ses œufs. 
L'on dit que, dans quelques pays, l'on est parvenu 
à dresser des chiens h distinguer, au moyen de 
l'odorat , les trous où sont renfermés les œufs des 
Chélonées. Autrefois lâchasse des Chélonées était, 
à ce qu'il paraît, très-productive; mais son rap- 



CHÉL 



m 



ŒEL 



port semble diminuer de jour en jour, et les îles 
de l'Ascension, du Cap-\ert, du Caïman, de 
Saint-Yincent et de los Galapayos, ne sont plus 
autant que jadis fréquentées par les spécula- 
teurs. 

On distingue plusieurs espèces de Chélonées; 
ainsi parmi elles il en est dont la carapace est 
revêtue d'une écaille divisée en compartimens, et 
chez les unes ces compartimens sont juxta-posés, 
telles sont. 

1° La Caouanne, t. cryo/m^o , improprement 
nommée T. caretta par quelques auteurs, décrite 
aussi sous les noms de 2*; nasicorne, de T. h buffet 
ou à bahut. Sa carapace se compose de quinze 
écailles plus grandes pour le disque; à la rangée 
moyenne elles ont une forme hexagonale, aux deux 
rangées latérales elles constituent des pentagones 
plus ou moins réguliers; les écailles marginales 
sont carrées, plus ou moins inclinées et à angle 
postérieur plus ou moins détaché en feston , au 
nombre de vingt-cinq ; les écailles du disque sont 
relevées en arrière d'une carène plusou|monis 
saillante; les pieds antérieurs sont plus longs et plus 
étroits que dans les autres espèces; sa couleur 
varie, elle est plus ou moins brune ou roussàtre. 
La Caouanne se trouve sur les côtes de la Méditer- 
ranée et sur celles de l'océan qui baigne l'ancien 
monde; elle se nourrit de petits mollusques et de 
crustacés d'un volume peu considérable; sa chair 
est mauvaise et infectée d'une odeur musquée in- 
supportable; mais sa graisse fournit une huile 
estimée, précisément à cause de l'odeur infecte 
qu'elle exhale; on l'emploie dans le calfatage 
parce qu'on la croit propre à éloigner les ïarets; 
elle s'emploie aussi volontiers dans l'éclairage. 
Une tortue peut fournir environ trente pintes 
d'huile , son écaille est mince et peu employée. 

2° La Mydas , connue aussi sous les noms de 
Tortue franche , Tortue verte , Tortue noire. Ce 
uom de Mydas emprunté h IVyphus, ainsi que 
l'observe Schneider , paraît avoir été fabriqué 
avec le mot émus, qu'Aristotélès donnait aux tor- 
tues d'eau douce et que son compilateur mala- 
droit a altéré et transporté aux tortues de mer. 
Cette tortue diffère de la précédente par le nom- 
bre des écailles du disque qui n'est que de treize ; 
la rangée du milieu est formée de plaques disposées 
en hexagones réguliers ; sa couleur est verdâtre , 
diversement mélangée de taches fauves plus ou 
moins marquées et étendues, ce qui a motivé les 
noms divers qu'on lui a donnés. A cette tortue se 
rapportent , soit comme espèces voisines ou comme 
simples variétés : la Chélonée tachetée, C macu- 
losa , Cuvier , à plaques mitoyennes plus longues 
du double que larges, fauves, marquées de grandes 
taches noires ; la Cuélonée lacrymale, C. la- 
crymata , avec les plaques comme la précédente, 
la dernière relevée en bosse et des flammes noires 
en larmes sur le fauve; et la Chèlonée vergetée, 
C. virgata , à plaques mitoyennes moins relevées, 
que par inadvertance , sans doute, on a rapportée 
aux ('.hélonées à éciiillcs imbriquées. Mous donnons 
«ne figurede cette espèce, pi. 9G,lig. 2. La Tortue 



cépédiennede Daudinetla Tortue ridée deVanEr- 
nest ne paraissent être que des variétés d'âge et 
de coloration. Ici enfin se rapportent aussi les 
Chélonées récemment décrites, comme espèces à 
part, sous les noms de Cni:LO?(ÉE a sternum bica- 
RÉNÉ, C .bicarinata et de Fausse Tortue francue, 
C. pseudomydas. 

Cette Chélonée se trouve répandue dans toutes 
les mers des régions voisines des Tropiques , c'est 
fespèce la plus multipliée, c'est elle qui alLeiut à 
la plus grande taille et au poids le plus considé- 
rables , c'est elle aussi dont la chair et les œufs 
sont le plus estimés; sa chair et sa graisse ont une 
couleur verte dont la nature n'est pas bien connue, 
et qui conîmunique à l'urine de ceux qui en font 
usage une teinte verte d'éméraude; cet aspect et 
le goût particulier de la viande de tortue de mer 
dégoûtent assez volontiers les personnes qui en 
mangent pour la première fois, mais l'on revient 
facilement de ce premier mouvement de répu- 
gnance, et les gourmands en deviennent assez 
friands: aussi le commercelucratif dont elle est de- 
venue l'objet a-t-il engagé quelques spéculateurs 
à en conserver dans des parcs analogues à ceux 
où chez nous l'on recueille 1 huître comestible. Les 
Chélonées jouissent, dans bien des pays, d'une 
grande réputation comme moyen médicamenteux 
dans les cas de phthisie , de scorbut , de gastro- 
entérites chroniques et d'hépatites, ainsi' que dans 
les affections syphilitiques invétérées ; ces idées 
se sont propagées d'autant mieux chez nous, qu'il 
n'est pas toujours facile de s'en procurer; mais il 
n'est pas probable que la chair des tortues de mer 
ait effectivement les vertus prodigieuses qu'on lui 
prodigue, et qu'elle soit plus efficace en effet que 
la viande des grenouilles de nos climats que l'on 
a aussi préconisée en pareils cas. Sans doute le mé- 
decin , qui n'ose avouer au malade qui s'éteint 
qwil n'a plus rien de rationnel et de puissant à op- 
poser aux. progrès rapides du mal qui mine les 
sources de la vie, trouve dans cet aliment gélati- 
neux, peu substantiel et d'une digestion facile, 
sinon un moyen de prolonger les jours de son 
client, du moins un expédient innocent pour en- 
tretenir dans la pensée ces lueurs d'espérance 
qui bercent l'homme souffrant , et le soutiennent 
au dessus de la tombe comme Ulysse penché 
sur l'abîme h la branche du figuier. Ce n'est , il 
faut croire, qu'un de ces palliatifs ingénieux qui 
mettent habilement la réputation du médecin à 
couvert , et détournent heureusement une respon- 
sabilité que le moribond désespéré et délirant ne 
manquei-ait pas de faire peser sur l'impéritie , et 
non sur l'impuissance de l'homme de l'art. Les 
œufs se mangent comme ceux de soiseaux de basse- 
cour; l'huile que l'on extrait du jaune est fort 
employée dans l'économie domestique, on lui 
accorde aussi quelques propriétés médicinales. La 
carapace de la Tortue franche sert aux'peuplades 
belliqueuses pour faire des boucliers , les femmes 
en font des corbeilles , des berceaux et autres us- 
tensiles de ménage; mais Técaille est mince et 
peu estimée. 



CHÉL 



112 



CHÉL 



'■■ D'autres Chélonées îi carapace revêtue d'écaillé 
divisée en compartimens , ont les pièces de leur 
cuirasse imbriquées et se recouvrant les unes les au- 
tres par une petite portion de leur bord postérieur, 
comme la Chéloïvée caret ou imbriquée (T. im- 
bricata). décrite aussi sous les noms de Tuitce de 
Bec - à - faucon , eï représentée dans notre Atlas 
pi. 96, lig. 3 , plus petite que les espèces précé- 
dentes , h museau allontré , les lames cornées , des 
mâchoires à bords inégaux et disposées en scie ; 
ie disque composé de treize plaques, à bords en- 
tiers, peu prolongés dans le jeune âge , plus mar- 
qués et irréguliers chez les adultes; les quatre 
premières rachidiennes hexagonales , la cinquième 
pcntagonalc; les premières et dernières costales 
quadrilatères, les intermédiairespentagonales, lisses 
à leur surface; le plastron composé de douze pla- 
ques; les plaques qui revêtent le dessus du crâne 
diffèrent aussi un peu de la disposition qu'elles 
affectent chez les tortues précédentes. Le Caret 
est d'une teinte brune plus ou moins foncée , mar- 
fcrée détaches irrégnlières, rongeâtres, jaunâtres, 
plus ou moins transparentes. Ce sont lej plaques 
du disque de cette tortue qui fournissent la subs- 
tance si recherchée , connue dans le commerce 
sous le nom particulier d'Ecaillé. Leur souplesse, 
leur flexibilité naturelle que l'on sait augmenter 
encore par la chaleur ou la macération , le degré 
de solidité et de résistance qu'elles offrent leur demi- 
transparence, lesnuances qu'elles présentent et le 
poli dentelles sont susceptibles, rendent les écailles 
du Caret un produit très-précieiix dans les arts de 
nécessité et de luxe ; depuis le simple et grossier 
îiameçon que l'habitant des lies de l'Océanic s'en 
façonne, jusqu'aux magnifiques incrustations que 
l'artiste français marie de mille manières plus gra- 
•Cîcuscs et plus délicates les unes que les autres, il 
est une foule d'objets d'utilité et d'ornement que 
l'on emprunte aux écailles de cette Chélonée; les 
anciens en tiraient déjà un grand parti, et Plinius 
nous a conservé le nom de celui qui le premier a 
imaginé d'employer l'écaillé de tortue dans l'a- 
meublement; c'est devoir de le répéler, c'est au Ro- 
main Carvilius Pollio que l'on est redevable de 
cette invention qui fait déverser sans effort du sup- 
perflu de l'opulence sur tant de familles nécessi- 
teuses. Une tortue fournit quatre, cinq et quel- 
quefois jusqu'à sept ou huit livres d'écaillés. La 
chair du Caret est jaunâtre et n'est pas estimée ; 
par une sorte de compensation avec la qualité de 
j>on écaille , elle jouit , dit-on, de propriétés mal- 
faisantes , elle dévoie avec douleur, provoque le 
Tomissement et détermine quelquefois une sorte 
d'urticaire ou une éruption luronculaire ; mais les 
œufs ne participent pas, à ce quil parait, de ces 
qualités nuisibles. 

On distingue quelques espèces de Caret h cause 
de légères différences dans la disposition des pla- 
ques suscranienncs, telles sont \c faux Caret, C. 
pseudocaretta , et la Gliéionée du Japon, incom- 
plètement décrite par Thunberg. 

Enfin , il est des Chélonées dont l'écaillé de la 
carapace est composée d'une seule pièce , sa mol- 



lesse a fait donner à ces tortues le nom de Tortues- 
à cuir, Corindo, Dermoclielys, on leur donne aussi 
celui de Sphargis; l'espèce la plus connue est la 
Chélonée luth , T. coriacea, lyra, ou Mercuriale, 
'à laquelle quelques auteurs ont également donné 
les noms de Tortue couverte , de Rat de mer , de 
Tortue h chn; elle est représentée pi. 96, f. 4>Cette 
tortue atteint sept à huit pieds et plus de lar- 
geur; sa carapace allongée, peu convexe, est rc' 
levée par cinq carènes continues , réunies en ar- 
rière et surmontées de tubercules plus ou moins 
saillans. La mâchoire est échancrée vers son ex- 
trémité; elle habite la Méditerranée et se retrouve, 
mais rarement, sur les côtes occidentales de l'an- 
cien continent. C'est ainsi qu'on en a pris une en 
1729 vers l'embouchure de la Loire ; on la trouve- 
aussi, dit-on, sur les côtes d'Amérique. Rondelet 
a pensé que c'était avec la carapace de celte tor- 
tue que les Grecs avaient construit la lyre , et ^ 
dans cette croyance , il lui a donné le nom qui 
rappelle cette attribution ; mais Pausanias donne à 
entendre que les tortues avec lesquelles on faisait 
des lyres étaient non des Chélonées, mais bien des 
Tortues terrestres. Ainsi il, dit Arcadia, chap. 54 : 
« On trouve sur le mont Parthenius des tortues- 
très-propres à faire des lyres » , et chap. 2 3 ; « Le 
bois de chênes de Soron , ainsi que toutes les au- 
tres forêts de chênes de l'Arcadie est rempli 
de tortues d'une très-grande taille dont on ferait 
des lyres aussi grandes que celles qu'on fait avec 
les tortues des Indes. » Nous relèverons en pas- 
sant ime fable rapportée par Pausanias au sujet 
des Chélonées. 11 dit, Attica l\l^, que Sciron pré- 
cipitait du haut des roches voisines de Molurida. 
tous les étrangers qu'il rencontrait, et une tortue 
qui se tenait dans les flots au bas de cet endroit les 
enlevait. « La mer produit en effet, ajoute-t-il, des 
tortues qui ne diffèrent de celles de terre que par 
la grandeur et par la forme des pieds, qui sont 
faits comme ceux des phoques. » L'on a vu que 
les Chélonées ne se nourrissaient que de fucus ou 
tout au plus de petits animaux mollusques ou crus- 
tacés , l'organlsatiou des tortues de mer et l'exa- 
men de leur canal diu;estif surtout rendent la lé- 
gende de Pausanias tout-à-fait apocryphe. L'on 
a décrit comme espèce distincte du Luth une 
tortue jh cuir dont les carènes sont garnies 
de tubercules plus marqués, sous le nom de Ché- 
lonée tuberculeuse , C. tuberculata; une autre est 
indiquée sous celui de Chélonée atlantique , C. at- 
lantica. Il existait dans les mondes précédons des 
tortues du groupe des Chélonées ou Thalassites , 
on en a retrouvé des restes dans les couches ma- 
rines de la montagne Saint-Pierre de Maëstricht et 
dans quelques autres points des contrées occiden- 
tales de l'Europe ; on en a même décrit plusieurs 
fragmens coiBUie ayant appartenu à des espèces 
particulières , telles sont entre autres la tortue 
trouvée dans les ardoises de la montagne de Plat- 
tenberg'près Claris, la Testudo antiquaàe Brown, 
XdiCkeionia radiata de Fischer, la ClicLonèe DuUic,. 
mais ces restes sont trop peu complets pour pou- 
voir asseoir encore des déterminations précises, 

tout 



CHÉL 



ii3 



CHÉL 



tout ce que l'on peut dire jusqu'ici djiaprès le peu 
des écailles de la carapace que l'on a , c'est que 
ces tortues marines se rapprochent plus de la 
Chélonëe caret que des autres espèces. 

CHÉLONIENS. (rept.) Ce nom, dérivé du mot 
grec Chelonè qui s'appliquait aux tortues de terre 
et de mer, est maintenant employé pour désigner 
la famille entière des Tortues. La forme hémisphéri- 
que de leur corps enveloppé partout d'une cui- 
rasse au dedans de laquelle ces animaux peuvent 
abriter plus ou moins leurtête et leurs extrémités, 
efc leur mode de reproduction ovipare , avaient 
déjà frappé les anciens zoologistes, qui avaient 
nettement caractérisé ces animaux. L'examen 
plus approfondi de leur organisation n'a fait que 
confirmer les premiers aperçus, aussi de tout 
temps ces reptiles ont-ils été assez bien définis, 
groupés, et, comme tant d'autres, leur classification 
n'a pas été le sujet de discussions interminables. 

Les Chéloniens sont encore définis aujourd'hui 
des reptiles h corps court, globuleux, revêtus d'une 
enveloppe plus ou moins solide , formant pour le 
tronc une sorte de test , d'où leur est venu chez 
les Latins le nom de Testudo et chez les moder- 
nes ceux de Reptiiia cataphracta, fornlcata , 
ou h cuirasse plus ou moins immobile ou in- 
flexible , au dedans ou sous laquelle la tête et les 
extrémités peuvent être rétractées en tout ou en 
partie , et se reproduisant par des œufs d'où les 
petits sortent complets, indépendans et respirant 
i'air atmosphérique, sans être sujets à métamor- 
phose, et n'éprouvant d'autres modifications qu'un 
accroissement de volume et de poids. 

La tête des Tortues est pyramidale , obtuse , h 
museau plus ou moins mousse, à narines situées 
sur le côté supérieur, ordinairement fermées par 
une sorte de valvule membraneuse , légèrement 
prolongées en trompe tubuleuse dans quelques 
genres ; à bouche transversale , non dilatable, or- 
dinairement dépourvue de lèvres ; à mâchoires 
fortes et robustes , garnies sur leur bord de 
lames cornées, tranchantes, se croisant mutuelle- 
ment en ciseaux, quelquefois échancrées ou den- 
telées, ou munies d'une simple dentelure, sans ap- 
parence ou vestige de véritables dents ; h langue 
molle , déprimée, revêtue de papilles nombreuses, 
vermiculaires , disposées comme les circonvohi- 
tions de la partie supérieure des hémisphères 
cérébraux des animaux compliqués, non extensi- 
ble et adhérente à la paroi inférieure de la bou- 
che (hédréoglosse) , souvent garnie h sa base d'un 
repli membraneux qui remplit sans doute les fonc- 
tions du voile du palais des autres animaux, 
dont les Tortues sont dépourvues ; les yeux mu- 
nis de deux paupières h peu près égales et d'une 
membrane clignotante , h pupille circulaire , par- 
fois festonnée h son bord libre; h tympan caché 
sous la peau. Le crâne est couvert, dans quelques 
groupes, de plaques polygones à disposition régu- 
lière dont l'examen s'emploie utilement dans la 
distinction des espèces. Le cou , de longueur va- 
riable, est enveloppé d'une peau lâche qui se re- 
plie sur elle-même en manière de prépuce, et 



comme le cou des condors et des vautours. Le tronc 
hémisphérique, plus ou moins bombé ou déprimé, 
comprimé latéralement dans quelques genres , est 
constitué par une cuirasse dont le côté supérieur, 
plus grand, convexe, à contour ovalaire ou cor-' 
diforme, selon les groupes, et plus ou moins solide, 
porte le nom de carapace. Le côté inférieur, rhom- 
boïdal, plat , plus ou moins étendu, se désigne par 
le nom de plastron. Ordinairement il est légère- 
ment échancré sur les côtés antérieurement et 
postérieurement, pour laisser un libre passage aux 
extrémités qui sortent et rentrent au gré de l'ani- 
mal. Les extrémités antérieure et postérieure sont 
aussi légèrement échancrées pour les monvemenir 
de la tête et de la queue. Quelquefois le plastron 
des Tortues offre à son centre une dépression ou 
concavité que l'on croit propre aux mâles et des- 
tinée h dissimuler la convexité de la carapace des 
femelles dans l'accouplement. La cuirasse des 
Tortues est , dans quelques cas , revêtue d'ime 
couche cornée, molle ou solide, d'une seule pièce; 
d'autres fois elle est divisée en compartimens po- 
lygones, en nombre et en disposition fixes , et 
propres h servir de caractères pour la détermina- 
tion des espèces. Celles qui sont au centre de la ca- 
rapace sont toujours plus grandes que les autres, 
et à peu près de même taille entre elles. Elles 
constituent le disque. Celles qui correspondent à 
la colonne vertébrale se nomment rachidiennes; les 
latérales, pleuréales ou costales , parce qu'elles 
répondent aux côtes. Elles sont au nombre va- 
riable de quinze ou de treize , selon que les séries 
latérales sont de cinq ou de quatre plaques. Leur 
forme varie; souvent hexagoiiales, les latérales sont 
quelquefois pentagonales ou quadrilatères. Les 
plaques du bord se nomment marginales. On les 
distingue, selon leur position, par les noms de nu- 
chales, cervicales ou coUaires, brachiales, pecto- 
rales, abdominales, fémorales, caudales. Elles 
sont au nombre de vingt-quatre ou de vingt-cinq, 
selon que la nuchale manque ou ne manque pas , 
selon que la caudale est simple ou double. Leur 
forme est ordinairement quadrilatère, plus petites 
en avant, plus grandes en arrière, les dernières 
inclinées du côté de la queue et sortant du rang 
par un de leur angles. La surface de ces écailles 
est quelquefois lisse , le plus souvent elle est cha- 
grinée au centre, sillonnée en carré h sa circon- 
férence. Le nombre des sillons indique d'une ma- 
nière approximative, dit-on, l'âge de l'individu. Par- 
fois les écailles sont planes, d'autres fois légère- 
ment bombées h leur centre, d'autrefois elles se 
relèvent en pyramides plus ou moins saillantes. Ces 
saillies se retrouvent en vestiges, et marquées par 
l'angle de réunion des sillons ci-dessus , sur les 
écailles marginales, ainsi que sur les plaques du 
plastron, toujours planes, mais en nombre vari;iblc, 
douze ou treize au plus selon les genres, disposées 
symétriquement par paires comme celles delà ca- 
rapace. On leur donne, comme aux marginales de 
la carapace, des noms tirés de leur position. Les 
points par lesquels le plastron s'unit h la cara- 
pace prennent le nom d'ailes; les plaques qui les rc- 



TOME IL 



95° Livraison. 



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CIIÉL 



ii4 



CHÉL 



couvrent s'appellent, selon le lieu qu'elles occu- 
pent, axillaires ou inguinales. 

Les pieds sont toujours au nombre de quatre , 
disposés différemment selon les groupes. Dans cer- 
taines Tortues, ils sont aplatis en rames et propres 
seulement, comme les nageoires des Cétacés, à la 
natation, ce qui a fait désigner ces Tortues sous les 
noms deliémipèdcs ouOiacopodes. D'autres ont les 
pieds cylindriques, terminés par un pied court 
tantôt aplati , à doigts séparés par des replis delà 
peau, analogues à ceux que l'on voit aux pieds des 
oies et des canards. On les désigne sous le nom de 
Tortues palmipèdes ou stéganopodes , et plus 
exactement stognopodes.Tantôtenfin ce picdest cy- 
lindrique, terminé par des doigts réunis en moi- 
gnon , ce sont les Tortues h pieds marcheurs, so- 
lipèdes ou tylopodcs. Les doigts sont ordinaire- 
ment au nombre de cinq h tous les pieds , mais 
ils ne sont pas chez lous les Chéloniens marqués 
à l'extérieur par un nombre égal d'ongles, d'où 
sont venus les noms donnés h certaines Tortues 
de Trionyx, Tétraonyx, Pentonyx etHomopodes, 
ou plus régulièrement homonyx. Les pieds peu- 
vent se retirer, chez un grand nombre de Ché- 
loniens , en dedans de la cuirasse. L'on nomme 
alors les Tortues Cryplopodes, ou à pieds cachés, 
rétracliles. Chez d'autres les pieds ne peuvent 
rentrer tout -à- fait en dedans de la cuirasse, 
et se replient seulement au dessous d'elle. Ce sont 
ces Tortues que l'on désigne parle nom deGym- 
nopodes ou à pieds découverts non l'étractijes. 
Les pieds sont ordinairement couverts d'écailles 
ovalaires, imbriquées, plus ou moins développées 
en ergots à leur sommet. La disposition des 
pieds des Tortues commande pour ainsi dire leurs 
habitudes et leur mode de progression. Celles 
à' pieds en rame vivent dans la mer d'où 
elles sortent rarement, leurs pieds étant très-peu 
disposés pour la marche; ce sont les Chéloniens 
thalassites ou marins , Eretmo ou Halychelones 
de quelques auteurs. Celles qui ont des pieds 
palmés vivent dans les eaux douces , mais au 
moins peuvent marcher assez bien sur terre. 
Aristolélès les appelait Emus, d'où l'on a fait le 
nom d'Emyde. On leur a donné le nom de 
Phyllopodes ou Chélichclones. et selon qu'elles ha- 
bitent les fleuves ou les étangs, on les a désignées 
sous les noms de Fluviales ou Potamiles et de 
Stagnales ou Paludines , Elodites, Enfin les Tor- 
tues dont les pieds sont terminés en moignons et 
qui se portent sur leurs ongles, sont les mieux dis- 
posées de la famille pour la marche; mais leurs 
mouvemens, gênés par des causes qui seront ex- 
posées plus loin , sont d'une lenteur passée en pro- 
verbe depuis long-temps. Ces Tortues sont con- 
damnées h vivre à terre et s'éloignent peu des 
endroits qu'elles ont choisis pour patrie. On les 
nomme Chéloniens terrestres, ou Cliersilcs Podo, 
ou Chersochelones. 

La queue des Chéloniens est ronde, conique, plus 
ou moins courte; elle dépasse à peine la carapace; 
dans la plupart des espèces elle n'atteint jamais au- 
delà delà moitié de la longueur du corps. L'animal 



la porte droite , traînante Lorsqu'elle est longue il 
la reploie sur un des côtés de la carapace. La 
queue est couverte d'écailles à peu près sembla- 
bles à celles du corps , communément plus peti- 
tes. Celle du sommet forme une sorte de dé à 
coudre, simple ou divisé en deux pièces, quelque- 
fois disposé en sorte d'ergot. Chez quelques Tor- 
tues le côté supérieur de la queue est garni d'é- 
cailles plus grandes que les autres , marquées 
d'une forte carène. Chez d'autres on trouve sous 
la queue des écailles allongées transversalement , 
disposées h peu près comme les lamelles caudales 
des couleuvres. 

L'ouverture du cloaque est disposée en fente 
longitudinale , h lèvres renflées, marquées de plis 
nombreux. Cette cavité offre une sorte de ves- 
tibule , lequel conduit h deux poches séparées par 
une cloison mnsculo membraneuse , dont la su- 
périeure reçoit l'orifice du rectum et l'inférieure, 
correspondante au plastron , donne issue aux ca- 
naux génitaux et urinaires. 

La charpente osseuse des Chéloniens offre plu- 
sieurs particularités remarquables. La tête est 
très-développée en hauteur , et cette dimension 
l'emporte généralement sur les'autres diamètres; 
mais la plus grande partie des pièces fortes et so- 
lides qui la composent sont destinées à la face et 
surtout aux mâchoires qui offrent chez les Chélo- 
niens une force et une solidité que Ton ne re- 
trouve guère chez les autres reptiles. Les deux 
côtés de la mandibule ou mâchoire inférieure se 
soudent intimement de bonne heure, et ne per- 
mettent pas de diaslase ou de dilatation de la 
bouche, comme cela s'observe plus ou moins chez 
d'autres reptiles. La tête des Tortues est arti- 
culée avec les vertèbres par im seul condyle 
divisé en deux, comme chez les Lézards. Celui 
des Tortues de mer ])résente trois facettes ar- 
ticulaires; cette articulation n'est guère suscep- 
tible de mouvement particulier. Les vertèbres du 
cou, ordinairement au nombre de huit, sont plus 
ou moins allongées et susceptibles de mouvemens 
différons selon 'es espèces. Les muscles qui les 
meuvent ont beaucoup d'analogie avec ceux du 
cou des oiseaux. Tantôt les mouvemens les plus 
étendus ont lieu de haut en bas, et cette partie 
de la colonne Aertébrale se replie sur elle-même 
en S , comme chez les Cryptodères; d'autres fois 
elle s'infléchit latéralement, et les autres mouve- 
mens sont peu étendus , comme chez les Picuro- 
dères {de dciré con, plearoii côte, cruptcin cacher.) 
Cette disposition du cou se fait remarquer même 
dans l'œuf, et les fœtus ont déjà le cou réfléchi, 
comme ils l'auront par la suite. Les "vertèbres 
du dos sont au nombre de huit , confondues 
et soudées' entre elles d'une manière immobile, 
soudées également avec les côtes et avec des pièces 
osseuses particulières qui constituent le centre de 
la carapace. Ces pièces semblent le résultat de la 
confusion des apophvses transverses des vertèbres 
dorsales. Au nombre de huit comme ces ver- 
tèbres, elles s'épanouissent en plaques polygones, 
articulées entre elles par des sutures dentelées ou 



CHÉL 



ii5 



CHÉL 



par synarthrose , empiétant sur la vertèbre voisine 
et sur l'origine des côtes , et concourant avec 
elles à la formation d'une voûte analogue à celle 
du crâne sous quelques rapports-. Cette carapace 
osseuse est ordinairement immobile , néanmoins 
il est des espèces où le bassin étant mobile, Icspièces 
qui y correspondent l'accompagnent dans ses mou- 
vemens. Les vertèbres pelviennes ou sacrées sont or- 
dinairement au nombre de trois , confondues en- 
tre elles comme les précédentes , et le plus sou- 
vent confondues avec les vertèbres dorsales et avec 
la carapace. Cependant il est quelques espèces 
où elles présentent un léger degré de mobilité sur 
la colonne dorsale. Ce sont ces Tortues aux- 
quelles on a donné le nom de Cynixis (de cyncin , 
mouvoir, et ixus les lombes). Les vertèbres de la 
queue sont mobiles entre elles et sur le bassin , 
comme celles du cou ; leur nombre est de vingt, 
dans la plupart des cas , cependant quelques ex- 
ceptions s'offrent chez certaines espèces à cet 
égard ; parfois elles sont plus ou moins soudées 
entre elles. 

Les côtes des Chélonienssont articulées ouplutôt 
confondues par leur extrémité rachidienne avec le 
corps de la vertèbreetla plaque rachidienne de la 
carapace. Leur cou est libre, mais à partir de l'angle 
et de la facette qui , chez les autres animaux, 
s'articule avec l'apophyse transversc de la vertè- 
bre , elles s'épanouissent et se confondent entre 
elles, et les pièces rachidiennes de la carapace 
se pénétrent mutuellement comme elles par des 
dentelures réciproques , quelquefois dans toute 
leur étendue , quelquefois îi leurs deux tiers in- 
ternes seulement. Dans tous les cas , des pièces os- 
seuses étroites , allongées , aplaties , articulées 
entre elles par un mode analogue à celui des autres 
pièces delà carapace, viennent encadrer la partie 
supérieure du bouclier en s'articulant aux extré- 
mités des côtes et aubord des plaques osseuses ver- 
tébrales. Les pièces latérales de ce cadre reçoivent 
les pièces plus ou moins élargies par lesquelles le 
plastron s'étend sur les côtés et deviennent ainsi 
le moyen d'union des deux battans de la cuirasse. 
Leur nombre est de vingt-cinq ;i vingt-six, comme 
les plaques . écailleuses qui les recouvrent. Elles 
prennent ordinairement les noms particuliers de 
CCS dernières. On les a regardées comme les ana- 
logues des côtes sternales; mais, excepté les laté- 
rales , elles n'ont ni leurs rapports ni leurs con- 
nexions , et leur nombre et leur disposition dé- 
truisent ce rapprochement ingénieux. 

Le sternum est composé de neuf ou dix pièces 
disposées symétriquement par paires. Leur gran- 
deur et leur forme varient selon les espèces ; la 
forme générale de leur ensemble est aussi sujette 
à varier, rhomboïdale dans quelques Tortues, el- 
lipsoïde dans d'autres, terminée en pointe chez les 
unes , échancrée en avant et en arrière chez les 
autres. Les pièces qui forment le sternum consti- 
tuent dans certains cas un tout osseux. D'autres 
fois c'est un cadre dont la partie intérieure est 
seulement complétée par des cartilages au milieu 
desquels s'avancent des raïuifiations osseuses, assez 



semblables à des cornes d'élan pour que ces par- 
ties, retrouvées k l'état fossile, aient été prises au- 
trefois pour les bois de ces animaux. Dans le plus 
grand nombre des cas , les pièces du sternum sont 
immobiles les unes sur les autres , comme chez la 
plupart des Tortues de terre; mais quelquefois 
la partie postérieure est susceptible d'un léger 
mouvement qui permet sans doute h l'abdomen 
de se distendre lorsqu'il s'amplifie par le dévelop- 
pement du produit de la fécondation. Chez quel* 
ques unes, la partie antérieure offre , comme 
la postérieure , une charnière cartilagineuse 
transversale , qui lui permet un léger mouvement 
d'élévation et d'abaissement, la partie moyenne 
restant seule fixe et immobile ; tandis que , 
chez d'autres, il n'y a entre la partie antérieure 
et la postérieure qu'une charnière sur laquelle elles 
se meuvent toutes deux. 

Le mode d'union du plastron à la carapace va- 
rie aussi selon les espèces ; tantôt c'est par des 
pièces osseuses h surfaces assez larges que cette 
union a lieu, tantôt au contraire elles sont très- 
étroites, d'autres fois même ce sont de simples fibres 
cartilagineuses. 

Les os de l'épaule et du bassin offrent cette dis- 
position toute spéciale chez les Chéloniens , qu'ils 
sont situés en dedans des côtes , ce qui ne se re- 
trouve chez aucune autre famille d'animaux. 

L'omoplate est attachée par son extrémité ver- 
tébrale à la partie interne de la carapace ; l'ex- 
trémité interne de la clavicule s'insère solidement 
au plastron. Elle est large et évasée, comme celle 
des oiseaux, tandis que l'omoplate est grêle et al- 
longée. Une trolsièmepièce, également allongée et 
étroite, se porte en bas et en arrière, et représente 
ici la pièce que l'on a considérée comme l'acromioa 
ou comme l'os coracoïde des oiseaux,* son extrémité 
postérieure est libre, l'antérieure se confond 
dans la cavité glénoïde avec les deux autres 
pièces. 

L'humérus est court, fortement contourné sur 
lui-même; les deux os de l'avant-bras sont im- 
mobiles l'un sur l'autre, et fixés dans la prona- 
tion. Les os du carpe sont en nombre variable 
selon les espèces , disposés d'une manière toute 
particulière. Les phalanges sont au nombre de 
trois pour le premier et le cinquième doigt, et de 
quatre pour les trois intermédiaires, mais la lon- 
gueur de la phalange imguéale surtout varie chez 
les espèces , selon qu'elle se prononce au dehors 
ou qu'elle reste cachée sous la peau. Le bassin est 
articulé sur les vertèbres , tantôt d'une manière 
solide, tantôt llexible et mobile. L'ischion, comme 
le pubis, est dirigé en avant et forme avec celui 
du côté opposé une arcade qui laisse entre elle 
Cl celle que forment les pubis, deux espaces ova- 
lalres qui représentent les trous sous-pubiens. L'on 
n'observe pas chez les Chéloniens de vestiges mar- 
qués de l'os cloacal. Les cavités cotyloïdes sont 
très-écartées l'une de l'autre , ce qui fait que les 
mouvemens du membre postérieur sont gauches 
et malaisés. Le fémur, comme l'humérus, est court 
et fortement contourné sur lui-même ; les autres 



CHÉL 



n6 



CHÉL 



parties des membres postérieurs ne diffèrent guère 
de celles des pieds antérieurs que parles propor- 
tions ; il est h remarquer toutefois que les mem- 
hres pelviens sont fixés et se meuvent dans le 
sens d'wne supination forcée. 

Le système nerveux des Chéloniens est en gé- 
néral peu développé à proportion du volume du 
corps; le cerveau ne répond pas, il s'en faut, h 
la grandeur de la tête osseuse, sa composition est 
à peu près la même que chez la plupart des rep- 
tiles, sauf les proportions des diverses parties qui 
le constituent; les nerfs offrent chez les Chéloniens 
quelques particularités de détails pour lesquelles 
nous sommes obligés de renvoyer le lecteur aux 
ouvrages spéciaux, nous dirons seulement ici que 
ïa disposition du nerf grand sympathique, ainsi 
que des nerfs spinaux et cérébraux, se rapproche 
beaucoup de celle des oiseaux. 

L'organisation des tégumens des Chéloniens , la 
disposition de leurs doigts , de leurs lèvres et de 
leur museau ne sont guère propres à leur fournir 
des idées exactes sur la forme , la dimension , la 
consistance et la température des corps; la lan- 
gue, il est vrai, est mieux disposée pour leur don- 
ner la conscience de leur saveur. Les organes de 
l'odorat et de l'ouïe sont plus favorablement dis- 
posés encore; mais l'œil, assez bien conformé du 
reste, est placé peu avantageusement pour une 
exploration facile , aussi l'intelligence de ces ani- 
maux est-elle très-bornée et se réduit - elle à la 
recherche de la nourriture, au rapprochement 
stupide des sexes; au-delà, leur sagacité ne va qu'à 
creuser un trou au moyen de leur tête et de leurs 
pieds de devant pour se retirer pendant l'hiverna- 
tion , et à creuser une fosse pour déposer leurs 
œufs. Leurs mouvcmens sont si lents qu'ils sont 
devenus le type de la paresse et de la lourdeur ; 
ils cherchent tout au plus à mordre lorsqu'on les 
tourmente ou qu'un ennemi les attaque. Heureu- 
sement leur cuirasse leur fournit une compensation 
heureuse à leur idiotisme en leur offrant une re- 
traite sûre dans le danger, et toujours à portée de 
les recevoir dans l'occasion. On a dit que les Ché- 
loniens quittaient quelquefois leurs carapaces, mais 
c'est une erreur dont le temps a fait justice, lespla 
ques écailleuses seules se renouvellent comme 
l'épiderme des lézards et des serpens. 

Les Chéloniens avalent leur nourriture sans la 
mâcher et en la divisant seulement avec leurs mâ- 
jchoires cornées, ils analysent à peine sa saveur au 
moyen des papilles de la langue; quelques espèces, 
douées de lèvres molles, paraissent pourtant la 
goûter davantage , et l'on voit chez quelques unes 
les côtés de la bouche garnis de barbillons courts 
et membraneux que l'on présume être des organes 
auxiliaires de gustation. La nourriture des Chélo- 
niens consiste, pour la plupart, en matières végé- 
tales molles et herbacées , quelques unes se nour- 
rissent de petits animaux mollusques ou crustacés. 
L'œsophage est dans quelques espèces hérissé à 
son intérieur d'épines cartilagineuses destinées à 
empêcher le retour des matières alimentaires dans 
la bouche lorsque l'estomac se contracte sur elles; 



le canal intestinal des Chéloniens offre peu de 
particularités bien saillantes; l'estomac est peu 
distinct de l'intestin grêle, et le gros intestin sans 
bosselure n'en est séparé que par une légère val- 
vule; il se termine après un trajet assez court dans 
la chambre postérieure du cloaque. Les crottins 
des Chéloniens sont globuleux , légèrement atté- 
nués à leurs extrémités. 

Les Chéloniens peuvent suspendre impunément 
pendant un temps assez long leur alimentation , 
annuellement cette fonction se supprime pendant 
plusieurs mois et pendant toute la durée de l'hi- 
vernation. 

Le système lymphatique des Chéloniens est très- 
développé, surtout à la périphérie du corps; mais 
ici l'on ne peut supposer que celte particularité 
ait pour but l'absorption de l'air mêlé à l'eau lors- 
que l'animal est plongé dans ce liquide , ou de 
suppléer h la suspension d'action des poumons 
pendant l'ivernation] , puisque ; les * Chéloniens 
sont presque partout enveloppés de tégumens qui 
permettent peu une absorption de quelque nature 
qu'elle puisse être. Au reste , les vaisseaux lym- 
phatiques des parties postérieures et moyennes du 
corps se réunissent en une citerne abdominale 
assez vaste qui entoure l'aorte à peu près comme 
les sinus caverneux de la selle turcique du sphé- 
noïde entourent l'artère carotide, et en deux troncs 
thoraciques, undroitct ungauche, qui vont s'ouvrir, 
après avoir reçu près de leur embouchure les lym- 
phatiques des parties antérieures, dans les veines 
sous-clavières, par un orifice linéaire dont le ten- 
don n'est pas en rapport avec la capacité des vais- 
seaux qu'il termine. Ces orifices sont chez les Ché- 
loniens les seules communications que Ton ait 
observées entre les lymphatiques et les veines. 

Le cœur des Chéloniens est presque sphéroïdal, 
plus large que long, formé de deux oreillettes com- 
muniquant entre elles par un trou de Botal double, 
dit-on, dans le jeune âge, simple et persistant dans 
la suite, et d'un ventricul«e divisé à l'intérieur en 
deux parties par une cloison musculeuse soute- 
nue par des colonnes charnues ou faisceaux mus- 
culaires attachés à la base du cœur, et disposés 
de manière à servir de valvule aux deux orifices 
auriculo-ventriculaires. De ce ventricule commun 
naissent trois troncs artériels : le premier se bi- 
furque bientôt , et donne une branche qui fournit 
les carotides communes, etc., et la branche aor- 
tique droite que l'on a regardée comme le canal 
artériel, à cette différence près qu'il ne s'abouche 
avec l'aorte que dans l'abdomen , et par un canal 
persistant pendant toute la vie; le deuxième tronc 
donne la branche aortique gauche, et le troisième 
les artères pulmonaires que l'on a regardées à cer- 
taine époque comme fournies par l'oreillette droite. 
Le sang veineux arrive à l'oreillette droite par une 
veine cave grosse et volumineuse , et la veine pul- 
monaire s'ouvre par un seul orifice dans l'oreillette 
gauche. L'on s'accorde à dire que le sang artériel 
et veineux , malgré la disposition des valvules in- 
térieures des orifices de communication entre les 
cavités du cœur, éprouve. chez les Chéloniens un 



CHÉL 



117 



CHÉL 



•certain mélange, et qu'il n'est dès lors oxigéné ou 
plus précisément aéré ou artérialisé quen partie 
lorsqu'il retourne aux extrémités artérielles , mais 
les recherches de M. Martin Saint-Ange ont mon- 
tré que ce désordre apparent de la circulation ne 
se passe pas seulement dans le cœur chez les rep- 
tiles , et en particulier chez les tortues ; que chez 
ces derniers, par exemple, les vaisseaux des reins 
fournissent un embranchement qui se rend h la 
partie postérieure du poumon, et partage jusqu'à 
certain point le rôle des vaisseaux pulmonaires. 
Les voies de la circulation présentent, selon les 
espèces , quelques différences de détails qu'il n'est 
guère possible d'indiquer ici ; c'est à ces diff^é • 
rences surtout qu'ont été dues ces discussions cé- 
lèbres qui s'élevèrent au sein de notre académie 
naissante des sciences entre Méry et Duverney, et 
ces controverses mêlées d'aigreur, dont la propo- 
sition de l'unilé de composition et la structure des 
glandes mamellaires des cétacés nous ont h peine 
retracé la physionomie. 

Les Tortues ont un larynx disposé à peu près 
comme celui de la plupart des reptiles, et une 
flotte formée de deux lèvres cartilagineuses con- 
^iguës par un de leurs côtés. La trachée-artère se 
divise en deux branches entourées d'anneaux car- 
iilagineux complets, et se prolongeant jusque vers 
l'extrémité des sacs pulmonaires dans les cellules 
desquels elles s'ouvrent par des trous latéraux. Le 
poumon est im sac à deux lobes divisés dans leur 
intérieur par des cloisons membraneuses qui les 
partagent en cellules polygones, subdivisées elles- 
mêmes à plusieurs reprises en cellules ou aréoles 
de plus en plus petites, et offrant une certaine 
analogie avec l'aspect de la surface interne d'une 
portion de l'estomac des ruminans, la caillette. 
L'air n'arrive dans les poumons des Chéloniens 
que par l'effet d'une déglutition active bien plus 
sensible ici que chez les autres reptiles , puisque 
non-seulement il n'existe pas de diaphragme com- 
plet, mais que les parois de la poitrine forment 
une cavité osseuse plus ou moins immobile et 
incapable de dilatation ou de resserrement comme 
chez les autres reptiles. Plusieurs inspirations suc- 
cessives accumulent l'air dans les sacs pulmo- 
naires, et, après un certain séjour, il en est chassé 
par l'élasticité du tissu pulmonaire qui revient sur 
lui-même. La respiration des Chéloniens est rare, ce 
qui est dû iil'ampleurdeleurssacspulmonaires, et 
c'est sans doute à celte particularité qu'il faut at- 
tribuer la faculté que certaines espèces possèdent 
d'une manière très-marquée de pouvoir rester 
plus ou moins long-temps plongées sous l'eau. 
Les Chéloniens peuvent impunément suspendre leur 
respiration pendant un temps assez long, et Méry 
rapporte qu'il a conservé pendant plus de trente 
jours des Tortues qu'il avait mises dans l'impossibi- 
lité absolue de respirer, et ce fait est d'autantplus re- 
marquable, qu'ici, commechez lesBatraciens, on ne 
peut invoquer l'absorption culanéepour l'expliquer. 
En général les Chéloniens sont muets et ne don- 
nent guère qu'un léger sifflement analogue à celui 
des couleuvres. Cependant il est quelques espèces 



qui ont un cri flûte plus marqué. Lafont dit même 
que la Tortue h cuir que l'on pécha en 1729 à 
l'embouchure de la Loire, poussait lorsqu'on lui 
cassa la tête des liurlemens que l'on aurait pu en- 
tendre à un quart de lieue. Aussi Merrem a-t-il 
donné au groupe dont elle est le type le nom de 
Spliargls (de Spharaglzo , crier). Néanmoins, il est 
difficile de concevoir une voix aussi forte chez des 
animaux où, comme on l'a vu, Vàiv ne sort du pou- 
mon que par la seule élasticité de son tissu. 

Les glandes sublinguales et autres sahvaires se re- 
trouvent , à quelques modiffcations près, chez les 
Chéloniens comme chez les autres reptiles , mais 
avec cette particularité que le liquide qu'elles four- 
nissent ne jouit en aucune manière de propriétés 
délétères. Le foie volumineux est divisé en deux 
lobes entre la racine desquels le cœur se trouve 
logé. La vésicule du fiel est comme enchâssée 
dans l'épaisseur de la face concave du lobe droit. 
La rate , le pancréas existent également avec de 
légères modifications de forme et de disposition ; 
il en est de même des reins. La vessie des Chélo- 
niens est susceptible d'une grande dilatation , et 
se trouve toujours remplie d'une certaine quantité 
d'urine. Sa cavité est divisée en deux poches laté- 
rales, à peu près comme la matrice bicorne de quel- 
ques mammifères ; l'on a cru pouvoir expliquer 
l'abondance de l'urine chez les Chéloniens par 
l'absence de la perspiration cutanée , impossible 
à travers des tégumens aussi denses que les leurs ; 
mais l'on voit que cette fonction, qui ordinaire- 
ment est en relation inverse avec l'exhalation cu- 
tanée, présente la même disposition chez les Ba- 
traciens dont la peau nue est constamment le siège 
d'une évaporation rapide; il est probable qu'ici, 
comme chez les Batraciens, l'abondance de la sé- 
crétion de l'urine est en rapport avec un moyen 
de défense propre à ses animaux; en effet, comme 
les Batraciens, les Chéloniens, lorsqu'ils sonttour- 
mentés, projettent leur urine à une certaine dis- 
tance , cette urine est claire, limpide , à odeur un 
peu nauséeuse; h sa suite les Chéloniens, comme les 
oiseaux, déposent une certaine quantité de magma 
blanc caséeux pour la consistance. Une Tortue de 
Barbarie, T. maurltanlca. Mus. Paris, par exem- 
ple, donne en vine fois deux h trois onces de li- 
quide , et peut-être un gros de substance pnUacée. 
M. Lassaigne, l'un de nos chimistes les plus dis- 
tingués, a récemment examiné le résidu de l'éva- 
poration de cette excrétion , et a trouvé les résul- 
tats suivans : 



Résidu 5oo 

Urée et traces de chlorure. 

Acide urique 

Sels h base de chaux et 
de soude 



milli2;rames. 

60 

000 



1 10 



5oo 



L'on rencontre aussi chez les Chéloniens des 
follicules muciparesplus ou moins développés, par- 
fois on en voit sous leurs mâchoires, mais plus com- 
munément on en rencontre sous la queue qui se 
rendent par des canaux courts dans le cloaque , 



CHEL 



ïïi 



CHEL 



et servent sans doute plus ou moins à la fonction 
delà génération. 

La verge des Chéloniens est simple, longue, 
cylindrique, renflée à son extrémité qui finit en 
pointe; un sillon profond règne dans toute l'éten- 
due de son côté supérieur et se termine à son ex- 
trémité par un orifice divisé en deux par une pa - 
pille; il est probable que les bords de ce sillon se 
rapprochent dans l'acte de l'accouplement et que 
le sillon forme alors un canal complet; de chaque 
côté de ce sillon l'on trouve, dans l'épaisseur du 
tissu des corjîs caverneux , un canal ouvert dans le 
péritoine , et qui se termine en cul-de-sac près du 
gland; le clitoris des femelles est long, pyriforme, 
placé h ta partie inférieure du vestibule commun , 
près de son orifice , sillonné à sa partie supérieure 
Gorame la verge du mâle , rentré comme elle 
hors le temps du rut, dans la portion du cloaque 
qui reçoit les orifices de la vessie , des uretères et 
des oviductes; ceux-ci, largeset développés, se ter ■ 
minent par un pavillon peu dilaté , non loin des 
ovaires; ces dernierssontvolumineux, plus oumoins 
riches en ovules, et ressemblent beaucoup aux 
mêmes organes chez les oiseaux. L'on doit à 
M. Martin-Saint-Ange et Isidore GeolTroy-Saint- 
Hilaire une observation remarquable au sujet 
des organes génitaux des Chéloniens femelles : 
les canaux qui, chez les mâles, s'étendent du péri- 
toine dans les corps caverneux où ils se termi- 
nent par une extrémité borgne, viennent chez les 
femelles gagner le côté externe des corps caver- 
neux du clitoris, et s'ouvrir h quelques lignes de 
la base du gland dans le vestibule du cloaque; 
cette communication de la cavité du péritoine 
avec une cavité ouverte à l'extérieur, et ccUe 
continuité d'une membrane séreuse avec une mu- 
queuse, ont sans doute quelque but particulier 
relatif à la fonction de la génération ; l'on a aussi 
pensé que ces canaux servaient h aspirer le 11- 
quidequi devaitêtre employé à combattre finfluen- 
ce d'une températureélevée, ou à faciliter l'abaisse- 
ment de l'animal dans l'eau; mais jusqu'ici c'est 
envainqueles zoologistes ont cherché à déterminer 
le genre précis de coopération de ces canaux, et 
la sagacité des savans est restée en défaut. L'on se 
borne h rappeler le degré d'analogie qui existe en- 
tre eux et les canaux signalés chez les femelles de 
quelques mammifères par Gasrtner, et décrits sous 
îe nom de vagino-utcrins. 

Les mâles des Chéloniens sont en général plus 
petits que les femelles. Ordinairement solitaires , 
les sexes se réunissent pour l'accouplement; leur 
appareillement a lieu au printemps dans les diffé- 
rentes latitudes; ces animaux, ordinairement lents 
et apathiques en apparence, deviennent à cette 
époque vifs et agiles, les mâles surtout témoignent 
tme ardeur singulière; ils se livrent entre eux 
des combats acharnés et cherchent à force de 
hcurtement de la tête h renverser leurs rivaux sur 
le dos, et à les mettre ainsi dans rimposslbillté de 
poursuivre leurs femelles, ce qui a pu faire croire 
à un accouplement par opposition chez les Chélo- 
niens; mais il est certain que les mâles cuvaient 



les ï femelles et les saillent par derrière ainsi que 
les anciens naturalistes l'avaient très-bien observé; 
la fécondation se fait en un seul temps plus ou 
moins prolongé, et peut, comme chez les oiseaux, 
fournir pour plusieurs pontes plus ou moins éloi- 
gnées ; après une gestation dont la durée est va- 
riable, les femelles donnent des œufs sphéroïdes 
dont l'enveloppe est quelquefois membraneuse et 
coriace , tandis que chez d'autres Chéloniens elle 
reçoit dans la dernière partie de l'oviducte , comme 
chez les oiseaux, une addition de sels calcaires 
qui lui donnent une consistance solide. Gmelin , 
qui a analysé cette écaille des œufs de Chéloniens, 
a trouvé sur loo parties : 

Carbonate de chaux 

Phosphate de chaux 



Magnésie. 



55 4 

7 3 
une trace 



Matière animale soluble dans l'a- 
cide muriatique 

Id, non soluble dans le même 
acide , . • . 



10 7 
26 6 



Mais ces œufs difïerent de ceux des oiseaux 
en ce que le fœtus est dé]h formé lorsque l'œuf 
se sépare de la mère , aussi ces œufs sont-ils aban- 
donnés h l'incubation solaire dans des trous que 
la femelle pratique dans le sable ou dans les tas 
de feuilles sèches ; le nombre des œufs varie selon 
les espèces , leur volume est en général en rela- 
tion avec celui de l'animal; la durée de l'incuba- 
tion solaire, qui se termine par une éclosion spon- 
tanée, paraît aussi varier selon les espèces, les 
climats et la température de la saison. 

L'accroissement des Tortues paraît assez lent, 
leur taille est pour ainsi dire limitée dans chaque 
espèce ; la durée de leur vie est assez remarqua- 
ble pour que les Chéloniens soient devenus pour 
les Japonais un emblème de longévité. On trouve 
les Chéloniens répandus dans toutes les régions 
chaudes; ils ne se dispersent guère au-delà des 
réglons tempérées et on ne les voit pas s'élever h 
des hauteurs un peu marquées. Comme la plu- 
part des reptiles ils s'engourdissent au moins 
à l'approche des saisons froides et pluvieuses ; 
comme eux Ils supportent assez facilement les 
pertes de substance et les réparent sans trouble 
profond de l'économie , on en a vu se mouvoir pen- 
dant plusieurs semaines après avoir eu la tête 
tranchée, et il n'est pas très-rare de voir des mem- 
bres se reproduire en tout ou en partie chez ces 
animaux. 

L'on observe parfois des monslruosltés par 
excès ou par défaut chez les Chéloniens; mais en 
général ils sont rares et les exemples les plus re- 
marquables parmi ceux qui sont connus, se bor- 
nent h des cas de duplicité de la tête ou des doigts. 
La famille des Chéloniens n'offre pas d'animaux 
malfaisans , beaucoup d'espèces sont pour l'écono- 
mie domestique et commerciale une ressource pré- 
cieuse; la médecine emprunte aussi aux Chéloniens 
quelques secours plus ou moins efllcaces, aussi 
ces reptiles ont-ils été de tout temps recherchés; 
nulle part l'effroi gui s'attache aux autres rcp- 



CHÊN 



1 11 



CHÊN 



liles ne s'est étendu' jusqu'à eux , et les em- 
blèmes qu'ils ont fournis aux poètes ne comportent 
pas les idées défavorables empruntées h la plu- 
part des animaux du même ordre. 

Les Chéloniens se divisent, d'après la disposi- 
tion de leurs pieds et leurs habitudes, en Ghélo- 
niens marins rémipèdes ou ChcLonêex, en Chélo- 
niens aquatiques palmipèdes ou Emydes, et en 
Chéloniens solipèdes ou terrestres qui sont les 
Tortues proprement dites, ployez ces mots. 

(T. C.) 
CHÉLONURE. ( rept. ) Nom donné dans les 
temps modernes à un genre d'EMVDE. Voyez ce 
mot. (Tu. C.) 

CHÉLYDE. (rept.) Mot dérivé du grec chelas , 
qui était le nom de la Tortue dont Ja carapace 
servait à fabriquerla lyre. Le nom de Chélyde a été 
donné dans les temps modernes à un genre 
d'EiuYDE. Voy. ce mot. (Tu. C.) 

CHÉLYDRE, (rept.) Nom qu'il ne faut pas 
confondre avec celui de Chélyde, avec lequel il a 
beaucoup de consonnance, appliqué par le Scho- 
liaste de Lycophron h un serpent aquatique; 
donné par Nicandcr à une tortue d'eau douce , et 
imposé arbitrairement par Wagler à un genre 
d'Emydc; la confusion \\ laquelle ce mot pourrait 
donner Heu par sa composition et par la diversité 
de son application , doit le faire rayer du voca- 
bulaire de l'erpétologie. (Th. C.) 

CHÊNE , Quercus. ( bot. phan. ) Orgueil de 
nos grandes forêts, emblème de la grandeur, de 
la force et de la durée , si le Chêne n'est plus au- 
iourdbui révéré comme il le fut chez nos aïeux, 
s'il a perdu le don de rendre dçîs oracles comme 
aux jours de la brillante mythologie grecque , si 
ses rameaux étendus en large pavillon ne servent 
plus de sanctuaire aux cérémonies religieuses, de 
refuge à l'innocence opprimée, de temple à la jus- 
tice , ses feuilles tressées en couronnes sont encore 
pour l'austère républicain , pour le citoyen dévoué 
à la patrie, pour le philanthrope, le trophée delà 
vertu , la plus noble des récompenses. C'est le seul 
hochet d'or demeuré sans tache au milieu de ces 
autres hochets dont l'intrigue, la bassesse, la tra- 
hison font parade, et que demain personne n'osera 
plus ramasser dans la fange qui les réclame. Le 
choix fait du Chêne par dillérens peuples anciens 
et modernes, comme symbole de la liberté, de 
l'honneur , de la puissance, et comme expression 
de la reconnaissance publique, ajoute encore à la 
masse de ses qualités réelles, et le rendra pour 
jamais cher h tous les cœurs bien nés. C'est l'ar- 
bre par excellence , le plus grand, le plusvivace et 
le plus utile, le plus commun et le plus nécessaire 
des arbres indigènes h l'Europe et à l'Amérique du 
nord; à lui seul , il pourrait presque suppléer tous 
les autres , et dans beaucoup d'usages il ne pour- 
rait être remplacé par aucun. On est en droit de 
dire qu'il chérit la France puisqu' il l'a toujours 
habitée, qu'il y offre plus que partout ailleurs 
des tiges plusieurs fois séculaires et d une grosseur 
extraordinaire, des cimes majestueuses éhmcées h 
plus de trente-cinq mètres de hauteur. Naguère 



encore abattre les Chênes plantés devant une ha- 
bitation rurale était , principalement dans nos dé- 
partemens du nord-ouest et de l'ouest , un signe 
d'infam'e : c'était la punition que le peuple infli- 
geait à l'abus du pouvoir, à la félonie, aux crimes 
que la loi féodale ne permettait pas de frapper. 

Le Chêne appartient à la monoécie polyandrie 
et à la famille des Amantacées; on le trouve dans 
l'un et l'autre hémisphère, depuis le Go' degré de 
latitude nord, pas au-delà, jusqu'aux approches 
de la zone torride. Il est peu de genres dans le 
règne végétal où les espèces soient aussi non>- 
breuses , et en même temps qui présentent autant 
d'intérêt h l'agriculture, aux arts, à toutes les 
branches de l'industrie. On en compte plus de 
cent quarante; les unes pei'dent leurs feuilles avant 
l'hiver , tandis que les autres les gardent jusqu'au 
printemps, mais desséchées; il en est chez qui 
elles sont vertes jusqu'à la pousse des nouvelles; 
toutes les ont alternes , lobées plus ou moins pro- 
fondément, quelquefois entières ou simplement 
dentées, munies à la base de deux stipules très- 
petites, caduques. Certaines d'entre elles montent 
à une très-grande élévation, quelques unes for- 
ment de simples buissons, d'autres, semblables 
aux végétaux placés près des pôles, osent h peine 
se montrer au dessus du sol. Les fleurs paraissent 
à la fin du printemps ; les mâles , disposées en 
chatons longs et grêles, occupent la partie la plus 
élevée des jeunes rameaux; les femelles sont 
groupées à l'aisselle des feuilles supérieures, en pe- 
tit nombre. Plusieurs n'amènent leurs fruits (que 
l'on appelle Glands ) à maturité que la seconde 
année, et alors ils sont attachés au vieux bois au 
lieu de sortir de l'aisselle des feuilles. 

Sans m'arrêter aux nomenclatures adoptées par 
les uns, modifiées ou rejetées par les autres, je 
considérerai les espèces du Chêne d'après leurs 
caractères apparens et l'usage principal auquel 
elles peuvent être appliquées; je les diviserai en 
six classes, savoir : i° les Chênes proprement dits 
ou forestiers ; 2° les Chênes à fruits mangeables ; 
3° les Chênes nains; /^° les Chênes verts; 5° les 
Chênes lièges; 6° et les Chênes aquatiques. 

I. Chênes proprement dits. Cette classe est h la 
fois la plus nombreuse et la plus utile. Parmi celles 
de ses espèces que nous devons distinguer, je ci- 
terai le Chêne eoure , Q. robur , une des bases de 
nos forêts, et l'espèce qui produit le plus grand 
nombre de variétés. Ses léuilles tombent après 
l'hiver, elles sont ovales, oblongues, d'un vert 
foncé , souvent velues, surtout dans leur premier 
âge , découpées latéralement en lobes obtus , h 
dentelures aiguës, presque régulièrement op- 
posées , et portées sur des pétioles plus larges vere 
le bout. Les glands, assez gros , courts, solitaires, 
sont assis sur les branches. Son bois est extrême- 
ment dur, élastique, presque incorruptible, et un 
des plus pesau';. Sa croissance est lente, sa vie se 
prolonge plusieurs siècles , et sa tige , rarement 
droite, aUeint d'ordinaire vingt, vina;t-cinq et 
trente mètres de haut. 
j Le Chiine pédo«cdlé , autrefois plus connu sous 



I 



CHÊiN 



120 



CHÊN 



le nom de Chêne blanc, Q. pedoncidata , surpasse 
le précédent en taille et en | beauté. Quoique 
l'on ait dit le contraire, son bois est tout aussi 
dur, pas aussi roux, et tout aussi long-temps in- 
corruptible que celui de l'espèce précédente : il 
est préféré pour la bâtisse, la construction des 
navires, la menuiserie; c'est lui qui fournit ces 
belles charpentes que l'on a cru long-temps pro- 
venir de Châtaigniers [v. ce mot). Le tronc est 
droit, revêtu d'une écorcc lisse, d'un blanc cen- 
dré, quand l'arbre est jeune encore ; elle devient 
avec le temps brune et crevassée: une cime ample 
couronne la tige qui arrive souvent à quatorze 
mètres de hauteur avant de donner naissance à 
aucune ramification , et atteint en grosseur des di- 
mensions vraiment monstrueuses. Les plus beaux 
individus que je connaisse existent dans les forêts 
de Fontainebleau, de Compiègne et de Baugé. 
Puissent-ils être long-temps encore à l'abri de la 
hache que l'avarice et le besoin de détruire tien- 
nent sans cesse levée sur nos arbres jusqu'ici res- 
pectés par la foudre et les autans ! Feuilles en 
lyre, profondément découpées, très-glabres, un 
peu glauques en dessous ; glands oblongs, portés 
par de longs pédoncules et disposés en grappes : 
voilà les principaux caractères du Chêne pédon- 
cule. On a tellement accusé ce bel arbre d'attirer 
les orages, que dans beaucoup de localités, prin- 
cipalement dans le département de la Côte-d'Or, 
on l'a impitoyablement détruit. Les pays ont été 
punis de ce sacrilège ; ils ont perdu la plus cer- 
taine de leurs richesses; le front des coteaux est 
mis à nu, les vignes qui couvrent les flancs de ces 
mêmes coteaux sont chaque année dévastées par 
la grêle, habituellement ravinées par les pluies, 
et menacées incessamment de ne plus y trouver 
qu'un tuf imperméable. 

Habitant les landes qui s'étendent depuis l'em- 
Louchurc de la Garonne jusqu'au pied des Pyré- 
nées, le CnÊNE TAUZIN, Q. tauza, a la propriété 
de pouvoir se multiplier de rejetons; s'il est pres- 
que partout petit et rabougri, c'est.qu'on le coupe 
trop tôt et qu'il est sans cesse exposé à la voracité 
des bestiaux. Ses glands sont petits, nombreux, 
contenus dans une cupule très-peu tuberculeuse. 
Quand il est placé dans un bon terrain, le Chêne 
tauzin devient très-beau , son bois se tourmente 
moins. Il a les feuilles très-profondément divisées, 
hérissées en dessus et très-fortement velues en 
dessous. Comme il est très-flexible, dans sa jeu- 
nesse on l'emploie à faire d'excellens cercles pour 
les cuves et les tonneaux : c'est, sans aucun 
doute , parce qu'on l'aura coupé jeune et mis en 
œuvre beaucoup trop tôt, qu'il est appelé, dans 
le département des Landes , Chêne de malédiction. 
On est persuadé qne quiconque met la serpe ou 
la hache sur son bois , ou bien qui vient à dormir 
dans une maison où il s'en Ironveenla charpente, 
mourra dans le cours de l'année. 

Remarquable par la disposition de ses rameaux 
qui se rapprochent de la tige, comme le font ceux 
du Cyprès ou du Peuplier d'Italie, le Chêne pyra- 
midal, Q. fastigiata, se trouve isolé h la base des | 



Pyrénées et dans les grandes landes du sud-ouest 
de la France ou bien planté dans le voisinage des 
habitations , ce qui légitimerait l'idée qu'il n'y est 
point indigène. 11 est originaire du Portugal, selon 
Correa. IL figure avec avantage au milieu des 
plantations de nos jardins paysagers. Son bois est 
dur, son tronc s'élève perpendiculairement et 
donne une tige superbe. C'est un bel arbre qu'il 
convient de multiplier en avenues. 

Nommons encore le Chêne Bourgogne , Q. ha- 
Uplilœos , dont les glands , assez gros , se montrent 
réunis deux ou trois ensemble, et contenus cha- 
cun dans une cupule hérissée de filamens velus 
fort longs : ils restent deux ans sur l'arbre. Les 
feuilles sont presque en lyre , couvertes de poils 
blancs en dessous et comme légèrement poudrées 
en dessus. Cet arbre grand et beau croît dans les 
montagnes du Jura et est commun en tous nos 
départemens de l'est. Dans l'Orient , où il abonde 
aussi , on le recherche pour la bâtisse et pour la 
marine. Dans le midi il acquiert de la dureté et y 
est également fort estimé. 

Une sixième espèce , que nous avons, il y a 
très-peu d'années , tirée des hautes montagnes d& 
l'Amérique du nord, où elle arrive promptement 
h une hauteur de vingt à vingt-cinq mètres, le 
Chêne quercitron, Q. tinctoria, doit plus parti- 
cuhèrement fixer l'attention des propriétaires de 
bois , à cause du principe existant dans la partie 
cellulaire de son écorce : il fournit une belle cou- 
leur citrine, quifait la base de plusieurs teintes ana- 
logues , et est un article assez considérable d'ex- 
portation entre les États-Unis et l'Europe. L'arbre 
acquiert une grosseur proportionnée à sa taille; 
son bois rougeâtre et poreux , porte une écorce 
noire et sa cime est ornée d'un beau feuillage. 11 
en a été fait un semis de cinquante mille plants 
en i8i8 dans le bois de Boulogne, près Paris, 
pour y couvrir la honte des dévastations faites^ 
par les troupes étrangères lors de l'envahissement 
de notre patrie en i8i4 et i8i5, envahissement 
préparé parle despotisme de Napoléon, consommé 
par la trahison et cimenté par les plus infâmes 
concessions. Ces plants ont parfaitement réussi ; 
l'espace qu'ils occupent offre aujourd'hui de su- 
perbes individus que l'on commence à propager- 
dans les terrains légers ou graveleux et un peu 
ombragés. Le Chêne quercitron brave, dans 
son pays, les hivers les plus rigoureux. Ses glands 
sont arrondis, un peu déprimés, et à moitié recou- 
verts par leur cupule. 

Beaucoup d'autres espèces devraient trouver 
place ici, mais outre qu'elles n'ofl'rent au culti- 
vateur rien de remarquable , et qu'elles sont infé- 
rieures plus ou moins à celles dont il vient d'être 
parlé, il convient de prendre seulement les som- 
mités pour me renfermer dans de justes limites. 

II. Chênes à fruits mangeables. Les espèces 
que je range dans cette seconde classe ont les 
glands plus gros que ceux des Chênes forestiers, 
et dépouillés de l'amertume qu'ils manifestent à 
un si liant degré. Ce sont eux qui, selon une tra^ 
dilion généralement regardée comme fabuleuse,. 

quoique 



CHÊN 



121 



CHÊN 



quoique très-raisonnable, formèrent la nourriture 
des hommes avant qu'ils ne fissent usage des cé- 
réales : Ceres Jrumenta invenit , cam antea glande 
vescerentur , selon l'expression du naturaliste ro- 
main. Ces glands participent du goût de la châ- 
taigne et de celui de la noisette. Les principales 
espèces qui les produisent sont les suivantes : 

Le Chêne grec , Q. cescidus, est de petite taille, 
croît spontanément en Grèce, en Asie et en Italie, 
où j'ai mangé de ses glands sans éprouver le genre 
d'ivresse dont parle Daléchamp et qu'il compare 
à celle causée par le pain d'ivraie. Il a les feuilles 
allongées , légèrement velues et blanchâtres en 
dessous. C'est le véritable jEsculas des anciens. 

Sur les marchés espagnols , principalement sur 
ceux de la Vieille-Castille, on vend les glands du 
Chêne castillan, Q. hispanlca, que l'on mange 
également crus ou cuits, quoiqu'ils soient d'une 
qualité inférieure à la châtaigne, au rapport de di- 
vers auteurs. Ce qu'il y a de certain, c'est qvi'il 
s'en fait une consommation considérable à l'épo- 
que de leur maturité. L'arbre monte à environ neuf 
à dix mètres de haut , son bois est dur et ses fruits 
sont rassemblés au nombre de trois ou quatre sur 
de courts pédoncules. 

On cite aussi le Chêne-faux-yeuse , Q. pseu- 
do ilex, qui se plaît sur les collines les plus sèches 
et les plus arides de la péninsule celtibérique , s'é- 
lève médiocrement , porte des feuilles rondes , 
persistantes , très-velues , petites , à bords épineux 
dans leur premier âge, absolument entières dans 
leur vieillesse. Ses glands , que l'on mange crus 
et cuits , mais que l'on recherche moins que ceux 
de l'espèce précédente , sont contenus dans une 
cupule un peu hérissée. 

Aucun de ces chênes ne donne des glands d'une 
bonté égale à ceux du Chêne-bellote , Q. bellota; 
ce sont, comme je l'ai dit tom. i, p. 423, les 
meilleurs que l'on puisse manger. Ils sont gros et 
îongs , ils font les délices des habitans de l'Atlas et 
des contrées méditerranéennes, où l'on se plaît à 
multiplier cet arbre précieux. On les trouve sur la 
table du riche comme sur celle du pauvre , tantôt 
crus, tantôt bouillis ou rôtis de la même manière 
que les marrons. Je m'en suis régalé en Corse. Le 
lard et les jambons des pourceaux nourris de ces 
glands rivalisent en qualité avec les jambons de 
Bayonne et de Mayence; je leur trouve même 
quelque chose de plus fin , de plus appétissant. 

En Amérique, on vante les glands doux et 
mangeables du Chêne blanc, Q. alba, que l'on 
rencontre en forêts depuis le Canada jusqu'en 
Floride; du Chêne-chataignier , Q.prinus, au 
troac parfaitement droit , conservant souvent le 
même diamètre jusqu'à seize mètres et demi , et 
élevant sa tête vaste et touffue à vingt-neuf et 
trente mètres ; du Chêne de montagne, Q. mon- 
tana , dont le bois rougeâtre est réservé aux con- 
structions navales : cet arbre fort élevé croît au 
milieu des rochers les plus escarpés. 

III. Chênes nains. Plus propres à la décoration 
qu'à former des bois , les Chênes de cette classe 
sont de petite taille. Les plus estimés sont ; i" le 



Chêne pygmée , Q. humllis , qui habite les vastes 
bruyères des environs de Nantes , où je l'ai vu 
monter h un mètre et même deux mètres , tandis 
que ceux des autres départemens arrosés par la 
Loire, laSarthe, la Dordogne et la Gironde ne s'é- 
lèvent pas à plus de trente-deux et quatre-vingts 
centimètres. 2° Le Chêne vélani , Q. agylops , aux 
cupules hérissées d'écailles , épaisses , très-nom- 
breuses , larges de plus de cinquante- quatre mil- 
limètres , que l'on envoie en grande quantité de 
l'Asie -Mineure en Europe, sous le nom de rèla- 
nède , pour l'usage de la teinture et de la tannerie. 
C'est à tort qu'on l'a indiqué comme S3 trouvant 
dans quelques cantons de la France. De la Nato- 
lie cet arbre s'est avancé sur les îles de l'Archipel, 
dans une grande partie du continent grec , mais 
il n'a pas encore franchi ce pays des grands sou- 
venirs. 3°,LeCHÊNE a la galle, Q> ««/ècfoj-t a, arbris- 
seau tortueux sur lequel on recueille ces excrois- 
sances ligneuses , ordinairement rondes et cou- 
vertes de lubérosités produites par un cynips qu'O- 
livier nous a fait connaître, et connues dans le 
commerce sous le nom de Noix de galle. Cette es- 
pèce de Chêne est répandue sur toute l'Asie mi- 
neure, depuis le Bosphore jusqu'en Syrie, et de- 
puis les côtes de l'Archipel grec jusqu'aux frontières 
de la Perse. 

On joint aussi à ces trois Chênes nains le ChÊNE 
BUISSONNEUX DU PORTUGAL , Q. iusitanica , qui est 
fort garni de branches , qui ne perd ses feuilles , 
d'un beau vert glauque très-prononcé , qu'à la fia 
de l'hiver, qui fleurit en abondance et produit un 
bon effet dans les jardins d'ornement, et le Chênk 
DE Gibraltar, Q. pseudo suber, dont les glands 
sont presque entièrement enfermés dans une cu- 
pule hérissée de pointes. Il monte à trente et qua- 
rante décimètres , a l'écorce fongueuse comme 
celle du liège, mais beaucoup moins épaisse , d'où 
lui vient son nom botanique et c^Xmàe, Faux Liège 
qu'il porte chez quelques auteurs. Il est originaire 
de l'Atlas. 

IV. Chênes verts, c'est-à-dire ayant leurs feuilles 
persistantes et vertes toute l'année. Des diverses 
espèces connues je n'en nommerai que deux mé- 
ritant, sous tous les rapports, d'intéresser les cul- 
tivateurs. La première, le ChÊne-yetjse, ou Chêne 
vert proprement dit , Q. ilex, ne vient spontané- 
ment que dans les lieux secs et sablonneux. Il vit 
isolé, rarement en famille avec ceux de son espèce, 
jamais en forêts. Son bois, très-lourd, un des plus 
compactes et des plus durs, est fort recherché 
dans les arts mécaniques. Il croît avec une lenteur 
désepérante , et , une fois coupé , il ne repousse 
plus qu'en buisson. D'une culture délicate, je de- 
vrais même dire ingrate , il convient essentiellement 
aux jardins paysagers, oùla variation de sonfeuil- 
lage tantôt large ou denté , tantôt étroit ou bien 
entier, épineux quand il est jeune , inerme plus 
tard, et sa couleur sombre, produisent de piquans 
efléli. Ses glands, très-âpres et amers le plus ordi- 
nairement, parfois assez doux en quelques locali- 
tés , ne sont pas toujours également longs et gros. 
Cet arbre tortueux, très-branchu , ne prend un 



Tome IL 



96' Livraison. 



i5 



CHEN 



122 



CHÊN 



grand accroissement' que lorsqu'il compte de nom- 
breuses années. Il paraît originaire du nord de 
l'Afrique , d'où il s'est répandu dans les contrées 
méridionales de 1 Europe. J'en ai vu d'assez beaux 
pieds aux environs d'Angers et de Nantes. Ils pro- 
mettent d'y venir de la même force que sous le 
ciel de l'Italie , puisqu'ils y ont supporté le froid 
excessif de i83o. 

La seconde espèce , dite Chêne au kehmîîs , 
Q. cocclfera, se trouve dans les lieux arides et pier- 
reux de nos départemens méridionaux. Cet arbris- 
seau, dont le tronc, divisé en un grand nombre de 
rameaux tortueux et diffus, formant de gros buis- 
sons d'un mètre et demi de haut, ne serait pas 
d'une grande utilité s'il ne nourrissait im insecte 
appelé kermès , qui fournit une superbe couleur 
écarlate,la seule en usage dans l'ancien continent, 
avant que l'autre hémisphère, oublié depuis des 
siècles , nous fût rendu sous le nom d'Amérique. 
Cette couleur est même supérieure en beauté à celle 
de la cochenille , elle est plus intense, plus solide 
et plus vive; mais la rareté du kermès, auprès de l' a- 
londance de ce dernier insecte,ainsiqueladifliculté 
de la récolte, ne permettent pas de songera substi- 
tuer généralement l'un à l'autre. Le Chêne dont je 
parle a les feuilles très-petites , coriaces , épineuses , 
à peu près comme celles du houx. Les glands 
qu il produit sont ovales, enfoncés h moitié dans une 
cupule hérissée d'écailles acérées : ils prennent peu 
d'accroissement la première ann^c , et ce n'est 
qu'à la seconde année qu'ils parviennent à maturité. 

V. Chênes-lièges. Quoique le Chêne -liège, 
Q. suber, ressemble infiniment à l'yeuse, il en 
diffère asse^ par son port , et surtout par son 
écorce épaisse, crevassée , spongieuse , ap[ielée 
hiége, et qui se détache d'elle-même tous les sept 
à huit ans, lorsqu'une fois il a atteint sa vingtième 
année , et qu'on ne prend pas le soin de l'enlever. 
On en connaît plusieurs variétés, jouissant h peu 
près des mêmes avantagée. Cet arbre croît très- 
lentement , s'élève h dix mètres de haut , grossit 
peu, donne un bois dur, inférieur à celui des Chê- 
nes que j'ai nommés forestiers, et est garni de 
feuilles persistantes, ovales, oblongues, dentées en 
scie, d'un vert foncé en dessus , cotonneuses en 
dessous. Le Chêne-liége aime les coteaux secs , les 
terres peu profondes; il craint l'humidité, les grands 
froids, et par conséquent les lieux ombragés. Il 
ne peut guère se renouveler qne de semence ; la 
transplantation l'expose à périr. Il vit en forêts 
que l'on ne respecte pas assez , aussi nos départe- 
mens du midi sont-ils menacés d'être privés de cet 
arbre précieux. Cependant on en trouve encore de 
nombreuses tiges dans nos grandes landes, d'où 
l'on doit tirer les glands que l'on veut semoF. 

VI. Lhêhes arjuatiques. Nous ne possédons en 
France aucime espèce spontanée appartenant à 
cette sixième classe des Chênes , il faut les cher- 
cher en Amérique. Ils habitent tous dans les par- 
ties moyennes et septentrionales des États-Unis. 
Le Chêne blanc bes marais , Q. blcolor, fort bel 
arbre d'une végétation très-vigoureuse; le Chêne 
AQUATIQUE , Q. aijiuttka , dont la hauteur excède 



rarement douze h quatorze mètres, sur un et demi 
de circonfèrence; le Chêne a épingles, Q. palustrisf 
ainsi nommé h cause des dents aiguës dont sont 
armées ses feuilles profondément découpées, lisse* 
et d'un vert agréable ; le Chêne maritime , Q. ma- 
ritlma , aux feuilles persistantes, courtes et lancéo- 
lées ; et le Chene-saule , Q. pliellos , qui vit dans 
le voisinage de la mer et commence , depuis 1802, 
h se répandre dans les environs de Bordeaux et de 
Rochefort. Cet arbre , que l'on voit gagner quinze 
et vingtmètres d'élévation, porte des feuilles persis- 
tantes, tellement pareilles à celles du saule qu'elles 
trompent l'œil au premier abord; mais en regar- 
dant le boiset l'écorce unie, légèrement crevassée, 
1 illusion cesse aussitôt. Il fructifie dès qu'il est ar- 
rivé à un mètre de haut. Son gland est petit, 
rond et peu abondant. 

Généralités. — Près du Chêne tout est vie . tout 
a du mouvement ; une multitude de petites plantes 
et de jeunes arbrisseaux se réunissent sous son 
ombrage tutélaire , le lierre l'embrasse de ses fes- 
tons verdoyans ; des troupes d'oiseaux se jouent 
dans son feuillage , y déposent le secret de leurs 
amours, pendant que des milliers d'insectes bour- 
donnent autour de son tronc , de ses rameaux et 
viennent y cherclier un asile , de quoi se susten- 
ter , eux et leur famille. Les uns le couvrent d'ex- 
croissances singulières ; les autres sattachent à ses 
boutons, aux jeunes pousses, aux feuilles, ou bien 
ils se logent dans ses fruits , son écorce , ses ra- 
cines. L'écureuil et le polatonche sautillent de 
branches en branches pour enlever les glands 
avant leur parfaite maturité. Tandis que le cerf, 
le daim , le chevreuil dévorent ceux qui jonchent 
le sol; le mulot, le porc et le sanglier recherchent 
avec avidité , jusqu'auprès des racines, ceux que 
la terre recèle, et qui doivent les engraisser avec 
rapidité. L'homme, à son tour, demande au Chêne 
son bois de chauffage , les poutres et les planches 
propres à assurer la solidité et la durée de ses mai- 
sons, t^e ses constructions navales; les pièces né- 
cessaires pourlaire une charrue, des herses, des 
outils et des instrumens. L'écorce, qui est éminem- 
ment astringente , surtout quand elle est vieille et 
enlevée h la sève du printemps , sert h l'usage des 
tanneries et des autres manufactures où l'on pré- 
pare les peaux des animaux , afin de les rendre 
utiles au-delà de l'époque fixée par la nature pour 
leur destruction. Le résidu de ce travail, autre- 
ment dit la tannée, est employé par l'horticulteur 
à donner aux plantes des pays chauds des cou* 
ches qui conservent long-temps une chaleur mOi* 
dérée ; le cultivateur le ramasse comme un exr 
ccUent engrais pour ses terres dures et froires. 
Toutes les autres parties du Chêne possédant une 
propriété styptique très-prononcée , ont été, à di- 
verses époques, recommandées en médecine; mais 
on a reconnu que leur usage devait être dirigé par 
unamain exercée. On m'a parlé de l'emploi des 
glands, dépouillés de lenr àprcté par des bains 
plus ou moins prolongés, pour faire une bois- 
son fermentée , peu coûteuse, que Ton dit très- 
saine, susceptible laême, dans plusieurs cas, de 



CHEN 



120 



CHEN 



remplacer avantageusement le cidre et la bière; je 
ne puis rien attester à ce sujet , ne l'ayant point 
goûtée. L'on obtient aussi du Chêne une belle 
couleur noire. La chute annuelle de ses feuilles 
forme, dans la circonférence qu'elle couvre, un 
excellent terreau d'un bon mètre d'épaisseur. 

De la différence du sol sur lequel le Chêne se 
trouve, résulte celle de son accroissement et de sa 
qualité. La terre douce rend son bois très-propre 
à la fente et à la menuiserie ; dans une terre forte, 
il acquiert autant de perfection que de solidité; 
sur un sol sablonneux , graveleux et profond, il 
est très-compacte et des plus durs; dans les régions 
méridionales , il a une pesanteur spécifique plus 
considérable que dans les régions du nord. Sur un 
terrain gras et hnmide , il perd la force et la soli- 
dité requises pour la charpente ; sur la crête des 
montagnes , dans les terres maigres , sèches et 
pierreuses , il ne produit que du taillis ou du bois 
noueux; les sols légers, mouvans, rouges et noi- 
râtres ne donnent jamais de belles tiges; dans 

" ceux qui sont ferrngineux , le Chêne est dur, fort , 
rustique ; dans les plaines et dans le voisinage des 
grandes rivières , il a peu de nerf, mais sa tige est 
parfaitement filée : c'est dans une pareille situa- 
tion que j'ai admiré les gros Chênes de la forêt de 
Selaincourt, département de la Meurthe, où des 
milliers de pieds passaient trente mètres d'éléva- 
tion. 

Le Chêne se plaît avec le hêtre, auquel il laisse la 
superficie du sol , tandis qu'il s'enfonce très- 
avant ; pour lui, la qualité du terrain ne peut ja- 
mais suppléer à la profondeur. A l'exception des 
espèces toujours vertes , très-sensibles au froid et 
qui en sont fortement attaquées lorsqu'il est ri- 
goureux excessif; à l'exception d'un petit nombre 
d'espèces h feuilles tombantes , tels que le Chêne 
grec , le Chêne pygmée , le Chêne buissonneux du 
Portugal, le Chêne aquatique, le Chêne-saule, 
cet arbre est très - rustique ; il brave les hivers , 
quand il a pris de la force, car dans sa jeunesse il 

/perd assez souvent une partie de ses jeunes pousses, 
si le froid est pénétrant et de durée. 

Pour multiplier les espèces, et avoir la certitude de 
les conserver, il faut choisir les g! ands que l'on sème 
parmi les plus gros, les plus lourds , ceux qui 
sont parvenus à maturité parfaite et tombés d'eux- 
mêmes. Le semis a lieu dans le printemps, ou bien 
en automne. On doit éviter d'employer leplantoir, 
mieux vaut ouvrir de petites fosses h. la houe ou 
dessillons avec la charrue.G'estleseul moyen d'ob- 
tenir de superbes arbres. 

On a dit à tort que le Chêne ne se multipliait 
pas de rejetons, il suffit de traverser un taillis pour 
se convaincre qu'il jouit éminemment de cette fa- 
culté. L'on a dit aussi qu'il supportait mal la trans- 
plantation et qu'une tige de dix ans, arrachée, 
ne prospérait que très-difficilement ; l'expérience 
a prouvé dans divers cantons, et îi plusieurs re- 
prises , que des arbres de vingt-huit ans, et même 
plus âgés , reprenaient aisément quand l'arrachis 
était fait de manière à ménagerie plus possible les 
racines et que les trous ouverts pour les recevoir 



avaient été garnis avec du gazon enlevé dans les 
parties voisines du lieu même qu'ils occupaient 
auparavant. La végétation est un peu rallentie 
pendant les premières années ; mais h mesure que 
les racines nouvelles s'étendent , les pousses se 
montrent pleines de vigueur, et bientôt elles sur- 
passent celles des arbres.non déplantés. 

Enfin, on a dit qu'il importait de diminuer les 
racines et de couper le pivot du Chêne que l'on 
transplantait : c'est une vieille routine qu'on ne 
saurait trop combattre ni trop détruire ; elle a 
ruiné des bois entiers et déterminé des pertes im- 
menses, non-seulement dans la fortune des parti- 
cufiers, mais encore dans celle de l'état. (T. d. B.) 
CHENEVÉ ou CHEINEVIS. (bot. phan.). C'est 
le nom vulgaire de la graine du Chanvre. ( Foy. 
ce mot. (GuÉR.) ., 

CHENILLE. (iNs, ) Nom des larves de papillons 
ou Lépidoptères, f^. Larves et LÉPiDOPTÎiRES. 

CHÉNOPODE. C licnopodium. (bot. phan.) Ce 
genre de plantes , connu sous le nom vulgaire 
à^ Anserine ou Patte d'oie, nom qu'il doit à la dispo- 
sition de ses feuilles , appartient à la famille des 
C/téno/J0(/e'e5 de Yentenat , esta celle des Air ipUcèes 
de Jussieu, et à la Pentandrie digynie de Linné. 
Il comprend des végétaux herbacés ou sous-fru- 
tcscens à feuilles alternes , sans gaîne ni stipule , 
tantôt planes , tantôt étroites , cylindriques , su- 
bulées, plus ou moins charnues, à fleurs petites, 
verdâtres, hermaphrodites, ordinairement dis- 
posées en grappes ou panicules terminales. Cha- 
cune de ces fleurs a un calice monosépale persis- 
tant, h cinq divisions très-profondes. Les étamines 
sont au nombre de cinq , et leurs filets sont op- 
posés aux divisions calicinales. L'ovaire est libre, 
un peu comprimé , à une seule loge renfermant 
un seul ovule attaché h la partie supérieure. Du 
sommet de l'ovaire naissent trois, rarement qua- 
tre stigmates sessiles et subulés. Le fruit est ua 
akène globuleux, comprimé, enveloppé par le 
calice qui ne prend plus d'accroissement après la 
fécondation. La graine renferme un embryoa 
grêle, recourbé autour d'un endosperme charnu,- 
Ce genre a de grands rapports avec les genres 
Arroclie et Soude, Il se dislingue du premier par 
ses fleurs qui sont hermaphrodites et non polyga- 
mes, par son calice fructifère, h cinq lobes, ne 
prenant plus d'accroissement après la féconda- 
tion, tandis que, dans les Arraches , le calice des 
fleurs fertiles est à deux divisions qui s'accroissent 
après la maturité du fruit. Les Chénopodes se dis- 
tinguent des Soudes par la privation de ces appen- 
dices scarieux qui naissent et se développent sur 
le calice, lorsque la fécondation s'est opérée, et 
qui caractérisent les Soudes. Le nombre des es- 
pèces du genre qui nous occupe en ce moment 
s'est successivement accru , en sorte qu'aujour- 
d'hui on en compte soixante, tandis que la 
deuxième édition du Species piantarum n'en men- 
tionnait que dix-huit. Ces espèces sont dissémi- 
nées sur presque toutes les contrées du globe. Oa 
les a subdivisées en plusieurs groupes , d'après la- 
considération de leurs feuilles. Les plus remar-- 



CHEV 



124 



CHEV 



quables sont le Chénopode sktifIire, Chenopo- 
dium setigerum , dont les Espagnols retirent de la 
soude par incinération; le Chénopode bothrys, 
Chcnopodium bothrys , dont l'arôme approche 
beaucoup de celui du Ciste ladanifère, et le Ché- 
WOPODE AMBROsioÏDE , Chenopodlum ambrosloides , 
dont les feuilles infusées sont diurétiques, sudo- 
rifiques et anthelmintiques. (C. É.) 

CHÉNOPODÉES, Chmopodect. (bot. phan.), 
Famille connue aussi sous le nom d^ AtrlpUcées , 
et dont les caractères sont : périgone découpé 
profondément en plusieurs parties; étamines dé- 
finies, attachées à la base du calice; ovaire su- 
père ; un ou plusieurs styles ; une ou plusieurs 
graines nues on renfermées dans un péricarpe; 
fleurs monoïques , polygames ou hermaphrodites 
h'Ansérine aile Patte- d'oie est le type de celte fa- 
mille. (C. É.) 

CIIERSITES. (rept.) L'on a récemment donné 
ce nom, formé du mot grec chersos, continent, aux 
tortues de terre qu'Aristotélès désignait déjà par 
les mots chelonè , chersaios. {f^oy. Tortue.) 

(T. C.) 
■ CHERSYDRE. (rept.) Foy. hydrophide. 
• CHETODON. (poiss.) {Foy. Choetodon.) 

CHEVAL, Equas. (mam.) Le mot Cheval est 
usité en histoire naturelle , non-seulement pour 
indiquer l'animal quadrupède que nous connais- 
sons tous, mais aussi un genre de mammifères, 
lequel comprend non-seulement cet animal, mais 
aussi tous ceux tels que l'âne , le zèbre , etc. , qui 
lui ressemblent par leur organisation. 

Ce genre appartient à l'ordre des Pachydermes, 
et compose à lui seul la famille des Soupîîdes 
{voy. ce mot). Les espèces que l'on y fait entrer ne 
sont pas fort nombreuses, elles ont toutes quarante- 
deux dents ainsi réparties: ^incisives, j^j canines 
et ^^ molaires. Les incisives sont comprimées d'a- 
vant en arrière ; elles ont leur couronne creusée , 
chez les jeunes sujets, d'une fossette qui disparaît 
avec l'âge. Les canines sont de forme conique, 
elles ne se montrent que chez les individus adultes 
et manquent souvent chez les femelles ; elles n'exis- 
tent quelquefois qu'à la mâchoire supérieure. Les 
molaires soîit carrées, elles ont leurs faces interne 
et externe sillonnées, et leur couronne plane avec 
de nombreux replis d'émail qui dessinent à peu 
près quatre croissans divisés deux par deux et en 
situation inverse dans les dents des deux mâchoires. 
Une barre, c'est-à-dire un espace vide, existe entre 
les incisives et les molaires , au milieu de laquelle 
se trouvent implantées les canines lorsqu'elles 
existent. C'est dans cette barre que l'on place le 
mors, Lespieds, qui fournissent le principal carac- 
tère du genre, ne présentent à l'extérieur qu'un 
seul doigt, lequel est très-développé et se recouvre 
înférieurement d'un sabot unique. Sur les côtés 
de ce doigt sont deux petits osselets allongés , que 
les vétérinaires appellent les stylets. Ces stylets, 
auxquels on a long-temps fait peu d'attention , 
doivent être considérés comme autant de doigts 
rudimentaires. Le nom de Solipède, qui ne veut 
pas dire, comme son étymologie paraît l'indiquer, 



animaux à un seul pied, mais bien animaux 
n'ayant qu'un doigt à chaque pied , a été choisi 
par les naturalistes pour indiquer cette disposi- 
tion. 

Quoique les Chevaux soient de véritables her- 1 
bivores , ils ne sont cependant point ruminans, et 
leur estomac est simple et membraneux. Leur car- 
dia présente une disposition telle que la vomitu- 
rition, ainsi que l'a fait observer M. Dupuis d'Al- 
fort , est rendue impossible. Les intestins sont fort 
longs. 

Les organes des sens sont en général assez dé- 
veloppés chez les animaux qui nous occupent. La 
vue est bonne et perçante, elle peut même s'exer- 
cer pendant la nuit ; les yeux sont à fleur de tête, 
et les pupilles ont la forme de carrés allongés. Les 
oreilles sont généralement grandes , mobiles et 
disposées en sorte de cornets , aussi l'audition est- 
elle fort délicate. Les narines sont largement ou- 
vertes, on ne peut pas dire qu'elles sont percées 
dans un mufle, puisque l'espace qui les sépare, 
quoique nu, ne présente aucun appareil crypteux. 
Le toucher général est très-développé , la peau 
jouit d'une grande mobilité, elle peut se contrac- 
ter sous la moindre influence; quant au tact ou 
toucher actif, il paraît avoir son siège principal 
dans la lèvre supérieure. 

Les espèces de ce genre sont toutes originaires 
du grand plateau asiatique et de l'Afrique orientale 
et méridionale, deux ont été réduites en domesti- 
cité , et se trouvent aujourd'hui sur tous les points 
de la terre. Dans l'état sauvage , les Chevaux vi- 
vent par troupes plus ou moins nombreuses , qui 
sont toujours conduites par un vieux mâle, lequel 
les dirige dans leurs voyages et leurs combats ; les 
uns recherchent les plaines , d'autres au contraire 
préfèrent les montagnes ; leurs femelles ne met- 
tent ordinairement bas qu'un petit à la fois ; elles 
ont deux mamelles inguinales. Chez les mâles ces 
mamelles existent aussi, mais elles sont prépu- 
ciales , c'est-à-dire placées sur les bords du pré- 
puce; cette position toute particulière a fait long- 
temps douter de leur existence. Le pénis est très- 
long et dirigé en avant. 

Cheval , Ecjuus caballus, L. Cet animal , qui 
rend à l'homme tant de services importans , se 
trouve aujourd'hui répandu sur toute la terre; 
mais certaines contrées ne le possèdent que depuis 
un temps assez court ; ainsi Ion sait positivement 
qu'il n'existait point en Amérique avant que les 
Espagnols eussent fait la découverte de ce conti- / 
nent , et ie petit nombre que l'on en trouve à la 
Nouvelle-Hollande n'y a été porté que plus tard 
encore. 

Le Cheval est préférable à l'âne sous tous les 
rapports , sa taille est plus grande ainsi que sa 
force ; son maintien est plus noble , et son carac- 
tère plus souple permet de l'employer à un plus 
grand nombre d'usages ; c'est pour cela qu'il est 
généralement plus soigné , et aussi qu'il a subi des 
modifications plus profondes. 

Il est évident que les nombreuses races du Che- 
val descendent toutes d'une même espèce, mai* 



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CHEV 



125 



CHEV 



qui ne se trouve plus aujourd'hui dans toute sa 
pureté; car, bien que l'on voie encore dans l'Ara- 
bie et la Tartarie quelques bandes de Chevaux 
sauvages, on sait qu'ils ont été altérés par de nom- 
breux croisemens avec les variétés domestiques. 
Quant aux auteurs qui parlent de ces animaux 
comme existant et qui les disent de couleur blan- 
che, il est très-probable qu'ils sont dans l'erreur, 
et qu'ils ont considéré comme représentant le type 
primitif des individus affectés d'albinisme; car les 
animaux sauvages normalement blancs n'existent 
que sous le cercle polaire. 

Il serait bien difficile de dire à quelle époque 
a eu lieu la domestication du Cheval, cependant 
on doit penser qu'elle remonte îi une époque très- 
éloignée , mais qu'elle n'a été parfaite que bien 
long-temps après qu'on l'a eu entreprise. Les races 
se sont formées peu à peu, et aujourd'hui elles 
sont très-nombreuses , on pourrait en compter 
plus de trente-six {voy. l'article d'Economie eu- 
bale), toutes différentes entre elles par la nature 
et la couleur du pelage, ainsi que par la force et 
la taille, et pouvant même offrir certaines va- 
riations moins graves qui les font partager en sous- 
races. 

La taille la plus ordinaire de l'espèce est de 
quatre pieds et demi h quatre pieds dix pouces de 
hauteur au garrot , mais quelques races , celle de 
Frise par exemple, dépassent de beaucoup ces 
dimensions, d'autres au contraire ne les atteignent 
pas, ainsi les Chevaux Corses et Camargues n'ont 
guère que quatre pieds im quart ; la race Galloise 
et surtout les chevaux de l'île d'Ouessant sont 
-ordinairement d'une taille inférieure encore , et il 
existe en Laponie (Isid. Geoffroy, Variation de la 
taiUe, Mém. des savans étrangers h l'Institut, t. III) 
Tine race qui n'a que trois pieds environ: c'est à 
elle qu'appartenaient deux petits chevaux amenés 
h Paris il y a quelques années, et qui ont excité 
Tivement la curiosité publique. M. Isid. Geoffroy 
les mesura en 1824, époque à laquelle ils 
étaient presque tout-h-fait adultes ; l'un avait 
trente-cinq pouces et l'autre trente-trois seule- 
ment : c'est à quelques pouces près la taille d'un 
dogue de forte race. 

' Les Chevaux sauvages de l'Amérique, ceux de 
l'Afrique, de l'Asie et de certaines grandes îles, 
sont tous des Chevaux domestiques qui ont aban- 
donné l'homme pour vivre en liberté. Les pre- 
miers sont les mieux connus de tous , ils ont la têle 
grosse, le poil crépu et les proportions peu agréa- 
bles. Ils vivent par troupes plus ou moins nom- 
breuses, et sont toujours sous la conduite d'un 
vieux mâle. Ces Chevaux ma-rrons sont géné- 
ralement farouches; mais ils ne paraissent pas 
aussi enclins h débaucher ceux des races domes- 
tiques que d'Azara le pensait , et dans certaines 
parties de la Colombie on laisse ceux-ci presque 
abandonnés h eux-mêmes sans qu'ils s'éloignent 
'beaucoup ; seulement on les rassemble de temps 
en temps pour les empêcher de devenir tout-à- 
fait sauvages , leur ôtcr les larvés d'œstres et mar- 
quer les poulains avec un fer chaud. Par suite de 



cette vie indépendante, un caractère appartenant 
à l'espèce non réduite, la constance de la couleur, 
commence à se montrer, ainsi que l'a remarqué le 
docteur Roulin. Cette couleur, qui est presque la 
seule que présentent les Chevaux marrons , est le 
bai-châtain. 

Au Brésil, au Paraguay, etc., enchâsse ces 
animaux; on les poursuit avec le lasso; c'est une 
sorte de corde longue de trente où trenle-cinq 
pieds, et qui se termine par un martinet de deux, 
trois, quatre ou. cinq cordes, au bout desquelles 
pendent des boules en fer ou en bois. « Un natu- 
rel est beau , dit M. Dumont , Voyage pittoresque , 
tom. 1 , p. 4i j lorsque, la tête droite et fièrc, 
cloué à l'animal qui le porte , il s'élance à la pour- 
suite d'un cheval sauvage , et le harcelle à travers 
les rocs , les marais et les bois. Quand il arrive à 
portée, il agite rapidement ses boules qui forment 
une couronne au dessus de sa tête , et les lance 
sur sa proie avec une admirable précision. Les 
boules se croisent en fendant les airs , et s'em- 
barrassent dans leur chute autour des jambes de 
l'animal qui fuit, ou serrant étroitement sa tête 
l'arrêtent au milieu de sa course. La force de ce 
projectile est telle que souvent les jambes de la 
bête poursuivie en sont fracassées. » 

Nous avons figuré, dans f Atlas le Cheval à la 
planche 99, figures 1 et 2. 

DziGGUETAi , Ecjuus liemioneà , Pallas. L'Hé- 
mione, c'est-à-dire demi-âne, a été connu des an- 
ciens; il habite, par troupes de vingt, trente et 
quelquefois de cent individus, les plaines décou- 
vertes de la Mongolie, où Pallas l'a observé. Il 
est à peu près de la stature du mulet , auquel il 
ressemble par ses formes générales. Il a la tête 
grande , les oreilles grandes et droites , le front 
plat, étroit en avant, l'encolure grêle, et la 
croupe effilée; sa queue, nue dans sa moitié supé- 
rieure, est terminée par un flocon de crins noirs 
long de huit à neuf pouces. 

La couleur générale de l'Hémione est Isabelle ; 
sa crinière est noire, ainsi qu'une ligne s'éten- 
dant le long de la colonne vertébrale. 

Les Mongols et aussi les Tartares chassent ces 
animaux pour leur chair et leur cuir , ils tâchent 
de les prendre par troupes entières qu'ils entou- 
rent en exécutant des manœuvres de cavalerie , 
mais ce procédé réussit rarement à cause de la 
promptitude avec laquelle les Hémiones dispa- 
raissent ; aussi vaut-il mieux leur tendre des piè- 
ges ou bien les tirer à l'affût; le chasseur se place 
alors sur quelque mamelon voisin des lagunes ou 
des parages isolés qu'ils fréquentent. 

Ane, Equus aslnus. L'Ane se reconnaît à 
ses longues oreilles , à la houppe du bout de sa 
queue , et à la croix noire qu'il a sur les épau- 
les ; son pelage est gris , quelquefois argenté , lui- 
sant ou mêlé de taches obscures. Cet animal est 
aujourd'hui répandu sur toute la terre , mais il ne 
paraît point avoir quitté leshabitalions de Ihommc 
pour retourner à la vie sauvage ; il est en général 
fort mal soigné, surtout dans nos contrées septen- 



jCHEV 



126 



CîiEV 



trionales où il est beaucoup au dessous , pour la 
taille, de VOnagre quiest son type sauvage; mais 
dans certaines contrées de l'Asie et de l'Afrique , 
il est vigoureux et de grande taille , ce qui tient 
aux soins qu'on lui prodigue. 

Les Anes ont tous la tête grosse, moins allon- 
gée, plus large, plus épaisse à proportion du 
corps et plus plate que celle du Cheval; leur mu- 
seau est renflé , leur lèvre supérieure très-longue, 
leurs yeux écartés et leur pelage ordinairement 
gris de souris , mais variant suivant les individus. 
jLes jambes de derrière n'ont point de plaques ou 
châtaignes comme celles du Cheval. 

Les Anes sauvages se trouvent encore aujour- 
d'hui, et en assez grand nombre, dans le pays des 
Ralmouks , où on les connaît sous le nom de 
JK-Oidan ou Choulan ; les anciens les appelaient 
Onagres. Leur pelage est d'un beau gris, quelque- 
fois plus ou moins jaunâtre ; leurs oreilles sont 
moins longues et moins hautes que celles des ra- 
ces domestiques. Ils se réunissent en troupes in- 
nombrables qui se portent du nord au midi et du 
midi au nord , suivant les saisons ; les Kalmouks 
les chassent pour leur chair qu'ils emploient 
comme aliment , et aussi pour leur peau qui est 
très-dure et très-élastique. Cette peau sert h dllTé- 
rens usages, on en fait des cribles, des tambours, 
ainsi qu'un gros parchemin pour les tablettes de 
portefeuille , et que l'on enduit d'une couche de 
plâtre. C'est aussi avec le cuir des Onagres que 
les Orientaux fabriquent le sagri , que nous ap- 
pelons chagrin. 

Ou ne saurait préciser au juste l'époque vers 
laquelle s'est opérée la domestication de cette es- 
pèce, mais on peut présumer qu'elle est posté- 
rieure h celle du cheval. Quoiqu'il en soit, les Anes 
sont aujourd'hui répandus sur presque toute la 
terre, mais ils sont partout moins communs et 
aussi moins estimés que les chevaux. 

Cet animal est peut-être celui de tous qui , 
relativement à son volume, peut porter les plus 
grands poids , et comme il ne coûte presque rien 
\ nourrir, et qu'il ne demande pour ainsi dire au- 
cun soin, il est de la plus grande utilité pour 
les travaux de la campagne ; il a les allures dou- 
ces et peut aussi servir dp monture; dans les en- 
droits où le terrain est léger on le met quelque- 
fois à la charrue. 

La voix de l'Ane est fort désagréable, on l'ap- 
pelle le braire , c'est un cri très-long , composé 
de dissonances alternativement graves et aiguës , 
qui doivent leur ton rauqueàdeux cavités particu- 
lières du fond-du larynx. 

' C'est vers le mois de mai que la chaleur com- 
mence : la gestation qui la suit dure douze mois , 
et ne produit chaque fois qu'un petit. Dans leur 
première jeunesse , les animaux qui nous occu- 
pent sont appelés Anons, ils sont alors fort gais 
et même assez jolis, ils ont de la gentillesse et 
beaucoup de légèreté; mais bientôt ils perdent 
ces aimables qualités, soit par l'âge, soit par les 
mauvais traitemens ,"et deviennent indociles et 
têtus» 



L'âge des Anes se reconnaît par des caractè- 
res tirés de la disposition dentaire : vers un an ou 
deux les premières incisives tombent, les autres ne 
le font que quelque temps après; elles se renouvel- 
lent ensuite et s'usent en suivant les mêmes pério- 
des que chez le Cheval. 

Voyez pour les races domestiques et de pins 
longs détails sur leurs usages, l'article d'économie 
domestique. V. également cet article pour les 
produits hybrides du Cheval et de l'Ane. 

ZîîBRE , Ecjuus Zébra , L. Cet animal est l'Hip- 
po-tlgre des anciens , il a le pelage rayé partout 
fort symétriquement débandes brunes, plus ou 
moins noires et disposées sur un fond blanc teint 
de jaunâtre supérieurement. La hauteur du Zèbre 
est de quatre pieds environ au garrot, et sa lon- 
gueur , depuis le bout du museau jusqu'à l'ori- 
gine de la queue, de six pieds onze pouces ou sept 
pieds, la tête et les oreilles sont plus longues pro- 
protlonnellement que chez le Cheval , le cou est 
plus gros et plus court , et la queue terminée par 
une toufle de longs poils. 

Ces animaux habitent par troupes nombreuses 
les contrées montagneuses du midi de l'Afrique. 
On les trouve au cap de Bonne-Espérance , ainsi 
que dans le Congo , la Guinée et même l'Abyssi- 
nie. Leur nourriture consiste en herbes sèches et 
dures. Ils ont beaucoup de force , et se défendent 
contre les grandes espèces de Carnassiers , par de 
vigoureuses ruades. Leur caractère est excessive- 
ment déliant et farouche; aussi ne les prend-on 
qu'avec beaucoup de difficultés ; ce n'est qu'en 
les ayant jeunes qu'on peut espérer les donipter. 

L'espèce du Zèbre n'a point été inconnue aux 
anciens , les Romains l'ont même possédée vi- 
vante sous l'empire ; ils la nommaient Hippo-ti- 
gre , c'est-â-dire Cheval-tigre, la comparant an 
Cheval pour la forme et les mœurs, et au tigre 
pour la coloration. Xlphlllln dit que Caracalla 
tua un jour un éléphant, un rhinocéros, un ti- 
gre et un HIppo-tIgre. Les rois de Perse ont ausisî 
recherché cet animal ; il paraît même que dans 
les fêtes mithriaques , ils en faisaient immoler au 
soleil , et qu'ils en conservaient des dépôts dans 
quelques îles delà mer Rouge. 

La ménagerie du Muséum de Paris a possédé 
un Zèbre femelle , lequel a produit successive- 
ment avec un Ane et avec un Cheval; le mulet qui 
avait pour père le Cheval n'est connu qu'à l'état 
de fœtus , il était marqué de raies nombreuses sur 
la tête; l'autre, celui qui provient du Zèbre et de 
l'Ane, est encore aujourd'hui vivant. 11 est gris, 
avec des bandes noires transversales bien marquées 
sur la face externe des membres, et d'autres très- 
étroites et presque effacées sur la tête et les 
flancs. 11 a sur chacune des épaules une raie 
noire aussi apparente que celles de l'Ane. 

CouAGGA, Equus (juaccha , Gm. Cette espèce 
est le Couagga de BulFon et le Quacha de Pen- 
nant; elle est un peu moins grande que le Zèbre, 
mais ressemble davantage pour la forme au 
Cheval. 
,jjjSon poil est brun foncé sur le cou et les épaules. 



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et d'un bruû clair sur le dos , les flancs et la 
croupe, qui conamence à prendre une teinte rou- 
geâtre.„Les parties supérieures sont rayées en 
travers de blanchâtre; les inférieures sont d'un 
beau blanc, ainsi que les jarrets et la queue qui 
est terminée par une toulle de poils allongés. 

Le Couagga vit par troupes nombreuses dans 
les environs du cap de Bonne-Espérance. Il doit 
son nom au timbre de sa voix qui ressemble as- 
sez à l'aboiement d'un chien. 

Onagga ou Dauw, Ecjutis montanus de Bur- 
chell , appelé aussi E. Barcheiù, E. zebroïdes, est 
une espèce africaine à peu près de la taille de 
l'Ane , mais qui en diffère considérablement par 
le fini de ses formes. Sa couleur est blanc-jaunâ- 
tre, avec des bandes alternativement noires et 
fauves sur la nuque et le dos. Une ligne noire 
bordée de blanc règne tout lé long de la co- 
lonne vertébrale ; la queue et les fesses n'ont 
point de bandes comme dans l'espèce précédente, 
elles sont parfaitement blanches ainsi que le ven- 
tre. La crinière est rayée de bandes noirâtres et 
blanches; les sabots sont plus serrés et ont lem's 
bords latéraux plus droits et plus tranchans que 
ceux du Zèbre. 

Cette espèce de Cheval habite le cap de 
Bonne-Espérance. Elle se tient de préférence dans 
les plaines. 

Ane khur, Equus khur. C'est une espèce à. 
peine connue et fort douteuse, elle est seule- 
ment indiquée par une courte description donnée 
dans la septième livraison, page 764, de l'Isis de 
1823 , sous le nom d'Ane sauvage, nommé Khur 
par les Persans, a Son pelage, dit M. Lesson dans 
son Manuel de mammalogie, p. 348, est d'un 
gris cendré en dessus, passant au gris sale en des- 
sous. Les i'ormes du corps sont à peu près celles 
de l'Ane ordinaire , dont il dilïere cependant 
par sa tête qui est plus longue , et par ses mem- 
bres qui sont plus forts. Son cri ne paraît être 
qu'un fort grognement. » 

L'Ane kluir habite , dit-on, les déserts de l'Asie 
par troupes souvent fort considérables. Pendant 
l'été, il fréquente les collines ; en hiver, au con- 
traire , il descend dans les plaines. 

On a retrouvé à l'état fossile quelques débris 
d'animaux analogues par leur squelette aux es- 
pèces da genre Cheval, mais il n'est pas possible 
de dire si ces Chevaux fossiles étaient ou non une 
des espèces aujourd hui existantes. Il paraît que 
l'on a observé dans quelques localités les restes 
d'un animal qui ressemble aux Chevaux sous tous 
les rapports , excepté sous celui de la disposition 
des doigts qui sont, dit-on, au nombre de deux à 
chaque pied, ce qui n'existe que par une anoma- 
lie assez rare chez les espèces domestiques. 
L'observation de chevaux fossiles à deux doigts 
rend moins douteuse qu'on ne le pensait l'espèce 
de ÏEcjuus bisulcus décrite par Molina , et qui sui- 
vant ce naturaliste habite les hauteurs les plus inac- 
cessibles des Andes ; cependant il pourrait bien se 
faire que cette espèce ne fut autre qu'un Lamsi 
mal observé ou même un ïapir. Il va sans dire 



que si cependant elle venait h être constatée, oa 
devrait changer le nom de Solipède donné à la 
famille. 

On appelle aussi Chevaux-marins certaines es- 
pèces de Carnassiers amphibies , et aussi les pois- 
sons dn genre Hippocampe. (Gerv. ) 

CHEYAL. (ÉcoN. RUR.) Je vais parler du Che- 
val dans ses rapports avec l'agriculture, et pour 
rendre ce que j'ai à dire moins i'atigant à nos lec- 
teurs, je leur donne d'abord le portrait brillant et 
rapide que Buffon a tracé de cet animal : une 
belle page de ce grand peintre de la nature est ua 
heureux moyen de les intéresser et de leur plaiie, 

« La plus noble conquête que l'homme ait ja- 
»mais faite est celle de ce fier et fougueux ani- 
» mal , qui partage avec lui les fatigues de la guerre 
» et la gloire des combats. Aussi intrépide que son 
«maître, le cheval voit le péril et l'affronte; il se 
))fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche 
» et s^anime de la même ardeur. Il partage aussi 
» ses plaisirs, à la chasse, aux tournois, à la course ; 
» il brille , il étincelle ; mais docile autant que cou- 
nrageux, il ne se laisse point emporter h son feu , 
» il sait réprimer ses mouvemens ; non-seulement 
» il fléchit sous la main de celui qui le guide , mais; 
» il semble consulter ses désirs , et obéissant tou- 
» jours aux impressions qu'il en reçoit , il se pré- 
» cipite , se modère , ou s'arrête , et n'agit que 
» pour y satisfaire : c'est ime créature qui renonce 
» à son être pour n'exister que par la volonté d'un 
» autre , qui sait même la prévenir, qui , par la 
» promptitude et la précision de ses mouvemens, 
» l'exprime et l'exécute ; qui sent autant qu'on le 
«désire, et ne rend qu'autant qu'on veut, qui, se 
«livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sj^t de 
« toutes ses forces , s'excède et meurt pour mieux 
«obéir.... Voilh le Cheval, dont les talens sont 
« développés , et dont l'art a perfectionné les qua- 
«lités naturelles. » 

Sans doute le Cheval est moins utile à l'agri- 
culture que le Bœuf; il est moins propre aux la- 
bours , aux travaux qui demandent un pas lent , 
une marche toujours égale , une constance imper- 
turbable ; d'ailleurs , il faut le dire , il est trop 
noble, il a trop d'élégance et de fougue, son allure 
est trop belle, trop délicate, pour enchaîner ainsi 
son ardeur, ses sensations si vives, son intelligence 
si grande, pour ternir cette grâce légère qu'il 
met , lorsqu'il est bien dressé , à exécuter totit ce 
qu'on lui demande ; mais pour la monture , pour 
le service des routes et du commerce , mais pour 
la guerre , pour les pompes d'un triomphe , pour 
les grandes solennités nationales, pour les équi- 
pages de luxe, il n'a point son pareil. Considéré 
sous ces divers points de vue , le Cheval est un 
animal précieux dans la maison rurale , il est la 
source d'un produit considérable , son éducation 
un objet très-essentiel. 

Dans tous les âges le Cheval a été recherché; 
les peuples pasteurs seuls ne le comptaient point 
au nombre de leurs richesses. Les Celtes , les 
Scandinaves , les Germains et lesGaulois prenaient 
plaisir à l'élever pour les usages domestiques et 



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surtout pour les combats ; chaque citoyen en état 
de servir devait avoir son destrier fidèle , et chaque 
dame son palefroi Pour eux, il était l'emblème 
de l'indépendance , de la force , de l'honneur, le 
compagnon obligé des succès guerriers, des en- 
treprises lointaines. Chez les vieux Egyptiens 
l'éducation du Cheval rendait moins abject celui 
que fhorrible institution des castes rejetait dans 
les derniers rangs de la société , et que les prêtres 
couvraient d'une espèce d'opprobre. Il n'en était 
pas ainsi dans la Grèce, le. Cheval y tenait la 
première place parmi les animaux domestiques ; 
on mettait de f orgueil à se présenter aux jeux 
d'Olympie , de INémée , de Corinthe , monté sur 
des chevaux superbes, pleins de feu, de les en- 
tendre chantes par Pindare et leur généalogie 
proclamée par toutes les bouches. On prenait 
soin de leur vieillesse etsouvent on leur accordait 
les honneurs de la sépulture. L'amour du cheval 
est, de nos jours encore, porté fort loin par les 
Arabes : ils vivent avec lui dans le désert , sans 
cesse ils s'entretiennent de leur kochlan ; il est le 
sujet de leurs chants magiques, avec lui vous les 
voyez braver la faim, la privation d'eau, cette 
mer de flamme qu'on nomme le Simoun, ainsi que 

.... Le combat terrible et hasardeux 

Où rhommeet le lion rugissent tous les deux. 

Le Cheval est également tout pour les Ko- 
saques, qui sont les Scythes et les Parthes de l'an- 
tiquité ; il traîne les chariots dépositaires de leurs 
familles et de leur butin ; il est toujours associé à 
leurs redoutables expéditions ; ils boivent le lait 
des cavales et mangent sa chair dans leurs fes- 
tins solennels. 

Nous possédons en France trois sortes de Che- 
vaux: le Cheval sauvage des Landes du sud-ouest, 
celui qui vit en liberté dans la Camargue, et le 
Cheval domestique. Semblable h celui si farouche, 
si difficile h apprivoiser, qui naît , vît et meurt 
dans les montagnes de la Calabre, le premier 
existe dans les vallées des dunes, depuis la pointe 
du Ferret jusqu'au Verdon, au nord des prairies 
dites du Bassin, et à l'ouest de la Gironde; on 
ignore sa véritable origine ; le nombre en était 
plus grand il y a soixante ans qu'il ne Test au- 
jourd'hui; on lui fait la chasse, et celui que l'on 
prend on le réduit à l'esclavage. Il court extrême- 
Baent vite ; sa conformation annonce de la force ; 
sa couleur varie du fauve au gris ; sa taille est 
d'un mètre, trois ou cinq centimètres; il a les 
membres larges et plats , les jarrets et les tendons 
d'une beauté qui ne laisse rien à désirer; ses 
pieds sont bien construits, la corne en est de 
bonne nature. 

J'ai parlé suffisamment du Cheval de la Ca- 
margue en traitant de cette île; on me permettra 
donc d'y renvoyer le lecteur (r. tom. 1, p. Sgô). 
Quant au Cheval domestique, c'est le Cheval 
sauvage modifié sous divers rapports, et façonné 
à tous les besoins , à toutes les exigences de la 
vie sociale. S'il a perdu de sa vigueur, de sa so- 
briété , de sa fougue , il a gagné des habitudes 



nouvelles , des qualités brillantes et solides ; on 
lui a imprimé de bonnes allures , en profitant de 
celles qu'il a reçues de la nature; ainsi son pas 
marque juste et h des distances convenables qua- 
tre temps , dont les deux du milieu plus brefs que 
le premier et le dernier ; son trot , rendu ferme , 
prompt, également soutenu, est limité à deux 
temps; son galot, renfermé dans trois temps, est 
ennobli, et tandis que l'animal montre la grande 
liberté de ses mouvemens , il déploie la force des 
muscles, la vitesse des jambes, et il donne plus 
d'énergie, plus de rapidité à la progression de 
l'élan , en un mot , il est devenu plus doux , plus 
intrépide, plus léger, plus agréable à manier, 
plus beau à l'œil , plus régulier et plus solide dans 
sa marche , plus apte à supporter les fatigues sans 
s'épuiser. 

Outre ces précieuses acquisitions, le Cheval a 
encore reçu une valeur particulière , je dirai même 
un genre de beauté propre à l'emploi auquel il 
peut être appelé, la selle, fattelage, ou bien à por- 
ter des fardeaux. Comme Cheval de selle , il 
doit être d'une taille et d'un volume proportionnés 
à ceux du cavalier, avoir les jarrets larges de la 
pointe au pli, bien évidés , parfaitement sains; 
les muscles de la jambe et de la cuisse bien four- 
nis, c'est-à-dire bien gigotes , selon l'expression en 
usage , et les canons antérieurs et postérieurs pla- 
cés sur deux lignes verticales et parahèles ; la poi- 
trine large, les côtes bien contournées , un garrot 
sensiblement plus élevé que la croupe , un dos et 
des reins d'une longueur moyenne , un ventre ar- 
rondi , soutenu; les mouvemens des flancs libres , 
produits dans des temps égaux (i5 à 18 par mi- 
nute), unis à une encolure courte, tressée en 
haut, disposée en arc de la nuque au garrot; une 
tête courte , sèche , large sur le front , comme 
dans la race thessalienne, connue sous le nom de 
Buccphalc chez les anciens Grecs; de bons yeux , 
une queue abondamment fournie de crins. Joignez 
à cela la vivacité que l'animal exprime par soa 
hennissement , la vigueur, la Souplesse , et vous 
voyez ce qu]on appelle la race Limousine, répandue 
dans nos déparlemens de la Haute-Vienne , de la 
Creuse, de la Corrèze, de la Dordogne , du Can- 
tal et du Puy-de-Dôme ; vous avez notre Cheval 
navarrin, qui peuple en grande partie nos dépar- 
temens du sud-ouest; vous retrouvez le Cheval de 
l'Orne, de la Sarlhe, de la Mayenne, d'Indre-et- 
Loire , du Morbihan , de la Vendée et de la Cha- 
rente-Inférieure ; celui de l'Isère , de la Drôme , 
des Hautes- Alpes , de f Allier, de la Mièvre, delà 
Haute -Saône, de la Côte-d'Or et de l'ionne. On 
mettra près d'eux le Cheval de nos départemens 
du nord- est quand on les connaîtra mieux , quand 
on voudra s'occuper d'eux : ils sont nerveux, so- 
bres , infatigables et du meilleur service possible ; 
seulement ils sont petits , et comme on les a trop 
négligés, ils n'ont pas défigure; ils ont résisté 
aux campagnes désastreuses de i8i5, i8i4 et 
181 5; partout ils ont dompté les chevaux si vites 
des Kosaques; comme ceux de l'ancienne Epire , 
ils pourraient en peu de temps se montrer con- 
stamment 



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stamment clignes des palmes à la course, et riva- 
liser de vitesse et de sûreté, dans les terrains les 
plus difficiles, avec les Chevaux du Kurdistan , les 
plus estimés de toute la Perse , qui galopent éga- 
lement dans les montées et les descentes les plus 
rapides. 

Le Cheval d' atti; lace ( pi . 99, fig. 2 j doit avoir 
toutes les parties plus amples, mais proporlionné- 
mentdemême que le cheval de selle. ]\ 'exigez point 
de lui l'élégance , les allures jbrillantes, mais vous 
pouvez en attendre toutes les qualités solides ; 
TOUS le trouverez constamment bien étoffé, d'une 
taille raisonnable et pas trop élevée : c'est ce que 
demandent l'agriculture , les charrois , l'arlillcrie. 
Sous ce triple point de vue , vous puiserez d'ex- 
cellens sujets dans nos départemens du Nord et 
du Pas-de-Calais, où le Cheval est, en général, 
d'une forte taille ; dans ceux de la Somme , de 
l'Aisne, de l'Oise, de Seine-et-Marne, de Seine- 
et-Oise, de la Manche, du Calvados , surtout au 
petit pays d'Auge, où ils ont une bonne tournure, 
quoique leur tête soit un peu forte et les jambes 
trop chargées. Les Chevaux de la Loire-Inférieure, 
du Finistère, des Côtes-du-Nord, d'Ille-et-Vilaine, 
sont surtout recherchés pour la solidité, la con- 
stance au travail; ceux du Cher, de l'Indre ^ de 
l'Ain , du Jura , du Doubs , du Haut-Rhin , du 
Bas-Rhin, des Ardennes plus particulièrement, 
sont fort estimés, mais ils demandent encore à 
être améliorés. 

Le Cheval de somme doit présenter un garrot 
bien prononcé , le dos court et non ensellé , des 
membres très-solides. Cette sorte de Chevaux se 
rencontre partout. Les sujets défectueux peuvent 
aisément être perfectionnés, le point essentiel est 
de suitre les indications naturelles d'un appabi- 
ment bien entendu {v. ce mot, tom. i, p. aSg) , 
c'est de tenter l'amélioration et par l'étalon , qui 
donne les qualités , et par la mèce qui procure la 
taille. 11 faut opérer lentement , bien calculer les 
localités et savoir profiter des ressources qu'elles 
offrent. Le Cheval danois, croisé avec nos Chevaux 
dits Normands, dont on prétend qu'ils descendent, 
n'a point réussi dans nos départemens du nord- 
ouest. 11 a mieux rencontré dans la Haute-Loire, 
le Puy-de-Dôme , le Cantal, l'Aveyron , parce que 
le sol y est montagneux , les vallées riches en bons 
pâturages et les hau-teurs assez fertiles. La bonté 
des Chevaux du Morvant est due h des étalons et 
cavales venus de l'Espagne et de l'Italie, que les 
Eduens révoltés enlevèrent auxRomains, lorsqu'ils 
les chassèrent de leur pays, comme nos Chevaux 
du midi et d'une partie de l'ouest durent leur 
perfectionnement h l'invasion des Sarrasins , aux 
Chevaux qui leur furent enlevés pendant près d'un 
demi-siècle de combats, et surtout à l'époque de 
leur défaite, en 769 de l'ère vulgaire. 

U n'y a pas plusieurs espèces de Chevaux. Les 
différences que l'on remarque ne sont que des 
variétés dues au climat , à la nourriture , h l'édu- 
cation ; celles de la couleur du poil et même de la 
taille ne sont qu'accidentelles. Il n'y a que les 
différences nées d'une proportion plus régulière 



dans les diverses parties du corps, et des qualités 
morales de l'individu, qui constituent véritable- 
ment les deux seules races tranchées que I'oq 
puisse avouer : le Cheval arabe (pi. 99, fig. 1) , la 
perfection , le beau idéal du plus noble des ani- 
maux, et le Cheval DE MONTAGNE, dout le type est 
conservé dans toute sa pureté chez les Kurdes, 
que l'on retrouve dans toute l'Europe, et priucipa 
lement en nos départemens du nord-est. 

Qu'on ne pense pas que le mot (jualilc morale 
soit ici tombé par hasard de ma plume. La même 
cause qui fait battre le cœur de l'homme, agile les 
animaux , et si leurs organes étaient aussi parfaits 
que ceux qui nous ont placés à la têle de tous les 
êtres , souvent ils redresseraient nos torts et nous 
donneraient l'exemple des plus nobles sentimens 
et même celui de toutes les vertus. Mes études sur 
nos animaux domestiques m'ont mis à même de 
recueillir à ce sujet des faits du plus haut intérêt. 
J'en citerai quelques uns appartenant au Cheval, 
qui montrent son affection et son intelligence. 

On cite plusieurs Chevaux qui se laissèrent pé- 
rir de faim après la mort de leur maître. — LeChe- 
val de l'illustre Kosciusko, s'arrêtait tout à coup en 
voyantun pauvre tendre la main , et ne se remettait 
pas en marche, lors même que l'éperon le sollicitait 
vivement, avant d'avoir vu donner l'aumône. — En 
1809, aumoment d'une insurrection contre la Ba- 
'•ière,des Tyroliens s'étaient emparés de quinze Che- 
vaux et avaient tué les soldats qui les montaient. Ils 
placent ces animaux dans les rangs, on marche à 
l'ennemi, l'on se met en bataille: mais, àpeineles 
Chevaux purent-ils entendre la trompette et recon- 
naître l'uniforme du régiment auquel ils apparte- 
naient, qu'ils quittent les rangs, prennent le galop , 
et malgré les efforts de leurs nouveaux cavaliers, ils 
les amènent prisonniers dans les rangs bavarois, 
témoignant leur joie par un bruyant hennissement, 
par un trépignement qui a frappé tous les mili- 
taires témoins de cet événement. — En 1821, 
tout Paris a su l'histoire de ce Cheval confié à un 
jeune homme, pour aller toucher une forte somme 
due h un marchand de cuirs, chez lequel il était 
commis. C'était dans les premiers jours de dé- 
cembre. Quand la somme lui eut été comptée , 
au lieu de se rendre de suite chez son patron, il 
voulut faire boire le Cheval. A cet effet il descendit 
à l'abreuvoir du Pont-Neuf, et, par un accident 
funeste, il tomba dans l'eau et se noya. Le Cheval , 
abandonné à lui-même , retourne' à la maison où 
le jeune homme avait reçu. Par ses hennisse- 
mens et le bruit de ses pieds, il attire l'attention. 
On s'étonne, on s'alarme; un domestique monte le 
Cheval et lui lâche la bride. Alorsl'animalreprend. 
au grand galop le chemin delà rivière, se jette à la 
nageets'arrête à l'endroit mêmeoùson premierca- 
valier avait disparu. Une barque, quiles suit de près, 
commence aussitôt b fouiller. Le jeune homme ne 
fut retrouvé que le lendemain, mais on retirade 
l'eau le sac et la somme reçue. 

Cheval de course. Avant de mettre fin h ce que 
j'avaishdiresur le Cheval, je vais parler un instant 
du Cheval de course et de Ce qu'eu appelle Cheval 



TOMB II. 



97° Livraison. 



ï7 



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i5o 



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de race. Le coursier anglais est iiil Cheval de l'O- 
rient, perfectionné par des soins, et acclimaté. Il est 
devenuplusgrand, c'est une conséquence ordinaire 
de la marche adoptée par la nature et surtout de 
la manière dont l'élève est nourri. Les Anglais ont 
donné de préférence h leurs étalons arabes des ju- 
mens barbes , tirées du nord de l'Afrique occiden- 
tale. Ils ont obtenu de ce mélange une belle espèce, 
dont le sang est pur dans les deux souches. Cette 
heureuse innovation date de l'an i6o3. 

Après ce Cheval, ceux qui ont le plus conservé 
du sang arabe , ce sont les Chevaux tatarcs , hon- 
grois , transylvains. Ils sont infatigables , suppor- 
tent les privations mieux qu'aucune autre espèce, 
et méritent d'être placés, en Europe, sur la pre- 
mière ligne , pour la cavalerie légère. 

11 n'y a pas de pays où l'on ait l'ait plus desacrifices 
qu'en France, pour avoir de superbes espèces, et re- 
lever celles encore si bonnes qui peuplent tous les 
départemens ; mais aussi nulle part l'administra- 
lioii n'a fait autant de fautes, n'a montré plus d'in- 
souciance, disons plus, d'incapacité. Que l'on se 
souvienne du fameux étalon arabe Godolpkin , qui 
fut vendu par elle, comme cheval de réforme, h 
un Anglais , pour la misérable somme de 424 fr. 
Ce fut cependant ce même animal qui, transporté 
chez nos voisins , a fourni le Baibrun , le 3Ias(]ac, 
le Bcgulus , et tant d'autres excellens Chevaux 
de course , dont plusieurs ont été payés des prix 
fous. Qu'on se rappelle encore cet autre étalon 
célèbre , le Moi'vic, que la France avait acheté et 
payé soixante mille francs , et que l'on a re- 
mis gratis, en 181 5 , aux Prussiens, qui pesaient 
alors sur \p sol de notre patrie. Je ne connais de 
lui qu'un rejeton , accompli dans toutes ses parties, 
c'est le Phénix, élevé h Ranville , près de Cacn, 
département du Calvados. Ce Cheval réunissait 
toutes les qualités les plus éminentcs. Il a prouvé 
que les meilleurs Chevaux existeront en France, 
beaucoup mieux qu'en Angleterre. Il suffit que les 
propriétaires ruraux le veulent , qu'ils s'associent 
pour ce noble genre de spéculation; mais qu'ils 
ne s'adressent en aucune manière aux haras pri- 
vilégiés, ni à l'administration. 

La vitesse est relative à l'allure. Un cheval est 
vite lorsqu'il est léger, long de corps , fort en ha- 
leine; qu'il parcourt dix mètres par seconde, et qu'il 
soutient plus long-temps cette course. On trouve 
ces qualités dans notre Cheval de selle dit Bibet 
(t'oj. tomi, p. 456).Les Chevauxbarbes, qui font 
la course à Rome, et qui sont d'assez petite laillc , 
mettent une seconde pour remplir une carrière de 
douze mètres. L'yiffi'/a , vainqueur aux courses du 
Champ-de-Mars, à Paris, parcourut, dans le même 
espace de temps, douze mètres et six cents milli- 
mètres , monté par son cavalier; le Cheval anglais 
quatorze mètres et demi; le Chllders, le plus vite 
des chevaux de la Grande-Bretagne dont on ait 
mémoire , quatorze mètres huit cent soixante mil- 
limètres. 

Mais la course est -elle un bon moyen d'amélio- 
rer les Chevaux? Ses avantages sont'vantés chez les 
anciens par les Gaulois et parles Grecs , chez les 



modernes par une foule d'écrivains enthousiastes 
ou gagés. Le plaisir que j'avais trouvé h voir les 
coursesen Italie m'avait séduit; mais depuis que 
j'ai pu en suivreles effets sur nos Chevaux français, 
je suis revenu de mon erreur, et maintenant je 
dis, avec la plus intime conviction, qu'iln'ya aucun 
rappoit d'amélioration positive entre ces specta- 
cles de luxe et les soins paisibles à donner à la créa- 
tion de beaux et bons individus. Je soutiens mémo 
que les courses ne sont qu'un vaste champ où l'on 
sacrifie avec pompe, el de gaîté de.cœur, toutes 
les forces des jeunes Chevaux h l'affreuse ma- 
nie des jeux de hasard, auv seuls caprices dequel- 
ques insensés. Ce sont les courses qui ont perdu 
les Chevaux de demi-sang , autrefois si beaux , qui 
présentaient à l'Airglclerre des élémens précieux; 
elles décident incessamment à dépasser les limites 
imposées par la nature elle-même aux combinai- 
sons industrielles. 

Cheval de race. Comme les horticulteurs, dont 
l'étudehabituelle est de créersans cessede nouveaux 
hybrides , qu'ils décorent , avec certains botanis- 
tes , du nom de variétés, et môme d'espèces, les 
maquignons et marchands de chevaux parlent 
toujours de chevaux de race; ils ne recommandent 
que ceux-là , ils les vantent jusqu'à satiété. Il n'y 
a point de Chevaux de race, si l'on en excepte les 
deux que j'ai nommés plus haut ; tous les autres 
sont des mélanges plus ou moins heureux, des de- 
mi-sang , qu'il est fort rare de trouver pur. Oa 
abuse des mots pour faire de l'argent. On ne re- 
garde pas si l'honneur a h rougir du mensonge, il 
faut de l'argent et des dupes h tout prix. 

II. Ane. — S'il n'a point la fierté, l'ardeur, l'auda- 
ce, la noble impétuosité du Cheval, l'Ane a d'au- 
tres qualités non moins précieuses; s'il ne court 
pas aussi vite , aussi long-temps que lui , son ex- 
trême patience , son tempérament excellent , sa 
persévérance dans le travail, la sûreté de son pied, 
sa résignation quand il faut supporter de longues 
fatigues et de pénibles privations , devraient lui 
mériter plus de soins , plus d'attention qu'on ne 
lui en accorde communément. L'Ane est le plus mal- 
traité de tous les animaux domestiques ; jeune ou 
vieux, il est en bulle h la brutalité de tous ceux 
qui le rencontrent. Cependant il coûte fort peu 
d'achat; son entretien n'e?t nullement onéreux , 
les plantes les plus dures, les plus désagréables et 
les plus négligées des autres bestiaux fournissent h. 
sa subsistance, et la paille, particulièrement celle 
que l'on administre hachée ou légèrement broyée, 
est pour lui un véritable régal , en même temps 
qu'elle lui donne de l'embonpoint. Une petite 
quantité d'eau lui suffit; mais il la veut claire et 
sans goût. Pourquoi donc voit-on généralement 
ce pauvre Ane porlcr la livrée de la plus affreuse 
misère ? Pourquoi le voit-on condamné presque 
partout à l'état d'abjection le plusignoble, ù l'escla- 
vage le plus barbare? Je le sais, l'injustice, le mépris, 
des hommes poursuivent, jusque dans les animaux, 
ceux qui les servent trop bien, h trop peu de frais et 
qui n'aiment point h faire parade de ce qu'ils font. 
« La cruauté envers ces êtres animés et bons, qui 



CHEV 



ÏOl 



CHEV 



» vivent au milieu de nous , et qui n'y vivent que 
«pour satisfaire à nos besoins , nous procurer des 
«jouissances et concourir h nos plaisirs, est, se- 
»lon l'expression de Buffon, une flélrissure pour 
îles nations civilisées. » Cessez de tourn^enter 
l'Ane , cessez de l'accabler de mauvais traite- 
mens, et il ne sera ni inficKible ni désobéissant ; 
il ne montrera plus l'opiniâtreté rustique demeu- 
rée proverbiale depuis des siècles. L'homme mé- 
chant et dur force l'animal à l'irritation , h saisir 
toutes les occasions de se venger , et il ne veut pas 
qu'il manifeste son mécontentement , et même sa 
fureur! Egoïste , tu te plains des tyrans qui t'écra- 
sent , et tu te venges de leur barbarie en frappant 
celui qui te livre ses forces , qui te dévoue toute 
son existence , qui te sert sans réserve aucune ! 
Montre-toi digne du titre d'homme, et , tu auras 
le droit de frapper les tyrans l Sois digne de la li- 
berté et elle viendra s'asseoir pour toujours au- 
près de toi, parce qu'alors tu seras juste. 

L'Ane est indigène aux pays chauds, il dégé- 
nère dans les contrées boréales; commun et établi 
depuis de longs siècles jusqu'au 52" degré de lati- 
tude , il cesse de produire au 60°. Entre le ving- 
tième et le quarantième parallèle, il est grand, 
fort , agile , très-beau , vif et en même temps do- 
cile; son poil est doux, luisant. 11 n'existait point sur 
le vaste continent américain quand il fut retrouvé 
dans le xv' siècle. Les individus que l'on y voit, 
sauvages, dans les parties méridionales, et qu'on y 
prend dans des pièges , y furent transportés d'Eu- 
rope par les Espagnols. C'est h Washington que 
les États-Unis doivent l'introduction des Anes. 
L'Angleterre ne les possède que depuis le milieu 
du xvii'= siècle. Ils sont encore tout nouveaux 
pour la Suède , ainsi que pour quelques autres 
parties du Nord; mais comme ils ne trouvent plus 
en ces climats la température qui leur convient , 
ils y sont trapus, petits, et d'une assez faible con- 
stitution. 

L'Ane a les yeux bons, et même perçans, l'o- 
dorat Irès-développé , l'oreille excellente. 11 dort 
moins que le cheval, et ne se couche pour dormir 
que lorsqu'il est excédé de fatigues. 11 jouit d'une 
bonne constitution et n'est pas, h beaucoup près, 
sujet à un aussi grand nombre de maladies que le 
cheval ; on peut même assurer qu'il n'en éprouve- 
rait presque jamais aucune , si on avait pour lui les 
égards convenables. Chargé sur la croupe , et non 
pas sur le dos , comme on le fait ordinairement , il 
porte plus qu'aucun autre animal , eu égard h son 
volume. La vermine s'attache rarement h. sa peau. 
Quand on le tourmente trop , il se défend du pied 
et de la dent; il incline la tête, baisse les oreilles, 
refuse de marcher lorsqu'on le surcharge ou que 
le harnais le blesse. Il aime h se rouler sur le gazon 
et dans la poussière. Il conserve sa force jusqu'à 
l'âge de quatorze h quinze ans; elle diminue en- 
suite jusqu'au terme de sa vie, que la nature a 
fixé h vingt-cinq et trente ans , mais que l'excès du 
travail, les mauvais traitcmens abrègent^ ordinai- 
rement beaucoup. 

Jeune, l'Ane plait par sa gaîtc, sa légèreté, sa 



gentillesse. Peu d'animaux s'attachent aussi facile- 
ment et avec autant de sincérité. Il sent son maître 
de loin , il le distingue de tous les autres hommes 
et se montre plein de joie quand il s'approche de 
lui. Il retrouve aussi très-bien les lieux qu'il habite 
et les chemins qu'il a fréquentés. 

On connaît plusieurs variétés d'Anes. En Ara- 
bie, chez les peuples nomades des déserts sablon- 
neux de l'Asie intérieure , il est grand de taille , 
son corps est étoffé, il a du feu. L'on estime à 
1750 doubles pas de l'homme le chemin qu'il fait 
en voyage dans une demi-heure, quand il marche 
d'un pas égal. Cette race distinguée est très-répan- 
due en Egypte , oii on la voit suivre d'un pied tou- 
jours ferme des chevaux obligés à une marche 
forcée. Les Anes d'Arcadie étaient fameux dans 
l'ancienne Grèce; ceux de l'Itahe jouirent long- 
temps d'une haute réputation : ceux que j'ai vus 
dans les campagnes pittoresques de Tarente n'ont 
point dégénéré. Les Anes de Malte sont fort re- 
cherchés ; ceux d'Espagne sont très-beaux. En 
France , nous a vous la superbe et bonne 'espèce 
du Mirebalais, qui est répandue dans les départe- 
mens des Deux-Sèvres, de la Vienne , des deux 
Charcutes , etc. Son pelage est d'un noir luisant, 
tantôt frisé, tantôt superbe, avec des taches de 
feu. Le prix d'un étalon va de deux h huit mille 
francs. La petite race que j'ai observée en Sardai- 
gne est remarquable par sa force , sa vivacité et 
son agilité; elle est très-nombreuse et occupée 
particulièrement h tourner la meule des moulins à 

blé. 

L'Ane est en état d'engendrer dès sa deuxième 
année. La femelle est encore plus ardente que le 
mâle. Elle porte onze , douze et treize mois. Ra- 
rement elle donne plus d'un petit. Son lait est 
abondant, très-léger, très-peu fourni de crème, 
et quand on le présente à des malades , il faut le 
leur faire boire dans sa chaleur naturelle. L'Anesse 
vit plus long-temps que son mâle; elle s'accouple 
avec le cheval, mais elle lui préfère toujours l'Ane 
quand on lui laisse le choix. Les Juifs écartaient 
les prémices de l'ânesse, dans les offrandes qu'ils 
portaient sur les autels, parce qu'ils avaient pris 
desE"yptiens de l'horreur pour la chair del'Anon. 
Cependant l'Ane était très-eslimé chez les premiers 
Juifs ; on le trouve nommé parmi les richesses dont 
les patriarches se glorifiaient. Il servait non-seu- 
lement au labourage, aux autres travaux de la 
maison rurale , mais encore de monture pour les 
hommes et pour les femmes , et lorsque l'on vou- 
lait , chez eux , faire l'éloge d'une personne sous 
le rapport de l'activité, de la persévérance, de 
l'industrie, on la comparait à l'Ane. 

N'allez point croire que la chair] d'Anon' soit 
mauvaise; elle est au contraire assez tendre et 
presqu' aussi bonne que celle du veau. L'on en fait 
de très-bons saucissons. Le chancelier Duprat l'ai- 
mait beaucoup. On en mangea par mode h son 
exemple; mais les courtisans cessèrent de l'ad- 
mettre sur leur table, dès qu'il eut quitté le mi- 
nistère. Le fumier d'Ane est un excellent engrais 
pour les terres fortes et humides. Son cuir est très- 



CHEV i32 

élastique , c'est le meilleur que l'on puisse employer 
pour la chaussure qui a besoin de durer. Son poil 
sert dans l'art du bourrelier et du sellier. En Chine, 
on prépare avec sa peau une colle fort estimée; en 
France, nous l'employons h faire des cribles, du 
parchemin et ce bruyant instrument qui bat la 
charge et proclame la victoire. Je ne dirai pas 
que l'Ane a servi de prétexte à plusieurs ouvrages 
satiriques, alors que la véri!:é ne pouvait se dire 
hautement , alors que les cent voix de la presse 
étaient comprimées par le despotisme ; je ne par- 
lerai point non pins de ces cérémonies indécentes 
célébrées dans l'église catholique, durant tant de 
siècles , sous le nom de fêles de CAne , cela m'en- 
traînerait hors de mon sujet. 

III. Mulet. — De l'union de l'Ane avec la Cavale 
est né le véritable Mulet. On ignore l'époque précise 
où parut pou^ la première fois cette production 
ambiguë de l'humaine industrie, plutôt que de la 
nature. Toutes les recherches tentées à cet égard 
ont été pleinement infructueuses. Ce que l'on^sait 
cependant d'une manière positive, c'est que le 
Mulet est nommé dans les auteurs les plus anciens 
arrivés jusqu'à nous, et que dans tous les siècles 
connus, dans tous les pays où le Cheval était 
dompté, l'on a eu des Mulets. On s'est même par- 
ticulièrement occupé d'en avoir de beaux et bons 
élèves. Les premiers livres des Juifs, en en prohi- 
bant poureux la possession , justifient celte double 
assertion. On faisait anciennement le plus grand 
cas des Mulets des Hénètes, de ceux de la Lignrie 
et de la Sabine, qui jouissaient de la réputation 
d'être infatigables , très-courageux et d'une force 
surprenante. 

Le Mulet a la taille , l'encolure , les belles for- 
mes de la Jument. 11 reçoit de l'âne la longueur 
des oreilles , la presque nudité de la queue , la sû- 
reté de la jambe, une santé robuste. Après ceux 
du Chameau, ses reins sont les plus forts, les plus 
susceptibles de porter les plus grandes charges. 
Quand son pelage est noir et sa tète petite; quand 
îl a les jambes un peu grosses et rondes, le corps 
étroit, le dos uni, la croupe pendante vers la 
queue, il est parfait. Si vous le destinez au ser- 
vice de la selle, choisissez-le parmi ceux prove- 
nant d'une jument espagnole qui soit allongée et 
légère; son pas en sera plus doux, plus aisé, son 
trot beaucoup moins fatigant; mais s'il doit être 
attelé h la charrue ou bien à la voiture, il vaut 
mieux que sa mère soit flamande. Le Mulet vit 
plus long-temps que le Cheval et l'Ane. Il atteint 
d'ordinaire quarante et cinquante ans. On se rap- 
pelle celui qui vécut, dans Athènes, jusqu'à quatre- 
vingts ans, et pour lequel le peuple ordonna qu'il 
serait nourri aux frais de la république comme un 
vétéran de Marathon. Mais nous avons fort peu 
d'exemples d'une aussi grande longévité. Cet ani- 
mal arrive promptement à toute sa croissance. Il 
est très-sobre, peu délicat sur le choix de sa nour- 
riture. Il prospère dans toutes les sortes de 
climats , dans les pays de plaine et dans les 
régions montueuses; mais il n'aime point l'humi- 
dité; les pâturages marécageux lui sont Irès- 



CHEV 



nuisibles, drincipalement durant son premier âge. 

Il estsusceptible quelquefois d'engendrer, sur- 
tout dans les pays chauds. Il jouit très-peu de 
cette faculté dans les climats tempérés, il en est 
absolument privé partout ailleurs : de là l'opinion 
presque générale que le Mulet n'est point propre 
à la génération. Sa femelle n'est point stérile non 
plus ; il y a des preuves nombreuses et irrécusables 
qu'elle peut être fécondée par un cheval, par ua 
Mulet, par un âne, et qu'elle a mis bas au bout 
d'un an de gestation. Théophraste , qui fut un ob- 
servateur plein d'exactitude et de véracité , cite 
les Mules de la Cappadoce pour produire commu- 
nément toutes les années ; Columelle et notre Oli- 
vier de Serres, Varron et l'allemand Hartmann en 
rapportent aussi des exemples. 

C'est dans le département des Deux-Sèvres que 
se trouve la souche des plus beaux, des plus 
grands et des meilleurs Mulets connus; ceux que 
l'on rencontre en Espagne et en Italie en sont ori- 
ginaires. Ceux qui sont employés aux passages les 
plus difficiles des Pyrénées et des Alpes, proviennent 
de la Vendée et de la Charente. Les Mulets nés 
dans les départemens du Jura, de l'Aveyron, de 
l'Isère , sont petits et seulement propres à la cul- 
ture des terres, à traîner la herse, à transporter 
les fumiers , etc. Partout ailleurs on ne voit que 
de la Matasse, dont le commerce obscur devrait 
ramener les propriétaires à l'élève de la belle 
espèce. 

Le Mulet se ménage au travail, cependant il le 
soutient long-temps avec une constance remar- 
quable. Il est très-patient , mais il supporte mal 
les mauvais trailemens; il se venge à coups de 
pieds et de dents. Il garde rancune. 

IV. Bardeau — Ainsi que je l'ai déjà dit, tom.i. 
p. 583, le Bardeau est le produit du Chevalet de 
l'Anesse. Il est beaucoup plus petit que le Mulet et 
n'a point ses formes élégantes ; l'encolure est plus 
mince, le dos plus tranchant, la croupe plus" 
pointue et plus avalée. Il hennit comme le Che- 
val , a la tête plus longue , les oreilles plus courtes, 
les jambes plus fournies et la queue beaucoup 
moins nue que l'Ane. Il est moins habile \ cn-i 
gendrerque le Mulet. (ï. n. B.) 

CHEVALIER, Totanns. (ois.) On appelle ainsi 
un genre d'oiseaux échassiers de la famille des 
Longirostres , lequel se reconnaît à ces caractères : 
bec un peu grêle, médiocre ou long, presque 
rond , quelquefois un peu retroussé vers le bout , 
dont Je sillon de la narine ne dépasse pas le mi- 
lieu, lisse et courbé à la pointe de la partie su- 
périeure ; mandibule inférieure un |ieu recourbée 
à l'extrémité chez la plupart ; doigts antérieurs 
ou seulement les intérieurs unis à leur base par 
une membrane assez marquée; pouce ne portant 
à terre que sur le bout ; ailes médiocres , la pre- 
mière rémige la plus longue. 

Ces animaux, dont le nom laiin vient detotano, 
mot usité en Sicile jiour indiquer certains oiseaux 
aquatiques, fréquentent le bord des fleuves et 
les prairies inondées. Ils voyagent par petites trou 
pes, et se nourrissent d'insectes, devers ou de petit 



CHEY 



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CHEV 



mollusques. Leur mue a lieu à deux époques fixes 
de l'année. Leur plumage d'hiver ne diffère le plus 
souvent de celui de l'été que par un peu de A'aria- 
tion dans la distribution des taches. Les jeunes 
diffèrent peu des adultes, en plumage d'hiver, et 
les femelles ne se distinguent des mâles que par 
Jeur taille qui est un peu plus forte. 

M. Temminck admet dix espèces européennes 
£ans le genre Totanus , et il les répartit dans les 
. deux sons-genres suivans : 

L Chevaliers proprement dits. 

Ceux-ci ont les mandibules droites avec la 
pointe de la supérieure courbée sur linférieurc , 
Jeurs doigts médius et externe sont unis. Ils se 
nourrissent de vers , d'insectes à élytres et de pe- 
tits mollusques. On les rencontre le long des fleuves, 
des lacs, etc., ainsi que sur toutes les eaux douces 
■et les prairies humides. 

Chevalier semi-palmé. Tôt. semipahnatus , 
Temm., est plutôt de l'Amérique septentrionale, 
seulement il se montre quelquefois dans le nord 
de l'Europe. Sa nourriture consiste en coquilles 
Jjivalves principalement, et aussi en vers marins 
et insectes aquatiques. 

Chevalier arlequin , Tôt. fuscus , que l'on 
trouve en Allemagne et en Russie, existe aussi 
dans l'Amérique septentrionale et en Asie. Il fré- 
quente le bord des fleuves, des lacs et les marais. 

Chevalier gambette. Tôt. calUhis fBechsleïn, 
appelé aussi CAeva/cer aux pieds rouges , est en été 
l»ri'.n dessus , avec des taches noires et quelque 
peu blanches au bord des plumes ; blanc en des- 
sous, avec des mouchetures brunes, surtout au 
cou et h la poitrine ; les pieds sont rouges. En hi- 
ver, ses mouchetures sont presque effacées et son 
manteau est d'un gris brun presque uniforme. 
Cet oiseau , que l'on trouve dans presque toute 
l'Europe et principalement en France , niche dans 
les prairies et pond quatre œufs pointus, d'un 
jaune verdâtre , marqués de taches brunes , qui se 
réunissent vers le gros bout en une seule masse. 

Chevalier stagnile , Tôt. stagnilis , se trouve 
clans le nord de l'Europe ainsi qu'en Asie. Il ni- 
che dans les régions du cercle arctique. 

Chevalier a longue queue. Tôt. bartramia , 
est une espèce de l'Amérique septentrionale , que 
l'on trouve quelquefois , mais accidentellement , 
-dans le nord de l'Europe. 

Chevalier cul- blanc, appelé anssi Bécasseau, est 
le Tr'mga ochropas de Gmelin. Il est contimun chez 
nous sur le bord des eaux douces, et paraît un bon 
gibier. Sa ponte, qu'il fait dans le sable , se com- 
pose de trois, quatre et jusqu'à cinq œufs d'un 
vert blanchâtre marqué de taches brunes. Cet 
■oiseau est noirâtre, bronzé supérieurement, avec 
le bord des plumes piqueté de blanchâtre ; infé- 
,. rieurement il est blanc, moucheté de gris au de- 
vant du cou et aux côtés ; queue marquée infé- 
rieurement de trois bandes noires, pieds verdâ- 
tres. 

BicASSEAU DES BOIS, Trliiga glareola de Gm., 

appelé par M. T&mmmck C hevalier sylvain, diffère 

. du précédent parce qu'il a sept ou huit rayures 



sur la queue , au lieu de trois , et que les taches 
pâles de son dos sont plus larges. 11 est commua 
dans quelques provinces de l'Allemagne et dans 
les parties orientales, et méridionales de l'Europe. 
On le trouve aussi en Asie. En France et en Hol- 
lande , il est peu répandu. Sa nourriture consiste 
en insectes et en vers. Sa ponte se fait dans le 
Nord. 

Chevalier perlé , Tringa macularia , Gm. , est 
de l'Amérique septentrionale. On ne le trouve 
qu'accidentellement en Europe. , 

Chevalier guicnette, Tringa hjpoleucos,Gm., 
est le plus petit de nos Chevaliers. Ses parties in- 
férieures sont blanches et sans taches; les supé- 
rieures d'un brun olivâtre , à reflets , variées de 
zig-zags bruns noirâtres. Longueur totale , sept 
pouces deux ou trois lignes. On trouve la Gui- 
gnette dans toute l'Europe centrale , sur le bord 
des eaux douces et dans les prairies. Elle niche 
dans tout le Nord et aussi dans les contrées tem- 
pérées. Sa ponte est de quatre ou cinq œufs d'un 
jaune blanchâtre, parsemé de taches brunes et 
cendrées , qui sont plus nombreuses vers le gros 
bout. , 

II. Chevaliers h bec retroussé. 

Cette seconde section ne comprend encore 
qu'une espèce qui a les mandibules un peu recour- 
bées en haut , droites et presque égales à la pointe. 
Son bec est gros et fort, son doigt du milieu réuni 
à l'extérieur. 

C'est le Chevalier aboyeur , Tôt. glottis de 
Bechstein, qui a les couvertures supérieures^ des 
ailes rayées de brun et les pieds d'un vert jau- 
nâtre. Sa longueur est de douze pouces et six li- 
gnes. Il se tient le long des fleuves et des lacs 
d'eau douce , sa nourriture consiste en petits pois- 
sons et en coquilles bivalves. Il habite l'Europe et 
l'Asie. En France il n'est pas fort commun. 

M. Temminck a nommé Bécassine-Chevalier la 
troisième section de son genre ScoLopax. Voy. le 
i'"' volume de ce Dictionnaire, p. l^\^. (Gerv.) 

CHEVALIER, Eques. (poiss.) Bloch a décrit, 
sous le nom de Chevaliers, un très-petit nombre 
de poissons osseux originaires d'Amérique , très- 
propres h exciter la curiosité des personnes étran- 
gères à l'histoire naturelle, par la forme de leur 
corps comprimé , allongé , élevé aux épaules , et 
finissant en pointe vers la queue ; par leur pre- 
mière dorsale qui est élevée , et la deuxième 
longue et écailleuse. Leurs dents sont en velours. 
Ces poissons , très-voisins, comme on va le voir, 
des Tambours, Pogonias Lacép. , s'en éloi- 
gnent essentiellement par la présence des bar- 
billons qui garnissent le dessous de la mâchoire 
inférieure ; ces barbillons sont très-nombreux. 
Les espèces qui nous sont connues offrent beau- 
coup de ressemblance entre elles. Les mieux con- 
statées sont, premièrement : le Chevalier a bau- 
drier, Eques ùalteatus, Cuv. Val. ou Eques ameri- 
canus , Bloch, la principale et la plus connue. 
La hauteur de ce poisson est plus considérable à 
l'endroit de sa première dorsale; la seconde, bien 



CHEV 



i34 



CHEV 



moins haute, se conserve sur toute sa longueur; 
sesccailles sont assez grandes.La couleurdecepois- 
son est gris j aunâtre tirant sur l'argenté, elle est plus 
pâle et plus argentée sous le ventre; il est orné de 
trois larges bandes ou rubans d'un brun noir, li- 
serés de blanc. La première est verticale, et va du 
crâne à l'angle de la bouche ; l'œil est sur son mi- 
lieu. La seconde part de la nuque , passe sur 
l'épaule devant la pectorale, et, se courbant un 
peu, va aboutir h la base de la ventrale, sur la- 
quelle elle s'étend. La troisième, qui est la plus 
large et de beaucoup plus longue , occupe la pre- 
mière dorsale, et suit la longueur du milieu du 
corps jusqu'au bovit de la caudale. 

Le CuEVALiER PONCTUÉ , Efjucs puTictatus ,Bloch. 
Sa nuque est plus haute à proportion que dans la pre- 
mière espèce. Tout son corps est d'un brun noi- 
râtre très-lbncé, et a de chaque côté cinq ban- 
des étroites , grises. La dorsale et l'anale sont 
semées de taches i-ondcs, grises ou bleuâtres. 
La première dorsale est noire et liserée de 
blanc vers le haut; elle est fort pointue; la se- 
conde est aussi plus haute que dans l'espèce pré- 
cédente ; la caudale est arrondie ; les pectorales et 
les ventrales sont grises. 

Le Chevalier rayé, Equcs Itneatus , Cuv. Val. 
Sa nuque et surtout sa première dorsale sont 
moins hautes que dans les deux espèces précé- 
dentes ; tout son corps et ses nageoires sont d'un 
brun foncé, et sur chaque régnent six ou sept 
bandes étroites, grises, entièrement longitudi- 
nales. (Alph. g.) 

CHEVALIER NOIR et CHEVALIER ROUGE. 
(ixs.) Geoffroy a donné ces noms h deux insectes 
de genre et d'ordre diffcrens. Le premier désigne 
le Panagée grande croix (r. Panacée) , le second 
appartient au Badiste bi-pustulé. (A'. Badiste.) 
Linné a donné le nom de Chevaliers, Equités, à 
une division du genre Papillo??. (V. ce mot.) 

(Gtjér.) 
CHEVECHES, (ois.) On nomme ainsi quelques 
espèces d'oiseaux de proie nocturnes. Nous en 
parlerons h l'article Chouette. (Gerv.) 

CHEVEUX. (zooL.) L'étude des Cheveux, con- 
sidérée comme faisant partie du système pileux , 
nous paraît appartenir plus spécialement au mot 
Poil. Nous y placerons donc tout ce qui a rapport 
aux généralités de ce sujet. Ici , nous nous con- 
tenterons de dire qu'on désigne par le nom de 
Cheveux les poils qui garnissent la partie supé- 
rieure du crâne et la nuque; que les Cheveux 
naissent plus ou moins bas sur le front , qu'ils 
manquent aux tempes et autour du pavillon de 
l'oreille ; que leur longueur est plus considérable 
que celle des autres poils qu'on rencontre sur 
diverses parties du corps; qu'ils présentent de 
nombreuses variétés en raison de leur couleur, de 
leur finesse , de l'âge, du sexe , des tempéramcns, 
des climats, de l'organisation des individus, de 
leur état de santé, etc. (V. Poil.) (P. G.) 

CHÈVRE, Capra. (mam.) Ce genre appartient 
à la famille des Ruminans h cornes, il a les carac- 
tères suivans : 



Trente-deux dents ainsi réparties : incis. °, ca- 
nines "^ et mol. ^; cornes dirigées en haut et 
en arrière, comprimées transversalement, pou- 
vant exister dans les deux sexes et même se dou- 
bler dans certaines variétés domestiques; chan- 
frein droit ou même vm peu concave; point de 
mufle; intervalle des narines nu; oreilles droites 
et médiocres (longues au contraire et pendantes 
chez quelques races domestiques) ; point de lar- 
miers ni de sillons sous-orbitaircs ;j langue douce; 
corps assez svelte; jambes robustes; point de pores 
inguinaux, non plus que de brosses aux poignets; 
mamelles au nombre de deux; queue courte. 

Le pelage est composé de poils de deux sortes, 
les uns très-fins et très-doux , cachés par les au- 
tres qui sont plus longs et lisses. Le menton est le 
plus souvent garni d'une barbe, quelquefois aussi 
de deux appendices cutanés semblables à des glands 
et qui pendent au dessous du cou. 

A l'état sauvage les Chèvres recherchent les 
lieux les plus élevés et les plus escarpés; elles se 
réunissent par troupes nombreuses et marchent 
comme les chevaux, conduites par un vieux mâle. 
Ce sont de tous les Ruminans ceux qui font preuve 
de plus d'intelligence et de vivacité. Elles habi- 
tent en Europe, en Asie ainsi qu'en Afrique (i). 
Leur nourriture consiste en herbes et en bour- 
geons. Elles font deux petits h chaque portée. 

CHkvRE bouquetin, Capra ibex , L. Cette es- 
pèce habite les grandes chaînes de montagnes de 
iancien continent, on la trouve sur les Alpes, les 
Pyrénées, les Apennins, le Tyrol, le Jura, les 
montagnes de la Sibérie et du Kamtschatka et 
peut-être sur la chaîne du Liban , l'Ararat , le 
mont Taurus et quelques montagnes du nord de 
l'Afrique. Elle forme de petites troupes compo- 
sées d'un seul mâle et de plusieurs femelles , qui 
restent unis jusqu'à l'époque où ces dernières 
mettent bas, c'est-h-dire en avril. Le rut a lieu 
vers le milieu de l'automne, et la durée de la ges- 
tation est de cent soixante jours environ. 

Les Bouquetins ont les cornes de couleur noi- 
râtre, dirigées obliquement en arrière et en de- 
hors en décrivant une courbe assez régulière. 
Leur tête est assez courte, leur museau épais, et 
leurs yeux, de grandeur médiocre , vifs et étince- 
lans. Hs ont la queue courte, les jambes minces 
et sèches. Le pelage varie un peu, suivant les sai- 
sons; il est généralement d'un gris fauve aux par- 
ties supérieures et blanc sale aux inférieures. 
Une bande noire s'étend tout le long de l'épine du 
do^, jusqu'au bord de la queue; elle est surtout ap- 
parente en hiver. La teinte brune du corps dimi- 
nue pendant cette saison. Les fesses sont blan- 
ches et il y a sur chaque flanc une ligne brune 
qui sépare la couleur du dessus du corps de celle 
du dessous. La barbe est d'un brun noir. 

Les dimensions (prises sur un Bouquetin mâle, 
provenant de Suisse) ont offert pour la longueur, 
du bout du museau jusqu'à la base de la queue, 
4 pieds 6 pouces ; et pour la queue G pouces. 

(i) II p;irait même qu'une espèce a été observée en Amérique. 




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La hauteur du train de devant au garrot, 2 pieds, 
6 pouces 1 ligne. Elle est égale à la longueur 
des cornes, mesïirée sur la courbure. 

Ces animaux, quoique aimant beaucoup la li- 
berté , sont cependant susceptibles d'être appri- 
voisés, lorsqu'on les prend jeunes, lis peuvent s'ac- 
coupler avec nos Chèvres et produire des individus 
métis , qui ont ordinairement les couleurs du père 
et les cornes de la mère. Des individus sauvages 
se mêlent quelquefois aux Chèvres qu'on fait paître 
sur les montagnes et les saillissent. 

On regarde comme| formant ime variété , dans 
l'espèce du Bouquetin, le Bouquetin de Sibérie, 
Ibex alpium sibericarum de Pallas , lequel pourra 
bien, lorsqu'on le connaîtra davantage, ofirir des 
caractères assez imporlans pour qu'on doive l'en 
séparer spécifiquement. 

CuiiVREDE INuBiE, Cttpra nublana. M. Fréd. Cu- 
vier a décrit sous ce nom une cspècs du genre 
Chèvre, laquelle habite la Nubie et l'Arabie, et 
se distingue par des cornes grêles , longues de 
deux pieds et demi, comprimées en dedans, ar- 
rondies en dehors et présentant douze ou treize 
nœuds. Cette Chèvre a les formes plus gracieuses 
que Ylbex, elle est aussi plus légère. Sa couleur 
est d'un fauve clair mêlé de brun, principalement 
sur les flancs, les épaules et les membres de de- 
vant. La ligne dorsale est noirâtre ainsi que la 
queue ; la barbe tout-à-fait noire. 

Bouquetin du Caucase, C'apra cnacasla, est 
une autre espèce, découverte par M. Guldenstedt, 
dans les parties septentrionales du Caucase. Les 
cornes sont triangulaires, ayant leur face anté- 
rieure anguleuse avec les côtes ou nœuds sail- 
lans. 

La taille et les proportions de cet animal sont 
à peu près celles du Bouquetin. Les parties supé- 
rieures de son corps sont d'un brun foncé , les in- 
férieures blanches; la tête est grise et le tour de la 
bouche noir. 

Chîîvre sauvage , Çapra cegagrus. Cette espèce 
est b peu près de la taille du Bouquetin, dont elle 
a les proportions. Ses couleurs , d'après Gmelin 
jeune, sont en dessus d'un gris roussâtre, avec une 
ligne dorsale et la queue noires ; la tête noire en 
avant et rousse aux côtés ; la gorge brune ainsi 
que la barbe. Les cornes, petites chez les femelles, 
sont longues, chez les mâles, de deux pieds cinq 
pouces , recourbées en arrière et peu divergentes; 
leur bord antérieur est comprimé. 

Cet animal, que nous avons représenté dans notre 
Atlas, pi. 1 , fig. 1 00, est suivant les naturalistes d'au- 
jourd'hui , la source de toutes nos Chèvres domes- 
tiques. Il habite principalement le Caucase et le 
mont Taurus, et il paraît douteux qu'on l'aitjamais 
trouvé dans nos montagnes d'Europe. Les Bé- 
zoARDs (voy. ce mot) qui ont eu autrefois une si 
grande réputation en médecine , se tiraient vrai- 
semblablement de plusieurs animaux; mais ils pa- 
raît que les plus estimés provenaient del'/Egagre, 
que tout porte à regarder comme le Paseng des 
Persans. 

Chèvres domestiques. Ces animaux se trouvent 



aujourd'hui sur tous les points de la terre; mais 
ils présentent dans certaines contrées des diffé- 
rences fort notables, qui les ont fait regarder 
comme constituant plusieurs variétés distinctes 
que nous étudierons bientôt. Nous devons 
d'abord dire quelques mots sur la Chèvre com- 
mune, laquelle est mieux connue que toutes les 
autres et nous intéresse d'une manière plus di- 
recte. 

Cette espèce se trouve par toute l'Europe, et aussi 
dans certaines parties de notre globe où les Eu- 
ropéens se sont établis. Elle paraît avoir été ré- 
duite en domesticité dès les premiers temps de 
la civilisation et cependant elle a peu perdu de 
ses facultés. Elle a même conservé partout son ca- 
ractère vagabon d et capricieux. Elle aime à s'écarter 
dans les solitudes, h grimper sur les lieux escar- 
pés. « Elle a de nature, comme dit Buffon ^^plus 
de sentiment et de ressource que la brebis ; elle 
vient à l'homme volontiers; elle se familiarise ai- 
sément ; elle est sensible aux caresses et capable 
d'attachement; elle est aussi plus forte, plus lé- 
gère , plus agile , et moins timide que la brebis. » 

Ce n'est qu'avec peine qu'on conduit les Chè- 
vres et qu'on peut les réduire en troupeaux. Un 
seul homme ne saurait en diriger plus de cin- 
quante. Lorsqu'on les mène avec les moutons, elles 
se placent toujours en tête du troupeau, et, par 
goût , le dirigent vers quelque endroit élevé , où 
elles grimpent avec facilité. 

Les mâles sont très-ardens en amour. Ils se 
battent violemment entre eux, mais ne s'attachent 
de préférence à aucune femelle. Ils peuvent en- 
gendrer à un an et les Chèvres h sept mois, mais 
les fruits de ces imions précoces sont faibles et 
défectueux; aussi vaut-il mieux attendre que les 
uns et les autres soient âgés de dix-huit mois ou 
deux ans. A quatre ou cinq ans les Boucs sont déjà 
vieux, ainsi, lorsqu'on veut avoir de ces animaux 
pour la génération , on doit les prendre jeunes , 
c'est-h-dire âgés de deux ans environ. Leur taille 
doit être grande, leur cou court et charnu; leur 
tête légère, leurpoilnoir, épais et doux, leur barbe 
longue et bien garnie. — Les femelles sont ordi- 
nairement en chaleur vers les mois de septembre, 
octobre ou novembre. On ne fait guère de choix 
parmi elles, et on les fait presque toutes couvrir. 
Elles portent cinq mois , et mettent bas au com- 
mencement du sixième deux petits, quelquefois 
moins, d'autrefois trois et même quatre. Ce der- 
nier nombre s'observe rarement. 

Les petits ou Chevreaux tettent pendant cinq 
ou six semaines. On ne les conserve pas tous ; on 
en mange quelques uns avant qu'ils aient cessé 
d'avoir besoin de la mère et on coupe les autres, 
on bien on les conserve entiers, si l'on veut en faire 
des Boucs. Lorsqu'on les a châtrés, on les fait 
passer avec les vieilles Chèvres que l'on engraisse 
et les vieux mâles qui ne servent plus. Quoiqu'on 
les mange le plus souvent lorsqu'ils sont encore 
jeunes, leur chair n'est jamais aussi bonne que 
celle du mouton, si ce n'est dans les climats chauds 
où la chair de celui-ci est fade et de mauvais goût. 



CHEV 



i56 



CHEV 



L'odenr forte dn Bouc ne vient pas de sa chair, 
mais de sa peau. 

Dans les contrées chaudes on n'apasd'établepour 
ces animaux, mais chez nous ils périraient, si on 
ne les mettait h l'abri des rigueurs de l'hiver. Ce- 
pendant ils sont moins susceptibles que les mou- 
tons et on peut les faire sortir quelques heures pen- 
dant les journées froides. La belle saison permet 
de ne pas leur donner de litière , mais en hiver on 
ne doit pas les en laisser manquer, car Ihumidité 
leur est fort nuisible. 

Les Chèvres sont peu difficiles pour la nourri- 
ture et elles sont d'un assez bon rapport; leur fu- 
mier est plus chaud que celui des brebis, et leur 
chair, quoique inférieure à celle de ces dernières, 
est cependant un fort bon aliment. Leur lait est 
sain et abondant. Les médecins l'ordonnent sou- 
vent aux personnes dont l'estomac est délabré. Ce 
lait n'est point assez gras pour fournir de bon 
teurre; mais on en fait, principalement dans le midi 
de la France, des fromages qui ont fort bon goût. 
Les Chèvres permettent non-seulement à leurs 
petits, mais encore h ceux des autres espèces, de 
venir les téler, et il n'est pas rare, comme on sait, 
de voir des en fans qui n'ont pris d'autre lait que 
celui de ces animaux. 

Le poil des Chèvres, non filé , est employé par 
les teinturiers h la fabrication de ce qu'ils nomment 
rouge de bourre. Il sert quelquefois aussi en cha- 
pellerie. Après qu'il a été fdé on en fait diverses 
étoffes. La peau qui a conservé sa toison est re- 
cherchée, comme fourrure, dans certains pays. 
Après qu'on la lui a enlevée,' elle passe chez les 
corroyeurs quila travarllent de diverses manières, 
soit pour en faire du parchemin , du maroquin, 
du cuir pour les chaussures , etc. Le suif des Chè- 
vres n'a pas d'autre usage que celui des moutons. 
Il est aujourd'hui tout-h-fait inusité en médecine. 

Le Bouc s'allie avec la Brebis, et aussi avec le 
Chamois; le produit de la première de ces unions 
est seul connu, c'est im hybride infécond; le se- 
cond n'a point été vérifié , il n'est pas sûr qu'il ait 
jamais eu lieu. Buffon considérait les Chèvres 
comme appartenant à la même espèce que le Bou- 
quetin et le Chamois, mais tout le monde sait au- 
jourd hui que celui-ci est un animal tout-h-fait dis- 
tinct , appartenant même h im genre différent , et 
que l'autre, quoiqu'étant du même genre , diffère 
cependant de ces animaux, et aussi de l'/Egagre 
qui est leur. type sauvage, par des caractères bien 
tranchés. 

Nous allons maintenant indiquer les diverses 
races domestiques que l'on connaît parmi ces ani- 
maux , nous les indiquerons les unes après les au- 
tres en suivant le travail de M. Desmarest (Mam- 
malogie). Toutes peuvent s'unir entre elles et 
donner des produits féconds. 

A. Chèvre commune. Cap. lilrcus des nomen- 
clateurs, figurée dans notre Atlas, pL loo, 
fis;. 2. Cette variété se trouve dans toute l'Eu- 
rope et aussi dans les contrées lointaines où 
les Européens se sont établis. Elle paraît même 
n'avoir subi que de légères modifications. Le mâle 



ou Bouc est haut, au train de devant, de deux 
piedsdeuxpouces.il adelongueur, depuis le bout 
museau jusqu'à l'anus , quatre pieds environ. Les 
oreilles sont droites et longues de cinq pouces. 
Lescornes sont très- longues, comprimées et ridées 
transversalement. Ellesne décrivent pas un arc régu- 
lier, mais elles montent d'abord en ligne droite sur le 
sommet de la tête, et se recourbent ensuite en ar- 
rière et de côté. Les femelles , auxquelles on ré- 
serve plus particulièrement le nom de Chèvres, ne 
diïïèrent du Bouc que par une taille moins grande, 
des cornes plus petites , moins comprimées , plus 
régulièrement arquées en arrière dans leur lon- 
gueur, ou bieu n'existant pas du tout dans quel- 
ques individus. Elles ont d'ailleurs le pelage com- 
posé de poils de deux sortes , les uns longs , 
extérieurs , moins durs que les crins du cheval 
auxquels ils ressemblent, et pendant par mèches. 
Les autres poils sont plus courts, assez rares et 
moins fins , ils sont cachés par les premiers. La 
couleur ordinaire varie du noir au blanc , elle est 
souvent brune, d'autrefois jaunâtre ou tout-à-fait 
fauve. Certaines races présentent sous le cou des 
prolongemens de la peau, ou glands, lesquels se 
transmettent par voie de génération. 

Les cornes varient pour le nombre ; le plus sou- 
vent il n'y en a que deux , mais cependant il s'en 
trouve quelquefois davantage , trois par exemple , 
quatre et même cinq. Il peut arriver aussi qu'elles 
manquent tout-à-fait. 

B. Chèvres s vns cornes , Cap. agagra acera , 
Desm. Le Bouc sans corne de M. Fréd. Cuvier 
( Mamm. fithog. ) appartient à celte variété. Le 
chanfrein est droit , et la protubérance qui con- 
stitue le noyau des cornes dans les autres races , 
ne se trouve ici qu'en rudiment ; les oreilles sont 
droites , en cornet comme dans les précédentes ; 
le corps est couvert de poils soyeux très -longs. 

On trouve ces animaux en Espagne. Il faut re- 
marquer que dans toutes les autres races il existe 
certains individus de l'un et l'autre sexe qui sont 
toujours privés de cornes. 

C. Chèvres de cachemire , Capra œgagra lanl- 
gcra, Desm. M. Fréd. Cuvier a également figuré , 
dans son Histoire des mammifères , un Bouc de 
cette variété, lequel avait de hauteur, au 2;arrot, 
deux pieds, et de longueur, depuis le bout du mu- 
seau jusqu'à l'origine de la queue, trois pieds dix 
pouces. Les cornes droites , très-aplaties, sont tor- 
dues en spirale et divergentes , les oreilles larges 
et pendantes. Le beau poil soyeux , lisse et très- 
fin de ces animaux, compose en grande partie les 
tissus de Cachemire. Il paraîtrait qu'on le mêle au 
poil de chameau. Un individu mâle a été envoyé à 
la ménagerie du Muséum, par MM. Diard et Du- 
vaucel, il provenait du royaume de Cachemire; 
c'est lui que M. Cuvier a représenté. On a remar- 
qué que même pendant le rut cet animal ne ré- 
pandait aucune odeur. 

D. Chèvres de Jud\, Capra cegagra reversa, 
Gm. C'est le Bouc de Juda ou Juida, Buff. , t. xii, 
pi. 2 et 21 , et SuppL, t. m, pi. i3. 

On trouve ces animaux dans le royaume de 

Juda» 



CHEV 



i37 



CHEV 



Juda, en Afrique. Le Bouc offre assez de rapports 
avec ceux de la variété précédente, mais il est plus 
petit et moins haut sur jambes; il n'a que deux 
pieds neuf pouces de longueur totale, et un pied 
cinq pouces de hauteur. Ses cornes blanchâtres , 
grandes et très-aplalies , s'écartent de la tête en 
divergeant et se tordant une fois et demie sur elles- 
mêmes. Les poils soyeux du corps sont assez longs, 
et fins , le plus souvent de couleur blanche ; les 
laineux sont extrêmement fins et doux. Une es- 
pèce de crinière s'étend depuis le derrière de la 
tête jusqu'à la queue; elle est formée de poils 
plus longs que les autres. 

E. CaiiVRES DU Thibet, Cap. cegagra tlnbetana. 
Cette race est originaire du Thibet , d'où elle a 
passé dans l'Inde. C'est de cette contrée que les 
Anglais ont tiré les premiers individus qui ont été 
transportés en Europe. Aujourd'hui on la voit 
dans plusieurs parties de ce continent , et notam- 
ment en France, où elle a été importée en 1818. 

Le mâle a de hauteur, au garrot , deux pieds 
cinq pouces , et de longueur, depuis le bout du 
nez jusqu'à la base de la queue , trois pieds deux 
pouces. Les cornes sont aplaties, dirigées latéra- 
lement et tordues sur elles-mêmes. Celles des fe- 
melles' sont minces, annelées en travers et non 
tordues. Les couleurs sont généralement brunes , 
avec un peu de fauve à la tête. Les jeunes sujets 
présentent une ligne dorsale noirâtre. 

F. Chèvres d'Angora, Cap. œg. angorensls , Cm. 
On trouve celles-ci dansles environs de la ville d'An- 
gora, en Asie mineure. Leurs longs poils servent 
de matière première dans la fabrication des étoffes 
connues sous le nom de camelots. Ils sont ordi- 
nairement de couleur blanchâtre , frisés et con- 
tournés en tire-boure. 

La taille des Chèvres d'Angora ne dépasse pas 
la moyenne. 

G. Chèvre MEMBRiNE, Cap.'eeg. menibrlna, Gm., 
la Chèvre membrine ou du Levant de Buffon. 
Cette race est peu connue, elle a reçu son nom 
de celui de la montagne de Mambrée ou Manrée , 
située dans la partie méridionale de la Palestine, 
aux environs d'Hébron. On dit qu'elle existe aussi 
dans toute la Basse-Egypte et aux Indes orientales. 

H. Chèvre de la Haute-Egypte , Cap. thebaïca, 
Desm. M. Fréd. Cuvier a donné (Hist. desmamm.) 
la figuredun individu mâle quiest de taille moyenne, 
son chanfrein est excessivement bombé et séparé 
du front par un enfoncement ; la mâchoire infé- 
rieure est prolongée de manière h dépasser beau- 
coup la supérieure ; les oreilles très-longues et 
plates ; cornes nulles ou très-petites. 

I. Chîîvres du Nùpaul', Cap. ceg. arietina , 
Desm. Celles-ci ont été également représentées et 
décrites dans le bel ouvrage de M. Fréd. Cuvier. 
On les trouve dans l'Inde, au pied des monts 
Himalaya. 

- R. Chèvres NAINES, Cap. œg. depressa, Erxle- 
ben. Ce sont les Chèvres naines , ou Chèvres à 
cornes rabattues de Buffon. La hauteur du mâle, 
au garrot, est de vingt-deux pouces; de la femelle, 
dix-huit seulement. Ces animaux sont originaires 



Tome H. 



de l'Afrique. Ils ont été transportés en Amérique 
et dans d'autres pays , où ils n'ont subi d'autre 
altération que celle de la taille , qui est devenue 
plus petite encore. 

L. Chîîvres cossus , Cap, ceg. cossus , constituent 
une variété indienne décrite , ainsi que les 
Chèvres imberbes. Cap. œg. imberbis, par M. de 
Blainville dans le Bull, de la Soc. philom., 1818. 
Elles reposent sur les dessins observés à Londres 
par ce naturaliste. ( 

Chèvre COLOMBIENNE, Cap. colambiana , de Des- 
moulins. Cette Chèvre paraît former une espèce 
distincte, mais elle n'est pas bien connue, et il 
n'est pas bien certain qu'elle doive rester dans ce 
genre; c'est le Rupicapra amerlcana de M. Blain- 
ville, et ÏAntUopa amerlcana de M. Dcsmarest, 
Elle habite quelques parties de l'Amérique septen- 
trionale. 

Cette espèce est un peu plus grande que la 
brebis , à laquelle elle ressemble sous quelques 
rapports ; ses cornes sont de couleur noire , lon- 
gues de quatre ou cinq pouces seulement , et 
courbées en arrière; elles ont un pouce de dia- 
mètre à leur base. Le corps est couvert de poils 
longs, soyeux, de couleur jaunâtre, et plus moel- 
leux que ceux de la Chèvre ordinaire. 

G. Cuvier a rapproché des Chèvres et placé 
dans le même genre qu'elles, sous le nom de Bou- 
quetin à crinière dC Afrique , un animal de ce con- 
tinent , considéré par quelques auteurs comme un 
Antilope , et qui a été représenté par Samuel Da- 
niels dans les A fric, scenerys , pi. 24. (Gerv.) ' 

CHÈVRE. (ÉcoN. RUR.) Cet animal est de tous 
ceux associés h la maison rurale , celui qui pro- 
cure à l'homme les secours les plus prompts et 
les plus certains, les plus précieux et les plus di- 
rects. Dans les lieux qui n'offrent à l'œil attristé 
que le spectacle de la misère , de la stérilité la 
plus complète , sur les âpres montagnes comme 
sur les coteaux à peine ombragés par de maigres 
arbrisseaux , ou tapissés d'une herbe trop courte, 
trop peu succulente pour servir de nourriture à 
la vache ; dans les landes arides où l'homme ob- 
tient à peine, pour prix de longues fatigues et de 
ses sueurs, ce qui peut aider à sa subsistance , la 
Chèvre est le seul adoucissement qui lui soit donné 
sur une terre aussi malheureuse. Dans le lait et 
les petits de la Chèvre , il a ce qu'il faut pour ou- 
blier sa triste position ; dans l'attachement que 
cet animal lui témoigne, il trouve ce que son sem- 
blable lui refuse , car la misère est porte close 
pour les amis , c'est le cordon militaire que la po- 
litique place entre deux peuples que tout appelle 
à vivre en famille. Le sein maternel est-ii îlétri 
par la pénurie, le chagrin ou les maladies qui les 
suivent de près, la Chèvre vient au secours de 
l'enfant infortuné, et se complaît dans cet acte de 
charité. Pour le remplir dignement, elle en- 
chaîne sa pétulance, elle impose un frein h la rapi- 
dité desesmouvemens. Etonnante bonté ! Voyez-la 
s'approcher avec un joyeux bêlement , elle met 
son pis à la portée du nourrisson qu'elle adopte ; 
elle éprouve du plaisir à lui porter le premier ali- 



98" Livraison. 



18 



CHEV 



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CHEV 



ment qu îl réelarae , à satisfaire son appétit; elle 
revient à lui toujours empressée; elle accourt au 
premier cri qu'elle entend, et s'acquitte sans cesse 
de cette noble tâche, de ce devoir du sentiment, 
avec complaisance et affection. Quand une fois 
on a assisté à cette scène touchante , le souvenir 
ne s'en efface plus, et chaque fois que l'on ren- 
contre une Chèvre on sent battre son cœur , on 
est prêt à lui rendre hommage. C'est en considé- 
ration de cette inclination bienfaisante que le doc- 
teur ZAvierlein , de Stendal, témoignait, en i8ig , 
le désir de voir remplacer par des Chèvres les 
nourrices mercenaires , ces femmes qui vendent 
leur lait aux eiifans abandonnés, h ceux que leurs 
mères négligent par pure coquetterie et pour 
obéir à la mode. 

La Chèvre fournit deux fois plus de lait que la 
brebis; il n'est point rare, dans les pays chauds 
plutôt que dans les régions froides, et quand elle 
est bien nourrie, de la voir en donner jusqu'à 
trois et quatre litres par jour, quantité que beau- 
coup de vaches procurent à peine. Son lait est 
très-blanc , plus maigre que celui de femme , 
moins épais et plus visqueux que celui do vache, 
moins séreux et plus dense que celui d'ânesse , 
et contient plus de parties caséeuses que celui de 
brebis. Il a une odeur particulière , qui est moins 
forte chez les Chèvres blanches , les Chèvres sans 
cornes , et surtout les Chèvres que l'on tient avec 
soin. Il est légèrement astringent quand l'animal 
broute les feuilles , les bourgeons du chêne ; il est 
purgatif, quand il se repaît de Garou ( Daplme 
atpina) , de Tilhymale [Eaphorbia pcpL'is) , de Clc- 
matile ( (T/cHiaf ij vitaiba). Ce lait, converti en fro- 
mages, assure la richesse des communes du Mont- 
Dor, de presque tout le département du Cantal, 
de Sassenage , etc. Les fromages de Chèvre étaient 
fort estimés chez les vieux Grecs et les anciens 
Romains ; ceux des environs d'Agrigente jouis- 
saient surtout d'une haute réputation. 

Plusieurs agronomes distinguent parmi nos 
Chèvres domestiques quatre races : une à poils 
longs, une autre à poils ras ,1a troisième h poils 
longs et mi-partie ras , la quatrième à poils ras 
de couleur constamment fauve , dite gris de biche. 
Ces prétendues races ne sont que des variétés , 
qu'il serait peut-êlre bon de réduire aux deux 
premières , s'il n'est pas constant que la nature 
du poil soit uniquement due h l'habitude de tenir 
l'animal en plein air ou bien dans des écuries 
trop chaudes. J'ai remarqué, et divers proprié- 
taires ruraux ont confirmé cette observation , que 
notre Chèvre, principalement celle qui habile 
nos départemens du centre et ceux du midi , se 
couvre naturellement de fourrures plus longues et 
plus épaisses aux approches de l'hiver, et même 
durant cette saison. Le duvet soyeux garnit et pro- 
tège les poils naissans ; il a atteint toute son éten- 
due aux premiers jours de février ou de mars, et 
commence dès lors à tomber jusqu'en avril et mai. 
Le cou, le ventre, et les parties antérieures sont 
plus spécialement les endroits où il abonde. Sa 
grosseur , sa texture et sa force ont beaucoup d'a- 



nalogie avec le beau duvet de la Chèvre du Kache- 
myr ; il est susceptible d'être mis en œuvre comme 
lui, seulement étant plus court, on peut en faire 
des gilets , des chapeaux légers et l'employer pour 
la trame des cliâles. L'animal souffre si on le lui 
enlève durant les mois de novembre et décembre; 
il n'en est pas de même en mars, avril et mai: 
c'est donc le véritable moment de cette sorte de 
tonte. On peut la faire en plein champ. On a voulu 
faire croire que l'existence de ce duvet était le ré- 
sultat d'une affection morbifique : je ne partage 
nullement cette opinion. La Chèvre blanche four- 
nit plus de duvet que les noires; les jeunes en 
donnent peu , et sa quantité diminue sensiblement 
à mesure que l'individu vieillit. Il est également 
faux de dire que plus on peigne la^Chèvre, plus la 
récolle est abondante. 

Je rejette aussi le sentiment de ceux qui veulent 
que l'inlroduclion de la Chèvre en France date 
seulement du premier siècle de l'ère vulgaire , et 
que ce soit aux Piomains que les Gaulois , nos an- 
cêtres, durent ce présent utile selon les uns, et 
très-fatal selon les autres. Rien ne justifie cette 
assertion, du moins à mes yeux. Toutes les auto- 
rités que j'ai consultées sont muettes h ce sujet. 
Il serait peut-être plus sensé, si l'on ne veut point 
croire que les Celtes la possédaient , d'avancer 
qu'elle a élé apportée par les Phocéens; les Grecs 
faisaient le plus grand cas de la Chèvre, tandis 
que les Romains en avaient peu, et dans leurs baux 
ils défendaient expressément aux fermiers d'en 
élever. 

Quoique la Chèvre mange presque toutes les 
plantes vénéneuses que rejettent les autres ani- 
maux domestiques, elle n'en est aucunement in- 
disposée. Elle se conlenle d'une nourriture gros- 
sière, et est peu sujette aux maladies. Vivante et 
après sa mort, elle rend de très-grands services. 
Cependant on ne peut se dissimuler qu'elle ne 
soit un vérilable fléau pour les jeunes arbres, les 
jardins, les pépinières, les vignes et les haies vi- 
ves; mais doil-on pour cela demander, appeler 
sans cesse la destruction de cet animal si vif et 
si bon ? Faut-il enlever au domaine rural, h l'éco- 
nomie domestique, à 1 industrie manufacturière, 
au commerce les nombreux avantages que cet 
animal leur présente et leur assure? Et puis le 
malheur n'est-il donc plus sacré ? Nest-ce pas as- 
sez d'exiler le pauvre aux confins de la vie so- 
ciale? poussera-t-on la barbarie jusqu'à lui arra- 
cher le seul compagnon utile de son infortune , 
jusqu'à le dépouiller de l'unique ressource qui lui 
reste, tandis qu'on laissera vivre, pour les plaisirs 
du riclie insatiable , des troupeaux de cerfs , de 
daims, de chevreuils, dont la dent n'est pas moins 
funeste à l'agriculture, dont la présence dans nos 
bois détruit en peu de jours le présent et l'avenir? 
Rcverrons-nous les affreux assassinats de i585, 
1725, 1705, 1741, et de 1 767? Ira-t-on encore égor- 
ger la Chèvre sous le chaume qu'elle égaie, dans 
les bras de la famille éplorée dont elle est toute 
la richesse? L'exemple des quinze à vingt mille 
Chèvres répandues dans les douze communes du 



CHEV 



109 



CHEV 



Mont-Dor répond d'une manière victorieuse à 
toutes les objections. Ayez un bon Code rural et 
laissez faire. 

Bien avant les mémorables événemens de 1789, 
on a tenté d'améliorer la race indigène de nos 
Chèvres avec celles de la Natolie. Un troupeau 
de Chèvres d'Angora fut naturalisé en 1780 dans 
les montagnes du Léberon, département desBou- 
ches-du-Rhône , par De la Tour d'Aiguës. Bour- 
gelat en éleva plusieurs avec succès aux environs 
de Lyon en 1782. Les individus conduits à la 
ferme expérimentale de Rambouillet furent les 
seuls qui périrent ( quoique celte espèce ne soit 
point délicate, ni sur le climat ni sur la qualité des 
pâturages), parce qu'ils y furent traités plus par 
ostentation , plus comme objet de curiosité , que 
comme pouvant être utiles à l'agriculture. 

E-n 1819 nous avons vu débarquer à Marseille , 
venant des hauteurs de l'Himalaya, du grand pla- 
teau de rOundès (ou région des laines, appelée 
vulgairement le Petit Thibet ) et de la Tartarie , 
une superbe colonie de Chèvres, dites du Kache- 
myr, que les anciens Grecs désignaient sous le 
nom de Chèvres de la C'dicie. 

Dans l'année 1824 . une autre espèce à poils 
longs, soyeux, de couleur bai-rouge, a été intro- 
duite aux environs de JNanles par notre ami J. B. 
Thomine; elle est originaire de Mascate, petite 
ville d'Asie sur la côte orientale de l'Arabie-Heu- 
reuse. 

Ces nouvelles Chèvres se sont fort bien accli- 
matées dans le midi et quelques parties de l'ouest. 
La première ne se trouve plus que chez quelques 
propriétaires soigneux. Des peuplades de la seconde 
vivent , se multiplient et trouvent une nourriture 
convenable sur les montagnes de nos départemens 
de l'Isère , de l'Ain , de l'Ardèche , du Jura et de 
la Côte-Dor. La troisième a moins bien réussi 
depuis Ihiver de i83o. 

Si c'est abuser des forces de la vache que de 
vouloir l'employer h la culture des terres et de 
l'atteler à la charrue ou bien aux chariots avec 
le cheval ; si c'est chercher h faire perdre au chien 
ses qualités , ses agrémens, son intelligence et sa 
touchante sensibihté que de le condammer h char- 
rier des fardeaux , que dire de l'impudeur de ceux 
qui soumettent la Chèvre au harnais et au joug ? 
Qu'espère-t-on de cette prétendue conquête faite 
en dépit de la nature ? l\'est-ce pas le comble de 
la plus grossière barbarie? Quels avantages peut- 
on espérer d'animaux qui ne sont point organisés 
pour des exercices aussi vIolensPEn vain la bruta- 
lité les y contraint; on ne gagnera rien autre 
chose, h confondre ainsi toutes les idées , qu'une 
prompte dégénération des espèces, que la ruine 
totale des. premiers appuis de la maison rurale. 

Finissons par un trait qui prouve l'intelligence 
de la Chèvre; il nous est fourni par Mutianus, 
comme témoin oculaire; nous le copions dans 
Pline (Hist. nat. , viii, 5o). Deux Chèvres se ren- 
contrent sur un pont fort étroit ; l'espace ne leur 
permettait pas de se retourner , et la planche était 
trop longue pour qu'elles pussent rétrograder sans 



voir où poser le pied. Que faire cependant ? Le 
torrent qui roule au fond du précipice menace de 
les engloutir au moindre mouvement , à la plus lé- 
gère déviation. Après s'être entendues dans leur lan- 
gage chévrier , comme dirait Rabelais , l'une des 
deux se coucha sur le ventre, tandis que l'autre 
lui passa sur le corps. 

Une scène absolument pareille s'est passée sous 
mes yeux, en 1793, lorsque je visitais la Suisse. 
C'était aux environs du lac orageux de Vallenstadt, 
près de Sargans ; les deux Chèvres retournaient 
chacune à leurs troupeaux qu'elles avaient quittés 
dans leurs courses vagabondes. 

Chèvke de laine. ]\om de la Chèvre d'Angora, 
c'est la traduction du mot Tislik-gueschi, em- 
ployé dans plusieurs contrées de l'Orient pour la 
désigner. 

CiiîîVRE-MusE. Chèvre sans cornes. Ce n'est 
point une variété h part, mais un simple accident 
de nature, qui ne se propage même pas de la Chè- 
vre à son chevreau. 

Chèvre-vaque. Au Mont-Dor on donne ce nom 
à la Chèvre stérile; xme Chèvre-vaque est ua 
animal sans valeur. (T. d. B.) 

Le nom de Chèvre a été donné par les voya- 
geurs à plusieurs animaux qui, presque tous, ap- 
partiennent au groupe desAntilopcs. Ainsi la Chèvre 
bleue est VJnt. teucophœa , et la Chèvre de pas- 
sage des Hollandais , V Ant. Springbock , etc. 

En ornithologie , on appelle Chèvre volante , 
laBécassine commune, dont le cri ressemble assez 
à celui de la Chèvre , et Tette -Chèvre, les espèces 
du genre Engoulevent, parce qu'un préjugé bien 
singulier à fait dire qu'elles tcttaient les Chèvres. 

CHEVREAU (mam.) C'est le petit de la Chèvre. 

( Gerv. ) 

CHÈVRE-FEUILLE , Lonicera ( bot. phan. ) , 
du nom d'un botaniste fort ancien. Ce genre se 
rapporte à la famille des Caprifoliacées , dont il 
est le type , et à~ la Pentandrie monogynie. Carac- 
tères : corolle monopétale, irrégulière, baie infé- 
rieure à la corolle , à deux loges. Les espèces de 
ce genre sont par quelques botanistes soudivisées 
en deux groupes : dans l'un viennent se ranger 
toutes celles dont la tige est volubile; dans l'autre 
toutes celles dont la tige ne l'est pas. 
§ I. Tige volubile. 

L. Chîïvre-feuille , Lonicera caprlfol'uim , L. 
Fleurs verticillées , terminales , sessiles , purpu- 
rines, jaunes h l'intérieur, feuilles supérieures 
connées-perfoliées. (Voyez notre Atlas, pi. 99, 
%. 5.) 

LoNicîîRE PÉRI CL"ï MÈNE , Loulcera , periclyine • 
num, L. Tête de fleurs ovales, imbriquées, ter- 
minales ; feuilles toutes distinctes à leur base. 
Fleurs d'un rcuge purpurin , mêlé de jaune. 

§ II, Tige non volubile. 

Chamùcerisier DES Pïrénées, Lon. pyrenaïca , 
L. Petites feuilles d'un vert glauque ; fleurs d'un 
blanc un peu rosé. 

CnAMÉCBRisijiR XYLOSTÉON , Lotu xylosteuH , L. 



CHEV 



i4o 



CHEV 



Pédoncules biflores; baies réunies, digynes; 
feuilles ovales-lancéolées. 

( Les bergers des Pyrénées aiment à sucer le 
tube du Chèvre-feuille , qui a un goût sucré. 

Pour ce qui regarde le genre Camerisier ; voy, 
tom. I, pag. 6o5 et 606. 

(C. i.) 

CHEVRETTE, (crust.) C'est le nom vulgaire 
de divers petits crustacés que l'on mange sur nos 
côtes et à Paris , et qui appartiennent aux genres 
Palémon et Crangon. V. ces mots. (Guér.) 
'CHEVROLLE, CapreUa. (crust.) Ce genre , 
établi par Latreille, appartient h l'ordre des Iso- 
podes, section des Cistibranches. Ses caractères 
génériques sont les suivans : quatre antennes dont 
les supérieures plus longues; leur dernière pièce 
composée de très-petits articles nombreux ; deux 
yeux sessiles composés; corps allongé, linéaire 
ou filiforme , divisé en articles inégaux ; queue 
très-courte; dix pattes unguiculées, à paires dis- 
posées en uae série interrompue. 

Ces crustacés sont tous marins; ils sont de 
très-petite taille, et on les trouve communément 
sur les plantes matines. Quand les Chevrolles 
marchent sur ces plantes , elles ressemblent un 
peu à des Chenilles arpenteuses ; elles nagent en 
courbant et redressant alternativement les extré- 
mités de leur corps. Dans tous les mouvemens 
leurs antennes sont vibrantes. 

On connaît quatre ou cinq espèces de ce genre; 
elles sont toutes propres h nos mers. La plus com- 
mune est laCnEVROLLE linéaire , CapreUa llnearis, 
Latreille, figurée grossie dans notre Atlas, p. 101, 
fig. 1. Elle est longue de cinq à six lignes, d'un 
blanc jaunâtre rosé, un peu transparente. On la 
trouve dans les mers du Nord. (Guér.) 

ClIEVROTAIN , Moschus. (mamm.) Ce genre 
appartient à la famille des Ruminans sans cornes. 
Les espèces qu'il comprend ont toutes trente-qua- 
tre dents (^ incisives , ô^^ canines , longues , sor- 
tant delà bouche, et *^ molaires). Leurs pieds 
sont bisulques; leurs poils courts, durs etcassans; 
leurs mamelles inguinales et au nombre de deux. 
Ces animaux sont très-remarquables par leur élé- 
gance et leur légèreté. Ils sont herbivores et res- 
semblent par leurs formes générales aux Antilo- 
pes; mais ils n'ont point de larmiers, non plus 
que de cornes , ce qui les rapproche des Cha- 
meaux avec lesquels ils diffèrent cependant par 
la formule dentaire, la disposition de leurs doigts, 
ainsi que l'abscence de loupes graisseuses et de 
callosités. Il paraît qu'on ne les trouve que dans 
l'Inde , et que ceux que l'on a indiqués en Amé- 
rique et en Afrique sont d'un autre groupe. 

Parmi les espèces bien authentiques que l'on 
connaît parmi les Chevrotains, la plus intéressante 
est certainement celle du 'Porte-musc , Moschus 
moschiferus. 

Cet animal est grand comme un Chevreuil, sa 
queue est très-courte et son corps couvert d'un 
poil si gros et si court , qu'on pourrait presque lui 
donner le nom d'épines ; mais ce qui le fait sur- 
tout remarquer, c'est une poche située en avant 



du prépuce du mâle , et qui se remplit de cette 
substance odorante si recherchée en médecine et 
en parfumerie, sous le nom de Musc. (/^. ce mot.) 

Le Porte-musc habite le royaume de Boutan et 
de Turquie , la Chine , la Tartarie chinoise et 
quelques provinces de la Tartarie moscovite. II vit 
solitaire et ne se plaît que sur les montagnes les 
plus hautes et les rochers escarpés ; quelquefois il 
descend dans les vallées. C'est un animal très- 
agile et qu'il est assez difficile de prendre. Le rut 
commence dans le mois de novembre et se pro- 
longe jusqu'en décembre. Dans quelques endroits 
on mange les jeunes individus. Cette espèce offre 
plusieurs variétés ; la plus curieuse est la variété 
Albine , laquelle ne se trouve que dans certaines 
localités. C'est au Thibet et auTunquin qu'existent 
les meilleurs Porte -musc. Dans le Nord, leurpro- 
diiit est presque sans odeur. 

Les autres Chevrotains n'ont point de bourse à 
musc , ils appartiennent plus exclusivement aux 
contrées chaudes de l'Asie et aux grandes îles des 
mers voisines. 

ClIEVROTAIN MEMiNNA, Moscli. meminna , Exrl. 
Cet animal est le Ch. à peau marquée de taches 
blanches , dont parle Buffon, t. xiii, p. 3i5 , et le 
Meminna ou Ch. de Ceylan du même auteur , 
Suppl. , t. m, p. 102. Il est long de dix-sept pou- 
ces , a les oreilles longues , la queue très-courte 
et le corps gris olivâtre en dessus , avec des taches 
rondes et blanches sur les flancs; les parties infé- 
rieures sont blanches. On trouve le Meminna dans 
l'île de Ceylan. 

Chevrotain DE Java , Mosch. javanicus , Pal- 
las. Celui-ci n'est pas plus grand qu'un lapin. Son 
pelage est brun ferrugineux en dessus, onde de 
noir, sans aucune tache sur les flancs , seulement 
il présente sur la poitrine trois bandes blanches 
placées en long. Le bout du nez est noir. Ce Che- 
vrotain n'a été trouvé qu'à Java. M. Laurent a re- 
connu chez lui l'existence d'une pièce osseuse re- 
couvrant les muscles de la région lombo-sacrée 
et remplaçant leur aponévrose; il la considère 
comme analogue à l'aponévrose des muscles cro- 
taphytes qui peut aussi comme elle se montrer à 
l'état osseux ; exemple : la Tortue. 

Chevrotain NAPU, Mosch. napu,F. Cuvier, est 
long de vingt pouces et haut de treize; sa queue 
a deux ou trois pouces ; elle est blanche en des- 
sous et à la pointe ; corps épais , à pelage brun , 
mélangé irrégulièrement de reflets gris noirâtres 
ou fauves; sur le poitrail, qui est brun foncé, se 
dessinent cinq bandes blanches linéaires et con- 
vergentes. LeNapu se trouve à Sumatra et h Java. 
Il a été considéré à tort par M. Raflles comme 
étant le Chevrotain de Java décrit par Bufibn. 

Chevrotain KRANcniL, i)/o5c/i. kranchil. Rallies, 
est plus petit que le précédent ; il n'a que quinze 
pouces de long et neuf ou dix de haut. Son pelage 
est d'un brun rouge foncé, presque noir sur le 
dos et d'un baibriflant sur les flancs; le ventre et 
le dedans des membres sont blancs; il y a trois raies 
sur la poitrine , comme dans le Napu , mais elles 
n'ont pas la même disposition, Le Kranchil habite 



jP/ 




I t'hevroBe 



2 CUevrolaia 



,'J Clliasog;nallie 



CHIA 



i4i 



CHIA 



Java ; sa nourriture se compose de fruits et entre 
autres de ceux du Gmelinia villosa. Il est très-rusé, 
aussi les Javans disent-ils , en parlant d'un voleur 
habile , qu'il est rusé comme un Krancliil. 

Chevrotain pygmée , Moschus pygniceus, figuré 
•dans notre Atlas, pi. loi.fig. 2. Ce joli Chevrotain, 
dont Buftbn a parlé dans le t. xii de son Histoire 
des animaux , est le plus petit ds tous les Rumi- 
nans; il n'atteint pas même la taille du lièvre. Il 
ressemble, par la grâce et la légèreté de ses pro- 
portions, h un petit cerf, dont il a aussi les jambes 
et la queue ,• ses yeux sont grands ; son nez aussi 
avancé que sa lèvre supérieure, ce qui le distin- 
gue des chèvres et des gazelles et sa couleur est 
d'un roux sombre en dessus , plus clair ou lauve 
sur les côtés , avec les parties inférieures et la face 
interne des membres d'un blanc plus ou moins 
pur. Les canines sont longues , aplaties sur les 
côtés , dirigées obliquement et recourbées en ar- 
rière; elles sortent de la bouche. Les habitudes de 
€e joli petit animal sont encore peu connues; on 
assure qu'il se trouve en Guinée et dans quelques 
parties de l'Inde; il est fort doux, assez com- 
mun et familier. Ses jambes'sont si fines, qu'après 
les avoir garnies d'or ou d'argent , on s'en sert 
comme de cure-dents. 

Suivant M. Temminck, le Chevrotain pygmée 
ne serait qu'un jeune âge d'un très-petit Antilope 
qu'il appelle Antilope spinigera, et qu'il dit des 
côtes de Guinée et de Loango. 

Le Moschus americanus , établi d'après Séba, 
n'est qu'un jeune ou une femelle d'un des Cerfs 
de la Guiane. Il en est de même du Moschus de- 
Ucatulus de Shaw, Schreb. , 245, c'est le faon 
<l'un autre Cerf d'Amérique. (Gerv.) 

CHIASOGNATHE, Chlasognathus. (ins.) Genre 
de Coléoptères de la section des Pentamères , 
famille des Lamellicornes, tribu des Lucanides, 
établi par M. Stéphens et ayant pour caractères : 
premier article des antennes très-long; labre dis- 
tinct ; mandibules ayant leurlobe terminal presque 
sétacé ; palpes de quatre articles dont le premier 
très-court , le second très-long , et les deux der- 
niers, presque égaux, moyens; lèvre membraneuse 
terminée par une languette bifide; palpes de 
trois articles augmentant en longueur du premier 
au dernier. Il serait peut-être possible de rappro- 
cher ce genre de celui de Pholidolus de Macleay, 
dont il ne paraît pas différer essentiellement. 

C. DE Grant,C. GrantiL Long de 18 lignes, 
sans compter les mandibules qui ont autant de 
longueur; entièrement brun, avec des reflets d'un 
vert doré métallique; les mandibules sont cam- 
brées en dessus, finement dentées intérieurement, 
se recourbent h leur extrémité, vers le côté externe, 
et se terminent par un petit crochet bien marqué; 
de leur base partent en dessous deux autres bran- 
ches presque droites, dentées aussi intérieurement, 
aiguës , de la moitié en longueur des branches 
principales. Le premier article des antennes 'est 
aussi excessivement long ; le corselet est triangu- 
laire , et ses angles postérieurs contournés en 
<ivant sont beaucoup plus larges que les élytres. 



On ne connaissait encore que le mâle;, repré- 
senté dans notre Atlas pi. 100, fig. 5, et qui est 
fort rare ; mais la femelle vient d'être aussi 
rapportée de Chiloé par M. le docteur Fontaine J, 
chirurgien de la marine. Elle a les mandibules 
très-courtes , comme les femelles de Lucanes , et 
ressemble beaucoup à ces insectes. Elle sera dé- 
crite et figurée dans le Voyage de M. d'Orbigny, 
dont la pubfication vient d'être ordonnée par le 
gouvernement. (A. P.) 

CHICHE, Cicer arletinum. (bot. phan.) Tour- 
nefort s'est servi de cette plante que l'on trouve 
spontanée dans les moissons de l'Espagne, de 
l'Italie, de tout l'Orient , pour en faire un genre 
particulier , que tous les botanistes ont adopté et 
qui fait partie de la Diadelphie décandrie et de la 
famille des Légumineuses. Le pois Chiche sert 
comme aliment pour les hommes, dans tous les 
pays qui bordent la Méditerranée. C'est un usage 
qui leur a été transmis par les anciens Égyptiens 
et les Ethiopiens , qui furent leurs pères. Dans le 
Nord, il n'est généralement employé que comme 
fourrage , partout où on le cultive. La médecine 
regarde sa farine comme émolliente et résolutive. 
Anathème contre les misérables cafetiers qui font 
rôtir sa graine , la mettent h bouillir et ont l'au- 
dace d'en offrir la décoction en place de la li- 
queur divine qu'on obtient de la fève du caféier. 
Le pois Chiche est annuel, il porte en juillet des 
fleurs petites, violettes, quelquefois blanches, 
qui sont remplacées par une gousse enflée , rhom- 
boïdale, à deux semences. La conformité de la 
gousse avec la tête du bélier, a fait donner à l'uni- 
que espèce du genre Chiche, lépithète de Arleti- 
num, c'est du moins ce que nous apprend Pline 
le naturaliste. (T. d. B.) 

CHICOFiACÉES. (bot. phan.). Tribu de plan- 
tes de la vaste famille des Synanthérées , dont 
tous les genres qu'elle renferme ont des rapports 
immédiats avec celui de la Chicorée qui en fait 
partie. Les fleurs qu'elles portent, jaunes pour la 
plupart, se'^nomment aussi Composées. On appelle 
îigulée la forme de leurs corolles, et demi-fleurons 
les petites fleurs qui en sont pourvues. Les tiges 
contiennent un suc propre qui est laiteux. On di- 
vise les nombreux genres des Chicoracées en deux 
sections, suivant que le réceptacle est uni ou 
chargé de paillettes. La première contient : 1° les 
genres Arnoseris de Gcertner, Lampsana de Linné, 
et Rhagadioius de Tournefort, qui n'ont point 
d'aigrette; a"' les genres Drepania de Jussieu et 
Hetlypnoïs de Tournefort , lesquels sont munis 
d'une aigrette formée d'écaillés ou d'arêtes; 
,3° des genres Apargia de Scopoli , Chondrilla , 
Crépis, Hieracium , Ilyoseris, Lactuca , Leontodon, 
Pteris , Podospcrmum, Prenant hes , Sonchus et 
Tragopogon de Linné , Ilclminthia de Jussieu , 
Krigia de Willdenow, Picridium de Desibntai- 
nes, Scorzonera et Troxhnon de De Candolle, 
Taraxacum de Ilaller, Thrincia de Pioth , Uro- 
spermum de Scopoli , Firea d'Adanson , et Za- 
cintha de Tournefort , ayant une aigrette formée 
de poils. La seconde section présente six genres à 



CHIC 142 

aigrette plumeuse , V Achyrophorus de Gœrtner ; 
VAndryala , le Geropogon , V Jlypocliœris , le iSe- 
riola de Linné et de Jussieu , ainsi que le Rotliia 
de Schreber, plus trois antres genres U aigrette 
formée d'arêtes ou nulle, le Catananche ,\e Clclio- 
rlam et le Scolymus de Linné. (T. d. B.) 

CHICORÉE, Cichorium. (bot. than.) Type de 
la tribu des Chicoracées. Ce genre fait partie de 
la famille des Synanthérées et de la Syngénésie 
égale; il ne renferme que cinq espèces , dont deux 
sont généralement cultivées pour la nourriture de 
l'homme , pour celle des animaux domestiques et 
comme plantes médicinales. La première , la Chi- 
COBKE SAUVAGE, C. uitybus , cst uuc plante vivace 
qui rend un suc laiteux quand on l'entame. On la 
trouve communément partout , sur le bord des 
chemins, dans les champs; elle monte plus ou 
moins suivant le sol et la culture ; d'ordinaire 
elle a trente-deux centimètres de haut, et arrive 
parfois à un mètre un quart. Sa racine est grosse, 
pivotante , fusiforme ; on la coupe par petits mor- 
ceaux que l'on torréfie , et réduits en poudre on 
les vend comme servant h faire une infusion ca- 
féiforme. La lige dure, flexueuse, rameuse, se 
couvre de longues et larges feuilles qui fournissent 
un fourrage précoce, sain, très-abondunt durant 
huit mois de l'année , bon pour tous les bestiaux , 
et surtout convenable aux vaches auxquelles il 
donne la faculté de sécréter plus de lait. Le che- 
val est le seul animal qui mange sans avidité ce 
fourrage en vert et en sec ; il s'en nourrit cepen- 
dant. Quand on cultive celte plante comme prai- 
rie, elle fournit quatre coupes dans l'année, on la 
sème h cet effet en mars, en avril, en septembre 
et en octobre. Yeut-on se servir des feuilles de Chi- 
corée sauvage pour salade verte , on sème plus 
souvent ses graines, et quand les plantes ont acquis 
de huit à dix centimètres de haut, on les coupe. 
La plante est alors appelée par les horticoles Pe- 
tite Chicorée; elle est tendre et légèrement amère. 
Pour avoir des feuilles étiolées , plus ou moins 
longueset blanches, autrement pour avoir ce qu'on 
appelle assez bizarrement h Paris de la Barbe de 
capucin, et ailleurs des Cheveux de paysan., on éta- 
blit dans une cave, ou dans un cellier chaud et 
entièrement privé de lumière , une ou plusieurs 
couches de terre légère , sablonneuse , ou de fu- 
mier bien consommé, que l'on mouille au besoin , 
et sur lesquelles on place horizontalement, aplat 
et la lèle eu dehors, des racines de Chicorée se- 
mée dans l'année et que l'on recouvre ensuite 
d'une couche de pareille épaisseur de la même 
iaire. La température égale et douce du lieu , l'ab- 
sence totale des rayons solaires et du jour, déter- 
minent les racines à pousser des feuilles traînan- 
tes, allongées, sans couleur; quand elles sont ar- 
rivées à une certaine longueur, on enlève les ra- 
cines, on met en boites et Ton porte au marché. 
L'on met aussi des couches de sable dans un ton- 
neau, assis sur l'un de ses fonds, les racines s'y 
placent en face de plusieurs ouvertures transver- 
sales pratiquées dans les douves du tonneau, les 
feuilles partent du collet , croissent dans une di- 



CHIE 



rectiou horizontale et on les coupe pour l'usage de 
la table. 

La seconde espèce est la Chicobèe des jardins, 
plus connue sous le nom d'EisDiVE , C. indivia ; 
plante annuelle , que l'on dit nous être venue de 
l'Inde, et qui, au rapport de Forskael, est origi- 
naire de l'Arabie, où on la trouve spontanée et ser- 
vant de nourriture aux habitans des oasis. On 
en possède dans nos jardins potagers plusieurs 
variétés intéressantes : la Frisée, dont la graine se 
conserve bonne pendant huit et neuf ans , on sème 
toujours la plus ancienne afin d'avoir des sujets 
plus fuses et de meilleure qualité ; Y Endive de 
Aleaux, plus fortes moins découpée, réussissant 
en toute saison , pourvu que les années] soient ua 
peu sèches, car les pluies abondantes luisent 
très-contraires et la font monter très- vite; la Cé- 
lestine, trop hâtive et trop délicate pour résister 
aux mauvais temps; la Rcj^ente, d'un blanc par- 
fait : elle flatte le goût par sa douceur et sa ten- 
dreté; r Endive £ Italie owXd, fine, qui réunit toutes 
les bonnes qualités, hors celle de se conserver 
aux plus légers froids; et là ScaroUc ou Chicorée 
laitue , aux léuilles larges , cassantes et plus char- 
nues que celles des Endives proprement dites. 

On peut conserver confites l'Endive et ses va- 
riétés. Toutes se multiplient de graines que l'on 
sème depuis les premiers jours de juin jusqu'à 
la mi~jnillet, selon le pays et le climat, en pleine 
terre , sur couches ou sur des ados. On les trans- 
plante sans couper lenrs feuilles , comme le pra- 
tiquent certains horticoles et quelques maraîchers; 
on les arrose de temps h autre , et lorsque la re- 
prise est assurée et qu'elles ont cinquante centimè- 
tres de diamètre, on les lie avec des joncs , pour 
faire blanchir les intérieures, ce qui a lieu en peu 
de jours. J'ai vu enterrer la tête et laisser la ra- 
cine en lair, de celte sorte les feuilles blanchissent 
encore plus vite, mais elles sont très-sujettes à 
pourrir. 

Chicorée d'hiver. Nom vulgaire d'une Cré- 
piDE , Crépis brennis. V. ce mot. (T. d. B.) 

CHIEN, Canis. (Mam, ). Le genre des Chiens 
comprend non-seulement les Chiens domestiques, 
mais aussi les Loups, les Pvenards, et quelques 
autres espèces moins connues ; c'est un groupe 
fort naturel de carnassiers digitigrades qui a été 
admis par tous les auteurs; il est surtout caracté- 
risé par des doigts au nombre de cinq aux pieds 
de devant, et de quatre seulement à ceux de der- 
rière; les ongles ne sont point rélractiles, la lan- 
gue est douce, et les dents, au nombre de qua- 
rante-deux, sont distribuées ainsi qu'il suit : six 
incisives à chaque mâchoire , quatre canines en 
tout, et quatorze mâchelières, dont trois fausses 
molaires en haut , quatre en bas , et deux tuber- 
culeuses h chaque mâchoire , placées en arrière 
de la première vraie molaire , qui est la seule car- 
nassière. 

Les Chiens ont les sens assez développés, leur 
odorat est très-fin , leur ouïe assez délicate et leur 
vue susceptible , chez quelques espèces, de s'exer- 
cer même pendant la nuit : c'est ce qui a liea • 



FI. 



J02 




j Cliu-n (il- HeroiT 
2 . lU-s Alpes 



J ("Lic-n Couraiil . 

^ (le'Tei-iH'Neiiv< 



i. Cuir m tUr 



CIIIE 



143 



CHIE 



principalement chez les Renards , dont la pupille 
est verticale. Le pelage est composé de poils soyenx 
et de poils laincnx; il varie du roux au noir et au 
blanc chez quelques espèces ; il est très-moelleux 
et susceptible de fournir d'excellentes fourrures. 
M. Desmarest a remarqué , dans les variétés da 
Chien domestique , et dans quelques espèces sau- 
vages , que lorsqu'il existe du blanc h la queue , 
c'est toujours à son extrémité qu'il est placé. 

Les femelles sauvages éprouvent le besoin du 
rut en hiver ; elles portent trois mois , et quelque- 
fois davantage ; chaque portée produit de trois à 
six petits , lesquels ont les yeux fermés lorsqu'ils 
viennent au monde , et n'ont pris leur entier dé- 
veloppement qu'à l'âge de dix-huit mois ou deux 
ans. La verge du sexe mâle est fort remarquable 
sous le rapport de sa conformation qui fait que 
l'accouplement se trouve prolongé, même après 
que l'acte générateur est accompli. Cet organe 
offre à son centre un os plus ou moins long , can- 
nelé, dont la cavité contient l'urètre. Autour de 
cet os se trouvent trois parties caverneuses ou 
érectiles distinctes : l'une appartient au corps de 
la verge; la seconde forme le gland et l'urètre en 
avant , elle peut acquérir une dimension considé- 
rable durant l'érection ; la troisième est ce que 
l'on nomme le nœud de la verge , elle se gonfle 
pendant le coït , de manière à ce que son diamè- 
tre dépasse de trois fois celui de l'organe , et s'op- 
pose à la sortie de la verge. 

Tous les Chiens boivent en lapant ; ils sont loin 
d'avoir l'appétit Carnivore des chats, il en est 
même qui peuvent se nourrir également de vian- 
des et de substances végétales. Les petites espèces 
paraissent plus carnassières que les grandes, elles 
sont aussi plus rusées et plus courageuses ,• les 
autres trouvant moins h satisfaire leur faim , sont 
souvent obligées de se rabattre sur les fruits et les 
racines, et lorsqu'elles mangent de la chair, ce 
n'est guère que celle de quelque charogne: ilestrare 
qu'elles attaquent une proie vivante, et lorsqu'elles 
le font , c'est après s'être réunies en troupes. 

Le genre Canis comprend un assez grand nom- 
bre d'espèces qui sont répandues aussi bien dans 
l'ancien monde que dans le nouveavi, on en a 
même trouvé dans quelques parties de l'Australa- 
sie, maison s'accorde aujourd'hui à considérer 
ces derniers comme de simples variétés du Chien 
domestique , et non comme des espèces distinctes. 

Une espèce qui diffère des autres par son sys- 
tème digital semblable h celui des hyènes , c'est- 
à-dire h quatre doigts devant et derrière. On peut 
établir pour elle un petit sous-genre. Un second 
sous-genre comprend les Chiens qui ont cinq doigts 
aux pieds de devant. 

I" Sous-genre. — Chiens à pieds de hyènes. 

Ils n'ont, comme nous l'avons dit, que quatre 
doigts h tous les pieds. On n'en connaît qu'une 
seule espèce, c'est le Chien peint, Can. pictus , 
Desm. , Hyana picta de Temminck, qui habite le 
midi de l'Afrique. Cet animal, de la taille du Loup 
commun , a le pelage varié de taches de différen- 



tes couleurs : celles-ci sont disposées par plaques 
noires , brunes , rousses et blanches. La queue 
est touffue et blanche h sa pointe , elle descend 
jusqu'aux talons. 

Les Chi«ns peints vivent par troupes nombreu- 
ses, ils se nourrissent de proie qu'ils prennent à la 
chasse. 

II'' Sbus-genre. — Chiens à pieds anlcrieurs psnta- 
dactyles et pieds postérieurs tétradactyles. 

Nous les partageons, avec M. Fréd. Cuvier, 
en deux sections , suivant qu'ils ont les pupilles 
rondes ou verticales : ce sont les Chiens propre- 
ment dits et les Renards. 

■j- Chiens propreinent dits. 

Ils ont la pupille arrondie et sont généralement 
diurnes. Leur queue n'est point touffue comme 
celle des Fienards. C'est h celte section qu'appar- 
tient le Chien domestique. 

Chien domestique, Can. famiiiaris , L. Cette 
espèce a pour caraclères : la queue recourbée en 
arc et se redressant plus ou moins; tantôt inflé- 
chie à droite , tantôt infléchie h gauche ( cette 
dernière direction , que Linné avait cru se trouver 
chez tous les Chiens , et dont il s'était servi pour 
caractériser l'espèce, caudâ sinistrorsàm recurvatâ, 
existe bien dans im grand nombre de ces animaux, 
mais, comme il est facile de s'en assurer, elle est 
loin d'être générale ) ; le museau plus ou moins 
allongé ou raccourci ; le pelage très-varié pour la 
nature du poil et pour les teintes , h cela près 
que toutes les fois que la queue offre une couleur 
quelconque et du blanc, ce blanc est terminal. 

Ces animaux entièrement voués à notre espèce, 
et dont le type sauvage ne paraît plus exister au- 
jourd'hui, ont été trouvés avec l'homme dans tous 
les lieux où celui-ci a pénétré; mais le climat, la 
manière de vivre et une foule d'autres circonstan- 
ces les ont fait varier h l'infini , de telle sorte qu'on 
en compte aujourd'hui plus de cinquante races 
ou sous-races distinctes , diférant entre elles sous 
les divers rapports de la taille , du pelage et aussi 
de l'in lelligence et des mœurs. 

Taille examinée chez les diverses races. C'est 
surtout sous ce point de vue qu il existe entre les 
Chiens de nombreuses différences. La taille ordi- 
naire est de deux pieds et demi environ de lon- 
gueur, non compris la queue ; c'est le milieu entre 
celle du Loup et du Chacal; mais elle peut aller 
beaucoup au dessus, s'élever, par exemple, comme 
dans le grand Chien de montagne , à quatre pieds 
un pouce , et descendre au contraire h un pied 
deux pouces dans le petit Danois, et même h onze 
pouces quatre lignes , comme on le voit chez les 
plus petits Epagneuls. Il est à remarquer qu'il 
existe souvent, entre des Chiens de races très-voi- 
sines , des différences fort considérables , comme 
entre le grand et le petit Lévrier, le grand et le 
petit Danois. « Ce fait, dit M. Isidore Geoffroy 
» (Mém. sur les variations de la taille), est la plus 
» forte preuve que l'on puisse donner pour établir, 
» sans entrer dans la question encore irrésolue et 
» peut-être insoluble de l'unité spécifique des di- 



CHIE 



«verses races de Chiens, que leurs variations de 

• taille prises dans leurs limites extrêmes, sont, au 
» moins en partie, de véritables anomalies non seu- 
«Icment par rapport à l'ordre normal actuel, mais 

• par rapport au type spécifique primitif. En effet, 
» que tous les Chiens domestiques descendent uni- 
>quement du Loup, du Chacal, du Renard ou de tout 
» autre Canis , ou qu'ils soient des races bâtardes 
» nées du croisement de deux ou de plusieurs de 
»ces espèces, on ne pourra guère se refuser à 
» admettre que deux variétés très-différentes par 
»leur taille, mais entièrement semblables par leur 
» organisation , aient une origine commune. » 

Tête. Après la taille, les différences les plus 
marquées existent dans les formes de la tête. 
Lorsqu'on regarde celle du Chien de la Nouvelle- 
Hollande , qui peut être considéré comme un 
des Chiens les plus rapprochés du type de 
l'espèce ; lorsqu'on regarde, dis-je , la tête de ce 
Chien et qu'on la compare à celle du Lévrier et h 
celle du Dogue, on voit qu'elle forme le milieu 
entre les deux, mais que celles-ci ont subi une 
modification tellement grande , que la série des 
mammifères domestiques n'en offre aucun autre 
exemple. D'autres fois la disproportion est dans 
l'une des deux mâchoires qui peut être beau- 
coup plus avancée que l'autre ; ordinairement c'est 
la mâchoire inférieure qui est la plus considérable, 
mais quelquefois aussi c'est la supérieure, comme 
nous l'avons vii nous-même, qui s'allonge. Une 
tête de celte sorte nous a été communiqtiée par 
M. Isid. Geoffroy, et ce qu'il y a de remarquable, 
c'est qu'elle appartient h une race de la famille 
des Dogiiins qui ont tous les mâchoires fort rac- 
courcies. 

) Doigts. En général, les Chiens ont tous, comme 
les espèces sauvages du genre, cinq doigts aux 
5)ieds de devant et quatre à ceux de derrière, réu- 
nis par une membrane qui s'avance jusqu'à la 
dernière phalange, et de plus le rudiment d'un 
cinquième os du métatarse qui ne se montre point 
à l'extérieur. Mais chez quelques races, et princi- 
palement chez les Dogues , ce cinquième doigt 
ïudimentaire est susceptible de prendre un déve- 
loppement anormal, et de se montrer h l'exté- 
rieur comme un véritable doigt ; les quatre mem- 
bres sont alors pcntadactyles. D'autres fois l'a- 
nomalie polydactyle est plus grande encore, et au 
lieu d'un cinquième doigt seulement , il s'en 
développe un sixième. Cette disposition peut se 
transmettre par voie de génération. 
I Queue. 11 est difficile d'établir exactement les 
caractères ostéologiques de cet organe chez le 
Chien domestique , le nombre des vertèbres qui 
le composent n'étant point constant dans l'espèce, 
ni même dans chaque race en particulier. Celui 
qu'on rencontre le plus communément est de dix- 
huit, mais il peut s'élever beaucoup au dessus et 
descendre aussi plus bas. On assure qu'il y a cer- 
tains Chiens qui n'ont jamais plus de trois ou 
quatre vertèbres coccygiennes. 

Sens. Tous n'ont point été influencés par la do- 
mesticité î ainsi celui de la vue n'a subi aucune mo- 



ï44 CHIE 

dification apparente ; l'ouïe a plus souffert, prin- 
cipalement dans sa partie externe, la conque, qui 
est tantôt courte, tantôt fort allongée, terminée 
en pointe ou arrondie , droite , mobile ou tom- 
bante. Le nez, qui est le siège de l'odorat, nous 
offre aussi quelques particularités. Certaines races 
présentent un allongement considérable dans les 
os qui le composent , et conséquemment dans les 
cornets que ces os renferment. Cependant cette 
augmentation n'a pas toujours accru la sensibilité 
de l'odorat, et le Lévrier, qui a le nez plus allongé 
qu'aucune autre race, paraît avoir ce sens moins 
fin que les autres : cela tient vraisemblablement 
aux différences d'étendue des sinus frontaux, car 
les cornets sont comme dans les autres races. 
Un des changemens les plus remarquables qu'aient 
éprouvés le nez et la bouche de certains Chiens , 
c'est le raccourcissement extrême de ces parties 
et l'allongement des lèvres ; c'est ce que l'on re- 
marque chez les Dogues. Dans quelques races de 
cette famille , il existe un sillon profond qui est 
venu séparer la lèvre supérieure et les narines. 

Les organes de la génération et ceux qui en dé- 
pendent ont aussi été accessibles aux causes de 
modification , mais d'une manière moins évidente. 
L'activité des organes sexuels a été amoindrie dans 
quelques races , dans d'autres au contraire elle 
s'est accrue sous l'influence d'une nourriture 
abondante, et le plus grand nombre des variétés 
de nos climats peut s'accoupler aux différentes 
époques de l'année. Le nombre des mamelles a aussi 
été altéré. Généralement les Chiens en ont cinq 
de chaque côté , au total dix , dont quatre sont 
pectorales et six abdominales; mais, comme le 
fait remarquer Daubenton , il y a de grandes va- 
riétés : sur vingt et un Chiens que le célèbre col- 
laborateur de Buffon a examinés, il ne s'en est 
trouvé que huit qui eussent cinq mamelles de 
chaque côté ; huit autres n'en avaient que quatre 
à droite et autant à gauche; deux autres , ^cinq 
mamelles d'un côté et quatre de l'autre ; et enfin 
les trois autres Chiens avaient quatre mamelles 
d'un côté , et seulement trois de l'autre. 

Si l'on recherche l'époque à laquelle le Chien 
a été réduit en domesticité, on reconnaît d'abord 
qu'il n'est pas possible de l'indiquer d'une ma- 
nière précise ; mais on se convainc facilement que 
cette époque doit remonter aux commencemens 
de la civilisation, et que le Chien doit avoir été 
le premier animal domestique. «Comment l'hom- 
me , dit Buffon , aurait-il pu , sans le secours du 
Chien , conquérir, dompter, réduire en esclavage 
les autres animaux? Comment pourrait-il encore 
aujourd'hui découvrir, chasser, détruire les bêtes 
sauvages et nuisibles? Pour se mettre en sûreté, 
et pour se rendre maître de l'univers vivant , il a 
fallu commencer par se faire un parti parmi les 
animaux, se concilier avec douceur et par cares- 
ses ceux qui se sont trouvés capables de s'attacher 
et d'obéir, afin de les opposer aux autres. Le pre- 
mier art de l'homme a donc été l'éducation du. 
Chien, et le fruit de cet art, la conquête et la pos- 
session paisible de la terre. » 

Après 



CHIE 



145 



CHIE 



Après qu'on s'est demandé l'époque à laquelle 
le Chien îïit rendu domestique, il est naturel de 
s'enquérir aussi de l'espèce sauvage à laquelle il 
appartient; mais cette qnestion est encore plus 
insoluble que la première, aussi les opinions des 
différens auteurs varient- elles considérablement. 
C'est ainsi que , suivant quelques uns , le Chien 
descendrait d'une espèce aujourd'hui détruite ou 
bien encore inconnue , tandis que , suivant d'au- 
tres, il proviendrait du Loup ou bien du Chacal. 
On ne pourra d'ailleurs espérer de faire sur ce 
sujet quelque hypothèse approchant de la vérité 
qu'après que l'on aura étudié plus sérieusement 
les mœurs des Chiens qui vivent en liberté. Ceux- 
ci, en effet, éloignés de toutes les causes modifi- 
catrices, pourront, s'ils se trouvent sur quelque 
terre analogue à leur sol natal , se rapprocher, par 
leurs formes et leurs habitudes, de l'espèce qui leur 
a donné naissance. ' 

La domesticité n'a pas fait varier le Chien sous 
le seul point de son organisation, elle a produit 
aussi des changemens fort notables dans son in- 
telligence et ses mœurs. Suivant les diverses con- 
trées , cet animal se nourrit de chair qu'il prend 
vivante et qu il chasse, ou bien de charogne; 
quelquefois il se contente de fruits et de sub- 
stances végétales. « 11 mange, comme le dit »Lin- 
» né, de la chair des charognes ou des végé- 
»taux farineux, mais non des légumes; il digère 
» les os. «Dans quelques localités, au contraire, où 
les oiseaux et les mammifères sont plus rares , il 
se rabat sur les reptiles et les poissons, ce qu'il ne 
ferait point partout ailleurs. 

L'intelligence du chien a subi , depuis que cet 
animal est associé h l'homme , des perfectionne- 
mens bien remarquables; ses affections sont de- 
venues plus tendres et ses sentimens plus nom- 
breux. 11 a su se prêter aux diverses circonstances 
qui l'ont environné ; ici chasseur, il est dans un 
autre endroit pêcheur ou guerrier ; ailleurs il est 
devenu berger, « Plus docile que Ihomme , a dit 
«Buffon , plus souple qu'aucun des animaux , non 
» seulement le Chien s'instruit en peu de temps , 
;)mais même il se conforme à toules^ les habitudes 
» de ceux qui lui commandent; il prend le ton de 
»la maison qu'il habite; comme les autres do- 
» mestiqnes , il est dédaigneux chez les grands et 
«rustre à la campagne — Lorsqu'on lui a confié 
«pendant la nuit la garde de la maison , il devient 
j plus fier et quelquefois féroce ; il veille , il fait 
»la ronde, il sent de loin les étrangers, et pour 
«peu qu'ils s'arrêtent ou tentent de franchir les 
«barrières, il s'élance, s'oppose, et par des aboie- 
» mens réitérés , des efforts et des cris de co- 
«lère , il donne l'alarme , avertit et combat. >- 
f Ces animaux sont certainement plus intelligens, 
plus civilisés , si l'on peut se servir de cette ex- 
pression , chez les peuples éclairés que chez ceux 
qui sont encore dans la barbarie; dans le premier 
cas ils sont susceptibles d'une éducation plus va- 
riée , ils sont plus dévoués à leur maître, leurs 
races sont aussi plus nombreuses; les seconds, 
féroces et presque sauvages encore, n'ont pour 



les hommes aucun attachement ; ils vivent pêle- 
mêle avec ces malheureux, partagent leur nom'ri- 
ture ou plutôt la leur dérobent , mais ils les aident 
rarement à la conquérir. 

« Le Chien , dit Linné dans son langage admi- 
» rable de concision , est le plus fidèle de tous les 
«animaux domestiques; il fait des caresses à son 
» maître , il est sensible à ses châtimens ; il le pré- 
« cède , se retourne quand le chemin se divise ; 
» docile , il cherche les choses perdues , veille la 
» nuit , annonce les étrangers , garde les marchan- 
« dises, les troupeaux, les rennes, les bœufs, les 
«brebis, les défend contre les lions et les bêtes 
«féroces, qu'il attaque; il reste près des canards, 
«rampe sous le filet de la tirasse, se met en arrêt 
» et rapporte au chasseur la proie qu'il a tuée, sans 
» l'entamer. En France , il tourne la broche , en 
«Sibérie on l'attelle au traîneau; lorsqu'on est à 
«table, il demande à manger; quand il a volé, il 
«marche la queue entre les jambes, il grogne en 
«mangeant ; parmi les autres Chiens il est tou- 
» jours le maître chez lui ; il n'aime point lesman- 
» dians , il attaque sans provocation ceux qu'il ne 
«connaît pas. «Ces quelques lignes de l'Arislote 
suédois sont remarquables parle nombre de faits 
curieux qu'elles rappellent; c'est ce qui nous a en- 
gagé à les rapporter ici. 

Les Chiens sont généralement très-portés à 
l'acte générateur, et la plupart des variétés domes- 
tiques de nos contrées peuvent s'y livrer dans toutes 
les saisons de l'année; cependant ils ne s'accou- 
plent guère qu'à certaines époques, deux fois par 
an, en hiver et en été; les mâles sont cruels envers 
leurs rivaux, ils les battent avec violence; les fe- 
melles peuvent s'accoupler avec plusieurs mâles 
successivement; elles restent avec chacun d'eux 
beaucoup plus long-temps que les autres animaux, 
ce qui tient à la conformation de la verge. Voyez 
ce qui a été dit, en commençant les généralités sur le 
genre. La gestation dure soixante-trois jours, et cha- 
que portée produit depuis quatre ou cinq petits 
jusqu'à dix et douze. Ceux-ci naissent les yeux 
fermés et ne voient la lumière qu'au bout d'une 
douzaine de jours. Les Chiens, quoique très-ardens 
en amour, ne laissent pas de durer; il ne paraît 
pas même que l'âge diminue leur ardeur; ils s'ac- 
couplent et produisent pendant toute la vie , qui 
est ordinairement bornée à quatorze ou quinze 
ans, quoiqu'on en gardequelques uns jusqu'à vingt. 
On peut connaître làge de ces animaux en exami- 
nant leurs dents , qui dans la jeunesse sont blan- 
ches, tranchantes et pointues, et qui, à mesure 
qu ils vieillissent, deviennent noires , mousses et 
inégales : on le connaît aussi par le poil, car il 
blanchit sur le museau , sur le front et autoui? 
des yeux lorsqu'ils commencent à se faire vieux. 
La mort, qui n'arrive ordinairement qu'après la 
vieillesse, est souvent précédée de la décrépitude 
ou de quelques maladies, telles que la gale, les 
rhumatismes, etc. Quelquefois ces animaux de- 
viennent excessivement gras , c'est ce qui arrive 
lorsqu'ils ont trop de nourriture et pas assez 
d'exercice. Dans leur jeune âge ils sont toujours 



ToMfi II. 



99* Livraison. 



ï9 



CHIE 



.146 



CHIE 



tourmentés par un mal qui en emporte un grand 
nombre : cemalest connu sous le nom de maladie 
.des Chiens; il paraît tenir à un état particulier 
des organes cérébraux. Les Chiens sont aussi fort 
sujets au tœnia , mais il est rare qu'ils périssent 
par cette cause. 

Les Chiens sauvages, queTonnomme aussi Chiens 
marrons , ont été trouvés dans diverses localités. 
Il y en a en Amérique; on en a vu aussi en Afrique, 
au Congo; et dans quelques parties de l'Amérique, 
ils descendent tous d'individus anciennement do- 
fliestiques et qui ont repris la.vie sauvage. Ils se tien- 
nent par troupes nombreuses, et ne craignent 
point d'attaquer des animaux d'une grande taille, 
même de grands carnassiers et souvent l'homme. 
Ils sont surtout communs en Amérique. On trouve 
aussi dans ce continent plusieurs races domes- 
tiques. Ces animaux ont été, comme on le sait, 
les auxiliaires des Espagnols dans leurs expéditions 
militaires au Nouveau-Monde. Colomb est le pre- 
mier qui les ait employés. A sa première affaire avec 
les Indiens, sa troupe se composait , comme nous 
l'apprennent ses mémoires, de deux cents fantas- 
sins, vingt cavaliers et vingt limiers. Les Chiens 
furent ensuite employés dans la conquête des dif- 
férentes parties de la terre ferme, surtout au Mexique 
et dans la Nouvelle-Grenade, et dans tous les 
points où la résistance des Indiens fut prolongée. 
Le Chien existe aujourd'hui dans une grande par- 
lie de l'Amérique ; on s'est assuré que ses facultés 
sont plus ou moins nombreuses, selon que le 
peuple avec lequel il se trouve est plus ou moins 
avancé en civilisation. 

Nous allons maintenant étudier les diverses 
races qui composent l'espèce du Chien domesti- 
que; nous suivrons le travail de M. Fréd. Cuvier, 
qui est le plus complet et le plus avancé que la 
science possède aujourd'hui. Ce savant naturaliste 
admet trois familles principales dans lesquelles les 
nombreuses races viennent prendre place, il les 
caractérise, comme nous le verrons, parla forme de 
leur tête : ce sont les Mâtins , les Epagneuls et les 
Dogues. 

I. Les Matins. Ont la tète plus ou moins allongée 
et les pariétaux tendant à se rapprocher , mais d'une 
manière insensible , en s' élevant au dessus des tempo- 
raux; condyle de la mâchoiie inférieure sur la même 
ligne (jue les dents molaires supérieures, 
r A. Chien de la Nouvelle - Hollande, Canis 
familiaris A ustralasiœ , dont quelques auteurs ont 
fait une espèce distincte, est certainement ime va- 
riété appartenant h la famille des Mâtins. Il a 
la taille et les proportions du Chien de berger, 
avec la tête du Mâtin; son pelage est très-fourni 
et sa queue assez touffue. Le dessus du cou , de 
la tête et du dos ainsi que la queue sont fiuve 
foncé ; le dessous du cou et la poitrine sont plus 
pâles ; le museau et la face interne des membres 
sont blanchâtres. Longueur du corps depuis le 
bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, deux 
pieds cinq pouces. 

On a vu h Paris un Chien de celle race, il avait 
été rapporté du Port-Jakson par Pérou et Lesueur. 



Ses mouvemens étaient très-agiles , et son activité^ 
lorsqu'on le laiss^ait libre, était fort grande. Sa 
force musculaire surpassait celle des. autres Chiens 
de même taille, et il était d'un tel courage qu'il 
attaquait sans la moindre hésitation les Chiens 
les plus vigoureux; on l'a vu plusieurs fois, dans la 
ménagerie de Paris oii on le tenait, se jeter en 



grondant sur 



les grilles au travers desquelles il 



apercevait une panthère, un jaguar ou un ours, 
lorsque ceux-ci avaient l'air de le menacer. Bien 
différent de nos Chiens domestiques , le Chiea 
de la Nouvelle-Hollande n'avait aucune idée delà 
propriété de l'homme ; il ne respectait rien de ce 
qui lui convenait] il se jetait avec fureur sur la 
volaille, et semblait ne s'être jamais reposé que 
sur lui-même du soin de se nourrir. Voyez pour 
plus de détails une notice insérée par M. Fréd. 
Cuvier dans ses Suites à Buffon. 

Ces Chiens, qui appartiennent à quelques mal- 
heureuses peuplades de la Nouvelle-Hollande, sont 
une preuve de plus qui nous montre combien la 
civilisation de l'homme a eu d'influence sur fin- 
telligence et le moral de ces animaux; habitant 
avec des nations encore barbares, ils sont aussi 
rapprochés qu'elles de Fétat de nature; leur ca- 
ractère est indocile, féroce même, et s'ils poursui- 
vent une proie ce n'est qu'autant qu'elle doit leur 
appartenir. 

B. Chien matin, C. f. lanarius. Cet animal tient 
le premier rang parmi les Chiens de force; on 
l'emploie principalement à la garde de la maison 
et du gros bétail. 11 a beaucoup d'intelligence , est 
fort et courageux, et se bat volontiers contre les 
loups. On peut le dresser h la chasse et on le 
destine priucipalemeut à poursuivre les sangliers. 
Suivant Buffon, ce Chien , naturel aux régions 
tempérées , a donné naissance à la race du grand 
Danois lorsqxi'il a été transporté dans le Nord, et 
à celle du Lévrier, après s'être acclimaté dans le 
Midi ; accouplé avec le Dogue , il aurait , suivant 
le même auteur , produit le Dogue de forte race. 
On le trouve principalement en France. 

B' On range à la suite du Chien mâtin comme 
autant de races distinctes : 

Le Chien de l'Hymalaya,. C. hymalayemis, qui 
a la tête allongée , le museau aigu et les oreilles 
dressées et pointues. Son pelage est composé de 
deux sortes de poils , les ims soyeux qui sont bruns 
et les autres laineux dont la couleur est cendrée : 
deux taches noirâtres existent sur les oreilles et 
une de couleur cendrée se trouve sous la gorge; la 
queue est touffue. 

Le Chien SAUVAGE de SuiiATRA, C. sumatrensis. 
Il a le nez pointu, les yeux obliques, les oreilles 
droites et la queue pendante, très-touffue, plus 
grosse au milieu jusqu'à son origine ; le pelage est 
d'un roux ferrugineux , plus clair sur le ventre. 

Le Chien quao, Can. quao. Il habite les mon- 
tagnes de llamgbur dans l'Inde; c'est une variété 
peu connue et qui paraît se rapprocher beaucoup 
de la précédente , seulement sa queue est plus noire 
et ses oreilles moms arrondies. 

Le Chien de la Nouvelle-Irlande, Can. Novce 



CHIE 



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'CHÏE 



Hibei-niœ. Cet animal est de moitié plus petit que 
celui de la Nouvelle-Hollande, son museau est 
plus aigu; il a les oreilles droites, pointues et 
courtes, les jambes grêles et le poil ras de cou- 
leur brune ou fauve. 11 est hardi et courageux , et 
mange de tout, mais principalement des poissons 
qu'il va lui-même pêcher ; les naturels de la Nou- 
relle-Irlande le nomment PoiiU, et se nourrissent 
de sa chair. On doit la connaissance de cette va- 
riété à M. Lesson qui l'a décrite dans son <2omplé- 
ment aux œuvres de Buffon. 

C. Chien danois, C, f. danicus. Il diffère du 
Mâtin par un corps et des membres plus fournis, 
la longueur de son corps est de trois pieds six 
pouces. Ses habitudes sont analogues à celles du 
Mâtin; il est également bon pour la garde; 
on l'emploie à la chasse; on le fait souvent courir 
devant les équipages. 

fe D. Chien lévrier, C. f. grajus, dont on voit 
une belle figure dans l'Histoire des mammifères de 
M. F. Cuvier, est de tous les Chiens celui qui est 
le plus remarquable par l'allongement de ses for- 
mes. Son museau est fort aigu et son front sur- 
abaissé, ce qui est causé par l'oblitération des 
sinus frontaux ; la couche graisseuse sous-cutanée 
est presque nulle et les muscles se dessinent au 
dehors. 

Les Lévriers varient pour la couleur ainsi que 
pour la nature du pelage et la taille , ils sont re- 
marquables par leur grande agilité, aussi les em- 
ploie-t-on souvent à la chasse. Un instinct parti- 
culier les porte à courir les lièvres et les lapins , 
mais c'est pour en faire leur proie; toute leur 
éducation doit donc consister h corriger ce défaut. 
Ils sont tellement ardens pour ce genre de chasse 
que, bien que fatigués, ils sont toujours prêts à 
s'élancer à la poursuite d'un lièvre ou d'un lapin 
dès qu'ils en aperçoivent un ; cependant il est bon 
de ne pas les laisser trop courir, et on doit avoir 
soin de les reprendre en laisse après la seconde 
course. 

Ces animaux sont peu intelligens, et suscepti- 
bles d'une éducation peu variée ; ils sont fort sen- 
sibles à l'affection qu'on leur porte, et paraissent 
éprouver une vive émotion toutes les fois qu'on 
leur fait accueil; c'est à cette sensibilité excessive 
pour les bons traitemens, et au peu d'étendue de 
leurs facultés, que l'on doit attribuer sans doute 
le défaut qu'ils ont assez généralement de ne point 
éprouver d'attachement plus marqué pour cer- 
taines personnes, et de témoigner, sinon la même 
affection, du moins la même bienveillance à tout 
individu qui les traite avec bonté. , 

Sous-variétés: a. Lévrier cC Irlande', b. Lévrier 
de la haute Ecosse; c. Lévrier de Russie; d, Ljévricr 
Uvron ou d'Italie; e, Lévrier chien turc. 

Les Lévriers ne se trouvent guère qu'en Europe. 
Buflbn les considère comme originaires des con- 
trées chaudes de cette partie du monde. 

II: Les Epagnetjls. Les pariétaux dans les têtes 
de cette famille ne tendent plus à se rapprocher de 
leur naissance au. dessus des temporaux; ils s'écar- 
tent et se renflent au contraire de manière à beau- 



coup agrandir la botte cérébrale, et les sinus fron 
taux prennent de C étendue. 

C'est parmi les Epagneuls que l'on recontre les 
races les plus intelligentes. 

E. Chien epagneul, C. f. extrarius. Il est cou- 
vert de poils longs et soyeux; ses oreilles sont 
pendantes comme celles du Chien courant, et ses 
jambes peu élevées; le blanc , avec des taches 
noires ou brunes, est sa couleur dominante. 

Le grand Epagneul aie corps long de deux pieds 
quatre pouces; il est haut au train de devant d'un 
pied cinq ou six pouces. C'est un bon Chien d'ar- 
rêt, doux, quelquefois même timide; il chasse 
mieux dans les marais ou dans les cantons cou- 
verts qu'en plaine. 

Sous-variétés : a. Petit Epagneul; b, Gredin ; 
c, Pyrame ; (/, Bichon ; e. Chien lion ; f. Chien de 
Calabre ; g, Epas^neul d'eau ou unifiais. 

L'Europe méridionale et tempérée est princi- 
palement la patrie des Epagneuls. 

F. Chien barbet, C. aguaticus. Le Chien bar- 
bet , appelé aussi Caniche et Ch. canard , est celui 
de tous dont l'intelligence paraît le plus suscepli-i- 
ble de développement. Il est extrêmement attaché 
à son maître. Il aime beaucoup l'eau, et dans cer- 
taines contrées, principalement en Angleterre , 
on l'emploie pour la chasse h l'étang et au ma- 
rais ; dans quelques endroits on le tient aussi à 
bord des bâtimens où on le dresse h aller cher- 
cher ce qui tombe h la mer, ainsi que les oiseaux 
maritimes que l'on a tués. Il peut être dressé h 
l'arrêt. 

Tout le corps du Barbet est couvert de poils 
longs et frisés, variant du blanc pur au noir foncé 
en passant par diverses couleurs intermédiaires. Oa 
est obligé de le tondre vme ou deux fois au moins 
tous les ans. 

Sous- variété a. Petit Barbet ; il provient, suivant 
Buffon et Dauben ton , du mélange du Barbet et 
du petit Épagnenl. Sous-variété b, Chien griffon; 
il paraît être le résultat de l'union du Barbet et 
du Chien de berger. 

G. Chien courant ou Chien de chasse, C. f. gal- 
licus, représenté dans notre Atlas, planche 102, 
fig. o. 11 existe principalement en France, mais 
aussi en Angleterre et dans quelques autres con- 
trées; il est ardent chasseur et s'emploie prin- 
cipalement à la chasse des bêtes fauves. Son 
odorat est exquis et son intelligence bien déve- 
loppée. Il se fait remarquer par la longueur de 
ses jambes et par celle de ses oreilles qui sont 
pendantes , il est couvert d'un poil très-court et 
porte la queue relevée. Sa couleur est générale^ 
ment le blanc avec des taches noires ou fauves. 

Longueur totale du corps, deux pieds neuf 
pouces ; hauteur du train de devant, un pied neuf 
ou dix pouces; de celui de derrière, un pied dix 
pouces. 

H. Chien braque , C. f. avicularis: A la tête 
forte, l'œil assez petit, les narines bien ouvertes, 
les lèvres pendantes , le cou peu allongé , la poi- 
trine large , le dos et la croupe arrondis , les jam ■ 
bes fortes et les pieds larges. Sa taille varie eu- 



CHIE 



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CHIE 



tre dix-huit pouces, deux pieds et plus; son poil 
est ras et plus fin sur la tête et les oreilles que 
sur le corps , il est rarement de couleur noire. 

Le Braque est vif, il quête bien , et arrête par- 
faitement le gibier; on doit le dresser le plus pos- 
sible à la chasse en plaine; il conserve, même 
pendant la grande chaleur du jour, toute la finesse 
de son odorat. Le Braque à deux nez ne diffère de 
celui-ci que par une gouttière assez profonde la- 
quelle sépare ses deux narines. 

Le Braque du Bengale est une sous-yariété dis- 
tincte, il ressemble au Braque proprement dit pour 
la figure, mais il aies couleurs plus belles. Son 
poil est moucheté ou tigré de petites taches fau- 
ves sur xm fond blanc. 

L Chien basset, C. f. vertagus ou Basset à jam- 
bes droites. Ha la tête semblable à celle du Braque 
ou du Chien courant ; ses oreilles sont longues et 
pendantes, sa queue longue, ses jambes courtes , 
droites et grosses. Le poil de cet animal est ras et 
marqué détaches noires ou brunes, plus ou moins 
étendues et nombreuses sur un fond blanc ; quel- 
quefois il est noir avec des taches de feu. Lon- 
gueur du corps , vingt-cinq à vingt-huit pouces ; 
hauteur du train de devant , onze pouces seule- 
ment. 

Sous-variété a. Basset a jambes torses; jambes 
de devant arquées en dehors. 

Sous -variété b , Chien Burgos. 

K. Chien de berger, C f. domesticus. Cette 
espèce représentée dans notre Atlas, pi. 102, fig. 1, 
est de taille moyenne , ses oreilles sont cour- 
tes et droites; elle porte sa queue horizontalement 
en arrière ou pendante , mais quelquefois aussi re- 
levée. Les poils sont longs sur tout le corps , la 
couleur noire est celle qui domine. Le Chien de 
berger habile toute l'Europe septentrionale et 
tempérée , il est employé avec beaucoup d'avan- 
tage à la garde et h la conduite des troupeaux. 
f^oy. l'art. d'LcoNOMiE rurale. 

L. Chien loup, C f. pomeranus. Se distingue du 
précédent par sa tête dégarnie de poils , ainsi que 
ses oreldes et ses pieds. 11 porte toujours sa queue 
très-relevée. Celle-ci est remarquable par les longs 
poils qui la garnissent. La couleur est le noir, et 
aussi le fauveet leblanc. Le Chien loup aies mêmes 
habitudes que le Chien de berger ; il pourrait fort 
bien être employé à la garde des troupeaux. 

M. Chien de Sibérie, C. f. sibiricus. Cette 
race, dont le nom indique la patrie, a tous les 
poils du corps fort longs ainsi que ceux de la tête 
et des membres ; elle ressemble , du reste, pour la 
forme générale, la taille, et la direction de la queue, 
au Chien loup. 

N. Chien des Esquijiaux, C. f. boreaiis. Autre 
race , décrite pour la première fois par M. Fréd. 
Cuvier, qui en a fait représenter un bel individu 
dans son ouvrage sur les Mammifères ; ce chien 
se rapproche beaucoup, par l'habitude de son 
corps et par sa taille, du Chien loup; ses cou- 
leurs sont le noir et le blanc disposés par grandes 
plaques. Les poils sont de deux sortes, comme 
chez les autres, mais la proportion des laineux 



l'emporte de beaucoup sur les soyeux, ce qui 
s'explique par l'influence du froid ; ces poils lai- 
neux constituent une bourre qui augmente sensi- 
blement les proportions de l'animal. La queue se 
relève subitement pour se courber à droite en 
longeant les fesses. 

Le Chien des Esquimaux habite tout le nord 
du globe et spécialement les rivages du fond de 
la baie de Baffin en Amérique, où il est employé 
par les Esquimaux , comme bête de trait , pour 
tirer les traîneaux. On peut les considérer comme 
se rapprochant plus que les autres de la souche 
des Chiens domestiques. 

Ces animaux sont attachés à 1 homme , et lui 
sont même soumis; mais lorsque la faim les presse, 
aucun châtiment ne pourrait les retenir , alors ils 
ne connaissent plus leur maître. 

0. Chien alco , C. f. americanus. On donne 
ce nom à une variété fort mal connue et qui se 
trouve , dit-on , au Mexique. 

llI.:^Les Dogues. Les races de cette famille se 
caractérisent par le raccourcissement de leur mu- 
seau, le mouvement ascensionnel de leur crâne, son 
rapetissement et C étendue considérable de leurs sinus 
frontaux. 

Ces animaux sont peu inlelligens comparative- 
ment aux races de la famille précédente ; la pe- 
santeur de leur intelligence semble se marquer 
par la grossièreté de leurs formes. 

P. Dogue DE FORTE RACE, Cf. an^licus. Autant 
le Lévrier a le museau allongé et les sinus frontaux 
rétrécis , autant au contraire le Dogue a le mu- 
seau raccourci et les sinus développés. 11 est 
aussi éloigné que possible des types primitifs, 
mais dans un sens contraire du Lévrier; chez 
ce dernier les formes se sont allongées h l'ex- 
cès , elles sont devenues aussi grêles que possible; 
chez le Dogue, au contraire, elles se sont raccour- 
cies, ramassées. Les oreilles sont entièrement pen- 
dantes et ne se relevant jamais; les lèvres sont 
allongées, tombantes, et recouvrent la mâchoire 
inférieure. L'extrémité de la queue est relevée, et 
il existe souvent un cinquième doigt développé 
aux pieds de derrière. Le poil est généralement 
ras , quelquefois long ; la couleur n'est pas con- 
stante , tantôt elle est fauve , tantôt blanchâtre en 
partie ou bien variée de noir. 

Ce sont les plus gros de tous les Chiens 
domestiques. Ils résultent du mélange du Mâtin 
avec le Dogue proprement dit. Comme toutes 
les races éloignées de la souche primitive , 
Je Dogue reproduit difficilement, les mâles sont 
peu portés à s'accoupler et les femelles fort sujet- 
tes à avorter. Sa vie est d'ailleurs très-courte , 
et son développement fort lent : il n'acquiert 
toute sa taille qu'à dix-huit mois ou deux ans , 
et lorsqu'il en a cinq ou six il montre déjà de la 
décrépitude. 

Q. Chien Dogue, C. f. molossus. Ce Dogue est 
semblable au précédent , mais plus petit ; les poils 
sont ras et de couleur fauve-pâle. f\ l'art. d'Eco- 

NOMIE RURALE (ChIEN DE B ASSE-COUr). 

R. Chien doguin , C. f. fricator, yulgairement 



CHIE 



'M9 



CHIE 



appelé Carlin , Dogue de Bologne , Dogue d'Alle- 
magne ou Mopse , ne diffère du vrai Dogue que 
par une moindre taille; ses lèvres sont plus min- 
ces et plus courtes ; son museau est proportion- 
nellement moins large et moins retroussé; sa 
queue plus tortillée en spirale. Du reste il lui res- 
semble beaucoup, tant pour la figure du corps que 
pour la longueur et la couleur du poil. C'est un 
animal presque entièrement dépourvu d'intelli- 
gence, lascifet à peu près sans utilité. 

S. Chien d'IsLANDE , C, f. Islandicus. Il a la 
tête ronde , les yeux gros et le museau mince, les 
oreilles en partie droites et en partie pendantes , 
comme dans le petit Danois; le poil est lisse et 
long, surtout derrière les jambes de devant et sur 
la queue. Ce Chien n'est connu que par une des- 
cription de Daubenton. 

T. CniEN PETIT Danois, C. f. varlegatus , dont 
le front est bombé , le museau assez mince et 
pointu, les yeux très-grands, et les oreilles à 
demi pendantes. Le petit Danois est de la taille 
du Doguin; son pelage est ras, le plus souvent mou- 
chelé de noir sur un fond blanc. On le nomme 
quelquefois arlequin. 

U. Chien roquet , C. f. hybridus. Il a la tête 
ronde et les oreilles petites comme le précédent ; 
ses jambes sont sèches aussi et sa queue retrous 
sée : quelques individus ont le pelage arlequiné. 

V. Chien anglais, C. f. britannicus. Celui-ci 
paraît résulter du mélange du petit Danois et du 
Pyrame dont il a la taille; sa tête est bombée, 
ses yeux saillans et son museau assez pointu. Robe 
d'un noir foncé avec des marques de feu sur les 
yeux, sur le museau, sur la gorge et sur les 
jambes. 

X. Chien d'Ar.Tois, vulgairement Chien lillois, 
islois ou quatre-vingts , a le museau très-court et 
très-aplati. C'est une race fournie par le mélange 
du Roquet avec le Doguin. 

Y. Chien d'Alicante, C. f. Andalusiœ. Il a le 
museau court du Doguin et le long poil de l'Epa- 
gneul , c'est vraisemblablement du croisement de 
ces deux races qu'il provient. On le nomme quel- 
quefois Chien de Cayennc. 

Z. Chien turc , C. f. cegyptlus , appelé aussi 
Chien de Barbarie. Tête très-grosse et arrondie ; 
museau assez fui ; oreilles droites à la base , assez 
argcs et mobiles; corps rétréci vers le ventre; 
membres grêles , queue moyenne ; peau presque 
entièrement nue, comme huileuse, noire ou de 
couleur de chair obscure et tachée de brun par 
grandes plaques. Taille du Carlin. 

Sous-variélé a , Chien turc à crinière. Une sorte 
de crinière formée par des poils longs et raides 
existe derrière la tête. 

Les Chiens turcs sont peu intelligens; on les 
trouve, dit-on, en Egypte et dans une grande 
partie de l'Afrique septentrionale , mais non pas 
en Turquie comme leur nom pourrait le faire 
croire. Dans nos contrées ils souffrent constam- 
ment de l'abaissement de la température, et sont 
sans cesse grelottant , aussi les tient-on le plus 
souvent dans les appartemens. 



A la suite de cette liste des Chiens domestiques, 
nous joindrons, comme races moins connues, celle 
AuChien des Alpes, représenté dans notre Atlas, pL 
102, f. 2, qui paraît issu du Dogue de forte race et 
du grand Épagneul, et celle du Chien de Terre- 
Neuve , idem pi. 102, f. 4. sorte de Mâtin à tête 
très- large et h oreilles pendantes; roj. , pour plus de 
détails sur ces deux races, l'article d'ÉcoKOMiE 

RURALE. 

Chien caraïbe , C. caraibœus. Suivant M. Mo- 
reau de Jonnès, les Américains avaient des Chiens 
avant l'arrivée des Européens, et il paraîtrait 
même qu'ils en avaient de plusieurs sortes. Le 
14 octobre 1482 Colomb trouva, dans les îles 
Lucayes, des petits Chiens qui n'aboyaient point 
et qui n'aidaient aucun poil sur la peau; il les 
trouva encore en i494 sur file de Cuba, et les 
habitans en mangeaient. Les Français firent la 
même observation en arrivant h la Martinique et 
à laGuadeloupe en iG35. Or, cette variété pourrait 
bien être , comme le fait remarquer M. Lesson , 
le Chien turc , qui se trouve aussi très-commu- 
nément au Pérou, et que l'on pourrait bien avoir 
indiqué à tort comme provenant d'Afrique. 

Loup commun , Canis lupus. Cet animal, qui est 
d'une autre espèce que le Chien domestique, est le 
carnassier le plus féroce de nos contrées; sa queue 
est droite , et son pelage gris fauve , avec une raie 
noire sur les jambes de devant des adultes. Une 
variété blanche existe dans le Nord ; elle est tan- 
tôt le résultat du froid et blanchit périodique- 
ment tous les hivers, tantôt, au contraire, elle est 
feffet de la maladie albine. Les vieux individus 
grisonnent et peuvent aussi devenir presque blancs. 
Cet animal vit solitaire dans les forêts de toute 
l'Europe, et aussi dans une partie de l'Asie et 
peut-être le nord de fAmérique. En Angleterre 
sa race est entièremement exterminée. F. l'article 
Loup de ce Dictionnaire et la figure qui doit l'accom- 
pagner. Les Loups peuvent s'unir avec les Chiens. 

Loup noir. Lupus niger ; est généralement con- 
sidéré comme une espèce à part, quelques auteurs 
pensent qu'il n'est qu'une variété de la précé- 
dente; sa queue est droite, et son corps tout- à-fait 
noir sans mélange de blanc. Le Loup noir habite 
les contrées froides et montagneuses de l'Europe ; 
la ménagerie du Muséum en a possédé un indi- 
vidu qui avait été pris dans les Pyrénées. 

Loup DU Mexique , C. niexicanus , Desm. Cet 
animal est pour la taille un peu inférieur au Loup 
ordinaire; il est d'un gris roussâtre mêlé de noi- 
râtre. Le tour du museau , le dessous du corps et 
les pieds sont blancs. 

Il vit dans les endroits chauds de la Nouvelle- 
Espagne. 

Loup rouge , C. jubatus ; Loup rouge de Cu- 
vier et Agoura Guazou de d'Azara ; est -remar- 
quable par sa teinte d'un roux cannelle plus foncé 
aux parties supérieures ; une courte crinière oc- 
cupe toute la longueur de fépine dorsale. 

Celte espèce vit solitaire dans les lieux bas et 
humides des pampas de laPIata. Son cri est à peu 



GHIE 



i5o 



cïïi-e: 



'pr,ès gpaa-a-a , iliest répété plusieurs fois de suite 
et s' entend de fort loin. 

Loup DE PRAIRIE, C. latrans, Harl. Faune améri- 
caine. Prairie s wolfàe Sa y, a été découvert pendant 
l'expédition aux monts ^rkansas. Il a le pelage 
d'un gris cendré, varié de noir et de fauve cannelle 
terne; les poils de la ligne dorsale sont plus longs 
que les autres; les parties inférieures sont moins 
colorées que les supérieures; la queue est droite. 
Cet animal habite les plaines de Missouri; il vit 
en troupes nombreuses , chasse les cerfs et 
mange aussi quelques fruits. 

Loup odorant , C. nuùilus , Say, Major long' s 
expedit. Ce Loup est plus robuste et d'un aspect 
plus redoutable que les deux qui précèdent; il 
exhale une odeur fétide, cequilui a fait donner son 
nom. La teinte de son pelage est obscure et pom- 
melée h sa partie supérieure. Le gris domine sur 
les flancs. On trouve le Loup odorant dans les 
mêmes lieux que le loup de prairie. 

Loup FOSSILE, C. spelœus, Goldfuss. N'est connu 
que par des débris fossiles. Ce n'est pas la seule 
espèce antédiluvienne que l'on ait découverte parmi 
les Cctnis, G. Cuvier, dans son ouvrage sur les 
ossemens fossiles, en indique quatre. La première, 
qui est nommée ci-dessus, a été trouvée mêlée à 
des os d'Éléphans; la seconde est fort voisine du 
Renard, sicen'est le Renard lui-même: Cuvier en 
a tiré des fragmens d'un tuf où ils étaient pétris 
avec des débris d'ours et de hyènes. L'existence 
de la troisième n'est révélée que par deux dents 
recueillies près deBeaugency, et qui, par leur 
volume, annoncent un animal gigantesque, La 
quatrième, enfin, est connue par une mâchoire qui 
vient des plâtrières de Montmartre et qui dill'ère- 
évidemment de toutes les espèces vivantes. 

Chien antarctique , C. antarcticus, A le corps 
long de deux pieds six pouces et se rapproche du 
Loup pour ce qui est du port ; son pelage est rous- 
sâtre , sa queue rousse à sa base est noire à son 
milieu et terminée par du blanc. Cet animal ha- 
bite les îles Malouines et principalement celle ap- 
pelée Falkland ; on le trouve peut-être aussi au 
Chili. Il chasse le petit gibier, les oiseaux aquati- 
ques , etc. , et se creuse des terriers dans lesquels 
il demeure. 

Chien crabier , C. cancrivorus. Il est en dessus 
d'un cendré varié de noir et de blanc, légèrement 
jaunâtre en dessous ; ses oreilles sont noires ainsi 
que ses tarses et l'extrémité de sa queue. C'est le 
ia/i(e?i des bois de BuJTon: on le trouve à la 
Guiane et à Cayenne, où il vit par petites trou- 
pes et se nourrit de chair , de fruits , etc. 

Chacal , C. aureus. Cette espèce du genre 
Chien a été indiquée par Linnœus , et tous les au- 
teurs anciens et modernes en ont fait mention ; 
mais, jusqu'à ces derniers temps, on n'a eu sur son 
liistoire que des notions peu exactes. 

On trouve les Chacals non-seulement en Afrique, 
depuis la côte de Barbarie jusqu'au Sénégal et la 
Guinée, mais aussi en Asie, depuis l'Inde jusqu'en 
Turquie et même eu Europe, ce qu'on n'aurait 



osé soupçonné il y a quelques années. Les auteurs- 
ne sontpas d'accord surla nature de ces divers Cha- 
cals; les uns en ont fait autant d'espèces, d'au- 
tres, au contraire, les considèrent comme de sim- 
ples variétés. Sans adopter l'une ou l'autre de ces 
deux opinions, nous donnerons l'histoire de ces 
animaux ; on les considérera comme des variétés 
ou comme des espèces, cela importe peu ici. 

Comme le travail de M. Isidore Geoffroy est le- 
plus complet , c'est d'après lui que nous avons dû 
nous guider. Les Chacals y sont considérés comme 
se rapportant aux six variétés suivantes. 

A. Chacal (k l'Inde, 

B. Chacal du Caucase. C'est à lui que devrait 
rester le nom de Canis aureus, si l'on regarde les 
autres comme des espèces distinctes; quelques 
auteurs pensent qu'il est la source des Chiens do- 
mestiques. 

C. Chacal de Nubie. C'est le Canis variegatus de 
l'Atlas de Ruppel. 

D. Chacal d'Alger. II est peut-être le Canis bar- 
barus âe Shaw, General zool. Sa taille est plus con- 
sidérable et son poil plus rude que chez les autres. 
Il a les parties supérieures d'un gris jaunâtre, va- 
rié de noir assez abondant, surtout à la croupe et 
à l'extrémité de la queue ; les parties inférieures 
sont d'un fauve plus clair. On remarque sur la 
lace antérieure des membres thoraciques une li- 
gne noire, commençant vers l'épaule et qui dis- 
paraît vers l'articulation radio-carpienne pour re- 
paraître un peu plus loin , au devant du méta- 
tarse. La queue est plus coarte et beaucoup moins 
touffue que celle du Renard. 

Nous avons parlé h l'article Chacal, d'un indi- 
vidu de cette variété que nous avions vu vivant à; 
Paris. Cet animal avait été apprivoisé; il était 
assez docile pour qu'on pût le promener en laisse 
dans les rues de la ville ; il provenait des environs 
même d'Alger où la variété est commune; son; 
antipathie pour les Chiens de toutes sortes était 
une chose vraiment remarquable, il ne pouvait en 
voir un près de lui sans entrer aussitôt en colère. 

E. Chacal du Sénégal. C'est . le C. anthus de 
M. Fréd. Cuvier; voj. ci-dessous. 

F. Chacal de Morcc. L'espèce du Chacal n'avait 
point encore été observée en Europe avant l'ex- 
pédition de Morée, cependant elle est très-com- 
mune dans cette contrée; sa peau est même em- 
ployée comme fourrure par les habitans. Foy. la 
figure de cet animal , pi. 82, fig. 10, 

Les Chacals sont des Chiens intermédiaires au 
Loup et an Pienard; ils -se creusent des terriers, 
dans lesquels ils passent une grande partie du 
jour, ne sortant le plus souvent que de nuit pour 
aller chercher leur nourriture , laquelle peut être 
omnivore , mais consiste principalement en ca- 
davres plus ou moins avancés. On a remarqué que 
ces animaux accompagnent ordinairement les 
lions, et que partout où ceux-ci se trouvent il 
existe également des Chacals. Aussi la découverte 
du Chacal de Morée est-elle une nouvelle preuve 
attestant que les lions ont autrefois vécu en Grèce : 
c'est d'ailleurs ce que nous disent de la manière 



ŒIE 



i5i 



CHIE 



fè plus positive les écrits d'Hérodote et d'Aristote. 
lie lion , qui est plus fort et plus redoutable que le 
'Chacal, est celui que l'homme a du attaquer le 
■premier; le Chacal, plus fiiible, a pu s'esquiver , 
il ne tombera victime que des derniers progrès de 
lu civilisation. « Tel a été le sort du lion , dit 
«M. Isid. Geoffroy (Hist. nat. des mammifères de 
j>Morée), tel sera celui du Chacal: partout où 
»les homnïes sont devenus ou deviendront puis- 
» sans par l'association et les arts, le lion doit pé- 
«rir; mais le Chacal, lâche et craintif, a pu et 
«peut trouver dans l'obscurité deses attaques, ou 
• plutôt de ses brigandages , un asile long-temps 
•» assuré , et survivre pendant un temps h la 
» destruction du plus terrible ennemi de Ihom- 
»me. » 

C. anthus ou Chacal du Sénégal est un autre 
■Canis reconnu par M. Fréd. Cuvier et décrit par 
lui, dans son Histoire des Mammifères, comme for- 
-inant espèce à part. Le dos et les côtés sont cou- 
verts d'un pelage gris foncé, sali de quelques tein- 
tes jaunâtres ; le cou est d'un fauve grisâtre qui 
«tevient plus gris encore sur la tête et surtout sur 
■les joues , au dessous des oreilles. Le dessous du 
museau , les membres antérieurs et postérieurs , 
le derrière des oreilles et la queue, sont d'un fauve 
assez pur , seulement on voit une tache noire lon- 
gitudinale au tiers supérieur de la queue, et quel- 
ques poils noirs , mais en petit nombre , h son 
extrémité. Cet animal habite le Sénégal et aussi la 
Nubie et l'Egypte, mais dans ces dernières contrées 
il est plus rare. 

CoRSAC , C. corsac. Forme une seule espèce 
avec VAdive de Buffon. Sa taille n'est point su- 
périeure h celle de la fouine, et sa queue, très-lon- 
gue h proportion de son corps , descend de trois 
pouces plus bas que les pieds lorsqu'elle est tout- 
à-fait pendante. Toutes les parties supérieures du 
corps, en y ajoutant la queue, sont d'un gris 
fauve uniforme , dont la teinte est très-douce et 
résulte des anneaux fauves et blanc dont la par- 
tie visible des poils est généralement couverte. Ce- 
pendant quelques uns de ces anneaux sont noirs ; 
les membres sont entièrement fauves j le bout de 
la queue est noir , et l'on voit à trois pouces de 
l'origine de cet organe , à sa partie supérieure , 
une petite tache noire; toutes les parties inférieu- 
res du corps sont d'un blanc jaunâtre. C'est ainsi 
que M. Fréd. Cuvier caractérise le Corsac, qui, 
dit-il ne diffère point de l'Adive , sil'Adiveest celte 
petite espèce de Chien de l'Inde , nommée au Ma- 
labar Nougs-Hari 

Mésomèlas , C. mesomelas. Est le Renard ou 
Chacal du cap. Sa couleur est grise et fauve; sa 
taille est à peu près celle du Chacal, et sa queue 
tombante descend presque jusqu'à terre. Sa pa- 
trie est le cap de Bonne-Espérance. 

Chien kauagan , C. karagan. Cette espèce , 
dont l'existence est douteuse, est décrite comme 
supérieure au Corsac par la taille ; elle a , dit on, 
\& queue droite et le corps gris avec les oreilles 
noires. Elle est des bords de l'Oural, sa fourrure 



est apportée à OrcmOurg par les marchands 
kirghises. 

On cite encore, comme appartenant à la pre- 
mière section du genre Chien , le C. barbarus de 
Shaw, qui pourrait bien être le Chacal de la côte 
nord de l'Afrique. 

■j-f Espèces dont les pupilles se contractent ver- 
t'icalement. 

Les PiENARDS. Ces animaux ont la queue plus 
longue et plus fournie que ceux de la précédente 
section , leur museau est aussi plus pointu. Ils ré- 
pandent pour la plupart une odeur fétide, se creu- 
sent des terriers et n'attaquent que de petits ani- 
maux. On ne les a point rencontrés à la Nouvelle- 
Hollande. 

Renard commun, Canis vulpes, L. Cet animal, 
que l'on trouve dans toute l'Europe , ainsi qu'en 
Asie et dans le nord de l'Amérique, a le pelage 
fauve en dessus , blanchâtre en dessous , avec la 
queue touffue terminée de noir , et le derrière des 
oreilles de cette couleur. Il est célèbre par son ca- 
ractère fin et rusé , nous le décrirons plus ample- 
ment h l'article Renard. Foy. ce mot et la figure 
qui s'y trouve jointe. 

L'espèce du Pienard comprend trois variétés. 
L'une a le bout de la queue noir, c'est le Fulpes 
alopex, appelé par Buff'on Renard charbonnier , et 
que certains auteurs ont regardé comme une es- 
pèce distincte. La seconde variété est celle du 
Renard blanc, Fulpes alùus. La troisième est re- 
marquable par la croix noire qui est dessinée sur 
son dos , elle a reçu de Gesner et de Buffon le nom 
de Vulpes crucigera : on la nomme en français Re- 
nard croisé. 

Une autre race de Renards, qui forme peut-être 
aussi une variété distincte, est celle des Renards 
musqués que l'on rencontre en Suisse, et qui ré- 
pandent une odeur musquée assez agréable. Le 
Renard noble du même pays n'est autre chose 
que l'espèce commune dans une âge avancé. 

Can. velox. Cette espèce, décrite par M. Say, est 
un des fruits de l'expédition du major Long; elle 
a le corps élancé , le pelage fauve , doux et assez 
épais, brun en dessus, blanchâtre en dessous, «t 
la queue longue, cylindrique et de couleur noire. 

Elle doit son nom à la rapidité avec laquelle 
elle court. Sa patrie est la partie de l'Amérique 
qui borde le Missouri. 

Can. niloiicwi, 11 a été décrit par M. Geoffroy 
dans le Catal. du Mus. ; il est figuré h la plan- 
che XV de l'Atlas de Ruppel. On le trouve en 
Egypte et en Nubie. 

Le Can. variegatiis. a été envoyé au muséum de 
Francfort par M. Ruppel. Il est figuré dans l'Atlas de 
ce voyageur à la planche x. Son pelage est jau- 
nâtre en dessus, blanc en dessous, et varié sur le 
dos et la queue de flammures noires qui résul- 
tent de l'allongement de quelques faisceaux de 
poils ainsi colorés. On le trouve dans la Nubie et 
la Haute-Egypte. 

Can. famelicas ou Renard d'Afrique. Il a élé 
aussi trouvé en Nubie par M. Ruppel. Il a élé fi- 
guré dans son Atlas , planche t. 11 a la lêle jaune 



CHIE 



162 



CHIE 



et le corps gris ainsi que les deux tiers de la queue, 
celle-ci blau'chit vers sa pointe. 

( unis paUidus , décrit ainsi que les deux pré- 
cédens par M. Crelzschmar, se trouve aussi en 
Egypte et en ]\ubie. Il a été représenté à la plan- 
che II de l'Atlas de Ruppel, Son corps est d'un 
fauve très-clair en dessus, blanc en dessous. La 
queue touffue est noire h son extrémité. C'est un 
animal nocturne et qui se tient pendant le jour 
dans les trous qu'il s'est creusés. 

Renard fennec, Can. fennecus, est ï animal 
anonyme de Buffon ; on le trouve dans l'intérieur 
de l'Afrique. Son pelage est d'un roux blanchâtre 
uniforme , un peu plus pâle en dessous. Le Fennec 
se creuse des terriers et vit de dattes et autres 
substances qu'il trouve dans le désert. Sa peau est 
employée comme fourrure parles Arabes. 

Renard isatis, Canis lagopus , a le pelage long 
et fourni , aussi le recherche-t-on pour le com- 
merce. Sa couleur est en été d'un gris cendré ou 
d'un brun clair uniforme; en hiver elle est blan- 
che. Cette espèce habite les contrées les plus voi- 
sines du cercle polaire boréal; elle est hardie, 
rusée et très-portée à la rapine. Buffon l'a décrite 
sous le nom de Renard bleu. 

Ajoutez h cette liste d'autres espèces moi'ns 
connues, telles que le Renard argenté, Can. ar- 
gentatus , Geoff. , qui habite le nord de l'Asie et 
de l'Amérique; le Renard croisé qui se trouve 
dans l'Amérique septentrionale, ainsi que le Re- 
nard de Virginie; le Renard fauve des Etat-Unis 
et le Renard tricolor. Le Renard à grandes oreilles 
est aussi une espc'^ce de ce groupe, et vit au cap 
de Bonne-Espérance. 

Sous le nom de Chien marin on désigne le Pho- 
que; souscelui de Chien rat, la Mangouste du cap; 
est sous celui de Chien des bois, le Raton, 

Les grandes espèces de Roussettes ont quelque- 
fois été appelées Chiens volans. (Gerv.) 

CHIEN. (ÉcoN. rur.) Parmi les nombreuses va- 
riétés de Chiens connues, deux espèces intéressent 
particulièrement l'agriculteur , le Chien de berger 
et le Chien de garde. Je vais parler d'eux sous le 
rapport de leur utilité et de leur intelligence. Je 
dirai aussi quelque chose du Chien de Terre-Neuve 
et du Chien des Alpes , qui sert coramunément 
aux propriétaires ruraux de l'Amérique du nord 
pour la garde de Ipurs habitations et pour celle de 
leurs bestiaux. 

Le Chien de berger est de de ux sortes : le Chien 
de berger proprement dit, et le Chien de Montagne. 
L'un et l'autre sont d'une ressource également 
inappréciable : ils soulagent le pâtre dans les soins 
les plus fatigans de sa vigilance; lui épargnent les 
cris, les allées et les venues continuelles qui ren- 
draient sa présence inutile; ils régnent h la tête et 
sur les flancs du troupeau, dont ils se font obéir; 
ils le contiennent dans sa marche , le rassemblent 
s'il s'écarte ; l'éloignent des blés , des vignes , des 
jeunes taillis , de toutes les cultures qui redoutent 
son approche; ils maintiennent l'ordre, la disci- 
phne dans les rangs ; et, par leur activité, par leur 
surveillance de tous les instans, ils assurent la 



tranquillité de tous les individus de jour comme de 
nuit. Le Chien de berger convient particuhère- 
ment dans les pays de plaines et de coteaux dé- 
couverts ; il n'est pas assez multiplié dans nos dé- 
partemens méridionaux. Le Chien de montagne, 
au contraire, est préférable dans les pays de bois 
ou de hautes montagnes coupées, comme les Alpes 
et les Pyrénées , par des cavités , d'épais buissons, 
par des anfractuosités qui servent de retraite aux 
loups. 

Lepremier, représenté pi. io2,fig. 1, aies oreilles 
courtes et droites, la queue peu dante ou légèrement 
recourbée en haut, le poil long et noir sur tout le 
corps, excepté sur le museau; son aspect n'a rien de 
flatteur pour l'œil, mais s'il pèche du côté de la 
beauté, de l'élégance, ses perfections naissent d'une 
grande intelligence, d'une activité rare, long-temps 
et exactement soutenue, d'une industrie vraiment 
surprenante. Il est très sobre. Le seul 'reproche 
qu'on puisse lui faire, c'est d'être quelquefois trop si- 
lencieux et den'êtrepas toujours assez fort pour éloi- 
gner l'approche redoutable du loup , encore moins 
pour lutter avec succès contre lui. Le second est 
vif, hardi , entreprenant , ne redoute point le loup 
le plus vigoureux; il le signale par la force de ses 
aboiemens, court au devant de lui, l'attaque avec 
force, et s'il est armé de son collier garni de 
pointes de fer aiguës , il triomphe constamment de 
sa voracité. J'ai vu sur les chaumes des Vosges un 
semblable combat. Il fut long h cause des ruses 
employées par les deux ennemis. Le loup, quoique 
blessé, allait échapper par une fuite précipitée; 
mais le Chien sut le doubler h l'entrée d'un défilé , 
l'attaqua de nouveau avec fureur et remporta la 
victoire. Il revint au pâtre rempli de joie , et fut 
récompensé par des caresses et un morceau de 
pain bis qu il mangea avec délices. Le poil du Chien 
de montagne est brun, épais et fourni; sa tête est 
forte, son front large, son cou gros; il a les yeux et 
les narines noires, les lèvres d'un rouge obscur, 
les jambes grandes , les doigts écartés , armés d'on- 
gles durs et courts. 

Le Chien de garde , que l'on nomme aussi 
Chien de basse cour , est celui auquel on remet la 
garde des fermes et des habitations champêtres. 
11 appartient d'ordinaire h la race des Mâtins, quel- 
quefois h celle des Dogues; il faut le choisir tou- 
jours parmi les plus vigoureux et les plus grands. 
On ne peut se passer de ce gardien fidèle, dont 
la vigilance n'est jamais en défaut ni le jour ni la 
nuit, et s'étend à toutes les parties des bâtimens, 
des cours, des jardins. Il importe, pour la sûreté 
de tous, comme pour l'entier accomplissement de 
sa tâche difficile, qu'il connaisse et sache distin- 
guer de loin les personnes de la maison, les amis 
qui la fréquentf^ntet les gens que le service y amè- 
ne. Quant aux étrangers, il doit avertir de leur 
approche et surtout de leur entrée, s'opposer 
courageusement à toutes les entreprises hostiles, 
principalement durant la nuit , et ne rien laisser 
passer autour de lui sans donner l'éveil aux autres 
gardiens. Sentinelle incorruptible, il emploie pour 
défendre son maître et ses propriétés des aboiemens 

réitérés 



CHIE 



i53 



CHIE 



réitérés , des efforts , des cris de colère , les accens 
de la fureur, toute la puissance de la vie. Rien ne 
lui coûte pour donner des preuves d'un dévoùment 
sans bornes , il se laissera écharper , il verra son 
sang couler de toutes parts , plutôt que de quitter 
le poste qui lui a été confié ; pourvu qu'il sache 
son maître hors de danger, il reçoit la mort sans 
donner une larme aux douleurs qu'il endure. 

L'intelligence admirable du Chien de garde, 
son attachement extrême, sa fidélité h toute 
épreuve sont au dessus des éloges. Du faîte de 
l'aisance, voit- il son maître tomber dans la misère 
et obligé de quitter son domaine, pour chercher 
un autre asile : loin de se refroidir , comme le font 
les parens les plus proches, les amis les plus in- 
times, il s'attache davantage à lui , il va lui rendre 
l'exil moins amer, diminuer l'horreur de son isole- 
ment, partagersa misère et,s'il le faut, périr avec lui. 

Me misenim mater , soror , nxor , arnica , parentes 
deseï nere : canis nunc milii sola manct. 

Le Chien de Terre-Neuve provient de cette 
île de l'Amérique septentrionale , long-temps re- 
gardée par les navigateurs comme un pays inhos 
pitalier, qui ferme au nord l'entrée du golfe où 
va se perdre le large fleuve du Canada. Ce Chien 
est doué d'un instinct particulier pour braver la 
fureur des flots et retirer de l'eau les personnes ou 
les objets naufragés ; il est également propre à la 
garde des troupeaux et à remplacer nos Chiens 
ordinaires de basse-cour. On le dit né de l'union 
d'un Dogue anglais et d'une Louve indigène à l'île 
de Terre-Neuve ; l'on assure de plus qu'il n'y exis- 
tait point lors des premiers établissemens de l'Eu- 
rope moderne. Il est d'une foke taille, à peu près 
celle du Chien danois ; sa couleur est noire avec 
quelques taches blanches sous le cou et au mi- 
lieu du front. A l'approche de l'hiver , sa peau se 
recouvre d'un long poil soyeux, d'un noir rou- 
geîitre. Il est surtout remarquable par ses doigts 
palmés. Doux et caressant, il aime à être flatté; 
son intelligence le rend capable de tous les exer- 
cices qu'on lui demande; il donne fort peu de 
voix. Dans son pays, on le nourrit ordinairement 
de poissons frais, salés ou bouillis et mêlés à des 
pommes de terre , à des choux cuits à l'eau. 
Quand on ne lui fournit pas assez à manger, il se 
jette sur la volaille avec laquelle il prend plaisir h 
jouer. Dans l'état sauvage, il fait une guerre cruelle 
aux brebis , dont le sang paraît alors être pour lui 
un breuvage délicieux; il les poursuit avec achar- 
nement, les force à se précipiter à la mer, il les 
suit, les ramène sur le rivage, et là , il les perce h 
la gorge d'un coup de dent , suce avec une hor7 
rible joie tout le sang et ne touche jamais h la 
chair de la victime. Un pareil vice disparaît dès 
qu'il est instruit par l'éducation. Ce Chien est sur- 
tout extrêmement utile pour sauver les personnes 
qui tombent à l'eau et sont en danger de se noyer. 
Depuis cinquante ans l'Angleterre s'en est appro- 
prié l'espèce; on l'a introduite en France de- 
puis i8ig, et nous n'en voyons encore aucun in- 
dividu sur les bords de la mer , de nos grandes 



Tome II. 



rivières, de nos lacs et de nos étangs , où cepen- 
dant, chaque année, il périt tant d'enfans et de bes- 
tiaux, les secours ordinaires y étant toujours tar- 
difs et souvent impossibles. A qui la faute ? l'ad- 
ministration veut tout faire et ne fait rien ; elle a 
des agens plus occupés d'assurer leur fortune par- 
ticulière, que des affaires publiques , que des choses 
intéressant les masses. 

Le Chien des Alpes mérite une mention à la 
suite des trois espèces dont je viens de parler. Né 
de l'union du Chien de berger avec une femelle 
du Mâtin, il tient pour la taille de cette dernière; il a 
les poils longs, le museau effilé, l'intelligence du 
premier. A l'esprit de vigilance de tous les deux, 
il réunit la bonté, la sollicitude empressée, le dé- 
voùment le plus tendre. C'est lui que l'on voit 
sur le mont Bernard et les Alpes glacées du Haut- 
Yalais, au mont Liban, dans les savanes et les 
vastes solitudes de l'Amérique du sud, aller à la 
recherche des voyageurs égarés,, les appeler par 
ses aboiemens , leur porter des secours et les ar- 
racher aux dangers qui les menacent incessam- 
ment. Il a reçu cette pieuse mission de quelques 
cénobites demeurés amis des hommes , tout en 
fuyant leur compagnie, qui ne laisse pas toujours 
intact dans le cœur le sentiment si doux de l'hu- 
manité, de l'amitié, de la commisération. Le 
Chien s'en acquitte fidèlement et en a transmis 
l'habitude à ses descendans. 

D'aussi merveilleuses qualités ne sont point limi- 
tées à ces Chiens , la même chaleur de sentimens, 
le même zèle dans l'obéissance. la même fidélité, 
le même courage , le même souvenir pour le bien- 
fait, le même abandon , j'allais dire la même pen- 
sée, le même jugement, le même oubli de soi se 
retrouvent dans les autres Chiens que l'homme 
traite avec douceur, avec reconnaissance. Je vais 
choisir quelques traits dans la foule de ceux que j'ai 
recueillis, je les demande à des espèces différentes, 
afin de mieux convaincre et de varier les sujets. 
Christophe Colomb , dans son voyage de décou- 
vertes, fit l'observation que les Chiens, embar- 
qués abord de ses vaisseaux, reconnaissaient l'ap- 
proche delà terre, bien avant que les yeux de 
l'homme ou les lunettes pussent l'indiquer. Le 
célèbre naturaliste Pérou a constaté le même fait 
dans son expédition aux Terres Australes. Au voi- 
sinage des terres, surtout lorsque le vent en ve- 
nait , les Chiens s'agitaient en témoignant un 
grand désir d'y descendre; ils se tenaient assidû- 
ment vers la partie du vaisseau qui y était tour- 
née. C'est ainsi qu'ils annoncèrent les premiers à 
Pérou les parages des Canaries, de l'île Maurice, 
les côtes de la Nouvelle-Hollande. 

Durant les premières campagnes d'Italie, diri- 
gées par Napoléon Bonaparte, le Caniche Mous- 
tache s'est hh distinguer par son audace militaire; 
ce fut surtout h la bataille de Marcngo qu'il s'at- 
tira l'amitié de nos troupes par ses marches et 
contremarches, pour découvrir les mouvemens de 
l'ennemi et détourner nos soldats des embûches 
qu'on leur tendait. Il était sans cesse à l'avant- 
garde , et allait toujours le premier à la décou- 



100" Livraison. 



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CHIE 



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yerte. Nos soldats avaient en lui une telle con- 
fiance, qu'ils suivaient aveiiglément le chemin 
qu'il leur indiquait ; ils ont plus d'une fois , grâce 
à sa vigilance, surpris et mis en déroute l'ennemi 
qui s'avançait de nuit et par des routes détournées. 
Bourriennc , le grand calomniateur de toutes les 
gloires nationales, Bourrienne a voulu déshériter 
Moustache de ses hauts faits et de son noble dé- 
Touement; l'armée l'a vengé en ayant soin de lui, 
quand il fut blessé au champ d'honneur, et lui 
rendit les hommages militaires à sa mort. 

Parade aimait la musique; le matin il assistait 
régulièrement à la parade aux Tuileries ; il se 
plaçait au milieu des musiciens , marchait avec 
eux, s'arrêtait avec eux, et lorsqu'ils avaient ter- 
miné leur exercice, il disparaissait jusqu'au len- 
demain à la même heure. L'habitude de le voir 
toujours exact , toujours attentif, lui fit donner le 
nom sous lequel il est connu; bientôt il fut fêté 
par chacun de ses nouve?ux amis , et tour à tour 
invité h dîner. Celui qui voulait l'avoir lui disait, 
en le flattant de la main : « Parade, aujourd'hui 
tu dîneras avec moi. » Ce mot suffisait , le chien 
suivait son hôte , mangeait gaîment , payait son 
écho par des caresses , mais aussitôt le dîner ter- 
Diiné, il partait pour l'Opéra, les Italiens ou Fey- 
deau: il se rendait droit à l'orchestre, se plaçait 
dans un coin , et ne sortait qu'à la tin du spectacle. 
J'ai vu Parade en 1798. Son nom, sa réputation 
étaient encore dans la mémoire de tous les musi- 
ciens lors de mon retour de mes voyages en 1 808. 

Durant mon séjour à Parme, en février 1806 , 
j'ai remarqué une Chienne de l'espèce du Mâtin, 
ïaisaot le métier de mendiant et y dressant ses 
petits. De cette habitude elle avait reçu le nom 
de Poverina.'ïons, les jours elle se rendait, de deux 
à trois heures, devant les iriaisons où l'on était dans 
l'usage de lui faire l'aumône . Elle annonçait sa 
présence en poussant un seul aboiement, sem- 
blable h celui qu'émet d'ordinaire le Chien qui 
demande qn'on lui ouvre une porte ; puis après 
deux minutes , elle en donnait un autre , et con- 
tinuait ensuite , mais plus fort , plus fréquemment, 
durant un quart d'heure , jusqu'à ce qu'elle eût 
reçu quelque chose à manger. Chaque jour avait 
sa rue , chaque rue ses maisons attitrées. J'ai suivi 
ces scènes à diverses reprises, et les habitans de 
Parme m'ont assuré qu'elles se renouvelaient déjà 
depuis plusieurs années. 

A Rome , le Chien lévrier d'un peintre de mes 
amis était chargé d'aller, tous les malins, chercher 
le pain que nous devions consommer dans le jour. 
TVous déposions dans le panier l'argent nécessaire 
et notre boulanger livrait h Vento notre petite 
provision. Tout alla fort régulièrement durant 
deux mois. Bientôt il nous manque une pagnotte; 
d'abord nous n'y fîmes aucune attention, mais la 
chose se renouvelant chaque jour, nous nous 
plaignîmes; assurance de la part du boulanger 
que nous étions servis fidèlement ; il fallut donc 
observer le Chien , et nous vîmes en effet que la 
soustraction était réellement de son fait. Vento se 
prouvait époux et père à notre insu ; pour aider 



sa compagne et son petit , il enlevait h chaque 
voyage ua pain frais qu'il leur portait. Sa famille 
avait pris domicile près de mon habitation , der- 
rière des marbres rangés le long de l'église des 
Grecs. Il enlevait aussi nécessairement des débris 
de notre table, car du moment que nous eûmes 
découvert le motif de son vol et que nous l'eûmes 
autorisé , il ne se gêna plus , et il finit même par 
nous témoigner sa joie, en nous apportant son 
petit et en amenant avec lui sa chère compagne. 

Encore un trait , ce sera le dernier. Tropique , 
Chien braque , né à bord de la corvette le Géo- 
graphe , avait un tel attachement pour son habita- 
tion flottante , qu'il ne la quittait pas sans peine, 
pour suivre dans ses excursions sur terre le natu- 
raliste Lesueur, qui fut l'ami et le compagnon de 
Péron. Comme le vaisseau terminait son voyage 
aux Terres Australes et se disposait à revenir en 
France, l'équipage consentit à laisser Tropique h 
l'île Maurice chez l'un des habitans où il avait été 
bien reçu ; mais le Chien ayant trouvé moyen de 
s'échapper, vint à la nage rejoindre une première 
fois le bâtiment , éloigné de [la côte d'une demi- 
portée de canon. On le rendit à son nouveau 
maître, et, le départ approchant, on changea de 
mouillage et on alla se placer dans la grande rade, 
à environ une lieue du fond du port , dans l'en- 
droit où les bâtimens prêts h partir ont coutume 
de faire leurs dernières dispositions. Tropique 
s'étant encore échappé, nagea d'abord du côté 
où il avait trouvé la corvette une première fois ; 
mais -ne l'y ayant point rencontrée, il vint, par 
un prodige d'intelligence et de courage , la re- 
joindre à une aussi grande distance. On l'aperçut 
de loin , se reposant de temps en temps sur les 
bouées ou bois flottans destinés h marquer l'entrée 
du chenal. On le vit redoubler de force et d'ardeur, 
dès qu'il put entendre la voix des personnes du 
bâtiment; et cette fois, du moins, son attache- 
ment reçut sa juste récompense; on le garda à 
bord. Arrivée au Havre, d'où elle était partie 
trois ans auparavant, la corvette fut désarmée, 
l'état-major logea terre, et peu hpeu le bâtiment 
devint désert. Tropique allait et venait pendant 
tous ces travaux , suivant tour à tour Lesueur ou 
ses compagnons , mais ne manquant jamais de re- 
venir h bord le soir, ou à l'heure des repas. Bien- 
tôt il ne resta sur la corvette qu'un seul gardien 
inconnu à Tropique : il devint alors triste et rêveur. 
Lesueur mit tout en œuvre pour se l'attacher et 
l'empêcher de retourner tous les soirs à bord. II 
ne put y réussir. Un jour l'on changea de place 
la corvette, qui fut emmenée dans le bassin inté- 
térieur du port; Tropique, h son retour, ne 
l'ayant pas trouvée, passa la nuit sur un ponton 
qui avait été placé entre la terre et le bâtiment. 
11 y demeura encore la journée du lendemain 
jusqu'au soir, qu'étonné de ne l'avoir point vu, 
Lesueur alla le chercher. Tout son extérieur était 
changé, il avait perdu sa gaîté; craintif, b tête 
et la queue basses , n'avançant plus qu'avec len- 
teur, les regards tristes , abattus, tout indiquait 
chez lui le plus violent chaiirin. Ce fut en vain 



I 





J . ( luooniini 



:) Cl, 



i^m panse 



^: C'uertn litr 



CHIL 



i55 



CHIL 



que le jeune naturaliste le pressa dans ses bras , 
l'appela de la voix et qu'il cherchait à le distraire 
par ses caresses , par ses attentions , tout fut inu- 
tile. Tropique retournait constamment sur le 
ponton ; enfin il refusa toute espèce de nourriture, 
et le malheureux , les yeux fixés sur l'endroit où 
■ avait été la corvette , expira en pleurant sa pa- 
" trie!.... (T.D. B.) 

CHIENDENT, (bot. phan.) C'est le nom vul- 
gaire de deux espèces de graminées qui appar- 
tiennent à deux genres différens : l'une, connue 
sous le nom de Chiendent des boutiques, est le 
Trlticum repens de Linné (v. Froment) ; l'autre , 
le Chiendent pied de poule , est le Panicum dac- 
tylon, Linn. {v. Panic). On donne encore le nom 
de Chiendent à d'autres plantes appartenant à 
divers genres , voici les principales : 

Chiendent AQUATIQUE. ^oj.Fétuque FLOTTANTE. 

Chiendent a brossettes. f^oy. Dactyle pelo- 
tonné. 

Chiendent fossile. Nom donné par quelques 
auteurs à l'Amiante. 

Chiendent marin. C'est une espèce de Varec. 

Chiendent queue de renard , espèce du genre 
Vulpin. 

Chiendent ruban. Le Roseau panaché. 

Chiendent a vergettes. M. Bosc a reconnu que 
c'est la racine du Barbon digité. (Guéh.) 

CHIGOMIER. (bot. i'han.) Ce nom, qui rap- 
pelle celui de Ckigouma, employé par les indigènes 
des régions chaudes de l'Amérique, avait d'abord 
été adopté par les botanistes français ; mais de- 
puis quelques années on lui préfère celui de Com- 
bret, comme plus scientifique. {Voy. Combret.) 
Nous avons représenté une belle espèce de ce genre, 
le Chigomier écarlate, dans notre Atlas, pi. io3, 
%. 1. (T. o. B.) 

CHILOGNATHES, Ch'dognatha. (ins.) Famille 
de l'ordre des Myriapodes , qui formait autrefois 
le genre Jule de Linné , ayant pour caractères : 
corps cylindrique , muni d'un grand nombre de 
pieds disposés par paire sur chaque anneau ; an- 
tennes de sept articles. Ces insectes , comme tous 
ceux de l'ordre dont ils font partie, ont le corps 
linéaire crustacé; la tête est de même grosseur 
que le corps ; la bouche se compose de deux man- 
dibules épaisses , sans palpes , visiblement divisées 
en deux dans leur longueur par une suture, avec 
la partie supérieure munie de dents et recou- 
verte par une espèce de lèvre. Les quatre pre- 
mières paires de pieds , qui ont leur article basi- 
laire beaucoup plus long que dans les autres, et 
insérés sur la ligne médiane du corps , paraissent 
faire partie accessoire de la bouche. Les autres 
pieds sont très-courts , munis d'un seul crochet à 
l'extrémité, et insérés par paire sur chaque an- 
neau, à compter du quatrième pu cinquième. Les 
organes mâles sont situés après le septième an- 
neau et ceux femelles après le second , mais ils ne 
paraissent guère qu'après que les insectes ont at- 
teint au moins le tiers de leur longueur totale , ce 
qui , dans quelques espèces , n'arrive que vers la 
^deuxième année. Les stigmates sont situés en ar- 



rière de la seconde paire de pattes de chaque seg- 
ment. Les deux ou trois derniers anneaux étant 
apodes doivent aussi être dépourvus de stigmates. 
Ces organes communiquent avec une double série 
de réservoirs pneumatiques répendant des tra- 
chées sur tous les autres organes. M. Straus croit 
que ces réservoirs ne sont point liés entre eux 
par une trachée principale. Comme cette obser- 
vation serait anomale, je pense qu'elle mérite 
d'être de nouveau examinée. 

Degéer et M. Savi , professeur à Pise, se sont 
occupés d'étndier les mœurs de ces insectes; 
on doit au dernier d'avoir rectifié une erreur que 
l'on avait commise par rapport aux stigmates , et 
d'avoir indiqué leur vraie place, car ce qu'avant 
lui l'on prenait pour eux, n'est qu'une suite de 
pores propres à laisser écouler une humeur fétide, 
et que peut-être ces insectes emploient comme 
moyen de défense. L'accouplement était connu, 
le mâle et la femelle sont appliqués immédiate- 
ment l'un contre l'autre ; sa saison est pendant 
l'hiver pour l'Italie ; mais les résultats de cet acte 
sont loin d'être aussi clairs. Degéer avait dit que, 
lors de la première mue , les petits ont six pattes, 
M. Savi leur en voit vingt-deux à la première 
mue, je suis tenté de croire que quelques mues 
intermédiaires lui ont échappé. C'est une obser- 
vation qu'on peut engager l'auteur à recommen- 
cer lui-même. A la seconde mue, le nombre s'ea 
élève, suivant lui, à trente-six paires; à la troi- 
sième à quarante-trois; enfin à l'état adulte le 
corps du mâle a trente-neuf segmens, et la femelle 
soixante-quatre. 

Ces insectes, avec un nombre de pieds si rap- 
prochés et si courts , ont l'air de glisser sur le 
plan de position plutôt que de marcher. Ils vivent 
des débris des végétaux sous lesquels on les trouve 
souvent, ainsi que sous les écorces des arbres. 
F. Jules, Glomeris, Polydème ,Polyxène. (A. P.) 
• CHILOPODES, Chiiopoda. (ins.) Famille des 
Myriapodes , formant auparavant le seul genre 
Scolopendre de Linné. Ainsi que les Chilognathes, 
ces insectes ont le corps allongé , mais déprimé. 
On peut leur donner pour caractères : corps al- 
longé, déprimé, segmens ne portant qu'une paire 
de pattes; bouche armée de deux pieds-mâchoires 
percés en dessous pour laisser écouler une liqueur 
vénéneuse. 

Ces insectes ont la tête déprimée , les antennes, 
au moins de quatorze articles , plus minces à leur 
extrémité ; la bouche se compose de deux man- 
dibules offrant un petit palpe, d'une lèvre dont les 
deux divisions extérieures sont comme annelées 
et représenteraient des palpes labiaux, d'une pre- 
mière paire de petits pieds réunis à leiîr base et 
unguiculés au bout , et enfin d'une seconde paire 
de pieds joints h leur naissance , dilatés, ayant le 
crochet très-développé et percé en dessous pour 
le passage d'une liqueur vénéneuse ; le corps est 
membraneux , plus large vers le milieu de sa lon- 
gueur. Chacun des segmens est recouvert d'une 
plaque écaille use portant une seule paire de pattes; 
la dernière, plus développée que toutes les autres, 



CHIM 



i56 



CHIM 



est rejetée en arrière et ne sert pas à la marche. Les 
organes sexuels sont situés à l'extrémité du corps. 

Ces insectes sont carnassiers, évitent la lumière, 
aussi les trouve-t-on le plus souvent sous les pierres , 
les écorces d'arbres et dans les fumiers. La mor- 
sure de quelques espèces d'une grande taille peut 
donner lieu h des accidens graves. Voyez Scolo- 
pendre , ScuTiGÈRE, etc. (A. P.) 

CHIMÈRE, Chlmœra. (poiss.) C'est un objet 
très-digne d'être remarqué que ce grand poisson 
cartilagineux, dont la conformation estsi curieuse 
qu'elle lui a fait donner le nom de Chimère, et 
même celui de Chimère monstrueuse par Linné 
et par d'autres naturalistes. L'agilité et en même 
temps l'espèce de bizarrerie de ses mouvemens , 
la mobilité de sa queue très-longue et très-déliée, 
la manière dont ses dents se meuvent , et celle 
dont ce poisson remue également les différentes 
parties de son museau, souples et flexibles, ont 
en effet retracé au yeux de ceux qui l'ont observé, 
l'allure, les gestes et les contorsions des singes les 
plus connus. D'un autre côté , tout le monde sait 
que l'imagination poétique des anciens avait donné 
à l'animal redoutable qu'ils appelaient Chimère , 
une tête de lion et une queue de serpent ; la lon- 
gue queue du cartilagineux ^que nous examinons 
rappelle celle d'un reptile , et la place ainsi que la 
longueur des premiers rayons de la nageoire du 
dos représentent , quoique très-imparl'aitement , 
une sorte de crinière , située derrière la tête qui 
est très-grosse , ainsi que celle du lion; d'ailleurs 
les différentes parties du corps de cet animal ont des 
proportions que l'on ne rencontre pas dans la classe, 
cependant très-nombreuse, des poissons, et qui lui 
donnent, au premier coup d'oeil, l'apparence d'un 
être monstrueux. Enfin la conformation particu- 
lière des parties sexuelles , tant dans le mâle que 
dans la femelle , et surtout l'appareil extérieur de 
ces parties, ajoutent à l'espèce de tendance que 
l'on a , dans les premiers momens où l'on voit la 
Chimère arctique, à ne la considérer que comme 
un monstre, et doivent la faire observer encore 
avec un plus grand intérêt. On a assimilé en quel- 
que sorte sa tête à celle du lion ; on a voulu , en 
conséquence , la couronner comme celle de ce 
dernier et terrible quadrupède. Le lion a été 
nommé le roi des animaux ; on a donné aussi un 
empire à la Chimère, et plusieurs auteurs l'ont 
appelée le roi des harengs, dont elle agite et pour- 
suit les immenses colonnes. On ne connaît encore 
dans le genre Chimère qu'une seule espèce ; la 
CniMiîRE ARCTIQUE , chlmdera monstruosa , Linné , 
Bloch , 124. Sa dénomination indique les contrées 
du globe qu'elle habite. Elle ne s'approche que 
rarement des contrées tempérées, et ne se plaît , 
pour ainsi dire, qu'au milieu des montagnes de 
glace, et des tempêtes qui bouleversent si souvent 
les plages polaires. Ce poisson est long de trois 
pieds quand il est adulte; sa couleur est jau- 
nâtre avec des taches noires. La Chimère s'ac- 
couple h la maniè-re des raies et des squales. Les 
œufs sont fécondés dans la vulve de la mère , 
comme ceux des squales et des raies. Mais ce qui 



est plus digne de remarque , et qui rend la Chi- 
mère un êtreplus extraordinaire et plus singulier , 
c'est que , seule parmi tous les poissons connus 
jusqu'à présent, elle paraît féconder ses œufs 
non-seulement pendant un accouplement réel , 
mais encore pendant une réunion intime, et par 
une véritable intromission. Plusieurs auteurs 
ont écrit en effet que la Chimère mâle avait une 
sorte de verge double; on a également remarqué 
sur la femelle, un peu au dessus de l'anus, 
des parties très - rapprochées , saillantes, arron- 
dies , assez grandes , membraneuses , plissées , 
extensibles , et qui présentaient chacune l'origine 
d'une cavité qui correspond jusque dans l'ovaire. 
Ces deux appendices doivent être considérés cojnme 
une double vulve destinée à recevoir l'organe 
mâle, et nous avons d'autant plus cru devoir les 
faiïe connaître , que cette conformation , très-rare 
dans plusieurs classes d'animaux , est très- éloignée 
de celle que présentent les parties sexuelles des fe- 
melles des poissons. La Chimère arctique . cet 
animal extraordinaire par sa forme, vit, ainsi que 
nous l'avons dit plus haut, au milieu de l'Océan 
septentrional; ce n'est que rarement qu'elle s'ap- 
proche des rives. Le temps de son accouplement 
est presque le seul pendant lequel elle quitte la 
haute mer; elle se tient presque toujours dans les 
profondeurs de l'Océan , où elle se nourrit, pour 
l'ordinaire, de crabes , de mollusques, et si parfois 
elle se présente à la surface de l'eau, ce n'est que 
pendant la nuit , ses yeux grands et sensibles ne 
pouvant supporter 'qu'avec peine l'éclat de la lu- 
mière du jour. On l'a vue cependant attaquer ces 
légions innombrables de harengs dont la mer du 
Nord est couverte à certaine époque de l'année, 
les poursuivre, et faire sa proie de plusieurs de 
ces faibles animaux. Au reste , les Norvégiens et 
d'autres habitans des côtes septentrionales, vers les- 
quelles elle s'avance quelquefois , se nourrissent 
de ses œufs et de son foie , qu'ils préparent avec 
plus ou moins de soin. Nous avons donné une 
figure de cepoissoiî dans notre Atlas, pi. io4,fig. i- 

(Alph. g.) 

CHIMIE. La Chimie est la science qui apprend 
à connaître l'action intime et réciproque des mo- 
lécules intégrantes des corps les unes sur les autres. 

Suivant quelques auteurs, le mot Chimie est 
arabe; suivant d'autres , il est grec. Dans la pre- 
mière supposition, il signifie Yart qui traite des pro- 
priclés des corps , détermine leurs principes et leurs 
attractions, les analyse, les recomposes; dans la se- 
conde, il veut dire fondre, ou bien encore suc. 
Cette dernière étymologie est beaucoup moins sa- 
tisfaisante que la première. Enfin la Chimie a été 
appelée tantôt pyrotechnie , ou art du feu; chry- 
sopée, argyropêe, ou fabrication d'or et d'argent; tan- 
tôt science spagyricjue , physique particulière , etc. 
Cette dernière dénomination est la plus convena- 
ble. On sait en effet que la physique et la Chimie 
sont tellement liées l'une à l'autre, qu'on peut les 
considérer comme les parties d'un grand tout, 
d'un grand système auquel on peut donner le nom 
de science de la nature active. 




I 



FI. 



JO^. 




' ( Ininere 



2 . ( liiiicliilla 



JC. ûu^a, du- 



CHIM 



i57 



CHIM 



L'histoire de la Chimie commence par des fa- 
bles, auxquelles ont succédé des observations in- 
complètes, des idées vagues, des hypothèses, des 
théories incertaines , etc. , présentant çh et là quel- 
ques faits constatés, quelques pocédés ingénieux. 
Les premierschimislesontélé ceux qui ont trouvéles 
moyens d'extraire, de fondre, d'allier les métaux. 

Comme toutes les sciences, la Chimie a marché 
lentement ; ses pas ont été sans cesse arrêtés par 
les rêves de l'astrologie judiciaire et le roman de 
la pierre philosophale. Jusqu'à i64o, elle n'a of- 
fert que quelques faits particuliers. A cette époque, 
Rhazès, Roger Bacon, Arnaud de Villeneuve, Ba- 
sile Valenlin , Paracelse , etc. , signalèrent plusieurs 
propriétés de certains métaux, comme le fer, le 
mercure, l'antimoine, etc.; les acides nitrique, 
sulfurique , hydrochlorique furent trouvés, les dis- 
tillations inventées, l'opium et les alcalis purifiés, 
le sel de glauber (sulfate de soude cristallisé) dé- 
couvert, etc. 

Sthal paraît; Sthal,qui commenta, rectifia et 
étendit les idées de Bêcher, établit sa théorie du 
phlog'istUjue, théorie qui ne put résister à la Chi- 
mie pneumatique , monument du génie de Black, 
Priestley, Cauvendish et Lavoisier, etdontFour- 
croy a été jusqu'à présent le plus parfait historien. 

Du temps de Sthal , quand un métal s'oxidait, 
soit par l'air serd, soit par l'air et le feu, on disait que 
le métal perdait son phlogistique; un métal oxidé 
était-il réduit, c'est-à-dire ramené à son état na- 
turel, le ûiétal reprenait son phlogistique; mais 
aussitôt que l'on eut connu la composition de l'air 
atmosphérique , on vit que les corps brûlés ou 
oxidés, au lieu de perdre de leurs principes, s'em- 
paraient d'un des élémens composant l'air, et cet 
élément, c'était l'oxigène. Cette découverte fit faire 
des pas immenses à la Chimie. Miis ce qui re- 
haussa surtout cette science , ce fut la nomen- 
clature adoptée, pour la première fois, en 1787, et 
que l'on doit au génie des Lavoisier, Fourcroy , 
Guyton de Morveau et BerthoUet, 

Des deux moyens mis en usage, pour connaître 
la nature intime des corps, l'analyse et la synthèse, 
le premier sépare , met à nu les principes consti- 
tuans des corps composés, le second réunit les mê- 
mes principes pour rétablir la substance analysée. 

De même que la physique est inséparable de la 
Chimie , de même l'histoire naturelle lui est in- 
timement liée. En effet, avant que le chimiste 
porte son investigation sur le premier corps venu, 
il est bon que le règne et les propriétés extérieures 
de ce corps lui soient parfaitement connus. Cette 
vérité prouve toute l'étendue et toute l'importance 
de la Chimie. 

Pour faciliter l'étude d'une science aussi im- 
mense de détails qu'est la Chimie , on l'a divisée et 
S'ubdivisée en plusieurs parties que l'on peut atta- 
quer séparément, et cela avec d'autant plus de 
raison, que tous les phénomènes s'expliquent par 
une théorie générale , et qu'ils se rapportent à un 
certain nombre de lois qu'il faut connaître. L'en- 
semble de ces lois s'appelle la Chimie philosophi- 
que. Celle Chimie nous fait considérer ce que l'on 



doit entendre par affmité d'agrégation ou de co- 
hésion , par affinité de composition ; elle nous fait 
voir que l'affinité peut avoir lieu : 1° entre deux 
substances simples ; 2° entre une substance simple 
et une composée ; 5° entre des corps composés et 
d'autres corps composés. C'est elle qui mesure les 
forces de l'affinité , qui tient compte des circons- 
tances qui favorisent ou empêchent les attractions; 
qui examine le rôle que jouent dans les réactions 
chimiques, le calorique, la lumière, l'électri- 
cité , etc., etc. Enfin, cette même Chimie philo- 
sophique nous explique les phénomènes connus 
sous le nom de solution, saturation, cristallisation , 
effervescence , etc. 

Suivant que la Chimie s'occupe de telle ou telle 
généralité des sciences de la nature , on la divise 
en plusieurs branches particulières; ainsi, on l'ap- 
pelle : Chimie météorique, quand elle donne l'ex- 
plication de la formation des nuages, de la pluie, 
des brouillards , de la neige , de la grêle , etc. ; 
Chimie géologique , quand elle s'occupe de l'élude 
spéciale des volcans, des mines, des houillères, des 
tremblemens de terre , etc. ; Chimie minérale , vé- 
gétale , animale, quand elle s'applique à connaître 
la composition d'un minerai, d'une plante ou d'un 
animal; Chimie physiologique, pathologique , quand 
elle considère les changemens qui se passent pen- 
dant la vie des animaux et ceux qui sont survenus 
après leur mort; Chimie thérapeutique ou phar- 
niacologique , quand elle analyse les médicamens, 
éclaire le manipulateur dans leur préparation; 
Chimie hygiénique, quand elb indique les moyens 
d'assainir les habitations, de connaître la compo- 
sition de l'air; Chimie toxicologique , quand elle 
éclaire le juge dans un procès criminel, un cas 
d'empoisonnement par exemple; enfin Chimie ma- 
nufacturière, quand elle s'applique aux arts, qu'elle 
étend, qu'elle perfectionne, qu'elle simplifie. 

A toutes ces divisions , nous pourrions en ajouter 
uneautre,la Chimie méf/fca/e, chimie qui n'est autre 
que celle que nous avons appelée physiologique, 
pathologique,thérapeutique,pharmacologique et toxi- 
cologique. En effet, quels importans serricesla Chi- 
mie n'a-t-elle pas rendus à la médecine, 1° en s'oc- 
cupant de la composition et de l'altération des soli- 
des et des liquides du corpshumain; 2° en facilitant 
l'étude de l'anatomie; en mettant entre les mains 
de l'étudiant les moyens de macération, de corro- 
sion, etc., dont il abesoin, pour suivre les plus petites 
divisions d'un nerf, d'une artère, etc.; 5° en enri- 
chissant la matière médicale d'agens nouveaux , 
plus simples dans leur composition, et plus faciles 
à suivre dans leur mode d'action; 4° enfin, en 
éclairant le praticien dans la composition de ses 
formules, de ses prescriptions, choses toujours 
très-difficiles , susceptibles d'erreur, sans des con- 
naissances précises sur la composition et la décom- 
position des corps. Toutefois ne nous abusons pas 
sur les services rendus à la médecine par la Chimie 
sous le rapport pathologique. Quelques résultats 
analytiques ont pu à la vérité mettre sur la voie, 
pour connaître la nature des altérations physiolo- 
giques survenues pendant la vie et après la mort; 



CHIM 



r58 



CHIM 



mais le plus grand nombre de ces résultats ont 
besoin d'être encore et souvent répétés pour de- 
venir concluans; on sait d'ailleurs que, dans ces 
sortes de recherches , les difficultés nombreuses 
qui se présentent, ne tiennent pas seulement à l'in- 
suffisance des moyens d'investigation , mais en- 
core à une action vitale ou morbide particulière 
qui nous est inconnue. Telle est l'idée qu'on doit 
se faire de la Chimie, tel est aussi le but qu'elle 
se propose, et tels sont les moyens (l'analyse et la 
synthèse) qu'elle a à sa disposition pour arriver à 
ce même but. 

Depuis Lavoisier, les modernes onfr beaucoup 
agrandi la carrière de la Chimie, et la théorie 
trop exclusive sur l'oxigénation a été modifiée. 
Le chlore, l'iode, le brome, le cyanogène, le 
fluor, etc., jouissent des propriétés acidifiantes 
de l'oxigène et forment des acides avec 1 hydro- 
gène; des alcalis, des terres ont été reconnus 
comme oxides métalliques ; des corps qu'on avait 
/;rus simples jusqu'alors, ont été décomposés,* la 
pile voltaïqne et d'autres agens puissans ont été 
découverts ; enfin , dans ces derniers temps, la 
théorie atomique ou atomisliquc a pris faveur, 
et son avenir , dans l'esprit de quelques savans , 
est riche des plus belles espérances et dos plus 
heureuses modifications dans l'analyse organique. 

Dans cette brillante carrière où se sont montrés 
beaucoup d'hommes illustres, tels que BerthoUet , 
Laplace , Monge, Fourcroy, Guyton de Morveau, 
Vauquelin, Sérullas, marchent nujourdhui Gay- 
Lussac, Thénard, Davy, Berzélius , Chevreul, 
Dumas , Piobiquetet une foule d autres savans dis- 
tingués, dont les ouvrages sont devenus classiques. 

Maintenant la Chimie a-t-elle atteint son sum- 
mum de perfection, n'a-t-ellc plus rien à faire? 
Non , certainement. Bien qu'elle ait immensément 
gagné depuis quelques années, elle a encore de 
vastes et importantes recherches h faire sur les 
substances végétales et animales, sur les poisons , 
les aliraens liquides ou solides, etc. A qui im- 
porte t-il, en effet, de connaître la nature des ma- 
tières nutritives , leur quantité dans chaque es- 
pèce de nourriture , leur digestibilité , leur pré- 
paration , leur conservation , etc. , si ce n'est au 
chimiste? Qui examinera les eaux, les vins, les 
liqueurs? Qui s'assurera de leur pureté , de leur 
purification ? le chimiste. 

La Chimie atomique, chimie due à Higgens, sa- 
vant irlandais, développée plus tard par Dalton , 
étudiée ensuite par Berzélius, Ampère, Biot et Du- 
mas, pourra-t-e!le plus facilement que la Chimie 
ancienne résoudre toutes ces questions ? laissera-t- 
elle de longs et utiles souvenirs? nous le désirons 
plus que nous ne l'espérons. En effet, quelle solidité 
peut avoir un système fondé sur des hypothèses , 
sur des êtres imaginaires ,' sur des atomes enfin , 
corps qui ne sont plus accessibles à nos sens, et 
qui n'existent que dans notre imagination ? Toute- 
fois ne repoussons pas cette théorie d'une manière 
absolue; suivons pas h pas ceux qui en senties par- 
tisans , et , plus tard, les faits parleront pour ou 
contre : plus tard aussi nous jugerons. _, 



Nous pourrions encore montrer la Chimie por- 
tant dans les organes déchirés par le poison, les 
corps capables de neutraliser ce qu'une main cri- 
minelle y aurait introduit; nous pourrions également 
la montrer enseignant à extraire et à travailler les 
métaux, la verrerie, la poterie, la porcelaine, la 
teinture, les savons, les acides, etc., etc. ; mais 
nous terminerons là un article qui déjà peut-être a 
dépassé les bornes qui nous sont imposées. (F. F.) 

CHIMPANZÉ, Troglodytes, (mam.) Ce genre 
appartient à la famille des Singes catarrhinins 
ou de l'ancien continent , il ne comprend 
qu'une espèce exclusivement propre à l'Afrique; 
voici quels sont ses caractères : trente - deux 
dents, |: incisives, ^ canines, et ,51 molai- 
res ; les canines peu saillantes et contiguës aux in- 
cisives, lesquelles sont droites aux deux mâchoires 
et disposées comme celles de l'homme ; les mo- 
laires sont aussi dans ce cas; face nue , à mu- 
seau court; front arrondi, mais fuyant en ar- 
rière ; arcades surcilières très-proéminentes , ce 
qui ne donne à l'angle facial que cinquante de- 
grés; conques auriculaires trèf-grandes , mais de 
forme humaine; mains munies d'ongles plats , à 
doigts de même longueur que chez l'homme , 
excepté le pouce ; membres proportionnés ; callo- 
sités des fesses peu prononcées, mais existant ce- 
pendant d'une manière visible, ainsi que l'a re- 
connu M. Isid. Geoffroy ; poils rares sur certaines 
parties et tout-à-fait nuls à la face et à la paume 
des mains ; à l'avant-bras ils sont dirigés du côté du 
coude ; point de queue, non plus que d'abajoues. 

Le Chimpanzé noir , Troglodytes niger , est la 
seule espèce authentique; c'est de tous les Sin- 
ges celui qui se rapproche le plus de l'homme 
tant par ses facultés physiques que par celles desoa 
moral. Son front est arrondi , mais caché par les 
arcades surcilières dont le développement est ex- 
trême ; sa face est brune et nue, à l'exception des 
joues qui ont quelques poils disposés en manière 
de favoris; ses yeux sont petits mais pleins d'ex- 
pression ; le nez est camus et la bouche large. 

Cet animal peut atteindre jusqu'à cinq et six 
pieds de haut. Il lui est facile de se tenir sur ses 
membres inférieurs, et lorsqu'il s'appuie sur ua 
bâton il peut marcher debout pendant un temps 
assez long. Son corps est couvert de poils plus 
nombreux sur le dos, les épaules et les jambes 
que partout ailleurs ; les mains en sont tout-à-fait 
dépourvues à leur face palmaire , ainsi que les 
oreilles et le visage. Ces poils sont généralement 
noirs , cependant à l'entour de l'anus on en voit 
quelques uns qui sont blancs. Les membres ne 
sont point disproportionnés comme chez les Orangs 
et les Gibbons , les supérieurs ne descendent guère 
que jusqu'au jarret, et les inférieurs ont une es- 
pèce de mollet , formé comme chez l'homme par 
les muscles jumeaux et soléaire; leur force est 
très-grande; ils permettent à l'animal de marcher 
et aussi de grimper avec beaucoup d'agilité. Les 
doigts des pieds et des mains sont de même lon- 
gueur que chez l'homme, les ongles sont aplatis. 
Ce caractère, joint à celui que fournissent les 



CHIM 



i59 



CHIN 



membres , différencie parfaitement le Chimpanzé 
de rOrang et fait reconnaître qu'il doit être 
placé avant lui dans la série mammalogique. 

Le Chimpanzé habite l'Afrique , on ne l'a en- 
core observé que sur quelques points intertropi- 
caux de la côte occidentale, dans les forêts du 
Congo, du Loango, d'Angole et de la Guinée. 
Il n'existe point en Asie. Pendant les premières 
années de son âge , il est remarquable par sa dou- 
ceur et la facilité avec laquelle il s'apprivoise,- mais 
li mesure qu'il vieillit, il perd la plupart de ces bon- 
nes dispositions qui sont remplacées p^r les 
instincts les plus farouches. Il ne craint point 
alors d'attaquer l'homme lui-même ; il s'arme 
d'un bâton et- le frappe avec violence ou bien il 
lui lance des pierres. On assure que les Chim- 
panzés sont d'un tempérament fort lascif et que 
plus d'une fois il leur est arrivé d'enlever des né- 
gresses pour en jouir; on cite même une de ces 
femmes qui resta cinq années dans leur société , et 
qui étant ensuite revenue auprès des gens de sa 
nation , leur conta tous les bons traitemens et les 
■attentions que ces singes lui avaient prodigués. 

Les navigateurs ont en plusieurs fois l'occasion 
d'étudier les mœurs des Chimpanzés domestiques, 
et il nous ont appris que ces animaux, lorsqu'on 
les prend encore jeunes, sont susceptibles d'une 
éducation très-variée. • Ils apprennent à se tenir h 
table, aussi bien que pourraient le faire les hom- 
mes de nos contrées civilisées. Ils mangent assez 
de tout , mais affectionnent principalement les su- 
creries. On peut aussi les accoutumer aux liqueurs 
fortes. Ils se servent du couteau , de la fourchette 
et de la cuiller , pour couper ou prendre ce qu'on 
leur sert. Ils reçoivent avec politesse les person- 
nes qui viennent les visiter ; restent pour leur te- 
nir compagnie et les reconduisent. Buffon, qui a 
possédé un de ces singes vivans, a pu vérifier 
presque toutes ces allégations. 

Les naturalistes méthodistes ont tous considéré 
l'espèce qui nous occupe comme devant tenir le 
premier rang parmi celles de la famille des Singes ; 
quelques uns même n'ont pas hésité à les placer 
dans le même genre que l'homme, l'appelant 
Homo sUvestris et Homo troglodytes : c'est ce 
qu'ont fait Tyson , et Linnœus dans les premières 
éditions de son Systema naturct. Mais si les Chim- 
panzés doivent être rangés après l'homme et se 
classer les premiers parmi les Singes , ils n'appar- 
tiennent pas certainement au même genre que 
nous ; c'est d'ailleurs ce que Linnœus a reconnu 
dès qu'il a pu avoir des détails plus exacts sur 
leurs membres qui ont tout-à-fait la conforma- 
tion quadrumane. 

Voici quelques uns des noms que l'on a 
donnés ■ aux Chimpanzés : Simia troglodytes , \Àn- 
nœus ; iSnn^a pygmœus et Simia satyrus , Sclire- 
ber; Troglodites niger, Geoffroy; et dans les ré- 
cits des voyageurs : Pygmée, Puimpanzc , Qtiojas- 
viorrou , Quino-morrou , etc. Buffon n'a pas peu 
contribué h embrouiller cette synonymie. Il a con- 
fondu le Chimpanzé avec l'Orang-outang; dans 
son Histoire naturelle , il désigne d'abord le pre- 



mier par le nom de Jocko, puis dans son Supplé- 
ment il l'appelle de celui de Pongo qu'il avait, 
d'abord appliqué à l'Orang nommé ensuite par 
lui Jocko; c'est-h dire, pour parler plus clairement, 
qu'il a successivement appelé l'un et l'autre et 
Pongo et Jocko. 

Suivant M. Geoffroy, il pourrait bien se faire 
qu'il y eût dans le genre Troglodyte plusieurs 
espèces, deux au moins; car on a constaté que 
tous ces animaux n'ont pas les mêmes habitudes 
etla même démarche. De plus, M. de Blainville a 
procuré au cabinet de la Faculté des sciences un 
crâne qui diffère par quelques caractères de tous 
ceux que l'on connaît. Cette seconde espèce , en 
admettant qu'elle soit reconnue, n'est point cer- 
tainement celle du Chimpanzé à fesses blanches. 
Troglodytes leucoprymnus, décrite pas M. Lesson 
dans ses Illustrations de zoologie: celle-ci n'est 
autre chose, comme il est facile de s'en assurer, 
que le jeune âge de l'espèce ordinaire, lequel a 
un peu plus marqué que l'adulte un de ses carac- 
tères, les poils blancs qui environnent l'anus. 
(M. Isid. Geoffroy, Monographie des singes de 
l'anc. cont. publiée dansleVoyage de M. Bélanger, 
décrit ainsi les couleurs du Troglodytes niger: pe- 
lage noir, quelques poils blancs autour de l'anus.) 

On trouvera dans notre Atlas, pi. io5, fig. 9 el^a a, 
la représentation du Chimpanzé; c'est ime copie 
de celle qu'a donnée le traducteur anglais du Rè- 
gne animal : cette figure , la plus exacte que fou ait 
encore publiée , a été faite d'après un moule pris 
sur nature morte. (Gerv. ) 

CHIINCHILLA. (mam. ) Jusque dans ces der- 
niers temps, l'histoire du Chinchilla et des espèces 
voisines a été fort peu connue, on peut même dire 
qu'on l'a presque entièrement ignorée; et quoique 
les dépouilles de ces animaux arrivaysent tous les 
ans par milliers en Europe, on n'avait sur leur 
organisation et leurs mœurs que des données si 
vagues, que c'est à peine si l'on savait à quel ordre 
ils devaient être rapportés. On se hasarda cepen- 
dant à les placer parmi les Rongeurs ; mais quand 
on voulut déterminer quel rang ils devaient pren- 
dre dans la séine de ces mammifères, on ne put y 
parvenir, et on commit une foule d'erreurs; c'est 
ainsi qu'on les prit successivement pour des rats , 
des marmottes , des gerboises , des lièvres et des 
agoutis. Cuvier seul, dans la 2- éd. du Règ. anim. , 
sut éviter la faute, mais c'est en ne cherchant point à 
résoudre le problème; son esprit méthodique et émi- 
nemment positif craignit de l'entreprendre avant 
d'en avoir les élémens, et il aima mieux reléguer ces 
animaux après tous ceux de leur ordre; il en fit ce 
qu'on nomme en histoire naturelle des espèces 
incertœ sedis. 

Aujourd'hui l'on est plus avancé, les observa- 
tions de MM. Bennett, Isid. Geoffroy et d'Orbi* 
gny, Emm. Rousseau , Brookes , etc. , ont parfai- 
tement fait connaître les Chinchillas; elles en ont 
même distingué plus d'espèces qu'on ne l'aurait 
soupçonné , trois ou quatre , différant entre elles 
sous plusieurs rapports et pour lesquelles on a 
même déjà proposé plusieurs genres. 



CHIN 



i6o 



CHIN 



M. Isid. Geoffroy publia d'abord, conjointement 
avec M. d'Orbigny, un Mémoire {voy. Ann. se. 
nat. , f. xxi) dans lequel il considéra la Yiscache 
et le Chinchilla comme espèces d'un genre parti- 
culier nommé Callomys; les auteurs n'avaient alors 
étudié que la Yiscache, cependant ils crurent 
pouvoir décrire ses caractères comme étant aussi 
ceux du Chinchilla, dont on ne possédait encore 
que des peaux; mais quelque temps après on eut 
plusieurs individus complets de ce dernier. On re- 
connut alors qu'il différait sous plusieurs rapports 
de la Yiscache , et que , par conséquent , il ne pou- 
vait rester dans le même genre qu'elle , ou bien il 
fallait modifier la caractéristique de M. Isid. Geof- 
froy. On préféra fonder un nouveau groupe , ce 
'qui fut fait vers le même temps en Angleterre et 
en France par MM. Everard Bennett et Emm. Rous- 
seau : il en résulta l'établissement du genre Cliin- 
chilla pour l'animal de ce nom; la Yiscache fut 
indiquée par fauteur anglais sous le nom généri- 
que de JLagostomus que lui avait déjà donné 
M. Brookes , et le genre Callomys resta supprimé. 

Plus tard, M. Bennett publia une notice sur les 
deux genres Logostomus et Chinchilla, auxquels il 
en ajouta un autre nommé par lui Lagotis ; il y 
plaça une espèce nouvelle différant également de 
la^ Yiscache et du Chinchilla ; ainsi l'on eut une 
petite tribu dont le Chinchilla ordinaire fut l'es- 
pèce type, et qui comprit les trois genres Lagotis,- 
Chinchilla Gt Lagostomas ; cette tribu on la nomma 
la tribu des Chinchillas, ou Chinchilliens (en an- 
glais ( hinchiUidce) ; on eût pu aussi l'appeler Cal- 
lomiens (du nom générique Callomys donné par 
M. Isid. Geoffroy au Chinchilla et à la Yiscache, 
animaux auxquels il eût certainement joint le La- 
gotis, comme il y a joint l'espèce dite par lui Cal- 
lomys auitus). 

Avant d'étudier en particulier les trois genres 
de Chinchilliens , nous allons essayer de donner 
une idée des rapports qu'ils ont entre eux et de la 
place qu' ils doivent occuper dans la classification. 

Ces animaux appartiennent à fordre des Ron- 
geurs, cela ne fait aucun doute; ils prennent place 
parmi ceux de cet ordre qui ont des clavicules, et 
ont certainement entre eux plus de rapports qu'avec 
aucun des autres genres voisins, aussi doivent -ils 
rester rapprochés. C'est ce qu'avait fort bien re- 
connu M. Desmarest, lorsqu il avait dit, dans sa 
Mammalogie, que la Yiscache, Lepus viscaccia de 
Gmelin, serait certainement retirée du genre des 
Lièvrss lorsqu'on la connaîtrait davantage, et qu'elle 
deviendrait probablement le type d'un genre nou- 
veau, lequel comprendrait peut-être aussi le Chin- 
chilla. Quoique les Chinchilliens ne soient pas des 
lapins, cependant c'est des animaux de ce genre 
qu'ils se rapprochent le plus. Ils ont de commun 
avec eux la lorme du corps et celle des membres, 
plus longs postérieurement qu'antérieurement ; la 
conformation des dents molaires , qui sont aussi 
formées de lames verticales soudées au moyen du 
cément, et la nature du poil qui est également plus 
abondant en laineux qu'en soyeux. Les différences 
ne sont que dans le nombre des dents incisives et 



molaires et des doigts , la proportion de la queue 
qui est plus longue , et celle des oreilles qui ont 
une autre forme. Cependant cela n'est pas général, 
et on connaît aujourd'hui une espèce de Chinchil- 
lien qui a les oreilles faites absolument comme 
celles des lièvres , de là le nom de Lagotis qui lui 
a été donné. Pour ce qui est des mœurs , elles sont 
h peu près les mêmes chez les uns et chez les au- 
tres; tous sont des animaux doux et craintifs, ne 
progressant que par bonds et qui fouillent pour se 
creuser des terriers. 

On ne trouve les Chinchilliens qu'en Amérique. 

Genre Chinchilla. 

Ce groupe, que l'on nomme de même en latin 
qu'en français, ne comprend que le Chinchilla 
ordinaire, il a d'abord été proposé par M. Bennetfc 
{voy. la notice que ce savant a insérée dans le Gai-' 
den and menag. soc. Lond.) ; mais il n'a été réel- 
lement adopté et connu en France qu'à fépoque 
à laquelle M. Rousseau fit paraître son Mémoire 
(Ann. des se. nat. , t. xxvi). On peut le caractéri- 
ser ainsi : incisives ^, moins fortes que celles de la 
Yiscache; mâchelières ~l, toutes composées de 
trois lames disposées de telle sorte que l'on voit 
■toujours du côté de la surface triturante trois 
rubans d'émail en travers, hormis à la première 
mâchelière qui en a un petit de plus; entre ces 
rubans se trouve une substance brune qui n'est 
autre chose que le cément ; caisses auditives bour- 
souflées et comme trilobées ; crâne brusquement 
tronquée en arrière; oreilles amples, à conques 
très-élargies et arrondies ; yeux largement ou - 
verts ; pieds antérieurs à cinq doigts , dont un ru- 
dimentaire qui est le pouce, les postérieurs à qua- 
tre seulement; ongles petits; queue moyenne, gar- 
nie de poils qui sont toujours usés sur ses côtés. 

Chinchilla ORDINAIRE , C. lanigei-a , représenté 
dans notreAtlas, pi. 104, fig. y. Cet animal ainsi 
nommé par MM. Bennett et Rouseau, qui nous ont 
fait connaître le premier ses habitudes , et le se- 
cond son organisation, n'a point été connu de 
Linné. Molina en a fait un rat (Mus. lanigera) , 
MM. Geoffroy et Desmarest l'ont pris pour un 
Cricet {Cricetus Inniger), et M. Isid. Geoflroy l'a 
indiqué sous le nom de Callomys lanigera . 

Il est long de quinze pouces environ depuis le bout 
du museau jusqu'à l'extz-émitéde la queue; d'ijn beauf 
gris ondulé de blanc à la face supérieure du corps , 
et très-clair en dessous; son poil est extrêmement 
fin et doux au toucher , il est fort, long, serré, lai- 
neux, quelquefois même crispé ou mêlé ; le port 
ressemble assez à celui des lapins, mais la queue 
est plus longue et les oreilles autrement disposées; 
la tête est celle d'un écureuil , elle en a toute la 
vivacité; les moustaches sont composées d'une 
trentaine de poils, inégalement longs, les uns 
blancs, les autres noirs , et dirigés obliquement sur 
les côtés; les yeux sont grands et pleins d'ex- 
pression, ils ont la pupille élargie, d'un noir très- 
profond , et la cornée blanchâtre ; les oreilles sont 
grandes et à demi nues, elles sont exposées à se 
couvrir, à leur surface interne, de verrues, ou 

plutôt 



CHIN 



161 



CHIN 



plutôt de varices, dont la couleur cM bleuâlre; 
les pattes de derrière sont de moitié plus grandes 
que celles de devant : nous avons donné, en carac- 
térisant le genre , le nombre de leurs doigis. La 
queue est moins grande que chez la Yiscache et 
le Lagotis , elle est un peu plus longue que la 
moitié du corps , les poils de ses côtés sont usés 
même chez les jeunes sujets , ce qui tient aux 
nombreux momemens de droite et de gauche que 
l'animal lui imprime. 

Les Chinchillas habitent par familles les mon- 
tagnes dans lesquelles ils se pratiquent des ter- 
riers nombreux et très-profonds. Ces terriers, ainsi 
que nous l'apprend une note que nous a commu- 
niquée M. Tliiébaut de Berneaud, rendent sou- 
vent les montagnes impraticables , ils les déchi- 
quètent pour ainsi dire. Les femelles ont deux 
portées par année , et trois ou quatre petits à cha- 
cune. Les jeunes ont, quelques jours après leur 
naissance, le corps entièrement couvert de poils 
qui diffèrent à peine de ceux des adultes. La peau 
de ces animaux est précieuse pour les fourreurs , 
et c'est principalement pour l'obtenir qu'on leur 
donne la chasse. Cependant certaines peuplades 
recherchent aussi leur chair qui est , même celle 
des adultes , un excellent aliment. La chasse des 
Chinchillas est généralement confiée aux enfans, 
qui y vont avec des chiens. Elle est surtout pro- 
ductive dans les environs de Coquimbo et de Co- 
piage , et quoiqu'on s'y livrât avec une sorte de 
passion , l'espèce a été long-temps sans paraître 
en souffrir; mais cependant on assure que depuis 
quelques années les Chinchillas sont devenus 
plus rares, et que les autorités du pays ont dû em- 
pêcher pour quelque temps qu'on ne les tuât. Les 
peaux de ces animaux sont, depuis long-temps, 
employées en Europe. On les y importe de Val 
paraiso et de Santiago ; celles qui provienent du 
Pérou sont expédiées des parties orientales des 
Andes à Buenos-Ayres, ou bien envoyées h Lima. 
Comme on leur retranche, afin de les emballer 
plus commodément, toutes les parties inutiles aux 
fourreurs , c'est-à-dire la queue , les pattes , les 
oreilles et les dents , il est facile de s'expliquer 
pourquoi les naturalistes ont été si long-temps in- 
certains sur la nature de l'animal auquel elles ap- 
partiennent. Les premiers individus que l'on a pos- 
sédés en Europe n'y ont été reçus que vers i83o. 
Quelques uns étant parvenus vivans, on a pu étu- 
dier les particularités de leurs mœurs , et on a vu 
combien elles se rapprochaient de celles des lapins, 
avec lesquels IciS Chinchillas ont principalement 
de commun la démarche et les appétits; mais leur 
intelligence est beaucoup moins obtuse, ils sont 
gais, quoique captifs, et cherchent toujours à 
sauter, à fouir, etc. On a vu que lorsqu'ils man- 
gent, ils se tiennent le pÎAis souvent assis sur leur 
derrière, h la manière des écureuils, et se servent 
comme eux de leurs pattes de devant pour porter- 
ies aîimens à leur bouche. On a remarqué jusqu'à 
leurs excrémens , qui sont de petites crottes assez 
semblables à celles des lapins, mais plus allongées 
etquivarient, pour la couleur, du noirâtre au brun^ 



Tome II. 



plus ou moins roussâtre, selon la nature des alimens. 

Les fourrures dans lesquelles entre la peau 
des Chinchillas sont très -chaudes et aussi très- 
belles ; cependant il paraît qu'on en fait un 
moindre usage aujourd'hui ; car les peaux 
qu'on vendait, il y a une dizaine d'années , vingt 
et vingt-cinq francs, n'en valent plus que cinq ou 
six. Les anciens Péruviens , beaucoup plus indus- 
trieux que ceux de nos jours , fabriquaient , avec 
la laine qui les compose , des couvertures et des 
étoffes très-précieuses. 

Il paraît qu'on a reconnu une seconde espèce 
de Chinchilla , mais on ne l'a pas encore décrite. 
Elle est , h ce que nous a dit M. Rousseau qui l'a 
vue , plus petite que l'ordinaire , et un peu diffé- 
rente pour la coloration ; mais son système den- 
taire et le développement de ses caisses auditi- 
ves ne font point douter qu'elle fasse partie du 
même genre. Elle vient des mêmes lieux , c'est-à- 
dire du Chili et du Pérou. 

Genre Viscaciie. 
En latin Lagostomus , et aussi Viscaccla pour 
quelques auteurs. On y place la Yiscache, Lagos- 
lomus viscaccla. IXous en parlerons ailleurs. Ses 
caractères sont ceux du genre Callomys de M. Isid. 
Geoffroy. J^oy. l'art. Yiscache de ce Dictionnaire. 

Genre Lagotis. 

Celui-ci n'a été établi que plus récemment , en 
i833 seulement. On le doit à M. Bennelt (Mé 
moire Onthe ChinchiUldœ , etc.). 

Les Lagotis, dont on ne connaît encore qu'une 
seule espèce, ont pour caractères : incisives | for- 
tes , molaires ^* toutes à trois lames obliques ; 
caisses du tympan non prolongées supérieure- 
ment, comme dans les vrais Chinchillas; crâne 
bombé en dessus et en arrière; pieds antérieurs 
et postérieurs à quatre doigts , sans vestige de 
pouce, pas même dans le squelette; ongles pe- 
tits et recourbés; oreilles très-longues, semblables 
à celles des lapins; queue plus longue que dans 
les genres précédons, 

L'espèce est le Lagotis de Cuvier, L. Cuvieri, 
Benn., animal qui ressemble, pour la taille, à la Yis- 
cache ( c'est -à-dire qu'il est un peu plus grand que 
le Chinchilla ) j mais qui s'en dislingue, ainsi 
que des Chinchillas, par des caractères que nous 
avons indiqués ci-dessus. Ses poils sont doux, ils 
tombent assez facilement , leur couleur est d'un 
brun clair, varié de roussâtre sur le dos, avec 
quelques traits bruns plus foncés ; les régions 
inférieures sont jaunâtres; les moustaches sont 
longues et de couleur noire. Le Lagotis habite 
les contrées montagneuses du Pérou. 

Il reste maintenant à classer une espèce con- 
nue d'après sa peau seulement, et dont le genre ne 
peut être encore déterminé , c'est le Callomys au- 
reus de M. Isid. Geoffroy. Ce savant la décrit ainsi: 

«Pelage d'un jaune nuancé de verdâtre, à la face 
supérieure du corps; d'un beau jaune doré, lavé 
de roussâtre , à la face inférieure: le jaune du 
dessus du corps est légèrement ondulé de noir. 
Une ligne longitudinale noire sur le milieu de la 



101* Livraison. 



21 



CHIN 



162 



CHIN 



partie antérieure du dos. Poil extrêmement fm et 
doux au toucher. Moustaches noires. » 
I- M. Meycn a donné , il y a quelque temps, un 
mémoire sur tous les Chinchilliens, ce travail est 
écrit en allemand. L'auteur y a décrit un grand 
nombre de genres et d'espèces que nous n'avons 
pu donner ici. (Gerv.) 

CHINE, (géog. phys.) Ce pays, qui n'est qu'ime 
des divisions de l'empire chinois, n'a cependant 
pas moins de 5oo,ooo lieues carrées de superficie. 
Les peuples qui 1 habitent l'appellent V Empire, le 
Monde, V Empire du milieu; quelquefois aussi^ils 
le désignent par le nom de la dynastie régnante; ainsi 
le mot Chine, adopté en Europe, est le nom de 
la famille deTsin qui monta sur le trône 206 ans 
avant notre ère. La Chine est bornée au nord, îi 
louest et au sud-ouest par la Tatarie, le Tibet et 
l'Inde au-delà du Gange; au sud et à l'est, par la 
mer. Sa forme est presque circulaire. 

Nous n'essaierons pas de donner l'énumération 
fastidieuse des montagnes, des fleuves et des lacs]de 
celte vaste contrée; on y compte 765 de ces derniers 
et 14.G07 montagnes; nous indiquerons donc seu- 
lement les principaux. 

Dans la partie méridionale, on remarque une 
chaîne considérable qui pourrait le disputer aux si- 
tes romantiques , aux Apennins et aux Pyrénées. 
Les voyageurs européens n'ont examiné de cette 
chaîne, que la montagne àe Mciling qui s'élève à 
5,000 pieds au dessus du niveau du lac Po-yang, 
Elle est entourée d'autres montagnes moins éle- 
vées , dont les précipices , couverts d'arbres et de 
grandes herbes, offrent un coup d'œil sauvage et 
très-piltoresque. 

Dans la partie septentrionale, s'étendent les 
monts Pe-ling (montagnes du Nord) qui se déta- 
chent entièrement de l'immense nœud de celles 
du Tibet. La chaîne des Yun-ling fait partie de 
ces dernières; ses divers rameaux déterminent 
le cours du fleuve lioang-lio. Au nord elle donne 
naissance à la chaîne du Chcn-si, qui va, en s' abais- 
sant graduellement, du nord au sud, jusqu'au pays 
de Ordos. 

Au nord-ouest de Pékin, que l'on doit écrire 
Pé-Zi/ng, s'étendent les monts Yan, séparés des 
Pe-ling par le bassin du Hoang-ho; ils dépendent 
des monts Yin, qui séparent la Chine du pays des 
Mongols; ils sont réunis par une chaîne qui forme, à 
l'est du golfe du Liao-toun^,\es fameuses montagnes 
Blanches, si célèbre dansl histoire des Mandchous, 

Parmi ces montagnes , il en est auxquelles les 
Chinois ont donné, dès la plus haute antiquité, la 
dénomination de Yo. Elles sont au nombre dé 
cinq. Les souverains de la Chine s'y arrêtaient 
pour célébrer des cérémonies religieuses , quand 
ils visitaient leurs états. Il y en a d'abord qua- 
tre, qui marqvient les quatre points cardinaux: 
c'étaient Thai , h l'ouest; II ouJJieng, appelée 
aussi colonne du ciel, au midi; Boa, h l'occident; 
et Heng, au nord. A ces quatre Yo, la dynastie de 
Tcheou en a ajouté un cinquiènie, Soung , dont le 
nom signifie montagne élevée , et qui doit marquer 
le milieu entre les quatre autres. 



Les deux principaux fleuves de la Chine sont : 
le lloang-ho ou fleuve Jaune, ainsi nommé du li- 
mon qu'il charrie ; le Yang-tscu-kiang ou fleuve 
Bleu, qui prend sa source au nord du Tibet, dans le 
désert de Gobi. Ils ont chacun 600 à 700 lieues de 
longueur. 

Une foule de rivières , dont plusieurs égalent les 
plus grands fleuves de l'Europe, se jettent dans 
les deux que nous venons de nommer. Le Fuen- 
ho, le Hoei-lw et le Iloay-ho sont tributaires du 
fleuve Bleu; le fleuve Jaune reçoit VYalon-kiang 
qui a près de 260 lieues de cours , le Tchone ou 
Yan-klang, le La-kiang et Yuen-kiang. Deux 
grands fleuves tout-à-fait indépendans du Hoang- 
ho et âeV Yang-tseu-kiang, se jettent , l'un, dans le 
golfe deCr-nton, l'autre, dans celui de Pé-king. 

Certaines parties de la Chkic sont couvertes de 
lacs dont plusieurs sont immenses. Ainsi celui de 
Toung-thing-hou, dans la province de Hou-kang, a 
80 lieues de .tour. Le Pho-yang-hou, dans la pro- 
vince de Kiang-si, a 5o ou 4o lieues de circonfé- 
rence, et reçoit quatre rivières dont une égale en lar- 
geur la Loire, près d'Angers; ceux de Houng-tse-hou 
et àcKaoycn-hou, au nord deNan-king, sont aussi 
très-considérables. Tous ces lacs sont autant de 
réservoirs où pullule une foule de poissons, et où 
les riches viennent se livrer au plaisir de la pèche; 
ils se servent d'une espèce de cormoran particulier 
à la Chine, qui est dressé à aller chercher le pois- 
son au fond des eaux, et à le rapporter à son maître. 

Outre ces fleuves et ces lacs , la Chine a des 
moyens de communication nombreux et com- 
modes, dans les canaux qui sillonnent son terri- 
toire et qui sont un monument remarquable de l'in- 
dustrie et de la patience humaine, 

La constitution géologique de la Chine a été fort 
peu étudiée, et l'immense étendue de cette contrée 
ne permet pas d'entrer à ce sujet dans beaucoup 
de détails. Nous ièrons remarquer seulement que la 
province de Pé-king, et la côlc du sud-est de For-- 
mose, sont de formation secondaire; que le terrain 
primitif s'étend dans le Chan-si, le Kiang-sou, et 
le An-hoeï, et que les montagnes de Pe-ling et Nan- 
ling, dont nous avonsparlé, annoncent la même na- 
ture de roches que les chaînes de l'ancien conti- 
nent dont on a étudié la formation. 

Il est peu de minéraux que la Chine ne possède. 
Les provinces occidentales et méridionales produi- 
sent de l'or et de l'argent en abondance. Le cui- 
vre , l'étain , le plomb sont exploités dans les 
montagnes de l'ouest. Les rubis , le lapis lazuli , 
les émeraudes, les corindons y abondent. On y 
recueille aussi une espèce de talc, la Pagodite, dont 
les habitans font toutes sortes de petits meubles et de 
^gures; le Kaolin, qui entre dans la composition de 
leur porcelaine; et le Jade nêp/iréti(juc, minéral très- 
dur et d'un éclat gras qu'ils appellent Ju, et au- 
quel ils donnent un grand prix. 

Le règne végétal y est encore plus riche. La Chine 
produit presque toutes les plantes de l'Europe , et il 
en est plusieurs même que les peuples d'occident 
lui doivent; ainsi, le CameUia, \e Magnolia, Y Hor- 
tensia, qui depuis une vingtaine d'annécsTont l'or- 



/y. jo,. 




(p«V«*> 



J. 1'. C'Imnu- 



Clin-onc 



-^ . t'liu-ono<'U 



CHIO 



i63 



CHIQ 



gùeil de nos jardins, ont été importés de celte 
contrée. 

Le Bambou y est un des arbres les plus utiles 
par les nombreux usages auxquels il est employé. 
Nous pouvons citer encore le Camphrier (/.auras 
Camphora), l'Arbre à vernis , le Jujubier, le Can- 
nellier, la Pivoine en arbre ; et parmi les végé- 
taux objets d'un commerce important, le Thé dont 
les exportations sont immenses, la Rhubarbe ré- 
coltée dans les provinces septentrionales, et le Gcn- 
seng dont la vente réservée au souverain forme 
une de ses principales branches de revenu. 

Quant aux animaux, le Cheval, le Buffle, le Cha- 
meau , le Cochon d'une taille plus petite que celui 
d'Europe , le Tigre, le Léopard, l'Éléphant , le 
Ehinocéros y abondent ; on y voit aussi plusieurs 
espèces de Chiens, et des Chais qui vivent, comme 
chez nous , il l'état de domesticité. 

La population de la Chine, en 1794, se montait 
à 535,000,000, selon lord Macartney. Les Chinois 
appartiennent à la race jaune ou Mongole ; cepen- 
dant leur peau est basanée dans les provinces mé- 
ridionales, et blanche dans les septentrionales. Ils 
sont généralement d'une .taillle moyenne, d'une 
constitution robuste, et plutôt épais qu'élancés. 
Leur visage est remarquable parla saillie des pom- 
mettes , par l'obliquité des yeux , par leur nez 
peu saillant et par leur figure plutôt en forme de 
de losange qu'ovale , mais qui s'arrondit dans la 
classe aisée, où l'obésité est une suite du fréquent 
usage des boissons chaudes. 

La population indigène de l'Empire est dési- 
gnée sous le nom de Pe-sing (les cent familles) ; 
ce nom vient sans doute d'une tradition qui porte 
à ce nombre les tribus qui ont formé le noyau 
de la nation. Maintenant, il n'y a plus d'autre ca- 
ractère distinctif de ces premiers habitans que les 
noms de famille. 

Mais dans les provinces, et surtoul'dans îes mon- 
tagnes, il y a d'anciennes tribus qui n'ont presque 
pas éprouvé l'influence de la civilisation et de la 
conquèle , et qui presque toutes ont conservé leurs 
mœurs et leurs usages primitifs. Tels sont les 
Miao-tzeu, les Yao ,cet les Lo-lo. 

Nous ne parlerons pas ici des Mandchous, des 
Toungouses, des Aïnos, ni de plusieurs autres races 
qui se partagent le territoire de la Chine. Chacun 
de ces peuples demanderait à lui seul un article 
particulier. (J. H.) 

CHIONANTHE , Clùonamlms. ( rot. piian. ) 
Genre des Jasminées de Jussieu et delà Diandriemo- 
nogynie de Linné. 11 ne comprend qu'un petit nom- 
bre d'espèces appartenant aux deux Amériques, 
h l'île de Ceylan et à la Nouvelle-Hollande. Carac- 
tères : fleurs générale tnent blanches, en grappes 
terminales ou en épis placés à l'aisselle des feuil- 
les supérieures ; calice régulier, h 4 divisions plus 
ou moins profondes; corolle à 4 pétales linéaires, 
très-longs; deux étamines presque sessiles , rare- 
■ ment 3 ou 4 ; pistil à ovaire globuleux , à deux 
loges contenant chacune deux ovules ; style sim- 
ple , surmonté d'un stigmate bilobé ; drupe peu 
charnu, ovoïde, allongé, souvent terminé en 



pointe, contenant un noyau osseux h une ou deux 
loges monospermes. Les espèces de ce genre sont 
des arbres élégans qui , la plupart , se couvrent de 
grandes et belles feuilles opposées, simples , ca- 
duques ou persistantes. On pense qu'il faudrait 
réunir à ce genre le Thoninia de Thumberg et de 
Linné fils , ainsi que le Linaceria de Swarlz. Peut- 
être faudrait-il aussi faire rentrer dans le même 
genre là Magepea guyanensis d'Aublet (Guy., 
p. 81 , t. 5), malgré ses fleurs tétrandres. Nos 
jardiniers cultivent le Chionanthe de Virginie , 
Chionanthus vlrginica', L., 'connu encore sous 
le nom â^ Arbre de neige , qu'il doit à ses fleurs 
nombreuses, d'un beau blanc. Il se plaît au bord 
des ruisseaux , et ne s'élève guère qu'à 8 ou 12 
pieds. On le multiplie de graines , ou le plus sou- 
vent de grelTe , sur le frêne. 

Une autre espèce remarquable de ce genre , 
c'est le Chionanthe des Antilles, Ch. caribcea 
(Jacq. Coll. -2, p. 110, tom. vi, fig. 1), bel arbris- 
seau dont les feuilles sont coriaces et persistantes, 
ovales, acuminées, et les fleurs en grappes termi- 
nales. Il est connu aux Antilles, et surtout h la 
Martinique, sous le nom de Bois de fer, à cause de 
son extrême dureté. (C. É.) 

CHl'ONIS. (ois.) Foy. Bec en fourre iu. Forster 
est le premier qui décrivit les Chionis. Plus tard, 
Gmelin et Lathani remplacèrent le nom qu'il leur 
donna par celui de Vaginalis , et ensuite Dumont 
proposa celui de CoLeoramphe. 

Le genre Chionis ne comprend qu'une seule 
espèce , c'est le Chionis alba , Forst. Des observa- 
tions récemmeent publiées par MM. Isid. Geoffroy 
et Lesson tendent h faire ranger parmi les Galli- 
nacés cet oiseau que l'on avait considéré jusqu'a- 
lors comme intermédiaire aux Palmipèdes et aux 
Echassiers. (Gerv.) 

CHIQUE. (iNs.) Espèce du genre Puce, de 
l'ordre des Parasites. On désigne sous ce nom un 
petit insecte Irès-commun aux Antilles et dans 
l'Amérique méridionale; c'est la Pulex pénétrons, 
représentée dans notre Atlas, pi. io5, fig. 1-2, très- 
commune et en même temps très-incommode à 
Fiio-Janeiro et auxAntilles. Cet insecte est plus petit 
que notre puce ordinaire; la femelle (fig. 2), après 
avoir été fécondée, pénètre dans le tissu de la 
plante des pieds, s'y nourrit et y dépose des œufs. 
Son introduction a lieu sans aucune sensation 
douloureuse et sans changement de couleur à la 
peau. En peu de jours cet insecte commence à se 
développer et à se rendre sensible par une dé~ 
man2;eaison d'abord légère , plus vive ensuite , et 
qui finit par devenir insupportable. Dès le com- 
mencement , on ne voit qu'un petit point noir sur 
la partie qui sert de retraite à l'insecte ; mais bien- 
tôt à ce point noir succède ime petite tumeur rou- 
geâtre ; elle acquiert en peu de temps le volume 
d'un pois , si on ne se hâte d'extraire la Chique. 
En perçant la peau qui recouvre cette petite tu- 
meur, on reconnaît facilement une espèce de sac 
pareil à un kyste, d'une couleur brunâtre, et con- 
tenant un pus sanieux et un nombre infini de 
globules blancs , ovales-oblongs , qui ne sont au- 



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tre chose que les œufs de l'insecte. En effet , la 
famille nombreuse à laquelle cet insecte donne 
naissance occasione, par son séjour dans la plaie, 
un ulcère malin, difficile à détruire et quelquefois 
mortel. On est peu exposé à cette incommodité 
fâcheuse, si on a soin de se laver souvent , et sur- 
tout si l'on se frotte les pieds avec des feuilles de 
tabac broyées, avec le rocou et d'autres plan- 
tes âpres et amères. Les nègres sont très-adroits 
pour extraire l'animal de la partie du corps où il 
s'est établi. - (H. L.) 

CHIROCENTRE, Chirocentru':. (poiss.) Ce genre 
appartient â la famille des Clupes; il a été établi 
par Cuvier. Les Chirocentres , ou plutôt le Cm- 
ROCENTRE DENTÉ, Clilrocentrus dentex , car c'est la 
seule espèce qu'on connaisse encore aujourdhui, 
a, comme les harengs, le bord de la mâchoire 
supérieure formé par les intermaxillaircs , sur les 
côtés par les maxillaires qui leur sont unis ; les 
uns et les autres sont garnis, ainsi que la mâchoire 
inférieure d'une rangée de fortes dents coniques, 
dont les deux du milieu d'en haut, et toutes celles 
d'en bas, sont extraordinairement longues. Son 
corps est allongé , comprimé , tranchant , mais 
non dentelé; les ventrales exces