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Full text of "Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tants sacrés que profanes, contenant la géographie, l'histoire, la fable, et les antiquités .."

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DICTIONNAIRE 

POUR L'INTELUG ENCB 

DES AUTEURS CLASSIQUES, 

GRECS ET LATINS, 

TANT SACRÉS QUE PROFANES, 



TOME VINGT-SEPTIEME* 




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'^_ V. ,. 



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DÎGTIONNAIRE 

fOVR V INTELLIGENCE 

DES AUTEURS CLASSIQUES, 

GRECS ET lAriNS» 

TANT SACRÉS QUE PROFANES, 

CONTENANT 
LA GÉOGRAPHJE, L'HISTOtRE, LA FABLE, 

ET JLES ANTIQUITÉS. 
DÉ T> 1 t 

A MONSEIGNEUR 

» 

Par M. SABBATHIER , Profcjftur Éméritc àu Collège de Châhns/ur- 

- Marne ^ Secrétaire perpétuel de l* Académie de h mime Ville , Affocié de 

l Académie Ètrufque de Cortone , de P Académie Royale de Pruffe , (fc. 



TOME VINGT-SEPTIEME. 





A F A R 1 Sy 
Chez DELALAIN l'Aîné, Libraire, Saint Jacque*. 

■' — — ^ - - ^ - ^ ^ ^ , ^ 

M. D C C. L X X X. 

^vf( Approbation (y Privilège du Roi, 



■^■■■■■«■■■■■MMMaMHMMMMI 



AUTRES OUVRAGES 

BV MÊME AUTnVÈ, 

'^tti fi trouvent chez. U mime Zibraire» 

tJ^ Eflài Hiftorique- Critique fur l'Origine de la PniiSincfc! 
temporelle des Papes; Ouvrage qui a remporté le Prix de 
PAcadémie Royale de Prude. Nouvelle édition. 

2.^ Le Manuel des Enfiins» ou les Maximes des Vies des 
Hommes lUuftres de Plutarque. i. l^ol. iji-n. 

V^ Recueil de Diflertations fur divers fujets de rHiAoire de 
France* i. VoLin-^ix. 

4*^ Les Mœurs » Coutumes Se Uiages des anciens Peuples. 
j. Vol. »»-ii. & I. Vol. ia-^.^ 

5.^ Les Exercices du Corps chez les Anciens» x^FoU in-izm 
& X. Vol. in^%.'' 



m « 



6J^ Recueil de Planches iSâiVrintelligence de ce Diâio»- 
«aire. i/, *.% 3.S 4-S J% ^-^ 7-* & «•• Lîvraifon. 



DICTIONNAIRE 

POUR L'INTELLIGENCE 
DES AUTEURS CLASSIQUES, 

GRECS ET L'^TINS, 
TANT SACRÉS QVE PROFANES, 

CONTENANT 
-LA GÉOGRAPHIE* L'HISTOIRE, LA FABLE 

ET LES A H T I Q,U l T È S, 

MA MA 

l ANA , Mantx , (a) en TacriGce» & qu'on fer voit d» 

1 déefTe des Romains. la chair de chien dans Ici repal 

I Elle prélîdojt aux préparés pour Jes Dieux. 
-laladiesdesfcinniest Saine Àugujtin nomme cette 

ce on lui ofTroii en fa- déelTe Mana , & les plus fça- 

crifice de jeunes chiens qui cec- vant Miihologues la confondent 

taieot, ainlî que nous l'appre- avec cette Mania , mece des 

nons de Pline. Plutarque de- .dieux.Lares,àlaquelleMBCTobe 

mande pourquoi on oflfroît ce* dit qu'on îinmoioit de jeonat 

jeunet chiens à cette diisfîe ; enfans pour la , rendre favora» 

maii .Pline femble avoir répon- fcle à la. famille de ceux qui 

do d'avance à cette queilion , oâioient ce barbare facrifîce. 
lorfqu'ïl dit que la chair de ces Que fi on demande mainte 
tendres animaux étoit réputée fi 
pute, qu'on l'offroit aux dieux 

(»J Myih. p«t M. tMhb. B*n. T. V. p. 141 , m, 

Ttm. XXVU. 

J 22149 



^''' M'A. . 

doit àttÉi a lÀ nsUTamèe dfs e»-' ' 
faÂsr^ Si étoii difa^ tel ItcWiami 
au^ nombre d^s DfeuJt ftppet*^ 
lé^/CéftUtfîe» , coiltme Eu^ine 
paibu^. lés Gft€$*. Nou*.iiv«nt 
dans le premier tome de Trif- 
tan /.«ne m^dâUle de nnfpéra- 
trice^ Cnfp:lie^^av4c c^tt lé-> 
géode y Genitalibus dus, 

M AN AH£M ", Aîaaakm ^ {a) 
MffraîfA^ » feizieme roi dlfiraël , 
filsdd Gadi 9 vengea la mcrrr de 
Zacliarie fen maure » par celle 
de Seilum » fU^ iie Jttbht , iqui - 
avoit ufurpé la couronne d'If- 
ra^i. A(a»ahem'> Gépeétàl de 
l'armée dé 2dchafle , étoit à 
Therfa , lorfqu'îl apj^rst la more 
de fon maître. Au(G-tpt il mar<* 
ctia cOittre Seilum, qui $'410^ 
enfermé dans Samarie ; îl le 
tua , & régna en fa place. Delà 
iijretpurna à Tbetfa ; mais, cette 
villè ne rayant pas voulu recon* 
noître» & lui ayant fermé les 
portes» il en fut ii indigné » qu'il 
déchargea fa colère fur Thapfa» 
«ui étoit dans le vôtfinage de 
Therfa , & qui apparemment 
sivoit eu part à fa réfolution* 
Enfuite il prit Therfa m^me » 
la ruina , tua toutes les femmes 
groffes , leur fendit le ventre , 
tk froifla leurs enfans contre 
ferrer Après cela , îl regnà à 
Samarie pendant dis^ ans. Il fie 
le mal devant le Seigneur , & 
marcha dans les voies .de Jéro- 
boam, fils de Nabathj qui aVoit 
fait pécher IfraéL 

(s) Reg. L. IV. c. iç. ▼. 14. & feq. 
Parai. L. 1. c 5. v. %6 Ofée. c. ^. v. 13. 
JTofepb. de Anciq* Juda^c* p-)ftOi M^m» 



■-' , M.A 

Bitti ,. réi d*Affyrie« app*- 
rtm^Qeftt lé p«#e ie S^tdanailâ- 
h « étant Véntt fur les nrtês 
(tlffalil^peitdant fe règne dtf Mâ« 
ittH^nS , ce Ptkkcè ht éonif ai<H 
ëeltts.pay«r toilU taleo»,*^ 

Î^u'il le recourût , & qu'il l'af- 
eftnîe fur le trône, four lui 
frayer cette fonmie-^ ManAem 
ut obligé de taxer toutes les 
perfonnes puiffances ^du païs à 
payer cinquante (icles par tête » 
c'eft'à dire, quatre- vingt -un^ 
livres dix deniers par tête* 
Après ceU , Phol s'en retourna 
dans fon pais*. 

Oi^e confirme ce qire novf 
venons de dire , lorfqu^il nous 
apprend qu'Ephraïm , ayant vu 
(a langueur, eA allé vers Aflur» 
àc>à envoyé vers le Roi 'veïi« 
geur. Mais , TEcriture femble 
irifinuer ailleurs , que le Roi 
d'Afiyrie vint dins le païs ei 
qualité d'ennemi. Vefprît du 
Seigneur fufcita Phul^roi d'AJfy* 
rie , pour venir fur Us ierres d^lf- 
rail. Jofephe croît que Phi« 
vint attaquer Manahem ^ & que 
ce dernier ne fe trouvant pat 
aSez fort pour lui réfifter, ache* 
ta la paix de ce Prince par une 
fommé de mille talens , qu*il lui 
donna. On peut concilier tout 
cela » en diîant que Phul vint 
en effet comme ennemi dans le 
païs d'ifraël » mais que Mana- 
hem fçut le gagner , 6c le mettre 
dans fesinrérêts,par cette gran- 
de fomme qu'il lui donna. Ma* 
nahem s'endormit avec fes pe^ 

de TAcad. des Infcrlpt. & Bell. Lettt 
Tom. V. pag. 3)6 > 398. 



■M 



• r 



MA . 

ret , & Phac«i« fbn EU tegat 
en fa place* 

MAÎiAîlEM,Man4k€m,(a) 

MarftH» i Prophète Chréden ^ Se 
frère de lait d'Hérode le Té« 
trarque » fe trouvant l'an de 
jeftts • Qiriil 44 » à Antioche» 
avec d'autres Prophètes » Si-^ 
iiiott le Noir , Ludus le Cyré- 
oéen , Baraabié & Saul , le Saint- 
Efprit leur dit : 30 Séparez-moi 
^ Saul & Barnabe , pour l'oeu* 
3» vre à laquelle je les ai appel* 
s> lés,Jo Après qu'ils eurent donc 
jeûné & prié « ils leur impofe* 
irent les maias , âc les laiffereot 
aller. 

On croit que Manahem étoit 
diu nombre des foixante*dix dif*^ 
ciples. Les Auteurs des Marty- 
rologes parmi les Latins » mar- 
3ueat fa fèce le 24 de Mai , & 
ifent qu'il mourut à Antioche» 
On ne fçait rien de particulier 
fur fa vie» 

MANAIM , Mansîm. Foyn 
Mahanaïm. 

M ANASSÉ , Man4£€ , Ma^ 
naffii , Maman! % (t) fils aîné de 
Jofeph & d'Aféaeth » (ilie de 
Putiphar , vint au monde , l'an 
1710 avant Jefus - Chrift* Le 
nom de Manaflë £gnifie ouili p 

Îarce qu*auifi-tdt qu'il^ fut né » 
ofeph dit : Dieu m a/aU oublier 
toutes mes peines & U mai/on 
Je monpete. 

Lorfque- Jacob fut près de 
mourir » Jofeph lui amena fes 
deux fils f ann que fon père 
leur donnât (a dernière béoédic- 

ià) Aéttt. Apcft. c. 1). ▼. t. étfiq. 
iH) Genef. c 41* v. 50» 51. ç* 48. v« 
a* dr As* Komsr. c» $• ? • aO t ai» c» lu 



-^ . M A ) 

lîoA. Jacob les ayant vus 9 dit à 
Jofeph :» Vos deux fils qui voua 
9 font nés dans ^^Egypte » le« 
tt tom à moi , je les adopte « 
f» & je veux qu'ils foient re* 
9» gardés comme Ruben & Si» 
» méon. « Alors « il les fit ap* 

Î rocher de fon lit , tl lea bai fa» 
: les tenant embrafl*és, il dit à 
fon fils : » Dieu m*a fait la graoe 
39 non-feulemeat de vous voir » 
» mais aufli de voir voirenfans»» 
En même-tems» Jofeph éJoi* 
^nant fes deux fils « fe profleraa 
jufqu'en terre devant ion pece ) 
&, ayant mis Ephraîm i la sau* 
che de Jacob^^ de Manaue k 
fa droite, il le pria de les bénir* 
Mais y Jacob mit fa main droite 
fur Ephraim y & fa gauche fuf 
Manafié dc coiamença à les bé« 
nir* 

Jofeph , voyant que Jacob^ » 
avoir mis fa maia droice fut 
Ephraîm, & fa gauche fur Ma*» 
naiK y voulut lut faire changer 
cette difpofitioft, de tranlporttr 
fa main droite fur Manaue 6c fa 
gauche fur Ephraïra ; mais» 
Jacob ne voulut point changer , 
& lui dit : a Je (cais ce que ja 
» fais 9 tnon fils ; ratné fera père 
» de pluGeurs peuples ^ ma^t 
y» fon cadet fera plus grand que 
j» lui;fapoftéritéiemaitip]ieca 
» i& produira des nations* 3» 
Il continua de les bénir , en âi^ 
fant :n I&aël fera béni en voua» 
« & on dira: Que Dieu voua b4« 
3» ntfle,coamieilabéniEphra3[n 
» &Manaflë«i> 

v. S). & pf* Jofa. e. If, t. f^é^fifi 

Aiî 



4 ,M.A 

V ' La Trîbu de Maoaffé fortît 
•'de TEgypte au nombre de tren- 
te-deux mille deux cètis horti- 
*roëy, propres à combattre ^ & 
'au*demis de vingt ans, fous la 
• conduite de Gamaliél, fih dé 
'Phadaffur. Cette tribu fut par- 
*fcagéé à rentrée de là Terre 
promife. La moitié eut fon par- 
tage au-delà* du Jourdain ; & 
'r^utre moïiré , en deçà du fleuve. 
*Là demi-tribu *de MànàflTé' qui 
'demeufbît au-delà du' fleuve , 
poffecfott le pais de Bafan , dé- 
'ptiîs ' le Jabbck jufqu*au tndnt 
Lfban '; & la demi-» tribu de Ma- 
' ^tiaffé en rfeçà le Jourdain à voit 
ion partage entre la tribu .d*E- 
•phraïm au midi , & celle d'If- 
facharàu nord, ayant le Jour- 
'dain à Poriènt & la Méditer- 
'ranée au ooucbànr. 

Le. livre de Jofué nous mf- 

• fruit avec quelque détail, du 
'partage de ra tribu de Matiafl?. 
•Aiachir , fils ^îné de Manafle , 
'fut peré de' Gaîaad ; teiuî - ci 
'fut un vaiillàni?' homme, & fa 
'pôftérîté eut lé'païs" de' Gâlaad 
'éc de Bafan. Leë autres enfans 

• de-Manaffé , divifés félon leurs 
familles , font les enfans d' A- 

Tsîézer», feseVirans d^Hélec , lés 
*cnfan^*'d*Efner, "les ' ènfaris 
'de ISétteem . • les enfans d'Hé- 
*pber , &"'Tés çtirans dé Sémida» 
"Ils étoieht'.tobs enfans de Ma- 
'naflB , fils de Tbfeph, divîfésfe- 
, • loniénrsya*mHîes. ' 

• Salph'aad , "fils ^unique d'Hé- 
*pbéi^.j^fils=de*Gàlaad , 'fis d« 

Machir , fils dfe' Manàffé ,*nV 

.^ yoir.point-eu de fil?, ratais des 

fiilès feulement, dont «voici les 



noms , Maala , Noa.» Hégla ^ 
Welcha Ôc Therfa. Ces 'fifles 
vinrent fe préfenter deVatit Éléa- 
zar," grand-Prêtre , devant Jo- 
fué , fils de Nun , & les Princes 
du peuple, & leur dirent : « Lô 
p Seigneur a ordonné par Moï- 
» fe qu*on nous donnât' des 
'» terres en partage au milieu 
35 de nos frères, w Jofué leur 
'donna'donc des terres en pkrta- 
'gè au milieu des frères de leur 
"pere,Telon que le Seigneur Ta- 
'voit commandé. Ainfi , la trîbu 
tie Manaflë eut dix portions , 
entre le J>aïs deGalaad & de 
Bifan , qiii lui fut donné au delà 
du Jourdain. Car , ces fiUes de 
Manaffé eurent des terres pour 
leur héritage , parmi les enfans 
de MariaïTé , & lé païs de Ga- 
îaad avoit été donné en par-- 
tage aux autres enfans dé Ma- 
nàffé. 

La frontière de Manaffé s*é- 
tendoit depuis Afer y vers 
'Machifiefhfâth , qui regardoit 
Sichem , de à main'droite juf- 
'qu*ai/x habitans de la fontaine 
de Taphua ; car , le territoire 
de Taphua , qui étoit aux cod« 
fins de ManaUjé , fut donné aux 
'enfans d'Ephraïm. 
* La frontière de'Manaflfé def- 
'cendoit vers le torrent des Ro- 
'feaux ; mais ^ les villes qui 
'^toîént a'u midi du torrAt furewt 
à Ephraïm , quoique fitiiées au 
milieu des. villes de MànalTé. 
La frontière de Manaffé étoîc 
'^bornée au 'feptenttion* par le 
torrent; ii*où elle allôit fe ter- 
miner à.Ja mer. Ainfi , ce qui 
'étoir du côté du midi> étoit à 



} I 



I 



. - M'A ' 

Ephraïm. , & ce qui écoïc du.' 
côté, du feptentrion , étpît à 
Alanafle , & la mer étqic la fin 
de l:Vn & de rautre ; en force 
que du côté du rêpcentrion ils 
s^uniffoient à la tribu d'Afer ,' 
& du côté dû levant à la tribut; 
d iffachar. 

Mânaffé eut pour héritage 
dans la tribu d'Iflachar & d'A- 
fer, Bethfan avec fes villages ," 
Jéblaam.avéc fes villages 9 les 
habitans de Dor avec leurs 
bourgs ,' les habitans d'Endor 
avec leurs villages , les habi- 
tans de Thénac avec leurs vil- 
lages , les habitans de Mageddq 
avec leurs villages, & la troi- 
liemé partie de la ville de No- 
pheth. Les enfans de ManalTé 
ne purent détruire les habitans 
de ces villes >& les Chananéens 
continuèrent à habiter dans ce 
p aïs-là. 

MANASSÉ , Manafes , {a) 
hlavcco'Gvii , quinzième roi de 
Juda , fils & fuccefleur d'Ézé- 
chias 9 avoit douze ans lorfqu*il 
commença à régner , & il en 
régna cinquante-cinq. Par cori- 
féquèht il vécut foixante-fept 
ans. *Sa mère' s'appelloit Haph- 
fiba. Il fit le mal devant le Sei- 
gneur , (k adora les idoles des 
nations que le Seigneur avoit 
exterminées. ïl rebâtit les hauts 
lieux que fon père Ezéchias 
avoit détruits. Il drefTa de» au- 
tels à Baâl , & fit planter des 
bois de futaie en Thonneur des 
faux Dieux 9 comme àv bit fait 



MA .5 

Achab , roi d*lfraêl. ïl bâtit^ 
même des autels profanes dans 
le temple du Seigneur. Il en 
érigea à toute l'armée du ciel' 
dans Içs deux parvis de la mai- 
fon de Dieu. II fit paffer fon fils 
par le feu , eii l'honneur dé" 
Moloch. 11 aima les divinations» 
la magie , les augures , ôc les 
autres fortes de'fuperftitions & 
de curiofités magiques. Il plaça 
dans la maifon de Dieu ridol& 
d'Aféra ou d*Aftarté. Enfin , il 
engagea fon peuple dans toutes 
les abominations des peuples 
idolâtres & étrangers, il le fé- 
duifît de telle forte » qu'Ifraël 
fit encore plus de mal que n*ea 
avoient fait les Chananéens , 
que le Seigneur avoit extermi- 
nés. Manaue ajouta à tous ces 
crimes celui de la cruauté. Il 
répandit dans Jérufalem des 
ruilTeaux de fang innocent, Se 
mît ainfi le comble à fes autres 
iniquités. 

Le Seigneur , irrité de tant de 
crimes, fit parler à Manaifé par 
fes Prophètes , qui s*exprime- 
rent'de la forte: p Je vais faire 
» fondre fur Jérufalem & fur 
» Juda de tels maux, que les 
» oreilles en feront étourdies à 
» ceux qui en entendront faire 
» lé récit. J'étendrai fur Jcru- 
n falem U cordeau de Samarie 
w & de la maifon d*Achab ; je 
» la traiterai comme j*ai traité 
» Samarie, 6c jje rejetterai Ma- 
» naffé comme j*ai rejette 
» Achab & fa maifon ; j'efFace- 



(tf). Jleg. L* IV. c. 20^ \r. «i. c. &1. v. 



/■ » " 



1. ^ /rj. Fatal. L, il, Ct i%, v. l^* -^^ 



ll'V, i, é- ftq, Mém. <le IMcad. d/»j 
infcdt't» & Bc:l, Un. T6m. V. p. 141." 



< MA 

sf rai Jirofalem , cofliiiie en 
ao efface ce qui eft écrit fuir des 
» tablettes ; je paflerai & re- 
a» paflfèrai fou vent le ftylçrpr- 
>> deflus » afin qu*il n'en reût 
90 rien. J'abandonnerai les rëf-» 
30 tes de mon héritage ; je li- 
as vrerai mon peuple entre les 
3^ mains de fes ennemis, & 
» tous ceux qui le haiiTent^ le 
9 pillc;ront > &c« » 

On croit que le prophète 
l/âïe fut un de ceux qui élev^ 
Je plus fortement fa voix contre 
tant de défordres. Ce Prophète 
âvoit l'honneur d*être Deau- 
pere du Roi ; il avoit eu un 
très «grand crédit à la Cour» 
fous le règne d*Ez'échias » père 
de Manafle ; il étoit d'une naif- 
fance illuftre & du fang royal; 
il fe crut plus obligé qu'un au- 
tre de retirer Manaflé de fes 
défordres > & de le menacer de 
la colère de Dieu ; mais, le 
Roi au lieu d'écouter fes avis 
fie fes remontrances i le fit arrê- 
ter & le fit mourir , en le fciant 
en deux avec une fcie de bois* 

Les maux dont Dieu avoit 
menacé ce Prince impie « écla- 
tèrent enfin vers la vingt-deu« 
xteme année de fon règne. Le 
roi d'Âflyrie envoya contre lui 
les chefs de fon armée , qui , 
«près l'avoir pris , lui mirent 
les fers aux pieds & aux mains 
ic l'emmenèrent i^Babylooe* On 
croit que ce fut Sargon » ou 
Affaraddoa roi d'Aflyrie^qui 
eovoya Tharrhan en raleftine. 
Ce Général « après avoir pris 
Azoth « attaqua ManaflTé , S^ 
l'avant mu dans les fers^ le con- 



MA 

dosiik tson % Ninive , mais à Ba^ 
bylone. dont Aifaraddon s'étoit 
rendu maître» Par cette conque* 
te, Aflaraddon avoir réutti les 
deux empires des Aflyriens fc 
des Chaldéens. 

ManalTé » étant dans les liens 
à Babylone , confeflfa fon péché» 
& pria le Seigneur; le Seigoeui^ 
exauça fes larmes âc fes gémif* 
femens » & le ramena à Jérufa*- 
lem. Manaffé y reconnut la maia 
puiflante du seigneur. Il répara» 
autant qu'il put» le mal qu*tl 
«voit fait à Jérufalem & dans 
Juda. Nous avons une prière » 

Î^ue Ton prétend qu'il fit dans 
a prifon. Mais, Téglife ne la re- 
Îioic pas pour canonique ; elle 
a met au rang des pièces apo« 
cryphes. Cependant » elle fe lit 
dans l'EuchoIoge» ou livre de 
prières des Grecs. 

Les Rabbins racontent qti 
Matiaflë fut jette dans un vafe 
d'airain percé , 8c expofe à ua 
très grand feu ; que dans cette 
extrémité , il eut recours à tou« 
tes les fauàes divinités auxqueU 
les il avoit autrefois offert de 
Teacens ; mais que n'en ayanc 
reçu aucun fecours, il reconnut 
bientôt Pinutilité de fes efpé«- 
rances. Alors « il fe fouvint de 
ce qu'il avoit oui dire au Roi 
fon père : Lorfqut vou% m^învo» 
quen[ dans vos maux , & que 
vous vous conv€rtire{ f je vous 
exauarai. Il fe convertit donc 
au Seigneur» fut délivré auffi- 
tôt « & rapporté en un moment 
dans fon royaume^ ainfi qu'Hà!- 
bacuc fut dans la fuite tranf* 
porté à Babylone I flc rapporoS 



M 'A ■ "^, ."yi 

tfle Babylope en Judée. -''%:^ 

L'auteur 'de l'ouvrage impar* 
fait fur Saint Matthieu ^ raconte 
A délivrance d'une autre ma^ 
ni^re. Il dit que Manafle , étant 
•dans les liens , ne recevoît par 
jour qu'un peu de pain d'orge» 
& de l'eau mêlée avec du ,vi- 
naigre; de cela par jnefure , Ôc 
autant qu'il «n falloit pour qu*il 
ne mourût pas de faim. Au mi- 
lieu de fon afRiâion» il eut 
. recours au Seigneur ; ic une 
Aamme miraculeufe l'ayant foi^- 
dainement enveloppé f fondit 
* fes chaîneSySc le remit en liberté* 

Manafl*é fut apparemment dé- 
livré de prifon par Saofduchin , 
' fucceffeur d'ÂITaraddon. Étant 
de retour à Jérufalem » il réta- 
blit le culte du Seigneur daos 
. foo temple i abattit les autels 
des faux Pieux » abolit toutes 
les traces du culte idolâtre qu'il 
«voir r^ndu AUX divinités payen- 
' âes & étrangères ; mais » il ne 
détruifîr pas les hauts-lieux > oà 
Je peuple alloit adorer le Sei- 
gneur, foit ^u'il n'eût pas le 
pouvoir d'abolir une coutume fi 
ancienne Se fi invétérée > foie 
qu'il ait eu la fpiblefie.de con- 
defcendre en cela au défir du 
[ peuple* Ceft la feule chofe que 
.rÉcriture lui reproche depuis 
ion retour de Babylone. Il $t 
fortifier Jéruialem , & rétablie 
] fes Quiraille^ Il fu m£me fercn<r 
de murs une féconde ville qui 
Xe forma de fon tems à Toc-*. 
^ rident de Jérufalem 9 & Iqui 
fe trouve appellée la féconde 
vijle depuis fon règne* Il éta- 
blit des olSci^xs d^armée daus 



i-\ 



M A t 

tputêi tes places fortes de Jtida, 
oc>co|pmanda à tout fon peuple 
de^|rcher & d'adorer le sei- 
gneur* 

Lerefte des aélio.ns de Mai- 
nafl*é ,*la prière qu'il fit à Dieu» 
& les remontrances qui lui fu- 
rent faites de la part du Sei« 
gneur par les Prpphetes , tout 
cela étoit raconté plus au long^~ 
dans les journaux des Rois d2 
/uda. La .prière qu'il St à Die» 
dans fa prifoo , la manière dost 
Dieq Teitauça , le« crimes qu'il 
commit f les ilatueji qu'il éri« 
gea f & le9 bois profanes qu'il 
plaata , en un mpt^ Coo péché 8c 
fa prévarication étoient rap^ 
portés plus au io.ng daes le livrée 
du Prophète Hofaï , qui eA le 
même qu'Ifaïe , félon quelques- 
«tof » iics Septante le preoàenc 
en u0 feos général « dan^ Las 
écrits des V^yaof » Lu Syriaque 
rappelle Hanai» ; & l'Arabe 
Sapb^ii* 

Manafi*é mourut à Jérufalem » 
6t fur enterré dans le iardin de 
fa maifon , dans le |ardia d'Oze. 
Son fi)« Afnon regoa en Ca place, 
l'an du monde 3} 61 » &, mvaûi 
Jefus-Chijft639. 

PlttfLeurs croyentque Tèiftoi- 
^e de Judith k d'Holofeme ar- 
riva fous le règne; de Man^iTé , 
âcapris (on retour deSabylo- 
M. Ce PrÎACÇ ne p^rpjc poiôc 
du tout dectf ce«»e hiiioire ; ùÀt 
que par politique, il ne voulût 
pas le déclare^ dAOscecite {»pca- 
fioQ ; 041 que par un erincipe 
de péattenee , il ne le mél^t 
que peu où point du tout du 
gouvernement. 

A i? 



^ MA. 

M AN ASSÉ , Mànajfes ., (j) 
Meeyocmç ^ époux de Judith » 
oe vécut que peu de tems avec 
elle. Il y avoit déjà trois ans 
qu'il éroit mort y lorfque la 
guerre d*Holofernc commença. 
Manafle étoit de la tribu de 
Siméon, & il mourut pendant 
la iDoiflbn des orges , d*une ma- 
ladie caufée par IVxtrêroe ar. 
deur du foleil, qui lui donna 
fur la tête. Il laifla tous Tes biens 
à Judith fon époufe, & fut en- 
■cerré à Béthulie fa patrie. 

M AN ASSÉ , ^ Mana£ï , ( ^ ) 
y.af'jLdirvI ^ fils d'Hafom , fut un 
de ceux ) qui » après le retour 
de la captivité de Babylone» 
fe féparerent de leurs femmes > 
qu'ils avoient prifes contre la 
loi. 

MANASTABAL , Manafta- 
bal f (c) fils de Mafiniffa , fut 
père de Jugurcha de de Gauda. 
Après la mort de Mafiniifa , il 
fut chargé de rendre la juftice 
au peuple. 

MANGEPS VIA APPIiE. 
Vôy^i Mu feus. 

MANCHE, Capulus. (d) 
Les monumens nousofifrent plu- 
fieurs Manches > fur-tout de cou- 
reaux. D. Bernard de Mont- 
faucon en préfence fix fur une 
plariche. 

MANCHES, Manîca , (e) 
XvDittfç» Les Romains Se les 
Grecs avoient des Manches à 



M A 

dne partie de leurs habits. II 
y en avott principalement à 
leurs tuniques. 

Il faut obferver qjie lé mot 
Manica en Latin ^ dc le mot 
Xftplç f en Grec , ;ne fignifient 
pas feulement une Manche » 
mais aufli un gand , dont ru<- 
fage étoit connu des Anciens. 

MANCHUS, Manchusy (/) 
Ma7xcç , Roi des Arabes , en- 
voya fes troupes au fecours de 
M. Antoine , n* ayant pu y aller 
en perfonne. 

Ce mot eft écrit diverfemenr,. 
Manchus 6c Malîchus. Hirtius 
Panfa , dans la guerre d^Alexaq* 
drie > appelle ce roi Malchuâ , 
ab rege Nabataorum Malcho, Mal- 
chus ou Malichus efl le nom 
que les Arabes donnoient à leurs 
Rois ; car^ comme Bochart Va 
remarqué , Malich en Arabe fi- 
gnifie Roi. 

M ANCIA [ CuRTiLius ] , 
CttrtiUus Manda j {g) fer vit en 
qualité de Lieutenaut dans Tar- 
mée du haut Rhin , fous l'em^ 
pire de Néron. 

MANCINUS C L. HosTi- 
Lius ] , £. Hoflilius Mancinus^ 
{h) jeune Officier , qui , l'ao 
de Rome 535 , & 217 avant 
Jefus - Chrifl , eut ordre da 
diâateur Q. Fabius Maximus 
d*ekaminer les . démarches des 
ennemis , fans fe montrer s'il 
étoit pofiSble» au moins fans 



C«) Judith, c. 8. V. 1 , }. 

{b) Efdn L. 1 c. 10. v. )). 

(£> Sallult. in Jugurtb. c. ) ^4^ . Crév. 
Hift- Rom. Tom* V. pag. ^po, ^oi. 

(d) Amiq. expliq. par D. Bcrn, de 
MomR Tom* Ul. pag. lai. 



(«) Amiq. eKp]. par D. Betn* de 
Monrf. Tom. lil. pag. 6, 

(f) Plui. T. 1. p. 944- 

d) Ts^dt. Annyl. L. Xlll. c. 56. 

(ifr) Tic. Lîv. L. XXU. c. 15. Roll. 
Hiftv Roni. Tom. IH. p.' 190» 



; M A^ 

s*expofer> 8c d*en venir rendre 
compte. Maïs ^ étant du nom- 
bre de ceux que les dîfcours 
féditieux Se emportés de Q. 
Minucius Rufus avoir féduics , 
il n'eut pa» plutôt apperçu 
quelques cavaliers Numides 
répandus dans les villages , 
qu'il courut 'fur eux , 6c en 
tua même quelques - uns. Il 
n'en fallut pas davantage pour 
lui faire oublier fa commif- 
iion. Le vif défîr de combattre 
l'emporta fur l'obéiflancé qu'il 
devoit au Didlateur. Les Nu- 
mides, partagés en plufieurs 
pelotons y le vinrent charger 
les uns après les autres; puis 
fuyant à delTeln devant lui , ils 
l'attirèrent infenfiblement juf- 
qu'auprès de leur ca.mp , fort 
fatigué, auin bien que fes gens 
êc leurs chevaux. Carthalon ^ 
qui comroandoit toute la cava- 
lerie, en fortit au({itôt« & les 
ayant mis en fuite avant même 
que de les joindre , il les pour- 
fuivit pendant près de deux 
lieues fans leur donner de re- 
lâche. L. Hoftilius Mancinui) 
voyant qu'il ne pouvoit échap- 
per aux ennemis obilinés à Je 
futvre, exhorta les tiens à fe 
défendre de leur mieux , & re- 
tourna contre les Numides , à 
qui il étoit bïe^ inférieur tant 
«n nombres qu'en forces & en 
confiance ; aufG fut-il tué lui- 
même avec les plus braves 
des fîens. Les autres fe fauve- 
rent à toute bride, premiere- 
.mjsnt à Calés , & delà en prenant 



MA 9 

lesfentieriles plus détournés juC 
ques dans le camp du Didiateur. 

MANCINUS [ A. HosTi- 
LlUS ] , J4. Hofiilius Mancinusp 
(a) fut créé Préteur l'an de 
Rome 57i, & i8o avant Jefus- 
Chrifl , ik chargé de rendre la 
juflice aux citoyens. 

Dix ans après, il fut élevé 
au Confulat avec A. Atilius ; & 
la Macédoine lui étant échue » 
il fe hâta d'arriver dans la Thcf- 
falie pour prendre le comman- 
dement de l'armée ; il entra dans 
l'Épire dont la révolte n'avoir 
pas encore éclaté, ÔC fut fur, le 
point de tomber entre les mains 
de Perfée. Car , deux particu- 
liers , nommés Théodotus 3c 
Philoftratus, perfuadés que le 
plus grand ferviçe qu'ils puâfent 
rendre à ce Prince , dont ils 
vouloient gagner les bonnes 
grâces » c'étoit de lui livrer la 
perfonne du Conful , ce qui 
apporteroit un grand préjudice 
aux affaires des Komains, écri- 
virent au Roi de fe rencbre dans 
le pai's le plus promptemenc" 
qu'il lui feroit poflîble. Et effec- 
tivement fi les Molofles neuC- 
feni retardé la marche de Per- 
fée , en fe préfentani à lui fur 
les rives de la rivière de Loûs» 
& que le général Romain averti 
des embûches qu*on lui dreflbit, 
ne fe fût détourné de fa route » 
il ne pouvoit éviter d^être pris. 
Mais , il fortit de l'Épire , Se fe 
rendit par mer à Anticyre , d'où 
il pafiTa dans la Theualie. Là 
s'étant mis à la tête de l'armée » 



<4f) Ht, Liy. £• :&L, c» 55t L, ^lllU SuppI* i* c« a » 41 



V «... ..<»— «f 



is MA 

ïl alla chercher l'ennemî , eon- 
ne qui il ne iî[ pas la guerre 
avec plu j de fuccès quefoupré- 
déceuèur. Car, ayant livrtf ba- 
taille au Roi , il fut mis en dé- 
route ; & après avoir mt( pre- 
nicremeni de s'ouvrir de force 
un palTage ea Macédoine pat 
l'Élimée , puis d'y encrer furti- 
vement par la ThelTalie, il ne 
r^ullît ni dans l'un ni dans l'au- 
ire de ces deflètns, Perfôo fe 
trouvanr par-tout aSez à tenu 
pour les traverfer. 
■ MANCINUS t C. HosTi- 
uus], C. HoJlUiut Mancîiuu, 
(<*> Tut d'abord Lieutenaai du 
conful L. Calpuraius Pifon en 
Afrique. L'an de Rome 604 , 
Su 14$ avant Jefus-Chrift , la 
campagne k paflà fjws qu'ils 
ftflent rien de mémorable. Sur 
la 6n de l'année , L. Calpuroius 
Pifon étant parti pour retourner 
ii Rome , C. Haltilius Mancinus 
refta en Afrique pour comman- 
der les troupes Romaines. A 
Farrivée de P. Cornélius Sci- 
wan qlii venoit remplacer L. 
Caipurnius Pifon, II fe trouva 
^tie C. Holtilius Mancinus s'é- 
toit engagé Eémérairemeni dans 
un pofte où las ennemis le te- 
BOtent enfermé 3c où ils alloïent 
le tailler en piices le matin mè- 
ne, fi le nouveau Conful, qui 
rrivanr le danger où 
l'eût fait remonrer 
s troupes dans fe* 
& n'câc volé & ron 



.I-p.8iSjS*r- A|>piM.1 
<. é- /«f. Plin. r, II. pig. I 
»• Ont. jro A> Qc d n. g>' 



MA 

. -Onze aai après , C.HofliJitB» 
Mancinus I ayant été élevé a« 
Coofulal , alla metire le comble 
it l'ignominie des Romains de- 
vaut Numance. On a dit qu« 
lorfqu'il partît de l'Italie , plu- 
lieurs préfages fînillrea lui an- 
noncèrent le malheur qui Vair 
tendoit. Mail, le vrai préfagç 
étoît fon incapacité Si fon défaut 
de courage. Un Auteur, ^1 
o'eft pas d'un grand poids , lui 
fait pourtant l'honneur de Cip* 
f ofer qu'il réfolut de rétablir la 
difcipline parmi fes troupes , 
avant que de les ezpafer au 
combat. Mais , ce qui efl conf- 
iant par le témoignage d« tout 
les Hilloriens , ce» qu'il n'y 
eut pas une rencontre > ti ne u 
donna pas une efcarroouche, oA 
les Numides n'euâ!ent Pavanii^ 
ge; ce qui augmenioic fentible- 
ment leur fierté, de abattoir I|e 
courage dei Romains. Enfin , I» 
chofe en vint au point que let 
foldais Romains ne pouvoient 
plus foutenir ni la voix ni la 
vue d'un Numantîa. 

C. Hollilius Maaciiras, dans 
de li trîAes conJQoAutes , crvc 
oe pouvoir mieux faire que d« 

Suirtet fon camp de nuit( 8c 
'éloigner pour quelque lems 
fes troupes de ^f umance * daits 
la vue de diUtper peu à pc/i 
leur frayeur , & de leur lailTe/ 
le loilîr de prendre les fentimeos 
de courage Se de turdielTc qatu- 
zels aux Romains. Appien dit 
qu'un faux bruit quife répandît 
71. Roll. HM. Rem. T, V. p, ;ra • fit 



-f ue lei Caotabres & |ès Vacr 
céens venoienc to fecours de 
leurs compatriotes» loi fit prou* 
ixt cette réfolutioo» Quoi <|u*it 
èo ibit» iife retira de nuit dans 
lia |g;rand ntence. Les Numaa- 
cfes ,» avertis de fa retraite 9 par* 
tirent au nombre feulement de 
quatre mille , coururent fans 
perdre de tems après les fuyards f 
donnèrent fur la queue » en firent 
un grand carnage , pooflerest le 
Tt& daosdes lieux fort difficiles 
& qui étolem prefque fans iflue; 
& quoique l'armée dés Ro- 
mains fût de plus de vingt mille 
hommes» ils Tenvelopperent de 
telle forte , qu'il ne lui fut pas 
poffible de fe tirer de ce mau- 
vais pas. A peine cela fe peut*il 
concevoir. 

C* HoAilius Mandnus » dé- 
JTefpérant de s'ouvrir un chemin 
par la force, envoya un Héraut 
aux Numantîns » pour demander 
quelque compofition. Ils y con« 
fentirent» Le traité fut conclu. 
On n'en fçait point les articles 

{particuliers ; mais, les conditions 
urent égales eniïe les deux peu- 
ples. Les Numantins» pour évi- 
ter toute perfidies prirent une 
précaution, qui ne leur fut pas 
néanmoins d'une grande utilité. 
Ce fut d'exiger que le Conful» le 
Quefteur » Se les principaux 
Officiers s'engageafl*ent par fer- 
ment à faire obferver le traité 
qui venoit d'être arrêté. Lorf- 
que tout eut été ainli réglée 
les Romains partirent , laiSant 
au pouvoir des Numantins toutes 
les richeffes de leur camp. 
Dès que la nouvelle de ce 



MA II 

tr^té fut arrivée à Remet te 
Sénat commença par révoquer 
C« Hofiilius Mancinus , 6c lui 
ordonna de revenir à la ville» 
pour y rendre compte de fa co»» 
duite ; & en même-tems oa fie 
partir M. Émilius fon Collègue » 
pour aller prendre fa place. 

L*afiàire de C. Hoftilius Ma«« 
cinus, dès qu'il fut revenu à 
Rome, fut examinée dans le 
Sénat. Il y juftifia modeftement 
fa conduite, imputant en partie 
tous les malheurs qui lui étoienc 
arrivés au mauvais état 0)1 il 
avoir trouvé l'armée; infinuaec 
qu'il feroit peut-être permis de 
les attribuer aufli i la colère des 
Dieux irrités de ce qu'on avoic 
déclaré la guerre aux Numan^» 
tins fans qu'il en parût aucuA 
jufte fujet; excufant le traire 
fur la néceŒté indifpenfable d*y 
confentir pour fanver la vie k 
plus de vingt mille citoyens ; 
qu'au refte content d*avoir ren- 
du ce fer vice à la République » 
il attendroit en paix qu'elle dé«» 
cidât de fon fort » prêt à facri- 
fier de bon coeur la liberté 8ç 
fa vie à Tutilité & à Thooneur 
de la patrie. 

Ce ne fut que Tannée fuivante 
tte le Sénat prit enfin fon parti 
ur C. Hoftitîus Mancinus» oc fur 
le tcaité quUl avoir conclu. Le 
traité fut caifé » comme fait fans 
l'autorité du Sénat & du peuple 
Romain ; Se 11 fut ordonné que 
tous ceuj^ qui l'avoient juré 8l 
s*en étoient rendu garans , fe- 
iroient livrés aux Numantins» 
Deux Tribuns fe chargèrent de 
propofer au peuple d eutorifcr 



?, 



iz M a; 

parfes fuffrages ce diécrec da * 

C; Hoftilius Mancinus fe fit 
admirer par fon courage, Ôc fe 
mootra auffi bon Se généreux ci* 
toyen , qu'il avoit été timide 
Général. Lorfque la loi eut été 
propo-fée par les Tribi»ns con- 
formément au décret da Sénat 9 ' 
il harangua lui-même te peuple 
pour, appuier une loi qui deyoic 
lui être (î funefte; & il renou- 
vella ainfi l'exemple qu'avoit 
donné autrefois Sp. Poilumius 
en pareille occafion , après le 
traité des fourches Caudines. 

Le Qiiefteur ne fe piqua pas * 
d'une femblable généroiîté. If 
fép^ra fa caufe de celle de fon 
Général y ôc Rt fi bien par fon 
crédit, par fes follicitations 6c 
celles de fes amis, que le peu- 
ple n'autorifa qu'en partie le 
décret du Sénat, & ne condam- 
na que le feul C. Hoflilius 
Mancinus à être livré aux Nu- 
mantios. 

En confeqiience de Tordre 
du peuple »^C Hoflilius Man- 
cinus fut' remis entre les mains 
du conful ?• Furiiïs pour être 
mené en Efpagne , & livré aux 
Numantins par un des Faciaux , 
qui avoir le titre de Pater Pa» 
tratus. Il fut donc pr^fenté aux 
portés de Numance nu, pieds 
6c mains liés. Mais^ les Num^an- 
tînsrefufant de le recevoir , les 
Romains ne vouloient point 
le reprendre , de forte que cet 
homnis , qui s'étoît vu Conful 
raonée précédente & à la tête 
d'une grande armée > pafik le 



;.» 



M 'A ' . 

jour, entier entre le camp Se, 
la ville, abandonné des iiens» . 
rebuté par les ennemis » juf-^ 
qu'à ce qu'enfin la nuit étaoc 
Venue, les Romains lui; per- 
mirent de rentrer dans je çamp»^ 
Il retourna à Rome , & vou» 
lut entrer, comme il ayoit cou- 
tume auparavant ,' dan?. l*aȔem-. 
blée du Sénat , mais il y trouvi 
de l'oppofition. P. Rutilius, Tua 
des Tribuns du peuple, préten-* 
doit qu'il n'étoit plus citoyen. 
Ce n'étoit . poipt par mauvaife 
volonté que ce Tribun agilV 
foit» mais parce qu'il croyoic 
la chofe contraire a refprit des 
loix. A la vérité , ceux qu^ 
ayant été pris par les ennemis , 
revenoient enfulte dans leur 
patrie » rentroient dans vous 
les droits que la captivité leui; 
avoit fait perdre ; & c'eil-cé . 
qu'on appelloit jus Pojllîminiu 
Mais» le Tribun repréfentoit 
que c'étoit une tradition immé- 
moriale que quiconque ^voic 
été vendu par fon père ou 
par le peuple , ou livré aux 
ennemis par le Fécial , n'ar 
voit point de part au privilège 
& au droit de retour. Il fallut 
que l'autorité du peuple inter- 
vînt, qui réhabilita C. Holii- 
lius Mancinus 9 6c déclara qu'ijl 
feroit toujours regardé coramp 
citoyen , Ck jouiroit de tous les 
droits que cette qualité lui don- 
noit. [l parvint même dans là 
fuite à la Préture. C. Hoftilius 
Mancinus, pour conferver la. 
mémoire de cet événement, (e 
6t ériger une ilatue qui le rtf* 
préfencjic dans \t 'mêni'e Stac 



h( 



MA 

& La même attitude ou î1 étoîc» 
iDrfqii'il fut livré aux Numan* 
tins. 

•[ Il y en a qu! donnent à C. 
ffoAiiius'Mancinus le prénom 
de, Lucius , au lieu de celui de 
Caius. 

MANCIPIA, (il) nom que 
Ton donnoît aux Efclaves pris 
à ia guerre » par où a commen- 
cé la fèrvitùde ; c'eft comme 
oui difoit ^u^Ji manu captù 
■ MANDANE , Mandane, (b) 
Ma^/6%1», filie d'Aftyage, Roi 
des Medes , fut mariée à Cam- 
byfe , fils d^Achéménès , Roi 
dès Perfés ; & de ce mariage 
naquit Cyrus , un an après la 
toaîiTance de Cyaxare fon opcle. 
' MANDANiS , Mandanis , 
hlLàtfianiy {c) philofophe In- 
dien. C'étoîc le plus ancien & 
comme le Supérieur àts Brach- 
inancs , dii rems d*Alexandre le 
brand. Voye:^ Brachmanès* 
• MANDELE, Mandela, (d) 
TÎIlage d'iifalie au païs des Sa- 
Irrns. Nous lifons dans Ho- 
race : 
^_ • 

. M€ quoties reficit geOdus Dîgtn» 
lia riyus, 

iQjitfflt Mandela bibit , rttgofus 
fiigore pagus. 

'* On croit que ce village eft 
préfentement Paggîo Mirteto. 
"^ . MANDONIUN;.MWo;7itf«i, 
Vl«>/c>*ev , ' (c) ville d'Italie. 
Tîurarque , dans fa vîe d'Agîs 
tl de Qéomene , dit qu*Agé» 

"^ <^0 Roir« nift. Rom. Tom. 1. p« 146. 
(b) Xcnoph, p. 'i* & fiq* 
(() Scrab. p. 718. 
id) Hdfac* C U Bpift. i8« ?. 100 » loi. 



MA t) 

filaujt eut un fils nommé Archi-* 
damus , qui fut défait & tué 
dans un combat par les Mef- 
fapieos , devant une ville d'I- 
talie appellée Mandonium. he 
P^ Lu bit! croit que c'eit pré- 
fentement Cafal-Nuovo , dans 
là terre d'Orrante ; conjeâure 
fort légère. 

M ANDONIUS , Mandonius , 
frère d'indibilir. Roi des Iler- 
getes. Voyti Indibilis. 

MANDORE, (/) inftrument 
de n^uiique à cordes. La Man- 
dore des Modernes eâ une ef- 
pèce' de lutii , compofé pour 
Tordinaîre de quatre cordes ; 
fa longueur ordinaire eil d*un 
pîed ôc demi ; la première cor- 
de eil la plus déliée , & fe nom- 
me Chanterelle; les autres qui 
la fuivcnt vont toupurs en aug- 
mentant de groffeur. Son ac- 
cord eflde quinte eh quarte; 
c'eft-à-dire , que la quatrième 
corde eft à la quinte de latroi- 
fîème, la troilième à la quarte 
de la féconde, & la féconde 
à la quinte de la Chanterelle, 
On aDaiffe quelquefois la Chan- 
terelle d'un ton , afin quV11« 
fafle la quarte avec la troîfîême 
corde, ce qu'on appelle accor- 
der à corde avalée ; fouvenc 
auifî on abaifle la ChantereTle 
& la troiûème corde d'une tier- 
ce ; enfin, cet inftrument peut 
encore être monté à TunifTon » 
il étoit autrefois à la mode « & 
n*y eft plus aujourdibiui. 

<•) Pîùt. T. I. p. 79«. 
if) Mém. de PAcad. desTnrcrîpt. dL 
Bell. Lecc. Tom, VllU paf 7<* 



tA MA 

La Mandore n*eft pas de Pin* 
▼eocion des Modernes > elle 
étoic fon d'ufage chez le$ An- 
ctensyqui rappelloienCTra^/ec/- 
fc»^ wetfj^cvfiay vWfJ'ùvplç, Il eo 

eft parlé dans Atfaènée , dans 
PolittX^ dans Héfychius» dans 
Ntcomaqué > dans Lampride » 
& quelques autres. 

Suivant la defcription que 
BOUS donne de la Mandore an- 
cienne le fçavant Perrault , 
elle étoic montée de quatre cor- 
des f dont la Chanterelle fer* 
Tant à jouer le fujet , étoit pin- 
cée par le doigt index armé 
d'une plume faifant TefTec du 
pleârum. Pendant qu*ôn la pin* 
çoic ainfî , les trois autres cor- 
des , qui faifoient Toâave rem- 
plie de fa quinte 9 étoient frap- 
pées l*une après l'autre fuccef- 
nvement par le pouce* On tâ- 
choit de faire enforte que ces 
trois cordes » qui tenoient lieu 
d'autant de bourdons , s'accor* 
daflenc^ avec les tons du fujet » 
qui devoit être néanmoins dans 
le mode , fur lequel étoit accor- 
dé le bourdon ; c'eft-à-dire ^ 
que la Chanterelle devoit être 
accordée» de manière que les 
cadences principales & les do- 
minantes tombaiient fur les bour- 
dons que le pouce frappoic, fui- 
irant la cadence propre à l'air 
que Ton jouoir. On voit par- 
là que les Anciens formoient 
une efpèce de fymphonie , où 
entroient trois confonnances ; 
snais^ils n*endemeurerenc pas*là« 

C«) Ludan. T. I. p. 478. 
Jh) Plut* Tom« 1« pag. 40if 



I 



MA 

Ils allèrent jufqu'à faire ufage 
de quelques diflonnances dana 
le concert» & de ce nombre pnt 
été certainement la tierce As 
la lixte. 

MANDRA6ULE, Mfndra^ 
bulus y làMflfu&9vhtç • (tf ) donc 
il eft fait mention dans un dia^ 
logue de Lucien* 

MANDRICIDAS » Mandrin, 
cidas , MetflpiM.lJ'aç . (b) Spartia^ 
te. Pyrrhus , Roi d*Épire , étant 
entré fur les terres de Sparte 9 
fe mit à les pillera à les rava* 
ger ; & comme les Ambaâaf 
deurs qu'on lui avoit envoyés ^ 
fe plaignoient de ce qu'il fat# 
foir contre eux ces aâes d^hoC» 
tilité» fans leur avoir aupara« 
vaut déclaré la guerre : Bon^ 
leur répondit«il » eh ne fçavons* 
nous pas que vous autres Laccdéf 
monicns , vous ne déclare^ jamais 
ce que vous ave^ rifolu de faire i? 
Mandricsdas, un de ceux qui 
étoient préféns » lui dit en loa 
langage Laconique : Si tu es UM 
Dieu f tu ne nous feras point de 
mal y car nous ne t en avons poini 
fait ; mais y fi tu rCes qu'un 
homme y nous en trouverons quel» 
qu* autre . qui fera plus vailUiH 
que toi, 

MANDROCLIDAS, Mm- 
droclidas y McvfJ'poiOitii'aç « (c) 
fils d'Ecphane , fut un de ceux 

Iui excitèrent fortement le roi 
.gis à rétablir l'ancienne di* 
gnité de Sparte f en remet- 
tant en vigueur les loix .de 
Lycurgue* Flutarqoe remar* 

(«} Plot« ToflL l*.psK.* 798t 



... MA 

fi2« que Màndroclidas ^coïc ua 
Homme fore propre à conduire 
des pradques fecretes ^ parce 
qite Tes rbfes & (on audace 
étoienc actompagnées 4e fer- 
sieté* 

MANDROPOLIS , Màn- 
irapùUs y (4) ville de rAfiè 
mineure , dans fa Phry^e , feloa 
Etienne de Rysance. Tice-Live 
en parle au({i , & la met encre le 
Palus Caralice & la ville de 
Lagos , à peu de diftance de 
Cibyrc & de Termeffe* 

MANDUBIENS, Manduhiiy 
Mccf/cv^loi ^ {è) peuple de la 
Gaule Celtique. La ville d^A- 
léfîe , aujourd'hui Alife j ^rolt 
de leur dépendance, au rapport 
de Jule Céfar & de Scrabon. 

Ce dernier le méprend érran^ 

femenr en faifant les Mandu- 
îens limitrophes des Arver- 
nés', trompé apparemment parce 

?|ue Vercingétorix qui fe ren« 
erma dans cette place , écoit 
de la ftation des Arvetnes. Les 
Mandubiens dépendoient des 
Éduens , & habitoient fur la 
frontière des Lingones. Héric » 
qui dans le neuvième fîecle a 
ronopofé un Poëme , dont la 
l^ié de fàint Germain d*Auxer- 
r« eil le fujet , témoigne pat 
te vers en parlant d'Aléfie : 

Te fines JEduoe £*, limina /aéra 
tuentem y 

que les Mandubiens étoient 
rÉifèrmés dans le territoire 

<#> Tu. liv. t. XXXVIll. c. f y. 



(#> Tît. 4.1V. L. XXXVIll. c. f y. 1 fO C«r. d 
(b) Caef. de fiell. Oall. L. Vil, p. t%9. lér feq. Cr^f. 
rab. pa^. 191. Nocic. de la Gaul.]par J ijtf « 157. 
, d*Anvill« p> 431 y 43t, 4 



Scrab 



MA i% 

des Éduens; & les limités ac- 
tuelles du diocèfe d'AuftuA f 
répondent encore. Les lieux 

3ui portent le nom de Fins , près 
*Alife & de Sémur eo Auxois, 
nous appreanent même que ces 
limites exiiloient aiafi du tems 
de la domination Romaine, 8c 
qu'elles n*ont point éprouvé de 
diangement. L*uo 3c l'autre de 
ces lieux fe trouve cité fous, 
le nom de Fines ^ dans la Chror 
nique de Hugue t Moine 4^ 
l*abbave de Havigni , fîtnée à 
une aemi - lieue d^Alife. Cet 
article eft de M. d^Anville. 

Nicolas Sanfon n'eft pas tout* 
&-fait du même avis y & voici 
comme il raifonne dans fes re- 
marques fur la carte de l'an- 
cienne Gaule ; n Le Duefinois» 
» où eft Alife » femble retenir 
>» quelque chofe de Tancien nom 
» Mandtièii ; ce quartier ^Û 
» tout engagé dans le diocèCe 
^ de Langres , & néanmoins ^ 
» dépend du diocèfe d^Autnn ; 
M cela m*a fait Juger , pour- 
I» fuit-il , ou qu'ils ont été ps^ 
» $us Lingonum , pais de ceux 
» de Langres » ou qu'ils ont été 
» peuple en cheft 6c qu*aptè« 
» la prife & la ruine d'Alife ^ 
» les parties de ce peuple Mon* 
n duhn auront été données cii 
» partie à ceux d'Autun » eâ 
» partie à ceux de Langres. » 
MANDUBRATIUS y Man^ 
duhratiusy (c) étoit £ls d'Ima* 
nuentius , Koi des Trinobaates^ 

C«) C«r. de Bell. Gali, L. V« p. 1*4; 

A- ---^- Hift^ J^^^^ J^^,^ yy ^J 



î6 MA 

teuple de ta Grande-Bretagne, 
orlque Jule Céfar alla porter la 
guerre dans cette îfle , Mandu- 
brarius étoit dans Tarmée de ce 
Général» auprès duquel il étoit 
venu jufqu'en Gaule chercher 
tine retraite & un appui. Dès* 
lors les Gaules étoient rafyle 
des Rois de la Grande-Breta- 
gne , dépoflTédés & perfécutés. 
Imanuenrius ayant été tué par 
Cartîvellaunus , les Trinobah- 
tés qui confervoîent de l'atta- 
chement pour Mandubratîus , 
prièrent Jule Céfar de le leur 
renvoyer pour les gouverner. Ils 
obtinrent l'effet de leur deman- 
de , & moyennant quarante ota- 
ges & desbleds qu'ils fournirent 
aux Romains , leur païs fut épar- 
gné & même protégé par Jul€ 
Céfar. 

MANDURIE , Mandurîa , 
(j) ville d'Italie au païs des 
oalentins » autrement dans la 
Meffapie , ou Tlapygîe. Pline 
dît qu'auprès de cette ville eft 
un lac toujours plein jufqu'aux 
bords 9 & qui ne s'augmente 
point par toutes les eaux qui 
y tombent , & ne décroît point 
par toutes celles qui en fortent. 
Q. Fabius, ayant pris de force 
la ville de Mandurîe , y fit qua- 
tre mille prifonnîers & un bu- 
tin confldérable , l'an de Rome 
543 , & 209 avant J. C. 

Etienne de Byzance lit Man- 
dyrium. Cette ville eft préfen- 
tement reconnoiflabie à caufe 
du lac qui conferve l'ancien 

{/) f lin. Toiii» 1. p. ito. Tit. Li?. L. 
XXVU. c, 15. 
(b) Dan. c. ji Ti %%• & fif* 



MA 

nom*. On l'appelle Andotîa, 
Le nom moderne de Mandurie 
eftCafal-Nuovo, felonLéandre. 

MANÛURIUM , Màndw- 
tium. V6ye!(^ Mandurîe. 

MANDYAS, Mandyds, la 
même chofe que la Cblarayde^ 
félon Aftémidorc. Voye^ Chla- 
Ciyde. V 

MANÉ, Manc^ Maw, (b) 
terme Chaldéen , qui (îgnîfîe » 
H à comptée Pendant un repas 
facrilege que Balthafar donna 
à (e% courtifans & à fes concu- 
bines , il fe fit fervir les vafes 
facrés du Temple de Jérufalem, 
que Nabuchodonofor avoit ap- 
portés à Babylone. Alors, il 
parût fur la ^muraille comme 
Une main qiiiécrivoit ces mots, 
Mané <t Thécel ^ Phares ^ c'efl*à« 
dire , Dieu a compté , il a pefé , 
îi a divifé. Perfonne n'ayant pu 
expliquer ces paroles, Daniel 
fut appelle , & déclara au Roi 
que Dieu avoit compté fe$ 
jours, & que fon heure étoit 
venue '^ qu'il avoit pefé fes 
aftions & qu'il ks avoit trou- 
vées trop légères ; & qu'enfin 
il avojt partagé fa Monarchie 
entre les Perlés & les Medes. 
La même huit Balthafar fut mis 

MANES , Mants , (c) fils de 
Jupiter & de la Terre , félon 
Denys d'Halicarnaffe,fttccédaà 
Méon au royaume de Lydie. 
Voye^ Lydie. 

On demande fi le Manbs j|tt 
Masdès dont parle Flutarque» 

(C) Mém. de TAcad. des Infcript.& 
Bell. Le». Tom. V. p. «ji. 

eft 



' 



MA 

tft le toéme donc il eH h\t 

mention daos Dénjs d'Halicar- 

Hafle. » Toute la difficulté, 

*> dît M. Pabbé Sévin » roule fur 

» un fragment d'AJexandre 

7> Polyhîflor» qùiftous oblige de 

éê reconnoîcre deux Princes de 

s» ce iiomé En effet , Manès père 

» d'Acroon ne fçauroit avoir 

•> rien de commun avec cet au- 

» tre, dont le fils s'appeiloic 

» Cotys» A la vérité, le pre- 

» mier de ces Rois me paroît 

I» un peu fufpeâ. Acmon lui 

^ devoit le jout , fi Ton en 

» croit Alexandre Polyhiftor; 

30 maiSfPhérécyde avoue de bon^ 

» ne foi , que les monumens 

y> hiiloriquet ne parlent jamais 

» de Torigine d Acmon & de 

» Doëas Ton frère. Lequel croi- 

» re de ces deux Écrivains? 

^ Pour moi , dans les matières 

m de généalogie , je me ferois 

» un fcrupule d'écouter Alexan-* 

y> dre Polyhiilor aux dépens 

» d^un Auteur, qui lui étoit 

» infiniment fupérieureii ce gen- 

» re de connoiiTances. Ajourer 

» à cela, que quelques Poëtesi 

» au rapport de Phurnutus, font 

» Uranus fils d^ Acmon* Si la 

i> remarque eft certaine,comme 

x> le prouvent inconteilable- 

» inent les témoignages de Sim- 

» mius &d'Antimaque, ondott 

» en conclure que Saturne Se 

x> Jupiter font les defcendaos 

M de Manès. Comment donc 

» un Dieu 4e cette importance 

y> eft* il échappé aux recher- 

3» ches des Théologiens > qui 

» ont précédé le fiecle de Phé- 

9 récyde? De toutes les raifons 



M A 17 

• qui otit pu donner, lieu à cet 
n oubli , la plus plaufible , 4 
3» mon avis , feroit de dlrlt' 
1» que Manès eft un perfonnagft 
»* fuppofé ; auquel cas perfoont 
X» ne difputera au Héros qui pof^ 
9 te le même nom dans Dényt 
3i> d*Halicarnafl*e , lea viâoirei 
)» fignalées qui avoient reodti 
» Ton règne fi glorieux^ Ce 
« Prince époufa Callirhoë , fille 
f» de rOcéaji., dpùt il eut Co* 
a> tys, qui, après la mort de 
» fon nere , remplit le trône de 
» Lydie* Tel eft le fentimenc 
n de Dénys d^Halicarnafle i que 
» peut-être bien des gens ne 
» trouvetont gnère conforme 
a> à celui d*Hérodote. Cet Hif* 
j> torien du moins femble'dé» 
P cider en faveut d'Atys t qui, 
» félon lui , éft le fils Ôc le fuc** 
» cefltiur immédiat de Manèi* 
9 Cependant, tout bien examl« 
» né , je ne crains pas d*avan* 
» cet que ct% deux Écrivaini 
.j» ont luivi la même tradition: 
y* autrement il feroit malaifé 
n de juftifier Hétodote , lut 
» qui prétend dans un autre 
» endroit, que l'Afîe a empruii* 
y» té fon nom d'Afiès , fils de 
» Cotys & petit- fils de Manès.^ 
9 Ces paroles font claires, 6c 
3» fufiifent pour afiurer à Cotyt 
» la pofiTemon d'un Royaun^e 
» qui lui appartient fi légitime* 
.» ment, n 

Xanthus fait aulfi Mani;s , fita 
de Jupiter ; ce qui prouve , dit 
M* Fréret^ qu^il étoit le pluâ 
anciep Roi. 4e Lydicé » Car « 
» a}oute-t-il9 dans le ftyle dei 
m anciens Écrivains, le com« 

fi 



F ■ ^ 

» médfcemént des tems'hîftorî- 
3» ques de chaque oacion eft 
a décrit comme le commence- 
30 m^nc da genre humain; & 
3> iorfque ia fucceiEon hiilori* 
37' que des Rois 6c des hommes 
i n'eft plus connue , on fait ha* 
30 bitèr fa terre par des Divini<* 
io tés. C?eil pour cela que. le 
^ tems fabuleux de ce règne 
3^ des Dieux > finit plus tard 
» chez les nations dont les mé- 
x> moires hiilforiqùes font moins 
y) anciens; Nous ^voyons dans 
y> les traditions des Romains ^ 
30 que Saturne tegndit encore 
» en PItaiie dans un rems où, 
30 félon les traditions Grecques» 
» les Dieux avoieor quitté le 
30 féjour de la terre depuis plu- 
'» fîeurs (iecles , pour lie retirer 
03 dans le Ciel. 

» Manès étant le plus ancien 
03 Roi des peuples y appelles 
30 Méoniens de Ton nom» je ne 
'39 le crois pas di^rent de ce 
» Méon , Roi de Phrygie & de 
» Lydie, dont parle Diodore 
>» de Sicile. Car, le nom de 
» Méoniens quHIs ont dans 
» Homère & dans Hérodote , 
'ô> fuppofe que le nom de leur 
00 premier Roi ft pronopçou 
» Méon auffî bien que Manès. 

30 Ce Prince étoit mari de 
» Callirhoë , fiile de TOcéan , 
y> félon Xanthus ; les autres la 

30 nommept. Pi^^j^tOA > ^ ^^ 
* f} font mère de Cybele , dont 

» les amours avec le jeune Atys 
' » donnèrent occasion aux céré- 

(4) Myth. par M. PAbb. Ban. Tom. 

" IV. pag. 4^»»49î« Tom. V, pag, i6a. 

«^ .fmiv, Antiq. expliq. par D. Bern. 

die Momf. Jom. 11. pa^. 35 » 13$ ^ S41, 



.... 1^1 A 

9) monies du culte de la mère 
» des Dieux ou de ta DéefTe de 
» Phrygie , à laquelle on don- 
» noit auili les noms de Cybele^ 
» d*Agdi(lis , &c. Comme le 
n culte & les myfteres de cette 
03 DéefTe furent établis fous le 
3t> règne de Méon , félon Dio- 
D dore & les Auteurs qui ont 
7} traité ces matières, on peut 
» déterminer le tems de fon 
30 règne par celui de rétabiif««> 
SI fement du culte de la mère 
13 des Dieux, & de Tappari'* 
33 tion de fa ftatue à PelGnun* 
30 tium , marqué dans la c}#o* 
n nique de Paros , à Tan 297 
3» avant la prife de Troie , dt 
» quelques années après Tarri- 
30 vée de Cadmus éc de Da-» 
09 naùs dans la Grèce. Suivant 
30 cette Chronique , le temi de 
n Méon & le commencement 
» des myfteres de Cybele tom*- 
30 beront vers Tan 15^0 avant 
IVre Chrétienne. » 

MANES 9 Mânes , (a) Dieux 
auxquels les Anciens ont donné 
pour mère la déefle Mania ; 
mais , leur véritable origine » 
félon M. l'abbé Banier, doit 
fe rapporter à l'opinion où 
Ton étoit, que le monde étoit 
rempli de Génies ; qu'il y ea 
avoit également pour les vivans 
Se pour les mores ; que les uns 
étoient bons , & les autres mau- 
vais , & que les premiers s'ap- 
pelloient Lares familiers , de les 
féconds Lémures ou Larves* 
Auffi , quand Virgile dit : Quif^ 

Mém. de PAcad. des Infcrîpt. & Bell* 
Letc. Tom. 1. pag. ^1, ér Jmiv, Tom. 
111. p. ) f 79. 6* fmiv. Tom. IV. p» a^s ^ 
176. T, VU. p. 30. T. IX. p. é^. 



VT 



4v^' 



»» ^ 



MA. 

If ne faos patimur Mants , c*eft, 
félon Sefvius 9 comme s'il difoit: 
Nous avons chacun notre Génie. 

Il parotc par la Mythologie 
des Anciens $ qu'ils n*avoieoc 
pas des idées bien fixes au fujet 
des Mânes. Ce qu'on peut en 
recueillir de plus conftacé y ç'eft 
que fouvent ils les prenoient 
pour des âmes féparées du 
corps , d'autres fois pour les 
Dieux infernauX) ou (implemenc 
comm.e les Dieux ou les Génies 
tptélaires des défunts.jK 

Quelques Anciens ^u rap« 
port de Servi us , ont prétendu 
que les grands Dieux <réleftes 
étoieût les Dieux des vivans ; 
mais que les Dieux du fécond 
ordre , les Mânes en parcicu^ 
lier , étoient les Dieux des 
morts ; qu'ils n'exerçoient leur 
çinpire que dans les ténèbres 
de la nuit auxquelles*ils préfi* 
doienty ce qui , fuivant eux , a 
donné lien d'appeller le matin 
Mant. 

Le mot Mânes a auflï été pris 
quelquefois pour les Enfers en 
sénéral, c'elt-àdire , pour les 
lieux fouterreinSy où fe dévoient 
rendre les âmes des hommes après 
leur mort » & d'où les bonnes 
étoient envoyées * aux champs 
Élyfées , & les méchantes au 
lieu des fupplices appelle le 
Tartare. C'eâ ainfi que Virgile 
dit: 

»..••. Htf c Mânes veniet mihl 
famafuh imos. 

On a donné au mot Mânes 
diverfes érymologies ; les uns le 
font venir du mot Latin manare^ 




MA î9 

fortir, découler, parce^ difenr* 
ils, qu'ils occupent l'air qui eft 
entre la terre & le cercle lu<^ 
nairc , d*où ils defcendent pouf 
venir tourmenter les hommes j 
mais, (i ce mot vient de manatcg^ 
ne feroit-ce point plutôt parce 
que les Payens çroyoient que 
c'étoit par le canal des Maûet 
que découlent particulièrement' 
les biens ou les maux de la vi^e 
privée? D'autres le tirent du 
vieux mot Latin marius , qui fl* 
gnifie bon , & fuivant cette idée 
ils ne confiderent les Mânes que 
comme des divinités bienfaifan* 
tes qui s'intéreifenr au bonheur 
des humains , avec lefquels elles 
ont entretenu pendant leur vie 
des relations parricttlieres, com- 
me leurs proches ou leurs amis^ 
Un Auteur Allemand j prévenu 
en faveur de fa langue , tire le 
mot Mânes du vieux mot mann^ 
homme, qu'il prétend être un 
mot des plus anciens , ât qui 
vient de la langue Étrufque, Of 
il dit que Mânes fîgnifîe deâ 
hommes par excellence , parce 
qu'il n'y a que des âmes vérita- 
blement vertueufes qui puiflenc 
efpérer de devenir , après la 
mort de leurs corpi , dt% efpe- 
ces de divinités , capables de 
faire du bien aux amis de la 
vertu; maïs, la véritable éty- 
mologie du mot Mânes fe trou« 
ve dans les langues Orientales^ 
& vient fans doute de l'ancien- 
ne racine moun , d*oû fe font 
formés les mots Chaldaïque dc 
AtAt^moan ^man y qui fignifîenc 
figura , fimilitudo , imago , phân* 
tafma , idea , fpecies intelUgihiUs • 

, Bii 



j2d M A 

firma imaginis cujufdam , dUltur 
ênim de rébus , tant corporalibus 

Î' uarn fpiritualibus , prafertim de 
}eo, (2e font - là tout autant 
de lignifications analogues aux 
îdécs qu^on fe formoit des Ma- 
tiQ$ y &L aux diverfes opérations 
qu*on leur atcribuoit. 

De tous les Anciens, Apulée 
cft celui qui , dans Ton livre 
de Deo Socratis y nous j>arle plus 
clairement de la doarine des 
Mânes. » Le Génie » dit-il , eft 
y> l'ame de rhomgie dégagée âc 
» délivrée des liens qui l'atta* 
2b choient au corp,s. Je trouve 
37 que dans l'ancien langage 
aô Latin , on la nommoit alors 
^ Lemure. De ces Lémures , 
y> ceux qui ont en partage le 
» foin de ceux qui habitent dans 
B» les maifons où ils avoient 
30. eux - mêmes demeuré & qui 
30 font doux & pacifiques, s^ap- 
90 peilent Lares familiers. Ceux 
yi au contraire qui en punition 
» de leur mauVaife vie > n*ont 
» point de demeure aflurée» 
7> font erjrans & vagabons^ de 
f? caufent des terreurs paniques 
» aux gens de bien qu'ils cher- 
» chent à épouvanter, 6c font 
» véritablement du mal aux 
» méchans , font nommés Lar- 
io ves. Des uns & les autres, 
» Toit Lares , foit Larves , por- 
» tent le nom de Dieux Mânes; 
» & c'eft par honneur qu'on 
» les appelle Dieux, Honoris 
ao gratiâ Dei vocahulum additum 



» eft» f> 
On I 



ne fçait au refte quelle 
vertu avoient le bruit & le fon de 
rairaio fie du fer ; mais, Lucien 



MAv : 

& Agatharcide , cités par Pho- 
tius, aflurent qu'il étoit fi iil-' 
fupportable aux Dieux Mânes ^ 
qu'il les mettoit en fuite. 

Il en étoit de même des om- 
bres qui étoient dans les En* 
fers ; aufS Circé , dans Homère 
recommande -t- elle à UlyflTe , 
lorfqu'il aura offert un facrifîce 
aux Dieux qui y préfîdent, &C 
répandu le fang des victimes 
dans une fofiTe, de mettre l'cpée 
à la main pour en écarter les 
ombres qui viendront pour hu- 
mer ce fang dont ellesî'ont fort 
friandes* Virgile, toujours co- 
pifte de ce poète Grec , dit de 
même qu'Énée étant arrivé dant, 
les Enfers , prit Ton épée^ pouf 
écarter ces mêmes ombres qui 
volrigeoient autour de lui. Mais, 
il paroît qii il y alloit de bonne 
foi » &L qu'il avoir envie de fer- 
railler « l^^rfque la Sibylle lus fie 
appercevoir que fes coups fe- 
roient inutiles , parce que ce 
n^étoîent que de vains phantô- 
mes contre lefquels le fer n'a- 
voit point de prife. ' 

Quoi qu^il en folt , la crain- 
te, autant que le refpeél» fai* 
foit qu'on avoit une extrême 
vénération pour ces Dieux , 6c 
on ne manquoit jamais de leur 
recommander les morts ; delà 
la formule ordinaire qui fe trou- 
ve fur les tombeaux anciens , 
D. M; Dits Manibus, Delà en- 
core ces libations fréquentes' 
qu*ont y faifoit ^ & qui avoienc 
pour objet non -feulement les 
ombres des niorts , mais au(S 
les Dieux Mânes qui les gar« 
doieot. 



■M'A _ . \, . 

' On ne fçaît où les Compila- 
teurs du Didionnaire de Tré-. 
voux ont pris qu' Rome il 
écoic défendu d'invoquer les 
Mânes ; s'ils avoîent confuicé 
Feftus, il leur auroit appris que 
les Augures même du peuple 
Romain écoien( chargés du foin 
de les invoquer , parce qu'on 
les regardoit comme des êtres 
bienfaifans & les proteAeurs 
des humains. Il parott même 
que ceux qui avoient de la dé>- 
votion pour les Mânes , de qui 
vouloienc confecver avec eux 
quelque commerce particulier, 
s'endormoient auprès dts tom« 
beaux des morts , .afin d'avoir 
des fonges prophétiques & des 
révélations par l'entremife des 
Manês > ou des âmes des dé- 
funts. 

. C'eflainii qu'Hérodote dîrque 
les Nafamones y peuple d'Âfri- 
que , juroient par ceux qui 
avoient été juOes & honnêtes 
gens; qu'ils devinoient en tou- 
chant leurs tombeaux ; & qu'en 
s'approchant de leurs fépulcres, 
après avoir fait quelques priè- 
res f ils s'endormoient , âc 
étoient inflruits en fonge de ce 
qu'ils vouloient fçàvoir. 

Au reAé V >I paroît claire* 
ment par une multitude d'Au- 
teurs que les Payens atribuoienc 
aux âmes des défunts , des ef- 
peces de corps très-fubtils , de 
la nature de Taîr , mais cepen- 
dant organîfés , 8c capables de 
diverfes fondions de la vie hu- 

(a) 7ofeph, L. K Contra Apion. pag. 
10)5^. ér Jjnj* Suicl. Tom. 11. p9g. 89. 
%o\ï. iiift. Aoc. Tom» 1. ^ag, é^ , {^5. 



-< 



MA 

mainé > comme voir , parler ^ 
entendre , fe communiquer ^ 
pafier d'un lieu dans un autre p 
&c. Il femble même que fans 
cette fuppoiition nous ayions de 
la peine à nous tirer des gran- 
des difficultés que l'on fait tout 
les jours contre les dogmes fon- 
damentaux &confolans de l'im- 
mortalité de l'ame & de la ré- 
furreélion des corps. 

Chacun fçait que l'idée de 
corps 9 ou du moins de figures 
particulières unies aux intelli- 
gences céleftes 9 à la divinité 
même » a été adoptée par ceux 
des Chrétiens qu'on appelloic 
Anthropomorphites,parce qu'ils 
repréfentoient Dieu fous la fî^ 
gure humaine. 

Nous fommes redevables à 
cette erreur de je ne fçais 
combien de belles peintures du 
Père Éternel 9 qui ont immorta* 
lifé le pinceau qui les a faites , 
qui décorent aujourd'hui plu- 
ueurs autels , & fervent à fou- 
tenir la foi ôc la piété des Fidè- 
les» qui fouvent ont befoin de 
ce fecours. 

C'étoit une opinion commune 
dans les ten^s héroïques , que 
les Mânes de ceux oui étoient 
morts dans une terre étrangère» 
erroient bc cherchoient à re- 
tourner dans leur païs. . Voyei^ 
Mort. 

MANÉTHON , Manethon , 
MâtreGctfy ) (tf) originaire de Se- 
bennyté , qui éll appellée dans 
Strabon Schennynca urbs- , , ÔC 

I Uhw, de PAcad. des Infcripc. h, Qflj. 

Lcit. Tom 111. pag. aj. é" f»$v» Tom; 

1 VI, pag. 96, 97« 180. 

ri ••• 



9^1 M A 

Bscif d'HéliopoIis , étoif grand- 
Prêtre de cette dernière ville. 

Il coropofa par ordre de Pco- 
lémée Philadelphe une hiftoire 
d'Egypte» qu'il dédia à ce 
Frince , & qu'il publia avant 
l'an 247 avant Jcfus-Chrift, 
puifque Ptole'mée Philadelphe 
mourut cette même année. Pour 
exécuter cet Ouvrage , il ayoit 
confuhé toutes les archives des 
temples de l'Egypte ; il le pou- 
voit faire aifément étant pré« 
pofé à la garde des livres facré^ 
de tout le païs. Un fragment de 
cette hiiloire , cité par Jofephe, 
BOUS donne lieu de juger qu'elle 
étoit écrite avec ex*jdlitude ; 
car , Manéthon avoue que dans 
le fait dont il parle , il n'a rien 
trouvé dans les livres authentf- 
ques , ou dans les archives des 
temples , Ôc remarque qu'il né 
tient ce qu'il en dit, que de la 
tradition des habitans d'Hélio- 
poIis ; ce qui prouve le foin 
qu'il avolt de dilHnguer lès di« 
vers degrés d'autorité des mé- 
moires qu'il futvoit. 

Nous avons des extraits d^ 
fon hiiloire d'Egypte , faits par 
Jule Africain, 6c iranfcrits par 
George le Syncelle. Cette hif- 
toire de Manéthon , ainfî que 
celle de Ptolémée de Mendes» 
autre prêtre Égyptien ,. niéri- 
toient plus de croyance que 
celle d'Hécatée de Milet & 
celle d'Hérodote , qui s*é- 
toient contentés de confulter 
de vive voix les Prêtres de 
Memphis, de l'habileté defqueU 
on ne fait pas de grands éloges; 
au lieu queManéchcn âc Ftcld- 



MA 

mée de Mendes avoient cofiftlté 
les chroniques même des Égyp- 
tiens , & que leurs hiftoiret 
étoient fondéesr non-feulemenc 
fur les traditions > mais encore 
fur les titres & les monumens 
\ts plus affurés. 

L'hiftoire de Manéthon éfok 
divifée en trois parties ; la pre- 
mière contenoit l'hiftoire des 
Dieux ; la féconde , celle des 
Princes ou des rois d'Egypte 
& demi-Dieux ; la troifîeme 9 
celle des XXX Dynafties » qui 
finirent à Neâanébus , dernier 
roi d'Egypte , qui a regni 
quatorze ans avant la conquête 
d'Alexandre. 

Si on fuppute les XXX Dy* 
nafties de Manéthon fucceffives» 
elles compofent plus de cini} 
mille trois cens ans jufqu'au rè- 
gne d'Alexandre ».ce qui eft ma- 
nifeftement convaincu de fauf* 
fêté. D'ailleurs , on voit dans 
Erathofthene , appelle à Ale- 
xandrie par Ptolémée Evergete» 
une lifte de trente - huit rots 
Thébains 9 tous difFérens de ceux 
de Manéthon. Le foin d'éclair- 
cir ces difficultés a beaucoup 
exercé les Sçavans* La voie la 
plus (lire de concilier ces contra- 
diâions , eftde fuppofec » com- 
me le font maintenant prefque 
tous ceux qui traitent cette ma- 
tière, que les Rois dont il eft 
parlé dans les différentes Dy- 
naAies ^ ne fe font pas tousfuc- 
cédé les uns aux autres , mais 
que plulieurs ont régné en mê- 
me-tems dans des contrées dif« 
férentes. 

MANÉTHON^ Matutho$ti 



MA 

Mâfi'fW'', (tf) furnommé le Meo- 
défieo , prêtre Égyptien, auteur 
de quelques Ouvrages cités par 
Suidas , êntr'autres , d'un Hvre^ 
de la manière de faire les par* 
fums « dont fe fervoient les 
Sacrificateurs Egyptiens. Il eft 
parlé de cet auteur dans le livre 
dlfîs & d*Ofirîs de Plutarque -, 
dans Calieo j & dans le fécond 
livre de Saint Jérôme contre 
Jovinien. 

MANGÉLIES , Aftfa«/w, (h) 
fêtes des Romains , (elon M. 
Tabbé Banier. 

^ MANUV.Manhuy {c) cVft- 
à-dire, qu^efl^ce que ceci. Les Hé- 
breux ayant vu la manne ^fe 
dirent l'un à Tautre : Man-hu , 
qu*eA-ce que ceci? ou ceci eft 
de la manne. 

Mania , Mania y M'cr'a « 
(d) déeife Romaine. Elle pafloit 
pour la mère des dieux Lares » 
qui préfidoient aux carrefours. 
On lui offiroit le jour de fa fête» 
qui étoit le même que celui de 
là fêce de fes enfans, des figu- 
res de laine , en pareil nombre 
qu'il y avoit de perfonnes dans 
chaque famille ; on la prioit de 
s'en contenter » & d'épargner 
les perfonnes qui lui rendoient 
cet hommage. Foyt^ Mana. 

MANIA , Mania , Mcck/« , (0 
femme de Zénis Dardanien , qui 
avoit gouverné i'Éolie fous l'au- 
torité de Pharnabaze. Comme 
après la mort de Zénis » on vou- 
loit donner cette province à un 



MA 2) 

autre i Mania vint trouver Phar^» 
nabaze avec des troupes & des 
préfens 9 & lui dit qu'étanc 
veuve d'un homme qui lui avoit 
rendu de grands fervices, elle 
le prioit de ne lui*point ôter les 
récompenCes de fon mari ; 
qu'elle le fervîroic avec le mê- 
me zèle & la même obéiiTance i 
de que il elle y manquoit » il 
lui feroit toujours libre de Icd ^ 
Ôter fon gouternement. Elle Iç 
conferva donc» & s'y conduiilt 
avec toute la fageâe & toute 
l'habileté qu'on auroit pu at- 
tendre de l'homme le plus conr 
fpmmé dans l'art de commander* 
Aux tributs ordinaires qu'avou 
payés fon mari , elle ajoutotc 
des préfens d'une magnificence 
extraordinaire ; ' & lorfque 
Fharnabaze vçnoit dans fa pro* 
vince » elle le traitoit plus rplen- 
didement que ne faifoient to»s 
les autres Gouverneurs. Elle ne 
fe contenta pas de conferver U$ 
places qu'on avoit commifes à 
ùk garde , elle en conquit de 
nouvelles » & prit fur la côte La- 
rifle , Amexite » & Colone. 

On voir ici que la prudence» 
le bon efprit , & le courage 
font de tout fexe. Mania fetroiv- 
voit préfente à tout > montée fur 
un char y & ordonnoit elle-mê- 
me des peines 6( des récompen- 
fes. Il n'y avoit point dans le^ 
provinces voifines de plus belle 
armée que la flenne » & elle y 
tenoit à fa folde un grand ngmr 



(et) Suid. T. U p. io;9« | (*') Myth. par M.'rAbb. Bsn.'Toni. 

(b) Mytb. par M. TAbb. Ban. Tom. ] IV. p. 491. 
1. p. 5ÎÎ- I CO Xcnoph. p. 46s , 4»|. Roll, Hift. 

(/(} £xod* Ct 16. Vi 151 I Ane* Tom* 11. p. 6qçi > 601. 



:24 M Â 

bre de foldats Giecs. Elle ae- 
compagnoît même Pharnabaze 
dans toutes fes entreprifesyâc 
Y>e lui écoit pas d'uiç médiocre 
fecours. Au$ ce Satrape ^ qui 
connoifloit tout le prix d*un fi 
Tare mérite ^ faifoit à cette Da« 
ïne^ plus d'honneur qu'à tous 
les autres Gouverneurs jjafqu*à 
lui donner entrée dans Ton Con* 
feil ; 6c 11 la traicoit avec une 
diilioAioq qui auroit été capa- 
ble d'exciter la jalouGe j fi' la 
snodeilie de la douceur de cette 
jDame n'en eufient prévenu les 
triftes effets , en jettant po^r 
alnfi dire un voile fur toutes 
fes vertus , qui en aroortifibit 
Téclat y & ne les laifioit en- 
trevoir que pour les faire ad- 
mirer. 

Elle ne trouva d'ennemis que 
dans fa propre famille. Midias 
fon gendre, piqué des repro* 
ch s qu'oA lui faifoit de laiiïef 
commander une femme en fa 
place, & abufani de l'entière 
confiance qu'elle avoir çù lui , 
de qui lui lai^oit les entrées li- 
bres en tout rems 4 l'étrangla 
avec fon iils. Après fa mort , il 
fe faifit de deux places fortes où 
elle avoit renfermé fes tréfors ; 
les autres villes fe déclarèrent 
contre 4ui. Une jouit paa long- 
rems du fruit de fon crime. Der« 
cyllidas arriva heureufemenc 
dans cette conjonâure. Toutes 
les places de PEolie » foit de 
gré) foit de force, fe rendl- 
fent à lui D & Midias fyt dé- 



MA 

ipôuUlé des biens qu'il avoît fi 
injuftement acquis. 

MANIA . Mania , VLxfU » 
(a) c'eft-à-'dire , folle , furnom 
de la courtîfanne Démo. Voye^ 
Démo. 

MÂNICiE. Voye{ Manches. 

M ANICIUS , Manicius , {k) 
PréneAin , commandoit dans 
Cafîlînum 9 lorfque cette place 
fut afiiégée par Annibal > i*aa 
de Rome 5}6 , & ai6 avant 
Jefus^Chrift. Quand elle fe 
rendit , le fer & la faim avoienc 
emporté plus de la moitié de la 
garnifon , qui, au commence?- 
ment, étoit de cinq cens foi*» 
xance-dix foldats, la plupart 
Préfteftins. Ceux qui étoient 
reilés , arrivèrent fains & faufs 
à.Préneiie avec Manicius > qui 
avoit été fcribe avant que d'être 
homme de guerre. La preuve 
en eft tirée i^. de la ilatue de 
cet officier , qu'on voyoit dans 
la place publique de rrénefte » 
armée d'une cuirafle , & cou- 
verte d'une longue robe , avec 
un voile fur la tête ; ^^- de trois 
autres figures qui Taccompa- 
gnoient ; 3^. d'une lame de cui-> 
vre , fur laquelle on avoit gravé 
cette infcription : C'eft un vœu 
que Manicius a fait pour le falut 
des foldats qui étoient en garni/àt^ 
â Cajilinum, Le même titre fe 
lifoic au bas des trois figures 
qu'on avoit mifes dans le temple 
de la Fortune. 

MANIES , Mania » Mw/xm «■ 
(0 canton du Péloponnèfe dans 



<«) Plut. Tom. 1. pag. çoif 
ijd} TiCf iiv. I. XXUI» c. 19. 



I (r) Pauf. p. 509 • S 10^ 



/ 



MA 

TArcadie. Voici ce qw Paufa- 
fiias nous apprend de ce canton, 
p En allant , dit-il > de Méga- 
» lopolis en Mefi*énie, on n'a 
» pas fait fepc ftades que Ton 
t» trouve à la gauche du grand 
» chemin un temple ^ dédié à 
» des Déefl*es » que lés gens du 
7» lieu nomment Manies i & tout 
9 le canton d*alencour en porte 
» auffi le nom. Je crois qu'ils 
» entendent les Furies y auffi 
30 difent-ilsqu'Orefte ayant tué 
» fa mère, perdit refprit en ce 
i^ lieu<>là. Aflez près du temple 
3» on voit un petit tertre cou- 
a> vert d'une efpece de tombe , 
a» fur laquelle eft gravée la fi« 
». gure d'un doigt; ils appeU 
n lent ce tertre la fépulture du 
» doigt , 6c difent qu'Orefte 
» devenu furieux , fe coupa là 
ti avec les dents un des doigts de 
a» la main« » 

MANIES [ les Déefles ]. 
Voyei Mania , déefle Romaine. 

MANILIA [la Loi] , (a) 
JLex Maniiia , loi dont Cicéron 
parle dans fon Brutus. Il en 
tait aufE mention dans fon orai- 
fon pour L. Muréna. 

Nous connoifibns deox loix 
de ce nom » portées par le Tri- 
bun C. Maniiius ; Tune étoit en 
faveur de Cn, Pompée , & l'au- 
tre en faveur des affranchis» 
Foye^ Maniiius [ C. ]. 

MANILIA, Maniiia, (è) 
Dame » qui , quand on ne lui 
intentoit point de procès , en 

^ Cs) Cicer. Brot. c. 6ç, 65* Ont. pro 
-L. Muren^ c. 4^. Rofin. de Antlq. 
Itomain. p. 8}o > 848.* 
(^J Jufcn. Satyc. 6. Vt S4Si 



MA 2Ç 

!ntentoit elle-même j au rapport 
de Juvénal. 

MANILIUS , Maniiius, 
Mxrixtcç , nom qui eft fouvenc 
confondu dans les Auteurs avec 
ceux de MalHus 6c de Manlios. 
Il n'eft pas rare qu'un Auteur, 
parlant du même perfonnage., 
l'appelle tantôt Mallius , tantôt 
Maniiius ; ce qui répand quel- 
quefois beaucoup d'obfcurité 
dans la leAure des Auteurs. 
Foye{ Mallius & Manlios. 

M ANltlUS [ Sex. 1 , ( c ) 
Six, Maniiius » l'un des deux 
Tribuns de% foldats à qui y da 
confentement des troupes Ro- 
maines y les autres Tribuns des 
foldats confièrent l'autorité fu- 
prême, l'an de Rome 305 , Sc 
447 avant Jefus - Chrift. Les 
troupes Romaines avoient alors 
levé l'étendard de la révolte , 
& s'étoient retirées fur le mont 
Aventin. 

MANILIUS [ P. ] • P* Ma- 
niiius y {d) un des cinq Commif^ 
faires qui furent envoyés en II- 
lyrie , l'an de Rome kS^ , & 
167 avant Jefus -Xhrift , pour 
jrégler les affaires de cette pro- 
vince y de concert avec le Gé- 
néral L. Anicius. 

MANILIUS [ Titus], 
Tiius Maniiius , tj'toc MxrMsç. 
Xi) Titus Maniiius & Quinrus 
Memmius 1 députés Romains , 
ayant été envoyés de la part du 
Sénat à Antioche y écrivirent 
au Sénat de Jérufalem i qu'ils 

(e) Tit. Liv. L. lll.c.5t. 

(d) Tit. Liy. L, XLV. c^ 17, 

(O Maccab* L. U. c, ii. v. %^*&fii% 



xS MA 

rarîfioîenc tout ce que le roi 
Lylîas leur avoit accordé , & 
^e s'ils avoient quelque chofe 
à leur repréfenter , ils vînfTent 
lestroQverà ADtioche,& qu'ils 
leur rendroient ou leur feroient 
rcndrejuflice. 

MANILIUS [ M. ] , (a) 
M. Mànilius , fut élevé au con- 
fulat avec L. Marcius Cenforî- 
nu$) Vzn de Rome 603 , & 
149 avant, Jefus - Chrift- Voye^ 
Marcius.. 

MANILIUS [L,]^ {h) L. 
Maniiius , Procooful d'une par- 
tie de rEfpagne » ^ut battu par 
un des Lieutenans de Serto-- 
fiu5> 

Le texte Grée de Piutartjue 
fte porte que Lucius ; on lit 
dans le texte Latin L. Manlius« 
ic dans la traduction Françoife 
de Flutarque , Lucius Manilîus. 
On croit que cet officier eft le 
même qui fuit. 

MANILIUS [ L. ] , (0 t. 
Manuius , Proconfuî , fut dé- 
fait dans l'Aquitaine , & obligé 
de s'enfuir , après avoir perdu 
tout Ton bagage , au rapport de 
JuleC^far. M. d'Ablancourt tra« 
duit Mallius. 

MANILIUS [C], (if) C. 
Manïlïus ^ tribun du peuple, 
Tan de Rome 686 » âc 66 avant 
Jefus-Chrift , fut à peine entré 
en charge » qu'il propofa une 
lot féditieufe pour diilribuer les 
affirançhis dans toutes les tribus» 
& donner aufE un très - grand 

(4^ Roll. Hilf. Rom. Tom< V. p. da 
(^) Plut. Tom. 1. p, 574. Créy. Hift. 

Xoi». T. VI. p. I io> 

' ' if) Cxf. de i^ll. Gall. L. Ul. p. i lo. 



MA 

crédit à cette canaille , dans TeS 
afiemblées populaires. Comme 
tout fe fairoit alors par violeocCt 
la fa<flion du Tribun s'empara 
At% avenues du Capitole. Mais» 
L. Domitius Ahénobardus alors 
fort jeune , & quinétoit encore 
que Quefteur , ayant formé u» 
gros de braves gens , fe jetta 
fur cette populace ramaiTée » la 
dinRpa « ôc en tua pluiîeurs. De» 
que les nouveaux Confuls fu- 
rent en charge , il» propoferent 
au Sénat de délibérer fur le fait, 
de C. Maoilius ; & le Sénat 
ayant împrouvé la loi, le Tri- 
bun fut fi effrayé , qu'il vour 
lut d'abord s*autorifer du non» 
de CrafTus , dzfant qu'il avoit 
agi par fon côofeil. Mais » com- 
me perfonne ne te croyoie 9 oi| 
ne voulut l*en croire , il cher- 
cha à fe donner un appui , en 
vendant Ton miniflere à l'ambi- 
tion de Çn. Pompée» 

Pour faire donc fa coilr à ce 
grand homme , âc fe délivrer 
lui-même d'une ma uvaife affai- 
re , qu'il s*étoit attirée par (k 
faute , C. Maniiius propofa une 
loi qui donnoit à Cn. Pompée 
le commandement de la guerre 
contre Mîthridate ôc Tigrane* 
Cette loi ne manqua pa3 de par- 
tifans de de protedleurs , même 
parmi les plus illuilres membres 
du Sénat. Plufieurs Confulaires ^ 
dont Servilius Ifauricus ed le 
plus célèbre Jule Céfar,.toujoufs 
attentif à féconder les incliiKi* 

Çâ) Dio. CafT. p. tot ai* Plue T. I. 
p. 634 , 86<). Crév. Hift. Rom. Ton. Yt 
pag. J04. tr friv. 



MA 

dofls de la multitude » & % fe 
frayer le chemin aux emplois 
nouveaux & contre les règles » 
enfio Cicéron aéluellement Pré- 
leur , appuyèrent lapropofitioa 
du Tribun. Nous avons le dif- 
cours que prononça le dernier 
en cette occafion. Ainfi , la loi 
de C. Manilius pafla, & mie 
Cn. Pompée au comble de fes 
vœux» 

Mais, notre Tribun ne fut 
pas plutôt forti de charge, qu'on 
Taccufa devant Cicéron même,, 
lorfqu'il ne reftoit plus à celui- 
ci que deux ou trois jours de 
fa PréturerC'étoient les adver- 
faires de Cn. Pompée qui fuf- 
citolent cette afiaire à C. Mani- 
lius, en haine de foo dévoue- 
ment à ce Général. L'accufé 
ayant demandé au Préteur le 
tems néceflaire pour fe mettre 
en état de répondre , Cicéron 
lui ordonna de le faire dès le 
lendemain, quoique Ton accor- 
dât au moins dix jours de délai. 
Sur cela les Tribuns s'empor- 
tent contre Cicéron , & le font 
jparoirre devant le peuple pour 
fendre raifon de fa conduite. Il 
monte tranquillement à la Tri- 
bune aux harangues , & dit qu'il 
s*étonne extrêmement des plain« 
tes des Tribuns ; que perfonne 
se s'intérefle plus vivement que 
lui à la caufe de C* Manilius , êc 
qu'il ne pouvoit le faire mieux 
connoître qu'en voulant être 
fon juge. Le peuple applaudit 

(4) Cicer. Brar. c. 55. deOrator. L. 
1. c. 106, L. 111. c. 7). 
ik) Ci^f r. Ont* pio A. Clucnt. c* s8. 



MA HT 

à ce difcours. Néanmoins» 
comme il étoit néceflaire de 
diâférer le jugement, & que 
Cicéron alloit fortir de charge, 
on le pria avec de grands cris 
de fe chargeir de défendre C 
Manilius. Il le promit, & con- 
formément au ton qu'il a voit 
pris en parlant pour la loi Ma* 
nilia , il s'étendit fur les louan- 
ges de Cn. Pompée , & fit une 
fortie contre ceux qui, par ja- 
loufie,s'oppofoient à la grandeur 
d'un fi illafire âc fi excellent ci- 
toyen. L'affaire de C. Mani- 
lius traîna , & n'eut point de 
fuite. 

MANILIUS [M. ] , M. Mi- 
nUius , (a) dont Cicéron fait 
mention dans fon Brutus. C'eit 
apparemment le même dont il 
eft parlé dans le premier 5c le 
troifîeme livre de l'Orateur. 

MANILIUS [ Q. ] , Qjm^ 
nilius y {b) dont parle Ci^on 
dans fon oraifon pour A. Cluen- 
tius. Cet Orateur le qualifie 
Triumvir. 

MANILIUS [T.], T. Ma- 
ftilius , ( c ) iliuftre Sénateur , 
félon Cicéron , dans fon orai« 
fon pour Q. Rofcius le Corné* 
dien. 

MANILIUS, UanUîus, (d} 
qui avoit été fecrétaire du re- 
belle Avidius Cafiius , ayant été 
Eris , promettoit de découvrir 
ien des chofes, de donner bieii 
des lumières , de fournir des 
mémoires qui ferviroient à U 

(O Cicer. Ont. pro Q. Rofc. Comcei. 
e. «5 , «6. 
{d) Crév. Hiil. 4es fimp. Tom. ly'^ 



2i MA 

c€v&vî<flion de pluCeurs ' coti- 
pables. Commode ne Técouca 
point , &c fit jener au feu tous 
fes papiers. 

MANILIUS , Manilius , (a) 
Sénateur qui avoit poufle à 
rejfcès l'impudence & ia fufetir 
des délations. Il fut livré par 
Macrin au Sénat, & enfermé 
dans une ifle,par jugement de la 
compagnie; car , Macrin avoit 
défettdu exprefTément qu'on le 
condamnât à mort. 

MANILLIUS , ManUlius , 
VLxYiTihttç, Voyei Manlius qui fut 
chaflTé du Sénat par Caton le 
Cenfeur. 

MANIMES, Manîmï y {k) 
peuple de Germanie* Tacite 
regarde ce peuple comme fai- 
fant partie de la nation des Ly« 
giens, fans nous en marquer au* 
trMpDt le païs* Les modernes 
feWnt égayés à lui en chercher 
un* Lazius lui donne le Man- 
l^artzberg. dans la bafle Autri- 
che 9 Se André Velleius , dans 
fa chronique de Danemarck, lui 
fait préfent de Tifle de Mone , 
dans le Danemarck. Deux ou 
trois> lettres communes à Pun Se 
à Tautre nom forment une ef- 
pece de reffemblance qui fuffit 
à ces fortes de conjectures pour 
placer un peuple par tout où oti 
le juge à propos. Sur ce princi- 
pe nos deux Auteurs auroienc 
pu y avec le même fondement^ 
le tranfplanter d^ns le Moné/- 
mugi. 



MANIPULE , Mtf/ï/j^ttfei, Ô) 
étoit la divifion immédiate de la 
cohorte. Varron dérive ce mot 
de manus. Manîpulus , dit - il 9 
ciim jungît plures manus , . unA 
Manîpularis mihs, L'étymologie, 
donnée par Ovide 9 indiqué 
mieux l'origine de ce corps d« 
troupes^ Ce Poëte , parlant de 
righorance où les premiers Ro* 
mains étoîent de Taflronomiei 
s*ég^ie \ fon ordinaire ; ils ne 
connoifibient > dit-il » d'autres 
fîgnes que leurs enfeignes ; c*é- 
toif-là ce qui les guidoit dans 
la guerre , comme la petite 
ourfe guidoit les Phéniciens * 
& la grande ourfe les Grec^ dans 
leur navigation. Une ipoignée 
de foin , fufpendue au bout d'u« 
ne longue perche , marchoit à 
leû^ tête ; delà le Manipule a 
pris fon nom , ce mot (îgnr- 
fiant chez les Romains une poi- 
gnée de quelque chofe que ce 
fût. 

Non illi calo lahentïa figna tcn^ 
bant 9 

Sedfua ; qua magnum pérdtrt 
crimen erat. 

Illa quUem feno ; fcd trat rtv^tn» 
tia fcno ^ ^ 

' Quantam nunc Aquilas cemis 
haben tuas* 

Pcrtîca fufpenfos ducebat longa 
Maniphs , 

Unde Maniplaris nomina miles 
habcu 



(*) Créf. Hift. des Énap. Toni. V.l (O Mém. de l'Acad. des înfcript. «t 
' fi 19S > 191* I Bç». LCtt, Tom. XXXll. p. •7V^^><»• 

(i-j Taçii. de Morib, Gecm. «1.43^^ I 



MA 

Plu^arque & Tautcur de To- 
iîghute des Romains ^ doAùent la 
taifoà de ccne étymologîe ; ils 
racotttclît que Romulus , vou- 
laoc détruire la tyraoAîe d'Â- 
nulius , conduific à la ville 
d'AIbe les payfans qu'il avoit 
raflèmbliés , & qu'il les partagea 
* eh diverses batide^ , de cent 
hommes chacune , qui portoient 
pour enfeigne une poignée de 
foin ou de broflailles au bout 
d*une 'pique. Cette efpece d*en- 
feignene fubfîftaplus fans doute, 
dès que Romulua eat formé fa 
milice; mais» la mémoire s'en 
conferva toujours. Donat , fur 
PEumique de Tér^nce ', dit que 
lorfqu'on «nvoyoit à Quelque 
cxpéditioA particulière Ses (ol- 
dats Romains ou Latins , déta* 
chés d'une ou de plufieurs com« 

Îragnîes » ils fe faifoient une en- 
eigoe d^une poignée d'herbe ou 
d'autre chofe iemblable ^ donc 
ilii formoient une couronne ; & 
c'4toit apparemment pour rap- 
.peJler cette origine du Manipu^ 
ie , que les enieignes fe termî- 
noijcnt dans leur panie fupé- 
rieure» tantôt par une couronne, 
tantôt par une main> comme on 
le voit fur les médailles & 
dans les autres monument an- 
tiques. 

Pour évaluer le nombre des 
foldats du Manipule dans les 
tems diiFérens , il faut fçavoir 
deux chofes , établies fur l'au- 
torité de Polybe ; i*. que dans 
les diverfes augmentations qu'a 
reçues la légion , le nombre des 
Triaires n'a jamais augmenté ,5c 
qu'ils ont été conilamment fix 



MA If 

cens par légion , & foixantepàir 
cohorte ; i^. que depuis le te«« 
auquel les Haftats ceflerent dé 
tenir lieu de troupes légères 
pour être pefamment armés, les 
troupes légères qui leur furent 
fubftituées , quoiqu'elles fîiïent 
partie de la légioa, ne furent 
point divifées en Manipules ni 
en centuries , & qu'il n'eu pat 
probable quMles aient jamais 
excédé douze cens hommes par 
légion. ' 

Cela pof% , iln'eil pas dificile 
àt déterminer le nombxie âct 
foldats du Manipule y propor*. 
tionnellement aux diverfes aug« 
mentations de la légion. Depuis 
Romulus jufqu'à Servîus Tul- 
lius , la légiou fut de trois mille 
hommes; la cohorte, qui en 
faifoit la dixième partie , étoit 
donc de trois* cens hommes. Si 
on voujoit dater de ce tems-ià 
rinvariabilité du nombre det 
Triaires ^ il en faudroic dter 
foixante de la cohorte, & il rejt . 
teroit deux cens quarante hom- 
mes pour les deux Manipules de 
Haltats & de Princes » ce qui 
donneroit cent vingt faorncnei 
pour chaque Manipule. 

Depuis Servîus Tullios |uf« 
qu'à la bataille de Cannes , la 
légion fut tantôt de quatre mille» 
tantôt de quatre mille deux cens 
hommes. $ur la légion de qua* 
tre. mille 9 îl faut d'abord ôtec 
fix cens Triaires, refte trois 
mille quatre cens hommes ; 
ôtant encore douze cens faom* 
mes pour les troupes légères.,; 
il ne refteroit que deux mille 
deux cens hommes pour les 



$0 MA 

deux autres corps , dont cha- 
cun fe trouveroît feulement de 
onze cens hommes > 6c moindre 
parconféquent que celui des 
troupes légères. Or , comme 
Tinfanterie pefamment armée 
éroit d*une bien plus grande 
importance pour le fuccès des 
batailles que lejS troupes légères, 
on croit que dans cet état de la 
légion , il eft vraifemblable 
qu'il n*y avoir que mille hom- 
mes légèrement armés» & que 
les deux corps des Haftats & 
des Princes formoient chacun 
douze cens hommes par légion, 

. cequi endonneencorecentvîngt 
par Manipule* Dans la légion 
de quatre mille deux cens hom- 
mes , & c*eil celle de Polybe , le 
Manipule de Haftats & de Prin- 
ces fera encore de cent vingt hom- 
mes en donnant douze cens hom- 
mes par légion aux troupes lé« 
Ijeres, 

Depuis la bataille de Cannes 
îufqu'à C. Marius,la légion mon^ 
ta àcinq mille& à cinq milledeux 
cens hommes; alors, en ôtânt 
toujours les fix cens Triaires & 

' les douze cens hommes de trou- 
pes légères par légion , il reftera 
trois mille deux cens ou trois 
mille quatre cens hommes ; ce 
qui I divifé en dix cohortes , 
donne trois cens vingt ou trois 
cens quarante hommes par co- 
horte j & cen't foixante ou cent 
foixante-dix hommes par Mani- 
pule de Haftats .& de rrinces. 

I! réfulte de ce détail » que le 
'Manipule de Triaires fut tou- 
jours de foixante hommes; que 
celui de Haftats & de Princes fut 



MA 

de cent vingt hommes depuis 
Romulus jufqu*à la bataille de 
Cannes f 6c que depuis cette 
bataille jufqu'à Ç. Mariusyil mon- 
ta à cent foixante ou cent foixân^ 
te*dix hommes. 

. Nous ne pouflbns ip^s ce cal* 
cul au delà deC* Marins, parce 
qu'il eft probable qu'alors cette 
lorme de Manipule cefta d^être 
en ufage ; c*eft ce qu'il faut 
prouver contre le fentiroent de 
Jufte - Lipfe 9 qui fait fubfifter 
les Manipules jufqu'à Adrien* 

Avant C. Marins la légion 
en bataille avoit été rangée 
fur trois lignes , chacune de dix 
Manipules; ceux des Haftats 
faifoidit la première ligne, ceux 
des Princes la féconde , la troi- 
fieme étoit formée de ceux des 
Triaires. C. Marins changea 
cette ordonnance ; il abolit 
t;ette diftinâion de Haftats , de 
Princes & de Triaires g Ôc ran- 
gea la légion par cohor(p fur 
deux lignes f chacune de cinq' 
cohortes. L'or.dre de la bataille 
s'obferva auffi dans les campe» 
mens, fuivant l'ufage des Ro- 
mains, quicampoient comme ils 
fe rangeoient en bataille t afin 
de n'avoir point de changement 
à faire quand ils fortoient pour 
marcher à Tennemi ; alors les 
Manipules ne faîfant plus de 
divifion marquée ni dans le 
campement ni dans la bataille , 
ce nom ne fe conferva plus que 
pour la diftinélion des officiers 
& des foldats. Ce poi^t deman- 
de explication. 

Dans le tems que les trois ef» 
peces de foldats fubiiftoient ^ 



MA 

âaque Manipule étolt , félon 
PolyBe , divifé en deux centu- 
rie* 5 Tuoe de la droite , Taurre 
de la gauche. Le Câpiraine de 
la première centurie de chaque 
Manipule , c'étoit celle de la 
droite , prenoit le titre de Priar, 
par diAifiâion du Capitaîn^ de la 
féconde > qui s'appeiloic Pv/lc" 
rior ; re qui étoit i dk Polybe , 
Aiofî établi afin que f\ Tua des 
deux étoit abfent ou hors de 
combat, il en r^Ûit un pour 
tommander le Manipule en- 
tier, Ainfi,par exemple , lé pre- 
mier Capitaine du Manipule des 
Princes s'appelloit Princ€ps 
Prior , pu Princes priofis ceri" 
turia , de le Capitaine de la fé- 
conde centurie du même Mani- 
pule s'appelloit Princeps Poftt" 
fivr ou Princeps pofterioris cen' 
êuria ; il en étoit de même des 
Haftars. Tite-Lîve fait dire à 
Sp. Liguftinus y Tan de Rome 
^i I : Hic me imperator digaum 
judicavit 9 ctti primum Hdftatun 
prions -centuria aj^gn are t ; c* était 
la première centurie desHaftats 
dans la première cohorte d'une 
légion. Il fait eofuite dire au mê- 
me: j4 Man, AciUo miki primas 
Princeps prioris centuria eft affi'* 
^atus ; c'étoît la première cen- 
turie des Princes dams une pre- 
ntere cohorte. 

Quoique la cohorte d€ C« 
Marius ne fe divifôt plus en 
•Manipules , mais qu'elle fe par- 
tageât immédiatement en fix 
centuries y il laifla cependant 
fubfifter, pour les officiers, les 
SDêmes noms qu'ils avoient eus 
auparatiint; &, par uneefpece 



MA 5t 

de 6<îl1on, on joignit enfembJe 
deux centuries, dont \c^ deux 
Capitaines portoient le même 
nom , avec la diilinxflion de 
Pfior & de Pofterior, Ainfî , le 
premier Capitaine^ de la co'* 
horte s'appelloit y dans la pre- 
mière cohorte 9 Primipilus , 
dans lès autres , Triarius Prior ; 
celui de la féconde centurie , 
Triarius Pojlerior ; le troifieme, 
Princeps Prior ; le quatrième , 
Princeps Pv/ferior;\e cinquième, 
Haftatus Prier ; 1-e fixieme, 
Haftatus Pofterior» Ce n'^étoît 
plus qu'on veilige d'antiquité, 
qui ne fubfîftoit que dans le nom 
des Officiers , ôc qui ne fervost 
^u*à marquer leur grade dans la 
cohorte. Jule Céfar,eii décrivant 
le combat près de Dyrracbium, 
dit: Omnibus primât cokcrtis trm- 
twionilms interfeHis prattr Prm^ 
cipem Priorenu On défignoit aufi 
les foldats de la même manière, 
6i pour dire un foidat de la 
cinquième ou de lalixiemecen** 
turie , dans la première cdloTtei^ 
on difoit miles primi haftad ; 
pour défîgner un foidat du même 
ordre dans la féconde cohorte^ 
on difoit miles jecundï àafiati^ 
& ^analogie nous fait croirts 
que G l'on vouloir marquer avec 
précifion la centurie , ôc iiéfi- 
gner précifémenc la cinquième 
ou la fîxieme , on difoit pour 
la cinquième haftati prioris ; 9c 
pour la fîxieme haftati pofteriorisi 
ce qui dura ainfî jufqu'à Adrien* 
Mais, encore une fois, ce 
n'étoit plus qu'un nom, une 
trace de l'ancien ufage ; la 
chofe même ne fubfîâott plus» 



)£ MA 

Nous ne trouvons plus f de- 
puis C. Marius y le nom de 
Manipule pris dans la fîgnifica« 
don propre Qu*il avoit eu juf- 
qu'alors. Il en vrai que Plutar- 
que>dansla vie deRomulus^ 
rapportant l'origine du Mani-* 
pule, femble dire qu'il y en 
avoir encore de fon tems ; mais^ 
fi on fait attention à la manière 
dont si s'exprime , on verra 
qu*il dit feulement que de Ton 
tems les (impies foldats étoient 
encore appelles ManipulariL En 
eâfet^ après rextinâiondes Ma- 
nipules , on continua d*appeller 
les (impies foldats d'inranterie 
Ilanipulares , Manipulant , grc- 
gar'iL Ktdore donne deux cens 
foldats au Manipule ; il fup* 
pofe la légion de (ix mille 
hommes » telle qu^elle étoit 
quelquefois depuis C» Marius, 
oc conferve la notion de l'an* 
cién Manipule » quoiqu'il ne (^t 
plus alors en ufage. Ceux qui 
connoiâbient liîdore , fçavent 
bien qu'on ne doit pas compter 
fur Ton exaâicude. 

Dans tous les Auteurs an- 
ciens y qui nous repréfentent la 
milice dans l'état où elle étoit 
depuis C Marius , nous voyons 
que le terme Manipulas eA em- 
ployé de deux manières ; tantôt 
pour fignifîer un petit nombre » 
mais indéterminé , une poignée 
de foldats j ce qui revient à la 
lignification générale du mot 
JManipulus; tantôt pour dé(îgoer 
iz chambrée proprement dite , 
contubcrnium. 

Jule Céfar,dans la bataille con- 
tr« les Nervieosi voyant les fol* 



MA 

dats refTerrés par les eonem!^^ 
leur ordonne d'écarter leurs files^ 
pour pouvoir plus aifément fat-* 
re ufage de leurs épées ; ce qu'il 
exprime en ces ternies : Mani-^ 
pulês laxare jujjit y qub faeiliùs 
gladiis utipoffent. On voit qu'ici 
Manipulas doit (ignifier une fiie^ 
de que ce mot revient à pea 
près à la (îgnification de contU'* 
bernium , la file étant de huit 
hommes 9 & quelquefois de dix^ 
ainli que la chambrée* 

Lorfque Tacite raconte îa 
féditîon des foldatt de Panne* 
nie &c de Germanie , il fe 1ère 
trois fois du terme de Manipule^ 
d'une manière d'où on ne peut 
conclure dans quel fens précis 
ce mot eft employé. D'abord il 
parle de Manipules qu'on avoic 
envoyés à Nauport, pour faire 
des chemins , des ponts & d'au« 
très ouvrages ; il leur donne 
des enfeignes Ôc des centùrionSé 
Enfuite , quand Drufus a calmé 
la fédition de Pannonie» & que 
les foldats y revenus à l'obéif- 
fance , fe prêtent eux-mêmes à 
la punition des coupables, Ta« 
cite dit : Quo/dam ipfiManipuU^ 
documentum fidei , tradidere ; âc 
lorfque Germanicus y arrivé 
dans le camp de Germanie ^ Se 
fe voyant environné d'une trou- 
pe confufe de féditieux , veut 
les partager & les remettre en 
ordre , Tacite s'exprime en ces 
termes : A^entem concionem^ 
quia permixta videbatur , difcedere 
in Manipulas jubet. Dans ces 
endroits , Manipulas (îgnifie-c- 
il le Manipule proprement die» 
c'eft'à-dire > un corps de deux 

centuries f 



/ 



MA: 

tôtiturîes ? Dé(îene-t-îl uD moitif 
dre nombre ? (5u même eft-ce 
un mot qui (ignifie en général 
UDe divifion militaire , quelle 
qu'elle foit \ Mais , dans lé 
liièrae livre , quand il décrit la 
marche d^Aliénus Cécîûa & le 
défordre de l'armée Romaine ,' 
le mot Manipulas n'eil plus 
équivoque , il fîgnifie évidem- 
ment la chambrée. Non tentoria 
Manipalii , dit -il , les cham- 
brées n'avolent point leurs ten- 
tes. Ir y avoit autant de ten- 
tes que de chambrées , puif- 
qu'on appelîoît de ce dernier 
nom Taflemblage des foldats 
qui logeoîent fous la même ten- 
te. Le même Tacite appelle Ma. 
fiipule les foixante foldats en- 
voyés par Néron en Afie , pour 
affaffiner Plautus ; c'étoii un 
nombre moindre que la centu- 
rie. Le lende^maîn d'une émeu- 
te des foldats 9 les officiers par- 
courent les tentes pour calmer 
les efprits 9 ce que l'Hiflorien 
exprime ainfî : Manipulatim allô' 
cuti funt; ici Manipuli défîgne 
les chambrées. Nonîus expli- 
que » dans rVîiflorien Sifenna , 
le mot manipulatim « par collera 
tnanu^ ce qui ne donne qu'aune 
idée générale. C'elt dans le 
même fens qu'il faut prendre 
manipulatim difpofita cohortes -, 
dans le panégyrique de Théo- 
dofe. Ammien Marcellin entend 
far Manipulus , la- chambrée, 
rfous trouvons ce mot chez lui 
.en trois endroits , où îl eft quéf- 
tion de convoquer l^armée. U 
dit, dans le premier: ConPocâ' 
ûs cohortihus & centuriis & Ma-^ 

Tom. XXVU. 



MA. 



hîpulïs omuibus, L'exprefïïon eut 
éxaâe. Pour montrer que l'ar- 
mée fut convoquée toute entie« 
re , il defcend du' plus grand 
corps , qui étoit la cohorte» à 
la centurie » &c dé eëlle-ci à 
la chambrée. Dans les deux au- 
tres endroits , it ne s^ekprimo 
pas aufli exa^ement ^ il déplace 
les Manipules ; omnes centuriai^ 
Manipulosg & cohortes in concio'^ 
nem vocayit. Et aiUeur« : Ciim 
centuritB omnes 6» cohortes & Md'^ 
nipuli conveniffent. Mais , le lec» 
teur n'efl pas en droit d'éxigef 
toujours des Auteurs une piÇéCi- 
fion (i fcrupuleufe». 

Végèce,aù treizième chapitre 
de fon fécond livre, dit nette* 
fnent que les Anciens dîvîferent 
les centuries ea chambrées, dC 
que la chambrée, compofée de 
dix foldats logés fous la même 
tente ^ fe noromoit Manipulus , 
parce qu*îls combattoient en* 
femble» Cette date » vagUe &t 
générale, défîgne chei lui tout 
les tems qui Tont précédé \ it 
parle ici des tems poflérieurs à 
C Marius. Il ajoute tout de fVjîte 
une contradîAion. La turme ^ 
dans la Cavalerie, dit -il , ré- 
pond à la centurie ou au Mani« 
pulè dans ^infanterie* Ici il ne 
prend plus le Manipule pour la 
chambrée, il donne à ce nom la 
fîgnificatîon qu'il aVt)ît avant C» 
"Marius. La turme des cavaliers 
étott de trente hommes ; elle 
répôndoit à la centurie des fan- 
taflîns; elle fe divifoît en tfoîi 
décurîes , chacune de dix hom- 
mes', c'éroit là décurie qui re- 
pondoit à U chambrée , laquçllf 



)4 MA 

porte auffi quelquefois le nom 
de décurie* 

Dans les infcriptions» Mani'^ 
pulus cû toujours pris pour une 
divifîon de U centurie y la cham- 
brée : 

PRO SALVTE. D. D. IMP. 
PII. FEL. AVG. 

ET. MATRIS. AVG. N. ET. 
KASTROR. 

AEDEM. GENIQ. 7. CŒLL 
ADIANTL 

MANIPVLI. EIVS. 

SVA PECVNIA. REFECE^ 
RPNT. 

£t , dans une autre ipfcription, 
un centurion rétablit un petit 
temple , VOLENTIBFS MA- 
NlPrtlS SVIS. Les fimples 
foldats font appelles dans les 
toonumens MANIPVLARES , 
MANIPVLARII; & ceux de 
la même chambrée • proprement 
dits contuhtrnaUs , font aufE nom- 
més COMMANIPVLARES^ de 
tnème COMMANIPFLl. Dans 
un marbre donné par Fabretti^ 
on lit COMMANFCVUS , par 
corruption y pour commanipulis. 
Pour remettre fous un feul 
point de vue tout ce que nous 
venons d*expliquer , nous pen* 
Tons que le Manipule » compofé 
de deux centuries réunies dans 
2e même corps , fut conftam- 
ment en ufage , & dans le cam- 
pement , & dans la marche 9 & 
dans la.bataillè y depuis Servius 
Tuliius jufqu'à C. Marins* Ce- 
lui-ci détacha les centuries , de 



MA 

manière qne Tidée du ManipoTe 
ne fe perdit pas tout-à-fait, mats 
elle devint confufe ; on fe fou-* 
venoit encore que deux centu* 
ries avoient fait un Manipule ^ 
& on appelloit encore , dans 
chaque cohorte » les comman- 
dans des deux premières centu* 
ries y Triarius ; ceux de la troî* 
fieme de de la quatrième , Pri/i- 
ctps ; ceux de la* cinquième 8c 
-de la iixiem^e y Haftatus y avec 
la diilinétion de Prior & de 
Poflerior ; ce qui dura ainfi juf« 
qu*à Adrien , fous lequel ces 
noms difparurent tout -à- fait 
dans les cohortes » excepté dans 
la première » dans laquelle feu« 
le les premiers oiEciers gardè- 
rent ces dénominations. La no- 
tion ancienne du mot ManipU'» 
lus s*étant perdue » il conferva 
fa fignification générale pour 
défigner un petit nombre , une 
poignée de foldats ; de il en ac- 
quit en même-tems une nou* 
velle , qui lui devint propre & 
particulière , ce fut celle qu*a- 
voit toujours eue contubemium ^ 
la chambrée y dont ii devint fy* 
nonyme* Il faut même nu'sl foit 
defcendu jufqu*à fignifier un 
feul foldat » puifque dans les 
glofes on trouve xcAta^iiç ex« 
pliqué par Manipulus. 
' MANIUS 9 Manias y terme 
qui vient de mancy comme qui 
diroit né du matin. C*eil le pré« 
nom ordinaire de plufieurs fa- 
milles Romaines. 

MANIUS CVKIVS y Manius 
Curius f (4) dont parle Cicéroa 



(À> Ciccf, de Ofat. L. U. c. 76* 



MA 

dans le fécond livre de TOra- 
teur. 

MANIUS , Manius , {a) dont 
Perfe fait mention dans une di 
fes Satyres, 

MANLIA [la Famille]; (Bj 

Jens Manda « famille Romaine » 
éconde en grands hommes. Elle 
â produit plufiears Confuts , 
plufîeurs Tribuns militaires ^ 
plufieurs Diâareurs. On croit 

Îu'elle defcendoit d*Oâavius 
lamilius Tofculanus « gendre 
de Tarquin le fuperbe. 

Il y a une médaille de la fa- 
mille Manlia ^ qui d*un cdcé re- 
préfente la têce de Rome avec 
ce mot Rome y de la marque du 
denier Romain X , au milieu 
d'une couronne formée de ce 
fameux collier, que T. Man- 
lius remporta de la dépouille 
du Gaulois qu'il avoit vaincu 
dans un combat fîngulier. Au 
revers on voit un cavalier armé 
d^une lance de d*un bouclier , Si 
cette légende , l. TORQ^l/AT. 
EX. S. C. Or, on ne peut dou- 
ter que ces mots ne fî^nifient 
que L. Terquatus , qui fut 
êonfttl aVec L; Cotta , l'ati 
ée Rome 688 * a touIu fut cette 
niédatUe perpétuer la mémoi- 
re de Taaion de T. Manlius » 
l'un de fes ancêtres » & Torigi- 
iie du furnom de Torquatus i 
que le Sénat lui avoit permis de 
porter , à lui & à cous fes def- 



M A 5$ 

cendans. Les inots £X. S. C. 
Joints avec ceux de L, TORr 
QUAT^ marquent la cbofe évi- 
demment. 
MANLIA SCANTILLA ^ 

Manlia Scantilta y (c) femme df 
Tempereur Didius Julianus, fui 
décorée par le Sénat du titre 
d'Augufta. 

MANLIA t la Loi }.(i<) Iti 
Manlia y loi qui fut propoféê 
par Cn. Manlius Capitolinus ^ 
afin que les nouveaux affi-anchis 
portaflenc au tréfor public, la 
vingtième partie de leurs biens. 

Une autre loi du même noip^ 
dont le tribun Manlius fui^Tau^ 
teur y donnoit la province df 
Numidie au conful C. Marius* 

M ANLIANA IMPERIA , (#) 
c'eft-à'dire , la févérité Maa- 
lienne , efpece dé proverbe ^ 
qui avoit pri^ fon nom de celuji 
de T. Manliûs , parce que ce 
fameux Romain oonoa I exemi- 
le d'une févérité exçellîvedan^ 
a perfonnè de fon fils j i qui H 
Bt trancher la tête , en punition 
de ce qu*il avoh combattu con^ 
"tre far défenfe , Tan de Rome 
415 ,& 337 avant J. C. 

M ALIANES [ les Loix ] , (/) 
Manliana L^gesy loix donc par^ 
le Cicéron » au premier livre de 
i'Ofateur. 

MANLIUS ^Cn.J, (g) Cn. 

Manliut y fut créé Conful av^ 
M. Fabius , fan de Rome 274^ 



fi 
l 



(d) Jufcn. Satyr 6. v. 56. é'/rf* . f U) BoHn. dç Anuo. Rom. par. 840^ 
(*) Tft. Tif. L. IV. c. ay. L. yitl.l&48. • ^^ 



C.7. M^cn* de l*Aç»d* dct Infcript. & 
Beil. Letc. Tom. !• pag. a6i. 

(«) Crév, Hift* des £mp. Tom. V. 
pag. H» 



(e) Tic. Ut. t. IV, <. «9. L. Vltl. t. •:, 
(/) Cic«. de Orat. L. l. c. i*^i 
(i) Tk* Uv. t. a, c..^|. 4r/|,. 

Cii 



5Ô MA 

^ 478 avant Jefus-ChriA. Ces 
deux Généraux marchèrent en- 
Temble contre les Veiens à qui 
toute rÉtrurie avbit envoyé 
des fecours.. Au fort du com- 
bat ^ Cn^ Manlius pourfuivanc 
ïes ennemis , après les avoir 
prefque mis en déroute , reçut 
Une bleilure daiigereufe , qui 
Tobligea de fe retirer de la 
bataille. Cet accident fit croire 
aux (iens qu*il étoit mort ; & 
auflicôt ils lâchèrent pied. Et 
ils auroient pris la fuite ouver- 
tement^ n l'autre Conful, ayant 
poufle fon cheval de ce côté- 
là y ne leur eût crié que fon 
Collègue vîvoit ; & que pour 
lui , après avoir défait les enne- 
mis de fon côté » il venoit à leur 
fecours. Par-là il les engagea à 
tenir ferme ; 6c dans le même- 
kems le conful Cn. Manlius s'é- 
tant montré à eux » acheva de 
les raflurer. A la vue des deux 
Confuls les foldats reprirent 
courage. D'ailleurs » les enne- 
mis avoient extrêmement éclairr 
ci leurs rangs » tandis que fe 
fiant à leur multitude, iU déta- 
chent ceux qui étoient au corps 
deréferve.,.pour aller attaquer 
le camp dés Romains. Jl eiivrai 
qu'ils y entrèrent f^ns peine» 
Mais 9 pendant qu'ils fongent 
plutôt à pilier qu'à combattre , 
les Triaires qui avoient pu 
foutenir leur première irrup- 
tion*, après avoir' fait fçavoir 
aux Confuls ce qui fe pa^Toit, 
tetournerehtf eh Foule à la tête 
des Généraux ^ & recommence- 



MA 

rent le combat d'eux «mêmes* 
Dans le même-tems , le conful 
Cn. Manlius revenant au camp f 
en ferma la fortie aux enner 
mis , en difpofant fe;s fpldats à 
toutes les portes* Ce mouve- 
ment excita la rage des Tof- 
c^ns, plutôt que leur valeur; 
car , après, avoir fait envaia 
plufi(îurs tentatives pour échap* 
per , un gros de leur jeuneûe p 
qui avoit reconnu le Conful 
aux marques de fa dignité , fe 
jetta impétueufement fur lui. 
Ceux qui i'entouroient reçu- 
rent les premiers coups. Mais, 
Cn. Manlius étant attaqué par 
des défefpérés » reçut à la fîa 
une bleflure mortelle , qui écar- 
ta tous ceux qu'il avoit à fes 
côtés. Les Tofcans , devenus 
plus hardis par ce fuccès , pouf- 
fent les Romains effrayés dans 
toutes les parties du camp ; ÔC 
ces furieux^les auroient mis en 
grand danger, fi les Lieutenans, 
après avoir enlevé le corps du 
Conful , n'eufTent prudemment 
ouvert une porte du camp aux 
ennemis. Alors , ayant la liber- 
té de fortir, ils fe retirèrent 
aiTez en défordre , & allèrent 
donner dans les troupes de l'au- 
tre Conful y qui , étant déjà 
viiflorieux , en tailla la plus 
grande partie en pièces , & mie 
le reile en déroute. La viâoire 
étoit des plus complettes & des 
plus glorieufes ; mais, la mort 
de Cn. Manlius empêcha qu'on 
n'en réfleniît toute la joie. 
:. MANLIUS [A.], (a) A. 



C«) TitrLiv« Li It, c. 54. Lt 111. ic* fU 3ii Roll, Hiiltilom« T. 1. p. i\6, 39$, 398« 



»_'' 



MA 

MahlittSf A.. Mékmcç, fut créé 
C9nrul avec L« Furîus, l'an de 
Rome 280 , ôc 472 avant Jefus* 
Chriil. H fut chargé de mar- 
cher contre les Veiens ; mats 
il n'y eut pas cependant de 
guerre. Us demandèrent une 
trêve de quarante ans; 6c elle 
leur fut accordée | moyennant 
une fdmme d'argent qu'ils payè- 
rent , èc une certaine quantité dô 
bled qu'ils fournirent auxRo^ 
mains» 

Peu de tems après , 4e peu- 
ple excité par les Tribuns de«« 
manda avec beaucoup d'obfti-^ 
nation l'établiiTement de la loi 
Agraire ; mais , A. Manliu's & 
L. Furius s'y oppoferent de 
toutes leurs forces, ils ne furent 
pas plutôt fortis de charge , 
qu'ils furent attaqués par lé 
tribun Génucîus. Accules de*: 
vant le peuple , ils commencè- 
rent à paroître devant lui , dans 
l'humble état de fupplians ; puis 
s'adreflant aux plus jeunes Sé- 
nateurs , ils les exhortoient à 
renoncer . au)c charges de au3é 
dignités de la République 6c 
de regarde^ les faiCceaux Con- 
fulaires , la robe prétexte 8c la 
chaire Curule , comme les or- 
nemens dont on les paroit, com- 
me des viAimes , pour les con«* 
duire à la mort. Qu'ils conddé- 
raâent que ce Confulat, qui 
avoit tant de charmes pour eux, 
avoir perdu tout Ton éclat Se 
toute fa force, & étoit devenu 
comme l'efclave de la puîlTance 
Tribunîcienne. Qu'en effet le 
Conful, comme un vil appari- 
teur ^ f^ voyoit obligé d'obéir 



in A if 

âù premier commandement , au 
moindre figne des Tribuns. Que 
s'il faifoit quelque déofarche ea 
vertu de fa charge, s'il tour* 
ooit les yeux far les Sénateurs p 
É. tous fes regards n'avoient pas 
1^ peuple pour objet , comme 
fi lui feul faifoit toute la Réptt« 
blique , il devoit s'attendre ôu 
à l'exil , ou à la coûdamnation 
& à la mort; 

Les Sénateurs, animés par 
de pareils difcours , renoncè- 
rent aux délibérations publi- 
ques , 6c commencèrent à tenir 
des afTemblées fecretes , où Ils 
ft'admettoîent'qu*un petit nom- 
bre de perfonne^. La , conve-' 
liant entr'eux qu'il falloir à 
quelque prix que ce fât, dé- 
livrer les accufés du danger 
qui les menaçoit , l.çs voies les 
plus violentes étoient celles 
qu'ils goûtoient le plus , 6c it 
s'en trouvoît parmi eux quf 
s'offr oient à entreprendre leV 
coups tes plus hardis. Le jou£' 
du jugement étailt doÀc arrivé , 
& le peuple s'étant rendu dans 
1^ place , fort attentif à la fen^ 
tence qu'on alloit prononcer , 
fut étonné d'abord de ce que 
le Tribun ne paroiffoit point.; 
Enfuite , un plus long retarde- 
ment lui fit naître des foùpçons. 
Il s'imagina que les premiers 
du Sénat Tavoient folliclré , 6c' 
qu'il avoit eu la foibleiTe , à, 
^ leur conlidération , de trahir 
la caufe publique dont il s'é« 
toit chargé. Mais^ un moment 
' après 9 qû'el<)ues particuliers , 
voifîns de Çépucius ," vinrent 
annoncer qu'on Tavoit trouvé" 

C iij 



ii MA 

tjfiôn dans h roaifon. Cette oou* 
TelU ne fe fur pas plutoc répan* 
eue dans rafTemblée , qu'elle 
fe di/Gpà » comme une armée 
qui vîew dejperdrc fon GénérMf 
Mais p perfoDne ne fut plus 
<onilerné que les Tribuns , à 
oi|i la mort de leur Collègue 
»iiroir comprendre combien peu 
i]s dévoient compter fur la 

?'roteâ2on des loix facrée^^ 
our les Sénateurs» ils s*ab&n- 
donnèrent à une |oie immodé*^ 
rée ; 6c bien loin de fe repeo<» 
lir de cet attentat, cèux-roé- 
mes qui n*y avoient point trem^ 
pé « eo vouloîent partager U 
gloi re> & publioient hauteoaenti 
que c'étoit ainii qu'il falloic 
9*7 prendre pour dompter ôç, 
battre la pui^ance des Tri'* 
buns* 

A. Man|i^s ïîit un des trois 
Réputés qu'on epvoya à Athè- 
nes, Taq de Kftme 300 , & 453^ 
^Y^nc Jeûis-.Çhrift ^ avec ordri^ 
ie rechercher & d*exuaire les 
rôix les plus célèbres de So^ 
ton t 8f. de s'informer exaAe- 
ment des règlement» des mœurs 
& des coutumes ^es autres vU-> 
les de la Grf ce, A leur retour « 
nos trois députés furent du nom- 
bre des Oécemvirs que Ton 
chpifit pour la rédadtion des 
nouvelles loix qu'oQ vouioiç 
érablir. 

Il j en ^ qu[ donnent h, Man- 
I1US le prénom de Caius > au 
lieu de celui. d'Aulus. 



MA 

MANLIUS [C] . Ç. MàWk 
Uus. Foy^^ l'article précédent. 

MA^fuUS [ L 3 CAPITO- 
LiNUS , L. Manli^s Çap'mli^ 

nus , {a) up def Tribuns mili* 
taires qui furent créés « l'an dtt 
Rome 333 , & 419 avant Je- 
fus-Chrift. 
M A NLIUSr M .], M. ManUus^ 

(b) fut créé Tribun militaire « 
Tan de Rome 3 3 $ » & 4x7 avant 
I# C. 

MANLiUS [A.], À. Manlius^ 

(c) parvint pluQeurs fois à la 
charge de T^i^^n militaire. Lu 
première fois » ce fut l'an d^ 
|l<>me 3fO| ^ 401 avant Je-* 
îusiÇhrin* I,.*a fjpcoi^de, ce fut 
trois ans après. Epfia» la trot*- 
fieme fois , ce fut l'an de Ro-* 
me 358, âç 394 avant lefus* 
Chrift. 

: MANLIUS [M*l , ÇAPITQ- 
LINUS, M, li^nHus Caf'uùliaus^ 
{d) fut éleva au Consulat avec 
t. Valérius Potitus • l'An d« 
ftome 3^3 , & ^'^ avant Jefus» 
Çhrift. Ces deu3( M'4g\ftr«ts fi* 
^ent repréfenr^r lesgrapdsjeux^ 
auxquels le Di^jiteuf M. Furîu$ 
s'étott engagé par un vœu , pe»» 
dsnt la guerre de^ Veiens* C^ 
fut au/Ii ibus Uur Confulatqu'oa 
6t la dédicace du Temple, que 
le même Dicflateur ayoit promît, 
à Junon Reine, dans la même 
guerre ; & les D^smes aflifterenf 
\ cette cérémonie avec unt 
dévotion extraordinaire. Lef 
Romahis eurent contre let 



(«) Tît. Lîv. L. IV. c. 4t. I {d) Tît. Liv. L. V.c ^i , 47* t* VU 

(b) Tic. Liv. i. IV. c. ^4. fx. 5 s II. «^ feq, Flut* To(n« I. p. 14s » 

O) Tît. Liv. t. IV. ci. 61. L. V. t.] 143 • 14^ , 148. RoU. Hfft. Rom. T. IL 



MA 

Cqaei, fur Iç monc Algiity nne 
guerre peu coofidérable , dans 
laquelle ils défirent les ennemi^ 
prefqu*avant que dVn venir aux 
mains avec eux. Comme M. 
Manlius avoir fait paroîcre plu^ 
d*acharnement à pourfuiyrç lep 
vaincus, & à les tuer dans leur 
fuite « on lui décerna le triom- 
phe» maïs on n'accorda que To- 
vation iî fpn Collègue* 

Deux an$ après , Rome étant 
afGégée par les Gaulois » la cita- > 
délie âc le Capitole étoient fur 
le point dç tomber fous la puif- 
fance des ennemis, lorfque M. 
AI anlitts, éveillé par les cris des 
oies & le battement de leurs aï- 
les , fe jecta fur fes armes , 3c 
ayant ordonné aux autres de 
l'imiter & de le fuivref , il mar- 
cha le premier où le péril Tap- 
rellpit* Avant qu*aucuodçs fieos 
eût encore joiuc , il renverfa 
d*un coup de fon bouclier un 
Gaulois qui étoit déjà arrivé au 
haut de la cçUine. Celui-ct, 
tombant fur ceux de fes cama- 
rades qui mjgtrchoient après lui , 
les culbut^a, en fprte que M* 
Manlius n*eut pas de peine à 
les tuer, pendant qu^ayant jette 
leurs armes, ils s*accrochoieot 
aux pointes du rocher pour fe 
retenir. Enfin . les compagnous 
4e M. Manlius étant venus ^ 
fon fecours , à coups de traits 
& de pierres précipitèrent 
tout le reile des ennemis juf- 
qu*au pied de la colline. Le 
tumulte aTant été appaifé • Us 
Romaius aonaerent Ici refle de la 
nuit au repos «autant qu'ils en 
pnreoc j^readre dans h trpub^e 



M A ^^ 

qvAU$ aptoit, apr^ onç alhtf- 
me fi chaude , & no péril qui 
tout paflS qu'il étoit, leur don» 
Doit encore de l*kiqutétude. 

Ç^uand le jour fut venu , les 
ribuns firent afiVnbter les fof- 
dats , dans le defTein d'accof^ 
der aux bonnes 8c aux mauvais 
fes adlions te prix qui leur con- 
venoit. Us commencèrent à 
donner à M. Manlius tes élo« 
gès de lés récompenfes qu'il 
'avoir mérités.' Les foldats.,'^ 
Texemple de tenrs chefs, fe 
piquèrent de géqérofité en- 
vers leur libérateur ; car, fe 
privant d^une partie de leur 
nourriture pour lui faire hon- 
neur , ils fournir^t chacun 
une demi-Iivré de farine 6c un 
poiflTon de vin » 8c firent por- 
ter le toi^t dans la maifon qu'il 
a voit dans la cStadelU. Vue tel- 
le contribution çft afforémctit 
très-peu confidérable en elle- 
même ; mais , la difette qui re« 
gnoit dans la place , la doit faire 
regarder comme un témoignat- 
ge éclatant de Tamour 8c de 
reftime que les foidats avaient 
pour lui. Ce fut fans doute ce^- 
te aâlon héroïque qui Hi 
mérita Iç furnom de CapitotU 
nus. 

L'an de Rome 368 , Sc 384 
avant Jefusî-Chrift , M. Manlios 
Capitolinus fut créé Inrer-Koi , 
8c deux ans après ^ il fut l'au- 
teur d'une féditapn des plus dan- 
gçrcufes, s'étant mis à la tête de 
la populace, ce x)u*on n'auroic 
jamais cru d'un homme d'une 
fi haute réputation. La grandeur 
^e fpn courage 8c fôn ambition 

C iv 



40 M A 

exceiSve lui avoient iQfpirè 
.pour Camille. uq« fumufe ja* 
Ipufie. U ne pouvoir fouffrir fo^ 
laérice 6(, tqn éléyat.i.on. Il ïe 
4»Uîgnoit hautement de la pré- 
jfrence que les Ron|i^aîn$ don- 
HOljçnt à ce grand homme. Qu'il 
jrempliflbit leul toutes, les Ma^- 

Î^iftratures ; qu^il commandoît 
eul toutes les armées; qu'il 
çtoit tellement ,4lèyjé "au deiTiis 
de tcus les autres citoyens'» 
.i|u*il tenoit au rai>g de ^es Lieu- 
.tenans » fes .propres Collègues , 
créés fous les mêmes .^ufpices , 
& avec la même autorité que lui; 
qju'après tout, à juger fainement 
.des chofes, les fervicesde Camil« 
Je n'étoientpas fi co-afidérables ; 
êc que jamais il n'eût pu retirer 
Romje des mains des Gaulois., 
.£ lui-même n'avoit le premier 
fauve le Ca picole & la citadelle* 
..Que même Camille étoit venu 
furprendre les ennemis , dans le 
^cems que fe repofant fur la foi 
d*un traité.j ils étoient près de 
recevoir l'or dont les Romains 
étoient convenus pour leur ran- 
çon ; au lieu qu'il les ayoit re* 
pouflës , lui , lorfqu'ils avoient 
les armes à la main, & qu'ils 
étoient prefque maîtres de la ci- 
cadelle. Qu*enfin tous les foldats 
de Camille dévoient avoir part 
à fa gloire, comme ils enavoieot 
eu à (a vi(floire ; au lieu qu'au** 
cun mortel ne pouvoit partager 
celle de M. Manlius, 

Cet efprit l^ouillant , impé- 
tueux , enflé de ces vaines louan- 
ges qu'il fe donnoit lui-même , 
commença par abandonner le 

Séoât dont u o'écoit pas 4u£ 



MA. 

confîdéré qu'il crcJyoît le mé- 
riter ) 6c palTant de l'ordre des 
Patriciens dans celui du peu- 
ple , il s'attacha aux intérêts de 
la multitude , aux Maglilrats de 
laquelle il communiqua depuis 
tous fes defl*eins. Il ne ceflbit 
de câfeiTer la populace y Su 
d'accabler les Sénateurs de re- 
prochés , fe lailTant emporter 
au vent de la faveur populaire» 
fans plus écouter les confeils de 
.lai'faifân, & préférant une ré- 
putation brillante à une gloire 
folide. Mais , pour foulever la 
'multitude , il n'employa point , 
comme, avoient fait jufques-là 
tous les Tribuns du peuple, la 
douceur & les attraits de là loi 
Agraire , mais un moyen beau- 
coup plus intéreifant. Il entre- 
prit d'abolir la foi publique^, 
ôc d'éteindre toutes les dettes 
dont lé peuple fé trôuVoît char- 
gé, & qui rexpofoient nop-.feu- 
iement à la nécefCté & à la m]- 
'férê f mais .même à U pfifon & 
aux tourmens, • ' • 

La guerre des Volfques , 
' quoique dangereufe par elle- 
même', ôc furchargée de la ré- 
beiliôA des Latins de des Her- 
niques , ne fervit cependant que 
de prétexte aux Sénateurs pour 
recourir à une autorité dont il 
n'y eût point . d*appet ; car , 
jdans le fond, ce furent les en- 
itrepcifes de M. Manlius Capi- 
'tolinus. qui les engagèrent à 
doihmer Di(^ateur A.' Corné« 
llus^ColTus, qui fe donna pour 
mairre de la cavalerie T. Quin- 
riiis CapitoUnus. Quoique le 
Dlâaicur prévit bien yi*il trou* 



*• ^9 



MA 

verok plus de difficutié à fou*^ 
mectre fes citoyens , qu'à ré- 
duire Tes ennemis > cependant 
foir qae la guerre ne fiouârîc 
point de retardement» foit qu'il 
voulût donner plus de poids 
& d'autorué à fa charge par la 
viâoire qu'il remporteroît. Se le 
triomphe dont elle feroit fuivie» 
il n'eut pas plutôt mis une ar^ 
mée fur pied» qu'il la condui- 
fit contre les ennemis > âc rem* 
porta fur eux de grands a vanta* 
ges. 

Cependant , la fédition aug^- 
nentoir k Rome' de jour en 
|our;.& celui qui en éroit le 
chef , en rendoit les fuites en^ 
core plus redoutables^ car , M. 
Manlios Capttolinus ne fe coq* 
tentoic plus d'animer le peuple 
par des difcours flatteurs » mais 
il y joignoît des aAions plei- 
nes de bienveillance & débouté 
en apparence , ôc très - pernt- 
cieufes au fond , à en confidd- 
rer le motif & les conféquen* 
ces. Ay«Dt vu qu'on tratooit 
en prifon, pour fes dettes» un 
Capitaine qui s'étoit diilingué 
par fes. actions guerrières.» il 
courut à fon fecours avec la 
troupe dont il étoic toujours 
accompagné ; & fe failiffant de 
fa perfonne 9 après^ s'être em- 
porté contre l'orgueil des Sé- 
nateurs âc la cruauté des Ufu« 
riers ^ après avoir plaint lami- 
fere du peuple , loué haute- 
ment la valeur de cet .Oificier 
& déploré fon infortune : » Ce 
9 feroit bien en vain ,<ajouta- 
9 t-ilv-que ce brafs auroit fau- 
m^ vé îe Capitoie & U ciudel- 



MA 4c 

» le , fi je laiflbis traîner ca 
3i> prifoo de réduire à la fervi«- 
3» tude mon concitoyen & moa 
» compagnon de guerre , com* 
Il me fi les Gaulois écoiènt de* 
» venus nos vainqueurs & nos 
j» maîtres. » Après avoir ainfi 
parlé , il paya au créancier la 
fomme que l'Officier lui devoir^ 
& l'ayant délivré de Tefclava- 
ge avec les formalités requifes 
en pareil cas , il -le renvoya 
plein dereconnoiifance^âc priait 
Jes Dieux & les hommes de 
reconnottre -er^ fa place , les 
bienfaits & la générofité de M* 
Manlius Capîtolinus » fon Lt« 
bérareur , & le père du pea« 
pie Romain. 

A ce^ce aAion M. Manlius 
Capitolanùs en ajouta une autre, 
qui étoit capable de porter la 
multitude aux plus violentes e: -. 
trêmités» Après avoir fait pu- 
blier par le ccieur, qu'une terre 
qu'il avoit dans- le rerritoire de 
. Veies , 8c qm éroit la partie de 
fon patrimoine la plus confii- 
dérable , étoit à vendre : » C'eft, 
» dit-iJ , Mefiîeurs » afin qu'il 
» ne foîc pas dit qu'aucun de 
» vous foit menacé de la prifon 
» ou de la fervitude, tant que 
» je ferai pn- état de l'en dé- 
» livrer.» Ce dernier traie^n- 
fiamma . tellement le peuple, 
qu'il parotfToit capable dé tout 
'• entreprendre pour celui qu'il 
regardoit comme fon Libéra- 
teur.., M. Manlius Capitolinus 
tenoit des ademblées dans fa 
maiibn*, où fans plus garder 
• aucun ménagement pour les Pa- 
triciens I si fe mettre ça peioe 



i 



MA 



lès reproches qu'il leur fai« 
toit étotent vrais oit faux , il 
avança entr'autreschofes» qu'ila 
avoienc cdché les tréfors qu'on 
avoit repris aux Gaulois» On 
que noii contens d« s^être em- 
parés des terres de la Républi-* 
que, ils s*approprtoieat eocor^ 
un argent qui lui appartenoit • 
fc qui ftiffiroif pour acquitter 
les dettes du peuple» fi on pou- 
voit obliger ces avares à lâcher 
leur proie* Cette efpérance 
dont il flatta les citoyens » mit 
le comble à leur indignation. 
té Quoi« difoient-ils , quand il 
«» a fallu trouver la ibmme que 
« les Gaulois exigeoient pour 
y> notre rançon » nous nous fe* 
» rons tous cottifés pour la 
I» faire ; 6c aujourd'hui un pe- 
» tir nombre de paniculiers 
-» partageront cet or qu'on a 
f» forcé les ennemis de rendre ? n 
Pour n*eo pas demeurer-là , ilt 
preflbient M. Manlius Capitoli- 
ntls de leur découvrir le lieu 
où Ton avoit caché un Vol de 
cette importance. M. Manliu« 
Capitolinus les prioit d'atten- 
dre» les aflnrant qu'il le leur 
diroit en tems & lieu. Mais » 
le peuple ne perdoit point 
de vue cet objet qui feul l'oc- 
cupoit ; Ac il étoit aifé de voir 
qu'il n'y avoît point de réconh' 
penfe que Taccufateur ne pût 
efpérer» fi la dénonciation (e 
trou voit véritable» ni de peine 
qu'il ne dût craindre» fi elle 
étoit faufie. 

Telle étoit la fituation des 
affaires à Rome » lorfque le 
Dîâaieur y fut rappelle. Dds 



M A 

le reaHematn de foo arrivée» 

ayant iuffifammeot ocamioé In 
éifpofîtion des efprits » il afle»* 
bla les Sénateurs; âc leur ayant 
ordonné de fe tenir toujours 
auprès de fa perfonne, il vint 
accompagné de ce cortège» dans 
la place , Se monta fur iton Tri- 
bunal » qu'il avoit fait placer att 
milieu. Alors » il envoya ordon- 
ner à M. Manlius Capitolinns» 
par un Liéleur de le vei»r troo* 
ver. Ce féditieux averdt suffi- 
tôt les fieos de l'orage qui fe 
préparoit » 6l vint an tribunal 
d\i Diâateur fuivi d'ui^e mul- 
titude infinie* On voyoit d'un 
côté le Sénat» de l'autre le 
peuple » les deux partis ainfi 
•que deux armées ayant les yeux 
attachés fur leuis chefs » comme 
s'ils euflent attendu le fignal dn 
combat. Alors » le Diâateur 
ayant fait faire filence : » Piât 
» ' aux Dieux » dit- il » M. Man* 
» lius » qu'il fût auifi aifé de 
« mettre le peuple d'accord 
-o avec le Sénat de avec moi 
» fur toutes les autres affaires f 
» que )e fuis fur qu'il fera da 
» même fentiment que nons » 
» fur celle qui vous regarde » 
3» & fur laquelle je vais vous in- 
» terroger. J'apprends que vous 
y» avez fait efpérer aux citoyens 
» que» fans faire tort à leurs 
iB créanciers» leurs dettes pen- 
A vent être acquittées des de- 
3» niers qu'on a repris' aux Gaq- 
s> lois » & que les premiers des 
» Sénateurs tiennent cachet* 
30 Bien loin que ]e m'oppofi; 
jo à un fi grand avantage » je 

» votts escorte p .M. ida^ltin 



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MA 

Capitolious , à déUvfer le 
peuple des intérêts qu'il eft 
obligé de payer , & pour 
cet effet de déclarer quels 
fooc ces avares qui retren*- 
neat pour eux feuls les rré- 
fors de la République. Si 
vous n'obéiflez pas:, foit par- 
ce que vous-même avez parc 
au butin , foie parce que 
votre dénonciation éft fauf'* 
fe 9 je vais vous faire con- 
duire en prifoa > & je ne 
fouffrirai pas que vous amu- 
fiez plus long-cems la multi- 
tude par de vaines efpéran- 
cet* Je fçavois bien , répon- 
dit M. Manlius Capîtolinus » 
que ce n^étoit ni contre les 
Volfques f autant de fois nos 
ennemis , qu'il e& avantageux 
an Séaac de les faire palTer 
pour tels , ni contre les La- 
tins Se les Herftiques, que 
par de fauiTes accufations , 
on force de prendre les armes 
pour fe défendre » maïs con- 
tre moi de contre le peuple > 
qu'on vous avoir créé Diâa- 
teur. Aujourd'hui , laiflantr 
là la guerre» qui n'étoit qu'une 
feinte , vous venez fondrb 
fur moi ; Se vous déclarant 
le proteâeur des Ufuriers de 
Tennemi du peuple , vous me 
faites un crime de fa recon- 
Doiffance , & vous voulez me 
punir de lui avoir fait du 
bien. Vous ét<fs choqués » 
Cornélius, & vous; Meffieuirs 
les Sénateurs , de voir autour 
de moi un 6 gr»nd nombre 
de citoyens* Écartez - les 
Vauprès de ma perfonne par 



MA 4) 

« vos bienfaits « en répondant 
» pour eux t en les délivrant de 
s> la prifoo Si dti chatnes , ea 
3» empêchant qu'on ne les ad- 
n juge comme efclaves à leurs 
«9 Créanciers » enfin en em« 
» ployant une pai'tie de votre 
to fuperflu , pour foulager leur 
» mifere. Mais , pourquoi vous 
» exhorter à donner de votre 
» bien > Laiffez feulement aux 
-n autres celui qui leur appar* 
)» tient. Retranchez des femmes 
9» principales que vous avez 
» prêtées , celles qui vous ont 
» été payées à titre <i'intérêf ; 
To Se VOUS verrez que ma Cour 
» ne fera pas plus grofe que 
» la vôtre. Vous me demandez 
» pourquoi je fuis le feul qui 
» prends fi fort à coeur lès inté- 
T» rets du peuple? Demandez- 
» moi done auffi pourquoi j^ai été 
y> feul qui ai pris les armes 
3» pour fauver le Capttole Se 
» la cîtâdelle , & je vous ré- 
jo pondrai qu'alors je donnai à 
'n tous les citoyens en général 
3» le feeours qui dépendott de 
•y> moi ; Se que dans la fuite je 
» défendrai chacuti d*eci% en 
3> particulier , Si quand l'occa- 
» fion s'en préfentera. Quant 
3> aux tréfors des Gaulois , vous 
» rendez difficile par vos quef- 
» tious une chofe qui de fa na-^ 
n ture eft très-aifée. Car , 
a» pourquoi m'obliger de vous 
» dire ceque vous fçavez mieux 
» que perfonne ? Pourquoi vou- 
- » lez vous qu'on vous fouille , 
» plutôtxjue de rendre de bon- 
30 ne grâce, ce que vous avez 

ii fetré daos vos poches» à 



44 ; MA 

» moins qu'il n'y ait quelque 
30 fraude cachée là-deflbus , & 
30 que voqs ne foyezfûrs de 
» votre fait ? Car , plus vous 
n me défiez de découvrir vos 
» preftiges »plus je crains que, 
» femblables à des joueurs de 
» gobelets , vous n'ayiez jette 
» de. la poudre aux yeux des 
» plus curieux & des plus pé« 
V» nétrans* Je conclus que ce 
30 n eil pas moi qu*il faut obli- 
» ger de découvrir vos brigan^ 
» dages , mais vous qu'on doit 
30 forcer de les repréfenter. » 
Le Dictateur le fomma une 
féconde fois de laifler-là les 
détoufs j de répondre jufte , âc 
de prouver ce qu'il avoit avan- 
cé , ou d'avouer qu'à tort & 
fauffement il avoit accufé tout 
le Sénat de vol , afin de le ren- 
dre odieux au peuple. Sur le 
refus qu'il fit de répondre à 
des ennemis, qui n'avoienr pas 
droit , difoit-il , de l'imerro- 
ger 9 le Diâateur ordonna qu'on 
le menât en prifon. Dès que 
le LiAeur eut mis la main fur 
lui : » Grand/ Jupiter j s'écria- 
30 t-il , & vous Junon , Reine 
•» des Cieux , & vous Miner* 
» ve, & tous tant que vous êtes 
» de Dieux 8c de Déefles qui 
7> habitez le Capitoleifouffrirez- 
j> vous que votre défenfeurToit 
30 traité fi indignement par fes 
30 ennemis ? Souffrirez - vous 
3a qu'on charge de chaînes ces 
y> bras qui ont repouffé les 
30 Gaulois près de profaner vos 
90 temples ôc vos autels ? » Tout 
le peuple étoit au défef|>oir* 
Ce quil Yoyo>t ^ ce qu'il e&cgi^ 



m:A 

^oît fepénétroit de là pîus vive 
douleuré Mais , cette ville , la 
plus docile qui fut jamais à fes 
magiilrats légitimes , n'avoir 
point encore appris à réfifter 
aux ordres du Diâateur ; dt 
l'autorité de ce premier chef 
étoit fi redoutable ,' que les 
Tribuns du peuple & le 
peuple lui • même n'ofoient 
lever les yeux , ni - ouvrir 
la bouche en fa préfence* 
Ce qu'il y a de certain , c'eft 
que M. Manlius Capitoltnus 
n'eut pas plutôt été mis ea 
prifon, que la plus grande par^ 
tie des Plébéiens prirent de% 
habits de deuil , laifferent crol* 
tre leur barbe éc leurs cheveu x> 
& parurent fouvent autour de 
fa prifon les larmes aux yeux , 
& accablés d'aiBidlion. Enfia, 
le peuple étoit fur le point d'en 
rompre, les portes , lorfque 
le Sénat pour prévenir cette 
violence , les fit ouvrir «par un 
arrêt qu'il rendit à ce fujec. 
mais , cette condefcendance 
donna un chef à la fédition ^ 
au lieu de la calmer. 

En effet , M. Manlius Capi- 
tolinus, affemblant chez lui. les 
principaux du peuple* prenosc 
nuit & joiir avec eux des me- 
fures, pour introduire dans le 
. Gouvernement quelque nou^ 
veauté qui leur Hit avantageufe, 
faifant paroitre plus d'arrogance 
& de cplere que jamais. La 
prifon avoit aigri ce courage 
qui n'étoit point accoutumé aux 
affronts ; de fon orgueil augmen-> 
toit, quand il faifoit réflexicKi 
qu'A. Çornélitts Coffus n'^voîe 



• MA 

pes ofé l6 traiter comme Ih 
Quiotius Cincinnatus -avoic 
Craicé Sp. Mélius ; & que ni 
ce Ma^iftrac , en fe démettant 
de la.Didature» nî Iç Sénat 
en^ ordonnant qu'on le remît 
en liberté y n'avoient pu appai- 
fer la muldtude. Irrité des in* 
fures qu'il avoit reçues de Tes 
ennemis ^ ôc fier des ménage'* 
inens qu'ils avoient pour lui , 
il animoit par des difcours fé- 
ditieux le peuple déjà aâez in- 
4igné de lui-même. » Quoi , 
«> difoit-il, la raifon ne peut- 
» elle vous apprendre quelle 
o. eA votre puiflance f tandis 
» que les bêtes mêmes connoiC^ 
» ient leurs forces par le feul 
p intindl ? Comptez aux moins 
•I coffd^ien vous êtes » & com^ 
7> bien vous avez d'ennemis. 
» Quand ils feroient autant que 
» vous f je crois cependant que 
^ vous devriez combattre avec 
s» plus de courage 9 pour con* 
n ferver la liberté , qu'eux pour 
» acquérir la domination. Mais» 
» il s'en faut beaucoup que leur 
nombre n*égale le vôtre. Au- 
I» tant que chacun d'eux a de 
» clîens qui lui viennent faire 
ao la cour, autant il aura d'en- 
.» nemis à combattre. Montree- 
» leur (eulement la guerre , 2c 
K> audSt^t vous aurciZr la paix. 
p Dès qu'ils vous verront dé- 
!> terminés à employer la force, 
ao ils fe mettront à la raifon* 
» Il faut bien que tous, enfem- 
» ble vous faiEez paroitce vo« 
p tre courage , ou vous réfou- 
P dre à fouSirir chacun en par- 
9» ciçuUer toui^ ce qu'ils vour; 



M A 4$ 

» dront Faire contre votis. Vous 
» avez les yeux attachés fur 
» moi , & auurémeot je ne mao* 
» queraià aucun de vous. Mais, 
7> c*eû à vous de faire en forte 
a» que le pouvoir de vous fe* 
3> courir ne me manque pas à 
D moi-même. Vous fçavee que 
» ce M. Manlius Capitolinus 
» votre libérateur n'a plus rien 
a» été dès que vos ennemis l'ont 
ao voulu ; 6c tous enfemble vous 
» avez vu conduire en prifon 
» celui qui avoit rompu vos 
» chaînes , toutes les fois que 
ao l'occafion" s'en étoit préfen- 
ao tée. A quoi dois- je m'atten- 
» dre, s'ils pouflent leur au- 
ao dace plus loin , (inon au fort 
7> malheureux de Sp. Caffîus 
ao & de Sp. Mélius f Je vois 
30 que cette feule peofée vous 
ao fait frémir. Vous avez raifon; 
30 j'efpere que les Dieux ne 
30 leur permettront pas de me 
la traiter ainfi ; mais , ils ne 
x> defcendront pasduCiel povir 
n me tirer de leurs mains. C'eft 
33 à vous qu'ils inipireront le 
3' deflein de le courage de me 
» protéger , comme ils m*ont 
n donné tant en paix qu'en 
33 guerre , celui de vous dé- 
33 fendre contre des ennemis, 
3> Barbares ëc contre des ci- 
ao toyens orgueilleux. Quoi » 
ao le courage d'un peuple & 
ao nombreux fc ii fuiffam fe 
ao bornera-t' il toujours à obténif 
aa quelque fecours contre la vio- 
ao lence de tous fes ennemis } 
33 Et tous les démêlés qu'il au- 
33 ra avec les Sénateurs , né fe 
ao termineront -ils [amxis que 



4^ MA 

3» par urtt humble QhéiffàîkC€ 
» à leur volonté? Aflurémenr 
3» cette foupleâe ne vous eft 
» pas natureUe ; vous en avez 
a> contraâé Thabicude. Car » 
9 pourquoi avez*vous tant de 
m courage 6e de hauteur avec les 
3D eoDemis étrangers , que vous 
3» croyez être en droit de leur 
3» commander , fi ce n*eft que 
3» vous avez coutume de com« 
» battre pour TËmpire ; au lieu 
39 que vous ne faites jamais con* 
3» tre ceux«'ci que de vaines ten- 
» tatives pour maintenir votre 
^ liberté l Cependant , jufqu*ici 
3» quel qu*aiK été le caraâere 
3» de vos chefs de le vôtre, vous 
» avez toujours obtenu ce que 
» vous avez demandé , ou par 
» force) ou par bonheur* Il eft 
3» tems maintenant que vous por* 
n tiez vos vues plus loin. Éprou*- 
V vez jufqu'oû peut aller votre 
3» bonne fortune; éprouvez juf- 
» qu*oû peut aller mon zèle, qui 
» vous a» î'ofe m'en flatter, aâfez 
30 heureufement réuffi jufqu'à 
3» préfent. Vous aurez moins de 
3» peine à donner un maître 
» aux Sénateurs» que vous n^en 
9» avez eu à vous oppofer à 
3» leur domination. Il faut met* 
9» cre à bas les Confulats 8c les 
9 Diâatures , afin que le peu** 
p pie Romain puifle enfin lever 
» la tête. Je me déclare votre 
» défenfeur & votre patron ; 
» c'eftun nom que je crots avoir 
» mérité par mes travaux Sl 
3» ma fidélité. Mais , fi vous me 
» donniez quelque titre plus 
» honorable, un nom plus im* 
1» pofant^ une autorité plusécea- 



MA 

» due » je n'en uferois qise potff 
n vous faire obtenir avec pluft 
n de facilité les avantages que 
39 vous défirez- n Depuis et 
jour-là , on dit qu'on fongea 
férieufement à le faire Rot. 
Mais I oniie nous apprend point 
avec qui il traita d'un projet 
fi hardi , ni jufqu'oh l'affaire 
fut poufiee. 

Les Sénateurs de leur c6té V 
allarmés des afiemblées qui fe 
tenoient dans la maifon d'ua 
particulier logé dans la forreref^ 
fe y & du péril dont la liberté 
étoit menacée , prennent des 
mefures pour en arrêter les fui«> 
tes. La plupart s'écrient qu'il 
faut avoir recours au courage 
ÔC au bras d^un C. Servilius 
Ahala» qui plutôt que d'aigrir 
un ennemi public par une pri* 
fon de quelques jours, termine 
tour d'un coup cette guerre in* 
teftine par la perte d'un feu! ci» 
toyen. On fe détermine cepen^ 
dant à un parti moins violent 
en apparence , mais qui dans le 
fond n'étoit pas moins efficace % 
c'efi:<l'or donner aux Magiftrars 
de fe tenir fur leurs gardes $ Qc 
d'empêcher que les intrig<ies 
de M. Matilius Capirolinus ne 
faflent tort à la République; 
Alors, les tribuns Confulakes 
de les Tribuns du peuple qui 
s'étoient unis avec le Sénat , 
quand ils avoient vu que leur 
puifiance allolt expirer avee 
la liberté , délibérèrent en cqro^ 
mon pour fçavoir comment oH 
t'y pr endroit pour empêcher 
<|ue le mal n'allât plus loin* 
Le neurtre de M. Mantius Ca^ 



MA 

)>tlolIiius paroiflbk être le feùl 

expédient; mais, comme oa ne 

pottYoit Texécater fans s'expo- 

ler à de grands périls , deux 

des Tribuns du peuple, M. 

Ménius &c Qt PiiblUius « pre* 

«aec la parole : » Pourquoi , di- 

» reot-ils , mettons-nous le Sé« 

» nat aux prifes avec le peu- 

» pie dans ufle caufe qui doir 

3» réunir les deux ordres, con* 

» c-re un citoyen qui veut l€$ 

ib opprimer Tan & l'autre ?Pour- 

a» quoî en attaquant M. Maolius 

» Capirolinus , actaquoôs-nous 

3» le peuple avec lui , pendant 

a» que nous pouvons , avec plus 

J» de ISreté , touhier le peuple 

n lui-même contre ce féditieux, 

j» & Taccabler fous Tes pro* 

V près forces f Notre def&in 

» eft donc de Pappeller au 

SI Tribunal du peuple* Le peu- 

» pie ne déteite rien comme 

» la Royauté. Dès qu*il verra 

9 que ce o^eft pas à lui qu*on 

» en veut ; que de protecteur de 

« M« Manlius Capitolinus il fe* 

» ra devenu fa partie âc même 

B> fon juge; que fes accufateuri 

» font des magiftrats Plébéiens 9 

» et que le crime dont on l'ac- 

o cufe eft d'avoir brigué la 

» Royauté , il renoncera à tout 

» pour ne fonger qu'à fa U« 

«> bercé» » 

Cette propofitiofi des Tribuns 
<lu peuple ayant été approuvée 
4e toute Pauemblée^ ils l*ajour« 
nerent devant le peuple , & le 
fommerent de comparoître à 
certain jour devant fon Tribu- 
»ah D*abord » le peuple fut 
étonné I fur-fout quand iiremar- 



MA 47 

qua que M. Manlius Capitolèr 
nus étoit le feul qui eût pris des 
habits de dueii, êc qu'il étoic 
abandonné non -feulement des 
Patriciens t mais encore de fet 
parens èc de Ces alliés , & même 
de Ces deux frères, A. êc T. Man- 
lius , quoique jufqu/à ce jour 
on eût toujours vu les proches 
& les amis d*un accufé changer 
d'habits en même^tems que lui« 
On fe fouvenoit que quand le 
décemvir AppiusClaudiusavoit 
été mis en prifoni C. Claudsus 
fon ennemi 0c toute la famille 
Claudienne avoient pris le 
dueil. 

Quand le. jour de Paccufa- 
tion fut venu , outre les aifem* 
blées fecretes qu*il avoit tenue« 
dans fa maifon , les harangues 
féditieuies qu'il avoit pronon* 
cdes dans la place publique, 
les largeflesqu*il avoit faites au 
peuple I & la calomnie dont il 
avoit ufé contre le Sénat, on 
ne voit dans aucun Écrivain 
quelles furent les autres ips^en*^ 
ves qu'on apporta pour le c<oci« 
vaincre du crime qui faifok in 
«natiere de ce jugement. On un 
doute point qu'elles n'aient été 
très-fortes, puifque fi le peu* 
pie Tefufa de le condamner « 
ce ne fut pas fon innocence <pA 
l'en empêcha , mais le lien «A 
on l'avoit aiTemblé» Je crois^ 
dit Tîte-Live , devoir faire In 
réflexion fui vante , pour faim 
fentir à ceux qui liront les 
aventures de M. Manlius Capi- 
tolinus , combien la cupidité de 
régner rendit odieufes en fa pet" 
fouAC une de grandes qualités^ 



4* MA 

qui , fans ce vice , lut auroient 
arriré Tamout ôc i'eflime de 
tous les Romains. On die qu'il 
produisit près de quatre cens 
citoyens dont il avqit empêché 
qu*on ne vendît les biens, ou 
-qu'il avoit tirés de la prifon èc 
des chaînes > en payant leurs 
dettes, fans exiger d'eux au- 
cun intérêt. A Tégard de fei 
iêrvices & de fes campagnes^ 
il n*en conta pas feulement 
rhiiloire , mais il en donna des 
témoignages éclatans, en expo- 
fant aux yeux de touj: le peuple 
les dépouilles de trente ennemis 
tués de fa main, 5c quarante dons 
reçus des Généraux fous qui 
il avoit porté les armes , entr'au* 
très deux couronnes Murales 
& huit Civiques; de plus il 
préfenta à Tademblée un grand 
nombre de citoyens qu'il avoit 
arrachés des mains des ennemis, 
parmi lefquels' étoit C. Servi- 
lius , qu'on avoit nommé, maî- 
tre de la cavalerie (ix ans au- 
paravant pendant fon abfence. 
Après avoir expofé le tout dans 
un difcours pathe'tique , dont 
'Jes expreflîons & les penfées 
répondoient parfaitement à la 

, grandeur de fes exploits guer^ 
xiers , pour mettre le com- 
ble à fon apologie , & en fôr- 

^ ne de péroraifon , il déchira 
fes habits ,& laiiTa.voir fon ef- 
tomac où paroiiïbient encore 
les cicatrices des bleflures qu'il 
avoit reçues en combattant ; & 
fettant de tems en tems les yeux 
vers le Capitole, il appelloit à 
fon fecours Jupiter & les au- 
tres Dieux \ & les priait d*iaf« 



MA 

t>]rer au peuple Romaiif qui 
alloit le juger > le même efprit 
qu'ils lui avoient infpiré à lui- 
même, lorfqu'il avoit défendu 
la citadelle* Enfîn, il conjura 
chaque citoyen , ea particulier , 
6c tout le peuple en g<énéral y 
de tourner leurs yeux lur la ci- 
tadelle, fur le Capitole & tous 
Jes Dieux qui l'habitoient, & 
de le condamner s'ils l'ofoient. 
C'étoit dans le champ de 
Mars que la fcene fe paffoit; 
& comme on eut commencé à 
prendre le fuffrage des centu* 
ries , &que l'accufé tendant les 
mains vers le Capitole ^ eut une 
féconde fois adreffé fes prières 
aux Dieux > les Tribuns s'ap- 
perçurent que leur entreprife 
alloit échouer » s'ils ne déro- 
boient aux yeux des citoyens 
un objet qui ne leur laiiïbic 
pas la liberté de dire leur fenti* 
ment contre un homme en fa- 
veur, de qui , tout criminel qu'il 
étoit , le fouvenir d'un it grand 
bienfait prévénoit leurs efprits* 
Ain(î, ils remirent ce jugement 
à un autre jotir , où ils aiTem'- 
blerent le peuple dans le bois 
Pérélinus , hors de la porte No- 
mentane, d*où on ne pouyoic 
voir le Capitole. Ce fut-là que 
l'accufation prévalut fur tout ce 
qu'il put employer pour fa dé- 
.fenfe. Il fut traité à la dernière 
rigueur, & condamné à mort. 
Tan 381 avant Jefus - Chrift » 
par un jugement qui fît horreur 
à ceux mêmes qui le-pronon- 
çoient. Quelques-uns ccoyent 
.qu'il fut jugé^ par deux Com- 
miffaires nommés pour informer 

de 



MA 

et (on cfîme. Les Tribuni lé 
firent précipiter du haut du roc 
Tarpeien; & le même lieu eft 
devenu dans la fuite le monu*- 
snent de fa gloire , & celui de 
foD fupplice. A une punition fi 
févere on ajouta deux notes 
d^infamie ; l'une publique , en 
défendant à tout Patricien d'ha- 
biter jamais dans le Capitole ou 
dans la citadelle 9 parce que fa 
xnaifon y avoit été fituée > à 
l'endroit où l'on vit depuis le 
cemple de Junon Monéta 9 Se la 
boutique d'aiis laquelle on fabri- 
quoit les monnoies ; l'autre 
particulière à fa famille » en 
profcrivant le furnom de Maf • 
eus , en forte quMl ne fut plus 
'permis à aucun des Manlius de 
le prendre à ravenir.Ainfi mou- 
rut un citoyen dont la vie au- 
roitétéilluftre» s'il ne fût point 
tié dans un. état libr£. 

Le peuple ne fut pas long-' 
tems fans le regretter. Dès qu'il 
n'eut plus rien à craindre de fon 
ambition ^ il ne fe fouvînt plus 
que de fes vertus ; de la pefte» qui 
furvint bientôt après fafts au« 
cune caufe apparente 9 fembla 
à la plupart n'avoir pour ori- 
gine 9 que le fupplice indigne de 
■ ce citoyen. On publioit que le 
Capitole avoir été fouillé par le 
fang de fon libérateur ; & que 
les Dieux avoient été offenfés 
de ce qu'on avoit fait expirer 
à leurs yeux celui qui avoit 
fauve leurs temples des mains des 
ennemis* 

<*) Th. Lîv. VI. c. 1 , ti > li , )5. 
(i) Tir. LîY. L. VU c. )o. 

Tm. XXVU. 



MA 49 

MANLlUS [ A.]t^. m/^* 

lius 9 ( tf ) fut créé Tribun mi« 
litaire 9 i'an de Rome )66 % 
& 386 avant Jefus-Chrift. Il fut 
revêtu de la même charge » 
quatre ans . après. Il y fut en* 
core élevé deux fois depuit» 
La première fois » ce fut l'ati 
de Rome 372 9 & 380 avant 
Jefus-Chriit 9 & la féconde fois» 
ce fut l'an de^Rome 385 »& 367 
avant Jefus-Chrift. 

MANLIUS t C. ] . < * ) C. 
Manlius 9 fut élu à la charge de 
Tribun militaire » l'an de Rome 
376 9 de 367 avant Jefus-Chriil» 
Il eut entre autres collègues , R» 
Manliusk Voye[ ci-après Manlius 

MANLIUS [ P. 1 » fO P- 

Manlius^ fut créé Tribun mili- 
taire avec C. Manlius & quel* 
ques autres 9 l'an de Rome 376» 
& 376 avant Jefus-Chrift. P» 
& C Manlius emportèrent psyr 
leur naiflance ôc leur crédit» le 
commandement de l'armée qu'on 
envôyoit contre les Volfques ^ 
fans tirer au fortj ni demandeiP 
le confentement de leurs coh* 
lègues ; mais , dans la fuite » ils 
eurent fujet de fe repentir de . 
Cette préférence , aufli-bien qud 
les Sénateurs qui la leur avoienc 
accordée* Ils avoient fait partir 
leurs cohortes pour aller ati 
fourrageai avant que d'avoir en* 
voyé à la découverte. Quelque 
tems aprèsi un fotdat de l'armée 
ennemie , qui fe difoit Romain » 
leur vint annoncer qu^ellet * 



I 



(C) Tit. liy. t, VI. t» %ùt\^t ^u 

D 



$0 M *A 

étoient învefties par les Latins ; 
& aufC-tôc, fans prendre feule- 
IQent ht précaution de garder 
c^lui qui leur donnoît ce faux 
^vis « ils coururent à leur fe- 
«cours y & tombèrent eux-mêmes 
,dans les embûches qu'on leur 
«voit dreflees. Pendant que fou- 
.tenus ps^r le feul courage des 
,foldat5 , ils fe battent vigou- 
rtufei^ent malgré ledéfavantage 
du lieu, le camp des Romains' 
refté fans défenfe dans la plai- 
ne , fut attaqué par d'autres 
:€nnemift. Dans l'une de Tau- 
Jire oocafion ce furent l'ignoran- 
ce &.' la témérité des chefs qui 
.cxpoferent le» troupes de la 
République. Ce furent le boa- 
.Ifeur du peuple Romain , & la 
valeur de Tes foldats , qui fou- 
•vent s* eu foutenue par elle-mê- 
.me d^ilituée delà prudence des 
Généraux- , qui en fauverent U 
plus grande partie* 

Onze ans après , P. Manlius 

•fut créé Dictateur, & il choifit 
pour maître de la cavalerie , C. 

'Licinius 9 Plébéien qui avoitété 
Tribun militaire quelques an- 
nées auparavant. Tite-Live dit 
que cette démarche de P- Man- 

^lîu.s fît beaucoup de peine aux 
Séniiteurs ; & que le Diâateur 
s'excufa fur la parenté qui étoit 
^ntre lui Se C. Liciniu$,a)ou<anc 

'que l'autorité du maître de la 
cavalerie n'étoit pas fupérieure 

•à celle de Tribun Confulaire. 

'L'année fui vante , P. Manlius 
' fut élevé pour l'a fécondé fois 



MA 

a la charge de Tribun miH« 
taire. 

MANLIUS [ L. ] IMPÉ- 
AIOSUS , Z. Manlius Impt^ 
riofus y Xà) fut créé Diélateur^ 
l'an de Rome 392 , & 360 avant 
Jefus-Chrîil» 6i il choifir pour 
maître de la cavalerie L. Pina«- 
rius. La rai Ton pourquoi on 
éleva L. Manlius à cette pre- 
mière dignité de la République, 
ce fut pour qu'il enfonçât ua 
clou dans le temple de Jupiter* 
Cette augufte cérémonie fe fai- 
fojt aux Id?s de Septembre. 
Mais> L. Manlius ne croyant pas 
qu'une expédition de cette na- 
ture fît aiïez d'honneur à fa 
charge , fous prétexte de faire 
la guerre aux Herniques» ufa 
•d'une rigueur (i exceffive dans 
les levées qu'il entreprit de 
faire > que tous les Tribuns du 
peuple s'étant foulevés contre 
lui , il fut obligé d'abdiquer la 
Di(flature. 

Mais , cette démiilion forcée 
.n'empêcha pas que dès le com- 
mencement de 1 année fuivantè, 
fous le Confulat de Q. Servî- 
lius Ahala & de L. Génucius 
-pour la féconde fois , il ne fût 
appelle ea jugement par le 
Tribun du peuple Mr Pompa- 
nius. Il étoit devenu odieux , 
comme 01» vient de le dire, par 
la violence dont il avoit ufe 
dans la levée des foldats, ea 
,puni0ant ceux qui ne répon- 
doient pas à l'appel » Rou-fen- 
lement dans leurs biens qu'il 
coniifquoic» mais encore daoe 



Uy TiL Liv. L. vu. c. 3. & fii' 



tAÂ. 

leurs perfonnes , qu*il faîfoit 
traîner en prifon , & déchirer à 
Coups de verges. Mais , ce qui 
révolroit davantage les citoyens 
icontre lui , c'étoienc fa dureté 
naturelle , & le furnom d*Impé- 
fiofus ou Impérieuic , inluppor- 
tabie dans un état libre , que 
lui avoir fait donner la cruauté 
avec laquelle il avoir affedlé de 
traiter non-feulement les étran- 
gers , mais même Tes proches i 
Tans épargner fon propre fang. 
Car , le Tribun entre les autres 
chefs d*accufation , lui repro- 
choic d*avoîr chaffé de fa mai- 
son paternelle de de la vue de 
fes dieux Pénates , de ta place 
publique de de la compagnie de 
fes égaux , un fils qui ne lui en 
âvoit jamais donné occafion par 
fa mauvaife conduite , pour le 
tenir enfermé avec de vîls ef- 
claves , & l'occuper à des ou- 
vrages fer viles dans un Heu où 
^e jeune Patricien » fils d'un! 
Dictateur , jouifloit à peinç de; 
ta lumière des cieux , oC appre- 
ïToît par une mifere continuelle 
^u^il étoic véritablement né 
d*un père dur Se impérieux* 
Mais encore pour quelle rat' 
fon ? Parce qu'il n*avoît pas 
refprîr auffi vif, & qu'il ne 
parloit p^s auHi aifément'qu^l 
l'auroit fouhaité. Eh 2 s'il avoir 
^u le moindre fentiment d'hu* 
jnanitéy n'àuroit-il pas dû cor- 
riger doucement ce défaut, o^ 
du moins le cacher , plutôt que 
de l'entretenir & de le faire rè* 
marquer à tout le monde , par 
la manière cruelle dont il le' 
traicoic? Que les bêtes mim^s 



les plus féroces ne refufoient 
ni leur tendrefle ni leurs foin| 
à ceux de leurs petits , qui 
étoient nés difformes ic monf^ 
trueux; au lieu que L. Manfius» 
par une éducation fi indigne « 
fortifioit les vices naturels d^ 
fon fils» 6c étoufFoit, en le te* 
nant à la campagne parmi de| 
efclaves Se des animaux , tout 
ce qu'il avoit d'efpric & d'ac* 
tivite. 

Il n'y avoit perfonne qui Af 
fût touché de ces reproches » 6Ç 
à qui ils ne paruiïenr Juftes Sf, 
bien fondés. LefeulX* Manlius, 
en faveur de qui on l'es faifoif 
à fon père, ne put les fouffrirà 
Bien plus , indigné de voir que 
c'étoit à fpn occafîon qu'on per- 
fécutait celui ^ qui il étoit re«* 
devable de la vie , pour appren- 
dra aux Dieux & aux homoiei 
qu'il prcféroit les intérêts de 
jQn père à ceux dé fes ennemîsi 
il conçut un deSein de mauvaiii 
exemple à la vérité > 5c qiit 
partoit d*un Courage bru fque SC 
lauvage » mais dans lequel oii 
pouvoir au moins loueria bontd^ 
ûe fon cœur. Il prit vn poi« 

f*;nard fous fa robe , & fans rien 
îre à perfonne, s'en vînt à 1^ 
yiHe, & fç' rendit tout droit 
dans la maifon de M. Pompo« 
tïus. Il dit au portïçr d'avert;f 
fon maître que T.' Manlius , fil| 
de L. Manlius, avplt à lui corn* 
inuniqaer une affaire de confé- 
quence, &quine foui&oît point 
de retardement. Le Tribun qui 
crut que ce jeune homme , irri- 
té des mauvais trattemens de fon 
père f lui veiioit donner ^juelqub 



^1 MA 

«vis capable de fortifier Ton ac- 
cu facîon 9 ne balança pas à le 
faire encrer. Après les.premiers 
complimens , il le pria de faire 
^retirer tout le inonde , afin qu'il 
yût lui parler en particulier. 
Quand il fe vit feul avec M. 
Pomponius , il tira le poignard* 
& le lui portant à la gorge , il 
le menaça de le tuer, s*il ne 
lui jur.oit fur le champ qu'il 
abandonneroit Taccufation qu'il 
^yoit intentée contre fon père. 
Le Tribun , qui voyoit briller 
le fer à fesyeux , qui étoit feul, 
& qui avoit affaire à un jeune 
homme robufte & fier de fes 
forces , ce qui n'étoit pas 
moins effrayant , fit le ferment 
qu*on exigeoit de lui y Se avoua 
depuis que c'étoient les mena- 
ces du ftls qui Tavoîent obligé 
de laifler le père en repos. 

Le peuple eût été bien aîfe 
qu'on lui donnât occadon , 6c 
qu'on lui laiflat la liberté de 
porter fon fuffrage contre an, 
accufé (î cruel & fi fuperbe ; 
mais, cependant , il ne fut point 
fâché de voir qu'un fils fe fût 
porté à cette violence , pour 
fauver fon père ; ce qui lui pa- 
rût d'autant plus, louable y que 
l'extrême dureté de l'un n'avoît 

λas été capable d'étouffer let 
èntimens de la nature dans 
l'autre. Ainfi , une adlion fi 
hardie tira le père du danger où 
il étoit expofé , Se attira même 
au fils des éloges & des réconi* 
pentes. Car , comme on fut con* 

Uy Tit, Liv. t. Vil. c. 4. ër fêq. t. 



MA 

venu que cette année , pour It 
. première fois , le peuple nom-? 
meroit une partie des Tribuns 
militaires qui commandoienc 
dans les légions, au lieu qu'au* 
paravant • toutes ces places 
étoient données par les Géné^ 
raux ; il obtint le fécond rang 
entre les fix Officiers , donc 
chaque légion étoit compofée, 
fans qu'il eût jamais rien fait etk 
paix ni en guerre qui lui eue 
mérité cet honneur, puifqu'il 
avoit paffé toute fa jeuneffe à la. 
campagne , parmi des efclaves» 
& loin du commerce des hon- 
nêtes gens. 

MANLIUS [ T. ] TOR. 
QUATUS, T. Manlius Tor^. 
quatus , {a) fils de L. Manlius 
Impériofus. Ce dernier fut ac- 
cufé devant le peuple par le 
Tribun M. Pomponius , l'an dei 
Rome 393, & avant Jefus-Chrifl 
359. L'accufation intentée conr 
tre lui rouloit fur fa conduite, 
irréguliere & rigoureufe dans 
la Didlature qu'il venoit d'abdi- 
quer. Mais , le Tribun travail- 
loit encore à le rendre odieux 
par fon caradere féroce , 6c 
paria cruauté qu'il exerçoit non-, 
feulement contre des étrangers , 
mais fur fes proches & fur fon 
propre fils. 

Les inveélîves de M. Pompo- 
nius révoltèrent contre L. Man« 
iius Impériofus tous les citoyens, 
excepté celui-là feul qui étoic 
l'objet de cette rigueur , tanç 
reprochée à fonpete.. Ne pou- 



1^ 



1^9. RoU. Hift* Rom. Tom. û, p. 145; 



MA 

vant fupporter qu'on entreprit à 
fon occaiîon de le rendre odieux,* 
il voulut, par une a<flion écla* 
tante, faire connoître aux Dieux 
& aux hommes , que bien loin 
de favorifer les accufateurs de 
fon père, il prétendoit prendr-e 
fa défenfe & le fecourir. Il prit 
donc une réfolution , qui vérica* 
blement fe relTentoit de la fé^* 
rocité dans laquelle il avoit éié^ 
élevé , & qui étoit fans doute 
d'un exemple dangereux dans 
un État, mais cependant louable 
par le motif d'où elle partoit* 
T7n matin^fans en avertir perfon^- 
De , il vient à la ville armé d'un 

Çoignard , & va droit chez le 
ribun M. Pomponîus , qui 
étoic encore au lité II fe fait an- 
aoncer , ôc fur le champ eil in- 
troduit, parce que le Tribun 
- ne doutoit pas que ce jeune 
homme,indigné contre fon père, 
ne vint lui fuggérer quelque 
nouveau fujet d'accufacion « ou' 
lui donner quelque confeil fur 
la manière dont il devoir coiw 
duire l'affaire. Le jeune T. Ntan-» 
lius lui demande un moment 
d'entretien particulier ; 3c de» 

Îu'il fe vit tête à tête avec le 
ribun , il tire fon poignard, le 
lui porte fous la gorge, Ôc lui dé- 
clare qu'il le percera fur .le 
champ y s'il ne jure dans le mo'* 
ment même , félon la formule, 
qu'il va lui diâer,qu'il ne tiendra 
jamais d'alTemblée du peuple 
pour accufer fon pere.Le Tribua 
tout tremblant, qui voyoit le fer 
briller à fesyeux« qui étoit feul, 
faos défenfe , attaqué par un jeu* 
ne homme robuile > éc, ce qui 



MA' a 

nVtoit pas moins ^è craHidre> 
j^lein d'une confiance brutale e« 
la force , fit le ferment qu'on lui^ 
demandoit , & dans la fuite il 
avoua avec une forte de com« 
plaifance , & avec une (incérité' 
qui marquoit afiez'qii'il ne s'éït* 
repentoit pas» qee «'étoit ctitë 
violence qui Tavak' hhWgé dé 
k défiiler de fon entreprise.* ■ ' 
'- Cette aétioa 'éft Cans douttt 
irTéguIiere eiieilè*jiiêfne; inal^^ 
ce défaut eft couvert en qfielqud 
façon par la générofité& la pié^ 
té filiale quiy brillent dans leur 
plus grand éclat ;' & c*eft fur 
ce pied^là qu'en jugea le peu« 
pie Romain; Il eût fouhaicé 
avoir toute liberté, de févîr 
contre un accufé cruel êc fu- 
perbe; tel qu'étoit L» Manlius 
Impériofus ; mais -, - Il he pur 
déiarpprouvef néanmoins la dé* 
marche hardie de' et fils , pour 
fauver fon père» II' la trouVoit 
même d'autant plus louable, que \ 
lafévérité exceffivedeL. Man- 
lius Impériotui à - fon égard ,' 
n'a voit pu éteindre en lui lee 
fentimens de la nature* Le peu* 
pie fe crut même obligé de ré« 
compenfer une aâion fi gêné* 
leufe ôc il pleine de piété. Il 
fut nommé Tribun dans une lé- 
gion ; grâce confidérable, 6c qui 
ne fut accordée qu'au zèle qu'il 
avoir témoigné pour fon père , 
puifquece jeune Romain ,élevd 
jufqu'aloTS à la campagne , n'a- 
voir pu fe faire connoître par 
un autre endroit. 

Nous voyons dansla perfonne 
du jeune T. Manlius, un illuf* 
tf e exemple de ce qi^e peuvent 

D iij ' 



|4 . U 4: 

pc^oivuni; o|»ér«r les fefitimetts 
e la nature dans, le c«^ur d'ua 
ils y & du)iaut degré |ufqu'où il 
4oit porter je refifeâ & la ren- 
drefie f ^ur;/pp pcf e. Les Écrî- 
iraiosdu pa^nifin^ ^nt fore bien 
connu toute ir4lf^d4ie de ce de-* 
XQK y i& où '.iascement ^ .fré«, 
^Vjeaunent iK£âefut/J[*obliga€ioA* 
où (oj)t iesi eofanâ f pon-feule*^ 
s^nc de.di$^le# ^ découvrir 
Ç^r le fUe»ç-0-^S'nî«uvAi$trajte-: 
|Q^;)s qu'iUpe.uvefititec.evoijf de 
^M"^ pere».& ftieres ♦ .mais de 
les fottffrir atQc Une douceur &: 
uoe .pfitjesijpe; qjuî XoieDC à Té- 
preuve def înjjkiiiices les plus 
criantes, \Jn^ fi!:s Cut-il jamais 
Jtijiitiraiié pli}« inju^iement par 
Ibft pjere ♦ q^e.T. ManJius par 

le .ficrt ? JEi VeA r4ii«s Iç ^^ro» 

j*^'9^e Jiju'il ppîrpiive de fa parc 
Xe<s ngueuxst les pilu^ureSj dont 
iJ pourrait {«i v<îhir .'Vengé & dé-. 
livre. fans .y. tie»> «odtribuer de 
£pa c6ré> <).i|'il coiujrct à fa . dén 
feofev & qu'uni^ uemeli): occiipé 
du dé£r cU fauo^ec fon père t ^ 
4e la penrée.iqtî'il.eft fils, U 
oublie cous le^s.. autres devoirs^- 
De ce principe ies p^yens infé- 
raient un .aurore devoir 9 feioi» 
<$ttx encore pbifi Indifpenfable , 
f^m étolt de d^tiiUulet inviola- 
blement attacM à la patrie», 
quelque inlute qu'on en eût re- 
çue. C'eâ à «Ue de témoigner fa 
i*ecom)oiâàBce p^jur les fervi- 
ces que lui rendent les citoyens; 
mais les plus mauvais traite- 
mens , 3c les fupplices mêmes f 
«e doivent t>s»s faire repentir un 
citoyen qui à une véritable 
grandeur 4'^me de Favoir fer- 



M A 

yîe avec zèle & fidélité. 

L'année fViivante » its Ro-^ 
mains eurent quelques gueres 
peu importantes contre des peu^ 
pies voifîns ; celle contre le& 
Gaulois leur donna plus d*in'» 
quiétude i àc fit nommer un Die- 
i^teur« qui fut T. Quincius Pen*^ 
nus. Ils s'étoient avancés à trolS' 
milles de Rome. Les Romains 
marchèrent à leur rencontre. 
Les deux armées demeurèrent 
quelque tems en préfence, fan» 
f1»ire^ aucun mouvement > fépa- 
xées feulement fur le pont qui 
étoitfur TAnio. Aucun des deux 
parus ne vouloir rompre co pont, 
dt peur qu'on n*artribuât cette 
précaution à fa crainte ; mais > 
le défir de s'en emparer occa-* 
fionnoic des combats affez fré<« 
^uens ^ fans qu'on pût juger à 
§ui il reileroic , à caufe de l'é- 
galité de leurs forces. Ce fuc 
dans cette incertitude qu'un 
Gaulois d'une grandeur déme- 
furée. s^avança fur le pont 9 qui 
éttût encore libre y ôc criant de 
toutes .fe s forces, pour fe faire 
entendre de plus loin, » que le 
19 plus vaillant des Romains pa- 
9» roiâTe Si s'approche 9 afin que 
3» lui & moi faflîons voir pat 
3a riJue de notre combat , 
3» qveile eft la plus brave de» 
» deux nations.» Les premier» 
de la îeunefle Romaine demeu- 
rèrent sfifez long- tems dans le 
filence, aucun n'ofant fe décla- 
rer 9. de peur de fe couvrir de 
honte en refufanc ce défi 9 ou de 
s'expofer feul , en l'acceptant g 
à un péril qui paroifi^it évi«' 
dent» En^n > T. Manlius , s'étaat 



M A . 

approché du Diâaceùr : «c Jt 
» me g^rderois bien, lui dic*Hv 
» Seigneur , de combattre hors 
» de Okon rang fans irotre or- 
» dre 9 quand je feroîs afTuré de 
3» la vidof re ; mais ^ fî. vous 
» voulez me le permettre » je 
» veux apprentlre à cette bêt^ 
» féroce » qui nous infulte avec 
« tant d'orgueil (k d*infolence» 
n que je fuis de cette hsitilc qui 
» chaâa les Gaulois ^ Se les 
» précipita du haut du Capitole^ 
» Confervez toujours ^ lui ré- 
3» pondit le Diâateur , cette 
» généreufe ardeur de fervir 
» votre père de votre patrie* 
x> Allez y ôc avec la proteélion 
» àQs Dieux y montrez que les 
» Romains font invincibles x>» 

Au(&-tôt Tes compagnons pri** 
rent foin de l'armer. Il prend un 
bouclier dû faotaflîn avec une 
épée à rEfpagnoIe» beaucoup 
plus propre à combattre de 
près. En cet équipage» il s'a*' 
vance contre le Gaulois, fot* 
tement joyeux , & tirant la 
langue par dérifion* [ Car les 
Auteurs n ont pas dédaigné de 
rap^Qrter cette faillie extrava-* 
gante ]• Tout le monde s*étant 
retiré ,les deux Athlètes, pour 
donner aux deux armées un 
fpeâacle peu ufité dans la guer* 
re, relièrent feuls au miiseu 
du pont, avec des forces bien 
dirproportiofinées , à n*en juger 
^ue par l'extéritur* L'un étok 
d'une ftature dénaefurée» revttu 
d'habits éclatans > de cou vers 
d*armes toutes brillances d'or* 
L'autre éroàt d'une grandeur 
ardioaiJre.^ 8c fés armes aifées 



MA 5J 

à manier , évoient phA foKdes 
qu'éblduiiTatitâ'Sk Lt preiffkit?^ 
s'approchoit en fe donnant dé 
graruls mouvemei)s , aVec dei 
hurleiiiet)s plutôt <|ve des chanti 
à la Gauloife ^ dt frappaàt é6 
fa lance fur fob bouclier. Ltf 
Romain , (ans fe fépandre ati 
dehors , s'avftnçok éft fil<encej 
gardant pouf ït côttb&t iAèthè 
tout fon courage ^ rotiite fa 
colère. Us th vlnreftt atix inSiiftH 
au milieu 4é «tafit de itior'- 
tèls , partagé) éi\trt l'efpéranctf 
de ta craiAve. I>*âbôM le Gau- 
lois , qui , comiiie uhe lourde 
mafTe furpaffbit le Romain dé 
toute Ih tête ) oppofabt de la 
main gauche fon bouclier SLint 
armel de T* MàAlius, leva àt 
la droite un fabf e éhoTitkt , dt)nt 
il efpétoit ^ tn It rabattant dé 
toutes fes forcés, fendre la tèté 
de fon ehùtfHiï Mais , T. Màn*" 
lius efquivà lé coup ^ dcdétout^ 
nant adfdlvelbént lé bâuclie^ 
que le barbare lui pféfembk ^ 
le joignit» & le ferra dé façon ^ 
que s'élànt finis hors de la por-' 
tée de fes a^mts, tfOp longueé 
pour lé pércér dt fi ptès, il èui 
le lems dé lui percer le ventre 
de ptttfieiirs eëups qui le tta*^ 
Vierferenk à (es pieds tout dé 
fon iobgi AlofSi tàà$ lui faire 
d'aiiltfuti àUéuh oiiitfagé , il fé 
contenta 4è lui Ôtei? lé côHiéé 
qu'il portoit au tt^i , ^ lé mit 
au (ieft , tôul fa^l^nf cfo jnmé il 
éto4t. 

Les Gàùlok féftérefit étéfinés 
3c Interdits y pé^aihf^ qne lei 
Romains pleins de foie allèrent 
au-devant d^ kur chatnpioni 

D iv 



l6 MA 

ce Tayaot reçu au milieu d'eux » 
i^Is le conduifirent au Didateur» 
en le comblant de louanges t ôc 
}e félicitant de fa viAoire. Par- 
mi les applaudilTemens & les 
chanfons militaires des foldats, 
en entendit le nom de Torqua- 
tus , qui n'ayant été prononcé 
d'abord qu'au hazard , palTa 
enfuite à tous ceux de fes def* 
cendans 9 comme un monument 
glorieux de fa valeur de de fa 
viAoire. Le Didlateur lui fit 
préfent d'une couronne d*or 9 ôc 
.en préfence de toute Tarmée 
^donna à fon courage tous les ' 
éloges qu'il méritoit. 

T» Manlius Torquatus fut 
créé di^ateur , fan de Rome 
402 , 6c 350 avant Jefus-Chriil, 
& choinc pour maître de la ca- 
valerie « Cornélius CofTus; de 
content de l'armée du Conful» 
il déclara la guerre aux Cérites 
en vertu d'un arrêt du Sénat 
& d'un décret du peuple. Mais, 
)es Cérites demandèrent la paix 
^ l'obtinrent. T. Manlius Tor- 
quatus fut créé de nouveau dic- 
tateur quatre ans après , & il 
prit encore pour maître de la 
cavalerie A, Cornélius CoCus. 
Il fut élevé au Confulat avec C« 
Plautiuç y l'an de Rome 408 , de 
344 ayant Jefus-Çhrill. Il y fut 
élevé de .rechef trois ans après , 
& on lut donna pour collègue 
Cr Marcius RutUus, 

L'an de Rome 415» & 337 
avant Jefus-Chrift, T. Manlius 
Torquatus fut créé conful pour 
Ja troifieme fois , ^vec P. Dé* 
çius Mus. L. Annius , homme 
d'une £er(é faos égale » étoic 



MA 

alors un des Préteurs des La«> 
tins. Il fut envoyé à Rome f 
avec permidion de dire & de 
faire tout ce qu'il jugeroit utile 
6c glorieux à la République des 
Latins. Quand L. Annius fut 
arrivé à Rome avec les autres 
députés y on leur donna audien- 
ce dans le Capitole. Là T. 
Manlius Torquatus y leur ayant 
commandé de la part du Sé<- 
nat, de laifler en repos les Sam* 
sites alliés du peuple Romain 9 
L, Annius prit la parole , & 
parla comme un vainqueur 
qui fe feroit emparé du Capitu- 
le les armes à la main , & non 
comme un ambafladeur qui ne ^ 
doit fâ fureté c^u'à fon caradlè- 
re. T. Manlius Torquatus » qui 
n*étQit ni moins fier ni moins 
violent que L. Annius y bien 
loin de retenir fa colère » décla- 
ra que n les Sénateurs étoienc 
aflez infenfés pour fe laifièr 
donner la loi par un Sétinien » 
il viendroit dans le Sénat armé 
d'un poignard y &c tueroit de fa 
main tout autant de Latins qu*il 
en verroit dans l'afiemblée; 6c 
fe tournant vers la ftatue de 
Jupiter : 30 Dieu puiflant , dit* 
» il , fouffirirez-'vous qu'on în- 
3P troduife dans votre facré tem- 
30 pie des étrangers y pour y 
» faire les fondions de Séna* 
p teurs 6c de Confuls y & voue 
» y tenir vous-mêmes comme 
3» prifonnier 6l comme vaincu? 
» Éft- ce fur ce pied-là , pcu- 
9 pies Latins , que les Roît 
2> TuUus de L. Tarquîn ont trai* 
» té avec vos pères i Ne voua 
» fouvie&t-il plus de la bataill» 



-I 



MA 

» do lac Régille ? Avez-vous 
» déjà otiblié, 6t vos anciennes 
» défaites » Ôc les bienfaits que 
30 vous ayez reçus de nous? y> 

Ce difcours du Conful excita 
contre les Latins l'indignation 
de tous les Sénateurs , & la 
guerre leur fut déclarée. Le 
peuple témofgna tant d'ardeur 
pour cette guerre , & tant d'in- 
dienation contre les Latins , que 
fi leurs ambafladeurs fe retirè- 
rent impunément » ce furent 
moins leur caraâère & le droit 
des gens , que le foin & Tatten* 
fîon des Magiftrats ^^qui les mi- 
rent à couvert de fa fiireur Se 
dç fes coups. Le Sénat entra 
dans les mêmes fentimens ; en 
forte que les Confuls ayant levé 
deux armées , auxquelles ils 
joignirent celle des Samnites» 
traverferent au foriir de Rome, 
le païs des Marfes & des Pélîg- 
niens, & vinrent camper auprès 
de Capoue , où les troupes des 
Latins & de leurs alliés s'étoient 
déjà aflemblées. ^à les deux 
Confuls réfolurent entr'autres 
chofes , de faire obferver les 
Joix de la difcipline militaire 
avec plus de févérité que ja- 
inais. Ce qui les engageoit à 
prendre ces précautions , c'eft 
qu'ils avoient à combattre con- 
tre les Latins y qui leur reflem* 
bloient parfaitement par leurs 
langages , leurs mœurs , leurs 
armes , leurs drapeaux , & fur- 
cout les règles qu'ils obfer- 
voient dans la guerre. Souvent 
on avoit vu mêlés ôt confondus 
dans les mêmes compagnies ÔC 

les mêmes manipules Us foldats^ 



MA 57 

les centurions & les tribuns des 
deux nations, pour y faire le 
fervice , fans aucune diftinélion 
ni fupériorité des uns fur les 
autres. Ce fut donc pour empê- 
cher la furprife qui pourroit 
être caufée par une fi grande 
reflemblance , que les Confuls 
défendirent à tout ofHcier de com« 
battre hors de fon rang , & fans 
leur commandement exprès. . 
Par hazard entre les officiers 
que Von avoit envoyés de tous 
côtés pour obferver les mouve- 
mens des ennemis, T. Manlius» 
fils du Conful y s'avança avec 
fa troupe jufqu'au-defiTus du 
camp des Latins , de façon 
qu'il n'étoit éloigné de leurs 
corps de garde avancés que de 
la portée du trait. C'étoient les 
cavaliers Tufculans qui étoient 
en faétion dans cette partie , 
commandés par Géminius Mé- 
tiusy jeune homme illuilre par 
fes belles aélions & par fa naif- 
fance. Dès qu'il eut apperçu 
les cavaliers Romains ^ 3c à 
leur tête le fils du Conful , com- 
me c'étoient tous gens de dif- 
tiQ<flion qui fe connoiffoîent ré- 
ciproquement : » Quoi , dit-il « 
9 Romains ^ eft-ce avec un feul 
» efcadron que vous voulez 
» combattre les Latins Se leurs 
» alliés ? Que feront cependant 
y> les deux Confuls Se leurs 
9 armées ? Ils viendront quand 
» il fera tems , répliqua T. 
» Manlius , ÔC avec eux le 
39 puiflant Jupiter , témoin 6c 
» vengeur des traités que vous 
n avez violés. Si la bataille du 
39 lac Régille vous avoit donoé 



58 MA 

» da dégoûr pour la guerre , 
x^ nous ferons encore ici que 
y^ vous vous laffîez bientôt de 
» mefurer vos forces avec les 
» nôtres. Eh bien, reprit Gé- 
3» minius Métius , en atcen-^ 
» dant la bataille générale dont 
» vous nous menacez, voulez- 
X» vous que nous combattions 
I» vous Ôc moi , & que je vous 
y> apprenne à vos dépens çom- 
3» bien les cavaliers Latins i'em- 
39 portent fur les Romains i ^ 
T. Manlius , qui étolt jeune » 
ûer Se brave y crut qu'il étoic 
de fan honneur d^accepter le 
défi y de de repoufler Tinfulte 
du Latin. Ainfî, oubliant le ref- 
pecl 6c TobéifTance qu'il devait 
à fo» père 8c à foo général^ ou , 
pour mieux dire , entraîné par 
la malheureufe deflinée , il cou*, 
rut en aveugle à un combat où 
\ï lui étoit fort indifférent de 
vaincre qu d'être vaincu. Les 
autres cavaliers s'érant écartés 
à quelque diilance , comme 
pour être fpeâateurs du com- 
bat » les deux Chefs poufTerent 
leurs chevaux l'un contre l'au- 
tre la lance à la mainf Celle 
de T. Manlius paSa au-defTus 
du cafque du Latin ; 6c celle 
de Géininius Métius elHeura le 
col du cheval de fon ennemi* 
Après ce prélude , ils recule*^ 
rent de quelques pas» pour re-t. 
venir une féconde fois à la char** 
ge. Alors » T. Manlius le pr«« 
jaies s'étant haulfë fur les étrîers 
pour porter un fécond coup^ 
planta le fer de fa javeline en- 
tre les deux oreilles du chevaU. 
Çei aaimal n'eue donc pas piui* 



/ 



MA 

tôt femi là douleur de U, bU& 
fure , que fe redrefTant fur .le$ 
pieds' de derrière « il fecoua la 
tête avec tant de violence ^^ 
qu'il renverfa fon cavalier par 
terre. Il s'appuyoit de fa lancQ 
& de fon bouclier ,.pour fe re- 
lever d'une chute fi lourde « 
lorfque T. Manlius lui enfonça 
la lance dan? la gorge « de fa- 
çon que defceodant à travers 
les côtes y elle le renverfa 3e 
le cloua , pQur ainfi dire y à la 
terre. Il le dépouilla aufCcôt» 
s'en retourna triomphant avec 
fa troupe daos le camp de% 
Romains » & n»archa iur I9 
champ vers la tente de fon père» 
bien éloigné de penfer qu'oQ 
dut lui faire un crime d'une ac-* 
tion pour laquelle il n'atrendok 
que des éloges Se des récom- 
penfes. y> Mon père, lui dit-il» 
3> pour faire^ coniioitre à tout^ 
3» la terre que J'ai été formé de 
33 votre fang , |e vqus apporte 
3> ces dépouilles équeUres que 
3> j'ai enlevées à un et>nemi qui 
3> m'avoit déné au combat, 6l 
» que j'ai tué de ma main« 39 
Dès que le Conful eut entendu 
ces paroles , il jetta fur fon fiU 
des regards épouvantables; dc 
détournant aufHcôt fes yeux de 
deflus lui y il fit alfembler l'ar* 
mée. Quand les foldats fe furent 
rangés en foule au tour de fou 
tribunal : » T. Manlius , lui dit* 
V il , puifque fans refpedler oi 
33 l'autorité paternelle 9 ni la 
» majefté Cohfulaire, vous ave s 
93 combattu contre notre défen^r 
» f e 9 & fans en demander la 
Il permiffioa; puifqu'^uum ^(('U 



MA 

» a été en vous , vous avez 
» aboli la difcipline militaire» 
P qui a fait fubfifler Tempire 
» Romain |ufqu*à ce jour , ÔC 
» que vous m'avez mis dans ]a 
» trifle oéceifité d'oublier ce 
90 que je dois à la patrie, ou ce 
» que je me dois à moi-même 
3> éc aux miens ; il eft plus jufte 
» que nous portions la peine 
» de notre crime 9 que d'en 
» faire retomber les fuites fur 
3> la République innocente* 
» Nous allons donner à la pof- 
3? térité un exemple » tride à la 
» vérité , mais qui fera ialu- 
>' taire à la jeuneiTe. J'avoue 
» que la tendreâe paternelle» 
» & cette preuve môme de va* 
» leur que vous venez de don- 

*» ner, trompé par les attraits 
» féduifans d'une fauffe gloire t 
» me follicitent fortement pour 
» vous. Mais , comme il faut » 
» ou que Tautorité du comraan- 
» dément foit rétablie par vo- 
^ tre mort , ou qu'elle foit pour 
» jamais ruinée par votre im* 
3B punité , (i c'eft mon fang qui 
30 coule dans vos veines i je ne 
^> crois pas que vous-même » 
» vous réfutiez d'aflucer par 
33 votre fupplice la difcipline 
s militaire , à laquelle votre 
33 faute a donné une cifuelte 
93 atteinte. Allez, LiAeut, atta- 

j 39 chez-le au poteau.. » 

Tous les foldats furent faifîa 
d'horreur à un ordre fi barba- 
re ; & chacun croyant voir la 
hache préparée contre Iui-mê« 
me t garda le filence y moins 
par obéiâance que par crainte. 
Mais^ lorf^u'ils eotendixent le 



MA 5^ 

coup de hache » de que levant 
les yeux qu'ijis avoient cenaa 
attachés à la terre» ils virent 
tomber la tête de T. Manlius » 
& la terre couverte de foa 
faogy fortant comme d'un pro- 
fond adbupiiTement , ils donne*» 
rent un libre cours à leurs plains 
tes de à leurs gémiflemens ; 8c. ^ 
fans garder aucune mefure , dé« 
teflerent hautement la cruauté 
de T. Manlius Torquarus. Le 
corps de ce jeune guerrier » coa« 
vert des dépouilles de Ton en- 
nemi , fut brûlé hors des re«' 
tranchemens » & f es funérailles 
furenf moins remarquables par 
la pompe du convoi , que par 
l'affeélion & les regrets des ioU 
dats. La fé vérité M antienne 
paiTa comme en proverbe f & 
fournit un exemple au(G trifte 
pour l'avenir , qu'horrible pour 
le préfent. Après tout > l'atro- 
cité de ce fupplice rendit les- 
foldats plus fou pies âc plus 
obéi^Tans ; & outre que depuis 
ce jour on obferva avec une 
exaâitude merveilleufe la fuc-^ 
ce(fion des fentinellcs , des. 
corp$-de-garde , 6c des autre» 
fon(fltons militaires , la rigueur 
du Conful contribua beaucoup 
au gain de la bataille décifive 
qu'on donna dans la fuite* 

Le combat fut livré afleit 
près du mont Vefuve, fur le 
chemin qui conduifoit à^eferi* 
T. Manlius Torquatus comman- 
doit l'aile droite & P. Déciaa 
Mus la gauche. D'abord oa 
combattit de part âc d'autre, 
avec one ardeur & des forces 
égales. Mais enfuite.^ les haf« 



6o MA 

tats Romains ne pouvant réiîfter 
à ceux des Latins qui les pref» 
foient vivement , fe reiire- 
«eat par les intervalles qu'a- 
vaient laifies entr^eux les mant- 
, pules des Princes. Comme ce 
mouvement caufoit quelque dé- 
ibrdre dans la bataille des Ro- 
umains, P. Décius Mus fe dér 
voua pour le falut des légions. 
Alors > les Romains aiïurés de 
ht faveur & de la protedion 
des Dieux , commencèrent tout 
de nouveau à combattre, com- 
me fi on ne leur eût donné le 
lignai que dans ce moment ; car , 
les Roraires s*avançant entre 
les intervalles , coururent fe 
joindre aux Haftats & aux Prin- 
ces, & augmentèrent leur con- 
fiance 6c leurs forces ; tandis 
que les Triaires appuyés , fur 
leurs genoux droits » atten- 
doieoc pour fe lever , que le 
Conful leur en donnât le lignai. 
Mais» comme dans les autres 
parties de la bataill^e les Latins 
étoient fupérieurs par le nom- 
bre , T. Manlius Torquatus. 
ayant appris la deftinée de fon 
Collègue, de donné à une mort 
fi glorieufe les larmes & les 
éloges qu'elle méritoir , douta 
un moment s'il n étoit pas teros 
de faire avancer les iriaires. 
Mais, jugeant qu'il étoit plus à 
propos de les réferver pout le 
dernier effort , il fit paffer les 
Accenfes de la queue à la tête. 
Les Latins , voyant de loin 
qu'ils s'avançoient , les prirent 
pour les Triaires des Romains, 
& ordonnèrent auditôraux leurs 

de fe lever Se de faire leur de* 



MA 

voir. Après que ces braves, en 
combattant avec beaucoup d'à*. . 
charnement & long-tems , ftf 
furent extrêmement fatigués ; 
après qu'ils eurent ou rompur 
ou émouffé leurs javelines ; com- 
me ils pouflbient cependant 
leurs adverfaires , & que fe 
regardant comme entièrement 
vainqueurs^ ils étoient parve- 
nus jufqu'aux derniers rang? 
des Romains : » Amii , dit le 
» Conful à fes Triaires , par- 
» tez maintenant , & oppofer 
» tout votre courage ÔC tou- 
» tes vos . forces à des gens 
» épuifésde fatigue & de laffî"- 
n tude , & fouvenez-vaus dans 
» cette a(flion de votre patrie » 
» de vos pères ôc mères , de 
» vos femmes ÔC de vos enfansr^ * 
» de du Conful qui a donné fa 
» vie pour vous aflurer la vîc- 
» toire. » Alors ils fe levèrent 
pleins de vigueur , & ayant 
laifle paffer les Haftats & les 
Princes dans les routes qui fé^ 
paroient leurs compagnies , ils 
poùiTerent de grands cris ; & 
donnant de leurs javelines écla- 
tantes dans le vifage des enne- 
mis , ils lés mirent bientôt en 
défordre. Lorfqu'ils eurent tail- 
lé en pièces cette troupe la 
plus forte de l*armée Latine » 
ils paiTerent à travers des au- 
tres manipules , comme s'ils 
n'euffent point eu d'armes à 
leur oppofer, fans recevoir au- 
cune blefTure^ &L en firent un S 
grand carnage , qu'à peine fe 
fduva-t-il le quart des ennemis. 
Les Samnites , rangés en batail- 
le au pied des montagae^ i Rft 



MA 

cofltTÎbuerent pas peu à aug- 
menter la frayeur des Latins. 
Au Tcûe , tous les citoyens > 
aufli-bien que les aliié« » con- 
vinrent que le fuccè^ de cette 
îournée étoit dû principalement 
aux Confuls » dont Tun attira 
fur lui feul toute la colère des 
Dieux du ciel & des enfers, & 
Tauire donna dans la bataille 
ties preuves fi éclatantes d*aa 
courage intrépide & d'une pru- 
dence confommée , que tout 
ceux qui ont hiffé à la pofié- 
riré le détail de cette aâion , 
aulfî - bien les Latins que les 
Romains , n'ont pas fait diffi- 
culté d'affurer que la vlâoîre 
ne pouvoit manquer de pafier 
dans le parti qu'auroit comman* 
àé T* Manlius Torquatus , quel 
qu'il fur. Le vainqueur retourna 
cnfuite à Rome. Les vieillards 
«lièrent audevant de lui ; mais » 
il eil certain que la jeunefie ne 
fortit point.de La ville, & que 
tant qu'il vécut , elle conferva 
pour lui une haine implacable ^ 
Se le détefta comme le plus bar- 
bare de tous les pères. 

Il cû affez naturel d'examiner 
ce qu^il faut p en fer de l'aâioa 
de T. Manlius Torquatus y qui 
fait mourir impitoyablement foa 
£!s pour avoir combattu contre 
fa défenfe ; û l'on doit la regar- 
der comme une aélion vertueu- 
fe & louable , ou comme un 
excès de févérité qui ne peut 
Itre trop déreiîé , parce qu'il 
eil pouffé jufqu'à la barbarie. 
On eft étonné en méme-tems de 
voir dans le même bompie deux 
caraélères abfolument opp«fés^ 



MA 6t 

u«e tetidrcffe généreufe i l'é- 
gard d'un père de qui il n'avoit 
reçu que de mauvais traitemens^ 
une dureté inhumaine à l'égard 
d'un 6ls > dont tout le crime 
étoit de s'être abandonné à un 
défir de gloire immodéré > mais 
pardonnable » ce femble , à foa 
âge- 
La démarche hardie êc péril- 
leufe de T. Manlius Torquatus 
pour fauver Ton père» marque 
certainement que ce n'étoic 
point un mauvais cœur , fermé 
aux fentimens que la nature Se 
Thumanité infpirent.il faut donc ' 
chercher une autre caufe du tras« 
tem'ent qu'il fait à fon £1$. Elle 
n'eil point obfcure ni doiiteufe« 
Le zèle pour la patrie dont il 
étoit dévoré , l'emporta fur les 
fentimens de la nature & fur la 
tendrefle paternelle; & Tite- 
Live n'a pas «nanqué de le lui 
£aire déclarer, dans la harangue 
qu'il lui met dans la bouche. T. 
Manlius Torquatus étoit père > 
mais il étoit Conful. Il aimoit 
fon iils y mais il aimoit eocore 
plus la patrie. On fçait qu'elle 
étoit l'idole des Romains , à la- 
quelle iU fe croyoient obligés 
de toot facrifier, nous difont 
obligés par les loix mêmes, qui 
régloient l'ordre des devoirs» 
Les Dieux avoient le premier 
rang , la patrie le fécond ; le« 
devoirs mutuels des pères •& des. 
.fils n'avoient que le troifieme 
lieu* Quand il y avolt conflit 
entre les deux derniers , le 
combat étoit rude ; & pour don*, 
ner l'avantage à la patrie , il 
falloit avoir une fermeté, oii^ 



€i MA 

pour parler plus jufle, une for* 
te de férocité » qui fît raire les 
fentimeùs gravés le plus pro- 
fondément dans le coeur de 
rhotnme. Car , il faut Tavouer, 
quelque grandeur d*ame qu*on 
prétende attacher aux principes 
qui firent agir M. Brutus , T. 
Manlius Torquatus & quelques 
autres célèbres Romains, quand 
on les examine férieuferiient de 
de fang froid» on ne peut Te dif- 
iimuler qu^on fenr en foi- même 
une voix fecrete qui les con- 
damne , parce qu'ifs répugnent 
aux fentimens de la nature & 
de l'humaniré. 

MANLIUS [T.], T. Man- 
Uns , fiis^ de T. Manlius Tor- 
quatus. Voyei^ Tarticle précé- 
dent. 

MANLIUS [ Cn. ] , {a) Cn. 
Manlius « fut élevé au Confulaè 
avec M. PopilHus Lénas , Tan 
de Rome 3969 Se 356 avant 
Jefus-Chriâ* Cette année , les 
, Tiburtes étant partis fecréte- 
ment à l'entrée de la* nuit , en- 
trèrent en armes fur les terres 
de la République , & allèrent 
piller jufqu'aux portes de la 
ville. Les citoyens fe réveillent 
bien al larmes ; ai ce qui aug- 
«ente leur terreur 9 c'eft qu'ils 
font furpris au milieu des ténè- 
bres , & ne favent à quel enne- 
mi ils ont aiFaire. Cependant » 
après qu*on eut crié prompte- 
ment aux armes, on plaça des 
troupes aux portes 6c par tout 
où il en falloit pour défendre 
ks murailles. Dès que le jour 



Il A 
partit, les Confuls voyant qu'îH 
n'avoient affaire qu'à un petit 
nombre de Tiburtes , fortirenc 
par deux portes différentes , ôc 
vinrent fondre Tur eux , cha- 
cun de leur côté , dans le tems 
qu'ils comm'ençoieiit déjà à at- 
taquer \ei murailles. A peine 
foutinrent-ils le premier choc 
des Romains ; ce qui fait voir 
qu'ils avoient plus compté fui^ 
la difcorde des ennemis que fur 
leui* propre valeur. 

Deux aiis après , Cn. Man- 
lius fut élevé de nouveau aii 
Confulat , & il eut pour collè- 
gue C. Marcius. Celui-ci con- 
duifit fon armée contre les Pri- 
vernates , 6c Cn. Manlius mar- 
cha contre les' Falifques. Mais , 
il ne fît rien de mémorable , Û 
ce n'efl que dans fon camp près 
de Sutrium , il fît porter par les 
fufFrages des foldàts féparés en 
tribus , une loi qui ordonnoic 
aux maîtres , de mettre dans le 
tréfor public 9 lé vingtième dii 
prix des efclàves qu'ils affiran- 
chiroient. Les Sénateurs la 
confirmèrent volontiers, voyant 
que c'étoitune refïource confi- 
dérable pour le tréfor épuifé. 
Mais, les Tribuns du peuple 
moins choqués de la lot , toute 
extraordinaire qu'elle étoit, que 
des conféquences qu'elle pou- 
voir avoir , défendirent fou$ 
peine de la vie y que dans la 
fuite on tînt de pareilles aflem- 
blées hors de ' Rome » parce 
qu'avec une telle licence, il n'y 
auroit rien qu'on ne Ht oidon- 



W Tît. Lîv, X, Vlh c. it , |6 j 17 , asf. 



MA 

âer contre les intérêts du peu- 
ple , par des roldat$ qui avoient 
fait ferment d*obéir aux Con- 
fuls. 

Cn. Manlius fut créé întcr- 
Roi , Tannée fuivante ; de &x 
ans après , il fut nommé Cen- 
feur avec C. Marcins Rutilus. 

MANLIUS[Cn.] CAPITO- 
LINUS , Cn. Manlius CapUcU- 
nus , (à) fut dioiiï maître de la 
cavalerie par le Diâateur L* 
Furius y Tan de Rome 410 > ÔC 
342 avant Jefus-Chrift, 

MANLIUS r T. ] TOR- 
QUATUS , T. Manlius Tor- 
fuatuSf (i) fut crééConful avec 
M, Fulvius Pétinus, l'an de Ro- 
me 453 , & 299 avant Jefus- 
Chrift. Ayant été chargé de la 
guerre d'Étrurie , il ne fut pas 
f lotôt entré dans fa province , 
que comme il faifoit faire Texer- 
tice à fa cavalerie , fon cheval 
courant à bride abattue, le jetta 
par terre avec tant de violence, 
que peu s'en fallut qu*il n'expi- 
rât dans le moment; au moins ne 
vécur-il que trois jours après 
cet accident. 

MANLIUS [ L. ] TOR. 

QUATUS , Z. Manlius Torqua» 
tus j (c) étant fimple Lieute- 
nant , l'an de Rome 457 » & 
Î95 avant Jefus-Chrîft , marcha 
au fecours de quelques four- 
Tagçurs , que les ennemis 
•avoient tnveilis, & les délivra 
du péril. 

MANLIUS [L.]VULSON, 
£. Manlius P^ulfo , ( ^ ) fut 

<^) Tît.I-îv. L. vil. c. a8. 
(h) Tic.Lfv^ L. X. c. 9Vir. 
le) Ttt. Litr. L, X«. c, a6. 



M A €t 

créé Conful , l'an de Rome 
496 , «8c 256 avant Jefus-Chrift. 
Il eut d'abord pour Collègue Q« 
Cédicius ; mais celui - ci étant 
venu à mourir y on lui fubititua 
M. Atîlius Régulus. 

Les Romains méditoîent alors 
de porter la guerre en Afrique, 
6c d*i>l|er attaquer les Carthagi- 
nois dans leur propre païs. Il 
n'y avoir rien que ceux •>• ci 
craignilTem davantage , & pour 
détourner un coup (i dangereux, 
ils réfolurent de donner bataille 
à- quelque prix que ce f&t« La 
flotte des Romains étoit de trois 
cens trente vaifleaux , 6c por- 
coît cent quarante mille hom- 
mes , chaque vaiâTeau ayant trois 
cens rameurs , & cent vingt 
combattans. Celle des Cartha- 
ginois , commandée parHannon 
& Amilcar , avoit vingt vaif- 
feauxdepluSf âc plus de monde 
aufiî à proportion. Les deux 
flottes fe trouvèrent en préfence 
près d'Ecnoine en Sicile. On ne 
pou voit envifager deux flottes 
ôi deux armées fl nombreufes, 
ni être témoin des monvemens 
extraordinaires qui fe faifotenv 
pour fe préparer au - combat 9 
fans être lailî de quelque 
frayeur dans la vue du danger 
qu'alloient coutir deux des plut 
puiflans peuples de la terre* 
Comme le courage, auâi-bieii 
que les forces , ércit égal des 
deux côtés , le combat fut op^ 
lOiÂcre , & le fuccès long-^tems 
douteux , mais enfin les Cartha* 

IÇd) RoU. Hift. Ane. Tom. J. paf. 
170 , 171. Tom. V. pag, ^^S^ ^ pa^^ 
Hift. aôm. T, 11. p. 505. ^ fmivn 



«4 M A 

ginoh furent vaincus. Plus de 
foixance de leurs vaifTeaux fu- 
rent pris, & trente coulés à 
fond* Les Romains en perdî-» 
rent vingt-quatre > dont aucun 
ne tomba entre les mains des 
ennemis. 

Le fruit de cette vîftoîre fur, 
comme l'avoient projette les 
Romains, de faire voile en Afri- 
que , après avoir radoubé les 
vaifleaux , & les avoir remplis 
de tous les préparatifs nécef- 
faires pour foutenir une longue 
guerre dans un païs étranger* Ils 
abordèrent heureufemenc en 
Afrique , ôc commencèrent par 
fe rendre maîtres d'une ville 
nommée Clypéa, qui avoir un 
bon port. Delà, après avoir dé- 
pêché, des courriers à Rome , 
pour donner avis de leur dé- 
barquement , Ôc pour recevoir 
les ordres du Sénat , ils fe ré- 
pandirent dans le plat païs , y 
firent un dégât épouvantable, 
emmenèrent un grand nombre 
de troupeaux Ôc vingt mille 
captifs. Le courrier cependant 
étant revenu de Rome , apporta 
les ordres du Sénat , qui avott 
jugé à propos de continuer à M* 
Atilius Régnlus^ fous la qualité 
de Proconful , le commande- 
ment des armées d'Afrique , Se 
de rappeller L. Manlius Vulfon 
avec une grande partie de la 
flotte de des troupes, ne laifTant 
ik M. Atilius Régulus que qua- 
rante vaifleaux , quinze mille 

M Tic. Liv. L. XXll. c. 60 , 61. L. 
XXllI. c. 14» 40, 41. L. XXV. t:. 5^ 
L. XXVI, €. aa. L, XXVll. c. ly & 



.MA 

hommes de pied, Se. cinq cent 
chevaux. 

L. Manlius Vulfon , pour 
prévenir le tems de Thiver « 
partit aufG-tôt. Zonare rapporte 
que ce Conful emmena plulieurs 
citoyens Romains prii par les 
Carthaginois dans les années 
précédentes , 6c délivrés par lui 
d'efclavage. L. Manlius VuU 
fon, de retour à Rome avec 
un grand butin , y fut très- 
bien reçu, & on lui accorda 
Thonneur du triomphe naval. 

MANLIUS [T.] TOR- 
QUATUS , T. Manlius Tor^ 
quatus , (a) fut créé Conful 
avec C. Atilius Bulbus , Tan de 
Rome 517 , & 135 avant Jefus- 
Chrift. Ce Général , à qui la 
Sardaigne étoit échue par fort y 
ayant battu les ennemis en plu- 
fleurs rencontres , fubjugua 
toute rifle , & la fournit en- 
tièrement aux Romains ; ce 
qui lui mérita l'honneur da 
triomphe. 

Rome alors fe trouva fans eii<- 
nemis & fans guerre , ce qui n^ 
s*éroit point encore vu depuis 
près de quatre cens quarante 
ans , & le temple de Janus fuc 
fermé pour la féconde fois; 
cérémonie qui annonçoit uns 
paix générale. Il avoit été fer- 
mé pour la première fois fous le 
règne de Numa Pompilius ;& il 
ne le fut pour une triofieme 
fois que fous Augufte. 

T. Manlius Torquatus fut 
créé de nouveau Conful , l'aa 

|/ff. Plut T. 1. p. 7^. Roll. Hia. Ron» 
T. 111. p. io.> 11 1 4a» a5». ^ f»iv0 



MA 

ifi Rome 528» 6c 214 avant 
Jefus^Chrift, & il eut alors pour 
collègue Q* Fulvius Flaccus* 
Huit ans après 9 les prifonniers 
Romains • que les Carthaginois 
avoient. faits à la bataille de 
Cannes , ayant envoyé des dé* 
pûtes à Rome pour demander 
^u'on les rachetât > les fenti- 
mens furent fort partagés dans 
le Sénat. Les plus compatiffans 
vouloienc qu*on les rachetât 
des deniers du tréfor public ; 
d'autres foutenoient que la Ré- 

Îmblique n'étoît pas en état de 
burnir à cette dépenfe 9 qu'il 
tuffifoit de leur permettre de fe 
racheter de leurs deniers ; ils 
âjoutoîent que l'État pouvoic 
aider ceux qui n'avoient point 
d'argent comptant, à condition 
qu'ils engageroient leurs terres 
ou leurs maifons pour la fiireté 
de la fomme qu'on leur auroit 
prêtée. 

Alors T. Manlius Torquatus, 
qui fe faifoit remarquer fur 
tout par une févérité antique 1 
qu'il poufloit même , au juge- 
ment de plufieurs , jufqu'à la 
dureté , lorfque fon tour fut 
venu de parier , s*expliqua en 
ces termes: o Si les députés s'é« 
» toient contentés de demander 
» qu*on les rachetât » fans atta* 
»> quer la réputation des autres, 
)» je vous aurois dit mon fenti- 
» ment en un mot. Je vous aurois 
-» iimplement exhortés à imiter 
» l'exemple que vous ont don* 
» né vos pères , de dont nous ne 
» fçaurions nous écarter , fans 
» ruiner la difciplioe militaire» 
« Mais> comme ils ont prcf» 

Tm. XXriI. 



M A: 6f 

3» que fait gloire de s'être ren-* 
» dus aux ennemis » & qu'ils 
30 n'ont pas fait difliculté de fe 
» préférer, non - feulement à 
3» ceux qui ont été pris fur let 
3? champ de bataille , mais mê« 

V me à ceux qui fe font retirés 
» à Vénufie ou à CanuHum , 
» 8c au Conful C. Térenttus 
M Varron lui-même y je crois. 
30 devoir vous initruire de tout 
M ce qui s'eft pafTé après U 
» journée de Cannes. Que n'ai- 
99 je pour auditeurs les foldats 
^ de Canuiium, témoins irré*- 
p prochables de la valeur & de 
» la lâcheté de chacun; ou an 
x> moins P. Seropronius , au 
30 confeil & à l'cNemple duquel 
?» s'iU avoient déféré , ils fe- 
p roient aujourd'hui foldats 
39 dans notre camp , & non 
30 prifonniers entre les ^ains 
3» des ennemis. Mais, quelle 4 
^y été leur conduite ? Depuis 
» que la plupart des ennemis 
30 furent rentrés dan s leur camp^ 
» ou pour fe repofer des fati- 
» gués du combat , ou pour fe 
7* livrer à la joie qui fuit tou* 
jo jours la vi^oire 9 il fe paAk 
a» une nuit toute entière , pen- 
30 dant laquelle il étoit aifé à 
30 ceux-ci de faire retraite* 
30 Comment quelques corps-de* 
30 cardes Carthaginois auroient* 
» sis arrêté fept mille hommes» 
30 qui pou voient s'ouvrir un 
3» paiTage à travers une armée 
30 entière ^ Mais , ils n*ont eu 

V ni aiTer de cœur pour l'en- 
» treprendre d'eux mêmes , ni 
3> afTez de docilité pour fuivre 
p cehii qui leur endoasojic 

E 



6é 



MA 



3» 
a» 

3b 

30 

3» 
30 
30 
» 
30 
3» 



3» 

a» 



a» 
» 

39 

H 

3» 
30 
I» 

30 
» 

» 

30 

» 

1» 
39 

1» 



rexemple , 5c oui les exhor« 
toic à rimiter. Durant la plus 
grande partie de la nuit , P. 
Sempronius ne ceffa de les 
avertir & de les preflèr de 
marcher fur fes traces , pen- 
dant que les ennemis étoient 
encore en petit nombre au- 
tour de leur camp, pendant 
que le filence regnoit par 
tour 9 pendant que la nuit 
pouvoit couvrir leur retraite* 
Il eut beau leur remontref 
qu'avant que le jour parût » 
ils ferotent arrivés dans des 
villes alliées où ils n'auroient 
plus rien à 'craindre , leur 
citant plufieurs exemples 
capables de les animer. 
Rien ne fut capable de fai-* 
fe impreflion lur eux. Sol* 
dats fans cœur! Il vous mon- 
froit un chemin qui vous 
conduifoit à votre falut & à 
la gloire ; & le courage vous 
manque » lors même qu'il 
s'agit de vous fauver! Que 
feriez-vous donc , s*il s'agif-» 
foït de mourir pour la patrie ? 
Vous aviez devant les yeux 
cinquante mille de vos ci- 
toyens & de vos alliés éten- 
dus morts fur le champ de 
bataille \ & tant d'exemples 
de courage ne peuvent vous 
en infpirer ! Encore , fi vous 
vous étiez contentés d'être 
lâches. Mais non - feulement 
vous avez refufé de fuivre 
celui qui vous donnoit un bon 
confeil » vous vous êtes mis 
en état de le retenir lui-mê- 
me & de l'arrêter » fi , à la 
tête d'une troupe ie foldats 



MA 

i> plus courageux que vous , il 
» n*eût mis l'épée à la noaii^ 
30 pour écarter des lâches & dés 
30 traîtres. Il a fallu que P* Sem« 
30 pronius ait forcé fes propres 
n citoyens j avan( que de forcei^ 
30 les ennemis. El^ome regret* 
J9 teroît de tels foldats! Par- 
30 mi fepr mille hommes » il s'en 
30 eft trouvé fix cens qui ont eu 
p ailèz de valeur pour revenij^ 
x> libres & les armes à la maia 
30 dans leur patrie , fans qu^ 
30 quarante mille ennemis aient 
» pu les eifrayer > ni les rere- 
33. nir. Combien deux légions 
30 prefque entières auroient-.» 
» elles trouvé plus de facilita à 
33 exécuter la même entreprife? 
» Pour finir , voici à ouoi je 
» réduis mon fentiment* Je crois 
3> que vous ne devez non pluf 
30 racheter ceux-ci , que livrer 
3> à Annibal ceux qui ont pafl<$ 
» au travers des ennemis avec 
30 une extrême valeur , & fç 
30 font eux-mêmes rendus à leur 
33 patrie. » 

Ce difcours fit un grand tSttp 
Les Sénateurs , touchés des rai<r 
fons de T. Maniius Torquatus^ 
eurent moins d*égard aux iméT 
rets du fang qui les lioit ^ plu.-? 
fieurs des prifosnierst qu'aux 
conféquences fâcheufes que 
pourroit avoir une indulgence 
fi peu conforme à la fé vérité de 
leurs ancêtres. Ils ne croyoien^ 
pas non plus qu'il fût à propos 
de faire une dépenfe t qui ea 
même tems épuiferoit le tréfor 
de la République > & fourniroi^ 
% Aaaibai une reflburce dont ûs 



MA 

Içavoit qu*îl avoic un extrême 
befoio* 

L*aniiée fuivantei T. Man« 
Ijus Torquacus » ayant été en- 
voyé dans rifle de Sardaigne » j 
ranima la vigueur des armes 
Romaines qui avoienc beaucoup 
langui depuis la maladie du 
tréceur Q. Mucius.T. Manlius 
Torquatus mie Tes vaifleaux en 
fureté dans le port de Carales ^ 
aujourd'hui CagHari ; & ayant 
fait prendre les armes à l'équi- 
page » il joignit fes foidats aux 
troupes, qu'il avoit reçues du 
Préteur, oc compofa du tout 
Une armée de vingt mille tont- 
ines de pied & de douze ^ens 
chevaux. Il eut contre les habt* 
tans du païs de fort hettreux 
fuccès y qui auroient terminé la 
guerre de Sardaigne » fi Afdru<* 
bal le Chauve» avec fa flotte 
Carthagtnoire que la tempêté 
avoic pouflHe vers les ides Ba- 
léares, ne fût arrivé fort à pro- 
pos pour raffurer les peuples 
qui étoient fur le point de ren- 
trer fous la domination des Ro- 
ftiains. T. Manlius Torquatus 
n'eut pas plutôt appris l'arrivée 
de la notte Carthaginoife , qu'il 
fe retira à Carales; ce qui donna 
à Hampficorâs , Général des 
Sardiens , la facilité de fé 
joindre à Afdrubah Cedernier^ 
ayant débarqué fes troupes 8c 
renvoyé fes vaiffeaux à Car- 
thage { partit avec Hampficorâs 
qui connoiiToit le païs , pour 
aller piller les alliés du peuple 
Romain. Il fe feroic avancé 

Ïfqu'à Carales , fi T. Manlius 
orquatas ne fie venu au de- 



MA 

Tant de lui avec fon éltfbét , dl 
n'eût arrêté les ravages qu'il 
faifoit dans la campagne. Lei 
deux armées fe campèrent afièt 
près Tune de l'autre; ce qui 
occafîonna d'abord plufieuri 
petits combars, où les deux par- 
tis avoient alternativement Fa^ 
vantage. Enfin , ils en vinrent 
à une bataille générale, qui 
dura quatre heures.Les Sardieni 
combattirent mollement à leur 
ordinaire ; ce furent les Cartha^ 
ginois qui tinrent pendant oa 
cems la viétoire douteofe. Enfin, 
ils lâchèrent pied eux-mêmes , 
lorfqu'ils virent l'armée des Sar« 
diens en déroute , de la tert^ 
couverte de leurs morts, T. 
Manlius Torquatus , ayant fait 
avancer l'aile qui avoir vaiocn 
les Sardiens, enveloppa lesCar^* 
thaginois dans le tems qii%ls 
tournoient le dos« Alors | cefnc 
un carnage , plutôt qu'un com<* 
bat. Il demeura douze mille 
hommes fur le champ de ba^ 
taille , tant Carthaginois qud 
Sardiens. On en prit envtroni 
trois mille fix cens ^ avec vingt-* 
fept drapeaux^ Ce qui rendit et 
combat plus célèbre & plus met 
morable , c*eft qu'ÂfdruHbal . qui 
commandoit Tarmée ennemie « 
y demeura lui-même prifonniet 
avec Magon 6c Hannon , deux 
des plus qualifiés d'entre les 
Carthaginois. Les Généraux 
Sardiens illuftrerent auffi cett^ 
viâoire des Romains par leurs 
difgraces* Cat Hionus , fils 
d'Hampficoras , fut tué dans Iq 
combat ; & Hampficorzs fon, 
père s'étant fauve par U fuite 

El) 



^8 MA 

avec mi petit nombre de cava- 
liers , o*eut pas plutôt appris la 
inort de fon iîls , qui mettoit le 
comble à fon infortune , quMl 
fe'donna la mort à lui-même dès 
la cuit fui vante. 

Cornus , ville capitale du 
canton où s*étoit donnée la ba- 
taille, fervic de retraite aux 
autres* Mais f T. Manlius Tor- 
quatus r^ant inveftie avec fon 
armée viaorieufe , s*en rendit 
maître au bout de quelques 
jours. A Texemple de Cornus , 
les autres villes qui avoient 
pris le parti d'Hampficoràs & 
des Carthaginois » envoyèrent 
des otages au vainqueur âc fe 
rendirent à lui. Après avoir 
exigé d'elles de l'argent & des 
vivres » félon les forces de cha- 
cune^ il fe retira à Carales avec 
fon armée. Il y fit embarquer h$ 
foldats dans les vaifleaux qu'il 
avoir laiflës dans le port , ôc 
s*en retourna à Rome. Ayant 
appris au Sénat la réduAion de 
laSardaigne » il remit aux Quef- 
leurs ou Tréforiers 9 Targent 
qu'il en rapportoit 9 aux Édiles 
les vivres qui lui refioient » 6c 
les prifonniers au préteur Q, 
Fulvius. 

L'an de Rome 540, & 212 
avant Jefus-Chriily il brigua la 
charge de fouverain Pontife » 
mais il ne put l'obtenir. Deux 
ans après, il montra bien plus 
de modération. La centurie des 
jeufies, appeilée Véturie,à qui il 
étoit échu par le fort de donner 
la première fon fuffrage , çhoi- 
fit 1 • Manlius Torquatus pour 
un des Coafuls de cette année. 



MA 

Déjà une foule de gens perfua* 
dés que la pluralité des fuffra^ 
ges , comme il ne manquoit ja- 
mais d'arriver , ratifieroit ce 
choix f s'aflembloit au rour de 
T. Manlius Torquatus qui étoic 
préfent » pour le féliciter fur la 
promotion. T. Manlius Torqua* 
rus alors s'approchant du tribu- 
nal du Conful^ le pria de vou« 
loir bien l'entendre. Tout le 
monde étoit dans l'attente de 
ce qu'il alloit demander « de 
l'on fut bien étonné de l'enten- 
dre s'excufer d'accepter la pre« 
miere dignité de la Républi- 
aucy^ alléguant pour raifon la 
toi^fle de fes yeux. Il ajouta 
que ce feroit une témérité in* 
excufable à un Général , aulE* 
bien qu'à un pilote > lorfqu'il 
ne pouvoit fe condiiire que par 
les yeux d'autrui , de préren- 
dre que les autres fe repofaf* 
fent fur lui du foin de leurs 
vies& de leurs intérêts les plus 
chers ; qu'ainfi il prioit le Con* 
fui de renvoyer aux voix la 
centurie des jeunes gens qui 
venoit de donner fon fuffrage ^ 
& de les exhorter à faire atten- 
tion , avant que de nommer les 
Coniuls , à la qualité de la guer* 
re que l'on avoir à foutenir ea 
Italie » & aux conjonâures où 
fe trouvoit actuellement la Ré- 
publique. Qu'à peine avoit-oa 
pu encore ie remettre de l'ai- 
larme 6c de l'épouvante qu'a- 
voit caufées dans Rome l'ap- 
proche d'Annibal,lorfque quel- 
ques mois auparavant ce redou- 
table ennemi avoit fait avancer . 
fei troupes jufqu'aux portes de 



MA 

la ville. La centurie répondu 
au*eile ne changeoic point de 
leotiment , 6l qu'elle periiftoit 
dans le choix qu'elle venoit de 
faire. 

Alors T. Manlius Torquatui 
le prenant fur un ton plus fer- 
me : 9 Si je fuis Conful , dit- il , 
s» je ne pourrai fupporter la 
» licence de vos mœurs f ni 
» vous la févérité de mon com* 
» mandement. Retourjiez donc 
» aux fufirages , & fouvenez'* 
» vous que nous avons la guer« 
3» re en Italie contre les Car- 
» thaginojs , &c qu'Annibal eft 
3» à leur tête. » Le ton d'au- 
torité que T. Manlttts Torqua* 
eus avost pris » Sc l'admiration 
de fa générofité qui fe déclara 
par un applaudiflemeot univer- 
sel , firent comprendre à la cen« 
turie qu'il falloit peofer à ua 
autre choix. 

T. Manlius Torquatus fut 
créé Diâateur fur la fin de 
Tannée 544 de Home » & aog 
avant Jefus^Chrift» pour tenir 
les aflemfolées di préfider à la' 
célébration des jeux. Il choifît 
pour maître de la cavalerie C* 
Servilius alors Édile curule. 
Le Sénat ordonna au Diâateur t 
le premier jour qu'il fut aflem- 
blé , de célébrer les grandf 
jeux , que M* Émilius, préteur 
de la ville g avoit. hït repréfen- 
ter fous le confulat de C. Fia- 
minius ôc de Cn. Servilius , âc 

Îu'il a voie voués pour cinq ans. 
>e Diâateur les célébra alors, 
& à fon exemple | les voua en- 



M A' 69 

côre pour cinq autres années. 
Dès que les aflemblées eurent 
été terminées , de les jeux célé- 
brés, T. Manlius Torquatus âc 
C. Serviiius fortirent de char- 
ge ; & il fut ordonné à T. Man- 
lius Torquatus de pafler la mer, 
en qualité de député, pour exa-* 
miner ce qui fe paflbit dans la 
Grèce ; âc comme on devoir cé^ 
lébrer pendant cette campagne 
les jeux Olymp^iqueSj oi l'oa 
voyoit ordinairement un grand 
concours de tout les peuples 
de Grèce , il étoit chargé , s'il 
pouvoit pafler en fArcté à tra- 
vers les quartiers des ennemis « 
de fe trouver à cette aflemblée ^ 
delà, de déclarer; auk Siciliens 
que la guerre avoir obligés de 
quitter leur païs , & aux ci- 
toyens de Tarente , qu'Annibal 
avoit exilés , que le peuple Ro*-* 
main leur permettoit de retour^ 
ner dans leur patrie » & de ren* 
trer en poflei&on ^ies biens qui 
leur avoient appartenu avant la^ 
guerre* 

^ MANLIUS [L.]» i^- ^^a- 
lius , (a) étoit Préteur l'an de 
Rome 534, ScaiS avant Jefus- 
Chrift. 11 fut envoyé dans la 
Gaule avec deux légibns Ro« 
maines , fix cens cavaliers' qui 
enfaifoient ordinatrem«it,pari 
cie , dix mille piétûns> & mille 
eavaliers alliés* 

Un jour , ayant appris que la 
ville de Mutiné . .oÂ; fe trou- 
voient alors des députés Ro<« 
mains > étoit dans, le T^^ gran^ 
danger » &c ne confultant d'à- 



•• • » 



i0> Tit. Uf, L, XXI. Ck I7i ftS • s6* L. XXiil. t. %% $ $5. 



11| 



fù MA 

bord que les nouvemeit^ de fii 
colef e 9 il fit marcher iès trou- 
pes veÉs cette ville» fans avoir 
pris aucune précaudon pour fa 
rareté* Le cfaeivdn par oti il lui 
ialloic pafTer étoic rempli de 
l^roflàilles & d^arbrifieaux in- 
cultes. S*^tant engagé dans ce 
défilé 9 avant que d'avoir fait 
veconnoître les lieux , il tomba 
4ans une embuicad« ,- ou il per- 
dit une grande partie de fea 
Îens« & eut bien de la peine à 
\ fauver kii^nême avec le ref- 
C0. Dès qu'il dut gagné la plait^ 
ne , il campa ; & les Gaulois 
défefpérant de pouvoir le for-» 
çer dans fes retranchemens y ceA 
frrent dte ie« harceler ; ce qui 
6% reprendre courage à fes fol* 
dats f malgré la perte qu'ils ve* 
Soient de faire). Il fe mit donc 
•n marche tout de nouveau , àc 
»e rencontra point d'ennemis 
•ans que fes troupes marchèrent 
à découvert.-Mais » àhs qu'elles 
& furent engagée^ dans les bois« 
les Gaulpis revinrent à la char* 
ge ; & ayani ahaqué l'arriére- 
garde » ils mirent le défordre 
dans route l'armée ^ tuèrent huit 
•ens foldats » 6e prirent huit dra- 
peaux. Dès que les Romains 
lurent fortis. des bois & des dé*^ 
£lés , ils n^eurént plus rien à 
craindre d^iapart des Gaulois^ 
qi)i ceflerent dès-lors de les in^i 
comniodèr^ Ait»ii , ils continue* 
yent leuv marche en toute fure- 
té 9 par des lieux découverts 
|ufqu*à eé qu^'enfin ils arrivèrent 



MA 

à Tittétum » bourgade (îtfiée fuf 
les bords du ?ô« Ils s'y retran- 
chèrent ; & fubfiilant aifémené 
des vivres qqi leur venoient par 
la rivière » ou qui leur étoient 
tournis par les Gaulois Bri- 
xiains » ils réfifierent pendanc 
quelque tems aux efforts de 
leurs ennemis , dont le noi?ibre 
fb niultiplioit de jour en jour. 
Les fecours qu'on envoya bien* 
tôt de Rome , obligèrent enfin 
ces derniers de fe retirer. 
- L. Manlius, à l'occafion d'une 
féditîon qui s'étoit élevée parmi 
les foldats » fit vueu de bâtir ua 
temple à la Concorde ; Se ce 
vœu fut accompli l'année fui-* 
vante par l'ordre du préteur M. 
Émilius. Feu de tems après , L* 
Manlius fe mit fur les rangs pour 
briguer le Coafulat» mais il ne 
l'obtint pas cependant. 

MANLIUS [ L. 3 ACIDI« 
NUS 9 Z. Mànliui Acidinus » 
(a) fut créé Fréteur » l'an de 
Rome 54% « & 210 j|vant Jefus^ 
Chrxft. Il eut la charge de ren* 
dre la jufiice «ux citoyens de 
Rome» Trois ans après > il com<« 
manda une armée dans l'Orne 
brie. L'année fuivante , il fer<% 
vit en Efpagne fous P* Scipion ; 
fc ce Général » voulant cette 
même année retourner en Ira«« 
Ue« laiilà le gouvernement de 
k Province à L. .M9nlius Aci<« 
dinus dt à L. Lentulus* L'année 
d'après il y eut quelques mou^i 
vemens en Efpagne. L. Manliua 
Acidinus &l L. Lentulus ne cru^ 



ta) Tit. Liv. L. XXVI. c. t}. U ^XVll. c. 4 j 50. L. XXVlll. c* }& L. XXIX.' 

C. t> la I}. 1. XXX|]^ t. J. . J 



MA 

tent pas devoir Un négliger. 
C*eft pourquoi » ayant joiitt 
leurs forces , iU eocrerenc dans 
le pais dea Aufécaio»; & le tra« 
verfaar , fans y faire aucun dé» 
gâc> quoiqu'ils fuflenc informés 
de leur révolte » ils arrivèrent 
{ufqu'à la vue des ennemis , en 
forte qu'Us n'en étoient éloignés 
que de trois milles. Us tentèrent 
d'abord les voies de la négo- 
ciation y pour les engager â reA- 
trer dans le devoir 6l à mettre 
bas les armes. Mais t les £fpi^ 
gnols , pour toute réponfe > 
ayant lâché leur cavalerie con- 
tre les fourrageurs des Romaini, 
celle des Romains vint à leur 
fecours ; ce qui occafîonna un 
combat de cavalerie, où il ne fe 
pafla cependant rien de mémo- 
rable. Mais 9 le lendemain, il y 
en eut un antre $ oà les deux 
armées eoB^attirent avec beao^ 
coup de courage* Les Efpagnols 
furent défait»^ & leur chef refta 
fur le champ de bataillé. 

L'année futvante, qui étoit 
Tan de Rome 548, & l'an 264 
avant Jefns^Chrift^ on continua 
le gouvernement de l'Efpagtke 
à L. Manlt«ts Acidinus & à L. 
Lentulfts , tel & dans les mémcis 
bornes qu'ils 'l'a voient eu pré» 
cédtfmmeat. L. Manlius Acidi- 
nus ne rétour«ia à Rome que 
cinq ans après ; ii voyant qnt 
le Tribun du peuple M. Por^ 
ciui Léca s'opMioit au petit 

<«> Tk. liv. L. incVl. c. st • a8. t. 

jUXViU c. 6, [ 

ih) tu. Liv. t. XXVII. 0. 17. 
ie) fit. Lit. L. X'XX. c. 19. 
{d) Tir. 4U«, %^ XXZIU^ c« «5 »< 4s » 



MA jt 

l^Ioftiphe que le Sénat 1^ avok 
accordé , il entra en fimple par- 
ticulier dans la ville, & porta 
dans le tréfor public douze ceÂs 
livres d'argent 9 de enViron treu* 
te livres d'or. 

MANLIUS [ P. ] VULSON, 
P. Manlius Vulfo , {a) fut élevé 
à la Préture , l'an de Rome 541, 
& 210 avant Jefus-Chrift » fc 
eut ordre dé pafièr en Sardai- 
gne pour fe mettre à la tête de 
4e«hC légions que L. Cornélius 
y avoit commandées Fannéie 
•précédencdë Sur la fin de tli 
campagne , une flotte Cartha-* 
ginotfe , cdmpofiée de quaraâte 
vaifleaux » fous la conduite ^ 
d'Amtlcar » paflà en Sàrdaigne> 
ic fit ufie déicente fur les terres 
des Olbiens. Mais» F. Manlius 
Vulfon éiaÀt venu à la rencon- 
tre des ennemis» Ils fe rembaf^-. 
qUerént auffitât. 

MANLIUS [A.], A.Mafki 
Imsp (k) Tribun deis foldats , 
fut tué dans urï ctfmbat, l'in de 
Rome 544 1 & 108 avant Jefui- 
Chrift* 

MANLIUS [L.) TORQUA- 
TUS » L» Manlius Torfuaius ^ 
(c) Pontife » mourut , Tan dd 
kome 550, èc 202 avant Jefus- 
Chrift t âc il eut pour fucéefr 
feur C. Sulpicius Galba* 

M ANLlUStCN.3 VULSON, 
Cn. Manlius Valfx^ id ) étoit 
Édile Curule, avec P. Cornée 
lias Scipio* y l'an de Rome 

41^ L« XXXIV. c. '%%^ tk XXXV. c. ^ » 
M>.t.XXXVIU c. iJ7.j%. XXXVUl. c. 
19. ^ /<<f . L. XXXI^. ç« 6 » 40. Cori|. 
Kep. in Aonîb. c. i|. Koll. Hifi. Rôm. 
Tom< IV. pag. i%Ost^f SSTf é* /«itr^ 

£ iv 



7^ V 



/M'A 



Î55 , & 197 avanr Jefus-Chrîft. 
Is firent repréfenter cette an- 
néc dans le Cirque & fur le 
.Théâtre les jeux Romains* 
Pendant les quatre jours qu^ils 
durèrent, ces Magiilrats firent 
Relater une magnificence, & tqut 
le peuple une joie , qui n'a- 
y oient point d'exemple , à caufe 
ides grands ' avantages qu'on 
4iyoit remportés; ùir les enne- 
mis de la RépnbHqoe. 

Deux ans après » Cm Man^ 
lius Yulfon parvint à la Pré- 
sure , & fut chargé du Gou- 
vernement: de la Sicile. L'an* 
:née fuivante 9 il fut un des 
-Triumvirs ' qu*oft choifit pour 
,aller établir line colonie La- 
tine dans le territoire de Thu» 
xiumi Quelques, années après'» 
il brigua, le Confolac, qu'il ne 
put obtenir alors. Il ne fut élevé 
à cette dignité. que Tan de Ko** 
jné 563 , ^ jl$9 I avant Jefus- 
Chrift, êc il eut pour collègue 
M. Fulvios Nobilior* Le tort 
•donna à ce dernierr l'Étolie 
pour département, Se TÂfie à 
Cn. iManlius Vulfon* 

Dès le commencement dû 
printemfl^ , il vint à Éphefe » Se 
prit le commandement des trou- 
.pes que lut; remit L. Scipion^. 
Après en avoir fait la revue^ 
j] aâèmbla lesfoldats ; Se ayant 
loué la valeur avec laquelle ils 
avaient. dompté Antiochus dans 
tin feul combat, il les exhorta à 
l'employer encore contre les 
Gaulois qui 1 a voient donné du 
fecours à ée^Prinee» & donc 
le. caraâere étbit fi féroce & 
fi indomptable , que c*étoit en 



MA 

vasfi qu'ils avoient repoufl^é Au» 
tiochus au delà du montTauniSf 
s'ils laiiïoient en deçà une na- 
tion fi fiere Se fi puififante. Il 
parla de lui*mème en peu de 
mots Se avec modeftse » fans rien 
dire 9 dont tout le monde ne re« 
connût la vérité. Ainfi , fen dif« 
cours fut généralement applau* 
di. Les foldats n*appréhen* 
doient pas beaucoup les Gau- 
lois 9 qui , ayant été vaincus 
avec Antiochus & toute fon 
-armée 9 feroient encore moinr 
«en état de réfifter feuls aux 
-Romains. Mais y le Conful étotc 
.fâché de l'abfence d'Eumene qui 
'^toit alors à Rome » parce qu'il 
connoifiToit parfaitement le païs 
'& l'ennemi , Si qu'il étoit de foti 
intérêt qu'on opprimât des vol* 
fins aofii incommodes pour lui 
que les Gaulois. A fon défaut'» 
il fit venir fon fi*ere Attale de 
:Pergame, Se l'ayant exhorté à 
Xe joindre à lui contre les enne* 
mis, il. le renvoya chez lui pour 
préparer les fecours qu'il avoic 
promis . de , lui amener. 

Quelques jours après» étant 
allé d'Ëphefe à Magnéfie, il 7 
.rencontra Attale qui venoît au 
devant de lui avec mille hom- 
mes de pied & deux cens 
cavaBers » ayant ordonné à fou 
frère Athénée de le fuivre avec 
le refte des troupes , Se confié 
la garde de Pergame à ceux 
dont il connoifiTcfit le zèle êe U 
fidélité. Cn. Maolius Vulfoa 
donna à ce jeune Prince les 
louanges que méritoit foo atta« 
chemént aux intérêts du pea« 
pie, Romain ^ & 4^1» . camper 



MA 

arec lu! fur les bords du Métn- 
dre» en atcecdant Ifes vaifleaux 
donc il avoit befoin pour met- 
tre fes troupes de l'autre côté 
de ce fleuve » qu^elies ae potr- 
voient palTèr à gué à caufe de 
fa profondeur. 

Après qu'ils eurent paflTé le 
Méandre, ils allèrent à Hiéra- 
£omé où Fon vôyoit un temple 
d'Âpolion très • augufte » dont 
les Prêtres rendoient les oracles 
du Dieu en vers affez élégans* 
De-là en deux jours ils arrivè- 
rent furies bords du fleuve nom- 
mé Harpafe , où les députés des 
Alabandiens vinrent trouver Cn. 
Manlitts Vulfon, pour le prier 
de remettre en leur puiffance 
yzT fon autorité ou la force de 
fes armes, un château dont les 
èabitans s'étoient tout récem- 
ment révoltés contre eux. Athé- 
tiée, frère d'Eumene i& d*At- 
tale, s'y rendit auffi avec Leufus 
4e Crète & Corragus de Ma- 
cédoine. Ils lui amenèrent mille 
hommes de pied de dîverfes na- 
tions &• trois cens cavaliers. 
« Le Coftful envoya un Tribun 
des foldats avec quelques trou-* 
pes qui reprirent le château de 
ibtrce 9 & le rendit aux Alaban- 
'diens. Pour lui , fans fe détour- 
laer du chemin , il alla camper 
près d*Antioche fur le Méan- 
dre. 

Ce fut là que Séleucus, fils 
d'AntiochuS) vint le trouver, 
faifant apporter le bled que fon 
père s'étoit obligé par le traité 
de fournir à Tarmée des Ko*- 
nains. Il fit quelque difficulté 
<i*ett donner aux troupes Auxi« 



^ À 7J 

Kaîres d*Attale , prétendant n'en 
devoir qu'aux foldats Romains ; 
mais , le Conful par fa confian- 
ce le força de le relâcher fur 
ce point, ayant envoyé un Tri- 
Jbun dans les légions faire dé- 
fenfe aux Romains de rien pren« 
dre j que les troupes d'Attale 
n'euflent reçu leur part. Ils ar- 
rivèrent delà à la ville de Gor« 
diucique, d*où, après trois cam« 
pemens , ils vinrent à Tabès , 
ville fituée fur les confins de la 
Pifîdie , vis-à-vis la mer de 
Pamphylie. Les habitans de cette 
contrée , avant qu'ils euflent 
reçu aucun échec , étoient fiers 
& belliqueux. Alors même ayant 
lâché leur cavalerie contre les 
Romains j ils cauferent quelque 
défordre dans leur marche au 
premier choc. Mais , reconnoif- 
fant bientôt qu'ils n'étoient 
égaux à eux , ni par le nom- 
bre , ni par la valeur , ils ren* 
trerent dans leurs murailles * & 
envoyèrent demander pardon 
de leur faute, offrant au Confui 
de lui rendre la ville. Ils furent 
condamnés à payer vingt-cinq 
talens d'argent ÔC dix mille 
mines de froment, moyiennant 
quoi on accepta leur propofi« 
tion. 

Trois jours après, ils pouffè- 
rent jufqu'à la rivière de Chaûs, 
d'où ils allerenr prendre d*af- 
faut la ville d'Ériza. De-là ils 
vinrent au fort appelle Thabu- 
fion, bâti fljr un fleuve nommé 
Indus, depuis qu'un éléphant y 
avoit précipité un Indien, ifs 
vinrent enfuite à Cibyre ; & de 
Cibyre Cn. Manlius Vulfon 



74 M A 

condusfic fon arœ^e par le pa!s 
des Sindenfiens, 6l paflaot le 
fleuve Calaure , campa fur l'au- 
tre bord. Le lendemain , il paf- 
(à le long du marais de Carali- 
tif , & ayant réjaurné à Man«- 
dropolis y s'approcha dé Lagon 
qui étofc la ville la plus voi- 
iiDe. Les Romains , ta crouvanc 
abandonnée par la fuite des ha- 
bilans , en enlevèrent les pro- 
vifions âc les autres effets dont 
elle étott abondamment pour- 
vue. Le jour d'après les condui- 
fit de la fource du fleuve Lyfîs» 
îufqu'au fleuve Cobulatus. (Jeux 
de T ermeflè aifi^geoient alors 
la forterefie d'Ifionda » après 
s'être rendu maîtres de la ville. 
Les habitans, qui n'efpéroieat 
d*ailleurs aucun fecours » en- 
voyèrent des Ambafladeurs au 
Conful pour lui demander Ûl 
pioteâion 9 & lui repréfenter 
qu'eniierip^s dans cette place 
avec leurs femmes & leurs en- 
fans, il n'y avoit point de jour 
où ils ne fuflent expofés II pé- 
rir ou par la faimi ou par le 
fer de leurs ennemis. Le Conful 
qui ne cbercl^oit que l'occafion 
d^entrer dans la Pamphylie , alla 
faire lever le fiege dlfionda» 
de accorda la paix aux Ter- 
sneffiens, moyennant la fomme 
de cinquante talens qu'ils lui 
comptèrent. Il en ufa de même 
à l'égard des Afpendiens 8c des 
autres peuples de la Pamphy- 
Be. ^ 

Étant forti de cette Province^ 
il campa le premier jour fur 
les bords d'un fleuve ^ nommé 
Taurus 1 & le lendemain près 



MA 

d'un lieu appelle Xyllne-Coind. 
Delà continuant fa route » il 
arriva à- la ville de Cornafe* 
Celle qui en étoit la plus voifi&e 
étoit Darfe » que les habitans 
avoient abandonnée de frayeur» 
& la]â*ée remplie de toute 
forte de biens , à Texemple de 
ceux de Lagon^ Comme xl paf- 
ibit le long des marais de cette 
contrée , les Ambafladeurs de 
Lyfinoé vinrent lui livrer leur' 
ville. Delà M entra dao& le 
territoire de Salagafle » fertile 
en toute forte de grains Ôc de 
fruits. Il étoit habité par les 
Pifides qui étoient les plus bel- 
liqueux de tout te pais» Leur 
fierté naturelle étoit. encore 
augmentée par la fécondité de 
leurs campagnes , par la multi* 
tude de leurs citoyens y ëc H 
fituation de leur ville /qui étoic 
des plus avantageufes. Le Conv- 
fui, ne voyant point de dépu^ 
tés de leur part , ordonna à fea 
troupes d'aller pilltf le plac 
païs. Quand ils virent qu'o^ 
enlevoit leurs biens fous leurs 
yeux 9 ils fe radoucirent » À par 
le moyen des Ambafladeurs 
qu'ils envoyèrent au Conful ,» 
obtinrent la paix> en pay«u:ik 
cinquante talens ; ÔC vingt mille 
mines de froment & autans , 
d*orge. L>rmée alla camper de^ 
là au bourg d'Aporidos-CojOi^» 
près des fontaines d'ObrimeSt 
où Séleucus vint le. lendemain 
d'Apamée trouver le Conful. Cn» 
Manlius Vulfon fit porter dans 
cette ville fes malades 6t les bar 
gages inutiles ; puis avec les 
guides que lui donna Séleucuit 



MA 

î! s^avançft le même |Oiir jttfr 
^u'à la plaine de Métropolis > 
Se le leodemaio campa à Dinies 
daos la Phrygie , puis % Syooa- 
da. Comme la crainte avoir 
chsiffé leshabitaos de toutes len 
villes d'alentour , let foldacs 
chargés ^u butin ou'ils y trou- 
vèrent » ayant fait à peine deux 
lieues le jour fuivant , s^arrê- 
terent à Beudos la vieille» com- 
ice on Tappelloit alers , d*où 
le lendemain ils allèrent à Ana« 
bura,&le jour d'après aux four- 
ces de l'Âlandre, de le troi- 
fieme à Abbafl*e » pù ils féjour- 
nerent plufieurs jours « parce 
qu'ils fe trouvoient alors fur 
les frontières des Tolifto- 
boiens* 

Cn* Maolius Vulfon, ayant 
^ faire la guerre contre une 
nation que tous les peuples voi« 
fins redoutoient fi fort» crut 
devoir rafiurer fes foidats; Les 
ayant donc alTemblés : » J*a- 
» voue , leur dit-il « Romains , 
39 que les Gaulois font les plus 
» belliqueux de tous ceux qui 
3} habitent TAfie. Cette nation 
30 féroce , après avoir traverfé 

V une grande partie de la terr 
» re f toujours les armes à la 

V main,9 eft venue s'établir au 
3> milieu des peuples les plus 

V doux 8c les plus traitables du 
n monde. Ce qui contribue 
» beaucoup à rendre ces Bar* 
» bares efiroyables , c'eft la 
» grandeur de leur taille» leur 
XI chevelure longue Si roufle^ 
» leurs vaftes boucliers » 8ç 
» Içurs épées d'une grandeur 
n énorme ; à quoi oa peut; 



MA 75 

j» ajouter rhorreur des cris & 
a> des hurlemens qu'ils poufienc 
» en allant au combat , èc ea 
3> frappant de leurs lances fur 
30 leurs boucliers, fuivaoc une 
» coutu me qu'i Is n'afie Aent que 
3> pour jetter la terreur dans 
30 les ejprîts. Qu'il foit permis 
30 aux Cîrecs , aux Phrygiens » 
30 Se aux Cariens de redouter 
» cet appareil & tout ce fracas 
» auxquels il ne font pas faits. 
y> Mats , pour les Romains qui 
9 y font accoutumés , ils en 
y> connoiflent & en méprifent 
3> tout le ridicule & toute la. 
I» vanité. Ils ont mis une fois 
n nos^ncêcres en fuite auprès 
i> de l'Allia. Pendant deux cens 
» ans 'qui fe font écoulés de- 
it puis, les Romains les ont 
30 toujours égorgés ou mis ea 
30 déroute comme des troa- 
» peaux de moutons; & les 
» feuls Gaulois ont procuré ii 
30 nos Généraux plus de triom- 
» phes» que les autres nations 
» de rUnivers toutes enfemble, 
» C*eft une expérience qu'on a 
n faite une infinité de fois. Pour 
» peu qu'on fçache arrêter la 
» première fougue de cette na- 
» tion bouillante ôc emportée» 
x> ils dégouttent de fueur -, ils 
9 font épuifés de fatigues» les ar- 
» mes leur tombent des mainS)âc 
» dès que leur colère eft émouf- 
V fée» le foleil, la pouifiereg 
3> & la fotf » fans le uecours da 
30 fer» fuAfent pour abattre 
30 leurs courages auffi flafques 
» & auflimoux que leurs corpst 
30 Ce n'eil pas feulement dans 
3> des batailles générales de lé- 



?<f 



MA 



» gîofis à légions que nous avons 
» éprouvé leurs forces , mais 
» dans des combats (inguTiers 
» d*homme à homme. T. Man- 
» lius& M.Valérius ont bien fart 
» connoître combien la valeur 
» mefurée des Romains Tem- 
» porroir fur la fureur aveugle 
» des Gaulois. Eif M. Manlius 
» feu] ne précipita-t-il pas du 
» haut du lac Tarpeîen une 
» troupe de cesBarbares , près 
» d'entrer dans le Capitole ? 
» Cependant , nos ancêtres 
» avoient alors affaire à de 
» véritables Gaulois , nés & 
» & élevés dans leur gropre 
» pais; au lieu que ceux que 
» nous avons à combattre ont 
» entièrement dégénéré.* Ceft 
» on mélange de Grecs & de 
» Gaulois f comme leur nom 
» le porte. Il en eft d*eux com- 
» me des arbres ëc des animaux. 
» Ge n*eft pas tant la femence 
» qui conferve/ ou change la 
» bonté de leur efpèce , ^ue 
* la terre qui les nourrit , & 
» l*aîr qu*ils refpîrent. Les Ma- 
so cédoniens qui ont bâti Ale- 
jo xandrie dans TÊgy pte, qui ont 
» fondé Babylone , Séleucie âc 
9b tant d'autres colonies en di- 
» verfes parties de l'Univers , 
» n*ont-ils pas pris aujourd'hui 
» les mœurs des Syriens, des. 
» Parthes & des Égyptiens ? Les 
s» plantes qui croisent dans 
» leur terre natale, confervent 
y» toute leur vigueur Se tonte 
30 leur vertu ; celles qu'on ttanf- 
30 plante dans un climat étran« 
a> ger , ns font pas long-tems 
7> faos dégénérer. Vos ennemis 



..MA 
n ne font donc que des Pbry* 
» giens chargés des armes des 
» Gaulois ; 6c vous aurez en- 
w eore moins de peine à les 
» vaincre aujourd'hui qu'ils fonr' 
'» feuls, que quand ils faifoienr' 
» partie des troupes d'Ântio- 
» chus. Je ne crains pas que 
» nous n'ayîons trop d'ennemis 
» à combattre , mais que nous 
3» n'acquérions trop peu de 
» gloire à les vaincre. Corn- 
» bien de fois Attale les a-t-^ 
» il défaits 8c mis en fuite ? 
79 Si les b6tes féroces nouvelle» 
30 ment prifes ^ après avoir 
30 gardé quelque tems leur fu- 
33 reur naturelle , la dépouil« 
33 lent infehfîblement entre les 
» mains des hommes qui les 
33 nourriflent, perfuadez-vous 
y> que le même changement fe 
33 fait dans les hommes. Croy ez- 
30 vous que les Gallo " Grecs 
30 relTemblent à leurs pères & à 
» leurs ayeux?Chafl*és de Ibur 
43 patrie par le défaut d*habita- 
30 fions âc de vivres, ils ont 
3> traverfé les cètes âpres ôc 
» incultes de Tlllyrie^ pafTé la 
» Péoniie. & la Thrace, ^en corn* 
33 battant contre les nations 
33 guerrières qui leur difpn«^ 
33 toiènt le pafTage , & enfin Ce 
33 font emparés de ce pats mal* 
n gré les peuples qu'ils y ont 
33 trouvés. Après avoir fouffert 
33 tant de maux qui les ont en- 
ao core rendus plus farouches» 
33 cette terre les a reçus dansfon 
» fein ', où ils fe font engraif-' 
33 fés des biens qu'elle produit 
33 en abondance. Mais» la fer« 
30 tilité de ces campagnes > la 



MA 

» beauté de ces climats, lliu- 
» meur douce & pacifique des 
» habitansi ont peu à peu amolli 
a> cette dureté tarouche qui les 
t> avoit amenés. C*eft à vous 
» qui êtes les defcendans dc 
9» Mars , c'eil à vous de fuir 
30 au plutôt les délices de TA- 
s> £e , tant ces voluptés étraa- 
» gères ont de force pour étein- 
» dre toute la vigueur des cou- 
ao rages les plus fermes , tant 
a» les mœurs. efféminées de ces 
» peuples font capables de rui- 
» ner la difciplîne de nos ar- 
ia mées« Ce qu'il y a d'avanta- 
» geux pour vous » c*eil que 
«> quoique les Gallo-Grecs ne 
39 foient pas capables de vous 
» réfifter , ils confervent pour- 
» tant encre les Grecs toute la 
» réputation de leurs pères ; 
n en forte que la vidtoire que 
30 vous remporterez fur eux , 
» ne vous fera pas moins dlion-' 
» neur dans Tefprit de vos al- 
ao liés , que (i vous aviez vain- 
3» eu ceux des Gaulois qui 
1» n'ont poiM encore dégéné- 
» ré. » 

Après ce difcours» Cn. Maa- 
lius Vulfon fe mit en marche» 
L.e premier jour il campa près 
du âeuve d'Alaadre y & le len« 
demain au bourg appelle Ty^* 
con. Il y étoit encore lorfque 
les députés des Oroandenfes le 
vinrent trouver pour lui deman» 
der une amitié qu'il leur voulut 
vendre deux cens talens, leur 
accordant la permiflîon d'aller 
propofer ce marché à ceux de 
fa part de qui ils étoient venus. 
Il coaduiHc de-là fon armée à 



MA 77 

PHtende, d*oh il alla camper 
fur les terres des Alyattes. Il en- 
tra enfuite avec fon armée dans 
la contrée , à qui la nature de 
fon terreia avoic fait donner le 
nom d'Axjle. 

Pendant que les Romains 
étoient campés auprès d'un fore 
de la Gallo - Grèce , appelle 
Cuballe 9 la cavalerie des en- 
nemis vint tout d^an coup fon- 
dre fur eux avec un grand fra- 
cas. Comme Cn. Manlius Vul« 
fon ne s'y attendoit point , ils 
mirent d'abord quelque défor* 
dre dans les troupes qui faifoienc 
garde, de tuèrent même quel- 
ques foldats# Mais , Tallarme 
ayant été portée dans le camp ^ 
la cavalerie Romaine en fortit 
par toutes les portes , & mie 
les Gaulois en tuire, & ea tua 
un aiTez grand nombre. Cet 
eflai ayant fait connoûre au 
Conful qu'il étoit fur les terres 
des ennemis, il commença à fe 
tenir davantage fur fes gardes, 
ne fe mettant point en marche 
qu'il n'eût envoyé reconnoître 
le pais. Étant arrivé fans s'ar« 
rêter nulle part fur les bords 
du fleuve Sangarius , ôc ne trou* 

vant point de gué pour le paâèr» 
il y fit faire un pont* 

Le pont étant achevé , Ca« 
Manlius Vulfon paffa à l'autre 
bord ; & tandis qu'il le côtoyoïr, 
les prêtres Gaulois de la raere 
Cybele vinrent de Peflînonte au, 
devant de lui , revêtus de leurs 
habits facerdotauxy &^ronon- 
çant avec enthouliafme des vers 
Prophétiques, dont le fens étoic 
que la Déefle accordoit aux 



7S MA 

Romains le pkâTage fur fe% ttr* 
teSylz vtâoire fur leurs enne- 
mie , & llËmpire de tout le pats* 
Le Coofuî répondit qu'il en ac- 
creptoit Taugure, & campa dans 
le même lieu. Il arriva lè len* 
demain à Gordium, ville peu 
confîdérable par fa grandeur , 
maïs très-célebre par fon com- 
merce pour être éloignée de la 
mer comme elle étoît. 

Ce fut là qu^il apprit que 
les Toliftoboiens s'étoient ré- 
fugiés fur le mont Olympe; 
jnaisque les Teftofages s'étoient 
retirés à quelque diuance de-là 
for une autre montagne qu'on 
appelloit Mégaba ; & que les 
Trocmes ayant mis leurs fem- 
mes & leurs enfans en dépôt 
dans le camp des derniers ^ 
a voient ré fol u d*aller fecourîr 
les Toliiloboiens. Ces trois peu- 
ples avoient alors pour chefs ou 
pour princes OTtiagott,Combo- 
loroarus « & Gaulotus. Or , la 
raifon qui les avoit déterminés 
à ce genre de guerre , c*eft 
qu'ils efpéroient qu'étant les 
maîtres des plus hautes monta- 
gnes du paî's, 011 ils avoient 
tranfporté toutes les provîfîons 
Béceâ^aires à la vie , quelque 
iëjour qu'ils y fîflent, les Ro- 
mains après avoir beaucoup at- 
tendu , perdroient enfin patien- 
ce , & les laîflTeroient en repos ; 
que d'ailleurs ils fe donneroient 
bien de garde de les venir cher- 
cher fur des fommets innacef- 
fibles ; que s*ils étoient affez 
téméraires pour l'entreprendre , 
il ne falloit qu'une poignée de 
monde pour les reQverl!er'& 



MA 

les défaire ; êc qu^enfio ils ne 
s'expoferoient oas à mourir de 
froid de de miiere au pied de 
ces montagnes , en s*obitiaanc à 
j refter. Quoiqu'ils fe crufifenc 
déjà affez défendus par la hau- 
teur des rochers &l des monta- 
gnes, pour plus de fureté» ils 
tirèrent encore un foflê qu'ils 
fortifièrent d*une paliiïade , au- 
tour de ces fommecs où ils s'é- 
toient retranchés. Ils ne fe mi- 
rent pas beaucoup en peine de 
fe munir de javelots &: autres 
traits j parce qu'ils trou voient 
fous leurs mains des pierres 
plus qu'il n'en falloir pour ac-» 
câbler les ennemis. 

Le Conful , qui s^étoit bien 
attendu qu'il lui faudroit corn* 
battre de loin contre la difficul- 
té des lieux bien plus que con- 
tre les armes des ennemis , fit 
une ample provifion de javelots» 
de flèches , de balles- de plomb , 
& de pierres d'une grofleur à 
pouvoir être lancées avec la 
fronde; & en cet état il alla 
camper à cinq milles du mont 
Olympe. D^s le lendemain » 
il s'avança avec Attale à la 
tête de quatre cen^ cavaliers, 
pour examiner la nature de 
cette montagne, & la fi^uation 
du camp des Gaulois. Mais, ce^ 
Barbares ayant détaché contre 
lui le double des cavaliers qu'il 
avoit avec lui, le mirent eci 
fuite, tuèrent quelques-uns de$ 
fiens, & en bleiferent encore 
davantage* Le troifieme jour il 
fortit avec toute fa cavalerie 
pour aller reconnoitre , de com« 
xx^e les exmemis ne fortirenc 



polot de leur camp « il eut tout 
le tems de faire le cour de la 
montagne* Il reconnut que du 
côté du midi , il y avoir un co- 
teau de terre donc la pente 
étoic douce êc facile en quel- 
ques endroits ; qu'au fepcen- 
trion s'élevoienc des rochers 
efcarpés , âpres & preique 
droits ; 8c que le reile du con* 
tour étant abrolument inacceffi- 
ble « il n*y avait que trois 
chemins par où on pût grimper 
fur ces hauteurs ; Tun au mi- 
lieu de la montagne y par la 
pente dont nous venons tie 
parler ; les deux autres plus 
difficiles au levant d^hiver , 
êc au coucher d'été. Quand il 
eut fait cette découverte > il 
campa le même joi|r au pied 
de la montagne. Le lendemain , 
ayant offert aux Dieux un fa- 
crifice qu'ils agréèrent d^abord, 
il partagea fon armée en trois 
corps , & marcha aux ennemis. 
Il monta lui-même avec le plus 
confidérable par la partie de la 
montagne dont l'accès étoit le 
plus aifé. Il ordonna à fon 
irere L. Manlius de s'avancer 
à la tête de la féconde ctoupe 
par le côté qui regardoit le le- 
vant d'hiver, autant qu'il le 
pourroit faire en fureté > fans 
forcer nature » pour ainfî dire > 
ni lutter contre là difficulté des 
lieux , quand elle lui paroicroit 
infurmontable ; mais d'aller 
ohliquement de en biaifant juf- 
qu'à ce qu'il put venir lé join* 
dre. Il donna le troifieme corps 
àC. HelviuSy & le chargea dé 
faire le cour par le pied de la 



M A 79 

montagne > & de monter par le 
chemin oppofé au cdudiaHC 
d'été. Il divifa de la même fa* 
^on les troupes d'Atcale en trois 
parties égales , retenant ce Jet»», 
ne Prince avec lui. Il laifla la 
cavalerie éc les éléphans dans 
la plaine la plus voifine de 1« 
montagne , ordonnant aux OMh* 
ciers d'obferver avec foin tout 
ce qui fe pafferoît, 6i de por- 
ter du fecours à ceux qui eai 
auroient befoin. 

Les Gaulois ) croyant s*a- 
voir rien à craindre des deux 
côtés qu'ils regardoiest comme 
îoaccembles » envoyèrent qua- 
tre mille hommes dans la pa»«- 
tie qui regardoit le midi , é1ot« 
gnée de leur camp d'enviro>a 
mille pas y pour fermer avec 
leurs armes le chemin de cotte 
colline » âc la défendre contre 
les ennemis » comme une efpèce 
de fort. Les Romains ne les 
eurent pas plutôt apperçus , 
qu'ils fe difpoferent à les com- 
battre. Les Vélites étoieot \ 
la tête un peu devant les enfei- 
gnes f avec les archers Cretois 
d'Attale , les Frondeurs, les 
Tralks èc, les Thraces. Les Lé-^ 
gionnaires marchoient enfuîte 
à petits pas à caufe de la hau« 
teur 9 fe couvrant de leurs 
boucliers , non encore pour 
combattre de près» mais pour 
parer les coups de pierres oa 
de flèches qui viendroient d'en- 
haut. Car , les deux partis en- 
gagèrent d'abord Taâion do 
loin , les Gaulois ayant l'a- 
vantage du lieu f mais les Ro- 
maias leur étant fupérieurs par 



$o M A 

Fabondance Ôc la variété des 
traits. On ne fe battit pas long- 
teros avec égalité ; car , les bou- 
cliers longs & plats des Gaulois 
ne couvroient qu'une partie de 
leurs vailes corps; Ôc ils ji'a- 
voient point d'autres armes que 
leurs épées dont ils ne pour- 
voient faire ufage tant qu'on 
fe battroit de loin. Ils ne man- 
quoient pas de pierres ; mais » 
faute de les avoir préparées , 
ils les ramafToient au hazard , 
telles qu'elles leur tomboient 
fous la main, la plupart trop 
grofTes pour être jettées de loin 
par des gens qui n'étant pas 
dans cet ufage y n'aidoient leurs 
coups ni de TadreûTe ni de la 
force qui les rendent apurés. 
Les Romains au contraire les 
bleflbient de toutes parts à 
coups de flèches 9 de javelots» 
de de balles de plomb , fans 
ou'ils puflent les éviter. En- 
fin y les Gaulois voyant qu'ils, 
oe pouvoient réfiiler aux fol- 
dats armés à la légère des Ro- 
mains, & qu'ils alloient avoir 
les légions fur les bras , s'en- 
fuirent en défordre dans leur 
camp , que les femmes , les 
enfans y les vieillards, mêlés 
avec les foldats « avoient déjà 
rempli de tumulte de de con« 
fufîon. Les Romains viâorieux 
s'emparèrent des collines que 
les Gaulois venoient d'aban- 
donner. 

En même-tems , L. Manlîus 
& C. Helvius montèrent obli- 
quement fur les collines, tant 
qu*ils les trouvèrent pratiqua- 
bles ; mais » quand il ne. leur 



MA 
fut plus poffible d'avancer » iîs^ 
tournèrent tout court vers la 
feule partie de la montagne qui 
étoit acceffible, 8c commen- 
cèrent , comme de concert » à 
fuivre de près la troupe du Con* 
fui , faifant par néceflicé ce 
qu'il auroit été plus à propros 
de faire dès le commencement* 
Car , fouvent dans les chemins 
â.pres Ôc difficiles , il eil utile 
à ceux; qui marchent les pre- 
miers , d'être fuivis par un corps 
de réferve , qui puiiTe prendre 
leur place, quand ils ont été 
repouffés , 3c mettant à couvert 
derrière lui ceux qui font las Sc 
blefles , reprendre le combat 
avec une vigueur toute nouvel- 
le. Le Conful, voyant que les 
troupes légèrement armées s'é- 
toient emparées des hauteurs » 
& que la tête des légions y, 
étoit arrivée , ordonna aux 
foldats de faire halte pour re- 
prendre haleine ; & leur mon- 
trant la colline jonchée des ca- 
davres des Gaulois: » Si des gens 
3> armésdefleches6cdefrondes> 
x> leur dit-il , ont fait un tel 
30 carnage, que né doit-on. pas 
» attendre des légions qui font 
» armées de toutes pièces , Ôd 
39 compofées de tout ce qu'il y. 
30 a de plus braves dans le mon- 
» de ? La gendarmerie a re- 
» pouffé les Gaulois jufques 
39 dans leur camp ; c'eft à vous 
» de les y forcer & d'achever 
39 leur défaite. » Il et cepen- 
dant marcher à leur tête les 
foldats armés à la légère, qui, 
pour ne pas perdre leur terns» 
pendant que les légions faifoient 

halce. 



MA 

lîalte , avoienc ramaffé iur le 

Îenchant de la colline » les traits 
ont elle écoît couverte , afin 
de n'en pas manquer* Les Ro- 
ibaias approchoient du camp ^ 
lorfque les Gaulois ne fe croyant 
pas en fureté dans leurs retran- 
chemens , en fortirent , & fc 
pofterent fur le rempart les ar- 
ines à la main» Mais ,~ voyant 
que les Romains lançoient fur 
eux une grêle de traies , dont 
il n^y eti avoit aucun qui ne 
fît fon effet dans leurs batail- 
lon» ferre' s , ils y rentrèrent 
dans le moment, 1 ai ffant feule- 
ment aux portes de bons corps* 
de-gardes , pour les défendre* 
Le Conful continue cependant 
à faire pleuvoir fur ceux qui 
^toient rentrés dans k camp les 
âeches » les javelots > & les 
pierres qui en bleifoîent un 
grand nombre , comme on le 
jugeoit aifément par les cris 
des femmes 8c des enfans. A 
l^égard de ceux qui gardoîent 
les portes , les plus avancés des 
Légionnaires jettoient contre 
eux leurs dards, dont la plu- 

f>art perçoient le bouclier ôc 
e foldat tout*à*la-fbis , & les 
clouoient pour ainff dire i*un à 
l'autre. 

Les Gaulois j voyant les por»- 
tes de leur camp abandonnées , 
D*attendent pas que les vain* 

?ueurs y entrent , mais s'en- 
uient de toutes parts. Us fe 
précipitent en aveugles à tra* 
vers les rochers les plus impra<^ 
ticables. L'ennemi eA Tunique 
objet de la frayeur qui les em** 
porte* Aufiî tombèrent - ils la 

7m. XXri. 



MA ^ U 

|)lupatt dans des abîiiies » où 
ceux qui ne perdirent pas là 
vie , demeurèrent au moins ef* 
tropiés» Le Conful , maître dki 
camp, défend aux liens de le 
piller 9 mais leur ordonne de' 
pourfuivre vivement Tenneilû» 
pour ne pas lui donner le terni 
de fe remettre dé fa cfainte» Il 
en ufa de même à Tégard de 
ion frère L. Manlius, lorfquSt 
fut arrivé avec fa troupe; & 
lui-même , laiffant les prifon* 
niers fous la garde de quelques. 
Tribuns des foldats , fe mit de- 
la partie avec la (ienne« pef^* 
fuadé que le moyen de termi* 
ner fur le champ la guerre i 
c'étoit de profiter de la conf* 
ternation des Gaulois , &. d*eil 
tuer ou d*en pj^endre le plus 
qu^ils pourroienté Dès que le 
Conful fut parti , C. Helvius 
arriva avec le troifîeme corps 
de Romains ; mais , quelque 
effort qu^il fît , il ne lui fut pa» 
poffible d'empêcher qu'ils n'eû- 
tralTent dans le camp ÔC qU'iU 
ne le pillaiTent , enforte que 
par une injuiiice criante , Ceuat 
qui ne s'étoient pas trouvés au 
combat, partagèrent entr'eux le» 
dépouilles des vaincus* Les ca« 
valiers rederent long-tems dans 
leur pofle , fans rien apprendre 
du combat & de la viÂoire des 
Romains. Mais à la fin , poulTanC 
leurs chevaux» autant qu'ils le 
pouvoient fur ces coteaux, ils 
prirent ou tuèrent tous ceux 
des ennemis que la fuite avoiÉ 
répandus vers le bas de la mon^ 
tagne; 

Il ne fut pas aîfé aux Vain^* 

F 



82 MA 

queurs de compter lei morts , 
parce que la plupart furent 
fués dans les divers circuits de 
ces collines , ou bien dans les 
forêts ou les buiflbns où la fuite 
les avoit difperfés ; & qu'il en 
éioh tombé un grand nombre 
dans les précipices qui étoieoc 
au- deflbus de ces rochers* 
Claudius , qui alTure qu'il y 
eut deux aâions fur le mont 
Olympe « porte le nombre des 
morts )ufqu'à quarante. mille ; 
au lieu que Valdrius Anrias , 
contre la coutume qu'il a d'exa- 
gérer f le borne à dix mille* 
Ce qu'il y a de certain t c'eft 
que celui des prifonniers alloit 
à quarante mille perfonnes « en 
comptant les femmes , les en- 
fans , les vieillards 8c autres , 
que les Gaulois avoient entrât* 
oés avec eux , femblables à des 
familles qui chai>gent de de- 
aaeure , pkis qu'à dts troupe» 

Îiui vont à la guerre. Le Con« 
ul 6t mettre en un tas » 5c brû- 
ler les armes des Gaulois ; Se 
ayant ordonné à ceux qui s*é- 
toient emparés du butin > de 
le rapporter , il en vendit une 
partie au profit du tréfor pu» 
blic , & partagea le refte entre 
les foklats avec beaucoup de 
jEoin & d'égalité. Alors > ayant 
aiTemblé l'armée , il donna pu- 
bliquement à chacun les éloges 
& les récompenfes dont il étoit 
digne. Il loua fur-tout Attale » 
en quoi il fut applaudi géné- 
ralement des Officiers 6t des 
foldaf s ; car, ce jeune Prin- 
ce ayant fait paroître dans les 
travaux fiC dans le« pétils , 



-^ MA 

une aâivité ëc une valeur ex* 
traordinaires « avoit témoigné- 
après la viéloire une retenue 
5c une modeflie encore plu$ 
eflimables. Mais , les Teâofa- 
ges n'avoient point eu de parc 
à la défaite de leurs compatrio* 
tes. Le Conful partit donc pour 
les aller chercher , & le troi- 
iieme jour il arriva à Ancyre^ 
ville célèbre du païs , dont les 
ennemis n'étoient éloignés que 
de dix mille. 

Là , Cn. MailHus Vulfon re- 
çut des AmbafTadeurs qui ve- 
noient le prier de la part des 
Rois ennemis , de ne point dé- 
camper d'Ancyre, qu'ils n'euf- 
fent eu avec lui une entrevue* 
lu l'afTuroient par avance qu'ils 
accepterpient « pour ne . point 
faire la guerre , toutes les con- 
ditions de paix qu'il voudroic 
leur impoier. Il leur donna 
pour le lendemain un rendez* 
vous entre leur camp & Ancy- 
re. Le Conful y vint à Theure 
marquée avec uile efcorte de 
cinq cens cavaliers. Mais» n'y 
trouvant perfonne de la parc 
des Gaulois, il retourna dans 
fon camp. Dès qu'il y fut ren- 
tré, les mêmes Ambafiadeura 
revinrent pour excufer leurs 
Rois de leur abfénce occafion- 
aée, difoient-ils , par des mo- 
tifs de Religion qui ne leur 
avoient pas permis de fortir , 
ajoutant que les premiers de la 
nation viendroienr avec des 
pouvoirs pour traiter de la paix 
en leur nom. Le Conful répon- 
dit qu'il enverroit Actale pour 
les entendre. Ce jeune Prince* 



MA 

y vînt avec deux cens chevaux» 
te y trouva les députés des en- 
nemis. Mais I après avoir inuti- 
lement difputé fur les condi- 
tions du traité y comme ils ne 
pouvoient s'accorder , il fujc 
arrêté que le lendemain le Con- 
fui & les Rois s'aifèmbieroienc 
dans le même Heu. Les Gaulois 
en manquant ainfî de parole , 
& en chicanant fur les condii* 
tiens , avoienc deux vues ; pre- 
mièrement ils vouloient gagner 
du rems & différer jufqu'à ce 
qu'ils euffent tranfporté au-delà 
du fleuve Halys , leurs femmes, 
leurs enfans & leurs effets « 
qu'ils ne vouloient pas expo- 
ler ; en fécond lieu , leur dc'ffein 
étoit de drefler des embûches 
au Conful lui-même , fçachant 
Qu'il .ne fe tenoit pas trop fur 
les gardes. Ils choinrent pour 
cet effet dans toute leur armée 
mille foldats des plus hardis ÔC 
des plus déterminés ; & la frau« 
de auroit réudi , (î la fortune ne 
f'étoit déclarée en faveur du 
droit des gens qu'ils avoient 
-réCblu de violer. 

Les Tribuns des foldats en- 
voyèrent les fourrageurs Sc 
ceux qui étoient chargés d'aller 
chercher du bois vers l'endroit 
oti devoit fe tenir la coiiféren- 
ce, jugeant que c'étoit le plus 
fûrt parce qu'ils y feroient fou- 
tenus par l'efcorte que le Con- 
ful auroit oppofée pour lui- 
même à celle des ennemis; ce 
qui n'empêcha pas qu'ils n'en 
poftaffent une féconde de (ix 
cens cavaliers plus près du 
camp. Le Conful fur la f^xolt 



MA 8| 

d'Attale , qui l'affuroft que let 
Rois ennemis ne manqueroienc 
pas de venir, & que l'affaire 
pourroit fe terminer , partit de 
ion camp ; & ayant fait environ 
deux lieues de chemin avec le 
même nombre de cavaliers qu'il 
avoir menés la première fois» 
comme il étoit affez près du 
rendez- vous , il apperçut Ict 
cavaliers Gaulois qui accou-^ 
roient en poilure d'ennemis » 
dans le deffein de l'opprimer. 
Il fît faire halte , & exhortante 
fes gens à préparer leurs coura- 
ges Se leurs armes , il foutîne 
d'abord l'attaque des ennemis 
avec be>ucoup de fermâté fans 
reculer. Mais , fe voyant -acca* 
blé par le nombre , il commaA*- 
da aux (iens de faire retraite^ 
mais à petits pas , fans tourner 
le dos > ni rompre leurs rangs. 
A la fin cependant, perfuadé 
que le retardement l'alloit jet* 
ter dans un danger dont faconf 
tance ne le tireroit pas, il prie 
le parti de fe fauver par la fut* 
te. Les Gaulois le pourfuivi* 
rent avec chaleur , 6c tuèrent 
quelques-uns des fiens ; 5c peu 
auroient échappé à leur furie » 
fi les fix cens cavaliers qui fer* 
voient d'efcorte aux fourrageurs^ 
ne fuiïent venus fort à propos 
pour les délivrer. Car^dès qu'ils 
entendirent les cris de leurs 
compagnons 9 prenant fur le 
champ leurs armes & leurs che- 
vaux , ils allèrent frais & vi- 
goureux , comme ils étoient » 
attaquer les ennemis épuifés par 
le premier combat. Alors » la 
fortune changea ; îa frayeur 



94 MA 

paila des vaiqcus aux vaîfw 
queurs ; & comme les fourra* 
geurs des Romains accouroient 
de toutes parts de la campagne » 
les Gaulois , qui du premier 
choc avûient tourné le dos « 
crouvoiènt par tout des ennemis 
en leur chemin « fans efpérance 
de fe fauver par la fuite , parce 

} lue la cavalerie qui les pour- 
uivoit étoit toute fraîche , & 
qu'ils étoient las Ôc fatigués eux 
& leurs chevaux, U n*en échap- 
pa donc guère aux vainqueurs, 
qui d'ailleurs ne firent point de 
prifonniers , les tuant de co- 
lère , pour les punir de leur 
perfidie & de leur impiété. Le 
lendemain, le Ce nful arriva en 
préfence de Tennemi avec tou- 
tes fes troupes. 

^ Cn. Manlius Vulfon employa 
oçux jours à reconnoître la 
montagne par lui-même > pour 
être plus fur de fon fait. Le 
troifieme jour il confulta les 
Aufpices ; &c ayant offert un 
facrifîce aux Dieux , il parta- 
gea fes troupes en quatre corps» 
dont deux iroient prendre les 
ennemis en flanc , tandis que 
lui-même conduiroic les deux 
autres par le milieu de la mon- 
tagne f pour les aller attaquer 
de front. Les Tedlofages & les 
Trocmes,au nombre de cinquan- 
te mille hoq^mes les plus braves 
de toute l'armée ennemie.étoient 
au corps de la bataille. Et com- 
'me les chevaux n'étoient d'au- 
cun ufage parmi des rochers 
hauts & bas , ils avoient fait 
inettre pied à terre aux cava- 
liers qui étoient au tour de dix 



MA 

mille 9 & les avoient placés à 
Taîle droite. La gauche étoic 
compofée des troupes auxiliai- 
res d'Âriarathe & de Morze » 
Rois de Cappadoce 6c de Pa- 
phlagonie* Le Conful plaça aux 
premiers rangs les troupes ar- 
mées à la légère , comme il 
avoir fait au mont Olympe; &c 
eut foin que les foldacs euflent 
en abondance tous les traits qui 
fe lançoient de loin. Quand les 
deux armées furent en préfen- 
çe , elles éprouvèrent précifé- 
ment la même fortune que dans 
le premier combat , avec cette 
dinerence que la viâoire avoit 
autant relevé le courage des 
Romains» que l'adverfité avoit 
abattu celui des Gaulois* Car» 
quoique les Tedofages n*euf- 
lent pas été vaincus en perfon- 
ne y cependant ils regard'oient 
la (défaite de leurs compatriotes 
comme la leur propre. Âinû , 
l'adlion ayant eu le même com- 
mencement ^ eût aulïï la même 
iflue. Une nuée de flèches, de 
Javelots & de pierres i tomba 
de tous côtés fur Tarmée de% 
Gaulois ; cependant » aucun 
d*eux n'ofoit fortir de fon rang » 
de peur de préfenter fon corps 
à découvert aux traits des Ro- 
mains ; Se plus ils fe tenoient 
ferrés , plus les coups des Ro- 
mains étoient inévitables. Cn. 
Manlius Vulfon qui les voyoit 
déjà fort ébranlés , ne douta 
nullement que les premières en« 
feignes des légions n'achevaC- 
fent de les rompre 6c de les 
mettre en fuite. Aînfi , recevant 
les Vélites & les autres troupes 



1 



MA . 

auxiliaires dans les intervalles 
des compagnies , pour les faire 
palfer derrière , il fie avancer fon 
corps de bataille. 

Les Gaulois, vaincus d'avan- 
ce par la défaite des ToHtto- 
boiensy épuifés de laffitade, & 
la plupart perces de traits qu'ils 
portoient encore enfoncés dans 
la plaie, ne purent pas même 
'foutenir le premier choc & les 
premiers cris des Romains. Ils 
prirent en fuyant le chemin de 
leur camp , mais il y en eut peu 
qiîi y entraflent. Le plus grand 
nombre 9 emportés à droite de à 
gauche par la frayeur dont ils 
étoient faifis , fe fauverent par- 
tout où ils purent. Les vain- 
queurs les pourfuivirent juf- 
qu'au camp y &c taillèrent en 
pièces les plus parelTeux ;mais, 
l'avidité du butin mit fin à leur 
pourfttite. Ceux des Gaulois qui 
étoient aux deux ailes , refte- 
rent pluslong-tems fur le champ 
de bataille , parce qu'on les at- 
taqua les derniers. Mais, quand 
* on vint à eux » ils n'attendirent 
pas même la première déchar- 
ge. Cn. Manlius Vulfon , ne 
pouvant retirer du camp enne- 
mi ceux qui le pîUoient , com- 
manda à ceux qui avoient été 
placés aux deux aîles, de pour- 
iuîvre les vaincus. Ils le firent 
pendant long-tems , fans pou- 
voir cependant en tuer plus de 
huit mille , tous les autres ayant 
pafiTé le fleuve HalySiavant qu*on 
pût les joindre. La plupart des 
vainqueurs paflerent cette nuit- 
là dans le camp des Gaubisi Le 
ConfulYamena Us autres dans 



le iien. Le lendemàHi ,11 fit Im 
revue des prîfonhiérs & du bu- 
tin qui fe trouva immenfe > 
comme ayant été accumulé paV 
la plus avide de toutes les na- 
tions , qui depuis un grand nom- 
bre d'années 9 avoit loomis par 
hes armes > & pillé ces riches 
contrées fituées en - deçà du 
mont Taurus. Les Gaulois s'^- 
tant raflèmblés de tous les lieux 
où la fuite les aVoit difperfés', 
la plupart blefTés^ fans armes 
fit fans biens , envoverem des 
ambafTadeuirs auCohiul pour lui 
demander la paix. Cn. Manlius 
Vûlfon leur ordonna de le ver- 
nir trouver à Éphefe ; car ', 
comme on étoit au milieu de 
l'automne , il s'éloigna au plus 
vite de ces cantons à qui la pro'<« 
ximité du montTaiirus cbmmeil. 
oit à faire fentir*la riglieur du 
roid, & ramena fon armée hiver- 
ner le long dés côtes maritimes. 
Pendant ThiVer^, les ambaf- 
fadeurs de tous les peuples qui 
habitoieht eh - deçà du mont 
• Taurus , fe ri&ndiirent auprès dt 
Cn. ManliUs^Vulfon. Il en reçut 
audî de la part d'Antiochus , 5c 
de celle des. Gaulois même qui 
lui envbyoient demander les 
conditions auxquelles il vouloit 
•leur donner la paix. Ariarathe 
roi dfc Cappadoce lui envoya 
auifi les fiens , pour lui faire 
djes excufes » Se lui ofiTrir de 
payer en argent la faute qu'il 
avoit commife contre les Ko-« 
mains, en donnant à Ahtiochus 
des fecours contre eux. Ce Prin- 
ce fut taxé à deux cens talens 
d'argent. Pour les Gaulois, Cn* 

F iij 



l 



H M'A 

jMa&lSfS. .Vulfon.Iffttf répandît 

Î[u*ils ferc^ent inftruit^ de leur 
oit f quand Ëuraene ferok 
.veDu« Il fit aux .ambaflâdeurs 
jdes peuples alliés des réponfes 
très-obligeantes» & les renvoya 
Jbeaucoup plus joyeux qu'ils n'é- 
toient venus. Il ordonna à ceux 
d^Aptiôchus de faire porter 
dans la Famphylie , où il de- 
voir fe rendre avec fon armée» 
de l'argent & du bIed|Conforiné«, 
snent au traité fait entre L. Sci- 
pion & leur maître. Et en tffttf 
au commencement du printems» 
ayant fajt k. revue de fes trou'- 
pes » il vint en huit jours à 
Apamée ; & après y avoir fé- 
journé trois jours , il arriva 
après trois autres jours de mar- 
che dans la Pamphyîie y où il 
diAribua à fon armée , le bled 
qu'il avoit ordonné qu'on y voi- 
f urât , & fit porter à Apamée 
les deux mille cinq cens calens 

Ïu'il avoit reçus. Delà il alla à 
erge, la feul)e ville du païs où 
Antiochus e^^t une garnifon. 
Comme il ^n approchoit » il 
trouva le Gouverneur qui lui 
Yenoit demander une trêve de 
trente jours. pour avoir le tems 
de confulter Antiochus fur ce 
qu'il devoit faire ; & ce terme 
étant expiré 9 i4 livra la ville au 
Cocful. De Pergei il envoya 
L. Manlius fon frère avec qua- 
tre mille hommes» pour aller 
recevoir des Ôroandenfes le 
tsûe de l'argent qu'ils s'étoient 
engagés de payer. Pour lui , 
apprenant qu'Eumene & dix 
CommiiTaires étoient arrivés de 
Rome à Éphefe » il ramena fon 



MA 

armée à Apamée , où tl onlon^ 
na aux ambaiTadeurs d*Antio<* 
chus de ^ venir joindre. 

Ce fut-là que de Tavis des 

dix CommiiT^ires du Sénat , il 

conclur avec Antiochus le trai» 

té , dont voici les claufes. » Le 

30 Roi ne donnera paflage fur 

» fes ^terres ni Tur celles de fes 

y> vaflaux , à aucune nation qui 

3» foit en guerre avec le peu- 

» pie Romain ou avec fei aU 

3» liés I & ne lui fournira aucun 

a> fecours ni de vivres ou d'ar- 

x> gent y ni aucun autre fupporc, 

30 de quelque façon que ce foir* 

V ILes Romains &l leurs alliés 

.9 en uferont dejnême à Tégard 

.30 d' Antiochus. Le Roi ne fera 

.3» pas la guerre aux habitans 

30 des iiles , & ne paiïera point 

30 en Europe. Il abandonnera 

30 toutes les villes» les camp4- 

30 gnes j les bourgs > les châ- 

30 teaux qui font en - deçà du 

» mont Tauriis jufqu*au fleuve 

30 Halys f & depuis la vallée 

30 du mont Taurus jufqu*aux 

30 fommets qui regardent la Ly- 

.» caonie. Il Sortira des villes » 

30 bourgs de campagnes fufdices^ 

. » fans en emporter aucunes ar*- 

I» mes ; & s'il l'avoir fait , il 

30 aura foin de les faire repor- 

.30 ter. Il ne recevra dans fes 

30 États » ni les foldats , ni les 

30 autres fujets du roi Eumene. 

j> Si quelques citoyens des viJ- 

30 les qu'on lui a retranchées , 

30 font ou à fa Cour » ou dans 

30 quelque autre partie de fon 

30 Royaume 9 ils auront foin de 

j3 revenir à Apamée avant cer- 

30 tain jpur qui fera $xé. Ceux 



MA 

39 des fujets d'Ândochus qui fe 

9 trouvenr parmi les Romains 
P ou leurs alliés » auroDt la li- 
» berté d'y reftcr > ou de re- 
» tourner dans leur patrie h 
» leur choix. Le Roi rendra 
» aux Romains 8c à leurs alliés» 
» les efclaves 9 les prifonniers» 
3> & les transfuges qu'il aura à 
» eux. Il livrera tous les éFé- 
y> phans qu'il a , & n'en aura 
30 point d'autres en leur place. 
» Il livrera tous fes vaifl*eaux 
» de guerre avec tout leur atti- 
30 rail , & ne pourra conferver 
30 que dix bâtimens de trente 
» rames au plus. Il n'employé-** 
30 ra aucun vaiâTeau rond dans 
» les guerres où il fera l'agref- 
30 feur. Il ne navigera pas au- 
30 delà des promontoires de 
30 Calycadne ou de Sarpédon « 
» fi ce n'eft pour tranfporter 
» l'argent» le tribut , ou les 
30 otages qu'il devra fournir , 
» ou les ambafladeurs qu'il aura 
o dépêchés. Il ne lèvera point 
3» de foldats parmi les nations 
» qui feront foumifes au peu* 
» pie Romain « & ne recevra 
30 point ceux qui fepréfenteront 
y> volontairement pour fervir 
» dans fes armées. Les Rho- 
» dtens & leurs alliés confer- 
» veront les maifons & autres 
» édifices qui leur appartien- 
30 nent dans les États d'Ânrio- 
3» chus , fur le même pied qu'ils 
30 les pofledoient avant la guer- 
n re. On aura la liberté de 
ao pourfuivre le payement des 
30 fommes qui fe trouveront 
w dues 9 comme de rechercher 
» Se de xeconnoitre les effets 



MA «r 

3D dont on aura été dépouillé « 
30 Se d'en demander la reftita« 
» tion. Si quelques - unes des 
ao villes qu'Anriochus doit ren- 
y> dre , fe trouvent entre les 
n mains de ceux à qui il les 
» aurolt données » il aura 
30 Xoin d'en faire fortir les gar- 
30 nifons , & de les remettre à 
30 ceux à qui elles appartien- 
30 nent. Il payera au peuple 
jo Romain ,-en douze ans fit 
30 en douze payemens égaux ^ 
n douze mille talens attiques 
30 d'argent de bon alloi , dont 
30 chacun pefera quatre-vingts 
» livres 9 au poids des Romains, 
3» & cinq cens quarante mille 
30 boifTeaux de froment ; & au 
30 roi Eumene » dans Tefpace de 
30 cinq ans, trois cens cinquante 
n talens » & cent vingt - fepc 
30 autres pour le bled qu'il lui 
3> doit 9 fuivaot l'eAimatioii 
m qu*il en a faite lui-même. U 
I» donnera aux Romains ving^ 
39 otages qu'il changera tous les 
» trois ans , 8c qui ne pourronc 
30 être au-deflous de dix-huic 
n ans , ni au-delTus de quarante- 
y> cinq. Si quelques alliés du 
» peuple Romain déclarent les 
9> premiers la guerre à Antic^^ 
» chus 9 il aura la liberté de fe , 
:»> défendre & de repoufler U 
» force par la force « à condi« . 
» tion cependant de ne s'empa*- 
3» rer d'aucune ville» foit par 
» droit de conquête , foie par 
jo une reddition volontaire. Les 
» deux partis termineront leurs 
» démêlés , ou à l'amiable , o{& 
.1» par la yoie de$ armes, s^iis 
n l'aiment mieux. » On ajouta 

F iv 



88 JW A 

*% ces conditions .qu^Annibal 
Carthaginois , Thoas Écolien y 
Mnàfîlachus Acarnanien y £u- 
buHdas & Philon tous deux de 
Cbalcis , feroient livrés aux 
Romains* On fe réferva d'ajou- 
ter ou de rerrancher à ce traité 
ce qu'on jugcroit à propos , fans 
que ces changemens puflent.lui 
donner aucune atteinte i ou le 
rendre nul. 

Le ConfuI confirma ce traité 
par ferment au nom des Ro- 
mains 9 & envoya Q. Minucius 
Thermus , & L. Manlius qui 
par hazard étoit revenu du 
païs'des OroandenfeSy à An* 
tlochusy pour lui faire prêter le 
même ferment; & il écrivit à 
'Q.Fabius Labéon « commandant 
de la flotte , de s'en aller incef- 
famment à Patares , pour rom« 
pre od'brûler les vaifleaux du 
Koi qui étoiçnt dans ce port. Q. 
Fabius Labéon partit d*£phefe> 
^ étant arrivé à Patares, y mit 
en pièces > ou brûla cinquante 
vaineauK couverts. 

Cn« Manlius Vulfon y ayant 
Yeçu les élépbans qu'Antiochus 
devoit lui remettre , & en ayant 
fait préfent à Eumene , s'appli- 
qua à connoître la'fituation des 
villes» dans lefquelles les der- 
niers troubles avoient apporté 
beaucoup de changement. Le 
roi Ariarathe fut déchargé d'une 
partie de la fomme à laquelle 
Il avoit été taxé , & reçu dans 
l'amitié du peuple Romain , en 
faveur du mariage qu'Eumene 
vcnoit de contrafter avec fa 
iille. A l'égard des villes dont 
nou& venons de parler, lorfque 



MA 

chacune eut expliqué fes rai- 
fons 9 les dix députés de Rome 
les traitèrent difFéremroenr* 

A près avoir conclu les traités, 
& fait les ordonnances donc 
nous venons de parler , Cq. 
Manlius Vulfon partit avec 
toute fon armée pour aller dans 
l'Hellefpont ; & y ayant appelle 
les petits Rois des Gaulois y il 
leur fit connoître les lotx qu'ils 
dévoient obferver à l'égard 
d'Eumene , Sl leur ordonna ex- 
preffément de fe tenir renfermés 
dans leur pais , fans plus courir 
en armes fur les terres d'autrui* 
Enfùite I ayant ramalTé tous les 
vaifleaux de la côte , il y joi- 
gnit la flotte qu'Athénée , frerc 
d'Eumene , lui avoit amenée 
d'Elée , & repaffa en Europe 
avec toutes fes troupes. Puis , 
conduifant à petites journées 
par la Cherfonnèfe , fon armée 
chargée d'un butin immenfe de 
toute efpece , il féjourna quel- 
que tems à Lyfimachie , pour 
yfairerepofer fes bêtes de char- 

fe , & entrer enfuite dans I9, 
'hrace, dont le chemin étoit 
extrêmement difficile , & fort 
redouté des foldats. Le jour 
même qu'il partit de Lyfimachie/ 
il campa fur les bords du fleuve 
Mélana , & arriva le lendemain 
^ Cypfele. Delà ayant à faire 
environ dix mille, pas par une 
route étoite» raboteufe & cou* 
verte de bois , pour remédier 
à l'inconvénient où pouvoit le 
jetter la difficulté des lieux , il 
partagea fon armée en deux 
corps , dont il ordonna à l'un de 
prendre les de vans» 5c à Pautro 



^ 



MA 

de marcher affez loin derrière i 
mettant les bagages dans le mi- 
lieu avec les chariots qui por- 
toieot l'argent de la Républi- 
que y êc les dépouilles les plus 
précieufes des nations vaincues. 
Comme il traverfoit ces défilés, 
quatre peuples Thraces ,les Cè- 
nes > les Aftiensy les Maduate- 
nes & les Cœletes, au nombre 
de dix mille hommes , fe répan- 
dirent tout au cour ydc tâcherenc 
de lui en fermer la fortîe. On 
foupçonnoît le roi Philippe 
d'avoir fufcité ces embûches aux 
Romains, Il fçavoit qu'il leur 
faudroit de néceflîté paffer par 
la Thrace , & qu'ils portoient 
avec eux des fommes immenfes 
d'argent. Cn. Manlius Vulfon 
étoit à Tavant-garde où la dif- 
ficulté du chemin lui caufoit 
beaucoup d'inquiétude. Les 
Thraces fe tinrent en repos 
pendant le tems que les foldats 
armés mirent à païTer. Mais i 
quand ils virent que le premier 
corps étoit forti du défilé, & 
que l'autre qui faifoit l'arriére 
garde étoit encore bien loin, 
Ils fe jetterent fur le bagage 
& les bêtes de^fomme ; & après 
avoir tué ceux qui leur fervoîent 
d'efcorte 5 ils enlevoient ce qui 
étoit dans les chariots , & tou- 
choient devant eux les cheva^ux 
de bâts avec leurs charges. Les 
cris des blefiTés & des mourans 
ayant bientôt été portés à la 
queue 6c à (a tête , les derniers 
hâtèrent leur marche ^ ôc les 
premiers revinrent prompte- 
xnent fur leurs pas ; oC les uns 
& les autres s'étant rejoints 



MA 89 

dans le milieu, y commencèrent 
un combat , où le hazard avoîc 
plus de part que le conf^il 
èc la prudence. Les Thraces 
étoient expofés aux coups des 
Romains par les dépouilles mê* 
mes dont ils avoient rempli 
leurs mains ^ en quittant leurs 
armes pour pouvoir piller pins 
librement. Mais p d'un autre 
côté , ces Barbares 9 en cou- 
rant par ces routes qui leur 
étoient connues , ou en fe 
cachant dans les cavités des 
vallons , tomboient avec avan- 
tage fur les Romains , qui cfâi- 
gnoient plus la difficulté d^ 
chemin que la valeur de fen^ 
nemi. Les chariots mêmes 8c les 
ballots dont ifs étoient remplis, 
étoient en plufieurs endroits un 
embarras pour les combattâos* 
Ici périffoient ceux qui cia- 
portoient leur proie? Làcom- 
boierit ceux qui vouloient 1« 
leur enlever. La fortune dà 
combat étoit divcrfe , fuîvant 1^ 
terrein plus ou moins favorable;» 
fuivant l'audace ou la crainte 
des foldats , fuivant le nombre 
des ennemis à qui chaque pe- 
lorton fe trouvoit oppofé. Ha 
nuit àpprochoit lorîque les 
Thraces abandonnèrent le com- 
bat, non pour éviter les blet- 
fures ou là mort , mais pour 
emporter leur butin , qu'iU 
trouvoientaflez confidérable. 

L'avant - garde des Romains , 
étant fortie du défilé, campa 
dans un lieu à découvert , aux 
environs du temple de Diane-, 
L'arriere-garde relia au milieu 
pour garder les bagages, ôc s'y 



^ 



90 M A 

retrancha d'un double foffé Sc 
d*une double paUiffade. Le 
lendemain , ayant fait recon- 
BoScre le pais » avant que de fe 
mettre en marche » elle alla 
rejoindre la tête. Dans ce com- 
bat ainli dtfperfé , Cn. M aniius 
Vulfon avoit perdu une partie 
de Tes bagages y un grand nom- 
bre des valets de Tarmée & 
même des foldats ; mais , rien 
ne lui fut plus fenfible que la 
mort de Q. Minucius Thermus» 
Tun des plus braves 0£ficier$ 
de Tarmée. Ce jour-là , les Ro- 
mains allèrent camper fur les 
bords de THebre* Delà ils tra* 
▼erferent le paîs des Eniens au 
delà du temple d'Apollon , 
furnommé Zérynthien par les 
iiabitaos. Ils trouvèrent d'au- 
tres dédiés y autour de Tempy- 
res , auili difficiles que les pre* 
miers y mais moins propres à 
des embiSches , parce qu'il n'y 
avoît ni bois ni enfoncement* 

Les Romains vainqueurs allè- 
rent camper delà à un bourg 
des Maronites appelle Saré. Le 
lendemain , ils arrivèrent par 
des chemins ouverts de toutes 
parts y dans la pUine Priati- 
que y où ils reAerent trois jours» 
pour y recevoir les bleds » tant 
ceux que les Maronites leui; 
fournirent volontairement, que 
ceox qu'on leur apportoit de 
leurs vaifièauxy qui les fui- 
Yoient chargés de toutes fortes 
de provifions. Delà ils allèrent 
en un jour à Apollonie^ d'où 
ils fe rendirent à Naples par 
les terres des Abdérites. Dans 
toute cette route , où ils ne 



MA 

rencentroiefit que des colonies 
Grecques 9 ils ne furent point 
troublés dans leur marche* 
Mais y ayant encore à pafler àa 
milieu des Thraces, quoiqii'on 
ne leur dreilat point d'embû- 
ches , ils ne iaifferent pas d'en 
appréhender jour &L nuit , }uf- 
qu'à ce quHls arrivèrent dans 
la Macédoine. La même armée, 
lorfque L» Scipton l'avoit con- 
duite par le même chemin, avoic 
trouvé les peuples plus traita- 
blés y par la feule raifon qu'elle 
n'étoit pas chargée d'un butin 
afiez riche pour les attirer. Cn» 
Manlius Vulfon mena fon armée 
par la Macédoine dans la Thef* 
falie. Delà étant venu par l'E- 
pire à Apollonie 9 il y pafla 
l'hiver , la mer ne lui paroif- 
fant pas affez fûre pour s'em- 
barquer. 

Il panit pour Rome l'année 
fui van te ; & dès qu'il y fut ar^» 
rivé f le Préteur Ser. Dulpicius 
affembla le Sénat dans le temple 
de Bellone y pour lui donner 
audience. Là y après avoir ra- 
conté tout ce qu'il avoit fait ea 
Afie pour l'avantage & la gloi- 
re du peuple Romain y il de- 
manda premièrement que l'on 
rendis aux dieux immortels , les 
adlions de grâces qui leur étoienc 
dues, 86 en fécond lieu qu'oa 
lui accordât à lui-même l'hon- 
neur du triomphe. Mais, la plu* 
part des dix commiffaires du 
Sénat qui s'étoient trouvés avec 
lui dans ces provinces éloignées 
s'y oppoferent , & plus que tous 
les autres , L. Furius PurpuréQ 
& L* Emilius Paulus» 



MA 

• Ils dlfoienc <c au*oo les avoU 
» envoyés en Ane pour y con- 
n dure 8c terminer de concert 
» avec Cn« Manlîus Vulfon , ie 
» traité de paix que L. Scipion 
» avoit commencé entre le peu- 
y> pie Romain & Antiochus ; 
39 mais queCn. Manlîus Vulfon 
;» avoit fait tous fes eiForts pour 
^ empêcher la conclufion de la 
» paix , jufqu'à vouloir porter 
3» fes armes au delà du mont 
» Taurus ; deflein « dont les 
a> dix Commiflaires avoient eu 
30 bien de la peine à le détour- 
3o ner , en lui repréfenrant les 
39 malheurs dont la Sibylle me- 
39 naçoît les Romains , s*ils 
' ofoient jamais pafler ces bor« 
n nés fatales. 

30 Quetrouvant des obftacles 
» infurmontables à cette entre- 
39 prife* il avoit tourné fes vues 
39 & fes pas d'un autre côté » 
39 Se avoit déclaré la guerre 
39 aux Gallo-Grecs» fans être 
39 autorifé par le Sénat , ni par 
39 le peuple , & fans pouvoir 
P citer l'exemple d'un feul 
39 Général qui eût eu l'audace 
p de former de pareils projets 
o de fon chef; que la coutume 
39 du peuple Romain , ayant 
» que de commencer les pre- 
39 mieres hoftilités , étoit d'en- 
^ voyer des AmbaiTadeurs pour 
» demander réparation à ceux 
39 de qui on avoit lieu de fe 
39 plaindre ; qu'il n'avoit ob- 
39 hevé aucune des formalités 
*> ordinaires, qui pât le mettre 
39 en droit de dire qu'il avoit 
^ fait h guerre au nom do peu- 
' fie Romain | & non pM exqr- 



MA 



^i 



99 cé uà brigandage particu- 
30 lier. 

» Mais, puifqu'il étoit dé* 
39 terminé à cette entreprife » 
39 pourquoi ne pas marcher 
» direâement contre ces pré-* 
39 tendus ennemis? Pourquoi fo 
» détourner à droite 8c à gauche» 
» & fureter tous les coins & re- 
» coins de la Pifidie , de la Ly« 
39 caconie , de la Fhrygie , pour 
9> rançonner avidement tous les 
3> Seigneurs ou. Tyrans des châ- 
39 teaux fîtués dans ces contrées? 
ao Qu'avoit-il à démêler avec 
» ces peuples , qui ne nous 
39 avoient jamais fait aucun mal, 
» ÔC dont nous n'avions aucua 
39 fujet de nous plaindre? 

30 Ils ajoutoient qu'à l'égard 
» des ennemis dont Cn. Maa- 
1» lius Vulfon prétendoit que la 
I» défaite méritoit k triomphe « 
39 les avantages qu'il avoic 
» remportés lur eux , ne àe.^ 
n voient pas aflurément lui 
» faire beaucoup d'honneur ; 
» qu!outre que ces Gaulois , 
39 amollis par les délices de 
30 l'Ade » n'^toîent plus les 
39 mêmes pour le courage que 
n ceux contre qui les Romains 
30 avoient combattu tant de fois 
» dans l'Italie 4 la chute récente 
» d'Annibal y de Philippe & 
39 d'Antiochus les avoit res« 
39 dus tellement interdits , que 
39 les Romains n'avoient eu 
39 befoin que des flèches & des 
39 frondes de leurs troupes lé- 
19 gères pour abattre ces mafles 
39 énormes , âc que dans toufe 
» cette guerre > ils n'avoienc 



fi MA 

» point rougi Jeurs épées du 
» fang des Gaulois. 

» Qu'au refte Cn. Manlîus 
n Vulfon avoit grande raifon 
» de demander que l'on rendît 
» des a(flions de grâces publi- 
30 ques aux dieux immortels; 
y> qu'en efFet, fans une jprotec- 
» tion particulière des Dieux , 
» Tarmée Romaine étant cam- 
» pée dans une vallée profon- 
» de » & ayant les ennemis au- 
n deflus de fa tête , les Gaulois» 
» fans fe fervir de leurs armes y 
» pouvoient Taccabler & la 
» défaire entièrement , en rou- 
» laiit fur elle les grofles pier- 
» res que la montagne leur 
y> fourniâbit en abondance ; 
y> que dans la fuite , comme iî 
» lesDieuxavoient voulu faire 
y> fencir aux Romains ce qui 
» leur feroit arrivé dans la 
n Gallo-Grèce , s'ils avoient eu 
» affaire à des ennemis qui mé- 
» rîtaiTent ce nom , leurs trou- 
•» pes avoient été défaites , mi- 
-» hs en fuite, 8c dépouillées 
» de leurs bagages par quel- 
» ques brigans de Thrace qui 
» les attendoient au paflage ; 
» que c'étoient-là les exploits 
» 'pour lefquels Cn. Manlîus 
n Vulfon demandoit le triom- 
j» phe 37. 

Les Commifl*aires finirent par 
oà ils avoient commencé > en 
infiilant fortement fur les pré- 
cautions prifes de tout tems 
pour déc]are;r la guerre , & de* 
mandant aux Sénateurs s'ils vou- 
loient violer des règles fi fages» 
abolir des formalités qui ap« 
•partenoleot à la religion > 6ter 



MA . 

au Sénat & au peuple le privi- 
lège dont ces deux ordres 
avoient toujours joui , d'or- 
donner de la guerre ou de la 
paix , & abandonner au caprice 
&c à l'ambition des Généraux , 
le pouvoir d'attaquer les peu* 
pies qu'il leur plairoit. 

Quand ils eurent ceffé de . 
parler , Cn. Manlius Vulfon 
leur répondît de la forte : » Juf- 
» qu'ici f Meflîeurs , on a que!- 
"» que fois vu les Tribuns du 
» peuple s'oppofer aux triom- 
» phes qui vous ont été deman- 
» dés par vos Généraux. C'eft 
» ce qui m'oblige à rendre grà- 
39 ces à ceux d^aujourd'hui , de 
» ce que » par confidération ou 
» pour ma perfonne y ou pour 
n mes adlions , non-feulement 
» ils ont confenti tacitement à 
n mon triomphe, mais encore 
» ont paru dans la difpolîtioa 
» de le propofer eux - mêmes 
30 s'il en étoit befoin. J'ai la 
» douleur de trouver mes ad- 
» verfaires parmi ces Commif- 
sD faires que nos ancêtres don- 
30 noient à leurs Généraux pour 
30 honorer leur viftoire , flc 
Il en régler les dépendances 
» avec prudence & avec juf- 
» tice. 

» Leur accufation a deux 
» chefs , Meffieurs , comme 
» vous avez pu le remarquer* 
30 Ils prétendent que je n'ai 
30 point eu droit de faire la 
10 guerre aux Gaulois , de que 
x>'je l'ai faite avec témétité Sc 
9 imprudence. 

o Les Gaulois , difent - ils 
-» n'exercoient contre sons 



M k 

ft aucun adte d*hoiliIici ; vous 
s» les avez trouvés paifil^es & 
30 tranquilles, & vous n'avez 
» pas laîOTé de les attaquer* 
n Plut aux Dieux que le roi 
» Euntene fût ici préfent ^ 
9 avec les Magiilrats de toutes 
» les villes de TAfie ! Vous 
y> entendriez leurs plaintes » 
» & je fer ois difpenfé d'accu- 
» fer les Gallo-Grecs. Envoyez 
» des Ambaiïadeurs dans tou- 
:f> tes les parties de l'Afie » 
ac» pour examiner la vérité fur 
i> les lieux ; & vous appren- 
ti drez d*eux que la fervitude 
» dont vous avez délivré cette 
1» contrée , en obligeant Antio- 
9» chus de fe retirer au delà 
» du raontTaurus» n'étoit pas 
» plus dure que celle dont elle 
» a été tirée par la réduAion 
» des Gaulois. Tous ces peu- 
» pies vous feront connoître 
» combien de fois cette nation 
» féroce a ravagé leurs cam^* 
» pagnes > combien de fois elle 
9» leur a enlevé tout ce qu'ils 
X» avoient de' plus précieux Ôc 
^ de plus néceflair^s , combien 
39 elle a fait fur eux de pri- 
j> fonniers fans leur laifler la 
» liberté de les racheter; enfini 
» combien de fois elle a immolé 
» leurs enfans à fes Dieux aufC 
30 barbares qu'elle. Quoi ! & 
» Antiochus n'avoit pas retiré 
» fes garnifons des citadelles 
il où elles demeuroient fort 
30 tranquilles, vous ne croiriez 
39 pas avoir rendu la tranquil- 
» lité à i'Afie ; & vous vous 
y> imaginez qu'Eumene jouiroit 
» paiublement des dons que 



MA 9) 

» vous lui avez faits, & les 
n autres villes de la liberté 
» qu'elles ont reçue de vous * 
» pendant que les Gaulois au* 
» roient une pleine licence de 
» porter par tout où ils vou* 
» droient la terreur & la défo- 
w lation. 

» Mais , pourquoi raifonner 
» plus long-tems fur une fauiCs 
3f> fuppofîtion , comme fi je 
» n'avois pas trouvé les Gau* 
7f> lois aifluellement en guerre 
» avec nous , & que je les euf- 
» fe forcés de nous la faire ? Je 
» vous prends à témoin , L* 
» Scipion, vous à qui j'ai fuc* 
3> cédé dans le commandement 
3» des troupes, & vous P. Sci- 
93 pion , qui , avec la fimple 
9> qualité de^Lieutenant étiez 
» refpedlé par l'armée Se par 
» votre frère comme fon Col- 
» lègue. Dites-nous fi vous ne 
33 fçavez pas que les légions 
x» des Gaulois ont fervi dans 
93 l'armée d'Antiochus » & fi. 
y> vous ne les avez pas vues 
3» combattre aux deux ailes , 
13 où ils fatfoient toute la forc« 
33 de fon armée ? Les Romains 
3» vous avoient chargé de faire 
93 la guerre non - feulement à 
» Antiochus , mais à tous ceux 
» qui fe feroient joints à lut 
30 contre nous. Les Gaulois 
3(3 étoient inconteAablement d^e 
3» ce nombre y auffi-bien que 
33 quelques petits Rois & ly- 
30 rans du pais. Pai donc eii 
33 droit de les traiter en enne« 
33 mis. Cependant , j'ai ufé k 
33 leur égard de toute la modé« 
» ration poffible* J'ai donné U 



94 MA 

» paix à ces derniers , en les 
3» forçant de faire une facisfac- 
» tion convenable à la digni- 
» té de votre Empire qu'ils 
» avoient bleffée. D'un autre 
» côté y j*ai fait tous mes efforts 
» pour amener les Gaulois à la 
» raifon > iî leur férocité na- 
3» tureile avoir pu s'adoucir ; 
» & ce n'a été qu'après plu- 
» fleurs tentatives , que les 
» trouvant toujours intraita- 
» blés 9 j'ai cru qu'il étoit de 
» notre honneur d'employer la 
» force pour les réduire. 

» Après avoir juilifié les 
a» motifs qui m'ont déterminé à 
» entreprendre la guerre , il 
» faut maintenant parler de la 
» manière dont je l'ai faire ; 
M & dans cette féconde partie, 
» jeferoisbien aiTuré de gagner 
a> ma caufe , quand même je 
X» la plaiderois devant le Sénat 
» de Carthage , lequel , (i ce 
» que l'on dit eft vrai , punit 
» du dernier fupplice fes Géné- 
3!> raux 9 quand ils ont formé 
» des entreprifes téméraires , 
j> quefque heureux qu'en ait été 
» l'vénement. Mais > quelle 
» confiance ne dois -je point 
» concevoir ayant affaire à une 
» République qui n'a jamais 
3t> fait un crime aux Comman- 
x» dans des entreprifes auxquel- 
» les les Dieux ont donné une 
» heureufe iflue , parce qu'elle 
» la regarde comme l'effet des 
y> prières & des vœux qui ont 
a> précédé ces entreprifes , 6c 
n qui en décernant , ou des 
I» aâions de grâces aux Dieux , 
y» ou des triomphes aux Gêné- 



MA 

» raux , emploie toujours ces' 
» termes remarquables » pour 
» avoir bien & hcureufementfervi 
» la République? Quand donc» 
» de peur de provoquer l'en- 
39 vie I je m'abiiiendrois ci'at- 
» tribuer à mon courage & à 
» ma bonne conduite les fuccès 
» que j'ai eus y (i je me conten- 
» tois de demander qu'après 
» que j'ai vaincu une (i puif- 
3E> faute nation , fans avoir fait 
» aucune perte , on rendît aux 
» Dieux immortels » po»r l6 
-a bonheur dont ils ont voulu 
» que fuffent accompagnéesvos 
» armes fous mon comroande- 
y> ment, les a(flions de grâces 
» qui leur font dues , ai qu'oa 
» m'accordât à moi-même la 
» permiffion dé rentrer triom- 
» phant dans le Capitole» d*oik 
» je fuis parti , après avoir fait 
' » les vœux accoutumés pour fa 
x> ^profpérité de la République» 
» refuferiez-vous cet honneur 
y> aux Dieux » auffî - bien qu'à 
» moi ? 

î> On m'objedle que je n'ai 
i> pas choifi un lieu favorable 
» pour donner bataille. Cela 
» dépendoit-il de moi ? Les 
» ennemis étant les maîtres de 
s> la montagne , & ne voulant 
3» pas en defcendre » il falloir 
a> bien que j'allaffe les y atta- 
» quer , (i je voulois vaincre* 
39 Un pourroit faire le même 
» reproche à nos meilleurs Gé- 
30 néraux« qui, fur- tout dans 
3> les dernières guerres « n'onc 
» pas toujours choîfi un pofle 
3> favorable pour attaquer l'en* 
» nemî » parce que Ta chofe' 



MA. 

9 B^étoit point en leur pouvoir. 
» Je ne comprends pas encore 
» quelle ed ridée qu'ils veuleoc 
» vous donner , & qu*iU fe for- 
» genc en eux* mêmes de Ten- 
j> nemi.S*il a au/£fort dégénéré 
f> qu'ils le difent , Se s'il eft 
19 amolli par les délices de TA- 
e fie» quel danger y avott -il 
» de Taller chercher fur la 
» montagne , Se s*il a confervé 
» le courage & la force de Tes 
30 ancêcr es, pourquoi refufent* 
» ils le triomphe à ceux qui ont 
» vaincu un ennemi fi redouta- 
is ble ? L'envie eft aveugle , 
» Meffieurs. Elle ne s'attache 
39 qu'à décrier la vertu, pour 
3D lui faire perdre les honneurs 
3» fie les récompenfes qu'elle 
» mérite. 

» Le même efprit d'envie & 
» dejaloufîe paroît encore dans 
» ce qu'ils m'objeâent touchant 
«> la T hrace. Us infîftent beau- 
a> coup fur l'enlèvement d'une 
30 partie de nos bagages par ces 
9 brigands, & fur la perce de 
3» quelques foldats ; ils fe don- 
a> nént bien de garde d'ajouter 
a» que le jour même que cet 
n inconvénient arriva » nos 
9 troupes défirent un grand 
3» nombre de ces voleurs, dc 
30 que les jours fuivans elles en 
1» prirent Se en tuèrent encore 
» davantage. Mais,quegagaent- 
3» ils par ce filence attéâé f 
» Toute l'armée eft prête à 
I» rendre témoignage de ces 
» deux combats , , qui feuls 
» pourroient mériter l'honneur 
» du triomphe. 
« Je vous prie de me par* 



MA 95 

» donner , Meiïïeurs , fi Uné- 
» ceflité d'une jufte défesle •, & 
» non le défir de me faire v«- 
3» loir , m'a engagé dans un fi 
» long difcours. » 

L'accufation l'auroit emporté 
ce jour fur l'apologie , (i la dif- 
pute n'avoit confumé le jour en^ 
tier fans être décidée ; car , les 
Sénateurs fe retirèrent dans le 
featiment derefufer le triomphe 
à Cn. Manlius Vulfon. Mais, le 
lendemain, les parens & les 
amis de ce Général firent tact 
qu'ils engagèrent dans leurs in- 
térêts , les plus anciens de l'or* 
dre , dont l'autorité fit penchée 
la balance en faveur de Cn« 
Manlius Vulfon. Us repréfen- 
terent qu*il n'y avoit poinc d*e- 
xemple qu'un Général, après 
avoir vaincu les ennemis , laiffé 
fa province en paix , Se ramené 
fes troupes viélorîeufes à Rome, 
eût été privé de l'honneur du 
triomphe , Se îût rentré dans |a 
ville comme un fimpU particut 
lier fans aucune diftinâion. 
Enfin , la maligne jaloufie de fes 
ennemis céda à des remontran* 
ces fî fages , ils eurent honte dû 
faire un affront fi injurieux à u«i 
homme de mérite , Se tous les 
Sénateurs lui décernèrent le 
triomphe d'un confentemenc 
prefque unanime. Il y avok 
pourtant quelque chofe à dire 
fur la conduite de ce Général, 
lequel , comme nous le verront 
tout à l'heure , avoit laifli^ af- 
foiblir la difcipline , Se cor^ 
rompre les mœurs de fes trou- 
pes. Et il eft étonnant que 
les eaoemis n'aient point em- 



./ * 



96 MX 

ployé cfontre lui ce moyen. 

Il ne triompha que fur la fin 
de Tannée. Ce qui lui avoit 
fait diffère r fon triomphe, c*é- 
t©ït la crainte qu'il avoît eue 
d*ctre appelîé en jugement en 
Vertu de la loi Pétilla , pendant 
la Préture de Q. Térentius Cul- 
Iéo!> , & d*être ta victime de 
l*eBvîe fous laquelle*' L. Scipion 
avoir fuccombé.lhfçavoîent que 
les luges feroient encore plus 
inexorables à fon égard , qu'ils 
ne Tavotent été dans I^aflTaire de 
fon prédéceffeur , parce qu*il 
avoir taifTé vivre tes foldats 
ifans une licence générale qui 
«voit afafolument ruiné la dif- 
crpline militaire, que L. Scipion 
leur avoir fait obferver avec 
beaucoup de fé vérité. Et ce 
n^étoit pas feulettienr le récit 
des excès, auxquels ils s'étûient 
portes dans la province , & loin 
des yeux des citoyens » qui Ici 
rendoient odieux , mais encore 
plus ceux auxquels ifs s*âban- 
donnoient tous les jouin» à la 
vue du peuple Romain. Car , 
ce fut Cn. Manlius Vulfon , & 
ceux qui avoient fervi fous lui , 
qui sntroduifirent à Rome le 
luxe & les délices de l'Afie. Ce 
furenr eux qui y apportèrent 
des lits garnis d'airain , des 
tapis précieux > des rideaux de 
Ht & de litière , de d*aurres ou- 
Trages travaillés avec art, &, 
ce qui éroit regardé alors com- 
me un grand luxe , des tables 
Ibutenues fur un feul pied « & 
des buffets. Ce furent eux qui 
ajoutèrent au plailrr deW bonne 
rhére celui de la mufiquei ayant 



MA 

à leurs gages des joueufe» de 
harpes & d^autres inftrumens , 
des farceurs, des comédiens,, 
&• pareilles gens , dont le mé- 
tier eft de divertir les convives 
pendant qu^ils font % table* On 
commença aufÏÏ dans ce tems-Ià 
à préparer les mets avec plus 
de foin 6c de délicatefle. Et en 
conféquence, un cuilinier , qui 
anciennement étoit le plus vil 
de tous les efclavea , fut regardé 
Comme roflScîer de la maifon le 
plus nécelfaire ÔC le plus eftiroé^ 
5c ce qui n'étoit d*abord qu'urt 
miniftere bas & méprifable, de- 
vint un emploi conlîdérable ÔC 
important. Mais, ces excès, qui 
étonnoient alors paf leur nou- 
veauté , n*étoient qu*une légère 
ébauche du luxe effroyable dans 
lequel les Romains fefontplon* 
gés depuis. 

Cn. Manîîus Vulfon fît pa- 
toître dans fort triomphe deux 
cens couronnes d*or du poids 
de douze livres chacune > deux 
cens vingt mille livres pefant 
d'argent , jdeux mille deux cens 
trois livres d*or , cent vingt- 
fept mille tétfadrachmes , deux 
cens cinquante mille ciflopKo- 
res s (ciie mille trois cens 
. philîppes d'or , & une grande 
•quantité d'armes & de dépouil- 
les prîfes fur les Gaulois» le 
tout porté fur des chariots. 
Cinquante deux Officiers en- 
nemis enchaînés marchaient 
devant fon char. Il fit diilri- 
buer à chacun des foldats qua- 
rante deux deniers , le double 
aux centurions ; il doubla la 
paye des fanta(Cns> & trîpfa 

celte 



telle dfes ^cavaliers. On Voybît 
à la fuite du char un grand 
Bonbre d'officiers & de foldats, 
ornés des dons militaires qu'ils 
avoienc reçus de Cn. Manlius 
Vulfon. Toute l'armée en gé* 
ôéral lui donnoit dans les chan<* 

« 

fons militaires faites à la hâte » 
des éloges qU*on jugeoit aifé- 
ment qu'il s'étoit attirés par fa* 
facilité de fon indulgence ; ce 
^ui fit que fon triomphent plus 
célébré par la faveur des foU 
dats , que par celle du peuple* 
Mais eûfuite y fes amis lui ga-^ 
gnerent auffi celle de la multi<» 
tude^ Car^ ils firent tant par 
leurs follicitations , que le Se*" 
nat rendît un arrêt qui ordon- 
noit qu'à la décharge du peu** 
plé, on acquittât de l'argent 
qui av(5it été porté dans le 
triomphe > ce qui étoit encore 
dû des fommes qui avoient été 
empruntées pour les befoins 
dç la République. Et en con-* 
féquence les Quefleurs de la 
ville payeredt avec autant de 
fidélité que d'exaditude 9 de les 
fommes principales » & vingtV 
cinq as 6c demi d'intérêt pour 
chaque millier d'as. 

Cn* Manlius VulfoQ brigua la 
Cenfure fans pouvoir l'obtenir^ 
S'an de Rome $689 & 184 avant 
Jefus-Chrift» 

MANLIUS ÎL-IVULSON, 
Z. Manlius Vulfo ^{a) fut créé 
fréteur, l'an de Rome 555 » Ôc 
197 avant Jefus-Chrift » À on 
lui donna la Sicile pour dépar* 

(«) Th. Liv. L; KICXll. c* %yi %%* 

IL. xxxvm. c. fto. & fii. 
Tm. XXFll. 



W 3t ^ 

feentetitt PdjfîeWrahkétilîftprèsy 
il accompagna fon • ftere Cn/ 
Manlius Vulfon en A(îe > âC il 
eut beaucaup de part aux 
avantages confidétables qu*y» 
eut ce dernier »* comme oif 
peut le voir dans l^article pré« 
cèdent. 

MANLIUS [PO. P.Màn^ 
lias ^ {b) fût nonuiô^ Pr^teut'^ 
l'an de Rome 557 , & 155 avanè 
JelW.Chrift y & envoyé daas 
TEfpagne Citérieure. Là 9 P» 
Manlips ayant reçu 1-ancieflnê 
armée des mains de Q. Mînu-^ 
cius > à qui il avoit fuccédé > JC 
y ayant joint les vieilles troupef 
qu'Appius Claudius Néron avoit 
commandées dans l'Efpagne Ul» 
cérieure , partit pour aller dant 
la Turdétanie. Quoique letf 
Turdétains fulFent les peuples 
de toute l'Efpagne les mblni 
belliqueux , cependant fe liane 
Air leur multitude > ils ne lalf-* 
ferent pas d'aller au devant d« 
l'armée Romaine* Mais, le feul 
effort de la cavalerie mit un tel 
défordre dans: leurs rangs ^ qud 
IHnfanterie n'eut prefque pa* 
bëfoin d'agir pour les défaire t 
ces vieux foldats^ qui connoif^^^ 
foient la guerre & l'ennemi à 
qui ils atoîent affai)*e , nd 
trouvèrent aucune réiîftance^ 
Mais y cette viÂoire ne termina 
pas la guerre* Les Turdétaini 
prirent à leur folde dix mille 
Celtibériens , & ils fe difpo* 
foient à fe défendre avec lei 
armes Ôc par les bras d*autrui* 

(h) Ttt. Li?. L. XXXin. c 41 » 4)4 
L. XXXiV. c. 17. L. XXXiX. e. yê^ 

a 



ft' MA 

^lais» ?*' Minl«us écfivlt ttt 
Conful Mé Porcius Caron de 
Tenir à fou fecours avec fou 
armée. Dès qu'il fut arrivé 9 ôc 
qxit les deux années eurent été 
fféunies V' )es, conesâb furent 
bientôt dii^érfés. 

P. Manlius fut nommé de re*' 

chef Prttev''> l*an de Rome 
J70, 6(t 82 avant JèfusrChrift.' 
On Tenvo^ra. cecjte année dan$ 
rEfj^agpe Uképseure , maïs il 
tr*y fit l'ien de mémorable. L'an- 
née iatvàiite , îi fe diftingua utt 
peu |)lui ; il battît les Lufita- 
çiens en plufieurs rencontres* Il 
tetournà enfuîte à Rome , où il 
mourut prefquje auffi-tôt. Tite- 
Live , au'fujet de la mort de ?• 
Manisus , remarque qu'il étoic 
vn des Triumvirs Epulons , & 
qu*il fut remplacé dans cette 
dignité par Q. Fulvius. 

MANLIUS [ P* ] » ^- -W^«- 
lius / (tf) rendit un fervice im-^ 
portant à Caton le Cenfeur 
dans une cîrJconftaaee des plus 
critiques^* Ce Général s'étoie 
mis en marcbe.La nuit pour aller 
«ttaquer l'ennemi fur les monts 
Thermopyles* Mais , le guide 
ayant manqué le' chemin» les 
Romains s'égarèrent dans de% 
lieux remplis de précipices, hè 
Manlius f homme très - difpoa 
pour gravir fur les montagnes 
les plus efcarpées , grimpa avec 
Çaton au ifrâvers des roches 
haute» & pointues; &c par ce 
moyen ayant découvert un petit 
fencier , il iauva l'armée Ro** 

(4) Plut. Tom. 1. piag. 34). > 
ihi Plut. Tom. I. pag. )4^. 
^«) Tii. Liv, L. XXXVUI. c. 4». 



MK 

tAdine en la délivrant du plu» 
grand péril qu'elle pût courir^ 
Uti comptoit ' alors 191 ans 
avant Jefus-Chrift. 

Nous devons remarquer que 
le texte Grec de Plutarque por- 
te L« Mallius f au lieu de L« 
Manlius. 

MANLIUS , Manlius , (h) 
Sénateur Romain , qui fut chalTé 
de fa compagnie par Caton le 
cenfeur , lorfqu'il étoit à la 
veille d'être élevé au Confular. 
La raifon pourquoi il fut ainfi 
traité, c'étoit parce qu'il avoir 
donné un baifer à fa femme ea 
plein jour , en préfence de fa 
£lle. 

Le texte Grec de Plutarque 
porte Manillius , & non pa§ 
Manlius. > 

MANLIUS [L.], L. Man^ 
lius 5 (c) ayant été accufé l'art 
de Rome 564 , de 188 avant 
lefuSoChrill y d'avoir maltraité 
les ambaâadeurs des Carthagi- 
nois 9 fut livré par les Péciaux , 
& emmené à Carthage. 

MANLIUS [L.] ACIDINUS, 
L* Manlius Acidinus , {d) fuc 
nommé Préteur , Tan de Rome 
564, & 188 avant Jefiis-Chrift ^ 
& il eut «i'Efpagne Citérieure 
pour département. Il livra aux 
Celtibériens un combat dont 
Fiffue fut aifez douteufe 9 fi ce 
n'^eft que les Celtibériens , en 
décampant dès la nuit fuivante ^ 
lailTerent aux Romains la liber- 
té d'enterrer leurs morts , ôc de 
dépouiller ceux des ennemis» 

{d) Tk. Lîf. L. XXXVIII. c. ij. L. 
XXXiX. c. fti » 19 » 54 » 55. L« Xt, a 



MA 

fèu de jours après» ttî inèttiéi 
ptuples ayant mis fur pied une 
armée plus confidérabie 9 vin- 
rent les premiers préfenter la 
bataille aux Romains auprès de 
Calagurfis» On he dit point la 
raifon qui fit qu^avec de plus 
grandes forces y ils fe battirent 
plus foiblemént ; car , ils furent 
vaincus » les Romains leur tuè- 
rent douze mille hommes fur la 
place, firent plus de deux mille 
prifonniers » & fe rendirent 
maîtres de leur camp* Si l*ar« 
deur du vainqueur n'eût été 
arrêtée par l'arrivée de fon fuc- 
cefTeur > les Celtxbériens att- 
roient été entièrement domptés* 
Lorfque L* Manlius Acidinus 
fut de retour à Ron)e , on lui 
donn§ audience datis le temple 
de Bellone > & il demanda qu^on 
lui accordât Thonneur du triom* 
phe. On conVenoit que fes ac- 
tions le métitoient > mais Tufage 
étoit contre lui ; car , il n*y 
avoit point d'exemple qu'un 
Général eât triomphé, à moiâs 
qu'il nVûi terminé la guerre 
dont il avoit été chargé , qu'il 
tî'eât Urttè fa Province paifî* 
ble 9 9c ramené fon armée à 
Rome. Cependant « 00 prie un 
tnilieu qui, fans bleiTer la coU«- 
tume , rendoit jufHce à ce Gé- 
néral* On lui accorda le pedt 
triomphe » autrement dit Tovà- 
tiom II expofa aux yeux du 
peuplé cinquante-deux couron* 
lies d*or , cent vingt-deux livres 
d'or, feize mille trois cens 11*- 



M À 9^ 

vret d*afgent , & déclafa daûâ 
le Sénat que le quefteur Q. Fa* 
bius apportoit encore avec lut 
dix mille livres d'atgent dC 
quatre-vingts livres d'or, dC 
qu'il feroit mettra le tout datiâ 
le tréfot public* ' 

L'an de Rome 569 , & tS) 
avant Jefus-Chrifl , on envoya 
dans la Gaule Cifalpine dei 
députés pour en régler les affai* 
res ; & ces députés durent mêmtl 
chargés de fe tranfporter au* 
delà des Alpes* L, Manlius AcU 
dinus faifoit partie de cette dé-> 
pucation* Deux ans après , U 
fut un des Triumvirs qui côn* 
duifîrent une colonie à Aquilééa 
Elle étoit compofée de troi^ 
mille citoyens. On diftribifa 
cinquante arpens de terre à cha* 
que foldat , & cent aux centu^ 
rions , & cent qùafânce aux ci* 
Yaliers. 

L. Manlius Acidinus fut été* 
vé au Confulat « l'an de Kotaet 
5^3 , & 179 ayant Îefns-Chrlft* 
On lui donna pour collègue Q« 
Fulvius. 

MANLIUS t A*1 VtJLSOW , 
j4é Manlius Vulfù , ( it ) fut 
créé Conful avec M. Juniu* 
Brutus, l*an de Rome 574, fie 
178 avant Jefus-Chrift , de eue 
la Gaule pour départenient* Ne 
trouvant point dans cette Pro* 
vlnce de matière à mériter le 
triomphe auquel il âfpiroit, U 
faifît avec joie l'dccafion qui fe 
préfenta de faite la guerre aujt 
iftriens. Outre le fecours qu'iU 



(4) Tit. Liv. t. XL, c* 59. 1< Xi4. Cl I. é* /tf. Roll. Kill. Aom. ton^ i/« 

G*» j 



.loo M A 

avoienc autrefois accordé aux 
Étolîeûs contre les armées de 
la République 9 ils venoîenc 
touç récemment de faire fur les 
alliés de Rome-, quelques courr 
fes , qui avoient abouti au pil- 
lage , dont cette nation étoic 
crès-avide. A. Manlius Vulfon, 
fans avoir pris l'ordre du Sénat, 
partit d'Aquilée oii il étoit, pour 
aller attaquer ces peuples. La 
République avoit fur cette mer 
une efcadre pour en défendre 

.les côtes* Le Conful en envoya 
une partie dans le port le plus 
proche des confins dé Tlftrie , 

.avec des barques chargées de 
proviConî, Il fe rendit lui-même 
par terre au même endroit, & 
campa à cinq milles de la mer. 
Pour affurer les convois & 
foutenir les fourrageurs y il pla- 
ça plulieurs corps de troupes 
autour de Ton' camp. Un d,e 
ces corps ragardoit TlArie » 

.étant placé entre le camp & 
la mer; Se il étoit compofé 
d'une cohorte levée à la hâte 
dans la colonie de Plaifance , 
& de quatre compagnies de la 
féconde légion. 

Les Iftriens avoient fuîvi Tar- 
mée ennemie par des chemins 
de traverfe fans en être vus, 
épiant Toccafion de. l'attaquer 
avec avantage. Ayant reconnu 

. que les corps-de gardes qui en- 
vironnoient le camp étoient peu 

. nombreux , & obfervoîent peu 

. d'ordre , ils vinrent fondre fur 

,1a cohorte de Plaifance. Un 
brouillard qui s*étoit élevé le 

.matin couvrit leur marche ; 

'iiiais*> i'étânt à moitié diflîpé 



. MA 

aux- premiers rayons du foleil> 
il laiflà paroître une lumière 
fombre , qui , grofUifant les 
objets » préfentoient aux yeux 
des Romains Tapparence d'une 
armée beaucoup plus nombreu- 
fe que n^étoit réellement celle 
. des ennemis. Les foldats enrayés 
s'enfuirent dans le camp , où ils 
cauferent encore plus de ter- 
reur qu'ils n'en avoient eux- 
mêmes apporté. Les cris que 
l'on jette aux portes , l'obfcurité 
qui augmente encore le tumul- 
. te f l'agitation des foldats qui 
en courant chacun de leur côc^ 
s'embarraflent & tombent les 
uns fur les autres» tout cela fait 
craindre aux p4us éloignés que 
Us ennemis ne foient entrés 
dans les retranchemens. Une 
voix poupée au hazard exhorte 
les troupes à courir du côté de 
la mer. Comme fi c'^ût été le 
.fignal du départ 9 d'abord quel- 
ques foldats , la plupart fans 
armes » prennent le chemih du 
port , un plus grand nombre 
les imitent , & enfin toutes les 
troupes les fuivent, jufqu'au 
Conful lui-même» qui avoic 
inutilement employé pour les 
retenir , fon autorité > fes or- 
^dres f & mêmes fes prières* 
L'armée Romaine entière fe- 
. roit devenue la proie des enne- 
mis, s'iU avoient fçu ce que c'é- 
. toit que faire la guerre. Le Con* 
fui , mettant à profit leur igno- 
rance , rafiembla ce qui lui ref- 
toit de troupes « après les avoir 
fait revenir des aifFérens lieux 
où^la fuite les avoit difperfés. 
Saus perdre de t^ms , il les met 



MA 

fie au camp , de en cbafle leî 
Ifbiens. Cependant , la nouvel- 
le de la déroute de Tarmée 
Confulaîre étant parvenue jus- 
qu'à Rome, y caufa une gran- 
de allarme. Comme la renom- 
mée groflît toujours les objets , 
fur-tout en mal, on crut l'ar- 
mée entièrement défaite» On 
leva de nouvelles troupes avec 
une promptitude extraordinaire.- 
On donna différens ordres pour 
envoyer de difTérens côtés des 
fecours au ConfuL M. Junius 
Bru tus fon Collègue pafTa de 
la Ligurie dans la Gaule. Mais , 
il apprit en chemin que l'armée 
Romaine étoit en fureté, 8c 
que les Iftriens s'étoient retirés* 
ïï dépêcha fur le champ un 
Courier à Rome , pour y porter 
cette bonne nouvelle , qui déli- 
yra les efprits d*MiÊt grande in- 
quiétude. Les deux Confuls re- 
tournèrent à Âquilée , pour y 
mettre les croupes en quartier 
d*hiver. 

L'année fuivante, A. Man- 
lius Vulfon de M. Junius Bru- 
tus furent continués dans le 
Gouvernement de leurs Pro- 
vinces, en qualité de Procon- 
fuis. Dès que l'hiver fut fini, 
ils firent entrer Iclirs troupes 
dans le paKs des Mriens , & y 
mirent tout à feu Ôc à ùng. 
Ceux-ci, ayant armé toute leur 
jeunefle , bazardèrent un com- 
bat, où il en fut tué environ 
quatremille. Ils fe retirent dans 
leurs villes ôc dans leurs bourgs, 
d^où ils envoyèrent d.eman.der 



M A Tor 

lapaSx aux généraux Romains , 
puis^eur fournirent les otages 
qu'on avoir exigés* d'eux. 

MANLIUS[A.] TORQUA- 
TUS , j4. Manlius Torquatui » 
fut élevé au X^onfulat avec Q. 
Caflîus Longinus , l'an de Ro- 
me 588, Ôc 164 avant J. C. 

MANLIUS [T.] TORQUA. 

TUS , r. MaMius Torquatus , 
fîit créé Confut avec Cn. Oc« 
tavius, l'an de Rome 587» & 
165 avant Jefus-Chrift. 

MANLIUS TORQUATUS, 
Manlius Torquatus , {a) père de 
D. Silanus. Des députés de Ma- 
cédoine portèrent leurs plaintes 
devant le Sénat contre D. Si- 
lanus» qui, pendant qu'il com* 
mandoit dans cette rrovince , 
y avoit exercé beaucoup de 
concuflîons. Manlius Torquatus,- 
pere de Taccuilé , Sénateur d'un 
rare mérite , demanda par gra« 
ce qu^on ne prononçât rien 
contre fpn fils , qu'il n'eût exa* 
miné lui-même l'affaire ; ce qui 
lui fut accordé fans peine , à 
caufe de la confiance que Ton 
»voit en fes lumières oc en fa 
probité. Il écouta les parties, 
pendant deux jours , & le trai« 
me il déclara fon fils coupa« 
ble y ^ lui défendit en çonfé- 
queiice d*ofer jamais paroître 
devant lul« D. Silanus, après 
une ^x trifte (entence , ne put 
pas foutenir davantage la lu* 
miere du jour, & fe pendit de 
défespoir. Le père, par une ri«. 
gueur qu'il eft difficile de louer, 
n'afCila pas même à fes funç^. 



C#) Valex. Mvdffl. L, Y, c, 8« ^oIU Hjfi. Rom. T. V. p. i^^ \6^^ 

G tu 



loz ' M A 

r9iUe< ; & comme il étoit Jurif-' 

COQ fuite , il demeura tranquil- 
lement chez lui , répondant fé- 
lon fa coutume à ceux qui ve» 
noient le çonfulter* C'eft bien« 
1^ l'héritier & le defcendant de 
ce T. Msmlius Torquatus » qui 
^voit fait trancher la tête à fon 
fils viâorieux. Le zèle de la 
j^ilice lui avoît di^é la condam-^ 
nation qu'il avoic prononcée 
contre fon fils ; mais , ce zèle 
devoit*il aller jufqu'à étouffer 
en lui les fentimeos de la na** 
iwre ? 

MANLIUS [MO , M. Man- 
Uns , {a) ayant été envoyé con^ 
tre les Gaulois « l'an de Ro- 
me 646 , & 106 > avant Jefus- 
Çhrift , eut du deflbus > ce qui 
porta la terreur dans toute l'I- 
talie* 

MANLIUS MALTINUS , 
Manlius Maltinus , {b) fut en« 
voyé en Alie par les Romains, 
félon Juftin , pour rétablir Ni* 
comede fur le trône de Cappa^ 
doce , dont il avoir été dépouil- 
]é par Mithridare- Mais y celui- 
ci • foutenu de plufieurs nations 
belliqueufes , n'eut pas beau* 
coup de peine à vaincre Man<- 
]ius Maltinus , dont l'armée 
n'étoit conipofée que de foldat» 
Afîatiques. 

Il taut remarquer qtte ce 
Manlius Maltinus n'eil connu 
que de Juilin» & que Tite-Live 
& les autres Hiftoriens n'en, 
font'point mention» 

O) Sallufi in Jugurth. c. fti 
ih) Juft. U XXXVlll. c. 3 , 4. 
(c) Cicer. in Verr. L. IV. c. 84. 
U) 3aUuft. in Juguul». c. jy , <$0f 



M A- 

; MANLIUS [T.] , T. Man^ 
Ims , (c) Préteur qui , d'après 
un décret du Sénat touchant 
les villes de Sicile » condiiific 
une colonie à Agrigence« 

MANLIUS [A.]» A. Manlius, 
(d) Lieutenant de C. Marius 9 
fous lequel il fervit fur*couc 
en Afrique. 

MANLIUS [C] , C. Man- 
lius , (t) Oâicier qui fervit 
d'abord avec beaucoup de dif- 
tînc^ion dans l'armée de L« 
Sylla. Mais» il devint par U 
fuite un des Satellites 8c dc$ 
MîniAres des fureurs de L. Ca« 
tiiina. Il fut envoyé dans l'É- 
trurie , dont il tâcha de foule* 
ver les peuples , porté à faire 
un changement dans les affai- 
res par fa pauvreté , & par le 
reffenttmenc des injures qu'il 
avait reçuesf car 9 fou$ la do-* 
minatioh de L. Sylla , on l'a* 
voit dépouillé de tous fes biens. 
De plus , il tâchoit de mettre 
dans fon parti » toutes fortes de 
brigans dont ce païs fourmil* 
loit » avec quelques colonies de 
L« Sylla qui avoienc abforbé en 
débauches tout le riche butin 
qu'elle^ avoient fait à la guer« 
re* 

C'eft ainfi que C* Manlius 
fe préparoit à lever le premier 
l'étendard de la révolte ; & tl 
le iît le vingt-cinq Oâobre» l'aa 
de Rome 689 , & 63 avant J« C* 
Il dépêcha peu de tem s après det 
courriers à Q. Marcius Rex 

{à) CUer. in Catilln. Orat. i. c. 4* 

Plut. Tom. 1. pag. 867. SalUift. in Cattl« 
c. 15. é-ye^* Crév. Hift. Rom» Tom* 

Vi,pag. é|57, «r/iiiv. 



MA 

avec des lettres conçues en ces 
termes : » Nous prenons les 
» Dieux de les bommes à té* 
» moins , ô Général , que nous 
30 n'avons pris les armes ni 
39 contre la patrie^ ni dans le 
» defiein de nuire à perfonne, 
^ maïs afin de nous mettre à 
» couvert des infultes» Deve*> 
^ nus malheureux &L indigens 
39 par les vexations & 1» tyr» 
» raoie des ofuriers, la plupart 
3» de nous font exclus de leur 
V patrie »& cous le font dtê 
30 honneurs St de leurs biens , 
» fans qu'il foie permis à un 
3o feul de jouir du privilège 
30 établi du tems de nos pères « 
30 ni d'ttfer de fa liberté après 
30 avoir perdu fon patrimoine » 
P tanc eft grande rinhuqtaaité 
» des ufuriers & celle du Pré* 
» tewr. Vos ancêtres , fenfîbles 
30 aux miferes du peuple » y ont 
p fou vent fttb^enu par leurs 
9> Êdits. Tout récemment , de 
30 votre sems même, les* gens 
30 de bien voyant les particu^ 
30 iiers hors d'état de fatisfasre 
* » à leurs dettes, vouturent que 
30 le paiement s'en fît des de* 
P niers pobèics* Il n'eft pas ra* 
n re que le peupi«, porté à do* 
» miner, ou révolté par l'ar* 
p rogaoee des Magiftrati, ait 
» abandonné le parti des Pères; 
p Pour naos , nous ne cher- 
30 chons ni les dignités, ni les si- 
p chefles, qui font les fources 
P de toutes les guerres & de 
p toutes les querelles des hom* 
p mes f mais la liberté « que }a- 
3> mais homme d*honoeur n'a 
p perdue qu'avjgc la viÇf Pour* 



M A To) 

» voyez à de malheureux ci* 
p toyens , nous vo«is en rup*» 
7> plions , vous & lé Sénat ; 
p rétabliflez la proteélion des 
p loix , aâéantiei pur rinjufti^ 
p ce du Préteur ; né nous met- 
p tez pas dans la néceffité de 
p chercher itfle quelle manière 
» nous périrons , en vengeant 
7> notre faAg avee route la va- 
^ leur dont nous fommes ca* 
i> pables#ii 

Q. Marclus Rëx répondit à 
ceci, que fî l'où vouloit quel- 
que chofe du Sénat , on mft 
bas lés armes fit qu'on l'aliâc 
demander à Rome , que le Sénat 
de là peuple Romain avoient 
toujours été d^une bonté & d'unfi 
clémence fi grandes J que ja- 
rdais jperforine n'avoît implo- 
ré en vain leur fecours. 

Cependans f le Sénat Infor* 
mé oe tout ceci rendit, vkà dé' 
cret , pat lequel il déclaroir 
L. Catiliffa Se C. Manlius enn^ 
mis de la parsio^ ^ prometfoic 
rimpuillsé à cenit qui avoienit 
fuivi lettr,pftrtî».n'éxeeps^ntque 
les criminels c<lndsmné» à morr» 
pourvu qu'avant un ci^rtaili ;onr« 
qui éioit marqué y ï\$ f^ftLSèac 
du camp , Se qutféafledt les ar- 
més. Ce âéctêt ne put vaincre 
.l'obiîination des conjurés. C« 
JManlius f après avdir cênf- 
xammeÀt.fi^uienu le parti qu'ai 
avoit embraffé , fut tué à fa 
bataille de Piilorie qui acheva 
de détruire la cot^juration , 
parce que L. Catilina y fut auffi 
tué. 

MANHUS [C] , C. Md^-i 

G iv 



M4 MA 

lius , (d) donc Citer on fait 
jnemion dans fon oraîfon pour 
L. Flaccus* 

M AN LIUS [Cn.] , Cn. Man* 
Uns , (^) étoit 9 aii rapport de 
.Cîcérooy un homme fans cou* 
jrage , fans efprîc, & dont la 
.conduite étoit au£ mépri fable 
que fordidet 

MANLIUS [ Q. 1 . Q- A^^«- 
lius f (c) fénateur Romain , que 
Cicéron qualifie Juge très-fé- 
vere & très-integre. 

MANLIUS [Q.] CHILON^ 
* Q, Manlius Chilo , {d) un des 
complices de la conjuration de 
Catilina , félon Cicéron. Il y a 
des éditions qui portent Q. 
Magius Chilon ^ au lieu de Q. 
Manlius Chîlon. 

MANLIUS [C] , C. Man- 
lius, (e) un des généraux Ro- 
mains , qui furent défaits par 
les Germains^ au rapport de 
Tacite. Le texte le nomme 
Marcus Manlius, C*e& une faute 
ou de l'Auteur ou des Copif- 
tes. L*Épitome de Tite-Live 
le nomme Caiui^. En e^et » de- 
puis la condamnation pronon- 
cée contre le fameux Marcus 
Manlius CapiroHnus, le pré- 
nom de Marcus étoit interdit à 
la famille Manlia. ' 

MANLIUS VALENS , (/) 
Manlius VaUns y commanda dans 
]a Grande-Bretagne une légio-n 
qui Alt battue par le$ Silures. 

(«) Cicer. Orat. pro L. Place, c. 7s. 
ih) Cicer. Orat. pco L» Murab. c 34. 
yro Cn. Pîahc. c. 10. 

(•) Cicer. in Verr. L, 11. c. 18. 
{d) Cicer. in Catilin. Orat. 3. c. 14. 
<f ) Taci;. à% Mot ib, Qçrman« u 37, 



MA 
Tacite le qualifie dans un' ati- 
tre endroit » Lieutenant de la 
légion Italique . & il ajoute que 
cet Officier ne fut pas traité par 
Vitellius auiS honorablement 
que le méritoit l'attachement 
qu'il avoit témoigné pour fon 
parti. Fabius Valens l'a voit d'é« 
crié , fans qu'il le fçût » dans l'ef- 
prit de ce Prince, par des accufa- 
Abnsè fecretes dont il fe défioit 
d'autant moins y que cet ennemi 
couvert, pour le .mieux fur* 
prendre » a&<ftoit de le louer 
publiquement. 

MANLIUS , Manlius , {g} 
corrupteur d'Apuleia Varilia , 
petite nièce d'Auguâe, fut ban- 
ni de l'Italie & de TAfrique » 
l'an de J» C. 17. 

MANUUS PATRUITUS, 
Manlius Pairuitus ^ (A) fe plai* 

fnit d'avoir été maltraité à 
lene par le peuple de cette 
ville , & cela à la foUicitation 
de fes Magiilrats ; il ajoutoit 
que non contens de cet outra- 
ge > ils l'avoient par moque- 
rie entouré des ornemens funè- 
bres y & fait fur fon corps tou- 
tes les cérémonies qu'on em- 
ployé pour honorer les roorts> 
à quoi ils avoienr joint mille 
fortes d'injures coatre le Sénat 
de Rome. On appella 7ceux 
qu'il dénonça dans la ville, oik 
après avoir é^é convaincus ^ ils 
furent punis de mort. Ce juge-. 

(/) Tacit. Annal. I.. XIU c. 40. Hift. 
tn I. c. 64. Cré?» Hitt, des ISoip. Xonu 
IL p. »t8. 
. (f) Tacit. Annal. L. II. c. so» 5it 

(*; Tacit. Hill. !.. IV. c. 45, 



MA 

ment futfuivi d'un arréc du 
Sénat » par lequel le peuple de 
Siene étoit admonetté d'être 
plus modefte\ à l'avenir. 

MANLIUS STATIANUS, 
Manlius Siatianus^ {a) fénateur 
Romain. Après que Probus eut 
été élu Empereur par l'armée » 
le Sénat s'étanc aflemblé pour 
ratifier ce choix y Manlius Sta- 
tianusy premier opinant, prit 
ia parole ; & dans un difcours 
fuivi il fit un éloge magnifique 
du Prince élu , qu'il termina en 
demandant aux Dieux , que Pro- 
bus gouvernât la République, 
comme il Tavoit fervie. Il con- 
clut à lui déférer les noms de Cé- 
far ôc d'Augufte » le comman* 
dément Proconfulaire , le titre 
refpeâable de Père de la pa- 
trie , le fouverain Pontificat « 
le droit de propofer dans le 
Sénat trois m.atieres différentes 
de délibérations y & la puiflan- 
ce Tribunicienne. 

MANLIUS [L.], Z. Man- 
lius , {h) Préteur , qui , dans la 
guerre civile, fuivic le parti 
de Cn. Pompée. 

MANLIUS [L.l. L. Manlius, 
fameux Peintre ^ qui répondit 
à un homme qui s'étonnoit de 
lui voir des enfans fi laids pour 
un Peintre fi habile : In luce 
pingo t in tenebris fingo* Je fais 
mes portraits le jour , & mes 
enfans la nuit. 

MANNA , ( c ) terme qui 
fe met ordinairement pour la 

(4) Crév. Hîfi. des £mp. Tom. VI. 
pag. 88. 

(h) Cxf. de Bell. Civil. L. 1. pag. ^6i* 
4<3 fiaiâch* c;i, V. lOt 



M'A Toj 

Manne qui nourrit les Ifraëlices 
dans le Défert , & dont nous 

[larlerons dans Tarticle fuivant* 
1 fe prend auffi dans Baruch , 
Êour une offrande nommée en 
[ébreu Mincha. Facitt Man»^ 
na y & offerte pro peccato» C'eft 
ce que les captifs de Babylone 
^ écrivoient aux Juifs de Jérufa- 
lem leurs frères. » Nous vout 
39 envoyons de l'argent pour 
» acheter des holocauftes &c des 
» viélimes ; faites des offran- 
3> dts de pain , de gâteaux » 
3» de farines , de vin , &c. x» 
Ceft ce qui s'appelle Manna en 
cet endroit. 

MANNE > Manna y MccW , 
{d) nourriture que Dieu donna 
- aux Ifraëlites dans le défert 
d'Arabie , pendant les quarante 
ans de leur voyage , depuis leur 
huitième campement dans le 
défert de Sin. La Manne com- 
mença à tomber le matin du ven- 
dredi y feizieme du fécond mois, 
nommé dans la fuite Jiar , qui 
répond > félon Ufférius , au ven- 
dredi cinquième de Juin. Elle 
continua de tomber tous les 
jours au matin, à l'exception du 
jour du fâbbath , jufqu'après le 
paffage du Jourdain , & à la 
raque de la quarantième année 
depuis la fortie d'Egypte. La 
Manne tomba donc depuis le 
cinquième de Juin de l'an du 
monde 2513 > jufqu'au fécond 
jour de la Pâque , qui étoit 
un mercredi cinquième de Mai » 



(d) Ezoà, c. 16. v* 4. & /ff. Humer* 
c. II. V. 6. & fef» Pfaim* 77t v. as* 
Sàpient. c. 1$. Vt zo» ai» 



lo^ M A 

ée l'ad du monde 25^5 ^ & 
^vaac Jefus^Chriit i447« 
. L La Manaé dont parle Moi- 
le» écoit un pecic grain blanc 
comme la bruine, rond 6c gros 
comme la coriandre. U rombote 
cous les marins /fur la rofée; 
& lorfque la rofée étoit diffipée 
par ia chaleur du Soleil > la 
Manne paroiiToit & demeuroir 
feule fur le rocher « ou fur le 
fable* Elle comboit tous les 
^oors excepté le jour du fabbath; 
& cela feulemept aux environs 
4u camp des Ifraëlites. Elle tom« 
l^a en fi grande quantité pen- 
dant les quarante ans de leur 
voyage dans le Défert , qu'elle 
iuffifoit à la nourriture de toute 
la multitude» c'eft - à - dire , à 
plus d*un million de perfonnes , 
qui en ramaffoient par tête 
chacun un gomor, ou un peu 
plus de trois pintes , mefure 
de Paris» Elle fuilentoit cette 
syiultttude, fans qu'^^ucun en fût 
socommodé. U en tomboit le 
leendredi une quantité double 
des autres jours ; & quoiqu'elle 
fe changeât en vers les autres 
jours , lorfqu'on la réfervoic > 
elle ne fouf&oit aucune altéra* 
tiofi le jour du fabbath. Cette 
Manne, qui fe fondoit au So< 
2eil> lorfqu'on la laiflbit fur 
la terre 9 étoit fi dure dans la 
maifott> qu'on la concaflbit dans 
le mortier , & qu'elle fouSroic 
le feu, enforte qu'on pouvoir 
la cuire dans la poêle , la pai* 
trir, 6c en faire des gâteaux. 
• L'Écriture donne à ia Manne 
le nom de pain du Ciel & de 
DOttfricure des Aoges ^ fok 



MA 

qn'elte veuille marquer qu*ell0 
étoit envoyée 8c préparée par 
les Anges » ou que les Anges 
mêmes, s'ils ont befoin de nour- 
riture , n'en peuvent avoir de 
plus agréable que celle de 1» 
Manne. L'auteifr de la Sageâe 
dit que la Manne fe propor^ 
tionnoit de telle forée au goûc 
de ceux qui en mangeoicnt, que 
chacun y trouvoit dequoi con- 
tenter ion appétit, & qu'elle 
renfermott tous les agrémeos du 
goût , âc toute la douceur des 
plus agréables nourritures ; ex* 
pref&onsque quelques-uns pren* 
neitt à la lettre, il y en a même 
qui croyent qu'elle prenait ju& 
qu'à la forme des chofes que l'oo 
défiroit. Jofephe Tentend d^une 
manière plus fimpie^ en difanc 
que ceux qui s'en nourriffoient^ 
la trouvoient fi délicieufe, qu'ils 
ne défiroient rien autre chofe ; 
de Saint Auguftio remarque 
avec beaucoup de fagefTe , que 
l'Auteur facré dit fimplement 
que la Manne avoit cette qua«» 
lité, de fe conformer au goâe 
de ceux qui en ufoient , ed fa« 
veur des enfans de Dieu« Com- 
ment les lfraëHtest.auroient«*ils 
pu fe plaindre que la Manne leur 
caufoit du dégoût 9 H elle fe fût 
toujours proportionnée à leur 
goût 8c à leur volonté i 
. Il to«>be de la Maaive encore 
aujourd'hui dans plufieurs en^ 
droits du monde ? En Arabie 9 
en Pologne > en Calabre , au 
mont Liban • dans le Dauphiné » 
6c ailleurs. La plus commune 6c 
la plus, célèbre eil celle d*Ara« 
bie I qui çil une efpece do 



MA 

mltl coodeofé , qui fc voit peu- 
lUoc Tété fur les arbres de fur 
le fable de l'Arabie Pécrée. Elle 
cft de la figure dont la dépeint 
Moïfe. Celle > qui fe recueille 
aux pnvirons du mont Sinaï , eft 
«l'une odeur très-forte , qui lui 
<:il c<ommuniquée par les herbes 
fur lefquelles elle tombe. Elle 
s'évapore très-aifément » enforte 
que u l'on en garde trente li- 
vres dans un vaifleau ouvert, il 
n'en reftera pas dix au bout de 
quinze jours. On vend de cette 
manne d'Arabie dans les bou- 
tiques des Apothicaires au Caire 
en Egypte* 

Saumaife croit que la Man* 
lie dont les Hébreux fe nourrif- 
fpient dans le Défert , eft la mê- 
me qui fe voit encore aujour- 
d'hui en Arabie. Plufieurs Mo- 
dernes font du même fentiment. 
U eft vrai que la manne d'Ara- 
bie a une qualité médicinale» 
qui purge ât qui aftbiblit, au 
lieu de fuftenter & de nour- 
rir ; mais , on prétend que fi 
l'on en ufoir communément , 
l'eftomac s'y accoutumeroit y 
comme on a vu des gens s'ac- 
coutumer à des elpeces de 
nourritures, qui naturellement 
dévoient être contraire^ à la 
fanté. On doit auffi reconnoî- 
tre que la Manne dont parle 
Moïfe, avoit des qualités mi- 
xaculeufes , que n'a pas la Man- 
ne ordinaire , & qui ne fubfîf- 
cerent apparemment que pen^ 
dant le tems que les Ifraëlites 
a'en nourrirent. 
, U. U y a fur l'origine du 
mec Mann4 quatre opinions 



MA 107 

principales 1 elles ont chacune 
leurs parcifans qui la foutien- 
nent » avec ce détail de preu- 
ves & d'argumens étymologi« 
Îiues , lefquels » comme on le 
çait I emportent rarement avec 
eux une démonftration* 

La première , 6c la plus gé* 
néralement fuivie par les inter* 
prêtes, c'eft que ce nom fignifie 
^u'efi^ce ? La narration de Moï- 
fe fortifie cette opinion. » Ils 
39 fe dirent l'un à l'autre : 
» Qu*€ft'Cc ? Car , ils ne fça- 
» voient ce que c'étoit. » Dans 
l'Hébreu il y a Man • Hou. ^ 
ainfi , fuivant cette idée» la 
Manne auroit pris fon nom de 
la queftion même que firent les 
Ifraëlitesy lorfqu'ils la virent 
pour la première fois. 

La féconde > des Sçavaos » & , 
entr'autres » Hafcunq , préten- 
dent que Man'Hou eft compofé. 
d'un mot Égyptien ai d'un mot 
Hébreu » dont l'un fignifie fi^i» 
& l'autre cela » flt que les Ifraë«- 
lites appellerenf ainfi l'alimenc 
que leur préfentoit Moïfe » 
comme pour infulter à ce paio 
célefte, dont il leur avoit fait 
fête » Maa-'Hou » quoi cela ? 

La troifieme, les Rabins i 
& plufi^urs Chrétiens après 
eux » font venir le mot Mannt 
de la racine Minnach » qui figni- 
fie préparé , parce que la Man« 
ne étoit toute prête à être man« 
gée , fans autre préparation que 
de ramaifer, ou plutôt parce 
qiie les Ifraëlites ^ en voyanc 
cet aliment , fe dirent l'un à 
l'autre : Voici ce pain qui nous 
a iti prépari i & ils l'appelle;; 



rem Manne» c'eft-à-iiîre, chofe 
préparée. 

La quatrième enfin , le fça- 
vanr M. le Clerc prétend que 
le mot Manne vient du mot Hé- 
breu Manach , qui (ignifîe un 
don; & que les Ifraëlites fur- 
pris de voir le matin cette rofée 
extraordinaire , & enfuite de 
ce ûue leur dit Moïfe : Ceft 
ici le pain du Ciel ^ s'écrièrent 
Man^Hou^ voici le don, ou, 
peut-'être , par une txpreffion 
de dédain, qui étoit bien dans 
refprit & le caradlere de ce 
peuple indocile & groffier , ce 
petit grain qui couvre la rofée , 
cft-ce donc-là ce don que TÉ- 
ternel nous avoir promis ? 

On doit, en faine Philofo- 
phie, regretter le tems qu'on 
met à rechercher des étymolo- 
gîes, fur-tout lorfqu'elles ne 
répandent pas plus de jour fur 
le fujét dont il s'agît , & fur ce 
qui peut y avoir du rapport , 
que les diverfes idées qu'on 
Tient d'articuler. Que la Manne 
ait' reçu fon nom d'un mou- 
vement d'étonnementj de gra- 
titude ou de dédain, c'eft-ce 
qu'on ne peut décider , qu'il 
importe aÔez peu de fçavoîr , 
& qui d'ailleurs ne change rien 
à la nature de la chofe. 

Ce qu'il y a de moins équi- 
voque 9 c*efl que de la manie^ 
re dont l'Auteur facré rapporte 
la chofe, on ne peut pas rai- 
fonnablement douter que la 
Manne du Défert n'ait été ml- 
raCuleufe & bien diftérente , 
par-là même , de la Manne or- 
dinaire d'Orientf Celle<»ci ne 



Jï A . . ^ 

paroît que dans certain ,tem$^ 
de l'année , celle du Défert 
tomboit tous les jours , ex- 
cepté le jour du fabbath ; ôccela 
pendant quarante années. Car, 
elle, ne ceâa de tomber dans' 
le camp des Ifraëlites , que' 
lorfqu'iis furent en pofleffion 
de ce pais , découlant de laie 
& de miel , qui leur fournit en 
abondance des âlimens d'une 
toute autre efpece. La Manne 
ordinaire ne tombe qu'en fore 
petite quantité , & fe forme in- 
fenfiblément ; celle du Défert 
venoit tout d'un coup Ôc dans 
une il grande abondance , qu'el- 
le fuffifoit à toute cette prodî- 
gieufe & inconcevable multi- 
tude qui étoit à la fuite de 
Moïfe. 

La Manne ordinaire peut fe 
conferver afTez long*tems , Sc 
fans préparation ; celle qui fe 
recueilloit dans le défert, loin 
de fe conferver 6c de fe dur- 
cir au foleil > fe fondoit bientôt. 
Vouloit-oo la garder? Elle fe 
pourriiïbit , & il s'y engendroic 
des vers. La Manne ordinaire 
ne fçauroit neurrxr, celle du dé-* 
fert fuftentoit les Ifraëlites. 
' Concluons de ces réflexions 9 
& d'un grand nombre d'autres, 
qu'on pourroit y ajouter , que 
la Manne du défert étoit mira- 
culeufe , furnaturelle t & très- 
différente de la Manne comrau* 
ne; c'eft fur ce pîed - là que 
Moïfe veut que le peuple l'en- 
vifage , lorfqu'il lui dit : » Sou* 
9» viens-toi de tout le chemii» 
it par lequel l'Éternel , - totk 
o Dieu j t'ft fait marcher pca^y 



MA 

?» daot ces quarante aiH dans ce 
k> Défert » aiîn de t'humîlier 
a» ^ de t'éprouver , pour con- 
» noîcre ce qui eft en ton cœur; 
» n tu gardois (es comraaode- 
» mens ou non ? Il t*a donc hu« 
» mille & t'a fait avoir faim; 
a» mais y il t*a repu de Manne » 
» laquelle tu n'avois poînt con- 
» nue , ni tes pères au(G , afin 
f> de te faire connoître que 
ao i'hoinme ne vit pas de pain 
i> feulement ; mais quel*homme 
» vivra de tout ce qui fort de 
30 la bouche de Dieu. » 

Le pain dédgne tous les ali- 
mens que fournit la nature , & 
ce qui fort de la bouche de 
pieu , fera tout ce que Dieu , 
par fa puiïïànce infinie y peut 
créer 6c produire pour lubf- 
tenter les humains dWe ma- 
nière miraculeufe. 

Il femble même que l'Éternel 
VouWt faire connoître à foo 
peuple , que c'dtoit bien de fa 
Douche que fortoit la Manne » 

fmifque Icis H<^breux , comme 
e leur repréfente leur conduc- 
teur , virent la gloire de l'É- 
ternel f c'eft - à - dire , une lu- 
mière plus vive ) plus éclatante 
5|ue celle q^i les cooduifoit or- 
.dinaîrement ; & ce fut du milieu 
de ce fymbole extraordinaire 
de fa préfence 9 que Dieu pu- 
blia fes ordres au fujet de l'ali- 
ment miraculeux qu'il leurdif- 
penfoit ; & il le nt d'une ma- 
nière bien propre à le faire ob- 
ferver. 11 leur ordonna 1**. de 
recueillir la Manne pour chaque 



MA Jb9 

matin feulement ; 2?. d'e» re- 
cueillir chacun une mefure éga- 
le, la dixième partie d'un éphi , 
ce qui s'appelle un how^r , 
c^eA-à-dire, cinq à fix livres; 
3^. de ne jamais recueillir de 
la Manne le dernier jour d^ la 
femaine , qui étoit le jour du 
repos, dont la loi de Sinaî 
leur ordonnoit l'exaâe obfer- 
vation. 

Ces trois ordres particuliers» 
également juftes, raifonnables 
9c faciles, fournilTent aux mo- 
raliftes une ample matière à 
bien des réflexions édifiantes » 
& de pluiîeurs maximes prati- 
ques , le tout fortifié par d'am- 
ples déclamations contre i'in-, 
grate indocilité des Hébreux» 

L'envoi de la Manne au Défert 
étoit un événement trop inté* 
reflfant , pour n'en pas perpétuer 
la 'mémoire dans la poftérité 
de ceux en faveur defquels s'é- 
toit opéré ce grand miracle ; 
auffi rÊternel voulut en confère 
ver un monument authentique; 
voici ce que Moïfe dit à Aaroa 
fur ce fujet ^ par Tordre de 
Dieu : » Prenez une cruçlje , 
» mette2-y un plein hower de 
p Manne , & portez-Ià devant 
» l'Éternel , afin qu'elle fe 
» garde pour les races à ve* 
.30 nir. » 

Saint Paul nous apprend que 
cette cruche étoit d*or ; & par 
ces mots , pofei^la devant l'É-* 
urnel , il explique être mife dans 
l'arche , ou , comme portent 
d'autres verûoos » à côté dt Var'^ 



(À) Ad Haibr. £f iâ. c. 9. ▼* 4» 



îto MA 

ehe y ce qui paroîc pluj confdT* 
use à quelques endroits de 
rÉcriture y qui nous appren- 
nent qu'il ny avoîc rien dans 
] arche que le$ tables de i*al* 
liance. 11 faut d'ailleurs obfer- 
ver que lorfque Moïfe donna 
cet ordre à fon frère, Tarche 
n'exîftoit point, & qu'elle ne 
fut conltruite qu'aiTez iong-tems 
après. 

Au refte , le célèbre M. Ré- 
land a fait de fçavanres Se de 
curieufes recherches fur la figu- 
re de cette cruche ou vale , 
dans lequel étoit confervée 
cette Manne facrée. Il tire un 
grand parti de fa littérature > Sc 
de fa profonde connoiflance des 
langues r pour faire voir que 
ces fortes de vafes avoient deux 
anfes>& que quelquefois ils s'ap- 
pelloient oko/; ainfi, dans Athé- 
née 9 on lit 090VÇ yffioyrci^ êtvov g 
c'eft-à-dtre , des ânes remplis de 
vin, d*oà notre fçavant Com- 
mentateur prend occafion de 
juûiRèT les Hébreux de la faufTe 
accufation de conferver dans le 
lieu faint la tête d*un âne en 
or , & d'adorer cette idole. 

Le livre des Nombres dit que 
la Manne étoit blanche comme 
du bdellion. Bochart > d'après 
)>in(ieurs Thalmudîftes » prétend 
que le bdellion fignifie une per- 
le ; à la bonne heure , peu îm* 
porte. 

Ceux d'entre lesÉtymologîf- 
tes qui ont tiré le mot Manne du 
verbe minnach , préparé , par 
la raîfon , difent-ils , qu'elle 
n'avoit pas befoin de prépara- 
tion 9 n'ont pas fait attention à 



MA 

ce qui eft dît au huitième verfeè 
du onzième chapitre des Nom^ 
bres< 3i> Le peuple fe difperfoie 
» & la ramalToit » puis il la 
» raouloît aux meules , ou la 
» piloit dans un mortier , & là 
» faifoit cuire dans un chau« 
» dron^ & en faifoit des gâ<^' 
» teaux , dont le goût étoit 
» fembiable à celui d'une li- 
» queur d'huile fraîche, a Ce 
qui pour le dire en pafTant, noua 
fait voir combien la Manne du 
Défert devoit être folide &c 
Dure 9 & toute différente, par là 
même , de la Manne d'Arabie g 
ou de celle de Calabre. 

IIL Quant à fon goût ^ l'É-* 
criture Sainte lut en attribue 
deux diffcrens ; elle eft compa- 
rée à des bignets faits au miel f 
&L dans un autre endroit, à de 
l'huile fraîche ; peut-être qu'elle 
avoît le premier de ces goâts 
avant que d'être pilée & apprê- 
tée , & que la préparation lui 
donnoit l'autre* 

Les Juifs expliquent ces deux 
goâts différens , &c prétendent 
que Moïfe a voulu marquer par- 
là 9 que la Manne étoit comme 
de l'huile aux enfans > comme 
du miel aux vieillards 9 6c com- 
me des gâteaux aux perfonnes 
robnfles. Peu contens de tout 
ce qu'il y a d'extraordinaire 
dans ce miraculeux événement 9 
les Rabbins ont cherché à en 
augmenter le merveilleux par 
des fuppofitions qui ne peuvent 
avoir de réalité que dans leur 
imagination » toujours poufiee' 
à rextréme. Ils ont dit que la 
Maisoe avoit tous les goârs p^^ 



MA 

Sbles , hormis celui ié9 fiof • 
reaux y des oignons ^ de Tail, 6c 
celui des melons 8c concombres, 
parce que c*étoîeBt-ià les divers 
légumes après leiquels le coeur 
des Hébreux foupiroit » &c qui 
leur faifoientfi fort regretter la 
naifon de fervkude« 

Us ont accordé à la Manne 
tous les parfums de divers aro- 
mates , dont étoit rempli le 
Paradis terreftre. Quelques 
Rabbins font allés plus loin 9 &c 
b^oot pas eu honte d'afiurer que 
la Manne devenoic poule 9 per* 
drix ^ chapon « ortolan 9 ô(c« 
félon que le fouhaitost celui 
qui en mangeoir. C*eft ainfi 
quMs expliquent ce que Dieu 
difoit à fou peuple, quUI nV 
voit manqué de rien dans le 
Défert.' Saint Auguftin profite 
de cette opinion des doâeurs 
Juifs « & cherche à en tirer 
pour la morale un merveilleux 
parti, en dcabliffant qu'il n'y 
avoit que les vrais jufles qui 
evfl*ent le privilège de trouver 
dans la Manne le goût des 
riandes qu'ils aimoient le plus. 
Ainfi , dans le fyiléme de §aint 
Auguftin , peu de juftes en If- 
raël ; car ^ tout le peuple conçut 
un tel dégoût pour la Manne » 
qu'il murmura , ^ fit , d'un 
commun accord 9 cette plainte f 
qui eft plus dans une nature 
foible , que dans une pieufe ré- 
fignation : Quoi ! toujours de la 
Manne ? Nos yeux ne voyent que 
Manne ? 

Encore un mot des Rabbins» 



M A rtt 

Quelque ridicules que foient 
leurs idées « il eft bon de les 
connoître pour fçavoîr de quoi 
peut être capable une imagina^ 
tien dévotement échauffée. Il» 
«joutent au récit de Motfe , 
que les monceaux de Manne 
étoient fi hauts 6c fi élevés^ 
qu'ils étoient apperçus par les 
Rois d'Orient & d'Occident ; 
6c c'eft à ctttt idée qu'ils ap« 
pixquent ce que le Pfalmille 
dit : (e) Tu drejfes ma table devant 
moi ^ â la vue de ceux qui me 
preffent. 

Les Hébreux» 8c en général les 
Orientaux , ont pour la Manne 
du Défert une vénération par« 
ticuliere. On voit dans la bt'» 
bliotheque orientale d^Herbe- 
lot , page 547 , que les Arabes 
la nomment Ja dragée de la 
toute puifiTance. £t nous lifons 
dans Abénezra , fur l'Exode , 
que les Juifs , jaloux du miracle 
de la Manne , prononcent ma* 
iédiélion contre ceux qui ofe* 
roient foutenir ^opinion con« 
traire. 

Akibaprétendoitqne laMan* 
ne avoit été produite par Té^ 
paîffiiïêment de la lumière cé^-^ 
leile , qui , devenue matérielle ^ 
étoit propre à fervir de nour- 
riture à l'homme ; mais , le 
Rabbin Ifmaél défapprouva 
cette opinion , 6c la combattit 
gravement , fondé fur ce prin- 
cipe , que la Manne « feloa 
rÉcrîture , eft le pain des An- 
ges. Or \t% Anges , difoît'il , m 
font pas nourris par la lumière» 



Ci) Plalffl. %%* T. tf. 



lïA 



MA 

devenue matérielle , mzU par 
la lumière de Dieu même.N*eft- 
îl pas à craindre qu'à force de 
fubtilités , on ûe fafle de cette 
Manne une viande un peu 

creufe ? 

IV. De toutes les efpeces de 
Manne > l'on ne fe fert aujour- 
d'hui que de celle qui vient d'I- 
talie , & particulièrement de 
Calabre ou de Sicile. Elle naît 
dans ce pais fur deux difieren- 
tes efpeces , ou plutôt variétés 
de frêne, fçavoir, le petit frêne, 
fraxinus humilior , five altéra 
Tbeophrafli , & le frêne à feuille 
ronde , fraxinus rotondion, fo* 

tio. 

Pendant les chaleurs de l'été, 
la Manne fort d'elle - même è.t% 
branches & des feuilles de cet 
arbre, fous la forme d'un fuç 
gluant , mais liquide , qui fe 
durcit bientôt à l'air , même 
pendant la nuit , pourvu que le 
temsfoit férein; car , la récolte 
de la Manne efl; perdue , s'il 
furvient des pluies ou des 
brouillards. Celle-ci s'appelle 
Manne fpontanée. La Manne 
fpontanée eft diilingue en Man- 
ne du tronc & des branches , 
di corpo , & en Manne de 
feuille , di fronde. On ne nous 
^ipporte point de cette dernière 
flui eft fort rare , parce qu'elle 
^ft difficile à ramafler. Les ha- 
ibîtans de ce pais font auffi des 
jncifions à l'écorce de l'arbre, 
& il en découle une Manne qu'ils 
appellent forzatt ou forzatella. 
Cette dernière opération fe fait, 
dès le commencement de l'été, 
fur certains frênes qui çr oiffenc 



MA 
fuf «n tfcri'eîn fec Sc plerrett* i 
& qui ne donnent jamais de la 
Manne d'eux-mêmes; elle fe 
fait auffi à la fin de Juillet, fur 
ceux qui ont fourni jufqu'à 
lors de la Manne fpontanée» 

Nous avons dans nos bouti- 
ques l'une & Vautre de ce* 
Mannes, dans trois difféfens 
états, i^. Sous la forme dd 
grofles gouttes ou ftalaâites , 
blanchâtres, opaques, feches , 
cafTames , qu'on appelle Mantiô 
en larmes. On prétend que ce« 
gouttes fe font formées au bouc 
des pailles, ou. petits bâtons 
que les payfans de calabre 
ajuftent dans les incifions qu'ils 
font aux frênes* La Manne cd 
larme elt la plus eftimée , & 
elle mérite la préférence à U 
feule infpeftion , parce qu'elle 
eft la plus pure , la plus mani- 
feftement inaltérée- 

1^. La Manne en fortç ou 
en marons , c'eft - à - dire , en 
petits pains formés par la réu- 
nion de plufieurs grains ou 
grumeaux collés enfemble ; 
celle-ci eft plus jaune & moins 
feche que la précédente ; elle 
eft pourtant très bonne & très- 
bien confervée. La plupart des 
apothicaires font un triage dans 
les caifles de cette Manne eii 
forte ; ils en féparent les pUii 
beaux morceaux , qu'ils gardent 
à part , fous le nom de Manne 
choîfie , ou qu'ils mêlent avec U 
Manne en larmes. 

3^. La Manne graffe , ainlî 
appellée, parce qu'elle eft molle 
& onflueufe, elle eft auffi noi- 

racre 



MA 

titre & fale. C'eft fort mal-à- 
propos que quelques perfon-* 
nés , parmi lefquelles on pour- 
roit compter des médecins , 
Ja préfèrent à la Manne feche* 
La Manne graffe ed toujours 
une Manne gâtée par Thumi- 
dâté.par la pluie ou par Teau de 
la mer , qui ont pénttré les 
cai^Tes dans lefquelles on Ta 
apportée. Elle fe trouve d'ail- 
leurs fouvenc mêlée de miel » 
de caflbnade commune & de 
fcammonée en poudre ; ce qui 
fait un remède au moins infi- 
dèle , s*il n*eil pas toujours 
4angereux, employé dans les 
cas où la Manne pure eil in- 
diquée* 

MANNIUS , Manniuj , (a) 
Tribun de légion. L*an de Ro- 
me 496 & 256 avant Jefus- 
Ohrift , les Confuls L. Man- 
Hus Vulfon & M. Atilius Ré- 
gulus voulurent faire voile en 
Afrique; mais, ce ne fut pas 
fans un e^ctrême répugnance de 
la part de quelques foldats , âc 
même de quelques Officiers « à 
qui le nom feul de mer , de 
longue navigation , de rivage 
ennemi, faifoit peur. Mannius 
fe diâingua entre tous les au- 
très 9 & porta les plaintes & 
le murmure jufqu*au refus d'o* 
béir. M. Atilius Régulus , qui 
^toit homme ferme âc d^auto- 
rite , en lui montrant les verges 
& les haches que portoit le 
Lifteur , lui dit d'un ton mena- 
çant qu*il fçabroit bien fe faire 

' {a^ Roli. Hifl. Hom. Tom. 11. pâg. 
510,5x1. 
(^) Tacit- de Morib. Germant c. »i 

Tm. XXyiI. 



M A TT^ 

cbéîf* Ufle crainte en éeoufiTa 
une autre , & la menace d*unar. 
mort préfente le rendit hardi 
navigateur. 

MANNUS i Mannus , efcla- 
ve des Cala viens. Voye^ Cala« 
viens. 

MANNUS .Mannus , (h) 
fils de Tuiilon , paifoit parmi 
les Germains pour un des fondai 
teurs de la nation. Mannus eut 
trois fils I dont le premier don-* 
na fon nom aux Ingévones 9 ce 
font les peuples voifins de l'O- 
céan ; le fécond 9 aux Hçrmi- 
nones (Itués au centre du païs ; 
le troifîeme , aux lilévones qui 
comprennent le refte de la na- 
tion. TuiAon & Mannus étoienc 
honorés comme des Dieux paf 
les Germains. f^oye{^ Tuiftoné 

Manon, Mano, m^^v^ 

( c ) Prince qui régna fur les 
Arabes* Lucien eu fait men'« 
tion. 

MANTELETS , machines de^ 
guerre ^ deftinéds à couvrir le* 
foldats dans les fieges. Ces Man* 
telets étoieht conftruits de bois 
léger , hauts de huit ou neuf 
pieds ) larges d'autant., longs de 
feize y couverts à double étage » 
Tun de planches , Ôc l'autre da 
claies 9 avec les côtés d'ofier^ 
& revêtus par dehors de cuirs 
trempés dans Teau , de peur dti 
feu. On petit comprendre' ett 
général fous le nom de Mante* 
lets , ce que les Anciens ap- 
pelloient pluuî ^ vinea ^ crûtes ^ 
&c. 

Mytb. par M. PAbb. fian. T. V. pa|; 
CO Lttcian. T. 1). p. 6t9- 



TxAi IML A 

MANTIANE, Maruiana. 
Voye[ Matiane. 

. MANTIAS , Mantîas , {a) 
JAavueie» * Athénien dont DémoA 
tbene fait mention dans Tes ha- 
rangues contre Bœotus , laiffa 
en mourant trois enfans , du 
nombre defquels énoic Manti- 
fhée, 

M ANTIENES [ les Monts ] , 
Mant'uni Montes , yb) montagnes 
d'Afie f félon Hérodote. Cet 
Auteur dit du Gyndes, qu'il a 
fa fource dans ces montasjnes , 
& qu'il fe jette dans le Tigre. 
Il dit encore ailleurs de TAraxe, 
qu'il a auilî fa fource dans ces 
iitêmes montagnes. 

L'édition de Gronovîus porte 
Mutieni; mais , Ortélhis lit Man* 
tien'u Une édition de Francfort 
1608 a» dans un endroit 9 if 
}AotvTtvniTi ^ & dans un autre 9 in, 
tiitvtiwZv \ la marge en ce der- 
nier endroit préfente t^'aTmSf» 
VGyi\ Matiane & Matianes. 

MANTINÉE , Matinea , (c) 
M«»'r!»'*'«> ville du Péloponnèfe 
dans l'Arcadie. Elle étoit fîtuée 
au midi & aux confins de la 
Laconie. Du côté du nord » les 
Mantinéens étoient féparés àts 
Orchoméniens par le mont An- 
chifius au bas duquel étoit , fé- 
lon quelques-uns 9 le tombeau 
d*Anchife. 

On rapporte la fondation de 
cette ville à Mantinéus fils de 



MA 

LycaoA ; ce Prince ravoîtbâtîe 
en un autre endroit. Ce fut Ân« 
tinoé 9 qui 9 en vertu d'un cer- 
tain oracle, transféra depuis les 
habitans de cette première ville 
en celle donc il s'agit préfen- 
fement. 

Les Mantînéens ne furent que 
fpedlateurs du combat que les 
autres Arcadiens livrèrent aux 
Lacédémoniens près de Dipée ; 
mais, dans la guerre du Pélo* 
ponnef<*9ils fe liguèrent avec 
les Éléens en faveur d'Athenes^ 
contre Sparte 9 de foutenus par 
les Athéniens ils o ferrent com- 
battre les Lacédémoniens ei» 
bataille rangée^ Enfuite , fui« 
vant toujours l'inclination qu'ils 
avoientpour Athènes, ils nrenc. 
voile fous fes enfeignes en Sicî« 
le. Quelques années après , les 
Lacédémoniens fous la conduite 
d'Agélipolis^ fils de Paufanias, 
firent des courfes jufqu'aux por- 
tes de Mantinéej taillèrent en 
pièces tout ce qui s'oppofa à 
eux 9 ÔC prirent enfin la ville 
non pourtant par force , mais 
par adrefie. Car 9 ils détournè- 
rent le fleuve Ophis , & lui fi- 
rent prendre fon cours le long 
des murs 9 qui bâtis de brique 
crue , bientôt fe délayèrent & 
ne furent d'aucune réfiilance. 
En effet , cette forte de brique 
foutient mieux Tefifort des ma- 
chines de guerre que les pierres 



ftf) Demofih. Orat. in Bœot. p. looi.f 551. é^ feq. Plut. Tom. t. pag. 1044. 
ér fec[' t^ fi'!* Corn. Nep. in Epamia. c 90 

(b) Herod. L. 1. c. 189» aoa. Thucyd, pa^;. 24^. ^ feq. Diod. SicuU 

(c) Strab. pag- 557 , 358 , 608. Paaf. pag. ^%6 > 3*7, 464, ^oo- &fiq' Mém. 
p. 4S8 , 466. é~ /«f- Ptolem. L. 111. c. de PAcad. des Infcripu & Bell. Lecf. 
lé. PiÏTi, Tom. 1. pag. 19 j. Xenopbr p. Tom, XV, p. ^jy 



• t 



MA 

1h plus dures , qui rudeinent 
frappées « ou s'éclatent , ou fe 
détachent 6c fe défuniffent ; mais 
à i'eau elle $*amollk de fond 
comme la cire au foleiU Agéfi- 
polis n'eut pas la gloire de l'in- 
Vention dans cette entreprife ; 
il ne 6t qu« ce que Cimon fils 
de Miltiade avoit fait avant lui 
au fiege d*Éion fur le Strymbn 
contre Bogès qui défendoit la 
place pour le roi de Perfe. 

Agélipolis^qui pouvoit avoir 
oui parier de ce itratagêmeii 
vanté à Peliene»en profita fort à 
propos.Lorfqu^il eut pris Manti- 
Dée, il en rafa une bonne partie, 
ôc ne lailTa fur pied que queU 
q,ues maifons pour un petit nom- 
bre d'habitans , qui y relièrent; 
les autres furent difperfés dans 
plufieurs villages; mais, après 
la bataille de Leudlres, ils furent 
rétablis dans leur ville par les 
Thébains ; bienfait dont ils ne 
fe montrèrent pas fort recon- 
noi^ans. Car , peu après , il$ 
traitèrent avec Sparte à Tinfçu 
cfes autres Arcadiens , ôc crai'» 
gnant les Thébains qui avoient 
découvert leur deiïein , ils fe 
rangèrent hautement du parti 
desXacédémoniens. Du moins ^ 
eil-il certain qu^au combat de 
Mantinée ils combattirent fous 
les ordres des Lacédémoniens 
contre Épamtnondas & contre 
les Thébains. Mais enfuite » s*é- 
tant brouillés avec eux , ils 
quittèrent leur alliance pour 
entrer dans la ligue d'Achaïe. 
Alors 9 ils prirent les armes 
contre Agis , iîls d'£udamîdas 
loi de Sparte , Ôc le ctraiTeren^ 



M A ÎTÇ 

de leur paT$, après quoi s*étanc 
joints aux Achéens commandés 
par Aratus , ils remportèrent 
une féconde viéloîre. Ils fécon- 
dèrent encore les Achéens dans 
leur expédition contre Cléo« 
mené , ÔC contribuèrent beau- 
coup à abattre la puiâfahce des 
Lacédémoniens. Enfin , parce 
qu*Antigonus , tuteur de ce jeu- 
ne Philippe , qui fut père de 
Perfée , s'étoit durant fa tutele 
montré fort aff (flionné aux 
Achéens , les Mantinéens lui 
rendirent toute forte d'hon- 
neurs , jufqu'à changer le nom 
de leur ville en celui d*Antigo- 
nie. Plutarque raconte la chofe' 
un peu autrement. Il dit que les 
Achéens prirent cette villa» 
avec le fecours d'Antigonus > 
qui en ayant fait préfent aux- 
Argiens , après avoir ordonné. 
par un décret, quMls ne l'appel-- 
ieroient point Mantinée , mais* 
Antigonie. 

Dans la fuite» à la bataille 
d*Aâium qui fe donna près du 
promontoire d*ApoIIon , le^ 
Mantinéens comb^ittirent pour 
Augufte, tandis que les autre» 
Arcadiens fuivoient le parti de 
M.Antoine, par averiîon com-* 
me on croit pour les Lacédc** 
raoniens qui avoient embraâTé 
celui d^Augufte. EnHn , après 
dix générations , Adrien parve- 
nu à l'Empire fit reprendre à la 
ville de Mantinée fon ancien 
nom, ne trouvant pas bon qu'elÎQ 
en portât un qui fentoit un peu 
trop fon amour pour les Macé« 
donîens. 

Le principal temple de la 

Hij 



ir^ 



MA 



ville étoic double j ou pour 
mieux dire 9 c'en écoient deux 
qui n'éroient féparés que par 
un mur. Dans l'un il y avoir une 
ilatue d'Efculape, ôc c'éèoit un 
ouvrage d'Alcamene ; l'autre 
étoic confacré à Latone ôc à Tes 
enfans ; leurs ftatues avoient 
été faites par Praxitèle trois 

ténérations après Alcamene. 
ur le piédeflal de ces ftatues 
le fculpreur avoic repréfenté 
d'un côté une Mufe , &c de l'au^ 
tre Marfyas qui jouoit de la 
flûte. Dans ce temple » on voyoic 
une colomne contre laquelle 
ttoit adoffée une ftatue de Po- 
lybe, fils de Lycortas. 

Les Mantinéens avoient plu- 
jGeurs autres temples ; ils en 
avoient un de Jupiter Sauveur, 
un autre de Jupiter Épidote^ 
comme qui diroit , de la divi- 
nité dont les hommes tiennent 
tous leurs biens ; un autre de 
Caftor & de Pollux , un autre 
de Cérès Ôc de Proferpîne. 
Dans ce dernier , ils confer- 
voient du feu toujours allumé , 
& avoient grand foin qu'il ne 
s'éteignit pas. On voyoit auffi 
un temple de Junon près du 
théâtre j la Déefle étoit affife 
fur un trône > ayant à fes côtés 
fa iîlle Hébé & Minerve ; ce 
morceau de fculpture étoit de 
Praxitèle. Le tombeau d'Ârcas, 
fils de Calliilo^ étoit tout auprès 
de l'autel de Junon; car c'étoit là 
que fes os avoient été apportés 
de Ménale , en conféquence 
d'un oracle rendu à Delphes | 
& conçu en ces termes ; 



MA 

Minale fut toujours le fijour des 
frimats ; 

Menait cependant poffède votre 
jircas. 

Peuple qui lui deve^ un nom fi 
plein de gloire , 

Hâte^^vous à Venvi d* honorer fa 
mémoire, 

Qu*inceffamment fes os par vos 
foins rapportés^ 

Soient au milieu de vous déformais 
refpe6iés ; 

Et que ce Héros mis au rang des 
immortels , 

Obtienne enfin che\ vous un tem» 
pie & des autels* 

Les Mantinéens dépoferent 
les cendres d'Arcas dans un 
lieu qu'ils nommoient les autels 
du Soleil. Aux environs du 
théâtre il y avoit plufieurs mo- 
numens dignes de curiofîté , 
entr'autres une efpece de Ro- 
tonde où ils gardoient le feu 
facré , ou commun , ainii qu'ils 
l'appelloient. On croyoit que là 
repofoit Autonoé , fille de Cé- 
phéé. Près de fa tombe on voyoît 
une colomne fur laquelle étoic 
une ftatue équeftre de Gryllus, 
fils de Xénophon. Derrière le 
théâtre étoient les ruines d'ua 
temple de Vénns y dite de bon 
Secours, avec quelques ilatues' 
qui étoient reilées. Sur un pié- 
deilal on voyoit une infcription 
qui portoit que ces flatues 
avoient été confacrées par Ni-* 
cippe, fille de Paféas. Les Man- 
tinéens bâtirent ce temple à* 
yénus; pour apprendre à la pof> 



MA 

térîté qu^âu combat naval d*Ac- 
cium ils avoîent combattu fur la 
flotte des Romains. Ils avoient 
auffi dédié un temple ôc une 
ftatue à Minerve Aléa. 

Antinoiis étoit encore une de 
leurs Divinités. Mais y fon tem- 
ple étoit le plus récent de tous, 
& c'éroit pour faire leur cour 
à Adrien qu'ils Tavoienr bâti. 
Mancinée n*étoit pas le feul en- 
droit dû il eût les honneurs 
divins ; les Égyptiens avoient 
Tur le Nil, une ville qui portoit 
même fon nom. Que fi Ton veut 
Içavoir pourquoi il étoit parti- 
culièrement honoré à Mantinée, 
en voici la raifon. Antinoiis étoit 
de Bithynium au-deiïus du fleu- 
ve Sangarius. Or ^ les habitans 
de Bithynium éto^enc Arca- 
diens Se même Mantinéens d'o- 
rigine ; voilà pourquoi l'Empe- 
reur Adrien avoit voi^u qu'An- 
tinous eût à Mantinée un tem- 
ple & des facrifices » êc qu'on y 
inflituât à fon honneur des jeux 
qui fe célébroient tous les cinq 
ans. Dans le lieu d'exercice il 
y avoit une maifon où l'on con- 
fervoit des ftatues d'Anrinoûs ; 
cette maifon étoit à voir pour 
la beauté du marbre dont elle 
étoit ornée ôc pour fes peintu^ 
Tes, Antinous y étoit peint en 
plufieurs endroits fous la forme 
de Bacchus , & l'on y voyoit 
aufC ce combat de la cavalerie 
Athénienne, dont il y avoit un fi 
beau tableau dans le Céramique 
à Athènes. 

Dans la place publique on 
voyoit une ftatue de femme en 
htonzty qui, à ce que difo^enc 



MA . "7 

les habîcans , repréfentoîc Déo- 
menée , fille d'Arcas. On y 
voyoit aufli le monument héroï- 
que de Fodarès , qui fut tué, 
difoient-ils, en combattant coi^ 
ère Épaminondas Sc contre les 
Thébains. Quelques foixante^ 
dix ans avant Paufaiiias , ils 
tranfporterent au jeune Poda- 
rès , petit-fils du précédent » 
l'infcription qui étoit fur le toni« 
beau de fon ayeul. Le jeune 
Podarès avoit pu voir encore 
les Romains en République* 
Mais , du tems de Paufanias , c'é- 
toit l'ancien Podarès qui étoit 
honoré des Mantinéens. Et en 
eiFet , ils publioienr qu'entre 
tous ceux qui payèrent de leur 
perfonne au combat de Man* 
tinée » citoyens ou ciliés , celui 

Îui fe diftingua le plus fut 
rryllus , fils de Xénophon ; 
après lui Céphifodore de Ma- 
rathon , qui commandoit la ca- 
valerie des Athéniet» ; & ea 
troifieme lieu Podarès » celuir 
'là même dont nous parlons. 

La ville étoit percée de telle 
forte , que de tous côtés il y 
avoit des chemins qui menoient 
dans le reile de l'Arcadie. 

La tradition portoit que ce 
fut dans cette ville que Péné«» 
lope pafia le tems de l'exil , au- 
quel UlyiTe fon époux l'avoit 
condamnée pour adultère. 

Quelques-uns afiTurent que 
Mantinée eft connue aujour.«» 
d^hui fous le nom de Mendi oti 
Mandi. 

MANTINÉENS , Mantinei , 
Jdantinenfis , M^vr/y^Tc , les ka^ 

/ H iij 



^11 5 M A 

.bicaos de Mancioée. Foye^ Man- 
4tinée* 

, MANTINÉÛS, Mantineusy 
yLxfri¥(vz , {a) un des fils de Ly- 
,caon y fonda la ville de Maïui- 
née» Voyei Mantinée- 
^ MANTITHÉE , Mantîthcus , 
MavTiBgJç , (^) Officier dont il 
t& fait mention dans Xénophoq. 

MANTITHÉE , Mantitheus, 
fAoutri^îoç , {c) Athénien étoit 
.fils de Mantias. Il en eft fait 
.mention dan^ les harangues de 
Démofthene contre Bœotus. 

MANTO , hianto , MottJ» 
,{d) fanaeufe Prophéte0è , filJe 
de Tiréfias. 

L'on ra^conte que Therfandre 
fiU de P.olynice & les Argiens 
ayant prisThebes,y firent beau- 
coup de prifonniers, qu'ils en- 
voyerent^l'oracle de Delphes. 
Parmi eu^ étoit Manto qui ve»- 
noit de perdre Tiréfias fon père, 
snort en allant à Haliarte. La 
réponfe de l'oracle fut quje ces 
prifoiiniers eufifent à chercher 
des terres étrangères. Auflltôt 
ijs équipèrent une flotte, pafle- 
Tent en Afie & allèrent defcen- 
dre à Claros. Les Cretois , 
voyant débarquer ces étrangers, 
prirent les armes , marchèrent 
4 eux , les enveloppèrent de les 
menèrent à Rhacius. Celui-ci., 
3yant fçu de la jeune Manto 
.^uels étoient Tes compagnons 
ic ce qui les amenoit en Afie , 
les aflbcia aux Cretois , les re- 
içut dans fk ville, & pour Mantb 



MA 

il répoufa. De ce mariage oa<^ 
qui.t Mopfus qui dan« la fuite 
chafiTa les Cariens de toute cette 



côte. 



Voilà fans doute ce qui .a 
àox^é lieu à quelques-uns de 
croire que la ville de Claros 
fut fondée par Manto après la 
féconde guerre de Thebes » 
quelques années avant Tépoqué 
de la prife de Troie. Cette fille, 
dont l'antiquité copte plusieurs 
merveilles fur le don qu^elle 
avoit <de prédire l'avenir , di'^ 
plorant les malheurs de £& pa- 
trie I fondit en larmes , 6l Tes 
pleurs formèrent une fontait^e 
& un lac, dont l'eau , Iorfqu*oa 
en bu voit , con;>muniquoit le 
don de Prophétie; mais , comn»e 
cette eau n'étoit pas faîne ^ eiJLe 
caufoit auflî des maladies %L 
.abrégeoît la vie. Pline qui en 
parle s'exprime ainfi : rColpr- 
phone in ÂpolUnis Clarii fptcu 
lacus eft , cujus potu mira red' 
duniUT oracula , h'ihtntium bnviort 
vitd. 

Selon Apollodore , Alcméonf 
général de l'armée qui prit Thè- 
mes , devint amoureux de Man- 
to , & eut deux enfans d'elle » 
un fils nommé Amphiloaue , Sc 
iine fille appeliée Tiuphon^. 
Celle-ci fe fentir de la fureur 
.de fon père. 

OiQdore de Sicile dit que la 
fille de Tiréfias s'appelloir 
Daphné ; qu*e}le fut envoyée .à 
Peiphes par ks Argiens ; 4c 



<«) Pauf. p. 458 , 46J, I Tom. 1. p* iti. Diod. SIcbI. ptg. 187* 

(k) Xenpph. p. 4t9. lOvid. Metam. L. VI. c. 5. Myth. par 

Ce) Deniofth. Orac. in Baiot. p. looi. f M. PAbb. Ban. Tom. il. p. l^ , }S* ^* 
(h) Pauf. pag. 400 > 557» s^st Plin.llV. p. 271. 



MA 

qu'elle j rendit un grand non- 
Ère d'oracles. 

Paufanias rapporte que de ton 
tems on voyoit à Thebes devant 
le veftibuie du temple , la pierre 
.fur laquelle Manto s'aâeyoit 
.pour rendre fes oracles , de 
qu'on Tappelloit la chaire de 
'Âlanto. 

MANTO , Manto » l/iwtrti , 
(a) dont on voyost le tombeau 
à Mçgare, avant que d'entrer 
dans le temple de Bacchus. 
Cette Manto étoit fille de Po« 
lyidus. 

MANTO , Manto , Utrrti . 
(^) prophétefle d'Italie , femme 
dfu Tibre dont elle eut un fils 
liommé Ocnus , qui bâtît une 
ville qu'il appella Mancoue du 
nom de fa mère* 

MANTOUE , Mantua , (c) 
-Marrcûa , ville d'Italie dans la 
Gaule Tranfpadane » fur le 
Aiincius. Elle fut bâtie par les 
Tofcans , & elle refta toujours 
une ville Tofcane , parce que 
la force de fa fituation la met- 
'coit en état de réfîiler aux Gau- 
lois. 

Cette vîlle eft fameuîe dans 
les écrits des Anciens ic des 
Modernes > pour avoir domié 
la naiflance i Virgile > qui en 
parle lui-même de la forte : 

Primas Idumaas refiram tibî ^ 
Mantua , palmas , 



MA T r^ 

Et viridi eampo templum de mar^ 
more ponam 

Propier aquam , t^dis ingens ubi 
fiexibus enat 

Mincius , & tenera pratexit aruHr 
dint ripas. 

C'eft-à-dire, » ô Mantoue, 
» je ferai » le premier que tu 
30 verras chargé de palmes 
3> cueillies dans l'Idumée. J'é* 
30 lèverai un temple de marbre 
» dans tes vertes campagnes, 
où le Mincio ferpente lente- 
3> mentj au milieu des tendres 
» rofeaux qu'il fait croître fur 
M fon rivage. » 

Martial dit : 

Maronefilix Mantua eft. 

Stace en à fait un magnifique 
éloge dans ce vers v 

NcHat adoratas & Smyrna & Man* > 
tua lauros. 

Et Siliûs Italicus a dit à peU 
près la même .chofe dans ceoxr 
ci : 

Mantua Mtéfarum domus , atqac 
ad fydera cantu 

Eveâa Andino , Smyrnais amula 
pleâris. 

Cependant , Virgile n'étolc 
pas né dans la ville de Mancoue, 
mais dans un village voïCtn nom- 
mé Andes » aujourd'hui Pétula*» 
à deux lieues de Mantoue. Un 



ié) Pauf. p. 8i. f *• /if. Andd. L. X, v. 198. ér fip 

(*) Virg. iEnetd. L* X. v. 198. M«nial. L, 1.. Epigr. 6s. Stat. Sylv. t, 

^^ fil' 1^* Carm. 1. v. 9. Siil. Italie. L. 8. v. 

{d) Scrab. pag. so]. Plin. Tom* 1. p. 595 > S9^* Mém. de IMcad. det Jnfcripc. 

17s. Pccrlem. L. 111. c. 1. Tit. Lit. t. k MU Lsû^ Xom. XVUl. p. ^S, 9jh 

>KX1V, c. 10. Virg. Gcorg. L, Ul. v. la. 1 



izo M A 

ancien Auteur de la vie de Vir- 
gile , & que Ton croit être Do- 
pât , a fondé cette opinion. 
Ndtus efi y dit-il en partant de 
ce Poëte, Cn. Pompeio Magno 
& M. Licinio Coff. Iduum OSto" 
hrïum die , ïn pago , qui Andes 
dicitur, qui eft à Mantua non prO' 
\cuL Silius Italicus appuie ce 
fentiment en appellant les vers 
de Virgile camus Andinus. AlnCi^ 
Virgile fut furnommé Mantua-» 
nus i parce qu'il étoit né dans 
le voifinage de Mantoue ; au 
lieu qu'on devoit proprement 
le nommer Andinus, 

Virgile nous a donné lui- 
même l'origine de Mantoue. Il 
dit qu*eUc^ fut fondée par Oc- 
Dus , fils du Tibre 6c de la de- 
.vinerefle Manto ; Se qu'il la 
somma du nom de. fa mère. Il 
ajoute qu'elle commandoit à 
trois peuples divifés chacun en 
quatre tribus: Enfin , il fait en- 
tendre qu'elle étôit ta capitale 
<le ces douze tribus. Mais » il 
relevoit la gloire de fa patrie 
9UX dépens des autres villes du 
païs. 

Ni les cartes géographiques , 
'^î les voyages , ne donnent 
point l'idée qu'il faut avoir de 
rîa (îtûation de Mantoue. On 
repréfente ordinaireinent cettie 
ville au milieu d'un lac, dont 
.on la fait à peu près également 
.environnée ; ce qui n'efl point 
du tout ainfî. Le Mincio , trou- 
vant un païs bas » s'élargit & 
forme une efpece de marais dou- 



Ma 

ze ou quinze fois plus long que 
large. Mantoue eft bâtie fur un 
terr eia ferme » quoique dans un 
des côtés de ce marais. Quand 
on vient de Crémone , on pafle 
une chaufiTée longue feulement 
de deux ou trois cens pas ; & 
de Tautre côté quand on va à 
Vérone , le marais ou le tac eft 
beaucoup plus large. Il y a 
quelques endroits où ces eaux 
font toujours courantes ; mais 
en d'autres elles croupifTent & 
infedtent tellement l'air de Maa- 
toue I que dans les chaleurs » 
tous ceux qui peuvent quitter 
la ville en forteht. La fituation 
de Mantoue ne reflemble pas mal 
à celle de Péronne ; mais Pé- 
ronne » outre fon marais , a une 
bonne fortification , &C Mantoue 
n'eA ceinte que d'un mur* Il eft 
vrai que fa citadelle lui eft une 
forte défenfe. 

Cette ville efl médiocrement 
grande , à peu près comme Cré- 
mone ; mais , elle eft beaucoup 
plus riche Se plus peuplée. Elle 
eft aujourd'hui la capitale du 
Duché , auquel elle donne fon 
nom. 

MÀNTURNA, Mantuma^ 
{a) Ditfft des Romains. C'étoit 
à elle qu'on s'adrefiToit » pour 
que. la nouvelle époufe fe plût 
dans la maifon de fon mari , & 
-y demeurât. Ce font des éph» 
thetes données à la Divinité » dc 
dont on a fait autant de divini- 
tés particulières. 
'MANUÉ, Manne ^ Ma»««\ 



^4) Antiq* expliq* par D. Bern. de Montf. Tom. IV. pag* 409. Tom» \\U 
pig. lao. 



MA 

tf) de fa trîbu de Dan , 8c de la 
ville de Saraa.^Sa femme ctoîc 
Aérile. Un jour , un ange du 
Seigneur apparut à cette femme 
& lui dit : M Vous êtes ftérile 
» & fans enfans ; mais , vous 
» concevrez & vous enfante- 
î» rez un fils. Prenez bien garde 
» de ne point boire de vin ni 
» rien de ce qui peut enivrer, 
» & de ne manger rien d'im* 
» pur , parce que vous conce- 
» vrez & vous enfanterez un 
» fils, fur la tête duquel le ra- 
» foir ne pafl*era point* Car > il 
» fera Nazaréen , confacré à 
» Dieu dès fon enfance & dès 
» le ventre de fa mère , & c'eft 
s» lui qui commencera à déli- 
» vrer Ifraël de la main des 
» Fhilfftîns. » 

Cette femme, étant venue trou- 
ver fon mari , lui dit : » Il eft 
» venu à moi un homme de 
» Dieu qui avoit un vifage 
» d'ange , & qui imprimoit un 
» grand refped. Je ne lui ai 
» demandé ni qui il étoir , ni 
» d*oti il venoit , ni comment il 
» s'appelloit , il n'a point jugé 
» à propos de me le dire. Mais 
» voici ce qu'il m'a dit : Vous 
» concevrez & vous enfante- 
» rez un fîls; prenez bien garde 
» de ne point boire de vin , ni 
» rien de ce qui peut enivrer, 
» & de ne manger rien d'impur, 
» car l'enfant fera Nazaréen, 
*> confacré à Dieu dès fon en- 
» fance , & dès le ventre de 
» fa mère jufqu'au jour de fa 
3» mort*-» Manué.pria donc le 



^ A m 

Seigneur & lui dit : » Seigneur, 
30 je vous prie que l'homme de 
30 Dieu que vous avez envoyé 
30 vienne encore, afin qu'il nous 
» apprenne ce que nous devons 
» faire de cet enfant qui doit 
» naître. » Le Seigneur exauça 
la prière de Manué , 6c l'ange de 
Dieu apparut encore à fa fem- 
me , lorsqu'elle étoit adîfe dans 
les champs. Manué fon mari 
n'étoit pas alors avec elle» 
Ayant donc vu l'ange , elle cou- 
rut vtte à fon mari Ôc lui dit : 
x> Voilà ce même homme que 
» j'avois vu auparavant qui s*eft 
*» encore montré à poi. » Ma- 
nué fe leva auQîtôt , fui vit fa 
femme , & étant venu vers cet 
homme il lut dit : » Eft-ce vous 
» qui avez parlé à cette femme? 
a> H lui répondit , c'eil moi. 
30 Manué lui dit, quand ce que 
n vous avez prédit fera accom- 
jo pli , que faudra-t-il obferver 
» par rapporta l'enfant? Que de- 
» vra-t-il faire ? De quoi fa mère 
n devra-t-elles'abftenir? L'ange 
» du Seigneur répondit à Ma- 
» nué : Que votre femme n'o- 
» mette rien de ce que je lui ai 
33 marqué ; qu'elle ne mangé 
X» rien de ce qui naît de la vî- 
^> gne , qu'elle ne boive ni vin 
3» ni rien de ce qui peut eni- 
» vrer ; qu'elle ne mange rien 
30 d'impur, & qu'enfin elle ac- 
» complifle avec foin tout ce 
93 que je lui ai ordonné.» 

Manué dit à T'ange du Sei- 
gneur ; » Je vous prie de m'ac- 
30 corder ce que je vous demaa« 



(#> Jttdie. c. i|. v« a* & Al* 



ijzA MA 

a» de 9 -& de permettre que notra 
99 vous préparions un chevreau* 
3» L*ange lui répondit : Quelque 
» înâance que vous me fafëez^ 
3> je ne mangerai point de vo« 
3» tre pain , mais fî vous vouiez 
t» offrir un holocaufte » oârez* 
» le au Seigneur. 30 Manué ne 
fçavoit pas que ce fût l'ange 
du Seigneur , Se il lui demanda 
comment il s'appelloit , afin» 
dit-il 9 que nous puiiïïons vous 
honorer , lorfque vos paroles 
ieront accomplies. L'ange lui 
répondit: n Pourquoi deman- 
30 dez-vous à fçavoir mon nom, 
y> qui eft admirable? » Manué 
prie donc le chevreau avec les 
oblations de farine, il les mit 
fur une pierre âc il les offrit au 
Seigneur , qui fit un grand pro- 
dige à la vue de Manué & de 
fa femme ; car, il s'éleva de 
Tautel une flamme vers le Ciel, 
£c Pange du Seigneur y monta 
au milieu des flammes. A cette 
merveille , Manué & fa femme 
tombèrent le vifage contre ter- 
re , de range du Seigneur dif-< 
parut de devant leurs yeux. 

Manué reconnut auiHtôt que 
c'étoit range du Seigneur , Ôc 
il dit à fa femme : 3> Nousmour- 
» rons certainement , car nous 
99 avons vu Dieu. » Sa femme 
lui répondit : » Si le Seigneur 
y> vouloit nous faire mourir , 
» il n'auroit pas reçu de nos 
y> mains Tholocaufle ôcles obla- 
3» tions qui Taccompagnoient ; 
» il ne nous auroit point fait 



MA 

» voir toutes ces choies f 8c 1t 
» ne nous auroit point prédit 
i> ce qui doit arriver. » Elle 
mit donc au monde un fils 
qu'elle appella Sanfom. Cette 
hifloire fe rappone à Tan ixfi 
avant J. C. 

MAO, MoQf ia) nom que 
les Chinois, donnent à la conf- 
tellation des Pléiades. 

MAOCH, Maoch^ A'/««wx^ 
(h) fut père d'Achis, roi de 
Geth. 

M A O N 9 Maon ^ Ma<»r ^ 
M«s0/> % ie) ville de Palefiine 
dans la tribu de Juda, dans 
la partie la plus méridionale 
de cette tribu. Nabal da monc 
Carmel avoir de grands biens 
dans le défert de Maon , 6c 
David demeura aflez long-tems 
dans ces cantons* là ^ durant la 
perfécutioa que Saul lui fit fouf* 
frir. 

Dom Calmet croit que Maoa 
étoit la capitale des Maoniens^ 
dont il efl parlé dans rHébrea 
aux Paralipomènes. La Vulgaie 
dans un endroit porte Ammonii» 
Us 9 au lieu de Maonim ; de 
dans un autre elle lit hakkatkh* 
nes^ ôc les Septante Minaos* 

La ville de Maon^ qui don- 
noit fon nom au défert de Maon» 
eft apparemment la même que 
Maenois ou Msonis , qu'Eufebe 
met dans le voifînage de Ga%e ^ 
& que Ménaeum du code Théo- 
dofien , près de Berfabée » oia 
Verfabinum. Elle efl nommée 
Minois dans les foufcriptions 



(if) Mém. de l'Acad. des Infcripc. ftl ie) Jofu. c. 1$. v- S5* ^cg* !•• 1* c. 
Bell. Lect. T. XV. pag. 464 » 445. . - . 

((; Reg. L. 1. c. »7. V. s« 



Iie) Jofu. c. 1$. V- S 5* Rcg* !•• 1* Cm 
t). V. 14 f 25. c. %%, V. t. Para]. L» !« 
c« 4. v»,49 y 41. L. 11, €• SQ« V* 1^ 



MA 

jiu Coticite de Chalcédoiiie de 
J'an de Jefus-Chrift it5i. 

M AON, Maon^ M«»r, {a) 
fils de Sammaï , fut père de 
Bethfur. 

M AON ATHI , Maonathi , (*) 
Mr.^e;, fils d'Othoûiel, fut 
père d'Opiira. 

MAPSAM , Mapfam , ( c ) 
MctCtLffifji , fiJ6 de Seliura , & 
p^re 4e Mafma. 

MARAÇANDA, Maracan-- 
da^ Mx/>axa(r/«t » {i^ ville d*A- 
£e daos la Sogdiane. Elle ep 
ÂtoxK la capitale ji felaû Arr^en. 
Pcoiéméje la met dans la Sac- 
tfiaoe* 

Spi€flinène , aya^nt chaiTé la 
garnifoa de Maracanda , s'étoit 
:renferiivé dans ce>tce place, quoi- 
,que les habitans n^approuvalTent 
point fa révolte, mais ils fai*- 
îbienc femblant d'y confentir , 
parce qu'ils ne ppuvoient l*em^ 
pêcher. Ménédeme fut envoyé 
contre le rebelle , mais il fut 
-àéiw. j & reila mê^e fur la 
place* Alexandre , informé de 
<ce qui s'étoit paijiie , marcha en 
perfpnne contre Maraçapda ; 
flaaû , Spitamène pr^vip^ par 
Ja fujte fon arrivée. Quo^ue 
les hsi^iirans ne fuCi^nt pas dans 
le fond coupables , Alex^^dre 
•mîaa leur ville. Scrabon du 
«moki^ la met au nombre 4^ 
cellen que ce Cop^nérant re^- 
>Terfa« 



M A IIJ 

Le même Scrabon nomme 
cette ville Paracanda; les Ma* 
nufcrits, au rapport de Cafau- 
bon , ponenc Mdfdnatfra. ou 
M««9Kx»6a. Il vaudroit mieux 
lire hActpaK^vItt. On dit que c'eft 
préfentemeor Samarcande« 

M A R A C £ S , Maraqî , 
Mtpa)Lcl , (t) peuple de Grèce* 
félon Xénophon. Cet Hiftorieo 
les nomme avec les Dolopes* 
Ce doivent être les mêmes que 
ctux que FI ioe appelle Maraccs^ 
6c qu'il rapge parmi les peu- 
ples d'Étolie. 

MARAGDUS , Maragdus , 
Mi/a67/-o; p (f) officier Arabe» 
du tems de Cyrus. Xénophon 
dit que Maragdus avoir à les 
ordres cent mille hommes éfi 
cavalerie , ceot chars « Ôc une 
multitude prodigieufe de fron- 
deurs. 

MARAI , M4rai , M^h^a « 
(g) dç la ville de Nétophath , 
de la race de JCarai , et oit chef 
des vingt -quatre mille hommes , 
qui fer voient aoprès de David 
4ans le dixième mois qui répon4 
à notre mois de Janvier. 

MARAI A , Mar^iay h^unoU, 
(h) éioh chef de la famille fa- 
cerdotale de Sar^ia, du tems de 
Joacim. 

M ARAIOTH , Marlaoth , (i) 
l/kx^:^^' -, étoit fils d'Achitob* 
capitaine de la mai(bn du Sei- 
gneur. Il fut père de Sadoc* 



6») Parai. L. 1. e. «. y. 45. 

H) Patal. L. 1. ç. 4. V. 13 ) 14. 

C^) Parai, t. 1. c- 4» v. 95. 
, {d) Q. Curt. L. VU. ç. 6 , 9. L. VllI. 
f, \ p %, &;jib# pag* $17» ftuJem. l.* 
yL c. XI. 



(é) Xenoph. pa^. 5$o. PUn. Tom. 1« 
p. 190. 
(/J Xcaoph. pag. 19. 
{£) Pa^al. 1. 1. c. »7. V. i}. 
Ih) %iAï, L. il. c. II. V. iB, 

i (>j Pacpl. L. l«c. 9. V, ii« 



1^4 ^ Â 

MARAlOTli,Maraîoth,(ay 

Mct/)6j;6, fils de ZarahiaSj fie 
père d'Azarias. 

M AR AJOTH , Marajoth , {h) 
MctpivT^ , Prêtre de la race d'Aa- 
toa» Il fut 61$ de Zaraias » de 
père d^Amarras. Il eft mis au 
rang des grands Sacrificateurs , 
dans îe premier livre de Para- 
lipomènes. 

MA R ANE S, ott Mara- 
NÉENS , Maranei , Mapctfi7^ , (e) 
peuple Arabe qui fut détruit 
par les Garyadanes» Fayei Ga- 
ryndanes, 

MARATHON , Marathon , 
Mccpafôwr , (d) bourgade de Grèce 
dans TAtrique , étoît (ituée , 
félon Paufanias, à égale dif- 
tanced* Athènes & deCaryfthée 
ville d'Eubée. Cornélius Népos, 
dans la vie de Milciade > îa 
met à environ mille pas d'A- 
thènes. Elle étoit dans la tribu 
Afantide , comme Spon l'a prou- 
vé par un ancien marbre qui 
contient les noms des tribus 
Athéniennes. Son nom lui ve- 
ftoit du héros Marathon , en 
stténraire , dit Plutarque , de ce 
que ce jeune homme avoir ac- 
compli un ancien Oracle , en 
••offrant volontairement pour 
être facrifié à la tête des trou- 
pes. 

C'eit à Marathon que les 
Perfes débarquèrent , & qu'a- 
près un grand combat où ils 

(«) Efdr. L. 1. c. 7. V. 3* 

(f) Faral. L. 1. c. 6» v. 69 

(c) Diod. SicuU p* is)* 

{J) Pauf. pag. «8 > 60. & fêq, Scrab. 
pag» 177 > 383 , î9«' & /«f • Herod. L. 
1. c. 6». L. Vil. c. 107» ii^t Diod. 
$lcul. pag. «42. Plut. Tom. 1. p% 6^ 15* 



MA 

furent défaits , ils perdirent en* 
core plufieurs vaîffeaux en fe 
retirant. Les Athéniens n*eurent 
pas plutôt appris la nouvelle 
de leur débarquement qu'ils nom- 
mèrent dix ôénéraux ; & près 
"de fe mettre en marche 9 ils dé- 
pêchèrent le courrier Phidip- 
pîde à Sparte, pour inftruire 
les Lacédémoniens du péril d^ 
la Grèce. Phidippide forti d'A- 
thènes avant le départ des Gé- 
néraux , arriva le neuvième de 
la lune à Sparte. 

Le Confeil dès Éphores fenttt 
la néceffité d'un prompt fecours; 
mais, une loi religieufe 9 â: 
dont rinfraftion eût attiré la 
colère des Dieux, défendoîc 
de commencer une entreprife 
militaire avant la pleine lune » 
qui ne devoit arriver que dans 
fîx jours , c'eft-à-dire , le ïf 
du même mois. On fe crut donc 
obligé d'attendre ce jour-là^ 
pour faire partir les troupes» 
Nous avons peine à compren- 
dre aujourd'hui que de pareils 
fcrupules aient arrêté des homi- 
mes fenfés dans une telle occa- 
fion ; cependant , Thiftoire noiw 
fournit de femblables traits dans 
tous les fieeles de dans tous lès 
païs. 

Les Athéniens ne crurent pas 
devoir attendre la jondlion des 
Spartiates; ils jugèrent plus à 
propos de profiter de la fitua* 

Plin. Tom. 1. pag. 197* Tom. 11. pae; 
370, 690» Pomp. Mel. p. II). Tbuc^d* 
P^R* H y 48- Corn. Nep* in Miltiad. c. 
4,6. m Themifth. c. 1 » 5 1 6. Julh L. 
11. c. 9. Mém. de PAcad. des Infcript* 
& Rell. Letu Tom. XVlll, pag. j^^ 
& frivt 



M A ' 

tîon des Perfes , alors reflerrés 
par la mer , par une montagne 
ÔC par le marais de Marathon , 
qui ae leur permettoic, ni de 
s*écendre9 ni de faire agir leur 
cavalerie. Ainfî , dhs- qu'ils eu- 
rent reçu le renfort qui leur ve- 
Boit de Platées, ils s*avancerent 
par le flanc de la montagne , ëc 
prirent pofte à la vue des Per- 
les. Miltiade , qui craîgnoit les 
intrigues des Piliilratides de du 
vieil Hippîas , propofa de bruf- 
i!)uer Tatraque; plufieurs de fes 
Collègues lui cédèrent leur 
jour de commandement ; il at- 
tendit néanmoins pour donner 
le combat , que le lien fût ar- 
rivé. La viâoire fut complète, 
êc Parmée Perfanne, contrainte 
de fe rembarquer, abandonna 
fes équipages , en laiffant huit 
mille trois cens hommes fur le 
<liamp de bataille; fans parler 
d'un plus grand nombre de 
fuyards qui périrent dans le 
marais. Les Athéniens pourfui- 
virent les vaincus jufqu'aux 
f>ords de la mer , leur prirent 
fix vaifleaux, 6c en brûlèrent 
plufieurs* 

Cette bataille , qui a rendu 
ce lieu (i mémorable , fe donna 
la troifieme année de la 72*. 
Olympiade, Pan 490 avant 7. C. 
Les Athéniens n'étoient qu'au 
nombre de douze mille, tandis 
'^|ie les Perfes comptoient dans 
lé^r armée plus de cinq cens 
iplle hommes. Cette bourgade 
€toir déjà fameufe , depuis que 
Théfée y avoit pris le taureau 
de Marathon , qui avoit fait 
beaucoup de mal à la Tétrapole 



M A f ij 

d^Âttiqne, Se qui fut ùcnBé 
par le vainqueur au temple de 
belphes. 

L'on voyoit à Marathon la 
fépulture de ces braves Athé- 
niens qui périrent dans le com* 
bat contre les Perfes. Sur leur 
tombeau l'on avoit élevé des 
cdlorones où étoient gravés 
les noms » les tribus & les ex- 
ploits de ces illuOres morts* 
Les PJatéens , peuples de Béo- 
tie , avoient au(Iî-là leur mo- 
nument , ÔL les . Efclaves le 
leur , car en cette occalioA 
les Efclaves furent enrôlés pour 
Ja première fois» Miltiade fils 
de Cimon avoit fa fépulture 
à part. 

39 Dans la campagne de Ma* 
30 rathon l'on entend , dit Paufa- 
3» nias , toutes les nuits des 
39 henniflemens de chevaux êc 
30 un bruit de combattans ; tous 
3» ceux que la curiolîté y attire 
» & qui prêtent Poreille à def- 
39 fein , s'en retournent fort 
n maltraités , mais ceux qui 
33 paifant leur chemin voyent 
33 ou entendent quelque chofe^ 
39 n'offenfent point les Mânes 9 
» & il ne leur arrive riea de 
3» mal. 33 

Les habitans du lieu regar- 
dolent commme autant de Héros 
ceux qui furent tués en com- 
battant contre les Perfes; ils ref* 
pedloient leur mémoire, Ôc en- 
core plus celle de Marathon qui 
donna fon nom à cette Bourga** 
de. Mais, ils honoroient Her- 
cule d'un culte tout particulier, 
& ils paflbient même pour être 
les premiers des Grecs ^ui lui 



120 M A 

eufTenc confacré des autels* Au 
refte * à les en croire > il y eut 
en cette fameufe journée un 
événement fort (ingulier. ' Un 
inconnu qui avoit Tair àc Tha- 
bit d*un paiTan , vint fe mettre 
du côté des Athéniens durant 
la mêlée, tua un grand nom- 
bre de Barbares avec le man- 
che de fa charrue , & difparuc 
auflitôt après. Les Athéniens 9 
ayant confuhé l'Oracle pour 
fçavoir qui étoit cet inconnu , 
n*eurent d'autre réponfe iînon 
qu'ils honoraflent le héros 
Échethlée. Après le combat , 
ils érigèrent- dans le lieu même 
un trophée de marbre blanc. 
Les Athéniens fe faifoient hon- 
neur d'avoir donné la fépul- 
ture à tous les Perfes qui pé- 
rirent dans le combat ; &i en 
effet ils avoient toujours re- 
gardé comme une aâion de 
piété d'enterrer les morts. Ce- 
pendant, je n*ai vu, dit Paufa- 
nias , dans toute la pleine de 
Marathon , ni tombeau , ni émi- 
nence, rien enfin qui air Tair 
d'un monument ; ce qui me 
fait croire , ajoute Paufanias 9 
que Ton jerta leurs corps dans 
quelque foffe , à mefure qu'on 
en rencontroit. 

On voyoit à Marathon une 
fontaine qui portoit le nom de 
Macarie. Dans la plaine il y 
avoit un lac fort bourbeux. On 
dit que les Perfes , par mépri- 
fe ôc pour ne pas fçavoir les 
chemins , fe jetterent tout au 
travers ^ & qu'il en pcrit-là 



MA . -, 

un grand nombre. Au defTus du 
lac on vit longtems fubfiiler 
les écuries d*Artapherne » bâ- 
ties de pierres-, & l'endroit où 
il attachoit fon pavillon fe fai* 
foit remarquer. Ce lac for** 
moit une rivi«re , dont l'eaa 
vers fa fource étoit fort bonne 
pour les beiliaux, mais vers 
fon embouchure elle étoit fa- 
léeSc pleine de poifTons de mer* 
Un peu plus loin que la plaine 
de Marathon, il y avoit une 
caverne digne d'être vue ; l'en- 
trée en étoit étroite , mais quand 
on éroit dedans , on trouvoit des 
chambres I des baignoires, une 
érable appellée communément 
retable de Pan, & des pier-. 
res taillées en figures de chè- 
vres. 

Marathon , dit aujourd'hui 
Marathona, félon Sophien , dc 
Marafon félon quelques autres» 
n'eil plus qu'un petit amas de 
quinze ou vingt zeugaria , ou 
métairies des Athéniens , éloi^- 
gné de trois milles de la mer Se 
de fept ou huit d'Ébreo Cattro ; 
ce qui répond aux foixante- 
quatre flades, que Paufanias met 
de diilance enire Marathon 6c 
Rhamnus. 

MARATHON , Marathon , 
MapaBcJr , (a) fameux Héros qui 
donna fon nom au bourg de 
Marathon. Voyei Marathon. 

Eumélus avoit écrit que Ma* 
rathon , fils d'Épopée & petit- 
fils d'Aloëus qui avoit le Soleil 
pour père, craignant la colère 
&; le% mauvais traitemens d'É-^ 



C«) l'auf. pag. a8 > 61 9 8s* 



MA 

popée^s'étph franfplanté dant 
la partie maritime de l'Attique; 
qu'après la more de fon père 
H étoit revenu dans le Pélopon- 
nèse ; qu*ii avoit partagé le 
royaume entre Tes enfans ; qu'en- 
fuîte il étoit retourné en Atrî- 
qoe y & que fes deux fils , Si- 
cyon 3c Corinthus , avoient don- 
né leur nom an pais qui leur 
étoit échu en partage. 

MARATHON [ le taureau 
de ] , Marathonius Taurus , {a) 
Mapct^iueç Tav^tç. Plutarque ra- 
conte que Théfée, ne pouvant 
fouffrir i*oifîveté , ôc voulant 
d'ailleurs, s'attirer Tamour du 
peuple f alla contre le taureau 
de Marathon , qui incommo- 
doit extrêmement les habitans de 
la contrée , appellée Tétrapole ; 
6c l'ayant dompté & pris tout 
en vie , il le fit pa(Ter au tra- 
vers de la ville , afin qu'il fût 
vu du peuple, & le facrifîa en- 
fuite à Apollon Delphinien* 

MARATHON £ le lac de ] , 
Marathonius Lacus. (h) Paufa- 
cias fait mention de ce lac , & 
dit qu'il étoit en grande partie 
rempli de limon. Les Perfes mis 
en fuite à la journée de Mara- 
tbon fe précipitèrent dans ce 
lac. Ceux qui faifoient difficulté 
de s'y jetter, furent paffés au 
fil de l'épéepar les Athéniens. 

MARATHONIENS , Mara-^ 

ikonii , lActpahûdviot f les habifans 

de Marathon. Fbyei Marathon. 

iVîARATHOS, ou Mara- 

(ii) Plut. Tom. 1. p. 6. 
<^) Pauf. p. 6i» 6». 
(c) Pomp. Mei. pag. 69. Ptolèm. t. 
JT.c, 15, Suab. pag. 755. Plia, Tom. 1. 



?, 



M A T17 

tUtTS , Harathus , Afarathos, (c) 
M<x/>a0o<, ville d'Afie dans U 
Phénicie. CVtoit» félon Pom- 
ponius Mêla, une ville fameufe. 
Ce fut- là qu'Alexandre reçue 
des lettres de Darius, écrites 
en des termes fi orgueilleux , 
u'il en fut extrêmement ofien- 
e ; mais^ ce qui le piqua davan- 
tage • ce fut que Darius prenoic 
le titre de Roi , ^ ne Je lui 
donnoit pas à lui-même. 

Ptolémée nomme cette ville 
dans la Cadîotide entre Anta- 
rade 6c Mariame. Tzetzès U 
met entre le Cafius & le Liban, 
& l'appelle Maraphis. Straboa 
parle de Marathos, comme d'une 
ancienne ville des Phéniciens , 
mais qui étoit ruinée de fon tems«^ 
Il ajoute que les habitans de l'iile 
d'Arade en avoient partagé en- 
tr'eux au fort le territoire. Cet- 
te ville fe rétablit depuis , Se 
elle fubfîfte encore aujourd'hui 9 
dit-on , fous le nom de Tor- 
tofa. D'autres veulent que ce 
foit préfentement Margat. 

MARATHUS , Maratkus; 
Voye^ Marathos. 

MARATHUS , Marathtts , 
Mc^«8oç , (d) Héros que d'autres 
nommenr Marathon. Voye\^ Ma-. 
rathon. 

MARATHUSE , Maraphujal 
Mx/»aOot;oa , {e) îfle fituée fur les 
côtes de l'Afîe mineure , vers 
Éphefe , félon Pline. Etienne 
de Byzance la met plus au nord» 
près de Clazomenes. Thucydi* 

pag. 164 • 674. Q. Curt. L. IV. c. i. 

ii) Plut. Tom. 1. p. 1 s. 

(e) Plia. Tom. 1. p. 187. Tfaucyd. fi 
57<i 



128 M A 

de dit que Marathufe, Pelé & 
Drimyfl'e étoient des iflesiîtuées 
devant Clazomenes ; ainfi 9 il 
a fervi de guide à Etienne de 
Byzance, qui Ta copié en cela. 
Son nom venoic de la quantité 
de fenouil qui y croifToit. Pline 
écrit MarathufTe. avec deux^ 

MARATHUSE, Marathufa, 
Mapd^Qvaci , (a) ville de Tifle 
de Crète. Pline 6c Pomponius 
Mêla en font mention. 

MARATHUSSE , Marathuf 
fa. Voye{ Marathufe. 

MARBRES DE PAROS , 
autrement Marbres d'Arondel. 
Le nom de Marbres de Paros 
vient de ce que ces Marbres 
furent trouvés dans Tifle de 
Paros. Foye{ ArondeI« 

MARC [ Saint ] , Marcus , 
MtVxo^ « (h) ÉvangéliAe 9 étoit » 
félon Papias , Saint Irénée 9 & 
la plupart des Anciens ôc des 
Modernes 9 le Difciple êc Pin- 
cer prête de Saint Pierre; & 
plu(ieurs Anciens croyent que 
c*eil lui dont parle Saint Pierre 
dans fa première Épître , & 
qu'il appelle fon fils fpiriiuelj 
apparemment parce qu'il Tavoit 
converti. On croit qu'il avoic 
vété du nombre des foixante- 
dix Difciples, avant qu'il s'at- 
tachât à la fuite du Prince des 
Apôtres ; mais , quelques Pères 
a^joutent à cela une particula- 
rité 9 que Saint Marc fut un 
de ceux qui fe retirèrent de la 
compagnie du Sauveur, lorf- 
qu*il lui eut ouï dire ces paro- 



MA 

les : D Si vous ne mangez la 
n chair du fils de l'homme, & S, 
» vous ne buvez fon fang9 vous 
» n'aurez point la vie en vous- 
» mêmes ; » mais que Sainr 
Pierre l'ayant ramené , il de«* 
meura toujours depuis ferme 
dans la foi, de s'attacha à cet 
Apôtre qu'il accompagna à Ro- 
me , où il écrivit fon Évangile» 

Quelques-uns Pont confondu 
avec Jean Marc , connu dans 
les Adles des Apôtres ik dans 
les Épîtres de Saint Paul ; 
mais, ce fentiment eft prefque 
entièrement abanndoné. D'au» 
très foutiennent que Saint Marc 
étoit de la race Sacerdotale . 
& qu'il portoit le bonnet des 
Prêtres. C'eft ce que dit l'au- 
teur Anonyme de fes Aâcs» 
On prétend auilî qu'il étoit nd- 
veu de Saint Pierre j étant fil» 
d'une de fes fœurs. 

Quoi qu'il en foitj cet Apô- 
tre étant allé à Rome vers 
l'an de Jefus-Chrift 44 9 Saine 
Marc l'y accompagna , & y 
écrivit fon Évangile , à la prière 
des frères > qui lui demandèrent 
par écrit, ce qu'il avoit ap- 
pris de la bouche de Saint Pier- 
re. 

Saint Pierre ayant appris ce 
que fon Difciple avoit fait , le 
loua, l'approuva & donna foo 
Évangile à lire dans les Églifes» 
comme un ouvrage authentique. 
TertuHien attribue cet Évangi- 
le à Saint Pierre i & TAuteur 
de la Synopfe, qu'on croit être 



(s) Plin. T« 1. pag. aïo. Pomp. Mel.l (^) Pets, Èfifi, i. c. 5. y. 13. 
ptg. 1480 I 



Saint 



MA . 

Saint Âtlianafe, veut ^ue'ceè 
Apôtre le lui ait di(flé. Eu- 
tythe f Patriarche d'Alexan- 
drie « avance que Saint Pierre 
J'écrivit ; &. quelques- uns , ci* 
tés dans Saint Chryfoitôme » 
croyant que Saint Marc l'écrivit 
tn Egypte. D'autres veulent 
qu'il l'ait écrit après la mort 
de Saint Pierre. Toutes ces di- 
Verfités de fentimens prouvent 
aflez qu'il n'y a rien de bien 
certain fut le tems , ni fur le 
lieu où Saint Mafc conapofa 
fon Évangile^ 

On eû auHÎ partagé fur la 
langue dans laquelle il a été 
écrit» les uns foutenant qu'il a 
été compofé en Grec^ & les au- 
tres en Latin. Les Anciens &C la 
plupart des Modefnes tiennent 
pour le Grec qui pafTe encore 
à pféfeiit pour l'original de 
Saint Marc ; mais , quelques 
exemplaires Grecs manufcrits de 
cet Évangile portent qu^l fut 
écrit en Latin. Le Syriaque ôt 
l'Arabe le portent de même. 
Il étoit convenable qu'écrivant 
à Rome, de pouf les Romains, 
il l'écrivît en leur langue* Ba- 
roàius & Selden fe font décla* 
rés pour ce fentiment, lequel 
toutefois n*a que très-peu de 
Seâateurs. 

On montre à Venîfe quelques 
cahiers que l'on prétend être 
l'original de la main de Saint 
Marc. Si cela étoit bien fûr^ 
& que Ton pût lire le Manuf-*- 
crit , ce feroit une preuve in- 
faillible pour terminer cette dif* 
pute. Mais , on doute que ce 
&it le vrai original de Saint 



Mâ/e; & il €i\ tellei^efit gâté 
par la vieillefTe, qu'à peine eA 
peut-on dillinguer use feuld 
lettre» Le demiet Auteur qutt 
nous fçachions , qui en ait paf^ 
lé, eft O. Bernard de Môntfau'" 
con^ Il foutient qu'il eil écrit 
en Latin , Ql il avoue qu'il u'a 
jamais vu de (i ancien Manuf* 
cfit* Un Auteur qui l'avoit VU 
avant lui» croyoit y avoir re-*> 
marqué des caraâeres Grecs» 

Ce manufcrit de Saint Mar6 
eft écrit fur du papier d'Égypta 
beaucoup plus mince de plus dé-» 
licat que celui que l'on voit eti 
diâTérens endroits. D. Betnafd 
de Montfaucon croit qu'on ne 
bazarde gueres en difant qu'il 
eil pour le plus tard du qua«t 
trieme fiecle. 11 fut mis en 15641 
dans un caveau dont la voûtd 
même eft dans les marées , plui 
bafle que la mer voidne ; de«là 
vient que l'eau dégoutte perpé«* 
tuellement fur ceux que la cu^ 
riofîté y amené. On pouvoit eft* 
core le lire, Jorfqu'on l'y dépo^^ 
fa en 1564» 

Plufîeurs Modernes croyent 
que Saint Marc fut envoyé paf 
Saint Pierre de Rome à Aqui- 
lée , où il demeura deux ans ^ 
demi , & fonda une Èglife \ 
mais, ce fait n'eft pas fonda 
dans Tantiquitéi On croit que 
ce fut l'an de Jefus-Chrîit 49, 
qui étoit le neuvième dé I*em* 
pire dé Claude > que les Juift 
ayant çté chafles de Rome ^ 
Saint Pierre &. Saint Marc fu^* 
rent obligés d'en fortir* Saint 
Pierre envoya Saint Marc eà 
Ègyptç, pour y prêcher Tj^ 



ï;d MA 

vangile* Il defcendîc d^abotdlK 
Cyrene dans la Pentapole » où 
il fit plufieurs converfioDS, Delà 
il vint à Alexandrie > où il con» 
vertît Anien , qu'il ordonna pre- 
mier Évéque de cette ville« Le 
aombre des Chrétiens s'y multi- 
plia extrêmement; & ils y vécu- 
rent d'une manière fi parfaite» 
?u'au fentiment de plufieursv 
hilon le Juif en a voulu faire 
honneur à fa nation, en décri» 
yant la manière de vivre des 
premiers Chrétiens , fous le nom 
de Thérapeutes. 

Le nombre des Chrétiens 
croiffant tous les jours , les 
Payens fe foulevercnt contre S. 
Marr f qui étoit venu renver- 
fer le culte de leurs Dieux. Il 
crut qu'il étoit de la prudence 
de fe retirer & de laiiler paiTer 
cette tempête. Il retourna à 
Cyrene , oà il demeura encore 
deux ans. Puis il revint à Ale- 
xandrie. Il y vit avec joie les fi- 
dèles augmentés en foi 8c en 
grâce , aufii bien qu'en nombre , 
ôc en fortit de nouveau* Il alla 
apparemment à Rome > s*tl eft 
vrai 9 comme le dit là chronique 
d'Alexandrie 9 qu'il y affilia à la 
mort de Saint Pierre ôc de Saint 
Paul » l'an de Jefus-CbriA 66^ 
De'^là il revint à Alexandrie» 
où les Payens irrités du grand 
nombre de fes miracles « âc des 
railleries que les Chrétiens fat-» 
foient de leurs Idoles > le cher- 
choient pour le faire mourir. 
Dieu le cacha pendant quelque 
«ems; mais, ils le trouvèrent 
iqui ofFroit le Saint Sacrifice. 
Ç'étoit un Dimanche 24 Avxîl 



MA 

del'andeJerus-ChriftéS.lls M 
mirent une corde au cou , & le 
traînèrent pendant tout le jour ^ 
difant qu'il falloit mener ce 
bufiie à Bucoles, qui étoit un 
lieu près de la meri plein de 
rochers & de précipices. Sur le 
foir , ils le mirent en prifon > o4 
il eut deux vidons pendant la 
nuit ; Tune » d'un Ange 9 qui 
l'aflura que fon nom étoit écrit 
au livre de vie ; l'autre, de 
notre Sauveur , qui lui donna la 
paix. Le leodemaiiv» les infidèles 
recommencèrent à le traîner 
par les rues , jufqu'à ce qu'il 
rendit fon ame à bien , le 2f 
Avril de Tan de Jefus-Chrift 
68. Plufîeurs ont dit qu'il avoit 
fini fa vie par le feu ; apparém!« 
mène que l'on brûla fon corps 
«près fa mort. 

Quelques Hérétiques, au rap-? 
port de Saint Irénée » ne rece- 
voient que le feul Évangile 
de Saint Marc. D'autres piarmi 
les Catholiques rejettoient les 
douze derniers verfets de fon 
Évangile» depuis le v. 9 , Surgens 
autem mane , &c. jufqu'^à la ^n 
du livre ; apparemment à caufe 
qu'il paroifibit que Saint Marc t 
en un endroit > étoit trop op-> 
pofé à Saint Matthieu , & qu'il 
rapportoit dans cette dernier^- 

λartie > des circonftances oppo- 
ses aux autres Évangéliiles» 
Les anciens Pérès, les ancienr 
nés verfions Orientales , & pttf* 
que tous les anciens exemplai** 
res , tant imprimés que manufr 
cries. Grecs & Lsitins, lifent 
ces douze derniers verfets » ^ 
les leconûoiâent pouc aiitb^ft* 



MA 

tiques , comme tout le relie de 
l'Évangile de Saint Marc* 
. Autant qu'on en peut juger 
en comparant Saint Marc avec 
Saint Matthieu , le premier a 
abrégé Touvrage du fécond. 
Saint Marc employé très-fou- 
venr les même termes , rappor- 
te les mêmes hifloires* de rele«* 
ve les mêmes circonftances. S» 
Marc y ajoute quelquefois de 
nouvelles particuia/ités , qui 
donnent un grand jour au teixte 
de Saint Matthieu. Il y a même 
deux ou trois miracles dans S. 
Marc 9 qui ne fe trouvent pas 
dans Saint Matthieu. Ce qu*il 
y a de fort remarquable dans 
notre Évangélifte , c*ejft que 
quoqu'il fuive Saint Matthieu 
dans prefque tout le refie , il 
-abandonne cependant Tordre de 
fa narration > depuis le chapi* 
tre IV. V. i^. jufqu'au chapitre 
XIV. V. 13. Dans ces endroits 
au lieu de fuivre Saint Mat* 
thîeu 9 il s'attache à Tordre des 
tems marqué dans Saint Luc de 
dans Saint Jean ; ce qui a dé-- 
terminé les Chronologiftes à 
fuivre Saint Luc , Saint Marc 
& Saint Jean préférablement à 
Saint Matthieu* Dans les com<«> 
mencemens de TÉvangile 9 il 
commence fon récit à la prédi- 
cation de Jean ^ Baptifte , Ôc orner 
plufieurs paraboles qui font rap- 
portées dans Saint Matthieu , 
Chapitre XX , XXI & XXV , 

. (4) Dio. CaC p. 79^. 4^ /^r. déi» 
Bitt. des Exp. Tom» IV. pag. )a8 • 
3*9 > 3)0. & fmiv. Mém* de TAcad. 
des Infcript. & Bell. Letc. Tom» i< p 



MA i)t 

& plulîeurs difcours de le fus* 
Chriil à fes DiCciples & auiC 
Pharifiens , chap* V, VI , VU ^ 

XVI, xxm* 

On peut voir la vie de Saint 
Marc dans les Bollandiftes ÔC 
dans M. de TiUemont , & ç^ 
que M. Spanhem a écrit fur 
cet Évangéliile* 

MARC » Marcus , Mxoxoç» 
Voye^ Jean , fur nommé Marc* 

MARC AURELE, MarcuÉ 

parent de l'empereur Adrien i 
porta d'abord le nom de M* 
Annius. Il étoit Efpagâol d'ori-« 
gine. Son bifayeul parterne!, quî^ 
le premier de fa famille. Vint, 
s'établir à Rome, avoit pour pa^ 
trie Ucubis ouSuccubis, ville 
de la Bctique , peu éloignée d'I-ï 
talica, patrie d'Adrien. 

La nobîeffe de la famîHe de 
M. Annius pouvoir être ancien- 
ne, & on lui attribue une ori- 
gine bien iltuftre , mais chimé- 
rique , fans doute, en la faî-* 
fant defcendre de Ntima. Sotif 
illuftration conftanie ne remon- 
te pas au delà de la quatrième^ 
génération. Annius Vérus , fcn 
bifayeul , s*ciant tranfporté , 
comme il vient d'être dit * d'U* 
cubis à Rom^^ y parvînt à la Pré^ 
ture. Son grand-pere du même 
nom porta la fplendeur de fat 
fflaifon au plus haut degré , 6c 
devint Patricien, trois foisCon- 



Tom. 11. pag. 4)85 4)9* Tom. JCli. pag, 
%66i 564, 3^9, |T4. 385 , j^cj; Tom; 
XV. pag. 43 i 48 , 6» , 449 , -,68. Tom. 
XVII, pa^. li. Tom. XVill. pag. 218» 



t»9 » ftso f ^1 1 H^ » lfc5V-»'*a8o r •Bt'j & fri'9» 7ofn. XXI pag. 485* «^ Jmvi 



tjâ M A 

fui , & Préfet de la ville. Soti 
père mourut peu avancé en âge^ 
ctànc adlueliement Fréteur. Il 
avoit époufé Domitia Calvilla 
Lucilla f fille de Calvi(îus Tul- 
lus , qui fut deux fois Conful. 
M.iÂnnius, leur fils, naquit 
le vingt-fix Avril de Tan de Ro- 
me 872 , & de Jefus-Chrift 121 , 
fous le fécond Confulat de fon 
{;rand-pere. 11 futfucceilîvement 
adopté par fon bifayeul^du côté 
de fa merCi Catîlius Sévérus 9 
&parfonayeul paternel An- 
nius Yérus ; enforte qu'il porta 
quelque tems le nom de Cati* 
lius , & reprit enfuite celui de 
fes pères. On a remarqué que 
le nom de Vérus convenoit très- 
bien à fa candeur, & à l'amour 
qu'il montrit pour ta vérité dès 
Ion enfafice. Adrien. jugea mê» 
sne que ce nom ne diîoit pa$ 
aflez > & voulut qu'on l'appel- 
lât Véridimus ou parfaitement 
vrai. Ce Prince eut pour lui 
des attentions particulières, dès 
les premières années d« fon 
enfance. Il lui donna le rang âc 
le titre de chevalier Romain 
à l'âge de fix ans ; & à huit , 
il le décora d*un facerdocè im- 

J>ortant9 en l'a^Tociant au col- 
ege des Saliens ; enforte que 
l'adoption » par laquelle il Tin- 
troduifit dans la maifon impé- 
riale, ne fut ^u*une fuite de 
l'afFeâion finguliere 9 qu*il lui 
avoit toujours témoignée. 

Le foin de l'éducation de M. 
'Annius fut confié à fon ayeul 
patern;èU auquel dans des mémoi- 
res Philofophfques, qu'il nous 
a lai£és > fur ce q^ui le concerne 



MA 

lui-même » il fe reconnott f edc*^ 
vable de la générofité Ôc de la 
douceur des fenrimens. Mais 
d'un autre côté , il compte par- 
mi les bienfaits des Dieux , de 
n'être pas rcfté long-tems entre 
les mains de la concubine » 
qu'entretepoit ce grave Séna- 
teur , & par laquelle Tinno» 
cence de fes moeurs auroit pu 
être pervertie. Il fut inilruit 
dans tous les arts , qui peuvent 
former l'efprit & le corps. On 
lui donna des Maîtres de Gram« 
maire Grecque & Latine,d'Élo*' 
quences de Philofophie , de 
Jurifprudence , de Mathémati« 
ques , de DeiTein ^ de Danfe» 
de Mufique. On le drefla même 
à la lutte , à la courfe, au pu** 
gilat. Il aima affez les exerci- 
ces du corps , de il y-réufiilToit* 
L'Éloquence de la Poëfîe eurent 
peu d*attraits pour lui. Il re- 
mercia même les Dieux de n'y 
avoir pas fait de grands pro- 
grès , parce que les fuccès en 
ce genre auroient pu l'arra- 
cher à des études , dont il fai« 
foit peu de cas en pomparaifon 
de la Philofophie. 

Ce fur donc la Philofophie f 
qui eut toute fon eftime & toute 
fa tendrefle. Il la prit du côté 
folide, utile aux mœurs* Natu- 
rellement grave ÔC férieux 9 il 
ne perdit point le tems à des 
queftions abftraites fie fouvenc 
frivoles. Il s'attacha à ce qui 
pouvoit le perfedlionner , lui 
former le cœur , réprimer les 
paillons, lui infpirer l'amour 
de .tous fes devoirs , le rendre 
plusdoifx^ plus reconnoiflant # 



MA 

plus éloigné des plaififs UHci' 
tes , plus difpofé à faire du bien 
à tous ceux, qui fecrouveroienc 
avoir befoin de fon fecoors. Son 
ardeur pour cette belle Philo- 
ibphiealla jufqu'à lui faire pren- 
dre f à l'âge de douze ans , le 
manteau de Philofophe. H pré- 
tendit même en embrafler la vie 
auflere. Il commença à coucher 
fur la dure ; & ce ne fut qu*avec 
bien de la peine , que fa mère 
obtint de lui , qu'il fouffrît un 
matelas^ L'application infatiga- 
ble à rétude t la continuité du 
travail , Ôc la févérité du régime 
altérèrent fa fanté; & c'eft le feul 
reproche que Ton ait pu lui 
faire dans fon enfance. Il nous 
apprend lui-même que dans fa 
jeunelTe il cracha le fang. Mais , 
les maux » qui ont pour princi* 
pe ces fortes d'excès » ne font 

rias les plus difficiles à guérir. 
i reprit vigueur , & malgré 
une vie toujours laborieufe • il 
pouffa fa carrière jufqu*à près 
de foixanre ans. 

On voit que les fages maxi- 
mes de la Philofophie ne meu- 
blèrent pas feulement fa mémoi- 
re , mais qu'elles influèrent dans 
fa conduite* Il y fut conftam- 
jnent fidèle. Ses mœurs furent 
fans tache» ou s'il avoue que 
dans le feu de l'âge ^ l'amour 
prit quelque pouvoir fur lui » 
il déclare en méme-tems qu*il 
en fecoua promptement le joug. 
Il adopta le maintien férieux de 
Fhiiofophe fans en prendre U; 
morgue. Son accueil étoic pré- 
venant & gracieux, non -feule- 
ment pour Ces ^mis ^maii à l'iî« 



MA 



tJ^ 



gard de ceux même, qu*il coii!; 
noiflbit peu. Il fçut être ver- 
tueux fans orgueil , modefle faot, 
timidité , grave fans féche« 
reffe. 

Tous fcs maîtres trouvèrent 
en lui le difciple le plus recon-, 
noiflant qui fut jamais. U ç^ft 
vrai qu'ils le méritoient. Par 1^ 
détail y qu'il nous fait lui-même^, 
de ce qu'il a appris de chacuil- 
d'eux , il paroît que leurs le«* 
çons ne fe renfermoient pas duns* 
l'art ou la fcience, qui faifoic 
proprement leur objet ; 6c qu'ils 
avoient encore plus à cœur de- 
lui élever l'ame 8c de le for- 
mer à toutes les vertus mora- 
les & civiles. Aufiï, les aima«. 
t-il avec une tendrefle , donc, 
il y a peu d'exemples. Une de# 
faveurs, dont il rend grâces aux 
Dieux, c*eil de ce qu'ils Pont 
mis à portée de s'acquitter en- 
vers ceux qui Tont élevé , '8c 
& de les récompenfer , chacun 
félon ce qui convenoit à leur 
état , & fans délai , fans leur 
faire attendre long - tems ce 
qu'ils avoient droit d'efpérer» 
Il les honora vivans & morts» 
Il gatdoit leurs images en or 
dans fa chapelle domeftique »> 
avec celles de fes dieux Lares i 
& il offrit à leurs tombeaux det 
couronnes de fleurs fie desvic^ 
times. 

Les plus célèbres de fes matrres' 
furent Hérode Atticus , orateur^ 
Grec, Cornélius Fronton , ora- 
teur Latin , mais fur-tout Juniufi 
Rufticus, qui, à une illuflre naif- 
famcc j joignoit un goût hérédï^ 



%)4 M A' 

taire pour la philofophîeStoï- 
cfènne. 

M. Annius fréquenta auflî les 
écoles publiques des Rhéteurs, 
& y 6t avec plufreurs de fes 
condifciples des liaifôns d'amitiéi 
4ii**l conférva fidèlement. Lorf- 
qû'il fut Empereur, il les com- 
Dlâ de fes bienfaits ; & ceux 
^e leur condition ne lui per- 
mit pas d'élever aux honneurs , 
it les enrichir pas fes libéralités. 
Dans fa quinzième année, il 
^rit la robe virHe* & fur le 
49ftamp Adrien arrêta fon ma- 
riage avec une fille de Vérus 
Ce far. Mais , Tâge trop tendre 
dôs pattiês contrariantes retarda 
FêXécution de ce projet qui fur 
eivfuite rompu par d'autres cir- 
Mnftances. Peu' de rems après , 
Tfi fut nommé à la Préfedure de 
fà ville» pendant les fériés La- 
finëi. Cétoit une fimple dé- 
coration , une ombre de Ma- 
giilrature fans fonélion. Mais 
«nfin , il falloit repréfenter ; 
de M. Annîus fit /on perfon- 
uage , avec toute la décence 
Ôc toute la dtgnîté poflîbles. 

il prouva vers fe même tems 
fort défintéreffement & fa géné- 
jTofité à I*égard de fa fœur uni- 
que Annia Cororficia , en lui cé- 
dant apparemment à l'occafîon 
d'un mariage , tout le bien de 
fbn pcre. Sa mère blâma cette 
libéralité , 8c voulut s'y ôppo- 
fer. Il répondit àùx repréfetua- 
tîons qu*eUe lui fit, que les biens 
de fon ayeui parternel , dont il' 
^toit Bis adoptif ^ ^u) héritier, 
lui fuffifoiem. » Et Je vous învi- 
3» ce vous jnême^ ajouta-t-il , à* 



»' donner tout ce que vous po(- 
y> fédez à ma fœur, afin que fac 
» fortune ne foit pas inférieure 
3» à celle de fon mari. '^ Par 
tant d'excellentes qualités , par 
t>ne conduite fi parfaitement foû- 
tenue dans toutes fes parties » 
M. Annius s*étoit fait tellement 
aimer & eûimer d'Adrien , qud 
s'il eût été d'un âge plus mûr 
à la mort de Vérus Céfar , il 
femble , à en juger par les ex- 
pédions de Capitolin | que 
FEmpereur Veut choifi pour lui 
fticcéder. Au moins en adoptant 
Tite-Antonin , il exigea qu*if 
adoptât lui-même M. Annius» 
avec le fils d'iElius Vérus. Et 
quoique celui-ci appartînt déjà 
à fa famille, puifqu'il étoit fils de 
fbn fils àdoptif , il donna néan- 
moins fur lui'la préférence & le 
droit d'aînefile à M. Annius, qui, 
en vertu de fon adoptk>n , prit 
le nom dé Marc - Aurele , de 
celui de la famille deTite-An* 
t^nin , qui étoit Aurélius, 

Marc-Aurele avoit alors près 
dé dix-fept ans. Son élévation , 
loin de l'enfler d'orgueil , ou 
de lui caufer même de la joie , 
l-afiHigea & Pinquiéta. Ayant 
reçu ordre d*aller occuper la mai<^ 
fon, qu'Adrien habitoit , avant 
que d*être Empereur , il quitta 
à regret les jardins de fa mère, 
où il logeoit alors. Comme fes 
domeiliques qui pénfoient bien 
diffëremmenc , s'étonnoient de 
fa triftefle dans une fi belle oc-o 
c^on de fe réjouir, il leur 
ex^ôfa les embarras , les incon- 
véniens , les dangers de la puif« 
bjiCt Impériale. 



MA 

«'^ Sén nouvel état ne changea 
i^en dans fe^ procédés* Non* 
feulement il fut fournis & ref- 
peâueux envers fes père & 
grand-pere adoptifs ; mais» il té- 
moigna à tous fes proches les 
mêmes égards , les mêmes dé- 
férences, qu'il avoit toujours 
eus pour eux. Il aimoit par 
f oûtla (implicite & la modeitie, 
*& y demeura conilamment atta- 
ché. Nul fafte ni dans fa maifon» 
iii dans fes équipages , ni fur fa 
^^rfoone. Il ne le diftinguoir en 
rien des particuliers. Il conti* 
mia les études qu*il avoit com- 
mencées ; &c quoique deftiné à 
rEmpire > il all(^it comme au- 
paravant , aux leçons publiques 
des maîtres d'Éloquence & de 
Philofophîe. Sagement oecono- 
me , il ne croyoit pas que les 
folles dépenfes fuflent une né- 
ceffité de fon rang. Il confer- 
voit fon patrimoine, pour faire 
face aux vrais befoins > & être 
en état d'en aider les gens de 
mérite paV des libéralités, fui* 
vant leurs befoins. AuiG • tôt 
après qu'il eut été adopté > quoi« 
qu'il n'eût pas encore dix*fept 
ans accomplis , il fut défigné 
Queileur , Adrien ayant obtenu 
pour lui du Sénat une difpenfe 
d*âge. 

Après la mort de ce Princej 
-Tite- Antonio fît connottre par 
des eâfèts à Marc-Aurele, l'efti» 
me fioguliere qu'il avoit pour 
lui, & la préférence quHl lui 
donnoit fur fon frère L. Com- 
* modus. Marc « Aurele devoit 
épo«fer la fille de Vérus Cé- 
'ùa ^ de L. Commodttt la fiilc de 



F, 



MA tjç 

Tite-Antonin. L'Empeteuir ré-*» 
folut de rompre fes projets » âc 
rofitant du prétexte. q^ie lui 
ourniflbit la trop grande jeu^ 
nefl*e de L. Commodus» âgé alors 
feulement de fept à huit ans» 
il fit fonder Marc- Aurele fur le 
defifein qu'il avoit de le choifîc 
pour fon gendre* Celui-ci t re«> 
ténu peut «être par le refpecl 
pour Its arrasgemens d'Adrien.» 
demanda du tems povr délibé» 
rer fur une offre n avaatagen* 
fe. Après y avoir peniié » il y 
confeotiti & ^'afiuca ainfi de 
plus en plus le droit de fuccef- 
uon à rEmpice; mais y il acquit 
une époufe » qui it grand tort à 
fa réputation. 

Dès que le niarlage de Mare- 
Aurele avec Eaumne eut été 
arrêté » Tite-Antonin s'empre£- 
fa d'accnmuler for la tête de 
fon gendre toutes fortes d*hop- 
neurs. Il le nomma Céfar ; il hô 
défigna Conful pour l'année fui« 
vante avec lui ; il le fit chef de 
l'une des centuries des cheval- 
liers Rom?sifcs« Lorfquele jeune 
Prince donna en cette qualité 
des jeux au peuple ^ avec fe» 
collègues, FEmpereur prit pla- 
ce à côté de lui. Tice-Antooia 
fit anffi à Marc-Aurele une mal- 
fon^ quefque répugnance qu'il 
lui vit pour la pompe âc la 
magnificence* K lui donna potlr 
logement le palais de Tibère ^ 
èc le décora quatre ans aprè» 
d'un fécond Confiât y dans le* 
<quel il voulut encore être foa> 
Collègue. En même-tems qu*il 
faifoit une (brte de violence- 

i h modeâk de Marc^Aurete. 



ï3^ M^A 

par rédat dont il reriviron- 
looît , il ne négligea point de 
fecondier fon inclination favori* 
te pour r^tudc .de la Philofo- 
phie ; car , la fortune & les di-" 
^icés n'avorent rien changé 
tians le goût du nouveau Ce- 
iar pour. lè$ belles connoifTan-" 
<:iasy'qui tei^dent à perfe<5lionr 
iier le ccear.de Thomme , en 
«lui 'faifant &ntir toute la beauté 
^e la venu. Comblé d'honneur$ 
«éc deâiné à la fouveraineté » 
iiînfî,qu.'oir Ha déjà marqué, il 
tcomsnuoit de s'exercer à cette 
■fcaute' fcience y. ôc prenoit avi- 
.dementles leçons des plus ha«- 
AiLea maîtres tnce genre. Tke- 
Antonin> pour le fatisfaîre, lui 
Se venir de Chalcis en Syrie un 
célèbre Stoïcien, nommé ApoU 
-lonius.. ^ . 

L'Empereur fe donna le tems 
<4lebien connoîtreMarc-Aurelé, 
tAvant que de luixoinmuniquer 
4e$ titrets, qui conilltuoientchez 
«les Romains la fouveraineté. Ce 
«e fut qu'après. neuf ans écou- 
lés depuis fon adoption , que 
.ce Jeune Prince, deux fois 
,Conful , âgé de vingt-fix ans, 
.marié , Ôc déjà père d'une fille, 
.xeçut la puîflance du Tribunat 
-& l'autorité Proconfulaire. Afin 
que les peuples pfîffent une 
part fincere à la joie de «cet 
-événement , TEmpereur accor- 
^da une remife de tout ce qui 
.reçoit dû au fifc , & brula corn* 
me avoit fait Adrien dans unâ 
femblable occafion, les.regiftres, 
-qui conftatoient ces dettes, 

Marc-Aurele étoit bien digne 
,d€s honneurs^ par Ierq.ueIsTice- 



MA 

Antonïn Pégaloit priefque à hiî* 
même. Jamais fils ne fut plut 
fournis à fon père. Pendant près 
de vingt - trois ans qu'il habita 
avec lui , foit dans la ville , foie 
à la compagne , il ne découcha 
que deux nuits; & il fe con- 
duifit toujours avec tant de 
probité , de modeftie , de fa* 
geffe , que chaque jour ajou* 
•toit un nouveau degré à i'eitime 
.& à TafFeélion , que Tite-An- 
tonin lui portojt. AuiG eut-il 
.route fa confiance. L'Empereur 
l'appelloit à tous les Confeils, 
l'afiTocloit au Gouvernement de 
.toutes les afiTaires , ne donnoit 
aucun emploi , ne plaçoit per« 
fonne que de concert avec lui ; 
& dès le troifieme jour de la 
maladie-, dont il mourut, ce 
Frince, ayant appelle les pré- 
fets du Prétoire & les princi- 
paux de fes amis, confirma en 
leur préfence le choix qu'il 
avoit fait de Marc-Aurele pour 
fon fuccefleur; & il lui reconw 
manda la République & fa fille. 
Il fe dépouilla même en quel- 
que façon dès ce moment en £a 
faveur , des honneurs du rang 
fuprême. Pour l'en mettre en 
poiTeHion , il fit tranfporter chea 
Jui la ilacue 4'or de la Fortune » 
que les Empereurs avoient tou- 
. jours dans leur chambre* 

Après fa mort, le Sénat eo^ 
tra dans fes vues, & déféra à • 
Marp-Aurele feul tous les titres 
de la fouveraioe puifTance « l'an 
de Rome 91 2, &; de J. C. 1 61 . Le 
nouvel Empereur , par une gé'^ 
iiérofité » dont Texemple eft 

.UAÎ^ue d^n.$ l'hUloice^ vquImc 



MA 

prouver que le rang fupreme 
n'eil point , comme on fe l'ima- 
gine communément > incapable 
de fouffrir le partage. Il de- 
inanda que fon frère fût aflbcié 
à l'Empire. Les Auteurs ne 
nous apprennent point quelle 
imprefOon fit fur le^fprits des 
Sénateurs une pr^ofîcion fi 
nouvelle & fî contraire aux in- 
térêts de celui qui la faifoit. 
Nous fçavons feulement qu'elle 
pafla. 

Il eft bon d'obferver que les 
deux Augures ne partagèrent 
point entr'eux les provinces de 
l'Empire^ comme avoient fait au- 
trefois Oâavien & M. Antoine. 
Ils Its gouvernèrent en commun, 
de la même manière que deux 
frères 9 dans une condition pri- 
vée, régiroient une fucceflîon, 
qu'ils poiTéderoient par indivis. 
Mais y comme dans une fociété 
de puilfance» la balance néan- 
moins ne peut ni ne doit pasêfre 
abfolument égale, Marc-Aurele 
avoit fur fon frère la prééminen- 
ce , que donne la fupériorité de 
l'âge & du mérite , malgré Té- 
gaKté du pouvoir* 

Du Sénat y où ces arrange- 
mens importans avoient été 
pris Se autorifés par les fuffra- 
ges de la compagnie , les deux 
Empereurs fe tranfporterent au 
camp des Prétoriens. Marc- 
Aurele porta la parole com- 
me le plus âgé f ôc parce 
^u'il avoit plus de talent & plus 
de facilité pour $*énoncer. Vingt 
niille fefterces par têre furent 
promis aux foldats. Afin que le 

jpeuple jptît part aulS h U joU 



M A 137 

de leur avènement , les nouveaux 
Empereurs augmentèrent les 
diilributions gratuites de bled f 
& y appellerent un plus gran4 
nombre d'enfans de l'un & de 
l'autre fexe. Après ces premiers 
foins f qui ne pouvoient fe dif- 
férer ,ils célébrèrent avec pom- 
pe les funérailles de leur perc 
QL prédécefleur. 

Dans les commencemens de 
leur Empire » leur unioiv fut 
parfaite. L. Commodusj à qui 
fon frère avoit fait prendre le 
furnom de Vérus , agiffoit moins 
en Collègue qu*en Lieutenant 
de Marc-Aurele ; & il témoi- 
gnoit même vouloir imiter la 
lagefTe & la retenue de fa con-^ 
duite. En ce qui regarde le 
gouvernement » ils prirent l'un 
& Tautre pour modèle Tite* 
Antonin , dont on n'eut pas 
lieu de regretter la douceur & 
la bonté. Ils jouirent d*abord 
de quelque calme, dont Marc- 
Aurele profita pour continuer 
de fatisfaire Tattrait , qui le 
portoit à orner fon efprit par la 
philofophie 8c par les belles 
connoidances. Tout Empereur 
qu'il étoit , il ne rougifloit pas 
d'aller prendre les leçons de 
Sextus de Chéronée , philofo- 
phe Stoïcien , neveu de Plutar- 
que. Il fréquentoit aufC Técofe 
d'Hermogene , ce Rhéteur fa- 
meux par la brillante réputation 
de fa jeunefTe & la décadence 
de fon efprir dans l'âge mûr. 

La joie publique fut augmen- 
tée par la naiâance de deux 
fils jumeaux de Marc-AureJe , 

qui vinreoc au monde le creii-; 



h» h A 

te-un d*Aoâi de la première an- 
née du règne de leur père. 

On apprit en inême*tems di- 
vers mouvemens de guerre en 
Germanie , dans la Grande* 
Breta^iie, du côté des Par- 
thes* La guerre des Cattes en 
Germanie & celle des Bretons 
furent des objets de peu d^im- 
portance. Mais les Parthes , qui 
n'avoient point remué depuis 
Trajan , attaquèrent les Ko- 
inains , avec des forces fraîches 
& des courages irrités » & iU 
leur cauferent d'abord des per* 
tes confîdérables* Une guerre fi 
importante , âc dont les com- 
jmencemens défavantageux faî- 
foient craindre des fuites en- 
core plus fâcheufes parut aux 
deux Empereurs mériter que 
l'un d'eux fe tranfportât fur les 
lieux pour la conduire en per- 
fonne. L. Vérus fe chargea de 
cette commifEon ; mais , uni- 
quement occupé de fes plaifîrs» 
il ne prit aucune part aux opé- 
rations de cette guerre. Le foin 
en fut confié à les Lieutenans ^ 
'qui ne laiflerent pas de faire de 
grandes chofes , parce qu'ils 
étoient fort habiles. Et Marc- 
Aurele» reflé feula Rome, avoir 
de fî loin l'œil toujours attentif 
^fur ce qui fe pafToit en Orient, 
dûnnoit des ordres, & envoyoit 
les provifions nécelTaires.Quoi- 
,quéL. Vérus eût eu fi peu de 
part à la vidloire, les foldats 
ne laifTerent pas de le procla- 
.mer //npertfror,jufqu'à trois fois* 
Ils lui déférèrent les noms d'Ar- 
'méniaque , de Parthique , de 
Médi^ue. Ces mêmes noms fu« 



MA 

fent communiqués à fon CoITe^ 
gue. Se confirmés à Tun &i à 
l'autre par l'autorité du Sénat* 
Mais Marc-Aurcle, pea cu- 
rieux d^une gloire > à laquelle 
il ne croyoit pas avoir beau- 
coup de droit y ne les accepta 
Gue par c^plaifance pour fon 
irere , & comme un figne d'u- 
nion avec lui. Il en ufa fobre- 
roent > 6c cefTa abfolument de 
les employer après la mort dé 
L. Vérus. 

Lorfque les affaires de TO- 
rient eurent été réglées, L» 
Vérus retourna à Rome , & le 
Sénat décerna le triomphe aux 
deux Empereurs. Ils reçurent 
aufH alors le nom de Père de la 
patrie , déjà plufieurs fois inu- 
tilement offert à Marc-Aurele p 
qui n'avoit jamais voulu con- 
lentir à le prendre en l'abfence 
de fon frère. L. Vérus demanda 
pour les fils de Marc-Aurele , 
le nom de Céfar. L'union étoit 
parfaite , au moins pour les de- 
hors; & elle fit le principal 
ornement du triomphe ^ qu'ils 
célébrèrent enfemble, portés fur 
le même char ,& ayant avec eux 
tous les enfans de Marc- Aarele, 
de l'un & de l'autre fexe , dont 
la plupart étoient en bas - âge. 
M. de Tillemont rapporte la 
date de ce triomphe à l'année 
de Jefus-Chrift i66 , que nous 
comptons pour la neuf cens dix- 
feptieme de Rome. 

La vidtoîre fur les Parthes ne 
fut pas aufli avantageufe aux 
Romains ., que les fuites leur en 
devinrent lunefles par la pef- 
te q^tt'ell^ amenât On faao&te 



"ïîverfement Torigine de cetta 
ipefte , & avec des circonftances 
mêlées de fabuleux. Mais , il 
eu conftant que les Romains la 
prirent dans le paVs ennemi; & 
îorfque L. Vérus revint à Rome^ 
ielle le fuivit par tout^ &c fe 
con\muniqua à toutes les provin- 
ces par lefquelles il paua. Elle 
entra avec lui dans la Capitale ; 
& delà elle s*étendit jufques 
dans les Gaules & jufqu^au Rhin* 
die attaqua les peuples & les 
armées y les villes ôc les campa- 
gnes. En Italie , les terres de- 
meurèrent incultes, faute d*hom- 
imes qui puflent y travailler. 
Dans Home, il falloir emporter 
lei corps morts dans des char- 
rettes éc des tomberaux ; Ôc le 
gouvernement fut obligé de 
faire Jes frais des fépultures , à 
\caufe de la multitude de ceux 
-qui mouroieût ^ & de la négli- 
gence de leurs proches fouvent 
infeiStés du même mal. Ce n'é- 
toieni pas feulement les gens du 
commun que la maladie empor- 
toit par milliers > elle fit périr 
titj grand nombre d'illuftres per- 
fonnages , aux principaux def- 
iquels Marc-Aurele dreffa des 
uatues. Il n*eil pas b^^foin de 
dire que le cœur paternel de ce 
Prince fut fenfiblement touché 
du mal affreux , qui défoloitfon 
Empire. 9 & qu'il n'épargna ni 
ïbins ni dépenfes pour y ap- 
porter du foulagement. 

Les mouvemens des Mârco- 

'mans fui virent de près la guerre 

des Cartes , 6c commencèrent 

dès le rems que les principales 

iTorces des Romains étoieoc oc- 



MA 139 

cupées contre les Parthes en 
Orient. Marc-Âarele crut avec 
raifon devoir éviter d'avoir à 
la fois deux grandes guerres fur 
les bras. Il amufa les Marco- 
mans ; & en temporifant fage- 
ment , it arrêta leur aAivi- 
té, jufqu'à la paix conclue avec 
les rarthes. Mais , d'un autre 
côté > ces délais donnèrent le 
tems aux Barbares d'augmentev 
leurs forces. Lorfqu'après le 
triomphe fur les Parthes, Marc- 
Aurele fe trouva en liberté 
d'agir contre les Germains , 
la guerre étoit devenue très- 
confîdérablé & capable d'allar* 
mer fur le fort de l'Empire, 
d'autant plus qu'elle concourotc 
avec les ravages de la pefte» 
qui emporta une multitude infir- 
me de citoyens de de foldats. 

11 fallut donc recourir à d^ 
remèdes extraordinaires. Dans 
une guerre 9 qui paroifToit aufS 
importante que l'avoit été celle 
d'Annibar^ on imita ce qui s'é- 
toit pratiqué après la bataille de 
Cannes. On arma des efclaves 
de bonne volonté , qui , ne 
s'enrôlant que de leur plein gré, 
furent appelles volontaires , k 
la dififérence des foldats de con- 
dition libre , qui , par la loi de 
l'État , étoient obligés de fer- 
vir. On réfolut d'employer les 
Gladiateurs , dont la ville de 
Romeâc l'Italie étoient pleines» 
au fervice de la guerre. On for- 
ma des corps de troupes légères. 
On ramafla dans la Ualmatie Sc 
dans la Dardanie , des brigands 
accoutumés aux courfes & aux 
coups de main. Enfin |0a acheû 



HP MA 

des troupes auxiliaires de Ger- 
mains pour combattre contre 
des nations Germaniques. A ces 
pre'cautions de prudence hu- 
maine , Marc-Aurele joignit le 
foin de fe rendre les Dieux fa-? 
vorables par toutes les cérémo- 
nies, que Oi religion autorifoit. 
Il manda de toutes parts des 
Prêtres & des facrificateurs II 
immola un nombre prodigieux 
de viftimes. Il expia Rome par 
toutes fortes de purifications^ & 
de luftrations. Il remplit même 
la ville de rîts étrangers , con- 
tre les anciennes maximes de 
la politique Romaine. Sa phi- 
lofophie,plus difcreteque celle 
d'Adrien , l'avoit prémuni con- 
tre la magie & contre les opé- 
rations, ou Ton invoq'uoit les 
démons. Mais , à cela près , 
elle Tavoit laifle engagé dans 
toutes les fuperftitions du culte 
idolâtre» 

Tous les préparatifs étant 
faits , il déclara dans le Sénat , 
qu'il étoît néceiïâire que les 
deux Empereurs allaflent en 
perfonne commander leurs ar- 
mées. Ils partirent donc de Ro- 
me , l'an de Jefns-Chrifl i66, 
êc vinrent pafler l'hiver à Aqui- 
lée, pour,enrrer de bonne heure 
en campagne Tannée fuivante. 
Il paroît en effet qu*ils fe tranf- 

Îorterent en Pannonie, l'an de 
efus Chrift 167. Le principal 
bien, qui réfulta de cette expé- 
dition , c'eft que les frontières 
de l'Italie Ôc de Tlllyrie furent 
mieux fortifiées qu'auparavant» 
êc mifes à l'abri des iofultes des 
Barbares* 



MA 

. Lorfque les deux Emperetrfii 

étoient en chemin pour retour- 
ner à Rome, L. Vérus fut atta* 
que d'une apoplexie violente p 
dont il mourut trois jours après 
à Altinum. La calomnie épargne 
û peu les Princes, même les plus 
vertueux , qu'il fe trouva des 
gens» qui oferent accufer Marc- 
Aurele d'avoir caufé la mort de 
fon frère , foit en l'empoifon- 
nant, foit en le faifant feigner 
mal-à-propos , après l'accident 
qui lui étoit furvenu. Ilfaudroit 
ê^re fouverainement injufte & 
même infeofé , pour mettre un 
pareil crime fur le compte de 
Marc-Aurele ; 6c ce feroit un 
facrilege , félon l'expreffion'de 
fon HiOorien » que d'outrager 
fa vertu par un tel foupçon. Il 
n'aimoit pas L. Vérus fans dou« 
te» ôc il nepouvoit pas Taimer* 
Outre la contrariété univer- 
felle de leurs caraâeres & de 
leurs mœurs y Capitolin nous 
fournit un fait particulier , qui 
dut indifpofer beaucoup l'efprlt 
de Marc-Aurele. Ce qu'on peu|: 
blâmer en lui , c'eft l'excès des 
honneurs, qu'il rendit à la mé^ 
moire d'un Prince fi peu digne 
d'être honoré par Marc-Aure- 
le ; car , il mit au rang des 
Dieux celui qui » à la cruauté 
pi;ès , étoit un fécond Néron. 

Marc - Aurele a ufé de la 
même affeilation dans l'ouvra- 
ge que nous avons de lui. Écri* 
vant pour la poftérité , il n'a 
point eu honte de remercier les 
Dieux de lui avoir donné un 
frère , qui , véritablement pat 
fes mœurs > dcYeooit pour luî 



MA 

mn aiguillon de vigilance & 
d^attention fur lui-même , mais 
par lequel il avoit eu la douce 
confolation de fe voir honoré 
tSc chcri. II parla plus franche- 
ment dans le Sénar. En remer- 
ciant cette compagnie d'avoir 
décerné les honneurs divins à 
L. Vérus , il déclara qu'il da- 
coit en quelque façon de ce 

i'our le commencement de fon 
empire, n'ayant plus un Col* 
lègue dont la négligence nui- 
fbit aux agraires. Il fit même en- 
tendre que c'éroit à Ces confeils, 
8c non aux foins dé L. Vérus , 
que la République étoit rede- 
vable de rheureux fuccès de la 
guerre contre les Parthes. En 
un mot , le fens de tout fon dif- 
cours , & rimpreiEon qui en 
réfulta dans l'efprit des Séna- 
teurs, ce fut que la mort de L. 
Vérus le déîivroit d'un poids, 
qu*il lui avoit été très-difScile 
êc très <- pénible déporter. ' 

Toute cette conduite n'eft 
point droite. L. Vérus , û peu 
capable defoutenir dans tout le 
reAe la comparaifon avec Marc- 
Aurele , lui étoit préférable 

four la franchife ; car , ce 
rince, tout vicieux qu'il étoit, 
avoit au moins des mœurs fîm- 
ples ôc ennemies de la feinte dc 
de la dii&mulation. 

•Marc-Aurele eut toutes, for- 
tes d'attentions pour les fœurs 
Se les tantes de fon frère- Il les 
£t jouir des honneurs dûs à leur 
rang y de leur aflîgna des pen- 
£ons pour les aider à en foute* 
iiir la fplendeur. Il eft encore 
iligac d'éloges pour U condai« 



r * r 



MA, î4f 

te f quMl tînt à l'égard des af« 
franchis de L. Vérus , qui 
avoient pris trop d'afcendant 
fur Tefprit de ce Prince , & ea 
avoient abufé. Marc-Aurele les 
congédia tous. Il ne garda dans 
le palais que, le feui Eleélus g 
qui ne valoir pas mieux que les 
autres ^ mais que la Providence 
deilinoit à délivrer l'univers des 
fureurs de Commode. 

Pendant que l'Empereur étoîc 
occupé de ces différens foins 
dans Rome , il ne perdoit point 
de vue la guerre contre lesMar* 
comans , qui , de leur côté , ne 
fe laiiîèrent point oublier. Car» 
c'eft probablement à ce tems- 
ci que l'on doit rapporter U 
grande viâoîre, qu'ils rempor- 
tèrent fur Vindex , Préfet du 
Prétoire , Sl qui paroîi être I» 
même , dans laquelle Lucien 
dit qu'ils tuèrent vingt mille 
hommes aux Romains. Les vain- 
queurs, profitant de leur avan- 
tage, s'avancèrent vers l'Italie, 
pénétrèrent jufqu'à Aquilée, & 
peu s'en fallut qu'ils ne prilTenc 
cette ville. Le danger fut capa- 
ble d'allarmer ; & c'eft peut- 
être à cette même occafion qu« 
Marc-Aurele &t les grands & 
extraordinaires préparatifs, que 
nous avons placés dès le com« 
mencement de la guerre. Tous 
ces faits ne font point datés 
dans les originaux. Ce qui eft 
certain , c'eft que Marc-Aurele 
pouffa alors la guerre avec une 
vivacité & une perfévérance 
tout autres qu'il n'avoit pu faire 
du vivant de L. Vérus. 

Il partit de Rome pour id 



14« M A 

Pannonie , l'année même qui 
fuivit la mort de fon Collègue ; 
Se pendant cinq années confé- 
cuiîyes » il demeura fur les 
lieux f fupportant des fatigues 
incroyables, avec un courage 
6ui fuppléoit à la foiblefle de 
Ion corps & de û fanté ^ & im- 
pofant aux autres y par fon 
exemple , la nécef&té d'une vie 
dure & pénible > qui fît fouvenc 
murmurer contre la févérité des 
maximes de la philofophie. Il 
eut de grands fuccès ; il fouf- 
frit au(C quelques pertes. Mais , 
les fuccès l'encouragèrent ; ôc 
les pertes furent pour lui une 
faifon de s'opiniâtrer à les ré- 
parer. Il n'écouta point les Te- 
préfentations de fes amis , qui 
vouloient l'engager à laiflerune 
guerre fi remplie de travaux Se 
de dangers. Son plan étoit de 
ne point revenir à Rome » qu'il 
ii'eût réduit les Barbares à fe 
foumetrre pleinement ; & il en 
vînt heureufement à bout. Marc- 
Aurele, vainqueur , prit le nom 
de Germanique. 

C'eil au tems de la guerre » 
dont nous venons de parler , 
qu'il faut rapporter un fait im- 
portant y foit en lui-même , foit 
par le rapport qu'il a avec la 
gloire de notre religion. Çeft 
fa pluie miraculeufe , qui, ob- 
tenue par les prières des Chré- 
tiens, fauva l'Empereur & foa 
armée d'un très - grand péril. 
Voici de quelle manière Dion 
Çaflius raconte cet événement. 

» Marc-Aurele remporta fur 
i les Quades une vidloire mer- 
9 veilleufe daps fes circooftan- 



M A 

:9'ces, ou plutôt elle lai fut 
x> donnée de Dieu ; car , les 
» Romains cauroient un extrê- 
» me danger ; & la divinité les 
o en tira par une merveille 
» étonnante. Les Quades les 
I» avoient enveloppés dans un 
n lieu , où ils avoient tout l'a- 
30 vantage. Cependant , les 
>> Romains ayant formé de 
30 leurs boucliers une tortue » 
» fe préparoient à les bien re- 
» cevoir. Mais , les Barbares 
» voulurent vaincre fans tirer 
» l'épée , efpérant faire périt 
x> toute l'armée ennemie pat 
x> l'excès du chaud âc par U 
» foif. Comme ils l'emportoient 
» beaucoup par le nombre , ils 
» enfermèrent tellement les Ro- 
x> mains , qu'ils leur ôtoient tout 
» moyen d'avoir de l'eau. C'é- 
» toit après un combat que les 
» Romains fe trouvoient dans 
39 une pofition (i fâcheufe ; en 
» forte que la fatigue , les bief? 
» fures que plufîeurs avoient 
» reçues , l'ardeur du foleil $ 
j> la foif fe réuniffoient pour 
» lâfs accabler. Il ne leur reiloit 
3> pas même la relfource de 
9 mourir en braves gens «l'épée 
» à la main , parce que lt$ 
» Barbares occupant des poAes 
» inacceCGbles , s'y tenoient 
30 tranquilles & refufoient de 
9 combattre. Tout d'un coup» 
)> les nues fe rafTemblen^, elles 
3> s'ép.aif&âTent , & il en tombe» 
a> non fans une proteâion parci- 

9 culiere de Dieu , une pluie 
30 abondante. Ce bienfait du 
9 ciel rendit la vie aux Ro- 
ss» mains. D'abord» ils Içvei^l 



MA 

^ en haut la tête 8c It vlfage; 

i> & veulent recevoir Teau dan» 

» leurs bouches. Enfuite , ils 

» prennent leurs cafquesy & les 

» préfententàlapluie; & lorf- 

» qu'ils les en ont remplis » ils 

x> boivent avidement & donnent 

» à boire à leurs chevaux* Les 

» Barbares crurent ce moment 

s> favorable pour les attaquer ; 

10 & pendant qu'ils les voyent 

90 occupés du (oin de défaltérer 

V une fpif long-tems foufFerte « 

» ils fe préparent à fondre fur 

p eux* Mais , le ciel, armé con- 

To tre les ennemis des Romains, 

30 lance fur les Quades une 

» grofle grêle Se des tonnerres» 

» qui les diflipent & les brû- 

90 lent , pendant que les troupes 

3> de Marc-Âurele étoient arro- 

x> Cées d'une pluie douce & fa- 

90 lutaire* Ce double prodige 

j> rendit les Romains vain- 

9o queurs. Les Barbares jette- 

p rent leurs armes , Ôc vinrent 

^ chercher un afyle au milieu 

jo de leurs ennemis , pour ' fe 

j» mettre à Tabri des foudres , 

.9 dont ils étoient écrafés. 

» Marc-Aurele y confentit, 

» accorda la vie fauve aux 

39 Quades , & fut proclamé par 

il» fes foldats Imperator , ou Gé- 

•» néral viâorieux pour la fep- 

» tieme fois. » 

Un Poète payen a rendu té- 
moignage à cette même merveil- 
le. Claudieo > parlant de la 
viâoîre de Marc - Aurele fur 
les Quades , dit que Thonneur 
.ne doit point en être attribué 
aux Généraux. » Car , ajoute- 
<» .t-ili uae pluie de feu' tomba 



M A r4| 

9 fur Pennemi. Le courfier^ 
y» environné de flammes , agite 
n 6c fecoue fon cavalier trem- 
» blant. Le foldat fentoit fon 
» cafque fe fondre. Il voyoit le 
» fer de fa pique .& fon épée ie 
x> convertir en des ruifTeaux de 
» métal I devenu fluide & cou- 
» lant. Dans ce combat > le ciel 
ao agit feul ; & les armes des 
30 mortels n'eurent rien à faire.» 

La colomne Antonine » mo- 
nument contemporain , qui fub- 
fille encore aujourd'hui dans 
Rome 9 atteile aufli le prodige ^ 
dont nous parlons. Il y eil repré- 
fente en bas - relief , avec les 
autres exploits de Marc-Aurele 
contre les Germains. La date 
de ce prodige efl fixée par M* 
de Tillemont f à Tan de Jefus- 
Chrift 174, 

Marc-Aurele donna un grand 
exemple de clémence envers 
Ariogefe , roi des Quades, dont 
il avoit mi$ la tête à prix. Quand 
il eut été fait prifonnîer ^ il fe 
contenta de le reléguer à Ale- 
xandrie. Ce Prince y qui le 
plaifoit à honorer la vertu, 
parce qu'il en avoit beaucoup 
lui-même 9 drefla des ftatues 
dans la place de Trajan ^ à tous 
les perfonnages illuftres , qui 
avoient perdu la vie dans I« 
guerre des Marcomans. Le frulc 
qu'il retira de cette guerre & 
des vidloires qu'il y remporta , 
ce fut la délivrance de la Pan- 
nonie f qui avoit été envahie 
par les barbares , aufli-bien que 
la fureté des provinces frontiè« 
res. Il eût fouhaîté conquérir 
la Marcoma^ie & h Sarmatie » 



144 ^ 

c'eft-à-dire , le 



MA , 

c'eit-à-dîre > le pais habité paf 
les Sarmates Jazyges»- La ré- 
volte d'Âvidius Caffius l'empê- 
cha d'exécuter fon projet , 6c 
l'obligea de lailTer » au moins 
pour un tems > les Barbares en 
jpaix. 

Il étoit en Pannonie, lorfqu'il 
reçut la nouvelle de cette révol-. 
te. La réputation d'AvidiusCaf- 
iîus étoit grande;& l'idée d'avoir 
àfoutenirune guerre contre lui, 
çfiTraya d'abord les troupes de 
jMarc'Aurele. Dans Rome , la 
«erreur fut fi vive» que Ton s'i- 
jnaginoit le voir incefTamment 
arriver aux portes de la ville. 
Marc-Aurele , voyant le trou- 
ble fe répandre parmi fes fol- 
dats , les convoqua 9 & leur tint' 
un difcours , que nous rappor- 
terons ici d'après Dion Caffius» 
comme coût à fait propre à faire 
connoître de plus en plus le ca- 
radlere de ce Prince Philofo- 
phe y & comme un exemple fin- 
gulier & peut - être unique de 
modération en pareille circonf- 
cance. 

x> Braves camarades, leur 
3D dit-il ) je ne viens point me 
» livrer ici à des fentimens 
» d'indignation. £il-il permis à 
Il un mortel de s'irriter contre 
3> Tordre des deftins » qui dif- 
» pofenc de tout avec un pou- 
» voir fuprême ? Mais , le cas 
» où je me trouve , autorife la 
» plainte. N*efl-ce pas , en ef- 
39 fet^ une dure néceiSté » que 
» de n*avoir pas un moment 
» pour refpirer en paix , & de 
a> pafler continuellement d'une 
«» guerfe à une autre ? Une 



MA 

f» guerre civile n'eft-elle pas 
I» un malheur, auquel je ne de-^ 
» vois point m'attendre } Il eft 
» quelque chofe encore de plus 
» cruel pour moi; c'eïl de voir 
t> qu'il n'y ait aucune fidélité 
J3 parmi leshomines ; c'eil d'ê- 
» tre attaqué par un ami, comblé 
93 de mes bienfaits » Se d'avoir ^ 
» fans m'êti/e rendu coupable 
» d'aucune injuftice » à com- 
» battre pour ma place de pour 
t> ma tête. Après l'exemple dô 
19 ce que je foufFre , quelle verta 
» fera en fureté ? Sur quelle 
9> amitié pourra-t-on fonder fe$ 
» efpérances? Encore , ^\ j*étoi$ 
n feul en danger , je prendrois 
» aifément mon parti « fçachanC 
Tf> queje ne fuis pas né immortel* 
» Mais, c'eft ici un péril corn-* 
n mun , qui intérefie tout FEm* 
x> pire 6c tous les citoyens. La 
» guerre n'épargne perfonne.II 
30 y auroit unmoyenbienfimplè 
» pour finir la querelle y & je. 
» l'embrafiTerois volontiers 9 s'il 
» étoit poffible. Je fuis très- 
» difpoféde ma part à propôfef 
3> à Avidius Caflius un éclair- 
^ cifîement , Se à me juttifier 
» vis-à-vis de lui, foit devant 
19 vous , foit devant le Sénat ; 
» & je lui céderois l'Empire » 
» fans tirer Tépée , ^\ Ton ju* 
» geoit que le bien public l'e- 
33 xigeât ainfi. Car , c'eft pour 
» le fervice de l'État que ]t 
» fupporte tant de travaux ^ 
9» que je m'expofe à tant de 
33r dangers , que dans un âge 
19 déjà affoibli & avec une 
30 fan^é délicate « je me tiens 
s> ici conftammçnt loin de l*It^- 

»> lie 



MA 

» lie depuis tant d'années , fans 
» goûter jamais un fommeil 
» tranquille , fans prendre un 
» repas , qui ne foie fujet à être 
» troublé. Mais » )e ne dois pas 
x> efpérer qu'Avidius Cailius fe 
y> prête à un accord. Comment 
» fe iîeroit - il à moi , après 
3> s'être montré fi infidèle à 
?> mon égard ? Il faudra en ve- 
» nir aux armes; & le fuccès 
» n'eft pas ce qui mUnquiete. 
3» Pouvez-vous , chers camara* 
» des , douter de la viéloire ? 
» Des Ciliciens » des Syriens , 
t» des Juifs , des Egyptiens , ne 
30 vous ont jamais rédigé , de ne 
x> vous réfifleront jamais , quand 
» même ils vous furpaOTeroient 
» autant en nombre y qu'ils vous 
y> font inférieurs même par cet 
» endroit. Avec de pareils fol- 
n dats , le plus grand Général 
y> n*eiï pas plus capable de vain- 
» cre, qu'un aigle, qui condui- 
j> roit une bande de geaJS>ou un 
» lion à la tête d'une troupe de 
if daims timides. Je fçais qu'A- 
30 vidius Cailius eft un guerrier 
y> & qu'il s'eil acquis beaucoup 
30 de gloire dans la guerre con- 
30 tre les Parthes. Mais , c'cft 
» avec vous qu'il a remporté les 
3> viâoires» qui illuilrent fou 
» nom. Ici il ne fera pas fecqn- 
X» dé ; 6c d'ailleurs M. Vérus j 
»y qui nous demeure fidèle « eft 
30 un Général bien capable de 
r> le contrebalancer. Peut-être 
» Avidius Caflius fe repent-il 
30 déjà de fa démarche témé- 
r> raire , depuis qu'il me fçait 
' 30 vivant ; car ^ ce n'eft que fur 
30 les bruits de ma more qu'il a 

Tom. XXyiL 



MA . 14c 

» ofé fe révolter. Maïs , quan j 
33 même il perfifteroit, au moin« 
» cft - il certain qu'à notre ap^ 
» proche » la crainte de notre 
» valeur, la honte de m'avoir 
» ofiTenfé , ne peuvent manquer 
7> de jetrer le trouble dans fon 
33 ame , & de lui faire aban> 
» donner hs projets infenfés» 
» Tout ce que je crains ». je 
33 vous le dirai avec une entier^ 
» franchise , c'eft que le dé- 
« fefpoir ne le porte à fe tuer 
If lui-même -, où que ^quelqu'un^ 
» penfant -me rendre fervice , 
» ne fe hâte -de m'en défaire » 
» & ne me prive du plus grand 
n de du plus doux fruit de la 
30 viéloire# Oui le comble de 
» mes vœux feroit de pouvoir 
» pardonner à un hamme , qui 
» m'a ofFenfé , de garder la fi- 
» délité à un perfide , de me 
33 montrer ami de celui , qui a 
33 violé à mon égard les droit! 
33 de l'amitié. Peut-être cette 
n fap>n de penfer vous paroît- 
» elle peu croyable ; mais ^ 
30 vous ne devez point en fuf- 
33 peéler la fîncérit<é. Le genre 
33 humain n'eft pas entièrement 
» perverti ; & il nous refte en- 
33 core^elquesVeftiges de la 
, 33 vertu des anciens tems. Que 
33 fi quelqu'un s'opiniâtroità me 
3> refufer créance , ce ferôît 
3> pour moi un nouvel aiguillon» 
» afin que ce qu'il- auroit jugé 
33 impoffible , il le vît accompli. 
» Car 9 l'unique avantage, que 
- » je me propofe de tirer des 
33 maux préfcns » c'eft de les 
33 terminer d'une manière ,* 
33 qui faffe honneur à la vertu. 

K 



H6 MA 

x> & de donner un exemple » qui 
âo prouve à Tunivers , que mê- 
» me les guerres civiles peu* 
» vent avoir une fin heureufe.« 

Telle étoic la douceur ma- 
gnanime de Marc-Aurele.CVft 
àinfî qu^il s*exprima , en parlant 
à Tes foldats. C*eft fur ce même 
ton qu^il écrivit au Sénat, Nulle 
Snvedtive , nul renroche contre 
Avidius Caflîus , n ce n'eft qu'il 
le traicoit fou vent d'ingrat, 
^vidius Caf&us > de fon côcé^ 
refpeâa toujours. Marc-Aurele, 
& ne fe permit aucune parole 
outrageufe contre lui > au moifts 
«n public. 

Après la moft de ce rebelle , 
jjni fut tué au bout de trois mois 

Jar un. officier de Ion armée > 
larc-Aurele fit éclater fa clé- 
mence envers fa famille & fes 
complices. Il pria le Sénat de 
ne point traiter ceux-ci à la 
rigueur. La plus erande peine à 
laquelle on les loumit » ce fut 
rexil ; encore en fur«pt-ils 
bientôt rappelles. Ce ne ^t pas 
fans éprouver quelque contra- 
diâion 9 que Marc- Aurele tint 
cette conduite. Plufieurs trou- 
vaient fon indulgence excefli- 
ye ; & il lui en fut même fait 
des reproches. Si Avidius eut 
vaincu , lui dit-on , en auroit-il 
ttinfi ufi à votre égard f La ré- 
ponfe de Marc- Aurele eft re- 
marquable. Avec la vie , que 
nous menons , dit-il > & la pro» 
fejfion que nous faifons d'honorer 
les Dieux , nous n* avions pas â 
craindre d*être vaincus. 

Quoique la rébellion d'Avî- 
dius Caffiua eût été étouffée 



MA 

prêfque dans fa naîlTaiice, Marc 
Aurele jugea avecraifon qu'une 
auiS grande agitation dévote 
avoir laiiTé dans les provinces 
d'Orient quelque refte d'ébran- 
lement 9 qui avoit befoin d*être 
calmé par fa préfence. Il partie 
donc pour les aller vifiter» & 
en paêrne-tems qu'il eût foin 
d'y faire revivre le refpeél pour 
fon autorité , il y iaiffa par tout 
des témoignages de fa clémen** 
ce. On lui préfenta tous les pa- 
piers trouvés chez Avidius Ca(- 
iius ^près fa mort ^ lettres ^mé* 
moires contenant la preuve de$ 
intelligences, qu'il avoit entre- 
tenues en différentes parties de 
l'Empire. Marc- Aurele les brû- 
la tous fans les lire , dffant 
qu'il ne vouloit point fe met* 
tre dans le cas d'être forcé de 
haïr. 

II pardonna aux villes.& aux 
peuples 9 qui avoient embrafle 
le parti d'Avidius Caffius. La 
feule ville d'Antioche , qui 
avoit été plus ardente ôc plus 
opiniâtre que les autres dans la 
rébellion 9 refiemit d'abord 
quelques effets de fa jufte co- 
lère, il ne voulut point l'hono- 
rer de fa préfence 9 lorfqu'il 
vint en Syrie ; & il y envoya 
une ordonnance févere» qui in- 
terdifoit aux habitans d'Antio- 
che ce qu'ils aimoient le plus» 
les fpeélacles 6c les divertifTe- 
mens publics 9 & même toute 
aflemblée 9 toute délibération en 
commun 9 tout exercice de ce 
que nous appellerions offices 
municipaux. Mais 9 le reflenti- 
meac de ce bon Prince Q*étoic 



MA 

pas de longue durée. II ne put 
tenir contre les marques , que 
ceux d^Antioche lui donnèrent 
de leur repentir. Il leur rendit 
leurs privilèges y ôc vifita leur 
ville , avant que de fortir de la 
province. 

Pendant qu'il étoit en S^tiCi 
If s rois d'Orient s'empreflerent 
de venir lui faire leur cour , & 
il y reçut une ambaflade du roi 
des Parthes. Sa venue en ces 
contrées inquiétoit fans doute 
des Princes , qui connoiflbient 
mieux la puiuance de TEmpe- 
reur Romain , que fa modéra- 
tion. Toujours fage & libre 
d'ambition , Marc-Aurele main- 
tint la paix , renouvella les 
traités » fe fit aimer des Princes 
& des peuples, & laifla par 
tout des fflonumens d'une philo- 
fophîe, qui ne confiftoit pas dans 
de beaux djfcours j mais dan$ 
des effets réellement utiles à la 
faciété humaine. 

Ilavoit mené avec lui Faufti-*. 
ne , fa femme , qu*il perdit dans 
ce voyage. Après la mott de 
cette PrinccOTe , il n'eut pas la 
force de fe pafler d*une conçu* 
bine: & il choifît la fille de l'iiy. 
Cendant de la maifon de fa fem- 
mt. II avoit pourtant alors plus 
de cinquante-quatre ans. Quoi 
qu^il en foit de ce trait fingu- 
lier , Marc - Aurele paflà de 
Syrie en Egypte , & vînt à Ale- 
xandrie , qui avoit témoigné 
aflez de chaleur pour le parti du 
rebelle. Comme néanmoins les 
Alexandrins n'avoient pas éré 
anfli loin que ceux d'Antioche f 
it Itat pardonna fans diâicultét 



MA 1r4r 

H fe familiarifa même avec eux^ 
6c vécut dans leur ville comme 
citoyen ^ comme Philofophe ^ 
plutôt que comme Empereur. » 

Après qu'il eut rétabli l'ordre 
& le calme dans toute la Qon* 
trée Qrientale de TEmpire » £» 
difpofant à revenir en Italie^ 
il pafla par Athènes. Il s'y fit 
initier aux myitères de Cérèà 
Eleufine. Il gratifia les Athé-» 
Biens de divers privilèges ho- 
norifiques de utiles. Comme 
cette ville avoit été de tout 
tems la mère des arts & des 
fciences » Ôc qu'elle attiroic un 
concours infini d'étrangers , qui 
venoient y puifer la dodlrine « 
il compta que fonder des pro^ 
feifeurs à Athènes , c*étoit fe 
rendre le bienfaiteur du genre 
humain , & il en établit avec de 
bons appointemeds pour toutes 
les parties des belles cpnnoif- 
fances. En revenant en Italie ^ 
il fut battu de la tempête. It 
arriva néanmoins heureufemenc 
à Brindes ; &^ fur le champ il 
prit la toge ou Thabit de paix ^ 
lui 8c toute fa fuite* Jamais ^ il 
n*avoit fouffert que les foldati ' 
paru(r<*nt en habit de guerre à 
Kome ni dans l'Italie. 

Ce fut un grand fujet de joie 
pour la Capitale , que le retour 
triomphant de Marc*Aurele. Il 
revenoit vainqueur des Marco* 
mans 8c des Quades y 8c pacifi* 
cateur de tout TOrient. A Toc- 
cafion de tant d'heureux fuccès^ 
la maifon Impériale avoit reçu 
des accroififemens d'honneurs 6t 
de dignités. L'Empereur, pen« 
dant lao voyage » avoic o;>mmi 

Kii 



w 



*4| , M A 

Pompéien , fon gendre 9 au Cofl- 
fulat ^ & accumulé fur la tête de 
Commode » fon fils y pluiîeurs 
titres qui Tapprochoient du rang 
fuprême 9 auquel il i*éleva peu 
après«t Le peuple fe réjouiffoic 
de voir croître ce jeune Prince 
tn fplendeur & en éclat comme 
en âge 9 mais bien à tort ; & il 
faut avouer que dans la conduite 
de Marc-Âurele à l'égard de 
fon fils 9 on reconnoît plutôt un 
père indulgent , qu'une arae 
forte & ^ouée d'un dffcerne* 
ment judicieux. 

Il paroit que Marc-Aurele» 
revenu d'Orient , paiïa près de 
deux ans à Rome. Il employa 
ce teros de repos à réformer 
divers abus dans Tadminiitratioa 
des affaires > & à établir de plut 
en plus le bon ordre dans le 
Gouvernement. Mais^ ces foins 
furent interrompus par la né« 
ceffité de retourner îur le Da- 
nube & de reprendre la guerre 
contre les Marcoraans. 

Marc-Aurele partit le cinq 
d'Août de Tan 919. Nous fom- 
mes peu inftruits du détail de 
fes exploits. Nou5 fçavons feu- 
lement que les chofes réuffif- 
foient au gré de fes voeux. Pa- 
terrius remporta fur les Barbares 
une grande viéloire^ en vertu 
d« laquelle Marc-Aurele fut 
proclamé Imperator pour la di- 
xième fois. Pertinax fe fignala 
auflî dans la Mœiie & dans la 
Dace. Dé}à> Marc Aurele fe 
flàttoit d'achever bientôt de 
fubjuguer des ennemis jufque-là 
indomptables , lorfque la mort 
le prévint deux ans après fon 



MA 

départ de Rome. II tomba ma- 
lade à Vindobona en Pannonieé 
Mais 9 la maladie , fi nous ea 
croyons Dion Caffius , ne fut pas 
la caufe de fa mort, qui doit être 
attribuée au crime de fes mé- 
decins , gagnés par Commode. 
D'autres ont écrit qu'il mourut 
volontairement & par fon choix» 
ne pouvant réfii!er à la douleur 
& à la honte , que lui caufoienc 
les déréglemens & les vices 
horribles de fon fils , qui fe di(V 
pofoit à devenir un autre Né- 
ron. Nous laifferons là ces 
bruits 4 qui peuvent bien n'avoir 
d'autre fondement , que les re- 
grets , que laifia Marc- Aurele 
après lui , Ôc la haine que méri- 
ta la tyrannie de Commode. Il 
paroît que la pefte s'étoit mife 
dans l'armée, de que c'eft de ce 
mal que l'Empereur fut atta- 
qué - 

Lefîxieme jour de fa maladie» 
fe fentant défaillira moinsaffli- 
gé de fa mort prochaine , que 
des maux » qu'il prévoyoit de- 
voir la fuivre , il voulut faire 
un dernier etfort » pour tâcher 
de mettre fon fils fur les voies 
<^une conduite fage & d*ua 
gouvernement vertueux. Il le 
manda auprès de fon lit , avec 
fes amis & fes plus fidèles con- 
feillers , & fe levant un peu fur 
le coude > il parla en ces ter«. 
mes: 

3» Mes amis , je ne fuis point 
x» étonné que vous vous atten- 
30 driflîez fur l'état où vous me 
» voyez. Naturellement , les 
yy hommes compatiflentàceque 
fouffirent leurs fembUbles>fur« 



MA 

x> tout Idrfque le fpeiflacle en 
30 tA fous leurs yeux. Je puis 
39 même me promectre de vos 
» fentimens quelque chofe de 
^ plus ; Ôc ceux que j*ai pour 
«> vous me garanciflenc un re- 
y> tour d'amitié de votre parc. 
» Voici le tems venu pour moi, 
x> de recueillir le fruit des 
y> bienfaits dont je vous ai corn- 
» blés depuis tant d'années , Ôc 
» pour vous de m'en témoigner 
» votre reconnoiflance. Mon 
3> fils a befoin de vous* C*eft 
» vous qui me Tavez élevé 
» jufqu'ici ; mais , voyez à quels 
30 dangers la jeuneffe eft expo- 
» fée , 6c combien , dans un âge 
30 que l'on peut jugement corn- 
30 parer à l'agitation des flots 
30 & de la tempête» lui eft né- 
30 ceiTaire le fecours d'habiles 
» pilotes , qui le gouvernent 
» fagement , & qui empêchent 
30 /que l'inexpérience ne l'en- 
2> traîne dans mille écueils , 8c 
» ne le livre à la fédu(f^ion du 
30 vice. Servez-lui de modéra* 
30 teurs ; dirigez - le par vos 
30 confeiïs ; Ôc faîtes qu'il re- 
9 trouve en vous plufîeurs pe- 
» tes au lieu d'un , que la mort 
30 lui enlevé. Car , mon fils , 
3i> vous devez fçavoir qu'il n'eft 
» point de richefles » qui fufE- 
30 iênt à remplir le gouffre in- 
» fatiable de la tyrannie ; point 
30 de garde, fi nombreufe qu'elle 
t» foie 9 qui puiiTe affurer la vie 
3» du Prinpe , s'il n'a pas foin 
pp d'acquérir l'affedion de fes 
3p fujets. Ceux-là feuls ont droit 
» à une longue ÔC heureufe 
9 jouiâance du fouverain pou« 



M A r49 

39 voir « qui travaillent non à 
30 effrayer par la cruauté , mais 
3> à régner fur les cœurs pat 
» l'amour qu'infpire leur bon* 
p té à tous ceux , qui leuf 
30 obéifienr.Ce n'eft point à des 
30 efclaves foumis par la nécef* 
30 fité , que l'on peut fe fier. 
30 C'eft à des citoyens affedlion* 
» nés , que la bienveillance at- 
30 tache , que le devoir Ôc non 
To la flatterie conduit , ôc dont 
n la fidélité eft au(B inébranla- 
30 ble , que les principes fur 
o lefquels elle eft appuyée. Des 
30 efprits 9 ainfî difpofés y ne fe 
3> portent jamais à fecouer le 
y>^ foug , fi la violence ôc l'or- 
al gueil du Prince ne leur ea 
» font naître la penfée. Prenez- 
90 y garde > mon fils ; car , il 
X» eft difficile de mettre des bot* 
» nés à fes cupidités , lorfqu'oa 
30 a un pouvoir fans bornes 
30 pour les fatîsfaire. Voilà , 
n mes amis , les confeiïs que 
n vous devez donner à ce jeu- 
» ne Prince. Rappellez-lui fou- 
» vent tout ce que je viens de 
30 lui repréfenter. Par-là vous 
3> le ferez devenir la fource de 
3» votre Bonheur , & du bon- 
» heur du genre humain ; & 

» vous vous acquitterez envers 
30 Marc- Aurele > de façon qu'il 
» vous devra plus que vous ne 
30 lui devez, n 

. Tels furent les avis , aufli 
inutiles que fages , donnés par 
Marc-Âurele mourant » à fon 
fils. Il ne furvécut qu'un jour 
ôc une nuit ; ôc il expira le dix* 
fept Mars de l'an de Rome 93 1 , 
étant âgé de près de cinquante-; 



15^ MA 

neuf ans , 8c ayant régné d'epuif 
la mort de Tite'-Antoaiii 19 ans 
& quelques purs* Dion Caffius 
raconte que le dernier jour de 
fa vie f le Tribun étaut venu ^ 
fuîvant Tuiage ^ lui demander le 
snot y il lui répondit : Adrtffhi'* 
vous au Soleil levant ; pour moi » 
je nu couche. 

Il avoit eu de Fauftine y fa 
lemme > trois fils & plufîeurs 
filles. Ântonius Géminus » frère 
jumeau de Comniode , mourut 
âgé de quatre ans , & fervit 
ainfi de preuve à U futilité 
de Tart des AftrologueSi qui 
avoient promis une égale durée 
<fe vie aux deux Princes naif- 
fans. Un troifieme fils de Marcr 
Aurele vécut jufqu'à l'âge de 
fept ans, & reçut le titre de 
Cëfar avec Commode. Une 
grofleur, qui lui vint près de 
roreille » fit qui'exigea uile opé- 
ration, le fit périr. Soâ père 
fupporta ce malheur avec conf* 
tance ; 6c après avoir donné 
cinq jours aux fentimens de la 
sature » il reprit le train des 
siffaires fil confola même leH 
médecins , ou chirurgiens , à 
qui le mauvais fuccès de leuf 
opération avoit caufé une vive 
douleur. Ainfi y Marc* Aurele , 
«n mourant, n'avoit d'autre fils 
que Commode, plus heureux^ 
«'il n'en eût laifle aucuô. 

Efatré fes filles^ nous ne con« 
lioiflbns bien que Lucille y ma- 
riée eto premier lieu à l'empereur 
Vérus & enfuite à Pompéien. 
Tout ceque nous pouvons dire 
des autres, c'efl que leur père» 
en leur choifîiTanc des maris j 



MA 

eut bien plus d'attention à lit 
DoblefTe des fentimens y qu'à 
celle de la naifiance , fie qu'il fe 
donna des. gendres y non qui 
eomptaffènt une longue fuite 
d'ancêtres , ou qui brillaflerlt 
par leurs richefTes^mais recom- 
mandables par le mérite per-* 
fonnel fie par la vertu. 

La mort de Marc-Aurele cau« 
fa un deuil aufE fincere y qu'uni- 
verfel dans tout l'Empire. Quoi* 
qu'il eût maintenu la difcipliné 
âiilitaire avec exaâitude » fit 
qu'il n'eût point eu de moIleS 
complaifances pour les foldats» 
il en étoit aimé. Le Sénat, \t 
peuple j les Provinces , tous fei 
îujecs te pleurèrent amèrement. 
Il étoit très-digne de regreti 
par lui - même ; mais > fon fils 
donna lieu encore de Centir plui 
vivement la perte y que l'Empi** 
te avoit faite. Dès que la nou-* 
velle de fa mort fut arrivée à 
Rome y le Sénat s'aflembla en 
habit de deuil. On commença 
par verfer des larmes en abon- 
dance ; mais , bientôt l'admira- 
tion de fa vertu excitant dans les 
efprits d'autres fentimens y oit 
s'écria que prêté par le ciel à 
la terre y Marc-Aurele venoit 
d*être rappelle dans le ciel. Le 
jour de fes funérailles folem- 
nelles , lorfque fon corps eut 
été rapporté à Rome, au lien 
de pleurs» la place fie le champ 
de Mars retentirent dé fes élo« 
ges. Le Sénat fie le peuple réu^ 
nis y fans les formalités ordi<^ 
Aaires des décrets , le procla- 
mèrent Dieu, tout d'une voix 9 
le (klàerent comme Dieu > oonr 



MA 

})tr flatterie , maïs par une per« 
iiaiion, qui pour être fondée 
fur les chimères de l'idolâtrie « 
n'en étoit pas moins férieufe. 
Oo lui décerna enfuite tous les 
honneurs humains ôc divins » 
arc de triomphe y ftatue d'or 
dans le Sénat » temple, autel , 
Prêtres. Plufieurs de fes prédé- 
cefieurs avoient reçu les même$ 
témoignages extérieurs de vé- 
nération. Mais , ce qui diftingue 
ici Marc-Aureie , c*eft l ^accord 
des cœurs avec le langage i & 
de la pratique des particuliers 
avec les délibérations publi* 
ques* On eût regardé comme 
impie , dît CapitoTin , celui qui 
D*auroit pas eu dans fa maifon , 
parmi fes dieux Pénates , une 
repréfentation de Marc-Aurele. 
Ce culte fe perpétua* li étoic 
encore plus de cent ans après 
en pleine vigueur. Dioclétien 
Blême fe faifoit gloire d'hono- 
rer Marc-Aurele comme une de 
fes principales divinités. 

DIGRESSION 

Sur le portrait de Marc-Aurele. 

C'étôit un de ces caraAères 
nés vertueux » qui ne connut 
jamais le trouble des paiSons. 
On remarque que dès fon en- 
fance f ni la triftefle « ni la joie 
^'altérèrent la férénité toujours 
égale de fon vifage. La gran- 
deur ne fit en lui aucun chan- 
gement* Adopté par Tite*Anto- 
nin , devenu Céfar » aflbcié à la 
puiflance Tribunicienne , il fut 
conftamment le même. Soumis 
à fon père , affable envers tous » 
fimple & modefte dans fes pro* 



MA TÇf 

cédés, \l ne prenoit même l?a 
marques de fa dignité que dans 
les occafions d'éclat « de lorf«« 
qu'il paroiCoit ei^ public avtç 
l'Empereur. Du reile , vivant 
& vêtu comme un (impie parti- 
culier » il alloit écouter les Phi^ 
lofophes dans leurs écoles ; it 
vifitoitv fes amis malades ; & il 
recevoir le matin leurs refpe^t 
fans appareil , fans faite & dans 
la chambre ob il avoir couché* 

Parvenu à la fouveraine puif** 
fance > il gouverna de manière 
qu'il n'eft perfonne qui ne lui ^ 
ait appliqué le mot célèbre de 
Platon y par lequel eft annoncé 
aux peuples de aux États uq 
bonheur parfait , lorfqu'ils ^u- 
ront des rhilofophes pourRois^ 
ou que leurs Rois feront Philo-* 
fophes. Il porta la déférence 
pour le Sénat plus loin^ que 
n'avoit jamais fait aucun de 
fes prédéceCeurs. Il rempliffoit 
fidèlement les devoirs de Séna* 
teur , ne manquant aucune af« 
femblée > lorfqu'il étoit à Rome* 
& revenant fouvent de campa* 

S ne exprès pour y affiiter. Il ▼ 
emeuroit exaAement jufqu'a 
la fin. Jamais il ne fortit que le 
Conful n'eût congédié la com«» 
pagnie par la formule accoutu^ 
mée. Loin de prendre ombrage 
de l'autorité du Sénat » il l'exal^ 
toit en tout , & s'y foumettoic 
lui-même. En partant pour la 

Î;uerre contre les Marçomans t 
1 demanda au Sénat la permtf- 
fion de prendre dans le tréfor 
public les fommes dont il avois 
befoin. Car^ dïtoh'il ^ ^out ap^ 
part'unt au Sénat & au peuple. 

K iv 



t$2 ^ MA 

Nous n'avons rien que nous ne 
tenions de vous. Le palais même , 
oh nous habitons , eft votre bien. 
Il fe deflaififloit fouvent des 
affaires dont il dévoie connoîcre 
lui-même , & en renvoyoît le 
jugement au Sénat. Il fe plai- 
foic fouvent à donner part dans 
l'exercice du gouvernement , 
non- feulement aux Magiftrats 
àdluellement en charge , mais 
aux anciens Préteurs & aux 
Confulaires 9 à qui il diftribuoit 
des départemens & à^^ emplois 
^d'importance , les multipliant 
à deffein , rétabliflant ceux qui 
étoient abolis , en créant de 
nouveaux , non-feulement pour 
le bien du fervxce, mais afin de 
pouvoir mettre en place un plu^ 
grand nombre de Sénateurs. 
L)ans toutes les affaires , foit en 
Çuerre , foit en paix, il prenoît 
toujours l'avis des meilleures 
f êtes^^e cet Ordre augufte ; & 
il difoït fouvent : // eft plus jufte 
que je fuive le fentiment de tant 
d^illuftres amis , que de prétendre 
moi feul faire plier tant d*illu(lres 
amis fous mes volontés Ancaf2A)lt 
d*aucun foupçon de jalouhe , il 
permit même aux premiers ci- 
toyens de monter leur maifon 
fur la maifon Impériale ^ Se d'a- 
voir les mêmes o£fîciers que 
lui. 

Il fe montroit foigneux de 
maintenir la fplendeur du Sénat, 
en n'y faifant entrer que des 
fujets bien éprouvés , & qu'il 
connoiiToit parfaitement. L'hon- 
neur des particuliers même , 
qui compofoient la compagnie» 
lui étoit cher. S'il arriyoit qu'un 



MA 

Sénateur eût une affaire crîmî- 
neile , il faifoit un examen fe- 
cret du procès, avant que de le 
laiffer éclater dans le public. 
Lorfqu'il s'agiffôit d'en venir au 
jugement , il voulfoit que l'ac- 
cufé ne fût jugé que par fes 
pairs, & que jamais un Sénateur 
n'eût pour juge aucun cheva- 
lier Romain. Les plus fages de 
fes prédéceffeurs lui avoient , 
en ce point , donné l'exemple» 
Il les imitoit encore 9 en foula-- 
geant par fes libéralités les Sé- 
nateurs , qui , fans qu'il y eût 
de leur faute , ne fe trouvoienc 
pas avoir un bien capable de 
ibutenir leur dignité. 

Le peuple jouit des droits 
de la liberté fous l'empire de 
Marc-Aurele. Ce Prince ne gê- 
noit les citoyens que pour les 
empêcher de mal faire ; encore 
s'Jf prenoit-il avec douceur. Il 
employoit plus volontiers les 
invitations que les menaces » les 
récompenfes que les.châtimens. 
Quoique fans vices, il étoit très- 
convaincu de la nécelHté de la 
tolérance à l'égard de ceux des 
autres , pourvu qu'ils ne fuffent 
pas portés aux derniers excès» 
11 avoit fouvent à la bouche ce 
mot judicieux : Nous ne pouvons 
pas faire les homnres tels que nous 
les voudrions. Il faut lesfupporter 
tels qu'ils font , & tirer (Peux la 
meilleur parti qu'il eft poffible. 
Cette modération lui réuffît. Il 
eut la fatisfaâion > fuivant Ca- 
pitolin y de voir les méchans 
devenir bons par fes foins, 8c 
les bons croître en vertu. 
Il interdit Tufage des bains 



L- 



MA ^ 

communs aux deux féxes. Il 
réprima par de faliitàires régie- 
mens la licence des mœurs , la 
corruption de la jeunefTe 9 les 
défordres des femmes ; plus 
heureux à réformer la ville ÔC 
l'État que fa propre maifon , 
couverte d'opprobres par les 
débordemens de Fauiline. Il fut 
très-attentif à ne point fouler 
les peuples. Le premier moyen, 
dont il ufa pour Ven difpenfer , 
ce fut une prudente économie 
par rapport aux finances de 
l'État , qu'il évita d'épuifer par 
des largeiTes inconfidérées. Il 
porta la fermeté fur ce point 
jufqu'à refufer , après une gran- 
de vi^oire, la gratification que 
deroandoîent les foldats vain- 
queurs. Tout ce qu'on vous don" 
nera^ leur dit-il , au-delà de ce 
^ui vous eft dû , il faudra le tirer 
du fang de vos pet es & de vos 
proches» 

Dans une extrême détreffe « 
il aima mieux vendre les meu- 
bles & les joyaux de Ton palais, 
^Vie de charger les provinces de 
nouveaux impôts. C'eft pbur- 
quoi , il mit en vente les ftatues 
& les tableaux précieux qui 
oruoient fes appartemens , fa 
vaiiTelle d'or & d'argent , Jes 
pierreries qu'Adrien avoir amaf- 
îees à grands frais , & jufqu'à 
la garde-robe de l'Impératrice, 
& aux étofifes d'or & de foie 
qu'elle portoit fur elle. Cette 
vente dura deux mois. Elle 
fournit à Marc-Aurele de quoi 
fuffire aux dépenfes de la guer- 
re. Après la vi(floire y il déclara 
(|u'il r^chficeroit tout ce qu'il 



MA 15} 

avoît été obligé de vendre, & 
qu'il rendroit l'argent à ceux 
qui voudroient le recevoir* 
Mais , il laifTa fur ce point plei- 
ne Ôc entière liberté , fans vexer 
en aucune façon , ni ceux qui 
rapportèrent ce qu'ils avoient 
acheté § ni ceux qui le gardè- 
rent. Il eft peu néceflaire d'ob- 
ferver qu'un Prince, fi plein de 
bonté , ne foufifroit point que 
l'on exigeât rien des peuples au- 
delà de ce qui étoit impofé , & 
qu'il puniffoit févérement les 
concuflîonnaires. Il remit même, 
dans des circonilances où le be- 
foin d'argent le preflbit, ce qui 
étoit dû au fi fc & au tréfor pu- 
blic , lorfqu'il lui parut que la 
levée en feroit trop onéreufe. 
Dion Caiïîus cite une remife de 
cette nature^accordée par Marc- 
Aurele 9 & étendue à un efpace 
de quarante-iix ans , précifé- 
roent lorfque le renouvellement 
de la guerre des Marcomans 
exigeoit de lui de plus grandes 
dépenfes. 

Les calamités des peuples & 
des villes le trouvèrent toujours 
prêt à les foulager. Dans un 
tems de famine , il diilribua en 
pur don par toute l'Italie des 
bleds étrangers , dont il avotc 
amaffé dans Rome d'abondantes 
provifions. Il rétablit Smyrne, 
Éphefe, Nycomédie, ruinées par 
des tremblemens de terre , 9c 
Carthage qu'un incendie avoic 
dévajftée. 

Les plaifirs mêmes & les dî« 
vertiffemens des fpeâacles , 
qu'il croyoit néceuaires. à la 
multitude > ne lui parurent pas 



j 



1)4 . MA 

«n objet indigne de fes foins. 
Il eo featoic tout le frivole ; & 
lorfqa'il y afCftoic , au lieu de 
repaître fes yeux d*un vain amn« 
fement, il s*occupo}c de chofes 
utiles, il lifoit , il apoftiiloit fes 
lettres f il donnolt audience à 
ceux qui avoient des requêtes 
à lui préfenten Mais ^ fon in- 
diâPérence & fon mépris pour 
les jeux ne rempêchoient pas de 
ft^accomnoder au goût du peu- 
ple» qui en étoit avide. Il les 
donnoit avec magnificence ; & 
en une Yeule fête il fit paroître 
cent lions qui furent tués à 
coups de flèches. Lors même 
qu'il étoit éloigné de Rome , il 
se vouloit point que les plaifirs 
de la multitude fouffriâent de 
fon abfence. 11 chargeoit les 
^los riches Sénateurs d en faire 
les frais , fuivant Tufage de tout 
tems obfervé dans la Républi- 

Se. Il fe fit une affaire de ré- 
:er par des efifets les bruits » 
2ui s*étoient répandus, à Tocca- 
on du départ des gladiateurs» 
qu^\ avoic emmenés à la guerre 
contre les Marcomans. On di- 
foit que fon intention étoit de 
retrancher les divertiflemens 
publics , & d'aftreittdre tout le 
monde à l'auftérité de la vie 
philofophique. Ce fut pour lui 
un motif de témoigner d'autant 

{^lus d'indulgence (ur ce point. 
I la poufla même à Texcès, 
fuifqu'il permit le fpeâacle des 
antomimes , fi ennemi des bon- 
aes mœurs , 6c banni par quel- 
ques-uns de fes prédécefleurs , 
qui , cependant , ne refpec- 
loicnt pas autant que lui la ver- 



MA 
tu. Seulement il apporta quel- 
que modération aux dépenfes 
des jeux , réduifant le falaire» 
que les Comédiens pouvoiènt 
demander, à cinq pièces d'or f 
& défendant qu'on leur en don* 
nât jamais plus de dix. 

On voit par tout ce qui vient 
d*êrre rapporté , que la bonté 
étoit le fond du caraâère de 
Marc-Aurele. Il chériffoit tel- 
lement cette vertu » qu'il en lie 
une divinité » à laquelle il conf-^ 
truifit un .temple fur le Capito- 
le. Il l'exerçoit même à l'égard 
des coupables ; & pour la pu-» 
nition des crimes, il fe conten- 
toit communément de peines 
plus légères que celles qui 
étoient prefcrites par les loix. 
Un Préteur avoit mérité , par 
fa mauvaife conduite f d'être 
deftitué de fa charge. Marc- 
Aurele lui en laiiTa le titre, & 
ne le priva que de l'exercice 
de fes fondions $ qu'il tranf- 
porra à un de fes Collègues. Il 
fouffroit patiemment la liberté 
audacieufe de ceux qui ne crai« 
gnoient point de lui manquer 
de refpecl. Un homme de fore 
mauvaife réputation , qui s'étoic 
déshonoré par l'infâme métier 
de gladiateur , fe préfentanc 
pour deq|ander une charge » 
Marc-Aurele l'avertit de com- 
mencer par détruire les idées 
fâcheufes » qu'il avoit données 
de lui dans le public. Je fuis 
dans le cas de bien d^ autres , ré« 
pondit infolemment le Candi* 
dat. Je vois devenus Prêteurs 
plufieurs de mes camarades d*ef» 

€rinu^ Celte réponfe étoit ut 



MA 

reproche fau au Prince même t 
qui n^y oppofa que la douceur. 

Comme il écoit toujours en- 
clin à pardonner les offenfes , 
qui l'attaquoienc perfonnelle- 
ment , rien ne pouvoir faire 
violence à fa généreufe bonté , 
ni l'énormité des attentats 9 ni 
la crainte que l'impunité n'en 
provoquât de femblables. Il laif* 
la jouir non - feulement de la 
vie , mais de leur fortune &^de 
leur état , ceux même qui fe 
rendirent coupables d'une ré« 
bellion manifefte , & qui prirent 
les armes contre lui & contre 
fon fils ; & s'il s'en trouve qui 
aient été rois à mort , ce ne fut 
point par fon ordre. 

£a politique Romaine avoir 
toujours traité les Princes étran« 
gers à la rigueur ; mais 9 Marc- 
Aurele ne voulut point que fa 
clémence fe démentit à leur 
égard. L'eâfuiion du fang, même 
des perfonnes les plus viles > 
lui faifoit horreur, il corrigea 
l'inhumanité des combats de 
gladiateurs , en leur donnant 
des fleurets au lieu d'épées 6c 
d'armes tranchantes , afin qu'ils 
fe battiflent comme les athlètes 
fans danger pour leur vie. Un 
enfant , qui danfoit fur la corde, 
s'étanc tué en tombant , Marc» 
Âurele ordonna que dans la fui*- 
ce on mît des matelats fous les 
Cordes , fur lefquelles les volti-* 
geurs exerçoienc leur jeu ; cet- 
te réforme fe foutint. Du tems 
de Dioclétien , l'ufage fubfiftoit 
encore de tendre des filets au- 
deflbus des danfeurs de corde* 
Un Uoo , «ccoucumé à dévorer 



M A 15Ç 

les hommes , fut donné en fpec- 
tacle au peuple» chez qui une 
folle curioficé étouffe tout fen« 
riment. Marc- Aurele ne voulut 
point le Voir ; & il refufa dé 
donner la liberté au maitre de 
ce lion , quoiqu'il en fût vive- 
ment follicité par les cris de la 
multitude. Il leur impofa filen- 
ce 9 en commandant à un Héraut 
de crier à haute voix de fa part , 
que cet homme n'avoit rien fait 
qui méritât récompenfe. 

La bonté de Marc-Aurele ne 
fe tint pas toujours, comme il 
a déjà été obfervé , dans les juf- 
tes bornes. Ce Prince ne fçut 
pas garder ce fage milieu , qui, 
en s'éloignant de la dureté p 
évite la foiblefTe. Il excéda en 
indulgence à l'égard de tout ce 
qui l'approchoit. Il n*en faut 
point d'autre preuve que tz 
conduite moile par rapport à 
fa femme & à fon fils, il n'ai* 
ma rien tant que la philofophie. 
Cet amour fi louable devint par 
fa facilité une occafion de com- 
mettre bien des injuftices. Com^^ 
me on fçavoit que la philofophie 
étoit la voie pour obtenir la fa* 
veur du Prince , bien des gens 
fe livroient à cette étude , non 
pour fe perfeâionner l'efprit 9t 
le cœur , mais dans la vue de 
faire fortune. Ils prenoient le 
tnafque de Philofophe fans en 
avoir les fentimens ; & la bonté 
de Marc-Aurele étoit la dupe 
de leur hypocrifie. Ils acqué- 
roient des rich^fles ; ils par- 
venoient à des emplois 9 dont 
ils abufoient pour faire fouveot 
bien du mal , & aux particu^ 



156 MA 

lieis & à la République. 

L'indulgence pour les crî- 
inînels étoit auffi portée trop 
loin par Marc-Aurele. En voici 
un trait. Un charlatan , dans le 
champ de Mars /haranguant du 
haut d'un arbre ia multitude at- 
troupée , prédit que le feu tom- 
beroit du ciel , & que la fin du 
inonde arriveroit , lorfqu*iI fe- 
roit lui-même changé en cicogne. 
ÀujourmarquéjilfelaiffagliflTer 
le long de l'arbre , & fit partir 
une cicogne , ou'il avoit cachée 
dans fon fein. Son projet ne fe 
termînoit pas à cette illufîon 
grodîere. Il tendoit à une fin 
également dangereufe de crimi- 
nelle. Quelques fcélérats , de 
concert avec lui , dévoient 
mettre le feu en différentes par- 
ties de la ville, & profiter du 
défordre pour piller. L'impof- 
teur ne peut pas exécuter fon 
plan. Il fut arrêté dc amené à 
l'Empereur , à qui il avoua tout. 
Un tel crime ne méritoit affu- 
Tément aucune grâce. Néan- 
moins , Marc - Aurele le par- 
donna. 

En outrant ainfi la vertu , ce 
Prince a donné lieu de fufpec- 
ter fa fincérite & fa franchife. 
On a cru qu'il entroit de Taf- 
fedtation dans une douceur pouf- 
fée au delà de toute mefure ; & 
^ue la vanité y avoit plus de 
part que les fentimens du cœur » 
qui , lorfqu'ils font vrais , fe 
produifent avec fimplicité & fans 
fafte. Dion Cai&us réfute ce re- 
proche, en y oppofant la conf- 
iante égalité de la conduite de 
Marc-Aurele , qui , peadant ua 



M'A 

fi grand nombre d'années , foas 
Tite«-Antonin d'abord , & eo- 
fuite dans un règne de vingt 
ans , ne s'eil jamais démentie*. 
Il faut avouer que cette preuve 
eft d'une grande force ; & il y 
auroit une injuftice manifeile à 
douter que le cœur de Marc- 
Aurele ne fût porté à la bonté. 
Mais , la crainte du blâme 6c la 
paifion pour les louanges n'ont 
elles rien ajouté aux fentimens 
d'une belle amedc aux lumières 
d'une raifon épurée? Cefi: ce 
qu'il eft difficile de fe perfua- 
der. 

Un Prince , qui recherchoit 
fi fort la gloire de la bonté » 
n'avoit garde.de manquer à la 
juftice , qui eft d'une obligation 
rigoureufe. Les droits du fifc 
préfentoient toujours quelque 
occafion aux efprits malfailans 
de fufciter à des citoyens pai« 
fibles defâcheufes affaires & des 
chicanes odieufes. Marc - Au« 
rele alla au-devant de cet abus* 
Il ne méprifa pas feulement les 
délations, qui tendoient à grof« 
fir fes revenus < de qui pouvoienc 
opérer des confiications avan- 
tageufes à fes intérêts ; mais, il 
renouvella Se fit obferver les 
anciennes ordonnances contre 
les délateurs i qui feroient conr 
vaincus de faux. 

Marc-Aurele » en général i 
faifoit rendre la juftice & la 
rendoit lui - même avec une 
exaâitude fcrupuleufe. Il blâ<* 
rooit beaucoup la précipitation 
dans les jugemens. Il obligea ua 
Préteur de recommencer l'inf- 
truâion d'une afiaite ctimineUe» 



MA 

^î avoît été brufquée , & d*é- 
couter de nouveau les accufés. 
Lui-même ii eropioyoit quelque 
fois jufqu*à onze & douze jours 
à étudier & àdifcuterun procès 
d'importance , ne plaignant ni 
fon cems ni fa peine » lorfquMl 
s'agiiToic d'éclaircir la vérité ; 
car, il étoit très- laborieux , dit 
THiftorien , & il traitoit toutes 
les a£faires avec poids & me* 
lîire. Il ne difoic, il n'écrivoit, 
il ne^ faifoit rien , qui ne fût 
pefé mûrement ;ôc quelquefois , 
ce qui auroit paru de peu d'im- 
portance à d'autres; Toccupoit 
des jours entiers. Il penfoit qu'un 
Prince ne doit jamais fe déter- 
miner légèrement, parce que la 
négligence dans les petites cho- 
fes décrie fa conduite même 
dans les grandes* 

Son amour pour le travail & 
fon zèle pour l'expédition d'un 
procès I dont la longueur efl fi 
fatiguante éc û ruineufe pour les 
citoyens , l'engagèrent à réfor- 
mer la trop grande multitude de 
jours d« vacations , que pre* 
noient les tribunaux de juftice. 
Il porta jufqu'à deux cens 
trente le nombre des jours d'au* 
dience dans l'année* 

Marc-Aurele fît plufieurs or- 
donnances 9 où brillent l'équité 
& l'atteotion vigilante au bien 
public. La rigueur de l'ancien 
droit Romain étoit telle, que 
les feuls parens du côté pater- 
nel fe fuccédoient mutuelle- 
ment; enforte que les mères 
n'héritoient point de leurs en- 
fans 9 ni les enfans de leurs mè- 
res. Tite-Antonin commença à 



/ 

' M A T57 

corriger cette dureté; & par 
un Sénatus-Confulte rendu foi^s 
fon autorité , il donna aux mè- 
res infortunées , qui , contre 
l'ordre de la nature, verroienc 
mourir leurs enfans avant elles « 
la foible & trille confolatioa 
d'être au moins leurs héritières. 
Marc-Aurele ajouta à cette dif- 
pofition un fupplément nécef^ 
faire , en appellant les enfans 
à la fucceifion de leur roere. 
Cette mitigation fut dans la 
fuite étendue plus loin par les 
Empereurs Chrétiens. 

Comme un des objets les plus 
importans de la police généra- 
le de la fociété eft la tutele des 
mineurs , Marc-Ai|rele fît de ce 
genre d'affaires le département 
propre & particulier de l'un des 
Préteurs ; au lieu qu'auparavant 
l'ufage & la loi en chargeoienc 
les Confuls , qui , étant partagés 
par un grand nombre d'autres 
foins, ne pouvoîent pas donner 
à celui-ci toute l'attention né- 
ceffaire. Il porta fes vues fur 
les caufes d'État, toujours iofî« 
niment intéreiTantes , mais fur 
tout parmi les nations , qui ad- 
mettent la plus grande diftinc- 
jtion poffible entre les hommes , 
celle de la liberté Ôc de l'efcla- 
vage. Afin que chaque citoyen 
pût aifément fournir la preuve 
de fon état , (i on venoit à le lut 
contefter , Marc-Aprele renou- 
vella un ancien règlement de 
Servius Tullius, mais aboli par 
le non ufage. Il ordonna que le 
nom de chaque enfant de con. 
dition libre , qui naitroit dans 
Rome, feroit portée dans les 



is8 MA 

trente jours après fa naiflaoce > 
aux archives du tréfor , dans 
le temple de Saturne. Il établie 
pour la même fin dans les pro- 
vinces , des regiilres 3c des dé- 
pôts publics. 

Marc-Aurele étendit à tous 
les Sénateurs l'obligation, que 
Trajan avoir impofée à ceux, qui 
afpiroient aux charges , d*avoir 
une partie con(idérabIe de leurs 
biens^ placée en fonds dans l'Ita- 
lie. Cette précaution devenoit 
de plus en plus nécefTaire, par 
la facilité qu'on avoit de com- 
muniquer le droit de bourgeoi- 
£e aux villes & aux peuples » 
& par conféquent d't>uvrir l'en- 
trée du Sénat à un très grand 
nombre de fujets d'origine 
étrangère ; enforte qu'il étoit 
à craindre que l'Italie » qui 
étoit le centre & la tête de 
l'Empire , ne devînt comme 
SodifTérente à la plupart de ceux^ 
qui compofoient le premier or- 
dre de l'État. 

Tels font Its principaux ré- 
glemens , émanés de l'autorité 
de Marc-Aurele. L'on doit y 
remarquer non-feulement la fa- 
gefle des loix en elles mêmes , 
mais une attention prudente à 
ne point innover fans néceflité, 
à travailler fur les fonderaens 
déjà établis, &'à aimer mieux 
xappeller un droit ancien, que 
de le procurer le vain honneur 
d'en introduire un nouveau. Ce 
Prince s'aidoit dans cette opé- 
ration des lumières des plus 
fçavans Jurifconfultes , parmi 
Içfquels on nomme Cerbidius 
Scévola» maître célèbre d'un 



MA 

difciple encore plus fameux, du 
grand Papinien. 

Après ce tableau du gouver- 
nement de Marc-Aurele , il ne 
nous reâe qu'à ajouter un mot 
fur fa conduite privée. Il eft 
inutile d'en citer la fobrîété , 
la tempérance » réloignement 
de tout excès. Nous nous con- 
tenterons d'obferver que fa vie 
fut toujours férieufe , toujours 
occupée des devoirs du rang 
fuprême. Il mangeoit feul com- 
munément ; & on lui en a fait 
un reproche. Mais, deux raifons 
l'y déterminoient. Il voulott d'u- 
ne part ménager le tems , & ne 
pas perdre dans de longs repas , 
dts heures qu'il trouvoit bien 
mieux employées au travail. De 
l'autre , il étoit bien aife de 
laiiïer une pleine liberté à fes 
amis , & de ne pas les gêner 
par la néceflité de fe trouver à fa 
table. 

Avant que de finir cet arti- 
cle , nous remarquerons que les 
Chrétiens furent les feuls > qui 
ne fe reffentirent point de la 
douceur du gouvernement de 
Marc - Aurele. Il eft compté 
dans nos faftes pour auteur de 
la quatrième perfécution , qui 
fit un très-» grand nombre de 
martyrs > dans toute l'étendue 
de l'Empire. Les plus célèbres 
font Saint Polycarpe à Smyrne , 
Saint Juftin à Rome , Saint Po'* 
thin. Sainte Blandine 6c leurs 
compagnons à Lyon. Il eft 
pourtant vrai que Marc^Au* 
rele ne donna point d'édit con« 
tre les. Chrétiens. Il défendit 
même «près le miracle > qui le 



MA 

tira de péril dans le pah des 
Quades , qu'on les accufât pour 
caufe de leur religion ; mais,il ne 
les exempta point de la mort , 
lorfqu'ils feroiencmis en juftice, 
& laifTa fubiilier les édits de Tes 
prédécefleurs. 

MARC£LLA , MarcdU , {a) 
nièce d'Âuguiie > âc fœur du 
jeune Marceilus , étoit fille de 
C. Marceilus & d*Oaavie. Elle 
fut d'abord mariée à' M. Agrip- 
pa, qui dans la fuite fe fépara 
d^elle pour époufer Julie, fille 
d*Auguile. Marcella , abandon* 
née de fon premier mari , époufa 
Jule-Antoine » fils du Triumvir 
M. Antoine , & en eue un fils « 
L* Antoine , qui mourut à Mar* 
feille. 

MARCELLÉES , Marcellaa^ 
Marcellea , {b) nom d'une fête 
que les Syracufains inftîtuerenc 
en rhonneur de Marceilus , & 
en mémoire de ce qu'il avoic 
bien & fagemenc gouverné la 
Sicile* 

MARCELLIN [ Ammisn ]« 
Foyei Ammien. 

MARCELLINUS. Foyc^ 
Lentulus [ Cn. Cornélius ) Mar- 
cellinus* 

MARCELLINUS, Marcel- 
linus^ {c) grand«pere de l'Em- 
pereur Adrien , fut le pre« 
mier Sénateur de fa famille. 

MARCELLINUS , Marcel- 
Unus I {d) commandoit dans U 



M A 159 

Méfopotamie pour AuréUea , 
lorfque ceux de Palmyre vou<* 
lurent l'engager à prendre U 
pourpre. Mais , Marcellinus fi« 
deie à fon Prince, & éludant 
leur propofition par des délais 
affeâés , donnoic avis de tout 
à Aurélien. Les Rebelles , fe 
lafianc d'attendre fa décifion , 
en proclamèrent un autre Em* 
pereur. 

MARCELLUS [ la famîlfe 
des ] 9 Marcellorum Gens , une 
dt$ plus iliuilres familles Ro- 
maines. C'étoit une famille Plé- 
béienne ; mais , elle n'en a pas 
moins produit plufieurs grands 
hommes , que nous allons faire 
connottre. Nous remarquerons 
feulement auparavant que le 
nom de Marceilus fignifie la 
même chofe que Martial , c'eft« 
à- dire , fils de Mars. Les Rou- 
mains aimoient fort les noms & 
les furnoms tirés de Mars ^ 
qu'ils regardoient comme Tau** 
teur de leur origine; delà fosc 
venus Marcus y Marcius, Ma** 
mers , Mamercus & Marceilus, 

MARCELLUS [ M^ Ct av- 
DIUS ] 9 Af. Claudius Marceilus^ 
M. KA«i//fo; M/z'Xf^^eç ^ («) fut 
créé Conful avec C. Valérius 
Potitus , l'an de Rome 423 âc 
329 avant Jefus*Chrift« 

Cette année fut marquée par 
un trifte événement , caufé oa 
par l'intempérie de l'air p ou 



(s) Crév. Hlft, Rom. Tom. VUI. pag. 
5i^.Cré)r. Hifi,«dcs £mp. Tom. 1. p. 
.ii,<$9,50i. 

(i) .Mém. de TAcad. des Infcript. & 
Belt. Lert. Tom. 1. p. fS4 1 i^9» 

(c) Crév^ Hift. des fmp. Tom. 1V« 



pig. 100. 
(d) Crév. HiR, des Smp. Tom. V3. 

P««- 45- 
(C) Tît. Uv. L. Vlll. c. t8 • »!«; 

RoII. Hiâ, Rom» Tom. 11* jpag, »»!« 



j6o 



M A 



par un crime affreux. TîteLîve 
cxpofe au long cette féconde 
caufe^mais en averti&nc qu'elle 
paroît douteufe à quelques Au- 
teurs. On voyoit avec étonne- 
itient les principaux de la ville 
mourir de maladies qui paroif- 
foient femblables , & tous pref- 
que avec les mêmes fymptô- 
mes. Dans 'le trouble &. Tallar- 
ine où écoit toute la ville , une 
femme efclave promit d'indiquer 
la caufe de cette mortalité , 
pourvu qu'on la mit à l'abri des 
fuites que pouvoir avoir cette 
affaire. On en donna fur le 
champ avis aux Confuls , & 
ceux-ci en firent leur rapport 
au Sénat , qui fit donner à l'ef- 
clave les aiTurances qu'elle de- 
mandoir. Elle déclara que cette 
mortalité venoit du poifon pré- 
paré & compofé par des Dames 
Romaines y & que fi Ton vouloit 
la fuivre, onenauroit des preu- 
ves évidentes. Les Confuls la 
fuivirent en effet , furprirent 
quelques Dames occupées ac- 
tuellement à faire cuire certai- 
.xies drogues , & trouvèrent dans 
des armoires fermées, des breu- 
vages tout préparés. Us firent 
porter ces breuvages dans la 
j)lace publique, & y firent com- 
paroître vingt Dame^ Romai- 
nes , chez lefquelles on les avoit 
trouvés. Il y avoit entre elles 
deuxPatriciennes,qui dirent que 
ces breuvages étoient des re- 
mèdes falutaires. L'efclave« qui 
par cette réponfe fe voyoit ac- 
cufée de faux , infiila à ce que» 
pour prouver leur innocence , 
'elles' en priffent elles - mêmes. 



MA 

Ayant fait écarter la multitude,' 
toutes confulterent enfemble, 
acceptèrent hardiment la pro- 
pofition qu'on leur' faifoit , bu- 
rent chacune de ce breuvage » 
& périrent par leur propre cri- 
me. Les femmes qui les accom- 
pagnoient , arrêtées fur le 
champ 9 indiquèrent un grand 
nombre d'autres Dames, dont il 
y en eut jufqu'à cent foixante- 
dix de condamnées. Jufqu'alors 
dans les Tribunaux de Rome il 
n'avoir point été queition du 
crime d'empoifonnement. 

Outre ce que dit Tite-Live , 
que quelques Auteurs attri- 
buoient la mortalité de cette 
année, non à du poifon , mais 
à une maladie épidémique ; il 
y a, ce femble, dans le récit 
même de ce fait, plufieurscir- 
confiances qui le rendent pea 
vrai femblable, fur tout le nombre 
de près de deux cens femmes , 
convaincues de ce crime. Eit-îl 
croyable qu'elles euffent pu 
garder pendant quelque tems 
un fecret de cette importance 
avec un fiience ^ inviolable > 
qu'il n'en eût rien tranfpiré au 
dehors? 

Quelques années après , M. 
Claudius Marcellus fut nommé 
Diâateur pour préfider aux af- 
femblées Confulaires,ôcil choi- 
fit pour maître de la cavalerie » 
Sp. Poilumius. MslIs , il ne tint 
pas cependant ces affemblées , 
parce que fon éleélion ayant été 
conteilée , les Augures qui fu- 
rent confultésjdéclarerent qu'el- 
le n'étoit pas valable. Les Tri- 
buns du peuple fe plai^^^nirenc 

hauceinenc 



MA 

hautement de ce jugemeft(, & 
firent tous leurs efforts pour le 
décrier. Malgré cela , M. Clau- 
dius Marcellgs fut obligé de fe 
démettre de fa charge. 

MaRCELLUS [M. Clau- 
Dius ] y Mé Claudius Marccllus^ 
M. KW//e4 Ma^xfxxoc « {a) fils 
du précédent , fut , félon Plu*- 
tarque , le premier de fa mai- 
fon qu*oti appella Marcellus » 
c'efl-à-dire , Martial. Il paroif- 
foit né pour la guerre 9 robufle 
de corps , brave de fa perfonne, 
homme de tête & de maiit , fier 
& hautain dans les combats , 
lAais dans le réi^e de la vie , 
doux j modefte , pofé. Il avoiç 
beaucoup de goût pour les let- 

, très Grecques. [ Les Latines 
balbutioient encore. 3 Mais » ce 
goût n^alla que jufqu'au poiiîc 
d'eftimer Se d*admjrer ceux qui 
Vy diilinguoient. Pour lui , oc- 
cupé par les guerres , il ne put 
Vexercer à l'éloquence autant 
qu'il l'autoit fouhai^^é. Encore 
toutjéune^ il naérita les cou- 
tonnes & les autres prix dont 

-les Généraux récompenfoienc 
la valeur ; & fa réputation 
croiffant de jour à autre , le 
peuple le nomma Édile Curule 1 
& les Prêtres le créèrent augure* 
Il remplit toujours avec fuccès 
les fonâions des charges qui lui 
furent confiées* 

^. Dans le tems qu*il fut tiommé 

M Applan. pa^. ^19. Vell. Paterc. 
I.. 11. ct 38. Plue Tom. 1. p. «9Sj ^99. 
ér fi^» Corn. Nep. in Annibal. Cé 5 , i^* 
in M. Porc. Caton. c. it Ti(. Liv. L. 
XXH. c.iç, 57. L. XXlll. c. 14. & 
/pf. L. XXIV. c. 9, ai» ajr. éf feq, 
I..XXV. c. 3»»3. ér fin. L, XXVI. 



camnéâ 
le fi#ft 
!S , ils ^ 



MA Ht 

Confal; tesGaul9is envoyèrent 
des AmbaÛTadeurs pour faire 
des propofîtions d'accommodé* 
ment. Le Sénat inclinoit affez à 
la paix» mais M. Clagdius Maff 
cellus anima le peuple contre 
les Gaulois , âc le détermina à 
ia guerre* Ceux-ci , contraint! 
de prendre les armes , fe difpo^i» 
fent à faire un dernier eâbrt. lit 
lèvent à leur foide chez let 
Géfaces s environ trente mille 
hommes » qu*ils tinrent toujourt 
prêts en attendant que les enne* 
mis vinflent. Au printems» le# 
Çbnfuls entrent dans le pais de$ 
Infubrieas , 6c «'étant campéâ 
proche d'Acerres , vilh 
entre -le P6 & les , Alpei 
mettent le fîege. Comme iU 
s'étoient emparés les premiers 
des poiies avantageux, les In^^ 
fubrîens ne purent aller au fe<* 
cours* Cependant , pour fairt 
lever le iiege , ils pa(ferent le 
tô avec une partie de leur ar- 
mée 9 & afiiégerent ClaAidium ^ 
j}etit bourg qui depuis peu ve<<' 
.noit d'être fournis ^aux Ro- 
mains. Sur cette nouvelle , M« 
Claudius Marcellus , à la tête 
de la cavalerie & d^une partie 
de l'infanterie, court au fecouts 
des afEégés* Les Gaulois laiâant 
là Clailidium , viennent au-de<^ 
vant de Tenneoii , âc fe rangenc 
en bataille» Ils le regardoient 
déjà comme battu , voyant le 

c. at. irféq. L. XX VH. c. i i a. ër fifi* 
Roll. Hift. Ane. Tom. 111. pag* a99. «Sr 
fuiv. Hift. Rom. Tom. 111. p. 47, 484 
ér fni-», Mém. de TAcad. des Infcript. 
'& Bell. Lett. Tom. 1. p. 15). ^ ;»/v« 
JT, V, p. 178, 179. 



w 4 



i6± UA^ 

peu d*infanferie qcii le fui voie i 
6c ne tenant pas grand compte 
de fa cavalerie. Car, étant fort 
adroits aux connbats à theval , 
tomme l'étoicnt en général les 
Gaulois , 8c croyant avoir de ce 
côté-là un grand avantage, ils 
fevoyoîent encore en cette oc- 
caiion fort fupérieurs en nom- 
bre à M. Claudius Marcellus, 
Ils marchent dont droit à lui 
Ivec une impétuofité pleine de 
fureur , ÔCavec de grandes me- 
naces > comme fûrs de le vain« 
cre. Leur roi Viridomate , fu- 
perbeYnent monté , devançoit 
le^atairions & fes efffadtons. 
MPClaudius M^'rcellus , pour 
les empêcher de Tenveloper à 
caufê de fon peu de trou'pes, 
étendit le plus qu'il put fes aî- 
les de cavalerie , & leur fit 
iDCcuper tfn grand, terrein , en 
-les diminuant & les aiFosbIilTanc 
peu-à-peu ,jufqu*àce qu'il pré- 
fenrât un front à*peu-près égal 
à celui de Tennemi. 

Sur le point de fe mêler avec 
les Gaulois, il fit vœu de con- 
facrer à Jupiter Férétrien , les 
plus belles armes prifes fur les 
ennemis. Dans ce moment, le 
jpoi des Gaulois l'apperçut , & 
jugeant bien à pîufieurs mar- 
ques que c*étoii-Ià le Général 
des Romains , il pouffa fon che- 
val à toute bride > Tappeliantà 
haute voix pour le défier au 
combat , & branlant une longue 
& pefante pique. C*étoit un 
homme très-bien fait , plus haut 
de taille même que les Gaulois, 
; -qui étoient communément fort 
' J;rands. De plu»> il briiloit tel- 



lemtflf par l'éclat de fon armuf d 
enrichie d'oif 6>C d'argent / & 
rehauffée de pourpre Ôc des 
plus vives couleurs , que l'é- 
clair n'eft pas plus étincelant. 

M. Claudius Marcellus, frap-* 
pé de ce cbup-d*œil, porte les 
regards fur toute la bataille 
ennemie , & voyant que les 
plus belles armes étoient celles 
de ce Roi , il ne doute point 
que ce ne foient-là celles qu'il 
a vouées à Jfupiter. Pouffant 
donc à lui de toute fa force , il 
perce avec fa pique la cuîraffe 
de fon enntrmi. Le coup ,' aug- 
menté par la vîreffe & Timpé- 
tuofité du cheval , fut fî roide, 
qu'il jetta le Roi à la renverfe. 
M. Claudius Marcellus revient 
fur lui , lui appuie un fécond & 
un troifieme coup qui achèvent 
de le tuer ; Ôc fautant prompte* 
ment à terre , il le dépcuille de 
fes armes, de les prenant entre 
fes bras , il les élevé vers le 
ciel » 6c les offre à Jupiter Fé- 
rétrien , en le prîant.d*accorder 
une pareille proteâion à toutes 
fes troupes, La mort du Roi en- 
traîna la défaite de fon armée. 
La cavalerie Romaine fond fur 
les Gaulois avec impétuofîré. Ils 
font d'abord quelque réliftance* 
Mais, cette cavalerie les ayant 
enfuite enveloppés , & attaqués 
en queue & en Hanc , ils pliè- 
rent de toutes parts. Une partie* 
fut culbutée dans la rivière ; le 
plus grand nombre fut paffé ati 
fil de répée. Les Gaulois qui 
étoient dans Acerres, abandon- 
nèrent la ville aux Romains , 
9c fc. étirèrent à MlUn qui 



MA 

étoit ta capîrale des tnfubtî-èAs* 
Le conful Cn. CornéJius les 
fuivir de pfès , & en forma le 
tîege. Comme la garaifon étoit 
fort nombreufe , & qu'elle fal- 
loir de fréquentes forlîes ^ les 
âdiégéans eurent beaucoup à 
fouffrîr , & furent fort maltrai^ 
tés. Tout changea bientôt de 
face, lorfque M. Claudius Mar- 
cellus parut devant la place» 
Les Géfate« , qui apprirent la 
défaite de leurs troupes .ôc la 
tnort de leur Roi , ayant voulu 
à toute force s'en rerournet 
dans leur païs , Milan fut ptis , 
& les InfubrienS rendirent tou- 
tes leurs autres villes aux Ro- 
mains , qui leur accordèrent la 
paix à des conditions raifonna* 
blés , fe contentant de leur ôter 
quelque partie de leurs terres» 
& d'exiger d'eux certaines fom- 
ines pour fe dédommager des 
frais de la guerre» 

Le Sénat décerna à M» Claa- 
dius Marcellus f«ul l'honneur 
du triomphe ; & fon triomphe fut 
un des plus remarquables qu*ott 
eût vus à Rome, tant par les 
grandes richefles 6c la quantité 
de belles dépouilles, que par 
le gratid nombre & la taille 
prodigieufe des captifs 9 & par 
la magnificence de tout l'appa- 
feil. Mais, le fpeiîtacle le plus 
agréable ÔC le plus nouveau ^ 
ce fut M. Claudius Marcellus 
li>î - même ♦ portant à Jupiter 
Tarmure du roi Barbare ; car , 
ayant fait tailler le tronc d'un 
chêne , & l'ayant accommodé 
en forme dé trophée, il le re- 
vêtit de ces armes en les arraa- 



M A î5) 

geânt proprement & aVec ot« 
dr«. 

Quand toutfe la pompe fe fui 
iTiile en matche , il monta fur uii 
char à quatre chevaux, & pre^^ 
nant ce chêne àih(ï ajufté « U 
traverfa toute la ville les épau^ 
les chargées de ce trophée > qut 
avoit la figure d'un homme ar- 
mé , 8c qui faifoit le plus fu^- 
perbe ornement de fon triom<* 
phe. Toute l*ati!née le fuivoit 
avec des armes magnifiques ^ 
en chantant des chanfons colii- 
pofces pour cette cérémonie « 
de des chants de vîéloire à là 
louange de Jupiter & de Icuf 
Général» 

Dès qu'il fut arrivé daiis cet 
ordre au temple de Jupiter Fé- 
rérrien , il planta ce trophée > 
& le confâcrai 11 fut le troifieme 
& le dernier Capitaine qui eut 
la gloire de remporter des dé* 
pouitiês opimes* 

Les faites portent que M» 
Claudius Marcellus triompha 
des Gaulois âc des Germains* 
C*eli ici la prertiiere fois qu'ii 
eil fait mention des Germains 
dans rhiiloire Romaine.' Ceus 
que les faftcnt nomment ici Get* 
itiains , font fans doute les Gé» 
fates. 

Les Romains eurent tant de 
joie de cette vidloire & de la 
fin de cette guêtre , que d'une 
partie du butin ils firent faire 
une coupe d'or , pour l'envoyet 
à Delphes à Apollon Pythien ^ 
comme un monument de leur 
fecônnoiffance; qu'ils partagè- 
rent libéralement les dépouil- 
les avec lés villes qui avoicnc 

L ij 



j^4 ^^ 

«mbraflë leur parti ; & qu'iU 
en réfcrvetent une grande par- 
tie pour en gratifier HiéronRoi 
dt Syracufe, leur ami & 6dele 
allié. 

L*an de Rome 5 36 & 216 avant 
Ïefus-Chrift» M. Claudius Mar- 
cellus fut nommé Préteur , & 
on lui donna la Sicile pour dé- 
partement. Cette même année 
arriva la malheureufe défaite 
de Cannes , où plufieurs mil- 
liers des Romains furent tués. 
Le peu qui fe fauva fe retira à 
CanuHum. M. Claudius Marcel- 
lus qui . commandoit alors la 
flotte d'Ollie, ayant reçu des 
ordres particuliers du Sénat , 
envoya à Rome , pour garder 
la ville y quinze cens hommes 
qu'il avoi,( levés pour fervîr fur 
la flotte. Pour lui , ayant envoyé 
la troisième légion à Téane de 
Campanie avec des Tribuns 
légionnaires 1 il laiffa la flotte 
avec ce qui pouvoit y refter 
de foldats, fous la conduite de 
P. Furius Philus ; & peu de 
jours aprês> il fe rendit à Canu- 
iium à grandes journées. 

A peine y étoit-il arrivé , que 
les Sénateurs de Noie lui don- 
nèrent avis de l'extrême danger 
où étoîc la ville , parce que le 
peuple étoit près de fe rendre à 
AnnibaJ. 11 accourut fans per- 
dre de tems. Inftruit qu'il s'étoît 
formé une conrpiration , il prit 
toutes les roefures néceffaires 
pour en empêcher l'effet. Il 
s'étoit tenu quelques jours ex- 
près renfermé dans la ville » 
non par crainte, mais pour inf- 
pirer à reanemi une confiance 



M 

téméraire. Annibal , en effet 2 
approcha des murailles avec 
moiiis d*ordre & de précaution 
qu'il n'avoir coutume. M. Clau- 
dius Marcellus , qui tenoit Tes 
troupes rangées en bataille dans 
la ville , les fit fortir dans ce 
moment par trois portes » dc 
tomba fur les adiégeans avec 
tant de force & d*impétuolîté , 
qu*ils ne purent foutenir ce 
choc- Après s-être défendus 
pendant quelque tems avec 
aflez d^i^îgueur &de courage, 
ils forent enfin enfoncés > dc 
ojaligés de fe retirer dans leur 
camp. Annibal perdit dans cette 
aâion , deux mille trois cens 
hommes , & du côté de M* 
Claudius Marcellus il n*en fut 
tué que cinq cens. 

Ce fut- là le premier avan- 
tage que les Romains rempor- 
tèrent fur Annibal depuis la 
bataille de Cannes , & il fut 
pour eux d'une extrême confé- 
''quence. Car 9 dans Tétat oii 
étoient alors les affaires de la 
République » il étoit plus difH- 
cile d'arrêter le cours des vic- 
tofresd'Annibal, qu'il ne le fut 
dans la fuite de le varncre. Cet 
avantage commença à raflurer 
les Romains y & à leur infpirer 
de la confiance , en leur mon« 
trant qu'ils combaitoîent contre 
un ennemi qui n'étoit point in- 
vincible , & qui pouvoit être 
entamé &C battu. 

Alors, M. Claudius Marcel- 
lus ayant fait fermer la ville , 
& mis des gardes aux portes 
pour empêcher qui que ce fût 
d*ea fortir , fit une recherche 



MA, 

ewéle de ceux quf avoîent eu 
des entretiens fecrets pendant 
la nuit avec les ennemis. Soi- 
xante-dix des plus coupables 
ayant été convaincus du crinae 
de trahîfon^ le Préteur les con- 
damna à perdre Ta tête, con- 
fifca leurs biens au profit du 
peuple Romain , de rendit^ au 
Sénat de Noie toute l'autorité 
que la cabale lui avoit ôtée. 

L'ahnée fuivante» tout le mon- 
de avoir attendu fans impatience 
Îue le conful Ti. Pompànius 
rracchus indiquât Taiïemblée 
pour fe nommer un Collègue. 
Mais , plufîeurs ayant obfervé 
<lue Ton avoit éloigné comme 
à deffein M, Ciaudius Marcel- 
lus 9 à qui les vœux du public 
deâinoient cette dignité préfé- 
îablemçnt à tout autre , com- 
me une récompenfe des belles 
aâions qu'il avoit faites pen- 
dant fa Préture , il s*excita un 
grand murmure dans le 3énat» 
On peut foupçonner qu*il y 
avoit réellement de l'artifice 
dans la conduite que l'on tenoit 
à l'égard de M. Ciaudius Mar- 
cellus. Il étoit Plébéien; le Con- 
ful rétott auiB. 11 étoit alH^z 
Vraifemblable que les Patriciens 
vouloient empêcher que les deux 
places de Conful ne fuflent oc- 
c*upées l*une & l'autre par des 
Plébéiens; ce qui étoit jufqties- 
là fans exemple. Quoi qu'il en 
foit de çet^e conjecture 9 le 
Conful y que fa qualité de Plé- 
béien doit garantir du foupçon 
d^étre entré dans ce complot, 
& qui fe voyoit maître de l'élu- 
der , répondit à ceux qui fe 



/ MA ié$ 

plaigooient : » Meilietirs , oq 
» n'a rien fait que pour lebiea 
» de la République. Il étoit à 
39 propos que M. Ciaudius Mar» 
3» celtus pafl^ dans la Campa- 
3> nie , pour y faire l'échange 
» des armées; & que l'aifem* 
^j blée pour j'éleâion ne fûc 
x> indiquée qu'après qu'il fe fe- 
» roit acquitté de fa commif- 
» iion , & qu'il feroit revenu à 
» Rome, afin que vous pui(Ges 
30 avoir pour Conful celui que 
39 les conjonctures préfe^mes 
» demandent, & que vous dc- 
33 (irez. 3x Ainfi , l'on ne. parla 
plus d'affemblée jufqu'au retour 
de M. Ciaudius Marcellus. Dès 
qu'il fut revenu à Rome , elle 
le tint I & il fut nommé Conful 
d'un commun consentement , Qq 
entra aufiltôt en charge» Mais, 
comme dans ce moment même( 
on entendit un coup de tonnerre» 
& que fa nomination fut décla* 
réc vicieufe par les Aueures, il 
fe démit , & on lui fubftitua Q. 
Fabius Maximus, qui fut alors 
Conful pour la troisième fois. 

Le peuple voulut du moins 
que M. Ciaudius Marcellus 
continuât à commander en qua* 
lité de Proconful , parce que , 
depuis la bataille de Cannes^ 
il étoit le feul Général qui eue 
combattu avec avantage contre 
Annibal en Italie. Il i>e demeura 
pas oifif à Noie. Il &t dci cour* 
fes fur les terres des Hirpiniens 
dl des Samnites de Caudium ;Sl 
il mit tellement tout leur pa'ù 
à feu ÔC^à fang,, qu'il rappella 
à ces peuples le fouvenir- des 
ravsiges qu'ils a voient fouâertsL, 

L iiî 



j66 



MA 



dans leurs anciennes guerres 
contre les Romains. Pouifés à 
bout, ils envoyèrent des dépu- 
tés à Ânnibal pour implorer fon 
recours* 

Annîbal leur répondit qu'il 
ihettroit bientôt les Romains 
hors d'état de leur nuire. Puis 
leur rappellant en termes em- 
phatiques le fouvenir de Tes 
premiers exploits» il les afTura 
que comme U bataille de Tra- 
fimene avoit eu plus d'éclat que 
celle de Trébie » & qu'en- 
fuite la viéloîre remportée à 
Cannes avoit obfcurci celle de 
Trafiraene ; de même , avant 
^u'il fût peu , il feroit oublier 
celle de Cannes par une autre 
encore plus fanglance dc plus 
glorieufe. Après leur avoir ainfi 
parlé y il les renvoya comblés 
de préfens.En eiFet , ayant laîffé 
dans le camp de Tifate un petit 
nombre de foldats pour le gar* 
der j il marché avec le refte de 
fon armée du côté de Noie , fe 
j5fometcant une facile viâoire 
fur ce que Tes alliés lui avoient 
rapporté de la foibleâe &c de la 
Dégligence de M« Claudius Mar* 
cellus. 

Hannon fortit en même tems 
du païs des Bruttieirs, & vint 
joindre Annibal avec les fol- 
dats de les élépbans que BomiU 
car avoit amenés de Carthage. 
Annibal , qui étoit campé affez 
prés de la ville , ayant examiné 
tout avec beaucoup de foin , 
reconnut que fès alliés ne lui 
ay oient fait que de faux rap- 
fp/ti :» ^ lui avoient e^pofé 



MA 

les chofes tout autrement qu*et« 
les n'étoient.. Car» M* CJaudius 
Marcellus fe conduifoit avec 
beaucoup de prudence » ne for- 
çant que bien accompagné pour 
aller piller Je païs , après avoir 
fait reconnoître tous les envi- 
rons ) ôc s*être ménagé une re« 
traite en cas qu*il fût atuqué , 
enfin avec les mêmes précau- 
tions que s'il eût eu à combat- 
tre contre Annibal lui-*même« 
Et dans l'occafion préfente , dèa 
qu'il fçut que rennemi s'appro- 
choit , il tint fes foldats renfer- 
més dans la ville* 

Annibal , ayant tenté vaine- 
ment de corrompre la fidélité 
des Sénateurs de Noie , répan- 
dit fes troupes autour de la ville 
dans le deuetn de l'attaquer en 
même - tems par tous les cô- 
tés. M. Claudius Marcellus le 
voyant près des^ murailles » fie 
fur lui une vigoureufe fortie » 
les Carthaginois furent d'abord 
mis en défordre , & il y en eut 
quelques-uns de tués. Mais, ilt 
fe raturèrent , & les forces 
étalât devenues égales entre les 
deux partis » on commençoit i, 
fe battre de part 8ç, d'autre avec 
beaucoup de chaleur ôc d'ani- 
mofité. L'aélion auroit été des 
plus mémorables 9 fi un orage 
violent, qui furvint tout d'un 
coup accompagné d'une grofle 
pluie 9 n'eût obligé les combat* 
tans de fe féparer. Environ 
trente Carthaginois furent tués 
à cette première attaque ; M, 
Claudius Marcellus ne perdit 
pas un feol homme. La pluie 
continua toute la nuu> & dujta 



MA 

}ufqu*au lendemain affez avanf* 
dans la mantinée. 

Le troiiieme jour» Aonibal 
envoya une partie de fes trou- 
pes au fourrage. M. Claudius 
Marceltus fortit auiBtôt avec 
Ton armée rangée en ordre de 
bataille, & Annibal ne refufa 
point le combat. Il y avoit en<^ 
vxron mille pas entr&la ville & 
fon camp. Ce fut dans cet efpa- 
ce, qui faifoit partie d*une'gran- 
de plaine dont la ville étoit en* 
vironnée de tous côtés y qu'ils 
combanireor. Les deux armées 
pouflerent d'abord de grands 
cris , qui firent revenir au com- 
bat déjà commencé ceux des 
fourrageurs Carthaginois qtii 
D^étoient pas fort éloigpés. Les 
habitans de Noie offrirent auifi 
de fe joindre aux Romaims ; 
mais , M. Claudius Marcellus, 
ayant loué leur zcle^ leur or- 
donna de foriper un corps de 
réferve pour le fecourir en cas 
de befoin , de de fe contenter > 
en attendant ^ de retirer les 
bleiFés de la mêlée fans com- 
battre 9 à moins qu'il n*e let»r en 
^ donnât le (ignal. 

On ne fçavoit de quel côté 
pencherolt la vi(!loire. Les deux 
partis,animés par les difcours Se 
l'exemple de leurs Généraux , 
combattirent avec beaucoup de 
chaleur. Mais enBo , les Car- 
thaginois lâchèrent pied par 
tout ; ôc comme la bravoure na- 
turelle aux Romains s'augmea- 
toit de moment à autre» tant 
par les exhortations & les élo- 
ges de leur Général , que par 
ks applaudiâemena que leur 



_y 



. ^ MA 1^7 

donnoîent ceMx de Noie du haut 
de leurs murailles , les Cartha- 
ginois prirent ouvertement la 
fuite 9 & fe retirèrent pleins 
d'eâfroi dans leur camp. Les 
Romains viâoirieux fe miretic 
auûîtôt en devoir de les y aller 
attaquer. Mais » M. Claudius 
Marcellus les fit rejitrer dans. la 
ville y où ils furent reçus avec 
beaucoup de joie & de grandes 
ajcclamationi, même par lé peu- 
ple » qui juifques-là avoit incli-. 
né pour les Carthaginois. 

Les Romains tuereut dans 
cette journée pkts de cinq mille 
des ennemis y en firent fix cens 
prifonniers.» & prirent dix-neuf 
drapeaux, avec deux éléphans; 
il y en eut quatre de tués fur 
le champ de bataille. M. Clau- 
dius Marcellus ne perdit pas 
mille hommes. Le. lendemain, 
il y eut une trêve tacite', pen- 
dant laquelle ils enterrèrent 
feurs morts. M. Claudius Mar- 
ceilus brûla les dépouilles des 
ennemis en l'honneur de Vul« 
cain, à qui il avoitrpromis d*ea 
faire le iacrifice. 

L'année fuivante» il fut créé 
Conful 9 , c'étoit fon troifîem« 
confulat en comptant celui au- 
quel il avoit été nommé , maïs 
qu'il avoit été obligé d'abdU 
quer. On lui donna 'pour collè- 
gue Q. Fabius Maximus i qui 
entra dans fon quatrième con- 
ftilat. Il y avoit long-tems qu'on 
n'avoit vu en place deux Con- 
fuls d'un fi rare mérite. 

Cependant i Ânnibal » après 
avoir ravagé tout le païs aux 
environs de Naples , alla cacao 

L iv 



•i69 MA 

per dans le voifmage iê Nolê« 

Suand le conful m. Claudius 
arcellui eut apprU qu'il ap- 
prochait , il ordonna au Pro- 
•frètent^ Fo'roponius de le venir 
joindre avec T-armée qui étoîc 
campée au^delTtis dé SueCTuIe, 6c 
il fe mit bientôt en devoir d'al- 
ier au devant d'Annibal , de de 
le coipbattre. Pendant le filence 
.lie la nuit , il fit fortîr Claudius 
Ne'roo avec l'élite de fa cava- 
lerie par la porte la plus éloi- 
gnée de l'ennemi , & lui or- 
•donna , après qu'il auroit fait 
vh grand circuit ,• de s'appro- 
cher peu à peu, & en fe tenant 
couvert, de l'endroit où étoient 
les Carthaginois ; de enfin , 
quand il verroit l'aclion en- 
gagée ^ de les venir tout d'un 
coup attaquer par derrière. 
«Claudius Néron n'exécuta point 
fes ordres , foie qu'il fe fut éga* 
:Té en chemin, ou. que le tems 
lui eût manqué. Le combat s'é- 
tant donné fans lui ^ les Ro<* 
•mains ne laiiïerent pas d'avoir 
J'avantage $ mais , n'étant pas 
fécondés de la cavalerie , leur 
projet ne céufïit pas comme ils 
-i'avoient efpéré. M, Claudius 
Marcellus , n'ofant pas pour- 
<fuivre les ennemis dans leur 
fuite , fit retirer fes foldats 
quoique vainqueurs. Cependant, 
.Ânnibal perdit ce jour.-là plus 
de deux mille hommes. M. 
Claudius Marcellus n'en perdit 
pas en tout quatre cens^ Vers 
le coucher du foleil , Claudius 
Néron , ayant inutilement fati- 
gué fes hommes & leurs che- 
•vaux pendant un jour de une 



• "MA :v 

*B«ît , arriva fans avoir feule- 
ment vu l'ennemi. C'eft une 
grande douleur pour un habile 
Général qui a formé un projet 
important, de le voir avorter, 
par l'imprudence ou le peu de 
tête de celui fur qui il s'en étoic 
repofé ponr l'exécution. Auffi 
le Conful fit-il une réprimande 
bien vive à -Claudius Néron , 
juTqu'à lui reprocher qu'il n'a- 
voit tenu qu'à lui qu'on ne ren- 
dit à Ânnibal la journée de Can- 
nes. Le lendemain , M. Claudius 
Marcellus mit encoce fes trou«p 
pes en bataille ; mais , Ânnibal 
ne fortit point de fon camp « 
avouant tacitement qu'il fe re- 
coniipifiToit vaincu. 

Quelque-tems après >I^s Ro- 
mains craignant qu'il ne s'élevât 
une guerre dangereufe dans la 
Sicile , 7 firent pafler M. Clau- 
dius Marcellus. Il s'étoit pafl*é 
depuis peu à Syracufe bien des 
chofes triftes de affreufes. En 
dernier lieu , on y avoit affocié 
au collège des préteurs Épicy- 
de Se Htppocrate , tous deux 
attachés à la fortune & aux in- 
térêts d'Annibal. Ces nouveaux 
Magiflrats brouillèrent tout par 
leurs menées féditieufes, 6c vin- 
rent à bouc , par de faufles fup- 
pofitions de des accufations ca- 
loranieufes , d'animer également 
la multitude de les troupes con- 
tre les Romains. Après plufieurs 
intrigues & piufieurs évene- 
mens , ces deux chefs de pare! 
fe rendent maîtres de Syracu- 
fe , font tuer tous leurs collè- 
gues , & fe font eux - mêmes 
déclarer feula Fr-éceur^ dans 



V- 



MA 

*tae aflemblée ^ cumultueufe.* 

Tel étotc rétac des chofes » 
lorfque M. Claudîus Marcellus 
arriva eo Sicile* Déjà il avoir 
pris d'emblée la ville desLéon- 
fîos y lorfqu'il apprit ce qui 
s*étoit paflë à Syracufe ; il s'a- 
vança auifitôc vers cette Capi- 
tale 9 & campa avec fon armée 
auprès du temple de Jupiter 
Olympien , à quinze cens pas 
de Syracufe* Avant que d'aller 
plus loin , & de faire aucun 
ade d'hoftilité , il envoya des 
députés j pour faire fçavoir aux 
'iiabitans qu'il venoit pour ren- 
dre la liberté aux Syracufains , 
ôc no^pour leur faire la guerre» 
à mons.qu'il n'y fût obligé. On 
ne leur permit pas d'entrer 
dans la ville. Épicyde & Hip- 
pocirate allèrent au-devant d'eux 
hors des portes , âc ayant en- 
tendu leurs propositions , ils ré- 
pondirent fièrement y que (i les 
Romains fongeoient à mettre le 
fiege devant leur ville , ils s*ap- 
j>erceveroient bientôt que la 
différence étoit grande entre 
attaquer Syracufe & attaquer 
Léontium. M Claudius Marcel- 
lus fe détermina donc à faire 
l'attaque de la viiie par mer 6c 
par terre. 

Il laifTa le commandement 
"des troupes de terre à Appius 
Claudius y & fe réferva* celui 
de la flotte. Elle étoit compofée 
tle foixante galères à cinq rangs 
de rames > qui éroient pleines 
d'hommes armés d'arcs, de fron* 
des 5c de dards pour nettoyer 
les murs des arflSégés. Il y en 
^vûit un grand nombre d'autres 



M A 169 

chargées de toutes fortes de 
machines propres à l'attaque 
des places. Comme il s'étoîc 
rendu maître de Léontium dès 
le premier aflaut pVir la terreur 
qu'il avoir jettée parmi les ha- 
bitans , & qu'il ne défefpéroic 
pas d'entrer par quelque côté 
dans une ville comme Syracufe» 
compofée de plufieurs parties 
féparées les unes des autres , il 
fit approcher des murs 9 8c ex- 
pofa aux yeux des habitans l'ap- 
pareil formidable des machines 
avec lefquelles il fe préparoit à 
les attaquer. Il auroit pu réufiîr 
facilement, s'il y eût eu un 
homme de moins dans Syracufe* 
C'étoit le fameux Archimede^ 
parent & ami du roi Hiéroiu 
il avoir pris foin de garnir les 
murs de tout ce qui étoit né- 
ceflaire pour une bonne dé- 
fenfe. 

Dès qu'il eut commencé à 
faire jouer du côté de la terre 
fes terribles machines , elles 
décochèrent contre l'infanterie 
toutes fortes de traits, Ôc des 
pierres d'une pefanteur énorme, 
qui voloient avec tant de bruit g 
de roideur, & de rapidité-, que 
rien ne pouvant fo^tenir ce 
choc , elles renverfoient &i 
écrafoient tous ceux qu'elles 
rencontroient, & jettoient dans 
tous les rangs un défordre hor- 
rible. 

M. Ckudîus Marcellus n'é- 
toit pas mieux traité du côté 
de la mer. Archimede avoir dif- 
pofé des machines pour lancer 
des traits à quelque diftance que 
ce fût. Quoique les enûemis fuf^ 



Ï70 MA 

fent encore loin de la ville, îl 
les aiteigr.oit par le moyen des 
ballifles âc des catapultes plus 
grandes & plus bandées. Quand 
les traits paiToienc au delà, il 
en avoir de plus petites & pro- 
portionnées à la diftance ; ce 
qui caufoit une fî grande con- 
tufion parmi les Romains , qu'ils 
ne pouvoienc rien entrepren- 
dre. 

M. Claudius Marcellus pref- 
que rebuté & pouffé à bout, fe 
retira avec Tes galères le plus 
diligemment qu'il lui fut po{&- 
ble, & envoya donner ordre à 
fes troupes de terre d'en faire 
autant. En même-rems, il affem- 
bla le confeil de guerre , où il 
fut réfolu que dès le lendemain, 
avant la pointe du jour, on ta* 
cheroit de s'approcher des mu- 
railles. On efpéroit par ce 
moyen , fe mettre à Tabri des 
machines , qui par le défaut 
0*une diflance proportionnée à 
leur force j:»*auroient plus affez 
de jeu. 

Mais , Archimede avoir pour- 
vu à tout. Il avoit préparé de 
longue main> comme nous l'a- 
vons déjà obfervé , des machi- 
nes qui portoient à toute forte 
de diilance quantité de traits 
proportionnés, & des bouts de 
poutres qui étant fort courts de- 
mandoient moins de tems. pour 
les ajufler ; ôç l'on tiroit plus 
fouvent. 

Quand les Romains eurent 
don(? gagné lé pied des mu- 
railles » penfant y être bien à 
couvert, ils fe trouvèrent en- 
core en butte à une infinité dc 



MA 

traits , ou accablés de pîerret 
qui tomboientd'enhaut fur leurs 
têtes , n'y ayant endroit de la 
muraille qui ne fit pleuvoir in- 
ceffamment fur eux une grêle 
mortelle qui tomboit .à plomb* 
Cela les obligea de fe retirer 
en arrière. Mais , ils ne furent 
pas plutôt éloignés y que voilà 
de nouveaux traits' lancés fur 
euxt'dans leur retraite ; de forte 
qu'ils perdirent beaucoup de 
monde 4 Ôc que prefque toutes 
leurs galères furent froiffées 
ou fracaffées, fans qu'ils puffenc 
rendre le moindre mal à leurs 
ennemis. 

Enfin , M. Glaudîus Marcel- 
lus , voyant les Romainf û ef' 
frayés , que s'ils appercevoienc 
feulement fur la muraille une 
petite corde ou la moindre j>ie- 
ce de bois, ils prenoient d'a- 
bord la fuite , criant qu* Archi- 
mede alloit faire tirer contre 
eux quelque effroyable machi- 
ne, renonça à Tefpérance de 
la pouvoir prendre en y faifanc 
brèche , ceffa toutes les atta- 
ques, de réfolut de laiffer ache- 
ver ce fiege au tems en le chai»- 
geant en blocus. L'unique ref- 
fource que les Romains crurent 
qu*il leur reftoit , fut de rédui- 
re par la faim le peuple nom- 
breux qui étoit dans la ville » 
^ en coupant tous les vivres qui 
po^uvoient leur venir , foit par 
terre , foit par meV. Pendant 
huit mois qu'ils battirent la ville» 
il n'y eut fortç de flratagèmes 
que l'on n'inventât , ni d'adlions 
de .valeur que l'on ne fit, à 
l'aiTaut près q^ue l'on n'ofa plu» 



M A- 

tenter. Taot un feul homme & 
uoe' feule fcience ont de force 
dans quelques occafîons, quand 
on fçaît les employer à propos ! 
Ocez de Syracufe un feul vieil- 
lard f la prife de la ville eft im- 
manquable avec toutes les for- 
ces qu'ont les Romains. Sa pré- 
fence feule arrête & déconcer* 
ce tous leurs defleins. 

Après que M. Claudius Mar- 
cellus eut réfolu de bloquer 
iimplemjsnt- Syracufe , il Uiflk 
Appius devant la place avtc 
les deux tiers de l'armée « 6c 
avec le refte il s'avança dans 
l'ifle, où il fit rentrer quelquef 
villes dans le parti des Ro- 
mains, 

Dans ce même tems » Hîmil* 
con y général des Carthaginois , 
arriva dans la Sicile avec une 
grande armée » dans l'efpérance 
de la reconquérir enriéren^ent ^ 
& d'en chailer les Romains. 
Hippocrate fortit de Syracufe 
avec dix mille hommes de pied 
6l cinq cens chevaux pour l'al- 
ler joindre , a6n de faire la 
guerre de concert contre M. 
Claudius Marcellus , en joignant 
enfemble leurs troupes. Ëpicy- 
de reila dans la ville pour y 
commander pendant le blocus. 
M/ Claudius Marcellus « en re- 
venant d'Agrigente » où les en* 
.nemis l'avoient prévenu , & 
dont ils s'étoient emparés , ren- 
contra l'armée d*Hippocrate > 
l'attaqua « de la défît. Cet avanr 
tag^ retint dans le devoir plu- 
iîeurs de ceux qui fongeolent à 
fe ranger du côté des Cartha- 
giaois. 



M A 171 

M. Claudius Marcellus re- 
tourna à Syracufe ; 6c après 
avoir envoyé Appius à Rome 
pour y demander le Confular» 
il lui donna pour fuccefleur 
dans le commandement de la 
flotte & du vieux camp T. 
Quintius Crifpinus, 6c alla lui- 
même établir fes quartiers d'hi- 
ver à lix ou fept ftades de l'Épi- 
pôle y dans un lieu appelle Léon^ 
où il fe retrancha. 

Au commencement de la cam- 
pagne, M. Claudius Marcellus 
le trouvoit encore peu avancé. 
Il n'avoir aucun moyen de pou« 
voir, prendre Syracufe , foie 
par force , parce qu'Archimede 
lui oppofoit toujours des ob(^ 
tacles invincibles , foit par fa- 
mine , parce qu'une flotte Car- 
thaginoife, très-nombreufe, y 
faifoit entrer librement des con- 
vois. Il délibérott donc s'il de^ 
roeureroit devant la ville pour 
prefler le (iege» ou s*il marche* 
roit du côté d'Agrigente contre 
Hippecrate de Himiicon. Mais » 
avant que de prendre ce dernier 
parti , il voulut eflaier s'il ne 
pourroit point fe rendre maî- 
tre de Syracufe» par quelques 
satelllgence fecrete. Il avoit 
dans (on camp plufieors Syra- 
cufains des plus qualifiés» qui y 
étoient. venus chercher un afyle 
au commencement des troubles. 
M. Claudius Marcellus s'adrellà 
à eux , leur promettant que Q. 
la ville fe rendoit aux Romains^ 
il lui conferveroit fes loix , fes 
privilèges, 6c fa liberté. Ces 
Syracufains ne manquoient pas 
de bonoe volonté , mais il no 



17^ M A 

leur étoît pas aifé de s'abouclier 
avec ceux de. leurs parens ou 
amis qui étoient reilés dans la 
▼îlle , parce que les auteurs 
de la révolte tenant plufîeurs 
habitans pour fufpedls, redou- 
bloîent leurs vigilances. & leurs 
attentions, pour empêcher qu'on 
ne fit à leur infçu quelque ten- 
tative de cette nature en fa- 
veur des Romains. Ce fut TEf- 
clave de l'un de ces Syracufains 
fugitifs 9 qui s*étant ixitroduic 
dans la ville comme déferteur i 
ménagea fecrétement une intri- 
gue, où entrèrent jufqu'à qua- 
tre - vingts des principaux de 
Syracufe. Ils fe partageoietft 
pour venir tantôt les uns , tantôt 
les autres dans le camp de M. 
Clâudius Marceltus , cachés 
dans des barques fous des filets 
de pêcheurs. Toutes les mefu- 
tes étoient prifes pour livrer la 
ville aux Romains ^ lorlqu'un 
certain Atrale de dépit de n'a- 
voir pas été mis du fecret-, dé- 
couvrit la confpiration à Épîcy- 
de, qui fît mourir tous les con* 
jurés. 

Cette entreprife ayant ainfî 
échoué^ un événement fortuit 
préfenta à M. Clâudius Marceî- 
Iqs une nouvelle reffource , & 
iit renaître fon efpérance* Dès 
vaîiTeaux Romains avoient pris 
DD certain Damippus > qu'Épl- 
cyde envoyoit pour négocier 
avec Philippe , roi de Macé- 
doine. Épicyde témoigna beau* 
coup de défir de le racheter ,ôc 
M. Clâudius Marcelius ne s'en 
éloigna pas. -On convint d'un 
endroit auprès du porc TrogilCi 



MA 

pouf y tenir lés conférences 
fur la rançon du prifonnier. 
Comme on y alla plufieurs fois, 
un Romain 9'étant avifé d« 
confidérer de près le mur avec 
attention , en avoit compté les 
pierres, & mefuré des yeux la 
hauteur de chacune d'entr'elles ; 
puis ayant fait le plus jufte qu'il 
put la fupputation du total , il 
reconnut que le mur n!étoit pas , 
à beaucoup près , auifi haut qu'il 
Tâvoit cru, lui & les -autres; 
& il conclut qu'avec de médio- 
cres échelles on pouvoit facile- 
ment monter deflus. 

Le foldat, fans perdre dft 
tems » fît rapport de tout à M. 
Clâudius Marcelius. Toute la 
fageffe n'efl pas toujours dans 
la tête du Général,; un Offi- 
cier fubalterne ou tnême un 
fimple foldat peut lui donner de 
bonnes ouvertures. M. Clâu- 
dius Marcelius ne négligea pas 
cet avis , & s'aflura de la vérité 
du fait par fes propres yeux. 
Ayant ordonné que l'on pré- 
parât des échelles , il prit l'oc- 
cafîon d'une fête qu'on célébroie 
trois jours de fuite à Syracufe 
en l'honneur de Diane, & pen-- 
dant laquelle les habitans s'aban- 
donnoîent à la joie & à la bon- 
ne chère. A Theure de la nuit 
où il con}eâura que les Syracu- 
fains y après avoir pafTé le joue 
à manger & à boire , commen- 
ceroient à s^endormir , il fait* 
avancer doucement un corps de 
mille foldats d'élite vers le mur 
avec des échelles. Quand le& 
premiers furent arrivés au haut 
fans bruit Se fans tumulte, d'au-^ 



/^ 



MA 

tm lei fuivirenr, la hardîeflè 
dès premiers donnant du coura- 
ge aux féconds» Les xnîlle fol- 
dats , profitant de la négligen- 
ce des afïïégés qui écoient ou 
ivres ou etidormis, eurent bien- 
lot efcaladé le mur. Ayant en- 
foncé la porte de l'Hexapyle $ 
les troupes s'emparèrent de la 
partie de la ville appellée Épi- 
pôle. 

Il ne s'agi^Toir plus poui^ lors 
de tromper les ennemis , mais 
de les enrayer. Les Syracufains, 
aliarmés par le bruit, commen- 
çoîent à fe troubler âc à fe met- 
tre en mouvement. M. Claudius 
Marcellus fît fonner à. la fois 
toutes les trompettes; ce qui 
jetta une telle épouvante par- 
mi les habitans , que tout le 
inonde prenoit la fuite , croyant 
^u'il ne relloit pas un feul quar- 
tier qui ne fût au pouvoir des 
Romains. 

Cependant y Épîcydc ayant 
smmblé promptement quelques 
troupes qu'il avoit dans 1 iile 
qui jojgnoît TAchradine, mar- 
cha contre M. Claudius M(^r- 
cellus; maiS| le trouvant plus 
fort de mieux accompagné qu'il 
ne l'avoit cru , après une légère 
cfcarmouche il fe re|ira promp- 
tement dans l'Acbradine , moins 
touché^de la force & du nombre 
des ennemis , que de la crainte 
qu*il ne fe formât quelque con- 
juration dans la ville en leur 
faveur, & qu'il nç trouvât en 
arrivant les portes de l'Açhra- 
dine et de Tifle fermées. 

Tous les Capitaines & les 
Officiers ^ui étoient autour de 



M A 17; 

M. Claudius Marcellus , le fé- 
licitoient fur le'fuccès de fes ar« 
mes, & fur un bonheur fi grand 
& fi imprévu. Pour lui, lorfque 
de defifus la hauteur il eut con- 
fidéré la beauté & la grandeur 
de cette ville , la plus vaile & 
la plus opulente qu'il y eût alors 
dans le monde , il ne put s'em- 
pêcher de verfer des larmes , 
ou de joie d'avoir exécuté une 
fi difficile & fi glorieufe entrç- 
prife , ou de regret de voi^ 
que l'ouvrage merveilleux d« 
tant de fiecles alloit bientôt être 
réduit en cendres. Il rappelloic 
dans fon.efprit deux flottes p<uiP> 
fantes des Athéniens coulées à 
fond devant cette ville, deux 
nombreufes armées taillées en 
pièces avec les deux illuftres 
Généraux qui les commandoient, 
tant de guerres foutenues avec 
tant de courage contre les Car* 
thaginois , tant de Tyrans fa- 
meux & de puifians Rois , Hié- 
ron fur-'tout , dont la mémoire 
étoit encore toute i^écente, qui 
s'étoit fignalé par tant de vertus 
royales , 6c encore plus pat les 
fervices importans qu'il avoit 
rendus au peuple Romain, ((ont 
les intérêts lui avoient toujours 
été auflî chers que les fiens. 
Touché par ce fou venir, il crut 
avant que d'attaquer l'Achra* 
dine, devoir envoyer vers les 
affiégés ) pour les exhorter à fe 

rendre volontairement» & à pré- 
venir la ruine de leur ville. 

On ayoit confié les portes & 
les murailles de l'Achradine , 
aux déferteurs , comme à de» 
gens qui n'efpérant point de par* 



r 

Î74 MA 

don dans les conditions du trai- 
té qu'on feroit avec M. Clau- 
dius Marcellus , les défende- 
roietît contre lui avec plus d'o- 
piniâtreté. En effet , ils ne von- 
lurenc jamais permettre que per- 
fonne approchât des murailles , 
ou liât aucune converfation avec 
les habitans. 

. M. Oaudius Marcellus , n'a- 
yant point réuflî de ce côté-là, 
tourna fes vues du côté d'un fort 
appelle Euryele , fîtué à l'extré- 
mité de la ville la plus éloignée 
de la mer, qui cpmmandoit tou- 
te la campagne du côté de la 
terre , & qui , par cette raifon , 
étoit fort propre à recevoir des 
convois. Philodeme , qui y com- 
mandoit , ne chercha pendant 
quelques jours, qu*à ^mufer M« 
Claudius Marcellus , en atten- 
dant qu'Hippocrate & HimiU 
con vinffent à Ton fecours avec 
leurs troupes. M. Claudius Mar- 
cellus , voyant qu'il ne pouvoit 
fe rendre maître de ce pofte , 
campa entre la ville-neuve & 
Tyque. Mais enfin Philodeme , 
ne fe voyant point fecouru , 
rendit fon fort , à condition 
qu'il remeneroit fa gàrnifon à 
Ëpicyde dans l'Achradlne. 

Les députés de la ville-neuve 
& de Tyque, portant devant 
eux des branches d'olivier , 
étoîent venus trouver M. Clau- 
dius Marcellus , le conjurant de 
défendre à fes foldats le carna- 
ge & l'incendie. Il leur accorda 
leur demande. Du refte , ces 
deux parties de la ville furent 
livrées au pillage. 

Cependant, Bomilcar , qui 



MA 

ctoit dans le port avec quatfô» 
vingt - dix vaifleaux , prenant 
Toccafion d'une nuit oblcure & 
orageufe, qui empêchoit la flot- 
te des Romains de^pouvoir tenir 
à l'encre, fort avec trente-cinçj 
vaifleaux, va à Carthage, ap- 
prendre aux Carthaginois l'é- 
tat où. Syracufe fe trouve ré- 
duite , à revient avec cent 
vaifleaux. 

M. Claudius Marcellus, quî 
avoitmîs des troupes dans Eurye* 
le, & qui ne craignoit plus d'être 
inquiété par feS derrières , fe 
met en état d'aflîéger TAchra* 
dine. Les deux partis fe tien* 
nent en repos pendant quelques 
jours. 

Cependant, arrivent Hippo- 
crate & Himilcon. Le premier 
avec les Siciliens , ayant placé 
& fortifié foncampprèsdu port, 
ôc donné le fîgnal à ceux qui oc<* 
cupoient TAchradine, attaque 
le vieux camp des Romains ^ 
commandoit Crifpinus ; & Épi- 
cyde fait en même-tems une for- 
tie fur lespofles de M. Clapdius 
Marcellus. Aucune de ces deux 
entreprifes ne réuflît. Hippo- 
crate fut vigoureufement repouC» 
fé par Crifpinus , qui le fuîvit 
jufques dans fes retranchemens, 
& M. Claudius Marcellus obli- 
gea Épîcyde àfc renfermer dans 
l'Achradine. 

On étoit alors dans Tautomne, 
& il furvint une pefte qui fie 
de grands ravages dans la ville , 
& encore plus dans les campa 
des Romains Ôc des Carthagi- 
nois. Il femble qu'un fléau iî 
terrible devoit faire cefler la 




MA ,^ 

guerre de part & d'autre, ttiftîs 
elle parcifibu Te rallumer tous 
les jours de plus eti plus. Les 
Siciliens fe ralfembloient de 
\ nouveau , Ql appelloieot du fe* 
cours de toutes les parties de 
rifle:. Bomilcar, qui avoir fait 
. un fécond voyage à Car th âge 
pour amener un nouveau fe- 
cours , revint avec cent trente 
TnifTeaux de guerre & fept cens 
vaifTeaux de charge. Les vents 
contraires l'empêchèrent de 
doubler le promontoire de Pa- 
chynum. Épicyde^qui craignoit, 
que fi les mêmes vents conti- 
nuoienc, cette flotte, rebutée ne 
retournât en Afrique , laiOe aux 
Généraux des troupes merce- 
naires ie foin de garder TA- 
chradine , va trouver Bomil- 
car, &L lui pérfuade de tenter 
le fort d*une bataille y dès que 
le tems le permettra. M. CJau- 
dius Marcellus de fon , côté , 
voyant que les troupes des Si- 
ciliens groHilfoient tous les 
jours , & que s'il artendoit plus 
Jong-tems ,' & qu'il fe laiflar 
renfermer dans Syracufe, il fe- 
roît fort prefle en même-tems & 
par mer & par terre, réfolut , 
malgré la fupériorité que les 
ennemis avoient par le nombre 
des vaîflTeaux, d'empêcher Bo- 
milcar d'aborder à Syracufe. 
Dès que les vents fureçt tom- 
bés , Bomilcar prit le large pour 
mieux doubler le promontoire, 
& dans ïe defTein de donner le 
combat. Mais, quand il vit les 
vaifleaux des Romains, venir à 
lui en bel ordre , tout d'un coup, 
on Jie fçaît pourquoi, il prit la 



MA r7î 

fuite , envoya ordre aux vaif- 
feaux de charge de regagner 
l'Afrique, &fe retira àTarence* 
Épycide, déchu d'une fi grande 
efpérancç , & n'ofant rentrer 
dans une ville déjà à moitié pri^ 
fe, fit voile vers Agrigente, plu- 
tôt dans le defiTein d'y attendre le 
fuccès du fiege , que poufi faire 
delà aucun mouvement. 

Quand on eut appris dans te 
camp des Siciliens , qu'Épicy- 
de étoit forti de Syracufe, & 
que les Carthaginois abandon- 
noient la Sicile , ils envoyè- 
rent des députés à M. Claudius 
Marcellus , après avoir prefTen* 
ti la d]fpo(îtioo des ailiégés « 
pour traiter des conditions aux- 
quelles Syracufe lui feroit ren- 
due. On convint afi^e2 unani- 
mement de part & d'autre, que 
ce qui avoit appartenu aux Rois 
appitrtiendroitaux Romains, ôc 
qu'on conferveroit fout le ref- 
te aux6iciliens avec leur liber- 
té & leurs Idix. Après ces pré- 
liminaires , ils demandèrent 
à entrer en ttpnfé'rençe avec 
ceux qu'Épicyde avoit chargés 
du commandement pendant (on 
abCence. Les députés , s'étanc 
abouchés avec eux, leur firent 
entendre qu'ils avoient été en- 
voyés par l'armée des Siciliens 
vers M. Claudius Marcellus & 
vers eux , pour faire un traité 
dans lequel on ménageât les inté.- 
rêts de ceux qui étoient aflîégés, 
auffî bien que de ceux qui ne 
rétoient pas , la juftice ne fouf- 
frant pas que les uns fongeaf- 
fent à leur confervatîon parti- 
culière, en négligeant celle des 



ty6 M A 

abtres. Ils furent enfuiee 'intro- 
duits dans la place» èc ayant 
fait conmoitre à kurs hôtes & 
à leurs amis les conditions dont 
sis étoient déjà convenus avec 
M. Claudius Marcellus » ils les 
engagèrent à fe joindre à eux > 
pour attaquer de concert âc 
faire mourir PolycUte, Phili- 
tion, & Épicyde lurnommé Sin- 
don , tous Heutenans d'Épicyde , 
qui s'intérelTant peu au bien de 
Syracufe , ne manqueroient pas 
de rraverfer les négociations de 
paix. 

Après s'être ainfî défaits de 
ces petits Tyrans ,' ils convo- 
quèrent Taffemblée du peuple. 
On jugea à propos de créer de 
nouveaux MagiArats , avant 
que d'envoyer des députés aux 
Romains ; & ce fut du nombre 
de ceux qui venoient d'être 
élus Préteurs que furent tirés 
les députés. Celui qui portoit 
la parole en leur nom ^âc qui 
éfoit chargé fur- tout de faire 
tous les efforts poifibles pour 
obtenir que Syracufe ne fût 
point détruite, étant arrivé au 
camp de M. Claudius Marcel- 
lus avec fes Collègues 9 lui par- 
la de la forte : » Ce n'eft point 
» le peuple de Syracufe, illuf- 
39 tre Général , qui d'abord a 
a> rompu l'alliance avec les Ro- 
s» mains ,' mais Hiéronyroe , 
» moins coupable envers Ro- 
» me, qu*envers fa patrie; & 
y> enfuîte, quand* la paix fut ré- 
» tablie par fa mort , ce ne fut 
t> encore aucun Syracufain qui 
j> la troubla , mais les Satelli- 
» tes du Tyran , Hippocrate 



MA 

» & Épicyde, Ce fonteux.quL 
33 vous ont fait la guerre , après 
n nous avoir réduits en capti-« 
» vite , foit par la violence ^ 
» foit par la rufe 6c la perfi* 
» die ; ôc Ton ne peut posnc 
» dire que nous ayions eu au- 
» cun tems de liberté, qui n*aic 
» été un tems de paix avec 
y> vous. Maintenant que nous 
30 fommes devemis nos maîtres 
s3 par la mort de ceux qui te- 
as noient Syracufe dans Top* 
33 prei&on , nous venons dans le 
33 moment même vous livrer 
:o nos armes, nos perfonnes, 
33 nos murailles, & notre ville y 
33 déterminés à ne refufer au- 
33 cune des .conditions qu'il vou» " 
33 plaira nous impofer« Au reile, 
33 continua- 1- il en s'adreflànt 
33 toujours à M. Claudius Mar- 
33 cellus, il s*agit ici autant de 
33 votre intérêt que /du nôtre* 
33 Les Dieux vous ont accordé 
I) la gloire d'avoir, pris la plus 
13 belle & la plus^ illuàre de ' 
» toutes les villes Grecques. 
33 Tout ce que nous avons jamais 
>3 faitde mémorable, foit par ter** 
3i> re , foit par mer ^ accroît 
33 votre triomphe , & en relevé 
33 le prix. La renommée n'eil pas 
33 un garant aiTez fîdele pour 
33 faire connoître la grandeur 
» & la force de la ville que 
>3 vous avez prife ; la poiléri- 
» té n'en pourra bien juger que 
^ par fes yeux mêmes. Il faut 
33 qu'à tous ceux qui abprde* 
30 font ici, de quelque côté de 
X) rtJnivers qu'ils viennent, ou 
» montre tantôt les trophées 
p que nous avons remportés fur 

„' les 



MA 

» Ie« Athéniens & fuf lc$'Càf- 
>» thaginois» tantôc ceux que 
» vous avez renûportés fur 
30 nous ; ôc que Syracùfe , mife 
» pour toujours fous la protec- 
3> tion de M. Claudius Mat- 
» cellus ^ foie un monument 
j» perpétuel ôc fubliftant du cou- 
» rage & de la clémence de 
3» celui qui Taura prife Se con- 
3» fervée. Il ne feroit pas jufte 
» que le fouvenir d*Hiéronyme 
3» fît plus d*impre(non fur vos 
y> efprics, que celui d*Hiéron. 
9 Celui-ci a été votre ami bien 
» plus long-tems , que l'autre 
» votre ennemi. Vous avez ref* 
3f> fenti, qu'il me foit permis de 
3» le dire, les effets de l'amitié 
i> d'Hiéron ; mais , les folles 
»- entreprifes d'Hiéronyme ne 
I» font retombées que fur lui» n 
La difficulté n'étoit pas d'ob- 
tenir de M* «Claudius Marcellus 
ce qu'on lui demandoitpour les 
' ailiégés , mais de conferver la 
tranquillité ÔC le concert entre 
eux mêmes dans la ville. Les 
transfuges. » perfuadés qu'on 
les livreroit aux Romains ^ inf- 
pirerent la même crainte aux 
foldats étrangers» Ayant donc 
pris les armes fubitement les 
uns & les autres » ils commen- 
cèrent par égorger les Magif* 
trats nouvellement élus , ÔC 
courant de tous côtés dans la 
ville, ils font main-bafle fur 
ceux qu'ils rencontrent , 5c 

fâllent tout ce qui tombe fous 
eur main. Ils nomment fis Offi- 
ciers , trois pour commander 
dans TAchradioe» & trois dans 
l'ifle. Le tumulte étant une fois 



M A 1 77 

appaifé » les foldats étranger» 
reconnurent par tout ce qu'ill 
apprirent de la négotiation en-» 
tamée avec les Romains , que 
leur caufe étoit toute féparée 
de celle des transfuges. Dans le 
moment arrivent les députés 
qu'on avoit envoyés à M. Clau- 
dius Marcellus > qui achèvent de 
les détromper. 

Parmi ceux quicommandoient 
dans riûe, il y avoit un Efpa- 
gnol » nommé Méricus ; oa 
trouva le moyen de le gagner.^ 
Il livra de nuit la porte qui 
étoit près de la fontaine d^Aré'* 
thufe , & reçut les foldats que 
M» Claudius Marcellus y en« 
voya. Le lendemain ati point du 
}our , M» Claudius Marcellus (ît 
une fauife attaque à l'Achradi* 
ne, pour attirer de ce côté-là 
toutes les forces de cette place, 
& même de Tifle qui y étoic 
jointe y & afin de faciliter à 
quelques vaiffeaux le moyen de 
jetter encore des troupes dani 
l*ifle qui feroit dégarnie» Tout 
réuffir comme ill'avoit projette» 
Les foldats » que ces vaifl'eaux 
jetterenr dans l'ifle , trouvant 
les poftesprefque tous abandon* 
nés , & les portes par lefquelles 
pluiieursvenoientdefortir pouf 
aller défendre l*Achradine con- 
tre M* Claudius Marcellus , 
encore ouvertes > s*en emparè- 
rent « aprèi un léger combat. M. 
Claudius Marcellus , averti 
qu'il étoit le maître de l'ifle « 
en d'un quartier dé PAchradi^* 
ne , âc que Méricus , avec la 
corps qu'il commandoir, s'étoic 
joint à fes croupes » fait fonoar 

M 



Ï78 M A 

la retraite , pour 6mtêc(i6r 
9U*oD oe pillât le tréfor des 
rois de Syràcufe , qui ne fe 
trouva pas auifi confidérable 
qu^on i'avoitcru. 

Les déferteurs ayant profité 
de cet interVaUe de tranquillité 
pour s'échapper , les Syracu- 
tains» délivrés de toute crainte» 
ouvrirent à M. Claudius Mar- 
«ellus les portes de l'Achra-^ 
dine , & lui envoyèrent des dé* 

Îi^utés 9 qui avoient ordre de ne 
ui demander autre chofe ^ (inoii 
qu'il lui plAt de leur confer- 
Ver la vie h eux & à leurs en- 
lans. M. Claudius Marcellus 
&yant pris Tavis de Ton confeil, 
QÛ il avoit admis les Syracu*' 
iains qui s'étoient réfugiés dans 
fon camp , répondit à ces dépu« 
•es , » Qu*Hiéron, pendant cin^» 
» quante ans^ n'avoit pas fait 
t» plus de bien au peuple Ro« 
a» main , que ceux qui depuis 
» quelques années étoient maî^ 
a» cres de Syraeufe > n'a voient 
K» voulu lui faire de mal; mais 
?> que leur mauvaife Volonté 
» n'avoit nui qu'à eux 9 & 
90 qu'ils s'étoient ppnis eux- 
» mêmes du violemeni destrai'* 
9> tés, d'une manière plus cruelle 
» que n'auroient (Souhaité les 
30 Romains ; qu'il renoit Syra-* 
SI cufe aifiégée depuis trois ans I 
9 non pour la réduire en efcla* 
)a vage , mais pour la délivrer 
» de la tyrannie que des chefs 
3> de déferteurs exerçoient fur 
» elle f qu'après tout , les Sy- 
» racufains aùrofent tort d'im* 
» puter u6e révolte foutenue 
» pendant toute l'a&née , aoi 



MA 

n Séfattt de liberté , puîfqu'ît 
» n'avoit tenu qu'à eux d'îmitef 
» ceux de Iturs concitoyens , 
» qui étoient venus cherchef 
s> un afyle dans le Caillp des 
i> Romains , ou de fuivre l'e-* 
» xemple de TEfpagnol Méri^ 
» eus 9 qui leur avott livté lé 
19 poile doàc il avoit la garde ; 
7> ^ qu'au moins ils auroient ^ti 
» prendre plutôt la falutaire 
55 réfolution de fe rendre , à 
» laquelle ils s'étoient enfiti 
3» déterminés ; que pour lui , i! 
3» ne regardoit pas l'honneuf 
y> d'avoir pris SyratîUfe comme 
» une récompenfe qui égalât 
» les travaux ôc les périls qu'il 
» avoit efTuiés , pendatK un fi 
a» long âc fi rude fiege. ce 

Après ce difcours , il envoyi 
fon Quefteur avec des troupe* 
dans rifle, pour prendre ôc gar- 
der le tréfor des Rois; polsf 
ayant fait mettre des fauves 
gardes aux portes des rhaifoné 
de ceux qui étoient- demeurée 
fidèles aux Romains 9 it aban<A 
donna la ville au pillage. It 
auroit bien fouhaité pouvoir 
lui épargner ce furtefte défaf- 
cre ; mais , il ne pur refufef 
cette permîffion à des foldatSy 
qui , fur fon refus , fe la fe^» 
roient donnée eû3t-nfêrties. Pla* 
fieurs même demandoient que 
Syraeufe filit brûlée & rafée ; 
mais, il ne voolut jîlmals y con- 
fentir ; ât ce ne fut qu'avec beau* 
coup de peine 81 malgré lui , 
qu'il leur abandonna foutes 1er 
TicheflTes de cette fupcrbe ville, 
& tous les efclaves qui s'y trou* 
Yoiem j. leur défendant expre& 



Ma . 

fémeAt de toucher à aucune pef« 
fonne libte, de tuer ou d ou- 
trager qui que ce fût> & de 
faire efclave aucun des citoyens* 
On^prétend que les richeffes 

?ui furent pillées à ce fac de 
yracufe, égaloient celles qu'otf 
Huroît pu trouver actuellement 
dans Catthage » fi elle avoit 
été prife. 

l/n accident impfévu cauf^ 
fine extrême douleur à M. Clau- 
dius MarcellUs* Ce fut la mort 
d*Archimede ^ qui fut tué par 
iît foldat qui ne le connoiuoit 
pas. M. Claudius Marcellus , ne 
pouvant lui rendre la vie, corn- 
fae il l'auroit fouhaité , S'ap- 
pliqua , autant qu*il fut en lui , 
ahoûorer fa mémoire. Il &t faire ' 
àne recherche exai^e de tous 
fesparensy les traita avec dif- 
tin<ftion , Sc leur accof da dei 
privilèges particuliers* Pour 
Archimede, Il fit célébrer fes 
funérailles avec foin, & lui 
érigea un. monument parmi ceuj^ 
des grands hommes qui i'é^ 
lôient le plus diftingués à Syf a- 
èufe. 

M. Claudius Marcellus^aprèi 
la prife de Syracufe > s'appliqua 
& 'régler toutes les afiTaires dé 
Sicile ; & il le fit avec une 

kftice 9 un défltitéreflement ^ 
une intégrité qui lui aCrqù!'» 
iént beaucoup de gloire à lui^ 
tnême en particulier ^ âc firent 
tin honneur infini à la Républi- 

Îue en générai. Jufques-là , dit 
lutarque , les Romaine avoiént 
bien fait voir aux autres nations 
q**ils étoieiié très -propres à 
conduire des guerres , fie très- 



fèdoutabies dans Iti combatsi 
mais , ils ne leur avoieiu pal 
encore donné de grandes mar^^ 
ques d^ bonté, d^humanité ^ àt 
clémence , tn un mot des vertui 
fiécefifaires pour un bon gouvèr« 
tiement. Il femble que ce fut 
M. Claudius Marcellus le pre* 
ihiér I qui , en cette occafîon ^ 
montra aux Grèves que les- Ro« 
itiains ne les furpaiToient pal 
moins eh jufiice qu*en valeur ⣠
^n habileté dans la guerre^ 

Avant que M. Claudius Mar^ 
cellus fortît dit Sicile , toute^ 
les villes de cette province lull 
envoyèrent dés députés, pou^ 
ffiénager leurs intérêts, tl Ici 
tfaita tous différemment , feîôii 
lés différefts degrés d'attache-^ 
ment ou d'oppoiîtion que ]ti 
hâbitans avolent fait paroitre H 
regard des Romains» Ceux qui 
étoietit demeurés condammeni 
dans leur parti > ou qui dumoini 
étoient reiitfés dans leui^ amî4 
tîé avatit là pfife de Syracufe » 
furent reçus Ôt traités honora- 
blement ^ comiiié de bons Si 
fidèles alliés* Ceu^t » que là 
cfainte avoit obligés de fé ren^ 
dre après cette conquête ^ reçu* 
ttùt en vaincus ta loi qu*il plut 
au vaifiqueur de leur impofer. 

Lès Komaini aVoiént cèpen« 
dant encore aux environs d'A<« 
grigente un refte d*ennémis qui 
n'étoiént pas à fiégligér, com« 
mandés par Hatînon de Epicyde^ 
féuls Généraux qui ^eitaffenf 
au parti CartHagiriois dans la 
Sicile ; un tfoifieme les étoît 
Venu joindre , envoyé par An* 
nibal I pour remplacer Hippé« 



i8o MA 

crate ; on le noromoît Mutines* 
Une fédition s'c'tant élevée par- 
mi les Numide$j(io]:it trois cens 
abandonnèrent le camp y Ôc s'en 
allèrent dans une ville voiAney 
Mutines partit audî-tôt pour ra- 
mener les féditieux, après avoir 
recommandé fortement aux 
deux Généraux de n'en point 
venir aux mains avec les enne- 
mis pendant fon'^abfence. Ceux- 
ci 9 choqués de cet avis > qui 
leur paroiflbit avoir l'air d'un 
comhiandement , de d'ailleurs 
jaloux de la gloire de Mutines» 
fe hâtèrent, pour montrer leur 
indépendance , d'aller préfen- 
ter la bataille aux Romains. M. 
Claudius Marcellus, qui avoic 
fepouffe de devant Noie Ânni- 
bal vainqueur , ne put tran- 
quillement fe voir infulté par 
des gens qu'il avoit vaincus fur 
mer Ôc fur terre , 6c ordonna 
aux liens de prendre au plutôt 
les armes , & de s'avancer en 
bon ordre contre les ennemis. 
Ils ne purent foutenir le choc 
des Romains 9 fur -tout quand 
ils fe virent abandonnés par 
leur cavalerie Numide, fur la- 
cjuelle ils comptoient le plus 
pour la viâoire » & qui , partie 
par un refte de mécontentement 
gui avoit caufé la fédition , 
partie par attachement pour 
Mutines , que les deux autres 
Généraux afFedleîent de mé- 
prifer , s'étoit engagé avec M, 
Claudius Marcellus à ne point 
combattre. Les Carthaginois fu- 
rent donc bientôt mis encjérou- 
ce. On leurrua ou prit un grand 
nombre de foldats, ôc ils per- 



MA 

dirent huit éléphans. Ce fut 
la dernière aÔion de M. Clau- 
dius Marcellus dans la Sicile. U 
retourna vainqueur à Syracufe. 

Lorfqu'il fut de retour à Ro- 
me, le Préteur C. Calpurnius, 
affembla le Sénat dans le temple 
de Bellone , hors de la ville , 
félon l'ufage , pour lui donner 
audience. Là , M. Claudius. 
Marcellus rendit compte de fes 
exploits & de fes viAoires ; &, 
après s'être plaint modeilement»^ 
autant au nom des foldats qu'atj^ 
fien , de ce qu'après avoir chaf- 
fé les Carthaginois de la Sicile» 
ÔC avoir remis la province fous 
la puifTance des Romains, il n'a^ 
voit pas eu la liberté de ramener 
• fon armée , il demanda qu'il lui 
fût permis d'entrer dans la ville 
en triomphe. On ne crut pasi 
devoir luiaccorder cet honneur, 
parce que la guerre de Sicile 
ne paroiflbit pas encore termi- 
née. U obtint feulement l'ova- 
tion , c'eft-à-dire , le petit 
triomphe. La veille du jour où 
il devoit entrer dans Rome , il 
fe procura les honneurs du grand 
triomphe fur le mont Albain , 
coutume qui s^étoit établie quel- 
ques années auparavant , l'an de 
Rome 521. 

Quand il fit fon entrée dans 
la ville , outre le tableau qui 
repréfentoît la prife de Syracu- 
fe , il étoit précédé des cata- 
pultes , des ballifles, & de routes 
les autres machines de guerre 
qui étoient tombées entre fes 
mains ; des ftiberbes ornemens 
que la magnificence des Rois 
oyracufaini avoit accumulés 



M A 

"pendant une longue paix dan$ 
•leur ville capitale ; d'un grand 
Nombre de vafes d'argent ou 
•d'airain, travaillés avec beau- 
coup d'art, de meubles précieux 
de toute efpece,& de ftatuescé- 
lebres,dont Syracufe étoit ornée 

. plus qu'aucune autre des villes 
-Grecques. On y vit auffi paroî- 
tre huit éléphans , comme une 
preuve des viâoîres remportées 
fur les Carthaginois. Sofîs de 
Syracufe & rËfpagnoI Mérî- 
cus marchoient devant M.Clau- 
dius Marcellus avec des cou- 
ronnes d'or. 

' Cicéron loue beaucoup la 
modération de M. Claudius 
Marcellus par rapport aux ta- 
'bleaux &, aux ftatues des Syra- 
cufaios. Ayant pris Syracufe de 
▼ive force , dit cet orateur , il 
pouvoit en enlever générale- 
ment toutes les richefles. Mais^ 
il çanfulta moins les droits de 
ila viAoire , que les loix de 
'l'humanité ; ou plutôt, il fçut 
les allier par un fage tempéra- 
ment , & par une forte de par- 
tage égaU II tranfporta à Rome 
-beaucoup de chef-d'œuvres de 
Tart ôc en laîfTa du moins au- 

' tant à Syracufe i pour orner 
l'une 6c confoler l'autre. Il fe 
fît même un devoir de religion 
de n'enlever à celle-ci aucune 
iiatue de fes Dieux ; & pour 
celles qu'il fit paâer à Rome , 
il les plaça toutes dans les tem- 
ples de l'Honneur & de la Vertu, 
ëc dans d'autres lieux pfreils., 
nulle à fa maifon , nulle à fa 
campagne , nulle dans fes pro- 

' ^tes jardins. Il étoit perfuadé 



M A . lit 

que fa maifon , deftituée de ces 
Âatues , deviendroit elle-même 
l'ornement de la ville. 

Tite-Live & Plutarque n'ont 
pas jugé il favorablement de U 
conduite de M. Claudius Mar« 
cellus. Ils obfervent qu'elle 
donna Heu , fans doute contre 
Ton intention , à un défordre 
qui caufa de grands maux dans 
la République. Tous ces beaux 
ouvrages de fculpture & dt 
peinture, dit le premier , étoient 
à la vérité des dépouilles con- 
quifes fur des ennemis , à qui 
les règles de la guerre permet- 
toîent de les enlever. Mais, ce 
fut'là la triile époque du goût 
qup prirent les Romains pout 
les arts des Grecs qu'ils n'a- 
voient jufques-làni connus , ni 
eftimés , goût funeile , qui les 
porta bientôt à piller fans fcru« 
pule dans les Provinces , non- 
feulement les maifons des par- 
ticuliers , mais au{G les temples 
des Dieux ; Qc enfin à exercer 
leurs vols facrileges jufquesfur 
les temples de Rome y 6c en 
particulier fur ceux-là même 
que M. Claudius Marcellus 
avoir & magnifiquement ornés* 
Car j ajoute cet Hiilorien , on 
ne voit plus aujourd'hui dans 
les temples de l'Honneur & de 
Ja Vertu les tableaux ôc les fia- 
tues , que M. Claudius Marcel- 
lus y avoit placés , & qui y at« 
tiroient autrefois la curioiitédes 
étrangers. 

plutarque infifte encore plus 
fortement fur eette réflexion. 
Jufqu'alors , dit-il , Rome n'a- 
voit point eu^.ni connu ^ ceft 

Miij 



fU MA 

fomptuoiir^9 Se ce^ «uriofités 

îuperfluies » & {'019 Qe trou- 
voie point chez elle ces oroe- 
inent gracieux de fculpture , 
gui fqpt aujourd'hui fi fort re- 
cherchés* Pleine 4*armes prifes 
(vit lies Barbare; , ôc de dépouil^ 
•les fangianres « couronnée de 
inoQumens de triomphes & de 
trophées > elle offroit au:^ jeux 
no fpeâaçle qui avoit l'air marr 
fiai , Se qui ço^venoit parfaiter 
ment il une nation guerrière âc 
conquérante. Le peuple cepeo!-. 
daof fçavoit bon gré à M. Claur 
dius Marcellus d'avoir orné la 
•ville de tant de beaux ouvrages» 
qui dans leur variété renier- 
•inoient toute la grâce • toutf la 
déiicateffe , toMt le bon goût 
4e^ Grecs. Les gens fenfés ne 
penfoient pas de mèvfiCy ôc pré* 
fi^roient infiniment la conduite 
■de C. Fabius Ma¥imus»qui n*env- 
|}orta rien de femblable de la 
ville deTarente, qu*ilprit deux 
ans après ; ipais , fe contentant 
de Tor & de toutes les richefîes 
utiles 9 il laifïà dans leur place 
les. tableaux & les ftatues des 
.Pieux. Ce fut à cette occafîon 
qu'il dit cette parole mémorar 
ble : Laiffbns aux Tarent int leu$s 
Pkux irrités» On reprochoit à 
M* Claudtus Marcellus , i9 d*a- 
vair fufcité contre Rome la 
haine & Tenvie , en faifant me- 
ner en triomphe , neu'pfeulenient 
les hommes, mais les Dieux 
captifs ; %^* de ce que d'un 
peuple accoutumé ^ faire la 
guerre^ou à labourer fes champs, 
^ qui ne fçavoit ce que c'étoit 

que luxe & ^u€ molkiTc 1 il «0 



MA 

4v^it fait un peuple qui ne fe 
piQuoit plus que de finefle de 
goût pour les arts , & qui ne 
a'entretenoit pf^is quje de la 
teapté de ces fortes d'ouvrages» 
& de l'habileté des ouvriers. 

M. Claudius Marcellus fut 
élevé au Coafulat pour la qua« 
trieme foi|, l'an de R^me 542 » 
& 110 avan^ Jefus-Chrift, & 
eut popr CoUeguie M. Valérius 
jt'évinus 9 qui fe trouvoit alors 
abfent. Étant entré en charge 
4UX ides de Mars, il aflembla 
s^^ jopr-l^ le Sénai: feulement 
pour la forme , & déclara qu'en 
i'abfence de fon Collègue il ne 
mettroit en délibération aucune 
aiTaire qui regardât la Républi*- 

Îue » ou les dép^rtemens des 
rénéraux ; qu'il fçavoit qu'il y 
avoit un grand nombre de Sici- 
liens dans les environs de Re* 
me , dans les maifons de campa* 
gne de ceux qui portoient en- 
vie à fa gloire ; ôe que biea 
loin de les empêcher de débi- 
ter ouvettement àRgme les ac- 
cufations que la calomnie avoit 
inventées contre lui » il leur 
auroit donné fur le champ aut- 
dience dans le Sénat , u cet 
iftrangers n'eu^Tent pas affeâé 
de publier qu'ils n'oioient par- 
ler contre le Conful en l'abfe'nce 
de fon Collègue ; qu'aui& • tôt 
que M. Valérius Lévinus feroit 
arrivé à Rome , il întroduiroit 
Les Siciliens dans le Sénat , & 
ne permettrait pas qu'on traitai 
d'aulne affaire avant qu'on les 
eût entendus ; que M. Corné- 
lius [ c'étoit le rrétçur de Sics- 
Iç ] avçit ea quelque façon £a^ 



MA 

battre la caslTe daos toute h 
province pour lui fufcirer des 
accufateurs , ÔC eo envoyer i. 
Rome le plys grand nombre 
qu'il pourroit; qu'a(îtueUeiiïeot 
pour ternir fa réputation , il ne. 
çeifoic d'écrire aux amis qu*il 
avoit dans la ville , que b 
guerre n'étoic pas terminée datii 
u Sicile. 

Le Copfui) ^yant fait admirç^ 
ce jour-là b r^teoue & fa j^o- 
déracioD , congédia le Séo4t* 
Lorfqu^ M. Yalérius Lévinu» 
fut de recour y on tira au fort 
les 4épanemens. La Sicile 
échut à M.Claudius Marcelius, 
avec le commandement de If 
flotte ; Sa M« Valérius Lévinus 
fe trouva chargé de commandeur 
dans rïcalie » 6c d'y faire U 
guerre courre Aoniba^ Quand 
les $iciHenis , qui étoient daqs 
le veflibule du Sénat, eui'ei^t 
appris cet arrêt du fort » i\s 
furent fî pénétrés de douleur, 
flu*uoe féconde prife de Syrac^- 
le ne les suroît pas affligé^ da- 
vantage» Ils pou Aèrent des crjs 
lamentables « qui attirèrent f^r 
eux le^ yeux de toute Taflen^- 
blée \ Sf. donnèrent Heu à d|- 
verfes réflexions. Dans la conf- 
tefternatÎQn où ils étoient, i)s 
adreflerent leurs plaintes à tous 
les Sf natjîurs en généra) ^ & à 
chacun d'eux en particulier , 
proteilant qu^ils ab^ndonniç- 
roient leur patrie & la Siçil^» 
fi M* Qaudius Marcelius y rç- 
venoit 3vec ia fouveraine au- 
torité ; qu'avant qu'ils lui euf- 
fent donné aucun fujet de mç- 
cpju^ntemf ut j il s^vpit ufé ei^« 



vers eux d*|ine rigueur çstcefli- 
ve 9 & )eur avoit montré unp 
colère implacable. Que ne fer 
rpit-ii point après les plaipte# 
qu'il fçavoît qu'ils avoienc pprr 
tées % flpme contre lui ? Qu'il 
feroît plus avantageux à çett^ 
ifle infortunée d'être^ englouti^ 
par le^ feux du mont Etna » 
ou fubmergée daqs )e$ gouffre^ 
de la mer , que d'être livrée à 
.la vengeance de ibn enneof d^ 
claré. 

Ces plaintes amènes , fouvent 
répétées i^ns les maifons 4t$ 
Grands | qui pn étoient touch^^i 
à proporti9n » de la compaf" 
Con qu'iU avjpient pot^r les Si- 
ciliens , ou de h ialgu&e qu'i)s 
^voient contre M* Claudius 
Marcelius f paflerefi^ juiquc^ 
dans le Sénat« Qn^evçia^d^ ai4fc 
Çonfuls qu'ils VQulifâ*(»nt biçA 
çonfulter l'^flennbi^eiur r4.chan* 

ge de leur? pF9viflf^^ 

M* Claudius Marcelius ré« 
pot^dl^ que û -les Siciliens 
.^voient déjà eu ^it^dience dai|$ 
le Sénat ^ il auroi; peut «* être 
pepfé & :^gi autrement qu'il 
n'étoit difpofé à le faire ', mnîs 

?|ue pour ne donner lieu à per- 
onne de dire que la crainte if s 
eût empéirhis de parler en toute 
liberté contre un hoinme % U 
putlTance duquel \\s alloienc^ 
être fournis I il étoit prê^ ^ fi 
ion Collègue n'y trpuvois ppii|C 
d'inconvénient , de changer de 
province avec lui ; qu'il pripic 
leulementle Sénat 4^ ne poioc 
donner d'avance gain de eaufe 
aux Siciliens contre lui . en pr« 
donnant cçt échange par un ai« 

Miv 



t84 ,-M-À 

tèu Comme il n'auroic pas été 
raifonnablé , ajouta - 1 - il , de 
donner h, M. Valérius Lévinus 
le choix des départemens , fans 
les foumettre à la décifion du 
fort , »ce feroît encore me faite 
lin affront plus (ignalé , de lui 
donner remploi qui m'eft échu. 
' Le Sénat 9 après avoir fait 
connoître ce qu'il défîroit y mais 
fans l'ordonner , fe fépara. Les 
Confuls , ayant conféré enfem- 
ble, changèrent de. province, 
le deftin , dit Tite-tive , for- 
çant tous les obftacles pour mec* 
tre M. Clatidius^ Marcellus aux 
mains avec Annrbal y afin que , 
comme il étôit le premier des 
'Romains qui avoit eu la gloire 
de le vaincre « il fut aulS le 
dernier que le Carthaginois pût 
fe vanter d'avoir fait tomber 
dans fes embûches^ 5c éèla dans 
le tems que lès armées Romai- 
çes profpérpient'&reprenoienc 
icdelTus-'' * 

Après réchange des provin- 
ces > les Siciliens ayant été in- 
froduits dans le Sénat» fe plai- 
gnirent entre autres chofes , que 
M. ClaudiusMarceflus les avoit 
traités avec la dernière inhuma- 
nité ; qu'excepté Its roaifoas 
dénuées de tout', 8c les temples 
dépouillés dé tous leurs orne- 
mens > il n'étoit rien reilé dans 
Syracufe ; qu'ils fupplîoient les 
Sénateurs d*avoir coifipafnon de 
ïeur mifere , & de leur faire 
• rendre tout ce qui pourroit en- 
core leur être reftitué. 

Après qu'ils curent achevé 
ce difcours plaintif, M. Valé- 
jrius LévYQix'S leur ordonna de 



MA 

fortir de la falle , afin qu'on 
pût prendre les avis des Séna- 
teurs. Mais , M. Claudius Mar- 
cellus prenant la parole : » Non, 
» non, dit-il, qu'ils demeurent, 
» afin que je réponde en leur 
» préfence , puifque notre ré- 
y> compenfe en faifant la guerre 
y> pour vous, MeiEeurs ^ c'eft 
30 d'avoir pour .accufateurs » 
» ceux que nous avons fournis 
» à votre Empire. Que Capoue 
30 & Syracufe , prifes dans une 
30 même année , ayent la fatif- 
30 faâion d'avoir cité à votre 
30 tribunal leurs vainqueurs.» 
' Les députés rentrèrent donc 
dans la falle , & M. Claudius 
Marcellus reprenant fon dif- 
cours : 3u Je n'ai pas afiTez ou- 
» blié la majefté du peuple Ro- 
30 main , dit-il , ni la grandeur 
» de la place que j*occupe ac- 
3) tuellement , pour abaiilèr on 
3> Conful jufqu'à répondre aux 
» accufacicns de ces Grecs , 
"30 fi c'étoit moi qui parufle ici 
» comme coupable. Mais, il 
'» s'agit bien moins d'examiner 
n les traitemens dont j'ai ufé à 
'30 leur égard , que la peine 
3i> qu'ils ont méritée par leur 
» révolte. Il n'y a point de 
» différence pour moi entre 
30 avoir maltraité Syracufe dans 
'30 le tems préfent, ou l'avoir 
'» fait du tems d'Hiéron. MaiSs 
30 s'ils fe font révoltés contre 
39 nous , s'ils ont pourfuivi 
» nos AmbafTadeurs les armes 
30 à la main , s'ils nous ont fer- 
» mé les murailles âc leurs por- 
3» tes , & fe font fervis des 
ao armées des Carthtigiiioi» , 



MA 

36 pour fe défendre contre nous, 
» peuvent-ils fe plaindre d'a- 
» voir fouffert des hoAilités , 
3t eux qui en ont exercé de fi 
» réelles à notre égard ? L'obf- 
y> curité même de ceux avec 
To qui l*on m*accufe d'avoir 
3> traité, eft une preuve que 
30 je n'ai rejette aucun de ceux 
y> qui fe font préfentés pour 
» rendre fervîce à notre Ré- 
» publique. Avant que j'aiïîé- 
» geafle Syracufe , j'ai fait tous 
» mes efforts pour conclure la 
» paix avec les Syracufains y 
» tantôt en leur envoyant des 
39 Ambaffadeurs > tantôt en me 
y> trouvant en perfonne à des 
9> conférences avec eux. Mais> 
» voyant qu'ils pouiToient l'in- 
» foience jufqu'à outrager nos 
» Ambaffadeurs & à m'inful- 
30 ter moi- même 9 je me fuis 
» ^u obligé malgré moi d'avoir 
3t> recours à la force. C'eft de- 
» vant Annibal Ôc les Cârthagi- 
» nois vaincus avec eux , qu'il 
30 leur conviendroit de porter 
» leurs plaintes contre la fé- 
» vérité <lont on a ufé à leur 
» égard , &c non pas devant le 
» Sénat du peuple vainqueur. 
» Pour moi je protefte que je 
^ n'ai rien fait qui ne foit con- 
«> forme aux loix de la guerre 
» & aux loix de l'équité. Que 
» vous autoriiîez les arrange- 
» mens que j'ai cru devoir 
» prendre , c'eft ce qui importe 
"y> beaucoup plus à la Républi- 
p que qu'à moi. J'ai rempli 
9 mon devoir. C'eft à vous de 
«•prendre garde qu'en défap« 
'^»' -prouvant ou aanullaat ce que 



MA i8j 

3» j'ai fait t vous ne rendiez 
» les autres Généraux moins 
i> ardens & moins zélés pour 
30 le fervice de la Républi- 
39 que. » 

M.ClaudiusMarcellus «après 
avoif ainfî parlé, fortit du Sé- 
nat èc alla au Capitole pour y 
faire les levées ; & les députés 
Siciliens fe retirèrent auffi. 
Alors M. Valérius Lévinus mit 
l'affaire en délibération. Les 
avis furent aiTez long-tems par- 
tagés. Pludeurs foutenoient avec 
T. Torquatus , qui avoit ouvert 
ce fentiment: n que les Gêné- 
30 rauxdelaRépubliqueavoienc 
» été chargés de faire la guerre 
» contre des Tyrans également 
» ennemis de Syracufe & de 
» Rome 4 & non contre Syracu- 
y> fe même ; que leur devoir 
39 avoit été de la délivrer com- 
» me alliée , 6c non de la pren-^- 
» dre comme une ville enne- 
39 mie ; & après l'avoir prrfe, 
» de lui rendre fes loix & fa 
» liberté, Se non de la ravager. 
33 Si Hiéron , cet ami & cet 
3» allié (î fidèle , revenoit fur la 
» terre , oferoit-on lui montrer 
33 d'un côté Syracufe à moitié 
33 ruinée, & dénuée de tous 
M les ornemens , qui la déco- 
n roient de fon tems ; & de 
33 l'autre » Rome enrichie des 
i> dépouilles de fa malheureufe 
3» patrie? 33 

Malgré ces déclamations vé- 
hémentes , qui avoient pour 
principe dans quelques • uns la 
compaffîon pour les Siciliens 9 
dans d'autres l'envie contre M. 
Claudius Marcelius , l'arrêc 



jU ma 

qnc le Sénat rendit fut pour- 
tant aflez modéré & aOTez fa- 
vorable au Conful. On confirma 
ce qu^il avoit fait & réglé pen- 
liant ta guerre Se depuis f^i 
"viâoire» & l^)n en ordonna 
F^xécution» Le Sénat déclara 
qu'il prendroit foin des intérêts 
des Syracufains ^ & ordonna au 
confui M. Valérius Lévinus de 
leur accorder tous les foulage- 
mens qui n'iroient point au dé- 
triment de la République. 

On envoya fiir le champ deux 
Sénateurs au Capitole , pour 
faire revenir M. Claudius Mar- 
cellus ; ôc les Siciliens étant 
auffi rentrés dans le Sénat , on 
lut en préfence des parties in- 
téreâféeSy Tarrêt qui venoit 
d'être rendu. On congédia les 
députés de Syracufe ^ après 
leur avoir donpé toutes If^s 
marques poiCbles d'amitié & de 
bienveillance. Mais , avant que 
de fe retirer, ils fe jecterent aux 
pieds de M* CIaudi^s MarceU 
Itts , le priant & le conjurant de 
lenr pardonner tout ce qu'ils 
•voient pu dire pour déplorer 
leurs malheurs Ôc obtenir quel- 
que foulagement en faveur de 
' leur patrie , Ôc de vouloir bien 
recevoir fous fa proteélion la 
ville de Syracufe , & en regar- 
der les habitans comme ùs 
cliens. Lç Conful leur répon- 
dit avec beaucoup de bonté 8c 
de démence. Les Syracufains , 
après Ip recouc des députés , 
rendirent à M. Claudius Mar- 
cellus tous 1^8 plus grands hon- 
neurs dont ils purent s^avifer» 
étfd>lireoc une lêce qtui portoit 



M A 

fon nom» & qui fubfiftoîr enco^ 
re du tems de Cicéron , & or»* 
donnèrent par une loi exprefle p 
que toutes les fois qui: M. Clau^ 
dips Marcellus > ou quelqu'un 
de fa famille 9 viendroit à Syra- 
cufe, les Syracufains fe couron- 
neroient de chapeaux de fleuri ^ 
Sç offriroieni en aélions de gra* 
cesdesfacrifices aux Dieux. M« 
Claudius Marcellus , de fop 
coté , fe fit un honneur de les 
protéger , & fes defcendans » 
tant que fubfifla fon nom 8ç fa 
famille > furent tonpurs 1^ 
patrons de Syracufe. 

Ainfî fe termina , au conten- 
tement & à la gloire des deux 
parties» une affaire commencée 
avec une fi grande vivacité , 
mais qui paroidoit cependaj}( 
excitée > moins par le reifei^ 
timent de ceux de Syracufe % 
que par la jaloufîe de auel(|Mi$s 
Romains ennemis de M. Ciai^ 
dius Marcellus , comme Plutar- 
que le dit clairement» 

M. Claudius Marcçllus mar- 
cha enfuite contre Annibal. 
Après s'être rendu maître de 
Salapie par intelligence , il prît 
de force Maronée & Mêles fur 
les Samnitiîs. Il y défit environ 
trois mille hommes qu'Annibal 
y avoit laifiTés en garnifon ^ Çt 
abandonna à fes foldats tout le 
butin , qui fut affez confidér^- 
ble. Il y trouva auffî deux cens 
quarante mille boifleaux 4* 
bledp âc cent dix mille boifleaux 
d*orge. 

Ces avantages ne lut caufe- 
rent pas tant de joie » qu'il ref- 
fentk de douleur pour la pe((« 



M A 

Sue £c quelques jours après la 
République auprès de la ville 
d'Herdonée , lieu malheureux 
pour les Romains, qui y avoieuc 
déjà été battus deux ans aupa- 
ravant par Annibal.M.Clau4iu8 
M^rcellus t fai^s être cependant 
irop effrayé de cette perte, 
écrivit au Sénat pour Ten i^i- 
foriper. Il marqua en même-tems 
gu41 marchpit contre Annibal ; 
çc qu'aiyant bien fçu ^ après la 
|>ataille de Canines ^ rabattra 
Torgueil que lui donnoit i^pe 
viAoire fi complète , il fçau- 
Toit bien encore lui arracher 1^ 
joie que li^i infpîroit ce der- 
nier avantage. En effet , il 
va chercher Annibal , & lui 
préfeniela bataille 9 l'aâion fut 
yiye ^ longue > âc Tavantage 
ji peu près égal, Ani)it>al fe re- 
tire de nuit 9 Sc eil fuivi par 
le Conful , qui le joigni| dans 
TApulie» auprès de Vénufîuoi* 
Là i|s pafl*<^reot plufieurs jouirs 
^ fe harceler dans dt$ a<^îoQs 
où les Romains avoienttpujpurs 
l'avantage j mais qui pouvoiei^t 
plutôt p^fiT^r pour de légçres 
(çfcarraouches que pour de v^^ 
fif^bl^s cçmtiats. Àqnibal dé« 
irampqir ordipairemept pendaqt 
Ja nuit| & épioi^ Tocçafion 4^ 
leodre des pièges ^ fop enpf mi; 
filais 4 M. ClaMdius Marcelluii 
^4rttachoit à ne le fuivre que i^ 
jo^r , & après avoir fait recoi^«- 
i)oi(re foigneufen^ent les Ueu^ç» 
£*i^/| ainH que fe palTa le r^ftç 
4e la campagne. 

I^'apnée fuîvante , le cpm* 
.maodfment de Tarméf d*Iralie 
fpt çquiiuuktàt Cif|H4iuf H^t-: 



MA 167 

cellus. Ce Général perfuadié 
qu'aucun autre Romain n*étoic 
plus capable que lui de tenir 
tête à Annibal , fe mit en caa|« 
pagne dès que la terre put four- 
nir des fourrages , 8c alla fe 
préfenter devant lui près de 
Canufium. Annibal tâchoit alors 
d'engager les habitans de cette 
ville à la révolte. Mais 9 dès 
qu'il fçut que M. Claudius Mar* 
çellus apprpchpit » il déca^pi« 
Le païs étoit tout découvert 9 
^ peu propre à des embûchça* 
C'eft.ce qui l'obligea de cher- 
cher auteurs des lieux remplis 
de bois , de défilés , de de co- 
teaux* M» Claudius Marcellus 
le fuivoit 4e près , Cfmpoit 
foujours à ia vue » 8c p'avQÎt 
pas plutôt achevé fes travaux , 
qu'il lui préfentoit la bataille. 

Annibal » content d'efpar- 
moucher avec quelques pçtifs 
détach^mens de cavalerie 6c de 
frpndeurs » joe croyoit pas qu'il 
fût de fon intérêt 4^ ha^ardçr 
une bataille générale i Cepen- 
dant y quelqf^es précautions qu'|l 
prît pour l'éviter * H^^ vit forcé 
d'en courir les rifques; car» 
Mf Claudius Marpellus « qui i^e 
le quittait point 4e vue » Tayapc 
atteint I fp vfiït à at^quer de to^« 
fe^ part$ fes travailleurs, ^ 
Pempêcha de fe retrancher* 
Aii)U, Jlsen vinrent a^x main^» 
& çon>battir^nt avçc toutes leu^s 
forces f jufqu'à ce que la nuit 
étant fur }e point d'arriver , 1rs 
fépara • fans que la vidloire fe 
fût encore déclarée* Us fe re- 
tranchèrent fort à la hâte à eau* 
ie du peu de jour qu'il leur ref* 



m M A 

coic y 8c pafTerent la nuh aflèx 
près l6s uns des autres. 

Le lendemain , dès la pointe 

' du jour , M. Claudius M^rcel- 
lus rangea fon armée en bataille^ 
Annibal accepta le défi » de 
avant que de commencer la 
charge , il exhorta ft- s foldats à 

. bien faire, x» Qu'ils fe fouvinf- 
» fent de Trafîmene & de Can- 
» nés , & rabattiflent la fierté 
» d'un ennemi incommode > qui 
» ne leur donnoit pas un mo- 
» ment de repos , qui les har« 
» celoit fans relâche dans leurs 
» marches & dans leurs campe- 
» mens » 8c ne leur laiflbit pas 
» le tems de refpirer. Qu'il leur 
n falloir voir tous les jours en 
3» même tems le lever du foleil» 
» âc l'armée des Romains en ba- 
» taille. Que pour l'obliger à 
» faire la guerre avec moins 
» de vivacité , il falloit lui 
» faire éprouver de nouveau 
30 la valeur des Carthaginois. 39 
Animés par ces remontrances , 
& irrités d'ailleurs par l'achar- 
nement d'un ennemi qui les 
tourmentoit fans cefle , ils 
commencèrent le combat avec 

' une animofîté extraordinaire. 

'Après que l'aAion eut duré 
plus de deux heures t l'aîle 
droite des alliés commença à 
pli^rdu càté des Romains. M. 
Claudius Marcellus » qui s'en 
apperçut 9 fît auffitôt avancer 
la douzième légion à l'avant- 

' garde. Mais , pendant que les 
uns lâchent pied fans fe re- 
connoître , 8c que les autres ne 
fe préfentent pour les rempla- 
cer qu'avecbeaucoup de iea« 



MA 

teur ; tout le corps de bataille 
fut ébranlé & mis en défordre» 
& la crainte l'emportant fur U 
honte, tous prirent ouvertement 
la fuite. Il fut tué dans le com- 
bat environ deux mille fept cens, 
tant citoyens qu'alliés , & parmi 
eux quatre centurions Romains 
& deux tribuns légionnaires. 
On perdit quatre drapeaux de 
l'atle droite des alliés y qui là 
première avoit fui 9 & deux 
de la légion qui avoit été en* 
voyée pour prendre fa place. 

Quand les foldats furent ren« 
très dans le camp , M. Claudius 
Marcellus les réprimanda d'un 
ton (i vif & fi févere , qu'ils 
furent encore plus fenfibles aux 
reproches de leur Général ir- 
rité , qu'à la douleur d'ayoir 
combattu tout le jour avec dé* 
favantage. n Je rends grâces 
30 aux Dieux immortels , dit-il^ 
y> autant qu'on peut le ' faire 
To après un fi mauvais fuccès» 
» de ce que l'ennemi vainqueur 
» n'eft pas venu attaquer notre 
» camp y dans le tems que vous 
t> vous y retiriez avec tant de 
» précipitation ; car aflurémenc 
I» la même terreur qui vous a 
» fait quitter le champ de ba- 
y> taille , vous auroit fait aban- 
» donner votre camp.D*oû peu^ 
» vent donc venir cette frayeur 
a> de cette conilernation ? Qui 
» peut vous , avoir fait oublier 
9» en fi peu de tems qui vobs 
» êtes y &L quels font vos enne- 
» mis ? Ne font-ce pas les mè^ 
n mes que vous avez vaincus ^ 
n & pourfuivis tant de fois peo- 
» dant toute la campagne pré^ 



M A 

» eédenee 9 que vous avez har- 
B celés jour & nuit tout ré- 
a* cemment , que vous avez fa- 
)!> tîgués par des efcarmouches 
3t> conrifiueiies ? Mais, j'ai tore 
» d'exiger de vous , que vous 
» fouteniez la gloire de vos 
» précédens avantages. Je ne 
» vous remettrai ici devant Irfs 
n yeux que Tégalité du fuccès 
}» entre vous 6c vos ennemis 
» dans le corobat d'hier. C'étoit 
» une grande honte pour vous 
» cette égalité. Qui eût cru 
9» que vous fudiez capables de 
30 tomber encore plus bas , & 
7> de vous couvrir d'une igno- 
» ininie encore plus grande ? 
» Quel changement peut-il être 
» arrivé dans l'eTpace d'une nuit 
» &dVn jour ? Vos troupes ont- 
» elles diminué? Celles des enne- 
» mis ont-elles augmenté ? Pour 
30 moi , il ne me paroît pas que 
x> je parlé à mes foldats , ou à 
» des Romains. Je vois bien les 
y> mêmes hommes & les mêmes 
30 armes , mais ce ne font plus 
» les mêmes courages. Si vous 
9> n'aviez pas dégénéré de vous- 
30 mêmes , les Carthaginois vous 
» auroient-ils vus fuir ? Au- 
» roient-ils enlevé les drapeaux 
10 d'une feule compagnie , ou 
39 d'une feule cohorte? Ils pou- 
30 voient bien , jufqu'à préfent > 
» fe vanter d'avoir taillé en 
30 pièces, les légions Romaines; 
» vous leur avez aujourd'hui 
«> procuré la gloire d'avoir vu 
» des Romains tourner le dos 
» devant eux. » 

A ces paroles » ce ne fut 
£u'uQ cri dç toucQ l'armée. Us 



M A 189 

prièrent M. Claudius Marcellus. 
d^oublier ce qui s'étoit paffé ce 
jour-là j & de mettre dans la 
fuite leur courage à telle épreu« 
vç qu'il voudroit. » Oui, dir-il, 
» dès demain je vous mettrai à 
39 l'épreuve 9 en vous menant 
j> au combat, afin que vous ob? 
3> teniez la grâce que vous de- 
x3 mandez » viâorieux plutôt 
>3 que vaincus. y> En attendant» 
il commanda que Ton 'donnât 
du pain d'orge aux cohortes 
qui avoient perdu leurs dra- 
peaux , & que les centurions 
des compagnies à qui ce déf* 
honneur étoit arrivé , demeu- 
raient pendant un tems n^arqué 
dans la grande place du camp^ 
fans baudrier, leur épée nue à 
la main ; ce qui étoit un genre 
de peine militaire , ulité parmi 
les Romains ; qu'au furplus ils 
fulTent tous fous les armes dès 
le lendemain matin , tant la ca- 
valerie que l'infanterie. Alors , 
il les congédia bien morrifiésj 
mais avouant qu'ils avoient bien 
mérité la réprimande qu'on ve- 
noit de leur faire ; que ce jour- 
là il n'y avoit eu dans toute 
l'armée d'homme & de Romain 
que leur Général ; & que pour 
lui faire oublier leur faute , il 
falloit ou vaincre , ou mourir. 

Le lendemain , ils fe trouvè- 
rent tous fous les armes fuivanc 
Tordre de M. Claudius Mar- 
çellus. Ce Général loua la con- 
tenance & la difpofîtion où il 
les voyoit, & déclara qu'il pla- 
ceroic aux premiers rangs ceux 
qui avoient commencé à fuir, 
& les cohortes qui avoient per- 



19<5 M A 

du leurs drapeaux ; tous Ta- 
voient demandé avec infiance 
«îomme une grâce. Il les avertit 
40 refte ^u'ï\ fil I oit combattre 
& vaincre , & faire enforte que 
la nouvelle de leur vidloirè 
arrivât à Rome,au{litôt que celle 
de leur défaite Ôc dé leur fuite. 
Il leur ordonna enfuite de pren- 
dre de la nourriture 9 afin d'a- 
voir affez de vigueur pour fou- 
fenir le combat s*il duroit long- 
tems. Après avoir dit & fait 
tout ce qui étoit capable d'ani- 
itoer le courage des foldats » il 
les mena au combat* 

Quahd Annibal vit qo^ils ve- 
âoient le chercher : » Ce M. 
1» Claudius Marcellus , dit-il , 
19 eft un étrange homme ! Il ne 
i> peut fupporter , ni la bonne , 
» ni la mauvaife fortune. Vain- 
:to queur il nous potifle Tépée 
dans les reins; vaincu 9 il re- 
vient au combat avec plus dé 
» fierté qu*auparavaftt< » Après 
avoir dit ces paroles , il fit fon- 
tier la charge > Se vint à la ren- 
contre des Romains. Le combat 
fut bien plus opiniâtre que la 
veille f les Carthaginois faifant 
tous leurs efiTorts pour confer- 
ver l'avantage du jour précé- 
dent , de les Romains pour espa- 
cer la hoâte de leur défaite. 
' M. Claudius Marcellus avoîc 
placé fur les deux aîles de là, 
|)remiere ligne les troupes qui 
àvoient taal fait leur deVdir lé 
jour précédent ; elles étoient 
commandées par L. Cornélius 
Lentulus & C, Claudius Néron. 
Pour lui , il s'étoit réfervé le 
corps de bataille » afin d*étre 



10 



MA 

témoin de tout ce qui fe pàâe^ 
roit , & en état d*animer fe^ 
troupes. Annibal avoit mis à la 
première ligne les Efpagnols f 
qui étoieht Télite de fon armée» 
oc en faifoit la principale force. 
Mâisi Voyant que le combat de* 
meurôit trop long-tems douteux» 
il fit conduire les éléphans veri 
le front de la bataille y efpé-» 
rant qu'ils pdurroieàt caufei^ 
quelque défordre parmi les en* 
hemis. En efîTet t ils portèrent 
le trouble parmi les enfeignes' 
8c dains les premiers rangs ; &L 
ils écraferent ou mirent en fui<« 
te tous ceux qui fe trouvèrent 
d'abord à leur rencontre. La 
déroute auroit été plus gran« 
de , fi C« Décimus Flavus , tri** 
bun légion'naire y ayant faifi Té* 
tendard de la première com* 
pagnie des Haftaires, n'eût or* 
donné aux foldats dei cette corn-* 
pagnië de le fuivre. Il les mena 
dans l'endroit où ces bêtes énor^* 
mes ramafTées en on pelotoa 
caufoient beaucoup de ravage ^ 
& leur commanda de lancer 
contre elles leurs javelots. Il 
fi'y en eût pas un qui ne portât f 
étant jette de é près contre de 
gro'fles maffes d'animaux prefles 
les uni contre les autres* lis ne 
furent cependant pas tous bief-* 
fés ; mais, ceux qui fehtirent fa 
poiUte de ces traits enfoncés 
dans leurs corps , prenant ta 
fùitè y ôc dans cet état n^étant 
pas moins redoutables à leurs 
gens qu'aux ennemis , entraînè- 
rent auflî ceux qui étoient fanf 
bleffures» Alors , tous les fol- 
dats Romains qui fe trouveréi^ 



MA 

à 'p6ftée , coururent , à Vttettk' 
p\t des premiers j après cette 
Groupe fugitive» & accablèrent 
lie rraks tous les éléphans qu^ils 
purent joindi'e. Ces animaux fe 
'jetterez donc fur les Carthagi- 
iboîs avec beaucoup de furie y 
^ firent parmi eux plus de ra- 
Vage qu'ils n^en avoient fait 
parmi les Romains » d'autant 
^ue la peur a bien plus de pou<« 
voir fur eux , & les emporte avec 
beaucoup plus de violence 9 que 
ne le font la voix & la maiû de 
ceux qui les gouvernent. 

L'infanterie Romaine s*avaii- 
^a auDStôt contre les Carthagi-* 
sois , dont les ^iéphans avoient 
rompu les ran^gs , Se n*eut pas 
de peine à mettre en fuite des 
geos qui avoient perdu de vue 
leurs drapeaux , 6c qui ne pou- 
Voient plus fe rallier* Alors , 
M. Claudius Marcellus détacha 
après eux fa cavalerie , qui les 
pourfuivic jufqu^aux portes de 
îeur catnp , où ils rentrèrent 
avec peine pleins de frayeur & 
de confternation. Pour furcroît 
de malheur » deux éléphans 
étoient tombés morts au milieu 
de la porte même ; & comme 
Ils en fermoient Centrée , les 
foidats étoient obligés de fe 
jetter dans le fofifé , & de fatiter 
par deiTus la paliflade pour fe 
iauver, Auffi ce fut* là qu'il s'en 
fît un plus grand carnage. Il y 
tôt environ huit mille foidats 
6c cinq éléphans de tués. Cette 
vî^oire coûta cher aux Ro- 
mains* Les deux légions perdi- 
rent environ dix-fept cens hom- 
ISLCS i ôc les alliés pltls àc tteize 



MA Tçt 

ceiis , fans parler d^un grand 
nombre de bleflés , tant des <j« 
toyens que des alliés. Mais, U 
terreur du nom d*Annibal étoic 
encore alors fi grande parmi 
les Romains » que Ton pouvoic 
regarder coitime un exploit 
éclatant d*avoir réduit fes trou* 
pes à prendre la fuite ^ quoique 
cet avantage fut acheté par une 
perte conlidérable* 

Annibal décampa dès ta nuit 
fuivante« M* Claudius Marcel- 
lus aurolt bien voulu le pour- 
fuivre, mais la multitude de fes 
bleffés l'en empêcha. Cepen* 
dant I il étoit en mauvais renom 
4 Rome, depuis qu'il avoir été 
battu par les Carthaginois. C* 
Publiclus Bibulus » tribun da 
peuple, étoit fon ennemi décla- 
ré. Par les déclamations conti^ 
nueljes donc il faifoit retentir 
toutes tes atfemblées » depuis la 
j<>urnée 6ù M. Claudius Mar«- 
cellus avoit été maltraité par 
Anhibàl , il l'avoit déjà décrié 
dans Tefprit de la populace; dc 
Ton ne parloir pas moins que ûti 
le dépouiller de fon emploi^ 
lorfque fes amis obtinrent quSl 
laifnit un de fes Lieutenans à 
Vénufium pour y commander 
en fa place y pendant qu'il vlea- 
droit à Rome fe juftifîer det 
accusations que Ton formoic 
contre lui en fon abfence« 

Cette afiaire fe traita dans le 
Cirque ^laminien avec un grand 
concours du peuple Sc de tous 
les ordres de la République, tm 
Tribun du peuple attaqua , non* 
feulement M. Claudius Marcel- 
lus ^ mais tout le corps des No- 



/ 



ij^i MA 

blés* Il leur reprochoît que c'é- 
toîc par leurs artifices & leurs 
délais afTedés qu'Annibal de- 
tneuroic depuis dix ans dans 11- 
talie , & fembioic sVn être rois 
en pofleffion par un féjour plus 
long qu*il n*en avoit jamais fait 
à Carthage ; que le peuple Ro- 
main étoit bien récompenfé d'a- 
voir continué le commandement 
à M. Claudius Marcellus 9 dont 
l'armée deux fols battue par 
l'ennemi fe donnoît du bon tems 
& vivoic à i*aife pendant tout 
l'été , à l'ombre des murs & 
des maîfons de Vénufium. M, 
Claudius Marcellus répondit en 
peu de mots Ôc avec beaucoup 
de noblefle , fe contentant de 
rapporter modeftement fes prin- 
cipales allions , dont le (impie 
récit , fans réflexion & fans au- 
tres preuves, étoit pour lui une 
pleine apologie. Mais, les*prer 
miers & les plus confidérables 
d'entre les citoyens prirent hau- 
tement fa défenfe, & parlèrent 
en fâ faveur avec beaucoup de 
force & de liberté. Ils exhor*- 
tarent le peuple à ne pas juger 
plus mal de M. Claudius Mar- 
cellus que leurs ennemis mêmes, 
en Taccufant de lâcheté lui qui 
étoit le feul de leurs Généraux 
qu'Annibal évitoit avec foin , 
éi contre lequel il perfévéroit à 
fuir le combat avec autant d'em* 
prefTement , qu'il en avoit à le 
chercher contre tous les autres. 
Le jugement ne fut pas dou- 
teux. Non-feulement la propo- 
fition que faifoic le Tribun d*ô- 
ter le commandement à M. Clau- 
dius Marcellus fut rejettéei mais 



MA 



dès le lendemain toutes les cén* 
turies le créèrent Co»ful d'un 
commun confentement , & lui' 
donnèrent pour collègue T* 
Quintius Crifpinus. 

Ce dernier partit auflitôt pour 
aller prendre le commandement 
de l'armée qui avoit fervi Tan- 
née précédente fous les ordres 
de Q. Fulvius Flaccus. Mais, 
M. Claudius Marcellus étoit rer 
tenu dans la ville par différens 
fcrupules qui lui donnoient de 
l'inquiétude. Entr'autres » le 
deilein qu'il avoit ^de faire la 
dédicace de la chapelle qu'il 
avoit vouée à l'Honneur 6c à la 
Vertu f pendant la guerre de 
Gaule 9 lorfqu'il étoit fur le 
point de combattre' les enner 
mis auprès de Ciailidium, étoit 
arrêté par les Pontifes , qui fou* 
tenoient qu'une feule chapelle 
ne pouvoit ctre dédiée à deux 
Dieux tout-à-la«fois; parce que 
(î elle venoit à être frappée du 
tonnerre, ou qu*il y arrivât quel- 
qu'autre prodige , il ne feroit 
pas aifé d'en faire l'expiar . 
tion , tant qu'on ignoreroit âi 
quel Dieu le facriBce devoit 
s'adreffer , l'ufage n'étant pas 
d'offrir une même vi<flime à 
deux Divinités , à moins qu'on 
ne fût certain qu'elles y avoient 
un égal droit. Ainfi , on bâtit à 
la hâte une nouvelle chapelle à 
la Vertu ; & cependant ce ne 
fut pas M. Claudius Marcellus 

?|ui en fît la dédicace. Car, il 
ut obligé d'aller à Vénufium , 
avec des recrues, fe mettre à 
la tête de l'armée qu'il y avoit 
laiffée Tannée précédente. 

Son 



MA 

' Son Collègue étant Ternir le 
joindre > ils cmipÈt^nt féparé*- 
isenc entre Vénufîom & Banda ^ 
ne laiflant entr^eux qu'environ 
une lieue d'intervalle. Anntbal , 
quittant le païs dés Locriens , 
s'approcha de leur armée* Les 
Confuls , d un câraâere égale- 
ment vif & bouillant, mettoient 
prefque tous les jours leurs trou- 
p^s en bataille , ne doutant point 
qu'ils ne puiTent terminer heu- 
reufement la guerre , fi Anni* 
bal ofoit bazarder le combat 
contre les deux armées Confu- 
laîre^ jointes enfemble. C'eft de 
quoilegénéralCarthagînoisétoit 
bien éloigné* Il fe renfermoît 
uniquement dans les rufes , qui 
avoient coutume de lui réuflîr y 
Ôc il ne fongea qu*à drefTer des 
embûches à fes ennemis» 

Comme il ne fe donnoit que 
de légers combats entre les 
deux armées 9 où les deux par- 
fis avoient alternativement l'a- 
vantage, les Confuls crurent 
que l'on ponrroit pendant cette 
efpèce d*inaâion » former le ile* 
ge de Locres ; & pour cela , 
ils ordonnèrent à une partie des 
troupes qui étoient en garoifon 
à Tarente d'aller invelHr Lo^ 
cres par terre» pendant que le 
Préteur de Sicile L. Cincius 
l'aiEégeroit par mer, Annibat , 
averti de ce qui fe pafibit, dé^- 
.cacha trois mille hommes d^ 
pied & deux mille cavaliers, 
à qui il ordonna d'aller fe met- 
tre en embufcade fur le.chemip 
de Tarente à Locres dans un 
vallon au deffous de Pétille. Les 
Romains 7 qui n'avoient point 

7m. XXri, 



MA J9î 

envoyé à k découverte » don- 
nèrent dans ce.piegeé Les enne* 
(nis leur tuèrent fur la plaça 
çnviron deux mille hommes, J5 
en firent deux ce%s prifonniers» 
Le refte ayant pris la fuite fe 
difperfa dans la campagne ^ 
dans les bois, & regagna Ta<* 
rente. 

Il y ayoit 4^ntre le camp de$ 
Carthaginois & celui des Ro« 
mains, une éminence couverto 
de broâàilles ôc de cavités. Le$ 
Romains s'étonnoient comment 
Annibal , étant arrivé le prêt 
mier à un endroit fi commode » 
pe l'avoit pas occupé ; mais^ 
c'eft cela même qui auroit dû 
leur être fufpeél. il y avoir efi*» 
voyé pendant la nuit quelques 
efcadrons Numide» , avec or-* 
dre de fe tenir cachés pendant 
le jour dan^. le milieu du boU 
fans remuer en ^ aucune f^cot^j^ 
<de peur que les ^Romains ne les 
apperçufient , ou que la lueuf 
^e leurs armes ne les trahir» 
J>ans le camp de M. Claudiuii 
.Marcellus on penfoit & l'on 
pa'rloit de la manière la plua 
capable de favorifet: le defiein 
de Tennemi. On difoit haute^ 
-ment qu'il falloit* fe faifir d^ 
cette colline âc s'y fortifier , par^* 
ce que fi Annf(>al lès prévenoic^ 
ils auroient Pennemi au defius 
de leurs têtes. Lq conful Mj* 
Claudius Ma^pcellus fut frappé 
.de ces difcours , 6c s'adreffanc 
* à. fon Collègue : * Que n*al- 
» lons-nous. nous-mêmes fur le 
x> lieu y dit-il , avec un petit 
» nombre de cavaliers? Quanii 
>? nous aurons examiné ce po£* 

N ' 



!f94 M A 

3» te de nos propres yeux, ooas 
^ ferons plus fûts du parti qu'il 
9» nous faudra prendre. » T* 
Quintius CriTpinus y confentit , 
& fur le champ ils partirent avec 
deux cens vingt cavaliers > tous 
Étruf^ue$, excepté quarante qui 
étoieM de Frégeiles. M. Clau« 
dius Marcellus, fils du Conful , 
& d'autrei Officiers , les ac- 
compagnèrent. Lès ennemis 
avoient ^lacé un fbldat , qui , 
fans ^tre vu des Romains , dé* 
couvroit tous les mouvemens 
qui fe faifoient dans leur armée» 
Luette feotinell^ ayant donné 
(oD fîgnal ^ ceux qui étoient en 
embufcade laiffeoi approcher 
iA, Claudius Marcellus, juf- 
^u*au pied du tertre. Us eurent 
même l'attention de ne point 
Quitter leur pofle > que leurs 
camai^ades n'euffent fait un cir- 
cuit > lés uns à droite , les au- 
tres à gauche y pour enfermer 
.les ennemis par derrière. Alors, 
ils fe levèrent i ÔC tous enfem- 
ble, en poulTant de grands cris» 
vinrent Tondre fur le détache- 
ment des Romains. Les Confuls, 
voyant qu'il leur étoit égale- 
ment impofiible de gagner la 
iiauteur dont les ennemis étoient 
maîtres , & de rétourner en ar- 
rière étant enveloppés de tous 
côtés , prirent le parti de fe dé- 
fendre courageufement ; de ils 
auroîent plus long-tems difputé 
la viAoire, fi la fuite des Étruf-, 
ques n'eût jette la frayeur par- 
mi les autres. Cependant » les 
Frégellans, abandonnés de leurs 
compagnons $ ne cédèrent point 
de combattre 9 tant que les Con- 



fuis à leur tête les animèrent 
par leurs difcours Sc par leur 
exemple. Mais , lorfbu'ils vi- 
rientqu'ils étoient blefles l'un SC 
l'autre, & que M. Claudius Mar* 
cellus même , après avoir été 
percé d'un coup de lance, étoif 
tombé mourant de deflus fon 
cheval , alors le peu qui reftott 
prit la fuite avec T. Quintius 
Crifpinus , percé lui-même Ile 
deux javelots. M. Claudius Mar- 
cellus fut tué Tan de Rome 544 i 
& 208 avant Jefus-Chrift* 

Obfcrvations fur fon caraBtrt » 
& fur fa mort. 

On ne' peut lui refufer Thon^' 
neur d'avoir été un des plui 

frands capitaines Romains. Q» 
abius Maximus & lui contrit 
b|ierent également , quoique pat 
des voies bien différentes , à 
fauver la République ; âc c'eft 
avec raifon que l'un fut appelle 
le bouclier & l'autre l'épée de 
Rome. Q. Fabius Maximus , 
d'un caraâere ferme & conf- 
tant, ne fe départit jamais du 
•pian qu'il forma d'abord, ab- 
iblument néceifaire, au moins 
dans les commencemens , pour 
rétablir les affaires , de pour 
rendre peu à peu la confiance 
aux troupes découragées ; & 
femblable- à une rivière qui 
coule fans bruit , 5c qui gagne 
toujours du terrein » il s'appli- 
qua & réuffit à miner infenfible- 
ment les forces d'un ennemi, fier 
des vidoires qu'il avoit rem* 
portées. M» Claudius Marcel- 
lus an contraire , d'une valeur 
vive & brillante > fit fuccéder 



M-, A. 

à la confteroatioVi dont les Ro* 
mains étoieat faifis depuis loog- 
cems, rimpatîence de combat- 
tre , &L leur éleva le coulage* 
jufqu'à les porter non-feule- 
ineni à ae pas céder fiicilement 
la vidtoire» mars à la difputer^ 
opiniâtrémeot', enforte qu*An- 
nibal rencohtroit à tous momens 
M. Claudius Marcellus comme 
un torrent îropctùeux , qui rén« 
verfoit tous (es deffeins, & riiîf 
lioit toutes fes entreprifes. Ain- 
fi , la fermeté & la cohftance dé 
run à fe tenir toujours fur la 
défenfivc , mêlée à l'audace Sc'ï 
la vivacité de l'autre qui hazar^.' 
doit tout rfiit le felut de Rom'eV 
ais , î1* fàut'a>^ouer que fî là 
gloire àe leur vie a été à peu 
près- égale, quoique par un 
genre de mérite tout différent j 
la fin de M. Claudius Marcet- 
lus paroit donner Tavantage '^ 
la fage lenteur de Q. Fabius 
Maxîraus. Cette mort, déploi 
table par tout^es" fortes d en- 
droits , Tett fur- tout en ce qu'on 
peut lui reproclief a avoir ex- 
pofé au danger de périr fa pér- 
fonne i celle de fon Collègue^ 
& en mêmê-tems tout.e la Ré* 
publique j par uijé vivacité- qiii 
lie convenoît ni à foh âge > t U 
avoit plus dé foVxartte ans , 1 ni 
à fa prudence qu'il deVoit avoir 
àcquifè depuis tant d'années 
qu'il faifoit la. guerre. Quand 
la préfèflçe ji'un Commandant 
eft néceâfâire , ou d'un grand 
poids pour le fuccès d'une ac^ 
sion âmpaitance & décifive ,. il 



M A . m 

dôît pour lors payer ^e fa per- 
fanne. Mais , Içrfque l'avanta- 
ge qui reviendra Se la viiSoife 
n'eft que médiocre V'o^ ^u'iï 
bâtarde tout e;i! VèXpôfaat • 
ce h'eft plus otavdufe , mais té* 
nilérité & bravade. Il doit fç* 
fo.uvehii: qd'îj'y à une'extrême 
différence eh'tre dn Gé'nérâl ÔC 




ui qui don donner, les xii'dres.* 
& non comme\ceux .qui <{oîr 
véht les exécuter.' "£urîpîd<5 
dît dans une" de feè pièces , que 
n un' Général doit' moutir , cd 
^oir être ea taiffarif fa. vi© 
èritrè les mains die .là. Vertu ^ 
comme pour ' faire entendre 
qu*îl nV a point dé véritable 
valeur lans fa^elTe & fans pru-** 
dence , & que'î^i.v^rta fêu- 
îè% non un vaîndé'fîi^ d? gjoire \ 
i' droit fur la yîé d'ji^-Êénéraï ^ 
fâVce que leyre^îérdèvoix.'dd 
coiirage eftr de fauver celui qut 
îâû ve les autres. • Au (tî ^A ppleçi 
remarque - 1 ■: il ,qu*An.nibar lè 
loua comme folUajCji &''le blâ-^ 
ma fort comqie'CJapi^àîne. 

'Marcellus [,m, clàu- 

nms ], M. tUÛàiUs Marcellus'^ 
^i; K>abV/oç M«/îxV?Xoiî , (tf) fils 
du pré<îédent -> fut'blbffé dans 
cette malh^urèul^ journée, oik 
•fon père perdît la yie, l'an de 
5R.ome 544'/^ ïbS^'àVant Je- 
fus-Chriit. Il fërvôît alors en 
quaKté de THSuri'des foïdats. 
Il fit dans la fuite la dédicace 



U) Tit/Liv. 1. XXTIU c. a6 , »/. L, ]tKlX« c. 11 » aô. 



Nij 



j 



^9» JW-A 

fin daas le cancon-oi étoit cank- 
^é foD Collègue. Dès qu'ils eu* 
Tenc \otùt leurs armées , ils dé-^ 
fo)erenî rout le territoire de$ 
Boiens , jufqu'à la ville de Fel- 
jlne ; & incgotinenc après cette 
ville elle-mê.nm^ & tous les au,- 
cres forts^ainfi i^ue tous les har 
bitans du païs fe rendirent • à 
. 'exception d'unetroupe de jeu.- 
.pes gens qui aVaieot pris, les arr 
.mes pour piller » & qui alors 
Vétoient difperfçs dans des fo- 
Vêis ioaccef&bles. De - là lès 
deux Confuls pafferent avec 
ieurs troupes dans le paî's des 
Liguriens. Les Boiens y dans l'ef- 
pérance d'attaquer à leur avan^ 
tage y l'arriére - g4rde des Ro- 
mains, qu'ils comptoient devoir 
marcher aye.é négligence com- 
jne des ge&s qui crgyent l'en*^ 
nemi loin d'eux» les fuivirent 
par des défilés inconnus. Mais 
n'ayant pu ks, atteindre, ils p.^f- 
ferent pro^mptemem le Pô avec 
leurs vaifTeaux ; fy, après avûii: 
T-a vagé le païs . d^& Levés, ôc des 
Libuens., c^noçae ÏU s'en rétoun- 
noient par les extrêmir^s de |fi 
^igurie ,, av^c- 1;^ l)utin qu'ils 
^voient fait da^^Sr^a -campagne y 
ils furent reaçoncfés par l'ar- 
jnét Romaine^ Le courbât fe 4i- 
VTa ^atr'eux plus proi^ptemene, 
^ fut fo^ienu de parc & d'a(t> 
jre avec plus de chaleur» q^ 
s*Us y euffçnt . préparé If ur.s 
.courages , ic que.Jçs deux pai?- 
tis euuenf choiii -le tems âc le 
lieu les plus convenables. En 
.cette occafion on remarqua fen- 
fiblement que. dans la guerre la 
<^olçre fiûclaplus grande partie 



MA 

jle la valeur ; car , les RomaîiiS 
fotageant beaucoup n>oins à vain-* 
cre:qu'àfe venger, s* abandon* 
nerent tellement à leur refTenti* 
ment , qu*à peine laiflerent-ils 
échapper, un ennemi qui pût an- 
noncer la défaite de leurs com- 
pagnons. Quand on eut reçu à 
Home les lettres des Confuls qai 
iippQ.rtoient la nouvelle de ces 
heureux fuccès » le Sénat or- 
donna que pendant trois jours 
on rendît aux Dieux des avions 
de grâces » dans -tous les Tem- 
ples.' Peu de tems après , M* 
.Ciaudius. Marcelius revint à 
Rome > où le trioni^phe lui fat 
.décerné d'un confentement una« 
niine de tous les Sénateurs , fur 
.Içs Infubriens de les.habitansdu 
païs de Côme. Il en fit la céré- 
monie avant qu« de foxtîr de 
:çharge. Comeae il n'avoic pas 
éi;é heureux dans le pais des 
Boi^fil, il laiifa à fon Collègue 
l'efeérance de tr^omfpèer de ces 
peuples qu il ayoit vaincus. Il 
fie porter d^ns fon triomphe 
quantité de dépouilles fur les 
.chaçs mêmes qu'il avoit pris aux 
çnn.emis • un grand nombre d'é- 
tten dards , trois cens vingt mille 
•as i Ôi deux cens trente-quatre 
mille denjers d'argent aux ar- 
jnes. de la République. Il &ï diC- 
jtarib.uer à chaque^ fanraffin qua- 
:frft vingts as , le double aux 
rcavaliers, & le triple aux Ceo- 
tguriOnSfc 

Il fut élu Pontife peu de rems 

après, en la place de C. Sem« 

•pronius Tuditanus » qui venoit 

de mourir. Trois atks après • il 

kxYU. eja. qualUé .iie lieute-: 



MA 

nmnî^ Tous les ordres du Coït» 
fulL. CoroéiiusMéruia. Ce Gé- 
néral « ayant remporté une vie* 
toire fur les Boiens , en écrivît 
au Sénat en attendant qu'il pût 
fe rendre à Rome. Maist ^es 
lettres excitèrent une difpute 
âans l'aflemblée par la compa<« 
raifon qu*on en fit avec celles 
que ,M. Claudius Marcellus 
^vott écrites à un. grand nombre 
de Sénateurs » dans lefquelles 
il leur faifoit entendre que it 
Ton avoit eu l'avantage dans 1^ 
combat de Modene • c'étoit à 

" . ' * 

la fortune du peuple Romain , 
& à la valeur des foldats, qu^on 
en étoit redevable ; &c que il on 
avoit perdu tant de foldats, âc 
qu'on eût manqué à exterminer 
entièrement les^/ennemis > corn- 
sne on le pouvoit aifément , c'é-^ 
toit au Conful qu'il falloit s'en 
prendre* Car , il auroit fauve la 
vie à la plupart de ceux qui 
avoienc été tués , s'il n'eût 
point attendu (î tard à tirer du 
corps de réferve » les troupes 

J[u'il avoit enfin envoyées à leur 
ecours ; & la défaite des enne- 
mis auroit été entière , s'il eût 
permis plutôt à la cavalerie des 
légiotvs de les pourfuivre. Ces 
lettres nuifirent à L» Cornélius 
Mérulà. 

M. Ciaudlus Marcellus fq 
mit fur les rangs pour briguer 
la Cenfure , l'an 189 avant Je* 
fu€*Chrift » âc il l'emporta fur 
un grand nombre de Candidats* 
Un lui aflbcia T. Quincius Fia** 

' Ks> Tit. Lir. L. XXXIX. c. ts. 

ih) Tic. Liv. L. LXIU. c. 11 , 14 , 15. 
U) lit. Uv. L.,2XXVm. c. is » 4St 



MA Ï99 

mimnus. Ce fut M. Claudius 
Marcellus qui ferma le luflre , 
en conféquence de la préférence 
que le fort lui avgit donnée fur 
fon Collègue. Le nombre des 
^toyens montoit à deux cens 
cinquante-huit mille trois cens 
huit chefs de famille* 

M. Claudius Marcellus mou* 
rut Tan 177 avant Jefus-Chriit 
Son iils M. Claudius Marcellus 
le remplaça dans la dignité de 
pontife. 

MARCELLUS { M. Ciau- 

01US 3 > Af • Claudiits Mar€cl^ 
lus f M* Kxai//io< lAtipiLt^XQÇ , (tf) 
fut créé Préteur » l'an de Ro- 
me 567» & 185 avant Jefus« 
Chrift. 

MARCELLUS [ M. Clau- 
dius ] , M. Claudius Marcel^ 
lus y M» KxxvJ'ioç lAoipKe)^)^ » (i) 
fut élu Préteur, l'ail de Rome 
57} ^ 6c 169 avant JeiuS'ChriA* 
On lui donna l'Efpagne pour 
département. 

MARCELLUS [ M, Glau- 
Dius ) » Af « Claudius Marctllus , 
M. Khdvfioç }/L^pK^)\Mi t (c) fut 
nommé Préteur 1 l'an 188 avant 
lefus-Chriil , & eue la charge 
de rendre la )uftice aux citoyens 
de Rome. Ce fut par fes ordres^ 
que L. Minucius Myrtilus & L» 
Manlius fucetvt livrés pat les 
Féciaux aux AmbaiTadeurs des 
Carthaginois qui les accufoienr 
de les avoir maliraîtés, Se em« 
menés à Carthagef. 
. Cinq ans après » M. Claudius 
Marcellus fut créé Conful avec 

Li XXXIX. c. 44 , 45 , 54. & /f*. U 
XLIV. c. 18. 

N Îy 



Q. Fabius Labéon. On leur don- 
na pour département la Lîgurie* 
Avant que d*y arriver» M. Clau* 
dius Marcelius envoya un cou* 
cier au procooful L. Porcius 
pour lui ordonner de s'avancer 
avec fes légions vers la nouvel- 
le ville des Gaulois; & dès que 
ie Conful parut, ces Barbares Te 
rendirent à lui. Ils étoient au 
«ombre de douze mille , n'a- 
yant la plupart d'autres armes , 
que celles qu'ils avoient enle- 
vée's dans les campagnes. Ils 
eurent beaucoup de peine à fe 
réfoudre à les lui rendre , auflî- 
bien que les autres effets , ou 
qu'ils avoient pillés dans le paîs , 
ou qu'ils avoient apportés avec 
«ux. Auflî envoyerent-ils à^i 
Ambaflâdeurs à Rome pour s'en 
plaindre. 

M. Claudius Marcelius , 
«près avoir pacifié fa Province , 
entreprit de porter la guerre 
dans riilrie » ayant préalable- 
ment envoyé des AmbafTadeurs 
au Sénat , pour lui demander 
la permiflîon d'y faire paiTer Tes 
. légions , ce qui lui fut accordé* 
II mourut Tan 169 avant Jefus* 
Chrift. Comme il étoit alors Dé- 
cemvir , il fut remplacé dans 
cette dignité par Cn. Oélavius. 
MARCELLUS [ M. Clau- 
dius ] I A/' Claudius Marcel'' 
> lus f M. KhoLvStt:, M^f^xexAoçt (a) 

£arvint trois fois au Confulat. 
a première fois , ce fut l'an de 
Rome 586 , & 166 avant Jefus- 
Chrift, & il eut pour collègue 
C. Sulpicius Gallus. La féconde 



MA 

foh, ce fut l'an de Rome Ç97J 
& 15c avant Jefus-Chrift. Il 
géra alors le Confulat avec P* 
Cornélius Scipion Nafîca* La 
troiiieme fois enfin , ce fut l'aa 
de Rome 600, & 152 avant 
Jefus-Chriil , & on lui donna 
pour collègue L.ValeriusFlac- 
cus. 

M. Claudius Marcelius eue 
cette dernière année l'Efpagne 
pour département ; mais , il n'eue 
pas de grands fuccès contre les 
Celtibériens. Il reprit pourtant 
la ville d'Ocilis » de qui il exi- 
gea des otages & trente talens 
d'argent. Comme il fe préparoit 
à mettre le (îege devant Nergo- 
brix , les habitans députèrent 
vers lui pour lui demander la 
paix à telles conditions qu'il lui 
plairoit leur impofer. il leu^ 
répondit qu'ils n'avoient point 
de paix à efpérer , à moins que 
les Arvaques & les Celtibériens 
furnommés BcUi , ne fe joignil^ 
fent à eux pour faire la même 
demande. Ces peuples n'eurent 
pas de peine à y confentir. Le 
Conful leur accorda une trêve» 
jpour leur donner le tems d'al- 
ler fe préfenter au Sénat. D*au- 
tres peuples , alliés des Romains» 
envoyèrent auifi à Rome leurs 
députés » pour s'ppppfer à la 
demande des premiers « ne 
croyant être en fureté qu'à l'a- 
bri des armes Romaines. 

M. Claudius Marcelius pafla 
les quartiers d'hiver dans ua 
fieu appelle Cordube, iîtué fuf 
le âeuve Bétis , en uo paî's ex- 



{s) -Cicer. in L» Pifon. c. |4« RcU. Hifi. Rom, X* V. p. }i > Ï04 > lOS* 



MA 

trêraement fertile. II agrandît 
îa place, & la fortifia, de forte 
qu'il en a été regardé comme le 
fondateur ; & telle eft l'origine 
de la colonie tie Cordoue. 

Sous fon premier Confulac , 
Ml Claudius Marcellus avoic 
fait la guerre contre les Gau- 
lois, avec un heureux fuccès. Il 
tm une fin bien malheureufe 
s*érant noyé en Afrique. 

MARCELLUS [Claudius] , 
Claudius [Marcellus , K^avJ^tùç 
M«V«>>o; , (a) Lieutenant de 
C* Marius, eut beaucoup de 
part à la défaite des Teutons, 
arrivée Tan 102 avant Jefus* 
Chrift, 

: MARCELLUS [C. ] ESER- 

NINUS , C. Marcellus MfernU 
nusj r. Ma/>Xf^Mç AicepTro;, (^) 
tendit des fervîces importans à 
la Sicile. Les Tyndaritains en 
particulier , pour lui témoigner 
leur reconnoiflance 9 lui firent 
ériger une ilatue dans leur vil- 
le. Cicéron fait mention de ce 
C. Marcellus Eferninus en plu- 
fieurs endroits. 

MARCELLUS [ M. Clau- 
dius ] , M. Claudius Marcellus y 
M. K^at/cT/oç M^^x6^?ke<;, (c) per- 
fonnage recommandable par fa 
paififahçe , par fa vertu , par fon 
courage & par fon éloquence. 

Ayant été élevé au Confulat 
«vec Ser. Sulpicius Rufus , Tan 
51 avant Jefus>Chrift, il fit le 
premier afte d'hoftilité contre 
Jules Céfar. On croit que . ce 
fut de concert avec Cn. Pom- 

• c«) Plot. Tom* i. p. 417. I 

_ {h) Cicer. in Vcw. L, VU c. 78. & 

m- I 



M A lot 

pée. Quoi qu'il en foit > M. 
Claudius Marcellus » qui avoîc 
l'ame haute & courageufe , pu- 
blia une ordonnance par laquel* 
le il annonçoit qu'il mettroit ea 
délibération une affaire d*oû dé- 
pendoit le falut public ; & en 
conféquence il propofa au Sé- 
nat auemblé de révoquer Jules 
Céfar , & de lui ordonner de 
quitter le Gouvernement des 
ôaules au premier Mars de Tan- 
née où Ton alloit entrer ; & en 
mêmetems de l'aftreinde à de- 
mander le Confulat en perfon- 
ne , & non pas par procureur. 
C'étoit porter de rudes coups à 
Jules Céfar ; & il étoit ruiné , fî 
les deux points de la propofî- 
tion du Conful euflent pu pafiTer 
& avoir leur exécution. Cn. 
Pompée lui-même , toujours dif- 
fimulé , toujours porté à tergi- 
verfer dans les chôfes qv^'il fou- 
haitoit le plus» afiedloit de dire 
que M. Claudius Marcellus al- 
loit trop loin y & qu'il ne con- 
venoit pas de faire un affront 
faoglant à un homme tel que 
Jules Céfar» dont les exploits 
étoient fi glorieux & fi utiles 
à la République. 

Véritablement M. Claudius 
Marcellus outroit fon zèle , 6c 
dans certaines occafîons il mon- 
troit de l'animofité & de l'ai- 
greur. Jules Céfar avoit fait don* 
ner à la ville de Côme dans la 
Gaule Cifalpine, le droit du 
Latium, en vertu duquel ceux 
qui y avoieiit exercé la première 

ce) Dio. Cail. pag. 148/^ /r^. Ciétr» 
Hift. Rom. Tomt VIL p. «50 » ai6a ^a^j^^ 
341. & f»iv. 






2Ô1 M A 

Magiitrature devenoîeac ci- 
toyens Romains. M. Claudîus 
Marcellus voulut priver de ce 
droîf, les habîtans de Corne, 
prétendant qu'il leur avoit été 
accordé fans caufe légitime, & 
qu'ils n*en étoient redevables 
qu*à la feule ambition de Jules 
Céfar , Ôc au défir qu'il avoit 
de fe faire des créatures. Peut- 
être en cela avoit -il raifon* 
Mais , il alla jufqu'à faire battre 
de verges un citoyen de cette 
ville , qui en avoit été premier 
Magiftrat » en lui ordonnant 
d'aller montrer à Jules Céfar 
les marques des coups quMI 
âvoît reçus. On fçait.que les 
citoyens Romains étoient ex- 
empts de fouffrir jamais un pa- 
reil traitement. Ainfî, M.CIau- 
dius Marcellus par cette adion 
anéantiflbit les privilèges de la 
colonie fondée par Jules Céfar. 
Mais , qu*y gagnoit-il ? C'étoit 
nnfe infulte faite de gaieté de 
cœur & fans aucun fruit. 

Après la bataille de Pharfale, 
SI fe retira à Mitylene, 8c là il 
fe livra plus que jamais à Té- 
Éude de l'Éloquence & de la 
Philofophie, prenant même les 
inftruâions^ du philofophe Cra- 
tipp^y qui eft afl*ez connu par 
les éloges que Cicéron lui don- 
ne en plufieurs endroits. Comme 
M. Çlaudius Marcellus avojit 
l'âme grande , la Philofophie ne 
fut pas pour lui une fpéculatioa 
ftérile ; elle l'aida à foutenir 
fa difgrace avec fermeté , '& à 
trouver dans la droiture & dans 
la pureté de fes intentions de 
^aoi fe coofoler desévenemens* 



MA 

M. Bruttu^, parlant comme itfi 
terlocuteur dans un des dialo- 
gues de Cicéron , témoigne 
avoir admiré fa confiance. Mais» 
il s'en étoit exprimé plus au 
long & avec plus d'énergie dans 
un de fes propres ouvrages,do&c 
Séneque nous a confervé q^el* 
ques traits tout-à>fait mémora* 
blés. » J*ai vu, difoit-il» M* 
» Çlaudius Marcellus dans foo 
30 exil de Mitylene y jouiflant 
» de tout le bonheur que com- 
30 porte la nature humaine > 8c 
x> plus padionnéqueiamais pour 
» les belles connoiflances. AufG 
ao en m'éloignant de lui , \e n'ai 
30 pas cru quitter un exilé ^ mais 
i> aller moi-même en exil. » Il 
ajoutoit que Jules Céfar avoic 
pafle devant Mitylene fans s'y 
arrêter 3 parce qu'il n'auroitpu 
foutenir la vue d'un homme de 
ce mérite , réduit à une (itua« 
tion û peu digne de lui. » Quelle 
79 gloire pour M. Çlaudius Mar* 
» cellus , s'écrie Séneque , que 
» dans fon exil il ait fait envie 
» à M. Brutus & honte à Jules 
» Céfar ! L'un 8c l'autre ils lui 
» ont rendu un témoignage bien 
30 honorable. M. Brutus n a pu 
y> qu'avec une extrême douleur 
» revenir fans lui à Rome » & 
» Jules Céfar en a rougi. » Ce 
fut lorfque Jules Céfar reve- 
noit d'A&e après avoir vaincu 
Pharnace , que M. Brutus qui 
l'accompagnoit , vit M. Claur 
dius Marcellus à Mitylene. 

Ce grand homme paroifloic 
réfolu de paiTer tranquillement 
le refle de fes jours dans cette 
retraite > fe- confolant avec les 



MA 

lettres 8c la Philofopbîe. Les 
înftances réitérées de fon fcere 
C. Marcellus , & ies lettres 
preflantes de Ciçéron ^ ébrao- 
lereDt fa confiance ^ & le for- 
cèrent enfin à confentir que l'on 
fît des démarches auprès du 
vainqueur^ pour lui obtenir la 
liberté de revenir à Rome* 

Un jour donc que le Sénat 
étoit aâerablé , & préfîdé par le 
-Diftateur, Pîfon beau-pere de 
Jules Céfar entama la matière , 
& fit le premier mention du re- 
tour de M. Claudius Marcellus. 
AufEtôt le frère de cet illuftrc 
exilé fe jetta aux pieds de Jules 
Céfar ; ôi en même-tems tout 
Je Sénat s'étant levé vint à l'ap- 
pui , 6c fupplia fon ch^f de 
rendre à la compagnie un de 
fes membres les plus diftingués 
& les plus eâimables, Jules Cé- 
far prie d'abord un ton févere ; 
il fe plaignit de Taigreur & de 
J'animofîté que M. Claudius 
^Marcellus avoir témoignées con- 
tre lui. Mais* lorfqu'onne s'at- 
tendoit qu'i un refus , il ajouta 
que quelque fujet qu'il eût d'être 
juécontent perfonnellement de 
celui dont on lui demandoit le 
rappel , il ne pouvoir réiiûer au 
vœu unanime du Sénat- 
: Cicérot^ , qui étoit. préfent , 
fut charmé. Ce jour lui parut 
Je premier beau jour de la Ré* 
publique , depuis le malheur des 
guerres civiles ; & dans l'eu- 
:thoufiafme qui le faifit^ il prgi- 
n0nç9 cette belle harangue > que 
tout le monde cônnott , que tous 
* les iïecles ont admirée , de dans 
laquelle çn faifauc Téloge des 



M A 203 

exploits de Jules Céfar , il élevé 
fa clémence & fa générofité au- 
deflus de la gloire de tous fes 
triomphes. 

Ce difcoura dut faire d'autant 
plus de plaifîr à Jules Céfar, 
que îufques-là Cicéron s'éroit 
obAiné à un filence de trifleffe, 
qui pouvoit aifément être pris 
pour une improbatîon de tout 
ce qui fe paflbit aâuellement. 
Ce foupçon n'eût été que trop 
bien fondé ; & notre Orateur « 
qui penfoit qu'il étoit important 
pour lui de l'effacer , prodigue 
à pleines, mains les louanges à 
celui dont il craianoit le ref« 
fentiment caché. Tt avoît pour 
maxime 9 que le Sage doit s'ac- 
commoder au tems ; Ôc dans la 
harangue dont nous parlons , il 
pou0e bien loin les conféquen- 
ces de ce principe > puifqu'il y 
fait parade d'un tendre attache- 
ment pour Jules Céfar , & d*un 
zèle pour U coafervation de fes 
jours , qui Tengageroit à fe met- 
tre entre lui Ôç les coups qu'on 
voudroit lui porter ; langage 
bien différent des fentimens de 
fon coçur , & abfolument dé- 
menti par Jajoieexceâlve&dé- 
mefurée que lui caufa la mortfu- 
nefte de l'opprçfleur de la patrie- 

M. Claudius Marcellus ne 
put pas jouir du bienfait de Ju- 
les Céfar. En revenant à Rome 
s'étant arrêté à Athènes > il y 
fut affaidné par un malheureux 
qui lui étoit attaché depuis fort 
long -tems , & qui enfuite fe tua 
lui-même. La caufe 9 qui porta 
ce fcélérar à une telle fureur, 
n'a pas été bien connue* Mais^ 



2o^ .. M A . ^ 

Cicéron a pris foin de juitifîér 
Jafes Céfar 9 fur qui quelques- 
uns voulorenc jetcer aes foup- 
çons. 
MARCELLUS [C. Clau- 

OIUS ] » C. Claudius Marcellus , 
r. K?iOtvStoi Ma/ijtfM'.ç , a) frère 
ilu précédent, fut éfevé au Con- 
fuiat avec L. CornéHus Lentulus 
^l'an de Rome 703 , & 49 avant 
Jeftts-Chrifl. Il ne fut pas moins 
ennemi de Jules Céfar que foa 
frère. 

MARCELLUS [ C. Clau- 
dius If €• Claudius Marcellus » 
r. KaW/ioc Mop^fMoç , (^) cou- 
fin des deux précédens, fut créé 
Cônfîil avec L. Ëmilius Paulus 
Tan 50 avant J. C. Jules Cé- 
far voulut tenter de le gagner ; 
mais, il le trouva inaccefCble à 
la corruption , enforte qu'il Fut 
conftamment attaché au parti de 
Cm Pompée» 

Dans une aflemblée du Sénat, 
oà Ton délibéroit fur les pré- 
tentions refpedlives de Jules 
Céfar & de Cn. Pompée , C. 
Oaudias Marcellus tourna la 
propofîtion d'une façon confor- 
me à fes vues , de demanda les 
avis fé parement fur Cn. Pompée 
'& fur Jules Céfar. Le très-grand 
'sombre opina pour donner un 
fuccefleur à Jules Céfar , ôc 

Ïuand il fut queAion de Cn* 
ompée 9 on lui laifToit le com- 
mandement. Mais f C. Scribo- 
tiîus Curion , tribun du peuple , 
réoniffant ce que le Conîul avoit 
divîfë,exîgea que te Sénat fît con« 

C#) CxÇ. de Bell. Gatl. t. VIU. pag. 
éf>9» 4i|* & f*1' (le Bell. Civil. L. 1. 
pa^. 449. Cré?» Hiil. Rom. Tom. Vil, 



MA 

fioître s'il vouloit que CniPom^ 
pée & Jules Céfar abdiquaffene 
tous les deux à la fois. L'aflâire» 
préfentée fous ce point de vue, 
changea de face ; & le Tribun 
eut trois cens foixanre-dix voix 
contre vingt- deux. C^ Claudius 
'Marcellus fut au défefpotr , & 
^il rompit fur le champ raffenr- 
blée en criant à haute voix: 
Triomphe^ donc & etnporte^ - le 
fur nous , afin de vous donner 
Jules Céfar pour maître. Le Tri- 
bun au contraire fortit glorieux, 
& fut reçu du peuple avec mille 
acclamations. 

En congédiant le Sénat » C. 
Claudius Marcellus avoit dit 
qu'il ne s'agilToît plus d'écouter 
de vains difcours, pendant qu'on 
voyoit dix légions prêtes à paf- 
fer les Alpes , & que la Patrie 
avoit befoin d*un défeofeur 
qu'elle pût oppofer à leurs atta*- 
ques. En conféquence dé cette 
déclaration , s*étant fait accom- 
pagner dés Confuls désignés » 
pour s'autorifer davantage dans 
l'importante démarche qu'il vou- 
loit faire , il alla trouver Cn* 
Pommée 9 qui étoit dans un faux» 
bourg , parce que fa qualité de 
Proconful ne lui permettoit pas 
d'entrer dans la ville ; dc liii 
préfentant une épée , il lui dit: 
» Nous vous ordonnons d'em* 
» ployer cette épée pour la dé- 
» fenfe de la patrie contre Jules 
» Céfar ; nous vous déférons 
» 1^ commandement de toutes 
H les troupes qui font en Italie^ 

pag. )6o. 

{h) Dio. CafT. pag. 148. Crév. H^ 
Rom, Xom. VU. p. 345. é* /««• . 



MA 

te & le droit d'en lever d*autres 
fc à votre volonté. » Cn. Pom- 
pée répondit qu'il obéiroit aux 
Confuls , ajotitatJt cependant , 
» A moins qu'il n*y airquelque 
» chofe de mieux à faire. ^ 

MARCELLUS f M. Clau- 
toius 3 ESERNINÙS , («) M. 
Clattdîus Marcellus JEferninus , 
M. K?iccvittcç Ma/>Kf»cç A'tf-é^wç, 
fut créé Conful avec L, Arrun« 
tîus, Tan de Rome 730^ & 21 
avan; JeAis* Chrift..' Il époufa 
OAavîe , ibeur de ^Empereur 
'Auguûe , de laquelle il eut 
'deux filles & un fils. Otû le 
jeune Marcellus dcntiieft parlé 
ci-après. 

M. Claudine Marcellus Efer- 
sinus avoit été attaché au parti 
'de Jules Céfar. Pendant qu'il 
ïervoît en Efpagne , i! fut en- 
voyé iin jour à Cordoue pour 
retenir cette ville dans Tobéif- 
Tance* Maïs , les citoyens Ro- 
mains qui y étoient , s'étaot ré- 
voltés , M. Claudîu^ Marcellus 
Eferninus , foit par force, foît 
autrement, s'accimmoda avec 
eux , auâî-bien que les deux 
cohortes, de la cinquième lé- 
gion , qui étoient en garnifon 
dans la place. Bien plus , il fut 
'élu gouverneur de la province. 
Cependant , L. Caffius Longî- 
nus, ayant appris ce qui veîjoft 
de fe pafler , va fe camper à 
quelques milles de Cordôue , 
fur une montagne.* Les foldats 
•de M.Ciàudius Marcellus Efer- 
fiinus, voyant que les ennemis 



M A 10$ 

brûlpîent & ^accageoient tout 
aux environs , vont lui dire 
qu'ils ne pouvoient fouffrir cec 
afiTront en letir préfenc e , & le 
prient de donner bataille. Il 
eft contraint d'obéir, quoiqu^U 
vît bien que Jules Céfar y per- 
droit , de quelque côté <{tie fé 
déclarât la viâoire. Il pafie 
donc le fleuve du Bétis , qui les 
féparoît, & fe range en bataille 
devant L. Cadîus Longinus , qui 
en fait autant de lûn côte, 
fans quitter l'avantage de fon 
pofte. 

M. Claudius Marcellus Efer- 
ninus , voyant cela , perfuade à 
fes foldats de fe retirer; mais 
comme il repaîToit Teau , la ca- 
valerie ennemie qt^i étoit plus 
forte que la fienne , lui vient 
fondre fur la. queue ôc lui ne 
plufieurs de fes gens aupafilàge. 
Cette défaite lui ayant appris 
combien il étoit dangereux de 
traverfer un fleuve à la vue de 
fon ennemi , il tranfporte fon 
camp au delà , où l'un & l'autre 
fe ranseoient fouvent en ba- 
taille lahs en venir aux mains, i 
caufede la difficulté du lieti.M. 
Claudius Marcellus Efeminiis 
étoit plus fort en infanterie, 8c 
n'avoit que de vieux foldats 
expérimentés ; mais , L. *Cai£ixs 
Longinus s'aifuroit furla^délit^ 
de fei troupes , plutôt que fur 
leur valeur. 

Comme les deux camps étoient 
en préfence, M. Claudius Mar* 
cellus Ëferninus fe faifit d'un 



• (a) Dio. Caif. pag.i 19s. Hirt. Panf. f Xom. 1. pag. ^55. Ctéf, Hift, des Enjf% 
ijk Bell. Alex. pag. 734. ^ f§f. Plac» ( Tom. L pag. sS. 



:io6 M A^ 

poile avantageux , afin d*y bâtir 
un fort & cl*ôter l'eau à fon en- 
nemu L* CafHus Longinus ap- 
préheodant cela , Se craignant 
de fe voir commç aiCégé dans 
ttnpaïs> où tout lui étoit con- 
traire > déloge fans bruit la nuit 
même , & marche en diligence 
vers Ulle> fur la .fidélité de la- 
quelle il compt4;>ix« Il Te campe 
fi près de la ville, qu'on pou voit 
Je défendre de deâus les mur 
railles > fans parler de l'avantage 
du Heu fitué fur une montagne ; 
de forte que M. Claudius Mar- 
cellus Eferninus s'étant venu 
placer près de lui^ , & ayant 
reconnu la place , fe vit con- 
traint, par nécefficé à ce qu'il 
fouhaitoit le plus , qui étoit de 
ne point combattre Ôc d'empê- 
cher, feulement les autres de 
rourir Se de piller. Il commence 
donc -à^nvironner le camp en- 
nemi. & la ville 9 de forts qu'ils 
Joignit enfuite par une circon- 
vallation ; mais , avant qu'ellç 
fût achevée | L, Caffius L'ongi- 
jpus détacha toute fa cav^ileriç 
jpour tenir la campagne Ôç in^ 
«oramoder les afliégçans, parc^ 
qu'elle lui eût été iiivtile , étant 
renfeivmée, âc eût confumé k$ 
vivres» Mais-^ peu de tems 
après , M. Claudius Marcellus 
Eferninus fe retira >& retoutna 
à Cordoue. 

MARCELLUS [ M. Clau- 
Dius ] 4 M. Claudius Marcellus , 
JM . K W//e^ Mifmt^Mi * {a) &\s 

(4) Dio. CaiT. pag. ^14. dr /ef • Plut. 
*Tom. 1. pag. 955. Tacft. Annal. L. 1. 
c. ). L. 11. c. 41* Hiftk L. U c is. 
.VeU. Paterc, L. 11. c. 93. Ciév, HiA. 



M A . , . ._ 

de M. Claudius Marcellus Efer« 
ninus de d'Oâavie > fœur d9 
l'Empereur Augufte» fut l'amour 
Se les délices du peuple Ro- 
main* ; 

Augufte fe hâta de le pro- 
duire ipai'ce qu'il le regardoi^ 
cçmmé i'efpérancedefa nàaifoi>» 
de qu'il fe propofoit d'en faire 
le pnemier 3c le principal appui 
de (i puijtance» Commeil n'a vok 
point de iil$^, il le deitinoit à 
être fon fuccefTeur ; & afin dç 
l'approcher plus près de fa per- 
fonne , il lui donna en marîagç 
fa fille uiiique Julie , l'an de 
Jefus-Chrift 25. Il avoit un tel 
empreSementdeconclurre cette 
affaire , qu.'étant retenu en Efr 
pagne par la maladie, qui pen- 
dant plu(ieur$ années le fatigua 
cruellement à diverfes repri^^ 
il ne voulut point que Ton atr 
tendît fon retour pour la célé- 
bration des , noces. Agrippa y 
préfida en fon abfence & en fop 
nom, 

L'année (Rivante ,lorfqu*Au- 
gufte fut revenu à Rome apr^s 
les réjouifTançes , les fêtes , les 
aâipns de grâces aux Djeu^ 
pour fon heureux retour , \h 
Sénat donna à M. Claudius 
Marcellus le droit d'opiner au 
rang .d/e$, anciens Préteurs 9 4k 
celui de pouvoir être crééCpni- 
ful dix ans avant Tâge prefcrit 
par les loix. Il fut nommé cette 
même année à l'Édilité Curule^ 
qu'il exerça l'année fuivante. 

Rom. Tom. VUI. pga. 519 • 5)1. Hîft* 
des Emp. Tom» 1. pag. n » 46. c£r fkiv* 
Mém. de TAcad. des lnrcri|>c. & BttU. 
Letti Tom. XXI. pag. 37). 



MA 

Auguftè n'épargna rien polir la 
magnificence des jeiix que donna 
l'Édile , fon neveu & fon gen- 
dre. Il feroit feulement à fou- 
haiter qu'il eût aifez refpeâé 
les bienfôaDce&. pour ne pas 
prétendre augmenter la célé- 
brité de ces jeux » en y faifanc 
danfer fur la fcêne un chevalier 
Romain ^ une Dame d'un rang 
illuftre. 

Il fie encore honneur à M* 
Claudius Marcellus d'un agré- 
ment qu'il procura au peuple , 
en couvrant d'une banne toute 
la place publique pendant les 
chaleurs de l'été » qui furent 
très-grandes. On n'avoit jamais 
rien pratiqué de femblable 9 fi 
ce n'eft pour des jeux ou dans 
de certaines fêtes pompeufes. 
Auguile fit jouir de cette com>- 
tnodité pendant tout Tété ceux 
que leurs affaires amenoient 
dans la place publique, & en 
particulier les plaideurs ; en 
"quoi f dit Pline, il n'auroit pas 
été approuvé de Caton le Cen- 
feur , qui eût fouhaité que , 
pour les écarter de la place , 
on l'eût femée de pointes de 
cailloux. 

Auguile 5 peu de temsaprès « 
étant tombé dangereufement 
malade » ne fe nomma point de 
fuccelTeur. Il donna feulement 
fon anneau à Agrippa ; & cette 
préférence choqua infiniment 
M* Claudius Marcellus , 6c 
étonna tout le monde ^ parce 
qu'on n'avoit point douté juf- 
ques-là qu'il ne fe deflinât fon 
neveu pour fuccefleur. L'habi- 
leté ou le bonheur d'un méde- 



M A lof 

cin délivra Auguile du danger 
de la mort. Le rétabliflement de 
la fanté du Prince fut fuivi de 
près de l'éloignement d'Agrip- 
pa. Ce grand homme , accoutu- 
mé depuis tant d'années à tenir 
le premier rang auprès de l'Em- 
pereur , ne pouvoit cacher fon 
chagrin fur l'élévation & les 
efpérances de M. Claudius Mar- 
cellus ; & celui - ci , neveu 
d* Auguile 9 fouffroit avec peine 
de" fë voir balancé par Agrippa. 
Leur rivalité éclata fans doute 
plus librement à l'occafion de U 
maladie du Prince ; 6c la con- 
fiance iinguliere, témoignée par 
Auguile prefque mourant , à 
Agrippa» acheva de porter à 
l'excès le mécontentement de 
M. Claudius Marcellus* Au«* 
gufie, revenu en ftnté » fe crut 
obligé de facrifier Agrippa. Ce« 
lui qui avoir été l'occaiion de 
fa chute, ne jouit pas long -rems 
de la fatisCadlîon d'avoir éloi« 
gné un rival il redoutable. Le 
jeune M. Claudius Marcellus^ 
âgé à peine cle vingt ans, ne- 
veu & gendre de l'Empereur ,* 
& deiliné à lui fuccéder , au 
milieu de ces brillantes efpé- 
rances y fut frappé d'une mala- 
die mortelle ; 6c la même mé- 
thode qui avoit fauve Auguile, 
employée par le même médecii^ 
ou hâta, ou du moins n'empêcha 
pas la mort de M. Claudius Mar» 
cellus. 

Il fut amèrement regretté du 
peuple , dont il avoit mérit^ 
l'eilime & TaSeâion par 1^ 
fagefl*^ de fa conduite d^une- 
part f Se de l'autre ^ par fes ma- 



jSLo9 M A 

nieres affables ôc populaires. 
On avoit même pris plaifir à fe 
perfuader que s'il devenoit ua 
}our le maître , il rétabliroit 
ia liberté Républicaine ; objet 
dont les Romains continuoient 
d'être épris 9 & qui ne fortit de 
long-tems de leur cœur & de 
leur tfnémoire* 

Séneque fait un éloge magni- 
fique de ce jeune neveu d'Au- 
gufte. Il*lui attribue un courage 
élevé & ardent , un puiflant gé- 
nie , une modération & une tem- 
Îérance admirables dans un tel 
ge 6c dans une fi haute fortune, 
la patience dans le travail , l'é- 
loignement des plaifirs » enfin 
des talens capables de porter 
tout l'édifice de grandeur que 
fon oncle auroit voulu établir 
fur lui. 

Tout le monde connoit les 
beaux vers par lefquels Virgile 
à déploré fa mort. Quelle gran* 
de & noble idée nous donne-til 
de ce jeune héros , lorfqu'il dit 
que les deftins rCont voulu que le 
montrer à la terre ^ 6» qu^ils fe 
font hâtés de le lui enlever , jaloux 
des accroiffèmens que prendroit la 
race Romaine , s^ils lui eujfent 
laiJU? la poJfeJUîon durable du don 
qu^ils lui avaient fait. On pour- 
roit être tenté de foupçonnet 
de Tadulation dans cet éloge. 
Mais, fi l'on pefe bien le té- 
moignage rendu par Séneque à 
'iA. Claudius Marcellus, on fen- 
tira qu'en mettant à part le 
tour poétique, du refte le Poète 
contemporain n'en dit pas plus 
que lePhilofophe, écrivant dans 
un tems où il étoit fans intérêt. 



MA 

Les vers de Virgile , avec h 
plus grande magnificence , f ef- 
pirent la douleur , & l'on peut 
ajouter foi fans peine à ce que 
rapporte fon commentateur t 
que lorfque le Poëte les lut à 
Augufte & à Oâavie , les lar- 
mes coulèrent de leurs yeux , 
leurs fanglots interrompirent 
plufieurs fois la le(flure, & per- 
mirent à peine de l'achever. 

Iln'eft point étonnant qu'Oc- 
tavie ait été profondément tou- 
chée des vers de Virgile, nî 
qu'elle les ait libéralement ré- 
compenfés. Elle aimoit fon fils 
avec une tendrelTe inexprima- 
ble, & le deuil qu'elle en porta 
dura autant que fa vie. 

Augufte pareillement reflen- 
tit une vive affli(f!lion de cette 
perte. Il fit à fon neveu de pora- 
peufes funé'railles , qui furent 
fur tout honorées par les gémif- 
femens du peuple, il prononça 
lui-même fon éloge funèbre* 
Pour perpétuer fa mémoire , il 
voulut qu'un grand théâtre com- 
mencé par Jules Céfar , & qu'il 
acheva, portât le nom de M. 
Claudius Marcellus. Il engagea 
le Sénat à lui décerner une fta« 
tpe d'or avec une couronne de 
même métal; 6c l'on enjoignit 
aux Magiftrats qui donneroient 
les jeux Romains , de placer au 
milieu d'eux cette ftatue fur une 
chaife Curule , afin que M. 
Claudius Marcellus , même 
après fa mort , parût préfider 
avec eux à la cérémonie des 
jeux. 

Malgré ces témoignages de 
la douleur d'Augufte , quelques 

Modernes 



MA 

Modernes ont jette fur lui des 
foupçons au fujec de la mort de 
M. Claudius M arcellus« Ils s*au- 
.cbrifent de Pline & de Tacite, 
dont ils étendent les exprefHons 
au delk de ce qu^elles portent. 
Pline dit que les vœux de M» 
Claudius Marcellus [apparem- 
ment pour le rérabliiTement de 
Tancienne forme de Républi- 
que ] , donnèrent de l'ombrage 
à fon oncle. Tacite > en expri- 
mant les inquiétudes du peuple 
aufujetde Germanicus^ intro- 
duit les citoyens fe rappellant 
lestriiles exemples de M. Clau- 
dius Marcellus & de Drufus , 
cous deux chéris univerfelle- 
ment , tout deux enlevés par 
une mort prématurée ; ce qui 
amené cette réflexion 9 que 
Tamour de la nation femble por- 
ter malheur à ceux qui en font 
Pobjet ; que toujours leur vie 
eft de courte durée. Mais » fur 
de petits mots vagues & fufcep- 
cibles d'une autre interpréta- 
tion y eft'ii permis d'accufer 
Augufte du crime le plus noir , 
lui que Ton fçait d'ailleurs avoir 
tendrement aimé fa famille ? 

Pour ce qui eft de Livie , 
Dion Caffius fait une mention 
expreiTe des mauvais bruits qui 
coururent fur fon compte. Elle 
fut regardée par plufieurs corn- . 
me ayant part à la mort de M. 
Claudius Marcellus 9 qui faifoit 
cbftacle aux projets ambitieux 
qu'elle néditoit. On ne peut 
difconvenir' de l'ambition de 
cette Dame » ni de fa paf&on 



M A ic9 

ardente pour l'élévation de fes 
enfans. Mais 9 l'ambition devoit* 
elle la porter à un drime « qui. 
s'il venoit à être découvert , la 
perdoit pour jamais? Les morts 
illuftres attirent toujours de 
femblables difcours ; & s'il y a 
de la (implicite à refufer fa 
croyance au mal lorfqu'il eft 
prouvé 9 c*eft malignité de le 
croire fur les plus légers indi- 
ces. La faifon même qui fat très« 
facheufe « & funefte non-feule* 
ment à M. Claudius Marcellus » 
mais à un grand nombre d'au- 
tres 9 femble avoir pris foin de 
difculper Livie. 
MARCELLUS [Eserninus J, 

ÂSferninus Marcellus 9 iW^ip^troç 
Mce/ixfMo: ^ (a) petit - fils de C. 
AfînitfS Pollion. Celui-ci prie 
plaiiir à le former» trouvant ea 
lui de fi heureufes difpofitiona 
pour l'éloquence ) qu'il le re- 
gardoit comme devant être foa 
héritier à cet égard , & recueil- 
lir pleinement cette partie de fa 
fucceffion. C'eft un des beaux 
exemples que l'antiquité nous, 
offire des foins paternels pour 
rinftrudlion d*un enfant. C. Afi« 
nius Pollion donnoitàfon petit- 
fils des matières de déclamation; 
& lorfquele jeune. homme avoir 
fini fon difcours 9 il le récitoic 
à^ fon grand-pere , qui lui cor- 
rigeoit fon ouvrage avec l'at- 
tention d'un bon profefileur de 
rhétorique , remarquant fes 
omiflions & y fuppléant 9 lui 
faifant fentir ce qui étoit vi- 
cieux & le réformant. Enfuite, 



(«) Crév. HIft. des Emp. Tooii Ii pag* ait^ 

Tm. XXFll. 



O 



2T0 M A 

il plaidoit lui-même la caufe de 
la panie adverfe. li paroît que 
les foins de C. ACnîus Pollion 
ne furent pas jprivés de leur 
fruit. £feroinus Marcellus fut 
compté parmi les Orateurs. 
Mais , il faut qu^îl n'ait pas vécu 
âge d*homme» puifque fon nom 
ne fe trouve point dans les 
faftes Confulaîres , & que l'hif- 
coîre fait peu mention dé lui* 

MARCELLUS [EsERNiMus], 

jEéferninus MarceUus , h^ivtpflnç 
MxfXfiAoÇj {à) fameux Orateur. 
Il refufa de prêter fon miniilere 
à Cn. Pifon ^lorfqu*sl fut accufé 
d'avoir eu part à la mort de* 
C.ermanicus , Tan de Jefus-Chriil 
20. On croit que cet Eferninus. 
Marcellus eft le même que le 
précédent. 

ifiARCELLUSfCoRNÉLius]. 

Cornélius Marcellus , (/>) Séna- 
teur Romain , fut inquiété fous 
VéroTkf Tan de Jefus-Chrift 6j, 
comme complice de L. Siianus. 
Mais f ayant d'abord éludé fa 
condamnation par l'appel qu'il 
en interjetta à l'Empereur , il 
fut à la fin oublié comme fujet 
peu important par ce Prince 
attentif à la perte des citoyens 
les plus coniidérabJes. Il ne 
fut pas de même oublié par 
Galba-, qui le fit tuer en Ef- 
pagne. 

MARCELLUS [Èprius], 
Eprius Marcellus , (c) homme 



MA 

d*une éloquence dangereufe t 
fut Préteur pendant les troif 
derniers jours de Tan de Jefus« 
Chriil 48. Quelques années 
après , il fut accufé par les Ly- 
ciens, qu*il avoit extrêmement 
vexés. Mais > il cabala fi bien ^ 
il fit une Ç\ forte brigue , que 
non-feulement il fuè abfous ^ 
mais plufieurs de fes accufa** 
teurs furent punis par Texil. 

L'an de Jefus - Chriil 66 % 
Eprius Marcellus fe joignit , à 
la follicitacion de Néron » à 
CofTurianus Capiton , pour 
accufer Thraféa. Coflutianus 
Capiton ayant commencé , 
Eprius Marcellus infiila avec 
toute la véhémence podible , 
joignant à Thraféa Helvidius 
Prjfcus fon gendre , Paco- 
nius Agrippînus , fils de Paco- 
nius, mis à mort par Tibère ^ & 
Curtius Montanus, jeune hom- 
me qui fe diilinguoit par fon 
mérite & pair fes talens. Élevant 
donc fa voix , Eprius Marcellus. 
crioit comme un furieux, qu'il 
s'agifibit ici du falut public ; 

?;ue la fierté rébelle des in* 
érieurs faifoit violence à la 
douceur naturelle du Prince. 
Ouï ^ difoit-il, le Sénat eft trop 
indulgent/9 de fe laififer impuné* 
ment braver par Thraféa » qui 
forme un parti , par Helvidius 
'Prifcus » compagnon des fureurs 
de fon beau-pere , par Paconius 
Agrippinus , qui a hérité de fou 



(«) Tacît. Annal. L. 111. c. 11, 
{h) Tacit. Annal. L. XVI. c. 8. Mifl. 
L. 1. c. %•;» Crév. Hift. des £mp. Tom. 

11. pag. 447- ^ . ^ , 

(r; Dio. Gain pag 7$t,75j. Tacii* 



Annal. L. XHl. c. %%* L« XVI, c. %%» 
ér fif» Hift. L. II. c. 53. L. IV. c. 6. 
iSr feq. Crév. Hift. det Emp. Tom. Ih 
pag. 190» «7^ f 458. & f»iv, Tom« Ul« 
pag. 150 j a8o. tr/niv» 



MA 

perelàhàîne contre les EiDpe- 
reurs , par Curtias Moncanus , 
Auteur de poefies déteilables* 

Eprius Maf cellus fe contenta 

de noiniiier lés trois derniers y 

inais il s*acharoa fur Thraféai 

» Que pehfer i dlfoit-il > d*ufi 

f» Confulaire qui s*abfente du 

» Sénat > d*un Prêtre qui ne 

f> paroît i^oint à la cérémonie 

*> des Vdsux , d*un citoyen qui 

» évite de ptêtef le ferment 

30 de fidélité ? Violant toutes 

39 les pratiques civiles & reli- 

^ gieufes de nos ancêtres ^ 

» Thrafëa ne fé déclare-t-il pas 

» ouvertement traître Ôc cnne- 

j> mi l Autrefois il fe faifoit une 

» gloire des fonélions de Sc*^ 

» nateuf ; c'étoic pour lui une 

y> joie de protéger les détrac- 

» teurs du Prince. Qu'il re* 

n prenne fes anciens erremehs ; 

y^ qu'il Vienne 9 qu'il nous niar- 

» que ce qu'il prétend changer 

* 8c réformer. Nous fouffrirons 

a plus aifément une cenftire 

3a détaillée fur chaque article « 

ti qu'un (ilence qui embralTe 

» tout dans une condamnacioii 

« univcrfelle. Qu*y a-t-il qui 

:» lui déplaife dans la fîtuatioti 

» préfente des cht>fes ? £il-ce 

n la paix établie dans tout Vu* 

n nivefs ? Sont-cé les vidloires 

^ que nous remportons faiis que 

» nos armées louSrent aucune 

» perte ? Il s'afflige du bon- 

» heur de l'Éat ; les' places pu- 

3» bliques , les théâtres , le^ 

3» temples lut font horreur corn* 

3> me d'afTreufes folitudes ; il 

» nous menace de s'exiler. Ne 

» facisfaites pas 1 MeiCeurs 1 



MA itt 

SJ tift frâVefs d'ambition fi étraii- 
» ge. Puifqu'il ne reconnott 
» plus ici ni Sëiiaf , ni Magi& 
» trats , ni République | il faUC 
If qu'il s'arrache par la mort à 
jy utte ville d'avec laquelle it 
a s'eft depuis long-tems fépairé 
9> par la haine, Se dont il né 
» peut plus même aujourd'hui 
9 fupporter la vue. et 

A ce difcours , qu^Ëpriul 
Marcellus animoit par des gef' 
ces menaçans , par un ton dû 
voix emporté, par le feu de Isl 
colère qui étinceloit dans fe^ 
jeux & fur fon vifage , le Sé^ 
oat deifieura concerné. Le ref' 
peél pour la vertu de Thraféâ» 
dont on fe repréfentoit l'image 
vénérable , portoit la douleur 
à fon comble< Mais , ce grand 
homme n*en fut pas moins con'> 
darUné » Se fa condamnation eu» 
traîna celle des autres accufés i 
dont quelques-uns furent feule* 
ment exilés: Les accufateuril 
avoient trop biefa fervi Nérori| 
pour n'être pas récoitiperifés» 
Ëprius Marcellus ^ entr'autfes^ 
reçut cinq millions de feiïeif* 



ces« 



Il deyitit depuis Miniftre dé 
Vefpafien , & il eut la priiici-^ 
pale parc au gouvernement foii* 
fon Empire* On eft étotiné 
qu'un Pdnce aufli fage que Vef< 
pafien y ait donné fa confiante à 
Eprius Marcellus. Il y a appa- 
rence qu'il n*en abufa pas^ Vet* 
paiien'^it'étoit pas homme à l6 
fouflfrir. 

Cependant > Helvidius frif^ 
eus i qui j fur l'accufarion d'E* 
prius Marcellus , avoit été exl« 

OH 



:ziz M A 

lé, en confervoit toujours do 
reifentiment;âc il le fît éclater en 
accufant à fon tour Eprîus Mar- 
cellus. Cette vengeance avoit 
opéré une diviiîon dans le Sé- 
nat , car fi Eprius Marcellus pé<- 
riffoit « c*étoic un préjugé con- 
tre un grand nombre d*aucres 
coupables j qui avoient comme 
lui exercé l'odieux métier de 
délateur. Cette querelle fit 
grand bruit , & comme les deux 
a/dverfaires avoient du feu &c 
du calent» il y eut des difcours 
de part & d'autre prononcés 
dans le Sénat , & enfuite donnés 
au public. Cependant » Galba 
ne s'expliquant point « plufieurs 
des Sénateurs priant Heividius 
Prifcus de s'adoucir, il aban- 
donna fon projet 9 & fut loué 
des uns comme modéré , blâmé 
des autres comme manquant de 
confiance» 

On conçoit bien qu*en celTanc 
de pourfuivre fon ennemi, Hei- 
vidius Prifcus ne s'écoit pas ré- 
concilié avec lui. La baine ré* 
ciproque étoit en toute occafion 
difpofée à reparoître; & elle fe 
manifeila au fujet de la déppta- 
tion que le Sénat vouloir en- 
voyer à Vefpafien. Heividius 
Prifcus demandoit que les dé* 
pures fuifent choifis par les Ma- 
giflrats , après un ferment préa- 
lable de faire tomber leur choix 
fur des fujets dignes de repré- 
fenter la compagnie. Selon 
Eprius Marcellus » qui fuivoic 
l'avis du Conful délîgné, ils dé- 
voient être tirés au forr,.& 
l'intérêt perfonnel le rendoitvif 
pour ç^ feutimçnc» parce que 



MA 

s*attendant bien à â'être pas 
nommé par la voie des fufira- 
ges^il ne vouloit pas paroître 
avoir été rebuté. ,La difpute s'é- 
chauffa, âc après quelques al«- 
cercations , ils en vinrent à ha- 
ranguer en forme, l'un contre 
l'autre, y^ Pourquoi , difoic 
73 Heividius Prifcus à fon ad- 
» verfaire , pourquoi craigoez- 
39 Vous le jugement du Sénat ? 
» Vous êteis riche , vous avez 
» le talent delà parole.Cefonc- 
» là de grands avantages j fi le 
3» fouvenir de vos crimes ne 
» vous rendoit timide & trem- 
30 blant. Le fort efl aveugle , Ôc 
33 ne difcerne point le m.érice ; 
y> mais , les fuffrages & l'exa- 
» men du Sénat mettent au 
SB creufet la conduite Ôc la ré- 
39 putation de chacun. Il eft 
jo utile à la République , hono- 
» rable pour Vefpafien, qu'on 
» lui préfente d'abord ce que 
» le Sénat a de membres plus 
n vertueux , dont les difcours 
n réglés par la fagefTe pré- 
39 viennent avantageufement les 
3» oreilles de l'Empereur. VcC- 
33 pafien a été ami de Thraféa 
p & de Soranus ; ôc s'il n'eft 
>3 pas à propos de punir les ac- 
3> cufateurs de ceux qu'il re- 
» grette avec nous, au moins 
» ne doit-on pas afFeâer de les 
33 montrer dans les occafions 
33 d'éclat. Le jugement du Sé- 
33 nat, tel que je le propofe y 
33 fera comme un avertifiemenc 
33 qui fera connoître à TEm- 
33 pereur les fujets dignes de 
33 fon eflime , & ceu|x dont il 
33 doit fe défier. Pour un Prince 



!• 



MA 

90 qui veut bien gouverner , il 
» n*eil point de fecours plus 
n utile que de bons amis. Eprius 
» Marcellus doit être content 
» d*avoir porté Néron à faire 
^ périr tant d*innocens. Qu*il 
» jouifTe de l'impunité & des 
» récompenfes de fes crimes ; 
» mais qu'il laifle Vefpafien à 
» de plus honnêtes gens que 
n lui. x> 

£prius Marcellus répondit 
» qu'il n*étoit pointTauteur de 
» l'avis que l'on attaquoit avec 
n tant de vivacité ; qu*il n'avoit 
» fait que fuivre le Conful dé« 
» figné ; que lui-même fe con- 
3> formoit à une coutume an- 
30 ciennement établie pour ex- 
» dure la brigue , que Couvent 
» introduifent dans ces fortes 
!> de choix la flatterie pour les 
y> uns & la haine contre les au- 
y> très ; qu'il ne voyoit aucune 
» raifon de s'écarter des ufa- 
a> ges reçus , ni de convertir en 
» àfïroiu pour les particuliers 
39 l'honneur que Ton retidoit à 
» l'Empereur ; que les diftinc- 
3> tions étoient inutiles y lorf- 
» qu'il s'agiflbit d'un devoir 
3> commun à tous , de pour le- 
2> quel tous fuffifoient égale- 
» ment ; que l'attention vrai- 
3> ment néceflaire étoit bien 
» plutôt d'éviter de blefler par 
» la fierté ôc l'arrogance l'ef- 
» prit d'un Prince 9 qui dans un 
» nouvel avènement obfervoit 
» tout , 6c ne pouvoit manquer 
» d*être fufceptible de quelque 
3» inquiétude. Pour moi, ajouta 
30 Eprius Marcellus , je mefou- 
a> viens de la condition des tems 



M A 2Ti 

39 dans lefquels je vis t de la 

» ferme de gouvernement éta- 

33 blie par nos pères. J'admire 

a> l'antiquité 9 je me conforme 

y> à l'état préfent. Je délire de 

» bons Princes*» je les fupporte 

n tels qu'ils font. La condam- 

I» nation de Thraféa ne doit pas 

30 plus être imputée au difcoi^s 

I» que je fis alors, qu'au juge- 

» ment du Sénat ? Notre Minif* 

» cere étoit un voile derrière 

39 lequel la cruauté de Néron fe 

» jouoitdu public ; & la faveur 

» auprès d'un tel Prince n'a pas 

33 été moins orageufepour moi, 

y> que l'exil peut avoir été 

93 trlAe pour d'autres. En un 

11 motje laiiTe à Hervidius Prif- 

» eus la gloire d'égaler par fa 

» confiance 8c par fon courage 

33 les Catons ôc les Brutus* 

33 Quant à moi» je fais partie 

n de ce Sénat qui a fouffert la 

39 fervitude. Je confeille même à 

» Helvidius Prifcus de ne poinc 

» s'élever au deffus de l'Empe- 

33 reur, & de ne pas prétendre 

y> i^éformer par fes leçons un 

» Prince âgé de foixante ans , 

» comblé d'honneurs, & père 

i> de deux fils qui font dans la 

s> force de l'âge. Si les méchans 

» Empereurs veulent une domî- 

33 nation fans aucunes bornes » 

I» les meilleurs mêmes fouhai- 

j> tent que la libertS fe con- 

33 tienne dans une jufle me- 

33 fure. » 

Quoiqu'Eprius Marcellus fût 
un malhonnête homme , les 
avis, qu'il donnoit à fon ad* 
verfaire étoient fenfés, & ce 
Stoïcien ûgide eût très* bien 

O II) 



514 IVf A- 

lait d'en firoiîten Le fêntSment 
qui remetcoic au fort le choix 
<ie$ députée , l'emporta. Le gros 
ide$ Sénateurs inclinoient à 
conferver l'ancien ufage ; & 
les plus illuftrês craîgnoienc 
l'-envie » s*ils étoient préférés 
par voix d'éleâion, 

' La querelle de nos deux ad- 
verfaires fe renouvella peu 

a' rès, C'étoit l'an de* Jefus- 
iriil 70. Helvidius Prifcus ^ 
commençant par louer beaucoup 
Cluvlus Rufus, qui non moins 
dîAingué qu'Eprius Marcellus 
par fes richefles & par fon élo- 
quence, n'avoit cherché à nuire 
à perfonne fous Néron , tour- 
hoir un (i bel exemple contre 
raccufateur de Thraféa, Le feu 
àe fon indignation fe commuoi-. 

?fua à tous les Sénateurs ; en- 
orte qu'Eprîu.s JVÎarcellus fei- 
gnit de vouloir. fe retirer. »Nou$ 
3i nous en ailo^ns , dit - U à 
p Helvidius Prifcus , 6c nous 
» vous laiflons votre Sénat ; re« 
» gnez ici en la préfencç du, 
^ fils de TEmpereur. » Vîbius 
Crlfpus le fuivoii ; ils étoienc 
lous deux fortJrnt^s«ma}s avec 
de la différence dans les airs de 
vifage. Eprius Marcellus lançoit 
des regards menaçans ; Vibius 
Crîfpuscachoitfon reffentiment 
eus un ris forcé. Leurs amis ac« 
coururent , & les empêchèrent 
^ie fortîr. Là querelle fe ranima; 
d'un côté , le norab re & la juf- 
tice; de l'autre, le crédit & la 
yicheffc» Tout le jour fe pafla 



MX 
eu difputes très-vivesT j fans que 
Ton conclût rien. 

Dans la fuite, Eprius Mar- 
cellus entra dans une confpira« 
tion contre Vefpaiîen. Le corn* 
plot fut découvert ; 8c Eprius 
marcellus , condamné par le 

Sénat , fe coupa la g^/g^J^^ff 
un rafoir " ' ^ -^. -/^ 

79 



coupa ta g 
y l'an de J< 



efuS'Chrift 



. MARCHE D'UNE ARMÉE* 

Foyei Armée. 

M ARCIA [ Peau ] , Marcia 
Aqua. Foy^i Fucîn [ le lac. ] 

MARÇIA , Marcia , MxjtU i 
(a) femme de M. Atilius Régu- 
lus, ce fameux Romain qui ter-» 
mina (es jours à Canhage dan$^ 
les plus cruels tourmens. Lorf- 
que la nouvelle en eut été por- 
tée à Rome, le Sénat livra les 
plus diftingués des prifonniers 
Carthaginois à Marcia & à fes 
enfans. Ils les enfermèrent dans 
une armoire garnie de pointes 
de fer , pour leur rendre avec 
ufure les douleurs au milieu 
defquelles M. Atilius Régulus 
avoitfini fa vie,8t les laiflîerenc 
cinq jours entiers fans nourri- 
ture, au bout defquels Boftar 
mourut de faim & de mifere. 
Mais , AmiVcar, dont le tempe* 
rament étoit plus vigoureux, 
vécut encore cinq autres jour$ 
 côté du cadavre de Boftar » 
avec lequel il étoit enfermé , au 
moyen de la nourriture qu'oa 
ne lui fournit que pouf prolon- 
ger fes tourmens. A la fin , les 
Magiftrats , informés de ce qui 
fe paflbit dans la maifon de Mar« 



(4) Attl» Gcll. I.» VI. c^, Roll . Wiil. Rom. Tom, H. pag. S^t. 



k A 

icîa ) firent cefler ces inhumani- 
tés , renvoyèrent à Carthage les 
cendres 'de Boilar , & ordonnè- 
rent que les autres prifonnieri 
fuflent traités plus doucement. 
Ils nous femble que quelque di- 
gnes que fuffeat les Carthagi- 
Doîs d^nnc telle barbarie , ie Sé- 
nat n'auroit pas dû les livrer au 
relfentiment d*une femme , & 
qu'un contrafte d^humanitë au- 
Toît été une plus noble ven^ 

Séance, de plus digne du nom 
.omain. 

MARCIA» Mareia y M^pxfc, 
Veftale , qui fe laiflTa corrompre 

Sar L. Butétius Barrus. Foye^i 
Earruji de Licînie. 
M ARCIA , Mareia , Met-ytlot , 
{a) fille de Marcius Philippus , 
fut mariée à Cacon d'Utique. 
Elieparoit avoir été une Dame 
de grande veRu,dc dont on a par- 
lé très ^honorablement; mais, 
cette partie de la vie de Caton 
d*Utique eft comme le nœud 
d'une tragédie qui parott tou- 
jours embarraflè Se indiflolubie. 
Voici ce qui fe pafla , comme 
le rapporte THiftorien Thraféa» 
qui cite pour fon garant Muna- 
tius 9 ami particulier de Caton , 
& qui paffoit fa vie avec lui. Il 
dît que, parmi ceux qui ai- 
motent ôc admiroient Caton , il 
y en avoit qui marquolent &c qui 
découvroieAt plus que les autres 
les fentimens qu'ils avoient pour 
lui ; de ce nombre étoit Q. Hpr- 
tenfiui, perfonnage d'une gran- 
de dignité & d'une plus grande 



Ma ir^ 

veftu , qui , dédrant die n'Ôire 
pas feulement r«mi 5c le cçmf- 
pagnon de Caton , maïs de de- 
venir encore fon alHé , & de 
tnêler , de quelque manière que 
ce fût y fa famille avec la (ienne^ 
tâcha de le porter à lui donner 
<a fille Porcia , qui étoit aâuel- 
lement mariée à Bibulus , Ôc qui 
en avoit déjà en deux en fans , 
afin qu'il s*en fervît comme d'u- 
ne terre fértîle. Il ajouta qub 
cela parôifibitid'abord étrange 
dans PopTni'on ^des hommes, 
in-ais que , par rapport à !a na- 
ture , il étoit beau Se utile à la 
République , qu'une belle Se 
vertueufe femme à la fleur de 
■fon âge nedemèuràt pas inutHe» 
en laiffant^paÏÏer le tems d'avoir 
des enfans , & qu'elle n'appau- 
vrît pas non plus fon mari , en 
lui en donnant plus qu'il n*en 
vouloit & qu'il n'en pouvoir 
nourrir ; qu'e» communîquaèt 
ainfi les femmes aux plus gens 
de bien , on feroit en forte que 
la vertu fe multîplieroit âc fe 
communiqueroit dans les famil- 
les , 6c que toute la ville fe 
mêleroit & fé fondroit , pour 
ainli dire . en un feul fit même 
corps par ces alliances; que fî 
Bibulus étoit 6 amoureux de fa 
femme qu'il n^ pAt pas s*en paf- 
fer, il promettoit de la lui ren- 
dre après qu'il en auroit eu un 
enfant , 6c que par cette com- 
munauté il feroît P^us étroi- 
tement uni & à Caton 6t à 
lui. 



(s) Plue. Tom. l«pa{. 770^ 771 ^ 778, 7S4. Grév. Hift. Rom. Toro. Vil. 



2t6 MA 

Caton répondit, qu^il aiiÀoîc 
& eftimoit Q. Horcenfîus , &L 
qu*il faifoic grand cas de fon 
alliance ; mais qa'il trouvoit 
étrange qu'il lui demandât en 
înariage fa fille , qui étoit ma- 
riée à un autre. Alors Q. Hor* 
tenfius changeant de langage » 
sie feignit point de lui décou- 
vrir fa paillon , & lui demanda 
fa femme Marcia > qui étoit en* 
.core aiTez jeune ppur avoir des 
^cnfans» & Caton en avoit déjà 
fuffifamment. , L'on, ne fçauroit 
j»as dire que Q. Hortenfius lui 
fît cette demande , parce qu'il 
fçavoit qu'il n'aimoit pas fa 
femme , car une marque qu'il 
l'aimoit » c'eft qu'elle étoit en- 
core adlueliement enceinte. Ca- 
ton V voyant donc le violent 
défir Se la. grande paflion de Q. 
Hortenfius pour Marcia » ne la 
)ui refufa point ; mais , il lui dit 
qu'il falloit avoir le confente- 
ment de Marcius Philippus fon 
père. Celui-ci 9 quand on lui en 
parla, & qu'il vit que Caton y 
donnoit les mains, y confentit 
aufli de fon côté ; mais , il ne 
voulut jamais fiancer fa fille » 
que Caton ne fût préfent au 
contrat & ne le fignât avec 
lui. 

De fçavans ,hommes ont re- 
proché à Plutlrque de s'être 
trompé » en difant que Caton 
avoit prêté fa femme à Q. Hor- 
tenfius ; & ils ont 'prétendu que 
cela étoit faux, en quoi ils fe 
font trompés eux-mêmes » com- 
me Ruauld l'a fort bien remar- 
qué. i^.Plutarque avoit tiré cette 
particularité des mémoires de 



MA 

Thraféa » & Munatius > l*aml 
particulier de Caton , Tavoic 
ainfi écrit , lui qui en avoit été 
témoin. 2^.Strabon écrit formel- 
lement dans l'onzième livre : Et 
dt notr< tems Caton a donné fr , 
femmt Marcia à Q. Horttnfius. 
Il dit de nom tems , parce que 
cette aventure étoit arrivée 
pendant fon enfance. Enfin, cela . 
eft fondé fur le confentement 
unanime de cous les Auteurs qui 
en ont parlé. 

Quelque tems après , Q* 
Hortenfius étant mort ,& ayant 
laifiTé Marcia héritière de tous 
fes grands biens, au préjudice 
de ion fils , qui étoit un mauvais 
fujet , Caton Ja reprit. Delà 
Jules Céfar avoit pris occafion 
d'accufer Caton d*avoir agi 
dans toute cette affaire par un 
fordide intérêt. Mais, Plutar- 
que prétend que propofer une 
telle accufation, c'eft la réfuter» 
& qu*il n'y a nulle différence 
encre taxer Hercule de lâcheté» 
• OU Caton d'une baffe avidité 
pour l'argent. La chofe en. elle 
même fouffre plus de difiltculté, 
ou plutôt elle efl abfolumenc 
inexcnfable. Il eft vrai que Ca-» 
ton ne fit que fuivre en cela une 
coutume anciennement établie 
chez \t% Romains. Mai^, cette. 
coutume efl fi contraire à l'hon- 
nêteté publique âc aux bonnes 
mœurs , qu'il convenoic ntieux 
à un homme tel que lui de la 
combattre , que de Tautorifer 
par fon exemple* 

MARCIA, Marcia, McipnU. 
femme de Fabius Maximos> 



MA 

confident d'Augufte- Foyei Fa- 
bius Maximus. 

MARCIA FURNILLA , (a) 
Idarcia Furnilla , d'une naiffano 
ce illuftre » fut la fecoDde fem- 
me de l'empereur Tite. Ce Prin- 
ce en eut une fille , à laquelle il 
donna le nom de Julie. Il ré- 
pudia enfuite Marcia , fans que 
.nous fçachions la caufe de ce 
divorce « qui pourroit bien n*ê* 
tre autre que fes amours avec 
Bérénice. 

MARCIA, Marcta , Mxfx/âc t 
fille de Crémutius Cordus* 
Voye:^ Cordus [ Crémutius ]. 

MARCIA y Marcia , Maepic/«, 
{h) d'une maifon ennemie de 
l'empereur Commode , n'en de- 
vint pas moins concubine de ce 
Prince. Marcia > qu'avoir entre- 
tenue Quadracus^ paiTa fur le 
même pied au Palais impérial , 
& fe maintint en faveur julqu'à 
la mort de Commode » à laquel- 
le elle eut grande part. Xiphi- 
lin témoigne qu'elle protégea 
les Chrétiens > qui réellement 
/jouirent d'une grande paix pen- 
dant tout ce règne. Il ne nous 
a pas înftruits des motifs qui 
pouvoient déterminer une fem- 
me de cette efpece à employer 
fon crédit pour des perfonnes 
qui lui reiTembloient fi peu. Elle 
fut mife à mort par Dîdius Ju- 
lianus. Voye^ Commode. 

MARCIA y Marcia y tAatf»i!eci 

"" C«) Crév, Hift. des £mp. Tom. 111. 

(*) Dio. Ga/n p«g. 8i8. «§r/e^, Crév. 
Hift. ^ts £mp. Tom. IV. pag. 484» 
508. & fniv. Tom. V. pag. 47. 

{e) Crév. Hift. des fimp. Tom, V. 



M A 217 

(c) qui. fut la première femme 
de l'Empereur Sévère. Après 
la mort de cette PrînceflTe, Sévè- 
re alla chercher une femme 
dans la Syrie , où il époufa la 
célèbre Julie. 

MARCIA y Marcia , Mxp)i!<t y 

(d) nom d'une des Nymphes, 
félon M. l'abbé Banier. 

MARCIA , Marcia , (A nom 
commun àplufieurs loix Romai- 
nes. IL y en avoit une concer- 
nant laCenfure, une autre qui 
ordonnoit le partage des terres^* 
&c. 

MARCIANA , Marciana , 
(/) foeur de Trajan , fut mère 
de Matidie qui eut une fille y 
qu'on donna en mariage à A- 
drien. 

Deux médailles de Marciana , 
en nous apprenant qu'elle fut 
confacrée après fa mort » nous 
marquent en même tems que c'é- 
toit le Sénat , qui étoît le di{- 
penfateur de la confécration. 
Entre les autres honçreurs qu'il 
accorda à la mémoire de cette 
Princefle > il ordonna que fa 
ftatue feroit menée en procef- 
fion dans la pompe du Cirque 
fur cette forte de char facré 
nommé Theufa , attelé .de deux 
éléphans. C'eft ce que fignifie 
la légende, ex Senatus-Confulto^ 
qui accompagne le char en 
queftion fur les médailles d*or 
& d'argent de Marciana. 

{À} Myth. par M. TAbb. fian. Tom. 
IV. p, 368. 

(e; RoGn de Ann^. Rom. pag. 831» 
84a , 847 > 848. 

(/) Crév. Hift. des Emp. Tom. IV. 
pag. 10a. Mém. de TAcad. des InCcripc» 
Hl Belh Le», Tom. 1. pag. i6at 



^i8 MA 

MARCIANUS [GÉNÉSIUS7 , 
Genefius Harcianus y {a) fut 
pcre d'Alexandre Sévère, qu'il 
eut de Julie Marnée fa femme* 
Tout ce que nous fçavons de 
6énériu8 Marcianùs, c*eft qu'il 
étoit Syrien , & qu'il parvint 
au Confulat. 

MARCIANUS , Marcianùs , 
(k) beau.pere d'Alexandre Sé- 
vère. Selon quelques Auteurs t 
comblé d'honneurs par fon gen- 
dre , il fe porta à des deileins 
ambitieux , & tenta d'arracher 
à Alexandre Sévère la fouve- 
raine puiflance avec la vie. Son 
crime ayant été reconnu , il en 
fubit la peine , & fa fille fut ré« 
pudiée. 

MARCIEN , Marcianùs , (c) 
brave de expérimenté Capitai* 
ne. Galiien, étant forcé de quit- 
ter rillyrie, y laifla pour com- 
mander en fa place Marcien 
avec Claude. Ces deux Officiers 
firent très-bien leur devoir con- 
tre les Barbares. Ils les vain- 
quirent , de les réduifirent à s'ef- 
timer heureux , s'ils pouvoient 
retourner en fureté dans leur 
pais. Claude vouloit qu'on les 
pourfuivît 6c qu'on achevât de 
les exterminer. Marcien » qui 
avott d'autres vues, s'y oppofa« 
& leur donna ainii lieu de revenir 
bientôt après^avec de plus gran- 
des forces que jamais ils n'en 
avoient amenées fur les terres 
de l'Empire. Claude fie Marcien» 



-MA 

ayant nettoyé Pillyrie par la 
fuite des Barbares , vinrent re- 
joindre Galiien , non pour le 
fervir, mais pour lui ôcer l'Em- 
pire avec la vie. 

MARCIUS, Marcius, {d) 
MclfKioc , famille Romaine , qui 
a produit un nombre de grands 
perfonnages , parmi lefquels oa 
compte Ancus Marcîus y petit- 
fils de Numa Pompilius^qui régna 
après Tullus Hoililius. Nous 
allons faire connoîcre les hom- 
mes illuilres de cette famille. 

MARCIUS, Marcius^ (O 
MfltvWo;, parent de Numa Pom- 
pilius, au rapport de Plutarque» 
Ceft le premier de fa famille 
dont rhiiloire fafTe mention. \\ 
doit être le même qui fuit. 

MARCIUS [Numa], Nu^ 
ma Marcius , (/) fîls de Marcus » 
du nombre des Sénateurs, fut 
créé grand Pontife par Numa 
Pompilius. Ce Prince l'établît 
en même-tems l'arbitre de tous 
les facrifices» lui lailTant le choix 
des viâimes qui feroient oflFer- 
tes , des jours & des temples 
où elles feroient immolées , fic 
la liberté de tirer d'où il vou- 
droit les fommes qui feroient 
employées pour ces cérémo- 
nies. Il foumk de même à fa 
jurifdiâion tous les autres facri* 
fices , tant publics , que parti- 
culiers , afin que le peuple fçût 
à qui il devoit s'adreifer quand 
il s'agiroit de la religion » fiç 



O) Crév, Rift. des Emp. Tom. V. {p«g, 4f4 , 475. 

id) Plue. Tom. I. p« «!}• 



.p. sa 6. 

(k) Crév. Hift. des Emp. Tom. V. 



. C») Ptut. T. 1. p. 65. 
,( (/) Tit. Uv. L. 1. c. >p. Tuà^ 



pas. %66, ,, ,. . 

U) Ccéi» Hift, des Emp. Tom. V«| Annal. L. VI. en» 



MA 

que le culte des Dieux de la 
patrie oe fût point négligé > ni 
aicéré , ni corrompu par le mê-*' 
]ange dc|s loix & des cérémo- 
me& étrangères vil vaulut encore 
que ce fat lui qui décidât des 
devoirs funèbres & des viâimes 
qu'on offiriroit aux dieux Ma* 
ses , & qui diilingnât les pro- 
diges qui feroient admis & ex- 
piés 9 d*avec ceux qui feroient 
rejettes , comme ne méritant au* 
cune attention. C'étoit Jupiter 
qui devoit faire connoitre cette 
différence , par les préfages 
qu'il donneroit dans le temple 
que Numa Marcius lui dédia 
fur le mont Âventin , fous lé 
nom de Jupiter Éiicius* 

Tacite fait mention d*un Ntt- 
roa Marcius , établi Préfet de la 
ville par Tullus Hoftilius. Ceft 
fans doute le même que le fils 
de Mârcu8« 

MARCIUS [ Ançus ] , Jn- 
tus Marcius. fVy^^Ancus Mar* 
dus. 

MARCIUS [C] , C. Marcius 
T. Mt/x/c; , (^) fameux Romain» 
qui, ayant perdu fon père dans 
fon bas âge 9 fut élevé fous la 
conduite de fa mère , appellée 
Véturie, femme d'une auftere 
Vertu , & fit voir par fon exem- 
ple que fi l'état d'orphelin eft fâ- 
cheux par bien des endroits , 
il n'empêche pas cependant ce« 
lui qui Vy trouve de devenir un 
^grand homme. Mais, comme cet 
état fait ordinairement que l'é- 
ducation eft négligée , il en ar- 

(4) Tit. Liv. L. II. ç. 3j, &fe^. Plut. 
^•1. p» 5H j 514. ^ /*f. Diaoyf. Ha- 
iicarn. t. Vi. ç. iq, U* VU. c. j. & fff' 



M A Jti9 

rive fouvent que les caraéleres 
oés pour les plus grandes ver- 
tus 9 fe trouvent accompagnés de 
grands vices qui n'ont pas été 
corrigés dans la jeunefle. C. 
Marcius avoit un caraâere de 
fermeté ^ de confiance dans 
fes résolutions « qui lui fit faire 
dans la fuite beaucoup de gran- 
des 6l belles a<ftions , mais qui. 
pour n^avoir pas. été manié & 
conduit dans le tems , lui fit 
auifi commettre un grand nom- 
bre de fautes confîdérables , à 
peu près comme une terre na- 
turellement forte 8c féconde » 
quand elle B*efl pas cultivée 
produit beaucoup de mauvaifes 
plantes avec les bonnes. En ef- 
fet , cette fermeté Se cette conf- 
tançe dégénéroient fouvent en 
des emportemens dont il n'étoic 
pas maître , & en une opiniâ- 
treté inflexible, qui ne Içavoic 
ce que c'étoit que de fe ren(ke 
par déférence aux fentimens des 
autres. Auffi , pendant que d'un 
côté l'on admiroit en lui une 
fupériorité d^ame qui le rendoic 
inacceflible aux attraits de la vo« 
lupté âc des richefiTes, & invin^ 
cible aux plus durs travaux ; 
d'un autre côté fon caraélere 
altier ôc impérieux le faifoit 
paroitre difficile & intraitable 
dans le commerce de la vie* 
Tant il efl vrai , dit Plutarqué 
après avoir tracé ce portrait* 
que le plus grand fruit que les 
hommes puiffîent tirer de la fa- 
miliarité des Mufes , c^eft d'ac- 



l.. vm. Cl. & /ff. RoU. Hift. 
Tom. 1. p. 270. é" Jniif» 



tio M A 

quérir par le commerce des let- 
tres une douceur qui les rende 
aimables. 

C. Marcius , qui avoir plus 
d^inclînation & plus de penchant 
pour la guerre que tous les Ro- 
mains de Ton tems » jugeant 
avec raifon que les armes étran- 
gères 6c artincielles ne font pas 
d'un grand ufaee pour ceux qui 
n'ont pas eu i^in d'exercer ôc 
de préparer celles qui leur font 

I propres & naturelles, puifqu'el- 
es font nées avec eux f forma 
& drefTa û bien fon corps à tou- 
tes fortes d'exercices & de 
combats de lice » qu'il cou- 
roit avec une extrême, vîtefle , 
luttoit avec une vigueur & une 
force qu'on ne pouvoit foute- 
nir ; & quand il en venoit aux 
prifes dans les véritables com- 
bats y il étoit toujours invinci- 
ble. Ses camarades 9 qui dans 
les exercices publics lui difpu- 
toient le prix du courage 5c de 
la vertu , ne manquoient jamais 
d'imputer leur défaite à la for- 
ce infurmontable qui ne fuc- 
comboit fous aucun travail. 

Il fit fa première campagne 
encore fort jeune y lorfque Tar- 
quin le fuperbe , chaffé du trô« 
ne, réduit à l'extrémité après 
plufieurs batailles perdues , & 
jouant, pour ainfi (^îre^ de fon 
xefte , revenoit à la tête de 
plufieurs peuples du Latium & 
de toute l'Italie, qui faifoient 
un dernier effort pour le réta- 
blir dans Rome , moins dans 
le deffein de le fervir , que 
dans la vue de s'oppofer à l'a- 
grandiflement des Romains | qui 



MA 

les rempliflbient de crainte Se 
d^envie. Dans la bataille qui fut 
difputée avec beaucoup d'opi* 
niâtreté, & où la fortune chan* 
gea fouvent de pa>ti , C« Mar- 
cius combattant avec une valeuc 
étonnante fous les yeux du Dic- 
tateur , vit un Romain porté 
par terre; il courut à fonfecours, 
le couvrit de fa perfonne , arrêta 
l'ennemi qui alloît l'achever , & 
le tua fur la place. Après la vic« 
toire , le Général le couronna 
des premiers d'une couronne de 
chêne ; car , c'étoit la coutume 
des Romains d'honorer de cette 
couronne, celui qui avoit fau- 
ve à la guerre un citoyen. 

Il femble que la réputation 
& les honneurs , dont les jeu- 
nes gens médiocrement ambi- 
tieux , fe voyent trqp tôt en 
pofiTeiïîon , & avant qu'ils foienc 
parvenus à un âge mûr 8c rair 
fonnable , éteignent leur foif de 
remplirent leur avidité trop fa- 
cile à afibuvir. Il n'en eft pas de 
même des hommes qui ont l'ame 
forte & élevée; les honneurs 
qu'ils pofTedent ne font qu'ai- 
gu ifer âc exciter davantage leur 
faim ; & ranimés par la répu- 
tation dont ils jouiflenti ils font 
pouffes , comme par un vent 
impétueux, vers tout ce qui eft 
grand âc beau* Car, ne fe re- 
gardant pas comme ayant déjà 
reçu la récompenfe , mais com- 
me donnant feulement des gages 
de ce que l'on doit artendre 
d'eux I ils ont honte d'abandon- 
ner & de trahir leur propre 
gloire , & de ne pas la furpaf^ 
Ter par des exploits encore 



MA 

]>Ius grands 6c plus glorieux. 
* C. Marcius , aDÎtné de ces 
fentimens y fe propofa lui-même 
a lui-même, pour rival , & câ- 
chaoc de fe rendre toujours par 
de nouveaux exploits comme 
un nouvel homme > il ajouta 
fans relâche grandes aâions à 
grandes aâions , entafla dé- 
pouilles fur dépouilles , & fie 
naître entre les premiers & les 
derniers Généraux » fous lef- 
quels il fer vie > une efpece de 
jaloufie^d^émulation à quil'ho- 
aoreroic,<lavantage& àquiren'^ 
droit de plus grands témoi- 

f nages de fa valeur ; car, les 
Romains ayan^eudanscestems- 
là plûfieurs guerres à foutenir , 
&i ayant donné un nombre infini 
de batailles , il n*y en eut pas 
une où C. Marcius ne rempor- 
tât des couronnes & des prix 
d'honneur. Les autres fe pro- 
pofoientlagloire pour fin de leur 
vertu, ^ pour lui il fe propofoic 
pour fin de fa gloire , la fatis- 
laâioA de fa mère qu'il aimbît 
fort tendrement* Car , qu'elle 
entendît les louanges qu'on lui 
donnoit , qu'elle vît & touchât 
les couronnes qu'il avoit ga- 
gnées , &c qu'elle Pembraflat en 
verfant des larmes de joie , c'é- 
Coit en cela qu'il faifoit confîf- 
ter le comble de fa gloire & fa 
fouveraine Félicité. Elle le pria 
& le prefia de fe marier ; il fe 
maria; & même après avoir eu 
àes enfans de fon mariage , il 
demeura toujours avec elle dans 
lamêmemaifon. Comme il avoit 
déjà acquis beaucoup de réputa* 
tion & d'autorité da&s la ville 



M A Â2f 

par fa vertu, le Sénat , qui avoir 
pris la proteâion diss nobles , 
étoit en guerre & en diiïentioa 
avec le peuple qui fe trouvoic 
fort maltraité par les Ufuriers. 
Car , ceux qui avoient peu de 
bien ^ le voyoient faifir & ven- 
dre à l'encan ; & ceux qui n'a- 
yoient rien , étoient emmenas 
eux-mêmes prifonniers, quoi- 
qu'ils montraflent les cicatri- 
ces des bleiTures qu'ils avoient 
reçues en combattant vaillam- 
ment pour la patrie , dans ton- 
tes les guerres où ils s'étoient 
trouvés. Cela remplit la ville 
de trouble & de confufion» 

Les ennemis, avertis de ce 
défordre , fe jetterent fur les 
terres de Rome, ôc y ponerenc 
le fer & le feu. Les Confuls eu- 
rent beau faire appeller à fon de 
trompe ceux qui étoient en âge 
de porter les armes, afin qu'ils 
vinflent s'enrôler , perfonne n'o- 
béit. Dans cette circonftance « 
les Magiflrats furent encore 
partagés ; les uns étoient d'avis 
qu'il falloir céder en quelque 
façon aux pauvres & relâcher 
un peu de la rigueur du droit ; 
les autres foutenoient tout le 
contraire^ Du nombre de ces 
derniers étoit C. Marcius , noa 
qu'il eilimât que Targent fût ce 
qu'il y avoic de plus confîdéra* 
ble dans cette affaire , mais c'eff 
qu'il regardoit cette audace 6c 
cette infolence du peuple com- 
me un eâai qu'il faifoit de fes 
forces, pour renverfer enfin les 
loix; c'eft pourquoi, il leur di- 
foit que s'ils étoient fages , iU 
arrêter oient au plutôt cette fu- 



111 M A 

rcur effrénée , & étoufferoient 
de bonne heure une étincelle * 
qui alloit caufer un furieux 
embrafement. 

Le Sénat s*aflefflbla plufîeurs 
fois en très- peu de tems » fans 
pouvoir rien conclure ; les 
pauvres s'attroupent tout d'un 
coup , s'exhortent les uns les 
antres y quittent la ville èc fe re- 
tirent fur le mont Sacré. On 
fçaît que cette fédition ne s'ap«- 
paifa qu'après que le peuple 
eut demandé & obtenu du Se* 
vat qu'on élifoit de leur corps 
cinq hommes, qui auroient pou- 
voir & autorité de protéger de 
de défendre les oppreflbs , 8ç 
qu'on appelleroit Tribuns du 
peuple. 

C. Marcius ^ qui n'étoit pas 
content de ce que' le peuple 
empiétoit ainfi fur les Nobles, 
& qui voyoit la plupart des Pa^^ 
iriciens dans les mêmes fenci* 
mens , ne laifla pas de les ex- 
horter à témoigner autant de 
zèle & d'ardeur que le peuple 
pour la défenfe de la patrie , ôc 
à faire voir qu'ils étoient moins 
au defTus de lui par leurs richef- 
fes 6c leur puiflance , que pat 
leur vertu. 

En ce tems->là , la ville la 
plus confîdérable , & comme la 
capitale des Volfques , avec 
lefquels on avoit la guerre , c'é- 
toit Corioles. Le conful Poilu* 
mus Cominius ayant affiégé cet- 
te place ) toute la nation des 
Volfques allarmée s'aâemble 
& fe met en marche pour la 
feconrîr, Ôc pour combattre les 
Romains fous fes murailles , en 



MA 

les attaquant & en les èDveldp« 
pant des deux côtés. Le général 
Romain partage fes troupes $ 
avec la moitié il va s'oppofer 
au fecours, & laiffe l'autre moi'» 
tié dans le camp continuer le 
fiege fous le lieutenant Titus 
Lartius ^ un des meilleurs 6c des 
plus braves Officiers qui fuffent 
dans Tarmée. Ceux de Corioles^ 
méprifaiit le petit nombre qui 
étoit relié contr'eux font une 
fortie ; 6c fondant de tous côtés 
avec fureur fur les Romains « 
les renverfent d'abord & les 
pouffent jufques dans leurs re* 
tranchemeiîsé Là , C. Marcius 
accourt avec une petite trou-» 
pe , tue tous ceux qui ofent lui 
faire tête ^ arrête les autres 6C 
appelle les Ronaains à haute 
voix. Car, il étoit tel, que le 
vieux Caton demandoit un hom< 
me de guerre , non«feulemenc 
dangereux pour les coups de 
main , mais d*un regard ii affreux 
6c d'un ton de voix (i épouvan^ 
table , que les ennemis ne pou« 
voient les foutenir. La plupart 
des Romains s'étant ralliés au* 
tour de lui , les ennemis effrayés 
prennent la fuite. C. Marcius 
qui n'étoit pas encote fatisfait 
de cet avantage, les pourfuit 
jufqu*à leurs portes. Là voyant 
qu'une grêle de traits , qu'on 
tiroir de deflus les murailles » 
empéchoit les Romains de pouf«* 
fer leur pointe, 6c qu'il n'y eil 
avoit pas un qui ofât feulement 
concevoir la penfée d'entrer 
pêle-mêle avec les fuyards dans 
une ville pleine d'ennemis , il 
les arrête j les exhorte 6c les 



MA 

êncotirage par fon exempte > 
leur criant que la fortune ou- 
vroit bien plus la porte à ceux 
qui pourfuivoienc qu*à ceux qui 
^toîent pouffutvis. Malgré les 
exhortations , peu de gens s*eni* 
preifent à le luivre ; mais lui , 
le lançant au travers des enne- 
mis & s*ouvrant un chemin « en- 
tre parmi la foule , fans que 
perfonne ofe f'oppofer à Tes ef- 
forts, ni tourner feulement la têtCé 
Quand il fut dans la ville » 
& qu'il vît qu*il n'y avoii que 
fort peu de fes gens qui fuflent 
cotres avec lui pour le fecon* 
der y rama/Tant toutes fes forces^ 
il fît des exploits incroyables 
avec une ardeur, une agilité, 
tine grandeur de courage qu'on 
fie fçauroit aflez louer, renver» 
fa tout ce qu'il trouva fur fon 
paâTage , pouITales uns jufqu*aux 
extrémités de la ville , força les 
autres à mettre bas les armes ,& 
donna le tems à Titus Lartius 
dVntrer avec tous les Romains* 
La ville prife de cette maniè- 
re , la plupart des troupes cou- 
rent au pillage^ C. Marcius ir- 
rité leur crie, » que c'étoit une 
^ chofe bien honteufe âc bien 
» îndîg;ne que > pendant que le 
3> Conful , avec les Romains 
» qui Tavoîent fuivi^étoit peut- 
o être encore engagé au com- 
» bat , ils ne fongaiïent qu'à 
o amafler du butin ; ou plutôt 
» que , fous prétexte d'amafler 
» du butin, ils ne cherchaffent 
» qu'à fe mettre à couvert du 
» danger , faifis de frayeur en- 
» tre les bras de la viâoire 
» même* n 



M A Âi) 

l'eu de foldats écoutèrent 
fes remontrances ; c'eft pour- 
quoi f menant ceux qui s'olfri- 
rent volontairemenr à lui , il 
prit la route que l*autre armét 
avoit tenue , tantôt prefFant (es 
gens de h&ter leur marche , tan* 
tôt les conjurant de ne pas laiC^ 
fer ralentir leur ardeur, tantôt 
levant les mains au Ciel 3c 
priant les Dieux qu'il ne trou^ 
vât pas le combat fini, de qu'il 
pût arriver aiTez à tems pour 
partager avec fes citoyens le pé- 
ril de cette journée. 

C'étoit la coutume des Ro- 
mains , quand ils étoient rangés 
en bataille , tout prêts à pren- 
dre leurs boucliers de à cein- 
dre leurs robes, de faire leur 
teftamenC fans rien écrire , en 
nommant feulement leur héri- 
tier en préfence de crois ou 
quatre témoins. C. Marcius en 
arrivant trouva les foldats de 
Poilumus Cominius occupés de 
cet objet , les deux armées 
^tanc en préfence» D'abord fa 
préfence étonna & efiTraya les 
premiers qui t'apperçurent^tant 
à caufe du fang de de la poiif- 
iiere dont il éroit couvert, que 
du petit nombre qui l'avoic 
fuivi. Mai3 , après qu'il fe fut 
approché du<3onful| quVn Ivi 
tendant la main avec toutes les 
marques d^une véritable joie « 
il lui eut appris qu'il étoit maî- 
tre de Cçrioles , de que Poftu- 
mus Cominius le recevant à 
bras ouverts , l*eut embraffé; 
alors tous ceux qui entendirent 
cette bonne nouvelle , de ceux 
qui en jugèrent par les fignes. 



22^ M A 

fentanc redoubler leur courage, 
crièrent qu'on le$ menât au 
combat. Avant le fignal,C. Mar- 
cius demanda à Poilumus Co- 
minius quel étoit Tordre de ba« 
taille des ennemis , de où ils 
avoienc rangé leurs meilleures 
troupes. Ppiiumus Cominius lui 
répondit qu'il croyoit que leur 
corps de bataille étoit compofé 
des bandes Ântiates > qui étoienc 
les troupes les plus braves & 
les plus aguerries de toute leur 
armée. Faites-moi donc la grâce , 
reprit C. Marcius, de m^oppofer 
à ces troupes-là. Le Conful lui 
accorda fa demande , après avoir 
admiré & loué fon courage de 
fâ bonne volonté. 

Comme onfe fut ébranlé pour 
donner , C. Marcius devance fa 
troupe & charge avec tant de 
furie le milieu de la bataille des 
Volfques » qu'il l'enfonce du 
premier choc ; mais » les trou- 
pes des deux côtés s'étant tour- 
nées contre lui , & l'ayant en- 
veloppé , il alîoit être accablé 
fous le nombre , lorfque le Con- 
ful , qui s'apperçut du danger 
où il étoit > envoya fes meil- 
leures cohortes pour le déga- 
ger ; la mêlée fut cruelle & fan- 
glante autour de C. Marcius. 
Dans un moment , on vit la 
terre couverte de morts , juf- 
qu'à ce qu'enfin ces cohortes 
preflent (î vivement les enne- 
mis , qu'elles les rompent & les 
mettent en fuite. En les pour- 
fuivant , elles conjuroient C. 
Marcius qui étoit couvert de 
bJeffures & accablé de laffitu- 
de , de fe retirer au camp ; 



MA 

maïs , il leur dit que ce n'étoic 
point aux vainqueurs à être las» 
& fe montra des plus ardens à 
la pourfuite* Toute l'armée des 
Volfques fut défaite ; il y eut 
beaucoup de morts & gratid 
nombre de prifonniers. 

Le lendemain ^ C. Marcius 
s'étant rendu auprès du Conful, 
toutes les troupes affemblées » 
le Conful monta fur un tribunal ; 
& après avoir rendu aux Dieux 
les grâces qui leur étoient dues 
pour une fi grande vidtoire» il 
s'adrefTe à C. Marcius • fait 
fon éloge où il élevé merveil- 
leufement les grandes aâions 
qu'il lui avoit vu faire dans le 
combat y & celles qu'il avoir 
apprifes par le rapport de Ti- 
tus Larcius; & lui donnant en- 
fuite les prémices de tout le 
butin , il lui ordonne de choifir 
fur tous les biens , fur les che- 
vaux & fur les prifonniers , &. 
de prendre la dîme de tour 
avant que Ton fît le partage 
aux troupes 9 & par defius roue 
cela » pour marquer qu'il avoic 
remporté le prix de la valeur , 
il lui donne pour lui le plus beau 
cheval de bataille magnifique* 
ment harnaché. 

Toute l'armée applaudit à 
ces libéralités; mais»C, Marcius 
s'âvançant dit qu'il recevoic 
avec joie le cheval dont le Con- 
ful l'honoroit , Ôc que les louan- 
ges de fon Général lui étoienc 
extrêmement agréables » mais 
qu'il refufoit tous les autres 
préfens qu^il regardoit plutôt 
comme une paie que comme 
une marque d*honneur » & qu'if 

écoic 



MA 

éloît content de partager égalé» 
ment avec toute l'arioée. » Je 
» vous demande pourtant ^ 
n ajouta-t-il » une gface par 
» defTus les autres > Ûc je vous 
» conjure de ne pas me la re<^ 
30 fufer. J'ai parmi les Volfques . 
» un ami qui eil auflt mon hôte» 
» homme de bien Si d'honneur; 
3» il eft du nombre des prifon*- 
y> niers ; 6c au lieu qu'&upara» 
•> vant il^étoit heureux & riche, 
» il fe trouve préfentement 
» dans une dure fervitude en*- 
» tre les mains de fes ennemis* 
j> De tous les maux qui l'acca*- 
y* blenr > fouffrez que je ie fou- 
» lage d'un feul , & que j^ 
» l'empêche d'être vendu com*- 
n me efclave. n 

Ces paroles de C« Marcius 
furent fuivies des acclamations 
de toutes les troupes > & il y 
en eut bien plus qui admirereàt 
la force qui le faifoit triom- 
pher des richeffes, que la va- 
leur avep laquelle il domptoit 
fes ennemis. Ceux même en qui 
les honneurs exceflifs ^ qu*an 
lui rendoit , avoient excité 
quelque jalouiîe , avouèrent 
qu*il étoit d^autant plus digne 
' de ces grands prëfens , qu'il les 
refufoit avec plus de modeHie, 
&préréreren(,fans coniparaifon, 
la vertu qui lui faifoit refufer 
de Cl grands biens, à celle qui 
• l'en avoit rendu digne ; car de 
fe bien fervîr des richefles, cela 
eft beaucoup plus beau que de 
fe bien Cetvit des armes ; & de 
ne pas les défirer, cela eft en- 
core plus beau & plus héroïque 
que de s'en bien fervir. 

Tom. XXVll. 



M A âiç 

Quand le bruit & les cHs dei 

troupes furent appaifés , Poftu- 

iBus Cominius , prenant la pa* 

rôle, leur dit r » Mes compa*- 

» gnofts , vous ne fçaurier pas 

» contraindre C* Marcius à ré* 

» cevoir ces préfens qu'il ne 

» veut point , & qii'il s'opîniâ» 

II tre à refufer- Donnons - lut 

» donc la feule récompenf<9 

Il qu'il n'eft pîas en fon pouvoir 

3» de rejetter , & hârons-noin 

•I d'ordonner que déformais il 

» fera apellé Coriolan , à môifi* 

I» que la grande & belle aâioti 

» qu'il vient de faire ne notli 

» ait prévenus & ne lui aîc 

39 déjà donné ce nom. » Depuis 

ce jour-lS , il eut toujours c« 

troilieme nom de Corioian^avee 

Teftime & l'admiration de fét 

concitoyens* 

Peu de tems aptèi ^ on vtc 

arriver à Rome des ambafla- 

deurs du peuple de Vélitres qiit 

donnoient entièrement leur villa 

aux Romains « & qui les fup* 

plioient à?y envoyer une eblo* 

nie, parce qu'une maladie coA<« 

tagieiife y avoit caiifé une (î 

grande mortalité de fait un iî 

grand ravage ^ qu*il y reftoit 4 

peine la dixième partiei de fêô 

habltansi Les plus fages jugé-» 

: rent que cette preffante fiéceffi-» 

té de Vclitres étoit arrivée fort 

à propos pour Rome, qui ^ *à 

caufe de la grande difette qu'ellô 

fouffroit alors , avoit un extrê* 

me befoin d'être foulagée ^ 

déchargée d'une partie de fea 

habitansk Ils efpéroient encore 

par ce moyen de purger la vilte* 

de* tout ce qu'il y avoit de plu$ 



2i6 MA 

turbulent & de plus ftdicieux* 
Les Confuls , ayant donc fait 
les rôles de ceux qui dévoient 
compofer la colonie» leur or- 
donnèrent de partir , & enrôle- 
rent les autres pour la guerre 
contre les Volfques. Mais y les 
chefs du peuple » l'excîunt par 
leurs harangues » s*oppoferent à 
Tun & à l'autre de ces defleins. 
Le Sénat ne fçachant que faire 
dans cette conjonâure^C. Mar* 
cius Coriolan , qui étoit déjà 
fier de fa réputation ^ qui avoit 
l'efprit fort élevé & qui fe 
voyoit refpeâé & honoré des 
principaux de Rome » parut 
pour s*oppofer à ces Orateurs 
mutins 6c féditieux. ' 

On lit donc partir la colonie, 
en établifTant de groiïes peines 
contre ceux qui défob^iroient 
au fort qui les avoit nohiméd. 
Mais » la levée des gens de 
guerre ne pouvant être faite en 
aucune manière, le peuple re- 
fufant de prêter ferment , C. 
Marcius C^oriolan afiembla fes 
cliens & quelques volontaires à 
qui il perfuada dele.fuivre, âc 
alla ravager les terres d*An* 
tium f où ayant trouvé quantité 
de bled , de bétail & d'efclaves, 
,il ne fe ré fer va rien pour lui & 
ramena à Rome fes troupes 
chargées de butin 9 de qui fufH- 
Ibient à peine à conduire leur 
proie. Les autres, voyant re- 
venir leurs camarades fi riches , 
commencèrent à fe repentir; & 
pleins d'envie ils regardoient 
C. Marcius Coriolan de mau- 
vais oeil , &c ne pou voient fouf- 
frir fa gloirç de fa puiflance> 



MA 

dont Taugmeotation leur paroif* 
foit comme la diminution & l'en- 
tier anéantiflement-de la leur*^ 
Peu de tems après « C. Mar- 
cius Coriolan demanda le Con* 
fulat« Le fuccès extraordinaire 
-qu'il avoit eu dans toutes fes 
campagnes , lui avoit extrême* 
ment enflé le courage 9 & lui 
avoit acquis beaucoup de créa- 
tures 9 qui lui étoient toutes dé- 
vouées. Le peuple en général 
étoit difpofé favorablement pour 
lui. Il eût regardé comme une 
injuftice criante de refufer un 
homme diftingué par fa naiflTan- 
ce 9 de encore- plus par fon mé- 
rite 9 de de le déshonorer ii pu- 
bliquement» fur-tout après les 
grands fervices qu'il en avoit 
reçus» & il marquoit aflez clai- 
rement fes difpofitions. Ainfi ^ 
Ce Marcius Coriolan comptoir 
fûrement qu'il feroit nommé 
Conful 9 & il n'avoit omis au- 
cune des formalités qu'on ob- 
fervoic pour demander les char- 
ges. Le jour de l'éleâion venu » 
il fe rendit à la place avec un 
fuperbe appareil ^ conduit par 
tout le Sénat , & environné de 
tous les Patriciens 9 qui n'a* 
voient jamais fait paroitre tant 
d'empreflement & de zèle pour 
aucun Candidat. Cet éclat & 
cette grande faveur changèrent 
toutd*un coup les difpofitions 
du peuple , de le firent pafifer de 
reitime de de la bienveillance 
à l'envie de à la haine. Ajoutez 
la crainte dont il fut frappé de 
fe faire un adverfaire redouta- 
ble. 9 en mettant la fouveraine 
puiflVncç entre les mains d!utf 



MA 

hoinme fi zélé pour le parti , 
de la Noblefle » & fi accrédité 
ea même - tems* Le peuple , 
pouCé par ces confidérations » 
refufa C. Marcîus Coriotaii,dc 
nomma pour confuls C. Minu* 
cius 6c A. Sempronitts qui exer* 
cerent cette charge l'an de Ro« 
me 263 » & 489 avant Jeftt$« 
Chrift. 

Le Sénat fut fort indigné 
de la nomination qu'on venoit 
de faire > fe croyant plus ou* 
tragé que C. Marcius Coriolan 
même* Pour lui i il ne fupporta 
pas cet affront avec modération 
ni avec douceur» étant accou- 
tumé à s'abandonner à cette 
partie de l'ame où réfident la 
colère 6c l'opiniâtreté , & qu'il 
regardoit comme la fource de 
la magnanimité & du courage ; 
car , il n'avoit point en lui cet 
heureux tempérament de gra- 
vité , de douceur fit de patien- 
ce f qui fait la plus gçande par- 
tie des vertus politiques , Se 
qui eft le fruit de l'éducation 
de de la raifon. Il ignorojt qu'un 
homme » qui veut fe mêUr du 
gouvernementâc converfer avec 
les hommes , doit éviter fur tou* 
tes chofes l'opiniâtreté qui , 
comme dit Platon , eft toujours 
la compagne de la folitude > Se 
être particulièrement dévoué à 
la patience j quoiqu'elle paroif» 
fd û ridicule 6c a méprifable à 
ceux qui n'en jugent pas faine- 
menr* 

Ce Marcius Coriolan , étant 

donc fans déguifement , entier 

& inflexible , croyant que tout 

ur monter , c*étoit abfolument 



M A 117 

le partage de la feriheté Se de 
la lorce » & qui ne voyant pas 
que c'eft le plus fouvent celui 
de la foibleflê 6c de la mollefle^ 
qui , de la partie malade de 
Tame 9 font fortir la colère ^ 
comme une enflure , qu'elles ne 
fçauroient diiSper « fe retira 
ch^z lui tout troublé Jc pleia 
de reflentiment contre le peu- 
ple. Tout ce qu'il j avoit de 
jeunes Patriciens qui l'avoienc 
toujours parfaitement honorée 
qui s'étoient entièrement atta- 
chés à lui y redoublèrent 9 par 
malheur en cette rencontre , 
les témoignages de leur dévoue-» 
ment & de leur affeAion , 6c 
enflammèrent encore plus fa co- 
lère par la part qu'ils prirent à 
fon reflentiment & à fa dou- 
leur. Car 9 c'étoit leur capitai- 
ne 6c leur maître qui , avec 
beaucoup de fîmplicité , les 
drefibit au métier de la guerrtf 
dans les armées ; fit qui , en. 
allumant entr'eux une ambitioiL 
de vertu fans envie » leur en- 
feignoit quelle étoit la gloire 
qu'ils dévoient tirer de leurs» 
belles allions. 

Cepenlant, il arriva à Rome 
une grande quantité de bled » 
partie acheté en Italie fie en Si« 
cile » partie envoyé en pur doti 

Ear Gélon , tyran de Syracufe» 
a plupart commencèrent alors 
à concevoir de grandes efpé- 
rances » que la ville alloit être 
foulagée de fa difette fie délî«c 
vrée de fes diflenfions. Et le Se* 
nat s'étant aflemblé le jour mê« 
me > le peuple environna le Pa- 
lais > attendant l'eflist des déU«^ 



siî MA 

bérations qui y feroient prifes > 
& efpérant que le bled qu'on 
avoir acheté leroit vendu ^ un 
prix raifonnable , & que celui 
que Gélon avoir donné « feroic 
diilribué gratuitement; car, il 
y eut des Sénateurs qui propo* 
lerent cet avis. Mais , C. Mar* 
cius Coriolan s'éleva & s'em- 
porta avec beaucoup de vio- 
lence contre ces partifans de la 
populace , les appellant fédi- 
tiéux & traîtres à la NobleCTe y 
8c leur reprochant quMls nour- 
rifToîent contre eux-mêmes les 
xnarlheureufes femences d'auda- 
ce & d*infolence qu'on avoir 
jettées parmi le peuple , & qu'on 
auroit dû écoufFer dans leur 
naiâTance, en ne fouffranc pas 
que le peuple s'emparât 8c fe 
munît d*une puiflance aufG con- 
fidérable que celle du Tribunat; 
<]ue ce peuple étoic déjà très* 
tedoutable , en ce qu'il obte- 
noit tout ce qu'il vouloit ; qu'on 
ne pouvoit le forcer à aucune 
chofe malgré lui.; qu'il n'obéif- 
foit pas même aux Confuls ; ôc 
que vivant dans l'anarchie & 
dans une parfaite indépendance, 
ii ne fe'fouroettoît qu'àTes chefs, 
qu'il appelloit fes MagiArats* 
y> Ceux , qui confeillent de 
7> faire des largeiTes de des dif- 
y> tributions de bled t comme on 
» l'a fait dans les États de la 
» Grèce , où le peuple eft le 
3> plus abfolu, ne font que fo* 
39 menter la défobéilTance qui 
7> fera enfin fuivie de l'entière 
» ruine de la République. Car, 
j> ces mutins ne diront pas qu'ils 
9 reçoivent ce bled comme la 



MA 

» récompenfe des fervîces quMIs 
y> ont rendus à la guerre, où ils 
3> ont tant de foisrefufé d'aller» 
X» ni comme le prix des attrou- 
y> pemens féditiéux qu'ils ont 
» faits fur le mont facré , & 
» par lefquels ils ont trahi 6c 
n abandonné leur patrie , ni 
3> comme le falaîre des calom- 
» nies qu'ils ont reçues & ap- 
» prouvées contre le Sénat ; 
y> mais, prétendant que nous 
» cédons à leur audace par 
3» timidité , ôc que nous leur 
» donnons ce bled pour les 
» flatter & pour les appaifer , 
I» ils ne mettront ni bornes à 
y> leur licence , ni fin à leurs 
» féditions. C'eft pourquoi , ce- 
If feroit une iniîgne folie ;iSc & 
» nous fommes fages , nous leur 
n arracherons cette puiffance 
» Tribunitienne qui eft l'entie- 
3» re deftruâion du Confulat ÔC 
» la divifion de la ville qui n'eft 
3> plus une comme elle étoir f 
>» mais déchirée & partagée ea 
» deux fadlions qui nous em- 
j> pécheront toujours de nous 
» réunir, de entretiendront à 

» jamais nos maux, nos troubles 
If 6c notre difcorde. u 

Par ces paroles & autres fem- 
blables, il entraîna tous ces jeu- 
nesgensât prefquetous les autres 
riches , ôc leur communiqua la 
mên>e fureur dont il étoit animé; 
de manière qu'ils rrioienc tous 
que Rome n'avoir que lui feul 
qui fût invincible ÔC véritable*- 
ment ennemi de la flatterie ; 
mais , quelques-uns des plus 
âgés s'oppofoient à lui , pré«- 
voyant bien ce qui .arriveroic» 



MA 

En effet » il n'en arriva rien de 
bon ; car, les Tribuns, qui étoient 
.préfens à cette délibération du 
Sénat , voyant que l'avis de C» 
Marcius Coriolan prévaloit , 
fortirent & coururent vers le 
peuple avec de grand; cris , 
lui ordonnant de fe joindre à 
eux & de leur prêter main 
forte. Le peuple , $*éiant donc 
attroupé avec beaucoup de «u- 
nulte ôc de bruit, fut informé 
de l'avis qu*av.oit propofé C. 
JVlarcius Coriolan; & il $'en 
fallut peu que « tranfporté de 
colère , il ne forçât les portes 
.& n'entrât dans le Sénat. Mais 
les Tribuns, fe contentant.de 
rejetter toute la charge fur C 
Marcius Coriolan, envoyèrent 
le demander } afin qu'il vint fe 
juilifîer & fe défendre ;: & 
voyant qu'on avoir maltraité & 
repouifè avec violence leurs 
.Liâents , ils allèrent en per- 
sonne, accompagnés des Édiles» 
pour l'emmener par force, âc le 
faifir au corps. Les patriciens , 
accourus à fon fecours , repouf* 
ferent les Tribuns & frappèrent 
même les Éàtkes ; la nuit vint 
mettre fin. à ce défordre ôc les 
féparer. 

. Le lendemain , il y eut .de 
part de d'autre beaucoup d'af- 
lemblées , de délibérations , de 
harangues, où les Tribuns du 
peuple fouventfe portèrent aux 
plus violens excès. Ils ordonnè- 
rent par exemple que C. Mar« 
cius Corîolaa vint répondre fur 
40US ces chefs : » S'il n'étoic 
» pas vrai que , pour bouU* 
» verfet tout le Gouvcraement 



M A ^zç 

y> Scpour ruiner le peuple , il 
» avoit excité lé Sénat ; s'il 
». n'avoit pas été rebelle à leur 
M ord^e, quand ils lui avoient 
o commandé de venir fe juftifier; 
p & enfin , fi en maltraitant Sc 
y> frappant les Édiles en pleine 
A^afTemblée , il n'avoit pas al« 
n lumé, autant qu'il étoit eo 
30 fon pouvoir , une guerre ci- 
•> vile,.&poufie les- citoyens à 
;o prendre les armes pour s'en-» 
» tre-tuer. a Le but de cette de- 
mande étoit, ou de l'humilier / 
en le forçant à rabaiffer fa -fier- 
té & à flatter le peuple, ou, 
s'il fui voit fon naturel hautaiii 
&, fuperbe , de rendre implaca- 
ble la colère dont le peuple 
étoit animé contre lui; & ils 
efpéroient bien plus de réuffic 
dans ce dernier deiiein , jugeant 
parfaitement de ce naturel in-- 
traitable que rien ne'foumetr 
toit. ♦ 

C. Marcius Coriojan $*étant 
donc prélenté , compe. pour fe 
juflifier , le peuple lui donna 
audience avec un filence pror 
fond ; mais , au lieu de com- 
mencer par des paroles humbles 
&C fupplianres qu'on att(?ndoit, 
il parla d'abord ,.non - feule-» 
ment avec une liberté odieufe 
^ en des termçjs.plus féant^ 
dans la bouche d'un accufateur, 
que dans celle d'un accufé , 
niai^ avec un ton de voix ÔC un 
air de vi&ge où il paroiiToit une 
audace qui approchoit extrê- 
Qiement du mépris ôc, de la fé- 
curité. Le peuple irrité témoi-* 
gna qu'il fupportoit fort impa- 
tiemment une fi grande infolea** 

F ni 



«;* MA 

e déchirant fefr hlibies , H 
vint à montrer les cicatrices des 
plaies honorables 4]u*il avoie 
reçues au-dçv^t du. corps « <5c 
qu'il eut demandé aux Tribuns 
fi: ç'étoieât-là'd^s preuves du 
crime dont ils Taccufoient 9 & 
des aâions qui cendinent à la ty- 
rannie 9 prefque tous Jlei habitans 
furent touché s jufqii'au;c larmes. 
* iesTribunsi^uj feqtirent que 
leur accuféL^H-PÛ lei^r échap- 
per , changereiii;..de^ batterie , 
oc lui. imputèrent, fun nouveau 
crime ; c'étoit de n'avoir pas 
remis au créCor public le butin 
çu'il avoit fait fur les terres des 
Antiates ». comme la loi l'or- 
ionnoït 9 mais 4® l'avoir parta-» 
gé à Tes foldats pour s'en faire 
des créatures , .& s'en fervir 
dans l'occafîon pour Tes deffeins 
criminels , félon 1-a coutume des 
ambitieux « dpnt les largefTes 
gratuites font les degrés o.rdinai<* 
fes pour parvenir à U tyrannie. 
. Cette nouvelle accufation 
troubla Ç. Marciiis Qoriolan , 
qui ne s'y atc^ndoit pas , 6c 
qui y répondit mal ; & elle 
caufa beaucoup, de changement 
dans les efprits de la multitude» 
toujours volage» & accoutumée 
}l fe livrer ave'v^glément aux 
plus légères iropr^d^ons. Les 
Tribuns prononcèrent contre 
^'accufé la pejne-d'un bannifle* 
jment perpétuel ; c'étoit la cour 
^wne qu'ils .donçaHept d'abord 
Jleiirs conc}uiiops, \\% Teinirenc 
.enfuite leur ^vis à ln^délibéra*^ 
tion des Tribus ; elles éeoienc 
«u nombre de vingt - une. Neuf 

opineront pour dbfoudre C. 



MA 

Maficus Coriolan ; les douze 
autres le condamnèrent. 

La fentence ayant été pro- 
noncée 9 le peuple en eut plus 
de joie & en conçue plus de 
fierté & d'orgueil que de routes 
les batailles qu'il avoîc déjà ga- 
gnées ; mais, le Sénat en fut fi 
affiigé ôc (1, confus ^ qu*il ofoic 
à peine lever les yeux , très- 
fâché & très-^repentant de n'a- 
voir pas pouffé les chofes à la 
dernière extrémité » plutôt que 
de foufirir cette infolence du 
peuple , & que de lui laifler 
ofurper un pouvoir fi abfolu* 
Alors y les difierens habits & les 
autres marquas. extérieures de 
triftefle 6c de joie étoient peu 
BécefTaires, pour juger des dif- 
férentes paiïîons , donc les uns 
& lés autres étoient animés ; 
car y xi étoit aifé de voir que 
ceux qui fe réjouilTosent étoient 
du parti de la populace , de que 
ceux qui s'affligeoient étoient 
du côté dt^ Patriciens. 

Il n'y. eut que C. Marcius Co'^ 
riolan que ce coup ne put ni 
humilier ni étonner.; il demeura 
toujours ferme & afluré dans fa 
contenance 9 dans fa démarche , 
& dans tout fon air ; âc au mi- 
lieu de ce grand nombre d'hom- 
mes qui étoient extrêmeovenc 
touchés de fon infortune , il fut 
le feui qui parut ne point corn* 
'patir à leur douleur. Geéte in- 
fenfibilité n'étoit point un ^âfet 
ide fa raifon ou de fa douceur; 
elle venoit encore moins de la 
•modération avec laquelle il 
fupporroît cet accident ; mais» 
c'e qu'il étoit potiérement poA 



fédé par rindignation 8c par la 
colère ; & cet état , quoique le 
commun des hommes ne s'en ap« 
perçoîve point , vient toujours * 
d'un fond de trifteflTe ; car , dès 
que la tnûeffe , fubtilifée & 
comme enflammée , s'eft con- 
vertie en fureur f elle chafle 
l'abattement & la foiblefle. 
Voilà pourquoi tout homme en 
colère paroû vaillant , comme 
un fébricitant paroit en feu, l'a- 
ane étant alors , pour ainii dire , 
dans refFervefcence t dans le 
mouvement & dans la tenfîon, 
Auffi les: effets firent- ils bien 
voir que C. Marcius CorioUn , 
malgré cette apparente tranquil- 
lité 9 étoit dans cette paffion 
violente ; car, s'en étant re- 
tourné chez lui , il embrafia fa 
jnere 6c fa femme qui déplo- 
Toîent leur malheur avec de 
grands cris & avec des torrens 
de larmes ; 6c après leur avoir 
fait fes adieux & le| avoir ex- 
hortées à fupporter patiemment 
leur affliction, il fortit inconti- 
nent ôc s'en alla à une des por- 
tes de la ville , accompagné de 
-cous les Patriciens. 

Là , fans rien demander à 
aucun xi'eux & fans vouloir en 
rien recevoir , il les quitta , 
^n'ayant avec lui que trois on 
quatre de fes cliens , ôc. paffa 
quelques jours dans des terres 
qu'il avoir auprès de Rome > 
combattu de mille différencefs 
jjeofées que la colère lui fug- 
géroit, de qui ne tendoient à 
jrien de bon ni d'utile , mais qui 
-ailoient toiites à fe venger des 
JU)nusas« Enfin > il réfoluc d« 



M À 2fj 

leur fufciter quelque granc^ 
guerre avec leurs voifins ; & il 
trouva à propos de tenter les 
Volfques les premiers, & de les 
folliciter à prendre les armes , 
fçachant qu'ils étoîent puiflans 
en troupes Ôc en argent ; 6l fe 
doutant bien que les échecs qu'ils 
avoient reçus dans la dernière 
guerre , n'avoient pas tant di- 
minué leurs forces , qu'excité 
leur faloulie de augmenté leur 
animolîré. 

Il y avoir en ce tems-là dans 
la ville d'Antium , un homme 
appelle Tullus Amphidîus, ou 
plutôt Attius , qui , par Tes ri- 
chefles , par fon courage & par 
la nobleÔe de fa maifon , étoit 
comme Roi desVolfques.C.Mar- 
cius Coriolan fçavoît fort bien 
que de tous les Romains , il étoit 
celui que Tullus Attius haïiîoit 
le plus ; car , s'étant fouvent 
rencontrés dans les combats , 
ils s'éroient menacés, défiés & 
bravés avec beaucoup de fierté 
comme cela arrive ordinaire- 
ment à de jeunes guerriers ja- 
loux d'honneur, 6c qui font pi- 
qués d'une émulation de gloi- 
re; & à la haine publique qui 
les animoit run- contre l'autre ; 
ils avoient ajouté iine haine par- 
ticulière qui les rendoit double* 
ment ennemis. D'un autre côté, 
il connoififoir aufïî fon courage 
hautain & invincible, 6c il n'i- 
gnoroit^as qu'il fouhaitoit plus 
que fous les Volfques une occa- 
fîon de rendre aux Romains 
tous les maux qu'ils avoient faits 
à fa nation. 
« Il harzarda donc u^e Qh9h 



^^4 ^ A 

Îtii prouve bien la vérité de ce 
ue dît un ancien Poëie , qu'il 
cft difficile de réfifler à la colère» 
qu'on acheté même aux dépens 
de fa vie ce qu'elle veut ; car , 
ayant pris des habits les plus 
capables de l'empêcher d'être 
connu f il entra comme Ulyilè 
dans la ville des ennemis* C'é- 
toit fur le foir ; il trouva beau- 
coup de gens dans les rues , & 
perfonne ne le reconnut. Il alla 
tout droit à la maifoa de Tul- 
lus Attius 9 entra fans être vu de 
alla s'afiTeoir près du foyer dans 
un gra^d (ilence ; 6c s'étant cou- 
vert la tête 9 il demeura là fans 
remuer ôc fans dire une feule 
parole. Les gens de la maifoa 
en furent foriT étonnés , ils n'o« 
ierent pourtant le faire lever ; 
car , & fon habit & fon (ilence 
lui donnoient une forte de ma- 
jefté qui le rendoit refpedla- 
ble » mais ils allèrent a^nnoncer 
cette furprenante aventure à 
Tullus Attius qui foupoit. 

TuUtts Attius fe leva d'abord 
de table 9 alla vers lui ôc lui 
demanda qui il étoit & en quoi 
il avoit befoin de fon fervice* 
Alors 9 C. Marcius Coriolan dé* 
couvrit fa tête; 8c après avoir 
ité quelque tems fans parler, 
il lui dit : » Si tu ne me re- 
» connois pas encore 9 ou que 
30 tu ajes de la peine à en 
9» croire tes yeux 9 c^eft une 
30 oéceiEcé que je me décelé 
» moi-même; je fuis C. Mar- 
9» cius qui ai fait tant de mal 
a» aux Volfques. Le furnom de 
3» Coriolan que je porte ne per- 
9> mec pas de le nier i la feule- 



MA 

» récompenfe qui me refie de 
39 mes travaux Se des dangers 
3» auxquels j'ai expofé ma viOf 
» c*eft ce Uirnom 9 moaunenc 
p éternel de lahaine que je vous 
3» ai portée, c*eft le fetil prix 
3» que Ton n'a pu m'enlever ; 
» tous les autres m'ont été ra« 
» vis « d'un c6té par Tenvie & 
a» par Tinfolence do peuple 9 de 
» de l'autre par la molleffe Si 
» par la lâcheté des Nobles Se 
» des Magiftrats. I*ai été baiini » 
3» ôc je fuis venu m'humilier à 
3» ton foyer Se me rendre ton 
3» fuppHanc 1 non pas pour être 
p en fureté ni pour fauver mm 
» vie", car ferois-je venu cher 
» toi fi je craignois la mort? 
» mais pour me venger des 
30 Romains, 8c c'eft déjà m'en 
» venger que de te rendre le 
n maître de ma perfonne. Si tu 
39 as donc le courage d'attaquer 
3» tes ennemis 9 fers-toi de mes 
.3» calamités préfentes, Si. fais 
30 tourner à l'avantage commun 
33 des Volfquei mes malheurs 
s» particuliers. Je combattrai 
3» encore plus heureufemeoc 
j» pour vous 9 que je n'ai comn 
» battu contre vous; car ceux 
» qui fçavent le fecrec de Ten* 
3» nemi, font plus en état de 
9 bien fervir que ceux qai 
3> l'ignorent. Que fi tu n'ofes 
39 penfer à la guerre, il ne nous 
n eft expédient , ni à moi de 
I» vivre I ni à toi de fauver un 
» homme qui a toujours été ton 
» ennemi , & qui t'eft préfente-. 
Tf> ment inutile. » 
Tuilus Attius 9 ravi d'eoten-^ 

dre ce di&our^ » fc lui cendiu» 



MA 

la main : y> Levé* toi » lui dît-it» 
a» C. Marcius Coriolan , & 
^ prends courage ; tu nous fais 
» no préfent ioeâîmable en te 
9> doeoanc à nous , de tu doit 
» t'atteodre que les Volfques 
» t'en témoigneront leur recon* 
o noiflance. » Et fur l'heure 
aèrne il le fît mettre avec, lui 
à table 9 lui fit la meilleure 
diere dont il put a'avifer ; &ç. le 
lendemain & les deux jours fui- 
vans ils confnlterent entr*eux 
fur les moyens de faire la 
guerre.. 

Cependant» Rome étott ex» 
trêmement troublée par l'ani-r 
mofité que les Patriciens cott« 
fervoient contre le peuple , & 
qui étoit beaucoup augmentée 
^depuis la condamnation de C. 
Marcius Coriolan. De tous cô- 
«tés 9 les Devins , les Prêtres 8c 
les particuliers mêmes annon- 
çoient des prodiges très^dignes 
de conitdéracion* Cependant, à 
Antium C. Marcius Coriolan Se 
Tulius Attius parloient tous 
-deux en fecret aux principaux 
de la ville , èc les exhortoient 
-à prendre les armes, pendant 
que les Romains étoient divi- 
fés ; âiaîs , comme la plupart 
itoient retenus par la honte de 
Tompre fans aucun fujet une 
«rêve qu'ils avoîent faite pour 
tieux ans, les Romains leur en 
donnèrent eux-mêmes un pré- 
tei^t piaufible , en faifant pu« 
I^Her 9 fur un léger foupçoiti 8c 
^r une accufation très*faufle , 
4e propre jour des jeux, que 
^ous les Volfques euflent à for- 
cir de Rome avant le SoleQ cou- 



M A 235 

ché. II 7 a des Auteurs qui 
prérendent que ce fut une rufe 
de C. Marcius Coriolan même^ 

?[ui envoya à Rome aux Con« 
uls un homme apoÂé pour 
leur donner ce faux avis 9 que 
les Volfques avoient complotté 
de les attaquer pendant les jeux 
de de mettre le feu à la ville* 

La publication de cet ordre 
irrira extrêmement les Volfques; 
& Tulius Attius , groffilTant cet 
affront, leur perfuada d'envoyer 
ibmmer les Romains de leur 
rendre toutes les terres & ton* 
tes les villes qu'ils leur avoient 
prifes pendant la guerre. 

Le Sénat , ayant entendu leurs 
Anibafiaà<?urs , en fut indigné , 
ëc fit réponfe que, fi les Volf- 
ques prenoient les premiers les 
armes » les Romains les pofe«* 
roient les derniers. Cette ré« 
ponfe ouie , Tulius Attius con- 
voqua une alTemblée générale 
de la nation des Volfques , oà 
il fit conclure la guerre de leur 
confeiila de faire entrer Cm 
Marcius Coriolan , d'oublier le 
paâfé , de d'avoir en lui une en^ 
tiere confiance ; leur promet^ 
taiu qu'étant leur ami de leur 
allié , il leur feroit plus de bien 
•qu'il ne leur avoit fait de mal « 
pendant qu'il avoit été leur en* 
iiemi» 

C. Marcius Coriolan ayant 
4oac été appelle , de ayant par- 
lé au peuple, on trouva qu'il 
"étoit auiC éloquent que grand 
Capitaine, de que fon courage 
écott guidé par beaucoup de 
prudence de de capacité, de 
4uf l'iieure même il fut élu Gé« 



it^é M A 

néral avec Tullus Attîiis. Crai- 
gnant donc que le teros , qu'on 
eraploiroit à faire cet armement , 
ne fut trop long & ne lui fît 
perdre une occalîon très-favo- 
f abie 9 îl laiiTa aux Magiftrats 
& aux principaux le foin d'af* 
fembler les troupes Ôc de faire 
tous les autres préparatifs , 6c 
prenant avec lui les plus déter- 
minés ôc les plus prompts à lé 
fuivre 9 il partit fans faire de 
revue, de tomba fur les terres 
ifes Romains tout d*un coup , 
èc avant qu'on pût s'en douter 
h Rome. Il y fit un. fi grand 
butin, que fes troupes en étoient 
fatiguées 6c ne pouvoient fuffi- 
xe , non-feulement à l'emmener 
3c à le porter , mais à le con- 
iumer dans le camp , quelque 
dégât qu'elles enfiffent.Le moin- 
4ire avantage que C. Marcius 
Coriolan prétendoit tirer de 
eetie courfe^ précipitée , c'éroit 
de piller de de ruiner le païs ; 
il avoir un but plus important 
j& plus confîdérable, qui étoic 
de rendre les Patriciens plus 
fufpeâs au peuple. Car 9 pen- 
dant qu'il ravageoit toute la 
•campagne , il avoit grand foin 
d'épargner les terres des Nobles, 
& ne foufFroit pas qu'on fît le 
moindre tort, ni qu'on en enlevât 
la moindre chofe ; ce qui enve- 
nima encore plus les efprits ôc 
augmenta la diCTention & le.dér 
fordre; les Patriciens accufanc 
Je peuple d-avoir chaiTé très*in- 
Juftement le plus vaillant bon»- 
me qu'ils euÂent ; 8c le peuple 
.reprochant aux Patriciens que 9 
par uA mouvemeac de haine fie 



MA 

de vengeance , ifs avoîent eux- 
mêmes appelle C. Marcius Co- 
riolan , afin que , pendant que 
leurs maifons & leurs champs 
feroient pillés ôc faccagés > iU 
euifent le plaifir d'être fpeâa- 
teurs tranquilles , dans la con« 
£ance de dans l'aflurance où ils 
étoient » qu'ils avoient au de- 
hors la guerre même pour gar«" 
de de leurs terres & de cous 
leurs biens. 

Après cette expédition qui 
fer vit infiniment à augmenter lé 
courage des Volfques de à leur 
faire méprifcr leurs ennemis , 
C. Marcius Coriolan ramena (k 
•croupe fans avoir perdu un 
feul homme ; mais, après que 
toutes. les forces des Volfques » 
qui accoururent tous d'un grand 
-courage , furent aflembiées « 
on les trouva fi nombreufes » 
qu'on jugea à propos d'en laif- 
fer une partie dans le païs pour 
la fureté des villes, de de mener 
l*autre partie contre les Ro- 
mains. C. Marcius Coriolan 
donna à Tullus Attius le choix 
de l'armée qu'il voudroit com- 
mander ; mais , Tullus Attius ré- 
pondit que C. Marcius Corio* 
lan ne lui étoit inférieur ni en 
courage , ni en expérience » ÔC 
qu'il avoit fur lui l'avantage 
d'avoir été plus heureux dans 
tous, le^ combats ; qu'ai nfi il fal* 
loit qu'il .commandât l'armée 
•qui marchoit en campagne; de 
que pour lui il demeMreroic 
.pour garder le païs de lui en- 
voyer les convois & tout ce 
^ui feroic aéceflaire à (en 
>croupe$i 



Il > 



MA 

C» Marcius Coriolan i rendu 
encore plus puifTant par ce par- 
tage « marcha d*abord contre la 
ville de Circée » colonie àcs 
Romains , qui , s'etant rendue 
à difcrécion , fut garantie du 
pillage. De-Ià il alla ravager 
les terres des Latins , dans Tef- 
pérance que les Romains vien- 
droient lui livrer bataille, pour 
défendre leurs alliés qui avoienc 
plufîeurs fois imploté leur aide ; 
mais , comme le peuple étoic 
n^al intentionné , 8c que les 
Confuls n*avoient plus guère de 
tems à être en charge , ils ne 
voulurent rien hazarder » & 
reftvoyerent les Ambafladeurs 
des Latins fans leur accorder 
aucun fecours. C. Marcius Co- 
riolan , déchu de cette efpé» 
rance , tourna fes armes contre 
les villes du Latium» prit d'aflaut 
Tolérium , Labicum , Pédum Se 
Boles qui oferent lui faire ré- 
iiilance* . Les hommes furent 
vendusj & les biens pillés ; mais, 
il prit un trèsrgrand foin de ceU 
les qui lui ouvrirent les portes ; 
& afin qu'elles ne fouffiriàent au- 
cun dommage^ même à fon in- 
fçu , il carapoit le plus loin 
qu'il lui étoic pof&bîe; & en 
paflfknc fur leurs terres, il ne 
ibuffroit pas qu'on prît rien de 
ce qui étoit à elles. Il alla met- 
tre le fiege devant une autre 
ville qui n'étoit environ qu'à 
douze milles de Rome , & qui 
fe défendit plus vigoureufemenc 
que les autres, de où beaucoup 
,de Volfques furent tués; mais 
enfin il la prit^ pafTa au fil de 
l'épée prefque cous ceux qui 



M A :i}7 

étoient en âge de porter lés ar« 
mes, & y fit un très-grand butin« 
liur le bruit de ces grands 
avantages y les Volfques, qui 
étoîenrrefiés dans leur pais poar 
la fureté de leurs villes , ne pon- 
voient fe contenir ;.ils alloienc 
par troupes dans le camp de C* 
Marcius Coriolan^ diiant hau- 
tement qu'ils ne connoifibienc 
que lui de Général , Ôc qu'il 
étoit leur feul Capitaine ; auffi 
fon nom étoit grand dans tonte 
l'Italie 9 & l'on parloit avec 
admiration de cette grande va- 
leur qui , par le changement 
d'un feul homme» avoit produit 
dans les affaires des changemens 
fi furprenans 6c fi merveilleux* 
Le défordre augmentoit ce- 
pendant à Rome ; on n'ofoic 
prendre les armes pour en^-ve- 
nir à un combat, de l'on paf« 
foie les jours entiers à fe que- 
reller Se à femer des propos 
féditieux les uns contre les 
autres ; mais , Lavinium , où 
étoient les Dieux de leurs pères 
ÔL d'où ils tiroient leur origi- 
ne, parce que c'étoit la pre- 
mière ville qu'Énée eût bâtie 
dans le Latium, étant afliégée» 
cette nouvelle , qui fut d'abord 
publique , produifit tout d'u^ 
coup un changement merveil- 
leux dans l'efprit du peuple» 
& tourna d'une manière étrange. 
& bizarre celui des Patriciens ; 
car , le peuple vouloit cafiec 
Si abolir la condamnation de C« 
Marcius Coriolan & le rappel- 
1er dans Rome ; & le Sénat, s'é- 
tant afTemblé pour délibérer fur 
cette propofîtioa » la rejetra 6c 



^)8 M A 

t'y oppofa de toutes fes forces ; 
foif que , par un cfprit d'opi- 
oiâtreté » il prît toujours le p4i- 
ti de s'oppofer à tout ce que le 
peuple défiroit le plus ; foit qu'il 
ne voulût pas que C. Marcius 
Coriolao dût fon rappel à la fa- 
veur du peuple ; foit enfin que 
fa haine commençât à s'étendre 
fur C. Marcius Corîolan , parce 
que f quoiqu'il n'eût pas un 
égal fujec de fe plaindre des 
deux partis » il les roaltraitoii 
également, 8c qu'il s'étoic en« 
fièrement déclaré Tennemi de 
fa patrie » dans laquelle il fça- 
voit bien que la plus grande 
& la meilleure partie compatif- 
foit à fes malheurs 9 & étoic en- 
veloppée dans la même injufti* 
ce qu'on lui avoir faite. 

Cette Téfolution dn Sénat 
ayant été déclarée» le peuple fe 
trouva dans l'impuiflance de 
faire pafl*er la loi par fes fuiFra*- 
ges f car il falloir un décret du 
Sénat. C. Marcius Coriolan y 
qui en eut d'abord la nouvelle, 
en fut encore plus irrité , de 
manière qu'il quitta le iiege de 
Lavinium , & tranfporté de fu- 
reur , t\ marcha vers Rome avec 
fes meilleures troupes , 6e alla 
camper près des foiTés Ciuiliens 
à quarante Oades de la ville, où 
fon approche jetta une û gran- 
de épouvante 6c un tel eSroi » 
qu'elle appaifa d'abord la fé- 
dition. Il n'y eut pas un Magif* 
trat t pas un Sénateur qui ofôt 
contredire le peuple fur le rap- 
pel de C. Marcius Coriolan* 
Mais tous , voyant les rues 
pleines de femmes qui couroient 



MA 

çà & Fà tout éperdues , les teiii- 
ples remplis de vieillards qui , 
dans une profonde humiliation 
& verfant des torrens de lar* 
mes, adrelToient leurs prières 
aux Dieux , àc en général tous 
les efprits dénués de force & 
de courage, de incapables de 
trouver leur falut dans leurs 
confeils » reconnurent que le 
peuple avoit eu raifon de 
vouloir rappeller C. Marcius 
Coriolan, & que le Sénat avoir 
très- mal fait de commenicer à 
entrer en colère , & à avoir du 
reflentiment dans un tems oh le 
feul bon parti étoit d'y renon« 
cer , s'il en avoit été rempli.* 

Ils réfolurent donc tous d'en^ 
voyer une ambaflade à C. Mar- 
cius Coriolan, pour lui offrir 
fon rappel & pour le fupplier 
de terminer cette guerre. Les 
AmbafTadeurs qui furent pris 
dans le Sénat, 6t qui étoient 
tous parens ou amis de C. Mar* 
cius Coriolan , s'attendoienr à 
recevoir aii moins de lui un- 
favorable & gracieux accueil 
à leur arrivée, mais ils furent 
fort trompés ; car , ayant été' 
conduits au travers de l'armée 
en bataille , ils trouvèrent C*- 
Marcius Coriolan ailis dans le 
Confeil au milieu d'^n grand* 
nombre des principaux officiers» 
ôc qui , avec un trouble Ôc une 
émotion qui paroiifoient dans' 
fes yeux , & d'un ton plein 
d'une févérité terriblfe , leur 
ordonna d'expofer le fujet de 
leur ambaifade en préfence de 
tous les Volfques dont il étoit' 
environné ; les ambaflàdeurs 



MA 

«expliquèrent dans les termes 
les plus modeiles y les plus doux 
& les plus convenables à Tétac 
de leur fortune» 

Leur difcours fifii> C. Mar* 
cius Coriolafi leur t^pondit , 
pour ce qui le regardoit » avec 
beaucoup d^aigreur & ayec un 
emportement proportionné à 
Finjure qu'il avoir reçue » & 
pour ce qui regardoit les Volf- 
ques , comme leur Général , il 
demanda que les Roitiains leur 
rendirent toutes les villes &^ 
foutes les terres qu'ils avoienc 
prifes dans les guerres précé- 
dentes ; Jk que par une loi ils 
accordalTenc aux Volfbues le 
laême droitjde bourgeoiue qu'ils 
avoient accordé aus^Latins ;que 
ce n'étoit au*à ces conditions 
juftes & raiionnables qu'ils pou- 
voient obtenir ja paix. Il leur 
donna trente jours pour délibé- 
rer fur ces demandes ; Se après 
^'ils fe furent retirés , il dé- 
campa & mena fon asmée hors 
du territoire de Rome* 

Ce fut-là le premier prétexte 
de calomnie que failirent ceux 
des Volfques qui depuis iong^ 
tems ne pou voient fupporter fa 
puiflance , & ^ui ne voyoient^ 
qu'avec un oeil d'envie fes fur- 
prenantes profpérités ; Tulius 
Attius même étoic de ce nom- 
bre. Ce n^ft pas qu'il eût reçu 
aucune injure particulière de 
C. Mar<^ius Coriolan » mais il 
étoit poufle par une paffion qui 
n'eil que trop naturelle à l'hom- 
me ; car, il avoit un fecret dé- 
pit de voir fa réputation obf- 
curcie par la gloire de fon Col- 



M A ^^9 

lègue 9 8c de fe fentir méprifé 
par les Volfques qui faîfoient 
leur Dieu de C Marcins Co- 
riolan, ôc qui prétendoîent que " 4H 
les autres fe contentaflent 8e la 
part qu'il vculoit leur faire de 
Ion autorité & de fa cuiilànce« 
Delà commencèrent a éclorre 
toutes les accufations qu'on fe- 
tna fous main contre lui. La 
plupart des officiers « s^attrou- 
pant de fe liguant enfemble , fie 
communiqu oient leur mécon- 
tentement & appelloient cette 
retraite de l'armée une vérita- 
ble trahifon , qui ne coafiftoit 
point à avoir livré des villes 
ou des armées , mais à avoir 
livré le tems duquel dépendent 
ordinairement le falut ôc la per- 
te des villes & des armées ; 
car , il avoit donné exprés aux 
ennemis un délai de treize 
jours 9 (cachant bien que leurs 
affaires étoient fi déplorées ^ 
qu'il ne falloir pas moins que 
ce tems- là pour les remettre oa 
pour y produire un grand chan- 
gement. 

Cependant, CMarcius Co- 
riolan ne paâa pas les trente 
jours fans rien faire ; il ravage* 
les terres des alliés & prît fepc 
grandes villes très- peu plées. 
Les Romains n'oferent |amais 
parottre pour les fecourir ; leurs 
efprits étoient abattus & remplis 
de crainte , & ils n'a voient non 
plus de force pour la guerre^ 
que des corps paralytiques ou 
aâbupis. 

Le terme étant expiré, & C* 
Marcius Coriolan étant revenu 
avec fes troupes, ils lui envoya- 



A^o M A ' 

reDt une féconde ambafladepour 
le fupplser encore de modérer _ 
fon reirentimenc , de retirer fon 
armée > & de propofer ôc faire 
enfutce ce qui lui paroîtroic le 
plus, avantageux pour les deux 
partis ; lui déclarant que les 
Romains ne relâcheroient ja* 
mais rien par crainte , mais 
que s'il vouloic faire quelque 
avantage aux Voifques , ils y 
donneroient les mains après 
qu'ils auroient pofé les armes. 
Là-defliis C. Marcius Coriolan 
dit qu'il ne leur répondoit point 
comme Général des Voifques ; 
mais que comme citoyen Ro- 
main qu'il étoit encorç » il les 
exhortoit à rabaifler un peu de 
leur orgueil & à revenir le re- 
trouver dans trois jours avec la 
ratification du traité dont il leur 
avoit expliqué les conditions 
coûtes juiles & raifonn^bles ; 
que s'ils en ordonnoient au- 
trement » il n^y avoit plus de 
fureté pour eux à revenir dans 
le camp , chargés de paroles 
vaines. 

Le Sénat » informé de cette 
réponfe par le retour des am- 
bafleurs , comme (î la ville eût 
été battue d'une horrible tem- 
pête qui allât la fubmerger , 
jecta , comme on dit , l'ancre 
facrée ; car y il ordonna que 
tous les prêtres des Dieux, les 
Sacrificateurs y les Sacriftains 
& les Augures 9 dont la divi- 
nation par le vol des oifeaux 
ctoit pratiquée de toute ancien- 
neté à Rome , iroient vers C. 
Marcius Coriolan avec les ha- 
bits & les ornemeos dont ils 



MA 

avoîent accoutumé d*ctre revê- 
tus dans leurs cérémonies ; & 
qu'ils le conjureroient de pofer 
premièrement les armes » & dd 
régler enfuite avec Tes citoyens 
les articles de la paix des Volf* 
ques. 

Cr Marcius Coriolan les re« 
çut.daos le camp 9 mais il n'ac- 
corda rien à leurs prières , ôC 
ne les traita pas plus fav^ora-* 
biement ; car , il leur déclara 
qu*on n'avoit qu'à accepter fes 
premières propofitions ou qu'à 
le préparer à la guerre. 

Les Prêtres étant de retour à 
Rome , les Romains réfolurenc 
de fe tenir clos Se couverts 
dans la ville , de défendre les 
murailles & de repoufTer les en- 
nemis ,_mettant toute leur efpé- 
rance dans le tems & dans Itt 
accidens inopinés de la fortu- 
ne , puifque d'eux-mêmes ils ne 
pou /oient trouver aucun remè- 
de à leurs maux , & que la 
ville étoit pleine de frayeur & 
de trouble » Ôc n'avoic que de 
fâcheux preflentimens. 

Dans cette extrémité , les 
Dames Romaines s'afiemblenc 
chez Véturie , ou , comme l'ap- 
pelle Plutarque 9 Volumnie y 
mère de C. Marcius Coriolan. 
Cette Dame ne fe refufa point 
à fa patrie ; mais > accompagnée 
de fa bel le- fi lie & de fes deux 
petits-fils, elle prend le chemin 
du camp des ennemis.* Ce fpec- 
tacle infpira aux Voifques mê" 
mes un refpedl mêlé de compaf- 
lion , & les tint dans le filence» 
C« Marcius Coriolan , environ- 
né des principaux Officiers ic 

Tarniéc 



MA 

V armée & dé toutes les marques 

de fa dignicé > étoit a(Gs fur Ton 
tribunal. Voyant .doni[: appro- 
cher ces femmes I il en fut d'à» 
bord furpris ; & ayant re* 
connu fa tnere qui marchoit la 
; première , il fit cous fes efforts 
pour demeurer inflexible & in- 
craitabie ; mais, trahi Se vaincu 
par (on cœur , il n*ofa l'attendre 
fur fon (îege ; & defcendant avec 
précipitation > il alla à grands 
pas au-devant d*eile, ôc fe jet* 
tant à fon cou , il la tint fort 
long-tems embredée ; il em- 
bralta enfuite fa femme & fes 
enfaas , 6c n^épargaa ni fes 
larmes ni fes carefles , fe laif* 
fant entraîner aux fentimens de 
la nature » comme à un torrent 
qu'il ne pouyoît furinonter» 

Quaâd il fut ralTafîé en quel- 
que forte , &. qu'il s'apperçuc 
que fa mère vouloit parler , il 
fit àpprocheir les Volfqui:S & 
donna audience à Volumnie , qui 
parla en ces termes : » A cette 
S) laiigueur qui paroît fur no^* 
iB rre vifage , 6c à ces lugubres 
M & méchans habits que nous 
» portons , tu vois alTez > mon 
t» nls > fans que jbous te le di- 
» (ions » dans quelle afFreufe 
» défolation ton eàcil nous a 
i> [ertées. Penfe préfentement 
)» qu'il faut que nous foyolis le^s 
» plus maiheureufes de toutes 
» les femmes ) puifque ce que 
» no\}$ avions de plus doux & 
» de plus agréable à voir , La 
j» fortune nous l'a rendu le plus 
y> afiteux 6c le plus terrible , en 
3» nouspréfentantàmoimûnfils, 
» & à ta femme fon mari, à la 

TQm. XXm^ 



M A i\t 

» tète d*tine armée d^e^iûèmis» 
» ailîégeant fa propre patrie » 
33 & que ce qui efï pour les àU<^ 
» très une reflburcedt udeCoA* 
» folation dans toutes leurs 
i> difgraces , d'avoir recours 
?» aux Dieux 6c de leur adref^* 
» fer leurs prières , devieLftt 
» pour nous un nouveau dan^« 
3> ger3 puifque nous ne pouvott$ 
» demander en même-tems àU)C 
» Dieux ta confervation & la 
3> viâoire pour Rome , mai& it 
» faut que mes prières renfer*^ 
9> menr les plus hiorribles ma*> 
» lédicflions que nos eonemii 
» mêmes pourroient pronoiiceif 
» contre bous» Car > c'eA uild 
39 péceffité que ta femme & tei 
x> enfans foient privés de toi ou 
» de leur patrie. JFe ne te parlô 
33 point de moi ; je n'attendrai 
3» pas que la fortune ennectiU 
33 décide de cette guerre» Si jô 
J3 he puis te perfuader de faire 
9d fuccéder l^union & la paix à 
» ces défordres , & de devenir 
.33 plutôt le bienfaiteur des deujt 
33 partis y que le fléaii de Tuà 
» ou de l'autre • penfe , mpù 
p fils> & prépare- toi à n^âp» 
» procher des murs de Rome 
30 qu'en pa0ant fur le corps nioa- 
,9 rant de celle qui t'a mis au 
33 mobdekCar, me conferVeraU 
» je pour voir le jour que moil 
» fils triomphera de Rome » 0^ 
33 que Rome triomphera dé 
33 mon fils ? Si je te conjurqii 
39 de fau ver ta patrie en perdant 
.33 les Volfques , le parti feroit 
33 difficile a prendre pour toi | 
33 car , il n'e pas honnête dâ 
» ruiner fes citoyens , il ne TeA 



3» pas son plus d« trahir fes 
» amis ; itiaîs , que te deman- 
i> dons- nous 9 mon £ls , que la 
y> délivrance de nos maux ? Dé- 
a» livrancé aufli heureufe pour 
y> les uns que pour les autres > 
3> ôc beaucoup plus gloriebfe 
:x> pour les VolfqueSique pour les 
30 Romains , en ce qu'il paroîtra 
30 que la vidloire les a mis en 
9> état de nous accorder les 
i> plus grands de tous les bieni, 
30 Tamicié ôc la paix dont ils 
» jouiront eux-mêmes* Si nous i 
!» obtenons ces biens , tu en fe« 
» X^s le principal , ou plutôt le 
Tt ftul auteur ; ôc fi nous ne les 
é> ODtenons pas , tu auras à fou* 
In tenir les reproches des Ro- 
30 mains 6c des Volfques» Car , 
» cette guerre 9 dont TifFue eft 
:p incertaine 9 a cela de certain, 
f» que vainqueur tu feras ex- 
7> termînateur de ta patrie > 
30 & vaincu tu paieras pour 
i> avoir précipité, par les mou- 
» vemens d'une colère impla« 
30 cable , tts amis & tes bienfai- 
» teurs dans les calamités les 
39 plus horribles* <c 

C.MarciusCoriolan écoutoic 
ce difcours fans répondre une 
feule parole ; ôc quand elle etit 
ceffé de parler, il demeura long- 
tems dans un profond iilencô* 
Volumnie voyant cela: »Pour- 
v> quoi te taire 9 mon fils 9 con- 
» tinua-t-elle. Eft-ce qu'il eft 
3» beau d*açcorder tout à fon 
» reflentîment 9 6c qu'il eft hon- 
3> teux d'accorder quelque cho- 
30 f e à une mère qui ne te fait 
3> que de ces fortes de prières ? 
» Où eft-ce qu il eft d'un gtaod 



M A ^ 

te homme de fe fouvenîr des 
n maux qu'on lui a faits 9 6c 
» qu'il n'cft ni d*un homme de 
30 bien 9 ni d*un grand- homme 
» d'honorer ou de reconnoître 
M les grands biens qu'il a reçu§ 
» de fon père 6c de fa me- 
» re ? Cependant , perfonne au 
n monde n'eft fi obligé que toi à 
3> la reconnoiffance 9 puîfque tu 
» pourfois û atrocement Tid- 
y> gratitude ; mais bien plus f 
» tu t'es déjà affei vengé de ta 
30 patrie , 6c tu n*as encore rien 
10 fait pour ta mère. Il étoic 
y> pourtant de la piété 6c de la 
D juftice que , même fans au- 
XI cune oècefiité , j'obtinfte de 
3> toi par mes prières des cho« 
» fes & raifoonables 6c fi équi« 
30 tables. Si je ne puis te fié* 
n chir 9 à quoi bon ménagerois- 
30 je encore la dernière efpé« 
so rance t a 

En finifiant ces mots ^ ^He fe 
jette à fes pieds avec fa femme 
6c fes enfàns. C« Marcius Co- 
riolan fe mit à crier : Que faites^ 
vous 9 ma mert ^ Et la relevant 
6c lui ferrant la main : Fous ave^ 
vaincu ^ lui dit-il9 6* voire vie» 
toire eft aujjt heureufe pour votte 
patrie y^ que funefte pour moi, Jt 
nCen vais 9 vaincu par vous feule ^ 
Après leur avoir parlé quelque 
tems en particulier , il «les rett^ 
voya à Rome à leur prière 9 6c 
le lendemain au po^nt du iour 
il décampa 6c emmena \ts Volf« 
ques 9 qui n'avoient pas tous \t^ 
mêmes fentimens fur ce qui ve* 
noit de fe pafTer ; car 9 les uni 
le blâmoient lui 6c fon adion ; 
les autres qui écoient bien aifts 



MA 

4é U paix » he blâiHoîéhr tii VûÛ 
hi l'autre; il y en avoit qui y 
<|uoique bien fâchés dt voir U 
guerre fi heufeufement fernii* 
liée , difoient hautement que C» 
Marcius Coriolan n*avoit pas 
fait i'aélion d*un rtléchant hom- 
me « de qu'il étoit pardonnable, 
fi âéchi par des objets (i ton- 
chans , il avoit cédé à une né" 
teifité fi puifianre. Mais^ ils le 
fuivif ent cous , moins par obéi(- 
fancë queparrefpeÀ. 

C. Marcius Coriolan , étant 
Jretourbé à Abtîumairec l'armée, 
TuUus Âttius qui le haïfToit fie 
qui he pouvoit Ife fouârîr à 
caufe de ta craihte qu'il avoit 
de Ton autorité» réfolut de lé 
perdre » de peur que, s*il l6 
laiOToit échapper » il ne trouvât 
plus une occafion fi favorable* 
Âyaiit dotic apode beaucoup de 
gens contre lui , il lui fit coni* 
mandement de dépdfer fa char^ 
ke y de de rendre cainpte aii x 
Volfques de foh adiiiiniftratiott* 
C. Marcius Coriolah , qui 
voyoit le danger qu'il y avoit 
pour lui à devenir homme pri- 
vé ^ pendant que TulluS^ Attius 
demeureroit Capitaine gériéfal^ 
& auroit tout crédit parmi les 
Volfques> répondit qu^ayant 
pris. fa charge pat Tordre det 
Volfques 9 il la quitteroit aulfi 
^ar leur ordre quand ils le lui 
fignîfieroient ; mais que , fans 
attendre cela , il étoit prêt fur 
l'heute même à rendre compte 
de fa conduite à ceciàt des Ân^ 
tiites qui voudroient l'enten- 
dre. 

la'aflfpiblée étant i^Hkt foii, 



MA ^ i4t 

meéf les orateurs, qniétoient 
préparés , fe levèrent & irrite^ 
rent le peuple. Quand ils eti^ 
rént tout dit » C; Marcius Cd& 
riolan fe leva. Le grand reipeâ 
qu'on avoit -pottr lui calma lé 
bruit ; le filencédu peuple Itiî fie 
connoître qu'il pouvoit parlef 
fans rien craindre* Les plusgftili 
de bien , ravis de la paix qui 
avoit été conciue , témoigné*» 
Éent zffez par leur contenante 
qu'ils l'écouteroient favorabllîa 
nient de ne lui ferotent aueutlé 
injuiiice* Tulius Attius craignit 
donc qu'il ne fe juftifiâc ; car ^ 
outre qu^il étoit homme très* 
éloquent , fes premiers exploité 
âvoieht excité plus de recôn^ 
tioiflancé que la dernière aâtoA 
n'avoit attiré de blâme , oil 
plutôt le crime donc il étoit ac« 
cufé étoit uâ téthoignage aùtheii» 
tique de la grandeur de l^ablis 
gation qu'on lui avoit. Cair | 
jamais les Volfquesne fis fetoieiil 
plaints, dé n'avoir pas ptis Aa^ 
me , s'ils ne s'étoient vus fur la 
point dé s'en rendre les maîtres 
par la feule valeur de C. Mar-^ 
cius Coriolan* CVft poutquoi ^ 
TulluS Atiius vit bien qu'il hè 
falloir pins diâPérer ni s'aniufef 
à gagner 16 peuple ; & les piui 
âiudacieux des conjurés sVtatit 
liris à ctier. qu'il ne falloit ni 
écouter ^ ni foufFrîr qu'un trattré 
dominât les Volfques » 6c refa*^ 
iât d« fe démettre de fa -cha^éi' 
ils fe jetcerent en foule fur lui flé 
le tuèrent , fans que perfonne fé 
-tnU en devoir de le fecourit. H 
parut pourtant bien par la fuite 
4ue la plus grande partie dt lé 

Qii 



•^ ••• 



2^ MA 

nation Q*avoîr pas confenti à ce 
meurtre ; car , dès que la nou- 
velle en fut répandue , de toutes 
les villes il accourut des gens 
pour honorer fe» funérailles. Ils 
le revêtirent de fes habits de 
Général , Remirent fon corps fur 
un lit magnifique ^ qui fut porté 
fur les épaules de jeunes Offi- 
ciers les plus connus par leurs 
grandes a?élions. On fit mar- 
cher devant lui les dépouilles 
qu'il avoit prifes aux ennemis i 
les couronnes qu*il avoit ga- 
gnées, ^ les plans des villes 
^u'il avoît jprifes. On le mit en 
cet état fur le bûcher ^ 6c on 
égorgea plufîeursvKftimes; Après 
que le bûcher fut confumé , on 
ramaâa fes cendres , on les en- 
terra dans le même lieu 9 & on 
lui éleva ua tombeau magnifi- 
que. 

Les Romains^felonPlutarque» 
ayant appris la mort de C. Mar« 
Cius Corioian » ne firent rien 
qui tendît à honorer fa mémoi* 
re 9 ni qui marquât non plus 
qu'ils confervoient encore quel- 
que reiTentiment contre lui. Us 
accordèrent feulement , aux ïnù 
lantes prières . des Dames y la 
permifBon d'en porter le deuil 
pendant dix mois / comme d'uà 
pore s ci'un fils & d'un frère ; 
car c'étoirle deuil le plus long 
que Numa Ptimpilius eût infti^ 
tué. Denys d'Halicarnafle écrit 
que les Romains regardèrent 
cette 'mort comme une calamité 
publique, & qu'ils le pleure- 
Tent en public & en particu- 
lier. 

Au refte , C Marcius Coriq- 



M A 

fan fut tué la féconde année de 
la LXXlIl*. Olympiade, l'an de 
Rome 266 y huit ans après fa 
première campagne. U mourut 
donc à la fleur de fon âge 9 s'il 
efl vrai qu'il ait fait cette pre- 
mière campagne fort jeune y 
comme Plutarque l'a remarqué» 
Cela peut fouâfrir des contradic- ' 
tions affez bien fondées ; &c*eft 
ce qui nous fait foupçonner que 
Denys d'Halicarnailë &.Tite- 
Live n'ont pas eu des mémoirea 
fort exadls fur le eems de la 
naifTance de C. Marcius Corio^^» 
lan , & fur les premières aâions 
de fa vie. Ce qui nous confirme 
dans cette penfée , c'eil que 
Fabius 9 beaucoup plus ancien 
que ces Hiiloriens , avoit écrit» 
comme le rapporte Tite-Live , 
qu'à la fin de fon âge il avoit 
coutume de dire que. l'exil étoit 
toujours fâcheux 9 mais encore 
beaucoup plus fâcheux pour ua 
vieillard que pour un autre hom* 



me; 

Réflc:6ions fur les bonnes ^mau^ 
vaifes qualités de C» Marcius 
Corioian. 

On voit C. Marcius Coriolao^ 
avec d'excellenies qualités, ter- 
miner fa vie d'une manière bien 
trifte. Il eft peu de Romains qui 
aient eu plus de mérite que lui. 
Il fut au-deflus des plaifirs qui 
dotbipent la jeunefie. Il aima la 
juilfce 9 non par la néceffité 
qu'impofent les loix 9 ou par la 
crainte des châtimens f mais par 
inclination ÔC par un heur%uc 
penchant avec lequel il fem- 
bloitêtre né. Il ne. con»toit pas 



MA 

rinnocence pour une vertu V 
cane il repcoic d'horreur pour le 
vice,& tant il a voit de zèle 
pour en infpirer aux autres de 
réioignement. Jamais fils n'eut 
plus derefpeâ ni de complai- 
fance pour fa mère. Étant de-r 
ven,u orphelin par la mort de 
fon pcre , il fe crut redevable 
à l'égard de Véturie > de U 
mefure de tendreffe & de ref* 
peâ. qu'il auroit due a fon père 
s'il eût vécu. 11 fut libéral & 
magnifique > & jamais il ne 
laiâa languir fes amis dans l'in- 
digence* Il eut un talent mer- 
veilleux âc incomparable pour 
la guerre » & fans les obftacies 
qu'il trouva de la part des fédi- 
tieux , Tempire Romain , fous, fa 
conduite | eût pris de grands 
accroiifemens. 

. Un défaut dominant , qu*U 
n'eut pas foin de corriger dan$ 
fa jeuneûe 4 lui fit perdre le 
fruit & le mérite de tant dn 
belles qualités* Il manquoit de 
douceur & de condefcendance» 
Il n'avoit point ces airs gracieux^ 
ces manières engageantes, qui 
préviennent & qui gagnent les 
ct£ur$. Il étoit d'un naturel dur, 
& difficile, à revenir quand en 
l'avpic choqué. Incapable de 
modération dans fe$ reûenti- 
mens » il portoit fa colère ausQ 
plusfâcheufes e3(trêmité$»En un 
mot, il n^ connpiflbit point ces' 
ménagemens , Se cette fage fie* 
xibilité , qui fe plie au befoin 
des afFaires» dc.à la diverfué des 
caraôères de ceux avec qui l'on 
a à traiter* Toujours chasrin àc 
V^traitable , il faifpic efi^ier fa 



M A i45 

mativaife humeur fans diftinc* 
tion Se fans égard pour perfonne» 
Rien ne lui fit plus.de tort dans 
fes campagnes , qu'un génie & 
peu convenable àl^fociété. Sa 
rigueur<«outrée à maintenir les 
loix Ôe la difcipline fajps admet? 
tre jamais de tempérament » 
(on attachement trop . littéral à 
Ce qu'il croy oit. équitable , ÔC 
une roideur .inil<i?iible dans ce 
qui lui avoit uqe fois para 1^ 
meilleur parti.,., costribuerenc 
plus que tout le reile à aigrir les 
efprits , & à les éloigner de lui* 
Que. les jeunes $eigneurS)ap« 
prennent de cet exemple com* 
bien il eft importantjje vaincre 
& de dompter ce que l'on ap- 
pelle humeur ; car , ce fut-là 
te vice* dominant de C«. Marcius 
Cpriolan^ . 

.Ce yice dominant le condut* 
fit par des degrés impercepti- 
bles à celui de tous les excès 
qui efl le plus horrible.» &c qui 
9 de plus funeAes fuites ; ce fut 
de porter les armes contre fa 

E^trie. Les autres crimes font 
ornés dans leurs effets , & ne 
fe. font fentir fou vent qu'à une 
feule perfonne » ou tout au plus 
qu'à un petit nombre* Celui-ci » 
étouffant dans le cœur la ten- 
drefle naturelle pour leJieu qui 
nous a donné la naifiànce » porte 
la fureur contre toute une ville 
Q( tout un pais , 6c entraîne après 
foi les ravages , les incendies , 
les meurtres , les violemens Se 
lesjplus affreux facrileges. Voilà 
ce que préparoit C. Marcius 
Cotiolanà fa pétrie.* Il eft vrai 
qu'elle Tavoit maltraité indigae-; 

Qui 



«4^ MA 

Ifienç, eif jpsyftnt pat iVxil les 
iniportans 1er vices qu^il lui avoif 
fendue Mats , ignoroit^il qu'il 
ç^ eit de la patrie , comme des 
libres & des me^es , doDf les 
f nfans doivent fouâirir avec pa* 
fience les plus mauvais traire* 
IP^ns, ôc qu'il' ne peut jamais j 
ivoîr une jufie çaafe de prea«> 
^re les firmes contre elle? Il 
^(ok du nombre de çttu donc 
parle Cicéron» qui fe croient 
obligés Se qui font prêts à fa^ri- 
^er leurs biens 8t leur vie mé-^ 
|Ke pouï' la patrie , mais qui ne 
ypudroient pas pour elle fouf- 
fAr le moindre afiront , ni la 
plus légère atteioce , doatiée à 
leur réputation. Paufle délica- 
fefTe ! Amour mal entendu de la 
|;loir e ! «Les plus grands hommes 
^e penfent pas ainii. L'hiiloir« 
Romaine nous en fournit plu- 
Heurs exemples. 

MARCIUS iG.^yC, Mof^ 
4ÎUS y I .hAu^mç , (a) étoit Tri-' 
bun du peuple , l'an de Rome 
j6j , & avant Jefu>-Chrift 387^ 
Il 9ppeltit en jugement Q. Fa-*' 
bius , fur ce qu'ayant été en^ 
voyé vers les Gaulois en qua-* 
Jité d'Amba0adeur , il s'étoir 
nis à la tête des Clufîens con-^ 
tre le droit des gens. Il fut fouf^ 
irait à • ce jugement par utfe' 
mort qui furvint ii à propos , 
qu'on la crut volontaire. 

MARCIUS [C.]RUTILUS, 

€. Marcius Rutilus , {b ) fut 
créé Conful avec Cn. Manlius> 
)^an de Rome 398 r & 354 avant 



MA 

Jeftrs-Chrift. Ayant conduit une 
armée contre \t% Privernates % 
il enrichit les foldats dans uà 
paî's qui depuis long-tems n'a^ 
voit point reâenti les malheurt 
de la guerre ; ôc il ufa enveri 
eux d'une telle générofité 9 qu'il 
fie retint pas pour le tréfor pu* 
blic la moindre partie d'un bu-« 
tin fi abondant. Comme il vif 
que les Privernates s'étoieat re« 
tranchés dans leur camp » ayant 
derrière eux leun murailles : 
3» Si vous me promettez 9 'dit'4i 
n à fes foldats > apr^s les avoif 
» aflemblés , que vous combat-* 
3p trez avec courage y êc que 
3B fur le champ de bataille vous 
» fo ngerez moins au butin qu'a 
I» la viâoire > dès à préfent j^ 
^ vous donne tgutes les richeffet 
30 qui fe trouveront dans 1« 
i> camp & dans la ville de vos en<? 
j» nemîs. » Animés par des efpé- 
tances fi ilatteufes , ils delnan^ 
dent le fîgnal avec de grandsi 
cris i 8c vont au combat avec 
autant de confiance que de fier-e 
lé* Au premier choc > ayant mtf 
Ie$ Privernates en fuite , i^s les 
pourfuivirént jufqu^au pied de 
leurs murailles ; 8ç ils fe difpd-^ 
foientà y planter leurs échelles^ 
h>rfque la ville ft rendit. C« 
Mar cius Rutilus triomplia des 
Frivernates. 

L'année ftiivante , tons lei 
Tofcans foulev^s marchèrent 
contre Rome fous la Conduitef 
des Tarquiniens & â^ Falif«9 
ques. Contre Moe ii grande muUt 



(4) Tît. tîv.L. Vf.c, I. RoM. Hift. I (*) Tit. tiv. t. Vil. c. x6. & fifi 

Kqi^. T, 11, (>a|. Ç^. (Roiil. mfk* R«in^ T« U. p« s^* é* >M 



MA 

tkudc d'ennemù oa créa diAa* 
teur C. Marcius Rucilus, le 
premier des PUbeiens qu'on eût 
élevé. 1 ce rang; de il choific 

four matcre de la cavalerie C. 
iaucius , Plébéien comme lui* 
Les Sénateurs y indignés ou'on 
ne laiâac pas au moins la Die* 
tature à leur difpofition , firent 
cous leurs eflorcs pour empêcher 

au*on ne fournie à C. Marcius 
Lutilus , les fecours donc il 
avoit befoin pour cette guerre. 
Mais , le peuple n'en témoigna 
que plus de ztlt pour lui ac- 
corder tout ce qu'il demanda. 
Étant doive parti de la ville en 
bon équipage » iljetta un pont 
de bateaux fur le libre ; 6c paf« 
fant a vec fes troupes» tantôt d'un 
côté de ce âeuve , tantôt de 
l'autre > par tout où le bruit dés 
ennemis TappeUpît , il en op- 
prima un grand nombre, à me-> 
iure qu'il les trouvoit difperfés 
dans la campagne pour piller. 
Enfuite » ayant attaqué leur 
camp« lorfqu*îls s*y attendoîenc 
le moins, il le prit» fit huit mi Ile 
prîfonniers, tua q\x chalTa tout 
le reile de deflus les terres des 
Romains , èc revint à Rome , où 
Il triompha par l'ordre du peu« 
pie , fans demander le confea^ 
tement ou employer l'autorité 
du Sén;it. 

C. Marcius Rutilus fut créé 
de nouveau Conful avec P. Va- 
lérius Publicola » Tan de Rome 
403 , & avant Jefus-Chrift 349. 
Ces deux Magiilrats encrepri- 
rent de réconcilier les Séna- 
teurs avec le peuple , en levant 
H fwttl obfiacle qui s'y oppo- 



M A 2^7 

fo!t ; ce fiit de foulager le peu^ 
. pie en diminuant le fardeau de 
fes dettes , de en chargeant la 
République du foin de les ao- 
quitter. Pour cec effet , ils fi- 
rent nommercinq CommifTaires» 
qui furent chargés de ce foin. 
La commiffion n'étoit pas aifée 
ni agréable » parce que dans ces 
fortes d'affaires , on mécontente 
toujours une des parties inté- 
refiTées » & fouvenc coûtes les 
deux. Ici Its Commiflàires fis 
conduifirent avec toute la mo- 
dération & la prudence poffl« 
bles. Comme la plupart des dé- 
biteurs tardoient de payer leuts 
dettes » moins par impuiâance<-, 
que par négligence éc par dé-- 
faut d'ordre dans leurs affairer» 
l'Eut fe mit en la place des 
créanciers, & ayant fait d reflet 
des comptoirs dans la place » 
avec de l'argent « paya les det- 
tes, après avoir pris fesfûretés; 
ou bien , faifant eftimer à un 
prix raifonnable les fonds de 
terre & les maifoas des débi- 
teurs , il les adjugeoit à leurs 
créanciers. Par ce moyen , fans 
faire injuftice à perfonne , Ce 
fans donner aucun fujet de plain* 
te, un grand nombre de dettes 
furent acquittées. 

Comme le paiement des dettes 
avoit caufé bcauconp^de chan-* 
gemens dans les fortunes des 
particuliers, âc que bien des 
terres & des maUons avoîenc 
paflé à de nouveaux maîrres « 
on jugea qu'il étort nécelTaire de 
faire le dénombrement. L'aif^m- 
blée étant indiquée pour l'élec- 
:tion des Cenfeurs , G. Marcius 



^4^ M A 

Rutilus fe préfesta parmi ceux 
•<|ui demandoienc cette charge. 
Mais , il renouvella la difcorde 
-entre les deox ordres. Il paroif- 
•foit qu'il avoitinal pris fontems; 
£c les Coofuls, qui étoient tous 
deux Patriciens , déclarèrent 
qu'ils n^auToient point d'égard 
.li fa demande. Mais, il obtint 
^étte charge par fa confiance 
.«idée des Tribuns ; outre qu*il 
D^ avoir point de dignité fi 
imminente , donc C. Marcius 
.Rutilus ne fût digne par lui- 
-même, & que le peuple vouloir 
-fe frayer le chemin de la Cen- 
fure par le mérite du même eu 
jtoyen, qui lui avoir déjà ouvert 
^elui de la Diélature. Âinii , 
C« Marcius Rutilus fut nommé 
^Cenfeur avec Cn. Manlius. 

11 fut élevé au Confulat pour 
.la troifîeme fois , Tan de Rome 
.411 9 & 341 avant Jefus-Chrift. 
, On lui donna pour Collègue T. 
Manlius Torquatus. Deux ans 
nprès, il y fut encore élevé avec 
Q* Servilius. Les délices deCa- 
poue f pernicieufes à la difci- 
pline militaire» avoient amolli 
le courage des foldats ; & étouf- 
fant en eux le fouvenir de leur 
. patrie > & l'affeélion qu'on a 
Daturellement pour elle» leur 
Suggérèrent le deflein d'ôter 
• cette v^lle aux Campaniens^ 
.parle même crime qu'ils avoient 
. autrefois commis eux-mêmes en 
' égorgeant fes premiers habitans, 
pour fe mettre en leur place. 
C« Marcius Rutilus « à qui la 
. Campanie étoit échue pour pro- 
vince f fut informé de cette 
conjuration ^ ^uei^ue foin qu'où 



MA 

tût prU de la tenir fècrete. 
Après en avoir appris toutes les 
circonûances de la bouche des 
Tribuns , il crut que le meilleur 
étoit d'éluder de ralentir peu à 
■ peu la première fougue des fol- 
dats , en leur laiuant efpérer 
qu'ils Texécuteroient toujours 
quand ils voudroient. Pour cet 
effet > il Ht répandre parmi eux 
le bruit , que i'année fuivante 
ils pafleroient l'hiver en garni- 
fon dans les mêmes poftes oii ils 
avoient été placés pendant celle- 
ci. Car , on les avoit diitribués 
■dans différentes villes de la 
Campanie , & c'étoie de Capoue^ 
où la conjuration avoit com- 
mencé , qu'elle s*étoit communi- 
quée à tout le refte de l'armée. 
Ce fage tempérament que prie 
le Conful , calma pour le pré- 
fent les efprits , & empêcha la 
fédition d'éclater. 

Quand il eut mis Tes troupes 
.en campagne f voyant que les 
Samnites fe tenoient en repos , il 
réfolut de délivrer Tarmée des 
foldats inquiets qui la portoienc 
à la révolte. Il exécura ce def- 
fein , en renvoyant les uns , 
parce qu'ils avoient fait leur 
rems, d'autres à caufe de leur 
•vieilleiTe > ou de leur infirmité* 
.De plus , il donna d^abord à 
quelques particuliers , puis à 
des compagnies entières 9 des 
congés , pour aller vaquer à 
leurs affaires y dont ils avoient 
été trop long'tems éloignés. Il 
en écarta encore un grand nom- 
bre fous prétexte de quelques 
expéditions militaires. D'un au- 
crç . côté , Coq Collègue Si It 



MA 

Préteur de Rome , de concert 
avec lui , retenoient ces fortes 
de gens dans la viile,tantôt pour 
une raifon , tantôt pour une au- 
tre. D'abdrd , les foldats ne 
s*appercevant pas des artifices 
dont on ufoit pour faire échouer 
leur entreprife , retournoîent 
avec joie dans leurs maîfons. 
-Mais , quand ils virent qu'on 
-ne renvoyoît point à Parmée 
ceux qui en étoient partis les 
premiers» & qu'ob éioignoit 
précifément ceux qui avoient 
.hiverné dans la Campanie , & 
fur tout les auteurs de la fédi- 
tioDy ils demeurèrent interdits 
& étonnés ; puis ils furent faifîs 
d'une véritable crainte , ne dou- 
tant point que leur conjuration 
■n*eût été découverte , ôc que 
bientôt on ne les appellât en 
{ugement ; ôc qu'après les avoir 
convaincus , on ne les fît périr 
les uns après les autres , en les 
iacriiîant à la cruauté tyranni- 

Îue des Confulsôc des Sénateurs. 
)eux qui étoient reilés dans le 
camp, faifoient fecrétement en- 
tr'eux ces triftes réflexions ^ 
reconnoi0ant que le Conful 
avoit habilement éloigné les 
.auteurs de la confpiratîon , Se 
.ceux qui étoient en état de la 
faire réulGr. Cette affaire eut 
des fuites aflez confidér.ables , 
.qu'il feroit trop Idng de rap- 
porter ici ; mais > ta rébellion 
fut enfin appaifée. 

M ARCIUS [C] , C. Marciusy 
r« M«/»c<oç > {a) étant tribun du 



M A ^49 

peuple, l'an de Rome 443, 
& 309 avant Jefus-Chrift, fie 
porter , de concert avec L. 
Atilius fon collègue, une loi, 
en vertu de laquelle le peuple > 
de vingt-quatre Tribuns militai- 
res qu'on nommoit en ce tems-là» 
en choifiroit feize à l'avenir. 
M ARCIUS [ C. ] RUTI- 
LIUS , C, Marcius Rutilas , {b) 
fut créé Conful avec Q. Fa- 
bius y l'an de Rome 444 9 & 
308 avant Jefus-Chrift. Ayant 
conduit fon armée dans le Sam- 
nium , il prit de force Allifes » 
ôc attaqua pluiieurs autres for- 
terefles ou petites places , dont 
il rafa celles qui firent réfîftan- 
ce , de mit fous la puifTance du 
peuple Romain celles qui fe 
rendirent de bon gré* Quel- 
que tems après , les Samnices 
ayant aflemblé tout ce qu'ils 
purent d'armes ôc de foldats, 
. marchent contre C. Marcius 
Rutihis. Mais , ce Général étant 
venu au devant d'eux , les deux 
armées fe livrèrent un fanglanc 
combat ; & quoique le carna- 
ge eût été à peu près égal , 
& que la vîftoire pût être dif- 
putée , cependant la perte de 
plufîeurs Chevaliers, de quel- 
ques Tribuns militaires 6c d'un 
Lieutenant, & ce qui fît encore 
plus d'éclat, la bleffure du Con- 
ful , donnèrent aux Samnites 
l'honneur de cette journée. 

Huit ans après, C. Marcius 
Rutilus fut créé Pontife , & de- 
puis Cenfeur avec P. Cornélius 



U) Xltt tiv. L. IX, c 30^ 



1 



(h) Tit Liv, L, IX, Q^lif 38. I.,X; 
C.9a47' 



±^ô M A 

Arvina. En fermant le laftre^ 
Tan de Rome 459 & 293 avant 
Jefus-Chrsft , nos deux Cenfeurs 
trouvèrent que le nombre des 
citoyens montoit à deux cens 
foixanre-deux mille trois cens 
vingt- deux. 

MARCIUS [Q.]TRÉMU. 
LUS , Q. Marcius Tremulus y 
(a) fut élevé au Confulat avec 
P. Cornélius Arvina, l'an de 
Rome 447 , & 305 avant Je- 
fus-Chriit. Pendant que P. 
Cornélius Arvina marcha con* 
tre les Samnices , Q. Marcius 
Tremulus conduifit fon armée 

m 

contre les Herniques , à qui le 
peuple avoit déjà ordonné qu'on 
Ht la guerre. D'abord » les en- 
nemis avoient fi exadlement fer« 
mé tous les chemins qui étoient 
entre les deux camps , qu'il n'é- 
toit pas poiCble au courier le 
plus alerte ôc le plus adroit y de 
porter des nouvelles d'une ar-^ 
ntée à Tautre, & que les deux' 
Confuls paflerent plufieurs jours 
dans une grande inquiétude ^ 
Tune & l'autre ignorant abfo* 
lument ce qui fe paflbit dans la 
Province de fon Collègue. Cet- 
te allarroe pafTa jufqu'à Rome, 
& obligea le Sénat d'enrôler 
toute la jeunefle, & d'en com» 
pofer deux armées , pour s'en 
fervir dans les befoins preflans* 
Mais , dans le refte de la cam- 
pagne, les Herniques ne fou- 
tinrent ni la vigueur avec la- 
quelle ils avoient commencé 
cette guerre, ni la réputation 
qu'ils avoient autrefois acquife 



MA 

par les armes. Ils ne firent rietl 
qui mérite feulement que Toii 
en parle. En très-peu de )ours^ 
les Romains prirent trois fois 
leur camp ; de forte qu'Us furent 
obligés de demander au ConfuI 
une trêve de trente fours , qu'il 
leur accorda , afin qu'ils eufienc 
le tems d'envoyer des Ambaf«- 
fadeurs à Rome ; mais , à con- 
dition qu'en attendant ils paye*» 
roient & nourriroient fes fol« 
dats pendant deux mois , 8c four- 
niroient à chacun d'eux und 
tunique. Le Sénat envoya ces 
Ambaiïadeurs au confuI Q. Mar- 
cius Tremulus avec pouvoir 
de les traiter comme il le ju- 
geroit à propos ; & ce Général 
les reçut fous la puiflance dc 
fous la proteâioa des Ror 
mains. 

Il fe hâta enfutte d'aller au 
fecours de fon Collègue , &C 
força les Samnites de tenter le 
combat qu'ils avoient évité juf*- 
qu'alors. Les efforts de fes loi* 
dats ne contribuèrent pas pea 
à faire prendre la fuite aux en- 
nemis. De retour à Rome » Q. 
Marcius Tremulus triompha des 
Herniques. On ajouta à cet 
honneur celui d'une ftatue équeCi 
tre, qui fut élevée dans la pla- 
ce publique devant le temple do 
Caftor. 

Il fut élevé une féconde foîs 
au Confulat avec le même P. 
Cornélius Arvina, l'an de Ro- 
me 464 de 288 avant J. C. 

MARCIUS [C] , C. Mm^i 



U) Tit. Ut. L. IX, ç. 4» , 43. Roll, Hift. Rom, T, 11. p. jQi, $7^ 



MA 

dus , r. M^Viuo; • {$) Vm de» 
cinq Augures qui furent ôr^s da 
corps du peuple» Tan de Rome 
45^ f & 30P avant J. C« 

MARCIUS ( Q. ] PHILIP. 

PUS . <^. Marcîus Philippus , {h) 
fut crée ConfuI , avec L. Émî- 
lîut Barbula» Tan de Rome 
47' > & aSi avant J, C, 

MARaUS [C] RUTILUS. 

C, Marclus Rutîlus , (c) fut 
nommé deux fois Cenfeur. La 
féconde fois qu'il le fut nommé , 
il aflembla auStôt le peuple , 
& lui fît de vifs reproches de ce 
qu'il ï'avoit nommé Cenfeur 
pour une féconde fois, après 

Sue leurs pères avoient abrégé 
e plus des deux tiers U durée 
de cette charge » parce que 
Tautorité en étoit trop grande. 
La modération qu'il montra 
en cette occafion où il s'agif- 
foit de la Cenfure > lui fit don- 
ner le furnom de Cenforinqs« 
On fit un règlement qui défen- 
doit de conférer deux fois à 
une même perfonne la charge 
de Cenleur, 

MARCIUS, Marciiif, (J) 
MaVxMÇ 9 fameux devin dont 
les Prophéties donnèrent de 
l-inauiétude à la multitude fu- 

Îerititieufe , l'an de Rome 540 « 
: 213. avant Jefus-Chrift. L'an- 
aée précédente , le Sénat ayant 
ordonné qu'on Rc la recherche 
de ces fortes de livres» les 
OBuvrês de Marcius étaient 
lombées entre les mains de M» 



• M A ^5^ 

Atilius , Préteur de la ville 9 
qu'on a voit chargé de cetto 
affaire; & fur le champ , il les 
avoit remifes au nouveau pré*^ 
teur P* Cornélius Sulla* De 
deux prédiAions qu'il avoi^ 
faites , l'une » que l'événement 
^voit déjà connrmée , donnoic 
du poids 8c de l'autorité à l'au- 
tre 1 dont on attendoit encore 
i'iifue. Par la première y la dé- 
faite de Cannes ayoit été pré- 
dite de annoncée en ces termes : 
Defcendant d^s Troyens , éviu 
la rivieude Cannes ^ & prends gar^ 
de qi^e d^ étrangers ne tobli^eaê 
de combattre dans la plaine de 
Diomedi* Mais , tu n*aJ9Ut€r44 
point foi à mes aviSf que tu nafes 
couvert eette campagne de tonfangm 
Et ce fleuve portera , de la terre 
fertile i dans la vtrte mer^plufieure 
milliers de cadavres des tiens qui 
feront de/nturés fur la place. Ta 
chair firwa de pâture auxpoiffons^ 
anxo^eaux & aux bêtes fauvages 
4e ces comriesm Ce font desfecrete 
que Jupiter m* a révéler* Ceux, qui 
avoient fait la guerre de ce côtér 
là I coQnQifloient les plaines de 
Diomede Se la rivière de Can- 
nes « comme la défaite même* 
Ce fut don^ alors que l'on 
fit le<!lure de la féconde Pro-* 
phétie > beaucoup plus obfcure 
que U première, non^feulemenr 
par la raifon que l'avenir eft 
plus incertain que le pafle , maie- 
encore plus embarraÔTée par les ' 
termes dans lefquels elle étoic 
exprimée* Cette Prophétie con* 



U) Tit, LW. t. X, c. 9« • I fO ftoll« Hift. Rpm. T. II. p. 448, 

\è) HoU. HiSt. fÇom. Xom. U. c. 388 J i4} Tû. Uv. L. XXV. c. la. 



iÇ2 M A * 

tenost des menaces d*ttn grand 
malheur exprimé en termes 
ambigus 4 & quelques moyens 
de Téviter. Ces moyens étoienc 
d'inilicuer des jeux en l'honneur 
d*Apollon f de lui facrifier cous 
-les ans en la manière des Grecs» 
& de tirer du peuple , pour cet 
effetycertaine fomme d'argent.On 
trouva à propos de prendre un 
jour entier pour examiner tou- 
tes lès paroles de la prétendue 
Prophétie , &c le lendemain les 
jeux 4'Apoiion, la manière de 
lui facrifier , & la taxe fur le 
peuple, furent établis par un 
arrêt du Sénat, dreffé de point 
en point , fur ce qui étoit por- 
té par la Prophétie de Mar- 
cius f de la meilleure manière 
qu'on avoit pu Tentendre. Voi- 
là l'origine & la première 
caufe de Tinflitution des jeux 
que les Romains confacrerent 
en l'honneur d'Apollom Le li- 
vre de Marcius fut depuis ce 
tems-là gardé foigneufemenc 
avec les autres livres publics Sc 
facrés» 

MARCIUS [L.] , L. Mareius, 
A. MtPKtoç , (a) fils de Septi* 
nus , fimple chevalier Romain » 
snais dont le courage & Tefprit 
étoient beaucoup au deflus de 
la condition dans laquelle il 
étoit né. Il avoit fortifié ôc per- 
feâionné un naturel déjà excel- 
lent de lui-même» par les inf- 
tru(flions Se les exemples de Cn. 
Scipion , fous qui il avoit ap- 
pris pendant tant d'années tout 



MA 

ce qui regarde le métier de b 
guerre. 

Après la défaite & la déroute 
des armées Romaines en £fpa- 
gne» Tan de Rome 540, de 212 
avant Jefus-Chriil » il ramaflk 
tous les foldats que la fuite àvoic 
difperfés;dc y ayant joint tout 
ce qu'il put tirer des garnirons » 
il en forma un corps d*armée 
âffez confidérable, avec lequel il 
alla trouver T. Fonteius , lieu- 
tenant de P. Scipion. Mais » 
les foldats , alors campés en de- 
çà de rHebre, dans en un droit 
où ils s'étoient retranchés , jur 
gèrent le mérite & l'autorité da 
chevalier Romain tellement fu- 
périeurs à ceux du Lieutenant» 
qu'ayant été décidé qu*on tien- 
droit une aifemblée militaire » 
pour nommer celui qui com- 
manderoit Parmée ^ ilschoifîrenc 
L. Marcius , d^un confentement 
unanime , quittant leurs poiles 
les uns après les autres , afin de 
donner leurs fu£frages > fans 
cefiTer de garder leurs Hgnes. 
Le peu de tems qui leur refta 
avant Tarrivée des ennemis» 
fut employé à fortifier leur 
camp, & à y faire venir des 
provifions 9 les foldats exécu- 
tant tous les ordres qui leur 
étoient donnes non * feulemenc 
avec beaucoup de zèle & de 
diligence » mais encore avec 
beaucoup de courage & d'in* 
trépidité. Mais , quand ils ap- 
prirent qu'Afdrubal y fils de 
GifgoB , avoit paiTé THébre , & 



<r) Tit. LW. L. XXV. c. ty. é- fii. t, XXVh Ç. t> 10» L, XXVÛl.' c ^ 
^/fjf. Cicer. pco L, Çoin* fiaib. c« »7« 



MA 

8c qu*il s*approchoic dans le 
deifein d'exterminer ce qui ref- 
Cojt de Romains ; & qu'ils vi- 
rent le fignal du combat donné 
par le nouveau chef qu'ils ve- 
noienc de nommer ; alors , fe 
fouvenant des Généraux qui les 
avoienr commandés auparavant » 
& fous les a^pices de par les or- 
dres defquels des armées nom* 
breufesavoient coutume de mar- 
cher contre les ennemis» ils remi- 
rent tous à. pleurer, les uns té 
frappant la tête » & levant les 
tnains vers les Dieux , qu'ils 
accufoient de leur malheur » les 
autres fe couchant par terre » de 
invoquant le nom des Scipions, 
pour lequel ils avoient une fin- 
guliere vénération. Il n'étoit 
pas poflible de tarir leurs larmes» 
ni d'appaifer leurs cris. Les 
Centurions tâchoient en vain 
de les confoler; & L* Marcxus 
'lui-même avoit beau leur faire 
des remontrances mêlées de 
douceur & de fé vérité , en leur 
demandant pourquoi ils s'aban- 
donnoient ainC à la douleur , en 
pleurant comme des femmes » 

i)iutôt que de fonger à fe dér 
èndre dc la République avec 
eux , & à tirer vengeance de la 
mort de ces Généraux qu'ils 
avoient tant aimés. Ils étoient 
dans ces difpofitions , lorfque 
tout d'un coup ils entendirent 
le fon destrompettes , &les cris 
des ennemis , qui étoient fur te 
point de les attaquer dans leurs 
retranchemens. 

Alors , pafTant dans le mo- 
ment de la douleur à l'indigna- 
tion 9 & comme craniportés de 



M A a;s 

fureur & de rage» ils courent 
aux portes, de fe jettent fur 
les Carthaginois » qui s'avao«- 
Çoient avec beaucoup de mé- 
pris de de fécurité. Une réfîftan* 
ce fi imprévue jetta la frajeut 
dans leurs efprits. Ils fe demaa* 
doient les uns aux autres avec 
furprife, où les Romains a voient 
pu trouver tout d'un coup tant 
de foldats » après la défaîte^de 
leur armée \ Qui pouvoir avoir 
rendu tant de confiance de d'au* 
dace à des gens qui avoient été 
défaits de mis en déroute fi pea 
de jours auparavant ? Quel Gé- 
nérai avoit pu remplacer fi-tôt 
les deux Scipions ^ tués fur le 
champ de bataille ? Enfin , qui 
leur avoit donné le fignal du 
combat» de qui commandoit dans 
leur camp ? Pendant qu'ils fai- 
foient ces réflexions fur une ré- 
volution fi inopinée « les Ro« 
mains « fans leur donner le 
tems de fe reconnoicre « les char- 
gèrent avec tant de furie » que 
d'abord ils commencèrent à lâ- 
cher pied 9 remplis de érainte 
de d'étonnement » de un moment 
après à prendre ouvertement 
la fuite. Les Romains , qui les 
pourfuivoient avec beaucoup 
de chaleur , auroient pu ea 
faire un grand carnage. Mais, 
comme ils étoient expofés eux- 
mêmes à quelques revers fî- 
cheux » fi les Carthaginois re-* 
prenoient courage» L. Marcius 
fit promptement fonner la re-^ 
traite. Et comme ils étoient 
animés par le premier fuccès ^ 
& qu'ils ne refpiroient que le 
fang & le carnage i il eut aflex 



âj4 .MA 

de peine à les ramenef dans 
leur camp » ayant été obligé luî- 
méme d'arrêter ceux qui por- 
toienc les drapeaux , & d'eii 
faiiîr quelques-uns des plus mu- 
tins 9 qui refufoient d*obéir« 
Les Carthaginois , qui avoient 
d'abofd été chalfês des lignes de 
leurs ennemis »& repouiïes affee 
loin &c avec beaucoup de vi- 
gueur « s^étaat apperçus que 
les Romaine avoient ceffë de 
les pourfuivrè , s'imaginèrent 
que c'étoit la crainte qui le$ 
avoit arrêtés , & s'en retourne- 
f ent dans leur camp à pas comp- 
tés, comme des gens qui mé- 
prifent leurs ennemis plus qu'ils 
xie les craignent. lis uferent de 
la même négligence à le garder , 
quand ils y furent rentrés. Car, 
quoiqu'ils eufleilt les Romains 
prefque à leurs portes , ils les 
tegàrdoient toujours comme les 
telles Se les débris de deux ar- 
mées qu'ils avoient défaites quel- 
ques jours auparavant, & ne 
troyoient pas être obligés d'ob- 
iêrver beaucoup de difcipline fie 
de fe tenir fi fort fur leurs gar- 
des. L. Marcius informé de cet- 
te négligence, forma un deâTein^ 
qni , du premier coup d'œil , 
paroifToit plutôt téméraire que 
hardi; ce fut d'aller attaquer 
les Carthaginois dans leurs li- 
gnes , lui qui avoit tout lieu 
de craindre qu^ils ne le vinATent 
forcer dans les fiennes. En ef- 
fet , il jugeoît avec raîfon qti*il 
hii étoit plus aifé dé fe rendre 
maître du camp d'Afdrubal, 
tandis qu'il étôit feul, que de 
défendre le fie& contre les troî« 



MA 

Généraux avec les trois armées^ 
lorfqu'ils fe feroient une fecon* 
de fois réunis. D'ailleurs, il 
confidéroit que ^ fi la fortuné 
lui étoit favorable , il rétabli"** 
roit les affaires de la Républi- 
que dans la Province j au lieU 
que s'il étoit repoufie , on né 
laifieroit pas de Ifpier la con^ 
fiance avec laquelle il auroif 
été le premier attaquer des trou* 
pes R fupétieures aux fiennes* 

Cependant, pour empêchei^ 
que la furprife de fes foldats &lL 
les ténèbres de la nuit ne jettaf- 
fént du trouble dans i'exécutioà 
d'une entreprife qui paroiffoit 
tellement au deffus de fes forces^ 
il crut qu'il étoit à propos de les 
prévenir. Les ayant donc affem* 
blésj il leur parla eh ces ter^ 
mes :» Mes chers compagnons^ 
» pour peu que vous vous fou* 
» veniez de la vénération fingu<* 
» liere que j'ai eue pour le mé* 
*> rite des Scipions , nos Gé- 
» ttéraux, pendant leur vie , ô€ 
» que je coriferve encore après 
i» leur mort , pour peu que 
» vous faffiet attention à l'état 
» préfeftt de votre condition ^ 
^ vous TOUS perfuaderez «ifé* 
» meiit,quefilachargeàlaquel'^ 
» le TOUS m'avez élevé j eu rem* 
I» lie pour moi d'honneur Si 
n de diftiiiâion , d'un autre 
y> côté elle eu accompagnée dd 
tt beaucoup de foins de d'in^ 
n quiétudes. Car, dans un teiâè 
n oà je ne pourrois goûter au- 
3t> cune confolatioii , û lai crainte 
ï> ne faifoit diverfion à ma dou- 
» leur, je me trouve chargé 
» de veiller à la coxUervatioii 



M A 

» de tous tant que vous êtes # 
» ^c <Qui eft bien difficile dans 
» TaiSidion i dc dans l'embar' 
» ras où je fuis , de trouver 
» les moyens de conferver à 
3» la République les reftes ia* 
» fortunés de nos deux armées » 
» il ne m'eft pas poflîble de 
n faire un moment de trêve à 
3D la douleur qui me prefle 6c 
» qui m*accable. L'image des 
x> deux Scipioiis fe préfente 
» jour & nuit à mes yeux ; ils 
» me réveillent fou vent en fur-- 
» faut; il me femble qu'ils me 
» parlent, & que je les entends 
3> fe plaiiadre, Se m*exhorter à 
» les venger ; à venger avec 
» eux fa République & vos 
^ compagnons, toujours vie- 
» torieux dans ce païs ; à imi- 
v> ter leur exemple , & à me 
» conformer à leurs maximes 
» 6t à la méthode de faire la 
30 guerre qu'ils ont pratiquée ; 
y> êc enfin , après avoir été pen* 
» dant leur vie plus ponâuel 
s» que perfonne à leur obéir ^ 
» à regarder encore après leur 
» mort f £ 6c je vous prie de 
x> le croire comme moi] com- 
» me le meilleur parti qu'il y 
I» ait à prendre , celui qu'ils 
«> auroient pris eux-mêmes dans 
•> les difiTérentes occafions. Ces 
» deux grands hommes , qui 
» viveront éternellement dans 
a> l'efprit de la poftérité , par 
3» le fouvenir de leurs belles 
fi aâions , ne demandent pas 
a» aujourd'hui que vous hono- 
To riez leur mort par des plaintes 
s» & par des larmes ; mais que 
H fans les perdre de v^e^. vous 



M A 155 

» marchiez contre vos enne-*> 
9 mis , comme s'ils écoient ea<* 
» core à votre tête, âc qu'ils vous 
9 donnaient eux-mêmes le 0^ 
99 gnal du combat; & aiïuré* 
» ment ^ vous aviez hier leut 
I» imagedevantles yeux, 6c voa 
a» efprits étoîent pleins de leur 
x> idée , lorfque yous fîtes con* 
li noître aux Carthaginois , pat 
» la valeur avec laquelle vous 
» les mites en fuite, que la per* 
x> te des Scipions n'avolt pas 
« entraîné celle du nom Ro« 
I» main , 6c que la fortune ne 
3» fçauroit porter de coups mor- 
» tels à un peuple, que la dé* 
30 faîte de Cannes n*a pas été 
o capable d*accabler« Après 
X) avoir fait une aAion fi glo* 
x> rieufe de votre propife mou- 
» vement, je voudrois main- 
30 tenant éprouver ce que vous 
» êtes capables d'entreprendre 
» ôc d'exécuter fous les ordres 
» de votre chef. Car hier , lorf- 
» qu'en faifant fonner la re-^ 
30 traite » j'arrêtai rimpétuofité 
» avec laquelle vous pourfui- 
30 viez l'ennemi après l'avoir 
30 mis en déroute , mon deffeiii 
7> n'étoit pas de rendre votre 
jo audace inutile, mais de U 
» réferver pour l'exécutioii 
» d'un deflein plus important « 
M mieux concerté , St plus glori» 
» eux«Jevoulois vous procurer 
30 une occafion favorable , où ^ 
n foutenus de votre courage 6c 
n de vos armes, bien préparés 8t 
30 bien éveillés , vous puidiea^ 
39 attaquer les Carthaginois fur« 
y> pris, défarmés 8c même en« 
» dormis. Une efp éraace fi flac^ 



A^6 MA 

» teufe n'a pas été conçue au ba- 

» zard , mais elle eft fondée fur 

aa de puifTantes raifons. Er affu- 

a» rément , fi quelqu'un vous de- 

» mandoit comment vous avez 

^ pu , étant en fi petit nombre » 

30 Se après une défaite* û mal- 

* heureufe , défendre votre 

» camp contre une fi grande 

» multitude d'ennemis vain- 

» queurs , vous n'auriez autre 

3» chofe à répondre , finon , que 

» vous attendant à être incef- 

a» famment attaqués » vous vous 

9» êtes fortifiés par de bons ou-^ 

3» vrages & par de folides re- 

30 tranchemens ; à quoi vous 

x> avez ajouté la vigilance , & 

^ routes les précautions qui 

» pouvoient vous mettre en état 

30 de bien recevoir vos ennemis. 

a> Les hommes font faits de mar 

» niere, qu'ils ne prennent au« 

» cune mefure contre un pé- 

y> ril qui n'a point de vraifem- 

3» blance; & il eft toujours aifé 

3> de les furprendre , quand ils 

3) s'imaginent qu'ils n'ont rien 

» à craindre. Que nous ayions 

» l'audace d'aller attaquer le 

30 camp des Carthaginois > eux 

30 qui ont voulu forcer le nô- 

30 tre il y a fi peu de tems , 

» c'eft la chofe du monde à la- 

» quelle ils s'attendent le moins; 

» rien n'eft fi éloigné de 

90 leur penfée. Entreprenons 

9) ce que perfonne ne craint que 

» nous foyons en état d'entre- 

» prendre. L'exécution de ce 

33 projet deviendra aifée , par 

» la feule raifon qu'on la juge 

30 impraticable. A la troifieme 

» veille 9 je vous mènerai con- 



MA 

n tre eux avec beaucoup de Sf* 
i> lence. J^ fuis bien informé 
x> qu'il n'y a ni fentinelles » ni 
» corps-de*gardespofté$fuivant 
» les règles ordinaires de la 
» guerre. Je fuis bien afifuré 
» que le premier aûTaut que 
Il vous donnerez à leur canip^: 
j> en poufiant de grands cris ^ 
» vous en rendra les maîtres* 
» C'eft alors que les trouvant 
» endormis dans leurs lits fana 
n armes » & faifis de frayeur à 
» une attaque fi imprévue f je 
» vous confeille de vous II*. 
30 vrer à toute votre fureur « 6c 
» d'exercer fur eux ce carna- 
» ge , dont vous étiez hier & 
n fâchés qu'on vous eût retirés* 
10 Je fçais que l'entreprife eil 
3^ hardie. Mais, c'eft juftemenc 
» lof fqu'on a beaucoup à crain« 
» dre & peu à efpérer , que 
3> les coups les plus hardis fonc 
n auifi les plus afifurés^ C'eft 
n alors qu'on peut faifir^occa* 
» fion dans le moment qu'elle 
» fe préfente, & ne pas s'ex* 
» pofer , en la laifiant échap- 
» per f à la chercher inutile* 
j> ment dans la fuite. Vous n'a* 
3) vez maintenant affaire qu'à 
30 l'armée de nos ennemis , qui 
7> eft dans votre voifinage* Les 
30 deux autres n'en font pas 
30 éloignées. Vous avez lieu 
» d'efpérer que vous vaincrez 
30 ces premiers ennemis en les 
30 attaquancfansdiârérer;& vous 
33 avez déjà mefure vos forces 
» avec eux dans une aâîaa 
» dont vous avez eu tout l'a^ 
» vantage. Pour peu que nous 
» tardions | on apprendra le 

19 fucCéS 



MA 

3» fttccès qu'eue notre fortte 

3» d*hier; on nous regardera 

» comme des ennemis qui font 

» à redouter.' Alors , tous les 

3» généraux Carthaginois fe raf- 

3» lerobieront avec toutes leurs 

» troupes. Pourrons-nous fou- 

s» tenir trois Capitaines & trois 

a» armées , auxquelles Cn. Sci- 

» pion n'a pu réfifter , lorfqu'il 

» avoir encore toutes fes for- 

30 ces?Comme nos chefs ont péri 

30 pour avoir partagé leurs ar- 

» mées 9 de même nos ennemis 

39 peuvent être opprimés, tandis 

» qu'ils font féparés. Le parti 

» que je vous propofe eft le 

» feul que nous. ay ions à pren- 

y> dre_dans les conjonélures 

» préfentes. Préparez - vous 

-» donc à profiter de l'occa(ion 

3D que ia nuit prochaine nous 

3f> préfente. Allez, fous la pro- 

» teâion dt$ Dieux , prendre 

9» de ia nourriture &c du repos, 

» afin d'aller enfuite attaquer le 

j» camp des ennemis avec la 

a» même vigueur (k le même 

x> courage que vous avez dé- 

» fendu le vôtre. » 

lu entendirent avec joie ce 
nouveau projet , propofé par un 
nouveau Général ; & ils en fu- 
rent d'autant plus charmés , 
qu'il étoit plus hardi. Ils nafle* 
rent le refte du jour à préparet 
leurs armes , Ôc à prendre de 
la nourriture. Ils donnèrent au 
repos une bonne partie de la 
nuit , èc fe mirent en marche 
à la quatrième veille* 

Il y avoit au de- là du camp 
dles Carthaginois le plus voiitn 
de L« Marcius , à fix milles d« 

Tom. xxyn. 



S— .^•' 



MA. ^57 

diftance « d'autres troupes Car-* 
tbaginoifes ', féparées des pre- 
mières par un vallon protood 
couvert d'arbres toutfus. L. Mar« 
cius, par une rufe digne des 
Carthaginois « cacha dans C9 
vallon une cohorte Romaine , 
avec quelque cavalerie. S'étanc 
ainil rendu maître du chemin 
par où les deux armées Car- 
thaginoifes pouvoient avoit 
communication , il conduisît fes 
troupes en (ilence , contre cel- 
les dont il étoit le moins éloi^ 
gné. Et comme il ne trouva ni 
corps-de-garde aux portes du 
camp ennemi , ni fentinelles fuf 
les retranchemens , il y entra 
fans trouver aucun obâade , 
& avec autant de facilité que 
fi c'eût été dans le (ien. Dans 
1« même inilant, L. Marcius fit 
fonner la charge , dc les Ro- 
mains , en pouffant de grandi 
cris , fe répandirent de tous 
côtés. Les uns tuent les enne- 
mis j à moitié endormis dans 
leurs lits ; d'autres mettent le 
feu à leurs tentes , couvertes 
de chaume fort fec , quelques- 
uns s'emparent des portes, pour 
leur couper le chemin de la fui»- 
te. Le feu , les cris , le carna- 
ge , les empêchent de rien en* 
tendre & de prendre aucunes 
mefures pour leur falut. Ils de- 
meurent - comme interdits fit 
comme infenfés ; ou, s'ils font 
quelque mouvement , ils tom- 
bent nus & découverts entre les 
mains de leurs ennemis bien ar- 
més. Les uns courent aux por- 
tes ; 6c les trouvant occupéei 
par les Romains'^ fe précipi-* 

IL 



^58 MA 

teoc dans les fofTés. Gbux qu! 
purent échapper aux Romains, 
fe hâtèrent de courir pour ga- 
gner l'autre camp ; mais > ils 
furent arrêtés & tués, depuis le 
premier jufqu*au dernier , par 
la cohorte ôc les cavaliers qu'on 
avoit mis en erobufcade dans 
le milieu du chemin. Ceux mê- 
mes qui par hazard arrivèrent 
fufques-là, ne purent aflèz tôt 
donner nouvelle de la première 
défaite 3 tant les vainqueurs fi- 
rent de diligence pour n'être 
}ias prévenus par les fuyards. 
Is trouvèrent dans ce fécond 
camp , encore beaucoup plus 
de négligence que dans le pre- 
mier, parce que cette féconde 
armée ne croyoit pas avoir 
rien à craindre des Romains , 
dont elle étoit plus éloignée que 
la première , & que fur la fin de 
la nuit y la plupart étoient fortis 
pour aller chercher du bois & 
du fourrage. Us virent feulement 
les armes des Carthaginois po- 
fées dans les corps*de-garde » 
& les foldats aflis , ou couchés 
par terre , ou fe promenant le 
long de leurs retranchemens , 
ou devant les portes du~ camp. 
Ce fut dans cet état d'indolence 
& de fécurité , qu'ils fe virent 
fout d'un coup attaqués par les 
Romains , fiers de leur viéloi- 
re I & encore tout couverts du 
fang de leurs premiers ennemis. 
Ainfiy ils ne purent les empê- 
cher d'entrer dans leur camp* 
Cependant) étant accourus en 
foule vers les portes , aux pre- 
miers cris & à la première atta- 
que det Romains j ils leur 11* 



MA 
vrerene un fabglant c'ombat* 
L'aâion auroit duré long-tems ; 
mais I ayant apperçu le Ung qui 
dégouttoit des boucliers des 
ennemis , & jugeant par-là de 
la défaite de leurs camarades» 
ils furent faiiîs de frayeur , pri* 
rent auflîtôt la fuite, 6c fe fau- 
verent où ils purent > laifiant la 
plus grande partie des leurs fur 
la place , de leur camp au pou* 
voir des vainqueurs.' Ainfi , dans 
l'efpace d'un jour & d'une 
nuit, L. Marcius força deux 
camps ennemis , Ôc défit la plua 
grande partie de ceux qui y 
étoient renfermés. 

On afiure qu'il y eut trente* 
fept mille hommes de tués , 
dix- huit cens de pris, âc un btt« 
tin très - confidérable , & en* 
tr'autres un bouclier d'argent » 
pefant cent trente-huit livres , 
fur lequel on avoit gravé la fi- 
gure d'Afdrubal , fils d'Amil* 
car. Les Écrivains , qui difié<* 
rent dans quelques circonftan* 
ces de ce célèbre événement » 
s'accordent tous dans les louan- 
ges qu'ils donnent à L* Mar-» 
cius , comme à un grand Capi- 
taine. Us ajoutent même, à fa 
véritable gloire » des circonf* 
tances miraculeufes ; ils content 
qu'on apperçut autour de fa 
tête , pendant qu'il haranguoit » 
une flamme céleile qui caufa 
beaucoup de frayeur à fes fol-* 
dats, mais qui ne lui fit aucun 
mal à lui-même ; & qu'on a 
confervé dans le Capitole ^ iuf- 
qu'à l'embrafement de ce tem- 
ple, comme un monument au-^ 
thentique de la viâoire qu'il 



MA 

avoU remportée fur les Car- 
thaginois , le bouclier qui por- 
toic l'image d'Afdrubal » de 
qu*OD appeiloit coromunément 
le bouclier de L. Marcius. 

Il n*y a peut-être pas dans 
rhiftoire Romaine, un exploit 
de guerre plus complet dans 
foutes Tes circonftances , plus 
(ingulier & plus remarquable 
p2Lr des évenemens inefpérés , 
plus important par Tes fuites , 
& plus avantageux à la Répu- 
blique 9 que celui de L. Mar- 
cius dont nous venons de faire 
Je récit. La détaite entière des 
deux armées que les Romains 
avoient en Efpagne, jointe à la 
mort des deux illuÂres Géné- 
raux qui les commandoient , 
avoir jette dans le peu de trou- 

fes qui leur reftoient en cette 
rovince, une conitemation fî 
générale « qu'elle paroilToit ne 
leur iaiâer aucune efpérance ni 
aucune reûTource. Nul obftacle 
fie pouvoit plus s*oppofer au 
pafTage des Carthaginois en Ira- 
lie , âc fî leurs armées viélo- 
rieufes , portant par- tout la 
terreur, avoient pu fe joindre 
à celle d'Annibal , comme elles 
9*y préparoient depuis long- 
teros, que feroit devenue Ro- 
ine? Comment auroit-elle pu 
foutenir ce nouveau furcroît 
d'ennemis (i formidables ? 

Un feui homme , un (impie 
particulier , rompt toutes ces 
mefures , & didîpe prefque en 
«A moment un fi terrible ora- 
ge. L. Marcius ramafle les trif- 
tes débris des armées Romai- 
nes j 6c réunit les troupes fa- 



Kl A i^à 

gitîves que la crainte avoît diiC* 
perfées de côté & d'autre. Il 
let confole, il les raflure» tl 
les anime, il les remplit d'un 
tel courage & d'une telle con- 
fiance , qu'elles femblent avoî^ 
oublié entièrement qu'elles ve»> 
noient d'être vaincues & défai- 
tes. On voit dans la conduite 
que garde ici cet Officier , tou- 
te l'habileté Ôc toute la pru- 
dence du Général le plus con« 
fommé dans l'art de comman- 
der. Il envifage le péril dans 
toute fon étend ue,&n*en eftpoint 
eâPrayé.Une fongequ*au remède» 
ôc non au danger. Il emploie 
également la force & la ruf^. Il 
faifit habilement l'occafion dès 
qu'elle fe préfente, & met à 
profit fes momens*. 11 donue fet 
ordres avec un fang froid ôc 
une tranquillité capables de raf- 
furet les plus timides. Il paroîc 
hardi jufqu*à la témérité, Ôc 
cependant il fçait fe contenir 
dans le feu même de l'adion , & 
ne point (e livrer à l'ardeur de 
la vidloire qui emporte fou vent 
les plus fages. En un mot, qu'on 
examine avec foin toutes fes 
démarches , on verra qu'elles 
font réglées par une profondé 
Connoiflance de l'art militaire. 
On reconnoic ici une atrentiott 
particulière de la Providence 
fur l'Empire Romain. 

Un mérite fi accompli, ac- 
compagné d'un fuccès fi heu« 
reux Sl fi inefpéré , devoit , 
ce femble , lui attirer à Rom« 
de grands applaudifiTemens , â^. 
une récoitipenfe bien glorieufe» 
S'il s'y attendoit, il fut trom« 

Rij 



x66 MA 

pé dans fon efpérance* Âuffitôc 
après Tadiion « il écrivit au Sé- 
nat p 6c lui rendit compte de 
coût ce qui s'y étoit paflë. Il 
avoit pris dans fa lettre le titre 
de Propréteur. Quand on en eut 
fait la ledlure, on loua le grand 
& magnifique fervice qu'il avoit 
rendu à la République ,. c'eft 
nout ce que l'on en dit. Mais » 
la plupart étoient choqués de ce 
que n'ayant été nommé pour 
É;ommander ni par le Sénat » ni 
par le peuple , il avoit pris dans 
la lettre la qualité de Propré- 
ceur. On trouvoit qu'il étoit de 
dangereufe conféquence que les 
Généraux fuûent choifis par les 
armées , & que l'autorité auguf- 
ce des Éleâions attribuées par 
les loix aux fuiFrages du peu- 
pie f 6c aflujetties à la direélion 
des Magiftrats & à celle des 
Dieux mêmes confultés par les 
aufpices » fût tranfportée dans 
les Provinces 6c dans les camps» 
& aband ornée à la témérité des 
foldats. Quelques-uns vouloient 
qu'on prit làdeiTus les avis du 
Dénat ; mais» on crut qu'il va* 
loit mieux différer cette délibé- 
ration, jufqu'après le départ des 
cavaliers qui avoient apporté 
la lettre de L. Marcius. A l'é- 
gard des recrues & des provi- 
Sons qu'il demandoit , on lui ré- 
pondit que le Sénat en auroic 
loin. Mais^on ne trouva pas qu'il 
fût à propos de lui donner le 
citre de Propréteur dans la ré- 
ponfe qu'on lui fit. Il ne paroit 



MA 

pas qu*il ait été parlé davanta* 
ge de cette affaire dans le Se*- 
nat ; & l'on n'improuva point 
expreffément Téleâion de L. 
Marcius ; mais dans le fait, oa 
Isk rendit inutile par la nomi- 
nation de C. Claudius Néron 
pour commander en Efpagne* 

L. Marcius relia cependant 
dans l'armée fur un pied dif« 
fingué y & P. Scipion TAfricain 
l'employa honorablement , com- 
me on le voit dans le huitième 
livre de la troifieme décade de' 
Tite-Live. 

MARCIUS [ M. ] , Af. Af^r- 
cius , M. Mec f moi , {a) Roi des 
facrifices , mourut l'an de Ro« 
me 542 « 6c 210 avant Jefus- 
Chtift. 

MARCIUS [M.]RALLA, 
M. Marcius Ralla » ( ^ ) fut 
nommé Préteur l'an de Kome 
548, & 204 avant Jefus-Chrilt, 
éc chargé de la commiifion de 
rendre la juliice aux citoyens de 
Rome. Il fervit depuis en Afri^ 
que fous P. Scipion rAfricain , 
& il fut un des députés que ce 
> Général fit partir pour Rome 
avec les AmbafTadeurs des Car- 
thaginois y qui alloient deman- 
der la paix au Sénat. 

MARCIUS [Q.] REX.(c) 
Q. Marcius Rex , étoit tribun 
du peuple , l'an de Rome 555, 
& 197 avant Jefus-Chrift. \\ 
contribua beaucoup à faire con- 
firmer la paix faite avec Philip- 
pe • roi de Macédoine. 

MARCIUS [ Q. ] RALLA^ 



O) Tit. Liv. XXVil. c. 6. 1 XXX. c. |8. 

ij^) Tit. Liv. U XXIX. c II » i}. L. | U) lit. U?« L. XXXUl. c 1$^ 



MA 

Q. Marcîtts Ralla , {a) (ut créé 
Duumvir y Tan de Rome 558 , 
&c 194 avant Jefus-Chrift» pour 
•faire la dédicace d*une chapelle 
de la Fortune Prîmigénie , que 
F. Sempronius avoit vouée dix 
ans auparavant pendant la guer- 
re de Carthage , Se qu'il avoit 
depuis fait conilruire pendant 
fa Cenfure* Deux ans après > 
il fit auffî la dédicace de deux 
chapelles y bâties dans le Capi- 
tole à l'honneur de Jupiter; 
c'étoit L. Furius Purpuréo qui 
les lui avoit promifes 9 la 
première dans la guerre de Gau- 
le pendant fa Préture , 6c la fé- 
conde après Ton Confulat. 

MARCIUS [ M. 3 , (^\ Af. 
Marcius , M. Mapxioc , 1 ribun 
des foldats ^ de la féconde lé- 
sion y fut tué dans un combat 
contre les Boiens, Tan de Rome 
559 , & 183 avant Jefus-Chrift. 

MARCIUS [Q-] PHILIP- 
PUS , Q. Marcius Philippus , 
(c) fut élevé à la Préture , Tan 
de Rome 04 , & 188 avant 
JefusXhrift , & chargé du dé- 
partement de la Sicile. Deux 
ans ^près > il fut créé Conful 
avec dp. Poftumius Albinus. La 
néceflîré d'étouffer une conju« 
ration inteftine empêcha d'abord 
ces deux Magiflrats de prendre 
foin des armées , de la guerre 
& des provinces. Lorfque Q« 
Maècius Philippus n'eut plus 
rien qui le retînt à Rome , il 

(s\ Th. Litr. L. XXXIV. c* sf • <*• 
XXXV. c. 41. 

{h) Tit. Liv. L. XXXV. c. 5. 

(O Tit. Liv. L. XXXVm. c. 55. L. 
aXXlX. 6.6,8. étfii* L. XL.C. }> 



MA i6t 

Îartît pour fe rendre chez les 
iguriens Apuaniens. Là , pen* 
dant qu'il les pourfuit juiquet 
dans le fond de leurs forêts > 
afyle ordinaire de ces peuples 
contre les armées Romaines-, il 
tomba dans des embûches qu'on 
lui avoit préparées , où il perdit 
quatre mille hommes , plufieurl 
drapeaux ^ & grand nombre 
d'armes. 

L'an de Rome 569 , & 18) 
avant Jefus-Chrift , Q« Marcius 
Philippus fut député en Grèce 
& en Macédoine pour examiner 
l'état préfent des affaires. Le 
rapport , qu'il fit au Sénat à fou 
retour » augmenta les inquiétu- 
des , qu'on avoit déjà de Phi^ 
lippe. Quelques années après , 
il fut fait Décemvir des facrifi- 
ces» en la place de Q. Fulviuii 
Flaccus. 

Q. Marcius Philippus fut du 
nombre des Ambafladeurs qu*on 
envoya en Grèce, l'an de Rome 
581 » & 171 avant Jefus-Chrlft» 
Arrivés à Corcyre avec mille 
hommes de pied , les Ambafla- 
deurs partagèrent entr'eux les 
contrées qu*ils dévoient vifiter. 
L*Épire , l'Étolie âc la Thefla- 
lie furent aflignéesà Q. Marcius 
Philippus & à A. Atilius. Ayant 
été écoutés favorablement dans 
l'aflemblée générale des Epi* 
rotes y ils paflerent dans l'É- 
tolie 9 où ils relièrent quel- 
que tems à attendre Téleâion 

4t» L. XLU. c. 97* & fi^, t, XLIil. c; 
II. ^ /ff. L. XLlV.c. I. &fêii, Rolt, 
Hift. Rom. Tom. lU paf;. 481 , 48s, 
Tom. IV» pag. 407. & fniv, Tom. V» 

Jl 11) 



s6x M A 

ë'un iiott veétr Préeeur en làpla» 
<e de cduî qui étoh mort; de 
Jorfqu'ils eurent vu noininer Lv* 
cilcos 9 qu'ils içavoient être fa<* 
VotMt aux Romains , ils paf-* 
ferent da&SL la Theffaite, où lea 
députés des ÂcarnaDxens 3c les 
Miles de fiéocie ies vinrent 
trouver» Les premiers eurent 
#fdre de dire à cegx qui les 
«voient envoyés , qu'ils, avoienc 
#ceafioa de -réparer lès fautes 
^ue leur a voient fait commettre 
contre les -.Romains » les pro- 
ffteiTes trompeufeir de Philippe 
& d'Antiochus » dens les deux 
f uerres « qu'Us avoient foute-» 
nuLct de fuite contre ces deux 
Rois ; qu'après avoir éprouvé 
la clémence du peuple Ramain^ 
malgré les injures 'qu'il avoic 
reçues d'eux » c'étoit à eux de 
fe rendre dignes de Tes bienfaits 
parleurs fervicés. On reprocha 
aux Béotiens l'alliance qu'ils 
avoient faite 4ivec Perfée ; & 
fut ce qu'ils rejetterent cette 
laute fur irménias » chef d'une 
des deux fadlions qui les divi- 
ioient, & apurèrent qu'il y a voit 
eu des villes que lui & les au- 
tres parti fans de Perfée , avoient 
forcées d'entrer dans cette al- 
liance ) malgré 'la répugnance 
qu'elles y 'avoient : » C'efl ce 
lu qu'on vefn , répliqua Q* 
» Marcius'Phiifppusy car nous 
» interrogerons toutes les villes 
p chacune en particulier , as 
9» nous leur laifTerons la liberté 
» de prendre le parti qui' leur 
» conviendra. » 

Les Theflaliens donnèrent 
audience aux Âmbâfladeurs daat 



MA 

leur aflembfée àLarifle, oA ils 
rendirent aux Romains de gran* 
lies adtions de grâces , pour la 
liberté qu'ils tenoient d'eux , & 
reçurent en même tems les re- 
mercimens des Romains pour le 
fecours qu'ils avoient donné à 
leur République dsins la guerre 
de Macédoine 6c dans celle de 
Syrie. Ces témoignages d'une 
reconaoiflance mutuelle enga- 
gèrent la multitude à ordonner 
tout ce qui pouvoit faire plaitir 
aux Romains. L'AiTemblée étoic 
finie lorfque les Ambâfladeurs 
de Perfée arrivèrent. Ce qui 
l'avoit fur-tout déterminé à les 
envoyer » c'étoit la confiance 
qtt'ilavoxt en Q. Marcfus Phi- 
lippue , dont le père avoit été 
l'hôte èc l'ami du fîen. Les Am- 
bâfladeurs , ayant tiré delà leur 
exorde , prièrent Q. Marcius 
Philippus d'accorder une entre- 
vue au Roi. Q. Marcius Philip- 
pus répondit qu'il avoit fou* 
veiit oui parUr à fon père de 
l'amitié que l'hofpitaiité avoic 
formée entre lui éc le Roi Phi* 
lippe ; que c'étoit en confidéra- 
tion dé ces liaifons , qu'il s'étoic 
chargé de cette ambaflade ; qu'il 
accorderoit fur le champ à Per* 
fée la conférence qu'il défiroit » 
fi fa fanré le lui jpermettoit ; âc 
qu'auflitôt qu'il le pourroit faire 
Uns s'incommoder^ il feroic 
partir devant lui un courrier » 
pour aller donner render.-voua 
au Roi , près du fleuve Pénée » 
à l'endroit où il fiparoit Omo* 
lium de Dium« 

Peu de jours après % ils fe 
tendirent Tun & l'autre au lien 



MA 

dont ils écoiene convenus. Ee 
Roi étoit accompagné d'un cor- 
tège fuperbe , compofé des fei- 
gneurs de fa cour » & d'une 
grande multitude de Tes gardes. 
Celui des Ambafladeurs n'étoît 
pas moins confidérable ; car » 
outre ceux de leur fuite « il étoit 
venu de Lariâe une foule de 
gens avec les dépstés des difi'é'- 
rens peuples 9 qui ne vouloient 
pas retourner chez eux ^ fans 
erre fûrs de ce quî fe pafl*eroit 
«ntre Perfée & les Romains ; 
fans parler de ceux qui avoient 
été attirés par la curiofité d'af- 
iiiier à la conférence d'un grand 
Roi 6t des Ambafladeurs du 

E renier peuple de Tunivers* 
orfqu*ils furent à portée de fe 
voir des deux bords du fleuve 
qui les féparoit 9 il y eut quel- 
ques allées Se venues 9 avant 
qu'on décidât qui du Roi ou 
des Arobafl*adeurs le pafleroit 9 
le premier prétendant qu'on de* 
voit quelque déférence à la ma- 
jefté royale ; 8c les autres 9 que 
le peuple Romain ne devoit le 
céder à perfonne » fur tout Per- 
fée ayant demandé cette entre- 
vue. Q. Marcîus Philippus em<- 
ploya même une efpece de bon 
mot qui détermina le Roi ; car 9 
for ce qtt*il portoit le farnomde 
Philippe : // eftjufte^ dit-il 9 que 
U plus jeune fe rende auprès de 
fin aîné , ^ le fils auprès de fon 
père» Perfée ne difputà pas da- 
vantage fur cet article. Mais 9 
il refloit une autre difllcuUé à 
réfoudre. Le Roi vouloir pafler 
le fleuve avec toute fa fuite» Le» 
Romains ne lui permettoieat de 



M A sl6^ 

venir qu'avec trois perfoones • 
ou s'il vouloit amener une fi 
grande multitude 9 ils lui de<* 
mandoient des otages pour ga* 
ge de fa franchife & de f* 
boone foi. U accepta ce der- 
nier parti 9 & leur envoya Hip'^ 
pias & Pantauchus » les pre* 
miers de fa cour 9 qu'il leur 
avoir déjà dépêchés en qualité 
d'Ambafladeurs. Mais 9 après 
tout» c'étoit moins pour leuf 
fureté que les Romains avoien( 
exigé ces otages, que pour faire 
voir aux alliés la fupériorité que 
le peuple Romain avoit dans 
cette conférence. Ils fe falue- 
rent avec beaucoup de civilité 
& de témoignages de bienveil- 
lance , comme des hôtes , & 
non comme des ennemis ; Se 
s'étant fait apporter des fieges f 
ils s'y placèrent. 

Apràs quelques momens i% 
filence , Q. Marcius Philippus ^ 
qui prit le premier la parole» 
commença par s'excufer fur \% 
trifte nécemté où il fe trouvoit 
de faire des repro)ches à uii 
Prince pour qui il avoit une 
grande coniidération. U déduifîc 
enfuite fort au long tous les 
fujets de plainte que le peuple 
Romain formoit contre lui , Ac 
les difFérenres atteintes que 
Perfée avoit données aux trai- 
tés. Il inflflia beaucoup fur rat« 
tentât commis contre Eumene^« 
de il finit en témoignant qu'il 
défîroit que le Roi pût lui four^ 
nir de bonnes raifons, âc le 
mettre en état de plaider fii 
caufe âc de le Juftifier pleine^ 
ment devant le dénat. 

fiiv 



d^4 ^ A 

, r crfte , après ayaîf coulé lé* 
gcrement fur Je fait d*Eumene , 

Î[u'il paroîflbît étonné qu'on ofâc 
uS imputer faos aucunes preu- 
ves plutôt qu'à tant d'autres en* 
fiemis qu'avoir ce Prince ^ def- 
cendit fur le rcûe dans un grand 
détail f & répondit le mieux 
^u'il lui fut poâBble à ^ous les 
chefs d'accufation formés con- 
tre lui. 3» Ce que je puis aflurer» 
9> dit*il f en itniffant , c'eft que 
39 je n'ai point à me reprocher 
«> d'avoir fait fciemment de de 
a» propos délibéré 9 aucune 
» faute contre les Romains ; 
» 6i û j'en ai commis quelqu*u- 
m ne par inattention , averti 
io comme je viens de l'être 9 je 
9 puis m'en corriger* Je n'ai 
» rien fait certainement qui 
p mérite qu'on me pourfuive 
7> avec une haine opiniâtre 
» comme vous faites, en me 
9> fuppofantyCefemble» coupa- 
y> ble de crimes énormes & 
» atroces, qui ne peuvent s'ex- 
'» pier ni fe pardonner. Oeft 
99 bien fans fondement qu'on 
xt vante par tout la clémence 
■9> & la bonté du peuple Ro- 
» main 9 H pour de (i légers fu- 
» jets , qui à peine méritent une 
» explication , vous prenez 
.» les armes & portez la guerre 
» contre des Rois qui font vos 
a» alliés. » 

Le réfultat de la conférence 
fut que Perfée enverroit de 
nouveaux AmbalTadeurs à Ro* 
jne, afin de tenter toutes les 
voies poflîbles pour n'en point 
.venir à une rupture Ôc à une 
guerre ouverte* C'^toit un pier 



MA 

gë que rAmbafladeur ceddoit 
au Roi pour gagner du tems. 
Il feignit d'abord de trouver 
de grandes difficultés à la trê- 
ve que demandoit Perfée, pour 
envoyer à Rome fes Ambafla- 
deurs « & il ne parue enfin s'j 
tendre que par confidéracion 
pour le Roi* Il la défîroit néan- 
moins , & rihtérét des Romains 
l'exigeoit. Ils n'avoient encore 
ni troupes ni Général en étac 
d'agir ; au lieu que du côté de 
Perfée , tout étoit prêt , ÔC 
que s'il n'eût point été aveuglé 
par une vaine efpérance de paix^ 
il auroit dû faidrce moment qui 
lui étoit a favorable & (î con- 
traire aux ennemis, de fe mettre 
d'abord en campagne. 

Après cette entrevue , les 
Ambafladeurs Romains s'avan- 
cèrent vers la Béotie , où il y 
avoit eu de grands mouvemens^ 
Jes uns s'y déclarant pour Per- 
fée, les autres pour les Romains; 
mais enfin ce dernier parti l'em- 
porta. Les Thébains , de à leur 
exemple prefque tous les autres 
peuples de la Béotie , firent al«- 
liance avec le peuple Romain , 
chacun par leurs députés parti- 
culiers , [ car les Romains le 
vouloient ainfî] dc non par le 
confentement du corps entier 
de la nation » félon l'ancien 
nfage. C'efl ainli que les Béo- 
tiens 9 pour avoir pris témérai- 
rement le parti de Perfée, après 
avoir formé pendant long-tems 
une République, qui, en dif- 
férentes occafions , s'étoitheu- 
reufement délivrée des plus 
grands périls , virent leur État , 



MA 

pOQf ainfidîre, mis en pièces^ 
& gouverné par autant de con« 
feils qu'il y avoir de villes dans 
la Béotie. Car , elles demeure- 
rent toutes dans la fuite indé- 
pendantes les unes des autres > 
& ne formèrent plus » comme 
auparavant , une feule ligue ; & 
ce fut un effet de la politique 
Romaine » qui les divifa pour 
ies afToiblir ) fçachant qu'il étoit 
bien plus aifé par-là de les ga- 
gner de de les afiervir , que 
fi elles fuiïent demeurées tou- 
jours unies toutes enfemble. 
De la Béotie , les députés 

Î afférent dans le Péloponnèfe. 
>'aff*embléedela ligue Achéen- 
ne fut convoquée à Argos. Ils 
demandèrent mille hommes feu- 
lement pour les mettre en gar- 
sifon dans Chalcis, jufqu'à ce 
que Tarmée Romaine paUat dans 
4a Grèce ; Se ces mille hommes 
y furent envoyés fur le champ. 
Q. Marcius Philippus de A« 
Atilius , ayant terminé les af- 
faires de la Grèce , retournèrent 
à Rome au commencement de 
l'hiver* 

Quand ils y furent arrivés , 
ils rendirent compte au Sénat 
de leur commiiGon. Ce qu'ils 
firent valoir fur tout > ce furent 
la rufedcl'adreffe avec lefquel- 
les ils avoient trompé Perfée , 
en concluant avec lui une trêve 
qui le mettoit hors d'état de 
commencer dès-lors la guerre à 
fon avantage comme il le pou- 
voit» 6c qui donnoit aux Ro- 
mains le tems d'achever entiè- 
rement leurs préparatifs , & de 
fe mettre^ en campagne. lis n'ou- 



ïe A i6^ 

blîercot pas de fe vanter auffi 
d'avoir di(Tîpé habilement le 
corps de République que for- 
mulent les Béotiens , Se mis ces 
peuples dans TimpôiCbilité de fe 
réunir pour faire alliance avec 
les Macédoniens. 

La plus grande partie du Sé- 
nat leur fçut bon gré d'une 
conduite fi prudente , qui mar- 
quoit une profonde politique 5c 
une^ dextérité non commune à 
manier les affaires. Mais , les 
anciens , imbus d'autres princi- 
pes» Se qui s'en tenoient aux 
maximes des vieux tems , dirent 
qu'ils ne reconnoiffoient point 
ici le caraélere Romain; que 
leurs ancêtres , comptant plus 
fur le vrai courage que fur la 
rufe , avoient coutume de faire 
la guerre ouvertement , ÔC non 
par des fouterreins. Qu'il falloir 
laiffer ces lâches & indignes ar- 
tifices aux Carthaginois & aux 
Grecs, chez qui il étoit plus 
glorieux de tromper l'ennemi , 
que de le vaincre les armes à la 
main ; qu'à la vérité quelquefois 
le rufe , dans le moment mêmey 
paroiflbit mieux^ réuflir que le 
courage ; mais qu'une viéloire 
remportée hautement dans un 
combat , où l'on mefurott de 
près fes forces , & que l'ennemi 
ne pouvoit attribuer ni au hazard 
ni à la tromperie , étoit d'une 
durée beaucoup plus ftable ^ 
parce qu'elle laiffoit datis les 
efprits une conviâion intime 
de fupériorité , de force & de 
courage de la part du vaiA- 
queiir. 

. Malgré les remontrances des 



^66 MA 

Aocxeos, qui ne pou voient gofi- 
ter ces nouvelles maximes de 
politique » la parrie du Sénat 
9ui préférotc Futile à rhonnéce, 
eut alTez de crédit pour faire 
pafier à la pluralité des vo]x,que 
Tambafladede Q. Marcius Phi- 
lippus feroic approuvée y & 
2u*il feroit renvoyé dans la 
rrece avec pouvoir d'achever 
ce qu'il avoit commencé » & de 
faire tout ce qu'il jugeroit con- 
venable au bien de Ta Républi- 
que, 

Deux ans après» il fut créé 
.Conful pour la féconde fois avec 
Cn. Servilius Cépion , de chargé 
de la guerre contre Perfée. Il 
panit de Rome dès le commen- 
cement du printems > avec les 
troupes qu'on avoit deftinées à 
recruter Tarmée dé Macédoinea 
& vint à Brundufium , où il de- 
voit s'embarquer avec elles. M. 
Popillius f homme Confulaire » 
& plufieurs jeunes Romains d'u- 
sé naiâfance égale à la tienne » 
fuivirent le Conful dans la Ma- 
cédoine 9 où ils ailoient fervir 
es qualité de Tribuns des fol- 
dats.Q. Marcius Philippus ayant 
débarqué à Ambrafie > fe rendit 
par terre dans la Theflalie. Là 
ayant aflerablé fes foldats pour 
les haranguer 9 il commença par 
le parricide que Perfée avoit 
exécuté contre fon frère » & 
médité contre fon père même. 
Il ajouta qu'étant monté fur le 
trône par un crime fi énorme , 
il n*avoit celTé d'employer le 
poifon 5c le fer contre ceux qui 
lui étoient fufpeâs > Se avoit 
•pofté des fcélérati comme lui 



MA 
ponr 6ter la vie à Eu mène ; !1 
n'omit pas les injures qu'il avoit 
faites au peuple Romain, eil 
pillant les nations & les villes 
qui lui étoient alliées , contre 
les conditions du traité. Qu'il 
apprendroit par l'événement 
combien les Ôieux étoient ir« 
rites d'une telle conduite y 8c 
combien d'un autre c6té , ils 
étoient favorables à la piété > à 
la juftice , & aux autres vertus 
qui avoient élevé lepeuple Ro- 
main à un fi haut point de gran- 
deur êc de puiflance. Il finit par 
la comparaifon du peuple Ro- 
main , bientôt maître de l'uni- 
vers entier 8c du royaume de 
Macédoine, de par celle des 
armées des deux nations» fai- 
fant obferver que la République 
n'avoit pas employé de plus 

frandes forces , pour vaincre 
hilippe ôc Antiochus » fi fupé^ 
rieurs à Perfée. 

Après avoir animé le courage 
des foldats par les raifons que 
nous venons de rapporter , il 
tint confeii pour examiner ce 
qu'il convenoit le plus de faire. 
Il fut décidé qu'on ne s'arrête- 
roit plus dans 4a Thefifalie à 
perdre fon tems , mais qu'on 
marcheroit droit en Macédoine. 
Q. Marcius Philippus ordonna 
donc aux foldats de prisndre de 
la nourriture pour un mois ; ÔC 
dix jours après avoir pris le 
commandement de l'armée » il 
décampa. Quand il eut fait une 
journée de chemin , il aflembU 
fes guides » & les ayant inter- 
rogés 9 U leur commanda d'in- 
diquer çn fon confcil > les chc* 



MA 

flijfls par où chacun d'eux vou^ 
loit le conduire* Eofuire^ilen 
délibéra luî-roême aVec les prin- 
cipaux Officiers de l'armée. 
Mais , le$ fentiroens étoieoc 
partagés ; les uns vouloienc 
qu'on prie la route de Pythium; 
d'autres ^ celle des monts Cam- 
buniens , comme avoic fait le 
Conful A. Hoitilius > l'année 
précédente ; & quelques - uns 
qu'on paflat le long du marais 
d'Afcuris. Mais , comme ils 
avpient encore quelque chemin 
à faire , avant que d'arriver au 
terme où il falloit néceiraîre- 
ment fe déterminer pour l'un ou 
pour l'autre de ces paûages ^ils 
diâererent à en délibérer de 
nouveau quand ils s'y feroient 
campés ; ÔC dès-lors ils entrèrent 
dans la Perrhébte» puis s*arré- 
terept entre Azorum de Doliche« 
pour y prendre leur dernière 
réfolution. Cependant» Perfée 
fçachant que les ennemis ap- 
pcochoient , mais étant incer* 
tain du chemin qu'ils pren* 
droientt réfolut de leur fermer 
tous Its paffages. Dans ce def-r 
féin, il ordonna à Afclépiodote 
d'aller fe poiier fur le fommet 
des monts Cambuniens^ appelle 
Voluftana, avec dix mille fol* 
dats armés à la légere^iB^àHipf- 
|>ia$ t de s'emparer du dé&\é fî- 
|ué entre le fort de Lapathus ^ 
Je marais d'Afcuris , avec douie 
mille Macédoniens. Four lui > il 
fe campa d'abord aux environs 
de Dtum) avec le refte de fei 
troupes ; enfuite , comme un 
homme à qui le péril fait tour- 
ner iatêce, il couioit delà avec 



MA 167 

un corps de chevaux légers, 
tantôt du côté d'Héraclée , tao« 
tôt de celui de Phila ; puis tout 
d'un coup retournoit à Oium « 
fans s'être arrêté. 

Cependant 9 le Conful fe dé- 
termina à prendre la route du 
marais d'Afcuris. Mais » il en- 
voya devant quatre mille hom- 
m es commandés par M. Claudius 
èc Q. Marcius fon fils , qu'il 
chargea de choifîr des pofies 
commodes ; & il les fuivit fans 
différer , avec tout le refle de 
l'armée. Mais , les chemins 
étoieat fî rudes $ fi rompus & fi 
efcarpés » que ceux qui avoient 
pris les devans , quoiqu'ils no 
portalTent avec eux que leurs 
armes 9 ayant avec bien de la 
peine fait cinq lieues en deux 
jours, campèrent auprès d'un fort 
appelle la tour d'Eudiéru. Le 
lendemain ,après avoir fait crois 
ou quatre lieues , ils s'emparè- 
rent d'une • hauteur qui n'étoic 
pas éloignée du lieu où Hippias 
et oit pofté avec fa troupe ; d'od 
ils envoyèrent donner avis au 
Conful y qu'ifs étoient arrivés à 
la vue de reonemi;qu'il$ étoient 
campés dans un lieu fur & com- 
mode eu toutes manière» ; mais 
'qu'ils Texhortoient à les venir 
joindre le plus promptemenc 
qu'il pourroit. Le Conful à qui 
la difficulté du pafiage qu'il avoic 
choifi , donnoit.de l'inquiétude» 
& qui craigQoit pour ceux qu'il 
avoit envoyés pour lui frayer 
le chemin au travers d'un pals 
rempli d'ennemis , rencontre le 
courrier qu'ils lui avoient dé*- 
péché I auf rèi du marais d'Al^ 



dé« MA 

curis. Cette heureufe nouvelle 
le raflura; de façon que les 
ayant bientôt joints , il campa 
fut le penchant de la colline 
dont ils s'étoient emparés, dans 
la partie qui lui parut la plus 
commode. Ce pofte étoit fi éle- 
yéqu'ilsavoient fous leurs y eux, 
non-feulement le camp des en* 
nemis qui n*étoit guère éloigné 
d'eux que de mille pas , mais 
encore toute la contrée aux en- 
virons de Dium & de Phila» de 
même toute la côte maritime. 
Le courage des foldats s'anima 
lorfqu'ils apperçurent de G près 
le païs ennemi , & toutes les 
forces de Perfée dont la défaite 
leur prometroît bientôt la fin de 
la guerre, Ainli , pleins de joie 
êc de confiance , ils prient le 
Conful de les mener fur le champ 
aux ennemis 4 mais ce Général 
leur donna un jour pour fe re- 
iftettre des fatigues d'une route 
^fi pénible ; 8c le troifîeme de 
'fon arrivée, lailTant-là une par- 
tie de fes troupes pour garder 
fon camp , il marcha aux enne- 
mis avec tout le refte. 

Hippias que le Roi avoir en- 
voyé , comme nous l'avons dit , 
pour garder cepaflage , n*avoic 
pas plutôt vu les Romains cam-* 
pés fur la hauteur , qu'il avoit 
préparé les fiens au combat* 
Ainfî il vint hardiment au de- 
vant du Conful. Les deux par- 
tis s'avançoient l'un contre l'au- 
tre avec leurs foldats armés à la 
légere,6c ce qu'il y avoit de plus 
alerte 6c de plus brave parmi 
eux, pour engager une ac- 
fiaor Dès qu'ils furent à portée | 



MA 

fis s^accablerent les uns les àu« 
très d'une srêle de traits , dont 
il y en eut le part de d'autre un 
grand nombre de bleiTés^ mais 
peu de tués. Ce premier choc 
n'ayant fait qu'aiguifer leurs 
courages , ils en feroient venus 
aux mains le lendemain en plus 
grand nombre & avec plus d'aï- 
nimolité, fi la place lenr eût per« 
mis d'étendre leurs bataillons* 
Mais , le fommet de la colline fe 
refierroit tellement en pointe» 
qu'à peine pouvoit-ony mettre 
trois rangs de front. C'eft pour- 
quoi , n'y ayant qu*un très-petit 
nombre de combattans , tous les 
autres , fur tout ceux qui étoienc 
pefamment armés, demeuroient 
lés fpe<ftateurs du combat. Les 
foldats armés à la légère des 
deux partis, cherchoient dans 
les détours de la montagne , des 
chemins, quelque efcarpés qu'ils 
fuiïent , par où ils puffent aller 
à l'ennemi. Mais, quelques ef« 
forts qu'ils fiflent ^ il y en avoic 
eu encore ce jour-là beaucoup 
plus de blefles que de tués ,lori- 
qùe la nuit les obligea de fe fé« 
parer* Le troifieme jour, le 
Conful tint un confeil où lui 8c 
fes amis fe trouvèrent fort in* 
certains du parti qu'il leur faU 
loit prendre. Car , ils ne pou- 
voient ni féjourner plus long* 
tems fur une éminence fi ftérile» 
ni l'abandonner fans honte , âc 
même fans danger , Tennemi 
pouvant fondre fur eux d'un lieu 
élevé, lorqu'ils defcendroienc 
pour regagner la plaine. Il ne 
leur renoit donc d'autre parti 
que de pouâTer hardiment leur 



MA 

pointe , & de rendre prudente 
par Tévenement > une entreprife 
qui étoic téméraire dans fon ori- 
gine* Il eft vrai qu'ils Vétoienc 
engagés dans un mauvais pas » 
où ils euflènt infailliblemenc reçu 
quelaue grand échec 9 fi le Coq- 
fui eue eu un antagonifie fem- 
blable aux anciens Rois de Ma- 
cédoine. Mais 9 Perfée s'amufa à 
courir du côté de Dium, & à 
errer à quatre lieues du lieu où 
fe pafToit raâion , le long d'un 
rivage d*où il entendoic prefque 
les cris des combattans ; au lieu 
d'envoyer de rems en-tems des 
gens frais au fecours de ceux 
des fiens qui étoient fatigués ; 
au lieu de' venir lui-même ani- 
mer fes gens par fa préfence y à 
l'exemple du Conful, qui âgé 
de plus de foixance ans y malgré 
la pefanteur de fon corps , rem- 
plifToit tous les devoirs > de de 
brave foidac , & de grand Ca- 
pitaine* Car , il perfifta avec 
une confiance 6c un courage ad- 
mirables dans un defTein qu'il 
avoir peut-être formé avec un 
^eu trop d'audace ; ôc laiflanc 
M. PopilHus fur le fonimec pour 
' le garder » fans être rebuté par 
des difficultés qui paroiflbienc 
infurmontables , il envoya de- 
vant lui , pour applanir les che- 
mins, des gens qu'il fit foutenir 
par Atcale & Mifagene «chacun 
à la tête des troupes auxiliaires 
de fa nation ; & faifant marcher 
à l'avant -garde les bagages & 
la cavalerie , il conduifit lui mê- 
me Tarriere - garde compofée 
des légions. 
Il feroic difficile d'exprimer 



M A 16^ 

les peines que fes croupes ef-* 
fuyerent en defcendant de ce 
fommet dans des efpeçes de 
précipices où les bêtes de foat- 
me tomboienc avec leurs far- 
deaux 9 fans pouvoir ni fe rete- 
nir f ni fe relever. Ils n eurenc 
pas fait quatre mille pas , qu'iU 
fouhaitoienc comme le plus grand 
bonheur qui leur pût arriver, 
qu'on leur laiflat la liberté de 
rebrouffer chemin. Leuri élé- 
phans caufoient prefque autant 
de défordre dans leur marche j 
qu'auroient pu faire les enne- 
mis* Car , quand ils étoient arri* 
vés à quelque endroit inaccef- 
fible» renverfanc leurs gouver- 
neurs » âc pouflant des cris lior- 
ribleS) ils répandoient la terreur 
par tout, fur-tout parmi lesche- 
vaux;jufqu'à ce qu'enfin on trou- 
va le moyen de les faire paifer.Iia 
étendoient dans. le penchant de 
la montagne deux planches lon- 
gues & épaifles , disantes Tuno 
de l'autre d'un peu plus que la 
groiTeur d'un éléphant, en lt% 
inclinant iofenfiblement vet% le 
bas. he% deux extrémités infé* 
rieures étoient appuyées fur 
des étaies qui les foutenoient 
en l'air à certaine hauteur* En- 
fuite 9 ils traverfoient ces deux* 
planches qui étoient parallèles , 
de plufîeurs folives de trente 
pieds 'de long , pour en former 
une efpece de pont qu'ils cou-* 
vroient de terre. Ce premtec 
pont étoit fuivi à quelque peti* 
te diftance ^ d'un lecond « d'ua 
troifieme , & ainfi du refte , par 
tout où la^pente étoit trop roi* 
doi pour itre 4efcendue fans 



^o M A 

fecours. Quand la bête éroit 
vers rextrêmité du pont , on 
ôtoit les étaies > 6c alors elle 
tomboit ou fur les genoux » ou 
fur les feifes > jufqu'à l'entrée 
du fécond pont. Ils continuèrent 
la même manœuvre , jufqu'à ce 
qu'ils fuiTent arrivés à une pente 
plus douce & plus pratiquable. 
Les Romains nrent ce jour -là 
un peu plus de fept mille pas , fe 
fcrvant rarement de leurs pieds, 
mais fe laiflant le plus fou vent 
jrouler en bas avec leurs armes 
& leurs bagages, avec des peines 
incroyables; enforte que celui 
qui leur fervoit de guide avouoit 
qu'avec une poignée de monde 
rerfée aoroit pu faire périr 
toute leur armée. La nuit ils fe 
trouvèrent dans une petite plai- 
ne entourée de toutes parts , 
enforte qu'il ne leur futpaspof- 
£ble de juger à la vue s*ils y 
étoient en nlreté. Mais , comme 
ils avoient rencontré contre leur 
efpérance , un pofte où ils pou- 
voient s'arrêter » ils furent con- 
traints d'y demeurer encore tout 
Je lendemain, pour attendre M. 
Popilliui 6c les troupes qu'on 
avoit laiffi^es avec lui , qui 
n'ayant point d'obftacle de là 
part des ennemis , eurent afTez à 
lutter» auffî-bien qu'eux , con- 
tre la difficulté des lieux. Le 
jour fuivant , toutes les troupes 
s'étant rejointes , traverferent 
un défilé que les habitans ap- 
pelloientCallipeuce. Le quatriè- 
me jour , ils rencontrèrent des 
chemins qui n'étoient pas moins 
irudes &c fâcheux ; mais , l'ex- 
î>éfieiice les avoic rendus plug 



M A 

habiles & plus patîens; & ce 
qui augmenroit leur confiance , 
c'eft que l'ennemi ne paroifToit 
en aucun lieu , 8c qu'ils appro- 
choient de la mer. Marchant 
donc fans crainte, ils defcendi- 
rent dans les plaines , & alors 
les légions campèrent entre Hé- 
raclée Ôc Libéthrum , la plupart 
s'étanr poftées fur les hauteurs, 
pour laiiTer à la cavalerie au 
milieu d'elles , la vallée ôc une 
partie de la plaine » où elle pût 
s'étendre. 

On dit que le Roi étoît dans 
les bains, lorfqu'on l'avertit que 
l'ennemi approchoit. Il fort tout 
effrayé de fa place ; il s'écrie 
qu'il eft vaincu fans avoir livré 
de combat. Alors , prenant fuc- 
cefïïvement divers partis qui lui 
étoient fuggérés par la crainte, 
& n'étant pas moins incertain 
dans les ordres qu'il donnoit , 
enfin il appelle deux de fes fa- 
voris , Nicias 3c Ândronicus ; il 
ordonne au premier de courir à 
Pella où étoit fon tréfor , & de 
jetter dans la mer tout l'argent 
qu'il y trouveroit; & au fécond 
d'aller brûler les vaiiïeaux qui 
étoient dans le port de Theffa* 
Ionique. Pour lui, enlevant de^ 
Dium les ftatues d'or qu'on y 
^ardoit , il les lit embarquer à 
la hâte fur la flotte, & pour em- 
pêcher qu'elles ne deviniïentla 
proie des ennemis , ordonna 
qu'on les tranfportât prompte- 
ment à Pydna. En même tems p 
il retira HippiasÔc Afclépiodote 
des poftes dont il leur avoit 
commis la garde ; & par cette 
précipitation 9 il fit regarder 



« 



ir 



MA 

comin^ une hardiefle louabfe f 
la témérité qu*avoit eue leCon- 
fui» de s'engager dans un pais 
d*où il ne fe leroit jamais tiré » 
fi la tête n*avoît pas tourné à fes 
ennemis* Car , les Romains n*a« 
voient que deux chemins pour 
fortir de ce mauvais pas ; le 
premier conduifoit par Tempe 
dans4a ThefTalie, & Tautre dans 
la Macédoine en paflant à côté 
<le Diuro. Mais , ils étoient Tun 
& Pautre au pouvoir des Macé- 
doniens. Si donc Perfée eût eu 
un peu plus de réfolution » & 
<iu*il eût réfîflé feulement dix 
jours à la frayeur qui remporta 
à rapproche des Komains > le 
Cooiul n'eût pu ni fe retirer par 
Tempe dans la Theflaliet ni 
faire arriver des provifîons dans 
les défilés où il s'étoit avancé. 
. Ce Général 9 mettant la plus 
grande partie de fes forces âc 
de fes efpérances dans la folie 
& l*inaâion de fes ennemis y en** 
voya un courrier à Larifle^pour 
ordonner de fa part à Sp. Lu* 
crétitts de s'emparer des forts 
que Perfée avoir abandonnés 
aux environs de Tempe ; 8c fai- 
fane partir M. Fopillius devant 
lui 9 pour examiner les paflaees 
près de Dium , dès qu'il i^uc 
que les Macédoniens les ayoleoc 
cous laides ouverts» il les fuivit, 
& dès le fécond jour arriva à 
Dium , dc6t camper fes troupes 
près du temple de Jupiter, avec 
défenf« de commettre aucune 
impiété dans ce lieu facré. Pour 
lui , il entra dans la ville qu'il 
trouva petite 9 mais recomman- 
dable par la beauté des places 



if! A ±7t 

publiques & des temples, ornés 
d'un grand nombre de belles 
ftatues y & d'ailleurs fi bien for- 
tifiée , que voyant de û grands 
avantages abandonnés fans né« 
ceffité par l'ennemi , il eut peine 
à croire qu'il n'y eût pas quel* 
^ue tromperie cachée là-deâbus« 
Âinfi, il pafiTa un jour à recoa-> 
noître tout le paî's d'alentour « 
puis décampa, & perfuadé qu'il 
ne manqueroit point de vivres 
fur la route , il alla camper ce 

1'our-là fur les bords du Mithys* 
^e lendemain , il pou^a plus 
loin , & ayant reçu la ville d'A- 
gafie de la bonne volonté de fes 
habitans , pour fe concilier par 
fa clémence l'aâèAion des au- 
tres Macédoniens , il fe contenta 
de prendre d'eux des otages t 
8c les laifla libres dans leur 
ville* fans y mettre dégarni- 
fon , leur promettant qu'ils vî- 
vroient fous leurs lotx , êc 
exempts de tout impôt. Delà , 
après un jour de marche , il 
campa près du fleuve Afcordns; 
mais y comme à mefure qu*il 
s'éloignoit de la Hieflalie , il 
éprouvoit davantage la difette 
de toutes chofes , il retourna à 
Dium, faifaot bien voir à quelle 
difgrace il eût été expofé ^ fi on 
lui eût fermé le chemin de la 
Thefifalie , puifqu'il n'avoir p« 
s'en éloigner fans danger. 

Perfée , ayant raffemblé tous 
(es lieutenans & toutes fes 
troupes, accufa ceux qui a voient 
commandé les détacheraens « fur 
tout Afclépiodote & Hippias » 
d'avoir livré aux Romains l'en* 
crée de la Macédoiaei quoiqu'il 



^7* M A 

11*7 eût perfonne à qui il dût 
faife ce reproche plus jufte- 
]Dencqu*à lui-mêirie. 

Cependant , le Conful qui 
D*avoic prefque plus de vi- 
vres , & à qui la faim étoit 
fur le point de fe faire feu- 
tir i appercevant la âotte en 
mtt y ne douta prefque point 
qu'elle ne lui apportât despro-' 
vifions. Mais 9 quand elle fut 
entrée dans le port 9 il apprit 
que les' vaifleaux de charge 
étoient reliés à Magnéfîe. Alors, 
défefpéré de voir que fans 
éprouver aucune difgrace de la 
part des ennemis , il fembloit 
que la nature eût conjuré fa 
perte , il ne fçavoiif plus à quoi 
îe déterminer , lorfque fort à 
propos il reçut les lettres par 
lefquelles Sp. Lucrétius lui 
mandoit qu'il étoit maître de 
cous les forts qui étoient autour 
de Tempe & de Phila , Ôc qu'il 
y avoit trouvé une grande quan- 
tité de bled , de de toutes les 
autres provilions néceflaires 
dans la guerre. 

Le Conful , ravi d'une fî heu« 
reufe nouvelle , partit de Dium 
pour aller à Phila » tant pour 
jrenforcer la garnifon , que pour 
diilribuer à fes foldats des vivres 
que la difette ne leur permettoic 

£as d'attendre plus long-tems. 
>e départ ne lui ^t pas d'hon- 
seur. Les uns l'attribuèrent à la 
crainte d'être obligés de com- 
battre les ennemis , s'il de- 
ineuroic ; lei autres lui repro- 
choient d'avoir agi comme un 
homme qui ignoroit les révo- ' 
lutiôns qu'oo éprouve d'un jour 



« « 



MA' 

à Tautre dans la guerre i * 
en abandonnant des avantages 
au'il avoit entre les mains 9 
lans efpoir de les retrouver 
dans la fuite. En effet » il ne fe 
fut pas plutôt éloigné de Dium» 
que Perfée comprenant de quelle 
néceifité il étoit pour lui de re- 
couvrer une place qu'il avoit 
perdue par fa négligence « y 
accourut , & releya les murs dc 
autres fortifications que les Ro- 
mains avoient renverfées. 

Cependant, le Conful envoya 
M. Popillius afEéger Héraclée 
avec deux mille hommes armés; 
& quand il eut appris que cette 
ville 6toit prife , il y alla 
camper « comme s'il eûr eu def- 
fein de chaffer Ferfëe de Dium, 
& de pafler delà dans la Piérie. 
Mais , fongeant dès-lors à pren- 
dre fes quartiers d'hiver , il en- 
voya une partie de fes gens pour 
s'aifurer des chemins par où on 
lui amenoit de la Theâalie les 
provisions néceflaires 9 & pouf 
choifîr des lieux où l'on pût 
établir fes greniers » & conf- 
truire des logemens pour ceux 
qui conduifoient l^s convois. 

Il écrivit peu de tems après 
des lettres au Sénat, par lef- 
quelles il apprefioitàcettecom* 
pagnie qu'il étoit palfé dans U 
Macédoine , en chaflant des dé* 
filés ceux qui lui en fermoient 
l'entrée ; qu'il étoit en état d'y 
nburrir fes troupes pendant tout 
l'hiver, tant des vivres que la 
Préteur avoit eu foin d'y faire 
conduire , que des vingt milla 
boiflfeaux de froment, & des dix 
mille d'orge qu'il avoic achetés 

des 



1 "^ 

MA 

deis Epirotes, & dont il étoîc 
convenu que le prix feroic re- 
mis à Rome entre les liiains dé 
leurs AmbaiTadeùrs ; mais qu'il 
falloir envoyer de Rome même 
des habits pour les foldats^ avec 
environ deux cens chevaux ^fnr 
tout de ceux de Numidie , n'y 
ayant pas moyen d'en trouver 
fur les Heux. Le Sénat , par 
Tàrrêt qu'il rendit , accorda au 
Conful tour ce qu*il demandoir. 
Mais , il n*eut pas cependant 
Phonneur de terminer texte 
guerre, parce qu'on lui donna 
Tannée fuivante un fuccefleur. 
' Il exerça depuis la •Cenfure 
avec Paul Emile. Dans le dé- 
nombrement qu'ils firent, il fe 
trouva trois cens trente - fept 
mille quatre cens cinquante- 
deux citoyens. Q. Marcius Phî- 
lippus y pendant fa Cenfure , 
fubflitna tin nouveau cadran fo- 
laire en la place de l'ancien , 
qui avoit été mis près de la 
tribune aux harangues cent ans 
auparavant. 

MARGIUS [M.] SERMO. 
Af. Marcius Strmo y { a) étoît 
Tribun du peuple , l'an de Ro* 
«lé 580 , éc 172 avant Jefus- 
Chrift«6c avoit entr'autres pour 
collègue Q. Mafcios Scylla. 
Comme lesConfulsnéglîgeoîent 
de ft rendre dans leur provint 
ce , nos deux Tribuns leur dé- 
clarèrent qu'ils les condamfte- 
roient à l'amende , s'ils n'aK 
loient pas prendre le comman- 
dement des armées ; de en mê« 

Cl) Tit. Liv. L. XUl. cit. 

Tm. XKVIU 



MA X7% 

me tems ils firent leélure dans 
lé Sénat d'une loi qu'ils avoienc 
deffein de porter au fujet des 
Liguriens qui s'étoient rendus. 
à la bonne foi du Conful C. Po- 
pillius. Cette loi ordonnoitque 
s'il fe trouvoit quelqu'un des 
Liguriens Staiiellates que C* 
Popillius avoit vendus depuis 
qu'ils s'étoient rendus à lui, qui 
n'eût pas été remis en liberté 
avant les calendes prochaines 
du mois d'Août , le Sénat s'en- 
gageoit par ferment à nommer 
un Commiffaire , pour informer 
contre celui qui l'auroit fraudu- 
leufement reteéu dans la fervi- 
tude , Se lui faire porter 1 a peine 
de fon înjnftice. Auffitôt après 
ils publièrent cette loi avejç 
l'autorité du Sénat. 

MARCIUS [Q.] SCYLLA, 
Q. Marcius Scylla , Tribuû dd 
J)euple. Foyei l'article précé- 
dent. " ' '■ . 

MARCIUS [C] FIGULUS 

C. Marcius figulus , ( ^ ) fut 
élevé à la Prétu^e . Pari de Ro^ 
me 583 , de lôp avant Jefus- 
Chrîft. Comme le commande- 
ment de la flotte de Macédoine 
lui éioit échu , il fe rendit & 
Brundufium dès le commence- 
ment du prittterts, pour 'paffer 
delà dans là Crece. Le feconj 
jour après (on départ dé Brundu- 
fium, il entra dans le port dt 
Corcyre, 8c dès le Jendemàîn 
dans celui d^A'ftium, fur les 
t:onfins de PAcarnanie. Ayant 
-enfuite doublé le promoncoir^ 

I (h) Tit. tm L. :SLlll. c. II. L. XUVv 



^ - * • 



§ 



^74 ' ¥ A 

de Leucate » il entra dans le 
port de Corinthe ; puis laîiTanc 
les vaifleaux à Creufe , il prit 
foo chemin par terre » & tra« 
Verfaat promptement la Béôtie » 
fe rendit en un jour à Chalcisy 
ipour y prendre le commande- 
ment de fa flotte. 

Étant parti delà, à la tête 
de fes vaiiïeaux , il vint à Héra- 
çlée , & d*Héraclée il alla dé- 
barquer auprès de TheiTaloni- 
Îue un grand nombre de fol^* 
ats qui commencèrent par ra- 
vager au loin la campagne » 8c 
tecognerent dans leurs muraiU 
fes ceux qui avoienc ofé en for- 
tir pour venir contre eux , après 
les avoir vaincus en plufieurs 
rencontres. Déjà il avoic jette 
répouvance dans la ville même , 
lorfque les habitans ayant dif- 
pofé fur leurs murailles 9 des 
machines ôc des traits de toutes 
les efpeces , les lançoient nonr 
feulement fur ceux qui erroient 
témérairement autour des por** 
tes de la ville > mais bleflbienc 
niême à coups de pierre , ceux 
qui étoienc reilés fur les vaif- 
îeaux» Il fit donc rembarquer 
fes troupes ; & renonçant à Vàt* 
t^qye de T)ieÔa!onique> il navi- 
^ea vers £nia qui. en éroit éloi- 
gnée de t^uîn^e mille pas y & 
JUcuée vis-à-yis de, t^y dna , dani 
un terroir très-fertile. Après 
eo avoir ravagé tout le terri- 
toire , en fuïvant;la côte , ils arri- 
vèrent à . Antigonie. Là « iU 
prirent terre» pillecent le païs, 
6c tranfporterent une grande 
quantité de butin dans leurs 

vàttfeaujc'» Les Macédoniens , le< , 



MA 

Cfouyaoc épars dans la campa^ 
gne > les vinrent attaquer avec, 
leur cavalerie & leur infante* 
rie » en tuèrent autour de cinq 
cens, en prirent à peu près au- 
tant 9 & les pourfuivirent juf- 
qu'à la mer. Alors y la difficulté 
de rentrer dans leurs vaifleaux. 
pendant que l'ennemi les pref* 
loit l'épée dans les reins > & le 
défefpoir de fe fauver autre- 
ment, excitèrent dans les Ro- 
mains une indignation qui leur 
tint lieu de courage. Ils firent 
face aux Macédoniens fur. le 
rivage ; & fécondés de ceux 
qui étoient fur la fiotte, ils tuè- 
rent deux cens Macédoniens , 
en prirent un pareil nombre, 
ôc s'étant rembarques 9 allèrent 
faire une defcente fur les terres 
de Pallene pour les piller. Elles 
confinoient à celles des CaiTan- 
driens les plus fertiles de tour 
le païs qu'ils avoient côtoyé. Ce 
fut- là que le roi Eumene parti 
d*Élée avec vingt vaifleaux cou* 
verts, vint à la rencontre du 
Préteur , & qu*il en trouva cinq 
autres que lui envoyoit le roi 
Prufias. 

. C. Marcius Figulus, encou« 
ragé par cette augmenta^on de 
puififance » entreprit de forcer 
■Caffandrie. Mais, il n'en put ve* 
xdr k abour. Ayant donc pafiSS 
autour du proniontoire « il alla 
aborder avec Eumene à.Torone« 
lis tentèrent auffi de forcer cette 
.ville ; mais , s'appercevant qu'el- 
le écoit défendue par une gar* 
nifon trèsnombreufe, ils aban- 
donnèrent auâi ce deflein, & 
navigerent du côté ' de Dérné- 



NtA 

tfîade. Ils s'approchèrent de fes 
murailles , & les voyant cou- 
vertes de gens armés & dîfpofés 
à les bien recevoir , ils paflerent 
outre & débarquèrent à lolcos t 
dans le defleîn de retourner à 
Démétriade , après avoir rava- 
gé la campagne. Mais enfuite, 
voyant que l'hiver appfochoît, 
C. Marius Figulus envoya une 
partie de fa flotte à Scîathe , de 
s*en alla avec le refte à Oréum 
dans l'îfle d'Eubée , jugeant cet- 
tt ville la plus commocfe pour 
recevoir les convois, & les en- 
voyer aux armées qui étoient 
dans la Macédoine ÔC dans la 
Theflalîe: 

MARCIUS [Q.] , Q. Mar- 
ciusj r. Meepxicç. (4) fils de 
Q. Marcîus Philîppus , fervit 
fous fon père > dans la' guerre 
contre Perfée , aînfi qu'on peur 
1« voir ci-deffus dans l'article 
de fon père. 

MARCIUS [C] FIGULUS, 
C. Marcius Figulus , (i) fut éle- 
vé au Confulat avec r. Corné- 
lius Scipion Nafica > l'art de 
Rome 590 , & 161 avant Jefus- 
Chrift. Il y fut élevé de nou- 
veau quatre ans après avec L. 
Cornélius Lentulus Lupus. 

MARCIUS r L. ] CENSO- 
RINUS , L. Marcius C^nforù 
nus , (c) fut créé Conful avec 
M. Manilîus , Tan de Rome 
603 , 6t 149 avant Jefus-Chrift. 
Cette année , la guerre ayant 
été déclarée dans les formes 
aux Carthaginois , oà preâa les 



M A Ijj 

deux Coiifuls de partir le plu« 
pï-omptement qu'il feroit poffi- 
ble, & on leur donna un ordre 
fecret de ne terminer la guerre 
que par la deilruélion de Car- 
thage. Ils partirent aufCtôr, âc 
s'arrêtèrent à Lilybée en Sicile. 
La flotte éioit confîdérable. Elle 
portoit quatre-vingt mille hom- 
mes d'infanterie , 6c enviroa 
quatre mille de cavalerie. 

Quand elle fut arrivée à 
Utique , il vînt au camp des 
Romains des députés de Car- 
thage, qui dirent qu'ils étoient 
envoyés au nom de l'État pour 
recevoir leurs ordres , auxquels 
en étoit prêt à obéir en tout. Le 
conful L. Marcius Cenforinus» 
qui portoit la parole, après avoir 
loué leur bonne dîfpofition àC 
l*eur obéiflîance, leur ordonna 
de lui livrer fans fraude & fans' 
délai généralement toutes leurs' 
armes. Ils y confentirent , mais 
ils le prièrent de faire réflexion 
à quel état il les réduifoit danf^ 
un tems , où Afdrubal « quf 
n'étoit devenu leur ennemi qu'^ 
caufe de leur parfaite foumif- 
fion aux ordres des Romains ^ 
étoit prefqoe à leurs porter 
avec une armée de vingt mille 
hommes. On leur répondit que 
Rome y poûrvoiroît. 

Cet ordre fut exécuté fur le 
champ. On vit arriver dans le 
camp une longue flle de char- 
riots , chargés de tous les pré- 
paratifs de guerre qui étoient 
dans Carthage , deux cens mille 



(à) Th. Lîv. 1. XLÏV. c. %> , 
(»; Roil. Hifi. Rom. Tom. V.pag 



It RoU. Hifi. Rom. Tom. V, p en 



^76 M A 

armures cpmpletce$« uo nom". 
ire infini de traits 8c de jave- 
lots y deux mille machines pro- 
pres à lancer des pierres & des 
dards. Suivoient les députés de 
Carthage, accompagnés de ce. 
^ue le Sénat avoit de plus ref- 
pedlables vieillards , & la reli- 
gion de Prêtreis plus vénéra- 
bles , pour tftcher d'exciter à 
compamon les Romains dans ce 
moment critique , où l'on alloic 
prononcer leur fentence , & dé- 
cider en dernier lieu de leur 
fort. Le Conful fe leva un mo- 
xpent à leur arrivée avec quel- 

3ues témoignages de bonté ÔC 
e douceur ; puis reprenant tout, 
à «oup un air grave & févere t 
30 » Je ne puis pas, leur dit-il» 
39 ne point louer votre promp« 
X titude à exécuter les ordres 
3» du Sénat. Il m'ordonne de 
3» vous déclarer que fa dernière 
^ volonté eft que vous fortiez 
>> de Carthage qu'il a réfola 
:» de détruire , & que vous 
30 tran'fportiez votre demeure 
3> dans tel endroit qu'il vous 
9> plaira de votre domaine « 
SI pourvu que ce foit à quatre- 
» vingts ilades de la mer. n 

Quand le Conful eut pronon- 
cé >cet arrêt foudroyant » ce ne 
îfut qu'un cri lamentable parmi 
les Carthaginois. Frappés com- 
me d'un, coup de tonnerre qui 
les étourdit fur le champ , ils 
ne fçavoient ni où ils étoient » 
ni ce qu'ils faifoient. Us fe rou- 
Joient dans la pouŒere, déchi- 
rant leurs habits » & ne s'expli- 
.quant que par des gémilfemens 
éc des fanglots entrecoupés*^ 



MA 

Puis revenus un peu à eux 9 ils. 
tendoient leurs mains fupplian-. 
ces tantôt vers les Dieux « tan- 
tôt vers les Romains » âc im- 
plor oient leur miféricorde Se 
leur juftice pour un peuple qui 
alloit être réduit au défefpoir. 
Mais y comme tout étoit fourd à 
leurs prières» ils les converti- 
rent bientôt en reproches & en 
imprécations, les faifant reâou- 
venir quSl y avoit des Dieux 
vengeurs auifi-bien que témoins 
des crimes & de la perfidie. 
Les Romains ne purent refufer 
des larmes à un fpe dlacle R. tou- 
chant s niais leur parti étoit 
pris. Jiies députés même n'obcin-' 
rent pas qu'on furfît rexécu** 
tion de l'ordre jufqu'à ce qu'ils 
fe fuifent préfencés au oénat 
Romain , pour tâcher d'en ob« 
tenir la révocation. Il fallut par- 
pr , de porter la réponfe à Car- 
thage. 

On les y attendôit avec une 
impatience Se un tremblement 
qui ne fe peuvent exprimer. Il» 
eurent bien de la peine à percer 
la foule qui s'empreflbit autour 
d'eux pour fçavoir la réponfe y 
qu'il n'étoit que trop aifé de. 
lire fur leurs vifages. Quand ils 
furent arrivés dans le Sénat 9 Sc 
qu'ils eurent expofé l'ordre 
cruel qu'ils avpient reçu , un cri 
général apprit au peuple quel 
étoit fon fort ; 6c dès ce moment 
ce ne fut plus dans toute la ville 
que hurleroens 9 que défefpoir , 
que rage > & que fureur. 

Les Confuls ne fe hâtèrent 
pas de marcher contre Cisrtha^ 
ge, ne s'imagin&c pas qu'ils 



MA 

leuffeot rien à craindre d^une 
ville défarinée. On y profita 
de ce délai pour fe mettre en 
^rat de défenfe; car, il fut ré« 
folu d^nn coitimun accord de ne 
point abandonner la ville. On 
nomma pour Général au dehors 
Afdrubal qui étoit à la tête de 
vingt raille hommes , vers qui 
-l'on députa pour le prier d'ou- 
blier en faveur de la patrie 
.rinjttfttce qu'on lui avoit faire 
par la crainte des Romains. On 
donna le commandement des 
nroupes dans la ville > à un an^ 
cre Afdrubal , petit'fils de Ma- 
finiiià. Puis , on fabriqua des 
armes avec une promptitude 
incroyable. LesTemples, les Pa- 
lais, les places publiques fu- 
rent changés en autant d'atte* 
llers. Hommes & femmes y tra- 
vailloient jour & nuit. On fai- 
foit par jour cent quarante bou- 
cliers, trois cens épées , cinq 
cens piques ou javelots , mille 
traits de un grand nombre de 
machines propres à les lancer ; 
.& parce qu'on manquoit de 
•snatiere -pour faire des cov- 
. des , les femmes coupèrent lenss 
cheveux &en fournirent abon- 
damment. 

, Cependant , les Confuls s'a- 
vancent vers la ville pour en 
former le fiege. On peut croire 
que c'eft alors que fut faite par 
les Roorains , la. double cérémo* 
,nie de Tévoication des dlviniiéa 
•Tutéiaires de Garthage , & du 
dévouement de. cette ville* 



Ma ^77 

Après toutes les imprécations 
untées en plireilie circonflance » 
-les Confiils l'attaquèrent par la 
force des armes. Ils ne s'at|en« 
doient à rien moins qu'à v trou* 
ver une vigoureufe réfiitance.^ 
8c la hardiefle incroyable des 
alfiégés les jetta dans un grand 
étonnement;Ce'n*éîSit que Ibr* 
ties fréquentes '& vives po^^ 
repoufler les affiégeahs , pour 
brûler les machines, pourbaïf-. 
celer les fourrageurs.L. M arcitit 
Cenforinus attaquoit la vilhe 
d'un côté , & M. Manilîus de 
l'autre. P. Scipion? dès-lors h 
terreur de Carthage , - fervoic 
.alors en qualité de Tribun , Se 
iediflinguoft parmi tous les OfS^ 
ciers autant par fa pfildence que 
par fa bravoure.* Les Confuls 
firent ptufîeurs fautes pour n'a- 
voir pas voidu fuivr<e fes avis* 
Cependant, l'année de leur Cod« 
fuiar expira. Se le foin de con- 
tinuer le iiege qu'ils avoient 
commencé , fut confié à leurs 
.fuccefleurs. 

M ARCIUS [Q.] REX , Q. 
Marcius Rex » ( ^ ) fut créé 
Confulavec M. rorcius Caton, 
l'an de Rome 634, de iiS avant 
i.C. 

MARCIUS [ L. 3 PHILIP- 
PUS, £. Marcius Philippus , 
{h) fut élevé au Coofulat , avec 
Sex. Jalius Céfar , l'an de Ror 
me 661 , & 91 avant Jefus- 
Chriil:. M. Livius Driifus , Tri- 
bun du peuple, pour fervir \é 
Sénat » éc lui attirer la faveui^ 



(«> Koll. Hift. Romi T. V. p." 364. I é^ [mh* T. VL pag. 7 > 8 » 96. ér )Wv; 



(») RuU.||ift. Rom. T. V.«p* 489. 



S» •• 



^7:5 M A 

,<le la tnukjtude ,^mf€prft de 
faire pafTer de? loîx Agraire» ; 
jnais , il trouva dani la peffoOr 
Ji^ .de L. Marcius Phtlîppus un 
.r^aouiable adverfatr^. 

L, Marcia3 Phiisppus , outre 
J^s avantages idç la oaiflaDce y 
40S grandes alUançei , outre la 
I4ifinûé &*rattt9Wé.de fa pla- 
^fit étpn encare capiable par le 
^ajent de la parbie de donner 
ji^ ppids an parti /qu!il embraf- 
^oit. Après M. Gaflus & M. 
^ntoioe, qui fe dîfputoienc le 
premier rang de. TÉloquence, 
£irenoit L.^Marcius Philioput , 
j9>ais à une grande diitance. 
p Quoiqu'il n'y eût perfonne» 
P dit Cicéron , qui pût fe plâ^ 
?» ^er encre ces deux grands 
p. Orateurs & lui , je ne puis 
» néanmoins l'appeiler ni lie 
» fécond , ni le trotfieme^ de 
jp, même que dans une courfe de 
.<> charrîot$, je ne compterons 
^ point pouj! fécond, ni trot- 
3» (leme « celui qui feroir à 
» peine forti de la barrière., 
» lorfque lé premier auroir dé- 
S3 jà reçu le, prix.» Mair, à 
confidérer L. M a relu s Philip- 
pus en lui-même y indépendam- 
ment de toute comparaifon« o«i 
jne pouvoiifc lui réfùfer le titre 
.& le mérite d'Orateur. Il avoît 
vn rour libre de hardi » beaucoti^ 
de fel & d'enjouement. Il ne 
snanquoit ni d'inviention pour 
wouver des' peiïfcés conveoà* 
bles • ni de facilité pour ies 
i#*xprimer; avec cela, beau- 
coup de connoiflance des ars 
des Grecs ; Sç dans les al^exw 
cations quand il ctoit échauffé , : 



MA 

-qtréfqne dibfe de piqitant & et 
.caufttque , qui plait toujours 
beaucoup aux Auditeurs* 

Nous ne pouvons dire , faute 
de moAumens , quel motif en* 
.gagea L. Marciu» Philippas 
aâuellement Conful à prendre 
parti contre M* Livius Drufos 
6t contre le Sénat. Étant Tribun j 
Il avoir autrefois propoCé une 
loi Agraire» & Cicéron cite 
d'un difcours qu'il 6t alors ua 
lirait iiéditieusu II) dît qu'il n'y 
avoir pas dans la ville deux 
mille bomnies qur euffent de- 
•quoi vivre. On fent afTez les 
conféquencés d'un mot comme 
celui - là , prononcé par tin 
Tribun devant une multitude 
-qui prétendoit jouir des droits 
de Ja fouveraineté. Du relire 
-rependant , la conduite > de L. 
Marcius Philippus dans foti 
Trîlmsat avoit été aâèz modé- 
\Tée, & il avoit fouffert fans 
beaucoup de peine qne fa loi 
ne paffUt point. S'étoit-il donc 
convaincu pour. tODJourit que 
les Joix Agraires étoient pernt- 
•cieufes, Ôc s'oppofok ^ il par 
cette raifonà celles que portoic 
M. Livius^Druftts t Ou avoit-il 
quelque fujet perfoniiel d'iai- 
onitié contre ce jeune Tribun » 
de mécontentement contre le Sé- 
nat i C'eft ce que nous ne £çavons 
point. Mais » qe qui eft certain , 
c^eâ^qu'il agit^avec beaucoup de 
^chaleur ât même de paifion. 

Comme il réliftoit donc de 

.coûtes fes forcés aux loix pro- 

pofées, & ne vouloit pas fouf- 

frir. qu'on en délibérât , M. Li- 

.vÀttsDruftts U-fit mener to pri* 



MA 

foA, iSc trdter fi ourra|é«fe^ 
ment , que le fang loi K)rtoic 
des oarioes en abondance. En^ 
core le Tribun ne fit-il qu'en 
plaifanter , difanc que**ce n'é* 
toh pas du fang) mais du jui 
de grires , parce que L. Mar* 
chis Pinlippus pafloic paur ai-^ 
sner la .bonne chère ôc itt fins 
morceaux. 

Les loix furent enfuite reçues; 
snais , M. Livius Drufus étant 
mort peu de tems après » L; 
Marcius Philippus fit cafle^ tou* 
ces fes loix par un feul décret 
du Sénat > comme portées con* 
tre les Aufpices> & dè^-là nulles 
de plein droit. 

Il parvint quelques années 
après à la Cenfure» qu^il géra 
mvec M* Perperna. Ces Magif- 
trats fe gouvernèrent félon tes 
imprefiions de L. Cinna ; & L. 
Marcius Philippus n'eut paè 
lionte de rayer du catalogue 
dès Sénateurs » Ap. Claudius Ton 
oncle 9 dont le mérite égaloit 
la natlTance. Mais y il avoit été 
accufé par un Tribun Se dépôuil<* 
lé du commandement qu'il exer*^ 
çoit» en haine de Ton attache^^ 
ment pour le parti de la noblef^ 
le de de L. Sylla. Voilà ce qui 
lui attira la dégradation dur 
rang de Sénateur & une fiétrif-^ 
fore honteufe non pas pour lui^ 
mais pour L. Marcius Philippus» 
qui ayant accepté la Cenfure 
des mains du Tyran de Rome » 
ag^floit cofiféquemrment en ap- 
prouvant les aAes de la Tyran- 
nie. Ces mêmes Cenfeurs firent 
le c^nombrement des citoyens 
qui fe traurereot montera ^«a« 



9e cens foixânte*' trois mille > 
nombre beaucoup plus grand 
qne les précédenS, fans douto 
a caufe des peiiples dltalid 
nouvellement âflbciés au droit 
de bourgeoKte Romaine. Ili 
nommerenr Prince du Sénat If* 
Valérius Flaccus.- 

L» Marchés Philippus eut & 
vives conteftations avec l*ôra'- 
f eur L. Lictniur Craffus , côm* 
me on peut le voir dans l'ar- 
ticle dei ce dernier. Il prononça 
aufiî contre M. Émilius Lépi- 
dus , Gonfui ràn 78 avant Je- 
fus-Chrîft , un diftours très- 
vif , qui fe t'rouve parmi le^s 
fragmens que nous avons de Sal- 
]ufte« Nous en avons cité quel- 
ques lariibeaux dan$ Tarcicle de 
M. ÉmiHus Lépîdtis. 

L. Marcius Pdilippns fut fort 
attaché au parti de Cn. Pompée. 
Un jour , pbidant pour ce grand 
homme > il dit qu'if ne ralloit 
pas s'étonner fi un Philippe at)i« 
moit un Alexandre. Une autre* 
fors ,' il s'exprima d'uile façoà 
qui dât encore flatter infini- 
ment Cn. Pompée^ On s'étoic 
déterminé à le faire partir pour 
l'Efpagne avec le titre de Pro- 
conful. Mais , la chofe ne pafla 
vas fans dimculté ;. & quelques 
Sénateurs repréfeoterent qu'il 
étoit bien étrange que l'on re- 
vêtît un chevalier Hdnlain du 
rang Se dé l'attoriré de Pro< 
confuL Ce n'eff pas fimplement 
comme Pràconfui qv^îl faut t*en* 
Voytr^ dieL. Marcius Philippus» 
mais comme tenant la place de 
deux Confuls â la fois ; mot aulH 
hanerableiiCn. Pompée, qu'ia- 

Siv 



AÎo MA 

JMrieuxaux.Coafi^ls^uj éfoiettf 
a'iftijjelleiDenc en charge. 

MAKClVSfMarciusy M Jt^me^ » 
Jt^) certain homme qui au'rivé 
xouc récemment d*Italie à l'ar- 
inée, difoît que le bruit géné- 
ral , étoit à -Rome ^ que Co. 
Tompée (Jtoit afliégé ^aos fou 
.camp. Ti^ n* es -donc venu^ lui 
répondit Cicéron , qui pour eti 
ff avoir la vérité ^-pour en croire 
tes yeux. . - • :l - 

* Ce MarciiisjT par flatterie 
pour Cn. Poippée ,. vouloit fai- 
re croire que. ce bruit de Ro- 
me étpit faux ; & Cicéron le 
confirme par cette réponfe am* 
'bigue qui eft très-plaifante. 

MARCius i;q.]rex, Q. 

Marcius Rex , (î) géra feul Je 
'Confulât, Tan de Rome 684 , 5c 
^S-avant JefùsrChrift. Son collè- 
gue L. CécUius Métellus mou- 
rut dans. les premiers jours de 
Janvier ; & Lé fucçeâeur que 
Ton lui donna étaot mort auffi 
avant même que d'entrej; en 
/charge.» on ce jugea pas % 
propos de frfocédecà une nou- 
velle éleflion. , 

Le ConfuI unique » Q* Mar- 
cius Rex y ne s*eil pas rendu 
fort célèbre dans Thiftoire ; 
& tout ce que n6us avons à 
en dire» c'efl qu'après fon Con- 
fulat , il alla le mettre en pof* 
fefEoB du gouvernement de Ci- 
licie ). où il ne fe diiliogua. pas 
extrêmement. 

Malgré cela , à fon retour 
d*Âfie y il prétendit aux hon- 



MA 

Aêurs du triomphe , & il reftà 
long-cems aux portes de Rome # 
fans pouvoir les obtenir y parce 
quçy dit Saliufte, certaines gens 
accoutumés à faire, argent de 
fout 9 s*y oppofoiènt. C'eft 
pourquoi , Q. Marcius Rex g 
o'écant point encore entré dans 
la ville 9 confervoit toujours la 
la puiflance Proconfulaire > ôc 
iès foldat$ n'écoient point licen* 
€ié$* Oaps ces circooftances i 
l;^ conjuration du L. .Catiiina 
ayant été découverte , il reçue 
ordre de marcher du côté de 
Féfttles en Étrurie. A peine y 
étoit-il arrivé , que C. Mallius ^ 
un des principaux d'entre les 
conjurés, ofa lui faire des pro- 
pofitipns. C. Mallius lui envoya 
de$ députés pour lul.repréfen. 
/ter la tcifle (ituatioo de ce grand 
nombr-e de malheureux qu'il 
commandoit « & que le mauvais 
état de leurs affaires réduifoic 
au défefpoir. Il le prioitdt con- 
fidérer quêtant de citoyens mé« 
ritoient bien que la République 
fe portât à foulager leur infor-* 
tune ; mais qu'en tout cas ils 
étoient réfolus au moins de ne 
périr qu'en gens de cœur , &C 
après avoir vengé d'avance leur 
mort. Q. Marcius Rex> ayant 
reçu comme il convenoit , ce 
difcours mêlé de prières & de 
menaces, répondit aux dépu- 
tés de G. Mallius » qu'ils ne dé- 
voient rien efpérer , qu'aupa* 
ravant.ils o'euflent mis les ar« 
xa^s bas. 



Ci) Plut. T» ]. p. 880. iCrév* Hift, Rom. Tom. VI. pag« 197 jT 

p) Salluit. in Câlin» c, jy. ^ J?i« Us^^t H^S* 



MA 

MARCIUS [C] nCULUS, 

C Marcius Figulus » {a) parvint 
au Confulac ayec L. Jules Ce- 
far , Tan de Rome 688 , & 64 
avant J. C« 

MARCIUS [Q.] , Q. Mar-^ 
dus y K. lAafMÇ^ (h) Tribun 
des foldau, après avoir fuivi 
le parti de Co. Pompée 9. paOfà 
dans celui de Jules Céfar. 

MARCiy S [L.] , £, Marcîiu^ 
A. Mcr^xioç .» (c) chevalier Ro- 
main , dont Cicéron fait men- 
tion dans Ton oraifon pour Q» 
Ligarius. 

MARCIUS [Q.lQMarcitts. 
(d) Cenfeur* qui fit faire une fta«^ 
tue de la Concorde, Ôc qu'on pla- 
ça dans un lieu public.Le cenfeur 
C. Caffius la fit cranfporter de- 
puis dans le Sénat. 

MARCIUS [Q.] CRISPUS, 

.Q* Marcius Cri/pus , ( e ) Pro- 
conful, dont parle Cicéron dans 
fa onzième Phiiippique. 

MARCIUS [Q.] , Q. Marcius, 
K. MtipKdôi j (/) que Cicéron 
qualifie fon ami. C'étoit , au 
rapport de cet Orateur 9 un 
homme courageux, & fort ex- 
périmenté dans le métier des ar- 
mes. 

. MARCIUS [L.] PHILIP- 
PUS , Z. Marcius Philippus , 
C^) fut créé Conful avec Cn. 
Corn. Lentulus Marceilinus » 
Pan de Rome 696 , & 56 avant 
Jefus-Chrift. Avant fon Confu- 



M A a8i 

lat, il avoir eu le gouvernement 
de la Syrie ; mais • il °c s'y 
étoit pas diflingué par de grands 
exploits. Il fut le fécond mari 
d'Atia * roere d'Augufte » 6c 
beau -père de Caton d'Utique* 
Son Collègue , dans le con- 
fulat , Cn. Corn. Lentulus Mar» 
ceilinus fe montra un zélé & in- 
trépide défenfeur de la liberté 
publique. L. Marcius Philip'^ 
pus fuivit à la vérité les mêmes 
erreroens ; mais , il étoit homme 
doux êc peu capable par lui- 
même d'une forte réfolurion. 
AuiG , Cn. Corn. Lentulus Mar- 
ceilinus gouverna-t-il feul en 
Îuelque forte tout le Confulat. 
>• Marcius Philippus fut néan- 
moins employé depuis dans des 
affaires de la dernière impor- 
tance. Mais, l'extrême moliefTe 
de fon caraâere fut caufe qu'il 
n*y apporta pas un grand zèle g 
& qu'il s'acquitta d'une ma- 
nière peu >|atisfaifante de ce 
dont il avoit été chargé. 

MARCiyS [L.] PHILIP- 
PUS , X. Marcius Philippus i 
fils du précédent & d'Atia fa 
femme , tue élevé avec Augafte^ 
& dans la fuite mis à mort par 
Caligula. 

MARCIUS [L.] CENSO- 
RINUS , £. Marcius Cenfori-* 
nus y (h) fut créé Conful avec 
C. Calvifîus Sabinus » l'an de 
Rome 71} , & 39 avant Je« 



(«) Crév. Hift. Rom. T. Vi. p, 41). 

(») Hirc. Panf. de Beil. Hifp. p. 815. 

ô-> -Cicer. Orat. pro Q. Ligar. c. 14. 
^ (d) Cicer. Orat. pro domo fua ad Pon- 
lâf. c. 99. 

C«) Cicer. Philipp. 11. c. jia* 



(f) Cîcer. In L. Pifoa. c. 4s. 

(^) Crév. Kiil. Rom. Tom. Vil. pag. 
7Î , f^ , 108. T. VJll. p. 89. ér friv. 

(h) Crév. Hiâ. Rom, Tom. Vlil. pag, 
3s6 , jaj. 



2.%t 



MA 



fus-Chrift. En ce rems^Ii, Vzai^ 
coricé du Confulat étoît étran- 
gement afFoiblie > & réduite 
prefque à rien; mais au moins 
lufqu'îcî, on en avott refpedlé 
Ja durée » en ce fens qu*il n'y 
avoit point eu de Confuis qui 
n*euflenc été créés pout. aller 
jufqu*à la fin de Tannée , quoi- 
que plusieurs fe fufTent vus obli*> 
gés , foit par le diâateur Jules 
Céfarffoit par les Triumvirs » 
d'abdiquer avant le terme , pour 
laifler ce titre d'faonneur à d'au- 
tres , Que Ton vouloit en déco* 
rer.L.MarciusCenforinus & C. 
Calvifîus Sabinus font les pre-« 
miers Confuis y qui entrant ea 
charge au premier Janvier,n'ai* 
ent été mis en place que pour 
un nombre de mQÎs limités > au 
bout deiquels ils dévoient être 
relevés par des fuccefleurs dé- 
signés en même-tems qu'eux* 
Cette pratique 9 qui avilifToit 
& dégradoit de plus en plus le 
Confulat j fut fuivie conilam- 
ifienc par les Empereurs. On 
De vit plus de Conful d'un 
an. Ceux qui commençoient 
l'année lui donnoient leur nom^ 
& on les appelloit ordinaires. 
Les autres , que l'on appelloit 
Confuis fubiHtués , n*étoient 
gueres connus qu'à Rome Si 
dans l'Italie. Dans les Provinces 
ils faifoient peu de bruit 9 Sc 
pour cette raifon on les y qua- 
lifioit petits Confuis. 

iâi) Vell. Paterc. L. II. c. ^9. 
(è) Crév. Hitl. des Emp, Tom. V. 
ptg 191. 
{€) Crév. Hifl, des £mp, Tom» V* 

9*S' 390 > 291» 



MA 

MARaUS [ Cmspus ] , (a) 

Cri/pus hiarcius » perfonnag^ 
Prétorien , -feloa Velleius Pa* 
terculus. 

MARCIUS AGRIPPA , (V^ 
Marcius Agrippa , étoic un hom- 
me né dans l'obfcursté » de qui 
s'éroit poufl*é par de fales em- 
plois. Macrin ne laiCa pas de 
fe fervir de lui, & de le fobf<b 
situer mime à un homme de mé« 
rite âc de tête. 

MARCIUS [M.] , M. Mar- 
dus ^ M. M-eVioç, (c) dont oa 
a des Médailles qui lui donnent 
le titre d'Augufte. Il y a appa- 
rence que c'efl quelqu'un de 
ces Tyrans qui s'élevèrent fi 
fréquemmeot dans les dtfFéren* 
tes provinces de l'Empire ^ veri 
le milieu du troifieme fiecle de 
l'ère Chrétienne. 

Il eil fait mention dans Zo» 
sare d*un certain Marcus ; 
Philofophe de profeffion, qui \ 
feloQ cet Auteur , fur choi^ 
par le Sénat pour Empereur* 
Mais , il mourut au bout d6 
très-peu de jours. C'eit vrai- 
femblablement le même que M. 
Marcius. 

MARCIUS [ le bouclier de ] , 
(d) Clyptus Marcius^ V6ye[ Af ar* 
cius [ L. ] 9 fils de Septimus. 

MARCODURUM, Marco* 
durum , {t) lieu de la Gaulé 
Belgique , félon Tacite. » Leur^ 
y> cohortes , dit cet Hiftoriéit ^ 
•» furent taillées en pièces au- 

iÀ) Tît. Liv. L. XXV. c 59. 
(tf) Tacit. Hifl. L. IV. c. %%. NoHc 
de la Gauh par M* d*Annil» pag. 411 9 

414« " 



I 



M'A 

99 près ' de Marcodiirum ; «à 
9 elles ne • fe tenoient pas 
•» beaucoup fur leurs gardes , 
» parce qu'elles écoîenc éloi* 
-w» gnées des bords du Rtiin* y> 
Ce lieu eft à préfent Duren fur 
la Roër> au deflus de Juliers. 
Nos Rois j ont eu un P«Uis» 
•appelle Duria villa , eu Dura , 
dU>ttt les aociennes Annales font 
rmeknîon'eo parUnc des aflem* 
blées* <}uiy ont été conroquées. 

MARCOLICA, Marcolica, 
(a) ville d'Efpagne, félon Tire- 
Live. Cet Hiiloriea dît que M* 
Marcellus quittancle gouverne- 
ment d'Efpagfle y prit la fameu- 
fe ville' de Marcoliea » êc en 
emporta de grandes richeffes 
^Q*il mit dans le tréfor public. 
*Comme ce fait o^eft rapporté 
que d'une manière fort décou- 
-fue 6l fans liaifon avec ce qui 
-fuit ou ce qui précède, il n*eft 
-pas aile de juger où cette ville 
'^toie placée. Il eft d'ailleurs 
éronnaut qu'une fameufe ville 
'ait ^été inconnue aux Géogra- 
phes qui ont décHt l'Efpagne, 
']tifqa'à- en nommer les villes 
qui ne fubfiftoient plus* 

•MARCOMANS^ Marcoma-^ 

ni , Marcomanni , Marcommani , 

•M«^>eo/MA<«w/ , (è) peuplé Ger- 

'ȉln du nombre de ceux qui 

eonipofeient la nation Sûeve. 

'^ Là cité des Mareômanii ; dit 

» Tacite , eft la plus, puif- 



i ( 



(f') TIt. tu, L. XLV. c. 4. 

(k) $crab. {Mg. s^o*' Tactr. X-nn«1. L« 
U. ۥ 45 9 46 t 6s. de Mocib. Gccm^ c. 
4». VcU. Patercnl. L. 11. c. 108 , 
109. Cxf. de Bell. <^all. L. l.'fag. $7. 
Crér. Hift. des £mp»Tom; Irp; 146» 



MA 28) 

» fante & la plus fameufe par 
yy fes exploits. La contrée mê- 
3» me qu'ils occupent eft un 
» monument de lettf valeur* 
a» Ils Tour conquife fur les 
» Boiens qu'ils en ont chaiTés. 

Spener croit que le nom 
de Marcomans eft formé de 
Marck & de Manntr , deux 
mots qui dans la langue Alle- 
mande Signifient des hommes 
établis pour la garde & pour \x. 
défcnfe des frontières. S*îl eft 
vrai 9 comme on en convient 
aftez, que les Helvétiens fu<- 
• rem chdTés par les Germains 
de leur première demeure à la 
fource du Necre 5c du Danu- 
be , il eft naturel de dire que 
Tarmée qui les chalfa, demeura 
dans le païs pour empêcher 
qu'ils n'y retournaflent ; & que 
de-tà elle prit le nom de Mar^ 
comani» 

On croît que la première de- 
meure des -Marcomans étoic 
-entre le Rhin èc le Danube, 
dont Pan bordoit la Gaule 9 de 
Tautre términoit la Rhétîe « àL 
quelle s'ëtendoît jufqu'au Ne- 
cre* Cette opinion eft unique- 
ment appuyée fur ce que des 
trois peuples qui pofliéderenc 
le pàïs , d*oû les Helvétiens 
avoient été chaffés » les Mar- 
comans étoient le peuple le 
plus puiflant. Leur nom en eft 
une preuve. Strabon ^ Velleiits 

içç. Tom. IV. pajç. )t » 55 » 409. ér 
/iffif.'Toni. V; p«|ç. 68, »»y. Tom. VI. 
pag. «5 , ad. Méni« de l*Acad. des 
Infcripu Sa Bell. Le^t. Tom. XX. pa{. 
54. <Ér /««*• 



^H MA 

racefculus & Tacite", bou4 ea 
fourniflenc une autre , en ap- 
pelianc fimplement Maroboduus 
roi des Marcomans « fans non»- 
iner les chefs des autres peu* 
ples qui accompagnoient les 
Marcomans » dans rexpédition 
donc ces Auteurs entendent 
parier. Mais , il eft confiant 
que leur demeure ne peut fe 
fixer que par conjedlure , quoi- 

Îtt*avec aflez de probabilité. 
)Iuvier a tâché de marquer les 
bornes précifes du pais des 
Marcomans, & ce qu'il dit eft 
afTez vraifemblable* Lé voici. 
Le Necre bornoit la Marco- 
manîe au nord; le Kocker^ qui 
fe joint au Necre*, Se le Brents 
qui fe jette dans le Danube , la 
bornoîent à l'Orient , le Da- 
.nube au Midi, & le Rhin à 
l'Occident. De cette façon les 
Marcomans auroient pouédé les 
(erres que comprennent le duché 
de Wurtemberg , la partie du 
Palatinat du Rhin, oui eft en- 
tre le Rhin ôi le ffecre , le 
Brifgaw, & la partie du duché 
de Suabe , fîtuée entre la four- 
te du .Danube & le Brentz. 

Autant eft-il difficile de dire 
pu fut précifément la première 
demeure des Marcomans , Se 
de décider s'ils s'établirent dans 
le païs dont les Helvétiens 
avoient été dépoCédés ; autnac 
p^ut-on parler .avjsc certiu^de 
de leurs autres expéditions , 
qui fe trouvent appuyées du. 
témoignage de divers . Auteurs 
approuvés. Jules Céfar nous 
apprend que les Marcomans 

p^«reoc d»QS la Gaule; fous la* 



MA 

tonduite d^Ariovifte g àotit ^r^ 
partie de l'armée , après fa Hé^ 
faite , repafl*a avec lui dans fo'n 
ancienne demeure. On doute 
pourtant fi après Ariovifte lea 
Marcomans eurent un autre Roi^ 
ou s'ils coafervereat leur li- 
berté jusqu'au règne de Maro* 
bodous. Il eft du moins csertain 
que ce dernier , à fon retour de 
U cour d'Augufte , où il avfttc 
été élevé , fut Roi des Marco- 
mans, Se qu'aUarmé de Tappro-» 
che des Romains qui portoieAC 
leurs armes dans la Rhétie 8c 
daas le Norique , il perfuadà à 
fes peuples de fe retirer dans 
l'intérieur de la Germanie , ât 
d'y aller chercher une nouvelle 
demeure. Velleius F^terculus 
parle auffi de cette migration 
des Marcomans. On y voit que 
Maroboduus , à la tête des Mar» 
comans , des Sédufieos & dos 
Harudes , pafla dans le p^^ïs detS 
Boiens , fitué au milieu de la 
forée . Hercynienne ; qu'il s'y 
établit après avoir vaincu les 
Boiens , de ^u'il fournit enfuite 
tous les p^euples voifins , foîc 
par la force de fes armes s foie 
par la crainte qu'elles leur inf« 
pirerent. 

Lorfque Maroboduus fe fut 
emparé du pais des Boiens^» 
connu alors fous le nom de 
BoioAamum , dn ne connut plus 
de fédufiens ni de Harudes; leur 
nom fut confondu avec celui dea 
Marcomans qui fe conferva. A 
l'égard des terres qu'ils avoient 
abandonnées, elles furent oc- 
cupées par différens peuples 9 

foie. Gaulois » foit Germains* 



MA 

II y a des Auteurs qu! ont 
^crit que les Marcomans , avant 
que de pafTer dans le païs des 
Boiens » demeuroient dans la 
Moravie ; nais , cette opinion 
contredit abfolumeDt Jules Ce- 
far & VelleîusPaterculus. Com» 
ment les Marcomans auroîent- 
ils été menés par Ariovifte de 
la Moravie dans les Gaules i 
Et comment Maroboduus , en 
paflant dans le païs des Boiens , 
ïe feroit-il éloigné des conquê- 
tes des Romains , puifque ce 
païs étoit alors beaucoup plus 
près des Romains que la Mora- 
vie ? Il convient mieux de dire 
qu'il laifia les bords du Rhin p 
parce que les Romains avosent 
commencé à foumettre la Rhé* 
fie 9 & qu'il fe retira dans le païs 
des Boiens , qui l'éloignoit des 
armes des Romains , par qui le 
Norique n avoic pas encore été 
lubiugué. 

Quoi qu'il en foit t le nouvel 
Empire de Maroboduus allarma 
les Romains » ôc ils ne négligè- 
rent rien pour le perdre. Au* 
fufte vivoit encore lorfque Ti- 
ere marcha contre Marobo- 
duus à la tête de près de cent 
mille hommes. Quelques Hifto- 
riens ont dit que des foins plus 
preflans fufpendirent fubitemenc 
l'effet de cette entreprife. Ta- 
cite fait dire à Maroboduus 
lui - même , qu'il oCHigea les 
Romains à traiter avec lui d'é- 
gal à égal. Il eft vrai que la 
politique Romaine ^ l'emporta 
enfin fur fon courage de fur fes 
forces , en fufdtant & fomentant 
çoniiie lui des guerres iatefti* 



MA ^8î 

ses. Arminius » ce Germain £ 
célèbre par la défaite de Va- 
rus , Tattaquà le premier , fout 
le prétexte fpécieux de la liber- . 
té Germanique , êc gagna fur 
lui une viâoire complète. Mais, 
les Romains « contenspour cette 
fois de l'avoir affoibli , fe hâ- 
tèrent de mettre obilacle aux 
progrès d'Arminius » dont les 
fuccès ne leur faifoient pas moins 
d'ombrage que la puiffance de 
fon ennemi. Bientôt après, ils 
donnèrent à Maroboduus un 
nouvel adverfaire moins à crain- 
dre pour eux qu'Arminius ; ce 
fut Catvalda , jeune Seigneur 
Gothon , mécontent du Roi des 
Marcomans » qui l'avoir forcé 
d'abandonner fa patrie. Excité 
& foutenu par Jubillius , chef 
des Hermondures t.qui s'étoit 
dévoué aux intrigues des Ro- 
maîns^il faifît avidement l'occa^ 
£on de fe venger. Ayant fçu ga- 
gner une partie de la nobleflç 
de Maroboduus , il pénétra fu- 
bitement dans lé canton ou le 
Roi des Marcomans avoit fa ré- 
fidence ^ s'empara de fon palais 
& de la fortereflè qui le défen- 
doit, & l'obligea de fe retirer 
chez les Romains , dont la po« 
litique fçavoit cacher les ma- 
nœuvres,& qui fe faifoit encore 
honneur d'ouvrir une retrait^ 
aux Souverains barbares^dont ils 
avoient fourdement machiné Ix 
perte^ 

Maroboduus » dans fa re- 
traite chez les Romains « fut 
fuivi par ceux de fes fujets 
qui lui demeurèrent fidèles ; 
leur nombre fuc aiTez coniidé^* 



j|86 M A 

rable pour en former comme 
une nouvelle peuplade , que 
les Romains logèrent fur les 
t frontières de leur Empire* au 
delà du Danube , entre le Ma- 
lus & le Cufus , c*eft-à-dire , 
vers la Moravie. Ils y furent 
bientôt accrus par les partifans 
de Catvalda» qui eut au bout 
de quelques mois le même fort 
que Maroboduus » & fe retira 
comme lui chez les Romains* 
L'on avoit retenu Maroboduus 
à Ravenne. L'on envoya Cat- 
valda à Fréjus. Sans doute le 
malheur commun des deux chefs 
& leur éloignement éteignirent 
rinimitié de le,urs partis , qui fe 
réunirent entièrement dans les 
quartiers communs qui leur fu- 
rent afïîgnés fous l'autorité d'un 
Prince nommé Vannius. 

Vannius jouit tranquillement 
pendant trente ans du pouvoir 
que les Romains lui avoient 
confié ; mais » la longue durée 
de fon règne ennuya enfin fes 
fujets , & peut-être encore plus 
les Romains. Vangion & Sidon, 
enfans de fa fœur , prirent les 
armes contre lui ; ils étoient 
appuyés par ce même Jubillius 
dont Tibère' s'étoit fervt pour 
perdre Maroboduus. Vannius 
fut vaincu & chaffé , & fes ne- 
veux partagèrent fa dépouille; 
Les Romains , ayant ainfî réui?! 
à divifer des forces qu'ils corn- 
mençoient à redouter, ouvri- 
rent une retraite à Vannius & 
à ceux qui le fui virent , de leur 
aifîgnerent de nouveaux quar- 
tiers dans la Pannonie. 
* yangion vivoit encore vingt- 



MA 

quatre ans après fous Vefpalîeo, 
éc fuivoii fon parti contre Vi- 
rellius. Ita^cus avoit fuccédé ^ 
Sidon ; il fe fignala avec Vaa* 
gion à la bataille de Crémone. 

Au tems dans lequel Tacite 
écrivit fa defcription de la Ger- 
manie , c'eft-à-dire , vers l'an 
de Jefus-Chrift 98 ou 99 , les 
Marcomansâc les Quades obéif- 
foient à des Rois d'une autre 
nation ; mais , ils continuèrent 
toujours d'occuper la Bohême 
& la Moravie. On voit qu'au 
tems de Marc -Aurele ils s'é- 
toient étendus jufqu'au Granua 
vers rOrient ; mais , ils ne s*a- 
vancerent point au midi y ÔC ne 
traverférent jamais le Danube, 
dont le paiTage étoit défendu 
par des villes Se par des camps 
retranchés qui bordoient cette 
frontière. l\î efTayôient de tems 
en tems de forcer ces paflàges, 
de de faire des cdurfe's xians lé 
Norique ÔC dans la Pannonie | 
c'eft feulement à l'occafîon de 
ces guerres qu'il en efl parlé 
dans les Hiftoriens. Mais, com- 
me nous n'avons que des abrégés 
dé l'hifloire de ces tems-là » on 
ii'y trouve que le nom de ces 
peuples ; 8c celui de leurs Rois 
ei^ rarement marqué. 
' On voit , par exemple » qu'en 
86 ils firent quelques mouve- 
mens , âCi que Domitien ayant 
paâ'é le Danube pour entrer 
dans leur païs , perdit une ba- 
taille contre eux, & fut con- 
traint de leur accorder la paix. 
Au tems jde Tacite ôt de l'Em- 
pereur Trajan , ils demeurèrent 
tranquilles; maiS| fous Marc* 



MA 

iAarele, ils reprirent les amiet 
& perdireor plofieurs batailles 
<)ui les atfbiblîrent beaucoup. 
Commode conclut des traités 
«ivec ces peuples qu*il lui étoit 
«ifé de fubjuguer. Les Marco- 
s&ans raanquoient ■> & de vivres > 
& de troupes. Les pertes Qu'ils 
venoient de faire dans pluueurs 
cofobats, & les ravages exercés 
fur leurs terres > les avoient 
réduits à une foibiefl*e qui ne leur 
pennettoic plus de foutenir la 
guerre ^ & qui ne leur laiflbit 
de reflburce que dans la paix. 
Commode la leur accorda aux 
conditions fui vantes. Il exigea 
qu^ils donnaient des otages ; 
qu'ils rendirent les prifooniers; 
qu'ils payaûent tous les ans un 
tribut en bled , dont la quantité 
fut fixée ; qu'ils lui fourniflent 
un certain nombre de troupes 
auxiliaires. Il leur interdit toute 
afiemblée , fi ce n'eft une fois 
le mois , en un lieu marqué » Sc 
en préfence d'un centurion Ro- 
siain. Il leur défendit de faire 
la guerre aux Ja2yges & aux 
Vandales. A ces conditions , il 
abandonna les forts conftruits 
dans leur pais 9 & en retira les 
garnirons. Ainiî , il renonçoit à 
une conquête bien avancée ; il 
privoit les Romains de la gloire 
infiniment précieufe pour eux 
ti*étendre leur Empire; & ce 
qui mettoit le fceau de l'igno- 
minie à cette paix , c'eil qu'il 
Tachetoit par d'abondantes dif- 
ïributions d'argent faites à des 



m A 1S7 

peuples prêts à fubir le jbug» 

Les Marcomans fe relevèrent 
dans la fuite des pertes qu'ils 
avoient effuyées , & fubfiflerenc 
îufqu'au tems d'Attila âc de Tin- 
vanon des Huns. On contiue 
de voir dans les Hiftoriens de 
ces tems-là le nom des Marco- 
mans de des Quades. Il eft vrai 
qu'ils n*étoient maîtres que de 
la Bohème & de la Moravie, & 
que les peuples qui avoient obéi 
à Maroboduus ne relevoient 
plus d'eux; mais» ils étoient 
encore afiez pui^ans. 

Ils furent obligés de fe fou- 
mettre aux Huns fous Attila» 
comme les autres nations Ger- 
maniques. Mais , la puifTance de 
ce Prince ayant été détruite par 
la guerre civile excitée entre 
fes fils , les divers peuples Ger- 
maniques fecouerent le joug & 
formèrent de nouvelles ligues. 
On ne trouve plus alors le nom 
de Marcomans , ni celui de 
Quades. Des nations 9 venues 
des bords de la mer Baltique ^ 
fe mirent à la tête de ces ligues, 
& leur donnèrent les noms de 
Gépides , de Rugiens , d'Uéru- 
les & de Lombards. 

MARCUS, Marctts, Ma%xoç, 
(a) fut père de Numa Marcîus , 
que Numa Pompilius créa grand 
Pontife. 

MARCUS , Marcus , M«/)«©ç, 
^oye^ Mamercus. 

MARCUS ATILIUS, (^J 
Marcus Atilius , Préteur l'an 
i;leRome 539, & avant Jefus- 



O) Tît. Lîv. L. I. c. ao. IXXV. c. 1. L,' XXVL c. 6 » 21. iJ 

iè) TU. Lif. U XXlVt c. 4S » 441 L. I XXVil. c. 4. 



slH ma 

Chrift 213. En cette qualité , il 
eue ordre de rendre la juftice 
aux étrangers ,à la place de Ton 
Collègue , M. Émilius , à qui 
le fort avoit fait tomber cette 
commiffîon , & qu*on envoya 
commander^ auprès de Lucérie 
les deux légions, que Q. Fabius^ 
alors ConCuli avoit commandées 
pendant fa Préture. 

Cette année, la longueur' de 
la guerre Ôc ralternative des 
bons & des mauvais fuccès in- 
troduliîrent un iî grand change- 
ment dans la fortune 6c dans 
les efprits des Romains , Se al- 
térèrent tellement la religion 
de leurs aucêtres, par le mé- 
lange de plufieurs cérémonies 
étrangères , qu*il fembloit que 
les hommes & les Dieux fufTenc 
devenus tout autres qu'ils n*é- 
toient auparavant. Et ce n*étoit 
pas feulement dans le fecret des 
maifons particulières » qu'on 
aboliiïbit Tancien culte , mais 
au milieu de la place publique 
6c dans le Capitole même. On 
voyoit des troupes de femmes 
offrir aux Dieux des facrifîces, 
& leur adreffer des prières in- 
connues jufquesrlà dans Rome. 
Une faule de Prêtres & de de- 
vins avoient rempli les efprits 
de vaines fuperftitions ; 6c ce 
défordre avoit encore été aug- 
menté par une multitude de gens 
de la campagne , que la ftérilité 
des terres , caufée par la lon- 
gueur de li guerre , avoit obli- 
gés de fe retirer dans la yille ; 
& par la facilité , que trocivoienr 
ces fanatiques, de.s'enrichir aux 
dépens d*une populace aveugle , 



MA 
en exerça tit impunément lin art 
aufïî pernicieux, qu'il éioit nou- 
veau. Les gens de bien com- 
mencèrent à murmurer en fe- 
cret contre ces abus , }ufqu*à 
ce qu'enfin les plaintes en furent 
portées dans le Sénat. Les Édi* 
les ôc les Triumvirs capitaux , 
ayant été féverement blâmés de 
leur négligence , fe mirent en 
devoir de chafler cette canaille^ 
de la place publique, de de ren- 
verfer les autels fur lefquels ils 
fe préparoient à offrir leurs 
facrifices impies. Mais , ils 
avoient entrepris une réforme , 
qui étoit au-deffus de leur auto- 
rité ; de peu s'en fallut qu*i!s 
n'en fuffent outragés eux-mêmes 
dans leurs perfonnes. Le mal 
avoit fait trop de progrès pour 
être guéri par les Magiilrats du 
fécond ordre. Le Sénat fut obli- 
gé de charger Marcus Atilius 
de délivrer la République d'une 
fuperilition fi dangereufe. Ce 
Magiftrat ordonna, par nn édic 
qui fut publié dans l'aflemblée 
du peuple, que quiconque avoit 
entre fes mains des formules de 
prophéties , de prières ou de 
facrifîces par écrit, eût à les 
lui remettre avant les calendes 
d'Avril ; & il défendit à toute 
perfonne, de quelque condition 
qu'elle pût être , de facrifier en 
aucun lieu public ou facré , avec 
des cérémonies nouvelles & 
étrangères. 

Marcus Atilius fe trouva de» 
puis au fiege de Capoue en qua* 
lité de Lieutenant de Q. Fui- 
vins Flaccus ; Se il eut beaucoup 
de jart à la prife de cette ville. 



MA 

Leé habitans , après leur teàdU 
don 9 envoyèrent à Rome des 
députés 9 qui firent en préfenca 
du Sénat » un difcours bien ca- 

Îable d*excîter la compaifion^ 
rtfur difcours fini, ils fortirent 
Îour laiiTei' aux Sénateurs la 11- 
erté de délibéref . Marcus Âti- 
lius, qui, de tous les Officiers, 
qui avoient fervi à Capouei 
avoit le {>iu^ de poids 8c d'au- 
torité , étant prié de dire fon 
avis : y» J*ai été admis » dit-il , 
i> au confeil que les Confuls 
y> tinrent après la prife de cette 
y> ville. Là» après qu'on eut 
s> examiné , qui d*enrre les 
s> Carapaniensavoitrenduquel* 
9» que fervice à notte Républi^^ 
30 que, on ne trouva que deux 
» femmes , fçavoîr , Vcftia Op- 
y» pia , de la ville d^Atelle , 
30 mais qui réfidoit en ce même 
» tems-ià à Capoue« êi Faucula 
»> Ouvia , autrefois courtlfaniie 
^ de fon métier^ La pf'emiere 
9 n*a pas laifiTé pafler un feul 
39 jour, fans offrir aux Dieux 
s» des lacrifîces pour le falut & 
^ la viâoire du peuple Romain. 
» L'autre a Secrètement fourni 
3i> des alimens, à ceux de tîos 
3» prifonniersqui en manquoiem^ 
f> Tout le reiie desCampahiens 
j» a été aâimé contre nous d'une 
» haine égale à celle des Car- 
s> thaginois ; 5c Q. Fulvîus a 
^ plutôtfait trancher la tête aux 
f» plus illuftres qu'aux plus 
« coupables de cette nation. 
» Au refte , je ne vois pas que 
» le Sénat puîfTe rien décider 
^ au fu jet des Campaniens , qui 

{é) Tir. Uv. L. XXV. c» r^. 



yf (ont citoyens Roifiains i fani 
» confulter le peuple. C'eft cd 
» qui fut pratiqué du tems dd 
y> nos ancêtres, à l'égard des 
3» Satricans qui s'étoient réval<« 
» tés< Car, avant toutes chofet^ 
ao Marcus Antiilius , tribun ^ 
» propofa au peuple de porter « 
39 comme il fit j une loi , par la' 
V quelle le Sénat étoit autori' 
» fé à décider de la peine « 
39 qu'on feroit fubir à ceux dtf 
3» Satricum. Je crois que fui' 
39 vant cet exemple f il faut 
3» qu'un ou plufieurs Tribuns 
39 demandent au peuple une loi ^ 
I» qui nous permette de juge^ 
» les Campanienstf 3» L'avis de 
Marcus Atilius fut fuivi; de le 
peuple confulté répondit qu'il 
s'^n rapporteroit à ce que 1^ 
Sénat aurott décidé. Cette corn* 
pagnie, en conféquence^ ren- 
dit diâfcrens afréti , relatifs il 
l'état adluel des peuples nou-^ 
vellement fournis^ 

Quelque tèms après, Mafeùt 
Atilius eut ordre de partir avec 
Manius Acili«s,*pour fe rendrtf 
à Alexandrie , auprès de Pta* 
lémée & de Cléopatfe y qui re* 
gnoieot alors. lU dévoient leur' 
demander le renouvellement dé 
l'alliance 6c de l'amitié f qui 
avoient été cohtradlées entre \gt 
République Ô& les rais d'Égypt^^ 
éc leur donner pour préfens^ 
au Rai , une robe &i une tunj-i^ 
que de pourpre avec une chairef 
d'îvoif e ; & à la Reine , un man* 
teau de diverfés couleurs avec 
un voile de pourpre. 

MARCUS ATINIÙS^ (4) 



&Ç0 M A 

Marcus Atirùus » commandoU 
dans Thurtum durant la fécon- 
de guerre Punique , Tan de Ro- 
me 540 & avant Jefus-Chrift 
. 212. Les habîtansy à Texemple 
des Mdtaponcins , s'étanc ré- 
^ voltés contre les Romains » 
écrivirent des lettres âc envoyè- 
rent des députés à Hannon âc 
à Magon qui étoient dans le 
yoi(înage. Comme Marcus Ati- 
nius n*avoit à Tes ordres qu*une 
garnifon fort médiocre > ils ef» 
péroient qu'on poarroir aifé- 
ment l'engager, dans un combat 
téméraire» non pas tant par la 
confiance qu il aurok en fes fol- 
dats, qui étoient en petit nom- 
bre, que par Vcfpérance d'être 
fécondé de la jeuneiTe même de 
Thurium. Il Tavoit rangée par 
compagnies & lui avoit donné 
des armes à defTein de s*en fer- 
/vir en de pareilles occafions. 
Les deux généraux Carthagi- 
nois 9 ayant partagé leurs trou- 
*pes entr*eux, entrèrent fur les 
-terres des Thurrniens. Hannon 
marcha contre la ville , enfei- 
-gnes déployées , avec l'infan- 
terie 9 tandis que Magon , avec 
. la cavalerie « fe tint en erobuf- 
cade derrière des .collines pro- 
pres à le couvrir. 
; Marcus Atinius, qui n'avoic 
.découvert par fes coureurs , que ' 
la feule infanterie ^ fortit à la 
tête des fîens , rangés en ba- 
taille 9 fans avoir aucune con- 
noiïïance « ni de la perfidie « 
qu'on lui avoit préparée au- 
dedans de la ville» ni des em* 
bûches, qui l'attendoient- au- 
dehors. L'iofaoterie oe combat- 



MA 

tit pas avec beaucoup de cha4 
leur , parce qu'il y avoit peu de 
Romains au premier rang,& que 
ceux de Thurium attendoienc 
Tévenement de l'aAion, fans y 
prendre part ; les Carthaginois, 
de leur côté , lâchant pied à deC» 
fein d'attirer derrière la coUinCf 
où leur cavalerie étoit en em- 
bufcade , l'ennemi qui ne s*at-» 
tendoit à rien moins. Dès qu'on 
j fut arrivé , les cavaliers for- 
tant de leur pofle avec de grands 
cris y mirent fur le champ en 
fuite la troupe des Thuriniena 
mal difciplinée,& peu fidelle au 
parti pour lequel il fembloit 
qu'elle devoît agir. Les Ro- 
mains, quoiq^ue preiTés d'un co- 
té par l'infanterie , & de l'au- 
tre par la cavalerie de» Cartha* 
ginois, foutinrenc afiTez long- 
tems le combat. Enfin , ils pri- 
rent aufïî la fuite de fe retirèrent 
du côté de Thurium. Mais , les 
traîtres , s'étant affemblés en 
un corps, n'eurent pas plutôt 
reçu leurs compatriotes dans 
Ja ville, que voyant les Romains 
en déroute , & près d'y entrer 
après eux , ils crièrent que les 
Carthaginois alloient fe jetter 
dans la ville avec les fuyards^ 
& s'en rendre maîtres « Ç\ on ne 
leur en fermoir promptement 
les portes ; ce qui fur fait. Ainfi» 
les Romains demeurèrent expo- 
fés à la merci des Carthaginois^ 
qui en firent un grand carnage» 
Marcus Atinius entra cepen- 
dant dans la ville , avec un petit 
nombre des fiens. Après cet acci- 
. dent,les avis furent partagés pen- 
dant quelque ceiBs> les unsfouse- 



MA , 

liant ^u*il falloît défendre la 
Ville; de les autrei, qu'il failoic 
tédef à là itiauvaife fortune, 
& la livrer aux vainqueurs* 
Mais y bientôt les mauvais con-^ 
ieils Tenaporterent fur les plus 
fidèles» comme il arrive ordinai- 
rement* parmi des gens , â qui le 
parti le plus heuteux par oit tou- 
jours le nieiileut. Les habitans 
fauverent là vie à Marcus Ati- 
tiius moins par refpeél pottr \t% 
Romains, qu'en rèconnoilfance 
de la douceur avec bquelle il 
les ayoit gouvernés. Après 
qu'on l'eut conduit au port , âc 
qu'on l'eut embarqué avec it^ 
gens 9 on reçut \t^ Carthagi- 
nois dans la ville. 

MARCUS , MarcùSf M^xeç. 
yoye^ MarciuSi 

MARCUS APER, Marcus 
Aptr , l'un des plus beaux 
jgénies du barreau en Ton tems , 
étoit Gaulois de nation , & vi- 
Voit dans le premier fîëcle. Son 
inclination le porta à voyager 
dans fa jeùnefiei. Il la fuivit 
quelque téms, âc pouffa fes cour- 
fes jufqués dans la Grande-Bre- 
tagne, oii il prétendoit avoir 
Vu un homme qui aVoit porté 
les armes , dû tems que Jules 
Céfar pàlfa dan'S cette ifle pour 
la fubjuguér. Marcus Aper alla 
enfuite à Rome , où il paroit 
itju'il Hxa fa demeure. D'abord 
il y fréquenta le barreau y & 
è'y acquit beaucoup de répu- 
tation » tant par la beauté de 
fon efprit que par la force de 
fon éloquence; Quoiqu'il fût 
reconnu à Rome pour un étran- 
ger j il nfe hxâa pat de »'jr voir 



élevé aux plus hautes dignités; 
il fut Sénateur , Queiieur , Tri- 
bun & Préteur. Mais ^ sMl faùf 
l'en croire > tous les agrédené 
attachés à ces charges honora- 
blei avoiént moins d'attraiti 
pour lui y que l'exetcicé de fi 
première profeilion. 

Marcus Aper eft un des Ora- 
teurs qui brillent le plus dans 
le fameux dialogue fur la cor- 
ruption de rÉloquertce , don{ 
le but eil de foutenir les avad- 
tages de la nouvelle Éloquence 
au deffus de l'ancienne. Ce Dia- 
logue fe tint la fixienie année 
de Vefpafîen » l'an de Jefus- 
Chrift74 ; ainfi , Marcus Aper 
vécut au delà dé cette époque; 
Mais i il femble qu'on hé peut 
placet fa mort guère plus lotri 
que l'an dé Jefus-Chrift 85. Od 
a attribué pendant fort long- 
tems y tantôt à Quintilieti > tan- 
tôt à Tacite le fameux dialo- 
gue fur la corruption de rÉi6- 
quence , & c'eil pour céld 
qu'on lé trouve ordînaitéroénf 
à la fuite des œuvres dé ces 
deux Écrivains ; mais » lès Sça- 
Vans qui ont examiné ce point 
dé critiqué avec lé plus de 
foin , conviennent aujourd'hui 
qu'il n'éiini de l'un iii de l'autre 
dé ces deux célèbres Écrivains; 
L'Auteur dont nous avons éjr- 
tfait cet article, ne fait point 
difficulté de l'aittribuer à Mar- 
cus Aper , & allégué des preu- 
ves qui fembleiift fuffifanteS pouf 
doàner du poids à fon fend- 
mehf. 

MARCtJS . Udrcûs , Wx^ui V 
'dO'JDt les avoAtures font ra^r 



I 



2(fi M iV 

contées fous rartîcle -de Bar- 
bulas. Foyei Barbula4* 

MARCUS ARGENTA- 
R 1 U S , Marcus Argtntarius , 
(4) poëte Grec* donc le nom 
a été inconnu à Voffius. 

MARCUSANUS, Marcufa- 
nus, Voyei Magufanus. 

MARDES, Mardi, Metp<tot, 
nom commun à plulieurs peu*> 
pies de TAfie , 'qu'il cil à 
yropos de bien dîflîngu-er pour 
ne pas mettre de confu(iofi dans 
]a Icdure de ThiADire ancien* 
ne. » 

MARDES, Mardi, MJlpJ'a, 
tb) peuple de Médse , que 
otrabon met dans le voiHnage 
des Perfes. Ce doit être le même 
peuple dont. parle Quinte-Cur- 
ie en ces termes. vEnfuite ayant 
3v ravagé toute la campagne de 
s> la Perie , 6c réduit quantité de 
» Bourgades en fou obéifTaoce» , 
39 Alexandre tira vers les Mar* 
» des f nation belliquenfe âc 
30 bien éloignée de la façon de 
» vivre des autres Perfes. Ils 
» creufenc des cavernes dans 
» les montagnes y où ils fe ca- 
» chent avec leurs femmes 8c 
» leurs enfans » & ne vivent 
30 que de la chair de leurs 
ao troupeaux ou des bêtes fai»- 
,y> vages. Lés femme», contre 
91 le naturel de leur fexe, ne 
» foqt pas moins farouches que 
y> les hommes ; elles ont les 
» cheveux héri^fés ; leur robe 
» ne leur va que jufqu'au ge- 

{à) Mém. de FAcad. des Infcrxpt. & 
Bell. Lect. T. 11. pag. »66. 
{b) Strab. pag. ^%j^, Q. Cure. L, V. 

f . 6. 



MA 

» nouSl , 8c leur front eft cn^ 
» vironné d'une fronde qui * 
» leur fert d'ornement de tête 
y> 8t. d*armes tout enfemble* 
» Mais » on même torrent de 
j> fortune entraîna ces peuples 
» comme les autres, 6i le Rot 
3» revint à Perfépolis , trente 
y> jours après qu'il en fut parti» 
y> où il fit des préfens aux 
» Grande de fa Conr , & à tous 
39 les autres félon leur raéri- 
» te. » 

MARDES , Mardis MxVw» 
(e) peuple dans le voiiinage 
de la mer Cafpîejine^ Ces Mar- 
des font ceux que M. d'An* 
ville , dans fes Cartes , place 
fur les bords du fleuve Mardus 
au pied du mont Cafpius. Stra- 
bon , décrivant le circuit de la 
mer Cafpienne , fefon EratoP- 
thene • met dans cet ordre , 
les Albanîens , les Cadufîens » 
l'Anariaque , les Mardes 5c les 
Hyrcaniens. Il étend, ces der- 
niers jufqu'à l'embouchure de 
rOxus. Ces- Mardes étoient 
concigus à l'Hyrcanie , comme 
nous venons de dire , mats ils 
appartenoient à la Médie , ai nfi 
que les précédens. 

Ils furent aufS fubjuguds par 
Alexandre. :» Les Mardes , dit 
» Quinte - Curfe, peuple voifia 
y» de l'Hyrcanie ,geiis bru r aux 8c 
» accoutumés aux brigandages » 
n étoientjes feuisqui n*avoient 
» envoyé ni AmbaflTadeurs , ni 
» préfens, & qui ne témofgnoient 

(c) Srrab. pag. 507. Q. Curt. L. Vh 
c. 5. L. VUI. c. 3. Diod. Stcul. p. 6o«. 
Pcolcfn. L. VI. c. t. PHn* X. 1. p. ^14» 
Jkift. Lr XII. c. 4. 



J 






MA 

3» pasavoîr grande envie d*obé!r- 
39 Le Roi y piqué de cette in- 
39 folence, Ôc ne pouvant fouf- 
» frir qu'il y eût une nation qui 
» lui mît en compromis le titre 
3» d'invincible , laifla là le ba- 
* g^gc> & des gens pour le 
» garder y Ôc tourna tête contre 
39 eux f avec la fleur de fes 
39 troupes. /Il marcha toute la, 
30 nuit ^ & au point du jour il 
» fe fît voir aux ennemis. Ce 
33 fut plutôt un tumulte qu'un 
» combat ; car , les Barbares 
39 chafTés des collines dont ils 
^ s'étoient faifis , s'enfuirent , 
39 & Ton prit les bourgs voifins 
39. abandonnés des habitaos» 
I» Mais 9 on ne pouvoir pas en- 
» trer bien avant dans le païs , 
39 fans beaucoup fatiguer l'ar- 
3? mée , à caufe qu'il eft pref- 

V que tout çntouré de monta- 
» gnes & de forêts înaccefE- 
39 bleSj outre que les Mardes 
39 ont un art tout nouveau de 
39 fortifier la plaine. Car , ils 
39 plantent des arbres fort pro- 
39 ches les uns. des autres» dont 
39 ils plient les branches avec 
» la main , pendant qu'elles 
» font encore un peu tendres > 
39 puis les tordant par le bout 
33 ils les replantent ôc les en- 
» foncent dans la terre. De-là 
39 fortant comme d'une autre 

V racine , elles font comme une 
» nouvelle tige , & jettent des 
39 fcions plus beaux &c plus 
13 forts que les premiers» lef- 
39 quels toutefois ils ne laifTenc 
39 pas croître félon que la natu* 
39 re les pouffe, mais ils les croi- 

V fem les UQS fur les auues > 



M A ^95 

39 8c quand ils font chargés 
n de feuilles & de branches» 
39 ils couvrent toute la campa* 
n gne ; de forte que ce font 
33 comme des rets cachés qui 
» empêchent le pafTage. 

» fin cela* tout l'expédient 
39 étoit de couper le bois pour 
33 s'ouvrir un chemin ; mais » 
3> c'étoit un objet de grand 
» travail » parce que les troncs 
» des arbres étoiem pleins de 
39 noeuds I qui réfîfloieot au fer^ 
X» & les verges étant fouples 6c 
39 courbées en l'air en forme 
39 de berceaux» obciffbient au 
39 coup ôc lui ôtoieat toute la 
» force ; outre que les habitan» 
33 du païs accoutumés à pafler 
99 au travers des buiffbns com- 
» me des bêtes fauvages , s'é« 
3) toient fourrés dans ce bois » 
93 d'où ils tiroient à couvert fur 
39 les ennemis. Lp. Roi fe gou- 
x> verna auffî en chafleur , ôc les 
n relançant de leur fort en tua 
» plufieur^ ; puis il envoya fes 
39 fb Idats faire l'enceinte du 
19 bois , avec ordre de fe je^er 
31 dedans pour peu qu'il y eût 
» d'ouverture. Mais > comme 
99 ils ne connoiflbient pas le 
n païs» la plupart s'égaroient 9 
39 èc quelques-uns furent pris» 
39 Ôc avec eux fon grand che- 
» val Bucéphale , qu'il confi* 
» déroit tout autrement que le 
» refle des animaux ; car » il ne 
s9 foulFroit pas qu'autre qu'A- 
II lexandre le montât ; Ôi quand 
» il le fentoit approcher , il fe 
» mçttoit à genoux pour le re« 
93 cevoir, dé façon qu'on croyolc 
93 qu'il avoitle fens de conooi* 

T iii 



#94 MA 

1^ tre celui qu*il portoh* 

a> Le Roi, outré ie cqlere 
p ^ de douleur au delà de cou- 
9 fe bienféance , commanda 
I» qu'oo lui cherchât fon che- 
9 val, & fit publier qu'il ex- 
?? termineroit cour $*il ne fe re- 
3? trouyoit. Les Barbares fu- 
p rent tellement effrayés de cc^ 
39 menaces , qu'ils le lui rame- 
^ fièrent avec quantité de prér 
^ fens ; mais » ils ne s'appaifa 
^ pas pouf cela, il fit couper 
ipi )e bois & apporter quantité 
9? de terre des montagnes pour 
1» combler la place j & unir le 
^ chemin ; de force que voyant 
3?^ l'ouvrage avancé , & défef- 
xf péfanc de pouvoir tenir plus 
^ long'tems , ih fe rendirent 4 
»i de donnèrent des otages , que 
oBt le Roi fit roectre entre les 
3> mains de Phradate. En cinq 
» jours il Rt cette e»pédi- 
^ lion* i> 

Diodore de Sicile parle de 
pes Mardes à peu près comme 
Quinte - Curfe. » Alexandre , 
ji> dic-il , parcourant les bords 
P de la mer Hyrcanienne [ c*eft 
3^ la même que la mer Caf" 
p pienne ] , arriva au païs des 
» Mardes. Ces peuples, qu^ font 
^ d'une force de corps pro- 
sjR. digieufe , s*effrayoient peu 
p de la réputation du Roi,& ne 
j>, daignèrent le prévenir par au« 
4» çune démarche de foumiffion 
» ou de refpedl* Au contraire > 
9 ils diftribuerenten difFérentes 
7} gorges de leurs montagnes « 
vt huit mille hommes qui arren« 
p doient tranquillement les Ma- 
9 çé4pni<^QS; ^e R04 Içi atca- 



MA 

w • • • 

» qua f en tua le plus graaa 
A nombre 9 Ôc força les autres à 
3f> fe réfugier dans les retraites 
» inaccembles de leurs iponta- 
» gnes. Il fit enfin mettre le feu 
ip à leurs habitations. Il arriva 
n cependant que les jeunes 

V Écuyers qui copduifoient les 
n chevaux du Roi , s'étant un 

V peu écartés des files» les 
» Barbares les furprirent 3c. 
» leur enlevèrent le plus beau 
» de fes chevaux. C'étoit ui| 
» préfent que Démarate do 
39 Corinthe avoit fait au Roi « 
I» & le f^ul cheval dont il fe 
yi fût fervi dans tous les com- 
x> bats qu'il avoit donnés en 
» Afie. Le cheval nu ne fé laif- 
» foît monter que par l'Écuyef 

V du manège. Mais, lorfqu'if 
y> étoit couvert de la houfle 
» royale » perfonne ne pouvoir^ 
» s'en approcher que le Ro| 

V même , devant lequel il ilé- 
Tft chiffoit les jarrets , afin que 
» le Roi fe mît en felle plus 
X» aifément. Alexandre , tràs- 
» affligé de cette perte , fît 
y?, couper tous les arbres de la 
P campagne , & publier à foa 
n de trompe que fî oxk ne lu} 
» rendoit pas fon cheval, îl dé« 
» foleroit tout le pais « & en 
p feroit égorger tous les habî- 
3> tans. Cetre ^nenace produifit 
P fon effet. Ces Barbares lui 
» ramenèrent le cheval, dont 
5;». ils accompagnèrent encore 
» la reilicution de préfens con- 
P fidérables. Le tout étoit conr 
r> duic par cinquante hommes qui 
I» demandèrent pardon au Roij 
» pour (oufe isi Aiitioi), Alex^Q- 



MA 

» dre retint en otages les plut 
» confîdérables dé ces dépu- 
p tés. » 

Ces Mardes font les mêmes 
que Ftolémée met dans la Mé- 
die.. Ils font auiïï les mêmes que 
Pline étend avec d'autres na« 
fions au deflus de l'ÉIymaïde. 
MARDES, Mardi, M«>/o< • 
(^) peuple de la grande Armé- 
nie y félon Ptoiémée ; mais y 
comme le ireraarque Cellarius, 
les autres anciens Géographes 
les placent hors de l'Arménie. 
Ils écoient aux confins de^l'Ar* 
méose & de la Médie. Peut-être 
n'étoient - ils pas diâférens de 
ceux qui précèdent immédiate- 
menr. 

MARDES , Mardi , Wdf^/of , 
{ 6 ) peuple de la Margiane. 
.Ces Mardes s'étendoient , die 
Pline 9 depuis les montagnes de 
la ville d'Antioche dans la Mar- 
giane jufqu'auxBacflriens.Oefty 
ajoutexPline , une nation féroce 
& indépendante. 

MARDES , Mardi , M t>/*i , 
(c) peuple que Pline place fur 
la côte Septentrionale du Pont 
Euxîn entre les jéchceiy Se les 
Cerceta, Le PereHardouin foup- 
çonne que ce nétôit pas le nom 
propre d'une nation | maïs uo 
nom commun à divers peuples 
qui menoient une vie Jauvage 
éi libertine, âcqui par la férO' 
ciré de leurs moeurs fe reflem- 
bloienr. 

MARDI 9 Dits Manis , troi* 

(4) Ptolem. L. V. c. i|. 
. fb) Plin. T, 1. p. jxj. 

(c) Plin. T. l. p. %0S' 
- \ji Qiisï lUa. des JSmp. Tom. VI. 



MA i95 

fiemejour de la femaine, conr 
facré autrefois par les Payens 
à la Planète de Mars» d*où lui 
eil venu fon nom. On l'appelle 
dans Toffice de TÉglife fcrià 
urtia. 

MARDIE , Mardïa , (i) lieu 
deThrace, fitué entre Philip- 
popolis âc Andrinople , près 
duquel fe donna une bataille en« 
tre Conilantin âc Licinius. 

MARDION , Mardion , (e) 
lAn^lutt y eunuque du tems de 
la reine Cléopatre & de Marc- 
Antoine. 

MARDOCEMPADUS, Mar- 
docempadtts. Foye^ Mérodach 
Baladan. 

MARDOCHÉE. Mardochaus^ 
M«/)/ox«roç , (/) fils de Jaïr , 
de la race de Saûi y Se des pre- 
miers de la tribu de Benjamin. 
Il fut mené captif à Babylone, 
par Nabuchodonofor , avec Jé- 
chonias^ roi de Juda, Tan du 
monde 340$ , ÔC avant Jefus« 
Chril) 595. Il s'établit à Sufes» 
Ôc y demeura jufqu'à la première 
année de Cyrus» qu'il s'en re- 
tourna, à ce qu'on croit , à Je- 
rufalem , avec plufieurs autres 
captifs. Mais eiifuite , il revint 
à dufes, voyant que le temple 
demeuroit imparfait , Se que ùt 
nation étoic fans appui dans la 
Judée. Il y a beaucoup d*ap-' 
parence que Mardochée étoic 
fort jeune, lorfqu*il fut mené 
en captivité ; car » depuis le 
tranfport de Jéchonias par Nd« 

pag. S94* 

C«) Plut. T. 1, p. 94). 

(/) Efth. c. t.érfeq, Capit. Jofepfe, 
de A wi«i. Judaïc. p. î74-. «^ y<j. 

T iv 



49^ M A 

tiichodoBofor , jufqu'% la trol* 
£eme année de Darius , fils 
d'Iiyfiafpe , ou Afluérus , qui 
léppufa Efther cette aanée-là, 
il y a quatre-vingts ans. 

Quelques - uns croyent que 
Mardochée vint à Br.bylone 
pu à Sufes dans la perfonne 
de Ton père , & que pour lui 
fi naquit dans ce païs-là ; mais , 
îl eu inutile de recourir à cette 
folution. Mardochée , ayant 
iiou;ze ans , par exemple , au 
fems du tranfpo|-t de Jécho<» 
nias 9 en eut quatre-vingt-douze 
jutant du mariage d'Either avec 
Aâuérus. A cet âge» il put fore 
tien s'acquitter des emplois que 
je Roi lui donna, & vivre encore 
long-tems , fuppofé coinme le 
veulent les Juifs, qu'il ait vé-- 
.eu en tout ce^t quatre-vingt- 
dix-huit ans » 8c quand même il 
n'en auroit vécu que cent dix , 
ou cent vingt. Quoi qu*ii en 
foit , Mafdochée avoit auprès 
de lui fa nièce , fille de Ton frère» 
nommée Édifie ou Efther , qu*il 
avoit adoptée & élevée comme 
fa fille» apr^s la mort de fon 
frère. 

Efther étant devenue Pépoufe 
d^AfiTuérus » de la manière que 
BOUS avons dit dans Particle 
d*EilKer » Mardochée fans vou- 
loir déclarer qui il étoit » fe 
contenta de demeurer plus aiS- 
du à la porte du Palais » afin 
de fçavoir des nouvelles d*Ef- 
ther, l/n jour » deux eunuques 
du Roi ayant conçu .quelque 
rnécontentement contre leur ' 
ipattre , entreprirent d'attenter 

çQntt^ h perfQpA^ > ^ 4^ k . 



MA 

tuer. Mardochée » ayant décou* 
vert leur defiTein » en donna avis 
à la reine Eilher» qui en avertie 
le Roi au nom de Mardochée* 
On en fit aulEtôt la recherche ; 
Ta vis fut trouvé véritable > les 
deux eunuques furent pendus^âc 
la chofe fut écrite dans les An« 
nales par l'ordre du Roi. Après 
cela , Afiluérus éleva Aman à 
la plus haute fortune où un fa« 
vori puifle prétendre ; il lui 
donna place au deflus de tous 
les Princes qui étoient auprès 
de fa perfonne ; & tout les fer- 
viteurs du Roi fléchiflbient les 
genoux devant ce courtifan. 
Mardochée ne put jamais fe ré*^ 
foudre à lui rendre cet hon-t> 
neur» parce qu'Aman préten- 
doit aux-mêmes honneurs que 
les fujets rendoient -au Roi de 
Perfe , c'eft-rà-dire » aux hon« 
neurs divins» 

Aman fut fi irrité de ce refus » 
qu'il jura la perte des Juifs. Il 
obtint du Roi un édit» qui les 
condamnoir tous à périr» ÔC qu} 
confifquoît leurs biens au profit 
du Roî. Dès que cet édit fut 
publié » Mardochée en donna 
avis à Efther » & la follicita 
d*en demander la révocation 
au Roi, Mais » pendant cet in-^- 
tervalle » il arriva une chofe 
qui peafa défefpérer Aman. Le 
Koi » ne pouvant s'endormir 
pendant la nuit , fe fit lire les 
Annales des années précédei)* 
tes. On y lut la confpiratioxi 
de$ deux eunuques découverte 
par Mardochée. Le Roi deman* 
da û cet homme avoit été ré- 
çomptnfé 4ç (PP ftvj^i Qt ax^ac 



-v 



MA 

ffptU qvL*i\ ne Tavoit pas été, 
il demanda : Qui eft là dans 
l*aoti-€hambre ? On lui répon- 
dit que c'écoû Aman. Celui-ci 
y étoic venu , pour demander 
que Mardocbée fût attaché à 
la potence. Afluérus le fit en- 
trer , ôc lui dit ; 19 Que doit-on 
9 faire » pour honorer un hom- 
9 me que le Roi veut combler 
« d*honoeur6? y> Aman, croyant 
Que c'étoit lui - même que le 
Aoi vouloit honorer 9 lui dit: 
»» Il faut que cet homme foit 
90 revêtu des habits royaux; 
» qu*il monte le cheval du Roi ; 
p qu'il ait en tête le diadème 
p royal; que le premier des 
» grands de fa Cour tienne fon 
«> cheval par les rênes ; & que 
3» marchant devant lui par les 
^ places de la ville » il crie ; 
» C'eft ainfi que fera honoré ce- 
9> lui que le Roi voudra hono« 
it rer. Le Roi lui répondit : 
^ Hâtez - vous donc > prenez 
n une robe ôc un cheval , âc fai- 
7> tes à Mardochée tout ce que 
» vous avç9 dit. if 

Aman alla donc trouver Mar- 
dochée y Se Payant revécu des 
habits royaux , le fit monter fur 
le cheval du Roi « & le copdui- 
fit par la ville , ainfi qu'il Tavoit 
lui-même infpiré à Afluérus. 
Après cela , Aman s'en retour- 
na dans fa maifon » accablé de 
douleur & de dépit; âc Mar- 
dochée revint à la porte du Pa- 
lais. Cependant, ÉAher après 
«•être préparé^ par le jeûne & 
par la prière , alla fe préfen* 
cer au Roi , dans la vue de tirer 
fon peuple du 4anger auquel 



M A 2^7 

Amao Tavoit expofé. Elle fe 
contenta d*abord de demander 
à AfiTuérus qu'il eût pour agréa- 
ble de venir avec Aman man-' 
ger dans fon appartement. Aia 
premier repas , elle ne décou- 
vrit pas encore au Roi ce qu'el- 
le défiroir. Elle le pria feule- 
ment de lui faire le même hon- 
neur encore une féconde fois. 
Alors^elle lui découvrit la conf- 
piration d*Aman; que Mardo- 
chée étoit fon oncle ; qu'elle 
étoit Juive de naiflance ; 6c que 
tout fon peuple étoit condam- 
né à la boucherie. Alors , Af- 
fuérus révoqua l'édit qu'il avoic 
donné contre les Juifs , con- 
damna Aman à être pendu à la 
potence qu'il avoit fait dreÛTer 
pour Mardochée , donna à la 
Reine la confifcation des biens 
de ce favori , 6c. éleva Mar- 
dochée aux mêmes honneurs 
qu'Aman avoit poâTédés. II per- 
mit aux Juifs de fe venger de 
leurs ennemis dans toute reten- 
due de fes États, de d'exercer 
cette vengeance le jour même 
qui étoit deftiné à leur perce , 
c'eft'à-dire, le 14 de Nifao ; 
& ce jour fut dans la fuite des 
fiecleSf un jour de fête folem- 
nelle pour toute leur nation. 

La plupart des critiques & 
des commentateurs croyent que 
Mardochée eft auteur du livre 
d'£ilher. Il eft certain que c'cft 
lui qui écrivit conjointement 
avec Eiiher la lettre qui ordon- 
noit la célébration de la fête 
des Sorts , ou de Purim. Or^ 
cette lettre n'eft autre que le 
livre d'EiUieii auquel on a (ait 



t^t MA 

quelques légers chaagenieDS , 
pour lui donner la forme d'uo 
livre plutôt auc d'une lettre.' 

MARDONIUS, Mardonius^ 
MioJom: , (a) feigneur Perfe , 
d une illuftre famille, écoit fils 
de Gobryas. Il veooitd'époufer 
one des filles du roi Darius» 
lor/que ce Prince ayanr rappel- 
le tous fet autres Généraux , 
Tan 494 avant Jcfus - Chrift , 
l'envoya pour commander en 
chef dans toutes les parties 
maritimes de TAfie, avec or- 
dre de faire une invafion dans 
la Grèce , & de le venger des 
Athéniens & des Érétriens pour 
l'incendie de Sardes. 

Lorfqne Mardonius fut arrivé 
dans la Cilicie avec fon armée» 
il monta fur un vaifleau , & fie 
voile avec fa flotte, tandis que 
les autres Capitaines menèrent 
Tarrnée de terre dans THellef- 
pont. Après que Mardonius eut 
côtoyé toute TAfîe , & qu'il fut 
arrivé dans l'ionie, il ût une 
chofe qui dut fembler étran- 
ge aux Grecs , qui ne pouvoient 
croire que dans TafTemblée des 
fept Perfe» , Otane perfuada 
d'établir dans la Perfe la Dé- 
mocratie. Car , Mardonius éta- 
blit dans toutes les villes le 
gouvernement populaire , & 
chaffa tous les Souverains. Après 
cela, il tira droit vers THellef- 
pont 9 où ayant affemble une 
grande armée navale , & levé 



MA 

une grande armée de terre , il 
fit paflèr ces troupes fur THel- 
lefpont , & « prit fon chemio 
par rEurope, du côté d*Éré-> 
crie & d'Athènes. Ces villes 
étoient véritablement le pré- 
texte de fon voyage f mais en 
effet il avoit deffein de fe ren- 
dre maître d'autant de villes 
Grecques qu'il lui feroic po(G- 
ble. En effet, il fubjogua les 
Thafiens avec fes croupes na- 
vales , fans qu'ils fiffent réfillaa- 
ce; âc avec fes troupes de terre» 
il afltijettit les Macédoniens , 
outre ceux qui l'étoient déjà. 
Car 9 il avoit déjà réduit fous 
fa puiffance toutes les nations 
qui étoient parmi les Macédo- 
niens. Au fortîr de Thafe, cette 
armée navale alla jufques à 
Achanthe (ans perdre la terre 
de vue ; & d' Achanthe , vou- 
lant tourner vers le mont Athos» 
1*00 dit qu'il s'éleva un vent 
impétueux du côté du Septen- 
trion , qui la mît entièrement 
en défordre. Il pouffa quantité 
de vaiffeaux contre les rochers 
de cette montagne ; il y en eut 
trois cens de perdus , ÔC plus de 
vingt mille hommes y périrent ; 
les uns furent dévorés par les 
bêtes f d'autres ne fçachant pas 
nager furent noyés; quelques- 
uns donnèrent contre les ro- 
chers , car la mer eft fort dan- 
gereufe en cet endroit; une 
grande partie mourut de froid* 



M> Herod. L. VI. 0.4^. & fetf. L.(s44>*5*t aS7- & f*î» P»wf' P*1K- * » 
VII. c. 10 , 8a L. IX. c. 60. ^ /ef , 4S. & feq, Roll. Hill Ane. Tons. II. 
Juft. L. H. c. i|, 14. Cort. Nep. in pag. 154.^ fmv. Mém. de 1* Acad. des 
Arift. c. s. în PauC. c. 1 Plut. Tom. i. Infcripc. & R«n. Lett. Tom. Vi. psf» 
p» |2ii 1%^. & f9i> Diod, Sicol* pag, 1 661 9T fitiv, X, VU. p*SQ6« 



MA 

Telle fut Vaventure de cette 
armée navale. Quant à Mar« 
donius qui avoît campé dans 
la Macédoine avec fes troupei 
de terre ,- il fut attaqué de nuit 
par les Bryges , peuple de 
Thrace, Se perdit dans cette fur- 
prife un grand nombre des fiens , 
& lui-même fut bleâfé. Cepen- 
dant , ils ne purent éviter d*être 
vaincus & affujettis par les Per- 
fes; car» Mardonius ne fortit 
point de cette contrée qu'il ne 
les eût rangés fous fa puifTance. 
Enfin y après qn'ii les eut fub- 
jugués > il fe retira avec fon ar- 
mée, à caufe de la perte qu'il 
avoit foufferte fur terre par la 
furprîfe des Bryges , & à caufe 
de celle qu'il avoit effuyçe au- 
près du mont Athos , qui étoit 
fans doute la plus grande. Âiofi, 
cette armée retourna en Afie » 
n'ayant pas réu(G fort heureufe-p 
ment dans fes entreprifes. 

Darius , s'appercevant trop 
tard que la jeunefle & le peu d'ex- 
périence de Mardonius éjcoient 
la caufe de l'échec qu'avoient 
reçu fes troupes , le rappelle , 
9c mit enfuite à fa place deux 
autres Généraux ^ Datis Mede 
de nation , ëc Artapherne , fils 
d'Artapherne fon frère qui avoit 
été Gouverneur de Sardes. 

Les mauvais fuccès de Mar-^ 
donius ne l'avoîent pas rendu 
plus fage ni moins ambitieux* 
A peine Xerxès , fils de Darius, 
fut-il monté fur le trône qu'il 
fe prépara à porter la guerre 
en Grèce. Dans le Confeil qui 
'fut tenu à ce fujet, Mardonius 
Çui ié&toit extrêmement 4*4^ 



M A 299 

voir le commandement des trou- 
pes , parla le premier. Il com* 
roença par élever Xerxès au def<* 
fus de tous les Rois qui l'avoient 
précédé, & de tous ceux qui dé- 
voient le fuivre. Il montra l'in-* 
difpenfable néceffité de venger 
l'injure faîte au nom Perfan. Il 
décria les Girecs , comme dei 
peuples lâches & timides, fans 
courage , fans force , fans ex» 
périence de la guerre. Il en ap- 
porta pour preuve la conquête 
que lui-mSme avoit faite de U 
Macédoine , qu'il exagéra avec 
des termes pleins de fafle & de 
vanité , montrant qu*il n'avoic 
trouvé aucune réfiilance. U ne 
craignit pas d'affurer qu'aucun 
peuple de la Grèce n'oferoit ve- 
nir à la rencontre de Xerxès, qui 
marchoit avec toutes les forces 
de l'Afie ; 6c que s'ils avoienc 
la témérité de fe préfenter de* 
vaut lui , ils apprendroient à 
leurs dépens , que les Perfes 
étoient le& peuples de la terre 
les plus guerriers 6c les plus 
courageux. 

Les louanges exceffives que 
Mardonius donnoit à Xerxès , 
langage ordinaire des flatteurs, 
auroient dû le lui rendre fuf- 
ped , de lui faire craindre que 
ce Seigneur , fous une appa<* 
rence de zèle pour fa gloire , 
ne cachât fon ambition, de le 
défir violent qu*il avoit de corn*» 
mander l'armée. Mais, ces pa-» 
rôles douces 6c flatteufes , qui 
fe glifTent comme un ferpenc 
fous l^s fleurs, loin de déplaife 
aux Princes , les charment ÔC 
Içs entraînent. Ils ne fçavenc 



^oo M A 

pas qu'on ne les loue que parce 
qu'on les croit foibies, & alFez 
vains pour fe laiffer tromper par 
dei louanges difproporcionnées 
à leur mérice & à leurs avions. 
Voilà 9 ce qui ferma la bouche 
à cous ceux qui étoienc dans le 
Confeil. Au milieu de ce fîlence 

fénéral > Arcabane » oncle de 
Lerxès , Prince recommanda- 
ble par fon âge & par fa pru- 
dence 9 eue le courage de con- 
tredire ce qu'avoit avancé Mar- 
donius* Mais , la guerre con- 
tre les Grecs n'en rue pas moins 
ié(o\ue ;Sl Mardonîus, comme 
il Tavoit fouhaicé^fuc un des Gé- 
néraux qui commandèrent Tar- 
ïnée de terre. L'entreprife» mal- 
gré les préparatifs extraordi-- 
aiaire que Ton avoit faits , n*eut 
pas un heureux fuccès. Après la 
bataille de Salaraine y où les 
Perfes furent mis enfuite , Xcr- 
3cès fe hâta bientôt de regagner 
VAfxe y laiflànt Mardonius avec 
une armée de trois cens mille 
hommes pour réduire la Grèce 
•'il Je pouvoir. 

Ce Général fit pafler l'hiver 
à fes troupes dans la Theâalie; 
& le printems fuivant il les me- 
na dans la Béotte. Il y avoit dans 
le païs un oracle fort célèbre , 
c'étoit celui de Lébadie, qui! 
crut devoir confuher pour iça- 
voir quel feroit le fuccès de la 
guerre. Le Prêtre, dans l'en- 
thoufîafme dont il fut faifi , ré- 
pondit en une langue que per- 
îbnne des af&ftans n'entendoit » 
comme pour infînuer que l'ora- 
cle ne daignoit pas s'expliquer 
à un BarbarCf II envoya en mê« 



MA 
me*tems Alexandre , ro^de Ma* 
cédoine , avec plufieurs feir 

fneurs Perfans à Athènes, 8c 
t faire à fes habitaos, de la 
part de fon naître , des offires 
fort avantageufes , pour les dé-* 
tacher du reile des alliés. Il leiir 
promettoit de rétablir entière* 
ment leur ville qui avoit été brû- 
lée , de leur fournir de gran- 
des fommes d'argent , de leur, 
permettre de vivre félon leurs 
loix , ôc de leur donner le cpm- 
mandement fur route la Grèce. 
Ariilide étoit pour lors en 
charge. Il répondit qu'il par- 
donnoit at6c Barbares , qui n'ef» 
timoient que l'or & l'argent » 
d'avoir efpéré de pouvoir cor- 
rompre leur fidélité par de ma- 
gnifiques promefles. » Mais » 
y> fçachez , ajouta - 1 - il , que 
3> tant que cet aftre [ en même- 
as» tems il leur montroit de fa 
y> main le foleil] continuera fa 
7> courfe , les Athéniens feront 
» mortels ennemis des Perfes » 
39 de qu*ils ne cefferont de ven- 
i> ger fur eux le ravage de leurs 
» terres » & l'incendie de leurs 
i> maifons & de leurs temples* 3» 
Il pria le Roi de Macédoine, 
s'il vouloit être véritablement 
leur ami , de ne plus fe rendre 
auprès d'eux le porteur de tel- 
les paroles, qui ne pouvoient 
que le déshonorer , fans pro- 
duire aucun fruit. 

Ariflide ne fe contenta pas 
d'une déclaration fi forte ôç û 
précîfe. Pour infpirer encore 
plus d'horreur de femblables 
propofitîons , & pour interdire 
à jamais tout cammerce avec 



MA 

les Bat bares par un motif dé re- 
ligion , il ordonna que les Prê- 
tres maudtfient & chargeaflenc 
d'anathèmes quiconque oferoic 
propofer de faire alliance avec 
les Perfes , ou d'abandonner 
celle des Grecs. 

Quand Mardonius eut ap* 
pris par la réponfe des Athé- 
niens , que nul prix i nul avan- 
tage 9 ne pouvoienc les porter 
à vendre leur liberté , il mar- 
cha avec toute ton armée vers 
TAttique , détruifant tout ce 
qu'il, rencontroit dans fon che- 
min. Les Athéniens, n'étant pas 
en état de réHûet à ce torrent , 
s'étoient retirés à Salamine » ôc 
«voient abandonné leur ville. 
Mardonius 9 ne perdant pas en- 
core toute efpérance d'accom- 
modement avec eux, leur en- 
voya un député pour leur faire 
ies mêmes propoiîtion^ qu'au- 
]>aravant. Un Athénien » nom- 
mé Lycidas , étant d'avis qu'on 
J'écoutât , fut lapidé fur le 
champ; 6c les femmes Athé- 
niennes > coururent en même- 
tems à fa maifon» lapidèrent 
auffi fa femme de fes enfans ; 
tant la paix avec les Barbares 
paroiâoit un crime déteilable ! 
On refpéâa néanmoins dans le 
député le caradlere dont il étoit 
revêtu 4 & On le renvoya fans 
lui faire aucun mauvais traite- 
ment. Mardonius connut alors 
qu'il n'y avoit point de paix à 
attendre. Il entra dans Athènes» 
brûla & démolit tout' ce qui 
avoit échappé au faccagement 
de Tannée précédente. 

Il quitta enfuite l'Attique » 



M A 5or 

ÎôMt reprendre le chemin de la 
!éotie. Il crut que ce païs étant 
ouvert & uni, il lui convenoit 
mieux d'y combattre que dans 
l'Attique , païs rude de rabo« 
teux, plein de hauteurs âc de 
défilés , qui par cette raifon 
ne pourroit lui fournir de ter- 
rein propre à ranger en bataille 
fa nombreufe armée , ni donner 
lieu d'agir à fa cavalerie. It 
campa à fon retour fur la riviè- 
re d'Afope. Les Grecs l'y fuî- 
virent fous le commandement 
de Paufanias , roi de Lacédémo- 
ne & d'Arîfttde , général des 
Athéniens. L'armée des Perfes 
étoic y félon Hérodote , de troîi 
cens mille hommes » ou » félon 
Diodore de Sicile «de cinq cens 
mille. Celle des Grecs n'étoit 
que de foixante-fix mille hom- 
mes. Il n'y avoit que cinq mille 
Spartiates ; mais , ils éroienc 
accompagnés de trente - cinq 
mille Ilotes » fept pour chaque 
Spartiate ; ces derniers étoienc 
des troupes armées à la légère; 
lés Athéniens n'étoient qu'ati 
nombre de huit mille. Tout le 
refte étoit des alliés. Les Spar- 
tiates commandoient l'aile droi- 
te , âc les Athéniens la gauche ; 
honneur que les Tégéares leur 
difputerent , mais inutilement» 
Mardonius , pour tâter les 
Grecs , envoya fa cavalerie ef- 
carmoucher contr'eux, en quoi 
il étoit le plus fort. Les Mé- 
garéens, qui étoit campés dans 
la plaine j en fouffrirent beau- 
coup , 6c quelque vigoureufe 
rcîiitance qu'ils fiflent , ils 
éijjenc près de plier , lorfw 



^ôÀ M A 

qu'un détachement de trots céhi 
Athéniens, avec quelques gens 
ée trait 9 s'avança pour les fou* 
tenir. Mafiftius , Général de la 
cavalerie des Perfes y l'un des 
plus confidérables Seigneurs de 
la nation, les voyant venir à 
lui en bon otdre , tourna bride 
êc pouffa contr*eux. Les Athé- 
niens Tactendirebt de pied fer- 
ifie^ Il y eut là un choc i^ort 
rude , les deux partis cherchant 
également à montrer par le fuc« 
ces de ce combat quel feroit 
celui de la bataille générale. La 
viétoire fut long-tems difpu- 
Cée ; mais enfin , les Perfes pri- 
rent la fuites 

Après ce combat ^ les deux 
armées furent lorig-tems fans en 
venî^ aux mains , parce que les 
devins, fur Tidfpecflion des en- 
^ ffailles des viâimes ^ leur pré- 
difoieht également aux uns & 
aux autres la viéloire , s'ils ne 
faifoient que fe défendre, au 
lieu qu'ils les menaçoient éga- 
lement d'une défaite entière 
Vils attaquoient. 

Ils payèrent aiôfi dix jours 
à fe regarder. Mardonius , qui 
étoit d'un caradlere vif & bouil- 
lant, fouffroit avec peine un fi 
long délai. D'ailleurs , il ne 
lui reftoit plus de vivres que 
pour peu de jours , & les Grecs 
le fortifîoient de plus en plus par 
de nouvelles troupes qui leurar- 
tivoient journellement. Il aflerii- 
f)la donc fonConfeil, pouf déli- 
bérer fi l'on donneroit la bataille* 
Artabaze , Seigneur d'un rare 
mérite & d'une grande expérien- 
ce 9 étok d'avis qu'o» ne ha« 



MA 

;^ârdàt point de bataille, maïs 
qu'on fe retirât fous les mûri 
de Thebes, où l'on auroit foin 
d'amaffer des vivre? & des four^ 
rages. Il repréfencoit que le feul 
délai étoit capable de ralentir 
beaucoup l'ardeur des alliés j 
qu'on travailieroit à en déta- 
cher plufieurs pat l'or & l'ar- 
gent qu'on tépandrpit parmi 
les chefs , & parmi ceux qui 
avoient le plus de crédit dans 
chaque ville ; & , que par câ 
moyen ils pourroient plus faci- 
lement ^5c plus fûrement fe ren- 
dre rtiaîtres de la Grèce. Ce^ 
avis écoit fort (âge, mais l'avis 
contraire l'emporta^ parce qu6 
c'étoit celui de Mardonius ,qu<S 
perfonne n'ofoit contredire. li 
fut ré fol il qu'on donneroit I21 
bataille le lendemain» Alexan- 
dre , roi de Macédoine , qui 
écoit dans le coeur pour les 
Grecs , s'approcha fecfétement 
de leur camp fur le minuit ^ 
&L iniifuifit Ariftide de tout ce 
qui s'étoit pafiTé. 

Auffîtôt Paufanias donna or« 
dre aux Officiers de fe prépa- 
rer an combat, ôt il cotnmuni- 
qua à Ariflide le deifein qu'il 
avoir formé de changer fon or^-' 
dre de bataille , en fatfant paf- 
fer les Athéniens de l'aîle gau- 
che à l'aile droite pour les op- 
pofer aux Perfes , contre lef- 
quels ils étoîent accoutumés à 
combattre.' Soit prudence , foii 
timidité qui lui eût fait propo- 
fer ce parti , les Athéniens l'ac- 
ceptèrent avec joie. On n'eii- 
tendoit parmi eux que des ex« 
hortations qu'ils fe faifoientf 



r 



MA 

les Qfis autres de fe montrer 
gens de cœur ; que ni eux , ni 
leurs ennemis , n^étoient point 
changés depuis la bataille de Ma- 
rathon , fi ce n*eft que la:vi£K>i- 
re avpit augmenté le courage 
des Athéniens , & abattu celui 
fies Perfes. » Nous ne combat- 
1». tons pas 9 comme eux, difoient- 
» ils i pour un pai\& pour une 
>> ville feulement , mais pour 
p les trophées érigés à Mafa-* 
^ thon de à Salamine , afin qu'ils 
» ne paroiûTent pas l'ouvrage 
10 de Miltiade & de la fortune , 
p mais l^ouvrage des Athé- 
» niens. » En parlant ainfi , ils 
alloiem gaiemetit changer de 
poile ; mais , Mardonius , fut 
Tavis qu*il en eut « ayant pa- 
xeillement changé fon ordre de 
bataille , on remit les chofes de 
j^art & d*autre dans leur pre* 
mier état.Ainfiy tout ce jour- 
là fe paifa fans rien faire. 
. Le foir on tint Confeil par- 
mi. les Grecs, & il fut^ réfolu 
qy'on décamperoit, 6c que l'on 
îroît chercher un Heu commo- 
de pour les eaux. La nuit étant 
venue , de les Capitaines com- 
mençant à s^avancer à la tête 
.de leurs corps ^ vers le camp 
qu'on avoit marqué » il y eut 
Jbeaucoup de confufîon parmi 
les troupes, dont les- unes al- 
loient d'un côté & les autres 
,d*un autre ^ fans garder d*ordre 
jdans leur marche. Qn s'arrêta 
vers la petite ville de Platée- 

Au premier bruit du départ 
des Grecs, Mardonius mit toute 
fon armée en bataille, & s'a- 
vança vers l'ennemi avec de 



M A 303 

grands crîs & d'horribles heur^ 
lemens des Barbares , qui pen- 
foienr marcher bien moins pouf 
combattre > que pour dépouiller 
dts fuyards ; & leur Général ^ 
fe tenant fdr de la viâoire , in- 
fultoit fièrement à la timide Cc 
lâche prudence d'Artabpze , êc 
à la fauife idée qu^il avoir con** 
çue des Lacédémonietis , que 
l'on prétendoit ne prendre ja- 
mais la fuite devant l'ennemi; 
& cependant oh voyoit ici le 
contraire* Il fentit bientôt qutf 
cette idée n'étoit pas fauâe« 
Il tomba fur les Lacédéroo- 
niens qui étoient feuls 6c ré- 
parés du corps de l'armée, ati 
nombre de cinquante mille hom* 
mes f avec trois mille Tégéates^ 
Le choc fut des plas rudes ; 
de part & d^autre 00 montra 
un courage de lions « & les Bar- 
bares cptinurent quHls avoienc 
afifaire à des foldats déterminés 
à vaincre ou à mourir. Les Athé- 
niens , vers qui Paufanias avoir 
dépêch un Officier, s^étoient 
mis en marche pour l'aller fe- 
courir; mais , les Grecs qui 
tenoient le parti des Perfes , au 
nombre de cinquante mille hom« 
mes , vinrent à leur rencontre, 
& les empêchèrent de paflef 
outre. ArilHde, avec fa petite 
troupe, foucint de pied ferme 
leur attaque, & leur fir voir 
que le grand nombre ne peut 
rien contre le courage ôc la 
bravoure. 

La bataille étant ainfl parts* 
gée en deux endroits, les La« 
cédémonîens furent les premiers 
qui rompirent h» Perfes y & 



504 M A 

les mirent en déroute. Mardd^ 
pins étant tombé mort d'une 
bleflure qu'il reçut, toute l'ar- 
mée prit la fuite , 5c les Grecs 
qui combattoient contre Ariftî^ 
de , en firent autant, dès qu'ils 
eurent appris la défaite des 
Barbares. Mardonius perdit la 
Vie, Tan 479 avant Jefus-Chrift, 
le quatre du mois de Boëdro** 
snion , félon la manière de comp* 
ter dc$ Athéniens. 

Mardonius fut tué par an 
Spartiate , nommé Arimnefte , 
qui lui fracafTa la tëtc d'un 
coup de pierre , comme le 
lui avoit prédit Tofacle d'Artf- 
phiaraûs ; car, Mardonius avoft 
envojé an Lydien confulter 
pour lui cet Oracle ; de en mâ« 
me-tems il avoit aufE envoyé un 
Carien, à Tantre de Tropho** 
liius. Le Prophète de ce dernier 
répondit au Carien dans (a lan- 
gue Carienne. Pour le l'Y^icn , 
il coucha dans le fanctuaire 
d'Amphiaraûs , félon la cou- 
tume; & s'étant endormi, !1 
liii fembla qu'un des Prêtres 
du Dieu s'approcha de lui, qu'il 
lui ordonna de fonir du tem« 
pie 4 & que fur fon refus il lui 
|etta à la tête une groife pierfe 
dont il fongea qu'ail étoit mort. 

Cornélius Népos , dans la vie 
de Paufanias , dit que Mardo- 
nius étoit Mede de nation , ^ il 
ajoute quil étoit le plus brave 
& le plus expérimenté Générai 
^ui fût dans toute la Perfe; 

<«) Crév. Hitf. éts £mp. Tom. V. 
p. 439. 
ii) Thucy4« pag. 68, Hcrod. L, U. o. 



. . MA 

i^loge qui fe trouve coftfirftiél 
par le témoignage de Diodortf 
de Sicile. 

MARÊADE, Mateades , (a) 
traître qui livra Antioche alisT 
Perfes & qui enfuite fût puni 
de fa perfidie par les Petfet 
mêmes. P'oyeif^ Cytlade. 

MARÉE , Matea , Ma^/a « 
Mà^f M , lAdfila y Mxf/a ^ {è) ville 
d'Egypte, (ituée félon Thucy-» 
dfde au deiFus dePharas, & fe' 
Ion Hérodote fur le5 frontière^ 
du pafs , du côté de la Libyen 
f^oyei Apîe. 

M ARENE , MareM , {c) païi 
dont parle Tite * Live. Il ap- 
parrenoie , félon cet Hrftorien^ 
au roi Cotys. Atlesbis , roi de» 
Thraces, & Corragus l'un den 
Lieutenans d'Eumene , ayant 
fait une irruption dans les État» 
de Cotys, s'étoient emparés dct 
pais de Marene. Cette circont 
tance obligea ce Prince de quit- 
ter Perfée poirr aller défendre 
fes États $ 1 an I71 avant J. Cv 

M A R É O N , Marton ^ 
Metpfur. Voye[ Samafie. , 

MARÉOTE [ le Nome J , 
Marcfftes Nomns , {d) Mx^eurT^^ 
No^èç , contrée d'Afrique , fi- 
tuée à Textrêmiré de la LibyiGf 
& de rÉgypte,.prè8 d'Alexan- 
drie. Pline y met les Marma^ 
rides , les Adyrmachides^ & le» 
Maréotes. Il regarde ce para 
comme faifant partie de la Li*<^ 
bye , 8c comme étant contigu » 
l'Egypte; 

(€) Tîr. tiv. t. Xin. c. «7. 
(d) Plin.Tomrl.p.»iiyas4*Ptolailtf 
1.1V. es. 



MA 

Saint Athanafe > dans tott 
ApoJogîe contre les Ariens , 
parle au (li de ce païs. x» Le No- 
» me Maréote , dît^îl » eft une 
oo contrée du diilric d'AleXan- 
» drie , dans Uquelle il n^y a 
» jamais eu ni Éveque ^ ni Cbo^^ 
90 révêque, mais toutes les ÉglU 
» fes de ce canton-là dépen- 
» dent de TÉvêoue d*Alexatt- 
» drie ; il y a leulement des 
» Prêtres qui ont chacun d« 
» grands villages* » 

Ptolémée met dans ce Nome 
le long de la mer , Chimo vil- 
Iage> Piinthxne & la petite pref- 
qu'lâe 5 porc de mer. Plus avant 
dans les terres il met pour vil* 
les ou villages , Monocaminum, 
Almirce , Tapofirîs » Cobii > 
Antiphili , Riérax , Phomocis ^ 
êc Palemaria village. 

MARÉQTIDE , Manotis , 
païs ie même que le Nome Ma*- 
réote» Voye[ Maréote» 

MARÉOTIDE [le Palus] , 

Palui Mareotis , Alfivvi Ma^ï»- 
•"•'^ » {^) gfand lac d'Afrique , 
lîtué en Egypte près d*Alexân- 
dxîe. 

Strabon , parlant de cette vil- 
le , dit que deux mers Tarro- 
fent, Tune au Nord, qui eft là 
mer d'Egypte» partie de la Mé- 
diterranée, Tautre au Midi, que 
Ton appelle le lac de Mareia ou 
Maréotide. Il dit encore que les 
eaux de ce lac font accrues par 
des canaux qui viennent du Nil, 
tant à côté que de plus haut , 

(•) Stfat^. p. 789. ér feq. Plîn. tom. 
1. p. «58. Q. Cure. L. IV. C.7 j 8. Virg. 
Gcorg. L. 11. V. 91. Horat. L, L Ode, 



Ifi A 305 

de ^orte que l'on peut s*y ren- 
dre par eau de toute TÊgypte. 
Il arrivoit delà que les habi* 
taUs d*AIeXandrîe avoient fuf 
ce letc» un port plus riche & 
mieux pourvu que celui qui 
étoic'du côté de la Méditerra^ 
née. ' 

On lit dans Pline t )> Le tac 

ij Maréotide au Midi de la ville 

» communique par un canal 

» avec ^embouchure du Nil fur* 

» nommée Canopique » & paf 

19 là jouit du commerce de la 

» Méditerranée. Il contient ^lu« 

39 fleurs iâes, ôc a trente millç 

» pas de trajet , félon que Caiuf 

» Céfar le rapporte. O^autrei 

y> difent que fa longueur eft.d^ 

x> quarante fchœnes, en comp* 

J9 tant chaque fcnœne pouf 

y> trente ftades, Se quVmfi il a 

9> cent cinquante mille pas d^ 

i> longueur ôt autant de lar- 

» geur* i> Strabon dit que U 

largeur de ce lac pafTe cènc 

cinquante ftades^ & que fa lon« 

geur n*en a pas trois cens 5 c^eft* 

à^dire > quHl fait la longueur 

prefque double de la largeur» 

Il met huit ifles dans ce lac» hé 

vin, qui croifloit dans les eâ-^ 

vironS) étoit nommé Hareotîcum^ 

vinum; & Strabon en parle avec 

éloge. Virgile dit de fçs vîgnesi 

Sunt Thafia vhes f funt 6* Ma» 

rtotidts alha^ 

Selon Horace » M* Antoibe » 
dans fes patties de débauche 
avec Cléopatre > fe grifoit aveè 

Xt.y, 14. ér jTlf* Athen, p4 1|. l^toUii^ 
L. IV, €. jé 



5©^ MA 

ce vin. Du moins, il le Tah e&«* 
cendre par ces vers : 

Menttmque lymphatam Mano^ 
tico 

Rcjegft in vtros timons 
Cafar. 

Au refte , c'étoit ce lac » 
nommé proprement Mareia, qui 
fut Torigine de Tadjeâif M^rro- 
îisf nom que l'on donna au pais &' 
au lac même. Delà vint auili le 
nom de Màreous que prit le No- 
me dont nous avons parlé ci-- 
dejffus. 

Il y a dans Athénée unpaflagé 

Îai mérite d'être remarqué. 
,e voici. Sophocle dit que le 
vin Maréote ou d'Alexandrie 
dre cette dénomination d'une 
fource qui eft à Alexandrie « 
6c que Ton appelle Mareia , & 
d'une ville de même nom > qui 
étoit autrefois fort grande, & qui 
n'eft préfentement qu'un villa- 
ge ; & elle tenoit elle-même ce 
nom de Maron , l'un de ceux 
qui accompagnoient Bacchus 
dans les guerres d'Afrique. Il 
y a plusieurs obfervations à fai- 
re fur ce paflage. i*. Athénée 
ne qualifie Marea ou Mareia , 

?[ue du nom de x^hi^hi fource, 
bntaine ; ce qui ne convient 
guère à un grand lac, tel que le 
lac Maréotide. Mais, on peut 
dire que Sophoc'le parle d'un 
tems bien antérieur à celui oii 
r^n fit le canal , qui établilToit 
la communication du Nil avec 
Alexandrie & avec ce lac , qui 

(4) Eflh. c. I. V. 14. 
(*) Jofu. c, iç. V. 44- *'«'»'• ï" W. c. 
i4« V. 9. & fii* MicliaB« c* 1. ?t 15* 



MA 

fur peot-être fort augmenté par 
cette entrée du Nil. Il eft fore 
vraifemblable qu'avant cet ac- 
croisement, ce lac n'étoit qu'un 
étang formé par les eaux d'une 
fimple fource , & que la commu- 
nication avec le Nil en fit un 
grand lac. Cette augmentation 
èft fenfible , fi on fait attention 
à la diverfîté des mefures que 
les Anciens nous en donnent, 
a^. Cette ville Marea ou Mareia^ 
n'eft rien moins qu'imaginaire'^ 
de Hérodote en fait mention , 
la nommant ville bien expref^ 
fément. 3^. Athénée nous en 
apprend la décadence «n difanc 
que ce n'étoit plus qu'un villa- 
ge. Cela s'accorde avec le récit 
de Ptolémée , qui place dans la 
Maréotide Palemaria ou Pale* 
marea , c'eft-à-dire , l'ancienAe 
Marea ou Mareia , qu'il appelle 
village. 

MAKèSf Mares y (a) un des 
fept principaux Seigneurs des 
Perfes Ôc des Medes ,qui ne per- 
doient jamais le Roi de vue , & 
qui étoient afiis les premiers 
après lui. 

MARÉSA , Marefay Mapit^'ir , 
{h) ville de Paleftioe , dans la 
tribu de Juda. On l'appelle 
auffi Marifla, Marefcha , Mo* 
réfeth , & Morafthi. Le prophè- 
te Michée étoit de cette ville ; 
& du tems d'Eufebe, elle étoit 
déferte , à deux milles d'Eleu- 
théropolis. Ce fut auprès de 
Mareia, dans la vallée de Sé- 
phata, que fe donna la fameu- 

Maccab. L. I. c. 5. ?. 66. /ofcph, de 
Anci<}. judaïc. p. 450, & fif* 



MA' 

fe bataille encre Afar» roi de 
Juda, de Zara, roi de Chus. 
Afa demeuf a vîAorieux conrre 
une armée d'un million d'hom- 
mes , qu'il mit en fuite 9 & pour- 
fuivit Jufqa'à Gérare. Certains 
lifent damaria au (ieu de MariiFa. 
Dans les derniers tems de la 
République des Juifs > M^réfa 
écoit attribuée à Tldumée « ainiî 
que piufieurs'uucres villes Méri- 
dionales* de Juda^Elleétoic peu- 
plée de Juifs & de nations leurs 
alliées , du tems de Jean Hyr- 
can. Le roi Alexandre Jannée' 
lâ prit fur les Arabes. Gabi- 
nius la rebâtit ; ôc enfin les 
Farthes là ruinèrent pendant la 
guerre d'Aatigonus contre Hé- 

MARES A , Marefa , M«/>/di, 
(a) de la tribu de Juda^ étoit 
fils de Laada» 

MARETH , Mareth , ( * ) 
H«y«-fo»^ > ville de PaUiii- 
&e 9 dans la tribu de Juda. 

MARGANA , Margana , Çc) 
fAcif'y<ifet , ville du Péloponne- 
fe, dans l'Élide, félon Dio- 
dote de Sicile. La tradu^flian 
Laitiioe de R^odoman porte 
Marganum. Xénophon parle 
au(B de Cette ville ; mais 9 il la 
Domme Mairganées. Elle fut pr4- 
fe p^r les Ar<ïadien$ , TaA fôf 
avant Jefus-Chrift. 

MARGaNÉENS, Mamnén-' 
fts , Mj(/>7«v£rç , {d) les habicarii 

{«> Parai'. L. l. c. 4. v. ii. 

(*) Jofu. c. iç. V. 59. 

<c) Diod. Sicul. piig. 497. Xfnophi 

P«g- «M. 
{À) Xenoph. pt 49X1 



A A 367 

de ttarganà dans FÉlide* Voyez 
Margana. 

MARGANÉES » Margofua , 
Mft^>«.ga', yoyei Margana. 

MARGANUM, Marganum. 
Vaye^ Margana. 

MARGARITION, Mârga-^ 
rhion , {é) tertae qui fe frouVe' 
fréquemmertt dans les ancieti-" 
nés épitaphes , & qui marque 
une grande aîBfeâion. Ce terme 
veut dire un'e perle. 

MARGIANE j Marglan^ , 
M«/)7/r:i'w , (/) contrée d*Afie, 
firiiée le long du fleuve Mar-' 
gus I duquel elle prenoit fou 
nom. Selon PfOlémée, elle étoit 
bornée au couchant par l'Hyr- 
canie ; au .'nord par I'Oj^us » 
depuis fon emfbouchure jufqu'à 
la .Ba(flrian.e ; à l'Orient par la 
Badlriane elle-même , le long 
des montagnes; âc au Midi par 
l'Arie de par les monts SaH- 
phes. Ptolértlée y met les peu- 
ples fuivaits , les D'eftica , let 
Parni , les Maffageta , \es Daéi , 
les Tapori ou TapUri. Les pla- 
cées de cette Province étoiem' 
Ariaca, Sirta , Arathà, Arga* 
dîna , Jafonium , Rhéa , An- 
tiotfhe , GuHâne, Nicée. 

Pline dit dé ta MargFane » 
qu'elle eft daiis la'plus belle ex- 
p'diftion du monde; que cVff 
le feul païs de Ces Cantons quf 
porte des vignes ; qu'elle éft- 
emouréc de thantagnes défi- 
Cieufes; qu'elle a quînre cenr 

(•) Antiq. éxplî^. pat b. Béfn. ii 
Montf. Tom. V. pag. 55. 

{/) PcoIem..L. VI. c. ic Plio. Tom. 
1. pag. ji;. Strab. p. 7»,, 7% . jto> 51^, 

juit. L. xLi. C. »; 

Vij 






r 

r 
i 



• 9 



-. MA 

lités qu'on peut avoir. On n'a 

.qu'à voir le fécond Alcibiade 

sj^de Platon. Démoilhene ne pou- 

voit pas employer une cotepa- 

^^ ^aifon plus propre que celle-là 

^ ^^pour faire méprifer Alexandre* 

Mais^ ces Lieutenans du Roi 

en Afie fçavoient-ils ce que 

•étoît que Margitàs ? Oui , 

^^ar Homère étoit aulfi connu 

^ en Afie qu'en Grèce* 

^. MARGITÈS, Margîtes, (a) 

jM«/»7iTHç , dont parle Lucien 

^dans quelques-uns de fes Dia* 

'^ ^logues* 

*^^ MARIA , Maria , M«/»f« , (h) 

^^Pom d'un village d*Egypte. La 

^cradudlion Latine de Diodore 

e Sicile porte Marins viens. Il 

^fe donna vers ce village un 

fanglant combat , où Apriès fut 

-'"^pris. Le vainqueur le fit enfuite 

^ ^^ étrangler* 

MARIA 9 Maria « (c) nom 

^^ commun à plufieurs loix Ro- 

■^ naines, dont la plupart avoient 

^ été portées par C. Marius* 

^ MARIAuE y Matrimoninm g 

ferme , qui conddéré en lui- 

• même de quant à fa (impie éty- 

' mologie , (ignifie obligation , de- 

^ voir , charge & fonftion d'une 

.^' mère 9 qûaj^ mairis munus ou 

i^ munium. 

' A le prendre dans fon fens 
Chéologique & naturel , il défi- 
gne l'union volontaire âc mari- 
tale d*un homme & d'une femme» 
contractée par des perfonnes li- 
bres pour avoir des enfans. Le 
Mariage eft donc i^. une union f 

(«) Ladan. Tom. I* p. 51^5 . Tom. 11« 
pag. 46 c. 

M Diod« Sicul. p. 43t 




M A 30*9 

foit des corps , parce que ceux 
qui fe marient s'accordent mu« 
tuellement un pouvoir fur leurs 
corps ; foit des efprits > parce 
que la bonne intelligence de la 
concorde doivent régner entre 
eux* 2^. Une union volontaire t 
parce que tout contrat fuppofe 
par fa propre nature le confente* 
ment mutuel des parties contrac* 
tantes* 3^. Une union maritale^ 
pour diftinguer l'union des époux 
d'avec celle qui fe trouve entre 
des amis ; l'union maritale étanc 
la feule qui emporte avec elle 
un droit réciproquement donné 
fur le corps des perfonnes qui 
la contradent. 49. L'union d'un 
homme & d'une femme g pour 
marquer l'union des deux fexea 
& le fujet du mariage. 5^* Une 
union contraâée par des per« 
fonnes libres* Toute perfonne 
n'eil pas par fa propre volonté , 
& indépendamment du confen» 
tement de toute autre en droit 
de fe marier. Autrefois les ef» 
claVes ne pouvoient fe marier 
fans le confentement de leurs 
maîtres ; Ôc aujourd'hui ^ dans 
les États bien policés , les en« 
fans ne peuvent fe marier fans 
le confentement de leurs parent^ 
ou tuteurs s'ils font mineurs^ ou 
fans l'avoir requis , s'ils font 
majeurs. 6^. Pour avoir des en* 
fans. La nâiffance des enfans eft 
le but & la fin du Mariage. 

Le Mariage peut être confî- 
déré fous trois différens rap* 
ports » ou comme contrat natu« 

(c) Rofin de Antîf • Rom. pag, 830 » 
8531 S/ot 

V.*« 



'3o6 M A 

0ade$ de tour ; que Ventrée 
n'en eft pas facile à caufe 
des déferts de fable qui ont 
vingt mille pas d'étendue« Stra* 
bon parle de même des déferts 
qui enferment ce pais. II ajou- 
te : » Quant à fa fertilité pour 
4b le vin , les vignes y font 
m afl*ez grofles pour qu'un hom- 
99- me puifle à peine en embraf- 
a» fer une^ & il y pend des gra- 
7» pes de raiiin de deux cou- 
» dées.delong. «» 

Alexandre fil biVir dans la 
Margiane une ville à laquelle 
il donna le nom d'Alexandrie* 
Cette ville ayant été détruite 
par les Barbares , Antiochus 
doter la fit rétablir; mais» elle 
prit depuis le nom d*Antio- 
cbie. 

Ce pais fait aujourd'hui partie 
delaCoraflanneou du Khoraf- 
fan. . 

MARGINES , (a) nom que 
l'on donnoit aux bords i prati« 
qués le long des grands che- 
snins > & qui fervoient pour 
les gens à pied. Ils pouvoienc 
aufG fervir pour monter à che- 
val y dans^ ces anciens tems où 
les étriers n'étoient point en- 
core en ufage« yoyei chemin. 

MARGINIA [ la ville de], 
urbs Marginia* (h) Nous trou- 
vons cette expreflîon dans Quin- 
te-Curfe,&il y a apparence que 
c'eft une faute qui s'eft gliuée 
dans le texte de cet Auteur. 
II vaudroit mieux lire avec la 
plupart des Commentateurs 

C«) Antiq. ezpliq. psr D. Bern. del 
Montf. Xom. IV, pag. 179. | 



MA 
Marina , que Marpnial 

^ Quoi qu'il en foit, voici les 
circonftances que fournit Quin-' 
te-Curfe » au fujet de cette vil- 
le. » Eofuite Alexandre pa0a 
» les fleuves Ochus & Oxus » 
» de vint à la ville de Margia- 
» ne 9 aux environs de laqueU 
» le il choifit des lieux propres 
» pour bâtir fix villes, deux 
3> tournées vers le midi » àc 
» quatre vers l'orient , afles 
I» près les unes des autres, afin 
If qu'elles puffent plus aifément 
» s'entre - fecourir. Elles font 
» toutes élevées fur de hautes 
r> collines , & tenoient alors en 
a> bride les peuples nouvelle- 
3» ment conquis ; mais 9 aujour- 
39 d'hui 9 ayant oublié leur ori- 
» gine, elles obéiflent à ceux 
ao à qui elles ont autrefois com-» 
y> mandé. y> 

MARGITÈS , Margites , {e) 
Mv7tTM;, furnom que Démof- 
thene donnoit à ^ Alexandre* 
Plutarque dit que cet Orateur 
écrivoit lettres fur lettres aux 
Lieutenans du Roi en Afie , pour 
fufciter dans ce pa'is - là une 
guerre à Alexandre , qu'il ap« 
pelloit un enfant & un autre 
Margites. 

Margites étoit un homme qui 
fçavoit beaucoup s & qui fça- 
voit tout mal. Homère avoir 
fait contre lui un Poëme, oà 
il le difiamoic comme un homme 
Inutile à tout 9 parce qu'il man* 
quoit de cette fagefle qui nâec 
à profit toutes les bonnes qua« 



{h) Q. Curt. vil. c. 10. 
CO Plut, Xom« 1. p. 8$tf« 



... .. Ma 

Htés qu*on peut avoir. On n'a 
qu'à voir le fécond Alcibiade 
de Platon. Démoilhene ne pou- 
voir pas employer une coinpa- 
raifon plus propre que celle-là 
pour faire méprifer Alexandre. 
Mais^ ces Lieutenans du Roi 
en Afie fçavoienc-ils ce que 
c*étoît que Margitàs ? Oui , 
car Homère étoic auffi connu 
en Afie qu'en Grèce. 

MARGITÈS, MargUes, (a) 
Mcipylrfiç , donc parle Lucien 
dans quelques-uns de fes Dia* 
logues. 

MARIA , Maria , MafU , (h) 
nom d'un village d'Egypte. La 
cradudion Latine de Diodore 
de Sicile porte Marins vicus. Il 
fe donna vers ce village un 
fanglanc combat , où Apriès fut 
pris. Le vainqueur le fit enfuite 
étrangler. 

MARIA 9 Maria ^ {c) nom 
commun à plufieurs loix Ro- 
maines y dont la plupart avoiene 
été portées par C. Marius. 

MARIAGE , Matrimonium , 
terme , qui confidéré en lui* 
même & quant à fa fimple éty- 
mologie , fîgnifie obligation ^ de- 
voir , charge 8c fonaion d'une 
mere> qûafi matris munus ou 
munium» 

A le prendre dans fon fens 
théologique de naturel , il défi- 
gne l'union volontaire & mari- 
tale d'un homme & d'une femme» 
contraâée par des perfonnes li- 
bres pour avoir des enfans. Le 
Mariage eft donc i^. une union , 

M Lndan. Tom, I. p. $45, Tom. 11. 
pag. 46s. 
W Diod* Sicul. p. 43t 



M A 30*9 

foit des corps , parce que ceux 
qui fe marient s'accordent mu« 
tuellement un pouvoir fur leurs 
corps ; foit des efprits , parce 
que la bonne intelligence Se la 
concorde doivent régner entre 
eux. a^. Une union volontaires 
parce que tout contrat fuppofe 
par fa propre nature le confente* 
ment mutuel des parties contrac* 
tantes. 3^. Une union maritale ^ 
pour diftinguer l'union des époux 
d'avec celle qui fe trouve entre 
des amis ; l'union maritale étant 
la feule qui emporte avec elle 
un droit réciproquement donné 
fur le corps des perfonnes qui 
la contractent. 49. L'union d'un 
homme 6c d'une femme » pour 
marquer l'union des deux fexea 
& le fujet du mariage. 5^. Une 
union contraâée par des per« 
fonnes libres. Toute perfonne 
n'eft pas par fa propre volonté » 
& indépendamment du confen* 
tement de toute autre en droit 
de fe marier. Autrefois les ef» 
daVes ne pouvoient fe marier 
fans le confentement de leurs 
maîtres ; de aujourd'hui j dans 
les États bien policés , les en- 
fans ne peuvent fe marier fans 
le confentement de leurs parent* 
ou tuteurs s'ils font mineurs^ ou 
fans l'avoir requis , s'ils font 
majeurs. 6^. Pour avoir des en« 
fans. La nâiflTance des enfans eft 
le but & la fin du Mariage. 

Le Mariage peut être confia 
déré fous trois différens rap* 
ports » ou comme contrat natu- 

(c) Rofin de Ancî). Rom, pa;, 8|o » 

855,870. 

V lit 



^lo M'A 

ttï f ou comme coQtcAt.civU ^ ou 
comme facrement* 

Le Mariage f cotsfid^ré comme 
facremenr» peut être défini Tal- 
liaoce ou l'upion légitime par 
laquelle un homme fie une femme 
s^engf^ent à. vivre enfemble» le 
Teftc de leurs jours comme mar.i 
& époufe f que Jefu«-Chriil ^ 
fnflîtuée comme le figqe de fgn 
union avec Téglife y. & à Ur 
quelle il a attaché des grace$ 
jitarticulieres pour l'avantage de 
cette fociété fie pour Téducation 
des eofans qui en prpviennent* 

Le fentiment des catholiques 
^ ce fujec « eft fondé fur un 
teite précis d/ l*Ap6rre Saint 
Paul dans foo épître aux Ephé- 
fîens « fie fur plufieurs paUage^ 
des Pères, qui étab!iflent for- 
mellement Gue le Mariage de.s 
Chrétiens en lie ligne fenlible de 
Talliance de Jefus-Chrift avec 
fon é^life 9 fie qu'il confère uop 
grâce particulière , fie c'eft cp 
^ue le Concile de Trettre a dé- 
cidé comme de foi. On croit quç 
Jefus-Chrift éleva le Mai^iage à 
la dignité de facrement , lorfr 
qu'il honora djs fa préfence le$ 
noces de Cana>Tel eft le fenti*- 
tnent de Saint Cyrille dans fy 
lettre à Neftorius , de $ain.t 
Epiphane, de SaintMaxîme Se dp 
Saint ÂuguftiQ, Les Proteftans i)e 
comptent pas le Mariage au non»- 
bre des facremens* 

On convient que robligation 
de regarder le MarJage en quar 
lire de facrement n'étoit ^as un 
dogme de foi bien établi dans 
l't douzième fic le treizième fie- 
cle. Saint Thomas , Saint BotA* 



MA 

ventnre & Scot n*ont oK définir 
qu'il fût de foi que le Mariagie 
fût un facrement. Durapd df, 
d'autres Scholaftiques ont mén^ie 
avancé qu'il ne l'étoit pas* 
Mais» l'églifeafTemblée ^Trente 
a décida la queftjon. 

Au refte , quand on dît qujS 
le Mariage eft un. facrement 
proprement dit delà loi de grs^- 
ce ) on ne prétend pas pou^ 
cela que tous les Mariages que 
tous les Chrétiens contraéleiic 
foient autant de fiacremeps.Cettp 
prérogative n'eft propre qu'^ 
ceux qui font célébrés fuivant 
les loix 8c les cérémonies ifi 
l'églife. Selon quelques Théor 
logiens ^ il y a des Mariages 
valides qui ne foq^ point facrq- 
mens 9 qpoique Sanchez pré- 
tende le contraire. U|i feul 
exemple fera voir qu'il s'eft 
trompé* Deux perfonn^iflMel- 
les y mariées dans le fein dfi 
paganifme ou de l'héréfie , em- 
brafient la religion Chrétienne ; 
le Mariage qu'elles ont con- 
tra^flé fubfifte fans qu'on puiâ^ 
dire qu'il eft un facrement. L^ 
raifon eft qu'il ne l'étoit pM 
dans le moment de fa célébra- 
tion f fie. qu'on ne le réhabilitée 
point lorique les parties abju- 
rent l'infidéUté. Les^ fentimens 
font plus partagés fur les Mariar 
ges contraâés par procureurs. 
On.con.vient généralement qu'ils 
font valides ; mais y ceux qui 
l^ur refufent le titre, de facre- 
ment y comme Melchior Cano., 
remarquent qu'il n'eft pas vraî- 
femblable que Jefus-Chrift ait 
promisse (Lonoef. la ff^çt f4Pc« 



MA 

tifiaote par une cérémome à 
laquelle n*a{fifle pas celui qui 
devrpic la recevoir , à laquelle 
il ne peafe fou vent pas dans le 
tems qu'on la fait* D'autres 
prétendent que ces Mariages 
font de vrais facremens, puif- 
qu'il s'y rencontre forme , ma- 
tière y minière de l'églife y dc 
inditution de Jefus-Chrift; que 
d'ailleurs Téglife en juge , & 
par conféquent qu'elle ne les 
regarde pas comme de fimples 
contrats civils. 

Les Théologiens ne convien- 
nent pas non plus entre eux 
fur la matière ni fur ta forme du 
Mariage confidéré comme fa* 
crement. i^* L'impofition des 
snains du prêtre, le contrat ci* 
vil, le confentemem intérieur 
des parties > la tradition mu<* 
ruelle des corps , ôc les parties 
contraâantes elles-mêmes «font 
autant de chofes que diSerens 
Scholaftiques aifignenr pour la 
matière du facrement dont il 
s'agit. 2^. Il n'y a pas tant de 
divifîon fur ce qui çonftitue la 
forme.du Mariage. Les uns dir 
fent qu'elle confifte dans les 
paroles par lefquelles .le« con- 
traâans fe déclarent l'un à l'au- 
tre qu'ils fe prennent mutuelle- 
ment popr époux'; & les autres 
enfeignent qu'elle fe réduit aux 
paroles & aux prières du Prê- 
tre. 

Sur ces di verfes opinions il eft 
bon d'obferver i"» que ceux qui 
affignent pour la matière du fa- 
crement de Mariage les per? 
fonnes mêmes qui s'époufpnt en 
face de l'églife > confondent le 



MA 3« 

fttjét du facremenc avec la ma* , 
tiere du facrement. 2^. .Que 
ceux qui prétendent que le 
confentement intérieur des. par- 
ties , manifefté au dehors par 
des lignes ou par dc$ paroles» eft 
la matière du facrement de Ma* 
riage f ne font pas attention 
qu'ils confondent la matière 
avec les dirpofidons qui doi- 
vent fe trouver dans ceux qui 
fe marient. 1 on , pour mieux 
dire , ave^ . la caufe efficiente 
du Mariage. 3®. Que ceux qui 
foutiennent que la tradition mu« 
tuelle des corps eft la matière 
du Mariage , confondent l'eftet 
de ce facrement avec la matière. 
4^. Dire qu<e le facrement de M»> 
riage peut s'adminiftrer fans que 
le Prêtre y contribue en rien » 
c*eft confondre le contrat civil 
du Mariage avec le Mariage 
confidéré comme facrement. 

Le fentiment le plus fuivi eft 
que le facrement de Mariage a 
po>ur matière le. contrat civil 
que les deux parties font én« 
iemble , & pour forme les priè- 
res & la bénédiélion facerdo-^ 
taie. La raifon en eft que tous 
les miifelsy rituels» eu cologes» 
que le P. Martenne a donnée 
au public , nous apprennent 
q.ue les Prêtres ont toujours bé- 
ni les noces ; cette bénédîAîoa 
a toujours été regardée comme 
le fceau qui confirme les pro- 
mefTes refpeâives des parties* 
C'eft ce qui a fait dire à Ter- 
tullîen 9 que les Mariages des 
fidèles font confirmés par l*auto» 
rite de l'églife. Saint Ambroife 
parle dans une de' fes lettres de 

Viv 



jTâ MA 

la bénéàtùîôn nupctate donnée 
par le Prêtre, & de l'impofîtion 
au voile fur l'époux & fur Té- 
poufe; de le quarrieme Concile 
tie Carthage veut que les nou^ 
^eaux mariés gardent la conti- 
ttence la première tiuic de leurs 
noces par refpeâ; pour la bé* 
iiédidion facerdotale. 

Delà il s'en fuit que les Prê- 
tres font les Minières du fa- 
crement de Mariage ; qu'ils n'en 
font pas Amplement les témoins 
néceàaires & principaux ; 6c 
qu'on ne peut pas dire ^vec fon- 
denient que les perfonnes qui 
fe marient s*adminiflrent elles- 
mêmes le facrement , par Iç mu-^ 
<uel confentement qu'elles fe 
donnent en préfence du curé & 
des témoins. Tertullien dit que 
les Mariages cachés , c'eft-à- 
dire , qui ne font pas faits en 
préfence de l'églife , font foup- 
çonnés de fornication & de dé- 
bauche. Par conféquent dès les 
premiers tems dé l'églife, il n'y 
«voit de conjonAions légitimes 
d'hommes & de femmes, qu'au- 
tant que les Miniftres de Teglifô 
les a voient eux-mêmes bénies ÔC 
confacrées. Dans tous les autres 
facremens , les Minières font 
diflingués de ceux qui les reçoi- 
vent. Sur quel fondement pré- 
tend-on que le Mariage foit 
«xempt de cette règle ? Le 
Concile de Trente a exigé la 
préfence du propre curé des 
parties , & l'ordonnance de 
Blois a adopté fa difpofition. 
. La fin du Mariage e(l la pro- 
création légitime des enfans qui 
deviendront membres de Téglit 



•MA 

fe , & auxquels les peifès & me* 
res doivent donner une éduca* 
tion chrétienne. 

MARIAGE , per eoemptîonem^ 
une des trois formes de Maria- 
ges ufités chez les Romains* 
Cette forme étoit la plus an- 
cienne & la plus folemnelle y & 
étoit beaucoup plus honorable 
pour la femme , que le Mariage 
qu'on appelloit/'^rif/ifuiyou par 
ufucapion. 

• On appelloit celui-ci Mariage 
per coemptionem , parce que le 
mari achetant folemnellemenc 
fa femme , achetoit aufG confé- 
quemment tous fes biens ; d'au- 
tres difent que les futurs époux 
s'achetotent mutuellement. Ce 
qui eft certain , c'eft que pour 
parvenir à ce Mariagef , ils fé 
demandoient l'un à l'autre ;.fça« 
voir ^ le futur époux à la future, 
fi elle vouloit être fa femme , êc 
celle - ci demandoit au futur 
époux s'il vouloit être fou ma- 
ri ; 6c fuivant cette forme., la 
femme paffoit en la main de foa 
mari, c'eftrà-dîre , en fa puif- 
fance ou en la puiflfance de celui 
auquel il étoit lui-même fou- 
rnis. La femme aind mariée étoit 
Ti^ptUéejufta uxor , tota uxor p 
mater-familias. Les cérémonies 
de cette forte de Mariage font 
très-bien détaillées par M. Ter- 
rafTon , dans fon Hiftoire de la 
Jurifprudence Romaine. 

MARIAGE PAR CON- 
FARRÉATION , per confarrea^ 
tionem , étoit aufB une forme de 
Mariage ufîtée chez les Ro* 
mains. Elle fut introduite par 
Romulus. Les futurs époux fe 



.rendaient à un temple oà l'ôft 
faifoic un facrifice en préfeoce 
de dix témoins. Le Prêtre bf- 
froîf entr'autres chofef un pain 
de froment 6c en difperfoit des 
morceaux fur la viâime ; c'dtoit 
pour marquer que le pain , fym< 
bole de tous les autres biens , 
feroit commun entre les deux 
époux y Se qu'ils feroient com- 
muns en biens ; ce rit fe nom- 
moit confarréation. La femme 
par ce moyen étoit commune en 
biens avec fon mari, lequel 
néanmoins avoit Tadminiflra- 
tion. Lor(<]ue le mari mouroic 
fans enfans, elleécoit héritière; 
s*il y avoit des enfans , la merè 
partageoit avec eux. Il paroît 
^ue dans la fuite cette forme 
devint particulière aux Maria- 
ges des Prêtres. 

MARIAGE SOLEMNEL , 
celui qui, chez les Romains, 
fe faifoit per coemptionem , à la 
différence de celui qui fe faifoît 
feulement ver ufum , ou par 
ufucapion. rarmi nous on en* 
tend par Mariage folemnel ce- 
lui qui *eft l'evôtu de toutes les 
formalités requifes par les ca- 
nons &c par les ordonnances du 
Royaume. 

MARIAGE PAR USUCA- 
■PION , ou per ufum, C'étoit une 
forme de Mariage ufitée chez 
les Grecs Ôc chez les Romains. 
Le mari prenoit ainfî une fem- 
me pour Tufage , c'eft-à-dire, 
'pour en avoir des enfans légiti- 
mes , mais il ne lui communi'^ 
quoit pas les mêmes privilèges 
qu'à celle qui étoit épouféé 
folemnellemenc* Ce Mari;3ge fe 



MA ;ji*j 

côntrafioit par la co-habitation 
d'un an. Lorfqu*une femme maî- 
trefle d'elle-même avoit demeu- 
ré pendant un an entier dans Ia 
maifon d'un homme, fans s'être 
abfentée pendant trois nuits , 
alors elle étoit réputée foa 
époufe , mais pour l'ufage & la 
co-habitation feulement ;c'étoic 
une des difpofitions de la loi des 
douze tables. 

Ce Mariage, comme on voit^ 
<$toit bien moins folemnel que 
le Mariage pet coemptionem , o\x 
par confarréation. La femme 
qui étoit ainfî époufée , étoit 
qualifiée ttA:or , mais non pas 
mater-^famîlias. Elle contraâoic 
un engagement à la différence 
des concubines , qui n*en con- 
tra<floient point ; mais , elle n'é- 
toit point en communauté avec 
-fon mari , ni dans fa dépen- 
dance. 

Le Mariage par ufucapion 
pouvoit fe contraâer en tout 
tems 6c entre toutes fortes de 
perfonnes. Une femme^ que fon 
mari avoit inilituée héritière à 
condition de ne fe point rema- 
rier , ne pouvoit pas contrarier 
de Mariage folemnel fans per» 
dre la fucceflion de fon mari , 
mais elle pouvoit fe marier par 
ufucapion , en déclarant q\i'elle 
nefe iharioit point pour vivre 
en communauté de biens avec 
fon mari, ni pour être fous fa 
puiffance > mais feulement pour 
avoir des enfans. Par ce moyen, 
elle étoit cenfée demeurée veu» 
ve , parce qu'elle ne faifoic 
point partie de la famille de fon 
nouveau mari ^ âc qu'elle ne lui 



5^4, M A 

faifoîc point parc de fes biens , 
lefqaels conféquemroent paf- 
ioienc aux enfans qu'elle avoit 
eus de fon premier Mariage* 

MARIAGE DES ROMAINS. 

{a) Le Mariage des Romains fe 
célébroic avec plufieurs céré- 
monies fcrupuleofes qui fe con- 
ferverenr long-tems , du moins 
parmi les bourgeois de Rome« & 
qu'il ne fera pas inutile de rap- 
porter ici. 

Il ctoit précédé des fiançail- 
les y comme on le peut voir 
dans Plauteôc dans Ter ence. Ce- 
lui qui vouloic prendre une fille 
en mariage y s'adrefloic aux pa- 
rens , & leur demandoit s'ils 
vouloient bien lui donner leur 
fille en Mariage. On drefibic 
cnfuite le contrat» qui étpii 
fcellé du cachet des parens. Ce 
contrat contenoit les conven- 
tions &c les articles du Maria- 
ge ; d*où vient que Juvénai a 
dit: 

Si tibi legitîrttis paSiam jundam^ 
fue tahcllu 

Non es amaturus. •••;.•;• 
Vcniet cum fignatorihus aufpex* 

. L*époux envoyoit à la future 
époufe un anneau , comme un 
gage de leur Mariage futur. 
C^eA ce que nous apprenons de 
Tertullien,d'Ifidore de Séville, 
d'Aulu - Celle , de Macrobe , 
d'Appien » & principalement 
par ces vers de Juvénai : 



MA 

Conventum tamen 6. paâum ^ 
fponfalia noftra 

Tempe ftatc paras ; jamque à ton-^ 
fore Magifiro 

Peâerisy & digiio piknus finajffi 
dedifti. 

Cet anneau étoit de fer& fans 
chaton au tenas de Pline. 

On n'avoit point d^abord 
prefcritr chez les Romains Tâge 
pour les fiançailles ou les ac- 
cordailles , &c elles fe pou* 
voient faire par les deux par* 
ties à rage de fept ans. Mais y 
Augufte ordonna depuis qu'elles 
fe feroient deux ans avant le 
mariage 9 c*eft-à-dire , à l'âge 
de dix ans, les filles pouvant 
légitimement contracter Maria- 
ge à douze. 

Les Romains étoient fort fu- 
perftitieux fur le teros des 
époufailies ; ils avoient un pro- 
verbe qui difoit : Le mois de 
Mai funefte aux noces* Les ca- 
lendes , les nones & les ides 
étoient encore des jours défen- 
dus 9 parce que c'étcHent des 
fériés ou des fêtes. Cette dé- 
fenfe ne regardoit que les filles 

2ui n'avoient point été mariées. 
)n fouffroit aifément que les 
veuves fe remariafTçnt même 
. en ces jours -là. Les jours de 
deuil & de fépolture n*admet- 
toient point de noces. On n'en 
faifoit point non plus pendant 
que les boucliers , nommés An- 
cilles 4 étoient hors du temple 



f j) CoQC. des Rom. par M. Nîeiip* I D. Bern. <le Montf, Tomt Ul. ptg, \\^{ 
^ag. |i|. ^ /«iv. Aaciq. cxpli^. par | & fiUv% 



MA 

de Mars ; oti atcendolc qti*on . 
les y eût reportés , pour les 
célébrer* Les jours de fêtes , & 
«out le commeQcement du mois 
de Juin jufques aux I4es » qui 
font \ç quÎDziemi; » écotent en- 
core un tenis, défeodu* La loi 
des Pçrfeji étpii encore plus 
dure , puifqu'il ne leur létoît 
pirrinis. de célébrer des noces 
qu'au cpromenceiDent dje l'cqui- 
noxe d:u. printeoM. 

On avoir grand foiii de pren- 
dre les apfpices avant le Ma- 
rî^ige , pour fçavoir la volonté 
des Dieu jf , comme le témoigne 
ce vçr^ de Plaute : 

Uitro ihit nuptuttty non maneèu 
avjpices. 

Tacite , parlant des noces de 
Meflaline » dit que Ton Mariage 
avec Silius fe fit avec toutes les 
cérémonies requifes., facrifices» 
' témoins , apfpices » fefiins | bai- 
fers , embraiTemeps, enfin dans 
tQujp^es le$ libertés de la femme 
& du mari ; & pariant, du Ma-, 
rîage de Néron avec Pythagore» 
il fait mention des aufpiçes, 
q.u*op prit pour cela* Le. Maria- 
ge fe fit avec toutes les céré- 
monies ordinaires. L'argent fut 
configné entre les mainsdes Âp- 
gures« On lui mit le voile que 
j>ortoient les époufées ; on lui 
drefla un lir nuptial • on ailuii^a 
. le flambeau de Thymen. 

La Mariée étpic coëSee des 
ch^veMx d'un vieillard • dirSex- 
lus pompeius ^ qu'on frifoit 
i^vec le fer d'une javeline , qui 
écoit reAée dans le corps d'un 
gladi^atçur qu'on avqit C^é |^ afij!i 



M A 31Ç 

que de même que ce fer avoir 
été uni au corps du gladiateur, 
elle fût pareillement unie avec 
fon Mari ; ou, bien parce que 
les femmes étoient fous la pro- 
teAion de Junon Curire » qui 
étoit appellée Curis dans la 
langue Sabine, où ce mot fi- 
gniSoit une javeline ; ou 
bien encore pour marquer par 
cette javeline , qui eft appellée 
par quelques-uns hafta celika" 
. r/V-, que la nouvelle Mariée en« 
fanrerctt des hommes forts Se 
courageux ; ou bien parce que la 
pique étoit confacrée à Junon ; 
ou enfin en mémoire de l'enlè- 
vement des Sabinesy ou pour 
d'autres raifons alléguées par 
Plutarque âc par Feftus. 

On parrageoit auiG les che- 
veux de la nouvelle Mariée e.a 
iix trelTes à U manière des Vef- 
tales, pour lui marquer qu'elle 
devoit vivre chai^ement avec 
fon. Mari* On lui mettoit fur la 
tête up chapeau de fleurs , 9C 
par deflu» ce chapeap une ef- 
pece de' voile , appelle Flam^ 
nuunif pQur ménager fa pu- 
deur , que lea gens' riches en* 
richifibtentde pierreries, Qnlui 
donnoit des fouliers de la mi- 
me couleur du voile 9 mais plus 
élevéa que la chauflure ordi- 
naire > pour la faire paroitre de 
plus grande taille* On prati- 
quQÎt anciennement chez les 
Latins une autre cérémonie 
fort finguHere « qui étoit de 
préfenter un joug fur le col 4e 
ceux qui fe fiançoient , pour 
leur; indiquer que le Mariage 

fil. nne forte de. jo.ug^ 8ç c'eA 



}ï^ MA 

de-là, dîc*on^ qu'il a pris le 
nom de conjugium» La nouvel- 
le Époufe étoic revêtue d*une 
Tobe flottante, celle à peu près 
que celle qu'avoit tifTue de fes 
propres mains Caia Cécilia. Sa 
couronne ou Ton chapeau de 
fleurs étoit de verveine qu'elle 
avoic arrachée elle-même , & 
on la ceignoit avec une ceintu- 
re de laine , que le Mari ôtotc 
dans le lit nuptial. 
^ Atnfî parée , la nouvelle Ma- 
riée écoit arrachée dt$ bras de 
fa mère , ou de fa plus pro- 
che parente > afin qu'elle ne 
parût pas courir d'elle-même 
à la perte de fa virginité. Le 
foir elle étoic conduite à la 
matfon de fon Époux , par trois 
jeunes garçons , dont le père 
6c la mère étoient encore vi- 
vans« On les nommoit Para* 
nymphes > parce qu'ils accom- 
pagnoienc l'Époufe. Un des 
crois marchoît devant 9 ayant à 
la main une torche de pin , Se 
les deux autres foutenoient la 
nouvelle Mariée ^ après la- 
quelle on portoit une quenouil- 
le garnie de laine à, nier avec 
un fufeau , pour marquer l'ou- 
vrage auquel elle devoir s'ap- 
pliquer ; car» les femmes des ' 
Romains n'étoient obligées à au- 
cun autre travail qu'à filer de 
la laine » & nous voyons que 
les femmes les plus diftinguées 
sen occupoient entièrement , 
par l'exemple de Lucrèce , au 
rapport de Tîte-Live. Suétone 
dans la vie d'Augufte nous ap« 
prend qu'il portoit des robes 
6iéts par fa. femme ^ fa fœur ^ 



MA 

fa fille , & fes petites-filles. ^ 
La nouvelle Époufe étoic 
auffi accompagnée de fes pa- 
rens , de fes voifins & de fes 
amis qui étoient en grand nom- 
bre, 6c qui portoient chacun 
leur préfent. Un jeune garçon 
fans barbe , qu'on appel loîc 
Camille , portoit dans un vafe 
couvert , appelle cumera , des 
hochets. Ôc autres petits amu- 
femens pour l'enfant qui dévoie 
naître. La porte de la maifon 
du nouvel Époux étoit ornée 
de tapifferies & de fleurs* Lorf- 
que l'Époufe y étoit arrivée, 
on lui demandoit qui elle étoit » 
de elle répondoit en parlant à 
fon futur Époux : Oà vousfere^ 
Caiusyje ferai Caia; c'eft- à-dire, 
ou vous fere^ maître 6 père de 
famille , je ferai maîtreffe & mère 
de famille. Elles répondoient 
toutes par la même formule, 
ne leur étant pas permis de dire 
leurs noms propres. Roniulus 
avoir porté une loi , par laquel- 
le une femme étoit participant 
te des biens ôc des facrifices de 
fon Mari. La porte étoit ornée » 
par les mains de l'Époux , de 
bandes de laines frottées d'hui- 
le j ou de grailTe de porc ou 
de loup. Us croyoient détour- 
ner par-là tous les maléfices. La 
Mariée ne marchoit pas fur le 
feuil de la porte, mais on l'en- 
levoit par deflus , afin qu'elle 
parût entrer malgré elle dans la 
maifon d'un homme » ou bien 
parce que le feuil étoit confa- 
cré à Vefta , déeffe des Vier* 
ges , & qu'il ne convenoit pas 
qu'il fût foulé aux pieds par 



MA 

jmt fille qui devoit bieotâc eef- 
fer de l'être. 

Quand elle écoit encrée dans 
la maifon , on^ lui en donnait 
les clefs 9 pour lui marquer 
qu^elle devoit avoir foin du 
ménage; on lui donnoit aulfi 
de l'eau & du feu , parce qu'ils 
ctoyoient que tout écoit engen- 
dré de ces deux élémens. Cette 
eau fervolt à laver fes pieds 
& ceux de fon nouvel Époux. 
Après cette cérémonie, le Mari 
donnoit le fouper des noces à 
la nouvelle Mariée êc à tous 
ceux qui l'accompagnoient f 
comme TÉpoufe ou fes parens 
Tavoient donné le jour des 
fiançailles. Pendant le repas , 
on faifoit venir des joueurs de 
iMte» & les Convives invo- 

Îuoient Talafius , comme les 
rrecs Hytnenée. Talafius ou 
Talaâîon écoit invoqué , parce 
qu'il avoit vécu fort heureu- 
fement & fort long-tems avec 
fa femme , qui avoit été du 
nombre des Sabines enlevées. 
Peu de cems après » le Mari 
jettoit dts noix aux petits en* 
fans 4 pour marquer ou'il quic- 
coic la bagatelle ; c'en pour ce« 
la auffi que les Époufes confa- 
croienc à Vénus les poupées 
qu'elles avoient eues étant fil- 
les. 

Dès que l'heure du coucher 
étoit arrivée , les Époux fe 
irendoient dans la chambre nup- 
tiale , où les matrones qu'on 
appelloît pronida y accompa- 
gnoient la Mariée & la met- 
toient au lit génial 9 ainfi nom- 
mé » parce qu'il écoit inSSé 



MA 517 

en l^honneur du génie du Mari. 
Ce lit éroit vis-à-vis la porte» 
Pour empêcher qu*on n'enceo- 
dît les cris de la Mariée , lorf- 
qu'eHe perdoit fa virginité « oa 
chant oit des vers libres &i la(^ 
cifs , qu'on appelloit Fefcen- 
nins. On avoit foin cette pre- 
mière nuit de ne point laifler 
de lumière dans la chambre 
nuptiale 9 foit pour épargner 
la modeftiede la Mariée^foitpour 
empêcher l'Époux de s'apper- 
cevoir des défauts de fon Épou- 
fe^ au cas qu'elle en eût de 
cachés. 

Lorfque les amis s*en alloient, 
on leur faifoit quelques petits 
préfens. Le lendemain des no- 
ces 9 on recommençoit le feflin 
chez le nouveau Marié , 6c ce 
fellia étoit appelle rtpctia* Les 
amis & les parens envoyoient 
des préfens à la Mariée 9 âc le 
Mari leur en faifoit à fon tour. 
Enfin 9 la nouvelle Époufe fai<* 
foit un facrifice dans la maîfoa 
de fon Mari , pour commencer 
à agir avec la liberté qui coa* 
vient à une femme. 

Voilà tout ce qui s'obfervoit 
dans la célébration du Maria- 
ge* Il pouvoit être rompu non- 
feulement par la mort , mais en- 
core par le divorce > comme 
les fiançailles par la répudia- 
tion. Le billet qu'envoyoit ce- 
lui qui répudioîty écoit conça 
en ces termes : Jt rejette là pro^ 
mejfe qtu vous m'aviez faite , ou 
je renonce à la promejjt que jt 
vous avois faite ; & alors l'hom- 
me étoit condamné à payer le 
gage ^u'il ayoic reçu de la fem- 



3i8 »4a 

ne , & celle ci écoîc cottdâtn- 
vée au doubte; mais^ fi i'un ni 
Tautre n*avoit donné fujet à la 
répudiation , il n*y avoir point 
d*affiende. Romulus avoît porté 
une loi qui permettoit le divor- 
ce aux hommes feulement , de 
non aux femmes. 

Nous ajouterons encore ici 
deux remarques, i^. Que les 
femmes mariées confervoient 
toujours leur nom de fille ^ & 
ne prenoient point celui du Ma- 
ri. On fçait qu'un citoyen Ro- 
main qui avcrit féduit une fille 
libre, étoit obligé par les loix 
de Pépoufer fans dot » ou de 
lux en donner une proportion- 
née à fon état; mais» la facilité 
que les Romains avoient de 
dîfpofer de leurs £fclaves , & le 
gtand nombre de ct>urtifannes 
rendoient le cas de la fêduâioo 
extrêmement rare. 

2^. Il faut diftiflguer chez 
les Romains deux manières de 
prendre leurs femmes; l'une 
étoit de les époufer fans autre 
convention que de les retenir 
chez fol; elles ne devenoient 
de véritables Époufes,que quand 
elles étoient réftéers auprès de 
leurs jnaris un in entier , fans 
même une itstefrupfion de trois 
jours ; c'eft ce qui sVppfelloît 
lïh mariage par l'ufage , per 
ufaih. L'autre manière étoit d*é- 
pottfer une fenfme après les con- 
ventions matrimoniales , & ce 
Mariage s'appelloit par vente 
snutuelle>/>«r coetnptianem. Alors, 
la femme donnoit à fon Mari 
trois as en cérémonie»^ le Mari 
donnoil à fa femme l^i clefi de 



MA 

fon logis , pour marquer qu'il 
lui donnoit radminiftration de 
fon logis. Ces femmes feules» 
qu^on épôufoit par une vente 
mutuelle, étoient appe'llées mè- 
res de famille, matres^famîUas ^ 
& il n'y avoit que celles-là qui 
devioflent héritières de leurs 
Maris après leur mort. 

Il féfulte de-là que chez les 
Romains le matrimonium per 
ufum y ou ce que nous nommons 
aujourd'hui concubinage, étoit 
une union moins forte que le 
m^iâge par vente mutuelle ; 
c''eA pourquoi , on lui donnoit 
auffi le nom de demi-mariage , 
femi matrimonium , ÔC à la con* 
cUbine celui de demi -femme, y^- 
mi'conjux. On pouvoît avoir une 
femme ou une concubine , pour- 
vu qu'on n'eût pas les deux en 
même-tems. Cet ufage continua 
depuis que par l'entrée de Conf- 
tantin dans TÉglife , les Empe- 
reurs furent devenus Chrétiens. 
Conil^antin mit bien un frein au 
concubinage, mais il ne l'abolie 
pas, 3c il fut confervé pendant 
plufieurs fiecles chez les Chré- 
tiens. On en a une preuve biea 
authentique dans un Concile de 
Tolède , qui ordonne que cha« 
cbn , foit Laïc , foit Ëcclé/îaAi- 
qïié , fe contente d'une feule 
convpa^nC;, ou femme , ou con- 
cubine , fans qu'il foit per nii» 
de tenir enfemble l'une & l'au- 
tre Cet ancien ufaee des 

Romains fe conferva en Italie, 
non>-feulemeht chez les Lom- 
bards , mais depuis encore 
quand les François y établirent 
leur domination. Quelque) au- 



MA 

tr€s peuples de l'Europe regar« 
doreot auffi le concubinage corn* 
ne une union légitime. Cujas 
afffiire que les Gafcoos de autres 
peuples voifîns dcsPyrénéesny 
avoient pas encore renoncé de 
foo tems. 

MARIAGE DES GRECS , 
ET DE QUELQUES AU- 
TRES PEUPLES, {a) LesGrecs 
éioient divifés en plulieurs Ré- 
publiques , donc chacune avoîc 
pour le Mariage des Loîx dif- 
férentes. Les Lacédémoniens , 
dit Plucarque dans la vie de Ly- 
curgue, avoient établi des pei- 
nes de des notes d^infamie pour 
ceux qui gardoient le célibat ; 
fi leur et oit défendu d'affîfter 
aux exercices des jeunes filles 
qui fe battoient toutes nues ; les 
Magiftrats les obligeoient de fe 
promener tout nus en hiver 
dam le marché , de de chanter 
une chanfon qu*on avoic faîte 
contre eux. La chanfon portoic 
qu^ils étoienc punis juftement 

four avoir défobét aux Loix, 
Is étoient auili privés de Tbon- 
iieur que les jeunes gens étoient 
obligés de rendre aux plus 
anciens* Dercyllidas grand Ca* 
pitaine, r^commandable par les 
lervices qu*il avoic rendus à la 
République » mais qui ne s'étoic 

Joint Marié , demandant un jour 
un jeune garçon quMl lui cé- 
dât fà place» celui-ci lui ré- 
pondit : Fous n*av€i point de fils 
ijui fuiffe un jour me céder la 
fitrine , & refufa de fe lever j 
ce qui fut approuvé. Ceux qui 



MA jff 

fe narioient enlevoient leurt 
futures Époufes; ce qui étoic 
autorifé par les Loix, pourva 

2u'elles rufient en âge nubiie. 
)elle , qui préfidoit à la céré- 
monie des noces , menoit cette 
fille ainfi enlevée , lui tondoit 
les cheveux « rhabilloît en hom* 
me 9 & la mettoit au lit , oô le 
nouvel Époux la venoit trouver 
comme furtivement* Dans l'ifle 
de Cos le fiancé s*habiUoic «o 
femme. 

Les Athéniens, félon Dinar- 
que 9 nQ-donnoienc des charges' 
confîdérables de Gouverneurr 
ou d*Ambafradeurs,qu*à des gens 
mariés qui eufTentdes fonds de 
terre. Ilsfe marioient ordinaire- 
ment en hiver, ôc plus volontiers 
au mois de Janvier^ qui, à caufe 
de cela , étoit appelle chez tvntL 
Gamélion » ce qui veut dire 
le mois àc% Noces* Le qua- 
trième jour du mois » félon Hé- 
fiode , étoit un jour bon âc 
heureux pour les noces* 

Les autres loîx dts Maria- 
ges, que pluiieurs ont ramaf- 
fées f font peu certaines. Det 
Auteurs modernes en ont fai^ 
des recueils , où tnélant les 
cems fabuleux d'Hercule 6c de 
Troie avec les tems plus bas de 
la Grèce floriflante, ils tour- 
nent en loix du Mariage des 
faits qui' ne fe trouvent qu'une 
fois dans des Mariages parti-. 
culiers. 

^ Les Amazones ne fe ma- 
rioient point qu'elles n*euilênt 
tué un ennemi dans le cpmbaci 



M Aad^. cipllq* pu D« Bcm* de Mom£ Tom. Mil. pig. ai) » %i^ 



èao MA* 

hez les Macédoniens, les coA^ 
traâans mangeoienc du pain 
coupé avec une épée. Chez les. 
Calâtes» ils buvoient cous deux 
dans la même coupe. Les. Béo- 
tiens f dit Plutarque , menoieot 
la nouvelle Époufe à la maifon 
de fon Mari , dans un charriot 
dont ils brûloient Teffieu de- 
vant la porte , pour lui donner 
à entendre qu'il falloit demeu- 
rer là , n'y ayant plus de voi- 
ture pour s'en retourner. 

Une autre coutume d'Athè- 
nes étoit de couvrir la tête du 
£ancé de figues , de fruits de 
palmier y de légumes Se de pe* 
tites pièces de monnoie de 
cuivre 9 ce qu'on faifoit aufC 
aux ferviteurs, lorfqu'ils en- 
troient la prejniere fois au fer- 
vice d'un maître* « 

En certains lieux de la Grè- 
ce p lorfque la nouvelle Ép^"' 
fe paiToit à la maifon de fon 
Mari , un jeune homme chargé 
d*épines de de ces glands qui, 
naiOenr fur des chênes» mar- 
choit devant elle §t criolt : J*ai 
fui le mal , & j^ai trouvé le 
bien, 

MARIAGE DES HÉ- 
BREUX, (a) Le Mariage 
palTe pour ^être d'une obliga- 
tion âridle parmi les Hébreux. 
Ils prennent à la lettre comme 
un précepte ces paroles dites 
^ nos premiers pères : Croi/T^:^ 
6» multipVu[-vous y è» rempli£e\ 
la terre. Ils croyent que celui 
qui ne marie pas fes enfans , 
prive Dieu de la gloire qui 

(4) Genef. c. i. ?• «8; 



, MA 

lui eil due > devient en quelque^ 
forte homicide 9 détruit l'image 
du premier hommet & eilcaufe 
que le Saint-Efprit fe retire 
d'Ifraël. On fait cette quelHon 
dans le Thalmud : Qui eft celui, 
qui profiitue fa fille > Et on ré- 
pond : C'eft le père qui la gar- 
de trop long- tems à la maifon » 
ou qui la marie à un. vieillard* 
L'âge où le Mariage devient 
une obligation » eil l'âge de 
vingt ans. Mais , d'ordinaire ,' 
les Juifs marient leurs enfant 
de meilleure heure. Toutefois 
une fille mariée par fon père, 
avant Tâge du puberté, qui eft 
de douze ans & dçmi, peut fe fé- 
parer de fon Mari , fur un fim- 
pie dégoût qu'elle aur.a conçu, 
de lui. 

Le Mariage d*Adam & d'Eve 
ed le plus beau èa le plus îo^-' 
lemnel qui fe foie jamais celé* 
bré ; foit qu'on confidere le. 
Minière » le témoin âc le Pa-. 
ranymphj^ qui ell Dieu même » 
foit qu'on envifage le mérite 
& 1% dignité des perfonnes qui 
le contraâent, & qui font la tige 
de tous les hommes qui ont 
été 9 ou qui feront à jamais 
dans la fuite de tous les fie- 
clés. 

Dans les premiers tems> les 
Mariages entre frères âc fœurs 
étoieot non-feulement permis » 
mais. même nécefTaires ^ à caufe 
du petit nombre de perfonnes 
qui étoient dans le monde. De- 
puis la multiplication du genre 
humain y ils ont été illicites » 6ç 



f&eme 



MA 

condamnés (bus de grié- 
Ves peines. Cependant , les Pa- 
triarches ont ufé aifeJi long;- 
fems de la liberté d'épou& 
leurs. proches paf entes > ihêmé 
après qiiâ lé rtionde a été aCTez 
|>eupié y pour qu*ils en pufTenc 
prendre aîliéurs ; mais , ils lé 
faifoient pour- des motifs par- 
ticuliei-s , par exemple , de peur 
de s'allieir dans des familles 
corrOnIpués par lé culte des 
faujc Diéu^, ou pour confer- 
ver dans leurs proprés roaifons 
Ja vraie religion , dont ils 
ëtoiént dépofltairés. C*eft pour 
Cela qu'Abraham époufa Sai'â 
ia (àé{ii où fâ mecé y 6c que ce 
I^atriarche donna des ordres fi 
exprès à foh intendant Éliézer 
â'aller chercher uhe femme à 
fon fils patml le^ filles dé fés 
àevéux ;Ôcque Jacob époufa lés 
deux fœurs , filles de fon oncle* 
Les Mariages fe firent d'à- 
fcord chez lés Hébreux avec 
beaucoup dé finiplicité comriié 
on le peut voii^ dails le livré 
de T.obié. 1**, Tobie demande 
«n Mariage Sara , fille de Râ- 
guel j on la lui aècorde. 2^. Lé 
pere^ prenant ta thâin droite de 
fa fille!) la liiet dans laniain droite 
de rÉpoùXt- aricieoné coutume 
à\i cérémoiiie dans lei atliari- 
ces. 3*^. Le peré écHt le con- 
trat & le cachèrte, 4*. Un fef- 
tin fuit cet engagemerir. 5*^. La 
ihef^e niene la fille daàs urie 
chambre déiîinée aux Épou:t. 
6^. La niére pleuré, Se là fille 
«uflî ; la niéré , ^af ce qu'elle fe 



M A )it 

tépzfe- ie fa fille; & là fflléi 
parce qu'elle Va être féparéé 
de fa. meré. 7**. Lé père bénif 
les Époux f t*éfl-â^diré , faii 
dés vdëux {^oùr eux ; cela étoiè 
fort fimple ; niais , réfleiitiel s'/ 
trouvé. Ceé feftîns Nuptiaùli 
duroient fep^ jours , coutunid 
ancienne* pans la fixité des 
téms y les Mariages des Juift 
furent charsés de céréifioiiies^ 

MÂRÎAMNE i Maridmnc ^ 
MtxfldtfjtvH -, no ni ^^e Jofephtf 
donné à Marie , fœur dé Moïfâ 
& d'Aaron. Voy^ Marié* 

MARIâMNE i MdHamhê ^ 
Màpia/ufvi , (à) fille d*Alexahdrd 
fils du roi Ariflobuié , & d*A- 
lexandra fille d*Hyfcan , gtahd 
Sacrificateur deà Juifs , tut là 
plus belle PrînceflTe de fori ténlsi 
Elle époufa Ilérode le Graùdi 
èc eti eût rroià fils, Alexandl^e^ 
Arifiobule , & Hérode qui 
mourut jeune dans lés études 
à Ronié, & deux filleè^r Sa^ 
lampfo âc Cyftoéé 

L'hifto^re de Marxanlné fé 
trouvé dans ùri aflfez grand dé- 
tail 9 foui l'article d'Hérode le 
Grand t auquel nous renvoyons 
le Leâéur. Nous nous eooten-' 
terons donc dé rapporter ici 
éh abrégé ce qui regardé céttd 
Prineéffé. 

Mérodé àvoît pour Ifïarîaifi- 
ne Un amour eittrême » mais 
Mariamné n^avoit pour liii que 
peu de retour. Elle coifimença^ 
mêifie à le haïr , depuis qu'îj eut 
fait mourir Âriftobule , frère 
de Mariamné , à ^ui il tyoH 



is) Jofeph. dé Antîq. Judaïc, pa^. 51*, & fi^. 



% 



jii i/l A 

donné la grande Sâcrificataré 
pn an auparavant. Mariamne 
lui témoignoit aflez ouverte^ 
inenjr fon averfîon ; maïs , Hé« 
tode vaincu par fon amour» ne 
pouvoit fe refondre à la quh-* 
ter* 

Après la vîftoîre qu'Auguftc 
remporta fur Marc- Antoine , 
Hérode qui avoir toujours été 
iatraché à Marc^Antoine y & 
qui lui a voit envoyé du fecours 
contre Augufte , tue obligé de 
recourir à I4. clémence de ce 
dernier. En partant de Jérufa- 
lem I il donna des ordres fecrets 
à Jofeph & à Soëme » qu'il 
laiiïà pour gouverner en fon 
abfence , de faire mourir Ma- 
riamne èc Alexandra fa mère » 
Vils apprenoient qu^il lui fût 
arrivé quelque chofe en che- 
min. Mariamne, ayant tiré adroi- 
tement ce fecret de Soëme, 
conçut une haine implacable 
contre Hérode*; & à hn re- 
tour , au lieu de répondre à 
fes carefles , & aux protefta- 
tions d'amitié qu*îl lui faifoit ^ 
elle le repoufTa , de lui fit des 
reproches de fon inhumanité. 
Enfin elle fit tant, qu'Hérode ne 
put plus foufiTrir fes mépris , ai- 
gri d'ailleurs par les mauvais 
rapports qu'on lui faifoit conti- 
nuellement de Mariamne, & 
par l'accufation que Solomé , 
fceur d'Hérode & ennemie ju- 
>ée.de Mariamne, lui fufcita , 
en fubornant un échanfon du 
•Roi , qui déppfa que Mariam- 
ne Tavoit follicité de donner 
au Roi un breuvage. 

Hérode, ayant appliqué à la 



MA 

qtiellion un des eunuques de 
Mariamne, qu'il fçavoit lui être 
t,rès-fidele, n^en put rien tirer 
au fujet du poifon ou du breu"* 
yage ; mais , vaincu par la for* 
ce des tourmens^ il avoua que 
la haine de fa màîtreiTe pour le 
Roi , ne venoit que de ce qu'el- 
le avoit appris de Soënie# Alors, 
Hérode entrant en fureur , & 
croyant que Mariamne n^au« 
roit jamais tiré ce fecret de 
Soëme , s*il n'y avoit eu en- 
tr'eux quelque >utre commer- 
ce , commanda auilitot qu'on 
arrêtât Soëme , & qu'on le me- 
nât au fupplice* Après cela , il 
afiembla fes amis , de accufa 
devant eux la Reine en des ter- 
mes fi pleins d'aigreur , que Ton 
vit bien qu'il vouloit qu'ils la 
condamnafient à mort, oc ils le 
firent tout d'une voix. Mariam-* 
ne marcha au fupplice avec un 
air de grandeur êc d'intrépidité , 
qui étonna tous ceux qui la vi- 
rent. Après fa mort, l'amour 
* qu'Hérode avoit pour elle , fé 
réveilla, & devint plus fort, 
qu^aunar avant. Souvent il l'ap- 
pelloit par fon AQm, comme fi 
elle eût encore été en vie. 

Jofephé dit que Mariamne 
étoit une Prîncefle très-chafte & 
très-courageufe , mais trop ût^ 
re Ôt d*un naturel trop aigre. 
Elle furpafibit infiniment et» 
beauté , en majefté ^ & en bonne 
grâce toutes les autres femmes 
de fon fiecle ; & tant de rares 
qualités furent la caufe de fon 
malheur, parce que voyant le 
Roi fon mari (î paifionné pour 
elle , elle crut n'en pouvoir 



MA 

flisn appréhender. È\U pttiit 
le refpeâ qu'elle lui devoit i 
Ce ne craignit pas même de lui 
àvooet le refl^nciment qu'elle 
confervoic toujours de ce qu'il 
avoir fait mourir Ton père flc 
fon frère» Une femblable iiâ-* 
prudence lui rendit aufll enne- 
mies la mère & la fœur de té 
Prince ^ & le concraignîc lui- 
Inênie de devenir enfin foo en« 
fiemi* 

MARIAMNE , Matîamne , 
Mxf/ttUKH, ( a ) fille de Simon 
de la ville d'Alexandrie , épou« 
fa auffi Hérode le Grand. Sa 
"beauté extraordinaire lui ga- 
gna le cœur d'Hérode,^ le coâ- 
'fola en quelque manière de la 

ierte de la première Mariamne* 
lie fut mère d'Hérode qui 
avoit été inflitué fon héritier 
6c fon fucceiïeur au royaume 
de Judée. Mais , cette Prîncef» 
fe ayant été accufée d'avoir corif- 

Îiré contre fon époux & fon 
loi avec plufieurs autres per- 
fonnes de la maifon Royale , ft 
même d'avoir fait entrer fort 
père dans fon parti » àt ne pou- 
vant pas pleiâement fe juilifief » 
fut chaffée du Palais. Cela fut 
caufe qu*iIérode fit un autre 
tei^ament^ & éta la grande Sâ- 
crificature au père de Mariam* 
ne pour la donner à Matthias^ 
fiîs de Théophile. 

MARIANDENES, MaKiaI^. 
dVnées , Maryandénês , Ma' 
riand^rii , Mariandynti , Mary au» 

(«> Jofeph. de Antîq. Judaïc^ p. 5Ô9* 

{^) Ptolem. L. V. c. I. )Ccnoph. pa(t. 

*J74. Strab. pag. ^45, 541 » 542 > <(;^. 

Paufi pag. 140» Uerod. L\ L c. »b« L, 



M A |Ai 

ithl Voyex Matiaodttléii 

MARIANDINES, Marlan^ 
dihié Foyer Mariandynes* - 

M ARlANDYNËS , Mariant 
dyni , Metfiw/v9ti , (h peuple 
de TAfie mineure^ Ptolémée, 
écrit Mariandines ; Xénophon ^ 
Maryandenes; Strabon & Pau'^ 
fanîas , Mariandynes ; Hérof^ 
dote f Mariandeties , Maryatl- 
denes» Mariandvnes; & Fom- 
t)ontus Mêla, Mariandynées. 

Cette natioA habitoit entré 
la fiithyniedc la Paphlagonie» 
aux environs d'Héraclée, fur 
le bord du Pont Euxin , 6c don* 
noit fon nom au golfe qui rece* 
voit le Sangarius » le Lycus ât 
quelques autres Neuves moint 
connus* 

Etienne de Byzance & Ëuf- 
thate fur Denys le Périégeté 
croyent que les Mariandynes 
prenoient leur âom d^un cer- 
tain homme d'Êolie » nommé 
Mariandynus ; niiais » Strabon 
dit fous l'autorité de Théo* 
pompe , que ce Mariaâdyntti 
étoit maître d^une partie de la 
Paphiagoniei qu^il envahit ce 
catiton fur les Bébryces , âc 
qu'il lui donna â>n nom après fa 
conquête* Sur ce pied-là ^ la 
Bébrycie & la Mariandynte 
auroient été fucceffiveilienc lé 
tiom d*an même païs , & lét 
Mariandynes feroient uft mê« 
lange de Paphlagoniens St de 
Bébryces* Strabon ajoute que 
les Mariandynes n*onc aucune 

m. c. 90. L. vu. c. f%. Pomp. Mei. p: 

6). Mém. de PAcad; des infcript. Si 
Bell* tett» Tom. llKp. io;« 

X ij 



5^4. M A 

différence qui. les dîAîngue ; 
XB2LH qu'ils reffemblent entière- 
ment aux Bithyniens, de forte 
qu'ils paroiffent comme eux ve- 
nus de' Thrace» Les Miléfiens» 
ay^ant bâti Héraclce, mirent fous 
le joug les Mariandyoes, Ôc les 
vendirent comme efclaves , 
mais fans les envoyer hors du 
païst 

Hérodote compte les Marïan- 
dynes au nombre des peuples » 
qui furent fubjugués par Crœ- 
fus. Il les compte auâi au nom- 
bre de ceux qui compofoient 
Tarméè de Xerxès. 

Ce peuple eut quelqtie con»- 
uoifTance d'Adonis, puifque fé- 
lon Julius Pollux ils avoienc 
parmi eux un cantique qu'ils 
chatitoient à fon honneur , & 
qu'ils nommoient A^/oovi/naotJc^ 
-A'ictfW.wao^cTo; <• MctpietifSvyeoY , 
7«oi5^7(;û'» cto^/flc. Ce fut Phœnix, 
frère de Cadmus, qui conduifît 
une colonie dans cette contrée , 
où il porta la connoiflTance des 
Dieux de Phénicie; & leur 
culte pénétra de- là aux extré- 
mités de TAfie mineure dont 
ces peuples faîfoient une par- 
tie. Le nom de ce cantique , 
que les Payfans chantoient à la 
campagne, en eft une preuve ; 
& il y a apparence, comme le 
remarque Bochart , qu'il fut 
nommé Adoni'modîm des mots 
par où il commençoit, comme 
ce fçavant homme le prouve 
par l'exemple de plufîeurs Pfèau- 

mes qui tirent leurs noms des 

« 

(4) PI in. Tom, I. pag. 301. Herod. 
I.IV. c, î8. 
(h) Rofîn, de Anct^. Roman, p. 143. 



MA 

premières paroles qui les coffl^ 
pofent« 

MARIANDYNIE, Mariant 
dynia , M «/[>/«> /i/r ta , nom que 
l'on donne au pais habité par 
les Mariandynei. Voye:^ Ma- 
riandynes. 

MAaiANDYNUS, MtfWtfn- 
iynus ^ lAotfudfJvv.Çé Voye[ Ma- 
riandynes. 

MARIANDYNDS SINUS . 
{a) golfe ainfi nommé des Ma* 
rîandynes qui habitoient aux en- 
virons. Ce golfe commençoit 
au fleuve Sangarius , & s'éten- 
doit jufqu'au delà du Lycus. 

MARI ANUS , Marhnus . 
ijf) furnom de Jupiter , pris de 
C« Marins , qui , entr'autres 
monumens , fît ériger à ce Dieu 
un Temple. 

MARiCA , Marïcd , Map«t«, 
{c) Nymphe, qui avoit un bois 
facré en Italie , près de Mintur- 
nes. Plutarque en fait mention 
à Poccafion de la fuite de C» 
Marius. » Les habitions de Mîn- 
*V> turnes , dit-il , le font fortir 
» pour le mener fur le bord de 
» la mer* Comme chacun s^em- 
w preiTe , & que les uns lui 
» prefentent une chofe, les au- 
» très une autre, il fe pafle 
» un aflez long-tems. Une au- 
» tre chofe encore lès retarda. 
39 Sur le chemin qui mené de 
Il Minturnesà la mer, on trou* 
» velebois facré de la Nymphe 
» appellée Marica; tous ceux 
« du païs ont pour ce boîs une 
» finguliere vénération ^ & ils 

(f) Plut. T. I. p. 4a8. Virg. i£neid. 
L. Vil, V. 47. Tit. Liv. L. XXVll. c, yj^ 



• . MA 

» obfervent fur- tout avec un 
» grand foin de n'en laifler rien 
» ibrtir de tout ce qui y eft 
» encré* Il n'y avoît donc pas 
» moyen de pafler dans ce bois, 
» & il fàlloit prendre un grand 
» circuit, ce qui auroit été 
» fort long. Comme ils étoienr 
» dans cet embarras, un des 
» plus vieux de la troupe fe 
» mij à crier, qu'il n'y avoir 
» point de chemin défendu , 
» & par lequel on ne pût paf- 
» fer pour f^u/er C. Marins; 
A de prenant lui-même quelque 
^ partie des provifions que Ton 
«> portoic au vailTeau, il mar- 
» cha le premier au travers du 
» bais. Tout ce dont il avoit 
» befoin lui ayant été fourni 
» avec la même afFedion, & un 
^ certain Béléus lui ayant don- 
» né un vai^Teau, il s'embarqua. 
^ Quelques années après , il 6t 

^ faireungrand tableau de to>ute 
» cette aventure , 8c le confacra 
» dans le temple de Marica,d'où 
» il éroit defcendu fur le rivage 
» pour* s'embarquer, de à la 
» Déefle , à laquelle il croyoit 
»' avoir l'obligation du bon vent 
» qui l'accompagna dans fon 
y> voyage, w 

l\ eft parlé de Marica dans 
le feptieme livre de l'Enéide. 
Nous y lifons au fujet de La* 
tlnus: 

Hune Fauna & Nympha gfnUum 
Lauuntc Marica. 

Sur quoi Servius dit : Eft au* 
Sem Marica dta littoris Mintur» 



MA jiç 

nenfium y juxta Lirim fiuvium. 
On prétend que c'efl la même 
que Circé ; & ce qui pourroic 
en être une preuve » «c'eft la 
loi qui s'y obfervoit de ne riea 
lailTer fortsr dé tout ce qui 
étoif entré dans ce bois facré. 
Car y c'étoic fans doute pour 
compatir à la douleur que la 
DéeiTe avait eue de ce qu'U* 
lyiTe i'avoit quittée. 

MARICUS LUCUS. Voyei 
Marica. 

MARICUS» Marîcuf, {a) 
Gaulois du païs des Boiens» 
homme de la lie du peuple , eue 
l'infolence d'entreprendre de 
chaiTer les Romains , prenant le 
titre de libérateur des Gaules ÔC 
de Dieu fauveur. Cet enchou* 
liafte , ayant affemblé huit millci 
hommes de fes compatriotes , 
étendoit la féduélion jufques 
chez les Éduens , ôc il ea avoic 
entraîné les cantons les 'plus 
voilins dans la révolte, La na* 
rion Éduenne > puifTance âc il-» 
luftre entre toutes celles de la 
Gaule , arrêta le progrès du 
mal ; & ayant levé des troupes» 
6l reçu de Vitellius un renfort 
de quelques cohortes i elledif-* 
fip^ aifément un amas confus de 
payfans mal difciplinés. Maricus 
fut pris dans le combat , & ea« 
fuite expofé aux bêtes ; & corn- 
me elles Tépargnerens » le vul- 
gaire imbécille leregardoit déjà 
comme protégé des Dieux âc 
invulnérable. Mais , il ne fut 
pas à l'épreuve des coups d^ 
lance , dont il fut percé foui 



M Tacic. i^iift. L, 11. c. tfx. Grév. Hia. des £xq^ Xom. 111. pag. i^s > \xu 



^x6 MA 

1^ yeux de Viteliiuf* Lt fup* 

J^lîce du chef cermifta toute 
'affiiire ; ëi aucun de fes par- 
rifans ne fut recherché ni io« 
^uî(îté* 

MARIE , Maria f tlLaptàfi » 
(4) fiiie d*Aaram & de Joca- 
bed Y & foeur de Moyfe 8c d'Aa- 
ron , naquît ytti Tas du monde 
$4»4 , je avant J. C. 1576. 
£lle devoit avoir dix ou douze 
#ns 9 lorfque Mo'ife fut expofé 
fur le bord du Nil , puifqu'elie 
fe trouva là, & s*ofirit à la fille 
de Pharaon» pour aller chercher 
une nourrice à cet enfant 9 qui 
étoit fon &ere* La Princefle 
ayant agréé fes offres» Marie 
alla chercher fa propre mère » 
"k qui l'on donna le jeupe Moïfe 
pour le nourrir* Jofephe croit 
que Marie époufa Hur > de la 
tribu de Juda ; mais 9 on ne voit 
pas qu'elle en ait eu des eofaos* 
Ce Hur eft celui qui monta avec 
Moïfe âc Aaron fur la monta- 
gne > & qui foutenoit les mains 
de Moïfe, pendant que Jofué 
combattoit les AmaLécites. 

Il paroît que Marie fut éclair 
rée des lumières furoaturelles 
de laprophétie.EUe eûdumoius 
qualifiée prophétefle dans TÉ* 
Cfiture. Après le pafiage de U 
i«er Rouge , Marie prit uo tam- 
bour à la toain ; & toutes les 
femmes marchèrent après elle 
avec des tambours, formant des 
chœurs de mufique* Marie,con« 
duîfant le chœur des femmes 1 
répétoit après celui des hom* 



MA 

mes : » Chantons un hymne à 
» la gloire du Seigneur, parco 
n qu il a relevé fa grandeur * âc 
» qu'il a précipité dans la mot 
» le cheval & le cavalier^ a .. 
Lorfque Séphora > femme de 
Moïfe» fut arrivée dans le camf 
d'Ifraèl , Marie âc Aaron eureà 
une difpute avec elle « & ils 
parlèrent contre Moïfe en AW 
fant : Le Seigneut n'a*t-il parlii 
que par le foui Moïfe ) tx n« 
nous a<»t*il pas aufii parlé commft 
^ lui ? Le Seigneur ayant en^n- 
dju cela , dit à Moïfe , à Aa<r 
ron & à Marie : Allez-vous en» 
vous trois feulement, au Ta- 
bernacle de l'alliance ; âc quand 
ils y forent j le Seigueur def<? 
cendit dans une colomne d# 
nuée , âc fe tenant à la porte du 
Tabernacle, il dit à A^ron âc è 
M^rie: » S*ii fe trouve parmi 
» vous un Prophète du Sei-' 
» gneur , je lui apparoitrai ea 
Tû> vifiott f ou je lui parlerai eo 
» fonge; mais » il n*en fera pas 
3Q aiou de Moïfe mon ferviteur, 
» car je lui parle bouche à bou* 
o che y fie il voit le Seigneur 
« clairement, âc non fous d^ 
p énigmes ou des figures^ Pour- 
s> quoi donc n'avez -vous pa^ 
^ craÎBt de parier contre lui ? s» 
Alors , le Seigneur fe retira., âc 
Marie parut tout-à-coup co«« 
verte de Jepre* Aaron Payanf 
vue en cet état , dit à Moïfe : 
» Seigneur, je vous prie, ne 
» faites^ pas tomber fur noua 
» cette peine , âc que cdle-d 



(.s) Exod. c. 9« ▼. 
SGiSI«C. lf%l* tO 



. 4. ër Jeq* c« 1%, ▼. |v. I. é* /r^. Jofcphf 4e And^. JadatOi; 
t lu Xuoiet. «• lat ' p* )4 1 7$ « 109. 



MA 

?» ne foit pas comme un cadavre^ 
» ou comme un avorron ^ dont 
30 la moitié de la chair eft con« 
y> fumée, avant qu'il forte du 
» feîn de fa mère. Vous voyez 
» que la iepre lui a déjà man- 
» gé la moitié du corps. » Alor^ 
Moife cria au Seigneur , & le 
Seigneur lui répondit : » Si fon 
» père lui avoir craché au vi- 
» fage > n'aurott-elle pas dû de- 
» meurer 9u moins fept jours 
» couverte de confufion? Qu'elle 
'y> demeure donc fept jours hors 
» du camp ; & après céladon 
» la fera revenir. » Ainfî , Ma* 
rie fut obligée de demeurer fept 
jours hors du camp ; & le peu- 
ple demeura au même lieujuf- 
qu'à ce qu'elle fût rappellée. 

On ne fçait aucune particula- 
rite de la vie de Marie , jufqu'à 
fa mort , arrivée dans le pre- 
mier mois de la quatrième an- 
née après la fortie d'Egypte. 
Elle mourut au campement dp 
Cadès 9 dans le défert de Sin , 
l'an du monde 255% > & 1448 
avant Jefus-Chrift. Le peuple 
fit fon deuil , & elle fut enter- 
rée au même ' lieu. Jofephe dît 
qu'elle fut enterrée fomptueufe- 
ment 6c aux dépens du public, 
8c que l'on fit fon deuîl pendant 
un mois. Saint Grégoire de Nyf- 
fe Se Saint Ambroife ont cru 
qu'elle avoir coqfervé une vir- 
ginité perpétuelle. Nous avons 
dit plus haut que Jofephe lui 
donne Hur pour mari. Plufieurs 
anciens & plufieurs nouveaux 

(«} Paial. L. 1. c. 4. ▼• 17. 

(t) Matth. c. I. ¥. %6, ^ f$M, c* t. 

V*ll* & f^i» tUC*^C. 1. Vf 97» & /<^rC( 



t 



M A 527 

Commentateurs expliquent de 
Marie y de Maïfe x d'Aaron , 
ce qui efl dit dans Zacharie : 
P J'ai fait mourir trois Pafteur^ 
» en un mois, & mon coeur s'ei| 
» reflerré à leur égard ^ parce 
y> que leur ame m*a été iofi* 
» délie. <c Eufebe die que l'o^ 
montroit encore de fpn tems te 
tombeau de Marie à Cadès. 

MARIE , Maria t Mzpiiu^ 

a) fille d'Ezra, k fû^ur de 
$ammai de de Jesba* 

MARIE , Maria , U^piàfi i 
(i) mère de Dieu » & vierge 
coût enfemble » fille de Joa-* 
chim Se d^Aone 1 de la Tribu dp 
Juda, époufa Jofeph, de la mê- 
me Tribu. L'Écriture ne noua 
dit rien de fes parens ; elle nç 
nous apprend pas même leurs 
noms , à moins que Héli » donc 
parle Saint Luc » ne foit le mê« 
me que Joachim* Tout ce que 
l'on dit de la naiffance 4e Ma- 
rie & de fes parens, ne fe trouve 
que dans des écrits apocryphes, 
mais qui font très -anciens. Ma- 
rie étoit de la race royale de 
David» aufS-bien que Jofeph 
fon époux ; & elle étoit auiH al- 
liée a la race d'Aaron, puif^ue 
Sainte Elifabeth , femme dp 
Zacharie » étoit fa couline. 

Marie fit de bonne heure le 
vœu de chafteté» Se s'engagea 
à une virginité perpétuelle. Les 
livres apocryphes dtfent qu'elle 
fut confacrée au Seigneur^ Je 
çfièrte au Temple dès fa plus 
tendre jeuneffe ; & que les Prê- 

9. V. Il ir fff[% Joann. c. 19. t, 15. #> 

H' 

Xiy 



|i8 MA 

fres lui donnèrent pour époux 
iofeph 9 qui étpic un uiot & 
^^énérable vieillard , que la 
Prpvidence défîgna à cet effet 
l^ar un iniracle , la verge qu'il 
|>pr(oit ordinairement ay^nt 
verdi & fleuri , comme 6t au- 
frefots celle 4' Aarop. Il époufa 
marie , non pour yivre avec 
elle dans l'ufage ordinaire du 
tnarîage , 6ç pour jivoif des en- 
fanfy mais amplement pour étrç 
Je gardien de fa virginité* Quoi- 

?|ue ces cîrcon^ances ne puif- 
ent.pas paffer pour certaines , 
cependant la réfolution que Ma- 
rie avoît prife de garder 1^ 
Cpntinerice . même dans le ma- 
l*iage,ne peuç être révoquée en 
fioute, puifque fa virginité eft 
fitteiiée par l'Evangile,& qu'elle 
inêmç parlant à i*Ange> qui lui 
*?innor.çpit qu'elle devîendroit 
inered*un fils.lui déclare qu'elle 
pc connoîr point d*homme;c'eft- 
^rdire , qu'elle vîvoit dans la 
frontipence avec fon marî.AufG, 
Jofephe s*étant apperçu de fa 

froffeffe , fut faifî d'^tonnemenç, 
: réfolut de la répudier , fans 
^clat toutefois ÇjL fans employer 
îes formalités ordinaires. G'eft 
^u'il fçavoît la réfolution réci- 
proque qu'ils avoient pfife Tuli 
^ l'autre de vivre dans la con- 
finence au fein du mariage. 

Marie étant donc fiancée , 
pu , û l'on veut, mariée avec 
Jofeph , i'ange Gabriel lui vint 
annoncer qu'elle deviendroît 
jnere du Meffie. Marie lui de- 
sinanda comment cela fe feroic i 
puisqu'elle ne connoiflToit point 
i^'hommç. Mai? > T A^ge îui ré- 



M A 

pondit que le Saint-Efprit def- 
çendroit en elle* &que la vertu 
du Très-haut la couvriroit de 
fon ombre ; enforte qu'elle con« 
çeyroit , fans avoir commerce 
^veç aucun homme ; & pour con- 
firmer ce qu'il lui difoit,ôc faire 
voir qu'il n'y a rien d'impoiSble 
à Dieu » il ajouta qu'^lifabeth fa 
confine , qui étoit avancée en 
âge & ftérile , étoit alors d^ns 
le (ixieine mois de fa grofleffe.* 
Mar|e réppndit : Je fuis la fer» 
vante du Seigneur \ qu^il nu foit 
fait felor^ votre parole. Et aufEr 
tôt elle conçut par l'opératioa 
duSaint-Ëfprit, le Fi U de Dieu» 
Vrai Emmanuel » ç'e{i- è- dir^ , 
Dieu avec nou^. 

Peu de tems après, elle partie 
pour aller à H^bron , dans le^ 
montagnes de Juda , afii\ de vifi? 
ter fa coufîoe Elifabeth» Auflî- 
tôt qu'Elifabeth eut entendu 1^ 
voix de Marie } qui la faluoit « 
fon enfant , le jeune Jean-Bap* 
piie 9 treffaillit danç fon fein ^ 
elle fut remplie du Saint-Efprit, 
& s'écria ; a Vous êtes béniç 
» entre coûtes les femines, âç 
90 le fruit dp vos entrailles, efk 
x> béni. Et d^où me vient çç 
x> bonheur y que 1^ mère de mon 
3p Seigneur vienne vers moi ? 
» Car , vptre vqix |i'a pas plu- 
» tôt frappé ii^es oreilles , que 
n mon enfant a treiTailU de joie 
^ dans mon fein. Vqus êtef 
p bienheureufe d'avoir cru au3p 
3> paroles du Seigneur» car tou; 
» ce qui vous a été dit de (a 
X» part » fera accompli, a Âlors^ 
Marie pénétrée de reconnoif- 
faaçe> ^ remj>lie de Iumi| ères f^ç* 



MA 

naturelles , iôua Dieu en difant : 
Mon anu glorifie le Seigneur , & 
mon efprit eft ravi de joie en Dieu 
monfauveur^ &c. 

Marie demeura avec Elifa- 
bech environ trois mois , & elle 
s'en retourna enfuite à fa mai- 
fon. Lorfqu'elle fut près d'ac- 
coucher y on publia un Edit de 
Céfar Auguile , qui ordonnoit 
que tous les fujets de l'Empire 
aliafient fe faire enregiftrer 
chacun dans leur ville. Ainfî , 
Jofeph & Marie , qui étoient 
tous deux de la famille de Da- 
vid , fe rendirent dans la ville 
de Bethléem , d'où leur famille 
i^toit originaire. Or « pendant 
qu'il]^ étoient en ce lieu , le 
tems auquel Mtirie devoit ac- 
coucher s'accomplit, & elle 
enfanta fon fils premier «* né ; 
elle l'emmaillota elie-mêm,e, & 
Je coucha dans la crèche du 
lieu , ou de l'étable où ils s'é- 
toient rétif es , n'ayant pu trou- 
ver de place dans l'hôtellerie 
publique » à caufe de l'aflluence 
jdu peuple qui fe trouvoit alors 
^ Bethléem. Les Pères Grecs 
inetient ordinairement la naif- 
fance .4^ Jefus-Chrift dans une 
^caverne; S;iint Juftin & Eufebe 
la placent ^ors de la ville » mais 
dans le voîfiage j. & Saint Jérô- 
jne dit qu'elle éjcoità l'excrêmité 
/de la ville • vers le midi. 

On crpît cpn)inupément que 
la Sainte Vierge epfanta Jefps 
la nuit^qui fuivit leur arrivée à 
JDethleem » & que ce fujt le 25 
de Décembre. Telle eft l'an- 
cienne tradition de l'Églife. 
fi9\^% ne |>arloûs f oint ici (le$ 



MA 5:29 

pré^ndus miracles rapportés 
dans le faux Evangile de l'en- 
fance «du Sauveur y autrement 
appelle l'Évangile de Saine 
Thomas. Ces fortes de livres ne 
méritent qu'un fouverain mé- 

Îris. Les Pères enfeignent que 
efus-Chrift fortit du (ein de fa 
mère , fans rompre le fceau de 
fa virginité ; qu'elle enfanta 
fans douleurs 9 & fans aucun 
fecours de fage-femme , parce 
qu'elle avoir conçu fans concu- 
pifcence , de que ni elle , ni le 
fruit qu'elle portoit * n'avoient 
aucune part à la malédi<flioa 
prononcée contre A^m âcEve. 
Dans ce même -tems, les 
Anges avertirent les Fafteurs 
qui étoient à la campagne près 
de Bethléem , & ils vinrent 
pendant la nuit même trouver 
Jofeph 6c Marie , & l'enfant qui 
étoit couché dans la crèche , & 
ils lui rendirent leurs devoirs 
' & leurs adorations. Peu de jours 
après , des Mages vinrent d'O- 
rient , & apportèrent à Jéfus 
des préfens myftérieux > de l'or, 
de l'encens & de la myrrhe ; 
après quoi > avertis par un An- 
ge , qui leur apparut en fonge» 
ils s'en retournèrent en leur paîs 
par un autre chemin que celui 
par où ils étoient venus. 

Le tems de la purification ^e 
Marie étant arrivé, c'eft-à dire, 
quarante jours après la naif- 
fance de Jefus \ Marie alla à 
^érufalem , pour y préfenter fon 
fils au Temple & pour y offrir 
lefacriiîce qui étoit ordonné par 
la loi^ ppur la purification d'une 
femme apr^f iç$ couches. Il y 



Jj(> M A 

•voie alors àjérufalemunhpra* 
me nommé Sxméon , qui étoic 
rempli du Saint-Efprit > de qui 
avoit reçu une afluraace fe- 
crette qu'il ne mourroit point « 
qu'il n'eût vu le Chrift du Sei- 
gneur. Il vint donc au Temple 
par un mouvement de rEfpric 
de Dieu; & ayant pris le pe- 
tit Jefus entre les bras , il bé- 
nit le Seigneur ; & s^adreflant à 
Marie» il lui dit : w Cet enfant 
i> eft pour la ruioç & pour la 
» réfurreélson de plufîeurs dans 
» Ifraël , & pour être en butte 
» à la çontradidlion des hom- 
» mes ; jufques - là que vo* 
3> tre amf fera pertée comme 
3» par une épée , afin que les 
» penfées» cachées dans le cœur 
t» de plufîeurs , foient décou- 
» vertes. » 

Après cela f comme Jofeph Sc 
Marie fe difpofoient à s'en re- 
tourner à Nazareth leur patrie, 
l'Ange du Seigneur apparut à 
Jofeph , & lui dit en longe de 
fe retirer en Egypte , avec la 
mère & l'enfant , parce qu'Hé- 
rode avoit defTein de faire pé- 
rir cet enfant. Jofeph obéit de 
demeura en Egypte jufqu'à la 
mort d'Hérode. L'ancienne tra- 
dition des Orientaux eft que 
la Vierge & Saint Jofeph s'ar- 
rêtèrent à Hermopolis ; & on 
montra encore entre le Caire âc 
Héliopolis , une fontaine & un 
jardin de baume , dans un lieu 
nommé Matara. L'on prétend 
que la Saime Vierge s'arrêta 
en ce lieu , & qu'elle lava dans 
cette fontaine les langes de foa 
fils» Ce lieu eft encore en vé- 



MA 

oératSon dans TEgypte. Apre» 
la mort d'Hérode » Jofeph (k 
Marie revinrent ii Nazareth, 
n'ofant pas aller à Bethléem » 
parce qu'elle étoît du royaume 
d'Archélaûs, fils & fuccefTeur 
d'Hérode. 

Marie & Jofeph atloienttous 
les ans à Jérufalem à la fête de 
Pâque » & lorfque Jefus fut âgé 
de douze ans , ils Ty menèrent 
avec eux. Quand les fours de 
la fête furent pafles » ils s'en te* 
tournèrent ; mais , l'enfant Jefus 
demeura à Jérufalem fans qu'ils 
s*enapperçuirent,& pepfant qu'il 
feroitavec quelques-uns de ceux 
de leur compagnie ^ ils mar- 
chèrent durant unjour.Enfuitet 
né l'ayant pas trouvé parmi 
ceux de leur connoiflance , ils 
s'en retournèrent il. Jérufalem 
pour l'y rechercher. Trois 
jours après t ils le trouvèrent 
dans le Temple aiCs au milieu 
des DoéleurSy les écoutant 8ç 
les interrogeant/ Lorfqu'ils le 
virent, ils furent remplis d'é^ 
tonnement ; je fa mère lui dit : 
30 Mon fils , pourquoi en avez- 
» vous ufé ainfi avec nous ? 
» voilà votre père & moi qui 
39 vous cherchions étant fort 
y> affligés. Jefus lui répondit: 
y> Pourquoi me cherchiez-vous? 
30 Ne fçaviez-vous pas qu'il faut 
3» que je fois occupé de ce qui 
» regarde le fervice de mon 
3» père ? 3» Il revint enfuite 
avec eux à Nazareth , k il leur 
étoit foumis. Or , fa mère con- 
fervoit dans fon cœur toutes ces 
chofes. L'Évangile ne parle plus 
de Marie jufqu'aux noces do 



MA 

Cana* oh elle fe trouva zvec 

lefus. 

Ce fut la trente-rroifieme an- 
née de fon âge que Jefus ayant 
réfolu de fe roanîfefter au monde^ 
alla au baptême de Saint Jean , 
delà dans le défert , puis à Ca- 
na de Galilée ^ où il fut invité 
aux noces avec fa mère & fes 
difciples. Le vin venant à man«- 

Îuer, la mère de Jefus lui dit : 
Is n*ont point de vin. Jefus lui 
répondit : Qu'y a-t-il de com- 
mun entre vous & moi i Mon 
heure n'eft pas encore venue. 
Saint Çhryfoflôme , & ceux qui 
ont accoutumé de le fuivre dans 
fes explications » croyent que 
Marie avoir eu en cette occanoo 

rîlque mouvement de vanité , 
qu'elle avoic été tentée du 
défir de fe voir relevée par les 
miracles de fon fils ;& que c'eft 
ce qui lui attira cette réponfe 
du Sauveur, qui paroit un peu 
dure ; maî^, les autres Pères âc 
Commentateurs attribuent ce 
que dit Marie à fa charité & 
à fa compailîon envers ces pau- 
vres gens ; & les paroles, du 
Sauveur , ils les attribuent, non 
^ Jefus comme homme » mais à 
jefus comme Dieu. En cette 
qualité » il dit à Marie : » Je 
.39 n'ai rien de commun ^vec 
» vous; je fçais quand je doi$ 
7> faire éclater ma puiffance ; ce 
99 n'eft point à vous de me prief* 
9> crire 1^ tems de faire des mi- 
a> racles. » 

Or il y avoit là fix grandes 
cruches de pierre. Jeius> les 
ayant fait ^emfdir d'eau jufqu'au 

b^uc, die aux ferviteurs d*co 



MA )}f 

puîfer , 8c d'en porter au maî- 
tre d'hôtel. Le maître - d'hôtel 
en goûta , & trouva que c'étoit 
un excellent vin. Ce fuc>là le 
premier miracle que Jefus fît ait 
commencement de fa prédica« 
tion. Après cela , il alla à Ca- 
pharnaùm , avec fa mère > fea 
frères , fes Difciples^ & il fem- 
ble que dès lors Marie y fit fa 
principale demeure. Cependant» 
Saint Epiphane croit qu'elle Te 
fui vit par tout durant le teras 
de fa prédication. Mais , nous 
ne trouvon$pas que les Ëvan» 
géliftes eu fauent mention , lorf- 
qu'ils parlerur des faintes fem- 
mes qui le fuivoient pourfubve* 
Dir<à fes befoins. 

Un jour que Jefus étoit dans 
fa maifoB à Caphamaùm» il s'a(« 
fembla autour de lui une fi 
grande foule de peuple f que lyi 
lui ni fes difciples n'avoient pas 
le tems de manger. Cela fit cou» 
rir le bruit qu'ils étoienc tom- 
bés en défaillance* ^es termel 
Grecs peuvent marquer quf 
Jefus étoit devenu furieux , om 
qu'il avoit perdu l'efprii ; fil U 
vulgate lit : Dicehant enim quo^ 
nlam in furonm vtrfus efi. Lf 
roere de Jefus & Tes frères vin- 
rent fe préfenrer , pour le ti- 
rer de la foule. Ce n'étoieoc 
as eux fans doutç qui jugeoieac 
mal de Jefus , mais le peu- 
ple ignorant , ou les PbariGens , 
qui difoieot au même endroit 
qu'il étoit polfédé du démon. 
Marie fie les frères ou les pa- 
rents de Jefus vinrent donc pou|r 
voir cç qui avoit donné lie^ 
à ce bruit qui s'étoit répandu; 



i 



53^ M A 

On avertît Jefus qu'ils étpîent 
là , & qu'ils le demand'oient. 
Mais , il leur répondit : Qui eft 
ma mère , Ôt qui font mes frères? 
Et regardant ceux qui étoient à 
Tentour de lui, il dit: Voici 
ma mère & mes frères ; car , 
quiconque fait la volonté dé 
Dieu , celui-là eft ma mère , 
ma fœur ôc mes frères. 

Marie alla à Jérufalem à la 
dernière Pâque qu'y fit Jefus ; 
Elle 7 vît tout ce qui s'y pafla 
contre lui , elle le fuivit au 
; Calvaire , elle demeura au pied 
' de fa croix avec un courage 
digne de la mère d'un Dieu. 
Jefus ayant donc vu fa mère , 
& près d'elle le Difciple qu'il 
aîmoit , dit à fa mère : Femme , 
voilà votre fils ; puis il dit au 
Difciple : Voilà votre mère. Et 
depuis ce tems-là , ce Difciple 
la prit chez lui. Nous ne dou- 
tons pas, dit D. Calmet, que 
le Sauveur n*ait apparu à fa 
très - fainte mère , auffîtôt aprte 
fa Réfurreâion , & qu'elle n*ait 
été ou la première, ou une des 
premières à qui il donna cette 
confolation. Elle fe trouva avec 
les Apôtres à fon Afcenfîon , 
& elle refta avec eux dans Jé- 
rufalem , attendant la venue du 
Saint Efprit. Après cela , elle 
demeura dans la maifon de 
Saint Jean TEvangélifle , & ce 
Saint Apôtre prit fuin d'elle 
comme de fa propre mère. On 
croît qu'il la mena avçc lui à 
Ephefe , où elle mourut dans 
une extrême vieillefle. On a 
une lettre du Concile (Ecu-» 
ménique d'Ephefe^ qui prou^ 



MA 

ve qu*au cinquième Cecle on 
croyoii qu'elle y éioic enter* 
rée. 

Ce fentiment n'étoic pas 
néanmoins fi univerfel , qu^oa 
ne voie dans le même fiecle des 
Auteurs qui croyoient que Ma- 
rie étoit morte, & avoit été 
enterrée à Jérufalem. L'Empe- 
reur Marcîen & Pulcherie » 
ayant bien dé la peine à trouver 
le corps de Marie , pour le 
mettre dans l'églife des Bla- 
quernes, à Conftantinople ^ s'a- 
drefferent à Juvénal, alors évê- 
que de Jérufalem, qui leur die 
que fon tombeau étoit à Geth- 
femanj » près de Jérufalem. Mar« 
cien fit apporter ce tombeau à 
Conitantinople.On prétend que 
la figure du corps de Marie 
étoit gravée fur la pierre , Se 
que ce n'étoit pas- un ouvrage 
de la main des hommes. Depuis 
ce tems, on a continué de mon- 
trer le tombeau de Marie à 
Gethfemani , dans une églifè 
magnifique dédiée en fon nom ; 
&L ori l'y montre encore au- 
jourd'hui. On dit que les Apô- 
tres étant difperfés dans les di- 
verfes parties du monde , pour 
travailler à la prédication dew 
rÉvangiie , tout d'un coup iU 
furent tous miraculeufemenc 
tranfpottés à Jérufalem , afin 
qu'ils pufTent affilier à la mort 
de Marie. Après fa more, ï\t 
encensèrent fon corps dans la 
vallée de Gethfemani , où Ton 
entendit pendant trois jours en- 
tiers des concerts àts efprità 
céleftes* Au bout-ties trois jours;, 
ces concerts ayant ceâTé > dC 



MA 

$aint Thomas , qui c^avoic pas 
^QiM à fa mort , étant arrivé à 
Jérufalem » Se ayant fouhaîté de 
Voir ce faînt colrps, les Apôtres 
oavriretit Ton tombeau ; maïs i 
ne l'ayant pas trouvé, ils juge- 
ment que Dieu Tavoit voulu ho- 
norer de rimmortalité par une 
réfurredion anticipée , qui pré- 
cédât celle de tous les hommes 
à la fin des liecle^. Mais , on ne 
doit pas diiSmuler que ces for- 
tes de tradîtiotis font très-în- 
ceriaines , pour n*en rien dire 
de pius* 

Quelques - uns ont cru que 
Marie avolt fini fa vie par le 
martyre^ fondés fur ces paf oies 
du vieillard Sîméon : yotre amt 
fera percée comme itun glaive» 
Mais , on l'explique ordinaire- 
ment de là douleur qu'elle fouf- 
frît à la vue du fupplice de fon 
fils i n*y ayant aucune hidoire 
qui nous parle de fon marty- 
re. Saint Epiphane déclare qu'il 
ne peut pas dire fî elleeftmorte^ 
ou fî elle eil demeurée immor^" 
telle 9 fi elle a été enterrée , 
ou non; que perfonne en un mot 
ne fçait quelle a été fa fin ; mais 
qu'il ne doute point que fi elle 
eft morte, fa mort n'ait été heu- 
reufe. Le fentimënt de l'églife 
aujourd'hui cftqu'elleeft morte; 
nais , on difpute fi elle eil refTuf- 
cîrée , ou i\ elle attend la réfur- 
rcdion gértéraje à Ephefe , ou 
à Jérufalem , ou en quelque au- 
tre lieu. 

Quant à l'âge auquel elle eft 
morte , & à Taiinéâ précife de 
fa mort , il eft inutile ^q^q fa- 
tiguer à rechercher ces deux 



MA 53Î 

époques 9 puifqu'on n*en peut 
rien dire que de douteux , & 
qu^on ne peut les fixer qu^aii 
hazard* Nicéphore Callifte , 
& ceux qui l'ont fuivi , ne 
donnent aucuhe preuve de ce 
qu'ils avancent fur cela ^ Ôc ne 
méritent de leur chef aucune 
créance. Nous ne patlons pas 
non plus du portrait que ce mé-» 
me Auteur nous a fait deMarie^ 
en difant qu'elle étoit d'une 
taille médiocre , ou, félon quei^ 
ques-uns, un peu au-defifus de la 
médiocre j que foti tein étoît ■ 
de la couleur du froment ; 
qu'elle avoit les cheveux bloodsj 
les yeux vifs , là prunelle tirant 
fur le jeaune , & à peu près 
de la couleur d*utte olive, les 
fourcils noirs & en demi- 
cercle , le nez aifez long , les 
lèvres verAieilles , les doigts ât 
les mains grands , Tair fimpïe ^ 
modefte , grave ; des habits 
propres , fans fafte & fans of* 
tentation, & de la couleur natu- 
relle de la laine. On a prétendu 
que faînt Luc Tavoit peinte ; Ht 
on montre en plufieUrs endtoits» 
de fes portraits qu*oâ âfiTure 
avoirétéjîrilJifcMirefhii que Saint 
Luc aVoit fait. Mais, les Anciens 
ne nous ont point appris quei 
Saint Luc ait été peintre , ni 
qu'il ait peint Marie. Nicépho- 
re Callifte , Auteur du qua- 
torzième fiecle , eft le premier 
qui en ait parlé d'une manière 
bien exprefle icependant,Théo* 
dore , ledleur de l'églife dô 
Conftantinople , qui vivoit ait 
fixieme fiecle, raconte qu'Eudo- 
cie envoya de Jérufalem â 



Cooftantînople à Timpéfatricé 
Pulcherie , une image de Ma- 
tie» peinte par Saint Luc. II 
eit cerraifl que ce faint Evangé* 
lifte nous a appris plufieurspar- 
lîcularités de la vie de Marie» 
qu'il eft mal aifé qu'il aie ap- 
{>r2fes d'autres que d'elle-mê- 
me ; ce qui fait juger qu*il avoît 
eu l^avantage de la connoîrre j 
& d'avoir même eu part à fa 
coondeoce* 

On montre quelques lettres 
de Marie à Saint Ignace le 
stsartyr, ÔC de Saint Ignace à 
Marier Saint Bernard les croyoit 
véritables. Mais àpféfent j per- 
fonne ne doute qu'elles ne 
foient firppofées. On porte le 
même jugement des lettres pré- 
tendues de Marie à ceux de 
Meâine dt à ceux de Florence , 
que l'oii prétend qu'elle écrivit 
de Jéruialem en Hébreu » que 
Saint Paul traduifit en Grec , au 
moins celle au peuple de Meitî* 
ne f ôc due Conftantin Lafcaris 
mit en Latin. 

Nous n'eiitreroâs point ici 
dans la difçuffion du culte de des 
têtc$ de Marie , du teitas auquel 
elles ont été inflituées , de 
l*objet que Téglife s'y propofe ; 
tette matière â'eft pas de notre 

fujet. 

Les Juifs , etinemls de Jefus > 
oot débité contre Marie plu- 
Âeurs faufletés dans le libelle 
intitulé Toledâs Jefu , ou P'ie dt 
Jefus, Ils difent que Marie étoit 
cœtfeufe, époufe de Jfohanan ; 
que s'étant laiffé féduire par 
un certain Pandere » elle en eut 
un fils nommé Jofua > ou Jefus ; 



, iw A 

que Pandere ou Panthère s'ctant 
fauve à Babylone , Marie de- 
meura chargée dé fon fils. Akir 
ba fe tranfporta à Nazareth 
pour s'inilruite de la liaiiTancé 
de Jefus > qui dès fes plus ten- 
dues années fe diilinguoit à l'é- 
cole. Il fira de la mete » qu'elle 
étoit coupabled'adultere.Quand 
il fut de retour , on arrêta Je- 
fus^ on le rafa« & on lava fa 
tête avec une eau qui eiiipêche 
les cheveux de croître ;jdelâ 
vient que fes Difciples fe ra- 
fehl la tête. Ils veuleiit marquef 
les Prêites & les Religieux qui 
portent une couronne. Ils ajou- 
tent qu'à la mort de Marie ^ on 
lui drelTa un monument fuperbe 
avec une inferiptioii à Jérufa-* 
leoi , ce qui coûta la vie à cens 
Chrétiens y parensde Jeius, qui 
fe fîgnalerent dans cette occa- 
fiôn. Voilà les fables que les 
Juifs publient contre MariCé 

Les Mahoitoétaâs au contraire 
ortr pout elle des fentimens 
d'éAime & de rePpeâ , qu'oft 
auroit peine à croire dai^s des 
gens qui font d'une croyance & 
différente de la nôtre. Mais , 
Ils ne deiAeurent pas dans les 
bornes de la vérité & de U 
fobriété ; ils ajoutent plufieurs 
particularités fabuleufes à ce 
que nous fçavons de Marie* Us 
difent > par exemple i qu'Anne, 
mère de Marie y & époufe 
d'^Amram, étant enceinte d'elle» 
voua auSeigneur ce qu*ellepor- 
toit dans fon fein , fans fçavoir 
il c'étoit un fils > ou une fiUe ; 
que Dieu impofa à l'enfant \t 
Qom de Marie; & qu'Anne donnai 



MA 

f enfant à garder au Pttttt 2a- 
<barîe » qui renferma dans une 
des chambres du temple , donc 
la porte étoh fi haute , qu'il y 
failoît montei^' par une échelle t 
& dont il portoit toujours là ^leC 
fur lui. 

Zachade kt rend oit Touvent 
TÎfite , & il ne le faifoit jamais p 
qu'il oe trouvât au pT es d'elle les 
}>lus excellens fruits de la Pa- 
leftine > & toujours à contre 
faifon ; ce qui robligeolt de lui 
demander d^oà lui venoient de 
fi beaux fruits ? A quoi Marie 
répondoit: ^ Tout ce que vous 
h voyez vient de la part de 
i> Dieu y qui pourvoit de toute! 
» choCes ceux qu'il lui plaît» 
» fans compte & fans nom* 
» bre*» 

Pour la pureté de Marie dans 
fa naiffance de dans la concep* 
tion du Verbe , fut fa virginité 
avant & après l'enfantement, 
ils 9t parlent d'une manière 

2ui devroit faire honte à plu- 
eurs Chrétiens. Us difent que 
l'Ange Gabriel, ayant été en- 
voyé à Marie, pour lui annon- 
cer la naifTance de Jefus,lui dit: 
f> O Marie 1 Dieu vous a élue » 
9» purifiée » & très-particulié* 
» rement choifie entre toutes les 
99 femmes du monde. O Marie! 
n foumette£-vous à votre Sei- 
pi gneur ; . profternez- vous , & 
'» adorez - le avec toutes les 
'•> créatures du monde oui l'a- 
j> dorent. Voici un grana fecret 
to que je vous révèle ? Dieu 
■3» vous annonce fon Verbe > 



MA ^35 

» dont le nom fera le CtiriA , ou 
» le Mellie Jefus , qui fera 
» votre fils f, tirès-digne de ref* 
p peâ en ce mond^ & en Tau* 
*> ^re*» 

Abulfarage écrite dans fes 
Dynafties , que la tradition des 
Chrétiens d'Orient, étoit que 
Marie n*étoit âgéeque de treize 
ans, lorfqu'elle enfanta Jefus ^ 
& qu'elle n'en vécut que cin-* 
quante-un. Quelques Muful'* 
tnans attribuent fauflement auit 
Chrétiens de reconnoître Ma« 
ri'e pour la tfoifieme perfonii« 
de la Sainte^Trinité ; ce qui 
vient de ce que les Cbréti^o^ 
QriéntaUx lui donnent le nonf 
d'Al - Seidai , qui fignifie U 
Dame ; ôc qu'entre les Peret 
Grecs j Saint Cyrille U noaame» 
le fupplémeiu ou le complément 
de la très-Sai]ite*Trinité ; niais ^ 
d'autres Mahométans »ous pur* 
gent de cette calomnie* 

MARIE y Maria ^ Mn^tif^ ^ 
{a) mère de Jean > furnomihé 
Marc 9 Difciple des Apôtres , 
avoit une maifon dans Jérufa* 
lem , oà Ton croit que les Apô- 
tres fe retirèrent «près l'Afcen^ 
fion,& oà ils reçurent le Sainv- 
Efprit. Cette maifon étok fur 
le mont Sion4 Saint Épiphan« dit 
qu*elleéchappaàla ruineentiere 
de Jérufalem pat '!rite,& qn^elle 
fut changée en une églile fort 
célèbre , & qui fubfifta pendant 
plusieurs fiecies. Après Tempri- 
fonnement de Saint Pierre , lee 
fidèles aflemblés dans cette mai- 
fon;^ y prioient «vec ioftaace} 



O) Adu. Apoil. ct !!• y. it» & fii^ 



U6 MA 

éc cht Apôtre , délivré par le 
miniftere d'un Ange , vint Crap- 
per à la porte de cette maîfon. 
Onnefçait aucuneparticularité, 
de la vie de Marié > mère dt 
Jean, furno Aimé Marc, 

MARIE DE CLÊOPHAS , 

Maria Cleopha » Mapla li roi; 
Kt^cù'jtol* {a) Cette Marie por- 
tofc \t nom de Cléophas , dit 
Saint Jérôme, ou à caufe de 
fon pere« ou à caufe dé fa fa« 
mille, ou pour quel(|ue autre 
raifon qui ne fious eft pas con- 
nue. D*autfes croyent avec plus 
de fondement , qu'elle éioic 
époufe de Cléophas ,& mefe et 
Saint Jacques le Mineur & dé 
Saint Simon, frère du Seigneur. 
Ces derniers Auteurs prennent 
Marie mère de Jacques, de Ma- 
rie de Cléophas , pour la même 
perfonne. Saint Ji^an lui donde 
le nom de Marie de Cléophas , 
& les autres Évangéliftes , celui 
de Marie , mère de Jacques* 
Cléophas & Aiphée font la 
même pérfonne , comme Saiù? 
Jacquet , ff 1» de Marie de Cléo* 
phas , eft le même que Saint 
Jacques , fris d'Alphée. Datis la 
langue Hébraïque ,. Aiphée 6c 
Cléophas ne diâerent que datis 
la maniefe dont les Grecs ont 
écrit ôt proi^oticé ces deux 
noms. Cléophas peut Véiiiir de 
l'Hébreu Chelepà , qui iîgnifie 
changer ; comme qui difoit , le 
changeur , l'irtconflant , ou dt 
la ville de Cheleph , iliarqûée 
dans Jofué > de qui étoit fron* 



î^4 

itère de Nephthali , dans làéi» 
lilée. Cléophas ou Alpiiée pou- 
Toit être originaire de cettd 
villes 

Potit tevcnîr . à Marie dé 
Cléophas , nous ne fçavônS qutf 
peu de {Particularités d6 fa vie« 
On croit qu'elle étoit fctvi dé 
la Saiiite Vietge , & qù^elle fut 
mère de Jacques le mineur , dé 
Jofeph , de Simori & de Jude ^ 
qui font nomihés datis l'Évangi-* 
lé lés frerés de JefuS-Chrift , 
c'eft-^à-dire , fes coufins Ger- 
mains. Elle crut de bdniie heurd 
à Jefus-Chrilt, & elle l'accom- 
pagna dans fes v'ojrages pour \6 
fervit-. Elle fe trouva à la der- 
tiiere Pâque &L à la mort dix 
Sauveuf ; elle le iuivit ait CaU 
vaire , ÔC daratit la padioti i 
elle étoit avec la Saintéy Vier- 
ge , ati pied de la croi^. Elle 
fut aufE préfente à fa fépulture", 
ôt prépara dès le vendredi det 
parfums poùf l'embaumer ; mais^ 
étant allée à fon tonibéaù le di- 
manche dès lé grand matin § 
avec quelques autres femmes ^ 
elles y apprirent de la boucha 
des Anges , qu'il étoit felfuf- 
cité , & eii portèrent aùffitôt 
la nouvelle! aux Apôtres* Eit 
chemin , Jefus leur appafut , Sc 
elles lui embrasèrent les pied$ 
en l'adorant. 

Où ne fçaîtpas Tatinée delà 
mort de Marie de Cléophas i 
niais ^ les Grecs fotit mémoire ^ 
le 8 d'Avril , des faintes femmelft 
^ui pottereût le parfum pouf 



(tf) Matth*. c. i%: v. $$. t. «7. v. 56. 115. v. 40. Luc. c. 13. v. 56. c. t4. !^. ti 
È0 ft8. V. 1. & /«{{• Marci c« 6. v> 3. c. leb* /ef . Joann; c^ 19. y* »s* 

emoautûer 



MA 

€;nbaiiiaer le corps du SaitTeur, 
& ils préteadent avoir leurs 
corps à Conftantinople t dans 
«ne égltfe de la Saioce Vierge , 
bâtie par Juâin il. Le Marty- 
rologe Romain marque la fSce 
de Marie de Cléophas le 9 
d'Avril, & il mec la tranfia- 
tioQ de fon corps à Véro4i, 
daos la campagne de Rome » au 
^5 de Mai« D'autres prétendent 
qu'elle eft dans une petite ville 
de Provence appelliEe les trois 
Maries « fur le bord du -Rhône 
£c de la mer. 

Marie » donc les Reliques 
fe cooferv^nt à Véroli dans la 
campagne de Rome, écoic la 
mère de Jacques Si de Jean ; 
elle s*appeliolt , non Marie 9 
imals Saloméy quoique comrau- 
sémeitf on lui donne auffi le 
nom de Marie» mère de Jac- 
ques & de Jean. Saint Mac*> 
Àieu la nomme (implement la 
inere des fils de Zébédée, âc 
Saint Marc l'appelle Salomé« 
£Ue jécoit donc époufe de %€•* 
bédée» & mère de Saine Jac- 
ques de de Saint Jeao^ Oeft ce 
qu« M^ dé Ttllemont avoit d^jà 
remarqué 9 & ce qui nous eft 
con&mé par M: Nicolas Aloy- 
sius • dans fa lettlre écrite de 
Komis au mois de Janvier 1726 » 
40Û il d4t qu^il a eu occafion 
de s'infliruire à fond fur cefujet» 
àyauf examiné cous les monu- 
mens de l'Églife de Véroli. 

MARIE SALOMÉ» Maria 
fi atome , Hm^U SaA»Aei« » ( ^ ) 



fill^ de. Marie de Ci^opfaaf 

donc nous venons de f9fltff 
& ibeur de S%jint Jac<|nes )^ 
Mineur» de des autres qui tome 
appelles dans rjÊcrlture Areref 
du Seigneur, écoit çoi^fineTger'^ 
maine de Jefus (elon la cbajr , ji 
nièce de la Sainte Vierge. ^lUt 
s'appelloic propremenc Salg» 
mé^ (ç c*eH fans fondcm^en|[ 
qu'on lui donne le nom de Ma» 
rie, qui eft celui de fa mer^^ 

D'aucres précendenc que $ibp 
lomé écoic fille de Saint Jofeplu 
époux de la Sainte Vierge ; ^ 
e*eft le fenciment des Grecs mo^ 
dernes 9 qui eft fondé fur le «^ 
moignage de Saine Éplpfaane^ 

Le Martyrologe Romain âù»9 
ne le nom de Marie Salemé à 1$, 
mère de Saint Jacques le Ma«» 
jeur. On ne fçaic fur quel foq» 
dément ; car, on ne trouve ol 
dans rÉvaogile « ni dan$ auçu9 
bon Auteur , qu^eile s*appeU|^ 
Marie; mais, on fçait cercaî*^ 
nemenc qu'elle s'appelloît Sat* 
lomé.. 

MARIE, Maria, M«/n«. {/t} 
fœur de Marthe & de I«azare^ 
que l'on a ii mal à proposconfon» 
due avec la femme pécberefle 
dont parle Saint Luc» iSç don(C 
il ne nous dit pas le nom» maj^ 
qui eft probablement Marj$ 
magdeleine donc nous parie<i- 
rons ci-après^ Mdrie » ^osur 4f 
Marche & de Lazare, devenu 
Toic ZYcc fon frer« Se fa f«uc i 
Béthanie, village pri^s de J,ér4ibi 
falem. JdCus avoit une afiei^ioin 



<«) Marc.f. 2 s* ^..40. |Af*£* iic^v. |8. & fiq» Jpann. ç. |jr. 

Ct 14. V. }. & fi^> Luc. c. 7. ?. $7t dr i 



i 



'^ 



i^fi M A 

Sarciculiere pour cette famille t 
c on voit par TÉvangHe , qu'il 
te retiroit fouvent daos cette 
naîfon avec fes Difciptes. Un 
jour , & peut-être la première 
lois que Jefus y alla « Marthe 
Tavanc reçu avec beaucoup d'af- 
feaion f & s'empreflànc de lui 
faire la meilleure chère qu'elle 
pouf roic 9 Marie fa fœur fe te- 
Doît aux pieds de Jefui, 8c écoa« 
coit tranquillement fa parole ; 
mais 9 Marthe dit à Jefus: » Sei« 
j» gneur , ne confidérex - vous 
» point que ma foeur me laide 
» lervir toute feule ? Dites- 
» lui donc qu'elle m*aide. » 
Jefus lui répondit que Marie 
avoit choifi la meilleure parc » 
^ui ne lui feroit point ôtée« 

Quelque tems après , Lazare 
leur frère étant tombé mala- 
de, fes fœurs en avertirent Je- 
fus ; mais , Jefus ne partit que 
lorfqu'il fut mort« Il arriva à 
Béchaote » & d'abord Marthe 
alla au devant de lui, & lui dit 
que s*i) n'eût pas été abfent , La- 
zare ne feroit pas mort. Jefus 
lui promit qu'il le reflufcire** 
roit. Il fie enfuite avertir Ma-> 
rie qu'il étoit là. Marie y 
accourut auflitôt » & 6t à Je- 
fus la même plainte que Marthe* 
Il demanda où il étoit enterré ; 
on l'y conduîfit , il frémît , il 
pleura , il pria foa père ; puis 
ayant crié à haute voix : La^a^ 
rt 9 fwu\ du tombeau , Lazare en 
Ibrttc vivant f ôc Jefus le rendit 
à fes faurs. Après cela , il fe 
retira du voifîoage de Jérufalem» 
ifc n*y revint que quelques jours 

avant la Paquet Six jours araot 



MA 

cette folemnité , Jefus vînt I 
Béthanie avec fes Difciples , & 
on rinvita à fouper chez Sîmoa 
le Lépreux. Marthe fervoit, 8c 
Lazare étoit un de ceux qui 
étoient à table. Marie , ayant 
Dris une livre de parfum de 
Kard d'épi ^ le plus précieux 
de tous ceux de cette efpece , 
le répandît fur la tête & fur 
les pieds de Jefus. Elle efTuya 
ki pieds de fes cheveux , 8c 
toute la maifott fut remplie de 
l'odeur de ce parfum. Juda« 
Ifcariote en murmura ; mais , 
Jefus prit la défenfe de Marie , 
& dit que par cette aAion , elle 
avoit prévenu fou embaume- 
ment , & avoit en quelque force 
annoncé fa fépulture & fa more 
prochaines. Depuis ce tems « 
l'Écriture ne nous dit plus riea 
de Marthe 8l de Marie. Ceux 
ui confondent Marie , fœur 
e Marthe , avec Marie Magde- 
leinci difent que la première af* 
£fta à la mort 6c au fupplice 
du Sauveur , & qu'elle alla au 
tombeau pour Tembaumer. L'or- 
dre Romain , 6c un Nlcéphore 
cité par M. Cotelier , le racon- 
tent ainfi. Mais, nous ne trouvons 
point cela dans lesAuteurs facrés. 
Les anciens Latins de les Grecs 
modernes croyent que Marie 
6c Marthe font demeurées à 
Jérufalero , & y font mortes. 
Divers Martyrologes anciens y 
marquent leur fête le 19 de 
Janvier. Flodoard , qui vivoic 
en 920, dit que de foa tems, 
on voyoit le corps de Sainte 
Magdeleine t qu'il confondoic 

avec Marie j fœur de Lazare* 



1 



- MA.... 

Ces 4Sw$ (otu <a Cire le iS 4e 
^^rs « à caufe des piirfum$î. 
^u'eUe répandic <re jour-là fup 
Ji&ru.s. BajrdlloA^ abbé de Leuze^ 
apporta 9 dit-on., de Jérufalem 
•à Vcj^elay le ^corps de Sainte 
Magdeleaoe > ve^r^ Fan 92.0; & 
4laDS les douzième Çt tr«i;&ieiDe 
£ecles , ,od yenoit de itous c6- 
«és à Vezjelay., pour y hono- 
fter fes reliques. Mais^ la ^créan?- 
ce la plus commune aujour* 
<d*htti « & qui éxoit commencée 
vdès l'an 2.Z54, eft que le corps 
vde Sainte Magdeleine , qu'on a 
étonfondue depuis long - jcems 
:!avec Marie « ibeur de Lazare « 
^^ jUns rÉglife des jfacobins 
tde ^Ipint Maximin , au Piocèfe 
<d*Aix en Provence ; tradition 
idottt ro^igioe ,eft jtr.ès-in.cei'tai- 
Ae. 
MARIE MAGDELEINE ^ 

Maria Magd^Une^ M«pi(t iî M<c7.- 
cTa^wM ^ (isr) que la plupart cofw 
fondent uès-jnal à propos avec 
Marte j f(»ur de £.azare .& de 
;iMarrhe , éxon appatemmec^ 
4:etie j)^oHer.e.(re^ dont parle 
Saine Luc 9 mais dont il ne dk 
pas Je nam. Voici .quelques cir- 
.conftaac.es .9 qui peuvent faire 
(Croire que c'eft la .m.êm« qu'il 
Aomme Aigrie Magdeleine 9 & 
•dontii dit que Jefus^avoit chaf-^ 
ii Cept démons. 

Jefus ayant rcâufcité le fils 
<de la veuve de Naïm » ent'r.a 
jlaus la ville , de y fut invité à 
«nanger chez un Phar jfîen n^m- 
né Simon, l^otrfqu'il fut à ttablei» 

<«) l^ofu. c. ly. v. i;i. 'Keg. 1* :lV/..c. 
^* «. %y. Matth.» c. s8. v. t. 1^ '/«f. 
AfUxç. Cl 1$. f» 4* .^ /ff* Luc. ç. f.^^ 



1 



«ne femçie jie mau-yaife yj|# 
viat dans la maifon ayec tV^ 
vafe d'albâtre ^ plei^ .d'huile .d« 
parfum « & fe .tçpaP^t .debo^ 
derrière Jefus ,& ^ (es pied#^ 
car jl é:toit couché fur ^uxi ij^e 
de table à la ^aoier^e des An^ 
cieos , répandit fon parfuip /V^ 
ies pieds , iei baifa^ les arrof(p 
de fes larmes;^ .& les eflùya 4^ 
fes cheveux. Le Pharifiea ^ Pa- 
yant coofidérée « dit en lui-xn^» 
me, j(i cet hoi^me étoit Pros 
pheite , jl fçauroit qui ,eft ceU# 

?|ui le toufche 9 & que c'eft ,u^ 
emme de mauvaife vie. Alor^^ 
Jefus qui voyoit le fond iie fo^ 
cœur» lui dit : ^ Un créaacicvr 
^ avoir deux débiteurs, dox^ 
9 l'un lui devoir cinq (Cens de* 
» ttiersj 4c Tautre cinquax>t4;p 
» Comme ils n'a voient pas de» 
^ quoi payer ^ il leur re^ingit %, 
90 tous deux leurs dettes. jjL^a- 
;d quel des deux l'aimera diu* 
» vantage? Simon répondit.:/^ 
» penfe que c'eft celui ^ ,quj 
» il a remis une plus £raii\dé^ 
» fomme.x» 

Après cela 9 Jefus relevai^ 
tout ce que cette femme veiioj^ 
de faire , pour lui, ajouta:: 
39 beaucoup de pécl>és lui foi^ 
9 remis 9 parce qu'elle a beau"- 
n coup aifiié ; mais 9 celui à q^ 
» on remet moins, aime. main s.. ^^ 
Alors , il dit % cette femme ;'y.^ 
péchés vous font remis* 

Au c^hapitre fuivant, Saittt 
t.uc vdit que Jefus allant .de 
yille en ville^ prêchoit l'JÈvaiu* 

j«. é* /#f..c.«. ». a, f^ y#j» loann. «^ 
ao» «I i». d* j<j|. 



^4^ MA 

file , accompagné de fie$' douze 
Apôtres 9 & qd*il y avoic auffi 
quelques femmes 9 qui avoienc 
été délivrées des malins efprits 
& guéries de leurs maladies f 
loutre lefquelles étoit Marie » 
furoommée Magdeleine, donc 
fept démops étoient fortis* 

Mous avouons que cela ne prou- 
ve pas démonttrativement que 
la femme pécherefle foit Marie 
Magdeleîne i mais « c'eft - là 
tout ce Que Ton a pour foute- 
«ir ce leotim^t. Ainfi , fans 

! prétendre que ce ne foie qu'une 
léule perfonoe > après avoir rap- 
porté ce qui regarde la pé- 
cherefle f nous allons dire ce 
que l'on fçait de Marie Mag- 
deleîne. 

Marte Magdeleîne tiroit fon 
furnom , eu du bourg de Mag- 
-dala, fitoé dans la Galilée» au 
4eUdtt Jourdain, non loin deCa- 
snalai apparemment le même qui 
cft fliaraué dans Saint Matthieu, 
iTeloQ Tnébreu » au Heu que le 
Ctec lit Magidan^ou deAiagdolos^ 
'^lUe fituée au delà du Jourdain, 
au pied du mont Carmel, la même 

Îue Mageddo , marquée dans 
ofué êc dans le quatrième li- 
vre des Rois. Les Rabbins par- 
lent d'une Marie Magdeleîne t 
femme du Rabbin Papûs , fils de 
Juda »& d'une autre Marte Mag- 
deleîne , femme de Hamchuna , 
père du Nazaréen , laquelle fut 
turnommée Magdala ou Magde- 
leîne , non à caufe de fa patrie 9 
snais à caufe de fa profeffion de 
coëdTeufe ou de frifeufe; com- 
me fi l'on vouloir marauer par 
ce terme Magdala f qui figoafic 



MA 

une tour, que Magdeleîne, en 
frifant & en coëfiànt les fem« 
mes, leur bâtiflbit en quelque 
façon des tours fur la tête : 

• ••••• Tantaefiquarendieu^ 

ra dicoris. 

Tôt premît ordinihus , tôt adhuc 
compagibus altum 

JEdificat caput, 

Ligtfoot croit que c*efl cette 
Marie Magdeleîne dont parlent 
Saint Luc & le^ autres Évan« 
géliftjss, & que cet Auteur con- 
fond avec Marie, Hûeur de La- 
zare. Marie Magdeleîne eft 
nommée dans les Évansélifles , 
parmi les femmes qui luivrienc 
le Sauveur I pour le fervii^ftui-* 
vant Pufage des Juifs. Saint Lut 
& Saint Marc remarquent que 
cette femme avoit été délivrée 
de fept démons par Jefus ; ce que 
quelques-uns entendent à la let* 
tre* Mais , d'autres l'entendent 
des crimes & Aez défordres it 
fa vie pafl*ée dont Jefus l'avoit 
tirée. D'autres penfent qu'elle 
a toujours vécu dans la virgi» 
nité , & par conféquent ils Im 
dîftinguent de la pécherefle dtt 
Saint Luc, ai ne peuvent enten» 
dre les fept démons qui la pof* 
fêdoient, que d'une poflèffion 
réelle & effeélivet qui^ n'eft 
point incompatible avec la fain* 
teté. Elle fuivit Jefits au der- 
filer voyage qu'il fit de Galilée 
à Jérufalem , & elle fe trouva 
au pied de la croix avec la 
Sainte Vierge. Elle demeura 
fur le Calvaire jufqu'à la more 
du Sauveur j & elle le vit mee« 



MA 

Cre dans le tombeau; aprèé 
quoi , elle s*en retourna à Jé- 
rufâlem , pour acheter & pour 
préparer des parfums ^ afin de 
l'aller embaumer le jour du Sab- 
bath , qui alloit commencer. 

Elle demeura dans la ville 
pendant tout le jour du Sabbath , 
& le Dimanche de très- grand 
matin, elle alla au fépulcre avec 
Marie » mère de Jacques t & 
& Salomé. En chemin elles fé 
difoient Tune à l'autre : Qui 
nous 6tera la pierre qui ferme 
. le tombeau ? Alors , elles fenci- 
rent un grand tremblement de 
terre. C*étoit la marque de la 
réfurreâion de Jefus. Étant 
arrivées à fon tombeau , elles 
• virent deux Anges» qui leur 
annoncèrent que Jefus étoit reC* 
fufcité. Auffitôt Marie Magde- 
leine courut à J^rufalem , pour 
apprendre cette agréable nou- 
velle aux Apôtres ;Ôc en même- 
cems elle revint au fépulcre. 
Pierre & Jean y vinrent auffi > 
& furent témoins que le corps 
n*y étoit plus. Ils s*en retour- 
nèrent » mais Marie Magde* 
leine refta; & s'étant penchée, 
pour voir dans Tintérieur du fé- 
pulcre 9 elle y vit deux Anges 
alfis , Tun à la tête , & l'autre 
au pied du tombeau. Ils lui di- 
rent : Pourquoi pleurez-vous ? 
Elle répondit : On a emporté 
mon Seigneur, & je ne fçais 
où on Ta roi$. En même-t^ms , 
s*étaat tournée, elle vit Jefus 
Ibus la forme d'un jardinier , 
qui lui demanda ce qu'elle 
cherchoit. Elle lui répondi t : Sei- 
gneurj fi c'eft vous qui avez pris 



MA ^±t 

mon mai tre , dices-le mol , ara 

que je remporte. Jefus lui dit:Mai» 

rie; & auffitôt elle le secoonuf , 

& fe jetia à fes pieds , pour lea 

baifer ; mais, Jefus lui dit : • Ne 

» me touchez point , car je né 

» vais pas encore à mon père s 

» comme s'il eût, voulu dire i 

30 Vous aurez le tems de me 

3» voir. Allez trouver mes fre* 

y> tes , lt$ Apôtres , & dites* 

9» leur que jie vais monter à 

» mon Ûieù de à leur Dieu , à 

» mon père & à «leur père* » 

Ainfi , Marie Magdeleine eut 

le bonheur de voir la première 

de toutes le Sauveur après (a 

réfurreftion. 

Elle revint dotic à Jérufalem^ 
& elle apprit aux Apôtres qu'el- 
le avoir vu le Seigneur , qu'elle 
lui avoir parlé , oC leur racon* 
ta ce qu'il lui avoit dit* Mais » 
les Apôtres ne la crurent pas 
d'abord , jufqu'à ce que cette 
nouvelle fe confirma par quan« 
tité d'autres témoignages. 

Voilà ce que l'Évangile nout 
dit de Marie Magdeleine , àiffé* 
rente de Marie» fœur de Mara- 
the , qu'on a auiE très-fou vent 
appellée de ce nom , Car , t'hiC». 
toire prétendue de Marie Mag- 
deleine, que l'on dit avoir été 
écrite en Hébreu par Sainte 
Marcelle , fervante de Sainte 
Marthe , regarde Marie , fceur 
de Marthe ; de d'ailleurs , c'eft 
une pièce abfolument fabuleu- 
fe. Saint Modefte , Archevêque 
de Conftantinople au feptieme 
fiecle, dit que Marie Magde*. 
leine , de laquelle Jefus avoit 
chàSa fepc Démons , alla à 



^ne{é ^ihi îà more i^ fa S^nf-' 
fe Vierge ; qu'eïlé demeura toù- 
J6\xii au pies dé Saint ^eart , 
tktit (fu*'ellé vécut ; & qu elle fi- 
jWf fa vîe par lé martyre. On en 
É^oh alo^^lés àdiei; hrais , on 
té léi connoît plus aujourd'huî. 
It' Commeniiaire fur Saint Marc^ 
lârftrîbué àSâînt Jérôme, dît 
'^ùt Mârîe Âfagdel^ô éioîi 
Vtiiyt. Saint Gré^ojréde Toùw, 
ét'Hiëmçi que Saint Modefte, 
éôfit nous Vénpnf de rappotiieif 
ié fériioignage'; dît JuêTon tom- 
iêau étoit à iphefe,/& qu'il 
i*étott pas. encore ouvert. On 
y févéroît encore fes reliques 
jFfi 745 ^ lorfque Saîôt Ville- 
^tid y pafla. Les Menées des 
wecs marquent, qu'elle y mou- 
rut , èc qu'elle y fut enterj^ée. 
L'êhïpereuf Léon lê Sage, dont 
ïè régne commença en 886 ^ fit 
f apporter (es reliques d'Ephefe 
a Conllancînople* Çodin , qui 
;{5drle de cette tranflatian , Ven- 
iénà de Marie , fœur de La- 
zare ; mais, Gédrene l'entend de 
AÎarie Magdeleine. 

MARIE, Maria f tAotplci , (a) 
■femme Chrétienne, dont parle 
Èaint Paul dans fan Epître aux 
Komains , & dout il die qu'elle 
à beaucoup travaillé peut la 
foi 8l pour rÉglife de Rome. 
£llé étoit en cette ville au com- 
£îenceiûent de l'an 58. On ne 
f^àît rien de certain ni fur fes 
îliT^ions , ni Tiir fa mort. 

M ARIENS, Marmfcsi (t) 

' (m) âÀ korhan. Épiflf. c. iè, v. é, 
U) Diod. Sicul. p. 71^/ 
(t) Àfdr. L. U c. ip« f . 3tf. i.. 11* €. 



MA 
|étrj).(é de Pifle de CKypfé , iSs^ 
Ion Drodore de Sicile. L^ur 
rot Stafioècus fut contratni de fe' 
foumettre à Pifoléméé , roi d'É- 
gypté» Tatf 3 ta aivant Jefus»-- 
Chrîft. 

Il faut reni^tqtfef que c*eft lef 
lexte Latin de Dîodore de Sl<* 
cîle , <Jùi porte Manehfcs ; mats 
^ùe fé texte Grec , tradurt litcé- 
èàléi^etit y porterort plutôt Af/s- 
tunfeù Comme ^et ehcfroît eif 
fortobfcur i on nefçautoît ren-* 
dfe les mots qu'à peu près. 

MARIMUTH , Marimuti , 
tta^iAM^ , (c) fils d'tJrfe , fuf 
un de ceux qui répudietenf 
leur» femmes , qu'ils avoîen^ 
époufées. contre 'la difpo&ioit 
de la loi. 

MARINE DÉS ANCÏÈI^S- 

Poyei Navigation & Vaîffeau.- 

MARINIÀNA , Mantiïana^ 
[i) que l'ott né connoît que pa^ 
les médailles qui attefient fod 
Apothéofe , fût mariée à Valé- 
fieh. De ce nfiarîage naquirent 
deux fils, qui furent tous deuj6 
Auguites y Valérien le' jeune & 
Egnatiusj 

MARINtrS [JuLitisJ, («) 
îulius M'arinus , ami infép arable 
de Tibère , qui J'avoit /uivi à 
Rbodes 9 & qui ne le quittoit 
point à Caprées » fut mis à mort 
paif l'ordre de ce Prince^ Il e^ 
à remai^quér que Séjan s^étoii 
fervi de Juliùs Mairinus |iou]f 
perdre Cortîùs Atiicus , îlluf- 
ixt chevalier RoAain, qui avoif 

{à) Cfév. Ôift. des Érof. toi«. V# 
(r) Créifi Hiâ. des £atp« X^m» l< 



' MA 

aecompugné Tibère à Caprées* 
Aiofî , Ton ne fut pas fâché dans 
le public que fon exemple tour- 
nât contre lui-même , & qu'il 
fût traité comme il avoit traité 
les autres. , 

MARIS , MarU^ UifiC, 
fleuve. Foyei Marus. 

MARIS t Maris y l^ifiç % {a) 
capitaine Troyen. Maris,voyant 
que foo frère Atymnius étoit 
tombé fous les coups d'Antilo- 
Que 9 voulut' venger fa mort. Il 
,ù jette donc fur Antiloque ; & 
comme il étoit près de le per* 
cer de fa pique 9 Thrafymede 
lui porte un grand cpup, qui 
donne dans la jointure du bras 
avec l'épaule , lui coupe les 
mufcles 6c brife l'os. Maris 
tombe avec un grand bruit fur 
le rivage , & la lumière fuir de 
fes yeux. Ainfi y ces deux fre* 
res, compagnons de Sarpédon t 
domptés par les deux fils de 
Neftor , defcendirent enfemble 
dans, l'éternelle nuit. Us étoient 
tous deux excellens archers , ôc 
fils du célèbre Amifodar , qui 
.avoit nourri l'indomptable chi- 
mère jt dont la force fut fatale à 
tant de peuples. 

MARISSA , Marifa , Md- 
ftrett , ville. Foyei Maréfa. 

M ARISSÉNIENS , Martffeni, 
Metpt99Jt¥9t , les habitans de Ma- 
ri fla. 

MARISUS, Manfttt .hkifttfHf 
fleuve. Fbyei Marus. 

MARIT^US , MariMus^ un 



M A H) 

des furooms qu*on avoit donnés 
à Jupiter. 

MARIUS. Toy^i: Maria. 

MARIUS. Foyer Marios. 

MARIUS STATILIUS , (*) 
Marias StatUius » Officier Ro« 
main » qui vivoit du tems de la 
féconde guerre Panique > Tan 
de Rome «36, & ai6 avant 
Jefus-Chriff. Il fut «nvoyé un 
jour à la découverte > avec ua 
efcadron de Lncaniens. Cet Of« 
ficier 9 s'^tant avancé jufqu'aux 
portes du camp ennemi, ordon- 
na à fes gens de refter là. Pour 
lui , il entra dedans avec deux 
cavaliers ; & en ayant examiné • 
ta difpoiition avec beaucoup de 
foin éc d'exaélîtude , il alla an- 
noncer aux Confuls > qu'infail- 
liblement les ennemis étoient 
en embufcade en quelque en<- 
droic peu éloigné; qu'ils avoient 
laifiTé des feux dans la partie de 
leur camp la plus voifine de 
celui des Romains ; que leurs 
tentes étoient toutes ouvertes ; 
que ce qu'ils avoient de plus 
précieux étoit expofé à la vue; 
qu'il avoit même vu de Targent 
répandu çà & là , comme pour 
inviter Tennenii à le ramaâTer. 
Ces raifons que Marins Statlliua 
apportoit pour appaifer la cupi- 
dité des foldats, ne fit que l'aU 
lumer davantage. Ils fe mirent 
tous à crier que fi on ne leur 
donnoit pas lé fignal , ils fe met- 
troient en marche , fans attendre 
qu'on le leur donnât. Mais y ils 
ne manquèrent pas de conduc* 



U^ Homer, llîad, t, XVI. f. iifA (») Tit. Uv, L. XXlL.c. 4»» 41^^ 

Xlf 



^44 MA 

itutSé éependaot 9 ili ût (e hi* 
ititnt pais ë'»b0rd d'avaUcet g 
ii ee fût an gradd t)ooheur poaf 
icfs Rbttiaîns # 6a^ ifs apptif en< 
bientôt pal" des Voles trèa-târes, 
.4^0 tofife l'airmée enûemie etott 
M eeÈ^bufcade derrière les iftoii- 
iagoes vollides. 

\SiôfiuSf(a) ëtoit Prêteur desCaiô- 
paiitet)s,i'an de Rome {$6|& zi6 
âtâdt J« C. Un ^oQf , Annibal 
Jcii envoya un courrier poujr 
l^averfir que le lendemain il fe 
tendroit lui-mêine i Capoue; 
êù en effet il partît , comme il 
râjroit dit , avec un petit norn^ 
i>re de foldats. Le Prëteuri ayant 
.Semblé les citoyens 9 leur or« 
donna d'aller au-devant d*Anni- 
liai i en grand nombre , avec 
letlrs femmes ÔC leurs enfans. 
Tout le monde y courut , non- 
feuIeMent par obéiflance ^ mais 
encore par curiofîté » pour voir 
tin Général qui s^étoit lignaié 
tar tant de viâoires. 

MARIUS ALFIÛS. (B) 
Marias jiljtuSf étoit premier 
Àf àgiiirat des Çampaniens , Tan 
de Rome 537 « & 215 avant 
7efus -> Chri^« Il fur tué cette 
^éme année dans un combat 
qui fe donna pendant la nuit^ 

MARiUS t C. j , C* iiarius. 
Té Mif^oé « le) étoit 9 comme 
tout le monde le fçait ^ un foi- 
dat de fortune , né de patens 

C«) TiU Liir. t. XXlil. t. 9. 

ih) Tit.-Uv. t^ XXUI. c. 15. . 

(é) Piut. Tom. h pag. 466 , 40t. & 
fe^. Veîleî. I^acerc. L. Jl. c. 9. é'feq. 
Tjieic. Annal. L. Ut. 9. LéXII. e. 60.] 
kift. t. 11. c. |8. de Morib. Gertnan» 
é, tf, Flof# L^ÎU* c, I. ér /%• Valer. 



î 



MA 

(r2s- pauvres & très*ot>icufs. Le 
lt€ta de ia naifTance fui Arpinum^ 
on quelque village dépendant 
de cette villes II pafle dans rbif* 
toire pour Arpinate /& Cieéron^ 
ui étoit de ce même lieu » (é 
ait en plus d^ufi eridfoit grand 
honneur d*un tel coiûpatriote f 
& vante fa gloire de fa ville iia« 
taie , qui a donné deux libéra- 
teurs i TEmpire j C. Mariut Sl 
loi. 

L'éducation de C. Mariol ré* 
pondit à la fortune de fes pa« 
rensé Ils travailloient dé leurs 
mains ^ de lui - même auffi pen- 
dant lel premiers tems de fa 
jeuneiTe gagna fa vie en travail- 
lant i la terre comme un homme 
de journée* Il eft aifé de joger 
par «*]â qu*il ne fut pas inftruic 
dans les lettres Grecques ; de 
lotfque dans la fuite établi dans 
Rome il fut à la fource des 
belles connoiâances , ii affèéta 
de méprifer ce qu'il îgnoroit« 
PoiSëdé de Tambition de domi- 
ner, il trou voit même ridicule 
d'étudier les fciences de les arts 
d'un peuple qui étoit aAuelle'* 
ment fournis a une domination 
étrangère. Il auroit pourtant eu 
befoin I dit Plutarque* de fa« 
crifier aux Grâces & aux Mnfes 

. Grecques ; 8c s'il eût appris par 
l'étude delà philofophie &des 
beaux arts à adoucir la violence 

. de fon caraâere » fie à modérer 

Ktaxi. L. IX. c. s* At>t>lan. pag. }8); 
:& /ff. Sallull. in Jugurtb. c ||. ér 
fef. Cxi, de fieIK 0al). L. 1. pag. 4a« 
Hirté Panf. de Bell. Afric. pag. 776. 
RolJ* Hifl. Ane. Tom* I. p. 315 * )itf« 
Totn. VI. pag. 191» Hift. Rom. Topu 
V. pag. 34^. ^ jtiiv» 



MA 

fei paffions > il û^auf oie pas cléf- 
honoré les plus grands exploits 
loilicaires , de les plus impor- 
tans f^rvices rendus à la patrie» 
par des cruautés & des barba^ 
ries qui font de fon nom un ob- 
jet d'horreun Mais» dans les 
cems même les plus brillans 8c 
les plus glorieux de ûi vie , on 
remarque toujours en lui , Quel- 
que diofe d*agrefte & de féro- 
ce. Il eut tout le bon & tout le 
mauvais d'une éducation ruf* 
fique. Ses mœurs furent toujours 
groiCeres ; mais , il fut fobre , 
auflere , endurci au travail & 
à la fatigue , méprifant les ri- 
chefles àc les plaifirs , unique- 
ment avide de gloire. Pour ce 
qui eft de la probité que Sai- 
lufte lui attribue ,41 ne peut 
avoir mérité cet éloge que par 
le règlement de Tes mœurs. Car, 
il ne connut jamais les loix delà 
droiture , de la franchife » de la 
reconnoiffance , dès que fa for- 
tune , ou l'exécution de fes 
projets , s'y trouvèrent intéref- 
lees. C*eft un homme qui n'eut 
qu'une paffion , l'envie de s*a* 
grandir , mais qui ne fe fit 
jamais un fcrupule d'y tout fa- 
cnûer» 

Ce fut cette ambition qui le 
fira de la charrue pour lui faire 
prendre la profeiGon des armes , 
par laquelle il efpéra pouvoir 
s'élever. Il eut le bonheur d'ê- 
tre formé par un g^aod .maître. 
Il fie fes premières campagnes 
au fiege de Numancey.fous P. 
Scipion l'Africain. Ce grand 
homme, qui s'appliquait avec 
un exuême foin à connoitre fes 



MA ^S 

foldats , 8c qui avott la vue per- 
çante éc le jugement fur , dé- 
mêla le jeune C. Marius entre 
tous les autres. U remarqua 
qu'il fe prêtoit plus volontiers 
qu'aucun à toutes les réformes 
qu'il faifoit dans fon camp , Sc 
au rétabliflement de la difcipli- 
ne. Il reconnut fa bravoure dans 
uneoccafion où C. Marius tsa 
un ennemi fous fes yeux. En 
conféquence il Ce Tattacha par 
des louanges , par des récom- 
penfes (i^onneurs ; Se l'on rap« 
porte même qu'un jour que P. 
dctpion avoit foupé avec plu- 
fieurs Ofilciers , comme on vint 
à parler des Généraux , & que 
quelqu'un de la. compagnie , 
loit pour lui faire fa cour , foie 
tout de bon & fîncérement , lui 
eût demandé qui feroit celui qui 
pourroit le remplacer , P. Sci- 
pion , frappant doucement fur 
l'épaule de C. Marius , dit: Ce 
fera peut^itrt celui' ci. Si ce fait 
eft vrai , il prouve aflurément » 
comme l'obfervePlutarque , une 
grande fupériorité de génie , 6c 
dans celui qui tout jeune paroif- 
foit déjà fi grand , & dans celui 
qui fur de premiers commence- 
mens jugeoicfî bien de l'avenir. 
L'Hifiorien ajoute que ce mot 
de P. Scipion fut recueilli par 
. C. Marius comme un oracle t 
qui lifi éleva le courage , St 
l'enharSit à entrer dans la rou- 
te des honneurs. 

U fut d'abord Tribun des fol- 
' dats ; & Sallufte remarque que 
lorfqu*il fut nommé par le peu- 
ple à cet emploi , fes aâions 
leules folliciterent pour lui. Car» 



^4^ M A 

il avoic paru bien plus dans lei 
camps & dans les armées , que 
•fans la place publique ; & la 
plupart de ceux qui lui don- 
naient leurs voix, ne le con- 
lioiflbient pas de vifage. 

Il devint enfuite Tribun d« 
peuple t l'an de Rome 633 , non 
laos avoir précédemment eflîiyé 
un refus , au rapport de Valere 
Maxime , qui dit même qu'il 
avoit dé}k eu le même affront 
dans la petite ville d'Arpinum, 
où il n'avoit pu s'élever à aucu- 
•e charge murticipale; Mais, 
rien n*éroic capable de le rebu- 
ter; & le fenciment intérieur 
de fon mérite , joint à fon am- 
bition , le foutenoit contre les 
évenemens les plus capables de 
décourager. Il fut aidé , pour 
parvenir au Tribunat, du crédit 
d'un Mételtus , à la maifon du- 
quel lui & £e$ pères étoient 
attachés depuis long-tems* 

Sallufte dit que dans toutes 
les charges infériebres , par lef- 
quelles C. Marius pafla , il fe 
cônduifit de manière à fe mon- 
trer digne des plus relevées. 
Ceft ce qui fe vérifie particu- 
lièrement dans fon Tribunat , 
oô il fit parofrre une dignité , 
une fermeté , une hauteur au-* 
defiTus de fon état préfent^âe de fa 
fortune. A peine fes grands ex- 
ploits dans la fuite » 6c fes prof- 
périrés éclatantes, puiMt-elles 
lui infpirer une plus noble fiercé. 

Il propofoit une loi , qui éta- 
bliffbit une nouvelle précaution 
pour prévenir la brigue dans les 
affemblées du peuple > & dans 
lamatûere de donner les fuf- 



MA 

fragcf . Cette loi dépIalfoSt asx 
Sénateurs, dont elle fembloic 
diminuer le crédit 9 8c leCon- 
fui Cotta fit ordonner par le 
Sénat que C« Marius feroic 
mandé pour rendre raifen de (a 
conduite. U vint , êc pa^' ^^* 
vant cette augufte aflemblée f 
non en fubalterne qui fe juftifiè 
devant fes fupérieurs 9 mais «a 
maître qui donne la loi ; de IT 
déclara au Conful , que fi Ton 
ne retiroit le décret qui venoic 
d'être rendu , il le feroit mener 
en prifon* On ne fut pas, fcit 
effrayé de cette menace y de Mé« 
tellus commençant à opiner » 
prit parti pour le Conful. Alors» 
C. Marius ayant fait entrer fon 
huiflter ,■ lui ordonna de faifir 
Mételltts 8c de le mener lui- 
même en prifon. Métellus im- 
plora le fecours des autres Tri- 
buns, mais inutilement. Le Sé- 
nat fut obligé de plier, & la 
loi paffa. Cette aétion de vi- 
gueur fit grand horineur au Tri- 
bun » Se le peuple le regarda 
comme un défenfeur qui alloit 
en toute occafion prendre fon 
parti contre le Sénat. On fe 
trompoit; de bientôt on en eut 
la preuve. 

Un de fes Collègues mit ea 
avant une loi qui ordonnoitdes 
diftributions 'de bled aux ci- 
toyens. C. Marius s'éleva contre 
cette largefiTe, de tenant ferme 
jufqu'au bout, empêcha que la 
loi ne fût reçue de autorifée.Par 
cette conduite , il fe ût égale- 
ment eilimer des deux partis » 
comme ne cherchant à plaire ni 
aux uns ni aux antresj mais envi» 



MA 

fageâfif ùniquemeiit le iAeH t>ti« 
bltc« 

Apréi le Trîbuftat^ il de<« 
Çhianfda TÉdilhé Carule. Mais « 
il falloic 9 cottimt dit Valefé 
Maxime / ^.u*il ne pénétrât dans 
le Sénat qu*à forée d'effuyer des 
tt£\xs. L'aventure eft fînguliere 
& unique. Il voit qu'il va tnan- 
quer l'Édilité Cûrule. Il y re- 
iionce par néceflifé^ Mais , le 
toètté jout t on nomnïoit les 
Ediles Plébéiens. Il (e ptéfente 
Jjour cette féconde charge infé- 
rieure à Tautre , Se e& encore 
Jrefufé. Ainfî, feul de tous les 
Romains, il éprouva deux refus 
en un même jour. Il n'en rabat- 
tit rien néanmoins ni de fa fîer'^ 
téxii de fes efpérances>& peu de 
tems après il fe mit fur les rangs 
four la Préture» 

Il ne fut pas refulSé , mais il 
fie s*en fallut pas de beaucoup ; 
car , de fix Fréteurs que Ton 
élifoic^ il ne fut nommé que le 
derdier ^ ôc même avec grande 
})eine » & aufOtôt après il fut 
accufé de brigue. Il foutint les 
l'ifques du jugement avec fa 
hauteur accoutuméeé Les accu- 
fateurs ayant demandé qu'Hé- 
tennius fût entendu comme té- 
inoin ^ çelui-çi prétendit devoir 
en être difpenlé , atteûdu que 
C. Marius & les parens de C. 
Marins étoieht fes clîens. Il 
étôit de Tintérêt de Paccuféde 
laifTer paiSer ^infi doucement la 
chofe. C*écoit un témoin dont il 
étoît débarraffé. Mais , c'eft à 
quoi fa fierté n^ putfe refondre* 
Il fe leva, & déclara qu*il n'é* 
toit plus clIeAt de perfoûne > dû 



M A 5^ 

fiometiit qu^il avoir p\>flrédé une 
Magizlratnre ; ce qui pourtant , 
félon le témoignage de Plutar^ 
que f n^étoit pas exafiement 
vrai, éar il nV avoir que les Ma- 
giilratures Corules qui affraiw 
cbiiTent les cHens de la dépen^^ 
dance de leurs patrons* Or, C* 
Marius n^avoit point encore eu 
le droit de la chaife Curule. 
Quoi qa*îl en foit y PafTaire 
prenoit d^abord un fort mauvais 
train pour lui. Enfin néanmoins» 
les fnârages des Juges ayant 
été mi- partis 9 il échappa asnfi 
la condamnation , ÔC demeura 
en poiTeHioii de la Préture* 

Il Pexerça l'an de Rome 6}7 
aVeC une* médiocre réputation. 
L'année fuivante , il fut envoyé 
dans rEfpagne ultérieure , où il 
donna là chafTe à quelques trou- 
pes de brigans. 

De retour à Rome , n*ayanc 
ni richefles » ni éloquence 9 il 
manquoît des deux avantages 
qui attiroient alors le plus 
de confidération. Cependant» 
les vertus .des vieux tems, que 
Ton voyoit briller en lui , une 
ame hautaine 9 un courage ia<- 
furmontable au travail , uce 
fimplicité parfaite dans fa façon 
de vivre, en un mot fes mœurs 
auiîeres ne laiâerent pas de le 
mettre en honneur> Il fe maria 
alors, ôc fit une belle alliancet 
ayant époufé Julie , qui fut tan-* 
te de Jules Céfar ; & c'eft-là le 
premier engagement qui jetta 
Jules Céfar dans la faâion po« 
pulaire* 

Plutarque place ici un trait ' 
ireiharquable du courage de C» 



|4« M A 

Marîus contre la douleur. 11 
avotc des varices qui lui ddfi- 
guroienc les jambes ; il réroluc 
de fe les faire couper. Il donna 
donc une de fe$ |ambes au chi- 
rurgien » fans vouloir être lié , 
& fouflfrit Popéracson fans faire 
aucun mouvement , fans pouf- 
fer le moindre cri , d'un vifage 
tranquille & dans un profond 
filence. La douleur étott pour- 
tant cruelle > & il ne voulue pas 
permettre au chirurgien de tra- 
Vailierfur fon autrejambe,difant 
que la réforme ne valoit pas le 
mal qu'on lui faifoit. Ainfi, dit 
Cicéron , il fupporta la douleur 
en homme de courage ; mais , 
il crut qu'il convenoic à la con- 
dition humaine denepointfouf- 
frir de gaieté de cœur une dou^ 
leur non nécefiaire. 

C. Marins avoir paflTé cinq 
ains depuis fa Préture » fans faire 
de nouveaux pas vers la fortune. 
Il s'agiflôit pour lui de parvenir 
au Confulat. Mais » la Noblefle 
en fermoit l'entrée aux hommes 
nouveaux. Elle leur permettoit 
de partager quelquefois avec 
eux les autres charges ; mais , 
elle fe réfervoit cette dignité 
fupréme , qu'elle auroit cru 
fouillée 9 fi elle étoit tombée 
entre les mains d'un homme fans 
Baiâance. Q. Cécilius Métellus 
fournit contre fon intention à 
C Marius , le moyen de forcer 
cette barrière, en lefaifantfon 
Lieutenant général dans l'armée 
de Numidie. C'étoit le mettre 
dans fon. élément ; & il fe con- 
duifit dans cet emploi de la çia» 
oiere la plus propre k mériter 



MA 

une eiHme & une admiratîota 
univerfelles. Il n'y avoit ni' 
travail » ni danger (i grand » qui 
fût capable de l'effrayer ; aucune 
fondlioo utile , fi bafle 8c fi pe- 
tite qu'elle fût 9 qu'il dédaignât» 
Il l'emportoit fur ceux de foa 
rang pour la prudence & la fu« 
périorité des vues , & le difpu* 
toit au dernier des foldats pour 
la fimplicité dans le boire êc 
dans le manger , & pour la pa- 
tience dans les fatigues ; & par* 
yi il s'en faifoit extrêmement 
aimer. » Car , dit Wutarque » 
3» rien ne confole tant ceux qui 
» font obligés à un travail pe- 
so nible , que de voir qu'on le 
» partage volontairement avec 
n eux. C'eft en queloue façon 
» en ôter la nécefCté oc la con- 
30 trainte* Àulfi le plus agréable 
30 de tous lesfpeâacles pour les 
» foldats Romains » c*eft un Gé* 
» néral mangeant avec eux du 
o pain bis » couché fur des 
» feuillées » & mettant la main 
30 à l'œuvre pour creufer ua 
» fottèy oudreuer une palifiade. 
jo Us n'eiliment pas autant les 
y> Commandans qui leur font 
30 part de la gloire & des ri- 
3» chefles » que ceux qui ne 
» craignent point de prendre 
39 part avec eux aux fatigues ; 
» 8c c'eft une voie plus flre 
» pour gagner leur affeAion t 
» de partager leur travail , (jue 
» de leur permettre de ne rien 
n faire, o Telle étott la condui- 
te de C. Marius ; de Cette route 
pour parvenir an Confulat « eût 
été aifurément bien louable , 

s'il n'y eût pas joint les fourdet 



MA 

tnenées » les inauvalfes prttl* 
quel » 6c enfin rinimitié décla* 
tée contre un Général y plein 
de mérite 6c de vertus y & à 
^i il avoit obligation. 

n eft vrai que Q« Cédlius 
Métellus lui donna quelque fu- 
jet de plainte. Ce Général avoit 
d'excellentes qualités ; mais « il 
étoit fier , hautain , méprifant t 
défaut alTez ordinaire à la No- 
bleflè. 

Lors donc que C. Marins lui 
demanda fon congé » & la per« 
sniiGon d'aller à Rome deman- 
der le Confulat, Q. Cécilîus 
Métellus parut étonné de cette 

Îiropoiition , comme d'une cho* 
e extraordinaire , & l'avertît 
en ami de ne pas s'embarquer 
dans une eittreprife fi étranze » 
êc de ne pas former des defleins 
au-defius de fon état. Il lui dit 

Su'ii ne convenoit pas à tous 
'afpirer aux premières placer-; 
Îu'il devoit être aflex content 
e fa fortune ; enfin qu'il étoit 
de fa fagefle, de ne pas faire 
an peuple une demande oui lui 
attireroit la honte d'un juite re- 
fus ; au'au refte il lui accorde* 
roit ion congé, dès que le^ 
affaires publiques le permet- 
croient, v^omme il fe vit ex- 
trêmement prefiTé par la même 
amande, que C. Marins réitéra 

λar la fuite, il lui répondit avec 
nfulte , qu'il ne devoit pas tant 
fe hâter de partir pour Rome ; 

Îu'il feroit aflez tems pour lui de 
emander le Confulat « lorfque 
fon fils ledemanderoit.Cejeune 
Métellus 9 qui fervoit alors fous 
ion perei a'avoit que vingt anf; 



nful 



MA 

êc Ton ne pouvoit être Conj 
qu'à quarante-trois. 

Un mépris fi marqué ne fer- 
vit qu'à augmenter encore le vif 
défir qu*avoit C. Mariiia de de- 
venir Conful , êc à l'aigrir con* 
tre fon Général. Il n'écouta plus 
que fa colère & fon ambition ^ 
mauvais êc dangereux confeil- 
fers. Il ibngea uniquement à 
gagner les foldats dans les quar* 
tiers d'hiver où il commandost , 
en fe relâchant de la févériti 
de la difcipHne » & les traitant 
avec plus d'indulgence. D'ail* 
leurs 9 comme U y avoit à 
Utique un grand nombre de né* 
gocians Romains , il ne ceflbic 
de décrier dans leur efprit Q« 
Cécilius Métellus « comme un 
homme qui avoit plus de faite 
que de mérite , qui étoit d'un 
orgueil infupportable , qui trai* 
noit exprës la guerre en loa« 
gueur, pour avoir le plaifir de 
commander ] plus long - tems. 
Que pour lui » avec la moitié 
des troupes qu'avoit Q. Céci- 
lius Métellus » il fe faifoit fore 
de prendre lùgurtba dans peu 
de jours 9 & de le mener à Ho- 
me pieds & poings liés. Ces dif- 
cours faifoient d'autant plus 
d'impreffioa fur l'efprit de cet' 
marchands , qu'ils s'ennuyoienc 
fort d'une guerre qui ruinoic 
leur commerce. Ainfi , tous , foU 
dats êc négocians 9 dans l'efpé- 
rance de voir finir la guerre fout 
un autre Général » écrivant à 
leurs amis de Rome, ils leur fai« 
foient de grandes plaintes de Q* 
Cécilius Métellus, & relevoienc 
fon le mérite de C» Marins* 



i^o M A 

Un caraâere faAîeux s*aide 
de coût. C. Marîu8 imt même 
dans fes intérêts un Prince Nu- 
mide 9 nommé Gauda, tetic- 
fils de Mafinifla par Maaaftabal« 
Il lui préfenta pour point dfi 
vue le royaume de Numidse» 
qui ne pouvoit manquer de lui 
appartenir , dès que Jugurrha 
feroit pris ou tué. li'efprit de ce 
Prince étoît baiiTé par de gran- 
des & continuelles maladies. 
D'ailleurs ^ il 6ion mécontenc 
de Q. Cécillus Métellus , qui 
Tavoit refufé fur plufîeurs pré- 
reniions chimériques Ôc ridicu* 
les* Ainfi , Gauda fe laifTa al- 
fémenc perfuader pzr C. Ma» 
rius ^ & fe mit au rang de ceux 
qui folUcitoienc pour lui le 
Confulai* 

Cependant , C. Marines poux^ 
fui voit fon congé ave^c beaucoup 
d'inilance ; & Q. Cécilius Mé- 
tellus y apportoit toujours de 
nouveaux délais. £n6n , icomme 
il n*y avoit plus que douze jours 
jufqu^à réleéliondesConfuls, il 
le laiifa partir. C. Marîus &t une 
diligence inouie ; car , en deux 
jours & une nuk » il arriva du 
camp à Utique , qui éto-it fur 
la mer. Là il fit un facrlfice avant 
que de s'embarquer; & l'on dit 
que le devin l'affura que le Dieu 
lui promettolt non - feulement 
de très -grandes profpérités , 
jnais des profpérités au-deffu^ 
de toutes fes efpérances. Fier 
de ces magnifiques promefies » 
il s'embarqua , & eut le vent.fi 
favorable , qu'en quatre jours il 
traverfâ la mer & arriva à&o* 



MA 

II fut reçu par le peuple avec 
de grandes démonftrajtions d'ef- 
cime 6c d'afiedion^ Tout c€ 
qu'on y avoir écrit d'Âfriqu^ 
avoir fait beaucoup d'impreâion 
fur les efprits. La haute naiifan* 
ce de Q. Cécilius Métellus y qui 
auparavant actiroit le refpeâ> ne 
fervoit plus qu'à exciter contre 
lui l'envie ; & au .contraire y 
l'ob feu rite de l'exjtraâion de C^ 
Marins lui 4toit favorable au* 
près du peuple , qui fe rroyoiit 
méprifé lui-même par le mépris 
que Ton faifoit de cet homme 
nouveau^ comme rappelloienc 
le^ Nobles. Les Tribuns, de leur 
■côté , traviiilloient fans ctfTç à 
foulever la populace» & ne 
haranguoienr jamais fans corn-*' 
•bler C. Marius de louanges, âc 
Accabler Q. Cécilius Métellus 
de reproches^ A.u reile » ce 
n'étoit point par les bonnes ou 
mauvaifes qualités de l'un ou 
de t'aq-tre que l'o^ fe décidoitt 
La .cabale , l'efprit de parti t 
veilà <ce qui gouvernoit toute 
.cette aiFaixe^ 

Le crédit des Nobles étoit fore 
«omhé , depuis que plufieurs 
d'entre eux avoieot été con-« 
damnés pour crime de pécula,t 
& de cojicuiflïon «, & le pouvoir 
du peuple beaucoup .augmentée 
Il y parut 'bien dans l'éledlioa 
des Confuls.. Le peuple fe dé* 
clara ouvertement po^ur C. Ma«- 
jrius ; & l'on vît, ce qui n^étok 
arrivé depuis long-.teins« un 
homme nouveau nommé à cette 
charge. On lui donna pour col^* 
lègue L. Caffîus Long! nus. Oa 
ne s'en tint pas là; fur la réqiiiU 



MA 

fition d*un Tribun » !e coiiiiiiaa- 
deinent de Farinée de Numidie » 
qui avoit été contintié par le 
sénat à Q. Cédlius Mécellys , 
fut déféré par le peuple à C« 
JMarîus« 

Voilà donc le nouveau Coa- 
fui fatisfaît & tr ion pliant ; mais, 
il Q*a acquis toute cette gran- 
deur qu'aux dépens de la pro- 
bité Se de la reconnoiflance* 
Peut-être fera-t-oo bien aife de 
trouver ici le jugement que Ci- 
céron porte d'une telle coa- 
duite« Il met d'abord fous les 
yeux en abrégé , les intrigues & 
les artifices dont C« Martus fe 
fervit pour décrier Q<. Cécilius 
Métellus; puis il ajoute: » Il 
» fut enfin nommé Conful; roais> 
» il s*écarta des loix de Thon- 
» neur & de la juâice s en ca<« 
» loainiant un excellent & il<- 
» luftte citoyen, qui Tavoit fait 
» fon Lieutenant géaéral. Pou- 
» vons-nous , dit^il, après cela 
I» le regarder comme un homme 
*> de bien î Convient-il donc à 
» rbomme de bien de mentir 
» pour fon intérêt , de calom- 
» nier « de tromper , d'enlever 
9» aux autres ce qui leur appar- 
» tient? Rien moins ailurément. 
i> Y a«t-il au monde aucun 
» avantage I fi défirable qu'il 
s» puilTe paroicre , auquel il foit 
» permis de facrifier le titre & 
» la gloire d*honnéte homme i 
» Cette utilité prétendue par 
» où compenfera telle la perte 
» qu*elle vous caufe ea vous 
» étant la juftice 6c la probité î 
» Ne vous métamorphofez- 
» vous pas YOui«Bi|me ea bftte^ 



MA 5îf 

» lorfqne fous ia figure humaine 
n vous cachez toute Tavidité dt 
» toute la violence d'une bête 
K> féroce ? ce Le Cafuifte le plat 
févere s*exprimeroit - il d*une 
façon plus énergique? 

C. Marius fe mit bientôt à 
préparer avec un foin extrême» 
tout ce qui lui étoit néceâaire 
pour la jguerre dont il étoit 
chargé. U levoit les recrues 
pour les légions ; il demaadoic 
des troupes auxiliaires aux al- 
liés, aux peuples » aux Roîs« II 
savitoît les plus braves d'entre 
les Latins ; il engageoit mène 
par fes inAances ceux qui 
avoient fait leur tems » & reça 
leur congé , à le fuivre dans 
cette expédition. C*étoit unes* 
preflemeot général adonner foa 
nom pour aller fervir fous lui* 
On tenoit la viâoire affiirée , 
Se le foldat ne doatoit pas qu*il 
ee dût revenir chargé de butia* 
Ce zèle fi marqué du peuple 
pour C. Marius .mordfioît beau* 
coup la Nobleflè. De foa côté ^ 
il la bravoit avec fierté , ne 
inanquoit point d*occafioa de 
l'attaquer ÔL de la décrier oa* 
vertement 9 & fe vantoit à tout 
propos que leCoafalat étoit ua« 
dépouille qu'il avoit remporté* 
fur là motlefle & l'indignité dtt 
Nobles. On peut juger de la vé* 
bémence de fes harangues de* 
vant le peuple « par celle qua 
Sallufte nous a confervéa, oa 
peutnStre lui a prêtée^ 

Souvent en parlant des a«« 
très Généraux qui avoient été 
battus en Afrique , comme u^ 

Lf Caipurôius Beiûa k ua Sp« 



2t{2 M A 

roftumius Albinus, il lui échap* 
poit de dire quMs defcendoîenc 
véritablement de maifons illuf- 
très , mais que c'écoient des lâ- 
ches & des ignorans , qui s*é- 
tolent attiré leurs malheurs par 
leur incapacité & leur peu de 
courage. Après quoi , pouiTaot 
l'orgueil jufqu'à l'excès de la 
démence » il demandoic à ceux 
oui l'écoutoienc » s*iU ne pen- 
loient pas que les ancêtres de 
ces deux hommes auroient bien 
mieux aimé laifler des defcen- 
dans qui lui reflemblaflent , que 
de laiiTer ces malheureux» puis- 
que ce n*étoît pas même par la 
soblelTe que ces grandshommes 
t'étoient illuftrés,mais par leurs 
yertus & par leurs grands ex- 
ploits , auffi glorieux pour eux, 
qu'utiles à la République* 

Cependant 9 il fe mit en écac 
de répondre par des effets aux 
promefies qu*il avoit faites. Il 
embarqua en toute diligence^les 
provi£ons , les armes « la caiffe 
militaire^dc les autres chofes né- 
ceffaires pour Tarmée. Il & 
partir en même-tems A.Manlius^ 
Tun de fesLieutenans généraux* 
Pour lui cependant » il fe hâta 
d'achever les levées , fans s'af- 
treindre à la pratique ancienne, 
qui n'admettolt à la milice que 
les citoyens qui avoient quelque 
bien , afin que la République 
eût dans leurs pofledîons comme 
tin gage de la fidélité Ôcdo zèle 
de m foldats. C* Marins reçut 
indifféremmetic tous ceux qui fe 
préfentercnt , même les plus 
pauvres , & ceux qui n'avôienc 
den abfolumenu Ceite lie de la 



MA 

multitude lui fut toujours infime 
ment attachée ; de ambitieux 
comme il étoit t il comptoit en 
tirer un grand fecours pour fe 
faire dans Rome un parti confît» 
dérable. Il fe mit donc en mer ^ 
avec des troupes beaucoup plus 
nombreufes qu'il n'avoit eu or- 
dre de lever, 6c il arriva ea 
peu de jours à Utique. P. Ruti- 
lius , Lieutenant général « lai 
remit le commandement de. 
l'armée. Car , Q* Cécilius Mé- 
tellus avoit pris foin d'éviter 
la rencontre d'un fuccefleur , 
dont la vue feule auroic^ é(i 
pour lui un cruel défagrément. 

C. Marius , après avoir rendu 
complètes les légions & les trou* 
pes auxiliaires , mena fon ar- 
mée dans un pais abondant ; & 
tout le butin qui s*y fit « il le 
diftribua aux foldats. Il atta« 
qua & prit des villes & dc$ 
châteaux de peu de défenfe , & 
donna en différens lieux quel* 
ques combats » la plupart afles 
légers. Par ce moyen , le fol* 
dat nouvellement levé s*accou* 
tu me à tenir ferme dans Toc^ 
cafîon. Il voit que les fuyards 
font ou pris » ou tués ; que le 
plus brave a le moins à crain* 
dre ; que les armes font la four* 
ce de la gloire di des richefles » 
l'appui de la patrie , de la li* 
berté, & de tout ce que Ton a 
de plus cher au «onde. Ainfi » 
en peu de tems^ il n'y eut plus 
de diffiérence entre les vieillei 
& les nouvelles troupes. 

C. Marius , après avoir alafi 
aguerri fes foldats » & remporté 
divers avantages fur le$ eoae* 

fni5| 






MA 

fiiU y fe voyant en état de fàt^ 
mer quelque grande entreprife^ 
Yéfolut d^aller furprendre Cap^ 
fa» C'étoit une place importan- 
te > fîtuée avantageufement 8c 
fortiâée de bonnes murailles^ 
défendue par un peuple nom- 
breux i & munie de toutes for-* 
tes de proviiîons* L'horreur des 
lieux où elle étoit fîtuée , en 
rendoit la conquête encore plus 
difficile* Hors les environs de la 
ville même 9 tout le pais étoit 
défert , inculte 9 aride & infeâé 
de ferpens très-venimeux.Cette 
lituation fembloit rendre l'ac*^ 
ces de Capfa imprattquable aux 
enoerais. Mais ,C* Marins penfa 
avec raifon y que ce feroit pré- 
cifément ce qui ôteroit aux ha* 
bitans toute prévoyance en leur 
étant toute crainte. Il eut donc 
grande attention à cacher Ton 
deffein ; & du refte il prit Tes 
snefures avec beaucoup de pru- 
dence. Il commença par enlever 
dans les campagnes tout le hé* 
tailqu^il donna en garde à la ca- 
valerie auxiliaire , avec ordre 
de la faire toujours avancer 
avec les troupes. Chaque jour 
on diUribuoit un certain nombre 
de pièces de ce bétail dans Far- 
inée ; & du cuir des animaux 
^qu'on avoittués, C* Marins en 
faifoit faire des outres* Le fîxie^ 
me jour on arriva au fleuve Ta- 
na y près duquel fut dre^é un 
camp , où on laifia tous te baga- 
ge , de Ton ne mit fur les bêtes 
de fomme que les outres remplis 
d'eau. Chaque foldat auffi eut 
ordre de s*en charger* En cet 
étaton part environ au coucher 

Tom. XXFI^ 



MA )5} 

du foleîl. On marche toute U 
nuit^ 8c le jour on s*arrête* La 
troiiieme nuit , on arrive avanc 
l'aurore à un lieu tout coupé de 
vallons 6c de petites hauteurs » 
qui n'étoit'éloigné de Capfa que 
de deux milles. C* Marins fît 
tenir fes troupes le plus cachéet ^ 
qu'il fe pou voit entre ces peti- 
tes éminences ; 5c à la pointe du 
jour, plufieurs Numides, qui ne 
foupçonnoient aucun danger ^ 
étant déjà fortis de la ville ^ il 
ordonne tout d*un coup à fa ca-^ 
Valérie , & à ceux des gens de 
pied <\}à\ étoient les plus légers 
à la courfe » de s'avancer promp« 
te ment vers Capfa 9 & de fe fai« 
fîr des portes. \.ts Habitans fe 
rendirent aoditôt , foit par ré-* 
tonne^nent de la terreur où cette 
attaque inopinée les avoit'jettés» 
foît parce qu'ils voyoient plu- 
fieurs d'entre eux furpris hors 
des murs , Ôc déjà tombés entre 
les mains des ennemis. La ville 
fut brûlée. Tout ce qu'il y avoir 
de Numides en âge de porter 
les armes , fut tué , le refte ven* 
du, le butin partagé entre les 
foldats. Ce