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DICTIONNAIRE
POUR L'INTELUG ENCB
DES AUTEURS CLASSIQUES,
GRECS ET LATINS,
TANT SACRÉS QUE PROFANES,
TOME VINGT-SEPTIEME*
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'^_ V. ,.
-«-- 1«
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DÎGTIONNAIRE
fOVR V INTELLIGENCE
DES AUTEURS CLASSIQUES,
GRECS ET lAriNS»
TANT SACRÉS QUE PROFANES,
CONTENANT
LA GÉOGRAPHJE, L'HISTOtRE, LA FABLE,
ET JLES ANTIQUITÉS.
DÉ T> 1 t
A MONSEIGNEUR
»
Par M. SABBATHIER , Profcjftur Éméritc àu Collège de Châhns/ur-
- Marne ^ Secrétaire perpétuel de l* Académie de h mime Ville , Affocié de
l Académie Ètrufque de Cortone , de P Académie Royale de Pruffe , (fc.
TOME VINGT-SEPTIEME.
A F A R 1 Sy
Chez DELALAIN l'Aîné, Libraire, Saint Jacque*.
■' — — ^ - - ^ - ^ ^ ^ , ^
M. D C C. L X X X.
^vf( Approbation (y Privilège du Roi,
■^■■■■■«■■■■■MMMaMHMMMMI
AUTRES OUVRAGES
BV MÊME AUTnVÈ,
'^tti fi trouvent chez. U mime Zibraire»
tJ^ Eflài Hiftorique- Critique fur l'Origine de la PniiSincfc!
temporelle des Papes; Ouvrage qui a remporté le Prix de
PAcadémie Royale de Prude. Nouvelle édition.
2.^ Le Manuel des Enfiins» ou les Maximes des Vies des
Hommes lUuftres de Plutarque. i. l^ol. iji-n.
V^ Recueil de Diflertations fur divers fujets de rHiAoire de
France* i. VoLin-^ix.
4*^ Les Mœurs » Coutumes Se Uiages des anciens Peuples.
j. Vol. »»-ii. & I. Vol. ia-^.^
5.^ Les Exercices du Corps chez les Anciens» x^FoU in-izm
& X. Vol. in^%.''
m «
6J^ Recueil de Planches iSâiVrintelligence de ce Diâio»-
«aire. i/, *.% 3.S 4-S J% ^-^ 7-* & «•• Lîvraifon.
DICTIONNAIRE
POUR L'INTELLIGENCE
DES AUTEURS CLASSIQUES,
GRECS ET L'^TINS,
TANT SACRÉS QVE PROFANES,
CONTENANT
-LA GÉOGRAPHIE* L'HISTOIRE, LA FABLE
ET LES A H T I Q,U l T È S,
MA MA
l ANA , Mantx , (a) en TacriGce» & qu'on fer voit d»
1 déefTe des Romains. la chair de chien dans Ici repal
I Elle prélîdojt aux préparés pour Jes Dieux.
-laladiesdesfcinniest Saine Àugujtin nomme cette
ce on lui ofTroii en fa- déelTe Mana , & les plus fça-
crifice de jeunes chiens qui cec- vant Miihologues la confondent
taieot, ainlî que nous l'appre- avec cette Mania , mece des
nons de Pline. Plutarque de- .dieux.Lares,àlaquelleMBCTobe
mande pourquoi on oflfroît ce* dit qu'on îinmoioit de jeonat
jeunet chiens à cette diisfîe ; enfans pour la , rendre favora»
maii .Pline femble avoir répon- fcle à la. famille de ceux qui
do d'avance à cette queilion , oâioient ce barbare facrifîce.
lorfqu'ïl dit que la chair de ces Que fi on demande mainte
tendres animaux étoit réputée fi
pute, qu'on l'offroit aux dieux
(»J Myih. p«t M. tMhb. B*n. T. V. p. 141 , m,
Ttm. XXVU.
J 22149
^''' M'A. .
doit àttÉi a lÀ nsUTamèe dfs e»-' '
faÂsr^ Si étoii difa^ tel ItcWiami
au^ nombre d^s DfeuJt ftppet*^
lé^/CéftUtfîe» , coiltme Eu^ine
paibu^. lés Gft€$*. Nou*.iiv«nt
dans le premier tome de Trif-
tan /.«ne m^dâUle de nnfpéra-
trice^ Cnfp:lie^^av4c c^tt lé->
géode y Genitalibus dus,
M AN AH£M ", Aîaaakm ^ {a)
MffraîfA^ » feizieme roi dlfiraël ,
filsdd Gadi 9 vengea la mcrrr de
Zacliarie fen maure » par celle
de Seilum » fU^ iie Jttbht , iqui -
avoit ufurpé la couronne d'If-
ra^i. A(a»ahem'> Gépeétàl de
l'armée dé 2dchafle , étoit à
Therfa , lorfqu'îl apj^rst la more
de fon maître. Au(G-tpt il mar<*
ctia cOittre Seilum, qui $'410^
enfermé dans Samarie ; îl le
tua , & régna en fa place. Delà
iijretpurna à Tbetfa ; mais, cette
villè ne rayant pas voulu recon*
noître» & lui ayant fermé les
portes» il en fut ii indigné » qu'il
déchargea fa colère fur Thapfa»
«ui étoit dans le vôtfinage de
Therfa , & qui apparemment
sivoit eu part à fa réfolution*
Enfuite il prit Therfa m^me »
la ruina , tua toutes les femmes
groffes , leur fendit le ventre ,
tk froifla leurs enfans contre
ferrer Après cela , îl regnà à
Samarie pendant dis^ ans. Il fie
le mal devant le Seigneur , &
marcha dans les voies .de Jéro-
boam, fils de Nabathj qui aVoit
fait pécher IfraéL
(s) Reg. L. IV. c. iç. ▼. 14. & feq.
Parai. L. 1. c 5. v. %6 Ofée. c. ^. v. 13.
JTofepb. de Anciq* Juda^c* p-)ftOi M^m»
■-' , M.A
Bitti ,. réi d*Affyrie« app*-
rtm^Qeftt lé p«#e ie S^tdanailâ-
h « étant Véntt fur les nrtês
(tlffalil^peitdant fe règne dtf Mâ«
ittH^nS , ce Ptkkcè ht éonif ai<H
ëeltts.pay«r toilU taleo»,*^
Î^u'il le recourût , & qu'il l'af-
eftnîe fur le trône, four lui
frayer cette fonmie-^ ManAem
ut obligé de taxer toutes les
perfonnes puiffances ^du païs à
payer cinquante (icles par tête »
c'eft'à dire, quatre- vingt -un^
livres dix deniers par tête*
Après ceU , Phol s'en retourna
dans fon pais*.
Oi^e confirme ce qire novf
venons de dire , lorfqu^il nous
apprend qu'Ephraïm , ayant vu
(a langueur, eA allé vers Aflur»
àc>à envoyé vers le Roi 'veïi«
geur. Mais , TEcriture femble
irifinuer ailleurs , que le Roi
d'Afiyrie vint dins le païs ei
qualité d'ennemi. Vefprît du
Seigneur fufcita Phul^roi d'AJfy*
rie , pour venir fur Us ierres d^lf-
rail. Jofephe croît que Phi«
vint attaquer Manahem ^ & que
ce dernier ne fe trouvant pat
aSez fort pour lui réfifter, ache*
ta la paix de ce Prince par une
fommé de mille talens , qu*il lui
donna. On peut concilier tout
cela » en diîant que Phul vint
en effet comme ennemi dans le
païs d'ifraël » mais que Mana-
hem fçut le gagner , 6c le mettre
dans fesinrérêts,par cette gran-
de fomme qu'il lui donna. Ma*
nahem s'endormit avec fes pe^
de TAcad. des Infcrlpt. & Bell. Lettt
Tom. V. pag. 3)6 > 398.
■M
• r
MA .
ret , & Phac«i« fbn EU tegat
en fa place*
MAÎiAîlEM,Man4k€m,(a)
MarftH» i Prophète Chréden ^ Se
frère de lait d'Hérode le Té«
trarque » fe trouvant l'an de
jeftts • Qiriil 44 » à Antioche»
avec d'autres Prophètes » Si-^
iiiott le Noir , Ludus le Cyré-
oéen , Baraabié & Saul , le Saint-
Efprit leur dit : 30 Séparez-moi
^ Saul & Barnabe , pour l'oeu*
3» vre à laquelle je les ai appel*
s> lés,Jo Après qu'ils eurent donc
jeûné & prié « ils leur impofe*
irent les maias , âc les laiffereot
aller.
On croit que Manahem étoit
diu nombre des foixante*dix dif*^
ciples. Les Auteurs des Marty-
rologes parmi les Latins » mar-
3ueat fa fèce le 24 de Mai , &
ifent qu'il mourut à Antioche»
On ne fçait rien de particulier
fur fa vie»
MANAIM , Mansîm. Foyn
Mahanaïm.
M ANASSÉ , Man4£€ , Ma^
naffii , Maman! % (t) fils aîné de
Jofeph & d'Aféaeth » (ilie de
Putiphar , vint au monde , l'an
1710 avant Jefus - Chrift* Le
nom de Manaflë £gnifie ouili p
Îarce qu*auifi-tdt qu'il^ fut né »
ofeph dit : Dieu m a/aU oublier
toutes mes peines & U mai/on
Je monpete.
Lorfque- Jacob fut près de
mourir » Jofeph lui amena fes
deux fils f ann que fon père
leur donnât (a dernière béoédic-
ià) Aéttt. Apcft. c. 1). ▼. t. étfiq.
iH) Genef. c 41* v. 50» 51. ç* 48. v«
a* dr As* Komsr. c» $• ? • aO t ai» c» lu
-^ . M A )
lîoA. Jacob les ayant vus 9 dit à
Jofeph :» Vos deux fils qui voua
9 font nés dans ^^Egypte » le«
tt tom à moi , je les adopte «
f» & je veux qu'ils foient re*
9» gardés comme Ruben & Si»
» méon. « Alors « il les fit ap*
Î rocher de fon lit , tl lea bai fa»
: les tenant embrafl*és, il dit à
fon fils : » Dieu m*a fait la graoe
39 non-feulemeat de vous voir »
» mais aufli de voir voirenfans»»
En même-tems» Jofeph éJoi*
^nant fes deux fils « fe profleraa
jufqu'en terre devant ion pece )
&, ayant mis Ephraîm i la sau*
che de Jacob^^ de Manaue k
fa droite, il le pria de les bénir*
Mais y Jacob mit fa main droite
fur Ephraim y & fa gauche fuf
Manafié dc coiamença à les bé«
nir*
Jofeph , voyant que Jacob^ »
avoir mis fa maia droice fut
Ephraîm, & fa gauche fur Ma*»
naiK y voulut lut faire changer
cette difpofitioft, de tranlporttr
fa main droite fur Manaue 6c fa
gauche fur Ephraïra ; mais»
Jacob ne voulut point changer ,
& lui dit : a Je (cais ce que ja
» fais 9 tnon fils ; ratné fera père
» de pluGeurs peuples ^ ma^t
y» fon cadet fera plus grand que
j» lui;fapoftéritéiemaitip]ieca
» i& produira des nations* 3»
Il continua de les bénir , en âi^
fant :n I&aël fera béni en voua»
« & on dira: Que Dieu voua b4«
3» ntfle,coamieilabéniEphra3[n
» &Manaflë«i>
v. S). & pf* Jofa. e. If, t. f^é^fifi
Aiî
4 ,M.A
V ' La Trîbu de Maoaffé fortît
•'de TEgypte au nombre de tren-
te-deux mille deux cètis horti-
*roëy, propres à combattre ^ &
'au*demis de vingt ans, fous la
• conduite de Gamaliél, fih dé
'Phadaffur. Cette tribu fut par-
*fcagéé à rentrée de là Terre
promife. La moitié eut fon par-
tage au-delà* du Jourdain ; &
'r^utre moïiré , en deçà du fleuve.
*Là demi-tribu *de MànàflTé' qui
'demeufbît au-delà du' fleuve ,
poffecfott le pais de Bafan , dé-
'ptiîs ' le Jabbck jufqu*au tndnt
Lfban '; & la demi-» tribu de Ma-
' ^tiaffé en rfeçà le Jourdain à voit
ion partage entre la tribu .d*E-
•phraïm au midi , & celle d'If-
facharàu nord, ayant le Jour-
'dain à Poriènt & la Méditer-
'ranée au ooucbànr.
Le. livre de Jofué nous mf-
• fruit avec quelque détail, du
'partage de ra tribu de Matiafl?.
•Aiachir , fils ^îné de Manafle ,
'fut peré de' Gaîaad ; teiuî - ci
'fut un vaiillàni?' homme, & fa
'pôftérîté eut lé'païs" de' Gâlaad
'éc de Bafan. Leë autres enfans
• de-Manaffé , divifés félon leurs
familles , font les enfans d' A-
Tsîézer», feseVirans d^Hélec , lés
*cnfan^*'d*Efner, "les ' ènfaris
'de ISétteem . • les enfans d'Hé-
*pber , &"'Tés çtirans dé Sémida»
"Ils étoieht'.tobs enfans de Ma-
'naflB , fils de Tbfeph, divîfésfe-
, • loniénrsya*mHîes. '
• Salph'aad , "fils ^unique d'Hé-
*pbéi^.j^fils=de*Gàlaad , 'fis d«
Machir , fils dfe' Manàffé ,*nV
.^ yoir.point-eu de fil?, ratais des
fiilès feulement, dont «voici les
noms , Maala , Noa.» Hégla ^
Welcha Ôc Therfa. Ces 'fifles
vinrent fe préfenter deVatit Éléa-
zar," grand-Prêtre , devant Jo-
fué , fils de Nun , & les Princes
du peuple, & leur dirent : « Lô
p Seigneur a ordonné par Moï-
» fe qu*on nous donnât' des
'» terres en partage au milieu
35 de nos frères, w Jofué leur
'donna'donc des terres en pkrta-
'gè au milieu des frères de leur
"pere,Telon que le Seigneur Ta-
'voit commandé. Ainfi , la trîbu
tie Manaflë eut dix portions ,
entre le J>aïs deGalaad & de
Bifan , qiii lui fut donné au delà
du Jourdain. Car , ces fiUes de
Manaffé eurent des terres pour
leur héritage , parmi les enfans
de MariaïTé , & lé païs de Ga-
îaad avoit été donné en par--
tage aux autres enfans dé Ma-
nàffé.
La frontière de Manaffé s*é-
tendoit depuis Afer y vers
'Machifiefhfâth , qui regardoit
Sichem , de à main'droite juf-
'qu*ai/x habitans de la fontaine
de Taphua ; car , le territoire
de Taphua , qui étoit aux cod«
fins de ManaUjé , fut donné aux
'enfans d'Ephraïm.
* La frontière de'Manaflfé def-
'cendoit vers le torrent des Ro-
'feaux ; mais ^ les villes qui
'^toîént a'u midi du torrAt furewt
à Ephraïm , quoique fitiiées au
milieu des. villes de MànalTé.
La frontière de Manaffé étoîc
'^bornée au 'feptenttion* par le
torrent; ii*où elle allôit fe ter-
miner à.Ja mer. Ainfi , ce qui
'étoir du côté du midi> étoit à
} I
I
. - M'A '
Ephraïm. , & ce qui écoïc du.'
côté, du feptentrion , étpît à
Alanafle , & la mer étqic la fin
de l:Vn & de rautre ; en force
que du côté du rêpcentrion ils
s^uniffoient à la tribu d'Afer ,'
& du côté dû levant à la tribut;
d iffachar.
Mânaffé eut pour héritage
dans la tribu d'Iflachar & d'A-
fer, Bethfan avec fes villages ,"
Jéblaam.avéc fes villages 9 les
habitans de Dor avec leurs
bourgs ,' les habitans d'Endor
avec leurs villages , les habi-
tans de Thénac avec leurs vil-
lages , les habitans de Mageddq
avec leurs villages, & la troi-
liemé partie de la ville de No-
pheth. Les enfans de ManalTé
ne purent détruire les habitans
de ces villes >& les Chananéens
continuèrent à habiter dans ce
p aïs-là.
MANASSÉ , Manafes , {a)
hlavcco'Gvii , quinzième roi de
Juda , fils & fuccefleur d'Ézé-
chias 9 avoit douze ans lorfqu*il
commença à régner , & il en
régna cinquante-cinq. Par cori-
féquèht il vécut foixante-fept
ans. *Sa mère' s'appelloit Haph-
fiba. Il fit le mal devant le Sei-
gneur , (k adora les idoles des
nations que le Seigneur avoit
exterminées. ïl rebâtit les hauts
lieux que fon père Ezéchias
avoit détruits. Il drefTa de» au-
tels à Baâl , & fit planter des
bois de futaie en Thonneur des
faux Dieux 9 comme àv bit fait
MA .5
Achab , roi d*lfraêl. ïl bâtit^
même des autels profanes dans
le temple du Seigneur. Il en
érigea à toute l'armée du ciel'
dans Içs deux parvis de la mai-
fon de Dieu. II fit paffer fon fils
par le feu , eii l'honneur dé"
Moloch. 11 aima les divinations»
la magie , les augures , ôc les
autres fortes de'fuperftitions &
de curiofités magiques. Il plaça
dans la maifon de Dieu ridol&
d'Aféra ou d*Aftarté. Enfin , il
engagea fon peuple dans toutes
les abominations des peuples
idolâtres & étrangers, il le fé-
duifît de telle forte » qu'Ifraël
fit encore plus de mal que n*ea
avoient fait les Chananéens ,
que le Seigneur avoit extermi-
nés. Manaue ajouta à tous ces
crimes celui de la cruauté. Il
répandit dans Jérufalem des
ruilTeaux de fang innocent, Se
mît ainfi le comble à fes autres
iniquités.
Le Seigneur , irrité de tant de
crimes, fit parler à Manaifé par
fes Prophètes , qui s*exprime-
rent'de la forte: p Je vais faire
» fondre fur Jérufalem & fur
» Juda de tels maux, que les
» oreilles en feront étourdies à
» ceux qui en entendront faire
» lé récit. J'étendrai fur Jcru-
n falem U cordeau de Samarie
w & de la maifon d*Achab ; je
» la traiterai comme j*ai traité
» Samarie, 6c jje rejetterai Ma-
» naffé comme j*ai rejette
» Achab & fa maifon ; j'efFace-
(tf). Jleg. L* IV. c. 20^ \r. «i. c. &1. v.
/■ » "
1. ^ /rj. Fatal. L, il, Ct i%, v. l^* -^^
ll'V, i, é- ftq, Mém. <le IMcad. d/»j
infcdt't» & Bc:l, Un. T6m. V. p. 141."
< MA
sf rai Jirofalem , cofliiiie en
ao efface ce qui eft écrit fuir des
» tablettes ; je paflerai & re-
a» paflfèrai fou vent le ftylçrpr-
>> deflus » afin qu*il n'en reût
90 rien. J'abandonnerai les rëf-»
30 tes de mon héritage ; je li-
as vrerai mon peuple entre les
3^ mains de fes ennemis, &
» tous ceux qui le haiiTent^ le
9 pillc;ront > &c« »
On croit que le prophète
l/âïe fut un de ceux qui élev^
Je plus fortement fa voix contre
tant de défordres. Ce Prophète
âvoit l'honneur d*être Deau-
pere du Roi ; il avoit eu un
très «grand crédit à la Cour»
fous le règne d*Ez'échias » père
de Manafle ; il étoit d'une naif-
fance illuftre & du fang royal;
il fe crut plus obligé qu'un au-
tre de retirer Manaflé de fes
défordres > & de le menacer de
la colère de Dieu ; mais, le
Roi au lieu d'écouter fes avis
fie fes remontrances i le fit arrê-
ter & le fit mourir , en le fciant
en deux avec une fcie de bois*
Les maux dont Dieu avoit
menacé ce Prince impie « écla-
tèrent enfin vers la vingt-deu«
xteme année de fon règne. Le
roi d'Âflyrie envoya contre lui
les chefs de fon armée , qui ,
«près l'avoir pris , lui mirent
les fers aux pieds & aux mains
ic l'emmenèrent i^Babylooe* On
croit que ce fut Sargon » ou
Affaraddoa roi d'Aflyrie^qui
eovoya Tharrhan en raleftine.
Ce Général « après avoir pris
Azoth « attaqua ManaflTé , S^
l'avant mu dans les fers^ le con-
MA
dosiik tson % Ninive , mais à Ba^
bylone. dont Aifaraddon s'étoit
rendu maître» Par cette conque*
te, Aflaraddon avoir réutti les
deux empires des Aflyriens fc
des Chaldéens.
ManalTé » étant dans les liens
à Babylone , confeflfa fon péché»
& pria le Seigneur; le Seigoeui^
exauça fes larmes âc fes gémif*
femens » & le ramena à Jérufa*-
lem. Manaffé y reconnut la maia
puiflante du seigneur. Il répara»
autant qu'il put» le mal qu*tl
«voit fait à Jérufalem & dans
Juda. Nous avons une prière »
Î^ue Ton prétend qu'il fit dans
a prifon. Mais, Téglife ne la re-
Îioic pas pour canonique ; elle
a met au rang des pièces apo«
cryphes. Cependant » elle fe lit
dans l'EuchoIoge» ou livre de
prières des Grecs.
Les Rabbins racontent qti
Matiaflë fut jette dans un vafe
d'airain percé , 8c expofe à ua
très grand feu ; que dans cette
extrémité , il eut recours à tou«
tes les fauàes divinités auxqueU
les il avoit autrefois offert de
Teacens ; mais que n'en ayanc
reçu aucun fecours, il reconnut
bientôt Pinutilité de fes efpé«-
rances. Alors « il fe fouvint de
ce qu'il avoit oui dire au Roi
fon père : Lorfqut vou% m^învo»
quen[ dans vos maux , & que
vous vous conv€rtire{ f je vous
exauarai. Il fe convertit donc
au Seigneur» fut délivré auffi-
tôt « & rapporté en un moment
dans fon royaume^ ainfi qu'Hà!-
bacuc fut dans la fuite tranf*
porté à Babylone I flc rapporoS
M 'A ■ "^, ."yi
tfle Babylope en Judée. -''%:^
L'auteur 'de l'ouvrage impar*
fait fur Saint Matthieu ^ raconte
A délivrance d'une autre ma^
ni^re. Il dit que Manafle , étant
•dans les liens , ne recevoît par
jour qu'un peu de pain d'orge»
& de l'eau mêlée avec du ,vi-
naigre; de cela par jnefure , Ôc
autant qu'il «n falloit pour qu*il
ne mourût pas de faim. Au mi-
lieu de fon afRiâion» il eut
. recours au Seigneur ; ic une
Aamme miraculeufe l'ayant foi^-
dainement enveloppé f fondit
* fes chaîneSySc le remit en liberté*
Manafl*é fut apparemment dé-
livré de prifon par Saofduchin ,
' fucceffeur d'ÂITaraddon. Étant
de retour à Jérufalem » il réta-
blit le culte du Seigneur daos
. foo temple i abattit les autels
des faux Pieux » abolit toutes
les traces du culte idolâtre qu'il
«voir r^ndu AUX divinités payen-
' âes & étrangères ; mais » il ne
détruifîr pas les hauts-lieux > oà
Je peuple alloit adorer le Sei-
gneur, foit ^u'il n'eût pas le
pouvoir d'abolir une coutume fi
ancienne Se fi invétérée > foie
qu'il ait eu la fpiblefie.de con-
defcendre en cela au défir du
[ peuple* Ceft la feule chofe que
.rÉcriture lui reproche depuis
ion retour de Babylone. Il $t
fortifier Jéruialem , & rétablie
] fes Quiraille^ Il fu m£me fercn<r
de murs une féconde ville qui
Xe forma de fon tems à Toc-*.
^ rident de Jérufalem 9 & Iqui
fe trouve appellée la féconde
vijle depuis fon règne* Il éta-
blit des olSci^xs d^armée daus
i-\
M A t
tputêi tes places fortes de Jtida,
oc>co|pmanda à tout fon peuple
de^|rcher & d'adorer le sei-
gneur*
Lerefte des aélio.ns de Mai-
nafl*é ,*la prière qu'il fit à Dieu»
& les remontrances qui lui fu-
rent faites de la part du Sei«
gneur par les Prpphetes , tout
cela étoit raconté plus au long^~
dans les journaux des Rois d2
/uda. La .prière qu'il St à Die»
dans fa prifoo , la manière dost
Dieq Teitauça , le« crimes qu'il
commit f les ilatueji qu'il éri«
gea f & le9 bois profanes qu'il
plaata , en un mpt^ Coo péché 8c
fa prévarication étoient rap^
portés plus au io.ng daes le livrée
du Prophète Hofaï , qui eA le
même qu'Ifaïe , félon quelques-
«tof » iics Septante le preoàenc
en u0 feos général « dan^ Las
écrits des V^yaof » Lu Syriaque
rappelle Hanai» ; & l'Arabe
Sapb^ii*
Manafi*é mourut à Jérufalem »
6t fur enterré dans le iardin de
fa maifon , dans le |ardia d'Oze.
Son fi)« Afnon regoa en Ca place,
l'an du monde 3} 61 » &, mvaûi
Jefus-Chijft639.
PlttfLeurs croyentque Tèiftoi-
^e de Judith k d'Holofeme ar-
riva fous le règne; de Man^iTé ,
âcapris (on retour deSabylo-
M. Ce PrÎACÇ ne p^rpjc poiôc
du tout dectf ce«»e hiiioire ; ùÀt
que par politique, il ne voulût
pas le déclare^ dAOscecite {»pca-
fioQ ; 041 que par un erincipe
de péattenee , il ne le mél^t
que peu où point du tout du
gouvernement.
A i?
^ MA.
M AN ASSÉ , Mànajfes ., (j)
Meeyocmç ^ époux de Judith »
oe vécut que peu de tems avec
elle. Il y avoit déjà trois ans
qu'il éroit mort y lorfque la
guerre d*Holofernc commença.
Manafle étoit de la tribu de
Siméon, & il mourut pendant
la iDoiflbn des orges , d*une ma-
ladie caufée par IVxtrêroe ar.
deur du foleil, qui lui donna
fur la tête. Il laifla tous Tes biens
à Judith fon époufe, & fut en-
■cerré à Béthulie fa patrie.
M AN ASSÉ , ^ Mana£ï , ( ^ )
y.af'jLdirvI ^ fils d'Hafom , fut un
de ceux ) qui » après le retour
de la captivité de Babylone»
fe féparerent de leurs femmes >
qu'ils avoient prifes contre la
loi.
MANASTABAL , Manafta-
bal f (c) fils de Mafiniffa , fut
père de Jugurcha de de Gauda.
Après la mort de Mafiniifa , il
fut chargé de rendre la juftice
au peuple.
MANGEPS VIA APPIiE.
Vôy^i Mu feus.
MANCHE, Capulus. (d)
Les monumens nousofifrent plu-
fieurs Manches > fur-tout de cou-
reaux. D. Bernard de Mont-
faucon en préfence fix fur une
plariche.
MANCHES, Manîca , (e)
XvDittfç» Les Romains Se les
Grecs avoient des Manches à
M A
dne partie de leurs habits. II
y en avott principalement à
leurs tuniques.
Il faut obferver qjie lé mot
Manica en Latin ^ dc le mot
Xftplç f en Grec , ;ne fignifient
pas feulement une Manche »
mais aufli un gand , dont ru<-
fage étoit connu des Anciens.
MANCHUS, Manchusy (/)
Ma7xcç , Roi des Arabes , en-
voya fes troupes au fecours de
M. Antoine , n* ayant pu y aller
en perfonne.
Ce mot eft écrit diverfemenr,.
Manchus 6c Malîchus. Hirtius
Panfa , dans la guerre d^Alexaq*
drie > appelle ce roi Malchuâ ,
ab rege Nabataorum Malcho, Mal-
chus ou Malichus efl le nom
que les Arabes donnoient à leurs
Rois ; car^ comme Bochart Va
remarqué , Malich en Arabe fi-
gnifie Roi.
M ANCIA [ CuRTiLius ] ,
CttrtiUus Manda j {g) fer vit en
qualité de Lieutenaut dans Tar-
mée du haut Rhin , fous l'em^
pire de Néron.
MANCINUS C L. HosTi-
Lius ] , £. Hoflilius Mancinus^
{h) jeune Officier , qui , l'ao
de Rome 535 , & 217 avant
Jefus - Chrifl , eut ordre da
diâateur Q. Fabius Maximus
d*ekaminer les . démarches des
ennemis , fans fe montrer s'il
étoit pofiSble» au moins fans
C«) Judith, c. 8. V. 1 , }.
{b) Efdn L. 1 c. 10. v. )).
(£> Sallult. in Jugurtb. c. ) ^4^ . Crév.
Hift- Rom. Tom* V. pag. ^po, ^oi.
(d) Amiq. expliq. par D. Bcrn, de
MomR Tom* Ul. pag. lai.
(«) Amiq. eKp]. par D. Betn* de
Monrf. Tom. lil. pag. 6,
(f) Plui. T. 1. p. 944-
d) Ts^dt. Annyl. L. Xlll. c. 56.
(ifr) Tic. Lîv. L. XXU. c. 15. Roll.
Hiftv Roni. Tom. IH. p.' 190»
; M A^
s*expofer> 8c d*en venir rendre
compte. Maïs ^ étant du nom-
bre de ceux que les dîfcours
féditieux Se emportés de Q.
Minucius Rufus avoir féduics ,
il n'eut pa» plutôt apperçu
quelques cavaliers Numides
répandus dans les villages ,
qu'il courut 'fur eux , 6c en
tua même quelques - uns. Il
n'en fallut pas davantage pour
lui faire oublier fa commif-
iion. Le vif défîr de combattre
l'emporta fur l'obéiflancé qu'il
devoit au Didlateur. Les Nu-
mides, partagés en plufieurs
pelotons y le vinrent charger
les uns après les autres; puis
fuyant à delTeln devant lui , ils
l'attirèrent infenfiblement juf-
qu'auprès de leur ca.mp , fort
fatigué, auin bien que fes gens
êc leurs chevaux. Carthalon ^
qui comroandoit toute la cava-
lerie, en fortit au({itôt« & les
ayant mis en fuite avant même
que de les joindre , il les pour-
fuivit pendant près de deux
lieues fans leur donner de re-
lâche. L. Hoftilius Mancinui)
voyant qu'il ne pouvoit échap-
per aux ennemis obilinés à Je
futvre, exhorta les tiens à fe
défendre de leur mieux , & re-
tourna contre les Numides , à
qui il étoit bïe^ inférieur tant
«n nombres qu'en forces & en
confiance ; aufG fut-il tué lui-
même avec les plus braves
des fîens. Les autres fe fauve-
rent à toute bride, premiere-
.mjsnt à Calés , & delà en prenant
MA 9
lesfentieriles plus détournés juC
ques dans le camp du Didiateur.
MANCINUS [ A. HosTi-
LlUS ] , J4. Hofiilius Mancinusp
(a) fut créé Préteur l'an de
Rome 57i, & i8o avant Jefus-
Chrifl , ik chargé de rendre la
juflice aux citoyens.
Dix ans après, il fut élevé
au Confulat avec A. Atilius ; &
la Macédoine lui étant échue »
il fe hâta d'arriver dans la Thcf-
falie pour prendre le comman-
dement de l'armée ; il entra dans
l'Épire dont la révolte n'avoir
pas encore éclaté, ÔC fut fur, le
point de tomber entre les mains
de Perfée. Car , deux particu-
liers , nommés Théodotus 3c
Philoftratus, perfuadés que le
plus grand ferviçe qu'ils puâfent
rendre à ce Prince , dont ils
vouloient gagner les bonnes
grâces » c'étoit de lui livrer la
perfonne du Conful , ce qui
apporteroit un grand préjudice
aux affaires des Komains, écri-
virent au Roi de fe rencbre dans
le pai's le plus promptemenc"
qu'il lui feroit poflîble. Et effec-
tivement fi les Molofles neuC-
feni retardé la marche de Per-
fée , en fe préfentani à lui fur
les rives de la rivière de Loûs»
& que le général Romain averti
des embûches qu*on lui dreflbit,
ne fe fût détourné de fa route »
il ne pouvoit éviter d^être pris.
Mais , il fortit de l'Épire , Se fe
rendit par mer à Anticyre , d'où
il pafiTa dans la Theualie. Là
s'étant mis à la tête de l'armée »
<4f) Ht, Liy. £• :&L, c» 55t L, ^lllU SuppI* i* c« a » 41
V «... ..<»— «f
is MA
ïl alla chercher l'ennemî , eon-
ne qui il ne iî[ pas la guerre
avec plu j de fuccès quefoupré-
déceuèur. Car, ayant livrtf ba-
taille au Roi , il fut mis en dé-
route ; & après avoir mt( pre-
nicremeni de s'ouvrir de force
un palTage ea Macédoine pat
l'Élimée , puis d'y encrer furti-
vement par la ThelTalie, il ne
r^ullît ni dans l'un ni dans l'au-
ire de ces deflètns, Perfôo fe
trouvanr par-tout aSez à tenu
pour les traverfer.
■ MANCINUS t C. HosTi-
uus], C. HoJlUiut Mancîiuu,
(<*> Tut d'abord Lieutenaai du
conful L. Calpuraius Pifon en
Afrique. L'an de Rome 604 ,
Su 14$ avant Jefus-Chrift , la
campagne k paflà fjws qu'ils
ftflent rien de mémorable. Sur
la 6n de l'année , L. Calpuroius
Pifon étant parti pour retourner
ii Rome , C. Haltilius Mancinus
refta en Afrique pour comman-
der les troupes Romaines. A
Farrivée de P. Cornélius Sci-
wan qlii venoit remplacer L.
Caipurnius Pifon, II fe trouva
^tie C. Holtilius Mancinus s'é-
toit engagé Eémérairemeni dans
un pofte où las ennemis le te-
BOtent enfermé 3c où ils alloïent
le tailler en piices le matin mè-
ne, fi le nouveau Conful, qui
rrivanr le danger où
l'eût fait remonrer
s troupes dans fe*
& n'câc volé & ron
.I-p.8iSjS*r- A|>piM.1
<. é- /«f. Plin. r, II. pig. I
»• Ont. jro A> Qc d n. g>'
MA
. -Onze aai après , C.HofliJitB»
Mancinus I ayant été élevé a«
Coofulal , alla metire le comble
it l'ignominie des Romains de-
vaut Numance. On a dit qu«
lorfqu'il partît de l'Italie , plu-
lieurs préfages fînillrea lui an-
noncèrent le malheur qui Vair
tendoit. Mail, le vrai préfagç
étoît fon incapacité Si fon défaut
de courage. Un Auteur, ^1
o'eft pas d'un grand poids , lui
fait pourtant l'honneur de Cip*
f ofer qu'il réfolut de rétablir la
difcipline parmi fes troupes ,
avant que de les ezpafer au
combat. Mais , ce qui efl conf-
iant par le témoignage d« tout
les Hilloriens , ce» qu'il n'y
eut pas une rencontre > ti ne u
donna pas une efcarroouche, oA
les Numides n'euâ!ent Pavanii^
ge; ce qui augmenioic fentible-
ment leur fierté, de abattoir I|e
courage dei Romains. Enfin , I»
chofe en vint au point que let
foldais Romains ne pouvoient
plus foutenir ni la voix ni la
vue d'un Numantîa.
C. Hollilius Maaciiras, dans
de li trîAes conJQoAutes , crvc
oe pouvoir mieux faire que d«
Suirtet fon camp de nuit( 8c
'éloigner pour quelque lems
fes troupes de ^f umance * daits
la vue de diUtper peu à pc/i
leur frayeur , & de leur lailTe/
le loilîr de prendre les fentimeos
de courage Se de turdielTc qatu-
zels aux Romains. Appien dit
qu'un faux bruit quife répandît
71. Roll. HM. Rem. T, V. p, ;ra • fit
-f ue lei Caotabres & |ès Vacr
céens venoienc to fecours de
leurs compatriotes» loi fit prou*
ixt cette réfolutioo» Quoi <|u*it
èo ibit» iife retira de nuit dans
lia |g;rand ntence. Les Numaa-
cfes ,» avertis de fa retraite 9 par*
tirent au nombre feulement de
quatre mille , coururent fans
perdre de tems après les fuyards f
donnèrent fur la queue » en firent
un grand carnage , pooflerest le
Tt& daosdes lieux fort difficiles
& qui étolem prefque fans iflue;
& quoique l'armée dés Ro-
mains fût de plus de vingt mille
hommes» ils Tenvelopperent de
telle forte , qu'il ne lui fut pas
poffible de fe tirer de ce mau-
vais pas. A peine cela fe peut*il
concevoir.
C* HoAilius Mandnus » dé-
JTefpérant de s'ouvrir un chemin
par la force, envoya un Héraut
aux Numantîns » pour demander
quelque compofition. Ils y con«
fentirent» Le traité fut conclu.
On n'en fçait point les articles
{particuliers ; mais, les conditions
urent égales eniïe les deux peu-
ples. Les Numantins» pour évi-
ter toute perfidies prirent une
précaution, qui ne leur fut pas
néanmoins d'une grande utilité.
Ce fut d'exiger que le Conful» le
Quefteur » Se les principaux
Officiers s'engageafl*ent par fer-
ment à faire obferver le traité
qui venoit d'être arrêté. Lorf-
que tout eut été ainli réglée
les Romains partirent , laiSant
au pouvoir des Numantins toutes
les richeffes de leur camp.
Dès que la nouvelle de ce
MA II
tr^té fut arrivée à Remet te
Sénat commença par révoquer
C« Hofiilius Mancinus , 6c lui
ordonna de revenir à la ville»
pour y rendre compte de fa co»»
duite ; & en même-tems oa fie
partir M. Émilius fon Collègue »
pour aller prendre fa place.
L*afiàire de C. Hoftilius Ma««
cinus, dès qu'il fut revenu à
Rome, fut examinée dans le
Sénat. Il y juftifia modeftement
fa conduite, imputant en partie
tous les malheurs qui lui étoienc
arrivés au mauvais état 0)1 il
avoir trouvé l'armée; infinuaec
qu'il feroit peut-être permis de
les attribuer aufli i la colère des
Dieux irrités de ce qu'on avoic
déclaré la guerre aux Numan^»
tins fans qu'il en parût aucuA
jufte fujet; excufant le traire
fur la néceŒté indifpenfable d*y
confentir pour fanver la vie k
plus de vingt mille citoyens ;
qu'au refte content d*avoir ren-
du ce fer vice à la République »
il attendroit en paix qu'elle dé«»
cidât de fon fort » prêt à facri-
fier de bon coeur la liberté 8ç
fa vie à Tutilité & à Thooneur
de la patrie.
Ce ne fut que Tannée fuivante
tte le Sénat prit enfin fon parti
ur C. Hoftitîus Mancinus» oc fur
le tcaité quUl avoir conclu. Le
traité fut caifé » comme fait fans
l'autorité du Sénat & du peuple
Romain ; Se 11 fut ordonné que
tous ceuj^ qui l'avoient juré 8l
s*en étoient rendu garans , fe-
iroient livrés aux Numantins»
Deux Tribuns fe chargèrent de
propofer au peuple d eutorifcr
?,
iz M a;
parfes fuffrages ce diécrec da *
C; Hoftilius Mancinus fe fit
admirer par fon courage, Ôc fe
mootra auffi bon Se généreux ci*
toyen , qu'il avoit été timide
Général. Lorfque la loi eut été
propo-fée par les Tribi»ns con-
formément au décret da Sénat 9 '
il harangua lui-même te peuple
pour, appuier une loi qui deyoic
lui être (î funefte; & il renou-
vella ainfi l'exemple qu'avoit
donné autrefois Sp. Poilumius
en pareille occafion , après le
traité des fourches Caudines.
Le Qiiefteur ne fe piqua pas *
d'une femblable généroiîté. If
fép^ra fa caufe de celle de fon
Général y ôc Rt fi bien par fon
crédit, par fes follicitations 6c
celles de fes amis, que le peu-
ple n'autorifa qu'en partie le
décret du Sénat, & ne condam-
na que le feul C. Hoflilius
Mancinus à être livré aux Nu-
mantios.
En confeqiience de Tordre
du peuple »^C Hoflilius Man-
cinus fut' remis entre les mains
du conful ?• Furiiïs pour être
mené en Efpagne , & livré aux
Numantins par un des Faciaux ,
qui avoir le titre de Pater Pa»
tratus. Il fut donc pr^fenté aux
portés de Numance nu, pieds
6c mains liés. Mais^ les Num^an-
tînsrefufant de le recevoir , les
Romains ne vouloient point
le reprendre , de forte que cet
homnis , qui s'étoît vu Conful
raonée précédente & à la tête
d'une grande armée > pafik le
;.»
M 'A ' .
jour, entier entre le camp Se,
la ville, abandonné des iiens» .
rebuté par les ennemis » juf-^
qu'à ce qu'enfin la nuit étaoc
Venue, les Romains lui; per-
mirent de rentrer dans je çamp»^
Il retourna à Rome , & vou»
lut entrer, comme il ayoit cou-
tume auparavant ,' dan?. l*aȔem-.
blée du Sénat , mais il y trouvi
de l'oppofition. P. Rutilius, Tua
des Tribuns du peuple, préten-*
doit qu'il n'étoit plus citoyen.
Ce n'étoit . poipt par mauvaife
volonté que ce Tribun agilV
foit» mais parce qu'il croyoic
la chofe contraire a refprit des
loix. A la vérité , ceux qu^
ayant été pris par les ennemis ,
revenoient enfulte dans leur
patrie » rentroient dans vous
les droits que la captivité leui;
avoit fait perdre ; & c'eil-cé .
qu'on appelloit jus Pojllîminiu
Mais» le Tribun repréfentoit
que c'étoit une tradition immé-
moriale que quiconque ^voic
été vendu par fon père ou
par le peuple , ou livré aux
ennemis par le Fécial , n'ar
voit point de part au privilège
& au droit de retour. Il fallut
que l'autorité du peuple inter-
vînt, qui réhabilita C. Holii-
lius Mancinus 9 6c déclara qu'ijl
feroit toujours regardé coramp
citoyen , Ck jouiroit de tous les
droits que cette qualité lui don-
noit. [l parvint même dans là
fuite à la Préture. C. Hoftilius
Mancinus, pour conferver la.
mémoire de cet événement, (e
6t ériger une ilatue qui le rtf*
préfencjic dans \t 'mêni'e Stac
h(
MA
& La même attitude ou î1 étoîc»
iDrfqii'il fut livré aux Numan*
tins.
•[ Il y en a qu! donnent à C.
ffoAiiius'Mancinus le prénom
de, Lucius , au lieu de celui de
Caius.
MANCIPIA, (il) nom que
Ton donnoît aux Efclaves pris
à ia guerre » par où a commen-
cé la fèrvitùde ; c'eft comme
oui difoit ^u^Ji manu captù
■ MANDANE , Mandane, (b)
Ma^/6%1», filie d'Aftyage, Roi
des Medes , fut mariée à Cam-
byfe , fils d^Achéménès , Roi
dès Perfés ; & de ce mariage
naquit Cyrus , un an après la
toaîiTance de Cyaxare fon opcle.
' MANDANiS , Mandanis ,
hlLàtfianiy {c) philofophe In-
dien. C'étoîc le plus ancien &
comme le Supérieur àts Brach-
inancs , dii rems d*Alexandre le
brand. Voye:^ Brachmanès*
• MANDELE, Mandela, (d)
TÎIlage d'iifalie au païs des Sa-
Irrns. Nous lifons dans Ho-
race :
^_ •
. M€ quoties reficit geOdus Dîgtn»
lia riyus,
iQjitfflt Mandela bibit , rttgofus
fiigore pagus.
'* On croit que ce village eft
préfentement Paggîo Mirteto.
"^ . MANDONIUN;.MWo;7itf«i,
Vl«>/c>*ev , ' (c) ville d'Italie.
Tîurarque , dans fa vîe d'Agîs
tl de Qéomene , dit qu*Agé»
"^ <^0 Roir« nift. Rom. Tom. 1. p« 146.
(b) Xcnoph, p. 'i* & fiq*
(() Scrab. p. 718.
id) Hdfac* C U Bpift. i8« ?. 100 » loi.
MA t)
filaujt eut un fils nommé Archi-*
damus , qui fut défait & tué
dans un combat par les Mef-
fapieos , devant une ville d'I-
talie appellée Mandonium. he
P^ Lu bit! croit que c'eit pré-
fentement Cafal-Nuovo , dans
là terre d'Orrante ; conjeâure
fort légère.
M ANDONIUS , Mandonius ,
frère d'indibilir. Roi des Iler-
getes. Voyti Indibilis.
MANDORE, (/) inftrument
de n^uiique à cordes. La Man-
dore des Modernes eâ une ef-
pèce' de lutii , compofé pour
Tordinaîre de quatre cordes ;
fa longueur ordinaire eil d*un
pîed ôc demi ; la première cor-
de eil la plus déliée , & fe nom-
me Chanterelle; les autres qui
la fuivcnt vont toupurs en aug-
mentant de groffeur. Son ac-
cord eflde quinte eh quarte;
c'eft-à-dire , que la quatrième
corde eft à la quinte de latroi-
fîème, la troilième à la quarte
de la féconde, & la féconde
à la quinte de la Chanterelle,
On aDaiffe quelquefois la Chan-
terelle d'un ton , afin quV11«
fafle la quarte avec la troîfîême
corde, ce qu'on appelle accor-
der à corde avalée ; fouvenc
auifî on abaifle la ChantereTle
& la troiûème corde d'une tier-
ce ; enfin, cet inftrument peut
encore être monté à TunifTon »
il étoit autrefois à la mode « &
n*y eft plus aujourdibiui.
<•) Pîùt. T. I. p. 79«.
if) Mém. de PAcad. desTnrcrîpt. dL
Bell. Lecc. Tom, VllU paf 7<*
tA MA
La Mandore n*eft pas de Pin*
▼eocion des Modernes > elle
étoic fon d'ufage chez le$ An-
ctensyqui rappelloienCTra^/ec/-
fc»^ wetfj^cvfiay vWfJ'ùvplç, Il eo
eft parlé dans Atfaènée , dans
PolittX^ dans Héfychius» dans
Ntcomaqué > dans Lampride »
& quelques autres.
Suivant la defcription que
BOUS donne de la Mandore an-
cienne le fçavant Perrault ,
elle étoic montée de quatre cor-
des f dont la Chanterelle fer*
Tant à jouer le fujet , étoit pin-
cée par le doigt index armé
d'une plume faifant TefTec du
pleârum. Pendant qu*ôn la pin*
çoic ainfî , les trois autres cor-
des , qui faifoient Toâave rem-
plie de fa quinte 9 étoient frap-
pées l*une après l'autre fuccef-
nvement par le pouce* On tâ-
choit de faire enforte que ces
trois cordes » qui tenoient lieu
d'autant de bourdons , s'accor*
daflenc^ avec les tons du fujet »
qui devoit être néanmoins dans
le mode , fur lequel étoit accor-
dé le bourdon ; c'eft-à-dire ^
que la Chanterelle devoit être
accordée» de manière que les
cadences principales & les do-
minantes tombaiient fur les bour-
dons que le pouce frappoic, fui-
irant la cadence propre à l'air
que Ton jouoir. On voit par-
là que les Anciens formoient
une efpèce de fymphonie , où
entroient trois confonnances ;
snais^ils n*endemeurerenc pas*là«
C«) Ludan. T. I. p. 478.
Jh) Plut* Tom« 1« pag. 40if
I
MA
Ils allèrent jufqu'à faire ufage
de quelques diflonnances dana
le concert» & de ce nombre pnt
été certainement la tierce As
la lixte.
MANDRA6ULE, Mfndra^
bulus y làMflfu&9vhtç • (tf ) donc
il eft fait mention dans un dia^
logue de Lucien*
MANDRICIDAS » Mandrin,
cidas , MetflpiM.lJ'aç . (b) Spartia^
te. Pyrrhus , Roi d*Épire , étant
entré fur les terres de Sparte 9
fe mit à les pillera à les rava*
ger ; & comme les Ambaâaf
deurs qu'on lui avoit envoyés ^
fe plaignoient de ce qu'il fat#
foir contre eux ces aâes d^hoC»
tilité» fans leur avoir aupara«
vaut déclaré la guerre : Bon^
leur répondit«il » eh ne fçavons*
nous pas que vous autres Laccdéf
monicns , vous ne déclare^ jamais
ce que vous ave^ rifolu de faire i?
Mandricsdas, un de ceux qui
étoient préféns » lui dit en loa
langage Laconique : Si tu es UM
Dieu f tu ne nous feras point de
mal y car nous ne t en avons poini
fait ; mais y fi tu rCes qu'un
homme y nous en trouverons quel»
qu* autre . qui fera plus vailUiH
que toi,
MANDROCLIDAS, Mm-
droclidas y McvfJ'poiOitii'aç « (c)
fils d'Ecphane , fut un de ceux
Iui excitèrent fortement le roi
.gis à rétablir l'ancienne di*
gnité de Sparte f en remet-
tant en vigueur les loix .de
Lycurgue* Flutarqoe remar*
(«} Plot« ToflL l*.psK.* 798t
... MA
fi2« que Màndroclidas ^coïc ua
Homme fore propre à conduire
des pradques fecretes ^ parce
qite Tes rbfes & (on audace
étoienc actompagnées 4e fer-
sieté*
MANDROPOLIS , Màn-
irapùUs y (4) ville de rAfiè
mineure , dans fa Phry^e , feloa
Etienne de Rysance. Tice-Live
en parle au({i , & la met encre le
Palus Caralice & la ville de
Lagos , à peu de diftance de
Cibyrc & de Termeffe*
MANDUBIENS, Manduhiiy
Mccf/cv^loi ^ {è) peuple de la
Gaule Celtique. La ville d^A-
léfîe , aujourd'hui Alife j ^rolt
de leur dépendance, au rapport
de Jule Céfar & de Scrabon.
Ce dernier le méprend érran^
femenr en faifant les Mandu-
îens limitrophes des Arver-
nés', trompé apparemment parce
?|ue Vercingétorix qui fe ren«
erma dans cette place , écoit
de la ftation des Arvetnes. Les
Mandubiens dépendoient des
Éduens , & habitoient fur la
frontière des Lingones. Héric »
qui dans le neuvième fîecle a
ronopofé un Poëme , dont la
l^ié de fàint Germain d*Auxer-
r« eil le fujet , témoigne pat
te vers en parlant d'Aléfie :
Te fines JEduoe £*, limina /aéra
tuentem y
que les Mandubiens étoient
rÉifèrmés dans le territoire
<#> Tu. liv. t. XXXVIll. c. f y.
(#> Tît. 4.1V. L. XXXVIll. c. f y. 1 fO C«r. d
(b) Caef. de fiell. Oall. L. Vil, p. t%9. lér feq. Cr^f.
rab. pa^. 191. Nocic. de la Gaul.]par J ijtf « 157.
, d*Anvill« p> 431 y 43t, 4
Scrab
MA i%
des Éduens; & les limités ac-
tuelles du diocèfe d'AuftuA f
répondent encore. Les lieux
3ui portent le nom de Fins , près
*Alife & de Sémur eo Auxois,
nous appreanent même que ces
limites exiiloient aiafi du tems
de la domination Romaine, 8c
qu'elles n*ont point éprouvé de
diangement. L*uo 3c l'autre de
ces lieux fe trouve cité fous,
le nom de Fines ^ dans la Chror
nique de Hugue t Moine 4^
l*abbave de Havigni , fîtnée à
une aemi - lieue d^Alife. Cet
article eft de M. d^Anville.
Nicolas Sanfon n'eft pas tout*
&-fait du même avis y & voici
comme il raifonne dans fes re-
marques fur la carte de l'an-
cienne Gaule ; n Le Duefinois»
» où eft Alife » femble retenir
>» quelque chofe de Tancien nom
» Mandtièii ; ce quartier ^Û
» tout engagé dans le diocèCe
^ de Langres , & néanmoins ^
» dépend du diocèfe d^Autnn ;
M cela m*a fait Juger , pour-
I» fuit-il , ou qu'ils ont été ps^
» $us Lingonum , pais de ceux
» de Langres » ou qu'ils ont été
» peuple en cheft 6c qu*aptè«
» la prife & la ruine d'Alife ^
» les parties de ce peuple Mon*
n duhn auront été données cii
» partie à ceux d'Autun » eâ
» partie à ceux de Langres. »
MANDUBRATIUS y Man^
duhratiusy (c) étoit £ls d'Ima*
nuentius , Koi des Trinobaates^
C«) C«r. de Bell. Gali, L. V« p. 1*4;
A- ---^- Hift^ J^^^^ J^^,^ yy ^J
î6 MA
teuple de ta Grande-Bretagne,
orlque Jule Céfar alla porter la
guerre dans cette îfle , Mandu-
brarius étoit dans Tarmée de ce
Général» auprès duquel il étoit
venu jufqu'en Gaule chercher
tine retraite & un appui. Dès*
lors les Gaules étoient rafyle
des Rois de la Grande-Breta-
gne , dépoflTédés & perfécutés.
Imanuenrius ayant été tué par
Cartîvellaunus , les Trinobah-
tés qui confervoîent de l'atta-
chement pour Mandubratîus ,
prièrent Jule Céfar de le leur
renvoyer pour les gouverner. Ils
obtinrent l'effet de leur deman-
de , & moyennant quarante ota-
ges & desbleds qu'ils fournirent
aux Romains , leur païs fut épar-
gné & même protégé par Jul€
Céfar.
MANDURIE , Mandurîa ,
(j) ville d'Italie au païs des
oalentins » autrement dans la
Meffapie , ou Tlapygîe. Pline
dît qu'auprès de cette ville eft
un lac toujours plein jufqu'aux
bords 9 & qui ne s'augmente
point par toutes les eaux qui
y tombent , & ne décroît point
par toutes celles qui en fortent.
Q. Fabius, ayant pris de force
la ville de Mandurîe , y fit qua-
tre mille prifonnîers & un bu-
tin confldérable , l'an de Rome
543 , & 209 avant J. C.
Etienne de Byzance lit Man-
dyrium. Cette ville eft préfen-
tement reconnoiflabie à caufe
du lac qui conferve l'ancien
{/) f lin. Toiii» 1. p. ito. Tit. Li?. L.
XXVU. c, 15.
(b) Dan. c. ji Ti %%• & fif*
MA
nom*. On l'appelle Andotîa,
Le nom moderne de Mandurie
eftCafal-Nuovo, felonLéandre.
MANÛURIUM , Màndw-
tium. V6ye!(^ Mandurîe.
MANDYAS, Mandyds, la
même chofe que la Cblarayde^
félon Aftémidorc. Voye^ Chla-
Ciyde. V
MANÉ, Manc^ Maw, (b)
terme Chaldéen , qui (îgnîfîe »
H à comptée Pendant un repas
facrilege que Balthafar donna
à (e% courtifans & à fes concu-
bines , il fe fit fervir les vafes
facrés du Temple de Jérufalem,
que Nabuchodonofor avoit ap-
portés à Babylone. Alors, il
parût fur la ^muraille comme
Une main qiiiécrivoit ces mots,
Mané <t Thécel ^ Phares ^ c'efl*à«
dire , Dieu a compté , il a pefé ,
îi a divifé. Perfonne n'ayant pu
expliquer ces paroles, Daniel
fut appelle , & déclara au Roi
que Dieu avoit compté fe$
jours, & que fon heure étoit
venue '^ qu'il avoit pefé fes
aftions & qu'il ks avoit trou-
vées trop légères ; & qu'enfin
il avojt partagé fa Monarchie
entre les Perlés & les Medes.
La même huit Balthafar fut mis
MANES , Mants , (c) fils de
Jupiter & de la Terre , félon
Denys d'Halicarnaffe,fttccédaà
Méon au royaume de Lydie.
Voye^ Lydie.
On demande fi le Manbs j|tt
Masdès dont parle Flutarque»
(C) Mém. de TAcad. des Infcript.&
Bell. Le». Tom. V. p. «ji.
eft
'
MA
tft le toéme donc il eH h\t
mention daos Dénjs d'Halicar-
Hafle. » Toute la difficulté,
*> dît M. Pabbé Sévin » roule fur
» un fragment d'AJexandre
7> Polyhîflor» qùiftous oblige de
éê reconnoîcre deux Princes de
s» ce iiomé En effet , Manès père
» d'Acroon ne fçauroit avoir
•> rien de commun avec cet au-
» tre, dont le fils s'appeiloic
» Cotys» A la vérité, le pre-
» mier de ces Rois me paroît
I» un peu fufpeâ. Acmon lui
^ devoit le jout , fi Ton en
» croit Alexandre Polyhiftor;
30 maiSfPhérécyde avoue de bon^
» ne foi , que les monumens
y> hiiloriquet ne parlent jamais
» de Torigine d Acmon & de
» Doëas Ton frère. Lequel croi-
» re de ces deux Écrivains?
^ Pour moi , dans les matières
m de généalogie , je me ferois
» un fcrupule d'écouter Alexan-*
y> dre Polyhiilor aux dépens
» d^un Auteur, qui lui étoit
» infiniment fupérieureii ce gen-
» re de connoiiTances. Ajourer
» à cela, que quelques Poëtesi
» au rapport de Phurnutus, font
» Uranus fils d^ Acmon* Si la
i> remarque eft certaine,comme
x> le prouvent inconteilable-
» inent les témoignages de Sim-
» mius &d'Antimaque, ondott
» en conclure que Saturne Se
x> Jupiter font les defcendaos
M de Manès. Comment donc
» un Dieu 4e cette importance
y> eft* il échappé aux recher-
3» ches des Théologiens > qui
» ont précédé le fiecle de Phé-
9 récyde? De toutes les raifons
M A 17
• qui otit pu donner, lieu à cet
n oubli , la plus plaufible , 4
3» mon avis , feroit de dlrlt'
1» que Manès eft un perfonnagft
»* fuppofé ; auquel cas perfoont
X» ne difputera au Héros qui pof^
9 te le même nom dans Dényt
3i> d*Halicarnafl*e , lea viâoirei
)» fignalées qui avoient reodti
» Ton règne fi glorieux^ Ce
« Prince époufa Callirhoë , fille
f» de rOcéaji., dpùt il eut Co*
a> tys, qui, après la mort de
» fon nere , remplit le trône de
» Lydie* Tel eft le fentimenc
n de Dénys d^Halicarnafle i que
» peut-être bien des gens ne
» trouvetont gnère conforme
a> à celui d*Hérodote. Cet Hif*
j> torien du moins femble'dé»
P cider en faveut d'Atys t qui,
» félon lui , éft le fils Ôc le fuc**
» cefltiur immédiat de Manèi*
9 Cependant, tout bien examl«
» né , je ne crains pas d*avan*
» cet que ct% deux Écrivaini
.j» ont luivi la même tradition:
y* autrement il feroit malaifé
n de juftifier Hétodote , lut
» qui prétend dans un autre
» endroit, que l'Afîe a empruii*
y» té fon nom d'Afiès , fils de
» Cotys & petit- fils de Manès.^
9 Ces paroles font claires, 6c
3» fufiifent pour afiurer à Cotyt
» la pofiTemon d'un Royaun^e
» qui lui appartient fi légitime*
.» ment, n
Xanthus fait aulfi Mani;s , fita
de Jupiter ; ce qui prouve , dit
M* Fréret^ qu^il étoit le pluâ
anciep Roi. 4e Lydicé » Car «
» a}oute-t-il9 dans le ftyle dei
m anciens Écrivains, le com«
fi
F ■ ^
» médfcemént des tems'hîftorî-
3» ques de chaque oacion eft
a décrit comme le commence-
30 m^nc da genre humain; &
3> iorfque ia fucceiEon hiilori*
37' que des Rois 6c des hommes
i n'eft plus connue , on fait ha*
30 bitèr fa terre par des Divini<*
io tés. C?eil pour cela que. le
^ tems fabuleux de ce règne
3^ des Dieux > finit plus tard
» chez les nations dont les mé-
x> moires hiilforiqùes font moins
y) anciens; Nous ^voyons dans
y> les traditions des Romains ^
30 que Saturne tegndit encore
» en PItaiie dans un rems où,
30 félon les traditions Grecques»
» les Dieux avoieor quitté le
30 féjour de la terre depuis plu-
'» fîeurs (iecles , pour lie retirer
03 dans le Ciel.
» Manès étant le plus ancien
03 Roi des peuples y appelles
30 Méoniens de Ton nom» je ne
'39 le crois pas di^rent de ce
» Méon , Roi de Phrygie & de
» Lydie, dont parle Diodore
>» de Sicile. Car, le nom de
» Méoniens quHIs ont dans
» Homère & dans Hérodote ,
'ô> fuppofe que le nom de leur
00 premier Roi ft pronopçou
» Méon auffî bien que Manès.
30 Ce Prince étoit mari de
» Callirhoë , fiile de TOcéan ,
y> félon Xanthus ; les autres la
30 nommept. Pi^^j^tOA > ^ ^^
* f} font mère de Cybele , dont
» les amours avec le jeune Atys
' » donnèrent occasion aux céré-
(4) Myth. par M. PAbb. Ban. Tom.
" IV. pag. 4^»»49î« Tom. V, pag, i6a.
«^ .fmiv, Antiq. expliq. par D. Bern.
die Momf. Jom. 11. pa^. 35 » 13$ ^ S41,
.... 1^1 A
9) monies du culte de la mère
» des Dieux ou de ta DéefTe de
» Phrygie , à laquelle on don-
» noit auili les noms de Cybele^
» d*Agdi(lis , &c. Comme le
n culte & les myfteres de cette
03 DéefTe furent établis fous le
3t> règne de Méon , félon Dio-
D dore & les Auteurs qui ont
7} traité ces matières, on peut
» déterminer le tems de fon
30 règne par celui de rétabiif««>
SI fement du culte de la mère
13 des Dieux, & de Tappari'*
33 tion de fa ftatue à PelGnun*
30 tium , marqué dans la c}#o*
n nique de Paros , à Tan 297
3» avant la prife de Troie , dt
» quelques années après Tarri-
30 vée de Cadmus éc de Da-»
09 naùs dans la Grèce. Suivant
30 cette Chronique , le temi de
n Méon & le commencement
» des myfteres de Cybele tom*-
30 beront vers Tan 15^0 avant
IVre Chrétienne. »
MANES 9 Mânes , (a) Dieux
auxquels les Anciens ont donné
pour mère la déefle Mania ;
mais , leur véritable origine »
félon M. l'abbé Banier, doit
fe rapporter à l'opinion où
Ton étoit, que le monde étoit
rempli de Génies ; qu'il y ea
avoit également pour les vivans
Se pour les mores ; que les uns
étoient bons , & les autres mau-
vais , & que les premiers s'ap-
pelloient Lares familiers , de les
féconds Lémures ou Larves*
Auffi , quand Virgile dit : Quif^
Mém. de PAcad. des Infcrîpt. & Bell*
Letc. Tom. 1. pag. ^1, ér Jmiv, Tom.
111. p. ) f 79. 6* fmiv. Tom. IV. p» a^s ^
176. T, VU. p. 30. T. IX. p. é^.
VT
4v^'
»» ^
MA.
If ne faos patimur Mants , c*eft,
félon Sefvius 9 comme s'il difoit:
Nous avons chacun notre Génie.
Il parotc par la Mythologie
des Anciens $ qu'ils n*avoieoc
pas des idées bien fixes au fujet
des Mânes. Ce qu'on peut en
recueillir de plus conftacé y ç'eft
que fouvent ils les prenoient
pour des âmes féparées du
corps , d'autres fois pour les
Dieux infernauX) ou (implemenc
comm.e les Dieux ou les Génies
tptélaires des défunts.jK
Quelques Anciens ^u rap«
port de Servi us , ont prétendu
que les grands Dieux <réleftes
étoieût les Dieux des vivans ;
mais que les Dieux du fécond
ordre , les Mânes en parcicu^
lier , étoient les Dieux des
morts ; qu'ils n'exerçoient leur
çinpire que dans les ténèbres
de la nuit auxquelles*ils préfi*
doienty ce qui , fuivant eux , a
donné lien d'appeller le matin
Mant.
Le mot Mânes a auflï été pris
quelquefois pour les Enfers en
sénéral, c'elt-àdire , pour les
lieux fouterreinSy où fe dévoient
rendre les âmes des hommes après
leur mort » & d'où les bonnes
étoient envoyées * aux champs
Élyfées , & les méchantes au
lieu des fupplices appelle le
Tartare. C'eâ ainfi que Virgile
dit:
»..••. Htf c Mânes veniet mihl
famafuh imos.
On a donné au mot Mânes
diverfes érymologies ; les uns le
font venir du mot Latin manare^
MA î9
fortir, découler, parce^ difenr*
ils, qu'ils occupent l'air qui eft
entre la terre & le cercle lu<^
nairc , d*où ils defcendent pouf
venir tourmenter les hommes j
mais, (i ce mot vient de manatcg^
ne feroit-ce point plutôt parce
que les Payens çroyoient que
c'étoit par le canal des Maûet
que découlent particulièrement'
les biens ou les maux de la vi^e
privée? D'autres le tirent du
vieux mot Latin marius , qui fl*
gnifie bon , & fuivant cette idée
ils ne confiderent les Mânes que
comme des divinités bienfaifan*
tes qui s'intéreifenr au bonheur
des humains , avec lefquels elles
ont entretenu pendant leur vie
des relations parricttlieres, com-
me leurs proches ou leurs amis^
Un Auteur Allemand j prévenu
en faveur de fa langue , tire le
mot Mânes du vieux mot mann^
homme, qu'il prétend être un
mot des plus anciens , ât qui
vient de la langue Étrufque, Of
il dit que Mânes fîgnifîe deâ
hommes par excellence , parce
qu'il n'y a que des âmes vérita-
blement vertueufes qui puiflenc
efpérer de devenir , après la
mort de leurs corpi , dt% efpe-
ces de divinités , capables de
faire du bien aux amis de la
vertu; maïs, la véritable éty-
mologie du mot Mânes fe trou«
ve dans les langues Orientales^
& vient fans doute de l'ancien-
ne racine moun , d*oû fe font
formés les mots Chaldaïque dc
AtAt^moan ^man y qui fignifîenc
figura , fimilitudo , imago , phân*
tafma , idea , fpecies intelUgihiUs •
, Bii
j2d M A
firma imaginis cujufdam , dUltur
ênim de rébus , tant corporalibus
Î' uarn fpiritualibus , prafertim de
}eo, (2e font - là tout autant
de lignifications analogues aux
îdécs qu^on fe formoit des Ma-
tiQ$ y &L aux diverfes opérations
qu*on leur atcribuoit.
De tous les Anciens, Apulée
cft celui qui , dans Ton livre
de Deo Socratis y nous j>arle plus
clairement de la doarine des
Mânes. » Le Génie » dit-il , eft
y> l'ame de rhomgie dégagée âc
» délivrée des liens qui l'atta*
2b choient au corp,s. Je trouve
37 que dans l'ancien langage
aô Latin , on la nommoit alors
^ Lemure. De ces Lémures ,
y> ceux qui ont en partage le
» foin de ceux qui habitent dans
B» les maifons où ils avoient
30. eux - mêmes demeuré & qui
30 font doux & pacifiques, s^ap-
90 peilent Lares familiers. Ceux
yi au contraire qui en punition
» de leur mauVaife vie > n*ont
» point de demeure aflurée»
7> font erjrans & vagabons^ de
f? caufent des terreurs paniques
» aux gens de bien qu'ils cher-
» chent à épouvanter, 6c font
» véritablement du mal aux
» méchans , font nommés Lar-
io ves. Des uns & les autres,
» Toit Lares , foit Larves , por-
» tent le nom de Dieux Mânes;
» & c'eft par honneur qu'on
» les appelle Dieux, Honoris
ao gratiâ Dei vocahulum additum
» eft» f>
On I
ne fçait au refte quelle
vertu avoient le bruit & le fon de
rairaio fie du fer ; mais, Lucien
MAv :
& Agatharcide , cités par Pho-
tius, aflurent qu'il étoit fi iil-'
fupportable aux Dieux Mânes ^
qu'il les mettoit en fuite.
Il en étoit de même des om-
bres qui étoient dans les En*
fers ; aufS Circé , dans Homère
recommande -t- elle à UlyflTe ,
lorfqu'il aura offert un facrifîce
aux Dieux qui y préfîdent, &C
répandu le fang des victimes
dans une fofiTe, de mettre l'cpée
à la main pour en écarter les
ombres qui viendront pour hu-
mer ce fang dont ellesî'ont fort
friandes* Virgile, toujours co-
pifte de ce poète Grec , dit de
même qu'Énée étant arrivé dant,
les Enfers , prit Ton épée^ pouf
écarter ces mêmes ombres qui
volrigeoient autour de lui. Mais,
il paroît qii il y alloit de bonne
foi » &L qu'il avoir envie de fer-
railler « l^^rfque la Sibylle lus fie
appercevoir que fes coups fe-
roient inutiles , parce que ce
n^étoîent que de vains phantô-
mes contre lefquels le fer n'a-
voit point de prife. '
Quoi qu^il en folt , la crain-
te, autant que le refpeél» fai*
foit qu'on avoit une extrême
vénération pour ces Dieux , 6c
on ne manquoit jamais de leur
recommander les morts ; delà
la formule ordinaire qui fe trou-
ve fur les tombeaux anciens ,
D. M; Dits Manibus, Delà en-
core ces libations fréquentes'
qu*ont y faifoit ^ & qui avoienc
pour objet non -feulement les
ombres des niorts , mais au(S
les Dieux Mânes qui les gar«
doieot.
■M'A _ . \, .
' On ne fçaît où les Compila-
teurs du Didionnaire de Tré-.
voux ont pris qu' Rome il
écoic défendu d'invoquer les
Mânes ; s'ils avoîent confuicé
Feftus, il leur auroit appris que
les Augures même du peuple
Romain écoien( chargés du foin
de les invoquer , parce qu'on
les regardoit comme des êtres
bienfaifans & les proteAeurs
des humains. Il parott même
que ceux qui avoient de la dé>-
votion pour les Mânes , de qui
vouloienc confecver avec eux
quelque commerce particulier,
s'endormoient auprès dts tom«
beaux des morts , .afin d'avoir
des fonges prophétiques & des
révélations par l'entremife des
Manês > ou des âmes des dé-
funts.
. C'eflainii qu'Hérodote dîrque
les Nafamones y peuple d'Âfri-
que , juroient par ceux qui
avoient été juOes & honnêtes
gens; qu'ils devinoient en tou-
chant leurs tombeaux ; & qu'en
s'approchant de leurs fépulcres,
après avoir fait quelques priè-
res f ils s'endormoient , âc
étoient inflruits en fonge de ce
qu'ils vouloient fçàvoir.
Au reAé V >I paroît claire*
ment par une multitude d'Au-
teurs que les Payens atribuoienc
aux âmes des défunts , des ef-
peces de corps très-fubtils , de
la nature de Taîr , mais cepen-
dant organîfés , 8c capables de
diverfes fondions de la vie hu-
(a) 7ofeph, L. K Contra Apion. pag.
10)5^. ér Jjnj* Suicl. Tom. 11. p9g. 89.
%o\ï. iiift. Aoc. Tom» 1. ^ag, é^ , {^5.
-<
MA
mainé > comme voir , parler ^
entendre , fe communiquer ^
pafier d'un lieu dans un autre p
&c. Il femble même que fans
cette fuppoiition nous ayions de
la peine à nous tirer des gran-
des difficultés que l'on fait tout
les jours contre les dogmes fon-
damentaux &confolans de l'im-
mortalité de l'ame & de la ré-
furreélion des corps.
Chacun fçait que l'idée de
corps 9 ou du moins de figures
particulières unies aux intelli-
gences céleftes 9 à la divinité
même » a été adoptée par ceux
des Chrétiens qu'on appelloic
Anthropomorphites,parce qu'ils
repréfentoient Dieu fous la fî^
gure humaine.
Nous fommes redevables à
cette erreur de je ne fçais
combien de belles peintures du
Père Éternel 9 qui ont immorta*
lifé le pinceau qui les a faites ,
qui décorent aujourd'hui plu-
ueurs autels , & fervent à fou-
tenir la foi ôc la piété des Fidè-
les» qui fouvent ont befoin de
ce fecours.
C'étoit une opinion commune
dans les ten^s héroïques , que
les Mânes de ceux oui étoient
morts dans une terre étrangère»
erroient bc cherchoient à re-
tourner dans leur païs. . Voyei^
Mort.
MANÉTHON , Manethon ,
MâtreGctfy ) (tf) originaire de Se-
bennyté , qui éll appellée dans
Strabon Schennynca urbs- , , ÔC
I Uhw, de PAcad. des Infcripc. h, Qflj.
Lcit. Tom 111. pag. aj. é" f»$v» Tom;
1 VI, pag. 96, 97« 180.
ri •••
9^1 M A
Bscif d'HéliopoIis , étoif grand-
Prêtre de cette dernière ville.
Il coropofa par ordre de Pco-
lémée Philadelphe une hiftoire
d'Egypte» qu'il dédia à ce
Frince , & qu'il publia avant
l'an 247 avant Jcfus-Chrift,
puifque Ptole'mée Philadelphe
mourut cette même année. Pour
exécuter cet Ouvrage , il ayoit
confuhé toutes les archives des
temples de l'Egypte ; il le pou-
voit faire aifément étant pré«
pofé à la garde des livres facré^
de tout le païs. Un fragment de
cette hiiloire , cité par Jofephe,
BOUS donne lieu de juger qu'elle
étoit écrite avec ex*jdlitude ;
car , Manéthon avoue que dans
le fait dont il parle , il n'a rien
trouvé dans les livres authentf-
ques , ou dans les archives des
temples , Ôc remarque qu'il né
tient ce qu'il en dit, que de la
tradition des habitans d'Hélio-
poIis ; ce qui prouve le foin
qu'il avolt de dilHnguer lès di«
vers degrés d'autorité des mé-
moires qu'il futvoit.
Nous avons des extraits d^
fon hiiloire d'Egypte , faits par
Jule Africain, 6c iranfcrits par
George le Syncelle. Cette hif-
toire de Manéthon , ainfî que
celle de Ptolémée de Mendes»
autre prêtre Égyptien ,. niéri-
toient plus de croyance que
celle d'Hécatée de Milet &
celle d'Hérodote , qui s*é-
toient contentés de confulter
de vive voix les Prêtres de
Memphis, de l'habileté defqueU
on ne fait pas de grands éloges;
au lieu queManéchcn âc Ftcld-
MA
mée de Mendes avoient cofiftlté
les chroniques même des Égyp-
tiens , & que leurs hiftoiret
étoient fondéesr non-feulemenc
fur les traditions > mais encore
fur les titres & les monumens
\ts plus affurés.
L'hiftoire de Manéthon éfok
divifée en trois parties ; la pre-
mière contenoit l'hiftoire des
Dieux ; la féconde , celle des
Princes ou des rois d'Egypte
& demi-Dieux ; la troifîeme 9
celle des XXX Dynafties » qui
finirent à Neâanébus , dernier
roi d'Egypte , qui a regni
quatorze ans avant la conquête
d'Alexandre.
Si on fuppute les XXX Dy*
nafties de Manéthon fucceffives»
elles compofent plus de cini}
mille trois cens ans jufqu'au rè-
gne d'Alexandre ».ce qui eft ma-
nifeftement convaincu de fauf*
fêté. D'ailleurs , on voit dans
Erathofthene , appelle à Ale-
xandrie par Ptolémée Evergete»
une lifte de trente - huit rots
Thébains 9 tous difFérens de ceux
de Manéthon. Le foin d'éclair-
cir ces difficultés a beaucoup
exercé les Sçavans* La voie la
plus (lire de concilier ces contra-
diâions , eftde fuppofec » com-
me le font maintenant prefque
tous ceux qui traitent cette ma-
tière, que les Rois dont il eft
parlé dans les différentes Dy-
naAies ^ ne fe font pas tousfuc-
cédé les uns aux autres , mais
que plulieurs ont régné en mê-
me-tems dans des contrées dif«
férentes.
MANÉTHON^ Matutho$ti
MA
Mâfi'fW'', (tf) furnommé le Meo-
défieo , prêtre Égyptien, auteur
de quelques Ouvrages cités par
Suidas , êntr'autres , d'un Hvre^
de la manière de faire les par*
fums « dont fe fervoient les
Sacrificateurs Egyptiens. Il eft
parlé de cet auteur dans le livre
dlfîs & d*Ofirîs de Plutarque -,
dans Calieo j & dans le fécond
livre de Saint Jérôme contre
Jovinien.
MANGÉLIES , Aftfa«/w, (h)
fêtes des Romains , (elon M.
Tabbé Banier.
^ MANUV.Manhuy {c) cVft-
à-dire, qu^efl^ce que ceci. Les Hé-
breux ayant vu la manne ^fe
dirent l'un à Tautre : Man-hu ,
qu*eA-ce que ceci? ou ceci eft
de la manne.
Mania , Mania y M'cr'a «
(d) déeife Romaine. Elle pafloit
pour la mère des dieux Lares »
qui préfidoient aux carrefours.
On lui offiroit le jour de fa fête»
qui étoit le même que celui de
là fêce de fes enfans, des figu-
res de laine , en pareil nombre
qu'il y avoit de perfonnes dans
chaque famille ; on la prioit de
s'en contenter » & d'épargner
les perfonnes qui lui rendoient
cet hommage. Foyt^ Mana.
MANIA , Mania , Mcck/« , (0
femme de Zénis Dardanien , qui
avoit gouverné i'Éolie fous l'au-
torité de Pharnabaze. Comme
après la mort de Zénis » on vou-
loit donner cette province à un
MA 2)
autre i Mania vint trouver Phar^»
nabaze avec des troupes & des
préfens 9 & lui dit qu'étanc
veuve d'un homme qui lui avoit
rendu de grands fervices, elle
le prioit de ne lui*point ôter les
récompenCes de fon mari ;
qu'elle le fervîroic avec le mê-
me zèle & la même obéiiTance i
de que il elle y manquoit » il
lui feroit toujours libre de Icd ^
Ôter fon gouternement. Elle Iç
conferva donc» & s'y conduiilt
avec toute la fageâe & toute
l'habileté qu'on auroit pu at-
tendre de l'homme le plus conr
fpmmé dans l'art de commander*
Aux tributs ordinaires qu'avou
payés fon mari , elle ajoutotc
des préfens d'une magnificence
extraordinaire ; ' & lorfque
Fharnabaze vçnoit dans fa pro*
vince » elle le traitoit plus rplen-
didement que ne faifoient to»s
les autres Gouverneurs. Elle ne
fe contenta pas de conferver U$
places qu'on avoit commifes à
ùk garde , elle en conquit de
nouvelles » & prit fur la côte La-
rifle , Amexite » & Colone.
On voir ici que la prudence»
le bon efprit , & le courage
font de tout fexe. Mania fetroiv-
voit préfente à tout > montée fur
un char y & ordonnoit elle-mê-
me des peines 6( des récompen-
fes. Il n'y avoit point dans le^
provinces voifines de plus belle
armée que la flenne » & elle y
tenoit à fa folde un grand ngmr
(et) Suid. T. U p. io;9« | (*') Myth. par M.'rAbb. Bsn.'Toni.
(b) Mytb. par M. TAbb. Ban. Tom. ] IV. p. 491.
1. p. 5ÎÎ- I CO Xcnoph. p. 46s , 4»|. Roll, Hift.
(/(} £xod* Ct 16. Vi 151 I Ane* Tom* 11. p. 6qçi > 601.
:24 M Â
bre de foldats Giecs. Elle ae-
compagnoît même Pharnabaze
dans toutes fes entreprifesyâc
Y>e lui écoit pas d'uiç médiocre
fecours. Au$ ce Satrape ^ qui
connoifloit tout le prix d*un fi
Tare mérite ^ faifoit à cette Da«
ïne^ plus d'honneur qu'à tous
les autres Gouverneurs jjafqu*à
lui donner entrée dans Ton Con*
feil ; 6c 11 la traicoit avec une
diilioAioq qui auroit été capa-
ble d'exciter la jalouGe j fi' la
snodeilie de la douceur de cette
jDame n'en eufient prévenu les
triftes effets , en jettant po^r
alnfi dire un voile fur toutes
fes vertus , qui en aroortifibit
Téclat y & ne les laifioit en-
trevoir que pour les faire ad-
mirer.
Elle ne trouva d'ennemis que
dans fa propre famille. Midias
fon gendre, piqué des repro*
ch s qu'oA lui faifoit de laiiïef
commander une femme en fa
place, & abufani de l'entière
confiance qu'elle avoir çù lui ,
de qui lui lai^oit les entrées li-
bres en tout rems 4 l'étrangla
avec fon iils. Après fa mort , il
fe faifit de deux places fortes où
elle avoit renfermé fes tréfors ;
les autres villes fe déclarèrent
contre 4ui. Une jouit paa long-
rems du fruit de fon crime. Der«
cyllidas arriva heureufemenc
dans cette conjonâure. Toutes
les places de PEolie » foit de
gré) foit de force, fe rendl-
fent à lui D & Midias fyt dé-
MA
ipôuUlé des biens qu'il avoît fi
injuftement acquis.
MANIA . Mania , VLxfU »
(a) c'eft-à-'dire , folle , furnom
de la courtîfanne Démo. Voye^
Démo.
MÂNICiE. Voye{ Manches.
M ANICIUS , Manicius , {k)
PréneAin , commandoit dans
Cafîlînum 9 lorfque cette place
fut afiiégée par Annibal > i*aa
de Rome 5}6 , & ai6 avant
Jefus^Chrift. Quand elle fe
rendit , le fer & la faim avoienc
emporté plus de la moitié de la
garnifon , qui, au commence?-
ment, étoit de cinq cens foi*»
xance-dix foldats, la plupart
Préfteftins. Ceux qui étoient
reilés , arrivèrent fains & faufs
à.Préneiie avec Manicius > qui
avoit été fcribe avant que d'être
homme de guerre. La preuve
en eft tirée i^. de la ilatue de
cet officier , qu'on voyoit dans
la place publique de rrénefte »
armée d'une cuirafle , & cou-
verte d'une longue robe , avec
un voile fur la tête ; ^^- de trois
autres figures qui Taccompa-
gnoient ; 3^. d'une lame de cui->
vre , fur laquelle on avoit gravé
cette infcription : C'eft un vœu
que Manicius a fait pour le falut
des foldats qui étoient en garni/àt^
â Cajilinum, Le même titre fe
lifoic au bas des trois figures
qu'on avoit mifes dans le temple
de la Fortune.
MANIES , Mania » Mw/xm «■
(0 canton du Péloponnèfe dans
<«) Plut. Tom. 1. pag. çoif
ijd} TiCf iiv. I. XXUI» c. 19.
I (r) Pauf. p. 509 • S 10^
/
MA
TArcadie. Voici ce qw Paufa-
fiias nous apprend de ce canton,
p En allant , dit-il > de Méga-
» lopolis en Mefi*énie, on n'a
» pas fait fepc ftades que Ton
t» trouve à la gauche du grand
» chemin un temple ^ dédié à
» des Déefl*es » que lés gens du
7» lieu nomment Manies i & tout
9 le canton d*alencour en porte
» auffi le nom. Je crois qu'ils
» entendent les Furies y auffi
30 difent-ilsqu'Orefte ayant tué
» fa mère, perdit refprit en ce
i^ lieu<>là. Aflez près du temple
3» on voit un petit tertre cou-
a> vert d'une efpece de tombe ,
a» fur laquelle eft gravée la fi«
». gure d'un doigt; ils appeU
n lent ce tertre la fépulture du
» doigt , 6c difent qu'Orefte
» devenu furieux , fe coupa là
ti avec les dents un des doigts de
a» la main« »
MANIES [ les Déefles ].
Voyei Mania , déefle Romaine.
MANILIA [la Loi] , (a)
JLex Maniiia , loi dont Cicéron
parle dans fon Brutus. Il en
tait aufE mention dans fon orai-
fon pour L. Muréna.
Nous connoifibns deox loix
de ce nom » portées par le Tri-
bun C. Maniiius ; Tune étoit en
faveur de Cn, Pompée , & l'au-
tre en faveur des affranchis»
Foye^ Maniiius [ C. ].
MANILIA, Maniiia, (è)
Dame » qui , quand on ne lui
intentoit point de procès , en
^ Cs) Cicer. Brot. c. 6ç, 65* Ont. pro
-L. Muren^ c. 4^. Rofin. de Antlq.
Itomain. p. 8}o > 848.*
(^J Jufcn. Satyc. 6. Vt S4Si
MA 2Ç
!ntentoit elle-même j au rapport
de Juvénal.
MANILIUS , Maniiius,
Mxrixtcç , nom qui eft fouvenc
confondu dans les Auteurs avec
ceux de MalHus 6c de Manlios.
Il n'eft pas rare qu'un Auteur,
parlant du même perfonnage.,
l'appelle tantôt Mallius , tantôt
Maniiius ; ce qui répand quel-
quefois beaucoup d'obfcurité
dans la leAure des Auteurs.
Foye{ Mallius & Manlios.
M ANltlUS [ Sex. 1 , ( c )
Six, Maniiius » l'un des deux
Tribuns de% foldats à qui y da
confentement des troupes Ro-
maines y les autres Tribuns des
foldats confièrent l'autorité fu-
prême, l'an de Rome 305 , Sc
447 avant Jefus - Chrift. Les
troupes Romaines avoient alors
levé l'étendard de la révolte ,
& s'étoient retirées fur le mont
Aventin.
MANILIUS [ P. ] • P* Ma-
niiius y {d) un des cinq Commif^
faires qui furent envoyés en II-
lyrie , l'an de Rome kS^ , &
167 avant Jefus -Xhrift , pour
jrégler les affaires de cette pro-
vince y de concert avec le Gé-
néral L. Anicius.
MANILIUS [ Titus],
Tiius Maniiius , tj'toc MxrMsç.
Xi) Titus Maniiius & Quinrus
Memmius 1 députés Romains ,
ayant été envoyés de la part du
Sénat à Antioche y écrivirent
au Sénat de Jérufalem i qu'ils
(e) Tit. Liv. L. lll.c.5t.
(d) Tit. Liy. L, XLV. c^ 17,
(O Maccab* L. U. c, ii. v. %^*&fii%
xS MA
rarîfioîenc tout ce que le roi
Lylîas leur avoit accordé , &
^e s'ils avoient quelque chofe
à leur repréfenter , ils vînfTent
lestroQverà ADtioche,& qu'ils
leur rendroient ou leur feroient
rcndrejuflice.
MANILIUS [ M. ] , (a)
M. Mànilius , fut élevé au con-
fulat avec L. Marcius Cenforî-
nu$) Vzn de Rome 603 , &
149 avant, Jefus - Chrift- Voye^
Marcius..
MANILIUS [L,]^ {h) L.
Maniiius , Procooful d'une par-
tie de rEfpagne » ^ut battu par
un des Lieutenans de Serto--
fiu5>
Le texte Grée de Piutartjue
fte porte que Lucius ; on lit
dans le texte Latin L. Manlius«
ic dans la traduction Françoife
de Flutarque , Lucius Manilîus.
On croit que cet officier eft le
même qui fuit.
MANILIUS [ L. ] , (0 t.
Manuius , Proconfuî , fut dé-
fait dans l'Aquitaine , & obligé
de s'enfuir , après avoir perdu
tout Ton bagage , au rapport de
JuleC^far. M. d'Ablancourt tra«
duit Mallius.
MANILIUS [C], (if) C.
Manïlïus ^ tribun du peuple,
Tan de Rome 686 » âc 66 avant
Jefus-Chrift , fut à peine entré
en charge » qu'il propofa une
lot féditieufe pour diilribuer les
affirançhis dans toutes les tribus»
& donner aufE un très - grand
(4^ Roll. Hilf. Rom. Tom< V. p. da
(^) Plut. Tom. 1. p, 574. Créy. Hift.
Xoi». T. VI. p. I io>
' ' if) Cxf. de i^ll. Gall. L. Ul. p. i lo.
MA
crédit à cette canaille , dans TeS
afiemblées populaires. Comme
tout fe fairoit alors par violeocCt
la fa<flion du Tribun s'empara
At% avenues du Capitole. Mais»
L. Domitius Ahénobardus alors
fort jeune , & quinétoit encore
que Quefteur , ayant formé u»
gros de braves gens , fe jetta
fur cette populace ramaiTée » la
dinRpa « ôc en tua pluiîeurs. De»
que les nouveaux Confuls fu-
rent en charge , il» propoferent
au Sénat de délibérer fur le fait,
de C. Maoilius ; & le Sénat
ayant împrouvé la loi, le Tri-
bun fut fi effrayé , qu'il vour
lut d'abord s*autorifer du non»
de CrafTus , dzfant qu'il avoit
agi par fon côofeil. Mais » com-
me perfonne ne te croyoie 9 oi|
ne voulut l*en croire , il cher-
cha à fe donner un appui , en
vendant Ton miniflere à l'ambi-
tion de Çn. Pompée»
Pour faire donc fa coilr à ce
grand homme , âc fe délivrer
lui-même d'une ma uvaife affai-
re , qu'il s*étoit attirée par (k
faute , C. Maniiius propofa une
loi qui donnoit à Cn. Pompée
le commandement de la guerre
contre Mîthridate ôc Tigrane*
Cette loi ne manqua pa3 de par-
tifans de de protedleurs , même
parmi les plus illuilres membres
du Sénat. Plufieurs Confulaires ^
dont Servilius Ifauricus ed le
plus célèbre Jule Céfar,.toujoufs
attentif à féconder les incliiKi*
Çâ) Dio. CafT. p. tot ai* Plue T. I.
p. 634 , 86<). Crév. Hift. Rom. Ton. Yt
pag. J04. tr friv.
MA
dofls de la multitude » & % fe
frayer le chemin aux emplois
nouveaux & contre les règles »
enfio Cicéron aéluellement Pré-
leur , appuyèrent lapropofitioa
du Tribun. Nous avons le dif-
cours que prononça le dernier
en cette occafion. Ainfi , la loi
de C. Manilius pafla, & mie
Cn. Pompée au comble de fes
vœux»
Mais, notre Tribun ne fut
pas plutôt forti de charge, qu'on
Taccufa devant Cicéron même,,
lorfqu'il ne reftoit plus à celui-
ci que deux ou trois jours de
fa PréturerC'étoient les adver-
faires de Cn. Pompée qui fuf-
citolent cette afiaire à C. Mani-
lius, en haine de foo dévoue-
ment à ce Général. L'accufé
ayant demandé au Préteur le
tems néceflaire pour fe mettre
en état de répondre , Cicéron
lui ordonna de le faire dès le
lendemain, quoique Ton accor-
dât au moins dix jours de délai.
Sur cela les Tribuns s'empor-
tent contre Cicéron , & le font
jparoirre devant le peuple pour
fendre raifon de fa conduite. Il
monte tranquillement à la Tri-
bune aux harangues , & dit qu'il
s*étonne extrêmement des plain«
tes des Tribuns ; que perfonne
se s'intérefle plus vivement que
lui à la caufe de C* Manilius , êc
qu'il ne pouvoit le faire mieux
connoître qu'en voulant être
fon juge. Le peuple applaudit
(4) Cicer. Brar. c. 55. deOrator. L.
1. c. 106, L. 111. c. 7).
ik) Ci^f r. Ont* pio A. Clucnt. c* s8.
MA HT
à ce difcours. Néanmoins»
comme il étoit néceflaire de
diâférer le jugement, & que
Cicéron alloit fortir de charge,
on le pria avec de grands cris
de fe chargeir de défendre C
Manilius. Il le promit, & con-
formément au ton qu'il a voit
pris en parlant pour la loi Ma*
nilia , il s'étendit fur les louan-
ges de Cn. Pompée , & fit une
fortie contre ceux qui, par ja-
loufie,s'oppofoient à la grandeur
d'un fi illafire âc fi excellent ci-
toyen. L'affaire de C. Mani-
lius traîna , & n'eut point de
fuite.
MANILIUS [M. ] , M. Mi-
nUius , (a) dont Cicéron fait
mention dans fon Brutus. C'eit
apparemment le même dont il
eft parlé dans le premier 5c le
troifîeme livre de l'Orateur.
MANILIUS [ Q. ] , Qjm^
nilius y {b) dont parle Ci^on
dans fon oraifon pour A. Cluen-
tius. Cet Orateur le qualifie
Triumvir.
MANILIUS [T.], T. Ma-
ftilius , ( c ) iliuftre Sénateur ,
félon Cicéron , dans fon orai«
fon pour Q. Rofcius le Corné*
dien.
MANILIUS, UanUîus, (d}
qui avoit été fecrétaire du re-
belle Avidius Cafiius , ayant été
Eris , promettoit de découvrir
ien des chofes, de donner bieii
des lumières , de fournir des
mémoires qui ferviroient à U
(O Cicer. Ont. pro Q. Rofc. Comcei.
e. «5 , «6.
{d) Crév. Hiil. 4es fimp. Tom. ly'^
2i MA
c€v&vî<flion de pluCeurs ' coti-
pables. Commode ne Técouca
point , &c fit jener au feu tous
fes papiers.
MANILIUS , Manilius , (a)
Sénateur qui avoit poufle à
rejfcès l'impudence & ia fufetir
des délations. Il fut livré par
Macrin au Sénat, & enfermé
dans une ifle,par jugement de la
compagnie; car , Macrin avoit
défettdu exprefTément qu'on le
condamnât à mort.
MANILLIUS , ManUlius ,
VLxYiTihttç, Voyei Manlius qui fut
chaflTé du Sénat par Caton le
Cenfeur.
MANIMES, Manîmï y {k)
peuple de Germanie* Tacite
regarde ce peuple comme fai-
fant partie de la nation des Ly«
giens, fans nous en marquer au*
trMpDt le païs* Les modernes
feWnt égayés à lui en chercher
un* Lazius lui donne le Man-
l^artzberg. dans la bafle Autri-
che 9 Se André Velleius , dans
fa chronique de Danemarck, lui
fait préfent de Tifle de Mone ,
dans le Danemarck. Deux ou
trois> lettres communes à Pun Se
à Tautre nom forment une ef-
pece de reffemblance qui fuffit
à ces fortes de conjectures pour
placer un peuple par tout où oti
le juge à propos. Sur ce princi-
pe nos deux Auteurs auroienc
pu y avec le même fondement^
le tranfplanter d^ns le Moné/-
mugi.
MANIPULE , Mtf/ï/j^ttfei, Ô)
étoit la divifion immédiate de la
cohorte. Varron dérive ce mot
de manus. Manîpulus , dit - il 9
ciim jungît plures manus , . unA
Manîpularis mihs, L'étymologie,
donnée par Ovide 9 indiqué
mieux l'origine de ce corps d«
troupes^ Ce Poëte , parlant de
righorance où les premiers Ro*
mains étoîent de Taflronomiei
s*ég^ie \ fon ordinaire ; ils ne
connoifibient > dit-il » d'autres
fîgnes que leurs enfeignes ; c*é-
toif-là ce qui les guidoit dans
la guerre , comme la petite
ourfe guidoit les Phéniciens *
& la grande ourfe les Grec^ dans
leur navigation. Une ipoignée
de foin , fufpendue au bout d'u«
ne longue perche , marchoit à
leû^ tête ; delà le Manipule a
pris fon nom , ce mot (îgnr-
fiant chez les Romains une poi-
gnée de quelque chofe que ce
fût.
Non illi calo lahentïa figna tcn^
bant 9
Sedfua ; qua magnum pérdtrt
crimen erat.
Illa quUem feno ; fcd trat rtv^tn»
tia fcno ^ ^
' Quantam nunc Aquilas cemis
haben tuas*
Pcrtîca fufpenfos ducebat longa
Maniphs ,
Unde Maniplaris nomina miles
habcu
(*) Créf. Hift. des Énap. Toni. V.l (O Mém. de l'Acad. des înfcript. «t
' fi 19S > 191* I Bç». LCtt, Tom. XXXll. p. •7V^^><»•
(i-j Taçii. de Morib, Gecm. «1.43^^ I
MA
Plu^arque & Tautcur de To-
iîghute des Romains ^ doAùent la
taifoà de ccne étymologîe ; ils
racotttclît que Romulus , vou-
laoc détruire la tyraoAîe d'Â-
nulius , conduific à la ville
d'AIbe les payfans qu'il avoit
raflèmbliés , & qu'il les partagea
* eh diverses batide^ , de cent
hommes chacune , qui portoient
pour enfeigne une poignée de
foin ou de broflailles au bout
d*une 'pique. Cette efpece d*en-
feignene fubfîftaplus fans doute,
dès que Romulua eat formé fa
milice; mais» la mémoire s'en
conferva toujours. Donat , fur
PEumique de Tér^nce ', dit que
lorfqu'on «nvoyoit à Quelque
cxpéditioA particulière Ses (ol-
dats Romains ou Latins , déta*
chés d'une ou de plufieurs com«
Îragnîes » ils fe faifoient une en-
eigoe d^une poignée d'herbe ou
d'autre chofe iemblable ^ donc
ilii formoient une couronne ; &
c'4toit apparemment pour rap-
.peJler cette origine du Manipu^
ie , que les enieignes fe termî-
noijcnt dans leur panie fupé-
rieure» tantôt par une couronne,
tantôt par une main> comme on
le voit fur les médailles &
dans les autres monument an-
tiques.
Pour évaluer le nombre des
foldats du Manipule dans les
tems diiFérens , il faut fçavoir
deux chofes , établies fur l'au-
torité de Polybe ; i*. que dans
les diverfes augmentations qu'a
reçues la légion , le nombre des
Triaires n'a jamais augmenté ,5c
qu'ils ont été conilamment fix
MA If
cens par légion , & foixantepàir
cohorte ; i^. que depuis le te««
auquel les Haftats ceflerent dé
tenir lieu de troupes légères
pour être pefamment armés, les
troupes légères qui leur furent
fubftituées , quoiqu'elles fîiïent
partie de la légioa, ne furent
point divifées en Manipules ni
en centuries , & qu'il n'eu pat
probable quMles aient jamais
excédé douze cens hommes par
légion. '
Cela pof% , iln'eil pas dificile
àt déterminer le nombxie âct
foldats du Manipule y propor*.
tionnellement aux diverfes aug«
mentations de la légion. Depuis
Romulus jufqu'à Servîus Tul-
lius , la légiou fut de trois mille
hommes; la cohorte, qui en
faifoit la dixième partie , étoit
donc de trois* cens hommes. Si
on voujoit dater de ce tems-ià
rinvariabilité du nombre det
Triaires ^ il en faudroic dter
foixante de la cohorte, & il rejt .
teroit deux cens quarante hom-
mes pour les deux Manipules de
Haltats & de Princes » ce qui
donneroit cent vingt faorncnei
pour chaque Manipule.
Depuis Servîus Tullios |uf«
qu'à la bataille de Cannes , la
légion fut tantôt de quatre mille»
tantôt de quatre mille deux cens
hommes. $ur la légion de qua*
tre. mille 9 îl faut d'abord ôtec
fix cens Triaires, refte trois
mille quatre cens hommes ;
ôtant encore douze cens faom*
mes pour les troupes légères.,;
il ne refteroit que deux mille
deux cens hommes pour les
$0 MA
deux autres corps , dont cha-
cun fe trouveroît feulement de
onze cens hommes > 6c moindre
parconféquent que celui des
troupes légères. Or , comme
Tinfanterie pefamment armée
éroit d*une bien plus grande
importance pour le fuccès des
batailles que lejS troupes légères,
on croit que dans cet état de la
légion , il eft vraifemblable
qu'il n*y avoir que mille hom-
mes légèrement armés» & que
les deux corps des Haftats &
des Princes formoient chacun
douze cens hommes par légion,
. cequi endonneencorecentvîngt
par Manipule* Dans la légion
de quatre mille deux cens hom-
mes , & c*eil celle de Polybe , le
Manipule de Haftats & de Prin-
ces fera encore de cent vingt hom-
mes en donnant douze cens hom-
mes par légion aux troupes lé«
Ijeres,
Depuis la bataille de Cannes
îufqu'à C. Marius,la légion mon^
ta àcinq mille& à cinq milledeux
cens hommes; alors, en ôtânt
toujours les fix cens Triaires &
' les douze cens hommes de trou-
pes légères par légion , il reftera
trois mille deux cens ou trois
mille quatre cens hommes ; ce
qui I divifé en dix cohortes ,
donne trois cens vingt ou trois
cens quarante hommes par co-
horte j & cen't foixante ou cent
foixante-dix hommes par Mani-
pule de Haftats .& de rrinces.
I! réfulte de ce détail » que le
'Manipule de Triaires fut tou-
jours de foixante hommes; que
celui de Haftats & de Princes fut
MA
de cent vingt hommes depuis
Romulus jufqu*à la bataille de
Cannes f 6c que depuis cette
bataille jufqu'à Ç. Mariusyil mon-
ta à cent foixante ou cent foixân^
te*dix hommes.
. Nous ne pouflbns ip^s ce cal*
cul au delà deC* Marins, parce
qu'il eft probable qu'alors cette
lorme de Manipule cefta d^être
en ufage ; c*eft ce qu'il faut
prouver contre le fentiroent de
Jufte - Lipfe 9 qui fait fubfifter
les Manipules jufqu'à Adrien*
Avant C. Marins la légion
en bataille avoit été rangée
fur trois lignes , chacune de dix
Manipules; ceux des Haftats
faifoidit la première ligne, ceux
des Princes la féconde , la troi-
fieme étoit formée de ceux des
Triaires. C. Marins changea
cette ordonnance ; il abolit
t;ette diftinâion de Haftats , de
Princes & de Triaires g Ôc ran-
gea la légion par cohor(p fur
deux lignes f chacune de cinq'
cohortes. L'or.dre de la bataille
s'obferva auffi dans les campe»
mens, fuivant l'ufage des Ro-
mains, quicampoient comme ils
fe rangeoient en bataille t afin
de n'avoir point de changement
à faire quand ils fortoient pour
marcher à Tennemi ; alors les
Manipules ne faîfant plus de
divifion marquée ni dans le
campement ni dans la bataille ,
ce nom ne fe conferva plus que
pour la diftinélion des officiers
& des foldats. Ce poi^t deman-
de explication.
Dans le tems que les trois ef»
peces de foldats fubiiftoient ^
MA
âaque Manipule étolt , félon
PolyBe , divifé en deux centu-
rie* 5 Tuoe de la droite , Taurre
de la gauche. Le Câpiraine de
la première centurie de chaque
Manipule , c'étoit celle de la
droite , prenoit le titre de Priar,
par diAifiâion du Capitaîn^ de la
féconde > qui s'appeiloic Pv/lc"
rior ; re qui étoit i dk Polybe ,
Aiofî établi afin que f\ Tua des
deux étoit abfent ou hors de
combat, il en r^Ûit un pour
tommander le Manipule en-
tier, Ainfi,par exemple , lé pre-
mier Capitaine du Manipule des
Princes s'appelloit Princ€ps
Prior , pu Princes priofis ceri"
turia , de le Capitaine de la fé-
conde centurie du même Mani-
pule s'appelloit Princeps Poftt"
fivr ou Princeps pofterioris cen'
êuria ; il en étoit de même des
Haftars. Tite-Lîve fait dire à
Sp. Liguftinus y Tan de Rome
^i I : Hic me imperator digaum
judicavit 9 ctti primum Hdftatun
prions -centuria aj^gn are t ; c* était
la première centurie desHaftats
dans la première cohorte d'une
légion. Il fait eofuite dire au mê-
me: j4 Man, AciUo miki primas
Princeps prioris centuria eft affi'*
^atus ; c'étoît la première cen-
turie des Princes dams une pre-
ntere cohorte.
Quoique la cohorte d€ C«
Marius ne fe divifôt plus en
•Manipules , mais qu'elle fe par-
tageât immédiatement en fix
centuries y il laifla cependant
fubfifter, pour les officiers, les
SDêmes noms qu'ils avoient eus
auparatiint; &, par uneefpece
MA 5t
de 6<îl1on, on joignit enfembJe
deux centuries, dont \c^ deux
Capitaines portoient le même
nom , avec la diilinxflion de
Pfior & de Pofterior, Ainfî , le
premier Capitaine^ de la co'*
horte s'appelloit y dans la pre-
mière cohorte 9 Primipilus ,
dans lès autres , Triarius Prior ;
celui de la féconde centurie ,
Triarius Pojlerior ; le troifieme,
Princeps Prior ; le quatrième ,
Princeps Pv/ferior;\e cinquième,
Haftatus Prier ; 1-e fixieme,
Haftatus Pofterior» Ce n'^étoît
plus qu'on veilige d'antiquité,
qui ne fubfîftoit que dans le nom
des Officiers , ôc qui ne fervost
^u*à marquer leur grade dans la
cohorte. Jule Céfar,eii décrivant
le combat près de Dyrracbium,
dit: Omnibus primât cokcrtis trm-
twionilms interfeHis prattr Prm^
cipem Priorenu On défignoit aufi
les foldats de la même manière,
6i pour dire un foidat de la
cinquième ou de lalixiemecen**
turie , dans la première cdloTtei^
on difoit miles primi haftad ;
pour défîgner un foidat du même
ordre dans la féconde cohorte^
on difoit miles jecundï àafiati^
& ^analogie nous fait croirts
que G l'on vouloir marquer avec
précifion la centurie , ôc iiéfi-
gner précifémenc la cinquième
ou la fîxieme , on difoit pour
la cinquième haftati prioris ; 9c
pour la fîxieme haftati pofteriorisi
ce qui dura ainfî jufqu'à Adrien*
Mais, encore une fois, ce
n'étoit plus qu'un nom, une
trace de l'ancien ufage ; la
chofe même ne fubfîâott plus»
)£ MA
Nous ne trouvons plus f de-
puis C. Marius y le nom de
Manipule pris dans la fîgnifica«
don propre Qu*il avoit eu juf-
qu'alors. Il en vrai que Plutar-
que>dansla vie deRomulus^
rapportant l'origine du Mani-*
pule, femble dire qu'il y en
avoir encore de fon tems ; mais^
fi on fait attention à la manière
dont si s'exprime , on verra
qu*il dit feulement que de Ton
tems les (impies foldats étoient
encore appelles ManipulariL En
eâfet^ après rextinâiondes Ma-
nipules , on continua d*appeller
les (impies foldats d'inranterie
Ilanipulares , Manipulant , grc-
gar'iL Ktdore donne deux cens
foldats au Manipule ; il fup*
pofe la légion de (ix mille
hommes » telle qu^elle étoit
quelquefois depuis C» Marius,
oc conferve la notion de l'an*
cién Manipule » quoiqu'il ne (^t
plus alors en ufage. Ceux qui
connoiâbient liîdore , fçavent
bien qu'on ne doit pas compter
fur Ton exaâicude.
Dans tous les Auteurs an-
ciens y qui nous repréfentent la
milice dans l'état où elle étoit
depuis C Marius , nous voyons
que le terme Manipulas eA em-
ployé de deux manières ; tantôt
pour fignifîer un petit nombre »
mais indéterminé , une poignée
de foldats j ce qui revient à la
lignification générale du mot
JManipulus; tantôt pour dé(îgoer
iz chambrée proprement dite ,
contubcrnium.
Jule Céfar,dans la bataille con-
tr« les Nervieosi voyant les fol*
MA
dats refTerrés par les eonem!^^
leur ordonne d'écarter leurs files^
pour pouvoir plus aifément fat-*
re ufage de leurs épées ; ce qu'il
exprime en ces ternies : Mani-^
pulês laxare jujjit y qub faeiliùs
gladiis utipoffent. On voit qu'ici
Manipulas doit (ignifier une fiie^
de que ce mot revient à pea
près à la (îgnification de contU'*
bernium , la file étant de huit
hommes 9 & quelquefois de dix^
ainli que la chambrée*
Lorfque Tacite raconte îa
féditîon des foldatt de Panne*
nie &c de Germanie , il fe 1ère
trois fois du terme de Manipule^
d'une manière d'où on ne peut
conclure dans quel fens précis
ce mot eft employé. D'abord il
parle de Manipules qu'on avoic
envoyés à Nauport, pour faire
des chemins , des ponts & d'au«
très ouvrages ; il leur donne
des enfeignes Ôc des centùrionSé
Enfuite , quand Drufus a calmé
la fédition de Pannonie» & que
les foldats y revenus à l'obéif-
fance , fe prêtent eux-mêmes à
la punition des coupables, Ta«
cite dit : Quo/dam ipfiManipuU^
documentum fidei , tradidere ; âc
lorfque Germanicus y arrivé
dans le camp de Germanie ^ Se
fe voyant environné d'une trou-
pe confufe de féditieux , veut
les partager & les remettre en
ordre , Tacite s'exprime en ces
termes : A^entem concionem^
quia permixta videbatur , difcedere
in Manipulas jubet. Dans ces
endroits , Manipulas (îgnifie-c-
il le Manipule proprement die»
c'eft'à-dire > un corps de deux
centuries f
/
MA:
tôtiturîes ? Dé(îene-t-îl uD moitif
dre nombre ? (5u même eft-ce
un mot qui (ignifie en général
UDe divifion militaire , quelle
qu'elle foit \ Mais , dans lé
liièrae livre , quand il décrit la
marche d^Aliénus Cécîûa & le
défordre de l'armée Romaine ,'
le mot Manipulas n'eil plus
équivoque , il fîgnifie évidem-
ment la chambrée. Non tentoria
Manipalii , dit -il , les cham-
brées n'avolent point leurs ten-
tes. Ir y avoit autant de ten-
tes que de chambrées , puif-
qu'on appelîoît de ce dernier
nom Taflemblage des foldats
qui logeoîent fous la même ten-
te. Le même Tacite appelle Ma.
fiipule les foixante foldats en-
voyés par Néron en Afie , pour
affaffiner Plautus ; c'étoii un
nombre moindre que la centu-
rie. Le lende^maîn d'une émeu-
te des foldats 9 les officiers par-
courent les tentes pour calmer
les efprits 9 ce que l'Hiflorien
exprime ainfî : Manipulatim allô'
cuti funt; ici Manipuli défîgne
les chambrées. Nonîus expli-
que » dans rVîiflorien Sifenna ,
le mot manipulatim « par collera
tnanu^ ce qui ne donne qu'aune
idée générale. C'elt dans le
même fens qu'il faut prendre
manipulatim difpofita cohortes -,
dans le panégyrique de Théo-
dofe. Ammien Marcellin entend
far Manipulus , la- chambrée,
rfous trouvons ce mot chez lui
.en trois endroits , où îl eft quéf-
tion de convoquer l^armée. U
dit, dans le premier: ConPocâ'
ûs cohortihus & centuriis & Ma-^
Tom. XXVU.
MA.
hîpulïs omuibus, L'exprefïïon eut
éxaâe. Pour montrer que l'ar-
mée fut convoquée toute entie«
re , il defcend du' plus grand
corps , qui étoit la cohorte» à
la centurie » &c dé eëlle-ci à
la chambrée. Dans les deux au-
tres endroits , it ne s^ekprimo
pas aufli exa^ement ^ il déplace
les Manipules ; omnes centuriai^
Manipulosg & cohortes in concio'^
nem vocayit. Et aiUeur« : Ciim
centuritB omnes 6» cohortes & Md'^
nipuli conveniffent. Mais , le lec»
teur n'efl pas en droit d'éxigef
toujours des Auteurs une piÇéCi-
fion (i fcrupuleufe».
Végèce,aù treizième chapitre
de fon fécond livre, dit nette*
fnent que les Anciens dîvîferent
les centuries ea chambrées, dC
que la chambrée, compofée de
dix foldats logés fous la même
tente ^ fe noromoit Manipulus ,
parce qu*îls combattoient en*
femble» Cette date » vagUe &t
générale, défîgne chei lui tout
les tems qui Tont précédé \ it
parle ici des tems poflérieurs à
C Marius. Il ajoute tout de fVjîte
une contradîAion. La turme ^
dans la Cavalerie, dit -il , ré-
pond à la centurie ou au Mani«
pulè dans ^infanterie* Ici il ne
prend plus le Manipule pour la
chambrée, il donne à ce nom la
fîgnificatîon qu'il aVt)ît avant C»
"Marius. La turme des cavaliers
étott de trente hommes ; elle
répôndoit à la centurie des fan-
taflîns; elle fe divifoît en tfoîi
décurîes , chacune de dix hom-
mes', c'éroit là décurie qui re-
pondoit à U chambrée , laquçllf
)4 MA
porte auffi quelquefois le nom
de décurie*
Dans les infcriptions» Mani'^
pulus cû toujours pris pour une
divifîon de U centurie y la cham-
brée :
PRO SALVTE. D. D. IMP.
PII. FEL. AVG.
ET. MATRIS. AVG. N. ET.
KASTROR.
AEDEM. GENIQ. 7. CŒLL
ADIANTL
MANIPVLI. EIVS.
SVA PECVNIA. REFECE^
RPNT.
£t , dans une autre ipfcription,
un centurion rétablit un petit
temple , VOLENTIBFS MA-
NlPrtlS SVIS. Les fimples
foldats font appelles dans les
toonumens MANIPVLARES ,
MANIPVLARII; & ceux de
la même chambrée • proprement
dits contuhtrnaUs , font aufE nom-
més COMMANIPVLARES^ de
tnème COMMANIPFLl. Dans
un marbre donné par Fabretti^
on lit COMMANFCVUS , par
corruption y pour commanipulis.
Pour remettre fous un feul
point de vue tout ce que nous
venons d*expliquer , nous pen*
Tons que le Manipule » compofé
de deux centuries réunies dans
2e même corps , fut conftam-
ment en ufage , & dans le cam-
pement , & dans la marche 9 &
dans la.bataillè y depuis Servius
Tuliius jufqu'à C. Marins* Ce-
lui-ci détacha les centuries , de
MA
manière qne Tidée du ManipoTe
ne fe perdit pas tout-à-fait, mats
elle devint confufe ; on fe fou-*
venoit encore que deux centu*
ries avoient fait un Manipule ^
& on appelloit encore , dans
chaque cohorte » les comman-
dans des deux premières centu*
ries y Triarius ; ceux de la troî*
fieme de de la quatrième , Pri/i-
ctps ; ceux de la* cinquième 8c
-de la iixiem^e y Haftatus y avec
la diilinétion de Prior & de
Poflerior ; ce qui dura ainfi juf«
qu*à Adrien , fous lequel ces
noms difparurent tout -à- fait
dans les cohortes » excepté dans
la première » dans laquelle feu«
le les premiers oiEciers gardè-
rent ces dénominations. La no-
tion ancienne du mot ManipU'»
lus s*étant perdue » il conferva
fa fignification générale pour
défigner un petit nombre , une
poignée de foldats ; de il en ac-
quit en même-tems une nou*
velle , qui lui devint propre &
particulière , ce fut celle qu*a-
voit toujours eue contubemium ^
la chambrée y dont ii devint fy*
nonyme* Il faut même nu'sl foit
defcendu jufqu*à fignifier un
feul foldat » puifque dans les
glofes on trouve xcAta^iiç ex«
pliqué par Manipulus.
' MANIUS 9 Manias y terme
qui vient de mancy comme qui
diroit né du matin. C*eil le pré«
nom ordinaire de plufieurs fa-
milles Romaines.
MANIUS CVKIVS y Manius
Curius f (4) dont parle Cicéroa
(À> Ciccf, de Ofat. L. U. c. 76*
MA
dans le fécond livre de TOra-
teur.
MANIUS , Manius , {a) dont
Perfe fait mention dans une di
fes Satyres,
MANLIA [la Famille]; (Bj
Jens Manda « famille Romaine »
éconde en grands hommes. Elle
â produit plufiears Confuts ,
plufîeurs Tribuns militaires ^
plufieurs Diâareurs. On croit
Îu'elle defcendoit d*Oâavius
lamilius Tofculanus « gendre
de Tarquin le fuperbe.
Il y a une médaille de la fa-
mille Manlia ^ qui d*un cdcé re-
préfente la têce de Rome avec
ce mot Rome y de la marque du
denier Romain X , au milieu
d'une couronne formée de ce
fameux collier, que T. Man-
lius remporta de la dépouille
du Gaulois qu'il avoit vaincu
dans un combat fîngulier. Au
revers on voit un cavalier armé
d^une lance de d*un bouclier , Si
cette légende , l. TORQ^l/AT.
EX. S. C. Or, on ne peut dou-
ter que ces mots ne fî^nifient
que L. Terquatus , qui fut
êonfttl aVec L; Cotta , l'ati
ée Rome 688 * a touIu fut cette
niédatUe perpétuer la mémoi-
re de Taaion de T. Manlius »
l'un de fes ancêtres » & Torigi-
iie du furnom de Torquatus i
que le Sénat lui avoit permis de
porter , à lui & à cous fes def-
M A 5$
cendans. Les inots £X. S. C.
Joints avec ceux de L, TORr
QUAT^ marquent la cbofe évi-
demment.
MANLIA SCANTILLA ^
Manlia Scantilta y (c) femme df
Tempereur Didius Julianus, fui
décorée par le Sénat du titre
d'Augufta.
MANLIA t la Loi }.(i<) Iti
Manlia y loi qui fut propoféê
par Cn. Manlius Capitolinus ^
afin que les nouveaux affi-anchis
portaflenc au tréfor public, la
vingtième partie de leurs biens.
Une autre loi du même noip^
dont le tribun Manlius fui^Tau^
teur y donnoit la province df
Numidie au conful C. Marius*
M ANLIANA IMPERIA , (#)
c'eft-à'dire , la févérité Maa-
lienne , efpece dé proverbe ^
qui avoit pri^ fon nom de celuji
de T. Manliûs , parce que ce
fameux Romain oonoa I exemi-
le d'une févérité exçellîvedan^
a perfonnè de fon fils j i qui H
Bt trancher la tête , en punition
de ce qu*il avoh combattu con^
"tre far défenfe , Tan de Rome
415 ,& 337 avant J. C.
M ALIANES [ les Loix ] , (/)
Manliana L^gesy loix donc par^
le Cicéron » au premier livre de
i'Ofateur.
MANLIUS ^Cn.J, (g) Cn.
Manliut y fut créé Conful av^
M. Fabius , fan de Rome 274^
fi
l
(d) Jufcn. Satyr 6. v. 56. é'/rf* . f U) BoHn. dç Anuo. Rom. par. 840^
(*) Tft. Tif. L. IV. c. ay. L. yitl.l&48. • ^^
C.7. M^cn* de l*Aç»d* dct Infcript. &
Beil. Letc. Tom. !• pag. a6i.
(«) Crév, Hift* des £mp. Tom. V.
pag. H»
(e) Tic. Ut. t. IV, <. «9. L. Vltl. t. •:,
(/) Cic«. de Orat. L. l. c. i*^i
(i) Tk* Uv. t. a, c..^|. 4r/|,.
Cii
5Ô MA
^ 478 avant Jefus-ChriA. Ces
deux Généraux marchèrent en-
Temble contre les Veiens à qui
toute rÉtrurie avbit envoyé
des fecours.. Au fort du com-
bat ^ Cn^ Manlius pourfuivanc
ïes ennemis , après les avoir
prefque mis en déroute , reçut
Une bleilure daiigereufe , qui
Tobligea de fe retirer de la
bataille. Cet accident fit croire
aux (iens qu*il étoit mort ; &
auflicôt ils lâchèrent pied. Et
ils auroient pris la fuite ouver-
tement^ n l'autre Conful, ayant
poufle fon cheval de ce côté-
là y ne leur eût crié que fon
Collègue vîvoit ; & que pour
lui , après avoir défait les enne-
mis de fon côté » il venoit à leur
fecours. Par-là il les engagea à
tenir ferme ; 6c dans le même-
kems le conful Cn. Manlius s'é-
tant montré à eux » acheva de
les raflurer. A la vue des deux
Confuls les foldats reprirent
courage. D'ailleurs » les enne-
mis avoient extrêmement éclairr
ci leurs rangs » tandis que fe
fiant à leur multitude, iU déta-
chent ceux qui étoient au corps
deréferve.,.pour aller attaquer
le camp dés Romains. Jl eiivrai
qu'ils y entrèrent f^ns peine»
Mais 9 pendant qu'ils fongent
plutôt à pilier qu'à combattre ,
les Triaires qui avoient pu
foutenir leur première irrup-
tion*, après avoir' fait fçavoir
aux Confuls ce qui fe pa^Toit,
tetournerehtf eh Foule à la tête
des Généraux ^ & recommence-
MA
rent le combat d'eux «mêmes*
Dans le même-tems , le conful
Cn. Manlius revenant au camp f
en ferma la fortie aux enner
mis , en difpofant fe;s fpldats à
toutes les portes* Ce mouve-
ment excita la rage des Tof-
c^ns, plutôt que leur valeur;
car , après, avoir fait envaia
plufi(îurs tentatives pour échap*
per , un gros de leur jeuneûe p
qui avoit reconnu le Conful
aux marques de fa dignité , fe
jetta impétueufement fur lui.
Ceux qui i'entouroient reçu-
rent les premiers coups. Mais,
Cn. Manlius étant attaqué par
des défefpérés » reçut à la fîa
une bleflure mortelle , qui écar-
ta tous ceux qu'il avoit à fes
côtés. Les Tofcans , devenus
plus hardis par ce fuccès , pouf-
fent les Romains effrayés dans
toutes les parties du camp ; ÔC
ces furieux^les auroient mis en
grand danger, fi les Lieutenans,
après avoir enlevé le corps du
Conful , n'eufTent prudemment
ouvert une porte du camp aux
ennemis. Alors , ayant la liber-
té de fortir, ils fe retirèrent
aiTez en défordre , & allèrent
donner dans les troupes de l'au-
tre Conful y qui , étant déjà
viiflorieux , en tailla la plus
grande partie en pièces , & mie
le reile en déroute. La viâoire
étoit des plus complettes & des
plus glorieufes ; mais, la mort
de Cn. Manlius empêcha qu'on
n'en réfleniît toute la joie.
:. MANLIUS [A.], (a) A.
C«) TitrLiv« Li It, c. 54. Lt 111. ic* fU 3ii Roll, Hiiltilom« T. 1. p. i\6, 39$, 398«
»_''
MA
MahlittSf A.. Mékmcç, fut créé
C9nrul avec L« Furîus, l'an de
Rome 280 , ôc 472 avant Jefus*
Chriil. H fut chargé de mar-
cher contre les Veiens ; mats
il n'y eut pas cependant de
guerre. Us demandèrent une
trêve de quarante ans; 6c elle
leur fut accordée | moyennant
une fdmme d'argent qu'ils payè-
rent , èc une certaine quantité dô
bled qu'ils fournirent auxRo^
mains»
Peu de tems après , 4e peu-
ple excité par les Tribuns de««
manda avec beaucoup d'obfti-^
nation l'établiiTement de la loi
Agraire ; mais , A. Manliu's &
L. Furius s'y oppoferent de
toutes leurs forces, ils ne furent
pas plutôt fortis de charge ,
qu'ils furent attaqués par lé
tribun Génucîus. Accules de*:
vant le peuple , ils commencè-
rent à paroître devant lui , dans
l'humble état de fupplians ; puis
s'adreflant aux plus jeunes Sé-
nateurs , ils les exhortoient à
renoncer . au)c charges de au3é
dignités de la République 6c
de regarde^ les faiCceaux Con-
fulaires , la robe prétexte 8c la
chaire Curule , comme les or-
nemens dont on les paroit, com-
me des viAimes , pour les con«*
duire à la mort. Qu'ils conddé-
raâent que ce Confulat, qui
avoit tant de charmes pour eux,
avoir perdu tout Ton éclat Se
toute fa force, & étoit devenu
comme l'efclave de la puîlTance
Tribunîcienne. Qu'en effet le
Conful, comme un vil appari-
teur ^ f^ voyoit obligé d'obéir
in A if
âù premier commandement , au
moindre figne des Tribuns. Que
s'il faifoit quelque déofarche ea
vertu de fa charge, s'il tour*
ooit les yeux far les Sénateurs p
É. tous fes regards n'avoient pas
1^ peuple pour objet , comme
fi lui feul faifoit toute la Réptt«
blique , il devoit s'attendre ôu
à l'exil , ou à la coûdamnation
& à la mort;
Les Sénateurs, animés par
de pareils difcours , renoncè-
rent aux délibérations publi-
ques , 6c commencèrent à tenir
des afTemblées fecretes , où Ils
ft'admettoîent'qu*un petit nom-
bre de perfonne^. La , conve-'
liant entr'eux qu'il falloir à
quelque prix que ce fât, dé-
livrer les accufés du danger
qui les menaçoit , l.çs voies les
plus violentes étoient celles
qu'ils goûtoient le plus , 6c it
s'en trouvoît parmi eux quf
s'offr oient à entreprendre leV
coups tes plus hardis. Le jou£'
du jugement étailt doÀc arrivé ,
& le peuple s'étant rendu dans
1^ place , fort attentif à la fen^
tence qu'on alloit prononcer ,
fut étonné d'abord de ce que
le Tribun ne paroiffoit point.;
Enfuite , un plus long retarde-
ment lui fit naître des foùpçons.
Il s'imagina que les premiers
du Sénat Tavoient folliclré , 6c'
qu'il avoit eu la foibleiTe , à,
^ leur conlidération , de trahir
la caufe publique dont il s'é«
toit chargé. Mais^ un moment
' après 9 qû'el<)ues particuliers ,
voifîns de Çépucius ," vinrent
annoncer qu'on Tavoit trouvé"
C iij
ii MA
tjfiôn dans h roaifon. Cette oou*
TelU ne fe fur pas plutoc répan*
eue dans rafTemblée , qu'elle
fe di/Gpà » comme une armée
qui vîew dejperdrc fon GénérMf
Mais p perfoDne ne fut plus
<onilerné que les Tribuns , à
oi|i la mort de leur Collègue
»iiroir comprendre combien peu
i]s dévoient compter fur la
?'roteâ2on des loix facrée^^
our les Sénateurs» ils s*ab&n-
donnèrent à une |oie immodé*^
rée ; 6c bien loin de fe repeo<»
lir de cet attentat, cèux-roé-
mes qui n*y avoient point trem^
pé « eo vouloîent partager U
gloi re> & publioient hauteoaenti
que c'étoit ainii qu'il falloic
9*7 prendre pour dompter ôç,
battre la pui^ance des Tri'*
buns*
A. Man|i^s ïîit un des trois
Réputés qu'on epvoya à Athè-
nes, Taq de Kftme 300 , & 453^
^Y^nc Jeûis-.Çhrift ^ avec ordri^
ie rechercher & d*exuaire les
rôix les plus célèbres de So^
ton t 8f. de s'informer exaAe-
ment des règlement» des mœurs
& des coutumes ^es autres vU->
les de la Grf ce, A leur retour «
nos trois députés furent du nom-
bre des Oécemvirs que Ton
chpifit pour la rédadtion des
nouvelles loix qu'oQ vouioiç
érablir.
Il j en ^ qu[ donnent h, Man-
I1US le prénom de Caius > au
lieu de celui. d'Aulus.
MA
MANLIUS [C] . Ç. MàWk
Uus. Foy^^ l'article précédent.
MA^fuUS [ L 3 CAPITO-
LiNUS , L. Manli^s Çap'mli^
nus , {a) up def Tribuns mili*
taires qui furent créés « l'an dtt
Rome 333 , & 419 avant Je-
fus-Chrift.
M A NLIUSr M .], M. ManUus^
(b) fut créé Tribun militaire «
Tan de Rome 3 3 $ » & 4x7 avant
I# C.
MANLiUS [A.], À. Manlius^
(c) parvint pluQeurs fois à la
charge de T^i^^n militaire. Lu
première fois » ce fut l'an d^
|l<>me 3fO| ^ 401 avant Je-*
îusiÇhrin* I,.*a fjpcoi^de, ce fut
trois ans après. Epfia» la trot*-
fieme fois , ce fut l'an de Ro-*
me 358, âç 394 avant lefus*
Chrift.
: MANLIUS [M*l , ÇAPITQ-
LINUS, M, li^nHus Caf'uùliaus^
{d) fut éleva au Consulat avec
t. Valérius Potitus • l'An d«
ftome 3^3 , & ^'^ avant Jefus»
Çhrift. Ces deu3( M'4g\ftr«ts fi*
^ent repréfenr^r lesgrapdsjeux^
auxquels le Di^jiteuf M. Furîu$
s'étott engagé par un vœu , pe»»
dsnt la guerre de^ Veiens* C^
fut au/Ii ibus Uur Confulatqu'oa
6t la dédicace du Temple, que
le même Dicflateur ayoit promît,
à Junon Reine, dans la même
guerre ; & les D^smes aflifterenf
\ cette cérémonie avec unt
dévotion extraordinaire. Lef
Romahis eurent contre let
(«) Tît. Lîv. L. IV. c. 4t. I {d) Tît. Liv. L. V.c ^i , 47* t* VU
(b) Tic. Liv. i. IV. c. ^4. fx. 5 s II. «^ feq, Flut* To(n« I. p. 14s »
O) Tît. Liv. t. IV. ci. 61. L. V. t.] 143 • 14^ , 148. RoU. Hfft. Rom. T. IL
MA
Cqaei, fur Iç monc Algiity nne
guerre peu coofidérable , dans
laquelle ils défirent les ennemi^
prefqu*avant que dVn venir aux
mains avec eux. Comme M.
Manlius avoir fait paroîcre plu^
d*acharnement à pourfuiyrç lep
vaincus, & à les tuer dans leur
fuite « on lui décerna le triom-
phe» maïs on n'accorda que To-
vation iî fpn Collègue*
Deux an$ après , Rome étant
afGégée par les Gaulois » la cita- >
délie âc le Capitole étoient fur
le point dç tomber fous la puif-
fance des ennemis, lorfque M.
AI anlitts, éveillé par les cris des
oies & le battement de leurs aï-
les , fe jecta fur fes armes , 3c
ayant ordonné aux autres de
l'imiter & de le fuivref , il mar-
cha le premier où le péril Tap-
rellpit* Avant qu*aucuodçs fieos
eût encore joiuc , il renverfa
d*un coup de fon bouclier un
Gaulois qui étoit déjà arrivé au
haut de la cçUine. Celui-ct,
tombant fur ceux de fes cama-
rades qui mjgtrchoient après lui ,
les culbut^a, en fprte que M*
Manlius n*eut pas de peine à
les tuer, pendant qu^ayant jette
leurs armes, ils s*accrochoieot
aux pointes du rocher pour fe
retenir. Enfin . les compagnous
4e M. Manlius étant venus ^
fon fecours , à coups de traits
& de pierres précipitèrent
tout le reile des ennemis juf-
qu*au pied de la colline. Le
tumulte aTant été appaifé • Us
Romaius aonaerent Ici refle de la
nuit au repos «autant qu'ils en
pnreoc j^readre dans h trpub^e
M A ^^
qvAU$ aptoit, apr^ onç alhtf-
me fi chaude , & no péril qui
tout paflS qu'il étoit, leur don»
Doit encore de l*kiqutétude.
Ç^uand le jour fut venu , les
ribuns firent afiVnbter les fof-
dats , dans le defTein d'accof^
der aux bonnes 8c aux mauvais
fes adlions te prix qui leur con-
venoit. Us commencèrent à
donner à M. Manlius tes élo«
gès de lés récompenfes qu'il
'avoir mérités.' Les foldats.,'^
Texemple de tenrs chefs, fe
piquèrent de géqérofité en-
vers leur libérateur ; car, fe
privant d^une partie de leur
nourriture pour lui faire hon-
neur , ils fournir^t chacun
une demi-Iivré de farine 6c un
poiflTon de vin » 8c firent por-
ter le toi^t dans la maifon qu'il
a voit dans la cStadelU. Vue tel-
le contribution çft afforémctit
très-peu confidérable en elle-
même ; mais , la difette qui re«
gnoit dans la place , la doit faire
regarder comme un témoignat-
ge éclatant de Tamour 8c de
reftime que les foidats avaient
pour lui. Ce fut fans doute ce^-
te aâlon héroïque qui Hi
mérita Iç furnom de CapitotU
nus.
L'an de Rome 368 , Sc 384
avant Jefusî-Chrift , M. Manlios
Capitolinus fut créé Inrer-Koi ,
8c deux ans après ^ il fut l'au-
teur d'une féditapn des plus dan-
gçrcufes, s'étant mis à la tête de
la populace, ce x)u*on n'auroic
jamais cru d'un homme d'une
fi haute réputation. La grandeur
^e fpn courage 8c fôn ambition
C iv
40 M A
exceiSve lui avoient iQfpirè
.pour Camille. uq« fumufe ja*
Ipufie. U ne pouvoir fouffrir fo^
laérice 6(, tqn éléyat.i.on. Il ïe
4»Uîgnoit hautement de la pré-
jfrence que les Ron|i^aîn$ don-
HOljçnt à ce grand homme. Qu'il
jrempliflbit leul toutes, les Ma^-
Î^iftratures ; qu^il commandoît
eul toutes les armées; qu'il
çtoit tellement ,4lèyjé "au deiTiis
de tcus les autres citoyens'»
.i|u*il tenoit au rai>g de ^es Lieu-
.tenans » fes .propres Collègues ,
créés fous les mêmes .^ufpices ,
& avec la même autorité que lui;
qju'après tout, à juger fainement
.des chofes, les fervicesde Camil«
Je n'étoientpas fi co-afidérables ;
êc que jamais il n'eût pu retirer
Romje des mains des Gaulois.,
.£ lui-même n'avoit le premier
fauve le Ca picole & la citadelle*
..Que même Camille étoit venu
furprendre les ennemis , dans le
^cems que fe repofant fur la foi
d*un traité.j ils étoient près de
recevoir l'or dont les Romains
étoient convenus pour leur ran-
çon ; au lieu qu'il les ayoit re*
pouflës , lui , lorfqu'ils avoient
les armes à la main, & qu'ils
étoient prefque maîtres de la ci-
cadelle. Qu*enfin tous les foldats
de Camille dévoient avoir part
à fa gloire, comme ils enavoieot
eu à (a vi(floire ; au lieu qu'au**
cun mortel ne pouvoit partager
celle de M. Manlius,
Cet efprit l^ouillant , impé-
tueux , enflé de ces vaines louan-
ges qu'il fe donnoit lui-même ,
commença par abandonner le
Séoât dont u o'écoit pas 4u£
MA.
confîdéré qu'il crcJyoît le mé-
riter ) 6c palTant de l'ordre des
Patriciens dans celui du peu-
ple , il s'attacha aux intérêts de
la multitude , aux Maglilrats de
laquelle il communiqua depuis
tous fes defl*eins. Il ne ceflbit
de câfeiTer la populace y Su
d'accabler les Sénateurs de re-
prochés , fe lailTant emporter
au vent de la faveur populaire»
fans plus écouter les confeils de
.lai'faifân, & préférant une ré-
putation brillante à une gloire
folide. Mais , pour foulever la
'multitude , il n'employa point ,
comme, avoient fait jufques-là
tous les Tribuns du peuple, la
douceur & les attraits de là loi
Agraire , mais un moyen beau-
coup plus intéreifant. Il entre-
prit d'abolir la foi publique^,
ôc d'éteindre toutes les dettes
dont lé peuple fé trôuVoît char-
gé, & qui rexpofoient nop-.feu-
iement à la nécefCté & à la m]-
'férê f mais .même à U pfifon &
aux tourmens, • ' •
La guerre des Volfques ,
' quoique dangereufe par elle-
même', ôc furchargée de la ré-
beiliôA des Latins de des Her-
niques , ne fervit cependant que
de prétexte aux Sénateurs pour
recourir à une autorité dont il
n'y eût point . d*appet ; car ,
jdans le fond, ce furent les en-
itrepcifes de M. Manlius Capi-
'tolinus. qui les engagèrent à
doihmer Di(^ateur A.' Corné«
llus^ColTus, qui fe donna pour
mairre de la cavalerie T. Quin-
riiis CapitoUnus. Quoique le
Dlâaicur prévit bien yi*il trou*
*• ^9
MA
verok plus de difficutié à fou*^
mectre fes citoyens , qu'à ré-
duire Tes ennemis > cependant
foir qae la guerre ne fiouârîc
point de retardement» foit qu'il
voulût donner plus de poids
& d'autorué à fa charge par la
viâoire qu'il remporteroît. Se le
triomphe dont elle feroit fuivie»
il n'eut pas plutôt mis une ar^
mée fur pied» qu'il la condui-
fit contre les ennemis > âc rem*
porta fur eux de grands a vanta*
ges.
Cependant , la fédition aug^-
nentoir k Rome' de jour en
|our;.& celui qui en éroit le
chef , en rendoit les fuites en^
core plus redoutables^ car , M.
Manlios Capttolinus ne fe coq*
tentoic plus d'animer le peuple
par des difcours flatteurs » mais
il y joignoît des aAions plei-
nes de bienveillance & débouté
en apparence , ôc très - pernt-
cieufes au fond , à en confidd-
rer le motif & les conféquen*
ces. Ay«Dt vu qu'on tratooit
en prifon, pour fes dettes» un
Capitaine qui s'étoit diilingué
par fes. actions guerrières.» il
courut à fon fecours avec la
troupe dont il étoic toujours
accompagné ; & fe failiffant de
fa perfonne 9 après^ s'être em-
porté contre l'orgueil des Sé-
nateurs âc la cruauté des Ufu«
riers ^ après avoir plaint lami-
fere du peuple , loué haute-
ment la valeur de cet .Oificier
& déploré fon infortune : » Ce
9 feroit bien en vain ,<ajouta-
9 t-ilv-que ce brafs auroit fau-
m^ vé îe Capitoie & U ciudel-
MA 4c
» le , fi je laiflbis traîner ca
3i> prifoo de réduire à la fervi«-
3» tude mon concitoyen & moa
» compagnon de guerre , com*
Il me fi les Gaulois écoiènt de*
» venus nos vainqueurs & nos
j» maîtres. » Après avoir ainfi
parlé , il paya au créancier la
fomme que l'Officier lui devoir^
& l'ayant délivré de Tefclava-
ge avec les formalités requifes
en pareil cas , il -le renvoya
plein dereconnoiifance^âc priait
Jes Dieux & les hommes de
reconnottre -er^ fa place , les
bienfaits & la générofité de M*
Manlius Capîtolinus » fon Lt«
bérareur , & le père du pea«
pie Romain.
A ce^ce aAion M. Manlius
Capitolanùs en ajouta une autre,
qui étoit capable de porter la
multitude aux plus violentes e: -.
trêmités» Après avoir fait pu-
blier par le ccieur, qu'une terre
qu'il avoit dans- le rerritoire de
. Veies , 8c qm éroit la partie de
fon patrimoine la plus confii-
dérable , étoit à vendre : » C'eft,
» dit-iJ , Mefiîeurs » afin qu'il
» ne foîc pas dit qu'aucun de
» vous foit menacé de la prifon
» ou de la fervitude, tant que
» je ferai pn- état de l'en dé-
» livrer.» Ce dernier traie^n-
fiamma . tellement le peuple,
qu'il parotfToit capable dé tout
'• entreprendre pour celui qu'il
regardoit comme fon Libéra-
teur.., M. Manlius Capitolinus
tenoit des ademblées dans fa
maiibn*, où fans plus garder
• aucun ménagement pour les Pa-
triciens I si fe mettre ça peioe
i
MA
lès reproches qu'il leur fai«
toit étotent vrais oit faux , il
avança entr'autreschofes» qu'ila
avoienc cdché les tréfors qu'on
avoit repris aux Gaulois» On
que noii contens d« s^être em-
parés des terres de la Républi-*
que, ils s*approprtoieat eocor^
un argent qui lui appartenoit •
fc qui ftiffiroif pour acquitter
les dettes du peuple» fi on pou-
voit obliger ces avares à lâcher
leur proie* Cette efpérance
dont il flatta les citoyens » mit
le comble à leur indignation.
té Quoi« difoient-ils , quand il
«» a fallu trouver la ibmme que
« les Gaulois exigeoient pour
y> notre rançon » nous nous fe*
» rons tous cottifés pour la
I» faire ; 6c aujourd'hui un pe-
» tir nombre de paniculiers
-» partageront cet or qu'on a
f» forcé les ennemis de rendre ? n
Pour n*eo pas demeurer-là , ilt
preflbient M. Manlius Capitoli-
ntls de leur découvrir le lieu
où Ton avoit caché un Vol de
cette importance. M. Manliu«
Capitolinus les prioit d'atten-
dre» les aflnrant qu'il le leur
diroit en tems & lieu. Mais »
le peuple ne perdoit point
de vue cet objet qui feul l'oc-
cupoit ; Ac il étoit aifé de voir
qu'il n'y avoît point de réconh'
penfe que Taccufateur ne pût
efpérer» fi la dénonciation (e
trou voit véritable» ni de peine
qu'il ne dût craindre» fi elle
étoit faufie.
Telle étoit la fituation des
affaires à Rome » lorfque le
Dîâaieur y fut rappelle. Dds
M A
le reaHematn de foo arrivée»
ayant iuffifammeot ocamioé In
éifpofîtion des efprits » il afle»*
bla les Sénateurs; âc leur ayant
ordonné de fe tenir toujours
auprès de fa perfonne, il vint
accompagné de ce cortège» dans
la place , Se monta fur iton Tri-
bunal » qu'il avoit fait placer att
milieu. Alors » il envoya ordon-
ner à M. Manlius Capitolinns»
par un Liéleur de le vei»r troo*
ver. Ce féditieux averdt suffi-
tôt les fieos de l'orage qui fe
préparoit » 6l vint an tribunal
d\i Diâateur fuivi d'ui^e mul-
titude infinie* On voyoit d'un
côté le Sénat» de l'autre le
peuple » les deux partis ainfi
•que deux armées ayant les yeux
attachés fur leuis chefs » comme
s'ils euflent attendu le fignal dn
combat. Alors » le Diâateur
ayant fait faire filence : » Piât
» ' aux Dieux » dit- il » M. Man*
» lius » qu'il fût auifi aifé de
« mettre le peuple d'accord
-o avec le Sénat de avec moi
» fur toutes les autres affaires f
» que )e fuis fur qu'il fera da
» même fentiment que nons »
» fur celle qui vous regarde »
3» & fur laquelle je vais vous in-
» terroger. J'apprends que vous
y» avez fait efpérer aux citoyens
» que» fans faire tort à leurs
iB créanciers» leurs dettes pen-
A vent être acquittées des de-
3» niers qu'on a repris' aux Gaq-
s> lois » & que les premiers des
» Sénateurs tiennent cachet*
30 Bien loin que ]e m'oppofi;
jo à un fi grand avantage » je
» votts escorte p .M. ida^ltin
p
P
P
P
m
»
m
«
3»
«
:2>
a»
î»
•a»
,t>
»
•9
MA
Capitolious , à déUvfer le
peuple des intérêts qu'il eft
obligé de payer , & pour
cet effet de déclarer quels
fooc ces avares qui retren*-
neat pour eux feuls les rré-
fors de la République. Si
vous n'obéiflez pas:, foit par-
ce que vous-même avez parc
au butin , foie parce que
votre dénonciation éft fauf'*
fe 9 je vais vous faire con-
duire en prifoa > & je ne
fouffrirai pas que vous amu-
fiez plus long-cems la multi-
tude par de vaines efpéran-
cet* Je fçavois bien , répon-
dit M. Manlius Capîtolinus »
que ce n^étoit ni contre les
Volfques f autant de fois nos
ennemis , qu'il e& avantageux
an Séaac de les faire palTer
pour tels , ni contre les La-
tins Se les Herftiques, que
par de fauiTes accufations ,
on force de prendre les armes
pour fe défendre » maïs con-
tre moi de contre le peuple >
qu'on vous avoir créé Diâa-
teur. Aujourd'hui , laiflantr
là la guerre» qui n'étoit qu'une
feinte , vous venez fondrb
fur moi ; Se vous déclarant
le proteâeur des Ufuriers de
Tennemi du peuple , vous me
faites un crime de fa recon-
Doiffance , & vous voulez me
punir de lui avoir fait du
bien. Vous ét<fs choqués »
Cornélius, & vous; Meffieuirs
les Sénateurs , de voir autour
de moi un 6 gr»nd nombre
de citoyens* Écartez - les
Vauprès de ma perfonne par
MA 4)
« vos bienfaits « en répondant
» pour eux t en les délivrant de
s> la prifoo Si dti chatnes , ea
3» empêchant qu'on ne les ad-
n juge comme efclaves à leurs
«9 Créanciers » enfin en em«
» ployant une pai'tie de votre
to fuperflu , pour foulager leur
» mifere. Mais , pourquoi vous
» exhorter à donner de votre
» bien > Laiffez feulement aux
-n autres celui qui leur appar*
)» tient. Retranchez des femmes
9» principales que vous avez
» prêtées , celles qui vous ont
» été payées à titre <i'intérêf ;
To Se VOUS verrez que ma Cour
» ne fera pas plus grofe que
» la vôtre. Vous me demandez
» pourquoi je fuis le feul qui
» prends fi fort à coeur lès inté-
T» rets du peuple? Demandez-
» moi done auffi pourquoi j^ai été
y> feul qui ai pris les armes
3» pour fauver le Capttole Se
» la cîtâdelle , & je vous ré-
jo pondrai qu'alors je donnai à
'n tous les citoyens en général
3» le feeours qui dépendott de
•y> moi ; Se que dans la fuite je
» défendrai chacuti d*eci% en
3> particulier , Si quand l'occa-
» fion s'en préfentera. Quant
3> aux tréfors des Gaulois , vous
» rendez difficile par vos quef-
» tious une chofe qui de fa na-^
n ture eft très-aifée. Car ,
a» pourquoi m'obliger de vous
» dire ceque vous fçavez mieux
» que perfonne ? Pourquoi vou-
- » lez vous qu'on vous fouille ,
» plutôtxjue de rendre de bon-
30 ne grâce, ce que vous avez
ii fetré daos vos poches» à
44 ; MA
» moins qu'il n'y ait quelque
30 fraude cachée là-deflbus , &
30 que voqs ne foyezfûrs de
» votre fait ? Car , plus vous
n me défiez de découvrir vos
» preftiges »plus je crains que,
» femblables à des joueurs de
» gobelets , vous n'ayiez jette
» de. la poudre aux yeux des
» plus curieux & des plus pé«
V» nétrans* Je conclus que ce
30 n eil pas moi qu*il faut obli-
» ger de découvrir vos brigan^
» dages , mais vous qu'on doit
30 forcer de les repréfenter. »
Le Dictateur le fomma une
féconde fois de laifler-là les
détoufs j de répondre jufte , âc
de prouver ce qu'il avoit avan-
cé , ou d'avouer qu'à tort &
fauffement il avoit accufé tout
le Sénat de vol , afin de le ren-
dre odieux au peuple. Sur le
refus qu'il fit de répondre à
des ennemis, qui n'avoienr pas
droit , difoit-il , de l'imerro-
ger 9 le Diâateur ordonna qu'on
le menât en prifon. Dès que
le LiAeur eut mis la main fur
lui : » Grand/ Jupiter j s'écria-
30 t-il , & vous Junon , Reine
•» des Cieux , & vous Miner*
» ve, & tous tant que vous êtes
» de Dieux 8c de Déefles qui
7> habitez le Capitoleifouffrirez-
j> vous que votre défenfeurToit
30 traité fi indignement par fes
30 ennemis ? Souffrirez - vous
3a qu'on charge de chaînes ces
y> bras qui ont repouffé les
30 Gaulois près de profaner vos
90 temples ôc vos autels ? » Tout
le peuple étoit au défef|>oir*
Ce quil Yoyo>t ^ ce qu'il e&cgi^
m:A
^oît fepénétroit de là pîus vive
douleuré Mais , cette ville , la
plus docile qui fut jamais à fes
magiilrats légitimes , n'avoir
point encore appris à réfifter
aux ordres du Diâateur ; dt
l'autorité de ce premier chef
étoit fi redoutable ,' que les
Tribuns du peuple & le
peuple lui • même n'ofoient
lever les yeux , ni - ouvrir
la bouche en fa préfence*
Ce qu'il y a de certain , c'eft
que M. Manlius Capitoltnus
n'eut pas plutôt été mis ea
prifon, que la plus grande par^
tie des Plébéiens prirent de%
habits de deuil , laifferent crol*
tre leur barbe éc leurs cheveu x>
& parurent fouvent autour de
fa prifon les larmes aux yeux ,
& accablés d'aiBidlion. Enfia,
le peuple étoit fur le point d'en
rompre, les portes , lorfque
le Sénat pour prévenir cette
violence , les fit ouvrir «par un
arrêt qu'il rendit à ce fujec.
mais , cette condefcendance
donna un chef à la fédition ^
au lieu de la calmer.
En effet , M. Manlius Capi-
tolinus, affemblant chez lui. les
principaux du peuple* prenosc
nuit & joiir avec eux des me-
fures, pour introduire dans le
. Gouvernement quelque nou^
veauté qui leur Hit avantageufe,
faifant paroitre plus d'arrogance
& de cplere que jamais. La
prifon avoit aigri ce courage
qui n'étoit point accoutumé aux
affronts ; de fon orgueil augmen->
toit, quand il faifoit réflexicKi
qu'A. Çornélitts Coffus n'^voîe
• MA
pes ofé l6 traiter comme Ih
Quiotius Cincinnatus -avoic
Craicé Sp. Mélius ; & que ni
ce Ma^iftrac , en fe démettant
de la.Didature» nî Iç Sénat
en^ ordonnant qu'on le remît
en liberté y n'avoient pu appai-
fer la muldtude. Irrité des in*
fures qu'il avoit reçues de Tes
ennemis ^ ôc fier des ménage'*
inens qu'ils avoient pour lui ,
il animoit par des difcours fé-
ditieux le peuple déjà aâez in-
4igné de lui-même. » Quoi ,
«> difoit-il, la raifon ne peut-
» elle vous apprendre quelle
o. eA votre puiflance f tandis
» que les bêtes mêmes connoiC^
» ient leurs forces par le feul
p intindl ? Comptez aux moins
•I coffd^ien vous êtes » & com^
7> bien vous avez d'ennemis.
» Quand ils feroient autant que
» vous f je crois cependant que
^ vous devriez combattre avec
s» plus de courage 9 pour con*
n ferver la liberté , qu'eux pour
» acquérir la domination. Mais»
» il s'en faut beaucoup que leur
nombre n*égale le vôtre. Au-
I» tant que chacun d'eux a de
» clîens qui lui viennent faire
ao la cour, autant il aura d'en-
.» nemis à combattre. Montree-
» leur (eulement la guerre , 2c
K> audSt^t vous aurciZr la paix.
p Dès qu'ils vous verront dé-
!> terminés à employer la force,
ao ils fe mettront à la raifon*
» Il faut bien que tous, enfem-
» ble vous faiEez paroitce vo«
p tre courage , ou vous réfou-
P dre à fouSirir chacun en par-
9» ciçuUer toui^ ce qu'ils vour;
M A 4$
» dront Faire contre votis. Vous
» avez les yeux attachés fur
» moi , & auurémeot je ne mao*
» queraià aucun de vous. Mais,
7> c*eû à vous de faire en forte
a» que le pouvoir de vous fe*
3> courir ne me manque pas à
D moi-même. Vous fçavee que
» ce M. Manlius Capitolinus
» votre libérateur n'a plus rien
a» été dès que vos ennemis l'ont
ao voulu ; 6c tous enfemble vous
» avez vu conduire en prifon
» celui qui avoit rompu vos
» chaînes , toutes les fois que
ao l'occafion" s'en étoit préfen-
ao tée. A quoi dois- je m'atten-
» dre, s'ils pouflent leur au-
ao dace plus loin , (inon au fort
7> malheureux de Sp. Caffîus
ao & de Sp. Mélius f Je vois
30 que cette feule peofée vous
ao fait frémir. Vous avez raifon;
30 j'efpere que les Dieux ne
30 leur permettront pas de me
la traiter ainfi ; mais , ils ne
x> defcendront pasduCiel povir
n me tirer de leurs mains. C'eft
33 à vous qu'ils inipireront le
3' deflein de le courage de me
» protéger , comme ils m*ont
n donné tant en paix qu'en
33 guerre , celui de vous dé-
33 fendre contre des ennemis,
3> Barbares ëc contre des ci-
ao toyens orgueilleux. Quoi »
ao le courage d'un peuple &
ao nombreux fc ii fuiffam fe
ao bornera-t' il toujours à obténif
aa quelque fecours contre la vio-
ao lence de tous fes ennemis }
33 Et tous les démêlés qu'il au-
33 ra avec les Sénateurs , né fe
ao termineront -ils [amxis que
4^ MA
3» par urtt humble QhéiffàîkC€
» à leur volonté? Aflurémenr
3» cette foupleâe ne vous eft
» pas natureUe ; vous en avez
a> contraâé Thabicude. Car »
9 pourquoi avez*vous tant de
m courage 6e de hauteur avec les
3D eoDemis étrangers , que vous
3» croyez être en droit de leur
3» commander , fi ce n*eft que
3» vous avez coutume de com«
» battre pour TËmpire ; au lieu
39 que vous ne faites jamais con*
3» tre ceux«'ci que de vaines ten-
» tatives pour maintenir votre
^ liberté l Cependant , jufqu*ici
3» quel qu*aiK été le caraâere
3» de vos chefs de le vôtre, vous
» avez toujours obtenu ce que
» vous avez demandé , ou par
» force) ou par bonheur* Il eft
3» tems maintenant que vous por*
n tiez vos vues plus loin. Éprou*-
V vez jufqu'oû peut aller votre
3» bonne fortune; éprouvez juf-
» qu*oû peut aller mon zèle, qui
» vous a» î'ofe m'en flatter, aâfez
30 heureufement réuffi jufqu'à
3» préfent. Vous aurez moins de
3» peine à donner un maître
» aux Sénateurs» que vous n^en
9» avez eu à vous oppofer à
3» leur domination. Il faut met*
9» cre à bas les Confulats 8c les
9 Diâatures , afin que le peu**
p pie Romain puifle enfin lever
» la tête. Je me déclare votre
» défenfeur & votre patron ;
» c'eftun nom que je crots avoir
» mérité par mes travaux Sl
3» ma fidélité. Mais , fi vous me
» donniez quelque titre plus
» honorable, un nom plus im*
1» pofant^ une autorité plusécea-
MA
» due » je n'en uferois qise potff
n vous faire obtenir avec pluft
n de facilité les avantages que
39 vous défirez- n Depuis et
jour-là , on dit qu'on fongea
férieufement à le faire Rot.
Mais I oniie nous apprend point
avec qui il traita d'un projet
fi hardi , ni jufqu'oh l'affaire
fut poufiee.
Les Sénateurs de leur c6té V
allarmés des afiemblées qui fe
tenoient dans la maifon d'ua
particulier logé dans la forreref^
fe y & du péril dont la liberté
étoit menacée , prennent des
mefures pour en arrêter les fui«>
tes. La plupart s'écrient qu'il
faut avoir recours au courage
ÔC au bras d^un C. Servilius
Ahala» qui plutôt que d'aigrir
un ennemi public par une pri*
fon de quelques jours, termine
tour d'un coup cette guerre in*
teftine par la perte d'un feu! ci»
toyen. On fe détermine cepen^
dant à un parti moins violent
en apparence , mais qui dans le
fond n'étoit pas moins efficace %
c'efi:<l'or donner aux Magiftrars
de fe tenir fur leurs gardes $ Qc
d'empêcher que les intrig<ies
de M. Matilius Capirolinus ne
faflent tort à la République;
Alors, les tribuns Confulakes
de les Tribuns du peuple qui
s'étoient unis avec le Sénat ,
quand ils avoient vu que leur
puifiance allolt expirer avee
la liberté , délibérèrent en cqro^
mon pour fçavoir comment oH
t'y pr endroit pour empêcher
<|ue le mal n'allât plus loin*
Le neurtre de M. Mantius Ca^
MA
)>tlolIiius paroiflbk être le feùl
expédient; mais, comme oa ne
pottYoit Texécater fans s'expo-
ler à de grands périls , deux
des Tribuns du peuple, M.
Ménius &c Qt PiiblUius « pre*
«aec la parole : » Pourquoi , di-
» reot-ils , mettons-nous le Sé«
» nat aux prifes avec le peu-
» pie dans ufle caufe qui doir
3» réunir les deux ordres, con*
» c-re un citoyen qui veut l€$
ib opprimer Tan & l'autre ?Pour-
a» quoî en attaquant M. Maolius
» Capirolinus , actaquoôs-nous
3» le peuple avec lui , pendant
a» que nous pouvons , avec plus
J» de ISreté , touhier le peuple
n lui-même contre ce féditieux,
j» & Taccabler fous Tes pro*
V près forces f Notre def&in
» eft donc de Pappeller au
SI Tribunal du peuple* Le peu-
» pie ne déteite rien comme
» la Royauté. Dès qu*il verra
9 que ce o^eft pas à lui qu*on
» en veut ; que de protecteur de
« M« Manlius Capitolinus il fe*
» ra devenu fa partie âc même
B> fon juge; que fes accufateuri
» font des magiftrats Plébéiens 9
» et que le crime dont on l'ac-
o cufe eft d'avoir brigué la
» Royauté , il renoncera à tout
» pour ne fonger qu'à fa U«
«> bercé» »
Cette propofitiofi des Tribuns
<lu peuple ayant été approuvée
4e toute Pauemblée^ ils l*ajour«
nerent devant le peuple , & le
fommerent de comparoître à
certain jour devant fon Tribu-
»ah D*abord » le peuple fut
étonné I fur-fout quand iiremar-
MA 47
qua que M. Manlius Capitolèr
nus étoit le feul qui eût pris des
habits de dueii, êc qu'il étoic
abandonné non -feulement des
Patriciens t mais encore de fet
parens èc de Ces alliés , & même
de Ces deux frères, A. êc T. Man-
lius , quoique jufqu/à ce jour
on eût toujours vu les proches
& les amis d*un accufé changer
d'habits en même^tems que lui«
On fe fouvenoit que quand le
décemvir AppiusClaudiusavoit
été mis en prifoni C. Claudsus
fon ennemi 0c toute la famille
Claudienne avoient pris le
dueil.
Quand le. jour de Paccufa-
tion fut venu , outre les aifem*
blées fecretes qu*il avoit tenue«
dans fa maifon , les harangues
féditieuies qu'il avoit pronon*
cdes dans la place publique,
les largeflesqu*il avoit faites au
peuple I & la calomnie dont il
avoit ufé contre le Sénat, on
ne voit dans aucun Écrivain
quelles furent les autres ips^en*^
ves qu'on apporta pour le c<oci«
vaincre du crime qui faifok in
«natiere de ce jugement. On un
doute point qu'elles n'aient été
très-fortes, puifque fi le peu*
pie Tefufa de le condamner «
ce ne fut pas fon innocence <pA
l'en empêcha , mais le lien «A
on l'avoit aiTemblé» Je crois^
dit Tîte-Live , devoir faire In
réflexion fui vante , pour faim
fentir à ceux qui liront les
aventures de M. Manlius Capi-
tolinus , combien la cupidité de
régner rendit odieufes en fa pet"
fouAC une de grandes qualités^
4* MA
qui , fans ce vice , lut auroient
arriré Tamout ôc i'eflime de
tous les Romains. On die qu'il
produisit près de quatre cens
citoyens dont il avqit empêché
qu*on ne vendît les biens, ou
-qu'il avoit tirés de la prifon èc
des chaînes > en payant leurs
dettes, fans exiger d'eux au-
cun intérêt. A Tégard de fei
iêrvices & de fes campagnes^
il n*en conta pas feulement
rhiiloire , mais il en donna des
témoignages éclatans, en expo-
fant aux yeux de touj: le peuple
les dépouilles de trente ennemis
tués de fa main, 5c quarante dons
reçus des Généraux fous qui
il avoit porté les armes , entr'au*
très deux couronnes Murales
& huit Civiques; de plus il
préfenta à Tademblée un grand
nombre de citoyens qu'il avoit
arrachés des mains des ennemis,
parmi lefquels' étoit C. Servi-
lius , qu'on avoit nommé, maî-
tre de la cavalerie (ix ans au-
paravant pendant fon abfence.
Après avoir expofé le tout dans
un difcours pathe'tique , dont
'Jes expreflîons & les penfées
répondoient parfaitement à la
, grandeur de fes exploits guer^
xiers , pour mettre le com-
ble à fon apologie , & en fôr-
^ ne de péroraifon , il déchira
fes habits ,& laiiTa.voir fon ef-
tomac où paroiiïbient encore
les cicatrices des bleflures qu'il
avoit reçues en combattant ; &
fettant de tems en tems les yeux
vers le Capitole, il appelloit à
fon fecours Jupiter & les au-
tres Dieux \ & les priait d*iaf«
MA
t>]rer au peuple Romaiif qui
alloit le juger > le même efprit
qu'ils lui avoient infpiré à lui-
même, lorfqu'il avoit défendu
la citadelle* Enfîn, il conjura
chaque citoyen , ea particulier ,
6c tout le peuple en g<énéral y
de tourner leurs yeux lur la ci-
tadelle, fur le Capitole & tous
Jes Dieux qui l'habitoient, &
de le condamner s'ils l'ofoient.
C'étoit dans le champ de
Mars que la fcene fe paffoit;
& comme on eut commencé à
prendre le fuffrage des centu*
ries , &que l'accufé tendant les
mains vers le Capitole ^ eut une
féconde fois adreffé fes prières
aux Dieux > les Tribuns s'ap-
perçurent que leur entreprife
alloit échouer » s'ils ne déro-
boient aux yeux des citoyens
un objet qui ne leur laiiïbic
pas la liberté de dire leur fenti*
ment contre un homme en fa-
veur, de qui , tout criminel qu'il
étoit , le fouvenir d'un it grand
bienfait prévénoit leurs efprits*
Ain(î, ils remirent ce jugement
à un autre jotir , où ils aiTem'-
blerent le peuple dans le bois
Pérélinus , hors de la porte No-
mentane, d*où on ne pouyoic
voir le Capitole. Ce fut-là que
l'accufation prévalut fur tout ce
qu'il put employer pour fa dé-
.fenfe. Il fut traité à la dernière
rigueur, & condamné à mort.
Tan 381 avant Jefus - Chrift »
par un jugement qui fît horreur
à ceux mêmes qui le-pronon-
çoient. Quelques-uns ccoyent
.qu'il fut jugé^ par deux Com-
miffaires nommés pour informer
de
MA
et (on cfîme. Les Tribuni lé
firent précipiter du haut du roc
Tarpeien; & le même lieu eft
devenu dans la fuite le monu*-
snent de fa gloire , & celui de
foD fupplice. A une punition fi
févere on ajouta deux notes
d^infamie ; l'une publique , en
défendant à tout Patricien d'ha-
biter jamais dans le Capitole ou
dans la citadelle 9 parce que fa
xnaifon y avoit été fituée > à
l'endroit où l'on vit depuis le
cemple de Junon Monéta 9 Se la
boutique d'aiis laquelle on fabri-
quoit les monnoies ; l'autre
particulière à fa famille » en
profcrivant le furnom de Maf •
eus , en forte quMl ne fut plus
'permis à aucun des Manlius de
le prendre à ravenir.Ainfi mou-
rut un citoyen dont la vie au-
roitétéilluftre» s'il ne fût point
tié dans un. état libr£.
Le peuple ne fut pas long-'
tems fans le regretter. Dès qu'il
n'eut plus rien à craindre de fon
ambition ^ il ne fe fouvînt plus
que de fes vertus ; de la pefte» qui
furvint bientôt après fafts au«
cune caufe apparente 9 fembla
à la plupart n'avoir pour ori-
gine 9 que le fupplice indigne de
■ ce citoyen. On publioit que le
Capitole avoir été fouillé par le
fang de fon libérateur ; & que
les Dieux avoient été offenfés
de ce qu'on avoit fait expirer
à leurs yeux celui qui avoit
fauve leurs temples des mains des
ennemis*
<*) Th. Lîv. VI. c. 1 , ti > li , )5.
(i) Tir. LîY. L. VU c. )o.
Tm. XXVU.
MA 49
MANLlUS [ A.]t^. m/^*
lius 9 ( tf ) fut créé Tribun mi«
litaire 9 i'an de Rome )66 %
& 386 avant Jefus-Chrift. Il fut
revêtu de la même charge »
quatre ans . après. Il y fut en*
core élevé deux fois depuit»
La première fois » ce fut l'ati
de Rome 372 9 & 380 avant
Jefus-Chriit 9 & la féconde fois»
ce fut l'an de^Rome 385 »& 367
avant Jefus-Chrift.
MANLIUS t C. ] . < * ) C.
Manlius 9 fut élu à la charge de
Tribun militaire » l'an de Rome
376 9 de 367 avant Jefus-Chriil»
Il eut entre autres collègues , R»
Manliusk Voye[ ci-après Manlius
MANLIUS [ P. 1 » fO P-
Manlius^ fut créé Tribun mili-
taire avec C. Manlius & quel*
ques autres 9 l'an de Rome 376»
& 376 avant Jefus-Chrift. P»
& C Manlius emportèrent psyr
leur naiflance ôc leur crédit» le
commandement de l'armée qu'on
envôyoit contre les Volfques ^
fans tirer au fortj ni demandeiP
le confentement de leurs coh*
lègues ; mais , dans la fuite » ils
eurent fujet de fe repentir de .
Cette préférence , aufli-bien qud
les Sénateurs qui la leur avoienc
accordée* Ils avoient fait partir
leurs cohortes pour aller ati
fourrageai avant que d'avoir en*
voyé à la découverte. Quelque
tems aprèsi un fotdat de l'armée
ennemie , qui fe difoit Romain »
leur vint annoncer qu^ellet *
I
(C) Tit. liy. t, VI. t» %ùt\^t ^u
D
$0 M *A
étoient învefties par les Latins ;
& aufC-tôc, fans prendre feule-
IQent ht précaution de garder
c^lui qui leur donnoît ce faux
^vis « ils coururent à leur fe-
«cours y & tombèrent eux-mêmes
,dans les embûches qu'on leur
«voit dreflees. Pendant que fou-
.tenus ps^r le feul courage des
,foldat5 , ils fe battent vigou-
rtufei^ent malgré ledéfavantage
du lieu, le camp des Romains'
refté fans défenfe dans la plai-
ne , fut attaqué par d'autres
:€nnemift. Dans l'une de Tau-
Jire oocafion ce furent l'ignoran-
ce &.' la témérité des chefs qui
.cxpoferent le» troupes de la
République. Ce furent le boa-
.Ifeur du peuple Romain , & la
valeur de Tes foldats , qui fou-
•vent s* eu foutenue par elle-mê-
.me d^ilituée delà prudence des
Généraux- , qui en fauverent U
plus grande partie*
Onze ans après , P. Manlius
•fut créé Dictateur, & il choifit
pour maître de la cavalerie , C.
'Licinius 9 Plébéien qui avoitété
Tribun militaire quelques an-
nées auparavant. Tite-Live dit
que cette démarche de P- Man-
^lîu.s fît beaucoup de peine aux
Séniiteurs ; & que le Diâateur
s'excufa fur la parenté qui étoit
^ntre lui Se C. Liciniu$,a)ou<anc
'que l'autorité du maître de la
cavalerie n'étoit pas fupérieure
•à celle de Tribun Confulaire.
'L'année fui vante , P. Manlius
' fut élevé pour l'a fécondé fois
MA
a la charge de Tribun miH«
taire.
MANLIUS [ L. ] IMPÉ-
AIOSUS , Z. Manlius Impt^
riofus y Xà) fut créé Diélateur^
l'an de Rome 392 , & 360 avant
Jefus-Chrîil» 6i il choifir pour
maître de la cavalerie L. Pina«-
rius. La rai Ton pourquoi on
éleva L. Manlius à cette pre-
mière dignité de la République,
ce fut pour qu'il enfonçât ua
clou dans le temple de Jupiter*
Cette augufte cérémonie fe fai-
fojt aux Id?s de Septembre.
Mais> L. Manlius ne croyant pas
qu'une expédition de cette na-
ture fît aiïez d'honneur à fa
charge , fous prétexte de faire
la guerre aux Herniques» ufa
•d'une rigueur (i exceffive dans
les levées qu'il entreprit de
faire > que tous les Tribuns du
peuple s'étant foulevés contre
lui , il fut obligé d'abdiquer la
Di(flature.
Mais , cette démiilion forcée
.n'empêcha pas que dès le com-
mencement de 1 année fuivantè,
fous le Confulat de Q. Servî-
lius Ahala & de L. Génucius
-pour la féconde fois , il ne fût
appelle ea jugement par le
Tribun du peuple Mr Pompa-
nius. Il étoit devenu odieux ,
comme 01» vient de le dire, par
la violence dont il avoit ufe
dans la levée des foldats, ea
,puni0ant ceux qui ne répon-
doient pas à l'appel » Rou-fen-
lement dans leurs biens qu'il
coniifquoic» mais encore daoe
Uy TiL Liv. L. vu. c. 3. & fii'
tAÂ.
leurs perfonnes , qu*il faîfoit
traîner en prifon , & déchirer à
Coups de verges. Mais , ce qui
révolroit davantage les citoyens
icontre lui , c'étoienc fa dureté
naturelle , & le furnom d*Impé-
fiofus ou Impérieuic , inluppor-
tabie dans un état libre , que
lui avoir fait donner la cruauté
avec laquelle il avoir affedlé de
traiter non-feulement les étran-
gers , mais même Tes proches i
Tans épargner fon propre fang.
Car , le Tribun entre les autres
chefs d*accufation , lui repro-
choic d*avoîr chaffé de fa mai-
son paternelle de de la vue de
fes dieux Pénates , de ta place
publique de de la compagnie de
fes égaux , un fils qui ne lui en
âvoit jamais donné occafion par
fa mauvaife conduite , pour le
tenir enfermé avec de vîls ef-
claves , & l'occuper à des ou-
vrages fer viles dans un Heu où
^e jeune Patricien » fils d'un!
Dictateur , jouifloit à peinç de;
ta lumière des cieux , oC appre-
ïToît par une mifere continuelle
^u^il étoic véritablement né
d*un père dur Se impérieux*
Mais encore pour quelle rat'
fon ? Parce qu'il n*avoît pas
refprîr auffi vif, & qu'il ne
parloit p^s auHi aifément'qu^l
l'auroit fouhaité. Eh 2 s'il avoir
^u le moindre fentiment d'hu*
jnanitéy n'àuroit-il pas dû cor-
riger doucement ce défaut, o^
du moins le cacher , plutôt que
de l'entretenir & de le faire rè*
marquer à tout le monde , par
la manière cruelle dont il le'
traicoic? Que les bêtes mim^s
les plus féroces ne refufoient
ni leur tendrefle ni leurs foin|
à ceux de leurs petits , qui
étoient nés difformes ic monf^
trueux; au lieu que L. Manfius»
par une éducation fi indigne «
fortifioit les vices naturels d^
fon fils» 6c étoufFoit, en le te*
nant à la campagne parmi de|
efclaves Se des animaux , tout
ce qu'il avoit d'efpric & d'ac*
tivite.
Il n'y avoit perfonne qui Af
fût touché de ces reproches » 6Ç
à qui ils ne paruiïenr Juftes Sf,
bien fondés. LefeulX* Manlius,
en faveur de qui on l'es faifoif
à fon père, ne put les fouffrirà
Bien plus , indigné de voir que
c'étoit à fpn occafîon qu'on per-
fécutait celui ^ qui il étoit re«*
devable de la vie , pour appren-
dra aux Dieux & aux homoiei
qu'il prcféroit les intérêts de
jQn père à ceux dé fes ennemîsi
il conçut un deSein de mauvaiii
exemple à la vérité > 5c qiit
partoit d*un Courage bru fque SC
lauvage » mais dans lequel oii
pouvoir au moins loueria bontd^
ûe fon cœur. Il prit vn poi«
f*;nard fous fa robe , & fans rien
îre à perfonne, s'en vînt à 1^
yiHe, & fç' rendit tout droit
dans la maifon de M. Pompo«
tïus. Il dit au portïçr d'avert;f
fon maître que T.' Manlius , fil|
de L. Manlius, avplt à lui corn*
inuniqaer une affaire de confé-
quence, &quine foui&oît point
de retardement. Le Tribun qui
crut que ce jeune homme , irri-
té des mauvais trattemens de fon
père f lui veiioit donner ^juelqub
^1 MA
«vis capable de fortifier Ton ac-
cu facîon 9 ne balança pas à le
faire encrer. Après les.premiers
complimens , il le pria de faire
^retirer tout le inonde , afin qu'il
yût lui parler en particulier.
Quand il fe vit feul avec M.
Pomponius , il tira le poignard*
& le lui portant à la gorge , il
le menaça de le tuer, s*il ne
lui jur.oit fur le champ qu'il
abandonneroit Taccufation qu'il
^yoit intentée contre fon père.
Le Tribun , qui voyoit briller
le fer à fesyeux , qui étoit feul,
& qui avoit affaire à un jeune
homme robufte & fier de fes
forces , ce qui n'étoit pas
moins effrayant , fit le ferment
qu*on exigeoit de lui y Se avoua
depuis que c'étoient les mena-
ces du ftls qui Tavoîent obligé
de laifler le père en repos.
Le peuple eût été bien aîfe
qu'on lui donnât occadon , 6c
qu'on lui laiflat la liberté de
porter fon fuffrage contre an,
accufé (î cruel & fi fuperbe ;
mais, cependant , il ne fut point
fâché de voir qu'un fils fe fût
porté à cette violence , pour
fauver fon père ; ce qui lui pa-
rût d'autant plus, louable y que
l'extrême dureté de l'un n'avoît
λas été capable d'étouffer let
èntimens de la nature dans
l'autre. Ainfi , une adlion fi
hardie tira le père du danger où
il étoit expofé , Se attira même
au fils des éloges & des réconi*
pentes. Car , comme on fut con*
Uy Tit, Liv. t. Vil. c. 4. ër fêq. t.
MA
venu que cette année , pour It
. première fois , le peuple nom-?
meroit une partie des Tribuns
militaires qui commandoienc
dans les légions, au lieu qu'au*
paravant • toutes ces places
étoient données par les Géné^
raux ; il obtint le fécond rang
entre les fix Officiers , donc
chaque légion étoit compofée,
fans qu'il eût jamais rien fait etk
paix ni en guerre qui lui eue
mérité cet honneur, puifqu'il
avoit paffé toute fa jeuneffe à la.
campagne , parmi des efclaves»
& loin du commerce des hon-
nêtes gens.
MANLIUS [ T. ] TOR.
QUATUS, T. Manlius Tor^.
quatus , {a) fils de L. Manlius
Impériofus. Ce dernier fut ac-
cufé devant le peuple par le
Tribun M. Pomponius , l'an dei
Rome 393, & avant Jefus-Chrifl
359. L'accufation intentée conr
tre lui rouloit fur fa conduite,
irréguliere & rigoureufe dans
la Didlature qu'il venoit d'abdi-
quer. Mais , le Tribun travail-
loit encore à le rendre odieux
par fon caradere féroce , 6c
paria cruauté qu'il exerçoit non-,
feulement contre des étrangers ,
mais fur fes proches & fur fon
propre fils.
Les inveélîves de M. Pompo-
nius révoltèrent contre L. Man«
iius Impériofus tous les citoyens,
excepté celui-là feul qui étoic
l'objet de cette rigueur , tanç
reprochée à fonpete.. Ne pou-
1^
1^9. RoU. Hift* Rom. Tom. û, p. 145;
MA
vant fupporter qu'on entreprit à
fon occaiîon de le rendre odieux,*
il voulut, par une a<flion écla*
tante, faire connoître aux Dieux
& aux hommes , que bien loin
de favorifer les accufateurs de
fon père, il prétendoit prendr-e
fa défenfe & le fecourir. Il prit
donc une réfolution , qui vérica*
blement fe relTentoit de la fé^*
rocité dans laquelle il avoit éié^
élevé , & qui étoit fans doute
d'un exemple dangereux dans
un État, mais cependant louable
par le motif d'où elle partoit*
T7n matin^fans en avertir perfon^-
De , il vient à la ville armé d'un
Çoignard , & va droit chez le
ribun M. Pomponîus , qui
étoic encore au lité II fe fait an-
aoncer , ôc fur le champ eil in-
troduit, parce que le Tribun
- ne doutoit pas que ce jeune
homme,indigné contre fon père,
ne vint lui fuggérer quelque
nouveau fujet d'accufacion « ou'
lui donner quelque confeil fur
la manière dont il devoir coiw
duire l'affaire. Le jeune T. Ntan-»
lius lui demande un moment
d'entretien particulier ; 3c de»
Îu'il fe vit tête à tête avec le
ribun , il tire fon poignard, le
lui porte fous la gorge, Ôc lui dé-
clare qu'il le percera fur .le
champ y s'il ne jure dans le mo'*
ment même , félon la formule,
qu'il va lui diâer,qu'il ne tiendra
jamais d'alTemblée du peuple
pour accufer fon pere.Le Tribua
tout tremblant, qui voyoit le fer
briller à fesyeux« qui étoit feul,
faos défenfe , attaqué par un jeu*
ne homme robuile > éc, ce qui
MA' a
nVtoit pas moins ^è craHidre>
j^lein d'une confiance brutale e«
la force , fit le ferment qu'on lui^
demandoit , & dans la fuite il
avoua avec une forte de com«
plaifance , & avec une (incérité'
qui marquoit afiez'qii'il ne s'éït*
repentoit pas» qee «'étoit ctitë
violence qui Tavak' hhWgé dé
k défiiler de fon entreprise.* ■ '
'- Cette aétioa 'éft Cans douttt
irTéguIiere eiieilè*jiiêfne; inal^^
ce défaut eft couvert en qfielqud
façon par la générofité& la pié^
té filiale quiy brillent dans leur
plus grand éclat ;' & c*eft fur
ce pied^là qu'en jugea le peu«
pie Romain; Il eût fouhaicé
avoir toute liberté, de févîr
contre un accufé cruel êc fu-
perbe; tel qu'étoit L» Manlius
Impériofus ; mais -, - Il he pur
déiarpprouvef néanmoins la dé*
marche hardie de' et fils , pour
fauver fon père» II' la trouVoit
même d'autant plus louable, que \
lafévérité exceffivedeL. Man-
lius Impériotui à - fon égard ,'
n'a voit pu éteindre en lui lee
fentimens de la nature* Le peu*
pie fe crut même obligé de ré«
compenfer une aâion fi gêné*
leufe ôc il pleine de piété. Il
fut nommé Tribun dans une lé-
gion ; grâce confidérable, 6c qui
ne fut accordée qu'au zèle qu'il
avoir témoigné pour fon père ,
puifquece jeune Romain ,élevd
jufqu'aloTS à la campagne , n'a-
voir pu fe faire connoître par
un autre endroit.
Nous voyons dansla perfonne
du jeune T. Manlius, un illuf*
tf e exemple de ce qi^e peuvent
D iij '
|4 . U 4:
pc^oivuni; o|»ér«r les fefitimetts
e la nature dans, le c«^ur d'ua
ils y & du)iaut degré |ufqu'où il
4oit porter je refifeâ & la ren-
drefie f ^ur;/pp pcf e. Les Écrî-
iraiosdu pa^nifin^ ^nt fore bien
connu toute ir4lf^d4ie de ce de-*
XQK y i& où '.iascement ^ .fré«,
^Vjeaunent iK£âefut/J[*obliga€ioA*
où (oj)t iesi eofanâ f pon-feule*^
s^nc de.di$^le# ^ découvrir
Ç^r le fUe»ç-0-^S'nî«uvAi$trajte-:
|Q^;)s qu'iUpe.uvefititec.evoijf de
^M"^ pere».& ftieres ♦ .mais de
les fottffrir atQc Une douceur &:
uoe .pfitjesijpe; qjuî XoieDC à Té-
preuve def înjjkiiiices les plus
criantes, \Jn^ fi!:s Cut-il jamais
Jtijiitiraiié pli}« inju^iement par
Ibft pjere ♦ q^e.T. ManJius par
le .ficrt ? JEi VeA r4ii«s Iç ^^ro»
j*^'9^e Jiju'il ppîrpiive de fa parc
Xe<s ngueuxst les pilu^ureSj dont
iJ pourrait {«i v<îhir .'Vengé & dé-.
livre. fans .y. tie»> «odtribuer de
£pa c6ré> <).i|'il coiujrct à fa . dén
feofev & qu'uni^ uemeli): occiipé
du dé£r cU fauo^ec fon père t ^
4e la penrée.iqtî'il.eft fils, U
oublie cous le^s.. autres devoirs^-
De ce principe ies p^yens infé-
raient un .aurore devoir 9 feioi»
<$ttx encore pbifi Indifpenfable ,
f^m étolt de d^tiiUulet inviola-
blement attacM à la patrie»,
quelque inlute qu'on en eût re-
çue. C'eâ à «Ue de témoigner fa
i*ecom)oiâàBce p^jur les fervi-
ces que lui rendent les citoyens;
mais les plus mauvais traite-
mens , 3c les fupplices mêmes f
«e doivent t>s»s faire repentir un
citoyen qui à une véritable
grandeur 4'^me de Favoir fer-
M A
yîe avec zèle & fidélité.
L'année fViivante » its Ro-^
mains eurent quelques gueres
peu importantes contre des peu^
pies voifîns ; celle contre le&
Gaulois leur donna plus d*in'»
quiétude i àc fit nommer un Die-
i^teur« qui fut T. Quincius Pen*^
nus. Ils s'étoient avancés à trolS'
milles de Rome. Les Romains
marchèrent à leur rencontre.
Les deux armées demeurèrent
quelque tems en préfence, fan»
f1»ire^ aucun mouvement > fépa-
xées feulement fur le pont qui
étoitfur TAnio. Aucun des deux
parus ne vouloir rompre co pont,
dt peur qu'on n*artribuât cette
précaution à fa crainte ; mais >
le défir de s'en emparer occa-*
fionnoic des combats affez fré<«
^uens ^ fans qu'on pût juger à
§ui il reileroic , à caufe de l'é-
galité de leurs forces. Ce fuc
dans cette incertitude qu'un
Gaulois d'une grandeur déme-
furée. s^avança fur le pont 9 qui
éttût encore libre y ôc criant de
toutes .fe s forces, pour fe faire
entendre de plus loin, » que le
19 plus vaillant des Romains pa-
9» roiâTe Si s'approche 9 afin que
3» lui & moi faflîons voir pat
3a riJue de notre combat ,
3» qveile eft la plus brave de»
» deux nations.» Les premier»
de la îeunefle Romaine demeu-
rèrent sfifez long- tems dans le
filence, aucun n'ofant fe décla-
rer 9. de peur de fe couvrir de
honte en refufanc ce défi 9 ou de
s'expofer feul , en l'acceptant g
à un péril qui paroifi^it évi«'
dent» En^n > T. Manlius , s'étaat
M A .
approché du Diâaceùr : «c Jt
» me g^rderois bien, lui dic*Hv
» Seigneur , de combattre hors
» de Okon rang fans irotre or-
» dre 9 quand je feroîs afTuré de
3» la vidof re ; mais ^ fî. vous
» voulez me le permettre » je
» veux apprentlre à cette bêt^
» féroce » qui nous infulte avec
« tant d'orgueil (k d*infolence»
n que je fuis de cette hsitilc qui
» chaâa les Gaulois ^ Se les
» précipita du haut du Capitole^
» Confervez toujours ^ lui ré-
3» pondit le Diâateur , cette
» généreufe ardeur de fervir
» votre père de votre patrie*
x> Allez y ôc avec la proteélion
» àQs Dieux y montrez que les
» Romains font invincibles x>»
Au(&-tôt Tes compagnons pri**
rent foin de l'armer. Il prend un
bouclier dû faotaflîn avec une
épée à rEfpagnoIe» beaucoup
plus propre à combattre de
près. En cet équipage» il s'a*'
vance contre le Gaulois, fot*
tement joyeux , & tirant la
langue par dérifion* [ Car les
Auteurs n ont pas dédaigné de
rap^Qrter cette faillie extrava-*
gante ]• Tout le monde s*étant
retiré ,les deux Athlètes, pour
donner aux deux armées un
fpeâacle peu ufité dans la guer*
re, relièrent feuls au miiseu
du pont, avec des forces bien
dirproportiofinées , à n*en juger
^ue par l'extéritur* L'un étok
d'une ftature dénaefurée» revttu
d'habits éclatans > de cou vers
d*armes toutes brillances d'or*
L'autre éroàt d'une grandeur
ardioaiJre.^ 8c fés armes aifées
MA 5J
à manier , évoient phA foKdes
qu'éblduiiTatitâ'Sk Lt preiffkit?^
s'approchoit en fe donnant dé
graruls mouvemei)s , aVec dei
hurleiiiet)s plutôt <|ve des chanti
à la Gauloife ^ dt frappaàt é6
fa lance fur fob bouclier. Ltf
Romain , (ans fe fépandre ati
dehors , s'avftnçok éft fil<encej
gardant pouf ït côttb&t iAèthè
tout fon courage ^ rotiite fa
colère. Us th vlnreftt atix inSiiftH
au milieu 4é «tafit de itior'-
tèls , partagé) éi\trt l'efpéranctf
de ta craiAve. I>*âbôM le Gau-
lois , qui , comiiie uhe lourde
mafTe furpaffbit le Romain dé
toute Ih tête ) oppofabt de la
main gauche fon bouclier SLint
armel de T* MàAlius, leva àt
la droite un fabf e éhoTitkt , dt)nt
il efpétoit ^ tn It rabattant dé
toutes fes forcés, fendre la tèté
de fon ehùtfHiï Mais , T. Màn*"
lius efquivà lé coup ^ dcdétout^
nant adfdlvelbént lé bâuclie^
que le barbare lui pféfembk ^
le joignit» & le ferra dé façon ^
que s'élànt finis hors de la por-'
tée de fes a^mts, tfOp longueé
pour lé pércér dt fi ptès, il èui
le lems dé lui percer le ventre
de ptttfieiirs eëups qui le tta*^
Vierferenk à (es pieds tout dé
fon iobgi AlofSi tàà$ lui faire
d'aiiltfuti àUéuh oiiitfagé , il fé
contenta 4è lui Ôtei? lé côHiéé
qu'il portoit au tt^i , ^ lé mit
au (ieft , tôul fa^l^nf cfo jnmé il
éto4t.
Les Gàùlok féftérefit étéfinés
3c Interdits y pé^aihf^ qne lei
Romains pleins de foie allèrent
au-devant d^ kur chatnpioni
D iv
l6 MA
ce Tayaot reçu au milieu d'eux »
i^Is le conduifirent au Didateur»
en le comblant de louanges t ôc
}e félicitant de fa viAoire. Par-
mi les applaudilTemens & les
chanfons militaires des foldats,
en entendit le nom de Torqua-
tus , qui n'ayant été prononcé
d'abord qu'au hazard , palTa
enfuite à tous ceux de fes def*
cendans 9 comme un monument
glorieux de fa valeur de de fa
viAoire. Le Didlateur lui fit
préfent d'une couronne d*or 9 ôc
.en préfence de toute Tarmée
^donna à fon courage tous les '
éloges qu'il méritoit.
T» Manlius Torquatus fut
créé di^ateur , fan de Rome
402 , 6c 350 avant Jefus-Chriil,
& choinc pour maître de la ca-
valerie « Cornélius CofTus; de
content de l'armée du Conful»
il déclara la guerre aux Cérites
en vertu d'un arrêt du Sénat
& d'un décret du peuple. Mais,
)es Cérites demandèrent la paix
^ l'obtinrent. T. Manlius Tor-
quatus fut créé de nouveau dic-
tateur quatre ans après , & il
prit encore pour maître de la
cavalerie A, Cornélius CoCus.
Il fut élevé au Confulat avec C«
Plautiuç y l'an de Rome 408 , de
344 ayant Jefus-Çhrill. Il y fut
élevé de .rechef trois ans après ,
& on lut donna pour collègue
Cr Marcius RutUus,
L'an de Rome 415» & 337
avant Jefus-Chrift, T. Manlius
Torquatus fut créé conful pour
Ja troifieme fois , ^vec P. Dé*
çius Mus. L. Annius , homme
d'une £er(é faos égale » étoic
MA
alors un des Préteurs des La«>
tins. Il fut envoyé à Rome f
avec permidion de dire & de
faire tout ce qu'il jugeroit utile
6c glorieux à la République des
Latins. Quand L. Annius fut
arrivé à Rome avec les autres
députés y on leur donna audien-
ce dans le Capitole. Là T.
Manlius Torquatus y leur ayant
commandé de la part du Sé<-
nat, de laifler en repos les Sam*
sites alliés du peuple Romain 9
L, Annius prit la parole , &
parla comme un vainqueur
qui fe feroit emparé du Capitu-
le les armes à la main , & non
comme un ambafladeur qui ne ^
doit fâ fureté c^u'à fon caradlè-
re. T. Manlius Torquatus » qui
n*étQit ni moins fier ni moins
violent que L. Annius y bien
loin de retenir fa colère » décla-
ra que n les Sénateurs étoienc
aflez infenfés pour fe laifièr
donner la loi par un Sétinien »
il viendroit dans le Sénat armé
d'un poignard y &c tueroit de fa
main tout autant de Latins qu*il
en verroit dans l'afiemblée; 6c
fe tournant vers la ftatue de
Jupiter : 30 Dieu puiflant , dit*
» il , fouffirirez-'vous qu'on în-
3P troduife dans votre facré tem-
30 pie des étrangers y pour y
» faire les fondions de Séna*
p teurs 6c de Confuls y & voue
» y tenir vous-mêmes comme
3» prifonnier 6l comme vaincu?
» Éft- ce fur ce pied-là , pcu-
9 pies Latins , que les Roît
2> TuUus de L. Tarquîn ont trai*
» té avec vos pères i Ne voua
» fouvie&t-il plus de la bataill»
-I
MA
» do lac Régille ? Avez-vous
» déjà otiblié, 6t vos anciennes
» défaites » Ôc les bienfaits que
30 vous ayez reçus de nous? y>
Ce difcours du Conful excita
contre les Latins l'indignation
de tous les Sénateurs , & la
guerre leur fut déclarée. Le
peuple témofgna tant d'ardeur
pour cette guerre , & tant d'in-
dienation contre les Latins , que
fi leurs ambafladeurs fe retirè-
rent impunément » ce furent
moins leur caraâère & le droit
des gens , que le foin & Tatten*
fîon des Magiftrats ^^qui les mi-
rent à couvert de fa fiireur Se
dç fes coups. Le Sénat entra
dans les mêmes fentimens ; en
forte que les Confuls ayant levé
deux armées , auxquelles ils
joignirent celle des Samnites»
traverferent au foriir de Rome,
le païs des Marfes & des Pélîg-
niens, & vinrent camper auprès
de Capoue , où les troupes des
Latins & de leurs alliés s'étoient
déjà aflemblées. ^à les deux
Confuls réfolurent entr'autres
chofes , de faire obferver les
Joix de la difcipline militaire
avec plus de févérité que ja-
inais. Ce qui les engageoit à
prendre ces précautions , c'eft
qu'ils avoient à combattre con-
tre les Latins y qui leur reflem*
bloient parfaitement par leurs
langages , leurs mœurs , leurs
armes , leurs drapeaux , & fur-
cout les règles qu'ils obfer-
voient dans la guerre. Souvent
on avoit vu mêlés ôt confondus
dans les mêmes compagnies ÔC
les mêmes manipules Us foldats^
MA 57
les centurions & les tribuns des
deux nations, pour y faire le
fervice , fans aucune diftinélion
ni fupériorité des uns fur les
autres. Ce fut donc pour empê-
cher la furprife qui pourroit
être caufée par une fi grande
reflemblance , que les Confuls
défendirent à tout ofHcier de com«
battre hors de fon rang , & fans
leur commandement exprès. .
Par hazard entre les officiers
que Von avoit envoyés de tous
côtés pour obferver les mouve-
mens des ennemis, T. Manlius»
fils du Conful y s'avança avec
fa troupe jufqu'au-defiTus du
camp des Latins , de façon
qu'il n'étoit éloigné de leurs
corps de garde avancés que de
la portée du trait. C'étoient les
cavaliers Tufculans qui étoient
en faétion dans cette partie ,
commandés par Géminius Mé-
tiusy jeune homme illuilre par
fes belles aélions & par fa naif-
fance. Dès qu'il eut apperçu
les cavaliers Romains ^ 3c à
leur tête le fils du Conful , com-
me c'étoient tous gens de dif-
tiQ<flion qui fe connoiffoîent ré-
ciproquement : » Quoi , dit-il «
9 Romains ^ eft-ce avec un feul
» efcadron que vous voulez
» combattre les Latins Se leurs
» alliés ? Que feront cependant
y> les deux Confuls Se leurs
9 armées ? Ils viendront quand
» il fera tems , répliqua T.
» Manlius , ÔC avec eux le
39 puiflant Jupiter , témoin 6c
» vengeur des traités que vous
n avez violés. Si la bataille du
39 lac Régille vous avoit donoé
58 MA
» da dégoûr pour la guerre ,
x^ nous ferons encore ici que
y^ vous vous laffîez bientôt de
» mefurer vos forces avec les
» nôtres. Eh bien, reprit Gé-
3» minius Métius , en atcen-^
» dant la bataille générale dont
» vous nous menacez, voulez-
X» vous que nous combattions
I» vous Ôc moi , & que je vous
y> apprenne à vos dépens çom-
3» bien les cavaliers Latins i'em-
39 portent fur les Romains i ^
T. Manlius , qui étolt jeune »
ûer Se brave y crut qu'il étoic
de fan honneur d^accepter le
défi y de de repoufler Tinfulte
du Latin. Ainfî, oubliant le ref-
pecl 6c TobéifTance qu'il devait
à fo» père 8c à foo général^ ou ,
pour mieux dire , entraîné par
la malheureufe deflinée , il cou*,
rut en aveugle à un combat où
\ï lui étoit fort indifférent de
vaincre qu d'être vaincu. Les
autres cavaliers s'érant écartés
à quelque diilance , comme
pour être fpeâateurs du com-
bat » les deux Chefs poufTerent
leurs chevaux l'un contre l'au-
tre la lance à la mainf Celle
de T. Manlius paSa au-defTus
du cafque du Latin ; 6c celle
de Géininius Métius elHeura le
col du cheval de fon ennemi*
Après ce prélude , ils recule*^
rent de quelques pas» pour re-t.
venir une féconde fois à la char**
ge. Alors » T. Manlius le pr««
jaies s'étant haulfë fur les étrîers
pour porter un fécond coup^
planta le fer de fa javeline en-
tre les deux oreilles du chevaU.
Çei aaimal n'eue donc pas piui*
/
MA
tôt femi là douleur de U, bU&
fure , que fe redrefTant fur .le$
pieds' de derrière « il fecoua la
tête avec tant de violence ^^
qu'il renverfa fon cavalier par
terre. Il s'appuyoit de fa lancQ
& de fon bouclier ,.pour fe re-
lever d'une chute fi lourde «
lorfque T. Manlius lui enfonça
la lance dan? la gorge « de fa-
çon que defceodant à travers
les côtes y elle le renverfa 3e
le cloua , pQur ainfi dire y à la
terre. Il le dépouilla aufCcôt»
s'en retourna triomphant avec
fa troupe daos le camp de%
Romains » & n»archa iur I9
champ vers la tente de fon père»
bien éloigné de penfer qu'oQ
dut lui faire un crime d'une ac-*
tion pour laquelle il n'atrendok
que des éloges Se des récom-
penfes. y> Mon père, lui dit-il»
3> pour faire^ coniioitre à tout^
3» la terre que J'ai été formé de
33 votre fang , |e vqus apporte
3> ces dépouilles équeUres que
3> j'ai enlevées à un et>nemi qui
3> m'avoit déné au combat, 6l
» que j'ai tué de ma main« 39
Dès que le Conful eut entendu
ces paroles , il jetta fur fon fiU
des regards épouvantables; dc
détournant aufHcôt fes yeux de
deflus lui y il fit alfembler l'ar*
mée. Quand les foldats fe furent
rangés en foule au tour de fou
tribunal : » T. Manlius , lui dit*
V il , puifque fans refpedler oi
33 l'autorité paternelle 9 ni la
» majefté Cohfulaire, vous ave s
93 combattu contre notre défen^r
» f e 9 & fans en demander la
Il permiffioa; puifqu'^uum ^(('U
MA
» a été en vous , vous avez
» aboli la difcipline militaire»
P qui a fait fubfifler Tempire
» Romain |ufqu*à ce jour , ÔC
» que vous m'avez mis dans ]a
» trifle oéceifité d'oublier ce
90 que je dois à la patrie, ou ce
» que je me dois à moi-même
3> éc aux miens ; il eft plus jufte
» que nous portions la peine
» de notre crime 9 que d'en
» faire retomber les fuites fur
3> la République innocente*
» Nous allons donner à la pof-
3? térité un exemple » tride à la
» vérité , mais qui fera ialu-
>' taire à la jeuneiTe. J'avoue
» que la tendreâe paternelle»
» & cette preuve môme de va*
» leur que vous venez de don-
*» ner, trompé par les attraits
» féduifans d'une fauffe gloire t
» me follicitent fortement pour
» vous. Mais , comme il faut »
» ou que Tautorité du comraan-
» dément foit rétablie par vo-
^ tre mort , ou qu'elle foit pour
» jamais ruinée par votre im*
3B punité , (i c'eft mon fang qui
30 coule dans vos veines i je ne
^> crois pas que vous-même »
» vous réfutiez d'aflucer par
33 votre fupplice la difcipline
s militaire , à laquelle votre
33 faute a donné une cifuelte
93 atteinte. Allez, LiAeut, atta-
j 39 chez-le au poteau.. »
Tous les foldats furent faifîa
d'horreur à un ordre fi barba-
re ; & chacun croyant voir la
hache préparée contre Iui-mê«
me t garda le filence y moins
par obéiâance que par crainte.
Mais^ lorf^u'ils eotendixent le
MA 5^
coup de hache » de que levant
les yeux qu'ijis avoient cenaa
attachés à la terre» ils virent
tomber la tête de T. Manlius »
& la terre couverte de foa
faogy fortant comme d'un pro-
fond adbupiiTement , ils donne*»
rent un libre cours à leurs plains
tes de à leurs gémiflemens ; 8c. ^
fans garder aucune mefure , dé«
teflerent hautement la cruauté
de T. Manlius Torquarus. Le
corps de ce jeune guerrier » coa«
vert des dépouilles de Ton en-
nemi , fut brûlé hors des re«'
tranchemens » & f es funérailles
furenf moins remarquables par
la pompe du convoi , que par
l'affeélion & les regrets des ioU
dats. La fé vérité M antienne
paiTa comme en proverbe f &
fournit un exemple au(G trifte
pour l'avenir , qu'horrible pour
le préfent. Après tout > l'atro-
cité de ce fupplice rendit les-
foldats plus fou pies âc plus
obéi^Tans ; & outre que depuis
ce jour on obferva avec une
exaâitude merveilleufe la fuc-^
ce(fion des fentinellcs , des.
corp$-de-garde , 6c des autre»
fon(fltons militaires , la rigueur
du Conful contribua beaucoup
au gain de la bataille décifive
qu'on donna dans la fuite*
Le combat fut livré afleit
près du mont Vefuve, fur le
chemin qui conduifoit à^eferi*
T. Manlius Torquatus comman-
doit l'aile droite & P. Déciaa
Mus la gauche. D'abord oa
combattit de part âc d'autre,
avec one ardeur & des forces
égales. Mais enfuite.^ les haf«
6o MA
tats Romains ne pouvant réiîfter
à ceux des Latins qui les pref»
foient vivement , fe reiire-
«eat par les intervalles qu'a-
vaient laifies entr^eux les mant-
, pules des Princes. Comme ce
mouvement caufoit quelque dé-
ibrdre dans la bataille des Ro-
umains, P. Décius Mus fe dér
voua pour le falut des légions.
Alors > les Romains aiïurés de
ht faveur & de la protedion
des Dieux , commencèrent tout
de nouveau à combattre, com-
me fi on ne leur eût donné le
lignai que dans ce moment ; car ,
les Roraires s*avançant entre
les intervalles , coururent fe
joindre aux Haftats & aux Prin-
ces, & augmentèrent leur con-
fiance 6c leurs forces ; tandis
que les Triaires appuyés , fur
leurs genoux droits » atten-
doieoc pour fe lever , que le
Conful leur en donnât le lignai.
Mais» comme dans les autres
parties de la bataill^e les Latins
étoient fupérieurs par le nom-
bre , T. Manlius Torquatus.
ayant appris la deftinée de fon
Collègue, de donné à une mort
fi glorieufe les larmes & les
éloges qu'elle méritoir , douta
un moment s'il n étoit pas teros
de faire avancer les iriaires.
Mais, jugeant qu'il étoit plus à
propos de les réferver pout le
dernier effort , il fit paffer les
Accenfes de la queue à la tête.
Les Latins , voyant de loin
qu'ils s'avançoient , les prirent
pour les Triaires des Romains,
& ordonnèrent auditôraux leurs
de fe lever Se de faire leur de*
MA
voir. Après que ces braves, en
combattant avec beaucoup d'à*. .
charnement & long-tems , ftf
furent extrêmement fatigués ;
après qu'ils eurent ou rompur
ou émouffé leurs javelines ; com-
me ils pouflbient cependant
leurs adverfaires , & que fe
regardant comme entièrement
vainqueurs^ ils étoient parve-
nus jufqu'aux derniers rang?
des Romains : » Amii , dit le
» Conful à fes Triaires , par-
» tez maintenant , & oppofer
» tout votre courage ÔC tou-
» tes vos . forces à des gens
» épuifésde fatigue & de laffî"-
n tude , & fouvenez-vaus dans
» cette a(flion de votre patrie »
» de vos pères ôc mères , de
» vos femmes ÔC de vos enfansr^ *
» de du Conful qui a donné fa
» vie pour vous aflurer la vîc-
» toire. » Alors ils fe levèrent
pleins de vigueur , & ayant
laifle paffer les Haftats & les
Princes dans les routes qui fé^
paroient leurs compagnies , ils
poùiTerent de grands cris ; &
donnant de leurs javelines écla-
tantes dans le vifage des enne-
mis , ils lés mirent bientôt en
défordre. Lorfqu'ils eurent tail-
lé en pièces cette troupe la
plus forte de l*armée Latine »
ils paiTerent à travers des au-
tres manipules , comme s'ils
n'euffent point eu d'armes à
leur oppofer, fans recevoir au-
cune blefTure^ &L en firent un S
grand carnage , qu'à peine fe
fduva-t-il le quart des ennemis.
Les Samnites , rangés en batail-
le au pied des montagae^ i Rft
MA
cofltTÎbuerent pas peu à aug-
menter la frayeur des Latins.
Au Tcûe , tous les citoyens >
aufli-bien que les aliié« » con-
vinrent que le fuccè^ de cette
îournée étoit dû principalement
aux Confuls » dont Tun attira
fur lui feul toute la colère des
Dieux du ciel & des enfers, &
Tauire donna dans la bataille
ties preuves fi éclatantes d*aa
courage intrépide & d'une pru-
dence confommée , que tout
ceux qui ont hiffé à la pofié-
riré le détail de cette aâion ,
aulfî - bien les Latins que les
Romains , n'ont pas fait diffi-
culté d'affurer que la vlâoîre
ne pouvoit manquer de pafier
dans le parti qu'auroit comman*
àé T* Manlius Torquatus , quel
qu'il fur. Le vainqueur retourna
cnfuite à Rome. Les vieillards
«lièrent audevant de lui ; mais »
il eil certain que la jeunefie ne
fortit point.de La ville, & que
tant qu'il vécut , elle conferva
pour lui une haine implacable ^
Se le détefta comme le plus bar-
bare de tous les pères.
Il cû affez naturel d'examiner
ce qu^il faut p en fer de l'aâioa
de T. Manlius Torquatus y qui
fait mourir impitoyablement foa
£!s pour avoir combattu contre
fa défenfe ; û l'on doit la regar-
der comme une aélion vertueu-
fe & louable , ou comme un
excès de févérité qui ne peut
Itre trop déreiîé , parce qu'il
eil pouffé jufqu'à la barbarie.
On eft étonné en méme-tems de
voir dans le même bompie deux
caraélères abfolument opp«fés^
MA 6t
u«e tetidrcffe généreufe i l'é-
gard d'un père de qui il n'avoit
reçu que de mauvais traitemens^
une dureté inhumaine à l'égard
d'un 6ls > dont tout le crime
étoit de s'être abandonné à un
défir de gloire immodéré > mais
pardonnable » ce femble , à foa
âge-
La démarche hardie êc péril-
leufe de T. Manlius Torquatus
pour fauver Ton père» marque
certainement que ce n'étoic
point un mauvais cœur , fermé
aux fentimens que la nature Se
Thumanité infpirent.il faut donc '
chercher une autre caufe du tras«
tem'ent qu'il fait à fon £1$. Elle
n'eil point obfcure ni doiiteufe«
Le zèle pour la patrie dont il
étoit dévoré , l'emporta fur les
fentimens de la nature & fur la
tendrefle paternelle; & Tite-
Live n'a pas «nanqué de le lui
£aire déclarer, dans la harangue
qu'il lui met dans la bouche. T.
Manlius Torquatus étoit père >
mais il étoit Conful. Il aimoit
fon iils y mais il aimoit eocore
plus la patrie. On fçait qu'elle
étoit l'idole des Romains , à la-
quelle iU fe croyoient obligés
de toot facrifier, nous difont
obligés par les loix mêmes, qui
régloient l'ordre des devoirs»
Les Dieux avoient le premier
rang , la patrie le fécond ; le«
devoirs mutuels des pères •& des.
.fils n'avoient que le troifieme
lieu* Quand il y avolt conflit
entre les deux derniers , le
combat étoit rude ; & pour don*,
ner l'avantage à la patrie , il
falloit avoir une fermeté, oii^
€i MA
pour parler plus jufle, une for*
te de férocité » qui fît raire les
fentimeùs gravés le plus pro-
fondément dans le coeur de
rhotnme. Car , il faut Tavouer,
quelque grandeur d*ame qu*on
prétende attacher aux principes
qui firent agir M. Brutus , T.
Manlius Torquatus & quelques
autres célèbres Romains, quand
on les examine férieuferiient de
de fang froid» on ne peut Te dif-
iimuler qu^on fenr en foi- même
une voix fecrete qui les con-
damne , parce qu'ifs répugnent
aux fentimens de la nature &
de l'humaniré.
MANLIUS [T.], T. Man-
Uns , fiis^ de T. Manlius Tor-
quatus. Voyei^ Tarticle précé-
dent.
MANLIUS [ Cn. ] , {a) Cn.
Manlius « fut élevé au Confulaè
avec M. PopilHus Lénas , Tan
de Rome 3969 Se 356 avant
Jefus-Chriâ* Cette année , les
, Tiburtes étant partis fecréte-
ment à l'entrée de la* nuit , en-
trèrent en armes fur les terres
de la République , & allèrent
piller jufqu'aux portes de la
ville. Les citoyens fe réveillent
bien al larmes ; ai ce qui aug-
«ente leur terreur 9 c'eft qu'ils
font furpris au milieu des ténè-
bres , & ne favent à quel enne-
mi ils ont aiFaire. Cependant »
après qu*on eut crié prompte-
ment aux armes, on plaça des
troupes aux portes 6c par tout
où il en falloit pour défendre
ks murailles. Dès que le jour
Il A
partit, les Confuls voyant qu'îH
n'avoient affaire qu'à un petit
nombre de Tiburtes , fortirenc
par deux portes différentes , ôc
vinrent fondre Tur eux , cha-
cun de leur côté , dans le tems
qu'ils comm'ençoieiit déjà à at-
taquer \ei murailles. A peine
foutinrent-ils le premier choc
des Romains ; ce qui fait voir
qu'ils avoient plus compté fui^
la difcorde des ennemis que fur
leui* propre valeur.
Deux aiis après , Cn. Man-
lius fut élevé de nouveau aii
Confulat , & il eut pour collè-
gue C. Marcius. Celui-ci con-
duifit fon armée contre les Pri-
vernates , 6c Cn. Manlius mar-
cha contre les' Falifques. Mais ,
il ne fît rien de mémorable , Û
ce n'efl que dans fon camp près
de Sutrium , il fît porter par les
fufFrages des foldàts féparés en
tribus , une loi qui ordonnoic
aux maîtres , de mettre dans le
tréfor public 9 lé vingtième dii
prix des efclàves qu'ils affiran-
chiroient. Les Sénateurs la
confirmèrent volontiers, voyant
que c'étoitune refïource confi-
dérable pour le tréfor épuifé.
Mais, les Tribuns du peuple
moins choqués de la lot , toute
extraordinaire qu'elle étoit, que
des conféquences qu'elle pou-
voir avoir , défendirent fou$
peine de la vie y que dans la
fuite on tînt de pareilles aflem-
blées hors de ' Rome » parce
qu'avec une telle licence, il n'y
auroit rien qu'on ne Ht oidon-
W Tît. Lîv, X, Vlh c. it , |6 j 17 , asf.
MA
âer contre les intérêts du peu-
ple , par des roldat$ qui avoient
fait ferment d*obéir aux Con-
fuls.
Cn. Manlius fut créé întcr-
Roi , Tannée fuivante ; de &x
ans après , il fut nommé Cen-
feur avec C. Marcins Rutilus.
MANLIUS[Cn.] CAPITO-
LINUS , Cn. Manlius CapUcU-
nus , (à) fut dioiiï maître de la
cavalerie par le Diâateur L*
Furius y Tan de Rome 410 > ÔC
342 avant Jefus-Chrift,
MANLIUS r T. ] TOR-
QUATUS , T. Manlius Tor-
fuatuSf (i) fut crééConful avec
M, Fulvius Pétinus, l'an de Ro-
me 453 , & 299 avant Jefus-
Chrift. Ayant été chargé de la
guerre d'Étrurie , il ne fut pas
f lotôt entré dans fa province ,
que comme il faifoit faire Texer-
tice à fa cavalerie , fon cheval
courant à bride abattue, le jetta
par terre avec tant de violence,
que peu s'en fallut qu*il n'expi-
rât dans le moment; au moins ne
vécur-il que trois jours après
cet accident.
MANLIUS [ L. ] TOR.
QUATUS , Z. Manlius Torqua»
tus j (c) étant fimple Lieute-
nant , l'an de Rome 457 » &
Î95 avant Jefus-Chrîft , marcha
au fecours de quelques four-
Tagçurs , que les ennemis
•avoient tnveilis, & les délivra
du péril.
MANLIUS [L.]VULSON,
£. Manlius P^ulfo , ( ^ ) fut
<^) Tît.I-îv. L. vil. c. a8.
(h) Tic.Lfv^ L. X. c. 9Vir.
le) Ttt. Litr. L, X«. c, a6.
M A €t
créé Conful , l'an de Rome
496 , «8c 256 avant Jefus-Chrift.
Il eut d'abord pour Collègue Q«
Cédicius ; mais celui - ci étant
venu à mourir y on lui fubititua
M. Atîlius Régulus.
Les Romains méditoîent alors
de porter la guerre en Afrique,
6c d*i>l|er attaquer les Carthagi-
nois dans leur propre païs. Il
n'y avoir rien que ceux •>• ci
craignilTem davantage , & pour
détourner un coup (i dangereux,
ils réfolurent de donner bataille
à- quelque prix que ce f&t« La
flotte des Romains étoit de trois
cens trente vaifleaux , 6c por-
coît cent quarante mille hom-
mes , chaque vaiâTeau ayant trois
cens rameurs , & cent vingt
combattans. Celle des Cartha-
ginois , commandée parHannon
& Amilcar , avoit vingt vaif-
feauxdepluSf âc plus de monde
aufiî à proportion. Les deux
flottes fe trouvèrent en préfence
près d'Ecnoine en Sicile. On ne
pou voit envifager deux flottes
ôi deux armées fl nombreufes,
ni être témoin des monvemens
extraordinaires qui fe faifotenv
pour fe préparer au - combat 9
fans être lailî de quelque
frayeur dans la vue du danger
qu'alloient coutir deux des plut
puiflans peuples de la terre*
Comme le courage, auâi-bieii
que les forces , ércit égal des
deux côtés , le combat fut op^
lOiÂcre , & le fuccès long-^tems
douteux , mais enfin les Cartha*
IÇd) RoU. Hift. Ane. Tom. J. paf.
170 , 171. Tom. V. pag, ^^S^ ^ pa^^
Hift. aôm. T, 11. p. 505. ^ fmivn
«4 M A
ginoh furent vaincus. Plus de
foixance de leurs vaifTeaux fu-
rent pris, & trente coulés à
fond* Les Romains en perdî-»
rent vingt-quatre > dont aucun
ne tomba entre les mains des
ennemis.
Le fruit de cette vîftoîre fur,
comme l'avoient projette les
Romains, de faire voile en Afri-
que , après avoir radoubé les
vaifleaux , & les avoir remplis
de tous les préparatifs nécef-
faires pour foutenir une longue
guerre dans un païs étranger* Ils
abordèrent heureufemenc en
Afrique , ôc commencèrent par
fe rendre maîtres d'une ville
nommée Clypéa, qui avoir un
bon port. Delà, après avoir dé-
pêché, des courriers à Rome ,
pour donner avis de leur dé-
barquement , Ôc pour recevoir
les ordres du Sénat , ils fe ré-
pandirent dans le plat païs , y
firent un dégât épouvantable,
emmenèrent un grand nombre
de troupeaux Ôc vingt mille
captifs. Le courrier cependant
étant revenu de Rome , apporta
les ordres du Sénat , qui avott
jugé à propos de continuer à M*
Atilius Régnlus^ fous la qualité
de Proconful , le commande-
ment des armées d'Afrique , Se
de rappeller L. Manlius Vulfon
avec une grande partie de la
flotte de des troupes, ne laifTant
ik M. Atilius Régulus que qua-
rante vaifleaux , quinze mille
M Tic. Liv. L. XXll. c. 60 , 61. L.
XXllI. c. 14» 40, 41. L. XXV. t:. 5^
L. XXVI, €. aa. L, XXVll. c. ly &
.MA
hommes de pied, Se. cinq cent
chevaux.
L. Manlius Vulfon , pour
prévenir le tems de Thiver «
partit aufG-tôt. Zonare rapporte
que ce Conful emmena plulieurs
citoyens Romains prii par les
Carthaginois dans les années
précédentes , 6c délivrés par lui
d'efclavage. L. Manlius VuU
fon, de retour à Rome avec
un grand butin , y fut très-
bien reçu, & on lui accorda
Thonneur du triomphe naval.
MANLIUS [T.] TOR-
QUATUS , T. Manlius Tor^
quatus , (a) fut créé Conful
avec C. Atilius Bulbus , Tan de
Rome 517 , & 135 avant Jefus-
Chrift. Ce Général , à qui la
Sardaigne étoit échue par fort y
ayant battu les ennemis en plu-
fleurs rencontres , fubjugua
toute rifle , & la fournit en-
tièrement aux Romains ; ce
qui lui mérita l'honneur da
triomphe.
Rome alors fe trouva fans eii<-
nemis & fans guerre , ce qui n^
s*éroit point encore vu depuis
près de quatre cens quarante
ans , & le temple de Janus fuc
fermé pour la féconde fois;
cérémonie qui annonçoit uns
paix générale. Il avoit été fer-
mé pour la première fois fous le
règne de Numa Pompilius ;& il
ne le fut pour une triofieme
fois que fous Augufte.
T. Manlius Torquatus fut
créé de nouveau Conful , l'aa
|/ff. Plut T. 1. p. 7^. Roll. Hia. Ron»
T. 111. p. io.> 11 1 4a» a5». ^ f»iv0
MA
ifi Rome 528» 6c 214 avant
Jefus^Chrift, & il eut alors pour
collègue Q* Fulvius Flaccus*
Huit ans après 9 les prifonniers
Romains • que les Carthaginois
avoient. faits à la bataille de
Cannes , ayant envoyé des dé*
pûtes à Rome pour demander
^u'on les rachetât > les fenti-
mens furent fort partagés dans
le Sénat. Les plus compatiffans
vouloienc qu*on les rachetât
des deniers du tréfor public ;
d'autres foutenoient que la Ré-
Îmblique n'étoît pas en état de
burnir à cette dépenfe 9 qu'il
tuffifoit de leur permettre de fe
racheter de leurs deniers ; ils
âjoutoîent que l'État pouvoic
aider ceux qui n'avoient point
d'argent comptant, à condition
qu'ils engageroient leurs terres
ou leurs maifons pour la fiireté
de la fomme qu'on leur auroit
prêtée.
Alors T. Manlius Torquatus,
qui fe faifoit remarquer fur
tout par une févérité antique 1
qu'il poufloit même , au juge-
ment de plufieurs , jufqu'à la
dureté , lorfque fon tour fut
venu de parier , s*expliqua en
ces termes: o Si les députés s'é«
» toient contentés de demander
» qu*on les rachetât » fans atta*
»> quer la réputation des autres,
)» je vous aurois dit mon fenti-
» ment en un mot. Je vous aurois
-» iimplement exhortés à imiter
» l'exemple que vous ont don*
» né vos pères , de dont nous ne
» fçaurions nous écarter , fans
» ruiner la difciplioe militaire»
« Mais> comme ils ont prcf»
Tm. XXriI.
M A: 6f
3» que fait gloire de s'être ren-*
» dus aux ennemis » & qu'ils
30 n'ont pas fait difliculté de fe
» préférer, non - feulement à
3» ceux qui ont été pris fur let
3? champ de bataille , mais mê«
V me à ceux qui fe font retirés
» à Vénufie ou à CanuHum ,
» 8c au Conful C. Térenttus
M Varron lui-même y je crois.
30 devoir vous initruire de tout
M ce qui s'eft pafTé après U
» journée de Cannes. Que n'ai-
99 je pour auditeurs les foldats
^ de Canuiium, témoins irré*-
p prochables de la valeur & de
» la lâcheté de chacun; ou an
x> moins P. Seropronius , au
30 confeil & à l'cNemple duquel
?» s'iU avoient déféré , ils fe-
p roient aujourd'hui foldats
39 dans notre camp , & non
30 prifonniers entre les ^ains
3» des ennemis. Mais, quelle 4
^y été leur conduite ? Depuis
» que la plupart des ennemis
30 furent rentrés dan s leur camp^
» ou pour fe repofer des fati-
» gués du combat , ou pour fe
7* livrer à la joie qui fuit tou*
jo jours la vi^oire 9 il fe paAk
a» une nuit toute entière , pen-
30 dant laquelle il étoit aifé à
30 ceux-ci de faire retraite*
30 Comment quelques corps-de*
30 cardes Carthaginois auroient*
» sis arrêté fept mille hommes»
30 qui pou voient s'ouvrir un
3» paiTage à travers une armée
30 entière ^ Mais , ils n*ont eu
V ni aiTer de cœur pour l'en-
» treprendre d'eux mêmes , ni
3> afTez de docilité pour fuivre
p cehii qui leur endoasojic
E
6é
MA
3»
a»
3b
30
3»
30
30
»
30
3»
3»
a»
a»
»
39
H
3»
30
I»
30
»
»
30
»
1»
39
1»
rexemple , 5c oui les exhor«
toic à rimiter. Durant la plus
grande partie de la nuit , P.
Sempronius ne ceffa de les
avertir & de les preflèr de
marcher fur fes traces , pen-
dant que les ennemis étoient
encore en petit nombre au-
tour de leur camp, pendant
que le filence regnoit par
tour 9 pendant que la nuit
pouvoit couvrir leur retraite*
Il eut beau leur remontref
qu'avant que le jour parût »
ils ferotent arrivés dans des
villes alliées où ils n'auroient
plus rien à 'craindre , leur
citant plufieurs exemples
capables de les animer.
Rien ne fut capable de fai-*
fe impreflion lur eux. Sol*
dats fans cœur! Il vous mon-
froit un chemin qui vous
conduifoit à votre falut & à
la gloire ; & le courage vous
manque » lors même qu'il
s'agit de vous fauver! Que
feriez-vous donc , s*il s'agif-»
foït de mourir pour la patrie ?
Vous aviez devant les yeux
cinquante mille de vos ci-
toyens & de vos alliés éten-
dus morts fur le champ de
bataille \ & tant d'exemples
de courage ne peuvent vous
en infpirer ! Encore , fi vous
vous étiez contentés d'être
lâches. Mais non - feulement
vous avez refufé de fuivre
celui qui vous donnoit un bon
confeil » vous vous êtes mis
en état de le retenir lui-mê-
me & de l'arrêter » fi , à la
tête d'une troupe ie foldats
MA
i> plus courageux que vous , il
» n*eût mis l'épée à la noaii^
30 pour écarter des lâches & dés
30 traîtres. Il a fallu que P* Sem«
30 pronius ait forcé fes propres
n citoyens j avan( que de forcei^
30 les ennemis. El^ome regret*
J9 teroît de tels foldats! Par-
30 mi fepr mille hommes » il s'en
30 eft trouvé fix cens qui ont eu
p ailèz de valeur pour revenij^
x> libres & les armes à la maia
30 dans leur patrie , fans qu^
30 quarante mille ennemis aient
» pu les eifrayer > ni les rere-
33. nir. Combien deux légions
30 prefque entières auroient-.»
» elles trouvé plus de facilita à
33 exécuter la même entreprife?
» Pour finir , voici à ouoi je
» réduis mon fentiment* Je crois
3> que vous ne devez non pluf
30 racheter ceux-ci , que livrer
3> à Annibal ceux qui ont pafl<$
» au travers des ennemis avec
30 une extrême valeur , & fç
30 font eux-mêmes rendus à leur
33 patrie. »
Ce difcours fit un grand tSttp
Les Sénateurs , touchés des rai<r
fons de T. Maniius Torquatus^
eurent moins d*égard aux iméT
rets du fang qui les lioit ^ plu.-?
fieurs des prifosnierst qu'aux
conféquences fâcheufes que
pourroit avoir une indulgence
fi peu conforme à la fé vérité de
leurs ancêtres. Ils ne croyoien^
pas non plus qu'il fût à propos
de faire une dépenfe t qui ea
même tems épuiferoit le tréfor
de la République > & fourniroi^
% Aaaibai une reflburce dont ûs
MA
Içavoit qu*îl avoic un extrême
befoio*
L*aniiée fuivantei T. Man«
Ijus Torquacus » ayant été en-
voyé dans rifle de Sardaigne » j
ranima la vigueur des armes
Romaines qui avoienc beaucoup
langui depuis la maladie du
tréceur Q. Mucius.T. Manlius
Torquatus mie Tes vaifleaux en
fureté dans le port de Carales ^
aujourd'hui CagHari ; & ayant
fait prendre les armes à l'équi-
page » il joignit fes foidats aux
troupes, qu'il avoit reçues du
Préteur, oc compofa du tout
Une armée de vingt mille tont-
ines de pied & de douze ^ens
chevaux. Il eut contre les habt*
tans du païs de fort hettreux
fuccès y qui auroient terminé la
guerre de Sardaigne » fi Afdru<*
bal le Chauve» avec fa flotte
Carthagtnoire que la tempêté
avoic pouflHe vers les ides Ba-
léares, ne fût arrivé fort à pro-
pos pour raffurer les peuples
qui étoient fur le point de ren-
trer fous la domination des Ro-
ftiains. T. Manlius Torquatus
n'eut pas plutôt appris l'arrivée
de la notte Carthaginoife , qu'il
fe retira à Carales; ce qui donna
à Hampficorâs , Général des
Sardiens , la facilité de fé
joindre à Afdrubah Cedernier^
ayant débarqué fes troupes 8c
renvoyé fes vaiffeaux à Car-
thage { partit avec Hampficorâs
qui connoiiToit le païs , pour
aller piller les alliés du peuple
Romain. Il fe feroic avancé
Ïfqu'à Carales , fi T. Manlius
orquatas ne fie venu au de-
MA
Tant de lui avec fon éltfbét , dl
n'eût arrêté les ravages qu'il
faifoit dans la campagne. Lei
deux armées fe campèrent afièt
près Tune de l'autre; ce qui
occafîonna d'abord plufieuri
petits combars, où les deux par-
tis avoient alternativement Fa^
vantage. Enfin , ils en vinrent
à une bataille générale, qui
dura quatre heures.Les Sardieni
combattirent mollement à leur
ordinaire ; ce furent les Cartha^
ginois qui tinrent pendant oa
cems la viétoire douteofe. Enfin,
ils lâchèrent pied eux-mêmes ,
lorfqu'ils virent l'armée des Sar«
diens en déroute , de la tert^
couverte de leurs morts, T.
Manlius Torquatus , ayant fait
avancer l'aile qui avoir vaiocn
les Sardiens, enveloppa lesCar^*
thaginois dans le tems qii%ls
tournoient le dos« Alors | cefnc
un carnage , plutôt qu'un com<*
bat. Il demeura douze mille
hommes fur le champ de ba^
taille , tant Carthaginois qud
Sardiens. On en prit envtroni
trois mille fix cens ^ avec vingt-*
fept drapeaux^ Ce qui rendit et
combat plus célèbre & plus met
morable , c*eft qu'ÂfdruHbal . qui
commandoit Tarmée ennemie «
y demeura lui-même prifonniet
avec Magon 6c Hannon , deux
des plus qualifiés d'entre les
Carthaginois. Les Généraux
Sardiens illuftrerent auffi cett^
viâoire des Romains par leurs
difgraces* Cat Hionus , fils
d'Hampficoras , fut tué dans Iq
combat ; & Hampficorzs fon,
père s'étant fauve par U fuite
El)
^8 MA
avec mi petit nombre de cava-
liers , o*eut pas plutôt appris la
inort de fon iîls , qui mettoit le
comble à fon infortune , quMl
fe'donna la mort à lui-même dès
la cuit fui vante.
Cornus , ville capitale du
canton où s*étoit donnée la ba-
taille, fervic de retraite aux
autres* Mais f T. Manlius Tor-
quatus r^ant inveftie avec fon
armée viaorieufe , s*en rendit
maître au bout de quelques
jours. A Texemple de Cornus ,
les autres villes qui avoient
pris le parti d'Hampficoràs &
des Carthaginois » envoyèrent
des otages au vainqueur âc fe
rendirent à lui. Après avoir
exigé d'elles de l'argent & des
vivres » félon les forces de cha-
cune^ il fe retira à Carales avec
fon armée. Il y fit embarquer h$
foldats dans les vaifleaux qu'il
avoir laiflës dans le port , ôc
s*en retourna à Rome. Ayant
appris au Sénat la réduAion de
laSardaigne » il remit aux Quef-
leurs ou Tréforiers 9 Targent
qu'il en rapportoit 9 aux Édiles
les vivres qui lui refioient » 6c
les prifonniers au préteur Q,
Fulvius.
L'an de Rome 540, & 212
avant Jefus-Chriily il brigua la
charge de fouverain Pontife »
mais il ne put l'obtenir. Deux
ans après, il montra bien plus
de modération. La centurie des
jeufies, appeilée Véturie,à qui il
étoit échu par le fort de donner
la première fon fuffrage , çhoi-
fit 1 • Manlius Torquatus pour
un des Coafuls de cette année.
MA
Déjà une foule de gens perfua*
dés que la pluralité des fuffra^
ges , comme il ne manquoit ja-
mais d'arriver , ratifieroit ce
choix f s'aflembloit au rour de
T. Manlius Torquatus qui étoic
préfent » pour le féliciter fur la
promotion. T. Manlius Torqua*
rus alors s'approchant du tribu-
nal du Conful^ le pria de vou«
loir bien l'entendre. Tout le
monde étoit dans l'attente de
ce qu'il alloit demander « de
l'on fut bien étonné de l'enten-
dre s'excufer d'accepter la pre«
miere dignité de la Républi-
aucy^ alléguant pour raifon la
toi^fle de fes yeux. Il ajouta
que ce feroit une témérité in*
excufable à un Général , aulE*
bien qu'à un pilote > lorfqu'il
ne pouvoit fe condiiire que par
les yeux d'autrui , de préren-
dre que les autres fe repofaf*
fent fur lui du foin de leurs
vies& de leurs intérêts les plus
chers ; qu'ainfi il prioit le Con*
fui de renvoyer aux voix la
centurie des jeunes gens qui
venoit de donner fon fuffrage ^
& de les exhorter à faire atten-
tion , avant que de nommer les
Coniuls , à la qualité de la guer*
re que l'on avoir à foutenir ea
Italie » & aux conjonâures où
fe trouvoit actuellement la Ré-
publique. Qu'à peine avoit-oa
pu encore ie remettre de l'ai-
larme 6c de l'épouvante qu'a-
voit caufées dans Rome l'ap-
proche d'Annibal,lorfque quel-
ques mois auparavant ce redou-
table ennemi avoit fait avancer .
fei troupes jufqu'aux portes de
MA
la ville. La centurie répondu
au*eile ne changeoic point de
leotiment , 6l qu'elle periiftoit
dans le choix qu'elle venoit de
faire.
Alors T. Manlius Torquatui
le prenant fur un ton plus fer-
me : 9 Si je fuis Conful , dit- il ,
s» je ne pourrai fupporter la
» licence de vos mœurs f ni
» vous la févérité de mon com*
» mandement. Retourjiez donc
» aux fufirages , & fouvenez'*
» vous que nous avons la guer«
3» re en Italie contre les Car-
» thaginojs , &c qu'Annibal eft
3» à leur tête. » Le ton d'au-
torité que T. Manlttts Torqua*
eus avost pris » Sc l'admiration
de fa générofité qui fe déclara
par un applaudiflemeot univer-
sel , firent comprendre à la cen«
turie qu'il falloit peofer à ua
autre choix.
T. Manlius Torquatus fut
créé Diâateur fur la fin de
Tannée 544 de Home » & aog
avant Jefus^Chrift» pour tenir
les aflemfolées di préfider à la'
célébration des jeux. Il choifît
pour maître de la cavalerie C*
Servilius alors Édile curule.
Le Sénat ordonna au Diâateur t
le premier jour qu'il fut aflem-
blé , de célébrer les grandf
jeux , que M* Émilius, préteur
de la ville g avoit. hït repréfen-
ter fous le confulat de C. Fia-
minius ôc de Cn. Servilius , âc
Îu'il a voie voués pour cinq ans.
>e Diâateur les célébra alors,
& à fon exemple | les voua en-
M A' 69
côre pour cinq autres années.
Dès que les aflemblées eurent
été terminées , de les jeux célé-
brés, T. Manlius Torquatus âc
C. Serviiius fortirent de char-
ge ; & il fut ordonné à T. Man-
lius Torquatus de pafler la mer,
en qualité de député, pour exa-*
miner ce qui fe paflbit dans la
Grèce ; âc comme on devoir cé^
lébrer pendant cette campagne
les jeux Olymp^iqueSj oi l'oa
voyoit ordinairement un grand
concours de tout les peuples
de Grèce , il étoit chargé , s'il
pouvoit pafler en fArcté à tra-
vers les quartiers des ennemis «
de fe trouver à cette aflemblée ^
delà, de déclarer; auk Siciliens
que la guerre avoir obligés de
quitter leur païs , & aux ci-
toyens de Tarente , qu'Annibal
avoit exilés , que le peuple Ro*-*
main leur permettoit de retour^
ner dans leur patrie » & de ren*
trer en poflei&on ^ies biens qui
leur avoient appartenu avant la^
guerre*
^ MANLIUS [L.]» i^- ^^a-
lius , (a) étoit Préteur l'an de
Rome 534, ScaiS avant Jefus-
Chrift. 11 fut envoyé dans la
Gaule avec deux légibns Ro«
maines , fix cens cavaliers' qui
enfaifoient ordinatrem«it,pari
cie , dix mille piétûns> & mille
eavaliers alliés*
Un jour , ayant appris que la
ville de Mutiné . .oÂ; fe trou-
voient alors des députés Ro<«
mains > étoit dans, le T^^ gran^
danger » &c ne confultant d'à-
•• • »
i0> Tit. Uf, L, XXI. Ck I7i ftS • s6* L. XXiil. t. %% $ $5.
11|
fù MA
bord que les nouvemeit^ de fii
colef e 9 il fit marcher iès trou-
pes veÉs cette ville» fans avoir
pris aucune précaudon pour fa
rareté* Le cfaeivdn par oti il lui
ialloic pafTer étoic rempli de
l^roflàilles & d^arbrifieaux in-
cultes. S*^tant engagé dans ce
défilé 9 avant que d'avoir fait
veconnoître les lieux , il tomba
4ans une embuicad« ,- ou il per-
dit une grande partie de fea
Îens« & eut bien de la peine à
\ fauver kii^nême avec le ref-
C0. Dès qu'il dut gagné la plait^
ne , il campa ; & les Gaulois
défefpérant de pouvoir le for-»
çer dans fes retranchemens y ceA
frrent dte ie« harceler ; ce qui
6% reprendre courage à fes fol*
dats f malgré la perte qu'ils ve*
Soient de faire). Il fe mit donc
•n marche tout de nouveau , àc
»e rencontra point d'ennemis
•ans que fes troupes marchèrent
à découvert.-Mais » àhs qu'elles
& furent engagée^ dans les bois«
les Gaulpis revinrent à la char*
ge ; & ayani ahaqué l'arriére-
garde » ils mirent le défordre
dans route l'armée ^ tuèrent huit
•ens foldats » 6e prirent huit dra-
peaux. Dès que les Romains
lurent fortis. des bois & des dé*^
£lés , ils n^eurént plus rien à
craindre d^iapart des Gaulois^
qi)i ceflerent dès-lors de les in^i
comniodèr^ Ait»ii , ils continue*
yent leuv marche en toute fure-
té 9 par des lieux découverts
|ufqu*à eé qu^'enfin ils arrivèrent
MA
à Tittétum » bourgade (îtfiée fuf
les bords du ?ô« Ils s'y retran-
chèrent ; & fubfiilant aifémené
des vivres qqi leur venoient par
la rivière » ou qui leur étoient
tournis par les Gaulois Bri-
xiains » ils réfifierent pendanc
quelque tems aux efforts de
leurs ennemis , dont le noi?ibre
fb niultiplioit de jour en jour.
Les fecours qu'on envoya bien*
tôt de Rome , obligèrent enfin
ces derniers de fe retirer.
- L. Manlius, à l'occafion d'une
féditîon qui s'étoit élevée parmi
les foldats » fit vueu de bâtir ua
temple à la Concorde ; Se ce
vœu fut accompli l'année fui-*
vante par l'ordre du préteur M.
Émilius. Feu de tems après , L*
Manlius fe mit fur les rangs pour
briguer le Coafulat» mais il ne
l'obtint pas cependant.
MANLIUS [ L. 3 ACIDI«
NUS 9 Z. Mànliui Acidinus »
(a) fut créé Fréteur » l'an de
Rome 54% « & 210 j|vant Jefus^
Chrxft. Il eut la charge de ren*
dre la jufiice «ux citoyens de
Rome» Trois ans après > il com<«
manda une armée dans l'Orne
brie. L'année fuivante , il fer<%
vit en Efpagne fous P* Scipion ;
fc ce Général » voulant cette
même année retourner en Ira««
Ue« laiilà le gouvernement de
k Province à L. .M9nlius Aci<«
dinus dt à L. Lentulus* L'année
d'après il y eut quelques mou^i
vemens en Efpagne. L. Manliua
Acidinus &l L. Lentulus ne cru^
ta) Tit. Liv. L. XXVI. c. t}. U ^XVll. c. 4 j 50. L. XXVlll. c* }& L. XXIX.'
C. t> la I}. 1. XXX|]^ t. J. . J
MA
tent pas devoir Un négliger.
C*eft pourquoi » ayant joiitt
leurs forces , iU eocrerenc dans
le pais dea Aufécaio»; & le tra«
verfaar , fans y faire aucun dé»
gâc> quoiqu'ils fuflenc informés
de leur révolte » ils arrivèrent
{ufqu'à la vue des ennemis , en
forte qu'Us n'en étoient éloignés
que de trois milles. Us tentèrent
d'abord les voies de la négo-
ciation y pour les engager â reA-
trer dans le devoir 6l à mettre
bas les armes. Mais t les £fpi^
gnols , pour toute réponfe >
ayant lâché leur cavalerie con-
tre les fourrageurs des Romaini,
celle des Romains vint à leur
fecours ; ce qui occafîonna un
combat de cavalerie, où il ne fe
pafla cependant rien de mémo-
rable. Mais 9 le lendemain, il y
en eut un antre $ oà les deux
armées eoB^attirent avec beao^
coup de courage* Les Efpagnols
furent défait»^ & leur chef refta
fur le champ de bataillé.
L'année futvante, qui étoit
Tan de Rome 548, & l'an 264
avant Jefns^Chrift^ on continua
le gouvernement de l'Efpagtke
à L. Manlt«ts Acidinus & à L.
Lentulfts , tel & dans les mémcis
bornes qu'ils 'l'a voient eu pré»
cédtfmmeat. L. Manlius Acidi-
nus ne rétour«ia à Rome que
cinq ans après ; ii voyant qnt
le Tribun du peuple M. Por^
ciui Léca s'opMioit au petit
<«> Tk. liv. L. incVl. c. st • a8. t.
jUXViU c. 6, [
ih) tu. Liv. t. XXVII. 0. 17.
ie) fit. Lit. L. X'XX. c. 19.
{d) Tir. 4U«, %^ XXZIU^ c« «5 »< 4s »
MA jt
l^Ioftiphe que le Sénat 1^ avok
accordé , il entra en fimple par-
ticulier dans la ville, & porta
dans le tréfor public douze ceÂs
livres d'argent 9 de enViron treu*
te livres d'or.
MANLIUS [ P. ] VULSON,
P. Manlius Vulfo , {a) fut élevé
à la Préture , l'an de Rome 541,
& 210 avant Jefus-Chrift » fc
eut ordre dé pafièr en Sardai-
gne pour fe mettre à la tête de
4e«hC légions que L. Cornélius
y avoit commandées Fannéie
•précédencdë Sur la fin de tli
campagne , une flotte Cartha-*
ginotfe , cdmpofiée de quaraâte
vaifleaux » fous la conduite ^
d'Amtlcar » paflà en Sàrdaigne>
ic fit ufie déicente fur les terres
des Olbiens. Mais» F. Manlius
Vulfon éiaÀt venu à la rencon-
tre des ennemis» Ils fe rembaf^-.
qUerént auffitât.
MANLIUS [A.], A.Mafki
Imsp (k) Tribun deis foldats ,
fut tué dans urï ctfmbat, l'in de
Rome 544 1 & 108 avant Jefui-
Chrift*
MANLIUS [L.) TORQUA-
TUS » L» Manlius Torfuaius ^
(c) Pontife » mourut , Tan dd
kome 550, èc 202 avant Jefus-
Chrift t âc il eut pour fucéefr
feur C. Sulpicius Galba*
M ANLlUStCN.3 VULSON,
Cn. Manlius Valfx^ id ) étoit
Édile Curule, avec P. Cornée
lias Scipio* y l'an de Rome
41^ L« XXXIV. c. '%%^ tk XXXV. c. ^ »
M>.t.XXXVIU c. iJ7.j%. XXXVUl. c.
19. ^ /<<f . L. XXXI^. ç« 6 » 40. Cori|.
Kep. in Aonîb. c. i|. Koll. Hifi. Rôm.
Tom< IV. pag. i%Ost^f SSTf é* /«itr^
£ iv
7^ V
/M'A
Î55 , & 197 avanr Jefus-Chrîft.
Is firent repréfenter cette an-
néc dans le Cirque & fur le
.Théâtre les jeux Romains*
Pendant les quatre jours qu^ils
durèrent, ces Magiilrats firent
Relater une magnificence, & tqut
le peuple une joie , qui n'a-
y oient point d'exemple , à caufe
ides grands ' avantages qu'on
4iyoit remportés; ùir les enne-
mis de la RépnbHqoe.
Deux ans après » Cm Man^
lius Yulfon parvint à la Pré-
sure , & fut chargé du Gou-
vernement: de la Sicile. L'an*
:née fuivante 9 il fut un des
-Triumvirs ' qu*oft choifit pour
,aller établir line colonie La-
tine dans le territoire de Thu»
xiumi Quelques, années après'»
il brigua, le Confolac, qu'il ne
put obtenir alors. Il ne fut élevé
à cette dignité. que Tan de Ko**
jné 563 , ^ jl$9 I avant Jefus-
Chrift, êc il eut pour collègue
M. Fulvios Nobilior* Le tort
•donna à ce dernierr l'Étolie
pour département, Se TÂfie à
Cn. iManlius Vulfon*
Dès le commencement dû
printemfl^ , il vint à Éphefe » Se
prit le commandement des trou-
.pes que lut; remit L. Scipion^.
Après en avoir fait la revue^
j] aâèmbla lesfoldats ; Se ayant
loué la valeur avec laquelle ils
avaient. dompté Antiochus dans
tin feul combat, il les exhorta à
l'employer encore contre les
Gaulois qui 1 a voient donné du
fecours à ée^Prinee» & donc
le. caraâere étbit fi féroce &
fi indomptable , que c*étoit en
MA
vasfi qu'ils avoient repoufl^é Au»
tiochus au delà du montTauniSf
s'ils laiiïoient en deçà une na-
tion fi fiere Se fi puififante. Il
parla de lui*mème en peu de
mots Se avec modeftse » fans rien
dire 9 dont tout le monde ne re«
connût la vérité. Ainfi , fen dif«
cours fut généralement applau*
di. Les foldats n*appréhen*
doient pas beaucoup les Gau-
lois 9 qui , ayant été vaincus
avec Antiochus & toute fon
-armée 9 feroient encore moinr
«en état de réfifter feuls aux
-Romains. Mais y le Conful étotc
.fâché de l'abfence d'Eumene qui
'^toit alors à Rome » parce qu'il
connoifiToit parfaitement le païs
'& l'ennemi , Si qu'il étoit de foti
intérêt qu'on opprimât des vol*
fins aofii incommodes pour lui
que les Gaulois. A fon défaut'»
il fit venir fon fi*ere Attale de
:Pergame, Se l'ayant exhorté à
Xe joindre à lui contre les enne*
mis, il. le renvoya chez lui pour
préparer les fecours qu'il avoic
promis . de , lui amener.
Quelques jours après» étant
allé d'Ëphefe à Magnéfie, il 7
.rencontra Attale qui venoît au
devant de lui avec mille hom-
mes de pied & deux cens
cavaBers » ayant ordonné à fou
frère Athénée de le fuivre avec
le refte des troupes , Se confié
la garde de Pergame à ceux
dont il connoifiTcfit le zèle êe U
fidélité. Cn. Maolius Vulfoa
donna à ce jeune Prince les
louanges que méritoit foo atta«
chemént aux intérêts du pea«
pie, Romain ^ & 4^1» . camper
MA
arec lu! fur les bords du Métn-
dre» en atcecdant Ifes vaifleaux
donc il avoit befoin pour met-
tre fes troupes de l'autre côté
de ce fleuve » qu^elies ae potr-
voient palTèr à gué à caufe de
fa profondeur.
Après qu'ils eurent paflTé le
Méandre, ils allèrent à Hiéra-
£omé où Fon vôyoit un temple
d'Âpolion très • augufte » dont
les Prêtres rendoient les oracles
du Dieu en vers affez élégans*
De-là en deux jours ils arrivè-
rent furies bords du fleuve nom-
mé Harpafe , où les députés des
Alabandiens vinrent trouver Cn.
Manlitts Vulfon, pour le prier
de remettre en leur puiffance
yzT fon autorité ou la force de
fes armes, un château dont les
èabitans s'étoient tout récem-
ment révoltés contre eux. Athé-
tiée, frère d'Eumene i& d*At-
tale, s'y rendit auffi avec Leufus
4e Crète & Corragus de Ma-
cédoine. Ils lui amenèrent mille
hommes de pied de dîverfes na-
tions &• trois cens cavaliers.
« Le Coftful envoya un Tribun
des foldats avec quelques trou-*
pes qui reprirent le château de
ibtrce 9 & le rendit aux Alaban-
'diens. Pour lui , fans fe détour-
laer du chemin , il alla camper
près d*Antioche fur le Méan-
dre.
Ce fut là que Séleucus, fils
d'AntiochuS) vint le trouver,
faifant apporter le bled que fon
père s'étoit obligé par le traité
de fournir à Tarmée des Ko*-
nains. Il fit quelque difficulté
<i*ett donner aux troupes Auxi«
^ À 7J
Kaîres d*Attale , prétendant n'en
devoir qu'aux foldats Romains ;
mais , le Conful par fa confian-
ce le força de le relâcher fur
ce point, ayant envoyé un Tri-
Jbun dans les légions faire dé-
fenfe aux Romains de rien pren«
dre j que les troupes d'Attale
n'euflent reçu leur part. Ils ar-
rivèrent delà à la ville de Gor«
diucique, d*où, après trois cam«
pemens , ils vinrent à Tabès ,
ville fituée fur les confins de la
Pifîdie , vis-à-vis la mer de
Pamphylie. Les habitans de cette
contrée , avant qu'ils euflent
reçu aucun échec , étoient fiers
& belliqueux. Alors même ayant
lâché leur cavalerie contre les
Romains j ils cauferent quelque
défordre dans leur marche au
premier choc. Mais , reconnoif-
fant bientôt qu'ils n'étoient
égaux à eux , ni par le nom-
bre , ni par la valeur , ils ren*
trerent dans leurs murailles * &
envoyèrent demander pardon
de leur faute, offrant au Confui
de lui rendre la ville. Ils furent
condamnés à payer vingt-cinq
talens d'argent ÔC dix mille
mines de froment, moyiennant
quoi on accepta leur propofi«
tion.
Trois jours après, ils pouffè-
rent jufqu'à la rivière de Chaûs,
d'où ils allerenr prendre d*af-
faut la ville d'Ériza. De-là ils
vinrent au fort appelle Thabu-
fion, bâti fljr un fleuve nommé
Indus, depuis qu'un éléphant y
avoit précipité un Indien, ifs
vinrent enfuite à Cibyre ; & de
Cibyre Cn. Manlius Vulfon
74 M A
condusfic fon arœ^e par le pa!s
des Sindenfiens, 6l paflaot le
fleuve Calaure , campa fur l'au-
tre bord. Le lendemain , il paf-
(à le long du marais de Carali-
tif , & ayant réjaurné à Man«-
dropolis y s'approcha dé Lagon
qui étofc la ville la plus voi-
iiDe. Les Romains , ta crouvanc
abandonnée par la fuite des ha-
bilans , en enlevèrent les pro-
vifions âc les autres effets dont
elle étott abondamment pour-
vue. Le jour d'après les condui-
fit de la fource du fleuve Lyfîs»
îufqu'au fleuve Cobulatus. (Jeux
de T ermeflè aifi^geoient alors
la forterefie d'Ifionda » après
s'être rendu maîtres de la ville.
Les habitans, qui n'efpéroieat
d*ailleurs aucun fecours » en-
voyèrent des Ambafladeurs au
Conful pour lui demander Ûl
pioteâion 9 & lui repréfenter
qu'eniierip^s dans cette place
avec leurs femmes & leurs en-
fans, il n'y avoit point de jour
où ils ne fuflent expofés II pé-
rir ou par la faimi ou par le
fer de leurs ennemis. Le Conful
qui ne cbercl^oit que l'occafion
d^entrer dans la Pamphylie , alla
faire lever le fiege dlfionda»
de accorda la paix aux Ter-
sneffiens, moyennant la fomme
de cinquante talens qu'ils lui
comptèrent. Il en ufa de même
à l'égard des Afpendiens 8c des
autres peuples de la Pamphy-
Be. ^
Étant forti de cette Province^
il campa le premier jour fur
les bords d'un fleuve ^ nommé
Taurus 1 & le lendemain près
MA
d'un lieu appelle Xyllne-Coind.
Delà continuant fa route » il
arriva à- la ville de Cornafe*
Celle qui en étoit la plus voifi&e
étoit Darfe » que les habitans
avoient abandonnée de frayeur»
& la]â*ée remplie de toute
forte de biens , à Texemple de
ceux de Lagon^ Comme xl paf-
ibit le long des marais de cette
contrée , les Ambafladeurs de
Lyfinoé vinrent lui livrer leur'
ville. Delà M entra dao& le
territoire de Salagafle » fertile
en toute forte de grains Ôc de
fruits. Il étoit habité par les
Pifides qui étoient les plus bel-
liqueux de tout te pais» Leur
fierté naturelle étoit. encore
augmentée par la fécondité de
leurs campagnes , par la multi*
tude de leurs citoyens y ëc H
fituation de leur ville /qui étoic
des plus avantageufes. Le Conv-
fui, ne voyant point de dépu^
tés de leur part , ordonna à fea
troupes d'aller pilltf le plac
païs. Quand ils virent qu'o^
enlevoit leurs biens fous leurs
yeux 9 ils fe radoucirent » À par
le moyen des Ambafladeurs
qu'ils envoyèrent au Conful ,»
obtinrent la paix> en pay«u:ik
cinquante talens ; ÔC vingt mille
mines de froment & autans ,
d*orge. L>rmée alla camper de^
là au bourg d'Aporidos-CojOi^»
près des fontaines d'ObrimeSt
où Séleucus vint le. lendemain
d'Apamée trouver le Conful. Cn»
Manlius Vulfon fit porter dans
cette ville fes malades 6t les bar
gages inutiles ; puis avec les
guides que lui donna Séleucuit
MA
î! s^avançft le même |Oiir jttfr
^u'à la plaine de Métropolis >
Se le leodemaio campa à Dinies
daos la Phrygie , puis % Syooa-
da. Comme la crainte avoir
chsiffé leshabitaos de toutes len
villes d'alentour , let foldacs
chargés ^u butin ou'ils y trou-
vèrent » ayant fait à peine deux
lieues le jour fuivant , s^arrê-
terent à Beudos la vieille» com-
ice on Tappelloit alers , d*où
le lendemain ils allèrent à Ana«
bura,&le jour d'après aux four-
ces de l'Âlandre, de le troi-
fieme à Abbafl*e » pù ils féjour-
nerent plufieurs jours « parce
qu'ils fe trouvoient alors fur
les frontières des Tolifto-
boiens*
Cn* Maolius Vulfon, ayant
^ faire la guerre contre une
nation que tous les peuples voi«
fins redoutoient fi fort» crut
devoir rafiurer fes foidats; Les
ayant donc alTemblés : » J*a-
» voue , leur dit-il « Romains ,
39 que les Gaulois font les plus
» belliqueux de tous ceux qui
3} habitent TAfie. Cette nation
30 féroce , après avoir traverfé
V une grande partie de la terr
» re f toujours les armes à la
V main,9 eft venue s'établir au
3> milieu des peuples les plus
V doux 8c les plus traitables du
n monde. Ce qui contribue
» beaucoup à rendre ces Bar*
» bares efiroyables , c'eft la
» grandeur de leur taille» leur
XI chevelure longue Si roufle^
» leurs vaftes boucliers » 8ç
» Içurs épées d'une grandeur
n énorme ; à quoi oa peut;
MA 75
j» ajouter rhorreur des cris &
a> des hurlemens qu'ils poufienc
» en allant au combat , èc ea
3> frappant de leurs lances fur
30 leurs boucliers, fuivaoc une
» coutu me qu'i Is n'afie Aent que
3> pour jetter la terreur dans
30 les ejprîts. Qu'il foit permis
30 aux Cîrecs , aux Phrygiens »
30 Se aux Cariens de redouter
» cet appareil & tout ce fracas
» auxquels il ne font pas faits.
y> Mats , pour les Romains qui
9 y font accoutumés , ils en
y> connoiflent & en méprifent
3> tout le ridicule & toute la.
I» vanité. Ils ont mis une fois
n nos^ncêcres en fuite auprès
i> de l'Allia. Pendant deux cens
» ans 'qui fe font écoulés de-
it puis, les Romains les ont
30 toujours égorgés ou mis ea
30 déroute comme des troa-
» peaux de moutons; & les
» feuls Gaulois ont procuré ii
30 nos Généraux plus de triom-
» phes» que les autres nations
» de rUnivers toutes enfemble,
» C*eft une expérience qu'on a
n faite une infinité de fois. Pour
» peu qu'on fçache arrêter la
» première fougue de cette na-
» tion bouillante ôc emportée»
x> ils dégouttent de fueur -, ils
9 font épuifés de fatigues» les ar-
» mes leur tombent des mainS)âc
» dès que leur colère eft émouf-
V fée» le foleil, la pouifiereg
3> & la fotf » fans le uecours da
30 fer» fuAfent pour abattre
30 leurs courages auffi flafques
» & auflimoux que leurs corpst
30 Ce n'eil pas feulement dans
3> des batailles générales de lé-
?<f
MA
» gîofis à légions que nous avons
» éprouvé leurs forces , mais
» dans des combats (inguTiers
» d*homme à homme. T. Man-
» lius& M.Valérius ont bien fart
» connoître combien la valeur
» mefurée des Romains Tem-
» porroir fur la fureur aveugle
» des Gaulois. Eif M. Manlius
» feu] ne précipita-t-il pas du
» haut du lac Tarpeîen une
» troupe de cesBarbares , près
» d'entrer dans le Capitole ?
» Cependant , nos ancêtres
» avoient alors affaire à de
» véritables Gaulois , nés &
» & élevés dans leur gropre
» pais; au lieu que ceux que
» nous avons à combattre ont
» entièrement dégénéré.* Ceft
» on mélange de Grecs & de
» Gaulois f comme leur nom
» le porte. Il en eft d*eux com-
» me des arbres ëc des animaux.
» Ge n*eft pas tant la femence
» qui conferve/ ou change la
» bonté de leur efpèce , ^ue
* la terre qui les nourrit , &
» l*aîr qu*ils refpîrent. Les Ma-
so cédoniens qui ont bâti Ale-
jo xandrie dans TÊgy pte, qui ont
» fondé Babylone , Séleucie âc
9b tant d'autres colonies en di-
» verfes parties de l'Univers ,
» n*ont-ils pas pris aujourd'hui
» les mœurs des Syriens, des.
» Parthes & des Égyptiens ? Les
s» plantes qui croisent dans
» leur terre natale, confervent
y» toute leur vigueur Se tonte
30 leur vertu ; celles qu'on ttanf-
30 plante dans un climat étran«
a> ger , ns font pas long-tems
7> faos dégénérer. Vos ennemis
..MA
n ne font donc que des Pbry*
» giens chargés des armes des
» Gaulois ; 6c vous aurez en-
w eore moins de peine à les
» vaincre aujourd'hui qu'ils fonr'
'» feuls, que quand ils faifoienr'
» partie des troupes d'Ântio-
» chus. Je ne crains pas que
» nous n'ayîons trop d'ennemis
» à combattre , mais que nous
3» n'acquérions trop peu de
» gloire à les vaincre. Corn-
» bien de fois Attale les a-t-^
» il défaits 8c mis en fuite ?
79 Si les b6tes féroces nouvelle»
30 ment prifes ^ après avoir
30 gardé quelque tems leur fu-
33 reur naturelle , la dépouil«
33 lent infehfîblement entre les
» mains des hommes qui les
33 nourriflent, perfuadez-vous
y> que le même changement fe
33 fait dans les hommes. Croy ez-
30 vous que les Gallo " Grecs
30 relTemblent à leurs pères & à
» leurs ayeux?Chafl*és de Ibur
43 patrie par le défaut d*habita-
30 fions âc de vivres, ils ont
3> traverfé les cètes âpres ôc
» incultes de Tlllyrie^ pafTé la
» Péoniie. & la Thrace, ^en corn*
33 battant contre les nations
33 guerrières qui leur difpn«^
33 toiènt le pafTage , & enfin Ce
33 font emparés de ce pats mal*
n gré les peuples qu'ils y ont
33 trouvés. Après avoir fouffert
33 tant de maux qui les ont en-
ao core rendus plus farouches»
33 cette terre les a reçus dansfon
» fein ', où ils fe font engraif-'
33 fés des biens qu'elle produit
33 en abondance. Mais» la fer«
30 tilité de ces campagnes > la
MA
» beauté de ces climats, lliu-
» meur douce & pacifique des
» habitansi ont peu à peu amolli
a> cette dureté tarouche qui les
t> avoit amenés. C*eft à vous
» qui êtes les defcendans dc
9» Mars , c'eil à vous de fuir
30 au plutôt les délices de TA-
s> £e , tant ces voluptés étraa-
» gères ont de force pour étein-
» dre toute la vigueur des cou-
ao rages les plus fermes , tant
a» les mœurs. efféminées de ces
» peuples font capables de rui-
» ner la difciplîne de nos ar-
ia mées« Ce qu'il y a d'avanta-
» geux pour vous » c*eil que
«> quoique les Gallo-Grecs ne
39 foient pas capables de vous
» réfifter , ils confervent pour-
» tant encre les Grecs toute la
» réputation de leurs pères ;
n en forte que la vidtoire que
30 vous remporterez fur eux ,
» ne vous fera pas moins dlion-'
» neur dans Tefprit de vos al-
ao liés , que (i vous aviez vain-
3» eu ceux des Gaulois qui
1» n'ont poiM encore dégéné-
» ré. »
Après ce difcours» Cn. Maa-
lius Vulfon fe mit en marche»
L.e premier jour il campa près
du âeuve d'Alaadre y & le len«
demain au bourg appelle Ty^*
con. Il y étoit encore lorfque
les députés des Oroandenfes le
vinrent trouver pour lui deman»
der une amitié qu'il leur voulut
vendre deux cens talens, leur
accordant la permiflîon d'aller
propofer ce marché à ceux de
fa part de qui ils étoient venus.
Il coaduiHc de-là fon armée à
MA 77
PHtende, d*oh il alla camper
fur les terres des Alyattes. Il en-
tra enfuite avec fon armée dans
la contrée , à qui la nature de
fon terreia avoic fait donner le
nom d'Axjle.
Pendant que les Romains
étoient campés auprès d'un fore
de la Gallo - Grèce , appelle
Cuballe 9 la cavalerie des en-
nemis vint tout d^an coup fon-
dre fur eux avec un grand fra-
cas. Comme Cn. Manlius Vul«
fon ne s'y attendoit point , ils
mirent d'abord quelque défor*
dre dans les troupes qui faifoienc
garde, de tuèrent même quel-
ques foldats# Mais , Tallarme
ayant été portée dans le camp ^
la cavalerie Romaine en fortit
par toutes les portes , & mie
les Gaulois en tuire, & ea tua
un aiTez grand nombre. Cet
eflai ayant fait connoûre au
Conful qu'il étoit fur les terres
des ennemis, il commença à fe
tenir davantage fur fes gardes,
ne fe mettant point en marche
qu'il n'eût envoyé reconnoître
le pais. Étant arrivé fans s'ar«
rêter nulle part fur les bords
du fleuve Sangarius , ôc ne trou*
vant point de gué pour le paâèr»
il y fit faire un pont*
Le pont étant achevé , Ca«
Manlius Vulfon paffa à l'autre
bord ; & tandis qu'il le côtoyoïr,
les prêtres Gaulois de la raere
Cybele vinrent de Peflînonte au,
devant de lui , revêtus de leurs
habits facerdotauxy &^ronon-
çant avec enthouliafme des vers
Prophétiques, dont le fens étoic
que la Déefle accordoit aux
7S MA
Romains le pkâTage fur fe% ttr*
teSylz vtâoire fur leurs enne-
mie , & llËmpire de tout le pats*
Le Coofuî répondit qu'il en ac-
creptoit Taugure, & campa dans
le même lieu. Il arriva lè len*
demain à Gordium, ville peu
confîdérable par fa grandeur ,
maïs très-célebre par fon com-
merce pour être éloignée de la
mer comme elle étoît.
Ce fut là qu^il apprit que
les Toliftoboiens s'étoient ré-
fugiés fur le mont Olympe;
jnaisque les Teftofages s'étoient
retirés à quelque diuance de-là
for une autre montagne qu'on
appelloit Mégaba ; & que les
Trocmes ayant mis leurs fem-
mes & leurs enfans en dépôt
dans le camp des derniers ^
a voient ré fol u d*aller fecourîr
les Toliiloboiens. Ces trois peu-
ples avoient alors pour chefs ou
pour princes OTtiagott,Combo-
loroarus « & Gaulotus. Or , la
raifon qui les avoit déterminés
à ce genre de guerre , c*eft
qu'ils efpéroient qu'étant les
maîtres des plus hautes monta-
gnes du paî's, 011 ils avoient
tranfporté toutes les provîfîons
Béceâ^aires à la vie , quelque
iëjour qu'ils y fîflent, les Ro-
mains après avoir beaucoup at-
tendu , perdroient enfin patien-
ce , & les laîflTeroient en repos ;
que d'ailleurs ils fe donneroient
bien de garde de les venir cher-
cher fur des fommets innacef-
fibles ; que s*ils étoient affez
téméraires pour l'entreprendre ,
il ne falloit qu'une poignée de
monde pour les reQverl!er'&
MA
les défaire ; êc qu^enfio ils ne
s'expoferoient oas à mourir de
froid de de miiere au pied de
ces montagnes , en s*obitiaanc à
j refter. Quoiqu'ils fe crufifenc
déjà affez défendus par la hau-
teur des rochers &l des monta-
gnes, pour plus de fureté» ils
tirèrent encore un foflê qu'ils
fortifièrent d*une paliiïade , au-
tour de ces fommecs où ils s'é-
toient retranchés. Ils ne fe mi-
rent pas beaucoup en peine de
fe munir de javelots &: autres
traits j parce qu'ils trou voient
fous leurs mains des pierres
plus qu'il n'en falloir pour ac-»
câbler les ennemis.
Le Conful , qui s^étoit bien
attendu qu'il lui faudroit corn*
battre de loin contre la difficul-
té des lieux bien plus que con-
tre les armes des ennemis , fit
une ample provifion de javelots»
de flèches , de balles- de plomb ,
& de pierres d'une grofleur à
pouvoir être lancées avec la
fronde; & en cet état il alla
camper à cinq milles du mont
Olympe. D^s le lendemain »
il s'avança avec Attale à la
tête de quatre cen^ cavaliers,
pour examiner la nature de
cette montagne, & la fi^uation
du camp des Gaulois. Mais, ce^
Barbares ayant détaché contre
lui le double des cavaliers qu'il
avoit avec lui, le mirent eci
fuite, tuèrent quelques-uns de$
fiens, & en bleiferent encore
davantage* Le troifieme jour il
fortit avec toute fa cavalerie
pour aller reconnoitre , de com«
xx^e les exmemis ne fortirenc
polot de leur camp « il eut tout
le tems de faire le cour de la
montagne* Il reconnut que du
côté du midi , il y avoir un co-
teau de terre donc la pente
étoic douce êc facile en quel-
ques endroits ; qu'au fepcen-
trion s'élevoienc des rochers
efcarpés , âpres & preique
droits ; 8c que le reile du con*
tour étant abrolument inacceffi-
ble « il n*y avait que trois
chemins par où on pût grimper
fur ces hauteurs ; Tun au mi-
lieu de la montagne y par la
pente dont nous venons tie
parler ; les deux autres plus
difficiles au levant d^hiver ,
êc au coucher d'été. Quand il
eut fait cette découverte > il
campa le même joi|r au pied
de la montagne. Le lendemain ,
ayant offert aux Dieux un fa-
crifice qu'ils agréèrent d^abord,
il partagea fon armée en trois
corps , & marcha aux ennemis.
Il monta lui-même avec le plus
confidérable par la partie de la
montagne dont l'accès étoit le
plus aifé. Il ordonna à fon
irere L. Manlius de s'avancer
à la tête de la féconde ctoupe
par le côté qui regardoit le le-
vant d'hiver, autant qu'il le
pourroit faire en fureté > fans
forcer nature » pour ainfî dire >
ni lutter contre là difficulté des
lieux , quand elle lui paroicroit
infurmontable ; mais d'aller
ohliquement de en biaifant juf-
qu'à ce qu'il put venir lé join*
dre. Il donna le troifieme corps
àC. HelviuSy & le chargea dé
faire le cour par le pied de la
M A 79
montagne > & de monter par le
chemin oppofé au cdudiaHC
d'été. Il divifa de la même fa*
^on les troupes d'Atcale en trois
parties égales , retenant ce Jet»»,
ne Prince avec lui. Il laifla la
cavalerie éc les éléphans dans
la plaine la plus voifine de 1«
montagne , ordonnant aux OMh*
ciers d'obferver avec foin tout
ce qui fe pafferoît, 6i de por-
ter du fecours à ceux qui eai
auroient befoin.
Les Gaulois ) croyant s*a-
voir rien à craindre des deux
côtés qu'ils regardoiest comme
îoaccembles » envoyèrent qua-
tre mille hommes dans la pa»«-
tie qui regardoit le midi , é1ot«
gnée de leur camp d'enviro>a
mille pas y pour fermer avec
leurs armes le chemin de cotte
colline » âc la défendre contre
les ennemis » comme une efpèce
de fort. Les Romains ne les
eurent pas plutôt apperçus ,
qu'ils fe difpoferent à les com-
battre. Les Vélites étoieot \
la tête un peu devant les enfei-
gnes f avec les archers Cretois
d'Attale , les Frondeurs, les
Tralks èc, les Thraces. Les Lé-^
gionnaires marchoient enfuîte
à petits pas à caufe de la hau«
teur 9 fe couvrant de leurs
boucliers , non encore pour
combattre de près» mais pour
parer les coups de pierres oa
de flèches qui viendroient d'en-
haut. Car , les deux partis en-
gagèrent d'abord Taâion do
loin , les Gaulois ayant l'a-
vantage du lieu f mais les Ro-
maias leur étant fupérieurs par
$o M A
Fabondance Ôc la variété des
traits. On ne fe battit pas long-
teros avec égalité ; car , les bou-
cliers longs & plats des Gaulois
ne couvroient qu'une partie de
leurs vailes corps; Ôc ils ji'a-
voient point d'autres armes que
leurs épées dont ils ne pour-
voient faire ufage tant qu'on
fe battroit de loin. Ils ne man-
quoient pas de pierres ; mais »
faute de les avoir préparées ,
ils les ramafToient au hazard ,
telles qu'elles leur tomboient
fous la main, la plupart trop
grofTes pour être jettées de loin
par des gens qui n'étant pas
dans cet ufage y n'aidoient leurs
coups ni de TadreûTe ni de la
force qui les rendent apurés.
Les Romains au contraire les
bleflbient de toutes parts à
coups de flèches 9 de javelots»
de de balles de plomb , fans
ou'ils puflent les éviter. En-
fin y les Gaulois voyant qu'ils,
oe pouvoient réfiiler aux fol-
dats armés à la légère des Ro-
mains, & qu'ils alloient avoir
les légions fur les bras , s'en-
fuirent en défordre dans leur
camp , que les femmes , les
enfans y les vieillards, mêlés
avec les foldats « avoient déjà
rempli de tumulte de de con«
fufîon. Les Romains viâorieux
s'emparèrent des collines que
les Gaulois venoient d'aban-
donner.
En même-tems , L. Manlîus
& C. Helvius montèrent obli-
quement fur les collines, tant
qu*ils les trouvèrent pratiqua-
bles ; mais » quand il ne. leur
MA
fut plus poffible d'avancer » iîs^
tournèrent tout court vers la
feule partie de la montagne qui
étoit acceffible, 8c commen-
cèrent , comme de concert » à
fuivre de près la troupe du Con*
fui , faifant par néceflicé ce
qu'il auroit été plus à propros
de faire dès le commencement*
Car , fouvent dans les chemins
â.pres Ôc difficiles , il eil utile
à ceux; qui marchent les pre-
miers , d'être fuivis par un corps
de réferve , qui puiiTe prendre
leur place, quand ils ont été
repouffés , 3c mettant à couvert
derrière lui ceux qui font las Sc
blefles , reprendre le combat
avec une vigueur toute nouvel-
le. Le Conful, voyant que les
troupes légèrement armées s'é-
toient emparées des hauteurs »
& que la tête des légions y,
étoit arrivée , ordonna aux
foldats de faire halte pour re-
prendre haleine ; & leur mon-
trant la colline jonchée des ca-
davres des Gaulois: » Si des gens
3> armésdefleches6cdefrondes>
x> leur dit-il , ont fait un tel
30 carnage, que né doit-on. pas
» attendre des légions qui font
» armées de toutes pièces , Ôd
39 compofées de tout ce qu'il y.
30 a de plus braves dans le mon-
» de ? La gendarmerie a re-
» pouffé les Gaulois jufques
39 dans leur camp ; c'eft à vous
» de les y forcer & d'achever
39 leur défaite. » Il et cepen-
dant marcher à leur tête les
foldats armés à la légère, qui,
pour ne pas perdre leur terns»
pendant que les légions faifoient
halce.
MA
lîalte , avoienc ramaffé iur le
Îenchant de la colline » les traits
ont elle écoît couverte , afin
de n'en pas manquer* Les Ro-
ibaias approchoient du camp ^
lorfque les Gaulois ne fe croyant
pas en fureté dans leurs retran-
chemens , en fortirent , & fc
pofterent fur le rempart les ar-
ines à la main» Mais ,~ voyant
que les Romains lançoient fur
eux une grêle de traies , dont
il n^y eti avoit aucun qui ne
fît fon effet dans leurs batail-
lon» ferre' s , ils y rentrèrent
dans le moment, 1 ai ffant feule-
ment aux portes de bons corps*
de-gardes , pour les défendre*
Le Conful continue cependant
à faire pleuvoir fur ceux qui
^toient rentrés dans k camp les
âeches » les javelots > & les
pierres qui en bleifoîent un
grand nombre , comme on le
jugeoit aifément par les cris
des femmes 8c des enfans. A
l^égard de ceux qui gardoîent
les portes , les plus avancés des
Légionnaires jettoient contre
eux leurs dards, dont la plu-
f>art perçoient le bouclier ôc
e foldat tout*à*la-fbis , & les
clouoient pour ainff dire i*un à
l'autre.
Les Gaulois j voyant les por»-
tes de leur camp abandonnées ,
D*attendent pas que les vain*
?ueurs y entrent , mais s'en-
uient de toutes parts. Us fe
précipitent en aveugles à tra*
vers les rochers les plus impra<^
ticables. L'ennemi eA Tunique
objet de la frayeur qui les em**
porte* Aufiî tombèrent - ils la
7m. XXri.
MA ^ U
|)lupatt dans des abîiiies » où
ceux qui ne perdirent pas là
vie , demeurèrent au moins ef*
tropiés» Le Conful , maître dki
camp, défend aux liens de le
piller 9 mais leur ordonne de'
pourfuivre vivement Tenneilû»
pour ne pas lui donner le terni
de fe remettre dé fa cfainte» Il
en ufa de même à Tégard de
ion frère L. Manlius, lorfquSt
fut arrivé avec fa troupe; &
lui-même , laiffant les prifon*
niers fous la garde de quelques.
Tribuns des foldats , fe mit de-
la partie avec la (ienne« pef^*
fuadé que le moyen de termi*
ner fur le champ la guerre i
c'étoit de profiter de la conf*
ternation des Gaulois , &. d*eil
tuer ou d*en pj^endre le plus
qu^ils pourroienté Dès que le
Conful fut parti , C. Helvius
arriva avec le troifîeme corps
de Romains ; mais , quelque
effort qu^il fît , il ne lui fut pa»
poffible d'empêcher qu'ils n'eû-
tralTent dans le camp ÔC qU'iU
ne le pillaiTent , enforte que
par une injuiiice criante , Ceuat
qui ne s'étoient pas trouvés au
combat, partagèrent entr'eux le»
dépouilles des vaincus* Les ca«
valiers rederent long-tems dans
leur pofle , fans rien apprendre
du combat & de la viÂoire des
Romains. Mais à la fin , poulTanC
leurs chevaux» autant qu'ils le
pouvoient fur ces coteaux, ils
prirent ou tuèrent tous ceux
des ennemis que la fuite avoiÉ
répandus vers le bas de la mon^
tagne;
Il ne fut pas aîfé aux Vain^*
F
82 MA
queurs de compter lei morts ,
parce que la plupart furent
fués dans les divers circuits de
ces collines , ou bien dans les
forêts ou les buiflbns où la fuite
les avoit difperfés ; & qu'il en
éioh tombé un grand nombre
dans les précipices qui étoieoc
au- deflbus de ces rochers*
Claudius , qui alTure qu'il y
eut deux aâions fur le mont
Olympe « porte le nombre des
morts )ufqu'à quarante. mille ;
au lieu que Valdrius Anrias ,
contre la coutume qu'il a d'exa-
gérer f le borne à dix mille*
Ce qu'il y a de certain t c'eft
que celui des prifonniers alloit
à quarante mille perfonnes « en
comptant les femmes , les en-
fans , les vieillards 8c autres ,
que les Gaulois avoient entrât*
oés avec eux , femblables à des
familles qui chai>gent de de-
aaeure , pkis qu'à dts troupe»
Îiui vont à la guerre. Le Con«
ul 6t mettre en un tas » 5c brû-
ler les armes des Gaulois ; Se
ayant ordonné à ceux qui s*é-
toient emparés du butin > de
le rapporter , il en vendit une
partie au profit du tréfor pu»
blic , & partagea le refte entre
les foklats avec beaucoup de
jEoin & d'égalité. Alors > ayant
aiTemblé l'armée , il donna pu-
bliquement à chacun les éloges
& les récompenfes dont il étoit
digne. Il loua fur-tout Attale »
en quoi il fut applaudi géné-
ralement des Officiers 6t des
foldaf s ; car, ce jeune Prin-
ce ayant fait paroître dans les
travaux fiC dans le« pétils ,
-^ MA
une aâivité ëc une valeur ex*
traordinaires « avoit témoigné-
après la viéloire une retenue
5c une modeflie encore plu$
eflimables. Mais , les Teâofa-
ges n'avoient point eu de parc
à la défaite de leurs compatrio*
tes. Le Conful partit donc pour
les aller chercher , & le troi-
iieme jour il arriva à Ancyre^
ville célèbre du païs , dont les
ennemis n'étoient éloignés que
de dix mille.
Là , Cn. MailHus Vulfon re-
çut des AmbafTadeurs qui ve-
noient le prier de la part des
Rois ennemis , de ne point dé-
camper d'Ancyre, qu'ils n'euf-
fent eu avec lui une entrevue*
lu l'afTuroient par avance qu'ils
accepterpient « pour ne . point
faire la guerre , toutes les con-
ditions de paix qu'il voudroic
leur impoier. Il leur donna
pour le lendemain un rendez*
vous entre leur camp & Ancy-
re. Le Conful y vint à Theure
marquée avec uile efcorte de
cinq cens cavaliers. Mais» n'y
trouvant perfonne de la parc
des Gaulois, il retourna dans
fon camp. Dès qu'il y fut ren-
tré, les mêmes Ambafiadeura
revinrent pour excufer leurs
Rois de leur abfénce occafion-
aée, difoient-ils , par des mo-
tifs de Religion qui ne leur
avoient pas permis de fortir ,
ajoutant que les premiers de la
nation viendroienr avec des
pouvoirs pour traiter de la paix
en leur nom. Le Conful répon-
dit qu'il enverroit Actale pour
les entendre. Ce jeune Prince*
MA
y vînt avec deux cens chevaux»
te y trouva les députés des en-
nemis. Mais I après avoir inuti-
lement difputé fur les condi-
tions du traité y comme ils ne
pouvoient s'accorder , il fujc
arrêté que le lendemain le Con-
fui & les Rois s'aifèmbieroienc
dans le même Heu. Les Gaulois
en manquant ainfî de parole ,
& en chicanant fur les condii*
tiens , avoienc deux vues ; pre-
mièrement ils vouloient gagner
du rems & différer jufqu'à ce
qu'ils euffent tranfporté au-delà
du fleuve Halys , leurs femmes,
leurs enfans & leurs effets «
qu'ils ne vouloient pas expo-
ler ; en fécond lieu , leur dc'ffein
étoit de drefler des embûches
au Conful lui-même , fçachant
Qu'il .ne fe tenoit pas trop fur
les gardes. Ils choinrent pour
cet effet dans toute leur armée
mille foldats des plus hardis ÔC
des plus déterminés ; & la frau«
de auroit réudi , (î la fortune ne
f'étoit déclarée en faveur du
droit des gens qu'ils avoient
-réCblu de violer.
Les Tribuns des foldats en-
voyèrent les fourrageurs Sc
ceux qui étoient chargés d'aller
chercher du bois vers l'endroit
oti devoit fe tenir la coiiféren-
ce, jugeant que c'étoit le plus
fûrt parce qu'ils y feroient fou-
tenus par l'efcorte que le Con-
ful auroit oppofée pour lui-
même à celle des ennemis; ce
qui n'empêcha pas qu'ils n'en
poftaffent une féconde de (ix
cens cavaliers plus près du
camp. Le Conful fur la f^xolt
MA 8|
d'Attale , qui l'affuroft que let
Rois ennemis ne manqueroienc
pas de venir, & que l'affaire
pourroit fe terminer , partit de
ion camp ; & ayant fait environ
deux lieues de chemin avec le
même nombre de cavaliers qu'il
avoir menés la première fois»
comme il étoit affez près du
rendez- vous , il apperçut Ict
cavaliers Gaulois qui accou-^
roient en poilure d'ennemis »
dans le deffein de l'opprimer.
Il fît faire halte , & exhortante
fes gens à préparer leurs coura-
ges Se leurs armes , il foutîne
d'abord l'attaque des ennemis
avec be>ucoup de fermâté fans
reculer. Mais , fe voyant -acca*
blé par le nombre , il commaA*-
da aux (iens de faire retraite^
mais à petits pas , fans tourner
le dos > ni rompre leurs rangs.
A la fin cependant, perfuadé
que le retardement l'alloit jet*
ter dans un danger dont faconf
tance ne le tireroit pas, il prie
le parti de fe fauver par la fut*
te. Les Gaulois le pourfuivi*
rent avec chaleur , 6c tuèrent
quelques-uns des fiens ; 5c peu
auroient échappé à leur furie »
fi les fix cens cavaliers qui fer*
voient d'efcorte aux fourrageurs^
ne fuiïent venus fort à propos
pour les délivrer. Car^dès qu'ils
entendirent les cris de leurs
compagnons 9 prenant fur le
champ leurs armes & leurs che-
vaux , ils allèrent frais & vi-
goureux , comme ils étoient »
attaquer les ennemis épuifés par
le premier combat. Alors » la
fortune changea ; îa frayeur
94 MA
paila des vaiqcus aux vaîfw
queurs ; & comme les fourra*
geurs des Romains accouroient
de toutes parts de la campagne »
les Gaulois , qui du premier
choc avûient tourné le dos «
crouvoiènt par tout des ennemis
en leur chemin « fans efpérance
de fe fauver par la fuite , parce
} lue la cavalerie qui les pour-
uivoit étoit toute fraîche , &
qu'ils étoient las Ôc fatigués eux
& leurs chevaux, U n*en échap-
pa donc guère aux vainqueurs,
qui d'ailleurs ne firent point de
prifonniers , les tuant de co-
lère , pour les punir de leur
perfidie & de leur impiété. Le
lendemain, le Ce nful arriva en
préfence de Tennemi avec tou-
tes fes troupes.
^ Cn. Manlius Vulfon employa
oçux jours à reconnoître la
montagne par lui-même > pour
être plus fur de fon fait. Le
troifieme jour il confulta les
Aufpices ; &c ayant offert un
facrifîce aux Dieux , il parta-
gea fes troupes en quatre corps»
dont deux iroient prendre les
ennemis en flanc , tandis que
lui-même conduiroic les deux
autres par le milieu de la mon-
tagne f pour les aller attaquer
de front. Les Tedlofages & les
Trocmes,au nombre de cinquan-
te mille hoq^mes les plus braves
de toute l'armée ennemie.étoient
au corps de la bataille. Et com-
'me les chevaux n'étoient d'au-
cun ufage parmi des rochers
hauts & bas , ils avoient fait
inettre pied à terre aux cava-
liers qui étoient au tour de dix
MA
mille 9 & les avoient placés à
Taîle droite. La gauche étoic
compofée des troupes auxiliai-
res d'Âriarathe & de Morze »
Rois de Cappadoce 6c de Pa-
phlagonie* Le Conful plaça aux
premiers rangs les troupes ar-
mées à la légère , comme il
avoir fait au mont Olympe; &c
eut foin que les foldacs euflent
en abondance tous les traits qui
fe lançoient de loin. Quand les
deux armées furent en préfen-
çe , elles éprouvèrent précifé-
ment la même fortune que dans
le premier combat , avec cette
dinerence que la viâoire avoit
autant relevé le courage des
Romains» que l'adverfité avoit
abattu celui des Gaulois* Car»
quoique les Tedofages n*euf-
lent pas été vaincus en perfon-
ne y cependant ils regard'oient
la (défaite de leurs compatriotes
comme la leur propre. Âinû ,
l'adlion ayant eu le même com-
mencement ^ eût aulïï la même
iflue. Une nuée de flèches, de
Javelots & de pierres i tomba
de tous côtés fur Tarmée de%
Gaulois ; cependant » aucun
d*eux n'ofoit fortir de fon rang »
de peur de préfenter fon corps
à découvert aux traits des Ro-
mains ; Se plus ils fe tenoient
ferrés , plus les coups des Ro-
mains étoient inévitables. Cn.
Manlius Vulfon qui les voyoit
déjà fort ébranlés , ne douta
nullement que les premières en«
feignes des légions n'achevaC-
fent de les rompre 6c de les
mettre en fuite. Aînfi , recevant
les Vélites & les autres troupes
1
MA .
auxiliaires dans les intervalles
des compagnies , pour les faire
palfer derrière , il fie avancer fon
corps de bataille.
Les Gaulois, vaincus d'avan-
ce par la défaite des ToHtto-
boiensy épuifés de laffitade, &
la plupart perces de traits qu'ils
portoient encore enfoncés dans
la plaie, ne purent pas même
'foutenir le premier choc & les
premiers cris des Romains. Ils
prirent en fuyant le chemin de
leur camp , mais il y en eut peu
qiîi y entraflent. Le plus grand
nombre 9 emportés à droite de à
gauche par la frayeur dont ils
étoient faifis , fe fauverent par-
tout où ils purent. Les vain-
queurs les pourfuivirent juf-
qu'au camp y &c taillèrent en
pièces les plus parelTeux ;mais,
l'avidité du butin mit fin à leur
pourfttite. Ceux des Gaulois qui
étoient aux deux ailes , refte-
rent pluslong-tems fur le champ
de bataille , parce qu'on les at-
taqua les derniers. Mais, quand
* on vint à eux » ils n'attendirent
pas même la première déchar-
ge. Cn. Manlius Vulfon , ne
pouvant retirer du camp enne-
mi ceux qui le pîUoient , com-
manda à ceux qui avoient été
placés aux deux aîles, de pour-
iuîvre les vaincus. Ils le firent
pendant long-tems , fans pou-
voir cependant en tuer plus de
huit mille , tous les autres ayant
pafiTé le fleuve HalySiavant qu*on
pût les joindre. La plupart des
vainqueurs paflerent cette nuit-
là dans le camp des Gaubisi Le
ConfulYamena Us autres dans
le iien. Le lendemàHi ,11 fit Im
revue des prîfonhiérs & du bu-
tin qui fe trouva immenfe >
comme ayant été accumulé paV
la plus avide de toutes les na-
tions , qui depuis un grand nom-
bre d'années 9 avoit loomis par
hes armes > & pillé ces riches
contrées fituées en - deçà du
mont Taurus. Les Gaulois s'^-
tant raflèmblés de tous les lieux
où la fuite les aVoit difperfés',
la plupart blefTés^ fans armes
fit fans biens , envoverem des
ambafTadeuirs auCohiul pour lui
demander la paix. Cn. Manlius
Vûlfon leur ordonna de le ver-
nir trouver à Éphefe ; car ',
comme on étoit au milieu de
l'automne , il s'éloigna au plus
vite de ces cantons à qui la pro'<«
ximité du montTaiirus cbmmeil.
oit à faire fentir*la riglieur du
roid, & ramena fon armée hiver-
ner le long dés côtes maritimes.
Pendant ThiVer^, les ambaf-
fadeurs de tous les peuples qui
habitoieht eh - deçà du mont
• Taurus , fe ri&ndiirent auprès dt
Cn. ManliUs^Vulfon. Il en reçut
audî de la part d'Antiochus , 5c
de celle des. Gaulois même qui
lui envbyoient demander les
conditions auxquelles il vouloit
•leur donner la paix. Ariarathe
roi dfc Cappadoce lui envoya
auifi les fiens , pour lui faire
djes excufes » Se lui ofiTrir de
payer en argent la faute qu'il
avoit commife contre les Ko-«
mains, en donnant à Ahtiochus
des fecours contre eux. Ce Prin-
ce fut taxé à deux cens talens
d'argent. Pour les Gaulois, Cn*
F iij
l
H M'A
jMa&lSfS. .Vulfon.Iffttf répandît
Î[u*ils ferc^ent inftruit^ de leur
oit f quand Ëuraene ferok
.veDu« Il fit aux .ambaflâdeurs
jdes peuples alliés des réponfes
très-obligeantes» & les renvoya
Jbeaucoup plus joyeux qu'ils n'é-
toient venus. Il ordonna à ceux
d^Aptiôchus de faire porter
dans la Famphylie , où il de-
voir fe rendre avec fon armée»
de l'argent & du bIed|Conforiné«,
snent au traité fait entre L. Sci-
pion & leur maître. Et en tffttf
au commencement du printems»
ayant fajt k. revue de fes trou'-
pes » il vint en huit jours à
Apamée ; & après y avoir fé-
journé trois jours , il arriva
après trois autres jours de mar-
che dans la Pamphyîie y où il
diAribua à fon armée , le bled
qu'il avoit ordonné qu'on y voi-
f urât , & fit porter à Apamée
les deux mille cinq cens calens
Ïu'il avoit reçus. Delà il alla à
erge, la feul)e ville du païs où
Antiochus e^^t une garnifon.
Comme il ^n approchoit » il
trouva le Gouverneur qui lui
Yenoit demander une trêve de
trente jours. pour avoir le tems
de confulter Antiochus fur ce
qu'il devoit faire ; & ce terme
étant expiré 9 i4 livra la ville au
Cocful. De Pergei il envoya
L. Manlius fon frère avec qua-
tre mille hommes» pour aller
recevoir des Ôroandenfes le
tsûe de l'argent qu'ils s'étoient
engagés de payer. Pour lui ,
apprenant qu'Eumene & dix
CommiiTaires étoient arrivés de
Rome à Éphefe » il ramena fon
MA
armée à Apamée , où tl onlon^
na aux ambaiTadeurs d*Antio<*
chus de ^ venir joindre.
Ce fut-là que de Tavis des
dix CommiiT^ires du Sénat , il
conclur avec Antiochus le trai»
té , dont voici les claufes. » Le
30 Roi ne donnera paflage fur
» fes ^terres ni Tur celles de fes
y> vaflaux , à aucune nation qui
3» foit en guerre avec le peu-
» pie Romain ou avec fei aU
3» liés I & ne lui fournira aucun
a> fecours ni de vivres ou d'ar-
x> gent y ni aucun autre fupporc,
30 de quelque façon que ce foir*
V ILes Romains &l leurs alliés
.9 en uferont dejnême à Tégard
.30 d' Antiochus. Le Roi ne fera
.3» pas la guerre aux habitans
30 des iiles , & ne paiïera point
30 en Europe. Il abandonnera
30 toutes les villes» les camp4-
30 gnes j les bourgs > les châ-
30 teaux qui font en - deçà du
» mont Tauriis jufqu*au fleuve
30 Halys f & depuis la vallée
30 du mont Taurus jufqu*aux
30 fommets qui regardent la Ly-
.» caonie. Il Sortira des villes »
30 bourgs de campagnes fufdices^
. » fans en emporter aucunes ar*-
I» mes ; & s'il l'avoir fait , il
30 aura foin de les faire repor-
.30 ter. Il ne recevra dans fes
30 États » ni les foldats , ni les
30 autres fujets du roi Eumene.
j> Si quelques citoyens des viJ-
30 les qu'on lui a retranchées ,
30 font ou à fa Cour » ou dans
30 quelque autre partie de fon
30 Royaume 9 ils auront foin de
j3 revenir à Apamée avant cer-
30 tain jpur qui fera $xé. Ceux
MA
39 des fujets d'Ândochus qui fe
9 trouvenr parmi les Romains
P ou leurs alliés » auroDt la li-
» berté d'y reftcr > ou de re-
» tourner dans leur patrie h
» leur choix. Le Roi rendra
» aux Romains 8c à leurs alliés»
» les efclaves 9 les prifonniers»
3> & les transfuges qu'il aura à
» eux. Il livrera tous les éFé-
y> phans qu'il a , & n'en aura
30 point d'autres en leur place.
» Il livrera tous fes vaifl*eaux
» de guerre avec tout leur atti-
30 rail , & ne pourra conferver
30 que dix bâtimens de trente
» rames au plus. Il n'employé-**
30 ra aucun vaiâTeau rond dans
» les guerres où il fera l'agref-
30 feur. Il ne navigera pas au-
30 delà des promontoires de
30 Calycadne ou de Sarpédon «
» fi ce n'eft pour tranfporter
» l'argent» le tribut , ou les
30 otages qu'il devra fournir ,
» ou les ambafladeurs qu'il aura
o dépêchés. Il ne lèvera point
3» de foldats parmi les nations
» qui feront foumifes au peu*
» pie Romain « & ne recevra
30 point ceux qui fepréfenteront
y> volontairement pour fervir
» dans fes armées. Les Rho-
» dtens & leurs alliés confer-
» veront les maifons & autres
» édifices qui leur appartien-
30 nent dans les États d'Ânrio-
3» chus , fur le même pied qu'ils
30 les pofledoient avant la guer-
n re. On aura la liberté de
ao pourfuivre le payement des
30 fommes qui fe trouveront
w dues 9 comme de rechercher
» Se de xeconnoitre les effets
MA «r
3D dont on aura été dépouillé «
30 Se d'en demander la reftita«
» tion. Si quelques - unes des
ao villes qu'Anriochus doit ren-
y> dre , fe trouvent entre les
n mains de ceux à qui il les
» aurolt données » il aura
30 Xoin d'en faire fortir les gar-
30 nifons , & de les remettre à
30 ceux à qui elles appartien-
30 nent. Il payera au peuple
jo Romain ,-en douze ans fit
30 en douze payemens égaux ^
n douze mille talens attiques
30 d'argent de bon alloi , dont
30 chacun pefera quatre-vingts
» livres 9 au poids des Romains,
3» & cinq cens quarante mille
30 boifTeaux de froment ; & au
30 roi Eumene » dans Tefpace de
30 cinq ans, trois cens cinquante
n talens » & cent vingt - fepc
30 autres pour le bled qu'il lui
3> doit 9 fuivaot l'eAimatioii
m qu*il en a faite lui-même. U
I» donnera aux Romains ving^
39 otages qu'il changera tous les
» trois ans , 8c qui ne pourronc
30 être au-deflous de dix-huic
n ans , ni au-delTus de quarante-
y> cinq. Si quelques alliés du
» peuple Romain déclarent les
9> premiers la guerre à Antic^^
» chus 9 il aura la liberté de fe ,
:»> défendre & de repoufler U
» force par la force « à condi« .
» tion cependant de ne s'empa*-
3» rer d'aucune ville» foit par
» droit de conquête , foie par
jo une reddition volontaire. Les
» deux partis termineront leurs
» démêlés , ou à l'amiable , o{&
.1» par la yoie de$ armes, s^iis
n l'aiment mieux. » On ajouta
F iv
88 JW A
*% ces conditions .qu^Annibal
Carthaginois , Thoas Écolien y
Mnàfîlachus Acarnanien y £u-
buHdas & Philon tous deux de
Cbalcis , feroient livrés aux
Romains* On fe réferva d'ajou-
ter ou de rerrancher à ce traité
ce qu'on jugcroit à propos , fans
que ces changemens puflent.lui
donner aucune atteinte i ou le
rendre nul.
Le ConfuI confirma ce traité
par ferment au nom des Ro-
mains 9 & envoya Q. Minucius
Thermus , & L. Manlius qui
par hazard étoit revenu du
païs'des OroandenfeSy à An*
tlochusy pour lui faire prêter le
même ferment; & il écrivit à
'Q.Fabius Labéon « commandant
de la flotte , de s'en aller incef-
famment à Patares , pour rom«
pre od'brûler les vaifleaux du
Koi qui étoiçnt dans ce port. Q.
Fabius Labéon partit d*£phefe>
^ étant arrivé à Patares, y mit
en pièces > ou brûla cinquante
vaineauK couverts.
Cn« Manlius Vulfon y ayant
Yeçu les élépbans qu'Antiochus
devoit lui remettre , & en ayant
fait préfent à Eumene , s'appli-
qua à connoître la'fituation des
villes» dans lefquelles les der-
niers troubles avoient apporté
beaucoup de changement. Le
roi Ariarathe fut déchargé d'une
partie de la fomme à laquelle
Il avoit été taxé , & reçu dans
l'amitié du peuple Romain , en
faveur du mariage qu'Eumene
vcnoit de contrafter avec fa
iille. A l'égard des villes dont
nou& venons de parler, lorfque
MA
chacune eut expliqué fes rai-
fons 9 les dix députés de Rome
les traitèrent difFéremroenr*
A près avoir conclu les traités,
& fait les ordonnances donc
nous venons de parler , Cq.
Manlius Vulfon partit avec
toute fon armée pour aller dans
l'Hellefpont ; & y ayant appelle
les petits Rois des Gaulois y il
leur fit connoître les lotx qu'ils
dévoient obferver à l'égard
d'Eumene , Sl leur ordonna ex-
preffément de fe tenir renfermés
dans leur pais , fans plus courir
en armes fur les terres d'autrui*
Enfùite I ayant ramalTé tous les
vaifleaux de la côte , il y joi-
gnit la flotte qu'Athénée , frerc
d'Eumene , lui avoit amenée
d'Elée , & repaffa en Europe
avec toutes fes troupes. Puis ,
conduifant à petites journées
par la Cherfonnèfe , fon armée
chargée d'un butin immenfe de
toute efpece , il féjourna quel-
que tems à Lyfimachie , pour
yfairerepofer fes bêtes de char-
fe , & entrer enfuite dans I9,
'hrace, dont le chemin étoit
extrêmement difficile , & fort
redouté des foldats. Le jour
même qu'il partit de Lyfimachie/
il campa fur les bords du fleuve
Mélana , & arriva le lendemain
^ Cypfele. Delà ayant à faire
environ dix mille, pas par une
route étoite» raboteufe & cou*
verte de bois , pour remédier
à l'inconvénient où pouvoit le
jetter la difficulté des lieux , il
partagea fon armée en deux
corps , dont il ordonna à l'un de
prendre les de vans» 5c à Pautro
^
MA
de marcher affez loin derrière i
mettant les bagages dans le mi-
lieu avec les chariots qui por-
toieot l'argent de la Républi-
que y êc les dépouilles les plus
précieufes des nations vaincues.
Comme il traverfoit ces défilés,
quatre peuples Thraces ,les Cè-
nes > les Aftiensy les Maduate-
nes & les Cœletes, au nombre
de dix mille hommes , fe répan-
dirent tout au cour ydc tâcherenc
de lui en fermer la fortîe. On
foupçonnoît le roi Philippe
d'avoir fufcité ces embûches aux
Romains, Il fçavoit qu'il leur
faudroit de néceflîté paffer par
la Thrace , & qu'ils portoient
avec eux des fommes immenfes
d'argent. Cn. Manlius Vulfon
étoit à Tavant-garde où la dif-
ficulté du chemin lui caufoit
beaucoup d'inquiétude. Les
Thraces fe tinrent en repos
pendant le tems que les foldats
armés mirent à païTer. Mais i
quand ils virent que le premier
corps étoit forti du défilé, &
que l'autre qui faifoit l'arriére
garde étoit encore bien loin,
Ils fe jetterent fur le bagage
& les bêtes de^fomme ; & après
avoir tué ceux qui leur fervoîent
d'efcorte 5 ils enlevoient ce qui
étoit dans les chariots , & tou-
choient devant eux les cheva^ux
de bâts avec leurs charges. Les
cris des blefiTés & des mourans
ayant bientôt été portés à la
queue 6c à (a tête , les derniers
hâtèrent leur marche ^ ôc les
premiers revinrent prompte-
xnent fur leurs pas ; oC les uns
& les autres s'étant rejoints
MA 89
dans le milieu, y commencèrent
un combat , où le hazard avoîc
plus de part que le conf^il
èc la prudence. Les Thraces
étoient expofés aux coups des
Romains par les dépouilles mê*
mes dont ils avoient rempli
leurs mains ^ en quittant leurs
armes pour pouvoir piller pins
librement. Mais p d'un autre
côté , ces Barbares 9 en cou-
rant par ces routes qui leur
étoient connues , ou en fe
cachant dans les cavités des
vallons , tomboient avec avan-
tage fur les Romains , qui cfâi-
gnoient plus la difficulté d^
chemin que la valeur de fen^
nemi. Les chariots mêmes 8c les
ballots dont ifs étoient remplis,
étoient en plufieurs endroits un
embarras pour les combattâos*
Ici périffoient ceux qui cia-
portoient leur proie? Làcom-
boierit ceux qui vouloient 1«
leur enlever. La fortune dà
combat étoit divcrfe , fuîvant 1^
terrein plus ou moins favorable;»
fuivant l'audace ou la crainte
des foldats , fuivant le nombre
des ennemis à qui chaque pe-
lorton fe trouvoit oppofé. Ha
nuit àpprochoit lorîque les
Thraces abandonnèrent le com-
bat, non pour éviter les blet-
fures ou là mort , mais pour
emporter leur butin , qu'iU
trouvoientaflez confidérable.
L'avant - garde des Romains ,
étant fortie du défilé, campa
dans un lieu à découvert , aux
environs du temple de Diane-,
L'arriere-garde relia au milieu
pour garder les bagages, ôc s'y
^
90 M A
retrancha d'un double foffé Sc
d*une double paUiffade. Le
lendemain , ayant fait recon-
BoScre le pais » avant que de fe
mettre en marche » elle alla
rejoindre la tête. Dans ce com-
bat ainli dtfperfé , Cn. M aniius
Vulfon avoit perdu une partie
de Tes bagages y un grand nom-
bre des valets de Tarmée &
même des foldats ; mais , rien
ne lui fut plus fenfible que la
mort de Q. Minucius Thermus»
Tun des plus braves 0£ficier$
de Tarmée. Ce jour-là , les Ro-
mains allèrent camper fur les
bords de THebre* Delà ils tra*
▼erferent le paîs des Eniens au
delà du temple d'Apollon ,
furnommé Zérynthien par les
iiabitaos. Ils trouvèrent d'au-
tres dédiés y autour de Tempy-
res , auili difficiles que les pre*
miers y mais moins propres à
des embiSches , parce qu'il n'y
avoît ni bois ni enfoncement*
Les Romains vainqueurs allè-
rent camper delà à un bourg
des Maronites appelle Saré. Le
lendemain , ils arrivèrent par
des chemins ouverts de toutes
parts y dans la pUine Priati-
que y où ils reAerent trois jours»
pour y recevoir les bleds » tant
ceux que les Maronites leui;
fournirent volontairement, que
ceox qu'on leur apportoit de
leurs vaifièauxy qui les fui-
Yoient chargés de toutes fortes
de provifions. Delà ils allèrent
en un jour à Apollonie^ d'où
ils fe rendirent à Naples par
les terres des Abdérites. Dans
toute cette route , où ils ne
MA
rencentroiefit que des colonies
Grecques 9 ils ne furent point
troublés dans leur marche*
Mais y ayant encore à pafler àa
milieu des Thraces, quoiqii'on
ne leur dreilat point d'embû-
ches , ils ne iaifferent pas d'en
appréhender jour &L nuit , }uf-
qu'à ce quHls arrivèrent dans
la Macédoine. La même armée,
lorfque L» Scipton l'avoit con-
duite par le même chemin, avoic
trouvé les peuples plus traita-
blés y par la feule raifon qu'elle
n'étoit pas chargée d'un butin
afiez riche pour les attirer. Cn»
Manlius Vulfon mena fon armée
par la Macédoine dans la Thef*
falie. Delà étant venu par l'E-
pire à Apollonie 9 il y pafla
l'hiver , la mer ne lui paroif-
fant pas affez fûre pour s'em-
barquer.
Il panit pour Rome l'année
fui van te ; & dès qu'il y fut ar^»
rivé f le Préteur Ser. Dulpicius
affembla le Sénat dans le temple
de Bellone y pour lui donner
audience. Là y après avoir ra-
conté tout ce qu'il avoit fait ea
Afie pour l'avantage & la gloi-
re du peuple Romain y il de-
manda premièrement que l'on
rendis aux dieux immortels , les
adlions de grâces qui leur étoienc
dues, 86 en fécond lieu qu'oa
lui accordât à lui-même l'hon-
neur du triomphe. Mais, la plu*
part des dix commiffaires du
Sénat qui s'étoient trouvés avec
lui dans ces provinces éloignées
s'y oppoferent , & plus que tous
les autres , L. Furius PurpuréQ
& L* Emilius Paulus»
MA
• Ils dlfoienc <c au*oo les avoU
» envoyés en Ane pour y con-
n dure 8c terminer de concert
» avec Cn« Manlîus Vulfon , ie
» traité de paix que L. Scipion
» avoit commencé entre le peu-
y> pie Romain & Antiochus ;
39 mais queCn. Manlîus Vulfon
;» avoit fait tous fes eiForts pour
^ empêcher la conclufion de la
» paix , jufqu'à vouloir porter
3» fes armes au delà du mont
» Taurus ; deflein « dont les
a> dix Commiflaires avoient eu
30 bien de la peine à le détour-
3o ner , en lui repréfenrant les
39 malheurs dont la Sibylle me-
39 naçoît les Romains , s*ils
' ofoient jamais pafler ces bor«
n nés fatales.
30 Quetrouvant des obftacles
» infurmontables à cette entre-
39 prife* il avoit tourné fes vues
39 & fes pas d'un autre côté »
39 Se avoit déclaré la guerre
39 aux Gallo-Grecs» fans être
39 autorifé par le Sénat , ni par
39 le peuple , & fans pouvoir
P citer l'exemple d'un feul
39 Général qui eût eu l'audace
p de former de pareils projets
o de fon chef; que la coutume
39 du peuple Romain , ayant
» que de commencer les pre-
39 mieres hoftilités , étoit d'en-
^ voyer des AmbaiTadeurs pour
» demander réparation à ceux
39 de qui on avoit lieu de fe
39 plaindre ; qu'il n'avoit ob-
39 hevé aucune des formalités
*> ordinaires, qui pât le mettre
39 en droit de dire qu'il avoit
^ fait h guerre au nom do peu-
' fie Romain | & non pM exqr-
MA
^i
99 cé uà brigandage particu-
30 lier.
» Mais, puifqu'il étoit dé*
39 terminé à cette entreprife »
39 pourquoi ne pas marcher
» direâement contre ces pré-*
39 tendus ennemis? Pourquoi fo
» détourner à droite 8c à gauche»
» & fureter tous les coins & re-
» coins de la Pifidie , de la Ly«
39 caconie , de la Fhrygie , pour
9> rançonner avidement tous les
3> Seigneurs ou. Tyrans des châ-
39 teaux fîtués dans ces contrées?
ao Qu'avoit-il à démêler avec
» ces peuples , qui ne nous
39 avoient jamais fait aucun mal,
» ÔC dont nous n'avions aucua
39 fujet de nous plaindre?
30 Ils ajoutoient qu'à l'égard
» des ennemis dont Cn. Maa-
1» lius Vulfon prétendoit que la
I» défaite méritoit k triomphe «
39 les avantages qu'il avoic
» remportés lur eux , ne àe.^
n voient pas aflurément lui
» faire beaucoup d'honneur ;
» qu!outre que ces Gaulois ,
39 amollis par les délices de
30 l'Ade » n'^toîent plus les
39 mêmes pour le courage que
n ceux contre qui les Romains
30 avoient combattu tant de fois
» dans l'Italie 4 la chute récente
» d'Annibal y de Philippe &
39 d'Antiochus les avoit res«
39 dus tellement interdits , que
39 les Romains n'avoient eu
39 befoin que des flèches & des
39 frondes de leurs troupes lé-
19 gères pour abattre ces mafles
39 énormes , âc que dans toufe
» cette guerre > ils n'avoienc
fi MA
» point rougi Jeurs épées du
» fang des Gaulois.
» Qu'au refte Cn. Manlîus
n Vulfon avoit grande raifon
» de demander que l'on rendît
» des a(flions de grâces publi-
30 ques aux dieux immortels;
y> qu'en efFet, fans une jprotec-
» tion particulière des Dieux ,
» Tarmée Romaine étant cam-
» pée dans une vallée profon-
» de » & ayant les ennemis au-
n deflus de fa tête , les Gaulois»
» fans fe fervir de leurs armes y
» pouvoient Taccabler & la
» défaire entièrement , en rou-
» laiit fur elle les grofles pier-
» res que la montagne leur
y> fourniâbit en abondance ;
y> que dans la fuite , comme iî
» lesDieuxavoient voulu faire
y> fencir aux Romains ce qui
» leur feroit arrivé dans la
n Gallo-Grèce , s'ils avoient eu
» affaire à des ennemis qui mé-
» rîtaiTent ce nom , leurs trou-
•» pes avoient été défaites , mi-
-» hs en fuite, 8c dépouillées
» de leurs bagages par quel-
» ques brigans de Thrace qui
» les attendoient au paflage ;
» que c'étoient-là les exploits
» 'pour lefquels Cn. Manlîus
n Vulfon demandoit le triom-
j» phe 37.
Les Commifl*aires finirent par
oà ils avoient commencé > en
infiilant fortement fur les pré-
cautions prifes de tout tems
pour déc]are;r la guerre , & de*
mandant aux Sénateurs s'ils vou-
loient violer des règles fi fages»
abolir des formalités qui ap«
•partenoleot à la religion > 6ter
MA .
au Sénat & au peuple le privi-
lège dont ces deux ordres
avoient toujours joui , d'or-
donner de la guerre ou de la
paix , & abandonner au caprice
&c à l'ambition des Généraux ,
le pouvoir d'attaquer les peu*
pies qu'il leur plairoit.
Quand ils eurent ceffé de .
parler , Cn. Manlius Vulfon
leur répondît de la forte : » Juf-
» qu'ici f Meflîeurs , on a que!-
"» que fois vu les Tribuns du
» peuple s'oppofer aux triom-
» phes qui vous ont été deman-
» dés par vos Généraux. C'eft
» ce qui m'oblige à rendre grà-
39 ces à ceux d^aujourd'hui , de
» ce que » par confidération ou
» pour ma perfonne y ou pour
n mes adlions , non-feulement
» ils ont confenti tacitement à
n mon triomphe, mais encore
» ont paru dans la difpolîtioa
» de le propofer eux - mêmes
30 s'il en étoit befoin. J'ai la
» douleur de trouver mes ad-
» verfaires parmi ces Commif-
sD faires que nos ancêtres don-
30 noient à leurs Généraux pour
30 honorer leur viftoire , flc
Il en régler les dépendances
» avec prudence & avec juf-
» tice.
» Leur accufation a deux
» chefs , Meffieurs , comme
» vous avez pu le remarquer*
30 Ils prétendent que je n'ai
30 point eu droit de faire la
10 guerre aux Gaulois , de que
x>'je l'ai faite avec témétité Sc
9 imprudence.
o Les Gaulois , difent - ils
-» n'exercoient contre sons
M k
ft aucun adte d*hoiliIici ; vous
s» les avez trouvés paifil^es &
30 tranquilles, & vous n'avez
» pas laîOTé de les attaquer*
n Plut aux Dieux que le roi
» Euntene fût ici préfent ^
9 avec les Magiilrats de toutes
» les villes de TAfie ! Vous
y> entendriez leurs plaintes »
» & je fer ois difpenfé d'accu-
» fer les Gallo-Grecs. Envoyez
» des Ambaiïadeurs dans tou-
:f> tes les parties de l'Afie »
ac» pour examiner la vérité fur
i> les lieux ; & vous appren-
ti drez d*eux que la fervitude
» dont vous avez délivré cette
1» contrée , en obligeant Antio-
9» chus de fe retirer au delà
» du raontTaurus» n'étoit pas
» plus dure que celle dont elle
» a été tirée par la réduAion
» des Gaulois. Tous ces peu-
» pies vous feront connoître
» combien de fois cette nation
» féroce a ravagé leurs cam^*
» pagnes > combien de fois elle
9» leur a enlevé tout ce qu'ils
X» avoient de' plus précieux Ôc
^ de plus néceflair^s , combien
39 elle a fait fur eux de pri-
j> fonniers fans leur laifler la
» liberté de les racheter; enfini
» combien de fois elle a immolé
» leurs enfans à fes Dieux aufC
30 barbares qu'elle. Quoi ! &
» Antiochus n'avoit pas retiré
» fes garnifons des citadelles
il où elles demeuroient fort
30 tranquilles, vous ne croiriez
39 pas avoir rendu la tranquil-
» lité à i'Afie ; & vous vous
y> imaginez qu'Eumene jouiroit
» paiublement des dons que
MA 9)
» vous lui avez faits, & les
n autres villes de la liberté
» qu'elles ont reçue de vous *
» pendant que les Gaulois au*
» roient une pleine licence de
» porter par tout où ils vou*
» droient la terreur & la défo-
w lation.
» Mais , pourquoi raifonner
» plus long-tems fur une fauiCs
3f> fuppofîtion , comme fi je
» n'avois pas trouvé les Gau*
7f> lois aifluellement en guerre
» avec nous , & que je les euf-
» fe forcés de nous la faire ? Je
» vous prends à témoin , L*
» Scipion, vous à qui j'ai fuc*
3> cédé dans le commandement
3» des troupes, & vous P. Sci-
93 pion , qui , avec la fimple
9> qualité de^Lieutenant étiez
» refpedlé par l'armée Se par
» votre frère comme fon Col-
» lègue. Dites-nous fi vous ne
33 fçavez pas que les légions
x» des Gaulois ont fervi dans
93 l'armée d'Antiochus » & fi.
y> vous ne les avez pas vues
3» combattre aux deux ailes ,
13 où ils fatfoient toute la forc«
33 de fon armée ? Les Romains
3» vous avoient chargé de faire
93 la guerre non - feulement à
» Antiochus , mais à tous ceux
» qui fe feroient joints à lut
30 contre nous. Les Gaulois
3(3 étoient inconteAablement d^e
3» ce nombre y auffi-bien que
33 quelques petits Rois & ly-
30 rans du pais. Pai donc eii
33 droit de les traiter en enne«
33 mis. Cependant , j'ai ufé k
33 leur égard de toute la modé«
» ration poffible* J'ai donné U
94 MA
» paix à ces derniers , en les
3» forçant de faire une facisfac-
» tion convenable à la digni-
» té de votre Empire qu'ils
» avoient bleffée. D'un autre
» côté y j*ai fait tous mes efforts
» pour amener les Gaulois à la
» raifon > iî leur férocité na-
3» tureile avoir pu s'adoucir ;
» & ce n'a été qu'après plu-
» fleurs tentatives , que les
» trouvant toujours intraita-
» blés 9 j'ai cru qu'il étoit de
» notre honneur d'employer la
» force pour les réduire.
» Après avoir juilifié les
a» motifs qui m'ont déterminé à
» entreprendre la guerre , il
» faut maintenant parler de la
» manière dont je l'ai faire ;
M & dans cette féconde partie,
» jeferoisbien aiTuré de gagner
a> ma caufe , quand même je
X» la plaiderois devant le Sénat
» de Carthage , lequel , (i ce
» que l'on dit eft vrai , punit
» du dernier fupplice fes Géné-
3!> raux 9 quand ils ont formé
» des entreprifes téméraires ,
j> quefque heureux qu'en ait été
» l' vénement. Mais > quelle
» confiance ne dois -je point
» concevoir ayant affaire à une
» République qui n'a jamais
3t> fait un crime aux Comman-
x» dans des entreprifes auxquel-
» les les Dieux ont donné une
» heureufe iflue , parce qu'elle
» la regarde comme l'effet des
y> prières & des vœux qui ont
a> précédé ces entreprifes , 6c
n qui en décernant , ou des
I» aâions de grâces aux Dieux ,
y» ou des triomphes aux Gêné-
MA
» raux , emploie toujours ces'
» termes remarquables » pour
» avoir bien & hcureufementfervi
» la République? Quand donc»
» de peur de provoquer l'en-
39 vie I je m'abiiiendrois ci'at-
» tribuer à mon courage & à
» ma bonne conduite les fuccès
» que j'ai eus y (i je me conten-
» tois de demander qu'après
» que j'ai vaincu une (i puif-
3E> faute nation , fans avoir fait
» aucune perte , on rendît aux
» Dieux immortels » po»r l6
-a bonheur dont ils ont voulu
» que fuffent accompagnéesvos
» armes fous mon comroande-
y> ment, les a(flions de grâces
» qui leur font dues , ai qu'oa
» m'accordât à moi-même la
» permiffion dé rentrer triom-
» phant dans le Capitole» d*oik
» je fuis parti , après avoir fait
' » les vœux accoutumés pour fa
x> ^profpérité de la République»
» refuferiez-vous cet honneur
y> aux Dieux » auffî - bien qu'à
» moi ?
î> On m'objedle que je n'ai
i> pas choifi un lieu favorable
» pour donner bataille. Cela
» dépendoit-il de moi ? Les
» ennemis étant les maîtres de
s> la montagne , & ne voulant
3» pas en defcendre » il falloir
a> bien que j'allaffe les y atta-
» quer , (i je voulois vaincre*
39 Un pourroit faire le même
» reproche à nos meilleurs Gé-
30 néraux« qui, fur- tout dans
3> les dernières guerres « n'onc
» pas toujours choîfi un pofle
3> favorable pour attaquer l'en*
» nemî » parce que Ta chofe'
MA.
9 B^étoit point en leur pouvoir.
» Je ne comprends pas encore
» quelle ed ridée qu'ils veuleoc
» vous donner , & qu*iU fe for-
» genc en eux* mêmes de Ten-
j> nemi.S*il a au/£fort dégénéré
f> qu'ils le difent , Se s'il eft
19 amolli par les délices de TA-
e fie» quel danger y avott -il
» de Taller chercher fur la
» montagne , Se s*il a confervé
» le courage & la force de Tes
30 ancêcr es, pourquoi refufent*
» ils le triomphe à ceux qui ont
» vaincu un ennemi fi redouta-
is ble ? L'envie eft aveugle ,
» Meffieurs. Elle ne s'attache
39 qu'à décrier la vertu, pour
3D lui faire perdre les honneurs
3» fie les récompenfes qu'elle
» mérite.
» Le même efprit d'envie &
» dejaloufîe paroît encore dans
» ce qu'ils m'objeâent touchant
«> la T hrace. Us infîftent beau-
a> coup fur l'enlèvement d'une
30 partie de nos bagages par ces
9 brigands, & fur la perce de
3» quelques foldats ; ils fe don-
a> nént bien de garde d'ajouter
a» que le jour même que cet
n inconvénient arriva » nos
9 troupes défirent un grand
3» nombre de ces voleurs, dc
30 que les jours fuivans elles en
1» prirent Se en tuèrent encore
» davantage. Mais,quegagaent-
3» ils par ce filence attéâé f
» Toute l'armée eft prête à
I» rendre témoignage de ces
» deux combats , , qui feuls
» pourroient mériter l'honneur
» du triomphe.
« Je vous prie de me par*
MA 95
» donner , Meiïïeurs , fi Uné-
» ceflité d'une jufte défesle •, &
» non le défir de me faire v«-
3» loir , m'a engagé dans un fi
» long difcours. »
L'accufation l'auroit emporté
ce jour fur l'apologie , (i la dif-
pute n'avoit confumé le jour en^
tier fans être décidée ; car , les
Sénateurs fe retirèrent dans le
featiment derefufer le triomphe
à Cn. Manlius Vulfon. Mais, le
lendemain, les parens & les
amis de ce Général firent tact
qu'ils engagèrent dans leurs in-
térêts , les plus anciens de l'or*
dre , dont l'autorité fit penchée
la balance en faveur de Cn«
Manlius Vulfon. Us repréfen-
terent qu*il n'y avoit poinc d*e-
xemple qu'un Général, après
avoir vaincu les ennemis , laiffé
fa province en paix , Se ramené
fes troupes viélorîeufes à Rome,
eût été privé de l'honneur du
triomphe , Se îût rentré dans |a
ville comme un fimpU particut
lier fans aucune diftinâion.
Enfin , la maligne jaloufie de fes
ennemis céda à des remontran*
ces fî fages , ils eurent honte dû
faire un affront fi injurieux à u«i
homme de mérite , Se tous les
Sénateurs lui décernèrent le
triomphe d'un confentemenc
prefque unanime. Il y avok
pourtant quelque chofe à dire
fur la conduite de ce Général,
lequel , comme nous le verront
tout à l'heure , avoit laifli^ af-
foiblir la difcipline , Se cor^
rompre les mœurs de fes trou-
pes. Et il eft étonnant que
les eaoemis n'aient point em-
./ *
96 MX
ployé cfontre lui ce moyen.
Il ne triompha que fur la fin
de Tannée. Ce qui lui avoit
fait diffère r fon triomphe, c*é-
t©ït la crainte qu'il avoît eue
d*ctre appelîé en jugement en
Vertu de la loi Pétilla , pendant
la Préture de Q. Térentius Cul-
Iéo!> , & d*être ta victime de
l*eBvîe fous laquelle*' L. Scipion
avoir fuccombé.lhfçavoîent que
les luges feroient encore plus
inexorables à fon égard , qu'ils
ne Tavotent été dans I^aflTaire de
fon prédéceffeur , parce qu*il
avoir taifTé vivre tes foldats
ifans une licence générale qui
«voit afafolument ruiné la dif-
crpline militaire, que L. Scipion
leur avoir fait obferver avec
beaucoup de fé vérité. Et ce
n^étoit pas feulettienr le récit
des excès, auxquels ils s'étûient
portes dans la province , & loin
des yeux des citoyens » qui Ici
rendoient odieux , mais encore
plus ceux auxquels ifs s*âban-
donnoient tous les jouin» à la
vue du peuple Romain. Car ,
ce fut Cn. Manlius Vulfon , &
ceux qui avoient fervi fous lui ,
qui sntroduifirent à Rome le
luxe & les délices de l'Afie. Ce
furenr eux qui y apportèrent
des lits garnis d'airain , des
tapis précieux > des rideaux de
Ht & de litière , de d*aurres ou-
Trages travaillés avec art, &,
ce qui éroit regardé alors com-
me un grand luxe , des tables
Ibutenues fur un feul pied « &
des buffets. Ce furent eux qui
ajoutèrent au plailrr deW bonne
rhére celui de la mufiquei ayant
MA
à leurs gages des joueufe» de
harpes & d^autres inftrumens ,
des farceurs, des comédiens,,
&• pareilles gens , dont le mé-
tier eft de divertir les convives
pendant qu^ils font % table* On
commença aufÏÏ dans ce tems-Ià
à préparer les mets avec plus
de foin 6c de délicatefle. Et en
conféquence, un cuilinier , qui
anciennement étoit le plus vil
de tous les efclavea , fut regardé
Comme roflScîer de la maifon le
plus nécelfaire ÔC le plus eftiroé^
5c ce qui n'étoit d*abord qu'urt
miniftere bas & méprifable, de-
vint un emploi conlîdérable ÔC
important. Mais, ces excès, qui
étonnoient alors paf leur nou-
veauté , n*étoient qu*une légère
ébauche du luxe effroyable dans
lequel les Romains fefontplon*
gés depuis.
Cn. Manîîus Vulfon fît pa-
toître dans fort triomphe deux
cens couronnes d*or du poids
de douze livres chacune > deux
cens vingt mille livres pefant
d'argent , jdeux mille deux cens
trois livres d*or , cent vingt-
fept mille tétfadrachmes , deux
cens cinquante mille ciflopKo-
res s (ciie mille trois cens
. philîppes d'or , & une grande
•quantité d'armes & de dépouil-
les prîfes fur les Gaulois» le
tout porté fur des chariots.
Cinquante deux Officiers en-
nemis enchaînés marchaient
devant fon char. Il fit diilri-
buer à chacun des foldats qua-
rante deux deniers , le double
aux centurions ; il doubla la
paye des fanta(Cns> & trîpfa
celte
telle dfes ^cavaliers. On Voybît
à la fuite du char un grand
Bonbre d'officiers & de foldats,
ornés des dons militaires qu'ils
avoienc reçus de Cn. Manlius
Vulfon. Toute l'armée en gé*
ôéral lui donnoit dans les chan<*
«
fons militaires faites à la hâte »
des éloges qU*on jugeoit aifé-
ment qu'il s'étoit attirés par fa*
facilité de fon indulgence ; ce
^ui fit que fon triomphent plus
célébré par la faveur des foU
dats , que par celle du peuple*
Mais eûfuite y fes amis lui ga-^
gnerent auffi celle de la multi<»
tude^ Car^ ils firent tant par
leurs follicitations , que le Se*"
nat rendît un arrêt qui ordon-
noit qu'à la décharge du peu**
plé, on acquittât de l'argent
qui av(5it été porté dans le
triomphe > ce qui étoit encore
dû des fommes qui avoient été
empruntées pour les befoins
dç la République. Et en con-*
féquence les Quefleurs de la
ville payeredt avec autant de
fidélité que d'exaditude 9 de les
fommes principales » & vingtV
cinq as 6c demi d'intérêt pour
chaque millier d'as.
Cn* Manlius VulfoQ brigua la
Cenfure fans pouvoir l'obtenir^
S'an de Rome $689 & 184 avant
Jefus-Chrift»
MANLIUS ÎL-IVULSON,
Z. Manlius Vulfo ^{a) fut créé
fréteur, l'an de Rome 555 » Ôc
197 avant Jefus-Chrift » À on
lui donna la Sicile pour dépar*
(«) Th. Liv. L; KICXll. c* %yi %%*
IL. xxxvm. c. fto. & fii.
Tm. XXFll.
W 3t ^
feentetitt PdjfîeWrahkétilîftprèsy
il accompagna fon • ftere Cn/
Manlius Vulfon en A(îe > âC il
eut beaucaup de part aux
avantages confidétables qu*y»
eut ce dernier »* comme oif
peut le voir dans l^article pré«
cèdent.
MANLIUS [PO. P.Màn^
lias ^ {b) fût nonuiô^ Pr^teut'^
l'an de Rome 557 , & 155 avanè
JelW.Chrift y & envoyé daas
TEfpagne Citérieure. Là 9 P»
Manlips ayant reçu 1-ancieflnê
armée des mains de Q. Mînu-^
cius > à qui il avoit fuccédé > JC
y ayant joint les vieilles troupef
qu'Appius Claudius Néron avoit
commandées dans l'Efpagne Ul»
cérieure , partit pour aller dant
la Turdétanie. Quoique letf
Turdétains fulFent les peuples
de toute l'Efpagne les mblni
belliqueux , cependant fe liane
Air leur multitude > ils ne lalf-*
ferent pas d'aller au devant d«
l'armée Romaine* Mais, le feul
effort de la cavalerie mit un tel
défordre dans: leurs rangs ^ qud
IHnfanterie n'eut prefque pa*
bëfoin d'agir pour les défaire t
ces vieux foldats^ qui connoif^^^
foient la guerre & l'ennemi à
qui ils atoîent affai)*e , nd
trouvèrent aucune réiîftance^
Mais y cette viÂoire ne termina
pas la guerre* Les Turdétaini
prirent à leur folde dix mille
Celtibériens , & ils fe difpo*
foient à fe défendre avec lei
armes Ôc par les bras d*autrui*
(h) Ttt. Li?. L. XXXin. c 41 » 4)4
L. XXXiV. c. 17. L. XXXiX. e. yê^
a
ft' MA
^lais» ?*' Minl«us écfivlt ttt
Conful Mé Porcius Caron de
Tenir à fou fecours avec fou
armée. Dès qu'il fut arrivé 9 ôc
qxit les deux années eurent été
fféunies V' )es, conesâb furent
bientôt dii^érfés.
P. Manlius fut nommé de re*'
chef Prttev''> l*an de Rome
J70, 6(t 82 avant JèfusrChrift.'
On Tenvo^ra. cecjte année dan$
rEfj^agpe Uképseure , maïs il
tr*y fit l'ien de mémorable. L'an-
née iatvàiite , îi fe diftingua utt
peu |)lui ; il battît les Lufita-
çiens en plufieurs rencontres* Il
tetournà enfuîte à Rome , où il
mourut prefquje auffi-tôt. Tite-
Live , au'fujet de la mort de ?•
Manisus , remarque qu'il étoic
vn des Triumvirs Epulons , &
qu*il fut remplacé dans cette
dignité par Q. Fulvius.
MANLIUS [ P* ] » ^- -W^«-
lius / (tf) rendit un fervice im-^
portant à Caton le Cenfeur
dans une cîrJconftaaee des plus
critiques^* Ce Général s'étoie
mis en marcbe.La nuit pour aller
«ttaquer l'ennemi fur les monts
Thermopyles* Mais , le guide
ayant manqué le' chemin» les
Romains s'égarèrent dans de%
lieux remplis de précipices, hè
Manlius f homme très - difpoa
pour gravir fur les montagnes
les plus efcarpées , grimpa avec
Çaton au ifrâvers des roches
haute» & pointues; &c par ce
moyen ayant découvert un petit
fencier , il iauva l'armée Ro**
(4) Plut. Tom. 1. piag. 34). >
ihi Plut. Tom. I. pag. )4^.
^«) Tii. Liv, L. XXXVUI. c. 4».
MK
tAdine en la délivrant du plu»
grand péril qu'elle pût courir^
Uti comptoit ' alors 191 ans
avant Jefus-Chrift.
Nous devons remarquer que
le texte Grec de Plutarque por-
te L« Mallius f au lieu de L«
Manlius.
MANLIUS , Manlius , (h)
Sénateur Romain , qui fut chalTé
de fa compagnie par Caton le
cenfeur , lorfqu'il étoit à la
veille d'être élevé au Confular.
La raifon pourquoi il fut ainfi
traité, c'étoit parce qu'il avoir
donné un baifer à fa femme ea
plein jour , en préfence de fa
£lle.
Le texte Grec de Plutarque
porte Manillius , & non pa§
Manlius. >
MANLIUS [L.], L. Man^
lius 5 (c) ayant été accufé l'art
de Rome 564 , de 188 avant
lefuSoChrill y d'avoir maltraité
les ambaâadeurs des Carthagi-
nois 9 fut livré par les Péciaux ,
& emmené à Carthage.
MANLIUS [L.] ACIDINUS,
L* Manlius Acidinus , {d) fuc
nommé Préteur , Tan de Rome
564, & 188 avant Jefiis-Chrift ^
& il eut «i'Efpagne Citérieure
pour département. Il livra aux
Celtibériens un combat dont
Fiffue fut aifez douteufe 9 fi ce
n'^eft que les Celtibériens , en
décampant dès la nuit fuivante ^
lailTerent aux Romains la liber-
té d'enterrer leurs morts , ôc de
dépouiller ceux des ennemis»
{d) Tk. Lîf. L. XXXVIII. c. ij. L.
XXXiX. c. fti » 19 » 54 » 55. L« Xt, a
MA
fèu de jours après» ttî inèttiéi
ptuples ayant mis fur pied une
armée plus confidérabie 9 vin-
rent les premiers préfenter la
bataille aux Romains auprès de
Calagurfis» On he dit point la
raifon qui fit qu^avec de plus
grandes forces y ils fe battirent
plus foiblemént ; car , ils furent
vaincus » les Romains leur tuè-
rent douze mille hommes fur la
place, firent plus de deux mille
prifonniers » & fe rendirent
maîtres de leur camp* Si l*ar«
deur du vainqueur n'eût été
arrêtée par l'arrivée de fon fuc-
cefTeur > les Celtxbériens att-
roient été entièrement domptés*
Lorfque L* Manlius Acidinus
fut de retour à Ron)e , on lui
donn§ audience datis le temple
de Bellone > & il demanda qu^on
lui accordât Thonneur du triom*
phe. On conVenoit que fes ac-
tions le métitoient > mais Tufage
étoit contre lui ; car , il n*y
avoit point d'exemple qu'un
Général eât triomphé, à moiâs
qu'il nVûi terminé la guerre
dont il avoit été chargé , qu'il
tî'eât Urttè fa Province paifî*
ble 9 9c ramené fon armée à
Rome. Cependant « 00 prie un
tnilieu qui, fans bleiTer la coU«-
tume , rendoit jufHce à ce Gé-
néral* On lui accorda le pedt
triomphe » autrement dit Tovà-
tiom II expofa aux yeux du
peuplé cinquante-deux couron*
lies d*or , cent vingt-deux livres
d'or, feize mille trois cens 11*-
M À 9^
vret d*afgent , & déclafa daûâ
le Sénat que le quefteur Q. Fa*
bius apportoit encore avec lut
dix mille livres d'atgent dC
quatre-vingts livres d'or, dC
qu'il feroit mettra le tout datiâ
le tréfot public* '
L'an de Rome 569 , & tS)
avant Jefus-Chrifl , on envoya
dans la Gaule Cifalpine dei
députés pour en régler les affai*
res ; & ces députés durent mêmtl
chargés de fe tranfporter au*
delà des Alpes* L, Manlius AcU
dinus faifoit partie de cette dé->
pucation* Deux ans après , U
fut un des Triumvirs qui côn*
duifîrent une colonie à Aquilééa
Elle étoit compofée de troi^
mille citoyens. On diftribifa
cinquante arpens de terre à cha*
que foldat , & cent aux centu^
rions , & cent qùafânce aux ci*
Yaliers.
L. Manlius Acidinus fut été*
vé au Confulat « l'an de Kotaet
5^3 , & 179 ayant Îefns-Chrlft*
On lui donna pour collègue Q«
Fulvius.
MANLIUS t A*1 VtJLSOW ,
j4é Manlius Vulfù , ( it ) fut
créé Conful avec M. Juniu*
Brutus, l*an de Rome 574, fie
178 avant Jefus-Chrift , de eue
la Gaule pour départenient* Ne
trouvant point dans cette Pro*
vlnce de matière à mériter le
triomphe auquel il âfpiroit, U
faifît avec joie l'dccafion qui fe
préfenta de faite la guerre aujt
iftriens. Outre le fecours qu'iU
(4) Tit. Liv. t. XL, c* 59. 1< Xi4. Cl I. é* /tf. Roll. Kill. Aom. ton^ i/«
G*» j
.loo M A
avoienc autrefois accordé aux
Étolîeûs contre les armées de
la République 9 ils venoîenc
touç récemment de faire fur les
alliés de Rome-, quelques courr
fes , qui avoient abouti au pil-
lage , dont cette nation étoic
crès-avide. A. Manlius Vulfon,
fans avoir pris l'ordre du Sénat,
partit d'Aquilée oii il étoit, pour
aller attaquer ces peuples. La
République avoit fur cette mer
une efcadre pour en défendre
.les côtes* Le Conful en envoya
une partie dans le port le plus
proche des confins dé Tlftrie ,
.avec des barques chargées de
proviConî, Il fe rendit lui-même
par terre au même endroit, &
campa à cinq milles de la mer.
Pour affurer les convois &
foutenir les fourrageurs y il pla-
ça plulieurs corps de troupes
autour de Ton' camp. Un d,e
ces corps ragardoit TlArie »
.étant placé entre le camp &
la mer; Se il étoit compofé
d'une cohorte levée à la hâte
dans la colonie de Plaifance ,
& de quatre compagnies de la
féconde légion.
Les Iftriens avoient fuîvi Tar-
mée ennemie par des chemins
de traverfe fans en être vus,
épiant Toccafion de. l'attaquer
avec avantage. Ayant reconnu
. que les corps-de gardes qui en-
vironnoient le camp étoient peu
. nombreux , & obfervoîent peu
. d'ordre , ils vinrent fondre fur
,1a cohorte de Plaifance. Un
brouillard qui s*étoit élevé le
.matin couvrit leur marche ;
'iiiais*> i'étânt à moitié diflîpé
. MA
aux- premiers rayons du foleil>
il laiflà paroître une lumière
fombre , qui , grofUifant les
objets » préfentoient aux yeux
des Romains Tapparence d'une
armée beaucoup plus nombreu-
fe que n^étoit réellement celle
. des ennemis. Les foldats enrayés
s'enfuirent dans le camp , où ils
cauferent encore plus de ter-
reur qu'ils n'en avoient eux-
mêmes apporté. Les cris que
l'on jette aux portes , l'obfcurité
qui augmente encore le tumul-
. te f l'agitation des foldats qui
en courant chacun de leur côc^
s'embarraflent & tombent les
uns fur les autres» tout cela fait
craindre aux p4us éloignés que
Us ennemis ne foient entrés
dans les retranchemens. Une
voix poupée au hazard exhorte
les troupes à courir du côté de
la mer. Comme fi c'^ût été le
.fignal du départ 9 d'abord quel-
ques foldats , la plupart fans
armes » prennent le chemih du
port , un plus grand nombre
les imitent , & enfin toutes les
troupes les fuivent, jufqu'au
Conful lui-même» qui avoic
inutilement employé pour les
retenir , fon autorité > fes or-
^dres f & mêmes fes prières*
L'armée Romaine entière fe-
. roit devenue la proie des enne-
mis, s'iU avoient fçu ce que c'é-
. toit que faire la guerre. Le Con*
fui , mettant à profit leur igno-
rance , rafiembla ce qui lui ref-
toit de troupes « après les avoir
fait revenir des aifFérens lieux
où^la fuite les avoit difperfés.
Saus perdre de t^ms , il les met
MA
fie au camp , de en cbafle leî
Ifbiens. Cependant , la nouvel-
le de la déroute de Tarmée
Confulaîre étant parvenue jus-
qu'à Rome, y caufa une gran-
de allarme. Comme la renom-
mée groflît toujours les objets ,
fur-tout en mal, on crut l'ar-
mée entièrement défaite» On
leva de nouvelles troupes avec
une promptitude extraordinaire.-
On donna différens ordres pour
envoyer de difTérens côtés des
fecours au ConfuL M. Junius
Bru tus fon Collègue pafTa de
la Ligurie dans la Gaule. Mais ,
il apprit en chemin que l'armée
Romaine étoit en fureté, 8c
que les Iftriens s'étoient retirés*
ïï dépêcha fur le champ un
Courier à Rome , pour y porter
cette bonne nouvelle , qui déli-
yra les efprits d*MiÊt grande in-
quiétude. Les deux Confuls re-
tournèrent à Âquilée , pour y
mettre les croupes en quartier
d*hiver.
L'année fuivante, A. Man-
lius Vulfon de M. Junius Bru-
tus furent continués dans le
Gouvernement de leurs Pro-
vinces, en qualité de Procon-
fuis. Dès que l'hiver fut fini,
ils firent entrer Iclirs troupes
dans le paKs des Mriens , & y
mirent tout à feu Ôc à ùng.
Ceux-ci, ayant armé toute leur
jeunefle , bazardèrent un com-
bat, où il en fut tué environ
quatremille. Ils fe retirent dans
leurs villes ôc dans leurs bourgs,
d^où ils envoyèrent d.eman.der
M A Tor
lapaSx aux généraux Romains ,
puis^eur fournirent les otages
qu'on avoir exigés* d'eux.
MANLIUS[A.] TORQUA-
TUS , j4. Manlius Torquatui »
fut élevé au X^onfulat avec Q.
Caflîus Longinus , l'an de Ro-
me 588, Ôc 164 avant J. C.
MANLIUS [T.] TORQUA.
TUS , r. MaMius Torquatus ,
fîit créé Confut avec Cn. Oc«
tavius, l'an de Rome 587» &
165 avant Jefus-Chrift.
MANLIUS TORQUATUS,
Manlius Torquatus , {a) père de
D. Silanus. Des députés de Ma-
cédoine portèrent leurs plaintes
devant le Sénat contre D. Si-
lanus» qui, pendant qu'il com*
mandoit dans cette rrovince ,
y avoit exercé beaucoup de
concuflîons. Manlius Torquatus,-
pere de Taccuilé , Sénateur d'un
rare mérite , demanda par gra«
ce qu^on ne prononçât rien
contre fpn fils , qu'il n'eût exa*
miné lui-même l'affaire ; ce qui
lui fut accordé fans peine , à
caufe de la confiance que Ton
»voit en fes lumières oc en fa
probité. Il écouta les parties,
pendant deux jours , & le trai«
me il déclara fon fils coupa«
ble y ^ lui défendit en çonfé-
queiice d*ofer jamais paroître
devant lul« D. Silanus, après
une ^x trifte (entence , ne put
pas foutenir davantage la lu*
miere du jour, & fe pendit de
défespoir. Le père, par une ri«.
gueur qu'il eft difficile de louer,
n'afCila pas même à fes funç^.
C#) Valex. Mvdffl. L, Y, c, 8« ^oIU Hjfi. Rom. T. V. p. i^^ \6^^
G tu
loz ' M A
r9iUe< ; & comme il étoit Jurif-'
COQ fuite , il demeura tranquil-
lement chez lui , répondant fé-
lon fa coutume à ceux qui ve»
noient le çonfulter* C'eft bien«
1^ l'héritier & le defcendant de
ce T. Msmlius Torquatus » qui
^voit fait trancher la tête à fon
fils viâorieux. Le zèle de la
j^ilice lui avoît di^é la condam-^
nation qu'il avoic prononcée
contre fon fils ; mais , ce zèle
devoit*il aller jufqu'à étouffer
en lui les fentimeos de la na**
iwre ?
MANLIUS [MO , M. Man-
Uns , {a) ayant été envoyé con^
tre les Gaulois « l'an de Ro-
me 646 , & 106 > avant Jefus-
Çhrift , eut du deflbus > ce qui
porta la terreur dans toute l'I-
talie*
MANLIUS MALTINUS ,
Manlius Maltinus , {b) fut en«
voyé en Alie par les Romains,
félon Juftin , pour rétablir Ni*
comede fur le trône de Cappa^
doce , dont il avoir été dépouil-
]é par Mithridare- Mais y celui-
ci • foutenu de plufieurs nations
belliqueufes , n'eut pas beau*
coup de peine à vaincre Man<-
]ius Maltinus , dont l'armée
n'étoit conipofée que de foldat»
Afîatiques.
Il taut remarquer qtte ce
Manlius Maltinus n'eil connu
que de Juilin» & que Tite-Live
& les autres Hiftoriens n'en,
font'point mention»
O) Sallufi in Jugurth. c. fti
ih) Juft. U XXXVlll. c. 3 , 4.
(c) Cicer. in Verr. L. IV. c. 84.
U) 3aUuft. in Juguul». c. jy , <$0f
M A-
; MANLIUS [T.] , T. Man^
Ims , (c) Préteur qui , d'après
un décret du Sénat touchant
les villes de Sicile » condiiific
une colonie à Agrigence«
MANLIUS [A.]» A. Manlius,
(d) Lieutenant de C. Marius 9
fous lequel il fervit fur*couc
en Afrique.
MANLIUS [C] , C. Man-
lius , (t) Oâicier qui fervit
d'abord avec beaucoup de dif-
tînc^ion dans l'armée de L«
Sylla. Mais» il devint par U
fuite un des Satellites 8c dc$
MîniAres des fureurs de L. Ca«
tiiina. Il fut envoyé dans l'É-
trurie , dont il tâcha de foule*
ver les peuples , porté à faire
un changement dans les affai-
res par fa pauvreté , & par le
reffenttmenc des injures qu'il
avait reçuesf car 9 fou$ la do-*
minatioh de L. Sylla , on l'a*
voit dépouillé de tous fes biens.
De plus , il tâchoit de mettre
dans fon parti » toutes fortes de
brigans dont ce païs fourmil*
loit » avec quelques colonies de
L« Sylla qui avoienc abforbé en
débauches tout le riche butin
qu'elle^ avoient fait à la guer«
re*
C'eft ainfi que C* Manlius
fe préparoit à lever le premier
l'étendard de la révolte ; & tl
le iît le vingt-cinq Oâobre» l'aa
de Rome 689 , & 63 avant J« C*
Il dépêcha peu de tem s après det
courriers à Q. Marcius Rex
{à) CUer. in Catilln. Orat. i. c. 4*
Plut. Tom. 1. pag. 867. SalUift. in Cattl«
c. 15. é-ye^* Crév. Hift. Rom» Tom*
Vi,pag. é|57, «r/iiiv.
MA
avec des lettres conçues en ces
termes : » Nous prenons les
» Dieux de les bommes à té*
» moins , ô Général , que nous
30 n'avons pris les armes ni
39 contre la patrie^ ni dans le
» defiein de nuire à perfonne,
^ maïs afin de nous mettre à
» couvert des infultes» Deve*>
^ nus malheureux &L indigens
39 par les vexations & 1» tyr»
» raoie des ofuriers, la plupart
3» de nous font exclus de leur
V patrie »& cous le font dtê
30 honneurs St de leurs biens ,
» fans qu'il foie permis à un
3o feul de jouir du privilège
30 établi du tems de nos pères «
30 ni d'ttfer de fa liberté après
30 avoir perdu fon patrimoine »
P tanc eft grande rinhuqtaaité
» des ufuriers & celle du Pré*
» tewr. Vos ancêtres , fenfîbles
30 aux miferes du peuple » y ont
p fou vent fttb^enu par leurs
9> Êdits. Tout récemment , de
30 votre sems même, les* gens
30 de bien voyant les particu^
30 iiers hors d'état de fatisfasre
* » à leurs dettes, vouturent que
30 le paiement s'en fît des de*
P niers pobèics* Il n'eft pas ra*
n re que le peupi«, porté à do*
» miner, ou révolté par l'ar*
p rogaoee des Magiftrati, ait
» abandonné le parti des Pères;
p Pour naos , nous ne cher-
30 chons ni les dignités, ni les si-
p chefles, qui font les fources
P de toutes les guerres & de
p toutes les querelles des hom*
p mes f mais la liberté « que }a-
3> mais homme d*honoeur n'a
p perdue qu'avjgc la viÇf Pour*
M A To)
» voyez à de malheureux ci*
p toyens , nous vo«is en rup*»
7> plions , vous & lé Sénat ;
p rétabliflez la proteélion des
p loix , aâéantiei pur rinjufti^
p ce du Préteur ; né nous met-
p tez pas dans la néceffité de
p chercher itfle quelle manière
» nous périrons , en vengeant
7> notre faAg avee route la va-
^ leur dont nous fommes ca*
i> pables#ii
Q. Marclus Rëx répondit à
ceci, que fî l'où vouloit quel-
que chofe du Sénat , on mft
bas lés armes fit qu'on l'aliâc
demander à Rome , que le Sénat
de là peuple Romain avoient
toujours été d^une bonté & d'unfi
clémence fi grandes J que ja-
rdais jperforine n'avoît implo-
ré en vain leur fecours.
Cependans f le Sénat Infor*
mé oe tout ceci rendit, vkà dé'
cret , pat lequel il déclaroir
L. Catiliffa Se C. Manlius enn^
mis de la parsio^ ^ prometfoic
rimpuillsé à cenit qui avoienit
fuivi lettr,pftrtî».n'éxeeps^ntque
les criminels c<lndsmné» à morr»
pourvu qu'avant un ci^rtaili ;onr«
qui éioit marqué y ï\$ f^ftLSèac
du camp , Se qutféafledt les ar-
més. Ce âéctêt ne put vaincre
.l'obiîination des conjurés. C«
JManlius f après avdir cênf-
xammeÀt.fi^uienu le parti qu'ai
avoit embraffé , fut tué à fa
bataille de Piilorie qui acheva
de détruire la cot^juration ,
parce que L. Catilina y fut auffi
tué.
MANHUS [C] , C. Md^-i
G iv
M4 MA
lius , (d) donc Citer on fait
jnemion dans fon oraîfon pour
L. Flaccus*
M AN LIUS [Cn.] , Cn. Man*
Uns , (^) étoit 9 aii rapport de
.Cîcérooy un homme fans cou*
jrage , fans efprîc, & dont la
.conduite étoit au£ mépri fable
que fordidet
MANLIUS [ Q. 1 . Q- A^^«-
lius f (c) fénateur Romain , que
Cicéron qualifie Juge très-fé-
vere & très-integre.
MANLIUS [Q.] CHILON^
* Q, Manlius Chilo , {d) un des
complices de la conjuration de
Catilina , félon Cicéron. Il y a
des éditions qui portent Q.
Magius Chilon ^ au lieu de Q.
Manlius Chîlon.
MANLIUS [C] , C. Man-
lius, (e) un des généraux Ro-
mains , qui furent défaits par
les Germains^ au rapport de
Tacite. Le texte le nomme
Marcus Manlius, C*e& une faute
ou de l'Auteur ou des Copif-
tes. L*Épitome de Tite-Live
le nomme Caiui^. En e^et » de-
puis la condamnation pronon-
cée contre le fameux Marcus
Manlius CapiroHnus, le pré-
nom de Marcus étoit interdit à
la famille Manlia. '
MANLIUS VALENS , (/)
Manlius VaUns y commanda dans
]a Grande-Bretagne une légio-n
qui Alt battue par le$ Silures.
(«) Cicer. Orat. pro L. Place, c. 7s.
ih) Cicer. Orat. pco L» Murab. c 34.
yro Cn. Pîahc. c. 10.
(•) Cicer. in Verr. L, 11. c. 18.
{d) Cicer. in Catilin. Orat. 3. c. 14.
<f ) Taci;. à% Mot ib, Qçrman« u 37,
MA
Tacite le qualifie dans un' ati-
tre endroit » Lieutenant de la
légion Italique . & il ajoute que
cet Officier ne fut pas traité par
Vitellius auiS honorablement
que le méritoit l'attachement
qu'il avoit témoigné pour fon
parti. Fabius Valens l'a voit d'é«
crié , fans qu'il le fçût » dans l'ef-
prit de ce Prince, par des accufa-
Abnsè fecretes dont il fe défioit
d'autant moins y que cet ennemi
couvert, pour le .mieux fur*
prendre » a&<ftoit de le louer
publiquement.
MANLIUS , Manlius , {g}
corrupteur d'Apuleia Varilia ,
petite nièce d'Auguâe, fut ban-
ni de l'Italie & de TAfrique »
l'an de J» C. 17.
MANUUS PATRUITUS,
Manlius Pairuitus ^ (A) fe plai*
fnit d'avoir été maltraité à
lene par le peuple de cette
ville , & cela à la foUicitation
de fes Magiilrats ; il ajoutoit
que non contens de cet outra-
ge > ils l'avoient par moque-
rie entouré des ornemens funè-
bres y & fait fur fon corps tou-
tes les cérémonies qu'on em-
ployé pour honorer les roorts>
à quoi ils avoienr joint mille
fortes d'injures coatre le Sénat
de Rome. On appella 7ceux
qu'il dénonça dans la ville, oik
après avoir é^é convaincus ^ ils
furent punis de mort. Ce juge-.
(/) Tacit. Annal. I.. XIU c. 40. Hift.
tn I. c. 64. Cré?» Hitt, des ISoip. Xonu
IL p. »t8.
. (f) Tacit. Annal. L. II. c. so» 5it
(*; Tacit. Hill. !.. IV. c. 45,
MA
ment futfuivi d'un arréc du
Sénat » par lequel le peuple de
Siene étoit admonetté d'être
plus modefte\ à l'avenir.
MANLIUS STATIANUS,
Manlius Siatianus^ {a) fénateur
Romain. Après que Probus eut
été élu Empereur par l'armée »
le Sénat s'étanc aflemblé pour
ratifier ce choix y Manlius Sta-
tianusy premier opinant, prit
ia parole ; & dans un difcours
fuivi il fit un éloge magnifique
du Prince élu , qu'il termina en
demandant aux Dieux , que Pro-
bus gouvernât la République,
comme il Tavoit fervie. Il con-
clut à lui déférer les noms de Cé-
far ôc d'Augufte » le comman*
dément Proconfulaire , le titre
refpeâable de Père de la pa-
trie , le fouverain Pontificat «
le droit de propofer dans le
Sénat trois m.atieres différentes
de délibérations y & la puiflan-
ce Tribunicienne.
MANLIUS [L.], Z. Man-
lius , {h) Préteur , qui , dans la
guerre civile, fuivic le parti
de Cn. Pompée.
MANLIUS [L.l. L. Manlius,
fameux Peintre ^ qui répondit
à un homme qui s'étonnoit de
lui voir des enfans fi laids pour
un Peintre fi habile : In luce
pingo t in tenebris fingo* Je fais
mes portraits le jour , & mes
enfans la nuit.
MANNA , ( c ) terme qui
fe met ordinairement pour la
(4) Crév. Hîfi. des £mp. Tom. VI.
pag. 88.
(h) Cxf. de Bell. Civil. L. 1. pag. ^6i*
4<3 fiaiâch* c;i, V. lOt
M'A Toj
Manne qui nourrit les Ifraëlices
dans le Défert , & dont nous
[larlerons dans Tarticle fuivant*
1 fe prend auffi dans Baruch ,
Êour une offrande nommée en
[ébreu Mincha. Facitt Man»^
na y & offerte pro peccato» C'eft
ce que les captifs de Babylone
^ écrivoient aux Juifs de Jérufa-
lem leurs frères. » Nous vout
39 envoyons de l'argent pour
» acheter des holocauftes &c des
» viélimes ; faites des offran-
3> dts de pain , de gâteaux »
3» de farines , de vin , &c. x»
Ceft ce qui s'appelle Manna en
cet endroit.
MANNE > Manna y MccW ,
{d) nourriture que Dieu donna
- aux Ifraëlites dans le défert
d'Arabie , pendant les quarante
ans de leur voyage , depuis leur
huitième campement dans le
défert de Sin. La Manne com-
mença à tomber le matin du ven-
dredi y feizieme du fécond mois,
nommé dans la fuite Jiar , qui
répond > félon Ufférius , au ven-
dredi cinquième de Juin. Elle
continua de tomber tous les
jours au matin, à l'exception du
jour du fâbbath , jufqu'après le
paffage du Jourdain , & à la
raque de la quarantième année
depuis la fortie d'Egypte. La
Manne tomba donc depuis le
cinquième de Juin de l'an du
monde 2513 > jufqu'au fécond
jour de la Pâque , qui étoit
un mercredi cinquième de Mai »
(d) Ezoà, c. 16. v* 4. & /ff. Humer*
c. II. V. 6. & fef» Pfaim* 77t v. as*
Sàpient. c. 1$. Vt zo» ai»
lo^ M A
ée l'ad du monde 25^5 ^ &
^vaac Jefus^Chriit i447«
. L La Manaé dont parle Moi-
le» écoit un pecic grain blanc
comme la bruine, rond 6c gros
comme la coriandre. U rombote
cous les marins /fur la rofée;
& lorfque la rofée étoit diffipée
par ia chaleur du Soleil > la
Manne paroiiToit & demeuroir
feule fur le rocher « ou fur le
fable* Elle comboit tous les
^oors excepté le jour du fabbath;
& cela feulemept aux environs
4u camp des Ifraëlites. Elle tom«
l^a en fi grande quantité pen-
dant les quarante ans de leur
voyage dans le Défert , qu'elle
iuffifoit à la nourriture de toute
la multitude» c'eft - à - dire , à
plus d*un million de perfonnes ,
qui en ramaffoient par tête
chacun un gomor, ou un peu
plus de trois pintes , mefure
de Paris» Elle fuilentoit cette
syiultttude, fans qu'^^ucun en fût
socommodé. U en tomboit le
leendredi une quantité double
des autres jours ; & quoiqu'elle
fe changeât en vers les autres
jours , lorfqu'on la réfervoic >
elle ne fouf&oit aucune altéra*
tiofi le jour du fabbath. Cette
Manne, qui fe fondoit au So<
2eil> lorfqu'on la laiflbit fur
la terre 9 étoit fi dure dans la
maifott> qu'on la concaflbit dans
le mortier , & qu'elle fouSroic
le feu, enforte qu'on pouvoir
la cuire dans la poêle , la pai*
trir, 6c en faire des gâteaux.
• L'Écriture donne à ia Manne
le nom de pain du Ciel & de
DOttfricure des Aoges ^ fok
MA
qn'elte veuille marquer qu*ell0
étoit envoyée 8c préparée par
les Anges » ou que les Anges
mêmes, s'ils ont befoin de nour-
riture , n'en peuvent avoir de
plus agréable que celle de 1»
Manne. L'auteifr de la Sageâe
dit que la Manne fe propor^
tionnoit de telle forée au goûc
de ceux qui en mangeoicnt, que
chacun y trouvoit dequoi con-
tenter ion appétit, & qu'elle
renfermott tous les agrémeos du
goût , âc toute la douceur des
plus agréables nourritures ; ex*
pref&onsque quelques-uns pren*
neitt à la lettre, il y en a même
qui croyent qu'elle prenait ju&
qu'à la forme des chofes que l'oo
défiroit. Jofephe Tentend d^une
manière plus fimpie^ en difanc
que ceux qui s'en nourriffoient^
la trouvoient fi délicieufe, qu'ils
ne défiroient rien autre chofe ;
de Saint Auguftio remarque
avec beaucoup de fagefTe , que
l'Auteur facré dit fimplement
que la Manne avoit cette qua«»
lité, de fe conformer au goâe
de ceux qui en ufoient , ed fa«
veur des enfans de Dieu« Com-
ment les lfraëHtest.auroient«*ils
pu fe plaindre que la Manne leur
caufoit du dégoût 9 H elle fe fût
toujours proportionnée à leur
goût 8c à leur volonté i
. Il to«>be de la Maaive encore
aujourd'hui dans plufieurs en^
droits du monde ? En Arabie 9
en Pologne > en Calabre , au
mont Liban • dans le Dauphiné »
6c ailleurs. La plus commune 6c
la plus, célèbre eil celle d*Ara«
bie I qui çil une efpece do
MA
mltl coodeofé , qui fc voit peu-
lUoc Tété fur les arbres de fur
le fable de l'Arabie Pécrée. Elle
cft de la figure dont la dépeint
Moïfe. Celle > qui fe recueille
aux pnvirons du mont Sinaï , eft
«l'une odeur très-forte , qui lui
<:il c<ommuniquée par les herbes
fur lefquelles elle tombe. Elle
s'évapore très-aifément » enforte
que u l'on en garde trente li-
vres dans un vaifleau ouvert, il
n'en reftera pas dix au bout de
quinze jours. On vend de cette
manne d'Arabie dans les bou-
tiques des Apothicaires au Caire
en Egypte*
Saumaife croit que la Man*
lie dont les Hébreux fe nourrif-
fpient dans le Défert , eft la mê-
me qui fe voit encore aujour-
d'hui en Arabie. Plufieurs Mo-
dernes font du même fentiment.
U eft vrai que la manne d'Ara-
bie a une qualité médicinale»
qui purge ât qui aftbiblit, au
lieu de fuftenter & de nour-
rir ; mais , on prétend que fi
l'on en ufoir communément ,
l'eftomac s'y accoutumeroit y
comme on a vu des gens s'ac-
coutumer à des elpeces de
nourritures, qui naturellement
dévoient être contraire^ à la
fanté. On doit auffi reconnoî-
tre que la Manne dont parle
Moïfe, avoit des qualités mi-
xaculeufes , que n'a pas la Man-
ne ordinaire , & qui ne fubfîf-
cerent apparemment que pen^
dant le tems que les Ifraëlites
a'en nourrirent.
, U. U y a fur l'origine du
mec Mann4 quatre opinions
MA 107
principales 1 elles ont chacune
leurs parcifans qui la foutien-
nent » avec ce détail de preu-
ves & d'argumens étymologi«
Îiues , lefquels » comme on le
çait I emportent rarement avec
eux une démonftration*
La première , 6c la plus gé*
néralement fuivie par les inter*
prêtes, c'eft que ce nom fignifie
^u'efi^ce ? La narration de Moï-
fe fortifie cette opinion. » Ils
39 fe dirent l'un à l'autre :
» Qu*€ft'Cc ? Car , ils ne fça-
» voient ce que c'étoit. » Dans
l'Hébreu il y a Man • Hou. ^
ainfi , fuivant cette idée» la
Manne auroit pris fon nom de
la queftion même que firent les
Ifraëlitesy lorfqu'ils la virent
pour la première fois.
La féconde > des Sçavaos » & ,
entr'autres » Hafcunq , préten-
dent que Man'Hou eft compofé.
d'un mot Égyptien ai d'un mot
Hébreu » dont l'un fignifie fi^i»
& l'autre cela » flt que les Ifraë«-
lites appellerenf ainfi l'alimenc
que leur préfentoit Moïfe »
comme pour infulter à ce paio
célefte, dont il leur avoit fait
fête » Maa-'Hou » quoi cela ?
La troifieme, les Rabins i
& plufi^urs Chrétiens après
eux » font venir le mot Mannt
de la racine Minnach » qui figni-
fie préparé , parce que la Man«
ne étoit toute prête à être man«
gée , fans autre préparation que
de ramaifer, ou plutôt parce
qiie les Ifraëlites ^ en voyanc
cet aliment , fe dirent l'un à
l'autre : Voici ce pain qui nous
a iti prépari i & ils l'appelle;;
rem Manne» c'eft-à-iiîre, chofe
préparée.
La quatrième enfin , le fça-
vanr M. le Clerc prétend que
le mot Manne vient du mot Hé-
breu Manach , qui (ignifîe un
don; & que les Ifraëlites fur-
pris de voir le matin cette rofée
extraordinaire , & enfuite de
ce ûue leur dit Moïfe : Ceft
ici le pain du Ciel ^ s'écrièrent
Man^Hou^ voici le don, ou,
peut-'être , par une txpreffion
de dédain, qui étoit bien dans
refprit & le caradlere de ce
peuple indocile & groffier , ce
petit grain qui couvre la rofée ,
cft-ce donc-là ce don que TÉ-
ternel nous avoir promis ?
On doit, en faine Philofo-
phie, regretter le tems qu'on
met à rechercher des étymolo-
gîes, fur-tout lorfqu'elles ne
répandent pas plus de jour fur
le fujét dont il s'agît , & fur ce
qui peut y avoir du rapport ,
que les diverfes idées qu'on
Tient d'articuler. Que la Manne
ait' reçu fon nom d'un mou-
vement d'étonnementj de gra-
titude ou de dédain, c'eft-ce
qu'on ne peut décider , qu'il
importe aÔez peu de fçavoîr ,
& qui d'ailleurs ne change rien
à la nature de la chofe.
Ce qu'il y a de moins équi-
voque 9 c*efl que de la manie^
re dont l'Auteur facré rapporte
la chofe, on ne peut pas rai-
fonnablement douter que la
Manne du Défert n'ait été ml-
raCuleufe & bien diftérente ,
par-là même , de la Manne or-
dinaire d'Orientf Celle<»ci ne
Jï A . . ^
paroît que dans certain ,tem$^
de l'année , celle du Défert
tomboit tous les jours , ex-
cepté le jour du fabbath ; ôccela
pendant quarante années. Car,
elle, ne ceâa de tomber dans'
le camp des Ifraëlites , que'
lorfqu'iis furent en pofleffion
de ce pais , découlant de laie
& de miel , qui leur fournit en
abondance des âlimens d'une
toute autre efpece. La Manne
ordinaire ne tombe qu'en fore
petite quantité , & fe forme in-
fenfiblément ; celle du Défert
venoit tout d'un coup Ôc dans
une il grande abondance , qu'el-
le fuffifoit à toute cette prodî-
gieufe & inconcevable multi-
tude qui étoit à la fuite de
Moïfe.
La Manne ordinaire peut fe
conferver afTez long*tems , Sc
fans préparation ; celle qui fe
recueilloit dans le défert, loin
de fe conferver 6c de fe dur-
cir au foleil > fe fondoit bientôt.
Vouloit-oo la garder? Elle fe
pourriiïbit , & il s'y engendroic
des vers. La Manne ordinaire
ne fçauroit neurrxr, celle du dé-*
fert fuftentoit les Ifraëlites.
' Concluons de ces réflexions 9
& d'un grand nombre d'autres,
qu'on pourroit y ajouter , que
la Manne du défert étoit mira-
culeufe , furnaturelle t & très-
différente de la Manne comrau*
ne; c'eft fur ce pîed - là que
Moïfe veut que le peuple l'en-
vifage , lorfqu'il lui dit : » Sou*
9» viens-toi de tout le chemii»
it par lequel l'Éternel , - totk
o Dieu j t'ft fait marcher pca^y
MA
?» daot ces quarante aiH dans ce
k> Défert » aiîn de t'humîlier
a» ^ de t'éprouver , pour con-
» noîcre ce qui eft en ton cœur;
» n tu gardois (es comraaode-
» mens ou non ? Il t*a donc hu«
» mille & t'a fait avoir faim;
a» mais y il t*a repu de Manne »
» laquelle tu n'avois poînt con-
» nue , ni tes pères au(G , afin
f> de te faire connoître que
ao i'hoinme ne vit pas de pain
i> feulement ; mais quel*homme
» vivra de tout ce qui fort de
30 la bouche de Dieu. »
Le pain dédgne tous les ali-
mens que fournit la nature , &
ce qui fort de la bouche de
pieu , fera tout ce que Dieu ,
par fa puiïïànce infinie y peut
créer 6c produire pour lubf-
tenter les humains dWe ma-
nière miraculeufe.
Il femble même que l'Éternel
VouWt faire connoître à foo
peuple , que c'dtoit bien de fa
Douche que fortoit la Manne »
fmifque Icis H<^breux , comme
e leur repréfente leur conduc-
teur , virent la gloire de l'É-
ternel f c'eft - à - dire , une lu-
mière plus vive ) plus éclatante
5|ue celle q^i les cooduifoit or-
.dinaîrement ; & ce fut du milieu
de ce fymbole extraordinaire
de fa préfence 9 que Dieu pu-
blia fes ordres au fujet de l'ali-
ment miraculeux qu'il leurdif-
penfoit ; & il le nt d'une ma-
nière bien propre à le faire ob-
ferver. 11 leur ordonna 1**. de
recueillir la Manne pour chaque
MA Jb9
matin feulement ; 2?. d'e» re-
cueillir chacun une mefure éga-
le, la dixième partie d'un éphi ,
ce qui s'appelle un how^r ,
c^eA-à-dire, cinq à fix livres;
3^. de ne jamais recueillir de
la Manne le dernier jour d^ la
femaine , qui étoit le jour du
repos, dont la loi de Sinaî
leur ordonnoit l'exaâe obfer-
vation.
Ces trois ordres particuliers»
également juftes, raifonnables
9c faciles, fournilTent aux mo-
raliftes une ample matière à
bien des réflexions édifiantes »
& de pluiîeurs maximes prati-
ques , le tout fortifié par d'am-
ples déclamations contre i'in-,
grate indocilité des Hébreux»
L'envoi de la Manne au Défert
étoit un événement trop inté*
reflfant , pour n'en pas perpétuer
la 'mémoire dans la poftérité
de ceux en faveur defquels s'é-
toit opéré ce grand miracle ;
auffi rÊternel voulut en confère
ver un monument authentique;
voici ce que Moïfe dit à Aaroa
fur ce fujet ^ par Tordre de
Dieu : » Prenez une cruçlje ,
» mette2-y un plein hower de
p Manne , & portez-Ià devant
» l'Éternel , afin qu'elle fe
» garde pour les races à ve*
.30 nir. »
Saint Paul nous apprend que
cette cruche étoit d*or ; & par
ces mots , pofei^la devant l'É-*
urnel , il explique être mife dans
l'arche , ou , comme portent
d'autres verûoos » à côté dt Var'^
(À) Ad Haibr. £f iâ. c. 9. ▼* 4»
îto MA
ehe y ce qui paroîc pluj confdT*
use à quelques endroits de
rÉcriture y qui nous appren-
nent qu'il ny avoîc rien dans
] arche que le$ tables de i*al*
liance. 11 faut d'ailleurs obfer-
ver que lorfque Moïfe donna
cet ordre à fon frère, Tarche
n'exîftoit point, & qu'elle ne
fut conltruite qu'aiTez iong-tems
après.
Au refte , le célèbre M. Ré-
land a fait de fçavanres Se de
curieufes recherches fur la figu-
re de cette cruche ou vale ,
dans lequel étoit confervée
cette Manne facrée. Il tire un
grand parti de fa littérature > Sc
de fa profonde connoiflance des
langues r pour faire voir que
ces fortes de vafes avoient deux
anfes>& que quelquefois ils s'ap-
pelloient oko/; ainfi, dans Athé-
née 9 on lit 090VÇ yffioyrci^ êtvov g
c'eft-à-dtre , des ânes remplis de
vin, d*oà notre fçavant Com-
mentateur prend occafion de
juûiRèT les Hébreux de la faufTe
accufation de conferver dans le
lieu faint la tête d*un âne en
or , & d'adorer cette idole.
Le livre des Nombres dit que
la Manne étoit blanche comme
du bdellion. Bochart > d'après
)>in(ieurs Thalmudîftes » prétend
que le bdellion fignifie une per-
le ; à la bonne heure , peu îm*
porte.
Ceux d'entre lesÉtymologîf-
tes qui ont tiré le mot Manne du
verbe minnach , préparé , par
la raîfon , difent-ils , qu'elle
n'avoit pas befoin de prépara-
tion 9 n'ont pas fait attention à
MA
ce qui eft dît au huitième verfeè
du onzième chapitre des Nom^
bres< 3i> Le peuple fe difperfoie
» & la ramalToit » puis il la
» raouloît aux meules , ou la
» piloit dans un mortier , & là
» faifoit cuire dans un chau«
» dron^ & en faifoit des gâ<^'
» teaux , dont le goût étoit
» fembiable à celui d'une li-
» queur d'huile fraîche, a Ce
qui pour le dire en pafTant, noua
fait voir combien la Manne du
Défert devoit être folide &c
Dure 9 & toute différente, par là
même , de la Manne d'Arabie g
ou de celle de Calabre.
IIL Quant à fon goût ^ l'É-*
criture Sainte lut en attribue
deux diffcrens ; elle eft compa-
rée à des bignets faits au miel f
&L dans un autre endroit, à de
l'huile fraîche ; peut-être qu'elle
avoît le premier de ces goâts
avant que d'être pilée & apprê-
tée , & que la préparation lui
donnoit l'autre*
Les Juifs expliquent ces deux
goâts différens , &c prétendent
que Moïfe a voulu marquer par-
là 9 que la Manne étoit comme
de l'huile aux enfans > comme
du miel aux vieillards 9 6c com-
me des gâteaux aux perfonnes
robnfles. Peu contens de tout
ce qu'il y a d'extraordinaire
dans ce miraculeux événement 9
les Rabbins ont cherché à en
augmenter le merveilleux par
des fuppofitions qui ne peuvent
avoir de réalité que dans leur
imagination » toujours poufiee'
à rextréme. Ils ont dit que la
Maisoe avoit tous les goârs p^^
MA
Sbles , hormis celui ié9 fiof •
reaux y des oignons ^ de Tail, 6c
celui des melons 8c concombres,
parce que c*étoîeBt-ià les divers
légumes après leiquels le coeur
des Hébreux foupiroit » &c qui
leur faifoientfi fort regretter la
naifon de fervkude«
Us ont accordé à la Manne
tous les parfums de divers aro-
mates , dont étoit rempli le
Paradis terreftre. Quelques
Rabbins font allés plus loin 9 &c
b^oot pas eu honte d'afiurer que
la Manne devenoic poule 9 per*
drix ^ chapon « ortolan 9 ô(c«
félon que le fouhaitost celui
qui en mangeoir. C*eft ainfi
quMs expliquent ce que Dieu
difoit à fou peuple, quUI nV
voit manqué de rien dans le
Défert.' Saint Auguftin profite
de cette opinion des doâeurs
Juifs « & cherche à en tirer
pour la morale un merveilleux
parti, en dcabliffant qu'il n'y
avoit que les vrais jufles qui
evfl*ent le privilège de trouver
dans la Manne le goût des
riandes qu'ils aimoient le plus.
Ainfi , dans le fyiléme de §aint
Auguftin , peu de juftes en If-
raël ; car ^ tout le peuple conçut
un tel dégoût pour la Manne »
qu'il murmura , ^ fit , d'un
commun accord 9 cette plainte f
qui eft plus dans une nature
foible , que dans une pieufe ré-
fignation : Quoi ! toujours de la
Manne ? Nos yeux ne voyent que
Manne ?
Encore un mot des Rabbins»
M A rtt
Quelque ridicules que foient
leurs idées « il eft bon de les
connoître pour fçavoîr de quoi
peut être capable une imagina^
tien dévotement échauffée. Il»
«joutent au récit de Motfe ,
que les monceaux de Manne
étoient fi hauts 6c fi élevés^
qu'ils étoient apperçus par les
Rois d'Orient & d'Occident ;
6c c'eft à ctttt idée qu'ils ap«
pixquent ce que le Pfalmille
dit : (e) Tu drejfes ma table devant
moi ^ â la vue de ceux qui me
preffent.
Les Hébreux» 8c en général les
Orientaux , ont pour la Manne
du Défert une vénération par«
ticuliere. On voit dans la bt'»
bliotheque orientale d^Herbe-
lot , page 547 , que les Arabes
la nomment Ja dragée de la
toute puifiTance. £t nous lifons
dans Abénezra , fur l'Exode ,
que les Juifs , jaloux du miracle
de la Manne , prononcent ma*
iédiélion contre ceux qui ofe*
roient foutenir ^opinion con«
traire.
Akibaprétendoitqne laMan*
ne avoit été produite par Té^
paîffiiïêment de la lumière cé^-^
leile , qui , devenue matérielle ^
étoit propre à fervir de nour-
riture à l'homme ; mais , le
Rabbin Ifmaél défapprouva
cette opinion , 6c la combattit
gravement , fondé fur ce prin-
cipe , que la Manne « feloa
rÉcrîture , eft le pain des An-
ges. Or \t% Anges , difoît'il , m
font pas nourris par la lumière»
Ci) Plalffl. %%* T. tf.
lïA
MA
devenue matérielle , mzU par
la lumière de Dieu même.N*eft-
îl pas à craindre qu'à force de
fubtilités , on ûe fafle de cette
Manne une viande un peu
creufe ?
IV. De toutes les efpeces de
Manne > l'on ne fe fert aujour-
d'hui que de celle qui vient d'I-
talie , & particulièrement de
Calabre ou de Sicile. Elle naît
dans ce pais fur deux difieren-
tes efpeces , ou plutôt variétés
de frêne, fçavoir, le petit frêne,
fraxinus humilior , five altéra
Tbeophrafli , & le frêne à feuille
ronde , fraxinus rotondion, fo*
tio.
Pendant les chaleurs de l'été,
la Manne fort d'elle - même è.t%
branches & des feuilles de cet
arbre, fous la forme d'un fuç
gluant , mais liquide , qui fe
durcit bientôt à l'air , même
pendant la nuit , pourvu que le
temsfoit férein; car , la récolte
de la Manne efl; perdue , s'il
furvient des pluies ou des
brouillards. Celle-ci s'appelle
Manne fpontanée. La Manne
fpontanée eft diilingue en Man-
ne du tronc & des branches ,
di corpo , & en Manne de
feuille , di fronde. On ne nous
^ipporte point de cette dernière
flui eft fort rare , parce qu'elle
^ft difficile à ramafler. Les ha-
ibîtans de ce pais font auffi des
jncifions à l'écorce de l'arbre,
& il en découle une Manne qu'ils
appellent forzatt ou forzatella.
Cette dernière opération fe fait,
dès le commencement de l'été,
fur certains frênes qui çr oiffenc
MA
fuf «n tfcri'eîn fec Sc plerrett* i
& qui ne donnent jamais de la
Manne d'eux-mêmes; elle fe
fait auffi à la fin de Juillet, fur
ceux qui ont fourni jufqu'à
lors de la Manne fpontanée»
Nous avons dans nos bouti-
ques l'une & Vautre de ce*
Mannes, dans trois difféfens
états, i^. Sous la forme dd
grofles gouttes ou ftalaâites ,
blanchâtres, opaques, feches ,
cafTames , qu'on appelle Mantiô
en larmes. On prétend que ce«
gouttes fe font formées au bouc
des pailles, ou. petits bâtons
que les payfans de calabre
ajuftent dans les incifions qu'ils
font aux frênes* La Manne cd
larme elt la plus eftimée , &
elle mérite la préférence à U
feule infpeftion , parce qu'elle
eft la plus pure , la plus mani-
feftement inaltérée-
1^. La Manne en fortç ou
en marons , c'eft - à - dire , en
petits pains formés par la réu-
nion de plufieurs grains ou
grumeaux collés enfemble ;
celle-ci eft plus jaune & moins
feche que la précédente ; elle
eft pourtant très bonne & très-
bien confervée. La plupart des
apothicaires font un triage dans
les caifles de cette Manne eii
forte ; ils en féparent les pUii
beaux morceaux , qu'ils gardent
à part , fous le nom de Manne
choîfie , ou qu'ils mêlent avec U
Manne en larmes.
3^. La Manne graffe , ainlî
appellée, parce qu'elle eft molle
& onflueufe, elle eft auffi noi-
racre
MA
titre & fale. C'eft fort mal-à-
propos que quelques perfon-*
nés , parmi lefquelles on pour-
roit compter des médecins ,
Ja préfèrent à la Manne feche*
La Manne graffe ed toujours
une Manne gâtée par Thumi-
dâté.par la pluie ou par Teau de
la mer , qui ont pénttré les
cai^Tes dans lefquelles on Ta
apportée. Elle fe trouve d'ail-
leurs fouvenc mêlée de miel »
de caflbnade commune & de
fcammonée en poudre ; ce qui
fait un remède au moins infi-
dèle , s*il n*eil pas toujours
4angereux, employé dans les
cas où la Manne pure eil in-
diquée*
MANNIUS , Manniuj , (a)
Tribun de légion. L*an de Ro-
me 496 & 256 avant Jefus-
Ohrift , les Confuls L. Man-
Hus Vulfon & M. Atilius Ré-
gulus voulurent faire voile en
Afrique; mais, ce ne fut pas
fans un e^ctrême répugnance de
la part de quelques foldats , âc
même de quelques Officiers « à
qui le nom feul de mer , de
longue navigation , de rivage
ennemi, faifoit peur. Mannius
fe diâingua entre tous les au-
très 9 & porta les plaintes &
le murmure jufqu*au refus d'o*
béir. M. Atilius Régulus , qui
^toit homme ferme âc d^auto-
rite , en lui montrant les verges
& les haches que portoit le
Lifteur , lui dit d'un ton mena-
çant qu*il fçabroit bien fe faire
' {a^ Roli. Hifl. Hom. Tom. 11. pâg.
510,5x1.
(^) Tacit- de Morib. Germant c. »i
Tm. XXyiI.
M A TT^
cbéîf* Ufle crainte en éeoufiTa
une autre , & la menace d*unar.
mort préfente le rendit hardi
navigateur.
MANNUS i Mannus , efcla-
ve des Cala viens. Voye^ Cala«
viens.
MANNUS .Mannus , (h)
fils de Tuiilon , paifoit parmi
les Germains pour un des fondai
teurs de la nation. Mannus eut
trois fils I dont le premier don-*
na fon nom aux Ingévones 9 ce
font les peuples voifins de l'O-
céan ; le fécond 9 aux Hçrmi-
nones (Itués au centre du païs ;
le troifîeme , aux lilévones qui
comprennent le refte de la na-
tion. TuiAon & Mannus étoienc
honorés comme des Dieux paf
les Germains. f^oye{^ Tuiftoné
Manon, Mano, m^^v^
( c ) Prince qui régna fur les
Arabes* Lucien eu fait men'«
tion.
MANTELETS , machines de^
guerre ^ deftinéds à couvrir le*
foldats dans les fieges. Ces Man*
telets étoieht conftruits de bois
léger , hauts de huit ou neuf
pieds ) larges d'autant., longs de
feize y couverts à double étage »
Tun de planches , Ôc l'autre da
claies 9 avec les côtés d'ofier^
& revêtus par dehors de cuirs
trempés dans Teau , de peur dti
feu. On petit comprendre' ett
général fous le nom de Mante*
lets , ce que les Anciens ap-
pelloient pluuî ^ vinea ^ crûtes ^
&c.
Mytb. par M. PAbb. fian. T. V. pa|;
CO Lttcian. T. 1). p. 6t9-
TxAi IML A
MANTIANE, Maruiana.
Voye[ Matiane.
. MANTIAS , Mantîas , {a)
JAavueie» * Athénien dont DémoA
tbene fait mention dans Tes ha-
rangues contre Bœotus , laiffa
en mourant trois enfans , du
nombre defquels énoic Manti-
fhée,
M ANTIENES [ les Monts ] ,
Mant'uni Montes , yb) montagnes
d'Afie f félon Hérodote. Cet
Auteur dit du Gyndes, qu'il a
fa fource dans ces montasjnes ,
& qu'il fe jette dans le Tigre.
Il dit encore ailleurs de TAraxe,
qu'il a auilî fa fource dans ces
iitêmes montagnes.
L'édition de Gronovîus porte
Mutieni; mais , Ortélhis lit Man*
tien'u Une édition de Francfort
1608 a» dans un endroit 9 if
}AotvTtvniTi ^ & dans un autre 9 in,
tiitvtiwZv \ la marge en ce der-
nier endroit préfente t^'aTmSf»
VGyi\ Matiane & Matianes.
MANTINÉE , Matinea , (c)
M«»'r!»'*'«> ville du Péloponnèfe
dans l'Arcadie. Elle étoit fîtuée
au midi & aux confins de la
Laconie. Du côté du nord » les
Mantinéens étoient féparés àts
Orchoméniens par le mont An-
chifius au bas duquel étoit , fé-
lon quelques-uns 9 le tombeau
d*Anchife.
On rapporte la fondation de
cette ville à Mantinéus fils de
MA
LycaoA ; ce Prince ravoîtbâtîe
en un autre endroit. Ce fut Ân«
tinoé 9 qui 9 en vertu d'un cer-
tain oracle, transféra depuis les
habitans de cette première ville
en celle donc il s'agit préfen-
fement.
Les Mantînéens ne furent que
fpedlateurs du combat que les
autres Arcadiens livrèrent aux
Lacédémoniens près de Dipée ;
mais, dans la guerre du Pélo*
ponnef<*9ils fe liguèrent avec
les Éléens en faveur d'Athenes^
contre Sparte 9 de foutenus par
les Athéniens ils o ferrent com-
battre les Lacédémoniens ei»
bataille rangée^ Enfuite , fui«
vant toujours l'inclination qu'ils
avoientpour Athènes, ils nrenc.
voile fous fes enfeignes en Sicî«
le. Quelques années après , les
Lacédémoniens fous la conduite
d'Agélipolis^ fils de Paufanias,
firent des courfes jufqu'aux por-
tes de Mantinéej taillèrent en
pièces tout ce qui s'oppofa à
eux 9 ÔC prirent enfin la ville
non pourtant par force , mais
par adrefie. Car 9 ils détournè-
rent le fleuve Ophis , & lui fi-
rent prendre fon cours le long
des murs 9 qui bâtis de brique
crue , bientôt fe délayèrent &
ne furent d'aucune réfiilance.
En effet , cette forte de brique
foutient mieux Tefifort des ma-
chines de guerre que les pierres
ftf) Demofih. Orat. in Bœot. p. looi.f 551. é^ feq. Plut. Tom. t. pag. 1044.
ér fec[' t^ fi'!* Corn. Nep. in Epamia. c 90
(b) Herod. L. 1. c. 189» aoa. Thucyd, pa^;. 24^. ^ feq. Diod. SicuU
(c) Strab. pag- 557 , 358 , 608. Paaf. pag. ^%6 > 3*7, 464, ^oo- &fiq' Mém.
p. 4S8 , 466. é~ /«f- Ptolem. L. 111. c. de PAcad. des Infcripu & Bell. Lecf.
lé. PiÏTi, Tom. 1. pag. 19 j. Xenopbr p. Tom, XV, p. ^jy
• t
MA
1h plus dures , qui rudeinent
frappées « ou s'éclatent , ou fe
détachent 6c fe défuniffent ; mais
à i'eau elle $*amollk de fond
comme la cire au foleiU Agéfi-
polis n'eut pas la gloire de l'in-
Vention dans cette entreprife ;
il ne 6t qu« ce que Cimon fils
de Miltiade avoit fait avant lui
au fiege d*Éion fur le Strymbn
contre Bogès qui défendoit la
place pour le roi de Perfe.
Agélipolis^qui pouvoit avoir
oui parier de ce itratagêmeii
vanté à Peliene»en profita fort à
propos.Lorfqu^il eut pris Manti-
Dée, il en rafa une bonne partie,
ôc ne lailTa fur pied que queU
q,ues maifons pour un petit nom-
bre d'habitans , qui y relièrent;
les autres furent difperfés dans
plufieurs villages; mais, après
la bataille de Leudlres, ils furent
rétablis dans leur ville par les
Thébains ; bienfait dont ils ne
fe montrèrent pas fort recon-
noi^ans. Car , peu après , il$
traitèrent avec Sparte à Tinfçu
cfes autres Arcadiens , ôc crai'»
gnant les Thébains qui avoient
découvert leur deiïein , ils fe
rangèrent hautement du parti
desXacédémoniens. Du moins ^
eil-il certain qu^au combat de
Mantinée ils combattirent fous
les ordres des Lacédémoniens
contre Épamtnondas & contre
les Thébains. Mais enfuite » s*é-
tant brouillés avec eux , ils
quittèrent leur alliance pour
entrer dans la ligue d'Achaïe.
Alors 9 ils prirent les armes
contre Agis , iîls d'£udamîdas
loi de Sparte , Ôc le ctraiTeren^
M A ÎTÇ
de leur paT$, après quoi s*étanc
joints aux Achéens commandés
par Aratus , ils remportèrent
une féconde viéloîre. Ils fécon-
dèrent encore les Achéens dans
leur expédition contre Cléo«
mené , ÔC contribuèrent beau-
coup à abattre la puiâfahce des
Lacédémoniens. Enfin , parce
qu*Antigonus , tuteur de ce jeu-
ne Philippe , qui fut père de
Perfée , s'étoit durant fa tutele
montré fort aff (flionné aux
Achéens , les Mantinéens lui
rendirent toute forte d'hon-
neurs , jufqu'à changer le nom
de leur ville en celui d*Antigo-
nie. Plutarque raconte la chofe'
un peu autrement. Il dit que les
Achéens prirent cette villa»
avec le fecours d'Antigonus >
qui en ayant fait préfent aux-
Argiens , après avoir ordonné.
par un décret, quMls ne l'appel--
ieroient point Mantinée , mais*
Antigonie.
Dans la fuite» à la bataille
d*Aâium qui fe donna près du
promontoire d*ApoIIon , le^
Mantinéens comb^ittirent pour
Augufte, tandis que les autre»
Arcadiens fuivoient le parti de
M.Antoine, par averiîon com-*
me on croit pour les Lacédc**
raoniens qui avoient embraâTé
celui d^Augufte. EnHn , après
dix générations , Adrien parve-
nu à l'Empire fit reprendre à la
ville de Mantinée fon ancien
nom, ne trouvant pas bon qu'elÎQ
en portât un qui fentoit un peu
trop fon amour pour les Macé«
donîens.
Le principal temple de la
Hij
ir^
MA
ville étoic double j ou pour
mieux dire 9 c'en écoient deux
qui n'éroient féparés que par
un mur. Dans l'un il y avoir une
ilatue d'Efculape, ôc c'éèoit un
ouvrage d'Alcamene ; l'autre
étoic confacré à Latone ôc à Tes
enfans ; leurs ftatues avoient
été faites par Praxitèle trois
ténérations après Alcamene.
ur le piédeflal de ces ftatues
le fculpreur avoic repréfenté
d'un côté une Mufe , &c de l'au^
tre Marfyas qui jouoit de la
flûte. Dans ce temple » on voyoic
une colomne contre laquelle
ttoit adoffée une ftatue de Po-
lybe, fils de Lycortas.
Les Mantinéens avoient plu-
jGeurs autres temples ; ils en
avoient un de Jupiter Sauveur,
un autre de Jupiter Épidote^
comme qui diroit , de la divi-
nité dont les hommes tiennent
tous leurs biens ; un autre de
Caftor & de Pollux , un autre
de Cérès Ôc de Proferpîne.
Dans ce dernier , ils confer-
voient du feu toujours allumé ,
& avoient grand foin qu'il ne
s'éteignit pas. On voyoit auffi
un temple de Junon près du
théâtre j la Déefle étoit affife
fur un trône > ayant à fes côtés
fa iîlle Hébé & Minerve ; ce
morceau de fculpture étoit de
Praxitèle. Le tombeau d'Ârcas,
fils de Calliilo^ étoit tout auprès
de l'autel de Junon; car c'étoit là
que fes os avoient été apportés
de Ménale , en conféquence
d'un oracle rendu à Delphes |
& conçu en ces termes ;
MA
Minale fut toujours le fijour des
frimats ;
Menait cependant poffède votre
jircas.
Peuple qui lui deve^ un nom fi
plein de gloire ,
Hâte^^vous à Venvi d* honorer fa
mémoire,
Qu*inceffamment fes os par vos
foins rapportés^
Soient au milieu de vous déformais
refpe6iés ;
Et que ce Héros mis au rang des
immortels ,
Obtienne enfin che\ vous un tem»
pie & des autels*
Les Mantinéens dépoferent
les cendres d'Arcas dans un
lieu qu'ils nommoient les autels
du Soleil. Aux environs du
théâtre il y avoit plufieurs mo-
numens dignes de curiofîté ,
entr'autres une efpece de Ro-
tonde où ils gardoient le feu
facré , ou commun , ainii qu'ils
l'appelloient. On croyoit que là
repofoit Autonoé , fille de Cé-
phéé. Près de fa tombe on voyoît
une colomne fur laquelle étoic
une ftatue équeftre de Gryllus,
fils de Xénophon. Derrière le
théâtre étoient les ruines d'ua
temple de Vénns y dite de bon
Secours, avec quelques ilatues'
qui étoient reilées. Sur un pié-
deilal on voyoit une infcription
qui portoit que ces flatues
avoient été confacrées par Ni-*
cippe, fille de Paféas. Les Man-
tinéens bâtirent ce temple à*
yénus; pour apprendre à la pof>
MA
térîté qu^âu combat naval d*Ac-
cium ils avoîent combattu fur la
flotte des Romains. Ils avoient
auffi dédié un temple ôc une
ftatue à Minerve Aléa.
Antinoiis étoit encore une de
leurs Divinités. Mais y fon tem-
ple étoit le plus récent de tous,
& c'éroit pour faire leur cour
à Adrien qu'ils Tavoienr bâti.
Mancinée n*étoit pas le feul en-
droit dû il eût les honneurs
divins ; les Égyptiens avoient
Tur le Nil, une ville qui portoit
même fon nom. Que fi Ton veut
Içavoir pourquoi il étoit parti-
culièrement honoré à Mantinée,
en voici la raifon. Antinoiis étoit
de Bithynium au-deiïus du fleu-
ve Sangarius. Or ^ les habitans
de Bithynium éto^enc Arca-
diens Se même Mantinéens d'o-
rigine ; voilà pourquoi l'Empe-
reur Adrien avoit voi^u qu'An-
tinous eût à Mantinée un tem-
ple & des facrifices » êc qu'on y
inflituât à fon honneur des jeux
qui fe célébroient tous les cinq
ans. Dans le lieu d'exercice il
y avoit une maifon où l'on con-
fervoit des ftatues d'Anrinoûs ;
cette maifon étoit à voir pour
la beauté du marbre dont elle
étoit ornée ôc pour fes peintu^
Tes, Antinous y étoit peint en
plufieurs endroits fous la forme
de Bacchus , & l'on y voyoit
aufC ce combat de la cavalerie
Athénienne, dont il y avoit un fi
beau tableau dans le Céramique
à Athènes.
Dans la place publique on
voyoit une ftatue de femme en
htonzty qui, à ce que difo^enc
MA . "7
les habîcans , repréfentoîc Déo-
menée , fille d'Arcas. On y
voyoit aufli le monument héroï-
que de Fodarès , qui fut tué,
difoient-ils, en combattant coi^
ère Épaminondas Sc contre les
Thébains. Quelques foixante^
dix ans avant Paufaiiias , ils
tranfporterent au jeune Poda-
rès , petit-fils du précédent »
l'infcription qui étoit fur le toni«
beau de fon ayeul. Le jeune
Podarès avoit pu voir encore
les Romains en République*
Mais , du tems de Paufanias , c'é-
toit l'ancien Podarès qui étoit
honoré des Mantinéens. Et en
eiFet , ils publioienr qu'entre
tous ceux qui payèrent de leur
perfonne au combat de Man*
tinée » citoyens ou ciliés , celui
Îui fe diftingua le plus fut
rryllus , fils de Xénophon ;
après lui Céphifodore de Ma-
rathon , qui commandoit la ca-
valerie des Athéniet» ; & ea
troifieme lieu Podarès » celuir
'là même dont nous parlons.
La ville étoit percée de telle
forte , que de tous côtés il y
avoit des chemins qui menoient
dans le reile de l'Arcadie.
La tradition portoit que ce
fut dans cette ville que Péné«»
lope pafia le tems de l'exil , au-
quel UlyiTe fon époux l'avoit
condamnée pour adultère.
Quelques-uns afiTurent que
Mantinée eft connue aujour.«»
d^hui fous le nom de Mendi oti
Mandi.
MANTINÉENS , Mantinei ,
Jdantinenfis , M^vr/y^Tc , les ka^
/ H iij
^11 5 M A
.bicaos de Mancioée. Foye^ Man-
4tinée*
, MANTINÉÛS, Mantineusy
yLxfri¥(vz , {a) un des fils de Ly-
,caon y fonda la ville de Maïui-
née» Voyei Mantinée-
^ MANTITHÉE , Mantîthcus ,
MavTiBgJç , (^) Officier dont il
t& fait mention dans Xénophoq.
MANTITHÉE , Mantitheus,
fAoutri^îoç , {c) Athénien étoit
.fils de Mantias. Il en eft fait
.mention dan^ les harangues de
Démofthene contre Bœotus.
MANTO , hianto , MottJ»
,{d) fanaeufe Prophéte0è , filJe
de Tiréfias.
L'on ra^conte que Therfandre
fiU de P.olynice & les Argiens
ayant prisThebes,y firent beau-
coup de prifonniers, qu'ils en-
voyerent^l'oracle de Delphes.
Parmi eu^ étoit Manto qui ve»-
noit de perdre Tiréfias fon père,
snort en allant à Haliarte. La
réponfe de l'oracle fut quje ces
prifoiiniers eufifent à chercher
des terres étrangères. Auflltôt
ijs équipèrent une flotte, pafle-
Tent en Afie & allèrent defcen-
dre à Claros. Les Cretois ,
voyant débarquer ces étrangers,
prirent les armes , marchèrent
4 eux , les enveloppèrent de les
menèrent à Rhacius. Celui-ci.,
3yant fçu de la jeune Manto
.^uels étoient Tes compagnons
ic ce qui les amenoit en Afie ,
les aflbcia aux Cretois , les re-
içut dans fk ville, & pour Mantb
MA
il répoufa. De ce mariage oa<^
qui.t Mopfus qui dan« la fuite
chafiTa les Cariens de toute cette
côte.
Voilà fans doute ce qui .a
àox^é lieu à quelques-uns de
croire que la ville de Claros
fut fondée par Manto après la
féconde guerre de Thebes »
quelques années avant Tépoqué
de la prife de Troie. Cette fille,
dont l'antiquité copte plusieurs
merveilles fur le don qu^elle
avoit <de prédire l'avenir , di'^
plorant les malheurs de £& pa-
trie I fondit en larmes , 6l Tes
pleurs formèrent une fontait^e
& un lac, dont l'eau , Iorfqu*oa
en bu voit , con;>muniquoit le
don de Prophétie; mais , comn»e
cette eau n'étoit pas faîne ^ eiJLe
caufoit auflî des maladies %L
.abrégeoît la vie. Pline qui en
parle s'exprime ainfi : rColpr-
phone in ÂpolUnis Clarii fptcu
lacus eft , cujus potu mira red'
duniUT oracula , h'ihtntium bnviort
vitd.
Selon Apollodore , Alcméonf
général de l'armée qui prit Thè-
mes , devint amoureux de Man-
to , & eut deux enfans d'elle »
un fils nommé Amphiloaue , Sc
iine fille appeliée Tiuphon^.
Celle-ci fe fentir de la fureur
.de fon père.
OiQdore de Sicile dit que la
fille de Tiréfias s'appelloir
Daphné ; qu*e}le fut envoyée .à
Peiphes par ks Argiens ; 4c
<«) Pauf. p. 458 , 46J, I Tom. 1. p* iti. Diod. SIcbI. ptg. 187*
(k) Xenpph. p. 4t9. lOvid. Metam. L. VI. c. 5. Myth. par
Ce) Deniofth. Orac. in Baiot. p. looi. f M. PAbb. Ban. Tom. il. p. l^ , }S* ^*
(h) Pauf. pag. 400 > 557» s^st Plin.llV. p. 271.
MA
qu'elle j rendit un grand non-
Ère d'oracles.
Paufanias rapporte que de ton
tems on voyoit à Thebes devant
le veftibuie du temple , la pierre
.fur laquelle Manto s'aâeyoit
.pour rendre fes oracles , de
qu'on Tappelloit la chaire de
'Âlanto.
MANTO , Manto » l/iwtrti ,
(a) dont on voyost le tombeau
à Mçgare, avant que d'entrer
dans le temple de Bacchus.
Cette Manto étoit fille de Po«
lyidus.
MANTO , Manto , Utrrti .
(^) prophétefle d'Italie , femme
dfu Tibre dont elle eut un fils
liommé Ocnus , qui bâtît une
ville qu'il appella Mancoue du
nom de fa mère*
MANTOUE , Mantua , (c)
-Marrcûa , ville d'Italie dans la
Gaule Tranfpadane » fur le
Aiincius. Elle fut bâtie par les
Tofcans , & elle refta toujours
une ville Tofcane , parce que
la force de fa fituation la met-
'coit en état de réfîiler aux Gau-
lois.
Cette vîlle eft fameuîe dans
les écrits des Anciens ic des
Modernes > pour avoir domié
la naiflance i Virgile > qui en
parle lui-même de la forte :
Primas Idumaas refiram tibî ^
Mantua , palmas ,
MA T r^
Et viridi eampo templum de mar^
more ponam
Propier aquam , t^dis ingens ubi
fiexibus enat
Mincius , & tenera pratexit aruHr
dint ripas.
C'eft-à-dire, » ô Mantoue,
» je ferai » le premier que tu
30 verras chargé de palmes
3> cueillies dans l'Idumée. J'é*
30 lèverai un temple de marbre
» dans tes vertes campagnes,
où le Mincio ferpente lente-
3> mentj au milieu des tendres
» rofeaux qu'il fait croître fur
M fon rivage. »
Martial dit :
Maronefilix Mantua eft.
Stace en à fait un magnifique
éloge dans ce vers v
NcHat adoratas & Smyrna & Man* >
tua lauros.
Et Siliûs Italicus a dit à peU
près la même .chofe dans ceoxr
ci :
Mantua Mtéfarum domus , atqac
ad fydera cantu
Eveâa Andino , Smyrnais amula
pleâris.
Cependant , Virgile n'étolc
pas né dans la ville de Mancoue,
mais dans un village voïCtn nom-
mé Andes » aujourd'hui Pétula*»
à deux lieues de Mantoue. Un
ié) Pauf. p. 8i. f *• /if. Andd. L. X, v. 198. ér fip
(*) Virg. iEnetd. L* X. v. 198. M«nial. L, 1.. Epigr. 6s. Stat. Sylv. t,
^^ fil' 1^* Carm. 1. v. 9. Siil. Italie. L. 8. v.
{d) Scrab. pag. so]. Plin. Tom* 1. p. 595 > S9^* Mém. de IMcad. det Jnfcripc.
17s. Pccrlem. L. 111. c. 1. Tit. Lit. t. k MU Lsû^ Xom. XVUl. p. ^S, 9jh
>KX1V, c. 10. Virg. Gcorg. L, Ul. v. la. 1
izo M A
ancien Auteur de la vie de Vir-
gile , & que Ton croit être Do-
pât , a fondé cette opinion.
Ndtus efi y dit-il en partant de
ce Poëte, Cn. Pompeio Magno
& M. Licinio Coff. Iduum OSto"
hrïum die , ïn pago , qui Andes
dicitur, qui eft à Mantua non prO'
\cuL Silius Italicus appuie ce
fentiment en appellant les vers
de Virgile camus Andinus. AlnCi^
Virgile fut furnommé Mantua-»
nus i parce qu'il étoit né dans
le voifinage de Mantoue ; au
lieu qu'on devoit proprement
le nommer Andinus,
Virgile nous a donné lui-
même l'origine de Mantoue. Il
dit qu*eUc^ fut fondée par Oc-
Dus , fils du Tibre 6c de la de-
.vinerefle Manto ; Se qu'il la
somma du nom de. fa mère. Il
ajoute qu'elle commandoit à
trois peuples divifés chacun en
quatre tribus: Enfin , il fait en-
tendre qu'elle étôit ta capitale
<le ces douze tribus. Mais » il
relevoit la gloire de fa patrie
9UX dépens des autres villes du
païs.
Ni les cartes géographiques ,
'^î les voyages , ne donnent
point l'idée qu'il faut avoir de
rîa (îtûation de Mantoue. On
repréfente ordinaireinent cettie
ville au milieu d'un lac, dont
.on la fait à peu près également
.environnée ; ce qui n'efl point
du tout ainfî. Le Mincio , trou-
vant un païs bas » s'élargit &
forme une efpece de marais dou-
Ma
ze ou quinze fois plus long que
large. Mantoue eft bâtie fur un
terr eia ferme » quoique dans un
des côtés de ce marais. Quand
on vient de Crémone , on pafle
une chaufiTée longue feulement
de deux ou trois cens pas ; &
de Tautre côté quand on va à
Vérone , le marais ou le tac eft
beaucoup plus large. Il y a
quelques endroits où ces eaux
font toujours courantes ; mais
en d'autres elles croupifTent &
infedtent tellement l'air de Maa-
toue I que dans les chaleurs »
tous ceux qui peuvent quitter
la ville en forteht. La fituation
de Mantoue ne reflemble pas mal
à celle de Péronne ; mais Pé-
ronne » outre fon marais , a une
bonne fortification , &C Mantoue
n'eA ceinte que d'un mur* Il eft
vrai que fa citadelle lui eft une
forte défenfe.
Cette ville efl médiocrement
grande , à peu près comme Cré-
mone ; mais , elle eft beaucoup
plus riche Se plus peuplée. Elle
eft aujourd'hui la capitale du
Duché , auquel elle donne fon
nom.
MÀNTURNA, Mantuma^
{a) Ditfft des Romains. C'étoit
à elle qu'on s'adrefiToit » pour
que. la nouvelle époufe fe plût
dans la maifon de fon mari , &
-y demeurât. Ce font des éph»
thetes données à la Divinité » dc
dont on a fait autant de divini-
tés particulières.
'MANUÉ, Manne ^ Ma»««\
^4) Antiq* expliq* par D. Bern. de Montf. Tom. IV. pag* 409. Tom» \\U
pig. lao.
MA
tf) de fa trîbu de Dan , 8c de la
ville de Saraa.^Sa femme ctoîc
Aérile. Un jour , un ange du
Seigneur apparut à cette femme
& lui dit : M Vous êtes ftérile
» & fans enfans ; mais , vous
» concevrez & vous enfante-
î» rez un fils. Prenez bien garde
» de ne point boire de vin ni
» rien de ce qui peut enivrer,
» & de ne manger rien d'im*
» pur , parce que vous conce-
» vrez & vous enfanterez un
» fils, fur la tête duquel le ra-
» foir ne pafl*era point* Car > il
» fera Nazaréen , confacré à
» Dieu dès fon enfance & dès
» le ventre de fa mère , & c'eft
s» lui qui commencera à déli-
» vrer Ifraël de la main des
» Fhilfftîns. »
Cette femme, étant venue trou-
ver fon mari , lui dit : » Il eft
» venu à moi un homme de
» Dieu qui avoit un vifage
» d'ange , & qui imprimoit un
» grand refped. Je ne lui ai
» demandé ni qui il étoir , ni
» d*oti il venoit , ni comment il
» s'appelloit , il n'a point jugé
» à propos de me le dire. Mais
» voici ce qu'il m'a dit : Vous
» concevrez & vous enfante-
» rez un fîls; prenez bien garde
» de ne point boire de vin , ni
» rien de ce qui peut enivrer,
» & de ne manger rien d'impur,
» car l'enfant fera Nazaréen,
*> confacré à Dieu dès fon en-
» fance , & dès le ventre de
» fa mère jufqu'au jour de fa
3» mort*-» Manué.pria donc le
^ A m
Seigneur & lui dit : » Seigneur,
30 je vous prie que l'homme de
30 Dieu que vous avez envoyé
30 vienne encore, afin qu'il nous
» apprenne ce que nous devons
» faire de cet enfant qui doit
» naître. » Le Seigneur exauça
la prière de Manué , 6c l'ange de
Dieu apparut encore à fa fem-
me , lorsqu'elle étoit adîfe dans
les champs. Manué fon mari
n'étoit pas alors avec elle»
Ayant donc vu l'ange , elle cou-
rut vtte à fon mari Ôc lui dit :
x> Voilà ce même homme que
» j'avois vu auparavant qui s*eft
*» encore montré à poi. » Ma-
nué fe leva auQîtôt , fui vit fa
femme , & étant venu vers cet
homme il lut dit : » Eft-ce vous
» qui avez parlé à cette femme?
a> H lui répondit , c'eil moi.
30 Manué lui dit, quand ce que
n vous avez prédit fera accom-
jo pli , que faudra-t-il obferver
» par rapporta l'enfant? Que de-
» vra-t-il faire ? De quoi fa mère
n devra-t-elles'abftenir? L'ange
» du Seigneur répondit à Ma-
» nué : Que votre femme n'o-
» mette rien de ce que je lui ai
33 marqué ; qu'elle ne mangé
X» rien de ce qui naît de la vî-
^> gne , qu'elle ne boive ni vin
3» ni rien de ce qui peut eni-
» vrer ; qu'elle ne mange rien
30 d'impur, & qu'enfin elle ac-
» complifle avec foin tout ce
93 que je lui ai ordonné.»
Manué dit à T'ange du Sei-
gneur ; » Je vous prie de m'ac-
30 corder ce que je vous demaa«
(#> Jttdie. c. i|. v« a* & Al*
ijzA MA
a» de 9 -& de permettre que notra
99 vous préparions un chevreau*
3» L*ange lui répondit : Quelque
» înâance que vous me fafëez^
3> je ne mangerai point de vo«
3» tre pain , mais fî vous vouiez
t» offrir un holocaufte » oârez*
» le au Seigneur. 30 Manué ne
fçavoit pas que ce fût l'ange
du Seigneur , Se il lui demanda
comment il s'appelloit , afin»
dit-il 9 que nous puiiïïons vous
honorer , lorfque vos paroles
ieront accomplies. L'ange lui
répondit: n Pourquoi deman-
30 dez-vous à fçavoir mon nom,
y> qui eft admirable? » Manué
prie donc le chevreau avec les
oblations de farine, il les mit
fur une pierre âc il les offrit au
Seigneur , qui fit un grand pro-
dige à la vue de Manué & de
fa femme ; car, il s'éleva de
Tautel une flamme vers le Ciel,
£c Pange du Seigneur y monta
au milieu des flammes. A cette
merveille , Manué & fa femme
tombèrent le vifage contre ter-
re , de range du Seigneur dif-<
parut de devant leurs yeux.
Manué reconnut auiHtôt que
c'étoit range du Seigneur , Ôc
il dit à fa femme : 3> Nousmour-
» rons certainement , car nous
99 avons vu Dieu. » Sa femme
lui répondit : » Si le Seigneur
y> vouloit nous faire mourir ,
» il n'auroit pas reçu de nos
y> mains Tholocaufle ôcles obla-
3» tions qui Taccompagnoient ;
» il ne nous auroit point fait
MA
» voir toutes ces choies f 8c 1t
» ne nous auroit point prédit
i> ce qui doit arriver. » Elle
mit donc au monde un fils
qu'elle appella Sanfom. Cette
hifloire fe rappone à Tan ixfi
avant J. C.
MAO, MoQf ia) nom que
les Chinois, donnent à la conf-
tellation des Pléiades.
MAOCH, Maoch^ A'/««wx^
(h) fut père d'Achis, roi de
Geth.
M A O N 9 Maon ^ Ma<»r ^
M«s0/> % ie) ville de Palefiine
dans la tribu de Juda, dans
la partie la plus méridionale
de cette tribu. Nabal da monc
Carmel avoir de grands biens
dans le défert de Maon , 6c
David demeura aflez long-tems
dans ces cantons* là ^ durant la
perfécutioa que Saul lui fit fouf*
frir.
Dom Calmet croit que Maoa
étoit la capitale des Maoniens^
dont il efl parlé dans rHébrea
aux Paralipomènes. La Vulgaie
dans un endroit porte Ammonii»
Us 9 au lieu de Maonim ; de
dans un autre elle lit hakkatkh*
nes^ ôc les Septante Minaos*
La ville de Maon^ qui don-
noit fon nom au défert de Maon»
eft apparemment la même que
Maenois ou Msonis , qu'Eufebe
met dans le voifînage de Ga%e ^
& que Ménaeum du code Théo-
dofien , près de Berfabée » oia
Verfabinum. Elle efl nommée
Minois dans les foufcriptions
(if) Mém. de l'Acad. des Infcripc. ftl ie) Jofu. c. 1$. v- S5* ^cg* !•• 1* c.
Bell. Lect. T. XV. pag. 464 » 445. . - .
((; Reg. L. 1. c. »7. V. s«
Iie) Jofu. c. 1$. V- S 5* Rcg* !•• 1* Cm
t). V. 14 f 25. c. %%, V. t. Para]. L» !«
c« 4. v»,49 y 41. L. 11, €• SQ« V* 1^
MA
jiu Coticite de Chalcédoiiie de
J'an de Jefus-Chrift it5i.
M AON, Maon^ M«»r, {a)
fils de Sammaï , fut père de
Bethfur.
M AON ATHI , Maonathi , (*)
Mr.^e;, fils d'Othoûiel, fut
père d'Opiira.
MAPSAM , Mapfam , ( c )
MctCtLffifji , fiJ6 de Seliura , &
p^re 4e Mafma.
MARAÇANDA, Maracan--
da^ Mx/>axa(r/«t » {i^ ville d*A-
£e daos la Sogdiane. Elle ep
ÂtoxK la capitale ji felaû Arr^en.
Pcoiéméje la met dans la Sac-
tfiaoe*
Spi€flinène , aya^nt chaiTé la
garnifoa de Maracanda , s'étoit
:renferiivé dans ce>tce place, quoi-
,que les habitans n^approuvalTent
point fa révolte, mais ils fai*-
îbienc femblant d'y confentir ,
parce qu'ils ne ppuvoient l*em^
pêcher. Ménédeme fut envoyé
contre le rebelle , mais il fut
-àéiw. j & reila mê^e fur la
place* Alexandre , informé de
<ce qui s'étoit paijiie , marcha en
perfpnne contre Maraçapda ;
flaaû , Spitamène pr^vip^ par
Ja fujte fon arrivée. Quo^ue
les hsi^iirans ne fuCi^nt pas dans
le fond coupables , Alex^^dre
•mîaa leur ville. Scrabon du
«moki^ la met au nombre 4^
cellen que ce Cop^nérant re^-
>Terfa«
M A IIJ
Le même Scrabon nomme
cette ville Paracanda; les Ma*
nufcrits, au rapport de Cafau-
bon , ponenc Mdfdnatfra. ou
M««9Kx»6a. Il vaudroit mieux
lire hActpaK^vItt. On dit que c'eft
préfentemeor Samarcande«
M A R A C £ S , Maraqî ,
Mtpa)Lcl , (t) peuple de Grèce*
félon Xénophon. Cet Hiftorieo
les nomme avec les Dolopes*
Ce doivent être les mêmes que
ctux que FI ioe appelle Maraccs^
6c qu'il rapge parmi les peu-
ples d'Étolie.
MARAGDUS , Maragdus ,
Mi/a67/-o; p (f) officier Arabe»
du tems de Cyrus. Xénophon
dit que Maragdus avoir à les
ordres cent mille hommes éfi
cavalerie , ceot chars « Ôc une
multitude prodigieufe de fron-
deurs.
MARAI , M4rai , M^h^a «
(g) dç la ville de Nétophath ,
de la race de JCarai , et oit chef
des vingt -quatre mille hommes ,
qui fer voient aoprès de David
4ans le dixième mois qui répon4
à notre mois de Janvier.
MARAI A , Mar^iay h^unoU,
(h) éioh chef de la famille fa-
cerdotale de Sar^ia, du tems de
Joacim.
M ARAIOTH , Marlaoth , (i)
l/kx^:^^' -, étoit fils d'Achitob*
capitaine de la mai(bn du Sei-
gneur. Il fut père de Sadoc*
6») Parai. L. 1. e. «. y. 45.
H) Patal. L. 1. ç. 4. V. 13 ) 14.
C^) Parai, t. 1. c- 4» v. 95.
, {d) Q. Curt. L. VU. ç. 6 , 9. L. VllI.
f, \ p %, &;jib# pag* $17» ftuJem. l.*
yL c. XI.
(é) Xenoph. pa^. 5$o. PUn. Tom. 1«
p. 190.
(/J Xcaoph. pag. 19.
{£) Pa^al. 1. 1. c. »7. V. i}.
Ih) %iAï, L. il. c. II. V. iB,
i (>j Pacpl. L. l«c. 9. V, ii«
1^4 ^ Â
MARAlOTli,Maraîoth,(ay
Mct/)6j;6, fils de ZarahiaSj fie
père d'Azarias.
M AR AJOTH , Marajoth , {h)
MctpivT^ , Prêtre de la race d'Aa-
toa» Il fut 61$ de Zaraias » de
père d^Amarras. Il eft mis au
rang des grands Sacrificateurs ,
dans îe premier livre de Para-
lipomènes.
MA R ANE S, ott Mara-
NÉENS , Maranei , Mapctfi7^ , (e)
peuple Arabe qui fut détruit
par les Garyadanes» Fayei Ga-
ryndanes,
MARATHON , Marathon ,
Mccpafôwr , (d) bourgade de Grèce
dans TAtrique , étoît (ituée ,
félon Paufanias, à égale dif-
tanced* Athènes & deCaryfthée
ville d'Eubée. Cornélius Népos,
dans la vie de Milciade > îa
met à environ mille pas d'A-
thènes. Elle étoit dans la tribu
Afantide , comme Spon l'a prou-
vé par un ancien marbre qui
contient les noms des tribus
Athéniennes. Son nom lui ve-
ftoit du héros Marathon , en
stténraire , dit Plutarque , de ce
que ce jeune homme avoir ac-
compli un ancien Oracle , en
••offrant volontairement pour
être facrifié à la tête des trou-
pes.
C'eit à Marathon que les
Perfes débarquèrent , & qu'a-
près un grand combat où ils
(«) Efdr. L. 1. c. 7. V. 3*
(f) Faral. L. 1. c. 6» v. 69
(c) Diod. SicuU p* is)*
{J) Pauf. pag. «8 > 60. & fêq, Scrab.
pag» 177 > 383 , î9«' & /«f • Herod. L.
1. c. 6». L. Vil. c. 107» ii^t Diod.
$lcul. pag. «42. Plut. Tom. 1. p% 6^ 15*
MA
furent défaits , ils perdirent en*
core plufieurs vaîffeaux en fe
retirant. Les Athéniens n*eurent
pas plutôt appris la nouvelle
de leur débarquement qu'ils nom-
mèrent dix ôénéraux ; & près
"de fe mettre en marche 9 ils dé-
pêchèrent le courrier Phidip-
pîde à Sparte, pour inftruire
les Lacédémoniens du péril d^
la Grèce. Phidippide forti d'A-
thènes avant le départ des Gé-
néraux , arriva le neuvième de
la lune à Sparte.
Le Confeil dès Éphores fenttt
la néceffité d'un prompt fecours;
mais, une loi religieufe 9 â:
dont rinfraftion eût attiré la
colère des Dieux, défendoîc
de commencer une entreprife
militaire avant la pleine lune »
qui ne devoit arriver que dans
fîx jours , c'eft-à-dire , le ïf
du même mois. On fe crut donc
obligé d'attendre ce jour-là^
pour faire partir les troupes»
Nous avons peine à compren-
dre aujourd'hui que de pareils
fcrupules aient arrêté des homi-
mes fenfés dans une telle occa-
fion ; cependant , Thiftoire noiw
fournit de femblables traits dans
tous les fieeles de dans tous lès
païs.
Les Athéniens ne crurent pas
devoir attendre la jondlion des
Spartiates; ils jugèrent plus à
propos de profiter de la fitua*
Plin. Tom. 1. pag. 197* Tom. 11. pae;
370, 690» Pomp. Mel. p. II). Tbuc^d*
P^R* H y 48- Corn. Nep* in Miltiad. c.
4,6. m Themifth. c. 1 » 5 1 6. Julh L.
11. c. 9. Mém. de PAcad. des Infcript*
& Rell. Letu Tom. XVlll, pag. j^^
& frivt
M A '
tîon des Perfes , alors reflerrés
par la mer , par une montagne
ÔC par le marais de Marathon ,
qui ae leur permettoic, ni de
s*écendre9 ni de faire agir leur
cavalerie. Ainfî , dhs- qu'ils eu-
rent reçu le renfort qui leur ve-
Boit de Platées, ils s*avancerent
par le flanc de la montagne , ëc
prirent pofte à la vue des Per-
les. Miltiade , qui craîgnoit les
intrigues des Piliilratides de du
vieil Hippîas , propofa de bruf-
i!)uer Tatraque; plufieurs de fes
Collègues lui cédèrent leur
jour de commandement ; il at-
tendit néanmoins pour donner
le combat , que le lien fût ar-
rivé. La viâoire fut complète,
êc Parmée Perfanne, contrainte
de fe rembarquer, abandonna
fes équipages , en laiffant huit
mille trois cens hommes fur le
<liamp de bataille; fans parler
d'un plus grand nombre de
fuyards qui périrent dans le
marais. Les Athéniens pourfui-
virent les vaincus jufqu'aux
f>ords de la mer , leur prirent
fix vaifleaux, 6c en brûlèrent
plufieurs*
Cette bataille , qui a rendu
ce lieu (i mémorable , fe donna
la troifieme année de la 72*.
Olympiade, Pan 490 avant 7. C.
Les Athéniens n'étoient qu'au
nombre de douze mille, tandis
'^|ie les Perfes comptoient dans
lé^r armée plus de cinq cens
iplle hommes. Cette bourgade
€toir déjà fameufe , depuis que
Théfée y avoit pris le taureau
de Marathon , qui avoit fait
beaucoup de mal à la Tétrapole
M A f ij
d^Âttiqne, Se qui fut ùcnBé
par le vainqueur au temple de
belphes.
L'on voyoit à Marathon la
fépulture de ces braves Athé-
niens qui périrent dans le com*
bat contre les Perfes. Sur leur
tombeau l'on avoit élevé des
cdlorones où étoient gravés
les noms » les tribus & les ex-
ploits de ces illuOres morts*
Les PJatéens , peuples de Béo-
tie , avoient au(Iî-là leur mo-
nument , ÔL les . Efclaves le
leur , car en cette occalioA
les Efclaves furent enrôlés pour
Ja première fois» Miltiade fils
de Cimon avoit fa fépulture
à part.
39 Dans la campagne de Ma*
30 rathon l'on entend , dit Paufa-
3» nias , toutes les nuits des
39 henniflemens de chevaux êc
30 un bruit de combattans ; tous
3» ceux que la curiolîté y attire
» & qui prêtent Poreille à def-
39 fein , s'en retournent fort
n maltraités , mais ceux qui
33 paifant leur chemin voyent
33 ou entendent quelque chofe^
39 n'offenfent point les Mânes 9
» & il ne leur arrive riea de
3» mal. 33
Les habitans du lieu regar-
dolent commme autant de Héros
ceux qui furent tués en com-
battant contre les Perfes; ils ref*
pedloient leur mémoire, Ôc en-
core plus celle de Marathon qui
donna fon nom à cette Bourga**
de. Mais, ils honoroient Her-
cule d'un culte tout particulier,
& ils paflbient même pour être
les premiers des Grecs ^ui lui
120 M A
eufTenc confacré des autels* Au
refte * à les en croire > il y eut
en cette fameufe journée un
événement fort (ingulier. ' Un
inconnu qui avoit Tair àc Tha-
bit d*un paiTan , vint fe mettre
du côté des Athéniens durant
la mêlée, tua un grand nom-
bre de Barbares avec le man-
che de fa charrue , & difparuc
auflitôt après. Les Athéniens 9
ayant confuhé l'Oracle pour
fçavoir qui étoit cet inconnu ,
n*eurent d'autre réponfe iînon
qu'ils honoraflent le héros
Échethlée. Après le combat ,
ils érigèrent- dans le lieu même
un trophée de marbre blanc.
Les Athéniens fe faifoient hon-
neur d'avoir donné la fépul-
ture à tous les Perfes qui pé-
rirent dans le combat ; &i en
effet ils avoient toujours re-
gardé comme une aâion de
piété d'enterrer les morts. Ce-
pendant, je n*ai vu, dit Paufa-
nias , dans toute la pleine de
Marathon , ni tombeau , ni émi-
nence, rien enfin qui air Tair
d'un monument ; ce qui me
fait croire , ajoute Paufanias 9
que Ton jerta leurs corps dans
quelque foffe , à mefure qu'on
en rencontroit.
On voyoit à Marathon une
fontaine qui portoit le nom de
Macarie. Dans la plaine il y
avoit un lac fort bourbeux. On
dit que les Perfes , par mépri-
fe ôc pour ne pas fçavoir les
chemins , fe jetterent tout au
travers ^ & qu'il en pcrit-là
MA . -,
un grand nombre. Au defTus du
lac on vit longtems fubfiiler
les écuries d*Artapherne » bâ-
ties de pierres-, & l'endroit où
il attachoit fon pavillon fe fai*
foit remarquer. Ce lac for**
moit une rivi«re , dont l'eaa
vers fa fource étoit fort bonne
pour les beiliaux, mais vers
fon embouchure elle étoit fa-
léeSc pleine de poifTons de mer*
Un peu plus loin que la plaine
de Marathon, il y avoit une
caverne digne d'être vue ; l'en-
trée en étoit étroite , mais quand
on éroit dedans , on trouvoit des
chambres I des baignoires, une
érable appellée communément
retable de Pan, & des pier-.
res taillées en figures de chè-
vres.
Marathon , dit aujourd'hui
Marathona, félon Sophien , dc
Marafon félon quelques autres»
n'eil plus qu'un petit amas de
quinze ou vingt zeugaria , ou
métairies des Athéniens , éloi^-
gné de trois milles de la mer Se
de fept ou huit d'Ébreo Cattro ;
ce qui répond aux foixante-
quatre flades, que Paufanias met
de diilance enire Marathon 6c
Rhamnus.
MARATHON , Marathon ,
MapaBcJr , (a) fameux Héros qui
donna fon nom au bourg de
Marathon. Voyei Marathon.
Eumélus avoit écrit que Ma*
rathon , fils d'Épopée & petit-
fils d'Aloëus qui avoit le Soleil
pour père, craignant la colère
&; le% mauvais traitemens d'É-^
C«) l'auf. pag. a8 > 61 9 8s*
MA
popée^s'étph franfplanté dant
la partie maritime de l'Attique;
qu'après la more de fon père
H étoit revenu dans le Pélopon-
nèse ; qu*ii avoit partagé le
royaume entre Tes enfans ; qu'en-
fuîte il étoit retourné en Atrî-
qoe y & que fes deux fils , Si-
cyon 3c Corinthus , avoient don-
né leur nom an pais qui leur
étoit échu en partage.
MARATHON [ le taureau
de ] , Marathonius Taurus , {a)
Mapct^iueç Tav^tç. Plutarque ra-
conte que Théfée, ne pouvant
fouffrir i*oifîveté , ôc voulant
d'ailleurs, s'attirer Tamour du
peuple f alla contre le taureau
de Marathon , qui incommo-
doit extrêmement les habitans de
la contrée , appellée Tétrapole ;
6c l'ayant dompté & pris tout
en vie , il le fit pa(Ter au tra-
vers de la ville , afin qu'il fût
vu du peuple, & le facrifîa en-
fuite à Apollon Delphinien*
MARATHON £ le lac de ] ,
Marathonius Lacus. (h) Paufa-
cias fait mention de ce lac , &
dit qu'il étoit en grande partie
rempli de limon. Les Perfes mis
en fuite à la journée de Mara-
tbon fe précipitèrent dans ce
lac. Ceux qui faifoient difficulté
de s'y jetter, furent paffés au
fil de l'épéepar les Athéniens.
MARATHONIENS , Mara-^
ikonii , lActpahûdviot f les habifans
de Marathon. Fbyei Marathon.
iVîARATHOS, ou Mara-
(ii) Plut. Tom. 1. p. 6.
<^) Pauf. p. 6i» 6».
(c) Pomp. Mei. pag. 69. Ptolèm. t.
JT.c, 15, Suab. pag. 755. Plia, Tom. 1.
?,
M A T17
tUtTS , Harathus , Afarathos, (c)
M<x/>a0o<, ville d'Afie dans U
Phénicie. CVtoit» félon Pom-
ponius Mêla, une ville fameufe.
Ce fut- là qu'Alexandre reçue
des lettres de Darius, écrites
en des termes fi orgueilleux ,
u'il en fut extrêmement ofien-
e ; mais^ ce qui le piqua davan-
tage • ce fut que Darius prenoic
le titre de Roi , ^ ne Je lui
donnoit pas à lui-même.
Ptolémée nomme cette ville
dans la Cadîotide entre Anta-
rade 6c Mariame. Tzetzès U
met entre le Cafius & le Liban,
& l'appelle Maraphis. Straboa
parle de Marathos, comme d'une
ancienne ville des Phéniciens ,
mais qui étoit ruinée de fon tems«^
Il ajoute que les habitans de l'iile
d'Arade en avoient partagé en-
tr'eux au fort le territoire. Cet-
te ville fe rétablit depuis , Se
elle fubfîfte encore aujourd'hui 9
dit-on , fous le nom de Tor-
tofa. D'autres veulent que ce
foit préfentement Margat.
MARATHUS , Maratkus;
Voye^ Marathos.
MARATHUS , Marathtts ,
Mc^«8oç , (d) Héros que d'autres
nommenr Marathon. Voye\^ Ma-.
rathon.
MARATHUSE , Maraphujal
Mx/»aOot;oa , {e) îfle fituée fur les
côtes de l'Afîe mineure , vers
Éphefe , félon Pline. Etienne
de Byzance la met plus au nord»
près de Clazomenes. Thucydi*
pag. 164 • 674. Q. Curt. L. IV. c. i.
ii) Plut. Tom. 1. p. 1 s.
(e) Plia. Tom. 1. p. 187. Tfaucyd. fi
57<i
128 M A
de dit que Marathufe, Pelé &
Drimyfl'e étoient des iflesiîtuées
devant Clazomenes ; ainfi 9 il
a fervi de guide à Etienne de
Byzance, qui Ta copié en cela.
Son nom venoic de la quantité
de fenouil qui y croifToit. Pline
écrit MarathufTe. avec deux^
MARATHUSE, Marathufa,
Mapd^Qvaci , (a) ville de Tifle
de Crète. Pline 6c Pomponius
Mêla en font mention.
MARATHUSSE , Marathuf
fa. Voye{ Marathufe.
MARBRES DE PAROS ,
autrement Marbres d'Arondel.
Le nom de Marbres de Paros
vient de ce que ces Marbres
furent trouvés dans Tifle de
Paros. Foye{ ArondeI«
MARC [ Saint ] , Marcus ,
MtVxo^ « (h) ÉvangéliAe 9 étoit »
félon Papias , Saint Irénée 9 &
la plupart des Anciens ôc des
Modernes 9 le Difciple êc Pin-
cer prête de Saint Pierre; &
plu(ieurs Anciens croyent que
c*eil lui dont parle Saint Pierre
dans fa première Épître , &
qu'il appelle fon fils fpiriiuelj
apparemment parce qu'il Tavoit
converti. On croit qu'il avoic
vété du nombre des foixante-
dix Difciples, avant qu'il s'at-
tachât à la fuite du Prince des
Apôtres ; mais , quelques Pères
a^joutent à cela une particula-
rité 9 que Saint Marc fut un
de ceux qui fe retirèrent de la
compagnie du Sauveur, lorf-
qu*il lui eut ouï dire ces paro-
MA
les : D Si vous ne mangez la
n chair du fils de l'homme, & S,
» vous ne buvez fon fang9 vous
» n'aurez point la vie en vous-
» mêmes ; » mais que Sainr
Pierre l'ayant ramené , il de«*
meura toujours depuis ferme
dans la foi, de s'attacha à cet
Apôtre qu'il accompagna à Ro-
me , où il écrivit fon Évangile»
Quelques-uns Pont confondu
avec Jean Marc , connu dans
les Adles des Apôtres ik dans
les Épîtres de Saint Paul ;
mais, ce fentiment eft prefque
entièrement abanndoné. D'au»
très foutiennent que Saint Marc
étoit de la race Sacerdotale .
& qu'il portoit le bonnet des
Prêtres. C'eft ce que dit l'au-
teur Anonyme de fes Aâcs»
On prétend auilî qu'il étoit nd-
veu de Saint Pierre j étant fil»
d'une de fes fœurs.
Quoi qu'il en foitj cet Apô-
tre étant allé à Rome vers
l'an de Jefus-Chrift 44 9 Saine
Marc l'y accompagna , & y
écrivit fon Évangile , à la prière
des frères > qui lui demandèrent
par écrit, ce qu'il avoit ap-
pris de la bouche de Saint Pier-
re.
Saint Pierre ayant appris ce
que fon Difciple avoit fait , le
loua, l'approuva & donna foo
Évangile à lire dans les Églifes»
comme un ouvrage authentique.
TertuHien attribue cet Évangi-
le à Saint Pierre i & TAuteur
de la Synopfe, qu'on croit être
(s) Plin. T« 1. pag. aïo. Pomp. Mel.l (^) Pets, Èfifi, i. c. 5. y. 13.
ptg. 1480 I
Saint
MA .
Saint Âtlianafe, veut ^ue'ceè
Apôtre le lui ait di(flé. Eu-
tythe f Patriarche d'Alexan-
drie « avance que Saint Pierre
J'écrivit ; &. quelques- uns , ci*
tés dans Saint Chryfoitôme »
croyant que Saint Marc l'écrivit
tn Egypte. D'autres veulent
qu'il l'ait écrit après la mort
de Saint Pierre. Toutes ces di-
Verfités de fentimens prouvent
aflez qu'il n'y a rien de bien
certain fut le tems , ni fur le
lieu où Saint Mafc conapofa
fon Évangile^
On eû auHÎ partagé fur la
langue dans laquelle il a été
écrit» les uns foutenant qu'il a
été compofé en Grec^ & les au-
tres en Latin. Les Anciens &C la
plupart des Modefnes tiennent
pour le Grec qui pafTe encore
à pféfeiit pour l'original de
Saint Marc ; mais , quelques
exemplaires Grecs manufcrits de
cet Évangile portent qu^l fut
écrit en Latin. Le Syriaque ôt
l'Arabe le portent de même.
Il étoit convenable qu'écrivant
à Rome, de pouf les Romains,
il l'écrivît en leur langue* Ba-
roàius & Selden fe font décla*
rés pour ce fentiment, lequel
toutefois n*a que très-peu de
Seâateurs.
On montre à Venîfe quelques
cahiers que l'on prétend être
l'original de la main de Saint
Marc. Si cela étoit bien fûr^
& que Ton pût lire le Manuf-*-
crit , ce feroit une preuve in-
faillible pour terminer cette dif*
pute. Mais , on doute que ce
&it le vrai original de Saint
Mâ/e; & il €i\ tellei^efit gâté
par la vieillefTe, qu'à peine eA
peut-on dillinguer use feuld
lettre» Le demiet Auteur qutt
nous fçachions , qui en ait paf^
lé, eft O. Bernard de Môntfau'"
con^ Il foutient qu'il eil écrit
en Latin , Ql il avoue qu'il u'a
jamais vu de (i ancien Manuf*
cfit* Un Auteur qui l'avoit VU
avant lui» croyoit y avoir re-*>
marqué des caraâeres Grecs»
Ce manufcrit de Saint Mar6
eft écrit fur du papier d'Égypta
beaucoup plus mince de plus dé-»
licat que celui que l'on voit eti
diâTérens endroits. D. Betnafd
de Montfaucon croit qu'on ne
bazarde gueres en difant qu'il
eil pour le plus tard du qua«t
trieme fiecle. 11 fut mis en 15641
dans un caveau dont la voûtd
même eft dans les marées , plui
bafle que la mer voidne ; de«là
vient que l'eau dégoutte perpé«*
tuellement fur ceux que la cu^
riofîté y amené. On pouvoit eft*
core le lire, Jorfqu'on l'y dépo^^
fa en 1564»
Plufîeurs Modernes croyent
que Saint Marc fut envoyé paf
Saint Pierre de Rome à Aqui-
lée , où il demeura deux ans ^
demi , & fonda une Èglife \
mais, ce fait n'eft pas fonda
dans Tantiquitéi On croit que
ce fut l'an de Jefus-Chrîit 49,
qui étoit le neuvième dé I*em*
pire dé Claude > que les Juift
ayant çté chafles de Rome ^
Saint Pierre &. Saint Marc fu^*
rent obligés d'en fortir* Saint
Pierre envoya Saint Marc eà
Ègyptç, pour y prêcher Tj^
ï;d MA
vangile* Il defcendîc d^abotdlK
Cyrene dans la Pentapole » où
il fit plufieurs converfioDS, Delà
il vint à Alexandrie > où il con»
vertît Anien , qu'il ordonna pre-
mier Évéque de cette ville« Le
aombre des Chrétiens s'y multi-
plia extrêmement; & ils y vécu-
rent d'une manière fi parfaite»
?u'au fentiment de plufieursv
hilon le Juif en a voulu faire
honneur à fa nation, en décri»
yant la manière de vivre des
premiers Chrétiens , fous le nom
de Thérapeutes.
Le nombre des Chrétiens
croiffant tous les jours , les
Payens fe foulevercnt contre S.
Marr f qui étoit venu renver-
fer le culte de leurs Dieux. Il
crut qu'il étoit de la prudence
de fe retirer & de laiiler paiTer
cette tempête. Il retourna à
Cyrene , oà il demeura encore
deux ans. Puis il revint à Ale-
xandrie. Il y vit avec joie les fi-
dèles augmentés en foi 8c en
grâce , aufii bien qu'en nombre ,
ôc en fortit de nouveau* Il alla
apparemment à Rome > s*tl eft
vrai 9 comme le dit là chronique
d'Alexandrie 9 qu'il y affilia à la
mort de Saint Pierre ôc de Saint
Paul » l'an de Jefus-CbriA 66^
De'^là il revint à Alexandrie»
où les Payens irrités du grand
nombre de fes miracles « âc des
railleries que les Chrétiens fat-»
foient de leurs Idoles > le cher-
choient pour le faire mourir.
Dieu le cacha pendant quelque
«ems; mais, ils le trouvèrent
iqui ofFroit le Saint Sacrifice.
Ç'étoit un Dimanche 24 Avxîl
MA
del'andeJerus-ChriftéS.lls M
mirent une corde au cou , & le
traînèrent pendant tout le jour ^
difant qu'il falloit mener ce
bufiie à Bucoles, qui étoit un
lieu près de la meri plein de
rochers & de précipices. Sur le
foir , ils le mirent en prifon > o4
il eut deux vidons pendant la
nuit ; Tune » d'un Ange 9 qui
l'aflura que fon nom étoit écrit
au livre de vie ; l'autre, de
notre Sauveur , qui lui donna la
paix. Le leodemaiiv» les infidèles
recommencèrent à le traîner
par les rues , jufqu'à ce qu'il
rendit fon ame à bien , le 2f
Avril de Tan de Jefus-Chrift
68. Plufîeurs ont dit qu'il avoit
fini fa vie par le feu ; apparém!«
mène que l'on brûla fon corps
«près fa mort.
Quelques Hérétiques, au rap-?
port de Saint Irénée » ne rece-
voient que le feul Évangile
de Saint Marc. D'autres piarmi
les Catholiques rejettoient les
douze derniers verfets de fon
Évangile» depuis le v. 9 , Surgens
autem mane , &c. jufqu'^à la ^n
du livre ; apparemment à caufe
qu'il paroifibit que Saint Marc t
en un endroit > étoit trop op->
pofé à Saint Matthieu , & qu'il
rapportoit dans cette dernier^-
λartie > des circonftances oppo-
ses aux autres Évangéliiles»
Les anciens Pérès, les ancienr
nés verfions Orientales , & pttf*
que tous les anciens exemplai**
res , tant imprimés que manufr
cries. Grecs & Lsitins, lifent
ces douze derniers verfets » ^
les leconûoiâent pouc aiitb^ft*
MA
tiques , comme tout le relie de
l'Évangile de Saint Marc*
. Autant qu'on en peut juger
en comparant Saint Marc avec
Saint Matthieu , le premier a
abrégé Touvrage du fécond.
Saint Marc employé très-fou-
venr les même termes , rappor-
te les mêmes hifloires* de rele«*
ve les mêmes circonftances. S»
Marc y ajoute quelquefois de
nouvelles particuia/ités , qui
donnent un grand jour au teixte
de Saint Matthieu. Il y a même
deux ou trois miracles dans S.
Marc 9 qui ne fe trouvent pas
dans Saint Matthieu. Ce qu*il
y a de fort remarquable dans
notre Évangélifte , c*ejft que
quoqu'il fuive Saint Matthieu
dans prefque tout le refie , il
-abandonne cependant Tordre de
fa narration > depuis le chapi*
tre IV. V. i^. jufqu'au chapitre
XIV. V. 13. Dans ces endroits
au lieu de fuivre Saint Mat*
thîeu 9 il s'attache à Tordre des
tems marqué dans Saint Luc de
dans Saint Jean ; ce qui a dé--
terminé les Chronologiftes à
fuivre Saint Luc , Saint Marc
& Saint Jean préférablement à
Saint Matthieu* Dans les com<«>
mencemens de TÉvangile 9 il
commence fon récit à la prédi-
cation de Jean ^ Baptifte , Ôc orner
plufieurs paraboles qui font rap-
portées dans Saint Matthieu ,
Chapitre XX , XXI & XXV ,
. (4) Dio. CaC p. 79^. 4^ /^r. déi»
Bitt. des Exp. Tom» IV. pag. )a8 •
3*9 > 3)0. & fmiv. Mém* de TAcad.
des Infcript. & Bell. Letc. Tom» i< p
MA i)t
& plulîeurs difcours de le fus*
Chriil à fes DiCciples & auiC
Pharifiens , chap* V, VI , VU ^
XVI, xxm*
On peut voir la vie de Saint
Marc dans les Bollandiftes ÔC
dans M. de TiUemont , & ç^
que M. Spanhem a écrit fur
cet Évangéliile*
MARC » Marcus , Mxoxoç»
Voye^ Jean , fur nommé Marc*
MARC AURELE, MarcuÉ
parent de l'empereur Adrien i
porta d'abord le nom de M*
Annius. Il étoit Efpagâol d'ori-«
gine. Son bifayeul parterne!, quî^
le premier de fa famille. Vint,
s'établir à Rome, avoit pour pa^
trie Ucubis ouSuccubis, ville
de la Bctique , peu éloignée d'I-ï
talica, patrie d'Adrien.
La nobîeffe de la famîHe de
M. Annius pouvoir être ancien-
ne, & on lui attribue une ori-
gine bien iltuftre , mais chimé-
rique , fans doute, en la faî-*
fant defcendre de Ntima. Sotif
illuftration conftanie ne remon-
te pas au delà de la quatrième^
génération. Annius Vérus , fcn
bifayeul , s*ciant tranfporté ,
comme il vient d'être dit * d'U*
cubis à Rom^^ y parvînt à la Pré^
ture. Son grand-pere du même
nom porta la fplendeur de fat
fflaifon au plus haut degré , 6c
devint Patricien, trois foisCon-
Tom. 11. pag. 4)85 4)9* Tom. JCli. pag,
%66i 564, 3^9, |T4. 385 , j^cj; Tom;
XV. pag. 43 i 48 , 6» , 449 , -,68. Tom.
XVII, pa^. li. Tom. XVill. pag. 218»
t»9 » ftso f ^1 1 H^ » lfc5V-»'*a8o r •Bt'j & fri'9» 7ofn. XXI pag. 485* «^ Jmvi
tjâ M A
fui , & Préfet de la ville. Soti
père mourut peu avancé en âge^
ctànc adlueliement Fréteur. Il
avoit époufé Domitia Calvilla
Lucilla f fille de Calvi(îus Tul-
lus , qui fut deux fois Conful.
M.iÂnnius, leur fils, naquit
le vingt-fix Avril de Tan de Ro-
me 872 , & de Jefus-Chrift 121 ,
fous le fécond Confulat de fon
{;rand-pere. 11 futfucceilîvement
adopté par fon bifayeul^du côté
de fa merCi Catîlius Sévérus 9
&parfonayeul paternel An-
nius Yérus ; enforte qu'il porta
quelque tems le nom de Cati*
lius , & reprit enfuite celui de
fes pères. On a remarqué que
le nom de Vérus convenoit très-
bien à fa candeur, & à l'amour
qu'il montrit pour ta vérité dès
Ion enfafice. Adrien. jugea mê»
sne que ce nom ne diîoit pa$
aflez > & voulut qu'on l'appel-
lât Véridimus ou parfaitement
vrai. Ce Prince eut pour lui
des attentions particulières, dès
les premières années d« fon
enfance. Il lui donna le rang âc
le titre de chevalier Romain
à l'âge de fix ans ; & à huit ,
il le décora d*un facerdocè im-
J>ortant9 en l'a^Tociant au col-
ege des Saliens ; enforte que
l'adoption » par laquelle il Tin-
troduifit dans la maifon impé-
riale, ne fut ^u*une fuite de
l'afFeâion finguliere 9 qu*il lui
avoit toujours témoignée.
Le foin de l'éducation de M.
'Annius fut confié à fon ayeul
patern;èU auquel dans des mémoi-
res Philofophfques, qu'il nous
a lai£és > fur ce q^ui le concerne
MA
lui-même » il fe reconnott f edc*^
vable de la générofité Ôc de la
douceur des fenrimens. Mais
d'un autre côté , il compte par-
mi les bienfaits des Dieux , de
n'être pas rcfté long-tems entre
les mains de la concubine »
qu'entretepoit ce grave Séna-
teur , & par laquelle Tinno»
cence de fes moeurs auroit pu
être pervertie. Il fut inilruit
dans tous les arts , qui peuvent
former l'efprit & le corps. On
lui donna des Maîtres de Gram«
maire Grecque & Latine,d'Élo*'
quences de Philofophie , de
Jurifprudence , de Mathémati«
ques , de DeiTein ^ de Danfe»
de Mufique. On le drefla même
à la lutte , à la courfe, au pu**
gilat. Il aima affez les exerci-
ces du corps , de il y-réufiilToit*
L'Éloquence de la Poëfîe eurent
peu d*attraits pour lui. Il re-
mercia même les Dieux de n'y
avoir pas fait de grands pro-
grès , parce que les fuccès en
ce genre auroient pu l'arra-
cher à des études , dont il fai«
foit peu de cas en pomparaifon
de la Philofophie.
Ce fur donc la Philofophie f
qui eut toute fon eftime & toute
fa tendrefle. Il la prit du côté
folide, utile aux mœurs* Natu-
rellement grave ÔC férieux 9 il
ne perdit point le tems à des
queftions abftraites fie fouvenc
frivoles. Il s'attacha à ce qui
pouvoit le perfedlionner , lui
former le cœur , réprimer les
paillons, lui infpirer l'amour
de .tous fes devoirs , le rendre
plusdoifx^ plus reconnoiflant #
MA
plus éloigné des plaififs UHci'
tes , plus difpofé à faire du bien
à tous ceux, qui fecrouveroienc
avoir befoin de fon fecoors. Son
ardeur pour cette belle Philo-
ibphiealla jufqu'à lui faire pren-
dre f à l'âge de douze ans , le
manteau de Philofophe. H pré-
tendit même en embrafler la vie
auflere. Il commença à coucher
fur la dure ; & ce ne fut qu*avec
bien de la peine , que fa mère
obtint de lui , qu'il fouffrît un
matelas^ L'application infatiga-
ble à rétude t la continuité du
travail , Ôc la févérité du régime
altérèrent fa fanté; & c'eft le feul
reproche que Ton ait pu lui
faire dans fon enfance. Il nous
apprend lui-même que dans fa
jeunelTe il cracha le fang. Mais ,
les maux » qui ont pour princi*
pe ces fortes d'excès » ne font
rias les plus difficiles à guérir.
i reprit vigueur , & malgré
une vie toujours laborieufe • il
pouffa fa carrière jufqu*à près
de foixanre ans.
On voit que les fages maxi-
mes de la Philofophie ne meu-
blèrent pas feulement fa mémoi-
re , mais qu'elles influèrent dans
fa conduite* Il y fut conftam-
jnent fidèle. Ses mœurs furent
fans tache» ou s'il avoue que
dans le feu de l'âge ^ l'amour
prit quelque pouvoir fur lui »
il déclare en méme-tems qu*il
en fecoua promptement le joug.
Il adopta le maintien férieux de
Fhiiofophe fans en prendre U;
morgue. Son accueil étoic pré-
venant & gracieux, non -feule-
ment pour Ces ^mis ^maii à l'iî«
MA
tJ^
gard de ceux même, qu*il coii!;
noiflbit peu. Il fçut être ver-
tueux fans orgueil , modefle faot,
timidité , grave fans féche«
reffe.
Tous fcs maîtres trouvèrent
en lui le difciple le plus recon-,
noiflant qui fut jamais. U ç^ft
vrai qu'ils le méritoient. Par 1^
détail y qu'il nous fait lui-même^,
de ce qu'il a appris de chacuil-
d'eux , il paroît que leurs le«*
çons ne fe renfermoient pas duns*
l'art ou la fcience, qui faifoic
proprement leur objet ; 6c qu'ils
avoient encore plus à cœur de-
lui élever l'ame 8c de le for-
mer à toutes les vertus mora-
les & civiles. Aufiï, les aima«.
t-il avec une tendrefle , donc,
il y a peu d'exemples. Une de#
faveurs, dont il rend grâces aux
Dieux, c*eil de ce qu'ils Pont
mis à portée de s'acquitter en-
vers ceux qui Tont élevé , '8c
& de les récompenfer , chacun
félon ce qui convenoit à leur
état , & fans délai , fans leur
faire attendre long - tems ce
qu'ils avoient droit d'efpérer»
Il les honora vivans & morts»
Il gatdoit leurs images en or
dans fa chapelle domeftique »>
avec celles de fes dieux Lares i
& il offrit à leurs tombeaux det
couronnes de fleurs fie desvic^
times.
Les plus célèbres de fes matrres'
furent Hérode Atticus , orateur^
Grec, Cornélius Fronton , ora-
teur Latin , mais fur-tout Juniufi
Rufticus, qui, à une illuflre naif-
famcc j joignoit un goût hérédï^
%)4 M A'
taire pour la philofophîeStoï-
cfènne.
M. Annius fréquenta auflî les
écoles publiques des Rhéteurs,
& y 6t avec plufreurs de fes
condifciples des liaifôns d'amitiéi
4ii**l conférva fidèlement. Lorf-
qû'il fut Empereur, il les com-
Dlâ de fes bienfaits ; & ceux
^e leur condition ne lui per-
mit pas d'élever aux honneurs ,
it les enrichir pas fes libéralités.
Dans fa quinzième année, il
^rit la robe virHe* & fur le
49ftamp Adrien arrêta fon ma-
riage avec une fille de Vérus
Ce far. Mais , Tâge trop tendre
dôs pattiês contrariantes retarda
FêXécution de ce projet qui fur
eivfuite rompu par d'autres cir-
Mnftances. Peu' de rems après ,
Tfi fut nommé à la Préfedure de
fà ville» pendant les fériés La-
finëi. Cétoit une fimple dé-
coration , une ombre de Ma-
giilrature fans fonélion. Mais
«nfin , il falloit repréfenter ;
de M. Annîus fit /on perfon-
uage , avec toute la décence
Ôc toute la dtgnîté poflîbles.
il prouva vers fe même tems
fort défintéreffement & fa géné-
jTofité à I*égard de fa fœur uni-
que Annia Cororficia , en lui cé-
dant apparemment à l'occafîon
d'un mariage , tout le bien de
fbn pcre. Sa mère blâma cette
libéralité , 8c voulut s'y ôppo-
fer. Il répondit àùx repréfetua-
tîons qu*eUe lui fit, que les biens
de fon ayeui parternel , dont il'
^toit Bis adoptif ^ ^u) héritier,
lui fuffifoiem. » Et Je vous învi-
3» ce vous jnême^ ajouta-t-il , à*
»' donner tout ce que vous po(-
y> fédez à ma fœur, afin que fac
» fortune ne foit pas inférieure
3» à celle de fon mari. '^ Par
tant d'excellentes qualités , par
t>ne conduite fi parfaitement foû-
tenue dans toutes fes parties »
M. Annius s*étoit fait tellement
aimer & eûimer d'Adrien , qud
s'il eût été d'un âge plus mûr
à la mort de Vérus Céfar , il
femble , à en juger par les ex-
pédions de Capitolin | que
FEmpereur Veut choifi pour lui
fticcéder. Au moins en adoptant
Tite-Antonin , il exigea qu*if
adoptât lui-même M. Annius»
avec le fils d'iElius Vérus. Et
quoique celui-ci appartînt déjà
à fa famille, puifqu'il étoit fils de
fbn fils àdoptif , il donna néan-
moins fur lui'la préférence & le
droit d'aînefile à M. Annius, qui,
en vertu de fon adoptk>n , prit
le nom dé Marc - Aurele , de
celui de la famille deTite-An*
t^nin , qui étoit Aurélius,
Marc-Aurele avoit alors près
dé dix-fept ans. Son élévation ,
loin de l'enfler d'orgueil , ou
de lui caufer même de la joie ,
l-afiHigea & Pinquiéta. Ayant
reçu ordre d*aller occuper la mai<^
fon, qu'Adrien habitoit , avant
que d*être Empereur , il quitta
à regret les jardins de fa mère,
où il logeoit alors. Comme fes
domeiliques qui pénfoient bien
diffëremmenc , s'étonnoient de
fa triftefle dans une fi belle oc-o
c^on de fe réjouir, il leur
ex^ôfa les embarras , les incon-
véniens , les dangers de la puif«
bjiCt Impériale.
MA
«'^ Sén nouvel état ne changea
i^en dans fe^ procédés* Non*
feulement il fut fournis & ref-
peâueux envers fes père &
grand-pere adoptifs ; mais» il té-
moigna à tous fes proches les
mêmes égards , les mêmes dé-
férences, qu'il avoit toujours
eus pour eux. Il aimoit par
f oûtla (implicite & la modeitie,
*& y demeura conilamment atta-
ché. Nul fafte ni dans fa maifon»
iii dans fes équipages , ni fur fa
^^rfoone. Il ne le diftinguoir en
rien des particuliers. Il conti*
mia les études qu*il avoit com-
mencées ; &c quoique deftiné à
rEmpire > il all(^it comme au-
paravant , aux leçons publiques
des maîtres d'Éloquence & de
Philofophîe. Sagement oecono-
me , il ne croyoit pas que les
folles dépenfes fuflent une né-
ceffité de fon rang. Il confer-
voit fon patrimoine, pour faire
face aux vrais befoins > & être
en état d'en aider les gens de
mérite paV des libéralités, fui*
vant leurs befoins. AuiG • tôt
après qu'il eut été adopté > quoi«
qu'il n'eût pas encore dix*fept
ans accomplis , il fut défigné
Queileur , Adrien ayant obtenu
pour lui du Sénat une difpenfe
d*âge.
Après la mort de ce Princej
-Tite- Antonio fît connottre par
des eâfèts à Marc-Aurele, l'efti»
me fioguliere qu'il avoit pour
lui, & la préférence quHl lui
donnoit fur fon frère L. Com-
* modus. Marc « Aurele devoit
épo«fer la fille de Vérus Cé-
'ùa ^ de L. Commodttt la fiilc de
F,
MA tjç
Tite-Antonin. L'Empeteuir ré-*»
folut de rompre fes projets » âc
rofitant du prétexte. q^ie lui
ourniflbit la trop grande jeu^
nefl*e de L. Commodus» âgé alors
feulement de fept à huit ans»
il fit fonder Marc- Aurele fur le
defifein qu'il avoit de le choifîc
pour fon gendre* Celui-ci t re«>
ténu peut «être par le refpecl
pour Its arrasgemens d'Adrien.»
demanda du tems povr délibé»
rer fur une offre n avaatagen*
fe. Après y avoir peniié » il y
confeotiti & ^'afiuca ainfi de
plus en plus le droit de fuccef-
uon à rEmpice; mais y il acquit
une époufe » qui it grand tort à
fa réputation.
Dès que le niarlage de Mare-
Aurele avec Eaumne eut été
arrêté » Tite-Antonin s'empre£-
fa d'accnmuler for la tête de
fon gendre toutes fortes d*hop-
neurs. Il le nomma Céfar ; il hô
défigna Conful pour l'année fui«
vante avec lui ; il le fit chef de
l'une des centuries des cheval-
liers Rom?sifcs« Lorfquele jeune
Prince donna en cette qualité
des jeux au peuple ^ avec fe»
collègues, FEmpereur prit pla-
ce à côté de lui. Tice-Antooia
fit anffi à Marc-Aurele une mal-
fon^ quefque répugnance qu'il
lui vit pour la pompe âc la
magnificence* K lui donna potlr
logement le palais de Tibère ^
èc le décora quatre ans aprè»
d'un fécond Confiât y dans le*
<quel il voulut encore être foa>
Collègue. En même-tems qu*il
faifoit une (brte de violence-
i h modeâk de Marc^Aurete.
ï3^ M^A
par rédat dont il reriviron-
looît , il ne négligea point de
fecondier fon inclination favori*
te pour r^tudc .de la Philofo-
phie ; car , la fortune & les di-"
^icés n'avorent rien changé
tians le goût du nouveau Ce-
iar pour. lè$ belles connoifTan-"
<:iasy'qui tei^dent à perfe<5lionr
iier le ccear.de Thomme , en
«lui 'faifant &ntir toute la beauté
^e la venu. Comblé d'honneur$
«éc deâiné à la fouveraineté »
iiînfî,qu.'oir Ha déjà marqué, il
tcomsnuoit de s'exercer à cette
■fcaute' fcience y. ôc prenoit avi-
.dementles leçons des plus ha«-
AiLea maîtres tnce genre. Tke-
Antonin> pour le fatisfaîre, lui
Se venir de Chalcis en Syrie un
célèbre Stoïcien, nommé ApoU
-lonius.. ^ .
L'Empereur fe donna le tems
<4lebien connoîtreMarc-Aurelé,
tAvant que de luixoinmuniquer
4e$ titrets, qui conilltuoientchez
«les Romains la fouveraineté. Ce
«e fut qu'après. neuf ans écou-
lés depuis fon adoption , que
.ce Jeune Prince, deux fois
,Conful , âgé de vingt-fix ans,
.marié , Ôc déjà père d'une fille,
.xeçut la puîflance du Tribunat
-& l'autorité Proconfulaire. Afin
que les peuples pfîffent une
part fincere à la joie de «cet
-événement , TEmpereur accor-
^da une remife de tout ce qui
.reçoit dû au fifc , & brula corn*
me avoit fait Adrien dans unâ
femblable occafion, les.regiftres,
-qui conftatoient ces dettes,
Marc-Aurele étoit bien digne
,d€s honneurs^ par Ierq.ueIsTice-
MA
Antonïn Pégaloit priefque à hiî*
même. Jamais fils ne fut plut
fournis à fon père. Pendant près
de vingt - trois ans qu'il habita
avec lui , foit dans la ville , foie
à la compagne , il ne découcha
que deux nuits; & il fe con-
duifit toujours avec tant de
probité , de modeftie , de fa*
geffe , que chaque jour ajou*
•toit un nouveau degré à i'eitime
.& à TafFeélion , que Tite-An-
tonin lui portojt. AuiG eut-il
.route fa confiance. L'Empereur
l'appelloit à tous les Confeils,
l'afiTocloit au Gouvernement de
.toutes les afiTaires , ne donnoit
aucun emploi , ne plaçoit per«
fonne que de concert avec lui ;
& dès le troifieme jour de la
maladie-, dont il mourut, ce
Frince, ayant appelle les pré-
fets du Prétoire & les princi-
paux de fes amis, confirma en
leur préfence le choix qu'il
avoit fait de Marc-Aurele pour
fon fuccefleur; & il lui reconw
manda la République & fa fille.
Il fe dépouilla même en quel-
que façon dès ce moment en £a
faveur , des honneurs du rang
fuprême. Pour l'en mettre en
poiTeHion , il fit tranfporter chea
Jui la ilacue 4'or de la Fortune »
que les Empereurs avoient tou-
. jours dans leur chambre*
Après fa mort, le Sénat eo^
tra dans fes vues, & déféra à •
Marp-Aurele feul tous les titres
de la fouveraioe puifTance « l'an
de Rome 91 2, &; de J. C. 1 61 . Le
nouvel Empereur , par une gé'^
iiérofité » dont Texemple eft
.UAÎ^ue d^n.$ l'hUloice^ vquImc
MA
prouver que le rang fupreme
n'eil point , comme on fe l'ima-
gine communément > incapable
de fouffrir le partage. Il de-
inanda que fon frère fût aflbcié
à l'Empire. Les Auteurs ne
nous apprennent point quelle
imprefOon fit fur le^fprits des
Sénateurs une pr^ofîcion fi
nouvelle & fî contraire aux in-
térêts de celui qui la faifoit.
Nous fçavons feulement qu'elle
pafla.
Il eft bon d'obferver que les
deux Augures ne partagèrent
point entr'eux les provinces de
l'Empire^ comme avoient fait au-
trefois Oâavien & M. Antoine.
Ils Its gouvernèrent en commun,
de la même manière que deux
frères 9 dans une condition pri-
vée, régiroient une fucceflîon,
qu'ils poiTéderoient par indivis.
Mais y comme dans une fociété
de puilfance» la balance néan-
moins ne peut ni ne doit pasêfre
abfolument égale, Marc-Aurele
avoit fur fon frère la prééminen-
ce , que donne la fupériorité de
l'âge & du mérite , malgré Té-
gaKté du pouvoir*
Du Sénat y où ces arrange-
mens importans avoient été
pris Se autorifés par les fuffra-
ges de la compagnie , les deux
Empereurs fe tranfporterent au
camp des Prétoriens. Marc-
Aurele porta la parole com-
me le plus âgé f ôc parce
^u'il avoit plus de talent & plus
de facilité pour $*énoncer. Vingt
niille fefterces par têre furent
promis aux foldats. Afin que le
jpeuple jptît part aulS h U joU
M A 137
de leur avènement , les nouveaux
Empereurs augmentèrent les
diilributions gratuites de bled f
& y appellerent un plus gran4
nombre d'enfans de l'un & de
l'autre fexe. Après ces premiers
foins f qui ne pouvoient fe dif-
férer ,ils célébrèrent avec pom-
pe les funérailles de leur perc
QL prédécefleur.
Dans les commencemens de
leur Empire » leur unioiv fut
parfaite. L. Commodusj à qui
fon frère avoit fait prendre le
furnom de Vérus , agiffoit moins
en Collègue qu*en Lieutenant
de Marc-Aurele ; & il témoi-
gnoit même vouloir imiter la
lagefTe & la retenue de fa con-^
duite. En ce qui regarde le
gouvernement » ils prirent l'un
& Tautre pour modèle Tite*
Antonin , dont on n'eut pas
lieu de regretter la douceur &
la bonté. Ils jouirent d*abord
de quelque calme, dont Marc-
Aurele profita pour continuer
de fatisfaire Tattrait , qui le
portoit à orner fon efprit par la
philofophie 8c par les belles
connoidances. Tout Empereur
qu'il étoit , il ne rougifloit pas
d'aller prendre les leçons de
Sextus de Chéronée , philofo-
phe Stoïcien , neveu de Plutar-
que. Il fréquentoit aufC Técofe
d'Hermogene , ce Rhéteur fa-
meux par la brillante réputation
de fa jeunefTe & la décadence
de fon efprir dans l'âge mûr.
La joie publique fut augmen-
tée par la naiâance de deux
fils jumeaux de Marc-AureJe ,
qui vinreoc au monde le creii-;
h» h A
te-un d*Aoâi de la première an-
née du règne de leur père.
On apprit en inême*tems di-
vers mouvemens de guerre en
Germanie , dans la Grande*
Breta^iie, du côté des Par-
thes* La guerre des Cattes en
Germanie & celle des Bretons
furent des objets de peu d^im-
portance. Mais les Parthes , qui
n'avoient point remué depuis
Trajan , attaquèrent les Ko-
inains , avec des forces fraîches
& des courages irrités » & iU
leur cauferent d'abord des per*
tes confîdérables* Une guerre fi
importante , âc dont les com-
jmencemens défavantageux faî-
foient craindre des fuites en-
core plus fâcheufes parut aux
deux Empereurs mériter que
l'un d'eux fe tranfportât fur les
lieux pour la conduire en per-
fonne. L. Vérus fe chargea de
cette commifEon ; mais , uni-
quement occupé de fes plaifîrs»
il ne prit aucune part aux opé-
rations de cette guerre. Le foin
en fut confié à les Lieutenans ^
'qui ne laiflerent pas de faire de
grandes chofes , parce qu'ils
étoient fort habiles. Et Marc-
Aurele» reflé feula Rome, avoir
de fî loin l'œil toujours attentif
^fur ce qui fe pafToit en Orient,
dûnnoit des ordres, & envoyoit
les provifions nécelTaires.Quoi-
,quéL. Vérus eût eu fi peu de
part à la vidloire, les foldats
ne laifTerent pas de le procla-
.mer //npertfror,jufqu'à trois fois*
Ils lui déférèrent les noms d'Ar-
'méniaque , de Parthique , de
Médi^ue. Ces mêmes noms fu«
MA
fent communiqués à fon CoITe^
gue. Se confirmés à Tun &i à
l'autre par l'autorité du Sénat*
Mais Marc-Aurcle, pea cu-
rieux d^une gloire > à laquelle
il ne croyoit pas avoir beau-
coup de droit y ne les accepta
Gue par c^plaifance pour fon
irere , & comme un figne d'u-
nion avec lui. Il en ufa fobre-
roent > 6c cefTa abfolument de
les employer après la mort dé
L. Vérus.
Lorfque les affaires de TO-
rient eurent été réglées, L»
Vérus retourna à Rome , & le
Sénat décerna le triomphe aux
deux Empereurs. Ils reçurent
aufH alors le nom de Père de la
patrie , déjà plufieurs fois inu-
tilement offert à Marc-Aurele p
qui n'avoit jamais voulu con-
lentir à le prendre en l'abfence
de fon frère. L. Vérus demanda
pour les fils de Marc-Aurele ,
le nom de Céfar. L'union étoit
parfaite , au moins pour les de-
hors; & elle fit le principal
ornement du triomphe ^ qu'ils
célébrèrent enfemble, portés fur
le même char ,& ayant avec eux
tous les enfans de Marc- Aarele,
de l'un & de l'autre fexe , dont
la plupart étoient en bas - âge.
M. de Tillemont rapporte la
date de ce triomphe à l'année
de Jefus-Chrift i66 , que nous
comptons pour la neuf cens dix-
feptieme de Rome.
La vidtoîre fur les Parthes ne
fut pas aufli avantageufe aux
Romains ., que les fuites leur en
devinrent lunefles par la pef-
te q^tt'ell^ amenât On faao&te
"ïîverfement Torigine de cetta
ipefte , & avec des circonftances
mêlées de fabuleux. Mais , il
eu conftant que les Romains la
prirent dans le paVs ennemi; &
îorfque L. Vérus revint à Rome^
ielle le fuivit par tout^ &c fe
con\muniqua à toutes les provin-
ces par lefquelles il paua. Elle
entra avec lui dans la Capitale ;
& delà elle s*étendit jufques
dans les Gaules & jufqu^au Rhin*
die attaqua les peuples & les
armées y les villes ôc les campa-
gnes. En Italie , les terres de-
meurèrent incultes, faute d*hom-
imes qui puflent y travailler.
Dans Home, il falloir emporter
lei corps morts dans des char-
rettes éc des tomberaux ; Ôc le
gouvernement fut obligé de
faire Jes frais des fépultures , à
\caufe de la multitude de ceux
-qui mouroieût ^ & de la négli-
gence de leurs proches fouvent
infeiStés du même mal. Ce n'é-
toieni pas feulement les gens du
commun que la maladie empor-
toit par milliers > elle fit périr
titj grand nombre d'illuftres per-
fonnages , aux principaux def-
iquels Marc-Aurele dreffa des
uatues. Il n*eil pas b^^foin de
dire que le cœur paternel de ce
Prince fut fenfiblement touché
du mal affreux , qui défoloitfon
Empire. 9 & qu'il n'épargna ni
ïbins ni dépenfes pour y ap-
porter du foulagement.
Les mouvemens des Mârco-
'mans fui virent de près la guerre
des Cartes , 6c commencèrent
dès le rems que les principales
iTorces des Romains étoieoc oc-
MA 139
cupées contre les Parthes en
Orient. Marc-Âarele crut avec
raifon devoir éviter d'avoir à
la fois deux grandes guerres fur
les bras. Il amufa les Marco-
mans ; & en temporifant fage-
ment , it arrêta leur aAivi-
té, jufqu'à la paix conclue avec
les rarthes. Mais , d'un autre
côté > ces délais donnèrent le
tems aux Barbares d'augmentev
leurs forces. Lorfqu'après le
triomphe fur les Parthes, Marc-
Aurele fe trouva en liberté
d'agir contre les Germains ,
la guerre étoit devenue très-
confîdérablé & capable d'allar*
mer fur le fort de l'Empire,
d'autant plus qu'elle concourotc
avec les ravages de la pefte»
qui emporta une multitude infir-
me de citoyens de de foldats.
11 fallut donc recourir à d^
remèdes extraordinaires. Dans
une guerre 9 qui paroifToit aufS
importante que l'avoit été celle
d'Annibar^ on imita ce qui s'é-
toit pratiqué après la bataille de
Cannes. On arma des efclaves
de bonne volonté , qui , ne
s'enrôlant que de leur plein gré,
furent appelles volontaires , k
la dififérence des foldats de con-
dition libre , qui , par la loi de
l'État , étoient obligés de fer-
vir. On réfolut d'employer les
Gladiateurs , dont la ville de
Romeâc l'Italie étoient pleines»
au fervice de la guerre. On for-
ma des corps de troupes légères.
On ramafla dans la Ualmatie Sc
dans la Dardanie , des brigands
accoutumés aux courfes & aux
coups de main. Enfin |0a acheû
HP MA
des troupes auxiliaires de Ger-
mains pour combattre contre
des nations Germaniques. A ces
pre'cautions de prudence hu-
maine , Marc-Aurele joignit le
foin de fe rendre les Dieux fa-?
vorables par toutes les cérémo-
nies, que Oi religion autorifoit.
Il manda de toutes parts des
Prêtres & des facrificateurs II
immola un nombre prodigieux
de viftimes. Il expia Rome par
toutes fortes de purifications^ &
de luftrations. Il remplit même
la ville de rîts étrangers , con-
tre les anciennes maximes de
la politique Romaine. Sa phi-
lofophie,plus difcreteque celle
d'Adrien , l'avoit prémuni con-
tre la magie & contre les opé-
rations, ou Ton invoq'uoit les
démons. Mais , à cela près ,
elle Tavoit laifle engagé dans
toutes les fuperftitions du culte
idolâtre»
Tous les préparatifs étant
faits , il déclara dans le Sénat ,
qu'il étoît néceiïâire que les
deux Empereurs allaflent en
perfonne commander leurs ar-
mées. Ils partirent donc de Ro-
me , l'an de Jefns-Chrifl i66,
êc vinrent pafler l'hiver à Aqui-
lée, pour,enrrer de bonne heure
en campagne Tannée fuivante.
Il paroît en effet qu*ils fe tranf-
Îorterent en Pannonie, l'an de
efus Chrift 167. Le principal
bien, qui réfulta de cette expé-
dition , c'eft que les frontières
de l'Italie Ôc de Tlllyrie furent
mieux fortifiées qu'auparavant»
êc mifes à l'abri des iofultes des
Barbares*
MA
. Lorfque les deux Emperetrfii
étoient en chemin pour retour-
ner à Rome, L. Vérus fut atta*
que d'une apoplexie violente p
dont il mourut trois jours après
à Altinum. La calomnie épargne
û peu les Princes, même les plus
vertueux , qu'il fe trouva des
gens» qui oferent accufer Marc-
Aurele d'avoir caufé la mort de
fon frère , foit en l'empoifon-
nant, foit en le faifant feigner
mal-à-propos , après l'accident
qui lui étoit furvenu. Ilfaudroit
ê^re fouverainement injufte &
même infeofé , pour mettre un
pareil crime fur le compte de
Marc-Aurele ; 6c ce feroit un
facrilege , félon l'expreffion'de
fon HiOorien » que d'outrager
fa vertu par un tel foupçon. Il
n'aimoit pas L. Vérus fans dou«
te» ôc il nepouvoit pas Taimer*
Outre la contrariété univer-
felle de leurs caraâeres & de
leurs mœurs y Capitolin nous
fournit un fait particulier , qui
dut indifpofer beaucoup l'efprlt
de Marc-Aurele. Ce qu'on peu|:
blâmer en lui , c'eft l'excès des
honneurs, qu'il rendit à la mé^
moire d'un Prince fi peu digne
d'être honoré par Marc-Aure-
le ; car , il mit au rang des
Dieux celui qui » à la cruauté
pi;ès , étoit un fécond Néron.
Marc - Aurele a ufé de la
même affeilation dans l'ouvra-
ge que nous avons de lui. Écri*
vant pour la poftérité , il n'a
point eu honte de remercier les
Dieux de lui avoir donné un
frère , qui , véritablement pat
fes mœurs > dcYeooit pour luî
MA
mn aiguillon de vigilance &
d^attention fur lui-même , mais
par lequel il avoit eu la douce
confolation de fe voir honoré
tSc chcri. II parla plus franche-
ment dans le Sénar. En remer-
ciant cette compagnie d'avoir
décerné les honneurs divins à
L. Vérus , il déclara qu'il da-
coit en quelque façon de ce
i'our le commencement de fon
empire, n'ayant plus un Col*
lègue dont la négligence nui-
fbit aux agraires. Il fit même en-
tendre que c'éroit à Ces confeils,
8c non aux foins dé L. Vérus ,
que la République étoit rede-
vable de rheureux fuccès de la
guerre contre les Parthes. En
un mot , le fens de tout fon dif-
cours , & rimpreiEon qui en
réfulta dans l'efprit des Séna-
teurs, ce fut que la mort de L.
Vérus le déîivroit d'un poids,
qu*il lui avoit été très-difScile
êc très <- pénible déporter. '
Toute cette conduite n'eft
point droite. L. Vérus , û peu
capable defoutenir dans tout le
reAe la comparaifon avec Marc-
Aurele , lui étoit préférable
four la franchife ; car , ce
rince, tout vicieux qu'il étoit,
avoit au moins des mœurs fîm-
ples ôc ennemies de la feinte dc
de la dii&mulation.
•Marc-Aurele eut toutes, for-
tes d'attentions pour les fœurs
Se les tantes de fon frère- Il les
£t jouir des honneurs dûs à leur
rang y de leur aflîgna des pen-
£ons pour les aider à en foute*
iiir la fplendeur. Il eft encore
iligac d'éloges pour U condai«
r * r
MA, î4f
te f quMl tînt à l'égard des af«
franchis de L. Vérus , qui
avoient pris trop d'afcendant
fur Tefprit de ce Prince , & ea
avoient abufé. Marc-Aurele les
congédia tous. Il ne garda dans
le palais que, le feui Eleélus g
qui ne valoir pas mieux que les
autres ^ mais que la Providence
deilinoit à délivrer l'univers des
fureurs de Commode.
Pendant que l'Empereur étoîc
occupé de ces différens foins
dans Rome , il ne perdoit point
de vue la guerre contre lesMar*
comans , qui , de leur côté , ne
fe laiiîèrent point oublier. Car»
c'eft probablement à ce tems-
ci que l'on doit rapporter U
grande viâoîre, qu'ils rempor-
tèrent fur Vindex , Préfet du
Prétoire , Sl qui paroîi être I»
même , dans laquelle Lucien
dit qu'ils tuèrent vingt mille
hommes aux Romains. Les vain-
queurs, profitant de leur avan-
tage, s'avancèrent vers l'Italie,
pénétrèrent jufqu'à Aquilée, &
peu s'en fallut qu'ils ne prilTenc
cette ville. Le danger fut capa-
ble d'allarmer ; & c'eft peut-
être à cette même occafion qu«
Marc-Aurele &t les grands &
extraordinaires préparatifs, que
nous avons placés dès le com«
mencement de la guerre. Tous
ces faits ne font point datés
dans les originaux. Ce qui eft
certain , c'eft que Marc-Aurele
pouffa alors la guerre avec une
vivacité & une perfévérance
tout autres qu'il n'avoit pu faire
du vivant de L. Vérus.
Il partit de Rome pour id
14« M A
Pannonie , l'année même qui
fuivit la mort de fon Collègue ;
Se pendant cinq années confé-
cuiîyes » il demeura fur les
lieux f fupportant des fatigues
incroyables, avec un courage
6ui fuppléoit à la foiblefle de
Ion corps & de û fanté ^ & im-
pofant aux autres y par fon
exemple , la nécef&té d'une vie
dure & pénible > qui fît fouvenc
murmurer contre la févérité des
maximes de la philofophie. Il
eut de grands fuccès ; il fouf-
frit au(C quelques pertes. Mais ,
les fuccès l'encouragèrent ; ôc
les pertes furent pour lui une
faifon de s'opiniâtrer à les ré-
parer. Il n'écouta point les Te-
préfentations de fes amis , qui
vouloient l'engager à laiflerune
guerre fi remplie de travaux Se
de dangers. Son plan étoit de
ne point revenir à Rome » qu'il
ii'eût réduit les Barbares à fe
foumetrre pleinement ; & il en
vînt heureufement à bout. Marc-
Aurele, vainqueur , prit le nom
de Germanique.
C'eil au tems de la guerre »
dont nous venons de parler ,
qu'il faut rapporter un fait im-
portant y foit en lui-même , foit
par le rapport qu'il a avec la
gloire de notre religion. Çeft
fa pluie miraculeufe , qui, ob-
tenue par les prières des Chré-
tiens, fauva l'Empereur & foa
armée d'un très - grand péril.
Voici de quelle manière Dion
Çaflius raconte cet événement.
» Marc-Aurele remporta fur
i les Quades une vidloire mer-
9 veilleufe daps fes circooftan-
M A
:9'ces, ou plutôt elle lai fut
x> donnée de Dieu ; car , les
» Romains cauroient un extrê-
» me danger ; & la divinité les
o en tira par une merveille
» étonnante. Les Quades les
I» avoient enveloppés dans un
n lieu , où ils avoient tout l'a-
30 vantage. Cependant , les
>> Romains ayant formé de
30 leurs boucliers une tortue »
» fe préparoient à les bien re-
» cevoir. Mais , les Barbares
» voulurent vaincre fans tirer
» l'épée , efpérant faire périt
x> toute l'armée ennemie pat
x> l'excès du chaud âc par U
» foif. Comme ils l'emportoient
» beaucoup par le nombre , ils
» enfermèrent tellement les Ro-
x> mains , qu'ils leur ôtoient tout
» moyen d'avoir de l'eau. C'é-
» toit après un combat que les
» Romains fe trouvoient dans
39 une pofition (i fâcheufe ; en
» forte que la fatigue , les bief?
» fures que plufîeurs avoient
» reçues , l'ardeur du foleil $
j> la foif fe réuniffoient pour
» lâfs accabler. Il ne leur reiloit
3> pas même la relfource de
9 mourir en braves gens «l'épée
» à la main , parce que lt$
» Barbares occupant des poAes
» inacceCGbles , s'y tenoient
30 tranquilles & refufoient de
9 combattre. Tout d'un coup»
)> les nues fe rafTemblen^, elles
3> s'ép.aif&âTent , & il en tombe»
a> non fans une proteâion parci-
9 culiere de Dieu , une pluie
30 abondante. Ce bienfait du
9 ciel rendit la vie aux Ro-
ss» mains. D'abord» ils Içvei^l
MA
^ en haut la tête 8c It vlfage;
i> & veulent recevoir Teau dan»
» leurs bouches. Enfuite , ils
» prennent leurs cafquesy & les
» préfententàlapluie; & lorf-
» qu'ils les en ont remplis » ils
x> boivent avidement & donnent
» à boire à leurs chevaux* Les
» Barbares crurent ce moment
s> favorable pour les attaquer ;
10 & pendant qu'ils les voyent
90 occupés du (oin de défaltérer
V une fpif long-tems foufFerte «
» ils fe préparent à fondre fur
p eux* Mais , le ciel, armé con-
To tre les ennemis des Romains,
30 lance fur les Quades une
» grofle grêle Se des tonnerres»
» qui les diflipent & les brû-
90 lent , pendant que les troupes
3> de Marc-Âurele étoient arro-
x> Cées d'une pluie douce & fa-
90 lutaire* Ce double prodige
j> rendit les Romains vain-
9o queurs. Les Barbares jette-
p rent leurs armes , Ôc vinrent
^ chercher un afyle au milieu
jo de leurs ennemis , pour ' fe
j» mettre à Tabri des foudres ,
.9 dont ils étoient écrafés.
» Marc-Aurele y confentit,
» accorda la vie fauve aux
39 Quades , & fut proclamé par
il» fes foldats Imperator , ou Gé-
•» néral viâorieux pour la fep-
» tieme fois. »
Un Poète payen a rendu té-
moignage à cette même merveil-
le. Claudieo > parlant de la
viâoîre de Marc - Aurele fur
les Quades , dit que Thonneur
.ne doit point en être attribué
aux Généraux. » Car , ajoute-
<» .t-ili uae pluie de feu' tomba
M A r4|
9 fur Pennemi. Le courfier^
y» environné de flammes , agite
n 6c fecoue fon cavalier trem-
» blant. Le foldat fentoit fon
» cafque fe fondre. Il voyoit le
» fer de fa pique .& fon épée ie
x> convertir en des ruifTeaux de
» métal I devenu fluide & cou-
» lant. Dans ce combat > le ciel
ao agit feul ; & les armes des
30 mortels n'eurent rien à faire.»
La colomne Antonine » mo-
nument contemporain , qui fub-
fille encore aujourd'hui dans
Rome 9 atteile aufli le prodige ^
dont nous parlons. Il y eil repré-
fente en bas - relief , avec les
autres exploits de Marc-Aurele
contre les Germains. La date
de ce prodige efl fixée par M*
de Tillemont f à Tan de Jefus-
Chrift 174,
Marc-Aurele donna un grand
exemple de clémence envers
Ariogefe , roi des Quades, dont
il avoit mi$ la tête à prix. Quand
il eut été fait prifonnîer ^ il fe
contenta de le reléguer à Ale-
xandrie. Ce Prince y qui le
plaifoit à honorer la vertu,
parce qu'il en avoit beaucoup
lui-même 9 drefla des ftatues
dans la place de Trajan ^ à tous
les perfonnages illuftres , qui
avoient perdu la vie dans I«
guerre des Marcomans. Le frulc
qu'il retira de cette guerre &
des vidloires qu'il y remporta ,
ce fut la délivrance de la Pan-
nonie f qui avoit été envahie
par les barbares , aufli-bien que
la fureté des provinces frontiè«
res. Il eût fouhaîté conquérir
la Marcoma^ie & h Sarmatie »
144 ^
c'eft-à-dire , le
MA ,
c'eit-à-dîre > le pais habité paf
les Sarmates Jazyges»- La ré-
volte d'Âvidius Caffius l'empê-
cha d'exécuter fon projet , 6c
l'obligea de lailTer » au moins
pour un tems > les Barbares en
jpaix.
Il étoit en Pannonie, lorfqu'il
reçut la nouvelle de cette révol-.
te. La réputation d'AvidiusCaf-
iîus étoit grande;& l'idée d'avoir
àfoutenirune guerre contre lui,
çfiTraya d'abord les troupes de
jMarc'Aurele. Dans Rome , la
«erreur fut fi vive» que Ton s'i-
jnaginoit le voir incefTamment
arriver aux portes de la ville.
Marc-Aurele , voyant le trou-
ble fe répandre parmi fes fol-
dats , les convoqua 9 & leur tint'
un difcours , que nous rappor-
terons ici d'après Dion Caffius»
comme coût à fait propre à faire
connoître de plus en plus le ca-
radlere de ce Prince Philofo-
phe y & comme un exemple fin-
gulier & peut - être unique de
modération en pareille circonf-
cance.
x> Braves camarades, leur
3D dit-il ) je ne viens point me
» livrer ici à des fentimens
» d'indignation. £il-il permis à
Il un mortel de s'irriter contre
3> Tordre des deftins » qui dif-
» pofenc de tout avec un pou-
» voir fuprême ? Mais , le cas
» où je me trouve , autorife la
» plainte. N*efl-ce pas , en ef-
39 fet^ une dure néceiSté » que
» de n*avoir pas un moment
» pour refpirer en paix , & de
a> pafler continuellement d'une
«» guerfe à une autre ? Une
MA
f» guerre civile n'eft-elle pas
I» un malheur, auquel je ne de-^
» vois point m'attendre } Il eft
» quelque chofe encore de plus
» cruel pour moi; c'eïl de voir
t> qu'il n'y ait aucune fidélité
J3 parmi leshomines ; c'eil d'ê-
» tre attaqué par un ami, comblé
93 de mes bienfaits » Se d'avoir ^
» fans m'êti/e rendu coupable
» d'aucune injuftice » à com-
» battre pour ma place de pour
t> ma tête. Après l'exemple dô
19 ce que je foufFre , quelle verta
» fera en fureté ? Sur quelle
9> amitié pourra-t-on fonder fe$
» efpérances? Encore , ^\ j*étoi$
n feul en danger , je prendrois
» aifément mon parti « fçachanC
Tf> queje ne fuis pas né immortel*
» Mais, c'eft ici un péril corn-*
n mun , qui intérefie tout FEm*
x> pire 6c tous les citoyens. La
» guerre n'épargne perfonne.II
30 y auroit unmoyenbienfimplè
» pour finir la querelle y & je.
» l'embrafiTerois volontiers 9 s'il
» étoit poffible. Je fuis très-
» difpoféde ma part à propôfef
3> à Avidius Caflius un éclair-
^ cifîement , Se à me juttifier
» vis-à-vis de lui, foit devant
19 vous , foit devant le Sénat ;
» & je lui céderois l'Empire »
» fans tirer Tépée , ^\ Ton ju*
» geoit que le bien public l'e-
33 xigeât ainfi. Car , c'eft pour
» le fervice de l'État que ]t
» fupporte tant de travaux ^
9» que je m'expofe à tant de
33r dangers , que dans un âge
19 déjà affoibli & avec une
30 fan^é délicate « je me tiens
s> ici conftammçnt loin de l*It^-
»> lie
MA
» lie depuis tant d'années , fans
» goûter jamais un fommeil
» tranquille , fans prendre un
» repas , qui ne foie fujet à être
» troublé. Mais » )e ne dois pas
x> efpérer qu'Avidius Cailius fe
y> prête à un accord. Comment
» fe iîeroit - il à moi , après
3> s'être montré fi infidèle à
?> mon égard ? Il faudra en ve-
» nir aux armes; & le fuccès
» n'eft pas ce qui mUnquiete.
3» Pouvez-vous , chers camara*
» des , douter de la viéloire ?
» Des Ciliciens » des Syriens ,
t» des Juifs , des Egyptiens , ne
30 vous ont jamais rédigé , de ne
x> vous réfifleront jamais , quand
» même ils vous furpaOTeroient
» autant en nombre y qu'ils vous
y> font inférieurs même par cet
» endroit. Avec de pareils fol-
n dats , le plus grand Général
y> n*eiï pas plus capable de vain-
» cre, qu'un aigle, qui condui-
j> roit une bande de geaJS>ou un
» lion à la tête d'une troupe de
if daims timides. Je fçais qu'A-
30 vidius Cailius eft un guerrier
y> & qu'il s'eil acquis beaucoup
30 de gloire dans la guerre con-
30 tre les Parthes. Mais , c'cft
» avec vous qu'il a remporté les
3> viâoires» qui illuilrent fou
» nom. Ici il ne fera pas fecqn-
X» dé ; 6c d'ailleurs M. Vérus j
»y qui nous demeure fidèle « eft
30 un Général bien capable de
r> le contrebalancer. Peut-être
» Avidius Caflius fe repent-il
30 déjà de fa démarche témé-
r> raire , depuis qu'il me fçait
' 30 vivant ; car ^ ce n'eft que fur
30 les bruits de ma more qu'il a
Tom. XXyiL
MA . 14c
» ofé fe révolter. Maïs , quan j
33 même il perfifteroit, au moin«
» cft - il certain qu'à notre ap^
» proche » la crainte de notre
» valeur, la honte de m'avoir
» ofiTenfé , ne peuvent manquer
7> de jetrer le trouble dans fon
33 ame , & de lui faire aban>
» donner hs projets infenfés»
» Tout ce que je crains ». je
33 vous le dirai avec une entier^
» franchise , c'eft que le dé-
« fefpoir ne le porte à fe tuer
If lui-même -, où que ^quelqu'un^
» penfant -me rendre fervice ,
» ne fe hâte -de m'en défaire »
» & ne me prive du plus grand
n de du plus doux fruit de la
30 viéloire# Oui le comble de
» mes vœux feroit de pouvoir
» pardonner à un hamme , qui
» m'a ofFenfé , de garder la fi-
» délité à un perfide , de me
33 montrer ami de celui , qui a
33 violé à mon égard les droit!
33 de l'amitié. Peut-être cette
n fap>n de penfer vous paroît-
» elle peu croyable ; mais ^
30 vous ne devez point en fuf-
33 peéler la fîncérit<é. Le genre
33 humain n'eft pas entièrement
» perverti ; & il nous refte en-
33 core^elquesVeftiges de la
, 33 vertu des anciens tems. Que
33 fi quelqu'un s'opiniâtroità me
3> refufer créance , ce ferôît
3> pour moi un nouvel aiguillon»
» afin que ce qu'il- auroit jugé
33 impoffible , il le vît accompli.
» Car 9 l'unique avantage, que
- » je me propofe de tirer des
33 maux préfcns » c'eft de les
33 terminer d'une manière ,*
33 qui faffe honneur à la vertu.
K
H6 MA
x> & de donner un exemple » qui
âo prouve à Tunivers , que mê-
» me les guerres civiles peu*
» vent avoir une fin heureufe.«
Telle étoic la douceur ma-
gnanime de Marc-Aurele.CVft
àinfî qu^il s*exprima , en parlant
à Tes foldats. C*eft fur ce même
ton qu^il écrivit au Sénat, Nulle
Snvedtive , nul renroche contre
Avidius Caflîus , n ce n'eft qu'il
le traicoit fou vent d'ingrat,
^vidius Caf&us > de fon côcé^
refpeâa toujours. Marc-Aurele,
& ne fe permit aucune parole
outrageufe contre lui > au moifts
«n public.
Après la moft de ce rebelle ,
jjni fut tué au bout de trois mois
Jar un. officier de Ion armée >
larc-Aurele fit éclater fa clé-
mence envers fa famille & fes
complices. Il pria le Sénat de
ne point traiter ceux-ci à la
rigueur. La plus erande peine à
laquelle on les loumit » ce fut
rexil ; encore en fur«pt-ils
bientôt rappelles. Ce ne ^t pas
fans éprouver quelque contra-
diâion 9 que Marc- Aurele tint
cette conduite. Plufieurs trou-
vaient fon indulgence excefli-
ye ; & il lui en fut même fait
des reproches. Si Avidius eut
vaincu , lui dit-on , en auroit-il
ttinfi ufi à votre égard f La ré-
ponfe de Marc- Aurele eft re-
marquable. Avec la vie , que
nous menons , dit-il > & la pro»
fejfion que nous faifons d'honorer
les Dieux , nous n* avions pas â
craindre d*être vaincus.
Quoique la rébellion d'Avî-
dius Caffiua eût été étouffée
MA
prêfque dans fa naîlTaiice, Marc
Aurele jugea avecraifon qu'une
auiS grande agitation dévote
avoir laiiTé dans les provinces
d'Orient quelque refte d'ébran-
lement 9 qui avoit befoin d*être
calmé par fa préfence. Il partie
donc pour les aller vifiter» &
en paêrne-tems qu'il eût foin
d'y faire revivre le refpeél pour
fon autorité , il y iaiffa par tout
des témoignages de fa clémen**
ce. On lui préfenta tous les pa-
piers trouvés chez Avidius Ca(-
iius ^près fa mort ^ lettres ^mé*
moires contenant la preuve de$
intelligences, qu'il avoit entre-
tenues en différentes parties de
l'Empire. Marc- Aurele les brû-
la tous fans les lire , dffant
qu'il ne vouloit point fe met*
tre dans le cas d'être forcé de
haïr.
II pardonna aux villes.& aux
peuples 9 qui avoient embrafle
le parti d'Avidius Caffius. La
feule ville d'Antioche , qui
avoit été plus ardente ôc plus
opiniâtre que les autres dans la
rébellion 9 refiemit d'abord
quelques effets de fa jufte co-
lère, il ne voulut point l'hono-
rer de fa préfence 9 lorfqu'il
vint en Syrie ; & il y envoya
une ordonnance févere» qui in-
terdifoit aux habitans d'Antio-
che ce qu'ils aimoient le plus»
les fpeélacles 6c les divertifTe-
mens publics 9 & même toute
aflemblée 9 toute délibération en
commun 9 tout exercice de ce
que nous appellerions offices
municipaux. Mais 9 le reflenti-
meac de ce bon Prince Q*étoic
MA
pas de longue durée. II ne put
tenir contre les marques , que
ceux d^Antioche lui donnèrent
de leur repentir. Il leur rendit
leurs privilèges y ôc vifita leur
ville , avant que de fortir de la
province.
Pendant qu'il étoit en S^tiCi
If s rois d'Orient s'empreflerent
de venir lui faire leur cour , &
il y reçut une ambaflade du roi
des Parthes. Sa venue en ces
contrées inquiétoit fans doute
des Princes , qui connoiflbient
mieux la puiuance de TEmpe-
reur Romain , que fa modéra-
tion. Toujours fage & libre
d'ambition , Marc-Aurele main-
tint la paix , renouvella les
traités » fe fit aimer des Princes
& des peuples, & laifla par
tout des fflonumens d'une philo-
fophîe, qui ne confiftoit pas dans
de beaux djfcours j mais dan$
des effets réellement utiles à la
faciété humaine.
Ilavoit mené avec lui Faufti-*.
ne , fa femme , qu*il perdit dans
ce voyage. Après la mott de
cette PrinccOTe , il n'eut pas la
force de fe pafler d*une conçu*
bine: & il choifît la fille de l'iiy.
Cendant de la maifon de fa fem-
mt. II avoit pourtant alors plus
de cinquante-quatre ans. Quoi
qu^il en foit de ce trait fingu-
lier , Marc - Aurele paflà de
Syrie en Egypte , & vînt à Ale-
xandrie , qui avoit témoigné
aflez de chaleur pour le parti du
rebelle. Comme néanmoins les
Alexandrins n'avoient pas éré
anfli loin que ceux d'Antioche f
it Itat pardonna fans diâicultét
MA 1r4r
H fe familiarifa même avec eux^
6c vécut dans leur ville comme
citoyen ^ comme Philofophe ^
plutôt que comme Empereur. »
Après qu'il eut rétabli l'ordre
& le calme dans toute la Qon*
trée Qrientale de TEmpire » £»
difpofant à revenir en Italie^
il pafla par Athènes. Il s'y fit
initier aux myitères de Cérèà
Eleufine. Il gratifia les Athé-»
Biens de divers privilèges ho-
norifiques de utiles. Comme
cette ville avoit été de tout
tems la mère des arts & des
fciences » Ôc qu'elle attiroic un
concours infini d'étrangers , qui
venoient y puifer la dodlrine «
il compta que fonder des pro^
feifeurs à Athènes , c*étoit fe
rendre le bienfaiteur du genre
humain , & il en établit avec de
bons appointemeds pour toutes
les parties des belles cpnnoif-
fances. En revenant en Italie ^
il fut battu de la tempête. It
arriva néanmoins heureufemenc
à Brindes ; &^ fur le champ il
prit la toge ou Thabit de paix ^
lui 8c toute fa fuite* Jamais ^ il
n*avoit fouffert que les foldati '
paru(r<*nt en habit de guerre à
Kome ni dans l'Italie.
Ce fut un grand fujet de joie
pour la Capitale , que le retour
triomphant de Marc*Aurele. Il
revenoit vainqueur des Marco*
mans 8c des Quades y 8c pacifi*
cateur de tout TOrient. A Toc-
cafion de tant d'heureux fuccès^
la maifon Impériale avoit reçu
des accroififemens d'honneurs 6t
de dignités. L'Empereur, pen«
dant lao voyage » avoic o;>mmi
Kii
w
*4| , M A
Pompéien , fon gendre 9 au Cofl-
fulat ^ & accumulé fur la tête de
Commode » fon fils y pluiîeurs
titres qui Tapprochoient du rang
fuprême 9 auquel il i*éleva peu
après«t Le peuple fe réjouiffoic
de voir croître ce jeune Prince
tn fplendeur & en éclat comme
en âge 9 mais bien à tort ; & il
faut avouer que dans la conduite
de Marc-Âurele à l'égard de
fon fils 9 on reconnoît plutôt un
père indulgent , qu'une arae
forte & ^ouée d'un dffcerne*
ment judicieux.
Il paroit que Marc-Aurele»
revenu d'Orient , paiïa près de
deux ans à Rome. Il employa
ce teros de repos à réformer
divers abus dans Tadminiitratioa
des affaires > & à établir de plut
en plus le bon ordre dans le
Gouvernement. Mais^ ces foins
furent interrompus par la né«
ceffité de retourner îur le Da-
nube & de reprendre la guerre
contre les Marcoraans.
Marc-Aurele partit le cinq
d'Août de Tan 919. Nous fom-
mes peu inftruits du détail de
fes exploits. Nou5 fçavons feu-
lement que les chofes réuffif-
foient au gré de fes voeux. Pa-
terrius remporta fur les Barbares
une grande viéloire^ en vertu
d« laquelle Marc-Aurele fut
proclamé Imperator pour la di-
xième fois. Pertinax fe fignala
auflî dans la Mœiie & dans la
Dace. Dé}à> Marc Aurele fe
flàttoit d'achever bientôt de
fubjuguer des ennemis jufque-là
indomptables , lorfque la mort
le prévint deux ans après fon
MA
départ de Rome. II tomba ma-
lade à Vindobona en Pannonieé
Mais 9 la maladie , fi nous ea
croyons Dion Caffius , ne fut pas
la caufe de fa mort, qui doit être
attribuée au crime de fes mé-
decins , gagnés par Commode.
D'autres ont écrit qu'il mourut
volontairement & par fon choix»
ne pouvant réfii!er à la douleur
& à la honte , que lui caufoienc
les déréglemens & les vices
horribles de fon fils , qui fe di(V
pofoit à devenir un autre Né-
ron. Nous laifferons là ces
bruits 4 qui peuvent bien n'avoir
d'autre fondement , que les re-
grets , que laifia Marc- Aurele
après lui , Ôc la haine que méri-
ta la tyrannie de Commode. Il
paroît que la pefte s'étoit mife
dans l'armée, de que c'eft de ce
mal que l'Empereur fut atta-
qué -
Lefîxieme jour de fa maladie»
fe fentant défaillira moinsaffli-
gé de fa mort prochaine , que
des maux » qu'il prévoyoit de-
voir la fuivre , il voulut faire
un dernier etfort » pour tâcher
de mettre fon fils fur les voies
<^une conduite fage & d*ua
gouvernement vertueux. Il le
manda auprès de fon lit , avec
fes amis & fes plus fidèles con-
feillers , & fe levant un peu fur
le coude > il parla en ces ter«.
mes:
3» Mes amis , je ne fuis point
x» étonné que vous vous atten-
30 driflîez fur l'état où vous me
» voyez. Naturellement , les
yy hommes compatiflentàceque
fouffirent leurs fembUbles>fur«
MA
x> tout Idrfque le fpeiflacle en
30 tA fous leurs yeux. Je puis
39 même me promectre de vos
» fentimens quelque chofe de
^ plus ; Ôc ceux que j*ai pour
«> vous me garanciflenc un re-
y> tour d'amitié de votre parc.
» Voici le tems venu pour moi,
x> de recueillir le fruit des
y> bienfaits dont je vous ai corn-
» blés depuis tant d'années , Ôc
» pour vous de m'en témoigner
» votre reconnoiflance. Mon
3> fils a befoin de vous* C*eft
» vous qui me Tavez élevé
» jufqu'ici ; mais , voyez à quels
30 dangers la jeuneffe eft expo-
» fée , 6c combien , dans un âge
30 que l'on peut jugement corn-
30 parer à l'agitation des flots
30 & de la tempête» lui eft né-
30 ceiTaire le fecours d'habiles
» pilotes , qui le gouvernent
» fagement , & qui empêchent
30 /que l'inexpérience ne l'en-
2> traîne dans mille écueils , 8c
» ne le livre à la fédu(f^ion du
30 vice. Servez-lui de modéra*
30 teurs ; dirigez - le par vos
30 confeiïs ; Ôc faîtes qu'il re-
9 trouve en vous plufîeurs pe-
» tes au lieu d'un , que la mort
30 lui enlevé. Car , mon fils ,
3i> vous devez fçavoir qu'il n'eft
» point de richefles » qui fufE-
30 iênt à remplir le gouffre in-
» fatiable de la tyrannie ; point
30 de garde, fi nombreufe qu'elle
t» foie 9 qui puiiTe affurer la vie
3» du Prinpe , s'il n'a pas foin
pp d'acquérir l'affedion de fes
3p fujets. Ceux-là feuls ont droit
» à une longue ÔC heureufe
9 jouiâance du fouverain pou«
M A r49
39 voir « qui travaillent non à
30 effrayer par la cruauté , mais
3> à régner fur les cœurs pat
» l'amour qu'infpire leur bon*
p té à tous ceux , qui leuf
30 obéifienr.Ce n'eft point à des
30 efclaves foumis par la nécef*
30 fité , que l'on peut fe fier.
30 C'eft à des citoyens affedlion*
» nés , que la bienveillance at-
30 tache , que le devoir Ôc non
To la flatterie conduit , ôc dont
n la fidélité eft au(B inébranla-
30 ble , que les principes fur
o lefquels elle eft appuyée. Des
30 efprits 9 ainfî difpofés y ne fe
3> portent jamais à fecouer le
y>^ foug , fi la violence ôc l'or-
al gueil du Prince ne leur ea
» font naître la penfée. Prenez-
90 y garde > mon fils ; car , il
X» eft difficile de mettre des bot*
» nés à fes cupidités , lorfqu'oa
30 a un pouvoir fans bornes
30 pour les fatîsfaire. Voilà ,
n mes amis , les confeiïs que
n vous devez donner à ce jeu-
» ne Prince. Rappellez-lui fou-
» vent tout ce que je viens de
30 lui repréfenter. Par-là vous
3> le ferez devenir la fource de
3» votre Bonheur , & du bon-
» heur du genre humain ; &
» vous vous acquitterez envers
30 Marc- Aurele > de façon qu'il
» vous devra plus que vous ne
30 lui devez, n
. Tels furent les avis , aufli
inutiles que fages , donnés par
Marc-Âurele mourant » à fon
fils. Il ne furvécut qu'un jour
ôc une nuit ; ôc il expira le dix*
fept Mars de l'an de Rome 93 1 ,
étant âgé de près de cinquante-;
15^ MA
neuf ans , 8c ayant régné d'epuif
la mort de Tite'-Antoaiii 19 ans
& quelques purs* Dion Caffius
raconte que le dernier jour de
fa vie f le Tribun étaut venu ^
fuîvant Tuiage ^ lui demander le
snot y il lui répondit : Adrtffhi'*
vous au Soleil levant ; pour moi »
je nu couche.
Il avoit eu de Fauftine y fa
lemme > trois fils & plufîeurs
filles. Ântonius Géminus » frère
jumeau de Comniode , mourut
âgé de quatre ans , & fervit
ainfi de preuve à U futilité
de Tart des AftrologueSi qui
avoient promis une égale durée
<fe vie aux deux Princes naif-
fans. Un troifieme fils de Marcr
Aurele vécut jufqu'à l'âge de
fept ans, & reçut le titre de
Cëfar avec Commode. Une
grofleur, qui lui vint près de
roreille » fit qui'exigea uile opé-
ration, le fit périr. Soâ père
fupporta ce malheur avec conf*
tance ; 6c après avoir donné
cinq jours aux fentimens de la
sature » il reprit le train des
siffaires fil confola même leH
médecins , ou chirurgiens , à
qui le mauvais fuccès de leuf
opération avoit caufé une vive
douleur. Ainfi y Marc* Aurele ,
«n mourant, n'avoit d'autre fils
que Commode, plus heureux^
«'il n'en eût laifle aucuô.
Efatré fes filles^ nous ne con«
lioiflbns bien que Lucille y ma-
riée eto premier lieu à l'empereur
Vérus & enfuite à Pompéien.
Tout ceque nous pouvons dire
des autres, c'efl que leur père»
en leur choifîiTanc des maris j
MA
eut bien plus d'attention à lit
DoblefTe des fentimens y qu'à
celle de la naifiance , fie qu'il fe
donna des. gendres y non qui
eomptaffènt une longue fuite
d'ancêtres , ou qui brillaflerlt
par leurs richefTes^mais recom-
mandables par le mérite per-*
fonnel fie par la vertu.
La mort de Marc-Aurele cau«
fa un deuil aufE fincere y qu'uni-
verfel dans tout l'Empire. Quoi*
qu'il eût maintenu la difcipliné
âiilitaire avec exaâitude » fit
qu'il n'eût point eu de moIleS
complaifances pour les foldats»
il en étoit aimé. Le Sénat, \t
peuple j les Provinces , tous fei
îujecs te pleurèrent amèrement.
Il étoit très-digne de regreti
par lui - même ; mais > fon fils
donna lieu encore de Centir plui
vivement la perte y que l'Empi**
te avoit faite. Dès que la nou-*
velle de fa mort fut arrivée à
Rome y le Sénat s'aflembla en
habit de deuil. On commença
par verfer des larmes en abon-
dance ; mais , bientôt l'admira-
tion de fa vertu excitant dans les
efprits d'autres fentimens y oit
s'écria que prêté par le ciel à
la terre y Marc-Aurele venoit
d*être rappelle dans le ciel. Le
jour de fes funérailles folem-
nelles , lorfque fon corps eut
été rapporté à Rome, au lien
de pleurs» la place fie le champ
de Mars retentirent dé fes élo«
ges. Le Sénat fie le peuple réu^
nis y fans les formalités ordi<^
Aaires des décrets , le procla-
mèrent Dieu, tout d'une voix 9
le (klàerent comme Dieu > oonr
MA
})tr flatterie , maïs par une per«
iiaiion, qui pour être fondée
fur les chimères de l'idolâtrie «
n'en étoit pas moins férieufe.
Oo lui décerna enfuite tous les
honneurs humains ôc divins »
arc de triomphe y ftatue d'or
dans le Sénat » temple, autel ,
Prêtres. Plufieurs de fes prédé-
cefieurs avoient reçu les même$
témoignages extérieurs de vé-
nération. Mais , ce qui diftingue
ici Marc-Aureie , c*eft l ^accord
des cœurs avec le langage i &
de la pratique des particuliers
avec les délibérations publi*
ques* On eût regardé comme
impie , dît CapitoTin , celui qui
D*auroit pas eu dans fa maifon ,
parmi fes dieux Pénates , une
repréfentation de Marc-Aurele.
Ce culte fe perpétua* li étoic
encore plus de cent ans après
en pleine vigueur. Dioclétien
Blême fe faifoit gloire d'hono-
rer Marc-Aurele comme une de
fes principales divinités.
DIGRESSION
Sur le portrait de Marc-Aurele.
C'étôit un de ces caraAères
nés vertueux » qui ne connut
jamais le trouble des paiSons.
On remarque que dès fon en-
fance f ni la triftefle « ni la joie
^'altérèrent la férénité toujours
égale de fon vifage. La gran-
deur ne fit en lui aucun chan-
gement* Adopté par Tite*Anto-
nin , devenu Céfar » aflbcié à la
puiflance Tribunicienne , il fut
conftamment le même. Soumis
à fon père , affable envers tous »
fimple & modefte dans fes pro*
MA TÇf
cédés, \l ne prenoit même l?a
marques de fa dignité que dans
les occafions d'éclat « de lorf««
qu'il paroiCoit ei^ public avtç
l'Empereur. Du reile , vivant
& vêtu comme un (impie parti-
culier » il alloit écouter les Phi^
lofophes dans leurs écoles ; it
vifitoitv fes amis malades ; & il
recevoir le matin leurs refpe^t
fans appareil , fans faite & dans
la chambre ob il avoir couché*
Parvenu à la fouveraine puif**
fance > il gouverna de manière
qu'il n'eft perfonne qui ne lui ^
ait appliqué le mot célèbre de
Platon y par lequel eft annoncé
aux peuples de aux États uq
bonheur parfait , lorfqu'ils ^u-
ront des rhilofophes pourRois^
ou que leurs Rois feront Philo-*
fophes. Il porta la déférence
pour le Sénat plus loin^ que
n'avoit jamais fait aucun de
fes prédéceCeurs. Il rempliffoit
fidèlement les devoirs de Séna*
teur , ne manquant aucune af«
femblée > lorfqu'il étoit à Rome*
& revenant fouvent de campa*
S ne exprès pour y affiiter. Il ▼
emeuroit exaAement jufqu'a
la fin. Jamais il ne fortit que le
Conful n'eût congédié la com«»
pagnie par la formule accoutu^
mée. Loin de prendre ombrage
de l'autorité du Sénat » il l'exal^
toit en tout , & s'y foumettoic
lui-même. En partant pour la
Î;uerre contre les Marçomans t
1 demanda au Sénat la permtf-
fion de prendre dans le tréfor
public les fommes dont il avois
befoin. Car^ dïtoh'il ^ ^out ap^
part'unt au Sénat & au peuple.
K iv
t$2 ^ MA
Nous n'avons rien que nous ne
tenions de vous. Le palais même ,
oh nous habitons , eft votre bien.
Il fe deflaififloit fouvent des
affaires dont il dévoie connoîcre
lui-même , & en renvoyoît le
jugement au Sénat. Il fe plai-
foic fouvent à donner part dans
l'exercice du gouvernement ,
non- feulement aux Magiftrats
àdluellement en charge , mais
aux anciens Préteurs & aux
Confulaires 9 à qui il diftribuoit
des départemens & à^^ emplois
^d'importance , les multipliant
à deffein , rétabliflant ceux qui
étoient abolis , en créant de
nouveaux , non-feulement pour
le bien du fervxce, mais afin de
pouvoir mettre en place un plu^
grand nombre de Sénateurs.
L)ans toutes les affaires , foit en
Çuerre , foit en paix, il prenoît
toujours l'avis des meilleures
f êtes^^e cet Ordre augufte ; &
il difoït fouvent : // eft plus jufte
que je fuive le fentiment de tant
d^illuftres amis , que de prétendre
moi feul faire plier tant d*illu(lres
amis fous mes volontés Ancaf2A)lt
d*aucun foupçon de jalouhe , il
permit même aux premiers ci-
toyens de monter leur maifon
fur la maifon Impériale ^ Se d'a-
voir les mêmes o£fîciers que
lui.
Il fe montroit foigneux de
maintenir la fplendeur du Sénat,
en n'y faifant entrer que des
fujets bien éprouvés , & qu'il
connoiiToit parfaitement. L'hon-
neur des particuliers même ,
qui compofoient la compagnie»
lui étoit cher. S'il arriyoit qu'un
MA
Sénateur eût une affaire crîmî-
neile , il faifoit un examen fe-
cret du procès, avant que de le
laiffer éclater dans le public.
Lorfqu'il s'agiffôit d'en venir au
jugement , il voulfoit que l'ac-
cufé ne fût jugé que par fes
pairs, & que jamais un Sénateur
n'eût pour juge aucun cheva-
lier Romain. Les plus fages de
fes prédéceffeurs lui avoient ,
en ce point , donné l'exemple»
Il les imitoit encore 9 en foula--
geant par fes libéralités les Sé-
nateurs , qui , fans qu'il y eût
de leur faute , ne fe trouvoienc
pas avoir un bien capable de
ibutenir leur dignité.
Le peuple jouit des droits
de la liberté fous l'empire de
Marc-Aurele. Ce Prince ne gê-
noit les citoyens que pour les
empêcher de mal faire ; encore
s'Jf prenoit-il avec douceur. Il
employoit plus volontiers les
invitations que les menaces » les
récompenfes que les.châtimens.
Quoique fans vices, il étoit très-
convaincu de la nécelHté de la
tolérance à l'égard de ceux des
autres , pourvu qu'ils ne fuffent
pas portés aux derniers excès»
11 avoit fouvent à la bouche ce
mot judicieux : Nous ne pouvons
pas faire les homnres tels que nous
les voudrions. Il faut lesfupporter
tels qu'ils font , & tirer (Peux la
meilleur parti qu'il eft poffible.
Cette modération lui réuffît. Il
eut la fatisfaâion > fuivant Ca-
pitolin y de voir les méchans
devenir bons par fes foins, 8c
les bons croître en vertu.
Il interdit Tufage des bains
L-
MA ^
communs aux deux féxes. Il
réprima par de faliitàires régie-
mens la licence des mœurs , la
corruption de la jeunefTe 9 les
défordres des femmes ; plus
heureux à réformer la ville ÔC
l'État que fa propre maifon ,
couverte d'opprobres par les
débordemens de Fauiline. Il fut
très-attentif à ne point fouler
les peuples. Le premier moyen,
dont il ufa pour Ven difpenfer ,
ce fut une prudente économie
par rapport aux finances de
l'État , qu'il évita d'épuifer par
des largeiTes inconfidérées. Il
porta la fermeté fur ce point
jufqu'à refufer , après une gran-
de vi^oire, la gratification que
deroandoîent les foldats vain-
queurs. Tout ce qu'on vous don"
nera^ leur dit-il , au-delà de ce
^ui vous eft dû , il faudra le tirer
du fang de vos pet es & de vos
proches»
Dans une extrême détreffe «
il aima mieux vendre les meu-
bles & les joyaux de Ton palais,
^Vie de charger les provinces de
nouveaux impôts. C'eft pbur-
quoi , il mit en vente les ftatues
& les tableaux précieux qui
oruoient fes appartemens , fa
vaiiTelle d'or & d'argent , Jes
pierreries qu'Adrien avoir amaf-
îees à grands frais , & jufqu'à
la garde-robe de l'Impératrice,
& aux étofifes d'or & de foie
qu'elle portoit fur elle. Cette
vente dura deux mois. Elle
fournit à Marc-Aurele de quoi
fuffire aux dépenfes de la guer-
re. Après la vi(floire y il déclara
(|u'il r^chficeroit tout ce qu'il
MA 15}
avoît été obligé de vendre, &
qu'il rendroit l'argent à ceux
qui voudroient le recevoir*
Mais , il laifTa fur ce point plei-
ne Ôc entière liberté , fans vexer
en aucune façon , ni ceux qui
rapportèrent ce qu'ils avoient
acheté § ni ceux qui le gardè-
rent. Il eft peu néceflaire d'ob-
ferver qu'un Prince, fi plein de
bonté , ne foufifroit point que
l'on exigeât rien des peuples au-
delà de ce qui étoit impofé , &
qu'il puniffoit févérement les
concuflîonnaires. Il remit même,
dans des circonilances où le be-
foin d'argent le preflbit, ce qui
étoit dû au fi fc & au tréfor pu-
blic , lorfqu'il lui parut que la
levée en feroit trop onéreufe.
Dion Caiïîus cite une remife de
cette nature^accordée par Marc-
Aurele 9 & étendue à un efpace
de quarante-iix ans , précifé-
roent lorfque le renouvellement
de la guerre des Marcomans
exigeoit de lui de plus grandes
dépenfes.
Les calamités des peuples &
des villes le trouvèrent toujours
prêt à les foulager. Dans un
tems de famine , il diilribua en
pur don par toute l'Italie des
bleds étrangers , dont il avotc
amaffé dans Rome d'abondantes
provifions. Il rétablit Smyrne,
Éphefe, Nycomédie, ruinées par
des tremblemens de terre , 9c
Carthage qu'un incendie avoic
dévajftée.
Les plaifirs mêmes & les dî«
vertiffemens des fpeâacles ,
qu'il croyoit néceuaires. à la
multitude > ne lui parurent pas
j
1)4 . MA
«n objet indigne de fes foins.
Il eo featoic tout le frivole ; &
lorfqa'il y afCftoic , au lieu de
repaître fes yeux d*un vain amn«
fement, il s*occupo}c de chofes
utiles, il lifoit , il apoftiiloit fes
lettres f il donnolt audience à
ceux qui avoient des requêtes
à lui préfenten Mais ^ fon in-
diâPérence & fon mépris pour
les jeux ne rempêchoient pas de
ft^accomnoder au goût du peu-
ple» qui en étoit avide. Il les
donnoit avec magnificence ; &
en une Yeule fête il fit paroître
cent lions qui furent tués à
coups de flèches. Lors même
qu'il étoit éloigné de Rome , il
se vouloit point que les plaifirs
de la multitude fouffriâent de
fon abfence. 11 chargeoit les
^los riches Sénateurs d en faire
les frais , fuivant Tufage de tout
tems obfervé dans la Républi-
Se. Il fe fit une affaire de ré-
:er par des efifets les bruits »
2ui s*étoient répandus, à Tocca-
on du départ des gladiateurs»
qu^\ avoic emmenés à la guerre
contre les Marcomans. On di-
foit que fon intention étoit de
retrancher les divertiflemens
publics , & d'aftreittdre tout le
monde à l'auftérité de la vie
philofophique. Ce fut pour lui
un motif de témoigner d'autant
{^lus d'indulgence (ur ce point.
I la poufla même à Texcès,
fuifqu'il permit le fpeâacle des
antomimes , fi ennemi des bon-
aes mœurs , 6c banni par quel-
ques-uns de fes prédécefleurs ,
qui , cependant , ne refpec-
loicnt pas autant que lui la ver-
MA
tu. Seulement il apporta quel-
que modération aux dépenfes
des jeux , réduifant le falaire»
que les Comédiens pouvoiènt
demander, à cinq pièces d'or f
& défendant qu'on leur en don*
nât jamais plus de dix.
On voit par tout ce qui vient
d*êrre rapporté , que la bonté
étoit le fond du caraâère de
Marc-Aurele. Il chériffoit tel-
lement cette vertu » qu'il en lie
une divinité » à laquelle il conf-^
truifit un .temple fur le Capito-
le. Il l'exerçoit même à l'égard
des coupables ; & pour la pu-»
nition des crimes, il fe conten-
toit communément de peines
plus légères que celles qui
étoient prefcrites par les loix.
Un Préteur avoit mérité , par
fa mauvaife conduite f d'être
deftitué de fa charge. Marc-
Aurele lui en laiiTa le titre, &
ne le priva que de l'exercice
de fes fondions $ qu'il tranf-
porra à un de fes Collègues. Il
fouffroit patiemment la liberté
audacieufe de ceux qui ne crai«
gnoient point de lui manquer
de refpecl. Un homme de fore
mauvaife réputation , qui s'étoic
déshonoré par l'infâme métier
de gladiateur , fe préfentanc
pour deq|ander une charge »
Marc-Aurele l'avertit de com-
mencer par détruire les idées
fâcheufes » qu'il avoit données
de lui dans le public. Je fuis
dans le cas de bien d^ autres , ré«
pondit infolemment le Candi*
dat. Je vois devenus Prêteurs
plufieurs de mes camarades d*ef»
€rinu^ Celte réponfe étoit ut
MA
reproche fau au Prince même t
qui n^y oppofa que la douceur.
Comme il écoit toujours en-
clin à pardonner les offenfes ,
qui l'attaquoienc perfonnelle-
ment , rien ne pouvoir faire
violence à fa généreufe bonté ,
ni l'énormité des attentats 9 ni
la crainte que l'impunité n'en
provoquât de femblables. Il laif*
la jouir non - feulement de la
vie , mais de leur fortune &^de
leur état , ceux même qui fe
rendirent coupables d'une ré«
bellion manifefte , & qui prirent
les armes contre lui & contre
fon fils ; & s'il s'en trouve qui
aient été rois à mort , ce ne fut
point par fon ordre.
£a politique Romaine avoir
toujours traité les Princes étran«
gers à la rigueur ; mais 9 Marc-
Aurele ne voulut point que fa
clémence fe démentit à leur
égard. L'eâfuiion du fang, même
des perfonnes les plus viles >
lui faifoit horreur, il corrigea
l'inhumanité des combats de
gladiateurs , en leur donnant
des fleurets au lieu d'épées 6c
d'armes tranchantes , afin qu'ils
fe battiflent comme les athlètes
fans danger pour leur vie. Un
enfant , qui danfoit fur la corde,
s'étanc tué en tombant , Marc»
Âurele ordonna que dans la fui*-
ce on mît des matelats fous les
Cordes , fur lefquelles les volti-*
geurs exerçoienc leur jeu ; cet-
te réforme fe foutint. Du tems
de Dioclétien , l'ufage fubfiftoit
encore de tendre des filets au-
deflbus des danfeurs de corde*
Un Uoo , «ccoucumé à dévorer
M A 15Ç
les hommes , fut donné en fpec-
tacle au peuple» chez qui une
folle curioficé étouffe tout fen«
riment. Marc- Aurele ne voulut
point le Voir ; & il refufa dé
donner la liberté au maitre de
ce lion , quoiqu'il en fût vive-
ment follicité par les cris de la
multitude. Il leur impofa filen-
ce 9 en commandant à un Héraut
de crier à haute voix de fa part ,
que cet homme n'avoit rien fait
qui méritât récompenfe.
La bonté de Marc-Aurele ne
fe tint pas toujours, comme il
a déjà été obfervé , dans les juf-
tes bornes. Ce Prince ne fçut
pas garder ce fage milieu , qui,
en s'éloignant de la dureté p
évite la foiblefTe. Il excéda en
indulgence à l'égard de tout ce
qui l'approchoit. Il n*en faut
point d'autre preuve que tz
conduite moile par rapport à
fa femme & à fon fils, il n'ai*
ma rien tant que la philofophie.
Cet amour fi louable devint par
fa facilité une occafion de com-
mettre bien des injuftices. Com^^
me on fçavoit que la philofophie
étoit la voie pour obtenir la fa*
veur du Prince , bien des gens
fe livroient à cette étude , non
pour fe perfeâionner l'efprit 9t
le cœur , mais dans la vue de
faire fortune. Ils prenoient le
tnafque de Philofophe fans en
avoir les fentimens ; & la bonté
de Marc-Aurele étoit la dupe
de leur hypocrifie. Ils acqué-
roient des rich^fles ; ils par-
venoient à des emplois 9 dont
ils abufoient pour faire fouveot
bien du mal , & aux particu^
156 MA
lieis & à la République.
L'indulgence pour les crî-
inînels étoit auffi portée trop
loin par Marc-Aurele. En voici
un trait. Un charlatan , dans le
champ de Mars /haranguant du
haut d'un arbre ia multitude at-
troupée , prédit que le feu tom-
beroit du ciel , & que la fin du
inonde arriveroit , lorfqu*iI fe-
roit lui-même changé en cicogne.
ÀujourmarquéjilfelaiffagliflTer
le long de l'arbre , & fit partir
une cicogne , ou'il avoit cachée
dans fon fein. Son projet ne fe
termînoit pas à cette illufîon
grodîere. Il tendoit à une fin
également dangereufe de crimi-
nelle. Quelques fcélérats , de
concert avec lui , dévoient
mettre le feu en différentes par-
ties de la ville, & profiter du
défordre pour piller. L'impof-
teur ne peut pas exécuter fon
plan. Il fut arrêté dc amené à
l'Empereur , à qui il avoua tout.
Un tel crime ne méritoit affu-
Tément aucune grâce. Néan-
moins , Marc - Aurele le par-
donna.
En outrant ainfi la vertu , ce
Prince a donné lieu de fufpec-
ter fa fincérite & fa franchife.
On a cru qu'il entroit de Taf-
fedtation dans une douceur pouf-
fée au delà de toute mefure ; &
^ue la vanité y avoit plus de
part que les fentimens du cœur »
qui , lorfqu'ils font vrais , fe
produifent avec fimplicité & fans
fafte. Dion Cai&us réfute ce re-
proche, en y oppofant la conf-
iante égalité de la conduite de
Marc-Aurele , qui , peadant ua
M'A
fi grand nombre d'années , foas
Tite«-Antonin d'abord , & eo-
fuite dans un règne de vingt
ans , ne s'eil jamais démentie*.
Il faut avouer que cette preuve
eft d'une grande force ; & il y
auroit une injuftice manifeile à
douter que le cœur de Marc-
Aurele ne fût porté à la bonté.
Mais , la crainte du blâme 6c la
paifion pour les louanges n'ont
elles rien ajouté aux fentimens
d'une belle amedc aux lumières
d'une raifon épurée? Cefi: ce
qu'il eft difficile de fe perfua-
der.
Un Prince , qui recherchoit
fi fort la gloire de la bonté »
n'avoit garde.de manquer à la
juftice , qui eft d'une obligation
rigoureufe. Les droits du fifc
préfentoient toujours quelque
occafion aux efprits malfailans
de fufciter à des citoyens pai«
fibles defâcheufes affaires & des
chicanes odieufes. Marc - Au«
rele alla au-devant de cet abus*
Il ne méprifa pas feulement les
délations, qui tendoient à grof«
fir fes revenus < de qui pouvoienc
opérer des confiications avan-
tageufes à fes intérêts ; mais, il
renouvella Se fit obferver les
anciennes ordonnances contre
les délateurs i qui feroient conr
vaincus de faux.
Marc-Aurele » en général i
faifoit rendre la juftice & la
rendoit lui - même avec une
exaâitude fcrupuleufe. Il blâ<*
rooit beaucoup la précipitation
dans les jugemens. Il obligea ua
Préteur de recommencer l'inf-
truâion d'une afiaite ctimineUe»
MA
^î avoît été brufquée , & d*é-
couter de nouveau les accufés.
Lui-même ii eropioyoit quelque
fois jufqu*à onze & douze jours
à étudier & àdifcuterun procès
d'importance , ne plaignant ni
fon cems ni fa peine » lorfquMl
s'agiiToic d'éclaircir la vérité ;
car, il étoit très- laborieux , dit
THiftorien , & il traitoit toutes
les a£faires avec poids & me*
lîire. Il ne difoic, il n'écrivoit,
il ne^ faifoit rien , qui ne fût
pefé mûrement ;ôc quelquefois ,
ce qui auroit paru de peu d'im-
portance à d'autres; Toccupoit
des jours entiers. Il penfoit qu'un
Prince ne doit jamais fe déter-
miner légèrement, parce que la
négligence dans les petites cho-
fes décrie fa conduite même
dans les grandes*
Son amour pour le travail &
fon zèle pour l'expédition d'un
procès I dont la longueur efl fi
fatiguante éc û ruineufe pour les
citoyens , l'engagèrent à réfor-
mer la trop grande multitude de
jours d« vacations , que pre*
noient les tribunaux de juftice.
Il porta jufqu'à deux cens
trente le nombre des jours d'au*
dience dans l'année*
Marc-Aurele fît plufieurs or-
donnances 9 où brillent l'équité
& l'atteotion vigilante au bien
public. La rigueur de l'ancien
droit Romain étoit telle, que
les feuls parens du côté pater-
nel fe fuccédoient mutuelle-
ment; enforte que les mères
n'héritoient point de leurs en-
fans 9 ni les enfans de leurs mè-
res. Tite-Antonin commença à
/
' M A T57
corriger cette dureté; & par
un Sénatus-Confulte rendu foi^s
fon autorité , il donna aux mè-
res infortunées , qui , contre
l'ordre de la nature, verroienc
mourir leurs enfans avant elles «
la foible & trille confolatioa
d'être au moins leurs héritières.
Marc-Aurele ajouta à cette dif-
pofition un fupplément nécef^
faire , en appellant les enfans
à la fucceifion de leur roere.
Cette mitigation fut dans la
fuite étendue plus loin par les
Empereurs Chrétiens.
Comme un des objets les plus
importans de la police généra-
le de la fociété eft la tutele des
mineurs , Marc-Ai|rele fît de ce
genre d'affaires le département
propre & particulier de l'un des
Préteurs ; au lieu qu'auparavant
l'ufage & la loi en chargeoienc
les Confuls , qui , étant partagés
par un grand nombre d'autres
foins, ne pouvoîent pas donner
à celui-ci toute l'attention né-
ceffaire. Il porta fes vues fur
les caufes d'État, toujours iofî«
niment intéreiTantes , mais fur
tout parmi les nations , qui ad-
mettent la plus grande diftinc-
jtion poffible entre les hommes ,
celle de la liberté Ôc de l'efcla-
vage. Afin que chaque citoyen
pût aifément fournir la preuve
de fon état , (i on venoit à le lut
contefter , Marc-Aprele renou-
vella un ancien règlement de
Servius Tullius, mais aboli par
le non ufage. Il ordonna que le
nom de chaque enfant de con.
dition libre , qui naitroit dans
Rome, feroit portée dans les
is8 MA
trente jours après fa naiflaoce >
aux archives du tréfor , dans
le temple de Saturne. Il établie
pour la même fin dans les pro-
vinces , des regiilres 3c des dé-
pôts publics.
Marc-Aurele étendit à tous
les Sénateurs l'obligation, que
Trajan avoir impofée à ceux, qui
afpiroient aux charges , d*avoir
une partie con(idérabIe de leurs
biens^ placée en fonds dans l'Ita-
lie. Cette précaution devenoit
de plus en plus nécefTaire, par
la facilité qu'on avoit de com-
muniquer le droit de bourgeoi-
£e aux villes & aux peuples »
& par conféquent d't>uvrir l'en-
trée du Sénat à un très grand
nombre de fujets d'origine
étrangère ; enforte qu'il étoit
à craindre que l'Italie » qui
étoit le centre & la tête de
l'Empire , ne devînt comme
SodifTérente à la plupart de ceux^
qui compofoient le premier or-
dre de l'État.
Tels font Its principaux ré-
glemens , émanés de l'autorité
de Marc-Aurele. L'on doit y
remarquer non-feulement la fa-
gefle des loix en elles mêmes ,
mais une attention prudente à
ne point innover fans néceflité,
à travailler fur les fonderaens
déjà établis, &'à aimer mieux
xappeller un droit ancien, que
de le procurer le vain honneur
d'en introduire un nouveau. Ce
Prince s'aidoit dans cette opé-
ration des lumières des plus
fçavans Jurifconfultes , parmi
Içfquels on nomme Cerbidius
Scévola» maître célèbre d'un
MA
difciple encore plus fameux, du
grand Papinien.
Après ce tableau du gouver-
nement de Marc-Aurele , il ne
nous reâe qu'à ajouter un mot
fur fa conduite privée. Il eft
inutile d'en citer la fobrîété ,
la tempérance » réloignement
de tout excès. Nous nous con-
tenterons d'obferver que fa vie
fut toujours férieufe , toujours
occupée des devoirs du rang
fuprême. Il mangeoit feul com-
munément ; & on lui en a fait
un reproche. Mais, deux raifons
l'y déterminoient. Il voulott d'u-
ne part ménager le tems , & ne
pas perdre dans de longs repas ,
dts heures qu'il trouvoit bien
mieux employées au travail. De
l'autre , il étoit bien aife de
laiiïer une pleine liberté à fes
amis , & de ne pas les gêner
par la néceflité de fe trouver à fa
table.
Avant que de finir cet arti-
cle , nous remarquerons que les
Chrétiens furent les feuls > qui
ne fe reffentirent point de la
douceur du gouvernement de
Marc - Aurele. Il eft compté
dans nos faftes pour auteur de
la quatrième perfécution , qui
fit un très-» grand nombre de
martyrs > dans toute l'étendue
de l'Empire. Les plus célèbres
font Saint Polycarpe à Smyrne ,
Saint Juftin à Rome , Saint Po'*
thin. Sainte Blandine 6c leurs
compagnons à Lyon. Il eft
pourtant vrai que Marc^Au*
rele ne donna point d'édit con«
tre les. Chrétiens. Il défendit
même «près le miracle > qui le
MA
tira de péril dans le pah des
Quades , qu'on les accufât pour
caufe de leur religion ; mais,il ne
les exempta point de la mort ,
lorfqu'ils feroiencmis en juftice,
& laifTa fubiilier les édits de Tes
prédécefleurs.
MARC£LLA , MarcdU , {a)
nièce d'Âuguiie > âc fœur du
jeune Marceilus , étoit fille de
C. Marceilus & d*Oaavie. Elle
fut d'abord mariée à' M. Agrip-
pa, qui dans la fuite fe fépara
d^elle pour époufer Julie, fille
d*Auguile. Marcella , abandon*
née de fon premier mari , époufa
Jule-Antoine » fils du Triumvir
M. Antoine , & en eue un fils «
L* Antoine , qui mourut à Mar*
feille.
MARCELLÉES , Marcellaa^
Marcellea , {b) nom d'une fête
que les Syracufains inftîtuerenc
en rhonneur de Marceilus , &
en mémoire de ce qu'il avoic
bien & fagemenc gouverné la
Sicile*
MARCELLIN [ Ammisn ]«
Foyei Ammien.
MARCELLINUS. Foyc^
Lentulus [ Cn. Cornélius ) Mar-
cellinus*
MARCELLINUS, Marcel-
linus^ {c) grand«pere de l'Em-
pereur Adrien , fut le pre«
mier Sénateur de fa famille.
MARCELLINUS , Marcel-
Unus I {d) commandoit dans U
M A 159
Méfopotamie pour AuréUea ,
lorfque ceux de Palmyre vou<*
lurent l'engager à prendre U
pourpre. Mais , Marcellinus fi«
deie à fon Prince, & éludant
leur propofition par des délais
affeâés , donnoic avis de tout
à Aurélien. Les Rebelles , fe
lafianc d'attendre fa décifion ,
en proclamèrent un autre Em*
pereur.
MARCELLUS [ la famîlfe
des ] 9 Marcellorum Gens , une
dt$ plus iliuilres familles Ro-
maines. C'étoit une famille Plé-
béienne ; mais , elle n'en a pas
moins produit plufieurs grands
hommes , que nous allons faire
connottre. Nous remarquerons
feulement auparavant que le
nom de Marceilus fignifie la
même chofe que Martial , c'eft«
à- dire , fils de Mars. Les Rou-
mains aimoient fort les noms &
les furnoms tirés de Mars ^
qu'ils regardoient comme Tau**
teur de leur origine; delà fosc
venus Marcus y Marcius, Ma**
mers , Mamercus & Marceilus,
MARCELLUS [ M^ Ct av-
DIUS ] 9 Af. Claudius Marceilus^
M. KA«i//fo; M/z'Xf^^eç ^ («) fut
créé Conful avec C. Valérius
Potitus , l'an de Rome 423 âc
329 avant Jefus*Chrift«
Cette année fut marquée par
un trifte événement , caufé oa
par l'intempérie de l'air p ou
(s) Crév. Hlft, Rom. Tom. VUI. pag.
5i^.Cré)r. Hifi,«dcs £mp. Tom. 1. p.
.ii,<$9,50i.
(i) .Mém. de TAcad. des Infcript. &
Belt. Lert. Tom. 1. p. fS4 1 i^9»
(c) Crév^ Hift. des fmp. Tom. 1V«
pig. 100.
(d) Crév. HiR, des Smp. Tom. V3.
P««- 45-
(C) Tît. Uv. L. Vlll. c. t8 • »!«;
RoII. Hiâ, Rom» Tom. 11* jpag, »»!«
j6o
M A
par un crime affreux. TîteLîve
cxpofe au long cette féconde
caufe^mais en averti&nc qu'elle
paroît douteufe à quelques Au-
teurs. On voyoit avec étonne-
itient les principaux de la ville
mourir de maladies qui paroif-
foient femblables , & tous pref-
que avec les mêmes fymptô-
mes. Dans 'le trouble &. Tallar-
ine où écoit toute la ville , une
femme efclave promit d'indiquer
la caufe de cette mortalité ,
pourvu qu'on la mit à l'abri des
fuites que pouvoir avoir cette
affaire. On en donna fur le
champ avis aux Confuls , &
ceux-ci en firent leur rapport
au Sénat , qui fit donner à l'ef-
clave les aiTurances qu'elle de-
mandoir. Elle déclara que cette
mortalité venoit du poifon pré-
paré & compofé par des Dames
Romaines y & que fi Ton vouloit
la fuivre, onenauroit des preu-
ves évidentes. Les Confuls la
fuivirent en effet , furprirent
quelques Dames occupées ac-
tuellement à faire cuire certai-
.xies drogues , & trouvèrent dans
des armoires fermées, des breu-
vages tout préparés. Us firent
porter ces breuvages dans la
j)lace publique, & y firent com-
paroître vingt Dame^ Romai-
nes , chez lefquelles on les avoit
trouvés. Il y avoit entre elles
deuxPatriciennes,qui dirent que
ces breuvages étoient des re-
mèdes falutaires. L'efclave« qui
par cette réponfe fe voyoit ac-
cufée de faux , infiila à ce que»
pour prouver leur innocence ,
'elles' en priffent elles - mêmes.
MA
Ayant fait écarter la multitude,'
toutes confulterent enfemble,
acceptèrent hardiment la pro-
pofition qu'on leur' faifoit , bu-
rent chacune de ce breuvage »
& périrent par leur propre cri-
me. Les femmes qui les accom-
pagnoient , arrêtées fur le
champ 9 indiquèrent un grand
nombre d'autres Dames, dont il
y en eut jufqu'à cent foixante-
dix de condamnées. Jufqu'alors
dans les Tribunaux de Rome il
n'avoir point été queition du
crime d'empoifonnement.
Outre ce que dit Tite-Live ,
que quelques Auteurs attri-
buoient la mortalité de cette
année, non à du poifon , mais
à une maladie épidémique ; il
y a, ce femble, dans le récit
même de ce fait, plufieurscir-
confiances qui le rendent pea
vrai femblable, fur tout le nombre
de près de deux cens femmes ,
convaincues de ce crime. Eit-îl
croyable qu'elles euffent pu
garder pendant quelque tems
un fecret de cette importance
avec un fiience ^ inviolable >
qu'il n'en eût rien tranfpiré au
dehors?
Quelques années après , M.
Claudius Marcellus fut nommé
Diâateur pour préfider aux af-
femblées Confulaires,ôcil choi-
fit pour maître de la cavalerie »
Sp. Poilumius. MslIs , il ne tint
pas cependant ces affemblées ,
parce que fon éleélion ayant été
conteilée , les Augures qui fu-
rent confultésjdéclarerent qu'el-
le n'étoit pas valable. Les Tri-
buns du peuple fe plai^^^nirenc
hauceinenc
MA
hautement de ce jugemeft(, &
firent tous leurs efforts pour le
décrier. Malgré cela , M. Clau-
dius Marcellgs fut obligé de fe
démettre de fa charge.
MaRCELLUS [M. Clau-
Dius ] y Mé Claudius Marccllus^
M. KW//e4 Ma^xfxxoc « {a) fils
du précédent , fut , félon Plu*-
tarque , le premier de fa mai-
fon qu*oti appella Marcellus »
c'efl-à-dire , Martial. Il paroif-
foit né pour la guerre 9 robufle
de corps , brave de fa perfonne,
homme de tête & de maiit , fier
& hautain dans les combats ,
lAais dans le réi^e de la vie ,
doux j modefte , pofé. Il avoiç
beaucoup de goût pour les let-
, très Grecques. [ Les Latines
balbutioient encore. 3 Mais » ce
goût n^alla que jufqu'au poiiîc
d'eftimer Se d*admjrer ceux qui
Vy diilinguoient. Pour lui , oc-
cupé par les guerres , il ne put
Vexercer à l'éloquence autant
qu'il l'autoit fouhai^^é. Encore
toutjéune^ il naérita les cou-
tonnes & les autres prix dont
-les Généraux récompenfoienc
la valeur ; & fa réputation
croiffant de jour à autre , le
peuple le nomma Édile Curule 1
& les Prêtres le créèrent augure*
Il remplit toujours avec fuccès
les fonâions des charges qui lui
furent confiées*
^. Dans le tems qu*il fut tiommé
M Applan. pa^. ^19. Vell. Paterc.
I.. 11. ct 38. Plue Tom. 1. p. «9Sj ^99.
ér fi^» Corn. Nep. in Annibal. Cé 5 , i^*
in M. Porc. Caton. c. it Ti(. Liv. L.
XXH. c.iç, 57. L. XXlll. c. 14. &
/pf. L. XXIV. c. 9, ai» ajr. éf feq,
I..XXV. c. 3»»3. ér fin. L, XXVI.
camnéâ
le fi#ft
!S , ils ^
MA Ht
Confal; tesGaul9is envoyèrent
des AmbaÛTadeurs pour faire
des propofîtions d'accommodé*
ment. Le Sénat inclinoit affez à
la paix» mais M. Clagdius Maff
cellus anima le peuple contre
les Gaulois , âc le détermina à
ia guerre* Ceux-ci , contraint!
de prendre les armes , fe difpo^i»
fent à faire un dernier eâbrt. lit
lèvent à leur foide chez let
Géfaces s environ trente mille
hommes » qu*ils tinrent toujourt
prêts en attendant que les enne*
mis vinflent. Au printems» le#
Çbnfuls entrent dans le pais de$
Infubrieas , 6c «'étant campéâ
proche d'Acerres , vilh
entre -le P6 & les , Alpei
mettent le fîege. Comme iU
s'étoient emparés les premiers
des poiies avantageux, les In^^
fubrîens ne purent aller au fe<*
cours* Cependant , pour fairt
lever le iiege , ils pa(ferent le
tô avec une partie de leur ar-
mée 9 & afiiégerent ClaAidium ^
j}etit bourg qui depuis peu ve<<'
.noit d'être fournis ^aux Ro-
mains. Sur cette nouvelle , M«
Claudius Marcellus , à la tête
de la cavalerie & d^une partie
de l'infanterie, court au fecouts
des afEégés* Les Gaulois laiâant
là Clailidium , viennent au-de<^
vant de Tenneoii , âc fe rangenc
en bataille» Ils le regardoient
déjà comme battu , voyant le
c. at. irféq. L. XX VH. c. i i a. ër fifi*
Roll. Hift. Ane. Tom. 111. pag* a99. «Sr
fuiv. Hift. Rom. Tom. 111. p. 47, 484
ér fni-», Mém. de TAcad. des Infcript.
'& Bell. Lett. Tom. 1. p. 15). ^ ;»/v«
JT, V, p. 178, 179.
w 4
i6± UA^
peu d*infanferie qcii le fui voie i
6c ne tenant pas grand compte
de fa cavalerie. Car, étant fort
adroits aux connbats à theval ,
tomme l'étoicnt en général les
Gaulois , 8c croyant avoir de ce
côté-là un grand avantage, ils
fevoyoîent encore en cette oc-
caiion fort fupérieurs en nom-
bre à M. Claudius Marcellus,
Ils marchent dont droit à lui
Ivec une impétuofité pleine de
fureur , ÔCavec de grandes me-
naces > comme fûrs de le vain«
cre. Leur roi Viridomate , fu-
perbeYnent monté , devançoit
le^atairions & fes efffadtons.
MPClaudius M^'rcellus , pour
les empêcher de Tenveloper à
caufê de fon peu de trou'pes,
étendit le plus qu'il put fes aî-
les de cavalerie , & leur fit
iDCcuper tfn grand, terrein , en
-les diminuant & les aiFosbIilTanc
peu-à-peu ,jufqu*àce qu'il pré-
fenrât un front à*peu-près égal
à celui de Tennemi.
Sur le point de fe mêler avec
les Gaulois, il fit vœu de con-
facrer à Jupiter Férétrien , les
plus belles armes prifes fur les
ennemis. Dans ce moment, le
jpoi des Gaulois l'apperçut , &
jugeant bien à pîufieurs mar-
ques que c*étoii-Ià le Général
des Romains , il pouffa fon che-
val à toute bride > Tappeliantà
haute voix pour le défier au
combat , & branlant une longue
& pefante pique. C*étoit un
homme très-bien fait , plus haut
de taille même que les Gaulois,
; -qui étoient communément fort
' J;rands. De plu»> il briiloit tel-
lemtflf par l'éclat de fon armuf d
enrichie d'oif 6>C d'argent / &
rehauffée de pourpre Ôc des
plus vives couleurs , que l'é-
clair n'eft pas plus étincelant.
M. Claudius Marcellus, frap-*
pé de ce cbup-d*œil, porte les
regards fur toute la bataille
ennemie , & voyant que les
plus belles armes étoient celles
de ce Roi , il ne doute point
que ce ne foient-là celles qu'il
a vouées à Jfupiter. Pouffant
donc à lui de toute fa force , il
perce avec fa pique la cuîraffe
de fon enntrmi. Le coup ,' aug-
menté par la vîreffe & Timpé-
tuofité du cheval , fut fî roide,
qu'il jetta le Roi à la renverfe.
M. Claudius Marcellus revient
fur lui , lui appuie un fécond &
un troifieme coup qui achèvent
de le tuer ; Ôc fautant prompte*
ment à terre , il le dépcuille de
fes armes, de les prenant entre
fes bras , il les élevé vers le
ciel » 6c les offre à Jupiter Fé-
rétrien , en le prîant.d*accorder
une pareille proteâion à toutes
fes troupes, La mort du Roi en-
traîna la défaite de fon armée.
La cavalerie Romaine fond fur
les Gaulois avec impétuofîré. Ils
font d'abord quelque réliftance*
Mais, cette cavalerie les ayant
enfuite enveloppés , & attaqués
en queue & en Hanc , ils pliè-
rent de toutes parts. Une partie*
fut culbutée dans la rivière ; le
plus grand nombre fut paffé ati
fil de répée. Les Gaulois qui
étoient dans Acerres, abandon-
nèrent la ville aux Romains ,
9c fc. étirèrent à MlUn qui
MA
étoit ta capîrale des tnfubtî-èAs*
Le conful Cn. CornéJius les
fuivir de pfès , & en forma le
tîege. Comme la garaifon étoit
fort nombreufe , & qu'elle fal-
loir de fréquentes forlîes ^ les
âdiégéans eurent beaucoup à
fouffrîr , & furent fort maltrai^
tés. Tout changea bientôt de
face, lorfque M. Claudius Mar-
cellus parut devant la place»
Les Géfate« , qui apprirent la
défaite de leurs troupes .ôc la
tnort de leur Roi , ayant voulu
à toute force s'en rerournet
dans leur païs , Milan fut ptis ,
& les InfubrienS rendirent tou-
tes leurs autres villes aux Ro-
mains , qui leur accordèrent la
paix à des conditions raifonna*
blés , fe contentant de leur ôter
quelque partie de leurs terres»
& d'exiger d'eux certaines fom-
ines pour fe dédommager des
frais de la guerre»
Le Sénat décerna à M» Claa-
dius Marcellus f«ul l'honneur
du triomphe ; & fon triomphe fut
un des plus remarquables qu*ott
eût vus à Rome, tant par les
grandes richefles 6c la quantité
de belles dépouilles, que par
le gratid nombre & la taille
prodigieufe des captifs 9 & par
la magnificence de tout l'appa-
feil. Mais, le fpeiîtacle le plus
agréable ÔC le plus nouveau ^
ce fut M. Claudius Marcellus
li>î - même ♦ portant à Jupiter
Tarmure du roi Barbare ; car ,
ayant fait tailler le tronc d'un
chêne , & l'ayant accommodé
en forme dé trophée, il le re-
vêtit de ces armes en les arraa-
M A î5)
geânt proprement & aVec ot«
dr«.
Quand toutfe la pompe fe fui
iTiile en matche , il monta fur uii
char à quatre chevaux, & pre^^
nant ce chêne àih(ï ajufté « U
traverfa toute la ville les épau^
les chargées de ce trophée > qut
avoit la figure d'un homme ar-
mé , 8c qui faifoit le plus fu^-
perbe ornement de fon triom<*
phe. Toute l*ati!née le fuivoit
avec des armes magnifiques ^
en chantant des chanfons colii-
pofces pour cette cérémonie «
de des chants de vîéloire à là
louange de Jupiter & de Icuf
Général»
Dès qu'il fut arrivé daiis cet
ordre au temple de Jupiter Fé-
rérrien , il planta ce trophée >
& le confâcrai 11 fut le troifieme
& le dernier Capitaine qui eut
la gloire de remporter des dé*
pouitiês opimes*
Les faites portent que M»
Claudius Marcellus triompha
des Gaulois âc des Germains*
C*eli ici la prertiiere fois qu'ii
eil fait mention des Germains
dans rhiiloire Romaine.' Ceus
que les faftcnt nomment ici Get*
itiains , font fans doute les Gé»
fates.
Les Romains eurent tant de
joie de cette vidloire & de la
fin de cette guêtre , que d'une
partie du butin ils firent faire
une coupe d'or , pour l'envoyet
à Delphes à Apollon Pythien ^
comme un monument de leur
fecônnoiffance; qu'ils partagè-
rent libéralement les dépouil-
les avec lés villes qui avoicnc
L ij
j^4 ^^
«mbraflë leur parti ; & qu'iU
en réfcrvetent une grande par-
tie pour en gratifier HiéronRoi
dt Syracufe, leur ami & 6dele
allié.
L*an de Rome 5 36 & 216 avant
Ïefus-Chrift» M. Claudius Mar-
cellus fut nommé Préteur , &
on lui donna la Sicile pour dé-
partement. Cette même année
arriva la malheureufe défaite
de Cannes , où plufieurs mil-
liers des Romains furent tués.
Le peu qui fe fauva fe retira à
CanuHum. M. Claudius Marcel-
lus qui . commandoit alors la
flotte d'Ollie, ayant reçu des
ordres particuliers du Sénat ,
envoya à Rome , pour garder
la ville y quinze cens hommes
qu'il avoi,( levés pour fervîr fur
la flotte. Pour lui , ayant envoyé
la troisième légion à Téane de
Campanie avec des Tribuns
légionnaires 1 il laiffa la flotte
avec ce qui pouvoit y refter
de foldats, fous la conduite de
P. Furius Philus ; & peu de
jours aprês> il fe rendit à Canu-
iium à grandes journées.
A peine y étoit-il arrivé , que
les Sénateurs de Noie lui don-
nèrent avis de l'extrême danger
où étoîc la ville , parce que le
peuple étoit près de fe rendre à
AnnibaJ. 11 accourut fans per-
dre de tems. Inftruit qu'il s'étoît
formé une conrpiration , il prit
toutes les roefures néceffaires
pour en empêcher l'effet. Il
s'étoit tenu quelques jours ex-
près renfermé dans la ville »
non par crainte, mais pour inf-
pirer à reanemi une confiance
M
téméraire. Annibal , en effet 2
approcha des murailles avec
moiiis d*ordre & de précaution
qu'il n'avoir coutume. M. Clau-
dius Marcellus , qui tenoit Tes
troupes rangées en bataille dans
la ville , les fit fortir dans ce
moment par trois portes » dc
tomba fur les adiégeans avec
tant de force & d*impétuolîté ,
qu*ils ne purent foutenir ce
choc- Après s-être défendus
pendant quelque tems avec
aflez d^i^îgueur &de courage,
ils forent enfin enfoncés > dc
ojaligés de fe retirer dans leur
camp. Annibal perdit dans cette
aâion , deux mille trois cens
hommes , & du côté de M*
Claudius Marcellus il n*en fut
tué que cinq cens.
Ce fut- là le premier avan-
tage que les Romains rempor-
tèrent fur Annibal depuis la
bataille de Cannes , & il fut
pour eux d'une extrême confé-
''quence. Car 9 dans Tétat oii
étoient alors les affaires de la
République » il étoit plus difH-
cile d'arrêter le cours des vic-
tofresd'Annibal, qu'il ne le fut
dans la fuite de le varncre. Cet
avantage commença à raflurer
les Romains y & à leur infpirer
de la confiance , en leur mon«
trant qu'ils combaitoîent contre
un ennemi qui n'étoit point in-
vincible , & qui pouvoit être
entamé &C battu.
Alors, M. Claudius Marcel-
lus ayant fait fermer la ville ,
& mis des gardes aux portes
pour empêcher qui que ce fût
d*ea fortir , fit une recherche
MA,
ewéle de ceux quf avoîent eu
des entretiens fecrets pendant
la nuit avec les ennemis. Soi-
xante-dix des plus coupables
ayant été convaincus du crinae
de trahîfon^ le Préteur les con-
damna à perdre Ta tête, con-
fifca leurs biens au profit du
peuple Romain , de rendit^ au
Sénat de Noie toute l'autorité
que la cabale lui avoit ôtée.
L'ahnée fuivante» tout le mon-
de avoir attendu fans impatience
Îue le conful Ti. Pompànius
rracchus indiquât Taiïemblée
pour fe nommer un Collègue.
Mais , plufîeurs ayant obfervé
<lue Ton avoit éloigné comme
à deffein M, Ciaudius Marcel-
lus 9 à qui les vœux du public
deâinoient cette dignité préfé-
îablemçnt à tout autre , com-
me une récompenfe des belles
aâions qu'il avoit faites pen-
dant fa Préture , il s*excita un
grand murmure dans le 3énat»
On peut foupçonner qu*il y
avoit réellement de l'artifice
dans la conduite que l'on tenoit
à l'égard de M. Ciaudius Mar-
cellus. Il étoit Plébéien; le Con-
ful rétott auiB. 11 étoit alH^z
Vraifemblable que les Patriciens
vouloient empêcher que les deux
places de Conful ne fuflent oc-
c*upées l*une & l'autre par des
Plébéiens; ce qui étoit jufqties-
là fans exemple. Quoi qu'il en
foit de çet^e conjecture 9 le
Conful y que fa qualité de Plé-
béien doit garantir du foupçon
d^étre entré dans ce complot,
& qui fe voyoit maître de l'élu-
der , répondit à ceux qui fe
/ MA ié$
plaigooient : » Meilietirs , oq
» n'a rien fait que pour lebiea
» de la République. Il étoit à
39 propos que M. Ciaudius Mar»
3» celtus pafl^ dans la Campa-
3> nie , pour y faire l'échange
» des armées; & que l'aifem*
^j blée pour j'éleâion ne fûc
x> indiquée qu'après qu'il fe fe-
» roit acquitté de fa commif-
» iion , & qu'il feroit revenu à
» Rome, afin que vous pui(Ges
30 avoir pour Conful celui que
39 les conjonctures préfe^mes
» demandent, & que vous dc-
33 (irez. 3x Ainfi , l'on ne. parla
plus d'affemblée jufqu'au retour
de M. Ciaudius Marcellus. Dès
qu'il fut revenu à Rome , elle
le tint I & il fut nommé Conful
d'un commun consentement , Qq
entra aufiltôt en charge» Mais,
comme dans ce moment même(
on entendit un coup de tonnerre»
& que fa nomination fut décla*
réc vicieufe par les Aueures, il
fe démit , & on lui fubftitua Q.
Fabius Maximus, qui fut alors
Conful pour la troisième fois.
Le peuple voulut du moins
que M. Ciaudius Marcellus
continuât à commander en qua*
lité de Proconful , parce que ,
depuis la bataille de Cannes^
il étoit le feul Général qui eue
combattu avec avantage contre
Annibal en Italie. Il i>e demeura
pas oifif à Noie. Il &t dci cour*
fes fur les terres des Hirpiniens
dl des Samnites de Caudium ;Sl
il mit tellement tout leur pa'ù
à feu ÔC^à fang,, qu'il rappella
à ces peuples le fouvenir- des
ravsiges qu'ils a voient fouâertsL,
L iiî
j66
MA
dans leurs anciennes guerres
contre les Romains. Pouifés à
bout, ils envoyèrent des dépu-
tés à Ânnibal pour implorer fon
recours*
Annîbal leur répondit qu'il
ihettroit bientôt les Romains
hors d'état de leur nuire. Puis
leur rappellant en termes em-
phatiques le fouvenir de Tes
premiers exploits» il les afTura
que comme U bataille de Tra-
fimene avoit eu plus d'éclat que
celle de Trébie » & qu'en-
fuite la viéloîre remportée à
Cannes avoit obfcurci celle de
Trafiraene ; de même , avant
^u'il fût peu , il feroit oublier
celle de Cannes par une autre
encore plus fanglance dc plus
glorieufe. Après leur avoir ainfi
parlé y il les renvoya comblés
de préfens.En eiFet , ayant laîffé
dans le camp de Tifate un petit
nombre de foldats pour le gar*
der j il marché avec le refte de
fon armée du côté de Noie , fe
j5fometcant une facile viâoire
fur ce que Tes alliés lui avoient
rapporté de la foibleâe &c de la
Dégligence de M« Claudius Mar*
cellus.
Hannon fortit en même tems
du païs des Bruttieirs, & vint
joindre Annibal avec les fol-
dats de les élépbans que BomiU
car avoit amenés de Carthage.
Annibal , qui étoit campé affez
prés de la ville , ayant examiné
tout avec beaucoup de foin ,
reconnut que fès alliés ne lui
ay oient fait que de faux rap-
fp/ti :» ^ lui avoient e^pofé
MA
les chofes tout autrement qu*et«
les n'étoient.. Car» M* CJaudius
Marcellus fe conduifoit avec
beaucoup de prudence » ne for-
çant que bien accompagné pour
aller piller Je païs , après avoir
fait reconnoître tous les envi-
rons ) ôc s*être ménagé une re«
traite en cas qu*il fût atuqué ,
enfin avec les mêmes précau-
tions que s'il eût eu à combat-
tre contre Annibal lui-*même«
Et dans l'occafion préfente , dèa
qu'il fçut que rennemi s'appro-
choit , il tint fes foldats renfer-
més dans la ville*
Annibal , ayant tenté vaine-
ment de corrompre la fidélité
des Sénateurs de Noie , répan-
dit fes troupes autour de la ville
dans le deuetn de l'attaquer en
même - tems par tous les cô-
tés. M. Claudius Marcellus le
voyant près des^ murailles » fie
fur lui une vigoureufe fortie »
les Carthaginois furent d'abord
mis en défordre , & il y en eut
quelques-uns de tués. Mais, ilt
fe raturèrent , & les forces
étalât devenues égales entre les
deux partis » on commençoit i,
fe battre de part 8ç, d'autre avec
beaucoup de chaleur ôc d'ani-
mofité. L'aélion auroit été des
plus mémorables 9 fi un orage
violent, qui furvint tout d'un
coup accompagné d'une grofle
pluie 9 n'eût obligé les combat*
tans de fe féparer. Environ
trente Carthaginois furent tués
à cette première attaque ; M,
Claudius Marcellus ne perdit
pas un feol homme. La pluie
continua toute la nuu> & dujta
MA
}ufqu*au lendemain affez avanf*
dans la mantinée.
Le troiiieme jour» Aonibal
envoya une partie de fes trou-
pes au fourrage. M. Claudius
Marceltus fortit auiBtôt avec
Ton armée rangée en ordre de
bataille, & Annibal ne refufa
point le combat. Il y avoit en<^
vxron mille pas entr&la ville &
fon camp. Ce fut dans cet efpa-
ce, qui faifoit partie d*une'gran-
de plaine dont la ville étoit en*
vironnée de tous côtés y qu'ils
combanireor. Les deux armées
pouflerent d'abord de grands
cris , qui firent revenir au com-
bat déjà commencé ceux des
fourrageurs Carthaginois qtii
D^étoient pas fort éloigpés. Les
habitans de Noie offrirent auifi
de fe joindre aux Romaims ;
mais , M. Claudius Marcellus,
ayant loué leur zcle^ leur or-
donna de foriper un corps de
réferve pour le fecourir en cas
de befoin , de de fe contenter >
en attendant ^ de retirer les
bleiFés de la mêlée fans com-
battre 9 à moins qu'il n*e let»r en
^ donnât le (ignal.
On ne fçavoit de quel côté
pencherolt la vi(!loire. Les deux
partis,animés par les difcours Se
l'exemple de leurs Généraux ,
combattirent avec beaucoup de
chaleur. Mais enBo , les Car-
thaginois lâchèrent pied par
tout ; ôc comme la bravoure na-
turelle aux Romains s'augmea-
toit de moment à autre» tant
par les exhortations & les élo-
ges de leur Général , que par
ks applaudiâemena que leur
_y
. ^ MA 1^7
donnoîent ceMx de Noie du haut
de leurs murailles , les Cartha-
ginois prirent ouvertement la
fuite 9 & fe retirèrent pleins
d'eâfroi dans leur camp. Les
Romains viâoirieux fe miretic
auûîtôt en devoir de les y aller
attaquer. Mais » M. Claudius
Marcellus les fit rejitrer dans. la
ville y où ils furent reçus avec
beaucoup de joie & de grandes
ajcclamationi, même par lé peu-
ple » qui juifques-là avoit incli-.
né pour les Carthaginois.
Les Romains tuereut dans
cette journée pkts de cinq mille
des ennemis y en firent fix cens
prifonniers.» & prirent dix-neuf
drapeaux, avec deux éléphans;
il y en eut quatre de tués fur
le champ de bataille. M. Clau-
dius Marcellus ne perdit pas
mille hommes. Le. lendemain,
il y eut une trêve tacite', pen-
dant laquelle ils enterrèrent
feurs morts. M. Claudius Mar-
ceilus brûla les dépouilles des
ennemis en l'honneur de Vul«
cain, à qui il avoitrpromis d*ea
faire le iacrifice.
L'année fuivante» il fut créé
Conful 9 , c'étoit fon troifîem«
confulat en comptant celui au-
quel il avoit été nommé , maïs
qu'il avoit été obligé d'abdU
quer. On lui donna 'pour collè-
gue Q. Fabius Maximus i qui
entra dans fon quatrième con-
ftilat. Il y avoit long-tems qu'on
n'avoit vu en place deux Con-
fuls d'un fi rare mérite.
Cependant i Ânnibal » après
avoir ravagé tout le païs aux
environs de Naples , alla cacao
L iv
•i69 MA
per dans le voifmage iê Nolê«
Suand le conful m. Claudius
arcellui eut apprU qu'il ap-
prochait , il ordonna au Pro-
•frètent^ Fo'roponius de le venir
joindre avec T-armée qui étoîc
campée au^delTtis dé SueCTuIe, 6c
il fe mit bientôt en devoir d'al-
ier au devant d'Annibal , de de
le coipbattre. Pendant le filence
.lie la nuit , il fit fortîr Claudius
Ne'roo avec l'élite de fa cava-
lerie par la porte la plus éloi-
gnée de l'ennemi , & lui or-
•donna , après qu'il auroit fait
vh grand circuit ,• de s'appro-
cher peu à peu, & en fe tenant
couvert, de l'endroit où étoient
les Carthaginois ; de enfin ,
quand il verroit l'aclion en-
gagée ^ de les venir tout d'un
coup attaquer par derrière.
«Claudius Néron n'exécuta point
fes ordres , foie qu'il fe fut éga*
:Té en chemin, ou. que le tems
lui eût manqué. Le combat s'é-
tant donné fans lui ^ les Ro<*
•mains ne laiiïerent pas d'avoir
J'avantage $ mais , n'étant pas
fécondés de la cavalerie , leur
projet ne céufïit pas comme ils
-i'avoient efpéré. M, Claudius
Marcellus , n'ofant pas pour-
<fuivre les ennemis dans leur
fuite , fit retirer fes foldats
quoique vainqueurs. Cependant,
.Ânnibal perdit ce jour.-là plus
de deux mille hommes. M.
Claudius Marcellus n'en perdit
pas en tout quatre cens^ Vers
le coucher du foleil , Claudius
Néron , ayant inutilement fati-
gué fes hommes & leurs che-
•vaux pendant un jour de une
• "MA :v
*B«ît , arriva fans avoir feule-
ment vu l'ennemi. C'eft une
grande douleur pour un habile
Général qui a formé un projet
important, de le voir avorter,
par l'imprudence ou le peu de
tête de celui fur qui il s'en étoic
repofé ponr l'exécution. Auffi
le Conful fit-il une réprimande
bien vive à -Claudius Néron ,
juTqu'à lui reprocher qu'il n'a-
voit tenu qu'à lui qu'on ne ren-
dit à Ânnibal la journée de Can-
nes. Le lendemain , M. Claudius
Marcellus mit encoce fes trou«p
pes en bataille ; mais , Ânnibal
ne fortit point de fon camp «
avouant tacitement qu'il fe re-
coniipifiToit vaincu.
Quelque-tems après >I^s Ro-
mains craignant qu'il ne s'élevât
une guerre dangereufe dans la
Sicile , 7 firent pafler M. Clau-
dius Marcellus. Il s'étoit pafl*é
depuis peu à Syracufe bien des
chofes triftes de affreufes. En
dernier lieu , on y avoit affocié
au collège des préteurs Épicy-
de Se Htppocrate , tous deux
attachés à la fortune & aux in-
térêts d'Annibal. Ces nouveaux
Magiflrats brouillèrent tout par
leurs menées féditieufes, 6c vin-
rent à bouc , par de faufles fup-
pofitions de des accufations ca-
loranieufes , d'animer également
la multitude de les troupes con-
tre les Romains. Après plufieurs
intrigues & piufieurs évene-
mens , ces deux chefs de pare!
fe rendent maîtres de Syracu-
fe , font tuer tous leurs collè-
gues , & fe font eux - mêmes
déclarer feula Fr-éceur^ dans
V-
MA
*tae aflemblée ^ cumultueufe.*
Tel étotc rétac des chofes »
lorfque M. Claudîus Marcellus
arriva eo Sicile* Déjà il avoir
pris d'emblée la ville desLéon-
fîos y lorfqu'il apprit ce qui
s*étoit paflë à Syracufe ; il s'a-
vança auifitôc vers cette Capi-
tale 9 & campa avec fon armée
auprès du temple de Jupiter
Olympien , à quinze cens pas
de Syracufe* Avant que d'aller
plus loin , & de faire aucun
ade d'hoftilité , il envoya des
députés j pour faire fçavoir aux
'iiabitans qu'il venoit pour ren-
dre la liberté aux Syracufains ,
ôc no^pour leur faire la guerre»
à mons.qu'il n'y fût obligé. On
ne leur permit pas d'entrer
dans la ville. Épicyde & Hip-
pocirate allèrent au-devant d'eux
hors des portes , âc ayant en-
tendu leurs propositions , ils ré-
pondirent fièrement y que (i les
Romains fongeoient à mettre le
fiege devant leur ville , ils s*ap-
j>erceveroient bientôt que la
différence étoit grande entre
attaquer Syracufe & attaquer
Léontium. M Claudius Marcel-
lus fe détermina donc à faire
l'attaque de la viiie par mer 6c
par terre.
Il laifTa le commandement
"des troupes de terre à Appius
Claudius y & fe réferva* celui
de la flotte. Elle étoit compofée
tle foixante galères à cinq rangs
de rames > qui éroient pleines
d'hommes armés d'arcs, de fron*
des 5c de dards pour nettoyer
les murs des arflSégés. Il y en
^vûit un grand nombre d'autres
M A 169
chargées de toutes fortes de
machines propres à l'attaque
des places. Comme il s'étoîc
rendu maître de Léontium dès
le premier aflaut pVir la terreur
qu'il avoir jettée parmi les ha-
bitans , & qu'il ne défefpéroic
pas d'entrer par quelque côté
dans une ville comme Syracufe»
compofée de plufieurs parties
féparées les unes des autres , il
fit approcher des murs 9 8c ex-
pofa aux yeux des habitans l'ap-
pareil formidable des machines
avec lefquelles il fe préparoit à
les attaquer. Il auroit pu réufiîr
facilement, s'il y eût eu un
homme de moins dans Syracufe*
C'étoit le fameux Archimede^
parent & ami du roi Hiéroiu
il avoir pris foin de garnir les
murs de tout ce qui étoit né-
ceflaire pour une bonne dé-
fenfe.
Dès qu'il eut commencé à
faire jouer du côté de la terre
fes terribles machines , elles
décochèrent contre l'infanterie
toutes fortes de traits, Ôc des
pierres d'une pefanteur énorme,
qui voloient avec tant de bruit g
de roideur, & de rapidité-, que
rien ne pouvant fo^tenir ce
choc , elles renverfoient &i
écrafoient tous ceux qu'elles
rencontroient, & jettoient dans
tous les rangs un défordre hor-
rible.
M. Ckudîus Marcellus n'é-
toit pas mieux traité du côté
de la mer. Archimede avoir dif-
pofé des machines pour lancer
des traits à quelque diftance que
ce fût. Quoique les enûemis fuf^
Ï70 MA
fent encore loin de la ville, îl
les aiteigr.oit par le moyen des
ballifles âc des catapultes plus
grandes & plus bandées. Quand
les traits paiToienc au delà, il
en avoir de plus petites & pro-
portionnées à la diftance ; ce
qui caufoit une fî grande con-
tufion parmi les Romains , qu'ils
ne pouvoienc rien entrepren-
dre.
M. Claudius Marcellus pref-
que rebuté & pouffé à bout, fe
retira avec Tes galères le plus
diligemment qu'il lui fut po{&-
ble, & envoya donner ordre à
fes troupes de terre d'en faire
autant. En même-rems, il affem-
bla le confeil de guerre , où il
fut réfolu que dès le lendemain,
avant la pointe du jour, on ta*
cheroit de s'approcher des mu-
railles. On efpéroit par ce
moyen , fe mettre à Tabri des
machines , qui par le défaut
0*une diflance proportionnée à
leur force j:»*auroient plus affez
de jeu.
Mais , Archimede avoir pour-
vu à tout. Il avoit préparé de
longue main> comme nous l'a-
vons déjà obfervé , des machi-
nes qui portoient à toute forte
de diilance quantité de traits
proportionnés, & des bouts de
poutres qui étant fort courts de-
mandoient moins de tems. pour
les ajufler ; ôç l'on tiroit plus
fouvent.
Quand les Romains eurent
don(? gagné lé pied des mu-
railles » penfant y être bien à
couvert, ils fe trouvèrent en-
core en butte à une infinité dc
MA
traits , ou accablés de pîerret
qui tomboientd'enhaut fur leurs
têtes , n'y ayant endroit de la
muraille qui ne fit pleuvoir in-
ceffamment fur eux une grêle
mortelle qui tomboit .à plomb*
Cela les obligea de fe retirer
en arrière. Mais , ils ne furent
pas plutôt éloignés y que voilà
de nouveaux traits' lancés fur
euxt'dans leur retraite ; de forte
qu'ils perdirent beaucoup de
monde 4 Ôc que prefque toutes
leurs galères furent froiffées
ou fracaffées, fans qu'ils puffenc
rendre le moindre mal à leurs
ennemis.
Enfin , M. Glaudîus Marcel-
lus , voyant les Romainf û ef'
frayés , que s'ils appercevoienc
feulement fur la muraille une
petite corde ou la moindre j>ie-
ce de bois, ils prenoient d'a-
bord la fuite , criant qu* Archi-
mede alloit faire tirer contre
eux quelque effroyable machi-
ne, renonça à Tefpérance de
la pouvoir prendre en y faifanc
brèche , ceffa toutes les atta-
ques, de réfolut de laiffer ache-
ver ce fiege au tems en le chai»-
geant en blocus. L'unique ref-
fource que les Romains crurent
qu*il leur reftoit , fut de rédui-
re par la faim le peuple nom-
breux qui étoit dans la ville »
^ en coupant tous les vivres qui
po^uvoient leur venir , foit par
terre , foit par meV. Pendant
huit mois qu'ils battirent la ville»
il n'y eut fortç de flratagèmes
que l'on n'inventât , ni d'adlions
de .valeur que l'on ne fit, à
l'aiTaut près q^ue l'on n'ofa plu»
M A-
tenter. Taot un feul homme &
uoe' feule fcience ont de force
dans quelques occafîons, quand
on fçaît les employer à propos !
Ocez de Syracufe un feul vieil-
lard f la prife de la ville eft im-
manquable avec toutes les for-
ces qu'ont les Romains. Sa pré-
fence feule arrête & déconcer*
ce tous leurs defleins.
Après que M. Claudius Mar-
cellus eut réfolu de bloquer
iimplemjsnt- Syracufe , il Uiflk
Appius devant la place avtc
les deux tiers de l'armée « 6c
avec le refte il s'avança dans
l'ifle, où il fit rentrer quelquef
villes dans le parti des Ro-
mains,
Dans ce même tems » Hîmil*
con y général des Carthaginois ,
arriva dans la Sicile avec une
grande armée » dans l'efpérance
de la reconquérir enriéren^ent ^
& d'en chailer les Romains.
Hippocrate fortit de Syracufe
avec dix mille hommes de pied
6l cinq cens chevaux pour l'al-
ler joindre , a6n de faire la
guerre de concert contre M.
Claudius Marcellus , en joignant
enfemble leurs troupes. Ëpicy-
de reila dans la ville pour y
commander pendant le blocus.
M/ Claudius Marcellus « en re-
venant d'Agrigente » où les en*
.nemis l'avoient prévenu , &
dont ils s'étoient emparés , ren-
contra l'armée d*Hippocrate >
l'attaqua « de la défît. Cet avanr
tag^ retint dans le devoir plu-
iîeurs de ceux qui fongeolent à
fe ranger du côté des Cartha-
giaois.
M A 171
M. Claudius Marcellus re-
tourna à Syracufe ; 6c après
avoir envoyé Appius à Rome
pour y demander le Confular»
il lui donna pour fuccefleur
dans le commandement de la
flotte & du vieux camp T.
Quintius Crifpinus, 6c alla lui-
même établir fes quartiers d'hi-
ver à lix ou fept ftades de l'Épi-
pôle y dans un lieu appelle Léon^
où il fe retrancha.
Au commencement de la cam-
pagne, M. Claudius Marcellus
le trouvoit encore peu avancé.
Il n'avoir aucun moyen de pou«
voir, prendre Syracufe , foie
par force , parce qu'Archimede
lui oppofoit toujours des ob(^
tacles invincibles , foit par fa-
mine , parce qu'une flotte Car-
thaginoife, très-nombreufe, y
faifoit entrer librement des con-
vois. Il délibérott donc s'il de^
roeureroit devant la ville pour
prefler le (iege» ou s*il marche*
roit du côté d'Agrigente contre
Hippecrate de Himiicon. Mais »
avant que de prendre ce dernier
parti , il voulut eflaier s'il ne
pourroit point fe rendre maî-
tre de Syracufe» par quelques
satelllgence fecrete. Il avoit
dans (on camp plufieors Syra-
cufains des plus qualifiés» qui y
étoient. venus chercher un afyle
au commencement des troubles.
M. Claudius Marcellus s'adrellà
à eux , leur promettant que Q.
la ville fe rendoit aux Romains^
il lui conferveroit fes loix , fes
privilèges, 6c fa liberté. Ces
Syracufains ne manquoient pas
de bonoe volonté , mais il no
17^ M A
leur étoît pas aifé de s'abouclier
avec ceux de. leurs parens ou
amis qui étoient reilés dans la
▼îlle , parce que les auteurs
de la révolte tenant plufîeurs
habitans pour fufpedls, redou-
bloîent leurs vigilances. & leurs
attentions, pour empêcher qu'on
ne fit à leur infçu quelque ten-
tative de cette nature en fa-
veur des Romains. Ce fut TEf-
clave de l'un de ces Syracufains
fugitifs 9 qui s*étant ixitroduic
dans la ville comme déferteur i
ménagea fecrétement une intri-
gue, où entrèrent jufqu'à qua-
tre - vingts des principaux de
Syracufe. Ils fe partageoietft
pour venir tantôt les uns , tantôt
les autres dans le camp de M.
Clâudius Marceltus , cachés
dans des barques fous des filets
de pêcheurs. Toutes les mefu-
tes étoient prifes pour livrer la
ville aux Romains ^ lorlqu'un
certain Atrale de dépit de n'a-
voir pas été mis du fecret-, dé-
couvrit la confpiration à Épîcy-
de, qui fît mourir tous les con*
jurés.
Cette entreprife ayant ainfî
échoué^ un événement fortuit
préfenta à M. Clâudius Marceî-
Iqs une nouvelle reffource , &
iit renaître fon efpérance* Dès
vaîiTeaux Romains avoient pris
DD certain Damippus > qu'Épl-
cyde envoyoit pour négocier
avec Philippe , roi de Macé-
doine. Épicyde témoigna beau*
coup de défir de le racheter ,ôc
M. Clâudius Marcelius ne s'en
éloigna pas. -On convint d'un
endroit auprès du porc TrogilCi
MA
pouf y tenir lés conférences
fur la rançon du prifonnier.
Comme on y alla plufieurs fois,
un Romain 9'étant avifé d«
confidérer de près le mur avec
attention , en avoit compté les
pierres, & mefuré des yeux la
hauteur de chacune d'entr'elles ;
puis ayant fait le plus jufte qu'il
put la fupputation du total , il
reconnut que le mur n!étoit pas ,
à beaucoup près , auifi haut qu'il
Tâvoit cru, lui & les -autres;
& il conclut qu'avec de médio-
cres échelles on pouvoit facile-
ment monter deflus.
Le foldat, fans perdre dft
tems » fît rapport de tout à M.
Clâudius Marcelius. Toute la
fageffe n'efl pas toujours dans
la tête du Général,; un Offi-
cier fubalterne ou tnême un
fimple foldat peut lui donner de
bonnes ouvertures. M. Clâu-
dius Marcelius ne négligea pas
cet avis , & s'aflura de la vérité
du fait par fes propres yeux.
Ayant ordonné que l'on pré-
parât des échelles , il prit l'oc-
cafîon d'une fête qu'on célébroie
trois jours de fuite à Syracufe
en l'honneur de Diane, & pen--
dant laquelle les habitans s'aban-
donnoîent à la joie & à la bon-
ne chère. A Theure de la nuit
où il con}eâura que les Syracu-
fains y après avoir pafTé le joue
à manger & à boire , commen-
ceroient à s^endormir , il fait*
avancer doucement un corps de
mille foldats d'élite vers le mur
avec des échelles. Quand le&
premiers furent arrivés au haut
fans bruit Se fans tumulte, d'au-^
/^
MA
tm lei fuivirenr, la hardîeflè
dès premiers donnant du coura-
ge aux féconds» Les xnîlle fol-
dats , profitant de la négligen-
ce des afïïégés qui écoient ou
ivres ou etidormis, eurent bien-
lot efcaladé le mur. Ayant en-
foncé la porte de l'Hexapyle $
les troupes s'emparèrent de la
partie de la ville appellée Épi-
pôle.
Il ne s'agi^Toir plus poui^ lors
de tromper les ennemis , mais
de les enrayer. Les Syracufains,
aliarmés par le bruit, commen-
çoîent à fe troubler âc à fe met-
tre en mouvement. M. Claudius
Marcellus fît fonner à. la fois
toutes les trompettes; ce qui
jetta une telle épouvante par-
mi les habitans , que tout le
inonde prenoit la fuite , croyant
^u'il ne relloit pas un feul quar-
tier qui ne fût au pouvoir des
Romains.
Cependant y Épîcydc ayant
smmblé promptement quelques
troupes qu'il avoit dans 1 iile
qui jojgnoît TAchradine, mar-
cha contre M. Claudius M(^r-
cellus; maiS| le trouvant plus
fort de mieux accompagné qu'il
ne l'avoit cru , après une légère
cfcarmouche il fe re|ira promp-
tement dans l'Acbradine , moins
touché^de la force & du nombre
des ennemis , que de la crainte
qu*il ne fe formât quelque con-
juration dans la ville en leur
faveur, & qu'il nç trouvât en
arrivant les portes de l'Açhra-
dine et de Tifle fermées.
Tous les Capitaines & les
Officiers ^ui étoient autour de
M A 17;
M. Claudius Marcellus , le fé-
licitoient fur le'fuccès de fes ar«
mes, & fur un bonheur fi grand
& fi imprévu. Pour lui, lorfque
de defifus la hauteur il eut con-
fidéré la beauté & la grandeur
de cette ville , la plus vaile &
la plus opulente qu'il y eût alors
dans le monde , il ne put s'em-
pêcher de verfer des larmes ,
ou de joie d'avoir exécuté une
fi difficile & fi glorieufe entrç-
prife , ou de regret de voi^
que l'ouvrage merveilleux d«
tant de fiecles alloit bientôt être
réduit en cendres. Il rappelloic
dans fon.efprit deux flottes p<uiP>
fantes des Athéniens coulées à
fond devant cette ville, deux
nombreufes armées taillées en
pièces avec les deux illuftres
Généraux qui les com