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DICTIONNAIRE
POUR L'INTELUG ENCB
DES AUTEURS CLASSIQUES,
GRECS ET LATINS,
TANT SACRÉS QUE PROFANES,
TOME VINGT-SEPTIEME*
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'^_ V. ,.
-«-- 1«
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DÎGTIONNAIRE
fOVR V INTELLIGENCE
DES AUTEURS CLASSIQUES,
GRECS ET lAriNS»
TANT SACRÉS QUE PROFANES,
CONTENANT
LA GÉOGRAPHJE, L'HISTOtRE, LA FABLE,
ET JLES ANTIQUITÉS.
DÉ T> 1 t
A MONSEIGNEUR
»
Par M. SABBATHIER , Profcjftur Éméritc àu Collège de Châhns/ur-
- Marne ^ Secrétaire perpétuel de l* Académie de h mime Ville , Affocié de
l Académie Ètrufque de Cortone , de P Académie Royale de Pruffe , (fc.
TOME VINGT-SEPTIEME.
A F A R 1 Sy
Chez DELALAIN l'Aîné, Libraire, Saint Jacque*.
■' — — ^ - - ^ - ^ ^ ^ , ^
M. D C C. L X X X.
^vf( Approbation (y Privilège du Roi,
■^■■■■■«■■■■■MMMaMHMMMMI
AUTRES OUVRAGES
BV MÊME AUTnVÈ,
'^tti fi trouvent chez. U mime Zibraire»
tJ^ Eflài Hiftorique- Critique fur l'Origine de la PniiSincfc!
temporelle des Papes; Ouvrage qui a remporté le Prix de
PAcadémie Royale de Prude. Nouvelle édition.
2.^ Le Manuel des Enfiins» ou les Maximes des Vies des
Hommes lUuftres de Plutarque. i. l^ol. iji-n.
V^ Recueil de Diflertations fur divers fujets de rHiAoire de
France* i. VoLin-^ix.
4*^ Les Mœurs » Coutumes Se Uiages des anciens Peuples.
j. Vol. »»-ii. & I. Vol. ia-^.^
5.^ Les Exercices du Corps chez les Anciens» x^FoU in-izm
& X. Vol. in^%.''
m «
6J^ Recueil de Planches iSâiVrintelligence de ce Diâio»-
«aire. i/, *.% 3.S 4-S J% ^-^ 7-* & «•• Lîvraifon.
DICTIONNAIRE
POUR L'INTELLIGENCE
DES AUTEURS CLASSIQUES,
GRECS ET L'^TINS,
TANT SACRÉS QVE PROFANES,
CONTENANT
-LA GÉOGRAPHIE* L'HISTOIRE, LA FABLE
ET LES A H T I Q,U l T È S,
MA MA
l ANA , Mantx , (a) en TacriGce» & qu'on fer voit d»
1 déefTe des Romains. la chair de chien dans Ici repal
I Elle prélîdojt aux préparés pour Jes Dieux.
-laladiesdesfcinniest Saine Àugujtin nomme cette
ce on lui ofTroii en fa- déelTe Mana , & les plus fça-
crifice de jeunes chiens qui cec- vant Miihologues la confondent
taieot, ainlî que nous l'appre- avec cette Mania , mece des
nons de Pline. Plutarque de- .dieux.Lares,àlaquelleMBCTobe
mande pourquoi on oflfroît ce* dit qu'on îinmoioit de jeonat
jeunet chiens à cette diisfîe ; enfans pour la , rendre favora»
maii .Pline femble avoir répon- fcle à la. famille de ceux qui
do d'avance à cette queilion , oâioient ce barbare facrifîce.
lorfqu'ïl dit que la chair de ces Que fi on demande mainte
tendres animaux étoit réputée fi
pute, qu'on l'offroit aux dieux
(»J Myih. p«t M. tMhb. B*n. T. V. p. 141 , m,
Ttm. XXVU.
J 22149
^''' M'A. .
doit àttÉi a lÀ nsUTamèe dfs e»-' '
faÂsr^ Si étoii difa^ tel ItcWiami
au^ nombre d^s DfeuJt ftppet*^
lé^/CéftUtfîe» , coiltme Eu^ine
paibu^. lés Gft€$*. Nou*.iiv«nt
dans le premier tome de Trif-
tan /.«ne m^dâUle de nnfpéra-
trice^ Cnfp:lie^^av4c c^tt lé->
géode y Genitalibus dus,
M AN AH£M ", Aîaaakm ^ {a)
MffraîfA^ » feizieme roi dlfiraël ,
filsdd Gadi 9 vengea la mcrrr de
Zacliarie fen maure » par celle
de Seilum » fU^ iie Jttbht , iqui -
avoit ufurpé la couronne d'If-
ra^i. A(a»ahem'> Gépeétàl de
l'armée dé 2dchafle , étoit à
Therfa , lorfqu'îl apj^rst la more
de fon maître. Au(G-tpt il mar<*
ctia cOittre Seilum, qui $'410^
enfermé dans Samarie ; îl le
tua , & régna en fa place. Delà
iijretpurna à Tbetfa ; mais, cette
villè ne rayant pas voulu recon*
noître» & lui ayant fermé les
portes» il en fut ii indigné » qu'il
déchargea fa colère fur Thapfa»
«ui étoit dans le vôtfinage de
Therfa , & qui apparemment
sivoit eu part à fa réfolution*
Enfuite il prit Therfa m^me »
la ruina , tua toutes les femmes
groffes , leur fendit le ventre ,
tk froifla leurs enfans contre
ferrer Après cela , îl regnà à
Samarie pendant dis^ ans. Il fie
le mal devant le Seigneur , &
marcha dans les voies .de Jéro-
boam, fils de Nabathj qui aVoit
fait pécher IfraéL
(s) Reg. L. IV. c. iç. ▼. 14. & feq.
Parai. L. 1. c 5. v. %6 Ofée. c. ^. v. 13.
JTofepb. de Anciq* Juda^c* p-)ftOi M^m»
■-' , M.A
Bitti ,. réi d*Affyrie« app*-
rtm^Qeftt lé p«#e ie S^tdanailâ-
h « étant Véntt fur les nrtês
(tlffalil^peitdant fe règne dtf Mâ«
ittH^nS , ce Ptkkcè ht éonif ai<H
ëeltts.pay«r toilU taleo»,*^
Î^u'il le recourût , & qu'il l'af-
eftnîe fur le trône, four lui
frayer cette fonmie-^ ManAem
ut obligé de taxer toutes les
perfonnes puiffances ^du païs à
payer cinquante (icles par tête »
c'eft'à dire, quatre- vingt -un^
livres dix deniers par tête*
Après ceU , Phol s'en retourna
dans fon pais*.
Oi^e confirme ce qire novf
venons de dire , lorfqu^il nous
apprend qu'Ephraïm , ayant vu
(a langueur, eA allé vers Aflur»
àc>à envoyé vers le Roi 'veïi«
geur. Mais , TEcriture femble
irifinuer ailleurs , que le Roi
d'Afiyrie vint dins le païs ei
qualité d'ennemi. Vefprît du
Seigneur fufcita Phul^roi d'AJfy*
rie , pour venir fur Us ierres d^lf-
rail. Jofephe croît que Phi«
vint attaquer Manahem ^ & que
ce dernier ne fe trouvant pat
aSez fort pour lui réfifter, ache*
ta la paix de ce Prince par une
fommé de mille talens , qu*il lui
donna. On peut concilier tout
cela » en diîant que Phul vint
en effet comme ennemi dans le
païs d'ifraël » mais que Mana-
hem fçut le gagner , 6c le mettre
dans fesinrérêts,par cette gran-
de fomme qu'il lui donna. Ma*
nahem s'endormit avec fes pe^
de TAcad. des Infcrlpt. & Bell. Lettt
Tom. V. pag. 3)6 > 398.
■M
• r
MA .
ret , & Phac«i« fbn EU tegat
en fa place*
MAÎiAîlEM,Man4k€m,(a)
MarftH» i Prophète Chréden ^ Se
frère de lait d'Hérode le Té«
trarque » fe trouvant l'an de
jeftts • Qiriil 44 » à Antioche»
avec d'autres Prophètes » Si-^
iiiott le Noir , Ludus le Cyré-
oéen , Baraabié & Saul , le Saint-
Efprit leur dit : 30 Séparez-moi
^ Saul & Barnabe , pour l'oeu*
3» vre à laquelle je les ai appel*
s> lés,Jo Après qu'ils eurent donc
jeûné & prié « ils leur impofe*
irent les maias , âc les laiffereot
aller.
On croit que Manahem étoit
diu nombre des foixante*dix dif*^
ciples. Les Auteurs des Marty-
rologes parmi les Latins » mar-
3ueat fa fèce le 24 de Mai , &
ifent qu'il mourut à Antioche»
On ne fçait rien de particulier
fur fa vie»
MANAIM , Mansîm. Foyn
Mahanaïm.
M ANASSÉ , Man4£€ , Ma^
naffii , Maman! % (t) fils aîné de
Jofeph & d'Aféaeth » (ilie de
Putiphar , vint au monde , l'an
1710 avant Jefus - Chrift* Le
nom de Manaflë £gnifie ouili p
Îarce qu*auifi-tdt qu'il^ fut né »
ofeph dit : Dieu m a/aU oublier
toutes mes peines & U mai/on
Je monpete.
Lorfque- Jacob fut près de
mourir » Jofeph lui amena fes
deux fils f ann que fon père
leur donnât (a dernière béoédic-
ià) Aéttt. Apcft. c. 1). ▼. t. étfiq.
iH) Genef. c 41* v. 50» 51. ç* 48. v«
a* dr As* Komsr. c» $• ? • aO t ai» c» lu
-^ . M A )
lîoA. Jacob les ayant vus 9 dit à
Jofeph :» Vos deux fils qui voua
9 font nés dans ^^Egypte » le«
tt tom à moi , je les adopte «
f» & je veux qu'ils foient re*
9» gardés comme Ruben & Si»
» méon. « Alors « il les fit ap*
Î rocher de fon lit , tl lea bai fa»
: les tenant embrafl*és, il dit à
fon fils : » Dieu m*a fait la graoe
39 non-feulemeat de vous voir »
» mais aufli de voir voirenfans»»
En même-tems» Jofeph éJoi*
^nant fes deux fils « fe profleraa
jufqu'en terre devant ion pece )
&, ayant mis Ephraîm i la sau*
che de Jacob^^ de Manaue k
fa droite, il le pria de les bénir*
Mais y Jacob mit fa main droite
fur Ephraim y & fa gauche fuf
Manafié dc coiamença à les bé«
nir*
Jofeph , voyant que Jacob^ »
avoir mis fa maia droice fut
Ephraîm, & fa gauche fur Ma*»
naiK y voulut lut faire changer
cette difpofitioft, de tranlporttr
fa main droite fur Manaue 6c fa
gauche fur Ephraïra ; mais»
Jacob ne voulut point changer ,
& lui dit : a Je (cais ce que ja
» fais 9 tnon fils ; ratné fera père
» de pluGeurs peuples ^ ma^t
y» fon cadet fera plus grand que
j» lui;fapoftéritéiemaitip]ieca
» i& produira des nations* 3»
Il continua de les bénir , en âi^
fant :n I&aël fera béni en voua»
« & on dira: Que Dieu voua b4«
3» ntfle,coamieilabéniEphra3[n
» &Manaflë«i>
v. S). & pf* Jofa. e. If, t. f^é^fifi
Aiî
4 ,M.A
V ' La Trîbu de Maoaffé fortît
•'de TEgypte au nombre de tren-
te-deux mille deux cètis horti-
*roëy, propres à combattre ^ &
'au*demis de vingt ans, fous la
• conduite de Gamaliél, fih dé
'Phadaffur. Cette tribu fut par-
*fcagéé à rentrée de là Terre
promife. La moitié eut fon par-
tage au-delà* du Jourdain ; &
'r^utre moïiré , en deçà du fleuve.
*Là demi-tribu *de MànàflTé' qui
'demeufbît au-delà du' fleuve ,
poffecfott le pais de Bafan , dé-
'ptiîs ' le Jabbck jufqu*au tndnt
Lfban '; & la demi-» tribu de Ma-
' ^tiaffé en rfeçà le Jourdain à voit
ion partage entre la tribu .d*E-
•phraïm au midi , & celle d'If-
facharàu nord, ayant le Jour-
'dain à Poriènt & la Méditer-
'ranée au ooucbànr.
Le. livre de Jofué nous mf-
• fruit avec quelque détail, du
'partage de ra tribu de Matiafl?.
•Aiachir , fils ^îné de Manafle ,
'fut peré de' Gaîaad ; teiuî - ci
'fut un vaiillàni?' homme, & fa
'pôftérîté eut lé'païs" de' Gâlaad
'éc de Bafan. Leë autres enfans
• de-Manaffé , divifés félon leurs
familles , font les enfans d' A-
Tsîézer», feseVirans d^Hélec , lés
*cnfan^*'d*Efner, "les ' ènfaris
'de ISétteem . • les enfans d'Hé-
*pber , &"'Tés çtirans dé Sémida»
"Ils étoieht'.tobs enfans de Ma-
'naflB , fils de Tbfeph, divîfésfe-
, • loniénrsya*mHîes. '
• Salph'aad , "fils ^unique d'Hé-
*pbéi^.j^fils=de*Gàlaad , 'fis d«
Machir , fils dfe' Manàffé ,*nV
.^ yoir.point-eu de fil?, ratais des
fiilès feulement, dont «voici les
noms , Maala , Noa.» Hégla ^
Welcha Ôc Therfa. Ces 'fifles
vinrent fe préfenter deVatit Éléa-
zar," grand-Prêtre , devant Jo-
fué , fils de Nun , & les Princes
du peuple, & leur dirent : « Lô
p Seigneur a ordonné par Moï-
» fe qu*on nous donnât' des
'» terres en partage au milieu
35 de nos frères, w Jofué leur
'donna'donc des terres en pkrta-
'gè au milieu des frères de leur
"pere,Telon que le Seigneur Ta-
'voit commandé. Ainfi , la trîbu
tie Manaflë eut dix portions ,
entre le J>aïs deGalaad & de
Bifan , qiii lui fut donné au delà
du Jourdain. Car , ces fiUes de
Manaffé eurent des terres pour
leur héritage , parmi les enfans
de MariaïTé , & lé païs de Ga-
îaad avoit été donné en par--
tage aux autres enfans dé Ma-
nàffé.
La frontière de Manaffé s*é-
tendoit depuis Afer y vers
'Machifiefhfâth , qui regardoit
Sichem , de à main'droite juf-
'qu*ai/x habitans de la fontaine
de Taphua ; car , le territoire
de Taphua , qui étoit aux cod«
fins de ManaUjé , fut donné aux
'enfans d'Ephraïm.
* La frontière de'Manaflfé def-
'cendoit vers le torrent des Ro-
'feaux ; mais ^ les villes qui
'^toîént a'u midi du torrAt furewt
à Ephraïm , quoique fitiiées au
milieu des. villes de MànalTé.
La frontière de Manaffé étoîc
'^bornée au 'feptenttion* par le
torrent; ii*où elle allôit fe ter-
miner à.Ja mer. Ainfi , ce qui
'étoir du côté du midi> étoit à
} I
I
. - M'A '
Ephraïm. , & ce qui écoïc du.'
côté, du feptentrion , étpît à
Alanafle , & la mer étqic la fin
de l:Vn & de rautre ; en force
que du côté du rêpcentrion ils
s^uniffoient à la tribu d'Afer ,'
& du côté dû levant à la tribut;
d iffachar.
Mânaffé eut pour héritage
dans la tribu d'Iflachar & d'A-
fer, Bethfan avec fes villages ,"
Jéblaam.avéc fes villages 9 les
habitans de Dor avec leurs
bourgs ,' les habitans d'Endor
avec leurs villages , les habi-
tans de Thénac avec leurs vil-
lages , les habitans de Mageddq
avec leurs villages, & la troi-
liemé partie de la ville de No-
pheth. Les enfans de ManalTé
ne purent détruire les habitans
de ces villes >& les Chananéens
continuèrent à habiter dans ce
p aïs-là.
MANASSÉ , Manafes , {a)
hlavcco'Gvii , quinzième roi de
Juda , fils & fuccefleur d'Ézé-
chias 9 avoit douze ans lorfqu*il
commença à régner , & il en
régna cinquante-cinq. Par cori-
féquèht il vécut foixante-fept
ans. *Sa mère' s'appelloit Haph-
fiba. Il fit le mal devant le Sei-
gneur , (k adora les idoles des
nations que le Seigneur avoit
exterminées. ïl rebâtit les hauts
lieux que fon père Ezéchias
avoit détruits. Il drefTa de» au-
tels à Baâl , & fit planter des
bois de futaie en Thonneur des
faux Dieux 9 comme àv bit fait
MA .5
Achab , roi d*lfraêl. ïl bâtit^
même des autels profanes dans
le temple du Seigneur. Il en
érigea à toute l'armée du ciel'
dans Içs deux parvis de la mai-
fon de Dieu. II fit paffer fon fils
par le feu , eii l'honneur dé"
Moloch. 11 aima les divinations»
la magie , les augures , ôc les
autres fortes de'fuperftitions &
de curiofités magiques. Il plaça
dans la maifon de Dieu ridol&
d'Aféra ou d*Aftarté. Enfin , il
engagea fon peuple dans toutes
les abominations des peuples
idolâtres & étrangers, il le fé-
duifît de telle forte » qu'Ifraël
fit encore plus de mal que n*ea
avoient fait les Chananéens ,
que le Seigneur avoit extermi-
nés. Manaue ajouta à tous ces
crimes celui de la cruauté. Il
répandit dans Jérufalem des
ruilTeaux de fang innocent, Se
mît ainfi le comble à fes autres
iniquités.
Le Seigneur , irrité de tant de
crimes, fit parler à Manaifé par
fes Prophètes , qui s*exprime-
rent'de la forte: p Je vais faire
» fondre fur Jérufalem & fur
» Juda de tels maux, que les
» oreilles en feront étourdies à
» ceux qui en entendront faire
» lé récit. J'étendrai fur Jcru-
n falem U cordeau de Samarie
w & de la maifon d*Achab ; je
» la traiterai comme j*ai traité
» Samarie, 6c jje rejetterai Ma-
» naffé comme j*ai rejette
» Achab & fa maifon ; j'efFace-
(tf). Jleg. L* IV. c. 20^ \r. «i. c. &1. v.
/■ » "
1. ^ /rj. Fatal. L, il, Ct i%, v. l^* -^^
ll'V, i, é- ftq, Mém. <le IMcad. d/»j
infcdt't» & Bc:l, Un. T6m. V. p. 141."
< MA
sf rai Jirofalem , cofliiiie en
ao efface ce qui eft écrit fuir des
» tablettes ; je paflerai & re-
a» paflfèrai fou vent le ftylçrpr-
>> deflus » afin qu*il n'en reût
90 rien. J'abandonnerai les rëf-»
30 tes de mon héritage ; je li-
as vrerai mon peuple entre les
3^ mains de fes ennemis, &
» tous ceux qui le haiiTent^ le
9 pillc;ront > &c« »
On croit que le prophète
l/âïe fut un de ceux qui élev^
Je plus fortement fa voix contre
tant de défordres. Ce Prophète
âvoit l'honneur d*être Deau-
pere du Roi ; il avoit eu un
très «grand crédit à la Cour»
fous le règne d*Ez'échias » père
de Manafle ; il étoit d'une naif-
fance illuftre & du fang royal;
il fe crut plus obligé qu'un au-
tre de retirer Manaflé de fes
défordres > & de le menacer de
la colère de Dieu ; mais, le
Roi au lieu d'écouter fes avis
fie fes remontrances i le fit arrê-
ter & le fit mourir , en le fciant
en deux avec une fcie de bois*
Les maux dont Dieu avoit
menacé ce Prince impie « écla-
tèrent enfin vers la vingt-deu«
xteme année de fon règne. Le
roi d'Âflyrie envoya contre lui
les chefs de fon armée , qui ,
«près l'avoir pris , lui mirent
les fers aux pieds & aux mains
ic l'emmenèrent i^Babylooe* On
croit que ce fut Sargon » ou
Affaraddoa roi d'Aflyrie^qui
eovoya Tharrhan en raleftine.
Ce Général « après avoir pris
Azoth « attaqua ManaflTé , S^
l'avant mu dans les fers^ le con-
MA
dosiik tson % Ninive , mais à Ba^
bylone. dont Aifaraddon s'étoit
rendu maître» Par cette conque*
te, Aflaraddon avoir réutti les
deux empires des Aflyriens fc
des Chaldéens.
ManalTé » étant dans les liens
à Babylone , confeflfa fon péché»
& pria le Seigneur; le Seigoeui^
exauça fes larmes âc fes gémif*
femens » & le ramena à Jérufa*-
lem. Manaffé y reconnut la maia
puiflante du seigneur. Il répara»
autant qu'il put» le mal qu*tl
«voit fait à Jérufalem & dans
Juda. Nous avons une prière »
Î^ue Ton prétend qu'il fit dans
a prifon. Mais, Téglife ne la re-
Îioic pas pour canonique ; elle
a met au rang des pièces apo«
cryphes. Cependant » elle fe lit
dans l'EuchoIoge» ou livre de
prières des Grecs.
Les Rabbins racontent qti
Matiaflë fut jette dans un vafe
d'airain percé , 8c expofe à ua
très grand feu ; que dans cette
extrémité , il eut recours à tou«
tes les fauàes divinités auxqueU
les il avoit autrefois offert de
Teacens ; mais que n'en ayanc
reçu aucun fecours, il reconnut
bientôt Pinutilité de fes efpé«-
rances. Alors « il fe fouvint de
ce qu'il avoit oui dire au Roi
fon père : Lorfqut vou% m^învo»
quen[ dans vos maux , & que
vous vous conv€rtire{ f je vous
exauarai. Il fe convertit donc
au Seigneur» fut délivré auffi-
tôt « & rapporté en un moment
dans fon royaume^ ainfi qu'Hà!-
bacuc fut dans la fuite tranf*
porté à Babylone I flc rapporoS
M 'A ■ "^, ."yi
tfle Babylope en Judée. -''%:^
L'auteur 'de l'ouvrage impar*
fait fur Saint Matthieu ^ raconte
A délivrance d'une autre ma^
ni^re. Il dit que Manafle , étant
•dans les liens , ne recevoît par
jour qu'un peu de pain d'orge»
& de l'eau mêlée avec du ,vi-
naigre; de cela par jnefure , Ôc
autant qu'il «n falloit pour qu*il
ne mourût pas de faim. Au mi-
lieu de fon afRiâion» il eut
. recours au Seigneur ; ic une
Aamme miraculeufe l'ayant foi^-
dainement enveloppé f fondit
* fes chaîneSySc le remit en liberté*
Manafl*é fut apparemment dé-
livré de prifon par Saofduchin ,
' fucceffeur d'ÂITaraddon. Étant
de retour à Jérufalem » il réta-
blit le culte du Seigneur daos
. foo temple i abattit les autels
des faux Pieux » abolit toutes
les traces du culte idolâtre qu'il
«voir r^ndu AUX divinités payen-
' âes & étrangères ; mais » il ne
détruifîr pas les hauts-lieux > oà
Je peuple alloit adorer le Sei-
gneur, foit ^u'il n'eût pas le
pouvoir d'abolir une coutume fi
ancienne Se fi invétérée > foie
qu'il ait eu la fpiblefie.de con-
defcendre en cela au défir du
[ peuple* Ceft la feule chofe que
.rÉcriture lui reproche depuis
ion retour de Babylone. Il $t
fortifier Jéruialem , & rétablie
] fes Quiraille^ Il fu m£me fercn<r
de murs une féconde ville qui
Xe forma de fon tems à Toc-*.
^ rident de Jérufalem 9 & Iqui
fe trouve appellée la féconde
vijle depuis fon règne* Il éta-
blit des olSci^xs d^armée daus
i-\
M A t
tputêi tes places fortes de Jtida,
oc>co|pmanda à tout fon peuple
de^|rcher & d'adorer le sei-
gneur*
Lerefte des aélio.ns de Mai-
nafl*é ,*la prière qu'il fit à Dieu»
& les remontrances qui lui fu-
rent faites de la part du Sei«
gneur par les Prpphetes , tout
cela étoit raconté plus au long^~
dans les journaux des Rois d2
/uda. La .prière qu'il St à Die»
dans fa prifoo , la manière dost
Dieq Teitauça , le« crimes qu'il
commit f les ilatueji qu'il éri«
gea f & le9 bois profanes qu'il
plaata , en un mpt^ Coo péché 8c
fa prévarication étoient rap^
portés plus au io.ng daes le livrée
du Prophète Hofaï , qui eA le
même qu'Ifaïe , félon quelques-
«tof » iics Septante le preoàenc
en u0 feos général « dan^ Las
écrits des V^yaof » Lu Syriaque
rappelle Hanai» ; & l'Arabe
Sapb^ii*
Manafi*é mourut à Jérufalem »
6t fur enterré dans le iardin de
fa maifon , dans le |ardia d'Oze.
Son fi)« Afnon regoa en Ca place,
l'an du monde 3} 61 » &, mvaûi
Jefus-Chijft639.
PlttfLeurs croyentque Tèiftoi-
^e de Judith k d'Holofeme ar-
riva fous le règne; de Man^iTé ,
âcapris (on retour deSabylo-
M. Ce PrÎACÇ ne p^rpjc poiôc
du tout dectf ce«»e hiiioire ; ùÀt
que par politique, il ne voulût
pas le déclare^ dAOscecite {»pca-
fioQ ; 041 que par un erincipe
de péattenee , il ne le mél^t
que peu où point du tout du
gouvernement.
A i?
^ MA.
M AN ASSÉ , Mànajfes ., (j)
Meeyocmç ^ époux de Judith »
oe vécut que peu de tems avec
elle. Il y avoit déjà trois ans
qu'il éroit mort y lorfque la
guerre d*Holofernc commença.
Manafle étoit de la tribu de
Siméon, & il mourut pendant
la iDoiflbn des orges , d*une ma-
ladie caufée par IVxtrêroe ar.
deur du foleil, qui lui donna
fur la tête. Il laifla tous Tes biens
à Judith fon époufe, & fut en-
■cerré à Béthulie fa patrie.
M AN ASSÉ , ^ Mana£ï , ( ^ )
y.af'jLdirvI ^ fils d'Hafom , fut un
de ceux ) qui » après le retour
de la captivité de Babylone»
fe féparerent de leurs femmes >
qu'ils avoient prifes contre la
loi.
MANASTABAL , Manafta-
bal f (c) fils de Mafiniffa , fut
père de Jugurcha de de Gauda.
Après la mort de Mafiniifa , il
fut chargé de rendre la juftice
au peuple.
MANGEPS VIA APPIiE.
Vôy^i Mu feus.
MANCHE, Capulus. (d)
Les monumens nousofifrent plu-
fieurs Manches > fur-tout de cou-
reaux. D. Bernard de Mont-
faucon en préfence fix fur une
plariche.
MANCHES, Manîca , (e)
XvDittfç» Les Romains Se les
Grecs avoient des Manches à
M A
dne partie de leurs habits. II
y en avott principalement à
leurs tuniques.
Il faut obferver qjie lé mot
Manica en Latin ^ dc le mot
Xftplç f en Grec , ;ne fignifient
pas feulement une Manche »
mais aufli un gand , dont ru<-
fage étoit connu des Anciens.
MANCHUS, Manchusy (/)
Ma7xcç , Roi des Arabes , en-
voya fes troupes au fecours de
M. Antoine , n* ayant pu y aller
en perfonne.
Ce mot eft écrit diverfemenr,.
Manchus 6c Malîchus. Hirtius
Panfa , dans la guerre d^Alexaq*
drie > appelle ce roi Malchuâ ,
ab rege Nabataorum Malcho, Mal-
chus ou Malichus efl le nom
que les Arabes donnoient à leurs
Rois ; car^ comme Bochart Va
remarqué , Malich en Arabe fi-
gnifie Roi.
M ANCIA [ CuRTiLius ] ,
CttrtiUus Manda j {g) fer vit en
qualité de Lieutenaut dans Tar-
mée du haut Rhin , fous l'em^
pire de Néron.
MANCINUS C L. HosTi-
Lius ] , £. Hoflilius Mancinus^
{h) jeune Officier , qui , l'ao
de Rome 535 , & 217 avant
Jefus - Chrifl , eut ordre da
diâateur Q. Fabius Maximus
d*ekaminer les . démarches des
ennemis , fans fe montrer s'il
étoit pofiSble» au moins fans
C«) Judith, c. 8. V. 1 , }.
{b) Efdn L. 1 c. 10. v. )).
(£> Sallult. in Jugurtb. c. ) ^4^ . Crév.
Hift- Rom. Tom* V. pag. ^po, ^oi.
(d) Amiq. expliq. par D. Bcrn, de
MomR Tom* Ul. pag. lai.
(«) Amiq. eKp]. par D. Betn* de
Monrf. Tom. lil. pag. 6,
(f) Plui. T. 1. p. 944-
d) Ts^dt. Annyl. L. Xlll. c. 56.
(ifr) Tic. Lîv. L. XXU. c. 15. Roll.
Hiftv Roni. Tom. IH. p.' 190»
; M A^
s*expofer> 8c d*en venir rendre
compte. Maïs ^ étant du nom-
bre de ceux que les dîfcours
féditieux Se emportés de Q.
Minucius Rufus avoir féduics ,
il n'eut pa» plutôt apperçu
quelques cavaliers Numides
répandus dans les villages ,
qu'il courut 'fur eux , 6c en
tua même quelques - uns. Il
n'en fallut pas davantage pour
lui faire oublier fa commif-
iion. Le vif défîr de combattre
l'emporta fur l'obéiflancé qu'il
devoit au Didlateur. Les Nu-
mides, partagés en plufieurs
pelotons y le vinrent charger
les uns après les autres; puis
fuyant à delTeln devant lui , ils
l'attirèrent infenfiblement juf-
qu'auprès de leur ca.mp , fort
fatigué, auin bien que fes gens
êc leurs chevaux. Carthalon ^
qui comroandoit toute la cava-
lerie, en fortit au({itôt« & les
ayant mis en fuite avant même
que de les joindre , il les pour-
fuivit pendant près de deux
lieues fans leur donner de re-
lâche. L. Hoftilius Mancinui)
voyant qu'il ne pouvoit échap-
per aux ennemis obilinés à Je
futvre, exhorta les tiens à fe
défendre de leur mieux , & re-
tourna contre les Numides , à
qui il étoit bïe^ inférieur tant
«n nombres qu'en forces & en
confiance ; aufG fut-il tué lui-
même avec les plus braves
des fîens. Les autres fe fauve-
rent à toute bride, premiere-
.mjsnt à Calés , & delà en prenant
MA 9
lesfentieriles plus détournés juC
ques dans le camp du Didiateur.
MANCINUS [ A. HosTi-
LlUS ] , J4. Hofiilius Mancinusp
(a) fut créé Préteur l'an de
Rome 57i, & i8o avant Jefus-
Chrifl , ik chargé de rendre la
juflice aux citoyens.
Dix ans après, il fut élevé
au Confulat avec A. Atilius ; &
la Macédoine lui étant échue »
il fe hâta d'arriver dans la Thcf-
falie pour prendre le comman-
dement de l'armée ; il entra dans
l'Épire dont la révolte n'avoir
pas encore éclaté, ÔC fut fur, le
point de tomber entre les mains
de Perfée. Car , deux particu-
liers , nommés Théodotus 3c
Philoftratus, perfuadés que le
plus grand ferviçe qu'ils puâfent
rendre à ce Prince , dont ils
vouloient gagner les bonnes
grâces » c'étoit de lui livrer la
perfonne du Conful , ce qui
apporteroit un grand préjudice
aux affaires des Komains, écri-
virent au Roi de fe rencbre dans
le pai's le plus promptemenc"
qu'il lui feroit poflîble. Et effec-
tivement fi les Molofles neuC-
feni retardé la marche de Per-
fée , en fe préfentani à lui fur
les rives de la rivière de Loûs»
& que le général Romain averti
des embûches qu*on lui dreflbit,
ne fe fût détourné de fa route »
il ne pouvoit éviter d^être pris.
Mais , il fortit de l'Épire , Se fe
rendit par mer à Anticyre , d'où
il pafiTa dans la Theualie. Là
s'étant mis à la tête de l'armée »
<4f) Ht, Liy. £• :&L, c» 55t L, ^lllU SuppI* i* c« a » 41
V «... ..<»— «f
is MA
ïl alla chercher l'ennemî , eon-
ne qui il ne iî[ pas la guerre
avec plu j de fuccès quefoupré-
déceuèur. Car, ayant livrtf ba-
taille au Roi , il fut mis en dé-
route ; & après avoir mt( pre-
nicremeni de s'ouvrir de force
un palTage ea Macédoine pat
l'Élimée , puis d'y encrer furti-
vement par la ThelTalie, il ne
r^ullît ni dans l'un ni dans l'au-
ire de ces deflètns, Perfôo fe
trouvanr par-tout aSez à tenu
pour les traverfer.
■ MANCINUS t C. HosTi-
uus], C. HoJlUiut Mancîiuu,
(<*> Tut d'abord Lieutenaai du
conful L. Calpuraius Pifon en
Afrique. L'an de Rome 604 ,
Su 14$ avant Jefus-Chrift , la
campagne k paflà fjws qu'ils
ftflent rien de mémorable. Sur
la 6n de l'année , L. Calpuroius
Pifon étant parti pour retourner
ii Rome , C. Haltilius Mancinus
refta en Afrique pour comman-
der les troupes Romaines. A
Farrivée de P. Cornélius Sci-
wan qlii venoit remplacer L.
Caipurnius Pifon, II fe trouva
^tie C. Holtilius Mancinus s'é-
toit engagé Eémérairemeni dans
un pofte où las ennemis le te-
BOtent enfermé 3c où ils alloïent
le tailler en piices le matin mè-
ne, fi le nouveau Conful, qui
rrivanr le danger où
l'eût fait remonrer
s troupes dans fe*
& n'câc volé & ron
.I-p.8iSjS*r- A|>piM.1
<. é- /«f. Plin. r, II. pig. I
»• Ont. jro A> Qc d n. g>'
MA
. -Onze aai après , C.HofliJitB»
Mancinus I ayant été élevé a«
Coofulal , alla metire le comble
it l'ignominie des Romains de-
vaut Numance. On a dit qu«
lorfqu'il partît de l'Italie , plu-
lieurs préfages fînillrea lui an-
noncèrent le malheur qui Vair
tendoit. Mail, le vrai préfagç
étoît fon incapacité Si fon défaut
de courage. Un Auteur, ^1
o'eft pas d'un grand poids , lui
fait pourtant l'honneur de Cip*
f ofer qu'il réfolut de rétablir la
difcipline parmi fes troupes ,
avant que de les ezpafer au
combat. Mais , ce qui efl conf-
iant par le témoignage d« tout
les Hilloriens , ce» qu'il n'y
eut pas une rencontre > ti ne u
donna pas une efcarroouche, oA
les Numides n'euâ!ent Pavanii^
ge; ce qui augmenioic fentible-
ment leur fierté, de abattoir I|e
courage dei Romains. Enfin , I»
chofe en vint au point que let
foldais Romains ne pouvoient
plus foutenir ni la voix ni la
vue d'un Numantîa.
C. Hollilius Maaciiras, dans
de li trîAes conJQoAutes , crvc
oe pouvoir mieux faire que d«
Suirtet fon camp de nuit( 8c
'éloigner pour quelque lems
fes troupes de ^f umance * daits
la vue de diUtper peu à pc/i
leur frayeur , & de leur lailTe/
le loilîr de prendre les fentimeos
de courage Se de turdielTc qatu-
zels aux Romains. Appien dit
qu'un faux bruit quife répandît
71. Roll. HM. Rem. T, V. p, ;ra • fit
-f ue lei Caotabres & |ès Vacr
céens venoienc to fecours de
leurs compatriotes» loi fit prou*
ixt cette réfolutioo» Quoi <|u*it
èo ibit» iife retira de nuit dans
lia |g;rand ntence. Les Numaa-
cfes ,» avertis de fa retraite 9 par*
tirent au nombre feulement de
quatre mille , coururent fans
perdre de tems après les fuyards f
donnèrent fur la queue » en firent
un grand carnage , pooflerest le
Tt& daosdes lieux fort difficiles
& qui étolem prefque fans iflue;
& quoique l'armée dés Ro-
mains fût de plus de vingt mille
hommes» ils Tenvelopperent de
telle forte , qu'il ne lui fut pas
poffible de fe tirer de ce mau-
vais pas. A peine cela fe peut*il
concevoir.
C* HoAilius Mandnus » dé-
JTefpérant de s'ouvrir un chemin
par la force, envoya un Héraut
aux Numantîns » pour demander
quelque compofition. Ils y con«
fentirent» Le traité fut conclu.
On n'en fçait point les articles
{particuliers ; mais, les conditions
urent égales eniïe les deux peu-
ples. Les Numantins» pour évi-
ter toute perfidies prirent une
précaution, qui ne leur fut pas
néanmoins d'une grande utilité.
Ce fut d'exiger que le Conful» le
Quefteur » Se les principaux
Officiers s'engageafl*ent par fer-
ment à faire obferver le traité
qui venoit d'être arrêté. Lorf-
que tout eut été ainli réglée
les Romains partirent , laiSant
au pouvoir des Numantins toutes
les richeffes de leur camp.
Dès que la nouvelle de ce
MA II
tr^té fut arrivée à Remet te
Sénat commença par révoquer
C« Hofiilius Mancinus , 6c lui
ordonna de revenir à la ville»
pour y rendre compte de fa co»»
duite ; & en même-tems oa fie
partir M. Émilius fon Collègue »
pour aller prendre fa place.
L*afiàire de C. Hoftilius Ma««
cinus, dès qu'il fut revenu à
Rome, fut examinée dans le
Sénat. Il y juftifia modeftement
fa conduite, imputant en partie
tous les malheurs qui lui étoienc
arrivés au mauvais état 0)1 il
avoir trouvé l'armée; infinuaec
qu'il feroit peut-être permis de
les attribuer aufli i la colère des
Dieux irrités de ce qu'on avoic
déclaré la guerre aux Numan^»
tins fans qu'il en parût aucuA
jufte fujet; excufant le traire
fur la néceŒté indifpenfable d*y
confentir pour fanver la vie k
plus de vingt mille citoyens ;
qu'au refte content d*avoir ren-
du ce fer vice à la République »
il attendroit en paix qu'elle dé«»
cidât de fon fort » prêt à facri-
fier de bon coeur la liberté 8ç
fa vie à Tutilité & à Thooneur
de la patrie.
Ce ne fut que Tannée fuivante
tte le Sénat prit enfin fon parti
ur C. Hoftitîus Mancinus» oc fur
le tcaité quUl avoir conclu. Le
traité fut caifé » comme fait fans
l'autorité du Sénat & du peuple
Romain ; Se 11 fut ordonné que
tous ceuj^ qui l'avoient juré 8l
s*en étoient rendu garans , fe-
iroient livrés aux Numantins»
Deux Tribuns fe chargèrent de
propofer au peuple d eutorifcr
?,
iz M a;
parfes fuffrages ce diécrec da *
C; Hoftilius Mancinus fe fit
admirer par fon courage, Ôc fe
mootra auffi bon Se généreux ci*
toyen , qu'il avoit été timide
Général. Lorfque la loi eut été
propo-fée par les Tribi»ns con-
formément au décret da Sénat 9 '
il harangua lui-même te peuple
pour, appuier une loi qui deyoic
lui être (î funefte; & il renou-
vella ainfi l'exemple qu'avoit
donné autrefois Sp. Poilumius
en pareille occafion , après le
traité des fourches Caudines.
Le Qiiefteur ne fe piqua pas *
d'une femblable généroiîté. If
fép^ra fa caufe de celle de fon
Général y ôc Rt fi bien par fon
crédit, par fes follicitations 6c
celles de fes amis, que le peu-
ple n'autorifa qu'en partie le
décret du Sénat, & ne condam-
na que le feul C. Hoflilius
Mancinus à être livré aux Nu-
mantios.
En confeqiience de Tordre
du peuple »^C Hoflilius Man-
cinus fut' remis entre les mains
du conful ?• Furiiïs pour être
mené en Efpagne , & livré aux
Numantins par un des Faciaux ,
qui avoir le titre de Pater Pa»
tratus. Il fut donc pr^fenté aux
portés de Numance nu, pieds
6c mains liés. Mais^ les Num^an-
tînsrefufant de le recevoir , les
Romains ne vouloient point
le reprendre , de forte que cet
homnis , qui s'étoît vu Conful
raonée précédente & à la tête
d'une grande armée > pafik le
;.»
M 'A ' .
jour, entier entre le camp Se,
la ville, abandonné des iiens» .
rebuté par les ennemis » juf-^
qu'à ce qu'enfin la nuit étaoc
Venue, les Romains lui; per-
mirent de rentrer dans je çamp»^
Il retourna à Rome , & vou»
lut entrer, comme il ayoit cou-
tume auparavant ,' dan?. l*aȔem-.
blée du Sénat , mais il y trouvi
de l'oppofition. P. Rutilius, Tua
des Tribuns du peuple, préten-*
doit qu'il n'étoit plus citoyen.
Ce n'étoit . poipt par mauvaife
volonté que ce Tribun agilV
foit» mais parce qu'il croyoic
la chofe contraire a refprit des
loix. A la vérité , ceux qu^
ayant été pris par les ennemis ,
revenoient enfulte dans leur
patrie » rentroient dans vous
les droits que la captivité leui;
avoit fait perdre ; & c'eil-cé .
qu'on appelloit jus Pojllîminiu
Mais» le Tribun repréfentoit
que c'étoit une tradition immé-
moriale que quiconque ^voic
été vendu par fon père ou
par le peuple , ou livré aux
ennemis par le Fécial , n'ar
voit point de part au privilège
& au droit de retour. Il fallut
que l'autorité du peuple inter-
vînt, qui réhabilita C. Holii-
lius Mancinus 9 6c déclara qu'ijl
feroit toujours regardé coramp
citoyen , Ck jouiroit de tous les
droits que cette qualité lui don-
noit. [l parvint même dans là
fuite à la Préture. C. Hoftilius
Mancinus, pour conferver la.
mémoire de cet événement, (e
6t ériger une ilatue qui le rtf*
préfencjic dans \t 'mêni'e Stac
h(
MA
& La même attitude ou î1 étoîc»
iDrfqii'il fut livré aux Numan*
tins.
•[ Il y en a qu! donnent à C.
ffoAiiius'Mancinus le prénom
de, Lucius , au lieu de celui de
Caius.
MANCIPIA, (il) nom que
Ton donnoît aux Efclaves pris
à ia guerre » par où a commen-
cé la fèrvitùde ; c'eft comme
oui difoit ^u^Ji manu captù
■ MANDANE , Mandane, (b)
Ma^/6%1», filie d'Aftyage, Roi
des Medes , fut mariée à Cam-
byfe , fils d^Achéménès , Roi
dès Perfés ; & de ce mariage
naquit Cyrus , un an après la
toaîiTance de Cyaxare fon opcle.
' MANDANiS , Mandanis ,
hlLàtfianiy {c) philofophe In-
dien. C'étoîc le plus ancien &
comme le Supérieur àts Brach-
inancs , dii rems d*Alexandre le
brand. Voye:^ Brachmanès*
• MANDELE, Mandela, (d)
TÎIlage d'iifalie au païs des Sa-
Irrns. Nous lifons dans Ho-
race :
^_ •
. M€ quoties reficit geOdus Dîgtn»
lia riyus,
iQjitfflt Mandela bibit , rttgofus
fiigore pagus.
'* On croit que ce village eft
préfentement Paggîo Mirteto.
"^ . MANDONIUN;.MWo;7itf«i,
Vl«>/c>*ev , ' (c) ville d'Italie.
Tîurarque , dans fa vîe d'Agîs
tl de Qéomene , dit qu*Agé»
"^ <^0 Roir« nift. Rom. Tom. 1. p« 146.
(b) Xcnoph, p. 'i* & fiq*
(() Scrab. p. 718.
id) Hdfac* C U Bpift. i8« ?. 100 » loi.
MA t)
filaujt eut un fils nommé Archi-*
damus , qui fut défait & tué
dans un combat par les Mef-
fapieos , devant une ville d'I-
talie appellée Mandonium. he
P^ Lu bit! croit que c'eit pré-
fentement Cafal-Nuovo , dans
là terre d'Orrante ; conjeâure
fort légère.
M ANDONIUS , Mandonius ,
frère d'indibilir. Roi des Iler-
getes. Voyti Indibilis.
MANDORE, (/) inftrument
de n^uiique à cordes. La Man-
dore des Modernes eâ une ef-
pèce' de lutii , compofé pour
Tordinaîre de quatre cordes ;
fa longueur ordinaire eil d*un
pîed ôc demi ; la première cor-
de eil la plus déliée , & fe nom-
me Chanterelle; les autres qui
la fuivcnt vont toupurs en aug-
mentant de groffeur. Son ac-
cord eflde quinte eh quarte;
c'eft-à-dire , que la quatrième
corde eft à la quinte de latroi-
fîème, la troilième à la quarte
de la féconde, & la féconde
à la quinte de la Chanterelle,
On aDaiffe quelquefois la Chan-
terelle d'un ton , afin quV11«
fafle la quarte avec la troîfîême
corde, ce qu'on appelle accor-
der à corde avalée ; fouvenc
auifî on abaifle la ChantereTle
& la troiûème corde d'une tier-
ce ; enfin, cet inftrument peut
encore être monté à TunifTon »
il étoit autrefois à la mode « &
n*y eft plus aujourdibiui.
<•) Pîùt. T. I. p. 79«.
if) Mém. de PAcad. desTnrcrîpt. dL
Bell. Lecc. Tom, VllU paf 7<*
tA MA
La Mandore n*eft pas de Pin*
▼eocion des Modernes > elle
étoic fon d'ufage chez le$ An-
ctensyqui rappelloienCTra^/ec/-
fc»^ wetfj^cvfiay vWfJ'ùvplç, Il eo
eft parlé dans Atfaènée , dans
PolittX^ dans Héfychius» dans
Ntcomaqué > dans Lampride »
& quelques autres.
Suivant la defcription que
BOUS donne de la Mandore an-
cienne le fçavant Perrault ,
elle étoic montée de quatre cor-
des f dont la Chanterelle fer*
Tant à jouer le fujet , étoit pin-
cée par le doigt index armé
d'une plume faifant TefTec du
pleârum. Pendant qu*ôn la pin*
çoic ainfî , les trois autres cor-
des , qui faifoient Toâave rem-
plie de fa quinte 9 étoient frap-
pées l*une après l'autre fuccef-
nvement par le pouce* On tâ-
choit de faire enforte que ces
trois cordes » qui tenoient lieu
d'autant de bourdons , s'accor*
daflenc^ avec les tons du fujet »
qui devoit être néanmoins dans
le mode , fur lequel étoit accor-
dé le bourdon ; c'eft-à-dire ^
que la Chanterelle devoit être
accordée» de manière que les
cadences principales & les do-
minantes tombaiient fur les bour-
dons que le pouce frappoic, fui-
irant la cadence propre à l'air
que Ton jouoir. On voit par-
là que les Anciens formoient
une efpèce de fymphonie , où
entroient trois confonnances ;
snais^ils n*endemeurerenc pas*là«
C«) Ludan. T. I. p. 478.
Jh) Plut* Tom« 1« pag. 40if
I
MA
Ils allèrent jufqu'à faire ufage
de quelques diflonnances dana
le concert» & de ce nombre pnt
été certainement la tierce As
la lixte.
MANDRA6ULE, Mfndra^
bulus y làMflfu&9vhtç • (tf ) donc
il eft fait mention dans un dia^
logue de Lucien*
MANDRICIDAS » Mandrin,
cidas , MetflpiM.lJ'aç . (b) Spartia^
te. Pyrrhus , Roi d*Épire , étant
entré fur les terres de Sparte 9
fe mit à les pillera à les rava*
ger ; & comme les Ambaâaf
deurs qu'on lui avoit envoyés ^
fe plaignoient de ce qu'il fat#
foir contre eux ces aâes d^hoC»
tilité» fans leur avoir aupara«
vaut déclaré la guerre : Bon^
leur répondit«il » eh ne fçavons*
nous pas que vous autres Laccdéf
monicns , vous ne déclare^ jamais
ce que vous ave^ rifolu de faire i?
Mandricsdas, un de ceux qui
étoient préféns » lui dit en loa
langage Laconique : Si tu es UM
Dieu f tu ne nous feras point de
mal y car nous ne t en avons poini
fait ; mais y fi tu rCes qu'un
homme y nous en trouverons quel»
qu* autre . qui fera plus vailUiH
que toi,
MANDROCLIDAS, Mm-
droclidas y McvfJ'poiOitii'aç « (c)
fils d'Ecphane , fut un de ceux
Iui excitèrent fortement le roi
.gis à rétablir l'ancienne di*
gnité de Sparte f en remet-
tant en vigueur les loix .de
Lycurgue* Flutarqoe remar*
(«} Plot« ToflL l*.psK.* 798t
... MA
fi2« que Màndroclidas ^coïc ua
Homme fore propre à conduire
des pradques fecretes ^ parce
qite Tes rbfes & (on audace
étoienc actompagnées 4e fer-
sieté*
MANDROPOLIS , Màn-
irapùUs y (4) ville de rAfiè
mineure , dans fa Phry^e , feloa
Etienne de Rysance. Tice-Live
en parle au({i , & la met encre le
Palus Caralice & la ville de
Lagos , à peu de diftance de
Cibyrc & de Termeffe*
MANDUBIENS, Manduhiiy
Mccf/cv^loi ^ {è) peuple de la
Gaule Celtique. La ville d^A-
léfîe , aujourd'hui Alife j ^rolt
de leur dépendance, au rapport
de Jule Céfar & de Scrabon.
Ce dernier le méprend érran^
femenr en faifant les Mandu-
îens limitrophes des Arver-
nés', trompé apparemment parce
?|ue Vercingétorix qui fe ren«
erma dans cette place , écoit
de la ftation des Arvetnes. Les
Mandubiens dépendoient des
Éduens , & habitoient fur la
frontière des Lingones. Héric »
qui dans le neuvième fîecle a
ronopofé un Poëme , dont la
l^ié de fàint Germain d*Auxer-
r« eil le fujet , témoigne pat
te vers en parlant d'Aléfie :
Te fines JEduoe £*, limina /aéra
tuentem y
que les Mandubiens étoient
rÉifèrmés dans le territoire
<#> Tu. liv. t. XXXVIll. c. f y.
(#> Tît. 4.1V. L. XXXVIll. c. f y. 1 fO C«r. d
(b) Caef. de fiell. Oall. L. Vil, p. t%9. lér feq. Cr^f.
rab. pa^. 191. Nocic. de la Gaul.]par J ijtf « 157.
, d*Anvill« p> 431 y 43t, 4
Scrab
MA i%
des Éduens; & les limités ac-
tuelles du diocèfe d'AuftuA f
répondent encore. Les lieux
3ui portent le nom de Fins , près
*Alife & de Sémur eo Auxois,
nous appreanent même que ces
limites exiiloient aiafi du tems
de la domination Romaine, 8c
qu'elles n*ont point éprouvé de
diangement. L*uo 3c l'autre de
ces lieux fe trouve cité fous,
le nom de Fines ^ dans la Chror
nique de Hugue t Moine 4^
l*abbave de Havigni , fîtnée à
une aemi - lieue d^Alife. Cet
article eft de M. d^Anville.
Nicolas Sanfon n'eft pas tout*
&-fait du même avis y & voici
comme il raifonne dans fes re-
marques fur la carte de l'an-
cienne Gaule ; n Le Duefinois»
» où eft Alife » femble retenir
>» quelque chofe de Tancien nom
» Mandtièii ; ce quartier ^Û
» tout engagé dans le diocèCe
^ de Langres , & néanmoins ^
» dépend du diocèfe d^Autnn ;
M cela m*a fait Juger , pour-
I» fuit-il , ou qu'ils ont été ps^
» $us Lingonum , pais de ceux
» de Langres » ou qu'ils ont été
» peuple en cheft 6c qu*aptè«
» la prife & la ruine d'Alife ^
» les parties de ce peuple Mon*
n duhn auront été données cii
» partie à ceux d'Autun » eâ
» partie à ceux de Langres. »
MANDUBRATIUS y Man^
duhratiusy (c) étoit £ls d'Ima*
nuentius , Koi des Trinobaates^
C«) C«r. de Bell. Gali, L. V« p. 1*4;
A- ---^- Hift^ J^^^^ J^^,^ yy ^J
î6 MA
teuple de ta Grande-Bretagne,
orlque Jule Céfar alla porter la
guerre dans cette îfle , Mandu-
brarius étoit dans Tarmée de ce
Général» auprès duquel il étoit
venu jufqu'en Gaule chercher
tine retraite & un appui. Dès*
lors les Gaules étoient rafyle
des Rois de la Grande-Breta-
gne , dépoflTédés & perfécutés.
Imanuenrius ayant été tué par
Cartîvellaunus , les Trinobah-
tés qui confervoîent de l'atta-
chement pour Mandubratîus ,
prièrent Jule Céfar de le leur
renvoyer pour les gouverner. Ils
obtinrent l'effet de leur deman-
de , & moyennant quarante ota-
ges & desbleds qu'ils fournirent
aux Romains , leur païs fut épar-
gné & même protégé par Jul€
Céfar.
MANDURIE , Mandurîa ,
(j) ville d'Italie au païs des
oalentins » autrement dans la
Meffapie , ou Tlapygîe. Pline
dît qu'auprès de cette ville eft
un lac toujours plein jufqu'aux
bords 9 & qui ne s'augmente
point par toutes les eaux qui
y tombent , & ne décroît point
par toutes celles qui en fortent.
Q. Fabius, ayant pris de force
la ville de Mandurîe , y fit qua-
tre mille prifonnîers & un bu-
tin confldérable , l'an de Rome
543 , & 209 avant J. C.
Etienne de Byzance lit Man-
dyrium. Cette ville eft préfen-
tement reconnoiflabie à caufe
du lac qui conferve l'ancien
{/) f lin. Toiii» 1. p. ito. Tit. Li?. L.
XXVU. c, 15.
(b) Dan. c. ji Ti %%• & fif*
MA
nom*. On l'appelle Andotîa,
Le nom moderne de Mandurie
eftCafal-Nuovo, felonLéandre.
MANÛURIUM , Màndw-
tium. V6ye!(^ Mandurîe.
MANDYAS, Mandyds, la
même chofe que la Cblarayde^
félon Aftémidorc. Voye^ Chla-
Ciyde. V
MANÉ, Manc^ Maw, (b)
terme Chaldéen , qui (îgnîfîe »
H à comptée Pendant un repas
facrilege que Balthafar donna
à (e% courtifans & à fes concu-
bines , il fe fit fervir les vafes
facrés du Temple de Jérufalem,
que Nabuchodonofor avoit ap-
portés à Babylone. Alors, il
parût fur la ^muraille comme
Une main qiiiécrivoit ces mots,
Mané <t Thécel ^ Phares ^ c'efl*à«
dire , Dieu a compté , il a pefé ,
îi a divifé. Perfonne n'ayant pu
expliquer ces paroles, Daniel
fut appelle , & déclara au Roi
que Dieu avoit compté fe$
jours, & que fon heure étoit
venue '^ qu'il avoit pefé fes
aftions & qu'il ks avoit trou-
vées trop légères ; & qu'enfin
il avojt partagé fa Monarchie
entre les Perlés & les Medes.
La même huit Balthafar fut mis
MANES , Mants , (c) fils de
Jupiter & de la Terre , félon
Denys d'Halicarnaffe,fttccédaà
Méon au royaume de Lydie.
Voye^ Lydie.
On demande fi le Manbs j|tt
Masdès dont parle Flutarque»
(C) Mém. de TAcad. des Infcript.&
Bell. Le». Tom. V. p. «ji.
eft
'
MA
tft le toéme donc il eH h\t
mention daos Dénjs d'Halicar-
Hafle. » Toute la difficulté,
*> dît M. Pabbé Sévin » roule fur
» un fragment d'AJexandre
7> Polyhîflor» qùiftous oblige de
éê reconnoîcre deux Princes de
s» ce iiomé En effet , Manès père
» d'Acroon ne fçauroit avoir
•> rien de commun avec cet au-
» tre, dont le fils s'appeiloic
» Cotys» A la vérité, le pre-
» mier de ces Rois me paroît
I» un peu fufpeâ. Acmon lui
^ devoit le jout , fi Ton en
» croit Alexandre Polyhiftor;
30 maiSfPhérécyde avoue de bon^
» ne foi , que les monumens
y> hiiloriquet ne parlent jamais
» de Torigine d Acmon & de
» Doëas Ton frère. Lequel croi-
» re de ces deux Écrivains?
^ Pour moi , dans les matières
m de généalogie , je me ferois
» un fcrupule d'écouter Alexan-*
y> dre Polyhiilor aux dépens
» d^un Auteur, qui lui étoit
» infiniment fupérieureii ce gen-
» re de connoiiTances. Ajourer
» à cela, que quelques Poëtesi
» au rapport de Phurnutus, font
» Uranus fils d^ Acmon* Si la
i> remarque eft certaine,comme
x> le prouvent inconteilable-
» inent les témoignages de Sim-
» mius &d'Antimaque, ondott
» en conclure que Saturne Se
x> Jupiter font les defcendaos
M de Manès. Comment donc
» un Dieu 4e cette importance
y> eft* il échappé aux recher-
3» ches des Théologiens > qui
» ont précédé le fiecle de Phé-
9 récyde? De toutes les raifons
M A 17
• qui otit pu donner, lieu à cet
n oubli , la plus plaufible , 4
3» mon avis , feroit de dlrlt'
1» que Manès eft un perfonnagft
»* fuppofé ; auquel cas perfoont
X» ne difputera au Héros qui pof^
9 te le même nom dans Dényt
3i> d*Halicarnafl*e , lea viâoirei
)» fignalées qui avoient reodti
» Ton règne fi glorieux^ Ce
« Prince époufa Callirhoë , fille
f» de rOcéaji., dpùt il eut Co*
a> tys, qui, après la mort de
» fon nere , remplit le trône de
» Lydie* Tel eft le fentimenc
n de Dénys d^Halicarnafle i que
» peut-être bien des gens ne
» trouvetont gnère conforme
a> à celui d*Hérodote. Cet Hif*
j> torien du moins femble'dé»
P cider en faveut d'Atys t qui,
» félon lui , éft le fils Ôc le fuc**
» cefltiur immédiat de Manèi*
9 Cependant, tout bien examl«
» né , je ne crains pas d*avan*
» cet que ct% deux Écrivaini
.j» ont luivi la même tradition:
y* autrement il feroit malaifé
n de juftifier Hétodote , lut
» qui prétend dans un autre
» endroit, que l'Afîe a empruii*
y» té fon nom d'Afiès , fils de
» Cotys & petit- fils de Manès.^
9 Ces paroles font claires, 6c
3» fufiifent pour afiurer à Cotyt
» la pofiTemon d'un Royaun^e
» qui lui appartient fi légitime*
.» ment, n
Xanthus fait aulfi Mani;s , fita
de Jupiter ; ce qui prouve , dit
M* Fréret^ qu^il étoit le pluâ
anciep Roi. 4e Lydicé » Car «
» a}oute-t-il9 dans le ftyle dei
m anciens Écrivains, le com«
fi
F ■ ^
» médfcemént des tems'hîftorî-
3» ques de chaque oacion eft
a décrit comme le commence-
30 m^nc da genre humain; &
3> iorfque ia fucceiEon hiilori*
37' que des Rois 6c des hommes
i n'eft plus connue , on fait ha*
30 bitèr fa terre par des Divini<*
io tés. C?eil pour cela que. le
^ tems fabuleux de ce règne
3^ des Dieux > finit plus tard
» chez les nations dont les mé-
x> moires hiilforiqùes font moins
y) anciens; Nous ^voyons dans
y> les traditions des Romains ^
30 que Saturne tegndit encore
» en PItaiie dans un rems où,
30 félon les traditions Grecques»
» les Dieux avoieor quitté le
30 féjour de la terre depuis plu-
'» fîeurs (iecles , pour lie retirer
03 dans le Ciel.
» Manès étant le plus ancien
03 Roi des peuples y appelles
30 Méoniens de Ton nom» je ne
'39 le crois pas di^rent de ce
» Méon , Roi de Phrygie & de
» Lydie, dont parle Diodore
>» de Sicile. Car, le nom de
» Méoniens quHIs ont dans
» Homère & dans Hérodote ,
'ô> fuppofe que le nom de leur
00 premier Roi ft pronopçou
» Méon auffî bien que Manès.
30 Ce Prince étoit mari de
» Callirhoë , fiile de TOcéan ,
y> félon Xanthus ; les autres la
30 nommept. Pi^^j^tOA > ^ ^^
* f} font mère de Cybele , dont
» les amours avec le jeune Atys
' » donnèrent occasion aux céré-
(4) Myth. par M. PAbb. Ban. Tom.
" IV. pag. 4^»»49î« Tom. V, pag, i6a.
«^ .fmiv, Antiq. expliq. par D. Bern.
die Momf. Jom. 11. pa^. 35 » 13$ ^ S41,
.... 1^1 A
9) monies du culte de la mère
» des Dieux ou de ta DéefTe de
» Phrygie , à laquelle on don-
» noit auili les noms de Cybele^
» d*Agdi(lis , &c. Comme le
n culte & les myfteres de cette
03 DéefTe furent établis fous le
3t> règne de Méon , félon Dio-
D dore & les Auteurs qui ont
7} traité ces matières, on peut
» déterminer le tems de fon
30 règne par celui de rétabiif««>
SI fement du culte de la mère
13 des Dieux, & de Tappari'*
33 tion de fa ftatue à PelGnun*
30 tium , marqué dans la c}#o*
n nique de Paros , à Tan 297
3» avant la prife de Troie , dt
» quelques années après Tarri-
30 vée de Cadmus éc de Da-»
09 naùs dans la Grèce. Suivant
30 cette Chronique , le temi de
n Méon & le commencement
» des myfteres de Cybele tom*-
30 beront vers Tan 15^0 avant
IVre Chrétienne. »
MANES 9 Mânes , (a) Dieux
auxquels les Anciens ont donné
pour mère la déefle Mania ;
mais , leur véritable origine »
félon M. l'abbé Banier, doit
fe rapporter à l'opinion où
Ton étoit, que le monde étoit
rempli de Génies ; qu'il y ea
avoit également pour les vivans
Se pour les mores ; que les uns
étoient bons , & les autres mau-
vais , & que les premiers s'ap-
pelloient Lares familiers , de les
féconds Lémures ou Larves*
Auffi , quand Virgile dit : Quif^
Mém. de PAcad. des Infcrîpt. & Bell*
Letc. Tom. 1. pag. ^1, ér Jmiv, Tom.
111. p. ) f 79. 6* fmiv. Tom. IV. p» a^s ^
176. T, VU. p. 30. T. IX. p. é^.
VT
4v^'
»» ^
MA.
If ne faos patimur Mants , c*eft,
félon Sefvius 9 comme s'il difoit:
Nous avons chacun notre Génie.
Il parotc par la Mythologie
des Anciens $ qu'ils n*avoieoc
pas des idées bien fixes au fujet
des Mânes. Ce qu'on peut en
recueillir de plus conftacé y ç'eft
que fouvent ils les prenoient
pour des âmes féparées du
corps , d'autres fois pour les
Dieux infernauX) ou (implemenc
comm.e les Dieux ou les Génies
tptélaires des défunts.jK
Quelques Anciens ^u rap«
port de Servi us , ont prétendu
que les grands Dieux <réleftes
étoieût les Dieux des vivans ;
mais que les Dieux du fécond
ordre , les Mânes en parcicu^
lier , étoient les Dieux des
morts ; qu'ils n'exerçoient leur
çinpire que dans les ténèbres
de la nuit auxquelles*ils préfi*
doienty ce qui , fuivant eux , a
donné lien d'appeller le matin
Mant.
Le mot Mânes a auflï été pris
quelquefois pour les Enfers en
sénéral, c'elt-àdire , pour les
lieux fouterreinSy où fe dévoient
rendre les âmes des hommes après
leur mort » & d'où les bonnes
étoient envoyées * aux champs
Élyfées , & les méchantes au
lieu des fupplices appelle le
Tartare. C'eâ ainfi que Virgile
dit:
»..••. Htf c Mânes veniet mihl
famafuh imos.
On a donné au mot Mânes
diverfes érymologies ; les uns le
font venir du mot Latin manare^
MA î9
fortir, découler, parce^ difenr*
ils, qu'ils occupent l'air qui eft
entre la terre & le cercle lu<^
nairc , d*où ils defcendent pouf
venir tourmenter les hommes j
mais, (i ce mot vient de manatcg^
ne feroit-ce point plutôt parce
que les Payens çroyoient que
c'étoit par le canal des Maûet
que découlent particulièrement'
les biens ou les maux de la vi^e
privée? D'autres le tirent du
vieux mot Latin marius , qui fl*
gnifie bon , & fuivant cette idée
ils ne confiderent les Mânes que
comme des divinités bienfaifan*
tes qui s'intéreifenr au bonheur
des humains , avec lefquels elles
ont entretenu pendant leur vie
des relations parricttlieres, com-
me leurs proches ou leurs amis^
Un Auteur Allemand j prévenu
en faveur de fa langue , tire le
mot Mânes du vieux mot mann^
homme, qu'il prétend être un
mot des plus anciens , ât qui
vient de la langue Étrufque, Of
il dit que Mânes fîgnifîe deâ
hommes par excellence , parce
qu'il n'y a que des âmes vérita-
blement vertueufes qui puiflenc
efpérer de devenir , après la
mort de leurs corpi , dt% efpe-
ces de divinités , capables de
faire du bien aux amis de la
vertu; maïs, la véritable éty-
mologie du mot Mânes fe trou«
ve dans les langues Orientales^
& vient fans doute de l'ancien-
ne racine moun , d*oû fe font
formés les mots Chaldaïque dc
AtAt^moan ^man y qui fignifîenc
figura , fimilitudo , imago , phân*
tafma , idea , fpecies intelUgihiUs •
, Bii
j2d M A
firma imaginis cujufdam , dUltur
ênim de rébus , tant corporalibus
Î' uarn fpiritualibus , prafertim de
}eo, (2e font - là tout autant
de lignifications analogues aux
îdécs qu^on fe formoit des Ma-
tiQ$ y &L aux diverfes opérations
qu*on leur atcribuoit.
De tous les Anciens, Apulée
cft celui qui , dans Ton livre
de Deo Socratis y nous j>arle plus
clairement de la doarine des
Mânes. » Le Génie » dit-il , eft
y> l'ame de rhomgie dégagée âc
» délivrée des liens qui l'atta*
2b choient au corp,s. Je trouve
37 que dans l'ancien langage
aô Latin , on la nommoit alors
^ Lemure. De ces Lémures ,
y> ceux qui ont en partage le
» foin de ceux qui habitent dans
B» les maifons où ils avoient
30. eux - mêmes demeuré & qui
30 font doux & pacifiques, s^ap-
90 peilent Lares familiers. Ceux
yi au contraire qui en punition
» de leur mauVaife vie > n*ont
» point de demeure aflurée»
7> font erjrans & vagabons^ de
f? caufent des terreurs paniques
» aux gens de bien qu'ils cher-
» chent à épouvanter, 6c font
» véritablement du mal aux
» méchans , font nommés Lar-
io ves. Des uns & les autres,
» Toit Lares , foit Larves , por-
» tent le nom de Dieux Mânes;
» & c'eft par honneur qu'on
» les appelle Dieux, Honoris
ao gratiâ Dei vocahulum additum
» eft» f>
On I
ne fçait au refte quelle
vertu avoient le bruit & le fon de
rairaio fie du fer ; mais, Lucien
MAv :
& Agatharcide , cités par Pho-
tius, aflurent qu'il étoit fi iil-'
fupportable aux Dieux Mânes ^
qu'il les mettoit en fuite.
Il en étoit de même des om-
bres qui étoient dans les En*
fers ; aufS Circé , dans Homère
recommande -t- elle à UlyflTe ,
lorfqu'il aura offert un facrifîce
aux Dieux qui y préfîdent, &C
répandu le fang des victimes
dans une fofiTe, de mettre l'cpée
à la main pour en écarter les
ombres qui viendront pour hu-
mer ce fang dont ellesî'ont fort
friandes* Virgile, toujours co-
pifte de ce poète Grec , dit de
même qu'Énée étant arrivé dant,
les Enfers , prit Ton épée^ pouf
écarter ces mêmes ombres qui
volrigeoient autour de lui. Mais,
il paroît qii il y alloit de bonne
foi » &L qu'il avoir envie de fer-
railler « l^^rfque la Sibylle lus fie
appercevoir que fes coups fe-
roient inutiles , parce que ce
n^étoîent que de vains phantô-
mes contre lefquels le fer n'a-
voit point de prife. '
Quoi qu^il en folt , la crain-
te, autant que le refpeél» fai*
foit qu'on avoit une extrême
vénération pour ces Dieux , 6c
on ne manquoit jamais de leur
recommander les morts ; delà
la formule ordinaire qui fe trou-
ve fur les tombeaux anciens ,
D. M; Dits Manibus, Delà en-
core ces libations fréquentes'
qu*ont y faifoit ^ & qui avoienc
pour objet non -feulement les
ombres des niorts , mais au(S
les Dieux Mânes qui les gar«
doieot.
■M'A _ . \, .
' On ne fçaît où les Compila-
teurs du Didionnaire de Tré-.
voux ont pris qu' Rome il
écoic défendu d'invoquer les
Mânes ; s'ils avoîent confuicé
Feftus, il leur auroit appris que
les Augures même du peuple
Romain écoien( chargés du foin
de les invoquer , parce qu'on
les regardoit comme des êtres
bienfaifans & les proteAeurs
des humains. Il parott même
que ceux qui avoient de la dé>-
votion pour les Mânes , de qui
vouloienc confecver avec eux
quelque commerce particulier,
s'endormoient auprès dts tom«
beaux des morts , .afin d'avoir
des fonges prophétiques & des
révélations par l'entremife des
Manês > ou des âmes des dé-
funts.
. C'eflainii qu'Hérodote dîrque
les Nafamones y peuple d'Âfri-
que , juroient par ceux qui
avoient été juOes & honnêtes
gens; qu'ils devinoient en tou-
chant leurs tombeaux ; & qu'en
s'approchant de leurs fépulcres,
après avoir fait quelques priè-
res f ils s'endormoient , âc
étoient inflruits en fonge de ce
qu'ils vouloient fçàvoir.
Au reAé V >I paroît claire*
ment par une multitude d'Au-
teurs que les Payens atribuoienc
aux âmes des défunts , des ef-
peces de corps très-fubtils , de
la nature de Taîr , mais cepen-
dant organîfés , 8c capables de
diverfes fondions de la vie hu-
(a) 7ofeph, L. K Contra Apion. pag.
10)5^. ér Jjnj* Suicl. Tom. 11. p9g. 89.
%o\ï. iiift. Aoc. Tom» 1. ^ag, é^ , {^5.
-<
MA
mainé > comme voir , parler ^
entendre , fe communiquer ^
pafier d'un lieu dans un autre p
&c. Il femble même que fans
cette fuppoiition nous ayions de
la peine à nous tirer des gran-
des difficultés que l'on fait tout
les jours contre les dogmes fon-
damentaux &confolans de l'im-
mortalité de l'ame & de la ré-
furreélion des corps.
Chacun fçait que l'idée de
corps 9 ou du moins de figures
particulières unies aux intelli-
gences céleftes 9 à la divinité
même » a été adoptée par ceux
des Chrétiens qu'on appelloic
Anthropomorphites,parce qu'ils
repréfentoient Dieu fous la fî^
gure humaine.
Nous fommes redevables à
cette erreur de je ne fçais
combien de belles peintures du
Père Éternel 9 qui ont immorta*
lifé le pinceau qui les a faites ,
qui décorent aujourd'hui plu-
ueurs autels , & fervent à fou-
tenir la foi ôc la piété des Fidè-
les» qui fouvent ont befoin de
ce fecours.
C'étoit une opinion commune
dans les ten^s héroïques , que
les Mânes de ceux oui étoient
morts dans une terre étrangère»
erroient bc cherchoient à re-
tourner dans leur païs. . Voyei^
Mort.
MANÉTHON , Manethon ,
MâtreGctfy ) (tf) originaire de Se-
bennyté , qui éll appellée dans
Strabon Schennynca urbs- , , ÔC
I Uhw, de PAcad. des Infcripc. h, Qflj.
Lcit. Tom 111. pag. aj. é" f»$v» Tom;
1 VI, pag. 96, 97« 180.
ri •••
9^1 M A
Bscif d'HéliopoIis , étoif grand-
Prêtre de cette dernière ville.
Il coropofa par ordre de Pco-
lémée Philadelphe une hiftoire
d'Egypte» qu'il dédia à ce
Frince , & qu'il publia avant
l'an 247 avant Jcfus-Chrift,
puifque Ptole'mée Philadelphe
mourut cette même année. Pour
exécuter cet Ouvrage , il ayoit
confuhé toutes les archives des
temples de l'Egypte ; il le pou-
voit faire aifément étant pré«
pofé à la garde des livres facré^
de tout le païs. Un fragment de
cette hiiloire , cité par Jofephe,
BOUS donne lieu de juger qu'elle
étoit écrite avec ex*jdlitude ;
car , Manéthon avoue que dans
le fait dont il parle , il n'a rien
trouvé dans les livres authentf-
ques , ou dans les archives des
temples , Ôc remarque qu'il né
tient ce qu'il en dit, que de la
tradition des habitans d'Hélio-
poIis ; ce qui prouve le foin
qu'il avolt de dilHnguer lès di«
vers degrés d'autorité des mé-
moires qu'il futvoit.
Nous avons des extraits d^
fon hiiloire d'Egypte , faits par
Jule Africain, 6c iranfcrits par
George le Syncelle. Cette hif-
toire de Manéthon , ainfî que
celle de Ptolémée de Mendes»
autre prêtre Égyptien ,. niéri-
toient plus de croyance que
celle d'Hécatée de Milet &
celle d'Hérodote , qui s*é-
toient contentés de confulter
de vive voix les Prêtres de
Memphis, de l'habileté defqueU
on ne fait pas de grands éloges;
au lieu queManéchcn âc Ftcld-
MA
mée de Mendes avoient cofiftlté
les chroniques même des Égyp-
tiens , & que leurs hiftoiret
étoient fondéesr non-feulemenc
fur les traditions > mais encore
fur les titres & les monumens
\ts plus affurés.
L'hiftoire de Manéthon éfok
divifée en trois parties ; la pre-
mière contenoit l'hiftoire des
Dieux ; la féconde , celle des
Princes ou des rois d'Egypte
& demi-Dieux ; la troifîeme 9
celle des XXX Dynafties » qui
finirent à Neâanébus , dernier
roi d'Egypte , qui a regni
quatorze ans avant la conquête
d'Alexandre.
Si on fuppute les XXX Dy*
nafties de Manéthon fucceffives»
elles compofent plus de cini}
mille trois cens ans jufqu'au rè-
gne d'Alexandre ».ce qui eft ma-
nifeftement convaincu de fauf*
fêté. D'ailleurs , on voit dans
Erathofthene , appelle à Ale-
xandrie par Ptolémée Evergete»
une lifte de trente - huit rots
Thébains 9 tous difFérens de ceux
de Manéthon. Le foin d'éclair-
cir ces difficultés a beaucoup
exercé les Sçavans* La voie la
plus (lire de concilier ces contra-
diâions , eftde fuppofec » com-
me le font maintenant prefque
tous ceux qui traitent cette ma-
tière, que les Rois dont il eft
parlé dans les différentes Dy-
naAies ^ ne fe font pas tousfuc-
cédé les uns aux autres , mais
que plulieurs ont régné en mê-
me-tems dans des contrées dif«
férentes.
MANÉTHON^ Matutho$ti
MA
Mâfi'fW'', (tf) furnommé le Meo-
défieo , prêtre Égyptien, auteur
de quelques Ouvrages cités par
Suidas , êntr'autres , d'un Hvre^
de la manière de faire les par*
fums « dont fe fervoient les
Sacrificateurs Egyptiens. Il eft
parlé de cet auteur dans le livre
dlfîs & d*Ofirîs de Plutarque -,
dans Calieo j & dans le fécond
livre de Saint Jérôme contre
Jovinien.
MANGÉLIES , Aftfa«/w, (h)
fêtes des Romains , (elon M.
Tabbé Banier.
^ MANUV.Manhuy {c) cVft-
à-dire, qu^efl^ce que ceci. Les Hé-
breux ayant vu la manne ^fe
dirent l'un à Tautre : Man-hu ,
qu*eA-ce que ceci? ou ceci eft
de la manne.
Mania , Mania y M'cr'a «
(d) déeife Romaine. Elle pafloit
pour la mère des dieux Lares »
qui préfidoient aux carrefours.
On lui offiroit le jour de fa fête»
qui étoit le même que celui de
là fêce de fes enfans, des figu-
res de laine , en pareil nombre
qu'il y avoit de perfonnes dans
chaque famille ; on la prioit de
s'en contenter » & d'épargner
les perfonnes qui lui rendoient
cet hommage. Foyt^ Mana.
MANIA , Mania , Mcck/« , (0
femme de Zénis Dardanien , qui
avoit gouverné i'Éolie fous l'au-
torité de Pharnabaze. Comme
après la mort de Zénis » on vou-
loit donner cette province à un
MA 2)
autre i Mania vint trouver Phar^»
nabaze avec des troupes & des
préfens 9 & lui dit qu'étanc
veuve d'un homme qui lui avoit
rendu de grands fervices, elle
le prioit de ne lui*point ôter les
récompenCes de fon mari ;
qu'elle le fervîroic avec le mê-
me zèle & la même obéiiTance i
de que il elle y manquoit » il
lui feroit toujours libre de Icd ^
Ôter fon gouternement. Elle Iç
conferva donc» & s'y conduiilt
avec toute la fageâe & toute
l'habileté qu'on auroit pu at-
tendre de l'homme le plus conr
fpmmé dans l'art de commander*
Aux tributs ordinaires qu'avou
payés fon mari , elle ajoutotc
des préfens d'une magnificence
extraordinaire ; ' & lorfque
Fharnabaze vçnoit dans fa pro*
vince » elle le traitoit plus rplen-
didement que ne faifoient to»s
les autres Gouverneurs. Elle ne
fe contenta pas de conferver U$
places qu'on avoit commifes à
ùk garde , elle en conquit de
nouvelles » & prit fur la côte La-
rifle , Amexite » & Colone.
On voir ici que la prudence»
le bon efprit , & le courage
font de tout fexe. Mania fetroiv-
voit préfente à tout > montée fur
un char y & ordonnoit elle-mê-
me des peines 6( des récompen-
fes. Il n'y avoit point dans le^
provinces voifines de plus belle
armée que la flenne » & elle y
tenoit à fa folde un grand ngmr
(et) Suid. T. U p. io;9« | (*') Myth. par M.'rAbb. Bsn.'Toni.
(b) Mytb. par M. TAbb. Ban. Tom. ] IV. p. 491.
1. p. 5ÎÎ- I CO Xcnoph. p. 46s , 4»|. Roll, Hift.
(/(} £xod* Ct 16. Vi 151 I Ane* Tom* 11. p. 6qçi > 601.
:24 M Â
bre de foldats Giecs. Elle ae-
compagnoît même Pharnabaze
dans toutes fes entreprifesyâc
Y>e lui écoit pas d'uiç médiocre
fecours. Au$ ce Satrape ^ qui
connoifloit tout le prix d*un fi
Tare mérite ^ faifoit à cette Da«
ïne^ plus d'honneur qu'à tous
les autres Gouverneurs jjafqu*à
lui donner entrée dans Ton Con*
feil ; 6c 11 la traicoit avec une
diilioAioq qui auroit été capa-
ble d'exciter la jalouGe j fi' la
snodeilie de la douceur de cette
jDame n'en eufient prévenu les
triftes effets , en jettant po^r
alnfi dire un voile fur toutes
fes vertus , qui en aroortifibit
Téclat y & ne les laifioit en-
trevoir que pour les faire ad-
mirer.
Elle ne trouva d'ennemis que
dans fa propre famille. Midias
fon gendre, piqué des repro*
ch s qu'oA lui faifoit de laiiïef
commander une femme en fa
place, & abufani de l'entière
confiance qu'elle avoir çù lui ,
de qui lui lai^oit les entrées li-
bres en tout rems 4 l'étrangla
avec fon iils. Après fa mort , il
fe faifit de deux places fortes où
elle avoit renfermé fes tréfors ;
les autres villes fe déclarèrent
contre 4ui. Une jouit paa long-
rems du fruit de fon crime. Der«
cyllidas arriva heureufemenc
dans cette conjonâure. Toutes
les places de PEolie » foit de
gré) foit de force, fe rendl-
fent à lui D & Midias fyt dé-
MA
ipôuUlé des biens qu'il avoît fi
injuftement acquis.
MANIA . Mania , VLxfU »
(a) c'eft-à-'dire , folle , furnom
de la courtîfanne Démo. Voye^
Démo.
MÂNICiE. Voye{ Manches.
M ANICIUS , Manicius , {k)
PréneAin , commandoit dans
Cafîlînum 9 lorfque cette place
fut afiiégée par Annibal > i*aa
de Rome 5}6 , & ai6 avant
Jefus^Chrift. Quand elle fe
rendit , le fer & la faim avoienc
emporté plus de la moitié de la
garnifon , qui, au commence?-
ment, étoit de cinq cens foi*»
xance-dix foldats, la plupart
Préfteftins. Ceux qui étoient
reilés , arrivèrent fains & faufs
à.Préneiie avec Manicius > qui
avoit été fcribe avant que d'être
homme de guerre. La preuve
en eft tirée i^. de la ilatue de
cet officier , qu'on voyoit dans
la place publique de rrénefte »
armée d'une cuirafle , & cou-
verte d'une longue robe , avec
un voile fur la tête ; ^^- de trois
autres figures qui Taccompa-
gnoient ; 3^. d'une lame de cui->
vre , fur laquelle on avoit gravé
cette infcription : C'eft un vœu
que Manicius a fait pour le falut
des foldats qui étoient en garni/àt^
â Cajilinum, Le même titre fe
lifoic au bas des trois figures
qu'on avoit mifes dans le temple
de la Fortune.
MANIES , Mania » Mw/xm «■
(0 canton du Péloponnèfe dans
<«) Plut. Tom. 1. pag. çoif
ijd} TiCf iiv. I. XXUI» c. 19.
I (r) Pauf. p. 509 • S 10^
/
MA
TArcadie. Voici ce qw Paufa-
fiias nous apprend de ce canton,
p En allant , dit-il > de Méga-
» lopolis en Mefi*énie, on n'a
» pas fait fepc ftades que Ton
t» trouve à la gauche du grand
» chemin un temple ^ dédié à
» des Déefl*es » que lés gens du
7» lieu nomment Manies i & tout
9 le canton d*alencour en porte
» auffi le nom. Je crois qu'ils
» entendent les Furies y auffi
30 difent-ilsqu'Orefte ayant tué
» fa mère, perdit refprit en ce
i^ lieu<>là. Aflez près du temple
3» on voit un petit tertre cou-
a> vert d'une efpece de tombe ,
a» fur laquelle eft gravée la fi«
». gure d'un doigt; ils appeU
n lent ce tertre la fépulture du
» doigt , 6c difent qu'Orefte
» devenu furieux , fe coupa là
ti avec les dents un des doigts de
a» la main« »
MANIES [ les Déefles ].
Voyei Mania , déefle Romaine.
MANILIA [la Loi] , (a)
JLex Maniiia , loi dont Cicéron
parle dans fon Brutus. Il en
tait aufE mention dans fon orai-
fon pour L. Muréna.
Nous connoifibns deox loix
de ce nom » portées par le Tri-
bun C. Maniiius ; Tune étoit en
faveur de Cn, Pompée , & l'au-
tre en faveur des affranchis»
Foye^ Maniiius [ C. ].
MANILIA, Maniiia, (è)
Dame » qui , quand on ne lui
intentoit point de procès , en
^ Cs) Cicer. Brot. c. 6ç, 65* Ont. pro
-L. Muren^ c. 4^. Rofin. de Antlq.
Itomain. p. 8}o > 848.*
(^J Jufcn. Satyc. 6. Vt S4Si
MA 2Ç
!ntentoit elle-même j au rapport
de Juvénal.
MANILIUS , Maniiius,
Mxrixtcç , nom qui eft fouvenc
confondu dans les Auteurs avec
ceux de MalHus 6c de Manlios.
Il n'eft pas rare qu'un Auteur,
parlant du même perfonnage.,
l'appelle tantôt Mallius , tantôt
Maniiius ; ce qui répand quel-
quefois beaucoup d'obfcurité
dans la leAure des Auteurs.
Foye{ Mallius & Manlios.
M ANltlUS [ Sex. 1 , ( c )
Six, Maniiius » l'un des deux
Tribuns de% foldats à qui y da
confentement des troupes Ro-
maines y les autres Tribuns des
foldats confièrent l'autorité fu-
prême, l'an de Rome 305 , Sc
447 avant Jefus - Chrift. Les
troupes Romaines avoient alors
levé l'étendard de la révolte ,
& s'étoient retirées fur le mont
Aventin.
MANILIUS [ P. ] • P* Ma-
niiius y {d) un des cinq Commif^
faires qui furent envoyés en II-
lyrie , l'an de Rome kS^ , &
167 avant Jefus -Xhrift , pour
jrégler les affaires de cette pro-
vince y de concert avec le Gé-
néral L. Anicius.
MANILIUS [ Titus],
Tiius Maniiius , tj'toc MxrMsç.
Xi) Titus Maniiius & Quinrus
Memmius 1 députés Romains ,
ayant été envoyés de la part du
Sénat à Antioche y écrivirent
au Sénat de Jérufalem i qu'ils
(e) Tit. Liv. L. lll.c.5t.
(d) Tit. Liy. L, XLV. c^ 17,
(O Maccab* L. U. c, ii. v. %^*&fii%
xS MA
rarîfioîenc tout ce que le roi
Lylîas leur avoit accordé , &
^e s'ils avoient quelque chofe
à leur repréfenter , ils vînfTent
lestroQverà ADtioche,& qu'ils
leur rendroient ou leur feroient
rcndrejuflice.
MANILIUS [ M. ] , (a)
M. Mànilius , fut élevé au con-
fulat avec L. Marcius Cenforî-
nu$) Vzn de Rome 603 , &
149 avant, Jefus - Chrift- Voye^
Marcius..
MANILIUS [L,]^ {h) L.
Maniiius , Procooful d'une par-
tie de rEfpagne » ^ut battu par
un des Lieutenans de Serto--
fiu5>
Le texte Grée de Piutartjue
fte porte que Lucius ; on lit
dans le texte Latin L. Manlius«
ic dans la traduction Françoife
de Flutarque , Lucius Manilîus.
On croit que cet officier eft le
même qui fuit.
MANILIUS [ L. ] , (0 t.
Manuius , Proconfuî , fut dé-
fait dans l'Aquitaine , & obligé
de s'enfuir , après avoir perdu
tout Ton bagage , au rapport de
JuleC^far. M. d'Ablancourt tra«
duit Mallius.
MANILIUS [C], (if) C.
Manïlïus ^ tribun du peuple,
Tan de Rome 686 » âc 66 avant
Jefus-Chrift , fut à peine entré
en charge » qu'il propofa une
lot féditieufe pour diilribuer les
affirançhis dans toutes les tribus»
& donner aufE un très - grand
(4^ Roll. Hilf. Rom. Tom< V. p. da
(^) Plut. Tom. 1. p, 574. Créy. Hift.
Xoi». T. VI. p. I io>
' ' if) Cxf. de i^ll. Gall. L. Ul. p. i lo.
MA
crédit à cette canaille , dans TeS
afiemblées populaires. Comme
tout fe fairoit alors par violeocCt
la fa<flion du Tribun s'empara
At% avenues du Capitole. Mais»
L. Domitius Ahénobardus alors
fort jeune , & quinétoit encore
que Quefteur , ayant formé u»
gros de braves gens , fe jetta
fur cette populace ramaiTée » la
dinRpa « ôc en tua pluiîeurs. De»
que les nouveaux Confuls fu-
rent en charge , il» propoferent
au Sénat de délibérer fur le fait,
de C. Maoilius ; & le Sénat
ayant împrouvé la loi, le Tri-
bun fut fi effrayé , qu'il vour
lut d'abord s*autorifer du non»
de CrafTus , dzfant qu'il avoit
agi par fon côofeil. Mais » com-
me perfonne ne te croyoie 9 oi|
ne voulut l*en croire , il cher-
cha à fe donner un appui , en
vendant Ton miniflere à l'ambi-
tion de Çn. Pompée»
Pour faire donc fa coilr à ce
grand homme , âc fe délivrer
lui-même d'une ma uvaife affai-
re , qu'il s*étoit attirée par (k
faute , C. Maniiius propofa une
loi qui donnoit à Cn. Pompée
le commandement de la guerre
contre Mîthridate ôc Tigrane*
Cette loi ne manqua pa3 de par-
tifans de de protedleurs , même
parmi les plus illuilres membres
du Sénat. Plufieurs Confulaires ^
dont Servilius Ifauricus ed le
plus célèbre Jule Céfar,.toujoufs
attentif à féconder les incliiKi*
Çâ) Dio. CafT. p. tot ai* Plue T. I.
p. 634 , 86<). Crév. Hift. Rom. Ton. Yt
pag. J04. tr friv.
MA
dofls de la multitude » & % fe
frayer le chemin aux emplois
nouveaux & contre les règles »
enfio Cicéron aéluellement Pré-
leur , appuyèrent lapropofitioa
du Tribun. Nous avons le dif-
cours que prononça le dernier
en cette occafion. Ainfi , la loi
de C. Manilius pafla, & mie
Cn. Pompée au comble de fes
vœux»
Mais, notre Tribun ne fut
pas plutôt forti de charge, qu'on
Taccufa devant Cicéron même,,
lorfqu'il ne reftoit plus à celui-
ci que deux ou trois jours de
fa PréturerC'étoient les adver-
faires de Cn. Pompée qui fuf-
citolent cette afiaire à C. Mani-
lius, en haine de foo dévoue-
ment à ce Général. L'accufé
ayant demandé au Préteur le
tems néceflaire pour fe mettre
en état de répondre , Cicéron
lui ordonna de le faire dès le
lendemain, quoique Ton accor-
dât au moins dix jours de délai.
Sur cela les Tribuns s'empor-
tent contre Cicéron , & le font
jparoirre devant le peuple pour
fendre raifon de fa conduite. Il
monte tranquillement à la Tri-
bune aux harangues , & dit qu'il
s*étonne extrêmement des plain«
tes des Tribuns ; que perfonne
se s'intérefle plus vivement que
lui à la caufe de C* Manilius , êc
qu'il ne pouvoit le faire mieux
connoître qu'en voulant être
fon juge. Le peuple applaudit
(4) Cicer. Brar. c. 55. deOrator. L.
1. c. 106, L. 111. c. 7).
ik) Ci^f r. Ont* pio A. Clucnt. c* s8.
MA HT
à ce difcours. Néanmoins»
comme il étoit néceflaire de
diâférer le jugement, & que
Cicéron alloit fortir de charge,
on le pria avec de grands cris
de fe chargeir de défendre C
Manilius. Il le promit, & con-
formément au ton qu'il a voit
pris en parlant pour la loi Ma*
nilia , il s'étendit fur les louan-
ges de Cn. Pompée , & fit une
fortie contre ceux qui, par ja-
loufie,s'oppofoient à la grandeur
d'un fi illafire âc fi excellent ci-
toyen. L'affaire de C. Mani-
lius traîna , & n'eut point de
fuite.
MANILIUS [M. ] , M. Mi-
nUius , (a) dont Cicéron fait
mention dans fon Brutus. C'eit
apparemment le même dont il
eft parlé dans le premier 5c le
troifîeme livre de l'Orateur.
MANILIUS [ Q. ] , Qjm^
nilius y {b) dont parle Ci^on
dans fon oraifon pour A. Cluen-
tius. Cet Orateur le qualifie
Triumvir.
MANILIUS [T.], T. Ma-
ftilius , ( c ) iliuftre Sénateur ,
félon Cicéron , dans fon orai«
fon pour Q. Rofcius le Corné*
dien.
MANILIUS, UanUîus, (d}
qui avoit été fecrétaire du re-
belle Avidius Cafiius , ayant été
Eris , promettoit de découvrir
ien des chofes, de donner bieii
des lumières , de fournir des
mémoires qui ferviroient à U
(O Cicer. Ont. pro Q. Rofc. Comcei.
e. «5 , «6.
{d) Crév. Hiil. 4es fimp. Tom. ly'^
2i MA
c€v&vî<flion de pluCeurs ' coti-
pables. Commode ne Técouca
point , &c fit jener au feu tous
fes papiers.
MANILIUS , Manilius , (a)
Sénateur qui avoit poufle à
rejfcès l'impudence & ia fufetir
des délations. Il fut livré par
Macrin au Sénat, & enfermé
dans une ifle,par jugement de la
compagnie; car , Macrin avoit
défettdu exprefTément qu'on le
condamnât à mort.
MANILLIUS , ManUlius ,
VLxYiTihttç, Voyei Manlius qui fut
chaflTé du Sénat par Caton le
Cenfeur.
MANIMES, Manîmï y {k)
peuple de Germanie* Tacite
regarde ce peuple comme fai-
fant partie de la nation des Ly«
giens, fans nous en marquer au*
trMpDt le païs* Les modernes
feWnt égayés à lui en chercher
un* Lazius lui donne le Man-
l^artzberg. dans la bafle Autri-
che 9 Se André Velleius , dans
fa chronique de Danemarck, lui
fait préfent de Tifle de Mone ,
dans le Danemarck. Deux ou
trois> lettres communes à Pun Se
à Tautre nom forment une ef-
pece de reffemblance qui fuffit
à ces fortes de conjectures pour
placer un peuple par tout où oti
le juge à propos. Sur ce princi-
pe nos deux Auteurs auroienc
pu y avec le même fondement^
le tranfplanter d^ns le Moné/-
mugi.
MANIPULE , Mtf/ï/j^ttfei, Ô)
étoit la divifion immédiate de la
cohorte. Varron dérive ce mot
de manus. Manîpulus , dit - il 9
ciim jungît plures manus , . unA
Manîpularis mihs, L'étymologie,
donnée par Ovide 9 indiqué
mieux l'origine de ce corps d«
troupes^ Ce Poëte , parlant de
righorance où les premiers Ro*
mains étoîent de Taflronomiei
s*ég^ie \ fon ordinaire ; ils ne
connoifibient > dit-il » d'autres
fîgnes que leurs enfeignes ; c*é-
toif-là ce qui les guidoit dans
la guerre , comme la petite
ourfe guidoit les Phéniciens *
& la grande ourfe les Grec^ dans
leur navigation. Une ipoignée
de foin , fufpendue au bout d'u«
ne longue perche , marchoit à
leû^ tête ; delà le Manipule a
pris fon nom , ce mot (îgnr-
fiant chez les Romains une poi-
gnée de quelque chofe que ce
fût.
Non illi calo lahentïa figna tcn^
bant 9
Sedfua ; qua magnum pérdtrt
crimen erat.
Illa quUem feno ; fcd trat rtv^tn»
tia fcno ^ ^
' Quantam nunc Aquilas cemis
haben tuas*
Pcrtîca fufpenfos ducebat longa
Maniphs ,
Unde Maniplaris nomina miles
habcu
(*) Créf. Hift. des Énap. Toni. V.l (O Mém. de l'Acad. des înfcript. «t
' fi 19S > 191* I Bç». LCtt, Tom. XXXll. p. •7V^^><»•
(i-j Taçii. de Morib, Gecm. «1.43^^ I
MA
Plu^arque & Tautcur de To-
iîghute des Romains ^ doAùent la
taifoà de ccne étymologîe ; ils
racotttclît que Romulus , vou-
laoc détruire la tyraoAîe d'Â-
nulius , conduific à la ville
d'AIbe les payfans qu'il avoit
raflèmbliés , & qu'il les partagea
* eh diverses batide^ , de cent
hommes chacune , qui portoient
pour enfeigne une poignée de
foin ou de broflailles au bout
d*une 'pique. Cette efpece d*en-
feignene fubfîftaplus fans doute,
dès que Romulua eat formé fa
milice; mais» la mémoire s'en
conferva toujours. Donat , fur
PEumique de Tér^nce ', dit que
lorfqu'on «nvoyoit à Quelque
cxpéditioA particulière Ses (ol-
dats Romains ou Latins , déta*
chés d'une ou de plufieurs com«
Îragnîes » ils fe faifoient une en-
eigoe d^une poignée d'herbe ou
d'autre chofe iemblable ^ donc
ilii formoient une couronne ; &
c'4toit apparemment pour rap-
.peJler cette origine du Manipu^
ie , que les enieignes fe termî-
noijcnt dans leur panie fupé-
rieure» tantôt par une couronne,
tantôt par une main> comme on
le voit fur les médailles &
dans les autres monument an-
tiques.
Pour évaluer le nombre des
foldats du Manipule dans les
tems diiFérens , il faut fçavoir
deux chofes , établies fur l'au-
torité de Polybe ; i*. que dans
les diverfes augmentations qu'a
reçues la légion , le nombre des
Triaires n'a jamais augmenté ,5c
qu'ils ont été conilamment fix
MA If
cens par légion , & foixantepàir
cohorte ; i^. que depuis le te««
auquel les Haftats ceflerent dé
tenir lieu de troupes légères
pour être pefamment armés, les
troupes légères qui leur furent
fubftituées , quoiqu'elles fîiïent
partie de la légioa, ne furent
point divifées en Manipules ni
en centuries , & qu'il n'eu pat
probable quMles aient jamais
excédé douze cens hommes par
légion. '
Cela pof% , iln'eil pas dificile
àt déterminer le nombxie âct
foldats du Manipule y propor*.
tionnellement aux diverfes aug«
mentations de la légion. Depuis
Romulus jufqu'à Servîus Tul-
lius , la légiou fut de trois mille
hommes; la cohorte, qui en
faifoit la dixième partie , étoit
donc de trois* cens hommes. Si
on voujoit dater de ce tems-ià
rinvariabilité du nombre det
Triaires ^ il en faudroic dter
foixante de la cohorte, & il rejt .
teroit deux cens quarante hom-
mes pour les deux Manipules de
Haltats & de Princes » ce qui
donneroit cent vingt faorncnei
pour chaque Manipule.
Depuis Servîus Tullios |uf«
qu'à la bataille de Cannes , la
légion fut tantôt de quatre mille»
tantôt de quatre mille deux cens
hommes. $ur la légion de qua*
tre. mille 9 îl faut d'abord ôtec
fix cens Triaires, refte trois
mille quatre cens hommes ;
ôtant encore douze cens faom*
mes pour les troupes légères.,;
il ne refteroit que deux mille
deux cens hommes pour les
$0 MA
deux autres corps , dont cha-
cun fe trouveroît feulement de
onze cens hommes > 6c moindre
parconféquent que celui des
troupes légères. Or , comme
Tinfanterie pefamment armée
éroit d*une bien plus grande
importance pour le fuccès des
batailles que lejS troupes légères,
on croit que dans cet état de la
légion , il eft vraifemblable
qu'il n*y avoir que mille hom-
mes légèrement armés» & que
les deux corps des Haftats &
des Princes formoient chacun
douze cens hommes par légion,
. cequi endonneencorecentvîngt
par Manipule* Dans la légion
de quatre mille deux cens hom-
mes , & c*eil celle de Polybe , le
Manipule de Haftats & de Prin-
ces fera encore de cent vingt hom-
mes en donnant douze cens hom-
mes par légion aux troupes lé«
Ijeres,
Depuis la bataille de Cannes
îufqu'à C. Marius,la légion mon^
ta àcinq mille& à cinq milledeux
cens hommes; alors, en ôtânt
toujours les fix cens Triaires &
' les douze cens hommes de trou-
pes légères par légion , il reftera
trois mille deux cens ou trois
mille quatre cens hommes ; ce
qui I divifé en dix cohortes ,
donne trois cens vingt ou trois
cens quarante hommes par co-
horte j & cen't foixante ou cent
foixante-dix hommes par Mani-
pule de Haftats .& de rrinces.
I! réfulte de ce détail » que le
'Manipule de Triaires fut tou-
jours de foixante hommes; que
celui de Haftats & de Princes fut
MA
de cent vingt hommes depuis
Romulus jufqu*à la bataille de
Cannes f 6c que depuis cette
bataille jufqu'à Ç. Mariusyil mon-
ta à cent foixante ou cent foixân^
te*dix hommes.
. Nous ne pouflbns ip^s ce cal*
cul au delà deC* Marins, parce
qu'il eft probable qu'alors cette
lorme de Manipule cefta d^être
en ufage ; c*eft ce qu'il faut
prouver contre le fentiroent de
Jufte - Lipfe 9 qui fait fubfifter
les Manipules jufqu'à Adrien*
Avant C. Marins la légion
en bataille avoit été rangée
fur trois lignes , chacune de dix
Manipules; ceux des Haftats
faifoidit la première ligne, ceux
des Princes la féconde , la troi-
fieme étoit formée de ceux des
Triaires. C. Marins changea
cette ordonnance ; il abolit
t;ette diftinâion de Haftats , de
Princes & de Triaires g Ôc ran-
gea la légion par cohor(p fur
deux lignes f chacune de cinq'
cohortes. L'or.dre de la bataille
s'obferva auffi dans les campe»
mens, fuivant l'ufage des Ro-
mains, quicampoient comme ils
fe rangeoient en bataille t afin
de n'avoir point de changement
à faire quand ils fortoient pour
marcher à Tennemi ; alors les
Manipules ne faîfant plus de
divifion marquée ni dans le
campement ni dans la bataille ,
ce nom ne fe conferva plus que
pour la diftinélion des officiers
& des foldats. Ce poi^t deman-
de explication.
Dans le tems que les trois ef»
peces de foldats fubiiftoient ^
MA
âaque Manipule étolt , félon
PolyBe , divifé en deux centu-
rie* 5 Tuoe de la droite , Taurre
de la gauche. Le Câpiraine de
la première centurie de chaque
Manipule , c'étoit celle de la
droite , prenoit le titre de Priar,
par diAifiâion du Capitaîn^ de la
féconde > qui s'appeiloic Pv/lc"
rior ; re qui étoit i dk Polybe ,
Aiofî établi afin que f\ Tua des
deux étoit abfent ou hors de
combat, il en r^Ûit un pour
tommander le Manipule en-
tier, Ainfi,par exemple , lé pre-
mier Capitaine du Manipule des
Princes s'appelloit Princ€ps
Prior , pu Princes priofis ceri"
turia , de le Capitaine de la fé-
conde centurie du même Mani-
pule s'appelloit Princeps Poftt"
fivr ou Princeps pofterioris cen'
êuria ; il en étoit de même des
Haftars. Tite-Lîve fait dire à
Sp. Liguftinus y Tan de Rome
^i I : Hic me imperator digaum
judicavit 9 ctti primum Hdftatun
prions -centuria aj^gn are t ; c* était
la première centurie desHaftats
dans la première cohorte d'une
légion. Il fait eofuite dire au mê-
me: j4 Man, AciUo miki primas
Princeps prioris centuria eft affi'*
^atus ; c'étoît la première cen-
turie des Princes dams une pre-
ntere cohorte.
Quoique la cohorte d€ C«
Marius ne fe divifôt plus en
•Manipules , mais qu'elle fe par-
tageât immédiatement en fix
centuries y il laifla cependant
fubfifter, pour les officiers, les
SDêmes noms qu'ils avoient eus
auparatiint; &, par uneefpece
MA 5t
de 6<îl1on, on joignit enfembJe
deux centuries, dont \c^ deux
Capitaines portoient le même
nom , avec la diilinxflion de
Pfior & de Pofterior, Ainfî , le
premier Capitaine^ de la co'*
horte s'appelloit y dans la pre-
mière cohorte 9 Primipilus ,
dans lès autres , Triarius Prior ;
celui de la féconde centurie ,
Triarius Pojlerior ; le troifieme,
Princeps Prior ; le quatrième ,
Princeps Pv/ferior;\e cinquième,
Haftatus Prier ; 1-e fixieme,
Haftatus Pofterior» Ce n'^étoît
plus qu'on veilige d'antiquité,
qui ne fubfîftoit que dans le nom
des Officiers , ôc qui ne fervost
^u*à marquer leur grade dans la
cohorte. Jule Céfar,eii décrivant
le combat près de Dyrracbium,
dit: Omnibus primât cokcrtis trm-
twionilms interfeHis prattr Prm^
cipem Priorenu On défignoit aufi
les foldats de la même manière,
6i pour dire un foidat de la
cinquième ou de lalixiemecen**
turie , dans la première cdloTtei^
on difoit miles primi haftad ;
pour défîgner un foidat du même
ordre dans la féconde cohorte^
on difoit miles jecundï àafiati^
& ^analogie nous fait croirts
que G l'on vouloir marquer avec
précifion la centurie , ôc iiéfi-
gner précifémenc la cinquième
ou la fîxieme , on difoit pour
la cinquième haftati prioris ; 9c
pour la fîxieme haftati pofteriorisi
ce qui dura ainfî jufqu'à Adrien*
Mais, encore une fois, ce
n'étoit plus qu'un nom, une
trace de l'ancien ufage ; la
chofe même ne fubfîâott plus»
)£ MA
Nous ne trouvons plus f de-
puis C. Marius y le nom de
Manipule pris dans la fîgnifica«
don propre Qu*il avoit eu juf-
qu'alors. Il en vrai que Plutar-
que>dansla vie deRomulus^
rapportant l'origine du Mani-*
pule, femble dire qu'il y en
avoir encore de fon tems ; mais^
fi on fait attention à la manière
dont si s'exprime , on verra
qu*il dit feulement que de Ton
tems les (impies foldats étoient
encore appelles ManipulariL En
eâfet^ après rextinâiondes Ma-
nipules , on continua d*appeller
les (impies foldats d'inranterie
Ilanipulares , Manipulant , grc-
gar'iL Ktdore donne deux cens
foldats au Manipule ; il fup*
pofe la légion de (ix mille
hommes » telle qu^elle étoit
quelquefois depuis C» Marius,
oc conferve la notion de l'an*
cién Manipule » quoiqu'il ne (^t
plus alors en ufage. Ceux qui
connoiâbient liîdore , fçavent
bien qu'on ne doit pas compter
fur Ton exaâicude.
Dans tous les Auteurs an-
ciens y qui nous repréfentent la
milice dans l'état où elle étoit
depuis C Marius , nous voyons
que le terme Manipulas eA em-
ployé de deux manières ; tantôt
pour fignifîer un petit nombre »
mais indéterminé , une poignée
de foldats j ce qui revient à la
lignification générale du mot
JManipulus; tantôt pour dé(îgoer
iz chambrée proprement dite ,
contubcrnium.
Jule Céfar,dans la bataille con-
tr« les Nervieosi voyant les fol*
MA
dats refTerrés par les eonem!^^
leur ordonne d'écarter leurs files^
pour pouvoir plus aifément fat-*
re ufage de leurs épées ; ce qu'il
exprime en ces ternies : Mani-^
pulês laxare jujjit y qub faeiliùs
gladiis utipoffent. On voit qu'ici
Manipulas doit (ignifier une fiie^
de que ce mot revient à pea
près à la (îgnification de contU'*
bernium , la file étant de huit
hommes 9 & quelquefois de dix^
ainli que la chambrée*
Lorfque Tacite raconte îa
féditîon des foldatt de Panne*
nie &c de Germanie , il fe 1ère
trois fois du terme de Manipule^
d'une manière d'où on ne peut
conclure dans quel fens précis
ce mot eft employé. D'abord il
parle de Manipules qu'on avoic
envoyés à Nauport, pour faire
des chemins , des ponts & d'au«
très ouvrages ; il leur donne
des enfeignes Ôc des centùrionSé
Enfuite , quand Drufus a calmé
la fédition de Pannonie» & que
les foldats y revenus à l'obéif-
fance , fe prêtent eux-mêmes à
la punition des coupables, Ta«
cite dit : Quo/dam ipfiManipuU^
documentum fidei , tradidere ; âc
lorfque Germanicus y arrivé
dans le camp de Germanie ^ Se
fe voyant environné d'une trou-
pe confufe de féditieux , veut
les partager & les remettre en
ordre , Tacite s'exprime en ces
termes : A^entem concionem^
quia permixta videbatur , difcedere
in Manipulas jubet. Dans ces
endroits , Manipulas (îgnifie-c-
il le Manipule proprement die»
c'eft'à-dire > un corps de deux
centuries f
/
MA:
tôtiturîes ? Dé(îene-t-îl uD moitif
dre nombre ? (5u même eft-ce
un mot qui (ignifie en général
UDe divifion militaire , quelle
qu'elle foit \ Mais , dans lé
liièrae livre , quand il décrit la
marche d^Aliénus Cécîûa & le
défordre de l'armée Romaine ,'
le mot Manipulas n'eil plus
équivoque , il fîgnifie évidem-
ment la chambrée. Non tentoria
Manipalii , dit -il , les cham-
brées n'avolent point leurs ten-
tes. Ir y avoit autant de ten-
tes que de chambrées , puif-
qu'on appelîoît de ce dernier
nom Taflemblage des foldats
qui logeoîent fous la même ten-
te. Le même Tacite appelle Ma.
fiipule les foixante foldats en-
voyés par Néron en Afie , pour
affaffiner Plautus ; c'étoii un
nombre moindre que la centu-
rie. Le lende^maîn d'une émeu-
te des foldats 9 les officiers par-
courent les tentes pour calmer
les efprits 9 ce que l'Hiflorien
exprime ainfî : Manipulatim allô'
cuti funt; ici Manipuli défîgne
les chambrées. Nonîus expli-
que » dans rVîiflorien Sifenna ,
le mot manipulatim « par collera
tnanu^ ce qui ne donne qu'aune
idée générale. C'elt dans le
même fens qu'il faut prendre
manipulatim difpofita cohortes -,
dans le panégyrique de Théo-
dofe. Ammien Marcellin entend
far Manipulus , la- chambrée,
rfous trouvons ce mot chez lui
.en trois endroits , où îl eft quéf-
tion de convoquer l^armée. U
dit, dans le premier: ConPocâ'
ûs cohortihus & centuriis & Ma-^
Tom. XXVU.
MA.
hîpulïs omuibus, L'exprefïïon eut
éxaâe. Pour montrer que l'ar-
mée fut convoquée toute entie«
re , il defcend du' plus grand
corps , qui étoit la cohorte» à
la centurie » &c dé eëlle-ci à
la chambrée. Dans les deux au-
tres endroits , it ne s^ekprimo
pas aufli exa^ement ^ il déplace
les Manipules ; omnes centuriai^
Manipulosg & cohortes in concio'^
nem vocayit. Et aiUeur« : Ciim
centuritB omnes 6» cohortes & Md'^
nipuli conveniffent. Mais , le lec»
teur n'efl pas en droit d'éxigef
toujours des Auteurs une piÇéCi-
fion (i fcrupuleufe».
Végèce,aù treizième chapitre
de fon fécond livre, dit nette*
fnent que les Anciens dîvîferent
les centuries ea chambrées, dC
que la chambrée, compofée de
dix foldats logés fous la même
tente ^ fe noromoit Manipulus ,
parce qu*îls combattoient en*
femble» Cette date » vagUe &t
générale, défîgne chei lui tout
les tems qui Tont précédé \ it
parle ici des tems poflérieurs à
C Marius. Il ajoute tout de fVjîte
une contradîAion. La turme ^
dans la Cavalerie, dit -il , ré-
pond à la centurie ou au Mani«
pulè dans ^infanterie* Ici il ne
prend plus le Manipule pour la
chambrée, il donne à ce nom la
fîgnificatîon qu'il aVt)ît avant C»
"Marius. La turme des cavaliers
étott de trente hommes ; elle
répôndoit à la centurie des fan-
taflîns; elle fe divifoît en tfoîi
décurîes , chacune de dix hom-
mes', c'éroit là décurie qui re-
pondoit à U chambrée , laquçllf
)4 MA
porte auffi quelquefois le nom
de décurie*
Dans les infcriptions» Mani'^
pulus cû toujours pris pour une
divifîon de U centurie y la cham-
brée :
PRO SALVTE. D. D. IMP.
PII. FEL. AVG.
ET. MATRIS. AVG. N. ET.
KASTROR.
AEDEM. GENIQ. 7. CŒLL
ADIANTL
MANIPVLI. EIVS.
SVA PECVNIA. REFECE^
RPNT.
£t , dans une autre ipfcription,
un centurion rétablit un petit
temple , VOLENTIBFS MA-
NlPrtlS SVIS. Les fimples
foldats font appelles dans les
toonumens MANIPVLARES ,
MANIPVLARII; & ceux de
la même chambrée • proprement
dits contuhtrnaUs , font aufE nom-
més COMMANIPVLARES^ de
tnème COMMANIPFLl. Dans
un marbre donné par Fabretti^
on lit COMMANFCVUS , par
corruption y pour commanipulis.
Pour remettre fous un feul
point de vue tout ce que nous
venons d*expliquer , nous pen*
Tons que le Manipule » compofé
de deux centuries réunies dans
2e même corps , fut conftam-
ment en ufage , & dans le cam-
pement , & dans la marche 9 &
dans la.bataillè y depuis Servius
Tuliius jufqu'à C. Marins* Ce-
lui-ci détacha les centuries , de
MA
manière qne Tidée du ManipoTe
ne fe perdit pas tout-à-fait, mats
elle devint confufe ; on fe fou-*
venoit encore que deux centu*
ries avoient fait un Manipule ^
& on appelloit encore , dans
chaque cohorte » les comman-
dans des deux premières centu*
ries y Triarius ; ceux de la troî*
fieme de de la quatrième , Pri/i-
ctps ; ceux de la* cinquième 8c
-de la iixiem^e y Haftatus y avec
la diilinétion de Prior & de
Poflerior ; ce qui dura ainfi juf«
qu*à Adrien , fous lequel ces
noms difparurent tout -à- fait
dans les cohortes » excepté dans
la première » dans laquelle feu«
le les premiers oiEciers gardè-
rent ces dénominations. La no-
tion ancienne du mot ManipU'»
lus s*étant perdue » il conferva
fa fignification générale pour
défigner un petit nombre , une
poignée de foldats ; de il en ac-
quit en même-tems une nou*
velle , qui lui devint propre &
particulière , ce fut celle qu*a-
voit toujours eue contubemium ^
la chambrée y dont ii devint fy*
nonyme* Il faut même nu'sl foit
defcendu jufqu*à fignifier un
feul foldat » puifque dans les
glofes on trouve xcAta^iiç ex«
pliqué par Manipulus.
' MANIUS 9 Manias y terme
qui vient de mancy comme qui
diroit né du matin. C*eil le pré«
nom ordinaire de plufieurs fa-
milles Romaines.
MANIUS CVKIVS y Manius
Curius f (4) dont parle Cicéroa
(À> Ciccf, de Ofat. L. U. c. 76*
MA
dans le fécond livre de TOra-
teur.
MANIUS , Manius , {a) dont
Perfe fait mention dans une di
fes Satyres,
MANLIA [la Famille]; (Bj
Jens Manda « famille Romaine »
éconde en grands hommes. Elle
â produit plufiears Confuts ,
plufîeurs Tribuns militaires ^
plufieurs Diâareurs. On croit
Îu'elle defcendoit d*Oâavius
lamilius Tofculanus « gendre
de Tarquin le fuperbe.
Il y a une médaille de la fa-
mille Manlia ^ qui d*un cdcé re-
préfente la têce de Rome avec
ce mot Rome y de la marque du
denier Romain X , au milieu
d'une couronne formée de ce
fameux collier, que T. Man-
lius remporta de la dépouille
du Gaulois qu'il avoit vaincu
dans un combat fîngulier. Au
revers on voit un cavalier armé
d^une lance de d*un bouclier , Si
cette légende , l. TORQ^l/AT.
EX. S. C. Or, on ne peut dou-
ter que ces mots ne fî^nifient
que L. Terquatus , qui fut
êonfttl aVec L; Cotta , l'ati
ée Rome 688 * a touIu fut cette
niédatUe perpétuer la mémoi-
re de Taaion de T. Manlius »
l'un de fes ancêtres » & Torigi-
iie du furnom de Torquatus i
que le Sénat lui avoit permis de
porter , à lui & à cous fes def-
M A 5$
cendans. Les inots £X. S. C.
Joints avec ceux de L, TORr
QUAT^ marquent la cbofe évi-
demment.
MANLIA SCANTILLA ^
Manlia Scantilta y (c) femme df
Tempereur Didius Julianus, fui
décorée par le Sénat du titre
d'Augufta.
MANLIA t la Loi }.(i<) Iti
Manlia y loi qui fut propoféê
par Cn. Manlius Capitolinus ^
afin que les nouveaux affi-anchis
portaflenc au tréfor public, la
vingtième partie de leurs biens.
Une autre loi du même noip^
dont le tribun Manlius fui^Tau^
teur y donnoit la province df
Numidie au conful C. Marius*
M ANLIANA IMPERIA , (#)
c'eft-à'dire , la févérité Maa-
lienne , efpece dé proverbe ^
qui avoit pri^ fon nom de celuji
de T. Manliûs , parce que ce
fameux Romain oonoa I exemi-
le d'une févérité exçellîvedan^
a perfonnè de fon fils j i qui H
Bt trancher la tête , en punition
de ce qu*il avoh combattu con^
"tre far défenfe , Tan de Rome
415 ,& 337 avant J. C.
M ALIANES [ les Loix ] , (/)
Manliana L^gesy loix donc par^
le Cicéron » au premier livre de
i'Ofateur.
MANLIUS ^Cn.J, (g) Cn.
Manliut y fut créé Conful av^
M. Fabius , fan de Rome 274^
fi
l
(d) Jufcn. Satyr 6. v. 56. é'/rf* . f U) BoHn. dç Anuo. Rom. par. 840^
(*) Tft. Tif. L. IV. c. ay. L. yitl.l&48. • ^^
C.7. M^cn* de l*Aç»d* dct Infcript. &
Beil. Letc. Tom. !• pag. a6i.
(«) Crév, Hift* des £mp. Tom. V.
pag. H»
(e) Tic. Ut. t. IV, <. «9. L. Vltl. t. •:,
(/) Cic«. de Orat. L. l. c. i*^i
(i) Tk* Uv. t. a, c..^|. 4r/|,.
Cii
5Ô MA
^ 478 avant Jefus-ChriA. Ces
deux Généraux marchèrent en-
Temble contre les Veiens à qui
toute rÉtrurie avbit envoyé
des fecours.. Au fort du com-
bat ^ Cn^ Manlius pourfuivanc
ïes ennemis , après les avoir
prefque mis en déroute , reçut
Une bleilure daiigereufe , qui
Tobligea de fe retirer de la
bataille. Cet accident fit croire
aux (iens qu*il étoit mort ; &
auflicôt ils lâchèrent pied. Et
ils auroient pris la fuite ouver-
tement^ n l'autre Conful, ayant
poufle fon cheval de ce côté-
là y ne leur eût crié que fon
Collègue vîvoit ; & que pour
lui , après avoir défait les enne-
mis de fon côté » il venoit à leur
fecours. Par-là il les engagea à
tenir ferme ; 6c dans le même-
kems le conful Cn. Manlius s'é-
tant montré à eux » acheva de
les raflurer. A la vue des deux
Confuls les foldats reprirent
courage. D'ailleurs » les enne-
mis avoient extrêmement éclairr
ci leurs rangs » tandis que fe
fiant à leur multitude, iU déta-
chent ceux qui étoient au corps
deréferve.,.pour aller attaquer
le camp dés Romains. Jl eiivrai
qu'ils y entrèrent f^ns peine»
Mais 9 pendant qu'ils fongent
plutôt à pilier qu'à combattre ,
les Triaires qui avoient pu
foutenir leur première irrup-
tion*, après avoir' fait fçavoir
aux Confuls ce qui fe pa^Toit,
tetournerehtf eh Foule à la tête
des Généraux ^ & recommence-
MA
rent le combat d'eux «mêmes*
Dans le même-tems , le conful
Cn. Manlius revenant au camp f
en ferma la fortie aux enner
mis , en difpofant fe;s fpldats à
toutes les portes* Ce mouve-
ment excita la rage des Tof-
c^ns, plutôt que leur valeur;
car , après, avoir fait envaia
plufi(îurs tentatives pour échap*
per , un gros de leur jeuneûe p
qui avoit reconnu le Conful
aux marques de fa dignité , fe
jetta impétueufement fur lui.
Ceux qui i'entouroient reçu-
rent les premiers coups. Mais,
Cn. Manlius étant attaqué par
des défefpérés » reçut à la fîa
une bleflure mortelle , qui écar-
ta tous ceux qu'il avoit à fes
côtés. Les Tofcans , devenus
plus hardis par ce fuccès , pouf-
fent les Romains effrayés dans
toutes les parties du camp ; ÔC
ces furieux^les auroient mis en
grand danger, fi les Lieutenans,
après avoir enlevé le corps du
Conful , n'eufTent prudemment
ouvert une porte du camp aux
ennemis. Alors , ayant la liber-
té de fortir, ils fe retirèrent
aiTez en défordre , & allèrent
donner dans les troupes de l'au-
tre Conful y qui , étant déjà
viiflorieux , en tailla la plus
grande partie en pièces , & mie
le reile en déroute. La viâoire
étoit des plus complettes & des
plus glorieufes ; mais, la mort
de Cn. Manlius empêcha qu'on
n'en réfleniît toute la joie.
:. MANLIUS [A.], (a) A.
C«) TitrLiv« Li It, c. 54. Lt 111. ic* fU 3ii Roll, Hiiltilom« T. 1. p. i\6, 39$, 398«
»_''
MA
MahlittSf A.. Mékmcç, fut créé
C9nrul avec L« Furîus, l'an de
Rome 280 , ôc 472 avant Jefus*
Chriil. H fut chargé de mar-
cher contre les Veiens ; mats
il n'y eut pas cependant de
guerre. Us demandèrent une
trêve de quarante ans; 6c elle
leur fut accordée | moyennant
une fdmme d'argent qu'ils payè-
rent , èc une certaine quantité dô
bled qu'ils fournirent auxRo^
mains»
Peu de tems après , 4e peu-
ple excité par les Tribuns de««
manda avec beaucoup d'obfti-^
nation l'établiiTement de la loi
Agraire ; mais , A. Manliu's &
L. Furius s'y oppoferent de
toutes leurs forces, ils ne furent
pas plutôt fortis de charge ,
qu'ils furent attaqués par lé
tribun Génucîus. Accules de*:
vant le peuple , ils commencè-
rent à paroître devant lui , dans
l'humble état de fupplians ; puis
s'adreflant aux plus jeunes Sé-
nateurs , ils les exhortoient à
renoncer . au)c charges de au3é
dignités de la République 6c
de regarde^ les faiCceaux Con-
fulaires , la robe prétexte 8c la
chaire Curule , comme les or-
nemens dont on les paroit, com-
me des viAimes , pour les con«*
duire à la mort. Qu'ils conddé-
raâent que ce Confulat, qui
avoit tant de charmes pour eux,
avoir perdu tout Ton éclat Se
toute fa force, & étoit devenu
comme l'efclave de la puîlTance
Tribunîcienne. Qu'en effet le
Conful, comme un vil appari-
teur ^ f^ voyoit obligé d'obéir
in A if
âù premier commandement , au
moindre figne des Tribuns. Que
s'il faifoit quelque déofarche ea
vertu de fa charge, s'il tour*
ooit les yeux far les Sénateurs p
É. tous fes regards n'avoient pas
1^ peuple pour objet , comme
fi lui feul faifoit toute la Réptt«
blique , il devoit s'attendre ôu
à l'exil , ou à la coûdamnation
& à la mort;
Les Sénateurs, animés par
de pareils difcours , renoncè-
rent aux délibérations publi-
ques , 6c commencèrent à tenir
des afTemblées fecretes , où Ils
ft'admettoîent'qu*un petit nom-
bre de perfonne^. La , conve-'
liant entr'eux qu'il falloir à
quelque prix que ce fât, dé-
livrer les accufés du danger
qui les menaçoit , l.çs voies les
plus violentes étoient celles
qu'ils goûtoient le plus , 6c it
s'en trouvoît parmi eux quf
s'offr oient à entreprendre leV
coups tes plus hardis. Le jou£'
du jugement étailt doÀc arrivé ,
& le peuple s'étant rendu dans
1^ place , fort attentif à la fen^
tence qu'on alloit prononcer ,
fut étonné d'abord de ce que
le Tribun ne paroiffoit point.;
Enfuite , un plus long retarde-
ment lui fit naître des foùpçons.
Il s'imagina que les premiers
du Sénat Tavoient folliclré , 6c'
qu'il avoit eu la foibleiTe , à,
^ leur conlidération , de trahir
la caufe publique dont il s'é«
toit chargé. Mais^ un moment
' après 9 qû'el<)ues particuliers ,
voifîns de Çépucius ," vinrent
annoncer qu'on Tavoit trouvé"
C iij
ii MA
tjfiôn dans h roaifon. Cette oou*
TelU ne fe fur pas plutoc répan*
eue dans rafTemblée , qu'elle
fe di/Gpà » comme une armée
qui vîew dejperdrc fon GénérMf
Mais p perfoDne ne fut plus
<onilerné que les Tribuns , à
oi|i la mort de leur Collègue
»iiroir comprendre combien peu
i]s dévoient compter fur la
?'roteâ2on des loix facrée^^
our les Sénateurs» ils s*ab&n-
donnèrent à une |oie immodé*^
rée ; 6c bien loin de fe repeo<»
lir de cet attentat, cèux-roé-
mes qui n*y avoient point trem^
pé « eo vouloîent partager U
gloi re> & publioient hauteoaenti
que c'étoit ainii qu'il falloic
9*7 prendre pour dompter ôç,
battre la pui^ance des Tri'*
buns*
A. Man|i^s ïîit un des trois
Réputés qu'on epvoya à Athè-
nes, Taq de Kftme 300 , & 453^
^Y^nc Jeûis-.Çhrift ^ avec ordri^
ie rechercher & d*exuaire les
rôix les plus célèbres de So^
ton t 8f. de s'informer exaAe-
ment des règlement» des mœurs
& des coutumes ^es autres vU->
les de la Grf ce, A leur retour «
nos trois députés furent du nom-
bre des Oécemvirs que Ton
chpifit pour la rédadtion des
nouvelles loix qu'oQ vouioiç
érablir.
Il j en ^ qu[ donnent h, Man-
I1US le prénom de Caius > au
lieu de celui. d'Aulus.
MA
MANLIUS [C] . Ç. MàWk
Uus. Foy^^ l'article précédent.
MA^fuUS [ L 3 CAPITO-
LiNUS , L. Manli^s Çap'mli^
nus , {a) up def Tribuns mili*
taires qui furent créés « l'an dtt
Rome 333 , & 419 avant Je-
fus-Chrift.
M A NLIUSr M .], M. ManUus^
(b) fut créé Tribun militaire «
Tan de Rome 3 3 $ » & 4x7 avant
I# C.
MANLiUS [A.], À. Manlius^
(c) parvint pluQeurs fois à la
charge de T^i^^n militaire. Lu
première fois » ce fut l'an d^
|l<>me 3fO| ^ 401 avant Je-*
îusiÇhrin* I,.*a fjpcoi^de, ce fut
trois ans après. Epfia» la trot*-
fieme fois , ce fut l'an de Ro-*
me 358, âç 394 avant lefus*
Chrift.
: MANLIUS [M*l , ÇAPITQ-
LINUS, M, li^nHus Caf'uùliaus^
{d) fut éleva au Consulat avec
t. Valérius Potitus • l'An d«
ftome 3^3 , & ^'^ avant Jefus»
Çhrift. Ces deu3( M'4g\ftr«ts fi*
^ent repréfenr^r lesgrapdsjeux^
auxquels le Di^jiteuf M. Furîu$
s'étott engagé par un vœu , pe»»
dsnt la guerre de^ Veiens* C^
fut au/Ii ibus Uur Confulatqu'oa
6t la dédicace du Temple, que
le même Dicflateur ayoit promît,
à Junon Reine, dans la même
guerre ; & les D^smes aflifterenf
\ cette cérémonie avec unt
dévotion extraordinaire. Lef
Romahis eurent contre let
(«) Tît. Lîv. L. IV. c. 4t. I {d) Tît. Liv. L. V.c ^i , 47* t* VU
(b) Tic. Liv. i. IV. c. ^4. fx. 5 s II. «^ feq, Flut* To(n« I. p. 14s »
O) Tît. Liv. t. IV. ci. 61. L. V. t.] 143 • 14^ , 148. RoU. Hfft. Rom. T. IL
MA
Cqaei, fur Iç monc Algiity nne
guerre peu coofidérable , dans
laquelle ils défirent les ennemi^
prefqu*avant que dVn venir aux
mains avec eux. Comme M.
Manlius avoir fait paroîcre plu^
d*acharnement à pourfuiyrç lep
vaincus, & à les tuer dans leur
fuite « on lui décerna le triom-
phe» maïs on n'accorda que To-
vation iî fpn Collègue*
Deux an$ après , Rome étant
afGégée par les Gaulois » la cita- >
délie âc le Capitole étoient fur
le point dç tomber fous la puif-
fance des ennemis, lorfque M.
AI anlitts, éveillé par les cris des
oies & le battement de leurs aï-
les , fe jecta fur fes armes , 3c
ayant ordonné aux autres de
l'imiter & de le fuivref , il mar-
cha le premier où le péril Tap-
rellpit* Avant qu*aucuodçs fieos
eût encore joiuc , il renverfa
d*un coup de fon bouclier un
Gaulois qui étoit déjà arrivé au
haut de la cçUine. Celui-ct,
tombant fur ceux de fes cama-
rades qui mjgtrchoient après lui ,
les culbut^a, en fprte que M*
Manlius n*eut pas de peine à
les tuer, pendant qu^ayant jette
leurs armes, ils s*accrochoieot
aux pointes du rocher pour fe
retenir. Enfin . les compagnous
4e M. Manlius étant venus ^
fon fecours , à coups de traits
& de pierres précipitèrent
tout le reile des ennemis juf-
qu*au pied de la colline. Le
tumulte aTant été appaifé • Us
Romaius aonaerent Ici refle de la
nuit au repos «autant qu'ils en
pnreoc j^readre dans h trpub^e
M A ^^
qvAU$ aptoit, apr^ onç alhtf-
me fi chaude , & no péril qui
tout paflS qu'il étoit, leur don»
Doit encore de l*kiqutétude.
Ç^uand le jour fut venu , les
ribuns firent afiVnbter les fof-
dats , dans le defTein d'accof^
der aux bonnes 8c aux mauvais
fes adlions te prix qui leur con-
venoit. Us commencèrent à
donner à M. Manlius tes élo«
gès de lés récompenfes qu'il
'avoir mérités.' Les foldats.,'^
Texemple de tenrs chefs, fe
piquèrent de géqérofité en-
vers leur libérateur ; car, fe
privant d^une partie de leur
nourriture pour lui faire hon-
neur , ils fournir^t chacun
une demi-Iivré de farine 6c un
poiflTon de vin » 8c firent por-
ter le toi^t dans la maifon qu'il
a voit dans la cStadelU. Vue tel-
le contribution çft afforémctit
très-peu confidérable en elle-
même ; mais , la difette qui re«
gnoit dans la place , la doit faire
regarder comme un témoignat-
ge éclatant de Tamour 8c de
reftime que les foidats avaient
pour lui. Ce fut fans doute ce^-
te aâlon héroïque qui Hi
mérita Iç furnom de CapitotU
nus.
L'an de Rome 368 , Sc 384
avant Jefusî-Chrift , M. Manlios
Capitolinus fut créé Inrer-Koi ,
8c deux ans après ^ il fut l'au-
teur d'une féditapn des plus dan-
gçrcufes, s'étant mis à la tête de
la populace, ce x)u*on n'auroic
jamais cru d'un homme d'une
fi haute réputation. La grandeur
^e fpn courage 8c fôn ambition
C iv
40 M A
exceiSve lui avoient iQfpirè
.pour Camille. uq« fumufe ja*
Ipufie. U ne pouvoir fouffrir fo^
laérice 6(, tqn éléyat.i.on. Il ïe
4»Uîgnoit hautement de la pré-
jfrence que les Ron|i^aîn$ don-
HOljçnt à ce grand homme. Qu'il
jrempliflbit leul toutes, les Ma^-
Î^iftratures ; qu^il commandoît
eul toutes les armées; qu'il
çtoit tellement ,4lèyjé "au deiTiis
de tcus les autres citoyens'»
.i|u*il tenoit au rai>g de ^es Lieu-
.tenans » fes .propres Collègues ,
créés fous les mêmes .^ufpices ,
& avec la même autorité que lui;
qju'après tout, à juger fainement
.des chofes, les fervicesde Camil«
Je n'étoientpas fi co-afidérables ;
êc que jamais il n'eût pu retirer
Romje des mains des Gaulois.,
.£ lui-même n'avoit le premier
fauve le Ca picole & la citadelle*
..Que même Camille étoit venu
furprendre les ennemis , dans le
^cems que fe repofant fur la foi
d*un traité.j ils étoient près de
recevoir l'or dont les Romains
étoient convenus pour leur ran-
çon ; au lieu qu'il les ayoit re*
pouflës , lui , lorfqu'ils avoient
les armes à la main, & qu'ils
étoient prefque maîtres de la ci-
cadelle. Qu*enfin tous les foldats
de Camille dévoient avoir part
à fa gloire, comme ils enavoieot
eu à (a vi(floire ; au lieu qu'au**
cun mortel ne pouvoit partager
celle de M. Manlius,
Cet efprit l^ouillant , impé-
tueux , enflé de ces vaines louan-
ges qu'il fe donnoit lui-même ,
commença par abandonner le
Séoât dont u o'écoit pas 4u£
MA.
confîdéré qu'il crcJyoît le mé-
riter ) 6c palTant de l'ordre des
Patriciens dans celui du peu-
ple , il s'attacha aux intérêts de
la multitude , aux Maglilrats de
laquelle il communiqua depuis
tous fes defl*eins. Il ne ceflbit
de câfeiTer la populace y Su
d'accabler les Sénateurs de re-
prochés , fe lailTant emporter
au vent de la faveur populaire»
fans plus écouter les confeils de
.lai'faifân, & préférant une ré-
putation brillante à une gloire
folide. Mais , pour foulever la
'multitude , il n'employa point ,
comme, avoient fait jufques-là
tous les Tribuns du peuple, la
douceur & les attraits de là loi
Agraire , mais un moyen beau-
coup plus intéreifant. Il entre-
prit d'abolir la foi publique^,
ôc d'éteindre toutes les dettes
dont lé peuple fé trôuVoît char-
gé, & qui rexpofoient nop-.feu-
iement à la nécefCté & à la m]-
'férê f mais .même à U pfifon &
aux tourmens, • ' •
La guerre des Volfques ,
' quoique dangereufe par elle-
même', ôc furchargée de la ré-
beiliôA des Latins de des Her-
niques , ne fervit cependant que
de prétexte aux Sénateurs pour
recourir à une autorité dont il
n'y eût point . d*appet ; car ,
jdans le fond, ce furent les en-
itrepcifes de M. Manlius Capi-
'tolinus. qui les engagèrent à
doihmer Di(^ateur A.' Corné«
llus^ColTus, qui fe donna pour
mairre de la cavalerie T. Quin-
riiis CapitoUnus. Quoique le
Dlâaicur prévit bien yi*il trou*
*• ^9
MA
verok plus de difficutié à fou*^
mectre fes citoyens , qu'à ré-
duire Tes ennemis > cependant
foir qae la guerre ne fiouârîc
point de retardement» foit qu'il
voulût donner plus de poids
& d'autorué à fa charge par la
viâoire qu'il remporteroît. Se le
triomphe dont elle feroit fuivie»
il n'eut pas plutôt mis une ar^
mée fur pied» qu'il la condui-
fit contre les ennemis > âc rem*
porta fur eux de grands a vanta*
ges.
Cependant , la fédition aug^-
nentoir k Rome' de jour en
|our;.& celui qui en éroit le
chef , en rendoit les fuites en^
core plus redoutables^ car , M.
Manlios Capttolinus ne fe coq*
tentoic plus d'animer le peuple
par des difcours flatteurs » mais
il y joignoît des aAions plei-
nes de bienveillance & débouté
en apparence , ôc très - pernt-
cieufes au fond , à en confidd-
rer le motif & les conféquen*
ces. Ay«Dt vu qu'on tratooit
en prifon, pour fes dettes» un
Capitaine qui s'étoit diilingué
par fes. actions guerrières.» il
courut à fon fecours avec la
troupe dont il étoic toujours
accompagné ; & fe failiffant de
fa perfonne 9 après^ s'être em-
porté contre l'orgueil des Sé-
nateurs âc la cruauté des Ufu«
riers ^ après avoir plaint lami-
fere du peuple , loué haute-
ment la valeur de cet .Oificier
& déploré fon infortune : » Ce
9 feroit bien en vain ,<ajouta-
9 t-ilv-que ce brafs auroit fau-
m^ vé îe Capitoie & U ciudel-
MA 4c
» le , fi je laiflbis traîner ca
3i> prifoo de réduire à la fervi«-
3» tude mon concitoyen & moa
» compagnon de guerre , com*
Il me fi les Gaulois écoiènt de*
» venus nos vainqueurs & nos
j» maîtres. » Après avoir ainfi
parlé , il paya au créancier la
fomme que l'Officier lui devoir^
& l'ayant délivré de Tefclava-
ge avec les formalités requifes
en pareil cas , il -le renvoya
plein dereconnoiifance^âc priait
Jes Dieux & les hommes de
reconnottre -er^ fa place , les
bienfaits & la générofité de M*
Manlius Capîtolinus » fon Lt«
bérareur , & le père du pea«
pie Romain.
A ce^ce aAion M. Manlius
Capitolanùs en ajouta une autre,
qui étoit capable de porter la
multitude aux plus violentes e: -.
trêmités» Après avoir fait pu-
blier par le ccieur, qu'une terre
qu'il avoit dans- le rerritoire de
. Veies , 8c qm éroit la partie de
fon patrimoine la plus confii-
dérable , étoit à vendre : » C'eft,
» dit-iJ , Mefiîeurs » afin qu'il
» ne foîc pas dit qu'aucun de
» vous foit menacé de la prifon
» ou de la fervitude, tant que
» je ferai pn- état de l'en dé-
» livrer.» Ce dernier traie^n-
fiamma . tellement le peuple,
qu'il parotfToit capable dé tout
'• entreprendre pour celui qu'il
regardoit comme fon Libéra-
teur.., M. Manlius Capitolinus
tenoit des ademblées dans fa
maiibn*, où fans plus garder
• aucun ménagement pour les Pa-
triciens I si fe mettre ça peioe
i
MA
lès reproches qu'il leur fai«
toit étotent vrais oit faux , il
avança entr'autreschofes» qu'ila
avoienc cdché les tréfors qu'on
avoit repris aux Gaulois» On
que noii contens d« s^être em-
parés des terres de la Républi-*
que, ils s*approprtoieat eocor^
un argent qui lui appartenoit •
fc qui ftiffiroif pour acquitter
les dettes du peuple» fi on pou-
voit obliger ces avares à lâcher
leur proie* Cette efpérance
dont il flatta les citoyens » mit
le comble à leur indignation.
té Quoi« difoient-ils , quand il
«» a fallu trouver la ibmme que
« les Gaulois exigeoient pour
y> notre rançon » nous nous fe*
» rons tous cottifés pour la
I» faire ; 6c aujourd'hui un pe-
» tir nombre de paniculiers
-» partageront cet or qu'on a
f» forcé les ennemis de rendre ? n
Pour n*eo pas demeurer-là , ilt
preflbient M. Manlius Capitoli-
ntls de leur découvrir le lieu
où Ton avoit caché un Vol de
cette importance. M. Manliu«
Capitolinus les prioit d'atten-
dre» les aflnrant qu'il le leur
diroit en tems & lieu. Mais »
le peuple ne perdoit point
de vue cet objet qui feul l'oc-
cupoit ; Ac il étoit aifé de voir
qu'il n'y avoît point de réconh'
penfe que Taccufateur ne pût
efpérer» fi la dénonciation (e
trou voit véritable» ni de peine
qu'il ne dût craindre» fi elle
étoit faufie.
Telle étoit la fituation des
affaires à Rome » lorfque le
Dîâaieur y fut rappelle. Dds
M A
le reaHematn de foo arrivée»
ayant iuffifammeot ocamioé In
éifpofîtion des efprits » il afle»*
bla les Sénateurs; âc leur ayant
ordonné de fe tenir toujours
auprès de fa perfonne, il vint
accompagné de ce cortège» dans
la place , Se monta fur iton Tri-
bunal » qu'il avoit fait placer att
milieu. Alors » il envoya ordon-
ner à M. Manlius Capitolinns»
par un Liéleur de le vei»r troo*
ver. Ce féditieux averdt suffi-
tôt les fieos de l'orage qui fe
préparoit » 6l vint an tribunal
d\i Diâateur fuivi d'ui^e mul-
titude infinie* On voyoit d'un
côté le Sénat» de l'autre le
peuple » les deux partis ainfi
•que deux armées ayant les yeux
attachés fur leuis chefs » comme
s'ils euflent attendu le fignal dn
combat. Alors » le Diâateur
ayant fait faire filence : » Piât
» ' aux Dieux » dit- il » M. Man*
» lius » qu'il fût auifi aifé de
« mettre le peuple d'accord
-o avec le Sénat de avec moi
» fur toutes les autres affaires f
» que )e fuis fur qu'il fera da
» même fentiment que nons »
» fur celle qui vous regarde »
3» & fur laquelle je vais vous in-
» terroger. J'apprends que vous
y» avez fait efpérer aux citoyens
» que» fans faire tort à leurs
iB créanciers» leurs dettes pen-
A vent être acquittées des de-
3» niers qu'on a repris' aux Gaq-
s> lois » & que les premiers des
» Sénateurs tiennent cachet*
30 Bien loin que ]e m'oppofi;
jo à un fi grand avantage » je
» votts escorte p .M. ida^ltin
p
P
P
P
m
»
m
«
3»
«
:2>
a»
î»
•a»
,t>
»
•9
MA
Capitolious , à déUvfer le
peuple des intérêts qu'il eft
obligé de payer , & pour
cet effet de déclarer quels
fooc ces avares qui retren*-
neat pour eux feuls les rré-
fors de la République. Si
vous n'obéiflez pas:, foit par-
ce que vous-même avez parc
au butin , foie parce que
votre dénonciation éft fauf'*
fe 9 je vais vous faire con-
duire en prifoa > & je ne
fouffrirai pas que vous amu-
fiez plus long-cems la multi-
tude par de vaines efpéran-
cet* Je fçavois bien , répon-
dit M. Manlius Capîtolinus »
que ce n^étoit ni contre les
Volfques f autant de fois nos
ennemis , qu'il e& avantageux
an Séaac de les faire palTer
pour tels , ni contre les La-
tins Se les Herftiques, que
par de fauiTes accufations ,
on force de prendre les armes
pour fe défendre » maïs con-
tre moi de contre le peuple >
qu'on vous avoir créé Diâa-
teur. Aujourd'hui , laiflantr
là la guerre» qui n'étoit qu'une
feinte , vous venez fondrb
fur moi ; Se vous déclarant
le proteâeur des Ufuriers de
Tennemi du peuple , vous me
faites un crime de fa recon-
Doiffance , & vous voulez me
punir de lui avoir fait du
bien. Vous ét<fs choqués »
Cornélius, & vous; Meffieuirs
les Sénateurs , de voir autour
de moi un 6 gr»nd nombre
de citoyens* Écartez - les
Vauprès de ma perfonne par
MA 4)
« vos bienfaits « en répondant
» pour eux t en les délivrant de
s> la prifoo Si dti chatnes , ea
3» empêchant qu'on ne les ad-
n juge comme efclaves à leurs
«9 Créanciers » enfin en em«
» ployant une pai'tie de votre
to fuperflu , pour foulager leur
» mifere. Mais , pourquoi vous
» exhorter à donner de votre
» bien > Laiffez feulement aux
-n autres celui qui leur appar*
)» tient. Retranchez des femmes
9» principales que vous avez
» prêtées , celles qui vous ont
» été payées à titre <i'intérêf ;
To Se VOUS verrez que ma Cour
» ne fera pas plus grofe que
» la vôtre. Vous me demandez
» pourquoi je fuis le feul qui
» prends fi fort à coeur lès inté-
T» rets du peuple? Demandez-
» moi done auffi pourquoi j^ai été
y> feul qui ai pris les armes
3» pour fauver le Capttole Se
» la cîtâdelle , & je vous ré-
jo pondrai qu'alors je donnai à
'n tous les citoyens en général
3» le feeours qui dépendott de
•y> moi ; Se que dans la fuite je
» défendrai chacuti d*eci% en
3> particulier , Si quand l'occa-
» fion s'en préfentera. Quant
3> aux tréfors des Gaulois , vous
» rendez difficile par vos quef-
» tious une chofe qui de fa na-^
n ture eft très-aifée. Car ,
a» pourquoi m'obliger de vous
» dire ceque vous fçavez mieux
» que perfonne ? Pourquoi vou-
- » lez vous qu'on vous fouille ,
» plutôtxjue de rendre de bon-
30 ne grâce, ce que vous avez
ii fetré daos vos poches» à
44 ; MA
» moins qu'il n'y ait quelque
30 fraude cachée là-deflbus , &
30 que voqs ne foyezfûrs de
» votre fait ? Car , plus vous
n me défiez de découvrir vos
» preftiges »plus je crains que,
» femblables à des joueurs de
» gobelets , vous n'ayiez jette
» de. la poudre aux yeux des
» plus curieux & des plus pé«
V» nétrans* Je conclus que ce
30 n eil pas moi qu*il faut obli-
» ger de découvrir vos brigan^
» dages , mais vous qu'on doit
30 forcer de les repréfenter. »
Le Dictateur le fomma une
féconde fois de laifler-là les
détoufs j de répondre jufte , âc
de prouver ce qu'il avoit avan-
cé , ou d'avouer qu'à tort &
fauffement il avoit accufé tout
le Sénat de vol , afin de le ren-
dre odieux au peuple. Sur le
refus qu'il fit de répondre à
des ennemis, qui n'avoienr pas
droit , difoit-il , de l'imerro-
ger 9 le Diâateur ordonna qu'on
le menât en prifon. Dès que
le LiAeur eut mis la main fur
lui : » Grand/ Jupiter j s'écria-
30 t-il , & vous Junon , Reine
•» des Cieux , & vous Miner*
» ve, & tous tant que vous êtes
» de Dieux 8c de Déefles qui
7> habitez le Capitoleifouffrirez-
j> vous que votre défenfeurToit
30 traité fi indignement par fes
30 ennemis ? Souffrirez - vous
3a qu'on charge de chaînes ces
y> bras qui ont repouffé les
30 Gaulois près de profaner vos
90 temples ôc vos autels ? » Tout
le peuple étoit au défef|>oir*
Ce quil Yoyo>t ^ ce qu'il e&cgi^
m:A
^oît fepénétroit de là pîus vive
douleuré Mais , cette ville , la
plus docile qui fut jamais à fes
magiilrats légitimes , n'avoir
point encore appris à réfifter
aux ordres du Diâateur ; dt
l'autorité de ce premier chef
étoit fi redoutable ,' que les
Tribuns du peuple & le
peuple lui • même n'ofoient
lever les yeux , ni - ouvrir
la bouche en fa préfence*
Ce qu'il y a de certain , c'eft
que M. Manlius Capitoltnus
n'eut pas plutôt été mis ea
prifon, que la plus grande par^
tie des Plébéiens prirent de%
habits de deuil , laifferent crol*
tre leur barbe éc leurs cheveu x>
& parurent fouvent autour de
fa prifon les larmes aux yeux ,
& accablés d'aiBidlion. Enfia,
le peuple étoit fur le point d'en
rompre, les portes , lorfque
le Sénat pour prévenir cette
violence , les fit ouvrir «par un
arrêt qu'il rendit à ce fujec.
mais , cette condefcendance
donna un chef à la fédition ^
au lieu de la calmer.
En effet , M. Manlius Capi-
tolinus, affemblant chez lui. les
principaux du peuple* prenosc
nuit & joiir avec eux des me-
fures, pour introduire dans le
. Gouvernement quelque nou^
veauté qui leur Hit avantageufe,
faifant paroitre plus d'arrogance
& de cplere que jamais. La
prifon avoit aigri ce courage
qui n'étoit point accoutumé aux
affronts ; de fon orgueil augmen->
toit, quand il faifoit réflexicKi
qu'A. Çornélitts Coffus n'^voîe
• MA
pes ofé l6 traiter comme Ih
Quiotius Cincinnatus -avoic
Craicé Sp. Mélius ; & que ni
ce Ma^iftrac , en fe démettant
de la.Didature» nî Iç Sénat
en^ ordonnant qu'on le remît
en liberté y n'avoient pu appai-
fer la muldtude. Irrité des in*
fures qu'il avoit reçues de Tes
ennemis ^ ôc fier des ménage'*
inens qu'ils avoient pour lui ,
il animoit par des difcours fé-
ditieux le peuple déjà aâez in-
4igné de lui-même. » Quoi ,
«> difoit-il, la raifon ne peut-
» elle vous apprendre quelle
o. eA votre puiflance f tandis
» que les bêtes mêmes connoiC^
» ient leurs forces par le feul
p intindl ? Comptez aux moins
•I coffd^ien vous êtes » & com^
7> bien vous avez d'ennemis.
» Quand ils feroient autant que
» vous f je crois cependant que
^ vous devriez combattre avec
s» plus de courage 9 pour con*
n ferver la liberté , qu'eux pour
» acquérir la domination. Mais»
» il s'en faut beaucoup que leur
nombre n*égale le vôtre. Au-
I» tant que chacun d'eux a de
» clîens qui lui viennent faire
ao la cour, autant il aura d'en-
.» nemis à combattre. Montree-
» leur (eulement la guerre , 2c
K> audSt^t vous aurciZr la paix.
p Dès qu'ils vous verront dé-
!> terminés à employer la force,
ao ils fe mettront à la raifon*
» Il faut bien que tous, enfem-
» ble vous faiEez paroitce vo«
p tre courage , ou vous réfou-
P dre à fouSirir chacun en par-
9» ciçuUer toui^ ce qu'ils vour;
M A 4$
» dront Faire contre votis. Vous
» avez les yeux attachés fur
» moi , & auurémeot je ne mao*
» queraià aucun de vous. Mais,
7> c*eû à vous de faire en forte
a» que le pouvoir de vous fe*
3> courir ne me manque pas à
D moi-même. Vous fçavee que
» ce M. Manlius Capitolinus
» votre libérateur n'a plus rien
a» été dès que vos ennemis l'ont
ao voulu ; 6c tous enfemble vous
» avez vu conduire en prifon
» celui qui avoit rompu vos
» chaînes , toutes les fois que
ao l'occafion" s'en étoit préfen-
ao tée. A quoi dois- je m'atten-
» dre, s'ils pouflent leur au-
ao dace plus loin , (inon au fort
7> malheureux de Sp. Caffîus
ao & de Sp. Mélius f Je vois
30 que cette feule peofée vous
ao fait frémir. Vous avez raifon;
30 j'efpere que les Dieux ne
30 leur permettront pas de me
la traiter ainfi ; mais , ils ne
x> defcendront pasduCiel povir
n me tirer de leurs mains. C'eft
33 à vous qu'ils inipireront le
3' deflein de le courage de me
» protéger , comme ils m*ont
n donné tant en paix qu'en
33 guerre , celui de vous dé-
33 fendre contre des ennemis,
3> Barbares ëc contre des ci-
ao toyens orgueilleux. Quoi »
ao le courage d'un peuple &
ao nombreux fc ii fuiffam fe
ao bornera-t' il toujours à obténif
aa quelque fecours contre la vio-
ao lence de tous fes ennemis }
33 Et tous les démêlés qu'il au-
33 ra avec les Sénateurs , né fe
ao termineront -ils [amxis que
4^ MA
3» par urtt humble QhéiffàîkC€
» à leur volonté? Aflurémenr
3» cette foupleâe ne vous eft
» pas natureUe ; vous en avez
a> contraâé Thabicude. Car »
9 pourquoi avez*vous tant de
m courage 6e de hauteur avec les
3D eoDemis étrangers , que vous
3» croyez être en droit de leur
3» commander , fi ce n*eft que
3» vous avez coutume de com«
» battre pour TËmpire ; au lieu
39 que vous ne faites jamais con*
3» tre ceux«'ci que de vaines ten-
» tatives pour maintenir votre
^ liberté l Cependant , jufqu*ici
3» quel qu*aiK été le caraâere
3» de vos chefs de le vôtre, vous
» avez toujours obtenu ce que
» vous avez demandé , ou par
» force) ou par bonheur* Il eft
3» tems maintenant que vous por*
n tiez vos vues plus loin. Éprou*-
V vez jufqu'oû peut aller votre
3» bonne fortune; éprouvez juf-
» qu*oû peut aller mon zèle, qui
» vous a» î'ofe m'en flatter, aâfez
30 heureufement réuffi jufqu'à
3» préfent. Vous aurez moins de
3» peine à donner un maître
» aux Sénateurs» que vous n^en
9» avez eu à vous oppofer à
3» leur domination. Il faut met*
9» cre à bas les Confulats 8c les
9 Diâatures , afin que le peu**
p pie Romain puifle enfin lever
» la tête. Je me déclare votre
» défenfeur & votre patron ;
» c'eftun nom que je crots avoir
» mérité par mes travaux Sl
3» ma fidélité. Mais , fi vous me
» donniez quelque titre plus
» honorable, un nom plus im*
1» pofant^ une autorité plusécea-
MA
» due » je n'en uferois qise potff
n vous faire obtenir avec pluft
n de facilité les avantages que
39 vous défirez- n Depuis et
jour-là , on dit qu'on fongea
férieufement à le faire Rot.
Mais I oniie nous apprend point
avec qui il traita d'un projet
fi hardi , ni jufqu'oh l'affaire
fut poufiee.
Les Sénateurs de leur c6té V
allarmés des afiemblées qui fe
tenoient dans la maifon d'ua
particulier logé dans la forreref^
fe y & du péril dont la liberté
étoit menacée , prennent des
mefures pour en arrêter les fui«>
tes. La plupart s'écrient qu'il
faut avoir recours au courage
ÔC au bras d^un C. Servilius
Ahala» qui plutôt que d'aigrir
un ennemi public par une pri*
fon de quelques jours, termine
tour d'un coup cette guerre in*
teftine par la perte d'un feu! ci»
toyen. On fe détermine cepen^
dant à un parti moins violent
en apparence , mais qui dans le
fond n'étoit pas moins efficace %
c'efi:<l'or donner aux Magiftrars
de fe tenir fur leurs gardes $ Qc
d'empêcher que les intrig<ies
de M. Matilius Capirolinus ne
faflent tort à la République;
Alors, les tribuns Confulakes
de les Tribuns du peuple qui
s'étoient unis avec le Sénat ,
quand ils avoient vu que leur
puifiance allolt expirer avee
la liberté , délibérèrent en cqro^
mon pour fçavoir comment oH
t'y pr endroit pour empêcher
<|ue le mal n'allât plus loin*
Le neurtre de M. Mantius Ca^
MA
)>tlolIiius paroiflbk être le feùl
expédient; mais, comme oa ne
pottYoit Texécater fans s'expo-
ler à de grands périls , deux
des Tribuns du peuple, M.
Ménius &c Qt PiiblUius « pre*
«aec la parole : » Pourquoi , di-
» reot-ils , mettons-nous le Sé«
» nat aux prifes avec le peu-
» pie dans ufle caufe qui doir
3» réunir les deux ordres, con*
» c-re un citoyen qui veut l€$
ib opprimer Tan & l'autre ?Pour-
a» quoî en attaquant M. Maolius
» Capirolinus , actaquoôs-nous
3» le peuple avec lui , pendant
a» que nous pouvons , avec plus
J» de ISreté , touhier le peuple
n lui-même contre ce féditieux,
j» & Taccabler fous Tes pro*
V près forces f Notre def&in
» eft donc de Pappeller au
SI Tribunal du peuple* Le peu-
» pie ne déteite rien comme
» la Royauté. Dès qu*il verra
9 que ce o^eft pas à lui qu*on
» en veut ; que de protecteur de
« M« Manlius Capitolinus il fe*
» ra devenu fa partie âc même
B> fon juge; que fes accufateuri
» font des magiftrats Plébéiens 9
» et que le crime dont on l'ac-
o cufe eft d'avoir brigué la
» Royauté , il renoncera à tout
» pour ne fonger qu'à fa U«
«> bercé» »
Cette propofitiofi des Tribuns
<lu peuple ayant été approuvée
4e toute Pauemblée^ ils l*ajour«
nerent devant le peuple , & le
fommerent de comparoître à
certain jour devant fon Tribu-
»ah D*abord » le peuple fut
étonné I fur-fout quand iiremar-
MA 47
qua que M. Manlius Capitolèr
nus étoit le feul qui eût pris des
habits de dueii, êc qu'il étoic
abandonné non -feulement des
Patriciens t mais encore de fet
parens èc de Ces alliés , & même
de Ces deux frères, A. êc T. Man-
lius , quoique jufqu/à ce jour
on eût toujours vu les proches
& les amis d*un accufé changer
d'habits en même^tems que lui«
On fe fouvenoit que quand le
décemvir AppiusClaudiusavoit
été mis en prifoni C. Claudsus
fon ennemi 0c toute la famille
Claudienne avoient pris le
dueil.
Quand le. jour de Paccufa-
tion fut venu , outre les aifem*
blées fecretes qu*il avoit tenue«
dans fa maifon , les harangues
féditieuies qu'il avoit pronon*
cdes dans la place publique,
les largeflesqu*il avoit faites au
peuple I & la calomnie dont il
avoit ufé contre le Sénat, on
ne voit dans aucun Écrivain
quelles furent les autres ips^en*^
ves qu'on apporta pour le c<oci«
vaincre du crime qui faifok in
«natiere de ce jugement. On un
doute point qu'elles n'aient été
très-fortes, puifque fi le peu*
pie Tefufa de le condamner «
ce ne fut pas fon innocence <pA
l'en empêcha , mais le lien «A
on l'avoit aiTemblé» Je crois^
dit Tîte-Live , devoir faire In
réflexion fui vante , pour faim
fentir à ceux qui liront les
aventures de M. Manlius Capi-
tolinus , combien la cupidité de
régner rendit odieufes en fa pet"
fouAC une de grandes qualités^
4* MA
qui , fans ce vice , lut auroient
arriré Tamout ôc i'eflime de
tous les Romains. On die qu'il
produisit près de quatre cens
citoyens dont il avqit empêché
qu*on ne vendît les biens, ou
-qu'il avoit tirés de la prifon èc
des chaînes > en payant leurs
dettes, fans exiger d'eux au-
cun intérêt. A Tégard de fei
iêrvices & de fes campagnes^
il n*en conta pas feulement
rhiiloire , mais il en donna des
témoignages éclatans, en expo-
fant aux yeux de touj: le peuple
les dépouilles de trente ennemis
tués de fa main, 5c quarante dons
reçus des Généraux fous qui
il avoit porté les armes , entr'au*
très deux couronnes Murales
& huit Civiques; de plus il
préfenta à Tademblée un grand
nombre de citoyens qu'il avoit
arrachés des mains des ennemis,
parmi lefquels' étoit C. Servi-
lius , qu'on avoit nommé, maî-
tre de la cavalerie (ix ans au-
paravant pendant fon abfence.
Après avoir expofé le tout dans
un difcours pathe'tique , dont
'Jes expreflîons & les penfées
répondoient parfaitement à la
, grandeur de fes exploits guer^
xiers , pour mettre le com-
ble à fon apologie , & en fôr-
^ ne de péroraifon , il déchira
fes habits ,& laiiTa.voir fon ef-
tomac où paroiiïbient encore
les cicatrices des bleflures qu'il
avoit reçues en combattant ; &
fettant de tems en tems les yeux
vers le Capitole, il appelloit à
fon fecours Jupiter & les au-
tres Dieux \ & les priait d*iaf«
MA
t>]rer au peuple Romaiif qui
alloit le juger > le même efprit
qu'ils lui avoient infpiré à lui-
même, lorfqu'il avoit défendu
la citadelle* Enfîn, il conjura
chaque citoyen , ea particulier ,
6c tout le peuple en g<énéral y
de tourner leurs yeux lur la ci-
tadelle, fur le Capitole & tous
Jes Dieux qui l'habitoient, &
de le condamner s'ils l'ofoient.
C'étoit dans le champ de
Mars que la fcene fe paffoit;
& comme on eut commencé à
prendre le fuffrage des centu*
ries , &que l'accufé tendant les
mains vers le Capitole ^ eut une
féconde fois adreffé fes prières
aux Dieux > les Tribuns s'ap-
perçurent que leur entreprife
alloit échouer » s'ils ne déro-
boient aux yeux des citoyens
un objet qui ne leur laiiïbic
pas la liberté de dire leur fenti*
ment contre un homme en fa-
veur, de qui , tout criminel qu'il
étoit , le fouvenir d'un it grand
bienfait prévénoit leurs efprits*
Ain(î, ils remirent ce jugement
à un autre jotir , où ils aiTem'-
blerent le peuple dans le bois
Pérélinus , hors de la porte No-
mentane, d*où on ne pouyoic
voir le Capitole. Ce fut-là que
l'accufation prévalut fur tout ce
qu'il put employer pour fa dé-
.fenfe. Il fut traité à la dernière
rigueur, & condamné à mort.
Tan 381 avant Jefus - Chrift »
par un jugement qui fît horreur
à ceux mêmes qui le-pronon-
çoient. Quelques-uns ccoyent
.qu'il fut jugé^ par deux Com-
miffaires nommés pour informer
de
MA
et (on cfîme. Les Tribuni lé
firent précipiter du haut du roc
Tarpeien; & le même lieu eft
devenu dans la fuite le monu*-
snent de fa gloire , & celui de
foD fupplice. A une punition fi
févere on ajouta deux notes
d^infamie ; l'une publique , en
défendant à tout Patricien d'ha-
biter jamais dans le Capitole ou
dans la citadelle 9 parce que fa
xnaifon y avoit été fituée > à
l'endroit où l'on vit depuis le
cemple de Junon Monéta 9 Se la
boutique d'aiis laquelle on fabri-
quoit les monnoies ; l'autre
particulière à fa famille » en
profcrivant le furnom de Maf •
eus , en forte quMl ne fut plus
'permis à aucun des Manlius de
le prendre à ravenir.Ainfi mou-
rut un citoyen dont la vie au-
roitétéilluftre» s'il ne fût point
tié dans un. état libr£.
Le peuple ne fut pas long-'
tems fans le regretter. Dès qu'il
n'eut plus rien à craindre de fon
ambition ^ il ne fe fouvînt plus
que de fes vertus ; de la pefte» qui
furvint bientôt après fafts au«
cune caufe apparente 9 fembla
à la plupart n'avoir pour ori-
gine 9 que le fupplice indigne de
■ ce citoyen. On publioit que le
Capitole avoir été fouillé par le
fang de fon libérateur ; & que
les Dieux avoient été offenfés
de ce qu'on avoit fait expirer
à leurs yeux celui qui avoit
fauve leurs temples des mains des
ennemis*
<*) Th. Lîv. VI. c. 1 , ti > li , )5.
(i) Tir. LîY. L. VU c. )o.
Tm. XXVU.
MA 49
MANLlUS [ A.]t^. m/^*
lius 9 ( tf ) fut créé Tribun mi«
litaire 9 i'an de Rome )66 %
& 386 avant Jefus-Chrift. Il fut
revêtu de la même charge »
quatre ans . après. Il y fut en*
core élevé deux fois depuit»
La première fois » ce fut l'ati
de Rome 372 9 & 380 avant
Jefus-Chriit 9 & la féconde fois»
ce fut l'an de^Rome 385 »& 367
avant Jefus-Chrift.
MANLIUS t C. ] . < * ) C.
Manlius 9 fut élu à la charge de
Tribun militaire » l'an de Rome
376 9 de 367 avant Jefus-Chriil»
Il eut entre autres collègues , R»
Manliusk Voye[ ci-après Manlius
MANLIUS [ P. 1 » fO P-
Manlius^ fut créé Tribun mili-
taire avec C. Manlius & quel*
ques autres 9 l'an de Rome 376»
& 376 avant Jefus-Chrift. P»
& C Manlius emportèrent psyr
leur naiflance ôc leur crédit» le
commandement de l'armée qu'on
envôyoit contre les Volfques ^
fans tirer au fortj ni demandeiP
le confentement de leurs coh*
lègues ; mais , dans la fuite » ils
eurent fujet de fe repentir de .
Cette préférence , aufli-bien qud
les Sénateurs qui la leur avoienc
accordée* Ils avoient fait partir
leurs cohortes pour aller ati
fourrageai avant que d'avoir en*
voyé à la découverte. Quelque
tems aprèsi un fotdat de l'armée
ennemie , qui fe difoit Romain »
leur vint annoncer qu^ellet *
I
(C) Tit. liy. t, VI. t» %ùt\^t ^u
D
$0 M *A
étoient învefties par les Latins ;
& aufC-tôc, fans prendre feule-
IQent ht précaution de garder
c^lui qui leur donnoît ce faux
^vis « ils coururent à leur fe-
«cours y & tombèrent eux-mêmes
,dans les embûches qu'on leur
«voit dreflees. Pendant que fou-
.tenus ps^r le feul courage des
,foldat5 , ils fe battent vigou-
rtufei^ent malgré ledéfavantage
du lieu, le camp des Romains'
refté fans défenfe dans la plai-
ne , fut attaqué par d'autres
:€nnemift. Dans l'une de Tau-
Jire oocafion ce furent l'ignoran-
ce &.' la témérité des chefs qui
.cxpoferent le» troupes de la
République. Ce furent le boa-
.Ifeur du peuple Romain , & la
valeur de Tes foldats , qui fou-
•vent s* eu foutenue par elle-mê-
.me d^ilituée delà prudence des
Généraux- , qui en fauverent U
plus grande partie*
Onze ans après , P. Manlius
•fut créé Dictateur, & il choifit
pour maître de la cavalerie , C.
'Licinius 9 Plébéien qui avoitété
Tribun militaire quelques an-
nées auparavant. Tite-Live dit
que cette démarche de P- Man-
^lîu.s fît beaucoup de peine aux
Séniiteurs ; & que le Diâateur
s'excufa fur la parenté qui étoit
^ntre lui Se C. Liciniu$,a)ou<anc
'que l'autorité du maître de la
cavalerie n'étoit pas fupérieure
•à celle de Tribun Confulaire.
'L'année fui vante , P. Manlius
' fut élevé pour l'a fécondé fois
MA
a la charge de Tribun miH«
taire.
MANLIUS [ L. ] IMPÉ-
AIOSUS , Z. Manlius Impt^
riofus y Xà) fut créé Diélateur^
l'an de Rome 392 , & 360 avant
Jefus-Chrîil» 6i il choifir pour
maître de la cavalerie L. Pina«-
rius. La rai Ton pourquoi on
éleva L. Manlius à cette pre-
mière dignité de la République,
ce fut pour qu'il enfonçât ua
clou dans le temple de Jupiter*
Cette augufte cérémonie fe fai-
fojt aux Id?s de Septembre.
Mais> L. Manlius ne croyant pas
qu'une expédition de cette na-
ture fît aiïez d'honneur à fa
charge , fous prétexte de faire
la guerre aux Herniques» ufa
•d'une rigueur (i exceffive dans
les levées qu'il entreprit de
faire > que tous les Tribuns du
peuple s'étant foulevés contre
lui , il fut obligé d'abdiquer la
Di(flature.
Mais , cette démiilion forcée
.n'empêcha pas que dès le com-
mencement de 1 année fuivantè,
fous le Confulat de Q. Servî-
lius Ahala & de L. Génucius
-pour la féconde fois , il ne fût
appelle ea jugement par le
Tribun du peuple Mr Pompa-
nius. Il étoit devenu odieux ,
comme 01» vient de le dire, par
la violence dont il avoit ufe
dans la levée des foldats, ea
,puni0ant ceux qui ne répon-
doient pas à l'appel » Rou-fen-
lement dans leurs biens qu'il
coniifquoic» mais encore daoe
Uy TiL Liv. L. vu. c. 3. & fii'
tAÂ.
leurs perfonnes , qu*il faîfoit
traîner en prifon , & déchirer à
Coups de verges. Mais , ce qui
révolroit davantage les citoyens
icontre lui , c'étoienc fa dureté
naturelle , & le furnom d*Impé-
fiofus ou Impérieuic , inluppor-
tabie dans un état libre , que
lui avoir fait donner la cruauté
avec laquelle il avoir affedlé de
traiter non-feulement les étran-
gers , mais même Tes proches i
Tans épargner fon propre fang.
Car , le Tribun entre les autres
chefs d*accufation , lui repro-
choic d*avoîr chaffé de fa mai-
son paternelle de de la vue de
fes dieux Pénates , de ta place
publique de de la compagnie de
fes égaux , un fils qui ne lui en
âvoit jamais donné occafion par
fa mauvaife conduite , pour le
tenir enfermé avec de vîls ef-
claves , & l'occuper à des ou-
vrages fer viles dans un Heu où
^e jeune Patricien » fils d'un!
Dictateur , jouifloit à peinç de;
ta lumière des cieux , oC appre-
ïToît par une mifere continuelle
^u^il étoic véritablement né
d*un père dur Se impérieux*
Mais encore pour quelle rat'
fon ? Parce qu'il n*avoît pas
refprîr auffi vif, & qu'il ne
parloit p^s auHi aifément'qu^l
l'auroit fouhaité. Eh 2 s'il avoir
^u le moindre fentiment d'hu*
jnanitéy n'àuroit-il pas dû cor-
riger doucement ce défaut, o^
du moins le cacher , plutôt que
de l'entretenir & de le faire rè*
marquer à tout le monde , par
la manière cruelle dont il le'
traicoic? Que les bêtes mim^s
les plus féroces ne refufoient
ni leur tendrefle ni leurs foin|
à ceux de leurs petits , qui
étoient nés difformes ic monf^
trueux; au lieu que L. Manfius»
par une éducation fi indigne «
fortifioit les vices naturels d^
fon fils» 6c étoufFoit, en le te*
nant à la campagne parmi de|
efclaves Se des animaux , tout
ce qu'il avoit d'efpric & d'ac*
tivite.
Il n'y avoit perfonne qui Af
fût touché de ces reproches » 6Ç
à qui ils ne paruiïenr Juftes Sf,
bien fondés. LefeulX* Manlius,
en faveur de qui on l'es faifoif
à fon père, ne put les fouffrirà
Bien plus , indigné de voir que
c'étoit à fpn occafîon qu'on per-
fécutait celui ^ qui il étoit re«*
devable de la vie , pour appren-
dra aux Dieux & aux homoiei
qu'il prcféroit les intérêts de
jQn père à ceux dé fes ennemîsi
il conçut un deSein de mauvaiii
exemple à la vérité > 5c qiit
partoit d*un Courage bru fque SC
lauvage » mais dans lequel oii
pouvoir au moins loueria bontd^
ûe fon cœur. Il prit vn poi«
f*;nard fous fa robe , & fans rien
îre à perfonne, s'en vînt à 1^
yiHe, & fç' rendit tout droit
dans la maifon de M. Pompo«
tïus. Il dit au portïçr d'avert;f
fon maître que T.' Manlius , fil|
de L. Manlius, avplt à lui corn*
inuniqaer une affaire de confé-
quence, &quine foui&oît point
de retardement. Le Tribun qui
crut que ce jeune homme , irri-
té des mauvais trattemens de fon
père f lui veiioit donner ^juelqub
^1 MA
«vis capable de fortifier Ton ac-
cu facîon 9 ne balança pas à le
faire encrer. Après les.premiers
complimens , il le pria de faire
^retirer tout le inonde , afin qu'il
yût lui parler en particulier.
Quand il fe vit feul avec M.
Pomponius , il tira le poignard*
& le lui portant à la gorge , il
le menaça de le tuer, s*il ne
lui jur.oit fur le champ qu'il
abandonneroit Taccufation qu'il
^yoit intentée contre fon père.
Le Tribun , qui voyoit briller
le fer à fesyeux , qui étoit feul,
& qui avoit affaire à un jeune
homme robufte & fier de fes
forces , ce qui n'étoit pas
moins effrayant , fit le ferment
qu*on exigeoit de lui y Se avoua
depuis que c'étoient les mena-
ces du ftls qui Tavoîent obligé
de laifler le père en repos.
Le peuple eût été bien aîfe
qu'on lui donnât occadon , 6c
qu'on lui laiflat la liberté de
porter fon fuffrage contre an,
accufé (î cruel & fi fuperbe ;
mais, cependant , il ne fut point
fâché de voir qu'un fils fe fût
porté à cette violence , pour
fauver fon père ; ce qui lui pa-
rût d'autant plus, louable y que
l'extrême dureté de l'un n'avoît
λas été capable d'étouffer let
èntimens de la nature dans
l'autre. Ainfi , une adlion fi
hardie tira le père du danger où
il étoit expofé , Se attira même
au fils des éloges & des réconi*
pentes. Car , comme on fut con*
Uy Tit, Liv. t. Vil. c. 4. ër fêq. t.
MA
venu que cette année , pour It
. première fois , le peuple nom-?
meroit une partie des Tribuns
militaires qui commandoienc
dans les légions, au lieu qu'au*
paravant • toutes ces places
étoient données par les Géné^
raux ; il obtint le fécond rang
entre les fix Officiers , donc
chaque légion étoit compofée,
fans qu'il eût jamais rien fait etk
paix ni en guerre qui lui eue
mérité cet honneur, puifqu'il
avoit paffé toute fa jeuneffe à la.
campagne , parmi des efclaves»
& loin du commerce des hon-
nêtes gens.
MANLIUS [ T. ] TOR.
QUATUS, T. Manlius Tor^.
quatus , {a) fils de L. Manlius
Impériofus. Ce dernier fut ac-
cufé devant le peuple par le
Tribun M. Pomponius , l'an dei
Rome 393, & avant Jefus-Chrifl
359. L'accufation intentée conr
tre lui rouloit fur fa conduite,
irréguliere & rigoureufe dans
la Didlature qu'il venoit d'abdi-
quer. Mais , le Tribun travail-
loit encore à le rendre odieux
par fon caradere féroce , 6c
paria cruauté qu'il exerçoit non-,
feulement contre des étrangers ,
mais fur fes proches & fur fon
propre fils.
Les inveélîves de M. Pompo-
nius révoltèrent contre L. Man«
iius Impériofus tous les citoyens,
excepté celui-là feul qui étoic
l'objet de cette rigueur , tanç
reprochée à fonpete.. Ne pou-
1^
1^9. RoU. Hift* Rom. Tom. û, p. 145;
MA
vant fupporter qu'on entreprit à
fon occaiîon de le rendre odieux,*
il voulut, par une a<flion écla*
tante, faire connoître aux Dieux
& aux hommes , que bien loin
de favorifer les accufateurs de
fon père, il prétendoit prendr-e
fa défenfe & le fecourir. Il prit
donc une réfolution , qui vérica*
blement fe relTentoit de la fé^*
rocité dans laquelle il avoit éié^
élevé , & qui étoit fans doute
d'un exemple dangereux dans
un État, mais cependant louable
par le motif d'où elle partoit*
T7n matin^fans en avertir perfon^-
De , il vient à la ville armé d'un
Çoignard , & va droit chez le
ribun M. Pomponîus , qui
étoic encore au lité II fe fait an-
aoncer , ôc fur le champ eil in-
troduit, parce que le Tribun
- ne doutoit pas que ce jeune
homme,indigné contre fon père,
ne vint lui fuggérer quelque
nouveau fujet d'accufacion « ou'
lui donner quelque confeil fur
la manière dont il devoir coiw
duire l'affaire. Le jeune T. Ntan-»
lius lui demande un moment
d'entretien particulier ; 3c de»
Îu'il fe vit tête à tête avec le
ribun , il tire fon poignard, le
lui porte fous la gorge, Ôc lui dé-
clare qu'il le percera fur .le
champ y s'il ne jure dans le mo'*
ment même , félon la formule,
qu'il va lui diâer,qu'il ne tiendra
jamais d'alTemblée du peuple
pour accufer fon pere.Le Tribua
tout tremblant, qui voyoit le fer
briller à fesyeux« qui étoit feul,
faos défenfe , attaqué par un jeu*
ne homme robuile > éc, ce qui
MA' a
nVtoit pas moins ^è craHidre>
j^lein d'une confiance brutale e«
la force , fit le ferment qu'on lui^
demandoit , & dans la fuite il
avoua avec une forte de com«
plaifance , & avec une (incérité'
qui marquoit afiez'qii'il ne s'éït*
repentoit pas» qee «'étoit ctitë
violence qui Tavak' hhWgé dé
k défiiler de fon entreprise.* ■ '
'- Cette aétioa 'éft Cans douttt
irTéguIiere eiieilè*jiiêfne; inal^^
ce défaut eft couvert en qfielqud
façon par la générofité& la pié^
té filiale quiy brillent dans leur
plus grand éclat ;' & c*eft fur
ce pied^là qu'en jugea le peu«
pie Romain; Il eût fouhaicé
avoir toute liberté, de févîr
contre un accufé cruel êc fu-
perbe; tel qu'étoit L» Manlius
Impériofus ; mais -, - Il he pur
déiarpprouvef néanmoins la dé*
marche hardie de' et fils , pour
fauver fon père» II' la trouVoit
même d'autant plus louable, que \
lafévérité exceffivedeL. Man-
lius Impériotui à - fon égard ,'
n'a voit pu éteindre en lui lee
fentimens de la nature* Le peu*
pie fe crut même obligé de ré«
compenfer une aâion fi gêné*
leufe ôc il pleine de piété. Il
fut nommé Tribun dans une lé-
gion ; grâce confidérable, 6c qui
ne fut accordée qu'au zèle qu'il
avoir témoigné pour fon père ,
puifquece jeune Romain ,élevd
jufqu'aloTS à la campagne , n'a-
voir pu fe faire connoître par
un autre endroit.
Nous voyons dansla perfonne
du jeune T. Manlius, un illuf*
tf e exemple de ce qi^e peuvent
D iij '
|4 . U 4:
pc^oivuni; o|»ér«r les fefitimetts
e la nature dans, le c«^ur d'ua
ils y & du)iaut degré |ufqu'où il
4oit porter je refifeâ & la ren-
drefie f ^ur;/pp pcf e. Les Écrî-
iraiosdu pa^nifin^ ^nt fore bien
connu toute ir4lf^d4ie de ce de-*
XQK y i& où '.iascement ^ .fré«,
^Vjeaunent iK£âefut/J[*obliga€ioA*
où (oj)t iesi eofanâ f pon-feule*^
s^nc de.di$^le# ^ découvrir
Ç^r le fUe»ç-0-^S'nî«uvAi$trajte-:
|Q^;)s qu'iUpe.uvefititec.evoijf de
^M"^ pere».& ftieres ♦ .mais de
les fottffrir atQc Une douceur &:
uoe .pfitjesijpe; qjuî XoieDC à Té-
preuve def înjjkiiiices les plus
criantes, \Jn^ fi!:s Cut-il jamais
Jtijiitiraiié pli}« inju^iement par
Ibft pjere ♦ q^e.T. ManJius par
le .ficrt ? JEi VeA r4ii«s Iç ^^ro»
j*^'9^e Jiju'il ppîrpiive de fa parc
Xe<s ngueuxst les pilu^ureSj dont
iJ pourrait {«i v<îhir .'Vengé & dé-.
livre. fans .y. tie»> «odtribuer de
£pa c6ré> <).i|'il coiujrct à fa . dén
feofev & qu'uni^ uemeli): occiipé
du dé£r cU fauo^ec fon père t ^
4e la penrée.iqtî'il.eft fils, U
oublie cous le^s.. autres devoirs^-
De ce principe ies p^yens infé-
raient un .aurore devoir 9 feioi»
<$ttx encore pbifi Indifpenfable ,
f^m étolt de d^tiiUulet inviola-
blement attacM à la patrie»,
quelque inlute qu'on en eût re-
çue. C'eâ à «Ue de témoigner fa
i*ecom)oiâàBce p^jur les fervi-
ces que lui rendent les citoyens;
mais les plus mauvais traite-
mens , 3c les fupplices mêmes f
«e doivent t>s»s faire repentir un
citoyen qui à une véritable
grandeur 4'^me de Favoir fer-
M A
yîe avec zèle & fidélité.
L'année fViivante » its Ro-^
mains eurent quelques gueres
peu importantes contre des peu^
pies voifîns ; celle contre le&
Gaulois leur donna plus d*in'»
quiétude i àc fit nommer un Die-
i^teur« qui fut T. Quincius Pen*^
nus. Ils s'étoient avancés à trolS'
milles de Rome. Les Romains
marchèrent à leur rencontre.
Les deux armées demeurèrent
quelque tems en préfence, fan»
f1»ire^ aucun mouvement > fépa-
xées feulement fur le pont qui
étoitfur TAnio. Aucun des deux
parus ne vouloir rompre co pont,
dt peur qu'on n*artribuât cette
précaution à fa crainte ; mais >
le défir de s'en emparer occa-*
fionnoic des combats affez fré<«
^uens ^ fans qu'on pût juger à
§ui il reileroic , à caufe de l'é-
galité de leurs forces. Ce fuc
dans cette incertitude qu'un
Gaulois d'une grandeur déme-
furée. s^avança fur le pont 9 qui
éttût encore libre y ôc criant de
toutes .fe s forces, pour fe faire
entendre de plus loin, » que le
19 plus vaillant des Romains pa-
9» roiâTe Si s'approche 9 afin que
3» lui & moi faflîons voir pat
3a riJue de notre combat ,
3» qveile eft la plus brave de»
» deux nations.» Les premier»
de la îeunefle Romaine demeu-
rèrent sfifez long- tems dans le
filence, aucun n'ofant fe décla-
rer 9. de peur de fe couvrir de
honte en refufanc ce défi 9 ou de
s'expofer feul , en l'acceptant g
à un péril qui paroifi^it évi«'
dent» En^n > T. Manlius , s'étaat
M A .
approché du Diâaceùr : «c Jt
» me g^rderois bien, lui dic*Hv
» Seigneur , de combattre hors
» de Okon rang fans irotre or-
» dre 9 quand je feroîs afTuré de
3» la vidof re ; mais ^ fî. vous
» voulez me le permettre » je
» veux apprentlre à cette bêt^
» féroce » qui nous infulte avec
« tant d'orgueil (k d*infolence»
n que je fuis de cette hsitilc qui
» chaâa les Gaulois ^ Se les
» précipita du haut du Capitole^
» Confervez toujours ^ lui ré-
3» pondit le Diâateur , cette
» généreufe ardeur de fervir
» votre père de votre patrie*
x> Allez y ôc avec la proteélion
» àQs Dieux y montrez que les
» Romains font invincibles x>»
Au(&-tôt Tes compagnons pri**
rent foin de l'armer. Il prend un
bouclier dû faotaflîn avec une
épée à rEfpagnoIe» beaucoup
plus propre à combattre de
près. En cet équipage» il s'a*'
vance contre le Gaulois, fot*
tement joyeux , & tirant la
langue par dérifion* [ Car les
Auteurs n ont pas dédaigné de
rap^Qrter cette faillie extrava-*
gante ]• Tout le monde s*étant
retiré ,les deux Athlètes, pour
donner aux deux armées un
fpeâacle peu ufité dans la guer*
re, relièrent feuls au miiseu
du pont, avec des forces bien
dirproportiofinées , à n*en juger
^ue par l'extéritur* L'un étok
d'une ftature dénaefurée» revttu
d'habits éclatans > de cou vers
d*armes toutes brillances d'or*
L'autre éroàt d'une grandeur
ardioaiJre.^ 8c fés armes aifées
MA 5J
à manier , évoient phA foKdes
qu'éblduiiTatitâ'Sk Lt preiffkit?^
s'approchoit en fe donnant dé
graruls mouvemei)s , aVec dei
hurleiiiet)s plutôt <|ve des chanti
à la Gauloife ^ dt frappaàt é6
fa lance fur fob bouclier. Ltf
Romain , (ans fe fépandre ati
dehors , s'avftnçok éft fil<encej
gardant pouf ït côttb&t iAèthè
tout fon courage ^ rotiite fa
colère. Us th vlnreftt atix inSiiftH
au milieu 4é «tafit de itior'-
tèls , partagé) éi\trt l'efpéranctf
de ta craiAve. I>*âbôM le Gau-
lois , qui , comiiie uhe lourde
mafTe furpaffbit le Romain dé
toute Ih tête ) oppofabt de la
main gauche fon bouclier SLint
armel de T* MàAlius, leva àt
la droite un fabf e éhoTitkt , dt)nt
il efpétoit ^ tn It rabattant dé
toutes fes forcés, fendre la tèté
de fon ehùtfHiï Mais , T. Màn*"
lius efquivà lé coup ^ dcdétout^
nant adfdlvelbént lé bâuclie^
que le barbare lui pféfembk ^
le joignit» & le ferra dé façon ^
que s'élànt finis hors de la por-'
tée de fes a^mts, tfOp longueé
pour lé pércér dt fi ptès, il èui
le lems dé lui percer le ventre
de ptttfieiirs eëups qui le tta*^
Vierferenk à (es pieds tout dé
fon iobgi AlofSi tàà$ lui faire
d'aiiltfuti àUéuh oiiitfagé , il fé
contenta 4è lui Ôtei? lé côHiéé
qu'il portoit au tt^i , ^ lé mit
au (ieft , tôul fa^l^nf cfo jnmé il
éto4t.
Les Gàùlok féftérefit étéfinés
3c Interdits y pé^aihf^ qne lei
Romains pleins de foie allèrent
au-devant d^ kur chatnpioni
D iv
l6 MA
ce Tayaot reçu au milieu d'eux »
i^Is le conduifirent au Didateur»
en le comblant de louanges t ôc
}e félicitant de fa viAoire. Par-
mi les applaudilTemens & les
chanfons militaires des foldats,
en entendit le nom de Torqua-
tus , qui n'ayant été prononcé
d'abord qu'au hazard , palTa
enfuite à tous ceux de fes def*
cendans 9 comme un monument
glorieux de fa valeur de de fa
viAoire. Le Didlateur lui fit
préfent d'une couronne d*or 9 ôc
.en préfence de toute Tarmée
^donna à fon courage tous les '
éloges qu'il méritoit.
T» Manlius Torquatus fut
créé di^ateur , fan de Rome
402 , 6c 350 avant Jefus-Chriil,
& choinc pour maître de la ca-
valerie « Cornélius CofTus; de
content de l'armée du Conful»
il déclara la guerre aux Cérites
en vertu d'un arrêt du Sénat
& d'un décret du peuple. Mais,
)es Cérites demandèrent la paix
^ l'obtinrent. T. Manlius Tor-
quatus fut créé de nouveau dic-
tateur quatre ans après , & il
prit encore pour maître de la
cavalerie A, Cornélius CoCus.
Il fut élevé au Confulat avec C«
Plautiuç y l'an de Rome 408 , de
344 ayant Jefus-Çhrill. Il y fut
élevé de .rechef trois ans après ,
& on lut donna pour collègue
Cr Marcius RutUus,
L'an de Rome 415» & 337
avant Jefus-Chrift, T. Manlius
Torquatus fut créé conful pour
Ja troifieme fois , ^vec P. Dé*
çius Mus. L. Annius , homme
d'une £er(é faos égale » étoic
MA
alors un des Préteurs des La«>
tins. Il fut envoyé à Rome f
avec permidion de dire & de
faire tout ce qu'il jugeroit utile
6c glorieux à la République des
Latins. Quand L. Annius fut
arrivé à Rome avec les autres
députés y on leur donna audien-
ce dans le Capitole. Là T.
Manlius Torquatus y leur ayant
commandé de la part du Sé<-
nat, de laifler en repos les Sam*
sites alliés du peuple Romain 9
L, Annius prit la parole , &
parla comme un vainqueur
qui fe feroit emparé du Capitu-
le les armes à la main , & non
comme un ambafladeur qui ne ^
doit fâ fureté c^u'à fon caradlè-
re. T. Manlius Torquatus » qui
n*étQit ni moins fier ni moins
violent que L. Annius y bien
loin de retenir fa colère » décla-
ra que n les Sénateurs étoienc
aflez infenfés pour fe laifièr
donner la loi par un Sétinien »
il viendroit dans le Sénat armé
d'un poignard y &c tueroit de fa
main tout autant de Latins qu*il
en verroit dans l'afiemblée; 6c
fe tournant vers la ftatue de
Jupiter : 30 Dieu puiflant , dit*
» il , fouffirirez-'vous qu'on în-
3P troduife dans votre facré tem-
30 pie des étrangers y pour y
» faire les fondions de Séna*
p teurs 6c de Confuls y & voue
» y tenir vous-mêmes comme
3» prifonnier 6l comme vaincu?
» Éft- ce fur ce pied-là , pcu-
9 pies Latins , que les Roît
2> TuUus de L. Tarquîn ont trai*
» té avec vos pères i Ne voua
» fouvie&t-il plus de la bataill»
-I
MA
» do lac Régille ? Avez-vous
» déjà otiblié, 6t vos anciennes
» défaites » Ôc les bienfaits que
30 vous ayez reçus de nous? y>
Ce difcours du Conful excita
contre les Latins l'indignation
de tous les Sénateurs , & la
guerre leur fut déclarée. Le
peuple témofgna tant d'ardeur
pour cette guerre , & tant d'in-
dienation contre les Latins , que
fi leurs ambafladeurs fe retirè-
rent impunément » ce furent
moins leur caraâère & le droit
des gens , que le foin & Tatten*
fîon des Magiftrats ^^qui les mi-
rent à couvert de fa fiireur Se
dç fes coups. Le Sénat entra
dans les mêmes fentimens ; en
forte que les Confuls ayant levé
deux armées , auxquelles ils
joignirent celle des Samnites»
traverferent au foriir de Rome,
le païs des Marfes & des Pélîg-
niens, & vinrent camper auprès
de Capoue , où les troupes des
Latins & de leurs alliés s'étoient
déjà aflemblées. ^à les deux
Confuls réfolurent entr'autres
chofes , de faire obferver les
Joix de la difcipline militaire
avec plus de févérité que ja-
inais. Ce qui les engageoit à
prendre ces précautions , c'eft
qu'ils avoient à combattre con-
tre les Latins y qui leur reflem*
bloient parfaitement par leurs
langages , leurs mœurs , leurs
armes , leurs drapeaux , & fur-
cout les règles qu'ils obfer-
voient dans la guerre. Souvent
on avoit vu mêlés ôt confondus
dans les mêmes compagnies ÔC
les mêmes manipules Us foldats^
MA 57
les centurions & les tribuns des
deux nations, pour y faire le
fervice , fans aucune diftinélion
ni fupériorité des uns fur les
autres. Ce fut donc pour empê-
cher la furprife qui pourroit
être caufée par une fi grande
reflemblance , que les Confuls
défendirent à tout ofHcier de com«
battre hors de fon rang , & fans
leur commandement exprès. .
Par hazard entre les officiers
que Von avoit envoyés de tous
côtés pour obferver les mouve-
mens des ennemis, T. Manlius»
fils du Conful y s'avança avec
fa troupe jufqu'au-defiTus du
camp des Latins , de façon
qu'il n'étoit éloigné de leurs
corps de garde avancés que de
la portée du trait. C'étoient les
cavaliers Tufculans qui étoient
en faétion dans cette partie ,
commandés par Géminius Mé-
tiusy jeune homme illuilre par
fes belles aélions & par fa naif-
fance. Dès qu'il eut apperçu
les cavaliers Romains ^ 3c à
leur tête le fils du Conful , com-
me c'étoient tous gens de dif-
tiQ<flion qui fe connoiffoîent ré-
ciproquement : » Quoi , dit-il «
9 Romains ^ eft-ce avec un feul
» efcadron que vous voulez
» combattre les Latins Se leurs
» alliés ? Que feront cependant
y> les deux Confuls Se leurs
9 armées ? Ils viendront quand
» il fera tems , répliqua T.
» Manlius , ÔC avec eux le
39 puiflant Jupiter , témoin 6c
» vengeur des traités que vous
n avez violés. Si la bataille du
39 lac Régille vous avoit donoé
58 MA
» da dégoûr pour la guerre ,
x^ nous ferons encore ici que
y^ vous vous laffîez bientôt de
» mefurer vos forces avec les
» nôtres. Eh bien, reprit Gé-
3» minius Métius , en atcen-^
» dant la bataille générale dont
» vous nous menacez, voulez-
X» vous que nous combattions
I» vous Ôc moi , & que je vous
y> apprenne à vos dépens çom-
3» bien les cavaliers Latins i'em-
39 portent fur les Romains i ^
T. Manlius , qui étolt jeune »
ûer Se brave y crut qu'il étoic
de fan honneur d^accepter le
défi y de de repoufler Tinfulte
du Latin. Ainfî, oubliant le ref-
pecl 6c TobéifTance qu'il devait
à fo» père 8c à foo général^ ou ,
pour mieux dire , entraîné par
la malheureufe deflinée , il cou*,
rut en aveugle à un combat où
\ï lui étoit fort indifférent de
vaincre qu d'être vaincu. Les
autres cavaliers s'érant écartés
à quelque diilance , comme
pour être fpeâateurs du com-
bat » les deux Chefs poufTerent
leurs chevaux l'un contre l'au-
tre la lance à la mainf Celle
de T. Manlius paSa au-defTus
du cafque du Latin ; 6c celle
de Géininius Métius elHeura le
col du cheval de fon ennemi*
Après ce prélude , ils recule*^
rent de quelques pas» pour re-t.
venir une féconde fois à la char**
ge. Alors » T. Manlius le pr««
jaies s'étant haulfë fur les étrîers
pour porter un fécond coup^
planta le fer de fa javeline en-
tre les deux oreilles du chevaU.
Çei aaimal n'eue donc pas piui*
/
MA
tôt femi là douleur de U, bU&
fure , que fe redrefTant fur .le$
pieds' de derrière « il fecoua la
tête avec tant de violence ^^
qu'il renverfa fon cavalier par
terre. Il s'appuyoit de fa lancQ
& de fon bouclier ,.pour fe re-
lever d'une chute fi lourde «
lorfque T. Manlius lui enfonça
la lance dan? la gorge « de fa-
çon que defceodant à travers
les côtes y elle le renverfa 3e
le cloua , pQur ainfi dire y à la
terre. Il le dépouilla aufCcôt»
s'en retourna triomphant avec
fa troupe daos le camp de%
Romains » & n»archa iur I9
champ vers la tente de fon père»
bien éloigné de penfer qu'oQ
dut lui faire un crime d'une ac-*
tion pour laquelle il n'atrendok
que des éloges Se des récom-
penfes. y> Mon père, lui dit-il»
3> pour faire^ coniioitre à tout^
3» la terre que J'ai été formé de
33 votre fang , |e vqus apporte
3> ces dépouilles équeUres que
3> j'ai enlevées à un et>nemi qui
3> m'avoit déné au combat, 6l
» que j'ai tué de ma main« 39
Dès que le Conful eut entendu
ces paroles , il jetta fur fon fiU
des regards épouvantables; dc
détournant aufHcôt fes yeux de
deflus lui y il fit alfembler l'ar*
mée. Quand les foldats fe furent
rangés en foule au tour de fou
tribunal : » T. Manlius , lui dit*
V il , puifque fans refpedler oi
33 l'autorité paternelle 9 ni la
» majefté Cohfulaire, vous ave s
93 combattu contre notre défen^r
» f e 9 & fans en demander la
Il permiffioa; puifqu'^uum ^(('U
MA
» a été en vous , vous avez
» aboli la difcipline militaire»
P qui a fait fubfifler Tempire
» Romain |ufqu*à ce jour , ÔC
» que vous m'avez mis dans ]a
» trifle oéceifité d'oublier ce
90 que je dois à la patrie, ou ce
» que je me dois à moi-même
3> éc aux miens ; il eft plus jufte
» que nous portions la peine
» de notre crime 9 que d'en
» faire retomber les fuites fur
3> la République innocente*
» Nous allons donner à la pof-
3? térité un exemple » tride à la
» vérité , mais qui fera ialu-
>' taire à la jeuneiTe. J'avoue
» que la tendreâe paternelle»
» & cette preuve môme de va*
» leur que vous venez de don-
*» ner, trompé par les attraits
» féduifans d'une fauffe gloire t
» me follicitent fortement pour
» vous. Mais , comme il faut »
» ou que Tautorité du comraan-
» dément foit rétablie par vo-
^ tre mort , ou qu'elle foit pour
» jamais ruinée par votre im*
3B punité , (i c'eft mon fang qui
30 coule dans vos veines i je ne
^> crois pas que vous-même »
» vous réfutiez d'aflucer par
33 votre fupplice la difcipline
s militaire , à laquelle votre
33 faute a donné une cifuelte
93 atteinte. Allez, LiAeut, atta-
j 39 chez-le au poteau.. »
Tous les foldats furent faifîa
d'horreur à un ordre fi barba-
re ; & chacun croyant voir la
hache préparée contre Iui-mê«
me t garda le filence y moins
par obéiâance que par crainte.
Mais^ lorf^u'ils eotendixent le
MA 5^
coup de hache » de que levant
les yeux qu'ijis avoient cenaa
attachés à la terre» ils virent
tomber la tête de T. Manlius »
& la terre couverte de foa
faogy fortant comme d'un pro-
fond adbupiiTement , ils donne*»
rent un libre cours à leurs plains
tes de à leurs gémiflemens ; 8c. ^
fans garder aucune mefure , dé«
teflerent hautement la cruauté
de T. Manlius Torquarus. Le
corps de ce jeune guerrier » coa«
vert des dépouilles de Ton en-
nemi , fut brûlé hors des re«'
tranchemens » & f es funérailles
furenf moins remarquables par
la pompe du convoi , que par
l'affeélion & les regrets des ioU
dats. La fé vérité M antienne
paiTa comme en proverbe f &
fournit un exemple au(G trifte
pour l'avenir , qu'horrible pour
le préfent. Après tout > l'atro-
cité de ce fupplice rendit les-
foldats plus fou pies âc plus
obéi^Tans ; & outre que depuis
ce jour on obferva avec une
exaâitude merveilleufe la fuc-^
ce(fion des fentinellcs , des.
corp$-de-garde , 6c des autre»
fon(fltons militaires , la rigueur
du Conful contribua beaucoup
au gain de la bataille décifive
qu'on donna dans la fuite*
Le combat fut livré afleit
près du mont Vefuve, fur le
chemin qui conduifoit à^eferi*
T. Manlius Torquatus comman-
doit l'aile droite & P. Déciaa
Mus la gauche. D'abord oa
combattit de part âc d'autre,
avec one ardeur & des forces
égales. Mais enfuite.^ les haf«
6o MA
tats Romains ne pouvant réiîfter
à ceux des Latins qui les pref»
foient vivement , fe reiire-
«eat par les intervalles qu'a-
vaient laifies entr^eux les mant-
, pules des Princes. Comme ce
mouvement caufoit quelque dé-
ibrdre dans la bataille des Ro-
umains, P. Décius Mus fe dér
voua pour le falut des légions.
Alors > les Romains aiïurés de
ht faveur & de la protedion
des Dieux , commencèrent tout
de nouveau à combattre, com-
me fi on ne leur eût donné le
lignai que dans ce moment ; car ,
les Roraires s*avançant entre
les intervalles , coururent fe
joindre aux Haftats & aux Prin-
ces, & augmentèrent leur con-
fiance 6c leurs forces ; tandis
que les Triaires appuyés , fur
leurs genoux droits » atten-
doieoc pour fe lever , que le
Conful leur en donnât le lignai.
Mais» comme dans les autres
parties de la bataill^e les Latins
étoient fupérieurs par le nom-
bre , T. Manlius Torquatus.
ayant appris la deftinée de fon
Collègue, de donné à une mort
fi glorieufe les larmes & les
éloges qu'elle méritoir , douta
un moment s'il n étoit pas teros
de faire avancer les iriaires.
Mais, jugeant qu'il étoit plus à
propos de les réferver pout le
dernier effort , il fit paffer les
Accenfes de la queue à la tête.
Les Latins , voyant de loin
qu'ils s'avançoient , les prirent
pour les Triaires des Romains,
& ordonnèrent auditôraux leurs
de fe lever Se de faire leur de*
MA
voir. Après que ces braves, en
combattant avec beaucoup d'à*. .
charnement & long-tems , ftf
furent extrêmement fatigués ;
après qu'ils eurent ou rompur
ou émouffé leurs javelines ; com-
me ils pouflbient cependant
leurs adverfaires , & que fe
regardant comme entièrement
vainqueurs^ ils étoient parve-
nus jufqu'aux derniers rang?
des Romains : » Amii , dit le
» Conful à fes Triaires , par-
» tez maintenant , & oppofer
» tout votre courage ÔC tou-
» tes vos . forces à des gens
» épuifésde fatigue & de laffî"-
n tude , & fouvenez-vaus dans
» cette a(flion de votre patrie »
» de vos pères ôc mères , de
» vos femmes ÔC de vos enfansr^ *
» de du Conful qui a donné fa
» vie pour vous aflurer la vîc-
» toire. » Alors ils fe levèrent
pleins de vigueur , & ayant
laifle paffer les Haftats & les
Princes dans les routes qui fé^
paroient leurs compagnies , ils
poùiTerent de grands cris ; &
donnant de leurs javelines écla-
tantes dans le vifage des enne-
mis , ils lés mirent bientôt en
défordre. Lorfqu'ils eurent tail-
lé en pièces cette troupe la
plus forte de l*armée Latine »
ils paiTerent à travers des au-
tres manipules , comme s'ils
n'euffent point eu d'armes à
leur oppofer, fans recevoir au-
cune blefTure^ &L en firent un S
grand carnage , qu'à peine fe
fduva-t-il le quart des ennemis.
Les Samnites , rangés en batail-
le au pied des montagae^ i Rft
MA
cofltTÎbuerent pas peu à aug-
menter la frayeur des Latins.
Au Tcûe , tous les citoyens >
aufli-bien que les aliié« » con-
vinrent que le fuccè^ de cette
îournée étoit dû principalement
aux Confuls » dont Tun attira
fur lui feul toute la colère des
Dieux du ciel & des enfers, &
Tauire donna dans la bataille
ties preuves fi éclatantes d*aa
courage intrépide & d'une pru-
dence confommée , que tout
ceux qui ont hiffé à la pofié-
riré le détail de cette aâion ,
aulfî - bien les Latins que les
Romains , n'ont pas fait diffi-
culté d'affurer que la vlâoîre
ne pouvoit manquer de pafier
dans le parti qu'auroit comman*
àé T* Manlius Torquatus , quel
qu'il fur. Le vainqueur retourna
cnfuite à Rome. Les vieillards
«lièrent audevant de lui ; mais »
il eil certain que la jeunefie ne
fortit point.de La ville, & que
tant qu'il vécut , elle conferva
pour lui une haine implacable ^
Se le détefta comme le plus bar-
bare de tous les pères.
Il cû affez naturel d'examiner
ce qu^il faut p en fer de l'aâioa
de T. Manlius Torquatus y qui
fait mourir impitoyablement foa
£!s pour avoir combattu contre
fa défenfe ; û l'on doit la regar-
der comme une aélion vertueu-
fe & louable , ou comme un
excès de févérité qui ne peut
Itre trop déreiîé , parce qu'il
eil pouffé jufqu'à la barbarie.
On eft étonné en méme-tems de
voir dans le même bompie deux
caraélères abfolument opp«fés^
MA 6t
u«e tetidrcffe généreufe i l'é-
gard d'un père de qui il n'avoit
reçu que de mauvais traitemens^
une dureté inhumaine à l'égard
d'un 6ls > dont tout le crime
étoit de s'être abandonné à un
défir de gloire immodéré > mais
pardonnable » ce femble , à foa
âge-
La démarche hardie êc péril-
leufe de T. Manlius Torquatus
pour fauver Ton père» marque
certainement que ce n'étoic
point un mauvais cœur , fermé
aux fentimens que la nature Se
Thumanité infpirent.il faut donc '
chercher une autre caufe du tras«
tem'ent qu'il fait à fon £1$. Elle
n'eil point obfcure ni doiiteufe«
Le zèle pour la patrie dont il
étoit dévoré , l'emporta fur les
fentimens de la nature & fur la
tendrefle paternelle; & Tite-
Live n'a pas «nanqué de le lui
£aire déclarer, dans la harangue
qu'il lui met dans la bouche. T.
Manlius Torquatus étoit père >
mais il étoit Conful. Il aimoit
fon iils y mais il aimoit eocore
plus la patrie. On fçait qu'elle
étoit l'idole des Romains , à la-
quelle iU fe croyoient obligés
de toot facrifier, nous difont
obligés par les loix mêmes, qui
régloient l'ordre des devoirs»
Les Dieux avoient le premier
rang , la patrie le fécond ; le«
devoirs mutuels des pères •& des.
.fils n'avoient que le troifieme
lieu* Quand il y avolt conflit
entre les deux derniers , le
combat étoit rude ; & pour don*,
ner l'avantage à la patrie , il
falloit avoir une fermeté, oii^
€i MA
pour parler plus jufle, une for*
te de férocité » qui fît raire les
fentimeùs gravés le plus pro-
fondément dans le coeur de
rhotnme. Car , il faut Tavouer,
quelque grandeur d*ame qu*on
prétende attacher aux principes
qui firent agir M. Brutus , T.
Manlius Torquatus & quelques
autres célèbres Romains, quand
on les examine férieuferiient de
de fang froid» on ne peut Te dif-
iimuler qu^on fenr en foi- même
une voix fecrete qui les con-
damne , parce qu'ifs répugnent
aux fentimens de la nature &
de l'humaniré.
MANLIUS [T.], T. Man-
Uns , fiis^ de T. Manlius Tor-
quatus. Voyei^ Tarticle précé-
dent.
MANLIUS [ Cn. ] , {a) Cn.
Manlius « fut élevé au Confulaè
avec M. PopilHus Lénas , Tan
de Rome 3969 Se 356 avant
Jefus-Chriâ* Cette année , les
, Tiburtes étant partis fecréte-
ment à l'entrée de la* nuit , en-
trèrent en armes fur les terres
de la République , & allèrent
piller jufqu'aux portes de la
ville. Les citoyens fe réveillent
bien al larmes ; ai ce qui aug-
«ente leur terreur 9 c'eft qu'ils
font furpris au milieu des ténè-
bres , & ne favent à quel enne-
mi ils ont aiFaire. Cependant »
après qu*on eut crié prompte-
ment aux armes, on plaça des
troupes aux portes 6c par tout
où il en falloit pour défendre
ks murailles. Dès que le jour
Il A
partit, les Confuls voyant qu'îH
n'avoient affaire qu'à un petit
nombre de Tiburtes , fortirenc
par deux portes différentes , ôc
vinrent fondre Tur eux , cha-
cun de leur côté , dans le tems
qu'ils comm'ençoieiit déjà à at-
taquer \ei murailles. A peine
foutinrent-ils le premier choc
des Romains ; ce qui fait voir
qu'ils avoient plus compté fui^
la difcorde des ennemis que fur
leui* propre valeur.
Deux aiis après , Cn. Man-
lius fut élevé de nouveau aii
Confulat , & il eut pour collè-
gue C. Marcius. Celui-ci con-
duifit fon armée contre les Pri-
vernates , 6c Cn. Manlius mar-
cha contre les' Falifques. Mais ,
il ne fît rien de mémorable , Û
ce n'efl que dans fon camp près
de Sutrium , il fît porter par les
fufFrages des foldàts féparés en
tribus , une loi qui ordonnoic
aux maîtres , de mettre dans le
tréfor public 9 lé vingtième dii
prix des efclàves qu'ils affiran-
chiroient. Les Sénateurs la
confirmèrent volontiers, voyant
que c'étoitune refïource confi-
dérable pour le tréfor épuifé.
Mais, les Tribuns du peuple
moins choqués de la lot , toute
extraordinaire qu'elle étoit, que
des conféquences qu'elle pou-
voir avoir , défendirent fou$
peine de la vie y que dans la
fuite on tînt de pareilles aflem-
blées hors de ' Rome » parce
qu'avec une telle licence, il n'y
auroit rien qu'on ne Ht oidon-
W Tît. Lîv, X, Vlh c. it , |6 j 17 , asf.
MA
âer contre les intérêts du peu-
ple , par des roldat$ qui avoient
fait ferment d*obéir aux Con-
fuls.
Cn. Manlius fut créé întcr-
Roi , Tannée fuivante ; de &x
ans après , il fut nommé Cen-
feur avec C. Marcins Rutilus.
MANLIUS[Cn.] CAPITO-
LINUS , Cn. Manlius CapUcU-
nus , (à) fut dioiiï maître de la
cavalerie par le Diâateur L*
Furius y Tan de Rome 410 > ÔC
342 avant Jefus-Chrift,
MANLIUS r T. ] TOR-
QUATUS , T. Manlius Tor-
fuatuSf (i) fut crééConful avec
M, Fulvius Pétinus, l'an de Ro-
me 453 , & 299 avant Jefus-
Chrift. Ayant été chargé de la
guerre d'Étrurie , il ne fut pas
f lotôt entré dans fa province ,
que comme il faifoit faire Texer-
tice à fa cavalerie , fon cheval
courant à bride abattue, le jetta
par terre avec tant de violence,
que peu s'en fallut qu*il n'expi-
rât dans le moment; au moins ne
vécur-il que trois jours après
cet accident.
MANLIUS [ L. ] TOR.
QUATUS , Z. Manlius Torqua»
tus j (c) étant fimple Lieute-
nant , l'an de Rome 457 » &
Î95 avant Jefus-Chrîft , marcha
au fecours de quelques four-
Tagçurs , que les ennemis
•avoient tnveilis, & les délivra
du péril.
MANLIUS [L.]VULSON,
£. Manlius P^ulfo , ( ^ ) fut
<^) Tît.I-îv. L. vil. c. a8.
(h) Tic.Lfv^ L. X. c. 9Vir.
le) Ttt. Litr. L, X«. c, a6.
M A €t
créé Conful , l'an de Rome
496 , «8c 256 avant Jefus-Chrift.
Il eut d'abord pour Collègue Q«
Cédicius ; mais celui - ci étant
venu à mourir y on lui fubititua
M. Atîlius Régulus.
Les Romains méditoîent alors
de porter la guerre en Afrique,
6c d*i>l|er attaquer les Carthagi-
nois dans leur propre païs. Il
n'y avoir rien que ceux •>• ci
craignilTem davantage , & pour
détourner un coup (i dangereux,
ils réfolurent de donner bataille
à- quelque prix que ce f&t« La
flotte des Romains étoit de trois
cens trente vaifleaux , 6c por-
coît cent quarante mille hom-
mes , chaque vaiâTeau ayant trois
cens rameurs , & cent vingt
combattans. Celle des Cartha-
ginois , commandée parHannon
& Amilcar , avoit vingt vaif-
feauxdepluSf âc plus de monde
aufiî à proportion. Les deux
flottes fe trouvèrent en préfence
près d'Ecnoine en Sicile. On ne
pou voit envifager deux flottes
ôi deux armées fl nombreufes,
ni être témoin des monvemens
extraordinaires qui fe faifotenv
pour fe préparer au - combat 9
fans être lailî de quelque
frayeur dans la vue du danger
qu'alloient coutir deux des plut
puiflans peuples de la terre*
Comme le courage, auâi-bieii
que les forces , ércit égal des
deux côtés , le combat fut op^
lOiÂcre , & le fuccès long-^tems
douteux , mais enfin les Cartha*
IÇd) RoU. Hift. Ane. Tom. J. paf.
170 , 171. Tom. V. pag, ^^S^ ^ pa^^
Hift. aôm. T, 11. p. 505. ^ fmivn
«4 M A
ginoh furent vaincus. Plus de
foixance de leurs vaifTeaux fu-
rent pris, & trente coulés à
fond* Les Romains en perdî-»
rent vingt-quatre > dont aucun
ne tomba entre les mains des
ennemis.
Le fruit de cette vîftoîre fur,
comme l'avoient projette les
Romains, de faire voile en Afri-
que , après avoir radoubé les
vaifleaux , & les avoir remplis
de tous les préparatifs nécef-
faires pour foutenir une longue
guerre dans un païs étranger* Ils
abordèrent heureufemenc en
Afrique , ôc commencèrent par
fe rendre maîtres d'une ville
nommée Clypéa, qui avoir un
bon port. Delà, après avoir dé-
pêché, des courriers à Rome ,
pour donner avis de leur dé-
barquement , Ôc pour recevoir
les ordres du Sénat , ils fe ré-
pandirent dans le plat païs , y
firent un dégât épouvantable,
emmenèrent un grand nombre
de troupeaux Ôc vingt mille
captifs. Le courrier cependant
étant revenu de Rome , apporta
les ordres du Sénat , qui avott
jugé à propos de continuer à M*
Atilius Régnlus^ fous la qualité
de Proconful , le commande-
ment des armées d'Afrique , Se
de rappeller L. Manlius Vulfon
avec une grande partie de la
flotte de des troupes, ne laifTant
ik M. Atilius Régulus que qua-
rante vaifleaux , quinze mille
M Tic. Liv. L. XXll. c. 60 , 61. L.
XXllI. c. 14» 40, 41. L. XXV. t:. 5^
L. XXVI, €. aa. L, XXVll. c. ly &
.MA
hommes de pied, Se. cinq cent
chevaux.
L. Manlius Vulfon , pour
prévenir le tems de Thiver «
partit aufG-tôt. Zonare rapporte
que ce Conful emmena plulieurs
citoyens Romains prii par les
Carthaginois dans les années
précédentes , 6c délivrés par lui
d'efclavage. L. Manlius VuU
fon, de retour à Rome avec
un grand butin , y fut très-
bien reçu, & on lui accorda
Thonneur du triomphe naval.
MANLIUS [T.] TOR-
QUATUS , T. Manlius Tor^
quatus , (a) fut créé Conful
avec C. Atilius Bulbus , Tan de
Rome 517 , & 135 avant Jefus-
Chrift. Ce Général , à qui la
Sardaigne étoit échue par fort y
ayant battu les ennemis en plu-
fleurs rencontres , fubjugua
toute rifle , & la fournit en-
tièrement aux Romains ; ce
qui lui mérita l'honneur da
triomphe.
Rome alors fe trouva fans eii<-
nemis & fans guerre , ce qui n^
s*éroit point encore vu depuis
près de quatre cens quarante
ans , & le temple de Janus fuc
fermé pour la féconde fois;
cérémonie qui annonçoit uns
paix générale. Il avoit été fer-
mé pour la première fois fous le
règne de Numa Pompilius ;& il
ne le fut pour une triofieme
fois que fous Augufte.
T. Manlius Torquatus fut
créé de nouveau Conful , l'aa
|/ff. Plut T. 1. p. 7^. Roll. Hia. Ron»
T. 111. p. io.> 11 1 4a» a5». ^ f»iv0
MA
ifi Rome 528» 6c 214 avant
Jefus^Chrift, & il eut alors pour
collègue Q* Fulvius Flaccus*
Huit ans après 9 les prifonniers
Romains • que les Carthaginois
avoient. faits à la bataille de
Cannes , ayant envoyé des dé*
pûtes à Rome pour demander
^u'on les rachetât > les fenti-
mens furent fort partagés dans
le Sénat. Les plus compatiffans
vouloienc qu*on les rachetât
des deniers du tréfor public ;
d'autres foutenoient que la Ré-
Îmblique n'étoît pas en état de
burnir à cette dépenfe 9 qu'il
tuffifoit de leur permettre de fe
racheter de leurs deniers ; ils
âjoutoîent que l'État pouvoic
aider ceux qui n'avoient point
d'argent comptant, à condition
qu'ils engageroient leurs terres
ou leurs maifons pour la fiireté
de la fomme qu'on leur auroit
prêtée.
Alors T. Manlius Torquatus,
qui fe faifoit remarquer fur
tout par une févérité antique 1
qu'il poufloit même , au juge-
ment de plufieurs , jufqu'à la
dureté , lorfque fon tour fut
venu de parier , s*expliqua en
ces termes: o Si les députés s'é«
» toient contentés de demander
» qu*on les rachetât » fans atta*
»> quer la réputation des autres,
)» je vous aurois dit mon fenti-
» ment en un mot. Je vous aurois
-» iimplement exhortés à imiter
» l'exemple que vous ont don*
» né vos pères , de dont nous ne
» fçaurions nous écarter , fans
» ruiner la difciplioe militaire»
« Mais> comme ils ont prcf»
Tm. XXriI.
M A: 6f
3» que fait gloire de s'être ren-*
» dus aux ennemis » & qu'ils
30 n'ont pas fait difliculté de fe
» préférer, non - feulement à
3» ceux qui ont été pris fur let
3? champ de bataille , mais mê«
V me à ceux qui fe font retirés
» à Vénufie ou à CanuHum ,
» 8c au Conful C. Térenttus
M Varron lui-même y je crois.
30 devoir vous initruire de tout
M ce qui s'eft pafTé après U
» journée de Cannes. Que n'ai-
99 je pour auditeurs les foldats
^ de Canuiium, témoins irré*-
p prochables de la valeur & de
» la lâcheté de chacun; ou an
x> moins P. Seropronius , au
30 confeil & à l'cNemple duquel
?» s'iU avoient déféré , ils fe-
p roient aujourd'hui foldats
39 dans notre camp , & non
30 prifonniers entre les ^ains
3» des ennemis. Mais, quelle 4
^y été leur conduite ? Depuis
» que la plupart des ennemis
30 furent rentrés dan s leur camp^
» ou pour fe repofer des fati-
» gués du combat , ou pour fe
7* livrer à la joie qui fuit tou*
jo jours la vi^oire 9 il fe paAk
a» une nuit toute entière , pen-
30 dant laquelle il étoit aifé à
30 ceux-ci de faire retraite*
30 Comment quelques corps-de*
30 cardes Carthaginois auroient*
» sis arrêté fept mille hommes»
30 qui pou voient s'ouvrir un
3» paiTage à travers une armée
30 entière ^ Mais , ils n*ont eu
V ni aiTer de cœur pour l'en-
» treprendre d'eux mêmes , ni
3> afTez de docilité pour fuivre
p cehii qui leur endoasojic
E
6é
MA
3»
a»
3b
30
3»
30
30
»
30
3»
3»
a»
a»
»
39
H
3»
30
I»
30
»
»
30
»
1»
39
1»
rexemple , 5c oui les exhor«
toic à rimiter. Durant la plus
grande partie de la nuit , P.
Sempronius ne ceffa de les
avertir & de les preflèr de
marcher fur fes traces , pen-
dant que les ennemis étoient
encore en petit nombre au-
tour de leur camp, pendant
que le filence regnoit par
tour 9 pendant que la nuit
pouvoit couvrir leur retraite*
Il eut beau leur remontref
qu'avant que le jour parût »
ils ferotent arrivés dans des
villes alliées où ils n'auroient
plus rien à 'craindre , leur
citant plufieurs exemples
capables de les animer.
Rien ne fut capable de fai-*
fe impreflion lur eux. Sol*
dats fans cœur! Il vous mon-
froit un chemin qui vous
conduifoit à votre falut & à
la gloire ; & le courage vous
manque » lors même qu'il
s'agit de vous fauver! Que
feriez-vous donc , s*il s'agif-»
foït de mourir pour la patrie ?
Vous aviez devant les yeux
cinquante mille de vos ci-
toyens & de vos alliés éten-
dus morts fur le champ de
bataille \ & tant d'exemples
de courage ne peuvent vous
en infpirer ! Encore , fi vous
vous étiez contentés d'être
lâches. Mais non - feulement
vous avez refufé de fuivre
celui qui vous donnoit un bon
confeil » vous vous êtes mis
en état de le retenir lui-mê-
me & de l'arrêter » fi , à la
tête d'une troupe ie foldats
MA
i> plus courageux que vous , il
» n*eût mis l'épée à la noaii^
30 pour écarter des lâches & dés
30 traîtres. Il a fallu que P* Sem«
30 pronius ait forcé fes propres
n citoyens j avan( que de forcei^
30 les ennemis. El^ome regret*
J9 teroît de tels foldats! Par-
30 mi fepr mille hommes » il s'en
30 eft trouvé fix cens qui ont eu
p ailèz de valeur pour revenij^
x> libres & les armes à la maia
30 dans leur patrie , fans qu^
30 quarante mille ennemis aient
» pu les eifrayer > ni les rere-
33. nir. Combien deux légions
30 prefque entières auroient-.»
» elles trouvé plus de facilita à
33 exécuter la même entreprife?
» Pour finir , voici à ouoi je
» réduis mon fentiment* Je crois
3> que vous ne devez non pluf
30 racheter ceux-ci , que livrer
3> à Annibal ceux qui ont pafl<$
» au travers des ennemis avec
30 une extrême valeur , & fç
30 font eux-mêmes rendus à leur
33 patrie. »
Ce difcours fit un grand tSttp
Les Sénateurs , touchés des rai<r
fons de T. Maniius Torquatus^
eurent moins d*égard aux iméT
rets du fang qui les lioit ^ plu.-?
fieurs des prifosnierst qu'aux
conféquences fâcheufes que
pourroit avoir une indulgence
fi peu conforme à la fé vérité de
leurs ancêtres. Ils ne croyoien^
pas non plus qu'il fût à propos
de faire une dépenfe t qui ea
même tems épuiferoit le tréfor
de la République > & fourniroi^
% Aaaibai une reflburce dont ûs
MA
Içavoit qu*îl avoic un extrême
befoio*
L*aniiée fuivantei T. Man«
Ijus Torquacus » ayant été en-
voyé dans rifle de Sardaigne » j
ranima la vigueur des armes
Romaines qui avoienc beaucoup
langui depuis la maladie du
tréceur Q. Mucius.T. Manlius
Torquatus mie Tes vaifleaux en
fureté dans le port de Carales ^
aujourd'hui CagHari ; & ayant
fait prendre les armes à l'équi-
page » il joignit fes foidats aux
troupes, qu'il avoit reçues du
Préteur, oc compofa du tout
Une armée de vingt mille tont-
ines de pied & de douze ^ens
chevaux. Il eut contre les habt*
tans du païs de fort hettreux
fuccès y qui auroient terminé la
guerre de Sardaigne » fi Afdru<*
bal le Chauve» avec fa flotte
Carthagtnoire que la tempêté
avoic pouflHe vers les ides Ba-
léares, ne fût arrivé fort à pro-
pos pour raffurer les peuples
qui étoient fur le point de ren-
trer fous la domination des Ro-
ftiains. T. Manlius Torquatus
n'eut pas plutôt appris l'arrivée
de la notte Carthaginoife , qu'il
fe retira à Carales; ce qui donna
à Hampficorâs , Général des
Sardiens , la facilité de fé
joindre à Afdrubah Cedernier^
ayant débarqué fes troupes 8c
renvoyé fes vaiffeaux à Car-
thage { partit avec Hampficorâs
qui connoiiToit le païs , pour
aller piller les alliés du peuple
Romain. Il fe feroic avancé
Ïfqu'à Carales , fi T. Manlius
orquatas ne fie venu au de-
MA
Tant de lui avec fon éltfbét , dl
n'eût arrêté les ravages qu'il
faifoit dans la campagne. Lei
deux armées fe campèrent afièt
près Tune de l'autre; ce qui
occafîonna d'abord plufieuri
petits combars, où les deux par-
tis avoient alternativement Fa^
vantage. Enfin , ils en vinrent
à une bataille générale, qui
dura quatre heures.Les Sardieni
combattirent mollement à leur
ordinaire ; ce furent les Cartha^
ginois qui tinrent pendant oa
cems la viétoire douteofe. Enfin,
ils lâchèrent pied eux-mêmes ,
lorfqu'ils virent l'armée des Sar«
diens en déroute , de la tert^
couverte de leurs morts, T.
Manlius Torquatus , ayant fait
avancer l'aile qui avoir vaiocn
les Sardiens, enveloppa lesCar^*
thaginois dans le tems qii%ls
tournoient le dos« Alors | cefnc
un carnage , plutôt qu'un com<*
bat. Il demeura douze mille
hommes fur le champ de ba^
taille , tant Carthaginois qud
Sardiens. On en prit envtroni
trois mille fix cens ^ avec vingt-*
fept drapeaux^ Ce qui rendit et
combat plus célèbre & plus met
morable , c*eft qu'ÂfdruHbal . qui
commandoit Tarmée ennemie «
y demeura lui-même prifonniet
avec Magon 6c Hannon , deux
des plus qualifiés d'entre les
Carthaginois. Les Généraux
Sardiens illuftrerent auffi cett^
viâoire des Romains par leurs
difgraces* Cat Hionus , fils
d'Hampficoras , fut tué dans Iq
combat ; & Hampficorzs fon,
père s'étant fauve par U fuite
El)
^8 MA
avec mi petit nombre de cava-
liers , o*eut pas plutôt appris la
inort de fon iîls , qui mettoit le
comble à fon infortune , quMl
fe'donna la mort à lui-même dès
la cuit fui vante.
Cornus , ville capitale du
canton où s*étoit donnée la ba-
taille, fervic de retraite aux
autres* Mais f T. Manlius Tor-
quatus r^ant inveftie avec fon
armée viaorieufe , s*en rendit
maître au bout de quelques
jours. A Texemple de Cornus ,
les autres villes qui avoient
pris le parti d'Hampficoràs &
des Carthaginois » envoyèrent
des otages au vainqueur âc fe
rendirent à lui. Après avoir
exigé d'elles de l'argent & des
vivres » félon les forces de cha-
cune^ il fe retira à Carales avec
fon armée. Il y fit embarquer h$
foldats dans les vaifleaux qu'il
avoir laiflës dans le port , ôc
s*en retourna à Rome. Ayant
appris au Sénat la réduAion de
laSardaigne » il remit aux Quef-
leurs ou Tréforiers 9 Targent
qu'il en rapportoit 9 aux Édiles
les vivres qui lui refioient » 6c
les prifonniers au préteur Q,
Fulvius.
L'an de Rome 540, & 212
avant Jefus-Chriily il brigua la
charge de fouverain Pontife »
mais il ne put l'obtenir. Deux
ans après, il montra bien plus
de modération. La centurie des
jeufies, appeilée Véturie,à qui il
étoit échu par le fort de donner
la première fon fuffrage , çhoi-
fit 1 • Manlius Torquatus pour
un des Coafuls de cette année.
MA
Déjà une foule de gens perfua*
dés que la pluralité des fuffra^
ges , comme il ne manquoit ja-
mais d'arriver , ratifieroit ce
choix f s'aflembloit au rour de
T. Manlius Torquatus qui étoic
préfent » pour le féliciter fur la
promotion. T. Manlius Torqua*
rus alors s'approchant du tribu-
nal du Conful^ le pria de vou«
loir bien l'entendre. Tout le
monde étoit dans l'attente de
ce qu'il alloit demander « de
l'on fut bien étonné de l'enten-
dre s'excufer d'accepter la pre«
miere dignité de la Républi-
aucy^ alléguant pour raifon la
toi^fle de fes yeux. Il ajouta
que ce feroit une témérité in*
excufable à un Général , aulE*
bien qu'à un pilote > lorfqu'il
ne pouvoit fe condiiire que par
les yeux d'autrui , de préren-
dre que les autres fe repofaf*
fent fur lui du foin de leurs
vies& de leurs intérêts les plus
chers ; qu'ainfi il prioit le Con*
fui de renvoyer aux voix la
centurie des jeunes gens qui
venoit de donner fon fuffrage ^
& de les exhorter à faire atten-
tion , avant que de nommer les
Coniuls , à la qualité de la guer*
re que l'on avoir à foutenir ea
Italie » & aux conjonâures où
fe trouvoit actuellement la Ré-
publique. Qu'à peine avoit-oa
pu encore ie remettre de l'ai-
larme 6c de l'épouvante qu'a-
voit caufées dans Rome l'ap-
proche d'Annibal,lorfque quel-
ques mois auparavant ce redou-
table ennemi avoit fait avancer .
fei troupes jufqu'aux portes de
MA
la ville. La centurie répondu
au*eile ne changeoic point de
leotiment , 6l qu'elle periiftoit
dans le choix qu'elle venoit de
faire.
Alors T. Manlius Torquatui
le prenant fur un ton plus fer-
me : 9 Si je fuis Conful , dit- il ,
s» je ne pourrai fupporter la
» licence de vos mœurs f ni
» vous la févérité de mon com*
» mandement. Retourjiez donc
» aux fufirages , & fouvenez'*
» vous que nous avons la guer«
3» re en Italie contre les Car-
» thaginojs , &c qu'Annibal eft
3» à leur tête. » Le ton d'au-
torité que T. Manlttts Torqua*
eus avost pris » Sc l'admiration
de fa générofité qui fe déclara
par un applaudiflemeot univer-
sel , firent comprendre à la cen«
turie qu'il falloit peofer à ua
autre choix.
T. Manlius Torquatus fut
créé Diâateur fur la fin de
Tannée 544 de Home » & aog
avant Jefus^Chrift» pour tenir
les aflemfolées di préfider à la'
célébration des jeux. Il choifît
pour maître de la cavalerie C*
Servilius alors Édile curule.
Le Sénat ordonna au Diâateur t
le premier jour qu'il fut aflem-
blé , de célébrer les grandf
jeux , que M* Émilius, préteur
de la ville g avoit. hït repréfen-
ter fous le confulat de C. Fia-
minius ôc de Cn. Servilius , âc
Îu'il a voie voués pour cinq ans.
>e Diâateur les célébra alors,
& à fon exemple | les voua en-
M A' 69
côre pour cinq autres années.
Dès que les aflemblées eurent
été terminées , de les jeux célé-
brés, T. Manlius Torquatus âc
C. Serviiius fortirent de char-
ge ; & il fut ordonné à T. Man-
lius Torquatus de pafler la mer,
en qualité de député, pour exa-*
miner ce qui fe paflbit dans la
Grèce ; âc comme on devoir cé^
lébrer pendant cette campagne
les jeux Olymp^iqueSj oi l'oa
voyoit ordinairement un grand
concours de tout les peuples
de Grèce , il étoit chargé , s'il
pouvoit pafler en fArcté à tra-
vers les quartiers des ennemis «
de fe trouver à cette aflemblée ^
delà, de déclarer; auk Siciliens
que la guerre avoir obligés de
quitter leur païs , & aux ci-
toyens de Tarente , qu'Annibal
avoit exilés , que le peuple Ro*-*
main leur permettoit de retour^
ner dans leur patrie » & de ren*
trer en poflei&on ^ies biens qui
leur avoient appartenu avant la^
guerre*
^ MANLIUS [L.]» i^- ^^a-
lius , (a) étoit Préteur l'an de
Rome 534, ScaiS avant Jefus-
Chrift. 11 fut envoyé dans la
Gaule avec deux légibns Ro«
maines , fix cens cavaliers' qui
enfaifoient ordinatrem«it,pari
cie , dix mille piétûns> & mille
eavaliers alliés*
Un jour , ayant appris que la
ville de Mutiné . .oÂ; fe trou-
voient alors des députés Ro<«
mains > étoit dans, le T^^ gran^
danger » &c ne confultant d'à-
•• • »
i0> Tit. Uf, L, XXI. Ck I7i ftS • s6* L. XXiil. t. %% $ $5.
11|
fù MA
bord que les nouvemeit^ de fii
colef e 9 il fit marcher iès trou-
pes veÉs cette ville» fans avoir
pris aucune précaudon pour fa
rareté* Le cfaeivdn par oti il lui
ialloic pafTer étoic rempli de
l^roflàilles & d^arbrifieaux in-
cultes. S*^tant engagé dans ce
défilé 9 avant que d'avoir fait
veconnoître les lieux , il tomba
4ans une embuicad« ,- ou il per-
dit une grande partie de fea
Îens« & eut bien de la peine à
\ fauver kii^nême avec le ref-
C0. Dès qu'il dut gagné la plait^
ne , il campa ; & les Gaulois
défefpérant de pouvoir le for-»
çer dans fes retranchemens y ceA
frrent dte ie« harceler ; ce qui
6% reprendre courage à fes fol*
dats f malgré la perte qu'ils ve*
Soient de faire). Il fe mit donc
•n marche tout de nouveau , àc
»e rencontra point d'ennemis
•ans que fes troupes marchèrent
à découvert.-Mais » àhs qu'elles
& furent engagée^ dans les bois«
les Gaulpis revinrent à la char*
ge ; & ayani ahaqué l'arriére-
garde » ils mirent le défordre
dans route l'armée ^ tuèrent huit
•ens foldats » 6e prirent huit dra-
peaux. Dès que les Romains
lurent fortis. des bois & des dé*^
£lés , ils n^eurént plus rien à
craindre d^iapart des Gaulois^
qi)i ceflerent dès-lors de les in^i
comniodèr^ Ait»ii , ils continue*
yent leuv marche en toute fure-
té 9 par des lieux découverts
|ufqu*à eé qu^'enfin ils arrivèrent
MA
à Tittétum » bourgade (îtfiée fuf
les bords du ?ô« Ils s'y retran-
chèrent ; & fubfiilant aifémené
des vivres qqi leur venoient par
la rivière » ou qui leur étoient
tournis par les Gaulois Bri-
xiains » ils réfifierent pendanc
quelque tems aux efforts de
leurs ennemis , dont le noi?ibre
fb niultiplioit de jour en jour.
Les fecours qu'on envoya bien*
tôt de Rome , obligèrent enfin
ces derniers de fe retirer.
- L. Manlius, à l'occafion d'une
féditîon qui s'étoit élevée parmi
les foldats » fit vueu de bâtir ua
temple à la Concorde ; Se ce
vœu fut accompli l'année fui-*
vante par l'ordre du préteur M.
Émilius. Feu de tems après , L*
Manlius fe mit fur les rangs pour
briguer le Coafulat» mais il ne
l'obtint pas cependant.
MANLIUS [ L. 3 ACIDI«
NUS 9 Z. Mànliui Acidinus »
(a) fut créé Fréteur » l'an de
Rome 54% « & 210 j|vant Jefus^
Chrxft. Il eut la charge de ren*
dre la jufiice «ux citoyens de
Rome» Trois ans après > il com<«
manda une armée dans l'Orne
brie. L'année fuivante , il fer<%
vit en Efpagne fous P* Scipion ;
fc ce Général » voulant cette
même année retourner en Ira««
Ue« laiilà le gouvernement de
k Province à L. .M9nlius Aci<«
dinus dt à L. Lentulus* L'année
d'après il y eut quelques mou^i
vemens en Efpagne. L. Manliua
Acidinus &l L. Lentulus ne cru^
ta) Tit. Liv. L. XXVI. c. t}. U ^XVll. c. 4 j 50. L. XXVlll. c* }& L. XXIX.'
C. t> la I}. 1. XXX|]^ t. J. . J
MA
tent pas devoir Un négliger.
C*eft pourquoi » ayant joiitt
leurs forces , iU eocrerenc dans
le pais dea Aufécaio»; & le tra«
verfaar , fans y faire aucun dé»
gâc> quoiqu'ils fuflenc informés
de leur révolte » ils arrivèrent
{ufqu'à la vue des ennemis , en
forte qu'Us n'en étoient éloignés
que de trois milles. Us tentèrent
d'abord les voies de la négo-
ciation y pour les engager â reA-
trer dans le devoir 6l à mettre
bas les armes. Mais t les £fpi^
gnols , pour toute réponfe >
ayant lâché leur cavalerie con-
tre les fourrageurs des Romaini,
celle des Romains vint à leur
fecours ; ce qui occafîonna un
combat de cavalerie, où il ne fe
pafla cependant rien de mémo-
rable. Mais 9 le lendemain, il y
en eut un antre $ oà les deux
armées eoB^attirent avec beao^
coup de courage* Les Efpagnols
furent défait»^ & leur chef refta
fur le champ de bataillé.
L'année futvante, qui étoit
Tan de Rome 548, & l'an 264
avant Jefns^Chrift^ on continua
le gouvernement de l'Efpagtke
à L. Manlt«ts Acidinus & à L.
Lentulfts , tel & dans les mémcis
bornes qu'ils 'l'a voient eu pré»
cédtfmmeat. L. Manlius Acidi-
nus ne rétour«ia à Rome que
cinq ans après ; ii voyant qnt
le Tribun du peuple M. Por^
ciui Léca s'opMioit au petit
<«> Tk. liv. L. incVl. c. st • a8. t.
jUXViU c. 6, [
ih) tu. Liv. t. XXVII. 0. 17.
ie) fit. Lit. L. X'XX. c. 19.
{d) Tir. 4U«, %^ XXZIU^ c« «5 »< 4s »
MA jt
l^Ioftiphe que le Sénat 1^ avok
accordé , il entra en fimple par-
ticulier dans la ville, & porta
dans le tréfor public douze ceÂs
livres d'argent 9 de enViron treu*
te livres d'or.
MANLIUS [ P. ] VULSON,
P. Manlius Vulfo , {a) fut élevé
à la Préture , l'an de Rome 541,
& 210 avant Jefus-Chrift » fc
eut ordre dé pafièr en Sardai-
gne pour fe mettre à la tête de
4e«hC légions que L. Cornélius
y avoit commandées Fannéie
•précédencdë Sur la fin de tli
campagne , une flotte Cartha-*
ginotfe , cdmpofiée de quaraâte
vaifleaux » fous la conduite ^
d'Amtlcar » paflà en Sàrdaigne>
ic fit ufie déicente fur les terres
des Olbiens. Mais» F. Manlius
Vulfon éiaÀt venu à la rencon-
tre des ennemis» Ils fe rembaf^-.
qUerént auffitât.
MANLIUS [A.], A.Mafki
Imsp (k) Tribun deis foldats ,
fut tué dans urï ctfmbat, l'in de
Rome 544 1 & 108 avant Jefui-
Chrift*
MANLIUS [L.) TORQUA-
TUS » L» Manlius Torfuaius ^
(c) Pontife » mourut , Tan dd
kome 550, èc 202 avant Jefus-
Chrift t âc il eut pour fucéefr
feur C. Sulpicius Galba*
M ANLlUStCN.3 VULSON,
Cn. Manlius Valfx^ id ) étoit
Édile Curule, avec P. Cornée
lias Scipio* y l'an de Rome
41^ L« XXXIV. c. '%%^ tk XXXV. c. ^ »
M>.t.XXXVIU c. iJ7.j%. XXXVUl. c.
19. ^ /<<f . L. XXXI^. ç« 6 » 40. Cori|.
Kep. in Aonîb. c. i|. Koll. Hifi. Rôm.
Tom< IV. pag. i%Ost^f SSTf é* /«itr^
£ iv
7^ V
/M'A
Î55 , & 197 avanr Jefus-Chrîft.
Is firent repréfenter cette an-
néc dans le Cirque & fur le
.Théâtre les jeux Romains*
Pendant les quatre jours qu^ils
durèrent, ces Magiilrats firent
Relater une magnificence, & tqut
le peuple une joie , qui n'a-
y oient point d'exemple , à caufe
ides grands ' avantages qu'on
4iyoit remportés; ùir les enne-
mis de la RépnbHqoe.
Deux ans après » Cm Man^
lius Yulfon parvint à la Pré-
sure , & fut chargé du Gou-
vernement: de la Sicile. L'an*
:née fuivante 9 il fut un des
-Triumvirs ' qu*oft choifit pour
,aller établir line colonie La-
tine dans le territoire de Thu»
xiumi Quelques, années après'»
il brigua, le Confolac, qu'il ne
put obtenir alors. Il ne fut élevé
à cette dignité. que Tan de Ko**
jné 563 , ^ jl$9 I avant Jefus-
Chrift, êc il eut pour collègue
M. Fulvios Nobilior* Le tort
•donna à ce dernierr l'Étolie
pour département, Se TÂfie à
Cn. iManlius Vulfon*
Dès le commencement dû
printemfl^ , il vint à Éphefe » Se
prit le commandement des trou-
.pes que lut; remit L. Scipion^.
Après en avoir fait la revue^
j] aâèmbla lesfoldats ; Se ayant
loué la valeur avec laquelle ils
avaient. dompté Antiochus dans
tin feul combat, il les exhorta à
l'employer encore contre les
Gaulois qui 1 a voient donné du
fecours à ée^Prinee» & donc
le. caraâere étbit fi féroce &
fi indomptable , que c*étoit en
MA
vasfi qu'ils avoient repoufl^é Au»
tiochus au delà du montTauniSf
s'ils laiiïoient en deçà une na-
tion fi fiere Se fi puififante. Il
parla de lui*mème en peu de
mots Se avec modeftse » fans rien
dire 9 dont tout le monde ne re«
connût la vérité. Ainfi , fen dif«
cours fut généralement applau*
di. Les foldats n*appréhen*
doient pas beaucoup les Gau-
lois 9 qui , ayant été vaincus
avec Antiochus & toute fon
-armée 9 feroient encore moinr
«en état de réfifter feuls aux
-Romains. Mais y le Conful étotc
.fâché de l'abfence d'Eumene qui
'^toit alors à Rome » parce qu'il
connoifiToit parfaitement le païs
'& l'ennemi , Si qu'il étoit de foti
intérêt qu'on opprimât des vol*
fins aofii incommodes pour lui
que les Gaulois. A fon défaut'»
il fit venir fon fi*ere Attale de
:Pergame, Se l'ayant exhorté à
Xe joindre à lui contre les enne*
mis, il. le renvoya chez lui pour
préparer les fecours qu'il avoic
promis . de , lui amener.
Quelques jours après» étant
allé d'Ëphefe à Magnéfie, il 7
.rencontra Attale qui venoît au
devant de lui avec mille hom-
mes de pied & deux cens
cavaBers » ayant ordonné à fou
frère Athénée de le fuivre avec
le refte des troupes , Se confié
la garde de Pergame à ceux
dont il connoifiTcfit le zèle êe U
fidélité. Cn. Maolius Vulfoa
donna à ce jeune Prince les
louanges que méritoit foo atta«
chemént aux intérêts du pea«
pie, Romain ^ & 4^1» . camper
MA
arec lu! fur les bords du Métn-
dre» en atcecdant Ifes vaifleaux
donc il avoit befoin pour met-
tre fes troupes de l'autre côté
de ce fleuve » qu^elies ae potr-
voient palTèr à gué à caufe de
fa profondeur.
Après qu'ils eurent paflTé le
Méandre, ils allèrent à Hiéra-
£omé où Fon vôyoit un temple
d'Âpolion très • augufte » dont
les Prêtres rendoient les oracles
du Dieu en vers affez élégans*
De-là en deux jours ils arrivè-
rent furies bords du fleuve nom-
mé Harpafe , où les députés des
Alabandiens vinrent trouver Cn.
Manlitts Vulfon, pour le prier
de remettre en leur puiffance
yzT fon autorité ou la force de
fes armes, un château dont les
èabitans s'étoient tout récem-
ment révoltés contre eux. Athé-
tiée, frère d'Eumene i& d*At-
tale, s'y rendit auffi avec Leufus
4e Crète & Corragus de Ma-
cédoine. Ils lui amenèrent mille
hommes de pied de dîverfes na-
tions &• trois cens cavaliers.
« Le Coftful envoya un Tribun
des foldats avec quelques trou-*
pes qui reprirent le château de
ibtrce 9 & le rendit aux Alaban-
'diens. Pour lui , fans fe détour-
laer du chemin , il alla camper
près d*Antioche fur le Méan-
dre.
Ce fut là que Séleucus, fils
d'AntiochuS) vint le trouver,
faifant apporter le bled que fon
père s'étoit obligé par le traité
de fournir à Tarmée des Ko*-
nains. Il fit quelque difficulté
<i*ett donner aux troupes Auxi«
^ À 7J
Kaîres d*Attale , prétendant n'en
devoir qu'aux foldats Romains ;
mais , le Conful par fa confian-
ce le força de le relâcher fur
ce point, ayant envoyé un Tri-
Jbun dans les légions faire dé-
fenfe aux Romains de rien pren«
dre j que les troupes d'Attale
n'euflent reçu leur part. Ils ar-
rivèrent delà à la ville de Gor«
diucique, d*où, après trois cam«
pemens , ils vinrent à Tabès ,
ville fituée fur les confins de la
Pifîdie , vis-à-vis la mer de
Pamphylie. Les habitans de cette
contrée , avant qu'ils euflent
reçu aucun échec , étoient fiers
& belliqueux. Alors même ayant
lâché leur cavalerie contre les
Romains j ils cauferent quelque
défordre dans leur marche au
premier choc. Mais , reconnoif-
fant bientôt qu'ils n'étoient
égaux à eux , ni par le nom-
bre , ni par la valeur , ils ren*
trerent dans leurs murailles * &
envoyèrent demander pardon
de leur faute, offrant au Confui
de lui rendre la ville. Ils furent
condamnés à payer vingt-cinq
talens d'argent ÔC dix mille
mines de froment, moyiennant
quoi on accepta leur propofi«
tion.
Trois jours après, ils pouffè-
rent jufqu'à la rivière de Chaûs,
d'où ils allerenr prendre d*af-
faut la ville d'Ériza. De-là ils
vinrent au fort appelle Thabu-
fion, bâti fljr un fleuve nommé
Indus, depuis qu'un éléphant y
avoit précipité un Indien, ifs
vinrent enfuite à Cibyre ; & de
Cibyre Cn. Manlius Vulfon
74 M A
condusfic fon arœ^e par le pa!s
des Sindenfiens, 6l paflaot le
fleuve Calaure , campa fur l'au-
tre bord. Le lendemain , il paf-
(à le long du marais de Carali-
tif , & ayant réjaurné à Man«-
dropolis y s'approcha dé Lagon
qui étofc la ville la plus voi-
iiDe. Les Romains , ta crouvanc
abandonnée par la fuite des ha-
bilans , en enlevèrent les pro-
vifions âc les autres effets dont
elle étott abondamment pour-
vue. Le jour d'après les condui-
fit de la fource du fleuve Lyfîs»
îufqu'au fleuve Cobulatus. (Jeux
de T ermeflè aifi^geoient alors
la forterefie d'Ifionda » après
s'être rendu maîtres de la ville.
Les habitans, qui n'efpéroieat
d*ailleurs aucun fecours » en-
voyèrent des Ambafladeurs au
Conful pour lui demander Ûl
pioteâion 9 & lui repréfenter
qu'eniierip^s dans cette place
avec leurs femmes & leurs en-
fans, il n'y avoit point de jour
où ils ne fuflent expofés II pé-
rir ou par la faimi ou par le
fer de leurs ennemis. Le Conful
qui ne cbercl^oit que l'occafion
d^entrer dans la Pamphylie , alla
faire lever le fiege dlfionda»
de accorda la paix aux Ter-
sneffiens, moyennant la fomme
de cinquante talens qu'ils lui
comptèrent. Il en ufa de même
à l'égard des Afpendiens 8c des
autres peuples de la Pamphy-
Be. ^
Étant forti de cette Province^
il campa le premier jour fur
les bords d'un fleuve ^ nommé
Taurus 1 & le lendemain près
MA
d'un lieu appelle Xyllne-Coind.
Delà continuant fa route » il
arriva à- la ville de Cornafe*
Celle qui en étoit la plus voifi&e
étoit Darfe » que les habitans
avoient abandonnée de frayeur»
& la]â*ée remplie de toute
forte de biens , à Texemple de
ceux de Lagon^ Comme xl paf-
ibit le long des marais de cette
contrée , les Ambafladeurs de
Lyfinoé vinrent lui livrer leur'
ville. Delà M entra dao& le
territoire de Salagafle » fertile
en toute forte de grains Ôc de
fruits. Il étoit habité par les
Pifides qui étoient les plus bel-
liqueux de tout te pais» Leur
fierté naturelle étoit. encore
augmentée par la fécondité de
leurs campagnes , par la multi*
tude de leurs citoyens y ëc H
fituation de leur ville /qui étoic
des plus avantageufes. Le Conv-
fui, ne voyant point de dépu^
tés de leur part , ordonna à fea
troupes d'aller pilltf le plac
païs. Quand ils virent qu'o^
enlevoit leurs biens fous leurs
yeux 9 ils fe radoucirent » À par
le moyen des Ambafladeurs
qu'ils envoyèrent au Conful ,»
obtinrent la paix> en pay«u:ik
cinquante talens ; ÔC vingt mille
mines de froment & autans ,
d*orge. L>rmée alla camper de^
là au bourg d'Aporidos-CojOi^»
près des fontaines d'ObrimeSt
où Séleucus vint le. lendemain
d'Apamée trouver le Conful. Cn»
Manlius Vulfon fit porter dans
cette ville fes malades 6t les bar
gages inutiles ; puis avec les
guides que lui donna Séleucuit
MA
î! s^avançft le même |Oiir jttfr
^u'à la plaine de Métropolis >
Se le leodemaio campa à Dinies
daos la Phrygie , puis % Syooa-
da. Comme la crainte avoir
chsiffé leshabitaos de toutes len
villes d'alentour , let foldacs
chargés ^u butin ou'ils y trou-
vèrent » ayant fait à peine deux
lieues le jour fuivant , s^arrê-
terent à Beudos la vieille» com-
ice on Tappelloit alers , d*où
le lendemain ils allèrent à Ana«
bura,&le jour d'après aux four-
ces de l'Âlandre, de le troi-
fieme à Abbafl*e » pù ils féjour-
nerent plufieurs jours « parce
qu'ils fe trouvoient alors fur
les frontières des Tolifto-
boiens*
Cn* Maolius Vulfon, ayant
^ faire la guerre contre une
nation que tous les peuples voi«
fins redoutoient fi fort» crut
devoir rafiurer fes foidats; Les
ayant donc alTemblés : » J*a-
» voue , leur dit-il « Romains ,
39 que les Gaulois font les plus
» belliqueux de tous ceux qui
3} habitent TAfie. Cette nation
30 féroce , après avoir traverfé
V une grande partie de la terr
» re f toujours les armes à la
V main,9 eft venue s'établir au
3> milieu des peuples les plus
V doux 8c les plus traitables du
n monde. Ce qui contribue
» beaucoup à rendre ces Bar*
» bares efiroyables , c'eft la
» grandeur de leur taille» leur
XI chevelure longue Si roufle^
» leurs vaftes boucliers » 8ç
» Içurs épées d'une grandeur
n énorme ; à quoi oa peut;
MA 75
j» ajouter rhorreur des cris &
a> des hurlemens qu'ils poufienc
» en allant au combat , èc ea
3> frappant de leurs lances fur
30 leurs boucliers, fuivaoc une
» coutu me qu'i Is n'afie Aent que
3> pour jetter la terreur dans
30 les ejprîts. Qu'il foit permis
30 aux Cîrecs , aux Phrygiens »
30 Se aux Cariens de redouter
» cet appareil & tout ce fracas
» auxquels il ne font pas faits.
y> Mats , pour les Romains qui
9 y font accoutumés , ils en
y> connoiflent & en méprifent
3> tout le ridicule & toute la.
I» vanité. Ils ont mis une fois
n nos^ncêcres en fuite auprès
i> de l'Allia. Pendant deux cens
» ans 'qui fe font écoulés de-
it puis, les Romains les ont
30 toujours égorgés ou mis ea
30 déroute comme des troa-
» peaux de moutons; & les
» feuls Gaulois ont procuré ii
30 nos Généraux plus de triom-
» phes» que les autres nations
» de rUnivers toutes enfemble,
» C*eft une expérience qu'on a
n faite une infinité de fois. Pour
» peu qu'on fçache arrêter la
» première fougue de cette na-
» tion bouillante ôc emportée»
x> ils dégouttent de fueur -, ils
9 font épuifés de fatigues» les ar-
» mes leur tombent des mainS)âc
» dès que leur colère eft émouf-
V fée» le foleil, la pouifiereg
3> & la fotf » fans le uecours da
30 fer» fuAfent pour abattre
30 leurs courages auffi flafques
» & auflimoux que leurs corpst
30 Ce n'eil pas feulement dans
3> des batailles générales de lé-
?<f
MA
» gîofis à légions que nous avons
» éprouvé leurs forces , mais
» dans des combats (inguTiers
» d*homme à homme. T. Man-
» lius& M.Valérius ont bien fart
» connoître combien la valeur
» mefurée des Romains Tem-
» porroir fur la fureur aveugle
» des Gaulois. Eif M. Manlius
» feu] ne précipita-t-il pas du
» haut du lac Tarpeîen une
» troupe de cesBarbares , près
» d'entrer dans le Capitole ?
» Cependant , nos ancêtres
» avoient alors affaire à de
» véritables Gaulois , nés &
» & élevés dans leur gropre
» pais; au lieu que ceux que
» nous avons à combattre ont
» entièrement dégénéré.* Ceft
» on mélange de Grecs & de
» Gaulois f comme leur nom
» le porte. Il en eft d*eux com-
» me des arbres ëc des animaux.
» Ge n*eft pas tant la femence
» qui conferve/ ou change la
» bonté de leur efpèce , ^ue
* la terre qui les nourrit , &
» l*aîr qu*ils refpîrent. Les Ma-
so cédoniens qui ont bâti Ale-
jo xandrie dans TÊgy pte, qui ont
» fondé Babylone , Séleucie âc
9b tant d'autres colonies en di-
» verfes parties de l'Univers ,
» n*ont-ils pas pris aujourd'hui
» les mœurs des Syriens, des.
» Parthes & des Égyptiens ? Les
s» plantes qui croisent dans
» leur terre natale, confervent
y» toute leur vigueur Se tonte
30 leur vertu ; celles qu'on ttanf-
30 plante dans un climat étran«
a> ger , ns font pas long-tems
7> faos dégénérer. Vos ennemis
..MA
n ne font donc que des Pbry*
» giens chargés des armes des
» Gaulois ; 6c vous aurez en-
w eore moins de peine à les
» vaincre aujourd'hui qu'ils fonr'
'» feuls, que quand ils faifoienr'
» partie des troupes d'Ântio-
» chus. Je ne crains pas que
» nous n'ayîons trop d'ennemis
» à combattre , mais que nous
3» n'acquérions trop peu de
» gloire à les vaincre. Corn-
» bien de fois Attale les a-t-^
» il défaits 8c mis en fuite ?
79 Si les b6tes féroces nouvelle»
30 ment prifes ^ après avoir
30 gardé quelque tems leur fu-
33 reur naturelle , la dépouil«
33 lent infehfîblement entre les
» mains des hommes qui les
33 nourriflent, perfuadez-vous
y> que le même changement fe
33 fait dans les hommes. Croy ez-
30 vous que les Gallo " Grecs
30 relTemblent à leurs pères & à
» leurs ayeux?Chafl*és de Ibur
43 patrie par le défaut d*habita-
30 fions âc de vivres, ils ont
3> traverfé les cètes âpres ôc
» incultes de Tlllyrie^ pafTé la
» Péoniie. & la Thrace, ^en corn*
33 battant contre les nations
33 guerrières qui leur difpn«^
33 toiènt le pafTage , & enfin Ce
33 font emparés de ce pats mal*
n gré les peuples qu'ils y ont
33 trouvés. Après avoir fouffert
33 tant de maux qui les ont en-
ao core rendus plus farouches»
33 cette terre les a reçus dansfon
» fein ', où ils fe font engraif-'
33 fés des biens qu'elle produit
33 en abondance. Mais» la fer«
30 tilité de ces campagnes > la
MA
» beauté de ces climats, lliu-
» meur douce & pacifique des
» habitansi ont peu à peu amolli
a> cette dureté tarouche qui les
t> avoit amenés. C*eft à vous
» qui êtes les defcendans dc
9» Mars , c'eil à vous de fuir
30 au plutôt les délices de TA-
s> £e , tant ces voluptés étraa-
» gères ont de force pour étein-
» dre toute la vigueur des cou-
ao rages les plus fermes , tant
a» les mœurs. efféminées de ces
» peuples font capables de rui-
» ner la difciplîne de nos ar-
ia mées« Ce qu'il y a d'avanta-
» geux pour vous » c*eil que
«> quoique les Gallo-Grecs ne
39 foient pas capables de vous
» réfifter , ils confervent pour-
» tant encre les Grecs toute la
» réputation de leurs pères ;
n en forte que la vidtoire que
30 vous remporterez fur eux ,
» ne vous fera pas moins dlion-'
» neur dans Tefprit de vos al-
ao liés , que (i vous aviez vain-
3» eu ceux des Gaulois qui
1» n'ont poiM encore dégéné-
» ré. »
Après ce difcours» Cn. Maa-
lius Vulfon fe mit en marche»
L.e premier jour il campa près
du âeuve d'Alaadre y & le len«
demain au bourg appelle Ty^*
con. Il y étoit encore lorfque
les députés des Oroandenfes le
vinrent trouver pour lui deman»
der une amitié qu'il leur voulut
vendre deux cens talens, leur
accordant la permiflîon d'aller
propofer ce marché à ceux de
fa part de qui ils étoient venus.
Il coaduiHc de-là fon armée à
MA 77
PHtende, d*oh il alla camper
fur les terres des Alyattes. Il en-
tra enfuite avec fon armée dans
la contrée , à qui la nature de
fon terreia avoic fait donner le
nom d'Axjle.
Pendant que les Romains
étoient campés auprès d'un fore
de la Gallo - Grèce , appelle
Cuballe 9 la cavalerie des en-
nemis vint tout d^an coup fon-
dre fur eux avec un grand fra-
cas. Comme Cn. Manlius Vul«
fon ne s'y attendoit point , ils
mirent d'abord quelque défor*
dre dans les troupes qui faifoienc
garde, de tuèrent même quel-
ques foldats# Mais , Tallarme
ayant été portée dans le camp ^
la cavalerie Romaine en fortit
par toutes les portes , & mie
les Gaulois en tuire, & ea tua
un aiTez grand nombre. Cet
eflai ayant fait connoûre au
Conful qu'il étoit fur les terres
des ennemis, il commença à fe
tenir davantage fur fes gardes,
ne fe mettant point en marche
qu'il n'eût envoyé reconnoître
le pais. Étant arrivé fans s'ar«
rêter nulle part fur les bords
du fleuve Sangarius , ôc ne trou*
vant point de gué pour le paâèr»
il y fit faire un pont*
Le pont étant achevé , Ca«
Manlius Vulfon paffa à l'autre
bord ; & tandis qu'il le côtoyoïr,
les prêtres Gaulois de la raere
Cybele vinrent de Peflînonte au,
devant de lui , revêtus de leurs
habits facerdotauxy &^ronon-
çant avec enthouliafme des vers
Prophétiques, dont le fens étoic
que la Déefle accordoit aux
7S MA
Romains le pkâTage fur fe% ttr*
teSylz vtâoire fur leurs enne-
mie , & llËmpire de tout le pats*
Le Coofuî répondit qu'il en ac-
creptoit Taugure, & campa dans
le même lieu. Il arriva lè len*
demain à Gordium, ville peu
confîdérable par fa grandeur ,
maïs très-célebre par fon com-
merce pour être éloignée de la
mer comme elle étoît.
Ce fut là qu^il apprit que
les Toliftoboiens s'étoient ré-
fugiés fur le mont Olympe;
jnaisque les Teftofages s'étoient
retirés à quelque diuance de-là
for une autre montagne qu'on
appelloit Mégaba ; & que les
Trocmes ayant mis leurs fem-
mes & leurs enfans en dépôt
dans le camp des derniers ^
a voient ré fol u d*aller fecourîr
les Toliiloboiens. Ces trois peu-
ples avoient alors pour chefs ou
pour princes OTtiagott,Combo-
loroarus « & Gaulotus. Or , la
raifon qui les avoit déterminés
à ce genre de guerre , c*eft
qu'ils efpéroient qu'étant les
maîtres des plus hautes monta-
gnes du paî's, 011 ils avoient
tranfporté toutes les provîfîons
Béceâ^aires à la vie , quelque
iëjour qu'ils y fîflent, les Ro-
mains après avoir beaucoup at-
tendu , perdroient enfin patien-
ce , & les laîflTeroient en repos ;
que d'ailleurs ils fe donneroient
bien de garde de les venir cher-
cher fur des fommets innacef-
fibles ; que s*ils étoient affez
téméraires pour l'entreprendre ,
il ne falloit qu'une poignée de
monde pour les reQverl!er'&
MA
les défaire ; êc qu^enfio ils ne
s'expoferoient oas à mourir de
froid de de miiere au pied de
ces montagnes , en s*obitiaanc à
j refter. Quoiqu'ils fe crufifenc
déjà affez défendus par la hau-
teur des rochers &l des monta-
gnes, pour plus de fureté» ils
tirèrent encore un foflê qu'ils
fortifièrent d*une paliiïade , au-
tour de ces fommecs où ils s'é-
toient retranchés. Ils ne fe mi-
rent pas beaucoup en peine de
fe munir de javelots &: autres
traits j parce qu'ils trou voient
fous leurs mains des pierres
plus qu'il n'en falloir pour ac-»
câbler les ennemis.
Le Conful , qui s^étoit bien
attendu qu'il lui faudroit corn*
battre de loin contre la difficul-
té des lieux bien plus que con-
tre les armes des ennemis , fit
une ample provifion de javelots»
de flèches , de balles- de plomb ,
& de pierres d'une grofleur à
pouvoir être lancées avec la
fronde; & en cet état il alla
camper à cinq milles du mont
Olympe. D^s le lendemain »
il s'avança avec Attale à la
tête de quatre cen^ cavaliers,
pour examiner la nature de
cette montagne, & la fi^uation
du camp des Gaulois. Mais, ce^
Barbares ayant détaché contre
lui le double des cavaliers qu'il
avoit avec lui, le mirent eci
fuite, tuèrent quelques-uns de$
fiens, & en bleiferent encore
davantage* Le troifieme jour il
fortit avec toute fa cavalerie
pour aller reconnoitre , de com«
xx^e les exmemis ne fortirenc
polot de leur camp « il eut tout
le tems de faire le cour de la
montagne* Il reconnut que du
côté du midi , il y avoir un co-
teau de terre donc la pente
étoic douce êc facile en quel-
ques endroits ; qu'au fepcen-
trion s'élevoienc des rochers
efcarpés , âpres & preique
droits ; 8c que le reile du con*
tour étant abrolument inacceffi-
ble « il n*y avait que trois
chemins par où on pût grimper
fur ces hauteurs ; Tun au mi-
lieu de la montagne y par la
pente dont nous venons tie
parler ; les deux autres plus
difficiles au levant d^hiver ,
êc au coucher d'été. Quand il
eut fait cette découverte > il
campa le même joi|r au pied
de la montagne. Le lendemain ,
ayant offert aux Dieux un fa-
crifice qu'ils agréèrent d^abord,
il partagea fon armée en trois
corps , & marcha aux ennemis.
Il monta lui-même avec le plus
confidérable par la partie de la
montagne dont l'accès étoit le
plus aifé. Il ordonna à fon
irere L. Manlius de s'avancer
à la tête de la féconde ctoupe
par le côté qui regardoit le le-
vant d'hiver, autant qu'il le
pourroit faire en fureté > fans
forcer nature » pour ainfî dire >
ni lutter contre là difficulté des
lieux , quand elle lui paroicroit
infurmontable ; mais d'aller
ohliquement de en biaifant juf-
qu'à ce qu'il put venir lé join*
dre. Il donna le troifieme corps
àC. HelviuSy & le chargea dé
faire le cour par le pied de la
M A 79
montagne > & de monter par le
chemin oppofé au cdudiaHC
d'été. Il divifa de la même fa*
^on les troupes d'Atcale en trois
parties égales , retenant ce Jet»»,
ne Prince avec lui. Il laifla la
cavalerie éc les éléphans dans
la plaine la plus voifine de 1«
montagne , ordonnant aux OMh*
ciers d'obferver avec foin tout
ce qui fe pafferoît, 6i de por-
ter du fecours à ceux qui eai
auroient befoin.
Les Gaulois ) croyant s*a-
voir rien à craindre des deux
côtés qu'ils regardoiest comme
îoaccembles » envoyèrent qua-
tre mille hommes dans la pa»«-
tie qui regardoit le midi , é1ot«
gnée de leur camp d'enviro>a
mille pas y pour fermer avec
leurs armes le chemin de cotte
colline » âc la défendre contre
les ennemis » comme une efpèce
de fort. Les Romains ne les
eurent pas plutôt apperçus ,
qu'ils fe difpoferent à les com-
battre. Les Vélites étoieot \
la tête un peu devant les enfei-
gnes f avec les archers Cretois
d'Attale , les Frondeurs, les
Tralks èc, les Thraces. Les Lé-^
gionnaires marchoient enfuîte
à petits pas à caufe de la hau«
teur 9 fe couvrant de leurs
boucliers , non encore pour
combattre de près» mais pour
parer les coups de pierres oa
de flèches qui viendroient d'en-
haut. Car , les deux partis en-
gagèrent d'abord Taâion do
loin , les Gaulois ayant l'a-
vantage du lieu f mais les Ro-
maias leur étant fupérieurs par
$o M A
Fabondance Ôc la variété des
traits. On ne fe battit pas long-
teros avec égalité ; car , les bou-
cliers longs & plats des Gaulois
ne couvroient qu'une partie de
leurs vailes corps; Ôc ils ji'a-
voient point d'autres armes que
leurs épées dont ils ne pour-
voient faire ufage tant qu'on
fe battroit de loin. Ils ne man-
quoient pas de pierres ; mais »
faute de les avoir préparées ,
ils les ramafToient au hazard ,
telles qu'elles leur tomboient
fous la main, la plupart trop
grofTes pour être jettées de loin
par des gens qui n'étant pas
dans cet ufage y n'aidoient leurs
coups ni de TadreûTe ni de la
force qui les rendent apurés.
Les Romains au contraire les
bleflbient de toutes parts à
coups de flèches 9 de javelots»
de de balles de plomb , fans
ou'ils puflent les éviter. En-
fin y les Gaulois voyant qu'ils,
oe pouvoient réfiiler aux fol-
dats armés à la légère des Ro-
mains, & qu'ils alloient avoir
les légions fur les bras , s'en-
fuirent en défordre dans leur
camp , que les femmes , les
enfans y les vieillards, mêlés
avec les foldats « avoient déjà
rempli de tumulte de de con«
fufîon. Les Romains viâorieux
s'emparèrent des collines que
les Gaulois venoient d'aban-
donner.
En même-tems , L. Manlîus
& C. Helvius montèrent obli-
quement fur les collines, tant
qu*ils les trouvèrent pratiqua-
bles ; mais » quand il ne. leur
MA
fut plus poffible d'avancer » iîs^
tournèrent tout court vers la
feule partie de la montagne qui
étoit acceffible, 8c commen-
cèrent , comme de concert » à
fuivre de près la troupe du Con*
fui , faifant par néceflicé ce
qu'il auroit été plus à propros
de faire dès le commencement*
Car , fouvent dans les chemins
â.pres Ôc difficiles , il eil utile
à ceux; qui marchent les pre-
miers , d'être fuivis par un corps
de réferve , qui puiiTe prendre
leur place, quand ils ont été
repouffés , 3c mettant à couvert
derrière lui ceux qui font las Sc
blefles , reprendre le combat
avec une vigueur toute nouvel-
le. Le Conful, voyant que les
troupes légèrement armées s'é-
toient emparées des hauteurs »
& que la tête des légions y,
étoit arrivée , ordonna aux
foldats de faire halte pour re-
prendre haleine ; & leur mon-
trant la colline jonchée des ca-
davres des Gaulois: » Si des gens
3> armésdefleches6cdefrondes>
x> leur dit-il , ont fait un tel
30 carnage, que né doit-on. pas
» attendre des légions qui font
» armées de toutes pièces , Ôd
39 compofées de tout ce qu'il y.
30 a de plus braves dans le mon-
» de ? La gendarmerie a re-
» pouffé les Gaulois jufques
39 dans leur camp ; c'eft à vous
» de les y forcer & d'achever
39 leur défaite. » Il et cepen-
dant marcher à leur tête les
foldats armés à la légère, qui,
pour ne pas perdre leur terns»
pendant que les légions faifoient
halce.
MA
lîalte , avoienc ramaffé iur le
Îenchant de la colline » les traits
ont elle écoît couverte , afin
de n'en pas manquer* Les Ro-
ibaias approchoient du camp ^
lorfque les Gaulois ne fe croyant
pas en fureté dans leurs retran-
chemens , en fortirent , & fc
pofterent fur le rempart les ar-
ines à la main» Mais ,~ voyant
que les Romains lançoient fur
eux une grêle de traies , dont
il n^y eti avoit aucun qui ne
fît fon effet dans leurs batail-
lon» ferre' s , ils y rentrèrent
dans le moment, 1 ai ffant feule-
ment aux portes de bons corps*
de-gardes , pour les défendre*
Le Conful continue cependant
à faire pleuvoir fur ceux qui
^toient rentrés dans k camp les
âeches » les javelots > & les
pierres qui en bleifoîent un
grand nombre , comme on le
jugeoit aifément par les cris
des femmes 8c des enfans. A
l^égard de ceux qui gardoîent
les portes , les plus avancés des
Légionnaires jettoient contre
eux leurs dards, dont la plu-
f>art perçoient le bouclier ôc
e foldat tout*à*la-fbis , & les
clouoient pour ainff dire i*un à
l'autre.
Les Gaulois j voyant les por»-
tes de leur camp abandonnées ,
D*attendent pas que les vain*
?ueurs y entrent , mais s'en-
uient de toutes parts. Us fe
précipitent en aveugles à tra*
vers les rochers les plus impra<^
ticables. L'ennemi eA Tunique
objet de la frayeur qui les em**
porte* Aufiî tombèrent - ils la
7m. XXri.
MA ^ U
|)lupatt dans des abîiiies » où
ceux qui ne perdirent pas là
vie , demeurèrent au moins ef*
tropiés» Le Conful , maître dki
camp, défend aux liens de le
piller 9 mais leur ordonne de'
pourfuivre vivement Tenneilû»
pour ne pas lui donner le terni
de fe remettre dé fa cfainte» Il
en ufa de même à Tégard de
ion frère L. Manlius, lorfquSt
fut arrivé avec fa troupe; &
lui-même , laiffant les prifon*
niers fous la garde de quelques.
Tribuns des foldats , fe mit de-
la partie avec la (ienne« pef^*
fuadé que le moyen de termi*
ner fur le champ la guerre i
c'étoit de profiter de la conf*
ternation des Gaulois , &. d*eil
tuer ou d*en pj^endre le plus
qu^ils pourroienté Dès que le
Conful fut parti , C. Helvius
arriva avec le troifîeme corps
de Romains ; mais , quelque
effort qu^il fît , il ne lui fut pa»
poffible d'empêcher qu'ils n'eû-
tralTent dans le camp ÔC qU'iU
ne le pillaiTent , enforte que
par une injuiiice criante , Ceuat
qui ne s'étoient pas trouvés au
combat, partagèrent entr'eux le»
dépouilles des vaincus* Les ca«
valiers rederent long-tems dans
leur pofle , fans rien apprendre
du combat & de la viÂoire des
Romains. Mais à la fin , poulTanC
leurs chevaux» autant qu'ils le
pouvoient fur ces coteaux, ils
prirent ou tuèrent tous ceux
des ennemis que la fuite avoiÉ
répandus vers le bas de la mon^
tagne;
Il ne fut pas aîfé aux Vain^*
F
82 MA
queurs de compter lei morts ,
parce que la plupart furent
fués dans les divers circuits de
ces collines , ou bien dans les
forêts ou les buiflbns où la fuite
les avoit difperfés ; & qu'il en
éioh tombé un grand nombre
dans les précipices qui étoieoc
au- deflbus de ces rochers*
Claudius , qui alTure qu'il y
eut deux aâions fur le mont
Olympe « porte le nombre des
morts )ufqu'à quarante. mille ;
au lieu que Valdrius Anrias ,
contre la coutume qu'il a d'exa-
gérer f le borne à dix mille*
Ce qu'il y a de certain t c'eft
que celui des prifonniers alloit
à quarante mille perfonnes « en
comptant les femmes , les en-
fans , les vieillards 8c autres ,
que les Gaulois avoient entrât*
oés avec eux , femblables à des
familles qui chai>gent de de-
aaeure , pkis qu'à dts troupe»
Îiui vont à la guerre. Le Con«
ul 6t mettre en un tas » 5c brû-
ler les armes des Gaulois ; Se
ayant ordonné à ceux qui s*é-
toient emparés du butin > de
le rapporter , il en vendit une
partie au profit du tréfor pu»
blic , & partagea le refte entre
les foklats avec beaucoup de
jEoin & d'égalité. Alors > ayant
aiTemblé l'armée , il donna pu-
bliquement à chacun les éloges
& les récompenfes dont il étoit
digne. Il loua fur-tout Attale »
en quoi il fut applaudi géné-
ralement des Officiers 6t des
foldaf s ; car, ce jeune Prin-
ce ayant fait paroître dans les
travaux fiC dans le« pétils ,
-^ MA
une aâivité ëc une valeur ex*
traordinaires « avoit témoigné-
après la viéloire une retenue
5c une modeflie encore plu$
eflimables. Mais , les Teâofa-
ges n'avoient point eu de parc
à la défaite de leurs compatrio*
tes. Le Conful partit donc pour
les aller chercher , & le troi-
iieme jour il arriva à Ancyre^
ville célèbre du païs , dont les
ennemis n'étoient éloignés que
de dix mille.
Là , Cn. MailHus Vulfon re-
çut des AmbafTadeurs qui ve-
noient le prier de la part des
Rois ennemis , de ne point dé-
camper d'Ancyre, qu'ils n'euf-
fent eu avec lui une entrevue*
lu l'afTuroient par avance qu'ils
accepterpient « pour ne . point
faire la guerre , toutes les con-
ditions de paix qu'il voudroic
leur impoier. Il leur donna
pour le lendemain un rendez*
vous entre leur camp & Ancy-
re. Le Conful y vint à Theure
marquée avec uile efcorte de
cinq cens cavaliers. Mais» n'y
trouvant perfonne de la parc
des Gaulois, il retourna dans
fon camp. Dès qu'il y fut ren-
tré, les mêmes Ambafiadeura
revinrent pour excufer leurs
Rois de leur abfénce occafion-
aée, difoient-ils , par des mo-
tifs de Religion qui ne leur
avoient pas permis de fortir ,
ajoutant que les premiers de la
nation viendroienr avec des
pouvoirs pour traiter de la paix
en leur nom. Le Conful répon-
dit qu'il enverroit Actale pour
les entendre. Ce jeune Prince*
MA
y vînt avec deux cens chevaux»
te y trouva les députés des en-
nemis. Mais I après avoir inuti-
lement difputé fur les condi-
tions du traité y comme ils ne
pouvoient s'accorder , il fujc
arrêté que le lendemain le Con-
fui & les Rois s'aifèmbieroienc
dans le même Heu. Les Gaulois
en manquant ainfî de parole ,
& en chicanant fur les condii*
tiens , avoienc deux vues ; pre-
mièrement ils vouloient gagner
du rems & différer jufqu'à ce
qu'ils euffent tranfporté au-delà
du fleuve Halys , leurs femmes,
leurs enfans & leurs effets «
qu'ils ne vouloient pas expo-
ler ; en fécond lieu , leur dc'ffein
étoit de drefler des embûches
au Conful lui-même , fçachant
Qu'il .ne fe tenoit pas trop fur
les gardes. Ils choinrent pour
cet effet dans toute leur armée
mille foldats des plus hardis ÔC
des plus déterminés ; & la frau«
de auroit réudi , (î la fortune ne
f'étoit déclarée en faveur du
droit des gens qu'ils avoient
-réCblu de violer.
Les Tribuns des foldats en-
voyèrent les fourrageurs Sc
ceux qui étoient chargés d'aller
chercher du bois vers l'endroit
oti devoit fe tenir la coiiféren-
ce, jugeant que c'étoit le plus
fûrt parce qu'ils y feroient fou-
tenus par l'efcorte que le Con-
ful auroit oppofée pour lui-
même à celle des ennemis; ce
qui n'empêcha pas qu'ils n'en
poftaffent une féconde de (ix
cens cavaliers plus près du
camp. Le Conful fur la f^xolt
MA 8|
d'Attale , qui l'affuroft que let
Rois ennemis ne manqueroienc
pas de venir, & que l'affaire
pourroit fe terminer , partit de
ion camp ; & ayant fait environ
deux lieues de chemin avec le
même nombre de cavaliers qu'il
avoir menés la première fois»
comme il étoit affez près du
rendez- vous , il apperçut Ict
cavaliers Gaulois qui accou-^
roient en poilure d'ennemis »
dans le deffein de l'opprimer.
Il fît faire halte , & exhortante
fes gens à préparer leurs coura-
ges Se leurs armes , il foutîne
d'abord l'attaque des ennemis
avec be>ucoup de fermâté fans
reculer. Mais , fe voyant -acca*
blé par le nombre , il commaA*-
da aux (iens de faire retraite^
mais à petits pas , fans tourner
le dos > ni rompre leurs rangs.
A la fin cependant, perfuadé
que le retardement l'alloit jet*
ter dans un danger dont faconf
tance ne le tireroit pas, il prie
le parti de fe fauver par la fut*
te. Les Gaulois le pourfuivi*
rent avec chaleur , 6c tuèrent
quelques-uns des fiens ; 5c peu
auroient échappé à leur furie »
fi les fix cens cavaliers qui fer*
voient d'efcorte aux fourrageurs^
ne fuiïent venus fort à propos
pour les délivrer. Car^dès qu'ils
entendirent les cris de leurs
compagnons 9 prenant fur le
champ leurs armes & leurs che-
vaux , ils allèrent frais & vi-
goureux , comme ils étoient »
attaquer les ennemis épuifés par
le premier combat. Alors » la
fortune changea ; îa frayeur
94 MA
paila des vaiqcus aux vaîfw
queurs ; & comme les fourra*
geurs des Romains accouroient
de toutes parts de la campagne »
les Gaulois , qui du premier
choc avûient tourné le dos «
crouvoiènt par tout des ennemis
en leur chemin « fans efpérance
de fe fauver par la fuite , parce
} lue la cavalerie qui les pour-
uivoit étoit toute fraîche , &
qu'ils étoient las Ôc fatigués eux
& leurs chevaux, U n*en échap-
pa donc guère aux vainqueurs,
qui d'ailleurs ne firent point de
prifonniers , les tuant de co-
lère , pour les punir de leur
perfidie & de leur impiété. Le
lendemain, le Ce nful arriva en
préfence de Tennemi avec tou-
tes fes troupes.
^ Cn. Manlius Vulfon employa
oçux jours à reconnoître la
montagne par lui-même > pour
être plus fur de fon fait. Le
troifieme jour il confulta les
Aufpices ; &c ayant offert un
facrifîce aux Dieux , il parta-
gea fes troupes en quatre corps»
dont deux iroient prendre les
ennemis en flanc , tandis que
lui-même conduiroic les deux
autres par le milieu de la mon-
tagne f pour les aller attaquer
de front. Les Tedlofages & les
Trocmes,au nombre de cinquan-
te mille hoq^mes les plus braves
de toute l'armée ennemie.étoient
au corps de la bataille. Et com-
'me les chevaux n'étoient d'au-
cun ufage parmi des rochers
hauts & bas , ils avoient fait
inettre pied à terre aux cava-
liers qui étoient au tour de dix
MA
mille 9 & les avoient placés à
Taîle droite. La gauche étoic
compofée des troupes auxiliai-
res d'Âriarathe & de Morze »
Rois de Cappadoce 6c de Pa-
phlagonie* Le Conful plaça aux
premiers rangs les troupes ar-
mées à la légère , comme il
avoir fait au mont Olympe; &c
eut foin que les foldacs euflent
en abondance tous les traits qui
fe lançoient de loin. Quand les
deux armées furent en préfen-
çe , elles éprouvèrent précifé-
ment la même fortune que dans
le premier combat , avec cette
dinerence que la viâoire avoit
autant relevé le courage des
Romains» que l'adverfité avoit
abattu celui des Gaulois* Car»
quoique les Tedofages n*euf-
lent pas été vaincus en perfon-
ne y cependant ils regard'oient
la (défaite de leurs compatriotes
comme la leur propre. Âinû ,
l'adlion ayant eu le même com-
mencement ^ eût aulïï la même
iflue. Une nuée de flèches, de
Javelots & de pierres i tomba
de tous côtés fur Tarmée de%
Gaulois ; cependant » aucun
d*eux n'ofoit fortir de fon rang »
de peur de préfenter fon corps
à découvert aux traits des Ro-
mains ; Se plus ils fe tenoient
ferrés , plus les coups des Ro-
mains étoient inévitables. Cn.
Manlius Vulfon qui les voyoit
déjà fort ébranlés , ne douta
nullement que les premières en«
feignes des légions n'achevaC-
fent de les rompre 6c de les
mettre en fuite. Aînfi , recevant
les Vélites & les autres troupes
1
MA .
auxiliaires dans les intervalles
des compagnies , pour les faire
palfer derrière , il fie avancer fon
corps de bataille.
Les Gaulois, vaincus d'avan-
ce par la défaite des ToHtto-
boiensy épuifés de laffitade, &
la plupart perces de traits qu'ils
portoient encore enfoncés dans
la plaie, ne purent pas même
'foutenir le premier choc & les
premiers cris des Romains. Ils
prirent en fuyant le chemin de
leur camp , mais il y en eut peu
qiîi y entraflent. Le plus grand
nombre 9 emportés à droite de à
gauche par la frayeur dont ils
étoient faifis , fe fauverent par-
tout où ils purent. Les vain-
queurs les pourfuivirent juf-
qu'au camp y &c taillèrent en
pièces les plus parelTeux ;mais,
l'avidité du butin mit fin à leur
pourfttite. Ceux des Gaulois qui
étoient aux deux ailes , refte-
rent pluslong-tems fur le champ
de bataille , parce qu'on les at-
taqua les derniers. Mais, quand
* on vint à eux » ils n'attendirent
pas même la première déchar-
ge. Cn. Manlius Vulfon , ne
pouvant retirer du camp enne-
mi ceux qui le pîUoient , com-
manda à ceux qui avoient été
placés aux deux aîles, de pour-
iuîvre les vaincus. Ils le firent
pendant long-tems , fans pou-
voir cependant en tuer plus de
huit mille , tous les autres ayant
pafiTé le fleuve HalySiavant qu*on
pût les joindre. La plupart des
vainqueurs paflerent cette nuit-
là dans le camp des Gaubisi Le
ConfulYamena Us autres dans
le iien. Le lendemàHi ,11 fit Im
revue des prîfonhiérs & du bu-
tin qui fe trouva immenfe >
comme ayant été accumulé paV
la plus avide de toutes les na-
tions , qui depuis un grand nom-
bre d'années 9 avoit loomis par
hes armes > & pillé ces riches
contrées fituées en - deçà du
mont Taurus. Les Gaulois s'^-
tant raflèmblés de tous les lieux
où la fuite les aVoit difperfés',
la plupart blefTés^ fans armes
fit fans biens , envoverem des
ambafTadeuirs auCohiul pour lui
demander la paix. Cn. Manlius
Vûlfon leur ordonna de le ver-
nir trouver à Éphefe ; car ',
comme on étoit au milieu de
l'automne , il s'éloigna au plus
vite de ces cantons à qui la pro'<«
ximité du montTaiirus cbmmeil.
oit à faire fentir*la riglieur du
roid, & ramena fon armée hiver-
ner le long dés côtes maritimes.
Pendant ThiVer^, les ambaf-
fadeurs de tous les peuples qui
habitoieht eh - deçà du mont
• Taurus , fe ri&ndiirent auprès dt
Cn. ManliUs^Vulfon. Il en reçut
audî de la part d'Antiochus , 5c
de celle des. Gaulois même qui
lui envbyoient demander les
conditions auxquelles il vouloit
•leur donner la paix. Ariarathe
roi dfc Cappadoce lui envoya
auifi les fiens , pour lui faire
djes excufes » Se lui ofiTrir de
payer en argent la faute qu'il
avoit commife contre les Ko-«
mains, en donnant à Ahtiochus
des fecours contre eux. Ce Prin-
ce fut taxé à deux cens talens
d'argent. Pour les Gaulois, Cn*
F iij
l
H M'A
jMa&lSfS. .Vulfon.Iffttf répandît
Î[u*ils ferc^ent inftruit^ de leur
oit f quand Ëuraene ferok
.veDu« Il fit aux .ambaflâdeurs
jdes peuples alliés des réponfes
très-obligeantes» & les renvoya
Jbeaucoup plus joyeux qu'ils n'é-
toient venus. Il ordonna à ceux
d^Aptiôchus de faire porter
dans la Famphylie , où il de-
voir fe rendre avec fon armée»
de l'argent & du bIed|Conforiné«,
snent au traité fait entre L. Sci-
pion & leur maître. Et en tffttf
au commencement du printems»
ayant fajt k. revue de fes trou'-
pes » il vint en huit jours à
Apamée ; & après y avoir fé-
journé trois jours , il arriva
après trois autres jours de mar-
che dans la Pamphyîie y où il
diAribua à fon armée , le bled
qu'il avoit ordonné qu'on y voi-
f urât , & fit porter à Apamée
les deux mille cinq cens calens
Ïu'il avoit reçus. Delà il alla à
erge, la feul)e ville du païs où
Antiochus e^^t une garnifon.
Comme il ^n approchoit » il
trouva le Gouverneur qui lui
Yenoit demander une trêve de
trente jours. pour avoir le tems
de confulter Antiochus fur ce
qu'il devoit faire ; & ce terme
étant expiré 9 i4 livra la ville au
Cocful. De Pergei il envoya
L. Manlius fon frère avec qua-
tre mille hommes» pour aller
recevoir des Ôroandenfes le
tsûe de l'argent qu'ils s'étoient
engagés de payer. Pour lui ,
apprenant qu'Eumene & dix
CommiiTaires étoient arrivés de
Rome à Éphefe » il ramena fon
MA
armée à Apamée , où tl onlon^
na aux ambaiTadeurs d*Antio<*
chus de ^ venir joindre.
Ce fut-là que de Tavis des
dix CommiiT^ires du Sénat , il
conclur avec Antiochus le trai»
té , dont voici les claufes. » Le
30 Roi ne donnera paflage fur
» fes ^terres ni Tur celles de fes
y> vaflaux , à aucune nation qui
3» foit en guerre avec le peu-
» pie Romain ou avec fei aU
3» liés I & ne lui fournira aucun
a> fecours ni de vivres ou d'ar-
x> gent y ni aucun autre fupporc,
30 de quelque façon que ce foir*
V ILes Romains &l leurs alliés
.9 en uferont dejnême à Tégard
.30 d' Antiochus. Le Roi ne fera
.3» pas la guerre aux habitans
30 des iiles , & ne paiïera point
30 en Europe. Il abandonnera
30 toutes les villes» les camp4-
30 gnes j les bourgs > les châ-
30 teaux qui font en - deçà du
» mont Tauriis jufqu*au fleuve
30 Halys f & depuis la vallée
30 du mont Taurus jufqu*aux
30 fommets qui regardent la Ly-
.» caonie. Il Sortira des villes »
30 bourgs de campagnes fufdices^
. » fans en emporter aucunes ar*-
I» mes ; & s'il l'avoir fait , il
30 aura foin de les faire repor-
.30 ter. Il ne recevra dans fes
30 États » ni les foldats , ni les
30 autres fujets du roi Eumene.
j> Si quelques citoyens des viJ-
30 les qu'on lui a retranchées ,
30 font ou à fa Cour » ou dans
30 quelque autre partie de fon
30 Royaume 9 ils auront foin de
j3 revenir à Apamée avant cer-
30 tain jpur qui fera $xé. Ceux
MA
39 des fujets d'Ândochus qui fe
9 trouvenr parmi les Romains
P ou leurs alliés » auroDt la li-
» berté d'y reftcr > ou de re-
» tourner dans leur patrie h
» leur choix. Le Roi rendra
» aux Romains 8c à leurs alliés»
» les efclaves 9 les prifonniers»
3> & les transfuges qu'il aura à
» eux. Il livrera tous les éFé-
y> phans qu'il a , & n'en aura
30 point d'autres en leur place.
» Il livrera tous fes vaifl*eaux
» de guerre avec tout leur atti-
30 rail , & ne pourra conferver
30 que dix bâtimens de trente
» rames au plus. Il n'employé-**
30 ra aucun vaiâTeau rond dans
» les guerres où il fera l'agref-
30 feur. Il ne navigera pas au-
30 delà des promontoires de
30 Calycadne ou de Sarpédon «
» fi ce n'eft pour tranfporter
» l'argent» le tribut , ou les
30 otages qu'il devra fournir ,
» ou les ambafladeurs qu'il aura
o dépêchés. Il ne lèvera point
3» de foldats parmi les nations
» qui feront foumifes au peu*
» pie Romain « & ne recevra
30 point ceux qui fepréfenteront
y> volontairement pour fervir
» dans fes armées. Les Rho-
» dtens & leurs alliés confer-
» veront les maifons & autres
» édifices qui leur appartien-
30 nent dans les États d'Ânrio-
3» chus , fur le même pied qu'ils
30 les pofledoient avant la guer-
n re. On aura la liberté de
ao pourfuivre le payement des
30 fommes qui fe trouveront
w dues 9 comme de rechercher
» Se de xeconnoitre les effets
MA «r
3D dont on aura été dépouillé «
30 Se d'en demander la reftita«
» tion. Si quelques - unes des
ao villes qu'Anriochus doit ren-
y> dre , fe trouvent entre les
n mains de ceux à qui il les
» aurolt données » il aura
30 Xoin d'en faire fortir les gar-
30 nifons , & de les remettre à
30 ceux à qui elles appartien-
30 nent. Il payera au peuple
jo Romain ,-en douze ans fit
30 en douze payemens égaux ^
n douze mille talens attiques
30 d'argent de bon alloi , dont
30 chacun pefera quatre-vingts
» livres 9 au poids des Romains,
3» & cinq cens quarante mille
30 boifTeaux de froment ; & au
30 roi Eumene » dans Tefpace de
30 cinq ans, trois cens cinquante
n talens » & cent vingt - fepc
30 autres pour le bled qu'il lui
3> doit 9 fuivaot l'eAimatioii
m qu*il en a faite lui-même. U
I» donnera aux Romains ving^
39 otages qu'il changera tous les
» trois ans , 8c qui ne pourronc
30 être au-deflous de dix-huic
n ans , ni au-delTus de quarante-
y> cinq. Si quelques alliés du
» peuple Romain déclarent les
9> premiers la guerre à Antic^^
» chus 9 il aura la liberté de fe ,
:»> défendre & de repoufler U
» force par la force « à condi« .
» tion cependant de ne s'empa*-
3» rer d'aucune ville» foit par
» droit de conquête , foie par
jo une reddition volontaire. Les
» deux partis termineront leurs
» démêlés , ou à l'amiable , o{&
.1» par la yoie de$ armes, s^iis
n l'aiment mieux. » On ajouta
F iv
88 JW A
*% ces conditions .qu^Annibal
Carthaginois , Thoas Écolien y
Mnàfîlachus Acarnanien y £u-
buHdas & Philon tous deux de
Cbalcis , feroient livrés aux
Romains* On fe réferva d'ajou-
ter ou de rerrancher à ce traité
ce qu'on jugcroit à propos , fans
que ces changemens puflent.lui
donner aucune atteinte i ou le
rendre nul.
Le ConfuI confirma ce traité
par ferment au nom des Ro-
mains 9 & envoya Q. Minucius
Thermus , & L. Manlius qui
par hazard étoit revenu du
païs'des OroandenfeSy à An*
tlochusy pour lui faire prêter le
même ferment; & il écrivit à
'Q.Fabius Labéon « commandant
de la flotte , de s'en aller incef-
famment à Patares , pour rom«
pre od'brûler les vaifleaux du
Koi qui étoiçnt dans ce port. Q.
Fabius Labéon partit d*£phefe>
^ étant arrivé à Patares, y mit
en pièces > ou brûla cinquante
vaineauK couverts.
Cn« Manlius Vulfon y ayant
Yeçu les élépbans qu'Antiochus
devoit lui remettre , & en ayant
fait préfent à Eumene , s'appli-
qua à connoître la'fituation des
villes» dans lefquelles les der-
niers troubles avoient apporté
beaucoup de changement. Le
roi Ariarathe fut déchargé d'une
partie de la fomme à laquelle
Il avoit été taxé , & reçu dans
l'amitié du peuple Romain , en
faveur du mariage qu'Eumene
vcnoit de contrafter avec fa
iille. A l'égard des villes dont
nou& venons de parler, lorfque
MA
chacune eut expliqué fes rai-
fons 9 les dix députés de Rome
les traitèrent difFéremroenr*
A près avoir conclu les traités,
& fait les ordonnances donc
nous venons de parler , Cq.
Manlius Vulfon partit avec
toute fon armée pour aller dans
l'Hellefpont ; & y ayant appelle
les petits Rois des Gaulois y il
leur fit connoître les lotx qu'ils
dévoient obferver à l'égard
d'Eumene , Sl leur ordonna ex-
preffément de fe tenir renfermés
dans leur pais , fans plus courir
en armes fur les terres d'autrui*
Enfùite I ayant ramalTé tous les
vaifleaux de la côte , il y joi-
gnit la flotte qu'Athénée , frerc
d'Eumene , lui avoit amenée
d'Elée , & repaffa en Europe
avec toutes fes troupes. Puis ,
conduifant à petites journées
par la Cherfonnèfe , fon armée
chargée d'un butin immenfe de
toute efpece , il féjourna quel-
que tems à Lyfimachie , pour
yfairerepofer fes bêtes de char-
fe , & entrer enfuite dans I9,
'hrace, dont le chemin étoit
extrêmement difficile , & fort
redouté des foldats. Le jour
même qu'il partit de Lyfimachie/
il campa fur les bords du fleuve
Mélana , & arriva le lendemain
^ Cypfele. Delà ayant à faire
environ dix mille, pas par une
route étoite» raboteufe & cou*
verte de bois , pour remédier
à l'inconvénient où pouvoit le
jetter la difficulté des lieux , il
partagea fon armée en deux
corps , dont il ordonna à l'un de
prendre les de vans» 5c à Pautro
^
MA
de marcher affez loin derrière i
mettant les bagages dans le mi-
lieu avec les chariots qui por-
toieot l'argent de la Républi-
que y êc les dépouilles les plus
précieufes des nations vaincues.
Comme il traverfoit ces défilés,
quatre peuples Thraces ,les Cè-
nes > les Aftiensy les Maduate-
nes & les Cœletes, au nombre
de dix mille hommes , fe répan-
dirent tout au cour ydc tâcherenc
de lui en fermer la fortîe. On
foupçonnoît le roi Philippe
d'avoir fufcité ces embûches aux
Romains, Il fçavoit qu'il leur
faudroit de néceflîté paffer par
la Thrace , & qu'ils portoient
avec eux des fommes immenfes
d'argent. Cn. Manlius Vulfon
étoit à Tavant-garde où la dif-
ficulté du chemin lui caufoit
beaucoup d'inquiétude. Les
Thraces fe tinrent en repos
pendant le tems que les foldats
armés mirent à païTer. Mais i
quand ils virent que le premier
corps étoit forti du défilé, &
que l'autre qui faifoit l'arriére
garde étoit encore bien loin,
Ils fe jetterent fur le bagage
& les bêtes de^fomme ; & après
avoir tué ceux qui leur fervoîent
d'efcorte 5 ils enlevoient ce qui
étoit dans les chariots , & tou-
choient devant eux les cheva^ux
de bâts avec leurs charges. Les
cris des blefiTés & des mourans
ayant bientôt été portés à la
queue 6c à (a tête , les derniers
hâtèrent leur marche ^ ôc les
premiers revinrent prompte-
xnent fur leurs pas ; oC les uns
& les autres s'étant rejoints
MA 89
dans le milieu, y commencèrent
un combat , où le hazard avoîc
plus de part que le conf^il
èc la prudence. Les Thraces
étoient expofés aux coups des
Romains par les dépouilles mê*
mes dont ils avoient rempli
leurs mains ^ en quittant leurs
armes pour pouvoir piller pins
librement. Mais p d'un autre
côté , ces Barbares 9 en cou-
rant par ces routes qui leur
étoient connues , ou en fe
cachant dans les cavités des
vallons , tomboient avec avan-
tage fur les Romains , qui cfâi-
gnoient plus la difficulté d^
chemin que la valeur de fen^
nemi. Les chariots mêmes 8c les
ballots dont ifs étoient remplis,
étoient en plufieurs endroits un
embarras pour les combattâos*
Ici périffoient ceux qui cia-
portoient leur proie? Làcom-
boierit ceux qui vouloient 1«
leur enlever. La fortune dà
combat étoit divcrfe , fuîvant 1^
terrein plus ou moins favorable;»
fuivant l'audace ou la crainte
des foldats , fuivant le nombre
des ennemis à qui chaque pe-
lorton fe trouvoit oppofé. Ha
nuit àpprochoit lorîque les
Thraces abandonnèrent le com-
bat, non pour éviter les blet-
fures ou là mort , mais pour
emporter leur butin , qu'iU
trouvoientaflez confidérable.
L'avant - garde des Romains ,
étant fortie du défilé, campa
dans un lieu à découvert , aux
environs du temple de Diane-,
L'arriere-garde relia au milieu
pour garder les bagages, ôc s'y
^
90 M A
retrancha d'un double foffé Sc
d*une double paUiffade. Le
lendemain , ayant fait recon-
BoScre le pais » avant que de fe
mettre en marche » elle alla
rejoindre la tête. Dans ce com-
bat ainli dtfperfé , Cn. M aniius
Vulfon avoit perdu une partie
de Tes bagages y un grand nom-
bre des valets de Tarmée &
même des foldats ; mais , rien
ne lui fut plus fenfible que la
mort de Q. Minucius Thermus»
Tun des plus braves 0£ficier$
de Tarmée. Ce jour-là , les Ro-
mains allèrent camper fur les
bords de THebre* Delà ils tra*
▼erferent le paîs des Eniens au
delà du temple d'Apollon ,
furnommé Zérynthien par les
iiabitaos. Ils trouvèrent d'au-
tres dédiés y autour de Tempy-
res , auili difficiles que les pre*
miers y mais moins propres à
des embiSches , parce qu'il n'y
avoît ni bois ni enfoncement*
Les Romains vainqueurs allè-
rent camper delà à un bourg
des Maronites appelle Saré. Le
lendemain , ils arrivèrent par
des chemins ouverts de toutes
parts y dans la pUine Priati-
que y où ils reAerent trois jours»
pour y recevoir les bleds » tant
ceux que les Maronites leui;
fournirent volontairement, que
ceox qu'on leur apportoit de
leurs vaifièauxy qui les fui-
Yoient chargés de toutes fortes
de provifions. Delà ils allèrent
en un jour à Apollonie^ d'où
ils fe rendirent à Naples par
les terres des Abdérites. Dans
toute cette route , où ils ne
MA
rencentroiefit que des colonies
Grecques 9 ils ne furent point
troublés dans leur marche*
Mais y ayant encore à pafler àa
milieu des Thraces, quoiqii'on
ne leur dreilat point d'embû-
ches , ils ne iaifferent pas d'en
appréhender jour &L nuit , }uf-
qu'à ce quHls arrivèrent dans
la Macédoine. La même armée,
lorfque L» Scipton l'avoit con-
duite par le même chemin, avoic
trouvé les peuples plus traita-
blés y par la feule raifon qu'elle
n'étoit pas chargée d'un butin
afiez riche pour les attirer. Cn»
Manlius Vulfon mena fon armée
par la Macédoine dans la Thef*
falie. Delà étant venu par l'E-
pire à Apollonie 9 il y pafla
l'hiver , la mer ne lui paroif-
fant pas affez fûre pour s'em-
barquer.
Il panit pour Rome l'année
fui van te ; & dès qu'il y fut ar^»
rivé f le Préteur Ser. Dulpicius
affembla le Sénat dans le temple
de Bellone y pour lui donner
audience. Là y après avoir ra-
conté tout ce qu'il avoit fait ea
Afie pour l'avantage & la gloi-
re du peuple Romain y il de-
manda premièrement que l'on
rendis aux dieux immortels , les
adlions de grâces qui leur étoienc
dues, 86 en fécond lieu qu'oa
lui accordât à lui-même l'hon-
neur du triomphe. Mais, la plu*
part des dix commiffaires du
Sénat qui s'étoient trouvés avec
lui dans ces provinces éloignées
s'y oppoferent , & plus que tous
les autres , L. Furius PurpuréQ
& L* Emilius Paulus»
MA
• Ils dlfoienc <c au*oo les avoU
» envoyés en Ane pour y con-
n dure 8c terminer de concert
» avec Cn« Manlîus Vulfon , ie
» traité de paix que L. Scipion
» avoit commencé entre le peu-
y> pie Romain & Antiochus ;
39 mais queCn. Manlîus Vulfon
;» avoit fait tous fes eiForts pour
^ empêcher la conclufion de la
» paix , jufqu'à vouloir porter
3» fes armes au delà du mont
» Taurus ; deflein « dont les
a> dix Commiflaires avoient eu
30 bien de la peine à le détour-
3o ner , en lui repréfenrant les
39 malheurs dont la Sibylle me-
39 naçoît les Romains , s*ils
' ofoient jamais pafler ces bor«
n nés fatales.
30 Quetrouvant des obftacles
» infurmontables à cette entre-
39 prife* il avoit tourné fes vues
39 & fes pas d'un autre côté »
39 Se avoit déclaré la guerre
39 aux Gallo-Grecs» fans être
39 autorifé par le Sénat , ni par
39 le peuple , & fans pouvoir
P citer l'exemple d'un feul
39 Général qui eût eu l'audace
p de former de pareils projets
o de fon chef; que la coutume
39 du peuple Romain , ayant
» que de commencer les pre-
39 mieres hoftilités , étoit d'en-
^ voyer des AmbaiTadeurs pour
» demander réparation à ceux
39 de qui on avoit lieu de fe
39 plaindre ; qu'il n'avoit ob-
39 hevé aucune des formalités
*> ordinaires, qui pât le mettre
39 en droit de dire qu'il avoit
^ fait h guerre au nom do peu-
' fie Romain | & non pM exqr-
MA
^i
99 cé uà brigandage particu-
30 lier.
» Mais, puifqu'il étoit dé*
39 terminé à cette entreprife »
39 pourquoi ne pas marcher
» direâement contre ces pré-*
39 tendus ennemis? Pourquoi fo
» détourner à droite 8c à gauche»
» & fureter tous les coins & re-
» coins de la Pifidie , de la Ly«
39 caconie , de la Fhrygie , pour
9> rançonner avidement tous les
3> Seigneurs ou. Tyrans des châ-
39 teaux fîtués dans ces contrées?
ao Qu'avoit-il à démêler avec
» ces peuples , qui ne nous
39 avoient jamais fait aucun mal,
» ÔC dont nous n'avions aucua
39 fujet de nous plaindre?
30 Ils ajoutoient qu'à l'égard
» des ennemis dont Cn. Maa-
1» lius Vulfon prétendoit que la
I» défaite méritoit k triomphe «
39 les avantages qu'il avoic
» remportés lur eux , ne àe.^
n voient pas aflurément lui
» faire beaucoup d'honneur ;
» qu!outre que ces Gaulois ,
39 amollis par les délices de
30 l'Ade » n'^toîent plus les
39 mêmes pour le courage que
n ceux contre qui les Romains
30 avoient combattu tant de fois
» dans l'Italie 4 la chute récente
» d'Annibal y de Philippe &
39 d'Antiochus les avoit res«
39 dus tellement interdits , que
39 les Romains n'avoient eu
39 befoin que des flèches & des
39 frondes de leurs troupes lé-
19 gères pour abattre ces mafles
39 énormes , âc que dans toufe
» cette guerre > ils n'avoienc
fi MA
» point rougi Jeurs épées du
» fang des Gaulois.
» Qu'au refte Cn. Manlîus
n Vulfon avoit grande raifon
» de demander que l'on rendît
» des a(flions de grâces publi-
30 ques aux dieux immortels;
y> qu'en efFet, fans une jprotec-
» tion particulière des Dieux ,
» Tarmée Romaine étant cam-
» pée dans une vallée profon-
» de » & ayant les ennemis au-
n deflus de fa tête , les Gaulois»
» fans fe fervir de leurs armes y
» pouvoient Taccabler & la
» défaire entièrement , en rou-
» laiit fur elle les grofles pier-
» res que la montagne leur
y> fourniâbit en abondance ;
y> que dans la fuite , comme iî
» lesDieuxavoient voulu faire
y> fencir aux Romains ce qui
» leur feroit arrivé dans la
n Gallo-Grèce , s'ils avoient eu
» affaire à des ennemis qui mé-
» rîtaiTent ce nom , leurs trou-
•» pes avoient été défaites , mi-
-» hs en fuite, 8c dépouillées
» de leurs bagages par quel-
» ques brigans de Thrace qui
» les attendoient au paflage ;
» que c'étoient-là les exploits
» 'pour lefquels Cn. Manlîus
n Vulfon demandoit le triom-
j» phe 37.
Les Commifl*aires finirent par
oà ils avoient commencé > en
infiilant fortement fur les pré-
cautions prifes de tout tems
pour déc]are;r la guerre , & de*
mandant aux Sénateurs s'ils vou-
loient violer des règles fi fages»
abolir des formalités qui ap«
•partenoleot à la religion > 6ter
MA .
au Sénat & au peuple le privi-
lège dont ces deux ordres
avoient toujours joui , d'or-
donner de la guerre ou de la
paix , & abandonner au caprice
&c à l'ambition des Généraux ,
le pouvoir d'attaquer les peu*
pies qu'il leur plairoit.
Quand ils eurent ceffé de .
parler , Cn. Manlius Vulfon
leur répondît de la forte : » Juf-
» qu'ici f Meflîeurs , on a que!-
"» que fois vu les Tribuns du
» peuple s'oppofer aux triom-
» phes qui vous ont été deman-
» dés par vos Généraux. C'eft
» ce qui m'oblige à rendre grà-
39 ces à ceux d^aujourd'hui , de
» ce que » par confidération ou
» pour ma perfonne y ou pour
n mes adlions , non-feulement
» ils ont confenti tacitement à
n mon triomphe, mais encore
» ont paru dans la difpolîtioa
» de le propofer eux - mêmes
30 s'il en étoit befoin. J'ai la
» douleur de trouver mes ad-
» verfaires parmi ces Commif-
sD faires que nos ancêtres don-
30 noient à leurs Généraux pour
30 honorer leur viftoire , flc
Il en régler les dépendances
» avec prudence & avec juf-
» tice.
» Leur accufation a deux
» chefs , Meffieurs , comme
» vous avez pu le remarquer*
30 Ils prétendent que je n'ai
30 point eu droit de faire la
10 guerre aux Gaulois , de que
x>'je l'ai faite avec témétité Sc
9 imprudence.
o Les Gaulois , difent - ils
-» n'exercoient contre sons
M k
ft aucun adte d*hoiliIici ; vous
s» les avez trouvés paifil^es &
30 tranquilles, & vous n'avez
» pas laîOTé de les attaquer*
n Plut aux Dieux que le roi
» Euntene fût ici préfent ^
9 avec les Magiilrats de toutes
» les villes de TAfie ! Vous
y> entendriez leurs plaintes »
» & je fer ois difpenfé d'accu-
» fer les Gallo-Grecs. Envoyez
» des Ambaiïadeurs dans tou-
:f> tes les parties de l'Afie »
ac» pour examiner la vérité fur
i> les lieux ; & vous appren-
ti drez d*eux que la fervitude
» dont vous avez délivré cette
1» contrée , en obligeant Antio-
9» chus de fe retirer au delà
» du raontTaurus» n'étoit pas
» plus dure que celle dont elle
» a été tirée par la réduAion
» des Gaulois. Tous ces peu-
» pies vous feront connoître
» combien de fois cette nation
» féroce a ravagé leurs cam^*
» pagnes > combien de fois elle
9» leur a enlevé tout ce qu'ils
X» avoient de' plus précieux Ôc
^ de plus néceflair^s , combien
39 elle a fait fur eux de pri-
j> fonniers fans leur laifler la
» liberté de les racheter; enfini
» combien de fois elle a immolé
» leurs enfans à fes Dieux aufC
30 barbares qu'elle. Quoi ! &
» Antiochus n'avoit pas retiré
» fes garnifons des citadelles
il où elles demeuroient fort
30 tranquilles, vous ne croiriez
39 pas avoir rendu la tranquil-
» lité à i'Afie ; & vous vous
y> imaginez qu'Eumene jouiroit
» paiublement des dons que
MA 9)
» vous lui avez faits, & les
n autres villes de la liberté
» qu'elles ont reçue de vous *
» pendant que les Gaulois au*
» roient une pleine licence de
» porter par tout où ils vou*
» droient la terreur & la défo-
w lation.
» Mais , pourquoi raifonner
» plus long-tems fur une fauiCs
3f> fuppofîtion , comme fi je
» n'avois pas trouvé les Gau*
7f> lois aifluellement en guerre
» avec nous , & que je les euf-
» fe forcés de nous la faire ? Je
» vous prends à témoin , L*
» Scipion, vous à qui j'ai fuc*
3> cédé dans le commandement
3» des troupes, & vous P. Sci-
93 pion , qui , avec la fimple
9> qualité de^Lieutenant étiez
» refpedlé par l'armée Se par
» votre frère comme fon Col-
» lègue. Dites-nous fi vous ne
33 fçavez pas que les légions
x» des Gaulois ont fervi dans
93 l'armée d'Antiochus » & fi.
y> vous ne les avez pas vues
3» combattre aux deux ailes ,
13 où ils fatfoient toute la forc«
33 de fon armée ? Les Romains
3» vous avoient chargé de faire
93 la guerre non - feulement à
» Antiochus , mais à tous ceux
» qui fe feroient joints à lut
30 contre nous. Les Gaulois
3(3 étoient inconteAablement d^e
3» ce nombre y auffi-bien que
33 quelques petits Rois & ly-
30 rans du pais. Pai donc eii
33 droit de les traiter en enne«
33 mis. Cependant , j'ai ufé k
33 leur égard de toute la modé«
» ration poffible* J'ai donné U
94 MA
» paix à ces derniers , en les
3» forçant de faire une facisfac-
» tion convenable à la digni-
» té de votre Empire qu'ils
» avoient bleffée. D'un autre
» côté y j*ai fait tous mes efforts
» pour amener les Gaulois à la
» raifon > iî leur férocité na-
3» tureile avoir pu s'adoucir ;
» & ce n'a été qu'après plu-
» fleurs tentatives , que les
» trouvant toujours intraita-
» blés 9 j'ai cru qu'il étoit de
» notre honneur d'employer la
» force pour les réduire.
» Après avoir juilifié les
a» motifs qui m'ont déterminé à
» entreprendre la guerre , il
» faut maintenant parler de la
» manière dont je l'ai faire ;
M & dans cette féconde partie,
» jeferoisbien aiTuré de gagner
a> ma caufe , quand même je
X» la plaiderois devant le Sénat
» de Carthage , lequel , (i ce
» que l'on dit eft vrai , punit
» du dernier fupplice fes Géné-
3!> raux 9 quand ils ont formé
» des entreprifes téméraires ,
j> quefque heureux qu'en ait été
» l' vénement. Mais > quelle
» confiance ne dois -je point
» concevoir ayant affaire à une
» République qui n'a jamais
3t> fait un crime aux Comman-
x» dans des entreprifes auxquel-
» les les Dieux ont donné une
» heureufe iflue , parce qu'elle
» la regarde comme l'effet des
y> prières & des vœux qui ont
a> précédé ces entreprifes , 6c
n qui en décernant , ou des
I» aâions de grâces aux Dieux ,
y» ou des triomphes aux Gêné-
MA
» raux , emploie toujours ces'
» termes remarquables » pour
» avoir bien & hcureufementfervi
» la République? Quand donc»
» de peur de provoquer l'en-
39 vie I je m'abiiiendrois ci'at-
» tribuer à mon courage & à
» ma bonne conduite les fuccès
» que j'ai eus y (i je me conten-
» tois de demander qu'après
» que j'ai vaincu une (i puif-
3E> faute nation , fans avoir fait
» aucune perte , on rendît aux
» Dieux immortels » po»r l6
-a bonheur dont ils ont voulu
» que fuffent accompagnéesvos
» armes fous mon comroande-
y> ment, les a(flions de grâces
» qui leur font dues , ai qu'oa
» m'accordât à moi-même la
» permiffion dé rentrer triom-
» phant dans le Capitole» d*oik
» je fuis parti , après avoir fait
' » les vœux accoutumés pour fa
x> ^profpérité de la République»
» refuferiez-vous cet honneur
y> aux Dieux » auffî - bien qu'à
» moi ?
î> On m'objedle que je n'ai
i> pas choifi un lieu favorable
» pour donner bataille. Cela
» dépendoit-il de moi ? Les
» ennemis étant les maîtres de
s> la montagne , & ne voulant
3» pas en defcendre » il falloir
a> bien que j'allaffe les y atta-
» quer , (i je voulois vaincre*
39 Un pourroit faire le même
» reproche à nos meilleurs Gé-
30 néraux« qui, fur- tout dans
3> les dernières guerres « n'onc
» pas toujours choîfi un pofle
3> favorable pour attaquer l'en*
» nemî » parce que Ta chofe'
MA.
9 B^étoit point en leur pouvoir.
» Je ne comprends pas encore
» quelle ed ridée qu'ils veuleoc
» vous donner , & qu*iU fe for-
» genc en eux* mêmes de Ten-
j> nemi.S*il a au/£fort dégénéré
f> qu'ils le difent , Se s'il eft
19 amolli par les délices de TA-
e fie» quel danger y avott -il
» de Taller chercher fur la
» montagne , Se s*il a confervé
» le courage & la force de Tes
30 ancêcr es, pourquoi refufent*
» ils le triomphe à ceux qui ont
» vaincu un ennemi fi redouta-
is ble ? L'envie eft aveugle ,
» Meffieurs. Elle ne s'attache
39 qu'à décrier la vertu, pour
3D lui faire perdre les honneurs
3» fie les récompenfes qu'elle
» mérite.
» Le même efprit d'envie &
» dejaloufîe paroît encore dans
» ce qu'ils m'objeâent touchant
«> la T hrace. Us infîftent beau-
a> coup fur l'enlèvement d'une
30 partie de nos bagages par ces
9 brigands, & fur la perce de
3» quelques foldats ; ils fe don-
a> nént bien de garde d'ajouter
a» que le jour même que cet
n inconvénient arriva » nos
9 troupes défirent un grand
3» nombre de ces voleurs, dc
30 que les jours fuivans elles en
1» prirent Se en tuèrent encore
» davantage. Mais,quegagaent-
3» ils par ce filence attéâé f
» Toute l'armée eft prête à
I» rendre témoignage de ces
» deux combats , , qui feuls
» pourroient mériter l'honneur
» du triomphe.
« Je vous prie de me par*
MA 95
» donner , Meiïïeurs , fi Uné-
» ceflité d'une jufte défesle •, &
» non le défir de me faire v«-
3» loir , m'a engagé dans un fi
» long difcours. »
L'accufation l'auroit emporté
ce jour fur l'apologie , (i la dif-
pute n'avoit confumé le jour en^
tier fans être décidée ; car , les
Sénateurs fe retirèrent dans le
featiment derefufer le triomphe
à Cn. Manlius Vulfon. Mais, le
lendemain, les parens & les
amis de ce Général firent tact
qu'ils engagèrent dans leurs in-
térêts , les plus anciens de l'or*
dre , dont l'autorité fit penchée
la balance en faveur de Cn«
Manlius Vulfon. Us repréfen-
terent qu*il n'y avoit poinc d*e-
xemple qu'un Général, après
avoir vaincu les ennemis , laiffé
fa province en paix , Se ramené
fes troupes viélorîeufes à Rome,
eût été privé de l'honneur du
triomphe , Se îût rentré dans |a
ville comme un fimpU particut
lier fans aucune diftinâion.
Enfin , la maligne jaloufie de fes
ennemis céda à des remontran*
ces fî fages , ils eurent honte dû
faire un affront fi injurieux à u«i
homme de mérite , Se tous les
Sénateurs lui décernèrent le
triomphe d'un confentemenc
prefque unanime. Il y avok
pourtant quelque chofe à dire
fur la conduite de ce Général,
lequel , comme nous le verront
tout à l'heure , avoit laifli^ af-
foiblir la difcipline , Se cor^
rompre les mœurs de fes trou-
pes. Et il eft étonnant que
les eaoemis n'aient point em-
./ *
96 MX
ployé cfontre lui ce moyen.
Il ne triompha que fur la fin
de Tannée. Ce qui lui avoit
fait diffère r fon triomphe, c*é-
t©ït la crainte qu'il avoît eue
d*ctre appelîé en jugement en
Vertu de la loi Pétilla , pendant
la Préture de Q. Térentius Cul-
Iéo!> , & d*être ta victime de
l*eBvîe fous laquelle*' L. Scipion
avoir fuccombé.lhfçavoîent que
les luges feroient encore plus
inexorables à fon égard , qu'ils
ne Tavotent été dans I^aflTaire de
fon prédéceffeur , parce qu*il
avoir taifTé vivre tes foldats
ifans une licence générale qui
«voit afafolument ruiné la dif-
crpline militaire, que L. Scipion
leur avoir fait obferver avec
beaucoup de fé vérité. Et ce
n^étoit pas feulettienr le récit
des excès, auxquels ils s'étûient
portes dans la province , & loin
des yeux des citoyens » qui Ici
rendoient odieux , mais encore
plus ceux auxquels ifs s*âban-
donnoient tous les jouin» à la
vue du peuple Romain. Car ,
ce fut Cn. Manlius Vulfon , &
ceux qui avoient fervi fous lui ,
qui sntroduifirent à Rome le
luxe & les délices de l'Afie. Ce
furenr eux qui y apportèrent
des lits garnis d'airain , des
tapis précieux > des rideaux de
Ht & de litière , de d*aurres ou-
Trages travaillés avec art, &,
ce qui éroit regardé alors com-
me un grand luxe , des tables
Ibutenues fur un feul pied « &
des buffets. Ce furent eux qui
ajoutèrent au plailrr deW bonne
rhére celui de la mufiquei ayant
MA
à leurs gages des joueufe» de
harpes & d^autres inftrumens ,
des farceurs, des comédiens,,
&• pareilles gens , dont le mé-
tier eft de divertir les convives
pendant qu^ils font % table* On
commença aufÏÏ dans ce tems-Ià
à préparer les mets avec plus
de foin 6c de délicatefle. Et en
conféquence, un cuilinier , qui
anciennement étoit le plus vil
de tous les efclavea , fut regardé
Comme roflScîer de la maifon le
plus nécelfaire ÔC le plus eftiroé^
5c ce qui n'étoit d*abord qu'urt
miniftere bas & méprifable, de-
vint un emploi conlîdérable ÔC
important. Mais, ces excès, qui
étonnoient alors paf leur nou-
veauté , n*étoient qu*une légère
ébauche du luxe effroyable dans
lequel les Romains fefontplon*
gés depuis.
Cn. Manîîus Vulfon fît pa-
toître dans fort triomphe deux
cens couronnes d*or du poids
de douze livres chacune > deux
cens vingt mille livres pefant
d'argent , jdeux mille deux cens
trois livres d*or , cent vingt-
fept mille tétfadrachmes , deux
cens cinquante mille ciflopKo-
res s (ciie mille trois cens
. philîppes d'or , & une grande
•quantité d'armes & de dépouil-
les prîfes fur les Gaulois» le
tout porté fur des chariots.
Cinquante deux Officiers en-
nemis enchaînés marchaient
devant fon char. Il fit diilri-
buer à chacun des foldats qua-
rante deux deniers , le double
aux centurions ; il doubla la
paye des fanta(Cns> & trîpfa
celte
telle dfes ^cavaliers. On Voybît
à la fuite du char un grand
Bonbre d'officiers & de foldats,
ornés des dons militaires qu'ils
avoienc reçus de Cn. Manlius
Vulfon. Toute l'armée en gé*
ôéral lui donnoit dans les chan<*
«
fons militaires faites à la hâte »
des éloges qU*on jugeoit aifé-
ment qu'il s'étoit attirés par fa*
facilité de fon indulgence ; ce
^ui fit que fon triomphent plus
célébré par la faveur des foU
dats , que par celle du peuple*
Mais eûfuite y fes amis lui ga-^
gnerent auffi celle de la multi<»
tude^ Car^ ils firent tant par
leurs follicitations , que le Se*"
nat rendît un arrêt qui ordon-
noit qu'à la décharge du peu**
plé, on acquittât de l'argent
qui av(5it été porté dans le
triomphe > ce qui étoit encore
dû des fommes qui avoient été
empruntées pour les befoins
dç la République. Et en con-*
féquence les Quefleurs de la
ville payeredt avec autant de
fidélité que d'exaditude 9 de les
fommes principales » & vingtV
cinq as 6c demi d'intérêt pour
chaque millier d'as.
Cn* Manlius VulfoQ brigua la
Cenfure fans pouvoir l'obtenir^
S'an de Rome $689 & 184 avant
Jefus-Chrift»
MANLIUS ÎL-IVULSON,
Z. Manlius Vulfo ^{a) fut créé
fréteur, l'an de Rome 555 » Ôc
197 avant Jefus-Chrift » À on
lui donna la Sicile pour dépar*
(«) Th. Liv. L; KICXll. c* %yi %%*
IL. xxxvm. c. fto. & fii.
Tm. XXFll.
W 3t ^
feentetitt PdjfîeWrahkétilîftprèsy
il accompagna fon • ftere Cn/
Manlius Vulfon en A(îe > âC il
eut beaucaup de part aux
avantages confidétables qu*y»
eut ce dernier »* comme oif
peut le voir dans l^article pré«
cèdent.
MANLIUS [PO. P.Màn^
lias ^ {b) fût nonuiô^ Pr^teut'^
l'an de Rome 557 , & 155 avanè
JelW.Chrift y & envoyé daas
TEfpagne Citérieure. Là 9 P»
Manlips ayant reçu 1-ancieflnê
armée des mains de Q. Mînu-^
cius > à qui il avoit fuccédé > JC
y ayant joint les vieilles troupef
qu'Appius Claudius Néron avoit
commandées dans l'Efpagne Ul»
cérieure , partit pour aller dant
la Turdétanie. Quoique letf
Turdétains fulFent les peuples
de toute l'Efpagne les mblni
belliqueux , cependant fe liane
Air leur multitude > ils ne lalf-*
ferent pas d'aller au devant d«
l'armée Romaine* Mais, le feul
effort de la cavalerie mit un tel
défordre dans: leurs rangs ^ qud
IHnfanterie n'eut prefque pa*
bëfoin d'agir pour les défaire t
ces vieux foldats^ qui connoif^^^
foient la guerre & l'ennemi à
qui ils atoîent affai)*e , nd
trouvèrent aucune réiîftance^
Mais y cette viÂoire ne termina
pas la guerre* Les Turdétaini
prirent à leur folde dix mille
Celtibériens , & ils fe difpo*
foient à fe défendre avec lei
armes Ôc par les bras d*autrui*
(h) Ttt. Li?. L. XXXin. c 41 » 4)4
L. XXXiV. c. 17. L. XXXiX. e. yê^
a
ft' MA
^lais» ?*' Minl«us écfivlt ttt
Conful Mé Porcius Caron de
Tenir à fou fecours avec fou
armée. Dès qu'il fut arrivé 9 ôc
qxit les deux années eurent été
fféunies V' )es, conesâb furent
bientôt dii^érfés.
P. Manlius fut nommé de re*'
chef Prttev''> l*an de Rome
J70, 6(t 82 avant JèfusrChrift.'
On Tenvo^ra. cecjte année dan$
rEfj^agpe Uképseure , maïs il
tr*y fit l'ien de mémorable. L'an-
née iatvàiite , îi fe diftingua utt
peu |)lui ; il battît les Lufita-
çiens en plufieurs rencontres* Il
tetournà enfuîte à Rome , où il
mourut prefquje auffi-tôt. Tite-
Live , au'fujet de la mort de ?•
Manisus , remarque qu'il étoic
vn des Triumvirs Epulons , &
qu*il fut remplacé dans cette
dignité par Q. Fulvius.
MANLIUS [ P* ] » ^- -W^«-
lius / (tf) rendit un fervice im-^
portant à Caton le Cenfeur
dans une cîrJconftaaee des plus
critiques^* Ce Général s'étoie
mis en marcbe.La nuit pour aller
«ttaquer l'ennemi fur les monts
Thermopyles* Mais , le guide
ayant manqué le' chemin» les
Romains s'égarèrent dans de%
lieux remplis de précipices, hè
Manlius f homme très - difpoa
pour gravir fur les montagnes
les plus efcarpées , grimpa avec
Çaton au ifrâvers des roches
haute» & pointues; &c par ce
moyen ayant découvert un petit
fencier , il iauva l'armée Ro**
(4) Plut. Tom. 1. piag. 34). >
ihi Plut. Tom. I. pag. )4^.
^«) Tii. Liv, L. XXXVUI. c. 4».
MK
tAdine en la délivrant du plu»
grand péril qu'elle pût courir^
Uti comptoit ' alors 191 ans
avant Jefus-Chrift.
Nous devons remarquer que
le texte Grec de Plutarque por-
te L« Mallius f au lieu de L«
Manlius.
MANLIUS , Manlius , (h)
Sénateur Romain , qui fut chalTé
de fa compagnie par Caton le
cenfeur , lorfqu'il étoit à la
veille d'être élevé au Confular.
La raifon pourquoi il fut ainfi
traité, c'étoit parce qu'il avoir
donné un baifer à fa femme ea
plein jour , en préfence de fa
£lle.
Le texte Grec de Plutarque
porte Manillius , & non pa§
Manlius. >
MANLIUS [L.], L. Man^
lius 5 (c) ayant été accufé l'art
de Rome 564 , de 188 avant
lefuSoChrill y d'avoir maltraité
les ambaâadeurs des Carthagi-
nois 9 fut livré par les Péciaux ,
& emmené à Carthage.
MANLIUS [L.] ACIDINUS,
L* Manlius Acidinus , {d) fuc
nommé Préteur , Tan de Rome
564, & 188 avant Jefiis-Chrift ^
& il eut «i'Efpagne Citérieure
pour département. Il livra aux
Celtibériens un combat dont
Fiffue fut aifez douteufe 9 fi ce
n'^eft que les Celtibériens , en
décampant dès la nuit fuivante ^
lailTerent aux Romains la liber-
té d'enterrer leurs morts , ôc de
dépouiller ceux des ennemis»
{d) Tk. Lîf. L. XXXVIII. c. ij. L.
XXXiX. c. fti » 19 » 54 » 55. L« Xt, a
MA
fèu de jours après» ttî inèttiéi
ptuples ayant mis fur pied une
armée plus confidérabie 9 vin-
rent les premiers préfenter la
bataille aux Romains auprès de
Calagurfis» On he dit point la
raifon qui fit qu^avec de plus
grandes forces y ils fe battirent
plus foiblemént ; car , ils furent
vaincus » les Romains leur tuè-
rent douze mille hommes fur la
place, firent plus de deux mille
prifonniers » & fe rendirent
maîtres de leur camp* Si l*ar«
deur du vainqueur n'eût été
arrêtée par l'arrivée de fon fuc-
cefTeur > les Celtxbériens att-
roient été entièrement domptés*
Lorfque L* Manlius Acidinus
fut de retour à Ron)e , on lui
donn§ audience datis le temple
de Bellone > & il demanda qu^on
lui accordât Thonneur du triom*
phe. On conVenoit que fes ac-
tions le métitoient > mais Tufage
étoit contre lui ; car , il n*y
avoit point d'exemple qu'un
Général eât triomphé, à moiâs
qu'il nVûi terminé la guerre
dont il avoit été chargé , qu'il
tî'eât Urttè fa Province paifî*
ble 9 9c ramené fon armée à
Rome. Cependant « 00 prie un
tnilieu qui, fans bleiTer la coU«-
tume , rendoit jufHce à ce Gé-
néral* On lui accorda le pedt
triomphe » autrement dit Tovà-
tiom II expofa aux yeux du
peuplé cinquante-deux couron*
lies d*or , cent vingt-deux livres
d'or, feize mille trois cens 11*-
M À 9^
vret d*afgent , & déclafa daûâ
le Sénat que le quefteur Q. Fa*
bius apportoit encore avec lut
dix mille livres d'atgent dC
quatre-vingts livres d'or, dC
qu'il feroit mettra le tout datiâ
le tréfot public* '
L'an de Rome 569 , & tS)
avant Jefus-Chrifl , on envoya
dans la Gaule Cifalpine dei
députés pour en régler les affai*
res ; & ces députés durent mêmtl
chargés de fe tranfporter au*
delà des Alpes* L, Manlius AcU
dinus faifoit partie de cette dé->
pucation* Deux ans après , U
fut un des Triumvirs qui côn*
duifîrent une colonie à Aquilééa
Elle étoit compofée de troi^
mille citoyens. On diftribifa
cinquante arpens de terre à cha*
que foldat , & cent aux centu^
rions , & cent qùafânce aux ci*
Yaliers.
L. Manlius Acidinus fut été*
vé au Confulat « l'an de Kotaet
5^3 , & 179 ayant Îefns-Chrlft*
On lui donna pour collègue Q«
Fulvius.
MANLIUS t A*1 VtJLSOW ,
j4é Manlius Vulfù , ( it ) fut
créé Conful avec M. Juniu*
Brutus, l*an de Rome 574, fie
178 avant Jefus-Chrift , de eue
la Gaule pour départenient* Ne
trouvant point dans cette Pro*
vlnce de matière à mériter le
triomphe auquel il âfpiroit, U
faifît avec joie l'dccafion qui fe
préfenta de faite la guerre aujt
iftriens. Outre le fecours qu'iU
(4) Tit. Liv. t. XL, c* 59. 1< Xi4. Cl I. é* /tf. Roll. Kill. Aom. ton^ i/«
G*» j
.loo M A
avoienc autrefois accordé aux
Étolîeûs contre les armées de
la République 9 ils venoîenc
touç récemment de faire fur les
alliés de Rome-, quelques courr
fes , qui avoient abouti au pil-
lage , dont cette nation étoic
crès-avide. A. Manlius Vulfon,
fans avoir pris l'ordre du Sénat,
partit d'Aquilée oii il étoit, pour
aller attaquer ces peuples. La
République avoit fur cette mer
une efcadre pour en défendre
.les côtes* Le Conful en envoya
une partie dans le port le plus
proche des confins dé Tlftrie ,
.avec des barques chargées de
proviConî, Il fe rendit lui-même
par terre au même endroit, &
campa à cinq milles de la mer.
Pour affurer les convois &
foutenir les fourrageurs y il pla-
ça plulieurs corps de troupes
autour de Ton' camp. Un d,e
ces corps ragardoit TlArie »
.étant placé entre le camp &
la mer; Se il étoit compofé
d'une cohorte levée à la hâte
dans la colonie de Plaifance ,
& de quatre compagnies de la
féconde légion.
Les Iftriens avoient fuîvi Tar-
mée ennemie par des chemins
de traverfe fans en être vus,
épiant Toccafion de. l'attaquer
avec avantage. Ayant reconnu
. que les corps-de gardes qui en-
vironnoient le camp étoient peu
. nombreux , & obfervoîent peu
. d'ordre , ils vinrent fondre fur
,1a cohorte de Plaifance. Un
brouillard qui s*étoit élevé le
.matin couvrit leur marche ;
'iiiais*> i'étânt à moitié diflîpé
. MA
aux- premiers rayons du foleil>
il laiflà paroître une lumière
fombre , qui , grofUifant les
objets » préfentoient aux yeux
des Romains Tapparence d'une
armée beaucoup plus nombreu-
fe que n^étoit réellement celle
. des ennemis. Les foldats enrayés
s'enfuirent dans le camp , où ils
cauferent encore plus de ter-
reur qu'ils n'en avoient eux-
mêmes apporté. Les cris que
l'on jette aux portes , l'obfcurité
qui augmente encore le tumul-
. te f l'agitation des foldats qui
en courant chacun de leur côc^
s'embarraflent & tombent les
uns fur les autres» tout cela fait
craindre aux p4us éloignés que
Us ennemis ne foient entrés
dans les retranchemens. Une
voix poupée au hazard exhorte
les troupes à courir du côté de
la mer. Comme fi c'^ût été le
.fignal du départ 9 d'abord quel-
ques foldats , la plupart fans
armes » prennent le chemih du
port , un plus grand nombre
les imitent , & enfin toutes les
troupes les fuivent, jufqu'au
Conful lui-même» qui avoic
inutilement employé pour les
retenir , fon autorité > fes or-
^dres f & mêmes fes prières*
L'armée Romaine entière fe-
. roit devenue la proie des enne-
mis, s'iU avoient fçu ce que c'é-
. toit que faire la guerre. Le Con*
fui , mettant à profit leur igno-
rance , rafiembla ce qui lui ref-
toit de troupes « après les avoir
fait revenir des aifFérens lieux
où^la fuite les avoit difperfés.
Saus perdre de t^ms , il les met
MA
fie au camp , de en cbafle leî
Ifbiens. Cependant , la nouvel-
le de la déroute de Tarmée
Confulaîre étant parvenue jus-
qu'à Rome, y caufa une gran-
de allarme. Comme la renom-
mée groflît toujours les objets ,
fur-tout en mal, on crut l'ar-
mée entièrement défaite» On
leva de nouvelles troupes avec
une promptitude extraordinaire.-
On donna différens ordres pour
envoyer de difTérens côtés des
fecours au ConfuL M. Junius
Bru tus fon Collègue pafTa de
la Ligurie dans la Gaule. Mais ,
il apprit en chemin que l'armée
Romaine étoit en fureté, 8c
que les Iftriens s'étoient retirés*
ïï dépêcha fur le champ un
Courier à Rome , pour y porter
cette bonne nouvelle , qui déli-
yra les efprits d*MiÊt grande in-
quiétude. Les deux Confuls re-
tournèrent à Âquilée , pour y
mettre les croupes en quartier
d*hiver.
L'année fuivante, A. Man-
lius Vulfon de M. Junius Bru-
tus furent continués dans le
Gouvernement de leurs Pro-
vinces, en qualité de Procon-
fuis. Dès que l'hiver fut fini,
ils firent entrer Iclirs troupes
dans le paKs des Mriens , & y
mirent tout à feu Ôc à ùng.
Ceux-ci, ayant armé toute leur
jeunefle , bazardèrent un com-
bat, où il en fut tué environ
quatremille. Ils fe retirent dans
leurs villes ôc dans leurs bourgs,
d^où ils envoyèrent d.eman.der
M A Tor
lapaSx aux généraux Romains ,
puis^eur fournirent les otages
qu'on avoir exigés* d'eux.
MANLIUS[A.] TORQUA-
TUS , j4. Manlius Torquatui »
fut élevé au X^onfulat avec Q.
Caflîus Longinus , l'an de Ro-
me 588, Ôc 164 avant J. C.
MANLIUS [T.] TORQUA.
TUS , r. MaMius Torquatus ,
fîit créé Confut avec Cn. Oc«
tavius, l'an de Rome 587» &
165 avant Jefus-Chrift.
MANLIUS TORQUATUS,
Manlius Torquatus , {a) père de
D. Silanus. Des députés de Ma-
cédoine portèrent leurs plaintes
devant le Sénat contre D. Si-
lanus» qui, pendant qu'il com*
mandoit dans cette rrovince ,
y avoit exercé beaucoup de
concuflîons. Manlius Torquatus,-
pere de Taccuilé , Sénateur d'un
rare mérite , demanda par gra«
ce qu^on ne prononçât rien
contre fpn fils , qu'il n'eût exa*
miné lui-même l'affaire ; ce qui
lui fut accordé fans peine , à
caufe de la confiance que Ton
»voit en fes lumières oc en fa
probité. Il écouta les parties,
pendant deux jours , & le trai«
me il déclara fon fils coupa«
ble y ^ lui défendit en çonfé-
queiice d*ofer jamais paroître
devant lul« D. Silanus, après
une ^x trifte (entence , ne put
pas foutenir davantage la lu*
miere du jour, & fe pendit de
défespoir. Le père, par une ri«.
gueur qu'il eft difficile de louer,
n'afCila pas même à fes funç^.
C#) Valex. Mvdffl. L, Y, c, 8« ^oIU Hjfi. Rom. T. V. p. i^^ \6^^
G tu
loz ' M A
r9iUe< ; & comme il étoit Jurif-'
COQ fuite , il demeura tranquil-
lement chez lui , répondant fé-
lon fa coutume à ceux qui ve»
noient le çonfulter* C'eft bien«
1^ l'héritier & le defcendant de
ce T. Msmlius Torquatus » qui
^voit fait trancher la tête à fon
fils viâorieux. Le zèle de la
j^ilice lui avoît di^é la condam-^
nation qu'il avoic prononcée
contre fon fils ; mais , ce zèle
devoit*il aller jufqu'à étouffer
en lui les fentimeos de la na**
iwre ?
MANLIUS [MO , M. Man-
Uns , {a) ayant été envoyé con^
tre les Gaulois « l'an de Ro-
me 646 , & 106 > avant Jefus-
Çhrift , eut du deflbus > ce qui
porta la terreur dans toute l'I-
talie*
MANLIUS MALTINUS ,
Manlius Maltinus , {b) fut en«
voyé en Alie par les Romains,
félon Juftin , pour rétablir Ni*
comede fur le trône de Cappa^
doce , dont il avoir été dépouil-
]é par Mithridare- Mais y celui-
ci • foutenu de plufieurs nations
belliqueufes , n'eut pas beau*
coup de peine à vaincre Man<-
]ius Maltinus , dont l'armée
n'étoit conipofée que de foldat»
Afîatiques.
Il taut remarquer qtte ce
Manlius Maltinus n'eil connu
que de Juilin» & que Tite-Live
& les autres Hiftoriens n'en,
font'point mention»
O) Sallufi in Jugurth. c. fti
ih) Juft. U XXXVlll. c. 3 , 4.
(c) Cicer. in Verr. L. IV. c. 84.
U) 3aUuft. in Juguul». c. jy , <$0f
M A-
; MANLIUS [T.] , T. Man^
Ims , (c) Préteur qui , d'après
un décret du Sénat touchant
les villes de Sicile » condiiific
une colonie à Agrigence«
MANLIUS [A.]» A. Manlius,
(d) Lieutenant de C. Marius 9
fous lequel il fervit fur*couc
en Afrique.
MANLIUS [C] , C. Man-
lius , (t) Oâicier qui fervit
d'abord avec beaucoup de dif-
tînc^ion dans l'armée de L«
Sylla. Mais» il devint par U
fuite un des Satellites 8c dc$
MîniAres des fureurs de L. Ca«
tiiina. Il fut envoyé dans l'É-
trurie , dont il tâcha de foule*
ver les peuples , porté à faire
un changement dans les affai-
res par fa pauvreté , & par le
reffenttmenc des injures qu'il
avait reçuesf car 9 fou$ la do-*
minatioh de L. Sylla , on l'a*
voit dépouillé de tous fes biens.
De plus , il tâchoit de mettre
dans fon parti » toutes fortes de
brigans dont ce païs fourmil*
loit » avec quelques colonies de
L« Sylla qui avoienc abforbé en
débauches tout le riche butin
qu'elle^ avoient fait à la guer«
re*
C'eft ainfi que C* Manlius
fe préparoit à lever le premier
l'étendard de la révolte ; & tl
le iît le vingt-cinq Oâobre» l'aa
de Rome 689 , & 63 avant J« C*
Il dépêcha peu de tem s après det
courriers à Q. Marcius Rex
{à) CUer. in Catilln. Orat. i. c. 4*
Plut. Tom. 1. pag. 867. SalUift. in Cattl«
c. 15. é-ye^* Crév. Hift. Rom» Tom*
Vi,pag. é|57, «r/iiiv.
MA
avec des lettres conçues en ces
termes : » Nous prenons les
» Dieux de les bommes à té*
» moins , ô Général , que nous
30 n'avons pris les armes ni
39 contre la patrie^ ni dans le
» defiein de nuire à perfonne,
^ maïs afin de nous mettre à
» couvert des infultes» Deve*>
^ nus malheureux &L indigens
39 par les vexations & 1» tyr»
» raoie des ofuriers, la plupart
3» de nous font exclus de leur
V patrie »& cous le font dtê
30 honneurs St de leurs biens ,
» fans qu'il foie permis à un
3o feul de jouir du privilège
30 établi du tems de nos pères «
30 ni d'ttfer de fa liberté après
30 avoir perdu fon patrimoine »
P tanc eft grande rinhuqtaaité
» des ufuriers & celle du Pré*
» tewr. Vos ancêtres , fenfîbles
30 aux miferes du peuple » y ont
p fou vent fttb^enu par leurs
9> Êdits. Tout récemment , de
30 votre sems même, les* gens
30 de bien voyant les particu^
30 iiers hors d'état de fatisfasre
* » à leurs dettes, vouturent que
30 le paiement s'en fît des de*
P niers pobèics* Il n'eft pas ra*
n re que le peupi«, porté à do*
» miner, ou révolté par l'ar*
p rogaoee des Magiftrati, ait
» abandonné le parti des Pères;
p Pour naos , nous ne cher-
30 chons ni les dignités, ni les si-
p chefles, qui font les fources
P de toutes les guerres & de
p toutes les querelles des hom*
p mes f mais la liberté « que }a-
3> mais homme d*honoeur n'a
p perdue qu'avjgc la viÇf Pour*
M A To)
» voyez à de malheureux ci*
p toyens , nous vo«is en rup*»
7> plions , vous & lé Sénat ;
p rétabliflez la proteélion des
p loix , aâéantiei pur rinjufti^
p ce du Préteur ; né nous met-
p tez pas dans la néceffité de
p chercher itfle quelle manière
» nous périrons , en vengeant
7> notre faAg avee route la va-
^ leur dont nous fommes ca*
i> pables#ii
Q. Marclus Rëx répondit à
ceci, que fî l'où vouloit quel-
que chofe du Sénat , on mft
bas lés armes fit qu'on l'aliâc
demander à Rome , que le Sénat
de là peuple Romain avoient
toujours été d^une bonté & d'unfi
clémence fi grandes J que ja-
rdais jperforine n'avoît implo-
ré en vain leur fecours.
Cependans f le Sénat Infor*
mé oe tout ceci rendit, vkà dé'
cret , pat lequel il déclaroir
L. Catiliffa Se C. Manlius enn^
mis de la parsio^ ^ prometfoic
rimpuillsé à cenit qui avoienit
fuivi lettr,pftrtî».n'éxeeps^ntque
les criminels c<lndsmné» à morr»
pourvu qu'avant un ci^rtaili ;onr«
qui éioit marqué y ï\$ f^ftLSèac
du camp , Se qutféafledt les ar-
més. Ce âéctêt ne put vaincre
.l'obiîination des conjurés. C«
JManlius f après avdir cênf-
xammeÀt.fi^uienu le parti qu'ai
avoit embraffé , fut tué à fa
bataille de Piilorie qui acheva
de détruire la cot^juration ,
parce que L. Catilina y fut auffi
tué.
MANHUS [C] , C. Md^-i
G iv
M4 MA
lius , (d) donc Citer on fait
jnemion dans fon oraîfon pour
L. Flaccus*
M AN LIUS [Cn.] , Cn. Man*
Uns , (^) étoit 9 aii rapport de
.Cîcérooy un homme fans cou*
jrage , fans efprîc, & dont la
.conduite étoit au£ mépri fable
que fordidet
MANLIUS [ Q. 1 . Q- A^^«-
lius f (c) fénateur Romain , que
Cicéron qualifie Juge très-fé-
vere & très-integre.
MANLIUS [Q.] CHILON^
* Q, Manlius Chilo , {d) un des
complices de la conjuration de
Catilina , félon Cicéron. Il y a
des éditions qui portent Q.
Magius Chilon ^ au lieu de Q.
Manlius Chîlon.
MANLIUS [C] , C. Man-
lius, (e) un des généraux Ro-
mains , qui furent défaits par
les Germains^ au rapport de
Tacite. Le texte le nomme
Marcus Manlius, C*e& une faute
ou de l'Auteur ou des Copif-
tes. L*Épitome de Tite-Live
le nomme Caiui^. En e^et » de-
puis la condamnation pronon-
cée contre le fameux Marcus
Manlius CapiroHnus, le pré-
nom de Marcus étoit interdit à
la famille Manlia. '
MANLIUS VALENS , (/)
Manlius VaUns y commanda dans
]a Grande-Bretagne une légio-n
qui Alt battue par le$ Silures.
(«) Cicer. Orat. pro L. Place, c. 7s.
ih) Cicer. Orat. pco L» Murab. c 34.
yro Cn. Pîahc. c. 10.
(•) Cicer. in Verr. L, 11. c. 18.
{d) Cicer. in Catilin. Orat. 3. c. 14.
<f ) Taci;. à% Mot ib, Qçrman« u 37,
MA
Tacite le qualifie dans un' ati-
tre endroit » Lieutenant de la
légion Italique . & il ajoute que
cet Officier ne fut pas traité par
Vitellius auiS honorablement
que le méritoit l'attachement
qu'il avoit témoigné pour fon
parti. Fabius Valens l'a voit d'é«
crié , fans qu'il le fçût » dans l'ef-
prit de ce Prince, par des accufa-
Abnsè fecretes dont il fe défioit
d'autant moins y que cet ennemi
couvert, pour le .mieux fur*
prendre » a&<ftoit de le louer
publiquement.
MANLIUS , Manlius , {g}
corrupteur d'Apuleia Varilia ,
petite nièce d'Auguâe, fut ban-
ni de l'Italie & de TAfrique »
l'an de J» C. 17.
MANUUS PATRUITUS,
Manlius Pairuitus ^ (A) fe plai*
fnit d'avoir été maltraité à
lene par le peuple de cette
ville , & cela à la foUicitation
de fes Magiilrats ; il ajoutoit
que non contens de cet outra-
ge > ils l'avoient par moque-
rie entouré des ornemens funè-
bres y & fait fur fon corps tou-
tes les cérémonies qu'on em-
ployé pour honorer les roorts>
à quoi ils avoienr joint mille
fortes d'injures coatre le Sénat
de Rome. On appella 7ceux
qu'il dénonça dans la ville, oik
après avoir é^é convaincus ^ ils
furent punis de mort. Ce juge-.
(/) Tacit. Annal. I.. XIU c. 40. Hift.
tn I. c. 64. Cré?» Hitt, des ISoip. Xonu
IL p. »t8.
. (f) Tacit. Annal. L. II. c. so» 5it
(*; Tacit. Hill. !.. IV. c. 45,
MA
ment futfuivi d'un arréc du
Sénat » par lequel le peuple de
Siene étoit admonetté d'être
plus modefte\ à l'avenir.
MANLIUS STATIANUS,
Manlius Siatianus^ {a) fénateur
Romain. Après que Probus eut
été élu Empereur par l'armée »
le Sénat s'étanc aflemblé pour
ratifier ce choix y Manlius Sta-
tianusy premier opinant, prit
ia parole ; & dans un difcours
fuivi il fit un éloge magnifique
du Prince élu , qu'il termina en
demandant aux Dieux , que Pro-
bus gouvernât la République,
comme il Tavoit fervie. Il con-
clut à lui déférer les noms de Cé-
far ôc d'Augufte » le comman*
dément Proconfulaire , le titre
refpeâable de Père de la pa-
trie , le fouverain Pontificat «
le droit de propofer dans le
Sénat trois m.atieres différentes
de délibérations y & la puiflan-
ce Tribunicienne.
MANLIUS [L.], Z. Man-
lius , {h) Préteur , qui , dans la
guerre civile, fuivic le parti
de Cn. Pompée.
MANLIUS [L.l. L. Manlius,
fameux Peintre ^ qui répondit
à un homme qui s'étonnoit de
lui voir des enfans fi laids pour
un Peintre fi habile : In luce
pingo t in tenebris fingo* Je fais
mes portraits le jour , & mes
enfans la nuit.
MANNA , ( c ) terme qui
fe met ordinairement pour la
(4) Crév. Hîfi. des £mp. Tom. VI.
pag. 88.
(h) Cxf. de Bell. Civil. L. 1. pag. ^6i*
4<3 fiaiâch* c;i, V. lOt
M'A Toj
Manne qui nourrit les Ifraëlices
dans le Défert , & dont nous
[larlerons dans Tarticle fuivant*
1 fe prend auffi dans Baruch ,
Êour une offrande nommée en
[ébreu Mincha. Facitt Man»^
na y & offerte pro peccato» C'eft
ce que les captifs de Babylone
^ écrivoient aux Juifs de Jérufa-
lem leurs frères. » Nous vout
39 envoyons de l'argent pour
» acheter des holocauftes &c des
» viélimes ; faites des offran-
3> dts de pain , de gâteaux »
3» de farines , de vin , &c. x»
Ceft ce qui s'appelle Manna en
cet endroit.
MANNE > Manna y MccW ,
{d) nourriture que Dieu donna
- aux Ifraëlites dans le défert
d'Arabie , pendant les quarante
ans de leur voyage , depuis leur
huitième campement dans le
défert de Sin. La Manne com-
mença à tomber le matin du ven-
dredi y feizieme du fécond mois,
nommé dans la fuite Jiar , qui
répond > félon Ufférius , au ven-
dredi cinquième de Juin. Elle
continua de tomber tous les
jours au matin, à l'exception du
jour du fâbbath , jufqu'après le
paffage du Jourdain , & à la
raque de la quarantième année
depuis la fortie d'Egypte. La
Manne tomba donc depuis le
cinquième de Juin de l'an du
monde 2513 > jufqu'au fécond
jour de la Pâque , qui étoit
un mercredi cinquième de Mai »
(d) Ezoà, c. 16. v* 4. & /ff. Humer*
c. II. V. 6. & fef» Pfaim* 77t v. as*
Sàpient. c. 1$. Vt zo» ai»
lo^ M A
ée l'ad du monde 25^5 ^ &
^vaac Jefus^Chriit i447«
. L La Manaé dont parle Moi-
le» écoit un pecic grain blanc
comme la bruine, rond 6c gros
comme la coriandre. U rombote
cous les marins /fur la rofée;
& lorfque la rofée étoit diffipée
par ia chaleur du Soleil > la
Manne paroiiToit & demeuroir
feule fur le rocher « ou fur le
fable* Elle comboit tous les
^oors excepté le jour du fabbath;
& cela feulemept aux environs
4u camp des Ifraëlites. Elle tom«
l^a en fi grande quantité pen-
dant les quarante ans de leur
voyage dans le Défert , qu'elle
iuffifoit à la nourriture de toute
la multitude» c'eft - à - dire , à
plus d*un million de perfonnes ,
qui en ramaffoient par tête
chacun un gomor, ou un peu
plus de trois pintes , mefure
de Paris» Elle fuilentoit cette
syiultttude, fans qu'^^ucun en fût
socommodé. U en tomboit le
leendredi une quantité double
des autres jours ; & quoiqu'elle
fe changeât en vers les autres
jours , lorfqu'on la réfervoic >
elle ne fouf&oit aucune altéra*
tiofi le jour du fabbath. Cette
Manne, qui fe fondoit au So<
2eil> lorfqu'on la laiflbit fur
la terre 9 étoit fi dure dans la
maifott> qu'on la concaflbit dans
le mortier , & qu'elle fouSroic
le feu, enforte qu'on pouvoir
la cuire dans la poêle , la pai*
trir, 6c en faire des gâteaux.
• L'Écriture donne à ia Manne
le nom de pain du Ciel & de
DOttfricure des Aoges ^ fok
MA
qn'elte veuille marquer qu*ell0
étoit envoyée 8c préparée par
les Anges » ou que les Anges
mêmes, s'ils ont befoin de nour-
riture , n'en peuvent avoir de
plus agréable que celle de 1»
Manne. L'auteifr de la Sageâe
dit que la Manne fe propor^
tionnoit de telle forée au goûc
de ceux qui en mangeoicnt, que
chacun y trouvoit dequoi con-
tenter ion appétit, & qu'elle
renfermott tous les agrémeos du
goût , âc toute la douceur des
plus agréables nourritures ; ex*
pref&onsque quelques-uns pren*
neitt à la lettre, il y en a même
qui croyent qu'elle prenait ju&
qu'à la forme des chofes que l'oo
défiroit. Jofephe Tentend d^une
manière plus fimpie^ en difanc
que ceux qui s'en nourriffoient^
la trouvoient fi délicieufe, qu'ils
ne défiroient rien autre chofe ;
de Saint Auguftio remarque
avec beaucoup de fagefTe , que
l'Auteur facré dit fimplement
que la Manne avoit cette qua«»
lité, de fe conformer au goâe
de ceux qui en ufoient , ed fa«
veur des enfans de Dieu« Com-
ment les lfraëHtest.auroient«*ils
pu fe plaindre que la Manne leur
caufoit du dégoût 9 H elle fe fût
toujours proportionnée à leur
goût 8c à leur volonté i
. Il to«>be de la Maaive encore
aujourd'hui dans plufieurs en^
droits du monde ? En Arabie 9
en Pologne > en Calabre , au
mont Liban • dans le Dauphiné »
6c ailleurs. La plus commune 6c
la plus, célèbre eil celle d*Ara«
bie I qui çil une efpece do
MA
mltl coodeofé , qui fc voit peu-
lUoc Tété fur les arbres de fur
le fable de l'Arabie Pécrée. Elle
cft de la figure dont la dépeint
Moïfe. Celle > qui fe recueille
aux pnvirons du mont Sinaï , eft
«l'une odeur très-forte , qui lui
<:il c<ommuniquée par les herbes
fur lefquelles elle tombe. Elle
s'évapore très-aifément » enforte
que u l'on en garde trente li-
vres dans un vaifleau ouvert, il
n'en reftera pas dix au bout de
quinze jours. On vend de cette
manne d'Arabie dans les bou-
tiques des Apothicaires au Caire
en Egypte*
Saumaife croit que la Man*
lie dont les Hébreux fe nourrif-
fpient dans le Défert , eft la mê-
me qui fe voit encore aujour-
d'hui en Arabie. Plufieurs Mo-
dernes font du même fentiment.
U eft vrai que la manne d'Ara-
bie a une qualité médicinale»
qui purge ât qui aftbiblit, au
lieu de fuftenter & de nour-
rir ; mais , on prétend que fi
l'on en ufoir communément ,
l'eftomac s'y accoutumeroit y
comme on a vu des gens s'ac-
coutumer à des elpeces de
nourritures, qui naturellement
dévoient être contraire^ à la
fanté. On doit auffi reconnoî-
tre que la Manne dont parle
Moïfe, avoit des qualités mi-
xaculeufes , que n'a pas la Man-
ne ordinaire , & qui ne fubfîf-
cerent apparemment que pen^
dant le tems que les Ifraëlites
a'en nourrirent.
, U. U y a fur l'origine du
mec Mann4 quatre opinions
MA 107
principales 1 elles ont chacune
leurs parcifans qui la foutien-
nent » avec ce détail de preu-
ves & d'argumens étymologi«
Îiues , lefquels » comme on le
çait I emportent rarement avec
eux une démonftration*
La première , 6c la plus gé*
néralement fuivie par les inter*
prêtes, c'eft que ce nom fignifie
^u'efi^ce ? La narration de Moï-
fe fortifie cette opinion. » Ils
39 fe dirent l'un à l'autre :
» Qu*€ft'Cc ? Car , ils ne fça-
» voient ce que c'étoit. » Dans
l'Hébreu il y a Man • Hou. ^
ainfi , fuivant cette idée» la
Manne auroit pris fon nom de
la queftion même que firent les
Ifraëlitesy lorfqu'ils la virent
pour la première fois.
La féconde > des Sçavaos » & ,
entr'autres » Hafcunq , préten-
dent que Man'Hou eft compofé.
d'un mot Égyptien ai d'un mot
Hébreu » dont l'un fignifie fi^i»
& l'autre cela » flt que les Ifraë«-
lites appellerenf ainfi l'alimenc
que leur préfentoit Moïfe »
comme pour infulter à ce paio
célefte, dont il leur avoit fait
fête » Maa-'Hou » quoi cela ?
La troifieme, les Rabins i
& plufi^urs Chrétiens après
eux » font venir le mot Mannt
de la racine Minnach » qui figni-
fie préparé , parce que la Man«
ne étoit toute prête à être man«
gée , fans autre préparation que
de ramaifer, ou plutôt parce
qiie les Ifraëlites ^ en voyanc
cet aliment , fe dirent l'un à
l'autre : Voici ce pain qui nous
a iti prépari i & ils l'appelle;;
rem Manne» c'eft-à-iiîre, chofe
préparée.
La quatrième enfin , le fça-
vanr M. le Clerc prétend que
le mot Manne vient du mot Hé-
breu Manach , qui (ignifîe un
don; & que les Ifraëlites fur-
pris de voir le matin cette rofée
extraordinaire , & enfuite de
ce ûue leur dit Moïfe : Ceft
ici le pain du Ciel ^ s'écrièrent
Man^Hou^ voici le don, ou,
peut-'être , par une txpreffion
de dédain, qui étoit bien dans
refprit & le caradlere de ce
peuple indocile & groffier , ce
petit grain qui couvre la rofée ,
cft-ce donc-là ce don que TÉ-
ternel nous avoir promis ?
On doit, en faine Philofo-
phie, regretter le tems qu'on
met à rechercher des étymolo-
gîes, fur-tout lorfqu'elles ne
répandent pas plus de jour fur
le fujét dont il s'agît , & fur ce
qui peut y avoir du rapport ,
que les diverfes idées qu'on
Tient d'articuler. Que la Manne
ait' reçu fon nom d'un mou-
vement d'étonnementj de gra-
titude ou de dédain, c'eft-ce
qu'on ne peut décider , qu'il
importe aÔez peu de fçavoîr ,
& qui d'ailleurs ne change rien
à la nature de la chofe.
Ce qu'il y a de moins équi-
voque 9 c*efl que de la manie^
re dont l'Auteur facré rapporte
la chofe, on ne peut pas rai-
fonnablement douter que la
Manne du Défert n'ait été ml-
raCuleufe & bien diftérente ,
par-là même , de la Manne or-
dinaire d'Orientf Celle<»ci ne
Jï A . . ^
paroît que dans certain ,tem$^
de l'année , celle du Défert
tomboit tous les jours , ex-
cepté le jour du fabbath ; ôccela
pendant quarante années. Car,
elle, ne ceâa de tomber dans'
le camp des Ifraëlites , que'
lorfqu'iis furent en pofleffion
de ce pais , découlant de laie
& de miel , qui leur fournit en
abondance des âlimens d'une
toute autre efpece. La Manne
ordinaire ne tombe qu'en fore
petite quantité , & fe forme in-
fenfiblément ; celle du Défert
venoit tout d'un coup Ôc dans
une il grande abondance , qu'el-
le fuffifoit à toute cette prodî-
gieufe & inconcevable multi-
tude qui étoit à la fuite de
Moïfe.
La Manne ordinaire peut fe
conferver afTez long*tems , Sc
fans préparation ; celle qui fe
recueilloit dans le défert, loin
de fe conferver 6c de fe dur-
cir au foleil > fe fondoit bientôt.
Vouloit-oo la garder? Elle fe
pourriiïbit , & il s'y engendroic
des vers. La Manne ordinaire
ne fçauroit neurrxr, celle du dé-*
fert fuftentoit les Ifraëlites.
' Concluons de ces réflexions 9
& d'un grand nombre d'autres,
qu'on pourroit y ajouter , que
la Manne du défert étoit mira-
culeufe , furnaturelle t & très-
différente de la Manne comrau*
ne; c'eft fur ce pîed - là que
Moïfe veut que le peuple l'en-
vifage , lorfqu'il lui dit : » Sou*
9» viens-toi de tout le chemii»
it par lequel l'Éternel , - totk
o Dieu j t'ft fait marcher pca^y
MA
?» daot ces quarante aiH dans ce
k> Défert » aiîn de t'humîlier
a» ^ de t'éprouver , pour con-
» noîcre ce qui eft en ton cœur;
» n tu gardois (es comraaode-
» mens ou non ? Il t*a donc hu«
» mille & t'a fait avoir faim;
a» mais y il t*a repu de Manne »
» laquelle tu n'avois poînt con-
» nue , ni tes pères au(G , afin
f> de te faire connoître que
ao i'hoinme ne vit pas de pain
i> feulement ; mais quel*homme
» vivra de tout ce qui fort de
30 la bouche de Dieu. »
Le pain dédgne tous les ali-
mens que fournit la nature , &
ce qui fort de la bouche de
pieu , fera tout ce que Dieu ,
par fa puiïïànce infinie y peut
créer 6c produire pour lubf-
tenter les humains dWe ma-
nière miraculeufe.
Il femble même que l'Éternel
VouWt faire connoître à foo
peuple , que c'dtoit bien de fa
Douche que fortoit la Manne »
fmifque Icis H<^breux , comme
e leur repréfente leur conduc-
teur , virent la gloire de l'É-
ternel f c'eft - à - dire , une lu-
mière plus vive ) plus éclatante
5|ue celle q^i les cooduifoit or-
.dinaîrement ; & ce fut du milieu
de ce fymbole extraordinaire
de fa préfence 9 que Dieu pu-
blia fes ordres au fujet de l'ali-
ment miraculeux qu'il leurdif-
penfoit ; & il le nt d'une ma-
nière bien propre à le faire ob-
ferver. 11 leur ordonna 1**. de
recueillir la Manne pour chaque
MA Jb9
matin feulement ; 2?. d'e» re-
cueillir chacun une mefure éga-
le, la dixième partie d'un éphi ,
ce qui s'appelle un how^r ,
c^eA-à-dire, cinq à fix livres;
3^. de ne jamais recueillir de
la Manne le dernier jour d^ la
femaine , qui étoit le jour du
repos, dont la loi de Sinaî
leur ordonnoit l'exaâe obfer-
vation.
Ces trois ordres particuliers»
également juftes, raifonnables
9c faciles, fournilTent aux mo-
raliftes une ample matière à
bien des réflexions édifiantes »
& de pluiîeurs maximes prati-
ques , le tout fortifié par d'am-
ples déclamations contre i'in-,
grate indocilité des Hébreux»
L'envoi de la Manne au Défert
étoit un événement trop inté*
reflfant , pour n'en pas perpétuer
la 'mémoire dans la poftérité
de ceux en faveur defquels s'é-
toit opéré ce grand miracle ;
auffi rÊternel voulut en confère
ver un monument authentique;
voici ce que Moïfe dit à Aaroa
fur ce fujet ^ par Tordre de
Dieu : » Prenez une cruçlje ,
» mette2-y un plein hower de
p Manne , & portez-Ià devant
» l'Éternel , afin qu'elle fe
» garde pour les races à ve*
.30 nir. »
Saint Paul nous apprend que
cette cruche étoit d*or ; & par
ces mots , pofei^la devant l'É-*
urnel , il explique être mife dans
l'arche , ou , comme portent
d'autres verûoos » à côté dt Var'^
(À) Ad Haibr. £f iâ. c. 9. ▼* 4»
îto MA
ehe y ce qui paroîc pluj confdT*
use à quelques endroits de
rÉcriture y qui nous appren-
nent qu'il ny avoîc rien dans
] arche que le$ tables de i*al*
liance. 11 faut d'ailleurs obfer-
ver que lorfque Moïfe donna
cet ordre à fon frère, Tarche
n'exîftoit point, & qu'elle ne
fut conltruite qu'aiTez iong-tems
après.
Au refte , le célèbre M. Ré-
land a fait de fçavanres Se de
curieufes recherches fur la figu-
re de cette cruche ou vale ,
dans lequel étoit confervée
cette Manne facrée. Il tire un
grand parti de fa littérature > Sc
de fa profonde connoiflance des
langues r pour faire voir que
ces fortes de vafes avoient deux
anfes>& que quelquefois ils s'ap-
pelloient oko/; ainfi, dans Athé-
née 9 on lit 090VÇ yffioyrci^ êtvov g
c'eft-à-dtre , des ânes remplis de
vin, d*oà notre fçavant Com-
mentateur prend occafion de
juûiRèT les Hébreux de la faufTe
accufation de conferver dans le
lieu faint la tête d*un âne en
or , & d'adorer cette idole.
Le livre des Nombres dit que
la Manne étoit blanche comme
du bdellion. Bochart > d'après
)>in(ieurs Thalmudîftes » prétend
que le bdellion fignifie une per-
le ; à la bonne heure , peu îm*
porte.
Ceux d'entre lesÉtymologîf-
tes qui ont tiré le mot Manne du
verbe minnach , préparé , par
la raîfon , difent-ils , qu'elle
n'avoit pas befoin de prépara-
tion 9 n'ont pas fait attention à
MA
ce qui eft dît au huitième verfeè
du onzième chapitre des Nom^
bres< 3i> Le peuple fe difperfoie
» & la ramalToit » puis il la
» raouloît aux meules , ou la
» piloit dans un mortier , & là
» faifoit cuire dans un chau«
» dron^ & en faifoit des gâ<^'
» teaux , dont le goût étoit
» fembiable à celui d'une li-
» queur d'huile fraîche, a Ce
qui pour le dire en pafTant, noua
fait voir combien la Manne du
Défert devoit être folide &c
Dure 9 & toute différente, par là
même , de la Manne d'Arabie g
ou de celle de Calabre.
IIL Quant à fon goût ^ l'É-*
criture Sainte lut en attribue
deux diffcrens ; elle eft compa-
rée à des bignets faits au miel f
&L dans un autre endroit, à de
l'huile fraîche ; peut-être qu'elle
avoît le premier de ces goâts
avant que d'être pilée & apprê-
tée , & que la préparation lui
donnoit l'autre*
Les Juifs expliquent ces deux
goâts différens , &c prétendent
que Moïfe a voulu marquer par-
là 9 que la Manne étoit comme
de l'huile aux enfans > comme
du miel aux vieillards 9 6c com-
me des gâteaux aux perfonnes
robnfles. Peu contens de tout
ce qu'il y a d'extraordinaire
dans ce miraculeux événement 9
les Rabbins ont cherché à en
augmenter le merveilleux par
des fuppofitions qui ne peuvent
avoir de réalité que dans leur
imagination » toujours poufiee'
à rextréme. Ils ont dit que la
Maisoe avoit tous les goârs p^^
MA
Sbles , hormis celui ié9 fiof •
reaux y des oignons ^ de Tail, 6c
celui des melons 8c concombres,
parce que c*étoîeBt-ià les divers
légumes après leiquels le coeur
des Hébreux foupiroit » &c qui
leur faifoientfi fort regretter la
naifon de fervkude«
Us ont accordé à la Manne
tous les parfums de divers aro-
mates , dont étoit rempli le
Paradis terreftre. Quelques
Rabbins font allés plus loin 9 &c
b^oot pas eu honte d'afiurer que
la Manne devenoic poule 9 per*
drix ^ chapon « ortolan 9 ô(c«
félon que le fouhaitost celui
qui en mangeoir. C*eft ainfi
quMs expliquent ce que Dieu
difoit à fou peuple, quUI nV
voit manqué de rien dans le
Défert.' Saint Auguftin profite
de cette opinion des doâeurs
Juifs « & cherche à en tirer
pour la morale un merveilleux
parti, en dcabliffant qu'il n'y
avoit que les vrais jufles qui
evfl*ent le privilège de trouver
dans la Manne le goût des
riandes qu'ils aimoient le plus.
Ainfi , dans le fyiléme de §aint
Auguftin , peu de juftes en If-
raël ; car ^ tout le peuple conçut
un tel dégoût pour la Manne »
qu'il murmura , ^ fit , d'un
commun accord 9 cette plainte f
qui eft plus dans une nature
foible , que dans une pieufe ré-
fignation : Quoi ! toujours de la
Manne ? Nos yeux ne voyent que
Manne ?
Encore un mot des Rabbins»
M A rtt
Quelque ridicules que foient
leurs idées « il eft bon de les
connoître pour fçavoîr de quoi
peut être capable une imagina^
tien dévotement échauffée. Il»
«joutent au récit de Motfe ,
que les monceaux de Manne
étoient fi hauts 6c fi élevés^
qu'ils étoient apperçus par les
Rois d'Orient & d'Occident ;
6c c'eft à ctttt idée qu'ils ap«
pixquent ce que le Pfalmille
dit : (e) Tu drejfes ma table devant
moi ^ â la vue de ceux qui me
preffent.
Les Hébreux» 8c en général les
Orientaux , ont pour la Manne
du Défert une vénération par«
ticuliere. On voit dans la bt'»
bliotheque orientale d^Herbe-
lot , page 547 , que les Arabes
la nomment Ja dragée de la
toute puifiTance. £t nous lifons
dans Abénezra , fur l'Exode ,
que les Juifs , jaloux du miracle
de la Manne , prononcent ma*
iédiélion contre ceux qui ofe*
roient foutenir ^opinion con«
traire.
Akibaprétendoitqne laMan*
ne avoit été produite par Té^
paîffiiïêment de la lumière cé^-^
leile , qui , devenue matérielle ^
étoit propre à fervir de nour-
riture à l'homme ; mais , le
Rabbin Ifmaél défapprouva
cette opinion , 6c la combattit
gravement , fondé fur ce prin-
cipe , que la Manne « feloa
rÉcrîture , eft le pain des An-
ges. Or \t% Anges , difoît'il , m
font pas nourris par la lumière»
Ci) Plalffl. %%* T. tf.
lïA
MA
devenue matérielle , mzU par
la lumière de Dieu même.N*eft-
îl pas à craindre qu'à force de
fubtilités , on ûe fafle de cette
Manne une viande un peu
creufe ?
IV. De toutes les efpeces de
Manne > l'on ne fe fert aujour-
d'hui que de celle qui vient d'I-
talie , & particulièrement de
Calabre ou de Sicile. Elle naît
dans ce pais fur deux difieren-
tes efpeces , ou plutôt variétés
de frêne, fçavoir, le petit frêne,
fraxinus humilior , five altéra
Tbeophrafli , & le frêne à feuille
ronde , fraxinus rotondion, fo*
tio.
Pendant les chaleurs de l'été,
la Manne fort d'elle - même è.t%
branches & des feuilles de cet
arbre, fous la forme d'un fuç
gluant , mais liquide , qui fe
durcit bientôt à l'air , même
pendant la nuit , pourvu que le
temsfoit férein; car , la récolte
de la Manne efl; perdue , s'il
furvient des pluies ou des
brouillards. Celle-ci s'appelle
Manne fpontanée. La Manne
fpontanée eft diilingue en Man-
ne du tronc & des branches ,
di corpo , & en Manne de
feuille , di fronde. On ne nous
^ipporte point de cette dernière
flui eft fort rare , parce qu'elle
^ft difficile à ramafler. Les ha-
ibîtans de ce pais font auffi des
jncifions à l'écorce de l'arbre,
& il en découle une Manne qu'ils
appellent forzatt ou forzatella.
Cette dernière opération fe fait,
dès le commencement de l'été,
fur certains frênes qui çr oiffenc
MA
fuf «n tfcri'eîn fec Sc plerrett* i
& qui ne donnent jamais de la
Manne d'eux-mêmes; elle fe
fait auffi à la fin de Juillet, fur
ceux qui ont fourni jufqu'à
lors de la Manne fpontanée»
Nous avons dans nos bouti-
ques l'une & Vautre de ce*
Mannes, dans trois difféfens
états, i^. Sous la forme dd
grofles gouttes ou ftalaâites ,
blanchâtres, opaques, feches ,
cafTames , qu'on appelle Mantiô
en larmes. On prétend que ce«
gouttes fe font formées au bouc
des pailles, ou. petits bâtons
que les payfans de calabre
ajuftent dans les incifions qu'ils
font aux frênes* La Manne cd
larme elt la plus eftimée , &
elle mérite la préférence à U
feule infpeftion , parce qu'elle
eft la plus pure , la plus mani-
feftement inaltérée-
1^. La Manne en fortç ou
en marons , c'eft - à - dire , en
petits pains formés par la réu-
nion de plufieurs grains ou
grumeaux collés enfemble ;
celle-ci eft plus jaune & moins
feche que la précédente ; elle
eft pourtant très bonne & très-
bien confervée. La plupart des
apothicaires font un triage dans
les caifles de cette Manne eii
forte ; ils en féparent les pUii
beaux morceaux , qu'ils gardent
à part , fous le nom de Manne
choîfie , ou qu'ils mêlent avec U
Manne en larmes.
3^. La Manne graffe , ainlî
appellée, parce qu'elle eft molle
& onflueufe, elle eft auffi noi-
racre
MA
titre & fale. C'eft fort mal-à-
propos que quelques perfon-*
nés , parmi lefquelles on pour-
roit compter des médecins ,
Ja préfèrent à la Manne feche*
La Manne graffe ed toujours
une Manne gâtée par Thumi-
dâté.par la pluie ou par Teau de
la mer , qui ont pénttré les
cai^Tes dans lefquelles on Ta
apportée. Elle fe trouve d'ail-
leurs fouvenc mêlée de miel »
de caflbnade commune & de
fcammonée en poudre ; ce qui
fait un remède au moins infi-
dèle , s*il n*eil pas toujours
4angereux, employé dans les
cas où la Manne pure eil in-
diquée*
MANNIUS , Manniuj , (a)
Tribun de légion. L*an de Ro-
me 496 & 256 avant Jefus-
Ohrift , les Confuls L. Man-
Hus Vulfon & M. Atilius Ré-
gulus voulurent faire voile en
Afrique; mais, ce ne fut pas
fans un e^ctrême répugnance de
la part de quelques foldats , âc
même de quelques Officiers « à
qui le nom feul de mer , de
longue navigation , de rivage
ennemi, faifoit peur. Mannius
fe diâingua entre tous les au-
très 9 & porta les plaintes &
le murmure jufqu*au refus d'o*
béir. M. Atilius Régulus , qui
^toit homme ferme âc d^auto-
rite , en lui montrant les verges
& les haches que portoit le
Lifteur , lui dit d'un ton mena-
çant qu*il fçabroit bien fe faire
' {a^ Roli. Hifl. Hom. Tom. 11. pâg.
510,5x1.
(^) Tacit- de Morib. Germant c. »i
Tm. XXyiI.
M A TT^
cbéîf* Ufle crainte en éeoufiTa
une autre , & la menace d*unar.
mort préfente le rendit hardi
navigateur.
MANNUS i Mannus , efcla-
ve des Cala viens. Voye^ Cala«
viens.
MANNUS .Mannus , (h)
fils de Tuiilon , paifoit parmi
les Germains pour un des fondai
teurs de la nation. Mannus eut
trois fils I dont le premier don-*
na fon nom aux Ingévones 9 ce
font les peuples voifins de l'O-
céan ; le fécond 9 aux Hçrmi-
nones (Itués au centre du païs ;
le troifîeme , aux lilévones qui
comprennent le refte de la na-
tion. TuiAon & Mannus étoienc
honorés comme des Dieux paf
les Germains. f^oye{^ Tuiftoné
Manon, Mano, m^^v^
( c ) Prince qui régna fur les
Arabes* Lucien eu fait men'«
tion.
MANTELETS , machines de^
guerre ^ deftinéds à couvrir le*
foldats dans les fieges. Ces Man*
telets étoieht conftruits de bois
léger , hauts de huit ou neuf
pieds ) larges d'autant., longs de
feize y couverts à double étage »
Tun de planches , Ôc l'autre da
claies 9 avec les côtés d'ofier^
& revêtus par dehors de cuirs
trempés dans Teau , de peur dti
feu. On petit comprendre' ett
général fous le nom de Mante*
lets , ce que les Anciens ap-
pelloient pluuî ^ vinea ^ crûtes ^
&c.
Mytb. par M. PAbb. fian. T. V. pa|;
CO Lttcian. T. 1). p. 6t9-
TxAi IML A
MANTIANE, Maruiana.
Voye[ Matiane.
. MANTIAS , Mantîas , {a)
JAavueie» * Athénien dont DémoA
tbene fait mention dans Tes ha-
rangues contre Bœotus , laiffa
en mourant trois enfans , du
nombre defquels énoic Manti-
fhée,
M ANTIENES [ les Monts ] ,
Mant'uni Montes , yb) montagnes
d'Afie f félon Hérodote. Cet
Auteur dit du Gyndes, qu'il a
fa fource dans ces montasjnes ,
& qu'il fe jette dans le Tigre.
Il dit encore ailleurs de TAraxe,
qu'il a auilî fa fource dans ces
iitêmes montagnes.
L'édition de Gronovîus porte
Mutieni; mais , Ortélhis lit Man*
tien'u Une édition de Francfort
1608 a» dans un endroit 9 if
}AotvTtvniTi ^ & dans un autre 9 in,
tiitvtiwZv \ la marge en ce der-
nier endroit préfente t^'aTmSf»
VGyi\ Matiane & Matianes.
MANTINÉE , Matinea , (c)
M«»'r!»'*'«> ville du Péloponnèfe
dans l'Arcadie. Elle étoit fîtuée
au midi & aux confins de la
Laconie. Du côté du nord » les
Mantinéens étoient féparés àts
Orchoméniens par le mont An-
chifius au bas duquel étoit , fé-
lon quelques-uns 9 le tombeau
d*Anchife.
On rapporte la fondation de
cette ville à Mantinéus fils de
MA
LycaoA ; ce Prince ravoîtbâtîe
en un autre endroit. Ce fut Ân«
tinoé 9 qui 9 en vertu d'un cer-
tain oracle, transféra depuis les
habitans de cette première ville
en celle donc il s'agit préfen-
fement.
Les Mantînéens ne furent que
fpedlateurs du combat que les
autres Arcadiens livrèrent aux
Lacédémoniens près de Dipée ;
mais, dans la guerre du Pélo*
ponnef<*9ils fe liguèrent avec
les Éléens en faveur d'Athenes^
contre Sparte 9 de foutenus par
les Athéniens ils o ferrent com-
battre les Lacédémoniens ei»
bataille rangée^ Enfuite , fui«
vant toujours l'inclination qu'ils
avoientpour Athènes, ils nrenc.
voile fous fes enfeignes en Sicî«
le. Quelques années après , les
Lacédémoniens fous la conduite
d'Agélipolis^ fils de Paufanias,
firent des courfes jufqu'aux por-
tes de Mantinéej taillèrent en
pièces tout ce qui s'oppofa à
eux 9 ÔC prirent enfin la ville
non pourtant par force , mais
par adrefie. Car 9 ils détournè-
rent le fleuve Ophis , & lui fi-
rent prendre fon cours le long
des murs 9 qui bâtis de brique
crue , bientôt fe délayèrent &
ne furent d'aucune réfiilance.
En effet , cette forte de brique
foutient mieux Tefifort des ma-
chines de guerre que les pierres
ftf) Demofih. Orat. in Bœot. p. looi.f 551. é^ feq. Plut. Tom. t. pag. 1044.
ér fec[' t^ fi'!* Corn. Nep. in Epamia. c 90
(b) Herod. L. 1. c. 189» aoa. Thucyd, pa^;. 24^. ^ feq. Diod. SicuU
(c) Strab. pag- 557 , 358 , 608. Paaf. pag. ^%6 > 3*7, 464, ^oo- &fiq' Mém.
p. 4S8 , 466. é~ /«f- Ptolem. L. 111. c. de PAcad. des Infcripu & Bell. Lecf.
lé. PiÏTi, Tom. 1. pag. 19 j. Xenopbr p. Tom, XV, p. ^jy
• t
MA
1h plus dures , qui rudeinent
frappées « ou s'éclatent , ou fe
détachent 6c fe défuniffent ; mais
à i'eau elle $*amollk de fond
comme la cire au foleiU Agéfi-
polis n'eut pas la gloire de l'in-
Vention dans cette entreprife ;
il ne 6t qu« ce que Cimon fils
de Miltiade avoit fait avant lui
au fiege d*Éion fur le Strymbn
contre Bogès qui défendoit la
place pour le roi de Perfe.
Agélipolis^qui pouvoit avoir
oui parier de ce itratagêmeii
vanté à Peliene»en profita fort à
propos.Lorfqu^il eut pris Manti-
Dée, il en rafa une bonne partie,
ôc ne lailTa fur pied que queU
q,ues maifons pour un petit nom-
bre d'habitans , qui y relièrent;
les autres furent difperfés dans
plufieurs villages; mais, après
la bataille de Leudlres, ils furent
rétablis dans leur ville par les
Thébains ; bienfait dont ils ne
fe montrèrent pas fort recon-
noi^ans. Car , peu après , il$
traitèrent avec Sparte à Tinfçu
cfes autres Arcadiens , ôc crai'»
gnant les Thébains qui avoient
découvert leur deiïein , ils fe
rangèrent hautement du parti
desXacédémoniens. Du moins ^
eil-il certain qu^au combat de
Mantinée ils combattirent fous
les ordres des Lacédémoniens
contre Épamtnondas & contre
les Thébains. Mais enfuite » s*é-
tant brouillés avec eux , ils
quittèrent leur alliance pour
entrer dans la ligue d'Achaïe.
Alors 9 ils prirent les armes
contre Agis , iîls d'£udamîdas
loi de Sparte , Ôc le ctraiTeren^
M A ÎTÇ
de leur paT$, après quoi s*étanc
joints aux Achéens commandés
par Aratus , ils remportèrent
une féconde viéloîre. Ils fécon-
dèrent encore les Achéens dans
leur expédition contre Cléo«
mené , ÔC contribuèrent beau-
coup à abattre la puiâfahce des
Lacédémoniens. Enfin , parce
qu*Antigonus , tuteur de ce jeu-
ne Philippe , qui fut père de
Perfée , s'étoit durant fa tutele
montré fort aff (flionné aux
Achéens , les Mantinéens lui
rendirent toute forte d'hon-
neurs , jufqu'à changer le nom
de leur ville en celui d*Antigo-
nie. Plutarque raconte la chofe'
un peu autrement. Il dit que les
Achéens prirent cette villa»
avec le fecours d'Antigonus >
qui en ayant fait préfent aux-
Argiens , après avoir ordonné.
par un décret, quMls ne l'appel--
ieroient point Mantinée , mais*
Antigonie.
Dans la fuite» à la bataille
d*Aâium qui fe donna près du
promontoire d*ApoIIon , le^
Mantinéens comb^ittirent pour
Augufte, tandis que les autre»
Arcadiens fuivoient le parti de
M.Antoine, par averiîon com-*
me on croit pour les Lacédc**
raoniens qui avoient embraâTé
celui d^Augufte. EnHn , après
dix générations , Adrien parve-
nu à l'Empire fit reprendre à la
ville de Mantinée fon ancien
nom, ne trouvant pas bon qu'elÎQ
en portât un qui fentoit un peu
trop fon amour pour les Macé«
donîens.
Le principal temple de la
Hij
ir^
MA
ville étoic double j ou pour
mieux dire 9 c'en écoient deux
qui n'éroient féparés que par
un mur. Dans l'un il y avoir une
ilatue d'Efculape, ôc c'éèoit un
ouvrage d'Alcamene ; l'autre
étoic confacré à Latone ôc à Tes
enfans ; leurs ftatues avoient
été faites par Praxitèle trois
ténérations après Alcamene.
ur le piédeflal de ces ftatues
le fculpreur avoic repréfenté
d'un côté une Mufe , &c de l'au^
tre Marfyas qui jouoit de la
flûte. Dans ce temple » on voyoic
une colomne contre laquelle
ttoit adoffée une ftatue de Po-
lybe, fils de Lycortas.
Les Mantinéens avoient plu-
jGeurs autres temples ; ils en
avoient un de Jupiter Sauveur,
un autre de Jupiter Épidote^
comme qui diroit , de la divi-
nité dont les hommes tiennent
tous leurs biens ; un autre de
Caftor & de Pollux , un autre
de Cérès Ôc de Proferpîne.
Dans ce dernier , ils confer-
voient du feu toujours allumé ,
& avoient grand foin qu'il ne
s'éteignit pas. On voyoit auffi
un temple de Junon près du
théâtre j la Déefle étoit affife
fur un trône > ayant à fes côtés
fa iîlle Hébé & Minerve ; ce
morceau de fculpture étoit de
Praxitèle. Le tombeau d'Ârcas,
fils de Calliilo^ étoit tout auprès
de l'autel de Junon; car c'étoit là
que fes os avoient été apportés
de Ménale , en conféquence
d'un oracle rendu à Delphes |
& conçu en ces termes ;
MA
Minale fut toujours le fijour des
frimats ;
Menait cependant poffède votre
jircas.
Peuple qui lui deve^ un nom fi
plein de gloire ,
Hâte^^vous à Venvi d* honorer fa
mémoire,
Qu*inceffamment fes os par vos
foins rapportés^
Soient au milieu de vous déformais
refpe6iés ;
Et que ce Héros mis au rang des
immortels ,
Obtienne enfin che\ vous un tem»
pie & des autels*
Les Mantinéens dépoferent
les cendres d'Arcas dans un
lieu qu'ils nommoient les autels
du Soleil. Aux environs du
théâtre il y avoit plufieurs mo-
numens dignes de curiofîté ,
entr'autres une efpece de Ro-
tonde où ils gardoient le feu
facré , ou commun , ainii qu'ils
l'appelloient. On croyoit que là
repofoit Autonoé , fille de Cé-
phéé. Près de fa tombe on voyoît
une colomne fur laquelle étoic
une ftatue équeftre de Gryllus,
fils de Xénophon. Derrière le
théâtre étoient les ruines d'ua
temple de Vénns y dite de bon
Secours, avec quelques ilatues'
qui étoient reilées. Sur un pié-
deilal on voyoit une infcription
qui portoit que ces flatues
avoient été confacrées par Ni-*
cippe, fille de Paféas. Les Man-
tinéens bâtirent ce temple à*
yénus; pour apprendre à la pof>
MA
térîté qu^âu combat naval d*Ac-
cium ils avoîent combattu fur la
flotte des Romains. Ils avoient
auffi dédié un temple ôc une
ftatue à Minerve Aléa.
Antinoiis étoit encore une de
leurs Divinités. Mais y fon tem-
ple étoit le plus récent de tous,
& c'éroit pour faire leur cour
à Adrien qu'ils Tavoienr bâti.
Mancinée n*étoit pas le feul en-
droit dû il eût les honneurs
divins ; les Égyptiens avoient
Tur le Nil, une ville qui portoit
même fon nom. Que fi Ton veut
Içavoir pourquoi il étoit parti-
culièrement honoré à Mantinée,
en voici la raifon. Antinoiis étoit
de Bithynium au-deiïus du fleu-
ve Sangarius. Or ^ les habitans
de Bithynium éto^enc Arca-
diens Se même Mantinéens d'o-
rigine ; voilà pourquoi l'Empe-
reur Adrien avoit voi^u qu'An-
tinous eût à Mantinée un tem-
ple & des facrifices » êc qu'on y
inflituât à fon honneur des jeux
qui fe célébroient tous les cinq
ans. Dans le lieu d'exercice il
y avoit une maifon où l'on con-
fervoit des ftatues d'Anrinoûs ;
cette maifon étoit à voir pour
la beauté du marbre dont elle
étoit ornée ôc pour fes peintu^
Tes, Antinous y étoit peint en
plufieurs endroits fous la forme
de Bacchus , & l'on y voyoit
aufC ce combat de la cavalerie
Athénienne, dont il y avoit un fi
beau tableau dans le Céramique
à Athènes.
Dans la place publique on
voyoit une ftatue de femme en
htonzty qui, à ce que difo^enc
MA . "7
les habîcans , repréfentoîc Déo-
menée , fille d'Arcas. On y
voyoit aufli le monument héroï-
que de Fodarès , qui fut tué,
difoient-ils, en combattant coi^
ère Épaminondas Sc contre les
Thébains. Quelques foixante^
dix ans avant Paufaiiias , ils
tranfporterent au jeune Poda-
rès , petit-fils du précédent »
l'infcription qui étoit fur le toni«
beau de fon ayeul. Le jeune
Podarès avoit pu voir encore
les Romains en République*
Mais , du tems de Paufanias , c'é-
toit l'ancien Podarès qui étoit
honoré des Mantinéens. Et en
eiFet , ils publioienr qu'entre
tous ceux qui payèrent de leur
perfonne au combat de Man*
tinée » citoyens ou ciliés , celui
Îui fe diftingua le plus fut
rryllus , fils de Xénophon ;
après lui Céphifodore de Ma-
rathon , qui commandoit la ca-
valerie des Athéniet» ; & ea
troifieme lieu Podarès » celuir
'là même dont nous parlons.
La ville étoit percée de telle
forte , que de tous côtés il y
avoit des chemins qui menoient
dans le reile de l'Arcadie.
La tradition portoit que ce
fut dans cette ville que Péné«»
lope pafia le tems de l'exil , au-
quel UlyiTe fon époux l'avoit
condamnée pour adultère.
Quelques-uns afiTurent que
Mantinée eft connue aujour.«»
d^hui fous le nom de Mendi oti
Mandi.
MANTINÉENS , Mantinei ,
Jdantinenfis , M^vr/y^Tc , les ka^
/ H iij
^11 5 M A
.bicaos de Mancioée. Foye^ Man-
4tinée*
, MANTINÉÛS, Mantineusy
yLxfri¥(vz , {a) un des fils de Ly-
,caon y fonda la ville de Maïui-
née» Voyei Mantinée-
^ MANTITHÉE , Mantîthcus ,
MavTiBgJç , (^) Officier dont il
t& fait mention dans Xénophoq.
MANTITHÉE , Mantitheus,
fAoutri^îoç , {c) Athénien étoit
.fils de Mantias. Il en eft fait
.mention dan^ les harangues de
Démofthene contre Bœotus.
MANTO , hianto , MottJ»
,{d) fanaeufe Prophéte0è , filJe
de Tiréfias.
L'on ra^conte que Therfandre
fiU de P.olynice & les Argiens
ayant prisThebes,y firent beau-
coup de prifonniers, qu'ils en-
voyerent^l'oracle de Delphes.
Parmi eu^ étoit Manto qui ve»-
noit de perdre Tiréfias fon père,
snort en allant à Haliarte. La
réponfe de l'oracle fut quje ces
prifoiiniers eufifent à chercher
des terres étrangères. Auflltôt
ijs équipèrent une flotte, pafle-
Tent en Afie & allèrent defcen-
dre à Claros. Les Cretois ,
voyant débarquer ces étrangers,
prirent les armes , marchèrent
4 eux , les enveloppèrent de les
menèrent à Rhacius. Celui-ci.,
3yant fçu de la jeune Manto
.^uels étoient Tes compagnons
ic ce qui les amenoit en Afie ,
les aflbcia aux Cretois , les re-
içut dans fk ville, & pour Mantb
MA
il répoufa. De ce mariage oa<^
qui.t Mopfus qui dan« la fuite
chafiTa les Cariens de toute cette
côte.
Voilà fans doute ce qui .a
àox^é lieu à quelques-uns de
croire que la ville de Claros
fut fondée par Manto après la
féconde guerre de Thebes »
quelques années avant Tépoqué
de la prife de Troie. Cette fille,
dont l'antiquité copte plusieurs
merveilles fur le don qu^elle
avoit <de prédire l'avenir , di'^
plorant les malheurs de £& pa-
trie I fondit en larmes , 6l Tes
pleurs formèrent une fontait^e
& un lac, dont l'eau , Iorfqu*oa
en bu voit , con;>muniquoit le
don de Prophétie; mais , comn»e
cette eau n'étoit pas faîne ^ eiJLe
caufoit auflî des maladies %L
.abrégeoît la vie. Pline qui en
parle s'exprime ainfi : rColpr-
phone in ÂpolUnis Clarii fptcu
lacus eft , cujus potu mira red'
duniUT oracula , h'ihtntium bnviort
vitd.
Selon Apollodore , Alcméonf
général de l'armée qui prit Thè-
mes , devint amoureux de Man-
to , & eut deux enfans d'elle »
un fils nommé Amphiloaue , Sc
iine fille appeliée Tiuphon^.
Celle-ci fe fentir de la fureur
.de fon père.
OiQdore de Sicile dit que la
fille de Tiréfias s'appelloir
Daphné ; qu*e}le fut envoyée .à
Peiphes par ks Argiens ; 4c
<«) Pauf. p. 458 , 46J, I Tom. 1. p* iti. Diod. SIcbI. ptg. 187*
(k) Xenpph. p. 4t9. lOvid. Metam. L. VI. c. 5. Myth. par
Ce) Deniofth. Orac. in Baiot. p. looi. f M. PAbb. Ban. Tom. il. p. l^ , }S* ^*
(h) Pauf. pag. 400 > 557» s^st Plin.llV. p. 271.
MA
qu'elle j rendit un grand non-
Ère d'oracles.
Paufanias rapporte que de ton
tems on voyoit à Thebes devant
le veftibuie du temple , la pierre
.fur laquelle Manto s'aâeyoit
.pour rendre fes oracles , de
qu'on Tappelloit la chaire de
'Âlanto.
MANTO , Manto » l/iwtrti ,
(a) dont on voyost le tombeau
à Mçgare, avant que d'entrer
dans le temple de Bacchus.
Cette Manto étoit fille de Po«
lyidus.
MANTO , Manto , Utrrti .
(^) prophétefle d'Italie , femme
dfu Tibre dont elle eut un fils
liommé Ocnus , qui bâtît une
ville qu'il appella Mancoue du
nom de fa mère*
MANTOUE , Mantua , (c)
-Marrcûa , ville d'Italie dans la
Gaule Tranfpadane » fur le
Aiincius. Elle fut bâtie par les
Tofcans , & elle refta toujours
une ville Tofcane , parce que
la force de fa fituation la met-
'coit en état de réfîiler aux Gau-
lois.
Cette vîlle eft fameuîe dans
les écrits des Anciens ic des
Modernes > pour avoir domié
la naiflance i Virgile > qui en
parle lui-même de la forte :
Primas Idumaas refiram tibî ^
Mantua , palmas ,
MA T r^
Et viridi eampo templum de mar^
more ponam
Propier aquam , t^dis ingens ubi
fiexibus enat
Mincius , & tenera pratexit aruHr
dint ripas.
C'eft-à-dire, » ô Mantoue,
» je ferai » le premier que tu
30 verras chargé de palmes
3> cueillies dans l'Idumée. J'é*
30 lèverai un temple de marbre
» dans tes vertes campagnes,
où le Mincio ferpente lente-
3> mentj au milieu des tendres
» rofeaux qu'il fait croître fur
M fon rivage. »
Martial dit :
Maronefilix Mantua eft.
Stace en à fait un magnifique
éloge dans ce vers v
NcHat adoratas & Smyrna & Man* >
tua lauros.
Et Siliûs Italicus a dit à peU
près la même .chofe dans ceoxr
ci :
Mantua Mtéfarum domus , atqac
ad fydera cantu
Eveâa Andino , Smyrnais amula
pleâris.
Cependant , Virgile n'étolc
pas né dans la ville de Mancoue,
mais dans un village voïCtn nom-
mé Andes » aujourd'hui Pétula*»
à deux lieues de Mantoue. Un
ié) Pauf. p. 8i. f *• /if. Andd. L. X, v. 198. ér fip
(*) Virg. iEnetd. L* X. v. 198. M«nial. L, 1.. Epigr. 6s. Stat. Sylv. t,
^^ fil' 1^* Carm. 1. v. 9. Siil. Italie. L. 8. v.
{d) Scrab. pag. so]. Plin. Tom* 1. p. 595 > S9^* Mém. de IMcad. det Jnfcripc.
17s. Pccrlem. L. 111. c. 1. Tit. Lit. t. k MU Lsû^ Xom. XVUl. p. ^S, 9jh
>KX1V, c. 10. Virg. Gcorg. L, Ul. v. la. 1
izo M A
ancien Auteur de la vie de Vir-
gile , & que Ton croit être Do-
pât , a fondé cette opinion.
Ndtus efi y dit-il en partant de
ce Poëte, Cn. Pompeio Magno
& M. Licinio Coff. Iduum OSto"
hrïum die , ïn pago , qui Andes
dicitur, qui eft à Mantua non prO'
\cuL Silius Italicus appuie ce
fentiment en appellant les vers
de Virgile camus Andinus. AlnCi^
Virgile fut furnommé Mantua-»
nus i parce qu'il étoit né dans
le voifinage de Mantoue ; au
lieu qu'on devoit proprement
le nommer Andinus,
Virgile nous a donné lui-
même l'origine de Mantoue. Il
dit qu*eUc^ fut fondée par Oc-
Dus , fils du Tibre 6c de la de-
.vinerefle Manto ; Se qu'il la
somma du nom de. fa mère. Il
ajoute qu'elle commandoit à
trois peuples divifés chacun en
quatre tribus: Enfin , il fait en-
tendre qu'elle étôit ta capitale
<le ces douze tribus. Mais » il
relevoit la gloire de fa patrie
9UX dépens des autres villes du
païs.
Ni les cartes géographiques ,
'^î les voyages , ne donnent
point l'idée qu'il faut avoir de
rîa (îtûation de Mantoue. On
repréfente ordinaireinent cettie
ville au milieu d'un lac, dont
.on la fait à peu près également
.environnée ; ce qui n'efl point
du tout ainfî. Le Mincio , trou-
vant un païs bas » s'élargit &
forme une efpece de marais dou-
Ma
ze ou quinze fois plus long que
large. Mantoue eft bâtie fur un
terr eia ferme » quoique dans un
des côtés de ce marais. Quand
on vient de Crémone , on pafle
une chaufiTée longue feulement
de deux ou trois cens pas ; &
de Tautre côté quand on va à
Vérone , le marais ou le tac eft
beaucoup plus large. Il y a
quelques endroits où ces eaux
font toujours courantes ; mais
en d'autres elles croupifTent &
infedtent tellement l'air de Maa-
toue I que dans les chaleurs »
tous ceux qui peuvent quitter
la ville en forteht. La fituation
de Mantoue ne reflemble pas mal
à celle de Péronne ; mais Pé-
ronne » outre fon marais , a une
bonne fortification , &C Mantoue
n'eA ceinte que d'un mur* Il eft
vrai que fa citadelle lui eft une
forte défenfe.
Cette ville efl médiocrement
grande , à peu près comme Cré-
mone ; mais , elle eft beaucoup
plus riche Se plus peuplée. Elle
eft aujourd'hui la capitale du
Duché , auquel elle donne fon
nom.
MÀNTURNA, Mantuma^
{a) Ditfft des Romains. C'étoit
à elle qu'on s'adrefiToit » pour
que. la nouvelle époufe fe plût
dans la maifon de fon mari , &
-y demeurât. Ce font des éph»
thetes données à la Divinité » dc
dont on a fait autant de divini-
tés particulières.
'MANUÉ, Manne ^ Ma»««\
^4) Antiq* expliq* par D. Bern. de Montf. Tom. IV. pag* 409. Tom» \\U
pig. lao.
MA
tf) de fa trîbu de Dan , 8c de la
ville de Saraa.^Sa femme ctoîc
Aérile. Un jour , un ange du
Seigneur apparut à cette femme
& lui dit : M Vous êtes ftérile
» & fans enfans ; mais , vous
» concevrez & vous enfante-
î» rez un fils. Prenez bien garde
» de ne point boire de vin ni
» rien de ce qui peut enivrer,
» & de ne manger rien d'im*
» pur , parce que vous conce-
» vrez & vous enfanterez un
» fils, fur la tête duquel le ra-
» foir ne pafl*era point* Car > il
» fera Nazaréen , confacré à
» Dieu dès fon enfance & dès
» le ventre de fa mère , & c'eft
s» lui qui commencera à déli-
» vrer Ifraël de la main des
» Fhilfftîns. »
Cette femme, étant venue trou-
ver fon mari , lui dit : » Il eft
» venu à moi un homme de
» Dieu qui avoit un vifage
» d'ange , & qui imprimoit un
» grand refped. Je ne lui ai
» demandé ni qui il étoir , ni
» d*oti il venoit , ni comment il
» s'appelloit , il n'a point jugé
» à propos de me le dire. Mais
» voici ce qu'il m'a dit : Vous
» concevrez & vous enfante-
» rez un fîls; prenez bien garde
» de ne point boire de vin , ni
» rien de ce qui peut enivrer,
» & de ne manger rien d'impur,
» car l'enfant fera Nazaréen,
*> confacré à Dieu dès fon en-
» fance , & dès le ventre de
» fa mère jufqu'au jour de fa
3» mort*-» Manué.pria donc le
^ A m
Seigneur & lui dit : » Seigneur,
30 je vous prie que l'homme de
30 Dieu que vous avez envoyé
30 vienne encore, afin qu'il nous
» apprenne ce que nous devons
» faire de cet enfant qui doit
» naître. » Le Seigneur exauça
la prière de Manué , 6c l'ange de
Dieu apparut encore à fa fem-
me , lorsqu'elle étoit adîfe dans
les champs. Manué fon mari
n'étoit pas alors avec elle»
Ayant donc vu l'ange , elle cou-
rut vtte à fon mari Ôc lui dit :
x> Voilà ce même homme que
» j'avois vu auparavant qui s*eft
*» encore montré à poi. » Ma-
nué fe leva auQîtôt , fui vit fa
femme , & étant venu vers cet
homme il lut dit : » Eft-ce vous
» qui avez parlé à cette femme?
a> H lui répondit , c'eil moi.
30 Manué lui dit, quand ce que
n vous avez prédit fera accom-
jo pli , que faudra-t-il obferver
» par rapporta l'enfant? Que de-
» vra-t-il faire ? De quoi fa mère
n devra-t-elles'abftenir? L'ange
» du Seigneur répondit à Ma-
» nué : Que votre femme n'o-
» mette rien de ce que je lui ai
33 marqué ; qu'elle ne mangé
X» rien de ce qui naît de la vî-
^> gne , qu'elle ne boive ni vin
3» ni rien de ce qui peut eni-
» vrer ; qu'elle ne mange rien
30 d'impur, & qu'enfin elle ac-
» complifle avec foin tout ce
93 que je lui ai ordonné.»
Manué dit à T'ange du Sei-
gneur ; » Je vous prie de m'ac-
30 corder ce que je vous demaa«
(#> Jttdie. c. i|. v« a* & Al*
ijzA MA
a» de 9 -& de permettre que notra
99 vous préparions un chevreau*
3» L*ange lui répondit : Quelque
» înâance que vous me fafëez^
3> je ne mangerai point de vo«
3» tre pain , mais fî vous vouiez
t» offrir un holocaufte » oârez*
» le au Seigneur. 30 Manué ne
fçavoit pas que ce fût l'ange
du Seigneur , Se il lui demanda
comment il s'appelloit , afin»
dit-il 9 que nous puiiïïons vous
honorer , lorfque vos paroles
ieront accomplies. L'ange lui
répondit: n Pourquoi deman-
30 dez-vous à fçavoir mon nom,
y> qui eft admirable? » Manué
prie donc le chevreau avec les
oblations de farine, il les mit
fur une pierre âc il les offrit au
Seigneur , qui fit un grand pro-
dige à la vue de Manué & de
fa femme ; car, il s'éleva de
Tautel une flamme vers le Ciel,
£c Pange du Seigneur y monta
au milieu des flammes. A cette
merveille , Manué & fa femme
tombèrent le vifage contre ter-
re , de range du Seigneur dif-<
parut de devant leurs yeux.
Manué reconnut auiHtôt que
c'étoit range du Seigneur , Ôc
il dit à fa femme : 3> Nousmour-
» rons certainement , car nous
99 avons vu Dieu. » Sa femme
lui répondit : » Si le Seigneur
y> vouloit nous faire mourir ,
» il n'auroit pas reçu de nos
y> mains Tholocaufle ôcles obla-
3» tions qui Taccompagnoient ;
» il ne nous auroit point fait
MA
» voir toutes ces choies f 8c 1t
» ne nous auroit point prédit
i> ce qui doit arriver. » Elle
mit donc au monde un fils
qu'elle appella Sanfom. Cette
hifloire fe rappone à Tan ixfi
avant J. C.
MAO, MoQf ia) nom que
les Chinois, donnent à la conf-
tellation des Pléiades.
MAOCH, Maoch^ A'/««wx^
(h) fut père d'Achis, roi de
Geth.
M A O N 9 Maon ^ Ma<»r ^
M«s0/> % ie) ville de Palefiine
dans la tribu de Juda, dans
la partie la plus méridionale
de cette tribu. Nabal da monc
Carmel avoir de grands biens
dans le défert de Maon , 6c
David demeura aflez long-tems
dans ces cantons* là ^ durant la
perfécutioa que Saul lui fit fouf*
frir.
Dom Calmet croit que Maoa
étoit la capitale des Maoniens^
dont il efl parlé dans rHébrea
aux Paralipomènes. La Vulgaie
dans un endroit porte Ammonii»
Us 9 au lieu de Maonim ; de
dans un autre elle lit hakkatkh*
nes^ ôc les Septante Minaos*
La ville de Maon^ qui don-
noit fon nom au défert de Maon»
eft apparemment la même que
Maenois ou Msonis , qu'Eufebe
met dans le voifînage de Ga%e ^
& que Ménaeum du code Théo-
dofien , près de Berfabée » oia
Verfabinum. Elle efl nommée
Minois dans les foufcriptions
(if) Mém. de l'Acad. des Infcripc. ftl ie) Jofu. c. 1$. v- S5* ^cg* !•• 1* c.
Bell. Lect. T. XV. pag. 464 » 445. . - .
((; Reg. L. 1. c. »7. V. s«
Iie) Jofu. c. 1$. V- S 5* Rcg* !•• 1* Cm
t). V. 14 f 25. c. %%, V. t. Para]. L» !«
c« 4. v»,49 y 41. L. 11, €• SQ« V* 1^
MA
jiu Coticite de Chalcédoiiie de
J'an de Jefus-Chrift it5i.
M AON, Maon^ M«»r, {a)
fils de Sammaï , fut père de
Bethfur.
M AON ATHI , Maonathi , (*)
Mr.^e;, fils d'Othoûiel, fut
père d'Opiira.
MAPSAM , Mapfam , ( c )
MctCtLffifji , fiJ6 de Seliura , &
p^re 4e Mafma.
MARAÇANDA, Maracan--
da^ Mx/>axa(r/«t » {i^ ville d*A-
£e daos la Sogdiane. Elle ep
ÂtoxK la capitale ji felaû Arr^en.
Pcoiéméje la met dans la Sac-
tfiaoe*
Spi€flinène , aya^nt chaiTé la
garnifoa de Maracanda , s'étoit
:renferiivé dans ce>tce place, quoi-
,que les habitans n^approuvalTent
point fa révolte, mais ils fai*-
îbienc femblant d'y confentir ,
parce qu'ils ne ppuvoient l*em^
pêcher. Ménédeme fut envoyé
contre le rebelle , mais il fut
-àéiw. j & reila mê^e fur la
place* Alexandre , informé de
<ce qui s'étoit paijiie , marcha en
perfpnne contre Maraçapda ;
flaaû , Spitamène pr^vip^ par
Ja fujte fon arrivée. Quo^ue
les hsi^iirans ne fuCi^nt pas dans
le fond coupables , Alex^^dre
•mîaa leur ville. Scrabon du
«moki^ la met au nombre 4^
cellen que ce Cop^nérant re^-
>Terfa«
M A IIJ
Le même Scrabon nomme
cette ville Paracanda; les Ma*
nufcrits, au rapport de Cafau-
bon , ponenc Mdfdnatfra. ou
M««9Kx»6a. Il vaudroit mieux
lire hActpaK^vItt. On dit que c'eft
préfentemeor Samarcande«
M A R A C £ S , Maraqî ,
Mtpa)Lcl , (t) peuple de Grèce*
félon Xénophon. Cet Hiftorieo
les nomme avec les Dolopes*
Ce doivent être les mêmes que
ctux que FI ioe appelle Maraccs^
6c qu'il rapge parmi les peu-
ples d'Étolie.
MARAGDUS , Maragdus ,
Mi/a67/-o; p (f) officier Arabe»
du tems de Cyrus. Xénophon
dit que Maragdus avoir à les
ordres cent mille hommes éfi
cavalerie , ceot chars « Ôc une
multitude prodigieufe de fron-
deurs.
MARAI , M4rai , M^h^a «
(g) dç la ville de Nétophath ,
de la race de JCarai , et oit chef
des vingt -quatre mille hommes ,
qui fer voient aoprès de David
4ans le dixième mois qui répon4
à notre mois de Janvier.
MARAI A , Mar^iay h^unoU,
(h) éioh chef de la famille fa-
cerdotale de Sar^ia, du tems de
Joacim.
M ARAIOTH , Marlaoth , (i)
l/kx^:^^' -, étoit fils d'Achitob*
capitaine de la mai(bn du Sei-
gneur. Il fut père de Sadoc*
6») Parai. L. 1. e. «. y. 45.
H) Patal. L. 1. ç. 4. V. 13 ) 14.
C^) Parai, t. 1. c- 4» v. 95.
, {d) Q. Curt. L. VU. ç. 6 , 9. L. VllI.
f, \ p %, &;jib# pag* $17» ftuJem. l.*
yL c. XI.
(é) Xenoph. pa^. 5$o. PUn. Tom. 1«
p. 190.
(/J Xcaoph. pag. 19.
{£) Pa^al. 1. 1. c. »7. V. i}.
Ih) %iAï, L. il. c. II. V. iB,
i (>j Pacpl. L. l«c. 9. V, ii«
1^4 ^ Â
MARAlOTli,Maraîoth,(ay
Mct/)6j;6, fils de ZarahiaSj fie
père d'Azarias.
M AR AJOTH , Marajoth , {h)
MctpivT^ , Prêtre de la race d'Aa-
toa» Il fut 61$ de Zaraias » de
père d^Amarras. Il eft mis au
rang des grands Sacrificateurs ,
dans îe premier livre de Para-
lipomènes.
MA R ANE S, ott Mara-
NÉENS , Maranei , Mapctfi7^ , (e)
peuple Arabe qui fut détruit
par les Garyadanes» Fayei Ga-
ryndanes,
MARATHON , Marathon ,
Mccpafôwr , (d) bourgade de Grèce
dans TAtrique , étoît (ituée ,
félon Paufanias, à égale dif-
tanced* Athènes & deCaryfthée
ville d'Eubée. Cornélius Népos,
dans la vie de Milciade > îa
met à environ mille pas d'A-
thènes. Elle étoit dans la tribu
Afantide , comme Spon l'a prou-
vé par un ancien marbre qui
contient les noms des tribus
Athéniennes. Son nom lui ve-
ftoit du héros Marathon , en
stténraire , dit Plutarque , de ce
que ce jeune homme avoir ac-
compli un ancien Oracle , en
••offrant volontairement pour
être facrifié à la tête des trou-
pes.
C'eit à Marathon que les
Perfes débarquèrent , & qu'a-
près un grand combat où ils
(«) Efdr. L. 1. c. 7. V. 3*
(f) Faral. L. 1. c. 6» v. 69
(c) Diod. SicuU p* is)*
{J) Pauf. pag. «8 > 60. & fêq, Scrab.
pag» 177 > 383 , î9«' & /«f • Herod. L.
1. c. 6». L. Vil. c. 107» ii^t Diod.
$lcul. pag. «42. Plut. Tom. 1. p% 6^ 15*
MA
furent défaits , ils perdirent en*
core plufieurs vaîffeaux en fe
retirant. Les Athéniens n*eurent
pas plutôt appris la nouvelle
de leur débarquement qu'ils nom-
mèrent dix ôénéraux ; & près
"de fe mettre en marche 9 ils dé-
pêchèrent le courrier Phidip-
pîde à Sparte, pour inftruire
les Lacédémoniens du péril d^
la Grèce. Phidippide forti d'A-
thènes avant le départ des Gé-
néraux , arriva le neuvième de
la lune à Sparte.
Le Confeil dès Éphores fenttt
la néceffité d'un prompt fecours;
mais, une loi religieufe 9 â:
dont rinfraftion eût attiré la
colère des Dieux, défendoîc
de commencer une entreprife
militaire avant la pleine lune »
qui ne devoit arriver que dans
fîx jours , c'eft-à-dire , le ïf
du même mois. On fe crut donc
obligé d'attendre ce jour-là^
pour faire partir les troupes»
Nous avons peine à compren-
dre aujourd'hui que de pareils
fcrupules aient arrêté des homi-
mes fenfés dans une telle occa-
fion ; cependant , Thiftoire noiw
fournit de femblables traits dans
tous les fieeles de dans tous lès
païs.
Les Athéniens ne crurent pas
devoir attendre la jondlion des
Spartiates; ils jugèrent plus à
propos de profiter de la fitua*
Plin. Tom. 1. pag. 197* Tom. 11. pae;
370, 690» Pomp. Mel. p. II). Tbuc^d*
P^R* H y 48- Corn. Nep* in Miltiad. c.
4,6. m Themifth. c. 1 » 5 1 6. Julh L.
11. c. 9. Mém. de PAcad. des Infcript*
& Rell. Letu Tom. XVlll, pag. j^^
& frivt
M A '
tîon des Perfes , alors reflerrés
par la mer , par une montagne
ÔC par le marais de Marathon ,
qui ae leur permettoic, ni de
s*écendre9 ni de faire agir leur
cavalerie. Ainfî , dhs- qu'ils eu-
rent reçu le renfort qui leur ve-
Boit de Platées, ils s*avancerent
par le flanc de la montagne , ëc
prirent pofte à la vue des Per-
les. Miltiade , qui craîgnoit les
intrigues des Piliilratides de du
vieil Hippîas , propofa de bruf-
i!)uer Tatraque; plufieurs de fes
Collègues lui cédèrent leur
jour de commandement ; il at-
tendit néanmoins pour donner
le combat , que le lien fût ar-
rivé. La viâoire fut complète,
êc Parmée Perfanne, contrainte
de fe rembarquer, abandonna
fes équipages , en laiffant huit
mille trois cens hommes fur le
<liamp de bataille; fans parler
d'un plus grand nombre de
fuyards qui périrent dans le
marais. Les Athéniens pourfui-
virent les vaincus jufqu'aux
f>ords de la mer , leur prirent
fix vaifleaux, 6c en brûlèrent
plufieurs*
Cette bataille , qui a rendu
ce lieu (i mémorable , fe donna
la troifieme année de la 72*.
Olympiade, Pan 490 avant 7. C.
Les Athéniens n'étoient qu'au
nombre de douze mille, tandis
'^|ie les Perfes comptoient dans
lé^r armée plus de cinq cens
iplle hommes. Cette bourgade
€toir déjà fameufe , depuis que
Théfée y avoit pris le taureau
de Marathon , qui avoit fait
beaucoup de mal à la Tétrapole
M A f ij
d^Âttiqne, Se qui fut ùcnBé
par le vainqueur au temple de
belphes.
L'on voyoit à Marathon la
fépulture de ces braves Athé-
niens qui périrent dans le com*
bat contre les Perfes. Sur leur
tombeau l'on avoit élevé des
cdlorones où étoient gravés
les noms » les tribus & les ex-
ploits de ces illuOres morts*
Les PJatéens , peuples de Béo-
tie , avoient au(Iî-là leur mo-
nument , ÔL les . Efclaves le
leur , car en cette occalioA
les Efclaves furent enrôlés pour
Ja première fois» Miltiade fils
de Cimon avoit fa fépulture
à part.
39 Dans la campagne de Ma*
30 rathon l'on entend , dit Paufa-
3» nias , toutes les nuits des
39 henniflemens de chevaux êc
30 un bruit de combattans ; tous
3» ceux que la curiolîté y attire
» & qui prêtent Poreille à def-
39 fein , s'en retournent fort
n maltraités , mais ceux qui
33 paifant leur chemin voyent
33 ou entendent quelque chofe^
39 n'offenfent point les Mânes 9
» & il ne leur arrive riea de
3» mal. 33
Les habitans du lieu regar-
dolent commme autant de Héros
ceux qui furent tués en com-
battant contre les Perfes; ils ref*
pedloient leur mémoire, Ôc en-
core plus celle de Marathon qui
donna fon nom à cette Bourga**
de. Mais, ils honoroient Her-
cule d'un culte tout particulier,
& ils paflbient même pour être
les premiers des Grecs ^ui lui
120 M A
eufTenc confacré des autels* Au
refte * à les en croire > il y eut
en cette fameufe journée un
événement fort (ingulier. ' Un
inconnu qui avoit Tair àc Tha-
bit d*un paiTan , vint fe mettre
du côté des Athéniens durant
la mêlée, tua un grand nom-
bre de Barbares avec le man-
che de fa charrue , & difparuc
auflitôt après. Les Athéniens 9
ayant confuhé l'Oracle pour
fçavoir qui étoit cet inconnu ,
n*eurent d'autre réponfe iînon
qu'ils honoraflent le héros
Échethlée. Après le combat ,
ils érigèrent- dans le lieu même
un trophée de marbre blanc.
Les Athéniens fe faifoient hon-
neur d'avoir donné la fépul-
ture à tous les Perfes qui pé-
rirent dans le combat ; &i en
effet ils avoient toujours re-
gardé comme une aâion de
piété d'enterrer les morts. Ce-
pendant, je n*ai vu, dit Paufa-
nias , dans toute la pleine de
Marathon , ni tombeau , ni émi-
nence, rien enfin qui air Tair
d'un monument ; ce qui me
fait croire , ajoute Paufanias 9
que Ton jerta leurs corps dans
quelque foffe , à mefure qu'on
en rencontroit.
On voyoit à Marathon une
fontaine qui portoit le nom de
Macarie. Dans la plaine il y
avoit un lac fort bourbeux. On
dit que les Perfes , par mépri-
fe ôc pour ne pas fçavoir les
chemins , fe jetterent tout au
travers ^ & qu'il en pcrit-là
MA . -,
un grand nombre. Au defTus du
lac on vit longtems fubfiiler
les écuries d*Artapherne » bâ-
ties de pierres-, & l'endroit où
il attachoit fon pavillon fe fai*
foit remarquer. Ce lac for**
moit une rivi«re , dont l'eaa
vers fa fource étoit fort bonne
pour les beiliaux, mais vers
fon embouchure elle étoit fa-
léeSc pleine de poifTons de mer*
Un peu plus loin que la plaine
de Marathon, il y avoit une
caverne digne d'être vue ; l'en-
trée en étoit étroite , mais quand
on éroit dedans , on trouvoit des
chambres I des baignoires, une
érable appellée communément
retable de Pan, & des pier-.
res taillées en figures de chè-
vres.
Marathon , dit aujourd'hui
Marathona, félon Sophien , dc
Marafon félon quelques autres»
n'eil plus qu'un petit amas de
quinze ou vingt zeugaria , ou
métairies des Athéniens , éloi^-
gné de trois milles de la mer Se
de fept ou huit d'Ébreo Cattro ;
ce qui répond aux foixante-
quatre flades, que Paufanias met
de diilance enire Marathon 6c
Rhamnus.
MARATHON , Marathon ,
MapaBcJr , (a) fameux Héros qui
donna fon nom au bourg de
Marathon. Voyei Marathon.
Eumélus avoit écrit que Ma*
rathon , fils d'Épopée & petit-
fils d'Aloëus qui avoit le Soleil
pour père, craignant la colère
&; le% mauvais traitemens d'É-^
C«) l'auf. pag. a8 > 61 9 8s*
MA
popée^s'étph franfplanté dant
la partie maritime de l'Attique;
qu'après la more de fon père
H étoit revenu dans le Pélopon-
nèse ; qu*ii avoit partagé le
royaume entre Tes enfans ; qu'en-
fuîte il étoit retourné en Atrî-
qoe y & que fes deux fils , Si-
cyon 3c Corinthus , avoient don-
né leur nom an pais qui leur
étoit échu en partage.
MARATHON [ le taureau
de ] , Marathonius Taurus , {a)
Mapct^iueç Tav^tç. Plutarque ra-
conte que Théfée, ne pouvant
fouffrir i*oifîveté , ôc voulant
d'ailleurs, s'attirer Tamour du
peuple f alla contre le taureau
de Marathon , qui incommo-
doit extrêmement les habitans de
la contrée , appellée Tétrapole ;
6c l'ayant dompté & pris tout
en vie , il le fit pa(Ter au tra-
vers de la ville , afin qu'il fût
vu du peuple, & le facrifîa en-
fuite à Apollon Delphinien*
MARATHON £ le lac de ] ,
Marathonius Lacus. (h) Paufa-
cias fait mention de ce lac , &
dit qu'il étoit en grande partie
rempli de limon. Les Perfes mis
en fuite à la journée de Mara-
tbon fe précipitèrent dans ce
lac. Ceux qui faifoient difficulté
de s'y jetter, furent paffés au
fil de l'épéepar les Athéniens.
MARATHONIENS , Mara-^
ikonii , lActpahûdviot f les habifans
de Marathon. Fbyei Marathon.
iVîARATHOS, ou Mara-
(ii) Plut. Tom. 1. p. 6.
<^) Pauf. p. 6i» 6».
(c) Pomp. Mei. pag. 69. Ptolèm. t.
JT.c, 15, Suab. pag. 755. Plia, Tom. 1.
?,
M A T17
tUtTS , Harathus , Afarathos, (c)
M<x/>a0o<, ville d'Afie dans U
Phénicie. CVtoit» félon Pom-
ponius Mêla, une ville fameufe.
Ce fut- là qu'Alexandre reçue
des lettres de Darius, écrites
en des termes fi orgueilleux ,
u'il en fut extrêmement ofien-
e ; mais^ ce qui le piqua davan-
tage • ce fut que Darius prenoic
le titre de Roi , ^ ne Je lui
donnoit pas à lui-même.
Ptolémée nomme cette ville
dans la Cadîotide entre Anta-
rade 6c Mariame. Tzetzès U
met entre le Cafius & le Liban,
& l'appelle Maraphis. Straboa
parle de Marathos, comme d'une
ancienne ville des Phéniciens ,
mais qui étoit ruinée de fon tems«^
Il ajoute que les habitans de l'iile
d'Arade en avoient partagé en-
tr'eux au fort le territoire. Cet-
te ville fe rétablit depuis , Se
elle fubfîfte encore aujourd'hui 9
dit-on , fous le nom de Tor-
tofa. D'autres veulent que ce
foit préfentement Margat.
MARATHUS , Maratkus;
Voye^ Marathos.
MARATHUS , Marathtts ,
Mc^«8oç , (d) Héros que d'autres
nommenr Marathon. Voye\^ Ma-.
rathon.
MARATHUSE , Maraphujal
Mx/»aOot;oa , {e) îfle fituée fur les
côtes de l'Afîe mineure , vers
Éphefe , félon Pline. Etienne
de Byzance la met plus au nord»
près de Clazomenes. Thucydi*
pag. 164 • 674. Q. Curt. L. IV. c. i.
ii) Plut. Tom. 1. p. 1 s.
(e) Plia. Tom. 1. p. 187. Tfaucyd. fi
57<i
128 M A
de dit que Marathufe, Pelé &
Drimyfl'e étoient des iflesiîtuées
devant Clazomenes ; ainfi 9 il
a fervi de guide à Etienne de
Byzance, qui Ta copié en cela.
Son nom venoic de la quantité
de fenouil qui y croifToit. Pline
écrit MarathufTe. avec deux^
MARATHUSE, Marathufa,
Mapd^Qvaci , (a) ville de Tifle
de Crète. Pline 6c Pomponius
Mêla en font mention.
MARATHUSSE , Marathuf
fa. Voye{ Marathufe.
MARBRES DE PAROS ,
autrement Marbres d'Arondel.
Le nom de Marbres de Paros
vient de ce que ces Marbres
furent trouvés dans Tifle de
Paros. Foye{ ArondeI«
MARC [ Saint ] , Marcus ,
MtVxo^ « (h) ÉvangéliAe 9 étoit »
félon Papias , Saint Irénée 9 &
la plupart des Anciens ôc des
Modernes 9 le Difciple êc Pin-
cer prête de Saint Pierre; &
plu(ieurs Anciens croyent que
c*eil lui dont parle Saint Pierre
dans fa première Épître , &
qu'il appelle fon fils fpiriiuelj
apparemment parce qu'il Tavoit
converti. On croit qu'il avoic
vété du nombre des foixante-
dix Difciples, avant qu'il s'at-
tachât à la fuite du Prince des
Apôtres ; mais , quelques Pères
a^joutent à cela une particula-
rité 9 que Saint Marc fut un
de ceux qui fe retirèrent de la
compagnie du Sauveur, lorf-
qu*il lui eut ouï dire ces paro-
MA
les : D Si vous ne mangez la
n chair du fils de l'homme, & S,
» vous ne buvez fon fang9 vous
» n'aurez point la vie en vous-
» mêmes ; » mais que Sainr
Pierre l'ayant ramené , il de«*
meura toujours depuis ferme
dans la foi, de s'attacha à cet
Apôtre qu'il accompagna à Ro-
me , où il écrivit fon Évangile»
Quelques-uns Pont confondu
avec Jean Marc , connu dans
les Adles des Apôtres ik dans
les Épîtres de Saint Paul ;
mais, ce fentiment eft prefque
entièrement abanndoné. D'au»
très foutiennent que Saint Marc
étoit de la race Sacerdotale .
& qu'il portoit le bonnet des
Prêtres. C'eft ce que dit l'au-
teur Anonyme de fes Aâcs»
On prétend auilî qu'il étoit nd-
veu de Saint Pierre j étant fil»
d'une de fes fœurs.
Quoi qu'il en foitj cet Apô-
tre étant allé à Rome vers
l'an de Jefus-Chrift 44 9 Saine
Marc l'y accompagna , & y
écrivit fon Évangile , à la prière
des frères > qui lui demandèrent
par écrit, ce qu'il avoit ap-
pris de la bouche de Saint Pier-
re.
Saint Pierre ayant appris ce
que fon Difciple avoit fait , le
loua, l'approuva & donna foo
Évangile à lire dans les Églifes»
comme un ouvrage authentique.
TertuHien attribue cet Évangi-
le à Saint Pierre i & TAuteur
de la Synopfe, qu'on croit être
(s) Plin. T« 1. pag. aïo. Pomp. Mel.l (^) Pets, Èfifi, i. c. 5. y. 13.
ptg. 1480 I
Saint
MA .
Saint Âtlianafe, veut ^ue'ceè
Apôtre le lui ait di(flé. Eu-
tythe f Patriarche d'Alexan-
drie « avance que Saint Pierre
J'écrivit ; &. quelques- uns , ci*
tés dans Saint Chryfoitôme »
croyant que Saint Marc l'écrivit
tn Egypte. D'autres veulent
qu'il l'ait écrit après la mort
de Saint Pierre. Toutes ces di-
Verfités de fentimens prouvent
aflez qu'il n'y a rien de bien
certain fut le tems , ni fur le
lieu où Saint Mafc conapofa
fon Évangile^
On eû auHÎ partagé fur la
langue dans laquelle il a été
écrit» les uns foutenant qu'il a
été compofé en Grec^ & les au-
tres en Latin. Les Anciens &C la
plupart des Modefnes tiennent
pour le Grec qui pafTe encore
à pféfeiit pour l'original de
Saint Marc ; mais , quelques
exemplaires Grecs manufcrits de
cet Évangile portent qu^l fut
écrit en Latin. Le Syriaque ôt
l'Arabe le portent de même.
Il étoit convenable qu'écrivant
à Rome, de pouf les Romains,
il l'écrivît en leur langue* Ba-
roàius & Selden fe font décla*
rés pour ce fentiment, lequel
toutefois n*a que très-peu de
Seâateurs.
On montre à Venîfe quelques
cahiers que l'on prétend être
l'original de la main de Saint
Marc. Si cela étoit bien fûr^
& que Ton pût lire le Manuf-*-
crit , ce feroit une preuve in-
faillible pour terminer cette dif*
pute. Mais , on doute que ce
&it le vrai original de Saint
Mâ/e; & il €i\ tellei^efit gâté
par la vieillefTe, qu'à peine eA
peut-on dillinguer use feuld
lettre» Le demiet Auteur qutt
nous fçachions , qui en ait paf^
lé, eft O. Bernard de Môntfau'"
con^ Il foutient qu'il eil écrit
en Latin , Ql il avoue qu'il u'a
jamais vu de (i ancien Manuf*
cfit* Un Auteur qui l'avoit VU
avant lui» croyoit y avoir re-*>
marqué des caraâeres Grecs»
Ce manufcrit de Saint Mar6
eft écrit fur du papier d'Égypta
beaucoup plus mince de plus dé-»
licat que celui que l'on voit eti
diâTérens endroits. D. Betnafd
de Montfaucon croit qu'on ne
bazarde gueres en difant qu'il
eil pour le plus tard du qua«t
trieme fiecle. 11 fut mis en 15641
dans un caveau dont la voûtd
même eft dans les marées , plui
bafle que la mer voidne ; de«là
vient que l'eau dégoutte perpé«*
tuellement fur ceux que la cu^
riofîté y amené. On pouvoit eft*
core le lire, Jorfqu'on l'y dépo^^
fa en 1564»
Plufîeurs Modernes croyent
que Saint Marc fut envoyé paf
Saint Pierre de Rome à Aqui-
lée , où il demeura deux ans ^
demi , & fonda une Èglife \
mais, ce fait n'eft pas fonda
dans Tantiquitéi On croit que
ce fut l'an de Jefus-Chrîit 49,
qui étoit le neuvième dé I*em*
pire dé Claude > que les Juift
ayant çté chafles de Rome ^
Saint Pierre &. Saint Marc fu^*
rent obligés d'en fortir* Saint
Pierre envoya Saint Marc eà
Ègyptç, pour y prêcher Tj^
ï;d MA
vangile* Il defcendîc d^abotdlK
Cyrene dans la Pentapole » où
il fit plufieurs converfioDS, Delà
il vint à Alexandrie > où il con»
vertît Anien , qu'il ordonna pre-
mier Évéque de cette ville« Le
aombre des Chrétiens s'y multi-
plia extrêmement; & ils y vécu-
rent d'une manière fi parfaite»
?u'au fentiment de plufieursv
hilon le Juif en a voulu faire
honneur à fa nation, en décri»
yant la manière de vivre des
premiers Chrétiens , fous le nom
de Thérapeutes.
Le nombre des Chrétiens
croiffant tous les jours , les
Payens fe foulevercnt contre S.
Marr f qui étoit venu renver-
fer le culte de leurs Dieux. Il
crut qu'il étoit de la prudence
de fe retirer & de laiiler paiTer
cette tempête. Il retourna à
Cyrene , oà il demeura encore
deux ans. Puis il revint à Ale-
xandrie. Il y vit avec joie les fi-
dèles augmentés en foi 8c en
grâce , aufii bien qu'en nombre ,
ôc en fortit de nouveau* Il alla
apparemment à Rome > s*tl eft
vrai 9 comme le dit là chronique
d'Alexandrie 9 qu'il y affilia à la
mort de Saint Pierre ôc de Saint
Paul » l'an de Jefus-CbriA 66^
De'^là il revint à Alexandrie»
où les Payens irrités du grand
nombre de fes miracles « âc des
railleries que les Chrétiens fat-»
foient de leurs Idoles > le cher-
choient pour le faire mourir.
Dieu le cacha pendant quelque
«ems; mais, ils le trouvèrent
iqui ofFroit le Saint Sacrifice.
Ç'étoit un Dimanche 24 Avxîl
MA
del'andeJerus-ChriftéS.lls M
mirent une corde au cou , & le
traînèrent pendant tout le jour ^
difant qu'il falloit mener ce
bufiie à Bucoles, qui étoit un
lieu près de la meri plein de
rochers & de précipices. Sur le
foir , ils le mirent en prifon > o4
il eut deux vidons pendant la
nuit ; Tune » d'un Ange 9 qui
l'aflura que fon nom étoit écrit
au livre de vie ; l'autre, de
notre Sauveur , qui lui donna la
paix. Le leodemaiiv» les infidèles
recommencèrent à le traîner
par les rues , jufqu'à ce qu'il
rendit fon ame à bien , le 2f
Avril de Tan de Jefus-Chrift
68. Plufîeurs ont dit qu'il avoit
fini fa vie par le feu ; apparém!«
mène que l'on brûla fon corps
«près fa mort.
Quelques Hérétiques, au rap-?
port de Saint Irénée » ne rece-
voient que le feul Évangile
de Saint Marc. D'autres piarmi
les Catholiques rejettoient les
douze derniers verfets de fon
Évangile» depuis le v. 9 , Surgens
autem mane , &c. jufqu'^à la ^n
du livre ; apparemment à caufe
qu'il paroifibit que Saint Marc t
en un endroit > étoit trop op->
pofé à Saint Matthieu , & qu'il
rapportoit dans cette dernier^-
λartie > des circonftances oppo-
ses aux autres Évangéliiles»
Les anciens Pérès, les ancienr
nés verfions Orientales , & pttf*
que tous les anciens exemplai**
res , tant imprimés que manufr
cries. Grecs & Lsitins, lifent
ces douze derniers verfets » ^
les leconûoiâent pouc aiitb^ft*
MA
tiques , comme tout le relie de
l'Évangile de Saint Marc*
. Autant qu'on en peut juger
en comparant Saint Marc avec
Saint Matthieu , le premier a
abrégé Touvrage du fécond.
Saint Marc employé très-fou-
venr les même termes , rappor-
te les mêmes hifloires* de rele«*
ve les mêmes circonftances. S»
Marc y ajoute quelquefois de
nouvelles particuia/ités , qui
donnent un grand jour au teixte
de Saint Matthieu. Il y a même
deux ou trois miracles dans S.
Marc 9 qui ne fe trouvent pas
dans Saint Matthieu. Ce qu*il
y a de fort remarquable dans
notre Évangélifte , c*ejft que
quoqu'il fuive Saint Matthieu
dans prefque tout le refie , il
-abandonne cependant Tordre de
fa narration > depuis le chapi*
tre IV. V. i^. jufqu'au chapitre
XIV. V. 13. Dans ces endroits
au lieu de fuivre Saint Mat*
thîeu 9 il s'attache à Tordre des
tems marqué dans Saint Luc de
dans Saint Jean ; ce qui a dé--
terminé les Chronologiftes à
fuivre Saint Luc , Saint Marc
& Saint Jean préférablement à
Saint Matthieu* Dans les com<«>
mencemens de TÉvangile 9 il
commence fon récit à la prédi-
cation de Jean ^ Baptifte , Ôc orner
plufieurs paraboles qui font rap-
portées dans Saint Matthieu ,
Chapitre XX , XXI & XXV ,
. (4) Dio. CaC p. 79^. 4^ /^r. déi»
Bitt. des Exp. Tom» IV. pag. )a8 •
3*9 > 3)0. & fmiv. Mém* de TAcad.
des Infcript. & Bell. Letc. Tom» i< p
MA i)t
& plulîeurs difcours de le fus*
Chriil à fes DiCciples & auiC
Pharifiens , chap* V, VI , VU ^
XVI, xxm*
On peut voir la vie de Saint
Marc dans les Bollandiftes ÔC
dans M. de TiUemont , & ç^
que M. Spanhem a écrit fur
cet Évangéliile*
MARC » Marcus , Mxoxoç»
Voye^ Jean , fur nommé Marc*
MARC AURELE, MarcuÉ
parent de l'empereur Adrien i
porta d'abord le nom de M*
Annius. Il étoit Efpagâol d'ori-«
gine. Son bifayeul parterne!, quî^
le premier de fa famille. Vint,
s'établir à Rome, avoit pour pa^
trie Ucubis ouSuccubis, ville
de la Bctique , peu éloignée d'I-ï
talica, patrie d'Adrien.
La nobîeffe de la famîHe de
M. Annius pouvoir être ancien-
ne, & on lui attribue une ori-
gine bien iltuftre , mais chimé-
rique , fans doute, en la faî-*
fant defcendre de Ntima. Sotif
illuftration conftanie ne remon-
te pas au delà de la quatrième^
génération. Annius Vérus , fcn
bifayeul , s*ciant tranfporté ,
comme il vient d'être dit * d'U*
cubis à Rom^^ y parvînt à la Pré^
ture. Son grand-pere du même
nom porta la fplendeur de fat
fflaifon au plus haut degré , 6c
devint Patricien, trois foisCon-
Tom. 11. pag. 4)85 4)9* Tom. JCli. pag,
%66i 564, 3^9, |T4. 385 , j^cj; Tom;
XV. pag. 43 i 48 , 6» , 449 , -,68. Tom.
XVII, pa^. li. Tom. XVill. pag. 218»
t»9 » ftso f ^1 1 H^ » lfc5V-»'*a8o r •Bt'j & fri'9» 7ofn. XXI pag. 485* «^ Jmvi
tjâ M A
fui , & Préfet de la ville. Soti
père mourut peu avancé en âge^
ctànc adlueliement Fréteur. Il
avoit époufé Domitia Calvilla
Lucilla f fille de Calvi(îus Tul-
lus , qui fut deux fois Conful.
M.iÂnnius, leur fils, naquit
le vingt-fix Avril de Tan de Ro-
me 872 , & de Jefus-Chrift 121 ,
fous le fécond Confulat de fon
{;rand-pere. 11 futfucceilîvement
adopté par fon bifayeul^du côté
de fa merCi Catîlius Sévérus 9
&parfonayeul paternel An-
nius Yérus ; enforte qu'il porta
quelque tems le nom de Cati*
lius , & reprit enfuite celui de
fes pères. On a remarqué que
le nom de Vérus convenoit très-
bien à fa candeur, & à l'amour
qu'il montrit pour ta vérité dès
Ion enfafice. Adrien. jugea mê»
sne que ce nom ne diîoit pa$
aflez > & voulut qu'on l'appel-
lât Véridimus ou parfaitement
vrai. Ce Prince eut pour lui
des attentions particulières, dès
les premières années d« fon
enfance. Il lui donna le rang âc
le titre de chevalier Romain
à l'âge de fix ans ; & à huit ,
il le décora d*un facerdocè im-
J>ortant9 en l'a^Tociant au col-
ege des Saliens ; enforte que
l'adoption » par laquelle il Tin-
troduifit dans la maifon impé-
riale, ne fut ^u*une fuite de
l'afFeâion finguliere 9 qu*il lui
avoit toujours témoignée.
Le foin de l'éducation de M.
'Annius fut confié à fon ayeul
patern;èU auquel dans des mémoi-
res Philofophfques, qu'il nous
a lai£és > fur ce q^ui le concerne
MA
lui-même » il fe reconnott f edc*^
vable de la générofité Ôc de la
douceur des fenrimens. Mais
d'un autre côté , il compte par-
mi les bienfaits des Dieux , de
n'être pas rcfté long-tems entre
les mains de la concubine »
qu'entretepoit ce grave Séna-
teur , & par laquelle Tinno»
cence de fes moeurs auroit pu
être pervertie. Il fut inilruit
dans tous les arts , qui peuvent
former l'efprit & le corps. On
lui donna des Maîtres de Gram«
maire Grecque & Latine,d'Élo*'
quences de Philofophie , de
Jurifprudence , de Mathémati«
ques , de DeiTein ^ de Danfe»
de Mufique. On le drefla même
à la lutte , à la courfe, au pu**
gilat. Il aima affez les exerci-
ces du corps , de il y-réufiilToit*
L'Éloquence de la Poëfîe eurent
peu d*attraits pour lui. Il re-
mercia même les Dieux de n'y
avoir pas fait de grands pro-
grès , parce que les fuccès en
ce genre auroient pu l'arra-
cher à des études , dont il fai«
foit peu de cas en pomparaifon
de la Philofophie.
Ce fur donc la Philofophie f
qui eut toute fon eftime & toute
fa tendrefle. Il la prit du côté
folide, utile aux mœurs* Natu-
rellement grave ÔC férieux 9 il
ne perdit point le tems à des
queftions abftraites fie fouvenc
frivoles. Il s'attacha à ce qui
pouvoit le perfedlionner , lui
former le cœur , réprimer les
paillons, lui infpirer l'amour
de .tous fes devoirs , le rendre
plusdoifx^ plus reconnoiflant #
MA
plus éloigné des plaififs UHci'
tes , plus difpofé à faire du bien
à tous ceux, qui fecrouveroienc
avoir befoin de fon fecoors. Son
ardeur pour cette belle Philo-
ibphiealla jufqu'à lui faire pren-
dre f à l'âge de douze ans , le
manteau de Philofophe. H pré-
tendit même en embrafler la vie
auflere. Il commença à coucher
fur la dure ; & ce ne fut qu*avec
bien de la peine , que fa mère
obtint de lui , qu'il fouffrît un
matelas^ L'application infatiga-
ble à rétude t la continuité du
travail , Ôc la févérité du régime
altérèrent fa fanté; & c'eft le feul
reproche que Ton ait pu lui
faire dans fon enfance. Il nous
apprend lui-même que dans fa
jeunelTe il cracha le fang. Mais ,
les maux » qui ont pour princi*
pe ces fortes d'excès » ne font
rias les plus difficiles à guérir.
i reprit vigueur , & malgré
une vie toujours laborieufe • il
pouffa fa carrière jufqu*à près
de foixanre ans.
On voit que les fages maxi-
mes de la Philofophie ne meu-
blèrent pas feulement fa mémoi-
re , mais qu'elles influèrent dans
fa conduite* Il y fut conftam-
jnent fidèle. Ses mœurs furent
fans tache» ou s'il avoue que
dans le feu de l'âge ^ l'amour
prit quelque pouvoir fur lui »
il déclare en méme-tems qu*il
en fecoua promptement le joug.
Il adopta le maintien férieux de
Fhiiofophe fans en prendre U;
morgue. Son accueil étoic pré-
venant & gracieux, non -feule-
ment pour Ces ^mis ^maii à l'iî«
MA
tJ^
gard de ceux même, qu*il coii!;
noiflbit peu. Il fçut être ver-
tueux fans orgueil , modefle faot,
timidité , grave fans féche«
reffe.
Tous fcs maîtres trouvèrent
en lui le difciple le plus recon-,
noiflant qui fut jamais. U ç^ft
vrai qu'ils le méritoient. Par 1^
détail y qu'il nous fait lui-même^,
de ce qu'il a appris de chacuil-
d'eux , il paroît que leurs le«*
çons ne fe renfermoient pas duns*
l'art ou la fcience, qui faifoic
proprement leur objet ; 6c qu'ils
avoient encore plus à cœur de-
lui élever l'ame 8c de le for-
mer à toutes les vertus mora-
les & civiles. Aufiï, les aima«.
t-il avec une tendrefle , donc,
il y a peu d'exemples. Une de#
faveurs, dont il rend grâces aux
Dieux, c*eil de ce qu'ils Pont
mis à portée de s'acquitter en-
vers ceux qui Tont élevé , '8c
& de les récompenfer , chacun
félon ce qui convenoit à leur
état , & fans délai , fans leur
faire attendre long - tems ce
qu'ils avoient droit d'efpérer»
Il les honora vivans & morts»
Il gatdoit leurs images en or
dans fa chapelle domeftique »>
avec celles de fes dieux Lares i
& il offrit à leurs tombeaux det
couronnes de fleurs fie desvic^
times.
Les plus célèbres de fes matrres'
furent Hérode Atticus , orateur^
Grec, Cornélius Fronton , ora-
teur Latin , mais fur-tout Juniufi
Rufticus, qui, à une illuflre naif-
famcc j joignoit un goût hérédï^
%)4 M A'
taire pour la philofophîeStoï-
cfènne.
M. Annius fréquenta auflî les
écoles publiques des Rhéteurs,
& y 6t avec plufreurs de fes
condifciples des liaifôns d'amitiéi
4ii**l conférva fidèlement. Lorf-
qû'il fut Empereur, il les com-
Dlâ de fes bienfaits ; & ceux
^e leur condition ne lui per-
mit pas d'élever aux honneurs ,
it les enrichir pas fes libéralités.
Dans fa quinzième année, il
^rit la robe virHe* & fur le
49ftamp Adrien arrêta fon ma-
riage avec une fille de Vérus
Ce far. Mais , Tâge trop tendre
dôs pattiês contrariantes retarda
FêXécution de ce projet qui fur
eivfuite rompu par d'autres cir-
Mnftances. Peu' de rems après ,
Tfi fut nommé à la Préfedure de
fà ville» pendant les fériés La-
finëi. Cétoit une fimple dé-
coration , une ombre de Ma-
giilrature fans fonélion. Mais
«nfin , il falloit repréfenter ;
de M. Annîus fit /on perfon-
uage , avec toute la décence
Ôc toute la dtgnîté poflîbles.
il prouva vers fe même tems
fort défintéreffement & fa géné-
jTofité à I*égard de fa fœur uni-
que Annia Cororficia , en lui cé-
dant apparemment à l'occafîon
d'un mariage , tout le bien de
fbn pcre. Sa mère blâma cette
libéralité , 8c voulut s'y ôppo-
fer. Il répondit àùx repréfetua-
tîons qu*eUe lui fit, que les biens
de fon ayeui parternel , dont il'
^toit Bis adoptif ^ ^u) héritier,
lui fuffifoiem. » Et Je vous învi-
3» ce vous jnême^ ajouta-t-il , à*
»' donner tout ce que vous po(-
y> fédez à ma fœur, afin que fac
» fortune ne foit pas inférieure
3» à celle de fon mari. '^ Par
tant d'excellentes qualités , par
t>ne conduite fi parfaitement foû-
tenue dans toutes fes parties »
M. Annius s*étoit fait tellement
aimer & eûimer d'Adrien , qud
s'il eût été d'un âge plus mûr
à la mort de Vérus Céfar , il
femble , à en juger par les ex-
pédions de Capitolin | que
FEmpereur Veut choifi pour lui
fticcéder. Au moins en adoptant
Tite-Antonin , il exigea qu*if
adoptât lui-même M. Annius»
avec le fils d'iElius Vérus. Et
quoique celui-ci appartînt déjà
à fa famille, puifqu'il étoit fils de
fbn fils àdoptif , il donna néan-
moins fur lui'la préférence & le
droit d'aînefile à M. Annius, qui,
en vertu de fon adoptk>n , prit
le nom dé Marc - Aurele , de
celui de la famille deTite-An*
t^nin , qui étoit Aurélius,
Marc-Aurele avoit alors près
dé dix-fept ans. Son élévation ,
loin de l'enfler d'orgueil , ou
de lui caufer même de la joie ,
l-afiHigea & Pinquiéta. Ayant
reçu ordre d*aller occuper la mai<^
fon, qu'Adrien habitoit , avant
que d*être Empereur , il quitta
à regret les jardins de fa mère,
où il logeoit alors. Comme fes
domeiliques qui pénfoient bien
diffëremmenc , s'étonnoient de
fa triftefle dans une fi belle oc-o
c^on de fe réjouir, il leur
ex^ôfa les embarras , les incon-
véniens , les dangers de la puif«
bjiCt Impériale.
MA
«'^ Sén nouvel état ne changea
i^en dans fe^ procédés* Non*
feulement il fut fournis & ref-
peâueux envers fes père &
grand-pere adoptifs ; mais» il té-
moigna à tous fes proches les
mêmes égards , les mêmes dé-
férences, qu'il avoit toujours
eus pour eux. Il aimoit par
f oûtla (implicite & la modeitie,
*& y demeura conilamment atta-
ché. Nul fafte ni dans fa maifon»
iii dans fes équipages , ni fur fa
^^rfoone. Il ne le diftinguoir en
rien des particuliers. Il conti*
mia les études qu*il avoit com-
mencées ; &c quoique deftiné à
rEmpire > il all(^it comme au-
paravant , aux leçons publiques
des maîtres d'Éloquence & de
Philofophîe. Sagement oecono-
me , il ne croyoit pas que les
folles dépenfes fuflent une né-
ceffité de fon rang. Il confer-
voit fon patrimoine, pour faire
face aux vrais befoins > & être
en état d'en aider les gens de
mérite paV des libéralités, fui*
vant leurs befoins. AuiG • tôt
après qu'il eut été adopté > quoi«
qu'il n'eût pas encore dix*fept
ans accomplis , il fut défigné
Queileur , Adrien ayant obtenu
pour lui du Sénat une difpenfe
d*âge.
Après la mort de ce Princej
-Tite- Antonio fît connottre par
des eâfèts à Marc-Aurele, l'efti»
me fioguliere qu'il avoit pour
lui, & la préférence quHl lui
donnoit fur fon frère L. Com-
* modus. Marc « Aurele devoit
épo«fer la fille de Vérus Cé-
'ùa ^ de L. Commodttt la fiilc de
F,
MA tjç
Tite-Antonin. L'Empeteuir ré-*»
folut de rompre fes projets » âc
rofitant du prétexte. q^ie lui
ourniflbit la trop grande jeu^
nefl*e de L. Commodus» âgé alors
feulement de fept à huit ans»
il fit fonder Marc- Aurele fur le
defifein qu'il avoit de le choifîc
pour fon gendre* Celui-ci t re«>
ténu peut «être par le refpecl
pour Its arrasgemens d'Adrien.»
demanda du tems povr délibé»
rer fur une offre n avaatagen*
fe. Après y avoir peniié » il y
confeotiti & ^'afiuca ainfi de
plus en plus le droit de fuccef-
uon à rEmpice; mais y il acquit
une époufe » qui it grand tort à
fa réputation.
Dès que le niarlage de Mare-
Aurele avec Eaumne eut été
arrêté » Tite-Antonin s'empre£-
fa d'accnmuler for la tête de
fon gendre toutes fortes d*hop-
neurs. Il le nomma Céfar ; il hô
défigna Conful pour l'année fui«
vante avec lui ; il le fit chef de
l'une des centuries des cheval-
liers Rom?sifcs« Lorfquele jeune
Prince donna en cette qualité
des jeux au peuple ^ avec fe»
collègues, FEmpereur prit pla-
ce à côté de lui. Tice-Antooia
fit anffi à Marc-Aurele une mal-
fon^ quefque répugnance qu'il
lui vit pour la pompe âc la
magnificence* K lui donna potlr
logement le palais de Tibère ^
èc le décora quatre ans aprè»
d'un fécond Confiât y dans le*
<quel il voulut encore être foa>
Collègue. En même-tems qu*il
faifoit une (brte de violence-
i h modeâk de Marc^Aurete.
ï3^ M^A
par rédat dont il reriviron-
looît , il ne négligea point de
fecondier fon inclination favori*
te pour r^tudc .de la Philofo-
phie ; car , la fortune & les di-"
^icés n'avorent rien changé
tians le goût du nouveau Ce-
iar pour. lè$ belles connoifTan-"
<:iasy'qui tei^dent à perfe<5lionr
iier le ccear.de Thomme , en
«lui 'faifant &ntir toute la beauté
^e la venu. Comblé d'honneur$
«éc deâiné à la fouveraineté »
iiînfî,qu.'oir Ha déjà marqué, il
tcomsnuoit de s'exercer à cette
■fcaute' fcience y. ôc prenoit avi-
.dementles leçons des plus ha«-
AiLea maîtres tnce genre. Tke-
Antonin> pour le fatisfaîre, lui
Se venir de Chalcis en Syrie un
célèbre Stoïcien, nommé ApoU
-lonius.. ^ .
L'Empereur fe donna le tems
<4lebien connoîtreMarc-Aurelé,
tAvant que de luixoinmuniquer
4e$ titrets, qui conilltuoientchez
«les Romains la fouveraineté. Ce
«e fut qu'après. neuf ans écou-
lés depuis fon adoption , que
.ce Jeune Prince, deux fois
,Conful , âgé de vingt-fix ans,
.marié , Ôc déjà père d'une fille,
.xeçut la puîflance du Tribunat
-& l'autorité Proconfulaire. Afin
que les peuples pfîffent une
part fincere à la joie de «cet
-événement , TEmpereur accor-
^da une remife de tout ce qui
.reçoit dû au fifc , & brula corn*
me avoit fait Adrien dans unâ
femblable occafion, les.regiftres,
-qui conftatoient ces dettes,
Marc-Aurele étoit bien digne
,d€s honneurs^ par Ierq.ueIsTice-
MA
Antonïn Pégaloit priefque à hiî*
même. Jamais fils ne fut plut
fournis à fon père. Pendant près
de vingt - trois ans qu'il habita
avec lui , foit dans la ville , foie
à la compagne , il ne découcha
que deux nuits; & il fe con-
duifit toujours avec tant de
probité , de modeftie , de fa*
geffe , que chaque jour ajou*
•toit un nouveau degré à i'eitime
.& à TafFeélion , que Tite-An-
tonin lui portojt. AuiG eut-il
.route fa confiance. L'Empereur
l'appelloit à tous les Confeils,
l'afiTocloit au Gouvernement de
.toutes les afiTaires , ne donnoit
aucun emploi , ne plaçoit per«
fonne que de concert avec lui ;
& dès le troifieme jour de la
maladie-, dont il mourut, ce
Frince, ayant appelle les pré-
fets du Prétoire & les princi-
paux de fes amis, confirma en
leur préfence le choix qu'il
avoit fait de Marc-Aurele pour
fon fuccefleur; & il lui reconw
manda la République & fa fille.
Il fe dépouilla même en quel-
que façon dès ce moment en £a
faveur , des honneurs du rang
fuprême. Pour l'en mettre en
poiTeHion , il fit tranfporter chea
Jui la ilacue 4'or de la Fortune »
que les Empereurs avoient tou-
. jours dans leur chambre*
Après fa mort, le Sénat eo^
tra dans fes vues, & déféra à •
Marp-Aurele feul tous les titres
de la fouveraioe puifTance « l'an
de Rome 91 2, &; de J. C. 1 61 . Le
nouvel Empereur , par une gé'^
iiérofité » dont Texemple eft
.UAÎ^ue d^n.$ l'hUloice^ vquImc
MA
prouver que le rang fupreme
n'eil point , comme on fe l'ima-
gine communément > incapable
de fouffrir le partage. Il de-
inanda que fon frère fût aflbcié
à l'Empire. Les Auteurs ne
nous apprennent point quelle
imprefOon fit fur le^fprits des
Sénateurs une pr^ofîcion fi
nouvelle & fî contraire aux in-
térêts de celui qui la faifoit.
Nous fçavons feulement qu'elle
pafla.
Il eft bon d'obferver que les
deux Augures ne partagèrent
point entr'eux les provinces de
l'Empire^ comme avoient fait au-
trefois Oâavien & M. Antoine.
Ils Its gouvernèrent en commun,
de la même manière que deux
frères 9 dans une condition pri-
vée, régiroient une fucceflîon,
qu'ils poiTéderoient par indivis.
Mais y comme dans une fociété
de puilfance» la balance néan-
moins ne peut ni ne doit pasêfre
abfolument égale, Marc-Aurele
avoit fur fon frère la prééminen-
ce , que donne la fupériorité de
l'âge & du mérite , malgré Té-
gaKté du pouvoir*
Du Sénat y où ces arrange-
mens importans avoient été
pris Se autorifés par les fuffra-
ges de la compagnie , les deux
Empereurs fe tranfporterent au
camp des Prétoriens. Marc-
Aurele porta la parole com-
me le plus âgé f ôc parce
^u'il avoit plus de talent & plus
de facilité pour $*énoncer. Vingt
niille fefterces par têre furent
promis aux foldats. Afin que le
jpeuple jptît part aulS h U joU
M A 137
de leur avènement , les nouveaux
Empereurs augmentèrent les
diilributions gratuites de bled f
& y appellerent un plus gran4
nombre d'enfans de l'un & de
l'autre fexe. Après ces premiers
foins f qui ne pouvoient fe dif-
férer ,ils célébrèrent avec pom-
pe les funérailles de leur perc
QL prédécefleur.
Dans les commencemens de
leur Empire » leur unioiv fut
parfaite. L. Commodusj à qui
fon frère avoit fait prendre le
furnom de Vérus , agiffoit moins
en Collègue qu*en Lieutenant
de Marc-Aurele ; & il témoi-
gnoit même vouloir imiter la
lagefTe & la retenue de fa con-^
duite. En ce qui regarde le
gouvernement » ils prirent l'un
& Tautre pour modèle Tite*
Antonin , dont on n'eut pas
lieu de regretter la douceur &
la bonté. Ils jouirent d*abord
de quelque calme, dont Marc-
Aurele profita pour continuer
de fatisfaire Tattrait , qui le
portoit à orner fon efprit par la
philofophie 8c par les belles
connoidances. Tout Empereur
qu'il étoit , il ne rougifloit pas
d'aller prendre les leçons de
Sextus de Chéronée , philofo-
phe Stoïcien , neveu de Plutar-
que. Il fréquentoit aufC Técofe
d'Hermogene , ce Rhéteur fa-
meux par la brillante réputation
de fa jeunefTe & la décadence
de fon efprir dans l'âge mûr.
La joie publique fut augmen-
tée par la naiâance de deux
fils jumeaux de Marc-AureJe ,
qui vinreoc au monde le creii-;
h» h A
te-un d*Aoâi de la première an-
née du règne de leur père.
On apprit en inême*tems di-
vers mouvemens de guerre en
Germanie , dans la Grande*
Breta^iie, du côté des Par-
thes* La guerre des Cattes en
Germanie & celle des Bretons
furent des objets de peu d^im-
portance. Mais les Parthes , qui
n'avoient point remué depuis
Trajan , attaquèrent les Ko-
inains , avec des forces fraîches
& des courages irrités » & iU
leur cauferent d'abord des per*
tes confîdérables* Une guerre fi
importante , âc dont les com-
jmencemens défavantageux faî-
foient craindre des fuites en-
core plus fâcheufes parut aux
deux Empereurs mériter que
l'un d'eux fe tranfportât fur les
lieux pour la conduire en per-
fonne. L. Vérus fe chargea de
cette commifEon ; mais , uni-
quement occupé de fes plaifîrs»
il ne prit aucune part aux opé-
rations de cette guerre. Le foin
en fut confié à les Lieutenans ^
'qui ne laiflerent pas de faire de
grandes chofes , parce qu'ils
étoient fort habiles. Et Marc-
Aurele» reflé feula Rome, avoir
de fî loin l'œil toujours attentif
^fur ce qui fe pafToit en Orient,
dûnnoit des ordres, & envoyoit
les provifions nécelTaires.Quoi-
,quéL. Vérus eût eu fi peu de
part à la vidloire, les foldats
ne laifTerent pas de le procla-
.mer //npertfror,jufqu'à trois fois*
Ils lui déférèrent les noms d'Ar-
'méniaque , de Parthique , de
Médi^ue. Ces mêmes noms fu«
MA
fent communiqués à fon CoITe^
gue. Se confirmés à Tun &i à
l'autre par l'autorité du Sénat*
Mais Marc-Aurcle, pea cu-
rieux d^une gloire > à laquelle
il ne croyoit pas avoir beau-
coup de droit y ne les accepta
Gue par c^plaifance pour fon
irere , & comme un figne d'u-
nion avec lui. Il en ufa fobre-
roent > 6c cefTa abfolument de
les employer après la mort dé
L. Vérus.
Lorfque les affaires de TO-
rient eurent été réglées, L»
Vérus retourna à Rome , & le
Sénat décerna le triomphe aux
deux Empereurs. Ils reçurent
aufH alors le nom de Père de la
patrie , déjà plufieurs fois inu-
tilement offert à Marc-Aurele p
qui n'avoit jamais voulu con-
lentir à le prendre en l'abfence
de fon frère. L. Vérus demanda
pour les fils de Marc-Aurele ,
le nom de Céfar. L'union étoit
parfaite , au moins pour les de-
hors; & elle fit le principal
ornement du triomphe ^ qu'ils
célébrèrent enfemble, portés fur
le même char ,& ayant avec eux
tous les enfans de Marc- Aarele,
de l'un & de l'autre fexe , dont
la plupart étoient en bas - âge.
M. de Tillemont rapporte la
date de ce triomphe à l'année
de Jefus-Chrift i66 , que nous
comptons pour la neuf cens dix-
feptieme de Rome.
La vidtoîre fur les Parthes ne
fut pas aufli avantageufe aux
Romains ., que les fuites leur en
devinrent lunefles par la pef-
te q^tt'ell^ amenât On faao&te
"ïîverfement Torigine de cetta
ipefte , & avec des circonftances
mêlées de fabuleux. Mais , il
eu conftant que les Romains la
prirent dans le paVs ennemi; &
îorfque L. Vérus revint à Rome^
ielle le fuivit par tout^ &c fe
con\muniqua à toutes les provin-
ces par lefquelles il paua. Elle
entra avec lui dans la Capitale ;
& delà elle s*étendit jufques
dans les Gaules & jufqu^au Rhin*
die attaqua les peuples & les
armées y les villes ôc les campa-
gnes. En Italie , les terres de-
meurèrent incultes, faute d*hom-
imes qui puflent y travailler.
Dans Home, il falloir emporter
lei corps morts dans des char-
rettes éc des tomberaux ; Ôc le
gouvernement fut obligé de
faire Jes frais des fépultures , à
\caufe de la multitude de ceux
-qui mouroieût ^ & de la négli-
gence de leurs proches fouvent
infeiStés du même mal. Ce n'é-
toieni pas feulement les gens du
commun que la maladie empor-
toit par milliers > elle fit périr
titj grand nombre d'illuftres per-
fonnages , aux principaux def-
iquels Marc-Aurele dreffa des
uatues. Il n*eil pas b^^foin de
dire que le cœur paternel de ce
Prince fut fenfiblement touché
du mal affreux , qui défoloitfon
Empire. 9 & qu'il n'épargna ni
ïbins ni dépenfes pour y ap-
porter du foulagement.
Les mouvemens des Mârco-
'mans fui virent de près la guerre
des Cartes , 6c commencèrent
dès le rems que les principales
iTorces des Romains étoieoc oc-
MA 139
cupées contre les Parthes en
Orient. Marc-Âarele crut avec
raifon devoir éviter d'avoir à
la fois deux grandes guerres fur
les bras. Il amufa les Marco-
mans ; & en temporifant fage-
ment , it arrêta leur aAivi-
té, jufqu'à la paix conclue avec
les rarthes. Mais , d'un autre
côté > ces délais donnèrent le
tems aux Barbares d'augmentev
leurs forces. Lorfqu'après le
triomphe fur les Parthes, Marc-
Aurele fe trouva en liberté
d'agir contre les Germains ,
la guerre étoit devenue très-
confîdérablé & capable d'allar*
mer fur le fort de l'Empire,
d'autant plus qu'elle concourotc
avec les ravages de la pefte»
qui emporta une multitude infir-
me de citoyens de de foldats.
11 fallut donc recourir à d^
remèdes extraordinaires. Dans
une guerre 9 qui paroifToit aufS
importante que l'avoit été celle
d'Annibar^ on imita ce qui s'é-
toit pratiqué après la bataille de
Cannes. On arma des efclaves
de bonne volonté , qui , ne
s'enrôlant que de leur plein gré,
furent appelles volontaires , k
la dififérence des foldats de con-
dition libre , qui , par la loi de
l'État , étoient obligés de fer-
vir. On réfolut d'employer les
Gladiateurs , dont la ville de
Romeâc l'Italie étoient pleines»
au fervice de la guerre. On for-
ma des corps de troupes légères.
On ramafla dans la Ualmatie Sc
dans la Dardanie , des brigands
accoutumés aux courfes & aux
coups de main. Enfin |0a acheû
HP MA
des troupes auxiliaires de Ger-
mains pour combattre contre
des nations Germaniques. A ces
pre'cautions de prudence hu-
maine , Marc-Aurele joignit le
foin de fe rendre les Dieux fa-?
vorables par toutes les cérémo-
nies, que Oi religion autorifoit.
Il manda de toutes parts des
Prêtres & des facrificateurs II
immola un nombre prodigieux
de viftimes. Il expia Rome par
toutes fortes de purifications^ &
de luftrations. Il remplit même
la ville de rîts étrangers , con-
tre les anciennes maximes de
la politique Romaine. Sa phi-
lofophie,plus difcreteque celle
d'Adrien , l'avoit prémuni con-
tre la magie & contre les opé-
rations, ou Ton invoq'uoit les
démons. Mais , à cela près ,
elle Tavoit laifle engagé dans
toutes les fuperftitions du culte
idolâtre»
Tous les préparatifs étant
faits , il déclara dans le Sénat ,
qu'il étoît néceiïâire que les
deux Empereurs allaflent en
perfonne commander leurs ar-
mées. Ils partirent donc de Ro-
me , l'an de Jefns-Chrifl i66,
êc vinrent pafler l'hiver à Aqui-
lée, pour,enrrer de bonne heure
en campagne Tannée fuivante.
Il paroît en effet qu*ils fe tranf-
Îorterent en Pannonie, l'an de
efus Chrift 167. Le principal
bien, qui réfulta de cette expé-
dition , c'eft que les frontières
de l'Italie Ôc de Tlllyrie furent
mieux fortifiées qu'auparavant»
êc mifes à l'abri des iofultes des
Barbares*
MA
. Lorfque les deux Emperetrfii
étoient en chemin pour retour-
ner à Rome, L. Vérus fut atta*
que d'une apoplexie violente p
dont il mourut trois jours après
à Altinum. La calomnie épargne
û peu les Princes, même les plus
vertueux , qu'il fe trouva des
gens» qui oferent accufer Marc-
Aurele d'avoir caufé la mort de
fon frère , foit en l'empoifon-
nant, foit en le faifant feigner
mal-à-propos , après l'accident
qui lui étoit furvenu. Ilfaudroit
ê^re fouverainement injufte &
même infeofé , pour mettre un
pareil crime fur le compte de
Marc-Aurele ; 6c ce feroit un
facrilege , félon l'expreffion'de
fon HiOorien » que d'outrager
fa vertu par un tel foupçon. Il
n'aimoit pas L. Vérus fans dou«
te» ôc il nepouvoit pas Taimer*
Outre la contrariété univer-
felle de leurs caraâeres & de
leurs mœurs y Capitolin nous
fournit un fait particulier , qui
dut indifpofer beaucoup l'efprlt
de Marc-Aurele. Ce qu'on peu|:
blâmer en lui , c'eft l'excès des
honneurs, qu'il rendit à la mé^
moire d'un Prince fi peu digne
d'être honoré par Marc-Aure-
le ; car , il mit au rang des
Dieux celui qui » à la cruauté
pi;ès , étoit un fécond Néron.
Marc - Aurele a ufé de la
même affeilation dans l'ouvra-
ge que nous avons de lui. Écri*
vant pour la poftérité , il n'a
point eu honte de remercier les
Dieux de lui avoir donné un
frère , qui , véritablement pat
fes mœurs > dcYeooit pour luî
MA
mn aiguillon de vigilance &
d^attention fur lui-même , mais
par lequel il avoit eu la douce
confolation de fe voir honoré
tSc chcri. II parla plus franche-
ment dans le Sénar. En remer-
ciant cette compagnie d'avoir
décerné les honneurs divins à
L. Vérus , il déclara qu'il da-
coit en quelque façon de ce
i'our le commencement de fon
empire, n'ayant plus un Col*
lègue dont la négligence nui-
fbit aux agraires. Il fit même en-
tendre que c'éroit à Ces confeils,
8c non aux foins dé L. Vérus ,
que la République étoit rede-
vable de rheureux fuccès de la
guerre contre les Parthes. En
un mot , le fens de tout fon dif-
cours , & rimpreiEon qui en
réfulta dans l'efprit des Séna-
teurs, ce fut que la mort de L.
Vérus le déîivroit d'un poids,
qu*il lui avoit été très-difScile
êc très <- pénible déporter. '
Toute cette conduite n'eft
point droite. L. Vérus , û peu
capable defoutenir dans tout le
reAe la comparaifon avec Marc-
Aurele , lui étoit préférable
four la franchife ; car , ce
rince, tout vicieux qu'il étoit,
avoit au moins des mœurs fîm-
ples ôc ennemies de la feinte dc
de la dii&mulation.
•Marc-Aurele eut toutes, for-
tes d'attentions pour les fœurs
Se les tantes de fon frère- Il les
£t jouir des honneurs dûs à leur
rang y de leur aflîgna des pen-
£ons pour les aider à en foute*
iiir la fplendeur. Il eft encore
iligac d'éloges pour U condai«
r * r
MA, î4f
te f quMl tînt à l'égard des af«
franchis de L. Vérus , qui
avoient pris trop d'afcendant
fur Tefprit de ce Prince , & ea
avoient abufé. Marc-Aurele les
congédia tous. Il ne garda dans
le palais que, le feui Eleélus g
qui ne valoir pas mieux que les
autres ^ mais que la Providence
deilinoit à délivrer l'univers des
fureurs de Commode.
Pendant que l'Empereur étoîc
occupé de ces différens foins
dans Rome , il ne perdoit point
de vue la guerre contre lesMar*
comans , qui , de leur côté , ne
fe laiiîèrent point oublier. Car»
c'eft probablement à ce tems-
ci que l'on doit rapporter U
grande viâoîre, qu'ils rempor-
tèrent fur Vindex , Préfet du
Prétoire , Sl qui paroîi être I»
même , dans laquelle Lucien
dit qu'ils tuèrent vingt mille
hommes aux Romains. Les vain-
queurs, profitant de leur avan-
tage, s'avancèrent vers l'Italie,
pénétrèrent jufqu'à Aquilée, &
peu s'en fallut qu'ils ne prilTenc
cette ville. Le danger fut capa-
ble d'allarmer ; & c'eft peut-
être à cette même occafion qu«
Marc-Aurele &t les grands &
extraordinaires préparatifs, que
nous avons placés dès le com«
mencement de la guerre. Tous
ces faits ne font point datés
dans les originaux. Ce qui eft
certain , c'eft que Marc-Aurele
pouffa alors la guerre avec une
vivacité & une perfévérance
tout autres qu'il n'avoit pu faire
du vivant de L. Vérus.
Il partit de Rome pour id
14« M A
Pannonie , l'année même qui
fuivit la mort de fon Collègue ;
Se pendant cinq années confé-
cuiîyes » il demeura fur les
lieux f fupportant des fatigues
incroyables, avec un courage
6ui fuppléoit à la foiblefle de
Ion corps & de û fanté ^ & im-
pofant aux autres y par fon
exemple , la nécef&té d'une vie
dure & pénible > qui fît fouvenc
murmurer contre la févérité des
maximes de la philofophie. Il
eut de grands fuccès ; il fouf-
frit au(C quelques pertes. Mais ,
les fuccès l'encouragèrent ; ôc
les pertes furent pour lui une
faifon de s'opiniâtrer à les ré-
parer. Il n'écouta point les Te-
préfentations de fes amis , qui
vouloient l'engager à laiflerune
guerre fi remplie de travaux Se
de dangers. Son plan étoit de
ne point revenir à Rome » qu'il
ii'eût réduit les Barbares à fe
foumetrre pleinement ; & il en
vînt heureufement à bout. Marc-
Aurele, vainqueur , prit le nom
de Germanique.
C'eil au tems de la guerre »
dont nous venons de parler ,
qu'il faut rapporter un fait im-
portant y foit en lui-même , foit
par le rapport qu'il a avec la
gloire de notre religion. Çeft
fa pluie miraculeufe , qui, ob-
tenue par les prières des Chré-
tiens, fauva l'Empereur & foa
armée d'un très - grand péril.
Voici de quelle manière Dion
Çaflius raconte cet événement.
» Marc-Aurele remporta fur
i les Quades une vidloire mer-
9 veilleufe daps fes circooftan-
M A
:9'ces, ou plutôt elle lai fut
x> donnée de Dieu ; car , les
» Romains cauroient un extrê-
» me danger ; & la divinité les
o en tira par une merveille
» étonnante. Les Quades les
I» avoient enveloppés dans un
n lieu , où ils avoient tout l'a-
30 vantage. Cependant , les
>> Romains ayant formé de
30 leurs boucliers une tortue »
» fe préparoient à les bien re-
» cevoir. Mais , les Barbares
» voulurent vaincre fans tirer
» l'épée , efpérant faire périt
x> toute l'armée ennemie pat
x> l'excès du chaud âc par U
» foif. Comme ils l'emportoient
» beaucoup par le nombre , ils
» enfermèrent tellement les Ro-
x> mains , qu'ils leur ôtoient tout
» moyen d'avoir de l'eau. C'é-
» toit après un combat que les
» Romains fe trouvoient dans
39 une pofition (i fâcheufe ; en
» forte que la fatigue , les bief?
» fures que plufîeurs avoient
» reçues , l'ardeur du foleil $
j> la foif fe réuniffoient pour
» lâfs accabler. Il ne leur reiloit
3> pas même la relfource de
9 mourir en braves gens «l'épée
» à la main , parce que lt$
» Barbares occupant des poAes
» inacceCGbles , s'y tenoient
30 tranquilles & refufoient de
9 combattre. Tout d'un coup»
)> les nues fe rafTemblen^, elles
3> s'ép.aif&âTent , & il en tombe»
a> non fans une proteâion parci-
9 culiere de Dieu , une pluie
30 abondante. Ce bienfait du
9 ciel rendit la vie aux Ro-
ss» mains. D'abord» ils Içvei^l
MA
^ en haut la tête 8c It vlfage;
i> & veulent recevoir Teau dan»
» leurs bouches. Enfuite , ils
» prennent leurs cafquesy & les
» préfententàlapluie; & lorf-
» qu'ils les en ont remplis » ils
x> boivent avidement & donnent
» à boire à leurs chevaux* Les
» Barbares crurent ce moment
s> favorable pour les attaquer ;
10 & pendant qu'ils les voyent
90 occupés du (oin de défaltérer
V une fpif long-tems foufFerte «
» ils fe préparent à fondre fur
p eux* Mais , le ciel, armé con-
To tre les ennemis des Romains,
30 lance fur les Quades une
» grofle grêle Se des tonnerres»
» qui les diflipent & les brû-
90 lent , pendant que les troupes
3> de Marc-Âurele étoient arro-
x> Cées d'une pluie douce & fa-
90 lutaire* Ce double prodige
j> rendit les Romains vain-
9o queurs. Les Barbares jette-
p rent leurs armes , Ôc vinrent
^ chercher un afyle au milieu
jo de leurs ennemis , pour ' fe
j» mettre à Tabri des foudres ,
.9 dont ils étoient écrafés.
» Marc-Aurele y confentit,
» accorda la vie fauve aux
39 Quades , & fut proclamé par
il» fes foldats Imperator , ou Gé-
•» néral viâorieux pour la fep-
» tieme fois. »
Un Poète payen a rendu té-
moignage à cette même merveil-
le. Claudieo > parlant de la
viâoîre de Marc - Aurele fur
les Quades , dit que Thonneur
.ne doit point en être attribué
aux Généraux. » Car , ajoute-
<» .t-ili uae pluie de feu' tomba
M A r4|
9 fur Pennemi. Le courfier^
y» environné de flammes , agite
n 6c fecoue fon cavalier trem-
» blant. Le foldat fentoit fon
» cafque fe fondre. Il voyoit le
» fer de fa pique .& fon épée ie
x> convertir en des ruifTeaux de
» métal I devenu fluide & cou-
» lant. Dans ce combat > le ciel
ao agit feul ; & les armes des
30 mortels n'eurent rien à faire.»
La colomne Antonine » mo-
nument contemporain , qui fub-
fille encore aujourd'hui dans
Rome 9 atteile aufli le prodige ^
dont nous parlons. Il y eil repré-
fente en bas - relief , avec les
autres exploits de Marc-Aurele
contre les Germains. La date
de ce prodige efl fixée par M*
de Tillemont f à Tan de Jefus-
Chrift 174,
Marc-Aurele donna un grand
exemple de clémence envers
Ariogefe , roi des Quades, dont
il avoit mi$ la tête à prix. Quand
il eut été fait prifonnîer ^ il fe
contenta de le reléguer à Ale-
xandrie. Ce Prince y qui le
plaifoit à honorer la vertu,
parce qu'il en avoit beaucoup
lui-même 9 drefla des ftatues
dans la place de Trajan ^ à tous
les perfonnages illuftres , qui
avoient perdu la vie dans I«
guerre des Marcomans. Le frulc
qu'il retira de cette guerre &
des vidloires qu'il y remporta ,
ce fut la délivrance de la Pan-
nonie f qui avoit été envahie
par les barbares , aufli-bien que
la fureté des provinces frontiè«
res. Il eût fouhaîté conquérir
la Marcoma^ie & h Sarmatie »
144 ^
c'eft-à-dire , le
MA ,
c'eit-à-dîre > le pais habité paf
les Sarmates Jazyges»- La ré-
volte d'Âvidius Caffius l'empê-
cha d'exécuter fon projet , 6c
l'obligea de lailTer » au moins
pour un tems > les Barbares en
jpaix.
Il étoit en Pannonie, lorfqu'il
reçut la nouvelle de cette révol-.
te. La réputation d'AvidiusCaf-
iîus étoit grande;& l'idée d'avoir
àfoutenirune guerre contre lui,
çfiTraya d'abord les troupes de
jMarc'Aurele. Dans Rome , la
«erreur fut fi vive» que Ton s'i-
jnaginoit le voir incefTamment
arriver aux portes de la ville.
Marc-Aurele , voyant le trou-
ble fe répandre parmi fes fol-
dats , les convoqua 9 & leur tint'
un difcours , que nous rappor-
terons ici d'après Dion Caffius»
comme coût à fait propre à faire
connoître de plus en plus le ca-
radlere de ce Prince Philofo-
phe y & comme un exemple fin-
gulier & peut - être unique de
modération en pareille circonf-
cance.
x> Braves camarades, leur
3D dit-il ) je ne viens point me
» livrer ici à des fentimens
» d'indignation. £il-il permis à
Il un mortel de s'irriter contre
3> Tordre des deftins » qui dif-
» pofenc de tout avec un pou-
» voir fuprême ? Mais , le cas
» où je me trouve , autorife la
» plainte. N*efl-ce pas , en ef-
39 fet^ une dure néceiSté » que
» de n*avoir pas un moment
» pour refpirer en paix , & de
a> pafler continuellement d'une
«» guerfe à une autre ? Une
MA
f» guerre civile n'eft-elle pas
I» un malheur, auquel je ne de-^
» vois point m'attendre } Il eft
» quelque chofe encore de plus
» cruel pour moi; c'eïl de voir
t> qu'il n'y ait aucune fidélité
J3 parmi leshomines ; c'eil d'ê-
» tre attaqué par un ami, comblé
93 de mes bienfaits » Se d'avoir ^
» fans m'êti/e rendu coupable
» d'aucune injuftice » à com-
» battre pour ma place de pour
t> ma tête. Après l'exemple dô
19 ce que je foufFre , quelle verta
» fera en fureté ? Sur quelle
9> amitié pourra-t-on fonder fe$
» efpérances? Encore , ^\ j*étoi$
n feul en danger , je prendrois
» aifément mon parti « fçachanC
Tf> queje ne fuis pas né immortel*
» Mais, c'eft ici un péril corn-*
n mun , qui intérefie tout FEm*
x> pire 6c tous les citoyens. La
» guerre n'épargne perfonne.II
30 y auroit unmoyenbienfimplè
» pour finir la querelle y & je.
» l'embrafiTerois volontiers 9 s'il
» étoit poffible. Je fuis très-
» difpoféde ma part à propôfef
3> à Avidius Caflius un éclair-
^ cifîement , Se à me juttifier
» vis-à-vis de lui, foit devant
19 vous , foit devant le Sénat ;
» & je lui céderois l'Empire »
» fans tirer Tépée , ^\ Ton ju*
» geoit que le bien public l'e-
33 xigeât ainfi. Car , c'eft pour
» le fervice de l'État que ]t
» fupporte tant de travaux ^
9» que je m'expofe à tant de
33r dangers , que dans un âge
19 déjà affoibli & avec une
30 fan^é délicate « je me tiens
s> ici conftammçnt loin de l*It^-
»> lie
MA
» lie depuis tant d'années , fans
» goûter jamais un fommeil
» tranquille , fans prendre un
» repas , qui ne foie fujet à être
» troublé. Mais » )e ne dois pas
x> efpérer qu'Avidius Cailius fe
y> prête à un accord. Comment
» fe iîeroit - il à moi , après
3> s'être montré fi infidèle à
?> mon égard ? Il faudra en ve-
» nir aux armes; & le fuccès
» n'eft pas ce qui mUnquiete.
3» Pouvez-vous , chers camara*
» des , douter de la viéloire ?
» Des Ciliciens » des Syriens ,
t» des Juifs , des Egyptiens , ne
30 vous ont jamais rédigé , de ne
x> vous réfifleront jamais , quand
» même ils vous furpaOTeroient
» autant en nombre y qu'ils vous
y> font inférieurs même par cet
» endroit. Avec de pareils fol-
n dats , le plus grand Général
y> n*eiï pas plus capable de vain-
» cre, qu'un aigle, qui condui-
j> roit une bande de geaJS>ou un
» lion à la tête d'une troupe de
if daims timides. Je fçais qu'A-
30 vidius Cailius eft un guerrier
y> & qu'il s'eil acquis beaucoup
30 de gloire dans la guerre con-
30 tre les Parthes. Mais , c'cft
» avec vous qu'il a remporté les
3> viâoires» qui illuilrent fou
» nom. Ici il ne fera pas fecqn-
X» dé ; 6c d'ailleurs M. Vérus j
»y qui nous demeure fidèle « eft
30 un Général bien capable de
r> le contrebalancer. Peut-être
» Avidius Caflius fe repent-il
30 déjà de fa démarche témé-
r> raire , depuis qu'il me fçait
' 30 vivant ; car ^ ce n'eft que fur
30 les bruits de ma more qu'il a
Tom. XXyiL
MA . 14c
» ofé fe révolter. Maïs , quan j
33 même il perfifteroit, au moin«
» cft - il certain qu'à notre ap^
» proche » la crainte de notre
» valeur, la honte de m'avoir
» ofiTenfé , ne peuvent manquer
7> de jetrer le trouble dans fon
33 ame , & de lui faire aban>
» donner hs projets infenfés»
» Tout ce que je crains ». je
33 vous le dirai avec une entier^
» franchise , c'eft que le dé-
« fefpoir ne le porte à fe tuer
If lui-même -, où que ^quelqu'un^
» penfant -me rendre fervice ,
» ne fe hâte -de m'en défaire »
» & ne me prive du plus grand
n de du plus doux fruit de la
30 viéloire# Oui le comble de
» mes vœux feroit de pouvoir
» pardonner à un hamme , qui
» m'a ofFenfé , de garder la fi-
» délité à un perfide , de me
33 montrer ami de celui , qui a
33 violé à mon égard les droit!
33 de l'amitié. Peut-être cette
n fap>n de penfer vous paroît-
» elle peu croyable ; mais ^
30 vous ne devez point en fuf-
33 peéler la fîncérit<é. Le genre
33 humain n'eft pas entièrement
» perverti ; & il nous refte en-
33 core^elquesVeftiges de la
, 33 vertu des anciens tems. Que
33 fi quelqu'un s'opiniâtroità me
3> refufer créance , ce ferôît
3> pour moi un nouvel aiguillon»
» afin que ce qu'il- auroit jugé
33 impoffible , il le vît accompli.
» Car 9 l'unique avantage, que
- » je me propofe de tirer des
33 maux préfcns » c'eft de les
33 terminer d'une manière ,*
33 qui faffe honneur à la vertu.
K
H6 MA
x> & de donner un exemple » qui
âo prouve à Tunivers , que mê-
» me les guerres civiles peu*
» vent avoir une fin heureufe.«
Telle étoic la douceur ma-
gnanime de Marc-Aurele.CVft
àinfî qu^il s*exprima , en parlant
à Tes foldats. C*eft fur ce même
ton qu^il écrivit au Sénat, Nulle
Snvedtive , nul renroche contre
Avidius Caflîus , n ce n'eft qu'il
le traicoit fou vent d'ingrat,
^vidius Caf&us > de fon côcé^
refpeâa toujours. Marc-Aurele,
& ne fe permit aucune parole
outrageufe contre lui > au moifts
«n public.
Après la moft de ce rebelle ,
jjni fut tué au bout de trois mois
Jar un. officier de Ion armée >
larc-Aurele fit éclater fa clé-
mence envers fa famille & fes
complices. Il pria le Sénat de
ne point traiter ceux-ci à la
rigueur. La plus erande peine à
laquelle on les loumit » ce fut
rexil ; encore en fur«pt-ils
bientôt rappelles. Ce ne ^t pas
fans éprouver quelque contra-
diâion 9 que Marc- Aurele tint
cette conduite. Plufieurs trou-
vaient fon indulgence excefli-
ye ; & il lui en fut même fait
des reproches. Si Avidius eut
vaincu , lui dit-on , en auroit-il
ttinfi ufi à votre égard f La ré-
ponfe de Marc- Aurele eft re-
marquable. Avec la vie , que
nous menons , dit-il > & la pro»
fejfion que nous faifons d'honorer
les Dieux , nous n* avions pas â
craindre d*être vaincus.
Quoique la rébellion d'Avî-
dius Caffiua eût été étouffée
MA
prêfque dans fa naîlTaiice, Marc
Aurele jugea avecraifon qu'une
auiS grande agitation dévote
avoir laiiTé dans les provinces
d'Orient quelque refte d'ébran-
lement 9 qui avoit befoin d*être
calmé par fa préfence. Il partie
donc pour les aller vifiter» &
en paêrne-tems qu'il eût foin
d'y faire revivre le refpeél pour
fon autorité , il y iaiffa par tout
des témoignages de fa clémen**
ce. On lui préfenta tous les pa-
piers trouvés chez Avidius Ca(-
iius ^près fa mort ^ lettres ^mé*
moires contenant la preuve de$
intelligences, qu'il avoit entre-
tenues en différentes parties de
l'Empire. Marc- Aurele les brû-
la tous fans les lire , dffant
qu'il ne vouloit point fe met*
tre dans le cas d'être forcé de
haïr.
II pardonna aux villes.& aux
peuples 9 qui avoient embrafle
le parti d'Avidius Caffius. La
feule ville d'Antioche , qui
avoit été plus ardente ôc plus
opiniâtre que les autres dans la
rébellion 9 refiemit d'abord
quelques effets de fa jufte co-
lère, il ne voulut point l'hono-
rer de fa préfence 9 lorfqu'il
vint en Syrie ; & il y envoya
une ordonnance févere» qui in-
terdifoit aux habitans d'Antio-
che ce qu'ils aimoient le plus»
les fpeélacles 6c les divertifTe-
mens publics 9 & même toute
aflemblée 9 toute délibération en
commun 9 tout exercice de ce
que nous appellerions offices
municipaux. Mais 9 le reflenti-
meac de ce bon Prince Q*étoic
MA
pas de longue durée. II ne put
tenir contre les marques , que
ceux d^Antioche lui donnèrent
de leur repentir. Il leur rendit
leurs privilèges y ôc vifita leur
ville , avant que de fortir de la
province.
Pendant qu'il étoit en S^tiCi
If s rois d'Orient s'empreflerent
de venir lui faire leur cour , &
il y reçut une ambaflade du roi
des Parthes. Sa venue en ces
contrées inquiétoit fans doute
des Princes , qui connoiflbient
mieux la puiuance de TEmpe-
reur Romain , que fa modéra-
tion. Toujours fage & libre
d'ambition , Marc-Aurele main-
tint la paix , renouvella les
traités » fe fit aimer des Princes
& des peuples, & laifla par
tout des fflonumens d'une philo-
fophîe, qui ne confiftoit pas dans
de beaux djfcours j mais dan$
des effets réellement utiles à la
faciété humaine.
Ilavoit mené avec lui Faufti-*.
ne , fa femme , qu*il perdit dans
ce voyage. Après la mott de
cette PrinccOTe , il n'eut pas la
force de fe pafler d*une conçu*
bine: & il choifît la fille de l'iiy.
Cendant de la maifon de fa fem-
mt. II avoit pourtant alors plus
de cinquante-quatre ans. Quoi
qu^il en foit de ce trait fingu-
lier , Marc - Aurele paflà de
Syrie en Egypte , & vînt à Ale-
xandrie , qui avoit témoigné
aflez de chaleur pour le parti du
rebelle. Comme néanmoins les
Alexandrins n'avoient pas éré
anfli loin que ceux d'Antioche f
it Itat pardonna fans diâicultét
MA 1r4r
H fe familiarifa même avec eux^
6c vécut dans leur ville comme
citoyen ^ comme Philofophe ^
plutôt que comme Empereur. »
Après qu'il eut rétabli l'ordre
& le calme dans toute la Qon*
trée Qrientale de TEmpire » £»
difpofant à revenir en Italie^
il pafla par Athènes. Il s'y fit
initier aux myitères de Cérèà
Eleufine. Il gratifia les Athé-»
Biens de divers privilèges ho-
norifiques de utiles. Comme
cette ville avoit été de tout
tems la mère des arts & des
fciences » Ôc qu'elle attiroic un
concours infini d'étrangers , qui
venoient y puifer la dodlrine «
il compta que fonder des pro^
feifeurs à Athènes , c*étoit fe
rendre le bienfaiteur du genre
humain , & il en établit avec de
bons appointemeds pour toutes
les parties des belles cpnnoif-
fances. En revenant en Italie ^
il fut battu de la tempête. It
arriva néanmoins heureufemenc
à Brindes ; &^ fur le champ il
prit la toge ou Thabit de paix ^
lui 8c toute fa fuite* Jamais ^ il
n*avoit fouffert que les foldati '
paru(r<*nt en habit de guerre à
Kome ni dans l'Italie.
Ce fut un grand fujet de joie
pour la Capitale , que le retour
triomphant de Marc*Aurele. Il
revenoit vainqueur des Marco*
mans 8c des Quades y 8c pacifi*
cateur de tout TOrient. A Toc-
cafion de tant d'heureux fuccès^
la maifon Impériale avoit reçu
des accroififemens d'honneurs 6t
de dignités. L'Empereur, pen«
dant lao voyage » avoic o;>mmi
Kii
w
*4| , M A
Pompéien , fon gendre 9 au Cofl-
fulat ^ & accumulé fur la tête de
Commode » fon fils y pluiîeurs
titres qui Tapprochoient du rang
fuprême 9 auquel il i*éleva peu
après«t Le peuple fe réjouiffoic
de voir croître ce jeune Prince
tn fplendeur & en éclat comme
en âge 9 mais bien à tort ; & il
faut avouer que dans la conduite
de Marc-Âurele à l'égard de
fon fils 9 on reconnoît plutôt un
père indulgent , qu'une arae
forte & ^ouée d'un dffcerne*
ment judicieux.
Il paroit que Marc-Aurele»
revenu d'Orient , paiïa près de
deux ans à Rome. Il employa
ce teros de repos à réformer
divers abus dans Tadminiitratioa
des affaires > & à établir de plut
en plus le bon ordre dans le
Gouvernement. Mais^ ces foins
furent interrompus par la né«
ceffité de retourner îur le Da-
nube & de reprendre la guerre
contre les Marcoraans.
Marc-Aurele partit le cinq
d'Août de Tan 919. Nous fom-
mes peu inftruits du détail de
fes exploits. Nou5 fçavons feu-
lement que les chofes réuffif-
foient au gré de fes voeux. Pa-
terrius remporta fur les Barbares
une grande viéloire^ en vertu
d« laquelle Marc-Aurele fut
proclamé Imperator pour la di-
xième fois. Pertinax fe fignala
auflî dans la Mœiie & dans la
Dace. Dé}à> Marc Aurele fe
flàttoit d'achever bientôt de
fubjuguer des ennemis jufque-là
indomptables , lorfque la mort
le prévint deux ans après fon
MA
départ de Rome. II tomba ma-
lade à Vindobona en Pannonieé
Mais 9 la maladie , fi nous ea
croyons Dion Caffius , ne fut pas
la caufe de fa mort, qui doit être
attribuée au crime de fes mé-
decins , gagnés par Commode.
D'autres ont écrit qu'il mourut
volontairement & par fon choix»
ne pouvant réfii!er à la douleur
& à la honte , que lui caufoienc
les déréglemens & les vices
horribles de fon fils , qui fe di(V
pofoit à devenir un autre Né-
ron. Nous laifferons là ces
bruits 4 qui peuvent bien n'avoir
d'autre fondement , que les re-
grets , que laifia Marc- Aurele
après lui , Ôc la haine que méri-
ta la tyrannie de Commode. Il
paroît que la pefte s'étoit mife
dans l'armée, de que c'eft de ce
mal que l'Empereur fut atta-
qué -
Lefîxieme jour de fa maladie»
fe fentant défaillira moinsaffli-
gé de fa mort prochaine , que
des maux » qu'il prévoyoit de-
voir la fuivre , il voulut faire
un dernier etfort » pour tâcher
de mettre fon fils fur les voies
<^une conduite fage & d*ua
gouvernement vertueux. Il le
manda auprès de fon lit , avec
fes amis & fes plus fidèles con-
feillers , & fe levant un peu fur
le coude > il parla en ces ter«.
mes:
3» Mes amis , je ne fuis point
x» étonné que vous vous atten-
30 driflîez fur l'état où vous me
» voyez. Naturellement , les
yy hommes compatiflentàceque
fouffirent leurs fembUbles>fur«
MA
x> tout Idrfque le fpeiflacle en
30 tA fous leurs yeux. Je puis
39 même me promectre de vos
» fentimens quelque chofe de
^ plus ; Ôc ceux que j*ai pour
«> vous me garanciflenc un re-
y> tour d'amitié de votre parc.
» Voici le tems venu pour moi,
x> de recueillir le fruit des
y> bienfaits dont je vous ai corn-
» blés depuis tant d'années , Ôc
» pour vous de m'en témoigner
» votre reconnoiflance. Mon
3> fils a befoin de vous* C*eft
» vous qui me Tavez élevé
» jufqu'ici ; mais , voyez à quels
30 dangers la jeuneffe eft expo-
» fée , 6c combien , dans un âge
30 que l'on peut jugement corn-
30 parer à l'agitation des flots
30 & de la tempête» lui eft né-
30 ceiTaire le fecours d'habiles
» pilotes , qui le gouvernent
» fagement , & qui empêchent
30 /que l'inexpérience ne l'en-
2> traîne dans mille écueils , 8c
» ne le livre à la fédu(f^ion du
30 vice. Servez-lui de modéra*
30 teurs ; dirigez - le par vos
30 confeiïs ; Ôc faîtes qu'il re-
9 trouve en vous plufîeurs pe-
» tes au lieu d'un , que la mort
30 lui enlevé. Car , mon fils ,
3i> vous devez fçavoir qu'il n'eft
» point de richefles » qui fufE-
30 iênt à remplir le gouffre in-
» fatiable de la tyrannie ; point
30 de garde, fi nombreufe qu'elle
t» foie 9 qui puiiTe affurer la vie
3» du Prinpe , s'il n'a pas foin
pp d'acquérir l'affedion de fes
3p fujets. Ceux-là feuls ont droit
» à une longue ÔC heureufe
9 jouiâance du fouverain pou«
M A r49
39 voir « qui travaillent non à
30 effrayer par la cruauté , mais
3> à régner fur les cœurs pat
» l'amour qu'infpire leur bon*
p té à tous ceux , qui leuf
30 obéifienr.Ce n'eft point à des
30 efclaves foumis par la nécef*
30 fité , que l'on peut fe fier.
30 C'eft à des citoyens affedlion*
» nés , que la bienveillance at-
30 tache , que le devoir Ôc non
To la flatterie conduit , ôc dont
n la fidélité eft au(B inébranla-
30 ble , que les principes fur
o lefquels elle eft appuyée. Des
30 efprits 9 ainfî difpofés y ne fe
3> portent jamais à fecouer le
y>^ foug , fi la violence ôc l'or-
al gueil du Prince ne leur ea
» font naître la penfée. Prenez-
90 y garde > mon fils ; car , il
X» eft difficile de mettre des bot*
» nés à fes cupidités , lorfqu'oa
30 a un pouvoir fans bornes
30 pour les fatîsfaire. Voilà ,
n mes amis , les confeiïs que
n vous devez donner à ce jeu-
» ne Prince. Rappellez-lui fou-
» vent tout ce que je viens de
30 lui repréfenter. Par-là vous
3> le ferez devenir la fource de
3» votre Bonheur , & du bon-
» heur du genre humain ; &
» vous vous acquitterez envers
30 Marc- Aurele > de façon qu'il
» vous devra plus que vous ne
30 lui devez, n
. Tels furent les avis , aufli
inutiles que fages , donnés par
Marc-Âurele mourant » à fon
fils. Il ne furvécut qu'un jour
ôc une nuit ; ôc il expira le dix*
fept Mars de l'an de Rome 93 1 ,
étant âgé de près de cinquante-;
15^ MA
neuf ans , 8c ayant régné d'epuif
la mort de Tite'-Antoaiii 19 ans
& quelques purs* Dion Caffius
raconte que le dernier jour de
fa vie f le Tribun étaut venu ^
fuîvant Tuiage ^ lui demander le
snot y il lui répondit : Adrtffhi'*
vous au Soleil levant ; pour moi »
je nu couche.
Il avoit eu de Fauftine y fa
lemme > trois fils & plufîeurs
filles. Ântonius Géminus » frère
jumeau de Comniode , mourut
âgé de quatre ans , & fervit
ainfi de preuve à U futilité
de Tart des AftrologueSi qui
avoient promis une égale durée
<fe vie aux deux Princes naif-
fans. Un troifieme fils de Marcr
Aurele vécut jufqu'à l'âge de
fept ans, & reçut le titre de
Cëfar avec Commode. Une
grofleur, qui lui vint près de
roreille » fit qui'exigea uile opé-
ration, le fit périr. Soâ père
fupporta ce malheur avec conf*
tance ; 6c après avoir donné
cinq jours aux fentimens de la
sature » il reprit le train des
siffaires fil confola même leH
médecins , ou chirurgiens , à
qui le mauvais fuccès de leuf
opération avoit caufé une vive
douleur. Ainfi y Marc* Aurele ,
«n mourant, n'avoit d'autre fils
que Commode, plus heureux^
«'il n'en eût laifle aucuô.
Efatré fes filles^ nous ne con«
lioiflbns bien que Lucille y ma-
riée eto premier lieu à l'empereur
Vérus & enfuite à Pompéien.
Tout ceque nous pouvons dire
des autres, c'efl que leur père»
en leur choifîiTanc des maris j
MA
eut bien plus d'attention à lit
DoblefTe des fentimens y qu'à
celle de la naifiance , fie qu'il fe
donna des. gendres y non qui
eomptaffènt une longue fuite
d'ancêtres , ou qui brillaflerlt
par leurs richefTes^mais recom-
mandables par le mérite per-*
fonnel fie par la vertu.
La mort de Marc-Aurele cau«
fa un deuil aufE fincere y qu'uni-
verfel dans tout l'Empire. Quoi*
qu'il eût maintenu la difcipliné
âiilitaire avec exaâitude » fit
qu'il n'eût point eu de moIleS
complaifances pour les foldats»
il en étoit aimé. Le Sénat, \t
peuple j les Provinces , tous fei
îujecs te pleurèrent amèrement.
Il étoit très-digne de regreti
par lui - même ; mais > fon fils
donna lieu encore de Centir plui
vivement la perte y que l'Empi**
te avoit faite. Dès que la nou-*
velle de fa mort fut arrivée à
Rome y le Sénat s'aflembla en
habit de deuil. On commença
par verfer des larmes en abon-
dance ; mais , bientôt l'admira-
tion de fa vertu excitant dans les
efprits d'autres fentimens y oit
s'écria que prêté par le ciel à
la terre y Marc-Aurele venoit
d*être rappelle dans le ciel. Le
jour de fes funérailles folem-
nelles , lorfque fon corps eut
été rapporté à Rome, au lien
de pleurs» la place fie le champ
de Mars retentirent dé fes élo«
ges. Le Sénat fie le peuple réu^
nis y fans les formalités ordi<^
Aaires des décrets , le procla-
mèrent Dieu, tout d'une voix 9
le (klàerent comme Dieu > oonr
MA
})tr flatterie , maïs par une per«
iiaiion, qui pour être fondée
fur les chimères de l'idolâtrie «
n'en étoit pas moins férieufe.
Oo lui décerna enfuite tous les
honneurs humains ôc divins »
arc de triomphe y ftatue d'or
dans le Sénat » temple, autel ,
Prêtres. Plufieurs de fes prédé-
cefieurs avoient reçu les même$
témoignages extérieurs de vé-
nération. Mais , ce qui diftingue
ici Marc-Aureie , c*eft l ^accord
des cœurs avec le langage i &
de la pratique des particuliers
avec les délibérations publi*
ques* On eût regardé comme
impie , dît CapitoTin , celui qui
D*auroit pas eu dans fa maifon ,
parmi fes dieux Pénates , une
repréfentation de Marc-Aurele.
Ce culte fe perpétua* li étoic
encore plus de cent ans après
en pleine vigueur. Dioclétien
Blême fe faifoit gloire d'hono-
rer Marc-Aurele comme une de
fes principales divinités.
DIGRESSION
Sur le portrait de Marc-Aurele.
C'étôit un de ces caraAères
nés vertueux » qui ne connut
jamais le trouble des paiSons.
On remarque que dès fon en-
fance f ni la triftefle « ni la joie
^'altérèrent la férénité toujours
égale de fon vifage. La gran-
deur ne fit en lui aucun chan-
gement* Adopté par Tite*Anto-
nin , devenu Céfar » aflbcié à la
puiflance Tribunicienne , il fut
conftamment le même. Soumis
à fon père , affable envers tous »
fimple & modefte dans fes pro*
MA TÇf
cédés, \l ne prenoit même l?a
marques de fa dignité que dans
les occafions d'éclat « de lorf««
qu'il paroiCoit ei^ public avtç
l'Empereur. Du reile , vivant
& vêtu comme un (impie parti-
culier » il alloit écouter les Phi^
lofophes dans leurs écoles ; it
vifitoitv fes amis malades ; & il
recevoir le matin leurs refpe^t
fans appareil , fans faite & dans
la chambre ob il avoir couché*
Parvenu à la fouveraine puif**
fance > il gouverna de manière
qu'il n'eft perfonne qui ne lui ^
ait appliqué le mot célèbre de
Platon y par lequel eft annoncé
aux peuples de aux États uq
bonheur parfait , lorfqu'ils ^u-
ront des rhilofophes pourRois^
ou que leurs Rois feront Philo-*
fophes. Il porta la déférence
pour le Sénat plus loin^ que
n'avoit jamais fait aucun de
fes prédéceCeurs. Il rempliffoit
fidèlement les devoirs de Séna*
teur , ne manquant aucune af«
femblée > lorfqu'il étoit à Rome*
& revenant fouvent de campa*
S ne exprès pour y affiiter. Il ▼
emeuroit exaAement jufqu'a
la fin. Jamais il ne fortit que le
Conful n'eût congédié la com«»
pagnie par la formule accoutu^
mée. Loin de prendre ombrage
de l'autorité du Sénat » il l'exal^
toit en tout , & s'y foumettoic
lui-même. En partant pour la
Î;uerre contre les Marçomans t
1 demanda au Sénat la permtf-
fion de prendre dans le tréfor
public les fommes dont il avois
befoin. Car^ dïtoh'il ^ ^out ap^
part'unt au Sénat & au peuple.
K iv
t$2 ^ MA
Nous n'avons rien que nous ne
tenions de vous. Le palais même ,
oh nous habitons , eft votre bien.
Il fe deflaififloit fouvent des
affaires dont il dévoie connoîcre
lui-même , & en renvoyoît le
jugement au Sénat. Il fe plai-
foic fouvent à donner part dans
l'exercice du gouvernement ,
non- feulement aux Magiftrats
àdluellement en charge , mais
aux anciens Préteurs & aux
Confulaires 9 à qui il diftribuoit
des départemens & à^^ emplois
^d'importance , les multipliant
à deffein , rétabliflant ceux qui
étoient abolis , en créant de
nouveaux , non-feulement pour
le bien du fervxce, mais afin de
pouvoir mettre en place un plu^
grand nombre de Sénateurs.
L)ans toutes les affaires , foit en
Çuerre , foit en paix, il prenoît
toujours l'avis des meilleures
f êtes^^e cet Ordre augufte ; &
il difoït fouvent : // eft plus jufte
que je fuive le fentiment de tant
d^illuftres amis , que de prétendre
moi feul faire plier tant d*illu(lres
amis fous mes volontés Ancaf2A)lt
d*aucun foupçon de jalouhe , il
permit même aux premiers ci-
toyens de monter leur maifon
fur la maifon Impériale ^ Se d'a-
voir les mêmes o£fîciers que
lui.
Il fe montroit foigneux de
maintenir la fplendeur du Sénat,
en n'y faifant entrer que des
fujets bien éprouvés , & qu'il
connoiiToit parfaitement. L'hon-
neur des particuliers même ,
qui compofoient la compagnie»
lui étoit cher. S'il arriyoit qu'un
MA
Sénateur eût une affaire crîmî-
neile , il faifoit un examen fe-
cret du procès, avant que de le
laiffer éclater dans le public.
Lorfqu'il s'agiffôit d'en venir au
jugement , il voulfoit que l'ac-
cufé ne fût jugé que par fes
pairs, & que jamais un Sénateur
n'eût pour juge aucun cheva-
lier Romain. Les plus fages de
fes prédéceffeurs lui avoient ,
en ce point , donné l'exemple»
Il les imitoit encore 9 en foula--
geant par fes libéralités les Sé-
nateurs , qui , fans qu'il y eût
de leur faute , ne fe trouvoienc
pas avoir un bien capable de
ibutenir leur dignité.
Le peuple jouit des droits
de la liberté fous l'empire de
Marc-Aurele. Ce Prince ne gê-
noit les citoyens que pour les
empêcher de mal faire ; encore
s'Jf prenoit-il avec douceur. Il
employoit plus volontiers les
invitations que les menaces » les
récompenfes que les.châtimens.
Quoique fans vices, il étoit très-
convaincu de la nécelHté de la
tolérance à l'égard de ceux des
autres , pourvu qu'ils ne fuffent
pas portés aux derniers excès»
11 avoit fouvent à la bouche ce
mot judicieux : Nous ne pouvons
pas faire les homnres tels que nous
les voudrions. Il faut lesfupporter
tels qu'ils font , & tirer (Peux la
meilleur parti qu'il eft poffible.
Cette modération lui réuffît. Il
eut la fatisfaâion > fuivant Ca-
pitolin y de voir les méchans
devenir bons par fes foins, 8c
les bons croître en vertu.
Il interdit Tufage des bains
L-
MA ^
communs aux deux féxes. Il
réprima par de faliitàires régie-
mens la licence des mœurs , la
corruption de la jeunefTe 9 les
défordres des femmes ; plus
heureux à réformer la ville ÔC
l'État que fa propre maifon ,
couverte d'opprobres par les
débordemens de Fauiline. Il fut
très-attentif à ne point fouler
les peuples. Le premier moyen,
dont il ufa pour Ven difpenfer ,
ce fut une prudente économie
par rapport aux finances de
l'État , qu'il évita d'épuifer par
des largeiTes inconfidérées. Il
porta la fermeté fur ce point
jufqu'à refufer , après une gran-
de vi^oire, la gratification que
deroandoîent les foldats vain-
queurs. Tout ce qu'on vous don"
nera^ leur dit-il , au-delà de ce
^ui vous eft dû , il faudra le tirer
du fang de vos pet es & de vos
proches»
Dans une extrême détreffe «
il aima mieux vendre les meu-
bles & les joyaux de Ton palais,
^Vie de charger les provinces de
nouveaux impôts. C'eft pbur-
quoi , il mit en vente les ftatues
& les tableaux précieux qui
oruoient fes appartemens , fa
vaiiTelle d'or & d'argent , Jes
pierreries qu'Adrien avoir amaf-
îees à grands frais , & jufqu'à
la garde-robe de l'Impératrice,
& aux étofifes d'or & de foie
qu'elle portoit fur elle. Cette
vente dura deux mois. Elle
fournit à Marc-Aurele de quoi
fuffire aux dépenfes de la guer-
re. Après la vi(floire y il déclara
(|u'il r^chficeroit tout ce qu'il
MA 15}
avoît été obligé de vendre, &
qu'il rendroit l'argent à ceux
qui voudroient le recevoir*
Mais , il laifTa fur ce point plei-
ne Ôc entière liberté , fans vexer
en aucune façon , ni ceux qui
rapportèrent ce qu'ils avoient
acheté § ni ceux qui le gardè-
rent. Il eft peu néceflaire d'ob-
ferver qu'un Prince, fi plein de
bonté , ne foufifroit point que
l'on exigeât rien des peuples au-
delà de ce qui étoit impofé , &
qu'il puniffoit févérement les
concuflîonnaires. Il remit même,
dans des circonilances où le be-
foin d'argent le preflbit, ce qui
étoit dû au fi fc & au tréfor pu-
blic , lorfqu'il lui parut que la
levée en feroit trop onéreufe.
Dion Caiïîus cite une remife de
cette nature^accordée par Marc-
Aurele 9 & étendue à un efpace
de quarante-iix ans , précifé-
roent lorfque le renouvellement
de la guerre des Marcomans
exigeoit de lui de plus grandes
dépenfes.
Les calamités des peuples &
des villes le trouvèrent toujours
prêt à les foulager. Dans un
tems de famine , il diilribua en
pur don par toute l'Italie des
bleds étrangers , dont il avotc
amaffé dans Rome d'abondantes
provifions. Il rétablit Smyrne,
Éphefe, Nycomédie, ruinées par
des tremblemens de terre , 9c
Carthage qu'un incendie avoic
dévajftée.
Les plaifirs mêmes & les dî«
vertiffemens des fpeâacles ,
qu'il croyoit néceuaires. à la
multitude > ne lui parurent pas
j
1)4 . MA
«n objet indigne de fes foins.
Il eo featoic tout le frivole ; &
lorfqa'il y afCftoic , au lieu de
repaître fes yeux d*un vain amn«
fement, il s*occupo}c de chofes
utiles, il lifoit , il apoftiiloit fes
lettres f il donnolt audience à
ceux qui avoient des requêtes
à lui préfenten Mais ^ fon in-
diâPérence & fon mépris pour
les jeux ne rempêchoient pas de
ft^accomnoder au goût du peu-
ple» qui en étoit avide. Il les
donnoit avec magnificence ; &
en une Yeule fête il fit paroître
cent lions qui furent tués à
coups de flèches. Lors même
qu'il étoit éloigné de Rome , il
se vouloit point que les plaifirs
de la multitude fouffriâent de
fon abfence. 11 chargeoit les
^los riches Sénateurs d en faire
les frais , fuivant Tufage de tout
tems obfervé dans la Républi-
Se. Il fe fit une affaire de ré-
:er par des efifets les bruits »
2ui s*étoient répandus, à Tocca-
on du départ des gladiateurs»
qu^\ avoic emmenés à la guerre
contre les Marcomans. On di-
foit que fon intention étoit de
retrancher les divertiflemens
publics , & d'aftreittdre tout le
monde à l'auftérité de la vie
philofophique. Ce fut pour lui
un motif de témoigner d'autant
{^lus d'indulgence (ur ce point.
I la poufla même à Texcès,
fuifqu'il permit le fpeâacle des
antomimes , fi ennemi des bon-
aes mœurs , 6c banni par quel-
ques-uns de fes prédécefleurs ,
qui , cependant , ne refpec-
loicnt pas autant que lui la ver-
MA
tu. Seulement il apporta quel-
que modération aux dépenfes
des jeux , réduifant le falaire»
que les Comédiens pouvoiènt
demander, à cinq pièces d'or f
& défendant qu'on leur en don*
nât jamais plus de dix.
On voit par tout ce qui vient
d*êrre rapporté , que la bonté
étoit le fond du caraâère de
Marc-Aurele. Il chériffoit tel-
lement cette vertu » qu'il en lie
une divinité » à laquelle il conf-^
truifit un .temple fur le Capito-
le. Il l'exerçoit même à l'égard
des coupables ; & pour la pu-»
nition des crimes, il fe conten-
toit communément de peines
plus légères que celles qui
étoient prefcrites par les loix.
Un Préteur avoit mérité , par
fa mauvaife conduite f d'être
deftitué de fa charge. Marc-
Aurele lui en laiiTa le titre, &
ne le priva que de l'exercice
de fes fondions $ qu'il tranf-
porra à un de fes Collègues. Il
fouffroit patiemment la liberté
audacieufe de ceux qui ne crai«
gnoient point de lui manquer
de refpecl. Un homme de fore
mauvaife réputation , qui s'étoic
déshonoré par l'infâme métier
de gladiateur , fe préfentanc
pour deq|ander une charge »
Marc-Aurele l'avertit de com-
mencer par détruire les idées
fâcheufes » qu'il avoit données
de lui dans le public. Je fuis
dans le cas de bien d^ autres , ré«
pondit infolemment le Candi*
dat. Je vois devenus Prêteurs
plufieurs de mes camarades d*ef»
€rinu^ Celte réponfe étoit ut
MA
reproche fau au Prince même t
qui n^y oppofa que la douceur.
Comme il écoit toujours en-
clin à pardonner les offenfes ,
qui l'attaquoienc perfonnelle-
ment , rien ne pouvoir faire
violence à fa généreufe bonté ,
ni l'énormité des attentats 9 ni
la crainte que l'impunité n'en
provoquât de femblables. Il laif*
la jouir non - feulement de la
vie , mais de leur fortune &^de
leur état , ceux même qui fe
rendirent coupables d'une ré«
bellion manifefte , & qui prirent
les armes contre lui & contre
fon fils ; & s'il s'en trouve qui
aient été rois à mort , ce ne fut
point par fon ordre.
£a politique Romaine avoir
toujours traité les Princes étran«
gers à la rigueur ; mais 9 Marc-
Aurele ne voulut point que fa
clémence fe démentit à leur
égard. L'eâfuiion du fang, même
des perfonnes les plus viles >
lui faifoit horreur, il corrigea
l'inhumanité des combats de
gladiateurs , en leur donnant
des fleurets au lieu d'épées 6c
d'armes tranchantes , afin qu'ils
fe battiflent comme les athlètes
fans danger pour leur vie. Un
enfant , qui danfoit fur la corde,
s'étanc tué en tombant , Marc»
Âurele ordonna que dans la fui*-
ce on mît des matelats fous les
Cordes , fur lefquelles les volti-*
geurs exerçoienc leur jeu ; cet-
te réforme fe foutint. Du tems
de Dioclétien , l'ufage fubfiftoit
encore de tendre des filets au-
deflbus des danfeurs de corde*
Un Uoo , «ccoucumé à dévorer
M A 15Ç
les hommes , fut donné en fpec-
tacle au peuple» chez qui une
folle curioficé étouffe tout fen«
riment. Marc- Aurele ne voulut
point le Voir ; & il refufa dé
donner la liberté au maitre de
ce lion , quoiqu'il en fût vive-
ment follicité par les cris de la
multitude. Il leur impofa filen-
ce 9 en commandant à un Héraut
de crier à haute voix de fa part ,
que cet homme n'avoit rien fait
qui méritât récompenfe.
La bonté de Marc-Aurele ne
fe tint pas toujours, comme il
a déjà été obfervé , dans les juf-
tes bornes. Ce Prince ne fçut
pas garder ce fage milieu , qui,
en s'éloignant de la dureté p
évite la foiblefTe. Il excéda en
indulgence à l'égard de tout ce
qui l'approchoit. Il n*en faut
point d'autre preuve que tz
conduite moile par rapport à
fa femme & à fon fils, il n'ai*
ma rien tant que la philofophie.
Cet amour fi louable devint par
fa facilité une occafion de com-
mettre bien des injuftices. Com^^
me on fçavoit que la philofophie
étoit la voie pour obtenir la fa*
veur du Prince , bien des gens
fe livroient à cette étude , non
pour fe perfeâionner l'efprit 9t
le cœur , mais dans la vue de
faire fortune. Ils prenoient le
tnafque de Philofophe fans en
avoir les fentimens ; & la bonté
de Marc-Aurele étoit la dupe
de leur hypocrifie. Ils acqué-
roient des rich^fles ; ils par-
venoient à des emplois 9 dont
ils abufoient pour faire fouveot
bien du mal , & aux particu^
156 MA
lieis & à la République.
L'indulgence pour les crî-
inînels étoit auffi portée trop
loin par Marc-Aurele. En voici
un trait. Un charlatan , dans le
champ de Mars /haranguant du
haut d'un arbre ia multitude at-
troupée , prédit que le feu tom-
beroit du ciel , & que la fin du
inonde arriveroit , lorfqu*iI fe-
roit lui-même changé en cicogne.
ÀujourmarquéjilfelaiffagliflTer
le long de l'arbre , & fit partir
une cicogne , ou'il avoit cachée
dans fon fein. Son projet ne fe
termînoit pas à cette illufîon
grodîere. Il tendoit à une fin
également dangereufe de crimi-
nelle. Quelques fcélérats , de
concert avec lui , dévoient
mettre le feu en différentes par-
ties de la ville, & profiter du
défordre pour piller. L'impof-
teur ne peut pas exécuter fon
plan. Il fut arrêté dc amené à
l'Empereur , à qui il avoua tout.
Un tel crime ne méritoit affu-
Tément aucune grâce. Néan-
moins , Marc - Aurele le par-
donna.
En outrant ainfi la vertu , ce
Prince a donné lieu de fufpec-
ter fa fincérite & fa franchife.
On a cru qu'il entroit de Taf-
fedtation dans une douceur pouf-
fée au delà de toute mefure ; &
^ue la vanité y avoit plus de
part que les fentimens du cœur »
qui , lorfqu'ils font vrais , fe
produifent avec fimplicité & fans
fafte. Dion Cai&us réfute ce re-
proche, en y oppofant la conf-
iante égalité de la conduite de
Marc-Aurele , qui , peadant ua
M'A
fi grand nombre d'années , foas
Tite«-Antonin d'abord , & eo-
fuite dans un règne de vingt
ans , ne s'eil jamais démentie*.
Il faut avouer que cette preuve
eft d'une grande force ; & il y
auroit une injuftice manifeile à
douter que le cœur de Marc-
Aurele ne fût porté à la bonté.
Mais , la crainte du blâme 6c la
paifion pour les louanges n'ont
elles rien ajouté aux fentimens
d'une belle amedc aux lumières
d'une raifon épurée? Cefi: ce
qu'il eft difficile de fe perfua-
der.
Un Prince , qui recherchoit
fi fort la gloire de la bonté »
n'avoit garde.de manquer à la
juftice , qui eft d'une obligation
rigoureufe. Les droits du fifc
préfentoient toujours quelque
occafion aux efprits malfailans
de fufciter à des citoyens pai«
fibles defâcheufes affaires & des
chicanes odieufes. Marc - Au«
rele alla au-devant de cet abus*
Il ne méprifa pas feulement les
délations, qui tendoient à grof«
fir fes revenus < de qui pouvoienc
opérer des confiications avan-
tageufes à fes intérêts ; mais, il
renouvella Se fit obferver les
anciennes ordonnances contre
les délateurs i qui feroient conr
vaincus de faux.
Marc-Aurele » en général i
faifoit rendre la juftice & la
rendoit lui - même avec une
exaâitude fcrupuleufe. Il blâ<*
rooit beaucoup la précipitation
dans les jugemens. Il obligea ua
Préteur de recommencer l'inf-
truâion d'une afiaite ctimineUe»
MA
^î avoît été brufquée , & d*é-
couter de nouveau les accufés.
Lui-même ii eropioyoit quelque
fois jufqu*à onze & douze jours
à étudier & àdifcuterun procès
d'importance , ne plaignant ni
fon cems ni fa peine » lorfquMl
s'agiiToic d'éclaircir la vérité ;
car, il étoit très- laborieux , dit
THiftorien , & il traitoit toutes
les a£faires avec poids & me*
lîire. Il ne difoic, il n'écrivoit,
il ne^ faifoit rien , qui ne fût
pefé mûrement ;ôc quelquefois ,
ce qui auroit paru de peu d'im-
portance à d'autres; Toccupoit
des jours entiers. Il penfoit qu'un
Prince ne doit jamais fe déter-
miner légèrement, parce que la
négligence dans les petites cho-
fes décrie fa conduite même
dans les grandes*
Son amour pour le travail &
fon zèle pour l'expédition d'un
procès I dont la longueur efl fi
fatiguante éc û ruineufe pour les
citoyens , l'engagèrent à réfor-
mer la trop grande multitude de
jours d« vacations , que pre*
noient les tribunaux de juftice.
Il porta jufqu'à deux cens
trente le nombre des jours d'au*
dience dans l'année*
Marc-Aurele fît plufieurs or-
donnances 9 où brillent l'équité
& l'atteotion vigilante au bien
public. La rigueur de l'ancien
droit Romain étoit telle, que
les feuls parens du côté pater-
nel fe fuccédoient mutuelle-
ment; enforte que les mères
n'héritoient point de leurs en-
fans 9 ni les enfans de leurs mè-
res. Tite-Antonin commença à
/
' M A T57
corriger cette dureté; & par
un Sénatus-Confulte rendu foi^s
fon autorité , il donna aux mè-
res infortunées , qui , contre
l'ordre de la nature, verroienc
mourir leurs enfans avant elles «
la foible & trille confolatioa
d'être au moins leurs héritières.
Marc-Aurele ajouta à cette dif-
pofition un fupplément nécef^
faire , en appellant les enfans
à la fucceifion de leur roere.
Cette mitigation fut dans la
fuite étendue plus loin par les
Empereurs Chrétiens.
Comme un des objets les plus
importans de la police généra-
le de la fociété eft la tutele des
mineurs , Marc-Ai|rele fît de ce
genre d'affaires le département
propre & particulier de l'un des
Préteurs ; au lieu qu'auparavant
l'ufage & la loi en chargeoienc
les Confuls , qui , étant partagés
par un grand nombre d'autres
foins, ne pouvoîent pas donner
à celui-ci toute l'attention né-
ceffaire. Il porta fes vues fur
les caufes d'État, toujours iofî«
niment intéreiTantes , mais fur
tout parmi les nations , qui ad-
mettent la plus grande diftinc-
jtion poffible entre les hommes ,
celle de la liberté Ôc de l'efcla-
vage. Afin que chaque citoyen
pût aifément fournir la preuve
de fon état , (i on venoit à le lut
contefter , Marc-Aprele renou-
vella un ancien règlement de
Servius Tullius, mais aboli par
le non ufage. Il ordonna que le
nom de chaque enfant de con.
dition libre , qui naitroit dans
Rome, feroit portée dans les
is8 MA
trente jours après fa naiflaoce >
aux archives du tréfor , dans
le temple de Saturne. Il établie
pour la même fin dans les pro-
vinces , des regiilres 3c des dé-
pôts publics.
Marc-Aurele étendit à tous
les Sénateurs l'obligation, que
Trajan avoir impofée à ceux, qui
afpiroient aux charges , d*avoir
une partie con(idérabIe de leurs
biens^ placée en fonds dans l'Ita-
lie. Cette précaution devenoit
de plus en plus nécefTaire, par
la facilité qu'on avoit de com-
muniquer le droit de bourgeoi-
£e aux villes & aux peuples »
& par conféquent d't>uvrir l'en-
trée du Sénat à un très grand
nombre de fujets d'origine
étrangère ; enforte qu'il étoit
à craindre que l'Italie » qui
étoit le centre & la tête de
l'Empire , ne devînt comme
SodifTérente à la plupart de ceux^
qui compofoient le premier or-
dre de l'État.
Tels font Its principaux ré-
glemens , émanés de l'autorité
de Marc-Aurele. L'on doit y
remarquer non-feulement la fa-
gefle des loix en elles mêmes ,
mais une attention prudente à
ne point innover fans néceflité,
à travailler fur les fonderaens
déjà établis, &'à aimer mieux
xappeller un droit ancien, que
de le procurer le vain honneur
d'en introduire un nouveau. Ce
Prince s'aidoit dans cette opé-
ration des lumières des plus
fçavans Jurifconfultes , parmi
Içfquels on nomme Cerbidius
Scévola» maître célèbre d'un
MA
difciple encore plus fameux, du
grand Papinien.
Après ce tableau du gouver-
nement de Marc-Aurele , il ne
nous reâe qu'à ajouter un mot
fur fa conduite privée. Il eft
inutile d'en citer la fobrîété ,
la tempérance » réloignement
de tout excès. Nous nous con-
tenterons d'obferver que fa vie
fut toujours férieufe , toujours
occupée des devoirs du rang
fuprême. Il mangeoit feul com-
munément ; & on lui en a fait
un reproche. Mais, deux raifons
l'y déterminoient. Il voulott d'u-
ne part ménager le tems , & ne
pas perdre dans de longs repas ,
dts heures qu'il trouvoit bien
mieux employées au travail. De
l'autre , il étoit bien aife de
laiiïer une pleine liberté à fes
amis , & de ne pas les gêner
par la néceflité de fe trouver à fa
table.
Avant que de finir cet arti-
cle , nous remarquerons que les
Chrétiens furent les feuls > qui
ne fe reffentirent point de la
douceur du gouvernement de
Marc - Aurele. Il eft compté
dans nos faftes pour auteur de
la quatrième perfécution , qui
fit un très-» grand nombre de
martyrs > dans toute l'étendue
de l'Empire. Les plus célèbres
font Saint Polycarpe à Smyrne ,
Saint Juftin à Rome , Saint Po'*
thin. Sainte Blandine 6c leurs
compagnons à Lyon. Il eft
pourtant vrai que Marc^Au*
rele ne donna point d'édit con«
tre les. Chrétiens. Il défendit
même «près le miracle > qui le
MA
tira de péril dans le pah des
Quades , qu'on les accufât pour
caufe de leur religion ; mais,il ne
les exempta point de la mort ,
lorfqu'ils feroiencmis en juftice,
& laifTa fubiilier les édits de Tes
prédécefleurs.
MARC£LLA , MarcdU , {a)
nièce d'Âuguiie > âc fœur du
jeune Marceilus , étoit fille de
C. Marceilus & d*Oaavie. Elle
fut d'abord mariée à' M. Agrip-
pa, qui dans la fuite fe fépara
d^elle pour époufer Julie, fille
d*Auguile. Marcella , abandon*
née de fon premier mari , époufa
Jule-Antoine » fils du Triumvir
M. Antoine , & en eue un fils «
L* Antoine , qui mourut à Mar*
feille.
MARCELLÉES , Marcellaa^
Marcellea , {b) nom d'une fête
que les Syracufains inftîtuerenc
en rhonneur de Marceilus , &
en mémoire de ce qu'il avoic
bien & fagemenc gouverné la
Sicile*
MARCELLIN [ Ammisn ]«
Foyei Ammien.
MARCELLINUS. Foyc^
Lentulus [ Cn. Cornélius ) Mar-
cellinus*
MARCELLINUS, Marcel-
linus^ {c) grand«pere de l'Em-
pereur Adrien , fut le pre«
mier Sénateur de fa famille.
MARCELLINUS , Marcel-
Unus I {d) commandoit dans U
M A 159
Méfopotamie pour AuréUea ,
lorfque ceux de Palmyre vou<*
lurent l'engager à prendre U
pourpre. Mais , Marcellinus fi«
deie à fon Prince, & éludant
leur propofition par des délais
affeâés , donnoic avis de tout
à Aurélien. Les Rebelles , fe
lafianc d'attendre fa décifion ,
en proclamèrent un autre Em*
pereur.
MARCELLUS [ la famîlfe
des ] 9 Marcellorum Gens , une
dt$ plus iliuilres familles Ro-
maines. C'étoit une famille Plé-
béienne ; mais , elle n'en a pas
moins produit plufieurs grands
hommes , que nous allons faire
connottre. Nous remarquerons
feulement auparavant que le
nom de Marceilus fignifie la
même chofe que Martial , c'eft«
à- dire , fils de Mars. Les Rou-
mains aimoient fort les noms &
les furnoms tirés de Mars ^
qu'ils regardoient comme Tau**
teur de leur origine; delà fosc
venus Marcus y Marcius, Ma**
mers , Mamercus & Marceilus,
MARCELLUS [ M^ Ct av-
DIUS ] 9 Af. Claudius Marceilus^
M. KA«i//fo; M/z'Xf^^eç ^ («) fut
créé Conful avec C. Valérius
Potitus , l'an de Rome 423 âc
329 avant Jefus*Chrift«
Cette année fut marquée par
un trifte événement , caufé oa
par l'intempérie de l'air p ou
(s) Crév. Hlft, Rom. Tom. VUI. pag.
5i^.Cré)r. Hifi,«dcs £mp. Tom. 1. p.
.ii,<$9,50i.
(i) .Mém. de TAcad. des Infcript. &
Belt. Lert. Tom. 1. p. fS4 1 i^9»
(c) Crév^ Hift. des fmp. Tom. 1V«
pig. 100.
(d) Crév. HiR, des Smp. Tom. V3.
P««- 45-
(C) Tît. Uv. L. Vlll. c. t8 • »!«;
RoII. Hiâ, Rom» Tom. 11* jpag, »»!«
j6o
M A
par un crime affreux. TîteLîve
cxpofe au long cette féconde
caufe^mais en averti&nc qu'elle
paroît douteufe à quelques Au-
teurs. On voyoit avec étonne-
itient les principaux de la ville
mourir de maladies qui paroif-
foient femblables , & tous pref-
que avec les mêmes fymptô-
mes. Dans 'le trouble &. Tallar-
ine où écoit toute la ville , une
femme efclave promit d'indiquer
la caufe de cette mortalité ,
pourvu qu'on la mit à l'abri des
fuites que pouvoir avoir cette
affaire. On en donna fur le
champ avis aux Confuls , &
ceux-ci en firent leur rapport
au Sénat , qui fit donner à l'ef-
clave les aiTurances qu'elle de-
mandoir. Elle déclara que cette
mortalité venoit du poifon pré-
paré & compofé par des Dames
Romaines y & que fi Ton vouloit
la fuivre, onenauroit des preu-
ves évidentes. Les Confuls la
fuivirent en effet , furprirent
quelques Dames occupées ac-
tuellement à faire cuire certai-
.xies drogues , & trouvèrent dans
des armoires fermées, des breu-
vages tout préparés. Us firent
porter ces breuvages dans la
j)lace publique, & y firent com-
paroître vingt Dame^ Romai-
nes , chez lefquelles on les avoit
trouvés. Il y avoit entre elles
deuxPatriciennes,qui dirent que
ces breuvages étoient des re-
mèdes falutaires. L'efclave« qui
par cette réponfe fe voyoit ac-
cufée de faux , infiila à ce que»
pour prouver leur innocence ,
'elles' en priffent elles - mêmes.
MA
Ayant fait écarter la multitude,'
toutes confulterent enfemble,
acceptèrent hardiment la pro-
pofition qu'on leur' faifoit , bu-
rent chacune de ce breuvage »
& périrent par leur propre cri-
me. Les femmes qui les accom-
pagnoient , arrêtées fur le
champ 9 indiquèrent un grand
nombre d'autres Dames, dont il
y en eut jufqu'à cent foixante-
dix de condamnées. Jufqu'alors
dans les Tribunaux de Rome il
n'avoir point été queition du
crime d'empoifonnement.
Outre ce que dit Tite-Live ,
que quelques Auteurs attri-
buoient la mortalité de cette
année, non à du poifon , mais
à une maladie épidémique ; il
y a, ce femble, dans le récit
même de ce fait, plufieurscir-
confiances qui le rendent pea
vrai femblable, fur tout le nombre
de près de deux cens femmes ,
convaincues de ce crime. Eit-îl
croyable qu'elles euffent pu
garder pendant quelque tems
un fecret de cette importance
avec un fiience ^ inviolable >
qu'il n'en eût rien tranfpiré au
dehors?
Quelques années après , M.
Claudius Marcellus fut nommé
Diâateur pour préfider aux af-
femblées Confulaires,ôcil choi-
fit pour maître de la cavalerie »
Sp. Poilumius. MslIs , il ne tint
pas cependant ces affemblées ,
parce que fon éleélion ayant été
conteilée , les Augures qui fu-
rent confultésjdéclarerent qu'el-
le n'étoit pas valable. Les Tri-
buns du peuple fe plai^^^nirenc
hauceinenc
MA
hautement de ce jugemeft(, &
firent tous leurs efforts pour le
décrier. Malgré cela , M. Clau-
dius Marcellgs fut obligé de fe
démettre de fa charge.
MaRCELLUS [M. Clau-
Dius ] y Mé Claudius Marccllus^
M. KW//e4 Ma^xfxxoc « {a) fils
du précédent , fut , félon Plu*-
tarque , le premier de fa mai-
fon qu*oti appella Marcellus »
c'efl-à-dire , Martial. Il paroif-
foit né pour la guerre 9 robufle
de corps , brave de fa perfonne,
homme de tête & de maiit , fier
& hautain dans les combats ,
lAais dans le réi^e de la vie ,
doux j modefte , pofé. Il avoiç
beaucoup de goût pour les let-
, très Grecques. [ Les Latines
balbutioient encore. 3 Mais » ce
goût n^alla que jufqu'au poiiîc
d'eftimer Se d*admjrer ceux qui
Vy diilinguoient. Pour lui , oc-
cupé par les guerres , il ne put
Vexercer à l'éloquence autant
qu'il l'autoit fouhai^^é. Encore
toutjéune^ il naérita les cou-
tonnes & les autres prix dont
-les Généraux récompenfoienc
la valeur ; & fa réputation
croiffant de jour à autre , le
peuple le nomma Édile Curule 1
& les Prêtres le créèrent augure*
Il remplit toujours avec fuccès
les fonâions des charges qui lui
furent confiées*
^. Dans le tems qu*il fut tiommé
M Applan. pa^. ^19. Vell. Paterc.
I.. 11. ct 38. Plue Tom. 1. p. «9Sj ^99.
ér fi^» Corn. Nep. in Annibal. Cé 5 , i^*
in M. Porc. Caton. c. it Ti(. Liv. L.
XXH. c.iç, 57. L. XXlll. c. 14. &
/pf. L. XXIV. c. 9, ai» ajr. éf feq,
I..XXV. c. 3»»3. ér fin. L, XXVI.
camnéâ
le fi#ft
!S , ils ^
MA Ht
Confal; tesGaul9is envoyèrent
des AmbaÛTadeurs pour faire
des propofîtions d'accommodé*
ment. Le Sénat inclinoit affez à
la paix» mais M. Clagdius Maff
cellus anima le peuple contre
les Gaulois , âc le détermina à
ia guerre* Ceux-ci , contraint!
de prendre les armes , fe difpo^i»
fent à faire un dernier eâbrt. lit
lèvent à leur foide chez let
Géfaces s environ trente mille
hommes » qu*ils tinrent toujourt
prêts en attendant que les enne*
mis vinflent. Au printems» le#
Çbnfuls entrent dans le pais de$
Infubrieas , 6c «'étant campéâ
proche d'Acerres , vilh
entre -le P6 & les , Alpei
mettent le fîege. Comme iU
s'étoient emparés les premiers
des poiies avantageux, les In^^
fubrîens ne purent aller au fe<*
cours* Cependant , pour fairt
lever le iiege , ils pa(ferent le
tô avec une partie de leur ar-
mée 9 & afiiégerent ClaAidium ^
j}etit bourg qui depuis peu ve<<'
.noit d'être fournis ^aux Ro-
mains. Sur cette nouvelle , M«
Claudius Marcellus , à la tête
de la cavalerie & d^une partie
de l'infanterie, court au fecouts
des afEégés* Les Gaulois laiâant
là Clailidium , viennent au-de<^
vant de Tenneoii , âc fe rangenc
en bataille» Ils le regardoient
déjà comme battu , voyant le
c. at. irféq. L. XX VH. c. i i a. ër fifi*
Roll. Hift. Ane. Tom. 111. pag* a99. «Sr
fuiv. Hift. Rom. Tom. 111. p. 47, 484
ér fni-», Mém. de TAcad. des Infcript.
'& Bell. Lett. Tom. 1. p. 15). ^ ;»/v«
JT, V, p. 178, 179.
w 4
i6± UA^
peu d*infanferie qcii le fui voie i
6c ne tenant pas grand compte
de fa cavalerie. Car, étant fort
adroits aux connbats à theval ,
tomme l'étoicnt en général les
Gaulois , 8c croyant avoir de ce
côté-là un grand avantage, ils
fevoyoîent encore en cette oc-
caiion fort fupérieurs en nom-
bre à M. Claudius Marcellus,
Ils marchent dont droit à lui
Ivec une impétuofité pleine de
fureur , ÔCavec de grandes me-
naces > comme fûrs de le vain«
cre. Leur roi Viridomate , fu-
perbeYnent monté , devançoit
le^atairions & fes efffadtons.
MPClaudius M^'rcellus , pour
les empêcher de Tenveloper à
caufê de fon peu de trou'pes,
étendit le plus qu'il put fes aî-
les de cavalerie , & leur fit
iDCcuper tfn grand, terrein , en
-les diminuant & les aiFosbIilTanc
peu-à-peu ,jufqu*àce qu'il pré-
fenrât un front à*peu-près égal
à celui de Tennemi.
Sur le point de fe mêler avec
les Gaulois, il fit vœu de con-
facrer à Jupiter Férétrien , les
plus belles armes prifes fur les
ennemis. Dans ce moment, le
jpoi des Gaulois l'apperçut , &
jugeant bien à pîufieurs mar-
ques que c*étoii-Ià le Général
des Romains , il pouffa fon che-
val à toute bride > Tappeliantà
haute voix pour le défier au
combat , & branlant une longue
& pefante pique. C*étoit un
homme très-bien fait , plus haut
de taille même que les Gaulois,
; -qui étoient communément fort
' J;rands. De plu»> il briiloit tel-
lemtflf par l'éclat de fon armuf d
enrichie d'oif 6>C d'argent / &
rehauffée de pourpre Ôc des
plus vives couleurs , que l'é-
clair n'eft pas plus étincelant.
M. Claudius Marcellus, frap-*
pé de ce cbup-d*œil, porte les
regards fur toute la bataille
ennemie , & voyant que les
plus belles armes étoient celles
de ce Roi , il ne doute point
que ce ne foient-là celles qu'il
a vouées à Jfupiter. Pouffant
donc à lui de toute fa force , il
perce avec fa pique la cuîraffe
de fon enntrmi. Le coup ,' aug-
menté par la vîreffe & Timpé-
tuofité du cheval , fut fî roide,
qu'il jetta le Roi à la renverfe.
M. Claudius Marcellus revient
fur lui , lui appuie un fécond &
un troifieme coup qui achèvent
de le tuer ; Ôc fautant prompte*
ment à terre , il le dépcuille de
fes armes, de les prenant entre
fes bras , il les élevé vers le
ciel » 6c les offre à Jupiter Fé-
rétrien , en le prîant.d*accorder
une pareille proteâion à toutes
fes troupes, La mort du Roi en-
traîna la défaite de fon armée.
La cavalerie Romaine fond fur
les Gaulois avec impétuofîré. Ils
font d'abord quelque réliftance*
Mais, cette cavalerie les ayant
enfuite enveloppés , & attaqués
en queue & en Hanc , ils pliè-
rent de toutes parts. Une partie*
fut culbutée dans la rivière ; le
plus grand nombre fut paffé ati
fil de répée. Les Gaulois qui
étoient dans Acerres, abandon-
nèrent la ville aux Romains ,
9c fc. étirèrent à MlUn qui
MA
étoit ta capîrale des tnfubtî-èAs*
Le conful Cn. CornéJius les
fuivir de pfès , & en forma le
tîege. Comme la garaifon étoit
fort nombreufe , & qu'elle fal-
loir de fréquentes forlîes ^ les
âdiégéans eurent beaucoup à
fouffrîr , & furent fort maltrai^
tés. Tout changea bientôt de
face, lorfque M. Claudius Mar-
cellus parut devant la place»
Les Géfate« , qui apprirent la
défaite de leurs troupes .ôc la
tnort de leur Roi , ayant voulu
à toute force s'en rerournet
dans leur païs , Milan fut ptis ,
& les InfubrienS rendirent tou-
tes leurs autres villes aux Ro-
mains , qui leur accordèrent la
paix à des conditions raifonna*
blés , fe contentant de leur ôter
quelque partie de leurs terres»
& d'exiger d'eux certaines fom-
ines pour fe dédommager des
frais de la guerre»
Le Sénat décerna à M» Claa-
dius Marcellus f«ul l'honneur
du triomphe ; & fon triomphe fut
un des plus remarquables qu*ott
eût vus à Rome, tant par les
grandes richefles 6c la quantité
de belles dépouilles, que par
le gratid nombre & la taille
prodigieufe des captifs 9 & par
la magnificence de tout l'appa-
feil. Mais, le fpeiîtacle le plus
agréable ÔC le plus nouveau ^
ce fut M. Claudius Marcellus
li>î - même ♦ portant à Jupiter
Tarmure du roi Barbare ; car ,
ayant fait tailler le tronc d'un
chêne , & l'ayant accommodé
en forme dé trophée, il le re-
vêtit de ces armes en les arraa-
M A î5)
geânt proprement & aVec ot«
dr«.
Quand toutfe la pompe fe fui
iTiile en matche , il monta fur uii
char à quatre chevaux, & pre^^
nant ce chêne àih(ï ajufté « U
traverfa toute la ville les épau^
les chargées de ce trophée > qut
avoit la figure d'un homme ar-
mé , 8c qui faifoit le plus fu^-
perbe ornement de fon triom<*
phe. Toute l*ati!née le fuivoit
avec des armes magnifiques ^
en chantant des chanfons colii-
pofces pour cette cérémonie «
de des chants de vîéloire à là
louange de Jupiter & de Icuf
Général»
Dès qu'il fut arrivé daiis cet
ordre au temple de Jupiter Fé-
rérrien , il planta ce trophée >
& le confâcrai 11 fut le troifieme
& le dernier Capitaine qui eut
la gloire de remporter des dé*
pouitiês opimes*
Les faites portent que M»
Claudius Marcellus triompha
des Gaulois âc des Germains*
C*eli ici la prertiiere fois qu'ii
eil fait mention des Germains
dans rhiiloire Romaine.' Ceus
que les faftcnt nomment ici Get*
itiains , font fans doute les Gé»
fates.
Les Romains eurent tant de
joie de cette vidloire & de la
fin de cette guêtre , que d'une
partie du butin ils firent faire
une coupe d'or , pour l'envoyet
à Delphes à Apollon Pythien ^
comme un monument de leur
fecônnoiffance; qu'ils partagè-
rent libéralement les dépouil-
les avec lés villes qui avoicnc
L ij
j^4 ^^
«mbraflë leur parti ; & qu'iU
en réfcrvetent une grande par-
tie pour en gratifier HiéronRoi
dt Syracufe, leur ami & 6dele
allié.
L*an de Rome 5 36 & 216 avant
Ïefus-Chrift» M. Claudius Mar-
cellus fut nommé Préteur , &
on lui donna la Sicile pour dé-
partement. Cette même année
arriva la malheureufe défaite
de Cannes , où plufieurs mil-
liers des Romains furent tués.
Le peu qui fe fauva fe retira à
CanuHum. M. Claudius Marcel-
lus qui . commandoit alors la
flotte d'Ollie, ayant reçu des
ordres particuliers du Sénat ,
envoya à Rome , pour garder
la ville y quinze cens hommes
qu'il avoi,( levés pour fervîr fur
la flotte. Pour lui , ayant envoyé
la troisième légion à Téane de
Campanie avec des Tribuns
légionnaires 1 il laiffa la flotte
avec ce qui pouvoit y refter
de foldats, fous la conduite de
P. Furius Philus ; & peu de
jours aprês> il fe rendit à Canu-
iium à grandes journées.
A peine y étoit-il arrivé , que
les Sénateurs de Noie lui don-
nèrent avis de l'extrême danger
où étoîc la ville , parce que le
peuple étoit près de fe rendre à
AnnibaJ. 11 accourut fans per-
dre de tems. Inftruit qu'il s'étoît
formé une conrpiration , il prit
toutes les roefures néceffaires
pour en empêcher l'effet. Il
s'étoit tenu quelques jours ex-
près renfermé dans la ville »
non par crainte, mais pour inf-
pirer à reanemi une confiance
M
téméraire. Annibal , en effet 2
approcha des murailles avec
moiiis d*ordre & de précaution
qu'il n'avoir coutume. M. Clau-
dius Marcellus , qui tenoit Tes
troupes rangées en bataille dans
la ville , les fit fortir dans ce
moment par trois portes » dc
tomba fur les adiégeans avec
tant de force & d*impétuolîté ,
qu*ils ne purent foutenir ce
choc- Après s-être défendus
pendant quelque tems avec
aflez d^i^îgueur &de courage,
ils forent enfin enfoncés > dc
ojaligés de fe retirer dans leur
camp. Annibal perdit dans cette
aâion , deux mille trois cens
hommes , & du côté de M*
Claudius Marcellus il n*en fut
tué que cinq cens.
Ce fut- là le premier avan-
tage que les Romains rempor-
tèrent fur Annibal depuis la
bataille de Cannes , & il fut
pour eux d'une extrême confé-
''quence. Car 9 dans Tétat oii
étoient alors les affaires de la
République » il étoit plus difH-
cile d'arrêter le cours des vic-
tofresd'Annibal, qu'il ne le fut
dans la fuite de le varncre. Cet
avantage commença à raflurer
les Romains y & à leur infpirer
de la confiance , en leur mon«
trant qu'ils combaitoîent contre
un ennemi qui n'étoit point in-
vincible , & qui pouvoit être
entamé &C battu.
Alors, M. Claudius Marcel-
lus ayant fait fermer la ville ,
& mis des gardes aux portes
pour empêcher qui que ce fût
d*ea fortir , fit une recherche
MA,
ewéle de ceux quf avoîent eu
des entretiens fecrets pendant
la nuit avec les ennemis. Soi-
xante-dix des plus coupables
ayant été convaincus du crinae
de trahîfon^ le Préteur les con-
damna à perdre Ta tête, con-
fifca leurs biens au profit du
peuple Romain , de rendit^ au
Sénat de Noie toute l'autorité
que la cabale lui avoit ôtée.
L'ahnée fuivante» tout le mon-
de avoir attendu fans impatience
Îue le conful Ti. Pompànius
rracchus indiquât Taiïemblée
pour fe nommer un Collègue.
Mais , plufîeurs ayant obfervé
<lue Ton avoit éloigné comme
à deffein M, Ciaudius Marcel-
lus 9 à qui les vœux du public
deâinoient cette dignité préfé-
îablemçnt à tout autre , com-
me une récompenfe des belles
aâions qu'il avoit faites pen-
dant fa Préture , il s*excita un
grand murmure dans le 3énat»
On peut foupçonner qu*il y
avoit réellement de l'artifice
dans la conduite que l'on tenoit
à l'égard de M. Ciaudius Mar-
cellus. Il étoit Plébéien; le Con-
ful rétott auiB. 11 étoit alH^z
Vraifemblable que les Patriciens
vouloient empêcher que les deux
places de Conful ne fuflent oc-
c*upées l*une & l'autre par des
Plébéiens; ce qui étoit jufqties-
là fans exemple. Quoi qu'il en
foit de çet^e conjecture 9 le
Conful y que fa qualité de Plé-
béien doit garantir du foupçon
d^étre entré dans ce complot,
& qui fe voyoit maître de l'élu-
der , répondit à ceux qui fe
/ MA ié$
plaigooient : » Meilietirs , oq
» n'a rien fait que pour lebiea
» de la République. Il étoit à
39 propos que M. Ciaudius Mar»
3» celtus pafl^ dans la Campa-
3> nie , pour y faire l'échange
» des armées; & que l'aifem*
^j blée pour j'éleâion ne fûc
x> indiquée qu'après qu'il fe fe-
» roit acquitté de fa commif-
» iion , & qu'il feroit revenu à
» Rome, afin que vous pui(Ges
30 avoir pour Conful celui que
39 les conjonctures préfe^mes
» demandent, & que vous dc-
33 (irez. 3x Ainfi , l'on ne. parla
plus d'affemblée jufqu'au retour
de M. Ciaudius Marcellus. Dès
qu'il fut revenu à Rome , elle
le tint I & il fut nommé Conful
d'un commun consentement , Qq
entra aufiltôt en charge» Mais,
comme dans ce moment même(
on entendit un coup de tonnerre»
& que fa nomination fut décla*
réc vicieufe par les Aueures, il
fe démit , & on lui fubftitua Q.
Fabius Maximus, qui fut alors
Conful pour la troisième fois.
Le peuple voulut du moins
que M. Ciaudius Marcellus
continuât à commander en qua*
lité de Proconful , parce que ,
depuis la bataille de Cannes^
il étoit le feul Général qui eue
combattu avec avantage contre
Annibal en Italie. Il i>e demeura
pas oifif à Noie. Il &t dci cour*
fes fur les terres des Hirpiniens
dl des Samnites de Caudium ;Sl
il mit tellement tout leur pa'ù
à feu ÔC^à fang,, qu'il rappella
à ces peuples le fouvenir- des
ravsiges qu'ils a voient fouâertsL,
L iiî
j66
MA
dans leurs anciennes guerres
contre les Romains. Pouifés à
bout, ils envoyèrent des dépu-
tés à Ânnibal pour implorer fon
recours*
Annîbal leur répondit qu'il
ihettroit bientôt les Romains
hors d'état de leur nuire. Puis
leur rappellant en termes em-
phatiques le fouvenir de Tes
premiers exploits» il les afTura
que comme U bataille de Tra-
fimene avoit eu plus d'éclat que
celle de Trébie » & qu'en-
fuite la viéloîre remportée à
Cannes avoit obfcurci celle de
Trafiraene ; de même , avant
^u'il fût peu , il feroit oublier
celle de Cannes par une autre
encore plus fanglance dc plus
glorieufe. Après leur avoir ainfi
parlé y il les renvoya comblés
de préfens.En eiFet , ayant laîffé
dans le camp de Tifate un petit
nombre de foldats pour le gar*
der j il marché avec le refte de
fon armée du côté de Noie , fe
j5fometcant une facile viâoire
fur ce que Tes alliés lui avoient
rapporté de la foibleâe &c de la
Dégligence de M« Claudius Mar*
cellus.
Hannon fortit en même tems
du païs des Bruttieirs, & vint
joindre Annibal avec les fol-
dats de les élépbans que BomiU
car avoit amenés de Carthage.
Annibal , qui étoit campé affez
prés de la ville , ayant examiné
tout avec beaucoup de foin ,
reconnut que fès alliés ne lui
ay oient fait que de faux rap-
fp/ti :» ^ lui avoient e^pofé
MA
les chofes tout autrement qu*et«
les n'étoient.. Car» M* CJaudius
Marcellus fe conduifoit avec
beaucoup de prudence » ne for-
çant que bien accompagné pour
aller piller Je païs , après avoir
fait reconnoître tous les envi-
rons ) ôc s*être ménagé une re«
traite en cas qu*il fût atuqué ,
enfin avec les mêmes précau-
tions que s'il eût eu à combat-
tre contre Annibal lui-*même«
Et dans l'occafion préfente , dèa
qu'il fçut que rennemi s'appro-
choit , il tint fes foldats renfer-
més dans la ville*
Annibal , ayant tenté vaine-
ment de corrompre la fidélité
des Sénateurs de Noie , répan-
dit fes troupes autour de la ville
dans le deuetn de l'attaquer en
même - tems par tous les cô-
tés. M. Claudius Marcellus le
voyant près des^ murailles » fie
fur lui une vigoureufe fortie »
les Carthaginois furent d'abord
mis en défordre , & il y en eut
quelques-uns de tués. Mais, ilt
fe raturèrent , & les forces
étalât devenues égales entre les
deux partis » on commençoit i,
fe battre de part 8ç, d'autre avec
beaucoup de chaleur ôc d'ani-
mofité. L'aélion auroit été des
plus mémorables 9 fi un orage
violent, qui furvint tout d'un
coup accompagné d'une grofle
pluie 9 n'eût obligé les combat*
tans de fe féparer. Environ
trente Carthaginois furent tués
à cette première attaque ; M,
Claudius Marcellus ne perdit
pas un feol homme. La pluie
continua toute la nuu> & dujta
MA
}ufqu*au lendemain affez avanf*
dans la mantinée.
Le troiiieme jour» Aonibal
envoya une partie de fes trou-
pes au fourrage. M. Claudius
Marceltus fortit auiBtôt avec
Ton armée rangée en ordre de
bataille, & Annibal ne refufa
point le combat. Il y avoit en<^
vxron mille pas entr&la ville &
fon camp. Ce fut dans cet efpa-
ce, qui faifoit partie d*une'gran-
de plaine dont la ville étoit en*
vironnée de tous côtés y qu'ils
combanireor. Les deux armées
pouflerent d'abord de grands
cris , qui firent revenir au com-
bat déjà commencé ceux des
fourrageurs Carthaginois qtii
D^étoient pas fort éloigpés. Les
habitans de Noie offrirent auifi
de fe joindre aux Romaims ;
mais , M. Claudius Marcellus,
ayant loué leur zcle^ leur or-
donna de foriper un corps de
réferve pour le fecourir en cas
de befoin , de de fe contenter >
en attendant ^ de retirer les
bleiFés de la mêlée fans com-
battre 9 à moins qu'il n*e let»r en
^ donnât le (ignal.
On ne fçavoit de quel côté
pencherolt la vi(!loire. Les deux
partis,animés par les difcours Se
l'exemple de leurs Généraux ,
combattirent avec beaucoup de
chaleur. Mais enBo , les Car-
thaginois lâchèrent pied par
tout ; ôc comme la bravoure na-
turelle aux Romains s'augmea-
toit de moment à autre» tant
par les exhortations & les élo-
ges de leur Général , que par
ks applaudiâemena que leur
_y
. ^ MA 1^7
donnoîent ceMx de Noie du haut
de leurs murailles , les Cartha-
ginois prirent ouvertement la
fuite 9 & fe retirèrent pleins
d'eâfroi dans leur camp. Les
Romains viâoirieux fe miretic
auûîtôt en devoir de les y aller
attaquer. Mais » M. Claudius
Marcellus les fit rejitrer dans. la
ville y où ils furent reçus avec
beaucoup de joie & de grandes
ajcclamationi, même par lé peu-
ple » qui juifques-là avoit incli-.
né pour les Carthaginois.
Les Romains tuereut dans
cette journée pkts de cinq mille
des ennemis y en firent fix cens
prifonniers.» & prirent dix-neuf
drapeaux, avec deux éléphans;
il y en eut quatre de tués fur
le champ de bataille. M. Clau-
dius Marcellus ne perdit pas
mille hommes. Le. lendemain,
il y eut une trêve tacite', pen-
dant laquelle ils enterrèrent
feurs morts. M. Claudius Mar-
ceilus brûla les dépouilles des
ennemis en l'honneur de Vul«
cain, à qui il avoitrpromis d*ea
faire le iacrifice.
L'année fuivante» il fut créé
Conful 9 , c'étoit fon troifîem«
confulat en comptant celui au-
quel il avoit été nommé , maïs
qu'il avoit été obligé d'abdU
quer. On lui donna 'pour collè-
gue Q. Fabius Maximus i qui
entra dans fon quatrième con-
ftilat. Il y avoit long-tems qu'on
n'avoit vu en place deux Con-
fuls d'un fi rare mérite.
Cependant i Ânnibal » après
avoir ravagé tout le païs aux
environs de Naples , alla cacao
L iv
•i69 MA
per dans le voifmage iê Nolê«
Suand le conful m. Claudius
arcellui eut apprU qu'il ap-
prochait , il ordonna au Pro-
•frètent^ Fo'roponius de le venir
joindre avec T-armée qui étoîc
campée au^delTtis dé SueCTuIe, 6c
il fe mit bientôt en devoir d'al-
ier au devant d'Annibal , de de
le coipbattre. Pendant le filence
.lie la nuit , il fit fortîr Claudius
Ne'roo avec l'élite de fa cava-
lerie par la porte la plus éloi-
gnée de l'ennemi , & lui or-
•donna , après qu'il auroit fait
vh grand circuit ,• de s'appro-
cher peu à peu, & en fe tenant
couvert, de l'endroit où étoient
les Carthaginois ; de enfin ,
quand il verroit l'aclion en-
gagée ^ de les venir tout d'un
coup attaquer par derrière.
«Claudius Néron n'exécuta point
fes ordres , foie qu'il fe fut éga*
:Té en chemin, ou. que le tems
lui eût manqué. Le combat s'é-
tant donné fans lui ^ les Ro<*
•mains ne laiiïerent pas d'avoir
J'avantage $ mais , n'étant pas
fécondés de la cavalerie , leur
projet ne céufïit pas comme ils
-i'avoient efpéré. M, Claudius
Marcellus , n'ofant pas pour-
<fuivre les ennemis dans leur
fuite , fit retirer fes foldats
quoique vainqueurs. Cependant,
.Ânnibal perdit ce jour.-là plus
de deux mille hommes. M.
Claudius Marcellus n'en perdit
pas en tout quatre cens^ Vers
le coucher du foleil , Claudius
Néron , ayant inutilement fati-
gué fes hommes & leurs che-
•vaux pendant un jour de une
• "MA :v
*B«ît , arriva fans avoir feule-
ment vu l'ennemi. C'eft une
grande douleur pour un habile
Général qui a formé un projet
important, de le voir avorter,
par l'imprudence ou le peu de
tête de celui fur qui il s'en étoic
repofé ponr l'exécution. Auffi
le Conful fit-il une réprimande
bien vive à -Claudius Néron ,
juTqu'à lui reprocher qu'il n'a-
voit tenu qu'à lui qu'on ne ren-
dit à Ânnibal la journée de Can-
nes. Le lendemain , M. Claudius
Marcellus mit encoce fes trou«p
pes en bataille ; mais , Ânnibal
ne fortit point de fon camp «
avouant tacitement qu'il fe re-
coniipifiToit vaincu.
Quelque-tems après >I^s Ro-
mains craignant qu'il ne s'élevât
une guerre dangereufe dans la
Sicile , 7 firent pafler M. Clau-
dius Marcellus. Il s'étoit pafl*é
depuis peu à Syracufe bien des
chofes triftes de affreufes. En
dernier lieu , on y avoit affocié
au collège des préteurs Épicy-
de Se Htppocrate , tous deux
attachés à la fortune & aux in-
térêts d'Annibal. Ces nouveaux
Magiflrats brouillèrent tout par
leurs menées féditieufes, 6c vin-
rent à bouc , par de faufles fup-
pofitions de des accufations ca-
loranieufes , d'animer également
la multitude de les troupes con-
tre les Romains. Après plufieurs
intrigues & piufieurs évene-
mens , ces deux chefs de pare!
fe rendent maîtres de Syracu-
fe , font tuer tous leurs collè-
gues , & fe font eux - mêmes
déclarer feula Fr-éceur^ dans
V-
MA
*tae aflemblée ^ cumultueufe.*
Tel étotc rétac des chofes »
lorfque M. Claudîus Marcellus
arriva eo Sicile* Déjà il avoir
pris d'emblée la ville desLéon-
fîos y lorfqu'il apprit ce qui
s*étoit paflë à Syracufe ; il s'a-
vança auifitôc vers cette Capi-
tale 9 & campa avec fon armée
auprès du temple de Jupiter
Olympien , à quinze cens pas
de Syracufe* Avant que d'aller
plus loin , & de faire aucun
ade d'hoftilité , il envoya des
députés j pour faire fçavoir aux
'iiabitans qu'il venoit pour ren-
dre la liberté aux Syracufains ,
ôc no^pour leur faire la guerre»
à mons.qu'il n'y fût obligé. On
ne leur permit pas d'entrer
dans la ville. Épicyde & Hip-
pocirate allèrent au-devant d'eux
hors des portes , âc ayant en-
tendu leurs propositions , ils ré-
pondirent fièrement y que (i les
Romains fongeoient à mettre le
fiege devant leur ville , ils s*ap-
j>erceveroient bientôt que la
différence étoit grande entre
attaquer Syracufe & attaquer
Léontium. M Claudius Marcel-
lus fe détermina donc à faire
l'attaque de la viiie par mer 6c
par terre.
Il laifTa le commandement
"des troupes de terre à Appius
Claudius y & fe réferva* celui
de la flotte. Elle étoit compofée
tle foixante galères à cinq rangs
de rames > qui éroient pleines
d'hommes armés d'arcs, de fron*
des 5c de dards pour nettoyer
les murs des arflSégés. Il y en
^vûit un grand nombre d'autres
M A 169
chargées de toutes fortes de
machines propres à l'attaque
des places. Comme il s'étoîc
rendu maître de Léontium dès
le premier aflaut pVir la terreur
qu'il avoir jettée parmi les ha-
bitans , & qu'il ne défefpéroic
pas d'entrer par quelque côté
dans une ville comme Syracufe»
compofée de plufieurs parties
féparées les unes des autres , il
fit approcher des murs 9 8c ex-
pofa aux yeux des habitans l'ap-
pareil formidable des machines
avec lefquelles il fe préparoit à
les attaquer. Il auroit pu réufiîr
facilement, s'il y eût eu un
homme de moins dans Syracufe*
C'étoit le fameux Archimede^
parent & ami du roi Hiéroiu
il avoir pris foin de garnir les
murs de tout ce qui étoit né-
ceflaire pour une bonne dé-
fenfe.
Dès qu'il eut commencé à
faire jouer du côté de la terre
fes terribles machines , elles
décochèrent contre l'infanterie
toutes fortes de traits, Ôc des
pierres d'une pefanteur énorme,
qui voloient avec tant de bruit g
de roideur, & de rapidité-, que
rien ne pouvant fo^tenir ce
choc , elles renverfoient &i
écrafoient tous ceux qu'elles
rencontroient, & jettoient dans
tous les rangs un défordre hor-
rible.
M. Ckudîus Marcellus n'é-
toit pas mieux traité du côté
de la mer. Archimede avoir dif-
pofé des machines pour lancer
des traits à quelque diftance que
ce fût. Quoique les enûemis fuf^
Ï70 MA
fent encore loin de la ville, îl
les aiteigr.oit par le moyen des
ballifles âc des catapultes plus
grandes & plus bandées. Quand
les traits paiToienc au delà, il
en avoir de plus petites & pro-
portionnées à la diftance ; ce
qui caufoit une fî grande con-
tufion parmi les Romains , qu'ils
ne pouvoienc rien entrepren-
dre.
M. Claudius Marcellus pref-
que rebuté & pouffé à bout, fe
retira avec Tes galères le plus
diligemment qu'il lui fut po{&-
ble, & envoya donner ordre à
fes troupes de terre d'en faire
autant. En même-rems, il affem-
bla le confeil de guerre , où il
fut réfolu que dès le lendemain,
avant la pointe du jour, on ta*
cheroit de s'approcher des mu-
railles. On efpéroit par ce
moyen , fe mettre à Tabri des
machines , qui par le défaut
0*une diflance proportionnée à
leur force j:»*auroient plus affez
de jeu.
Mais , Archimede avoir pour-
vu à tout. Il avoit préparé de
longue main> comme nous l'a-
vons déjà obfervé , des machi-
nes qui portoient à toute forte
de diilance quantité de traits
proportionnés, & des bouts de
poutres qui étant fort courts de-
mandoient moins de tems. pour
les ajufler ; ôç l'on tiroit plus
fouvent.
Quand les Romains eurent
don(? gagné lé pied des mu-
railles » penfant y être bien à
couvert, ils fe trouvèrent en-
core en butte à une infinité dc
MA
traits , ou accablés de pîerret
qui tomboientd'enhaut fur leurs
têtes , n'y ayant endroit de la
muraille qui ne fit pleuvoir in-
ceffamment fur eux une grêle
mortelle qui tomboit .à plomb*
Cela les obligea de fe retirer
en arrière. Mais , ils ne furent
pas plutôt éloignés y que voilà
de nouveaux traits' lancés fur
euxt'dans leur retraite ; de forte
qu'ils perdirent beaucoup de
monde 4 Ôc que prefque toutes
leurs galères furent froiffées
ou fracaffées, fans qu'ils puffenc
rendre le moindre mal à leurs
ennemis.
Enfin , M. Glaudîus Marcel-
lus , voyant les Romainf û ef'
frayés , que s'ils appercevoienc
feulement fur la muraille une
petite corde ou la moindre j>ie-
ce de bois, ils prenoient d'a-
bord la fuite , criant qu* Archi-
mede alloit faire tirer contre
eux quelque effroyable machi-
ne, renonça à Tefpérance de
la pouvoir prendre en y faifanc
brèche , ceffa toutes les atta-
ques, de réfolut de laiffer ache-
ver ce fiege au tems en le chai»-
geant en blocus. L'unique ref-
fource que les Romains crurent
qu*il leur reftoit , fut de rédui-
re par la faim le peuple nom-
breux qui étoit dans la ville »
^ en coupant tous les vivres qui
po^uvoient leur venir , foit par
terre , foit par meV. Pendant
huit mois qu'ils battirent la ville»
il n'y eut fortç de flratagèmes
que l'on n'inventât , ni d'adlions
de .valeur que l'on ne fit, à
l'aiTaut près q^ue l'on n'ofa plu»
M A-
tenter. Taot un feul homme &
uoe' feule fcience ont de force
dans quelques occafîons, quand
on fçaît les employer à propos !
Ocez de Syracufe un feul vieil-
lard f la prife de la ville eft im-
manquable avec toutes les for-
ces qu'ont les Romains. Sa pré-
fence feule arrête & déconcer*
ce tous leurs defleins.
Après que M. Claudius Mar-
cellus eut réfolu de bloquer
iimplemjsnt- Syracufe , il Uiflk
Appius devant la place avtc
les deux tiers de l'armée « 6c
avec le refte il s'avança dans
l'ifle, où il fit rentrer quelquef
villes dans le parti des Ro-
mains,
Dans ce même tems » Hîmil*
con y général des Carthaginois ,
arriva dans la Sicile avec une
grande armée » dans l'efpérance
de la reconquérir enriéren^ent ^
& d'en chailer les Romains.
Hippocrate fortit de Syracufe
avec dix mille hommes de pied
6l cinq cens chevaux pour l'al-
ler joindre , a6n de faire la
guerre de concert contre M.
Claudius Marcellus , en joignant
enfemble leurs troupes. Ëpicy-
de reila dans la ville pour y
commander pendant le blocus.
M/ Claudius Marcellus « en re-
venant d'Agrigente » où les en*
.nemis l'avoient prévenu , &
dont ils s'étoient emparés , ren-
contra l'armée d*Hippocrate >
l'attaqua « de la défît. Cet avanr
tag^ retint dans le devoir plu-
iîeurs de ceux qui fongeolent à
fe ranger du côté des Cartha-
giaois.
M A 171
M. Claudius Marcellus re-
tourna à Syracufe ; 6c après
avoir envoyé Appius à Rome
pour y demander le Confular»
il lui donna pour fuccefleur
dans le commandement de la
flotte & du vieux camp T.
Quintius Crifpinus, 6c alla lui-
même établir fes quartiers d'hi-
ver à lix ou fept ftades de l'Épi-
pôle y dans un lieu appelle Léon^
où il fe retrancha.
Au commencement de la cam-
pagne, M. Claudius Marcellus
le trouvoit encore peu avancé.
Il n'avoir aucun moyen de pou«
voir, prendre Syracufe , foie
par force , parce qu'Archimede
lui oppofoit toujours des ob(^
tacles invincibles , foit par fa-
mine , parce qu'une flotte Car-
thaginoife, très-nombreufe, y
faifoit entrer librement des con-
vois. Il délibérott donc s'il de^
roeureroit devant la ville pour
prefler le (iege» ou s*il marche*
roit du côté d'Agrigente contre
Hippecrate de Himiicon. Mais »
avant que de prendre ce dernier
parti , il voulut eflaier s'il ne
pourroit point fe rendre maî-
tre de Syracufe» par quelques
satelllgence fecrete. Il avoit
dans (on camp plufieors Syra-
cufains des plus qualifiés» qui y
étoient. venus chercher un afyle
au commencement des troubles.
M. Claudius Marcellus s'adrellà
à eux , leur promettant que Q.
la ville fe rendoit aux Romains^
il lui conferveroit fes loix , fes
privilèges, 6c fa liberté. Ces
Syracufains ne manquoient pas
de bonoe volonté , mais il no
17^ M A
leur étoît pas aifé de s'abouclier
avec ceux de. leurs parens ou
amis qui étoient reilés dans la
▼îlle , parce que les auteurs
de la révolte tenant plufîeurs
habitans pour fufpedls, redou-
bloîent leurs vigilances. & leurs
attentions, pour empêcher qu'on
ne fit à leur infçu quelque ten-
tative de cette nature en fa-
veur des Romains. Ce fut TEf-
clave de l'un de ces Syracufains
fugitifs 9 qui s*étant ixitroduic
dans la ville comme déferteur i
ménagea fecrétement une intri-
gue, où entrèrent jufqu'à qua-
tre - vingts des principaux de
Syracufe. Ils fe partageoietft
pour venir tantôt les uns , tantôt
les autres dans le camp de M.
Clâudius Marceltus , cachés
dans des barques fous des filets
de pêcheurs. Toutes les mefu-
tes étoient prifes pour livrer la
ville aux Romains ^ lorlqu'un
certain Atrale de dépit de n'a-
voir pas été mis du fecret-, dé-
couvrit la confpiration à Épîcy-
de, qui fît mourir tous les con*
jurés.
Cette entreprife ayant ainfî
échoué^ un événement fortuit
préfenta à M. Clâudius Marceî-
Iqs une nouvelle reffource , &
iit renaître fon efpérance* Dès
vaîiTeaux Romains avoient pris
DD certain Damippus > qu'Épl-
cyde envoyoit pour négocier
avec Philippe , roi de Macé-
doine. Épicyde témoigna beau*
coup de défir de le racheter ,ôc
M. Clâudius Marcelius ne s'en
éloigna pas. -On convint d'un
endroit auprès du porc TrogilCi
MA
pouf y tenir lés conférences
fur la rançon du prifonnier.
Comme on y alla plufieurs fois,
un Romain 9'étant avifé d«
confidérer de près le mur avec
attention , en avoit compté les
pierres, & mefuré des yeux la
hauteur de chacune d'entr'elles ;
puis ayant fait le plus jufte qu'il
put la fupputation du total , il
reconnut que le mur n!étoit pas ,
à beaucoup près , auifi haut qu'il
Tâvoit cru, lui & les -autres;
& il conclut qu'avec de médio-
cres échelles on pouvoit facile-
ment monter deflus.
Le foldat, fans perdre dft
tems » fît rapport de tout à M.
Clâudius Marcelius. Toute la
fageffe n'efl pas toujours dans
la tête du Général,; un Offi-
cier fubalterne ou tnême un
fimple foldat peut lui donner de
bonnes ouvertures. M. Clâu-
dius Marcelius ne négligea pas
cet avis , & s'aflura de la vérité
du fait par fes propres yeux.
Ayant ordonné que l'on pré-
parât des échelles , il prit l'oc-
cafîon d'une fête qu'on célébroie
trois jours de fuite à Syracufe
en l'honneur de Diane, & pen--
dant laquelle les habitans s'aban-
donnoîent à la joie & à la bon-
ne chère. A Theure de la nuit
où il con}eâura que les Syracu-
fains y après avoir pafTé le joue
à manger & à boire , commen-
ceroient à s^endormir , il fait*
avancer doucement un corps de
mille foldats d'élite vers le mur
avec des échelles. Quand le&
premiers furent arrivés au haut
fans bruit Se fans tumulte, d'au-^
/^
MA
tm lei fuivirenr, la hardîeflè
dès premiers donnant du coura-
ge aux féconds» Les xnîlle fol-
dats , profitant de la négligen-
ce des afïïégés qui écoient ou
ivres ou etidormis, eurent bien-
lot efcaladé le mur. Ayant en-
foncé la porte de l'Hexapyle $
les troupes s'emparèrent de la
partie de la ville appellée Épi-
pôle.
Il ne s'agi^Toir plus poui^ lors
de tromper les ennemis , mais
de les enrayer. Les Syracufains,
aliarmés par le bruit, commen-
çoîent à fe troubler âc à fe met-
tre en mouvement. M. Claudius
Marcellus fît fonner à. la fois
toutes les trompettes; ce qui
jetta une telle épouvante par-
mi les habitans , que tout le
inonde prenoit la fuite , croyant
^u'il ne relloit pas un feul quar-
tier qui ne fût au pouvoir des
Romains.
Cependant y Épîcydc ayant
smmblé promptement quelques
troupes qu'il avoit dans 1 iile
qui jojgnoît TAchradine, mar-
cha contre M. Claudius M(^r-
cellus; maiS| le trouvant plus
fort de mieux accompagné qu'il
ne l'avoit cru , après une légère
cfcarmouche il fe re|ira promp-
tement dans l'Acbradine , moins
touché^de la force & du nombre
des ennemis , que de la crainte
qu*il ne fe formât quelque con-
juration dans la ville en leur
faveur, & qu'il nç trouvât en
arrivant les portes de l'Açhra-
dine et de Tifle fermées.
Tous les Capitaines & les
Officiers ^ui étoient autour de
M A 17;
M. Claudius Marcellus , le fé-
licitoient fur le'fuccès de fes ar«
mes, & fur un bonheur fi grand
& fi imprévu. Pour lui, lorfque
de defifus la hauteur il eut con-
fidéré la beauté & la grandeur
de cette ville , la plus vaile &
la plus opulente qu'il y eût alors
dans le monde , il ne put s'em-
pêcher de verfer des larmes ,
ou de joie d'avoir exécuté une
fi difficile & fi glorieufe entrç-
prife , ou de regret de voi^
que l'ouvrage merveilleux d«
tant de fiecles alloit bientôt être
réduit en cendres. Il rappelloic
dans fon.efprit deux flottes p<uiP>
fantes des Athéniens coulées à
fond devant cette ville, deux
nombreufes armées taillées en
pièces avec les deux illuftres
Généraux qui les commandoient,
tant de guerres foutenues avec
tant de courage contre les Car*
thaginois , tant de Tyrans fa-
meux & de puifians Rois , Hié-
ron fur-'tout , dont la mémoire
étoit encore toute i^écente, qui
s'étoit fignalé par tant de vertus
royales , 6c encore plus pat les
fervices importans qu'il avoit
rendus au peuple Romain, ((ont
les intérêts lui avoient toujours
été auflî chers que les fiens.
Touché par ce fou venir, il crut
avant que d'attaquer l'Achra*
dine, devoir envoyer vers les
affiégés ) pour les exhorter à fe
rendre volontairement» & à pré-
venir la ruine de leur ville.
On ayoit confié les portes &
les murailles de l'Achradine ,
aux déferteurs , comme à de»
gens qui n'efpérant point de par*
r
Î74 MA
don dans les conditions du trai-
té qu'on feroit avec M. Clau-
dius Marcellus , les défende-
roietît contre lui avec plus d'o-
piniâtreté. En effet , ils ne von-
lurenc jamais permettre que per-
fonne approchât des murailles ,
ou liât aucune converfation avec
les habitans.
. M. Oaudius Marcellus , n'a-
yant point réuflî de ce côté-là,
tourna fes vues du côté d'un fort
appelle Euryele , fîtué à l'extré-
mité de la ville la plus éloignée
de la mer, qui cpmmandoit tou-
te la campagne du côté de la
terre , & qui , par cette raifon ,
étoit fort propre à recevoir des
convois. Philodeme , qui y com-
mandoit , ne chercha pendant
quelques jours, qu*à ^mufer M«
Claudius Marcellus , en atten-
dant qu'Hippocrate & HimiU
con vinffent à Ton fecours avec
leurs troupes. M. Claudius Mar-
cellus , voyant qu'il ne pouvoit
fe rendre maître de ce pofte ,
campa entre la ville-neuve &
Tyque. Mais enfin Philodeme ,
ne fe voyant point fecouru ,
rendit fon fort , à condition
qu'il remeneroit fa gàrnifon à
Ëpicyde dans l'Achradlne.
Les députés de la ville-neuve
& de Tyque, portant devant
eux des branches d'olivier ,
étoîent venus trouver M. Clau-
dius Marcellus , le conjurant de
défendre à fes foldats le carna-
ge & l'incendie. Il leur accorda
leur demande. Du refte , ces
deux parties de la ville furent
livrées au pillage.
Cependant, Bomilcar , qui
MA
ctoit dans le port avec quatfô»
vingt - dix vaifleaux , prenant
Toccafion d'une nuit oblcure &
orageufe, qui empêchoit la flot-
te des Romains de^pouvoir tenir
à l'encre, fort avec trente-cinçj
vaifleaux, va à Carthage, ap-
prendre aux Carthaginois l'é-
tat où. Syracufe fe trouve ré-
duite , à revient avec cent
vaifleaux.
M. Claudius Marcellus, quî
avoitmîs des troupes dans Eurye*
le, & qui ne craignoit plus d'être
inquiété par feS derrières , fe
met en état d'aflîéger TAchra*
dine. Les deux partis fe tien*
nent en repos pendant quelques
jours.
Cependant, arrivent Hippo-
crate & Himilcon. Le premier
avec les Siciliens , ayant placé
& fortifié foncampprèsdu port,
ôc donné le fîgnal à ceux qui oc<*
cupoient TAchradine, attaque
le vieux camp des Romains ^
commandoit Crifpinus ; & Épi-
cyde fait en même-tems une for-
tie fur lespofles de M. Clapdius
Marcellus. Aucune de ces deux
entreprifes ne réuflît. Hippo-
crate fut vigoureufement repouC»
fé par Crifpinus , qui le fuîvit
jufques dans fes retranchemens,
& M. Claudius Marcellus obli-
gea Épîcyde àfc renfermer dans
l'Achradine.
On étoit alors dans Tautomne,
& il furvint une pefte qui fie
de grands ravages dans la ville ,
& encore plus dans les campa
des Romains Ôc des Carthagi-
nois. Il femble qu'un fléau iî
terrible devoit faire cefler la
MA ,^
guerre de part & d'autre, ttiftîs
elle parcifibu Te rallumer tous
les jours de plus eti plus. Les
Siciliens fe ralfembloient de
\ nouveau , Ql appelloieot du fe*
cours de toutes les parties de
rifle:. Bomilcar, qui avoir fait
. un fécond voyage à Car th âge
pour amener un nouveau fe-
cours , revint avec cent trente
TnifTeaux de guerre & fept cens
vaifTeaux de charge. Les vents
contraires l'empêchèrent de
doubler le promontoire de Pa-
chynum. Épicyde^qui craignoit,
que fi les mêmes vents conti-
nuoienc, cette flotte, rebutée ne
retournât en Afrique , laiOe aux
Généraux des troupes merce-
naires ie foin de garder TA-
chradine , va trouver Bomil-
car, &L lui pérfuade de tenter
le fort d*une bataille y dès que
le tems le permettra. M. CJau-
dius Marcellus de fon , côté ,
voyant que les troupes des Si-
ciliens groHilfoient tous les
jours , & que s'il artendoit plus
Jong-tems ,' & qu'il fe laiflar
renfermer dans Syracufe, il fe-
roît fort prefle en même-tems &
par mer & par terre, réfolut ,
malgré la fupériorité que les
ennemis avoient par le nombre
des vaîflTeaux, d'empêcher Bo-
milcar d'aborder à Syracufe.
Dès que les vents fureçt tom-
bés , Bomilcar prit le large pour
mieux doubler le promontoire,
& dans ïe defTein de donner le
combat. Mais, quand il vit les
vaifleaux des Romains, venir à
lui en bel ordre , tout d'un coup,
on Jie fçaît pourquoi, il prit la
MA r7î
fuite , envoya ordre aux vaif-
feaux de charge de regagner
l'Afrique, &fe retira àTarence*
Épycide, déchu d'une fi grande
efpérancç , & n'ofant rentrer
dans une ville déjà à moitié pri^
fe, fit voile vers Agrigente, plu-
tôt dans le defiTein d'y attendre le
fuccès du fiege , que poufi faire
delà aucun mouvement.
Quand on eut appris dans te
camp des Siciliens , qu'Épicy-
de étoit forti de Syracufe, &
que les Carthaginois abandon-
noient la Sicile , ils envoyè-
rent des députés à M. Claudius
Marcellus , après avoir prefTen*
ti la d]fpo(îtioo des ailiégés «
pour traiter des conditions aux-
quelles Syracufe lui feroit ren-
due. On convint afi^e2 unani-
mement de part & d'autre, que
ce qui avoit appartenu aux Rois
appitrtiendroitaux Romains, ôc
qu'on conferveroit fout le ref-
te aux6iciliens avec leur liber-
té & leurs Idix. Après ces pré-
liminaires , ils demandèrent
à entrer en ttpnfé'rençe avec
ceux qu'Épicyde avoit chargés
du commandement pendant (on
abCence. Les députés , s'étanc
abouchés avec eux, leur firent
entendre qu'ils avoient été en-
voyés par l'armée des Siciliens
vers M. Claudius Marcellus &
vers eux , pour faire un traité
dans lequel on ménageât les inté.-
rêts de ceux qui étoient aflîégés,
auffî bien que de ceux qui ne
rétoient pas , la juftice ne fouf-
frant pas que les uns fongeaf-
fent à leur confervatîon parti-
culière, en négligeant celle des
ty6 M A
abtres. Ils furent enfuiee 'intro-
duits dans la place» èc ayant
fait conmoitre à kurs hôtes &
à leurs amis les conditions dont
sis étoient déjà convenus avec
M. Claudius Marcellus » ils les
engagèrent à fe joindre à eux >
pour attaquer de concert âc
faire mourir PolycUte, Phili-
tion, & Épicyde lurnommé Sin-
don , tous Heutenans d'Épicyde ,
qui s'intérelTant peu au bien de
Syracufe , ne manqueroient pas
de rraverfer les négociations de
paix.
Après s'être ainfî défaits de
ces petits Tyrans ,' ils convo-
quèrent Taffemblée du peuple.
On jugea à propos de créer de
nouveaux MagiArats , avant
que d'envoyer des députés aux
Romains ; & ce fut du nombre
de ceux qui venoient d'être
élus Préteurs que furent tirés
les députés. Celui qui portoit
la parole en leur nom ^âc qui
éfoit chargé fur- tout de faire
tous les efforts poifibles pour
obtenir que Syracufe ne fût
point détruite, étant arrivé au
camp de M. Claudius Marcel-
lus avec fes Collègues 9 lui par-
la de la forte : » Ce n'eft point
» le peuple de Syracufe, illuf-
39 tre Général , qui d'abord a
a> rompu l'alliance avec les Ro-
s» mains ,' mais Hiéronyroe ,
» moins coupable envers Ro-
» me, qu*envers fa patrie; &
y> enfuîte, quand* la paix fut ré-
» tablie par fa mort , ce ne fut
t> encore aucun Syracufain qui
j> la troubla , mais les Satelli-
» tes du Tyran , Hippocrate
MA
» & Épicyde, Ce fonteux.quL
33 vous ont fait la guerre , après
n nous avoir réduits en capti-«
» vite , foit par la violence ^
» foit par la rufe 6c la perfi*
» die ; ôc Ton ne peut posnc
» dire que nous ayions eu au-
» cun tems de liberté, qui n*aic
» été un tems de paix avec
y> vous. Maintenant que nous
30 fommes devemis nos maîtres
s3 par la mort de ceux qui te-
as noient Syracufe dans Top*
33 prei&on , nous venons dans le
33 moment même vous livrer
:o nos armes, nos perfonnes,
33 nos murailles, & notre ville y
33 déterminés à ne refufer au-
33 cune des .conditions qu'il vou» "
33 plaira nous impofer« Au reile,
33 continua- 1- il en s'adreflànt
33 toujours à M. Claudius Mar-
33 cellus, il s*agit ici autant de
33 votre intérêt que /du nôtre*
33 Les Dieux vous ont accordé
I) la gloire d'avoir, pris la plus
13 belle & la plus^ illuàre de '
» toutes les villes Grecques.
33 Tout ce que nous avons jamais
>3 faitde mémorable, foit par ter**
3i> re , foit par mer ^ accroît
33 votre triomphe , & en relevé
33 le prix. La renommée n'eil pas
33 un garant aiTez fîdele pour
33 faire connoître la grandeur
» & la force de la ville que
>3 vous avez prife ; la poiléri-
» té n'en pourra bien juger que
^ par fes yeux mêmes. Il faut
33 qu'à tous ceux qui abprde*
30 font ici, de quelque côté de
X) rtJnivers qu'ils viennent, ou
» montre tantôt les trophées
p que nous avons remportés fur
„' les
MA
» Ie« Athéniens & fuf lc$'Càf-
>» thaginois» tantôc ceux que
» vous avez renûportés fur
30 nous ; ôc que Syracùfe , mife
» pour toujours fous la protec-
3> tion de M. Claudius Mat-
» cellus ^ foie un monument
j» perpétuel ôc fubliftant du cou-
» rage & de la clémence de
3» celui qui Taura prife Se con-
3» fervée. Il ne feroit pas jufte
» que le fouvenir d*Hiéronyme
3» fît plus d*impre(non fur vos
y> efprics, que celui d*Hiéron.
9 Celui-ci a été votre ami bien
» plus long-tems , que l'autre
» votre ennemi. Vous avez ref*
3f> fenti, qu'il me foit permis de
3» le dire, les effets de l'amitié
i> d'Hiéron ; mais , les folles
»- entreprifes d'Hiéronyme ne
I» font retombées que fur lui» n
La difficulté n'étoit pas d'ob-
tenir de M* «Claudius Marcellus
ce qu'on lui demandoitpour les
' ailiégés , mais de conferver la
tranquillité ÔC le concert entre
eux mêmes dans la ville. Les
transfuges. » perfuadés qu'on
les livreroit aux Romains ^ inf-
pirerent la même crainte aux
foldats étrangers» Ayant donc
pris les armes fubitement les
uns & les autres » ils commen-
cèrent par égorger les Magif*
trats nouvellement élus , ÔC
courant de tous côtés dans la
ville, ils font main-bafle fur
ceux qu'ils rencontrent , 5c
fâllent tout ce qui tombe fous
eur main. Ils nomment fis Offi-
ciers , trois pour commander
dans TAchradioe» & trois dans
l'ifle. Le tumulte étant une fois
M A 1 77
appaifé » les foldats étranger»
reconnurent par tout ce qu'ill
apprirent de la négotiation en-»
tamée avec les Romains , que
leur caufe étoit toute féparée
de celle des transfuges. Dans le
moment arrivent les députés
qu'on avoit envoyés à M. Clau-
dius Marcellus > qui achèvent de
les détromper.
Parmi ceux quicommandoient
dans riûe, il y avoit un Efpa-
gnol » nommé Méricus ; oa
trouva le moyen de le gagner.^
Il livra de nuit la porte qui
étoit près de la fontaine d^Aré'*
thufe , & reçut les foldats que
M» Claudius Marcellus y en«
voya. Le lendemain ati point du
}our , M» Claudius Marcellus (ît
une fauife attaque à l'Achradi*
ne, pour attirer de ce côté-là
toutes les forces de cette place,
& même de Tifle qui y étoic
jointe y & afin de faciliter à
quelques vaiffeaux le moyen de
jetter encore des troupes dani
l*ifle qui feroit dégarnie» Tout
réuffir comme ill'avoit projette»
Les foldats » que ces vaifl'eaux
jetterenr dans l'ifle , trouvant
les poftesprefque tous abandon*
nés , & les portes par lefquelles
pluiieursvenoientdefortir pouf
aller défendre l*Achradine con-
tre M* Claudius Marcellus ,
encore ouvertes > s*en emparè-
rent « aprèi un léger combat. M.
Claudius Marcellus , averti
qu'il étoit le maître de l'ifle «
en d'un quartier dé PAchradi^*
ne , âc que Méricus , avec la
corps qu'il commandoir, s'étoic
joint à fes croupes » fait fonoar
M
Ï78 M A
la retraite , pour 6mtêc(i6r
9U*oD oe pillât le tréfor des
rois de Syràcufe , qui ne fe
trouva pas auifi confidérable
qu^on i'avoitcru.
Les déferteurs ayant profité
de cet interVaUe de tranquillité
pour s'échapper , les Syracu-
tains» délivrés de toute crainte»
ouvrirent à M. Claudius Mar-
«ellus les portes de l'Achra-^
dine , & lui envoyèrent des dé*
Îi^utés 9 qui avoient ordre de ne
ui demander autre chofe ^ (inoii
qu'il lui plAt de leur confer-
Ver la vie h eux & à leurs en-
lans. M. Claudius Marcellus
&yant pris Tavis de Ton confeil,
QÛ il avoit admis les Syracu*'
iains qui s'étoient réfugiés dans
fon camp , répondit à ces dépu«
•es , » Qu*Hiéron, pendant cin^»
» quante ans^ n'avoit pas fait
t» plus de bien au peuple Ro«
a» main , que ceux qui depuis
» quelques années étoient maî^
a» cres de Syraeufe > n'a voient
K» voulu lui faire de mal; mais
?> que leur mauvaife Volonté
» n'avoit nui qu'à eux 9 &
90 qu'ils s'étoient ppnis eux-
» mêmes du violemeni destrai'*
9> tés, d'une manière plus cruelle
» que n'auroient (Souhaité les
30 Romains ; qu'il renoit Syra-*
SI cufe aifiégée depuis trois ans I
9 non pour la réduire en efcla*
)a vage , mais pour la délivrer
» de la tyrannie que des chefs
3> de déferteurs exerçoient fur
» elle f qu'après tout , les Sy-
» racufains aùrofent tort d'im*
» puter u6e révolte foutenue
» pendant toute l'a&née , aoi
MA
n Séfattt de liberté , puîfqu'ît
» n'avoit tenu qu'à eux d'îmitef
» ceux de Iturs concitoyens ,
» qui étoient venus cherchef
s> un afyle dans le Caillp des
i> Romains , ou de fuivre l'e-*
» xemple de TEfpagnol Méri^
» eus 9 qui leur avott livté lé
19 poile doàc il avoit la garde ;
7> ^ qu'au moins ils auroient ^ti
» prendre plutôt la falutaire
55 réfolution de fe rendre , à
» laquelle ils s'étoient enfiti
3» déterminés ; que pour lui , i!
3» ne regardoit pas l'honneuf
y> d'avoir pris SyratîUfe comme
» une récompenfe qui égalât
» les travaux ôc les périls qu'il
» avoit efTuiés , pendatK un fi
a» long âc fi rude fiege. ce
Après ce difcours , il envoyi
fon Quefteur avec des troupe*
dans rifle, pour prendre ôc gar-
der le tréfor des Rois; polsf
ayant fait mettre des fauves
gardes aux portes des rhaifoné
de ceux qui étoient- demeurée
fidèles aux Romains 9 it aban<A
donna la ville au pillage. It
auroit bien fouhaité pouvoir
lui épargner ce furtefte défaf-
cre ; mais , il ne pur refufef
cette permîffion à des foldatSy
qui , fur fon refus , fe la fe^»
roient donnée eû3t-nfêrties. Pla*
fieurs même demandoient que
Syraeufe filit brûlée & rafée ;
mais, il ne voolut jîlmals y con-
fentir ; ât ce ne fut qu'avec beau*
coup de peine 81 malgré lui ,
qu'il leur abandonna foutes 1er
TicheflTes de cette fupcrbe ville,
& tous les efclaves qui s'y trou*
Yoiem j. leur défendant expre&
Ma .
fémeAt de toucher à aucune pef«
fonne libte, de tuer ou d ou-
trager qui que ce fût> & de
faire efclave aucun des citoyens*
On^prétend que les richeffes
?ui furent pillées à ce fac de
yracufe, égaloient celles qu'otf
Huroît pu trouver actuellement
dans Catthage » fi elle avoit
été prife.
l/n accident impfévu cauf^
fine extrême douleur à M. Clau-
dius MarcellUs* Ce fut la mort
d*Archimede ^ qui fut tué par
iît foldat qui ne le connoiuoit
pas. M. Claudius Marcellus , ne
pouvant lui rendre la vie, corn-
fae il l'auroit fouhaité , S'ap-
pliqua , autant qu*il fut en lui ,
ahoûorer fa mémoire. Il &t faire '
àne recherche exai^e de tous
fesparensy les traita avec dif-
tin<ftion , Sc leur accof da dei
privilèges particuliers* Pour
Archimede, Il fit célébrer fes
funérailles avec foin, & lui
érigea un. monument parmi ceuj^
des grands hommes qui i'é^
lôient le plus diftingués à Syf a-
èufe.
M. Claudius Marcellus^aprèi
la prife de Syracufe > s'appliqua
& 'régler toutes les afiTaires dé
Sicile ; & il le fit avec une
kftice 9 un défltitéreflement ^
une intégrité qui lui aCrqù!'»
iént beaucoup de gloire à lui^
tnême en particulier ^ âc firent
tin honneur infini à la Républi-
Îue en générai. Jufques-là , dit
lutarque , les Romaine avoiént
bien fait voir aux autres nations
q**ils étoieiié très -propres à
conduire des guerres , fie très-
fèdoutabies dans Iti combatsi
mais , ils ne leur avoieiu pal
encore donné de grandes mar^^
ques d^ bonté, d^humanité ^ àt
clémence , tn un mot des vertui
fiécefifaires pour un bon gouvèr«
tiement. Il femble que ce fut
M. Claudius Marcellus le pre*
ihiér I qui , en cette occafîon ^
montra aux Grèves que les- Ro«
itiains ne les furpaiToient pal
moins eh jufiice qu*en valeur â£
^n habileté dans la guerre^
Avant que M. Claudius Mar^
cellus fortît dit Sicile , toute^
les villes de cette province lull
envoyèrent dés députés, pou^
ffiénager leurs intérêts, tl Ici
tfaita tous différemment , feîôii
lés différefts degrés d'attache-^
ment ou d'oppoiîtion que ]ti
hâbitans avolent fait paroitre H
regard des Romains» Ceux qui
étoietit demeurés condammeni
dans leur parti > ou qui dumoini
étoient reiitfés dans leui^ amî4
tîé avatit là pfife de Syracufe »
furent reçus Ôt traités honora-
blement ^ comiiié de bons Si
fidèles alliés* Ceu^t » que là
cfainte avoit obligés de fé ren^
dre après cette conquête ^ reçu*
ttùt en vaincus ta loi qu*il plut
au vaifiqueur de leur impofer.
Lès Komaini aVoiént cèpen«
dant encore aux environs d'A<«
grigente un refte d*ennémis qui
n'étoiént pas à fiégligér, com«
mandés par Hatînon de Epicyde^
féuls Généraux qui ^eitaffenf
au parti CartHagiriois dans la
Sicile ; un tfoifieme les étoît
Venu joindre , envoyé par An*
nibal I pour remplacer Hippé«
i8o MA
crate ; on le noromoît Mutines*
Une fédition s'c'tant élevée par-
mi les Numide$j(io]:it trois cens
abandonnèrent le camp y Ôc s'en
allèrent dans une ville voiAney
Mutines partit audî-tôt pour ra-
mener les féditieux, après avoir
recommandé fortement aux
deux Généraux de n'en point
venir aux mains avec les enne-
mis pendant fon'^abfence. Ceux-
ci 9 choqués de cet avis > qui
leur paroiflbit avoir l'air d'un
comhiandement , de d'ailleurs
jaloux de la gloire de Mutines»
fe hâtèrent, pour montrer leur
indépendance , d'aller préfen-
ter la bataille aux Romains. M.
Claudius Marcellus, qui avoic
fepouffe de devant Noie Ânni-
bal vainqueur , ne put tran-
quillement fe voir infulté par
des gens qu'il avoit vaincus fur
mer Ôc fur terre , 6c ordonna
aux liens de prendre au plutôt
les armes , & de s'avancer en
bon ordre contre les ennemis.
Ils ne purent foutenir le choc
des Romains 9 fur -tout quand
ils fe virent abandonnés par
leur cavalerie Numide, fur la-
cjuelle ils comptoient le plus
pour la viâoire » & qui , partie
par un refte de mécontentement
gui avoit caufé la fédition ,
partie par attachement pour
Mutines , que les deux autres
Généraux afFedleîent de mé-
prifer , s'étoit engagé avec M,
Claudius Marcellus à ne point
combattre. Les Carthaginois fu-
rent donc bientôt mis encjérou-
ce. On leurrua ou prit un grand
nombre de foldats, ôc ils per-
MA
dirent huit éléphans. Ce fut
la dernière aÔion de M. Clau-
dius Marcellus dans la Sicile. U
retourna vainqueur à Syracufe.
Lorfqu'il fut de retour à Ro-
me, le Préteur C. Calpurnius,
affembla le Sénat dans le temple
de Bellone , hors de la ville ,
félon l'ufage , pour lui donner
audience. Là , M. Claudius.
Marcellus rendit compte de fes
exploits & de fes viAoires ; &,
après s'être plaint modeilement»^
autant au nom des foldats qu'atj^
fien , de ce qu'après avoir chaf-
fé les Carthaginois de la Sicile»
ÔC avoir remis la province fous
la puifTance des Romains, il n'a^
voit pas eu la liberté de ramener
• fon armée , il demanda qu'il lui
fût permis d'entrer dans la ville
en triomphe. On ne crut pasi
devoir luiaccorder cet honneur,
parce que la guerre de Sicile
ne paroiflbit pas encore termi-
née. U obtint feulement l'ova-
tion , c'eft-à-dire , le petit
triomphe. La veille du jour où
il devoit entrer dans Rome , il
fe procura les honneurs du grand
triomphe fur le mont Albain ,
coutume qui s^étoit établie quel-
ques années auparavant , l'an de
Rome 521.
Quand il fit fon entrée dans
la ville , outre le tableau qui
repréfentoît la prife de Syracu-
fe , il étoit précédé des cata-
pultes , des ballifles, & de routes
les autres machines de guerre
qui étoient tombées entre fes
mains ; des ftiberbes ornemens
que la magnificence des Rois
oyracufaini avoit accumulés
M A
"pendant une longue paix dan$
•leur ville capitale ; d'un grand
Nombre de vafes d'argent ou
•d'airain, travaillés avec beau-
coup d'art, de meubles précieux
de toute efpece,& de ftatuescé-
lebres,dont Syracufe étoit ornée
. plus qu'aucune autre des villes
-Grecques. On y vit auffi paroî-
tre huit éléphans , comme une
preuve des viâoîres remportées
fur les Carthaginois. Sofîs de
Syracufe & rËfpagnoI Mérî-
cus marchoient devant M.Clau-
dius Marcellus avec des cou-
ronnes d'or.
' Cicéron loue beaucoup la
modération de M. Claudius
Marcellus par rapport aux ta-
'bleaux &, aux ftatues des Syra-
cufaios. Ayant pris Syracufe de
▼ive force , dit cet orateur , il
pouvoit en enlever générale-
ment toutes les richefles. Mais^
il çanfulta moins les droits de
ila viAoire , que les loix de
'l'humanité ; ou plutôt, il fçut
les allier par un fage tempéra-
ment , & par une forte de par-
tage égaU II tranfporta à Rome
-beaucoup de chef-d'œuvres de
Tart ôc en laîfTa du moins au-
' tant à Syracufe i pour orner
l'une 6c confoler l'autre. Il fe
fît même un devoir de religion
de n'enlever à celle-ci aucune
iiatue de fes Dieux ; & pour
celles qu'il fit paâer à Rome ,
il les plaça toutes dans les tem-
ples de l'Honneur & de la Vertu,
ëc dans d'autres lieux pfreils.,
nulle à fa maifon , nulle à fa
campagne , nulle dans fes pro-
' ^tes jardins. Il étoit perfuadé
M A . lit
que fa maifon , deftituée de ces
Âatues , deviendroit elle-même
l'ornement de la ville.
Tite-Live & Plutarque n'ont
pas jugé il favorablement de U
conduite de M. Claudius Mar«
cellus. Ils obfervent qu'elle
donna Heu , fans doute contre
Ton intention , à un défordre
qui caufa de grands maux dans
la République. Tous ces beaux
ouvrages de fculpture & dt
peinture, dit le premier , étoient
à la vérité des dépouilles con-
quifes fur des ennemis , à qui
les règles de la guerre permet-
toîent de les enlever. Mais, ce
fut'là la triile époque du goût
qup prirent les Romains pout
les arts des Grecs qu'ils n'a-
voient jufques-làni connus , ni
eftimés , goût funeile , qui les
porta bientôt à piller fans fcru«
pule dans les Provinces , non-
feulement les maifons des par-
ticuliers , mais au{G les temples
des Dieux ; Qc enfin à exercer
leurs vols facrileges jufquesfur
les temples de Rome y 6c en
particulier fur ceux-là même
que M. Claudius Marcellus
avoir & magnifiquement ornés*
Car j ajoute cet Hiilorien , on
ne voit plus aujourd'hui dans
les temples de l'Honneur & de
Ja Vertu les tableaux ôc les fia-
tues , que M. Claudius Marcel-
lus y avoit placés , & qui y at«
tiroient autrefois la curioiitédes
étrangers.
plutarque infifte encore plus
fortement fur eette réflexion.
Jufqu'alors , dit-il , Rome n'a-
voit point eu^.ni connu ^ ceft
Miij
fU MA
fomptuoiir^9 Se ce^ «uriofités
îuperfluies » & {'019 Qe trou-
voie point chez elle ces oroe-
inent gracieux de fculpture ,
gui fqpt aujourd'hui fi fort re-
cherchés* Pleine 4*armes prifes
(vit lies Barbare; , ôc de dépouil^
•les fangianres « couronnée de
inoQumens de triomphes & de
trophées > elle offroit au:^ jeux
no fpeâaçle qui avoit l'air marr
fiai , Se qui ço^venoit parfaiter
ment il une nation guerrière âc
conquérante. Le peuple cepeo!-.
daof fçavoit bon gré à M. Claur
dius Marcellus d'avoir orné la
•ville de tant de beaux ouvrages»
qui dans leur variété renier-
•inoient toute la grâce • toutf la
déiicateffe , toMt le bon goût
4e^ Grecs. Les gens fenfés ne
penfoient pas de mèvfiCy ôc pré*
fi^roient infiniment la conduite
■de C. Fabius Ma¥imus»qui n*env-
|}orta rien de femblable de la
ville deTarente, qu*ilprit deux
ans après ; ipais , fe contentant
de Tor & de toutes les richefîes
utiles 9 il laifïà dans leur place
les. tableaux & les ftatues des
.Pieux. Ce fut à cette occafîon
qu'il dit cette parole mémorar
ble : Laiffbns aux Tarent int leu$s
Pkux irrités» On reprochoit à
M* Claudtus Marcellus , i9 d*a-
vair fufcité contre Rome la
haine & Tenvie , en faifant me-
ner en triomphe , neu'pfeulenient
les hommes, mais les Dieux
captifs ; %^* de ce que d'un
peuple accoutumé ^ faire la
guerre^ou à labourer fes champs,
^ qui ne fçavoit ce que c'étoit
que luxe & ^u€ molkiTc 1 il «0
MA
4v^it fait un peuple qui ne fe
piQuoit plus que de finefle de
goût pour les arts , & qui ne
a'entretenoit pf^is quje de la
teapté de ces fortes d'ouvrages»
& de l'habileté des ouvriers.
M. Claudius Marcellus fut
élevé au Coafulat pour la qua«
trieme foi|, l'an de R^me 542 »
& 110 avan^ Jefus-Chrift, &
eut popr CoUeguie M. Valérius
jt'évinus 9 qui fe trouvoit alors
abfent. Étant entré en charge
4UX ides de Mars, il aflembla
s^^ jopr-l^ le Sénai: feulement
pour la forme , & déclara qu'en
i'abfence de fon Collègue il ne
mettroit en délibération aucune
aiTaire qui regardât la Républi*-
Îue » ou les dép^rtemens des
rénéraux ; qu'il fçavoit qu'il y
avoit un grand nombre de Sici-
liens dans les environs de Re*
me , dans les maifons de campa*
gne de ceux qui portoient en-
vie à fa gloire ; ôe que biea
loin de les empêcher de débi-
ter ouvettement àRgme les ac-
cufations que la calomnie avoit
inventées contre lui » il leur
auroit donné fur le champ aut-
dience dans le Sénat , u cet
iftrangers n'eu^Tent pas affeâé
de publier qu'ils n'oioient par-
ler contre le Conful en l'abfe'nce
de fon Collègue ; qu'aui& • tôt
que M. Valérius Lévinus feroit
arrivé à Rome , il întroduiroit
Les Siciliens dans le Sénat , &
ne permettrait pas qu'on traitai
d'aulne affaire avant qu'on les
eût entendus ; que M. Corné-
lius [ c'étoit le rrétçur de Sics-
Iç ] avçit ea quelque façon £a^
MA
battre la caslTe daos toute h
province pour lui fufcirer des
accufateurs , ÔC eo envoyer i.
Rome le plys grand nombre
qu'il pourroit; qu'a(îtueUeiiïeot
pour ternir fa réputation , il ne.
çeifoic d'écrire aux amis qu*il
avoit dans la ville , que b
guerre n'étoic pas terminée datii
u Sicile.
Le Copfui) ^yant fait admirç^
ce jour-là b r^teoue & fa j^o-
déracioD , congédia le Séo4t*
Lorfqu^ M. Yalérius Lévinu»
fut de recour y on tira au fort
les 4épanemens. La Sicile
échut à M.Claudius Marcelius,
avec le commandement de If
flotte ; Sa M« Valérius Lévinus
fe trouva chargé de commandeur
dans rïcalie » 6c d'y faire U
guerre courre Aoniba^ Quand
les $iciHenis , qui étoient daqs
le veflibule du Sénat, eui'ei^t
appris cet arrêt du fort » i\s
furent fî pénétrés de douleur,
flu*uoe féconde prife de Syrac^-
le ne les suroît pas affligé^ da-
vantage» Ils pou Aèrent des crjs
lamentables « qui attirèrent f^r
eux le^ yeux de toute Taflen^-
blée \ Sf. donnèrent Heu à d|-
verfes réflexions. Dans la conf-
tefternatÎQn où ils étoient, i)s
adreflerent leurs plaintes à tous
les Sf natjîurs en généra) ^ & à
chacun d'eux en particulier ,
proteilant qu^ils ab^ndonniç-
roient leur patrie & la Siçil^»
fi M* Qaudius Marcelius y rç-
venoit 3vec ia fouveraine au-
torité ; qu'avant qu'ils lui euf-
fent donné aucun fujet de mç-
cpju^ntemf ut j il s^vpit ufé ei^«
vers eux d*|ine rigueur çstcefli-
ve 9 & )eur avoit montré unp
colère implacable. Que ne fer
rpit-ii point après les plaipte#
qu'il fçavoît qu'ils avoienc pprr
tées % flpme contre lui ? Qu'il
feroît plus avantageux à çett^
ifle infortunée d'être^ englouti^
par le^ feux du mont Etna »
ou fubmergée daqs )e$ gouffre^
de la mer , que d'être livrée à
.la vengeance de ibn enneof d^
claré.
Ces plaintes amènes , fouvent
répétées i^ns les maifons 4t$
Grands | qui pn étoient touch^^i
à proporti9n » de la compaf"
Con qu'iU avjpient pot^r les Si-
ciliens , ou de h ialgu&e qu'i)s
^voient contre M* Claudius
Marcelius f paflerefi^ juiquc^
dans le Sénat« Qn^evçia^d^ ai4fc
Çonfuls qu'ils VQulifâ*(»nt biçA
çonfulter l'^flennbi^eiur r4.chan*
ge de leur? pF9viflf^^
M* Claudius Marcelius ré«
pot^dl^ que û -les Siciliens
.^voient déjà eu ^it^dience dai|$
le Sénat ^ il auroi; peut «* être
pepfé & :^gi autrement qu'il
n'étoit difpofé à le faire ', mnîs
?|ue pour ne donner lieu à per-
onne de dire que la crainte if s
eût empéirhis de parler en toute
liberté contre un hoinme % U
putlTance duquel \\s alloienc^
être fournis I il étoit prê^ ^ fi
ion Collègue n'y trpuvois ppii|C
d'inconvénient , de changer de
province avec lui ; qu'il pripic
leulementle Sénat 4^ ne poioc
donner d'avance gain de eaufe
aux Siciliens contre lui . en pr«
donnant cçt échange par un ai«
Miv
t84 ,-M-À
tèu Comme il n'auroic pas été
raifonnablé , ajouta - 1 - il , de
donner h, M. Valérius Lévinus
le choix des départemens , fans
les foumettre à la décifion du
fort , »ce feroît encore me faite
lin affront plus (ignalé , de lui
donner remploi qui m'eft échu.
' Le Sénat 9 après avoir fait
connoître ce qu'il défîroit y mais
fans l'ordonner , fe fépara. Les
Confuls , ayant conféré enfem-
ble, changèrent de. province,
le deftin , dit Tite-tive , for-
çant tous les obftacles pour mec*
tre M. Clatidius^ Marcellus aux
mains avec Annrbal y afin que ,
comme il étôit le premier des
'Romains qui avoit eu la gloire
de le vaincre « il fut aulS le
dernier que le Carthaginois pût
fe vanter d'avoir fait tomber
dans fes embûches^ 5c éèla dans
le tems que lès armées Romai-
çes profpérpient'&reprenoienc
icdelTus-'' *
Après réchange des provin-
ces > les Siciliens ayant été in-
froduits dans le Sénat» fe plai-
gnirent entre autres chofes , que
M. ClaudiusMarceflus les avoit
traités avec la dernière inhuma-
nité ; qu'excepté Its roaifoas
dénuées de tout', 8c les temples
dépouillés dé tous leurs orne-
mens > il n'étoit rien reilé dans
Syracufe ; qu'ils fupplîoient les
Sénateurs d*avoir coifipafnon de
ïeur mifere , & de leur faire
• rendre tout ce qui pourroit en-
core leur être reftitué.
Après qu'ils curent achevé
ce difcours plaintif, M. Valé-
jrius LévYQix'S leur ordonna de
MA
fortir de la falle , afin qu'on
pût prendre les avis des Séna-
teurs. Mais , M. Claudius Mar-
cellus prenant la parole : » Non,
» non, dit-il, qu'ils demeurent,
» afin que je réponde en leur
» préfence , puifque notre ré-
y> compenfe en faifant la guerre
y> pour vous, MeiEeurs ^ c'eft
30 d'avoir pour .accufateurs »
» ceux que nous avons fournis
» à votre Empire. Que Capoue
30 & Syracufe , prifes dans une
30 même année , ayent la fatif-
30 faâion d'avoir cité à votre
30 tribunal leurs vainqueurs.»
' Les députés rentrèrent donc
dans la falle , & M. Claudius
Marcellus reprenant fon dif-
cours : 3u Je n'ai pas afiTez ou-
» blié la majefté du peuple Ro-
30 main , dit-il , ni la grandeur
» de la place que j*occupe ac-
3) tuellement , pour abaiilèr on
3> Conful jufqu'à répondre aux
» accufacicns de ces Grecs ,
"30 fi c'étoit moi qui parufle ici
» comme coupable. Mais, il
'» s'agit bien moins d'examiner
n les traitemens dont j'ai ufé à
'30 leur égard , que la peine
3i> qu'ils ont méritée par leur
» révolte. Il n'y a point de
» différence pour moi entre
30 avoir maltraité Syracufe dans
'30 le tems préfent, ou l'avoir
'» fait du tems d'Hiéron. MaiSs
30 s'ils fe font révoltés contre
39 nous , s'ils ont pourfuivi
» nos AmbafTadeurs les armes
30 à la main , s'ils nous ont fer-
» mé les murailles âc leurs por-
3» tes , & fe font fervis des
ao armées des Carthtigiiioi» ,
MA
36 pour fe défendre contre nous,
» peuvent-ils fe plaindre d'a-
» voir fouffert des hoAilités ,
3t eux qui en ont exercé de fi
» réelles à notre égard ? L'obf-
y> curité même de ceux avec
To qui l*on m*accufe d'avoir
3> traité, eft une preuve que
30 je n'ai rejette aucun de ceux
y> qui fe font préfentés pour
» rendre fervîce à notre Ré-
» publique. Avant que j'aiïîé-
» geafle Syracufe , j'ai fait tous
» mes efforts pour conclure la
» paix avec les Syracufains y
» tantôt en leur envoyant des
39 Ambaffadeurs > tantôt en me
y> trouvant en perfonne à des
9> conférences avec eux. Mais>
» voyant qu'ils pouiToient l'in-
» foience jufqu'à outrager nos
» Ambaffadeurs & à m'inful-
30 ter moi- même 9 je me fuis
» ^u obligé malgré moi d'avoir
3t> recours à la force. C'eft de-
» vant Annibal Ôc les Cârthagi-
» nois vaincus avec eux , qu'il
30 leur conviendroit de porter
» leurs plaintes contre la fé-
» vérité <lont on a ufé à leur
» égard , &c non pas devant le
» Sénat du peuple vainqueur.
» Pour moi je protefte que je
^ n'ai rien fait qui ne foit con-
«> forme aux loix de la guerre
» & aux loix de l'équité. Que
» vous autoriiîez les arrange-
» mens que j'ai cru devoir
» prendre , c'eft ce qui importe
"y> beaucoup plus à la Républi-
p que qu'à moi. J'ai rempli
9 mon devoir. C'eft à vous de
«•prendre garde qu'en défap«
'^»' -prouvant ou aanullaat ce que
MA i8j
3» j'ai fait t vous ne rendiez
» les autres Généraux moins
i> ardens & moins zélés pour
30 le fervice de la Républi-
39 que. »
M.ClaudiusMarcellus «après
avoif ainfî parlé, fortit du Sé-
nat èc alla au Capitole pour y
faire les levées ; & les députés
Siciliens fe retirèrent auffi.
Alors M. Valérius Lévinus mit
l'affaire en délibération. Les
avis furent aiTez long-tems par-
tagés. Pludeurs foutenoient avec
T. Torquatus , qui avoit ouvert
ce fentiment: n que les Gêné-
30 rauxdelaRépubliqueavoienc
» été chargés de faire la guerre
» contre des Tyrans également
» ennemis de Syracufe & de
» Rome 4 & non contre Syracu-
y> fe même ; que leur devoir
39 avoit été de la délivrer com-
» me alliée , 6c non de la pren-^-
» dre comme une ville enne-
39 mie ; & après l'avoir prrfe,
» de lui rendre fes loix & fa
» liberté, Se non de la ravager.
33 Si Hiéron , cet ami & cet
3» allié (î fidèle , revenoit fur la
» terre , oferoit-on lui montrer
33 d'un côté Syracufe à moitié
33 ruinée, & dénuée de tous
M les ornemens , qui la déco-
n roient de fon tems ; & de
33 l'autre » Rome enrichie des
i> dépouilles de fa malheureufe
3» patrie? 33
Malgré ces déclamations vé-
hémentes , qui avoient pour
principe dans quelques • uns la
compaffîon pour les Siciliens 9
dans d'autres l'envie contre M.
Claudius Marcelius , l'arrêc
jU ma
qnc le Sénat rendit fut pour-
tant aflez modéré & aOTez fa-
vorable au Conful. On confirma
ce qu^il avoit fait & réglé pen-
liant ta guerre Se depuis f^i
"viâoire» & l^)n en ordonna
F^xécution» Le Sénat déclara
qu'il prendroit foin des intérêts
des Syracufains ^ & ordonna au
confui M. Valérius Lévinus de
leur accorder tous les foulage-
mens qui n'iroient point au dé-
triment de la République.
On envoya fiir le champ deux
Sénateurs au Capitole , pour
faire revenir M. Claudius Mar-
cellus ; ôc les Siciliens étant
auffi rentrés dans le Sénat , on
lut en préfence des parties in-
téreâféeSy Tarrêt qui venoit
d'être rendu. On congédia les
députés de Syracufe ^ après
leur avoir donpé toutes If^s
marques poiCbles d'amitié & de
bienveillance. Mais , avant que
de fe retirer, ils fe jecterent aux
pieds de M* CIaudi^s MarceU
Itts , le priant & le conjurant de
lenr pardonner tout ce qu'ils
•voient pu dire pour déplorer
leurs malheurs Ôc obtenir quel-
que foulagement en faveur de
' leur patrie , Ôc de vouloir bien
recevoir fous fa proteélion la
ville de Syracufe , & en regar-
der les habitans comme ùs
cliens. Lç Conful leur répon-
dit avec beaucoup de bonté 8c
de démence. Les Syracufains ,
après Ip recouc des députés ,
rendirent à M. Claudius Mar-
cellus tous 1^8 plus grands hon-
neurs dont ils purent s^avifer»
étfd>lireoc une lêce qtui portoit
M A
fon nom» & qui fubfiftoîr enco^
re du tems de Cicéron , & or»*
donnèrent par une loi exprefle p
que toutes les fois qui: M. Clau^
dips Marcellus > ou quelqu'un
de fa famille 9 viendroit à Syra-
cufe, les Syracufains fe couron-
neroient de chapeaux de fleuri ^
Sç offriroieni en aélions de gra*
cesdesfacrifices aux Dieux. M«
Claudius Marcellus , de fop
coté , fe fit un honneur de les
protéger , & fes defcendans »
tant que fubfifla fon nom 8ç fa
famille > furent tonpurs 1^
patrons de Syracufe.
Ainfî fe termina , au conten-
tement & à la gloire des deux
parties» une affaire commencée
avec une fi grande vivacité ,
mais qui paroidoit cependaj}(
excitée > moins par le reifei^
timent de ceux de Syracufe %
que par la jaloufîe de auel(|Mi$s
Romains ennemis de M. Ciai^
dius Marcellus , comme Plutar-
que le dit clairement»
M. Claudius Marcçllus mar-
cha enfuite contre Annibal.
Après s'être rendu maître de
Salapie par intelligence , il prît
de force Maronée & Mêles fur
les Samnitiîs. Il y défit environ
trois mille hommes qu'Annibal
y avoit laifiTés en garnifon ^ Çt
abandonna à fes foldats tout le
butin , qui fut affez confidér^-
ble. Il y trouva auffî deux cens
quarante mille boifleaux 4*
bledp âc cent dix mille boifleaux
d*orge.
Ces avantages ne lut caufe-
rent pas tant de joie » qu'il ref-
fentk de douleur pour la pe((«
M A
Sue £c quelques jours après la
République auprès de la ville
d'Herdonée , lieu malheureux
pour les Romains, qui y avoieuc
déjà été battus deux ans aupa-
ravant par Annibal.M.Clau4iu8
M^rcellus t fai^s être cependant
irop effrayé de cette perte,
écrivit au Sénat pour Ten i^i-
foriper. Il marqua en même-tems
gu41 marchpit contre Annibal ;
çc qu'aiyant bien fçu ^ après la
|>ataille de Canines ^ rabattra
Torgueil que lui donnoit i^pe
viAoire fi complète , il fçau-
Toit bien encore lui arracher 1^
joie que li^i infpîroit ce der-
nier avantage. En effet , il
va chercher Annibal , & lui
préfeniela bataille 9 l'aâion fut
yiye ^ longue > âc Tavantage
ji peu près égal, Ani)it>al fe re-
tire de nuit 9 Sc eil fuivi par
le Conful , qui le joigni| dans
TApulie» auprès de Vénufîuoi*
Là i|s pafl*<^reot plufieurs jouirs
^ fe harceler dans dt$ a<^îoQs
où les Romains avoienttpujpurs
l'avantage j mais qui pouvoiei^t
plutôt p^fiT^r pour de légçres
(çfcarraouches que pour de v^^
fif^bl^s cçmtiats. Àqnibal dé«
irampqir ordipairemept pendaqt
Ja nuit| & épioi^ Tocçafion 4^
leodre des pièges ^ fop enpf mi;
filais 4 M. ClaMdius Marcelluii
^4rttachoit à ne le fuivre que i^
jo^r , & après avoir fait recoi^«-
i)oi(re foigneufen^ent les Ueu^ç»
£*i^/| ainH que fe palTa le r^ftç
4e la campagne.
I^'apnée fuîvante , le cpm*
.maodfment de Tarméf d*Iralie
fpt çquiiuuktàt Cif|H4iuf H^t-:
MA 167
cellus. Ce Général perfuadié
qu'aucun autre Romain n*étoic
plus capable que lui de tenir
tête à Annibal , fe mit en caa|«
pagne dès que la terre put four-
nir des fourrages , 8c alla fe
préfenter devant lui près de
Canufium. Annibal tâchoit alors
d'engager les habitans de cette
ville à la révolte. Mais 9 dès
qu'il fçut que M. Claudius Mar*
çellus apprpchpit » il déca^pi«
Le païs étoit tout découvert 9
^ peu propre à des embûchça*
C'eft.ce qui l'obligea de cher-
cher auteurs des lieux remplis
de bois , de défilés , de de co-
teaux* M» Claudius Marcellus
le fuivoit 4e près , Cfmpoit
foujours à ia vue » 8c p'avQÎt
pas plutôt achevé fes travaux ,
qu'il lui préfentoit la bataille.
Annibal » content d'efpar-
moucher avec quelques pçtifs
détach^mens de cavalerie 6c de
frpndeurs » joe croyoit pas qu'il
fût de fon intérêt 4^ ha^ardçr
une bataille générale i Cepen-
dant y quelqf^es précautions qu'|l
prît pour l'éviter * H^^ vit forcé
d'en courir les rifques; car»
Mf Claudius Marpellus « qui i^e
le quittait point 4e vue » Tayapc
atteint I fp vfiït à at^quer de to^«
fe^ part$ fes travailleurs, ^
Pempêcha de fe retrancher*
Aii)U, Jlsen vinrent a^x main^»
& çon>battir^nt avçc toutes leu^s
forces f jufqu'à ce que la nuit
étant fur }e point d'arriver , 1rs
fépara • fans que la vidloire fe
fût encore déclarée* Us fe re-
tranchèrent fort à la hâte à eau*
ie du peu de jour qu'il leur ref*
m M A
coic y 8c pafTerent la nuh aflèx
près l6s uns des autres.
Le lendemain , dès la pointe
' du jour , M. Claudius M^rcel-
lus rangea fon armée en bataille^
Annibal accepta le défi » de
avant que de commencer la
charge , il exhorta ft- s foldats à
. bien faire, x» Qu'ils fe fouvinf-
» fent de Trafîmene & de Can-
» nés , & rabattiflent la fierté
» d'un ennemi incommode > qui
» ne leur donnoit pas un mo-
» ment de repos , qui les har«
» celoit fans relâche dans leurs
» marches & dans leurs campe-
» mens » 8c ne leur laiflbit pas
» le tems de refpirer. Qu'il leur
n falloir voir tous les jours en
3» même tems le lever du foleil»
» âc l'armée des Romains en ba-
» taille. Que pour l'obliger à
» faire la guerre avec moins
» de vivacité , il falloit lui
» faire éprouver de nouveau
30 la valeur des Carthaginois. 39
Animés par ces remontrances ,
& irrités d'ailleurs par l'achar-
nement d'un ennemi qui les
tourmentoit fans cefle , ils
commencèrent le combat avec
' une animofîté extraordinaire.
'Après que l'aAion eut duré
plus de deux heures t l'aîle
droite des alliés commença à
pli^rdu càté des Romains. M.
Claudius Marcellus » qui s'en
apperçut 9 fît auffitôt avancer
la douzième légion à l'avant-
' garde. Mais , pendant que les
uns lâchent pied fans fe re-
connoître , 8c que les autres ne
fe préfentent pour les rempla-
cer qu'avecbeaucoup de iea«
MA
teur ; tout le corps de bataille
fut ébranlé & mis en défordre»
& la crainte l'emportant fur U
honte, tous prirent ouvertement
la fuite. Il fut tué dans le com-
bat environ deux mille fept cens,
tant citoyens qu'alliés , & parmi
eux quatre centurions Romains
& deux tribuns légionnaires.
On perdit quatre drapeaux de
l'atle droite des alliés y qui là
première avoit fui 9 & deux
de la légion qui avoit été en*
voyée pour prendre fa place.
Quand les foldats furent ren«
très dans le camp , M. Claudius
Marcellus les réprimanda d'un
ton (i vif & fi févere , qu'ils
furent encore plus fenfibles aux
reproches de leur Général ir-
rité , qu'à la douleur d'ayoir
combattu tout le jour avec dé*
favantage. n Je rends grâces
30 aux Dieux immortels , dit-il^
y> autant qu'on peut le ' faire
To après un fi mauvais fuccès»
» de ce que l'ennemi vainqueur
» n'eft pas venu attaquer notre
» camp y dans le tems que vous
t> vous y retiriez avec tant de
» précipitation ; car aflurémenc
I» la même terreur qui vous a
» fait quitter le champ de ba-
y> taille , vous auroit fait aban-
» donner votre camp.D*oû peu^
» vent donc venir cette frayeur
a> de cette conilernation ? Qui
» peut vous , avoir fait oublier
9» en fi peu de tems qui vobs
» êtes y &L quels font vos enne-
» mis ? Ne font-ce pas les mè^
n mes que vous avez vaincus ^
n & pourfuivis tant de fois peo-
» dant toute la campagne pré^
M A
» eédenee 9 que vous avez har-
B celés jour & nuit tout ré-
a* cemment , que vous avez fa-
)!> tîgués par des efcarmouches
3t> conrifiueiies ? Mais, j'ai tore
» d'exiger de vous , que vous
» fouteniez la gloire de vos
» précédens avantages. Je ne
» vous remettrai ici devant Irfs
n yeux que Tégalité du fuccès
}» entre vous 6c vos ennemis
» dans le corobat d'hier. C'étoit
» une grande honte pour vous
» cette égalité. Qui eût cru
9» que vous fudiez capables de
30 tomber encore plus bas , &
7> de vous couvrir d'une igno-
» ininie encore plus grande ?
» Quel changement peut-il être
» arrivé dans l'eTpace d'une nuit
» &dVn jour ? Vos troupes ont-
» elles diminué? Celles des enne-
» mis ont-elles augmenté ? Pour
30 moi , il ne me paroît pas que
x> je parlé à mes foldats , ou à
» des Romains. Je vois bien les
y> mêmes hommes & les mêmes
30 armes , mais ce ne font plus
» les mêmes courages. Si vous
9> n'aviez pas dégénéré de vous-
30 mêmes , les Carthaginois vous
» auroient-ils vus fuir ? Au-
» roient-ils enlevé les drapeaux
10 d'une feule compagnie , ou
39 d'une feule cohorte? Ils pou-
30 voient bien , jufqu'à préfent >
» fe vanter d'avoir taillé en
30 pièces, les légions Romaines;
» vous leur avez aujourd'hui
«> procuré la gloire d'avoir vu
» des Romains tourner le dos
» devant eux. »
A ces paroles » ce ne fut
£u'uQ cri dç toucQ l'armée. Us
M A 189
prièrent M. Claudius Marcellus.
d^oublier ce qui s'étoit paffé ce
jour-là j & de mettre dans la
fuite leur courage à telle épreu«
vç qu'il voudroit. » Oui, dir-il,
» dès demain je vous mettrai à
39 l'épreuve 9 en vous menant
j> au combat, afin que vous ob?
3> teniez la grâce que vous de-
x3 mandez » viâorieux plutôt
>3 que vaincus. y> En attendant»
il commanda que Ton 'donnât
du pain d'orge aux cohortes
qui avoient perdu leurs dra-
peaux , & que les centurions
des compagnies à qui ce déf*
honneur étoit arrivé , demeu-
raient pendant un tems n^arqué
dans la grande place du camp^
fans baudrier, leur épée nue à
la main ; ce qui étoit un genre
de peine militaire , ulité parmi
les Romains ; qu'au furplus ils
fulTent tous fous les armes dès
le lendemain matin , tant la ca-
valerie que l'infanterie. Alors ,
il les congédia bien morrifiésj
mais avouant qu'ils avoient bien
mérité la réprimande qu'on ve-
noit de leur faire ; que ce jour-
là il n'y avoit eu dans toute
l'armée d'homme & de Romain
que leur Général ; & que pour
lui faire oublier leur faute , il
falloit ou vaincre , ou mourir.
Le lendemain , ils fe trouvè-
rent tous fous les armes fuivanc
Tordre de M. Claudius Mar-
çellus. Ce Général loua la con-
tenance & la difpofîtion où il
les voyoit, & déclara qu'il pla-
ceroic aux premiers rangs ceux
qui avoient commencé à fuir,
& les cohortes qui avoient per-
19<5 M A
du leurs drapeaux ; tous Ta-
voient demandé avec infiance
«îomme une grâce. Il les avertit
40 refte ^u'ï\ fil I oit combattre
& vaincre , & faire enforte que
la nouvelle de leur vidloirè
arrivât à Rome,au{litôt que celle
de leur défaite Ôc dé leur fuite.
Il leur ordonna enfuite de pren-
dre de la nourriture 9 afin d'a-
voir affez de vigueur pour fou-
fenir le combat s*il duroit long-
tems. Après avoir dit & fait
tout ce qui étoit capable d'ani-
itoer le courage des foldats » il
les mena au combat*
Quahd Annibal vit qo^ils ve-
âoient le chercher : » Ce M.
1» Claudius Marcellus , dit-il ,
19 eft un étrange homme ! Il ne
i> peut fupporter , ni la bonne ,
» ni la mauvaife fortune. Vain-
:to queur il nous potifle Tépée
dans les reins; vaincu 9 il re-
vient au combat avec plus dé
» fierté qu*auparavaftt< » Après
avoir dit ces paroles , il fit fon-
tier la charge > Se vint à la ren-
contre des Romains. Le combat
fut bien plus opiniâtre que la
veille f les Carthaginois faifant
tous leurs efiTorts pour confer-
ver l'avantage du jour précé-
dent , de les Romains pour espa-
cer la hoâte de leur défaite.
' M. Claudius Marcellus avoîc
placé fur les deux aîles de là,
|)remiere ligne les troupes qui
àvoient taal fait leur deVdir lé
jour précédent ; elles étoient
commandées par L. Cornélius
Lentulus & C, Claudius Néron.
Pour lui , il s'étoit réfervé le
corps de bataille » afin d*étre
10
MA
témoin de tout ce qui fe pàâe^
roit , & en état d*animer fe^
troupes. Annibal avoit mis à la
première ligne les Efpagnols f
qui étoieht Télite de fon armée»
oc en faifoit la principale force.
Mâisi Voyant que le combat de*
meurôit trop long-tems douteux»
il fit conduire les éléphans veri
le front de la bataille y efpé-»
rant qu'ils pdurroieàt caufei^
quelque défordre parmi les en*
hemis. En efîTet t ils portèrent
le trouble parmi les enfeignes'
8c dains les premiers rangs ; &L
ils écraferent ou mirent en fui<«
te tous ceux qui fe trouvèrent
d'abord à leur rencontre. La
déroute auroit été plus gran«
de , fi C« Décimus Flavus , tri**
bun légion'naire y ayant faifi Té*
tendard de la première com*
pagnie des Haftaires, n'eût or*
donné aux foldats dei cette corn-*
pagnië de le fuivre. Il les mena
dans l'endroit où ces bêtes énor^*
mes ramafTées en on pelotoa
caufoient beaucoup de ravage ^
& leur commanda de lancer
contre elles leurs javelots. Il
fi'y en eût pas un qui ne portât f
étant jette de é près contre de
gro'fles maffes d'animaux prefles
les uni contre les autres* lis ne
furent cependant pas tous bief-*
fés ; mais, ceux qui fehtirent fa
poiUte de ces traits enfoncés
dans leurs corps , prenant ta
fùitè y ôc dans cet état n^étant
pas moins redoutables à leurs
gens qu'aux ennemis , entraînè-
rent auflî ceux qui étoient fanf
bleffures» Alors , tous les fol-
dats Romains qui fe trouveréi^
MA
à 'p6ftée , coururent , à Vttettk'
p\t des premiers j après cette
Groupe fugitive» & accablèrent
lie rraks tous les éléphans qu^ils
purent joindi'e. Ces animaux fe
'jetterez donc fur les Carthagi-
iboîs avec beaucoup de furie y
^ firent parmi eux plus de ra-
Vage qu'ils n^en avoient fait
parmi les Romains » d'autant
^ue la peur a bien plus de pou<«
voir fur eux , & les emporte avec
beaucoup plus de violence 9 que
ne le font la voix & la maiû de
ceux qui les gouvernent.
L'infanterie Romaine s*avaii-
^a auDStôt contre les Carthagi-*
sois , dont les ^iéphans avoient
rompu les ran^gs , Se n*eut pas
de peine à mettre en fuite des
geos qui avoient perdu de vue
leurs drapeaux , 6c qui ne pou-
Voient plus fe rallier* Alors ,
M. Claudius Marcellus détacha
après eux fa cavalerie , qui les
pourfuivic jufqu^aux portes de
îeur catnp , où ils rentrèrent
avec peine pleins de frayeur &
de confternation. Pour furcroît
de malheur » deux éléphans
étoient tombés morts au milieu
de la porte même ; & comme
Ils en fermoient Centrée , les
foidats étoient obligés de fe
jetter dans le fofifé , & de fatiter
par deiTus la paliflade pour fe
iauver, Auffi ce fut* là qu'il s'en
fît un plus grand carnage. Il y
tôt environ huit mille foidats
6c cinq éléphans de tués. Cette
vî^oire coûta cher aux Ro-
mains* Les deux légions perdi-
rent environ dix-fept cens hom-
ISLCS i ôc les alliés pltls àc tteize
MA Tçt
ceiis , fans parler d^un grand
nombre de bleflés , tant des <j«
toyens que des alliés. Mais, U
terreur du nom d*Annibal étoic
encore alors fi grande parmi
les Romains » que Ton pouvoic
regarder coitime un exploit
éclatant d*avoir réduit fes trou*
pes à prendre la fuite ^ quoique
cet avantage fut acheté par une
perte conlidérable*
Annibal décampa dès ta nuit
fuivante« M* Claudius Marcel-
lus aurolt bien voulu le pour-
fuivre, mais la multitude de fes
bleffés l'en empêcha. Cepen*
dant I il étoit en mauvais renom
4 Rome, depuis qu'il avoir été
battu par les Carthaginois. C*
Publiclus Bibulus » tribun da
peuple, étoit fon ennemi décla-
ré. Par les déclamations conti^
nueljes donc il faifoit retentir
toutes tes atfemblées » depuis la
j<>urnée 6ù M. Claudius Mar«-
cellus avoit été maltraité par
Anhibàl , il l'avoit déjà décrié
dans Tefprit de la populace; dc
Ton ne parloir pas moins que ûti
le dépouiller de fon emploi^
lorfque fes amis obtinrent quSl
laifnit un de fes Lieutenans à
Vénufium pour y commander
en fa place y pendant qu'il vlea-
droit à Rome fe juftifîer det
accusations que Ton formoic
contre lui en fon abfence«
Cette afiaire fe traita dans le
Cirque ^laminien avec un grand
concours du peuple Sc de tous
les ordres de la République, tm
Tribun du peuple attaqua , non*
feulement M. Claudius Marcel-
lus ^ mais tout le corps des No-
/
ij^i MA
blés* Il leur reprochoît que c'é-
toîc par leurs artifices & leurs
délais afTedés qu'Annibal de-
tneuroic depuis dix ans dans 11-
talie , & fembioic sVn être rois
en pofleffion par un féjour plus
long qu*il n*en avoit jamais fait
à Carthage ; que le peuple Ro-
main étoit bien récompenfé d'a-
voir continué le commandement
à M. Claudius Marcellus 9 dont
l'armée deux fols battue par
l'ennemi fe donnoît du bon tems
& vivoic à i*aife pendant tout
l'été , à l'ombre des murs &
des maîfons de Vénufium. M,
Claudius Marcellus répondit en
peu de mots Ôc avec beaucoup
de noblefle , fe contentant de
rapporter modeftement fes prin-
cipales allions , dont le (impie
récit , fans réflexion & fans au-
tres preuves, étoit pour lui une
pleine apologie. Mais, les*prer
miers & les plus confidérables
d'entre les citoyens prirent hau-
tement fa défenfe, & parlèrent
en fâ faveur avec beaucoup de
force & de liberté. Ils exhor*-
tarent le peuple à ne pas juger
plus mal de M. Claudius Mar-
cellus que leurs ennemis mêmes,
en Taccufant de lâcheté lui qui
étoit le feul de leurs Généraux
qu'Annibal évitoit avec foin ,
éi contre lequel il perfévéroit à
fuir le combat avec autant d'em*
prefTement , qu'il en avoit à le
chercher contre tous les autres.
Le jugement ne fut pas dou-
teux. Non-feulement la propo-
fition que faifoic le Tribun d*ô-
ter le commandement à M. Clau-
dius Marcellus fut rejettéei mais
MA
dès le lendemain toutes les cén*
turies le créèrent Co»ful d'un
commun confentement , & lui'
donnèrent pour collègue T*
Quintius Crifpinus.
Ce dernier partit auflitôt pour
aller prendre le commandement
de l'armée qui avoit fervi Tan-
née précédente fous les ordres
de Q. Fulvius Flaccus. Mais,
M. Claudius Marcellus étoit rer
tenu dans la ville par différens
fcrupules qui lui donnoient de
l'inquiétude. Entr'autres » le
deilein qu'il avoit ^de faire la
dédicace de la chapelle qu'il
avoit vouée à l'Honneur 6c à la
Vertu f pendant la guerre de
Gaule 9 lorfqu'il étoit fur le
point de combattre' les enner
mis auprès de Ciailidium, étoit
arrêté par les Pontifes , qui fou*
tenoient qu'une feule chapelle
ne pouvoit ctre dédiée à deux
Dieux tout-à-la«fois; parce que
(î elle venoit à être frappée du
tonnerre, ou qu*il y arrivât quel-
qu'autre prodige , il ne feroit
pas aifé d'en faire l'expiar .
tion , tant qu'on ignoreroit âi
quel Dieu le facriBce devoit
s'adreffer , l'ufage n'étant pas
d'offrir une même vi<flime à
deux Divinités , à moins qu'on
ne fût certain qu'elles y avoient
un égal droit. Ainfi , on bâtit à
la hâte une nouvelle chapelle à
la Vertu ; & cependant ce ne
fut pas M. Claudius Marcellus
?|ui en fît la dédicace. Car, il
ut obligé d'aller à Vénufium ,
avec des recrues, fe mettre à
la tête de l'armée qu'il y avoit
laiffée Tannée précédente.
Son
MA
' Son Collègue étant Ternir le
joindre > ils cmipÈt^nt féparé*-
isenc entre Vénufîom & Banda ^
ne laiflant entr^eux qu'environ
une lieue d'intervalle. Anntbal ,
quittant le païs dés Locriens ,
s'approcha de leur armée* Les
Confuls , d un câraâere égale-
ment vif & bouillant, mettoient
prefque tous les jours leurs trou-
p^s en bataille , ne doutant point
qu'ils ne puiTent terminer heu-
reufement la guerre , fi Anni*
bal ofoit bazarder le combat
contre les deux armées Confu-
laîre^ jointes enfemble. C'eft de
quoilegénéralCarthagînoisétoit
bien éloigné* Il fe renfermoît
uniquement dans les rufes , qui
avoient coutume de lui réuflîr y
Ôc il ne fongea qu*à drefTer des
embûches à fes ennemis»
Comme il ne fe donnoit que
de légers combats entre les
deux armées 9 où les deux par-
fis avoient alternativement l'a-
vantage, les Confuls crurent
que l'on ponrroit pendant cette
efpèce d*inaâion » former le ile*
ge de Locres ; & pour cela ,
ils ordonnèrent à une partie des
troupes qui étoient en garoifon
à Tarente d'aller invelHr Lo^
cres par terre» pendant que le
Préteur de Sicile L. Cincius
l'aiEégeroit par mer, Annibat ,
averti de ce qui fe pafibit, dé^-
.cacha trois mille hommes d^
pied & deux mille cavaliers,
à qui il ordonna d'aller fe met-
tre en embufcade fur le.chemip
de Tarente à Locres dans un
vallon au deffous de Pétille. Les
Romains 7 qui n'avoient point
7m. XXri,
MA J9î
envoyé à k découverte » don-
nèrent dans ce.piegeé Les enne*
(nis leur tuèrent fur la plaça
çnviron deux mille hommes, J5
en firent deux ce%s prifonniers»
Le refte ayant pris la fuite fe
difperfa dans la campagne ^
dans les bois, & regagna Ta<*
rente.
Il y ayoit 4^ntre le camp de$
Carthaginois & celui des Ro«
mains, une éminence couverto
de broâàilles ôc de cavités. Le$
Romains s'étonnoient comment
Annibal , étant arrivé le prêt
mier à un endroit fi commode »
pe l'avoit pas occupé ; mais^
c'eft cela même qui auroit dû
leur être fufpeél. il y avoir efi*»
voyé pendant la nuit quelques
efcadrons Numide» , avec or-*
dre de fe tenir cachés pendant
le jour dan^. le milieu du boU
fans remuer en ^ aucune f^cot^j^
<de peur que les ^Romains ne les
apperçufient , ou que la lueuf
^e leurs armes ne les trahir»
J>ans le camp de M. Claudiuii
.Marcellus on penfoit & l'on
pa'rloit de la manière la plua
capable de favorifet: le defiein
de Tennemi. On difoit haute^
-ment qu'il falloit* fe faifir d^
cette colline âc s'y fortifier , par^*
ce que fi Annf(>al lès prévenoic^
ils auroient Pennemi au defius
de leurs têtes. Lq conful Mj*
Claudius Ma^pcellus fut frappé
.de ces difcours , 6c s'adreffanc
* à. fon Collègue : * Que n*al-
» lons-nous. nous-mêmes fur le
x> lieu y dit-il , avec un petit
» nombre de cavaliers? Quanii
>? nous aurons examiné ce po£*
N '
!f94 M A
3» te de nos propres yeux, ooas
^ ferons plus fûts du parti qu'il
9» nous faudra prendre. » T*
Quintius CriTpinus y confentit ,
& fur le champ ils partirent avec
deux cens vingt cavaliers > tous
Étruf^ue$, excepté quarante qui
étoieM de Frégeiles. M. Clau«
dius Marcellus, fils du Conful ,
& d'autrei Officiers , les ac-
compagnèrent. Lès ennemis
avoient ^lacé un fbldat , qui ,
fans ^tre vu des Romains , dé*
couvroit tous les mouvemens
qui fe faifoient dans leur armée»
Luette feotinell^ ayant donné
(oD fîgnal ^ ceux qui étoient en
embufcade laiffeoi approcher
iA, Claudius Marcellus, juf-
^u*au pied du tertre. Us eurent
même l'attention de ne point
Quitter leur pofle > que leurs
camai^ades n'euffent fait un cir-
cuit > lés uns à droite , les au-
tres à gauche y pour enfermer
.les ennemis par derrière. Alors,
ils fe levèrent i ÔC tous enfem-
ble, en poulTant de grands cris»
vinrent Tondre fur le détache-
ment des Romains. Les Confuls,
voyant qu'il leur étoit égale-
ment impofiible de gagner la
iiauteur dont les ennemis étoient
maîtres , & de rétourner en ar-
rière étant enveloppés de tous
côtés , prirent le parti de fe dé-
fendre courageufement ; de ils
auroîent plus long-tems difputé
la viAoire, fi la fuite des Étruf-,
ques n'eût jette la frayeur par-
mi les autres. Cependant » les
Frégellans, abandonnés de leurs
compagnons $ ne cédèrent point
de combattre 9 tant que les Con-
fuis à leur tête les animèrent
par leurs difcours Sc par leur
exemple. Mais , lorfbu'ils vi-
rientqu'ils étoient blefles l'un SC
l'autre, & que M. Claudius Mar*
cellus même , après avoir été
percé d'un coup de lance, étoif
tombé mourant de deflus fon
cheval , alors le peu qui reftott
prit la fuite avec T. Quintius
Crifpinus , percé lui-même Ile
deux javelots. M. Claudius Mar-
cellus fut tué Tan de Rome 544 i
& 208 avant Jefus-Chrift*
Obfcrvations fur fon caraBtrt »
& fur fa mort.
On ne' peut lui refufer Thon^'
neur d'avoir été un des plui
frands capitaines Romains. Q»
abius Maximus & lui contrit
b|ierent également , quoique pat
des voies bien différentes , à
fauver la République ; âc c'eft
avec raifon que l'un fut appelle
le bouclier & l'autre l'épée de
Rome. Q. Fabius Maximus ,
d'un caraâere ferme & conf-
tant, ne fe départit jamais du
•pian qu'il forma d'abord, ab-
iblument néceifaire, au moins
dans les commencemens , pour
rétablir les affaires , de pour
rendre peu à peu la confiance
aux troupes découragées ; &
femblable- à une rivière qui
coule fans bruit , 5c qui gagne
toujours du terrein » il s'appli-
qua & réuffit à miner infenfible-
ment les forces d'un ennemi, fier
des vidoires qu'il avoit rem*
portées. M» Claudius Marcel-
lus an contraire , d'une valeur
vive & brillante > fit fuccéder
M-, A.
à la confteroatioVi dont les Ro*
mains étoieat faifis depuis loog-
cems, rimpatîence de combat-
tre , &L leur éleva le coulage*
jufqu'à les porter non-feule-
ineni à ae pas céder fiicilement
la vidtoire» mars à la difputer^
opiniâtrémeot', enforte qu*An-
nibal rencohtroit à tous momens
M. Claudius Marcellus comme
un torrent îropctùeux , qui rén«
verfoit tous (es deffeins, & riiîf
lioit toutes fes entreprifes. Ain-
fi , la fermeté & la cohftance dé
run à fe tenir toujours fur la
défenfivc , mêlée à l'audace Sc'ï
la vivacité de l'autre qui hazar^.'
doit tout rfiit le felut de Rom'eV
ais , î1* fàut'a>^ouer que fî là
gloire àe leur vie a été à peu
près- égale, quoique par un
genre de mérite tout différent j
la fin de M. Claudius Marcet-
lus paroit donner Tavantage '^
la fage lenteur de Q. Fabius
Maxîraus. Cette mort, déploi
table par tout^es" fortes d en-
droits , Tett fur- tout en ce qu'on
peut lui reproclief a avoir ex-
pofé au danger de périr fa pér-
fonne i celle de fon Collègue^
& en mêmê-tems tout.e la Ré*
publique j par uijé vivacité- qiii
lie convenoît ni à foh âge > t U
avoit plus dé foVxartte ans , 1 ni
à fa prudence qu'il deVoit avoir
àcquifè depuis tant d'années
qu'il faifoit la. guerre. Quand
la préfèflçe ji'un Commandant
eft néceâfâire , ou d'un grand
poids pour le fuccès d'une ac^
sion âmpaitance & décifive ,. il
M A . m
dôît pour lors payer ^e fa per-
fanne. Mais , Içrfque l'avanta-
ge qui reviendra Se la viiSoife
n'eft que médiocre V'o^ ^u'iï
bâtarde tout e;i! VèXpôfaat •
ce h'eft plus otavdufe , mais té*
nilérité & bravade. Il doit fç*
fo.uvehii: qd'îj'y à une'extrême
différence eh'tre dn Gé'nérâl ÔC
ui qui don donner, les xii'dres.*
& non comme\ceux .qui <{oîr
véht les exécuter.' "£urîpîd<5
dît dans une" de feè pièces , que
n un' Général doit' moutir , cd
^oir être ea taiffarif fa. vi©
èritrè les mains die .là. Vertu ^
comme pour ' faire entendre
qu*îl nV a point dé véritable
valeur lans fa^elTe & fans pru-**
dence , & que'î^i.v^rta fêu-
îè% non un vaîndé'fîi^ d? gjoire \
i' droit fur la yîé d'ji^-Êénéraï ^
fâVce que leyre^îérdèvoix.'dd
coiirage eftr de fauver celui qut
îâû ve les autres. • Au (tî ^A ppleçi
remarque - 1 ■: il ,qu*An.nibar lè
loua comme folUajCji &''le blâ-^
ma fort comqie'CJapi^àîne.
'Marcellus [,m, clàu-
nms ], M. tUÛàiUs Marcellus'^
^i; K>abV/oç M«/îxV?Xoiî , (tf) fils
du pré<îédent -> fut'blbffé dans
cette malh^urèul^ journée, oik
•fon père perdît la yie, l'an de
5R.ome 544'/^ ïbS^'àVant Je-
fus-Chriit. Il fërvôît alors en
quaKté de THSuri'des foïdats.
Il fit dans la fuite la dédicace
U) Tit/Liv. 1. XXTIU c. a6 , »/. L, ]tKlX« c. 11 » aô.
Nij
j
^9» JW-A
fin daas le cancon-oi étoit cank-
^é foD Collègue. Dès qu'ils eu*
Tenc \otùt leurs armées , ils dé-^
fo)erenî rout le territoire de$
Boiens , jufqu'à la ville de Fel-
jlne ; & incgotinenc après cette
ville elle-mê.nm^ & tous les au,-
cres forts^ainfi i^ue tous les har
bitans du païs fe rendirent • à
. 'exception d'unetroupe de jeu.-
.pes gens qui aVaieot pris, les arr
.mes pour piller » & qui alors
Vétoient difperfçs dans des fo-
Vêis ioaccef&bles. De - là lès
deux Confuls pafferent avec
ieurs troupes dans le paî's des
Liguriens. Les Boiens y dans l'ef-
pérance d'attaquer à leur avan^
tage y l'arriére - g4rde des Ro-
mains, qu'ils comptoient devoir
marcher aye.é négligence com-
jne des ge&s qui crgyent l'en*^
nemi loin d'eux» les fuivirent
par des défilés inconnus. Mais
n'ayant pu ks, atteindre, ils p.^f-
ferent pro^mptemem le Pô avec
leurs vaifTeaux ; fy, après avûii:
T-a vagé le païs . d^& Levés, ôc des
Libuens., c^noçae ÏU s'en rétoun-
noient par les extrêmir^s de |fi
^igurie ,, av^c- 1;^ l)utin qu'ils
^voient fait da^^Sr^a -campagne y
ils furent reaçoncfés par l'ar-
jnét Romaine^ Le courbât fe 4i-
VTa ^atr'eux plus proi^ptemene,
^ fut fo^ienu de parc & d'a(t>
jre avec plus de chaleur» q^
s*Us y euffçnt . préparé If ur.s
.courages , ic que.Jçs deux pai?-
tis euuenf choiii -le tems âc le
lieu les plus convenables. En
.cette occafion on remarqua fen-
fiblement que. dans la guerre la
<^olçre fiûclaplus grande partie
MA
jle la valeur ; car , les RomaîiiS
fotageant beaucoup n>oins à vain-*
cre:qu'àfe venger, s* abandon*
nerent tellement à leur refTenti*
ment , qu*à peine laiflerent-ils
échapper, un ennemi qui pût an-
noncer la défaite de leurs com-
pagnons. Quand on eut reçu à
Home les lettres des Confuls qai
iippQ.rtoient la nouvelle de ces
heureux fuccès » le Sénat or-
donna que pendant trois jours
on rendît aux Dieux des avions
de grâces » dans -tous les Tem-
ples.' Peu de tems après , M*
.Ciaudius. Marcelius revint à
Rome > où le trioni^phe lui fat
.décerné d'un confentement una«
niine de tous les Sénateurs , fur
.Içs Infubriens de les.habitansdu
païs de Côme. Il en fit la céré-
monie avant qu« de foxtîr de
:çharge. Comeae il n'avoic pas
éi;é heureux dans le pais des
Boi^fil, il laiifa à fon Collègue
l'efeérance de tr^omfpèer de ces
peuples qu il ayoit vaincus. Il
fie porter d^ns fon triomphe
quantité de dépouilles fur les
.chaçs mêmes qu'il avoit pris aux
çnn.emis • un grand nombre d'é-
tten dards , trois cens vingt mille
•as i Ôi deux cens trente-quatre
mille denjers d'argent aux ar-
jnes. de la République. Il &ï diC-
jtarib.uer à chaque^ fanraffin qua-
:frft vingts as , le double aux
rcavaliers, & le triple aux Ceo-
tguriOnSfc
Il fut élu Pontife peu de rems
après, en la place de C. Sem«
•pronius Tuditanus » qui venoit
de mourir. Trois atks après • il
kxYU. eja. qualUé .iie lieute-:
MA
nmnî^ Tous les ordres du Coït»
fulL. CoroéiiusMéruia. Ce Gé-
néral « ayant remporté une vie*
toire fur les Boiens , en écrivît
au Sénat en attendant qu'il pût
fe rendre à Rome. Maist ^es
lettres excitèrent une difpute
âans l'aflemblée par la compa<«
raifon qu*on en fit avec celles
que ,M. Claudius Marcellus
^vott écrites à un. grand nombre
de Sénateurs » dans lefquelles
il leur faifoit entendre que it
Ton avoit eu l'avantage dans 1^
combat de Modene • c'étoit à
" . ' *
la fortune du peuple Romain ,
& à la valeur des foldats, qu^on
en étoit redevable ; &c que il on
avoit perdu tant de foldats, âc
qu'on eût manqué à exterminer
entièrement les^/ennemis > corn-
sne on le pouvoit aifément , c'é-^
toit au Conful qu'il falloit s'en
prendre* Car , il auroit fauve la
vie à la plupart de ceux qui
avoienc été tués , s'il n'eût
point attendu (î tard à tirer du
corps de réferve » les troupes
J[u'il avoit enfin envoyées à leur
ecours ; & la défaite des enne-
mis auroit été entière , s'il eût
permis plutôt à la cavalerie des
légiotvs de les pourfuivre. Ces
lettres nuifirent à L» Cornélius
Mérulà.
M. Ciaudlus Marcellus fq
mit fur les rangs pour briguer
la Cenfure , l'an 189 avant Je*
fu€*Chrift » âc il l'emporta fur
un grand nombre de Candidats*
Un lui aflbcia T. Quincius Fia**
' Ks> Tit. Lir. L. XXXIX. c. ts.
ih) Tic. Liv. L. LXIU. c. 11 , 14 , 15.
U) lit. Uv. L.,2XXVm. c. is » 4St
MA Ï99
mimnus. Ce fut M. Claudius
Marcellus qui ferma le luflre ,
en conféquence de la préférence
que le fort lui avgit donnée fur
fon Collègue. Le nombre des
^toyens montoit à deux cens
cinquante-huit mille trois cens
huit chefs de famille*
M. Claudius Marcellus mou*
rut Tan 177 avant Jefus-Chriit
Son iils M. Claudius Marcellus
le remplaça dans la dignité de
pontife.
MARCELLUS { M. Ciau-
01US 3 > Af • Claudiits Mar€cl^
lus f M* Kxai//io< lAtipiLt^XQÇ , (tf)
fut créé Préteur » l'an de Ro-
me 567» & 185 avant Jefus«
Chrift.
MARCELLUS [ M. Clau-
dius ] , M. Claudius Marcel^
lus y M» KxxvJ'ioç lAoipKe)^)^ » (i)
fut élu Préteur, l'ail de Rome
57} ^ 6c 169 avant JeiuS'ChriA*
On lui donna l'Efpagne pour
département.
MARCELLUS [ M, Glau-
Dius ) » Af « Claudius Marctllus ,
M. Khdvfioç }/L^pK^)\Mi t (c) fut
nommé Préteur 1 l'an 188 avant
lefus-Chriil , & eue la charge
de rendre la )uftice aux citoyens
de Rome. Ce fut par fes ordres^
que L. Minucius Myrtilus & L»
Manlius fucetvt livrés pat les
Féciaux aux AmbaiTadeurs des
Carthaginois qui les accufoienr
de les avoir maliraîtés, Se em«
menés à Carthagef.
. Cinq ans après » M. Claudius
Marcellus fut créé Conful avec
Li XXXIX. c. 44 , 45 , 54. & /f*. U
XLIV. c. 18.
N Îy
Q. Fabius Labéon. On leur don-
na pour département la Lîgurie*
Avant que d*y arriver» M. Clau*
dius Marcelius envoya un cou*
cier au procooful L. Porcius
pour lui ordonner de s'avancer
avec fes légions vers la nouvel-
le ville des Gaulois; & dès que
ie Conful parut, ces Barbares Te
rendirent à lui. Ils étoient au
«ombre de douze mille , n'a-
yant la plupart d'autres armes ,
que celles qu'ils avoient enle-
vée's dans les campagnes. Ils
eurent beaucoup de peine à fe
réfoudre à les lui rendre , auflî-
bien que les autres effets , ou
qu'ils avoient pillés dans le paîs ,
ou qu'ils avoient apportés avec
«ux. Auflî envoyerent-ils à^i
Ambaflâdeurs à Rome pour s'en
plaindre.
M. Claudius Marcelius ,
«près avoir pacifié fa Province ,
entreprit de porter la guerre
dans riilrie » ayant préalable-
ment envoyé des AmbafTadeurs
au Sénat , pour lui demander
la permiflîon d'y faire paiTer Tes
. légions , ce qui lui fut accordé*
II mourut Tan 169 avant Jefus*
Chrift. Comme il étoit alors Dé-
cemvir , il fut remplacé dans
cette dignité par Cn. Oélavius.
MARCELLUS [ M. Clau-
dius ] I A/' Claudius Marcel''
> lus f M. KhoLvStt:, M^f^xexAoçt (a)
£arvint trois fois au Confulat.
a première fois , ce fut l'an de
Rome 586 , & 166 avant Jefus-
Chrift, & il eut pour collègue
C. Sulpicius Gallus. La féconde
MA
foh, ce fut l'an de Rome Ç97J
& 15c avant Jefus-Chrift. Il
géra alors le Confulat avec P*
Cornélius Scipion Nafîca* La
troiiieme fois enfin , ce fut l'aa
de Rome 600, & 152 avant
Jefus-Chriil , & on lui donna
pour collègue L.ValeriusFlac-
cus.
M. Claudius Marcelius eue
cette dernière année l'Efpagne
pour département ; mais , il n'eue
pas de grands fuccès contre les
Celtibériens. Il reprit pourtant
la ville d'Ocilis » de qui il exi-
gea des otages & trente talens
d'argent. Comme il fe préparoit
à mettre le (îege devant Nergo-
brix , les habitans députèrent
vers lui pour lui demander la
paix à telles conditions qu'il lui
plairoit leur impofer. il leu^
répondit qu'ils n'avoient point
de paix à efpérer , à moins que
les Arvaques & les Celtibériens
furnommés BcUi , ne fe joignil^
fent à eux pour faire la même
demande. Ces peuples n'eurent
pas de peine à y confentir. Le
Conful leur accorda une trêve»
jpour leur donner le tems d'al-
ler fe préfenter au Sénat. D*au-
tres peuples , alliés des Romains»
envoyèrent auifi à Rome leurs
députés » pour s'ppppfer à la
demande des premiers « ne
croyant être en fureté qu'à l'a-
bri des armes Romaines.
M. Claudius Marcelius pafla
les quartiers d'hiver dans ua
fieu appelle Cordube, iîtué fuf
le âeuve Bétis , en uo paî's ex-
{s) -Cicer. in L» Pifon. c. |4« RcU. Hifi. Rom, X* V. p. }i > Ï04 > lOS*
MA
trêraement fertile. II agrandît
îa place, & la fortifia, de forte
qu'il en a été regardé comme le
fondateur ; & telle eft l'origine
de la colonie tie Cordoue.
Sous fon premier Confulac ,
Ml Claudius Marcellus avoic
fait la guerre contre les Gau-
lois, avec un heureux fuccès. Il
tm une fin bien malheureufe
s*érant noyé en Afrique.
MARCELLUS [Claudius] ,
Claudius [Marcellus , K^avJ^tùç
M«V«>>o; , (a) Lieutenant de
C* Marius, eut beaucoup de
part à la défaite des Teutons,
arrivée Tan 102 avant Jefus*
Chrift,
: MARCELLUS [C. ] ESER-
NINUS , C. Marcellus MfernU
nusj r. Ma/>Xf^Mç AicepTro;, (^)
tendit des fervîces importans à
la Sicile. Les Tyndaritains en
particulier , pour lui témoigner
leur reconnoiflance 9 lui firent
ériger une ilatue dans leur vil-
le. Cicéron fait mention de ce
C. Marcellus Eferninus en plu-
fieurs endroits.
MARCELLUS [ M. Clau-
dius ] , M. Claudius Marcellus y
M. K^at/cT/oç M^^x6^?ke<;, (c) per-
fonnage recommandable par fa
paififahçe , par fa vertu , par fon
courage & par fon éloquence.
Ayant été élevé au Confulat
«vec Ser. Sulpicius Rufus , Tan
51 avant Jefus>Chrift, il fit le
premier afte d'hoftilité contre
Jules Céfar. On croit que . ce
fut de concert avec Cn. Pom-
• c«) Plot. Tom* i. p. 417. I
_ {h) Cicer. in Vcw. L, VU c. 78. &
m- I
M A lot
pée. Quoi qu'il en foit > M.
Claudius Marcellus » qui avoîc
l'ame haute & courageufe , pu-
blia une ordonnance par laquel*
le il annonçoit qu'il mettroit ea
délibération une affaire d*oû dé-
pendoit le falut public ; & en
conféquence il propofa au Sé-
nat auemblé de révoquer Jules
Céfar , & de lui ordonner de
quitter le Gouvernement des
ôaules au premier Mars de Tan-
née où Ton alloit entrer ; & en
mêmetems de l'aftreinde à de-
mander le Confulat en perfon-
ne , & non pas par procureur.
C'étoit porter de rudes coups à
Jules Céfar ; & il étoit ruiné , fî
les deux points de la propofî-
tion du Conful euflent pu pafiTer
& avoir leur exécution. Cn.
Pompée lui-même , toujours dif-
fimulé , toujours porté à tergi-
verfer dans les chôfes qv^'il fou-
haitoit le plus» afiedloit de dire
que M. Claudius Marcellus al-
loit trop loin y & qu'il ne con-
venoit pas de faire un affront
faoglant à un homme tel que
Jules Céfar» dont les exploits
étoient fi glorieux & fi utiles
à la République.
Véritablement M. Claudius
Marcellus outroit fon zèle , 6c
dans certaines occafîons il mon-
troit de l'animofité & de l'ai-
greur. Jules Céfar avoit fait don*
ner à la ville de Côme dans la
Gaule Cifalpine, le droit du
Latium, en vertu duquel ceux
qui y avoieiit exercé la première
ce) Dio. Cail. pag. 148/^ /r^. Ciétr»
Hift. Rom. Tomt VIL p. «50 » ai6a ^a^j^^
341. & f»iv.
2Ô1 M A
Magiitrature devenoîeac ci-
toyens Romains. M. Claudîus
Marcellus voulut priver de ce
droîf, les habîtans de Corne,
prétendant qu'il leur avoit été
accordé fans caufe légitime, &
qu'ils n*en étoient redevables
qu*à la feule ambition de Jules
Céfar , Ôc au défir qu'il avoit
de fe faire des créatures. Peut-
être en cela avoit -il raifon*
Mais , il alla jufqu'à faire battre
de verges un citoyen de cette
ville , qui en avoit été premier
Magiftrat » en lui ordonnant
d'aller montrer à Jules Céfar
les marques des coups quMI
âvoît reçus. On fçait.que les
citoyens Romains étoient ex-
empts de fouffrir jamais un pa-
reil traitement. Ainfî, M.CIau-
dius Marcellus par cette adion
anéantiflbit les privilèges de la
colonie fondée par Jules Céfar.
Mais , qu*y gagnoit-il ? C'étoit
nnfe infulte faite de gaieté de
cœur & fans aucun fruit.
Après la bataille de Pharfale,
SI fe retira à Mitylene, 8c là il
fe livra plus que jamais à Té-
Éude de l'Éloquence & de la
Philofophie, prenant même les
inftruâions^ du philofophe Cra-
tipp^y qui eft afl*ez connu par
les éloges que Cicéron lui don-
ne en plufieurs endroits. Comme
M. Çlaudius Marcellus avojit
l'âme grande , la Philofophie ne
fut pas pour lui une fpéculatioa
ftérile ; elle l'aida à foutenir
fa difgrace avec fermeté , '& à
trouver dans la droiture & dans
la pureté de fes intentions de
^aoi fe coofoler desévenemens*
MA
M. Bruttu^, parlant comme itfi
terlocuteur dans un des dialo-
gues de Cicéron , témoigne
avoir admiré fa confiance. Mais»
il s'en étoit exprimé plus au
long & avec plus d'énergie dans
un de fes propres ouvrages,do&c
Séneque nous a confervé q^el*
ques traits tout-à>fait mémora*
blés. » J*ai vu, difoit-il» M*
» Çlaudius Marcellus dans foo
30 exil de Mitylene y jouiflant
» de tout le bonheur que com-
30 porte la nature humaine > 8c
x> plus padionnéqueiamais pour
» les belles connoiflances. AufG
ao en m'éloignant de lui , \e n'ai
30 pas cru quitter un exilé ^ mais
i> aller moi-même en exil. » Il
ajoutoit que Jules Céfar avoic
pafle devant Mitylene fans s'y
arrêter 3 parce qu'il n'auroitpu
foutenir la vue d'un homme de
ce mérite , réduit à une (itua«
tion û peu digne de lui. » Quelle
79 gloire pour M. Çlaudius Mar*
» cellus , s'écrie Séneque , que
» dans fon exil il ait fait envie
» à M. Brutus & honte à Jules
» Céfar ! L'un 8c l'autre ils lui
» ont rendu un témoignage bien
30 honorable. M. Brutus n a pu
y> qu'avec une extrême douleur
» revenir fans lui à Rome » &
» Jules Céfar en a rougi. » Ce
fut lorfque Jules Céfar reve-
noit d'A&e après avoir vaincu
Pharnace , que M. Brutus qui
l'accompagnoit , vit M. Claur
dius Marcellus à Mitylene.
Ce grand homme paroifloic
réfolu de paiTer tranquillement
le refle de fes jours dans cette
retraite > fe- confolant avec les
MA
lettres 8c la Philofopbîe. Les
înftances réitérées de fon fcere
C. Marcellus , & ies lettres
preflantes de Ciçéron ^ ébrao-
lereDt fa confiance ^ & le for-
cèrent enfin à confentir que l'on
fît des démarches auprès du
vainqueur^ pour lui obtenir la
liberté de revenir à Rome*
Un jour donc que le Sénat
étoit aâerablé , & préfîdé par le
-Diftateur, Pîfon beau-pere de
Jules Céfar entama la matière ,
& fit le premier mention du re-
tour de M. Claudius Marcellus.
AufEtôt le frère de cet illuftrc
exilé fe jetta aux pieds de Jules
Céfar ; ôi en même-tems tout
Je Sénat s'étant levé vint à l'ap-
pui , 6c fupplia fon ch^f de
rendre à la compagnie un de
fes membres les plus diftingués
& les plus eâimables, Jules Cé-
far prie d'abord un ton févere ;
il fe plaignit de Taigreur & de
J'animofîté que M. Claudius
^Marcellus avoir témoignées con-
tre lui. Mais* lorfqu'onne s'at-
tendoit qu'i un refus , il ajouta
que quelque fujet qu'il eût d'être
juécontent perfonnellement de
celui dont on lui demandoit le
rappel , il ne pouvoir réiiûer au
vœu unanime du Sénat-
: Cicérot^ , qui étoit. préfent ,
fut charmé. Ce jour lui parut
Je premier beau jour de la Ré*
publique , depuis le malheur des
guerres civiles ; & dans l'eu-
:thoufiafme qui le faifit^ il prgi-
n0nç9 cette belle harangue > que
tout le monde cônnott , que tous
* les iïecles ont admirée , de dans
laquelle çn faifauc Téloge des
M A 203
exploits de Jules Céfar , il élevé
fa clémence & fa générofité au-
deflus de la gloire de tous fes
triomphes.
Ce difcoura dut faire d'autant
plus de plaifîr à Jules Céfar,
que îufques-là Cicéron s'éroit
obAiné à un filence de trifleffe,
qui pouvoit aifément être pris
pour une improbatîon de tout
ce qui fe paflbit aâuellement.
Ce foupçon n'eût été que trop
bien fondé ; & notre Orateur «
qui penfoit qu'il étoit important
pour lui de l'effacer , prodigue
à pleines, mains les louanges à
celui dont il craianoit le ref«
fentiment caché. Tt avoît pour
maxime 9 que le Sage doit s'ac-
commoder au tems ; Ôc dans la
harangue dont nous parlons , il
pou0e bien loin les conféquen-
ces de ce principe > puifqu'il y
fait parade d'un tendre attache-
ment pour Jules Céfar , & d*un
zèle pour U coafervation de fes
jours , qui Tengageroit à fe met-
tre entre lui Ôç les coups qu'on
voudroit lui porter ; langage
bien différent des fentimens de
fon coçur , & abfolument dé-
menti par Jajoieexceâlve&dé-
mefurée que lui caufa la mortfu-
nefte de l'opprçfleur de la patrie-
M. Claudius Marcellus ne
put pas jouir du bienfait de Ju-
les Céfar. En revenant à Rome
s'étant arrêté à Athènes > il y
fut affaidné par un malheureux
qui lui étoit attaché depuis fort
long -tems , & qui enfuite fe tua
lui-même. La caufe 9 qui porta
ce fcélérar à une telle fureur,
n'a pas été bien connue* Mais^
2o^ .. M A . ^
Cicéron a pris foin de juitifîér
Jafes Céfar 9 fur qui quelques-
uns voulorenc jetcer aes foup-
çons.
MARCELLUS [C. Clau-
OIUS ] » C. Claudius Marcellus ,
r. K?iOtvStoi Ma/ijtfM'.ç , a) frère
ilu précédent, fut éfevé au Con-
fuiat avec L. CornéHus Lentulus
^l'an de Rome 703 , & 49 avant
Jeftts-Chrifl. Il ne fut pas moins
ennemi de Jules Céfar que foa
frère.
MARCELLUS [ C. Clau-
dius If €• Claudius Marcellus »
r. KaW/ioc Mop^fMoç , (^) cou-
fin des deux précédens, fut créé
Cônfîil avec L. Ëmilius Paulus
Tan 50 avant J. C. Jules Cé-
far voulut tenter de le gagner ;
mais, il le trouva inaccefCble à
la corruption , enforte qu'il Fut
conftamment attaché au parti de
Cm Pompée»
Dans une aflemblée du Sénat,
oà Ton délibéroit fur les pré-
tentions refpedlives de Jules
Céfar & de Cn. Pompée , C.
Oaudias Marcellus tourna la
propofîtion d'une façon confor-
me à fes vues , de demanda les
avis fé parement fur Cn. Pompée
'& fur Jules Céfar. Le très-grand
'sombre opina pour donner un
fuccefleur à Jules Céfar , ôc
Ïuand il fut queAion de Cn*
ompée 9 on lui laifToit le com-
mandement. Mais f C. Scribo-
tiîus Curion , tribun du peuple ,
réoniffant ce que le Conîul avoit
divîfë,exîgea que te Sénat fît con«
C#) CxÇ. de Bell. Gatl. t. VIU. pag.
éf>9» 4i|* & f*1' (le Bell. Civil. L. 1.
pa^. 449. Cré?» Hiil. Rom. Tom. Vil,
MA
fioître s'il vouloit que CniPom^
pée & Jules Céfar abdiquaffene
tous les deux à la fois. L'aflâire»
préfentée fous ce point de vue,
changea de face ; & le Tribun
eut trois cens foixanre-dix voix
contre vingt- deux. C^ Claudius
'Marcellus fut au défefpotr , &
^il rompit fur le champ raffenr-
blée en criant à haute voix:
Triomphe^ donc & etnporte^ - le
fur nous , afin de vous donner
Jules Céfar pour maître. Le Tri-
bun au contraire fortit glorieux,
& fut reçu du peuple avec mille
acclamations.
En congédiant le Sénat » C.
Claudius Marcellus avoit dit
qu'il ne s'agilToît plus d'écouter
de vains difcours, pendant qu'on
voyoit dix légions prêtes à paf-
fer les Alpes , & que la Patrie
avoit befoin d*un défeofeur
qu'elle pût oppofer à leurs atta*-
ques. En conféquence dé cette
déclaration , s*étant fait accom-
pagner dés Confuls désignés »
pour s'autorifer davantage dans
l'importante démarche qu'il vou-
loit faire , il alla trouver Cn*
Pommée 9 qui étoit dans un faux»
bourg , parce que fa qualité de
Proconful ne lui permettoit pas
d'entrer dans la ville ; dc liii
préfentant une épée , il lui dit:
» Nous vous ordonnons d'em*
» ployer cette épée pour la dé-
» fenfe de la patrie contre Jules
» Céfar ; nous vous déférons
» 1^ commandement de toutes
H les troupes qui font en Italie^
pag. )6o.
{h) Dio. CafT. pag. 148. Crév. H^
Rom, Xom. VU. p. 345. é* /««• .
MA
te & le droit d'en lever d*autres
fc à votre volonté. » Cn. Pom-
pée répondit qu'il obéiroit aux
Confuls , ajotitatJt cependant ,
» A moins qu'il n*y airquelque
» chofe de mieux à faire. ^
MARCELLUS f M. Clau-
toius 3 ESERNINÙS , («) M.
Clattdîus Marcellus JEferninus ,
M. K?iccvittcç Ma/>Kf»cç A'tf-é^wç,
fut créé Conful avec L, Arrun«
tîus, Tan de Rome 730^ & 21
avan; JeAis* Chrift..' Il époufa
OAavîe , ibeur de ^Empereur
'Auguûe , de laquelle il eut
'deux filles & un fils. Otû le
jeune Marcellus dcntiieft parlé
ci-après.
M. Claudine Marcellus Efer-
sinus avoit été attaché au parti
'de Jules Céfar. Pendant qu'il
ïervoît en Efpagne , i! fut en-
voyé iin jour à Cordoue pour
retenir cette ville dans Tobéif-
Tance* Maïs , les citoyens Ro-
mains qui y étoient , s'étaot ré-
voltés , M. Claudîu^ Marcellus
Eferninus , foit par force, foît
autrement, s'accimmoda avec
eux , auâî-bien que les deux
cohortes, de la cinquième lé-
gion , qui étoient en garnifon
dans la place. Bien plus , il fut
'élu gouverneur de la province.
Cependant , L. Caffius Longî-
nus, ayant appris ce qui veîjoft
de fe pafler , va fe camper à
quelques milles de Cordôue ,
fur une montagne.* Les foldats
•de M.Ciàudius Marcellus Efer-
fiinus, voyant que les ennemis
M A 10$
brûlpîent & ^accageoient tout
aux environs , vont lui dire
qu'ils ne pouvoient fouffrir cec
afiTront en letir préfenc e , & le
prient de donner bataille. Il
eft contraint d'obéir, quoiqu^U
vît bien que Jules Céfar y per-
droit , de quelque côté <{tie fé
déclarât la viâoire. Il pafie
donc le fleuve du Bétis , qui les
féparoît, & fe range en bataille
devant L. Cadîus Longinus , qui
en fait autant de lûn côte,
fans quitter l'avantage de fon
pofte.
M. Claudius Marcellus Efer-
ninus , voyant cela , perfuade à
fes foldats de fe retirer; mais
comme il repaîToit Teau , la ca-
valerie ennemie qt^i étoit plus
forte que la fienne , lui vient
fondre fur la. queue ôc lui ne
plufieurs de fes gens aupafilàge.
Cette défaite lui ayant appris
combien il étoit dangereux de
traverfer un fleuve à la vue de
fon ennemi , il tranfporte fon
camp au delà , où l'un & l'autre
fe ranseoient fouvent en ba-
taille lahs en venir aux mains, i
caufede la difficulté du lieti.M.
Claudius Marcellus Efeminiis
étoit plus fort en infanterie, 8c
n'avoit que de vieux foldats
expérimentés ; mais , L. *Cai£ixs
Longinus s'aifuroit furla^délit^
de fei troupes , plutôt que fur
leur valeur.
Comme les deux camps étoient
en préfence, M. Claudius Mar*
cellus Ëferninus fe faifit d'un
• (a) Dio. Caif. pag.i 19s. Hirt. Panf. f Xom. 1. pag. ^55. Ctéf, Hift, des Enjf%
ijk Bell. Alex. pag. 734. ^ f§f. Plac» ( Tom. L pag. sS.
:io6 M A^
poile avantageux , afin d*y bâtir
un fort & cl*ôter l'eau à fon en-
nemu L* CafHus Longinus ap-
préheodant cela , Se craignant
de fe voir commç aiCégé dans
ttnpaïs> où tout lui étoit con-
traire > déloge fans bruit la nuit
même , & marche en diligence
vers Ulle> fur la .fidélité de la-
quelle il compt4;>ix« Il Te campe
fi près de la ville, qu'on pou voit
Je défendre de deâus les mur
railles > fans parler de l'avantage
du Heu fitué fur une montagne ;
de forte que M. Claudius Mar-
cellus Eferninus s'étant venu
placer près de lui^ , & ayant
reconnu la place , fe vit con-
traint, par nécefficé à ce qu'il
fouhaitoit le plus , qui étoit de
ne point combattre Ôc d'empê-
cher, feulement les autres de
rourir Se de piller. Il commence
donc -à^nvironner le camp en-
nemi. & la ville 9 de forts qu'ils
Joignit enfuite par une circon-
vallation ; mais , avant qu'ellç
fût achevée | L, Caffius L'ongi-
jpus détacha toute fa cav^ileriç
jpour tenir la campagne Ôç in^
«oramoder les afliégçans, parc^
qu'elle lui eût été iiivtile , étant
renfeivmée, âc eût confumé k$
vivres» Mais-^ peu de tems
après , M. Claudius Marcellus
Eferninus fe retira >& retoutna
à Cordoue.
MARCELLUS [ M. Clau-
Dius ] 4 M. Claudius Marcellus ,
JM . K W//e^ Mifmt^Mi * {a) &\s
(4) Dio. CaiT. pag. ^14. dr /ef • Plut.
*Tom. 1. pag. 955. Tacft. Annal. L. 1.
c. ). L. 11. c. 41* Hiftk L. U c is.
.VeU. Paterc, L. 11. c. 93. Ciév, HiA.
M A . , . ._
de M. Claudius Marcellus Efer«
ninus de d'Oâavie > fœur d9
l'Empereur Augufte» fut l'amour
Se les délices du peuple Ro-
main* ;
Augufte fe hâta de le pro-
duire ipai'ce qu'il le regardoi^
cçmmé i'efpérancedefa nàaifoi>»
de qu'il fe propofoit d'en faire
le pnemier 3c le principal appui
de (i puijtance» Commeil n'a vok
point de iil$^, il le deitinoit à
être fon fuccefTeur ; & afin dç
l'approcher plus près de fa per-
fonne , il lui donna en marîagç
fa fille uiiique Julie , l'an de
Jefus-Chrift 25. Il avoit un tel
empreSementdeconclurre cette
affaire , qu.'étant retenu en Efr
pagne par la maladie, qui pen-
dant plu(ieur$ années le fatigua
cruellement à diverfes repri^^
il ne voulut point que Ton atr
tendît fon retour pour la célé-
bration des , noces. Agrippa y
préfida en fon abfence & en fop
nom,
L'année (Rivante ,lorfqu*Au-
gufte fut revenu à Rome apr^s
les réjouifTançes , les fêtes , les
aâipns de grâces aux Djeu^
pour fon heureux retour , \h
Sénat donna à M. Claudius
Marcellus le droit d'opiner au
rang .d/e$, anciens Préteurs 9 4k
celui de pouvoir être crééCpni-
ful dix ans avant Tâge prefcrit
par les loix. Il fut nommé cette
même année à l'Édilité Curule^
qu'il exerça l'année fuivante.
Rom. Tom. VUI. pga. 519 • 5)1. Hîft*
des Emp. Tom» 1. pag. n » 46. c£r fkiv*
Mém. de TAcad. des lnrcri|>c. & BttU.
Letti Tom. XXI. pag. 37).
MA
Auguftè n'épargna rien polir la
magnificence des jeiix que donna
l'Édile , fon neveu & fon gen-
dre. Il feroit feulement à fou-
haiter qu'il eût aifez refpeâé
les bienfôaDce&. pour ne pas
prétendre augmenter la célé-
brité de ces jeux » en y faifanc
danfer fur la fcêne un chevalier
Romain ^ une Dame d'un rang
illuftre.
Il fie encore honneur à M*
Claudius Marcellus d'un agré-
ment qu'il procura au peuple ,
en couvrant d'une banne toute
la place publique pendant les
chaleurs de l'été » qui furent
très-grandes. On n'avoit jamais
rien pratiqué de femblable 9 fi
ce n'eft pour des jeux ou dans
de certaines fêtes pompeufes.
Auguile fit jouir de cette com>-
tnodité pendant tout Tété ceux
que leurs affaires amenoient
dans la place publique, & en
particulier les plaideurs ; en
"quoi f dit Pline, il n'auroit pas
été approuvé de Caton le Cen-
feur , qui eût fouhaité que ,
pour les écarter de la place ,
on l'eût femée de pointes de
cailloux.
Auguile 5 peu de temsaprès «
étant tombé dangereufement
malade » ne fe nomma point de
fuccelTeur. Il donna feulement
fon anneau à Agrippa ; & cette
préférence choqua infiniment
M* Claudius Marcellus , 6c
étonna tout le monde ^ parce
qu'on n'avoit point douté juf-
ques-là qu'il ne fe deflinât fon
neveu pour fuccefleur. L'habi-
leté ou le bonheur d'un méde-
M A lof
cin délivra Auguile du danger
de la mort. Le rétabliflement de
la fanté du Prince fut fuivi de
près de l'éloignement d'Agrip-
pa. Ce grand homme , accoutu-
mé depuis tant d'années à tenir
le premier rang auprès de l'Em-
pereur , ne pouvoit cacher fon
chagrin fur l'élévation & les
efpérances de M. Claudius Mar-
cellus ; & celui - ci , neveu
d* Auguile 9 fouffroit avec peine
de" fë voir balancé par Agrippa.
Leur rivalité éclata fans doute
plus librement à l'occafion de U
maladie du Prince ; 6c la con-
fiance iinguliere, témoignée par
Auguile prefque mourant , à
Agrippa» acheva de porter à
l'excès le mécontentement de
M. Claudius Marcellus* Au«*
gufie, revenu en ftnté » fe crut
obligé de facrifier Agrippa. Ce«
lui qui avoir été l'occaiion de
fa chute, ne jouit pas long -rems
de la fatisCadlîon d'avoir éloi«
gné un rival il redoutable. Le
jeune M. Claudius Marcellus^
âgé à peine cle vingt ans, ne-
veu & gendre de l'Empereur ,*
& deiliné à lui fuccéder , au
milieu de ces brillantes efpé-
rances y fut frappé d'une mala-
die mortelle ; 6c la même mé-
thode qui avoit fauve Auguile,
employée par le même médecii^
ou hâta, ou du moins n'empêcha
pas la mort de M. Claudius Mar»
cellus.
Il fut amèrement regretté du
peuple , dont il avoit mérit^
l'eilime & TaSeâion par 1^
fagefl*^ de fa conduite d^une-
part f Se de l'autre ^ par fes ma-
jSLo9 M A
nieres affables ôc populaires.
On avoit même pris plaifir à fe
perfuader que s'il devenoit ua
}our le maître , il rétabliroit
ia liberté Républicaine ; objet
dont les Romains continuoient
d'être épris 9 & qui ne fortit de
long-tems de leur cœur & de
leur tfnémoire*
Séneque fait un éloge magni-
fique de ce jeune neveu d'Au-
gufte. Il*lui attribue un courage
élevé & ardent , un puiflant gé-
nie , une modération & une tem-
Îérance admirables dans un tel
ge 6c dans une fi haute fortune,
la patience dans le travail , l'é-
loignement des plaifirs » enfin
des talens capables de porter
tout l'édifice de grandeur que
fon oncle auroit voulu établir
fur lui.
Tout le monde connoit les
beaux vers par lefquels Virgile
à déploré fa mort. Quelle gran*
de & noble idée nous donne-til
de ce jeune héros , lorfqu'il dit
que les deftins rCont voulu que le
montrer à la terre ^ 6» qu^ils fe
font hâtés de le lui enlever , jaloux
des accroiffèmens que prendroit la
race Romaine , s^ils lui eujfent
laiJU? la poJfeJUîon durable du don
qu^ils lui avaient fait. On pour-
roit être tenté de foupçonnet
de Tadulation dans cet éloge.
Mais, fi l'on pefe bien le té-
moignage rendu par Séneque à
'iA. Claudius Marcellus, on fen-
tira qu'en mettant à part le
tour poétique, du refte le Poète
contemporain n'en dit pas plus
que lePhilofophe, écrivant dans
un tems où il étoit fans intérêt.
MA
Les vers de Virgile , avec h
plus grande magnificence , f ef-
pirent la douleur , & l'on peut
ajouter foi fans peine à ce que
rapporte fon commentateur t
que lorfque le Poëte les lut à
Augufte & à Oâavie , les lar-
mes coulèrent de leurs yeux ,
leurs fanglots interrompirent
plufieurs fois la le(flure, & per-
mirent à peine de l'achever.
Iln'eft point étonnant qu'Oc-
tavie ait été profondément tou-
chée des vers de Virgile, nî
qu'elle les ait libéralement ré-
compenfés. Elle aimoit fon fils
avec une tendrelTe inexprima-
ble, & le deuil qu'elle en porta
dura autant que fa vie.
Augufte pareillement reflen-
tit une vive affli(f!lion de cette
perte. Il fit à fon neveu de pora-
peufes funé'railles , qui furent
fur tout honorées par les gémif-
femens du peuple, il prononça
lui-même fon éloge funèbre*
Pour perpétuer fa mémoire , il
voulut qu'un grand théâtre com-
mencé par Jules Céfar , & qu'il
acheva, portât le nom de M.
Claudius Marcellus. Il engagea
le Sénat à lui décerner une fta«
tpe d'or avec une couronne de
même métal; 6c l'on enjoignit
aux Magiftrats qui donneroient
les jeux Romains , de placer au
milieu d'eux cette ftatue fur une
chaife Curule , afin que M.
Claudius Marcellus , même
après fa mort , parût préfider
avec eux à la cérémonie des
jeux.
Malgré ces témoignages de
la douleur d'Augufte , quelques
Modernes
MA
Modernes ont jette fur lui des
foupçons au fujec de la mort de
M. Claudius M arcellus« Ils s*au-
.cbrifent de Pline & de Tacite,
dont ils étendent les exprefHons
au delk de ce qu^elles portent.
Pline dit que les vœux de M»
Claudius Marcellus [apparem-
ment pour le rérabliiTement de
Tancienne forme de Républi-
que ] , donnèrent de l'ombrage
à fon oncle. Tacite > en expri-
mant les inquiétudes du peuple
aufujetde Germanicus^ intro-
duit les citoyens fe rappellant
lestriiles exemples de M. Clau-
dius Marcellus & de Drufus ,
cous deux chéris univerfelle-
ment , tout deux enlevés par
une mort prématurée ; ce qui
amené cette réflexion 9 que
Tamour de la nation femble por-
ter malheur à ceux qui en font
Pobjet ; que toujours leur vie
eft de courte durée. Mais » fur
de petits mots vagues & fufcep-
cibles d'une autre interpréta-
tion y eft'ii permis d'accufer
Augufte du crime le plus noir ,
lui que Ton fçait d'ailleurs avoir
tendrement aimé fa famille ?
Pour ce qui eft de Livie ,
Dion Caffius fait une mention
expreiTe des mauvais bruits qui
coururent fur fon compte. Elle
fut regardée par plufieurs corn- .
me ayant part à la mort de M.
Claudius Marcellus 9 qui faifoit
cbftacle aux projets ambitieux
qu'elle néditoit. On ne peut
difconvenir' de l'ambition de
cette Dame » ni de fa paf&on
M A ic9
ardente pour l'élévation de fes
enfans. Mais 9 l'ambition devoit*
elle la porter à un drime « qui.
s'il venoit à être découvert , la
perdoit pour jamais? Les morts
illuftres attirent toujours de
femblables difcours ; & s'il y a
de la (implicite à refufer fa
croyance au mal lorfqu'il eft
prouvé 9 c*eft malignité de le
croire fur les plus légers indi-
ces. La faifon même qui fat très«
facheufe « & funefte non-feule*
ment à M. Claudius Marcellus »
mais à un grand nombre d'au-
tres 9 femble avoir pris foin de
difculper Livie.
MARCELLUS [Eserninus J,
ÂSferninus Marcellus 9 iW^ip^troç
Mce/ixfMo: ^ (a) petit - fils de C.
AfînitfS Pollion. Celui-ci prie
plaiiir à le former» trouvant ea
lui de fi heureufes difpofitiona
pour l'éloquence ) qu'il le re-
gardoit comme devant être foa
héritier à cet égard , & recueil-
lir pleinement cette partie de fa
fucceffion. C'eft un des beaux
exemples que l'antiquité nous,
offire des foins paternels pour
rinftrudlion d*un enfant. C. Afi«
nius Pollion donnoitàfon petit-
fils des matières de déclamation;
& lorfquele jeune. homme avoir
fini fon difcours 9 il le récitoic
à^ fon grand-pere , qui lui cor-
rigeoit fon ouvrage avec l'at-
tention d'un bon profefileur de
rhétorique , remarquant fes
omiflions & y fuppléant 9 lui
faifant fentir ce qui étoit vi-
cieux & le réformant. Enfuite,
(«) Crév. HIft. des Emp. Tooii Ii pag* ait^
Tm. XXFll.
O
2T0 M A
il plaidoit lui-même la caufe de
la panie adverfe. li paroît que
les foins de C. ACnîus Pollion
ne furent pas jprivés de leur
fruit. £feroinus Marcellus fut
compté parmi les Orateurs.
Mais , il faut qu^îl n'ait pas vécu
âge d*homme» puifque fon nom
ne fe trouve point dans les
faftes Confulaîres , & que l'hif-
coîre fait peu mention dé lui*
MARCELLUS [EsERNiMus],
jEéferninus MarceUus , h^ivtpflnç
MxfXfiAoÇj {à) fameux Orateur.
Il refufa de prêter fon miniilere
à Cn. Pifon ^lorfqu*sl fut accufé
d'avoir eu part à la mort de*
C.ermanicus , Tan de Jefus-Chriil
20. On croit que cet Eferninus.
Marcellus eft le même que le
précédent.
ifiARCELLUSfCoRNÉLius].
Cornélius Marcellus , (/>) Séna-
teur Romain , fut inquiété fous
VéroTkf Tan de Jefus-Chrift 6j,
comme complice de L. Siianus.
Mais f ayant d'abord éludé fa
condamnation par l'appel qu'il
en interjetta à l'Empereur , il
fut à la fin oublié comme fujet
peu important par ce Prince
attentif à la perte des citoyens
les plus coniidérabJes. Il ne
fut pas de même oublié par
Galba-, qui le fit tuer en Ef-
pagne.
MARCELLUS [Èprius],
Eprius Marcellus , (c) homme
MA
d*une éloquence dangereufe t
fut Préteur pendant les troif
derniers jours de Tan de Jefus«
Chriil 48. Quelques années
après , il fut accufé par les Ly-
ciens, qu*il avoit extrêmement
vexés. Mais > il cabala fi bien ^
il fit une Ç\ forte brigue , que
non-feulement il fuè abfous ^
mais plufieurs de fes accufa**
teurs furent punis par Texil.
L'an de Jefus - Chriil 66 %
Eprius Marcellus fe joignit , à
la follicitacion de Néron » à
CofTurianus Capiton , pour
accufer Thraféa. Coflutianus
Capiton ayant commencé ,
Eprius Marcellus infiila avec
toute la véhémence podible ,
joignant à Thraféa Helvidius
Prjfcus fon gendre , Paco-
nius Agrippînus , fils de Paco-
nius, mis à mort par Tibère ^ &
Curtius Montanus, jeune hom-
me qui fe diilinguoit par fon
mérite & pair fes talens. Élevant
donc fa voix , Eprius Marcellus.
crioit comme un furieux, qu'il
s'agifibit ici du falut public ;
?;ue la fierté rébelle des in*
érieurs faifoit violence à la
douceur naturelle du Prince.
Ouï ^ difoit-il, le Sénat eft trop
indulgent/9 de fe laififer impuné*
ment braver par Thraféa » qui
forme un parti , par Helvidius
'Prifcus » compagnon des fureurs
de fon beau-pere , par Paconius
Agrippinus , qui a hérité de fou
(«) Tacît. Annal. L. 111. c. 11,
{h) Tacit. Annal. L. XVI. c. 8. Mifl.
L. 1. c. %•;» Crév. Hift. des £mp. Tom.
11. pag. 447- ^ . ^ ,
(r; Dio. Gain pag 7$t,75j. Tacii*
Annal. L. XHl. c. %%* L« XVI, c. %%»
ér fif» Hift. L. II. c. 53. L. IV. c. 6.
iSr feq. Crév. Hift. det Emp. Tom. Ih
pag. 190» «7^ f 458. & f»iv, Tom« Ul«
pag. 150 j a8o. tr/niv»
MA
perelàhàîne contre les EiDpe-
reurs , par Curtias Moncanus ,
Auteur de poefies déteilables*
Eprius Maf cellus fe contenta
de noiniiier lés trois derniers y
inais il s*acharoa fur Thraféai
» Que pehfer i dlfoit-il > d*ufi
f» Confulaire qui s*abfente du
» Sénat > d*un Prêtre qui ne
f> paroît i^oint à la cérémonie
*> des Vdsux , d*un citoyen qui
» évite de ptêtef le ferment
30 de fidélité ? Violant toutes
39 les pratiques civiles & reli-
^ gieufes de nos ancêtres ^
» Thrafëa ne fé déclare-t-il pas
» ouvertement traître Ôc cnne-
j> mi l Autrefois il fe faifoit une
» gloire des fonélions de Sc*^
» nateuf ; c'étoic pour lui une
y> joie de protéger les détrac-
» teurs du Prince. Qu'il re*
n prenne fes anciens erremehs ;
y^ qu'il Vienne 9 qu'il nous niar-
» que ce qu'il prétend changer
* 8c réformer. Nous fouffrirons
a plus aifément une cenftire
3a détaillée fur chaque article «
ti qu'un (ilence qui embralTe
» tout dans une condamnacioii
« univcrfelle. Qu*y a-t-il qui
:» lui déplaife dans la fîtuatioti
» préfente des cht>fes ? £il-ce
n la paix établie dans tout Vu*
n nivefs ? Sont-cé les vidloires
^ que nous remportons faiis que
» nos armées louSrent aucune
» perte ? Il s'afflige du bon-
» heur de l'Éat ; les' places pu-
3» bliques , les théâtres , le^
3» temples lut font horreur corn*
3> me d'afTreufes folitudes ; il
» nous menace de s'exiler. Ne
» facisfaites pas 1 MeiCeurs 1
MA itt
SJ tift frâVefs d'ambition fi étraii-
» ge. Puifqu'il ne reconnott
» plus ici ni Sëiiaf , ni Magi&
» trats , ni République | il faUC
If qu'il s'arrache par la mort à
jy utte ville d'avec laquelle it
a s'eft depuis long-tems fépairé
9> par la haine, Se dont il né
» peut plus même aujourd'hui
9 fupporter la vue. et
A ce difcours , qu^Ëpriul
Marcellus animoit par des gef'
ces menaçans , par un ton dû
voix emporté, par le feu de Isl
colère qui étinceloit dans fe^
jeux & fur fon vifage , le Sé^
oat deifieura concerné. Le ref'
peél pour la vertu de Thraféâ»
dont on fe repréfentoit l'image
vénérable , portoit la douleur
à fon comble< Mais , ce grand
homme n*en fut pas moins con'>
darUné » Se fa condamnation eu»
traîna celle des autres accufés i
dont quelques-uns furent feule*
ment exilés: Les accufateuril
avoient trop biefa fervi Nérori|
pour n'être pas récoitiperifés»
Ëprius Marcellus ^ entr'autfes^
reçut cinq millions de feiïeif*
ces«
Il deyitit depuis Miniftre dé
Vefpafien , & il eut la priiici-^
pale parc au gouvernement foii*
fon Empire* On eft étotiné
qu'un Pdnce aufli fage que Vef<
pafien y ait donné fa confiante à
Eprius Marcellus. Il y a appa-
rence qu'il n*en abufa pas^ Vet*
paiien'^it'étoit pas homme à l6
fouflfrir.
Cependant > Helvidius frif^
eus i qui j fur l'accufarion d'E*
prius Marcellus , avoit été exl«
OH
:ziz M A
lé, en confervoit toujours do
reifentiment;âc il le fît éclater en
accufant à fon tour Eprîus Mar-
cellus. Cette vengeance avoit
opéré une diviiîon dans le Sé-
nat , car fi Eprius Marcellus pé<-
riffoit « c*étoic un préjugé con-
tre un grand nombre d*aucres
coupables j qui avoient comme
lui exercé l'odieux métier de
délateur. Cette querelle fit
grand bruit , & comme les deux
a/dverfaires avoient du feu &c
du calent» il y eut des difcours
de part & d'autre prononcés
dans le Sénat , & enfuite donnés
au public. Cependant » Galba
ne s'expliquant point « plufieurs
des Sénateurs priant Heividius
Prifcus de s'adoucir, il aban-
donna fon projet 9 & fut loué
des uns comme modéré , blâmé
des autres comme manquant de
confiance»
On conçoit bien qu*en celTanc
de pourfuivre fon ennemi, Hei-
vidius Prifcus ne s'écoit pas ré-
concilié avec lui. La baine ré*
ciproque étoit en toute occafion
difpofée à reparoître; & elle fe
manifeila au fujet de la déppta-
tion que le Sénat vouloir en-
voyer à Vefpafien. Heividius
Prifcus demandoit que les dé*
pures fuifent choifis par les Ma-
giflrats , après un ferment préa-
lable de faire tomber leur choix
fur des fujets dignes de repré-
fenter la compagnie. Selon
Eprius Marcellus » qui fuivoic
l'avis du Conful délîgné, ils dé-
voient être tirés au forr,.&
l'intérêt perfonnel le rendoitvif
pour ç^ feutimçnc» parce que
MA
s*attendant bien à â'être pas
nommé par la voie des fufira-
ges^il ne vouloit pas paroître
avoir été rebuté. ,La difpute s'é-
chauffa, âc après quelques al«-
cercations , ils en vinrent à ha-
ranguer en forme, l'un contre
l'autre, y^ Pourquoi , difoic
73 Heividius Prifcus à fon ad-
» verfaire , pourquoi craigoez-
39 Vous le jugement du Sénat ?
» Vous êteis riche , vous avez
» le talent delà parole.Cefonc-
» là de grands avantages j fi le
3» fouvenir de vos crimes ne
» vous rendoit timide & trem-
30 blant. Le fort efl aveugle , Ôc
33 ne difcerne point le m.érice ;
y> mais , les fuffrages & l'exa-
» men du Sénat mettent au
SB creufet la conduite Ôc la ré-
39 putation de chacun. Il eft
jo utile à la République , hono-
» rable pour Vefpafien, qu'on
» lui préfente d'abord ce que
» le Sénat a de membres plus
n vertueux , dont les difcours
n réglés par la fagefTe pré-
39 viennent avantageufement les
3» oreilles de l'Empereur. VcC-
33 pafien a été ami de Thraféa
p & de Soranus ; ôc s'il n'eft
>3 pas à propos de punir les ac-
3> cufateurs de ceux qu'il re-
» grette avec nous, au moins
» ne doit-on pas afFeâer de les
33 montrer dans les occafions
33 d'éclat. Le jugement du Sé-
33 nat, tel que je le propofe y
33 fera comme un avertifiemenc
33 qui fera connoître à TEm-
33 pereur les fujets dignes de
33 fon eflime , & ceu|x dont il
33 doit fe défier. Pour un Prince
!•
MA
90 qui veut bien gouverner , il
» n*eil point de fecours plus
n utile que de bons amis. Eprius
» Marcellus doit être content
» d*avoir porté Néron à faire
^ périr tant d*innocens. Qu*il
» jouifTe de l'impunité & des
» récompenfes de fes crimes ;
» mais qu'il laifle Vefpafien à
» de plus honnêtes gens que
n lui. x>
£prius Marcellus répondit
» qu'il n*étoit pointTauteur de
» l'avis que l'on attaquoit avec
n tant de vivacité ; qu*il n'avoit
» fait que fuivre le Conful dé«
» figné ; que lui-même fe con-
3> formoit à une coutume an-
30 ciennement établie pour ex-
» dure la brigue , que Couvent
» introduifent dans ces fortes
!> de choix la flatterie pour les
y> uns & la haine contre les au-
y> très ; qu'il ne voyoit aucune
» raifon de s'écarter des ufa-
a> ges reçus , ni de convertir en
» àfïroiu pour les particuliers
39 l'honneur que Ton retidoit à
» l'Empereur ; que les diftinc-
3> tions étoient inutiles y lorf-
» qu'il s'agiflbit d'un devoir
3> commun à tous , de pour le-
2> quel tous fuffifoient égale-
» ment ; que l'attention vrai-
3> ment néceflaire étoit bien
» plutôt d'éviter de blefler par
» la fierté ôc l'arrogance l'ef-
» prit d'un Prince 9 qui dans un
» nouvel avènement obfervoit
» tout , 6c ne pouvoit manquer
» d*être fufceptible de quelque
3» inquiétude. Pour moi, ajouta
30 Eprius Marcellus , je mefou-
a> viens de la condition des tems
M A 2Ti
39 dans lefquels je vis t de la
» ferme de gouvernement éta-
33 blie par nos pères. J'admire
a> l'antiquité 9 je me conforme
y> à l'état préfent. Je délire de
» bons Princes*» je les fupporte
n tels qu'ils font. La condam-
I» nation de Thraféa ne doit pas
30 plus être imputée au difcoi^s
I» que je fis alors, qu'au juge-
» ment du Sénat ? Notre Minif*
» cere étoit un voile derrière
39 lequel la cruauté de Néron fe
» jouoitdu public ; & la faveur
» auprès d'un tel Prince n'a pas
33 été moins orageufepour moi,
y> que l'exil peut avoir été
93 trlAe pour d'autres. En un
11 motje laiiTe à Hervidius Prif-
» eus la gloire d'égaler par fa
» confiance 8c par fon courage
33 les Catons ôc les Brutus*
33 Quant à moi» je fais partie
n de ce Sénat qui a fouffert la
39 fervitude. Je confeille même à
» Helvidius Prifcus de ne poinc
» s'élever au deffus de l'Empe-
33 reur, & de ne pas prétendre
y> i^éformer par fes leçons un
» Prince âgé de foixante ans ,
» comblé d'honneurs, & père
i> de deux fils qui font dans la
s> force de l'âge. Si les méchans
» Empereurs veulent une domî-
33 nation fans aucunes bornes »
I» les meilleurs mêmes fouhai-
j> tent que la libertS fe con-
33 tienne dans une jufle me-
33 fure. »
Quoiqu'Eprius Marcellus fût
un malhonnête homme , les
avis, qu'il donnoit à fon ad*
verfaire étoient fenfés, & ce
Stoïcien ûgide eût très* bien
O II)
514 IVf A-
lait d'en firoiîten Le fêntSment
qui remetcoic au fort le choix
<ie$ députée , l'emporta. Le gros
ide$ Sénateurs inclinoient à
conferver l'ancien ufage ; &
les plus illuftrês craîgnoienc
l'-envie » s*ils étoient préférés
par voix d'éleâion,
' La querelle de nos deux ad-
verfaires fe renouvella peu
a' rès, C'étoit l'an de* Jefus-
iriil 70. Helvidius Prifcus ^
commençant par louer beaucoup
Cluvlus Rufus, qui non moins
dîAingué qu'Eprius Marcellus
par fes richefles & par fon élo-
quence, n'avoit cherché à nuire
à perfonne fous Néron , tour-
hoir un (i bel exemple contre
raccufateur de Thraféa, Le feu
àe fon indignation fe commuoi-.
?fua à tous les Sénateurs ; en-
orte qu'Eprîu.s JVÎarcellus fei-
gnit de vouloir. fe retirer. »Nou$
3i nous en ailo^ns , dit - U à
p Helvidius Prifcus , 6c nous
» vous laiflons votre Sénat ; re«
» gnez ici en la préfencç du,
^ fils de TEmpereur. » Vîbius
Crlfpus le fuivoii ; ils étoienc
lous deux fortJrnt^s«ma}s avec
de la différence dans les airs de
vifage. Eprius Marcellus lançoit
des regards menaçans ; Vibius
Crîfpuscachoitfon reffentiment
eus un ris forcé. Leurs amis ac«
coururent , & les empêchèrent
^ie fortîr. Là querelle fe ranima;
d'un côté , le norab re & la juf-
tice; de l'autre, le crédit & la
yicheffc» Tout le jour fe pafla
MX
eu difputes très-vivesT j fans que
Ton conclût rien.
Dans la fuite, Eprius Mar-
cellus entra dans une confpira«
tion contre Vefpaiîen. Le corn*
plot fut découvert ; 8c Eprius
marcellus , condamné par le
Sénat , fe coupa la g^/g^J^^ff
un rafoir " ' ^ -^. -/^
79
coupa ta g
y l'an de J<
efuS'Chrift
. MARCHE D'UNE ARMÉE*
Foyei Armée.
M ARCIA [ Peau ] , Marcia
Aqua. Foy^i Fucîn [ le lac. ]
MARÇIA , Marcia , MxjtU i
(a) femme de M. Atilius Régu-
lus, ce fameux Romain qui ter-»
mina (es jours à Canhage dan$^
les plus cruels tourmens. Lorf-
que la nouvelle en eut été por-
tée à Rome, le Sénat livra les
plus diftingués des prifonniers
Carthaginois à Marcia & à fes
enfans. Ils les enfermèrent dans
une armoire garnie de pointes
de fer , pour leur rendre avec
ufure les douleurs au milieu
defquelles M. Atilius Régulus
avoitfini fa vie,8t les laiflîerenc
cinq jours entiers fans nourri-
ture, au bout defquels Boftar
mourut de faim & de mifere.
Mais , AmiVcar, dont le tempe*
rament étoit plus vigoureux,
vécut encore cinq autres jour$
côté du cadavre de Boftar »
avec lequel il étoit enfermé , au
moyen de la nourriture qu'oa
ne lui fournit que pouf prolon-
ger fes tourmens. A la fin , les
Magiftrats , informés de ce qui
fe paflbit dans la maifon de Mar«
(4) Attl» Gcll. I.» VI. c^, Roll . Wiil. Rom. Tom, H. pag. S^t.
k A
icîa ) firent cefler ces inhumani-
tés , renvoyèrent à Carthage les
cendres 'de Boilar , & ordonnè-
rent que les autres prifonnieri
fuflent traités plus doucement.
Ils nous femble que quelque di-
gnes que fuffeat les Carthagi-
Doîs d^nnc telle barbarie , ie Sé-
nat n'auroit pas dû les livrer au
relfentiment d*une femme , &
qu'un contrafte d^humanitë au-
Toît été une plus noble ven^
Séance, de plus digne du nom
.omain.
MARCIA» Mareia y M^pxfc,
Veftale , qui fe laiflTa corrompre
Sar L. Butétius Barrus. Foye^i
Earruji de Licînie.
M ARCIA , Mareia , Met-ytlot ,
{a) fille de Marcius Philippus ,
fut mariée à Cacon d'Utique.
Elieparoit avoir été une Dame
de grande veRu,dc dont on a par-
lé très ^honorablement; mais,
cette partie de la vie de Caton
d*Utique eft comme le nœud
d'une tragédie qui parott tou-
jours embarraflè Se indiflolubie.
Voici ce qui fe pafla , comme
le rapporte THiftorien Thraféa»
qui cite pour fon garant Muna-
tius 9 ami particulier de Caton ,
& qui paffoit fa vie avec lui. Il
dît que, parmi ceux qui ai-
motent ôc admiroient Caton , il
y en avoit qui marquolent &c qui
découvroieAt plus que les autres
les fentimens qu'ils avoient pour
lui ; de ce nombre étoit Q. Hpr-
tenfiui, perfonnage d'une gran-
de dignité & d'une plus grande
Ma ir^
veftu , qui , dédrant die n'Ôire
pas feulement r«mi 5c le cçmf-
pagnon de Caton , maïs de de-
venir encore fon alHé , & de
tnêler , de quelque manière que
ce fût y fa famille avec la (ienne^
tâcha de le porter à lui donner
<a fille Porcia , qui étoit aâuel-
lement mariée à Bibulus , Ôc qui
en avoit déjà en deux en fans ,
afin qu'il s*en fervît comme d'u-
ne terre fértîle. Il ajouta qub
cela parôifibitid'abord étrange
dans PopTni'on ^des hommes,
in-ais que , par rapport à !a na-
ture , il étoit beau Se utile à la
République , qu'une belle Se
vertueufe femme à la fleur de
■fon âge nedemèuràt pas inutHe»
en laiffant^paÏÏer le tems d'avoir
des enfans , & qu'elle n'appau-
vrît pas non plus fon mari , en
lui en donnant plus qu'il n*en
vouloit & qu'il n'en pouvoir
nourrir ; qu'e» communîquaèt
ainfi les femmes aux plus gens
de bien , on feroit en forte que
la vertu fe multîplieroit âc fe
communiqueroit dans les famil-
les , 6c que toute la ville fe
mêleroit & fé fondroit , pour
ainli dire . en un feul fit même
corps par ces alliances; que fî
Bibulus étoit 6 amoureux de fa
femme qu'il n^ pAt pas s*en paf-
fer, il promettoit de la lui ren-
dre après qu'il en auroit eu un
enfant , 6c que par cette com-
munauté il feroît P^us étroi-
tement uni & à Caton 6t à
lui.
(s) Plue. Tom. l«pa{. 770^ 771 ^ 778, 7S4. Grév. Hift. Rom. Toro. Vil.
2t6 MA
Caton répondit, qu^il aiiÀoîc
& eftimoit Q. Horcenfîus , &L
qu*il faifoic grand cas de fon
alliance ; mais qa'il trouvoit
étrange qu'il lui demandât en
înariage fa fille , qui étoit ma-
riée à un autre. Alors Q. Hor*
tenfius changeant de langage »
sie feignit point de lui décou-
vrir fa paillon , & lui demanda
fa femme Marcia > qui étoit en*
.core aiTez jeune ppur avoir des
^cnfans» & Caton en avoit déjà
fuffifamment. , L'on, ne fçauroit
j»as dire que Q. Hortenfius lui
fît cette demande , parce qu'il
fçavoit qu'il n'aimoit pas fa
femme , car une marque qu'il
l'aimoit » c'eft qu'elle étoit en-
core adlueliement enceinte. Ca-
ton V voyant donc le violent
défir Se la. grande paflion de Q.
Hortenfius pour Marcia » ne la
)ui refufa point ; mais , il lui dit
qu'il falloit avoir le confente-
ment de Marcius Philippus fon
père. Celui-ci 9 quand on lui en
parla, & qu'il vit que Caton y
donnoit les mains, y confentit
aufli de fon côté ; mais , il ne
voulut jamais fiancer fa fille »
que Caton ne fût préfent au
contrat & ne le fignât avec
lui.
De fçavans ,hommes ont re-
proché à Plutlrque de s'être
trompé » en difant que Caton
avoit prêté fa femme à Q. Hor-
tenfius ; & ils ont 'prétendu que
cela étoit faux, en quoi ils fe
font trompés eux-mêmes » com-
me Ruauld l'a fort bien remar-
qué. i^.Plutarque avoit tiré cette
particularité des mémoires de
MA
Thraféa » & Munatius > l*aml
particulier de Caton , Tavoic
ainfi écrit , lui qui en avoit été
témoin. 2^.Strabon écrit formel-
lement dans l'onzième livre : Et
dt notr< tems Caton a donné fr ,
femmt Marcia à Q. Horttnfius.
Il dit de nom tems , parce que
cette aventure étoit arrivée
pendant fon enfance. Enfin, cela .
eft fondé fur le confentement
unanime de cous les Auteurs qui
en ont parlé.
Quelque tems après , Q*
Hortenfius étant mort ,& ayant
laifiTé Marcia héritière de tous
fes grands biens, au préjudice
de ion fils , qui étoit un mauvais
fujet , Caton Ja reprit. Delà
Jules Céfar avoit pris occafion
d'accufer Caton d*avoir agi
dans toute cette affaire par un
fordide intérêt. Mais, Plutar-
que prétend que propofer une
telle accufation, c'eft la réfuter»
& qu*il n'y a nulle différence
encre taxer Hercule de lâcheté»
• OU Caton d'une baffe avidité
pour l'argent. La chofe en. elle
même fouffre plus de difiltculté,
ou plutôt elle efl abfolumenc
inexcnfable. Il eft vrai que Ca-»
ton ne fit que fuivre en cela une
coutume anciennement établie
chez \t% Romains. Mai^, cette.
coutume efl fi contraire à l'hon-
nêteté publique âc aux bonnes
mœurs , qu'il convenoic ntieux
à un homme tel que lui de la
combattre , que de Tautorifer
par fon exemple*
MARCIA, Marcia, McipnU.
femme de Fabius Maximos>
MA
confident d'Augufte- Foyei Fa-
bius Maximus.
MARCIA FURNILLA , (a)
Idarcia Furnilla , d'une naiffano
ce illuftre » fut la fecoDde fem-
me de l'empereur Tite. Ce Prin-
ce en eut une fille , à laquelle il
donna le nom de Julie. Il ré-
pudia enfuite Marcia , fans que
.nous fçachions la caufe de ce
divorce « qui pourroit bien n*ê*
tre autre que fes amours avec
Bérénice.
MARCIA, Marcta , Mxfx/âc t
fille de Crémutius Cordus*
Voye:^ Cordus [ Crémutius ].
MARCIA y Marcia , Maepic/«,
{h) d'une maifon ennemie de
l'empereur Commode , n'en de-
vint pas moins concubine de ce
Prince. Marcia > qu'avoir entre-
tenue Quadracus^ paiTa fur le
même pied au Palais impérial ,
& fe maintint en faveur julqu'à
la mort de Commode » à laquel-
le elle eut grande part. Xiphi-
lin témoigne qu'elle protégea
les Chrétiens > qui réellement
/jouirent d'une grande paix pen-
dant tout ce règne. Il ne nous
a pas înftruits des motifs qui
pouvoient déterminer une fem-
me de cette efpece à employer
fon crédit pour des perfonnes
qui lui reiTembloient fi peu. Elle
fut mife à mort par Dîdius Ju-
lianus. Voye^ Commode.
MARCIA y Marcia y tAatf»i!eci
"" C«) Crév, Hift. des £mp. Tom. 111.
(*) Dio. Ga/n p«g. 8i8. «§r/e^, Crév.
Hift. ^ts £mp. Tom. IV. pag. 484»
508. & fniv. Tom. V. pag. 47.
{e) Crév. Hift. des fimp. Tom, V.
M A 217
(c) qui. fut la première femme
de l'Empereur Sévère. Après
la mort de cette PrînceflTe, Sévè-
re alla chercher une femme
dans la Syrie , où il époufa la
célèbre Julie.
MARCIA y Marcia , Mxp)i!<t y
(d) nom d'une des Nymphes,
félon M. l'abbé Banier.
MARCIA , Marcia , (A nom
commun àplufieurs loix Romai-
nes. IL y en avoit une concer-
nant laCenfure, une autre qui
ordonnoit le partage des terres^*
&c.
MARCIANA , Marciana ,
(/) foeur de Trajan , fut mère
de Matidie qui eut une fille y
qu'on donna en mariage à A-
drien.
Deux médailles de Marciana ,
en nous apprenant qu'elle fut
confacrée après fa mort » nous
marquent en même tems que c'é-
toit le Sénat , qui étoît le di{-
penfateur de la confécration.
Entre les autres honçreurs qu'il
accorda à la mémoire de cette
Princefle > il ordonna que fa
ftatue feroit menée en procef-
fion dans la pompe du Cirque
fur cette forte de char facré
nommé Theufa , attelé .de deux
éléphans. C'eft ce que fignifie
la légende, ex Senatus-Confulto^
qui accompagne le char en
queftion fur les médailles d*or
& d'argent de Marciana.
{À} Myth. par M. TAbb. fian. Tom.
IV. p, 368.
(e; RoGn de Ann^. Rom. pag. 831»
84a , 847 > 848.
(/) Crév. Hift. des Emp. Tom. IV.
pag. 10a. Mém. de TAcad. des InCcripc»
Hl Belh Le», Tom. 1. pag. i6at
^i8 MA
MARCIANUS [GÉNÉSIUS7 ,
Genefius Harcianus y {a) fut
pcre d'Alexandre Sévère, qu'il
eut de Julie Marnée fa femme*
Tout ce que nous fçavons de
6énériu8 Marcianùs, c*eft qu'il
étoit Syrien , & qu'il parvint
au Confulat.
MARCIANUS , Marcianùs ,
(k) beau.pere d'Alexandre Sé-
vère. Selon quelques Auteurs t
comblé d'honneurs par fon gen-
dre , il fe porta à des deileins
ambitieux , & tenta d'arracher
à Alexandre Sévère la fouve-
raine puiflance avec la vie. Son
crime ayant été reconnu , il en
fubit la peine , & fa fille fut ré«
pudiée.
MARCIEN , Marcianùs , (c)
brave de expérimenté Capitai*
ne. Galiien, étant forcé de quit-
ter rillyrie, y laifla pour com-
mander en fa place Marcien
avec Claude. Ces deux Officiers
firent très-bien leur devoir con-
tre les Barbares. Ils les vain-
quirent , de les réduifirent à s'ef-
timer heureux , s'ils pouvoient
retourner en fureté dans leur
pais. Claude vouloit qu'on les
pourfuivît 6c qu'on achevât de
les exterminer. Marcien » qui
avott d'autres vues, s'y oppofa«
& leur donna ainii lieu de revenir
bientôt après^avec de plus gran-
des forces que jamais ils n'en
avoient amenées fur les terres
de l'Empire. Claude fie Marcien»
-MA
ayant nettoyé Pillyrie par la
fuite des Barbares , vinrent re-
joindre Galiien , non pour le
fervir, mais pour lui ôcer l'Em-
pire avec la vie.
MARCIUS, Marcius, {d)
MclfKioc , famille Romaine , qui
a produit un nombre de grands
perfonnages , parmi lefquels oa
compte Ancus Marcîus y petit-
fils de Numa Pompilius^qui régna
après Tullus Hoililius. Nous
allons faire connoîcre les hom-
mes illuilres de cette famille.
MARCIUS, Marcius^ (O
MfltvWo;, parent de Numa Pom-
pilius, au rapport de Plutarque»
Ceft le premier de fa famille
dont rhiiloire fafTe mention. \\
doit être le même qui fuit.
MARCIUS [Numa], Nu^
ma Marcius , (/) fîls de Marcus »
du nombre des Sénateurs, fut
créé grand Pontife par Numa
Pompilius. Ce Prince l'établît
en même-tems l'arbitre de tous
les facrifices» lui lailTant le choix
des viâimes qui feroient oflFer-
tes , des jours & des temples
où elles feroient immolées , fic
la liberté de tirer d'où il vou-
droit les fommes qui feroient
employées pour ces cérémo-
nies. Il foumk de même à fa
jurifdiâion tous les autres facri*
fices , tant publics , que parti-
culiers , afin que le peuple fçût
à qui il devoit s'adreifer quand
il s'agiroit de la religion » fiç
O) Crév, Rift. des Emp. Tom. V. {p«g, 4f4 , 475.
id) Plue. Tom. I. p« «!}•
.p. sa 6.
(k) Crév. Hift. des Emp. Tom. V.
. C») Ptut. T. 1. p. 65.
,( (/) Tit. Uv. L. 1. c. >p. Tuà^
pas. %66, ,, ,. .
U) Ccéi» Hift, des Emp. Tom. V«| Annal. L. VI. en»
MA
que le culte des Dieux de la
patrie oe fût point négligé > ni
aicéré , ni corrompu par le mê-*'
]ange dc|s loix & des cérémo-
me& étrangères vil vaulut encore
que ce fat lui qui décidât des
devoirs funèbres & des viâimes
qu'on offiriroit aux dieux Ma*
ses , & qui diilingnât les pro-
diges qui feroient admis & ex-
piés 9 d*avec ceux qui feroient
rejettes , comme ne méritant au*
cune attention. C'étoit Jupiter
qui devoit faire connoitre cette
différence , par les préfages
qu'il donneroit dans le temple
que Numa Marcius lui dédia
fur le mont Âventin , fous lé
nom de Jupiter Éiicius*
Tacite fait mention d*un Ntt-
roa Marcius , établi Préfet de la
ville par Tullus Hoftilius. Ceft
fans doute le même que le fils
de Mârcu8«
MARCIUS [ Ançus ] , Jn-
tus Marcius. fVy^^Ancus Mar*
dus.
MARCIUS [C] , C. Marcius
T. Mt/x/c; , (^) fameux Romain»
qui, ayant perdu fon père dans
fon bas âge 9 fut élevé fous la
conduite de fa mère , appellée
Véturie, femme d'une auftere
Vertu , & fit voir par fon exem-
ple que fi l'état d'orphelin eft fâ-
cheux par bien des endroits ,
il n'empêche pas cependant ce«
lui qui Vy trouve de devenir un
^grand homme. Mais, comme cet
état fait ordinairement que l'é-
ducation eft négligée , il en ar-
(4) Tit. Liv. L. II. ç. 3j, &fe^. Plut.
^•1. p» 5H j 514. ^ /*f. Diaoyf. Ha-
iicarn. t. Vi. ç. iq, U* VU. c. j. & fff'
M A Jti9
rive fouvent que les caraéleres
oés pour les plus grandes ver-
tus 9 fe trouvent accompagnés de
grands vices qui n'ont pas été
corrigés dans la jeunefle. C.
Marcius avoit un caraâere de
fermeté ^ de confiance dans
fes résolutions « qui lui fit faire
dans la fuite beaucoup de gran-
des 6l belles a<ftions , mais qui.
pour n^avoir pas. été manié &
conduit dans le tems , lui fit
auifi commettre un grand nom-
bre de fautes confîdérables , à
peu près comme une terre na-
turellement forte 8c féconde »
quand elle B*efl pas cultivée
produit beaucoup de mauvaifes
plantes avec les bonnes. En ef-
fet , cette fermeté Se cette conf-
tançe dégénéroient fouvent en
des emportemens dont il n'étoic
pas maître , & en une opiniâ-
treté inflexible, qui ne Içavoic
ce que c'étoit que de fe ren(ke
par déférence aux fentimens des
autres. Auffi , pendant que d'un
côté l'on admiroit en lui une
fupériorité d^ame qui le rendoic
inacceflible aux attraits de la vo«
lupté âc des richefiTes, & invin^
cible aux plus durs travaux ;
d'un autre côté fon caraélere
altier ôc impérieux le faifoit
paroitre difficile & intraitable
dans le commerce de la vie*
Tant il efl vrai , dit Plutarqué
après avoir tracé ce portrait*
que le plus grand fruit que les
hommes puiffîent tirer de la fa-
miliarité des Mufes , c^eft d'ac-
l.. vm. Cl. & /ff. RoU. Hift.
Tom. 1. p. 270. é" Jniif»
tio M A
quérir par le commerce des let-
tres une douceur qui les rende
aimables.
C. Marcius , qui avoir plus
d^inclînation & plus de penchant
pour la guerre que tous les Ro-
mains de Ton tems » jugeant
avec raifon que les armes étran-
gères 6c artincielles ne font pas
d'un grand ufaee pour ceux qui
n'ont pas eu i^in d'exercer ôc
de préparer celles qui leur font
I propres & naturelles, puifqu'el-
es font nées avec eux f forma
& drefTa û bien fon corps à tou-
tes fortes d'exercices & de
combats de lice » qu'il cou-
roit avec une extrême, vîtefle ,
luttoit avec une vigueur & une
force qu'on ne pouvoit foute-
nir ; & quand il en venoit aux
prifes dans les véritables com-
bats y il étoit toujours invinci-
ble. Ses camarades 9 qui dans
les exercices publics lui difpu-
toient le prix du courage 5c de
la vertu , ne manquoient jamais
d'imputer leur défaite à la for-
ce infurmontable qui ne fuc-
comboit fous aucun travail.
Il fit fa première campagne
encore fort jeune y lorfque Tar-
quin le fuperbe , chaffé du trô«
ne, réduit à l'extrémité après
plufieurs batailles perdues , &
jouant, pour ainfi (^îre^ de fon
xefte , revenoit à la tête de
plufieurs peuples du Latium &
de toute l'Italie, qui faifoient
un dernier effort pour le réta-
blir dans Rome , moins dans
le deffein de le fervir , que
dans la vue de s'oppofer à l'a-
grandiflement des Romains | qui
MA
les rempliflbient de crainte Se
d^envie. Dans la bataille qui fut
difputée avec beaucoup d'opi*
niâtreté, & où la fortune chan*
gea fouvent de pa>ti , C« Mar-
cius combattant avec une valeuc
étonnante fous les yeux du Dic-
tateur , vit un Romain porté
par terre; il courut à fonfecours,
le couvrit de fa perfonne , arrêta
l'ennemi qui alloît l'achever , &
le tua fur la place. Après la vic«
toire , le Général le couronna
des premiers d'une couronne de
chêne ; car , c'étoit la coutume
des Romains d'honorer de cette
couronne, celui qui avoit fau-
ve à la guerre un citoyen.
Il femble que la réputation
& les honneurs , dont les jeu-
nes gens médiocrement ambi-
tieux , fe voyent trqp tôt en
pofiTeiïîon , & avant qu'ils foienc
parvenus à un âge mûr 8c rair
fonnable , éteignent leur foif de
remplirent leur avidité trop fa-
cile à afibuvir. Il n'en eft pas de
même des hommes qui ont l'ame
forte & élevée; les honneurs
qu'ils pofTedent ne font qu'ai-
gu ifer âc exciter davantage leur
faim ; & ranimés par la répu-
tation dont ils jouiflenti ils font
pouffes , comme par un vent
impétueux, vers tout ce qui eft
grand âc beau* Car, ne fe re-
gardant pas comme ayant déjà
reçu la récompenfe , mais com-
me donnant feulement des gages
de ce que l'on doit artendre
d'eux I ils ont honte d'abandon-
ner & de trahir leur propre
gloire , & de ne pas la furpaf^
Ter par des exploits encore
MA
]>Ius grands 6c plus glorieux.
* C. Marcius , aDÎtné de ces
fentimens y fe propofa lui-même
a lui-même, pour rival , & câ-
chaoc de fe rendre toujours par
de nouveaux exploits comme
un nouvel homme > il ajouta
fans relâche grandes aâions à
grandes aâions , entafla dé-
pouilles fur dépouilles , & fie
naître entre les premiers & les
derniers Généraux » fous lef-
quels il fer vie > une efpece de
jaloufie^d^émulation à quil'ho-
aoreroic,<lavantage& àquiren'^
droit de plus grands témoi-
f nages de fa valeur ; car, les
Romains ayan^eudanscestems-
là plûfieurs guerres à foutenir ,
&i ayant donné un nombre infini
de batailles , il n*y en eut pas
une où C. Marcius ne rempor-
tât des couronnes & des prix
d'honneur. Les autres fe pro-
pofoientlagloire pour fin de leur
vertu, ^ pour lui il fe propofoic
pour fin de fa gloire , la fatis-
laâioA de fa mère qu'il aimbît
fort tendrement* Car , qu'elle
entendît les louanges qu'on lui
donnoit , qu'elle vît & touchât
les couronnes qu'il avoit ga-
gnées , &c qu'elle Pembraflat en
verfant des larmes de joie , c'é-
Coit en cela qu'il faifoit confîf-
ter le comble de fa gloire & fa
fouveraine Félicité. Elle le pria
& le prefia de fe marier ; il fe
maria; & même après avoir eu
àes enfans de fon mariage , il
demeura toujours avec elle dans
lamêmemaifon. Comme il avoit
déjà acquis beaucoup de réputa*
tion & d'autorité da&s la ville
M A Â2f
par fa vertu, le Sénat , qui avoir
pris la proteâion diss nobles ,
étoit en guerre & en diiïentioa
avec le peuple qui fe trouvoic
fort maltraité par les Ufuriers.
Car , ceux qui avoient peu de
bien ^ le voyoient faifir & ven-
dre à l'encan ; & ceux qui n'a-
yoient rien , étoient emmenas
eux-mêmes prifonniers, quoi-
qu'ils montraflent les cicatri-
ces des bleiTures qu'ils avoient
reçues en combattant vaillam-
ment pour la patrie , dans ton-
tes les guerres où ils s'étoient
trouvés. Cela remplit la ville
de trouble & de confufion»
Les ennemis, avertis de ce
défordre , fe jetterent fur les
terres de Rome, ôc y ponerenc
le fer & le feu. Les Confuls eu-
rent beau faire appeller à fon de
trompe ceux qui étoient en âge
de porter les armes, afin qu'ils
vinflent s'enrôler , perfonne n'o-
béit. Dans cette circonftance «
les Magiflrats furent encore
partagés ; les uns étoient d'avis
qu'il falloir céder en quelque
façon aux pauvres & relâcher
un peu de la rigueur du droit ;
les autres foutenoient tout le
contraire^ Du nombre de ces
derniers étoit C. Marcius , noa
qu'il eilimât que Targent fût ce
qu'il y avoic de plus confîdéra*
ble dans cette affaire , mais c'eff
qu'il regardoit cette audace 6c
cette infolence du peuple com-
me un eâai qu'il faifoit de fes
forces, pour renverfer enfin les
loix; c'eft pourquoi, il leur di-
foit que s'ils étoient fages , iU
arrêter oient au plutôt cette fu-
111 M A
rcur effrénée , & étoufferoient
de bonne heure une étincelle *
qui alloit caufer un furieux
embrafement.
Le Sénat s*aflefflbla plufîeurs
fois en très- peu de tems » fans
pouvoir rien conclure ; les
pauvres s'attroupent tout d'un
coup , s'exhortent les uns les
antres y quittent la ville èc fe re-
tirent fur le mont Sacré. On
fçaît que cette fédition ne s'ap«-
paifa qu'après que le peuple
eut demandé & obtenu du Se*
vat qu'on élifoit de leur corps
cinq hommes, qui auroient pou-
voir & autorité de protéger de
de défendre les oppreflbs , 8ç
qu'on appelleroit Tribuns du
peuple.
C. Marcius ^ qui n'étoit pas
content de ce que' le peuple
empiétoit ainfi fur les Nobles,
& qui voyoit la plupart des Pa^^
iriciens dans les mêmes fenci*
mens , ne laifla pas de les ex-
horter à témoigner autant de
zèle & d'ardeur que le peuple
pour la défenfe de la patrie , ôc
à faire voir qu'ils étoient moins
au defTus de lui par leurs richef-
fes 6c leur puiflance , que pat
leur vertu.
En ce tems->là , la ville la
plus confîdérable , & comme la
capitale des Volfques , avec
lefquels on avoit la guerre , c'é-
toit Corioles. Le conful Poilu*
mus Cominius ayant affiégé cet-
te place ) toute la nation des
Volfques allarmée s'aâemble
& fe met en marche pour la
feconrîr, Ôc pour combattre les
Romains fous fes murailles , en
MA
les attaquant & en les èDveldp«
pant des deux côtés. Le général
Romain partage fes troupes $
avec la moitié il va s'oppofer
au fecours, & laiffe l'autre moi'»
tié dans le camp continuer le
fiege fous le lieutenant Titus
Lartius ^ un des meilleurs 6c des
plus braves Officiers qui fuffent
dans Tarmée. Ceux de Corioles^
méprifaiit le petit nombre qui
étoit relié contr'eux font une
fortie ; 6c fondant de tous côtés
avec fureur fur les Romains «
les renverfent d'abord & les
pouffent jufques dans leurs re*
tranchemeiîsé Là , C. Marcius
accourt avec une petite trou-»
pe , tue tous ceux qui ofent lui
faire tête ^ arrête les autres 6C
appelle les Ronaains à haute
voix. Car, il étoit tel, que le
vieux Caton demandoit un hom<
me de guerre , non«feulemenc
dangereux pour les coups de
main , mais d*un regard ii affreux
6c d'un ton de voix (i épouvan^
table , que les ennemis ne pou«
voient les foutenir. La plupart
des Romains s'étant ralliés au*
tour de lui , les ennemis effrayés
prennent la fuite. C. Marcius
qui n'étoit pas encote fatisfait
de cet avantage, les pourfuit
jufqu*à leurs portes. Là voyant
qu'une grêle de traits , qu'on
tiroir de deflus les murailles »
empéchoit les Romains de pouf«*
fer leur pointe, 6c qu'il n'y eil
avoit pas un qui ofât feulement
concevoir la penfée d'entrer
pêle-mêle avec les fuyards dans
une ville pleine d'ennemis , il
les arrête j les exhorte 6c les
MA
êncotirage par fon exempte >
leur criant que la fortune ou-
vroit bien plus la porte à ceux
qui pourfuivoienc qu*à ceux qui
^toîent pouffutvis. Malgré les
exhortations , peu de gens s*eni*
preifent à le luivre ; mais lui ,
le lançant au travers des enne-
mis & s*ouvrant un chemin « en-
tre parmi la foule , fans que
perfonne ofe f'oppofer à Tes ef-
forts, ni tourner feulement la têtCé
Quand il fut dans la ville »
& qu'il vît qu*il n'y avoii que
fort peu de fes gens qui fuflent
cotres avec lui pour le fecon*
der y rama/Tant toutes fes forces^
il fît des exploits incroyables
avec une ardeur, une agilité,
tine grandeur de courage qu'on
fie fçauroit aflez louer, renver»
fa tout ce qu'il trouva fur fon
paâTage , pouITales uns jufqu*aux
extrémités de la ville , força les
autres à mettre bas les armes ,&
donna le tems à Titus Lartius
dVntrer avec tous les Romains*
La ville prife de cette maniè-
re , la plupart des troupes cou-
rent au pillage^ C. Marcius ir-
rité leur crie, » que c'étoit une
^ chofe bien honteufe âc bien
» îndîg;ne que > pendant que le
3> Conful , avec les Romains
» qui Tavoîent fuivi^étoit peut-
o être encore engagé au com-
» bat , ils ne fongaiïent qu'à
o amafler du butin ; ou plutôt
» que , fous prétexte d'amafler
» du butin, ils ne cherchaffent
» qu'à fe mettre à couvert du
» danger , faifis de frayeur en-
» tre les bras de la viâoire
» même* n
M A Âi)
l'eu de foldats écoutèrent
fes remontrances ; c'eft pour-
quoi f menant ceux qui s'olfri-
rent volontairemenr à lui , il
prit la route que l*autre armét
avoit tenue , tantôt prefFant (es
gens de h&ter leur marche , tan*
tôt les conjurant de ne pas laiC^
fer ralentir leur ardeur, tantôt
levant les mains au Ciel 3c
priant les Dieux qu'il ne trou^
vât pas le combat fini, de qu'il
pût arriver aiTez à tems pour
partager avec fes citoyens le pé-
ril de cette journée.
C'étoit la coutume des Ro-
mains , quand ils étoient rangés
en bataille , tout prêts à pren-
dre leurs boucliers de à cein-
dre leurs robes, de faire leur
teftamenC fans rien écrire , en
nommant feulement leur héri-
tier en préfence de crois ou
quatre témoins. C. Marcius en
arrivant trouva les foldats de
Poilumus Cominius occupés de
cet objet , les deux armées
^tanc en préfence» D'abord fa
préfence étonna & efiTraya les
premiers qui t'apperçurent^tant
à caufe du fang de de la poiif-
iiere dont il éroit couvert, que
du petit nombre qui l'avoic
fuivi. Mai3 , après qu'il fe fut
approché du<3onful| quVn Ivi
tendant la main avec toutes les
marques d^une véritable joie «
il lui eut appris qu'il étoit maî-
tre de Cçrioles , de que Poftu-
mus Cominius le recevant à
bras ouverts , l*eut embraffé;
alors tous ceux qui entendirent
cette bonne nouvelle , de ceux
qui en jugèrent par les fignes.
22^ M A
fentanc redoubler leur courage,
crièrent qu'on le$ menât au
combat. Avant le fignal,C. Mar-
cius demanda à Poilumus Co-
minius quel étoit Tordre de ba«
taille des ennemis , de où ils
avoienc rangé leurs meilleures
troupes. Ppiiumus Cominius lui
répondit qu'il croyoit que leur
corps de bataille étoit compofé
des bandes Ântiates > qui étoienc
les troupes les plus braves &
les plus aguerries de toute leur
armée. Faites-moi donc la grâce ,
reprit C. Marcius, de m^oppofer
à ces troupes-là. Le Conful lui
accorda fa demande , après avoir
admiré & loué fon courage de
fâ bonne volonté.
Comme onfe fut ébranlé pour
donner , C. Marcius devance fa
troupe & charge avec tant de
furie le milieu de la bataille des
Volfques » qu'il l'enfonce du
premier choc ; mais » les trou-
pes des deux côtés s'étant tour-
nées contre lui , & l'ayant en-
veloppé , il alîoit être accablé
fous le nombre , lorfque le Con-
ful , qui s'apperçut du danger
où il étoit > envoya fes meil-
leures cohortes pour le déga-
ger ; la mêlée fut cruelle & fan-
glante autour de C. Marcius.
Dans un moment , on vit la
terre couverte de morts , juf-
qu'à ce qu'enfin ces cohortes
preflent (î vivement les enne-
mis , qu'elles les rompent & les
mettent en fuite. En les pour-
fuivant , elles conjuroient C.
Marcius qui étoit couvert de
bJeffures & accablé de laffitu-
de , de fe retirer au camp ;
MA
maïs , il leur dit que ce n'étoic
point aux vainqueurs à être las»
& fe montra des plus ardens à
la pourfuite* Toute l'armée des
Volfques fut défaite ; il y eut
beaucoup de morts & gratid
nombre de prifonniers.
Le lendemain ^ C. Marcius
s'étant rendu auprès du Conful,
toutes les troupes affemblées »
le Conful monta fur un tribunal ;
& après avoir rendu aux Dieux
les grâces qui leur étoient dues
pour une fi grande vidtoire» il
s'adrefTe à C. Marcius • fait
fon éloge où il élevé merveil-
leufement les grandes aâions
qu'il lui avoit vu faire dans le
combat y & celles qu'il avoir
apprifes par le rapport de Ti-
tus Larcius; & lui donnant en-
fuite les prémices de tout le
butin , il lui ordonne de choifir
fur tous les biens , fur les che-
vaux & fur les prifonniers , &.
de prendre la dîme de tour
avant que Ton fît le partage
aux troupes 9 & par defius roue
cela » pour marquer qu'il avoic
remporté le prix de la valeur ,
il lui donne pour lui le plus beau
cheval de bataille magnifique*
ment harnaché.
Toute l'armée applaudit à
ces libéralités; mais»C, Marcius
s'âvançant dit qu'il recevoic
avec joie le cheval dont le Con-
ful l'honoroit , Ôc que les louan-
ges de fon Général lui étoienc
extrêmement agréables » mais
qu'il refufoit tous les autres
préfens qu^il regardoit plutôt
comme une paie que comme
une marque d*honneur » & qu'if
écoic
MA
éloît content de partager égalé»
ment avec toute l'arioée. » Je
» vous demande pourtant ^
n ajouta-t-il » une gface par
» defTus les autres > Ûc je vous
» conjure de ne pas me la re<^
30 fufer. J'ai parmi les Volfques .
» un ami qui eil auflt mon hôte»
» homme de bien Si d'honneur;
3» il eft du nombre des prifon*-
y> niers ; 6c au lieu qu'&upara»
•> vant il^étoit heureux & riche,
» il fe trouve préfentement
» dans une dure fervitude en*-
» tre les mains de fes ennemis*
j> De tous les maux qui l'acca*-
y* blenr > fouffrez que je ie fou-
» lage d'un feul , & que j^
» l'empêche d'être vendu com*-
n me efclave. n
Ces paroles de C« Marcius
furent fuivies des acclamations
de toutes les troupes > & il y
en eut bien plus qui admirereàt
la force qui le faifoit triom-
pher des richeffes, que la va-
leur avep laquelle il domptoit
fes ennemis. Ceux même en qui
les honneurs exceflifs ^ qu*an
lui rendoit , avoient excité
quelque jalouiîe , avouèrent
qu*il étoit d^autant plus digne
' de ces grands prëfens , qu'il les
refufoit avec plus de modeHie,
&préréreren(,fans coniparaifon,
la vertu qui lui faifoit refufer
de Cl grands biens, à celle qui
• l'en avoit rendu digne ; car de
fe bien fervîr des richefles, cela
eft beaucoup plus beau que de
fe bien Cetvit des armes ; & de
ne pas les défirer, cela eft en-
core plus beau & plus héroïque
que de s'en bien fervir.
Tom. XXVll.
M A âiç
Quand le bruit & les cHs dei
troupes furent appaifés , Poftu-
iBus Cominius , prenant la pa*
rôle, leur dit r » Mes compa*-
» gnofts , vous ne fçaurier pas
» contraindre C* Marcius à ré*
» cevoir ces préfens qu'il ne
» veut point , & qii'il s'opîniâ»
II tre à refufer- Donnons - lut
» donc la feule récompenf<9
Il qu'il n'eft pîas en fon pouvoir
3» de rejetter , & hârons-noin
•I d'ordonner que déformais il
» fera apellé Coriolan , à môifi*
I» que la grande & belle aâioti
» qu'il vient de faire ne notli
» ait prévenus & ne lui aîc
39 déjà donné ce nom. » Depuis
ce jour-lS , il eut toujours c«
troilieme nom de Corioian^avee
Teftime & l'admiration de fét
concitoyens*
Peu de tems aptèi ^ on vtc
arriver à Rome des ambafla-
deurs du peuple de Vélitres qiit
donnoient entièrement leur villa
aux Romains « & qui les fup*
plioient à?y envoyer une eblo*
nie, parce qu'une maladie coA<«
tagieiife y avoit caiifé une (î
grande mortalité de fait un iî
grand ravage ^ qu*il y reftoit 4
peine la dixième partiei de fêô
habltansi Les plus fages jugé-»
: rent que cette preffante fiéceffi-»
té de Vclitres étoit arrivée fort
à propos pour Rome, qui ^ *à
caufe de la grande difette qu'ellô
fouffroit alors , avoit un extrê*
me befoin d'être foulagée ^
déchargée d'une partie de fea
habitansk Ils efpéroient encore
par ce moyen de purger la vilte*
de* tout ce qu'il y avoit de plu$
2i6 MA
turbulent & de plus ftdicieux*
Les Confuls , ayant donc fait
les rôles de ceux qui dévoient
compofer la colonie» leur or-
donnèrent de partir , & enrôle-
rent les autres pour la guerre
contre les Volfques. Mais y les
chefs du peuple » l'excîunt par
leurs harangues » s*oppoferent à
Tun & à l'autre de ces defleins.
Le Sénat ne fçachant que faire
dans cette conjonâure^C. Mar*
cius Coriolan , qui étoit déjà
fier de fa réputation ^ qui avoit
l'efprit fort élevé & qui fe
voyoit refpeâé & honoré des
principaux de Rome » parut
pour s*oppofer à ces Orateurs
mutins 6c féditieux. '
On lit donc partir la colonie,
en établifTant de groiïes peines
contre ceux qui défob^iroient
au fort qui les avoit nohiméd.
Mais » la levée des gens de
guerre ne pouvant être faite en
aucune manière, le peuple re-
fufant de prêter ferment , C.
Marcius C^oriolan afiembla fes
cliens & quelques volontaires à
qui il perfuada dele.fuivre, âc
alla ravager les terres d*An*
tium f où ayant trouvé quantité
de bled , de bétail & d'efclaves,
,il ne fe ré fer va rien pour lui &
ramena à Rome fes troupes
chargées de butin 9 de qui fufH-
Ibient à peine à conduire leur
proie. Les autres, voyant re-
venir leurs camarades fi riches ,
commencèrent à fe repentir; &
pleins d'envie ils regardoient
C. Marcius Coriolan de mau-
vais oeil , &c ne pou voient fouf-
frir fa gloirç de fa puiflance>
MA
dont Taugmeotation leur paroif*
foit comme la diminution & l'en-
tier anéantiflement-de la leur*^
Peu de tems après « C. Mar-
cius Coriolan demanda le Con*
fulat« Le fuccès extraordinaire
-qu'il avoit eu dans toutes fes
campagnes , lui avoit extrême*
ment enflé le courage 9 & lui
avoit acquis beaucoup de créa-
tures 9 qui lui étoient toutes dé-
vouées. Le peuple en général
étoit difpofé favorablement pour
lui. Il eût regardé comme une
injuftice criante de refufer un
homme diftingué par fa naiflTan-
ce 9 de encore- plus par fon mé-
rite 9 de de le déshonorer ii pu-
bliquement» fur-tout après les
grands fervices qu'il en avoit
reçus» & il marquoit aflez clai-
rement fes difpofitions. Ainfi ^
Ce Marcius Coriolan comptoir
fûrement qu'il feroit nommé
Conful 9 & il n'avoit omis au-
cune des formalités qu'on ob-
fervoic pour demander les char-
ges. Le jour de l'éleâion venu »
il fe rendit à la place avec un
fuperbe appareil ^ conduit par
tout le Sénat , & environné de
tous les Patriciens 9 qui n'a*
voient jamais fait paroitre tant
d'empreflement & de zèle pour
aucun Candidat. Cet éclat &
cette grande faveur changèrent
toutd*un coup les difpofitions
du peuple , de le firent pafifer de
reitime de de la bienveillance
à l'envie de à la haine. Ajoutez
la crainte dont il fut frappé de
fe faire un adverfaire redouta-
ble. 9 en mettant la fouveraine
puiflVncç entre les mains d!utf
MA
hoinme fi zélé pour le parti ,
de la Noblefle » & fi accrédité
ea même - tems* Le peuple ,
pouCé par ces confidérations »
refufa C. Marcîus Coriotaii,dc
nomma pour confuls C. Minu*
cius 6c A. Sempronitts qui exer*
cerent cette charge l'an de Ro«
me 263 » & 489 avant Jeftt$«
Chrift.
Le Sénat fut fort indigné
de la nomination qu'on venoit
de faire > fe croyant plus ou*
tragé que C. Marcius Coriolan
même* Pour lui i il ne fupporta
pas cet affront avec modération
ni avec douceur» étant accou-
tumé à s'abandonner à cette
partie de l'ame où réfident la
colère 6c l'opiniâtreté , & qu'il
regardoit comme la fource de
la magnanimité & du courage ;
car , il n'avoit point en lui cet
heureux tempérament de gra-
vité , de douceur fit de patien-
ce f qui fait la plus gçande par-
tie des vertus politiques , Se
qui eft le fruit de l'éducation
de de la raifon. Il ignorojt qu'un
homme » qui veut fe mêUr du
gouvernementâc converfer avec
les hommes , doit éviter fur tou*
tes chofes l'opiniâtreté qui ,
comme dit Platon , eft toujours
la compagne de la folitude > Se
être particulièrement dévoué à
la patience j quoiqu'elle paroif»
fd û ridicule 6c a méprifable à
ceux qui n'en jugent pas faine-
menr*
Ce Marcius Coriolan , étant
donc fans déguifement , entier
& inflexible , croyant que tout
ur monter , c*étoit abfolument
M A 117
le partage de la feriheté Se de
la lorce » & qui ne voyant pas
que c'eft le plus fouvent celui
de la foibleflê 6c de la mollefle^
qui , de la partie malade de
Tame 9 font fortir la colère ^
comme une enflure , qu'elles ne
fçauroient diiSper « fe retira
ch^z lui tout troublé Jc pleia
de reflentiment contre le peu-
ple. Tout ce qu'il j avoit de
jeunes Patriciens qui l'avoienc
toujours parfaitement honorée
qui s'étoient entièrement atta-
chés à lui y redoublèrent 9 par
malheur en cette rencontre ,
les témoignages de leur dévoue-»
ment & de leur affeAion , 6c
enflammèrent encore plus fa co-
lère par la part qu'ils prirent à
fon reflentiment & à fa dou-
leur. Car 9 c'étoit leur capitai-
ne 6c leur maître qui , avec
beaucoup de fîmplicité , les
drefibit au métier de la guerrtf
dans les armées ; fit qui , en.
allumant entr'eux une ambitioiL
de vertu fans envie » leur en-
feignoit quelle étoit la gloire
qu'ils dévoient tirer de leurs»
belles allions.
Cepenlant, il arriva à Rome
une grande quantité de bled »
partie acheté en Italie fie en Si«
cile » partie envoyé en pur doti
Ear Gélon , tyran de Syracufe»
a plupart commencèrent alors
à concevoir de grandes efpé-
rances » que la ville alloit être
foulagée de fa difette fie délî«c
vrée de fes diflenfions. Et le Se*
nat s'étant aflemblé le jour mê«
me > le peuple environna le Pa-
lais > attendant l'eflist des déU«^
siî MA
bérations qui y feroient prifes >
& efpérant que le bled qu'on
avoir acheté leroit vendu ^ un
prix raifonnable , & que celui
que Gélon avoir donné « feroic
diilribué gratuitement; car, il
y eut des Sénateurs qui propo*
lerent cet avis. Mais , C. Mar*
cius Coriolan s'éleva & s'em-
porta avec beaucoup de vio-
lence contre ces partifans de la
populace , les appellant fédi-
tiéux & traîtres à la NobleCTe y
8c leur reprochant quMls nour-
rifToîent contre eux-mêmes les
xnarlheureufes femences d'auda-
ce & d*infolence qu'on avoir
jettées parmi le peuple , & qu'on
auroit dû écoufFer dans leur
naiâTance, en ne fouffranc pas
que le peuple s'emparât 8c fe
munît d*une puiflance aufG con-
fidérable que celle du Tribunat;
<]ue ce peuple étoic déjà très*
tedoutable , en ce qu'il obte-
noit tout ce qu'il vouloit ; qu'on
ne pouvoit le forcer à aucune
chofe malgré lui.; qu'il n'obéif-
foit pas même aux Confuls ; ôc
que vivant dans l'anarchie &
dans une parfaite indépendance,
ii ne fe'fouroettoît qu'àTes chefs,
qu'il appelloit fes MagiArats*
y> Ceux , qui confeillent de
7> faire des largeiTes de des dif-
y> tributions de bled t comme on
» l'a fait dans les États de la
» Grèce , où le peuple eft le
3> plus abfolu, ne font que fo*
39 menter la défobéilTance qui
7> fera enfin fuivie de l'entière
» ruine de la République. Car,
j> ces mutins ne diront pas qu'ils
9 reçoivent ce bled comme la
MA
» récompenfe des fervîces quMIs
y> ont rendus à la guerre, où ils
3> ont tant de foisrefufé d'aller»
X» ni comme le prix des attrou-
y> pemens féditiéux qu'ils ont
» faits fur le mont facré , &
» par lefquels ils ont trahi 6c
n abandonné leur patrie , ni
3> comme le falaîre des calom-
» nies qu'ils ont reçues & ap-
» prouvées contre le Sénat ;
y> mais, prétendant que nous
» cédons à leur audace par
3» timidité , ôc que nous leur
» donnons ce bled pour les
» flatter & pour les appaifer ,
I» ils ne mettront ni bornes à
y> leur licence , ni fin à leurs
» féditions. C'eft pourquoi , ce-
If feroit une iniîgne folie ;iSc &
» nous fommes fages , nous leur
n arracherons cette puiffance
» Tribunitienne qui eft l'entie-
3» re deftruâion du Confulat ÔC
» la divifion de la ville qui n'eft
3> plus une comme elle étoir f
>» mais déchirée & partagée ea
» deux fadlions qui nous em-
j> pécheront toujours de nous
» réunir, de entretiendront à
» jamais nos maux, nos troubles
If 6c notre difcorde. u
Par ces paroles & autres fem-
blables, il entraîna tous ces jeu-
nesgensât prefquetous les autres
riches , ôc leur communiqua la
mên>e fureur dont il étoit animé;
de manière qu'ils rrioienc tous
que Rome n'avoir que lui feul
qui fût invincible ÔC véritable*-
ment ennemi de la flatterie ;
mais , quelques-uns des plus
âgés s'oppofoient à lui , pré«-
voyant bien ce qui .arriveroic»
MA
En effet » il n'en arriva rien de
bon ; car, les Tribuns, qui étoient
.préfens à cette délibération du
Sénat , voyant que l'avis de C»
Marcius Coriolan prévaloit ,
fortirent & coururent vers le
peuple avec de grand; cris ,
lui ordonnant de fe joindre à
eux & de leur prêter main
forte. Le peuple , $*éiant donc
attroupé avec beaucoup de «u-
nulte ôc de bruit, fut informé
de l'avis qu*av.oit propofé C.
JVlarcius Coriolan; & il $'en
fallut peu que « tranfporté de
colère , il ne forçât les portes
.& n'entrât dans le Sénat. Mais
les Tribuns, fe contentant.de
rejetter toute la charge fur C
Marcius Coriolan, envoyèrent
le demander } afin qu'il vint fe
juilifîer & fe défendre ;: &
voyant qu'on avoir maltraité &
repouifè avec violence leurs
.Liâents , ils allèrent en per-
sonne, accompagnés des Édiles»
pour l'emmener par force, âc le
faifir au corps. Les patriciens ,
accourus à fon fecours , repouf*
ferent les Tribuns & frappèrent
même les Éàtkes ; la nuit vint
mettre fin. à ce défordre ôc les
féparer.
. Le lendemain , il y eut .de
part de d'autre beaucoup d'af-
lemblées , de délibérations , de
harangues, où les Tribuns du
peuple fouventfe portèrent aux
plus violens excès. Ils ordonnè-
rent par exemple que C. Mar«
cius Corîolaa vint répondre fur
40US ces chefs : » S'il n'étoic
» pas vrai que , pour bouU*
» verfet tout le Gouvcraement
M A ^zç
y> Scpour ruiner le peuple , il
» avoit excité lé Sénat ; s'il
». n'avoit pas été rebelle à leur
M ord^e, quand ils lui avoient
o commandé de venir fe juftifier;
p & enfin , fi en maltraitant Sc
y> frappant les Édiles en pleine
A^afTemblée , il n'avoit pas al«
n lumé, autant qu'il étoit eo
30 fon pouvoir , une guerre ci-
•> vile,.&poufie les- citoyens à
;o prendre les armes pour s'en-»
» tre-tuer. a Le but de cette de-
mande étoit, ou de l'humilier /
en le forçant à rabaiffer fa -fier-
té & à flatter le peuple, ou,
s'il fui voit fon naturel hautaiii
&, fuperbe , de rendre implaca-
ble la colère dont le peuple
étoit animé contre lui; & ils
efpéroient bien plus de réuffic
dans ce dernier deiiein , jugeant
parfaitement de ce naturel in--
traitable que rien ne'foumetr
toit. ♦
C. Marcius Coriojan $*étant
donc prélenté , compe. pour fe
juflifier , le peuple lui donna
audience avec un filence pror
fond ; mais , au lieu de com-
mencer par des paroles humbles
&C fupplianres qu'on att(?ndoit,
il parla d'abord ,.non - feule-»
ment avec une liberté odieufe
^ en des termçjs.plus féant^
dans la bouche d'un accufateur,
que dans celle d'un accufé ,
niai^ avec un ton de voix ÔC un
air de vi&ge où il paroiiToit une
audace qui approchoit extrê-
Qiement du mépris ôc, de la fé-
curité. Le peuple irrité témoi-*
gna qu'il fupportoit fort impa-
tiemment une fi grande infolea**
F ni
«;* MA
e déchirant fefr hlibies , H
vint à montrer les cicatrices des
plaies honorables 4]u*il avoie
reçues au-dçv^t du. corps « <5c
qu'il eut demandé aux Tribuns
fi: ç'étoieât-là'd^s preuves du
crime dont ils Taccufoient 9 &
des aâions qui cendinent à la ty-
rannie 9 prefque tous Jlei habitans
furent touché s jufqii'au;c larmes.
* iesTribunsi^uj feqtirent que
leur accuféL^H-PÛ lei^r échap-
per , changereiii;..de^ batterie ,
oc lui. imputèrent, fun nouveau
crime ; c'étoit de n'avoir pas
remis au créCor public le butin
çu'il avoit fait fur les terres des
Antiates ». comme la loi l'or-
ionnoït 9 mais 4® l'avoir parta-»
gé à Tes foldats pour s'en faire
des créatures , .& s'en fervir
dans l'occafîon pour Tes deffeins
criminels , félon 1-a coutume des
ambitieux « dpnt les largefTes
gratuites font les degrés o.rdinai<*
fes pour parvenir à U tyrannie.
. Cette nouvelle accufation
troubla Ç. Marciiis Qoriolan ,
qui ne s'y atc^ndoit pas , 6c
qui y répondit mal ; & elle
caufa beaucoup, de changement
dans les efprits de la multitude»
toujours volage» & accoutumée
}l fe livrer ave'v^glément aux
plus légères iropr^d^ons. Les
Tribuns prononcèrent contre
^'accufé la pejne-d'un bannifle*
jment perpétuel ; c'étoit la cour
^wne qu'ils .donçaHept d'abord
Jleiirs conc}uiiops, \\% Teinirenc
.enfuite leur ^vis à ln^délibéra*^
tion des Tribus ; elles éeoienc
«u nombre de vingt - une. Neuf
opineront pour dbfoudre C.
MA
Maficus Coriolan ; les douze
autres le condamnèrent.
La fentence ayant été pro-
noncée 9 le peuple en eut plus
de joie & en conçue plus de
fierté & d'orgueil que de routes
les batailles qu'il avoîc déjà ga-
gnées ; mais, le Sénat en fut fi
affiigé ôc (1, confus ^ qu*il ofoic
à peine lever les yeux , très-
fâché & très-^repentant de n'a-
voir pas pouffé les chofes à la
dernière extrémité » plutôt que
de foufirir cette infolence du
peuple , & que de lui laifler
ofurper un pouvoir fi abfolu*
Alors y les difierens habits & les
autres marquas. extérieures de
triftefle 6c de joie étoient peu
BécefTaires, pour juger des dif-
férentes paiïîons , donc les uns
& lés autres étoient animés ;
car y xi étoit aifé de voir que
ceux qui fe réjouilTosent étoient
du parti de la populace , de que
ceux qui s'affligeoient étoient
du côté dt^ Patriciens.
Il n'y. eut que C. Marcius Co'^
riolan que ce coup ne put ni
humilier ni étonner.; il demeura
toujours ferme & afluré dans fa
contenance 9 dans fa démarche ,
& dans tout fon air ; âc au mi-
lieu de ce grand nombre d'hom-
mes qui étoient extrêmeovenc
touchés de fon infortune , il fut
le feui qui parut ne point corn*
'patir à leur douleur. Geéte in-
fenfibilité n'étoit point un ^âfet
ide fa raifon ou de fa douceur;
elle venoit encore moins de la
•modération avec laquelle il
fupporroît cet accident ; mais»
c'e qu'il étoit potiérement poA
fédé par rindignation 8c par la
colère ; & cet état , quoique le
commun des hommes ne s'en ap«
perçoîve point , vient toujours *
d'un fond de trifteflTe ; car , dès
que la tnûeffe , fubtilifée &
comme enflammée , s'eft con-
vertie en fureur f elle chafle
l'abattement & la foiblefle.
Voilà pourquoi tout homme en
colère paroû vaillant , comme
un fébricitant paroit en feu, l'a-
ane étant alors , pour ainii dire ,
dans refFervefcence t dans le
mouvement & dans la tenfîon,
Auffi les: effets firent- ils bien
voir que C. Marcius CorioUn ,
malgré cette apparente tranquil-
lité 9 étoit dans cette paffion
violente ; car, s'en étant re-
tourné chez lui , il embrafia fa
jnere 6c fa femme qui déplo-
Toîent leur malheur avec de
grands cris & avec des torrens
de larmes ; 6c après leur avoir
fait fes adieux & le| avoir ex-
hortées à fupporter patiemment
leur affliction, il fortit inconti-
nent ôc s'en alla à une des por-
tes de la ville , accompagné de
-cous les Patriciens.
Là , fans rien demander à
aucun xi'eux & fans vouloir en
rien recevoir , il les quitta ,
^n'ayant avec lui que trois on
quatre de fes cliens , ôc. paffa
quelques jours dans des terres
qu'il avoir auprès de Rome >
combattu de mille différencefs
jjeofées que la colère lui fug-
géroit, de qui ne tendoient à
jrien de bon ni d'utile , mais qui
-ailoient toiites à fe venger des
JU)nusas« Enfin > il réfoluc d«
M À 2fj
leur fufciter quelque granc^
guerre avec leurs voifins ; & il
trouva à propos de tenter les
Volfques les premiers, & de les
folliciter à prendre les armes ,
fçachant qu'ils étoîent puiflans
en troupes Ôc en argent ; 6l fe
doutant bien que les échecs qu'ils
avoient reçus dans la dernière
guerre , n'avoient pas tant di-
minué leurs forces , qu'excité
leur faloulie de augmenté leur
animolîré.
Il y avoir en ce tems-là dans
la ville d'Antium , un homme
appelle Tullus Amphidîus, ou
plutôt Attius , qui , par Tes ri-
chefles , par fon courage & par
la nobleÔe de fa maifon , étoit
comme Roi desVolfques.C.Mar-
cius Coriolan fçavoît fort bien
que de tous les Romains , il étoit
celui que Tullus Attius haïiîoit
le plus ; car , s'étant fouvent
rencontrés dans les combats ,
ils s'éroient menacés, défiés &
bravés avec beaucoup de fierté
comme cela arrive ordinaire-
ment à de jeunes guerriers ja-
loux d'honneur, 6c qui font pi-
qués d'une émulation de gloi-
re; & à la haine publique qui
les animoit run- contre l'autre ;
ils avoient ajouté iine haine par-
ticulière qui les rendoit double*
ment ennemis. D'un autre côté,
il connoififoir aufïî fon courage
hautain & invincible, 6c il n'i-
gnoroit^as qu'il fouhaitoit plus
que fous les Volfques une occa-
fîon de rendre aux Romains
tous les maux qu'ils avoient faits
à fa nation.
« Il harzarda donc u^e Qh9h
^^4 ^ A
Îtii prouve bien la vérité de ce
ue dît un ancien Poëie , qu'il
cft difficile de réfifler à la colère»
qu'on acheté même aux dépens
de fa vie ce qu'elle veut ; car ,
ayant pris des habits les plus
capables de l'empêcher d'être
connu f il entra comme Ulyilè
dans la ville des ennemis* C'é-
toit fur le foir ; il trouva beau-
coup de gens dans les rues , &
perfonne ne le reconnut. Il alla
tout droit à la maifoa de Tul-
lus Attius 9 entra fans être vu de
alla s'afiTeoir près du foyer dans
un gra^d (ilence ; 6c s'étant cou-
vert la tête 9 il demeura là fans
remuer ôc fans dire une feule
parole. Les gens de la maifoa
en furent foriT étonnés , ils n'o«
ierent pourtant le faire lever ;
car , & fon habit & fon (ilence
lui donnoient une forte de ma-
jefté qui le rendoit refpedla-
ble » mais ils allèrent a^nnoncer
cette furprenante aventure à
Tullus Attius qui foupoit.
TuUtts Attius fe leva d'abord
de table 9 alla vers lui ôc lui
demanda qui il étoit & en quoi
il avoit befoin de fon fervice*
Alors 9 C. Marcius Coriolan dé*
couvrit fa tête; 8c après avoir
ité quelque tems fans parler,
il lui dit : » Si tu ne me re-
» connois pas encore 9 ou que
30 tu ajes de la peine à en
9» croire tes yeux 9 c^eft une
30 oéceiEcé que je me décelé
» moi-même; je fuis C. Mar-
9» cius qui ai fait tant de mal
a» aux Volfques. Le furnom de
3» Coriolan que je porte ne per-
9> mec pas de le nier i la feule-
MA
» récompenfe qui me refie de
39 mes travaux Se des dangers
3» auxquels j'ai expofé ma viOf
» c*eft ce Uirnom 9 moaunenc
p éternel de lahaine que je vous
3» ai portée, c*eft le fetil prix
3» que Ton n'a pu m'enlever ;
» tous les autres m'ont été ra«
» vis « d'un c6té par Tenvie &
a» par Tinfolence do peuple 9 de
» de l'autre par la molleffe Si
» par la lâcheté des Nobles Se
» des Magiftrats. I*ai été baiini »
3» ôc je fuis venu m'humilier à
3» ton foyer Se me rendre ton
3» fuppHanc 1 non pas pour être
p en fureté ni pour fauver mm
» vie", car ferois-je venu cher
» toi fi je craignois la mort?
» mais pour me venger des
30 Romains, 8c c'eft déjà m'en
» venger que de te rendre le
n maître de ma perfonne. Si tu
39 as donc le courage d'attaquer
3» tes ennemis 9 fers-toi de mes
.3» calamités préfentes, Si. fais
30 tourner à l'avantage commun
33 des Volfquei mes malheurs
s» particuliers. Je combattrai
3» encore plus heureufemeoc
j» pour vous 9 que je n'ai comn
» battu contre vous; car ceux
» qui fçavent le fecrec de Ten*
3» nemi, font plus en état de
9 bien fervir que ceux qai
3> l'ignorent. Que fi tu n'ofes
39 penfer à la guerre, il ne nous
n eft expédient , ni à moi de
I» vivre I ni à toi de fauver un
» homme qui a toujours été ton
» ennemi , & qui t'eft préfente-.
Tf> ment inutile. »
Tuilus Attius 9 ravi d'eoten-^
dre ce di&our^ » fc lui cendiu»
MA
la main : y> Levé* toi » lui dît-it»
a» C. Marcius Coriolan , &
^ prends courage ; tu nous fais
» no préfent ioeâîmable en te
9> doeoanc à nous , de tu doit
» t'atteodre que les Volfques
» t'en témoigneront leur recon*
o noiflance. » Et fur l'heure
aèrne il le fît mettre avec, lui
à table 9 lui fit la meilleure
diere dont il put a'avifer ; &ç. le
lendemain & les deux jours fui-
vans ils confnlterent entr*eux
fur les moyens de faire la
guerre..
Cependant» Rome étott ex»
trêmement troublée par l'ani-r
mofité que les Patriciens cott«
fervoient contre le peuple , &
qui étoit beaucoup augmentée
^depuis la condamnation de C.
Marcius Coriolan. De tous cô-
«tés 9 les Devins , les Prêtres 8c
les particuliers mêmes annon-
çoient des prodiges très^dignes
de conitdéracion* Cependant, à
Antium C. Marcius Coriolan Se
Tulius Attius parloient tous
-deux en fecret aux principaux
de la ville , èc les exhortoient
-à prendre les armes, pendant
que les Romains étoient divi-
fés ; âiaîs , comme la plupart
itoient retenus par la honte de
Tompre fans aucun fujet une
«rêve qu'ils avoîent faite pour
tieux ans, les Romains leur en
donnèrent eux-mêmes un pré-
tei^t piaufible , en faifant pu«
I^Her 9 fur un léger foupçoiti 8c
^r une accufation très*faufle ,
4e propre jour des jeux, que
^ous les Volfques euflent à for-
cir de Rome avant le SoleQ cou-
M A 235
ché. II 7 a des Auteurs qui
prérendent que ce fut une rufe
de C. Marcius Coriolan même^
?[ui envoya à Rome aux Con«
uls un homme apoÂé pour
leur donner ce faux avis 9 que
les Volfques avoient complotté
de les attaquer pendant les jeux
de de mettre le feu à la ville*
La publication de cet ordre
irrira extrêmement les Volfques;
& Tulius Attius , groffilTant cet
affront, leur perfuada d'envoyer
ibmmer les Romains de leur
rendre toutes les terres & ton*
tes les villes qu'ils leur avoient
prifes pendant la guerre.
Le Sénat , ayant entendu leurs
Anibafiaà<?urs , en fut indigné ,
ëc fit réponfe que, fi les Volf-
ques prenoient les premiers les
armes » les Romains les pofe«*
roient les derniers. Cette ré«
ponfe ouie , Tulius Attius con-
voqua une alTemblée générale
de la nation des Volfques , oà
il fit conclure la guerre de leur
confeiila de faire entrer Cm
Marcius Coriolan , d'oublier le
paâfé , de d'avoir en lui une en^
tiere confiance ; leur promet^
taiu qu'étant leur ami de leur
allié , il leur feroit plus de bien
•qu'il ne leur avoit fait de mal «
pendant qu'il avoit été leur en*
iiemi»
C. Marcius Coriolan ayant
4oac été appelle , de ayant par-
lé au peuple, on trouva qu'il
"étoit auiC éloquent que grand
Capitaine, de que fon courage
écott guidé par beaucoup de
prudence de de capacité, de
4uf l'iieure même il fut élu Gé«
it^é M A
néral avec Tullus Attîiis. Crai-
gnant donc que le teros , qu'on
eraploiroit à faire cet armement ,
ne fut trop long & ne lui fît
perdre une occalîon très-favo-
f abie 9 îl laiiTa aux Magiftrats
& aux principaux le foin d'af*
fembler les troupes Ôc de faire
tous les autres préparatifs , 6c
prenant avec lui les plus déter-
minés ôc les plus prompts à lé
fuivre 9 il partit fans faire de
revue, de tomba fur les terres
ifes Romains tout d*un coup ,
èc avant qu'on pût s'en douter
h Rome. Il y fit un. fi grand
butin, que fes troupes en étoient
fatiguées 6c ne pouvoient fuffi-
xe , non-feulement à l'emmener
3c à le porter , mais à le con-
iumer dans le camp , quelque
dégât qu'elles enfiffent.Le moin-
4ire avantage que C. Marcius
Coriolan prétendoit tirer de
eetie courfe^ précipitée , c'éroit
de piller de de ruiner le païs ;
il avoir un but plus important
j& plus confîdérable, qui étoic
de rendre les Patriciens plus
fufpeâs au peuple. Car 9 pen-
dant qu'il ravageoit toute la
•campagne , il avoit grand foin
d'épargner les terres des Nobles,
& ne foufFroit pas qu'on fît le
moindre tort, ni qu'on en enlevât
la moindre chofe ; ce qui enve-
nima encore plus les efprits ôc
augmenta la diCTention & le.dér
fordre; les Patriciens accufanc
Je peuple d-avoir chaiTé très*in-
Juftement le plus vaillant bon»-
me qu'ils euÂent ; 8c le peuple
.reprochant aux Patriciens que 9
par uA mouvemeac de haine fie
MA
de vengeance , ifs avoîent eux-
mêmes appelle C. Marcius Co-
riolan , afin que , pendant que
leurs maifons & leurs champs
feroient pillés ôc faccagés > iU
euifent le plaifir d'être fpeâa-
teurs tranquilles , dans la con«
£ance de dans l'aflurance où ils
étoient » qu'ils avoient au de-
hors la guerre même pour gar«"
de de leurs terres & de cous
leurs biens.
Après cette expédition qui
fer vit infiniment à augmenter lé
courage des Volfques de à leur
faire méprifcr leurs ennemis ,
C. Marcius Coriolan ramena (k
•croupe fans avoir perdu un
feul homme ; mais, après que
toutes. les forces des Volfques »
qui accoururent tous d'un grand
-courage , furent aflembiées «
on les trouva fi nombreufes »
qu'on jugea à propos d'en laif-
fer une partie dans le païs pour
la fureté des villes, de de mener
l*autre partie contre les Ro-
mains. C. Marcius Coriolan
donna à Tullus Attius le choix
de l'armée qu'il voudroit com-
mander ; mais , Tullus Attius ré-
pondit que C. Marcius Corio*
lan ne lui étoit inférieur ni en
courage , ni en expérience » ÔC
qu'il avoit fur lui l'avantage
d'avoir été plus heureux dans
tous, le^ combats ; qu'ai nfi il fal*
loit qu'il .commandât l'armée
•qui marchoit en campagne; de
que pour lui il demeMreroic
.pour garder le païs de lui en-
voyer les convois & tout ce
^ui feroic aéceflaire à (en
>croupe$i
Il >
MA
C» Marcius Coriolan i rendu
encore plus puifTant par ce par-
tage « marcha d*abord contre la
ville de Circée » colonie àcs
Romains , qui , s'etant rendue
à difcrécion , fut garantie du
pillage. De-Ià il alla ravager
les terres des Latins , dans Tef-
pérance que les Romains vien-
droient lui livrer bataille, pour
défendre leurs alliés qui avoienc
plufîeurs fois imploté leur aide ;
mais , comme le peuple étoic
n^al intentionné , 8c que les
Confuls n*avoient plus guère de
tems à être en charge , ils ne
voulurent rien hazarder » &
reftvoyerent les Ambafladeurs
des Latins fans leur accorder
aucun fecours. C. Marcius Co-
riolan , déchu de cette efpé»
rance , tourna fes armes contre
les villes du Latium» prit d'aflaut
Tolérium , Labicum , Pédum Se
Boles qui oferent lui faire ré-
iiilance* . Les hommes furent
vendusj & les biens pillés ; mais,
il prit un trèsrgrand foin de ceU
les qui lui ouvrirent les portes ;
& afin qu'elles ne fouffiriàent au-
cun dommage^ même à fon in-
fçu , il carapoit le plus loin
qu'il lui étoic pof&bîe; & en
paflfknc fur leurs terres, il ne
ibuffroit pas qu'on prît rien de
ce qui étoit à elles. Il alla met-
tre le fiege devant une autre
ville qui n'étoit environ qu'à
douze milles de Rome , & qui
fe défendit plus vigoureufemenc
que les autres, de où beaucoup
,de Volfques furent tués; mais
enfin il la prit^ pafTa au fil de
l'épée prefque cous ceux qui
M A :i}7
étoient en âge de porter lés ar«
mes, & y fit un très-grand butin«
liur le bruit de ces grands
avantages y les Volfques, qui
étoîenrrefiés dans leur pais poar
la fureté de leurs villes , ne pon-
voient fe contenir ;.ils alloienc
par troupes dans le camp de C*
Marcius Coriolan^ diiant hau-
tement qu'ils ne connoifibienc
que lui de Général , Ôc qu'il
étoit leur feul Capitaine ; auffi
fon nom étoit grand dans tonte
l'Italie 9 & l'on parloit avec
admiration de cette grande va-
leur qui , par le changement
d'un feul homme» avoit produit
dans les affaires des changemens
fi furprenans 6c fi merveilleux*
Le défordre augmentoit ce-
pendant à Rome ; on n'ofoic
prendre les armes pour en^-ve-
nir à un combat, de l'on paf«
foie les jours entiers à fe que-
reller Se à femer des propos
féditieux les uns contre les
autres ; mais , Lavinium , où
étoient les Dieux de leurs pères
ÔL d'où ils tiroient leur origi-
ne, parce que c'étoit la pre-
mière ville qu'Énée eût bâtie
dans le Latium, étant afliégée»
cette nouvelle , qui fut d'abord
publique , produifit tout d'u^
coup un changement merveil-
leux dans l'efprit du peuple»
& tourna d'une manière étrange.
& bizarre celui des Patriciens ;
car , le peuple vouloit cafiec
Si abolir la condamnation de C«
Marcius Coriolan & le rappel-
1er dans Rome ; & le Sénat, s'é-
tant afTemblé pour délibérer fur
cette propofîtioa » la rejetra 6c
^)8 M A
t'y oppofa de toutes fes forces ;
foif que , par un cfprit d'opi-
oiâtreté » il prît toujours le p4i-
ti de s'oppofer à tout ce que le
peuple défiroit le plus ; foit qu'il
ne voulût pas que C. Marcius
Coriolao dût fon rappel à la fa-
veur du peuple ; foit enfin que
fa haine commençât à s'étendre
fur C. Marcius Corîolan , parce
que f quoiqu'il n'eût pas un
égal fujec de fe plaindre des
deux partis » il les roaltraitoii
également, 8c qu'il s'étoic en«
fièrement déclaré Tennemi de
fa patrie » dans laquelle il fça-
voit bien que la plus grande
& la meilleure partie compatif-
foit à fes malheurs 9 & étoic en-
veloppée dans la même injufti*
ce qu'on lui avoir faite.
Cette Téfolution dn Sénat
ayant été déclarée» le peuple fe
trouva dans l'impuiflance de
faire pafl*er la loi par fes fuiFra*-
ges f car il falloir un décret du
Sénat. C. Marcius Coriolan y
qui en eut d'abord la nouvelle,
en fut encore plus irrité , de
manière qu'il quitta le iiege de
Lavinium , & tranfporté de fu-
reur , t\ marcha vers Rome avec
fes meilleures troupes , 6e alla
camper près des foiTés Ciuiliens
à quarante Oades de la ville, où
fon approche jetta une û gran-
de épouvante 6c un tel eSroi »
qu'elle appaifa d'abord la fé-
dition. Il n'y eut pas un Magif*
trat t pas un Sénateur qui ofôt
contredire le peuple fur le rap-
pel de C. Marcius Coriolan*
Mais tous , voyant les rues
pleines de femmes qui couroient
MA
çà & Fà tout éperdues , les teiii-
ples remplis de vieillards qui ,
dans une profonde humiliation
& verfant des torrens de lar*
mes, adrelToient leurs prières
aux Dieux , àc en général tous
les efprits dénués de force &
de courage, de incapables de
trouver leur falut dans leurs
confeils » reconnurent que le
peuple avoit eu raifon de
vouloir rappeller C. Marcius
Coriolan, & que le Sénat avoir
très- mal fait de commenicer à
entrer en colère , & à avoir du
reflentiment dans un tems oh le
feul bon parti étoit d'y renon«
cer , s'il en avoit été rempli.*
Ils réfolurent donc tous d'en^
voyer une ambaflade à C. Mar-
cius Coriolan, pour lui offrir
fon rappel & pour le fupplier
de terminer cette guerre. Les
AmbafTadeurs qui furent pris
dans le Sénat, 6t qui étoient
tous parens ou amis de C. Mar*
cius Coriolan , s'attendoienr à
recevoir aii moins de lui un-
favorable & gracieux accueil
à leur arrivée, mais ils furent
fort trompés ; car , ayant été'
conduits au travers de l'armée
en bataille , ils trouvèrent C*-
Marcius Coriolan ailis dans le
Confeil au milieu d'^n grand*
nombre des principaux officiers»
ôc qui , avec un trouble Ôc une
émotion qui paroiifoient dans'
fes yeux , & d'un ton plein
d'une févérité terriblfe , leur
ordonna d'expofer le fujet de
leur ambaifade en préfence de
tous les Volfques dont il étoit'
environné ; les ambaflàdeurs
MA
«expliquèrent dans les termes
les plus modeiles y les plus doux
& les plus convenables à Tétac
de leur fortune»
Leur difcours fifii> C. Mar*
cius Coriolafi leur t^pondit ,
pour ce qui le regardoit » avec
beaucoup d^aigreur & ayec un
emportement proportionné à
Finjure qu'il avoir reçue » &
pour ce qui regardoit les Volf-
ques , comme leur Général , il
demanda que les Roitiains leur
rendirent toutes les villes &^
foutes les terres qu'ils avoienc
prifes dans les guerres précé-
dentes ; Jk que par une loi ils
accordalTenc aux Volfbues le
laême droitjde bourgeoiue qu'ils
avoient accordé aus^Latins ;que
ce n'étoit au*à ces conditions
juftes & raiionnables qu'ils pou-
voient obtenir ja paix. Il leur
donna trente jours pour délibé-
rer fur ces demandes ; Se après
^'ils fe furent retirés , il dé-
campa & mena fon asmée hors
du territoire de Rome*
Ce fut-là le premier prétexte
de calomnie que failirent ceux
des Volfques qui depuis iong^
tems ne pou voient fupporter fa
puiflance , & ^ui ne voyoient^
qu'avec un oeil d'envie fes fur-
prenantes profpérités ; Tulius
Attius même étoic de ce nom-
bre. Ce n^ft pas qu'il eût reçu
aucune injure particulière de
C. Mar<^ius Coriolan » mais il
étoit poufle par une paffion qui
n'eil que trop naturelle à l'hom-
me ; car, il avoit un fecret dé-
pit de voir fa réputation obf-
curcie par la gloire de fon Col-
M A ^^9
lègue 9 8c de fe fentir méprifé
par les Volfques qui faîfoient
leur Dieu de C Marcins Co-
riolan, ôc qui prétendoîent que " 4H
les autres fe contentaflent 8e la
part qu'il vculoit leur faire de
Ion autorité & de fa cuiilànce«
Delà commencèrent a éclorre
toutes les accufations qu'on fe-
tna fous main contre lui. La
plupart des officiers « s^attrou-
pant de fe liguant enfemble , fie
communiqu oient leur mécon-
tentement & appelloient cette
retraite de l'armée une vérita-
ble trahifon , qui ne coafiftoit
point à avoir livré des villes
ou des armées , mais à avoir
livré le tems duquel dépendent
ordinairement le falut ôc la per-
te des villes & des armées ;
car , il avoit donné exprés aux
ennemis un délai de treize
jours 9 (cachant bien que leurs
affaires étoient fi déplorées ^
qu'il ne falloir pas moins que
ce tems- là pour les remettre oa
pour y produire un grand chan-
gement.
Cependant, CMarcius Co-
riolan ne paâa pas les trente
jours fans rien faire ; il ravage*
les terres des alliés & prît fepc
grandes villes très- peu plées.
Les Romains n'oferent |amais
parottre pour les fecourir ; leurs
efprits étoient abattus & remplis
de crainte , & ils n'a voient non
plus de force pour la guerre^
que des corps paralytiques ou
aâbupis.
Le terme étant expiré, & C*
Marcius Coriolan étant revenu
avec fes troupes, ils lui envoya-
A^o M A '
reDt une féconde ambafladepour
le fupplser encore de modérer _
fon reirentimenc , de retirer fon
armée > & de propofer ôc faire
enfutce ce qui lui paroîtroic le
plus, avantageux pour les deux
partis ; lui déclarant que les
Romains ne relâcheroient ja*
mais rien par crainte , mais
que s'il vouloic faire quelque
avantage aux Voifques , ils y
donneroient les mains après
qu'ils auroient pofé les armes.
Là-defliis C. Marcius Coriolan
dit qu'il ne leur répondoit point
comme Général des Voifques ;
mais que comme citoyen Ro-
main qu'il étoit encorç » il les
exhortoit à rabaifler un peu de
leur orgueil & à revenir le re-
trouver dans trois jours avec la
ratification du traité dont il leur
avoit expliqué les conditions
coûtes juiles & raifonn^bles ;
que s'ils en ordonnoient au-
trement » il n^y avoit plus de
fureté pour eux à revenir dans
le camp , chargés de paroles
vaines.
Le Sénat » informé de cette
réponfe par le retour des am-
bafleurs , comme (î la ville eût
été battue d'une horrible tem-
pête qui allât la fubmerger ,
jecta , comme on dit , l'ancre
facrée ; car y il ordonna que
tous les prêtres des Dieux, les
Sacrificateurs y les Sacriftains
& les Augures 9 dont la divi-
nation par le vol des oifeaux
ctoit pratiquée de toute ancien-
neté à Rome , iroient vers C.
Marcius Coriolan avec les ha-
bits & les ornemeos dont ils
MA
avoîent accoutumé d*ctre revê-
tus dans leurs cérémonies ; &
qu'ils le conjureroient de pofer
premièrement les armes » & dd
régler enfuite avec Tes citoyens
les articles de la paix des Volf*
ques.
Cr Marcius Coriolan les re«
çut.daos le camp 9 mais il n'ac-
corda rien à leurs prières , ôC
ne les traita pas plus fav^ora-*
biement ; car , il leur déclara
qu*on n'avoit qu'à accepter fes
premières propofitions ou qu'à
le préparer à la guerre.
Les Prêtres étant de retour à
Rome , les Romains réfolurenc
de fe tenir clos Se couverts
dans la ville , de défendre les
murailles & de repoufTer les en-
nemis ,_mettant toute leur efpé-
rance dans le tems & dans Itt
accidens inopinés de la fortu-
ne , puifque d'eux-mêmes ils ne
pou /oient trouver aucun remè-
de à leurs maux , & que la
ville étoit pleine de frayeur &
de trouble » Ôc n'avoic que de
fâcheux preflentimens.
Dans cette extrémité , les
Dames Romaines s'afiemblenc
chez Véturie , ou , comme l'ap-
pelle Plutarque 9 Volumnie y
mère de C. Marcius Coriolan.
Cette Dame ne fe refufa point
à fa patrie ; mais > accompagnée
de fa bel le- fi lie & de fes deux
petits-fils, elle prend le chemin
du camp des ennemis.* Ce fpec-
tacle infpira aux Voifques mê"
mes un refpedl mêlé de compaf-
lion , & les tint dans le filence»
C« Marcius Coriolan , environ-
né des principaux Officiers ic
Tarniéc
MA
V armée & dé toutes les marques
de fa dignicé > étoit a(Gs fur Ton
tribunal. Voyant .doni[: appro-
cher ces femmes I il en fut d'à»
bord furpris ; & ayant re*
connu fa tnere qui marchoit la
; première , il fit cous fes efforts
pour demeurer inflexible & in-
craitabie ; mais, trahi Se vaincu
par (on cœur , il n*ofa l'attendre
fur fon (îege ; & defcendant avec
précipitation > il alla à grands
pas au-devant d*eile, ôc fe jet*
tant à fon cou , il la tint fort
long-tems embredée ; il em-
bralta enfuite fa femme & fes
enfaas , 6c n^épargaa ni fes
larmes ni fes carefles , fe laif*
fant entraîner aux fentimens de
la nature » comme à un torrent
qu'il ne pouyoît furinonter»
Quaâd il fut ralTafîé en quel-
que forte , &. qu'il s'apperçuc
que fa mère vouloit parler , il
fit àpprocheir les Volfqui:S &
donna audience à Volumnie , qui
parla en ces termes : » A cette
S) laiigueur qui paroît fur no^*
iB rre vifage , 6c à ces lugubres
M & méchans habits que nous
» portons , tu vois alTez > mon
t» nls > fans que jbous te le di-
» (ions » dans quelle afFreufe
» défolation ton eàcil nous a
i> [ertées. Penfe préfentement
)» qu'il faut que nous foyolis le^s
» plus maiheureufes de toutes
» les femmes ) puifque ce que
» no\}$ avions de plus doux &
» de plus agréable à voir , La
j» fortune nous l'a rendu le plus
y> afiteux 6c le plus terrible , en
3» nouspréfentantàmoimûnfils,
» & à ta femme fon mari, à la
TQm. XXm^
M A i\t
» tète d*tine armée d^e^iûèmis»
» ailîégeant fa propre patrie »
33 & que ce qui efï pour les àU<^
» très une reflburcedt udeCoA*
» folation dans toutes leurs
i> difgraces , d'avoir recours
?» aux Dieux 6c de leur adref^*
» fer leurs prières , devieLftt
» pour nous un nouveau dan^«
3> ger3 puifque nous ne pouvott$
» demander en même-tems àU)C
» Dieux ta confervation & la
3> viâoire pour Rome , mai& it
» faut que mes prières renfer*^
9> menr les plus hiorribles ma*>
» lédicflions que nos eonemii
» mêmes pourroient pronoiiceif
» contre bous» Car > c'eA uild
39 péceffité que ta femme & tei
x> enfans foient privés de toi ou
» de leur patrie. JFe ne te parlô
33 point de moi ; je n'attendrai
3» pas que la fortune ennectiU
33 décide de cette guerre» Si jô
J3 he puis te perfuader de faire
9d fuccéder l^union & la paix à
» ces défordres , & de devenir
.33 plutôt le bienfaiteur des deujt
33 partis y que le fléaii de Tuà
» ou de l'autre • penfe , mpù
p fils> & prépare- toi à n^âp»
» procher des murs de Rome
30 qu'en pa0ant fur le corps nioa-
,9 rant de celle qui t'a mis au
33 mobdekCar, me conferVeraU
» je pour voir le jour que moil
» fils triomphera de Rome » 0^
33 que Rome triomphera dé
33 mon fils ? Si je te conjurqii
39 de fau ver ta patrie en perdant
.33 les Volfques , le parti feroit
33 difficile a prendre pour toi |
33 car , il n'e pas honnête dâ
» ruiner fes citoyens , il ne TeA
3» pas son plus d« trahir fes
» amis ; itiaîs , que te deman-
i> dons- nous 9 mon £ls , que la
y> délivrance de nos maux ? Dé-
a» livrancé aufli heureufe pour
y> les uns que pour les autres >
3> ôc beaucoup plus gloriebfe
:x> pour les VolfqueSique pour les
30 Romains , en ce qu'il paroîtra
30 que la vidloire les a mis en
9> état de nous accorder les
i> plus grands de tous les bieni,
30 Tamicié ôc la paix dont ils
» jouiront eux-mêmes* Si nous i
!» obtenons ces biens , tu en fe«
» X^s le principal , ou plutôt le
Tt ftul auteur ; ôc fi nous ne les
é> ODtenons pas , tu auras à fou*
In tenir les reproches des Ro-
30 mains 6c des Volfques» Car ,
» cette guerre 9 dont TifFue eft
:p incertaine 9 a cela de certain,
f» que vainqueur tu feras ex-
7> termînateur de ta patrie >
30 & vaincu tu paieras pour
i> avoir précipité, par les mou-
» vemens d'une colère impla«
30 cable , tts amis & tes bienfai-
» teurs dans les calamités les
39 plus horribles* <c
C.MarciusCoriolan écoutoic
ce difcours fans répondre une
feule parole ; ôc quand elle etit
ceffé de parler, il demeura long-
tems dans un profond iilencô*
Volumnie voyant cela: »Pour-
v> quoi te taire 9 mon fils 9 con-
» tinua-t-elle. Eft-ce qu'il eft
3» beau d*açcorder tout à fon
» reflentîment 9 6c qu'il eft hon-
3> teux d'accorder quelque cho-
30 f e à une mère qui ne te fait
3> que de ces fortes de prières ?
» Où eft-ce qu il eft d'un gtaod
M A ^
te homme de fe fouvenîr des
n maux qu'on lui a faits 9 6c
» qu'il n'cft ni d*un homme de
30 bien 9 ni d*un grand- homme
» d'honorer ou de reconnoître
M les grands biens qu'il a reçu§
» de fon père 6c de fa me-
» re ? Cependant , perfonne au
n monde n'eft fi obligé que toi à
3> la reconnoiffance 9 puîfque tu
» pourfois û atrocement Tid-
y> gratitude ; mais bien plus f
» tu t'es déjà affei vengé de ta
30 patrie , 6c tu n*as encore rien
10 fait pour ta mère. Il étoic
y> pourtant de la piété 6c de la
D juftice que , même fans au-
XI cune oècefiité , j'obtinfte de
3> toi par mes prières des cho«
» fes & raifoonables 6c fi équi«
30 tables. Si je ne puis te fié*
n chir 9 à quoi bon ménagerois-
30 je encore la dernière efpé«
so rance t a
En finifiant ces mots ^ ^He fe
jette à fes pieds avec fa femme
6c fes enfàns. C« Marcius Co-
riolan fe mit à crier : Que faites^
vous 9 ma mert ^ Et la relevant
6c lui ferrant la main : Fous ave^
vaincu ^ lui dit-il9 6* voire vie»
toire eft aujjt heureufe pour votte
patrie y^ que funefte pour moi, Jt
nCen vais 9 vaincu par vous feule ^
Après leur avoir parlé quelque
tems en particulier , il «les rett^
voya à Rome à leur prière 9 6c
le lendemain au po^nt du iour
il décampa 6c emmena \ts Volf«
ques 9 qui n'avoient pas tous \t^
mêmes fentimens fur ce qui ve*
noit de fe pafTer ; car 9 les uni
le blâmoient lui 6c fon adion ;
les autres qui écoient bien aifts
MA
4é U paix » he blâiHoîéhr tii VûÛ
hi l'autre; il y en avoit qui y
<|uoique bien fâchés dt voir U
guerre fi heufeufement fernii*
liée , difoient hautement que C»
Marcius Coriolan n*avoit pas
fait i'aélion d*un rtléchant hom-
me « de qu'il étoit pardonnable,
fi âéchi par des objets (i ton-
chans , il avoit cédé à une né"
teifité fi puifianre. Mais^ ils le
fuivif ent cous , moins par obéi(-
fancë queparrefpeÀ.
C. Marcius Coriolan , étant
Jretourbé à Abtîumairec l'armée,
TuUus Âttius qui le haïfToit fie
qui he pouvoit Ife fouârîr à
caufe de ta craihte qu'il avoit
de Ton autorité» réfolut de lé
perdre » de peur que, s*il l6
laiOToit échapper » il ne trouvât
plus une occafion fi favorable*
Âyaiit dotic apode beaucoup de
gens contre lui , il lui fit coni*
mandement de dépdfer fa char^
ke y de de rendre cainpte aii x
Volfques de foh adiiiiniftratiott*
C. Marcius Coriolah , qui
voyoit le danger qu'il y avoit
pour lui à devenir homme pri-
vé ^ pendant que TulluS^ Attius
demeureroit Capitaine gériéfal^
& auroit tout crédit parmi les
Volfques> répondit qu^ayant
pris. fa charge pat Tordre det
Volfques 9 il la quitteroit aulfi
^ar leur ordre quand ils le lui
fignîfieroient ; mais que , fans
attendre cela , il étoit prêt fur
l'heute même à rendre compte
de fa conduite à ceciàt des Ân^
tiites qui voudroient l'enten-
dre.
la'aflfpiblée étant i^Hkt foii,
MA ^ i4t
meéf les orateurs, qniétoient
préparés , fe levèrent & irrite^
rent le peuple. Quand ils eti^
rént tout dit » C; Marcius Cd&
riolan fe leva. Le grand reipeâ
qu'on avoit -pottr lui calma lé
bruit ; le filencédu peuple Itiî fie
connoître qu'il pouvoit parlef
fans rien craindre* Les plusgftili
de bien , ravis de la paix qui
avoit été conciue , témoigné*»
Éent zffez par leur contenante
qu'ils l'écouteroient favorabllîa
nient de ne lui ferotent aueutlé
injuiiice* Tulius Attius craignit
donc qu'il ne fe juftifiâc ; car ^
outre qu^il étoit homme très*
éloquent , fes premiers exploité
âvoieht excité plus de recôn^
tioiflancé que la dernière aâtoA
n'avoit attiré de blâme , oil
plutôt le crime donc il étoit ac«
cufé étoit uâ téthoignage aùtheii»
tique de la grandeur de l^ablis
gation qu'on lui avoit. Cair |
jamais les Volfquesne fis fetoieiil
plaints, dé n'avoir pas ptis Aa^
me , s'ils ne s'étoient vus fur la
point dé s'en rendre les maîtres
par la feule valeur de C. Mar-^
cius Coriolan* CVft poutquoi ^
TulluS Atiius vit bien qu'il hè
falloir pins diâPérer ni s'aniufef
à gagner 16 peuple ; & les piui
âiudacieux des conjurés sVtatit
liris à ctier. qu'il ne falloit ni
écouter ^ ni foufFrîr qu'un trattré
dominât les Volfques » 6c refa*^
iât d« fe démettre de fa -cha^éi'
ils fe jetcerent en foule fur lui flé
le tuèrent , fans que perfonne fé
-tnU en devoir de le fecourit. H
parut pourtant bien par la fuite
4ue la plus grande partie dt lé
Qii
•^ •••
2^ MA
nation Q*avoîr pas confenti à ce
meurtre ; car , dès que la nou-
velle en fut répandue , de toutes
les villes il accourut des gens
pour honorer fe» funérailles. Ils
le revêtirent de fes habits de
Général , Remirent fon corps fur
un lit magnifique ^ qui fut porté
fur les épaules de jeunes Offi-
ciers les plus connus par leurs
grandes a?élions. On fit mar-
cher devant lui les dépouilles
qu'il avoit prifes aux ennemis i
les couronnes qu*il avoit ga-
gnées, ^ les plans des villes
^u'il avoît jprifes. On le mit en
cet état fur le bûcher ^ 6c on
égorgea plufîeursvKftimes; Après
que le bûcher fut confumé , on
ramaâa fes cendres , on les en-
terra dans le même lieu 9 & on
lui éleva ua tombeau magnifi-
que.
Les Romains^felonPlutarque»
ayant appris la mort de C. Mar«
Cius Corioian » ne firent rien
qui tendît à honorer fa mémoi*
re 9 ni qui marquât non plus
qu'ils confervoient encore quel-
que reiTentiment contre lui. Us
accordèrent feulement , aux ïnù
lantes prières . des Dames y la
permifBon d'en porter le deuil
pendant dix mois / comme d'uà
pore s ci'un fils & d'un frère ;
car c'étoirle deuil le plus long
que Numa Ptimpilius eût infti^
tué. Denys d'Halicarnafle écrit
que les Romains regardèrent
cette 'mort comme une calamité
publique, & qu'ils le pleure-
Tent en public & en particu-
lier.
Au refte , C Marcius Coriq-
M A
fan fut tué la féconde année de
la LXXlIl*. Olympiade, l'an de
Rome 266 y huit ans après fa
première campagne. U mourut
donc à la fleur de fon âge 9 s'il
efl vrai qu'il ait fait cette pre-
mière campagne fort jeune y
comme Plutarque l'a remarqué»
Cela peut fouâfrir des contradic- '
tions affez bien fondées ; &c*eft
ce qui nous fait foupçonner que
Denys d'Halicarnailë &.Tite-
Live n'ont pas eu des mémoirea
fort exadls fur le eems de la
naifTance de C. Marcius Corio^^»
lan , & fur les premières aâions
de fa vie. Ce qui nous confirme
dans cette penfée , c'eil que
Fabius 9 beaucoup plus ancien
que ces Hiiloriens , avoit écrit»
comme le rapporte Tite-Live ,
qu'à la fin de fon âge il avoit
coutume de dire que. l'exil étoit
toujours fâcheux 9 mais encore
beaucoup plus fâcheux pour ua
vieillard que pour un autre hom*
me;
Réflc:6ions fur les bonnes ^mau^
vaifes qualités de C» Marcius
Corioian.
On voit C. Marcius Coriolao^
avec d'excellenies qualités, ter-
miner fa vie d'une manière bien
trifte. Il eft peu de Romains qui
aient eu plus de mérite que lui.
Il fut au-deflus des plaifirs qui
dotbipent la jeunefie. Il aima la
juilfce 9 non par la néceffité
qu'impofent les loix 9 ou par la
crainte des châtimens f mais par
inclination ÔC par un heur%uc
penchant avec lequel il fem-
bloitêtre né. Il ne. con»toit pas
MA
rinnocence pour une vertu V
cane il repcoic d'horreur pour le
vice,& tant il a voit de zèle
pour en infpirer aux autres de
réioignement. Jamais fils n'eut
plus derefpeâ ni de complai-
fance pour fa mère. Étant de-r
ven,u orphelin par la mort de
fon pcre , il fe crut redevable
à l'égard de Véturie > de U
mefure de tendreffe & de ref*
peâ. qu'il auroit due a fon père
s'il eût vécu. 11 fut libéral &
magnifique > & jamais il ne
laiâa languir fes amis dans l'in-
digence* Il eut un talent mer-
veilleux âc incomparable pour
la guerre » & fans les obftacies
qu'il trouva de la part des fédi-
tieux , Tempire Romain , fous, fa
conduite | eût pris de grands
accroiifemens.
. Un défaut dominant , qu*U
n'eut pas foin de corriger dan$
fa jeuneûe 4 lui fit perdre le
fruit & le mérite de tant dn
belles qualités* Il manquoit de
douceur & de condefcendance»
Il n'avoit point ces airs gracieux^
ces manières engageantes, qui
préviennent & qui gagnent les
ct£ur$. Il étoit d'un naturel dur,
& difficile, à revenir quand en
l'avpic choqué. Incapable de
modération dans fe$ reûenti-
mens » il portoit fa colère ausQ
plusfâcheufes e3(trêmité$»En un
mot, il n^ connpiflbit point ces'
ménagemens , Se cette fage fie*
xibilité , qui fe plie au befoin
des afFaires» dc.à la diverfué des
caraôères de ceux avec qui l'on
a à traiter* Toujours chasrin àc
V^traitable , il faifpic efi^ier fa
M A i45
mativaife humeur fans diftinc*
tion Se fans égard pour perfonne»
Rien ne lui fit plus.de tort dans
fes campagnes , qu'un génie &
peu convenable àl^fociété. Sa
rigueur<«outrée à maintenir les
loix Ôe la difcipline fajps admet?
tre jamais de tempérament »
(on attachement trop . littéral à
Ce qu'il croy oit. équitable , ÔC
une roideur .inil<i?iible dans ce
qui lui avoit uqe fois para 1^
meilleur parti.,., costribuerenc
plus que tout le reile à aigrir les
efprits , & à les éloigner de lui*
Que. les jeunes $eigneurS)ap«
prennent de cet exemple com*
bien il eft importantjje vaincre
& de dompter ce que l'on ap-
pelle humeur ; car , ce fut-là
te vice* dominant de C«. Marcius
Cpriolan^ .
.Ce yice dominant le condut*
fit par des degrés impercepti-
bles à celui de tous les excès
qui efl le plus horrible.» &c qui
9 de plus funeAes fuites ; ce fut
de porter les armes contre fa
E^trie. Les autres crimes font
ornés dans leurs effets , & ne
fe. font fentir fou vent qu'à une
feule perfonne » ou tout au plus
qu'à un petit nombre* Celui-ci »
étouffant dans le cœur la ten-
drefle naturelle pour leJieu qui
nous a donné la naifiànce » porte
la fureur contre toute une ville
Q( tout un pais , 6c entraîne après
foi les ravages , les incendies ,
les meurtres , les violemens Se
lesjplus affreux facrileges. Voilà
ce que préparoit C. Marcius
Cotiolanà fa pétrie.* Il eft vrai
qu'elle Tavoit maltraité indigae-;
Qui
«4^ MA
Ifienç, eif jpsyftnt pat iVxil les
iniportans 1er vices qu^il lui avoif
fendue Mats , ignoroit^il qu'il
ç^ eit de la patrie , comme des
libres & des me^es , doDf les
f nfans doivent fouâirir avec pa*
fience les plus mauvais traire*
IP^ns, ôc qu'il' ne peut jamais j
ivoîr une jufie çaafe de prea«>
^re les firmes contre elle? Il
^(ok du nombre de çttu donc
parle Cicéron» qui fe croient
obligés Se qui font prêts à fa^ri-
^er leurs biens 8t leur vie mé-^
|Ke pouï' la patrie , mais qui ne
ypudroient pas pour elle fouf-
fAr le moindre afiront , ni la
plus légère atteioce , doatiée à
leur réputation. Paufle délica-
fefTe ! Amour mal entendu de la
|;loir e ! «Les plus grands hommes
^e penfent pas ainii. L'hiiloir«
Romaine nous en fournit plu-
Heurs exemples.
MARCIUS iG.^yC, Mof^
4ÎUS y I .hAu^mç , (a) étoit Tri-'
bun du peuple , l'an de Rome
j6j , & avant Jefu>-Chrift 387^
Il 9ppeltit en jugement Q. Fa-*'
bius , fur ce qu'ayant été en^
voyé vers les Gaulois en qua-*
Jité d'Amba0adeur , il s'étoir
nis à la tête des Clufîens con-^
tre le droit des gens. Il fut fouf^
irait à • ce jugement par utfe'
mort qui furvint ii à propos ,
qu'on la crut volontaire.
MARCIUS [C.]RUTILUS,
€. Marcius Rutilus , {b ) fut
créé Conful avec Cn. Manlius>
)^an de Rome 398 r & 354 avant
MA
Jeftrs-Chrift. Ayant conduit une
armée contre \t% Privernates %
il enrichit les foldats dans uà
paî's qui depuis long-tems n'a^
voit point reâenti les malheurt
de la guerre ; ôc il ufa enveri
eux d'une telle générofité 9 qu'il
fie retint pas pour le tréfor pu*
blic la moindre partie d'un bu-«
tin fi abondant. Comme il vif
que les Privernates s'étoieat re«
tranchés dans leur camp » ayant
derrière eux leun murailles :
3» Si vous me promettez 9 'dit'4i
n à fes foldats > apr^s les avoif
» aflemblés , que vous combat-*
3p trez avec courage y êc que
3B fur le champ de bataille vous
» fo ngerez moins au butin qu'a
I» la viâoire > dès à préfent j^
^ vous donne tgutes les richeffet
30 qui fe trouveront dans 1«
i> camp & dans la ville de vos en<?
j» nemîs. » Animés par des efpé-
tances fi ilatteufes , ils delnan^
dent le fîgnal avec de grandsi
cris i 8c vont au combat avec
autant de confiance que de fier-e
lé* Au premier choc > ayant mtf
Ie$ Privernates en fuite , i^s les
pourfuivirént jufqu^au pied de
leurs murailles ; 8ç ils fe difpd-^
foientà y planter leurs échelles^
h>rfque la ville ft rendit. C«
Mar cius Rutilus triomplia des
Frivernates.
L'année ftiivante , tons lei
Tofcans foulev^s marchèrent
contre Rome fous la Conduitef
des Tarquiniens & â^ Falif«9
ques. Contre Moe ii grande muUt
(4) Tît. tîv.L. Vf.c, I. RoM. Hift. I (*) Tit. tiv. t. Vil. c. x6. & fifi
Kqi^. T, 11, (>a|. Ç^. (Roiil. mfk* R«in^ T« U. p« s^* é* >M
MA
tkudc d'ennemù oa créa diAa*
teur C. Marcius Rucilus, le
premier des PUbeiens qu'on eût
élevé. 1 ce rang; de il choific
four matcre de la cavalerie C.
iaucius , Plébéien comme lui*
Les Sénateurs y indignés ou'on
ne laiâac pas au moins la Die*
tature à leur difpofition , firent
cous leurs eflorcs pour empêcher
au*on ne fournie à C. Marcius
Lutilus , les fecours donc il
avoit befoin pour cette guerre.
Mais , le peuple n'en témoigna
que plus de ztlt pour lui ac-
corder tout ce qu'il demanda.
Étant doive parti de la ville en
bon équipage » iljetta un pont
de bateaux fur le libre ; 6c paf«
fant a vec fes troupes» tantôt d'un
côté de ce âeuve , tantôt de
l'autre > par tout où le bruit dés
ennemis TappeUpît , il en op-
prima un grand nombre, à me->
iure qu'il les trouvoit difperfés
dans la campagne pour piller.
Enfuite » ayant attaqué leur
camp« lorfqu*îls s*y attendoîenc
le moins, il le prit» fit huit mi Ile
prîfonniers, tua q\x chalTa tout
le reile de deflus les terres des
Romains , èc revint à Rome , où
Il triompha par l'ordre du peu«
pie , fans demander le confea^
tement ou employer l'autorité
du Sén;it.
C. Marcius Rutilus fut créé
de nouveau Conful avec P. Va-
lérius Publicola » Tan de Rome
403 , & avant Jefus-Chrift 349.
Ces deux Magiilrats encrepri-
rent de réconcilier les Séna-
teurs avec le peuple , en levant
H fwttl obfiacle qui s'y oppo-
M A 2^7
fo!t ; ce fiit de foulager le peu^
. pie en diminuant le fardeau de
fes dettes , de en chargeant la
République du foin de les ao-
quitter. Pour cec effet , ils fi-
rent nommercinq CommifTaires»
qui furent chargés de ce foin.
La commiffion n'étoit pas aifée
ni agréable » parce que dans ces
fortes d'affaires , on mécontente
toujours une des parties inté-
refiTées » & fouvenc coûtes les
deux. Ici Its Commiflàires fis
conduifirent avec toute la mo-
dération & la prudence poffl«
bles. Comme la plupart des dé-
biteurs tardoient de payer leuts
dettes » moins par impuiâance<-,
que par négligence éc par dé--
faut d'ordre dans leurs affairer»
l'Eut fe mit en la place des
créanciers, & ayant fait d reflet
des comptoirs dans la place »
avec de l'argent « paya les det-
tes, après avoir pris fesfûretés;
ou bien , faifant eftimer à un
prix raifonnable les fonds de
terre & les maifoas des débi-
teurs , il les adjugeoit à leurs
créanciers. Par ce moyen , fans
faire injuftice à perfonne , Ce
fans donner aucun fujet de plain*
te, un grand nombre de dettes
furent acquittées.
Comme le paiement des dettes
avoit caufé bcauconp^de chan-*
gemens dans les fortunes des
particuliers, âc que bien des
terres & des maUons avoîenc
paflé à de nouveaux maîrres «
on jugea qu'il étort nécelTaire de
faire le dénombrement. L'aif^m-
blée étant indiquée pour l'élec-
:tion des Cenfeurs , G. Marcius
^4^ M A
Rutilus fe préfesta parmi ceux
•<|ui demandoienc cette charge.
Mais , il renouvella la difcorde
-entre les deox ordres. Il paroif-
•foit qu'il avoitinal pris fontems;
£c les Coofuls, qui étoient tous
deux Patriciens , déclarèrent
qu'ils n^auToient point d'égard
.li fa demande. Mais, il obtint
^étte charge par fa confiance
.«idée des Tribuns ; outre qu*il
D^ avoir point de dignité fi
imminente , donc C. Marcius
.Rutilus ne fût digne par lui-
-même, & que le peuple vouloir
-fe frayer le chemin de la Cen-
fure par le mérite du même eu
jtoyen, qui lui avoir déjà ouvert
^elui de la Diélature. Âinii ,
C« Marcius Rutilus fut nommé
^Cenfeur avec Cn. Manlius.
11 fut élevé au Confulat pour
.la troifîeme fois , Tan de Rome
.411 9 & 341 avant Jefus-Chrift.
, On lui donna pour Collègue T.
Manlius Torquatus. Deux ans
nprès, il y fut encore élevé avec
Q* Servilius. Les délices deCa-
poue f pernicieufes à la difci-
pline militaire» avoient amolli
le courage des foldats ; & étouf-
fant en eux le fouvenir de leur
. patrie > & l'affeélion qu'on a
Daturellement pour elle» leur
Suggérèrent le deflein d'ôter
• cette v^lle aux Campaniens^
.parle même crime qu'ils avoient
. autrefois commis eux-mêmes en
' égorgeant fes premiers habitans,
pour fe mettre en leur place.
C« Marcius Rutilus « à qui la
. Campanie étoit échue pour pro-
vince f fut informé de cette
conjuration ^ ^uei^ue foin qu'où
MA
tût prU de la tenir fècrete.
Après en avoir appris toutes les
circonûances de la bouche des
Tribuns , il crut que le meilleur
étoit d'éluder de ralentir peu à
■ peu la première fougue des fol-
dats , en leur laiuant efpérer
qu'ils Texécuteroient toujours
quand ils voudroient. Pour cet
effet > il Ht répandre parmi eux
le bruit , que i'année fuivante
ils pafleroient l'hiver en garni-
fon dans les mêmes poftes oii ils
avoient été placés pendant celle-
ci. Car , on les avoit diitribués
■dans différentes villes de la
Campanie , & c'étoie de Capoue^
où la conjuration avoit com-
mencé , qu'elle s*étoit communi-
quée à tout le refte de l'armée.
Ce fage tempérament que prie
le Conful , calma pour le pré-
fent les efprits , & empêcha la
fédition d'éclater.
Quand il eut mis Tes troupes
.en campagne f voyant que les
Samnites fe tenoient en repos , il
réfolut de délivrer Tarmée des
foldats inquiets qui la portoienc
à la révolte. Il exécura ce def-
fein , en renvoyant les uns ,
parce qu'ils avoient fait leur
rems, d'autres à caufe de leur
•vieilleiTe > ou de leur infirmité*
.De plus , il donna d^abord à
quelques particuliers , puis à
des compagnies entières 9 des
congés , pour aller vaquer à
leurs affaires y dont ils avoient
été trop long'tems éloignés. Il
en écarta encore un grand nom-
bre fous prétexte de quelques
expéditions militaires. D'un au-
crç . côté , Coq Collègue Si It
MA
Préteur de Rome , de concert
avec lui , retenoient ces fortes
de gens dans la viile,tantôt pour
une raifon , tantôt pour une au-
tre. D'abdrd , les foldats ne
s*appercevant pas des artifices
dont on ufoit pour faire échouer
leur entreprife , retournoîent
avec joie dans leurs maîfons.
-Mais , quand ils virent qu'on
-ne renvoyoît point à Parmée
ceux qui en étoient partis les
premiers» & qu'ob éioignoit
précifément ceux qui avoient
.hiverné dans la Campanie , &
fur tout les auteurs de la fédi-
tioDy ils demeurèrent interdits
& étonnés ; puis ils furent faifîs
d'une véritable crainte , ne dou-
tant point que leur conjuration
■n*eût été découverte , ôc que
bientôt on ne les appellât en
{ugement ; ôc qu'après les avoir
convaincus , on ne les fît périr
les uns après les autres , en les
iacriiîant à la cruauté tyranni-
Îue des Confulsôc des Sénateurs.
)eux qui étoient reilés dans le
camp, faifoient fecrétement en-
tr'eux ces triftes réflexions ^
reconnoi0ant que le Conful
avoit habilement éloigné les
.auteurs de la confpiratîon , Se
.ceux qui étoient en état de la
faire réulGr. Cette affaire eut
des fuites aflez confidér.ables ,
.qu'il feroit trop Idng de rap-
porter ici ; mais > ta rébellion
fut enfin appaifée.
M ARCIUS [C] , C. Marciusy
r« M«/»c<oç > {a) étant tribun du
M A ^49
peuple, l'an de Rome 443,
& 309 avant Jefus-Chrift, fie
porter , de concert avec L.
Atilius fon collègue, une loi,
en vertu de laquelle le peuple >
de vingt-quatre Tribuns militai-
res qu'on nommoit en ce tems-là»
en choifiroit feize à l'avenir.
M ARCIUS [ C. ] RUTI-
LIUS , C, Marcius Rutilas , {b)
fut créé Conful avec Q. Fa-
bius y l'an de Rome 444 9 &
308 avant Jefus-Chrift. Ayant
conduit fon armée dans le Sam-
nium , il prit de force Allifes »
ôc attaqua pluiieurs autres for-
terefles ou petites places , dont
il rafa celles qui firent réfîftan-
ce , de mit fous la puifTance du
peuple Romain celles qui fe
rendirent de bon gré* Quel-
que tems après , les Samnices
ayant aflemblé tout ce qu'ils
purent d'armes ôc de foldats,
. marchent contre C. Marcius
Rutihis. Mais , ce Général étant
venu au devant d'eux , les deux
armées fe livrèrent un fanglanc
combat ; & quoique le carna-
ge eût été à peu près égal ,
& que la vîftoire pût être dif-
putée , cependant la perte de
plufîeurs Chevaliers, de quel-
ques Tribuns militaires 6c d'un
Lieutenant, & ce qui fît encore
plus d'éclat, la bleffure du Con-
ful , donnèrent aux Samnites
l'honneur de cette journée.
Huit ans après, C. Marcius
Rutilus fut créé Pontife , & de-
puis Cenfeur avec P. Cornélius
U) Xltt tiv. L. IX, c 30^
1
(h) Tit Liv, L, IX, Q^lif 38. I.,X;
C.9a47'
±^ô M A
Arvina. En fermant le laftre^
Tan de Rome 459 & 293 avant
Jefus-Chrsft , nos deux Cenfeurs
trouvèrent que le nombre des
citoyens montoit à deux cens
foixanre-deux mille trois cens
vingt- deux.
MARCIUS [Q.]TRÉMU.
LUS , Q. Marcius Tremulus y
(a) fut élevé au Confulat avec
P. Cornélius Arvina, l'an de
Rome 447 , & 305 avant Je-
fus-Chriit. Pendant que P.
Cornélius Arvina marcha con*
tre les Samnices , Q. Marcius
Tremulus conduifit fon armée
m
contre les Herniques , à qui le
peuple avoit déjà ordonné qu'on
Ht la guerre. D'abord » les en-
nemis avoient fi exadlement fer«
mé tous les chemins qui étoient
entre les deux camps , qu'il n'é-
toit pas poiCble au courier le
plus alerte ôc le plus adroit y de
porter des nouvelles d'une ar-^
ntée à Tautre, & que les deux'
Confuls paflerent plufieurs jours
dans une grande inquiétude ^
Tune & l'autre ignorant abfo*
lument ce qui fe paflbit dans la
Province de fon Collègue. Cet-
te allarroe pafTa jufqu'à Rome,
& obligea le Sénat d'enrôler
toute la jeunefle, & d'en com»
pofer deux armées , pour s'en
fervir dans les befoins preflans*
Mais , dans le refte de la cam-
pagne, les Herniques ne fou-
tinrent ni la vigueur avec la-
quelle ils avoient commencé
cette guerre, ni la réputation
qu'ils avoient autrefois acquife
MA
par les armes. Ils ne firent rietl
qui mérite feulement que Toii
en parle. En très-peu de )ours^
les Romains prirent trois fois
leur camp ; de forte qu'Us furent
obligés de demander au ConfuI
une trêve de trente fours , qu'il
leur accorda , afin qu'ils eufienc
le tems d'envoyer des Ambaf«-
fadeurs à Rome ; mais , à con-
dition qu'en attendant ils paye*»
roient & nourriroient fes fol«
dats pendant deux mois , 8c four-
niroient à chacun d'eux und
tunique. Le Sénat envoya ces
Ambaiïadeurs au confuI Q. Mar-
cius Tremulus avec pouvoir
de les traiter comme il le ju-
geroit à propos ; & ce Général
les reçut fous la puiflance dc
fous la proteâioa des Ror
mains.
Il fe hâta enfutte d'aller au
fecours de fon Collègue , &C
força les Samnites de tenter le
combat qu'ils avoient évité juf*-
qu'alors. Les efforts de fes loi*
dats ne contribuèrent pas pea
à faire prendre la fuite aux en-
nemis. De retour à Rome » Q.
Marcius Tremulus triompha des
Herniques. On ajouta à cet
honneur celui d'une ftatue équeCi
tre, qui fut élevée dans la pla-
ce publique devant le temple do
Caftor.
Il fut élevé une féconde foîs
au Confulat avec le même P.
Cornélius Arvina, l'an de Ro-
me 464 de 288 avant J. C.
MARCIUS [C] , C. Mm^i
U) Tit. Ut. L. IX, ç. 4» , 43. Roll, Hift. Rom, T, 11. p. jQi, $7^
MA
dus , r. M^Viuo; • {$) Vm de»
cinq Augures qui furent ôr^s da
corps du peuple» Tan de Rome
45^ f & 30P avant J. C«
MARCIUS ( Q. ] PHILIP.
PUS . <^. Marcîus Philippus , {h)
fut crée ConfuI , avec L. Émî-
lîut Barbula» Tan de Rome
47' > & aSi avant J, C,
MARaUS [C] RUTILUS.
C, Marclus Rutîlus , (c) fut
nommé deux fois Cenfeur. La
féconde fois qu'il le fut nommé ,
il aflembla auStôt le peuple ,
& lui fît de vifs reproches de ce
qu'il ï'avoit nommé Cenfeur
pour une féconde fois, après
Sue leurs pères avoient abrégé
e plus des deux tiers U durée
de cette charge » parce que
Tautorité en étoit trop grande.
La modération qu'il montra
en cette occafion où il s'agif-
foit de la Cenfure > lui fit don-
ner le furnom de Cenforinqs«
On fit un règlement qui défen-
doit de conférer deux fois à
une même perfonne la charge
de Cenleur,
MARCIUS, Marciiif, (J)
MaVxMÇ 9 fameux devin dont
les Prophéties donnèrent de
l-inauiétude à la multitude fu-
Îerititieufe , l'an de Rome 540 «
: 213. avant Jefus-Chrift. L'an-
aée précédente , le Sénat ayant
ordonné qu'on Rc la recherche
de ces fortes de livres» les
OBuvrês de Marcius étaient
lombées entre les mains de M»
• M A ^5^
Atilius , Préteur de la ville 9
qu'on a voit chargé de cetto
affaire; & fur le champ , il les
avoit remifes au nouveau pré*^
teur P* Cornélius Sulla* De
deux prédiAions qu'il avoi^
faites , l'une » que l'événement
^voit déjà connrmée , donnoic
du poids 8c de l'autorité à l'au-
tre 1 dont on attendoit encore
i'iifue. Par la première y la dé-
faite de Cannes ayoit été pré-
dite de annoncée en ces termes :
Defcendant d^s Troyens , éviu
la rivieude Cannes ^ & prends gar^
de qi^e d^ étrangers ne tobli^eaê
de combattre dans la plaine de
Diomedi* Mais , tu n*aJ9Ut€r44
point foi à mes aviSf que tu nafes
couvert eette campagne de tonfangm
Et ce fleuve portera , de la terre
fertile i dans la vtrte mer^plufieure
milliers de cadavres des tiens qui
feront de/nturés fur la place. Ta
chair firwa de pâture auxpoiffons^
anxo^eaux & aux bêtes fauvages
4e ces comriesm Ce font desfecrete
que Jupiter m* a révéler* Ceux, qui
avoient fait la guerre de ce côtér
là I coQnQifloient les plaines de
Diomede Se la rivière de Can-
nes « comme la défaite même*
Ce fut don^ alors que l'on
fit le<!lure de la féconde Pro-*
phétie > beaucoup plus obfcure
que U première, non^feulemenr
par la raifon que l'avenir eft
plus incertain que le pafle , maie-
encore plus embarraÔTée par les '
termes dans lefquels elle étoic
exprimée* Cette Prophétie con*
U) Tit, LW. t. X, c. 9« • I fO ftoll« Hift. Rpm. T. II. p. 448,
\è) HoU. HiSt. fÇom. Xom. U. c. 388 J i4} Tû. Uv. L. XXV. c. la.
iÇ2 M A *
tenost des menaces d*ttn grand
malheur exprimé en termes
ambigus 4 & quelques moyens
de Téviter. Ces moyens étoienc
d'inilicuer des jeux en l'honneur
d*Apollon f de lui facrifier cous
-les ans en la manière des Grecs»
& de tirer du peuple , pour cet
effetycertaine fomme d'argent.On
trouva à propos de prendre un
jour entier pour examiner tou-
tes lès paroles de la prétendue
Prophétie , &c le lendemain les
jeux 4'Apoiion, la manière de
lui facrifier , & la taxe fur le
peuple, furent établis par un
arrêt du Sénat, dreffé de point
en point , fur ce qui étoit por-
té par la Prophétie de Mar-
cius f de la meilleure manière
qu'on avoit pu Tentendre. Voi-
là l'origine & la première
caufe de Tinflitution des jeux
que les Romains confacrerent
en l'honneur d'Apollom Le li-
vre de Marcius fut depuis ce
tems-là gardé foigneufemenc
avec les autres livres publics Sc
facrés»
MARCIUS [L.] , L. Mareius,
A. MtPKtoç , (a) fils de Septi*
nus , fimple chevalier Romain »
snais dont le courage & Tefprit
étoient beaucoup au deflus de
la condition dans laquelle il
étoit né. Il avoit fortifié ôc per-
feâionné un naturel déjà excel-
lent de lui-même» par les inf-
tru(flions Se les exemples de Cn.
Scipion , fous qui il avoit ap-
pris pendant tant d'années tout
MA
ce qui regarde le métier de b
guerre.
Après la défaite & la déroute
des armées Romaines en £fpa-
gne» Tan de Rome 540, de 212
avant Jefus-Chriil » il ramaflk
tous les foldats que la fuite àvoic
difperfés;dc y ayant joint tout
ce qu'il put tirer des garnirons »
il en forma un corps d*armée
âffez confidérable, avec lequel il
alla trouver T. Fonteius , lieu-
tenant de P. Scipion. Mais »
les foldats , alors campés en de-
çà de rHebre, dans en un droit
où ils s'étoient retranchés , jur
gèrent le mérite & l'autorité da
chevalier Romain tellement fu-
périeurs à ceux du Lieutenant»
qu'ayant été décidé qu*on tien-
droit une aifemblée militaire »
pour nommer celui qui com-
manderoit Parmée ^ ilschoifîrenc
L. Marcius , d^un confentement
unanime , quittant leurs poiles
les uns après les autres , afin de
donner leurs fu£frages > fans
cefiTer de garder leurs Hgnes.
Le peu de tems qui leur refta
avant Tarrivée des ennemis»
fut employé à fortifier leur
camp, & à y faire venir des
provifions 9 les foldats exécu-
tant tous les ordres qui leur
étoient donnes non * feulemenc
avec beaucoup de zèle & de
diligence » mais encore avec
beaucoup de courage & d'in*
trépidité. Mais , quand ils ap-
prirent qu'Afdrubal y fils de
GifgoB , avoit paiTé THébre , &
<r) Tit. LW. L. XXV. c. ty. é- fii. t, XXVh Ç. t> 10» L, XXVÛl.' c ^
^/fjf. Cicer. pco L, Çoin* fiaib. c« »7«
MA
8c qu*il s*approchoic dans le
deifein d'exterminer ce qui ref-
Cojt de Romains ; & qu'ils vi-
rent le fignal du combat donné
par le nouveau chef qu'ils ve-
noienc de nommer ; alors , fe
fouvenant des Généraux qui les
avoienr commandés auparavant »
& fous les a^pices de par les or-
dres defquels des armées nom*
breufesavoient coutume de mar-
cher contre les ennemis» ils remi-
rent tous à. pleurer, les uns té
frappant la tête » & levant les
tnains vers les Dieux , qu'ils
accufoient de leur malheur » les
autres fe couchant par terre » de
invoquant le nom des Scipions,
pour lequel ils avoient une fin-
guliere vénération. Il n'étoit
pas poflible de tarir leurs larmes»
ni d'appaifer leurs cris. Les
Centurions tâchoient en vain
de les confoler; & L* Marcxus
'lui-même avoit beau leur faire
des remontrances mêlées de
douceur & de fé vérité , en leur
demandant pourquoi ils s'aban-
donnoient ainC à la douleur , en
pleurant comme des femmes »
i)iutôt que de fonger à fe dér
èndre dc la République avec
eux , & à tirer vengeance de la
mort de ces Généraux qu'ils
avoient tant aimés. Ils étoient
dans ces difpofitions , lorfque
tout d'un coup ils entendirent
le fon destrompettes , &les cris
des ennemis , qui étoient fur te
point de les attaquer dans leurs
retranchemens.
Alors , pafTant dans le mo-
ment de la douleur à l'indigna-
tion 9 & comme craniportés de
M A a;s
fureur & de rage» ils courent
aux portes, de fe jettent fur
les Carthaginois » qui s'avao«-
Çoient avec beaucoup de mé-
pris de de fécurité. Une réfîftan*
ce fi imprévue jetta la frajeut
dans leurs efprits. Ils fe demaa*
doient les uns aux autres avec
furprife, où les Romains a voient
pu trouver tout d'un coup tant
de foldats » après la défaîte^de
leur armée \ Qui pouvoir avoir
rendu tant de confiance de d'au*
dace à des gens qui avoient été
défaits de mis en déroute fi pea
de jours auparavant ? Quel Gé-
nérai avoit pu remplacer fi-tôt
les deux Scipions ^ tués fur le
champ de bataille ? Enfin , qui
leur avoit donné le fignal du
combat» de qui commandoit dans
leur camp ? Pendant qu'ils fai-
foient ces réflexions fur une ré-
volution fi inopinée « les Ro«
mains « fans leur donner le
tems de fe reconnoicre « les char-
gèrent avec tant de furie » que
d'abord ils commencèrent à lâ-
cher pied 9 remplis de érainte
de d'étonnement » de un moment
après à prendre ouvertement
la fuite. Les Romains , qui les
pourfuivoient avec beaucoup
de chaleur , auroient pu ea
faire un grand carnage. Mais,
comme ils étoient expofés eux-
mêmes à quelques revers fî-
cheux » fi les Carthaginois re-*
prenoient courage» L. Marcius
fit promptement fonner la re-^
traite. Et comme ils étoient
animés par le premier fuccès ^
& qu'ils ne refpiroient que le
fang & le carnage i il eut aflex
âj4 .MA
de peine à les ramenef dans
leur camp » ayant été obligé luî-
méme d'arrêter ceux qui por-
toienc les drapeaux , & d'eii
faiiîr quelques-uns des plus mu-
tins 9 qui refufoient d*obéir«
Les Carthaginois , qui avoient
d'abofd été chalfês des lignes de
leurs ennemis »& repouiïes affee
loin &c avec beaucoup de vi-
gueur « s^étaat apperçus que
les Romaine avoient ceffë de
les pourfuivrè , s'imaginèrent
que c'étoit la crainte qui le$
avoit arrêtés , & s'en retourne-
f ent dans leur camp à pas comp-
tés, comme des gens qui mé-
prifent leurs ennemis plus qu'ils
xie les craignent. lis uferent de
la même négligence à le garder ,
quand ils y furent rentrés. Car,
quoiqu'ils eufleilt les Romains
prefque à leurs portes , ils les
tegàrdoient toujours comme les
telles Se les débris de deux ar-
mées qu'ils avoient défaites quel-
ques jours auparavant, & ne
troyoient pas être obligés d'ob-
iêrver beaucoup de difcipline fie
de fe tenir fi fort fur leurs gar-
des. L. Marcius informé de cet-
te négligence, forma un deâTein^
qni , du premier coup d'œil ,
paroifToit plutôt téméraire que
hardi; ce fut d'aller attaquer
les Carthaginois dans leurs li-
gnes , lui qui avoit tout lieu
de craindre qu^ils ne le vinATent
forcer dans les fiennes. En ef-
fet , il jugeoît avec raîfon qti*il
hii étoit plus aifé dé fe rendre
maître du camp d'Afdrubal,
tandis qu'il étôit feul, que de
défendre le fie& contre les troî«
MA
Généraux avec les trois armées^
lorfqu'ils fe feroient une fecon*
de fois réunis. D'ailleurs, il
confidéroit que ^ fi la fortuné
lui étoit favorable , il rétabli"**
roit les affaires de la Républi-
que dans la Province j au lieU
que s'il étoit repoufie , on né
laifieroit pas de Ifpier la con^
fiance avec laquelle il auroif
été le premier attaquer des trou*
pes R fupétieures aux fiennes*
Cependant, pour empêchei^
que la furprife de fes foldats &lL
les ténèbres de la nuit ne jettaf-
fént du trouble dans i'exécutioà
d'une entreprife qui paroiffoit
tellement au deffus de fes forces^
il crut qu'il étoit à propos de les
prévenir. Les ayant donc affem*
blésj il leur parla eh ces ter^
mes :» Mes chers compagnons^
» pour peu que vous vous fou*
» veniez de la vénération fingu<*
» liere que j'ai eue pour le mé*
*> rite des Scipions , nos Gé-
» ttéraux, pendant leur vie , ô€
» que je coriferve encore après
i» leur mort , pour peu que
» vous faffiet attention à l'état
» préfeftt de votre condition ^
^ vous TOUS perfuaderez «ifé*
» meiit,quefilachargeàlaquel'^
» le TOUS m'avez élevé j eu rem*
I» lie pour moi d'honneur Si
n de diftiiiâion , d'un autre
y> côté elle eu accompagnée dd
tt beaucoup de foins de d'in^
n quiétudes. Car, dans un teiâè
n oà je ne pourrois goûter au-
3t> cune confolatioii , û lai crainte
ï> ne faifoit diverfion à ma dou-
» leur, je me trouve chargé
» de veiller à la coxUervatioii
M A
» de tous tant que vous êtes #
» ^c <Qui eft bien difficile dans
» TaiSidion i dc dans l'embar'
» ras où je fuis , de trouver
» les moyens de conferver à
3» la République les reftes ia*
» fortunés de nos deux armées »
» il ne m'eft pas poflîble de
n faire un moment de trêve à
3D la douleur qui me prefle 6c
» qui m*accable. L'image des
x> deux Scipioiis fe préfente
» jour & nuit à mes yeux ; ils
» me réveillent fou vent en fur--
» faut; il me femble qu'ils me
» parlent, & que je les entends
3> fe plaiiadre, Se m*exhorter à
» les venger ; à venger avec
» eux fa République & vos
^ compagnons, toujours vie-
» torieux dans ce païs ; à imi-
v> ter leur exemple , & à me
» conformer à leurs maximes
» 6t à la méthode de faire la
30 guerre qu'ils ont pratiquée ;
y> êc enfin , après avoir été pen*
» dant leur vie plus ponâuel
s» que perfonne à leur obéir ^
» à regarder encore après leur
» mort f £ 6c je vous prie de
x> le croire comme moi] com-
» me le meilleur parti qu'il y
I» ait à prendre , celui qu'ils
«> auroient pris eux-mêmes dans
•> les difiTérentes occafions. Ces
» deux grands hommes , qui
» viveront éternellement dans
a> l'efprit de la poftérité , par
3» le fouvenir de leurs belles
fi aâions , ne demandent pas
a» aujourd'hui que vous hono-
To riez leur mort par des plaintes
s» & par des larmes ; mais que
H fans les perdre de v^e^. vous
M A 155
» marchiez contre vos enne-*>
9 mis , comme s'ils écoient ea<*
» core à votre tête, âc qu'ils vous
9 donnaient eux-mêmes le 0^
99 gnal du combat; & aiïuré*
» ment ^ vous aviez hier leut
I» imagedevantles yeux, 6c voa
a» efprits étoîent pleins de leur
x> idée , lorfque yous fîtes con*
li noître aux Carthaginois , pat
» la valeur avec laquelle vous
» les mites en fuite, que la per*
x> te des Scipions n'avolt pas
« entraîné celle du nom Ro«
I» main , 6c que la fortune ne
3» fçauroit porter de coups mor-
» tels à un peuple, que la dé*
30 faîte de Cannes n*a pas été
o capable d*accabler« Après
X) avoir fait une aAion fi glo*
x> rieufe de votre propife mou-
» vement, je voudrois main-
30 tenant éprouver ce que vous
» êtes capables d'entreprendre
» ôc d'exécuter fous les ordres
» de votre chef. Car hier , lorf-
» qu'en faifant fonner la re-^
30 traite » j'arrêtai rimpétuofité
» avec laquelle vous pourfui-
30 viez l'ennemi après l'avoir
30 mis en déroute , mon deffeiii
7> n'étoit pas de rendre votre
jo audace inutile, mais de U
» réferver pour l'exécutioii
» d'un deflein plus important «
M mieux concerté , St plus glori»
» eux«Jevoulois vous procurer
30 une occafion favorable , où ^
n foutenus de votre courage 6c
n de vos armes, bien préparés 8t
30 bien éveillés , vous puidiea^
39 attaquer les Carthaginois fur«
y> pris, défarmés 8c même en«
» dormis. Une efp éraace fi flac^
A^6 MA
» teufe n'a pas été conçue au ba-
» zard , mais elle eft fondée fur
aa de puifTantes raifons. Er affu-
a» rément , fi quelqu'un vous de-
» mandoit comment vous avez
^ pu , étant en fi petit nombre »
30 Se après une défaite* û mal-
* heureufe , défendre votre
» camp contre une fi grande
» multitude d'ennemis vain-
» queurs , vous n'auriez autre
3» chofe à répondre , finon , que
» vous attendant à être incef-
a» famment attaqués » vous vous
9» êtes fortifiés par de bons ou-^
3» vrages & par de folides re-
30 tranchemens ; à quoi vous
x> avez ajouté la vigilance , &
^ routes les précautions qui
» pouvoient vous mettre en état
30 de bien recevoir vos ennemis.
a> Les hommes font faits de mar
» niere, qu'ils ne prennent au«
» cune mefure contre un pé-
y> ril qui n'a point de vraifem-
3» blance; & il eft toujours aifé
3> de les furprendre , quand ils
3) s'imaginent qu'ils n'ont rien
» à craindre. Que nous ayions
» l'audace d'aller attaquer le
30 camp des Carthaginois > eux
30 qui ont voulu forcer le nô-
30 tre il y a fi peu de tems ,
» c'eft la chofe du monde à la-
» quelle ils s'attendent le moins;
» rien n'eft fi éloigné de
90 leur penfée. Entreprenons
9) ce que perfonne ne craint que
» nous foyons en état d'entre-
» prendre. L'exécution de ce
33 projet deviendra aifée , par
» la feule raifon qu'on la juge
30 impraticable. A la troifieme
» veille 9 je vous mènerai con-
MA
n tre eux avec beaucoup de Sf*
i> lence. J^ fuis bien informé
x> qu'il n'y a ni fentinelles » ni
» corps-de*gardespofté$fuivant
» les règles ordinaires de la
» guerre. Je fuis bien afifuré
» que le premier aûTaut que
Il vous donnerez à leur canip^:
j> en poufiant de grands cris ^
» vous en rendra les maîtres*
» C'eft alors que les trouvant
» endormis dans leurs lits fana
n armes » & faifis de frayeur à
» une attaque fi imprévue f je
» vous confeille de vous II*.
30 vrer à toute votre fureur « 6c
» d'exercer fur eux ce carna-
» ge , dont vous étiez hier &
n fâchés qu'on vous eût retirés*
10 Je fçais que l'entreprife eil
3^ hardie. Mais, c'eft juftemenc
» lof fqu'on a beaucoup à crain«
» dre & peu à efpérer , que
3> les coups les plus hardis fonc
n auifi les plus afifurés^ C'eft
n alors qu'on peut faifir^occa*
» fion dans le moment qu'elle
» fe préfente, & ne pas s'ex*
» pofer , en la laifiant échap-
» per f à la chercher inutile*
j> ment dans la fuite. Vous n'a*
3) vez maintenant affaire qu'à
30 l'armée de nos ennemis , qui
7> eft dans votre voifinage* Les
30 deux autres n'en font pas
30 éloignées. Vous avez lieu
» d'efpérer que vous vaincrez
30 ces premiers ennemis en les
30 attaquancfansdiârérer;& vous
33 avez déjà mefure vos forces
» avec eux dans une aâîaa
» dont vous avez eu tout l'a^
» vantage. Pour peu que nous
» tardions | on apprendra le
19 fucCéS
MA
3» fttccès qu'eue notre fortte
3» d*hier; on nous regardera
» comme des ennemis qui font
» à redouter.' Alors , tous les
3» généraux Carthaginois fe raf-
3» lerobieront avec toutes leurs
» troupes. Pourrons-nous fou-
s» tenir trois Capitaines & trois
a» armées , auxquelles Cn. Sci-
» pion n'a pu réfifter , lorfqu'il
» avoir encore toutes fes for-
30 ces?Comme nos chefs ont péri
30 pour avoir partagé leurs ar-
» mées 9 de même nos ennemis
39 peuvent être opprimés, tandis
» qu'ils font féparés. Le parti
» que je vous propofe eft le
» feul que nous. ay ions à pren-
y> dre_dans les conjonélures
» préfentes. Préparez - vous
-» donc à profiter de l'occa(ion
3D que ia nuit prochaine nous
3f> préfente. Allez, fous la pro-
» teâion dt$ Dieux , prendre
9» de ia nourriture &c du repos,
» afin d'aller enfuite attaquer le
j» camp des ennemis avec la
a» même vigueur (k le même
x> courage que vous avez dé-
» fendu le vôtre. »
lu entendirent avec joie ce
nouveau projet , propofé par un
nouveau Général ; & ils en fu-
rent d'autant plus charmés ,
qu'il étoit plus hardi. Ils nafle*
rent le refte du jour à préparet
leurs armes , Ôc à prendre de
la nourriture. Ils donnèrent au
repos une bonne partie de la
nuit , èc fe mirent en marche
à la quatrième veille*
Il y avoit au de- là du camp
dles Carthaginois le plus voiitn
de L« Marcius , à fix milles d«
Tom. xxyn.
S— .^•'
MA. ^57
diftance « d'autres troupes Car-*
tbaginoifes ', féparées des pre-
mières par un vallon protood
couvert d'arbres toutfus. L. Mar«
cius, par une rufe digne des
Carthaginois « cacha dans C9
vallon une cohorte Romaine ,
avec quelque cavalerie. S'étanc
ainil rendu maître du chemin
par où les deux armées Car-
thaginoifes pouvoient avoit
communication , il conduisît fes
troupes en (ilence , contre cel-
les dont il étoit le moins éloi^
gné. Et comme il ne trouva ni
corps-de-garde aux portes du
camp ennemi , ni fentinelles fuf
les retranchemens , il y entra
fans trouver aucun obâade ,
& avec autant de facilité que
fi c'eût été dans le (ien. Dans
1« même inilant, L. Marcius fit
fonner la charge , dc les Ro-
mains , en pouffant de grandi
cris , fe répandirent de tous
côtés. Les uns tuent les enne-
mis j à moitié endormis dans
leurs lits ; d'autres mettent le
feu à leurs tentes , couvertes
de chaume fort fec , quelques-
uns s'emparent des portes, pour
leur couper le chemin de la fui»-
te. Le feu , les cris , le carna-
ge , les empêchent de rien en*
tendre & de prendre aucunes
mefures pour leur falut. Ils de-
meurent - comme interdits fit
comme infenfés ; ou, s'ils font
quelque mouvement , ils tom-
bent nus & découverts entre les
mains de leurs ennemis bien ar-
més. Les uns courent aux por-
tes ; 6c les trouvant occupéei
par les Romains'^ fe précipi-*
IL
^58 MA
teoc dans les fofTés. Gbux qu!
purent échapper aux Romains,
fe hâtèrent de courir pour ga-
gner l'autre camp ; mais > ils
furent arrêtés & tués, depuis le
premier jufqu*au dernier , par
la cohorte ôc les cavaliers qu'on
avoit mis en erobufcade dans
le milieu du chemin. Ceux mê-
mes qui par hazard arrivèrent
fufques-là, ne purent aflèz tôt
donner nouvelle de la première
défaite 3 tant les vainqueurs fi-
rent de diligence pour n'être
}ias prévenus par les fuyards.
Is trouvèrent dans ce fécond
camp , encore beaucoup plus
de négligence que dans le pre-
mier, parce que cette féconde
armée ne croyoit pas avoir
rien à craindre des Romains ,
dont elle étoit plus éloignée que
la première , & que fur la fin de
la nuit y la plupart étoient fortis
pour aller chercher du bois &
du fourrage. Us virent feulement
les armes des Carthaginois po-
fées dans les corps*de-garde »
& les foldats aflis , ou couchés
par terre , ou fe promenant le
long de leurs retranchemens ,
ou devant les portes du~ camp.
Ce fut dans cet état d'indolence
& de fécurité , qu'ils fe virent
fout d'un coup attaqués par les
Romains , fiers de leur viéloi-
re I & encore tout couverts du
fang de leurs premiers ennemis.
Ainfiy ils ne purent les empê-
cher d'entrer dans leur camp*
Cependant) étant accourus en
foule vers les portes , aux pre-
miers cris & à la première atta-
que det Romains j ils leur 11*
MA
vrerene un fabglant c'ombat*
L'aâion auroit duré long-tems ;
mais I ayant apperçu le Ung qui
dégouttoit des boucliers des
ennemis , & jugeant par-là de
la défaite de leurs camarades»
ils furent faiiîs de frayeur , pri*
rent auflîtôt la fuite, 6c fe fau-
verent où ils purent > laifiant la
plus grande partie des leurs fur
la place , de leur camp au pou*
voir des vainqueurs.' Ainfi , dans
l'efpace d'un jour & d'une
nuit, L. Marcius força deux
camps ennemis , Ôc défit la plua
grande partie de ceux qui y
étoient renfermés.
On afiure qu'il y eut trente*
fept mille hommes de tués ,
dix- huit cens de pris, âc un btt«
tin très - confidérable , & en*
tr'autres un bouclier d'argent »
pefant cent trente-huit livres ,
fur lequel on avoit gravé la fi-
gure d'Afdrubal , fils d'Amil*
car. Les Écrivains , qui difié<*
rent dans quelques circonftan*
ces de ce célèbre événement »
s'accordent tous dans les louan-
ges qu'ils donnent à L* Mar-»
cius , comme à un grand Capi-
taine. Us ajoutent même, à fa
véritable gloire » des circonf*
tances miraculeufes ; ils content
qu'on apperçut autour de fa
tête , pendant qu'il haranguoit »
une flamme céleile qui caufa
beaucoup de frayeur à fes fol-*
dats, mais qui ne lui fit aucun
mal à lui-même ; & qu'on a
confervé dans le Capitole ^ iuf-
qu'à l'embrafement de ce tem-
ple, comme un monument au-^
thentique de la viâoire qu'il
MA
avoU remportée fur les Car-
thaginois , le bouclier qui por-
toic l'image d'Afdrubal » de
qu*OD appeiloit coromunément
le bouclier de L. Marcius.
Il n*y a peut-être pas dans
rhiftoire Romaine, un exploit
de guerre plus complet dans
foutes Tes circonftances , plus
(ingulier & plus remarquable
p2Lr des évenemens inefpérés ,
plus important par Tes fuites ,
& plus avantageux à la Répu-
blique 9 que celui de L. Mar-
cius dont nous venons de faire
Je récit. La détaite entière des
deux armées que les Romains
avoient en Efpagne, jointe à la
mort des deux illuÂres Géné-
raux qui les commandoient ,
avoir jette dans le peu de trou-
fes qui leur reftoient en cette
rovince, une conitemation fî
générale « qu'elle paroilToit ne
leur iaiâer aucune efpérance ni
aucune reûTource. Nul obftacle
fie pouvoit plus s*oppofer au
pafTage des Carthaginois en Ira-
lie , âc fî leurs armées viélo-
rieufes , portant par- tout la
terreur, avoient pu fe joindre
à celle d'Annibal , comme elles
9*y préparoient depuis long-
teros, que feroit devenue Ro-
ine? Comment auroit-elle pu
foutenir ce nouveau furcroît
d'ennemis (i formidables ?
Un feui homme , un (impie
particulier , rompt toutes ces
mefures , & didîpe prefque en
«A moment un fi terrible ora-
ge. L. Marcius ramafle les trif-
tes débris des armées Romai-
nes j 6c réunit les troupes fa-
Kl A i^à
gitîves que la crainte avoît diiC*
perfées de côté & d'autre. Il
let confole, il les raflure» tl
les anime, il les remplit d'un
tel courage & d'une telle con-
fiance , qu'elles femblent avoî^
oublié entièrement qu'elles ve»>
noient d'être vaincues & défai-
tes. On voit dans la conduite
que garde ici cet Officier , tou-
te l'habileté Ôc toute la pru-
dence du Général le plus con«
fommé dans l'art de comman-
der. Il envifage le péril dans
toute fon étend ue,&n*en eftpoint
eâPrayé.Une fongequ*au remède»
ôc non au danger. Il emploie
également la force & la ruf^. Il
faifit habilement l'occafion dès
qu'elle fe préfente, & met à
profit fes momens*. 11 donue fet
ordres avec un fang froid ôc
une tranquillité capables de raf-
furet les plus timides. Il paroîc
hardi jufqu*à la témérité, Ôc
cependant il fçait fe contenir
dans le feu même de l'adion , &
ne point (e livrer à l'ardeur de
la vidloire qui emporte fou vent
les plus fages. En un mot, qu'on
examine avec foin toutes fes
démarches , on verra qu'elles
font réglées par une profondé
Connoiflance de l'art militaire.
On reconnoic ici une atrentiott
particulière de la Providence
fur l'Empire Romain.
Un mérite fi accompli, ac-
compagné d'un fuccès fi heu«
reux Sl fi inefpéré , devoit ,
ce femble , lui attirer à Rom«
de grands applaudifiTemens , â^.
une récoitipenfe bien glorieufe»
S'il s'y attendoit, il fut trom«
Rij
x66 MA
pé dans fon efpérance* Âuffitôc
après Tadiion « il écrivit au Sé-
nat p 6c lui rendit compte de
coût ce qui s'y étoit paflë. Il
avoit pris dans fa lettre le titre
de Propréteur. Quand on en eut
fait la ledlure, on loua le grand
& magnifique fervice qu'il avoit
rendu à la République ,. c'eft
nout ce que l'on en dit. Mais »
la plupart étoient choqués de ce
que n'ayant été nommé pour
É;ommander ni par le Sénat » ni
par le peuple , il avoit pris dans
la lettre la qualité de Propré-
ceur. On trouvoit qu'il étoit de
dangereufe conféquence que les
Généraux fuûent choifis par les
armées , & que l'autorité auguf-
ce des Éleâions attribuées par
les loix aux fuiFrages du peu-
pie f 6c aflujetties à la direélion
des Magiftrats & à celle des
Dieux mêmes confultés par les
aufpices » fût tranfportée dans
les Provinces 6c dans les camps»
& aband ornée à la témérité des
foldats. Quelques-uns vouloient
qu'on prit làdeiTus les avis du
Dénat ; mais» on crut qu'il va*
loit mieux différer cette délibé-
ration, jufqu'après le départ des
cavaliers qui avoient apporté
la lettre de L. Marcius. A l'é-
gard des recrues & des provi-
Sons qu'il demandoit , on lui ré-
pondit que le Sénat en auroic
loin. Mais^on ne trouva pas qu'il
fût à propos de lui donner le
citre de Propréteur dans la ré-
ponfe qu'on lui fit. Il ne paroit
MA
pas qu*il ait été parlé davanta*
ge de cette affaire dans le Se*-
nat ; & l'on n'improuva point
expreffément Téleâion de L.
Marcius ; mais dans le fait, oa
Isk rendit inutile par la nomi-
nation de C. Claudius Néron
pour commander en Efpagne*
L. Marcius relia cependant
dans l'armée fur un pied dif«
fingué y & P. Scipion TAfricain
l'employa honorablement , com-
me on le voit dans le huitième
livre de la troifieme décade de'
Tite-Live.
MARCIUS [ M. ] , Af. Af^r-
cius , M. Mec f moi , {a) Roi des
facrifices , mourut l'an de Ro«
me 542 « 6c 210 avant Jefus-
Chtift.
MARCIUS [M.]RALLA,
M. Marcius Ralla » ( ^ ) fut
nommé Préteur l'an de Kome
548, & 204 avant Jefus-Chrilt,
éc chargé de la commiifion de
rendre la juliice aux citoyens de
Rome. Il fervit depuis en Afri^
que fous P. Scipion rAfricain ,
& il fut un des députés que ce
> Général fit partir pour Rome
avec les AmbafTadeurs des Car-
thaginois y qui alloient deman-
der la paix au Sénat.
MARCIUS [Q.] REX.(c)
Q. Marcius Rex , étoit tribun
du peuple , l'an de Rome 555,
& 197 avant Jefus-Chrift. \\
contribua beaucoup à faire con-
firmer la paix faite avec Philip-
pe • roi de Macédoine.
MARCIUS [ Q. ] RALLA^
O) Tit. Liv. XXVil. c. 6. 1 XXX. c. |8.
ij^) Tit. Liv. U XXIX. c II » i}. L. | U) lit. U?« L. XXXUl. c 1$^
MA
Q. Marcîtts Ralla , {a) (ut créé
Duumvir y Tan de Rome 558 ,
&c 194 avant Jefus-Chrift» pour
•faire la dédicace d*une chapelle
de la Fortune Prîmigénie , que
F. Sempronius avoit vouée dix
ans auparavant pendant la guer-
re de Carthage , Se qu'il avoit
depuis fait conilruire pendant
fa Cenfure* Deux ans après >
il fit auffî la dédicace de deux
chapelles y bâties dans le Capi-
tole à l'honneur de Jupiter;
c'étoit L. Furius Purpuréo qui
les lui avoit promifes 9 la
première dans la guerre de Gau-
le pendant fa Préture , 6c la fé-
conde après Ton Confulat.
MARCIUS [ M. 3 , (^\ Af.
Marcius , M. Mapxioc , 1 ribun
des foldats ^ de la féconde lé-
sion y fut tué dans un combat
contre les Boiens, Tan de Rome
559 , & 183 avant Jefus-Chrift.
MARCIUS [Q-] PHILIP-
PUS , Q. Marcius Philippus ,
(c) fut élevé à la Préture , Tan
de Rome 04 , & 188 avant
JefusXhrift , & chargé du dé-
partement de la Sicile. Deux
ans ^près > il fut créé Conful
avec dp. Poftumius Albinus. La
néceflîré d'étouffer une conju«
ration inteftine empêcha d'abord
ces deux Magiflrats de prendre
foin des armées , de la guerre
& des provinces. Lorfque Q«
Maècius Philippus n'eut plus
rien qui le retînt à Rome , il
(s\ Th. Litr. L. XXXIV. c* sf • <*•
XXXV. c. 41.
{h) Tit. Liv. L. XXXV. c. 5.
(O Tit. Liv. L. XXXVm. c. 55. L.
aXXlX. 6.6,8. étfii* L. XL.C. }>
MA i6t
Îartît pour fe rendre chez les
iguriens Apuaniens. Là , pen*
dant qu'il les pourfuit juiquet
dans le fond de leurs forêts >
afyle ordinaire de ces peuples
contre les armées Romaines-, il
tomba dans des embûches qu'on
lui avoit préparées , où il perdit
quatre mille hommes , plufieurl
drapeaux ^ & grand nombre
d'armes.
L'an de Rome 569 , & 18)
avant Jefus-Chrift , Q« Marcius
Philippus fut député en Grèce
& en Macédoine pour examiner
l'état préfent des affaires. Le
rapport , qu'il fit au Sénat à fou
retour » augmenta les inquiétu-
des , qu'on avoit déjà de Phi^
lippe. Quelques années après ,
il fut fait Décemvir des facrifi-
ces» en la place de Q. Fulviuii
Flaccus.
Q. Marcius Philippus fut du
nombre des Ambafladeurs qu*on
envoya en Grèce, l'an de Rome
581 » & 171 avant Jefus-Chrlft»
Arrivés à Corcyre avec mille
hommes de pied , les Ambafla-
deurs partagèrent entr'eux les
contrées qu*ils dévoient vifiter.
L*Épire , l'Étolie âc la Thefla-
lie furent aflignéesà Q. Marcius
Philippus & à A. Atilius. Ayant
été écoutés favorablement dans
l'aflemblée générale des Epi*
rotes y ils paflerent dans l'É-
tolie 9 où ils relièrent quel-
que tems à attendre Téleâion
4t» L. XLU. c. 97* & fi^, t, XLIil. c;
II. ^ /ff. L. XLlV.c. I. &fêii, Rolt,
Hift. Rom. Tom. lU paf;. 481 , 48s,
Tom. IV» pag. 407. & fniv, Tom. V»
Jl 11)
s6x M A
ë'un iiott veétr Préeeur en làpla»
<e de cduî qui étoh mort; de
Jorfqu'ils eurent vu noininer Lv*
cilcos 9 qu'ils içavoient être fa<*
VotMt aux Romains , ils paf-*
ferent da&SL la Theffaite, où lea
députés des ÂcarnaDxens 3c les
Miles de fiéocie ies vinrent
trouver» Les premiers eurent
#fdre de dire à cegx qui les
«voient envoyés , qu'ils, avoienc
#ceafioa de -réparer lès fautes
^ue leur a voient fait commettre
contre les -.Romains » les pro-
ffteiTes trompeufeir de Philippe
& d'Antiochus » dens les deux
f uerres « qu'Us avoient foute-»
nuLct de fuite contre ces deux
Rois ; qu'après avoir éprouvé
la clémence du peuple Ramain^
malgré les injures 'qu'il avoic
reçues d'eux » c'étoit à eux de
fe rendre dignes de Tes bienfaits
parleurs fervicés. On reprocha
aux Béotiens l'alliance qu'ils
avoient faite 4ivec Perfée ; &
fut ce qu'ils rejetterent cette
laute fur irménias » chef d'une
des deux fadlions qui les divi-
ioient, & apurèrent qu'il y a voit
eu des villes que lui & les au-
tres parti fans de Perfée , avoient
forcées d'entrer dans cette al-
liance ) malgré 'la répugnance
qu'elles y 'avoient : » C'efl ce
lu qu'on vefn , répliqua Q*
» Marcius'Phiifppusy car nous
» interrogerons toutes les villes
p chacune en particulier , as
9» nous leur laifTerons la liberté
» de prendre le parti qui' leur
» conviendra. »
Les Theflaliens donnèrent
audience aux Âmbâfladeurs daat
MA
leur aflembfée àLarifle, oA ils
rendirent aux Romains de gran*
lies adtions de grâces , pour la
liberté qu'ils tenoient d'eux , &
reçurent en même tems les re-
mercimens des Romains pour le
fecours qu'ils avoient donné à
leur République dsins la guerre
de Macédoine 6c dans celle de
Syrie. Ces témoignages d'une
reconaoiflance mutuelle enga-
gèrent la multitude à ordonner
tout ce qui pouvoit faire plaitir
aux Romains. L'AiTemblée étoic
finie lorfque les Ambâfladeurs
de Perfée arrivèrent. Ce qui
l'avoit fur-tout déterminé à les
envoyer » c'étoit la confiance
qtt'ilavoxt en Q. Marcfus Phi-
lippue , dont le père avoit été
l'hôte èc l'ami du fîen. Les Am-
bâfladeurs , ayant tiré delà leur
exorde , prièrent Q. Marcius
Philippus d'accorder une entre-
vue au Roi. Q. Marcius Philip-
pus répondit qu'il avoit fou*
veiit oui parUr à fon père de
l'amitié que l'hofpitaiité avoic
formée entre lui éc le Roi Phi*
lippe ; que c'étoit en confidéra-
tion dé ces liaifons , qu'il s'étoic
chargé de cette ambaflade ; qu'il
accorderoit fur le champ à Per*
fée la conférence qu'il défiroit »
fi fa fanré le lui jpermettoit ; âc
qu'auflitôt qu'il le pourroit faire
Uns s'incommoder^ il feroic
partir devant lui un courrier »
pour aller donner render.-voua
au Roi , près du fleuve Pénée »
à l'endroit où il fiparoit Omo*
lium de Dium«
Peu de jours après % ils fe
tendirent Tun & l'autre au lien
MA
dont ils écoiene convenus. Ee
Roi étoit accompagné d'un cor-
tège fuperbe , compofé des fei-
gneurs de fa cour » & d'une
grande multitude de Tes gardes.
Celui des Ambafladeurs n'étoît
pas moins confidérable ; car »
outre ceux de leur fuite « il étoit
venu de Lariâe une foule de
gens avec les dépstés des difi'é'-
rens peuples 9 qui ne vouloient
pas retourner chez eux ^ fans
erre fûrs de ce quî fe pafl*eroit
«ntre Perfée & les Romains ;
fans parler de ceux qui avoient
été attirés par la curiofité d'af-
iiiier à la conférence d'un grand
Roi 6t des Ambafladeurs du
E renier peuple de Tunivers*
orfqu*ils furent à portée de fe
voir des deux bords du fleuve
qui les féparoit 9 il y eut quel-
ques allées Se venues 9 avant
qu'on décidât qui du Roi ou
des Arobafl*adeurs le pafleroit 9
le premier prétendant qu'on de*
voit quelque déférence à la ma-
jefté royale ; 8c les autres 9 que
le peuple Romain ne devoit le
céder à perfonne » fur tout Per-
fée ayant demandé cette entre-
vue. Q. Marcîus Philippus em<-
ploya même une efpece de bon
mot qui détermina le Roi ; car 9
for ce qtt*il portoit le farnomde
Philippe : // eftjufte^ dit-il 9 que
U plus jeune fe rende auprès de
fin aîné , ^ le fils auprès de fon
père» Perfée ne difputà pas da-
vantage fur cet article. Mais 9
il refloit une autre difllcuUé à
réfoudre. Le Roi vouloir pafler
le fleuve avec toute fa fuite» Le»
Romains ne lui permettoieat de
M A sl6^
venir qu'avec trois perfoones •
ou s'il vouloit amener une fi
grande multitude 9 ils lui de<*
mandoient des otages pour ga*
ge de fa franchife & de f*
boone foi. U accepta ce der-
nier parti 9 & leur envoya Hip'^
pias & Pantauchus » les pre*
miers de fa cour 9 qu'il leur
avoir déjà dépêchés en qualité
d'Ambafladeurs. Mais 9 après
tout» c'étoit moins pour leuf
fureté que les Romains avoien(
exigé ces otages, que pour faire
voir aux alliés la fupériorité que
le peuple Romain avoit dans
cette conférence. Ils fe falue-
rent avec beaucoup de civilité
& de témoignages de bienveil-
lance , comme des hôtes , &
non comme des ennemis ; Se
s'étant fait apporter des fieges f
ils s'y placèrent.
Apràs quelques momens i%
filence , Q. Marcius Philippus ^
qui prit le premier la parole»
commença par s'excufer fur \%
trifte nécemté où il fe trouvoit
de faire des repro)ches à uii
Prince pour qui il avoit une
grande coniidération. U déduifîc
enfuite fort au long tous les
fujets de plainte que le peuple
Romain formoit contre lui , Ac
les difFérenres atteintes que
Perfée avoit données aux trai-
tés. Il inflflia beaucoup fur rat«
tentât commis contre Eumene^«
de il finit en témoignant qu'il
défîroit que le Roi pût lui four^
nir de bonnes raifons, âc le
mettre en état de plaider fii
caufe âc de le Juftifier pleine^
ment devant le dénat.
fiiv
d^4 ^ A
, r crfte , après ayaîf coulé lé*
gcrement fur Je fait d*Eumene ,
Î[u'il paroîflbît étonné qu'on ofâc
uS imputer faos aucunes preu-
ves plutôt qu'à tant d'autres en*
fiemis qu'avoir ce Prince ^ def-
cendit fur le rcûe dans un grand
détail f & répondit le mieux
^u'il lui fut poâBble à ^ous les
chefs d'accufation formés con-
tre lui. 3» Ce que je puis aflurer»
9> dit*il f en itniffant , c'eft que
39 je n'ai point à me reprocher
«> d'avoir fait fciemment de de
a» propos délibéré 9 aucune
» faute contre les Romains ;
» 6i û j'en ai commis quelqu*u-
m ne par inattention , averti
io comme je viens de l'être 9 je
9 puis m'en corriger* Je n'ai
» rien fait certainement qui
p mérite qu'on me pourfuive
7> avec une haine opiniâtre
» comme vous faites, en me
9> fuppofantyCefemble» coupa-
y> ble de crimes énormes &
» atroces, qui ne peuvent s'ex-
'» pier ni fe pardonner. Oeft
99 bien fans fondement qu'on
xt vante par tout la clémence
■9> & la bonté du peuple Ro-
» main 9 H pour de (i légers fu-
» jets , qui à peine méritent une
» explication , vous prenez
.» les armes & portez la guerre
» contre des Rois qui font vos
a» alliés. »
Le réfultat de la conférence
fut que Perfée enverroit de
nouveaux AmbalTadeurs à Ro*
jne, afin de tenter toutes les
voies poflîbles pour n'en point
.venir à une rupture Ôc à une
guerre ouverte* C'^toit un pier
MA
gë que rAmbafladeur ceddoit
au Roi pour gagner du tems.
Il feignit d'abord de trouver
de grandes difficultés à la trê-
ve que demandoit Perfée, pour
envoyer à Rome fes Ambafla-
deurs « & il ne parue enfin s'j
tendre que par confidéracion
pour le Roi* Il la défîroit néan-
moins , & rihtérét des Romains
l'exigeoit. Ils n'avoient encore
ni troupes ni Général en étac
d'agir ; au lieu que du côté de
Perfée , tout étoit prêt , ÔC
que s'il n'eût point été aveuglé
par une vaine efpérance de paix^
il auroit dû faidrce moment qui
lui étoit a favorable & (î con-
traire aux ennemis, de fe mettre
d'abord en campagne.
Après cette entrevue , les
Ambafladeurs Romains s'avan-
cèrent vers la Béotie , où il y
avoit eu de grands mouvemens^
Jes uns s'y déclarant pour Per-
fée, les autres pour les Romains;
mais enfin ce dernier parti l'em-
porta. Les Thébains , de à leur
exemple prefque tous les autres
peuples de la Béotie , firent al«-
liance avec le peuple Romain ,
chacun par leurs députés parti-
culiers , [ car les Romains le
vouloient ainfî] dc non par le
confentement du corps entier
de la nation » félon l'ancien
nfage. C'efl ainli que les Béo-
tiens 9 pour avoir pris témérai-
rement le parti de Perfée, après
avoir formé pendant long-tems
une République, qui, en dif-
férentes occafions , s'étoitheu-
reufement délivrée des plus
grands périls , virent leur État ,
MA
pOQf ainfidîre, mis en pièces^
& gouverné par autant de con«
feils qu'il y avoir de villes dans
la Béotie. Car , elles demeure-
rent toutes dans la fuite indé-
pendantes les unes des autres >
& ne formèrent plus » comme
auparavant , une feule ligue ; &
ce fut un effet de la politique
Romaine » qui les divifa pour
ies afToiblir ) fçachant qu'il étoit
bien plus aifé par-là de les ga-
gner de de les afiervir , que
fi elles fuiïent demeurées tou-
jours unies toutes enfemble.
De la Béotie , les députés
Î afférent dans le Péloponnèfe.
>'aff*embléedela ligue Achéen-
ne fut convoquée à Argos. Ils
demandèrent mille hommes feu-
lement pour les mettre en gar-
sifon dans Chalcis, jufqu'à ce
que Tarmée Romaine paUat dans
4a Grèce ; Se ces mille hommes
y furent envoyés fur le champ.
Q. Marcius Philippus de A«
Atilius , ayant terminé les af-
faires de la Grèce , retournèrent
à Rome au commencement de
l'hiver*
Quand ils y furent arrivés ,
ils rendirent compte au Sénat
de leur commiiGon. Ce qu'ils
firent valoir fur tout > ce furent
la rufedcl'adreffe avec lefquel-
les ils avoient trompé Perfée ,
en concluant avec lui une trêve
qui le mettoit hors d'état de
commencer dès-lors la guerre à
fon avantage comme il le pou-
voit» 6c qui donnoit aux Ro-
mains le tems d'achever entiè-
rement leurs préparatifs , & de
fe mettre^ en campagne. lis n'ou-
ïe A i6^
blîercot pas de fe vanter auffi
d'avoir di(Tîpé habilement le
corps de République que for-
mulent les Béotiens , Se mis ces
peuples dans TimpôiCbilité de fe
réunir pour faire alliance avec
les Macédoniens.
La plus grande partie du Sé-
nat leur fçut bon gré d'une
conduite fi prudente , qui mar-
quoit une profonde politique 5c
une^ dextérité non commune à
manier les affaires. Mais , les
anciens , imbus d'autres princi-
pes» Se qui s'en tenoient aux
maximes des vieux tems , dirent
qu'ils ne reconnoiffoient point
ici le caraélere Romain; que
leurs ancêtres , comptant plus
fur le vrai courage que fur la
rufe , avoient coutume de faire
la guerre ouvertement , ÔC non
par des fouterreins. Qu'il falloir
laiffer ces lâches & indignes ar-
tifices aux Carthaginois & aux
Grecs, chez qui il étoit plus
glorieux de tromper l'ennemi ,
que de le vaincre les armes à la
main ; qu'à la vérité quelquefois
le rufe , dans le moment mêmey
paroiflbit mieux^ réuflir que le
courage ; mais qu'une viéloire
remportée hautement dans un
combat , où l'on mefurott de
près fes forces , & que l'ennemi
ne pouvoit attribuer ni au hazard
ni à la tromperie , étoit d'une
durée beaucoup plus ftable ^
parce qu'elle laiffoit datis les
efprits une conviâion intime
de fupériorité , de force & de
courage de la part du vaiA-
queiir.
. Malgré les remontrances des
^66 MA
Aocxeos, qui ne pou voient gofi-
ter ces nouvelles maximes de
politique » la parrie du Sénat
9ui préférotc Futile à rhonnéce,
eut alTez de crédit pour faire
pafier à la pluralité des vo]x,que
Tambafladede Q. Marcius Phi-
lippus feroic approuvée y &
2u*il feroit renvoyé dans la
rrece avec pouvoir d'achever
ce qu'il avoit commencé » & de
faire tout ce qu'il jugeroit con-
venable au bien de Ta Républi-
que,
Deux ans après» il fut créé
.Conful pour la féconde fois avec
Cn. Servilius Cépion , de chargé
de la guerre contre Perfée. Il
panit de Rome dès le commen-
cement du printems > avec les
troupes qu'on avoit deftinées à
recruter Tarmée dé Macédoinea
& vint à Brundufium , où il de-
voit s'embarquer avec elles. M.
Popillius f homme Confulaire »
& plufieurs jeunes Romains d'u-
sé naiâfance égale à la tienne »
fuivirent le Conful dans la Ma-
cédoine 9 où ils ailoient fervir
es qualité de Tribuns des fol-
dats.Q. Marcius Philippus ayant
débarqué à Ambrafie > fe rendit
par terre dans la Theflalie. Là
ayant aflerablé fes foldats pour
les haranguer 9 il commença par
le parricide que Perfée avoit
exécuté contre fon frère » &
médité contre fon père même.
Il ajouta qu'étant monté fur le
trône par un crime fi énorme ,
il n*avoit celTé d'employer le
poifon 5c le fer contre ceux qui
lui étoient fufpeâs > Se avoit
•pofté des fcélérati comme lui
MA
ponr 6ter la vie à Eu mène ; !1
n'omit pas les injures qu'il avoit
faites au peuple Romain, eil
pillant les nations & les villes
qui lui étoient alliées , contre
les conditions du traité. Qu'il
apprendroit par l'événement
combien les Ôieux étoient ir«
rites d'une telle conduite y 8c
combien d'un autre c6té , ils
étoient favorables à la piété > à
la juftice , & aux autres vertus
qui avoient élevé lepeuple Ro-
main à un fi haut point de gran-
deur êc de puiflance. Il finit par
la comparaifon du peuple Ro-
main , bientôt maître de l'uni-
vers entier 8c du royaume de
Macédoine, de par celle des
armées des deux nations» fai-
fant obferver que la République
n'avoit pas employé de plus
frandes forces , pour vaincre
hilippe ôc Antiochus » fi fupé^
rieurs à Perfée.
Après avoir animé le courage
des foldats par les raifons que
nous venons de rapporter , il
tint confeii pour examiner ce
qu'il convenoit le plus de faire.
Il fut décidé qu'on ne s'arrête-
roit plus dans 4a Thefifalie à
perdre fon tems , mais qu'on
marcheroit droit en Macédoine.
Q. Marcius Philippus ordonna
donc aux foldats de prisndre de
la nourriture pour un mois ; ÔC
dix jours après avoir pris le
commandement de l'armée » il
décampa. Quand il eut fait une
journée de chemin , il aflembU
fes guides » & les ayant inter-
rogés 9 U leur commanda d'in-
diquer çn fon confcil > les chc*
MA
flijfls par où chacun d'eux vou^
loit le conduire* Eofuire^ilen
délibéra luî-roême aVec les prin-
cipaux Officiers de l'armée.
Mais , le$ fentiroens étoieoc
partagés ; les uns vouloienc
qu'on prie la route de Pythium;
d'autres ^ celle des monts Cam-
buniens , comme avoic fait le
Conful A. Hoitilius > l'année
précédente ; & quelques - uns
qu'on paflat le long du marais
d'Afcuris. Mais , comme ils
avpient encore quelque chemin
à faire , avant que d'arriver au
terme où il falloit néceiraîre-
ment fe déterminer pour l'un ou
pour l'autre de ces paûages ^ils
diâererent à en délibérer de
nouveau quand ils s'y feroient
campés ; ÔC dès-lors ils entrèrent
dans la Perrhébte» puis s*arré-
terept entre Azorum de Doliche«
pour y prendre leur dernière
réfolution. Cependant» Perfée
fçachant que les ennemis ap-
pcochoient , mais étant incer*
tain du chemin qu'ils pren*
droientt réfolut de leur fermer
tous Its paffages. Dans ce def-r
féin, il ordonna à Afclépiodote
d'aller fe poiier fur le fommet
des monts Cambuniens^ appelle
Voluftana, avec dix mille fol*
dats armés à la légere^iB^àHipf-
|>ia$ t de s'emparer du dé&\é fî-
|ué entre le fort de Lapathus ^
Je marais d'Afcuris , avec douie
mille Macédoniens. Four lui > il
fe campa d'abord aux environs
de Dtum) avec le refte de fei
troupes ; enfuite , comme un
homme à qui le péril fait tour-
ner iatêce, il couioit delà avec
MA 167
un corps de chevaux légers,
tantôt du côté d'Héraclée , tao«
tôt de celui de Phila ; puis tout
d'un coup retournoit à Oium «
fans s'être arrêté.
Cependant 9 le Conful fe dé-
termina à prendre la route du
marais d'Afcuris. Mais » il en-
voya devant quatre mille hom-
m es commandés par M. Claudius
èc Q. Marcius fon fils , qu'il
chargea de choifîr des pofies
commodes ; & il les fuivit fans
différer , avec tout le refle de
l'armée. Mais , les chemins
étoieat fî rudes $ fi rompus & fi
efcarpés » que ceux qui avoient
pris les devans , quoiqu'ils no
portalTent avec eux que leurs
armes 9 ayant avec bien de la
peine fait cinq lieues en deux
jours, campèrent auprès d'un fort
appelle la tour d'Eudiéru. Le
lendemain ,après avoir fait crois
ou quatre lieues , ils s'emparè-
rent d'une • hauteur qui n'étoic
pas éloignée du lieu où Hippias
et oit pofté avec fa troupe ; d'od
ils envoyèrent donner avis au
Conful y qu'ifs étoient arrivés à
la vue de reonemi;qu'il$ étoient
campés dans un lieu fur & com-
mode eu toutes manière» ; mais
'qu'ils Texhortoient à les venir
joindre le plus promptemenc
qu'il pourroit. Le Conful à qui
la difficulté du pafiage qu'il avoic
choifi , donnoit.de l'inquiétude»
& qui craigQoit pour ceux qu'il
avoit envoyés pour lui frayer
le chemin au travers d'un pals
rempli d'ennemis , rencontre le
courrier qu'ils lui avoient dé*-
péché I auf rèi du marais d'Al^
dé« MA
curis. Cette heureufe nouvelle
le raflura; de façon que les
ayant bientôt joints , il campa
fut le penchant de la colline
dont ils s'étoient emparés, dans
la partie qui lui parut la plus
commode. Ce pofte étoit fi éle-
yéqu'ilsavoient fous leurs y eux,
non-feulement le camp des en*
nemis qui n*étoit guère éloigné
d'eux que de mille pas , mais
encore toute la contrée aux en-
virons de Dium & de Phila» de
même toute la côte maritime.
Le courage des foldats s'anima
lorfqu'ils apperçurent de G près
le païs ennemi , & toutes les
forces de Perfée dont la défaite
leur prometroît bientôt la fin de
la guerre, Ainli , pleins de joie
êc de confiance , ils prient le
Conful de les mener fur le champ
aux ennemis 4 mais ce Général
leur donna un jour pour fe re-
iftettre des fatigues d'une route
^fi pénible ; 8c le troifîeme de
'fon arrivée, lailTant-là une par-
tie de fes troupes pour garder
fon camp , il marcha aux enne-
mis avec tout le refte.
Hippias que le Roi avoir en-
voyé , comme nous l'avons dit ,
pour garder cepaflage , n*avoic
pas plutôt vu les Romains cam-*
pés fur la hauteur , qu'il avoit
préparé les fiens au combat*
Ainfî il vint hardiment au de-
vant du Conful. Les deux par-
tis s'avançoient l'un contre l'au-
tre avec leurs foldats armés à la
légere,6c ce qu'il y avoit de plus
alerte 6c de plus brave parmi
eux, pour engager une ac-
fiaor Dès qu'ils furent à portée |
MA
fis s^accablerent les uns les àu«
très d'une srêle de traits , dont
il y en eut le part de d'autre un
grand nombre de bleiTés^ mais
peu de tués. Ce premier choc
n'ayant fait qu'aiguifer leurs
courages , ils en feroient venus
aux mains le lendemain en plus
grand nombre & avec plus d'aï-
nimolité, fi la place lenr eût per«
mis d'étendre leurs bataillons*
Mais , le fommet de la colline fe
refierroit tellement en pointe»
qu'à peine pouvoit-ony mettre
trois rangs de front. C'eft pour-
quoi , n'y ayant qu*un très-petit
nombre de combattans , tous les
autres , fur tout ceux qui étoienc
pefamment armés, demeuroient
lés fpe<ftateurs du combat. Les
foldats armés à la légère des
deux partis, cherchoient dans
les détours de la montagne , des
chemins, quelque efcarpés qu'ils
fuiïent , par où ils puffent aller
à l'ennemi. Mais, quelques ef«
forts qu'ils fiflent ^ il y en avoic
eu encore ce jour-là beaucoup
plus de blefles que de tués ,lori-
qùe la nuit les obligea de fe fé«
parer* Le troifieme jour, le
Conful tint un confeil où lui 8c
fes amis fe trouvèrent fort in*
certains du parti qu'il leur faU
loit prendre. Car , ils ne pou-
voient ni féjourner plus long*
tems fur une éminence fi ftérile»
ni l'abandonner fans honte , âc
même fans danger , Tennemi
pouvant fondre fur eux d'un lieu
élevé, lorqu'ils defcendroienc
pour regagner la plaine. Il ne
leur renoit donc d'autre parti
que de pouâTer hardiment leur
MA
pointe , & de rendre prudente
par Tévenement > une entreprife
qui étoic téméraire dans fon ori-
gine* Il eft vrai qu'ils Vétoienc
engagés dans un mauvais pas »
où ils euflènt infailliblemenc reçu
quelaue grand échec 9 fi le Coq-
fui eue eu un antagonifie fem-
blable aux anciens Rois de Ma-
cédoine. Mais 9 Perfée s'amufa à
courir du côté de Dium, & à
errer à quatre lieues du lieu où
fe pafToit raâion , le long d'un
rivage d*où il entendoic prefque
les cris des combattans ; au lieu
d'envoyer de rems en-tems des
gens frais au fecours de ceux
des fiens qui étoient fatigués ;
au lieu de' venir lui-même ani-
mer fes gens par fa préfence y à
l'exemple du Conful, qui âgé
de plus de foixance ans y malgré
la pefanteur de fon corps , rem-
plifToit tous les devoirs > de de
brave foidac , & de grand Ca-
pitaine* Car , il perfifta avec
une confiance 6c un courage ad-
mirables dans un defTein qu'il
avoir peut-être formé avec un
^eu trop d'audace ; ôc laiflanc
M. PopilHus fur le fonimec pour
' le garder » fans être rebuté par
des difficultés qui paroiflbienc
infurmontables , il envoya de-
vant lui , pour applanir les che-
mins, des gens qu'il fit foutenir
par Atcale & Mifagene «chacun
à la tête des troupes auxiliaires
de fa nation ; & faifant marcher
à l'avant -garde les bagages &
la cavalerie , il conduifit lui mê-
me Tarriere - garde compofée
des légions.
Il feroic difficile d'exprimer
M A 16^
les peines que fes croupes ef-*
fuyerent en defcendant de ce
fommet dans des efpeçes de
précipices où les bêtes de foat-
me tomboienc avec leurs far-
deaux 9 fans pouvoir ni fe rete-
nir f ni fe relever. Ils n eurenc
pas fait quatre mille pas , qu'iU
fouhaitoienc comme le plus grand
bonheur qui leur pût arriver,
qu'on leur laiflat la liberté de
rebrouffer chemin. Leuri élé-
phans caufoient prefque autant
de défordre dans leur marche j
qu'auroient pu faire les enne-
mis* Car , quand ils étoient arri*
vés à quelque endroit inaccef-
fible» renverfanc leurs gouver-
neurs » âc pouflant des cris lior-
ribleS) ils répandoient la terreur
par tout, fur-tout parmi lesche-
vaux;jufqu'à ce qu'enfin on trou-
va le moyen de les faire paifer.Iia
étendoient dans. le penchant de
la montagne deux planches lon-
gues & épaifles , disantes Tuno
de l'autre d'un peu plus que la
groiTeur d'un éléphant, en lt%
inclinant iofenfiblement vet% le
bas. he% deux extrémités infé*
rieures étoient appuyées fur
des étaies qui les foutenoient
en l'air à certaine hauteur* En-
fuite 9 ils traverfoient ces deux*
planches qui étoient parallèles ,
de plufîeurs folives de trente
pieds 'de long , pour en former
une efpece de pont qu'ils cou-*
vroient de terre. Ce premtec
pont étoit fuivi à quelque peti*
te diftance ^ d'un lecond « d'ua
troifieme , & ainfi du refte , par
tout où la^pente étoit trop roi*
doi pour itre 4efcendue fans
^o M A
fecours. Quand la bête éroit
vers rextrêmité du pont , on
ôtoit les étaies > 6c alors elle
tomboit ou fur les genoux » ou
fur les feifes > jufqu'à l'entrée
du fécond pont. Ils continuèrent
la même manœuvre , jufqu'à ce
qu'ils fuiTent arrivés à une pente
plus douce & plus pratiquable.
Les Romains nrent ce jour -là
un peu plus de fept mille pas , fe
fcrvant rarement de leurs pieds,
mais fe laiflant le plus fou vent
jrouler en bas avec leurs armes
& leurs bagages, avec des peines
incroyables; enforte que celui
qui leur fervoit de guide avouoit
qu'avec une poignée de monde
rerfée aoroit pu faire périr
toute leur armée. La nuit ils fe
trouvèrent dans une petite plai-
ne entourée de toutes parts ,
enforte qu'il ne leur futpaspof-
£ble de juger à la vue s*ils y
étoient en nlreté. Mais , comme
ils avoient rencontré contre leur
efpérance , un pofte où ils pou-
voient s'arrêter » ils furent con-
traints d'y demeurer encore tout
Je lendemain, pour attendre M.
Popilliui 6c les troupes qu'on
avoit laiffi^es avec lui , qui
n'ayant point d'obftacle de là
part des ennemis , eurent afTez à
lutter» auffî-bien qu'eux , con-
tre la difficulté des lieux. Le
jour fuivant , toutes les troupes
s'étant rejointes , traverferent
un défilé que les habitans ap-
pelloientCallipeuce. Le quatriè-
me jour , ils rencontrèrent des
chemins qui n'étoient pas moins
irudes &c fâcheux ; mais , l'ex-
î>éfieiice les avoic rendus plug
M A
habiles & plus patîens; & ce
qui augmenroit leur confiance ,
c'eft que l'ennemi ne paroifToit
en aucun lieu , 8c qu'ils appro-
choient de la mer. Marchant
donc fans crainte, ils defcendi-
rent dans les plaines , & alors
les légions campèrent entre Hé-
raclée Ôc Libéthrum , la plupart
s'étanr poftées fur les hauteurs,
pour laiiTer à la cavalerie au
milieu d'elles , la vallée ôc une
partie de la plaine » où elle pût
s'étendre.
On dit que le Roi étoît dans
les bains, lorfqu'on l'avertit que
l'ennemi approchoit. Il fort tout
effrayé de fa place ; il s'écrie
qu'il eft vaincu fans avoir livré
de combat. Alors , prenant fuc-
cefïïvement divers partis qui lui
étoient fuggérés par la crainte,
& n'étant pas moins incertain
dans les ordres qu'il donnoit ,
enfin il appelle deux de fes fa-
voris , Nicias 3c Ândronicus ; il
ordonne au premier de courir à
Pella où étoit fon tréfor , & de
jetter dans la mer tout l'argent
qu'il y trouveroit; & au fécond
d'aller brûler les vaiiïeaux qui
étoient dans le port de Theffa*
Ionique. Pour lui, enlevant de^
Dium les ftatues d'or qu'on y
^ardoit , il les lit embarquer à
la hâte fur la flotte, & pour em-
pêcher qu'elles ne deviniïentla
proie des ennemis , ordonna
qu'on les tranfportât prompte-
ment à Pydna. En même tems p
il retira HippiasÔc Afclépiodote
des poftes dont il leur avoit
commis la garde ; & par cette
précipitation 9 il fit regarder
«
ir
MA
comin^ une hardiefle louabfe f
la témérité qu*avoit eue leCon-
fui» de s'engager dans un pais
d*où il ne fe leroit jamais tiré »
fi la tête n*avoît pas tourné à fes
ennemis* Car , les Romains n*a«
voient que deux chemins pour
fortir de ce mauvais pas ; le
premier conduifoit par Tempe
dans4a ThefTalie, & Tautre dans
la Macédoine en paflant à côté
<le Diuro. Mais , ils étoient Tun
& Pautre au pouvoir des Macé-
doniens. Si donc Perfée eût eu
un peu plus de réfolution » &
<iu*il eût réfîflé feulement dix
jours à la frayeur qui remporta
à rapproche des Komains > le
Cooiul n'eût pu ni fe retirer par
Tempe dans la Theflaliet ni
faire arriver des provifîons dans
les défilés où il s'étoit avancé.
. Ce Général 9 mettant la plus
grande partie de fes forces âc
de fes efpérances dans la folie
& l*inaâion de fes ennemis y en**
voya un courrier à Larifle^pour
ordonner de fa part à Sp. Lu*
crétitts de s'emparer des forts
que Perfée avoir abandonnés
aux environs de Tempe ; 8c fai-
fane partir M. Fopillius devant
lui 9 pour examiner les paflaees
près de Dium , dès qu'il i^uc
que les Macédoniens les ayoleoc
cous laides ouverts» il les fuivit,
& dès le fécond jour arriva à
Dium , dc6t camper fes troupes
près du temple de Jupiter, avec
défenf« de commettre aucune
impiété dans ce lieu facré. Pour
lui , il entra dans la ville qu'il
trouva petite 9 mais recomman-
dable par la beauté des places
if! A ±7t
publiques & des temples, ornés
d'un grand nombre de belles
ftatues y & d'ailleurs fi bien for-
tifiée , que voyant de û grands
avantages abandonnés fans né«
ceffité par l'ennemi , il eut peine
à croire qu'il n'y eût pas quel*
^ue tromperie cachée là-deâbus«
Âinfi, il pafiTa un jour à recoa->
noître tout le paî's d'alentour «
puis décampa, & perfuadé qu'il
ne manqueroit point de vivres
fur la route , il alla camper ce
1'our-là fur les bords du Mithys*
^e lendemain , il pou^a plus
loin , & ayant reçu la ville d'A-
gafie de la bonne volonté de fes
habitans , pour fe concilier par
fa clémence l'aâèAion des au-
tres Macédoniens , il fe contenta
de prendre d'eux des otages t
8c les laifla libres dans leur
ville* fans y mettre dégarni-
fon , leur promettant qu'ils vî-
vroient fous leurs lotx , êc
exempts de tout impôt. Delà ,
après un jour de marche , il
campa près du fleuve Afcordns;
mais y comme à mefure qu*il
s'éloignoit de la Hieflalie , il
éprouvoit davantage la difette
de toutes chofes , il retourna à
Dium, faifaot bien voir à quelle
difgrace il eût été expofé ^ fi on
lui eût fermé le chemin de la
Thefifalie , puifqu'il n'avoir p«
s'en éloigner fans danger.
Perfée , ayant raffemblé tous
(es lieutenans & toutes fes
troupes, accufa ceux qui a voient
commandé les détacheraens « fur
tout Afclépiodote & Hippias »
d'avoir livré aux Romains l'en*
crée de la Macédoiaei quoiqu'il
^7* M A
11*7 eût perfonne à qui il dût
faife ce reproche plus jufte-
]Dencqu*à lui-mêirie.
Cependant , le Conful qui
D*avoic prefque plus de vi-
vres , & à qui la faim étoit
fur le point de fe faire feu-
tir i appercevant la âotte en
mtt y ne douta prefque point
qu'elle ne lui apportât despro-'
vifions. Mais 9 quand elle fut
entrée dans le port 9 il apprit
que les' vaifleaux de charge
étoient reliés à Magnéfîe. Alors,
défefpéré de voir que fans
éprouver aucune difgrace de la
part des ennemis , il fembloit
que la nature eût conjuré fa
perte , il ne fçavoiif plus à quoi
îe déterminer , lorfque fort à
propos il reçut les lettres par
lefquelles Sp. Lucrétius lui
mandoit qu'il étoit maître de
cous les forts qui étoient autour
de Tempe & de Phila , Ôc qu'il
y avoit trouvé une grande quan-
tité de bled , de de toutes les
autres provilions néceflaires
dans la guerre.
Le Conful , ravi d'une fî heu«
reufe nouvelle , partit de Dium
pour aller à Phila » tant pour
jrenforcer la garnifon , que pour
diilribuer à fes foldats des vivres
que la difette ne leur permettoic
£as d'attendre plus long-tems.
>e départ ne lui ^t pas d'hon-
seur. Les uns l'attribuèrent à la
crainte d'être obligés de com-
battre les ennemis , s'il de-
ineuroic ; lei autres lui repro-
choient d'avoir agi comme un
homme qui ignoroit les révo- '
lutiôns qu'oo éprouve d'un jour
« «
MA'
à Tautre dans la guerre i *
en abandonnant des avantages
au'il avoit entre les mains 9
lans efpoir de les retrouver
dans la fuite. En effet » il ne fe
fut pas plutôt éloigné de Dium»
que Perfée comprenant de quelle
néceifité il étoit pour lui de re-
couvrer une place qu'il avoit
perdue par fa négligence « y
accourut , & releya les murs dc
autres fortifications que les Ro-
mains avoient renverfées.
Cependant, le Conful envoya
M. Popillius afEéger Héraclée
avec deux mille hommes armés;
& quand il eut appris que cette
ville 6toit prife , il y alla
camper « comme s'il eûr eu def-
fein de chaffer Ferfëe de Dium,
& de pafler delà dans la Piérie.
Mais , fongeant dès-lors à pren-
dre fes quartiers d'hiver , il en-
voya une partie de fes gens pour
s'aifurer des chemins par où on
lui amenoit de la Theâalie les
provisions néceflaires 9 & pouf
choifîr des lieux où l'on pût
établir fes greniers » & conf-
truire des logemens pour ceux
qui conduifoient l^s convois.
Il écrivit peu de tems après
des lettres au Sénat, par lef-
quelles il apprefioitàcettecom*
pagnie qu'il étoit palfé dans U
Macédoine , en chaflant des dé*
filés ceux qui lui en fermoient
l'entrée ; qu'il étoit en état d'y
nburrir fes troupes pendant tout
l'hiver, tant des vivres que la
Préteur avoit eu foin d'y faire
conduire , que des vingt milla
boiflfeaux de froment, & des dix
mille d'orge qu'il avoic achetés
des
1 "^
MA
deis Epirotes, & dont il étoîc
convenu que le prix feroic re-
mis à Rome entre les liiains dé
leurs AmbaiTadeùrs ; mais qu'il
falloir envoyer de Rome même
des habits pour les foldats^ avec
environ deux cens chevaux ^fnr
tout de ceux de Numidie , n'y
ayant pas moyen d'en trouver
fur les Heux. Le Sénat , par
Tàrrêt qu'il rendit , accorda au
Conful tour ce qu*il demandoir.
Mais , il n*eut pas cependant
Phonneur de terminer texte
guerre, parce qu'on lui donna
Tannée fuivante un fuccefleur.
' Il exerça depuis la •Cenfure
avec Paul Emile. Dans le dé-
nombrement qu'ils firent, il fe
trouva trois cens trente - fept
mille quatre cens cinquante-
deux citoyens. Q. Marcius Phî-
lippus y pendant fa Cenfure ,
fubflitna tin nouveau cadran fo-
laire en la place de l'ancien ,
qui avoit été mis près de la
tribune aux harangues cent ans
auparavant.
MARGIUS [M.] SERMO.
Af. Marcius Strmo y { a) étoît
Tribun du peuple , l'an de Ro*
«lé 580 , éc 172 avant Jefus-
Chrift«6c avoit entr'autres pour
collègue Q. Mafcios Scylla.
Comme lesConfulsnéglîgeoîent
de ft rendre dans leur provint
ce , nos deux Tribuns leur dé-
clarèrent qu'ils les condamfte-
roient à l'amende , s'ils n'aK
loient pas prendre le comman-
dement des armées ; de en mê«
Cl) Tit. Liv. L. XUl. cit.
Tm. XKVIU
MA X7%
me tems ils firent leélure dans
lé Sénat d'une loi qu'ils avoienc
deffein de porter au fujet des
Liguriens qui s'étoient rendus.
à la bonne foi du Conful C. Po-
pillius. Cette loi ordonnoitque
s'il fe trouvoit quelqu'un des
Liguriens Staiiellates que C*
Popillius avoit vendus depuis
qu'ils s'étoient rendus à lui, qui
n'eût pas été remis en liberté
avant les calendes prochaines
du mois d'Août , le Sénat s'en-
gageoit par ferment à nommer
un Commiffaire , pour informer
contre celui qui l'auroit fraudu-
leufement reteéu dans la fervi-
tude , Se lui faire porter 1 a peine
de fon înjnftice. Auffitôt après
ils publièrent cette loi avejç
l'autorité du Sénat.
MARCIUS [Q.] SCYLLA,
Q. Marcius Scylla , Tribuû dd
J)euple. Foyei l'article précé-
dent. " ' '■ .
MARCIUS [C] FIGULUS
C. Marcius figulus , ( ^ ) fut
élevé à la Prétu^e . Pari de Ro^
me 583 , de lôp avant Jefus-
Chrîft. Comme le commande-
ment de la flotte de Macédoine
lui éioit échu , il fe rendit &
Brundufium dès le commence-
ment du prittterts, pour 'paffer
delà dans là Crece. Le feconj
jour après (on départ dé Brundu-
fium, il entra dans le port dt
Corcyre, 8c dès le Jendemàîn
dans celui d^A'ftium, fur les
t:onfins de PAcarnanie. Ayant
-enfuite doublé le promoncoir^
I (h) Tit. tm L. :SLlll. c. II. L. XUVv
^ - * •
§
^74 ' ¥ A
de Leucate » il entra dans le
port de Corinthe ; puis laîiTanc
les vaifleaux à Creufe , il prit
foo chemin par terre » & tra«
Verfaat promptement la Béôtie »
fe rendit en un jour à Chalcisy
ipour y prendre le commande-
ment de fa flotte.
Étant parti delà, à la tête
de fes vaiiïeaux , il vint à Héra-
çlée , & d*Héraclée il alla dé-
barquer auprès de TheiTaloni-
Îue un grand nombre de fol^*
ats qui commencèrent par ra-
vager au loin la campagne » 8c
tecognerent dans leurs muraiU
fes ceux qui avoienc ofé en for-
tir pour venir contre eux , après
les avoir vaincus en plufieurs
rencontres. Déjà il avoic jette
répouvance dans la ville même ,
lorfque les habitans ayant dif-
pofé fur leurs murailles 9 des
machines ôc des traits de toutes
les efpeces , les lançoient nonr
feulement fur ceux qui erroient
témérairement autour des por**
tes de la ville > mais bleflbienc
niême à coups de pierre , ceux
qui étoienc reilés fur les vaif-
îeaux» Il fit donc rembarquer
fes troupes ; & renonçant à Vàt*
t^qye de T)ieÔa!onique> il navi-
^ea vers £nia qui. en éroit éloi-
gnée de t^uîn^e mille pas y &
JUcuée vis-à-yis de, t^y dna , dani
un terroir très-fertile. Après
eo avoir ravagé tout le terri-
toire , en fuïvant;la côte , ils arri-
vèrent à . Antigonie. Là « iU
prirent terre» pillecent le païs,
6c tranfporterent une grande
quantité de butin dans leurs
vàttfeaujc'» Les Macédoniens , le< ,
MA
Cfouyaoc épars dans la campa^
gne > les vinrent attaquer avec,
leur cavalerie & leur infante*
rie » en tuèrent autour de cinq
cens, en prirent à peu près au-
tant 9 & les pourfuivirent juf-
qu'à la mer. Alors y la difficulté
de rentrer dans leurs vaifleaux.
pendant que l'ennemi les pref*
loit l'épée dans les reins > & le
défefpoir de fe fauver autre-
ment, excitèrent dans les Ro-
mains une indignation qui leur
tint lieu de courage. Ils firent
face aux Macédoniens fur. le
rivage ; & fécondés de ceux
qui étoient fur la fiotte, ils tuè-
rent deux cens Macédoniens ,
en prirent un pareil nombre,
ôc s'étant rembarques 9 allèrent
faire une defcente fur les terres
de Pallene pour les piller. Elles
confinoient à celles des CaiTan-
driens les plus fertiles de tour
le païs qu'ils avoient côtoyé. Ce
fut- là que le roi Eumene parti
d*Élée avec vingt vaifleaux cou*
verts, vint à la rencontre du
Préteur , & qu*il en trouva cinq
autres que lui envoyoit le roi
Prufias.
. C. Marcius Figulus, encou«
ragé par cette augmenta^on de
puififance » entreprit de forcer
■Caffandrie. Mais, il n'en put ve*
xdr k abour. Ayant donc pafiSS
autour du proniontoire « il alla
aborder avec Eumene à.Torone«
lis tentèrent auffi de forcer cette
.ville ; mais , s'appercevant qu'el-
le écoit défendue par une gar*
nifon trèsnombreufe, ils aban-
donnèrent auâi ce deflein, &
navigerent du côté ' de Dérné-
NtA
tfîade. Ils s'approchèrent de fes
murailles , & les voyant cou-
vertes de gens armés & dîfpofés
à les bien recevoir , ils paflerent
outre & débarquèrent à lolcos t
dans le defleîn de retourner à
Démétriade , après avoir rava-
gé la campagne. Mais enfuite,
voyant que l'hiver appfochoît,
C. Marius Figulus envoya une
partie de fa flotte à Scîathe , de
s*en alla avec le refte à Oréum
dans l'îfle d'Eubée , jugeant cet-
tt ville la plus commocfe pour
recevoir les convois, & les en-
voyer aux armées qui étoient
dans la Macédoine ÔC dans la
Theflalîe:
MARCIUS [Q.] , Q. Mar-
ciusj r. Meepxicç. (4) fils de
Q. Marcîus Philîppus , fervit
fous fon père > dans la' guerre
contre Perfée , aînfi qu'on peur
1« voir ci-deffus dans l'article
de fon père.
MARCIUS [C] FIGULUS,
C. Marcius Figulus , (i) fut éle-
vé au Confulat avec r. Corné-
lius Scipion Nafica > l'art de
Rome 590 , & 161 avant Jefus-
Chrift. Il y fut élevé de nou-
veau quatre ans après avec L.
Cornélius Lentulus Lupus.
MARCIUS r L. ] CENSO-
RINUS , L. Marcius C^nforù
nus , (c) fut créé Conful avec
M. Manilîus , Tan de Rome
603 , 6t 149 avant Jefus-Chrift.
Cette année , la guerre ayant
été déclarée dans les formes
aux Carthaginois , oà preâa les
M A Ijj
deux Coiifuls de partir le plu«
pï-omptement qu'il feroit poffi-
ble, & on leur donna un ordre
fecret de ne terminer la guerre
que par la deilruélion de Car-
thage. Ils partirent aufCtôr, âc
s'arrêtèrent à Lilybée en Sicile.
La flotte éioit confîdérable. Elle
portoit quatre-vingt mille hom-
mes d'infanterie , 6c enviroa
quatre mille de cavalerie.
Quand elle fut arrivée à
Utique , il vînt au camp des
Romains des députés de Car-
thage, qui dirent qu'ils étoient
envoyés au nom de l'État pour
recevoir leurs ordres , auxquels
en étoit prêt à obéir en tout. Le
conful L. Marcius Cenforinus»
qui portoit la parole, après avoir
loué leur bonne dîfpofition àC
l*eur obéiflîance, leur ordonna
de lui livrer fans fraude & fans'
délai généralement toutes leurs'
armes. Ils y confentirent , mais
ils le prièrent de faire réflexion
à quel état il les réduifoit danf^
un tems , où Afdrubal « quf
n'étoit devenu leur ennemi qu'^
caufe de leur parfaite foumif-
fion aux ordres des Romains ^
étoit prefqoe à leurs porter
avec une armée de vingt mille
hommes. On leur répondit que
Rome y poûrvoiroît.
Cet ordre fut exécuté fur le
champ. On vit arriver dans le
camp une longue flle de char-
riots , chargés de tous les pré-
paratifs de guerre qui étoient
dans Carthage , deux cens mille
(à) Th. Lîv. 1. XLÏV. c. %> ,
(»; Roil. Hifi. Rom. Tom. V.pag
It RoU. Hifi. Rom. Tom. V, p en
^76 M A
armures cpmpletce$« uo nom".
ire infini de traits 8c de jave-
lots y deux mille machines pro-
pres à lancer des pierres & des
dards. Suivoient les députés de
Carthage, accompagnés de ce.
^ue le Sénat avoit de plus ref-
pedlables vieillards , & la reli-
gion de Prêtreis plus vénéra-
bles , pour tftcher d'exciter à
compamon les Romains dans ce
moment critique , où l'on alloic
prononcer leur fentence , & dé-
cider en dernier lieu de leur
fort. Le Conful fe leva un mo-
xpent à leur arrivée avec quel-
3ues témoignages de bonté ÔC
e douceur ; puis reprenant tout,
à «oup un air grave & févere t
30 » Je ne puis pas, leur dit-il»
39 ne point louer votre promp«
X titude à exécuter les ordres
3» du Sénat. Il m'ordonne de
3» vous déclarer que fa dernière
^ volonté eft que vous fortiez
>> de Carthage qu'il a réfola
:» de détruire , & que vous
30 tran'fportiez votre demeure
3> dans tel endroit qu'il vous
9> plaira de votre domaine «
SI pourvu que ce foit à quatre-
» vingts ilades de la mer. n
Quand le Conful eut pronon-
cé >cet arrêt foudroyant » ce ne
îfut qu'un cri lamentable parmi
les Carthaginois. Frappés com-
me d'un, coup de tonnerre qui
les étourdit fur le champ , ils
ne fçavoient ni où ils étoient »
ni ce qu'ils faifoient. Us fe rou-
Joient dans la pouŒere, déchi-
rant leurs habits » & ne s'expli-
.quant que par des gémilfemens
éc des fanglots entrecoupés*^
MA
Puis revenus un peu à eux 9 ils.
tendoient leurs mains fupplian-.
ces tantôt vers les Dieux « tan-
tôt vers les Romains » âc im-
plor oient leur miféricorde Se
leur juftice pour un peuple qui
alloit être réduit au défefpoir.
Mais y comme tout étoit fourd à
leurs prières» ils les converti-
rent bientôt en reproches & en
imprécations, les faifant reâou-
venir quSl y avoit des Dieux
vengeurs auifi-bien que témoins
des crimes & de la perfidie.
Les Romains ne purent refufer
des larmes à un fpe dlacle R. tou-
chant s niais leur parti étoit
pris. Jiies députés même n'obcin-'
rent pas qu'on furfît rexécu**
tion de l'ordre jufqu'à ce qu'ils
fe fuifent préfencés au oénat
Romain , pour tâcher d'en ob«
tenir la révocation. Il fallut par-
pr , de porter la réponfe à Car-
thage.
On les y attendôit avec une
impatience Se un tremblement
qui ne fe peuvent exprimer. Il»
eurent bien de la peine à percer
la foule qui s'empreflbit autour
d'eux pour fçavoir la réponfe y
qu'il n'étoit que trop aifé de.
lire fur leurs vifages. Quand ils
furent arrivés dans le Sénat 9 Sc
qu'ils eurent expofé l'ordre
cruel qu'ils avpient reçu , un cri
général apprit au peuple quel
étoit fon fort ; 6c dès ce moment
ce ne fut plus dans toute la ville
que hurleroens 9 que défefpoir ,
que rage > & que fureur.
Les Confuls ne fe hâtèrent
pas de marcher contre Cisrtha^
ge, ne s'imagin&c pas qu'ils
MA
leuffeot rien à craindre d^une
ville défarinée. On y profita
de ce délai pour fe mettre en
^rat de défenfe; car, il fut ré«
folu d^nn coitimun accord de ne
point abandonner la ville. On
nomma pour Général au dehors
Afdrubal qui étoit à la tête de
vingt raille hommes , vers qui
-l'on députa pour le prier d'ou-
blier en faveur de la patrie
.rinjttfttce qu'on lui avoit faire
par la crainte des Romains. On
donna le commandement des
nroupes dans la ville > à un an^
cre Afdrubal , petit'fils de Ma-
finiiià. Puis , on fabriqua des
armes avec une promptitude
incroyable. LesTemples, les Pa-
lais, les places publiques fu-
rent changés en autant d'atte*
llers. Hommes & femmes y tra-
vailloient jour & nuit. On fai-
foit par jour cent quarante bou-
cliers, trois cens épées , cinq
cens piques ou javelots , mille
traits de un grand nombre de
machines propres à les lancer ;
.& parce qu'on manquoit de
•snatiere -pour faire des cov-
. des , les femmes coupèrent lenss
cheveux &en fournirent abon-
damment.
, Cependant , les Confuls s'a-
vancent vers la ville pour en
former le fiege. On peut croire
que c'eft alors que fut faite par
les Roorains , la. double cérémo*
,nie de Tévoication des dlviniiéa
•Tutéiaires de Garthage , & du
dévouement de. cette ville*
Ma ^77
Après toutes les imprécations
untées en plireilie circonflance »
-les Confiils l'attaquèrent par la
force des armes. Ils ne s'at|en«
doient à rien moins qu'à v trou*
ver une vigoureufe réfiitance.^
8c la hardiefle incroyable des
alfiégés les jetta dans un grand
étonnement;Ce'n*éîSit que Ibr*
ties fréquentes '& vives po^^
repoufler les affiégeahs , pour
brûler les machines, pourbaïf-.
celer les fourrageurs.L. M arcitit
Cenforinus attaquoit la vilhe
d'un côté , & M. Manilîus de
l'autre. P. Scipion? dès-lors h
terreur de Carthage , - fervoic
.alors en qualité de Tribun , Se
iediflinguoft parmi tous les OfS^
ciers autant par fa pfildence que
par fa bravoure.* Les Confuls
firent ptufîeurs fautes pour n'a-
voir pas voidu fuivr<e fes avis*
Cependant, l'année de leur Cod«
fuiar expira. Se le foin de con-
tinuer le iiege qu'ils avoient
commencé , fut confié à leurs
.fuccefleurs.
M ARCIUS [Q.] REX , Q.
Marcius Rex » ( ^ ) fut créé
Confulavec M. rorcius Caton,
l'an de Rome 634, de iiS avant
i.C.
MARCIUS [ L. 3 PHILIP-
PUS, £. Marcius Philippus ,
{h) fut élevé au Coofulat , avec
Sex. Jalius Céfar , l'an de Ror
me 661 , & 91 avant Jefus-
Chriil:. M. Livius Driifus , Tri-
bun du peuple, pour fervir \é
Sénat » éc lui attirer la faveui^
(«> Koll. Hift. Romi T. V. p." 364. I é^ [mh* T. VL pag. 7 > 8 » 96. ér )Wv;
(») RuU.||ift. Rom. T. V.«p* 489.
S» ••
^7:5 M A
,<le la tnukjtude ,^mf€prft de
faire pafTer de? loîx Agraire» ;
jnais , il trouva dani la peffoOr
Ji^ .de L. Marcius Phtlîppus un
.r^aouiable adverfatr^.
L, Marcia3 Phiisppus , outre
J^s avantages idç la oaiflaDce y
40S grandes alUançei , outre la
I4ifinûé &*rattt9Wé.de fa pla-
^fit étpn encare capiable par le
^ajent de la parbie de donner
ji^ ppids an parti /qu!il embraf-
^oit. Après M. Gaflus & M.
^ntoioe, qui fe dîfputoienc le
premier rang de. TÉloquence,
£irenoit L.^Marcius Philioput ,
j9>ais à une grande diitance.
p Quoiqu'il n'y eût perfonne»
P dit Cicéron , qui pût fe plâ^
?» ^er encre ces deux grands
p. Orateurs & lui , je ne puis
» néanmoins l'appeiler ni lie
» fécond , ni le trotfieme^ de
jp, même que dans une courfe de
.<> charrîot$, je ne compterons
^ point pouj! fécond, ni trot-
3» (leme « celui qui feroir à
» peine forti de la barrière.,
» lorfque lé premier auroir dé-
S3 jà reçu le, prix.» Mair, à
confidérer L. M a relu s Philip-
pus en lui-même y indépendam-
ment de toute comparaifon« o«i
jne pouvoiifc lui réfùfer le titre
.& le mérite d'Orateur. Il avoît
vn rour libre de hardi » beaucoti^
de fel & d'enjouement. Il ne
snanquoit ni d'inviention pour
wouver des' peiïfcés conveoà*
bles • ni de facilité pour ies
i#*xprimer; avec cela, beau-
coup de connoiflance des ars
des Grecs ; Sç dans les al^exw
cations quand il ctoit échauffé , :
MA
-qtréfqne dibfe de piqitant & et
.caufttque , qui plait toujours
beaucoup aux Auditeurs*
Nous ne pouvons dire , faute
de moAumens , quel motif en*
.gagea L. Marciu» Philippas
aâuellement Conful à prendre
parti contre M* Livius Drufos
6t contre le Sénat. Étant Tribun j
Il avoir autrefois propoCé une
loi Agraire» & Cicéron cite
d'un difcours qu'il 6t alors ua
lirait iiéditieusu II) dît qu'il n'y
avoir pas dans la ville deux
mille bomnies qur euffent de-
•quoi vivre. On fent afTez les
conféquencés d'un mot comme
celui - là , prononcé par tin
Tribun devant une multitude
-qui prétendoit jouir des droits
de Ja fouveraineté. Du relire
-rependant , la conduite > de L.
Marcius Philippus dans foti
Trîlmsat avoit été aâèz modé-
\Tée, & il avoit fouffert fans
beaucoup de peine qne fa loi
ne paffUt point. S'étoit-il donc
convaincu pour. tODJourit que
les Joix Agraires étoient pernt-
•cieufes, Ôc s'oppofok ^ il par
cette raifonà celles que portoic
M. Livius^Druftts t Ou avoit-il
quelque fujet perfoniiel d'iai-
onitié contre ce jeune Tribun »
de mécontentement contre le Sé-
nat i C'eft ce que nous ne £çavons
point. Mais » qe qui eft certain ,
c^eâ^qu'il agit^avec beaucoup de
^chaleur ât même de paifion.
Comme il réliftoit donc de
.coûtes fes forcés aux loix pro-
pofées, & ne vouloit pas fouf-
frir. qu'on en délibérât , M. Li-
.vÀttsDruftts U-fit mener to pri*
MA
foA, iSc trdter fi ourra|é«fe^
ment , que le fang loi K)rtoic
des oarioes en abondance. En^
core le Tribun ne fit-il qu'en
plaifanter , difanc que**ce n'é*
toh pas du fang) mais du jui
de grires , parce que L. Mar*
chis Pinlippus pafloic paur ai-^
sner la .bonne chère ôc itt fins
morceaux.
Les loix furent enfuite reçues;
snais , M. Livius Drufus étant
mort peu de tems après » L;
Marcius Philippus fit cafle^ tou*
ces fes loix par un feul décret
du Sénat > comme portées con*
tre les Aufpices> & dè^-là nulles
de plein droit.
Il parvint quelques années
après à la Cenfure» qu^il géra
mvec M* Perperna. Ces Magif-
trats fe gouvernèrent félon tes
imprefiions de L. Cinna ; & L.
Marcius Philippus n'eut paè
lionte de rayer du catalogue
dès Sénateurs » Ap. Claudius Ton
oncle 9 dont le mérite égaloit
la natlTance. Mais y il avoit été
accufé par un Tribun Se dépôuil<*
lé du commandement qu'il exer*^
çoit» en haine de Ton attache^^
ment pour le parti de la noblef^
le de de L. Sylla. Voilà ce qui
lui attira la dégradation dur
rang de Sénateur & une fiétrif-^
fore honteufe non pas pour lui^
mais pour L. Marcius Philippus»
qui ayant accepté la Cenfure
des mains du Tyran de Rome »
ag^floit cofiféquemrment en ap-
prouvant les aAes de la Tyran-
nie. Ces mêmes Cenfeurs firent
le c^nombrement des citoyens
qui fe traurereot montera ^«a«
9e cens foixânte*' trois mille >
nombre beaucoup plus grand
qne les précédenS, fans douto
a caufe des peiiples dltalid
nouvellement âflbciés au droit
de bourgeoKte Romaine. Ili
nommerenr Prince du Sénat If*
Valérius Flaccus.-
L» Marchés Philippus eut &
vives conteftations avec l*ôra'-
f eur L. Lictniur Craffus , côm*
me on peut le voir dans l'ar-
ticle dei ce dernier. Il prononça
aufiî contre M. Émilius Lépi-
dus , Gonfui ràn 78 avant Je-
fus-Chrîft , un diftours très-
vif , qui fe t'rouve parmi le^s
fragmens que nous avons de Sal-
]ufte« Nous en avons cité quel-
ques lariibeaux dan$ Tarcicle de
M. ÉmiHus Lépîdtis.
L. Marcius Pdilippns fut fort
attaché au parti de Cn. Pompée.
Un jour , pbidant pour ce grand
homme > il dit qu'if ne ralloit
pas s'étonner fi un Philippe at)i«
moit un Alexandre. Une autre*
fors ,' il s'exprima d'uile façoà
qui dât encore flatter infini-
ment Cn. Pompée^ On s'étoic
déterminé à le faire partir pour
l'Efpagne avec le titre de Pro-
conful. Mais , la chofe ne pafla
vas fans dimculté ;. & quelques
Sénateurs repréfeoterent qu'il
étoit bien étrange que l'on re-
vêtît un chevalier Hdnlain du
rang Se dé l'attoriré de Pro<
confuL Ce n'eff pas fimplement
comme Pràconfui qv^îl faut t*en*
Voytr^ dieL. Marcius Philippus»
mais comme tenant la place de
deux Confuls â la fois ; mot aulH
hanerableiiCn. Pompée, qu'ia-
Siv
AÎo MA
JMrieuxaux.Coafi^ls^uj éfoiettf
a'iftijjelleiDenc en charge.
MAKClVSfMarciusy M Jt^me^ »
Jt^) certain homme qui au'rivé
xouc récemment d*Italie à l'ar-
inée, difoît que le bruit géné-
ral , étoit à -Rome ^ que Co.
Tompée (Jtoit afliégé ^aos fou
.camp. Ti^ n* es -donc venu^ lui
répondit Cicéron , qui pour eti
ff avoir la vérité ^-pour en croire
tes yeux. . - • :l -
* Ce MarciiisjT par flatterie
pour Cn. Poippée ,. vouloit fai-
re croire que. ce bruit de Ro-
me étpit faux ; & Cicéron le
confirme par cette réponfe am*
'bigue qui eft très-plaifante.
MARCius i;q.]rex, Q.
Marcius Rex , (î) géra feul Je
'Confulât, Tan de Rome 684 , 5c
^S-avant JefùsrChrift. Son collè-
gue L. CécUius Métellus mou-
rut dans. les premiers jours de
Janvier ; & Lé fucçeâeur que
Ton lui donna étaot mort auffi
avant même que d'entrej; en
/charge.» on ce jugea pas %
propos de frfocédecà une nou-
velle éleflion. ,
Le ConfuI unique » Q* Mar-
cius Rex y ne s*eil pas rendu
fort célèbre dans Thiftoire ;
& tout ce que n6us avons à
en dire» c'efl qu'après fon Con-
fulat , il alla le mettre en pof*
fefEoB du gouvernement de Ci-
licie ). où il ne fe diiliogua. pas
extrêmement.
Malgré cela , à fon retour
d*Âfie y il prétendit aux hon-
MA
Aêurs du triomphe , & il reftà
long-cems aux portes de Rome #
fans pouvoir les obtenir y parce
quçy dit Saliufte, certaines gens
accoutumés à faire, argent de
fout 9 s*y oppofoiènt. C'eft
pourquoi , Q. Marcius Rex g
o'écant point encore entré dans
la ville 9 confervoit toujours la
la puiflance Proconfulaire > ôc
iès foldat$ n'écoient point licen*
€ié$* Oaps ces circooftances i
l;^ conjuration du L. .Catiiina
ayant été découverte , il reçue
ordre de marcher du côté de
Féfttles en Étrurie. A peine y
étoit-il arrivé , que C. Mallius ^
un des principaux d'entre les
conjurés, ofa lui faire des pro-
pofitipns. C. Mallius lui envoya
de$ députés pour lul.repréfen.
/ter la tcifle (ituatioo de ce grand
nombr-e de malheureux qu'il
commandoit « & que le mauvais
état de leurs affaires réduifoic
au défefpoir. Il le prioitdt con-
fidérer quêtant de citoyens mé«
ritoient bien que la République
fe portât à foulager leur infor-*
tune ; mais qu'en tout cas ils
étoient réfolus au moins de ne
périr qu'en gens de cœur , &C
après avoir vengé d'avance leur
mort. Q. Marcius Rex> ayant
reçu comme il convenoit , ce
difcours mêlé de prières & de
menaces, répondit aux dépu-
tés de G. Mallius » qu'ils ne dé-
voient rien efpérer , qu'aupa*
ravant.ils o'euflent mis les ar«
xa^s bas.
Ci) Plut. T» ]. p. 880. iCrév* Hift, Rom. Tom. VI. pag« 197 jT
p) Salluit. in Câlin» c, jy. ^ J?i« Us^^t H^S*
MA
MARCIUS [C] nCULUS,
C Marcius Figulus » {a) parvint
au Confulac ayec L. Jules Ce-
far , Tan de Rome 688 , & 64
avant J. C«
MARCIUS [Q.] , Q. Mar-^
dus y K. lAafMÇ^ (h) Tribun
des foldau, après avoir fuivi
le parti de Co. Pompée 9. paOfà
dans celui de Jules Céfar.
MARCiy S [L.] , £, Marcîiu^
A. Mcr^xioç .» (c) chevalier Ro-
main , dont Cicéron fait men-
tion dans Ton oraifon pour Q»
Ligarius.
MARCIUS [Q.lQMarcitts.
(d) Cenfeur* qui fit faire une fta«^
tue de la Concorde, Ôc qu'on pla-
ça dans un lieu public.Le cenfeur
C. Caffius la fit cranfporter de-
puis dans le Sénat.
MARCIUS [Q.] CRISPUS,
.Q* Marcius Cri/pus , ( e ) Pro-
conful, dont parle Cicéron dans
fa onzième Phiiippique.
MARCIUS [Q.] , Q. Marcius,
K. MtipKdôi j (/) que Cicéron
qualifie fon ami. C'étoit , au
rapport de cet Orateur 9 un
homme courageux, & fort ex-
périmenté dans le métier des ar-
mes.
. MARCIUS [L.] PHILIP-
PUS , Z. Marcius Philippus ,
C^) fut créé Conful avec Cn.
Corn. Lentulus Marceilinus »
Pan de Rome 696 , & 56 avant
Jefus-Chrift. Avant fon Confu-
M A a8i
lat, il avoir eu le gouvernement
de la Syrie ; mais • il °c s'y
étoit pas diflingué par de grands
exploits. Il fut le fécond mari
d'Atia * roere d'Augufte » 6c
beau -père de Caton d'Utique*
Son Collègue , dans le con-
fulat , Cn. Corn. Lentulus Mar»
ceilinus fe montra un zélé & in-
trépide défenfeur de la liberté
publique. L. Marcius Philip'^
pus fuivit à la vérité les mêmes
erreroens ; mais , il étoit homme
doux êc peu capable par lui-
même d'une forte réfolurion.
AuiG , Cn. Corn. Lentulus Mar-
ceilinus gouverna-t-il feul en
Îuelque forte tout le Confulat.
>• Marcius Philippus fut néan-
moins employé depuis dans des
affaires de la dernière impor-
tance. Mais, l'extrême moliefTe
de fon caraâere fut caufe qu'il
n*y apporta pas un grand zèle g
& qu'il s'acquitta d'une ma-
nière peu >|atisfaifante de ce
dont il avoit été chargé.
MARCiyS [L.] PHILIP-
PUS , X. Marcius Philippus i
fils du précédent & d'Atia fa
femme , tue élevé avec Augafte^
& dans la fuite mis à mort par
Caligula.
MARCIUS [L.] CENSO-
RINUS , £. Marcius Cenfori-*
nus y (h) fut créé Conful avec
C. Calvifîus Sabinus » l'an de
Rome 71} , & 39 avant Je«
(«) Crév. Hift. Rom. T. Vi. p, 41).
(») Hirc. Panf. de Beil. Hifp. p. 815.
ô-> -Cicer. Orat. pro Q. Ligar. c. 14.
^ (d) Cicer. Orat. pro domo fua ad Pon-
lâf. c. 99.
C«) Cicer. Philipp. 11. c. jia*
(f) Cîcer. In L. Pifoa. c. 4s.
(^) Crév. Kiil. Rom. Tom. Vil. pag.
7Î , f^ , 108. T. VJll. p. 89. ér friv.
(h) Crév. Hiâ. Rom, Tom. Vlil. pag,
3s6 , jaj.
2.%t
MA
fus-Chrift. En ce rems^Ii, Vzai^
coricé du Confulat étoît étran-
gement afFoiblie > & réduite
prefque à rien; mais au moins
lufqu'îcî, on en avott refpedlé
Ja durée » en ce fens qu*il n'y
avoit point eu de Confuis qui
n*euflenc été créés pout. aller
jufqu*à la fin de Tannée , quoi-
que plusieurs fe fufTent vus obli*>
gés , foit par le diâateur Jules
Céfarffoit par les Triumvirs »
d'abdiquer avant le terme , pour
laifler ce titre d'faonneur à d'au-
tres , Que Ton vouloit en déco*
rer.L.MarciusCenforinus & C.
Calvifîus Sabinus font les pre-«
miers Confuis y qui entrant ea
charge au premier Janvier,n'ai*
ent été mis en place que pour
un nombre de mQÎs limités > au
bout deiquels ils dévoient être
relevés par des fuccefleurs dé-
signés en même-tems qu'eux*
Cette pratique 9 qui avilifToit
& dégradoit de plus en plus le
Confulat j fut fuivie conilam-
ifienc par les Empereurs. On
De vit plus de Conful d'un
an. Ceux qui commençoient
l'année lui donnoient leur nom^
& on les appelloit ordinaires.
Les autres , que l'on appelloit
Confuis fubiHtués , n*étoient
gueres connus qu'à Rome Si
dans l'Italie. Dans les Provinces
ils faifoient peu de bruit 9 Sc
pour cette raifon on les y qua-
lifioit petits Confuis.
iâi) Vell. Paterc. L. II. c. ^9.
(è) Crév. Hitl. des Emp, Tom. V.
ptg 191.
{€) Crév. Hifl, des £mp, Tom» V*
9*S' 390 > 291»
MA
MARaUS [ Cmspus ] , (a)
Cri/pus hiarcius » perfonnag^
Prétorien , -feloa Velleius Pa*
terculus.
MARCIUS AGRIPPA , (V^
Marcius Agrippa , étoic un hom-
me né dans l'obfcursté » de qui
s'éroit poufl*é par de fales em-
plois. Macrin ne laiCa pas de
fe fervir de lui, & de le fobf<b
situer mime à un homme de mé«
rite âc de tête.
MARCIUS [M.] , M. Mar-
dus ^ M. M-eVioç, (c) dont oa
a des Médailles qui lui donnent
le titre d'Augufte. Il y a appa-
rence que c'efl quelqu'un de
ces Tyrans qui s'élevèrent fi
fréquemmeot dans les dtfFéren*
tes provinces de l'Empire ^ veri
le milieu du troifieme fiecle de
l'ère Chrétienne.
Il eil fait mention dans Zo»
sare d*un certain Marcus ;
Philofophe de profeffion, qui \
feloQ cet Auteur , fur choi^
par le Sénat pour Empereur*
Mais , il mourut au bout d6
très-peu de jours. C'eit vrai-
femblablement le même que M.
Marcius.
MARCIUS [ le bouclier de ] ,
(d) Clyptus Marcius^ V6ye[ Af ar*
cius [ L. ] 9 fils de Septimus.
MARCODURUM, Marco*
durum , {t) lieu de la Gaulé
Belgique , félon Tacite. » Leur^
y> cohortes , dit cet Hiftoriéit ^
•» furent taillées en pièces au-
iÀ) Tît. Liv. L. XXV. c 59.
(tf) Tacit. Hifl. L. IV. c. %%. NoHc
de la Gauh par M* d*Annil» pag. 411 9
414« "
I
M'A
99 près ' de Marcodiirum ; «à
9 elles ne • fe tenoient pas
•» beaucoup fur leurs gardes ,
» parce qu'elles écoîenc éloi*
-w» gnées des bords du Rtiin* y>
Ce lieu eft à préfent Duren fur
la Roër> au deflus de Juliers.
Nos Rois j ont eu un P«Uis»
•appelle Duria villa , eu Dura ,
dU>ttt les aociennes Annales font
rmeknîon'eo parUnc des aflem*
blées* <}uiy ont été conroquées.
MARCOLICA, Marcolica,
(a) ville d'Efpagne, félon Tire-
Live. Cet Hiiloriea dît que M*
Marcellus quittancle gouverne-
ment d'Efpagfle y prit la fameu-
fe ville' de Marcoliea » êc en
emporta de grandes richeffes
^Q*il mit dans le tréfor public.
*Comme ce fait o^eft rapporté
que d'une manière fort décou-
-fue 6l fans liaifon avec ce qui
-fuit ou ce qui précède, il n*eft
-pas aile de juger où cette ville
'^toie placée. Il eft d'ailleurs
éronnaut qu'une fameufe ville
'ait ^été inconnue aux Géogra-
phes qui ont décHt l'Efpagne,
']tifqa'à- en nommer les villes
qui ne fubfiftoient plus*
•MARCOMANS^ Marcoma-^
ni , Marcomanni , Marcommani ,
•M«^>eo/MA<«w/ , (è) peuplé Ger-
'ȉln du nombre de ceux qui
eonipofeient la nation Sûeve.
'^ Là cité des Mareômanii ; dit
» Tacite , eft la plus, puif-
i (
(f') TIt. tu, L. XLV. c. 4.
(k) $crab. {Mg. s^o*' Tactr. X-nn«1. L«
U. ۥ 45 9 46 t 6s. de Mocib. Gccm^ c.
4». VcU. Patercnl. L. 11. c. 108 ,
109. Cxf. de Bell. <^all. L. l.'fag. $7.
Crér. Hift. des £mp»Tom; Irp; 146»
MA 28)
» fante & la plus fameufe par
yy fes exploits. La contrée mê-
3» me qu'ils occupent eft un
» monument de lettf valeur*
a» Ils Tour conquife fur les
» Boiens qu'ils en ont chaiTés.
Spener croit que le nom
de Marcomans eft formé de
Marck & de Manntr , deux
mots qui dans la langue Alle-
mande Signifient des hommes
établis pour la garde & pour \x.
défcnfe des frontières. S*îl eft
vrai 9 comme on en convient
aftez, que les Helvétiens fu<-
• rem chdTés par les Germains
de leur première demeure à la
fource du Necre 5c du Danu-
be , il eft naturel de dire que
Tarmée qui les chalfa, demeura
dans le païs pour empêcher
qu'ils n'y retournaflent ; & que
de-tà elle prit le nom de Mar^
comani»
On croît que la première de-
meure des -Marcomans étoic
-entre le Rhin èc le Danube,
dont Pan bordoit la Gaule 9 de
Tautre términoit la Rhétîe « àL
quelle s'ëtendoît jufqu'au Ne-
cre* Cette opinion eft unique-
ment appuyée fur ce que des
trois peuples qui pofliéderenc
le pàïs , d*oû les Helvétiens
avoient été chaffés » les Mar-
comans étoient le peuple le
plus puiflant. Leur nom en eft
une preuve. Strabon ^ Velleiits
içç. Tom. IV. pajç. )t » 55 » 409. ér
/iffif.'Toni. V; p«|ç. 68, »»y. Tom. VI.
pag. «5 , ad. Méni« de l*Acad. des
Infcripu Sa Bell. Le^t. Tom. XX. pa{.
54. <Ér /««*•
^H MA
racefculus & Tacite", bou4 ea
fourniflenc une autre , en ap-
pelianc fimplement Maroboduus
roi des Marcomans « fans non»-
iner les chefs des autres peu*
ples qui accompagnoient les
Marcomans » dans rexpédition
donc ces Auteurs entendent
parier. Mais , il eft confiant
que leur demeure ne peut fe
fixer que par conjedlure , quoi-
Îtt*avec aflez de probabilité.
)Iuvier a tâché de marquer les
bornes précifes du pais des
Marcomans, & ce qu'il dit eft
afTez vraifemblable* Lé voici.
Le Necre bornoit la Marco-
manîe au nord; le Kocker^ qui
fe joint au Necre*, Se le Brents
qui fe jette dans le Danube , la
bornoîent à l'Orient , le Da-
.nube au Midi, & le Rhin à
l'Occident. De cette façon les
Marcomans auroient pouédé les
(erres que comprennent le duché
de Wurtemberg , la partie du
Palatinat du Rhin, oui eft en-
tre le Rhin ôi le ffecre , le
Brifgaw, & la partie du duché
de Suabe , fîtuée entre la four-
te du .Danube & le Brentz.
Autant eft-il difficile de dire
pu fut précifément la première
demeure des Marcomans , Se
de décider s'ils s'établirent dans
le païs dont les Helvétiens
avoient été dépoCédés ; autnac
p^ut-on parler .avjsc certiu^de
de leurs autres expéditions ,
qui fe trouvent appuyées du.
témoignage de divers . Auteurs
approuvés. Jules Céfar nous
apprend que les Marcomans
p^«reoc d»QS la Gaule; fous la*
MA
tonduite d^Ariovifte g àotit ^r^
partie de l'armée , après fa Hé^
faite , repafl*a avec lui dans fo'n
ancienne demeure. On doute
pourtant fi après Ariovifte lea
Marcomans eurent un autre Roi^
ou s'ils coafervereat leur li-
berté jusqu'au règne de Maro*
bodous. Il eft du moins csertain
que ce dernier , à fon retour de
U cour d'Augufte , où il avfttc
été élevé , fut Roi des Marco-
mans, Se qu'aUarmé de Tappro-»
che des Romains qui portoieAC
leurs armes dans la Rhétie 8c
daas le Norique , il perfuadà à
fes peuples de fe retirer dans
l'intérieur de la Germanie , ât
d'y aller chercher une nouvelle
demeure. Velleius F^terculus
parle auffi de cette migration
des Marcomans. On y voit que
Maroboduus , à la tête des Mar»
comans , des Sédufieos & dos
Harudes , pafla dans le p^^ïs detS
Boiens , fitué au milieu de la
forée . Hercynienne ; qu'il s'y
établit après avoir vaincu les
Boiens , de ^u'il fournit enfuite
tous les p^euples voifins , foîc
par la force de fes armes s foie
par la crainte qu'elles leur inf«
pirerent.
Lorfque Maroboduus fe fut
emparé du pais des Boiens^»
connu alors fous le nom de
BoioAamum , dn ne connut plus
de fédufiens ni de Harudes; leur
nom fut confondu avec celui dea
Marcomans qui fe conferva. A
l'égard des terres qu'ils avoient
abandonnées, elles furent oc-
cupées par différens peuples 9
foie. Gaulois » foit Germains*
MA
II y a des Auteurs qu! ont
^crit que les Marcomans , avant
que de pafTer dans le païs des
Boiens » demeuroient dans la
Moravie ; nais , cette opinion
contredit abfolumeDt Jules Ce-
far & VelleîusPaterculus. Com»
ment les Marcomans auroîent-
ils été menés par Ariovifte de
la Moravie dans les Gaules i
Et comment Maroboduus , en
paflant dans le païs des Boiens ,
ïe feroit-il éloigné des conquê-
tes des Romains , puifque ce
païs étoit alors beaucoup plus
près des Romains que la Mora-
vie ? Il convient mieux de dire
qu'il laifia les bords du Rhin p
parce que les Romains avosent
commencé à foumettre la Rhé*
fie 9 & qu'il fe retira dans le païs
des Boiens , qui l'éloignoit des
armes des Romains , par qui le
Norique n avoic pas encore été
lubiugué.
Quoi qu'il en foit t le nouvel
Empire de Maroboduus allarma
les Romains » ôc ils ne négligè-
rent rien pour le perdre. Au*
fufte vivoit encore lorfque Ti-
ere marcha contre Marobo-
duus à la tête de près de cent
mille hommes. Quelques Hifto-
riens ont dit que des foins plus
preflans fufpendirent fubitemenc
l'effet de cette entreprife. Ta-
cite fait dire à Maroboduus
lui - même , qu'il oCHigea les
Romains à traiter avec lui d'é-
gal à égal. Il eft vrai que la
politique Romaine ^ l'emporta
enfin fur fon courage de fur fes
forces , en fufdtant & fomentant
çoniiie lui des guerres iatefti*
MA ^8î
ses. Arminius » ce Germain £
célèbre par la défaite de Va-
rus , Tattaquà le premier , fout
le prétexte fpécieux de la liber- .
té Germanique , êc gagna fur
lui une viâoire complète. Mais,
les Romains « contenspour cette
fois de l'avoir affoibli , fe hâ-
tèrent de mettre obilacle aux
progrès d'Arminius » dont les
fuccès ne leur faifoient pas moins
d'ombrage que la puiffance de
fon ennemi. Bientôt après, ils
donnèrent à Maroboduus un
nouvel adverfaire moins à crain-
dre pour eux qu'Arminius ; ce
fut Catvalda , jeune Seigneur
Gothon , mécontent du Roi des
Marcomans » qui l'avoir forcé
d'abandonner fa patrie. Excité
& foutenu par Jubillius , chef
des Hermondures t.qui s'étoit
dévoué aux intrigues des Ro-
maîns^il faifît avidement l'occa^
£on de fe venger. Ayant fçu ga-
gner une partie de la nobleflç
de Maroboduus , il pénétra fu-
bitement dans lé canton ou le
Roi des Marcomans avoit fa ré-
fidence ^ s'empara de fon palais
& de la fortereflè qui le défen-
doit, & l'obligea de fe retirer
chez les Romains , dont la po«
litique fçavoit cacher les ma-
nœuvres,& qui fe faifoit encore
honneur d'ouvrir une retrait^
aux Souverains barbares^dont ils
avoient fourdement machiné Ix
perte^
Maroboduus » dans fa re-
traite chez les Romains « fut
fuivi par ceux de fes fujets
qui lui demeurèrent fidèles ;
leur nombre fuc aiTez coniidé^*
j|86 M A
rable pour en former comme
une nouvelle peuplade , que
les Romains logèrent fur les
t frontières de leur Empire* au
delà du Danube , entre le Ma-
lus & le Cufus , c*eft-à-dire ,
vers la Moravie. Ils y furent
bientôt accrus par les partifans
de Catvalda» qui eut au bout
de quelques mois le même fort
que Maroboduus » & fe retira
comme lui chez les Romains*
L'on avoit retenu Maroboduus
à Ravenne. L'on envoya Cat-
valda à Fréjus. Sans doute le
malheur commun des deux chefs
& leur éloignement éteignirent
rinimitié de le,urs partis , qui fe
réunirent entièrement dans les
quartiers communs qui leur fu-
rent afïîgnés fous l'autorité d'un
Prince nommé Vannius.
Vannius jouit tranquillement
pendant trente ans du pouvoir
que les Romains lui avoient
confié ; mais » la longue durée
de fon règne ennuya enfin fes
fujets , & peut-être encore plus
les Romains. Vangion & Sidon,
enfans de fa fœur , prirent les
armes contre lui ; ils étoient
appuyés par ce même Jubillius
dont Tibère' s'étoit fervt pour
perdre Maroboduus. Vannius
fut vaincu & chaffé , & fes ne-
veux partagèrent fa dépouille;
Les Romains , ayant ainfî réui?!
à divifer des forces qu'ils corn-
mençoient à redouter, ouvri-
rent une retraite à Vannius &
à ceux qui le fui virent , de leur
aifîgnerent de nouveaux quar-
tiers dans la Pannonie.
* yangion vivoit encore vingt-
MA
quatre ans après fous Vefpalîeo,
éc fuivoii fon parti contre Vi-
rellius. Ita^cus avoit fuccédé ^
Sidon ; il fe fignala avec Vaa*
gion à la bataille de Crémone.
Au tems dans lequel Tacite
écrivit fa defcription de la Ger-
manie , c'eft-à-dire , vers l'an
de Jefus-Chrift 98 ou 99 , les
Marcomansâc les Quades obéif-
foient à des Rois d'une autre
nation ; mais , ils continuèrent
toujours d'occuper la Bohême
& la Moravie. On voit qu'au
tems de Marc -Aurele ils s'é-
toient étendus jufqu'au Granua
vers rOrient ; mais , ils ne s*a-
vancerent point au midi y ÔC ne
traverférent jamais le Danube,
dont le paiTage étoit défendu
par des villes Se par des camps
retranchés qui bordoient cette
frontière. l\î efTayôient de tems
en tems de forcer ces paflàges,
de de faire des cdurfe's xians lé
Norique ÔC dans la Pannonie |
c'eft feulement à l'occafîon de
ces guerres qu'il en efl parlé
dans les Hiftoriens. Mais, com-
me nous n'avons que des abrégés
dé l'hifloire de ces tems-là » on
ii'y trouve que le nom de ces
peuples ; 8c celui de leurs Rois
ei^ rarement marqué.
' On voit , par exemple » qu'en
86 ils firent quelques mouve-
mens , âCi que Domitien ayant
paâ'é le Danube pour entrer
dans leur païs , perdit une ba-
taille contre eux, & fut con-
traint de leur accorder la paix.
Au tems jde Tacite ôt de l'Em-
pereur Trajan , ils demeurèrent
tranquilles; maiS| fous Marc*
MA
iAarele, ils reprirent les amiet
& perdireor plofieurs batailles
<)ui les atfbiblîrent beaucoup.
Commode conclut des traités
«ivec ces peuples qu*il lui étoit
«ifé de fubjuguer. Les Marco-
s&ans raanquoient ■> & de vivres >
& de troupes. Les pertes Qu'ils
venoient de faire dans pluueurs
cofobats, & les ravages exercés
fur leurs terres > les avoient
réduits à une foibiefl*e qui ne leur
pennettoic plus de foutenir la
guerre ^ & qui ne leur laiflbit
de reflburce que dans la paix.
Commode la leur accorda aux
conditions fui vantes. Il exigea
qu^ils donnaient des otages ;
qu'ils rendirent les prifooniers;
qu'ils payaûent tous les ans un
tribut en bled , dont la quantité
fut fixée ; qu'ils lui fourniflent
un certain nombre de troupes
auxiliaires. Il leur interdit toute
afiemblée , fi ce n'eft une fois
le mois , en un lieu marqué » Sc
en préfence d'un centurion Ro-
siain. Il leur défendit de faire
la guerre aux Ja2yges & aux
Vandales. A ces conditions , il
abandonna les forts conftruits
dans leur pais 9 & en retira les
garnirons. Ainiî , il renonçoit à
une conquête bien avancée ; il
privoit les Romains de la gloire
infiniment précieufe pour eux
ti*étendre leur Empire; & ce
qui mettoit le fceau de l'igno-
minie à cette paix , c'eil qu'il
Tachetoit par d'abondantes dif-
ïributions d'argent faites à des
m A 1S7
peuples prêts à fubir le jbug»
Les Marcomans fe relevèrent
dans la fuite des pertes qu'ils
avoient effuyées , & fubfiflerenc
îufqu'au tems d'Attila âc de Tin-
vanon des Huns. On contiue
de voir dans les Hiftoriens de
ces tems-là le nom des Marco-
mans de des Quades. Il eft vrai
qu'ils n*étoient maîtres que de
la Bohème & de la Moravie, &
que les peuples qui avoient obéi
à Maroboduus ne relevoient
plus d'eux; mais» ils étoient
encore afiez pui^ans.
Ils furent obligés de fe fou-
mettre aux Huns fous Attila»
comme les autres nations Ger-
maniques. Mais , la puifTance de
ce Prince ayant été détruite par
la guerre civile excitée entre
fes fils , les divers peuples Ger-
maniques fecouerent le joug &
formèrent de nouvelles ligues.
On ne trouve plus alors le nom
de Marcomans , ni celui de
Quades. Des nations 9 venues
des bords de la mer Baltique ^
fe mirent à la tête de ces ligues,
& leur donnèrent les noms de
Gépides , de Rugiens , d'Uéru-
les & de Lombards.
MARCUS, Marctts, Ma%xoç,
(a) fut père de Numa Marcîus ,
que Numa Pompilius créa grand
Pontife.
MARCUS , Marcus , M«/)«©ç,
^oye^ Mamercus.
MARCUS ATILIUS, (^J
Marcus Atilius , Préteur l'an
i;leRome 539, & avant Jefus-
O) Tît. Lîv. L. I. c. ao. IXXV. c. 1. L,' XXVL c. 6 » 21. iJ
iè) TU. Lif. U XXlVt c. 4S » 441 L. I XXVil. c. 4.
slH ma
Chrift 213. En cette qualité , il
eue ordre de rendre la juftice
aux étrangers ,à la place de Ton
Collègue , M. Émilius , à qui
le fort avoit fait tomber cette
commiffîon , & qu*on envoya
commander^ auprès de Lucérie
les deux légions, que Q. Fabius^
alors ConCuli avoit commandées
pendant fa Préture.
Cette année, la longueur' de
la guerre Ôc ralternative des
bons & des mauvais fuccès in-
troduliîrent un iî grand change-
ment dans la fortune 6c dans
les efprits des Romains , Se al-
térèrent tellement la religion
de leurs aucêtres, par le mé-
lange de plufieurs cérémonies
étrangères , qu*il fembloit que
les hommes & les Dieux fufTenc
devenus tout autres qu'ils n*é-
toient auparavant. Et ce n*étoit
pas feulement dans le fecret des
maifons particulières » qu'on
aboliiïbit Tancien culte , mais
au milieu de la place publique
6c dans le Capitole même. On
voyoit des troupes de femmes
offrir aux Dieux des facrifîces,
& leur adreffer des prières in-
connues jufquesrlà dans Rome.
Une faule de Prêtres & de de-
vins avoient rempli les efprits
de vaines fuperftitions ; 6c ce
défordre avoit encore été aug-
menté par une multitude de gens
de la campagne , que la ftérilité
des terres , caufée par la lon-
gueur de li guerre , avoit obli-
gés de fe retirer dans la yille ;
& par la facilité , que trocivoienr
ces fanatiques, de.s'enrichir aux
dépens d*une populace aveugle ,
MA
en exerça tit impunément lin art
aufïî pernicieux, qu'il éioit nou-
veau. Les gens de bien com-
mencèrent à murmurer en fe-
cret contre ces abus , }ufqu*à
ce qu'enfin les plaintes en furent
portées dans le Sénat. Les Édi*
les ôc les Triumvirs capitaux ,
ayant été féverement blâmés de
leur négligence , fe mirent en
devoir de chafler cette canaille^
de la place publique, de de ren-
verfer les autels fur lefquels ils
fe préparoient à offrir leurs
facrifices impies. Mais , ils
avoient entrepris une réforme ,
qui étoit au-deffus de leur auto-
rité ; de peu s'en fallut qu*i!s
n'en fuffent outragés eux-mêmes
dans leurs perfonnes. Le mal
avoit fait trop de progrès pour
être guéri par les Magiilrats du
fécond ordre. Le Sénat fut obli-
gé de charger Marcus Atilius
de délivrer la République d'une
fuperilition fi dangereufe. Ce
Magiftrat ordonna, par nn édic
qui fut publié dans l'aflemblée
du peuple, que quiconque avoit
entre fes mains des formules de
prophéties , de prières ou de
facrifîces par écrit, eût à les
lui remettre avant les calendes
d'Avril ; & il défendit à toute
perfonne, de quelque condition
qu'elle pût être , de facrifier en
aucun lieu public ou facré , avec
des cérémonies nouvelles &
étrangères.
Marcus Atilius fe trouva de»
puis au fiege de Capoue en qua*
lité de Lieutenant de Q. Fui-
vins Flaccus ; Se il eut beaucoup
de jart à la prife de cette ville.
MA
Leé habitans , après leur teàdU
don 9 envoyèrent à Rome des
députés 9 qui firent en préfenca
du Sénat » un difcours bien ca-
Îable d*excîter la compaifion^
rtfur difcours fini, ils fortirent
Îour laiiTei' aux Sénateurs la 11-
erté de délibéref . Marcus Âti-
lius, qui, de tous les Officiers,
qui avoient fervi à Capouei
avoit le {>iu^ de poids 8c d'au-
torité , étant prié de dire fon
avis : y» J*ai été admis » dit-il ,
i> au confeil que les Confuls
y> tinrent après la prife de cette
y> ville. Là» après qu'on eut
s> examiné , qui d*enrre les
s> Carapaniensavoitrenduquel*
9» que fervice à notte Républi^^
30 que, on ne trouva que deux
» femmes , fçavoîr , Vcftia Op-
y» pia , de la ville d^Atelle ,
30 mais qui réfidoit en ce même
» tems-ià à Capoue« êi Faucula
»> Ouvia , autrefois courtlfaniie
^ de fon métier^ La pf'emiere
9 n*a pas laifiTé pafler un feul
39 jour, fans offrir aux Dieux
s» des lacrifîces pour le falut &
^ la viâoire du peuple Romain.
» L'autre a Secrètement fourni
3i> des alimens, à ceux de tîos
3» prifonniersqui en manquoiem^
f> Tout le reiie desCampahiens
j» a été aâimé contre nous d'une
» haine égale à celle des Car-
s> thaginois ; 5c Q. Fulvîus a
^ plutôtfait trancher la tête aux
f» plus illuftres qu'aux plus
« coupables de cette nation.
» Au refte , je ne vois pas que
» le Sénat puîfTe rien décider
^ au fu jet des Campaniens , qui
{é) Tir. Uv. L. XXV. c» r^.
yf (ont citoyens Roifiains i fani
» confulter le peuple. C'eft cd
» qui fut pratiqué du tems dd
y> nos ancêtres, à l'égard des
3» Satricans qui s'étoient réval<«
» tés< Car, avant toutes chofet^
ao Marcus Antiilius , tribun ^
» propofa au peuple de porter «
39 comme il fit j une loi , par la'
V quelle le Sénat étoit autori'
» fé à décider de la peine «
39 qu'on feroit fubir à ceux dtf
3» Satricum. Je crois que fui'
39 vant cet exemple f il faut
3» qu'un ou plufieurs Tribuns
39 demandent au peuple une loi ^
I» qui nous permette de juge^
» les Campanienstf 3» L'avis de
Marcus Atilius fut fuivi; de le
peuple confulté répondit qu'il
s'^n rapporteroit à ce que 1^
Sénat aurott décidé. Cette corn*
pagnie, en conféquence^ ren-
dit diâfcrens afréti , relatifs il
l'état adluel des peuples nou-^
vellement fournis^
Quelque tèms après, Mafeùt
Atilius eut ordre de partir avec
Manius Acili«s,*pour fe rendrtf
à Alexandrie , auprès de Pta*
lémée & de Cléopatfe y qui re*
gnoieot alors. lU dévoient leur'
demander le renouvellement dé
l'alliance 6c de l'amitié f qui
avoient été cohtradlées entre \gt
République Ô& les rais d'Égypt^^
éc leur donner pour préfens^
au Rai , une robe &i une tunj-i^
que de pourpre avec une chairef
d'îvoif e ; & à la Reine , un man*
teau de diverfés couleurs avec
un voile de pourpre.
MARCUS ATINIÙS^ (4)
&Ç0 M A
Marcus Atirùus » commandoU
dans Thurtum durant la fécon-
de guerre Punique , Tan de Ro-
me 540 & avant Jefus-Chrift
. 212. Les habîtansy à Texemple
des Mdtaponcins , s'étanc ré-
^ voltés contre les Romains »
écrivirent des lettres âc envoyè-
rent des députés à Hannon âc
à Magon qui étoient dans le
yoi(înage. Comme Marcus Ati-
nius n*avoit à Tes ordres qu*une
garnifon fort médiocre > ils ef»
péroient qu'on poarroir aifé-
ment l'engager, dans un combat
téméraire» non pas tant par la
confiance qu il aurok en fes fol-
dats, qui étoient en petit nom-
bre, que par Vcfpérance d'être
fécondé de la jeuneiTe même de
Thurium. Il Tavoit rangée par
compagnies & lui avoit donné
des armes à defTein de s*en fer-
/vir en de pareilles occafions.
Les deux généraux Carthagi-
nois 9 ayant partagé leurs trou-
*pes entr*eux, entrèrent fur les
-terres des Thurrniens. Hannon
marcha contre la ville , enfei-
-gnes déployées , avec l'infan-
terie 9 tandis que Magon , avec
. la cavalerie « fe tint en erobuf-
cade derrière des .collines pro-
pres à le couvrir.
; Marcus Atinius, qui n'avoic
.découvert par fes coureurs , que '
la feule infanterie ^ fortit à la
tête des fîens , rangés en ba-
taille 9 fans avoir aucune con-
noiïïance « ni de la perfidie «
qu'on lui avoit préparée au-
dedans de la ville» ni des em*
bûches, qui l'attendoient- au-
dehors. L'iofaoterie oe combat-
MA
tit pas avec beaucoup de cha4
leur , parce qu'il y avoit peu de
Romains au premier rang,& que
ceux de Thurium attendoienc
Tévenement de l'aAion, fans y
prendre part ; les Carthaginois,
de leur côté , lâchant pied à deC»
fein d'attirer derrière la coUinCf
où leur cavalerie étoit en em-
bufcade , l'ennemi qui ne s*at-»
tendoit à rien moins. Dès qu'on
j fut arrivé , les cavaliers for-
tant de leur pofle avec de grands
cris y mirent fur le champ en
fuite la troupe des Thuriniena
mal difciplinée,& peu fidelle au
parti pour lequel il fembloit
qu'elle devoît agir. Les Ro-
mains, quoiq^ue preiTés d'un co-
té par l'infanterie , & de l'au-
tre par la cavalerie de» Cartha*
ginois, foutinrenc afiTez long-
tems le combat. Enfin , ils pri-
rent aufïî la fuite de fe retirèrent
du côté de Thurium. Mais , les
traîtres , s'étant affemblés en
un corps, n'eurent pas plutôt
reçu leurs compatriotes dans
Ja ville, que voyant les Romains
en déroute , & près d'y entrer
après eux , ils crièrent que les
Carthaginois alloient fe jetter
dans la ville avec les fuyards^
& s'en rendre maîtres « Ç\ on ne
leur en fermoir promptement
les portes ; ce qui fur fait. Ainfi»
les Romains demeurèrent expo-
fés à la merci des Carthaginois^
qui en firent un grand carnage»
Marcus Atinius entra cepen-
dant dans la ville , avec un petit
nombre des fiens. Après cet acci-
. dent,les avis furent partagés pen-
dant quelque ceiBs> les unsfouse-
MA ,
liant ^u*il falloît défendre la
Ville; de les autrei, qu'il failoic
tédef à là itiauvaife fortune,
& la livrer aux vainqueurs*
Mais y bientôt les mauvais con-^
ieils Tenaporterent fur les plus
fidèles» comme il arrive ordinai-
rement* parmi des gens , â qui le
parti le plus heuteux par oit tou-
jours le nieiileut. Les habitans
fauverent là vie à Marcus Ati-
tiius moins par refpeél pottr \t%
Romains, qu'en rèconnoilfance
de la douceur avec bquelle il
les ayoit gouvernés. Après
qu'on l'eut conduit au port , âc
qu'on l'eut embarqué avec it^
gens 9 on reçut \t^ Carthagi-
nois dans la ville.
MARCUS , MarcùSf M^xeç.
yoye^ MarciuSi
MARCUS APER, Marcus
Aptr , l'un des plus beaux
jgénies du barreau en Ton tems ,
étoit Gaulois de nation , & vi-
Voit dans le premier fîëcle. Son
inclination le porta à voyager
dans fa jeùnefiei. Il la fuivit
quelque téms, âc pouffa fes cour-
fes jufqués dans la Grande-Bre-
tagne, oii il prétendoit avoir
Vu un homme qui aVoit porté
les armes , dû tems que Jules
Céfar pàlfa dan'S cette ifle pour
la fubjuguér. Marcus Aper alla
enfuite à Rome , où il paroit
itju'il Hxa fa demeure. D'abord
il y fréquenta le barreau y &
è'y acquit beaucoup de répu-
tation » tant par la beauté de
fon efprit que par la force de
fon éloquence; Quoiqu'il fût
reconnu à Rome pour un étran-
ger j il nfe hxâa pat de »'jr voir
élevé aux plus hautes dignités;
il fut Sénateur , Queiieur , Tri-
bun & Préteur. Mais ^ sMl faùf
l'en croire > tous les agrédené
attachés à ces charges honora-
blei avoiént moins d'attraiti
pour lui y que l'exetcicé de fi
première profeilion.
Marcus Aper eft un des Ora-
teurs qui brillent le plus dans
le fameux dialogue fur la cor-
ruption de rÉloquertce , don{
le but eil de foutenir les avad-
tages de la nouvelle Éloquence
au deffus de l'ancienne. Ce Dia-
logue fe tint la fixienie année
de Vefpafîen » l'an de Jefus-
Chrift74 ; ainfi , Marcus Aper
vécut au delà dé cette époque;
Mais i il femble qu'on hé peut
placet fa mort guère plus lotri
que l'an dé Jefus-Chrift 85. Od
a attribué pendant fort long-
tems y tantôt à Quintilieti > tan-
tôt à Tacite le fameux dialo-
gue fur la corruption de rÉi6-
quence , & c'eil pour céld
qu'on lé trouve ordînaitéroénf
à la fuite des œuvres dé ces
deux Écrivains ; mais » lès Sça-
Vans qui ont examiné ce point
dé critiqué avec lé plus de
foin , conviennent aujourd'hui
qu'il n'éiini de l'un iii de l'autre
dé ces deux célèbres Écrivains;
L'Auteur dont nous avons éjr-
tfait cet article, ne fait point
difficulté de l'aittribuer à Mar-
cus Aper , & allégué des preu-
ves qui fembleiift fuffifanteS pouf
doàner du poids à fon fend-
mehf.
MARCtJS . Udrcûs , Wx^ui V
'dO'JDt les avoAtures font ra^r
I
2(fi M iV
contées fous rartîcle -de Bar-
bulas. Foyei Barbula4*
MARCUS ARGENTA-
R 1 U S , Marcus Argtntarius ,
(4) poëte Grec* donc le nom
a été inconnu à Voffius.
MARCUSANUS, Marcufa-
nus, Voyei Magufanus.
MARDES, Mardi, Metp<tot,
nom commun à plulieurs peu*>
pies de TAfie , 'qu'il cil à
yropos de bien dîflîngu-er pour
ne pas mettre de confu(iofi dans
]a Icdure de ThiADire ancien*
ne. »
MARDES, Mardi, MJlpJ'a,
tb) peuple de Médse , que
otrabon met dans le voiHnage
des Perfes. Ce doit être le même
peuple dont. parle Quinte-Cur-
ie en ces termes. vEnfuite ayant
3v ravagé toute la campagne de
s> la Perie , 6c réduit quantité de
» Bourgades en fou obéifTaoce» ,
39 Alexandre tira vers les Mar*
» des f nation belliquenfe âc
30 bien éloignée de la façon de
» vivre des autres Perfes. Ils
» creufenc des cavernes dans
» les montagnes y où ils fe ca-
» chent avec leurs femmes 8c
» leurs enfans » & ne vivent
30 que de la chair de leurs
ao troupeaux ou des bêtes fai»-
,y> vages. Lés femme», contre
91 le naturel de leur fexe, ne
» foqt pas moins farouches que
y> les hommes ; elles ont les
» cheveux héri^fés ; leur robe
» ne leur va que jufqu'au ge-
{à) Mém. de FAcad. des Infcrxpt. &
Bell. Lect. T. 11. pag. »66.
{b) Strab. pag. ^%j^, Q. Cure. L, V.
f . 6.
MA
» nouSl , 8c leur front eft cn^
» vironné d'une fronde qui *
» leur fert d'ornement de tête
y> 8t. d*armes tout enfemble*
» Mais » on même torrent de
j> fortune entraîna ces peuples
» comme les autres, 6i le Rot
3» revint à Perfépolis , trente
y> jours après qu'il en fut parti»
y> où il fit des préfens aux
» Grande de fa Conr , & à tous
39 les autres félon leur raéri-
» te. »
MARDES , Mardis MxVw»
(e) peuple dans le voiiinage
de la mer Cafpîejine^ Ces Mar-
des font ceux que M. d'An*
ville , dans fes Cartes , place
fur les bords du fleuve Mardus
au pied du mont Cafpius. Stra-
bon , décrivant le circuit de la
mer Cafpienne , fefon EratoP-
thene • met dans cet ordre ,
les Albanîens , les Cadufîens »
l'Anariaque , les Mardes 5c les
Hyrcaniens. Il étend, ces der-
niers jufqu'à l'embouchure de
rOxus. Ces- Mardes étoient
concigus à l'Hyrcanie , comme
nous venons de dire , mats ils
appartenoient à la Médie , ai nfi
que les précédens.
Ils furent aufS fubjuguds par
Alexandre. :» Les Mardes , dit
» Quinte - Curfe, peuple voifia
y» de l'Hyrcanie ,geiis bru r aux 8c
» accoutumés aux brigandages »
n étoientjes feuisqui n*avoient
» envoyé ni AmbaflTadeurs , ni
» préfens, & qui ne témofgnoient
(c) Srrab. pag. 507. Q. Curt. L. Vh
c. 5. L. VUI. c. 3. Diod. Stcul. p. 6o«.
Pcolcfn. L. VI. c. t. PHn* X. 1. p. ^14»
Jkift. Lr XII. c. 4.
J
MA
3» pasavoîr grande envie d*obé!r-
39 Le Roi y piqué de cette in-
39 folence, Ôc ne pouvant fouf-
» frir qu'il y eût une nation qui
» lui mît en compromis le titre
3» d'invincible , laifla là le ba-
* g^gc> & des gens pour le
» garder y Ôc tourna tête contre
39 eux f avec la fleur de fes
39 troupes. /Il marcha toute la,
30 nuit ^ & au point du jour il
» fe fît voir aux ennemis. Ce
33 fut plutôt un tumulte qu'un
» combat ; car , les Barbares
39 chafTés des collines dont ils
^ s'étoient faifis , s'enfuirent ,
39 & Ton prit les bourgs voifins
39. abandonnés des habitaos»
I» Mais 9 on ne pouvoir pas en-
» trer bien avant dans le païs ,
39 fans beaucoup fatiguer l'ar-
3? mée , à caufe qu'il eft pref-
V que tout çntouré de monta-
» gnes & de forêts înaccefE-
39 bleSj outre que les Mardes
39 ont un art tout nouveau de
39 fortifier la plaine. Car , ils
39 plantent des arbres fort pro-
39 ches les uns. des autres» dont
39 ils plient les branches avec
» la main , pendant qu'elles
» font encore un peu tendres >
39 puis les tordant par le bout
33 ils les replantent ôc les en-
» foncent dans la terre. De-là
39 fortant comme d'une autre
V racine , elles font comme une
» nouvelle tige , & jettent des
39 fcions plus beaux &c plus
13 forts que les premiers» lef-
39 quels toutefois ils ne laifTenc
39 pas croître félon que la natu*
39 re les pouffe, mais ils les croi-
V fem les UQS fur les auues >
M A ^95
39 8c quand ils font chargés
n de feuilles & de branches»
39 ils couvrent toute la campa*
n gne ; de forte que ce font
33 comme des rets cachés qui
» empêchent le pafTage.
» fin cela* tout l'expédient
39 étoit de couper le bois pour
33 s'ouvrir un chemin ; mais »
3> c'étoit un objet de grand
» travail » parce que les troncs
» des arbres étoiem pleins de
39 noeuds I qui réfîfloieot au fer^
X» & les verges étant fouples 6c
39 courbées en l'air en forme
39 de berceaux» obciffbient au
39 coup ôc lui ôtoieat toute la
» force ; outre que les habitan»
33 du païs accoutumés à pafler
99 au travers des buiffbns com-
» me des bêtes fauvages , s'é«
3) toient fourrés dans ce bois »
93 d'où ils tiroient à couvert fur
39 les ennemis. Lp. Roi fe gou-
x> verna auffî en chafleur , ôc les
n relançant de leur fort en tua
» plufieur^ ; puis il envoya fes
39 fb Idats faire l'enceinte du
19 bois , avec ordre de fe je^er
31 dedans pour peu qu'il y eût
» d'ouverture. Mais > comme
99 ils ne connoiflbient pas le
n païs» la plupart s'égaroient 9
39 èc quelques-uns furent pris»
39 Ôc avec eux fon grand che-
» val Bucéphale , qu'il confi*
» déroit tout autrement que le
» refle des animaux ; car » il ne
s9 foulFroit pas qu'autre qu'A-
II lexandre le montât ; Ôi quand
» il le fentoit approcher , il fe
» mçttoit à genoux pour le re«
93 cevoir, dé façon qu'on croyolc
93 qu'il avoitle fens de conooi*
T iii
#94 MA
1^ tre celui qu*il portoh*
a> Le Roi, outré ie cqlere
p ^ de douleur au delà de cou-
9 fe bienféance , commanda
I» qu'oo lui cherchât fon che-
9 val, & fit publier qu'il ex-
?? termineroit cour $*il ne fe re-
3? trouyoit. Les Barbares fu-
p rent tellement effrayés de cc^
39 menaces , qu'ils le lui rame-
^ fièrent avec quantité de prér
^ fens ; mais » ils ne s'appaifa
^ pas pouf cela, il fit couper
ipi )e bois & apporter quantité
9? de terre des montagnes pour
1» combler la place j & unir le
^ chemin ; de force que voyant
3?^ l'ouvrage avancé , & défef-
xf péfanc de pouvoir tenir plus
^ long'tems , ih fe rendirent 4
»i de donnèrent des otages , que
oBt le Roi fit roectre entre les
3> mains de Phradate. En cinq
» jours il Rt cette e»pédi-
^ lion* i>
Diodore de Sicile parle de
pes Mardes à peu près comme
Quinte - Curfe. » Alexandre ,
ji> dic-il , parcourant les bords
P de la mer Hyrcanienne [ c*eft
3^ la même que la mer Caf"
p pienne ] , arriva au païs des
» Mardes. Ces peuples, qu^ font
^ d'une force de corps pro-
sjR. digieufe , s*effrayoient peu
p de la réputation du Roi,& ne
j>, daignèrent le prévenir par au«
4» çune démarche de foumiffion
» ou de refpedl* Au contraire >
9 ils diftribuerenten difFérentes
7} gorges de leurs montagnes «
vt huit mille hommes qui arren«
p doient tranquillement les Ma-
9 çé4pni<^QS; ^e R04 Içi atca-
MA
w • • •
» qua f en tua le plus graaa
A nombre 9 Ôc força les autres à
3f> fe réfugier dans les retraites
» inaccembles de leurs iponta-
» gnes. Il fit enfin mettre le feu
ip à leurs habitations. Il arriva
n cependant que les jeunes
V Écuyers qui copduifoient les
n chevaux du Roi , s'étant un
V peu écartés des files» les
» Barbares les furprirent 3c.
» leur enlevèrent le plus beau
» de fes chevaux. C'étoit ui|
» préfent que Démarate do
39 Corinthe avoit fait au Roi «
I» & le f^ul cheval dont il fe
yi fût fervi dans tous les com-
x> bats qu'il avoit donnés en
» Afie. Le cheval nu ne fé laif-
» foît monter que par l'Écuyef
V du manège. Mais, lorfqu'if
y> étoit couvert de la houfle
» royale » perfonne ne pouvoir^
» s'en approcher que le Ro|
V même , devant lequel il ilé-
Tft chiffoit les jarrets , afin que
» le Roi fe mît en felle plus
X» aifément. Alexandre , tràs-
» affligé de cette perte , fît
y?, couper tous les arbres de la
P campagne , & publier à foa
n de trompe que fî oxk ne lu}
» rendoit pas fon cheval, îl dé«
» foleroit tout le pais « & en
p feroit égorger tous les habî-
3> tans. Cetre ^nenace produifit
P fon effet. Ces Barbares lui
» ramenèrent le cheval, dont
5;». ils accompagnèrent encore
» la reilicution de préfens con-
P fidérables. Le tout étoit conr
r> duic par cinquante hommes qui
I» demandèrent pardon au Roij
» pour (oufe isi Aiitioi), Alex^Q-
MA
» dre retint en otages les plut
» confîdérables dé ces dépu-
p tés. »
Ces Mardes font les mêmes
que Ftolémée met dans la Mé-
die.. Ils font auiïï les mêmes que
Pline étend avec d'autres na«
fions au deflus de l'ÉIymaïde.
MARDES, Mardi, M«>/o< •
(^) peuple de la grande Armé-
nie y félon Ptoiémée ; mais y
comme le ireraarque Cellarius,
les autres anciens Géographes
les placent hors de l'Arménie.
Ils écoient aux confins de^l'Ar*
méose & de la Médie. Peut-être
n'étoient - ils pas diâférens de
ceux qui précèdent immédiate-
menr.
MARDES , Mardi , Wdf^/of ,
{ 6 ) peuple de la Margiane.
.Ces Mardes s'étendoient , die
Pline 9 depuis les montagnes de
la ville d'Antioche dans la Mar-
giane jufqu'auxBacflriens.Oefty
ajoutexPline , une nation féroce
& indépendante.
MARDES , Mardi , M t>/*i ,
(c) peuple que Pline place fur
la côte Septentrionale du Pont
Euxîn entre les jéchceiy Se les
Cerceta, Le PereHardouin foup-
çonne que ce nétôit pas le nom
propre d'une nation | maïs uo
nom commun à divers peuples
qui menoient une vie Jauvage
éi libertine, âcqui par la férO'
ciré de leurs moeurs fe reflem-
bloienr.
MARDI 9 Dits Manis , troi*
(4) Ptolem. L. V. c. i|.
. fb) Plin. T, 1. p. jxj.
(c) Plin. T. l. p. %0S'
- \ji Qiisï lUa. des JSmp. Tom. VI.
MA i95
fiemejour de la femaine, conr
facré autrefois par les Payens
à la Planète de Mars» d*où lui
eil venu fon nom. On l'appelle
dans Toffice de TÉglife fcrià
urtia.
MARDIE , Mardïa , (i) lieu
deThrace, fitué entre Philip-
popolis âc Andrinople , près
duquel fe donna une bataille en«
tre Conilantin âc Licinius.
MARDION , Mardion , (e)
lAn^lutt y eunuque du tems de
la reine Cléopatre & de Marc-
Antoine.
MARDOCEMPADUS, Mar-
docempadtts. Foye^ Mérodach
Baladan.
MARDOCHÉE. Mardochaus^
M«/)/ox«roç , (/) fils de Jaïr ,
de la race de Saûi y Se des pre-
miers de la tribu de Benjamin.
Il fut mené captif à Babylone,
par Nabuchodonofor , avec Jé-
chonias^ roi de Juda, Tan du
monde 340$ , ÔC avant Jefus«
Chril) 595. Il s'établit à Sufes»
Ôc y demeura jufqu'à la première
année de Cyrus» qu'il s'en re-
tourna, à ce qu'on croit , à Je-
rufalem , avec plufieurs autres
captifs. Mais eiifuite , il revint
à dufes, voyant que le temple
demeuroit imparfait , Se que ùt
nation étoic fans appui dans la
Judée. Il y a beaucoup d*ap-'
parence que Mardochée étoic
fort jeune, lorfqu*il fut mené
en captivité ; car » depuis le
tranfport de Jéchonias par Nd«
pag. S94*
C«) Plut. T. 1, p. 94).
(/) Efth. c. t.érfeq, Capit. Jofepfe,
de A wi«i. Judaïc. p. î74-. «^ y<j.
T iv
49^ M A
tiichodoBofor , jufqu'% la trol*
£eme année de Darius , fils
d'Iiyfiafpe , ou Afluérus , qui
léppufa Efther cette aanée-là,
il y a quatre-vingts ans.
Quelques - uns croyent que
Mardochée vint à Br.bylone
pu à Sufes dans la perfonne
de Ton père , & que pour lui
fi naquit dans ce païs-là ; mais ,
îl eu inutile de recourir à cette
folution. Mardochée , ayant
iiou;ze ans , par exemple , au
fems du tranfpo|-t de Jécho<»
nias 9 en eut quatre-vingt-douze
jutant du mariage d'Either avec
Aâuérus. A cet âge» il put fore
tien s'acquitter des emplois que
je Roi lui donna, & vivre encore
long-tems , fuppofé coinme le
veulent les Juifs, qu'il ait vé--
.eu en tout ce^t quatre-vingt-
dix-huit ans » 8c quand même il
n'en auroit vécu que cent dix ,
ou cent vingt. Quoi qu*ii en
foit , Mafdochée avoit auprès
de lui fa nièce , fille de Ton frère»
nommée Édifie ou Efther , qu*il
avoit adoptée & élevée comme
fa fille» apr^s la mort de fon
frère.
Efther étant devenue Pépoufe
d^AfiTuérus » de la manière que
BOUS avons dit dans Particle
d*EilKer » Mardochée fans vou-
loir déclarer qui il étoit » fe
contenta de demeurer plus aiS-
du à la porte du Palais » afin
de fçavoir des nouvelles d*Ef-
ther, l/n jour » deux eunuques
du Roi ayant conçu .quelque
rnécontentement contre leur '
ipattre , entreprirent d'attenter
çQntt^ h perfQpA^ > ^ 4^ k .
MA
tuer. Mardochée » ayant décou*
vert leur defiTein » en donna avis
à la reine Eilher» qui en avertie
le Roi au nom de Mardochée*
On en fit aulEtôt la recherche ;
Ta vis fut trouvé véritable > les
deux eunuques furent pendus^âc
la chofe fut écrite dans les An«
nales par l'ordre du Roi. Après
cela , Afiluérus éleva Aman à
la plus haute fortune où un fa«
vori puifle prétendre ; il lui
donna place au deflus de tous
les Princes qui étoient auprès
de fa perfonne ; & tout les fer-
viteurs du Roi fléchiflbient les
genoux devant ce courtifan.
Mardochée ne put jamais fe ré*^
foudre à lui rendre cet hon-t>
neur» parce qu'Aman préten-
doit aux-mêmes honneurs que
les fujets rendoient -au Roi de
Perfe , c'eft-rà-dire » aux hon«
neurs divins»
Aman fut fi irrité de ce refus »
qu'il jura la perte des Juifs. Il
obtint du Roi un édit» qui les
condamnoir tous à périr» ÔC qu}
confifquoît leurs biens au profit
du Roî. Dès que cet édit fut
publié » Mardochée en donna
avis à Efther » & la follicita
d*en demander la révocation
au Roi, Mais » pendant cet in-^-
tervalle » il arriva une chofe
qui peafa défefpérer Aman. Le
Koi » ne pouvant s'endormir
pendant la nuit , fe fit lire les
Annales des années précédei)*
tes. On y lut la confpiratioxi
de$ deux eunuques découverte
par Mardochée. Le Roi deman*
da û cet homme avoit été ré-
çomptnfé 4ç (PP ftvj^i Qt ax^ac
-v
MA
ffptU qvL*i\ ne Tavoit pas été,
il demanda : Qui eft là dans
l*aoti-€hambre ? On lui répon-
dit que c'écoû Aman. Celui-ci
y étoic venu , pour demander
que Mardocbée fût attaché à
la potence. Afluérus le fit en-
trer , ôc lui dit ; 19 Que doit-on
9 faire » pour honorer un hom-
9 me que le Roi veut combler
« d*honoeur6? y> Aman, croyant
Que c'étoit lui - même que le
Aoi vouloit honorer 9 lui dit:
»» Il faut que cet homme foit
90 revêtu des habits royaux;
» qu*il monte le cheval du Roi ;
p qu'il ait en tête le diadème
p royal; que le premier des
» grands de fa Cour tienne fon
«> cheval par les rênes ; & que
3» marchant devant lui par les
^ places de la ville » il crie ;
» C'eft ainfi que fera honoré ce-
9> lui que le Roi voudra hono«
it rer. Le Roi lui répondit :
^ Hâtez - vous donc > prenez
n une robe ôc un cheval , âc fai-
7> tes à Mardochée tout ce que
» vous avç9 dit. if
Aman alla donc trouver Mar-
dochée y Se Payant revécu des
habits royaux , le fit monter fur
le cheval du Roi « & le copdui-
fit par la ville , ainfi qu'il Tavoit
lui-même infpiré à Afluérus.
Après cela , Aman s'en retour-
na dans fa maifon » accablé de
douleur & de dépit; âc Mar-
dochée revint à la porte du Pa-
lais. Cependant, ÉAher après
«•être préparé^ par le jeûne &
par la prière , alla fe préfen*
cer au Roi , dans la vue de tirer
fon peuple du 4anger auquel
M A 2^7
Amao Tavoit expofé. Elle fe
contenta d*abord de demander
à AfiTuérus qu'il eût pour agréa-
ble de venir avec Aman man-'
ger dans fon appartement. Aia
premier repas , elle ne décou-
vrit pas encore au Roi ce qu'el-
le défiroir. Elle le pria feule-
ment de lui faire le même hon-
neur encore une féconde fois.
Alors^elle lui découvrit la conf-
piration d*Aman; que Mardo-
chée étoit fon oncle ; qu'elle
étoit Juive de naiflance ; 6c que
tout fon peuple étoit condam-
né à la boucherie. Alors , Af-
fuérus révoqua l'édit qu'il avoic
donné contre les Juifs , con-
damna Aman à être pendu à la
potence qu'il avoit fait dreÛTer
pour Mardochée , donna à la
Reine la confifcation des biens
de ce favori , 6c. éleva Mar-
dochée aux mêmes honneurs
qu'Aman avoit poâTédés. II per-
mit aux Juifs de fe venger de
leurs ennemis dans toute reten-
due de fes États, de d'exercer
cette vengeance le jour même
qui étoit deftiné à leur perce ,
c'eft'à-dire, le 14 de Nifao ;
& ce jour fut dans la fuite des
fiecleSf un jour de fête folem-
nelle pour toute leur nation.
La plupart des critiques &
des commentateurs croyent que
Mardochée eft auteur du livre
d'£ilher. Il eft certain que c'cft
lui qui écrivit conjointement
avec Eiiher la lettre qui ordon-
noit la célébration de la fête
des Sorts , ou de Purim. Or^
cette lettre n'eft autre que le
livre d'EiUieii auquel on a (ait
t^t MA
quelques légers chaagenieDS ,
pour lui donner la forme d'uo
livre plutôt auc d'une lettre.'
MARDONIUS, Mardonius^
MioJom: , (a) feigneur Perfe ,
d une illuftre famille, écoit fils
de Gobryas. Il veooitd'époufer
one des filles du roi Darius»
lor/que ce Prince ayanr rappel-
le tous fet autres Généraux ,
Tan 494 avant Jcfus - Chrift ,
l'envoya pour commander en
chef dans toutes les parties
maritimes de TAfie, avec or-
dre de faire une invafion dans
la Grèce , & de le venger des
Athéniens & des Érétriens pour
l'incendie de Sardes.
Lorfqne Mardonius fut arrivé
dans la Cilicie avec fon armée»
il monta fur un vaifleau , & fie
voile avec fa flotte, tandis que
les autres Capitaines menèrent
Tarrnée de terre dans THellef-
pont. Après que Mardonius eut
côtoyé toute TAfîe , & qu'il fut
arrivé dans l'ionie, il ût une
chofe qui dut fembler étran-
ge aux Grecs , qui ne pouvoient
croire que dans TafTemblée des
fept Perfe» , Otane perfuada
d'établir dans la Perfe la Dé-
mocratie. Car , Mardonius éta-
blit dans toutes les villes le
gouvernement populaire , &
chaffa tous les Souverains. Après
cela, il tira droit vers THellef-
pont 9 où ayant affemble une
grande armée navale , & levé
MA
une grande armée de terre , il
fit paflèr ces troupes fur THel-
lefpont , & « prit fon chemio
par rEurope, du côté d*Éré->
crie & d'Athènes. Ces villes
étoient véritablement le pré-
texte de fon voyage f mais en
effet il avoit deffein de fe ren-
dre maître d'autant de villes
Grecques qu'il lui feroic po(G-
ble. En effet, il fubjogua les
Thafiens avec fes croupes na-
vales , fans qu'ils fiffent réfillaa-
ce; âc avec fes troupes de terre»
il afltijettit les Macédoniens ,
outre ceux qui l'étoient déjà.
Car 9 il avoit déjà réduit fous
fa puiffance toutes les nations
qui étoient parmi les Macédo-
niens. Au fortîr de Thafe, cette
armée navale alla jufques à
Achanthe (ans perdre la terre
de vue ; & d' Achanthe , vou-
lant tourner vers le mont Athos»
1*00 dit qu'il s'éleva un vent
impétueux du côté du Septen-
trion , qui la mît entièrement
en défordre. Il pouffa quantité
de vaiffeaux contre les rochers
de cette montagne ; il y en eut
trois cens de perdus , ÔC plus de
vingt mille hommes y périrent ;
les uns furent dévorés par les
bêtes f d'autres ne fçachant pas
nager furent noyés; quelques-
uns donnèrent contre les ro-
chers , car la mer eft fort dan-
gereufe en cet endroit; une
grande partie mourut de froid*
M> Herod. L. VI. 0.4^. & fetf. L.(s44>*5*t aS7- & f*î» P»wf' P*1K- * »
VII. c. 10 , 8a L. IX. c. 60. ^ /ef , 4S. & feq, Roll. Hill Ane. Tons. II.
Juft. L. H. c. i|, 14. Cort. Nep. in pag. 154.^ fmv. Mém. de 1* Acad. des
Arift. c. s. în PauC. c. 1 Plut. Tom. i. Infcripc. & R«n. Lett. Tom. Vi. psf»
p» |2ii 1%^. & f9i> Diod, Sicol* pag, 1 661 9T fitiv, X, VU. p*SQ6«
MA
Telle fut Vaventure de cette
armée navale. Quant à Mar«
donius qui avoît campé dans
la Macédoine avec fes troupei
de terre ,- il fut attaqué de nuit
par les Bryges , peuple de
Thrace, Se perdit dans cette fur-
prife un grand nombre des fiens ,
& lui-même fut bleâfé. Cepen-
dant , ils ne purent éviter d*être
vaincus & affujettis par les Per-
fes; car» Mardonius ne fortit
point de cette contrée qu'il ne
les eût rangés fous fa puifTance.
Enfin y après qn'ii les eut fub-
jugués > il fe retira avec fon ar-
mée, à caufe de la perte qu'il
avoit foufferte fur terre par la
furprîfe des Bryges , & à caufe
de celle qu'il avoit effuyçe au-
près du mont Athos , qui étoit
fans doute la plus grande. Âiofi,
cette armée retourna en Afie »
n'ayant pas réu(G fort heureufe-p
ment dans fes entreprifes.
Darius , s'appercevant trop
tard que la jeunefle & le peu d'ex-
périence de Mardonius éjcoient
la caufe de l'échec qu'avoient
reçu fes troupes , le rappelle ,
9c mit enfuite à fa place deux
autres Généraux ^ Datis Mede
de nation , ëc Artapherne , fils
d'Artapherne fon frère qui avoit
été Gouverneur de Sardes.
Les mauvais fuccès de Mar-^
donius ne l'avoîent pas rendu
plus fage ni moins ambitieux*
A peine Xerxès , fils de Darius,
fut-il monté fur le trône qu'il
fe prépara à porter la guerre
en Grèce. Dans le Confeil qui
'fut tenu à ce fujet, Mardonius
Çui ié&toit extrêmement 4*4^
M A 299
voir le commandement des trou-
pes , parla le premier. Il com*
roença par élever Xerxès au def<*
fus de tous les Rois qui l'avoient
précédé, & de tous ceux qui dé-
voient le fuivre. Il montra l'in-*
difpenfable néceffité de venger
l'injure faîte au nom Perfan. Il
décria les Girecs , comme dei
peuples lâches & timides, fans
courage , fans force , fans ex»
périence de la guerre. Il en ap-
porta pour preuve la conquête
que lui-mSme avoit faite de U
Macédoine , qu'il exagéra avec
des termes pleins de fafle & de
vanité , montrant qu*il n'avoic
trouvé aucune réfiilance. U ne
craignit pas d'affurer qu'aucun
peuple de la Grèce n'oferoit ve-
nir à la rencontre de Xerxès, qui
marchoit avec toutes les forces
de l'Afie ; 6c que s'ils avoienc
la témérité de fe préfenter de*
vaut lui , ils apprendroient à
leurs dépens , que les Perfes
étoient le& peuples de la terre
les plus guerriers 6c les plus
courageux.
Les louanges exceffives que
Mardonius donnoit à Xerxès ,
langage ordinaire des flatteurs,
auroient dû le lui rendre fuf-
ped , de lui faire craindre que
ce Seigneur , fous une appa<*
rence de zèle pour fa gloire ,
ne cachât fon ambition, de le
défir violent qu*il avoit de corn*»
mander l'armée. Mais, ces pa-»
rôles douces 6c flatteufes , qui
fe glifTent comme un ferpenc
fous l^s fleurs, loin de déplaife
aux Princes , les charment ÔC
Içs entraînent. Ils ne fçavenc
^oo M A
pas qu'on ne les loue que parce
qu'on les croit foibies, & alFez
vains pour fe laiffer tromper par
dei louanges difproporcionnées
à leur mérice & à leurs avions.
Voilà 9 ce qui ferma la bouche
à cous ceux qui étoienc dans le
Confeil. Au milieu de ce fîlence
fénéral > Arcabane » oncle de
Lerxès , Prince recommanda-
ble par fon âge & par fa pru-
dence 9 eue le courage de con-
tredire ce qu'avoit avancé Mar-
donius* Mais , la guerre con-
tre les Grecs n'en rue pas moins
ié(o\ue ;Sl Mardonîus, comme
il Tavoit fouhaicé^fuc un des Gé-
néraux qui commandèrent Tar-
ïnée de terre. L'entreprife» mal-
gré les préparatifs extraordi--
aiaire que Ton avoit faits , n*eut
pas un heureux fuccès. Après la
bataille de Salaraine y où les
Perfes furent mis enfuite , Xcr-
3cès fe hâta bientôt de regagner
VAfxe y laiflànt Mardonius avec
une armée de trois cens mille
hommes pour réduire la Grèce
•'il Je pouvoir.
Ce Général fit pafler l'hiver
à fes troupes dans la Theâalie;
& le printems fuivant il les me-
na dans la Béotte. Il y avoit dans
le païs un oracle fort célèbre ,
c'étoit celui de Lébadie, qui!
crut devoir confuher pour iça-
voir quel feroit le fuccès de la
guerre. Le Prêtre, dans l'en-
thoufîafme dont il fut faifi , ré-
pondit en une langue que per-
îbnne des af&ftans n'entendoit »
comme pour infînuer que l'ora-
cle ne daignoit pas s'expliquer
à un BarbarCf II envoya en mê«
MA
me*tems Alexandre , ro^de Ma*
cédoine , avec plufieurs feir
fneurs Perfans à Athènes, 8c
t faire à fes habitaos, de la
part de fon naître , des offires
fort avantageufes , pour les dé-*
tacher du reile des alliés. Il leiir
promettoit de rétablir entière*
ment leur ville qui avoit été brû-
lée , de leur fournir de gran-
des fommes d'argent , de leur,
permettre de vivre félon leurs
loix , ôc de leur donner le cpm-
mandement fur route la Grèce.
Ariilide étoit pour lors en
charge. Il répondit qu'il par-
donnoit at6c Barbares , qui n'ef»
timoient que l'or & l'argent »
d'avoir efpéré de pouvoir cor-
rompre leur fidélité par de ma-
gnifiques promefles. » Mais »
y> fçachez , ajouta - 1 - il , que
3> tant que cet aftre [ en même-
as» tems il leur montroit de fa
y> main le foleil] continuera fa
7> courfe , les Athéniens feront
» mortels ennemis des Perfes »
39 de qu*ils ne cefferont de ven-
i> ger fur eux le ravage de leurs
» terres » & l'incendie de leurs
i> maifons & de leurs temples* 3»
Il pria le Roi de Macédoine,
s'il vouloit être véritablement
leur ami , de ne plus fe rendre
auprès d'eux le porteur de tel-
les paroles, qui ne pouvoient
que le déshonorer , fans pro-
duire aucun fruit.
Ariflide ne fe contenta pas
d'une déclaration fi forte ôç û
précîfe. Pour infpirer encore
plus d'horreur de femblables
propofitîons , & pour interdire
à jamais tout cammerce avec
MA
les Bat bares par un motif dé re-
ligion , il ordonna que les Prê-
tres maudtfient & chargeaflenc
d'anathèmes quiconque oferoic
propofer de faire alliance avec
les Perfes , ou d'abandonner
celle des Grecs.
Quand Mardonius eut ap*
pris par la réponfe des Athé-
niens , que nul prix i nul avan-
tage 9 ne pouvoienc les porter
à vendre leur liberté , il mar-
cha avec toute ton armée vers
TAttique , détruifant tout ce
qu'il, rencontroit dans fon che-
min. Les Athéniens, n'étant pas
en état de réHûet à ce torrent ,
s'étoient retirés à Salamine » ôc
«voient abandonné leur ville.
Mardonius 9 ne perdant pas en-
core toute efpérance d'accom-
modement avec eux, leur en-
voya un député pour leur faire
ies mêmes propoiîtion^ qu'au-
]>aravant. Un Athénien » nom-
mé Lycidas , étant d'avis qu'on
J'écoutât , fut lapidé fur le
champ; 6c les femmes Athé-
niennes > coururent en même-
tems à fa maifon» lapidèrent
auffi fa femme de fes enfans ;
tant la paix avec les Barbares
paroiâoit un crime déteilable !
On refpéâa néanmoins dans le
député le caradlere dont il étoit
revêtu 4 & On le renvoya fans
lui faire aucun mauvais traite-
ment. Mardonius connut alors
qu'il n'y avoit point de paix à
attendre. Il entra dans Athènes»
brûla & démolit tout' ce qui
avoit échappé au faccagement
de Tannée précédente.
Il quitta enfuite l'Attique »
M A 5or
ÎôMt reprendre le chemin de la
!éotie. Il crut que ce païs étant
ouvert & uni, il lui convenoit
mieux d'y combattre que dans
l'Attique , païs rude de rabo«
teux, plein de hauteurs âc de
défilés , qui par cette raifon
ne pourroit lui fournir de ter-
rein propre à ranger en bataille
fa nombreufe armée , ni donner
lieu d'agir à fa cavalerie. It
campa à fon retour fur la riviè-
re d'Afope. Les Grecs l'y fuî-
virent fous le commandement
de Paufanias , roi de Lacédémo-
ne & d'Arîfttde , général des
Athéniens. L'armée des Perfes
étoic y félon Hérodote , de troîi
cens mille hommes » ou » félon
Diodore de Sicile «de cinq cens
mille. Celle des Grecs n'étoit
que de foixante-fix mille hom-
mes. Il n'y avoit que cinq mille
Spartiates ; mais , ils éroienc
accompagnés de trente - cinq
mille Ilotes » fept pour chaque
Spartiate ; ces derniers étoienc
des troupes armées à la légère;
lés Athéniens n'étoient qu'ati
nombre de huit mille. Tout le
refte étoit des alliés. Les Spar-
tiates commandoient l'aile droi-
te , âc les Athéniens la gauche ;
honneur que les Tégéares leur
difputerent , mais inutilement»
Mardonius , pour tâter les
Grecs , envoya fa cavalerie ef-
carmoucher contr'eux, en quoi
il étoit le plus fort. Les Mé-
garéens, qui étoit campés dans
la plaine j en fouffrirent beau-
coup , 6c quelque vigoureufe
rcîiitance qu'ils fiflent , ils
éijjenc près de plier , lorfw
^ôÀ M A
qu'un détachement de trots céhi
Athéniens, avec quelques gens
ée trait 9 s'avança pour les fou*
tenir. Mafiftius , Général de la
cavalerie des Perfes y l'un des
plus confidérables Seigneurs de
la nation, les voyant venir à
lui en bon otdre , tourna bride
êc pouffa contr*eux. Les Athé-
niens Tactendirebt de pied fer-
ifie^ Il y eut là un choc i^ort
rude , les deux partis cherchant
également à montrer par le fuc«
ces de ce combat quel feroit
celui de la bataille générale. La
viétoire fut long-tems difpu-
Cée ; mais enfin , les Perfes pri-
rent la fuites
Après ce combat ^ les deux
armées furent lorig-tems fans en
venî^ aux mains , parce que les
devins, fur Tidfpecflion des en-
^ ffailles des viâimes ^ leur pré-
difoieht également aux uns &
aux autres la viéloire , s'ils ne
faifoient que fe défendre, au
lieu qu'ils les menaçoient éga-
lement d'une défaite entière
Vils attaquoient.
Ils payèrent aiôfi dix jours
à fe regarder. Mardonius , qui
étoit d'un caradlere vif & bouil-
lant, fouffroit avec peine un fi
long délai. D'ailleurs , il ne
lui reftoit plus de vivres que
pour peu de jours , & les Grecs
le fortifîoient de plus en plus par
de nouvelles troupes qui leurar-
tivoient journellement. Il aflerii-
f)la donc fonConfeil, pouf déli-
bérer fi l'on donneroit la bataille*
Artabaze , Seigneur d'un rare
mérite & d'une grande expérien-
ce 9 étok d'avis qu'o» ne ha«
MA
;^ârdàt point de bataille, maïs
qu'on fe retirât fous les mûri
de Thebes, où l'on auroit foin
d'amaffer des vivre? & des four^
rages. Il repréfencoit que le feul
délai étoit capable de ralentir
beaucoup l'ardeur des alliés j
qu'on travailieroit à en déta-
cher plufieurs pat l'or & l'ar-
gent qu'on tépandrpit parmi
les chefs , & parmi ceux qui
avoient le plus de crédit dans
chaque ville ; & , que par câ
moyen ils pourroient plus faci-
lement ^5c plus fûrement fe ren-
dre rtiaîtres de la Grèce. Ce^
avis écoit fort (âge, mais l'avis
contraire l'emporta^ parce qu6
c'étoit celui de Mardonius ,qu<S
perfonne n'ofoit contredire. li
fut ré fol il qu'on donneroit I21
bataille le lendemain» Alexan-
dre , roi de Macédoine , qui
écoit dans le coeur pour les
Grecs , s'approcha fecfétement
de leur camp fur le minuit ^
&L iniifuifit Ariftide de tout ce
qui s'étoit pafiTé.
Auffîtôt Paufanias donna or«
dre aux Officiers de fe prépa-
rer an combat, ôt il cotnmuni-
qua à Ariflide le deifein qu'il
avoir formé de changer fon or^-'
dre de bataille , en fatfant paf-
fer les Athéniens de l'aîle gau-
che à l'aile droite pour les op-
pofer aux Perfes , contre lef-
quels ils étoîent accoutumés à
combattre.' Soit prudence , foii
timidité qui lui eût fait propo-
fer ce parti , les Athéniens l'ac-
ceptèrent avec joie. On n'eii-
tendoit parmi eux que des ex«
hortations qu'ils fe faifoientf
r
MA
les Qfis autres de fe montrer
gens de cœur ; que ni eux , ni
leurs ennemis , n^étoient point
changés depuis la bataille de Ma-
rathon , fi ce n*eft que la:vi£K>i-
re avpit augmenté le courage
des Athéniens , & abattu celui
fies Perfes. » Nous ne combat-
1». tons pas 9 comme eux, difoient-
» ils i pour un pai\& pour une
>> ville feulement , mais pour
p les trophées érigés à Mafa-*
^ thon de à Salamine , afin qu'ils
» ne paroiûTent pas l'ouvrage
10 de Miltiade & de la fortune ,
p mais l^ouvrage des Athé-
» niens. » En parlant ainfi , ils
alloiem gaiemetit changer de
poile ; mais , Mardonius , fut
Tavis qu*il en eut « ayant pa-
xeillement changé fon ordre de
bataille , on remit les chofes de
j^art & d*autre dans leur pre*
mier état.Ainfiy tout ce jour-
là fe paifa fans rien faire.
. Le foir on tint Confeil par-
mi. les Grecs, & il fut^ réfolu
qy'on décamperoit, 6c que l'on
îroît chercher un Heu commo-
de pour les eaux. La nuit étant
venue , de les Capitaines com-
mençant à s^avancer à la tête
.de leurs corps ^ vers le camp
qu'on avoit marqué » il y eut
Jbeaucoup de confufîon parmi
les troupes, dont les- unes al-
loient d'un côté & les autres
,d*un autre ^ fans garder d*ordre
jdans leur marche. Qn s'arrêta
vers la petite ville de Platée-
Au premier bruit du départ
des Grecs, Mardonius mit toute
fon armée en bataille, & s'a-
vança vers l'ennemi avec de
M A 303
grands crîs & d'horribles heur^
lemens des Barbares , qui pen-
foienr marcher bien moins pouf
combattre > que pour dépouiller
dts fuyards ; & leur Général ^
fe tenant fdr de la viâoire , in-
fultoit fièrement à la timide Cc
lâche prudence d'Artabpze , êc
à la fauife idée qu^il avoir con**
çue des Lacédémonietis , que
l'on prétendoit ne prendre ja-
mais la fuite devant l'ennemi;
& cependant oh voyoit ici le
contraire* Il fentit bientôt qutf
cette idée n'étoit pas fauâe«
Il tomba fur les Lacédéroo-
niens qui étoient feuls 6c ré-
parés du corps de l'armée, ati
nombre de cinquante mille hom*
mes f avec trois mille Tégéates^
Le choc fut des plas rudes ;
de part & d^autre 00 montra
un courage de lions « & les Bar-
bares cptinurent quHls avoienc
afifaire à des foldats déterminés
à vaincre ou à mourir. Les Athé-
niens , vers qui Paufanias avoir
dépêch un Officier, s^étoient
mis en marche pour l'aller fe-
courir; mais , les Grecs qui
tenoient le parti des Perfes , au
nombre de cinquante mille hom«
mes , vinrent à leur rencontre,
& les empêchèrent de paflef
outre. ArilHde, avec fa petite
troupe, foucint de pied ferme
leur attaque, & leur fir voir
que le grand nombre ne peut
rien contre le courage ôc la
bravoure.
La bataille étant ainfl parts*
gée en deux endroits, les La«
cédémonîens furent les premiers
qui rompirent h» Perfes y &
504 M A
les mirent en déroute. Mardd^
pins étant tombé mort d'une
bleflure qu'il reçut, toute l'ar-
mée prit la fuite , 5c les Grecs
qui combattoient contre Ariftî^
de , en firent autant, dès qu'ils
eurent appris la défaite des
Barbares. Mardonius perdit la
Vie, Tan 479 avant Jefus-Chrift,
le quatre du mois de Boëdro**
snion , félon la manière de comp*
ter dc$ Athéniens.
Mardonius fut tué par an
Spartiate , nommé Arimnefte ,
qui lui fracafTa la tëtc d'un
coup de pierre , comme le
lui avoit prédit Tofacle d'Artf-
phiaraûs ; car, Mardonius avoft
envojé an Lydien confulter
pour lui cet Oracle ; de en mâ«
me-tems il avoit aufE envoyé un
Carien, à Tantre de Tropho**
liius. Le Prophète de ce dernier
répondit au Carien dans (a lan-
gue Carienne. Pour le l'Y^icn ,
il coucha dans le fanctuaire
d'Amphiaraûs , félon la cou-
tume; & s'étant endormi, !1
liii fembla qu'un des Prêtres
du Dieu s'approcha de lui, qu'il
lui ordonna de fonir du tem«
pie 4 & que fur fon refus il lui
|etta à la tête une groife pierfe
dont il fongea qu'ail étoit mort.
Cornélius Népos , dans la vie
de Paufanias , dit que Mardo-
nius étoit Mede de nation , ^ il
ajoute quil étoit le plus brave
& le plus expérimenté Générai
^ui fût dans toute la Perfe;
<«) Crév. Hitf. éts £mp. Tom. V.
p. 439.
ii) Thucy4« pag. 68, Hcrod. L, U. o.
. . MA
i^loge qui fe trouve coftfirftiél
par le témoignage de Diodortf
de Sicile.
MARÊADE, Mateades , (a)
traître qui livra Antioche alisT
Perfes & qui enfuite fût puni
de fa perfidie par les Petfet
mêmes. P'oyeif^ Cytlade.
MARÉE , Matea , Ma^/a «
Mà^f M , lAdfila y Mxf/a ^ {è) ville
d'Egypte, (ituée félon Thucy-»
dfde au deiFus dePharas, & fe'
Ion Hérodote fur le5 frontière^
du pafs , du côté de la Libyen
f^oyei Apîe.
M ARENE , MareM , {c) païi
dont parle Tite * Live. Il ap-
parrenoie , félon cet Hrftorien^
au roi Cotys. Atlesbis , roi de»
Thraces, & Corragus l'un den
Lieutenans d'Eumene , ayant
fait une irruption dans les État»
de Cotys, s'étoient emparés dct
pais de Marene. Cette circont
tance obligea ce Prince de quit-
ter Perfée poirr aller défendre
fes États $ 1 an I71 avant J. Cv
M A R É O N , Marton ^
Metpfur. Voye[ Samafie. ,
MARÉOTE [ le Nome J ,
Marcfftes Nomns , {d) Mx^eurT^^
No^èç , contrée d'Afrique , fi-
tuée à Textrêmiré de la LibyiGf
& de rÉgypte,.prè8 d'Alexan-
drie. Pline y met les Marma^
rides , les Adyrmachides^ & le»
Maréotes. Il regarde ce para
comme faifant partie de la Li*<^
bye , 8c comme étant contigu »
l'Egypte;
(€) Tîr. tiv. t. Xin. c. «7.
(d) Plin.Tomrl.p.»iiyas4*Ptolailtf
1.1V. es.
MA
Saint Athanafe > dans tott
ApoJogîe contre les Ariens ,
parle au (li de ce païs. x» Le No-
» me Maréote , dît^îl » eft une
oo contrée du diilric d'AleXan-
» drie , dans Uquelle il n^y a
» jamais eu ni Éveque ^ ni Cbo^^
90 révêque, mais toutes les ÉglU
» fes de ce canton-là dépen-
» dent de TÉvêoue d*Alexatt-
» drie ; il y a leulement des
» Prêtres qui ont chacun d«
» grands villages* »
Ptolémée met dans ce Nome
le long de la mer , Chimo vil-
Iage> Piinthxne & la petite pref-
qu'lâe 5 porc de mer. Plus avant
dans les terres il met pour vil*
les ou villages , Monocaminum,
Almirce , Tapofirîs » Cobii >
Antiphili , Riérax , Phomocis ^
êc Palemaria village.
MARÉQTIDE , Manotis ,
païs ie même que le Nome Ma*-
réote» Voye[ Maréote»
MARÉOTIDE [le Palus] ,
Palui Mareotis , Alfivvi Ma^ï»-
•"•'^ » {^) gfand lac d'Afrique ,
lîtué en Egypte près d*Alexân-
dxîe.
Strabon , parlant de cette vil-
le , dit que deux mers Tarro-
fent, Tune au Nord, qui eft là
mer d'Egypte» partie de la Mé-
diterranée, Tautre au Midi, que
Ton appelle le lac de Mareia ou
Maréotide. Il dit encore que les
eaux de ce lac font accrues par
des canaux qui viennent du Nil,
tant à côté que de plus haut ,
(•) Stfat^. p. 789. ér feq. Plîn. tom.
1. p. «58. Q. Cure. L. IV. C.7 j 8. Virg.
Gcorg. L. 11. V. 91. Horat. L, L Ode,
Ifi A 305
de ^orte que l'on peut s*y ren-
dre par eau de toute TÊgypte.
Il arrivoit delà que les habi*
taUs d*AIeXandrîe avoient fuf
ce letc» un port plus riche &
mieux pourvu que celui qui
étoic'du côté de la Méditerra^
née. '
On lit dans Pline t )> Le tac
ij Maréotide au Midi de la ville
» communique par un canal
» avec ^embouchure du Nil fur*
» nommée Canopique » & paf
19 là jouit du commerce de la
» Méditerranée. Il contient ^lu«
39 fleurs iâes, ôc a trente millç
» pas de trajet , félon que Caiuf
» Céfar le rapporte. O^autrei
y> difent que fa longueur eft.d^
x> quarante fchœnes, en comp*
J9 tant chaque fcnœne pouf
y> trente ftades, Se quVmfi il a
9> cent cinquante mille pas d^
i> longueur ôt autant de lar-
» geur* i> Strabon dit que U
largeur de ce lac pafTe cènc
cinquante ftades^ & que fa lon«
geur n*en a pas trois cens 5 c^eft*
à^dire > quHl fait la longueur
prefque double de la largeur»
Il met huit ifles dans ce lac» hé
vin, qui croifloit dans les eâ-^
vironS) étoit nommé Hareotîcum^
vinum; & Strabon en parle avec
éloge. Virgile dit de fçs vîgnesi
Sunt Thafia vhes f funt 6* Ma»
rtotidts alha^
Selon Horace » M* Antoibe »
dans fes patties de débauche
avec Cléopatre > fe grifoit aveè
Xt.y, 14. ér jTlf* Athen, p4 1|. l^toUii^
L. IV, €. jé
5©^ MA
ce vin. Du moins, il le Tah e&«*
cendre par ces vers :
Menttmque lymphatam Mano^
tico
Rcjegft in vtros timons
Cafar.
Au refte , c'étoit ce lac »
nommé proprement Mareia, qui
fut Torigine de Tadjeâif M^rro-
îisf nom que l'on donna au pais &'
au lac même. Delà vint auili le
nom de Màreous que prit le No-
me dont nous avons parlé ci--
dejffus.
Il y a dans Athénée unpaflagé
Îai mérite d'être remarqué.
,e voici. Sophocle dit que le
vin Maréote ou d'Alexandrie
dre cette dénomination d'une
fource qui eft à Alexandrie «
6c que Ton appelle Mareia , &
d'une ville de même nom > qui
étoit autrefois fort grande, & qui
n'eft préfentement qu'un villa-
ge ; & elle tenoit elle-même ce
nom de Maron , l'un de ceux
qui accompagnoient Bacchus
dans les guerres d'Afrique. Il
y a plusieurs obfervations à fai-
re fur ce paflage. i*. Athénée
ne qualifie Marea ou Mareia ,
?[ue du nom de x^hi^hi fource,
bntaine ; ce qui ne convient
guère à un grand lac, tel que le
lac Maréotide. Mais, on peut
dire que Sophoc'le parle d'un
tems bien antérieur à celui oii
r^n fit le canal , qui établilToit
la communication du Nil avec
Alexandrie & avec ce lac , qui
(4) Eflh. c. I. V. 14.
(*) Jofu. c, iç. V. 44- *'«'»'• ï" W. c.
i4« V. 9. & fii* MicliaB« c* 1. ?t 15*
MA
fur peot-être fort augmenté par
cette entrée du Nil. Il eft fore
vraifemblable qu'avant cet ac-
croisement, ce lac n'étoit qu'un
étang formé par les eaux d'une
fimple fource , & que la commu-
nication avec le Nil en fit un
grand lac. Cette augmentation
èft fenfible , fi on fait attention
à la diverfîté des mefures que
les Anciens nous en donnent,
a^. Cette ville Marea ou Mareia^
n'eft rien moins qu'imaginaire'^
de Hérodote en fait mention ,
la nommant ville bien expref^
fément. 3^. Athénée nous en
apprend la décadence «n difanc
que ce n'étoit plus qu'un villa-
ge. Cela s'accorde avec le récit
de Ptolémée , qui place dans la
Maréotide Palemaria ou Pale*
marea , c'eft-à-dire , l'ancienAe
Marea ou Mareia , qu'il appelle
village.
MAKèSf Mares y (a) un des
fept principaux Seigneurs des
Perfes Ôc des Medes ,qui ne per-
doient jamais le Roi de vue , &
qui étoient afiis les premiers
après lui.
MARÉSA , Marefay Mapit^'ir ,
{h) ville de Paleftioe , dans la
tribu de Juda. On l'appelle
auffi Marifla, Marefcha , Mo*
réfeth , & Morafthi. Le prophè-
te Michée étoit de cette ville ;
& du tems d'Eufebe, elle étoit
déferte , à deux milles d'Eleu-
théropolis. Ce fut auprès de
Mareia, dans la vallée de Sé-
phata, que fe donna la fameu-
Maccab. L. I. c. 5. ?. 66. /ofcph, de
Anci<}. judaïc. p. 450, & fif*
MA'
fe bataille encre Afar» roi de
Juda, de Zara, roi de Chus.
Afa demeuf a vîAorieux conrre
une armée d'un million d'hom-
mes , qu'il mit en fuite 9 & pour-
fuivit Jufqa'à Gérare. Certains
lifent damaria au (ieu de MariiFa.
Dans les derniers tems de la
République des Juifs > M^réfa
écoit attribuée à Tldumée « ainiî
que piufieurs'uucres villes Méri-
dionales* de Juda^Elleétoic peu-
plée de Juifs & de nations leurs
alliées , du tems de Jean Hyr-
can. Le roi Alexandre Jannée'
lâ prit fur les Arabes. Gabi-
nius la rebâtit ; ôc enfin les
Farthes là ruinèrent pendant la
guerre d'Aatigonus contre Hé-
MARES A , Marefa , M«/>/di,
(a) de la tribu de Juda^ étoit
fils de Laada»
MARETH , Mareth , ( * )
H«y«-fo»^ > ville de PaUiii-
&e 9 dans la tribu de Juda.
MARGANA , Margana , Çc)
fAcif'y<ifet , ville du Péloponne-
fe, dans l'Élide, félon Dio-
dote de Sicile. La tradu^flian
Laitiioe de R^odoman porte
Marganum. Xénophon parle
au(B de Cette ville ; mais 9 il la
Domme Mairganées. Elle fut pr4-
fe p^r les Ar<ïadien$ , TaA fôf
avant Jefus-Chrift.
MARGaNÉENS, Mamnén-'
fts , Mj(/>7«v£rç , {d) les habicarii
{«> Parai'. L. l. c. 4. v. ii.
(*) Jofu. c. iç. V. 59.
<c) Diod. Sicul. piig. 497. Xfnophi
P«g- «M.
{À) Xenoph. pt 49X1
A A 367
de ttarganà dans FÉlide* Voyez
Margana.
MARGANÉES » Margofua ,
Mft^>«.ga', yoyei Margana.
MARGANUM, Marganum.
Vaye^ Margana.
MARGARITION, Mârga-^
rhion , {é) tertae qui fe frouVe'
fréquemmertt dans les ancieti-"
nés épitaphes , & qui marque
une grande aîBfeâion. Ce terme
veut dire un'e perle.
MARGIANE j Marglan^ ,
M«/)7/r:i'w , (/) contrée d*Afie,
firiiée le long du fleuve Mar-'
gus I duquel elle prenoit fou
nom. Selon PfOlémée, elle étoit
bornée au couchant par l'Hyr-
canie ; au .'nord par I'Oj^us »
depuis fon emfbouchure jufqu'à
la .Ba(flrian.e ; à l'Orient par la
Badlriane elle-même , le long
des montagnes; âc au Midi par
l'Arie de par les monts SaH-
phes. Ptolértlée y met les peu-
ples fuivaits , les D'eftica , let
Parni , les Maffageta , \es Daéi ,
les Tapori ou TapUri. Les pla-
cées de cette Province étoiem'
Ariaca, Sirta , Arathà, Arga*
dîna , Jafonium , Rhéa , An-
tiotfhe , GuHâne, Nicée.
Pline dit dé ta MargFane »
qu'elle eft daiis la'plus belle ex-
p'diftion du monde; que cVff
le feul païs de Ces Cantons quf
porte des vignes ; qu'elle éft-
emouréc de thantagnes défi-
Cieufes; qu'elle a quînre cenr
(•) Antiq. éxplî^. pat b. Béfn. ii
Montf. Tom. V. pag. 55.
{/) PcoIem..L. VI. c. ic Plio. Tom.
1. pag. ji;. Strab. p. 7»,, 7% . jto> 51^,
juit. L. xLi. C. »;
Vij
r
r
i
• 9
-. MA
lités qu'on peut avoir. On n'a
.qu'à voir le fécond Alcibiade
sj^de Platon. Démoilhene ne pou-
voit pas employer une cotepa-
^^ ^aifon plus propre que celle-là
^ ^^pour faire méprifer Alexandre*
Mais^ ces Lieutenans du Roi
en Afie fçavoient-ils ce que
•étoît que Margitàs ? Oui ,
^^ar Homère étoit aulfi connu
^ en Afie qu'en Grèce*
^. MARGITÈS, Margîtes, (a)
jM«/»7iTHç , dont parle Lucien
^dans quelques-uns de fes Dia*
'^ ^logues*
*^^ MARIA , Maria , M«/»f« , (h)
^^Pom d'un village d*Egypte. La
^cradudlion Latine de Diodore
e Sicile porte Marins viens. Il
^fe donna vers ce village un
fanglant combat , où Apriès fut
-'"^pris. Le vainqueur le fit enfuite
^ ^^ étrangler*
MARIA 9 Maria « (c) nom
^^ commun à plufieurs loix Ro-
■^ naines, dont la plupart avoient
^ été portées par C. Marius*
^ MARIAuE y Matrimoninm g
ferme , qui conddéré en lui-
• même de quant à fa (impie éty-
' mologie , (ignifie obligation , de-
^ voir , charge & fonftion d'une
.^' mère 9 qûaj^ mairis munus ou
i^ munium.
' A le prendre dans fon fens
Chéologique & naturel , il défi-
gne l'union volontaire âc mari-
tale d*un homme & d'une femme»
contractée par des perfonnes li-
bres pour avoir des enfans. Le
Mariage eft donc i^. une union f
(«) Ladan. Tom. I* p. 51^5 . Tom. 11«
pag. 46 c.
M Diod« Sicul. p. 43t
M A 30*9
foit des corps , parce que ceux
qui fe marient s'accordent mu«
tuellement un pouvoir fur leurs
corps ; foit des efprits > parce
que la bonne intelligence de la
concorde doivent régner entre
eux* 2^. Une union volontaire t
parce que tout contrat fuppofe
par fa propre nature le confente*
ment mutuel des parties contrac*
tantes* 3^. Une union maritale^
pour diftinguer l'union des époux
d'avec celle qui fe trouve entre
des amis ; l'union maritale étanc
la feule qui emporte avec elle
un droit réciproquement donné
fur le corps des perfonnes qui
la contradent. 49. L'union d'un
homme & d'une femme g pour
marquer l'union des deux fexea
& le fujet du mariage. 5^* Une
union contraâée par des per«
fonnes libres* Toute perfonne
n'eil pas par fa propre volonté ,
& indépendamment du confen»
tement de toute autre en droit
de fe marier. Autrefois les ef»
claVes ne pouvoient fe marier
fans le confentement de leurs
maîtres ; Ôc aujourd'hui ^ dans
les États bien policés , les en«
fans ne peuvent fe marier fans
le confentement de leurs parent^
ou tuteurs s'ils font mineurs^ ou
fans l'avoir requis , s'ils font
majeurs. 6^. Pour avoir des en*
fans. La nâiffance des enfans eft
le but & la fin du Mariage.
Le Mariage peut être confî-
déré fous trois différens rap*
ports » ou comme contrat natu«
(c) Rofin de Antîf • Rom. pag, 830 »
8531 S/ot
V.*«
'3o6 M A
0ade$ de tour ; que Ventrée
n'en eft pas facile à caufe
des déferts de fable qui ont
vingt mille pas d'étendue« Stra*
bon parle de même des déferts
qui enferment ce pais. II ajou-
te : » Quant à fa fertilité pour
4b le vin , les vignes y font
m afl*ez grofles pour qu'un hom-
99- me puifle à peine en embraf-
a» fer une^ & il y pend des gra-
7» pes de raiiin de deux cou-
» dées.delong. «»
Alexandre fil biVir dans la
Margiane une ville à laquelle
il donna le nom d'Alexandrie*
Cette ville ayant été détruite
par les Barbares , Antiochus
doter la fit rétablir; mais» elle
prit depuis le nom d*Antio-
cbie.
Ce pais fait aujourd'hui partie
delaCoraflanneou du Khoraf-
fan. .
MARGINES , (a) nom que
l'on donnoit aux bords i prati«
qués le long des grands che-
snins > & qui fervoient pour
les gens à pied. Ils pouvoienc
aufG fervir pour monter à che-
val y dans^ ces anciens tems où
les étriers n'étoient point en-
core en ufage« yoyei chemin.
MARGINIA [ la ville de],
urbs Marginia* (h) Nous trou-
vons cette expreflîon dans Quin-
te-Curfe,&il y a apparence que
c'eft une faute qui s'eft gliuée
dans le texte de cet Auteur.
II vaudroit mieux lire avec la
plupart des Commentateurs
C«) Antiq. ezpliq. psr D. Bern. del
Montf. Xom. IV, pag. 179. |
MA
Marina , que Marpnial
^ Quoi qu'il en foit, voici les
circonftances que fournit Quin-'
te-Curfe » au fujet de cette vil-
le. » Eofuite Alexandre pa0a
» les fleuves Ochus & Oxus »
» de vint à la ville de Margia-
» ne 9 aux environs de laqueU
» le il choifit des lieux propres
» pour bâtir fix villes, deux
3> tournées vers le midi » àc
» quatre vers l'orient , afles
I» près les unes des autres, afin
If qu'elles puffent plus aifément
» s'entre - fecourir. Elles font
» toutes élevées fur de hautes
r> collines , & tenoient alors en
a> bride les peuples nouvelle-
3» ment conquis ; mais 9 aujour-
39 d'hui 9 ayant oublié leur ori-
» gine, elles obéiflent à ceux
ao à qui elles ont autrefois com-»
y> mandé. y>
MARGITÈS , Margites , {e)
Mv7tTM;, furnom que Démof-
thene donnoit à ^ Alexandre*
Plutarque dit que cet Orateur
écrivoit lettres fur lettres aux
Lieutenans du Roi en Afie , pour
fufciter dans ce pa'is - là une
guerre à Alexandre , qu'il ap«
pelloit un enfant & un autre
Margites.
Margites étoit un homme qui
fçavoit beaucoup s & qui fça-
voit tout mal. Homère avoir
fait contre lui un Poëme, oà
il le difiamoic comme un homme
Inutile à tout 9 parce qu'il man*
quoit de cette fagefle qui nâec
à profit toutes les bonnes qua«
{h) Q. Curt. vil. c. 10.
CO Plut, Xom« 1. p. 8$tf«
... .. Ma
Htés qu*on peut avoir. On n'a
qu'à voir le fécond Alcibiade
de Platon. Démoilhene ne pou-
voir pas employer une coinpa-
raifon plus propre que celle-là
pour faire méprifer Alexandre.
Mais^ ces Lieutenans du Roi
en Afie fçavoienc-ils ce que
c*étoît que Margitàs ? Oui ,
car Homère étoic auffi connu
en Afie qu'en Grèce.
MARGITÈS, MargUes, (a)
Mcipylrfiç , donc parle Lucien
dans quelques-uns de fes Dia*
logues.
MARIA , Maria , MafU , (h)
nom d'un village d'Egypte. La
cradudion Latine de Diodore
de Sicile porte Marins vicus. Il
fe donna vers ce village un
fanglanc combat , où Apriès fut
pris. Le vainqueur le fit enfuite
étrangler.
MARIA 9 Maria ^ {c) nom
commun à plufieurs loix Ro-
maines y dont la plupart avoiene
été portées par C. Marius.
MARIAGE , Matrimonium ,
terme , qui confidéré en lui*
même & quant à fa fimple éty-
mologie , fîgnifie obligation ^ de-
voir , charge 8c fonaion d'une
mere> qûafi matris munus ou
munium»
A le prendre dans fon fens
théologique de naturel , il défi-
gne l'union volontaire & mari-
tale d'un homme & d'une femme»
contraâée par des perfonnes li-
bres pour avoir des enfans. Le
Mariage eft donc i^. une union ,
M Lndan. Tom, I. p. $45, Tom. 11.
pag. 46s.
W Diod* Sicul. p. 43t
M A 30*9
foit des corps , parce que ceux
qui fe marient s'accordent mu«
tuellement un pouvoir fur leurs
corps ; foit des efprits , parce
que la bonne intelligence Se la
concorde doivent régner entre
eux. a^. Une union volontaires
parce que tout contrat fuppofe
par fa propre nature le confente*
ment mutuel des parties contrac*
tantes. 3^. Une union maritale ^
pour diftinguer l'union des époux
d'avec celle qui fe trouve entre
des amis ; l'union maritale étant
la feule qui emporte avec elle
un droit réciproquement donné
fur le corps des perfonnes qui
la contractent. 49. L'union d'un
homme 6c d'une femme » pour
marquer l'union des deux fexea
& le fujet du mariage. 5^. Une
union contraâée par des per«
fonnes libres. Toute perfonne
n'eft pas par fa propre volonté »
& indépendamment du confen*
tement de toute autre en droit
de fe marier. Autrefois les ef»
daVes ne pouvoient fe marier
fans le confentement de leurs
maîtres ; de aujourd'hui j dans
les États bien policés , les en-
fans ne peuvent fe marier fans
le confentement de leurs parent*
ou tuteurs s'ils font mineurs^ ou
fans l'avoir requis , s'ils font
majeurs. 6^. Pour avoir des en«
fans. La nâiflTance des enfans eft
le but & la fin du Mariage.
Le Mariage peut être confia
déré fous trois différens rap*
ports » ou comme contrat natu-
(c) Rofin de Ancî). Rom, pa;, 8|o »
855,870.
V lit
^lo M'A
ttï f ou comme coQtcAt.civU ^ ou
comme facrement*
Le Mariage f cotsfid^ré comme
facremenr» peut être défini Tal-
liaoce ou l'upion légitime par
laquelle un homme fie une femme
s^engf^ent à. vivre enfemble» le
Teftc de leurs jours comme mar.i
& époufe f que Jefu«-Chriil ^
fnflîtuée comme le figqe de fgn
union avec Téglife y. & à Ur
quelle il a attaché des grace$
jitarticulieres pour l'avantage de
cette fociété fie pour Téducation
des eofans qui en prpviennent*
Le fentiment des catholiques
^ ce fujec « eft fondé fur un
teite précis d/ l*Ap6rre Saint
Paul dans foo épître aux Ephé-
fîens « fie fur plufieurs paUage^
des Pères, qui étab!iflent for-
mellement Gue le Mariage de.s
Chrétiens en lie ligne fenlible de
Talliance de Jefus-Chrift avec
fon é^life 9 fie qu'il confère uop
grâce particulière , fie c'eft cp
^ue le Concile de Trettre a dé-
cidé comme de foi. On croit quç
Jefus-Chrift éleva le Mai^iage à
la dignité de facrement , lorfr
qu'il honora djs fa préfence le$
noces de Cana>Tel eft le fenti*-
tnent de Saint Cyrille dans fy
lettre à Neftorius , de $ain.t
Epiphane, de SaintMaxîme Se dp
Saint ÂuguftiQ, Les Proteftans i)e
comptent pas le Mariage au non»-
bre des facremens*
On convient que robligation
de regarder le MarJage en quar
lire de facrement n'étoit ^as un
dogme de foi bien établi dans
l't douzième fic le treizième fie-
cle. Saint Thomas , Saint BotA*
MA
ventnre & Scot n*ont oK définir
qu'il fût de foi que le Mariagie
fût un facrement. Durapd df,
d'autres Scholaftiques ont mén^ie
avancé qu'il ne l'étoit pas*
Mais» l'églifeafTemblée ^Trente
a décida la queftjon.
Au refte , quand on dît qujS
le Mariage eft un. facrement
proprement dit delà loi de grs^-
ce ) on ne prétend pas pou^
cela que tous les Mariages que
tous les Chrétiens contraéleiic
foient autant de fiacremeps.Cettp
prérogative n'eft propre qu'^
ceux qui font célébrés fuivant
les loix 8c les cérémonies ifi
l'églife. Selon quelques Théor
logiens ^ il y a des Mariages
valides qui ne foq^ point facrq-
mens 9 qpoique Sanchez pré-
tende le contraire. U|i feul
exemple fera voir qu'il s'eft
trompé* Deux perfonn^iflMel-
les y mariées dans le fein dfi
paganifme ou de l'héréfie , em-
brafient la religion Chrétienne ;
le Mariage qu'elles ont con-
tra^flé fubfifte fans qu'on puiâ^
dire qu'il eft un facrement. L^
raifon eft qu'il ne l'étoit pM
dans le moment de fa célébra-
tion f fie. qu'on ne le réhabilitée
point lorique les parties abju-
rent l'infidéUté. Les^ fentimens
font plus partagés fur les Mariar
ges contraâés par procureurs.
On.con.vient généralement qu'ils
font valides ; mais y ceux qui
l^ur refufent le titre, de facre-
ment y comme Melchior Cano.,
remarquent qu'il n'eft pas vraî-
femblable que Jefus-Chrift ait
promisse (Lonoef. la ff^çt f4Pc«
MA
tifiaote par une cérémome à
laquelle n*a{fifle pas celui qui
devrpic la recevoir , à laquelle
il ne peafe fou vent pas dans le
tems qu'on la fait* D'autres
prétendent que ces Mariages
font de vrais facremens, puif-
qu'il s'y rencontre forme , ma-
tière y minière de l'églife y dc
inditution de Jefus-Chrift; que
d'ailleurs Téglife en juge , &
par conféquent qu'elle ne les
regarde pas comme de fimples
contrats civils.
Les Théologiens ne convien-
nent pas non plus entre eux
fur la matière ni fur ta forme du
Mariage confidéré comme fa*
crement. i^* L'impofition des
snains du prêtre, le contrat ci*
vil, le confentemem intérieur
des parties > la tradition mu<*
ruelle des corps , ôc les parties
contraâantes elles-mêmes «font
autant de chofes que diSerens
Scholaftiques aifignenr pour la
matière du facrement dont il
s'agit. 2^. Il n'y a pas tant de
divifîon fur ce qui çonftitue la
forme.du Mariage. Les uns dir
fent qu'elle confifte dans les
paroles par lefquelles .le« con-
traâans fe déclarent l'un à l'au-
tre qu'ils fe prennent mutuelle-
ment popr époux'; & les autres
enfeignent qu'elle fe réduit aux
paroles & aux prières du Prê-
tre.
Sur ces di verfes opinions il eft
bon d'obferver i"» que ceux qui
affignent pour la matière du fa-
crement de Mariage les per?
fonnes mêmes qui s'époufpnt en
face de l'églife > confondent le
MA 3«
fttjét du facremenc avec la ma* ,
tiere du facrement. 2^. .Que
ceux qui prétendent que le
confentement intérieur des. par-
ties , manifefté au dehors par
des lignes ou par dc$ paroles» eft
la matière du facrement de Ma*
riage f ne font pas attention
qu'ils confondent la matière
avec les dirpofidons qui doi-
vent fe trouver dans ceux qui
fe marient. 1 on , pour mieux
dire , ave^ . la caufe efficiente
du Mariage. 3®. Que ceux qui
foutiennent que la tradition mu«
tuelle des corps eft la matière
du Mariage , confondent l'eftet
de ce facrement avec la matière.
4^. Dire qu<e le facrement de M»>
riage peut s'adminiftrer fans que
le Prêtre y contribue en rien »
c*eft confondre le contrat civil
du Mariage avec le Mariage
confidéré comme facrement.
Le fentiment le plus fuivi eft
que le facrement de Mariage a
po>ur matière le. contrat civil
que les deux parties font én«
iemble , & pour forme les priè-
res & la bénédiélion facerdo-^
taie. La raifon en eft que tous
les miifelsy rituels» eu cologes»
que le P. Martenne a donnée
au public , nous apprennent
q.ue les Prêtres ont toujours bé-
ni les noces ; cette bénédîAîoa
a toujours été regardée comme
le fceau qui confirme les pro-
mefTes refpeâives des parties*
C'eft ce qui a fait dire à Ter-
tullîen 9 que les Mariages des
fidèles font confirmés par l*auto»
rite de l'églife. Saint Ambroife
parle dans une de' fes lettres de
Viv
jTâ MA
la bénéàtùîôn nupctate donnée
par le Prêtre, & de l'impofîtion
au voile fur l'époux & fur Té-
poufe; de le quarrieme Concile
tie Carthage veut que les nou^
^eaux mariés gardent la conti-
ttence la première tiuic de leurs
noces par refpeâ; pour la bé*
iiédidion facerdotale.
Delà il s'en fuit que les Prê-
tres font les Minières du fa-
crement de Mariage ; qu'ils n'en
font pas Amplement les témoins
néceàaires & principaux ; 6c
qu'on ne peut pas dire ^vec fon-
denient que les perfonnes qui
fe marient s*adminiflrent elles-
mêmes le facrement , par Iç mu-^
<uel confentement qu'elles fe
donnent en préfence du curé &
des témoins. Tertullien dit que
les Mariages cachés , c'eft-à-
dire , qui ne font pas faits en
préfence de l'églife , font foup-
çonnés de fornication & de dé-
bauche. Par conféquent dès les
premiers tems dé l'églife, il n'y
«voit de conjonAions légitimes
d'hommes & de femmes, qu'au-
tant que les Miniftres de Teglifô
les a voient eux-mêmes bénies ÔC
confacrées. Dans tous les autres
facremens , les Minières font
diflingués de ceux qui les reçoi-
vent. Sur quel fondement pré-
tend-on que le Mariage foit
«xempt de cette règle ? Le
Concile de Trente a exigé la
préfence du propre curé des
parties , & l'ordonnance de
Blois a adopté fa difpofition.
. La fin du Mariage e(l la pro-
création légitime des enfans qui
deviendront membres de Téglit
•MA
fe , & auxquels les peifès & me*
res doivent donner une éduca*
tion chrétienne.
MARIAGE , per eoemptîonem^
une des trois formes de Maria-
ges ufités chez les Romains*
Cette forme étoit la plus an-
cienne & la plus folemnelle y &
étoit beaucoup plus honorable
pour la femme , que le Mariage
qu'on appelloit/'^rif/ifuiyou par
ufucapion.
• On appelloit celui-ci Mariage
per coemptionem , parce que le
mari achetant folemnellemenc
fa femme , achetoit aufG confé-
quemment tous fes biens ; d'au-
tres difent que les futurs époux
s'achetotent mutuellement. Ce
qui eft certain , c'eft que pour
parvenir à ce Mariagef , ils fé
demandoient l'un à l'autre ;.fça«
voir ^ le futur époux à la future,
fi elle vouloit être fa femme , êc
celle - ci demandoit au futur
époux s'il vouloit être fou ma-
ri ; 6c fuivant cette forme., la
femme paffoit en la main de foa
mari, c'eftrà-dîre , en fa puif-
fance ou en la puiflfance de celui
auquel il étoit lui-même fou-
rnis. La femme aind mariée étoit
Ti^ptUéejufta uxor , tota uxor p
mater-familias. Les cérémonies
de cette forte de Mariage font
très-bien détaillées par M. Ter-
rafTon , dans fon Hiftoire de la
Jurifprudence Romaine.
MARIAGE PAR CON-
FARRÉATION , per confarrea^
tionem , étoit aufB une forme de
Mariage ufîtée chez les Ro*
mains. Elle fut introduite par
Romulus. Les futurs époux fe
.rendaient à un temple oà l'ôft
faifoic un facrifice en préfeoce
de dix témoins. Le Prêtre bf-
froîf entr'autres chofef un pain
de froment 6c en difperfoit des
morceaux fur la viâime ; c'dtoit
pour marquer que le pain , fym<
bole de tous les autres biens ,
feroit commun entre les deux
époux y Se qu'ils feroient com-
muns en biens ; ce rit fe nom-
moit confarréation. La femme
par ce moyen étoit commune en
biens avec fon mari, lequel
néanmoins avoit Tadminiflra-
tion. Lor(<]ue le mari mouroic
fans enfans, elleécoit héritière;
s*il y avoit des enfans , la merè
partageoit avec eux. Il paroît
^ue dans la fuite cette forme
devint particulière aux Maria-
ges des Prêtres.
MARIAGE SOLEMNEL ,
celui qui, chez les Romains,
fe faifoit per coemptionem , à la
différence de celui qui fe faifoît
feulement ver ufum , ou par
ufucapion. rarmi nous on en*
tend par Mariage folemnel ce-
lui qui *eft l'evôtu de toutes les
formalités requifes par les ca-
nons &c par les ordonnances du
Royaume.
MARIAGE PAR USUCA-
■PION , ou per ufum, C'étoit une
forme de Mariage ufitée chez
les Grecs Ôc chez les Romains.
Le mari prenoit ainfî une fem-
me pour Tufage , c'eft-à-dire,
'pour en avoir des enfans légiti-
mes , mais il ne lui communi'^
quoit pas les mêmes privilèges
qu'à celle qui étoit épouféé
folemnellemenc* Ce Mari;3ge fe
MA ;ji*j
côntrafioit par la co-habitation
d'un an. Lorfqu*une femme maî-
trefle d'elle-même avoit demeu-
ré pendant un an entier dans Ia
maifon d'un homme, fans s'être
abfentée pendant trois nuits ,
alors elle étoit réputée foa
époufe , mais pour l'ufage & la
co-habitation feulement ;c'étoic
une des difpofitions de la loi des
douze tables.
Ce Mariage, comme on voit^
<$toit bien moins folemnel que
le Mariage pet coemptionem , o\x
par confarréation. La femme
qui étoit ainfî époufée , étoit
qualifiée ttA:or , mais non pas
mater-^famîlias. Elle contraâoic
un engagement à la différence
des concubines , qui n*en con-
tra<floient point ; mais , elle n'é-
toit point en communauté avec
-fon mari , ni dans fa dépen-
dance.
Le Mariage par ufucapion
pouvoit fe contraâer en tout
tems 6c entre toutes fortes de
perfonnes. Une femme^ que fon
mari avoit inilituée héritière à
condition de ne fe point rema-
rier , ne pouvoit pas contrarier
de Mariage folemnel fans per»
dre la fucceflion de fon mari ,
mais elle pouvoit fe marier par
ufucapion , en déclarant q\i'elle
nefe iharioit point pour vivre
en communauté de biens avec
fon mari, ni pour être fous fa
puiffance > mais feulement pour
avoir des enfans. Par ce moyen,
elle étoit cenfée demeurée veu»
ve , parce qu'elle ne faifoic
point partie de la famille de fon
nouveau mari ^ âc qu'elle ne lui
5^4, M A
faifoîc point parc de fes biens ,
lefqaels conféquemroent paf-
ioienc aux enfans qu'elle avoit
eus de fon premier Mariage*
MARIAGE DES ROMAINS.
{a) Le Mariage des Romains fe
célébroic avec plufieurs céré-
monies fcrupuleofes qui fe con-
ferverenr long-tems , du moins
parmi les bourgeois de Rome« &
qu'il ne fera pas inutile de rap-
porter ici.
Il ctoit précédé des fiançail-
les y comme on le peut voir
dans Plauteôc dans Ter ence. Ce-
lui qui vouloic prendre une fille
en mariage y s'adrefloic aux pa-
rens , & leur demandoit s'ils
vouloient bien lui donner leur
fille en Mariage. On drefibic
cnfuite le contrat» qui étpii
fcellé du cachet des parens. Ce
contrat contenoit les conven-
tions &c les articles du Maria-
ge ; d*où vient que Juvénai a
dit:
Si tibi legitîrttis paSiam jundam^
fue tahcllu
Non es amaturus. •••;.•;•
Vcniet cum fignatorihus aufpex*
. L*époux envoyoit à la future
époufe un anneau , comme un
gage de leur Mariage futur.
C^eA ce que nous apprenons de
Tertullien,d'Ifidore de Séville,
d'Aulu - Celle , de Macrobe ,
d'Appien » & principalement
par ces vers de Juvénai :
MA
Conventum tamen 6. paâum ^
fponfalia noftra
Tempe ftatc paras ; jamque à ton-^
fore Magifiro
Peâerisy & digiio piknus finajffi
dedifti.
Cet anneau étoit de fer& fans
chaton au tenas de Pline.
On n'avoit point d^abord
prefcritr chez les Romains Tâge
pour les fiançailles ou les ac-
cordailles , &c elles fe pou*
voient faire par les deux par*
ties à rage de fept ans. Mais y
Augufte ordonna depuis qu'elles
fe feroient deux ans avant le
mariage 9 c*eft-à-dire , à l'âge
de dix ans, les filles pouvant
légitimement contracter Maria-
ge à douze.
Les Romains étoient fort fu-
perftitieux fur le teros des
époufailies ; ils avoient un pro-
verbe qui difoit : Le mois de
Mai funefte aux noces* Les ca-
lendes , les nones & les ides
étoient encore des jours défen-
dus 9 parce que c'étcHent des
fériés ou des fêtes. Cette dé-
fenfe ne regardoit que les filles
2ui n'avoient point été mariées.
)n fouffroit aifément que les
veuves fe remariafTçnt même
. en ces jours -là. Les jours de
deuil & de fépolture n*admet-
toient point de noces. On n'en
faifoit point non plus pendant
que les boucliers , nommés An-
cilles 4 étoient hors du temple
f j) CoQC. des Rom. par M. Nîeiip* I D. Bern. <le Montf, Tomt Ul. ptg, \\^{
^ag. |i|. ^ /«iv. Aaciq. cxpli^. par | & fiUv%
MA
de Mars ; oti atcendolc qti*on .
les y eût reportés , pour les
célébrer* Les jours de fêtes , &
«out le commeQcement du mois
de Juin jufques aux I4es » qui
font \ç quÎDziemi; » écotent en-
core un tenis, défeodu* La loi
des Pçrfeji étpii encore plus
dure , puifqu'il ne leur létoît
pirrinis. de célébrer des noces
qu'au cpromenceiDent dje l'cqui-
noxe d:u. printeoM.
On avoir grand foiii de pren-
dre les apfpices avant le Ma-
rî^ige , pour fçavoir la volonté
des Dieu jf , comme le témoigne
ce vçr^ de Plaute :
Uitro ihit nuptuttty non maneèu
avjpices.
Tacite , parlant des noces de
Meflaline » dit que Ton Mariage
avec Silius fe fit avec toutes les
cérémonies requifes., facrifices»
' témoins , apfpices » fefiins | bai-
fers , embraiTemeps, enfin dans
tQujp^es le$ libertés de la femme
& du mari ; & pariant, du Ma-,
rîage de Néron avec Pythagore»
il fait mention des aufpiçes,
q.u*op prit pour cela* Le. Maria-
ge fe fit avec toutes les céré-
monies ordinaires. L'argent fut
configné entre les mainsdes Âp-
gures« On lui mit le voile que
j>ortoient les époufées ; on lui
drefla un lir nuptial • on ailuii^a
. le flambeau de Thymen.
La Mariée étpic coëSee des
ch^veMx d'un vieillard • dirSex-
lus pompeius ^ qu'on frifoit
i^vec le fer d'une javeline , qui
écoit reAée dans le corps d'un
gladi^atçur qu'on avqit C^é |^ afij!i
M A 31Ç
que de même que ce fer avoir
été uni au corps du gladiateur,
elle fût pareillement unie avec
fon Mari ; ou, bien parce que
les femmes étoient fous la pro-
teAion de Junon Curire » qui
étoit appellée Curis dans la
langue Sabine, où ce mot fi-
gniSoit une javeline ; ou
bien encore pour marquer par
cette javeline , qui eft appellée
par quelques-uns hafta celika"
. r/V-, que la nouvelle Mariée en«
fanrerctt des hommes forts Se
courageux ; ou bien parce que la
pique étoit confacrée à Junon ;
ou enfin en mémoire de l'enlè-
vement des Sabinesy ou pour
d'autres raifons alléguées par
Plutarque âc par Feftus.
On parrageoit auiG les che-
veux de la nouvelle Mariée e.a
iix trelTes à U manière des Vef-
tales, pour lui marquer qu'elle
devoit vivre chai^ement avec
fon. Mari* On lui mettoit fur la
tête up chapeau de fleurs , 9C
par deflu» ce chapeap une ef-
pece de' voile , appelle Flam^
nuunif pQur ménager fa pu-
deur , que lea gens' riches en*
richifibtentde pierreries, Qnlui
donnoit des fouliers de la mi-
me couleur du voile 9 mais plus
élevéa que la chauflure ordi-
naire > pour la faire paroitre de
plus grande taille* On prati-
quQÎt anciennement chez les
Latins une autre cérémonie
fort finguHere « qui étoit de
préfenter un joug fur le col 4e
ceux qui fe fiançoient , pour
leur; indiquer que le Mariage
fil. nne forte de. jo.ug^ 8ç c'eA
}ï^ MA
de-là, dîc*on^ qu'il a pris le
nom de conjugium» La nouvel-
le Époufe étoic revêtue d*une
Tobe flottante, celle à peu près
que celle qu'avoit tifTue de fes
propres mains Caia Cécilia. Sa
couronne ou Ton chapeau de
fleurs étoit de verveine qu'elle
avoic arrachée elle-même , &
on la ceignoit avec une ceintu-
re de laine , que le Mari ôtotc
dans le lit nuptial.
^ Atnfî parée , la nouvelle Ma-
riée écoit arrachée dt$ bras de
fa mère , ou de fa plus pro-
che parente > afin qu'elle ne
parût pas courir d'elle-même
à la perte de fa virginité. Le
foir elle étoic conduite à la
matfon de fon Époux , par trois
jeunes garçons , dont le père
6c la mère étoient encore vi-
vans« On les nommoit Para*
nymphes > parce qu'ils accom-
pagnoienc l'Époufe. Un des
crois marchoît devant 9 ayant à
la main une torche de pin , Se
les deux autres foutenoient la
nouvelle Mariée ^ après la-
quelle on portoit une quenouil-
le garnie de laine à, nier avec
un fufeau , pour marquer l'ou-
vrage auquel elle devoir s'ap-
pliquer ; car» les femmes des '
Romains n'étoient obligées à au-
cun autre travail qu'à filer de
la laine » & nous voyons que
les femmes les plus diftinguées
sen occupoient entièrement ,
par l'exemple de Lucrèce , au
rapport de Tîte-Live. Suétone
dans la vie d'Augufte nous ap«
prend qu'il portoit des robes
6iéts par fa. femme ^ fa fœur ^
MA
fa fille , & fes petites-filles. ^
La nouvelle Époufe étoic
auffi accompagnée de fes pa-
rens , de fes voifins & de fes
amis qui étoient en grand nom-
bre, 6c qui portoient chacun
leur préfent. Un jeune garçon
fans barbe , qu'on appel loîc
Camille , portoit dans un vafe
couvert , appelle cumera , des
hochets. Ôc autres petits amu-
femens pour l'enfant qui dévoie
naître. La porte de la maifon
du nouvel Époux étoit ornée
de tapifferies & de fleurs* Lorf-
que l'Époufe y étoit arrivée,
on lui demandoit qui elle étoit »
de elle répondoit en parlant à
fon futur Époux : Oà vousfere^
Caiusyje ferai Caia; c'eft- à-dire,
ou vous fere^ maître 6 père de
famille , je ferai maîtreffe & mère
de famille. Elles répondoient
toutes par la même formule,
ne leur étant pas permis de dire
leurs noms propres. Roniulus
avoir porté une loi , par laquel-
le une femme étoit participant
te des biens ôc des facrifices de
fon Mari. La porte étoit ornée »
par les mains de l'Époux , de
bandes de laines frottées d'hui-
le j ou de grailTe de porc ou
de loup. Us croyoient détour-
ner par-là tous les maléfices. La
Mariée ne marchoit pas fur le
feuil de la porte, mais on l'en-
levoit par deflus , afin qu'elle
parût entrer malgré elle dans la
maifon d'un homme » ou bien
parce que le feuil étoit confa-
cré à Vefta , déeffe des Vier*
ges , & qu'il ne convenoit pas
qu'il fût foulé aux pieds par
MA
jmt fille qui devoit bieotâc eef-
fer de l'être.
Quand elle écoit encrée dans
la maifon , on^ lui en donnait
les clefs 9 pour lui marquer
qu^elle devoit avoir foin du
ménage; on lui donnoit aulfi
de l'eau & du feu , parce qu'ils
ctoyoient que tout écoit engen-
dré de ces deux élémens. Cette
eau fervolt à laver fes pieds
& ceux de fon nouvel Époux.
Après cette cérémonie, le Mari
donnoit le fouper des noces à
la nouvelle Mariée êc à tous
ceux qui l'accompagnoient f
comme TÉpoufe ou fes parens
Tavoient donné le jour des
fiançailles. Pendant le repas ,
on faifoit venir des joueurs de
iMte» & les Convives invo-
Îuoient Talafius , comme les
rrecs Hytnenée. Talafius ou
Talaâîon écoit invoqué , parce
qu'il avoit vécu fort heureu-
fement & fort long-tems avec
fa femme , qui avoit été du
nombre des Sabines enlevées.
Peu de cems après » le Mari
jettoit dts noix aux petits en*
fans 4 pour marquer ou'il quic-
coic la bagatelle ; c'en pour ce«
la auffi que les Époufes confa-
croienc à Vénus les poupées
qu'elles avoient eues étant fil-
les.
Dès que l'heure du coucher
étoit arrivée , les Époux fe
irendoient dans la chambre nup-
tiale , où les matrones qu'on
appelloît pronida y accompa-
gnoient la Mariée & la met-
toient au lit génial 9 ainfi nom-
mé » parce qu'il écoit inSSé
MA 517
en l^honneur du génie du Mari.
Ce lit éroit vis-à-vis la porte»
Pour empêcher qu*on n'enceo-
dît les cris de la Mariée , lorf-
qu'eHe perdoit fa virginité « oa
chant oit des vers libres &i la(^
cifs , qu'on appelloit Fefcen-
nins. On avoit foin cette pre-
mière nuit de ne point laifler
de lumière dans la chambre
nuptiale 9 foit pour épargner
la modeftiede la Mariée^foitpour
empêcher l'Époux de s'apper-
cevoir des défauts de fon Épou-
fe^ au cas qu'elle en eût de
cachés.
Lorfque les amis s*en alloient,
on leur faifoit quelques petits
préfens. Le lendemain des no-
ces 9 on recommençoit le feflin
chez le nouveau Marié , 6c ce
fellia étoit appelle rtpctia* Les
amis & les parens envoyoient
des préfens à la Mariée 9 âc le
Mari leur en faifoit à fon tour.
Enfin 9 la nouvelle Époufe fai<*
foit un facrifice dans la maîfoa
de fon Mari , pour commencer
à agir avec la liberté qui coa*
vient à une femme.
Voilà tout ce qui s'obfervoit
dans la célébration du Maria-
ge* Il pouvoit être rompu non-
feulement par la mort , mais en-
core par le divorce > comme
les fiançailles par la répudia-
tion. Le billet qu'envoyoit ce-
lui qui répudioîty écoit conça
en ces termes : Jt rejette là pro^
mejfe qtu vous m'aviez faite , ou
je renonce à la promejjt que jt
vous avois faite ; & alors l'hom-
me étoit condamné à payer le
gage ^u'il ayoic reçu de la fem-
3i8 »4a
ne , & celle ci écoîc cottdâtn-
vée au doubte; mais^ fi i'un ni
Tautre n*avoit donné fujet à la
répudiation , il n*y avoir point
d*affiende. Romulus avoît porté
une loi qui permettoit le divor-
ce aux hommes feulement , de
non aux femmes.
Nous ajouterons encore ici
deux remarques, i^. Que les
femmes mariées confervoient
toujours leur nom de fille ^ &
ne prenoient point celui du Ma-
ri. On fçait qu'un citoyen Ro-
main qui avcrit féduit une fille
libre, étoit obligé par les loix
de Pépoufer fans dot » ou de
lux en donner une proportion-
née à fon état; mais» la facilité
que les Romains avoient de
dîfpofer de leurs £fclaves , & le
gtand nombre de ct>urtifannes
rendoient le cas de la fêduâioo
extrêmement rare.
2^. Il faut diftiflguer chez
les Romains deux manières de
prendre leurs femmes; l'une
étoit de les époufer fans autre
convention que de les retenir
chez fol; elles ne devenoient
de véritables Époufes,que quand
elles étoient réftéers auprès de
leurs jnaris un in entier , fans
même une itstefrupfion de trois
jours ; c'eft ce qui sVppfelloît
lïh mariage par l'ufage , per
ufaih. L'autre manière étoit d*é-
pottfer une fenfme après les con-
ventions matrimoniales , & ce
Mariage s'appelloit par vente
snutuelle>/>«r coetnptianem. Alors,
la femme donnoit à fon Mari
trois as en cérémonie»^ le Mari
donnoil à fa femme l^i clefi de
MA
fon logis , pour marquer qu'il
lui donnoit radminiftration de
fon logis. Ces femmes feules»
qu^on épôufoit par une vente
mutuelle, étoient appe'llées mè-
res de famille, matres^famîUas ^
& il n'y avoit que celles-là qui
devioflent héritières de leurs
Maris après leur mort.
Il féfulte de-là que chez les
Romains le matrimonium per
ufum y ou ce que nous nommons
aujourd'hui concubinage, étoit
une union moins forte que le
m^iâge par vente mutuelle ;
c''eA pourquoi , on lui donnoit
auffi le nom de demi-mariage ,
femi matrimonium , ÔC à la con*
cUbine celui de demi -femme, y^-
mi'conjux. On pouvoît avoir une
femme ou une concubine , pour-
vu qu'on n'eût pas les deux en
même-tems. Cet ufage continua
depuis que par l'entrée de Conf-
tantin dans TÉglife , les Empe-
reurs furent devenus Chrétiens.
Conil^antin mit bien un frein au
concubinage, mais il ne l'abolie
pas, 3c il fut confervé pendant
plufieurs fiecles chez les Chré-
tiens. On en a une preuve biea
authentique dans un Concile de
Tolède , qui ordonne que cha«
cbn , foit Laïc , foit Ëcclé/îaAi-
qïié , fe contente d'une feule
convpa^nC;, ou femme , ou con-
cubine , fans qu'il foit per nii»
de tenir enfemble l'une & l'au-
tre Cet ancien ufaee des
Romains fe conferva en Italie,
non>-feulemeht chez les Lom-
bards , mais depuis encore
quand les François y établirent
leur domination. Quelque) au-
MA
tr€s peuples de l'Europe regar«
doreot auffi le concubinage corn*
ne une union légitime. Cujas
afffiire que les Gafcoos de autres
peuples voifîns dcsPyrénéesny
avoient pas encore renoncé de
foo tems.
MARIAGE DES GRECS ,
ET DE QUELQUES AU-
TRES PEUPLES, {a) LesGrecs
éioient divifés en plulieurs Ré-
publiques , donc chacune avoîc
pour le Mariage des Loîx dif-
férentes. Les Lacédémoniens ,
dit Plucarque dans la vie de Ly-
curgue, avoient établi des pei-
nes de des notes d^infamie pour
ceux qui gardoient le célibat ;
fi leur et oit défendu d'affîfter
aux exercices des jeunes filles
qui fe battoient toutes nues ; les
Magiftrats les obligeoient de fe
promener tout nus en hiver
dam le marché , de de chanter
une chanfon qu*on avoic faîte
contre eux. La chanfon portoic
qu^ils étoienc punis juftement
four avoir défobét aux Loix,
Is étoient auili privés de Tbon-
iieur que les jeunes gens étoient
obligés de rendre aux plus
anciens* Dercyllidas grand Ca*
pitaine, r^commandable par les
lervices qu*il avoic rendus à la
République » mais qui ne s'étoic
Joint Marié , demandant un jour
un jeune garçon quMl lui cé-
dât fà place» celui-ci lui ré-
pondit : Fous n*av€i point de fils
ijui fuiffe un jour me céder la
fitrine , & refufa de fe lever j
ce qui fut approuvé. Ceux qui
MA jff
fe narioient enlevoient leurt
futures Époufes; ce qui étoic
autorifé par les Loix, pourva
2u'elles rufient en âge nubiie.
)elle , qui préfidoit à la céré-
monie des noces , menoit cette
fille ainfi enlevée , lui tondoit
les cheveux « rhabilloît en hom*
me 9 & la mettoit au lit , oô le
nouvel Époux la venoit trouver
comme furtivement* Dans l'ifle
de Cos le fiancé s*habiUoic «o
femme.
Les Athéniens, félon Dinar-
que 9 nQ-donnoienc des charges'
confîdérables de Gouverneurr
ou d*Ambafradeurs,qu*à des gens
mariés qui eufTentdes fonds de
terre. Ilsfe marioient ordinaire-
ment en hiver, ôc plus volontiers
au mois de Janvier^ qui, à caufe
de cela , étoit appelle chez tvntL
Gamélion » ce qui veut dire
le mois àc% Noces* Le qua-
trième jour du mois » félon Hé-
fiode , étoit un jour bon âc
heureux pour les noces*
Les autres loîx dts Maria-
ges, que pluiieurs ont ramaf-
fées f font peu certaines. Det
Auteurs modernes en ont fai^
des recueils , où tnélant les
cems fabuleux d'Hercule 6c de
Troie avec les tems plus bas de
la Grèce floriflante, ils tour-
nent en loix du Mariage des
faits qui' ne fe trouvent qu'une
fois dans des Mariages parti-.
culiers.
^ Les Amazones ne fe ma-
rioient point qu'elles n*euilênt
tué un ennemi dans le cpmbaci
M Aad^. cipllq* pu D« Bcm* de Mom£ Tom. Mil. pig. ai) » %i^
èao MA*
hez les Macédoniens, les coA^
traâans mangeoienc du pain
coupé avec une épée. Chez les.
Calâtes» ils buvoient cous deux
dans la même coupe. Les. Béo-
tiens f dit Plutarque , menoieot
la nouvelle Époufe à la maifon
de fon Mari , dans un charriot
dont ils brûloient Teffieu de-
vant la porte , pour lui donner
à entendre qu'il falloit demeu-
rer là , n'y ayant plus de voi-
ture pour s'en retourner.
Une autre coutume d'Athè-
nes étoit de couvrir la tête du
£ancé de figues , de fruits de
palmier y de légumes Se de pe*
tites pièces de monnoie de
cuivre 9 ce qu'on faifoit aufC
aux ferviteurs, lorfqu'ils en-
troient la prejniere fois au fer-
vice d'un maître* «
En certains lieux de la Grè-
ce p lorfque la nouvelle Ép^"'
fe paiToit à la maifon de fon
Mari , un jeune homme chargé
d*épines de de ces glands qui,
naiOenr fur des chênes» mar-
choit devant elle §t criolt : J*ai
fui le mal , & j^ai trouvé le
bien,
MARIAGE DES HÉ-
BREUX, (a) Le Mariage
palTe pour ^être d'une obliga-
tion âridle parmi les Hébreux.
Ils prennent à la lettre comme
un précepte ces paroles dites
^ nos premiers pères : Croi/T^:^
6» multipVu[-vous y è» rempli£e\
la terre. Ils croyent que celui
qui ne marie pas fes enfans ,
prive Dieu de la gloire qui
(4) Genef. c. i. ?• «8;
, MA
lui eil due > devient en quelque^
forte homicide 9 détruit l'image
du premier hommet & eilcaufe
que le Saint-Efprit fe retire
d'Ifraël. On fait cette quelHon
dans le Thalmud : Qui eft celui,
qui profiitue fa fille > Et on ré-
pond : C'eft le père qui la gar-
de trop long- tems à la maifon »
ou qui la marie à un. vieillard*
L'âge où le Mariage devient
une obligation » eil l'âge de
vingt ans. Mais , d'ordinaire ,'
les Juifs marient leurs enfant
de meilleure heure. Toutefois
une fille mariée par fon père,
avant Tâge du puberté, qui eft
de douze ans & dçmi, peut fe fé-
parer de fon Mari , fur un fim-
pie dégoût qu'elle aur.a conçu,
de lui.
Le Mariage d*Adam & d'Eve
ed le plus beau èa le plus îo^-'
lemnel qui fe foie jamais celé*
bré ; foit qu'on confidere le.
Minière » le témoin âc le Pa-.
ranymphj^ qui ell Dieu même »
foit qu'on envifage le mérite
& 1% dignité des perfonnes qui
le contraâent, & qui font la tige
de tous les hommes qui ont
été 9 ou qui feront à jamais
dans la fuite de tous les fie-
clés.
Dans les premiers tems> les
Mariages entre frères âc fœurs
étoieot non-feulement permis »
mais. même nécefTaires ^ à caufe
du petit nombre de perfonnes
qui étoient dans le monde. De-
puis la multiplication du genre
humain y ils ont été illicites » 6ç
f&eme
MA
condamnés (bus de grié-
Ves peines. Cependant , les Pa-
triarches ont ufé aifeJi long;-
fems de la liberté d'épou&
leurs. proches paf entes > ihêmé
après qiiâ lé rtionde a été aCTez
|>eupié y pour qu*ils en pufTenc
prendre aîliéurs ; mais , ils lé
faifoient pour- des motifs par-
ticuliei-s , par exemple , de peur
de s'allieir dans des familles
corrOnIpués par lé culte des
faujc Diéu^, ou pour confer-
ver dans leurs proprés roaifons
Ja vraie religion , dont ils
ëtoiént dépofltairés. C*eft pour
Cela qu'Abraham époufa Sai'â
ia (àé{ii où fâ mecé y 6c que ce
I^atriarche donna des ordres fi
exprès à foh intendant Éliézer
â'aller chercher uhe femme à
fon fils patml le^ filles dé fés
àevéux ;Ôcque Jacob époufa lés
deux fœurs , filles de fon oncle*
Les Mariages fe firent d'à-
fcord chez lés Hébreux avec
beaucoup dé finiplicité comriié
on le peut voii^ dails le livré
de T.obié. 1**, Tobie demande
«n Mariage Sara , fille de Râ-
guel j on la lui aècorde. 2^. Lé
pere^ prenant ta thâin droite de
fa fille!) la liiet dans laniain droite
de rÉpoùXt- aricieoné coutume
à\i cérémoiiie dans lei atliari-
ces. 3*^. Le peré écHt le con-
trat & le cachèrte, 4*. Un fef-
tin fuit cet engagemerir. 5*^. La
ihef^e niene la fille daàs urie
chambre déiîinée aux Épou:t.
6^. La niére pleuré, Se là fille
«uflî ; la niéré , ^af ce qu'elle fe
M A )it
tépzfe- ie fa fille; & là fflléi
parce qu'elle Va être féparéé
de fa. meré. 7**. Lé père bénif
les Époux f t*éfl-â^diré , faii
dés vdëux {^oùr eux ; cela étoiè
fort fimple ; niais , réfleiitiel s'/
trouvé. Ceé feftîns Nuptiaùli
duroient fep^ jours , coutunid
ancienne* pans la fixité des
téms y les Mariages des Juift
furent charsés de céréifioiiies^
MÂRÎAMNE i Maridmnc ^
MtxfldtfjtvH -, no ni ^^e Jofephtf
donné à Marie , fœur dé Moïfâ
& d'Aaron. Voy^ Marié*
MARIâMNE i MdHamhê ^
Màpia/ufvi , (à) fille d*Alexahdrd
fils du roi Ariflobuié , & d*A-
lexandra fille d*Hyfcan , gtahd
Sacrificateur deà Juifs , tut là
plus belle PrînceflTe de fori ténlsi
Elle époufa Ilérode le Graùdi
èc eti eût rroià fils, Alexandl^e^
Arifiobule , & Hérode qui
mourut jeune dans lés études
à Ronié, & deux filleè^r Sa^
lampfo âc Cyftoéé
L'hifto^re de Marxanlné fé
trouvé dans ùri aflfez grand dé-
tail 9 foui l'article d'Hérode le
Grand t auquel nous renvoyons
le Leâéur. Nous nous eooten-'
terons donc dé rapporter ici
éh abrégé ce qui regardé céttd
Prineéffé.
Mérodé àvoît pour Ifïarîaifi-
ne Un amour eittrême » mais
Mariamné n^avoit pour liii que
peu de retour. Elle coifimença^
mêifie à le haïr , depuis qu'îj eut
fait mourir Âriftobule , frère
de Mariamné , à ^ui il tyoH
is) Jofeph. dé Antîq. Judaïc, pa^. 51*, & fi^.
%
jii i/l A
donné la grande Sâcrificataré
pn an auparavant. Mariamne
lui témoignoit aflez ouverte^
inenjr fon averfîon ; maïs , Hé«
tode vaincu par fon amour» ne
pouvoit fe refondre à la quh-*
ter*
Après la vîftoîre qu'Auguftc
remporta fur Marc- Antoine ,
Hérode qui avoir toujours été
iatraché à Marc^Antoine y &
qui lui a voit envoyé du fecours
contre Augufte , tue obligé de
recourir à I4. clémence de ce
dernier. En partant de Jérufa-
lem I il donna des ordres fecrets
à Jofeph & à Soëme » qu'il
laiiïà pour gouverner en fon
abfence , de faire mourir Ma-
riamne èc Alexandra fa mère »
Vils apprenoient qu^il lui fût
arrivé quelque chofe en che-
min. Mariamne, ayant tiré adroi-
tement ce fecret de Soëme,
conçut une haine implacable
contre Hérode*; & à hn re-
tour , au lieu de répondre à
fes carefles , & aux protefta-
tions d'amitié qu*îl lui faifoit ^
elle le repoufTa , de lui fit des
reproches de fon inhumanité.
Enfin elle fit tant, qu'Hérode ne
put plus foufiTrir fes mépris , ai-
gri d'ailleurs par les mauvais
rapports qu'on lui faifoit conti-
nuellement de Mariamne, &
par l'accufation que Solomé ,
fceur d'Hérode & ennemie ju-
>ée.de Mariamne, lui fufcita ,
en fubornant un échanfon du
•Roi , qui déppfa que Mariam-
ne Tavoit follicité de donner
au Roi un breuvage.
Hérode, ayant appliqué à la
MA
qtiellion un des eunuques de
Mariamne, qu'il fçavoit lui être
t,rès-fidele, n^en put rien tirer
au fujet du poifon ou du breu"*
yage ; mais , vaincu par la for*
ce des tourmens^ il avoua que
la haine de fa màîtreiTe pour le
Roi , ne venoit que de ce qu'el-
le avoit appris de Soënie# Alors,
Hérode entrant en fureur , &
croyant que Mariamne n^au«
roit jamais tiré ce fecret de
Soëme , s*il n'y avoit eu en-
tr'eux quelque >utre commer-
ce , commanda auilitot qu'on
arrêtât Soëme , & qu'on le me-
nât au fupplice* Après cela , il
afiembla fes amis , de accufa
devant eux la Reine en des ter-
mes fi pleins d'aigreur , que Ton
vit bien qu'il vouloit qu'ils la
condamnafient à mort, oc ils le
firent tout d'une voix. Mariam-*
ne marcha au fupplice avec un
air de grandeur êc d'intrépidité ,
qui étonna tous ceux qui la vi-
rent. Après fa mort, l'amour
* qu'Hérode avoit pour elle , fé
réveilla, & devint plus fort,
qu^aunar avant. Souvent il l'ap-
pelloit par fon AQm, comme fi
elle eût encore été en vie.
Jofephé dit que Mariamne
étoit une Prîncefle très-chafte &
très-courageufe , mais trop ût^
re Ôt d*un naturel trop aigre.
Elle furpafibit infiniment et»
beauté , en majefté ^ & en bonne
grâce toutes les autres femmes
de fon fiecle ; & tant de rares
qualités furent la caufe de fon
malheur, parce que voyant le
Roi fon mari (î paifionné pour
elle , elle crut n'en pouvoir
MA
flisn appréhender. È\U pttiit
le refpeâ qu'elle lui devoit i
Ce ne craignit pas même de lui
àvooet le refl^nciment qu'elle
confervoic toujours de ce qu'il
avoir fait mourir Ton père flc
fon frère» Une femblable iiâ-*
prudence lui rendit aufll enne-
mies la mère & la fœur de té
Prince ^ & le concraignîc lui-
Inênie de devenir enfin foo en«
fiemi*
MARIAMNE , Matîamne ,
Mxf/ttUKH, ( a ) fille de Simon
de la ville d'Alexandrie , épou«
fa auffi Hérode le Grand. Sa
"beauté extraordinaire lui ga-
gna le cœur d'Hérode,^ le coâ-
'fola en quelque manière de la
ierte de la première Mariamne*
lie fut mère d'Hérode qui
avoit été inflitué fon héritier
6c fon fucceiïeur au royaume
de Judée. Mais , cette Prîncef»
fe ayant été accufée d'avoir corif-
Îiré contre fon époux & fon
loi avec plufieurs autres per-
fonnes de la maifon Royale , ft
même d'avoir fait entrer fort
père dans fon parti » àt ne pou-
vant pas pleiâement fe juilifief »
fut chaffée du Palais. Cela fut
caufe qu*iIérode fit un autre
tei^ament^ & éta la grande Sâ-
crificature au père de Mariam*
ne pour la donner à Matthias^
fiîs de Théophile.
MARIANDENES, MaKiaI^.
dVnées , Maryandénês , Ma'
riand^rii , Mariandynti , Mary au»
(«> Jofeph. de Antîq. Judaïc^ p. 5Ô9*
{^) Ptolem. L. V. c. I. )Ccnoph. pa(t.
*J74. Strab. pag. ^45, 541 » 542 > <(;^.
Paufi pag. 140» Uerod. L\ L c. »b« L,
M A |Ai
ithl Voyex Matiaodttléii
MARIANDINES, Marlan^
dihié Foyer Mariandynes* -
M ARlANDYNËS , Mariant
dyni , Metfiw/v9ti , (h peuple
de TAfie mineure^ Ptolémée,
écrit Mariandines ; Xénophon ^
Maryandenes; Strabon & Pau'^
fanîas , Mariandynes ; Hérof^
dote f Mariandeties , Maryatl-
denes» Mariandvnes; & Fom-
t)ontus Mêla, Mariandynées.
Cette natioA habitoit entré
la fiithyniedc la Paphlagonie»
aux environs d'Héraclée, fur
le bord du Pont Euxin , 6c don*
noit fon nom au golfe qui rece*
voit le Sangarius » le Lycus ât
quelques autres Neuves moint
connus*
Etienne de Byzance & Ëuf-
thate fur Denys le Périégeté
croyent que les Mariandynes
prenoient leur âom d^un cer-
tain homme d'Êolie » nommé
Mariandynus ; niiais » Strabon
dit fous l'autorité de Théo*
pompe , que ce Mariaâdyntti
étoit maître d^une partie de la
Paphiagoniei qu^il envahit ce
catiton fur les Bébryces , âc
qu'il lui donna â>n nom après fa
conquête* Sur ce pied-là ^ la
Bébrycie & la Mariandynte
auroient été fucceffiveilienc lé
tiom d*an même païs , & lét
Mariandynes feroient uft mê«
lange de Paphlagoniens St de
Bébryces* Strabon ajoute que
les Mariandynes n*onc aucune
m. c. 90. L. vu. c. f%. Pomp. Mei. p:
6). Mém. de PAcad; des infcript. Si
Bell* tett» Tom. llKp. io;«
X ij
5^4. M A
différence qui. les dîAîngue ;
XB2LH qu'ils reffemblent entière-
ment aux Bithyniens, de forte
qu'ils paroiffent comme eux ve-
nus de' Thrace» Les Miléfiens»
ay^ant bâti Héraclce, mirent fous
le joug les Mariandyoes, Ôc les
vendirent comme efclaves ,
mais fans les envoyer hors du
païst
Hérodote compte les Marïan-
dynes au nombre des peuples »
qui furent fubjugués par Crœ-
fus. Il les compte auâi au nom-
bre de ceux qui compofoient
Tarméè de Xerxès.
Ce peuple eut quelqtie con»-
uoifTance d'Adonis, puifque fé-
lon Julius Pollux ils avoienc
parmi eux un cantique qu'ils
chatitoient à fon honneur , &
qu'ils nommoient A^/oovi/naotJc^
-A'ictfW.wao^cTo; <• MctpietifSvyeoY ,
7«oi5^7(;û'» cto^/flc. Ce fut Phœnix,
frère de Cadmus, qui conduifît
une colonie dans cette contrée ,
où il porta la connoiflTance des
Dieux de Phénicie; & leur
culte pénétra de- là aux extré-
mités de TAfie mineure dont
ces peuples faîfoient une par-
tie. Le nom de ce cantique ,
que les Payfans chantoient à la
campagne, en eft une preuve ;
& il y a apparence, comme le
remarque Bochart , qu'il fut
nommé Adoni'modîm des mots
par où il commençoit, comme
ce fçavant homme le prouve
par l'exemple de plufîeurs Pfèau-
mes qui tirent leurs noms des
«
(4) PI in. Tom, I. pag. 301. Herod.
I.IV. c, î8.
(h) Rofîn, de Anct^. Roman, p. 143.
MA
premières paroles qui les coffl^
pofent«
MARIANDYNIE, Mariant
dynia , M «/[>/«> /i/r ta , nom que
l'on donne au pais habité par
les Mariandynei. Voye:^ Ma-
riandynes.
MAaiANDYNUS, MtfWtfn-
iynus ^ lAotfudfJvv.Çé Voye[ Ma-
riandynes.
MARIANDYNDS SINUS .
{a) golfe ainfi nommé des Ma*
rîandynes qui habitoient aux en-
virons. Ce golfe commençoit
au fleuve Sangarius , & s'éten-
doit jufqu'au delà du Lycus.
MARI ANUS , Marhnus .
ijf) furnom de Jupiter , pris de
C« Marins , qui , entr'autres
monumens , fît ériger à ce Dieu
un Temple.
MARiCA , Marïcd , Map«t«,
{c) Nymphe, qui avoit un bois
facré en Italie , près de Mintur-
nes. Plutarque en fait mention
à Poccafion de la fuite de C»
Marius. » Les habitions de Mîn-
*V> turnes , dit-il , le font fortir
» pour le mener fur le bord de
» la mer* Comme chacun s^em-
w preiTe , & que les uns lui
» prefentent une chofe, les au-
» très une autre, il fe pafle
» un aflez long-tems. Une au-
» tre chofe encore lès retarda.
39 Sur le chemin qui mené de
Il Minturnesà la mer, on trou*
» velebois facré de la Nymphe
» appellée Marica; tous ceux
« du païs ont pour ce boîs une
» finguliere vénération ^ & ils
(f) Plut. T. I. p. 4a8. Virg. i£neid.
L. Vil, V. 47. Tit. Liv. L. XXVll. c, yj^
• . MA
» obfervent fur- tout avec un
» grand foin de n'en laifler rien
» ibrtir de tout ce qui y eft
» encré* Il n'y avoît donc pas
» moyen de pafler dans ce bois,
» & il fàlloit prendre un grand
» circuit, ce qui auroit été
» fort long. Comme ils étoienr
» dans cet embarras, un des
» plus vieux de la troupe fe
» mij à crier, qu'il n'y avoir
» point de chemin défendu ,
» & par lequel on ne pût paf-
» fer pour f^u/er C. Marins;
A de prenant lui-même quelque
^ partie des provifions que Ton
«> portoic au vailTeau, il mar-
» cha le premier au travers du
» bais. Tout ce dont il avoit
» befoin lui ayant été fourni
» avec la même afFedion, & un
^ certain Béléus lui ayant don-
» né un vai^Teau, il s'embarqua.
^ Quelques années après , il 6t
^ faireungrand tableau de to>ute
» cette aventure , 8c le confacra
» dans le temple de Marica,d'où
» il éroit defcendu fur le rivage
» pour* s'embarquer, de à la
» Déefle , à laquelle il croyoit
»' avoir l'obligation du bon vent
» qui l'accompagna dans fon
y> voyage, w
l\ eft parlé de Marica dans
le feptieme livre de l'Enéide.
Nous y lifons au fujet de La*
tlnus:
Hune Fauna & Nympha gfnUum
Lauuntc Marica.
Sur quoi Servius dit : Eft au*
Sem Marica dta littoris Mintur»
MA jiç
nenfium y juxta Lirim fiuvium.
On prétend que c'efl la même
que Circé ; & ce qui pourroic
en être une preuve » «c'eft la
loi qui s'y obfervoit de ne riea
lailTer fortsr dé tout ce qui
étoif entré dans ce bois facré.
Car y c'étoic fans doute pour
compatir à la douleur que la
DéeiTe avait eue de ce qu'U*
lyiTe i'avoit quittée.
MARICUS LUCUS. Voyei
Marica.
MARICUS» Marîcuf, {a)
Gaulois du païs des Boiens»
homme de la lie du peuple , eue
l'infolence d'entreprendre de
chaiTer les Romains , prenant le
titre de libérateur des Gaules ÔC
de Dieu fauveur. Cet enchou*
liafte , ayant affemblé huit millci
hommes de fes compatriotes ,
étendoit la féduélion jufques
chez les Éduens , ôc il ea avoic
entraîné les cantons les 'plus
voilins dans la révolte, La na*
rion Éduenne > puifTance âc il-»
luftre entre toutes celles de la
Gaule , arrêta le progrès du
mal ; & ayant levé des troupes»
6l reçu de Vitellius un renfort
de quelques cohortes i elledif-*
fip^ aifément un amas confus de
payfans mal difciplinés. Maricus
fut pris dans le combat , & ea«
fuite expofé aux bêtes ; & corn-
me elles Tépargnerens » le vul-
gaire imbécille leregardoit déjà
comme protégé des Dieux âc
invulnérable. Mais , il ne fut
pas à l'épreuve des coups d^
lance , dont il fut percé foui
M Tacic. i^iift. L, 11. c. tfx. Grév. Hia. des £xq^ Xom. 111. pag. i^s > \xu
^x6 MA
1^ yeux de Viteliiuf* Lt fup*
J^lîce du chef cermifta toute
'affiiire ; ëi aucun de fes par-
rifans ne fut recherché ni io«
^uî(îté*
MARIE , Maria f tlLaptàfi »
(4) fiiie d*Aaram & de Joca-
bed Y & foeur de Moyfe 8c d'Aa-
ron , naquît ytti Tas du monde
$4»4 , je avant J. C. 1576.
£lle devoit avoir dix ou douze
#ns 9 lorfque Mo'ife fut expofé
fur le bord du Nil , puifqu'elie
fe trouva là, & s*ofirit à la fille
de Pharaon» pour aller chercher
une nourrice à cet enfant 9 qui
étoit fon &ere* La Princefle
ayant agréé fes offres» Marie
alla chercher fa propre mère »
"k qui l'on donna le jeupe Moïfe
pour le nourrir* Jofephe croit
que Marie époufa Hur > de la
tribu de Juda ; mais 9 on ne voit
pas qu'elle en ait eu des eofaos*
Ce Hur eft celui qui monta avec
Moïfe âc Aaron fur la monta-
gne > & qui foutenoit les mains
de Moïfe, pendant que Jofué
combattoit les AmaLécites.
Il paroît que Marie fut éclair
rée des lumières furoaturelles
de laprophétie.EUe eûdumoius
qualifiée prophétefle dans TÉ*
Cfiture. Après le pafiage de U
i«er Rouge , Marie prit uo tam-
bour à la toain ; & toutes les
femmes marchèrent après elle
avec des tambours, formant des
chœurs de mufique* Marie,con«
duîfant le chœur des femmes 1
répétoit après celui des hom*
MA
mes : » Chantons un hymne à
» la gloire du Seigneur, parco
n qu il a relevé fa grandeur * âc
» qu'il a précipité dans la mot
» le cheval & le cavalier^ a ..
Lorfque Séphora > femme de
Moïfe» fut arrivée dans le camf
d'Ifraèl , Marie âc Aaron eureà
une difpute avec elle « & ils
parlèrent contre Moïfe en AW
fant : Le Seigneut n'a*t-il parlii
que par le foui Moïfe ) tx n«
nous a<»t*il pas aufii parlé commft
^ lui ? Le Seigneur ayant en^n-
dju cela , dit à Moïfe , à Aa<r
ron & à Marie : Allez-vous en»
vous trois feulement, au Ta-
bernacle de l'alliance ; âc quand
ils y forent j le Seigueur def<?
cendit dans une colomne d#
nuée , âc fe tenant à la porte du
Tabernacle, il dit à A^ron âc è
M^rie: » S*ii fe trouve parmi
» vous un Prophète du Sei-'
» gneur , je lui apparoitrai ea
Tû> vifiott f ou je lui parlerai eo
» fonge; mais » il n*en fera pas
3Q aiou de Moïfe mon ferviteur,
» car je lui parle bouche à bou*
o che y fie il voit le Seigneur
« clairement, âc non fous d^
p énigmes ou des figures^ Pour-
s> quoi donc n'avez -vous pa^
^ craÎBt de parier contre lui ? s»
Alors , le Seigneur fe retira., âc
Marie parut tout-à-coup co««
verte de Jepre* Aaron Payanf
vue en cet état , dit à Moïfe :
» Seigneur, je vous prie, ne
» faites^ pas tomber fur noua
» cette peine , âc que cdle-d
(.s) Exod. c. 9« ▼.
SGiSI«C. lf%l* tO
. 4. ër Jeq* c« 1%, ▼. |v. I. é* /r^. Jofcphf 4e And^. JadatOi;
t lu Xuoiet. «• lat ' p* )4 1 7$ « 109.
MA
?» ne foit pas comme un cadavre^
» ou comme un avorron ^ dont
30 la moitié de la chair eft con«
y> fumée, avant qu'il forte du
» feîn de fa mère. Vous voyez
» que la iepre lui a déjà man-
» gé la moitié du corps. » Alor^
Moife cria au Seigneur , & le
Seigneur lui répondit : » Si fon
» père lui avoir craché au vi-
» fage > n'aurott-elle pas dû de-
» meurer 9u moins fept jours
» couverte de confufion? Qu'elle
'y> demeure donc fept jours hors
» du camp ; & après céladon
» la fera revenir. » Ainfî , Ma*
rie fut obligée de demeurer fept
jours hors du camp ; & le peu-
ple demeura au même lieujuf-
qu'à ce qu'elle fût rappellée.
On ne fçait aucune particula-
rite de la vie de Marie , jufqu'à
fa mort , arrivée dans le pre-
mier mois de la quatrième an-
née après la fortie d'Egypte.
Elle mourut au campement dp
Cadès 9 dans le défert de Sin ,
l'an du monde 255% > & 1448
avant Jefus-Chrift. Le peuple
fit fon deuil , & elle fut enter-
rée au même ' lieu. Jofephe dît
qu'elle fut enterrée fomptueufe-
ment 6c aux dépens du public,
8c que l'on fit fon deuîl pendant
un mois. Saint Grégoire de Nyf-
fe Se Saint Ambroife ont cru
qu'elle avoir coqfervé une vir-
ginité perpétuelle. Nous avons
dit plus haut que Jofephe lui
donne Hur pour mari. Plufieurs
anciens & plufieurs nouveaux
(«} Paial. L. 1. c. 4. ▼• 17.
(t) Matth. c. I. ¥. %6, ^ f$M, c* t.
V*ll* & f^i» tUC*^C. 1. Vf 97» & /<^rC(
t
M A 527
Commentateurs expliquent de
Marie y de Maïfe x d'Aaron ,
ce qui efl dit dans Zacharie :
P J'ai fait mourir trois Pafteur^
» en un mois, & mon coeur s'ei|
» reflerré à leur égard ^ parce
y> que leur ame m*a été iofi*
» délie. <c Eufebe die que l'o^
montroit encore de fpn tems te
tombeau de Marie à Cadès.
MARIE , Maria t Mzpiiu^
a) fille d'Ezra, k fû^ur de
$ammai de de Jesba*
MARIE , Maria , U^piàfi i
(i) mère de Dieu » & vierge
coût enfemble » fille de Joa-*
chim Se d^Aone 1 de la Tribu dp
Juda, époufa Jofeph, de la mê-
me Tribu. L'Écriture ne noua
dit rien de fes parens ; elle nç
nous apprend pas même leurs
noms , à moins que Héli » donc
parle Saint Luc » ne foit le mê«
me que Joachim* Tout ce que
l'on dit de la naiffance 4e Ma-
rie & de fes parens, ne fe trouve
que dans des écrits apocryphes,
mais qui font très -anciens. Ma-
rie étoit de la race royale de
David» aufS-bien que Jofeph
fon époux ; & elle étoit auiH al-
liée a la race d'Aaron, puif^ue
Sainte Elifabeth , femme dp
Zacharie » étoit fa couline.
Marie fit de bonne heure le
vœu de chafteté» Se s'engagea
à une virginité perpétuelle. Les
livres apocryphes dtfent qu'elle
fut confacrée au Seigneur^ Je
çfièrte au Temple dès fa plus
tendre jeuneffe ; & que les Prê-
9. V. Il ir fff[% Joann. c. 19. t, 15. #>
H'
Xiy
|i8 MA
fres lui donnèrent pour époux
iofeph 9 qui étpic un uiot &
^^énérable vieillard , que la
Prpvidence défîgna à cet effet
l^ar un iniracle , la verge qu'il
|>pr(oit ordinairement ay^nt
verdi & fleuri , comme 6t au-
frefots celle 4' Aarop. Il époufa
marie , non pour yivre avec
elle dans l'ufage ordinaire du
tnarîage , 6ç pour jivoif des en-
fanfy mais amplement pour étrç
Je gardien de fa virginité* Quoi-
?|ue ces cîrcon^ances ne puif-
ent.pas paffer pour certaines ,
cependant la réfolution que Ma-
rie avoît prife de garder 1^
Cpntinerice . même dans le ma-
l*iage,ne peuç être révoquée en
fioute, puifque fa virginité eft
fitteiiée par l'Evangile,& qu'elle
inêmç parlant à i*Ange> qui lui
*?innor.çpit qu'elle devîendroit
inered*un fils.lui déclare qu'elle
pc connoîr point d*homme;c'eft-
^rdire , qu'elle vîvoit dans la
frontipence avec fon marî.AufG,
Jofephe s*étant apperçu de fa
froffeffe , fut faifî d'^tonnemenç,
: réfolut de la répudier , fans
^clat toutefois ÇjL fans employer
îes formalités ordinaires. G'eft
^u'il fçavoît la réfolution réci-
proque qu'ils avoient pfife Tuli
^ l'autre de vivre dans la con-
finence au fein du mariage.
Marie étant donc fiancée ,
pu , û l'on veut, mariée avec
Jofeph , i'ange Gabriel lui vint
annoncer qu'elle deviendroît
jnere du Meffie. Marie lui de-
sinanda comment cela fe feroic i
puisqu'elle ne connoiflToit point
i^'hommç. Mai? > T A^ge îui ré-
M A
pondit que le Saint-Efprit def-
çendroit en elle* &que la vertu
du Très-haut la couvriroit de
fon ombre ; enforte qu'elle con«
çeyroit , fans avoir commerce
^veç aucun homme ; & pour con-
firmer ce qu'il lui difoit,ôc faire
voir qu'il n'y a rien d'impoiSble
à Dieu » il ajouta qu'^lifabeth fa
confine , qui étoit avancée en
âge & ftérile , étoit alors d^ns
le (ixieine mois de fa grofleffe.*
Mar|e réppndit : Je fuis la fer»
vante du Seigneur \ qu^il nu foit
fait felor^ votre parole. Et aufEr
tôt elle conçut par l'opératioa
duSaint-Ëfprit, le Fi U de Dieu»
Vrai Emmanuel » ç'e{i- è- dir^ ,
Dieu avec nou^.
Peu de tems après, elle partie
pour aller à H^bron , dans le^
montagnes de Juda , afii\ de vifi?
ter fa coufîoe Elifabeth» Auflî-
tôt qu'Elifabeth eut entendu 1^
voix de Marie } qui la faluoit «
fon enfant , le jeune Jean-Bap*
piie 9 treffaillit danç fon fein ^
elle fut remplie du Saint-Efprit,
& s'écria ; a Vous êtes béniç
» entre coûtes les femines, âç
90 le fruit dp vos entrailles, efk
x> béni. Et d^où me vient çç
x> bonheur y que 1^ mère de mon
3p Seigneur vienne vers moi ?
» Car , vptre vqix |i'a pas plu-
» tôt frappé ii^es oreilles , que
n mon enfant a treiTailU de joie
^ dans mon fein. Vqus êtef
p bienheureufe d'avoir cru au3p
3> paroles du Seigneur» car tou;
» ce qui vous a été dit de (a
X» part » fera accompli, a Âlors^
Marie pénétrée de reconnoif-
faaçe> ^ remj>lie de Iumi| ères f^ç*
MA
naturelles , iôua Dieu en difant :
Mon anu glorifie le Seigneur , &
mon efprit eft ravi de joie en Dieu
monfauveur^ &c.
Marie demeura avec Elifa-
bech environ trois mois , & elle
s'en retourna enfuite à fa mai-
fon. Lorfqu'elle fut près d'ac-
coucher y on publia un Edit de
Céfar Auguile , qui ordonnoit
que tous les fujets de l'Empire
aliafient fe faire enregiftrer
chacun dans leur ville. Ainfî ,
Jofeph & Marie , qui étoient
tous deux de la famille de Da-
vid , fe rendirent dans la ville
de Bethléem , d'où leur famille
i^toit originaire. Or « pendant
qu'il]^ étoient en ce lieu , le
tems auquel Mtirie devoit ac-
coucher s'accomplit, & elle
enfanta fon fils premier «* né ;
elle l'emmaillota elie-mêm,e, &
Je coucha dans la crèche du
lieu , ou de l'étable où ils s'é-
toient rétif es , n'ayant pu trou-
ver de place dans l'hôtellerie
publique » à caufe de l'aflluence
jdu peuple qui fe trouvoit alors
^ Bethléem. Les Pères Grecs
inetient ordinairement la naif-
fance .4^ Jefus-Chrift dans une
^caverne; S;iint Juftin & Eufebe
la placent ^ors de la ville » mais
dans le voîfiage j. & Saint Jérô-
jne dit qu'elle éjcoità l'excrêmité
/de la ville • vers le midi.
On crpît cpn)inupément que
la Sainte Vierge epfanta Jefps
la nuit^qui fuivit leur arrivée à
JDethleem » & que ce fujt le 25
de Décembre. Telle eft l'an-
cienne tradition de l'Églife.
fi9\^% ne |>arloûs f oint ici (le$
MA 5:29
pré^ndus miracles rapportés
dans le faux Evangile de l'en-
fance «du Sauveur y autrement
appelle l'Évangile de Saine
Thomas. Ces fortes de livres ne
méritent qu'un fouverain mé-
Îris. Les Pères enfeignent que
efus-Chrift fortit du (ein de fa
mère , fans rompre le fceau de
fa virginité ; qu'elle enfanta
fans douleurs 9 & fans aucun
fecours de fage-femme , parce
qu'elle avoir conçu fans concu-
pifcence , de que ni elle , ni le
fruit qu'elle portoit * n'avoient
aucune part à la malédi<flioa
prononcée contre A^m âcEve.
Dans ce même -tems, les
Anges avertirent les Fafteurs
qui étoient à la campagne près
de Bethléem , & ils vinrent
pendant la nuit même trouver
Jofeph 6c Marie , & l'enfant qui
étoit couché dans la crèche , &
ils lui rendirent leurs devoirs
' & leurs adorations. Peu de jours
après , des Mages vinrent d'O-
rient , & apportèrent à Jéfus
des préfens myftérieux > de l'or,
de l'encens & de la myrrhe ;
après quoi > avertis par un An-
ge , qui leur apparut en fonge»
ils s'en retournèrent en leur paîs
par un autre chemin que celui
par où ils étoient venus.
Le tems de la purification ^e
Marie étant arrivé, c'eft-à dire,
quarante jours après la naif-
fance de Jefus \ Marie alla à
^érufalem , pour y préfenter fon
fils au Temple & pour y offrir
lefacriiîce qui étoit ordonné par
la loi^ ppur la purification d'une
femme apr^f iç$ couches. Il y
Jj(> M A
•voie alors àjérufalemunhpra*
me nommé Sxméon , qui étoic
rempli du Saint-Efprit > de qui
avoit reçu une afluraace fe-
crette qu'il ne mourroit point «
qu'il n'eût vu le Chrift du Sei-
gneur. Il vint donc au Temple
par un mouvement de rEfpric
de Dieu; & ayant pris le pe-
tit Jefus entre les bras , il bé-
nit le Seigneur ; & s^adreflant à
Marie» il lui dit : w Cet enfant
i> eft pour la ruioç & pour la
» réfurreélson de plufîeurs dans
» Ifraël , & pour être en butte
» à la çontradidlion des hom-
» mes ; jufques - là que vo*
3> tre amf fera pertée comme
3» par une épée , afin que les
» penfées» cachées dans le cœur
t» de plufîeurs , foient décou-
» vertes. »
Après cela f comme Jofeph Sc
Marie fe difpofoient à s'en re-
tourner à Nazareth leur patrie,
l'Ange du Seigneur apparut à
Jofeph , & lui dit en longe de
fe retirer en Egypte , avec la
mère & l'enfant , parce qu'Hé-
rode avoit defTein de faire pé-
rir cet enfant. Jofeph obéit de
demeura en Egypte jufqu'à la
mort d'Hérode. L'ancienne tra-
dition des Orientaux eft que
la Vierge & Saint Jofeph s'ar-
rêtèrent à Hermopolis ; & on
montra encore entre le Caire âc
Héliopolis , une fontaine & un
jardin de baume , dans un lieu
nommé Matara. L'on prétend
que la Saime Vierge s'arrêta
en ce lieu , & qu'elle lava dans
cette fontaine les langes de foa
fils» Ce lieu eft encore en vé-
MA
oératSon dans TEgypte. Apre»
la mort d'Hérode » Jofeph (k
Marie revinrent ii Nazareth,
n'ofant pas aller à Bethléem »
parce qu'elle étoît du royaume
d'Archélaûs, fils & fuccefTeur
d'Hérode.
Marie & Jofeph atloienttous
les ans à Jérufalem à la fête de
Pâque » & lorfque Jefus fut âgé
de douze ans , ils Ty menèrent
avec eux. Quand les fours de
la fête furent pafles » ils s'en te*
tournèrent ; mais , l'enfant Jefus
demeura à Jérufalem fans qu'ils
s*enapperçuirent,& pepfant qu'il
feroitavec quelques-uns de ceux
de leur compagnie ^ ils mar-
chèrent durant unjour.Enfuitet
né l'ayant pas trouvé parmi
ceux de leur connoiflance , ils
s'en retournèrent il. Jérufalem
pour l'y rechercher. Trois
jours après t ils le trouvèrent
dans le Temple aiCs au milieu
des DoéleurSy les écoutant 8ç
les interrogeant/ Lorfqu'ils le
virent, ils furent remplis d'é^
tonnement ; je fa mère lui dit :
30 Mon fils , pourquoi en avez-
» vous ufé ainfi avec nous ?
» voilà votre père & moi qui
39 vous cherchions étant fort
y> affligés. Jefus lui répondit:
y> Pourquoi me cherchiez-vous?
30 Ne fçaviez-vous pas qu'il faut
3» que je fois occupé de ce qui
» regarde le fervice de mon
3» père ? 3» Il revint enfuite
avec eux à Nazareth , k il leur
étoit foumis. Or , fa mère con-
fervoit dans fon cœur toutes ces
chofes. L'Évangile ne parle plus
de Marie jufqu'aux noces do
MA
Cana* oh elle fe trouva zvec
lefus.
Ce fut la trente-rroifieme an-
née de fon âge que Jefus ayant
réfolu de fe roanîfefter au monde^
alla au baptême de Saint Jean ,
delà dans le défert , puis à Ca-
na de Galilée ^ où il fut invité
aux noces avec fa mère & fes
difciples. Le vin venant à man«-
Îuer, la mère de Jefus lui dit :
Is n*ont point de vin. Jefus lui
répondit : Qu'y a-t-il de com-
mun entre vous & moi i Mon
heure n'eft pas encore venue.
Saint Çhryfoflôme , & ceux qui
ont accoutumé de le fuivre dans
fes explications » croyent que
Marie avoir eu en cette occanoo
rîlque mouvement de vanité ,
qu'elle avoic été tentée du
défir de fe voir relevée par les
miracles de fon fils ;& que c'eft
ce qui lui attira cette réponfe
du Sauveur, qui paroit un peu
dure ; maî^, les autres Pères âc
Commentateurs attribuent ce
que dit Marie à fa charité &
à fa compailîon envers ces pau-
vres gens ; & les paroles, du
Sauveur , ils les attribuent, non
^ Jefus comme homme » mais à
jefus comme Dieu. En cette
qualité » il dit à Marie : » Je
.39 n'ai rien de commun ^vec
» vous; je fçais quand je doi$
7> faire éclater ma puiffance ; ce
99 n'eft point à vous de me prief*
9> crire 1^ tems de faire des mi-
a> racles. »
Or il y avoit là fix grandes
cruches de pierre. Jeius> les
ayant fait ^emfdir d'eau jufqu'au
b^uc, die aux ferviteurs d*co
MA )}f
puîfer , 8c d'en porter au maî-
tre d'hôtel. Le maître - d'hôtel
en goûta , & trouva que c'étoit
un excellent vin. Ce fuc>là le
premier miracle que Jefus fît ait
commencement de fa prédica«
tion. Après cela , il alla à Ca-
pharnaùm , avec fa mère > fea
frères , fes Difciples^ & il fem-
ble que dès lors Marie y fit fa
principale demeure. Cependant»
Saint Epiphane croit qu'elle Te
fui vit par tout durant le teras
de fa prédication. Mais , nous
ne trouvon$pas que les Ëvan»
géliftes eu fauent mention , lorf-
qu'ils parlerur des faintes fem-
mes qui le fuivoient pourfubve*
Dir<à fes befoins.
Un jour que Jefus étoit dans
fa maifoB à Caphamaùm» il s'a(«
fembla autour de lui une fi
grande foule de peuple f que lyi
lui ni fes difciples n'avoient pas
le tems de manger. Cela fit cou»
rir le bruit qu'ils étoienc tom-
bés en défaillance* ^es termel
Grecs peuvent marquer quf
Jefus étoit devenu furieux , om
qu'il avoit perdu l'efprii ; fil U
vulgate lit : Dicehant enim quo^
nlam in furonm vtrfus efi. Lf
roere de Jefus & Tes frères vin-
rent fe préfenrer , pour le ti-
rer de la foule. Ce n'étoieoc
as eux fans doutç qui jugeoieac
mal de Jefus , mais le peu-
ple ignorant , ou les PbariGens ,
qui difoieot au même endroit
qu'il étoit polfédé du démon.
Marie fie les frères ou les pa-
rents de Jefus vinrent donc pou|r
voir cç qui avoit donné lie^
à ce bruit qui s'étoit répandu;
i
53^ M A
On avertît Jefus qu'ils étpîent
là , & qu'ils le demand'oient.
Mais , il leur répondit : Qui eft
ma mère , Ôt qui font mes frères?
Et regardant ceux qui étoient à
Tentour de lui, il dit: Voici
ma mère & mes frères ; car ,
quiconque fait la volonté dé
Dieu , celui-là eft ma mère ,
ma fœur ôc mes frères.
Marie alla à Jérufalem à la
dernière Pâque qu'y fit Jefus ;
Elle 7 vît tout ce qui s'y pafla
contre lui , elle le fuivit au
; Calvaire , elle demeura au pied
' de fa croix avec un courage
digne de la mère d'un Dieu.
Jefus ayant donc vu fa mère ,
& près d'elle le Difciple qu'il
aîmoit , dit à fa mère : Femme ,
voilà votre fils ; puis il dit au
Difciple : Voilà votre mère. Et
depuis ce tems-là , ce Difciple
la prit chez lui. Nous ne dou-
tons pas, dit D. Calmet, que
le Sauveur n*ait apparu à fa
très - fainte mère , auffîtôt aprte
fa Réfurreâion , & qu'elle n*ait
été ou la première, ou une des
premières à qui il donna cette
confolation. Elle fe trouva avec
les Apôtres à fon Afcenfîon ,
& elle refta avec eux dans Jé-
rufalem , attendant la venue du
Saint Efprit. Après cela , elle
demeura dans la maifon de
Saint Jean TEvangélifle , & ce
Saint Apôtre prit fuin d'elle
comme de fa propre mère. On
croît qu'il la mena avçc lui à
Ephefe , où elle mourut dans
une extrême vieillefle. On a
une lettre du Concile (Ecu-»
ménique d'Ephefe^ qui prou^
MA
ve qu*au cinquième Cecle on
croyoii qu'elle y éioic enter*
rée.
Ce fentiment n'étoic pas
néanmoins fi univerfel , qu^oa
ne voie dans le même fiecle des
Auteurs qui croyoient que Ma-
rie étoit morte, & avoit été
enterrée à Jérufalem. L'Empe-
reur Marcîen & Pulcherie »
ayant bien dé la peine à trouver
le corps de Marie , pour le
mettre dans l'églife des Bla-
quernes, à Conftantinople ^ s'a-
drefferent à Juvénal, alors évê-
que de Jérufalem, qui leur die
que fon tombeau étoit à Geth-
femanj » près de Jérufalem. Mar«
cien fit apporter ce tombeau à
Conitantinople.On prétend que
la figure du corps de Marie
étoit gravée fur la pierre , Se
que ce n'étoit pas- un ouvrage
de la main des hommes. Depuis
ce tems, on a continué de mon-
trer le tombeau de Marie à
Gethfemani , dans une églifè
magnifique dédiée en fon nom ;
&L ori l'y montre encore au-
jourd'hui. On dit que les Apô-
tres étant difperfés dans les di-
verfes parties du monde , pour
travailler à la prédication dew
rÉvangiie , tout d'un coup iU
furent tous miraculeufemenc
tranfpottés à Jérufalem , afin
qu'ils pufTent affilier à la mort
de Marie. Après fa more, ï\t
encensèrent fon corps dans la
vallée de Gethfemani , où Ton
entendit pendant trois jours en-
tiers des concerts àts efprità
céleftes* Au bout-ties trois jours;,
ces concerts ayant ceâTé > dC
MA
$aint Thomas , qui c^avoic pas
^QiM à fa mort , étant arrivé à
Jérufalem » Se ayant fouhaîté de
Voir ce faînt colrps, les Apôtres
oavriretit Ton tombeau ; maïs i
ne l'ayant pas trouvé, ils juge-
ment que Dieu Tavoit voulu ho-
norer de rimmortalité par une
réfurredion anticipée , qui pré-
cédât celle de tous les hommes
à la fin des liecle^. Mais , on ne
doit pas diiSmuler que ces for-
tes de tradîtiotis font très-în-
ceriaines , pour n*en rien dire
de pius*
Quelques - uns ont cru que
Marie avolt fini fa vie par le
martyre^ fondés fur ces paf oies
du vieillard Sîméon : yotre amt
fera percée comme itun glaive»
Mais , on l'explique ordinaire-
ment de là douleur qu'elle fouf-
frît à la vue du fupplice de fon
fils i n*y ayant aucune hidoire
qui nous parle de fon marty-
re. Saint Epiphane déclare qu'il
ne peut pas dire fî elleeftmorte^
ou fî elle eil demeurée immor^"
telle 9 fi elle a été enterrée ,
ou non; que perfonne en un mot
ne fçait quelle a été fa fin ; mais
qu'il ne doute point que fi elle
eft morte, fa mort n'ait été heu-
reufe. Le fentimënt de l'églife
aujourd'hui cftqu'elleeft morte;
nais , on difpute fi elle eil refTuf-
cîrée , ou i\ elle attend la réfur-
rcdion gértéraje à Ephefe , ou
à Jérufalem , ou en quelque au-
tre lieu.
Quant à l'âge auquel elle eft
morte , & à Taiinéâ précife de
fa mort , il eft inutile ^q^q fa-
tiguer à rechercher ces deux
MA 53Î
époques 9 puifqu'on n*en peut
rien dire que de douteux , &
qu^on ne peut les fixer qu^aii
hazard* Nicéphore Callifte ,
& ceux qui l'ont fuivi , ne
donnent aucuhe preuve de ce
qu'ils avancent fur cela ^ Ôc ne
méritent de leur chef aucune
créance. Nous ne patlons pas
non plus du portrait que ce mé-»
me Auteur nous a fait deMarie^
en difant qu'elle étoit d'une
taille médiocre , ou, félon quei^
ques-uns, un peu au-defifus de la
médiocre j que foti tein étoît ■
de la couleur du froment ;
qu'elle avoit les cheveux bloodsj
les yeux vifs , là prunelle tirant
fur le jeaune , & à peu près
de la couleur d*utte olive, les
fourcils noirs & en demi-
cercle , le nez aifez long , les
lèvres verAieilles , les doigts ât
les mains grands , Tair fimpïe ^
modefte , grave ; des habits
propres , fans fafte & fans of*
tentation, & de la couleur natu-
relle de la laine. On a prétendu
que faînt Luc Tavoit peinte ; Ht
on montre en plufieUrs endtoits»
de fes portraits qu*oâ âfiTure
avoirétéjîrilJifcMirefhii que Saint
Luc aVoit fait. Mais, les Anciens
ne nous ont point appris quei
Saint Luc ait été peintre , ni
qu'il ait peint Marie. Nicépho-
re Callifte , Auteur du qua-
torzième fiecle , eft le premier
qui en ait parlé d'une manière
bien exprefle icependant,Théo*
dore , ledleur de l'églife dô
Conftantinople , qui vivoit ait
fixieme fiecle, raconte qu'Eudo-
cie envoya de Jérufalem â
Cooftantînople à Timpéfatricé
Pulcherie , une image de Ma-
tie» peinte par Saint Luc. II
eit cerraifl que ce faint Evangé*
lifte nous a appris plufieurspar-
lîcularités de la vie de Marie»
qu'il eft mal aifé qu'il aie ap-
{>r2fes d'autres que d'elle-mê-
me ; ce qui fait juger qu*il avoît
eu l^avantage de la connoîrre j
& d'avoir même eu part à fa
coondeoce*
On montre quelques lettres
de Marie à Saint Ignace le
stsartyr, ÔC de Saint Ignace à
Marier Saint Bernard les croyoit
véritables. Mais àpféfent j per-
fonne ne doute qu'elles ne
foient firppofées. On porte le
même jugement des lettres pré-
tendues de Marie à ceux de
Meâine dt à ceux de Florence ,
que l'oii prétend qu'elle écrivit
de Jéruialem en Hébreu » que
Saint Paul traduifit en Grec , au
moins celle au peuple de Meitî*
ne f ôc due Conftantin Lafcaris
mit en Latin.
Nous n'eiitreroâs point ici
dans la difçuffion du culte de des
têtc$ de Marie , du teitas auquel
elles ont été inflituées , de
l*objet que Téglife s'y propofe ;
tette matière â'eft pas de notre
fujet.
Les Juifs , etinemls de Jefus >
oot débité contre Marie plu-
Âeurs faufletés dans le libelle
intitulé Toledâs Jefu , ou P'ie dt
Jefus, Ils difent que Marie étoit
cœtfeufe, époufe de Jfohanan ;
que s'étant laiffé féduire par
un certain Pandere » elle en eut
un fils nommé Jofua > ou Jefus ;
, iw A
que Pandere ou Panthère s'ctant
fauve à Babylone , Marie de-
meura chargée dé fon fils. Akir
ba fe tranfporta à Nazareth
pour s'inilruite de la liaiiTancé
de Jefus > qui dès fes plus ten-
dues années fe diilinguoit à l'é-
cole. Il fira de la mete » qu'elle
étoit coupabled'adultere.Quand
il fut de retour , on arrêta Je-
fus^ on le rafa« & on lava fa
tête avec une eau qui eiiipêche
les cheveux de croître ;jdelâ
vient que fes Difciples fe ra-
fehl la tête. Ils veuleiit marquef
les Prêites & les Religieux qui
portent une couronne. Ils ajou-
tent qu'à la mort de Marie ^ on
lui drelTa un monument fuperbe
avec une inferiptioii à Jérufa-*
leoi , ce qui coûta la vie à cens
Chrétiens y parensde Jeius, qui
fe fîgnalerent dans cette occa-
fiôn. Voilà les fables que les
Juifs publient contre MariCé
Les Mahoitoétaâs au contraire
ortr pout elle des fentimens
d'éAime & de rePpeâ , qu'oft
auroit peine à croire dai^s des
gens qui font d'une croyance &
différente de la nôtre. Mais ,
Ils ne deiAeurent pas dans les
bornes de la vérité & de U
fobriété ; ils ajoutent plufieurs
particularités fabuleufes à ce
que nous fçavons de Marie* Us
difent > par exemple i qu'Anne,
mère de Marie y & époufe
d'^Amram, étant enceinte d'elle»
voua auSeigneur ce qu*ellepor-
toit dans fon fein , fans fçavoir
il c'étoit un fils > ou une fiUe ;
que Dieu impofa à l'enfant \t
Qom de Marie; & qu'Anne donnai
MA
f enfant à garder au Pttttt 2a-
<barîe » qui renferma dans une
des chambres du temple , donc
la porte étoh fi haute , qu'il y
failoît montei^' par une échelle t
& dont il portoit toujours là ^leC
fur lui.
Zachade kt rend oit Touvent
TÎfite , & il ne le faifoit jamais p
qu'il oe trouvât au pT es d'elle les
}>lus excellens fruits de la Pa-
leftine > & toujours à contre
faifon ; ce qui robligeolt de lui
demander d^oà lui venoient de
fi beaux fruits ? A quoi Marie
répondoit: ^ Tout ce que vous
h voyez vient de la part de
i> Dieu y qui pourvoit de toute!
» choCes ceux qu'il lui plaît»
» fans compte & fans nom*
» bre*»
Pour la pureté de Marie dans
fa naiffance de dans la concep*
tion du Verbe , fut fa virginité
avant & après l'enfantement,
ils 9t parlent d'une manière
2ui devroit faire honte à plu-
eurs Chrétiens. Us difent que
l'Ange Gabriel, ayant été en-
voyé à Marie, pour lui annon-
cer la naifTance de Jefus,lui dit:
f> O Marie 1 Dieu vous a élue »
9» purifiée » & très-particulié*
» rement choifie entre toutes les
99 femmes du monde. O Marie!
n foumette£-vous à votre Sei-
pi gneur ; . profternez- vous , &
'» adorez - le avec toutes les
'•> créatures du monde oui l'a-
j> dorent. Voici un grana fecret
to que je vous révèle ? Dieu
■3» vous annonce fon Verbe >
MA ^35
» dont le nom fera le CtiriA , ou
» le Mellie Jefus , qui fera
» votre fils f, tirès-digne de ref*
p peâ en ce mond^ & en Tau*
*> ^re*»
Abulfarage écrite dans fes
Dynafties , que la tradition des
Chrétiens d'Orient, étoit que
Marie n*étoit âgéeque de treize
ans, lorfqu'elle enfanta Jefus ^
& qu'elle n'en vécut que cin-*
quante-un. Quelques Muful'*
tnans attribuent fauflement auit
Chrétiens de reconnoître Ma«
ri'e pour la tfoifieme perfonii«
de la Sainte^Trinité ; ce qui
vient de ce que les Cbréti^o^
QriéntaUx lui donnent le nonf
d'Al - Seidai , qui fignifie U
Dame ; ôc qu'entre les Peret
Grecs j Saint Cyrille U noaame»
le fupplémeiu ou le complément
de la très-Sai]ite*Trinité ; niais ^
d'autres Mahométans »ous pur*
gent de cette calomnie*
MARIE y Maria ^ Mn^tif^ ^
{a) mère de Jean > furnomihé
Marc 9 Difciple des Apôtres ,
avoit une maifon dans Jérufa*
lem , oà Ton croit que les Apô-
tres fe retirèrent «près l'Afcen^
fion,& oà ils reçurent le Sainv-
Efprit. Cette maifon étok fur
le mont Sion4 Saint Épiphan« dit
qu*elleéchappaàla ruineentiere
de Jérufalem pat '!rite,& qn^elle
fut changée en une églile fort
célèbre , & qui fubfifta pendant
plusieurs fiecies. Après Tempri-
fonnement de Saint Pierre , lee
fidèles aflemblés dans cette mai-
fon;^ y prioient «vec ioftaace}
O) Adu. Apoil. ct !!• y. it» & fii^
U6 MA
éc cht Apôtre , délivré par le
miniftere d'un Ange , vint Crap-
per à la porte de cette maîfon.
Onnefçait aucuneparticularité,
de la vie de Marié > mère dt
Jean, furno Aimé Marc,
MARIE DE CLÊOPHAS ,
Maria Cleopha » Mapla li roi;
Kt^cù'jtol* {a) Cette Marie por-
tofc \t nom de Cléophas , dit
Saint Jérôme, ou à caufe de
fon pere« ou à caufe dé fa fa«
mille, ou pour quel(|ue autre
raifon qui ne fious eft pas con-
nue. D*autfes croyent avec plus
de fondement , qu'elle éioic
époufe de Cléophas ,& mefe et
Saint Jacques le Mineur & dé
Saint Simon, frère du Seigneur.
Ces derniers Auteurs prennent
Marie mère de Jacques, de Ma-
rie de Cléophas , pour la même
perfonne. Saint Ji^an lui donde
le nom de Marie de Cléophas ,
& les autres Évangéliftes , celui
de Marie , mère de Jacques*
Cléophas & Aiphée font la
même pérfonne , comme Saiù?
Jacquet , ff 1» de Marie de Cléo*
phas , eft le même que Saint
Jacques , fris d'Alphée. Datis la
langue Hébraïque ,. Aiphée 6c
Cléophas ne diâerent que datis
la maniefe dont les Grecs ont
écrit ôt proi^oticé ces deux
noms. Cléophas peut Véiiiir de
l'Hébreu Chelepà , qui iîgnifie
changer ; comme qui difoit , le
changeur , l'irtconflant , ou dt
la ville de Cheleph , iliarqûée
dans Jofué > de qui étoit fron*
î^4
itère de Nephthali , dans làéi»
lilée. Cléophas ou Alpiiée pou-
Toit être originaire de cettd
villes
Potit tevcnîr . à Marie dé
Cléophas , nous ne fçavônS qutf
peu de {Particularités d6 fa vie«
On croit qu'elle étoit fctvi dé
la Saiiite Vietge , & qù^elle fut
mère de Jacques le mineur , dé
Jofeph , de Simori & de Jude ^
qui font nomihés datis l'Évangi-*
lé lés frerés de JefuS-Chrift ,
c'eft-^à-dire , fes coufins Ger-
mains. Elle crut de bdniie heurd
à Jefus-Chrilt, & elle l'accom-
pagna dans fes v'ojrages pour \6
fervit-. Elle fe trouva à la der-
tiiere Pâque &L à la mort dix
Sauveuf ; elle le iuivit ait CaU
vaire , ÔC daratit la padioti i
elle étoit avec la Saintéy Vier-
ge , ati pied de la croi^. Elle
fut aufE préfente à fa fépulture",
ôt prépara dès le vendredi det
parfums poùf l'embaumer ; mais^
étant allée à fon tonibéaù le di-
manche dès lé grand matin §
avec quelques autres femmes ^
elles y apprirent de la boucha
des Anges , qu'il étoit felfuf-
cité , & eii portèrent aùffitôt
la nouvelle! aux Apôtres* Eit
chemin , Jefus leur appafut , Sc
elles lui embrasèrent les pied$
en l'adorant.
Où ne fçaîtpas Tatinée delà
mort de Marie de Cléophas i
niais ^ les Grecs fotit mémoire ^
le 8 d'Avril , des faintes femmelft
^ui pottereût le parfum pouf
(tf) Matth*. c. i%: v. $$. t. «7. v. 56. 115. v. 40. Luc. c. 13. v. 56. c. t4. !^. ti
È0 ft8. V. 1. & /«{{• Marci c« 6. v> 3. c. leb* /ef . Joann; c^ 19. y* »s*
emoautûer
MA
€;nbaiiiaer le corps du SaitTeur,
& ils préteadent avoir leurs
corps à Conftantinople t dans
«ne égltfe de la Saioce Vierge ,
bâtie par Juâin il. Le Marty-
rologe Romain marque la fSce
de Marie de Cléophas le 9
d'Avril, & il mec la tranfia-
tioQ de fon corps à Véro4i,
daos la campagne de Rome » au
^5 de Mai« D'autres prétendent
qu'elle eft dans une petite ville
de Provence appelliEe les trois
Maries « fur le bord du -Rhône
£c de la mer.
Marie » donc les Reliques
fe cooferv^nt à Véroli dans la
campagne de Rome, écoic la
mère de Jacques Si de Jean ;
elle s*appeliolt , non Marie 9
imals Saloméy quoique comrau-
sémeitf on lui donne auffi le
nom de Marie» mère de Jac-
ques & de Jean. Saint Mac*>
Àieu la nomme (implement la
inere des fils de Zébédée, âc
Saint Marc l'appelle Salomé«
£Ue jécoit donc époufe de %€•*
bédée» & mère de Saine Jac-
ques de de Saint Jeao^ Oeft ce
qu« M^ dé Ttllemont avoit d^jà
remarqué 9 & ce qui nous eft
con&mé par M: Nicolas Aloy-
sius • dans fa lettlre écrite de
Komis au mois de Janvier 1726 »
40Û il d4t qu^il a eu occafion
de s'infliruire à fond fur cefujet»
àyauf examiné cous les monu-
mens de l'Églife de Véroli.
MARIE SALOMÉ» Maria
fi atome , Hm^U SaA»Aei« » ( ^ )
fill^ de. Marie de Ci^opfaaf
donc nous venons de f9fltff
& ibeur de S%jint Jac<|nes )^
Mineur» de des autres qui tome
appelles dans rjÊcrlture Areref
du Seigneur, écoit çoi^fineTger'^
maine de Jefus (elon la cbajr , ji
nièce de la Sainte Vierge. ^lUt
s'appelloic propremenc Salg»
mé^ (ç c*eH fans fondcm^en|[
qu'on lui donne le nom de Ma»
rie, qui eft celui de fa mer^^
D'aucres précendenc que $ibp
lomé écoic fille de Saint Jofeplu
époux de la Sainte Vierge ; ^
e*eft le fenciment des Grecs mo^
dernes 9 qui eft fondé fur le «^
moignage de Saine Éplpfaane^
Le Martyrologe Romain âù»9
ne le nom de Marie Salemé à 1$,
mère de Saint Jacques le Ma«»
jeur. On ne fçaic fur quel foq»
dément ; car, on ne trouve ol
dans rÉvaogile « ni dan$ auçu9
bon Auteur , qu^eile s*appeU|^
Marie; mais, on fçait cercaî*^
nemenc qu'elle s'appelloît Sat*
lomé..
MARIE, Maria, M«/n«. {/t}
fœur de Marthe & de I«azare^
que l'on a ii mal à proposconfon»
due avec la femme pécberefle
dont parle Saint Luc» iSç don(C
il ne nous dit pas le nom» maj^
qui eft probablement Marj$
magdeleine donc nous parie<i-
rons ci-après^ Mdrie » ^osur 4f
Marche & de Lazare, devenu
Toic ZYcc fon frer« Se fa f«uc i
Béthanie, village pri^s de J,ér4ibi
falem. JdCus avoit une afiei^ioin
<«) Marc.f. 2 s* ^..40. |Af*£* iic^v. |8. & fiq» Jpann. ç. |jr.
Ct 14. V. }. & fi^> Luc. c. 7. ?. $7t dr i
i
'^
i^fi M A
Sarciculiere pour cette famille t
c on voit par TÉvangHe , qu'il
te retiroit fouvent daos cette
naîfon avec fes Difciptes. Un
jour , & peut-être la première
lois que Jefus y alla « Marthe
Tavanc reçu avec beaucoup d'af-
feaion f & s'empreflànc de lui
faire la meilleure chère qu'elle
pouf roic 9 Marie fa fœur fe te-
Doît aux pieds de Jefui, 8c écoa«
coit tranquillement fa parole ;
mais 9 Marthe dit à Jefus: » Sei«
j» gneur , ne confidérex - vous
» point que ma foeur me laide
» lervir toute feule ? Dites-
» lui donc qu'elle m*aide. »
Jefus lui répondit que Marie
avoit choifi la meilleure parc »
^ui ne lui feroit point ôtée«
Quelque tems après , Lazare
leur frère étant tombé mala-
de, fes fœurs en avertirent Je-
fus ; mais , Jefus ne partit que
lorfqu'il fut mort« Il arriva à
Béchaote » & d'abord Marthe
alla au devant de lui, & lui dit
que s*i) n'eût pas été abfent , La-
zare ne feroit pas mort. Jefus
lui promit qu'il le reflufcire**
roit. Il fie enfuite avertir Ma->
rie qu'il étoit là. Marie y
accourut auflitôt » & 6t à Je-
fus la même plainte que Marthe*
Il demanda où il étoit enterré ;
on l'y conduîfit , il frémît , il
pleura , il pria foa père ; puis
ayant crié à haute voix : La^a^
rt 9 fwu\ du tombeau , Lazare en
Ibrttc vivant f ôc Jefus le rendit
à fes faurs. Après cela , il fe
retira du voifîoage de Jérufalem»
ifc n*y revint que quelques jours
avant la Paquet Six jours araot
MA
cette folemnité , Jefus vînt I
Béthanie avec fes Difciples , &
on rinvita à fouper chez Sîmoa
le Lépreux. Marthe fervoit, 8c
Lazare étoit un de ceux qui
étoient à table. Marie , ayant
Dris une livre de parfum de
Kard d'épi ^ le plus précieux
de tous ceux de cette efpece ,
le répandît fur la tête & fur
les pieds de Jefus. Elle efTuya
ki pieds de fes cheveux , 8c
toute la maifott fut remplie de
l'odeur de ce parfum. Juda«
Ifcariote en murmura ; mais ,
Jefus prit la défenfe de Marie ,
& dit que par cette aAion , elle
avoit prévenu fou embaume-
ment , & avoit en quelque force
annoncé fa fépulture & fa more
prochaines. Depuis ce tems «
l'Écriture ne nous dit plus riea
de Marthe 8l de Marie. Ceux
ui confondent Marie , fœur
e Marthe , avec Marie Magde-
leinci difent que la première af*
£fta à la mort 6c au fupplice
du Sauveur , & qu'elle alla au
tombeau pour Tembaumer. L'or-
dre Romain , 6c un Nlcéphore
cité par M. Cotelier , le racon-
tent ainfi. Mais, nous ne trouvons
point cela dans lesAuteurs facrés.
Les anciens Latins de les Grecs
modernes croyent que Marie
6c Marthe font demeurées à
Jérufalero , & y font mortes.
Divers Martyrologes anciens y
marquent leur fête le 19 de
Janvier. Flodoard , qui vivoic
en 920, dit que de foa tems,
on voyoit le corps de Sainte
Magdeleine t qu'il confondoic
avec Marie j fœur de Lazare*
1
- MA....
Ces 4Sw$ (otu <a Cire le iS 4e
^^rs « à caufe des piirfum$î.
^u'eUe répandic <re jour-là fup
Ji&ru.s. BajrdlloA^ abbé de Leuze^
apporta 9 dit-on., de Jérufalem
•à Vcj^elay le ^corps de Sainte
Magdeleaoe > ve^r^ Fan 92.0; &
4laDS les douzième Çt tr«i;&ieiDe
£ecles , ,od yenoit de itous c6-
«és à Vezjelay., pour y hono-
fter fes reliques. Mais^ la ^créan?-
ce la plus commune aujour*
<d*htti « & qui éxoit commencée
vdès l'an 2.Z54, eft que le corps
vde Sainte Magdeleine , qu'on a
étonfondue depuis long - jcems
:!avec Marie « ibeur de Lazare «
^^ jUns rÉglife des jfacobins
tde ^Ipint Maximin , au Piocèfe
<d*Aix en Provence ; tradition
idottt ro^igioe ,eft jtr.ès-in.cei'tai-
Ae.
MARIE MAGDELEINE ^
Maria Magd^Une^ M«pi(t iî M<c7.-
cTa^wM ^ (isr) que la plupart cofw
fondent uès-jnal à propos avec
Marte j f(»ur de £.azare .& de
;iMarrhe , éxon appatemmec^
4:etie j)^oHer.e.(re^ dont parle
Saine Luc 9 mais dont il ne dk
pas Je nam. Voici .quelques cir-
.conftaac.es .9 qui peuvent faire
(Croire que c'eft la .m.êm« qu'il
Aomme Aigrie Magdeleine 9 &
•dontii dit que Jefus^avoit chaf-^
ii Cept démons.
Jefus ayant rcâufcité le fils
<de la veuve de Naïm » ent'r.a
jlaus la ville , de y fut invité à
«nanger chez un Phar jfîen n^m-
né Simon, l^otrfqu'il fut à ttablei»
<«) l^ofu. c. ly. v. i;i. 'Keg. 1* :lV/..c.
^* «. %y. Matth.» c. s8. v. t. 1^ '/«f.
AfUxç. Cl 1$. f» 4* .^ /ff* Luc. ç. f.^^
1
«ne femçie jie mau-yaife yj|#
viat dans la maifon ayec tV^
vafe d'albâtre ^ plei^ .d'huile .d«
parfum « & fe .tçpaP^t .debo^
derrière Jefus ,& ^ (es pied#^
car jl é:toit couché fur ^uxi ij^e
de table à la ^aoier^e des An^
cieos , répandit fon parfuip /V^
ies pieds , iei baifa^ les arrof(p
de fes larmes;^ .& les eflùya 4^
fes cheveux. Le Pharifiea ^ Pa-
yant coofidérée « dit en lui-xn^»
me, j(i cet hoi^me étoit Pros
pheite , jl fçauroit qui ,eft ceU#
?|ui le toufche 9 & que c'eft ,u^
emme de mauvaife vie. Alor^^
Jefus qui voyoit le fond iie fo^
cœur» lui dit : ^ Un créaacicvr
^ avoir deux débiteurs, dox^
9 l'un lui devoir cinq (Cens de*
» ttiersj 4c Tautre cinquax>t4;p
» Comme ils n'a voient pas de»
^ quoi payer ^ il leur re^ingit %,
90 tous deux leurs dettes. jjL^a-
;d quel des deux l'aimera diu*
» vantage? Simon répondit.:/^
» penfe que c'eft celui ^ ,quj
» il a remis une plus £raii\dé^
» fomme.x»
Après cela 9 Jefus relevai^
tout ce que cette femme veiioj^
de faire , pour lui, ajouta::
39 beaucoup de pécl>és lui foi^
9 remis 9 parce qu'elle a beau"-
n coup aifiié ; mais 9 celui à q^
» on remet moins, aime. main s.. ^^
Alors , il dit % cette femme ;'y.^
péchés vous font remis*
Au c^hapitre fuivant, Saittt
t.uc vdit que Jefus allant .de
yille en ville^ prêchoit l'JÈvaiu*
j«. é* /#f..c.«. ». a, f^ y#j» loann. «^
ao» «I i». d* j<j|.
^4^ MA
file , accompagné de fie$' douze
Apôtres 9 & qd*il y avoic auffi
quelques femmes 9 qui avoienc
été délivrées des malins efprits
& guéries de leurs maladies f
loutre lefquelles étoit Marie »
furoommée Magdeleine, donc
fept démops étoient fortis*
Mous avouons que cela ne prou-
ve pas démonttrativement que
la femme pécherefle foit Marie
Magdeleîne i mais « c'eft - là
tout ce Que Ton a pour foute-
«ir ce leotim^t. Ainfi , fans
! prétendre que ce ne foie qu'une
léule perfonoe > après avoir rap-
porté ce qui regarde la pé-
cherefle f nous allons dire ce
que l'on fçait de Marie Mag-
deleîne.
Marte Magdeleîne tiroit fon
furnom , eu du bourg de Mag-
-dala, fitoé dans la Galilée» au
4eUdtt Jourdain, non loin deCa-
snalai apparemment le même qui
cft fliaraué dans Saint Matthieu,
iTeloQ Tnébreu » au Heu que le
Ctec lit Magidan^ou deAiagdolos^
'^lUe fituée au delà du Jourdain,
au pied du mont Carmel, la même
Îue Mageddo , marquée dans
ofué êc dans le quatrième li-
vre des Rois. Les Rabbins par-
lent d'une Marie Magdeleîne t
femme du Rabbin Papûs , fils de
Juda »& d'une autre Marte Mag-
deleîne , femme de Hamchuna ,
père du Nazaréen , laquelle fut
turnommée Magdala ou Magde-
leîne , non à caufe de fa patrie 9
snais à caufe de fa profeffion de
coëdTeufe ou de frifeufe; com-
me fi l'on vouloir marauer par
ce terme Magdala f qui figoafic
MA
une tour, que Magdeleîne, en
frifant & en coëfiànt les fem«
mes, leur bâtiflbit en quelque
façon des tours fur la tête :
• ••••• Tantaefiquarendieu^
ra dicoris.
Tôt premît ordinihus , tôt adhuc
compagibus altum
JEdificat caput,
Ligtfoot croit que c*efl cette
Marie Magdeleîne dont parlent
Saint Luc & le^ autres Évan«
géliftjss, & que cet Auteur con-
fond avec Marie, Hûeur de La-
zare. Marie Magdeleîne eft
nommée dans les Évansélifles ,
parmi les femmes qui luivrienc
le Sauveur I pour le fervii^ftui-*
vant Pufage des Juifs. Saint Lut
& Saint Marc remarquent que
cette femme avoit été délivrée
de fept démons par Jefus ; ce que
quelques-uns entendent à la let*
tre* Mais , d'autres l'entendent
des crimes & Aez défordres it
fa vie pafl*ée dont Jefus l'avoit
tirée. D'autres penfent qu'elle
a toujours vécu dans la virgi»
nité , & par conféquent ils Im
dîftinguent de la pécherefle dtt
Saint Luc, ai ne peuvent enten»
dre les fept démons qui la pof*
fêdoient, que d'une poflèffion
réelle & effeélivet qui^ n'eft
point incompatible avec la fain*
teté. Elle fuivit Jefits au der-
filer voyage qu'il fit de Galilée
à Jérufalem , & elle fe trouva
au pied de la croix avec la
Sainte Vierge. Elle demeura
fur le Calvaire jufqu'à la more
du Sauveur j & elle le vit mee«
MA
Cre dans le tombeau; aprèé
quoi , elle s*en retourna à Jé-
rufâlem , pour acheter & pour
préparer des parfums ^ afin de
l'aller embaumer le jour du Sab-
bath , qui alloit commencer.
Elle demeura dans la ville
pendant tout le jour du Sabbath ,
& le Dimanche de très- grand
matin, elle alla au fépulcre avec
Marie » mère de Jacques t &
& Salomé. En chemin elles fé
difoient Tune à l'autre : Qui
nous 6tera la pierre qui ferme
. le tombeau ? Alors , elles fenci-
rent un grand tremblement de
terre. C*étoit la marque de la
réfurreâion de Jefus. Étant
arrivées à fon tombeau , elles
• virent deux Anges» qui leur
annoncèrent que Jefus étoit reC*
fufcité. Auffitôt Marie Magde-
leine courut à J^rufalem , pour
apprendre cette agréable nou-
velle aux Apôtres ;Ôc en même-
cems elle revint au fépulcre.
Pierre & Jean y vinrent auffi >
& furent témoins que le corps
n*y étoit plus. Ils s*en retour-
nèrent » mais Marie Magde*
leine refta; & s'étant penchée,
pour voir dans Tintérieur du fé-
pulcre 9 elle y vit deux Anges
alfis , Tun à la tête , & l'autre
au pied du tombeau. Ils lui di-
rent : Pourquoi pleurez-vous ?
Elle répondit : On a emporté
mon Seigneur, & je ne fçais
où on Ta roi$. En même-t^ms ,
s*étaat tournée, elle vit Jefus
Ibus la forme d'un jardinier ,
qui lui demanda ce qu'elle
cherchoit. Elle lui répondi t : Sei-
gneurj fi c'eft vous qui avez pris
MA ^±t
mon mai tre , dices-le mol , ara
que je remporte. Jefus lui dit:Mai»
rie; & auffitôt elle le secoonuf ,
& fe jetia à fes pieds , pour lea
baifer ; mais, Jefus lui dit : • Ne
» me touchez point , car je né
» vais pas encore à mon père s
» comme s'il eût, voulu dire i
30 Vous aurez le tems de me
3» voir. Allez trouver mes fre*
y> tes , lt$ Apôtres , & dites*
9» leur que jie vais monter à
» mon Ûieù de à leur Dieu , à
» mon père & à «leur père* »
Ainfi , Marie Magdeleine eut
le bonheur de voir la première
de toutes le Sauveur après (a
réfurreftion.
Elle revint dotic à Jérufalem^
& elle apprit aux Apôtres qu'el-
le avoir vu le Seigneur , qu'elle
lui avoir parlé , oC leur racon*
ta ce qu'il lui avoit dit* Mais »
les Apôtres ne la crurent pas
d'abord , jufqu'à ce que cette
nouvelle fe confirma par quan«
tité d'autres témoignages.
Voilà ce que l'Évangile nout
dit de Marie Magdeleine , àiffé*
rente de Marie» fœur de Mara-
the , qu'on a auiE très-fou vent
appellée de ce nom , Car , t'hiC».
toire prétendue de Marie Mag-
deleine, que l'on dit avoir été
écrite en Hébreu par Sainte
Marcelle , fervante de Sainte
Marthe , regarde Marie , fceur
de Marthe ; de d'ailleurs , c'eft
une pièce abfolument fabuleu-
fe. Saint Modefte , Archevêque
de Conftantinople au feptieme
fiecle, dit que Marie Magde*.
leine , de laquelle Jefus avoit
chàSa fepc Démons , alla à
^ne{é ^ihi îà more i^ fa S^nf-'
fe Vierge ; qu'eïlé demeura toù-
J6\xii au pies dé Saint ^eart ,
tktit (fu*'ellé vécut ; & qu elle fi-
jWf fa vîe par lé martyre. On en
É^oh alo^^lés àdiei; hrais , on
té léi connoît plus aujourd'huî.
It' Commeniiaire fur Saint Marc^
lârftrîbué àSâînt Jérôme, dît
'^ùt Mârîe Âfagdel^ô éioîi
Vtiiyt. Saint Gré^ojréde Toùw,
ét'Hiëmçi que Saint Modefte,
éôfit nous Vénpnf de rappotiieif
ié fériioignage'; dît JuêTon tom-
iêau étoit à iphefe,/& qu'il
i*étott pas. encore ouvert. On
y févéroît encore fes reliques
jFfi 745 ^ lorfque Saîôt Ville-
^tid y pafla. Les Menées des
wecs marquent, qu'elle y mou-
rut , èc qu'elle y fut enterj^ée.
L'êhïpereuf Léon lê Sage, dont
ïè régne commença en 886 ^ fit
f apporter (es reliques d'Ephefe
a Conllancînople* Çodin , qui
;{5drle de cette tranflatian , Ven-
iénà de Marie , fœur de La-
zare ; mais, Gédrene l'entend de
AÎarie Magdeleine.
MARIE, Maria f tAotplci , (a)
■femme Chrétienne, dont parle
Èaint Paul dans fan Epître aux
Komains , & dout il die qu'elle
à beaucoup travaillé peut la
foi 8l pour rÉglife de Rome.
£llé étoit en cette ville au com-
£îenceiûent de l'an 58. On ne
f^àît rien de certain ni fur fes
îliT^ions , ni Tiir fa mort.
M ARIENS, Marmfcsi (t)
' (m) âÀ korhan. Épiflf. c. iè, v. é,
U) Diod. Sicul. p. 71^/
(t) Àfdr. L. U c. ip« f . 3tf. i.. 11* €.
MA
|étrj).(é de Pifle de CKypfé , iSs^
Ion Drodore de Sicile. L^ur
rot Stafioècus fut contratni de fe'
foumettre à Pifoléméé , roi d'É-
gypté» Tatf 3 ta aivant Jefus»--
Chrîft.
Il faut reni^tqtfef que c*eft lef
lexte Latin de Dîodore de Sl<*
cîle , <Jùi porte Manehfcs ; mats
^ùe fé texte Grec , tradurt litcé-
èàléi^etit y porterort plutôt Af/s-
tunfeù Comme ^et ehcfroît eif
fortobfcur i on nefçautoît ren-*
dfe les mots qu'à peu près.
MARIMUTH , Marimuti ,
tta^iAM^ , (c) fils d'tJrfe , fuf
un de ceux qui répudietenf
leur» femmes , qu'ils avoîen^
époufées. contre 'la difpo&ioit
de la loi.
MARINE DÉS ANCÏÈI^S-
Poyei Navigation & Vaîffeau.-
MARINIÀNA , Mantiïana^
[i) que l'ott né connoît que pa^
les médailles qui attefient fod
Apothéofe , fût mariée à Valé-
fieh. De ce nfiarîage naquirent
deux fils, qui furent tous deuj6
Auguites y Valérien le' jeune &
Egnatiusj
MARINtrS [JuLitisJ, («)
îulius M'arinus , ami infép arable
de Tibère , qui J'avoit /uivi à
Rbodes 9 & qui ne le quittoit
point à Caprées » fut mis à mort
paif l'ordre de ce Prince^ Il e^
à remai^quér que Séjan s^étoii
fervi de Juliùs Mairinus |iou]f
perdre Cortîùs Atiicus , îlluf-
ixt chevalier RoAain, qui avoif
{à) Cfév. Ôift. des Érof. toi«. V#
(r) Créifi Hiâ. des £atp« X^m» l<
' MA
aecompugné Tibère à Caprées*
Aiofî , Ton ne fut pas fâché dans
le public que fon exemple tour-
nât contre lui-même , & qu'il
fût traité comme il avoit traité
les autres. ,
MARIS , MarU^ UifiC,
fleuve. Foyei Marus.
MARIS t Maris y l^ifiç % {a)
capitaine Troyen. Maris,voyant
que foo frère Atymnius étoit
tombé fous les coups d'Antilo-
Que 9 voulut' venger fa mort. Il
,ù jette donc fur Antiloque ; &
comme il étoit près de le per*
cer de fa pique 9 Thrafymede
lui porte un grand cpup, qui
donne dans la jointure du bras
avec l'épaule , lui coupe les
mufcles 6c brife l'os. Maris
tombe avec un grand bruit fur
le rivage , & la lumière fuir de
fes yeux. Ainfi y ces deux fre*
res, compagnons de Sarpédon t
domptés par les deux fils de
Neftor , defcendirent enfemble
dans, l'éternelle nuit. Us étoient
tous deux excellens archers , ôc
fils du célèbre Amifodar , qui
.avoit nourri l'indomptable chi-
mère jt dont la force fut fatale à
tant de peuples.
MARISSA , Marifa , Md-
ftrett , ville. Foyei Maréfa.
M ARISSÉNIENS , Martffeni,
Metpt99Jt¥9t , les habitans de Ma-
ri fla.
MARISUS, Manfttt .hkifttfHf
fleuve. Fbyei Marus.
MARIT^US , MariMus^ un
M A H)
des furooms qu*on avoit donnés
à Jupiter.
MARIUS. Toy^i: Maria.
MARIUS. Foyer Marios.
MARIUS STATILIUS , (*)
Marias StatUius » Officier Ro«
main » qui vivoit du tems de la
féconde guerre Panique > Tan
de Rome «36, & ai6 avant
Jefus-Chriff. Il fut «nvoyé un
jour à la découverte > avec ua
efcadron de Lncaniens. Cet Of«
ficier 9 s'^tant avancé jufqu'aux
portes du camp ennemi, ordon-
na à fes gens de refter là. Pour
lui , il entra dedans avec deux
cavaliers ; & en ayant examiné •
ta difpoiition avec beaucoup de
foin éc d'exaélîtude , il alla an-
noncer aux Confuls > qu'infail-
liblement les ennemis étoient
en embufcade en quelque en<-
droic peu éloigné; qu'ils avoient
laifiTé des feux dans la partie de
leur camp la plus voifine de
celui des Romains ; que leurs
tentes étoient toutes ouvertes ;
que ce qu'ils avoient de plus
précieux étoit expofé à la vue;
qu'il avoit même vu de Targent
répandu çà & là , comme pour
inviter Tennenii à le ramaâTer.
Ces raifons que Marins Statlliua
apportoit pour appaifer la cupi-
dité des foldats, ne fit que l'aU
lumer davantage. Ils fe mirent
tous à crier que fi on ne leur
donnoit pas lé fignal , ils fe met-
troient en marche , fans attendre
qu'on le leur donnât. Mais y ils
ne manquèrent pas de conduc*
U^ Homer, llîad, t, XVI. f. iifA (») Tit. Uv, L. XXlL.c. 4»» 41^^
Xlf
^44 MA
itutSé éependaot 9 ili ût (e hi*
ititnt pais ë'»b0rd d'avaUcet g
ii ee fût an gradd t)ooheur poaf
icfs Rbttiaîns # 6a^ ifs apptif en<
bientôt pal" des Voles trèa-târes,
.4^0 tofife l'airmée enûemie etott
M eeÈ^bufcade derrière les iftoii-
iagoes vollides.
\SiôfiuSf(a) ëtoit Prêteur desCaiô-
paiitet)s,i'an de Rome {$6|& zi6
âtâdt J« C. Un ^oQf , Annibal
Jcii envoya un courrier poujr
l^averfir que le lendemain il fe
tendroit lui-mêine i Capoue;
êù en effet il partît , comme il
râjroit dit , avec un petit norn^
i>re de foldats. Le Prëteuri ayant
.Semblé les citoyens 9 leur or«
donna d'aller au-devant d*Anni-
liai i en grand nombre , avec
letlrs femmes ÔC leurs enfans.
Tout le monde y courut , non-
feuIeMent par obéiflance ^ mais
encore par curiofîté » pour voir
tin Général qui s^étoit lignaié
tar tant de viâoires.
MARIUS ALFIÛS. (B)
Marias jiljtuSf étoit premier
Àf àgiiirat des Çampaniens , Tan
de Rome 537 « & 215 avant
7efus -> Chri^« Il fur tué cette
^éme année dans un combat
qui fe donna pendant la nuit^
MARiUS t C. j , C* iiarius.
Té Mif^oé « le) étoit 9 comme
tout le monde le fçait ^ un foi-
dat de fortune , né de patens
C«) TiU Liir. t. XXlil. t. 9.
ih) Tit.-Uv. t^ XXUI. c. 15. .
(é) Piut. Tom. h pag. 466 , 40t. &
fe^. Veîleî. I^acerc. L. Jl. c. 9. é'feq.
Tjieic. Annal. L. Ut. 9. LéXII. e. 60.]
kift. t. 11. c. |8. de Morib. Gertnan»
é, tf, Flof# L^ÎU* c, I. ér /%• Valer.
î
MA
(r2s- pauvres & très*ot>icufs. Le
lt€ta de ia naifTance fui Arpinum^
on quelque village dépendant
de cette villes II pafle dans rbif*
toire pour Arpinate /& Cieéron^
ui étoit de ce même lieu » (é
ait en plus d^ufi eridfoit grand
honneur d*un tel coiûpatriote f
& vante fa gloire de fa ville iia«
taie , qui a donné deux libéra-
teurs i TEmpire j C. Mariut Sl
loi.
L'éducation de C. Mariol ré*
pondit à la fortune de fes pa«
rensé Ils travailloient dé leurs
mains ^ de lui - même auffi pen-
dant lel premiers tems de fa
jeuneiTe gagna fa vie en travail-
lant i la terre comme un homme
de journée* Il eft aifé de joger
par «*]â qu*il ne fut pas inftruic
dans les lettres Grecques ; de
lotfque dans la fuite établi dans
Rome il fut à la fource des
belles connoiâances , ii affèéta
de méprifer ce qu'il îgnoroit«
PoiSëdé de Tambition de domi-
ner, il trou voit même ridicule
d'étudier les fciences de les arts
d'un peuple qui étoit aAuelle'*
ment fournis a une domination
étrangère. Il auroit pourtant eu
befoin I dit Plutarque* de fa«
crifier aux Grâces & aux Mnfes
. Grecques ; 8c s'il eût appris par
l'étude delà philofophie &des
beaux arts à adoucir la violence
. de fon caraâere » fie à modérer
Ktaxi. L. IX. c. s* At>t>lan. pag. }8);
:& /ff. Sallull. in Jugurtb. c ||. ér
fef. Cxi, de fieIK 0al). L. 1. pag. 4a«
Hirté Panf. de Bell. Afric. pag. 776.
RolJ* Hifl. Ane. Tom* I. p. 315 * )itf«
Totn. VI. pag. 191» Hift. Rom. Topu
V. pag. 34^. ^ jtiiv»
MA
fei paffions > il û^auf oie pas cléf-
honoré les plus grands exploits
loilicaires , de les plus impor-
tans f^rvices rendus à la patrie»
par des cruautés & des barba^
ries qui font de fon nom un ob-
jet d'horreun Mais» dans les
cems même les plus brillans 8c
les plus glorieux de ûi vie , on
remarque toujours en lui , Quel-
que diofe d*agrefte & de féro-
ce. Il eut tout le bon & tout le
mauvais d'une éducation ruf*
fique. Ses mœurs furent toujours
groiCeres ; mais , il fut fobre ,
auflere , endurci au travail &
à la fatigue , méprifant les ri-
chefles àc les plaifirs , unique-
ment avide de gloire. Pour ce
qui eft de la probité que Sai-
lufte lui attribue ,41 ne peut
avoir mérité cet éloge que par
le règlement de Tes mœurs. Car,
il ne connut jamais les loix delà
droiture , de la franchife » de la
reconnoiffance , dès que fa for-
tune , ou l'exécution de fes
projets , s'y trouvèrent intéref-
lees. C*eft un homme qui n'eut
qu'une paffion , l'envie de s*a*
grandir , mais qui ne fe fit
jamais un fcrupule d'y tout fa-
cnûer»
Ce fut cette ambition qui le
fira de la charrue pour lui faire
prendre la profeiGon des armes ,
par laquelle il efpéra pouvoir
s'élever. Il eut le bonheur d'ê-
tre formé par un g^aod .maître.
Il fie fes premières campagnes
au fiege de Numancey.fous P.
Scipion l'Africain. Ce grand
homme, qui s'appliquait avec
un exuême foin à connoitre fes
MA ^S
foldats , 8c qui avott la vue per-
çante éc le jugement fur , dé-
mêla le jeune C. Marius entre
tous les autres. U remarqua
qu'il fe prêtoit plus volontiers
qu'aucun à toutes les réformes
qu'il faifoit dans fon camp , Sc
au rétabliflement de la difcipli-
ne. Il reconnut fa bravoure dans
uneoccafion où C. Marius tsa
un ennemi fous fes yeux. En
conféquence il Ce Tattacha par
des louanges , par des récom-
penfes (i^onneurs ; Se l'on rap«
porte même qu'un jour que P.
dctpion avoit foupé avec plu-
fieurs Ofilciers , comme on vint
à parler des Généraux , & que
quelqu'un de la. compagnie ,
loit pour lui faire fa cour , foie
tout de bon & fîncérement , lui
eût demandé qui feroit celui qui
pourroit le remplacer , P. Sci-
pion , frappant doucement fur
l'épaule de C. Marius , dit: Ce
fera peut^itrt celui' ci. Si ce fait
eft vrai , il prouve aflurément »
comme l'obfervePlutarque , une
grande fupériorité de génie , 6c
dans celui qui tout jeune paroif-
foit déjà fi grand , & dans celui
qui fur de premiers commence-
mens jugeoicfî bien de l'avenir.
L'Hifiorien ajoute que ce mot
de P. Scipion fut recueilli par
. C. Marius comme un oracle t
qui lifi éleva le courage , St
l'enharSit à entrer dans la rou-
te des honneurs.
U fut d'abord Tribun des fol-
' dats ; & Sallufte remarque que
lorfqu*il fut nommé par le peu-
ple à cet emploi , fes aâions
leules folliciterent pour lui. Car»
^4^ M A
il avoic paru bien plus dans lei
camps & dans les armées , que
•fans la place publique ; & la
plupart de ceux qui lui don-
naient leurs voix, ne le con-
lioiflbient pas de vifage.
Il devint enfuite Tribun d«
peuple t l'an de Rome 633 , non
laos avoir précédemment eflîiyé
un refus , au rapport de Valere
Maxime , qui dit même qu'il
avoit dé}k eu le même affront
dans la petite ville d'Arpinum,
où il n'avoit pu s'élever à aucu-
•e charge murticipale; Mais,
rien n*éroic capable de le rebu-
ter; & le fenciment intérieur
de fon mérite , joint à fon am-
bition , le foutenoit contre les
évenemens les plus capables de
décourager. Il fut aidé , pour
parvenir au Tribunat, du crédit
d'un Mételtus , à la maifon du-
quel lui & £e$ pères étoient
attachés depuis long-tems*
Sallufte dit que dans toutes
les charges infériebres , par lef-
quelles C. Marius pafla , il fe
cônduifit de manière à fe mon-
trer digne des plus relevées.
Ceft ce qui fe vérifie particu-
lièrement dans fon Tribunat ,
oô il fit parofrre une dignité ,
une fermeté , une hauteur au-*
defiTus de fon état préfent^âe de fa
fortune. A peine fes grands ex-
ploits dans la fuite » 6c fes prof-
périrés éclatantes, puiMt-elles
lui infpirer une plus noble fiercé.
Il propofoit une loi , qui éta-
bliffbit une nouvelle précaution
pour prévenir la brigue dans les
affemblées du peuple > & dans
lamatûere de donner les fuf-
MA
fragcf . Cette loi dépIalfoSt asx
Sénateurs, dont elle fembloic
diminuer le crédit 9 8c leCon-
fui Cotta fit ordonner par le
Sénat que C« Marius feroic
mandé pour rendre raifen de (a
conduite. U vint , êc pa^' ^^*
vant cette augufte aflemblée f
non en fubalterne qui fe juftifiè
devant fes fupérieurs 9 mais «a
maître qui donne la loi ; de IT
déclara au Conful , que fi Ton
ne retiroit le décret qui venoic
d'être rendu , il le feroit mener
en prifon* On ne fut pas, fcit
effrayé de cette menace y de Mé«
tellus commençant à opiner »
prit parti pour le Conful. Alors»
C. Marius ayant fait entrer fon
huiflter ,■ lui ordonna de faifir
Mételltts 8c de le mener lui-
même en prifon. Métellus im-
plora le fecours des autres Tri-
buns, mais inutilement. Le Sé-
nat fut obligé de plier, & la
loi paffa. Cette aétion de vi-
gueur fit grand horineur au Tri-
bun » Se le peuple le regarda
comme un défenfeur qui alloit
en toute occafion prendre fon
parti contre le Sénat. On fe
trompoit; de bientôt on en eut
la preuve.
Un de fes Collègues mit ea
avant une loi qui ordonnoitdes
diftributions 'de bled aux ci-
toyens. C. Marius s'éleva contre
cette largefiTe, de tenant ferme
jufqu'au bout, empêcha que la
loi ne fût reçue de autorifée.Par
cette conduite , il fe ût égale-
ment eilimer des deux partis »
comme ne cherchant à plaire ni
aux uns ni aux antresj mais envi»
MA
fageâfif ùniquemeiit le iAeH t>ti«
bltc«
Apréi le Trîbuftat^ il de<«
Çhianfda TÉdilhé Carule. Mais «
il falloic 9 cottimt dit Valefé
Maxime / ^.u*il ne pénétrât dans
le Sénat qu*à forée d'effuyer des
tt£\xs. L'aventure eft fînguliere
& unique. Il voit qu'il va tnan-
quer l'Édilité Cûrule. Il y re-
iionce par néceflifé^ Mais , le
toètté jout t on nomnïoit les
Ediles Plébéiens. Il (e ptéfente
Jjour cette féconde charge infé-
rieure à Tautre , Se e& encore
Jrefufé. Ainfî, feul de tous les
Romains, il éprouva deux refus
en un même jour. Il n'en rabat-
tit rien néanmoins ni de fa fîer'^
téxii de fes efpérances>& peu de
tems après il fe mit fur les rangs
four la Préture»
Il ne fut pas refulSé , mais il
fie s*en fallut pas de beaucoup ;
car , de fix Fréteurs que Ton
élifoic^ il ne fut nommé que le
derdier ^ ôc même avec grande
})eine » & aufOtôt après il fut
accufé de brigue. Il foutint les
l'ifques du jugement avec fa
hauteur accoutuméeé Les accu-
fateurs ayant demandé qu'Hé-
tennius fût entendu comme té-
inoin ^ çelui-çi prétendit devoir
en être difpenlé , atteûdu que
C. Marius & les parens de C.
Marins étoieht fes clîens. Il
étôit de Tintérêt de Paccuféde
laifTer paiSer ^infi doucement la
chofe. C*écoit un témoin dont il
étoît débarraffé. Mais , c'eft à
quoi fa fierté n^ putfe refondre*
Il fe leva, & déclara qu*il n'é*
toit plus clIeAt de perfoûne > dû
M A 5^
fiometiit qu^il avoir p\>flrédé une
Magizlratnre ; ce qui pourtant ,
félon le témoignage de Plutar^
que f n^étoit pas exafiement
vrai, éar il nV avoir que les Ma-
giilratures Corules qui affraiw
cbiiTent les cHens de la dépen^^
dance de leurs patrons* Or, C*
Marius n^avoit point encore eu
le droit de la chaife Curule.
Quoi qa*îl en foit y PafTaire
prenoit d^abord un fort mauvais
train pour lui. Enfin néanmoins»
les fnârages des Juges ayant
été mi- partis 9 il échappa asnfi
la condamnation , ÔC demeura
en poiTeHioii de la Préture*
Il Pexerça l'an de Rome 6}7
aVeC une* médiocre réputation.
L'année fuivante , il fut envoyé
dans rEfpagne ultérieure , où il
donna là chafTe à quelques trou-
pes de brigans.
De retour à Rome , n*ayanc
ni richefles » ni éloquence 9 il
manquoît des deux avantages
qui attiroient alors le plus
de confidération. Cependant»
les vertus .des vieux tems, que
Ton voyoit briller en lui , une
ame hautaine 9 un courage ia<-
furmontable au travail , uce
fimplicité parfaite dans fa façon
de vivre, en un mot fes mœurs
auiîeres ne laiâerent pas de le
mettre en honneur> Il fe maria
alors, ôc fit une belle alliancet
ayant époufé Julie , qui fut tan-*
te de Jules Céfar ; & c'eft-là le
premier engagement qui jetta
Jules Céfar dans la faâion po«
pulaire*
Plutarque place ici un trait '
ireiharquable du courage de C»
|4« M A
Marîus contre la douleur. 11
avotc des varices qui lui ddfi-
guroienc les jambes ; il réroluc
de fe les faire couper. Il donna
donc une de fe$ |ambes au chi-
rurgien » fans vouloir être lié ,
& fouflfrit Popéracson fans faire
aucun mouvement , fans pouf-
fer le moindre cri , d'un vifage
tranquille & dans un profond
filence. La douleur étott pour-
tant cruelle > & il ne voulue pas
permettre au chirurgien de tra-
Vailierfur fon autrejambe,difant
que la réforme ne valoit pas le
mal qu'on lui faifoit. Ainfi, dit
Cicéron , il fupporta la douleur
en homme de courage ; mais ,
il crut qu'il convenoic à la con-
dition humaine denepointfouf-
frir de gaieté de cœur une dou^
leur non nécefiaire.
C. Marins avoir paflTé cinq
ains depuis fa Préture » fans faire
de nouveaux pas vers la fortune.
Il s'agiflôit pour lui de parvenir
au Confulat. Mais » la Noblefle
en fermoit l'entrée aux hommes
nouveaux. Elle leur permettoit
de partager quelquefois avec
eux les autres charges ; mais ,
elle fe réfervoit cette dignité
fupréme , qu'elle auroit cru
fouillée 9 fi elle étoit tombée
entre les mains d'un homme fans
Baiâance. Q. Cécilius Métellus
fournit contre fon intention à
C Marius , le moyen de forcer
cette barrière, en lefaifantfon
Lieutenant général dans l'armée
de Numidie. C'étoit le mettre
dans fon. élément ; & il fe con-
duifit dans cet emploi de la çia»
oiere la plus propre k mériter
MA
une eiHme & une admiratîota
univerfelles. Il n'y avoit ni'
travail » ni danger (i grand » qui
fût capable de l'effrayer ; aucune
fondlioo utile , fi bafle 8c fi pe-
tite qu'elle fût 9 qu'il dédaignât»
Il l'emportoit fur ceux de foa
rang pour la prudence & la fu«
périorité des vues , & le difpu*
toit au dernier des foldats pour
la fimplicité dans le boire êc
dans le manger , & pour la pa-
tience dans les fatigues ; & par*
yi il s'en faifoit extrêmement
aimer. » Car , dit Wutarque »
3» rien ne confole tant ceux qui
» font obligés à un travail pe-
so nible , que de voir qu'on le
» partage volontairement avec
n eux. C'eft en queloue façon
» en ôter la nécefCté oc la con-
30 trainte* Àulfi le plus agréable
30 de tous lesfpeâacles pour les
» foldats Romains » c*eft un Gé*
» néral mangeant avec eux du
o pain bis » couché fur des
» feuillées » & mettant la main
30 à l'œuvre pour creufer ua
» fottèy oudreuer une palifiade.
jo Us n'eiliment pas autant les
y> Commandans qui leur font
30 part de la gloire & des ri-
3» chefles » que ceux qui ne
» craignent point de prendre
39 part avec eux aux fatigues ;
» 8c c'eft une voie plus flre
» pour gagner leur affeAion t
» de partager leur travail , (jue
» de leur permettre de ne rien
n faire, o Telle étott la condui-
te de C. Marius ; de Cette route
pour parvenir an Confulat « eût
été aifurément bien louable ,
s'il n'y eût pas joint les fourdet
MA
tnenées » les inauvalfes prttl*
quel » 6c enfin rinimitié décla*
tée contre un Général y plein
de mérite 6c de vertus y & à
^i il avoit obligation.
n eft vrai que Q« Cédlius
Métellus lui donna quelque fu-
jet de plainte. Ce Général avoit
d'excellentes qualités ; mais « il
étoit fier , hautain , méprifant t
défaut alTez ordinaire à la No-
bleflè.
Lors donc que C. Marins lui
demanda fon congé » & la per«
sniiGon d'aller à Rome deman-
der le Confulat, Q. Cécilîus
Métellus parut étonné de cette
Îiropoiition , comme d'une cho*
e extraordinaire , & l'avertît
en ami de ne pas s'embarquer
dans une eittreprife fi étranze »
êc de ne pas former des defleins
au-defius de fon état. Il lui dit
Su'ii ne convenoit pas à tous
'afpirer aux premières placer-;
Îu'il devoit être aflex content
e fa fortune ; enfin qu'il étoit
de fa fagefle, de ne pas faire
an peuple une demande oui lui
attireroit la honte d'un juite re-
fus ; au'au refte il lui accorde*
roit ion congé, dès que le^
affaires publiques le permet-
croient, v^omme il fe vit ex-
trêmement prefiTé par la même
amande, que C. Marins réitéra
λar la fuite, il lui répondit avec
nfulte , qu'il ne devoit pas tant
fe hâter de partir pour Rome ;
Îu'il feroit aflez tems pour lui de
emander le Confulat « lorfque
fon fils ledemanderoit.Cejeune
Métellus 9 qui fervoit alors fous
ion perei a'avoit que vingt anf;
nful
MA
êc Ton ne pouvoit être Conj
qu'à quarante-trois.
Un mépris fi marqué ne fer-
vit qu'à augmenter encore le vif
défir qu*avoit C. Mariiia de de-
venir Conful , êc à l'aigrir con*
tre fon Général. Il n'écouta plus
que fa colère & fon ambition ^
mauvais êc dangereux confeil-
fers. Il ibngea uniquement à
gagner les foldats dans les quar*
tiers d'hiver où il commandost ,
en fe relâchant de la févériti
de la difcipHne » & les traitant
avec plus d'indulgence. D'ail*
leurs 9 comme U y avoit à
Utique un grand nombre de né*
gocians Romains , il ne ceflbic
de décrier dans leur efprit Q«
Cécilius Métellus « comme un
homme qui avoit plus de faite
que de mérite , qui étoit d'un
orgueil infupportable , qui trai*
noit exprës la guerre en loa«
gueur, pour avoir le plaifir de
commander ] plus long - tems.
Que pour lui » avec la moitié
des troupes qu'avoit Q. Céci-
lius Métellus » il fe faifoit fore
de prendre lùgurtba dans peu
de jours 9 & de le mener à Ho-
me pieds & poings liés. Ces dif-
cours faifoient d'autant plus
d'impreffioa fur l'efprit de cet'
marchands , qu'ils s'ennuyoienc
fort d'une guerre qui ruinoic
leur commerce. Ainfi , tous , foU
dats êc négocians 9 dans l'efpé-
rance de voir finir la guerre fout
un autre Général » écrivant à
leurs amis de Rome, ils leur fai«
foient de grandes plaintes de Q*
Cécilius Métellus, & relevoienc
fon le mérite de C» Marins*
i^o M A
Un caraâere faAîeux s*aide
de coût. C. Marîu8 imt même
dans fes intérêts un Prince Nu-
mide 9 nommé Gauda, tetic-
fils de Mafinifla par Maaaftabal«
Il lui préfenta pour point dfi
vue le royaume de Numidse»
qui ne pouvoit manquer de lui
appartenir , dès que Jugurrha
feroit pris ou tué. li'efprit de ce
Prince étoît baiiTé par de gran-
des & continuelles maladies.
D'ailleurs ^ il 6ion mécontenc
de Q. Cécillus Métellus , qui
Tavoit refufé fur plufîeurs pré-
reniions chimériques Ôc ridicu*
les* Ainfi , Gauda fe laifTa al-
fémenc perfuader pzr C. Ma»
rius ^ & fe mit au rang de ceux
qui folUcitoienc pour lui le
Confulai*
Cependant , C. Marines poux^
fui voit fon congé ave^c beaucoup
d'inilance ; & Q. Cécilius Mé-
tellus y apportoit toujours de
nouveaux délais. £n6n , icomme
il n*y avoit plus que douze jours
jufqu^à réleéliondesConfuls, il
le laiifa partir. C. Marîus &t une
diligence inouie ; car , en deux
jours & une nuk » il arriva du
camp à Utique , qui éto-it fur
la mer. Là il fit un facrlfice avant
que de s'embarquer; & l'on dit
que le devin l'affura que le Dieu
lui promettolt non - feulement
de très -grandes profpérités ,
jnais des profpérités au-deffu^
de toutes fes efpérances. Fier
de ces magnifiques promefies »
il s'embarqua , & eut le vent.fi
favorable , qu'en quatre jours il
traverfâ la mer & arriva à&o*
MA
II fut reçu par le peuple avec
de grandes démonftrajtions d'ef-
cime 6c d'afiedion^ Tout c€
qu'on y avoir écrit d'Âfriqu^
avoir fait beaucoup d'impreâion
fur les efprits. La haute naiifan*
ce de Q. Cécilius Métellus y qui
auparavant actiroit le refpeâ> ne
fervoit plus qu'à exciter contre
lui l'envie ; & au .contraire y
l'ob feu rite de l'exjtraâion de C^
Marins lui 4toit favorable au*
près du peuple , qui fe rroyoiit
méprifé lui-même par le mépris
que Ton faifoit de cet homme
nouveau^ comme rappelloienc
le^ Nobles. Les Tribuns, de leur
■côté , traviiilloient fans ctfTç à
foulever la populace» & ne
haranguoienr jamais fans corn-*'
•bler C. Marius de louanges, âc
Accabler Q. Cécilius Métellus
de reproches^ A.u reile » ce
n'étoit point par les bonnes ou
mauvaifes qualités de l'un ou
de t'aq-tre que l'o^ fe décidoitt
La .cabale , l'efprit de parti t
veilà <ce qui gouvernoit toute
.cette aiFaixe^
Le crédit des Nobles étoit fore
«omhé , depuis que plufieurs
d'entre eux avoieot été con-«
damnés pour crime de pécula,t
& de cojicuiflïon «, & le pouvoir
du peuple beaucoup .augmentée
Il y parut 'bien dans l'éledlioa
des Confuls.. Le peuple fe dé*
clara ouvertement po^ur C. Ma«-
jrius ; & l'on vît, ce qui n^étok
arrivé depuis long-.teins« un
homme nouveau nommé à cette
charge. On lui donna pour col^*
lègue L. Caffîus Long! nus. Oa
ne s'en tint pas là; fur la réqiiiU
MA
fition d*un Tribun » !e coiiiiiiaa-
deinent de Farinée de Numidie »
qui avoit été contintié par le
sénat à Q. Cédlius Mécellys ,
fut déféré par le peuple à C«
JMarîus«
Voilà donc le nouveau Coa-
fui fatisfaît & tr ion pliant ; mais,
il Q*a acquis toute cette gran-
deur qu'aux dépens de la pro-
bité Se de la reconnoiflance*
Peut-être fera-t-oo bien aife de
trouver ici le jugement que Ci-
céron porte d'une telle coa-
duite« Il met d'abord fous les
yeux en abrégé , les intrigues &
les artifices dont C« Martus fe
fervit pour décrier Q<. Cécilius
Métellus; puis il ajoute: » Il
» fut enfin nommé Conful; roais>
» il s*écarta des loix de Thon-
» neur & de la juâice s en ca<«
» loainiant un excellent & il<-
» luftte citoyen, qui Tavoit fait
» fon Lieutenant géaéral. Pou-
» vons-nous , dit^il, après cela
I» le regarder comme un homme
*> de bien î Convient-il donc à
» rbomme de bien de mentir
» pour fon intérêt , de calom-
» nier « de tromper , d'enlever
9» aux autres ce qui leur appar-
» tient? Rien moins ailurément.
i> Y a«t-il au monde aucun
» avantage I fi défirable qu'il
s» puilTe paroicre , auquel il foit
» permis de facrifier le titre &
» la gloire d*honnéte homme i
» Cette utilité prétendue par
» où compenfera telle la perte
» qu*elle vous caufe ea vous
» étant la juftice 6c la probité î
» Ne vous métamorphofez-
» vous pas YOui«Bi|me ea bftte^
MA 5îf
» lorfqne fous ia figure humaine
n vous cachez toute Tavidité dt
» toute la violence d'une bête
K> féroce ? ce Le Cafuifte le plat
févere s*exprimeroit - il d*une
façon plus énergique?
C. Marius fe mit bientôt à
préparer avec un foin extrême»
tout ce qui lui étoit néceâaire
pour la jguerre dont il étoit
chargé. U levoit les recrues
pour les légions ; il demaadoic
des troupes auxiliaires aux al-
liés, aux peuples » aux Roîs« II
savitoît les plus braves d'entre
les Latins ; il engageoit mène
par fes inAances ceux qui
avoient fait leur tems » & reça
leur congé , à le fuivre dans
cette expédition. C*étoit unes*
preflemeot général adonner foa
nom pour aller fervir fous lui*
On tenoit la viâoire affiirée ,
Se le foldat ne doatoit pas qu*il
ee dût revenir chargé de butia*
Ce zèle fi marqué du peuple
pour C. Marius .mordfioît beau*
coup la Nobleflè. De foa côté ^
il la bravoit avec fierté , ne
inanquoit point d*occafioa de
l'attaquer ÔL de la décrier oa*
vertement 9 & fe vantoit à tout
propos que leCoafalat étoit ua«
dépouille qu'il avoit remporté*
fur là motlefle & l'indignité dtt
Nobles. On peut juger de la vé*
bémence de fes harangues de*
vant le peuple « par celle qua
Sallufte nous a confervéa, oa
peutnStre lui a prêtée^
Souvent en parlant des a««
très Généraux qui avoient été
battus en Afrique , comme u^
Lf Caipurôius Beiûa k ua Sp«
2t{2 M A
roftumius Albinus, il lui échap*
poit de dire quMs defcendoîenc
véritablement de maifons illuf-
très , mais que c'écoient des lâ-
ches & des ignorans , qui s*é-
tolent attiré leurs malheurs par
leur incapacité & leur peu de
courage. Après quoi , pouiTaot
l'orgueil jufqu'à l'excès de la
démence » il demandoic à ceux
oui l'écoutoienc » s*iU ne pen-
loient pas que les ancêtres de
ces deux hommes auroient bien
mieux aimé laifler des defcen-
dans qui lui reflemblaflent , que
de laiiTer ces malheureux» puis-
que ce n*étoît pas même par la
soblelTe que ces grandshommes
t'étoient illuftrés,mais par leurs
yertus & par leurs grands ex-
ploits , auffi glorieux pour eux,
qu'utiles à la République*
Cependant 9 il fe mit en écac
de répondre par des effets aux
promefies qu*il avoit faites. Il
embarqua en toute diligence^les
provi£ons , les armes « la caiffe
militaire^dc les autres chofes né-
ceffaires pour Tarmée. Il &
partir en même-tems A.Manlius^
Tun de fesLieutenans généraux*
Pour lui cependant » il fe hâta
d'achever les levées , fans s'af-
treindre à la pratique ancienne,
qui n'admettolt à la milice que
les citoyens qui avoient quelque
bien , afin que la République
eût dans leurs pofledîons comme
tin gage de la fidélité Ôcdo zèle
de m foldats. C* Marins reçut
indifféremmetic tous ceux qui fe
préfentercnt , même les plus
pauvres , & ceux qui n'avôienc
den abfolumenu Ceite lie de la
MA
multitude lui fut toujours infime
ment attachée ; de ambitieux
comme il étoit t il comptoit en
tirer un grand fecours pour fe
faire dans Rome un parti confît»
dérable. Il fe mit donc en mer ^
avec des troupes beaucoup plus
nombreufes qu'il n'avoit eu or-
dre de lever, 6c il arriva ea
peu de jours à Utique. P. Ruti-
lius , Lieutenant général « lai
remit le commandement de.
l'armée. Car , Q* Cécilius Mé-
tellus avoit pris foin d'éviter
la rencontre d'un fuccefleur ,
dont la vue feule auroic^ é(i
pour lui un cruel défagrément.
C. Marius , après avoir rendu
complètes les légions & les trou*
pes auxiliaires , mena fon ar-
mée dans un pais abondant ; &
tout le butin qui s*y fit « il le
diftribua aux foldats. Il atta«
qua & prit des villes & dc$
châteaux de peu de défenfe , &
donna en différens lieux quel*
ques combats » la plupart afles
légers. Par ce moyen , le fol*
dat nouvellement levé s*accou*
tu me à tenir ferme dans Toc^
cafîon. Il voit que les fuyards
font ou pris » ou tués ; que le
plus brave a le moins à crain*
dre ; que les armes font la four*
ce de la gloire di des richefles »
l'appui de la patrie , de la li*
berté, & de tout ce que Ton a
de plus cher au «onde. Ainfi »
en peu de tems^ il n'y eut plus
de diffiérence entre les vieillei
& les nouvelles troupes.
C. Marius , après avoir alafi
aguerri fes foldats » & remporté
divers avantages fur le$ eoae*
fni5|
MA
fiiU y fe voyant en état de fàt^
mer quelque grande entreprife^
Yéfolut d^aller furprendre Cap^
fa» C'étoit une place importan-
te > fîtuée avantageufement 8c
fortiâée de bonnes murailles^
défendue par un peuple nom-
breux i & munie de toutes for-*
tes de proviiîons* L'horreur des
lieux où elle étoit fîtuée , en
rendoit la conquête encore plus
difficile* Hors les environs de la
ville même 9 tout le pais étoit
défert , inculte 9 aride & infeâé
de ferpens très-venimeux.Cette
lituation fembloit rendre l'ac*^
ces de Capfa imprattquable aux
enoerais. Mais ,C* Marins penfa
avec raifon y que ce feroit pré-
cifément ce qui ôteroit aux ha*
bitans toute prévoyance en leur
étant toute crainte. Il eut donc
grande attention à cacher Ton
deffein ; & du refte il prit Tes
snefures avec beaucoup de pru-
dence. Il commença par enlever
dans les campagnes tout le hé*
tailqu^il donna en garde à la ca-
valerie auxiliaire , avec ordre
de la faire toujours avancer
avec les troupes. Chaque jour
on diUribuoit un certain nombre
de pièces de ce bétail dans Far-
inée ; & du cuir des animaux
^qu'on avoittués, C* Marins en
faifoit faire des outres* Le fîxie^
me jour on arriva au fleuve Ta-
na y près duquel fut dre^é un
camp , où on laifia tous te baga-
ge , de Ton ne mit fur les bêtes
de fomme que les outres remplis
d'eau. Chaque foldat auffi eut
ordre de s*en charger* En cet
étaton part environ au coucher
Tom. XXFI^
MA )5}
du foleîl. On marche toute U
nuit^ 8c le jour on s*arrête* La
troiiieme nuit , on arrive avanc
l'aurore à un lieu tout coupé de
vallons 6c de petites hauteurs »
qui n'étoit'éloigné de Capfa que
de deux milles. C* Marins fît
tenir fes troupes le plus cachéet ^
qu'il fe pou voit entre ces peti-
tes éminences ; 5c à la pointe du
jour, plufieurs Numides, qui ne
foupçonnoient aucun danger ^
étant déjà fortis de la ville ^ il
ordonne tout d*un coup à fa ca-^
Valérie , & à ceux des gens de
pied <\}à\ étoient les plus légers
à la courfe » de s'avancer promp«
te ment vers Capfa 9 & de fe fai«
fîr des portes. \.ts Habitans fe
rendirent aoditôt , foit par ré-*
tonne^nent de la terreur où cette
attaque inopinée les avoit'jettés»
foît parce qu'ils voyoient plu-
fieurs d'entre eux furpris hors
des murs , Ôc déjà tombés entre
les mains des ennemis. La ville
fut brûlée. Tout ce qu'il y avoir
de Numides en âge de porter
les armes , fut tué , le refte ven*
du, le butin partagé entre les
foldats. Ce