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Full text of "Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tants sacrés que profanes, contenant la géographie, l'histoire, la fable, et les antiquités .."

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DICTIONNAIRE 

POUR L'INTELUG ENCB 

DES AUTEURS CLASSIQUES, 

GRECS ET LATINS, 

TANT SACRÉS QUE PROFANES, 



TOME VINGT-SEPTIEME* 




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'^_ V. ,. 



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DÎGTIONNAIRE 

fOVR V INTELLIGENCE 

DES AUTEURS CLASSIQUES, 

GRECS ET lAriNS» 

TANT SACRÉS QUE PROFANES, 

CONTENANT 
LA GÉOGRAPHJE, L'HISTOtRE, LA FABLE, 

ET JLES ANTIQUITÉS. 
DÉ T> 1 t 

A MONSEIGNEUR 

» 

Par M. SABBATHIER , Profcjftur Éméritc àu Collège de Châhns/ur- 

- Marne ^ Secrétaire perpétuel de l* Académie de h mime Ville , Affocié de 

l Académie Ètrufque de Cortone , de P Académie Royale de Pruffe , (fc. 



TOME VINGT-SEPTIEME. 





A F A R 1 Sy 
Chez DELALAIN l'Aîné, Libraire, Saint Jacque*. 

■' — — ^ - - ^ - ^ ^ ^ , ^ 

M. D C C. L X X X. 

^vf( Approbation (y Privilège du Roi, 



■^■■■■■«■■■■■MMMaMHMMMMI 



AUTRES OUVRAGES 

BV MÊME AUTnVÈ, 

'^tti fi trouvent chez. U mime Zibraire» 

tJ^ Eflài Hiftorique- Critique fur l'Origine de la PniiSincfc! 
temporelle des Papes; Ouvrage qui a remporté le Prix de 
PAcadémie Royale de Prude. Nouvelle édition. 

2.^ Le Manuel des Enfiins» ou les Maximes des Vies des 
Hommes lUuftres de Plutarque. i. l^ol. iji-n. 

V^ Recueil de Diflertations fur divers fujets de rHiAoire de 
France* i. VoLin-^ix. 

4*^ Les Mœurs » Coutumes Se Uiages des anciens Peuples. 
j. Vol. »»-ii. & I. Vol. ia-^.^ 

5.^ Les Exercices du Corps chez les Anciens» x^FoU in-izm 
& X. Vol. in^%.'' 



m « 



6J^ Recueil de Planches iSâiVrintelligence de ce Diâio»- 
«aire. i/, *.% 3.S 4-S J% ^-^ 7-* & «•• Lîvraifon. 



DICTIONNAIRE 

POUR L'INTELLIGENCE 
DES AUTEURS CLASSIQUES, 

GRECS ET L'^TINS, 
TANT SACRÉS QVE PROFANES, 

CONTENANT 
-LA GÉOGRAPHIE* L'HISTOIRE, LA FABLE 

ET LES A H T I Q,U l T È S, 

MA MA 

l ANA , Mantx , (a) en TacriGce» & qu'on fer voit d» 

1 déefTe des Romains. la chair de chien dans Ici repal 

I Elle prélîdojt aux préparés pour Jes Dieux. 
-laladiesdesfcinniest Saine Àugujtin nomme cette 

ce on lui ofTroii en fa- déelTe Mana , & les plus fça- 

crifice de jeunes chiens qui cec- vant Miihologues la confondent 

taieot, ainlî que nous l'appre- avec cette Mania , mece des 

nons de Pline. Plutarque de- .dieux.Lares,àlaquelleMBCTobe 

mande pourquoi on oflfroît ce* dit qu'on îinmoioit de jeonat 

jeunet chiens à cette diisfîe ; enfans pour la , rendre favora» 

maii .Pline femble avoir répon- fcle à la. famille de ceux qui 

do d'avance à cette queilion , oâioient ce barbare facrifîce. 
lorfqu'ïl dit que la chair de ces Que fi on demande mainte 
tendres animaux étoit réputée fi 
pute, qu'on l'offroit aux dieux 

(»J Myih. p«t M. tMhb. B*n. T. V. p. 141 , m, 

Ttm. XXVU. 

J 22149 



^''' M'A. . 

doit àttÉi a lÀ nsUTamèe dfs e»-' ' 
faÂsr^ Si étoii difa^ tel ItcWiami 
au^ nombre d^s DfeuJt ftppet*^ 
lé^/CéftUtfîe» , coiltme Eu^ine 
paibu^. lés Gft€$*. Nou*.iiv«nt 
dans le premier tome de Trif- 
tan /.«ne m^dâUle de nnfpéra- 
trice^ Cnfp:lie^^av4c c^tt lé-> 
géode y Genitalibus dus, 

M AN AH£M ", Aîaaakm ^ {a) 
MffraîfA^ » feizieme roi dlfiraël , 
filsdd Gadi 9 vengea la mcrrr de 
Zacliarie fen maure » par celle 
de Seilum » fU^ iie Jttbht , iqui - 
avoit ufurpé la couronne d'If- 
ra^i. A(a»ahem'> Gépeétàl de 
l'armée dé 2dchafle , étoit à 
Therfa , lorfqu'îl apj^rst la more 
de fon maître. Au(G-tpt il mar<* 
ctia cOittre Seilum, qui $'410^ 
enfermé dans Samarie ; îl le 
tua , & régna en fa place. Delà 
iijretpurna à Tbetfa ; mais, cette 
villè ne rayant pas voulu recon* 
noître» & lui ayant fermé les 
portes» il en fut ii indigné » qu'il 
déchargea fa colère fur Thapfa» 
«ui étoit dans le vôtfinage de 
Therfa , & qui apparemment 
sivoit eu part à fa réfolution* 
Enfuite il prit Therfa m^me » 
la ruina , tua toutes les femmes 
groffes , leur fendit le ventre , 
tk froifla leurs enfans contre 
ferrer Après cela , îl regnà à 
Samarie pendant dis^ ans. Il fie 
le mal devant le Seigneur , & 
marcha dans les voies .de Jéro- 
boam, fils de Nabathj qui aVoit 
fait pécher IfraéL 

(s) Reg. L. IV. c. iç. ▼. 14. & feq. 
Parai. L. 1. c 5. v. %6 Ofée. c. ^. v. 13. 
JTofepb. de Anciq* Juda^c* p-)ftOi M^m» 



■-' , M.A 

Bitti ,. réi d*Affyrie« app*- 
rtm^Qeftt lé p«#e ie S^tdanailâ- 
h « étant Véntt fur les nrtês 
(tlffalil^peitdant fe règne dtf Mâ« 
ittH^nS , ce Ptkkcè ht éonif ai<H 
ëeltts.pay«r toilU taleo»,*^ 

Î^u'il le recourût , & qu'il l'af- 
eftnîe fur le trône, four lui 
frayer cette fonmie-^ ManAem 
ut obligé de taxer toutes les 
perfonnes puiffances ^du païs à 
payer cinquante (icles par tête » 
c'eft'à dire, quatre- vingt -un^ 
livres dix deniers par tête* 
Après ceU , Phol s'en retourna 
dans fon pais*. 

Oi^e confirme ce qire novf 
venons de dire , lorfqu^il nous 
apprend qu'Ephraïm , ayant vu 
(a langueur, eA allé vers Aflur» 
àc>à envoyé vers le Roi 'veïi« 
geur. Mais , TEcriture femble 
irifinuer ailleurs , que le Roi 
d'Afiyrie vint dins le païs ei 
qualité d'ennemi. Vefprît du 
Seigneur fufcita Phul^roi d'AJfy* 
rie , pour venir fur Us ierres d^lf- 
rail. Jofephe croît que Phi« 
vint attaquer Manahem ^ & que 
ce dernier ne fe trouvant pat 
aSez fort pour lui réfifter, ache* 
ta la paix de ce Prince par une 
fommé de mille talens , qu*il lui 
donna. On peut concilier tout 
cela » en diîant que Phul vint 
en effet comme ennemi dans le 
païs d'ifraël » mais que Mana- 
hem fçut le gagner , 6c le mettre 
dans fesinrérêts,par cette gran- 
de fomme qu'il lui donna. Ma* 
nahem s'endormit avec fes pe^ 

de TAcad. des Infcrlpt. & Bell. Lettt 
Tom. V. pag. 3)6 > 398. 



■M 



• r 



MA . 

ret , & Phac«i« fbn EU tegat 
en fa place* 

MAÎiAîlEM,Man4k€m,(a) 

MarftH» i Prophète Chréden ^ Se 
frère de lait d'Hérode le Té« 
trarque » fe trouvant l'an de 
jeftts • Qiriil 44 » à Antioche» 
avec d'autres Prophètes » Si-^ 
iiiott le Noir , Ludus le Cyré- 
oéen , Baraabié & Saul , le Saint- 
Efprit leur dit : 30 Séparez-moi 
^ Saul & Barnabe , pour l'oeu* 
3» vre à laquelle je les ai appel* 
s> lés,Jo Après qu'ils eurent donc 
jeûné & prié « ils leur impofe* 
irent les maias , âc les laiffereot 
aller. 

On croit que Manahem étoit 
diu nombre des foixante*dix dif*^ 
ciples. Les Auteurs des Marty- 
rologes parmi les Latins » mar- 
3ueat fa fèce le 24 de Mai , & 
ifent qu'il mourut à Antioche» 
On ne fçait rien de particulier 
fur fa vie» 

MANAIM , Mansîm. Foyn 
Mahanaïm. 

M ANASSÉ , Man4£€ , Ma^ 
naffii , Maman! % (t) fils aîné de 
Jofeph & d'Aféaeth » (ilie de 
Putiphar , vint au monde , l'an 
1710 avant Jefus - Chrift* Le 
nom de Manaflë £gnifie ouili p 

Îarce qu*auifi-tdt qu'il^ fut né » 
ofeph dit : Dieu m a/aU oublier 
toutes mes peines & U mai/on 
Je monpete. 

Lorfque- Jacob fut près de 
mourir » Jofeph lui amena fes 
deux fils f ann que fon père 
leur donnât (a dernière béoédic- 

ià) Aéttt. Apcft. c. 1). ▼. t. étfiq. 
iH) Genef. c 41* v. 50» 51. ç* 48. v« 
a* dr As* Komsr. c» $• ? • aO t ai» c» lu 



-^ . M A ) 

lîoA. Jacob les ayant vus 9 dit à 
Jofeph :» Vos deux fils qui voua 
9 font nés dans ^^Egypte » le« 
tt tom à moi , je les adopte « 
f» & je veux qu'ils foient re* 
9» gardés comme Ruben & Si» 
» méon. « Alors « il les fit ap* 

Î rocher de fon lit , tl lea bai fa» 
: les tenant embrafl*és, il dit à 
fon fils : » Dieu m*a fait la graoe 
39 non-feulemeat de vous voir » 
» mais aufli de voir voirenfans»» 
En même-tems» Jofeph éJoi* 
^nant fes deux fils « fe profleraa 
jufqu'en terre devant ion pece ) 
&, ayant mis Ephraîm i la sau* 
che de Jacob^^ de Manaue k 
fa droite, il le pria de les bénir* 
Mais y Jacob mit fa main droite 
fur Ephraim y & fa gauche fuf 
Manafié dc coiamença à les bé« 
nir* 

Jofeph , voyant que Jacob^ » 
avoir mis fa maia droice fut 
Ephraîm, & fa gauche fur Ma*» 
naiK y voulut lut faire changer 
cette difpofitioft, de tranlporttr 
fa main droite fur Manaue 6c fa 
gauche fur Ephraïra ; mais» 
Jacob ne voulut point changer , 
& lui dit : a Je (cais ce que ja 
» fais 9 tnon fils ; ratné fera père 
» de pluGeurs peuples ^ ma^t 
y» fon cadet fera plus grand que 
j» lui;fapoftéritéiemaitip]ieca 
» i& produira des nations* 3» 
Il continua de les bénir , en âi^ 
fant :n I&aël fera béni en voua» 
« & on dira: Que Dieu voua b4« 
3» ntfle,coamieilabéniEphra3[n 
» &Manaflë«i> 

v. S). & pf* Jofa. e. If, t. f^é^fifi 

Aiî 



4 ,M.A 

V ' La Trîbu de Maoaffé fortît 
•'de TEgypte au nombre de tren- 
te-deux mille deux cètis horti- 
*roëy, propres à combattre ^ & 
'au*demis de vingt ans, fous la 
• conduite de Gamaliél, fih dé 
'Phadaffur. Cette tribu fut par- 
*fcagéé à rentrée de là Terre 
promife. La moitié eut fon par- 
tage au-delà* du Jourdain ; & 
'r^utre moïiré , en deçà du fleuve. 
*Là demi-tribu *de MànàflTé' qui 
'demeufbît au-delà du' fleuve , 
poffecfott le pais de Bafan , dé- 
'ptiîs ' le Jabbck jufqu*au tndnt 
Lfban '; & la demi-» tribu de Ma- 
' ^tiaffé en rfeçà le Jourdain à voit 
ion partage entre la tribu .d*E- 
•phraïm au midi , & celle d'If- 
facharàu nord, ayant le Jour- 
'dain à Poriènt & la Méditer- 
'ranée au ooucbànr. 

Le. livre de Jofué nous mf- 

• fruit avec quelque détail, du 
'partage de ra tribu de Matiafl?. 
•Aiachir , fils ^îné de Manafle , 
'fut peré de' Gaîaad ; teiuî - ci 
'fut un vaiillàni?' homme, & fa 
'pôftérîté eut lé'païs" de' Gâlaad 
'éc de Bafan. Leë autres enfans 

• de-Manaffé , divifés félon leurs 
familles , font les enfans d' A- 

Tsîézer», feseVirans d^Hélec , lés 
*cnfan^*'d*Efner, "les ' ènfaris 
'de ISétteem . • les enfans d'Hé- 
*pber , &"'Tés çtirans dé Sémida» 
"Ils étoieht'.tobs enfans de Ma- 
'naflB , fils de Tbfeph, divîfésfe- 
, • loniénrsya*mHîes. ' 

• Salph'aad , "fils ^unique d'Hé- 
*pbéi^.j^fils=de*Gàlaad , 'fis d« 

Machir , fils dfe' Manàffé ,*nV 

.^ yoir.point-eu de fil?, ratais des 

fiilès feulement, dont «voici les 



noms , Maala , Noa.» Hégla ^ 
Welcha Ôc Therfa. Ces 'fifles 
vinrent fe préfenter deVatit Éléa- 
zar," grand-Prêtre , devant Jo- 
fué , fils de Nun , & les Princes 
du peuple, & leur dirent : « Lô 
p Seigneur a ordonné par Moï- 
» fe qu*on nous donnât' des 
'» terres en partage au milieu 
35 de nos frères, w Jofué leur 
'donna'donc des terres en pkrta- 
'gè au milieu des frères de leur 
"pere,Telon que le Seigneur Ta- 
'voit commandé. Ainfi , la trîbu 
tie Manaflë eut dix portions , 
entre le J>aïs deGalaad & de 
Bifan , qiii lui fut donné au delà 
du Jourdain. Car , ces fiUes de 
Manaffé eurent des terres pour 
leur héritage , parmi les enfans 
de MariaïTé , & lé païs de Ga- 
îaad avoit été donné en par-- 
tage aux autres enfans dé Ma- 
nàffé. 

La frontière de Manaffé s*é- 
tendoit depuis Afer y vers 
'Machifiefhfâth , qui regardoit 
Sichem , de à main'droite juf- 
'qu*ai/x habitans de la fontaine 
de Taphua ; car , le territoire 
de Taphua , qui étoit aux cod« 
fins de ManaUjé , fut donné aux 
'enfans d'Ephraïm. 
* La frontière de'Manaflfé def- 
'cendoit vers le torrent des Ro- 
'feaux ; mais ^ les villes qui 
'^toîént a'u midi du torrAt furewt 
à Ephraïm , quoique fitiiées au 
milieu des. villes de MànalTé. 
La frontière de Manaffé étoîc 
'^bornée au 'feptenttion* par le 
torrent; ii*où elle allôit fe ter- 
miner à.Ja mer. Ainfi , ce qui 
'étoir du côté du midi> étoit à 



} I 



I 



. - M'A ' 

Ephraïm. , & ce qui écoïc du.' 
côté, du feptentrion , étpît à 
Alanafle , & la mer étqic la fin 
de l:Vn & de rautre ; en force 
que du côté du rêpcentrion ils 
s^uniffoient à la tribu d'Afer ,' 
& du côté dû levant à la tribut; 
d iffachar. 

Mânaffé eut pour héritage 
dans la tribu d'Iflachar & d'A- 
fer, Bethfan avec fes villages ," 
Jéblaam.avéc fes villages 9 les 
habitans de Dor avec leurs 
bourgs ,' les habitans d'Endor 
avec leurs villages , les habi- 
tans de Thénac avec leurs vil- 
lages , les habitans de Mageddq 
avec leurs villages, & la troi- 
liemé partie de la ville de No- 
pheth. Les enfans de ManalTé 
ne purent détruire les habitans 
de ces villes >& les Chananéens 
continuèrent à habiter dans ce 
p aïs-là. 

MANASSÉ , Manafes , {a) 
hlavcco'Gvii , quinzième roi de 
Juda , fils & fuccefleur d'Ézé- 
chias 9 avoit douze ans lorfqu*il 
commença à régner , & il en 
régna cinquante-cinq. Par cori- 
féquèht il vécut foixante-fept 
ans. *Sa mère' s'appelloit Haph- 
fiba. Il fit le mal devant le Sei- 
gneur , (k adora les idoles des 
nations que le Seigneur avoit 
exterminées. ïl rebâtit les hauts 
lieux que fon père Ezéchias 
avoit détruits. Il drefTa de» au- 
tels à Baâl , & fit planter des 
bois de futaie en Thonneur des 
faux Dieux 9 comme àv bit fait 



MA .5 

Achab , roi d*lfraêl. ïl bâtit^ 
même des autels profanes dans 
le temple du Seigneur. Il en 
érigea à toute l'armée du ciel' 
dans Içs deux parvis de la mai- 
fon de Dieu. II fit paffer fon fils 
par le feu , eii l'honneur dé" 
Moloch. 11 aima les divinations» 
la magie , les augures , ôc les 
autres fortes de'fuperftitions & 
de curiofités magiques. Il plaça 
dans la maifon de Dieu ridol& 
d'Aféra ou d*Aftarté. Enfin , il 
engagea fon peuple dans toutes 
les abominations des peuples 
idolâtres & étrangers, il le fé- 
duifît de telle forte » qu'Ifraël 
fit encore plus de mal que n*ea 
avoient fait les Chananéens , 
que le Seigneur avoit extermi- 
nés. Manaue ajouta à tous ces 
crimes celui de la cruauté. Il 
répandit dans Jérufalem des 
ruilTeaux de fang innocent, Se 
mît ainfi le comble à fes autres 
iniquités. 

Le Seigneur , irrité de tant de 
crimes, fit parler à Manaifé par 
fes Prophètes , qui s*exprime- 
rent'de la forte: p Je vais faire 
» fondre fur Jérufalem & fur 
» Juda de tels maux, que les 
» oreilles en feront étourdies à 
» ceux qui en entendront faire 
» lé récit. J'étendrai fur Jcru- 
n falem U cordeau de Samarie 
w & de la maifon d*Achab ; je 
» la traiterai comme j*ai traité 
» Samarie, 6c jje rejetterai Ma- 
» naffé comme j*ai rejette 
» Achab & fa maifon ; j'efFace- 



(tf). Jleg. L* IV. c. 20^ \r. «i. c. &1. v. 



/■ » " 



1. ^ /rj. Fatal. L, il, Ct i%, v. l^* -^^ 



ll'V, i, é- ftq, Mém. <le IMcad. d/»j 
infcdt't» & Bc:l, Un. T6m. V. p. 141." 



< MA 

sf rai Jirofalem , cofliiiie en 
ao efface ce qui eft écrit fuir des 
» tablettes ; je paflerai & re- 
a» paflfèrai fou vent le ftylçrpr- 
>> deflus » afin qu*il n'en reût 
90 rien. J'abandonnerai les rëf-» 
30 tes de mon héritage ; je li- 
as vrerai mon peuple entre les 
3^ mains de fes ennemis, & 
» tous ceux qui le haiiTent^ le 
9 pillc;ront > &c« » 

On croit que le prophète 
l/âïe fut un de ceux qui élev^ 
Je plus fortement fa voix contre 
tant de défordres. Ce Prophète 
âvoit l'honneur d*être Deau- 
pere du Roi ; il avoit eu un 
très «grand crédit à la Cour» 
fous le règne d*Ez'échias » père 
de Manafle ; il étoit d'une naif- 
fance illuftre & du fang royal; 
il fe crut plus obligé qu'un au- 
tre de retirer Manaflé de fes 
défordres > & de le menacer de 
la colère de Dieu ; mais, le 
Roi au lieu d'écouter fes avis 
fie fes remontrances i le fit arrê- 
ter & le fit mourir , en le fciant 
en deux avec une fcie de bois* 

Les maux dont Dieu avoit 
menacé ce Prince impie « écla- 
tèrent enfin vers la vingt-deu« 
xteme année de fon règne. Le 
roi d'Âflyrie envoya contre lui 
les chefs de fon armée , qui , 
«près l'avoir pris , lui mirent 
les fers aux pieds & aux mains 
ic l'emmenèrent i^Babylooe* On 
croit que ce fut Sargon » ou 
Affaraddoa roi d'Aflyrie^qui 
eovoya Tharrhan en raleftine. 
Ce Général « après avoir pris 
Azoth « attaqua ManaflTé , S^ 
l'avant mu dans les fers^ le con- 



MA 

dosiik tson % Ninive , mais à Ba^ 
bylone. dont Aifaraddon s'étoit 
rendu maître» Par cette conque* 
te, Aflaraddon avoir réutti les 
deux empires des Aflyriens fc 
des Chaldéens. 

ManalTé » étant dans les liens 
à Babylone , confeflfa fon péché» 
& pria le Seigneur; le Seigoeui^ 
exauça fes larmes âc fes gémif* 
femens » & le ramena à Jérufa*- 
lem. Manaffé y reconnut la maia 
puiflante du seigneur. Il répara» 
autant qu'il put» le mal qu*tl 
«voit fait à Jérufalem & dans 
Juda. Nous avons une prière » 

Î^ue Ton prétend qu'il fit dans 
a prifon. Mais, Téglife ne la re- 
Îioic pas pour canonique ; elle 
a met au rang des pièces apo« 
cryphes. Cependant » elle fe lit 
dans l'EuchoIoge» ou livre de 
prières des Grecs. 

Les Rabbins racontent qti 
Matiaflë fut jette dans un vafe 
d'airain percé , 8c expofe à ua 
très grand feu ; que dans cette 
extrémité , il eut recours à tou« 
tes les fauàes divinités auxqueU 
les il avoit autrefois offert de 
Teacens ; mais que n'en ayanc 
reçu aucun fecours, il reconnut 
bientôt Pinutilité de fes efpé«- 
rances. Alors « il fe fouvint de 
ce qu'il avoit oui dire au Roi 
fon père : Lorfqut vou% m^învo» 
quen[ dans vos maux , & que 
vous vous conv€rtire{ f je vous 
exauarai. Il fe convertit donc 
au Seigneur» fut délivré auffi- 
tôt « & rapporté en un moment 
dans fon royaume^ ainfi qu'Hà!- 
bacuc fut dans la fuite tranf* 
porté à Babylone I flc rapporoS 



M 'A ■ "^, ."yi 

tfle Babylope en Judée. -''%:^ 

L'auteur 'de l'ouvrage impar* 
fait fur Saint Matthieu ^ raconte 
A délivrance d'une autre ma^ 
ni^re. Il dit que Manafle , étant 
•dans les liens , ne recevoît par 
jour qu'un peu de pain d'orge» 
& de l'eau mêlée avec du ,vi- 
naigre; de cela par jnefure , Ôc 
autant qu'il «n falloit pour qu*il 
ne mourût pas de faim. Au mi- 
lieu de fon afRiâion» il eut 
. recours au Seigneur ; ic une 
Aamme miraculeufe l'ayant foi^- 
dainement enveloppé f fondit 
* fes chaîneSySc le remit en liberté* 

Manafl*é fut apparemment dé- 
livré de prifon par Saofduchin , 
' fucceffeur d'ÂITaraddon. Étant 
de retour à Jérufalem » il réta- 
blit le culte du Seigneur daos 
. foo temple i abattit les autels 
des faux Pieux » abolit toutes 
les traces du culte idolâtre qu'il 
«voir r^ndu AUX divinités payen- 
' âes & étrangères ; mais » il ne 
détruifîr pas les hauts-lieux > oà 
Je peuple alloit adorer le Sei- 
gneur, foit ^u'il n'eût pas le 
pouvoir d'abolir une coutume fi 
ancienne Se fi invétérée > foie 
qu'il ait eu la fpiblefie.de con- 
defcendre en cela au défir du 
[ peuple* Ceft la feule chofe que 
.rÉcriture lui reproche depuis 
ion retour de Babylone. Il $t 
fortifier Jéruialem , & rétablie 
] fes Quiraille^ Il fu m£me fercn<r 
de murs une féconde ville qui 
Xe forma de fon tems à Toc-*. 
^ rident de Jérufalem 9 & Iqui 
fe trouve appellée la féconde 
vijle depuis fon règne* Il éta- 
blit des olSci^xs d^armée daus 



i-\ 



M A t 

tputêi tes places fortes de Jtida, 
oc>co|pmanda à tout fon peuple 
de^|rcher & d'adorer le sei- 
gneur* 

Lerefte des aélio.ns de Mai- 
nafl*é ,*la prière qu'il fit à Dieu» 
& les remontrances qui lui fu- 
rent faites de la part du Sei« 
gneur par les Prpphetes , tout 
cela étoit raconté plus au long^~ 
dans les journaux des Rois d2 
/uda. La .prière qu'il St à Die» 
dans fa prifoo , la manière dost 
Dieq Teitauça , le« crimes qu'il 
commit f les ilatueji qu'il éri« 
gea f & le9 bois profanes qu'il 
plaata , en un mpt^ Coo péché 8c 
fa prévarication étoient rap^ 
portés plus au io.ng daes le livrée 
du Prophète Hofaï , qui eA le 
même qu'Ifaïe , félon quelques- 
«tof » iics Septante le preoàenc 
en u0 feos général « dan^ Las 
écrits des V^yaof » Lu Syriaque 
rappelle Hanai» ; & l'Arabe 
Sapb^ii* 

Manafi*é mourut à Jérufalem » 
6t fur enterré dans le iardin de 
fa maifon , dans le |ardia d'Oze. 
Son fi)« Afnon regoa en Ca place, 
l'an du monde 3} 61 » &, mvaûi 
Jefus-Chijft639. 

PlttfLeurs croyentque Tèiftoi- 
^e de Judith k d'Holofeme ar- 
riva fous le règne; de Man^iTé , 
âcapris (on retour deSabylo- 
M. Ce PrÎACÇ ne p^rpjc poiôc 
du tout dectf ce«»e hiiioire ; ùÀt 
que par politique, il ne voulût 
pas le déclare^ dAOscecite {»pca- 
fioQ ; 041 que par un erincipe 
de péattenee , il ne le mél^t 
que peu où point du tout du 
gouvernement. 

A i? 



^ MA. 

M AN ASSÉ , Mànajfes ., (j) 
Meeyocmç ^ époux de Judith » 
oe vécut que peu de tems avec 
elle. Il y avoit déjà trois ans 
qu'il éroit mort y lorfque la 
guerre d*Holofernc commença. 
Manafle étoit de la tribu de 
Siméon, & il mourut pendant 
la iDoiflbn des orges , d*une ma- 
ladie caufée par IVxtrêroe ar. 
deur du foleil, qui lui donna 
fur la tête. Il laifla tous Tes biens 
à Judith fon époufe, & fut en- 
■cerré à Béthulie fa patrie. 

M AN ASSÉ , ^ Mana£ï , ( ^ ) 
y.af'jLdirvI ^ fils d'Hafom , fut un 
de ceux ) qui » après le retour 
de la captivité de Babylone» 
fe féparerent de leurs femmes > 
qu'ils avoient prifes contre la 
loi. 

MANASTABAL , Manafta- 
bal f (c) fils de Mafiniffa , fut 
père de Jugurcha de de Gauda. 
Après la mort de Mafiniifa , il 
fut chargé de rendre la juftice 
au peuple. 

MANGEPS VIA APPIiE. 
Vôy^i Mu feus. 

MANCHE, Capulus. (d) 
Les monumens nousofifrent plu- 
fieurs Manches > fur-tout de cou- 
reaux. D. Bernard de Mont- 
faucon en préfence fix fur une 
plariche. 

MANCHES, Manîca , (e) 
XvDittfç» Les Romains Se les 
Grecs avoient des Manches à 



M A 

dne partie de leurs habits. II 
y en avott principalement à 
leurs tuniques. 

Il faut obferver qjie lé mot 
Manica en Latin ^ dc le mot 
Xftplç f en Grec , ;ne fignifient 
pas feulement une Manche » 
mais aufli un gand , dont ru<- 
fage étoit connu des Anciens. 

MANCHUS, Manchusy (/) 
Ma7xcç , Roi des Arabes , en- 
voya fes troupes au fecours de 
M. Antoine , n* ayant pu y aller 
en perfonne. 

Ce mot eft écrit diverfemenr,. 
Manchus 6c Malîchus. Hirtius 
Panfa , dans la guerre d^Alexaq* 
drie > appelle ce roi Malchuâ , 
ab rege Nabataorum Malcho, Mal- 
chus ou Malichus efl le nom 
que les Arabes donnoient à leurs 
Rois ; car^ comme Bochart Va 
remarqué , Malich en Arabe fi- 
gnifie Roi. 

M ANCIA [ CuRTiLius ] , 
CttrtiUus Manda j {g) fer vit en 
qualité de Lieutenaut dans Tar- 
mée du haut Rhin , fous l'em^ 
pire de Néron. 

MANCINUS C L. HosTi- 
Lius ] , £. Hoflilius Mancinus^ 
{h) jeune Officier , qui , l'ao 
de Rome 535 , & 217 avant 
Jefus - Chrifl , eut ordre da 
diâateur Q. Fabius Maximus 
d*ekaminer les . démarches des 
ennemis , fans fe montrer s'il 
étoit pofiSble» au moins fans 



C«) Judith, c. 8. V. 1 , }. 

{b) Efdn L. 1 c. 10. v. )). 

(£> Sallult. in Jugurtb. c. ) ^4^ . Crév. 
Hift- Rom. Tom* V. pag. ^po, ^oi. 

(d) Amiq. expliq. par D. Bcrn, de 
MomR Tom* Ul. pag. lai. 



(«) Amiq. eKp]. par D. Betn* de 
Monrf. Tom. lil. pag. 6, 

(f) Plui. T. 1. p. 944- 

d) Ts^dt. Annyl. L. Xlll. c. 56. 

(ifr) Tic. Lîv. L. XXU. c. 15. Roll. 
Hiftv Roni. Tom. IH. p.' 190» 



; M A^ 

s*expofer> 8c d*en venir rendre 
compte. Maïs ^ étant du nom- 
bre de ceux que les dîfcours 
féditieux Se emportés de Q. 
Minucius Rufus avoir féduics , 
il n'eut pa» plutôt apperçu 
quelques cavaliers Numides 
répandus dans les villages , 
qu'il courut 'fur eux , 6c en 
tua même quelques - uns. Il 
n'en fallut pas davantage pour 
lui faire oublier fa commif- 
iion. Le vif défîr de combattre 
l'emporta fur l'obéiflancé qu'il 
devoit au Didlateur. Les Nu- 
mides, partagés en plufieurs 
pelotons y le vinrent charger 
les uns après les autres; puis 
fuyant à delTeln devant lui , ils 
l'attirèrent infenfiblement juf- 
qu'auprès de leur ca.mp , fort 
fatigué, auin bien que fes gens 
êc leurs chevaux. Carthalon ^ 
qui comroandoit toute la cava- 
lerie, en fortit au({itôt« & les 
ayant mis en fuite avant même 
que de les joindre , il les pour- 
fuivit pendant près de deux 
lieues fans leur donner de re- 
lâche. L. Hoftilius Mancinui) 
voyant qu'il ne pouvoit échap- 
per aux ennemis obilinés à Je 
futvre, exhorta les tiens à fe 
défendre de leur mieux , & re- 
tourna contre les Numides , à 
qui il étoit bïe^ inférieur tant 
«n nombres qu'en forces & en 
confiance ; aufG fut-il tué lui- 
même avec les plus braves 
des fîens. Les autres fe fauve- 
rent à toute bride, premiere- 
.mjsnt à Calés , & delà en prenant 



MA 9 

lesfentieriles plus détournés juC 
ques dans le camp du Didiateur. 

MANCINUS [ A. HosTi- 
LlUS ] , J4. Hofiilius Mancinusp 
(a) fut créé Préteur l'an de 
Rome 57i, & i8o avant Jefus- 
Chrifl , ik chargé de rendre la 
juflice aux citoyens. 

Dix ans après, il fut élevé 
au Confulat avec A. Atilius ; & 
la Macédoine lui étant échue » 
il fe hâta d'arriver dans la Thcf- 
falie pour prendre le comman- 
dement de l'armée ; il entra dans 
l'Épire dont la révolte n'avoir 
pas encore éclaté, ÔC fut fur, le 
point de tomber entre les mains 
de Perfée. Car , deux particu- 
liers , nommés Théodotus 3c 
Philoftratus, perfuadés que le 
plus grand ferviçe qu'ils puâfent 
rendre à ce Prince , dont ils 
vouloient gagner les bonnes 
grâces » c'étoit de lui livrer la 
perfonne du Conful , ce qui 
apporteroit un grand préjudice 
aux affaires des Komains, écri- 
virent au Roi de fe rencbre dans 
le pai's le plus promptemenc" 
qu'il lui feroit poflîble. Et effec- 
tivement fi les Molofles neuC- 
feni retardé la marche de Per- 
fée , en fe préfentani à lui fur 
les rives de la rivière de Loûs» 
& que le général Romain averti 
des embûches qu*on lui dreflbit, 
ne fe fût détourné de fa route » 
il ne pouvoit éviter d^être pris. 
Mais , il fortit de l'Épire , Se fe 
rendit par mer à Anticyre , d'où 
il pafiTa dans la Theualie. Là 
s'étant mis à la tête de l'armée » 



<4f) Ht, Liy. £• :&L, c» 55t L, ^lllU SuppI* i* c« a » 41 



V «... ..<»— «f 



is MA 

ïl alla chercher l'ennemî , eon- 
ne qui il ne iî[ pas la guerre 
avec plu j de fuccès quefoupré- 
déceuèur. Car, ayant livrtf ba- 
taille au Roi , il fut mis en dé- 
route ; & après avoir mt( pre- 
nicremeni de s'ouvrir de force 
un palTage ea Macédoine pat 
l'Élimée , puis d'y encrer furti- 
vement par la ThelTalie, il ne 
r^ullît ni dans l'un ni dans l'au- 
ire de ces deflètns, Perfôo fe 
trouvanr par-tout aSez à tenu 
pour les traverfer. 
■ MANCINUS t C. HosTi- 
uus], C. HoJlUiut Mancîiuu, 
(<*> Tut d'abord Lieutenaai du 
conful L. Calpuraius Pifon en 
Afrique. L'an de Rome 604 , 
Su 14$ avant Jefus-Chrift , la 
campagne k paflà fjws qu'ils 
ftflent rien de mémorable. Sur 
la 6n de l'année , L. Calpuroius 
Pifon étant parti pour retourner 
ii Rome , C. Haltilius Mancinus 
refta en Afrique pour comman- 
der les troupes Romaines. A 
Farrivée de P. Cornélius Sci- 
wan qlii venoit remplacer L. 
Caipurnius Pifon, II fe trouva 
^tie C. Holtilius Mancinus s'é- 
toit engagé Eémérairemeni dans 
un pofte où las ennemis le te- 
BOtent enfermé 3c où ils alloïent 
le tailler en piices le matin mè- 
ne, fi le nouveau Conful, qui 
rrivanr le danger où 
l'eût fait remonrer 
s troupes dans fe* 
& n'câc volé & ron 



.I-p.8iSjS*r- A|>piM.1 
<. é- /«f. Plin. r, II. pig. I 
»• Ont. jro A> Qc d n. g>' 



MA 

. -Onze aai après , C.HofliJitB» 
Mancinus I ayant été élevé a« 
Coofulal , alla metire le comble 
it l'ignominie des Romains de- 
vaut Numance. On a dit qu« 
lorfqu'il partît de l'Italie , plu- 
lieurs préfages fînillrea lui an- 
noncèrent le malheur qui Vair 
tendoit. Mail, le vrai préfagç 
étoît fon incapacité Si fon défaut 
de courage. Un Auteur, ^1 
o'eft pas d'un grand poids , lui 
fait pourtant l'honneur de Cip* 
f ofer qu'il réfolut de rétablir la 
difcipline parmi fes troupes , 
avant que de les ezpafer au 
combat. Mais , ce qui efl conf- 
iant par le témoignage d« tout 
les Hilloriens , ce» qu'il n'y 
eut pas une rencontre > ti ne u 
donna pas une efcarroouche, oA 
les Numides n'euâ!ent Pavanii^ 
ge; ce qui augmenioic fentible- 
ment leur fierté, de abattoir I|e 
courage dei Romains. Enfin , I» 
chofe en vint au point que let 
foldais Romains ne pouvoient 
plus foutenir ni la voix ni la 
vue d'un Numantîa. 

C. Hollilius Maaciiras, dans 
de li trîAes conJQoAutes , crvc 
oe pouvoir mieux faire que d« 

Suirtet fon camp de nuit( 8c 
'éloigner pour quelque lems 
fes troupes de ^f umance * daits 
la vue de diUtper peu à pc/i 
leur frayeur , & de leur lailTe/ 
le loilîr de prendre les fentimeos 
de courage Se de turdielTc qatu- 
zels aux Romains. Appien dit 
qu'un faux bruit quife répandît 
71. Roll. HM. Rem. T, V. p, ;ra • fit 



-f ue lei Caotabres & |ès Vacr 
céens venoienc to fecours de 
leurs compatriotes» loi fit prou* 
ixt cette réfolutioo» Quoi <|u*it 
èo ibit» iife retira de nuit dans 
lia |g;rand ntence. Les Numaa- 
cfes ,» avertis de fa retraite 9 par* 
tirent au nombre feulement de 
quatre mille , coururent fans 
perdre de tems après les fuyards f 
donnèrent fur la queue » en firent 
un grand carnage , pooflerest le 
Tt& daosdes lieux fort difficiles 
& qui étolem prefque fans iflue; 
& quoique l'armée dés Ro- 
mains fût de plus de vingt mille 
hommes» ils Tenvelopperent de 
telle forte , qu'il ne lui fut pas 
poffible de fe tirer de ce mau- 
vais pas. A peine cela fe peut*il 
concevoir. 

C* HoAilius Mandnus » dé- 
JTefpérant de s'ouvrir un chemin 
par la force, envoya un Héraut 
aux Numantîns » pour demander 
quelque compofition. Ils y con« 
fentirent» Le traité fut conclu. 
On n'en fçait point les articles 

{particuliers ; mais, les conditions 
urent égales eniïe les deux peu- 
ples. Les Numantins» pour évi- 
ter toute perfidies prirent une 
précaution, qui ne leur fut pas 
néanmoins d'une grande utilité. 
Ce fut d'exiger que le Conful» le 
Quefteur » Se les principaux 
Officiers s'engageafl*ent par fer- 
ment à faire obferver le traité 
qui venoit d'être arrêté. Lorf- 
que tout eut été ainli réglée 
les Romains partirent , laiSant 
au pouvoir des Numantins toutes 
les richeffes de leur camp. 
Dès que la nouvelle de ce 



MA II 

tr^té fut arrivée à Remet te 
Sénat commença par révoquer 
C« Hofiilius Mancinus , 6c lui 
ordonna de revenir à la ville» 
pour y rendre compte de fa co»» 
duite ; & en même-tems oa fie 
partir M. Émilius fon Collègue » 
pour aller prendre fa place. 

L*afiàire de C. Hoftilius Ma«« 
cinus, dès qu'il fut revenu à 
Rome, fut examinée dans le 
Sénat. Il y juftifia modeftement 
fa conduite, imputant en partie 
tous les malheurs qui lui étoienc 
arrivés au mauvais état 0)1 il 
avoir trouvé l'armée; infinuaec 
qu'il feroit peut-être permis de 
les attribuer aufli i la colère des 
Dieux irrités de ce qu'on avoic 
déclaré la guerre aux Numan^» 
tins fans qu'il en parût aucuA 
jufte fujet; excufant le traire 
fur la néceŒté indifpenfable d*y 
confentir pour fanver la vie k 
plus de vingt mille citoyens ; 
qu'au refte content d*avoir ren- 
du ce fer vice à la République » 
il attendroit en paix qu'elle dé«» 
cidât de fon fort » prêt à facri- 
fier de bon coeur la liberté 8ç 
fa vie à Tutilité & à Thooneur 
de la patrie. 

Ce ne fut que Tannée fuivante 
tte le Sénat prit enfin fon parti 
ur C. Hoftitîus Mancinus» oc fur 
le tcaité quUl avoir conclu. Le 
traité fut caifé » comme fait fans 
l'autorité du Sénat & du peuple 
Romain ; Se 11 fut ordonné que 
tous ceuj^ qui l'avoient juré 8l 
s*en étoient rendu garans , fe- 
iroient livrés aux Numantins» 
Deux Tribuns fe chargèrent de 
propofer au peuple d eutorifcr 



?, 



iz M a; 

parfes fuffrages ce diécrec da * 

C; Hoftilius Mancinus fe fit 
admirer par fon courage, Ôc fe 
mootra auffi bon Se généreux ci* 
toyen , qu'il avoit été timide 
Général. Lorfque la loi eut été 
propo-fée par les Tribi»ns con- 
formément au décret da Sénat 9 ' 
il harangua lui-même te peuple 
pour, appuier une loi qui deyoic 
lui être (î funefte; & il renou- 
vella ainfi l'exemple qu'avoit 
donné autrefois Sp. Poilumius 
en pareille occafion , après le 
traité des fourches Caudines. 

Le Qiiefteur ne fe piqua pas * 
d'une femblable généroiîté. If 
fép^ra fa caufe de celle de fon 
Général y ôc Rt fi bien par fon 
crédit, par fes follicitations 6c 
celles de fes amis, que le peu- 
ple n'autorifa qu'en partie le 
décret du Sénat, & ne condam- 
na que le feul C. Hoflilius 
Mancinus à être livré aux Nu- 
mantios. 

En confeqiience de Tordre 
du peuple »^C Hoflilius Man- 
cinus fut' remis entre les mains 
du conful ?• Furiiïs pour être 
mené en Efpagne , & livré aux 
Numantins par un des Faciaux , 
qui avoir le titre de Pater Pa» 
tratus. Il fut donc pr^fenté aux 
portés de Numance nu, pieds 
6c mains liés. Mais^ les Num^an- 
tînsrefufant de le recevoir , les 
Romains ne vouloient point 
le reprendre , de forte que cet 
homnis , qui s'étoît vu Conful 
raonée précédente & à la tête 
d'une grande armée > pafik le 



;.» 



M 'A ' . 

jour, entier entre le camp Se, 
la ville, abandonné des iiens» . 
rebuté par les ennemis » juf-^ 
qu'à ce qu'enfin la nuit étaoc 
Venue, les Romains lui; per- 
mirent de rentrer dans je çamp»^ 
Il retourna à Rome , & vou» 
lut entrer, comme il ayoit cou- 
tume auparavant ,' dan?. l*aȔem-. 
blée du Sénat , mais il y trouvi 
de l'oppofition. P. Rutilius, Tua 
des Tribuns du peuple, préten-* 
doit qu'il n'étoit plus citoyen. 
Ce n'étoit . poipt par mauvaife 
volonté que ce Tribun agilV 
foit» mais parce qu'il croyoic 
la chofe contraire a refprit des 
loix. A la vérité , ceux qu^ 
ayant été pris par les ennemis , 
revenoient enfulte dans leur 
patrie » rentroient dans vous 
les droits que la captivité leui; 
avoit fait perdre ; & c'eil-cé . 
qu'on appelloit jus Pojllîminiu 
Mais» le Tribun repréfentoit 
que c'étoit une tradition immé- 
moriale que quiconque ^voic 
été vendu par fon père ou 
par le peuple , ou livré aux 
ennemis par le Fécial , n'ar 
voit point de part au privilège 
& au droit de retour. Il fallut 
que l'autorité du peuple inter- 
vînt, qui réhabilita C. Holii- 
lius Mancinus 9 6c déclara qu'ijl 
feroit toujours regardé coramp 
citoyen , Ck jouiroit de tous les 
droits que cette qualité lui don- 
noit. [l parvint même dans là 
fuite à la Préture. C. Hoftilius 
Mancinus, pour conferver la. 
mémoire de cet événement, (e 
6t ériger une ilatue qui le rtf* 
préfencjic dans \t 'mêni'e Stac 



h( 



MA 

& La même attitude ou î1 étoîc» 
iDrfqii'il fut livré aux Numan* 
tins. 

•[ Il y en a qu! donnent à C. 
ffoAiiius'Mancinus le prénom 
de, Lucius , au lieu de celui de 
Caius. 

MANCIPIA, (il) nom que 
Ton donnoît aux Efclaves pris 
à ia guerre » par où a commen- 
cé la fèrvitùde ; c'eft comme 
oui difoit ^u^Ji manu captù 
■ MANDANE , Mandane, (b) 
Ma^/6%1», filie d'Aftyage, Roi 
des Medes , fut mariée à Cam- 
byfe , fils d^Achéménès , Roi 
dès Perfés ; & de ce mariage 
naquit Cyrus , un an après la 
toaîiTance de Cyaxare fon opcle. 
' MANDANiS , Mandanis , 
hlLàtfianiy {c) philofophe In- 
dien. C'étoîc le plus ancien & 
comme le Supérieur àts Brach- 
inancs , dii rems d*Alexandre le 
brand. Voye:^ Brachmanès* 
• MANDELE, Mandela, (d) 
TÎIlage d'iifalie au païs des Sa- 
Irrns. Nous lifons dans Ho- 
race : 
^_ • 

. M€ quoties reficit geOdus Dîgtn» 
lia riyus, 

iQjitfflt Mandela bibit , rttgofus 
fiigore pagus. 

'* On croit que ce village eft 
préfentement Paggîo Mirteto. 
"^ . MANDONIUN;.MWo;7itf«i, 
Vl«>/c>*ev , ' (c) ville d'Italie. 
Tîurarque , dans fa vîe d'Agîs 
tl de Qéomene , dit qu*Agé» 

"^ <^0 Roir« nift. Rom. Tom. 1. p« 146. 
(b) Xcnoph, p. 'i* & fiq* 
(() Scrab. p. 718. 
id) Hdfac* C U Bpift. i8« ?. 100 » loi. 



MA t) 

filaujt eut un fils nommé Archi-* 
damus , qui fut défait & tué 
dans un combat par les Mef- 
fapieos , devant une ville d'I- 
talie appellée Mandonium. he 
P^ Lu bit! croit que c'eit pré- 
fentement Cafal-Nuovo , dans 
là terre d'Orrante ; conjeâure 
fort légère. 

M ANDONIUS , Mandonius , 
frère d'indibilir. Roi des Iler- 
getes. Voyti Indibilis. 

MANDORE, (/) inftrument 
de n^uiique à cordes. La Man- 
dore des Modernes eâ une ef- 
pèce' de lutii , compofé pour 
Tordinaîre de quatre cordes ; 
fa longueur ordinaire eil d*un 
pîed ôc demi ; la première cor- 
de eil la plus déliée , & fe nom- 
me Chanterelle; les autres qui 
la fuivcnt vont toupurs en aug- 
mentant de groffeur. Son ac- 
cord eflde quinte eh quarte; 
c'eft-à-dire , que la quatrième 
corde eft à la quinte de latroi- 
fîème, la troilième à la quarte 
de la féconde, & la féconde 
à la quinte de la Chanterelle, 
On aDaiffe quelquefois la Chan- 
terelle d'un ton , afin quV11« 
fafle la quarte avec la troîfîême 
corde, ce qu'on appelle accor- 
der à corde avalée ; fouvenc 
auifî on abaifle la ChantereTle 
& la troiûème corde d'une tier- 
ce ; enfin, cet inftrument peut 
encore être monté à TunifTon » 
il étoit autrefois à la mode « & 
n*y eft plus aujourdibiui. 

<•) Pîùt. T. I. p. 79«. 
if) Mém. de PAcad. desTnrcrîpt. dL 
Bell. Lecc. Tom, VllU paf 7<* 



tA MA 

La Mandore n*eft pas de Pin* 
▼eocion des Modernes > elle 
étoic fon d'ufage chez le$ An- 
ctensyqui rappelloienCTra^/ec/- 
fc»^ wetfj^cvfiay vWfJ'ùvplç, Il eo 

eft parlé dans Atfaènée , dans 
PolittX^ dans Héfychius» dans 
Ntcomaqué > dans Lampride » 
& quelques autres. 

Suivant la defcription que 
BOUS donne de la Mandore an- 
cienne le fçavant Perrault , 
elle étoic montée de quatre cor- 
des f dont la Chanterelle fer* 
Tant à jouer le fujet , étoit pin- 
cée par le doigt index armé 
d'une plume faifant TefTec du 
pleârum. Pendant qu*ôn la pin* 
çoic ainfî , les trois autres cor- 
des , qui faifoient Toâave rem- 
plie de fa quinte 9 étoient frap- 
pées l*une après l'autre fuccef- 
nvement par le pouce* On tâ- 
choit de faire enforte que ces 
trois cordes » qui tenoient lieu 
d'autant de bourdons , s'accor* 
daflenc^ avec les tons du fujet » 
qui devoit être néanmoins dans 
le mode , fur lequel étoit accor- 
dé le bourdon ; c'eft-à-dire ^ 
que la Chanterelle devoit être 
accordée» de manière que les 
cadences principales & les do- 
minantes tombaiient fur les bour- 
dons que le pouce frappoic, fui- 
irant la cadence propre à l'air 
que Ton jouoir. On voit par- 
là que les Anciens formoient 
une efpèce de fymphonie , où 
entroient trois confonnances ; 
snais^ils n*endemeurerenc pas*là« 

C«) Ludan. T. I. p. 478. 
Jh) Plut* Tom« 1« pag. 40if 



I 



MA 

Ils allèrent jufqu'à faire ufage 
de quelques diflonnances dana 
le concert» & de ce nombre pnt 
été certainement la tierce As 
la lixte. 

MANDRA6ULE, Mfndra^ 
bulus y làMflfu&9vhtç • (tf ) donc 
il eft fait mention dans un dia^ 
logue de Lucien* 

MANDRICIDAS » Mandrin, 
cidas , MetflpiM.lJ'aç . (b) Spartia^ 
te. Pyrrhus , Roi d*Épire , étant 
entré fur les terres de Sparte 9 
fe mit à les pillera à les rava* 
ger ; & comme les Ambaâaf 
deurs qu'on lui avoit envoyés ^ 
fe plaignoient de ce qu'il fat# 
foir contre eux ces aâes d^hoC» 
tilité» fans leur avoir aupara« 
vaut déclaré la guerre : Bon^ 
leur répondit«il » eh ne fçavons* 
nous pas que vous autres Laccdéf 
monicns , vous ne déclare^ jamais 
ce que vous ave^ rifolu de faire i? 
Mandricsdas, un de ceux qui 
étoient préféns » lui dit en loa 
langage Laconique : Si tu es UM 
Dieu f tu ne nous feras point de 
mal y car nous ne t en avons poini 
fait ; mais y fi tu rCes qu'un 
homme y nous en trouverons quel» 
qu* autre . qui fera plus vailUiH 
que toi, 

MANDROCLIDAS, Mm- 
droclidas y McvfJ'poiOitii'aç « (c) 
fils d'Ecphane , fut un de ceux 

Iui excitèrent fortement le roi 
.gis à rétablir l'ancienne di* 
gnité de Sparte f en remet- 
tant en vigueur les loix .de 
Lycurgue* Flutarqoe remar* 

(«} Plot« ToflL l*.psK.* 798t 



... MA 

fi2« que Màndroclidas ^coïc ua 
Homme fore propre à conduire 
des pradques fecretes ^ parce 
qite Tes rbfes & (on audace 
étoienc actompagnées 4e fer- 
sieté* 

MANDROPOLIS , Màn- 
irapùUs y (4) ville de rAfiè 
mineure , dans fa Phry^e , feloa 
Etienne de Rysance. Tice-Live 
en parle au({i , & la met encre le 
Palus Caralice & la ville de 
Lagos , à peu de diftance de 
Cibyrc & de Termeffe* 

MANDUBIENS, Manduhiiy 
Mccf/cv^loi ^ {è) peuple de la 
Gaule Celtique. La ville d^A- 
léfîe , aujourd'hui Alife j ^rolt 
de leur dépendance, au rapport 
de Jule Céfar & de Scrabon. 

Ce dernier le méprend érran^ 

femenr en faifant les Mandu- 
îens limitrophes des Arver- 
nés', trompé apparemment parce 

?|ue Vercingétorix qui fe ren« 
erma dans cette place , écoit 
de la ftation des Arvetnes. Les 
Mandubiens dépendoient des 
Éduens , & habitoient fur la 
frontière des Lingones. Héric » 
qui dans le neuvième fîecle a 
ronopofé un Poëme , dont la 
l^ié de fàint Germain d*Auxer- 
r« eil le fujet , témoigne pat 
te vers en parlant d'Aléfie : 

Te fines JEduoe £*, limina /aéra 
tuentem y 

que les Mandubiens étoient 
rÉifèrmés dans le territoire 

<#> Tu. liv. t. XXXVIll. c. f y. 



(#> Tît. 4.1V. L. XXXVIll. c. f y. 1 fO C«r. d 
(b) Caef. de fiell. Oall. L. Vil, p. t%9. lér feq. Cr^f. 
rab. pa^. 191. Nocic. de la Gaul.]par J ijtf « 157. 
, d*Anvill« p> 431 y 43t, 4 



Scrab 



MA i% 

des Éduens; & les limités ac- 
tuelles du diocèfe d'AuftuA f 
répondent encore. Les lieux 

3ui portent le nom de Fins , près 
*Alife & de Sémur eo Auxois, 
nous appreanent même que ces 
limites exiiloient aiafi du tems 
de la domination Romaine, 8c 
qu'elles n*ont point éprouvé de 
diangement. L*uo 3c l'autre de 
ces lieux fe trouve cité fous, 
le nom de Fines ^ dans la Chror 
nique de Hugue t Moine 4^ 
l*abbave de Havigni , fîtnée à 
une aemi - lieue d^Alife. Cet 
article eft de M. d^Anville. 

Nicolas Sanfon n'eft pas tout* 
&-fait du même avis y & voici 
comme il raifonne dans fes re- 
marques fur la carte de l'an- 
cienne Gaule ; n Le Duefinois» 
» où eft Alife » femble retenir 
>» quelque chofe de Tancien nom 
» Mandtièii ; ce quartier ^Û 
» tout engagé dans le diocèCe 
^ de Langres , & néanmoins ^ 
» dépend du diocèfe d^Autnn ; 
M cela m*a fait Juger , pour- 
I» fuit-il , ou qu'ils ont été ps^ 
» $us Lingonum , pais de ceux 
» de Langres » ou qu'ils ont été 
» peuple en cheft 6c qu*aptè« 
» la prife & la ruine d'Alife ^ 
» les parties de ce peuple Mon* 
n duhn auront été données cii 
» partie à ceux d'Autun » eâ 
» partie à ceux de Langres. » 
MANDUBRATIUS y Man^ 
duhratiusy (c) étoit £ls d'Ima* 
nuentius , Koi des Trinobaates^ 

C«) C«r. de Bell. Gali, L. V« p. 1*4; 

A- ---^- Hift^ J^^^^ J^^,^ yy ^J 



î6 MA 

teuple de ta Grande-Bretagne, 
orlque Jule Céfar alla porter la 
guerre dans cette îfle , Mandu- 
brarius étoit dans Tarmée de ce 
Général» auprès duquel il étoit 
venu jufqu'en Gaule chercher 
tine retraite & un appui. Dès* 
lors les Gaules étoient rafyle 
des Rois de la Grande-Breta- 
gne , dépoflTédés & perfécutés. 
Imanuenrius ayant été tué par 
Cartîvellaunus , les Trinobah- 
tés qui confervoîent de l'atta- 
chement pour Mandubratîus , 
prièrent Jule Céfar de le leur 
renvoyer pour les gouverner. Ils 
obtinrent l'effet de leur deman- 
de , & moyennant quarante ota- 
ges & desbleds qu'ils fournirent 
aux Romains , leur païs fut épar- 
gné & même protégé par Jul€ 
Céfar. 

MANDURIE , Mandurîa , 
(j) ville d'Italie au païs des 
oalentins » autrement dans la 
Meffapie , ou Tlapygîe. Pline 
dît qu'auprès de cette ville eft 
un lac toujours plein jufqu'aux 
bords 9 & qui ne s'augmente 
point par toutes les eaux qui 
y tombent , & ne décroît point 
par toutes celles qui en fortent. 
Q. Fabius, ayant pris de force 
la ville de Mandurîe , y fit qua- 
tre mille prifonnîers & un bu- 
tin confldérable , l'an de Rome 
543 , & 209 avant J. C. 

Etienne de Byzance lit Man- 
dyrium. Cette ville eft préfen- 
tement reconnoiflabie à caufe 
du lac qui conferve l'ancien 

{/) f lin. Toiii» 1. p. ito. Tit. Li?. L. 
XXVU. c, 15. 
(b) Dan. c. ji Ti %%• & fif* 



MA 

nom*. On l'appelle Andotîa, 
Le nom moderne de Mandurie 
eftCafal-Nuovo, felonLéandre. 

MANÛURIUM , Màndw- 
tium. V6ye!(^ Mandurîe. 

MANDYAS, Mandyds, la 
même chofe que la Cblarayde^ 
félon Aftémidorc. Voye^ Chla- 
Ciyde. V 

MANÉ, Manc^ Maw, (b) 
terme Chaldéen , qui (îgnîfîe » 
H à comptée Pendant un repas 
facrilege que Balthafar donna 
à (e% courtifans & à fes concu- 
bines , il fe fit fervir les vafes 
facrés du Temple de Jérufalem, 
que Nabuchodonofor avoit ap- 
portés à Babylone. Alors, il 
parût fur la ^muraille comme 
Une main qiiiécrivoit ces mots, 
Mané <t Thécel ^ Phares ^ c'efl*à« 
dire , Dieu a compté , il a pefé , 
îi a divifé. Perfonne n'ayant pu 
expliquer ces paroles, Daniel 
fut appelle , & déclara au Roi 
que Dieu avoit compté fe$ 
jours, & que fon heure étoit 
venue '^ qu'il avoit pefé fes 
aftions & qu'il ks avoit trou- 
vées trop légères ; & qu'enfin 
il avojt partagé fa Monarchie 
entre les Perlés & les Medes. 
La même huit Balthafar fut mis 

MANES , Mants , (c) fils de 
Jupiter & de la Terre , félon 
Denys d'Halicarnaffe,fttccédaà 
Méon au royaume de Lydie. 
Voye^ Lydie. 

On demande fi le Manbs j|tt 
Masdès dont parle Flutarque» 

(C) Mém. de TAcad. des Infcript.& 
Bell. Le». Tom. V. p. «ji. 

eft 



' 



MA 

tft le toéme donc il eH h\t 

mention daos Dénjs d'Halicar- 

Hafle. » Toute la difficulté, 

*> dît M. Pabbé Sévin » roule fur 

» un fragment d'AJexandre 

7> Polyhîflor» qùiftous oblige de 

éê reconnoîcre deux Princes de 

s» ce iiomé En effet , Manès père 

» d'Acroon ne fçauroit avoir 

•> rien de commun avec cet au- 

» tre, dont le fils s'appeiloic 

» Cotys» A la vérité, le pre- 

» mier de ces Rois me paroît 

I» un peu fufpeâ. Acmon lui 

^ devoit le jout , fi Ton en 

» croit Alexandre Polyhiftor; 

30 maiSfPhérécyde avoue de bon^ 

» ne foi , que les monumens 

y> hiiloriquet ne parlent jamais 

» de Torigine d Acmon & de 

» Doëas Ton frère. Lequel croi- 

» re de ces deux Écrivains? 

^ Pour moi , dans les matières 

m de généalogie , je me ferois 

» un fcrupule d'écouter Alexan-* 

y> dre Polyhiilor aux dépens 

» d^un Auteur, qui lui étoit 

» infiniment fupérieureii ce gen- 

» re de connoiiTances. Ajourer 

» à cela, que quelques Poëtesi 

» au rapport de Phurnutus, font 

» Uranus fils d^ Acmon* Si la 

i> remarque eft certaine,comme 

x> le prouvent inconteilable- 

» inent les témoignages de Sim- 

» mius &d'Antimaque, ondott 

» en conclure que Saturne Se 

x> Jupiter font les defcendaos 

M de Manès. Comment donc 

» un Dieu 4e cette importance 

y> eft* il échappé aux recher- 

3» ches des Théologiens > qui 

» ont précédé le fiecle de Phé- 

9 récyde? De toutes les raifons 



M A 17 

• qui otit pu donner, lieu à cet 
n oubli , la plus plaufible , 4 
3» mon avis , feroit de dlrlt' 
1» que Manès eft un perfonnagft 
»* fuppofé ; auquel cas perfoont 
X» ne difputera au Héros qui pof^ 
9 te le même nom dans Dényt 
3i> d*Halicarnafl*e , lea viâoirei 
)» fignalées qui avoient reodti 
» Ton règne fi glorieux^ Ce 
« Prince époufa Callirhoë , fille 
f» de rOcéaji., dpùt il eut Co* 
a> tys, qui, après la mort de 
» fon nere , remplit le trône de 
» Lydie* Tel eft le fentimenc 
n de Dénys d^Halicarnafle i que 
» peut-être bien des gens ne 
» trouvetont gnère conforme 
a> à celui d*Hérodote. Cet Hif* 
j> torien du moins femble'dé» 
P cider en faveut d'Atys t qui, 
» félon lui , éft le fils Ôc le fuc** 
» cefltiur immédiat de Manèi* 
9 Cependant, tout bien examl« 
» né , je ne crains pas d*avan* 
» cet que ct% deux Écrivaini 
.j» ont luivi la même tradition: 
y* autrement il feroit malaifé 
n de juftifier Hétodote , lut 
» qui prétend dans un autre 
» endroit, que l'Afîe a empruii* 
y» té fon nom d'Afiès , fils de 
» Cotys & petit- fils de Manès.^ 
9 Ces paroles font claires, 6c 
3» fufiifent pour afiurer à Cotyt 
» la pofiTemon d'un Royaun^e 
» qui lui appartient fi légitime* 
.» ment, n 

Xanthus fait aulfi Mani;s , fita 
de Jupiter ; ce qui prouve , dit 
M* Fréret^ qu^il étoit le pluâ 
anciep Roi. 4e Lydicé » Car « 
» a}oute-t-il9 dans le ftyle dei 
m anciens Écrivains, le com« 

fi 



F ■ ^ 

» médfcemént des tems'hîftorî- 
3» ques de chaque oacion eft 
a décrit comme le commence- 
30 m^nc da genre humain; & 
3> iorfque ia fucceiEon hiilori* 
37' que des Rois 6c des hommes 
i n'eft plus connue , on fait ha* 
30 bitèr fa terre par des Divini<* 
io tés. C?eil pour cela que. le 
^ tems fabuleux de ce règne 
3^ des Dieux > finit plus tard 
» chez les nations dont les mé- 
x> moires hiilforiqùes font moins 
y) anciens; Nous ^voyons dans 
y> les traditions des Romains ^ 
30 que Saturne tegndit encore 
» en PItaiie dans un rems où, 
30 félon les traditions Grecques» 
» les Dieux avoieor quitté le 
30 féjour de la terre depuis plu- 
'» fîeurs (iecles , pour lie retirer 
03 dans le Ciel. 

» Manès étant le plus ancien 
03 Roi des peuples y appelles 
30 Méoniens de Ton nom» je ne 
'39 le crois pas di^rent de ce 
» Méon , Roi de Phrygie & de 
» Lydie, dont parle Diodore 
>» de Sicile. Car, le nom de 
» Méoniens quHIs ont dans 
» Homère & dans Hérodote , 
'ô> fuppofe que le nom de leur 
00 premier Roi ft pronopçou 
» Méon auffî bien que Manès. 

30 Ce Prince étoit mari de 
» Callirhoë , fiile de TOcéan , 
y> félon Xanthus ; les autres la 

30 nommept. Pi^^j^tOA > ^ ^^ 
* f} font mère de Cybele , dont 

» les amours avec le jeune Atys 
' » donnèrent occasion aux céré- 

(4) Myth. par M. PAbb. Ban. Tom. 

" IV. pag. 4^»»49î« Tom. V, pag, i6a. 

«^ .fmiv, Antiq. expliq. par D. Bern. 

die Momf. Jom. 11. pa^. 35 » 13$ ^ S41, 



.... 1^1 A 

9) monies du culte de la mère 
» des Dieux ou de ta DéefTe de 
» Phrygie , à laquelle on don- 
» noit auili les noms de Cybele^ 
» d*Agdi(lis , &c. Comme le 
n culte & les myfteres de cette 
03 DéefTe furent établis fous le 
3t> règne de Méon , félon Dio- 
D dore & les Auteurs qui ont 
7} traité ces matières, on peut 
» déterminer le tems de fon 
30 règne par celui de rétabiif««> 
SI fement du culte de la mère 
13 des Dieux, & de Tappari'* 
33 tion de fa ftatue à PelGnun* 
30 tium , marqué dans la c}#o* 
n nique de Paros , à Tan 297 
3» avant la prife de Troie , dt 
» quelques années après Tarri- 
30 vée de Cadmus éc de Da-» 
09 naùs dans la Grèce. Suivant 
30 cette Chronique , le temi de 
n Méon & le commencement 
» des myfteres de Cybele tom*- 
30 beront vers Tan 15^0 avant 
IVre Chrétienne. » 

MANES 9 Mânes , (a) Dieux 
auxquels les Anciens ont donné 
pour mère la déefle Mania ; 
mais , leur véritable origine » 
félon M. l'abbé Banier, doit 
fe rapporter à l'opinion où 
Ton étoit, que le monde étoit 
rempli de Génies ; qu'il y ea 
avoit également pour les vivans 
Se pour les mores ; que les uns 
étoient bons , & les autres mau- 
vais , & que les premiers s'ap- 
pelloient Lares familiers , de les 
féconds Lémures ou Larves* 
Auffi , quand Virgile dit : Quif^ 

Mém. de PAcad. des Infcrîpt. & Bell* 
Letc. Tom. 1. pag. ^1, ér Jmiv, Tom. 
111. p. ) f 79. 6* fmiv. Tom. IV. p» a^s ^ 
176. T, VU. p. 30. T. IX. p. é^. 



VT 



4v^' 



»» ^ 



MA. 

If ne faos patimur Mants , c*eft, 
félon Sefvius 9 comme s'il difoit: 
Nous avons chacun notre Génie. 

Il parotc par la Mythologie 
des Anciens $ qu'ils n*avoieoc 
pas des idées bien fixes au fujet 
des Mânes. Ce qu'on peut en 
recueillir de plus conftacé y ç'eft 
que fouvent ils les prenoient 
pour des âmes féparées du 
corps , d'autres fois pour les 
Dieux infernauX) ou (implemenc 
comm.e les Dieux ou les Génies 
tptélaires des défunts.jK 

Quelques Anciens ^u rap« 
port de Servi us , ont prétendu 
que les grands Dieux <réleftes 
étoieût les Dieux des vivans ; 
mais que les Dieux du fécond 
ordre , les Mânes en parcicu^ 
lier , étoient les Dieux des 
morts ; qu'ils n'exerçoient leur 
çinpire que dans les ténèbres 
de la nuit auxquelles*ils préfi* 
doienty ce qui , fuivant eux , a 
donné lien d'appeller le matin 
Mant. 

Le mot Mânes a auflï été pris 
quelquefois pour les Enfers en 
sénéral, c'elt-àdire , pour les 
lieux fouterreinSy où fe dévoient 
rendre les âmes des hommes après 
leur mort » & d'où les bonnes 
étoient envoyées * aux champs 
Élyfées , & les méchantes au 
lieu des fupplices appelle le 
Tartare. C'eâ ainfi que Virgile 
dit: 

»..••. Htf c Mânes veniet mihl 
famafuh imos. 

On a donné au mot Mânes 
diverfes érymologies ; les uns le 
font venir du mot Latin manare^ 




MA î9 

fortir, découler, parce^ difenr* 
ils, qu'ils occupent l'air qui eft 
entre la terre & le cercle lu<^ 
nairc , d*où ils defcendent pouf 
venir tourmenter les hommes j 
mais, (i ce mot vient de manatcg^ 
ne feroit-ce point plutôt parce 
que les Payens çroyoient que 
c'étoit par le canal des Maûet 
que découlent particulièrement' 
les biens ou les maux de la vi^e 
privée? D'autres le tirent du 
vieux mot Latin marius , qui fl* 
gnifie bon , & fuivant cette idée 
ils ne confiderent les Mânes que 
comme des divinités bienfaifan* 
tes qui s'intéreifenr au bonheur 
des humains , avec lefquels elles 
ont entretenu pendant leur vie 
des relations parricttlieres, com- 
me leurs proches ou leurs amis^ 
Un Auteur Allemand j prévenu 
en faveur de fa langue , tire le 
mot Mânes du vieux mot mann^ 
homme, qu'il prétend être un 
mot des plus anciens , ât qui 
vient de la langue Étrufque, Of 
il dit que Mânes fîgnifîe deâ 
hommes par excellence , parce 
qu'il n'y a que des âmes vérita- 
blement vertueufes qui puiflenc 
efpérer de devenir , après la 
mort de leurs corpi , dt% efpe- 
ces de divinités , capables de 
faire du bien aux amis de la 
vertu; maïs, la véritable éty- 
mologie du mot Mânes fe trou« 
ve dans les langues Orientales^ 
& vient fans doute de l'ancien- 
ne racine moun , d*oû fe font 
formés les mots Chaldaïque dc 
AtAt^moan ^man y qui fignifîenc 
figura , fimilitudo , imago , phân* 
tafma , idea , fpecies intelUgihiUs • 

, Bii 



j2d M A 

firma imaginis cujufdam , dUltur 
ênim de rébus , tant corporalibus 

Î' uarn fpiritualibus , prafertim de 
}eo, (2e font - là tout autant 
de lignifications analogues aux 
îdécs qu^on fe formoit des Ma- 
tiQ$ y &L aux diverfes opérations 
qu*on leur atcribuoit. 

De tous les Anciens, Apulée 
cft celui qui , dans Ton livre 
de Deo Socratis y nous j>arle plus 
clairement de la doarine des 
Mânes. » Le Génie » dit-il , eft 
y> l'ame de rhomgie dégagée âc 
» délivrée des liens qui l'atta* 
2b choient au corp,s. Je trouve 
37 que dans l'ancien langage 
aô Latin , on la nommoit alors 
^ Lemure. De ces Lémures , 
y> ceux qui ont en partage le 
» foin de ceux qui habitent dans 
B» les maifons où ils avoient 
30. eux - mêmes demeuré & qui 
30 font doux & pacifiques, s^ap- 
90 peilent Lares familiers. Ceux 
yi au contraire qui en punition 
» de leur mauVaife vie > n*ont 
» point de demeure aflurée» 
7> font erjrans & vagabons^ de 
f? caufent des terreurs paniques 
» aux gens de bien qu'ils cher- 
» chent à épouvanter, 6c font 
» véritablement du mal aux 
» méchans , font nommés Lar- 
io ves. Des uns & les autres, 
» Toit Lares , foit Larves , por- 
» tent le nom de Dieux Mânes; 
» & c'eft par honneur qu'on 
» les appelle Dieux, Honoris 
ao gratiâ Dei vocahulum additum 



» eft» f> 
On I 



ne fçait au refte quelle 
vertu avoient le bruit & le fon de 
rairaio fie du fer ; mais, Lucien 



MAv : 

& Agatharcide , cités par Pho- 
tius, aflurent qu'il étoit fi iil-' 
fupportable aux Dieux Mânes ^ 
qu'il les mettoit en fuite. 

Il en étoit de même des om- 
bres qui étoient dans les En* 
fers ; aufS Circé , dans Homère 
recommande -t- elle à UlyflTe , 
lorfqu'il aura offert un facrifîce 
aux Dieux qui y préfîdent, &C 
répandu le fang des victimes 
dans une fofiTe, de mettre l'cpée 
à la main pour en écarter les 
ombres qui viendront pour hu- 
mer ce fang dont ellesî'ont fort 
friandes* Virgile, toujours co- 
pifte de ce poète Grec , dit de 
même qu'Énée étant arrivé dant, 
les Enfers , prit Ton épée^ pouf 
écarter ces mêmes ombres qui 
volrigeoient autour de lui. Mais, 
il paroît qii il y alloit de bonne 
foi » &L qu'il avoir envie de fer- 
railler « l^^rfque la Sibylle lus fie 
appercevoir que fes coups fe- 
roient inutiles , parce que ce 
n^étoîent que de vains phantô- 
mes contre lefquels le fer n'a- 
voit point de prife. ' 

Quoi qu^il en folt , la crain- 
te, autant que le refpeél» fai* 
foit qu'on avoit une extrême 
vénération pour ces Dieux , 6c 
on ne manquoit jamais de leur 
recommander les morts ; delà 
la formule ordinaire qui fe trou- 
ve fur les tombeaux anciens , 
D. M; Dits Manibus, Delà en- 
core ces libations fréquentes' 
qu*ont y faifoit ^ & qui avoienc 
pour objet non -feulement les 
ombres des niorts , mais au(S 
les Dieux Mânes qui les gar« 
doieot. 



■M'A _ . \, . 

' On ne fçaît où les Compila- 
teurs du Didionnaire de Tré-. 
voux ont pris qu' Rome il 
écoic défendu d'invoquer les 
Mânes ; s'ils avoîent confuicé 
Feftus, il leur auroit appris que 
les Augures même du peuple 
Romain écoien( chargés du foin 
de les invoquer , parce qu'on 
les regardoit comme des êtres 
bienfaifans & les proteAeurs 
des humains. Il parott même 
que ceux qui avoient de la dé>- 
votion pour les Mânes , de qui 
vouloienc confecver avec eux 
quelque commerce particulier, 
s'endormoient auprès dts tom« 
beaux des morts , .afin d'avoir 
des fonges prophétiques & des 
révélations par l'entremife des 
Manês > ou des âmes des dé- 
funts. 

. C'eflainii qu'Hérodote dîrque 
les Nafamones y peuple d'Âfri- 
que , juroient par ceux qui 
avoient été juOes & honnêtes 
gens; qu'ils devinoient en tou- 
chant leurs tombeaux ; & qu'en 
s'approchant de leurs fépulcres, 
après avoir fait quelques priè- 
res f ils s'endormoient , âc 
étoient inflruits en fonge de ce 
qu'ils vouloient fçàvoir. 

Au reAé V >I paroît claire* 
ment par une multitude d'Au- 
teurs que les Payens atribuoienc 
aux âmes des défunts , des ef- 
peces de corps très-fubtils , de 
la nature de Taîr , mais cepen- 
dant organîfés , 8c capables de 
diverfes fondions de la vie hu- 

(a) 7ofeph, L. K Contra Apion. pag. 
10)5^. ér Jjnj* Suicl. Tom. 11. p9g. 89. 
%o\ï. iiift. Aoc. Tom» 1. ^ag, é^ , {^5. 



-< 



MA 

mainé > comme voir , parler ^ 
entendre , fe communiquer ^ 
pafier d'un lieu dans un autre p 
&c. Il femble même que fans 
cette fuppoiition nous ayions de 
la peine à nous tirer des gran- 
des difficultés que l'on fait tout 
les jours contre les dogmes fon- 
damentaux &confolans de l'im- 
mortalité de l'ame & de la ré- 
furreélion des corps. 

Chacun fçait que l'idée de 
corps 9 ou du moins de figures 
particulières unies aux intelli- 
gences céleftes 9 à la divinité 
même » a été adoptée par ceux 
des Chrétiens qu'on appelloic 
Anthropomorphites,parce qu'ils 
repréfentoient Dieu fous la fî^ 
gure humaine. 

Nous fommes redevables à 
cette erreur de je ne fçais 
combien de belles peintures du 
Père Éternel 9 qui ont immorta* 
lifé le pinceau qui les a faites , 
qui décorent aujourd'hui plu- 
ueurs autels , & fervent à fou- 
tenir la foi ôc la piété des Fidè- 
les» qui fouvent ont befoin de 
ce fecours. 

C'étoit une opinion commune 
dans les ten^s héroïques , que 
les Mânes de ceux oui étoient 
morts dans une terre étrangère» 
erroient bc cherchoient à re- 
tourner dans leur païs. . Voyei^ 
Mort. 

MANÉTHON , Manethon , 
MâtreGctfy ) (tf) originaire de Se- 
bennyté , qui éll appellée dans 
Strabon Schennynca urbs- , , ÔC 

I Uhw, de PAcad. des Infcripc. h, Qflj. 

Lcit. Tom 111. pag. aj. é" f»$v» Tom; 

1 VI, pag. 96, 97« 180. 

ri ••• 



9^1 M A 

Bscif d'HéliopoIis , étoif grand- 
Prêtre de cette dernière ville. 

Il coropofa par ordre de Pco- 
lémée Philadelphe une hiftoire 
d'Egypte» qu'il dédia à ce 
Frince , & qu'il publia avant 
l'an 247 avant Jcfus-Chrift, 
puifque Ptole'mée Philadelphe 
mourut cette même année. Pour 
exécuter cet Ouvrage , il ayoit 
confuhé toutes les archives des 
temples de l'Egypte ; il le pou- 
voit faire aifément étant pré« 
pofé à la garde des livres facré^ 
de tout le païs. Un fragment de 
cette hiiloire , cité par Jofephe, 
BOUS donne lieu de juger qu'elle 
étoit écrite avec ex*jdlitude ; 
car , Manéthon avoue que dans 
le fait dont il parle , il n'a rien 
trouvé dans les livres authentf- 
ques , ou dans les archives des 
temples , Ôc remarque qu'il né 
tient ce qu'il en dit, que de la 
tradition des habitans d'Hélio- 
poIis ; ce qui prouve le foin 
qu'il avolt de dilHnguer lès di« 
vers degrés d'autorité des mé- 
moires qu'il futvoit. 

Nous avons des extraits d^ 
fon hiiloire d'Egypte , faits par 
Jule Africain, 6c iranfcrits par 
George le Syncelle. Cette hif- 
toire de Manéthon , ainfî que 
celle de Ptolémée de Mendes» 
autre prêtre Égyptien ,. niéri- 
toient plus de croyance que 
celle d'Hécatée de Milet & 
celle d'Hérodote , qui s*é- 
toient contentés de confulter 
de vive voix les Prêtres de 
Memphis, de l'habileté defqueU 
on ne fait pas de grands éloges; 
au lieu queManéchcn âc Ftcld- 



MA 

mée de Mendes avoient cofiftlté 
les chroniques même des Égyp- 
tiens , & que leurs hiftoiret 
étoient fondéesr non-feulemenc 
fur les traditions > mais encore 
fur les titres & les monumens 
\ts plus affurés. 

L'hiftoire de Manéthon éfok 
divifée en trois parties ; la pre- 
mière contenoit l'hiftoire des 
Dieux ; la féconde , celle des 
Princes ou des rois d'Egypte 
& demi-Dieux ; la troifîeme 9 
celle des XXX Dynafties » qui 
finirent à Neâanébus , dernier 
roi d'Egypte , qui a regni 
quatorze ans avant la conquête 
d'Alexandre. 

Si on fuppute les XXX Dy* 
nafties de Manéthon fucceffives» 
elles compofent plus de cini} 
mille trois cens ans jufqu'au rè- 
gne d'Alexandre ».ce qui eft ma- 
nifeftement convaincu de fauf* 
fêté. D'ailleurs , on voit dans 
Erathofthene , appelle à Ale- 
xandrie par Ptolémée Evergete» 
une lifte de trente - huit rots 
Thébains 9 tous difFérens de ceux 
de Manéthon. Le foin d'éclair- 
cir ces difficultés a beaucoup 
exercé les Sçavans* La voie la 
plus (lire de concilier ces contra- 
diâions , eftde fuppofec » com- 
me le font maintenant prefque 
tous ceux qui traitent cette ma- 
tière, que les Rois dont il eft 
parlé dans les différentes Dy- 
naAies ^ ne fe font pas tousfuc- 
cédé les uns aux autres , mais 
que plulieurs ont régné en mê- 
me-tems dans des contrées dif« 
férentes. 

MANÉTHON^ Matutho$ti 



MA 

Mâfi'fW'', (tf) furnommé le Meo- 
défieo , prêtre Égyptien, auteur 
de quelques Ouvrages cités par 
Suidas , êntr'autres , d'un Hvre^ 
de la manière de faire les par* 
fums « dont fe fervoient les 
Sacrificateurs Egyptiens. Il eft 
parlé de cet auteur dans le livre 
dlfîs & d*Ofirîs de Plutarque -, 
dans Calieo j & dans le fécond 
livre de Saint Jérôme contre 
Jovinien. 

MANGÉLIES , Aftfa«/w, (h) 
fêtes des Romains , (elon M. 
Tabbé Banier. 

^ MANUV.Manhuy {c) cVft- 
à-dire, qu^efl^ce que ceci. Les Hé- 
breux ayant vu la manne ^fe 
dirent l'un à Tautre : Man-hu , 
qu*eA-ce que ceci? ou ceci eft 
de la manne. 

Mania , Mania y M'cr'a « 
(d) déeife Romaine. Elle pafloit 
pour la mère des dieux Lares » 
qui préfidoient aux carrefours. 
On lui offiroit le jour de fa fête» 
qui étoit le même que celui de 
là fêce de fes enfans, des figu- 
res de laine , en pareil nombre 
qu'il y avoit de perfonnes dans 
chaque famille ; on la prioit de 
s'en contenter » & d'épargner 
les perfonnes qui lui rendoient 
cet hommage. Foyt^ Mana. 

MANIA , Mania , Mcck/« , (0 
femme de Zénis Dardanien , qui 
avoit gouverné i'Éolie fous l'au- 
torité de Pharnabaze. Comme 
après la mort de Zénis » on vou- 
loit donner cette province à un 



MA 2) 

autre i Mania vint trouver Phar^» 
nabaze avec des troupes & des 
préfens 9 & lui dit qu'étanc 
veuve d'un homme qui lui avoit 
rendu de grands fervices, elle 
le prioit de ne lui*point ôter les 
récompenCes de fon mari ; 
qu'elle le fervîroic avec le mê- 
me zèle & la même obéiiTance i 
de que il elle y manquoit » il 
lui feroit toujours libre de Icd ^ 
Ôter fon gouternement. Elle Iç 
conferva donc» & s'y conduiilt 
avec toute la fageâe & toute 
l'habileté qu'on auroit pu at- 
tendre de l'homme le plus conr 
fpmmé dans l'art de commander* 
Aux tributs ordinaires qu'avou 
payés fon mari , elle ajoutotc 
des préfens d'une magnificence 
extraordinaire ; ' & lorfque 
Fharnabaze vçnoit dans fa pro* 
vince » elle le traitoit plus rplen- 
didement que ne faifoient to»s 
les autres Gouverneurs. Elle ne 
fe contenta pas de conferver U$ 
places qu'on avoit commifes à 
ùk garde , elle en conquit de 
nouvelles » & prit fur la côte La- 
rifle , Amexite » & Colone. 

On voir ici que la prudence» 
le bon efprit , & le courage 
font de tout fexe. Mania fetroiv- 
voit préfente à tout > montée fur 
un char y & ordonnoit elle-mê- 
me des peines 6( des récompen- 
fes. Il n'y avoit point dans le^ 
provinces voifines de plus belle 
armée que la flenne » & elle y 
tenoit à fa folde un grand ngmr 



(et) Suid. T. U p. io;9« | (*') Myth. par M.'rAbb. Bsn.'Toni. 

(b) Mytb. par M. TAbb. Ban. Tom. ] IV. p. 491. 
1. p. 5ÎÎ- I CO Xcnoph. p. 46s , 4»|. Roll, Hift. 

(/(} £xod* Ct 16. Vi 151 I Ane* Tom* 11. p. 6qçi > 601. 



:24 M Â 

bre de foldats Giecs. Elle ae- 
compagnoît même Pharnabaze 
dans toutes fes entreprifesyâc 
Y>e lui écoit pas d'uiç médiocre 
fecours. Au$ ce Satrape ^ qui 
connoifloit tout le prix d*un fi 
Tare mérite ^ faifoit à cette Da« 
ïne^ plus d'honneur qu'à tous 
les autres Gouverneurs jjafqu*à 
lui donner entrée dans Ton Con* 
feil ; 6c 11 la traicoit avec une 
diilioAioq qui auroit été capa- 
ble d'exciter la jalouGe j fi' la 
snodeilie de la douceur de cette 
jDame n'en eufient prévenu les 
triftes effets , en jettant po^r 
alnfi dire un voile fur toutes 
fes vertus , qui en aroortifibit 
Téclat y & ne les laifioit en- 
trevoir que pour les faire ad- 
mirer. 

Elle ne trouva d'ennemis que 
dans fa propre famille. Midias 
fon gendre, piqué des repro* 
ch s qu'oA lui faifoit de laiiïef 
commander une femme en fa 
place, & abufani de l'entière 
confiance qu'elle avoir çù lui , 
de qui lui lai^oit les entrées li- 
bres en tout rems 4 l'étrangla 
avec fon iils. Après fa mort , il 
fe faifit de deux places fortes où 
elle avoit renfermé fes tréfors ; 
les autres villes fe déclarèrent 
contre 4ui. Une jouit paa long- 
rems du fruit de fon crime. Der« 
cyllidas arriva heureufemenc 
dans cette conjonâure. Toutes 
les places de PEolie » foit de 
gré) foit de force, fe rendl- 
fent à lui D & Midias fyt dé- 



MA 

ipôuUlé des biens qu'il avoît fi 
injuftement acquis. 

MANIA . Mania , VLxfU » 
(a) c'eft-à-'dire , folle , furnom 
de la courtîfanne Démo. Voye^ 
Démo. 

MÂNICiE. Voye{ Manches. 

M ANICIUS , Manicius , {k) 
PréneAin , commandoit dans 
Cafîlînum 9 lorfque cette place 
fut afiiégée par Annibal > i*aa 
de Rome 5}6 , & ai6 avant 
Jefus^Chrift. Quand elle fe 
rendit , le fer & la faim avoienc 
emporté plus de la moitié de la 
garnifon , qui, au commence?- 
ment, étoit de cinq cens foi*» 
xance-dix foldats, la plupart 
Préfteftins. Ceux qui étoient 
reilés , arrivèrent fains & faufs 
à.Préneiie avec Manicius > qui 
avoit été fcribe avant que d'être 
homme de guerre. La preuve 
en eft tirée i^. de la ilatue de 
cet officier , qu'on voyoit dans 
la place publique de rrénefte » 
armée d'une cuirafle , & cou- 
verte d'une longue robe , avec 
un voile fur la tête ; ^^- de trois 
autres figures qui Taccompa- 
gnoient ; 3^. d'une lame de cui-> 
vre , fur laquelle on avoit gravé 
cette infcription : C'eft un vœu 
que Manicius a fait pour le falut 
des foldats qui étoient en garni/àt^ 
â Cajilinum, Le même titre fe 
lifoic au bas des trois figures 
qu'on avoit mifes dans le temple 
de la Fortune. 

MANIES , Mania » Mw/xm «■ 
(0 canton du Péloponnèfe dans 



<«) Plut. Tom. 1. pag. çoif 
ijd} TiCf iiv. I. XXUI» c. 19. 



I (r) Pauf. p. 509 • S 10^ 



/ 



MA 

TArcadie. Voici ce qw Paufa- 
fiias nous apprend de ce canton, 
p En allant , dit-il > de Méga- 
» lopolis en Mefi*énie, on n'a 
» pas fait fepc ftades que Ton 
t» trouve à la gauche du grand 
» chemin un temple ^ dédié à 
» des Déefl*es » que lés gens du 
7» lieu nomment Manies i & tout 
9 le canton d*alencour en porte 
» auffi le nom. Je crois qu'ils 
» entendent les Furies y auffi 
30 difent-ilsqu'Orefte ayant tué 
» fa mère, perdit refprit en ce 
i^ lieu<>là. Aflez près du temple 
3» on voit un petit tertre cou- 
a> vert d'une efpece de tombe , 
a» fur laquelle eft gravée la fi« 
». gure d'un doigt; ils appeU 
n lent ce tertre la fépulture du 
» doigt , 6c difent qu'Orefte 
» devenu furieux , fe coupa là 
ti avec les dents un des doigts de 
a» la main« » 

MANIES [ les Déefles ]. 
Voyei Mania , déefle Romaine. 

MANILIA [la Loi] , (a) 
JLex Maniiia , loi dont Cicéron 
parle dans fon Brutus. Il en 
tait aufE mention dans fon orai- 
fon pour L. Muréna. 

Nous connoifibns deox loix 
de ce nom » portées par le Tri- 
bun C. Maniiius ; Tune étoit en 
faveur de Cn, Pompée , & l'au- 
tre en faveur des affranchis» 
Foye^ Maniiius [ C. ]. 

MANILIA, Maniiia, (è) 
Dame » qui , quand on ne lui 
intentoit point de procès , en 

^ Cs) Cicer. Brot. c. 6ç, 65* Ont. pro 
-L. Muren^ c. 4^. Rofin. de Antlq. 
Itomain. p. 8}o > 848.* 
(^J Jufcn. Satyc. 6. Vt S4Si 



MA 2Ç 

!ntentoit elle-même j au rapport 
de Juvénal. 

MANILIUS , Maniiius, 
Mxrixtcç , nom qui eft fouvenc 
confondu dans les Auteurs avec 
ceux de MalHus 6c de Manlios. 
Il n'eft pas rare qu'un Auteur, 
parlant du même perfonnage., 
l'appelle tantôt Mallius , tantôt 
Maniiius ; ce qui répand quel- 
quefois beaucoup d'obfcurité 
dans la leAure des Auteurs. 
Foye{ Mallius & Manlios. 

M ANltlUS [ Sex. 1 , ( c ) 
Six, Maniiius » l'un des deux 
Tribuns de% foldats à qui y da 
confentement des troupes Ro- 
maines y les autres Tribuns des 
foldats confièrent l'autorité fu- 
prême, l'an de Rome 305 , Sc 
447 avant Jefus - Chrift. Les 
troupes Romaines avoient alors 
levé l'étendard de la révolte , 
& s'étoient retirées fur le mont 
Aventin. 

MANILIUS [ P. ] • P* Ma- 
niiius y {d) un des cinq Commif^ 
faires qui furent envoyés en II- 
lyrie , l'an de Rome kS^ , & 
167 avant Jefus -Xhrift , pour 
jrégler les affaires de cette pro- 
vince y de concert avec le Gé- 
néral L. Anicius. 

MANILIUS [ Titus], 
Tiius Maniiius , tj'toc MxrMsç. 
Xi) Titus Maniiius & Quinrus 
Memmius 1 députés Romains , 
ayant été envoyés de la part du 
Sénat à Antioche y écrivirent 
au Sénat de Jérufalem i qu'ils 

(e) Tit. Liv. L. lll.c.5t. 

(d) Tit. Liy. L, XLV. c^ 17, 

(O Maccab* L. U. c, ii. v. %^*&fii% 



xS MA 

rarîfioîenc tout ce que le roi 
Lylîas leur avoit accordé , & 
^e s'ils avoient quelque chofe 
à leur repréfenter , ils vînfTent 
lestroQverà ADtioche,& qu'ils 
leur rendroient ou leur feroient 
rcndrejuflice. 

MANILIUS [ M. ] , (a) 
M. Mànilius , fut élevé au con- 
fulat avec L. Marcius Cenforî- 
nu$) Vzn de Rome 603 , & 
149 avant, Jefus - Chrift- Voye^ 
Marcius.. 

MANILIUS [L,]^ {h) L. 
Maniiius , Procooful d'une par- 
tie de rEfpagne » ^ut battu par 
un des Lieutenans de Serto-- 
fiu5> 

Le texte Grée de Piutartjue 
fte porte que Lucius ; on lit 
dans le texte Latin L. Manlius« 
ic dans la traduction Françoife 
de Flutarque , Lucius Manilîus. 
On croit que cet officier eft le 
même qui fuit. 

MANILIUS [ L. ] , (0 t. 
Manuius , Proconfuî , fut dé- 
fait dans l'Aquitaine , & obligé 
de s'enfuir , après avoir perdu 
tout Ton bagage , au rapport de 
JuleC^far. M. d'Ablancourt tra« 
duit Mallius. 

MANILIUS [C], (if) C. 
Manïlïus ^ tribun du peuple, 
Tan de Rome 686 » âc 66 avant 
Jefus-Chrift , fut à peine entré 
en charge » qu'il propofa une 
lot féditieufe pour diilribuer les 
affirançhis dans toutes les tribus» 
& donner aufE un très - grand 

(4^ Roll. Hilf. Rom. Tom< V. p. da 
(^) Plut. Tom. 1. p, 574. Créy. Hift. 

Xoi». T. VI. p. I io> 

' ' if) Cxf. de i^ll. Gall. L. Ul. p. i lo. 



MA 

crédit à cette canaille , dans TeS 
afiemblées populaires. Comme 
tout fe fairoit alors par violeocCt 
la fa<flion du Tribun s'empara 
At% avenues du Capitole. Mais» 
L. Domitius Ahénobardus alors 
fort jeune , & quinétoit encore 
que Quefteur , ayant formé u» 
gros de braves gens , fe jetta 
fur cette populace ramaiTée » la 
dinRpa « ôc en tua pluiîeurs. De» 
que les nouveaux Confuls fu- 
rent en charge , il» propoferent 
au Sénat de délibérer fur le fait, 
de C. Maoilius ; & le Sénat 
ayant împrouvé la loi, le Tri- 
bun fut fi effrayé , qu'il vour 
lut d'abord s*autorifer du non» 
de CrafTus , dzfant qu'il avoit 
agi par fon côofeil. Mais » com- 
me perfonne ne te croyoie 9 oi| 
ne voulut l*en croire , il cher- 
cha à fe donner un appui , en 
vendant Ton miniflere à l'ambi- 
tion de Çn. Pompée» 

Pour faire donc fa coilr à ce 
grand homme , âc fe délivrer 
lui-même d'une ma uvaife affai- 
re , qu'il s*étoit attirée par (k 
faute , C. Maniiius propofa une 
loi qui donnoit à Cn. Pompée 
le commandement de la guerre 
contre Mîthridate ôc Tigrane* 
Cette loi ne manqua pa3 de par- 
tifans de de protedleurs , même 
parmi les plus illuilres membres 
du Sénat. Plufieurs Confulaires ^ 
dont Servilius Ifauricus ed le 
plus célèbre Jule Céfar,.toujoufs 
attentif à féconder les incliiKi* 

Çâ) Dio. CafT. p. tot ai* Plue T. I. 
p. 634 , 86<). Crév. Hift. Rom. Ton. Yt 
pag. J04. tr friv. 



MA 

dofls de la multitude » & % fe 
frayer le chemin aux emplois 
nouveaux & contre les règles » 
enfio Cicéron aéluellement Pré- 
leur , appuyèrent lapropofitioa 
du Tribun. Nous avons le dif- 
cours que prononça le dernier 
en cette occafion. Ainfi , la loi 
de C. Manilius pafla, & mie 
Cn. Pompée au comble de fes 
vœux» 

Mais, notre Tribun ne fut 
pas plutôt forti de charge, qu'on 
Taccufa devant Cicéron même,, 
lorfqu'il ne reftoit plus à celui- 
ci que deux ou trois jours de 
fa PréturerC'étoient les adver- 
faires de Cn. Pompée qui fuf- 
citolent cette afiaire à C. Mani- 
lius, en haine de foo dévoue- 
ment à ce Général. L'accufé 
ayant demandé au Préteur le 
tems néceflaire pour fe mettre 
en état de répondre , Cicéron 
lui ordonna de le faire dès le 
lendemain, quoique Ton accor- 
dât au moins dix jours de délai. 
Sur cela les Tribuns s'empor- 
tent contre Cicéron , & le font 
jparoirre devant le peuple pour 
fendre raifon de fa conduite. Il 
monte tranquillement à la Tri- 
bune aux harangues , & dit qu'il 
s*étonne extrêmement des plain« 
tes des Tribuns ; que perfonne 
se s'intérefle plus vivement que 
lui à la caufe de C* Manilius , êc 
qu'il ne pouvoit le faire mieux 
connoître qu'en voulant être 
fon juge. Le peuple applaudit 

(4) Cicer. Brar. c. 55. deOrator. L. 
1. c. 106, L. 111. c. 7). 
ik) Ci^f r. Ont* pio A. Clucnt. c* s8. 



MA HT 

à ce difcours. Néanmoins» 
comme il étoit néceflaire de 
diâférer le jugement, & que 
Cicéron alloit fortir de charge, 
on le pria avec de grands cris 
de fe chargeir de défendre C 
Manilius. Il le promit, & con- 
formément au ton qu'il a voit 
pris en parlant pour la loi Ma* 
nilia , il s'étendit fur les louan- 
ges de Cn. Pompée , & fit une 
fortie contre ceux qui, par ja- 
loufie,s'oppofoient à la grandeur 
d'un fi illafire âc fi excellent ci- 
toyen. L'affaire de C. Mani- 
lius traîna , & n'eut point de 
fuite. 

MANILIUS [M. ] , M. Mi- 
nUius , (a) dont Cicéron fait 
mention dans fon Brutus. C'eit 
apparemment le même dont il 
eft parlé dans le premier 5c le 
troifîeme livre de l'Orateur. 

MANILIUS [ Q. ] , Qjm^ 
nilius y {b) dont parle Ci^on 
dans fon oraifon pour A. Cluen- 
tius. Cet Orateur le qualifie 
Triumvir. 

MANILIUS [T.], T. Ma- 
ftilius , ( c ) iliuftre Sénateur , 
félon Cicéron , dans fon orai« 
fon pour Q. Rofcius le Corné* 
dien. 

MANILIUS, UanUîus, (d} 
qui avoit été fecrétaire du re- 
belle Avidius Cafiius , ayant été 
Eris , promettoit de découvrir 
ien des chofes, de donner bieii 
des lumières , de fournir des 
mémoires qui ferviroient à U 

(O Cicer. Ont. pro Q. Rofc. Comcei. 
e. «5 , «6. 
{d) Crév. Hiil. 4es fimp. Tom. ly'^ 



2i MA 

c€v&vî<flion de pluCeurs ' coti- 
pables. Commode ne Técouca 
point , &c fit jener au feu tous 
fes papiers. 

MANILIUS , Manilius , (a) 
Sénateur qui avoit poufle à 
rejfcès l'impudence & ia fufetir 
des délations. Il fut livré par 
Macrin au Sénat, & enfermé 
dans une ifle,par jugement de la 
compagnie; car , Macrin avoit 
défettdu exprefTément qu'on le 
condamnât à mort. 

MANILLIUS , ManUlius , 
VLxYiTihttç, Voyei Manlius qui fut 
chaflTé du Sénat par Caton le 
Cenfeur. 

MANIMES, Manîmï y {k) 
peuple de Germanie* Tacite 
regarde ce peuple comme fai- 
fant partie de la nation des Ly« 
giens, fans nous en marquer au* 
trMpDt le païs* Les modernes 
feWnt égayés à lui en chercher 
un* Lazius lui donne le Man- 
l^artzberg. dans la bafle Autri- 
che 9 Se André Velleius , dans 
fa chronique de Danemarck, lui 
fait préfent de Tifle de Mone , 
dans le Danemarck. Deux ou 
trois> lettres communes à Pun Se 
à Tautre nom forment une ef- 
pece de reffemblance qui fuffit 
à ces fortes de conjectures pour 
placer un peuple par tout où oti 
le juge à propos. Sur ce princi- 
pe nos deux Auteurs auroienc 
pu y avec le même fondement^ 
le tranfplanter d^ns le Moné/- 
mugi. 



MANIPULE , Mtf/ï/j^ttfei, Ô) 
étoit la divifion immédiate de la 
cohorte. Varron dérive ce mot 
de manus. Manîpulus , dit - il 9 
ciim jungît plures manus , . unA 
Manîpularis mihs, L'étymologie, 
donnée par Ovide 9 indiqué 
mieux l'origine de ce corps d« 
troupes^ Ce Poëte , parlant de 
righorance où les premiers Ro* 
mains étoîent de Taflronomiei 
s*ég^ie \ fon ordinaire ; ils ne 
connoifibient > dit-il » d'autres 
fîgnes que leurs enfeignes ; c*é- 
toif-là ce qui les guidoit dans 
la guerre , comme la petite 
ourfe guidoit les Phéniciens * 
& la grande ourfe les Grec^ dans 
leur navigation. Une ipoignée 
de foin , fufpendue au bout d'u« 
ne longue perche , marchoit à 
leû^ tête ; delà le Manipule a 
pris fon nom , ce mot (îgnr- 
fiant chez les Romains une poi- 
gnée de quelque chofe que ce 
fût. 

Non illi calo lahentïa figna tcn^ 
bant 9 

Sedfua ; qua magnum pérdtrt 
crimen erat. 

Illa quUem feno ; fcd trat rtv^tn» 
tia fcno ^ ^ 

' Quantam nunc Aquilas cemis 
haben tuas* 

Pcrtîca fufpenfos ducebat longa 
Maniphs , 

Unde Maniplaris nomina miles 
habcu 



(*) Créf. Hift. des Énap. Toni. V.l (O Mém. de l'Acad. des înfcript. «t 
' fi 19S > 191* I Bç». LCtt, Tom. XXXll. p. •7V^^><»• 

(i-j Taçii. de Morib, Gecm. «1.43^^ I 



MA 

Plu^arque & Tautcur de To- 
iîghute des Romains ^ doAùent la 
taifoà de ccne étymologîe ; ils 
racotttclît que Romulus , vou- 
laoc détruire la tyraoAîe d'Â- 
nulius , conduific à la ville 
d'AIbe les payfans qu'il avoit 
raflèmbliés , & qu'il les partagea 
* eh diverses batide^ , de cent 
hommes chacune , qui portoient 
pour enfeigne une poignée de 
foin ou de broflailles au bout 
d*une 'pique. Cette efpece d*en- 
feignene fubfîftaplus fans doute, 
dès que Romulua eat formé fa 
milice; mais» la mémoire s'en 
conferva toujours. Donat , fur 
PEumique de Tér^nce ', dit que 
lorfqu'on «nvoyoit à Quelque 
cxpéditioA particulière Ses (ol- 
dats Romains ou Latins , déta* 
chés d'une ou de plufieurs com« 

Îragnîes » ils fe faifoient une en- 
eigoe d^une poignée d'herbe ou 
d'autre chofe iemblable ^ donc 
ilii formoient une couronne ; & 
c'4toit apparemment pour rap- 
.peJler cette origine du Manipu^ 
ie , que les enieignes fe termî- 
noijcnt dans leur panie fupé- 
rieure» tantôt par une couronne, 
tantôt par une main> comme on 
le voit fur les médailles & 
dans les autres monument an- 
tiques. 

Pour évaluer le nombre des 
foldats du Manipule dans les 
tems diiFérens , il faut fçavoir 
deux chofes , établies fur l'au- 
torité de Polybe ; i*. que dans 
les diverfes augmentations qu'a 
reçues la légion , le nombre des 
Triaires n'a jamais augmenté ,5c 
qu'ils ont été conilamment fix 



MA If 

cens par légion , & foixantepàir 
cohorte ; i^. que depuis le te«« 
auquel les Haftats ceflerent dé 
tenir lieu de troupes légères 
pour être pefamment armés, les 
troupes légères qui leur furent 
fubftituées , quoiqu'elles fîiïent 
partie de la légioa, ne furent 
point divifées en Manipules ni 
en centuries , & qu'il n'eu pat 
probable quMles aient jamais 
excédé douze cens hommes par 
légion. ' 

Cela pof% , iln'eil pas dificile 
àt déterminer le nombxie âct 
foldats du Manipule y propor*. 
tionnellement aux diverfes aug« 
mentations de la légion. Depuis 
Romulus jufqu'à Servîus Tul- 
lius , la légiou fut de trois mille 
hommes; la cohorte, qui en 
faifoit la dixième partie , étoit 
donc de trois* cens hommes. Si 
on voujoit dater de ce tems-ià 
rinvariabilité du nombre det 
Triaires ^ il en faudroic dter 
foixante de la cohorte, & il rejt . 
teroit deux cens quarante hom- 
mes pour les deux Manipules de 
Haltats & de Princes » ce qui 
donneroit cent vingt faorncnei 
pour chaque Manipule. 

Depuis Servîus Tullios |uf« 
qu'à la bataille de Cannes , la 
légion fut tantôt de quatre mille» 
tantôt de quatre mille deux cens 
hommes. $ur la légion de qua* 
tre. mille 9 îl faut d'abord ôtec 
fix cens Triaires, refte trois 
mille quatre cens hommes ; 
ôtant encore douze cens faom* 
mes pour les troupes légères.,; 
il ne refteroit que deux mille 
deux cens hommes pour les 



$0 MA 

deux autres corps , dont cha- 
cun fe trouveroît feulement de 
onze cens hommes > 6c moindre 
parconféquent que celui des 
troupes légères. Or , comme 
Tinfanterie pefamment armée 
éroit d*une bien plus grande 
importance pour le fuccès des 
batailles que lejS troupes légères, 
on croit que dans cet état de la 
légion , il eft vraifemblable 
qu'il n*y avoir que mille hom- 
mes légèrement armés» & que 
les deux corps des Haftats & 
des Princes formoient chacun 
douze cens hommes par légion, 

. cequi endonneencorecentvîngt 
par Manipule* Dans la légion 
de quatre mille deux cens hom- 
mes , & c*eil celle de Polybe , le 
Manipule de Haftats & de Prin- 
ces fera encore de cent vingt hom- 
mes en donnant douze cens hom- 
mes par légion aux troupes lé« 
Ijeres, 

Depuis la bataille de Cannes 
îufqu'à C. Marius,la légion mon^ 
ta àcinq mille& à cinq milledeux 
cens hommes; alors, en ôtânt 
toujours les fix cens Triaires & 

' les douze cens hommes de trou- 
pes légères par légion , il reftera 
trois mille deux cens ou trois 
mille quatre cens hommes ; ce 
qui I divifé en dix cohortes , 
donne trois cens vingt ou trois 
cens quarante hommes par co- 
horte j & cen't foixante ou cent 
foixante-dix hommes par Mani- 
pule de Haftats .& de rrinces. 

I! réfulte de ce détail » que le 
'Manipule de Triaires fut tou- 
jours de foixante hommes; que 
celui de Haftats & de Princes fut 



MA 

de cent vingt hommes depuis 
Romulus jufqu*à la bataille de 
Cannes f 6c que depuis cette 
bataille jufqu'à Ç. Mariusyil mon- 
ta à cent foixante ou cent foixân^ 
te*dix hommes. 

. Nous ne pouflbns ip^s ce cal* 
cul au delà deC* Marins, parce 
qu'il eft probable qu'alors cette 
lorme de Manipule cefta d^être 
en ufage ; c*eft ce qu'il faut 
prouver contre le fentiroent de 
Jufte - Lipfe 9 qui fait fubfifter 
les Manipules jufqu'à Adrien* 

Avant C. Marins la légion 
en bataille avoit été rangée 
fur trois lignes , chacune de dix 
Manipules; ceux des Haftats 
faifoidit la première ligne, ceux 
des Princes la féconde , la troi- 
fieme étoit formée de ceux des 
Triaires. C. Marins changea 
cette ordonnance ; il abolit 
t;ette diftinâion de Haftats , de 
Princes & de Triaires g Ôc ran- 
gea la légion par cohor(p fur 
deux lignes f chacune de cinq' 
cohortes. L'or.dre de la bataille 
s'obferva auffi dans les campe» 
mens, fuivant l'ufage des Ro- 
mains, quicampoient comme ils 
fe rangeoient en bataille t afin 
de n'avoir point de changement 
à faire quand ils fortoient pour 
marcher à Tennemi ; alors les 
Manipules ne faîfant plus de 
divifion marquée ni dans le 
campement ni dans la bataille , 
ce nom ne fe conferva plus que 
pour la diftinélion des officiers 
& des foldats. Ce poi^t deman- 
de explication. 

Dans le tems que les trois ef» 
peces de foldats fubiiftoient ^ 



MA 

âaque Manipule étolt , félon 
PolyBe , divifé en deux centu- 
rie* 5 Tuoe de la droite , Taurre 
de la gauche. Le Câpiraine de 
la première centurie de chaque 
Manipule , c'étoit celle de la 
droite , prenoit le titre de Priar, 
par diAifiâion du Capitaîn^ de la 
féconde > qui s'appeiloic Pv/lc" 
rior ; re qui étoit i dk Polybe , 
Aiofî établi afin que f\ Tua des 
deux étoit abfent ou hors de 
combat, il en r^Ûit un pour 
tommander le Manipule en- 
tier, Ainfi,par exemple , lé pre- 
mier Capitaine du Manipule des 
Princes s'appelloit Princ€ps 
Prior , pu Princes priofis ceri" 
turia , de le Capitaine de la fé- 
conde centurie du même Mani- 
pule s'appelloit Princeps Poftt" 
fivr ou Princeps pofterioris cen' 
êuria ; il en étoit de même des 
Haftars. Tite-Lîve fait dire à 
Sp. Liguftinus y Tan de Rome 
^i I : Hic me imperator digaum 
judicavit 9 ctti primum Hdftatun 
prions -centuria aj^gn are t ; c* était 
la première centurie desHaftats 
dans la première cohorte d'une 
légion. Il fait eofuite dire au mê- 
me: j4 Man, AciUo miki primas 
Princeps prioris centuria eft affi'* 
^atus ; c'étoît la première cen- 
turie des Princes dams une pre- 
ntere cohorte. 

Quoique la cohorte d€ C« 
Marius ne fe divifôt plus en 
•Manipules , mais qu'elle fe par- 
tageât immédiatement en fix 
centuries y il laifla cependant 
fubfifter, pour les officiers, les 
SDêmes noms qu'ils avoient eus 
auparatiint; &, par uneefpece 



MA 5t 

de 6<îl1on, on joignit enfembJe 
deux centuries, dont \c^ deux 
Capitaines portoient le même 
nom , avec la diilinxflion de 
Pfior & de Pofterior, Ainfî , le 
premier Capitaine^ de la co'* 
horte s'appelloit y dans la pre- 
mière cohorte 9 Primipilus , 
dans lès autres , Triarius Prior ; 
celui de la féconde centurie , 
Triarius Pojlerior ; le troifieme, 
Princeps Prior ; le quatrième , 
Princeps Pv/ferior;\e cinquième, 
Haftatus Prier ; 1-e fixieme, 
Haftatus Pofterior» Ce n'^étoît 
plus qu'on veilige d'antiquité, 
qui ne fubfîftoit que dans le nom 
des Officiers , ôc qui ne fervost 
^u*à marquer leur grade dans la 
cohorte. Jule Céfar,eii décrivant 
le combat près de Dyrracbium, 
dit: Omnibus primât cokcrtis trm- 
twionilms interfeHis prattr Prm^ 
cipem Priorenu On défignoit aufi 
les foldats de la même manière, 
6i pour dire un foidat de la 
cinquième ou de lalixiemecen** 
turie , dans la première cdloTtei^ 
on difoit miles primi haftad ; 
pour défîgner un foidat du même 
ordre dans la féconde cohorte^ 
on difoit miles jecundï àafiati^ 
& ^analogie nous fait croirts 
que G l'on vouloir marquer avec 
précifion la centurie , ôc iiéfi- 
gner précifémenc la cinquième 
ou la fîxieme , on difoit pour 
la cinquième haftati prioris ; 9c 
pour la fîxieme haftati pofteriorisi 
ce qui dura ainfî jufqu'à Adrien* 
Mais, encore une fois, ce 
n'étoit plus qu'un nom, une 
trace de l'ancien ufage ; la 
chofe même ne fubfîâott plus» 



)£ MA 

Nous ne trouvons plus f de- 
puis C. Marius y le nom de 
Manipule pris dans la fîgnifica« 
don propre Qu*il avoit eu juf- 
qu'alors. Il en vrai que Plutar- 
que>dansla vie deRomulus^ 
rapportant l'origine du Mani-* 
pule, femble dire qu'il y en 
avoir encore de fon tems ; mais^ 
fi on fait attention à la manière 
dont si s'exprime , on verra 
qu*il dit feulement que de Ton 
tems les (impies foldats étoient 
encore appelles ManipulariL En 
eâfet^ après rextinâiondes Ma- 
nipules , on continua d*appeller 
les (impies foldats d'inranterie 
Ilanipulares , Manipulant , grc- 
gar'iL Ktdore donne deux cens 
foldats au Manipule ; il fup* 
pofe la légion de (ix mille 
hommes » telle qu^elle étoit 
quelquefois depuis C» Marius, 
oc conferve la notion de l'an* 
cién Manipule » quoiqu'il ne (^t 
plus alors en ufage. Ceux qui 
connoiâbient liîdore , fçavent 
bien qu'on ne doit pas compter 
fur Ton exaâicude. 

Dans tous les Auteurs an- 
ciens y qui nous repréfentent la 
milice dans l'état où elle étoit 
depuis C Marius , nous voyons 
que le terme Manipulas eA em- 
ployé de deux manières ; tantôt 
pour fignifîer un petit nombre » 
mais indéterminé , une poignée 
de foldats j ce qui revient à la 
lignification générale du mot 
JManipulus; tantôt pour dé(îgoer 
iz chambrée proprement dite , 
contubcrnium. 

Jule Céfar,dans la bataille con- 
tr« les Nervieosi voyant les fol* 



MA 

dats refTerrés par les eonem!^^ 
leur ordonne d'écarter leurs files^ 
pour pouvoir plus aifément fat-* 
re ufage de leurs épées ; ce qu'il 
exprime en ces ternies : Mani-^ 
pulês laxare jujjit y qub faeiliùs 
gladiis utipoffent. On voit qu'ici 
Manipulas doit (ignifier une fiie^ 
de que ce mot revient à pea 
près à la (îgnification de contU'* 
bernium , la file étant de huit 
hommes 9 & quelquefois de dix^ 
ainli que la chambrée* 

Lorfque Tacite raconte îa 
féditîon des foldatt de Panne* 
nie &c de Germanie , il fe 1ère 
trois fois du terme de Manipule^ 
d'une manière d'où on ne peut 
conclure dans quel fens précis 
ce mot eft employé. D'abord il 
parle de Manipules qu'on avoic 
envoyés à Nauport, pour faire 
des chemins , des ponts & d'au« 
très ouvrages ; il leur donne 
des enfeignes Ôc des centùrionSé 
Enfuite , quand Drufus a calmé 
la fédition de Pannonie» & que 
les foldats y revenus à l'obéif- 
fance , fe prêtent eux-mêmes à 
la punition des coupables, Ta« 
cite dit : Quo/dam ipfiManipuU^ 
documentum fidei , tradidere ; âc 
lorfque Germanicus y arrivé 
dans le camp de Germanie ^ Se 
fe voyant environné d'une trou- 
pe confufe de féditieux , veut 
les partager & les remettre en 
ordre , Tacite s'exprime en ces 
termes : A^entem concionem^ 
quia permixta videbatur , difcedere 
in Manipulas jubet. Dans ces 
endroits , Manipulas (îgnifie-c- 
il le Manipule proprement die» 
c'eft'à-dire > un corps de deux 

centuries f 



/ 



MA: 

tôtiturîes ? Dé(îene-t-îl uD moitif 
dre nombre ? (5u même eft-ce 
un mot qui (ignifie en général 
UDe divifion militaire , quelle 
qu'elle foit \ Mais , dans lé 
liièrae livre , quand il décrit la 
marche d^Aliénus Cécîûa & le 
défordre de l'armée Romaine ,' 
le mot Manipulas n'eil plus 
équivoque , il fîgnifie évidem- 
ment la chambrée. Non tentoria 
Manipalii , dit -il , les cham- 
brées n'avolent point leurs ten- 
tes. Ir y avoit autant de ten- 
tes que de chambrées , puif- 
qu'on appelîoît de ce dernier 
nom Taflemblage des foldats 
qui logeoîent fous la même ten- 
te. Le même Tacite appelle Ma. 
fiipule les foixante foldats en- 
voyés par Néron en Afie , pour 
affaffiner Plautus ; c'étoii un 
nombre moindre que la centu- 
rie. Le lende^maîn d'une émeu- 
te des foldats 9 les officiers par- 
courent les tentes pour calmer 
les efprits 9 ce que l'Hiflorien 
exprime ainfî : Manipulatim allô' 
cuti funt; ici Manipuli défîgne 
les chambrées. Nonîus expli- 
que » dans rVîiflorien Sifenna , 
le mot manipulatim « par collera 
tnanu^ ce qui ne donne qu'aune 
idée générale. C'elt dans le 
même fens qu'il faut prendre 
manipulatim difpofita cohortes -, 
dans le panégyrique de Théo- 
dofe. Ammien Marcellin entend 
far Manipulus , la- chambrée, 
rfous trouvons ce mot chez lui 
.en trois endroits , où îl eft quéf- 
tion de convoquer l^armée. U 
dit, dans le premier: ConPocâ' 
ûs cohortihus & centuriis & Ma-^ 

Tom. XXVU. 



MA. 



hîpulïs omuibus, L'exprefïïon eut 
éxaâe. Pour montrer que l'ar- 
mée fut convoquée toute entie« 
re , il defcend du' plus grand 
corps , qui étoit la cohorte» à 
la centurie » &c dé eëlle-ci à 
la chambrée. Dans les deux au- 
tres endroits , it ne s^ekprimo 
pas aufli exa^ement ^ il déplace 
les Manipules ; omnes centuriai^ 
Manipulosg & cohortes in concio'^ 
nem vocayit. Et aiUeur« : Ciim 
centuritB omnes 6» cohortes & Md'^ 
nipuli conveniffent. Mais , le lec» 
teur n'efl pas en droit d'éxigef 
toujours des Auteurs une piÇéCi- 
fion (i fcrupuleufe». 

Végèce,aù treizième chapitre 
de fon fécond livre, dit nette* 
fnent que les Anciens dîvîferent 
les centuries ea chambrées, dC 
que la chambrée, compofée de 
dix foldats logés fous la même 
tente ^ fe noromoit Manipulus , 
parce qu*îls combattoient en* 
femble» Cette date » vagUe &t 
générale, défîgne chei lui tout 
les tems qui Tont précédé \ it 
parle ici des tems poflérieurs à 
C Marius. Il ajoute tout de fVjîte 
une contradîAion. La turme ^ 
dans la Cavalerie, dit -il , ré- 
pond à la centurie ou au Mani« 
pulè dans ^infanterie* Ici il ne 
prend plus le Manipule pour la 
chambrée, il donne à ce nom la 
fîgnificatîon qu'il aVt)ît avant C» 
"Marius. La turme des cavaliers 
étott de trente hommes ; elle 
répôndoit à la centurie des fan- 
taflîns; elle fe divifoît en tfoîi 
décurîes , chacune de dix hom- 
mes', c'éroit là décurie qui re- 
pondoit à U chambrée , laquçllf 



)4 MA 

porte auffi quelquefois le nom 
de décurie* 

Dans les infcriptions» Mani'^ 
pulus cû toujours pris pour une 
divifîon de U centurie y la cham- 
brée : 

PRO SALVTE. D. D. IMP. 
PII. FEL. AVG. 

ET. MATRIS. AVG. N. ET. 
KASTROR. 

AEDEM. GENIQ. 7. CŒLL 
ADIANTL 

MANIPVLI. EIVS. 

SVA PECVNIA. REFECE^ 
RPNT. 

£t , dans une autre ipfcription, 
un centurion rétablit un petit 
temple , VOLENTIBFS MA- 
NlPrtlS SVIS. Les fimples 
foldats font appelles dans les 
toonumens MANIPVLARES , 
MANIPVLARII; & ceux de 
la même chambrée • proprement 
dits contuhtrnaUs , font aufE nom- 
més COMMANIPVLARES^ de 
tnème COMMANIPFLl. Dans 
un marbre donné par Fabretti^ 
on lit COMMANFCVUS , par 
corruption y pour commanipulis. 
Pour remettre fous un feul 
point de vue tout ce que nous 
venons d*expliquer , nous pen* 
Tons que le Manipule » compofé 
de deux centuries réunies dans 
2e même corps , fut conftam- 
ment en ufage , & dans le cam- 
pement , & dans la marche 9 & 
dans la.bataillè y depuis Servius 
Tuliius jufqu'à C. Marins* Ce- 
lui-ci détacha les centuries , de 



MA 

manière qne Tidée du ManipoTe 
ne fe perdit pas tout-à-fait, mats 
elle devint confufe ; on fe fou-* 
venoit encore que deux centu* 
ries avoient fait un Manipule ^ 
& on appelloit encore , dans 
chaque cohorte » les comman- 
dans des deux premières centu* 
ries y Triarius ; ceux de la troî* 
fieme de de la quatrième , Pri/i- 
ctps ; ceux de la* cinquième 8c 
-de la iixiem^e y Haftatus y avec 
la diilinétion de Prior & de 
Poflerior ; ce qui dura ainfi juf« 
qu*à Adrien , fous lequel ces 
noms difparurent tout -à- fait 
dans les cohortes » excepté dans 
la première » dans laquelle feu« 
le les premiers oiEciers gardè- 
rent ces dénominations. La no- 
tion ancienne du mot ManipU'» 
lus s*étant perdue » il conferva 
fa fignification générale pour 
défigner un petit nombre , une 
poignée de foldats ; de il en ac- 
quit en même-tems une nou* 
velle , qui lui devint propre & 
particulière , ce fut celle qu*a- 
voit toujours eue contubemium ^ 
la chambrée y dont ii devint fy* 
nonyme* Il faut même nu'sl foit 
defcendu jufqu*à fignifier un 
feul foldat » puifque dans les 
glofes on trouve xcAta^iiç ex« 
pliqué par Manipulus. 
' MANIUS 9 Manias y terme 
qui vient de mancy comme qui 
diroit né du matin. C*eil le pré« 
nom ordinaire de plufieurs fa- 
milles Romaines. 

MANIUS CVKIVS y Manius 
Curius f (4) dont parle Cicéroa 



(À> Ciccf, de Ofat. L. U. c. 76* 



MA 

dans le fécond livre de TOra- 
teur. 

MANIUS , Manius , {a) dont 
Perfe fait mention dans une di 
fes Satyres, 

MANLIA [la Famille]; (Bj 

Jens Manda « famille Romaine » 
éconde en grands hommes. Elle 
â produit plufiears Confuts , 
plufîeurs Tribuns militaires ^ 
plufieurs Diâareurs. On croit 

Îu'elle defcendoit d*Oâavius 
lamilius Tofculanus « gendre 
de Tarquin le fuperbe. 

Il y a une médaille de la fa- 
mille Manlia ^ qui d*un cdcé re- 
préfente la têce de Rome avec 
ce mot Rome y de la marque du 
denier Romain X , au milieu 
d'une couronne formée de ce 
fameux collier, que T. Man- 
lius remporta de la dépouille 
du Gaulois qu'il avoit vaincu 
dans un combat fîngulier. Au 
revers on voit un cavalier armé 
d^une lance de d*un bouclier , Si 
cette légende , l. TORQ^l/AT. 
EX. S. C. Or, on ne peut dou- 
ter que ces mots ne fî^nifient 
que L. Terquatus , qui fut 
êonfttl aVec L; Cotta , l'ati 
ée Rome 688 * a touIu fut cette 
niédatUe perpétuer la mémoi- 
re de Taaion de T. Manlius » 
l'un de fes ancêtres » & Torigi- 
iie du furnom de Torquatus i 
que le Sénat lui avoit permis de 
porter , à lui & à cous fes def- 



M A 5$ 

cendans. Les inots £X. S. C. 
Joints avec ceux de L, TORr 
QUAT^ marquent la cbofe évi- 
demment. 
MANLIA SCANTILLA ^ 

Manlia Scantilta y (c) femme df 
Tempereur Didius Julianus, fui 
décorée par le Sénat du titre 
d'Augufta. 

MANLIA t la Loi }.(i<) Iti 
Manlia y loi qui fut propoféê 
par Cn. Manlius Capitolinus ^ 
afin que les nouveaux affi-anchis 
portaflenc au tréfor public, la 
vingtième partie de leurs biens. 

Une autre loi du même noip^ 
dont le tribun Manlius fui^Tau^ 
teur y donnoit la province df 
Numidie au conful C. Marius* 

M ANLIANA IMPERIA , (#) 
c'eft-à'dire , la févérité Maa- 
lienne , efpece dé proverbe ^ 
qui avoit pri^ fon nom de celuji 
de T. Manliûs , parce que ce 
fameux Romain oonoa I exemi- 
le d'une févérité exçellîvedan^ 
a perfonnè de fon fils j i qui H 
Bt trancher la tête , en punition 
de ce qu*il avoh combattu con^ 
"tre far défenfe , Tan de Rome 
415 ,& 337 avant J. C. 

M ALIANES [ les Loix ] , (/) 
Manliana L^gesy loix donc par^ 
le Cicéron » au premier livre de 
i'Ofateur. 

MANLIUS ^Cn.J, (g) Cn. 

Manliut y fut créé Conful av^ 
M. Fabius , fan de Rome 274^ 



fi 
l 



(d) Jufcn. Satyr 6. v. 56. é'/rf* . f U) BoHn. dç Anuo. Rom. par. 840^ 
(*) Tft. Tif. L. IV. c. ay. L. yitl.l&48. • ^^ 



C.7. M^cn* de l*Aç»d* dct Infcript. & 
Beil. Letc. Tom. !• pag. a6i. 

(«) Crév, Hift* des £mp. Tom. V. 
pag. H» 



(e) Tic. Ut. t. IV, <. «9. L. Vltl. t. •:, 
(/) Cic«. de Orat. L. l. c. i*^i 
(i) Tk* Uv. t. a, c..^|. 4r/|,. 

Cii 



5Ô MA 

^ 478 avant Jefus-ChriA. Ces 
deux Généraux marchèrent en- 
Temble contre les Veiens à qui 
toute rÉtrurie avbit envoyé 
des fecours.. Au fort du com- 
bat ^ Cn^ Manlius pourfuivanc 
ïes ennemis , après les avoir 
prefque mis en déroute , reçut 
Une bleilure daiigereufe , qui 
Tobligea de fe retirer de la 
bataille. Cet accident fit croire 
aux (iens qu*il étoit mort ; & 
auflicôt ils lâchèrent pied. Et 
ils auroient pris la fuite ouver- 
tement^ n l'autre Conful, ayant 
poufle fon cheval de ce côté- 
là y ne leur eût crié que fon 
Collègue vîvoit ; & que pour 
lui , après avoir défait les enne- 
mis de fon côté » il venoit à leur 
fecours. Par-là il les engagea à 
tenir ferme ; 6c dans le même- 
kems le conful Cn. Manlius s'é- 
tant montré à eux » acheva de 
les raflurer. A la vue des deux 
Confuls les foldats reprirent 
courage. D'ailleurs » les enne- 
mis avoient extrêmement éclairr 
ci leurs rangs » tandis que fe 
fiant à leur multitude, iU déta- 
chent ceux qui étoient au corps 
deréferve.,.pour aller attaquer 
le camp dés Romains. Jl eiivrai 
qu'ils y entrèrent f^ns peine» 
Mais 9 pendant qu'ils fongent 
plutôt à pilier qu'à combattre , 
les Triaires qui avoient pu 
foutenir leur première irrup- 
tion*, après avoir' fait fçavoir 
aux Confuls ce qui fe pa^Toit, 
tetournerehtf eh Foule à la tête 
des Généraux ^ & recommence- 



MA 

rent le combat d'eux «mêmes* 
Dans le même-tems , le conful 
Cn. Manlius revenant au camp f 
en ferma la fortie aux enner 
mis , en difpofant fe;s fpldats à 
toutes les portes* Ce mouve- 
ment excita la rage des Tof- 
c^ns, plutôt que leur valeur; 
car , après, avoir fait envaia 
plufi(îurs tentatives pour échap* 
per , un gros de leur jeuneûe p 
qui avoit reconnu le Conful 
aux marques de fa dignité , fe 
jetta impétueufement fur lui. 
Ceux qui i'entouroient reçu- 
rent les premiers coups. Mais, 
Cn. Manlius étant attaqué par 
des défefpérés » reçut à la fîa 
une bleflure mortelle , qui écar- 
ta tous ceux qu'il avoit à fes 
côtés. Les Tofcans , devenus 
plus hardis par ce fuccès , pouf- 
fent les Romains effrayés dans 
toutes les parties du camp ; ÔC 
ces furieux^les auroient mis en 
grand danger, fi les Lieutenans, 
après avoir enlevé le corps du 
Conful , n'eufTent prudemment 
ouvert une porte du camp aux 
ennemis. Alors , ayant la liber- 
té de fortir, ils fe retirèrent 
aiTez en défordre , & allèrent 
donner dans les troupes de l'au- 
tre Conful y qui , étant déjà 
viiflorieux , en tailla la plus 
grande partie en pièces , & mie 
le reile en déroute. La viâoire 
étoit des plus complettes & des 
plus glorieufes ; mais, la mort 
de Cn. Manlius empêcha qu'on 
n'en réfleniît toute la joie. 
:. MANLIUS [A.], (a) A. 



C«) TitrLiv« Li It, c. 54. Lt 111. ic* fU 3ii Roll, Hiiltilom« T. 1. p. i\6, 39$, 398« 



»_'' 



MA 

MahlittSf A.. Mékmcç, fut créé 
C9nrul avec L« Furîus, l'an de 
Rome 280 , ôc 472 avant Jefus* 
Chriil. H fut chargé de mar- 
cher contre les Veiens ; mats 
il n'y eut pas cependant de 
guerre. Us demandèrent une 
trêve de quarante ans; 6c elle 
leur fut accordée | moyennant 
une fdmme d'argent qu'ils payè- 
rent , èc une certaine quantité dô 
bled qu'ils fournirent auxRo^ 
mains» 

Peu de tems après , 4e peu- 
ple excité par les Tribuns de«« 
manda avec beaucoup d'obfti-^ 
nation l'établiiTement de la loi 
Agraire ; mais , A. Manliu's & 
L. Furius s'y oppoferent de 
toutes leurs forces, ils ne furent 
pas plutôt fortis de charge , 
qu'ils furent attaqués par lé 
tribun Génucîus. Accules de*: 
vant le peuple , ils commencè- 
rent à paroître devant lui , dans 
l'humble état de fupplians ; puis 
s'adreflant aux plus jeunes Sé- 
nateurs , ils les exhortoient à 
renoncer . au)c charges de au3é 
dignités de la République 6c 
de regarde^ les faiCceaux Con- 
fulaires , la robe prétexte 8c la 
chaire Curule , comme les or- 
nemens dont on les paroit, com- 
me des viAimes , pour les con«* 
duire à la mort. Qu'ils conddé- 
raâent que ce Confulat, qui 
avoit tant de charmes pour eux, 
avoir perdu tout Ton éclat Se 
toute fa force, & étoit devenu 
comme l'efclave de la puîlTance 
Tribunîcienne. Qu'en effet le 
Conful, comme un vil appari- 
teur ^ f^ voyoit obligé d'obéir 



in A if 

âù premier commandement , au 
moindre figne des Tribuns. Que 
s'il faifoit quelque déofarche ea 
vertu de fa charge, s'il tour* 
ooit les yeux far les Sénateurs p 
É. tous fes regards n'avoient pas 
1^ peuple pour objet , comme 
fi lui feul faifoit toute la Réptt« 
blique , il devoit s'attendre ôu 
à l'exil , ou à la coûdamnation 
& à la mort; 

Les Sénateurs, animés par 
de pareils difcours , renoncè- 
rent aux délibérations publi- 
ques , 6c commencèrent à tenir 
des afTemblées fecretes , où Ils 
ft'admettoîent'qu*un petit nom- 
bre de perfonne^. La , conve-' 
liant entr'eux qu'il falloir à 
quelque prix que ce fât, dé- 
livrer les accufés du danger 
qui les menaçoit , l.çs voies les 
plus violentes étoient celles 
qu'ils goûtoient le plus , 6c it 
s'en trouvoît parmi eux quf 
s'offr oient à entreprendre leV 
coups tes plus hardis. Le jou£' 
du jugement étailt doÀc arrivé , 
& le peuple s'étant rendu dans 
1^ place , fort attentif à la fen^ 
tence qu'on alloit prononcer , 
fut étonné d'abord de ce que 
le Tribun ne paroiffoit point.; 
Enfuite , un plus long retarde- 
ment lui fit naître des foùpçons. 
Il s'imagina que les premiers 
du Sénat Tavoient folliclré , 6c' 
qu'il avoit eu la foibleiTe , à, 
^ leur conlidération , de trahir 
la caufe publique dont il s'é« 
toit chargé. Mais^ un moment 
' après 9 qû'el<)ues particuliers , 
voifîns de Çépucius ," vinrent 
annoncer qu'on Tavoit trouvé" 

C iij 



ii MA 

tjfiôn dans h roaifon. Cette oou* 
TelU ne fe fur pas plutoc répan* 
eue dans rafTemblée , qu'elle 
fe di/Gpà » comme une armée 
qui vîew dejperdrc fon GénérMf 
Mais p perfoDne ne fut plus 
<onilerné que les Tribuns , à 
oi|i la mort de leur Collègue 
»iiroir comprendre combien peu 
i]s dévoient compter fur la 

?'roteâ2on des loix facrée^^ 
our les Sénateurs» ils s*ab&n- 
donnèrent à une |oie immodé*^ 
rée ; 6c bien loin de fe repeo<» 
lir de cet attentat, cèux-roé- 
mes qui n*y avoient point trem^ 
pé « eo vouloîent partager U 
gloi re> & publioient hauteoaenti 
que c'étoit ainii qu'il falloic 
9*7 prendre pour dompter ôç, 
battre la pui^ance des Tri'* 
buns* 

A. Man|i^s ïîit un des trois 
Réputés qu'on epvoya à Athè- 
nes, Taq de Kftme 300 , & 453^ 
^Y^nc Jeûis-.Çhrift ^ avec ordri^ 
ie rechercher & d*exuaire les 
rôix les plus célèbres de So^ 
ton t 8f. de s'informer exaAe- 
ment des règlement» des mœurs 
& des coutumes ^es autres vU-> 
les de la Grf ce, A leur retour « 
nos trois députés furent du nom- 
bre des Oécemvirs que Ton 
chpifit pour la rédadtion des 
nouvelles loix qu'oQ vouioiç 
érablir. 

Il j en ^ qu[ donnent h, Man- 
I1US le prénom de Caius > au 
lieu de celui. d'Aulus. 



MA 

MANLIUS [C] . Ç. MàWk 
Uus. Foy^^ l'article précédent. 

MA^fuUS [ L 3 CAPITO- 
LiNUS , L. Manli^s Çap'mli^ 

nus , {a) up def Tribuns mili* 
taires qui furent créés « l'an dtt 
Rome 333 , & 419 avant Je- 
fus-Chrift. 
M A NLIUSr M .], M. ManUus^ 

(b) fut créé Tribun militaire « 
Tan de Rome 3 3 $ » & 4x7 avant 
I# C. 

MANLiUS [A.], À. Manlius^ 

(c) parvint pluQeurs fois à la 
charge de T^i^^n militaire. Lu 
première fois » ce fut l'an d^ 
|l<>me 3fO| ^ 401 avant Je-* 
îusiÇhrin* I,.*a fjpcoi^de, ce fut 
trois ans après. Epfia» la trot*- 
fieme fois , ce fut l'an de Ro-* 
me 358, âç 394 avant lefus* 
Chrift. 

: MANLIUS [M*l , ÇAPITQ- 
LINUS, M, li^nHus Caf'uùliaus^ 
{d) fut éleva au Consulat avec 
t. Valérius Potitus • l'An d« 
ftome 3^3 , & ^'^ avant Jefus» 
Çhrift. Ces deu3( M'4g\ftr«ts fi* 
^ent repréfenr^r lesgrapdsjeux^ 
auxquels le Di^jiteuf M. Furîu$ 
s'étott engagé par un vœu , pe»» 
dsnt la guerre de^ Veiens* C^ 
fut au/Ii ibus Uur Confulatqu'oa 
6t la dédicace du Temple, que 
le même Dicflateur ayoit promît, 
à Junon Reine, dans la même 
guerre ; & les D^smes aflifterenf 
\ cette cérémonie avec unt 
dévotion extraordinaire. Lef 
Romahis eurent contre let 



(«) Tît. Lîv. L. IV. c. 4t. I {d) Tît. Liv. L. V.c ^i , 47* t* VU 

(b) Tic. Liv. i. IV. c. ^4. fx. 5 s II. «^ feq, Flut* To(n« I. p. 14s » 

O) Tît. Liv. t. IV. ci. 61. L. V. t.] 143 • 14^ , 148. RoU. Hfft. Rom. T. IL 



MA 

Cqaei, fur Iç monc Algiity nne 
guerre peu coofidérable , dans 
laquelle ils défirent les ennemi^ 
prefqu*avant que dVn venir aux 
mains avec eux. Comme M. 
Manlius avoir fait paroîcre plu^ 
d*acharnement à pourfuiyrç lep 
vaincus, & à les tuer dans leur 
fuite « on lui décerna le triom- 
phe» maïs on n'accorda que To- 
vation iî fpn Collègue* 

Deux an$ après , Rome étant 
afGégée par les Gaulois » la cita- > 
délie âc le Capitole étoient fur 
le point dç tomber fous la puif- 
fance des ennemis, lorfque M. 
AI anlitts, éveillé par les cris des 
oies & le battement de leurs aï- 
les , fe jecta fur fes armes , 3c 
ayant ordonné aux autres de 
l'imiter & de le fuivref , il mar- 
cha le premier où le péril Tap- 
rellpit* Avant qu*aucuodçs fieos 
eût encore joiuc , il renverfa 
d*un coup de fon bouclier un 
Gaulois qui étoit déjà arrivé au 
haut de la cçUine. Celui-ct, 
tombant fur ceux de fes cama- 
rades qui mjgtrchoient après lui , 
les culbut^a, en fprte que M* 
Manlius n*eut pas de peine à 
les tuer, pendant qu^ayant jette 
leurs armes, ils s*accrochoieot 
aux pointes du rocher pour fe 
retenir. Enfin . les compagnous 
4e M. Manlius étant venus ^ 
fon fecours , à coups de traits 
& de pierres précipitèrent 
tout le reile des ennemis juf- 
qu*au pied de la colline. Le 
tumulte aTant été appaifé • Us 
Romaius aonaerent Ici refle de la 
nuit au repos «autant qu'ils en 
pnreoc j^readre dans h trpub^e 



M A ^^ 

qvAU$ aptoit, apr^ onç alhtf- 
me fi chaude , & no péril qui 
tout paflS qu'il étoit, leur don» 
Doit encore de l*kiqutétude. 

Ç^uand le jour fut venu , les 
ribuns firent afiVnbter les fof- 
dats , dans le defTein d'accof^ 
der aux bonnes 8c aux mauvais 
fes adlions te prix qui leur con- 
venoit. Us commencèrent à 
donner à M. Manlius tes élo« 
gès de lés récompenfes qu'il 
'avoir mérités.' Les foldats.,'^ 
Texemple de tenrs chefs, fe 
piquèrent de géqérofité en- 
vers leur libérateur ; car, fe 
privant d^une partie de leur 
nourriture pour lui faire hon- 
neur , ils fournir^t chacun 
une demi-Iivré de farine 6c un 
poiflTon de vin » 8c firent por- 
ter le toi^t dans la maifon qu'il 
a voit dans la cStadelU. Vue tel- 
le contribution çft afforémctit 
très-peu confidérable en elle- 
même ; mais , la difette qui re« 
gnoit dans la place , la doit faire 
regarder comme un témoignat- 
ge éclatant de Tamour 8c de 
reftime que les foidats avaient 
pour lui. Ce fut fans doute ce^- 
te aâlon héroïque qui Hi 
mérita Iç furnom de CapitotU 
nus. 

L'an de Rome 368 , Sc 384 
avant Jefusî-Chrift , M. Manlios 
Capitolinus fut créé Inrer-Koi , 
8c deux ans après ^ il fut l'au- 
teur d'une féditapn des plus dan- 
gçrcufes, s'étant mis à la tête de 
la populace, ce x)u*on n'auroic 
jamais cru d'un homme d'une 
fi haute réputation. La grandeur 
^e fpn courage 8c fôn ambition 

C iv 



40 M A 

exceiSve lui avoient iQfpirè 
.pour Camille. uq« fumufe ja* 
Ipufie. U ne pouvoir fouffrir fo^ 
laérice 6(, tqn éléyat.i.on. Il ïe 
4»Uîgnoit hautement de la pré- 
jfrence que les Ron|i^aîn$ don- 
HOljçnt à ce grand homme. Qu'il 
jrempliflbit leul toutes, les Ma^- 

Î^iftratures ; qu^il commandoît 
eul toutes les armées; qu'il 
çtoit tellement ,4lèyjé "au deiTiis 
de tcus les autres citoyens'» 
.i|u*il tenoit au rai>g de ^es Lieu- 
.tenans » fes .propres Collègues , 
créés fous les mêmes .^ufpices , 
& avec la même autorité que lui; 
qju'après tout, à juger fainement 
.des chofes, les fervicesde Camil« 
Je n'étoientpas fi co-afidérables ; 
êc que jamais il n'eût pu retirer 
Romje des mains des Gaulois., 
.£ lui-même n'avoit le premier 
fauve le Ca picole & la citadelle* 
..Que même Camille étoit venu 
furprendre les ennemis , dans le 
^cems que fe repofant fur la foi 
d*un traité.j ils étoient près de 
recevoir l'or dont les Romains 
étoient convenus pour leur ran- 
çon ; au lieu qu'il les ayoit re* 
pouflës , lui , lorfqu'ils avoient 
les armes à la main, & qu'ils 
étoient prefque maîtres de la ci- 
cadelle. Qu*enfin tous les foldats 
de Camille dévoient avoir part 
à fa gloire, comme ils enavoieot 
eu à (a vi(floire ; au lieu qu'au** 
cun mortel ne pouvoit partager 
celle de M. Manlius, 

Cet efprit l^ouillant , impé- 
tueux , enflé de ces vaines louan- 
ges qu'il fe donnoit lui-même , 
commença par abandonner le 

Séoât dont u o'écoit pas 4u£ 



MA. 

confîdéré qu'il crcJyoît le mé- 
riter ) 6c palTant de l'ordre des 
Patriciens dans celui du peu- 
ple , il s'attacha aux intérêts de 
la multitude , aux Maglilrats de 
laquelle il communiqua depuis 
tous fes defl*eins. Il ne ceflbit 
de câfeiTer la populace y Su 
d'accabler les Sénateurs de re- 
prochés , fe lailTant emporter 
au vent de la faveur populaire» 
fans plus écouter les confeils de 
.lai'faifân, & préférant une ré- 
putation brillante à une gloire 
folide. Mais , pour foulever la 
'multitude , il n'employa point , 
comme, avoient fait jufques-là 
tous les Tribuns du peuple, la 
douceur & les attraits de là loi 
Agraire , mais un moyen beau- 
coup plus intéreifant. Il entre- 
prit d'abolir la foi publique^, 
ôc d'éteindre toutes les dettes 
dont lé peuple fé trôuVoît char- 
gé, & qui rexpofoient nop-.feu- 
iement à la nécefCté & à la m]- 
'férê f mais .même à U pfifon & 
aux tourmens, • ' • 

La guerre des Volfques , 
' quoique dangereufe par elle- 
même', ôc furchargée de la ré- 
beiliôA des Latins de des Her- 
niques , ne fervit cependant que 
de prétexte aux Sénateurs pour 
recourir à une autorité dont il 
n'y eût point . d*appet ; car , 
jdans le fond, ce furent les en- 
itrepcifes de M. Manlius Capi- 
'tolinus. qui les engagèrent à 
doihmer Di(^ateur A.' Corné« 
llus^ColTus, qui fe donna pour 
mairre de la cavalerie T. Quin- 
riiis CapitoUnus. Quoique le 
Dlâaicur prévit bien yi*il trou* 



*• ^9 



MA 

verok plus de difficutié à fou*^ 
mectre fes citoyens , qu'à ré- 
duire Tes ennemis > cependant 
foir qae la guerre ne fiouârîc 
point de retardement» foit qu'il 
voulût donner plus de poids 
& d'autorué à fa charge par la 
viâoire qu'il remporteroît. Se le 
triomphe dont elle feroit fuivie» 
il n'eut pas plutôt mis une ar^ 
mée fur pied» qu'il la condui- 
fit contre les ennemis > âc rem* 
porta fur eux de grands a vanta* 
ges. 

Cependant , la fédition aug^- 
nentoir k Rome' de jour en 
|our;.& celui qui en éroit le 
chef , en rendoit les fuites en^ 
core plus redoutables^ car , M. 
Manlios Capttolinus ne fe coq* 
tentoic plus d'animer le peuple 
par des difcours flatteurs » mais 
il y joignoît des aAions plei- 
nes de bienveillance & débouté 
en apparence , ôc très - pernt- 
cieufes au fond , à en confidd- 
rer le motif & les conféquen* 
ces. Ay«Dt vu qu'on tratooit 
en prifon, pour fes dettes» un 
Capitaine qui s'étoit diilingué 
par fes. actions guerrières.» il 
courut à fon fecours avec la 
troupe dont il étoic toujours 
accompagné ; & fe failiffant de 
fa perfonne 9 après^ s'être em- 
porté contre l'orgueil des Sé- 
nateurs âc la cruauté des Ufu« 
riers ^ après avoir plaint lami- 
fere du peuple , loué haute- 
ment la valeur de cet .Oificier 
& déploré fon infortune : » Ce 
9 feroit bien en vain ,<ajouta- 
9 t-ilv-que ce brafs auroit fau- 
m^ vé îe Capitoie & U ciudel- 



MA 4c 

» le , fi je laiflbis traîner ca 
3i> prifoo de réduire à la fervi«- 
3» tude mon concitoyen & moa 
» compagnon de guerre , com* 
Il me fi les Gaulois écoiènt de* 
» venus nos vainqueurs & nos 
j» maîtres. » Après avoir ainfi 
parlé , il paya au créancier la 
fomme que l'Officier lui devoir^ 
& l'ayant délivré de Tefclava- 
ge avec les formalités requifes 
en pareil cas , il -le renvoya 
plein dereconnoiifance^âc priait 
Jes Dieux & les hommes de 
reconnottre -er^ fa place , les 
bienfaits & la générofité de M* 
Manlius Capîtolinus » fon Lt« 
bérareur , & le père du pea« 
pie Romain. 

A ce^ce aAion M. Manlius 
Capitolanùs en ajouta une autre, 
qui étoit capable de porter la 
multitude aux plus violentes e: -. 
trêmités» Après avoir fait pu- 
blier par le ccieur, qu'une terre 
qu'il avoit dans- le rerritoire de 
. Veies , 8c qm éroit la partie de 
fon patrimoine la plus confii- 
dérable , étoit à vendre : » C'eft, 
» dit-iJ , Mefiîeurs » afin qu'il 
» ne foîc pas dit qu'aucun de 
» vous foit menacé de la prifon 
» ou de la fervitude, tant que 
» je ferai pn- état de l'en dé- 
» livrer.» Ce dernier traie^n- 
fiamma . tellement le peuple, 
qu'il parotfToit capable dé tout 
'• entreprendre pour celui qu'il 
regardoit comme fon Libéra- 
teur.., M. Manlius Capitolinus 
tenoit des ademblées dans fa 
maiibn*, où fans plus garder 
• aucun ménagement pour les Pa- 
triciens I si fe mettre ça peioe 



i 



MA 



lès reproches qu'il leur fai« 
toit étotent vrais oit faux , il 
avança entr'autreschofes» qu'ila 
avoienc cdché les tréfors qu'on 
avoit repris aux Gaulois» On 
que noii contens d« s^être em- 
parés des terres de la Républi-* 
que, ils s*approprtoieat eocor^ 
un argent qui lui appartenoit • 
fc qui ftiffiroif pour acquitter 
les dettes du peuple» fi on pou- 
voit obliger ces avares à lâcher 
leur proie* Cette efpérance 
dont il flatta les citoyens » mit 
le comble à leur indignation. 
té Quoi« difoient-ils , quand il 
«» a fallu trouver la ibmme que 
« les Gaulois exigeoient pour 
y> notre rançon » nous nous fe* 
» rons tous cottifés pour la 
I» faire ; 6c aujourd'hui un pe- 
» tir nombre de paniculiers 
-» partageront cet or qu'on a 
f» forcé les ennemis de rendre ? n 
Pour n*eo pas demeurer-là , ilt 
preflbient M. Manlius Capitoli- 
ntls de leur découvrir le lieu 
où Ton avoit caché un Vol de 
cette importance. M. Manliu« 
Capitolinus les prioit d'atten- 
dre» les aflnrant qu'il le leur 
diroit en tems & lieu. Mais » 
le peuple ne perdoit point 
de vue cet objet qui feul l'oc- 
cupoit ; Ac il étoit aifé de voir 
qu'il n'y avoît point de réconh' 
penfe que Taccufateur ne pût 
efpérer» fi la dénonciation (e 
trou voit véritable» ni de peine 
qu'il ne dût craindre» fi elle 
étoit faufie. 

Telle étoit la fituation des 
affaires à Rome » lorfque le 
Dîâaieur y fut rappelle. Dds 



M A 

le reaHematn de foo arrivée» 

ayant iuffifammeot ocamioé In 
éifpofîtion des efprits » il afle»* 
bla les Sénateurs; âc leur ayant 
ordonné de fe tenir toujours 
auprès de fa perfonne, il vint 
accompagné de ce cortège» dans 
la place , Se monta fur iton Tri- 
bunal » qu'il avoit fait placer att 
milieu. Alors » il envoya ordon- 
ner à M. Manlius Capitolinns» 
par un Liéleur de le vei»r troo* 
ver. Ce féditieux averdt suffi- 
tôt les fieos de l'orage qui fe 
préparoit » 6l vint an tribunal 
d\i Diâateur fuivi d'ui^e mul- 
titude infinie* On voyoit d'un 
côté le Sénat» de l'autre le 
peuple » les deux partis ainfi 
•que deux armées ayant les yeux 
attachés fur leuis chefs » comme 
s'ils euflent attendu le fignal dn 
combat. Alors » le Diâateur 
ayant fait faire filence : » Piât 
» ' aux Dieux » dit- il » M. Man* 
» lius » qu'il fût auifi aifé de 
« mettre le peuple d'accord 
-o avec le Sénat de avec moi 
» fur toutes les autres affaires f 
» que )e fuis fur qu'il fera da 
» même fentiment que nons » 
» fur celle qui vous regarde » 
3» & fur laquelle je vais vous in- 
» terroger. J'apprends que vous 
y» avez fait efpérer aux citoyens 
» que» fans faire tort à leurs 
iB créanciers» leurs dettes pen- 
A vent être acquittées des de- 
3» niers qu'on a repris' aux Gaq- 
s> lois » & que les premiers des 
» Sénateurs tiennent cachet* 
30 Bien loin que ]e m'oppofi; 
jo à un fi grand avantage » je 

» votts escorte p .M. ida^ltin 



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MA 

Capitolious , à déUvfer le 
peuple des intérêts qu'il eft 
obligé de payer , & pour 
cet effet de déclarer quels 
fooc ces avares qui retren*- 
neat pour eux feuls les rré- 
fors de la République. Si 
vous n'obéiflez pas:, foit par- 
ce que vous-même avez parc 
au butin , foie parce que 
votre dénonciation éft fauf'* 
fe 9 je vais vous faire con- 
duire en prifoa > & je ne 
fouffrirai pas que vous amu- 
fiez plus long-cems la multi- 
tude par de vaines efpéran- 
cet* Je fçavois bien , répon- 
dit M. Manlius Capîtolinus » 
que ce n^étoit ni contre les 
Volfques f autant de fois nos 
ennemis , qu'il e& avantageux 
an Séaac de les faire palTer 
pour tels , ni contre les La- 
tins Se les Herftiques, que 
par de fauiTes accufations , 
on force de prendre les armes 
pour fe défendre » maïs con- 
tre moi de contre le peuple > 
qu'on vous avoir créé Diâa- 
teur. Aujourd'hui , laiflantr 
là la guerre» qui n'étoit qu'une 
feinte , vous venez fondrb 
fur moi ; Se vous déclarant 
le proteâeur des Ufuriers de 
Tennemi du peuple , vous me 
faites un crime de fa recon- 
Doiffance , & vous voulez me 
punir de lui avoir fait du 
bien. Vous ét<fs choqués » 
Cornélius, & vous; Meffieuirs 
les Sénateurs , de voir autour 
de moi un 6 gr»nd nombre 
de citoyens* Écartez - les 
Vauprès de ma perfonne par 



MA 4) 

« vos bienfaits « en répondant 
» pour eux t en les délivrant de 
s> la prifoo Si dti chatnes , ea 
3» empêchant qu'on ne les ad- 
n juge comme efclaves à leurs 
«9 Créanciers » enfin en em« 
» ployant une pai'tie de votre 
to fuperflu , pour foulager leur 
» mifere. Mais , pourquoi vous 
» exhorter à donner de votre 
» bien > Laiffez feulement aux 
-n autres celui qui leur appar* 
)» tient. Retranchez des femmes 
9» principales que vous avez 
» prêtées , celles qui vous ont 
» été payées à titre <i'intérêf ; 
To Se VOUS verrez que ma Cour 
» ne fera pas plus grofe que 
» la vôtre. Vous me demandez 
» pourquoi je fuis le feul qui 
» prends fi fort à coeur lès inté- 
T» rets du peuple? Demandez- 
» moi done auffi pourquoi j^ai été 
y> feul qui ai pris les armes 
3» pour fauver le Capttole Se 
» la cîtâdelle , & je vous ré- 
jo pondrai qu'alors je donnai à 
'n tous les citoyens en général 
3» le feeours qui dépendott de 
•y> moi ; Se que dans la fuite je 
» défendrai chacuti d*eci% en 
3> particulier , Si quand l'occa- 
» fion s'en préfentera. Quant 
3> aux tréfors des Gaulois , vous 
» rendez difficile par vos quef- 
» tious une chofe qui de fa na-^ 
n ture eft très-aifée. Car , 
a» pourquoi m'obliger de vous 
» dire ceque vous fçavez mieux 
» que perfonne ? Pourquoi vou- 
- » lez vous qu'on vous fouille , 
» plutôtxjue de rendre de bon- 
30 ne grâce, ce que vous avez 

ii fetré daos vos poches» à 



44 ; MA 

» moins qu'il n'y ait quelque 
30 fraude cachée là-deflbus , & 
30 que voqs ne foyezfûrs de 
» votre fait ? Car , plus vous 
n me défiez de découvrir vos 
» preftiges »plus je crains que, 
» femblables à des joueurs de 
» gobelets , vous n'ayiez jette 
» de. la poudre aux yeux des 
» plus curieux & des plus pé« 
V» nétrans* Je conclus que ce 
30 n eil pas moi qu*il faut obli- 
» ger de découvrir vos brigan^ 
» dages , mais vous qu'on doit 
30 forcer de les repréfenter. » 
Le Dictateur le fomma une 
féconde fois de laifler-là les 
détoufs j de répondre jufte , âc 
de prouver ce qu'il avoit avan- 
cé , ou d'avouer qu'à tort & 
fauffement il avoit accufé tout 
le Sénat de vol , afin de le ren- 
dre odieux au peuple. Sur le 
refus qu'il fit de répondre à 
des ennemis, qui n'avoienr pas 
droit , difoit-il , de l'imerro- 
ger 9 le Diâateur ordonna qu'on 
le menât en prifon. Dès que 
le LiAeur eut mis la main fur 
lui : » Grand/ Jupiter j s'écria- 
30 t-il , & vous Junon , Reine 
•» des Cieux , & vous Miner* 
» ve, & tous tant que vous êtes 
» de Dieux 8c de Déefles qui 
7> habitez le Capitoleifouffrirez- 
j> vous que votre défenfeurToit 
30 traité fi indignement par fes 
30 ennemis ? Souffrirez - vous 
3a qu'on charge de chaînes ces 
y> bras qui ont repouffé les 
30 Gaulois près de profaner vos 
90 temples ôc vos autels ? » Tout 
le peuple étoit au défef|>oir* 
Ce quil Yoyo>t ^ ce qu'il e&cgi^ 



m:A 

^oît fepénétroit de là pîus vive 
douleuré Mais , cette ville , la 
plus docile qui fut jamais à fes 
magiilrats légitimes , n'avoir 
point encore appris à réfifter 
aux ordres du Diâateur ; dt 
l'autorité de ce premier chef 
étoit fi redoutable ,' que les 
Tribuns du peuple & le 
peuple lui • même n'ofoient 
lever les yeux , ni - ouvrir 
la bouche en fa préfence* 
Ce qu'il y a de certain , c'eft 
que M. Manlius Capitoltnus 
n'eut pas plutôt été mis ea 
prifon, que la plus grande par^ 
tie des Plébéiens prirent de% 
habits de deuil , laifferent crol* 
tre leur barbe éc leurs cheveu x> 
& parurent fouvent autour de 
fa prifon les larmes aux yeux , 
& accablés d'aiBidlion. Enfia, 
le peuple étoit fur le point d'en 
rompre, les portes , lorfque 
le Sénat pour prévenir cette 
violence , les fit ouvrir «par un 
arrêt qu'il rendit à ce fujec. 
mais , cette condefcendance 
donna un chef à la fédition ^ 
au lieu de la calmer. 

En effet , M. Manlius Capi- 
tolinus, affemblant chez lui. les 
principaux du peuple* prenosc 
nuit & joiir avec eux des me- 
fures, pour introduire dans le 
. Gouvernement quelque nou^ 
veauté qui leur Hit avantageufe, 
faifant paroitre plus d'arrogance 
& de cplere que jamais. La 
prifon avoit aigri ce courage 
qui n'étoit point accoutumé aux 
affronts ; de fon orgueil augmen-> 
toit, quand il faifoit réflexicKi 
qu'A. Çornélitts Coffus n'^voîe 



• MA 

pes ofé l6 traiter comme Ih 
Quiotius Cincinnatus -avoic 
Craicé Sp. Mélius ; & que ni 
ce Ma^iftrac , en fe démettant 
de la.Didature» nî Iç Sénat 
en^ ordonnant qu'on le remît 
en liberté y n'avoient pu appai- 
fer la muldtude. Irrité des in* 
fures qu'il avoit reçues de Tes 
ennemis ^ ôc fier des ménage'* 
inens qu'ils avoient pour lui , 
il animoit par des difcours fé- 
ditieux le peuple déjà aâez in- 
4igné de lui-même. » Quoi , 
«> difoit-il, la raifon ne peut- 
» elle vous apprendre quelle 
o. eA votre puiflance f tandis 
» que les bêtes mêmes connoiC^ 
» ient leurs forces par le feul 
p intindl ? Comptez aux moins 
•I coffd^ien vous êtes » & com^ 
7> bien vous avez d'ennemis. 
» Quand ils feroient autant que 
» vous f je crois cependant que 
^ vous devriez combattre avec 
s» plus de courage 9 pour con* 
n ferver la liberté , qu'eux pour 
» acquérir la domination. Mais» 
» il s'en faut beaucoup que leur 
nombre n*égale le vôtre. Au- 
I» tant que chacun d'eux a de 
» clîens qui lui viennent faire 
ao la cour, autant il aura d'en- 
.» nemis à combattre. Montree- 
» leur (eulement la guerre , 2c 
K> audSt^t vous aurciZr la paix. 
p Dès qu'ils vous verront dé- 
!> terminés à employer la force, 
ao ils fe mettront à la raifon* 
» Il faut bien que tous, enfem- 
» ble vous faiEez paroitce vo« 
p tre courage , ou vous réfou- 
P dre à fouSirir chacun en par- 
9» ciçuUer toui^ ce qu'ils vour; 



M A 4$ 

» dront Faire contre votis. Vous 
» avez les yeux attachés fur 
» moi , & auurémeot je ne mao* 
» queraià aucun de vous. Mais, 
7> c*eû à vous de faire en forte 
a» que le pouvoir de vous fe* 
3> courir ne me manque pas à 
D moi-même. Vous fçavee que 
» ce M. Manlius Capitolinus 
» votre libérateur n'a plus rien 
a» été dès que vos ennemis l'ont 
ao voulu ; 6c tous enfemble vous 
» avez vu conduire en prifon 
» celui qui avoit rompu vos 
» chaînes , toutes les fois que 
ao l'occafion" s'en étoit préfen- 
ao tée. A quoi dois- je m'atten- 
» dre, s'ils pouflent leur au- 
ao dace plus loin , (inon au fort 
7> malheureux de Sp. Caffîus 
ao & de Sp. Mélius f Je vois 
30 que cette feule peofée vous 
ao fait frémir. Vous avez raifon; 
30 j'efpere que les Dieux ne 
30 leur permettront pas de me 
la traiter ainfi ; mais , ils ne 
x> defcendront pasduCiel povir 
n me tirer de leurs mains. C'eft 
33 à vous qu'ils inipireront le 
3' deflein de le courage de me 
» protéger , comme ils m*ont 
n donné tant en paix qu'en 
33 guerre , celui de vous dé- 
33 fendre contre des ennemis, 
3> Barbares ëc contre des ci- 
ao toyens orgueilleux. Quoi » 
ao le courage d'un peuple & 
ao nombreux fc ii fuiffam fe 
ao bornera-t' il toujours à obténif 
aa quelque fecours contre la vio- 
ao lence de tous fes ennemis } 
33 Et tous les démêlés qu'il au- 
33 ra avec les Sénateurs , né fe 
ao termineront -ils [amxis que 



4^ MA 

3» par urtt humble QhéiffàîkC€ 
» à leur volonté? Aflurémenr 
3» cette foupleâe ne vous eft 
» pas natureUe ; vous en avez 
a> contraâé Thabicude. Car » 
9 pourquoi avez*vous tant de 
m courage 6e de hauteur avec les 
3D eoDemis étrangers , que vous 
3» croyez être en droit de leur 
3» commander , fi ce n*eft que 
3» vous avez coutume de com« 
» battre pour TËmpire ; au lieu 
39 que vous ne faites jamais con* 
3» tre ceux«'ci que de vaines ten- 
» tatives pour maintenir votre 
^ liberté l Cependant , jufqu*ici 
3» quel qu*aiK été le caraâere 
3» de vos chefs de le vôtre, vous 
» avez toujours obtenu ce que 
» vous avez demandé , ou par 
» force) ou par bonheur* Il eft 
3» tems maintenant que vous por* 
n tiez vos vues plus loin. Éprou*- 
V vez jufqu'oû peut aller votre 
3» bonne fortune; éprouvez juf- 
» qu*oû peut aller mon zèle, qui 
» vous a» î'ofe m'en flatter, aâfez 
30 heureufement réuffi jufqu'à 
3» préfent. Vous aurez moins de 
3» peine à donner un maître 
» aux Sénateurs» que vous n^en 
9» avez eu à vous oppofer à 
3» leur domination. Il faut met* 
9» cre à bas les Confulats 8c les 
9 Diâatures , afin que le peu** 
p pie Romain puifle enfin lever 
» la tête. Je me déclare votre 
» défenfeur & votre patron ; 
» c'eftun nom que je crots avoir 
» mérité par mes travaux Sl 
3» ma fidélité. Mais , fi vous me 
» donniez quelque titre plus 
» honorable, un nom plus im* 
1» pofant^ une autorité plusécea- 



MA 

» due » je n'en uferois qise potff 
n vous faire obtenir avec pluft 
n de facilité les avantages que 
39 vous défirez- n Depuis et 
jour-là , on dit qu'on fongea 
férieufement à le faire Rot. 
Mais I oniie nous apprend point 
avec qui il traita d'un projet 
fi hardi , ni jufqu'oh l'affaire 
fut poufiee. 

Les Sénateurs de leur c6té V 
allarmés des afiemblées qui fe 
tenoient dans la maifon d'ua 
particulier logé dans la forreref^ 
fe y & du péril dont la liberté 
étoit menacée , prennent des 
mefures pour en arrêter les fui«> 
tes. La plupart s'écrient qu'il 
faut avoir recours au courage 
ÔC au bras d^un C. Servilius 
Ahala» qui plutôt que d'aigrir 
un ennemi public par une pri* 
fon de quelques jours, termine 
tour d'un coup cette guerre in* 
teftine par la perte d'un feu! ci» 
toyen. On fe détermine cepen^ 
dant à un parti moins violent 
en apparence , mais qui dans le 
fond n'étoit pas moins efficace % 
c'efi:<l'or donner aux Magiftrars 
de fe tenir fur leurs gardes $ Qc 
d'empêcher que les intrig<ies 
de M. Matilius Capirolinus ne 
faflent tort à la République; 
Alors, les tribuns Confulakes 
de les Tribuns du peuple qui 
s'étoient unis avec le Sénat , 
quand ils avoient vu que leur 
puifiance allolt expirer avee 
la liberté , délibérèrent en cqro^ 
mon pour fçavoir comment oH 
t'y pr endroit pour empêcher 
<|ue le mal n'allât plus loin* 
Le neurtre de M. Mantius Ca^ 



MA 

)>tlolIiius paroiflbk être le feùl 

expédient; mais, comme oa ne 

pottYoit Texécater fans s'expo- 

ler à de grands périls , deux 

des Tribuns du peuple, M. 

Ménius &c Qt PiiblUius « pre* 

«aec la parole : » Pourquoi , di- 

» reot-ils , mettons-nous le Sé« 

» nat aux prifes avec le peu- 

» pie dans ufle caufe qui doir 

3» réunir les deux ordres, con* 

» c-re un citoyen qui veut l€$ 

ib opprimer Tan & l'autre ?Pour- 

a» quoî en attaquant M. Maolius 

» Capirolinus , actaquoôs-nous 

3» le peuple avec lui , pendant 

a» que nous pouvons , avec plus 

J» de ISreté , touhier le peuple 

n lui-même contre ce féditieux, 

j» & Taccabler fous Tes pro* 

V près forces f Notre def&in 

» eft donc de Pappeller au 

SI Tribunal du peuple* Le peu- 

» pie ne déteite rien comme 

» la Royauté. Dès qu*il verra 

9 que ce o^eft pas à lui qu*on 

» en veut ; que de protecteur de 

« M« Manlius Capitolinus il fe* 

» ra devenu fa partie âc même 

B> fon juge; que fes accufateuri 

» font des magiftrats Plébéiens 9 

» et que le crime dont on l'ac- 

o cufe eft d'avoir brigué la 

» Royauté , il renoncera à tout 

» pour ne fonger qu'à fa U« 

«> bercé» » 

Cette propofitiofi des Tribuns 
<lu peuple ayant été approuvée 
4e toute Pauemblée^ ils l*ajour« 
nerent devant le peuple , & le 
fommerent de comparoître à 
certain jour devant fon Tribu- 
»ah D*abord » le peuple fut 
étonné I fur-fout quand iiremar- 



MA 47 

qua que M. Manlius Capitolèr 
nus étoit le feul qui eût pris des 
habits de dueii, êc qu'il étoic 
abandonné non -feulement des 
Patriciens t mais encore de fet 
parens èc de Ces alliés , & même 
de Ces deux frères, A. êc T. Man- 
lius , quoique jufqu/à ce jour 
on eût toujours vu les proches 
& les amis d*un accufé changer 
d'habits en même^tems que lui« 
On fe fouvenoit que quand le 
décemvir AppiusClaudiusavoit 
été mis en prifoni C. Claudsus 
fon ennemi 0c toute la famille 
Claudienne avoient pris le 
dueil. 

Quand le. jour de Paccufa- 
tion fut venu , outre les aifem* 
blées fecretes qu*il avoit tenue« 
dans fa maifon , les harangues 
féditieuies qu'il avoit pronon* 
cdes dans la place publique, 
les largeflesqu*il avoit faites au 
peuple I & la calomnie dont il 
avoit ufé contre le Sénat, on 
ne voit dans aucun Écrivain 
quelles furent les autres ips^en*^ 
ves qu'on apporta pour le c<oci« 
vaincre du crime qui faifok in 
«natiere de ce jugement. On un 
doute point qu'elles n'aient été 
très-fortes, puifque fi le peu* 
pie Tefufa de le condamner « 
ce ne fut pas fon innocence <pA 
l'en empêcha , mais le lien «A 
on l'avoit aiTemblé» Je crois^ 
dit Tîte-Live , devoir faire In 
réflexion fui vante , pour faim 
fentir à ceux qui liront les 
aventures de M. Manlius Capi- 
tolinus , combien la cupidité de 
régner rendit odieufes en fa pet" 
fouAC une de grandes qualités^ 



4* MA 

qui , fans ce vice , lut auroient 
arriré Tamout ôc i'eflime de 
tous les Romains. On die qu'il 
produisit près de quatre cens 
citoyens dont il avqit empêché 
qu*on ne vendît les biens, ou 
-qu'il avoit tirés de la prifon èc 
des chaînes > en payant leurs 
dettes, fans exiger d'eux au- 
cun intérêt. A Tégard de fei 
iêrvices & de fes campagnes^ 
il n*en conta pas feulement 
rhiiloire , mais il en donna des 
témoignages éclatans, en expo- 
fant aux yeux de touj: le peuple 
les dépouilles de trente ennemis 
tués de fa main, 5c quarante dons 
reçus des Généraux fous qui 
il avoit porté les armes , entr'au* 
très deux couronnes Murales 
& huit Civiques; de plus il 
préfenta à Tademblée un grand 
nombre de citoyens qu'il avoit 
arrachés des mains des ennemis, 
parmi lefquels' étoit C. Servi- 
lius , qu'on avoit nommé, maî- 
tre de la cavalerie (ix ans au- 
paravant pendant fon abfence. 
Après avoir expofé le tout dans 
un difcours pathe'tique , dont 
'Jes expreflîons & les penfées 
répondoient parfaitement à la 

, grandeur de fes exploits guer^ 
xiers , pour mettre le com- 
ble à fon apologie , & en fôr- 

^ ne de péroraifon , il déchira 
fes habits ,& laiiTa.voir fon ef- 
tomac où paroiiïbient encore 
les cicatrices des bleflures qu'il 
avoit reçues en combattant ; & 
fettant de tems en tems les yeux 
vers le Capitole, il appelloit à 
fon fecours Jupiter & les au- 
tres Dieux \ & les priait d*iaf« 



MA 

t>]rer au peuple Romaiif qui 
alloit le juger > le même efprit 
qu'ils lui avoient infpiré à lui- 
même, lorfqu'il avoit défendu 
la citadelle* Enfîn, il conjura 
chaque citoyen , ea particulier , 
6c tout le peuple en g<énéral y 
de tourner leurs yeux lur la ci- 
tadelle, fur le Capitole & tous 
Jes Dieux qui l'habitoient, & 
de le condamner s'ils l'ofoient. 
C'étoit dans le champ de 
Mars que la fcene fe paffoit; 
& comme on eut commencé à 
prendre le fuffrage des centu* 
ries , &que l'accufé tendant les 
mains vers le Capitole ^ eut une 
féconde fois adreffé fes prières 
aux Dieux > les Tribuns s'ap- 
perçurent que leur entreprife 
alloit échouer » s'ils ne déro- 
boient aux yeux des citoyens 
un objet qui ne leur laiiïbic 
pas la liberté de dire leur fenti* 
ment contre un homme en fa- 
veur, de qui , tout criminel qu'il 
étoit , le fouvenir d'un it grand 
bienfait prévénoit leurs efprits* 
Ain(î, ils remirent ce jugement 
à un autre jotir , où ils aiTem'- 
blerent le peuple dans le bois 
Pérélinus , hors de la porte No- 
mentane, d*où on ne pouyoic 
voir le Capitole. Ce fut-là que 
l'accufation prévalut fur tout ce 
qu'il put employer pour fa dé- 
.fenfe. Il fut traité à la dernière 
rigueur, & condamné à mort. 
Tan 381 avant Jefus - Chrift » 
par un jugement qui fît horreur 
à ceux mêmes qui le-pronon- 
çoient. Quelques-uns ccoyent 
.qu'il fut jugé^ par deux Com- 
miffaires nommés pour informer 

de 



MA 

et (on cfîme. Les Tribuni lé 
firent précipiter du haut du roc 
Tarpeien; & le même lieu eft 
devenu dans la fuite le monu*- 
snent de fa gloire , & celui de 
foD fupplice. A une punition fi 
févere on ajouta deux notes 
d^infamie ; l'une publique , en 
défendant à tout Patricien d'ha- 
biter jamais dans le Capitole ou 
dans la citadelle 9 parce que fa 
xnaifon y avoit été fituée > à 
l'endroit où l'on vit depuis le 
cemple de Junon Monéta 9 Se la 
boutique d'aiis laquelle on fabri- 
quoit les monnoies ; l'autre 
particulière à fa famille » en 
profcrivant le furnom de Maf • 
eus , en forte quMl ne fut plus 
'permis à aucun des Manlius de 
le prendre à ravenir.Ainfi mou- 
rut un citoyen dont la vie au- 
roitétéilluftre» s'il ne fût point 
tié dans un. état libr£. 

Le peuple ne fut pas long-' 
tems fans le regretter. Dès qu'il 
n'eut plus rien à craindre de fon 
ambition ^ il ne fe fouvînt plus 
que de fes vertus ; de la pefte» qui 
furvint bientôt après fafts au« 
cune caufe apparente 9 fembla 
à la plupart n'avoir pour ori- 
gine 9 que le fupplice indigne de 
■ ce citoyen. On publioit que le 
Capitole avoir été fouillé par le 
fang de fon libérateur ; & que 
les Dieux avoient été offenfés 
de ce qu'on avoit fait expirer 
à leurs yeux celui qui avoit 
fauve leurs temples des mains des 
ennemis* 

<*) Th. Lîv. VI. c. 1 , ti > li , )5. 
(i) Tir. LîY. L. VU c. )o. 

Tm. XXVU. 



MA 49 

MANLlUS [ A.]t^. m/^* 

lius 9 ( tf ) fut créé Tribun mi« 
litaire 9 i'an de Rome )66 % 
& 386 avant Jefus-Chrift. Il fut 
revêtu de la même charge » 
quatre ans . après. Il y fut en* 
core élevé deux fois depuit» 
La première fois » ce fut l'ati 
de Rome 372 9 & 380 avant 
Jefus-Chriit 9 & la féconde fois» 
ce fut l'an de^Rome 385 »& 367 
avant Jefus-Chrift. 

MANLIUS t C. ] . < * ) C. 
Manlius 9 fut élu à la charge de 
Tribun militaire » l'an de Rome 
376 9 de 367 avant Jefus-Chriil» 
Il eut entre autres collègues , R» 
Manliusk Voye[ ci-après Manlius 

MANLIUS [ P. 1 » fO P- 

Manlius^ fut créé Tribun mili- 
taire avec C. Manlius & quel* 
ques autres 9 l'an de Rome 376» 
& 376 avant Jefus-Chrift. P» 
& C Manlius emportèrent psyr 
leur naiflance ôc leur crédit» le 
commandement de l'armée qu'on 
envôyoit contre les Volfques ^ 
fans tirer au fortj ni demandeiP 
le confentement de leurs coh* 
lègues ; mais , dans la fuite » ils 
eurent fujet de fe repentir de . 
Cette préférence , aufli-bien qud 
les Sénateurs qui la leur avoienc 
accordée* Ils avoient fait partir 
leurs cohortes pour aller ati 
fourrageai avant que d'avoir en* 
voyé à la découverte. Quelque 
tems aprèsi un fotdat de l'armée 
ennemie , qui fe difoit Romain » 
leur vint annoncer qu^ellet * 



I 



(C) Tit. liy. t, VI. t» %ùt\^t ^u 

D 



$0 M *A 

étoient învefties par les Latins ; 
& aufC-tôc, fans prendre feule- 
IQent ht précaution de garder 
c^lui qui leur donnoît ce faux 
^vis « ils coururent à leur fe- 
«cours y & tombèrent eux-mêmes 
,dans les embûches qu'on leur 
«voit dreflees. Pendant que fou- 
.tenus ps^r le feul courage des 
,foldat5 , ils fe battent vigou- 
rtufei^ent malgré ledéfavantage 
du lieu, le camp des Romains' 
refté fans défenfe dans la plai- 
ne , fut attaqué par d'autres 
:€nnemift. Dans l'une de Tau- 
Jire oocafion ce furent l'ignoran- 
ce &.' la témérité des chefs qui 
.cxpoferent le» troupes de la 
République. Ce furent le boa- 
.Ifeur du peuple Romain , & la 
valeur de Tes foldats , qui fou- 
•vent s* eu foutenue par elle-mê- 
.me d^ilituée delà prudence des 
Généraux- , qui en fauverent U 
plus grande partie* 

Onze ans après , P. Manlius 

•fut créé Dictateur, & il choifit 
pour maître de la cavalerie , C. 

'Licinius 9 Plébéien qui avoitété 
Tribun militaire quelques an- 
nées auparavant. Tite-Live dit 
que cette démarche de P- Man- 

^lîu.s fît beaucoup de peine aux 
Séniiteurs ; & que le Diâateur 
s'excufa fur la parenté qui étoit 
^ntre lui Se C. Liciniu$,a)ou<anc 

'que l'autorité du maître de la 
cavalerie n'étoit pas fupérieure 

•à celle de Tribun Confulaire. 

'L'année fui vante , P. Manlius 
' fut élevé pour l'a fécondé fois 



MA 

a la charge de Tribun miH« 
taire. 

MANLIUS [ L. ] IMPÉ- 
AIOSUS , Z. Manlius Impt^ 
riofus y Xà) fut créé Diélateur^ 
l'an de Rome 392 , & 360 avant 
Jefus-Chrîil» 6i il choifir pour 
maître de la cavalerie L. Pina«- 
rius. La rai Ton pourquoi on 
éleva L. Manlius à cette pre- 
mière dignité de la République, 
ce fut pour qu'il enfonçât ua 
clou dans le temple de Jupiter* 
Cette augufte cérémonie fe fai- 
fojt aux Id?s de Septembre. 
Mais> L. Manlius ne croyant pas 
qu'une expédition de cette na- 
ture fît aiïez d'honneur à fa 
charge , fous prétexte de faire 
la guerre aux Herniques» ufa 
•d'une rigueur (i exceffive dans 
les levées qu'il entreprit de 
faire > que tous les Tribuns du 
peuple s'étant foulevés contre 
lui , il fut obligé d'abdiquer la 
Di(flature. 

Mais , cette démiilion forcée 
.n'empêcha pas que dès le com- 
mencement de 1 année fuivantè, 
fous le Confulat de Q. Servî- 
lius Ahala & de L. Génucius 
-pour la féconde fois , il ne fût 
appelle ea jugement par le 
Tribun du peuple Mr Pompa- 
nius. Il étoit devenu odieux , 
comme 01» vient de le dire, par 
la violence dont il avoit ufe 
dans la levée des foldats, ea 
,puni0ant ceux qui ne répon- 
doient pas à l'appel » Rou-fen- 
lement dans leurs biens qu'il 
coniifquoic» mais encore daoe 



Uy TiL Liv. L. vu. c. 3. & fii' 



tAÂ. 

leurs perfonnes , qu*il faîfoit 
traîner en prifon , & déchirer à 
Coups de verges. Mais , ce qui 
révolroit davantage les citoyens 
icontre lui , c'étoienc fa dureté 
naturelle , & le furnom d*Impé- 
fiofus ou Impérieuic , inluppor- 
tabie dans un état libre , que 
lui avoir fait donner la cruauté 
avec laquelle il avoir affedlé de 
traiter non-feulement les étran- 
gers , mais même Tes proches i 
Tans épargner fon propre fang. 
Car , le Tribun entre les autres 
chefs d*accufation , lui repro- 
choic d*avoîr chaffé de fa mai- 
son paternelle de de la vue de 
fes dieux Pénates , de ta place 
publique de de la compagnie de 
fes égaux , un fils qui ne lui en 
âvoit jamais donné occafion par 
fa mauvaife conduite , pour le 
tenir enfermé avec de vîls ef- 
claves , & l'occuper à des ou- 
vrages fer viles dans un Heu où 
^e jeune Patricien » fils d'un! 
Dictateur , jouifloit à peinç de; 
ta lumière des cieux , oC appre- 
ïToît par une mifere continuelle 
^u^il étoic véritablement né 
d*un père dur Se impérieux* 
Mais encore pour quelle rat' 
fon ? Parce qu'il n*avoît pas 
refprîr auffi vif, & qu'il ne 
parloit p^s auHi aifément'qu^l 
l'auroit fouhaité. Eh 2 s'il avoir 
^u le moindre fentiment d'hu* 
jnanitéy n'àuroit-il pas dû cor- 
riger doucement ce défaut, o^ 
du moins le cacher , plutôt que 
de l'entretenir & de le faire rè* 
marquer à tout le monde , par 
la manière cruelle dont il le' 
traicoic? Que les bêtes mim^s 



les plus féroces ne refufoient 
ni leur tendrefle ni leurs foin| 
à ceux de leurs petits , qui 
étoient nés difformes ic monf^ 
trueux; au lieu que L. Manfius» 
par une éducation fi indigne « 
fortifioit les vices naturels d^ 
fon fils» 6c étoufFoit, en le te* 
nant à la campagne parmi de| 
efclaves Se des animaux , tout 
ce qu'il avoit d'efpric & d'ac* 
tivite. 

Il n'y avoit perfonne qui Af 
fût touché de ces reproches » 6Ç 
à qui ils ne paruiïenr Juftes Sf, 
bien fondés. LefeulX* Manlius, 
en faveur de qui on l'es faifoif 
à fon père, ne put les fouffrirà 
Bien plus , indigné de voir que 
c'étoit à fpn occafîon qu'on per- 
fécutait celui ^ qui il étoit re«* 
devable de la vie , pour appren- 
dra aux Dieux & aux homoiei 
qu'il prcféroit les intérêts de 
jQn père à ceux dé fes ennemîsi 
il conçut un deSein de mauvaiii 
exemple à la vérité > 5c qiit 
partoit d*un Courage bru fque SC 
lauvage » mais dans lequel oii 
pouvoir au moins loueria bontd^ 
ûe fon cœur. Il prit vn poi« 

f*;nard fous fa robe , & fans rien 
îre à perfonne, s'en vînt à 1^ 
yiHe, & fç' rendit tout droit 
dans la maifon de M. Pompo« 
tïus. Il dit au portïçr d'avert;f 
fon maître que T.' Manlius , fil| 
de L. Manlius, avplt à lui corn* 
inuniqaer une affaire de confé- 
quence, &quine foui&oît point 
de retardement. Le Tribun qui 
crut que ce jeune homme , irri- 
té des mauvais trattemens de fon 
père f lui veiioit donner ^juelqub 



^1 MA 

«vis capable de fortifier Ton ac- 
cu facîon 9 ne balança pas à le 
faire encrer. Après les.premiers 
complimens , il le pria de faire 
^retirer tout le inonde , afin qu'il 
yût lui parler en particulier. 
Quand il fe vit feul avec M. 
Pomponius , il tira le poignard* 
& le lui portant à la gorge , il 
le menaça de le tuer, s*il ne 
lui jur.oit fur le champ qu'il 
abandonneroit Taccufation qu'il 
^yoit intentée contre fon père. 
Le Tribun , qui voyoit briller 
le fer à fesyeux , qui étoit feul, 
& qui avoit affaire à un jeune 
homme robufte & fier de fes 
forces , ce qui n'étoit pas 
moins effrayant , fit le ferment 
qu*on exigeoit de lui y Se avoua 
depuis que c'étoient les mena- 
ces du ftls qui Tavoîent obligé 
de laifler le père en repos. 

Le peuple eût été bien aîfe 
qu'on lui donnât occadon , 6c 
qu'on lui laiflat la liberté de 
porter fon fuffrage contre an, 
accufé (î cruel & fi fuperbe ; 
mais, cependant , il ne fut point 
fâché de voir qu'un fils fe fût 
porté à cette violence , pour 
fauver fon père ; ce qui lui pa- 
rût d'autant plus, louable y que 
l'extrême dureté de l'un n'avoît 

λas été capable d'étouffer let 
èntimens de la nature dans 
l'autre. Ainfi , une adlion fi 
hardie tira le père du danger où 
il étoit expofé , Se attira même 
au fils des éloges & des réconi* 
pentes. Car , comme on fut con* 

Uy Tit, Liv. t. Vil. c. 4. ër fêq. t. 



MA 

venu que cette année , pour It 
. première fois , le peuple nom-? 
meroit une partie des Tribuns 
militaires qui commandoienc 
dans les légions, au lieu qu'au* 
paravant • toutes ces places 
étoient données par les Géné^ 
raux ; il obtint le fécond rang 
entre les fix Officiers , donc 
chaque légion étoit compofée, 
fans qu'il eût jamais rien fait etk 
paix ni en guerre qui lui eue 
mérité cet honneur, puifqu'il 
avoit paffé toute fa jeuneffe à la. 
campagne , parmi des efclaves» 
& loin du commerce des hon- 
nêtes gens. 

MANLIUS [ T. ] TOR. 
QUATUS, T. Manlius Tor^. 
quatus , {a) fils de L. Manlius 
Impériofus. Ce dernier fut ac- 
cufé devant le peuple par le 
Tribun M. Pomponius , l'an dei 
Rome 393, & avant Jefus-Chrifl 
359. L'accufation intentée conr 
tre lui rouloit fur fa conduite, 
irréguliere & rigoureufe dans 
la Didlature qu'il venoit d'abdi- 
quer. Mais , le Tribun travail- 
loit encore à le rendre odieux 
par fon caradere féroce , 6c 
paria cruauté qu'il exerçoit non-, 
feulement contre des étrangers , 
mais fur fes proches & fur fon 
propre fils. 

Les inveélîves de M. Pompo- 
nius révoltèrent contre L. Man« 
iius Impériofus tous les citoyens, 
excepté celui-là feul qui étoic 
l'objet de cette rigueur , tanç 
reprochée à fonpete.. Ne pou- 



1^ 



1^9. RoU. Hift* Rom. Tom. û, p. 145; 



MA 

vant fupporter qu'on entreprit à 
fon occaiîon de le rendre odieux,* 
il voulut, par une a<flion écla* 
tante, faire connoître aux Dieux 
& aux hommes , que bien loin 
de favorifer les accufateurs de 
fon père, il prétendoit prendr-e 
fa défenfe & le fecourir. Il prit 
donc une réfolution , qui vérica* 
blement fe relTentoit de la fé^* 
rocité dans laquelle il avoit éié^ 
élevé , & qui étoit fans doute 
d'un exemple dangereux dans 
un État, mais cependant louable 
par le motif d'où elle partoit* 
T7n matin^fans en avertir perfon^- 
De , il vient à la ville armé d'un 

Çoignard , & va droit chez le 
ribun M. Pomponîus , qui 
étoic encore au lité II fe fait an- 
aoncer , ôc fur le champ eil in- 
troduit, parce que le Tribun 
- ne doutoit pas que ce jeune 
homme,indigné contre fon père, 
ne vint lui fuggérer quelque 
nouveau fujet d'accufacion « ou' 
lui donner quelque confeil fur 
la manière dont il devoir coiw 
duire l'affaire. Le jeune T. Ntan-» 
lius lui demande un moment 
d'entretien particulier ; 3c de» 

Îu'il fe vit tête à tête avec le 
ribun , il tire fon poignard, le 
lui porte fous la gorge, Ôc lui dé- 
clare qu'il le percera fur .le 
champ y s'il ne jure dans le mo'* 
ment même , félon la formule, 
qu'il va lui diâer,qu'il ne tiendra 
jamais d'alTemblée du peuple 
pour accufer fon pere.Le Tribua 
tout tremblant, qui voyoit le fer 
briller à fesyeux« qui étoit feul, 
faos défenfe , attaqué par un jeu* 
ne homme robuile > éc, ce qui 



MA' a 

nVtoit pas moins ^è craHidre> 
j^lein d'une confiance brutale e« 
la force , fit le ferment qu'on lui^ 
demandoit , & dans la fuite il 
avoua avec une forte de com« 
plaifance , & avec une (incérité' 
qui marquoit afiez'qii'il ne s'éït* 
repentoit pas» qee «'étoit ctitë 
violence qui Tavak' hhWgé dé 
k défiiler de fon entreprise.* ■ ' 
'- Cette aétioa 'éft Cans douttt 
irTéguIiere eiieilè*jiiêfne; inal^^ 
ce défaut eft couvert en qfielqud 
façon par la générofité& la pié^ 
té filiale quiy brillent dans leur 
plus grand éclat ;' & c*eft fur 
ce pied^là qu'en jugea le peu« 
pie Romain; Il eût fouhaicé 
avoir toute liberté, de févîr 
contre un accufé cruel êc fu- 
perbe; tel qu'étoit L» Manlius 
Impériofus ; mais -, - Il he pur 
déiarpprouvef néanmoins la dé* 
marche hardie de' et fils , pour 
fauver fon père» II' la trouVoit 
même d'autant plus louable, que \ 
lafévérité exceffivedeL. Man- 
lius Impériotui à - fon égard ,' 
n'a voit pu éteindre en lui lee 
fentimens de la nature* Le peu* 
pie fe crut même obligé de ré« 
compenfer une aâion fi gêné* 
leufe ôc il pleine de piété. Il 
fut nommé Tribun dans une lé- 
gion ; grâce confidérable, 6c qui 
ne fut accordée qu'au zèle qu'il 
avoir témoigné pour fon père , 
puifquece jeune Romain ,élevd 
jufqu'aloTS à la campagne , n'a- 
voir pu fe faire connoître par 
un autre endroit. 

Nous voyons dansla perfonne 
du jeune T. Manlius, un illuf* 
tf e exemple de ce qi^e peuvent 

D iij ' 



|4 . U 4: 

pc^oivuni; o|»ér«r les fefitimetts 
e la nature dans, le c«^ur d'ua 
ils y & du)iaut degré |ufqu'où il 
4oit porter je refifeâ & la ren- 
drefie f ^ur;/pp pcf e. Les Écrî- 
iraiosdu pa^nifin^ ^nt fore bien 
connu toute ir4lf^d4ie de ce de-* 
XQK y i& où '.iascement ^ .fré«, 
^Vjeaunent iK£âefut/J[*obliga€ioA* 
où (oj)t iesi eofanâ f pon-feule*^ 
s^nc de.di$^le# ^ découvrir 
Ç^r le fUe»ç-0-^S'nî«uvAi$trajte-: 
|Q^;)s qu'iUpe.uvefititec.evoijf de 
^M"^ pere».& ftieres ♦ .mais de 
les fottffrir atQc Une douceur &: 
uoe .pfitjesijpe; qjuî XoieDC à Té- 
preuve def înjjkiiiices les plus 
criantes, \Jn^ fi!:s Cut-il jamais 
Jtijiitiraiié pli}« inju^iement par 
Ibft pjere ♦ q^e.T. ManJius par 

le .ficrt ? JEi VeA r4ii«s Iç ^^ro» 

j*^'9^e Jiju'il ppîrpiive de fa parc 
Xe<s ngueuxst les pilu^ureSj dont 
iJ pourrait {«i v<îhir .'Vengé & dé-. 
livre. fans .y. tie»> «odtribuer de 
£pa c6ré> <).i|'il coiujrct à fa . dén 
feofev & qu'uni^ uemeli): occiipé 
du dé£r cU fauo^ec fon père t ^ 
4e la penrée.iqtî'il.eft fils, U 
oublie cous le^s.. autres devoirs^- 
De ce principe ies p^yens infé- 
raient un .aurore devoir 9 feioi» 
<$ttx encore pbifi Indifpenfable , 
f^m étolt de d^tiiUulet inviola- 
blement attacM à la patrie», 
quelque inlute qu'on en eût re- 
çue. C'eâ à «Ue de témoigner fa 
i*ecom)oiâàBce p^jur les fervi- 
ces que lui rendent les citoyens; 
mais les plus mauvais traite- 
mens , 3c les fupplices mêmes f 
«e doivent t>s»s faire repentir un 
citoyen qui à une véritable 
grandeur 4'^me de Favoir fer- 



M A 

yîe avec zèle & fidélité. 

L'année fViivante » its Ro-^ 
mains eurent quelques gueres 
peu importantes contre des peu^ 
pies voifîns ; celle contre le& 
Gaulois leur donna plus d*in'» 
quiétude i àc fit nommer un Die- 
i^teur« qui fut T. Quincius Pen*^ 
nus. Ils s'étoient avancés à trolS' 
milles de Rome. Les Romains 
marchèrent à leur rencontre. 
Les deux armées demeurèrent 
quelque tems en préfence, fan» 
f1»ire^ aucun mouvement > fépa- 
xées feulement fur le pont qui 
étoitfur TAnio. Aucun des deux 
parus ne vouloir rompre co pont, 
dt peur qu'on n*artribuât cette 
précaution à fa crainte ; mais > 
le défir de s'en emparer occa-* 
fionnoic des combats affez fré<« 
^uens ^ fans qu'on pût juger à 
§ui il reileroic , à caufe de l'é- 
galité de leurs forces. Ce fuc 
dans cette incertitude qu'un 
Gaulois d'une grandeur déme- 
furée. s^avança fur le pont 9 qui 
éttût encore libre y ôc criant de 
toutes .fe s forces, pour fe faire 
entendre de plus loin, » que le 
19 plus vaillant des Romains pa- 
9» roiâTe Si s'approche 9 afin que 
3» lui & moi faflîons voir pat 
3a riJue de notre combat , 
3» qveile eft la plus brave de» 
» deux nations.» Les premier» 
de la îeunefle Romaine demeu- 
rèrent sfifez long- tems dans le 
filence, aucun n'ofant fe décla- 
rer 9. de peur de fe couvrir de 
honte en refufanc ce défi 9 ou de 
s'expofer feul , en l'acceptant g 
à un péril qui paroifi^it évi«' 
dent» En^n > T. Manlius , s'étaat 



M A . 

approché du Diâaceùr : «c Jt 
» me g^rderois bien, lui dic*Hv 
» Seigneur , de combattre hors 
» de Okon rang fans irotre or- 
» dre 9 quand je feroîs afTuré de 
3» la vidof re ; mais ^ fî. vous 
» voulez me le permettre » je 
» veux apprentlre à cette bêt^ 
» féroce » qui nous infulte avec 
« tant d'orgueil (k d*infolence» 
n que je fuis de cette hsitilc qui 
» chaâa les Gaulois ^ Se les 
» précipita du haut du Capitole^ 
» Confervez toujours ^ lui ré- 
3» pondit le Diâateur , cette 
» généreufe ardeur de fervir 
» votre père de votre patrie* 
x> Allez y ôc avec la proteélion 
» àQs Dieux y montrez que les 
» Romains font invincibles x>» 

Au(&-tôt Tes compagnons pri** 
rent foin de l'armer. Il prend un 
bouclier dû faotaflîn avec une 
épée à rEfpagnoIe» beaucoup 
plus propre à combattre de 
près. En cet équipage» il s'a*' 
vance contre le Gaulois, fot* 
tement joyeux , & tirant la 
langue par dérifion* [ Car les 
Auteurs n ont pas dédaigné de 
rap^Qrter cette faillie extrava-* 
gante ]• Tout le monde s*étant 
retiré ,les deux Athlètes, pour 
donner aux deux armées un 
fpeâacle peu ufité dans la guer* 
re, relièrent feuls au miiseu 
du pont, avec des forces bien 
dirproportiofinées , à n*en juger 
^ue par l'extéritur* L'un étok 
d'une ftature dénaefurée» revttu 
d'habits éclatans > de cou vers 
d*armes toutes brillances d'or* 
L'autre éroàt d'une grandeur 
ardioaiJre.^ 8c fés armes aifées 



MA 5J 

à manier , évoient phA foKdes 
qu'éblduiiTatitâ'Sk Lt preiffkit?^ 
s'approchoit en fe donnant dé 
graruls mouvemei)s , aVec dei 
hurleiiiet)s plutôt <|ve des chanti 
à la Gauloife ^ dt frappaàt é6 
fa lance fur fob bouclier. Ltf 
Romain , (ans fe fépandre ati 
dehors , s'avftnçok éft fil<encej 
gardant pouf ït côttb&t iAèthè 
tout fon courage ^ rotiite fa 
colère. Us th vlnreftt atix inSiiftH 
au milieu 4é «tafit de itior'- 
tèls , partagé) éi\trt l'efpéranctf 
de ta craiAve. I>*âbôM le Gau- 
lois , qui , comiiie uhe lourde 
mafTe furpaffbit le Romain dé 
toute Ih tête ) oppofabt de la 
main gauche fon bouclier SLint 
armel de T* MàAlius, leva àt 
la droite un fabf e éhoTitkt , dt)nt 
il efpétoit ^ tn It rabattant dé 
toutes fes forcés, fendre la tèté 
de fon ehùtfHiï Mais , T. Màn*" 
lius efquivà lé coup ^ dcdétout^ 
nant adfdlvelbént lé bâuclie^ 
que le barbare lui pféfembk ^ 
le joignit» & le ferra dé façon ^ 
que s'élànt finis hors de la por-' 
tée de fes a^mts, tfOp longueé 
pour lé pércér dt fi ptès, il èui 
le lems dé lui percer le ventre 
de ptttfieiirs eëups qui le tta*^ 
Vierferenk à (es pieds tout dé 
fon iobgi AlofSi tàà$ lui faire 
d'aiiltfuti àUéuh oiiitfagé , il fé 
contenta 4è lui Ôtei? lé côHiéé 
qu'il portoit au tt^i , ^ lé mit 
au (ieft , tôul fa^l^nf cfo jnmé il 
éto4t. 

Les Gàùlok féftérefit étéfinés 
3c Interdits y pé^aihf^ qne lei 
Romains pleins de foie allèrent 
au-devant d^ kur chatnpioni 

D iv 



l6 MA 

ce Tayaot reçu au milieu d'eux » 
i^Is le conduifirent au Didateur» 
en le comblant de louanges t ôc 
}e félicitant de fa viAoire. Par- 
mi les applaudilTemens & les 
chanfons militaires des foldats, 
en entendit le nom de Torqua- 
tus , qui n'ayant été prononcé 
d'abord qu'au hazard , palTa 
enfuite à tous ceux de fes def* 
cendans 9 comme un monument 
glorieux de fa valeur de de fa 
viAoire. Le Didlateur lui fit 
préfent d'une couronne d*or 9 ôc 
.en préfence de toute Tarmée 
^donna à fon courage tous les ' 
éloges qu'il méritoit. 

T» Manlius Torquatus fut 
créé di^ateur , fan de Rome 
402 , 6c 350 avant Jefus-Chriil, 
& choinc pour maître de la ca- 
valerie « Cornélius CofTus; de 
content de l'armée du Conful» 
il déclara la guerre aux Cérites 
en vertu d'un arrêt du Sénat 
& d'un décret du peuple. Mais, 
)es Cérites demandèrent la paix 
^ l'obtinrent. T. Manlius Tor- 
quatus fut créé de nouveau dic- 
tateur quatre ans après , & il 
prit encore pour maître de la 
cavalerie A, Cornélius CoCus. 
Il fut élevé au Confulat avec C« 
Plautiuç y l'an de Rome 408 , de 
344 ayant Jefus-Çhrill. Il y fut 
élevé de .rechef trois ans après , 
& on lut donna pour collègue 
Cr Marcius RutUus, 

L'an de Rome 415» & 337 
avant Jefus-Chrift, T. Manlius 
Torquatus fut créé conful pour 
Ja troifieme fois , ^vec P. Dé* 
çius Mus. L. Annius , homme 
d'une £er(é faos égale » étoic 



MA 

alors un des Préteurs des La«> 
tins. Il fut envoyé à Rome f 
avec permidion de dire & de 
faire tout ce qu'il jugeroit utile 
6c glorieux à la République des 
Latins. Quand L. Annius fut 
arrivé à Rome avec les autres 
députés y on leur donna audien- 
ce dans le Capitole. Là T. 
Manlius Torquatus y leur ayant 
commandé de la part du Sé<- 
nat, de laifler en repos les Sam* 
sites alliés du peuple Romain 9 
L, Annius prit la parole , & 
parla comme un vainqueur 
qui fe feroit emparé du Capitu- 
le les armes à la main , & non 
comme un ambafladeur qui ne ^ 
doit fâ fureté c^u'à fon caradlè- 
re. T. Manlius Torquatus » qui 
n*étQit ni moins fier ni moins 
violent que L. Annius y bien 
loin de retenir fa colère » décla- 
ra que n les Sénateurs étoienc 
aflez infenfés pour fe laifièr 
donner la loi par un Sétinien » 
il viendroit dans le Sénat armé 
d'un poignard y &c tueroit de fa 
main tout autant de Latins qu*il 
en verroit dans l'afiemblée; 6c 
fe tournant vers la ftatue de 
Jupiter : 30 Dieu puiflant , dit* 
» il , fouffirirez-'vous qu'on în- 
3P troduife dans votre facré tem- 
30 pie des étrangers y pour y 
» faire les fondions de Séna* 
p teurs 6c de Confuls y & voue 
» y tenir vous-mêmes comme 
3» prifonnier 6l comme vaincu? 
» Éft- ce fur ce pied-là , pcu- 
9 pies Latins , que les Roît 
2> TuUus de L. Tarquîn ont trai* 
» té avec vos pères i Ne voua 
» fouvie&t-il plus de la bataill» 



-I 



MA 

» do lac Régille ? Avez-vous 
» déjà otiblié, 6t vos anciennes 
» défaites » Ôc les bienfaits que 
30 vous ayez reçus de nous? y> 

Ce difcours du Conful excita 
contre les Latins l'indignation 
de tous les Sénateurs , & la 
guerre leur fut déclarée. Le 
peuple témofgna tant d'ardeur 
pour cette guerre , & tant d'in- 
dienation contre les Latins , que 
fi leurs ambafladeurs fe retirè- 
rent impunément » ce furent 
moins leur caraâère & le droit 
des gens , que le foin & Tatten* 
fîon des Magiftrats ^^qui les mi- 
rent à couvert de fa fiireur Se 
dç fes coups. Le Sénat entra 
dans les mêmes fentimens ; en 
forte que les Confuls ayant levé 
deux armées , auxquelles ils 
joignirent celle des Samnites» 
traverferent au foriir de Rome, 
le païs des Marfes & des Pélîg- 
niens, & vinrent camper auprès 
de Capoue , où les troupes des 
Latins & de leurs alliés s'étoient 
déjà aflemblées. ^à les deux 
Confuls réfolurent entr'autres 
chofes , de faire obferver les 
Joix de la difcipline militaire 
avec plus de févérité que ja- 
inais. Ce qui les engageoit à 
prendre ces précautions , c'eft 
qu'ils avoient à combattre con- 
tre les Latins y qui leur reflem* 
bloient parfaitement par leurs 
langages , leurs mœurs , leurs 
armes , leurs drapeaux , & fur- 
cout les règles qu'ils obfer- 
voient dans la guerre. Souvent 
on avoit vu mêlés ôt confondus 
dans les mêmes compagnies ÔC 

les mêmes manipules Us foldats^ 



MA 57 

les centurions & les tribuns des 
deux nations, pour y faire le 
fervice , fans aucune diftinélion 
ni fupériorité des uns fur les 
autres. Ce fut donc pour empê- 
cher la furprife qui pourroit 
être caufée par une fi grande 
reflemblance , que les Confuls 
défendirent à tout ofHcier de com« 
battre hors de fon rang , & fans 
leur commandement exprès. . 
Par hazard entre les officiers 
que Von avoit envoyés de tous 
côtés pour obferver les mouve- 
mens des ennemis, T. Manlius» 
fils du Conful y s'avança avec 
fa troupe jufqu'au-defiTus du 
camp des Latins , de façon 
qu'il n'étoit éloigné de leurs 
corps de garde avancés que de 
la portée du trait. C'étoient les 
cavaliers Tufculans qui étoient 
en faétion dans cette partie , 
commandés par Géminius Mé- 
tiusy jeune homme illuilre par 
fes belles aélions & par fa naif- 
fance. Dès qu'il eut apperçu 
les cavaliers Romains ^ 3c à 
leur tête le fils du Conful , com- 
me c'étoient tous gens de dif- 
tiQ<flion qui fe connoiffoîent ré- 
ciproquement : » Quoi , dit-il « 
9 Romains ^ eft-ce avec un feul 
» efcadron que vous voulez 
» combattre les Latins Se leurs 
» alliés ? Que feront cependant 
y> les deux Confuls Se leurs 
9 armées ? Ils viendront quand 
» il fera tems , répliqua T. 
» Manlius , ÔC avec eux le 
39 puiflant Jupiter , témoin 6c 
» vengeur des traités que vous 
n avez violés. Si la bataille du 
39 lac Régille vous avoit donoé 



58 MA 

» da dégoûr pour la guerre , 
x^ nous ferons encore ici que 
y^ vous vous laffîez bientôt de 
» mefurer vos forces avec les 
» nôtres. Eh bien, reprit Gé- 
3» minius Métius , en atcen-^ 
» dant la bataille générale dont 
» vous nous menacez, voulez- 
X» vous que nous combattions 
I» vous Ôc moi , & que je vous 
y> apprenne à vos dépens çom- 
3» bien les cavaliers Latins i'em- 
39 portent fur les Romains i ^ 
T. Manlius , qui étolt jeune » 
ûer Se brave y crut qu'il étoic 
de fan honneur d^accepter le 
défi y de de repoufler Tinfulte 
du Latin. Ainfî, oubliant le ref- 
pecl 6c TobéifTance qu'il devait 
à fo» père 8c à foo général^ ou , 
pour mieux dire , entraîné par 
la malheureufe deflinée , il cou*, 
rut en aveugle à un combat où 
\ï lui étoit fort indifférent de 
vaincre qu d'être vaincu. Les 
autres cavaliers s'érant écartés 
à quelque diilance , comme 
pour être fpeâateurs du com- 
bat » les deux Chefs poufTerent 
leurs chevaux l'un contre l'au- 
tre la lance à la mainf Celle 
de T. Manlius paSa au-defTus 
du cafque du Latin ; 6c celle 
de Géininius Métius elHeura le 
col du cheval de fon ennemi* 
Après ce prélude , ils recule*^ 
rent de quelques pas» pour re-t. 
venir une féconde fois à la char** 
ge. Alors » T. Manlius le pr«« 
jaies s'étant haulfë fur les étrîers 
pour porter un fécond coup^ 
planta le fer de fa javeline en- 
tre les deux oreilles du chevaU. 
Çei aaimal n'eue donc pas piui* 



/ 



MA 

tôt femi là douleur de U, bU& 
fure , que fe redrefTant fur .le$ 
pieds' de derrière « il fecoua la 
tête avec tant de violence ^^ 
qu'il renverfa fon cavalier par 
terre. Il s'appuyoit de fa lancQ 
& de fon bouclier ,.pour fe re- 
lever d'une chute fi lourde « 
lorfque T. Manlius lui enfonça 
la lance dan? la gorge « de fa- 
çon que defceodant à travers 
les côtes y elle le renverfa 3e 
le cloua , pQur ainfi dire y à la 
terre. Il le dépouilla aufCcôt» 
s'en retourna triomphant avec 
fa troupe daos le camp de% 
Romains » & n»archa iur I9 
champ vers la tente de fon père» 
bien éloigné de penfer qu'oQ 
dut lui faire un crime d'une ac-* 
tion pour laquelle il n'atrendok 
que des éloges Se des récom- 
penfes. y> Mon père, lui dit-il» 
3> pour faire^ coniioitre à tout^ 
3» la terre que J'ai été formé de 
33 votre fang , |e vqus apporte 
3> ces dépouilles équeUres que 
3> j'ai enlevées à un et>nemi qui 
3> m'avoit déné au combat, 6l 
» que j'ai tué de ma main« 39 
Dès que le Conful eut entendu 
ces paroles , il jetta fur fon fiU 
des regards épouvantables; dc 
détournant aufHcôt fes yeux de 
deflus lui y il fit alfembler l'ar* 
mée. Quand les foldats fe furent 
rangés en foule au tour de fou 
tribunal : » T. Manlius , lui dit* 
V il , puifque fans refpedler oi 
33 l'autorité paternelle 9 ni la 
» majefté Cohfulaire, vous ave s 
93 combattu contre notre défen^r 
» f e 9 & fans en demander la 
Il permiffioa; puifqu'^uum ^(('U 



MA 

» a été en vous , vous avez 
» aboli la difcipline militaire» 
P qui a fait fubfifler Tempire 
» Romain |ufqu*à ce jour , ÔC 
» que vous m'avez mis dans ]a 
» trifle oéceifité d'oublier ce 
90 que je dois à la patrie, ou ce 
» que je me dois à moi-même 
3> éc aux miens ; il eft plus jufte 
» que nous portions la peine 
» de notre crime 9 que d'en 
» faire retomber les fuites fur 
3> la République innocente* 
» Nous allons donner à la pof- 
3? térité un exemple » tride à la 
» vérité , mais qui fera ialu- 
>' taire à la jeuneiTe. J'avoue 
» que la tendreâe paternelle» 
» & cette preuve môme de va* 
» leur que vous venez de don- 

*» ner, trompé par les attraits 
» féduifans d'une fauffe gloire t 
» me follicitent fortement pour 
» vous. Mais , comme il faut » 
» ou que Tautorité du comraan- 
» dément foit rétablie par vo- 
^ tre mort , ou qu'elle foit pour 
» jamais ruinée par votre im* 
3B punité , (i c'eft mon fang qui 
30 coule dans vos veines i je ne 
^> crois pas que vous-même » 
» vous réfutiez d'aflucer par 
33 votre fupplice la difcipline 
s militaire , à laquelle votre 
33 faute a donné une cifuelte 
93 atteinte. Allez, LiAeut, atta- 

j 39 chez-le au poteau.. » 

Tous les foldats furent faifîa 
d'horreur à un ordre fi barba- 
re ; & chacun croyant voir la 
hache préparée contre Iui-mê« 
me t garda le filence y moins 
par obéiâance que par crainte. 
Mais^ lorf^u'ils eotendixent le 



MA 5^ 

coup de hache » de que levant 
les yeux qu'ijis avoient cenaa 
attachés à la terre» ils virent 
tomber la tête de T. Manlius » 
& la terre couverte de foa 
faogy fortant comme d'un pro- 
fond adbupiiTement , ils donne*» 
rent un libre cours à leurs plains 
tes de à leurs gémiflemens ; 8c. ^ 
fans garder aucune mefure , dé« 
teflerent hautement la cruauté 
de T. Manlius Torquarus. Le 
corps de ce jeune guerrier » coa« 
vert des dépouilles de Ton en- 
nemi , fut brûlé hors des re«' 
tranchemens » & f es funérailles 
furenf moins remarquables par 
la pompe du convoi , que par 
l'affeélion & les regrets des ioU 
dats. La fé vérité M antienne 
paiTa comme en proverbe f & 
fournit un exemple au(G trifte 
pour l'avenir , qu'horrible pour 
le préfent. Après tout > l'atro- 
cité de ce fupplice rendit les- 
foldats plus fou pies âc plus 
obéi^Tans ; & outre que depuis 
ce jour on obferva avec une 
exaâitude merveilleufe la fuc-^ 
ce(fion des fentinellcs , des. 
corp$-de-garde , 6c des autre» 
fon(fltons militaires , la rigueur 
du Conful contribua beaucoup 
au gain de la bataille décifive 
qu'on donna dans la fuite* 

Le combat fut livré afleit 
près du mont Vefuve, fur le 
chemin qui conduifoit à^eferi* 
T. Manlius Torquatus comman- 
doit l'aile droite & P. Déciaa 
Mus la gauche. D'abord oa 
combattit de part âc d'autre, 
avec one ardeur & des forces 
égales. Mais enfuite.^ les haf« 



6o MA 

tats Romains ne pouvant réiîfter 
à ceux des Latins qui les pref» 
foient vivement , fe reiire- 
«eat par les intervalles qu'a- 
vaient laifies entr^eux les mant- 
, pules des Princes. Comme ce 
mouvement caufoit quelque dé- 
ibrdre dans la bataille des Ro- 
umains, P. Décius Mus fe dér 
voua pour le falut des légions. 
Alors > les Romains aiïurés de 
ht faveur & de la protedion 
des Dieux , commencèrent tout 
de nouveau à combattre, com- 
me fi on ne leur eût donné le 
lignai que dans ce moment ; car , 
les Roraires s*avançant entre 
les intervalles , coururent fe 
joindre aux Haftats & aux Prin- 
ces, & augmentèrent leur con- 
fiance 6c leurs forces ; tandis 
que les Triaires appuyés , fur 
leurs genoux droits » atten- 
doieoc pour fe lever , que le 
Conful leur en donnât le lignai. 
Mais» comme dans les autres 
parties de la bataill^e les Latins 
étoient fupérieurs par le nom- 
bre , T. Manlius Torquatus. 
ayant appris la deftinée de fon 
Collègue, de donné à une mort 
fi glorieufe les larmes & les 
éloges qu'elle méritoir , douta 
un moment s'il n étoit pas teros 
de faire avancer les iriaires. 
Mais, jugeant qu'il étoit plus à 
propos de les réferver pout le 
dernier effort , il fit paffer les 
Accenfes de la queue à la tête. 
Les Latins , voyant de loin 
qu'ils s'avançoient , les prirent 
pour les Triaires des Romains, 
& ordonnèrent auditôraux leurs 

de fe lever Se de faire leur de* 



MA 

voir. Après que ces braves, en 
combattant avec beaucoup d'à*. . 
charnement & long-tems , ftf 
furent extrêmement fatigués ; 
après qu'ils eurent ou rompur 
ou émouffé leurs javelines ; com- 
me ils pouflbient cependant 
leurs adverfaires , & que fe 
regardant comme entièrement 
vainqueurs^ ils étoient parve- 
nus jufqu'aux derniers rang? 
des Romains : » Amii , dit le 
» Conful à fes Triaires , par- 
» tez maintenant , & oppofer 
» tout votre courage ÔC tou- 
» tes vos . forces à des gens 
» épuifésde fatigue & de laffî"- 
n tude , & fouvenez-vaus dans 
» cette a(flion de votre patrie » 
» de vos pères ôc mères , de 
» vos femmes ÔC de vos enfansr^ * 
» de du Conful qui a donné fa 
» vie pour vous aflurer la vîc- 
» toire. » Alors ils fe levèrent 
pleins de vigueur , & ayant 
laifle paffer les Haftats & les 
Princes dans les routes qui fé^ 
paroient leurs compagnies , ils 
poùiTerent de grands cris ; & 
donnant de leurs javelines écla- 
tantes dans le vifage des enne- 
mis , ils lés mirent bientôt en 
défordre. Lorfqu'ils eurent tail- 
lé en pièces cette troupe la 
plus forte de l*armée Latine » 
ils paiTerent à travers des au- 
tres manipules , comme s'ils 
n'euffent point eu d'armes à 
leur oppofer, fans recevoir au- 
cune blefTure^ &L en firent un S 
grand carnage , qu'à peine fe 
fduva-t-il le quart des ennemis. 
Les Samnites , rangés en batail- 
le au pied des montagae^ i Rft 



MA 

cofltTÎbuerent pas peu à aug- 
menter la frayeur des Latins. 
Au Tcûe , tous les citoyens > 
aufli-bien que les aliié« » con- 
vinrent que le fuccè^ de cette 
îournée étoit dû principalement 
aux Confuls » dont Tun attira 
fur lui feul toute la colère des 
Dieux du ciel & des enfers, & 
Tauire donna dans la bataille 
ties preuves fi éclatantes d*aa 
courage intrépide & d'une pru- 
dence confommée , que tout 
ceux qui ont hiffé à la pofié- 
riré le détail de cette aâion , 
aulfî - bien les Latins que les 
Romains , n'ont pas fait diffi- 
culté d'affurer que la vlâoîre 
ne pouvoit manquer de pafier 
dans le parti qu'auroit comman* 
àé T* Manlius Torquatus , quel 
qu'il fur. Le vainqueur retourna 
cnfuite à Rome. Les vieillards 
«lièrent audevant de lui ; mais » 
il eil certain que la jeunefie ne 
fortit point.de La ville, & que 
tant qu'il vécut , elle conferva 
pour lui une haine implacable ^ 
Se le détefta comme le plus bar- 
bare de tous les pères. 

Il cû affez naturel d'examiner 
ce qu^il faut p en fer de l'aâioa 
de T. Manlius Torquatus y qui 
fait mourir impitoyablement foa 
£!s pour avoir combattu contre 
fa défenfe ; û l'on doit la regar- 
der comme une aélion vertueu- 
fe & louable , ou comme un 
excès de févérité qui ne peut 
Itre trop déreiîé , parce qu'il 
eil pouffé jufqu'à la barbarie. 
On eft étonné en méme-tems de 
voir dans le même bompie deux 
caraélères abfolument opp«fés^ 



MA 6t 

u«e tetidrcffe généreufe i l'é- 
gard d'un père de qui il n'avoit 
reçu que de mauvais traitemens^ 
une dureté inhumaine à l'égard 
d'un 6ls > dont tout le crime 
étoit de s'être abandonné à un 
défir de gloire immodéré > mais 
pardonnable » ce femble , à foa 
âge- 
La démarche hardie êc péril- 
leufe de T. Manlius Torquatus 
pour fauver Ton père» marque 
certainement que ce n'étoic 
point un mauvais cœur , fermé 
aux fentimens que la nature Se 
Thumanité infpirent.il faut donc ' 
chercher une autre caufe du tras« 
tem'ent qu'il fait à fon £1$. Elle 
n'eil point obfcure ni doiiteufe« 
Le zèle pour la patrie dont il 
étoit dévoré , l'emporta fur les 
fentimens de la nature & fur la 
tendrefle paternelle; & Tite- 
Live n'a pas «nanqué de le lui 
£aire déclarer, dans la harangue 
qu'il lui met dans la bouche. T. 
Manlius Torquatus étoit père > 
mais il étoit Conful. Il aimoit 
fon iils y mais il aimoit eocore 
plus la patrie. On fçait qu'elle 
étoit l'idole des Romains , à la- 
quelle iU fe croyoient obligés 
de toot facrifier, nous difont 
obligés par les loix mêmes, qui 
régloient l'ordre des devoirs» 
Les Dieux avoient le premier 
rang , la patrie le fécond ; le« 
devoirs mutuels des pères •& des. 
.fils n'avoient que le troifieme 
lieu* Quand il y avolt conflit 
entre les deux derniers , le 
combat étoit rude ; & pour don*, 
ner l'avantage à la patrie , il 
falloit avoir une fermeté, oii^ 



€i MA 

pour parler plus jufle, une for* 
te de férocité » qui fît raire les 
fentimeùs gravés le plus pro- 
fondément dans le coeur de 
rhotnme. Car , il faut Tavouer, 
quelque grandeur d*ame qu*on 
prétende attacher aux principes 
qui firent agir M. Brutus , T. 
Manlius Torquatus & quelques 
autres célèbres Romains, quand 
on les examine férieuferiient de 
de fang froid» on ne peut Te dif- 
iimuler qu^on fenr en foi- même 
une voix fecrete qui les con- 
damne , parce qu'ifs répugnent 
aux fentimens de la nature & 
de l'humaniré. 

MANLIUS [T.], T. Man- 
Uns , fiis^ de T. Manlius Tor- 
quatus. Voyei^ Tarticle précé- 
dent. 

MANLIUS [ Cn. ] , {a) Cn. 
Manlius « fut élevé au Confulaè 
avec M. PopilHus Lénas , Tan 
de Rome 3969 Se 356 avant 
Jefus-Chriâ* Cette année , les 
, Tiburtes étant partis fecréte- 
ment à l'entrée de la* nuit , en- 
trèrent en armes fur les terres 
de la République , & allèrent 
piller jufqu'aux portes de la 
ville. Les citoyens fe réveillent 
bien al larmes ; ai ce qui aug- 
«ente leur terreur 9 c'eft qu'ils 
font furpris au milieu des ténè- 
bres , & ne favent à quel enne- 
mi ils ont aiFaire. Cependant » 
après qu*on eut crié prompte- 
ment aux armes, on plaça des 
troupes aux portes 6c par tout 
où il en falloit pour défendre 
ks murailles. Dès que le jour 



Il A 
partit, les Confuls voyant qu'îH 
n'avoient affaire qu'à un petit 
nombre de Tiburtes , fortirenc 
par deux portes différentes , ôc 
vinrent fondre Tur eux , cha- 
cun de leur côté , dans le tems 
qu'ils comm'ençoieiit déjà à at- 
taquer \ei murailles. A peine 
foutinrent-ils le premier choc 
des Romains ; ce qui fait voir 
qu'ils avoient plus compté fui^ 
la difcorde des ennemis que fur 
leui* propre valeur. 

Deux aiis après , Cn. Man- 
lius fut élevé de nouveau aii 
Confulat , & il eut pour collè- 
gue C. Marcius. Celui-ci con- 
duifit fon armée contre les Pri- 
vernates , 6c Cn. Manlius mar- 
cha contre les' Falifques. Mais , 
il ne fît rien de mémorable , Û 
ce n'efl que dans fon camp près 
de Sutrium , il fît porter par les 
fufFrages des foldàts féparés en 
tribus , une loi qui ordonnoic 
aux maîtres , de mettre dans le 
tréfor public 9 lé vingtième dii 
prix des efclàves qu'ils affiran- 
chiroient. Les Sénateurs la 
confirmèrent volontiers, voyant 
que c'étoitune refïource confi- 
dérable pour le tréfor épuifé. 
Mais, les Tribuns du peuple 
moins choqués de la lot , toute 
extraordinaire qu'elle étoit, que 
des conféquences qu'elle pou- 
voir avoir , défendirent fou$ 
peine de la vie y que dans la 
fuite on tînt de pareilles aflem- 
blées hors de ' Rome » parce 
qu'avec une telle licence, il n'y 
auroit rien qu'on ne Ht oidon- 



W Tît. Lîv, X, Vlh c. it , |6 j 17 , asf. 



MA 

âer contre les intérêts du peu- 
ple , par des roldat$ qui avoient 
fait ferment d*obéir aux Con- 
fuls. 

Cn. Manlius fut créé întcr- 
Roi , Tannée fuivante ; de &x 
ans après , il fut nommé Cen- 
feur avec C. Marcins Rutilus. 

MANLIUS[Cn.] CAPITO- 
LINUS , Cn. Manlius CapUcU- 
nus , (à) fut dioiiï maître de la 
cavalerie par le Diâateur L* 
Furius y Tan de Rome 410 > ÔC 
342 avant Jefus-Chrift, 

MANLIUS r T. ] TOR- 
QUATUS , T. Manlius Tor- 
fuatuSf (i) fut crééConful avec 
M, Fulvius Pétinus, l'an de Ro- 
me 453 , & 299 avant Jefus- 
Chrift. Ayant été chargé de la 
guerre d'Étrurie , il ne fut pas 
f lotôt entré dans fa province , 
que comme il faifoit faire Texer- 
tice à fa cavalerie , fon cheval 
courant à bride abattue, le jetta 
par terre avec tant de violence, 
que peu s'en fallut qu*il n'expi- 
rât dans le moment; au moins ne 
vécur-il que trois jours après 
cet accident. 

MANLIUS [ L. ] TOR. 

QUATUS , Z. Manlius Torqua» 
tus j (c) étant fimple Lieute- 
nant , l'an de Rome 457 » & 
Î95 avant Jefus-Chrîft , marcha 
au fecours de quelques four- 
Tagçurs , que les ennemis 
•avoient tnveilis, & les délivra 
du péril. 

MANLIUS [L.]VULSON, 
£. Manlius P^ulfo , ( ^ ) fut 

<^) Tît.I-îv. L. vil. c. a8. 
(h) Tic.Lfv^ L. X. c. 9Vir. 
le) Ttt. Litr. L, X«. c, a6. 



M A €t 

créé Conful , l'an de Rome 
496 , «8c 256 avant Jefus-Chrift. 
Il eut d'abord pour Collègue Q« 
Cédicius ; mais celui - ci étant 
venu à mourir y on lui fubititua 
M. Atîlius Régulus. 

Les Romains méditoîent alors 
de porter la guerre en Afrique, 
6c d*i>l|er attaquer les Carthagi- 
nois dans leur propre païs. Il 
n'y avoir rien que ceux •>• ci 
craignilTem davantage , & pour 
détourner un coup (i dangereux, 
ils réfolurent de donner bataille 
à- quelque prix que ce f&t« La 
flotte des Romains étoit de trois 
cens trente vaifleaux , 6c por- 
coît cent quarante mille hom- 
mes , chaque vaiâTeau ayant trois 
cens rameurs , & cent vingt 
combattans. Celle des Cartha- 
ginois , commandée parHannon 
& Amilcar , avoit vingt vaif- 
feauxdepluSf âc plus de monde 
aufiî à proportion. Les deux 
flottes fe trouvèrent en préfence 
près d'Ecnoine en Sicile. On ne 
pou voit envifager deux flottes 
ôi deux armées fl nombreufes, 
ni être témoin des monvemens 
extraordinaires qui fe faifotenv 
pour fe préparer au - combat 9 
fans être lailî de quelque 
frayeur dans la vue du danger 
qu'alloient coutir deux des plut 
puiflans peuples de la terre* 
Comme le courage, auâi-bieii 
que les forces , ércit égal des 
deux côtés , le combat fut op^ 
lOiÂcre , & le fuccès long-^tems 
douteux , mais enfin les Cartha* 

IÇd) RoU. Hift. Ane. Tom. J. paf. 
170 , 171. Tom. V. pag, ^^S^ ^ pa^^ 
Hift. aôm. T, 11. p. 505. ^ fmivn 



«4 M A 

ginoh furent vaincus. Plus de 
foixance de leurs vaifTeaux fu- 
rent pris, & trente coulés à 
fond* Les Romains en perdî-» 
rent vingt-quatre > dont aucun 
ne tomba entre les mains des 
ennemis. 

Le fruit de cette vîftoîre fur, 
comme l'avoient projette les 
Romains, de faire voile en Afri- 
que , après avoir radoubé les 
vaifleaux , & les avoir remplis 
de tous les préparatifs nécef- 
faires pour foutenir une longue 
guerre dans un païs étranger* Ils 
abordèrent heureufemenc en 
Afrique , ôc commencèrent par 
fe rendre maîtres d'une ville 
nommée Clypéa, qui avoir un 
bon port. Delà, après avoir dé- 
pêché, des courriers à Rome , 
pour donner avis de leur dé- 
barquement , Ôc pour recevoir 
les ordres du Sénat , ils fe ré- 
pandirent dans le plat païs , y 
firent un dégât épouvantable, 
emmenèrent un grand nombre 
de troupeaux Ôc vingt mille 
captifs. Le courrier cependant 
étant revenu de Rome , apporta 
les ordres du Sénat , qui avott 
jugé à propos de continuer à M* 
Atilius Régnlus^ fous la qualité 
de Proconful , le commande- 
ment des armées d'Afrique , Se 
de rappeller L. Manlius Vulfon 
avec une grande partie de la 
flotte de des troupes, ne laifTant 
ik M. Atilius Régulus que qua- 
rante vaifleaux , quinze mille 

M Tic. Liv. L. XXll. c. 60 , 61. L. 
XXllI. c. 14» 40, 41. L. XXV. t:. 5^ 
L. XXVI, €. aa. L, XXVll. c. ly & 



.MA 

hommes de pied, Se. cinq cent 
chevaux. 

L. Manlius Vulfon , pour 
prévenir le tems de Thiver « 
partit aufG-tôt. Zonare rapporte 
que ce Conful emmena plulieurs 
citoyens Romains prii par les 
Carthaginois dans les années 
précédentes , 6c délivrés par lui 
d'efclavage. L. Manlius VuU 
fon, de retour à Rome avec 
un grand butin , y fut très- 
bien reçu, & on lui accorda 
Thonneur du triomphe naval. 

MANLIUS [T.] TOR- 
QUATUS , T. Manlius Tor^ 
quatus , (a) fut créé Conful 
avec C. Atilius Bulbus , Tan de 
Rome 517 , & 135 avant Jefus- 
Chrift. Ce Général , à qui la 
Sardaigne étoit échue par fort y 
ayant battu les ennemis en plu- 
fleurs rencontres , fubjugua 
toute rifle , & la fournit en- 
tièrement aux Romains ; ce 
qui lui mérita l'honneur da 
triomphe. 

Rome alors fe trouva fans eii<- 
nemis & fans guerre , ce qui n^ 
s*éroit point encore vu depuis 
près de quatre cens quarante 
ans , & le temple de Janus fuc 
fermé pour la féconde fois; 
cérémonie qui annonçoit uns 
paix générale. Il avoit été fer- 
mé pour la première fois fous le 
règne de Numa Pompilius ;& il 
ne le fut pour une triofieme 
fois que fous Augufte. 

T. Manlius Torquatus fut 
créé de nouveau Conful , l'aa 

|/ff. Plut T. 1. p. 7^. Roll. Hia. Ron» 
T. 111. p. io.> 11 1 4a» a5». ^ f»iv0 



MA 

ifi Rome 528» 6c 214 avant 
Jefus^Chrift, & il eut alors pour 
collègue Q* Fulvius Flaccus* 
Huit ans après 9 les prifonniers 
Romains • que les Carthaginois 
avoient. faits à la bataille de 
Cannes , ayant envoyé des dé* 
pûtes à Rome pour demander 
^u'on les rachetât > les fenti- 
mens furent fort partagés dans 
le Sénat. Les plus compatiffans 
vouloienc qu*on les rachetât 
des deniers du tréfor public ; 
d'autres foutenoient que la Ré- 

Îmblique n'étoît pas en état de 
burnir à cette dépenfe 9 qu'il 
tuffifoit de leur permettre de fe 
racheter de leurs deniers ; ils 
âjoutoîent que l'État pouvoic 
aider ceux qui n'avoient point 
d'argent comptant, à condition 
qu'ils engageroient leurs terres 
ou leurs maifons pour la fiireté 
de la fomme qu'on leur auroit 
prêtée. 

Alors T. Manlius Torquatus, 
qui fe faifoit remarquer fur 
tout par une févérité antique 1 
qu'il poufloit même , au juge- 
ment de plufieurs , jufqu'à la 
dureté , lorfque fon tour fut 
venu de parier , s*expliqua en 
ces termes: o Si les députés s'é« 
» toient contentés de demander 
» qu*on les rachetât » fans atta* 
»> quer la réputation des autres, 
)» je vous aurois dit mon fenti- 
» ment en un mot. Je vous aurois 
-» iimplement exhortés à imiter 
» l'exemple que vous ont don* 
» né vos pères , de dont nous ne 
» fçaurions nous écarter , fans 
» ruiner la difciplioe militaire» 
« Mais> comme ils ont prcf» 

Tm. XXriI. 



M A: 6f 

3» que fait gloire de s'être ren-* 
» dus aux ennemis » & qu'ils 
30 n'ont pas fait difliculté de fe 
» préférer, non - feulement à 
3» ceux qui ont été pris fur let 
3? champ de bataille , mais mê« 

V me à ceux qui fe font retirés 
» à Vénufie ou à CanuHum , 
» 8c au Conful C. Térenttus 
M Varron lui-même y je crois. 
30 devoir vous initruire de tout 
M ce qui s'eft pafTé après U 
» journée de Cannes. Que n'ai- 
99 je pour auditeurs les foldats 
^ de Canuiium, témoins irré*- 
p prochables de la valeur & de 
» la lâcheté de chacun; ou an 
x> moins P. Seropronius , au 
30 confeil & à l'cNemple duquel 
?» s'iU avoient déféré , ils fe- 
p roient aujourd'hui foldats 
39 dans notre camp , & non 
30 prifonniers entre les ^ains 
3» des ennemis. Mais, quelle 4 
^y été leur conduite ? Depuis 
» que la plupart des ennemis 
30 furent rentrés dan s leur camp^ 
» ou pour fe repofer des fati- 
» gués du combat , ou pour fe 
7* livrer à la joie qui fuit tou* 
jo jours la vi^oire 9 il fe paAk 
a» une nuit toute entière , pen- 
30 dant laquelle il étoit aifé à 
30 ceux-ci de faire retraite* 
30 Comment quelques corps-de* 
30 cardes Carthaginois auroient* 
» sis arrêté fept mille hommes» 
30 qui pou voient s'ouvrir un 
3» paiTage à travers une armée 
30 entière ^ Mais , ils n*ont eu 

V ni aiTer de cœur pour l'en- 
» treprendre d'eux mêmes , ni 
3> afTez de docilité pour fuivre 
p cehii qui leur endoasojic 

E 



6é 



MA 



3» 
a» 

3b 

30 

3» 
30 
30 
» 
30 
3» 



3» 

a» 



a» 
» 

39 

H 

3» 
30 
I» 

30 
» 

» 

30 

» 

1» 
39 

1» 



rexemple , 5c oui les exhor« 
toic à rimiter. Durant la plus 
grande partie de la nuit , P. 
Sempronius ne ceffa de les 
avertir & de les preflèr de 
marcher fur fes traces , pen- 
dant que les ennemis étoient 
encore en petit nombre au- 
tour de leur camp, pendant 
que le filence regnoit par 
tour 9 pendant que la nuit 
pouvoit couvrir leur retraite* 
Il eut beau leur remontref 
qu'avant que le jour parût » 
ils ferotent arrivés dans des 
villes alliées où ils n'auroient 
plus rien à 'craindre , leur 
citant plufieurs exemples 
capables de les animer. 
Rien ne fut capable de fai-* 
fe impreflion lur eux. Sol* 
dats fans cœur! Il vous mon- 
froit un chemin qui vous 
conduifoit à votre falut & à 
la gloire ; & le courage vous 
manque » lors même qu'il 
s'agit de vous fauver! Que 
feriez-vous donc , s*il s'agif-» 
foït de mourir pour la patrie ? 
Vous aviez devant les yeux 
cinquante mille de vos ci- 
toyens & de vos alliés éten- 
dus morts fur le champ de 
bataille \ & tant d'exemples 
de courage ne peuvent vous 
en infpirer ! Encore , fi vous 
vous étiez contentés d'être 
lâches. Mais non - feulement 
vous avez refufé de fuivre 
celui qui vous donnoit un bon 
confeil » vous vous êtes mis 
en état de le retenir lui-mê- 
me & de l'arrêter » fi , à la 
tête d'une troupe ie foldats 



MA 

i> plus courageux que vous , il 
» n*eût mis l'épée à la noaii^ 
30 pour écarter des lâches & dés 
30 traîtres. Il a fallu que P* Sem« 
30 pronius ait forcé fes propres 
n citoyens j avan( que de forcei^ 
30 les ennemis. El^ome regret* 
J9 teroît de tels foldats! Par- 
30 mi fepr mille hommes » il s'en 
30 eft trouvé fix cens qui ont eu 
p ailèz de valeur pour revenij^ 
x> libres & les armes à la maia 
30 dans leur patrie , fans qu^ 
30 quarante mille ennemis aient 
» pu les eifrayer > ni les rere- 
33. nir. Combien deux légions 
30 prefque entières auroient-.» 
» elles trouvé plus de facilita à 
33 exécuter la même entreprife? 
» Pour finir , voici à ouoi je 
» réduis mon fentiment* Je crois 
3> que vous ne devez non pluf 
30 racheter ceux-ci , que livrer 
3> à Annibal ceux qui ont pafl<$ 
» au travers des ennemis avec 
30 une extrême valeur , & fç 
30 font eux-mêmes rendus à leur 
33 patrie. » 

Ce difcours fit un grand tSttp 
Les Sénateurs , touchés des rai<r 
fons de T. Maniius Torquatus^ 
eurent moins d*égard aux iméT 
rets du fang qui les lioit ^ plu.-? 
fieurs des prifosnierst qu'aux 
conféquences fâcheufes que 
pourroit avoir une indulgence 
fi peu conforme à la fé vérité de 
leurs ancêtres. Ils ne croyoien^ 
pas non plus qu'il fût à propos 
de faire une dépenfe t qui ea 
même tems épuiferoit le tréfor 
de la République > & fourniroi^ 
% Aaaibai une reflburce dont ûs 



MA 

Içavoit qu*îl avoic un extrême 
befoio* 

L*aniiée fuivantei T. Man« 
Ijus Torquacus » ayant été en- 
voyé dans rifle de Sardaigne » j 
ranima la vigueur des armes 
Romaines qui avoienc beaucoup 
langui depuis la maladie du 
tréceur Q. Mucius.T. Manlius 
Torquatus mie Tes vaifleaux en 
fureté dans le port de Carales ^ 
aujourd'hui CagHari ; & ayant 
fait prendre les armes à l'équi- 
page » il joignit fes foidats aux 
troupes, qu'il avoit reçues du 
Préteur, oc compofa du tout 
Une armée de vingt mille tont- 
ines de pied & de douze ^ens 
chevaux. Il eut contre les habt* 
tans du païs de fort hettreux 
fuccès y qui auroient terminé la 
guerre de Sardaigne » fi Afdru<* 
bal le Chauve» avec fa flotte 
Carthagtnoire que la tempêté 
avoic pouflHe vers les ides Ba- 
léares, ne fût arrivé fort à pro- 
pos pour raffurer les peuples 
qui étoient fur le point de ren- 
trer fous la domination des Ro- 
ftiains. T. Manlius Torquatus 
n'eut pas plutôt appris l'arrivée 
de la notte Carthaginoife , qu'il 
fe retira à Carales; ce qui donna 
à Hampficorâs , Général des 
Sardiens , la facilité de fé 
joindre à Afdrubah Cedernier^ 
ayant débarqué fes troupes 8c 
renvoyé fes vaiffeaux à Car- 
thage { partit avec Hampficorâs 
qui connoiiToit le païs , pour 
aller piller les alliés du peuple 
Romain. Il fe feroic avancé 

Ïfqu'à Carales , fi T. Manlius 
orquatas ne fie venu au de- 



MA 

Tant de lui avec fon éltfbét , dl 
n'eût arrêté les ravages qu'il 
faifoit dans la campagne. Lei 
deux armées fe campèrent afièt 
près Tune de l'autre; ce qui 
occafîonna d'abord plufieuri 
petits combars, où les deux par- 
tis avoient alternativement Fa^ 
vantage. Enfin , ils en vinrent 
à une bataille générale, qui 
dura quatre heures.Les Sardieni 
combattirent mollement à leur 
ordinaire ; ce furent les Cartha^ 
ginois qui tinrent pendant oa 
cems la viétoire douteofe. Enfin, 
ils lâchèrent pied eux-mêmes , 
lorfqu'ils virent l'armée des Sar« 
diens en déroute , de la tert^ 
couverte de leurs morts, T. 
Manlius Torquatus , ayant fait 
avancer l'aile qui avoir vaiocn 
les Sardiens, enveloppa lesCar^* 
thaginois dans le tems qii%ls 
tournoient le dos« Alors | cefnc 
un carnage , plutôt qu'un com<* 
bat. Il demeura douze mille 
hommes fur le champ de ba^ 
taille , tant Carthaginois qud 
Sardiens. On en prit envtroni 
trois mille fix cens ^ avec vingt-* 
fept drapeaux^ Ce qui rendit et 
combat plus célèbre & plus met 
morable , c*eft qu'ÂfdruHbal . qui 
commandoit Tarmée ennemie « 
y demeura lui-même prifonniet 
avec Magon 6c Hannon , deux 
des plus qualifiés d'entre les 
Carthaginois. Les Généraux 
Sardiens illuftrerent auffi cett^ 
viâoire des Romains par leurs 
difgraces* Cat Hionus , fils 
d'Hampficoras , fut tué dans Iq 
combat ; & Hampficorzs fon, 
père s'étant fauve par U fuite 

El) 



^8 MA 

avec mi petit nombre de cava- 
liers , o*eut pas plutôt appris la 
inort de fon iîls , qui mettoit le 
comble à fon infortune , quMl 
fe'donna la mort à lui-même dès 
la cuit fui vante. 

Cornus , ville capitale du 
canton où s*étoit donnée la ba- 
taille, fervic de retraite aux 
autres* Mais f T. Manlius Tor- 
quatus r^ant inveftie avec fon 
armée viaorieufe , s*en rendit 
maître au bout de quelques 
jours. A Texemple de Cornus , 
les autres villes qui avoient 
pris le parti d'Hampficoràs & 
des Carthaginois » envoyèrent 
des otages au vainqueur âc fe 
rendirent à lui. Après avoir 
exigé d'elles de l'argent & des 
vivres » félon les forces de cha- 
cune^ il fe retira à Carales avec 
fon armée. Il y fit embarquer h$ 
foldats dans les vaifleaux qu'il 
avoir laiflës dans le port , ôc 
s*en retourna à Rome. Ayant 
appris au Sénat la réduAion de 
laSardaigne » il remit aux Quef- 
leurs ou Tréforiers 9 Targent 
qu'il en rapportoit 9 aux Édiles 
les vivres qui lui refioient » 6c 
les prifonniers au préteur Q, 
Fulvius. 

L'an de Rome 540, & 212 
avant Jefus-Chriily il brigua la 
charge de fouverain Pontife » 
mais il ne put l'obtenir. Deux 
ans après, il montra bien plus 
de modération. La centurie des 
jeufies, appeilée Véturie,à qui il 
étoit échu par le fort de donner 
la première fon fuffrage , çhoi- 
fit 1 • Manlius Torquatus pour 
un des Coafuls de cette année. 



MA 

Déjà une foule de gens perfua* 
dés que la pluralité des fuffra^ 
ges , comme il ne manquoit ja- 
mais d'arriver , ratifieroit ce 
choix f s'aflembloit au rour de 
T. Manlius Torquatus qui étoic 
préfent » pour le féliciter fur la 
promotion. T. Manlius Torqua* 
rus alors s'approchant du tribu- 
nal du Conful^ le pria de vou« 
loir bien l'entendre. Tout le 
monde étoit dans l'attente de 
ce qu'il alloit demander « de 
l'on fut bien étonné de l'enten- 
dre s'excufer d'accepter la pre« 
miere dignité de la Républi- 
aucy^ alléguant pour raifon la 
toi^fle de fes yeux. Il ajouta 
que ce feroit une témérité in* 
excufable à un Général , aulE* 
bien qu'à un pilote > lorfqu'il 
ne pouvoit fe condiiire que par 
les yeux d'autrui , de préren- 
dre que les autres fe repofaf* 
fent fur lui du foin de leurs 
vies& de leurs intérêts les plus 
chers ; qu'ainfi il prioit le Con* 
fui de renvoyer aux voix la 
centurie des jeunes gens qui 
venoit de donner fon fuffrage ^ 
& de les exhorter à faire atten- 
tion , avant que de nommer les 
Coniuls , à la qualité de la guer* 
re que l'on avoir à foutenir ea 
Italie » & aux conjonâures où 
fe trouvoit actuellement la Ré- 
publique. Qu'à peine avoit-oa 
pu encore ie remettre de l'ai- 
larme 6c de l'épouvante qu'a- 
voit caufées dans Rome l'ap- 
proche d'Annibal,lorfque quel- 
ques mois auparavant ce redou- 
table ennemi avoit fait avancer . 
fei troupes jufqu'aux portes de 



MA 

la ville. La centurie répondu 
au*eile ne changeoic point de 
leotiment , 6l qu'elle periiftoit 
dans le choix qu'elle venoit de 
faire. 

Alors T. Manlius Torquatui 
le prenant fur un ton plus fer- 
me : 9 Si je fuis Conful , dit- il , 
s» je ne pourrai fupporter la 
» licence de vos mœurs f ni 
» vous la févérité de mon com* 
» mandement. Retourjiez donc 
» aux fufirages , & fouvenez'* 
» vous que nous avons la guer« 
3» re en Italie contre les Car- 
» thaginojs , &c qu'Annibal eft 
3» à leur tête. » Le ton d'au- 
torité que T. Manlttts Torqua* 
eus avost pris » Sc l'admiration 
de fa générofité qui fe déclara 
par un applaudiflemeot univer- 
sel , firent comprendre à la cen« 
turie qu'il falloit peofer à ua 
autre choix. 

T. Manlius Torquatus fut 
créé Diâateur fur la fin de 
Tannée 544 de Home » & aog 
avant Jefus^Chrift» pour tenir 
les aflemfolées di préfider à la' 
célébration des jeux. Il choifît 
pour maître de la cavalerie C* 
Servilius alors Édile curule. 
Le Sénat ordonna au Diâateur t 
le premier jour qu'il fut aflem- 
blé , de célébrer les grandf 
jeux , que M* Émilius, préteur 
de la ville g avoit. hït repréfen- 
ter fous le confulat de C. Fia- 
minius ôc de Cn. Servilius , âc 

Îu'il a voie voués pour cinq ans. 
>e Diâateur les célébra alors, 
& à fon exemple | les voua en- 



M A' 69 

côre pour cinq autres années. 
Dès que les aflemblées eurent 
été terminées , de les jeux célé- 
brés, T. Manlius Torquatus âc 
C. Serviiius fortirent de char- 
ge ; & il fut ordonné à T. Man- 
lius Torquatus de pafler la mer, 
en qualité de député, pour exa-* 
miner ce qui fe paflbit dans la 
Grèce ; âc comme on devoir cé^ 
lébrer pendant cette campagne 
les jeux Olymp^iqueSj oi l'oa 
voyoit ordinairement un grand 
concours de tout les peuples 
de Grèce , il étoit chargé , s'il 
pouvoit pafler en fArcté à tra- 
vers les quartiers des ennemis « 
de fe trouver à cette aflemblée ^ 
delà, de déclarer; auk Siciliens 
que la guerre avoir obligés de 
quitter leur païs , & aux ci- 
toyens de Tarente , qu'Annibal 
avoit exilés , que le peuple Ro*-* 
main leur permettoit de retour^ 
ner dans leur patrie » & de ren* 
trer en poflei&on ^ies biens qui 
leur avoient appartenu avant la^ 
guerre* 

^ MANLIUS [L.]» i^- ^^a- 
lius , (a) étoit Préteur l'an de 
Rome 534, ScaiS avant Jefus- 
Chrift. 11 fut envoyé dans la 
Gaule avec deux légibns Ro« 
maines , fix cens cavaliers' qui 
enfaifoient ordinatrem«it,pari 
cie , dix mille piétûns> & mille 
eavaliers alliés* 

Un jour , ayant appris que la 
ville de Mutiné . .oÂ; fe trou- 
voient alors des députés Ro<« 
mains > étoit dans, le T^^ gran^ 
danger » &c ne confultant d'à- 



•• • » 



i0> Tit. Uf, L, XXI. Ck I7i ftS • s6* L. XXiil. t. %% $ $5. 



11| 



fù MA 

bord que les nouvemeit^ de fii 
colef e 9 il fit marcher iès trou- 
pes veÉs cette ville» fans avoir 
pris aucune précaudon pour fa 
rareté* Le cfaeivdn par oti il lui 
ialloic pafTer étoic rempli de 
l^roflàilles & d^arbrifieaux in- 
cultes. S*^tant engagé dans ce 
défilé 9 avant que d'avoir fait 
veconnoître les lieux , il tomba 
4ans une embuicad« ,- ou il per- 
dit une grande partie de fea 
Îens« & eut bien de la peine à 
\ fauver kii^nême avec le ref- 
C0. Dès qu'il dut gagné la plait^ 
ne , il campa ; & les Gaulois 
défefpérant de pouvoir le for-» 
çer dans fes retranchemens y ceA 
frrent dte ie« harceler ; ce qui 
6% reprendre courage à fes fol* 
dats f malgré la perte qu'ils ve* 
Soient de faire). Il fe mit donc 
•n marche tout de nouveau , àc 
»e rencontra point d'ennemis 
•ans que fes troupes marchèrent 
à découvert.-Mais » àhs qu'elles 
& furent engagée^ dans les bois« 
les Gaulpis revinrent à la char* 
ge ; & ayani ahaqué l'arriére- 
garde » ils mirent le défordre 
dans route l'armée ^ tuèrent huit 
•ens foldats » 6e prirent huit dra- 
peaux. Dès que les Romains 
lurent fortis. des bois & des dé*^ 
£lés , ils n^eurént plus rien à 
craindre d^iapart des Gaulois^ 
qi)i ceflerent dès-lors de les in^i 
comniodèr^ Ait»ii , ils continue* 
yent leuv marche en toute fure- 
té 9 par des lieux découverts 
|ufqu*à eé qu^'enfin ils arrivèrent 



MA 

à Tittétum » bourgade (îtfiée fuf 
les bords du ?ô« Ils s'y retran- 
chèrent ; & fubfiilant aifémené 
des vivres qqi leur venoient par 
la rivière » ou qui leur étoient 
tournis par les Gaulois Bri- 
xiains » ils réfifierent pendanc 
quelque tems aux efforts de 
leurs ennemis , dont le noi?ibre 
fb niultiplioit de jour en jour. 
Les fecours qu'on envoya bien* 
tôt de Rome , obligèrent enfin 
ces derniers de fe retirer. 
- L. Manlius, à l'occafion d'une 
féditîon qui s'étoit élevée parmi 
les foldats » fit vueu de bâtir ua 
temple à la Concorde ; Se ce 
vœu fut accompli l'année fui-* 
vante par l'ordre du préteur M. 
Émilius. Feu de tems après , L* 
Manlius fe mit fur les rangs pour 
briguer le Coafulat» mais il ne 
l'obtint pas cependant. 

MANLIUS [ L. 3 ACIDI« 
NUS 9 Z. Mànliui Acidinus » 
(a) fut créé Fréteur » l'an de 
Rome 54% « & 210 j|vant Jefus^ 
Chrxft. Il eut la charge de ren* 
dre la jufiice «ux citoyens de 
Rome» Trois ans après > il com<« 
manda une armée dans l'Orne 
brie. L'année fuivante , il fer<% 
vit en Efpagne fous P* Scipion ; 
fc ce Général » voulant cette 
même année retourner en Ira«« 
Ue« laiilà le gouvernement de 
k Province à L. .M9nlius Aci<« 
dinus dt à L. Lentulus* L'année 
d'après il y eut quelques mou^i 
vemens en Efpagne. L. Manliua 
Acidinus &l L. Lentulus ne cru^ 



ta) Tit. Liv. L. XXVI. c. t}. U ^XVll. c. 4 j 50. L. XXVlll. c* }& L. XXIX.' 

C. t> la I}. 1. XXX|]^ t. J. . J 



MA 

tent pas devoir Un négliger. 
C*eft pourquoi » ayant joiitt 
leurs forces , iU eocrerenc dans 
le pais dea Aufécaio»; & le tra« 
verfaar , fans y faire aucun dé» 
gâc> quoiqu'ils fuflenc informés 
de leur révolte » ils arrivèrent 
{ufqu'à la vue des ennemis , en 
forte qu'Us n'en étoient éloignés 
que de trois milles. Us tentèrent 
d'abord les voies de la négo- 
ciation y pour les engager â reA- 
trer dans le devoir 6l à mettre 
bas les armes. Mais t les £fpi^ 
gnols , pour toute réponfe > 
ayant lâché leur cavalerie con- 
tre les fourrageurs des Romaini, 
celle des Romains vint à leur 
fecours ; ce qui occafîonna un 
combat de cavalerie, où il ne fe 
pafla cependant rien de mémo- 
rable. Mais 9 le lendemain, il y 
en eut un antre $ oà les deux 
armées eoB^attirent avec beao^ 
coup de courage* Les Efpagnols 
furent défait»^ & leur chef refta 
fur le champ de bataillé. 

L'année futvante, qui étoit 
Tan de Rome 548, & l'an 264 
avant Jefns^Chrift^ on continua 
le gouvernement de l'Efpagtke 
à L. Manlt«ts Acidinus & à L. 
Lentulfts , tel & dans les mémcis 
bornes qu'ils 'l'a voient eu pré» 
cédtfmmeat. L. Manlius Acidi- 
nus ne rétour«ia à Rome que 
cinq ans après ; ii voyant qnt 
le Tribun du peuple M. Por^ 
ciui Léca s'opMioit au petit 

<«> Tk. liv. L. incVl. c. st • a8. t. 

jUXViU c. 6, [ 

ih) tu. Liv. t. XXVII. 0. 17. 
ie) fit. Lit. L. X'XX. c. 19. 
{d) Tir. 4U«, %^ XXZIU^ c« «5 »< 4s » 



MA jt 

l^Ioftiphe que le Sénat 1^ avok 
accordé , il entra en fimple par- 
ticulier dans la ville, & porta 
dans le tréfor public douze ceÂs 
livres d'argent 9 de enViron treu* 
te livres d'or. 

MANLIUS [ P. ] VULSON, 
P. Manlius Vulfo , {a) fut élevé 
à la Préture , l'an de Rome 541, 
& 210 avant Jefus-Chrift » fc 
eut ordre dé pafièr en Sardai- 
gne pour fe mettre à la tête de 
4e«hC légions que L. Cornélius 
y avoit commandées Fannéie 
•précédencdë Sur la fin de tli 
campagne , une flotte Cartha-* 
ginotfe , cdmpofiée de quaraâte 
vaifleaux » fous la conduite ^ 
d'Amtlcar » paflà en Sàrdaigne> 
ic fit ufie déicente fur les terres 
des Olbiens. Mais» F. Manlius 
Vulfon éiaÀt venu à la rencon- 
tre des ennemis» Ils fe rembaf^-. 
qUerént auffitât. 

MANLIUS [A.], A.Mafki 
Imsp (k) Tribun deis foldats , 
fut tué dans urï ctfmbat, l'in de 
Rome 544 1 & 108 avant Jefui- 
Chrift* 

MANLIUS [L.) TORQUA- 
TUS » L» Manlius Torfuaius ^ 
(c) Pontife » mourut , Tan dd 
kome 550, èc 202 avant Jefus- 
Chrift t âc il eut pour fucéefr 
feur C. Sulpicius Galba* 

M ANLlUStCN.3 VULSON, 
Cn. Manlius Valfx^ id ) étoit 
Édile Curule, avec P. Cornée 
lias Scipio* y l'an de Rome 

41^ L« XXXIV. c. '%%^ tk XXXV. c. ^ » 
M>.t.XXXVIU c. iJ7.j%. XXXVUl. c. 
19. ^ /<<f . L. XXXI^. ç« 6 » 40. Cori|. 
Kep. in Aonîb. c. i|. Koll. Hifi. Rôm. 
Tom< IV. pag. i%Ost^f SSTf é* /«itr^ 

£ iv 



7^ V 



/M'A 



Î55 , & 197 avanr Jefus-Chrîft. 
Is firent repréfenter cette an- 
néc dans le Cirque & fur le 
.Théâtre les jeux Romains* 
Pendant les quatre jours qu^ils 
durèrent, ces Magiilrats firent 
Relater une magnificence, & tqut 
le peuple une joie , qui n'a- 
y oient point d'exemple , à caufe 
ides grands ' avantages qu'on 
4iyoit remportés; ùir les enne- 
mis de la RépnbHqoe. 

Deux ans après » Cm Man^ 
lius Yulfon parvint à la Pré- 
sure , & fut chargé du Gou- 
vernement: de la Sicile. L'an* 
:née fuivante 9 il fut un des 
-Triumvirs ' qu*oft choifit pour 
,aller établir line colonie La- 
tine dans le territoire de Thu» 
xiumi Quelques, années après'» 
il brigua, le Confolac, qu'il ne 
put obtenir alors. Il ne fut élevé 
à cette dignité. que Tan de Ko** 
jné 563 , ^ jl$9 I avant Jefus- 
Chrift, êc il eut pour collègue 
M. Fulvios Nobilior* Le tort 
•donna à ce dernierr l'Étolie 
pour département, Se TÂfie à 
Cn. iManlius Vulfon* 

Dès le commencement dû 
printemfl^ , il vint à Éphefe » Se 
prit le commandement des trou- 
.pes que lut; remit L. Scipion^. 
Après en avoir fait la revue^ 
j] aâèmbla lesfoldats ; Se ayant 
loué la valeur avec laquelle ils 
avaient. dompté Antiochus dans 
tin feul combat, il les exhorta à 
l'employer encore contre les 
Gaulois qui 1 a voient donné du 
fecours à ée^Prinee» & donc 
le. caraâere étbit fi féroce & 
fi indomptable , que c*étoit en 



MA 

vasfi qu'ils avoient repoufl^é Au» 
tiochus au delà du montTauniSf 
s'ils laiiïoient en deçà une na- 
tion fi fiere Se fi puififante. Il 
parla de lui*mème en peu de 
mots Se avec modeftse » fans rien 
dire 9 dont tout le monde ne re« 
connût la vérité. Ainfi , fen dif« 
cours fut généralement applau* 
di. Les foldats n*appréhen* 
doient pas beaucoup les Gau- 
lois 9 qui , ayant été vaincus 
avec Antiochus & toute fon 
-armée 9 feroient encore moinr 
«en état de réfifter feuls aux 
-Romains. Mais y le Conful étotc 
.fâché de l'abfence d'Eumene qui 
'^toit alors à Rome » parce qu'il 
connoifiToit parfaitement le païs 
'& l'ennemi , Si qu'il étoit de foti 
intérêt qu'on opprimât des vol* 
fins aofii incommodes pour lui 
que les Gaulois. A fon défaut'» 
il fit venir fon fi*ere Attale de 
:Pergame, Se l'ayant exhorté à 
Xe joindre à lui contre les enne* 
mis, il. le renvoya chez lui pour 
préparer les fecours qu'il avoic 
promis . de , lui amener. 

Quelques jours après» étant 
allé d'Ëphefe à Magnéfie, il 7 
.rencontra Attale qui venoît au 
devant de lui avec mille hom- 
mes de pied & deux cens 
cavaBers » ayant ordonné à fou 
frère Athénée de le fuivre avec 
le refte des troupes , Se confié 
la garde de Pergame à ceux 
dont il connoifiTcfit le zèle êe U 
fidélité. Cn. Maolius Vulfoa 
donna à ce jeune Prince les 
louanges que méritoit foo atta« 
chemént aux intérêts du pea« 
pie, Romain ^ & 4^1» . camper 



MA 

arec lu! fur les bords du Métn- 
dre» en atcecdant Ifes vaifleaux 
donc il avoit befoin pour met- 
tre fes troupes de l'autre côté 
de ce fleuve » qu^elies ae potr- 
voient palTèr à gué à caufe de 
fa profondeur. 

Après qu'ils eurent paflTé le 
Méandre, ils allèrent à Hiéra- 
£omé où Fon vôyoit un temple 
d'Âpolion très • augufte » dont 
les Prêtres rendoient les oracles 
du Dieu en vers affez élégans* 
De-là en deux jours ils arrivè- 
rent furies bords du fleuve nom- 
mé Harpafe , où les députés des 
Alabandiens vinrent trouver Cn. 
Manlitts Vulfon, pour le prier 
de remettre en leur puiffance 
yzT fon autorité ou la force de 
fes armes, un château dont les 
èabitans s'étoient tout récem- 
ment révoltés contre eux. Athé- 
tiée, frère d'Eumene i& d*At- 
tale, s'y rendit auffi avec Leufus 
4e Crète & Corragus de Ma- 
cédoine. Ils lui amenèrent mille 
hommes de pied de dîverfes na- 
tions &• trois cens cavaliers. 
« Le Coftful envoya un Tribun 
des foldats avec quelques trou-* 
pes qui reprirent le château de 
ibtrce 9 & le rendit aux Alaban- 
'diens. Pour lui , fans fe détour- 
laer du chemin , il alla camper 
près d*Antioche fur le Méan- 
dre. 

Ce fut là que Séleucus, fils 
d'AntiochuS) vint le trouver, 
faifant apporter le bled que fon 
père s'étoit obligé par le traité 
de fournir à Tarmée des Ko*- 
nains. Il fit quelque difficulté 
<i*ett donner aux troupes Auxi« 



^ À 7J 

Kaîres d*Attale , prétendant n'en 
devoir qu'aux foldats Romains ; 
mais , le Conful par fa confian- 
ce le força de le relâcher fur 
ce point, ayant envoyé un Tri- 
Jbun dans les légions faire dé- 
fenfe aux Romains de rien pren« 
dre j que les troupes d'Attale 
n'euflent reçu leur part. Ils ar- 
rivèrent delà à la ville de Gor« 
diucique, d*où, après trois cam« 
pemens , ils vinrent à Tabès , 
ville fituée fur les confins de la 
Pifîdie , vis-à-vis la mer de 
Pamphylie. Les habitans de cette 
contrée , avant qu'ils euflent 
reçu aucun échec , étoient fiers 
& belliqueux. Alors même ayant 
lâché leur cavalerie contre les 
Romains j ils cauferent quelque 
défordre dans leur marche au 
premier choc. Mais , reconnoif- 
fant bientôt qu'ils n'étoient 
égaux à eux , ni par le nom- 
bre , ni par la valeur , ils ren* 
trerent dans leurs murailles * & 
envoyèrent demander pardon 
de leur faute, offrant au Confui 
de lui rendre la ville. Ils furent 
condamnés à payer vingt-cinq 
talens d'argent ÔC dix mille 
mines de froment, moyiennant 
quoi on accepta leur propofi« 
tion. 

Trois jours après, ils pouffè- 
rent jufqu'à la rivière de Chaûs, 
d'où ils allerenr prendre d*af- 
faut la ville d'Ériza. De-là ils 
vinrent au fort appelle Thabu- 
fion, bâti fljr un fleuve nommé 
Indus, depuis qu'un éléphant y 
avoit précipité un Indien, ifs 
vinrent enfuite à Cibyre ; & de 
Cibyre Cn. Manlius Vulfon 



74 M A 

condusfic fon arœ^e par le pa!s 
des Sindenfiens, 6l paflaot le 
fleuve Calaure , campa fur l'au- 
tre bord. Le lendemain , il paf- 
(à le long du marais de Carali- 
tif , & ayant réjaurné à Man«- 
dropolis y s'approcha dé Lagon 
qui étofc la ville la plus voi- 
iiDe. Les Romains , ta crouvanc 
abandonnée par la fuite des ha- 
bilans , en enlevèrent les pro- 
vifions âc les autres effets dont 
elle étott abondamment pour- 
vue. Le jour d'après les condui- 
fit de la fource du fleuve Lyfîs» 
îufqu'au fleuve Cobulatus. (Jeux 
de T ermeflè aifi^geoient alors 
la forterefie d'Ifionda » après 
s'être rendu maîtres de la ville. 
Les habitans, qui n'efpéroieat 
d*ailleurs aucun fecours » en- 
voyèrent des Ambafladeurs au 
Conful pour lui demander Ûl 
pioteâion 9 & lui repréfenter 
qu'eniierip^s dans cette place 
avec leurs femmes & leurs en- 
fans, il n'y avoit point de jour 
où ils ne fuflent expofés II pé- 
rir ou par la faimi ou par le 
fer de leurs ennemis. Le Conful 
qui ne cbercl^oit que l'occafion 
d^entrer dans la Pamphylie , alla 
faire lever le fiege dlfionda» 
de accorda la paix aux Ter- 
sneffiens, moyennant la fomme 
de cinquante talens qu'ils lui 
comptèrent. Il en ufa de même 
à l'égard des Afpendiens 8c des 
autres peuples de la Pamphy- 
Be. ^ 

Étant forti de cette Province^ 
il campa le premier jour fur 
les bords d'un fleuve ^ nommé 
Taurus 1 & le lendemain près 



MA 

d'un lieu appelle Xyllne-Coind. 
Delà continuant fa route » il 
arriva à- la ville de Cornafe* 
Celle qui en étoit la plus voifi&e 
étoit Darfe » que les habitans 
avoient abandonnée de frayeur» 
& la]â*ée remplie de toute 
forte de biens , à Texemple de 
ceux de Lagon^ Comme xl paf- 
ibit le long des marais de cette 
contrée , les Ambafladeurs de 
Lyfinoé vinrent lui livrer leur' 
ville. Delà M entra dao& le 
territoire de Salagafle » fertile 
en toute forte de grains Ôc de 
fruits. Il étoit habité par les 
Pifides qui étoient les plus bel- 
liqueux de tout te pais» Leur 
fierté naturelle étoit. encore 
augmentée par la fécondité de 
leurs campagnes , par la multi* 
tude de leurs citoyens y ëc H 
fituation de leur ville /qui étoic 
des plus avantageufes. Le Conv- 
fui, ne voyant point de dépu^ 
tés de leur part , ordonna à fea 
troupes d'aller pilltf le plac 
païs. Quand ils virent qu'o^ 
enlevoit leurs biens fous leurs 
yeux 9 ils fe radoucirent » À par 
le moyen des Ambafladeurs 
qu'ils envoyèrent au Conful ,» 
obtinrent la paix> en pay«u:ik 
cinquante talens ; ÔC vingt mille 
mines de froment & autans , 
d*orge. L>rmée alla camper de^ 
là au bourg d'Aporidos-CojOi^» 
près des fontaines d'ObrimeSt 
où Séleucus vint le. lendemain 
d'Apamée trouver le Conful. Cn» 
Manlius Vulfon fit porter dans 
cette ville fes malades 6t les bar 
gages inutiles ; puis avec les 
guides que lui donna Séleucuit 



MA 

î! s^avançft le même |Oiir jttfr 
^u'à la plaine de Métropolis > 
Se le leodemaio campa à Dinies 
daos la Phrygie , puis % Syooa- 
da. Comme la crainte avoir 
chsiffé leshabitaos de toutes len 
villes d'alentour , let foldacs 
chargés ^u butin ou'ils y trou- 
vèrent » ayant fait à peine deux 
lieues le jour fuivant , s^arrê- 
terent à Beudos la vieille» com- 
ice on Tappelloit alers , d*où 
le lendemain ils allèrent à Ana« 
bura,&le jour d'après aux four- 
ces de l'Âlandre, de le troi- 
fieme à Abbafl*e » pù ils féjour- 
nerent plufieurs jours « parce 
qu'ils fe trouvoient alors fur 
les frontières des Tolifto- 
boiens* 

Cn* Maolius Vulfon, ayant 
^ faire la guerre contre une 
nation que tous les peuples voi« 
fins redoutoient fi fort» crut 
devoir rafiurer fes foidats; Les 
ayant donc alTemblés : » J*a- 
» voue , leur dit-il « Romains , 
39 que les Gaulois font les plus 
» belliqueux de tous ceux qui 
3} habitent TAfie. Cette nation 
30 féroce , après avoir traverfé 

V une grande partie de la terr 
» re f toujours les armes à la 

V main,9 eft venue s'établir au 
3> milieu des peuples les plus 

V doux 8c les plus traitables du 
n monde. Ce qui contribue 
» beaucoup à rendre ces Bar* 
» bares efiroyables , c'eft la 
» grandeur de leur taille» leur 
XI chevelure longue Si roufle^ 
» leurs vaftes boucliers » 8ç 
» Içurs épées d'une grandeur 
n énorme ; à quoi oa peut; 



MA 75 

j» ajouter rhorreur des cris & 
a> des hurlemens qu'ils poufienc 
» en allant au combat , èc ea 
3> frappant de leurs lances fur 
30 leurs boucliers, fuivaoc une 
» coutu me qu'i Is n'afie Aent que 
3> pour jetter la terreur dans 
30 les ejprîts. Qu'il foit permis 
30 aux Cîrecs , aux Phrygiens » 
30 Se aux Cariens de redouter 
» cet appareil & tout ce fracas 
» auxquels il ne font pas faits. 
y> Mats , pour les Romains qui 
9 y font accoutumés , ils en 
y> connoiflent & en méprifent 
3> tout le ridicule & toute la. 
I» vanité. Ils ont mis une fois 
n nos^ncêcres en fuite auprès 
i> de l'Allia. Pendant deux cens 
» ans 'qui fe font écoulés de- 
it puis, les Romains les ont 
30 toujours égorgés ou mis ea 
30 déroute comme des troa- 
» peaux de moutons; & les 
» feuls Gaulois ont procuré ii 
30 nos Généraux plus de triom- 
» phes» que les autres nations 
» de rUnivers toutes enfemble, 
» C*eft une expérience qu'on a 
n faite une infinité de fois. Pour 
» peu qu'on fçache arrêter la 
» première fougue de cette na- 
» tion bouillante ôc emportée» 
x> ils dégouttent de fueur -, ils 
9 font épuifés de fatigues» les ar- 
» mes leur tombent des mainS)âc 
» dès que leur colère eft émouf- 
V fée» le foleil, la pouifiereg 
3> & la fotf » fans le uecours da 
30 fer» fuAfent pour abattre 
30 leurs courages auffi flafques 
» & auflimoux que leurs corpst 
30 Ce n'eil pas feulement dans 
3> des batailles générales de lé- 



?<f 



MA 



» gîofis à légions que nous avons 
» éprouvé leurs forces , mais 
» dans des combats (inguTiers 
» d*homme à homme. T. Man- 
» lius& M.Valérius ont bien fart 
» connoître combien la valeur 
» mefurée des Romains Tem- 
» porroir fur la fureur aveugle 
» des Gaulois. Eif M. Manlius 
» feu] ne précipita-t-il pas du 
» haut du lac Tarpeîen une 
» troupe de cesBarbares , près 
» d'entrer dans le Capitole ? 
» Cependant , nos ancêtres 
» avoient alors affaire à de 
» véritables Gaulois , nés & 
» & élevés dans leur gropre 
» pais; au lieu que ceux que 
» nous avons à combattre ont 
» entièrement dégénéré.* Ceft 
» on mélange de Grecs & de 
» Gaulois f comme leur nom 
» le porte. Il en eft d*eux com- 
» me des arbres ëc des animaux. 
» Ge n*eft pas tant la femence 
» qui conferve/ ou change la 
» bonté de leur efpèce , ^ue 
* la terre qui les nourrit , & 
» l*aîr qu*ils refpîrent. Les Ma- 
so cédoniens qui ont bâti Ale- 
jo xandrie dans TÊgy pte, qui ont 
» fondé Babylone , Séleucie âc 
9b tant d'autres colonies en di- 
» verfes parties de l'Univers , 
» n*ont-ils pas pris aujourd'hui 
» les mœurs des Syriens, des. 
» Parthes & des Égyptiens ? Les 
s» plantes qui croisent dans 
» leur terre natale, confervent 
y» toute leur vigueur Se tonte 
30 leur vertu ; celles qu'on ttanf- 
30 plante dans un climat étran« 
a> ger , ns font pas long-tems 
7> faos dégénérer. Vos ennemis 



..MA 
n ne font donc que des Pbry* 
» giens chargés des armes des 
» Gaulois ; 6c vous aurez en- 
w eore moins de peine à les 
» vaincre aujourd'hui qu'ils fonr' 
'» feuls, que quand ils faifoienr' 
» partie des troupes d'Ântio- 
» chus. Je ne crains pas que 
» nous n'ayîons trop d'ennemis 
» à combattre , mais que nous 
3» n'acquérions trop peu de 
» gloire à les vaincre. Corn- 
» bien de fois Attale les a-t-^ 
» il défaits 8c mis en fuite ? 
79 Si les b6tes féroces nouvelle» 
30 ment prifes ^ après avoir 
30 gardé quelque tems leur fu- 
33 reur naturelle , la dépouil« 
33 lent infehfîblement entre les 
» mains des hommes qui les 
33 nourriflent, perfuadez-vous 
y> que le même changement fe 
33 fait dans les hommes. Croy ez- 
30 vous que les Gallo " Grecs 
30 relTemblent à leurs pères & à 
» leurs ayeux?Chafl*és de Ibur 
43 patrie par le défaut d*habita- 
30 fions âc de vivres, ils ont 
3> traverfé les cètes âpres ôc 
» incultes de Tlllyrie^ pafTé la 
» Péoniie. & la Thrace, ^en corn* 
33 battant contre les nations 
33 guerrières qui leur difpn«^ 
33 toiènt le pafTage , & enfin Ce 
33 font emparés de ce pats mal* 
n gré les peuples qu'ils y ont 
33 trouvés. Après avoir fouffert 
33 tant de maux qui les ont en- 
ao core rendus plus farouches» 
33 cette terre les a reçus dansfon 
» fein ', où ils fe font engraif-' 
33 fés des biens qu'elle produit 
33 en abondance. Mais» la fer« 
30 tilité de ces campagnes > la 



MA 

» beauté de ces climats, lliu- 
» meur douce & pacifique des 
» habitansi ont peu à peu amolli 
a> cette dureté tarouche qui les 
t> avoit amenés. C*eft à vous 
» qui êtes les defcendans dc 
9» Mars , c'eil à vous de fuir 
30 au plutôt les délices de TA- 
s> £e , tant ces voluptés étraa- 
» gères ont de force pour étein- 
» dre toute la vigueur des cou- 
ao rages les plus fermes , tant 
a» les mœurs. efféminées de ces 
» peuples font capables de rui- 
» ner la difciplîne de nos ar- 
ia mées« Ce qu'il y a d'avanta- 
» geux pour vous » c*eil que 
«> quoique les Gallo-Grecs ne 
39 foient pas capables de vous 
» réfifter , ils confervent pour- 
» tant encre les Grecs toute la 
» réputation de leurs pères ; 
n en forte que la vidtoire que 
30 vous remporterez fur eux , 
» ne vous fera pas moins dlion-' 
» neur dans Tefprit de vos al- 
ao liés , que (i vous aviez vain- 
3» eu ceux des Gaulois qui 
1» n'ont poiM encore dégéné- 
» ré. » 

Après ce difcours» Cn. Maa- 
lius Vulfon fe mit en marche» 
L.e premier jour il campa près 
du âeuve d'Alaadre y & le len« 
demain au bourg appelle Ty^* 
con. Il y étoit encore lorfque 
les députés des Oroandenfes le 
vinrent trouver pour lui deman» 
der une amitié qu'il leur voulut 
vendre deux cens talens, leur 
accordant la permiflîon d'aller 
propofer ce marché à ceux de 
fa part de qui ils étoient venus. 
Il coaduiHc de-là fon armée à 



MA 77 

PHtende, d*oh il alla camper 
fur les terres des Alyattes. Il en- 
tra enfuite avec fon armée dans 
la contrée , à qui la nature de 
fon terreia avoic fait donner le 
nom d'Axjle. 

Pendant que les Romains 
étoient campés auprès d'un fore 
de la Gallo - Grèce , appelle 
Cuballe 9 la cavalerie des en- 
nemis vint tout d^an coup fon- 
dre fur eux avec un grand fra- 
cas. Comme Cn. Manlius Vul« 
fon ne s'y attendoit point , ils 
mirent d'abord quelque défor* 
dre dans les troupes qui faifoienc 
garde, de tuèrent même quel- 
ques foldats# Mais , Tallarme 
ayant été portée dans le camp ^ 
la cavalerie Romaine en fortit 
par toutes les portes , & mie 
les Gaulois en tuire, & ea tua 
un aiTez grand nombre. Cet 
eflai ayant fait connoûre au 
Conful qu'il étoit fur les terres 
des ennemis, il commença à fe 
tenir davantage fur fes gardes, 
ne fe mettant point en marche 
qu'il n'eût envoyé reconnoître 
le pais. Étant arrivé fans s'ar« 
rêter nulle part fur les bords 
du fleuve Sangarius , ôc ne trou* 

vant point de gué pour le paâèr» 
il y fit faire un pont* 

Le pont étant achevé , Ca« 
Manlius Vulfon paffa à l'autre 
bord ; & tandis qu'il le côtoyoïr, 
les prêtres Gaulois de la raere 
Cybele vinrent de Peflînonte au, 
devant de lui , revêtus de leurs 
habits facerdotauxy &^ronon- 
çant avec enthouliafme des vers 
Prophétiques, dont le fens étoic 
que la Déefle accordoit aux 



7S MA 

Romains le pkâTage fur fe% ttr* 
teSylz vtâoire fur leurs enne- 
mie , & llËmpire de tout le pats* 
Le Coofuî répondit qu'il en ac- 
creptoit Taugure, & campa dans 
le même lieu. Il arriva lè len* 
demain à Gordium, ville peu 
confîdérable par fa grandeur , 
maïs très-célebre par fon com- 
merce pour être éloignée de la 
mer comme elle étoît. 

Ce fut là qu^il apprit que 
les Toliftoboiens s'étoient ré- 
fugiés fur le mont Olympe; 
jnaisque les Teftofages s'étoient 
retirés à quelque diuance de-là 
for une autre montagne qu'on 
appelloit Mégaba ; & que les 
Trocmes ayant mis leurs fem- 
mes & leurs enfans en dépôt 
dans le camp des derniers ^ 
a voient ré fol u d*aller fecourîr 
les Toliiloboiens. Ces trois peu- 
ples avoient alors pour chefs ou 
pour princes OTtiagott,Combo- 
loroarus « & Gaulotus. Or , la 
raifon qui les avoit déterminés 
à ce genre de guerre , c*eft 
qu'ils efpéroient qu'étant les 
maîtres des plus hautes monta- 
gnes du paî's, 011 ils avoient 
tranfporté toutes les provîfîons 
Béceâ^aires à la vie , quelque 
iëjour qu'ils y fîflent, les Ro- 
mains après avoir beaucoup at- 
tendu , perdroient enfin patien- 
ce , & les laîflTeroient en repos ; 
que d'ailleurs ils fe donneroient 
bien de garde de les venir cher- 
cher fur des fommets innacef- 
fibles ; que s*ils étoient affez 
téméraires pour l'entreprendre , 
il ne falloit qu'une poignée de 
monde pour les reQverl!er'& 



MA 

les défaire ; êc qu^enfio ils ne 
s'expoferoient oas à mourir de 
froid de de miiere au pied de 
ces montagnes , en s*obitiaanc à 
j refter. Quoiqu'ils fe crufifenc 
déjà affez défendus par la hau- 
teur des rochers &l des monta- 
gnes, pour plus de fureté» ils 
tirèrent encore un foflê qu'ils 
fortifièrent d*une paliiïade , au- 
tour de ces fommecs où ils s'é- 
toient retranchés. Ils ne fe mi- 
rent pas beaucoup en peine de 
fe munir de javelots &: autres 
traits j parce qu'ils trou voient 
fous leurs mains des pierres 
plus qu'il n'en falloir pour ac-» 
câbler les ennemis. 

Le Conful , qui s^étoit bien 
attendu qu'il lui faudroit corn* 
battre de loin contre la difficul- 
té des lieux bien plus que con- 
tre les armes des ennemis , fit 
une ample provifion de javelots» 
de flèches , de balles- de plomb , 
& de pierres d'une grofleur à 
pouvoir être lancées avec la 
fronde; & en cet état il alla 
camper à cinq milles du mont 
Olympe. D^s le lendemain » 
il s'avança avec Attale à la 
tête de quatre cen^ cavaliers, 
pour examiner la nature de 
cette montagne, & la fi^uation 
du camp des Gaulois. Mais, ce^ 
Barbares ayant détaché contre 
lui le double des cavaliers qu'il 
avoit avec lui, le mirent eci 
fuite, tuèrent quelques-uns de$ 
fiens, & en bleiferent encore 
davantage* Le troifieme jour il 
fortit avec toute fa cavalerie 
pour aller reconnoitre , de com« 
xx^e les exmemis ne fortirenc 



polot de leur camp « il eut tout 
le tems de faire le cour de la 
montagne* Il reconnut que du 
côté du midi , il y avoir un co- 
teau de terre donc la pente 
étoic douce êc facile en quel- 
ques endroits ; qu'au fepcen- 
trion s'élevoienc des rochers 
efcarpés , âpres & preique 
droits ; 8c que le reile du con* 
tour étant abrolument inacceffi- 
ble « il n*y avait que trois 
chemins par où on pût grimper 
fur ces hauteurs ; Tun au mi- 
lieu de la montagne y par la 
pente dont nous venons tie 
parler ; les deux autres plus 
difficiles au levant d^hiver , 
êc au coucher d'été. Quand il 
eut fait cette découverte > il 
campa le même joi|r au pied 
de la montagne. Le lendemain , 
ayant offert aux Dieux un fa- 
crifice qu'ils agréèrent d^abord, 
il partagea fon armée en trois 
corps , & marcha aux ennemis. 
Il monta lui-même avec le plus 
confidérable par la partie de la 
montagne dont l'accès étoit le 
plus aifé. Il ordonna à fon 
irere L. Manlius de s'avancer 
à la tête de la féconde ctoupe 
par le côté qui regardoit le le- 
vant d'hiver, autant qu'il le 
pourroit faire en fureté > fans 
forcer nature » pour ainfî dire > 
ni lutter contre là difficulté des 
lieux , quand elle lui paroicroit 
infurmontable ; mais d'aller 
ohliquement de en biaifant juf- 
qu'à ce qu'il put venir lé join* 
dre. Il donna le troifieme corps 
àC. HelviuSy & le chargea dé 
faire le cour par le pied de la 



M A 79 

montagne > & de monter par le 
chemin oppofé au cdudiaHC 
d'été. Il divifa de la même fa* 
^on les troupes d'Atcale en trois 
parties égales , retenant ce Jet»», 
ne Prince avec lui. Il laifla la 
cavalerie éc les éléphans dans 
la plaine la plus voifine de 1« 
montagne , ordonnant aux OMh* 
ciers d'obferver avec foin tout 
ce qui fe pafferoît, 6i de por- 
ter du fecours à ceux qui eai 
auroient befoin. 

Les Gaulois ) croyant s*a- 
voir rien à craindre des deux 
côtés qu'ils regardoiest comme 
îoaccembles » envoyèrent qua- 
tre mille hommes dans la pa»«- 
tie qui regardoit le midi , é1ot« 
gnée de leur camp d'enviro>a 
mille pas y pour fermer avec 
leurs armes le chemin de cotte 
colline » âc la défendre contre 
les ennemis » comme une efpèce 
de fort. Les Romains ne les 
eurent pas plutôt apperçus , 
qu'ils fe difpoferent à les com- 
battre. Les Vélites étoieot \ 
la tête un peu devant les enfei- 
gnes f avec les archers Cretois 
d'Attale , les Frondeurs, les 
Tralks èc, les Thraces. Les Lé-^ 
gionnaires marchoient enfuîte 
à petits pas à caufe de la hau« 
teur 9 fe couvrant de leurs 
boucliers , non encore pour 
combattre de près» mais pour 
parer les coups de pierres oa 
de flèches qui viendroient d'en- 
haut. Car , les deux partis en- 
gagèrent d'abord Taâion do 
loin , les Gaulois ayant l'a- 
vantage du lieu f mais les Ro- 
maias leur étant fupérieurs par 



$o M A 

Fabondance Ôc la variété des 
traits. On ne fe battit pas long- 
teros avec égalité ; car , les bou- 
cliers longs & plats des Gaulois 
ne couvroient qu'une partie de 
leurs vailes corps; Ôc ils ji'a- 
voient point d'autres armes que 
leurs épées dont ils ne pour- 
voient faire ufage tant qu'on 
fe battroit de loin. Ils ne man- 
quoient pas de pierres ; mais » 
faute de les avoir préparées , 
ils les ramafToient au hazard , 
telles qu'elles leur tomboient 
fous la main, la plupart trop 
grofTes pour être jettées de loin 
par des gens qui n'étant pas 
dans cet ufage y n'aidoient leurs 
coups ni de TadreûTe ni de la 
force qui les rendent apurés. 
Les Romains au contraire les 
bleflbient de toutes parts à 
coups de flèches 9 de javelots» 
de de balles de plomb , fans 
ou'ils puflent les éviter. En- 
fin y les Gaulois voyant qu'ils, 
oe pouvoient réfiiler aux fol- 
dats armés à la légère des Ro- 
mains, & qu'ils alloient avoir 
les légions fur les bras , s'en- 
fuirent en défordre dans leur 
camp , que les femmes , les 
enfans y les vieillards, mêlés 
avec les foldats « avoient déjà 
rempli de tumulte de de con« 
fufîon. Les Romains viâorieux 
s'emparèrent des collines que 
les Gaulois venoient d'aban- 
donner. 

En même-tems , L. Manlîus 
& C. Helvius montèrent obli- 
quement fur les collines, tant 
qu*ils les trouvèrent pratiqua- 
bles ; mais » quand il ne. leur 



MA 
fut plus poffible d'avancer » iîs^ 
tournèrent tout court vers la 
feule partie de la montagne qui 
étoit acceffible, 8c commen- 
cèrent , comme de concert » à 
fuivre de près la troupe du Con* 
fui , faifant par néceflicé ce 
qu'il auroit été plus à propros 
de faire dès le commencement* 
Car , fouvent dans les chemins 
â.pres Ôc difficiles , il eil utile 
à ceux; qui marchent les pre- 
miers , d'être fuivis par un corps 
de réferve , qui puiiTe prendre 
leur place, quand ils ont été 
repouffés , 3c mettant à couvert 
derrière lui ceux qui font las Sc 
blefles , reprendre le combat 
avec une vigueur toute nouvel- 
le. Le Conful, voyant que les 
troupes légèrement armées s'é- 
toient emparées des hauteurs » 
& que la tête des légions y, 
étoit arrivée , ordonna aux 
foldats de faire halte pour re- 
prendre haleine ; & leur mon- 
trant la colline jonchée des ca- 
davres des Gaulois: » Si des gens 
3> armésdefleches6cdefrondes> 
x> leur dit-il , ont fait un tel 
30 carnage, que né doit-on. pas 
» attendre des légions qui font 
» armées de toutes pièces , Ôd 
39 compofées de tout ce qu'il y. 
30 a de plus braves dans le mon- 
» de ? La gendarmerie a re- 
» pouffé les Gaulois jufques 
39 dans leur camp ; c'eft à vous 
» de les y forcer & d'achever 
39 leur défaite. » Il et cepen- 
dant marcher à leur tête les 
foldats armés à la légère, qui, 
pour ne pas perdre leur terns» 
pendant que les légions faifoient 

halce. 



MA 

lîalte , avoienc ramaffé iur le 

Îenchant de la colline » les traits 
ont elle écoît couverte , afin 
de n'en pas manquer* Les Ro- 
ibaias approchoient du camp ^ 
lorfque les Gaulois ne fe croyant 
pas en fureté dans leurs retran- 
chemens , en fortirent , & fc 
pofterent fur le rempart les ar- 
ines à la main» Mais ,~ voyant 
que les Romains lançoient fur 
eux une grêle de traies , dont 
il n^y eti avoit aucun qui ne 
fît fon effet dans leurs batail- 
lon» ferre' s , ils y rentrèrent 
dans le moment, 1 ai ffant feule- 
ment aux portes de bons corps* 
de-gardes , pour les défendre* 
Le Conful continue cependant 
à faire pleuvoir fur ceux qui 
^toient rentrés dans k camp les 
âeches » les javelots > & les 
pierres qui en bleifoîent un 
grand nombre , comme on le 
jugeoit aifément par les cris 
des femmes 8c des enfans. A 
l^égard de ceux qui gardoîent 
les portes , les plus avancés des 
Légionnaires jettoient contre 
eux leurs dards, dont la plu- 

f>art perçoient le bouclier ôc 
e foldat tout*à*la-fbis , & les 
clouoient pour ainff dire i*un à 
l'autre. 

Les Gaulois j voyant les por»- 
tes de leur camp abandonnées , 
D*attendent pas que les vain* 

?ueurs y entrent , mais s'en- 
uient de toutes parts. Us fe 
précipitent en aveugles à tra* 
vers les rochers les plus impra<^ 
ticables. L'ennemi eA Tunique 
objet de la frayeur qui les em** 
porte* Aufiî tombèrent - ils la 

7m. XXri. 



MA ^ U 

|)lupatt dans des abîiiies » où 
ceux qui ne perdirent pas là 
vie , demeurèrent au moins ef* 
tropiés» Le Conful , maître dki 
camp, défend aux liens de le 
piller 9 mais leur ordonne de' 
pourfuivre vivement Tenneilû» 
pour ne pas lui donner le terni 
de fe remettre dé fa cfainte» Il 
en ufa de même à Tégard de 
ion frère L. Manlius, lorfquSt 
fut arrivé avec fa troupe; & 
lui-même , laiffant les prifon* 
niers fous la garde de quelques. 
Tribuns des foldats , fe mit de- 
la partie avec la (ienne« pef^* 
fuadé que le moyen de termi* 
ner fur le champ la guerre i 
c'étoit de profiter de la conf* 
ternation des Gaulois , &. d*eil 
tuer ou d*en pj^endre le plus 
qu^ils pourroienté Dès que le 
Conful fut parti , C. Helvius 
arriva avec le troifîeme corps 
de Romains ; mais , quelque 
effort qu^il fît , il ne lui fut pa» 
poffible d'empêcher qu'ils n'eû- 
tralTent dans le camp ÔC qU'iU 
ne le pillaiTent , enforte que 
par une injuiiice criante , Ceuat 
qui ne s'étoient pas trouvés au 
combat, partagèrent entr'eux le» 
dépouilles des vaincus* Les ca« 
valiers rederent long-tems dans 
leur pofle , fans rien apprendre 
du combat & de la viÂoire des 
Romains. Mais à la fin , poulTanC 
leurs chevaux» autant qu'ils le 
pouvoient fur ces coteaux, ils 
prirent ou tuèrent tous ceux 
des ennemis que la fuite avoiÉ 
répandus vers le bas de la mon^ 
tagne; 

Il ne fut pas aîfé aux Vain^* 

F 



82 MA 

queurs de compter lei morts , 
parce que la plupart furent 
fués dans les divers circuits de 
ces collines , ou bien dans les 
forêts ou les buiflbns où la fuite 
les avoit difperfés ; & qu'il en 
éioh tombé un grand nombre 
dans les précipices qui étoieoc 
au- deflbus de ces rochers* 
Claudius , qui alTure qu'il y 
eut deux aâions fur le mont 
Olympe « porte le nombre des 
morts )ufqu'à quarante. mille ; 
au lieu que Valdrius Anrias , 
contre la coutume qu'il a d'exa- 
gérer f le borne à dix mille* 
Ce qu'il y a de certain t c'eft 
que celui des prifonniers alloit 
à quarante mille perfonnes « en 
comptant les femmes , les en- 
fans , les vieillards 8c autres , 
que les Gaulois avoient entrât* 
oés avec eux , femblables à des 
familles qui chai>gent de de- 
aaeure , pkis qu'à dts troupe» 

Îiui vont à la guerre. Le Con« 
ul 6t mettre en un tas » 5c brû- 
ler les armes des Gaulois ; Se 
ayant ordonné à ceux qui s*é- 
toient emparés du butin > de 
le rapporter , il en vendit une 
partie au profit du tréfor pu» 
blic , & partagea le refte entre 
les foklats avec beaucoup de 
jEoin & d'égalité. Alors > ayant 
aiTemblé l'armée , il donna pu- 
bliquement à chacun les éloges 
& les récompenfes dont il étoit 
digne. Il loua fur-tout Attale » 
en quoi il fut applaudi géné- 
ralement des Officiers 6t des 
foldaf s ; car, ce jeune Prin- 
ce ayant fait paroître dans les 
travaux fiC dans le« pétils , 



-^ MA 

une aâivité ëc une valeur ex* 
traordinaires « avoit témoigné- 
après la viéloire une retenue 
5c une modeflie encore plu$ 
eflimables. Mais , les Teâofa- 
ges n'avoient point eu de parc 
à la défaite de leurs compatrio* 
tes. Le Conful partit donc pour 
les aller chercher , & le troi- 
iieme jour il arriva à Ancyre^ 
ville célèbre du païs , dont les 
ennemis n'étoient éloignés que 
de dix mille. 

Là , Cn. MailHus Vulfon re- 
çut des AmbafTadeurs qui ve- 
noient le prier de la part des 
Rois ennemis , de ne point dé- 
camper d'Ancyre, qu'ils n'euf- 
fent eu avec lui une entrevue* 
lu l'afTuroient par avance qu'ils 
accepterpient « pour ne . point 
faire la guerre , toutes les con- 
ditions de paix qu'il voudroic 
leur impoier. Il leur donna 
pour le lendemain un rendez* 
vous entre leur camp & Ancy- 
re. Le Conful y vint à Theure 
marquée avec uile efcorte de 
cinq cens cavaliers. Mais» n'y 
trouvant perfonne de la parc 
des Gaulois, il retourna dans 
fon camp. Dès qu'il y fut ren- 
tré, les mêmes Ambafiadeura 
revinrent pour excufer leurs 
Rois de leur abfénce occafion- 
aée, difoient-ils , par des mo- 
tifs de Religion qui ne leur 
avoient pas permis de fortir , 
ajoutant que les premiers de la 
nation viendroienr avec des 
pouvoirs pour traiter de la paix 
en leur nom. Le Conful répon- 
dit qu'il enverroit Actale pour 
les entendre. Ce jeune Prince* 



MA 

y vînt avec deux cens chevaux» 
te y trouva les députés des en- 
nemis. Mais I après avoir inuti- 
lement difputé fur les condi- 
tions du traité y comme ils ne 
pouvoient s'accorder , il fujc 
arrêté que le lendemain le Con- 
fui & les Rois s'aifèmbieroienc 
dans le même Heu. Les Gaulois 
en manquant ainfî de parole , 
& en chicanant fur les condii* 
tiens , avoienc deux vues ; pre- 
mièrement ils vouloient gagner 
du rems & différer jufqu'à ce 
qu'ils euffent tranfporté au-delà 
du fleuve Halys , leurs femmes, 
leurs enfans & leurs effets « 
qu'ils ne vouloient pas expo- 
ler ; en fécond lieu , leur dc'ffein 
étoit de drefler des embûches 
au Conful lui-même , fçachant 
Qu'il .ne fe tenoit pas trop fur 
les gardes. Ils choinrent pour 
cet effet dans toute leur armée 
mille foldats des plus hardis ÔC 
des plus déterminés ; & la frau« 
de auroit réudi , (î la fortune ne 
f'étoit déclarée en faveur du 
droit des gens qu'ils avoient 
-réCblu de violer. 

Les Tribuns des foldats en- 
voyèrent les fourrageurs Sc 
ceux qui étoient chargés d'aller 
chercher du bois vers l'endroit 
oti devoit fe tenir la coiiféren- 
ce, jugeant que c'étoit le plus 
fûrt parce qu'ils y feroient fou- 
tenus par l'efcorte que le Con- 
ful auroit oppofée pour lui- 
même à celle des ennemis; ce 
qui n'empêcha pas qu'ils n'en 
poftaffent une féconde de (ix 
cens cavaliers plus près du 
camp. Le Conful fur la f^xolt 



MA 8| 

d'Attale , qui l'affuroft que let 
Rois ennemis ne manqueroienc 
pas de venir, & que l'affaire 
pourroit fe terminer , partit de 
ion camp ; & ayant fait environ 
deux lieues de chemin avec le 
même nombre de cavaliers qu'il 
avoir menés la première fois» 
comme il étoit affez près du 
rendez- vous , il apperçut Ict 
cavaliers Gaulois qui accou-^ 
roient en poilure d'ennemis » 
dans le deffein de l'opprimer. 
Il fît faire halte , & exhortante 
fes gens à préparer leurs coura- 
ges Se leurs armes , il foutîne 
d'abord l'attaque des ennemis 
avec be>ucoup de fermâté fans 
reculer. Mais , fe voyant -acca* 
blé par le nombre , il commaA*- 
da aux (iens de faire retraite^ 
mais à petits pas , fans tourner 
le dos > ni rompre leurs rangs. 
A la fin cependant, perfuadé 
que le retardement l'alloit jet* 
ter dans un danger dont faconf 
tance ne le tireroit pas, il prie 
le parti de fe fauver par la fut* 
te. Les Gaulois le pourfuivi* 
rent avec chaleur , 6c tuèrent 
quelques-uns des fiens ; 5c peu 
auroient échappé à leur furie » 
fi les fix cens cavaliers qui fer* 
voient d'efcorte aux fourrageurs^ 
ne fuiïent venus fort à propos 
pour les délivrer. Car^dès qu'ils 
entendirent les cris de leurs 
compagnons 9 prenant fur le 
champ leurs armes & leurs che- 
vaux , ils allèrent frais & vi- 
goureux , comme ils étoient » 
attaquer les ennemis épuifés par 
le premier combat. Alors » la 
fortune changea ; îa frayeur 



94 MA 

paila des vaiqcus aux vaîfw 
queurs ; & comme les fourra* 
geurs des Romains accouroient 
de toutes parts de la campagne » 
les Gaulois , qui du premier 
choc avûient tourné le dos « 
crouvoiènt par tout des ennemis 
en leur chemin « fans efpérance 
de fe fauver par la fuite , parce 

} lue la cavalerie qui les pour- 
uivoit étoit toute fraîche , & 
qu'ils étoient las Ôc fatigués eux 
& leurs chevaux, U n*en échap- 
pa donc guère aux vainqueurs, 
qui d'ailleurs ne firent point de 
prifonniers , les tuant de co- 
lère , pour les punir de leur 
perfidie & de leur impiété. Le 
lendemain, le Ce nful arriva en 
préfence de Tennemi avec tou- 
tes fes troupes. 

^ Cn. Manlius Vulfon employa 
oçux jours à reconnoître la 
montagne par lui-même > pour 
être plus fur de fon fait. Le 
troifieme jour il confulta les 
Aufpices ; &c ayant offert un 
facrifîce aux Dieux , il parta- 
gea fes troupes en quatre corps» 
dont deux iroient prendre les 
ennemis en flanc , tandis que 
lui-même conduiroic les deux 
autres par le milieu de la mon- 
tagne f pour les aller attaquer 
de front. Les Tedlofages & les 
Trocmes,au nombre de cinquan- 
te mille hoq^mes les plus braves 
de toute l'armée ennemie.étoient 
au corps de la bataille. Et com- 
'me les chevaux n'étoient d'au- 
cun ufage parmi des rochers 
hauts & bas , ils avoient fait 
inettre pied à terre aux cava- 
liers qui étoient au tour de dix 



MA 

mille 9 & les avoient placés à 
Taîle droite. La gauche étoic 
compofée des troupes auxiliai- 
res d'Âriarathe & de Morze » 
Rois de Cappadoce 6c de Pa- 
phlagonie* Le Conful plaça aux 
premiers rangs les troupes ar- 
mées à la légère , comme il 
avoir fait au mont Olympe; &c 
eut foin que les foldacs euflent 
en abondance tous les traits qui 
fe lançoient de loin. Quand les 
deux armées furent en préfen- 
çe , elles éprouvèrent précifé- 
ment la même fortune que dans 
le premier combat , avec cette 
dinerence que la viâoire avoit 
autant relevé le courage des 
Romains» que l'adverfité avoit 
abattu celui des Gaulois* Car» 
quoique les Tedofages n*euf- 
lent pas été vaincus en perfon- 
ne y cependant ils regard'oient 
la (défaite de leurs compatriotes 
comme la leur propre. Âinû , 
l'adlion ayant eu le même com- 
mencement ^ eût aulïï la même 
iflue. Une nuée de flèches, de 
Javelots & de pierres i tomba 
de tous côtés fur Tarmée de% 
Gaulois ; cependant » aucun 
d*eux n'ofoit fortir de fon rang » 
de peur de préfenter fon corps 
à découvert aux traits des Ro- 
mains ; Se plus ils fe tenoient 
ferrés , plus les coups des Ro- 
mains étoient inévitables. Cn. 
Manlius Vulfon qui les voyoit 
déjà fort ébranlés , ne douta 
nullement que les premières en« 
feignes des légions n'achevaC- 
fent de les rompre 6c de les 
mettre en fuite. Aînfi , recevant 
les Vélites & les autres troupes 



1 



MA . 

auxiliaires dans les intervalles 
des compagnies , pour les faire 
palfer derrière , il fie avancer fon 
corps de bataille. 

Les Gaulois, vaincus d'avan- 
ce par la défaite des ToHtto- 
boiensy épuifés de laffitade, & 
la plupart perces de traits qu'ils 
portoient encore enfoncés dans 
la plaie, ne purent pas même 
'foutenir le premier choc & les 
premiers cris des Romains. Ils 
prirent en fuyant le chemin de 
leur camp , mais il y en eut peu 
qiîi y entraflent. Le plus grand 
nombre 9 emportés à droite de à 
gauche par la frayeur dont ils 
étoient faifis , fe fauverent par- 
tout où ils purent. Les vain- 
queurs les pourfuivirent juf- 
qu'au camp y &c taillèrent en 
pièces les plus parelTeux ;mais, 
l'avidité du butin mit fin à leur 
pourfttite. Ceux des Gaulois qui 
étoient aux deux ailes , refte- 
rent pluslong-tems fur le champ 
de bataille , parce qu'on les at- 
taqua les derniers. Mais, quand 
* on vint à eux » ils n'attendirent 
pas même la première déchar- 
ge. Cn. Manlius Vulfon , ne 
pouvant retirer du camp enne- 
mi ceux qui le pîUoient , com- 
manda à ceux qui avoient été 
placés aux deux aîles, de pour- 
iuîvre les vaincus. Ils le firent 
pendant long-tems , fans pou- 
voir cependant en tuer plus de 
huit mille , tous les autres ayant 
pafiTé le fleuve HalySiavant qu*on 
pût les joindre. La plupart des 
vainqueurs paflerent cette nuit- 
là dans le camp des Gaubisi Le 
ConfulYamena Us autres dans 



le iien. Le lendemàHi ,11 fit Im 
revue des prîfonhiérs & du bu- 
tin qui fe trouva immenfe > 
comme ayant été accumulé paV 
la plus avide de toutes les na- 
tions , qui depuis un grand nom- 
bre d'années 9 avoit loomis par 
hes armes > & pillé ces riches 
contrées fituées en - deçà du 
mont Taurus. Les Gaulois s'^- 
tant raflèmblés de tous les lieux 
où la fuite les aVoit difperfés', 
la plupart blefTés^ fans armes 
fit fans biens , envoverem des 
ambafTadeuirs auCohiul pour lui 
demander la paix. Cn. Manlius 
Vûlfon leur ordonna de le ver- 
nir trouver à Éphefe ; car ', 
comme on étoit au milieu de 
l'automne , il s'éloigna au plus 
vite de ces cantons à qui la pro'<« 
ximité du montTaiirus cbmmeil. 
oit à faire fentir*la riglieur du 
roid, & ramena fon armée hiver- 
ner le long dés côtes maritimes. 
Pendant ThiVer^, les ambaf- 
fadeurs de tous les peuples qui 
habitoieht eh - deçà du mont 
• Taurus , fe ri&ndiirent auprès dt 
Cn. ManliUs^Vulfon. Il en reçut 
audî de la part d'Antiochus , 5c 
de celle des. Gaulois même qui 
lui envbyoient demander les 
conditions auxquelles il vouloit 
•leur donner la paix. Ariarathe 
roi dfc Cappadoce lui envoya 
auifi les fiens , pour lui faire 
djes excufes » Se lui ofiTrir de 
payer en argent la faute qu'il 
avoit commife contre les Ko-« 
mains, en donnant à Ahtiochus 
des fecours contre eux. Ce Prin- 
ce fut taxé à deux cens talens 
d'argent. Pour les Gaulois, Cn* 

F iij 



l 



H M'A 

jMa&lSfS. .Vulfon.Iffttf répandît 

Î[u*ils ferc^ent inftruit^ de leur 
oit f quand Ëuraene ferok 
.veDu« Il fit aux .ambaflâdeurs 
jdes peuples alliés des réponfes 
très-obligeantes» & les renvoya 
Jbeaucoup plus joyeux qu'ils n'é- 
toient venus. Il ordonna à ceux 
d^Aptiôchus de faire porter 
dans la Famphylie , où il de- 
voir fe rendre avec fon armée» 
de l'argent & du bIed|Conforiné«, 
snent au traité fait entre L. Sci- 
pion & leur maître. Et en tffttf 
au commencement du printems» 
ayant fajt k. revue de fes trou'- 
pes » il vint en huit jours à 
Apamée ; & après y avoir fé- 
journé trois jours , il arriva 
après trois autres jours de mar- 
che dans la Pamphyîie y où il 
diAribua à fon armée , le bled 
qu'il avoit ordonné qu'on y voi- 
f urât , & fit porter à Apamée 
les deux mille cinq cens calens 

Ïu'il avoit reçus. Delà il alla à 
erge, la feul)e ville du païs où 
Antiochus e^^t une garnifon. 
Comme il ^n approchoit » il 
trouva le Gouverneur qui lui 
Yenoit demander une trêve de 
trente jours. pour avoir le tems 
de confulter Antiochus fur ce 
qu'il devoit faire ; & ce terme 
étant expiré 9 i4 livra la ville au 
Cocful. De Pergei il envoya 
L. Manlius fon frère avec qua- 
tre mille hommes» pour aller 
recevoir des Ôroandenfes le 
tsûe de l'argent qu'ils s'étoient 
engagés de payer. Pour lui , 
apprenant qu'Eumene & dix 
CommiiTaires étoient arrivés de 
Rome à Éphefe » il ramena fon 



MA 

armée à Apamée , où tl onlon^ 
na aux ambaiTadeurs d*Antio<* 
chus de ^ venir joindre. 

Ce fut-là que de Tavis des 

dix CommiiT^ires du Sénat , il 

conclur avec Antiochus le trai» 

té , dont voici les claufes. » Le 

30 Roi ne donnera paflage fur 

» fes ^terres ni Tur celles de fes 

y> vaflaux , à aucune nation qui 

3» foit en guerre avec le peu- 

» pie Romain ou avec fei aU 

3» liés I & ne lui fournira aucun 

a> fecours ni de vivres ou d'ar- 

x> gent y ni aucun autre fupporc, 

30 de quelque façon que ce foir* 

V ILes Romains &l leurs alliés 

.9 en uferont dejnême à Tégard 

.30 d' Antiochus. Le Roi ne fera 

.3» pas la guerre aux habitans 

30 des iiles , & ne paiïera point 

30 en Europe. Il abandonnera 

30 toutes les villes» les camp4- 

30 gnes j les bourgs > les châ- 

30 teaux qui font en - deçà du 

» mont Tauriis jufqu*au fleuve 

30 Halys f & depuis la vallée 

30 du mont Taurus jufqu*aux 

30 fommets qui regardent la Ly- 

.» caonie. Il Sortira des villes » 

30 bourgs de campagnes fufdices^ 

. » fans en emporter aucunes ar*- 

I» mes ; & s'il l'avoir fait , il 

30 aura foin de les faire repor- 

.30 ter. Il ne recevra dans fes 

30 États » ni les foldats , ni les 

30 autres fujets du roi Eumene. 

j> Si quelques citoyens des viJ- 

30 les qu'on lui a retranchées , 

30 font ou à fa Cour » ou dans 

30 quelque autre partie de fon 

30 Royaume 9 ils auront foin de 

j3 revenir à Apamée avant cer- 

30 tain jpur qui fera $xé. Ceux 



MA 

39 des fujets d'Ândochus qui fe 

9 trouvenr parmi les Romains 
P ou leurs alliés » auroDt la li- 
» berté d'y reftcr > ou de re- 
» tourner dans leur patrie h 
» leur choix. Le Roi rendra 
» aux Romains 8c à leurs alliés» 
» les efclaves 9 les prifonniers» 
3> & les transfuges qu'il aura à 
» eux. Il livrera tous les éFé- 
y> phans qu'il a , & n'en aura 
30 point d'autres en leur place. 
» Il livrera tous fes vaifl*eaux 
» de guerre avec tout leur atti- 
30 rail , & ne pourra conferver 
30 que dix bâtimens de trente 
» rames au plus. Il n'employé-** 
30 ra aucun vaiâTeau rond dans 
» les guerres où il fera l'agref- 
30 feur. Il ne navigera pas au- 
30 delà des promontoires de 
30 Calycadne ou de Sarpédon « 
» fi ce n'eft pour tranfporter 
» l'argent» le tribut , ou les 
30 otages qu'il devra fournir , 
» ou les ambafladeurs qu'il aura 
o dépêchés. Il ne lèvera point 
3» de foldats parmi les nations 
» qui feront foumifes au peu* 
» pie Romain « & ne recevra 
30 point ceux qui fepréfenteront 
y> volontairement pour fervir 
» dans fes armées. Les Rho- 
» dtens & leurs alliés confer- 
» veront les maifons & autres 
» édifices qui leur appartien- 
30 nent dans les États d'Ânrio- 
3» chus , fur le même pied qu'ils 
30 les pofledoient avant la guer- 
n re. On aura la liberté de 
ao pourfuivre le payement des 
30 fommes qui fe trouveront 
w dues 9 comme de rechercher 
» Se de xeconnoitre les effets 



MA «r 

3D dont on aura été dépouillé « 
30 Se d'en demander la reftita« 
» tion. Si quelques - unes des 
ao villes qu'Anriochus doit ren- 
y> dre , fe trouvent entre les 
n mains de ceux à qui il les 
» aurolt données » il aura 
30 Xoin d'en faire fortir les gar- 
30 nifons , & de les remettre à 
30 ceux à qui elles appartien- 
30 nent. Il payera au peuple 
jo Romain ,-en douze ans fit 
30 en douze payemens égaux ^ 
n douze mille talens attiques 
30 d'argent de bon alloi , dont 
30 chacun pefera quatre-vingts 
» livres 9 au poids des Romains, 
3» & cinq cens quarante mille 
30 boifTeaux de froment ; & au 
30 roi Eumene » dans Tefpace de 
30 cinq ans, trois cens cinquante 
n talens » & cent vingt - fepc 
30 autres pour le bled qu'il lui 
3> doit 9 fuivaot l'eAimatioii 
m qu*il en a faite lui-même. U 
I» donnera aux Romains ving^ 
39 otages qu'il changera tous les 
» trois ans , 8c qui ne pourronc 
30 être au-deflous de dix-huic 
n ans , ni au-delTus de quarante- 
y> cinq. Si quelques alliés du 
» peuple Romain déclarent les 
9> premiers la guerre à Antic^^ 
» chus 9 il aura la liberté de fe , 
:»> défendre & de repoufler U 
» force par la force « à condi« . 
» tion cependant de ne s'empa*- 
3» rer d'aucune ville» foit par 
» droit de conquête , foie par 
jo une reddition volontaire. Les 
» deux partis termineront leurs 
» démêlés , ou à l'amiable , o{& 
.1» par la yoie de$ armes, s^iis 
n l'aiment mieux. » On ajouta 

F iv 



88 JW A 

*% ces conditions .qu^Annibal 
Carthaginois , Thoas Écolien y 
Mnàfîlachus Acarnanien y £u- 
buHdas & Philon tous deux de 
Cbalcis , feroient livrés aux 
Romains* On fe réferva d'ajou- 
ter ou de rerrancher à ce traité 
ce qu'on jugcroit à propos , fans 
que ces changemens puflent.lui 
donner aucune atteinte i ou le 
rendre nul. 

Le ConfuI confirma ce traité 
par ferment au nom des Ro- 
mains 9 & envoya Q. Minucius 
Thermus , & L. Manlius qui 
par hazard étoit revenu du 
païs'des OroandenfeSy à An* 
tlochusy pour lui faire prêter le 
même ferment; & il écrivit à 
'Q.Fabius Labéon « commandant 
de la flotte , de s'en aller incef- 
famment à Patares , pour rom« 
pre od'brûler les vaifleaux du 
Koi qui étoiçnt dans ce port. Q. 
Fabius Labéon partit d*£phefe> 
^ étant arrivé à Patares, y mit 
en pièces > ou brûla cinquante 
vaineauK couverts. 

Cn« Manlius Vulfon y ayant 
Yeçu les élépbans qu'Antiochus 
devoit lui remettre , & en ayant 
fait préfent à Eumene , s'appli- 
qua à connoître la'fituation des 
villes» dans lefquelles les der- 
niers troubles avoient apporté 
beaucoup de changement. Le 
roi Ariarathe fut déchargé d'une 
partie de la fomme à laquelle 
Il avoit été taxé , & reçu dans 
l'amitié du peuple Romain , en 
faveur du mariage qu'Eumene 
vcnoit de contrafter avec fa 
iille. A l'égard des villes dont 
nou& venons de parler, lorfque 



MA 

chacune eut expliqué fes rai- 
fons 9 les dix députés de Rome 
les traitèrent difFéremroenr* 

A près avoir conclu les traités, 
& fait les ordonnances donc 
nous venons de parler , Cq. 
Manlius Vulfon partit avec 
toute fon armée pour aller dans 
l'Hellefpont ; & y ayant appelle 
les petits Rois des Gaulois y il 
leur fit connoître les lotx qu'ils 
dévoient obferver à l'égard 
d'Eumene , Sl leur ordonna ex- 
preffément de fe tenir renfermés 
dans leur pais , fans plus courir 
en armes fur les terres d'autrui* 
Enfùite I ayant ramalTé tous les 
vaifleaux de la côte , il y joi- 
gnit la flotte qu'Athénée , frerc 
d'Eumene , lui avoit amenée 
d'Elée , & repaffa en Europe 
avec toutes fes troupes. Puis , 
conduifant à petites journées 
par la Cherfonnèfe , fon armée 
chargée d'un butin immenfe de 
toute efpece , il féjourna quel- 
que tems à Lyfimachie , pour 
yfairerepofer fes bêtes de char- 

fe , & entrer enfuite dans I9, 
'hrace, dont le chemin étoit 
extrêmement difficile , & fort 
redouté des foldats. Le jour 
même qu'il partit de Lyfimachie/ 
il campa fur les bords du fleuve 
Mélana , & arriva le lendemain 
^ Cypfele. Delà ayant à faire 
environ dix mille, pas par une 
route étoite» raboteufe & cou* 
verte de bois , pour remédier 
à l'inconvénient où pouvoit le 
jetter la difficulté des lieux , il 
partagea fon armée en deux 
corps , dont il ordonna à l'un de 
prendre les de vans» 5c à Pautro 



^ 



MA 

de marcher affez loin derrière i 
mettant les bagages dans le mi- 
lieu avec les chariots qui por- 
toieot l'argent de la Républi- 
que y êc les dépouilles les plus 
précieufes des nations vaincues. 
Comme il traverfoit ces défilés, 
quatre peuples Thraces ,les Cè- 
nes > les Aftiensy les Maduate- 
nes & les Cœletes, au nombre 
de dix mille hommes , fe répan- 
dirent tout au cour ydc tâcherenc 
de lui en fermer la fortîe. On 
foupçonnoît le roi Philippe 
d'avoir fufcité ces embûches aux 
Romains, Il fçavoit qu'il leur 
faudroit de néceflîté paffer par 
la Thrace , & qu'ils portoient 
avec eux des fommes immenfes 
d'argent. Cn. Manlius Vulfon 
étoit à Tavant-garde où la dif- 
ficulté du chemin lui caufoit 
beaucoup d'inquiétude. Les 
Thraces fe tinrent en repos 
pendant le tems que les foldats 
armés mirent à païTer. Mais i 
quand ils virent que le premier 
corps étoit forti du défilé, & 
que l'autre qui faifoit l'arriére 
garde étoit encore bien loin, 
Ils fe jetterent fur le bagage 
& les bêtes de^fomme ; & après 
avoir tué ceux qui leur fervoîent 
d'efcorte 5 ils enlevoient ce qui 
étoit dans les chariots , & tou- 
choient devant eux les cheva^ux 
de bâts avec leurs charges. Les 
cris des blefiTés & des mourans 
ayant bientôt été portés à la 
queue 6c à (a tête , les derniers 
hâtèrent leur marche ^ ôc les 
premiers revinrent prompte- 
xnent fur leurs pas ; oC les uns 
& les autres s'étant rejoints 



MA 89 

dans le milieu, y commencèrent 
un combat , où le hazard avoîc 
plus de part que le conf^il 
èc la prudence. Les Thraces 
étoient expofés aux coups des 
Romains par les dépouilles mê* 
mes dont ils avoient rempli 
leurs mains ^ en quittant leurs 
armes pour pouvoir piller pins 
librement. Mais p d'un autre 
côté , ces Barbares 9 en cou- 
rant par ces routes qui leur 
étoient connues , ou en fe 
cachant dans les cavités des 
vallons , tomboient avec avan- 
tage fur les Romains , qui cfâi- 
gnoient plus la difficulté d^ 
chemin que la valeur de fen^ 
nemi. Les chariots mêmes 8c les 
ballots dont ifs étoient remplis, 
étoient en plufieurs endroits un 
embarras pour les combattâos* 
Ici périffoient ceux qui cia- 
portoient leur proie? Làcom- 
boierit ceux qui vouloient 1« 
leur enlever. La fortune dà 
combat étoit divcrfe , fuîvant 1^ 
terrein plus ou moins favorable;» 
fuivant l'audace ou la crainte 
des foldats , fuivant le nombre 
des ennemis à qui chaque pe- 
lorton fe trouvoit oppofé. Ha 
nuit àpprochoit lorîque les 
Thraces abandonnèrent le com- 
bat, non pour éviter les blet- 
fures ou là mort , mais pour 
emporter leur butin , qu'iU 
trouvoientaflez confidérable. 

L'avant - garde des Romains , 
étant fortie du défilé, campa 
dans un lieu à découvert , aux 
environs du temple de Diane-, 
L'arriere-garde relia au milieu 
pour garder les bagages, ôc s'y 



^ 



90 M A 

retrancha d'un double foffé Sc 
d*une double paUiffade. Le 
lendemain , ayant fait recon- 
BoScre le pais » avant que de fe 
mettre en marche » elle alla 
rejoindre la tête. Dans ce com- 
bat ainli dtfperfé , Cn. M aniius 
Vulfon avoit perdu une partie 
de Tes bagages y un grand nom- 
bre des valets de Tarmée & 
même des foldats ; mais , rien 
ne lui fut plus fenfible que la 
mort de Q. Minucius Thermus» 
Tun des plus braves 0£ficier$ 
de Tarmée. Ce jour-là , les Ro- 
mains allèrent camper fur les 
bords de THebre* Delà ils tra* 
▼erferent le paîs des Eniens au 
delà du temple d'Apollon , 
furnommé Zérynthien par les 
iiabitaos. Ils trouvèrent d'au- 
tres dédiés y autour de Tempy- 
res , auili difficiles que les pre* 
miers y mais moins propres à 
des embiSches , parce qu'il n'y 
avoît ni bois ni enfoncement* 

Les Romains vainqueurs allè- 
rent camper delà à un bourg 
des Maronites appelle Saré. Le 
lendemain , ils arrivèrent par 
des chemins ouverts de toutes 
parts y dans la pUine Priati- 
que y où ils reAerent trois jours» 
pour y recevoir les bleds » tant 
ceux que les Maronites leui; 
fournirent volontairement, que 
ceox qu'on leur apportoit de 
leurs vaifièauxy qui les fui- 
Yoient chargés de toutes fortes 
de provifions. Delà ils allèrent 
en un jour à Apollonie^ d'où 
ils fe rendirent à Naples par 
les terres des Abdérites. Dans 
toute cette route , où ils ne 



MA 

rencentroiefit que des colonies 
Grecques 9 ils ne furent point 
troublés dans leur marche* 
Mais y ayant encore à pafler àa 
milieu des Thraces, quoiqii'on 
ne leur dreilat point d'embû- 
ches , ils ne iaifferent pas d'en 
appréhender jour &L nuit , }uf- 
qu'à ce quHls arrivèrent dans 
la Macédoine. La même armée, 
lorfque L» Scipton l'avoit con- 
duite par le même chemin, avoic 
trouvé les peuples plus traita- 
blés y par la feule raifon qu'elle 
n'étoit pas chargée d'un butin 
afiez riche pour les attirer. Cn» 
Manlius Vulfon mena fon armée 
par la Macédoine dans la Thef* 
falie. Delà étant venu par l'E- 
pire à Apollonie 9 il y pafla 
l'hiver , la mer ne lui paroif- 
fant pas affez fûre pour s'em- 
barquer. 

Il panit pour Rome l'année 
fui van te ; & dès qu'il y fut ar^» 
rivé f le Préteur Ser. Dulpicius 
affembla le Sénat dans le temple 
de Bellone y pour lui donner 
audience. Là y après avoir ra- 
conté tout ce qu'il avoit fait ea 
Afie pour l'avantage & la gloi- 
re du peuple Romain y il de- 
manda premièrement que l'on 
rendis aux dieux immortels , les 
adlions de grâces qui leur étoienc 
dues, 86 en fécond lieu qu'oa 
lui accordât à lui-même l'hon- 
neur du triomphe. Mais, la plu* 
part des dix commiffaires du 
Sénat qui s'étoient trouvés avec 
lui dans ces provinces éloignées 
s'y oppoferent , & plus que tous 
les autres , L. Furius PurpuréQ 
& L* Emilius Paulus» 



MA 

• Ils dlfoienc <c au*oo les avoU 
» envoyés en Ane pour y con- 
n dure 8c terminer de concert 
» avec Cn« Manlîus Vulfon , ie 
» traité de paix que L. Scipion 
» avoit commencé entre le peu- 
y> pie Romain & Antiochus ; 
39 mais queCn. Manlîus Vulfon 
;» avoit fait tous fes eiForts pour 
^ empêcher la conclufion de la 
» paix , jufqu'à vouloir porter 
3» fes armes au delà du mont 
» Taurus ; deflein « dont les 
a> dix Commiflaires avoient eu 
30 bien de la peine à le détour- 
3o ner , en lui repréfenrant les 
39 malheurs dont la Sibylle me- 
39 naçoît les Romains , s*ils 
' ofoient jamais pafler ces bor« 
n nés fatales. 

30 Quetrouvant des obftacles 
» infurmontables à cette entre- 
39 prife* il avoit tourné fes vues 
39 & fes pas d'un autre côté » 
39 Se avoit déclaré la guerre 
39 aux Gallo-Grecs» fans être 
39 autorifé par le Sénat , ni par 
39 le peuple , & fans pouvoir 
P citer l'exemple d'un feul 
39 Général qui eût eu l'audace 
p de former de pareils projets 
o de fon chef; que la coutume 
39 du peuple Romain , ayant 
» que de commencer les pre- 
39 mieres hoftilités , étoit d'en- 
^ voyer des AmbaiTadeurs pour 
» demander réparation à ceux 
39 de qui on avoit lieu de fe 
39 plaindre ; qu'il n'avoit ob- 
39 hevé aucune des formalités 
*> ordinaires, qui pât le mettre 
39 en droit de dire qu'il avoit 
^ fait h guerre au nom do peu- 
' fie Romain | & non pM exqr- 



MA 



^i 



99 cé uà brigandage particu- 
30 lier. 

» Mais, puifqu'il étoit dé* 
39 terminé à cette entreprife » 
39 pourquoi ne pas marcher 
» direâement contre ces pré-* 
39 tendus ennemis? Pourquoi fo 
» détourner à droite 8c à gauche» 
» & fureter tous les coins & re- 
» coins de la Pifidie , de la Ly« 
39 caconie , de la Fhrygie , pour 
9> rançonner avidement tous les 
3> Seigneurs ou. Tyrans des châ- 
39 teaux fîtués dans ces contrées? 
ao Qu'avoit-il à démêler avec 
» ces peuples , qui ne nous 
39 avoient jamais fait aucun mal, 
» ÔC dont nous n'avions aucua 
39 fujet de nous plaindre? 

30 Ils ajoutoient qu'à l'égard 
» des ennemis dont Cn. Maa- 
1» lius Vulfon prétendoit que la 
I» défaite méritoit k triomphe « 
39 les avantages qu'il avoic 
» remportés lur eux , ne àe.^ 
n voient pas aflurément lui 
» faire beaucoup d'honneur ; 
» qu!outre que ces Gaulois , 
39 amollis par les délices de 
30 l'Ade » n'^toîent plus les 
39 mêmes pour le courage que 
n ceux contre qui les Romains 
30 avoient combattu tant de fois 
» dans l'Italie 4 la chute récente 
» d'Annibal y de Philippe & 
39 d'Antiochus les avoit res« 
39 dus tellement interdits , que 
39 les Romains n'avoient eu 
39 befoin que des flèches & des 
39 frondes de leurs troupes lé- 
19 gères pour abattre ces mafles 
39 énormes , âc que dans toufe 
» cette guerre > ils n'avoienc 



fi MA 

» point rougi Jeurs épées du 
» fang des Gaulois. 

» Qu'au refte Cn. Manlîus 
n Vulfon avoit grande raifon 
» de demander que l'on rendît 
» des a(flions de grâces publi- 
30 ques aux dieux immortels; 
y> qu'en efFet, fans une jprotec- 
» tion particulière des Dieux , 
» Tarmée Romaine étant cam- 
» pée dans une vallée profon- 
» de » & ayant les ennemis au- 
n deflus de fa tête , les Gaulois» 
» fans fe fervir de leurs armes y 
» pouvoient Taccabler & la 
» défaire entièrement , en rou- 
» laiit fur elle les grofles pier- 
» res que la montagne leur 
y> fourniâbit en abondance ; 
y> que dans la fuite , comme iî 
» lesDieuxavoient voulu faire 
y> fencir aux Romains ce qui 
» leur feroit arrivé dans la 
n Gallo-Grèce , s'ils avoient eu 
» affaire à des ennemis qui mé- 
» rîtaiTent ce nom , leurs trou- 
•» pes avoient été défaites , mi- 
-» hs en fuite, 8c dépouillées 
» de leurs bagages par quel- 
» ques brigans de Thrace qui 
» les attendoient au paflage ; 
» que c'étoient-là les exploits 
» 'pour lefquels Cn. Manlîus 
n Vulfon demandoit le triom- 
j» phe 37. 

Les Commifl*aires finirent par 
oà ils avoient commencé > en 
infiilant fortement fur les pré- 
cautions prifes de tout tems 
pour déc]are;r la guerre , & de* 
mandant aux Sénateurs s'ils vou- 
loient violer des règles fi fages» 
abolir des formalités qui ap« 
•partenoleot à la religion > 6ter 



MA . 

au Sénat & au peuple le privi- 
lège dont ces deux ordres 
avoient toujours joui , d'or- 
donner de la guerre ou de la 
paix , & abandonner au caprice 
&c à l'ambition des Généraux , 
le pouvoir d'attaquer les peu* 
pies qu'il leur plairoit. 

Quand ils eurent ceffé de . 
parler , Cn. Manlius Vulfon 
leur répondît de la forte : » Juf- 
» qu'ici f Meflîeurs , on a que!- 
"» que fois vu les Tribuns du 
» peuple s'oppofer aux triom- 
» phes qui vous ont été deman- 
» dés par vos Généraux. C'eft 
» ce qui m'oblige à rendre grà- 
39 ces à ceux d^aujourd'hui , de 
» ce que » par confidération ou 
» pour ma perfonne y ou pour 
n mes adlions , non-feulement 
» ils ont confenti tacitement à 
n mon triomphe, mais encore 
» ont paru dans la difpolîtioa 
» de le propofer eux - mêmes 
30 s'il en étoit befoin. J'ai la 
» douleur de trouver mes ad- 
» verfaires parmi ces Commif- 
sD faires que nos ancêtres don- 
30 noient à leurs Généraux pour 
30 honorer leur viftoire , flc 
Il en régler les dépendances 
» avec prudence & avec juf- 
» tice. 

» Leur accufation a deux 
» chefs , Meffieurs , comme 
» vous avez pu le remarquer* 
30 Ils prétendent que je n'ai 
30 point eu droit de faire la 
10 guerre aux Gaulois , de que 
x>'je l'ai faite avec témétité Sc 
9 imprudence. 

o Les Gaulois , difent - ils 
-» n'exercoient contre sons 



M k 

ft aucun adte d*hoiliIici ; vous 
s» les avez trouvés paifil^es & 
30 tranquilles, & vous n'avez 
» pas laîOTé de les attaquer* 
n Plut aux Dieux que le roi 
» Euntene fût ici préfent ^ 
9 avec les Magiilrats de toutes 
» les villes de TAfie ! Vous 
y> entendriez leurs plaintes » 
» & je fer ois difpenfé d'accu- 
» fer les Gallo-Grecs. Envoyez 
» des Ambaiïadeurs dans tou- 
:f> tes les parties de l'Afie » 
ac» pour examiner la vérité fur 
i> les lieux ; & vous appren- 
ti drez d*eux que la fervitude 
» dont vous avez délivré cette 
1» contrée , en obligeant Antio- 
9» chus de fe retirer au delà 
» du raontTaurus» n'étoit pas 
» plus dure que celle dont elle 
» a été tirée par la réduAion 
» des Gaulois. Tous ces peu- 
» pies vous feront connoître 
» combien de fois cette nation 
» féroce a ravagé leurs cam^* 
» pagnes > combien de fois elle 
9» leur a enlevé tout ce qu'ils 
X» avoient de' plus précieux Ôc 
^ de plus néceflair^s , combien 
39 elle a fait fur eux de pri- 
j> fonniers fans leur laifler la 
» liberté de les racheter; enfini 
» combien de fois elle a immolé 
» leurs enfans à fes Dieux aufC 
30 barbares qu'elle. Quoi ! & 
» Antiochus n'avoit pas retiré 
» fes garnifons des citadelles 
il où elles demeuroient fort 
30 tranquilles, vous ne croiriez 
39 pas avoir rendu la tranquil- 
» lité à i'Afie ; & vous vous 
y> imaginez qu'Eumene jouiroit 
» paiublement des dons que 



MA 9) 

» vous lui avez faits, & les 
n autres villes de la liberté 
» qu'elles ont reçue de vous * 
» pendant que les Gaulois au* 
» roient une pleine licence de 
» porter par tout où ils vou* 
» droient la terreur & la défo- 
w lation. 

» Mais , pourquoi raifonner 
» plus long-tems fur une fauiCs 
3f> fuppofîtion , comme fi je 
» n'avois pas trouvé les Gau* 
7f> lois aifluellement en guerre 
» avec nous , & que je les euf- 
» fe forcés de nous la faire ? Je 
» vous prends à témoin , L* 
» Scipion, vous à qui j'ai fuc* 
3> cédé dans le commandement 
3» des troupes, & vous P. Sci- 
93 pion , qui , avec la fimple 
9> qualité de^Lieutenant étiez 
» refpedlé par l'armée Se par 
» votre frère comme fon Col- 
» lègue. Dites-nous fi vous ne 
33 fçavez pas que les légions 
x» des Gaulois ont fervi dans 
93 l'armée d'Antiochus » & fi. 
y> vous ne les avez pas vues 
3» combattre aux deux ailes , 
13 où ils fatfoient toute la forc« 
33 de fon armée ? Les Romains 
3» vous avoient chargé de faire 
93 la guerre non - feulement à 
» Antiochus , mais à tous ceux 
» qui fe feroient joints à lut 
30 contre nous. Les Gaulois 
3(3 étoient inconteAablement d^e 
3» ce nombre y auffi-bien que 
33 quelques petits Rois & ly- 
30 rans du pais. Pai donc eii 
33 droit de les traiter en enne« 
33 mis. Cependant , j'ai ufé k 
33 leur égard de toute la modé« 
» ration poffible* J'ai donné U 



94 MA 

» paix à ces derniers , en les 
3» forçant de faire une facisfac- 
» tion convenable à la digni- 
» té de votre Empire qu'ils 
» avoient bleffée. D'un autre 
» côté y j*ai fait tous mes efforts 
» pour amener les Gaulois à la 
» raifon > iî leur férocité na- 
3» tureile avoir pu s'adoucir ; 
» & ce n'a été qu'après plu- 
» fleurs tentatives , que les 
» trouvant toujours intraita- 
» blés 9 j'ai cru qu'il étoit de 
» notre honneur d'employer la 
» force pour les réduire. 

» Après avoir juilifié les 
a» motifs qui m'ont déterminé à 
» entreprendre la guerre , il 
» faut maintenant parler de la 
» manière dont je l'ai faire ; 
M & dans cette féconde partie, 
» jeferoisbien aiTuré de gagner 
a> ma caufe , quand même je 
X» la plaiderois devant le Sénat 
» de Carthage , lequel , (i ce 
» que l'on dit eft vrai , punit 
» du dernier fupplice fes Géné- 
3!> raux 9 quand ils ont formé 
» des entreprifes téméraires , 
j> quefque heureux qu'en ait été 
» l'vénement. Mais > quelle 
» confiance ne dois -je point 
» concevoir ayant affaire à une 
» République qui n'a jamais 
3t> fait un crime aux Comman- 
x» dans des entreprifes auxquel- 
» les les Dieux ont donné une 
» heureufe iflue , parce qu'elle 
» la regarde comme l'effet des 
y> prières & des vœux qui ont 
a> précédé ces entreprifes , 6c 
n qui en décernant , ou des 
I» aâions de grâces aux Dieux , 
y» ou des triomphes aux Gêné- 



MA 

» raux , emploie toujours ces' 
» termes remarquables » pour 
» avoir bien & hcureufementfervi 
» la République? Quand donc» 
» de peur de provoquer l'en- 
39 vie I je m'abiiiendrois ci'at- 
» tribuer à mon courage & à 
» ma bonne conduite les fuccès 
» que j'ai eus y (i je me conten- 
» tois de demander qu'après 
» que j'ai vaincu une (i puif- 
3E> faute nation , fans avoir fait 
» aucune perte , on rendît aux 
» Dieux immortels » po»r l6 
-a bonheur dont ils ont voulu 
» que fuffent accompagnéesvos 
» armes fous mon comroande- 
y> ment, les a(flions de grâces 
» qui leur font dues , ai qu'oa 
» m'accordât à moi-même la 
» permiffion dé rentrer triom- 
» phant dans le Capitole» d*oik 
» je fuis parti , après avoir fait 
' » les vœux accoutumés pour fa 
x> ^profpérité de la République» 
» refuferiez-vous cet honneur 
y> aux Dieux » auffî - bien qu'à 
» moi ? 

î> On m'objedle que je n'ai 
i> pas choifi un lieu favorable 
» pour donner bataille. Cela 
» dépendoit-il de moi ? Les 
» ennemis étant les maîtres de 
s> la montagne , & ne voulant 
3» pas en defcendre » il falloir 
a> bien que j'allaffe les y atta- 
» quer , (i je voulois vaincre* 
39 Un pourroit faire le même 
» reproche à nos meilleurs Gé- 
30 néraux« qui, fur- tout dans 
3> les dernières guerres « n'onc 
» pas toujours choîfi un pofle 
3> favorable pour attaquer l'en* 
» nemî » parce que Ta chofe' 



MA. 

9 B^étoit point en leur pouvoir. 
» Je ne comprends pas encore 
» quelle ed ridée qu'ils veuleoc 
» vous donner , & qu*iU fe for- 
» genc en eux* mêmes de Ten- 
j> nemi.S*il a au/£fort dégénéré 
f> qu'ils le difent , Se s'il eft 
19 amolli par les délices de TA- 
e fie» quel danger y avott -il 
» de Taller chercher fur la 
» montagne , Se s*il a confervé 
» le courage & la force de Tes 
30 ancêcr es, pourquoi refufent* 
» ils le triomphe à ceux qui ont 
» vaincu un ennemi fi redouta- 
is ble ? L'envie eft aveugle , 
» Meffieurs. Elle ne s'attache 
39 qu'à décrier la vertu, pour 
3D lui faire perdre les honneurs 
3» fie les récompenfes qu'elle 
» mérite. 

» Le même efprit d'envie & 
» dejaloufîe paroît encore dans 
» ce qu'ils m'objeâent touchant 
«> la T hrace. Us infîftent beau- 
a> coup fur l'enlèvement d'une 
30 partie de nos bagages par ces 
9 brigands, & fur la perce de 
3» quelques foldats ; ils fe don- 
a> nént bien de garde d'ajouter 
a» que le jour même que cet 
n inconvénient arriva » nos 
9 troupes défirent un grand 
3» nombre de ces voleurs, dc 
30 que les jours fuivans elles en 
1» prirent Se en tuèrent encore 
» davantage. Mais,quegagaent- 
3» ils par ce filence attéâé f 
» Toute l'armée eft prête à 
I» rendre témoignage de ces 
» deux combats , , qui feuls 
» pourroient mériter l'honneur 
» du triomphe. 
« Je vous prie de me par* 



MA 95 

» donner , Meiïïeurs , fi Uné- 
» ceflité d'une jufte défesle •, & 
» non le défir de me faire v«- 
3» loir , m'a engagé dans un fi 
» long difcours. » 

L'accufation l'auroit emporté 
ce jour fur l'apologie , (i la dif- 
pute n'avoit confumé le jour en^ 
tier fans être décidée ; car , les 
Sénateurs fe retirèrent dans le 
featiment derefufer le triomphe 
à Cn. Manlius Vulfon. Mais, le 
lendemain, les parens & les 
amis de ce Général firent tact 
qu'ils engagèrent dans leurs in- 
térêts , les plus anciens de l'or* 
dre , dont l'autorité fit penchée 
la balance en faveur de Cn« 
Manlius Vulfon. Us repréfen- 
terent qu*il n'y avoit poinc d*e- 
xemple qu'un Général, après 
avoir vaincu les ennemis , laiffé 
fa province en paix , Se ramené 
fes troupes viélorîeufes à Rome, 
eût été privé de l'honneur du 
triomphe , Se îût rentré dans |a 
ville comme un fimpU particut 
lier fans aucune diftinâion. 
Enfin , la maligne jaloufie de fes 
ennemis céda à des remontran* 
ces fî fages , ils eurent honte dû 
faire un affront fi injurieux à u«i 
homme de mérite , Se tous les 
Sénateurs lui décernèrent le 
triomphe d'un confentemenc 
prefque unanime. Il y avok 
pourtant quelque chofe à dire 
fur la conduite de ce Général, 
lequel , comme nous le verront 
tout à l'heure , avoit laifli^ af- 
foiblir la difcipline , Se cor^ 
rompre les mœurs de fes trou- 
pes. Et il eft étonnant que 
les eaoemis n'aient point em- 



./ * 



96 MX 

ployé cfontre lui ce moyen. 

Il ne triompha que fur la fin 
de Tannée. Ce qui lui avoit 
fait diffère r fon triomphe, c*é- 
t©ït la crainte qu'il avoît eue 
d*ctre appelîé en jugement en 
Vertu de la loi Pétilla , pendant 
la Préture de Q. Térentius Cul- 
Iéo!> , & d*être ta victime de 
l*eBvîe fous laquelle*' L. Scipion 
avoir fuccombé.lhfçavoîent que 
les luges feroient encore plus 
inexorables à fon égard , qu'ils 
ne Tavotent été dans I^aflTaire de 
fon prédéceffeur , parce qu*il 
avoir taifTé vivre tes foldats 
ifans une licence générale qui 
«voit afafolument ruiné la dif- 
crpline militaire, que L. Scipion 
leur avoir fait obferver avec 
beaucoup de fé vérité. Et ce 
n^étoit pas feulettienr le récit 
des excès, auxquels ils s'étûient 
portes dans la province , & loin 
des yeux des citoyens » qui Ici 
rendoient odieux , mais encore 
plus ceux auxquels ifs s*âban- 
donnoient tous les jouin» à la 
vue du peuple Romain. Car , 
ce fut Cn. Manlius Vulfon , & 
ceux qui avoient fervi fous lui , 
qui sntroduifirent à Rome le 
luxe & les délices de l'Afie. Ce 
furenr eux qui y apportèrent 
des lits garnis d'airain , des 
tapis précieux > des rideaux de 
Ht & de litière , de d*aurres ou- 
Trages travaillés avec art, &, 
ce qui éroit regardé alors com- 
me un grand luxe , des tables 
Ibutenues fur un feul pied « & 
des buffets. Ce furent eux qui 
ajoutèrent au plailrr deW bonne 
rhére celui de la mufiquei ayant 



MA 

à leurs gages des joueufe» de 
harpes & d^autres inftrumens , 
des farceurs, des comédiens,, 
&• pareilles gens , dont le mé- 
tier eft de divertir les convives 
pendant qu^ils font % table* On 
commença aufÏÏ dans ce tems-Ià 
à préparer les mets avec plus 
de foin 6c de délicatefle. Et en 
conféquence, un cuilinier , qui 
anciennement étoit le plus vil 
de tous les efclavea , fut regardé 
Comme roflScîer de la maifon le 
plus nécelfaire ÔC le plus eftiroé^ 
5c ce qui n'étoit d*abord qu'urt 
miniftere bas & méprifable, de- 
vint un emploi conlîdérable ÔC 
important. Mais, ces excès, qui 
étonnoient alors paf leur nou- 
veauté , n*étoient qu*une légère 
ébauche du luxe effroyable dans 
lequel les Romains fefontplon* 
gés depuis. 

Cn. Manîîus Vulfon fît pa- 
toître dans fort triomphe deux 
cens couronnes d*or du poids 
de douze livres chacune > deux 
cens vingt mille livres pefant 
d'argent , jdeux mille deux cens 
trois livres d*or , cent vingt- 
fept mille tétfadrachmes , deux 
cens cinquante mille ciflopKo- 
res s (ciie mille trois cens 
. philîppes d'or , & une grande 
•quantité d'armes & de dépouil- 
les prîfes fur les Gaulois» le 
tout porté fur des chariots. 
Cinquante deux Officiers en- 
nemis enchaînés marchaient 
devant fon char. Il fit diilri- 
buer à chacun des foldats qua- 
rante deux deniers , le double 
aux centurions ; il doubla la 
paye des fanta(Cns> & trîpfa 

celte 



telle dfes ^cavaliers. On Voybît 
à la fuite du char un grand 
Bonbre d'officiers & de foldats, 
ornés des dons militaires qu'ils 
avoienc reçus de Cn. Manlius 
Vulfon. Toute l'armée en gé* 
ôéral lui donnoit dans les chan<* 

« 

fons militaires faites à la hâte » 
des éloges qU*on jugeoit aifé- 
ment qu'il s'étoit attirés par fa* 
facilité de fon indulgence ; ce 
^ui fit que fon triomphent plus 
célébré par la faveur des foU 
dats , que par celle du peuple* 
Mais eûfuite y fes amis lui ga-^ 
gnerent auffi celle de la multi<» 
tude^ Car^ ils firent tant par 
leurs follicitations , que le Se*" 
nat rendît un arrêt qui ordon- 
noit qu'à la décharge du peu** 
plé, on acquittât de l'argent 
qui av(5it été porté dans le 
triomphe > ce qui étoit encore 
dû des fommes qui avoient été 
empruntées pour les befoins 
dç la République. Et en con-* 
féquence les Quefleurs de la 
ville payeredt avec autant de 
fidélité que d'exaditude 9 de les 
fommes principales » & vingtV 
cinq as 6c demi d'intérêt pour 
chaque millier d'as. 

Cn* Manlius VulfoQ brigua la 
Cenfure fans pouvoir l'obtenir^ 
S'an de Rome $689 & 184 avant 
Jefus-Chrift» 

MANLIUS ÎL-IVULSON, 
Z. Manlius Vulfo ^{a) fut créé 
fréteur, l'an de Rome 555 » Ôc 
197 avant Jefus-Chrift » À on 
lui donna la Sicile pour dépar* 

(«) Th. Liv. L; KICXll. c* %yi %%* 

IL. xxxvm. c. fto. & fii. 
Tm. XXFll. 



W 3t ^ 

feentetitt PdjfîeWrahkétilîftprèsy 
il accompagna fon • ftere Cn/ 
Manlius Vulfon en A(îe > âC il 
eut beaucaup de part aux 
avantages confidétables qu*y» 
eut ce dernier »* comme oif 
peut le voir dans l^article pré« 
cèdent. 

MANLIUS [PO. P.Màn^ 
lias ^ {b) fût nonuiô^ Pr^teut'^ 
l'an de Rome 557 , & 155 avanè 
JelW.Chrift y & envoyé daas 
TEfpagne Citérieure. Là 9 P» 
Manlips ayant reçu 1-ancieflnê 
armée des mains de Q. Mînu-^ 
cius > à qui il avoit fuccédé > JC 
y ayant joint les vieilles troupef 
qu'Appius Claudius Néron avoit 
commandées dans l'Efpagne Ul» 
cérieure , partit pour aller dant 
la Turdétanie. Quoique letf 
Turdétains fulFent les peuples 
de toute l'Efpagne les mblni 
belliqueux , cependant fe liane 
Air leur multitude > ils ne lalf-* 
ferent pas d'aller au devant d« 
l'armée Romaine* Mais, le feul 
effort de la cavalerie mit un tel 
défordre dans: leurs rangs ^ qud 
IHnfanterie n'eut prefque pa* 
bëfoin d'agir pour les défaire t 
ces vieux foldats^ qui connoif^^^ 
foient la guerre & l'ennemi à 
qui ils atoîent affai)*e , nd 
trouvèrent aucune réiîftance^ 
Mais y cette viÂoire ne termina 
pas la guerre* Les Turdétaini 
prirent à leur folde dix mille 
Celtibériens , & ils fe difpo* 
foient à fe défendre avec lei 
armes Ôc par les bras d*autrui* 

(h) Ttt. Li?. L. XXXin. c 41 » 4)4 
L. XXXiV. c. 17. L. XXXiX. e. yê^ 

a 



ft' MA 

^lais» ?*' Minl«us écfivlt ttt 
Conful Mé Porcius Caron de 
Tenir à fou fecours avec fou 
armée. Dès qu'il fut arrivé 9 ôc 
qxit les deux années eurent été 
fféunies V' )es, conesâb furent 
bientôt dii^érfés. 

P. Manlius fut nommé de re*' 

chef Prttev''> l*an de Rome 
J70, 6(t 82 avant JèfusrChrift.' 
On Tenvo^ra. cecjte année dan$ 
rEfj^agpe Uképseure , maïs il 
tr*y fit l'ien de mémorable. L'an- 
née iatvàiite , îi fe diftingua utt 
peu |)lui ; il battît les Lufita- 
çiens en plufieurs rencontres* Il 
tetournà enfuîte à Rome , où il 
mourut prefquje auffi-tôt. Tite- 
Live , au'fujet de la mort de ?• 
Manisus , remarque qu'il étoic 
vn des Triumvirs Epulons , & 
qu*il fut remplacé dans cette 
dignité par Q. Fulvius. 

MANLIUS [ P* ] » ^- -W^«- 
lius / (tf) rendit un fervice im-^ 
portant à Caton le Cenfeur 
dans une cîrJconftaaee des plus 
critiques^* Ce Général s'étoie 
mis en marcbe.La nuit pour aller 
«ttaquer l'ennemi fur les monts 
Thermopyles* Mais , le guide 
ayant manqué le' chemin» les 
Romains s'égarèrent dans de% 
lieux remplis de précipices, hè 
Manlius f homme très - difpoa 
pour gravir fur les montagnes 
les plus efcarpées , grimpa avec 
Çaton au ifrâvers des roches 
haute» & pointues; &c par ce 
moyen ayant découvert un petit 
fencier , il iauva l'armée Ro** 

(4) Plut. Tom. 1. piag. 34). > 
ihi Plut. Tom. I. pag. )4^. 
^«) Tii. Liv, L. XXXVUI. c. 4». 



MK 

tAdine en la délivrant du plu» 
grand péril qu'elle pût courir^ 
Uti comptoit ' alors 191 ans 
avant Jefus-Chrift. 

Nous devons remarquer que 
le texte Grec de Plutarque por- 
te L« Mallius f au lieu de L« 
Manlius. 

MANLIUS , Manlius , (h) 
Sénateur Romain , qui fut chalTé 
de fa compagnie par Caton le 
cenfeur , lorfqu'il étoit à la 
veille d'être élevé au Confular. 
La raifon pourquoi il fut ainfi 
traité, c'étoit parce qu'il avoir 
donné un baifer à fa femme ea 
plein jour , en préfence de fa 
£lle. 

Le texte Grec de Plutarque 
porte Manillius , & non pa§ 
Manlius. > 

MANLIUS [L.], L. Man^ 
lius 5 (c) ayant été accufé l'art 
de Rome 564 , de 188 avant 
lefuSoChrill y d'avoir maltraité 
les ambaâadeurs des Carthagi- 
nois 9 fut livré par les Péciaux , 
& emmené à Carthage. 

MANLIUS [L.] ACIDINUS, 
L* Manlius Acidinus , {d) fuc 
nommé Préteur , Tan de Rome 
564, & 188 avant Jefiis-Chrift ^ 
& il eut «i'Efpagne Citérieure 
pour département. Il livra aux 
Celtibériens un combat dont 
Fiffue fut aifez douteufe 9 fi ce 
n'^eft que les Celtibériens , en 
décampant dès la nuit fuivante ^ 
lailTerent aux Romains la liber- 
té d'enterrer leurs morts , ôc de 
dépouiller ceux des ennemis» 

{d) Tk. Lîf. L. XXXVIII. c. ij. L. 
XXXiX. c. fti » 19 » 54 » 55. L« Xt, a 



MA 

fèu de jours après» ttî inèttiéi 
ptuples ayant mis fur pied une 
armée plus confidérabie 9 vin- 
rent les premiers préfenter la 
bataille aux Romains auprès de 
Calagurfis» On he dit point la 
raifon qui fit qu^avec de plus 
grandes forces y ils fe battirent 
plus foiblemént ; car , ils furent 
vaincus » les Romains leur tuè- 
rent douze mille hommes fur la 
place, firent plus de deux mille 
prifonniers » & fe rendirent 
maîtres de leur camp* Si l*ar« 
deur du vainqueur n'eût été 
arrêtée par l'arrivée de fon fuc- 
cefTeur > les Celtxbériens att- 
roient été entièrement domptés* 
Lorfque L* Manlius Acidinus 
fut de retour à Ron)e , on lui 
donn§ audience datis le temple 
de Bellone > & il demanda qu^on 
lui accordât Thonneur du triom* 
phe. On conVenoit que fes ac- 
tions le métitoient > mais Tufage 
étoit contre lui ; car , il n*y 
avoit point d'exemple qu'un 
Général eât triomphé, à moiâs 
qu'il nVûi terminé la guerre 
dont il avoit été chargé , qu'il 
tî'eât Urttè fa Province paifî* 
ble 9 9c ramené fon armée à 
Rome. Cependant « 00 prie un 
tnilieu qui, fans bleiTer la coU«- 
tume , rendoit jufHce à ce Gé- 
néral* On lui accorda le pedt 
triomphe » autrement dit Tovà- 
tiom II expofa aux yeux du 
peuplé cinquante-deux couron* 
lies d*or , cent vingt-deux livres 
d'or, feize mille trois cens 11*- 



M À 9^ 

vret d*afgent , & déclafa daûâ 
le Sénat que le quefteur Q. Fa* 
bius apportoit encore avec lut 
dix mille livres d'atgent dC 
quatre-vingts livres d'or, dC 
qu'il feroit mettra le tout datiâ 
le tréfot public* ' 

L'an de Rome 569 , & tS) 
avant Jefus-Chrifl , on envoya 
dans la Gaule Cifalpine dei 
députés pour en régler les affai* 
res ; & ces députés durent mêmtl 
chargés de fe tranfporter au* 
delà des Alpes* L, Manlius AcU 
dinus faifoit partie de cette dé-> 
pucation* Deux ans après , U 
fut un des Triumvirs qui côn* 
duifîrent une colonie à Aquilééa 
Elle étoit compofée de troi^ 
mille citoyens. On diftribifa 
cinquante arpens de terre à cha* 
que foldat , & cent aux centu^ 
rions , & cent qùafânce aux ci* 
Yaliers. 

L. Manlius Acidinus fut été* 
vé au Confulat « l'an de Kotaet 
5^3 , & 179 ayant Îefns-Chrlft* 
On lui donna pour collègue Q« 
Fulvius. 

MANLIUS t A*1 VtJLSOW , 
j4é Manlius Vulfù , ( it ) fut 
créé Conful avec M. Juniu* 
Brutus, l*an de Rome 574, fie 
178 avant Jefus-Chrift , de eue 
la Gaule pour départenient* Ne 
trouvant point dans cette Pro* 
vlnce de matière à mériter le 
triomphe auquel il âfpiroit, U 
faifît avec joie l'dccafion qui fe 
préfenta de faite la guerre aujt 
iftriens. Outre le fecours qu'iU 



(4) Tit. Liv. t. XL, c* 59. 1< Xi4. Cl I. é* /tf. Roll. Kill. Aom. ton^ i/« 

G*» j 



.loo M A 

avoienc autrefois accordé aux 
Étolîeûs contre les armées de 
la République 9 ils venoîenc 
touç récemment de faire fur les 
alliés de Rome-, quelques courr 
fes , qui avoient abouti au pil- 
lage , dont cette nation étoic 
crès-avide. A. Manlius Vulfon, 
fans avoir pris l'ordre du Sénat, 
partit d'Aquilée oii il étoit, pour 
aller attaquer ces peuples. La 
République avoit fur cette mer 
une efcadre pour en défendre 

.les côtes* Le Conful en envoya 
une partie dans le port le plus 
proche des confins dé Tlftrie , 

.avec des barques chargées de 
proviConî, Il fe rendit lui-même 
par terre au même endroit, & 
campa à cinq milles de la mer. 
Pour affurer les convois & 
foutenir les fourrageurs y il pla- 
ça plulieurs corps de troupes 
autour de Ton' camp. Un d,e 
ces corps ragardoit TlArie » 

.étant placé entre le camp & 
la mer; Se il étoit compofé 
d'une cohorte levée à la hâte 
dans la colonie de Plaifance , 
& de quatre compagnies de la 
féconde légion. 

Les Iftriens avoient fuîvi Tar- 
mée ennemie par des chemins 
de traverfe fans en être vus, 
épiant Toccafion de. l'attaquer 
avec avantage. Ayant reconnu 

. que les corps-de gardes qui en- 
vironnoient le camp étoient peu 

. nombreux , & obfervoîent peu 

. d'ordre , ils vinrent fondre fur 

,1a cohorte de Plaifance. Un 
brouillard qui s*étoit élevé le 

.matin couvrit leur marche ; 

'iiiais*> i'étânt à moitié diflîpé 



. MA 

aux- premiers rayons du foleil> 
il laiflà paroître une lumière 
fombre , qui , grofUifant les 
objets » préfentoient aux yeux 
des Romains Tapparence d'une 
armée beaucoup plus nombreu- 
fe que n^étoit réellement celle 
. des ennemis. Les foldats enrayés 
s'enfuirent dans le camp , où ils 
cauferent encore plus de ter- 
reur qu'ils n'en avoient eux- 
mêmes apporté. Les cris que 
l'on jette aux portes , l'obfcurité 
qui augmente encore le tumul- 
. te f l'agitation des foldats qui 
en courant chacun de leur côc^ 
s'embarraflent & tombent les 
uns fur les autres» tout cela fait 
craindre aux p4us éloignés que 
Us ennemis ne foient entrés 
dans les retranchemens. Une 
voix poupée au hazard exhorte 
les troupes à courir du côté de 
la mer. Comme fi c'^ût été le 
.fignal du départ 9 d'abord quel- 
ques foldats , la plupart fans 
armes » prennent le chemih du 
port , un plus grand nombre 
les imitent , & enfin toutes les 
troupes les fuivent, jufqu'au 
Conful lui-même» qui avoic 
inutilement employé pour les 
retenir , fon autorité > fes or- 
^dres f & mêmes fes prières* 
L'armée Romaine entière fe- 
. roit devenue la proie des enne- 
mis, s'iU avoient fçu ce que c'é- 
. toit que faire la guerre. Le Con* 
fui , mettant à profit leur igno- 
rance , rafiembla ce qui lui ref- 
toit de troupes « après les avoir 
fait revenir des aifFérens lieux 
où^la fuite les avoit difperfés. 
Saus perdre de t^ms , il les met 



MA 

fie au camp , de en cbafle leî 
Ifbiens. Cependant , la nouvel- 
le de la déroute de Tarmée 
Confulaîre étant parvenue jus- 
qu'à Rome, y caufa une gran- 
de allarme. Comme la renom- 
mée groflît toujours les objets , 
fur-tout en mal, on crut l'ar- 
mée entièrement défaite» On 
leva de nouvelles troupes avec 
une promptitude extraordinaire.- 
On donna différens ordres pour 
envoyer de difTérens côtés des 
fecours au ConfuL M. Junius 
Bru tus fon Collègue pafTa de 
la Ligurie dans la Gaule. Mais , 
il apprit en chemin que l'armée 
Romaine étoit en fureté, 8c 
que les Iftriens s'étoient retirés* 
ïï dépêcha fur le champ un 
Courier à Rome , pour y porter 
cette bonne nouvelle , qui déli- 
yra les efprits d*MiÊt grande in- 
quiétude. Les deux Confuls re- 
tournèrent à Âquilée , pour y 
mettre les croupes en quartier 
d*hiver. 

L'année fuivante, A. Man- 
lius Vulfon de M. Junius Bru- 
tus furent continués dans le 
Gouvernement de leurs Pro- 
vinces, en qualité de Procon- 
fuis. Dès que l'hiver fut fini, 
ils firent entrer Iclirs troupes 
dans le paKs des Mriens , & y 
mirent tout à feu Ôc à ùng. 
Ceux-ci, ayant armé toute leur 
jeunefle , bazardèrent un com- 
bat, où il en fut tué environ 
quatremille. Ils fe retirent dans 
leurs villes ôc dans leurs bourgs, 
d^où ils envoyèrent d.eman.der 



M A Tor 

lapaSx aux généraux Romains , 
puis^eur fournirent les otages 
qu'on avoir exigés* d'eux. 

MANLIUS[A.] TORQUA- 
TUS , j4. Manlius Torquatui » 
fut élevé au X^onfulat avec Q. 
Caflîus Longinus , l'an de Ro- 
me 588, Ôc 164 avant J. C. 

MANLIUS [T.] TORQUA. 

TUS , r. MaMius Torquatus , 
fîit créé Confut avec Cn. Oc« 
tavius, l'an de Rome 587» & 
165 avant Jefus-Chrift. 

MANLIUS TORQUATUS, 
Manlius Torquatus , {a) père de 
D. Silanus. Des députés de Ma- 
cédoine portèrent leurs plaintes 
devant le Sénat contre D. Si- 
lanus» qui, pendant qu'il com* 
mandoit dans cette rrovince , 
y avoit exercé beaucoup de 
concuflîons. Manlius Torquatus,- 
pere de Taccuilé , Sénateur d'un 
rare mérite , demanda par gra« 
ce qu^on ne prononçât rien 
contre fpn fils , qu'il n'eût exa* 
miné lui-même l'affaire ; ce qui 
lui fut accordé fans peine , à 
caufe de la confiance que Ton 
»voit en fes lumières oc en fa 
probité. Il écouta les parties, 
pendant deux jours , & le trai« 
me il déclara fon fils coupa« 
ble y ^ lui défendit en çonfé- 
queiice d*ofer jamais paroître 
devant lul« D. Silanus, après 
une ^x trifte (entence , ne put 
pas foutenir davantage la lu* 
miere du jour, & fe pendit de 
défespoir. Le père, par une ri«. 
gueur qu'il eft difficile de louer, 
n'afCila pas même à fes funç^. 



C#) Valex. Mvdffl. L, Y, c, 8« ^oIU Hjfi. Rom. T. V. p. i^^ \6^^ 

G tu 



loz ' M A 

r9iUe< ; & comme il étoit Jurif-' 

COQ fuite , il demeura tranquil- 
lement chez lui , répondant fé- 
lon fa coutume à ceux qui ve» 
noient le çonfulter* C'eft bien« 
1^ l'héritier & le defcendant de 
ce T. Msmlius Torquatus » qui 
^voit fait trancher la tête à fon 
fils viâorieux. Le zèle de la 
j^ilice lui avoît di^é la condam-^ 
nation qu'il avoic prononcée 
contre fon fils ; mais , ce zèle 
devoit*il aller jufqu'à étouffer 
en lui les fentimeos de la na** 
iwre ? 

MANLIUS [MO , M. Man- 
Uns , {a) ayant été envoyé con^ 
tre les Gaulois « l'an de Ro- 
me 646 , & 106 > avant Jefus- 
Çhrift , eut du deflbus > ce qui 
porta la terreur dans toute l'I- 
talie* 

MANLIUS MALTINUS , 
Manlius Maltinus , {b) fut en« 
voyé en Alie par les Romains, 
félon Juftin , pour rétablir Ni* 
comede fur le trône de Cappa^ 
doce , dont il avoir été dépouil- 
]é par Mithridare- Mais y celui- 
ci • foutenu de plufieurs nations 
belliqueufes , n'eut pas beau* 
coup de peine à vaincre Man<- 
]ius Maltinus , dont l'armée 
n'étoit conipofée que de foldat» 
Afîatiques. 

Il taut remarquer qtte ce 
Manlius Maltinus n'eil connu 
que de Juilin» & que Tite-Live 
& les autres Hiftoriens n'en, 
font'point mention» 

O) Sallufi in Jugurth. c. fti 
ih) Juft. U XXXVlll. c. 3 , 4. 
(c) Cicer. in Verr. L. IV. c. 84. 
U) 3aUuft. in Juguul». c. jy , <$0f 



M A- 

; MANLIUS [T.] , T. Man^ 
Ims , (c) Préteur qui , d'après 
un décret du Sénat touchant 
les villes de Sicile » condiiific 
une colonie à Agrigence« 

MANLIUS [A.]» A. Manlius, 
(d) Lieutenant de C. Marius 9 
fous lequel il fervit fur*couc 
en Afrique. 

MANLIUS [C] , C. Man- 
lius , (t) Oâicier qui fervit 
d'abord avec beaucoup de dif- 
tînc^ion dans l'armée de L« 
Sylla. Mais» il devint par U 
fuite un des Satellites 8c dc$ 
MîniAres des fureurs de L. Ca« 
tiiina. Il fut envoyé dans l'É- 
trurie , dont il tâcha de foule* 
ver les peuples , porté à faire 
un changement dans les affai- 
res par fa pauvreté , & par le 
reffenttmenc des injures qu'il 
avait reçuesf car 9 fou$ la do-* 
minatioh de L. Sylla , on l'a* 
voit dépouillé de tous fes biens. 
De plus , il tâchoit de mettre 
dans fon parti » toutes fortes de 
brigans dont ce païs fourmil* 
loit » avec quelques colonies de 
L« Sylla qui avoienc abforbé en 
débauches tout le riche butin 
qu'elle^ avoient fait à la guer« 
re* 

C'eft ainfi que C* Manlius 
fe préparoit à lever le premier 
l'étendard de la révolte ; & tl 
le iît le vingt-cinq Oâobre» l'aa 
de Rome 689 , & 63 avant J« C* 
Il dépêcha peu de tem s après det 
courriers à Q. Marcius Rex 

{à) CUer. in Catilln. Orat. i. c. 4* 

Plut. Tom. 1. pag. 867. SalUift. in Cattl« 
c. 15. é-ye^* Crév. Hift. Rom» Tom* 

Vi,pag. é|57, «r/iiiv. 



MA 

avec des lettres conçues en ces 
termes : » Nous prenons les 
» Dieux de les bommes à té* 
» moins , ô Général , que nous 
30 n'avons pris les armes ni 
39 contre la patrie^ ni dans le 
» defiein de nuire à perfonne, 
^ maïs afin de nous mettre à 
» couvert des infultes» Deve*> 
^ nus malheureux &L indigens 
39 par les vexations & 1» tyr» 
» raoie des ofuriers, la plupart 
3» de nous font exclus de leur 
V patrie »& cous le font dtê 
30 honneurs St de leurs biens , 
» fans qu'il foie permis à un 
3o feul de jouir du privilège 
30 établi du tems de nos pères « 
30 ni d'ttfer de fa liberté après 
30 avoir perdu fon patrimoine » 
P tanc eft grande rinhuqtaaité 
» des ufuriers & celle du Pré* 
» tewr. Vos ancêtres , fenfîbles 
30 aux miferes du peuple » y ont 
p fou vent fttb^enu par leurs 
9> Êdits. Tout récemment , de 
30 votre sems même, les* gens 
30 de bien voyant les particu^ 
30 iiers hors d'état de fatisfasre 
* » à leurs dettes, vouturent que 
30 le paiement s'en fît des de* 
P niers pobèics* Il n'eft pas ra* 
n re que le peupi«, porté à do* 
» miner, ou révolté par l'ar* 
p rogaoee des Magiftrati, ait 
» abandonné le parti des Pères; 
p Pour naos , nous ne cher- 
30 chons ni les dignités, ni les si- 
p chefles, qui font les fources 
P de toutes les guerres & de 
p toutes les querelles des hom* 
p mes f mais la liberté « que }a- 
3> mais homme d*honoeur n'a 
p perdue qu'avjgc la viÇf Pour* 



M A To) 

» voyez à de malheureux ci* 
p toyens , nous vo«is en rup*» 
7> plions , vous & lé Sénat ; 
p rétabliflez la proteélion des 
p loix , aâéantiei pur rinjufti^ 
p ce du Préteur ; né nous met- 
p tez pas dans la néceffité de 
p chercher itfle quelle manière 
» nous périrons , en vengeant 
7> notre faAg avee route la va- 
^ leur dont nous fommes ca* 
i> pables#ii 

Q. Marclus Rëx répondit à 
ceci, que fî l'où vouloit quel- 
que chofe du Sénat , on mft 
bas lés armes fit qu'on l'aliâc 
demander à Rome , que le Sénat 
de là peuple Romain avoient 
toujours été d^une bonté & d'unfi 
clémence fi grandes J que ja- 
rdais jperforine n'avoît implo- 
ré en vain leur fecours. 

Cependans f le Sénat Infor* 
mé oe tout ceci rendit, vkà dé' 
cret , pat lequel il déclaroir 
L. Catiliffa Se C. Manlius enn^ 
mis de la parsio^ ^ prometfoic 
rimpuillsé à cenit qui avoienit 
fuivi lettr,pftrtî».n'éxeeps^ntque 
les criminels c<lndsmné» à morr» 
pourvu qu'avant un ci^rtaili ;onr« 
qui éioit marqué y ï\$ f^ftLSèac 
du camp , Se qutféafledt les ar- 
més. Ce âéctêt ne put vaincre 
.l'obiîination des conjurés. C« 
JManlius f après avdir cênf- 
xammeÀt.fi^uienu le parti qu'ai 
avoit embraffé , fut tué à fa 
bataille de Piilorie qui acheva 
de détruire la cot^juration , 
parce que L. Catilina y fut auffi 
tué. 

MANHUS [C] , C. Md^-i 

G iv 



M4 MA 

lius , (d) donc Citer on fait 
jnemion dans fon oraîfon pour 
L. Flaccus* 

M AN LIUS [Cn.] , Cn. Man* 
Uns , (^) étoit 9 aii rapport de 
.Cîcérooy un homme fans cou* 
jrage , fans efprîc, & dont la 
.conduite étoit au£ mépri fable 
que fordidet 

MANLIUS [ Q. 1 . Q- A^^«- 
lius f (c) fénateur Romain , que 
Cicéron qualifie Juge très-fé- 
vere & très-integre. 

MANLIUS [Q.] CHILON^ 
* Q, Manlius Chilo , {d) un des 
complices de la conjuration de 
Catilina , félon Cicéron. Il y a 
des éditions qui portent Q. 
Magius Chilon ^ au lieu de Q. 
Manlius Chîlon. 

MANLIUS [C] , C. Man- 
lius, (e) un des généraux Ro- 
mains , qui furent défaits par 
les Germains^ au rapport de 
Tacite. Le texte le nomme 
Marcus Manlius, C*e& une faute 
ou de l'Auteur ou des Copif- 
tes. L*Épitome de Tite-Live 
le nomme Caiui^. En e^et » de- 
puis la condamnation pronon- 
cée contre le fameux Marcus 
Manlius CapiroHnus, le pré- 
nom de Marcus étoit interdit à 
la famille Manlia. ' 

MANLIUS VALENS , (/) 
Manlius VaUns y commanda dans 
]a Grande-Bretagne une légio-n 
qui Alt battue par le$ Silures. 

(«) Cicer. Orat. pro L. Place, c. 7s. 
ih) Cicer. Orat. pco L» Murab. c 34. 
yro Cn. Pîahc. c. 10. 

(•) Cicer. in Verr. L, 11. c. 18. 
{d) Cicer. in Catilin. Orat. 3. c. 14. 
<f ) Taci;. à% Mot ib, Qçrman« u 37, 



MA 
Tacite le qualifie dans un' ati- 
tre endroit » Lieutenant de la 
légion Italique . & il ajoute que 
cet Officier ne fut pas traité par 
Vitellius auiS honorablement 
que le méritoit l'attachement 
qu'il avoit témoigné pour fon 
parti. Fabius Valens l'a voit d'é« 
crié , fans qu'il le fçût » dans l'ef- 
prit de ce Prince, par des accufa- 
Abnsè fecretes dont il fe défioit 
d'autant moins y que cet ennemi 
couvert, pour le .mieux fur* 
prendre » a&<ftoit de le louer 
publiquement. 

MANLIUS , Manlius , {g} 
corrupteur d'Apuleia Varilia , 
petite nièce d'Auguâe, fut ban- 
ni de l'Italie & de TAfrique » 
l'an de J» C. 17. 

MANUUS PATRUITUS, 
Manlius Pairuitus ^ (A) fe plai* 

fnit d'avoir été maltraité à 
lene par le peuple de cette 
ville , & cela à la foUicitation 
de fes Magiilrats ; il ajoutoit 
que non contens de cet outra- 
ge > ils l'avoient par moque- 
rie entouré des ornemens funè- 
bres y & fait fur fon corps tou- 
tes les cérémonies qu'on em- 
ployé pour honorer les roorts> 
à quoi ils avoienr joint mille 
fortes d'injures coatre le Sénat 
de Rome. On appella 7ceux 
qu'il dénonça dans la ville, oik 
après avoir é^é convaincus ^ ils 
furent punis de mort. Ce juge-. 

(/) Tacit. Annal. I.. XIU c. 40. Hift. 
tn I. c. 64. Cré?» Hitt, des ISoip. Xonu 
IL p. »t8. 
. (f) Tacit. Annal. L. II. c. so» 5it 

(*; Tacit. Hill. !.. IV. c. 45, 



MA 

ment futfuivi d'un arréc du 
Sénat » par lequel le peuple de 
Siene étoit admonetté d'être 
plus modefte\ à l'avenir. 

MANLIUS STATIANUS, 
Manlius Siatianus^ {a) fénateur 
Romain. Après que Probus eut 
été élu Empereur par l'armée » 
le Sénat s'étanc aflemblé pour 
ratifier ce choix y Manlius Sta- 
tianusy premier opinant, prit 
ia parole ; & dans un difcours 
fuivi il fit un éloge magnifique 
du Prince élu , qu'il termina en 
demandant aux Dieux , que Pro- 
bus gouvernât la République, 
comme il Tavoit fervie. Il con- 
clut à lui déférer les noms de Cé- 
far ôc d'Augufte » le comman* 
dément Proconfulaire , le titre 
refpeâable de Père de la pa- 
trie , le fouverain Pontificat « 
le droit de propofer dans le 
Sénat trois m.atieres différentes 
de délibérations y & la puiflan- 
ce Tribunicienne. 

MANLIUS [L.], Z. Man- 
lius , {h) Préteur , qui , dans la 
guerre civile, fuivic le parti 
de Cn. Pompée. 

MANLIUS [L.l. L. Manlius, 
fameux Peintre ^ qui répondit 
à un homme qui s'étonnoit de 
lui voir des enfans fi laids pour 
un Peintre fi habile : In luce 
pingo t in tenebris fingo* Je fais 
mes portraits le jour , & mes 
enfans la nuit. 

MANNA , ( c ) terme qui 
fe met ordinairement pour la 

(4) Crév. Hîfi. des £mp. Tom. VI. 
pag. 88. 

(h) Cxf. de Bell. Civil. L. 1. pag. ^6i* 
4<3 fiaiâch* c;i, V. lOt 



M'A Toj 

Manne qui nourrit les Ifraëlices 
dans le Défert , & dont nous 

[larlerons dans Tarticle fuivant* 
1 fe prend auffi dans Baruch , 
Êour une offrande nommée en 
[ébreu Mincha. Facitt Man»^ 
na y & offerte pro peccato» C'eft 
ce que les captifs de Babylone 
^ écrivoient aux Juifs de Jérufa- 
lem leurs frères. » Nous vout 
39 envoyons de l'argent pour 
» acheter des holocauftes &c des 
» viélimes ; faites des offran- 
3> dts de pain , de gâteaux » 
3» de farines , de vin , &c. x» 
Ceft ce qui s'appelle Manna en 
cet endroit. 

MANNE > Manna y MccW , 
{d) nourriture que Dieu donna 
- aux Ifraëlites dans le défert 
d'Arabie , pendant les quarante 
ans de leur voyage , depuis leur 
huitième campement dans le 
défert de Sin. La Manne com- 
mença à tomber le matin du ven- 
dredi y feizieme du fécond mois, 
nommé dans la fuite Jiar , qui 
répond > félon Ufférius , au ven- 
dredi cinquième de Juin. Elle 
continua de tomber tous les 
jours au matin, à l'exception du 
jour du fâbbath , jufqu'après le 
paffage du Jourdain , & à la 
raque de la quarantième année 
depuis la fortie d'Egypte. La 
Manne tomba donc depuis le 
cinquième de Juin de l'an du 
monde 2513 > jufqu'au fécond 
jour de la Pâque , qui étoit 
un mercredi cinquième de Mai » 



(d) Ezoà, c. 16. v* 4. & /ff. Humer* 
c. II. V. 6. & fef» Pfaim* 77t v. as* 
Sàpient. c. 1$. Vt zo» ai» 



lo^ M A 

ée l'ad du monde 25^5 ^ & 
^vaac Jefus^Chriit i447« 
. L La Manaé dont parle Moi- 
le» écoit un pecic grain blanc 
comme la bruine, rond 6c gros 
comme la coriandre. U rombote 
cous les marins /fur la rofée; 
& lorfque la rofée étoit diffipée 
par ia chaleur du Soleil > la 
Manne paroiiToit & demeuroir 
feule fur le rocher « ou fur le 
fable* Elle comboit tous les 
^oors excepté le jour du fabbath; 
& cela feulemept aux environs 
4u camp des Ifraëlites. Elle tom« 
l^a en fi grande quantité pen- 
dant les quarante ans de leur 
voyage dans le Défert , qu'elle 
iuffifoit à la nourriture de toute 
la multitude» c'eft - à - dire , à 
plus d*un million de perfonnes , 
qui en ramaffoient par tête 
chacun un gomor, ou un peu 
plus de trois pintes , mefure 
de Paris» Elle fuilentoit cette 
syiultttude, fans qu'^^ucun en fût 
socommodé. U en tomboit le 
leendredi une quantité double 
des autres jours ; & quoiqu'elle 
fe changeât en vers les autres 
jours , lorfqu'on la réfervoic > 
elle ne fouf&oit aucune altéra* 
tiofi le jour du fabbath. Cette 
Manne, qui fe fondoit au So< 
2eil> lorfqu'on la laiflbit fur 
la terre 9 étoit fi dure dans la 
maifott> qu'on la concaflbit dans 
le mortier , & qu'elle fouSroic 
le feu, enforte qu'on pouvoir 
la cuire dans la poêle , la pai* 
trir, 6c en faire des gâteaux. 
• L'Écriture donne à ia Manne 
le nom de pain du Ciel & de 
DOttfricure des Aoges ^ fok 



MA 

qn'elte veuille marquer qu*ell0 
étoit envoyée 8c préparée par 
les Anges » ou que les Anges 
mêmes, s'ils ont befoin de nour- 
riture , n'en peuvent avoir de 
plus agréable que celle de 1» 
Manne. L'auteifr de la Sageâe 
dit que la Manne fe propor^ 
tionnoit de telle forée au goûc 
de ceux qui en mangeoicnt, que 
chacun y trouvoit dequoi con- 
tenter ion appétit, & qu'elle 
renfermott tous les agrémeos du 
goût , âc toute la douceur des 
plus agréables nourritures ; ex* 
pref&onsque quelques-uns pren* 
neitt à la lettre, il y en a même 
qui croyent qu'elle prenait ju& 
qu'à la forme des chofes que l'oo 
défiroit. Jofephe Tentend d^une 
manière plus fimpie^ en difanc 
que ceux qui s'en nourriffoient^ 
la trouvoient fi délicieufe, qu'ils 
ne défiroient rien autre chofe ; 
de Saint Auguftio remarque 
avec beaucoup de fagefTe , que 
l'Auteur facré dit fimplement 
que la Manne avoit cette qua«» 
lité, de fe conformer au goâe 
de ceux qui en ufoient , ed fa« 
veur des enfans de Dieu« Com- 
ment les lfraëHtest.auroient«*ils 
pu fe plaindre que la Manne leur 
caufoit du dégoût 9 H elle fe fût 
toujours proportionnée à leur 
goût 8c à leur volonté i 
. Il to«>be de la Maaive encore 
aujourd'hui dans plufieurs en^ 
droits du monde ? En Arabie 9 
en Pologne > en Calabre , au 
mont Liban • dans le Dauphiné » 
6c ailleurs. La plus commune 6c 
la plus, célèbre eil celle d*Ara« 
bie I qui çil une efpece do 



MA 

mltl coodeofé , qui fc voit peu- 
lUoc Tété fur les arbres de fur 
le fable de l'Arabie Pécrée. Elle 
cft de la figure dont la dépeint 
Moïfe. Celle > qui fe recueille 
aux pnvirons du mont Sinaï , eft 
«l'une odeur très-forte , qui lui 
<:il c<ommuniquée par les herbes 
fur lefquelles elle tombe. Elle 
s'évapore très-aifément » enforte 
que u l'on en garde trente li- 
vres dans un vaifleau ouvert, il 
n'en reftera pas dix au bout de 
quinze jours. On vend de cette 
manne d'Arabie dans les bou- 
tiques des Apothicaires au Caire 
en Egypte* 

Saumaife croit que la Man* 
lie dont les Hébreux fe nourrif- 
fpient dans le Défert , eft la mê- 
me qui fe voit encore aujour- 
d'hui en Arabie. Plufieurs Mo- 
dernes font du même fentiment. 
U eft vrai que la manne d'Ara- 
bie a une qualité médicinale» 
qui purge ât qui aftbiblit, au 
lieu de fuftenter & de nour- 
rir ; mais , on prétend que fi 
l'on en ufoir communément , 
l'eftomac s'y accoutumeroit y 
comme on a vu des gens s'ac- 
coutumer à des elpeces de 
nourritures, qui naturellement 
dévoient être contraire^ à la 
fanté. On doit auffi reconnoî- 
tre que la Manne dont parle 
Moïfe, avoit des qualités mi- 
xaculeufes , que n'a pas la Man- 
ne ordinaire , & qui ne fubfîf- 
cerent apparemment que pen^ 
dant le tems que les Ifraëlites 
a'en nourrirent. 
, U. U y a fur l'origine du 
mec Mann4 quatre opinions 



MA 107 

principales 1 elles ont chacune 
leurs parcifans qui la foutien- 
nent » avec ce détail de preu- 
ves & d'argumens étymologi« 
Îiues , lefquels » comme on le 
çait I emportent rarement avec 
eux une démonftration* 

La première , 6c la plus gé* 
néralement fuivie par les inter* 
prêtes, c'eft que ce nom fignifie 
^u'efi^ce ? La narration de Moï- 
fe fortifie cette opinion. » Ils 
39 fe dirent l'un à l'autre : 
» Qu*€ft'Cc ? Car , ils ne fça- 
» voient ce que c'étoit. » Dans 
l'Hébreu il y a Man • Hou. ^ 
ainfi , fuivant cette idée» la 
Manne auroit pris fon nom de 
la queftion même que firent les 
Ifraëlitesy lorfqu'ils la virent 
pour la première fois. 

La féconde > des Sçavaos » & , 
entr'autres » Hafcunq , préten- 
dent que Man'Hou eft compofé. 
d'un mot Égyptien ai d'un mot 
Hébreu » dont l'un fignifie fi^i» 
& l'autre cela » flt que les Ifraë«- 
lites appellerenf ainfi l'alimenc 
que leur préfentoit Moïfe » 
comme pour infulter à ce paio 
célefte, dont il leur avoit fait 
fête » Maa-'Hou » quoi cela ? 

La troifieme, les Rabins i 
& plufi^urs Chrétiens après 
eux » font venir le mot Mannt 
de la racine Minnach » qui figni- 
fie préparé , parce que la Man« 
ne étoit toute prête à être man« 
gée , fans autre préparation que 
de ramaifer, ou plutôt parce 
qiie les Ifraëlites ^ en voyanc 
cet aliment , fe dirent l'un à 
l'autre : Voici ce pain qui nous 
a iti prépari i & ils l'appelle;; 



rem Manne» c'eft-à-iiîre, chofe 
préparée. 

La quatrième enfin , le fça- 
vanr M. le Clerc prétend que 
le mot Manne vient du mot Hé- 
breu Manach , qui (ignifîe un 
don; & que les Ifraëlites fur- 
pris de voir le matin cette rofée 
extraordinaire , & enfuite de 
ce ûue leur dit Moïfe : Ceft 
ici le pain du Ciel ^ s'écrièrent 
Man^Hou^ voici le don, ou, 
peut-'être , par une txpreffion 
de dédain, qui étoit bien dans 
refprit & le caradlere de ce 
peuple indocile & groffier , ce 
petit grain qui couvre la rofée , 
cft-ce donc-là ce don que TÉ- 
ternel nous avoir promis ? 

On doit, en faine Philofo- 
phie, regretter le tems qu'on 
met à rechercher des étymolo- 
gîes, fur-tout lorfqu'elles ne 
répandent pas plus de jour fur 
le fujét dont il s'agît , & fur ce 
qui peut y avoir du rapport , 
que les diverfes idées qu'on 
Tient d'articuler. Que la Manne 
ait' reçu fon nom d'un mou- 
vement d'étonnementj de gra- 
titude ou de dédain, c'eft-ce 
qu'on ne peut décider , qu'il 
importe aÔez peu de fçavoîr , 
& qui d'ailleurs ne change rien 
à la nature de la chofe. 

Ce qu'il y a de moins équi- 
voque 9 c*efl que de la manie^ 
re dont l'Auteur facré rapporte 
la chofe, on ne peut pas rai- 
fonnablement douter que la 
Manne du Défert n'ait été ml- 
raCuleufe & bien diftérente , 
par-là même , de la Manne or- 
dinaire d'Orientf Celle<»ci ne 



Jï A . . ^ 

paroît que dans certain ,tem$^ 
de l'année , celle du Défert 
tomboit tous les jours , ex- 
cepté le jour du fabbath ; ôccela 
pendant quarante années. Car, 
elle, ne ceâa de tomber dans' 
le camp des Ifraëlites , que' 
lorfqu'iis furent en pofleffion 
de ce pais , découlant de laie 
& de miel , qui leur fournit en 
abondance des âlimens d'une 
toute autre efpece. La Manne 
ordinaire ne tombe qu'en fore 
petite quantité , & fe forme in- 
fenfiblément ; celle du Défert 
venoit tout d'un coup Ôc dans 
une il grande abondance , qu'el- 
le fuffifoit à toute cette prodî- 
gieufe & inconcevable multi- 
tude qui étoit à la fuite de 
Moïfe. 

La Manne ordinaire peut fe 
conferver afTez long*tems , Sc 
fans préparation ; celle qui fe 
recueilloit dans le défert, loin 
de fe conferver 6c de fe dur- 
cir au foleil > fe fondoit bientôt. 
Vouloit-oo la garder? Elle fe 
pourriiïbit , & il s'y engendroic 
des vers. La Manne ordinaire 
ne fçauroit neurrxr, celle du dé-* 
fert fuftentoit les Ifraëlites. 
' Concluons de ces réflexions 9 
& d'un grand nombre d'autres, 
qu'on pourroit y ajouter , que 
la Manne du défert étoit mira- 
culeufe , furnaturelle t & très- 
différente de la Manne comrau* 
ne; c'eft fur ce pîed - là que 
Moïfe veut que le peuple l'en- 
vifage , lorfqu'il lui dit : » Sou* 
9» viens-toi de tout le chemii» 
it par lequel l'Éternel , - totk 
o Dieu j t'ft fait marcher pca^y 



MA 

?» daot ces quarante aiH dans ce 
k> Défert » aiîn de t'humîlier 
a» ^ de t'éprouver , pour con- 
» noîcre ce qui eft en ton cœur; 
» n tu gardois (es comraaode- 
» mens ou non ? Il t*a donc hu« 
» mille & t'a fait avoir faim; 
a» mais y il t*a repu de Manne » 
» laquelle tu n'avois poînt con- 
» nue , ni tes pères au(G , afin 
f> de te faire connoître que 
ao i'hoinme ne vit pas de pain 
i> feulement ; mais quel*homme 
» vivra de tout ce qui fort de 
30 la bouche de Dieu. » 

Le pain dédgne tous les ali- 
mens que fournit la nature , & 
ce qui fort de la bouche de 
pieu , fera tout ce que Dieu , 
par fa puiïïànce infinie y peut 
créer 6c produire pour lubf- 
tenter les humains dWe ma- 
nière miraculeufe. 

Il femble même que l'Éternel 
VouWt faire connoître à foo 
peuple , que c'dtoit bien de fa 
Douche que fortoit la Manne » 

fmifque Icis H<^breux , comme 
e leur repréfente leur conduc- 
teur , virent la gloire de l'É- 
ternel f c'eft - à - dire , une lu- 
mière plus vive ) plus éclatante 
5|ue celle q^i les cooduifoit or- 
.dinaîrement ; & ce fut du milieu 
de ce fymbole extraordinaire 
de fa préfence 9 que Dieu pu- 
blia fes ordres au fujet de l'ali- 
ment miraculeux qu'il leurdif- 
penfoit ; & il le nt d'une ma- 
nière bien propre à le faire ob- 
ferver. 11 leur ordonna 1**. de 
recueillir la Manne pour chaque 



MA Jb9 

matin feulement ; 2?. d'e» re- 
cueillir chacun une mefure éga- 
le, la dixième partie d'un éphi , 
ce qui s'appelle un how^r , 
c^eA-à-dire, cinq à fix livres; 
3^. de ne jamais recueillir de 
la Manne le dernier jour d^ la 
femaine , qui étoit le jour du 
repos, dont la loi de Sinaî 
leur ordonnoit l'exaâe obfer- 
vation. 

Ces trois ordres particuliers» 
également juftes, raifonnables 
9c faciles, fournilTent aux mo- 
raliftes une ample matière à 
bien des réflexions édifiantes » 
& de pluiîeurs maximes prati- 
ques , le tout fortifié par d'am- 
ples déclamations contre i'in-, 
grate indocilité des Hébreux» 

L'envoi de la Manne au Défert 
étoit un événement trop inté* 
reflfant , pour n'en pas perpétuer 
la 'mémoire dans la poftérité 
de ceux en faveur defquels s'é- 
toit opéré ce grand miracle ; 
auffi rÊternel voulut en confère 
ver un monument authentique; 
voici ce que Moïfe dit à Aaroa 
fur ce fujet ^ par Tordre de 
Dieu : » Prenez une cruçlje , 
» mette2-y un plein hower de 
p Manne , & portez-Ià devant 
» l'Éternel , afin qu'elle fe 
» garde pour les races à ve* 
.30 nir. » 

Saint Paul nous apprend que 
cette cruche étoit d*or ; & par 
ces mots , pofei^la devant l'É-* 
urnel , il explique être mife dans 
l'arche , ou , comme portent 
d'autres verûoos » à côté dt Var'^ 



(À) Ad Haibr. £f iâ. c. 9. ▼* 4» 



îto MA 

ehe y ce qui paroîc pluj confdT* 
use à quelques endroits de 
rÉcriture y qui nous appren- 
nent qu'il ny avoîc rien dans 
] arche que le$ tables de i*al* 
liance. 11 faut d'ailleurs obfer- 
ver que lorfque Moïfe donna 
cet ordre à fon frère, Tarche 
n'exîftoit point, & qu'elle ne 
fut conltruite qu'aiTez iong-tems 
après. 

Au refte , le célèbre M. Ré- 
land a fait de fçavanres Se de 
curieufes recherches fur la figu- 
re de cette cruche ou vale , 
dans lequel étoit confervée 
cette Manne facrée. Il tire un 
grand parti de fa littérature > Sc 
de fa profonde connoiflance des 
langues r pour faire voir que 
ces fortes de vafes avoient deux 
anfes>& que quelquefois ils s'ap- 
pelloient oko/; ainfi, dans Athé- 
née 9 on lit 090VÇ yffioyrci^ êtvov g 
c'eft-à-dtre , des ânes remplis de 
vin, d*oà notre fçavant Com- 
mentateur prend occafion de 
juûiRèT les Hébreux de la faufTe 
accufation de conferver dans le 
lieu faint la tête d*un âne en 
or , & d'adorer cette idole. 

Le livre des Nombres dit que 
la Manne étoit blanche comme 
du bdellion. Bochart > d'après 
)>in(ieurs Thalmudîftes » prétend 
que le bdellion fignifie une per- 
le ; à la bonne heure , peu îm* 
porte. 

Ceux d'entre lesÉtymologîf- 
tes qui ont tiré le mot Manne du 
verbe minnach , préparé , par 
la raîfon , difent-ils , qu'elle 
n'avoit pas befoin de prépara- 
tion 9 n'ont pas fait attention à 



MA 

ce qui eft dît au huitième verfeè 
du onzième chapitre des Nom^ 
bres< 3i> Le peuple fe difperfoie 
» & la ramalToit » puis il la 
» raouloît aux meules , ou la 
» piloit dans un mortier , & là 
» faifoit cuire dans un chau« 
» dron^ & en faifoit des gâ<^' 
» teaux , dont le goût étoit 
» fembiable à celui d'une li- 
» queur d'huile fraîche, a Ce 
qui pour le dire en pafTant, noua 
fait voir combien la Manne du 
Défert devoit être folide &c 
Dure 9 & toute différente, par là 
même , de la Manne d'Arabie g 
ou de celle de Calabre. 

IIL Quant à fon goût ^ l'É-* 
criture Sainte lut en attribue 
deux diffcrens ; elle eft compa- 
rée à des bignets faits au miel f 
&L dans un autre endroit, à de 
l'huile fraîche ; peut-être qu'elle 
avoît le premier de ces goâts 
avant que d'être pilée & apprê- 
tée , & que la préparation lui 
donnoit l'autre* 

Les Juifs expliquent ces deux 
goâts différens , &c prétendent 
que Moïfe a voulu marquer par- 
là 9 que la Manne étoit comme 
de l'huile aux enfans > comme 
du miel aux vieillards 9 6c com- 
me des gâteaux aux perfonnes 
robnfles. Peu contens de tout 
ce qu'il y a d'extraordinaire 
dans ce miraculeux événement 9 
les Rabbins ont cherché à en 
augmenter le merveilleux par 
des fuppofitions qui ne peuvent 
avoir de réalité que dans leur 
imagination » toujours poufiee' 
à rextréme. Ils ont dit que la 
Maisoe avoit tous les goârs p^^ 



MA 

Sbles , hormis celui ié9 fiof • 
reaux y des oignons ^ de Tail, 6c 
celui des melons 8c concombres, 
parce que c*étoîeBt-ià les divers 
légumes après leiquels le coeur 
des Hébreux foupiroit » &c qui 
leur faifoientfi fort regretter la 
naifon de fervkude« 

Us ont accordé à la Manne 
tous les parfums de divers aro- 
mates , dont étoit rempli le 
Paradis terreftre. Quelques 
Rabbins font allés plus loin 9 &c 
b^oot pas eu honte d'afiurer que 
la Manne devenoic poule 9 per* 
drix ^ chapon « ortolan 9 ô(c« 
félon que le fouhaitost celui 
qui en mangeoir. C*eft ainfi 
quMs expliquent ce que Dieu 
difoit à fou peuple, quUI nV 
voit manqué de rien dans le 
Défert.' Saint Auguftin profite 
de cette opinion des doâeurs 
Juifs « & cherche à en tirer 
pour la morale un merveilleux 
parti, en dcabliffant qu'il n'y 
avoit que les vrais jufles qui 
evfl*ent le privilège de trouver 
dans la Manne le goût des 
riandes qu'ils aimoient le plus. 
Ainfi , dans le fyiléme de §aint 
Auguftin , peu de juftes en If- 
raël ; car ^ tout le peuple conçut 
un tel dégoût pour la Manne » 
qu'il murmura , ^ fit , d'un 
commun accord 9 cette plainte f 
qui eft plus dans une nature 
foible , que dans une pieufe ré- 
fignation : Quoi ! toujours de la 
Manne ? Nos yeux ne voyent que 
Manne ? 

Encore un mot des Rabbins» 



M A rtt 

Quelque ridicules que foient 
leurs idées « il eft bon de les 
connoître pour fçavoîr de quoi 
peut être capable une imagina^ 
tien dévotement échauffée. Il» 
«joutent au récit de Motfe , 
que les monceaux de Manne 
étoient fi hauts 6c fi élevés^ 
qu'ils étoient apperçus par les 
Rois d'Orient & d'Occident ; 
6c c'eft à ctttt idée qu'ils ap« 
pixquent ce que le Pfalmille 
dit : (e) Tu drejfes ma table devant 
moi ^ â la vue de ceux qui me 
preffent. 

Les Hébreux» 8c en général les 
Orientaux , ont pour la Manne 
du Défert une vénération par« 
ticuliere. On voit dans la bt'» 
bliotheque orientale d^Herbe- 
lot , page 547 , que les Arabes 
la nomment Ja dragée de la 
toute puifiTance. £t nous lifons 
dans Abénezra , fur l'Exode , 
que les Juifs , jaloux du miracle 
de la Manne , prononcent ma* 
iédiélion contre ceux qui ofe* 
roient foutenir ^opinion con« 
traire. 

Akibaprétendoitqne laMan* 
ne avoit été produite par Té^ 
paîffiiïêment de la lumière cé^-^ 
leile , qui , devenue matérielle ^ 
étoit propre à fervir de nour- 
riture à l'homme ; mais , le 
Rabbin Ifmaél défapprouva 
cette opinion , 6c la combattit 
gravement , fondé fur ce prin- 
cipe , que la Manne « feloa 
rÉcrîture , eft le pain des An- 
ges. Or \t% Anges , difoît'il , m 
font pas nourris par la lumière» 



Ci) Plalffl. %%* T. tf. 



lïA 



MA 

devenue matérielle , mzU par 
la lumière de Dieu même.N*eft- 
îl pas à craindre qu'à force de 
fubtilités , on ûe fafle de cette 
Manne une viande un peu 

creufe ? 

IV. De toutes les efpeces de 
Manne > l'on ne fe fert aujour- 
d'hui que de celle qui vient d'I- 
talie , & particulièrement de 
Calabre ou de Sicile. Elle naît 
dans ce pais fur deux difieren- 
tes efpeces , ou plutôt variétés 
de frêne, fçavoir, le petit frêne, 
fraxinus humilior , five altéra 
Tbeophrafli , & le frêne à feuille 
ronde , fraxinus rotondion, fo* 

tio. 

Pendant les chaleurs de l'été, 
la Manne fort d'elle - même è.t% 
branches & des feuilles de cet 
arbre, fous la forme d'un fuç 
gluant , mais liquide , qui fe 
durcit bientôt à l'air , même 
pendant la nuit , pourvu que le 
temsfoit férein; car , la récolte 
de la Manne efl; perdue , s'il 
furvient des pluies ou des 
brouillards. Celle-ci s'appelle 
Manne fpontanée. La Manne 
fpontanée eft diilingue en Man- 
ne du tronc & des branches , 
di corpo , & en Manne de 
feuille , di fronde. On ne nous 
^ipporte point de cette dernière 
flui eft fort rare , parce qu'elle 
^ft difficile à ramafler. Les ha- 
ibîtans de ce pais font auffi des 
jncifions à l'écorce de l'arbre, 
& il en découle une Manne qu'ils 
appellent forzatt ou forzatella. 
Cette dernière opération fe fait, 
dès le commencement de l'été, 
fur certains frênes qui çr oiffenc 



MA 
fuf «n tfcri'eîn fec Sc plerrett* i 
& qui ne donnent jamais de la 
Manne d'eux-mêmes; elle fe 
fait auffi à la fin de Juillet, fur 
ceux qui ont fourni jufqu'à 
lors de la Manne fpontanée» 

Nous avons dans nos bouti- 
ques l'une & Vautre de ce* 
Mannes, dans trois difféfens 
états, i^. Sous la forme dd 
grofles gouttes ou ftalaâites , 
blanchâtres, opaques, feches , 
cafTames , qu'on appelle Mantiô 
en larmes. On prétend que ce« 
gouttes fe font formées au bouc 
des pailles, ou. petits bâtons 
que les payfans de calabre 
ajuftent dans les incifions qu'ils 
font aux frênes* La Manne cd 
larme elt la plus eftimée , & 
elle mérite la préférence à U 
feule infpeftion , parce qu'elle 
eft la plus pure , la plus mani- 
feftement inaltérée- 

1^. La Manne en fortç ou 
en marons , c'eft - à - dire , en 
petits pains formés par la réu- 
nion de plufieurs grains ou 
grumeaux collés enfemble ; 
celle-ci eft plus jaune & moins 
feche que la précédente ; elle 
eft pourtant très bonne & très- 
bien confervée. La plupart des 
apothicaires font un triage dans 
les caifles de cette Manne eii 
forte ; ils en féparent les pUii 
beaux morceaux , qu'ils gardent 
à part , fous le nom de Manne 
choîfie , ou qu'ils mêlent avec U 
Manne en larmes. 

3^. La Manne graffe , ainlî 
appellée, parce qu'elle eft molle 
& onflueufe, elle eft auffi noi- 

racre 



MA 

titre & fale. C'eft fort mal-à- 
propos que quelques perfon-* 
nés , parmi lefquelles on pour- 
roit compter des médecins , 
Ja préfèrent à la Manne feche* 
La Manne graffe ed toujours 
une Manne gâtée par Thumi- 
dâté.par la pluie ou par Teau de 
la mer , qui ont pénttré les 
cai^Tes dans lefquelles on Ta 
apportée. Elle fe trouve d'ail- 
leurs fouvenc mêlée de miel » 
de caflbnade commune & de 
fcammonée en poudre ; ce qui 
fait un remède au moins infi- 
dèle , s*il n*eil pas toujours 
4angereux, employé dans les 
cas où la Manne pure eil in- 
diquée* 

MANNIUS , Manniuj , (a) 
Tribun de légion. L*an de Ro- 
me 496 & 256 avant Jefus- 
Ohrift , les Confuls L. Man- 
Hus Vulfon & M. Atilius Ré- 
gulus voulurent faire voile en 
Afrique; mais, ce ne fut pas 
fans un e^ctrême répugnance de 
la part de quelques foldats , âc 
même de quelques Officiers « à 
qui le nom feul de mer , de 
longue navigation , de rivage 
ennemi, faifoit peur. Mannius 
fe diâingua entre tous les au- 
très 9 & porta les plaintes & 
le murmure jufqu*au refus d'o* 
béir. M. Atilius Régulus , qui 
^toit homme ferme âc d^auto- 
rite , en lui montrant les verges 
& les haches que portoit le 
Lifteur , lui dit d'un ton mena- 
çant qu*il fçabroit bien fe faire 

' {a^ Roli. Hifl. Hom. Tom. 11. pâg. 
510,5x1. 
(^) Tacit- de Morib. Germant c. »i 

Tm. XXyiI. 



M A TT^ 

cbéîf* Ufle crainte en éeoufiTa 
une autre , & la menace d*unar. 
mort préfente le rendit hardi 
navigateur. 

MANNUS i Mannus , efcla- 
ve des Cala viens. Voye^ Cala« 
viens. 

MANNUS .Mannus , (h) 
fils de Tuiilon , paifoit parmi 
les Germains pour un des fondai 
teurs de la nation. Mannus eut 
trois fils I dont le premier don-* 
na fon nom aux Ingévones 9 ce 
font les peuples voifins de l'O- 
céan ; le fécond 9 aux Hçrmi- 
nones (Itués au centre du païs ; 
le troifîeme , aux lilévones qui 
comprennent le refte de la na- 
tion. TuiAon & Mannus étoienc 
honorés comme des Dieux paf 
les Germains. f^oye{^ Tuiftoné 

Manon, Mano, m^^v^ 

( c ) Prince qui régna fur les 
Arabes* Lucien eu fait men'« 
tion. 

MANTELETS , machines de^ 
guerre ^ deftinéds à couvrir le* 
foldats dans les fieges. Ces Man* 
telets étoieht conftruits de bois 
léger , hauts de huit ou neuf 
pieds ) larges d'autant., longs de 
feize y couverts à double étage » 
Tun de planches , Ôc l'autre da 
claies 9 avec les côtés d'ofier^ 
& revêtus par dehors de cuirs 
trempés dans Teau , de peur dti 
feu. On petit comprendre' ett 
général fous le nom de Mante* 
lets , ce que les Anciens ap- 
pelloient pluuî ^ vinea ^ crûtes ^ 
&c. 

Mytb. par M. PAbb. fian. T. V. pa|; 
CO Lttcian. T. 1). p. 6t9- 



TxAi IML A 

MANTIANE, Maruiana. 
Voye[ Matiane. 

. MANTIAS , Mantîas , {a) 
JAavueie» * Athénien dont DémoA 
tbene fait mention dans Tes ha- 
rangues contre Bœotus , laiffa 
en mourant trois enfans , du 
nombre defquels énoic Manti- 
fhée, 

M ANTIENES [ les Monts ] , 
Mant'uni Montes , yb) montagnes 
d'Afie f félon Hérodote. Cet 
Auteur dit du Gyndes, qu'il a 
fa fource dans ces montasjnes , 
& qu'il fe jette dans le Tigre. 
Il dit encore ailleurs de TAraxe, 
qu'il a auilî fa fource dans ces 
iitêmes montagnes. 

L'édition de Gronovîus porte 
Mutieni; mais , Ortélhis lit Man* 
tien'u Une édition de Francfort 
1608 a» dans un endroit 9 if 
}AotvTtvniTi ^ & dans un autre 9 in, 
tiitvtiwZv \ la marge en ce der- 
nier endroit préfente t^'aTmSf» 
VGyi\ Matiane & Matianes. 

MANTINÉE , Matinea , (c) 
M«»'r!»'*'«> ville du Péloponnèfe 
dans l'Arcadie. Elle étoit fîtuée 
au midi & aux confins de la 
Laconie. Du côté du nord » les 
Mantinéens étoient féparés àts 
Orchoméniens par le mont An- 
chifius au bas duquel étoit , fé- 
lon quelques-uns 9 le tombeau 
d*Anchife. 

On rapporte la fondation de 
cette ville à Mantinéus fils de 



MA 

LycaoA ; ce Prince ravoîtbâtîe 
en un autre endroit. Ce fut Ân« 
tinoé 9 qui 9 en vertu d'un cer- 
tain oracle, transféra depuis les 
habitans de cette première ville 
en celle donc il s'agit préfen- 
fement. 

Les Mantînéens ne furent que 
fpedlateurs du combat que les 
autres Arcadiens livrèrent aux 
Lacédémoniens près de Dipée ; 
mais, dans la guerre du Pélo* 
ponnef<*9ils fe liguèrent avec 
les Éléens en faveur d'Athenes^ 
contre Sparte 9 de foutenus par 
les Athéniens ils o ferrent com- 
battre les Lacédémoniens ei» 
bataille rangée^ Enfuite , fui« 
vant toujours l'inclination qu'ils 
avoientpour Athènes, ils nrenc. 
voile fous fes enfeignes en Sicî« 
le. Quelques années après , les 
Lacédémoniens fous la conduite 
d'Agélipolis^ fils de Paufanias, 
firent des courfes jufqu'aux por- 
tes de Mantinéej taillèrent en 
pièces tout ce qui s'oppofa à 
eux 9 ÔC prirent enfin la ville 
non pourtant par force , mais 
par adrefie. Car 9 ils détournè- 
rent le fleuve Ophis , & lui fi- 
rent prendre fon cours le long 
des murs 9 qui bâtis de brique 
crue , bientôt fe délayèrent & 
ne furent d'aucune réfiilance. 
En effet , cette forte de brique 
foutient mieux Tefifort des ma- 
chines de guerre que les pierres 



ftf) Demofih. Orat. in Bœot. p. looi.f 551. é^ feq. Plut. Tom. t. pag. 1044. 
ér fec[' t^ fi'!* Corn. Nep. in Epamia. c 90 

(b) Herod. L. 1. c. 189» aoa. Thucyd, pa^;. 24^. ^ feq. Diod. SicuU 

(c) Strab. pag- 557 , 358 , 608. Paaf. pag. ^%6 > 3*7, 464, ^oo- &fiq' Mém. 
p. 4S8 , 466. é~ /«f- Ptolem. L. 111. c. de PAcad. des Infcripu & Bell. Lecf. 
lé. PiÏTi, Tom. 1. pag. 19 j. Xenopbr p. Tom, XV, p. ^jy 



• t 



MA 

1h plus dures , qui rudeinent 
frappées « ou s'éclatent , ou fe 
détachent 6c fe défuniffent ; mais 
à i'eau elle $*amollk de fond 
comme la cire au foleiU Agéfi- 
polis n'eut pas la gloire de l'in- 
Vention dans cette entreprife ; 
il ne 6t qu« ce que Cimon fils 
de Miltiade avoit fait avant lui 
au fiege d*Éion fur le Strymbn 
contre Bogès qui défendoit la 
place pour le roi de Perfe. 

Agélipolis^qui pouvoit avoir 
oui parier de ce itratagêmeii 
vanté à Peliene»en profita fort à 
propos.Lorfqu^il eut pris Manti- 
Dée, il en rafa une bonne partie, 
ôc ne lailTa fur pied que queU 
q,ues maifons pour un petit nom- 
bre d'habitans , qui y relièrent; 
les autres furent difperfés dans 
plufieurs villages; mais, après 
la bataille de Leudlres, ils furent 
rétablis dans leur ville par les 
Thébains ; bienfait dont ils ne 
fe montrèrent pas fort recon- 
noi^ans. Car , peu après , il$ 
traitèrent avec Sparte à Tinfçu 
cfes autres Arcadiens , ôc crai'» 
gnant les Thébains qui avoient 
découvert leur deiïein , ils fe 
rangèrent hautement du parti 
desXacédémoniens. Du moins ^ 
eil-il certain qu^au combat de 
Mantinée ils combattirent fous 
les ordres des Lacédémoniens 
contre Épamtnondas & contre 
les Thébains. Mais enfuite » s*é- 
tant brouillés avec eux , ils 
quittèrent leur alliance pour 
entrer dans la ligue d'Achaïe. 
Alors 9 ils prirent les armes 
contre Agis , iîls d'£udamîdas 
loi de Sparte , Ôc le ctraiTeren^ 



M A ÎTÇ 

de leur paT$, après quoi s*étanc 
joints aux Achéens commandés 
par Aratus , ils remportèrent 
une féconde viéloîre. Ils fécon- 
dèrent encore les Achéens dans 
leur expédition contre Cléo« 
mené , ÔC contribuèrent beau- 
coup à abattre la puiâfahce des 
Lacédémoniens. Enfin , parce 
qu*Antigonus , tuteur de ce jeu- 
ne Philippe , qui fut père de 
Perfée , s'étoit durant fa tutele 
montré fort aff (flionné aux 
Achéens , les Mantinéens lui 
rendirent toute forte d'hon- 
neurs , jufqu'à changer le nom 
de leur ville en celui d*Antigo- 
nie. Plutarque raconte la chofe' 
un peu autrement. Il dit que les 
Achéens prirent cette villa» 
avec le fecours d'Antigonus > 
qui en ayant fait préfent aux- 
Argiens , après avoir ordonné. 
par un décret, quMls ne l'appel-- 
ieroient point Mantinée , mais* 
Antigonie. 

Dans la fuite» à la bataille 
d*Aâium qui fe donna près du 
promontoire d*ApoIIon , le^ 
Mantinéens comb^ittirent pour 
Augufte, tandis que les autre» 
Arcadiens fuivoient le parti de 
M.Antoine, par averiîon com-* 
me on croit pour les Lacédc** 
raoniens qui avoient embraâTé 
celui d^Augufte. EnHn , après 
dix générations , Adrien parve- 
nu à l'Empire fit reprendre à la 
ville de Mantinée fon ancien 
nom, ne trouvant pas bon qu'elÎQ 
en portât un qui fentoit un peu 
trop fon amour pour les Macé« 
donîens. 

Le principal temple de la 

Hij 



ir^ 



MA 



ville étoic double j ou pour 
mieux dire 9 c'en écoient deux 
qui n'éroient féparés que par 
un mur. Dans l'un il y avoir une 
ilatue d'Efculape, ôc c'éèoit un 
ouvrage d'Alcamene ; l'autre 
étoic confacré à Latone ôc à Tes 
enfans ; leurs ftatues avoient 
été faites par Praxitèle trois 

ténérations après Alcamene. 
ur le piédeflal de ces ftatues 
le fculpreur avoic repréfenté 
d'un côté une Mufe , &c de l'au^ 
tre Marfyas qui jouoit de la 
flûte. Dans ce temple » on voyoic 
une colomne contre laquelle 
ttoit adoffée une ftatue de Po- 
lybe, fils de Lycortas. 

Les Mantinéens avoient plu- 
jGeurs autres temples ; ils en 
avoient un de Jupiter Sauveur, 
un autre de Jupiter Épidote^ 
comme qui diroit , de la divi- 
nité dont les hommes tiennent 
tous leurs biens ; un autre de 
Caftor & de Pollux , un autre 
de Cérès Ôc de Proferpîne. 
Dans ce dernier , ils confer- 
voient du feu toujours allumé , 
& avoient grand foin qu'il ne 
s'éteignit pas. On voyoit auffi 
un temple de Junon près du 
théâtre j la Déefle étoit affife 
fur un trône > ayant à fes côtés 
fa iîlle Hébé & Minerve ; ce 
morceau de fculpture étoit de 
Praxitèle. Le tombeau d'Ârcas, 
fils de Calliilo^ étoit tout auprès 
de l'autel de Junon; car c'étoit là 
que fes os avoient été apportés 
de Ménale , en conféquence 
d'un oracle rendu à Delphes | 
& conçu en ces termes ; 



MA 

Minale fut toujours le fijour des 
frimats ; 

Menait cependant poffède votre 
jircas. 

Peuple qui lui deve^ un nom fi 
plein de gloire , 

Hâte^^vous à Venvi d* honorer fa 
mémoire, 

Qu*inceffamment fes os par vos 
foins rapportés^ 

Soient au milieu de vous déformais 
refpe6iés ; 

Et que ce Héros mis au rang des 
immortels , 

Obtienne enfin che\ vous un tem» 
pie & des autels* 

Les Mantinéens dépoferent 
les cendres d'Arcas dans un 
lieu qu'ils nommoient les autels 
du Soleil. Aux environs du 
théâtre il y avoit plufieurs mo- 
numens dignes de curiofîté , 
entr'autres une efpece de Ro- 
tonde où ils gardoient le feu 
facré , ou commun , ainii qu'ils 
l'appelloient. On croyoit que là 
repofoit Autonoé , fille de Cé- 
phéé. Près de fa tombe on voyoît 
une colomne fur laquelle étoic 
une ftatue équeftre de Gryllus, 
fils de Xénophon. Derrière le 
théâtre étoient les ruines d'ua 
temple de Vénns y dite de bon 
Secours, avec quelques ilatues' 
qui étoient reilées. Sur un pié- 
deilal on voyoit une infcription 
qui portoit que ces flatues 
avoient été confacrées par Ni-* 
cippe, fille de Paféas. Les Man- 
tinéens bâtirent ce temple à* 
yénus; pour apprendre à la pof> 



MA 

térîté qu^âu combat naval d*Ac- 
cium ils avoîent combattu fur la 
flotte des Romains. Ils avoient 
auffi dédié un temple ôc une 
ftatue à Minerve Aléa. 

Antinoiis étoit encore une de 
leurs Divinités. Mais y fon tem- 
ple étoit le plus récent de tous, 
& c'éroit pour faire leur cour 
à Adrien qu'ils Tavoienr bâti. 
Mancinée n*étoit pas le feul en- 
droit dû il eût les honneurs 
divins ; les Égyptiens avoient 
Tur le Nil, une ville qui portoit 
même fon nom. Que fi Ton veut 
Içavoir pourquoi il étoit parti- 
culièrement honoré à Mantinée, 
en voici la raifon. Antinoiis étoit 
de Bithynium au-deiïus du fleu- 
ve Sangarius. Or ^ les habitans 
de Bithynium éto^enc Arca- 
diens Se même Mantinéens d'o- 
rigine ; voilà pourquoi l'Empe- 
reur Adrien avoit voi^u qu'An- 
tinous eût à Mantinée un tem- 
ple & des facrifices » êc qu'on y 
inflituât à fon honneur des jeux 
qui fe célébroient tous les cinq 
ans. Dans le lieu d'exercice il 
y avoit une maifon où l'on con- 
fervoit des ftatues d'Anrinoûs ; 
cette maifon étoit à voir pour 
la beauté du marbre dont elle 
étoit ornée ôc pour fes peintu^ 
Tes, Antinous y étoit peint en 
plufieurs endroits fous la forme 
de Bacchus , & l'on y voyoit 
aufC ce combat de la cavalerie 
Athénienne, dont il y avoit un fi 
beau tableau dans le Céramique 
à Athènes. 

Dans la place publique on 
voyoit une ftatue de femme en 
htonzty qui, à ce que difo^enc 



MA . "7 

les habîcans , repréfentoîc Déo- 
menée , fille d'Arcas. On y 
voyoit aufli le monument héroï- 
que de Fodarès , qui fut tué, 
difoient-ils, en combattant coi^ 
ère Épaminondas Sc contre les 
Thébains. Quelques foixante^ 
dix ans avant Paufaiiias , ils 
tranfporterent au jeune Poda- 
rès , petit-fils du précédent » 
l'infcription qui étoit fur le toni« 
beau de fon ayeul. Le jeune 
Podarès avoit pu voir encore 
les Romains en République* 
Mais , du tems de Paufanias , c'é- 
toit l'ancien Podarès qui étoit 
honoré des Mantinéens. Et en 
eiFet , ils publioienr qu'entre 
tous ceux qui payèrent de leur 
perfonne au combat de Man* 
tinée » citoyens ou ciliés , celui 

Îui fe diftingua le plus fut 
rryllus , fils de Xénophon ; 
après lui Céphifodore de Ma- 
rathon , qui commandoit la ca- 
valerie des Athéniet» ; & ea 
troifieme lieu Podarès » celuir 
'là même dont nous parlons. 

La ville étoit percée de telle 
forte , que de tous côtés il y 
avoit des chemins qui menoient 
dans le reile de l'Arcadie. 

La tradition portoit que ce 
fut dans cette ville que Péné«» 
lope pafia le tems de l'exil , au- 
quel UlyiTe fon époux l'avoit 
condamnée pour adultère. 

Quelques-uns afiTurent que 
Mantinée eft connue aujour.«» 
d^hui fous le nom de Mendi oti 
Mandi. 

MANTINÉENS , Mantinei , 
Jdantinenfis , M^vr/y^Tc , les ka^ 

/ H iij 



^11 5 M A 

.bicaos de Mancioée. Foye^ Man- 
4tinée* 

, MANTINÉÛS, Mantineusy 
yLxfri¥(vz , {a) un des fils de Ly- 
,caon y fonda la ville de Maïui- 
née» Voyei Mantinée- 
^ MANTITHÉE , Mantîthcus , 
MavTiBgJç , (^) Officier dont il 
t& fait mention dans Xénophoq. 

MANTITHÉE , Mantitheus, 
fAoutri^îoç , {c) Athénien étoit 
.fils de Mantias. Il en eft fait 
.mention dan^ les harangues de 
Démofthene contre Bœotus. 

MANTO , hianto , MottJ» 
,{d) fanaeufe Prophéte0è , filJe 
de Tiréfias. 

L'on ra^conte que Therfandre 
fiU de P.olynice & les Argiens 
ayant prisThebes,y firent beau- 
coup de prifonniers, qu'ils en- 
voyerent^l'oracle de Delphes. 
Parmi eu^ étoit Manto qui ve»- 
noit de perdre Tiréfias fon père, 
snort en allant à Haliarte. La 
réponfe de l'oracle fut quje ces 
prifoiiniers eufifent à chercher 
des terres étrangères. Auflltôt 
ijs équipèrent une flotte, pafle- 
Tent en Afie & allèrent defcen- 
dre à Claros. Les Cretois , 
voyant débarquer ces étrangers, 
prirent les armes , marchèrent 
4 eux , les enveloppèrent de les 
menèrent à Rhacius. Celui-ci., 
3yant fçu de la jeune Manto 
.^uels étoient Tes compagnons 
ic ce qui les amenoit en Afie , 
les aflbcia aux Cretois , les re- 
içut dans fk ville, & pour Mantb 



MA 

il répoufa. De ce mariage oa<^ 
qui.t Mopfus qui dan« la fuite 
chafiTa les Cariens de toute cette 



côte. 



Voilà fans doute ce qui .a 
àox^é lieu à quelques-uns de 
croire que la ville de Claros 
fut fondée par Manto après la 
féconde guerre de Thebes » 
quelques années avant Tépoqué 
de la prife de Troie. Cette fille, 
dont l'antiquité copte plusieurs 
merveilles fur le don qu^elle 
avoit <de prédire l'avenir , di'^ 
plorant les malheurs de £& pa- 
trie I fondit en larmes , 6l Tes 
pleurs formèrent une fontait^e 
& un lac, dont l'eau , Iorfqu*oa 
en bu voit , con;>muniquoit le 
don de Prophétie; mais , comn»e 
cette eau n'étoit pas faîne ^ eiJLe 
caufoit auflî des maladies %L 
.abrégeoît la vie. Pline qui en 
parle s'exprime ainfi : rColpr- 
phone in ÂpolUnis Clarii fptcu 
lacus eft , cujus potu mira red' 
duniUT oracula , h'ihtntium bnviort 
vitd. 

Selon Apollodore , Alcméonf 
général de l'armée qui prit Thè- 
mes , devint amoureux de Man- 
to , & eut deux enfans d'elle » 
un fils nommé Amphiloaue , Sc 
iine fille appeliée Tiuphon^. 
Celle-ci fe fentir de la fureur 
.de fon père. 

OiQdore de Sicile dit que la 
fille de Tiréfias s'appelloir 
Daphné ; qu*e}le fut envoyée .à 
Peiphes par ks Argiens ; 4c 



<«) Pauf. p. 458 , 46J, I Tom. 1. p* iti. Diod. SIcbI. ptg. 187* 

(k) Xenpph. p. 4t9. lOvid. Metam. L. VI. c. 5. Myth. par 

Ce) Deniofth. Orac. in Baiot. p. looi. f M. PAbb. Ban. Tom. il. p. l^ , }S* ^* 
(h) Pauf. pag. 400 > 557» s^st Plin.llV. p. 271. 



MA 

qu'elle j rendit un grand non- 
Ère d'oracles. 

Paufanias rapporte que de ton 
tems on voyoit à Thebes devant 
le veftibuie du temple , la pierre 
.fur laquelle Manto s'aâeyoit 
.pour rendre fes oracles , de 
qu'on Tappelloit la chaire de 
'Âlanto. 

MANTO , Manto » l/iwtrti , 
(a) dont on voyost le tombeau 
à Mçgare, avant que d'entrer 
dans le temple de Bacchus. 
Cette Manto étoit fille de Po« 
lyidus. 

MANTO , Manto , Utrrti . 
(^) prophétefle d'Italie , femme 
dfu Tibre dont elle eut un fils 
liommé Ocnus , qui bâtît une 
ville qu'il appella Mancoue du 
nom de fa mère* 

MANTOUE , Mantua , (c) 
-Marrcûa , ville d'Italie dans la 
Gaule Tranfpadane » fur le 
Aiincius. Elle fut bâtie par les 
Tofcans , & elle refta toujours 
une ville Tofcane , parce que 
la force de fa fituation la met- 
'coit en état de réfîiler aux Gau- 
lois. 

Cette vîlle eft fameuîe dans 
les écrits des Anciens ic des 
Modernes > pour avoir domié 
la naiflance i Virgile > qui en 
parle lui-même de la forte : 

Primas Idumaas refiram tibî ^ 
Mantua , palmas , 



MA T r^ 

Et viridi eampo templum de mar^ 
more ponam 

Propier aquam , t^dis ingens ubi 
fiexibus enat 

Mincius , & tenera pratexit aruHr 
dint ripas. 

C'eft-à-dire, » ô Mantoue, 
» je ferai » le premier que tu 
30 verras chargé de palmes 
3> cueillies dans l'Idumée. J'é* 
30 lèverai un temple de marbre 
» dans tes vertes campagnes, 
où le Mincio ferpente lente- 
3> mentj au milieu des tendres 
» rofeaux qu'il fait croître fur 
M fon rivage. » 

Martial dit : 

Maronefilix Mantua eft. 

Stace en à fait un magnifique 
éloge dans ce vers v 

NcHat adoratas & Smyrna & Man* > 
tua lauros. 

Et Siliûs Italicus a dit à peU 
près la même .chofe dans ceoxr 
ci : 

Mantua Mtéfarum domus , atqac 
ad fydera cantu 

Eveâa Andino , Smyrnais amula 
pleâris. 

Cependant , Virgile n'étolc 
pas né dans la ville de Mancoue, 
mais dans un village voïCtn nom- 
mé Andes » aujourd'hui Pétula*» 
à deux lieues de Mantoue. Un 



ié) Pauf. p. 8i. f *• /if. Andd. L. X, v. 198. ér fip 

(*) Virg. iEnetd. L* X. v. 198. M«nial. L, 1.. Epigr. 6s. Stat. Sylv. t, 

^^ fil' 1^* Carm. 1. v. 9. Siil. Italie. L. 8. v. 

{d) Scrab. pag. so]. Plin. Tom* 1. p. 595 > S9^* Mém. de IMcad. det Jnfcripc. 

17s. Pccrlem. L. 111. c. 1. Tit. Lit. t. k MU Lsû^ Xom. XVUl. p. ^S, 9jh 

>KX1V, c. 10. Virg. Gcorg. L, Ul. v. la. 1 



izo M A 

ancien Auteur de la vie de Vir- 
gile , & que Ton croit être Do- 
pât , a fondé cette opinion. 
Ndtus efi y dit-il en partant de 
ce Poëte, Cn. Pompeio Magno 
& M. Licinio Coff. Iduum OSto" 
hrïum die , ïn pago , qui Andes 
dicitur, qui eft à Mantua non prO' 
\cuL Silius Italicus appuie ce 
fentiment en appellant les vers 
de Virgile camus Andinus. AlnCi^ 
Virgile fut furnommé Mantua-» 
nus i parce qu'il étoit né dans 
le voifinage de Mantoue ; au 
lieu qu'on devoit proprement 
le nommer Andinus, 

Virgile nous a donné lui- 
même l'origine de Mantoue. Il 
dit qu*eUc^ fut fondée par Oc- 
Dus , fils du Tibre 6c de la de- 
.vinerefle Manto ; Se qu'il la 
somma du nom de. fa mère. Il 
ajoute qu'elle commandoit à 
trois peuples divifés chacun en 
quatre tribus: Enfin , il fait en- 
tendre qu'elle étôit ta capitale 
<le ces douze tribus. Mais » il 
relevoit la gloire de fa patrie 
9UX dépens des autres villes du 
païs. 

Ni les cartes géographiques , 
'^î les voyages , ne donnent 
point l'idée qu'il faut avoir de 
rîa (îtûation de Mantoue. On 
repréfente ordinaireinent cettie 
ville au milieu d'un lac, dont 
.on la fait à peu près également 
.environnée ; ce qui n'efl point 
du tout ainfî. Le Mincio , trou- 
vant un païs bas » s'élargit & 
forme une efpece de marais dou- 



Ma 

ze ou quinze fois plus long que 
large. Mantoue eft bâtie fur un 
terr eia ferme » quoique dans un 
des côtés de ce marais. Quand 
on vient de Crémone , on pafle 
une chaufiTée longue feulement 
de deux ou trois cens pas ; & 
de Tautre côté quand on va à 
Vérone , le marais ou le tac eft 
beaucoup plus large. Il y a 
quelques endroits où ces eaux 
font toujours courantes ; mais 
en d'autres elles croupifTent & 
infedtent tellement l'air de Maa- 
toue I que dans les chaleurs » 
tous ceux qui peuvent quitter 
la ville en forteht. La fituation 
de Mantoue ne reflemble pas mal 
à celle de Péronne ; mais Pé- 
ronne » outre fon marais , a une 
bonne fortification , &C Mantoue 
n'eA ceinte que d'un mur* Il eft 
vrai que fa citadelle lui eft une 
forte défenfe. 

Cette ville efl médiocrement 
grande , à peu près comme Cré- 
mone ; mais , elle eft beaucoup 
plus riche Se plus peuplée. Elle 
eft aujourd'hui la capitale du 
Duché , auquel elle donne fon 
nom. 

MÀNTURNA, Mantuma^ 
{a) Ditfft des Romains. C'étoit 
à elle qu'on s'adrefiToit » pour 
que. la nouvelle époufe fe plût 
dans la maifon de fon mari , & 
-y demeurât. Ce font des éph» 
thetes données à la Divinité » dc 
dont on a fait autant de divini- 
tés particulières. 
'MANUÉ, Manne ^ Ma»««\ 



^4) Antiq* expliq* par D. Bern. de Montf. Tom. IV. pag* 409. Tom» \\U 
pig. lao. 



MA 

tf) de fa trîbu de Dan , 8c de la 
ville de Saraa.^Sa femme ctoîc 
Aérile. Un jour , un ange du 
Seigneur apparut à cette femme 
& lui dit : M Vous êtes ftérile 
» & fans enfans ; mais , vous 
» concevrez & vous enfante- 
î» rez un fils. Prenez bien garde 
» de ne point boire de vin ni 
» rien de ce qui peut enivrer, 
» & de ne manger rien d'im* 
» pur , parce que vous conce- 
» vrez & vous enfanterez un 
» fils, fur la tête duquel le ra- 
» foir ne pafl*era point* Car > il 
» fera Nazaréen , confacré à 
» Dieu dès fon enfance & dès 
» le ventre de fa mère , & c'eft 
s» lui qui commencera à déli- 
» vrer Ifraël de la main des 
» Fhilfftîns. » 

Cette femme, étant venue trou- 
ver fon mari , lui dit : » Il eft 
» venu à moi un homme de 
» Dieu qui avoit un vifage 
» d'ange , & qui imprimoit un 
» grand refped. Je ne lui ai 
» demandé ni qui il étoir , ni 
» d*oti il venoit , ni comment il 
» s'appelloit , il n'a point jugé 
» à propos de me le dire. Mais 
» voici ce qu'il m'a dit : Vous 
» concevrez & vous enfante- 
» rez un fîls; prenez bien garde 
» de ne point boire de vin , ni 
» rien de ce qui peut enivrer, 
» & de ne manger rien d'impur, 
» car l'enfant fera Nazaréen, 
*> confacré à Dieu dès fon en- 
» fance , & dès le ventre de 
» fa mère jufqu'au jour de fa 
3» mort*-» Manué.pria donc le 



^ A m 

Seigneur & lui dit : » Seigneur, 
30 je vous prie que l'homme de 
30 Dieu que vous avez envoyé 
30 vienne encore, afin qu'il nous 
» apprenne ce que nous devons 
» faire de cet enfant qui doit 
» naître. » Le Seigneur exauça 
la prière de Manué , 6c l'ange de 
Dieu apparut encore à fa fem- 
me , lorsqu'elle étoit adîfe dans 
les champs. Manué fon mari 
n'étoit pas alors avec elle» 
Ayant donc vu l'ange , elle cou- 
rut vtte à fon mari Ôc lui dit : 
x> Voilà ce même homme que 
» j'avois vu auparavant qui s*eft 
*» encore montré à poi. » Ma- 
nué fe leva auQîtôt , fui vit fa 
femme , & étant venu vers cet 
homme il lut dit : » Eft-ce vous 
» qui avez parlé à cette femme? 
a> H lui répondit , c'eil moi. 
30 Manué lui dit, quand ce que 
n vous avez prédit fera accom- 
jo pli , que faudra-t-il obferver 
» par rapporta l'enfant? Que de- 
» vra-t-il faire ? De quoi fa mère 
n devra-t-elles'abftenir? L'ange 
» du Seigneur répondit à Ma- 
» nué : Que votre femme n'o- 
» mette rien de ce que je lui ai 
33 marqué ; qu'elle ne mangé 
X» rien de ce qui naît de la vî- 
^> gne , qu'elle ne boive ni vin 
3» ni rien de ce qui peut eni- 
» vrer ; qu'elle ne mange rien 
30 d'impur, & qu'enfin elle ac- 
» complifle avec foin tout ce 
93 que je lui ai ordonné.» 

Manué dit à T'ange du Sei- 
gneur ; » Je vous prie de m'ac- 
30 corder ce que je vous demaa« 



(#> Jttdie. c. i|. v« a* & Al* 



ijzA MA 

a» de 9 -& de permettre que notra 
99 vous préparions un chevreau* 
3» L*ange lui répondit : Quelque 
» înâance que vous me fafëez^ 
3> je ne mangerai point de vo« 
3» tre pain , mais fî vous vouiez 
t» offrir un holocaufte » oârez* 
» le au Seigneur. 30 Manué ne 
fçavoit pas que ce fût l'ange 
du Seigneur , Se il lui demanda 
comment il s'appelloit , afin» 
dit-il 9 que nous puiiïïons vous 
honorer , lorfque vos paroles 
ieront accomplies. L'ange lui 
répondit: n Pourquoi deman- 
30 dez-vous à fçavoir mon nom, 
y> qui eft admirable? » Manué 
prie donc le chevreau avec les 
oblations de farine, il les mit 
fur une pierre âc il les offrit au 
Seigneur , qui fit un grand pro- 
dige à la vue de Manué & de 
fa femme ; car, il s'éleva de 
Tautel une flamme vers le Ciel, 
£c Pange du Seigneur y monta 
au milieu des flammes. A cette 
merveille , Manué & fa femme 
tombèrent le vifage contre ter- 
re , de range du Seigneur dif-< 
parut de devant leurs yeux. 

Manué reconnut auiHtôt que 
c'étoit range du Seigneur , Ôc 
il dit à fa femme : 3> Nousmour- 
» rons certainement , car nous 
99 avons vu Dieu. » Sa femme 
lui répondit : » Si le Seigneur 
y> vouloit nous faire mourir , 
» il n'auroit pas reçu de nos 
y> mains Tholocaufle ôcles obla- 
3» tions qui Taccompagnoient ; 
» il ne nous auroit point fait 



MA 

» voir toutes ces choies f 8c 1t 
» ne nous auroit point prédit 
i> ce qui doit arriver. » Elle 
mit donc au monde un fils 
qu'elle appella Sanfom. Cette 
hifloire fe rappone à Tan ixfi 
avant J. C. 

MAO, MoQf ia) nom que 
les Chinois, donnent à la conf- 
tellation des Pléiades. 

MAOCH, Maoch^ A'/««wx^ 
(h) fut père d'Achis, roi de 
Geth. 

M A O N 9 Maon ^ Ma<»r ^ 
M«s0/> % ie) ville de Palefiine 
dans la tribu de Juda, dans 
la partie la plus méridionale 
de cette tribu. Nabal da monc 
Carmel avoir de grands biens 
dans le défert de Maon , 6c 
David demeura aflez long-tems 
dans ces cantons* là ^ durant la 
perfécutioa que Saul lui fit fouf* 
frir. 

Dom Calmet croit que Maoa 
étoit la capitale des Maoniens^ 
dont il efl parlé dans rHébrea 
aux Paralipomènes. La Vulgaie 
dans un endroit porte Ammonii» 
Us 9 au lieu de Maonim ; de 
dans un autre elle lit hakkatkh* 
nes^ ôc les Septante Minaos* 

La ville de Maon^ qui don- 
noit fon nom au défert de Maon» 
eft apparemment la même que 
Maenois ou Msonis , qu'Eufebe 
met dans le voifînage de Ga%e ^ 
& que Ménaeum du code Théo- 
dofien , près de Berfabée » oia 
Verfabinum. Elle efl nommée 
Minois dans les foufcriptions 



(if) Mém. de l'Acad. des Infcripc. ftl ie) Jofu. c. 1$. v- S5* ^cg* !•• 1* c. 
Bell. Lect. T. XV. pag. 464 » 445. . - . 

((; Reg. L. 1. c. »7. V. s« 



Iie) Jofu. c. 1$. V- S 5* Rcg* !•• 1* Cm 
t). V. 14 f 25. c. %%, V. t. Para]. L» !« 
c« 4. v»,49 y 41. L. 11, €• SQ« V* 1^ 



MA 

jiu Coticite de Chalcédoiiie de 
J'an de Jefus-Chrift it5i. 

M AON, Maon^ M«»r, {a) 
fils de Sammaï , fut père de 
Bethfur. 

M AON ATHI , Maonathi , (*) 
Mr.^e;, fils d'Othoûiel, fut 
père d'Opiira. 

MAPSAM , Mapfam , ( c ) 
MctCtLffifji , fiJ6 de Seliura , & 
p^re 4e Mafma. 

MARAÇANDA, Maracan-- 
da^ Mx/>axa(r/«t » {i^ ville d*A- 
£e daos la Sogdiane. Elle ep 
ÂtoxK la capitale ji felaû Arr^en. 
Pcoiéméje la met dans la Sac- 
tfiaoe* 

Spi€flinène , aya^nt chaiTé la 
garnifoa de Maracanda , s'étoit 
:renferiivé dans ce>tce place, quoi- 
,que les habitans n^approuvalTent 
point fa révolte, mais ils fai*- 
îbienc femblant d'y confentir , 
parce qu'ils ne ppuvoient l*em^ 
pêcher. Ménédeme fut envoyé 
contre le rebelle , mais il fut 
-àéiw. j & reila mê^e fur la 
place* Alexandre , informé de 
<ce qui s'étoit paijiie , marcha en 
perfpnne contre Maraçapda ; 
flaaû , Spitamène pr^vip^ par 
Ja fujte fon arrivée. Quo^ue 
les hsi^iirans ne fuCi^nt pas dans 
le fond coupables , Alex^^dre 
•mîaa leur ville. Scrabon du 
«moki^ la met au nombre 4^ 
cellen que ce Cop^nérant re^- 
>Terfa« 



M A IIJ 

Le même Scrabon nomme 
cette ville Paracanda; les Ma* 
nufcrits, au rapport de Cafau- 
bon , ponenc Mdfdnatfra. ou 
M««9Kx»6a. Il vaudroit mieux 
lire hActpaK^vItt. On dit que c'eft 
préfentemeor Samarcande« 

M A R A C £ S , Maraqî , 
Mtpa)Lcl , (t) peuple de Grèce* 
félon Xénophon. Cet Hiftorieo 
les nomme avec les Dolopes* 
Ce doivent être les mêmes que 
ctux que FI ioe appelle Maraccs^ 
6c qu'il rapge parmi les peu- 
ples d'Étolie. 

MARAGDUS , Maragdus , 
Mi/a67/-o; p (f) officier Arabe» 
du tems de Cyrus. Xénophon 
dit que Maragdus avoir à les 
ordres cent mille hommes éfi 
cavalerie , ceot chars « Ôc une 
multitude prodigieufe de fron- 
deurs. 

MARAI , M4rai , M^h^a « 
(g) dç la ville de Nétophath , 
de la race de JCarai , et oit chef 
des vingt -quatre mille hommes , 
qui fer voient aoprès de David 
4ans le dixième mois qui répon4 
à notre mois de Janvier. 

MARAI A , Mar^iay h^unoU, 
(h) éioh chef de la famille fa- 
cerdotale de Sar^ia, du tems de 
Joacim. 

M ARAIOTH , Marlaoth , (i) 
l/kx^:^^' -, étoit fils d'Achitob* 
capitaine de la mai(bn du Sei- 
gneur. Il fut père de Sadoc* 



6») Parai. L. 1. e. «. y. 45. 

H) Patal. L. 1. ç. 4. V. 13 ) 14. 

C^) Parai, t. 1. c- 4» v. 95. 
, {d) Q. Curt. L. VU. ç. 6 , 9. L. VllI. 
f, \ p %, &;jib# pag* $17» ftuJem. l.* 
yL c. XI. 



(é) Xenoph. pa^. 5$o. PUn. Tom. 1« 
p. 190. 
(/J Xcaoph. pag. 19. 
{£) Pa^al. 1. 1. c. »7. V. i}. 
Ih) %iAï, L. il. c. II. V. iB, 

i (>j Pacpl. L. l«c. 9. V, ii« 



1^4 ^ Â 

MARAlOTli,Maraîoth,(ay 

Mct/)6j;6, fils de ZarahiaSj fie 
père d'Azarias. 

M AR AJOTH , Marajoth , {h) 
MctpivT^ , Prêtre de la race d'Aa- 
toa» Il fut 61$ de Zaraias » de 
père d^Amarras. Il eft mis au 
rang des grands Sacrificateurs , 
dans îe premier livre de Para- 
lipomènes. 

MA R ANE S, ott Mara- 
NÉENS , Maranei , Mapctfi7^ , (e) 
peuple Arabe qui fut détruit 
par les Garyadanes» Fayei Ga- 
ryndanes, 

MARATHON , Marathon , 
Mccpafôwr , (d) bourgade de Grèce 
dans TAtrique , étoît (ituée , 
félon Paufanias, à égale dif- 
tanced* Athènes & deCaryfthée 
ville d'Eubée. Cornélius Népos, 
dans la vie de Milciade > îa 
met à environ mille pas d'A- 
thènes. Elle étoit dans la tribu 
Afantide , comme Spon l'a prou- 
vé par un ancien marbre qui 
contient les noms des tribus 
Athéniennes. Son nom lui ve- 
ftoit du héros Marathon , en 
stténraire , dit Plutarque , de ce 
que ce jeune homme avoir ac- 
compli un ancien Oracle , en 
••offrant volontairement pour 
être facrifié à la tête des trou- 
pes. 

C'eit à Marathon que les 
Perfes débarquèrent , & qu'a- 
près un grand combat où ils 

(«) Efdr. L. 1. c. 7. V. 3* 

(f) Faral. L. 1. c. 6» v. 69 

(c) Diod. SicuU p* is)* 

{J) Pauf. pag. «8 > 60. & fêq, Scrab. 
pag» 177 > 383 , î9«' & /«f • Herod. L. 
1. c. 6». L. Vil. c. 107» ii^t Diod. 
$lcul. pag. «42. Plut. Tom. 1. p% 6^ 15* 



MA 

furent défaits , ils perdirent en* 
core plufieurs vaîffeaux en fe 
retirant. Les Athéniens n*eurent 
pas plutôt appris la nouvelle 
de leur débarquement qu'ils nom- 
mèrent dix ôénéraux ; & près 
"de fe mettre en marche 9 ils dé- 
pêchèrent le courrier Phidip- 
pîde à Sparte, pour inftruire 
les Lacédémoniens du péril d^ 
la Grèce. Phidippide forti d'A- 
thènes avant le départ des Gé- 
néraux , arriva le neuvième de 
la lune à Sparte. 

Le Confeil dès Éphores fenttt 
la néceffité d'un prompt fecours; 
mais, une loi religieufe 9 â: 
dont rinfraftion eût attiré la 
colère des Dieux, défendoîc 
de commencer une entreprife 
militaire avant la pleine lune » 
qui ne devoit arriver que dans 
fîx jours , c'eft-à-dire , le ïf 
du même mois. On fe crut donc 
obligé d'attendre ce jour-là^ 
pour faire partir les troupes» 
Nous avons peine à compren- 
dre aujourd'hui que de pareils 
fcrupules aient arrêté des homi- 
mes fenfés dans une telle occa- 
fion ; cependant , Thiftoire noiw 
fournit de femblables traits dans 
tous les fieeles de dans tous lès 
païs. 

Les Athéniens ne crurent pas 
devoir attendre la jondlion des 
Spartiates; ils jugèrent plus à 
propos de profiter de la fitua* 

Plin. Tom. 1. pag. 197* Tom. 11. pae; 
370, 690» Pomp. Mel. p. II). Tbuc^d* 
P^R* H y 48- Corn. Nep* in Miltiad. c. 
4,6. m Themifth. c. 1 » 5 1 6. Julh L. 
11. c. 9. Mém. de PAcad. des Infcript* 
& Rell. Letu Tom. XVlll, pag. j^^ 
& frivt 



M A ' 

tîon des Perfes , alors reflerrés 
par la mer , par une montagne 
ÔC par le marais de Marathon , 
qui ae leur permettoic, ni de 
s*écendre9 ni de faire agir leur 
cavalerie. Ainfî , dhs- qu'ils eu- 
rent reçu le renfort qui leur ve- 
Boit de Platées, ils s*avancerent 
par le flanc de la montagne , ëc 
prirent pofte à la vue des Per- 
les. Miltiade , qui craîgnoit les 
intrigues des Piliilratides de du 
vieil Hippîas , propofa de bruf- 
i!)uer Tatraque; plufieurs de fes 
Collègues lui cédèrent leur 
jour de commandement ; il at- 
tendit néanmoins pour donner 
le combat , que le lien fût ar- 
rivé. La viâoire fut complète, 
êc Parmée Perfanne, contrainte 
de fe rembarquer, abandonna 
fes équipages , en laiffant huit 
mille trois cens hommes fur le 
<liamp de bataille; fans parler 
d'un plus grand nombre de 
fuyards qui périrent dans le 
marais. Les Athéniens pourfui- 
virent les vaincus jufqu'aux 
f>ords de la mer , leur prirent 
fix vaifleaux, 6c en brûlèrent 
plufieurs* 

Cette bataille , qui a rendu 
ce lieu (i mémorable , fe donna 
la troifieme année de la 72*. 
Olympiade, Pan 490 avant 7. C. 
Les Athéniens n'étoient qu'au 
nombre de douze mille, tandis 
'^|ie les Perfes comptoient dans 
lé^r armée plus de cinq cens 
iplle hommes. Cette bourgade 
€toir déjà fameufe , depuis que 
Théfée y avoit pris le taureau 
de Marathon , qui avoit fait 
beaucoup de mal à la Tétrapole 



M A f ij 

d^Âttiqne, Se qui fut ùcnBé 
par le vainqueur au temple de 
belphes. 

L'on voyoit à Marathon la 
fépulture de ces braves Athé- 
niens qui périrent dans le com* 
bat contre les Perfes. Sur leur 
tombeau l'on avoit élevé des 
cdlorones où étoient gravés 
les noms » les tribus & les ex- 
ploits de ces illuOres morts* 
Les PJatéens , peuples de Béo- 
tie , avoient au(Iî-là leur mo- 
nument , ÔL les . Efclaves le 
leur , car en cette occalioA 
les Efclaves furent enrôlés pour 
Ja première fois» Miltiade fils 
de Cimon avoit fa fépulture 
à part. 

39 Dans la campagne de Ma* 
30 rathon l'on entend , dit Paufa- 
3» nias , toutes les nuits des 
39 henniflemens de chevaux êc 
30 un bruit de combattans ; tous 
3» ceux que la curiolîté y attire 
» & qui prêtent Poreille à def- 
39 fein , s'en retournent fort 
n maltraités , mais ceux qui 
33 paifant leur chemin voyent 
33 ou entendent quelque chofe^ 
39 n'offenfent point les Mânes 9 
» & il ne leur arrive riea de 
3» mal. 33 

Les habitans du lieu regar- 
dolent commme autant de Héros 
ceux qui furent tués en com- 
battant contre les Perfes; ils ref* 
pedloient leur mémoire, Ôc en- 
core plus celle de Marathon qui 
donna fon nom à cette Bourga** 
de. Mais, ils honoroient Her- 
cule d'un culte tout particulier, 
& ils paflbient même pour être 
les premiers des Grecs ^ui lui 



120 M A 

eufTenc confacré des autels* Au 
refte * à les en croire > il y eut 
en cette fameufe journée un 
événement fort (ingulier. ' Un 
inconnu qui avoit Tair àc Tha- 
bit d*un paiTan , vint fe mettre 
du côté des Athéniens durant 
la mêlée, tua un grand nom- 
bre de Barbares avec le man- 
che de fa charrue , & difparuc 
auflitôt après. Les Athéniens 9 
ayant confuhé l'Oracle pour 
fçavoir qui étoit cet inconnu , 
n*eurent d'autre réponfe iînon 
qu'ils honoraflent le héros 
Échethlée. Après le combat , 
ils érigèrent- dans le lieu même 
un trophée de marbre blanc. 
Les Athéniens fe faifoient hon- 
neur d'avoir donné la fépul- 
ture à tous les Perfes qui pé- 
rirent dans le combat ; &i en 
effet ils avoient toujours re- 
gardé comme une aâion de 
piété d'enterrer les morts. Ce- 
pendant, je n*ai vu, dit Paufa- 
nias , dans toute la pleine de 
Marathon , ni tombeau , ni émi- 
nence, rien enfin qui air Tair 
d'un monument ; ce qui me 
fait croire , ajoute Paufanias 9 
que Ton jerta leurs corps dans 
quelque foffe , à mefure qu'on 
en rencontroit. 

On voyoit à Marathon une 
fontaine qui portoit le nom de 
Macarie. Dans la plaine il y 
avoit un lac fort bourbeux. On 
dit que les Perfes , par mépri- 
fe ôc pour ne pas fçavoir les 
chemins , fe jetterent tout au 
travers ^ & qu'il en pcrit-là 



MA . -, 

un grand nombre. Au defTus du 
lac on vit longtems fubfiiler 
les écuries d*Artapherne » bâ- 
ties de pierres-, & l'endroit où 
il attachoit fon pavillon fe fai* 
foit remarquer. Ce lac for** 
moit une rivi«re , dont l'eaa 
vers fa fource étoit fort bonne 
pour les beiliaux, mais vers 
fon embouchure elle étoit fa- 
léeSc pleine de poifTons de mer* 
Un peu plus loin que la plaine 
de Marathon, il y avoit une 
caverne digne d'être vue ; l'en- 
trée en étoit étroite , mais quand 
on éroit dedans , on trouvoit des 
chambres I des baignoires, une 
érable appellée communément 
retable de Pan, & des pier-. 
res taillées en figures de chè- 
vres. 

Marathon , dit aujourd'hui 
Marathona, félon Sophien , dc 
Marafon félon quelques autres» 
n'eil plus qu'un petit amas de 
quinze ou vingt zeugaria , ou 
métairies des Athéniens , éloi^- 
gné de trois milles de la mer Se 
de fept ou huit d'Ébreo Cattro ; 
ce qui répond aux foixante- 
quatre flades, que Paufanias met 
de diilance enire Marathon 6c 
Rhamnus. 

MARATHON , Marathon , 
MapaBcJr , (a) fameux Héros qui 
donna fon nom au bourg de 
Marathon. Voyei Marathon. 

Eumélus avoit écrit que Ma* 
rathon , fils d'Épopée & petit- 
fils d'Aloëus qui avoit le Soleil 
pour père, craignant la colère 
&; le% mauvais traitemens d'É-^ 



C«) l'auf. pag. a8 > 61 9 8s* 



MA 

popée^s'étph franfplanté dant 
la partie maritime de l'Attique; 
qu'après la more de fon père 
H étoit revenu dans le Pélopon- 
nèse ; qu*ii avoit partagé le 
royaume entre Tes enfans ; qu'en- 
fuîte il étoit retourné en Atrî- 
qoe y & que fes deux fils , Si- 
cyon 3c Corinthus , avoient don- 
né leur nom an pais qui leur 
étoit échu en partage. 

MARATHON [ le taureau 
de ] , Marathonius Taurus , {a) 
Mapct^iueç Tav^tç. Plutarque ra- 
conte que Théfée, ne pouvant 
fouffrir i*oifîveté , ôc voulant 
d'ailleurs, s'attirer Tamour du 
peuple f alla contre le taureau 
de Marathon , qui incommo- 
doit extrêmement les habitans de 
la contrée , appellée Tétrapole ; 
6c l'ayant dompté & pris tout 
en vie , il le fit pa(Ter au tra- 
vers de la ville , afin qu'il fût 
vu du peuple, & le facrifîa en- 
fuite à Apollon Delphinien* 

MARATHON £ le lac de ] , 
Marathonius Lacus. (h) Paufa- 
cias fait mention de ce lac , & 
dit qu'il étoit en grande partie 
rempli de limon. Les Perfes mis 
en fuite à la journée de Mara- 
tbon fe précipitèrent dans ce 
lac. Ceux qui faifoient difficulté 
de s'y jetter, furent paffés au 
fil de l'épéepar les Athéniens. 

MARATHONIENS , Mara-^ 

ikonii , lActpahûdviot f les habifans 

de Marathon. Fbyei Marathon. 

iVîARATHOS, ou Mara- 

(ii) Plut. Tom. 1. p. 6. 
<^) Pauf. p. 6i» 6». 
(c) Pomp. Mei. pag. 69. Ptolèm. t. 
JT.c, 15, Suab. pag. 755. Plia, Tom. 1. 



?, 



M A T17 

tUtTS , Harathus , Afarathos, (c) 
M<x/>a0o<, ville d'Afie dans U 
Phénicie. CVtoit» félon Pom- 
ponius Mêla, une ville fameufe. 
Ce fut- là qu'Alexandre reçue 
des lettres de Darius, écrites 
en des termes fi orgueilleux , 
u'il en fut extrêmement ofien- 
e ; mais^ ce qui le piqua davan- 
tage • ce fut que Darius prenoic 
le titre de Roi , ^ ne Je lui 
donnoit pas à lui-même. 

Ptolémée nomme cette ville 
dans la Cadîotide entre Anta- 
rade 6c Mariame. Tzetzès U 
met entre le Cafius & le Liban, 
& l'appelle Maraphis. Straboa 
parle de Marathos, comme d'une 
ancienne ville des Phéniciens , 
mais qui étoit ruinée de fon tems«^ 
Il ajoute que les habitans de l'iile 
d'Arade en avoient partagé en- 
tr'eux au fort le territoire. Cet- 
te ville fe rétablit depuis , Se 
elle fubfîfte encore aujourd'hui 9 
dit-on , fous le nom de Tor- 
tofa. D'autres veulent que ce 
foit préfentement Margat. 

MARATHUS , Maratkus; 
Voye^ Marathos. 

MARATHUS , Marathtts , 
Mc^«8oç , (d) Héros que d'autres 
nommenr Marathon. Voye\^ Ma-. 
rathon. 

MARATHUSE , Maraphujal 
Mx/»aOot;oa , {e) îfle fituée fur les 
côtes de l'Afîe mineure , vers 
Éphefe , félon Pline. Etienne 
de Byzance la met plus au nord» 
près de Clazomenes. Thucydi* 

pag. 164 • 674. Q. Curt. L. IV. c. i. 

ii) Plut. Tom. 1. p. 1 s. 

(e) Plia. Tom. 1. p. 187. Tfaucyd. fi 
57<i 



128 M A 

de dit que Marathufe, Pelé & 
Drimyfl'e étoient des iflesiîtuées 
devant Clazomenes ; ainfi 9 il 
a fervi de guide à Etienne de 
Byzance, qui Ta copié en cela. 
Son nom venoic de la quantité 
de fenouil qui y croifToit. Pline 
écrit MarathufTe. avec deux^ 

MARATHUSE, Marathufa, 
Mapd^Qvaci , (a) ville de Tifle 
de Crète. Pline 6c Pomponius 
Mêla en font mention. 

MARATHUSSE , Marathuf 
fa. Voye{ Marathufe. 

MARBRES DE PAROS , 
autrement Marbres d'Arondel. 
Le nom de Marbres de Paros 
vient de ce que ces Marbres 
furent trouvés dans Tifle de 
Paros. Foye{ ArondeI« 

MARC [ Saint ] , Marcus , 
MtVxo^ « (h) ÉvangéliAe 9 étoit » 
félon Papias , Saint Irénée 9 & 
la plupart des Anciens ôc des 
Modernes 9 le Difciple êc Pin- 
cer prête de Saint Pierre; & 
plu(ieurs Anciens croyent que 
c*eil lui dont parle Saint Pierre 
dans fa première Épître , & 
qu'il appelle fon fils fpiriiuelj 
apparemment parce qu'il Tavoit 
converti. On croit qu'il avoic 
vété du nombre des foixante- 
dix Difciples, avant qu'il s'at- 
tachât à la fuite du Prince des 
Apôtres ; mais , quelques Pères 
a^joutent à cela une particula- 
rité 9 que Saint Marc fut un 
de ceux qui fe retirèrent de la 
compagnie du Sauveur, lorf- 
qu*il lui eut ouï dire ces paro- 



MA 

les : D Si vous ne mangez la 
n chair du fils de l'homme, & S, 
» vous ne buvez fon fang9 vous 
» n'aurez point la vie en vous- 
» mêmes ; » mais que Sainr 
Pierre l'ayant ramené , il de«* 
meura toujours depuis ferme 
dans la foi, de s'attacha à cet 
Apôtre qu'il accompagna à Ro- 
me , où il écrivit fon Évangile» 

Quelques-uns Pont confondu 
avec Jean Marc , connu dans 
les Adles des Apôtres ik dans 
les Épîtres de Saint Paul ; 
mais, ce fentiment eft prefque 
entièrement abanndoné. D'au» 
très foutiennent que Saint Marc 
étoit de la race Sacerdotale . 
& qu'il portoit le bonnet des 
Prêtres. C'eft ce que dit l'au- 
teur Anonyme de fes Aâcs» 
On prétend auilî qu'il étoit nd- 
veu de Saint Pierre j étant fil» 
d'une de fes fœurs. 

Quoi qu'il en foitj cet Apô- 
tre étant allé à Rome vers 
l'an de Jefus-Chrift 44 9 Saine 
Marc l'y accompagna , & y 
écrivit fon Évangile , à la prière 
des frères > qui lui demandèrent 
par écrit, ce qu'il avoit ap- 
pris de la bouche de Saint Pier- 
re. 

Saint Pierre ayant appris ce 
que fon Difciple avoit fait , le 
loua, l'approuva & donna foo 
Évangile à lire dans les Églifes» 
comme un ouvrage authentique. 
TertuHien attribue cet Évangi- 
le à Saint Pierre i & TAuteur 
de la Synopfe, qu'on croit être 



(s) Plin. T« 1. pag. aïo. Pomp. Mel.l (^) Pets, Èfifi, i. c. 5. y. 13. 
ptg. 1480 I 



Saint 



MA . 

Saint Âtlianafe, veut ^ue'ceè 
Apôtre le lui ait di(flé. Eu- 
tythe f Patriarche d'Alexan- 
drie « avance que Saint Pierre 
J'écrivit ; &. quelques- uns , ci* 
tés dans Saint Chryfoitôme » 
croyant que Saint Marc l'écrivit 
tn Egypte. D'autres veulent 
qu'il l'ait écrit après la mort 
de Saint Pierre. Toutes ces di- 
Verfités de fentimens prouvent 
aflez qu'il n'y a rien de bien 
certain fut le tems , ni fur le 
lieu où Saint Mafc conapofa 
fon Évangile^ 

On eû auHÎ partagé fur la 
langue dans laquelle il a été 
écrit» les uns foutenant qu'il a 
été compofé en Grec^ & les au- 
tres en Latin. Les Anciens &C la 
plupart des Modefnes tiennent 
pour le Grec qui pafTe encore 
à pféfeiit pour l'original de 
Saint Marc ; mais , quelques 
exemplaires Grecs manufcrits de 
cet Évangile portent qu^l fut 
écrit en Latin. Le Syriaque ôt 
l'Arabe le portent de même. 
Il étoit convenable qu'écrivant 
à Rome, de pouf les Romains, 
il l'écrivît en leur langue* Ba- 
roàius & Selden fe font décla* 
rés pour ce fentiment, lequel 
toutefois n*a que très-peu de 
Seâateurs. 

On montre à Venîfe quelques 
cahiers que l'on prétend être 
l'original de la main de Saint 
Marc. Si cela étoit bien fûr^ 
& que Ton pût lire le Manuf-*- 
crit , ce feroit une preuve in- 
faillible pour terminer cette dif* 
pute. Mais , on doute que ce 
&it le vrai original de Saint 



Mâ/e; & il €i\ tellei^efit gâté 
par la vieillefTe, qu'à peine eA 
peut-on dillinguer use feuld 
lettre» Le demiet Auteur qutt 
nous fçachions , qui en ait paf^ 
lé, eft O. Bernard de Môntfau'" 
con^ Il foutient qu'il eil écrit 
en Latin , Ql il avoue qu'il u'a 
jamais vu de (i ancien Manuf* 
cfit* Un Auteur qui l'avoit VU 
avant lui» croyoit y avoir re-*> 
marqué des caraâeres Grecs» 

Ce manufcrit de Saint Mar6 
eft écrit fur du papier d'Égypta 
beaucoup plus mince de plus dé-» 
licat que celui que l'on voit eti 
diâTérens endroits. D. Betnafd 
de Montfaucon croit qu'on ne 
bazarde gueres en difant qu'il 
eil pour le plus tard du qua«t 
trieme fiecle. 11 fut mis en 15641 
dans un caveau dont la voûtd 
même eft dans les marées , plui 
bafle que la mer voidne ; de«là 
vient que l'eau dégoutte perpé«* 
tuellement fur ceux que la cu^ 
riofîté y amené. On pouvoit eft* 
core le lire, Jorfqu'on l'y dépo^^ 
fa en 1564» 

Plufîeurs Modernes croyent 
que Saint Marc fut envoyé paf 
Saint Pierre de Rome à Aqui- 
lée , où il demeura deux ans ^ 
demi , & fonda une Èglife \ 
mais, ce fait n'eft pas fonda 
dans Tantiquitéi On croit que 
ce fut l'an de Jefus-Chrîit 49, 
qui étoit le neuvième dé I*em* 
pire dé Claude > que les Juift 
ayant çté chafles de Rome ^ 
Saint Pierre &. Saint Marc fu^* 
rent obligés d'en fortir* Saint 
Pierre envoya Saint Marc eà 
Ègyptç, pour y prêcher Tj^ 



ï;d MA 

vangile* Il defcendîc d^abotdlK 
Cyrene dans la Pentapole » où 
il fit plufieurs converfioDS, Delà 
il vint à Alexandrie > où il con» 
vertît Anien , qu'il ordonna pre- 
mier Évéque de cette ville« Le 
aombre des Chrétiens s'y multi- 
plia extrêmement; & ils y vécu- 
rent d'une manière fi parfaite» 
?u'au fentiment de plufieursv 
hilon le Juif en a voulu faire 
honneur à fa nation, en décri» 
yant la manière de vivre des 
premiers Chrétiens , fous le nom 
de Thérapeutes. 

Le nombre des Chrétiens 
croiffant tous les jours , les 
Payens fe foulevercnt contre S. 
Marr f qui étoit venu renver- 
fer le culte de leurs Dieux. Il 
crut qu'il étoit de la prudence 
de fe retirer & de laiiler paiTer 
cette tempête. Il retourna à 
Cyrene , oà il demeura encore 
deux ans. Puis il revint à Ale- 
xandrie. Il y vit avec joie les fi- 
dèles augmentés en foi 8c en 
grâce , aufii bien qu'en nombre , 
ôc en fortit de nouveau* Il alla 
apparemment à Rome > s*tl eft 
vrai 9 comme le dit là chronique 
d'Alexandrie 9 qu'il y affilia à la 
mort de Saint Pierre ôc de Saint 
Paul » l'an de Jefus-CbriA 66^ 
De'^là il revint à Alexandrie» 
où les Payens irrités du grand 
nombre de fes miracles « âc des 
railleries que les Chrétiens fat-» 
foient de leurs Idoles > le cher- 
choient pour le faire mourir. 
Dieu le cacha pendant quelque 
«ems; mais, ils le trouvèrent 
iqui ofFroit le Saint Sacrifice. 
Ç'étoit un Dimanche 24 Avxîl 



MA 

del'andeJerus-ChriftéS.lls M 
mirent une corde au cou , & le 
traînèrent pendant tout le jour ^ 
difant qu'il falloit mener ce 
bufiie à Bucoles, qui étoit un 
lieu près de la meri plein de 
rochers & de précipices. Sur le 
foir , ils le mirent en prifon > o4 
il eut deux vidons pendant la 
nuit ; Tune » d'un Ange 9 qui 
l'aflura que fon nom étoit écrit 
au livre de vie ; l'autre, de 
notre Sauveur , qui lui donna la 
paix. Le leodemaiiv» les infidèles 
recommencèrent à le traîner 
par les rues , jufqu'à ce qu'il 
rendit fon ame à bien , le 2f 
Avril de Tan de Jefus-Chrift 
68. Plufîeurs ont dit qu'il avoit 
fini fa vie par le feu ; apparém!« 
mène que l'on brûla fon corps 
«près fa mort. 

Quelques Hérétiques, au rap-? 
port de Saint Irénée » ne rece- 
voient que le feul Évangile 
de Saint Marc. D'autres piarmi 
les Catholiques rejettoient les 
douze derniers verfets de fon 
Évangile» depuis le v. 9 , Surgens 
autem mane , &c. jufqu'^à la ^n 
du livre ; apparemment à caufe 
qu'il paroifibit que Saint Marc t 
en un endroit > étoit trop op-> 
pofé à Saint Matthieu , & qu'il 
rapportoit dans cette dernier^- 

λartie > des circonftances oppo- 
ses aux autres Évangéliiles» 
Les anciens Pérès, les ancienr 
nés verfions Orientales , & pttf* 
que tous les anciens exemplai** 
res , tant imprimés que manufr 
cries. Grecs & Lsitins, lifent 
ces douze derniers verfets » ^ 
les leconûoiâent pouc aiitb^ft* 



MA 

tiques , comme tout le relie de 
l'Évangile de Saint Marc* 
. Autant qu'on en peut juger 
en comparant Saint Marc avec 
Saint Matthieu , le premier a 
abrégé Touvrage du fécond. 
Saint Marc employé très-fou- 
venr les même termes , rappor- 
te les mêmes hifloires* de rele«* 
ve les mêmes circonftances. S» 
Marc y ajoute quelquefois de 
nouvelles particuia/ités , qui 
donnent un grand jour au teixte 
de Saint Matthieu. Il y a même 
deux ou trois miracles dans S. 
Marc 9 qui ne fe trouvent pas 
dans Saint Matthieu. Ce qu*il 
y a de fort remarquable dans 
notre Évangélifte , c*ejft que 
quoqu'il fuive Saint Matthieu 
dans prefque tout le refie , il 
-abandonne cependant Tordre de 
fa narration > depuis le chapi* 
tre IV. V. i^. jufqu'au chapitre 
XIV. V. 13. Dans ces endroits 
au lieu de fuivre Saint Mat* 
thîeu 9 il s'attache à Tordre des 
tems marqué dans Saint Luc de 
dans Saint Jean ; ce qui a dé-- 
terminé les Chronologiftes à 
fuivre Saint Luc , Saint Marc 
& Saint Jean préférablement à 
Saint Matthieu* Dans les com<«> 
mencemens de TÉvangile 9 il 
commence fon récit à la prédi- 
cation de Jean ^ Baptifte , Ôc orner 
plufieurs paraboles qui font rap- 
portées dans Saint Matthieu , 
Chapitre XX , XXI & XXV , 

. (4) Dio. CaC p. 79^. 4^ /^r. déi» 
Bitt. des Exp. Tom» IV. pag. )a8 • 
3*9 > 3)0. & fmiv. Mém* de TAcad. 
des Infcript. & Bell. Letc. Tom» i< p 



MA i)t 

& plulîeurs difcours de le fus* 
Chriil à fes DiCciples & auiC 
Pharifiens , chap* V, VI , VU ^ 

XVI, xxm* 

On peut voir la vie de Saint 
Marc dans les Bollandiftes ÔC 
dans M. de TiUemont , & ç^ 
que M. Spanhem a écrit fur 
cet Évangéliile* 

MARC » Marcus , Mxoxoç» 
Voye^ Jean , fur nommé Marc* 

MARC AURELE, MarcuÉ 

parent de l'empereur Adrien i 
porta d'abord le nom de M* 
Annius. Il étoit Efpagâol d'ori-« 
gine. Son bifayeul parterne!, quî^ 
le premier de fa famille. Vint, 
s'établir à Rome, avoit pour pa^ 
trie Ucubis ouSuccubis, ville 
de la Bctique , peu éloignée d'I-ï 
talica, patrie d'Adrien. 

La nobîeffe de la famîHe de 
M. Annius pouvoir être ancien- 
ne, & on lui attribue une ori- 
gine bien iltuftre , mais chimé- 
rique , fans doute, en la faî-* 
fant defcendre de Ntima. Sotif 
illuftration conftanie ne remon- 
te pas au delà de la quatrième^ 
génération. Annius Vérus , fcn 
bifayeul , s*ciant tranfporté , 
comme il vient d'être dit * d'U* 
cubis à Rom^^ y parvînt à la Pré^ 
ture. Son grand-pere du même 
nom porta la fplendeur de fat 
fflaifon au plus haut degré , 6c 
devint Patricien, trois foisCon- 



Tom. 11. pag. 4)85 4)9* Tom. JCli. pag, 
%66i 564, 3^9, |T4. 385 , j^cj; Tom; 
XV. pag. 43 i 48 , 6» , 449 , -,68. Tom. 
XVII, pa^. li. Tom. XVill. pag. 218» 



t»9 » ftso f ^1 1 H^ » lfc5V-»'*a8o r •Bt'j & fri'9» 7ofn. XXI pag. 485* «^ Jmvi 



tjâ M A 

fui , & Préfet de la ville. Soti 
père mourut peu avancé en âge^ 
ctànc adlueliement Fréteur. Il 
avoit époufé Domitia Calvilla 
Lucilla f fille de Calvi(îus Tul- 
lus , qui fut deux fois Conful. 
M.iÂnnius, leur fils, naquit 
le vingt-fix Avril de Tan de Ro- 
me 872 , & de Jefus-Chrift 121 , 
fous le fécond Confulat de fon 
{;rand-pere. 11 futfucceilîvement 
adopté par fon bifayeul^du côté 
de fa merCi Catîlius Sévérus 9 
&parfonayeul paternel An- 
nius Yérus ; enforte qu'il porta 
quelque tems le nom de Cati* 
lius , & reprit enfuite celui de 
fes pères. On a remarqué que 
le nom de Vérus convenoit très- 
bien à fa candeur, & à l'amour 
qu'il montrit pour ta vérité dès 
Ion enfafice. Adrien. jugea mê» 
sne que ce nom ne diîoit pa$ 
aflez > & voulut qu'on l'appel- 
lât Véridimus ou parfaitement 
vrai. Ce Prince eut pour lui 
des attentions particulières, dès 
les premières années d« fon 
enfance. Il lui donna le rang âc 
le titre de chevalier Romain 
à l'âge de fix ans ; & à huit , 
il le décora d*un facerdocè im- 

J>ortant9 en l'a^Tociant au col- 
ege des Saliens ; enforte que 
l'adoption » par laquelle il Tin- 
troduifit dans la maifon impé- 
riale, ne fut ^u*une fuite de 
l'afFeâion finguliere 9 qu*il lui 
avoit toujours témoignée. 

Le foin de l'éducation de M. 
'Annius fut confié à fon ayeul 
patern;èU auquel dans des mémoi- 
res Philofophfques, qu'il nous 
a lai£és > fur ce q^ui le concerne 



MA 

lui-même » il fe reconnott f edc*^ 
vable de la générofité Ôc de la 
douceur des fenrimens. Mais 
d'un autre côté , il compte par- 
mi les bienfaits des Dieux , de 
n'être pas rcfté long-tems entre 
les mains de la concubine » 
qu'entretepoit ce grave Séna- 
teur , & par laquelle Tinno» 
cence de fes moeurs auroit pu 
être pervertie. Il fut inilruit 
dans tous les arts , qui peuvent 
former l'efprit & le corps. On 
lui donna des Maîtres de Gram« 
maire Grecque & Latine,d'Élo*' 
quences de Philofophie , de 
Jurifprudence , de Mathémati« 
ques , de DeiTein ^ de Danfe» 
de Mufique. On le drefla même 
à la lutte , à la courfe, au pu** 
gilat. Il aima affez les exerci- 
ces du corps , de il y-réufiilToit* 
L'Éloquence de la Poëfîe eurent 
peu d*attraits pour lui. Il re- 
mercia même les Dieux de n'y 
avoir pas fait de grands pro- 
grès , parce que les fuccès en 
ce genre auroient pu l'arra- 
cher à des études , dont il fai« 
foit peu de cas en pomparaifon 
de la Philofophie. 

Ce fur donc la Philofophie f 
qui eut toute fon eftime & toute 
fa tendrefle. Il la prit du côté 
folide, utile aux mœurs* Natu- 
rellement grave ÔC férieux 9 il 
ne perdit point le tems à des 
queftions abftraites fie fouvenc 
frivoles. Il s'attacha à ce qui 
pouvoit le perfedlionner , lui 
former le cœur , réprimer les 
paillons, lui infpirer l'amour 
de .tous fes devoirs , le rendre 
plusdoifx^ plus reconnoiflant # 



MA 

plus éloigné des plaififs UHci' 
tes , plus difpofé à faire du bien 
à tous ceux, qui fecrouveroienc 
avoir befoin de fon fecoors. Son 
ardeur pour cette belle Philo- 
ibphiealla jufqu'à lui faire pren- 
dre f à l'âge de douze ans , le 
manteau de Philofophe. H pré- 
tendit même en embrafler la vie 
auflere. Il commença à coucher 
fur la dure ; & ce ne fut qu*avec 
bien de la peine , que fa mère 
obtint de lui , qu'il fouffrît un 
matelas^ L'application infatiga- 
ble à rétude t la continuité du 
travail , Ôc la févérité du régime 
altérèrent fa fanté; & c'eft le feul 
reproche que Ton ait pu lui 
faire dans fon enfance. Il nous 
apprend lui-même que dans fa 
jeunelTe il cracha le fang. Mais , 
les maux » qui ont pour princi* 
pe ces fortes d'excès » ne font 

rias les plus difficiles à guérir. 
i reprit vigueur , & malgré 
une vie toujours laborieufe • il 
pouffa fa carrière jufqu*à près 
de foixanre ans. 

On voit que les fages maxi- 
mes de la Philofophie ne meu- 
blèrent pas feulement fa mémoi- 
re , mais qu'elles influèrent dans 
fa conduite* Il y fut conftam- 
jnent fidèle. Ses mœurs furent 
fans tache» ou s'il avoue que 
dans le feu de l'âge ^ l'amour 
prit quelque pouvoir fur lui » 
il déclare en méme-tems qu*il 
en fecoua promptement le joug. 
Il adopta le maintien férieux de 
Fhiiofophe fans en prendre U; 
morgue. Son accueil étoic pré- 
venant & gracieux, non -feule- 
ment pour Ces ^mis ^maii à l'iî« 



MA 



tJ^ 



gard de ceux même, qu*il coii!; 
noiflbit peu. Il fçut être ver- 
tueux fans orgueil , modefle faot, 
timidité , grave fans féche« 
reffe. 

Tous fcs maîtres trouvèrent 
en lui le difciple le plus recon-, 
noiflant qui fut jamais. U ç^ft 
vrai qu'ils le méritoient. Par 1^ 
détail y qu'il nous fait lui-même^, 
de ce qu'il a appris de chacuil- 
d'eux , il paroît que leurs le«* 
çons ne fe renfermoient pas duns* 
l'art ou la fcience, qui faifoic 
proprement leur objet ; 6c qu'ils 
avoient encore plus à cœur de- 
lui élever l'ame 8c de le for- 
mer à toutes les vertus mora- 
les & civiles. Aufiï, les aima«. 
t-il avec une tendrefle , donc, 
il y a peu d'exemples. Une de# 
faveurs, dont il rend grâces aux 
Dieux, c*eil de ce qu'ils Pont 
mis à portée de s'acquitter en- 
vers ceux qui Tont élevé , '8c 
& de les récompenfer , chacun 
félon ce qui convenoit à leur 
état , & fans délai , fans leur 
faire attendre long - tems ce 
qu'ils avoient droit d'efpérer» 
Il les honora vivans & morts» 
Il gatdoit leurs images en or 
dans fa chapelle domeftique »> 
avec celles de fes dieux Lares i 
& il offrit à leurs tombeaux det 
couronnes de fleurs fie desvic^ 
times. 

Les plus célèbres de fes matrres' 
furent Hérode Atticus , orateur^ 
Grec, Cornélius Fronton , ora- 
teur Latin , mais fur-tout Juniufi 
Rufticus, qui, à une illuflre naif- 
famcc j joignoit un goût hérédï^ 



%)4 M A' 

taire pour la philofophîeStoï- 
cfènne. 

M. Annius fréquenta auflî les 
écoles publiques des Rhéteurs, 
& y 6t avec plufreurs de fes 
condifciples des liaifôns d'amitiéi 
4ii**l conférva fidèlement. Lorf- 
qû'il fut Empereur, il les com- 
Dlâ de fes bienfaits ; & ceux 
^e leur condition ne lui per- 
mit pas d'élever aux honneurs , 
it les enrichir pas fes libéralités. 
Dans fa quinzième année, il 
^rit la robe virHe* & fur le 
49ftamp Adrien arrêta fon ma- 
riage avec une fille de Vérus 
Ce far. Mais , Tâge trop tendre 
dôs pattiês contrariantes retarda 
FêXécution de ce projet qui fur 
eivfuite rompu par d'autres cir- 
Mnftances. Peu' de rems après , 
Tfi fut nommé à la Préfedure de 
fà ville» pendant les fériés La- 
finëi. Cétoit une fimple dé- 
coration , une ombre de Ma- 
giilrature fans fonélion. Mais 
«nfin , il falloit repréfenter ; 
de M. Annîus fit /on perfon- 
uage , avec toute la décence 
Ôc toute la dtgnîté poflîbles. 

il prouva vers fe même tems 
fort défintéreffement & fa géné- 
jTofité à I*égard de fa fœur uni- 
que Annia Cororficia , en lui cé- 
dant apparemment à l'occafîon 
d'un mariage , tout le bien de 
fbn pcre. Sa mère blâma cette 
libéralité , 8c voulut s'y ôppo- 
fer. Il répondit àùx repréfetua- 
tîons qu*eUe lui fit, que les biens 
de fon ayeui parternel , dont il' 
^toit Bis adoptif ^ ^u) héritier, 
lui fuffifoiem. » Et Je vous învi- 
3» ce vous jnême^ ajouta-t-il , à* 



»' donner tout ce que vous po(- 
y> fédez à ma fœur, afin que fac 
» fortune ne foit pas inférieure 
3» à celle de fon mari. '^ Par 
tant d'excellentes qualités , par 
t>ne conduite fi parfaitement foû- 
tenue dans toutes fes parties » 
M. Annius s*étoit fait tellement 
aimer & eûimer d'Adrien , qud 
s'il eût été d'un âge plus mûr 
à la mort de Vérus Céfar , il 
femble , à en juger par les ex- 
pédions de Capitolin | que 
FEmpereur Veut choifi pour lui 
fticcéder. Au moins en adoptant 
Tite-Antonin , il exigea qu*if 
adoptât lui-même M. Annius» 
avec le fils d'iElius Vérus. Et 
quoique celui-ci appartînt déjà 
à fa famille, puifqu'il étoit fils de 
fbn fils àdoptif , il donna néan- 
moins fur lui'la préférence & le 
droit d'aînefile à M. Annius, qui, 
en vertu de fon adoptk>n , prit 
le nom dé Marc - Aurele , de 
celui de la famille deTite-An* 
t^nin , qui étoit Aurélius, 

Marc-Aurele avoit alors près 
dé dix-fept ans. Son élévation , 
loin de l'enfler d'orgueil , ou 
de lui caufer même de la joie , 
l-afiHigea & Pinquiéta. Ayant 
reçu ordre d*aller occuper la mai<^ 
fon, qu'Adrien habitoit , avant 
que d*être Empereur , il quitta 
à regret les jardins de fa mère, 
où il logeoit alors. Comme fes 
domeiliques qui pénfoient bien 
diffëremmenc , s'étonnoient de 
fa triftefle dans une fi belle oc-o 
c^on de fe réjouir, il leur 
ex^ôfa les embarras , les incon- 
véniens , les dangers de la puif« 
bjiCt Impériale. 



MA 

«'^ Sén nouvel état ne changea 
i^en dans fe^ procédés* Non* 
feulement il fut fournis & ref- 
peâueux envers fes père & 
grand-pere adoptifs ; mais» il té- 
moigna à tous fes proches les 
mêmes égards , les mêmes dé- 
férences, qu'il avoit toujours 
eus pour eux. Il aimoit par 
f oûtla (implicite & la modeitie, 
*& y demeura conilamment atta- 
ché. Nul fafte ni dans fa maifon» 
iii dans fes équipages , ni fur fa 
^^rfoone. Il ne le diftinguoir en 
rien des particuliers. Il conti* 
mia les études qu*il avoit com- 
mencées ; &c quoique deftiné à 
rEmpire > il all(^it comme au- 
paravant , aux leçons publiques 
des maîtres d'Éloquence & de 
Philofophîe. Sagement oecono- 
me , il ne croyoit pas que les 
folles dépenfes fuflent une né- 
ceffité de fon rang. Il confer- 
voit fon patrimoine, pour faire 
face aux vrais befoins > & être 
en état d'en aider les gens de 
mérite paV des libéralités, fui* 
vant leurs befoins. AuiG • tôt 
après qu'il eut été adopté > quoi« 
qu'il n'eût pas encore dix*fept 
ans accomplis , il fut défigné 
Queileur , Adrien ayant obtenu 
pour lui du Sénat une difpenfe 
d*âge. 

Après la mort de ce Princej 
-Tite- Antonio fît connottre par 
des eâfèts à Marc-Aurele, l'efti» 
me fioguliere qu'il avoit pour 
lui, & la préférence quHl lui 
donnoit fur fon frère L. Com- 
* modus. Marc « Aurele devoit 
épo«fer la fille de Vérus Cé- 
'ùa ^ de L. Commodttt la fiilc de 



F, 



MA tjç 

Tite-Antonin. L'Empeteuir ré-*» 
folut de rompre fes projets » âc 
rofitant du prétexte. q^ie lui 
ourniflbit la trop grande jeu^ 
nefl*e de L. Commodus» âgé alors 
feulement de fept à huit ans» 
il fit fonder Marc- Aurele fur le 
defifein qu'il avoit de le choifîc 
pour fon gendre* Celui-ci t re«> 
ténu peut «être par le refpecl 
pour Its arrasgemens d'Adrien.» 
demanda du tems povr délibé» 
rer fur une offre n avaatagen* 
fe. Après y avoir peniié » il y 
confeotiti & ^'afiuca ainfi de 
plus en plus le droit de fuccef- 
uon à rEmpice; mais y il acquit 
une époufe » qui it grand tort à 
fa réputation. 

Dès que le niarlage de Mare- 
Aurele avec Eaumne eut été 
arrêté » Tite-Antonin s'empre£- 
fa d'accnmuler for la tête de 
fon gendre toutes fortes d*hop- 
neurs. Il le nomma Céfar ; il hô 
défigna Conful pour l'année fui« 
vante avec lui ; il le fit chef de 
l'une des centuries des cheval- 
liers Rom?sifcs« Lorfquele jeune 
Prince donna en cette qualité 
des jeux au peuple ^ avec fe» 
collègues, FEmpereur prit pla- 
ce à côté de lui. Tice-Antooia 
fit anffi à Marc-Aurele une mal- 
fon^ quefque répugnance qu'il 
lui vit pour la pompe âc la 
magnificence* K lui donna potlr 
logement le palais de Tibère ^ 
èc le décora quatre ans aprè» 
d'un fécond Confiât y dans le* 
<quel il voulut encore être foa> 
Collègue. En même-tems qu*il 
faifoit une (brte de violence- 

i h modeâk de Marc^Aurete. 



ï3^ M^A 

par rédat dont il reriviron- 
looît , il ne négligea point de 
fecondier fon inclination favori* 
te pour r^tudc .de la Philofo- 
phie ; car , la fortune & les di-" 
^icés n'avorent rien changé 
tians le goût du nouveau Ce- 
iar pour. lè$ belles connoifTan-" 
<:iasy'qui tei^dent à perfe<5lionr 
iier le ccear.de Thomme , en 
«lui 'faifant &ntir toute la beauté 
^e la venu. Comblé d'honneur$ 
«éc deâiné à la fouveraineté » 
iiînfî,qu.'oir Ha déjà marqué, il 
tcomsnuoit de s'exercer à cette 
■fcaute' fcience y. ôc prenoit avi- 
.dementles leçons des plus ha«- 
AiLea maîtres tnce genre. Tke- 
Antonin> pour le fatisfaîre, lui 
Se venir de Chalcis en Syrie un 
célèbre Stoïcien, nommé ApoU 
-lonius.. ^ . 

L'Empereur fe donna le tems 
<4lebien connoîtreMarc-Aurelé, 
tAvant que de luixoinmuniquer 
4e$ titrets, qui conilltuoientchez 
«les Romains la fouveraineté. Ce 
«e fut qu'après. neuf ans écou- 
lés depuis fon adoption , que 
.ce Jeune Prince, deux fois 
,Conful , âgé de vingt-fix ans, 
.marié , Ôc déjà père d'une fille, 
.xeçut la puîflance du Tribunat 
-& l'autorité Proconfulaire. Afin 
que les peuples pfîffent une 
part fincere à la joie de «cet 
-événement , TEmpereur accor- 
^da une remife de tout ce qui 
.reçoit dû au fifc , & brula corn* 
me avoit fait Adrien dans unâ 
femblable occafion, les.regiftres, 
-qui conftatoient ces dettes, 

Marc-Aurele étoit bien digne 
,d€s honneurs^ par Ierq.ueIsTice- 



MA 

Antonïn Pégaloit priefque à hiî* 
même. Jamais fils ne fut plut 
fournis à fon père. Pendant près 
de vingt - trois ans qu'il habita 
avec lui , foit dans la ville , foie 
à la compagne , il ne découcha 
que deux nuits; & il fe con- 
duifit toujours avec tant de 
probité , de modeftie , de fa* 
geffe , que chaque jour ajou* 
•toit un nouveau degré à i'eitime 
.& à TafFeélion , que Tite-An- 
tonin lui portojt. AuiG eut-il 
.route fa confiance. L'Empereur 
l'appelloit à tous les Confeils, 
l'afiTocloit au Gouvernement de 
.toutes les afiTaires , ne donnoit 
aucun emploi , ne plaçoit per« 
fonne que de concert avec lui ; 
& dès le troifieme jour de la 
maladie-, dont il mourut, ce 
Frince, ayant appelle les pré- 
fets du Prétoire & les princi- 
paux de fes amis, confirma en 
leur préfence le choix qu'il 
avoit fait de Marc-Aurele pour 
fon fuccefleur; & il lui reconw 
manda la République & fa fille. 
Il fe dépouilla même en quel- 
que façon dès ce moment en £a 
faveur , des honneurs du rang 
fuprême. Pour l'en mettre en 
poiTeHion , il fit tranfporter chea 
Jui la ilacue 4'or de la Fortune » 
que les Empereurs avoient tou- 
. jours dans leur chambre* 

Après fa mort, le Sénat eo^ 
tra dans fes vues, & déféra à • 
Marp-Aurele feul tous les titres 
de la fouveraioe puifTance « l'an 
de Rome 91 2, &; de J. C. 1 61 . Le 
nouvel Empereur , par une gé'^ 
iiérofité » dont Texemple eft 

.UAÎ^ue d^n.$ l'hUloice^ vquImc 



MA 

prouver que le rang fupreme 
n'eil point , comme on fe l'ima- 
gine communément > incapable 
de fouffrir le partage. Il de- 
inanda que fon frère fût aflbcié 
à l'Empire. Les Auteurs ne 
nous apprennent point quelle 
imprefOon fit fur le^fprits des 
Sénateurs une pr^ofîcion fi 
nouvelle & fî contraire aux in- 
térêts de celui qui la faifoit. 
Nous fçavons feulement qu'elle 
pafla. 

Il eft bon d'obferver que les 
deux Augures ne partagèrent 
point entr'eux les provinces de 
l'Empire^ comme avoient fait au- 
trefois Oâavien & M. Antoine. 
Ils Its gouvernèrent en commun, 
de la même manière que deux 
frères 9 dans une condition pri- 
vée, régiroient une fucceflîon, 
qu'ils poiTéderoient par indivis. 
Mais y comme dans une fociété 
de puilfance» la balance néan- 
moins ne peut ni ne doit pasêfre 
abfolument égale, Marc-Aurele 
avoit fur fon frère la prééminen- 
ce , que donne la fupériorité de 
l'âge & du mérite , malgré Té- 
gaKté du pouvoir* 

Du Sénat y où ces arrange- 
mens importans avoient été 
pris Se autorifés par les fuffra- 
ges de la compagnie , les deux 
Empereurs fe tranfporterent au 
camp des Prétoriens. Marc- 
Aurele porta la parole com- 
me le plus âgé f ôc parce 
^u'il avoit plus de talent & plus 
de facilité pour $*énoncer. Vingt 
niille fefterces par têre furent 
promis aux foldats. Afin que le 

jpeuple jptît part aulS h U joU 



M A 137 

de leur avènement , les nouveaux 
Empereurs augmentèrent les 
diilributions gratuites de bled f 
& y appellerent un plus gran4 
nombre d'enfans de l'un & de 
l'autre fexe. Après ces premiers 
foins f qui ne pouvoient fe dif- 
férer ,ils célébrèrent avec pom- 
pe les funérailles de leur perc 
QL prédécefleur. 

Dans les commencemens de 
leur Empire » leur unioiv fut 
parfaite. L. Commodusj à qui 
fon frère avoit fait prendre le 
furnom de Vérus , agiffoit moins 
en Collègue qu*en Lieutenant 
de Marc-Aurele ; & il témoi- 
gnoit même vouloir imiter la 
lagefTe & la retenue de fa con-^ 
duite. En ce qui regarde le 
gouvernement » ils prirent l'un 
& Tautre pour modèle Tite* 
Antonin , dont on n'eut pas 
lieu de regretter la douceur & 
la bonté. Ils jouirent d*abord 
de quelque calme, dont Marc- 
Aurele profita pour continuer 
de fatisfaire Tattrait , qui le 
portoit à orner fon efprit par la 
philofophie 8c par les belles 
connoidances. Tout Empereur 
qu'il étoit , il ne rougifloit pas 
d'aller prendre les leçons de 
Sextus de Chéronée , philofo- 
phe Stoïcien , neveu de Plutar- 
que. Il fréquentoit aufC Técofe 
d'Hermogene , ce Rhéteur fa- 
meux par la brillante réputation 
de fa jeunefTe & la décadence 
de fon efprir dans l'âge mûr. 

La joie publique fut augmen- 
tée par la naiâance de deux 
fils jumeaux de Marc-AureJe , 

qui vinreoc au monde le creii-; 



h» h A 

te-un d*Aoâi de la première an- 
née du règne de leur père. 

On apprit en inême*tems di- 
vers mouvemens de guerre en 
Germanie , dans la Grande* 
Breta^iie, du côté des Par- 
thes* La guerre des Cattes en 
Germanie & celle des Bretons 
furent des objets de peu d^im- 
portance. Mais les Parthes , qui 
n'avoient point remué depuis 
Trajan , attaquèrent les Ko- 
inains , avec des forces fraîches 
& des courages irrités » & iU 
leur cauferent d'abord des per* 
tes confîdérables* Une guerre fi 
importante , âc dont les com- 
jmencemens défavantageux faî- 
foient craindre des fuites en- 
core plus fâcheufes parut aux 
deux Empereurs mériter que 
l'un d'eux fe tranfportât fur les 
lieux pour la conduire en per- 
fonne. L. Vérus fe chargea de 
cette commifEon ; mais , uni- 
quement occupé de fes plaifîrs» 
il ne prit aucune part aux opé- 
rations de cette guerre. Le foin 
en fut confié à les Lieutenans ^ 
'qui ne laiflerent pas de faire de 
grandes chofes , parce qu'ils 
étoient fort habiles. Et Marc- 
Aurele» reflé feula Rome, avoir 
de fî loin l'œil toujours attentif 
^fur ce qui fe pafToit en Orient, 
dûnnoit des ordres, & envoyoit 
les provifions nécelTaires.Quoi- 
,quéL. Vérus eût eu fi peu de 
part à la vidloire, les foldats 
ne laifTerent pas de le procla- 
.mer //npertfror,jufqu'à trois fois* 
Ils lui déférèrent les noms d'Ar- 
'méniaque , de Parthique , de 
Médi^ue. Ces mêmes noms fu« 



MA 

fent communiqués à fon CoITe^ 
gue. Se confirmés à Tun &i à 
l'autre par l'autorité du Sénat* 
Mais Marc-Aurcle, pea cu- 
rieux d^une gloire > à laquelle 
il ne croyoit pas avoir beau- 
coup de droit y ne les accepta 
Gue par c^plaifance pour fon 
irere , & comme un figne d'u- 
nion avec lui. Il en ufa fobre- 
roent > 6c cefTa abfolument de 
les employer après la mort dé 
L. Vérus. 

Lorfque les affaires de TO- 
rient eurent été réglées, L» 
Vérus retourna à Rome , & le 
Sénat décerna le triomphe aux 
deux Empereurs. Ils reçurent 
aufH alors le nom de Père de la 
patrie , déjà plufieurs fois inu- 
tilement offert à Marc-Aurele p 
qui n'avoit jamais voulu con- 
lentir à le prendre en l'abfence 
de fon frère. L. Vérus demanda 
pour les fils de Marc-Aurele , 
le nom de Céfar. L'union étoit 
parfaite , au moins pour les de- 
hors; & elle fit le principal 
ornement du triomphe ^ qu'ils 
célébrèrent enfemble, portés fur 
le même char ,& ayant avec eux 
tous les enfans de Marc- Aarele, 
de l'un & de l'autre fexe , dont 
la plupart étoient en bas - âge. 
M. de Tillemont rapporte la 
date de ce triomphe à l'année 
de Jefus-Chrift i66 , que nous 
comptons pour la neuf cens dix- 
feptieme de Rome. 

La vidtoîre fur les Parthes ne 
fut pas aufli avantageufe aux 
Romains ., que les fuites leur en 
devinrent lunefles par la pef- 
te q^tt'ell^ amenât On faao&te 



"ïîverfement Torigine de cetta 
ipefte , & avec des circonftances 
mêlées de fabuleux. Mais , il 
eu conftant que les Romains la 
prirent dans le paVs ennemi; & 
îorfque L. Vérus revint à Rome^ 
ielle le fuivit par tout^ &c fe 
con\muniqua à toutes les provin- 
ces par lefquelles il paua. Elle 
entra avec lui dans la Capitale ; 
& delà elle s*étendit jufques 
dans les Gaules & jufqu^au Rhin* 
die attaqua les peuples & les 
armées y les villes ôc les campa- 
gnes. En Italie , les terres de- 
meurèrent incultes, faute d*hom- 
imes qui puflent y travailler. 
Dans Home, il falloir emporter 
lei corps morts dans des char- 
rettes éc des tomberaux ; Ôc le 
gouvernement fut obligé de 
faire Jes frais des fépultures , à 
\caufe de la multitude de ceux 
-qui mouroieût ^ & de la négli- 
gence de leurs proches fouvent 
infeiStés du même mal. Ce n'é- 
toieni pas feulement les gens du 
commun que la maladie empor- 
toit par milliers > elle fit périr 
titj grand nombre d'illuftres per- 
fonnages , aux principaux def- 
iquels Marc-Aurele dreffa des 
uatues. Il n*eil pas b^^foin de 
dire que le cœur paternel de ce 
Prince fut fenfiblement touché 
du mal affreux , qui défoloitfon 
Empire. 9 & qu'il n'épargna ni 
ïbins ni dépenfes pour y ap- 
porter du foulagement. 

Les mouvemens des Mârco- 

'mans fui virent de près la guerre 

des Cartes , 6c commencèrent 

dès le rems que les principales 

iTorces des Romains étoieoc oc- 



MA 139 

cupées contre les Parthes en 
Orient. Marc-Âarele crut avec 
raifon devoir éviter d'avoir à 
la fois deux grandes guerres fur 
les bras. Il amufa les Marco- 
mans ; & en temporifant fage- 
ment , it arrêta leur aAivi- 
té, jufqu'à la paix conclue avec 
les rarthes. Mais , d'un autre 
côté > ces délais donnèrent le 
tems aux Barbares d'augmentev 
leurs forces. Lorfqu'après le 
triomphe fur les Parthes, Marc- 
Aurele fe trouva en liberté 
d'agir contre les Germains , 
la guerre étoit devenue très- 
confîdérablé & capable d'allar* 
mer fur le fort de l'Empire, 
d'autant plus qu'elle concourotc 
avec les ravages de la pefte» 
qui emporta une multitude infir- 
me de citoyens de de foldats. 

11 fallut donc recourir à d^ 
remèdes extraordinaires. Dans 
une guerre 9 qui paroifToit aufS 
importante que l'avoit été celle 
d'Annibar^ on imita ce qui s'é- 
toit pratiqué après la bataille de 
Cannes. On arma des efclaves 
de bonne volonté , qui , ne 
s'enrôlant que de leur plein gré, 
furent appelles volontaires , k 
la dififérence des foldats de con- 
dition libre , qui , par la loi de 
l'État , étoient obligés de fer- 
vir. On réfolut d'employer les 
Gladiateurs , dont la ville de 
Romeâc l'Italie étoient pleines» 
au fervice de la guerre. On for- 
ma des corps de troupes légères. 
On ramafla dans la Ualmatie Sc 
dans la Dardanie , des brigands 
accoutumés aux courfes & aux 
coups de main. Enfin |0a acheû 



HP MA 

des troupes auxiliaires de Ger- 
mains pour combattre contre 
des nations Germaniques. A ces 
pre'cautions de prudence hu- 
maine , Marc-Aurele joignit le 
foin de fe rendre les Dieux fa-? 
vorables par toutes les cérémo- 
nies, que Oi religion autorifoit. 
Il manda de toutes parts des 
Prêtres & des facrificateurs II 
immola un nombre prodigieux 
de viftimes. Il expia Rome par 
toutes fortes de purifications^ & 
de luftrations. Il remplit même 
la ville de rîts étrangers , con- 
tre les anciennes maximes de 
la politique Romaine. Sa phi- 
lofophie,plus difcreteque celle 
d'Adrien , l'avoit prémuni con- 
tre la magie & contre les opé- 
rations, ou Ton invoq'uoit les 
démons. Mais , à cela près , 
elle Tavoit laifle engagé dans 
toutes les fuperftitions du culte 
idolâtre» 

Tous les préparatifs étant 
faits , il déclara dans le Sénat , 
qu'il étoît néceiïâire que les 
deux Empereurs allaflent en 
perfonne commander leurs ar- 
mées. Ils partirent donc de Ro- 
me , l'an de Jefns-Chrifl i66, 
êc vinrent pafler l'hiver à Aqui- 
lée, pour,enrrer de bonne heure 
en campagne Tannée fuivante. 
Il paroît en effet qu*ils fe tranf- 

Îorterent en Pannonie, l'an de 
efus Chrift 167. Le principal 
bien, qui réfulta de cette expé- 
dition , c'eft que les frontières 
de l'Italie Ôc de Tlllyrie furent 
mieux fortifiées qu'auparavant» 
êc mifes à l'abri des iofultes des 
Barbares* 



MA 

. Lorfque les deux Emperetrfii 

étoient en chemin pour retour- 
ner à Rome, L. Vérus fut atta* 
que d'une apoplexie violente p 
dont il mourut trois jours après 
à Altinum. La calomnie épargne 
û peu les Princes, même les plus 
vertueux , qu'il fe trouva des 
gens» qui oferent accufer Marc- 
Aurele d'avoir caufé la mort de 
fon frère , foit en l'empoifon- 
nant, foit en le faifant feigner 
mal-à-propos , après l'accident 
qui lui étoit furvenu. Ilfaudroit 
ê^re fouverainement injufte & 
même infeofé , pour mettre un 
pareil crime fur le compte de 
Marc-Aurele ; 6c ce feroit un 
facrilege , félon l'expreffion'de 
fon HiOorien » que d'outrager 
fa vertu par un tel foupçon. Il 
n'aimoit pas L. Vérus fans dou« 
te» ôc il nepouvoit pas Taimer* 
Outre la contrariété univer- 
felle de leurs caraâeres & de 
leurs mœurs y Capitolin nous 
fournit un fait particulier , qui 
dut indifpofer beaucoup l'efprlt 
de Marc-Aurele. Ce qu'on peu|: 
blâmer en lui , c'eft l'excès des 
honneurs, qu'il rendit à la mé^ 
moire d'un Prince fi peu digne 
d'être honoré par Marc-Aure- 
le ; car , il mit au rang des 
Dieux celui qui » à la cruauté 
pi;ès , étoit un fécond Néron. 

Marc - Aurele a ufé de la 
même affeilation dans l'ouvra- 
ge que nous avons de lui. Écri* 
vant pour la poftérité , il n'a 
point eu honte de remercier les 
Dieux de lui avoir donné un 
frère , qui , véritablement pat 
fes mœurs > dcYeooit pour luî 



MA 

mn aiguillon de vigilance & 
d^attention fur lui-même , mais 
par lequel il avoit eu la douce 
confolation de fe voir honoré 
tSc chcri. II parla plus franche- 
ment dans le Sénar. En remer- 
ciant cette compagnie d'avoir 
décerné les honneurs divins à 
L. Vérus , il déclara qu'il da- 
coit en quelque façon de ce 

i'our le commencement de fon 
empire, n'ayant plus un Col* 
lègue dont la négligence nui- 
fbit aux agraires. Il fit même en- 
tendre que c'éroit à Ces confeils, 
8c non aux foins dé L. Vérus , 
que la République étoit rede- 
vable de rheureux fuccès de la 
guerre contre les Parthes. En 
un mot , le fens de tout fon dif- 
cours , & rimpreiEon qui en 
réfulta dans l'efprit des Séna- 
teurs, ce fut que la mort de L. 
Vérus le déîivroit d'un poids, 
qu*il lui avoit été très-difScile 
êc très <- pénible déporter. ' 

Toute cette conduite n'eft 
point droite. L. Vérus , û peu 
capable defoutenir dans tout le 
reAe la comparaifon avec Marc- 
Aurele , lui étoit préférable 

four la franchife ; car , ce 
rince, tout vicieux qu'il étoit, 
avoit au moins des mœurs fîm- 
ples ôc ennemies de la feinte dc 
de la dii&mulation. 

•Marc-Aurele eut toutes, for- 
tes d'attentions pour les fœurs 
Se les tantes de fon frère- Il les 
£t jouir des honneurs dûs à leur 
rang y de leur aflîgna des pen- 
£ons pour les aider à en foute* 
iiir la fplendeur. Il eft encore 
iligac d'éloges pour U condai« 



r * r 



MA, î4f 

te f quMl tînt à l'égard des af« 
franchis de L. Vérus , qui 
avoient pris trop d'afcendant 
fur Tefprit de ce Prince , & ea 
avoient abufé. Marc-Aurele les 
congédia tous. Il ne garda dans 
le palais que, le feui Eleélus g 
qui ne valoir pas mieux que les 
autres ^ mais que la Providence 
deilinoit à délivrer l'univers des 
fureurs de Commode. 

Pendant que l'Empereur étoîc 
occupé de ces différens foins 
dans Rome , il ne perdoit point 
de vue la guerre contre lesMar* 
comans , qui , de leur côté , ne 
fe laiiîèrent point oublier. Car» 
c'eft probablement à ce tems- 
ci que l'on doit rapporter U 
grande viâoîre, qu'ils rempor- 
tèrent fur Vindex , Préfet du 
Prétoire , Sl qui paroîi être I» 
même , dans laquelle Lucien 
dit qu'ils tuèrent vingt mille 
hommes aux Romains. Les vain- 
queurs, profitant de leur avan- 
tage, s'avancèrent vers l'Italie, 
pénétrèrent jufqu'à Aquilée, & 
peu s'en fallut qu'ils ne prilTenc 
cette ville. Le danger fut capa- 
ble d'allarmer ; & c'eft peut- 
être à cette même occafion qu« 
Marc-Aurele &t les grands & 
extraordinaires préparatifs, que 
nous avons placés dès le com« 
mencement de la guerre. Tous 
ces faits ne font point datés 
dans les originaux. Ce qui eft 
certain , c'eft que Marc-Aurele 
pouffa alors la guerre avec une 
vivacité & une perfévérance 
tout autres qu'il n'avoit pu faire 
du vivant de L. Vérus. 

Il partit de Rome pour id 



14« M A 

Pannonie , l'année même qui 
fuivit la mort de fon Collègue ; 
Se pendant cinq années confé- 
cuiîyes » il demeura fur les 
lieux f fupportant des fatigues 
incroyables, avec un courage 
6ui fuppléoit à la foiblefle de 
Ion corps & de û fanté ^ & im- 
pofant aux autres y par fon 
exemple , la nécef&té d'une vie 
dure & pénible > qui fît fouvenc 
murmurer contre la févérité des 
maximes de la philofophie. Il 
eut de grands fuccès ; il fouf- 
frit au(C quelques pertes. Mais , 
les fuccès l'encouragèrent ; ôc 
les pertes furent pour lui une 
faifon de s'opiniâtrer à les ré- 
parer. Il n'écouta point les Te- 
préfentations de fes amis , qui 
vouloient l'engager à laiflerune 
guerre fi remplie de travaux Se 
de dangers. Son plan étoit de 
ne point revenir à Rome » qu'il 
ii'eût réduit les Barbares à fe 
foumetrre pleinement ; & il en 
vînt heureufement à bout. Marc- 
Aurele, vainqueur , prit le nom 
de Germanique. 

C'eil au tems de la guerre » 
dont nous venons de parler , 
qu'il faut rapporter un fait im- 
portant y foit en lui-même , foit 
par le rapport qu'il a avec la 
gloire de notre religion. Çeft 
fa pluie miraculeufe , qui, ob- 
tenue par les prières des Chré- 
tiens, fauva l'Empereur & foa 
armée d'un très - grand péril. 
Voici de quelle manière Dion 
Çaflius raconte cet événement. 

» Marc-Aurele remporta fur 
i les Quades une vidloire mer- 
9 veilleufe daps fes circooftan- 



M A 

:9'ces, ou plutôt elle lai fut 
x> donnée de Dieu ; car , les 
» Romains cauroient un extrê- 
» me danger ; & la divinité les 
o en tira par une merveille 
» étonnante. Les Quades les 
I» avoient enveloppés dans un 
n lieu , où ils avoient tout l'a- 
30 vantage. Cependant , les 
>> Romains ayant formé de 
30 leurs boucliers une tortue » 
» fe préparoient à les bien re- 
» cevoir. Mais , les Barbares 
» voulurent vaincre fans tirer 
» l'épée , efpérant faire périt 
x> toute l'armée ennemie pat 
x> l'excès du chaud âc par U 
» foif. Comme ils l'emportoient 
» beaucoup par le nombre , ils 
» enfermèrent tellement les Ro- 
x> mains , qu'ils leur ôtoient tout 
» moyen d'avoir de l'eau. C'é- 
» toit après un combat que les 
» Romains fe trouvoient dans 
39 une pofition (i fâcheufe ; en 
» forte que la fatigue , les bief? 
» fures que plufîeurs avoient 
» reçues , l'ardeur du foleil $ 
j> la foif fe réuniffoient pour 
» lâfs accabler. Il ne leur reiloit 
3> pas même la relfource de 
9 mourir en braves gens «l'épée 
» à la main , parce que lt$ 
» Barbares occupant des poAes 
» inacceCGbles , s'y tenoient 
30 tranquilles & refufoient de 
9 combattre. Tout d'un coup» 
)> les nues fe rafTemblen^, elles 
3> s'ép.aif&âTent , & il en tombe» 
a> non fans une proteâion parci- 

9 culiere de Dieu , une pluie 
30 abondante. Ce bienfait du 
9 ciel rendit la vie aux Ro- 
ss» mains. D'abord» ils Içvei^l 



MA 

^ en haut la tête 8c It vlfage; 

i> & veulent recevoir Teau dan» 

» leurs bouches. Enfuite , ils 

» prennent leurs cafquesy & les 

» préfententàlapluie; & lorf- 

» qu'ils les en ont remplis » ils 

x> boivent avidement & donnent 

» à boire à leurs chevaux* Les 

» Barbares crurent ce moment 

s> favorable pour les attaquer ; 

10 & pendant qu'ils les voyent 

90 occupés du (oin de défaltérer 

V une fpif long-tems foufFerte « 

» ils fe préparent à fondre fur 

p eux* Mais , le ciel, armé con- 

To tre les ennemis des Romains, 

30 lance fur les Quades une 

» grofle grêle Se des tonnerres» 

» qui les diflipent & les brû- 

90 lent , pendant que les troupes 

3> de Marc-Âurele étoient arro- 

x> Cées d'une pluie douce & fa- 

90 lutaire* Ce double prodige 

j> rendit les Romains vain- 

9o queurs. Les Barbares jette- 

p rent leurs armes , Ôc vinrent 

^ chercher un afyle au milieu 

jo de leurs ennemis , pour ' fe 

j» mettre à Tabri des foudres , 

.9 dont ils étoient écrafés. 

» Marc-Aurele y confentit, 

» accorda la vie fauve aux 

39 Quades , & fut proclamé par 

il» fes foldats Imperator , ou Gé- 

•» néral viâorieux pour la fep- 

» tieme fois. » 

Un Poète payen a rendu té- 
moignage à cette même merveil- 
le. Claudieo > parlant de la 
viâoîre de Marc - Aurele fur 
les Quades , dit que Thonneur 
.ne doit point en être attribué 
aux Généraux. » Car , ajoute- 
<» .t-ili uae pluie de feu' tomba 



M A r4| 

9 fur Pennemi. Le courfier^ 
y» environné de flammes , agite 
n 6c fecoue fon cavalier trem- 
» blant. Le foldat fentoit fon 
» cafque fe fondre. Il voyoit le 
» fer de fa pique .& fon épée ie 
x> convertir en des ruifTeaux de 
» métal I devenu fluide & cou- 
» lant. Dans ce combat > le ciel 
ao agit feul ; & les armes des 
30 mortels n'eurent rien à faire.» 

La colomne Antonine » mo- 
nument contemporain , qui fub- 
fille encore aujourd'hui dans 
Rome 9 atteile aufli le prodige ^ 
dont nous parlons. Il y eil repré- 
fente en bas - relief , avec les 
autres exploits de Marc-Aurele 
contre les Germains. La date 
de ce prodige efl fixée par M* 
de Tillemont f à Tan de Jefus- 
Chrift 174, 

Marc-Aurele donna un grand 
exemple de clémence envers 
Ariogefe , roi des Quades, dont 
il avoit mi$ la tête à prix. Quand 
il eut été fait prifonnîer ^ il fe 
contenta de le reléguer à Ale- 
xandrie. Ce Prince y qui le 
plaifoit à honorer la vertu, 
parce qu'il en avoit beaucoup 
lui-même 9 drefla des ftatues 
dans la place de Trajan ^ à tous 
les perfonnages illuftres , qui 
avoient perdu la vie dans I« 
guerre des Marcomans. Le frulc 
qu'il retira de cette guerre & 
des vidloires qu'il y remporta , 
ce fut la délivrance de la Pan- 
nonie f qui avoit été envahie 
par les barbares , aufli-bien que 
la fureté des provinces frontiè« 
res. Il eût fouhaîté conquérir 
la Marcoma^ie & h Sarmatie » 



144 ^ 

c'eft-à-dire , le 



MA , 

c'eit-à-dîre > le pais habité paf 
les Sarmates Jazyges»- La ré- 
volte d'Âvidius Caffius l'empê- 
cha d'exécuter fon projet , 6c 
l'obligea de lailTer » au moins 
pour un tems > les Barbares en 
jpaix. 

Il étoit en Pannonie, lorfqu'il 
reçut la nouvelle de cette révol-. 
te. La réputation d'AvidiusCaf- 
iîus étoit grande;& l'idée d'avoir 
àfoutenirune guerre contre lui, 
çfiTraya d'abord les troupes de 
jMarc'Aurele. Dans Rome , la 
«erreur fut fi vive» que Ton s'i- 
jnaginoit le voir incefTamment 
arriver aux portes de la ville. 
Marc-Aurele , voyant le trou- 
ble fe répandre parmi fes fol- 
dats , les convoqua 9 & leur tint' 
un difcours , que nous rappor- 
terons ici d'après Dion Caffius» 
comme coût à fait propre à faire 
connoître de plus en plus le ca- 
radlere de ce Prince Philofo- 
phe y & comme un exemple fin- 
gulier & peut - être unique de 
modération en pareille circonf- 
cance. 

x> Braves camarades, leur 
3D dit-il ) je ne viens point me 
» livrer ici à des fentimens 
» d'indignation. £il-il permis à 
Il un mortel de s'irriter contre 
3> Tordre des deftins » qui dif- 
» pofenc de tout avec un pou- 
» voir fuprême ? Mais , le cas 
» où je me trouve , autorife la 
» plainte. N*efl-ce pas , en ef- 
39 fet^ une dure néceiSté » que 
» de n*avoir pas un moment 
» pour refpirer en paix , & de 
a> pafler continuellement d'une 
«» guerfe à une autre ? Une 



MA 

f» guerre civile n'eft-elle pas 
I» un malheur, auquel je ne de-^ 
» vois point m'attendre } Il eft 
» quelque chofe encore de plus 
» cruel pour moi; c'eïl de voir 
t> qu'il n'y ait aucune fidélité 
J3 parmi leshomines ; c'eil d'ê- 
» tre attaqué par un ami, comblé 
93 de mes bienfaits » Se d'avoir ^ 
» fans m'êti/e rendu coupable 
» d'aucune injuftice » à com- 
» battre pour ma place de pour 
t> ma tête. Après l'exemple dô 
19 ce que je foufFre , quelle verta 
» fera en fureté ? Sur quelle 
9> amitié pourra-t-on fonder fe$ 
» efpérances? Encore , ^\ j*étoi$ 
n feul en danger , je prendrois 
» aifément mon parti « fçachanC 
Tf> queje ne fuis pas né immortel* 
» Mais, c'eft ici un péril corn-* 
n mun , qui intérefie tout FEm* 
x> pire 6c tous les citoyens. La 
» guerre n'épargne perfonne.II 
30 y auroit unmoyenbienfimplè 
» pour finir la querelle y & je. 
» l'embrafiTerois volontiers 9 s'il 
» étoit poffible. Je fuis très- 
» difpoféde ma part à propôfef 
3> à Avidius Caflius un éclair- 
^ cifîement , Se à me juttifier 
» vis-à-vis de lui, foit devant 
19 vous , foit devant le Sénat ; 
» & je lui céderois l'Empire » 
» fans tirer Tépée , ^\ Ton ju* 
» geoit que le bien public l'e- 
33 xigeât ainfi. Car , c'eft pour 
» le fervice de l'État que ]t 
» fupporte tant de travaux ^ 
9» que je m'expofe à tant de 
33r dangers , que dans un âge 
19 déjà affoibli & avec une 
30 fan^é délicate « je me tiens 
s> ici conftammçnt loin de l*It^- 

»> lie 



MA 

» lie depuis tant d'années , fans 
» goûter jamais un fommeil 
» tranquille , fans prendre un 
» repas , qui ne foie fujet à être 
» troublé. Mais » )e ne dois pas 
x> efpérer qu'Avidius Cailius fe 
y> prête à un accord. Comment 
» fe iîeroit - il à moi , après 
3> s'être montré fi infidèle à 
?> mon égard ? Il faudra en ve- 
» nir aux armes; & le fuccès 
» n'eft pas ce qui mUnquiete. 
3» Pouvez-vous , chers camara* 
» des , douter de la viéloire ? 
» Des Ciliciens » des Syriens , 
t» des Juifs , des Egyptiens , ne 
30 vous ont jamais rédigé , de ne 
x> vous réfifleront jamais , quand 
» même ils vous furpaOTeroient 
» autant en nombre y qu'ils vous 
y> font inférieurs même par cet 
» endroit. Avec de pareils fol- 
n dats , le plus grand Général 
y> n*eiï pas plus capable de vain- 
» cre, qu'un aigle, qui condui- 
j> roit une bande de geaJS>ou un 
» lion à la tête d'une troupe de 
if daims timides. Je fçais qu'A- 
30 vidius Cailius eft un guerrier 
y> & qu'il s'eil acquis beaucoup 
30 de gloire dans la guerre con- 
30 tre les Parthes. Mais , c'cft 
» avec vous qu'il a remporté les 
3> viâoires» qui illuilrent fou 
» nom. Ici il ne fera pas fecqn- 
X» dé ; 6c d'ailleurs M. Vérus j 
»y qui nous demeure fidèle « eft 
30 un Général bien capable de 
r> le contrebalancer. Peut-être 
» Avidius Caflius fe repent-il 
30 déjà de fa démarche témé- 
r> raire , depuis qu'il me fçait 
' 30 vivant ; car ^ ce n'eft que fur 
30 les bruits de ma more qu'il a 

Tom. XXyiL 



MA . 14c 

» ofé fe révolter. Maïs , quan j 
33 même il perfifteroit, au moin« 
» cft - il certain qu'à notre ap^ 
» proche » la crainte de notre 
» valeur, la honte de m'avoir 
» ofiTenfé , ne peuvent manquer 
7> de jetrer le trouble dans fon 
33 ame , & de lui faire aban> 
» donner hs projets infenfés» 
» Tout ce que je crains ». je 
33 vous le dirai avec une entier^ 
» franchise , c'eft que le dé- 
« fefpoir ne le porte à fe tuer 
If lui-même -, où que ^quelqu'un^ 
» penfant -me rendre fervice , 
» ne fe hâte -de m'en défaire » 
» & ne me prive du plus grand 
n de du plus doux fruit de la 
30 viéloire# Oui le comble de 
» mes vœux feroit de pouvoir 
» pardonner à un hamme , qui 
» m'a ofFenfé , de garder la fi- 
» délité à un perfide , de me 
33 montrer ami de celui , qui a 
33 violé à mon égard les droit! 
33 de l'amitié. Peut-être cette 
n fap>n de penfer vous paroît- 
» elle peu croyable ; mais ^ 
30 vous ne devez point en fuf- 
33 peéler la fîncérit<é. Le genre 
33 humain n'eft pas entièrement 
» perverti ; & il nous refte en- 
33 core^elquesVeftiges de la 
, 33 vertu des anciens tems. Que 
33 fi quelqu'un s'opiniâtroità me 
3> refufer créance , ce ferôît 
3> pour moi un nouvel aiguillon» 
» afin que ce qu'il- auroit jugé 
33 impoffible , il le vît accompli. 
» Car 9 l'unique avantage, que 
- » je me propofe de tirer des 
33 maux préfcns » c'eft de les 
33 terminer d'une manière ,* 
33 qui faffe honneur à la vertu. 

K 



H6 MA 

x> & de donner un exemple » qui 
âo prouve à Tunivers , que mê- 
» me les guerres civiles peu* 
» vent avoir une fin heureufe.« 

Telle étoic la douceur ma- 
gnanime de Marc-Aurele.CVft 
àinfî qu^il s*exprima , en parlant 
à Tes foldats. C*eft fur ce même 
ton qu^il écrivit au Sénat, Nulle 
Snvedtive , nul renroche contre 
Avidius Caflîus , n ce n'eft qu'il 
le traicoit fou vent d'ingrat, 
^vidius Caf&us > de fon côcé^ 
refpeâa toujours. Marc-Aurele, 
& ne fe permit aucune parole 
outrageufe contre lui > au moifts 
«n public. 

Après la moft de ce rebelle , 
jjni fut tué au bout de trois mois 

Jar un. officier de Ion armée > 
larc-Aurele fit éclater fa clé- 
mence envers fa famille & fes 
complices. Il pria le Sénat de 
ne point traiter ceux-ci à la 
rigueur. La plus erande peine à 
laquelle on les loumit » ce fut 
rexil ; encore en fur«pt-ils 
bientôt rappelles. Ce ne ^t pas 
fans éprouver quelque contra- 
diâion 9 que Marc- Aurele tint 
cette conduite. Plufieurs trou- 
vaient fon indulgence excefli- 
ye ; & il lui en fut même fait 
des reproches. Si Avidius eut 
vaincu , lui dit-on , en auroit-il 
ttinfi ufi à votre égard f La ré- 
ponfe de Marc- Aurele eft re- 
marquable. Avec la vie , que 
nous menons , dit-il > & la pro» 
fejfion que nous faifons d'honorer 
les Dieux , nous n* avions pas â 
craindre d*être vaincus. 

Quoique la rébellion d'Avî- 
dius Caffiua eût été étouffée 



MA 

prêfque dans fa naîlTaiice, Marc 
Aurele jugea avecraifon qu'une 
auiS grande agitation dévote 
avoir laiiTé dans les provinces 
d'Orient quelque refte d'ébran- 
lement 9 qui avoit befoin d*être 
calmé par fa préfence. Il partie 
donc pour les aller vifiter» & 
en paêrne-tems qu'il eût foin 
d'y faire revivre le refpeél pour 
fon autorité , il y iaiffa par tout 
des témoignages de fa clémen** 
ce. On lui préfenta tous les pa- 
piers trouvés chez Avidius Ca(- 
iius ^près fa mort ^ lettres ^mé* 
moires contenant la preuve de$ 
intelligences, qu'il avoit entre- 
tenues en différentes parties de 
l'Empire. Marc- Aurele les brû- 
la tous fans les lire , dffant 
qu'il ne vouloit point fe met* 
tre dans le cas d'être forcé de 
haïr. 

II pardonna aux villes.& aux 
peuples 9 qui avoient embrafle 
le parti d'Avidius Caffius. La 
feule ville d'Antioche , qui 
avoit été plus ardente ôc plus 
opiniâtre que les autres dans la 
rébellion 9 refiemit d'abord 
quelques effets de fa jufte co- 
lère, il ne voulut point l'hono- 
rer de fa préfence 9 lorfqu'il 
vint en Syrie ; & il y envoya 
une ordonnance févere» qui in- 
terdifoit aux habitans d'Antio- 
che ce qu'ils aimoient le plus» 
les fpeélacles 6c les divertifTe- 
mens publics 9 & même toute 
aflemblée 9 toute délibération en 
commun 9 tout exercice de ce 
que nous appellerions offices 
municipaux. Mais 9 le reflenti- 
meac de ce bon Prince Q*étoic 



MA 

pas de longue durée. II ne put 
tenir contre les marques , que 
ceux d^Antioche lui donnèrent 
de leur repentir. Il leur rendit 
leurs privilèges y ôc vifita leur 
ville , avant que de fortir de la 
province. 

Pendant qu'il étoit en S^tiCi 
If s rois d'Orient s'empreflerent 
de venir lui faire leur cour , & 
il y reçut une ambaflade du roi 
des Parthes. Sa venue en ces 
contrées inquiétoit fans doute 
des Princes , qui connoiflbient 
mieux la puiuance de TEmpe- 
reur Romain , que fa modéra- 
tion. Toujours fage & libre 
d'ambition , Marc-Aurele main- 
tint la paix , renouvella les 
traités » fe fit aimer des Princes 
& des peuples, & laifla par 
tout des fflonumens d'une philo- 
fophîe, qui ne confiftoit pas dans 
de beaux djfcours j mais dan$ 
des effets réellement utiles à la 
faciété humaine. 

Ilavoit mené avec lui Faufti-*. 
ne , fa femme , qu*il perdit dans 
ce voyage. Après la mott de 
cette PrinccOTe , il n'eut pas la 
force de fe pafler d*une conçu* 
bine: & il choifît la fille de l'iiy. 
Cendant de la maifon de fa fem- 
mt. II avoit pourtant alors plus 
de cinquante-quatre ans. Quoi 
qu^il en foit de ce trait fingu- 
lier , Marc - Aurele paflà de 
Syrie en Egypte , & vînt à Ale- 
xandrie , qui avoit témoigné 
aflez de chaleur pour le parti du 
rebelle. Comme néanmoins les 
Alexandrins n'avoient pas éré 
anfli loin que ceux d'Antioche f 
it Itat pardonna fans diâicultét 



MA 1r4r 

H fe familiarifa même avec eux^ 
6c vécut dans leur ville comme 
citoyen ^ comme Philofophe ^ 
plutôt que comme Empereur. » 

Après qu'il eut rétabli l'ordre 
& le calme dans toute la Qon* 
trée Qrientale de TEmpire » £» 
difpofant à revenir en Italie^ 
il pafla par Athènes. Il s'y fit 
initier aux myitères de Cérèà 
Eleufine. Il gratifia les Athé-» 
Biens de divers privilèges ho- 
norifiques de utiles. Comme 
cette ville avoit été de tout 
tems la mère des arts & des 
fciences » Ôc qu'elle attiroic un 
concours infini d'étrangers , qui 
venoient y puifer la dodlrine « 
il compta que fonder des pro^ 
feifeurs à Athènes , c*étoit fe 
rendre le bienfaiteur du genre 
humain , & il en établit avec de 
bons appointemeds pour toutes 
les parties des belles cpnnoif- 
fances. En revenant en Italie ^ 
il fut battu de la tempête. It 
arriva néanmoins heureufemenc 
à Brindes ; &^ fur le champ il 
prit la toge ou Thabit de paix ^ 
lui 8c toute fa fuite* Jamais ^ il 
n*avoit fouffert que les foldati ' 
paru(r<*nt en habit de guerre à 
Kome ni dans l'Italie. 

Ce fut un grand fujet de joie 
pour la Capitale , que le retour 
triomphant de Marc*Aurele. Il 
revenoit vainqueur des Marco* 
mans 8c des Quades y 8c pacifi* 
cateur de tout TOrient. A Toc- 
cafion de tant d'heureux fuccès^ 
la maifon Impériale avoit reçu 
des accroififemens d'honneurs 6t 
de dignités. L'Empereur, pen« 
dant lao voyage » avoic o;>mmi 

Kii 



w 



*4| , M A 

Pompéien , fon gendre 9 au Cofl- 
fulat ^ & accumulé fur la tête de 
Commode » fon fils y pluiîeurs 
titres qui Tapprochoient du rang 
fuprême 9 auquel il i*éleva peu 
après«t Le peuple fe réjouiffoic 
de voir croître ce jeune Prince 
tn fplendeur & en éclat comme 
en âge 9 mais bien à tort ; & il 
faut avouer que dans la conduite 
de Marc-Âurele à l'égard de 
fon fils 9 on reconnoît plutôt un 
père indulgent , qu'une arae 
forte & ^ouée d'un dffcerne* 
ment judicieux. 

Il paroit que Marc-Aurele» 
revenu d'Orient , paiïa près de 
deux ans à Rome. Il employa 
ce teros de repos à réformer 
divers abus dans Tadminiitratioa 
des affaires > & à établir de plut 
en plus le bon ordre dans le 
Gouvernement. Mais^ ces foins 
furent interrompus par la né« 
ceffité de retourner îur le Da- 
nube & de reprendre la guerre 
contre les Marcoraans. 

Marc-Aurele partit le cinq 
d'Août de Tan 919. Nous fom- 
mes peu inftruits du détail de 
fes exploits. Nou5 fçavons feu- 
lement que les chofes réuffif- 
foient au gré de fes voeux. Pa- 
terrius remporta fur les Barbares 
une grande viéloire^ en vertu 
d« laquelle Marc-Aurele fut 
proclamé Imperator pour la di- 
xième fois. Pertinax fe fignala 
auflî dans la Mœiie & dans la 
Dace. Dé}à> Marc Aurele fe 
flàttoit d'achever bientôt de 
fubjuguer des ennemis jufque-là 
indomptables , lorfque la mort 
le prévint deux ans après fon 



MA 

départ de Rome. II tomba ma- 
lade à Vindobona en Pannonieé 
Mais 9 la maladie , fi nous ea 
croyons Dion Caffius , ne fut pas 
la caufe de fa mort, qui doit être 
attribuée au crime de fes mé- 
decins , gagnés par Commode. 
D'autres ont écrit qu'il mourut 
volontairement & par fon choix» 
ne pouvant réfii!er à la douleur 
& à la honte , que lui caufoienc 
les déréglemens & les vices 
horribles de fon fils , qui fe di(V 
pofoit à devenir un autre Né- 
ron. Nous laifferons là ces 
bruits 4 qui peuvent bien n'avoir 
d'autre fondement , que les re- 
grets , que laifia Marc- Aurele 
après lui , Ôc la haine que méri- 
ta la tyrannie de Commode. Il 
paroît que la pefte s'étoit mife 
dans l'armée, de que c'eft de ce 
mal que l'Empereur fut atta- 
qué - 

Lefîxieme jour de fa maladie» 
fe fentant défaillira moinsaffli- 
gé de fa mort prochaine , que 
des maux » qu'il prévoyoit de- 
voir la fuivre , il voulut faire 
un dernier etfort » pour tâcher 
de mettre fon fils fur les voies 
<^une conduite fage & d*ua 
gouvernement vertueux. Il le 
manda auprès de fon lit , avec 
fes amis & fes plus fidèles con- 
feillers , & fe levant un peu fur 
le coude > il parla en ces ter«. 
mes: 

3» Mes amis , je ne fuis point 
x» étonné que vous vous atten- 
30 driflîez fur l'état où vous me 
» voyez. Naturellement , les 
yy hommes compatiflentàceque 
fouffirent leurs fembUbles>fur« 



MA 

x> tout Idrfque le fpeiflacle en 
30 tA fous leurs yeux. Je puis 
39 même me promectre de vos 
» fentimens quelque chofe de 
^ plus ; Ôc ceux que j*ai pour 
«> vous me garanciflenc un re- 
y> tour d'amitié de votre parc. 
» Voici le tems venu pour moi, 
x> de recueillir le fruit des 
y> bienfaits dont je vous ai corn- 
» blés depuis tant d'années , Ôc 
» pour vous de m'en témoigner 
» votre reconnoiflance. Mon 
3> fils a befoin de vous* C*eft 
» vous qui me Tavez élevé 
» jufqu'ici ; mais , voyez à quels 
30 dangers la jeuneffe eft expo- 
» fée , 6c combien , dans un âge 
30 que l'on peut jugement corn- 
30 parer à l'agitation des flots 
30 & de la tempête» lui eft né- 
30 ceiTaire le fecours d'habiles 
» pilotes , qui le gouvernent 
» fagement , & qui empêchent 
30 /que l'inexpérience ne l'en- 
2> traîne dans mille écueils , 8c 
» ne le livre à la fédu(f^ion du 
30 vice. Servez-lui de modéra* 
30 teurs ; dirigez - le par vos 
30 confeiïs ; Ôc faîtes qu'il re- 
9 trouve en vous plufîeurs pe- 
» tes au lieu d'un , que la mort 
30 lui enlevé. Car , mon fils , 
3i> vous devez fçavoir qu'il n'eft 
» point de richefles » qui fufE- 
30 iênt à remplir le gouffre in- 
» fatiable de la tyrannie ; point 
30 de garde, fi nombreufe qu'elle 
t» foie 9 qui puiiTe affurer la vie 
3» du Prinpe , s'il n'a pas foin 
pp d'acquérir l'affedion de fes 
3p fujets. Ceux-là feuls ont droit 
» à une longue ÔC heureufe 
9 jouiâance du fouverain pou« 



M A r49 

39 voir « qui travaillent non à 
30 effrayer par la cruauté , mais 
3> à régner fur les cœurs pat 
» l'amour qu'infpire leur bon* 
p té à tous ceux , qui leuf 
30 obéifienr.Ce n'eft point à des 
30 efclaves foumis par la nécef* 
30 fité , que l'on peut fe fier. 
30 C'eft à des citoyens affedlion* 
» nés , que la bienveillance at- 
30 tache , que le devoir Ôc non 
To la flatterie conduit , ôc dont 
n la fidélité eft au(B inébranla- 
30 ble , que les principes fur 
o lefquels elle eft appuyée. Des 
30 efprits 9 ainfî difpofés y ne fe 
3> portent jamais à fecouer le 
y>^ foug , fi la violence ôc l'or- 
al gueil du Prince ne leur ea 
» font naître la penfée. Prenez- 
90 y garde > mon fils ; car , il 
X» eft difficile de mettre des bot* 
» nés à fes cupidités , lorfqu'oa 
30 a un pouvoir fans bornes 
30 pour les fatîsfaire. Voilà , 
n mes amis , les confeiïs que 
n vous devez donner à ce jeu- 
» ne Prince. Rappellez-lui fou- 
» vent tout ce que je viens de 
30 lui repréfenter. Par-là vous 
3> le ferez devenir la fource de 
3» votre Bonheur , & du bon- 
» heur du genre humain ; & 

» vous vous acquitterez envers 
30 Marc- Aurele > de façon qu'il 
» vous devra plus que vous ne 
30 lui devez, n 

. Tels furent les avis , aufli 
inutiles que fages , donnés par 
Marc-Âurele mourant » à fon 
fils. Il ne furvécut qu'un jour 
ôc une nuit ; ôc il expira le dix* 
fept Mars de l'an de Rome 93 1 , 
étant âgé de près de cinquante-; 



15^ MA 

neuf ans , 8c ayant régné d'epuif 
la mort de Tite'-Antoaiii 19 ans 
& quelques purs* Dion Caffius 
raconte que le dernier jour de 
fa vie f le Tribun étaut venu ^ 
fuîvant Tuiage ^ lui demander le 
snot y il lui répondit : Adrtffhi'* 
vous au Soleil levant ; pour moi » 
je nu couche. 

Il avoit eu de Fauftine y fa 
lemme > trois fils & plufîeurs 
filles. Ântonius Géminus » frère 
jumeau de Comniode , mourut 
âgé de quatre ans , & fervit 
ainfi de preuve à U futilité 
de Tart des AftrologueSi qui 
avoient promis une égale durée 
<fe vie aux deux Princes naif- 
fans. Un troifieme fils de Marcr 
Aurele vécut jufqu'à l'âge de 
fept ans, & reçut le titre de 
Cëfar avec Commode. Une 
grofleur, qui lui vint près de 
roreille » fit qui'exigea uile opé- 
ration, le fit périr. Soâ père 
fupporta ce malheur avec conf* 
tance ; 6c après avoir donné 
cinq jours aux fentimens de la 
sature » il reprit le train des 
siffaires fil confola même leH 
médecins , ou chirurgiens , à 
qui le mauvais fuccès de leuf 
opération avoit caufé une vive 
douleur. Ainfi y Marc* Aurele , 
«n mourant, n'avoit d'autre fils 
que Commode, plus heureux^ 
«'il n'en eût laifle aucuô. 

Efatré fes filles^ nous ne con« 
lioiflbns bien que Lucille y ma- 
riée eto premier lieu à l'empereur 
Vérus & enfuite à Pompéien. 
Tout ceque nous pouvons dire 
des autres, c'efl que leur père» 
en leur choifîiTanc des maris j 



MA 

eut bien plus d'attention à lit 
DoblefTe des fentimens y qu'à 
celle de la naifiance , fie qu'il fe 
donna des. gendres y non qui 
eomptaffènt une longue fuite 
d'ancêtres , ou qui brillaflerlt 
par leurs richefTes^mais recom- 
mandables par le mérite per-* 
fonnel fie par la vertu. 

La mort de Marc-Aurele cau« 
fa un deuil aufE fincere y qu'uni- 
verfel dans tout l'Empire. Quoi* 
qu'il eût maintenu la difcipliné 
âiilitaire avec exaâitude » fit 
qu'il n'eût point eu de moIleS 
complaifances pour les foldats» 
il en étoit aimé. Le Sénat, \t 
peuple j les Provinces , tous fei 
îujecs te pleurèrent amèrement. 
Il étoit très-digne de regreti 
par lui - même ; mais > fon fils 
donna lieu encore de Centir plui 
vivement la perte y que l'Empi** 
te avoit faite. Dès que la nou-* 
velle de fa mort fut arrivée à 
Rome y le Sénat s'aflembla en 
habit de deuil. On commença 
par verfer des larmes en abon- 
dance ; mais , bientôt l'admira- 
tion de fa vertu excitant dans les 
efprits d'autres fentimens y oit 
s'écria que prêté par le ciel à 
la terre y Marc-Aurele venoit 
d*être rappelle dans le ciel. Le 
jour de fes funérailles folem- 
nelles , lorfque fon corps eut 
été rapporté à Rome, au lien 
de pleurs» la place fie le champ 
de Mars retentirent dé fes élo« 
ges. Le Sénat fie le peuple réu^ 
nis y fans les formalités ordi<^ 
Aaires des décrets , le procla- 
mèrent Dieu, tout d'une voix 9 
le (klàerent comme Dieu > oonr 



MA 

})tr flatterie , maïs par une per« 
iiaiion, qui pour être fondée 
fur les chimères de l'idolâtrie « 
n'en étoit pas moins férieufe. 
Oo lui décerna enfuite tous les 
honneurs humains ôc divins » 
arc de triomphe y ftatue d'or 
dans le Sénat » temple, autel , 
Prêtres. Plufieurs de fes prédé- 
cefieurs avoient reçu les même$ 
témoignages extérieurs de vé- 
nération. Mais , ce qui diftingue 
ici Marc-Aureie , c*eft l ^accord 
des cœurs avec le langage i & 
de la pratique des particuliers 
avec les délibérations publi* 
ques* On eût regardé comme 
impie , dît CapitoTin , celui qui 
D*auroit pas eu dans fa maifon , 
parmi fes dieux Pénates , une 
repréfentation de Marc-Aurele. 
Ce culte fe perpétua* li étoic 
encore plus de cent ans après 
en pleine vigueur. Dioclétien 
Blême fe faifoit gloire d'hono- 
rer Marc-Aurele comme une de 
fes principales divinités. 

DIGRESSION 

Sur le portrait de Marc-Aurele. 

C'étôit un de ces caraAères 
nés vertueux » qui ne connut 
jamais le trouble des paiSons. 
On remarque que dès fon en- 
fance f ni la triftefle « ni la joie 
^'altérèrent la férénité toujours 
égale de fon vifage. La gran- 
deur ne fit en lui aucun chan- 
gement* Adopté par Tite*Anto- 
nin , devenu Céfar » aflbcié à la 
puiflance Tribunicienne , il fut 
conftamment le même. Soumis 
à fon père , affable envers tous » 
fimple & modefte dans fes pro* 



MA TÇf 

cédés, \l ne prenoit même l?a 
marques de fa dignité que dans 
les occafions d'éclat « de lorf«« 
qu'il paroiCoit ei^ public avtç 
l'Empereur. Du reile , vivant 
& vêtu comme un (impie parti- 
culier » il alloit écouter les Phi^ 
lofophes dans leurs écoles ; it 
vifitoitv fes amis malades ; & il 
recevoir le matin leurs refpe^t 
fans appareil , fans faite & dans 
la chambre ob il avoir couché* 

Parvenu à la fouveraine puif** 
fance > il gouverna de manière 
qu'il n'eft perfonne qui ne lui ^ 
ait appliqué le mot célèbre de 
Platon y par lequel eft annoncé 
aux peuples de aux États uq 
bonheur parfait , lorfqu'ils ^u- 
ront des rhilofophes pourRois^ 
ou que leurs Rois feront Philo-* 
fophes. Il porta la déférence 
pour le Sénat plus loin^ que 
n'avoit jamais fait aucun de 
fes prédéceCeurs. Il rempliffoit 
fidèlement les devoirs de Séna* 
teur , ne manquant aucune af« 
femblée > lorfqu'il étoit à Rome* 
& revenant fouvent de campa* 

S ne exprès pour y affiiter. Il ▼ 
emeuroit exaAement jufqu'a 
la fin. Jamais il ne fortit que le 
Conful n'eût congédié la com«» 
pagnie par la formule accoutu^ 
mée. Loin de prendre ombrage 
de l'autorité du Sénat » il l'exal^ 
toit en tout , & s'y foumettoic 
lui-même. En partant pour la 

Î;uerre contre les Marçomans t 
1 demanda au Sénat la permtf- 
fion de prendre dans le tréfor 
public les fommes dont il avois 
befoin. Car^ dïtoh'il ^ ^out ap^ 
part'unt au Sénat & au peuple. 

K iv 



t$2 ^ MA 

Nous n'avons rien que nous ne 
tenions de vous. Le palais même , 
oh nous habitons , eft votre bien. 
Il fe deflaififloit fouvent des 
affaires dont il dévoie connoîcre 
lui-même , & en renvoyoît le 
jugement au Sénat. Il fe plai- 
foic fouvent à donner part dans 
l'exercice du gouvernement , 
non- feulement aux Magiftrats 
àdluellement en charge , mais 
aux anciens Préteurs & aux 
Confulaires 9 à qui il diftribuoit 
des départemens & à^^ emplois 
^d'importance , les multipliant 
à deffein , rétabliflant ceux qui 
étoient abolis , en créant de 
nouveaux , non-feulement pour 
le bien du fervxce, mais afin de 
pouvoir mettre en place un plu^ 
grand nombre de Sénateurs. 
L)ans toutes les affaires , foit en 
Çuerre , foit en paix, il prenoît 
toujours l'avis des meilleures 
f êtes^^e cet Ordre augufte ; & 
il difoït fouvent : // eft plus jufte 
que je fuive le fentiment de tant 
d^illuftres amis , que de prétendre 
moi feul faire plier tant d*illu(lres 
amis fous mes volontés Ancaf2A)lt 
d*aucun foupçon de jalouhe , il 
permit même aux premiers ci- 
toyens de monter leur maifon 
fur la maifon Impériale ^ Se d'a- 
voir les mêmes o£fîciers que 
lui. 

Il fe montroit foigneux de 
maintenir la fplendeur du Sénat, 
en n'y faifant entrer que des 
fujets bien éprouvés , & qu'il 
connoiiToit parfaitement. L'hon- 
neur des particuliers même , 
qui compofoient la compagnie» 
lui étoit cher. S'il arriyoit qu'un 



MA 

Sénateur eût une affaire crîmî- 
neile , il faifoit un examen fe- 
cret du procès, avant que de le 
laiffer éclater dans le public. 
Lorfqu'il s'agiffôit d'en venir au 
jugement , il voulfoit que l'ac- 
cufé ne fût jugé que par fes 
pairs, & que jamais un Sénateur 
n'eût pour juge aucun cheva- 
lier Romain. Les plus fages de 
fes prédéceffeurs lui avoient , 
en ce point , donné l'exemple» 
Il les imitoit encore 9 en foula-- 
geant par fes libéralités les Sé- 
nateurs , qui , fans qu'il y eût 
de leur faute , ne fe trouvoienc 
pas avoir un bien capable de 
ibutenir leur dignité. 

Le peuple jouit des droits 
de la liberté fous l'empire de 
Marc-Aurele. Ce Prince ne gê- 
noit les citoyens que pour les 
empêcher de mal faire ; encore 
s'Jf prenoit-il avec douceur. Il 
employoit plus volontiers les 
invitations que les menaces » les 
récompenfes que les.châtimens. 
Quoique fans vices, il étoit très- 
convaincu de la nécelHté de la 
tolérance à l'égard de ceux des 
autres , pourvu qu'ils ne fuffent 
pas portés aux derniers excès» 
11 avoit fouvent à la bouche ce 
mot judicieux : Nous ne pouvons 
pas faire les homnres tels que nous 
les voudrions. Il faut lesfupporter 
tels qu'ils font , & tirer (Peux la 
meilleur parti qu'il eft poffible. 
Cette modération lui réuffît. Il 
eut la fatisfaâion > fuivant Ca- 
pitolin y de voir les méchans 
devenir bons par fes foins, 8c 
les bons croître en vertu. 
Il interdit Tufage des bains 



L- 



MA ^ 

communs aux deux féxes. Il 
réprima par de faliitàires régie- 
mens la licence des mœurs , la 
corruption de la jeunefTe 9 les 
défordres des femmes ; plus 
heureux à réformer la ville ÔC 
l'État que fa propre maifon , 
couverte d'opprobres par les 
débordemens de Fauiline. Il fut 
très-attentif à ne point fouler 
les peuples. Le premier moyen, 
dont il ufa pour Ven difpenfer , 
ce fut une prudente économie 
par rapport aux finances de 
l'État , qu'il évita d'épuifer par 
des largeiTes inconfidérées. Il 
porta la fermeté fur ce point 
jufqu'à refufer , après une gran- 
de vi^oire, la gratification que 
deroandoîent les foldats vain- 
queurs. Tout ce qu'on vous don" 
nera^ leur dit-il , au-delà de ce 
^ui vous eft dû , il faudra le tirer 
du fang de vos pet es & de vos 
proches» 

Dans une extrême détreffe « 
il aima mieux vendre les meu- 
bles & les joyaux de Ton palais, 
^Vie de charger les provinces de 
nouveaux impôts. C'eft pbur- 
quoi , il mit en vente les ftatues 
& les tableaux précieux qui 
oruoient fes appartemens , fa 
vaiiTelle d'or & d'argent , Jes 
pierreries qu'Adrien avoir amaf- 
îees à grands frais , & jufqu'à 
la garde-robe de l'Impératrice, 
& aux étofifes d'or & de foie 
qu'elle portoit fur elle. Cette 
vente dura deux mois. Elle 
fournit à Marc-Aurele de quoi 
fuffire aux dépenfes de la guer- 
re. Après la vi(floire y il déclara 
(|u'il r^chficeroit tout ce qu'il 



MA 15} 

avoît été obligé de vendre, & 
qu'il rendroit l'argent à ceux 
qui voudroient le recevoir* 
Mais , il laifTa fur ce point plei- 
ne Ôc entière liberté , fans vexer 
en aucune façon , ni ceux qui 
rapportèrent ce qu'ils avoient 
acheté § ni ceux qui le gardè- 
rent. Il eft peu néceflaire d'ob- 
ferver qu'un Prince, fi plein de 
bonté , ne foufifroit point que 
l'on exigeât rien des peuples au- 
delà de ce qui étoit impofé , & 
qu'il puniffoit févérement les 
concuflîonnaires. Il remit même, 
dans des circonilances où le be- 
foin d'argent le preflbit, ce qui 
étoit dû au fi fc & au tréfor pu- 
blic , lorfqu'il lui parut que la 
levée en feroit trop onéreufe. 
Dion Caiïîus cite une remife de 
cette nature^accordée par Marc- 
Aurele 9 & étendue à un efpace 
de quarante-iix ans , précifé- 
roent lorfque le renouvellement 
de la guerre des Marcomans 
exigeoit de lui de plus grandes 
dépenfes. 

Les calamités des peuples & 
des villes le trouvèrent toujours 
prêt à les foulager. Dans un 
tems de famine , il diilribua en 
pur don par toute l'Italie des 
bleds étrangers , dont il avotc 
amaffé dans Rome d'abondantes 
provifions. Il rétablit Smyrne, 
Éphefe, Nycomédie, ruinées par 
des tremblemens de terre , 9c 
Carthage qu'un incendie avoic 
dévajftée. 

Les plaifirs mêmes & les dî« 
vertiffemens des fpeâacles , 
qu'il croyoit néceuaires. à la 
multitude > ne lui parurent pas 



j 



1)4 . MA 

«n objet indigne de fes foins. 
Il eo featoic tout le frivole ; & 
lorfqa'il y afCftoic , au lieu de 
repaître fes yeux d*un vain amn« 
fement, il s*occupo}c de chofes 
utiles, il lifoit , il apoftiiloit fes 
lettres f il donnolt audience à 
ceux qui avoient des requêtes 
à lui préfenten Mais ^ fon in- 
diâPérence & fon mépris pour 
les jeux ne rempêchoient pas de 
ft^accomnoder au goût du peu- 
ple» qui en étoit avide. Il les 
donnoit avec magnificence ; & 
en une Yeule fête il fit paroître 
cent lions qui furent tués à 
coups de flèches. Lors même 
qu'il étoit éloigné de Rome , il 
se vouloit point que les plaifirs 
de la multitude fouffriâent de 
fon abfence. 11 chargeoit les 
^los riches Sénateurs d en faire 
les frais , fuivant Tufage de tout 
tems obfervé dans la Républi- 

Se. Il fe fit une affaire de ré- 
:er par des efifets les bruits » 
2ui s*étoient répandus, à Tocca- 
on du départ des gladiateurs» 
qu^\ avoic emmenés à la guerre 
contre les Marcomans. On di- 
foit que fon intention étoit de 
retrancher les divertiflemens 
publics , & d'aftreittdre tout le 
monde à l'auftérité de la vie 
philofophique. Ce fut pour lui 
un motif de témoigner d'autant 

{^lus d'indulgence (ur ce point. 
I la poufla même à Texcès, 
fuifqu'il permit le fpeâacle des 
antomimes , fi ennemi des bon- 
aes mœurs , 6c banni par quel- 
ques-uns de fes prédécefleurs , 
qui , cependant , ne refpec- 
loicnt pas autant que lui la ver- 



MA 
tu. Seulement il apporta quel- 
que modération aux dépenfes 
des jeux , réduifant le falaire» 
que les Comédiens pouvoiènt 
demander, à cinq pièces d'or f 
& défendant qu'on leur en don* 
nât jamais plus de dix. 

On voit par tout ce qui vient 
d*êrre rapporté , que la bonté 
étoit le fond du caraâère de 
Marc-Aurele. Il chériffoit tel- 
lement cette vertu » qu'il en lie 
une divinité » à laquelle il conf-^ 
truifit un .temple fur le Capito- 
le. Il l'exerçoit même à l'égard 
des coupables ; & pour la pu-» 
nition des crimes, il fe conten- 
toit communément de peines 
plus légères que celles qui 
étoient prefcrites par les loix. 
Un Préteur avoit mérité , par 
fa mauvaife conduite f d'être 
deftitué de fa charge. Marc- 
Aurele lui en laiiTa le titre, & 
ne le priva que de l'exercice 
de fes fondions $ qu'il tranf- 
porra à un de fes Collègues. Il 
fouffroit patiemment la liberté 
audacieufe de ceux qui ne crai« 
gnoient point de lui manquer 
de refpecl. Un homme de fore 
mauvaife réputation , qui s'étoic 
déshonoré par l'infâme métier 
de gladiateur , fe préfentanc 
pour deq|ander une charge » 
Marc-Aurele l'avertit de com- 
mencer par détruire les idées 
fâcheufes » qu'il avoit données 
de lui dans le public. Je fuis 
dans le cas de bien d^ autres , ré« 
pondit infolemment le Candi* 
dat. Je vois devenus Prêteurs 
plufieurs de mes camarades d*ef» 

€rinu^ Celte réponfe étoit ut 



MA 

reproche fau au Prince même t 
qui n^y oppofa que la douceur. 

Comme il écoit toujours en- 
clin à pardonner les offenfes , 
qui l'attaquoienc perfonnelle- 
ment , rien ne pouvoir faire 
violence à fa généreufe bonté , 
ni l'énormité des attentats 9 ni 
la crainte que l'impunité n'en 
provoquât de femblables. Il laif* 
la jouir non - feulement de la 
vie , mais de leur fortune &^de 
leur état , ceux même qui fe 
rendirent coupables d'une ré« 
bellion manifefte , & qui prirent 
les armes contre lui & contre 
fon fils ; & s'il s'en trouve qui 
aient été rois à mort , ce ne fut 
point par fon ordre. 

£a politique Romaine avoir 
toujours traité les Princes étran« 
gers à la rigueur ; mais 9 Marc- 
Aurele ne voulut point que fa 
clémence fe démentit à leur 
égard. L'eâfuiion du fang, même 
des perfonnes les plus viles > 
lui faifoit horreur, il corrigea 
l'inhumanité des combats de 
gladiateurs , en leur donnant 
des fleurets au lieu d'épées 6c 
d'armes tranchantes , afin qu'ils 
fe battiflent comme les athlètes 
fans danger pour leur vie. Un 
enfant , qui danfoit fur la corde, 
s'étanc tué en tombant , Marc» 
Âurele ordonna que dans la fui*- 
ce on mît des matelats fous les 
Cordes , fur lefquelles les volti-* 
geurs exerçoienc leur jeu ; cet- 
te réforme fe foutint. Du tems 
de Dioclétien , l'ufage fubfiftoit 
encore de tendre des filets au- 
deflbus des danfeurs de corde* 
Un Uoo , «ccoucumé à dévorer 



M A 15Ç 

les hommes , fut donné en fpec- 
tacle au peuple» chez qui une 
folle curioficé étouffe tout fen« 
riment. Marc- Aurele ne voulut 
point le Voir ; & il refufa dé 
donner la liberté au maitre de 
ce lion , quoiqu'il en fût vive- 
ment follicité par les cris de la 
multitude. Il leur impofa filen- 
ce 9 en commandant à un Héraut 
de crier à haute voix de fa part , 
que cet homme n'avoit rien fait 
qui méritât récompenfe. 

La bonté de Marc-Aurele ne 
fe tint pas toujours, comme il 
a déjà été obfervé , dans les juf- 
tes bornes. Ce Prince ne fçut 
pas garder ce fage milieu , qui, 
en s'éloignant de la dureté p 
évite la foiblefTe. Il excéda en 
indulgence à l'égard de tout ce 
qui l'approchoit. Il n*en faut 
point d'autre preuve que tz 
conduite moile par rapport à 
fa femme & à fon fils, il n'ai* 
ma rien tant que la philofophie. 
Cet amour fi louable devint par 
fa facilité une occafion de com- 
mettre bien des injuftices. Com^^ 
me on fçavoit que la philofophie 
étoit la voie pour obtenir la fa* 
veur du Prince , bien des gens 
fe livroient à cette étude , non 
pour fe perfeâionner l'efprit 9t 
le cœur , mais dans la vue de 
faire fortune. Ils prenoient le 
tnafque de Philofophe fans en 
avoir les fentimens ; & la bonté 
de Marc-Aurele étoit la dupe 
de leur hypocrifie. Ils acqué- 
roient des rich^fles ; ils par- 
venoient à des emplois 9 dont 
ils abufoient pour faire fouveot 
bien du mal , & aux particu^ 



156 MA 

lieis & à la République. 

L'indulgence pour les crî- 
inînels étoit auffi portée trop 
loin par Marc-Aurele. En voici 
un trait. Un charlatan , dans le 
champ de Mars /haranguant du 
haut d'un arbre ia multitude at- 
troupée , prédit que le feu tom- 
beroit du ciel , & que la fin du 
inonde arriveroit , lorfqu*iI fe- 
roit lui-même changé en cicogne. 
ÀujourmarquéjilfelaiffagliflTer 
le long de l'arbre , & fit partir 
une cicogne , ou'il avoit cachée 
dans fon fein. Son projet ne fe 
termînoit pas à cette illufîon 
grodîere. Il tendoit à une fin 
également dangereufe de crimi- 
nelle. Quelques fcélérats , de 
concert avec lui , dévoient 
mettre le feu en différentes par- 
ties de la ville, & profiter du 
défordre pour piller. L'impof- 
teur ne peut pas exécuter fon 
plan. Il fut arrêté dc amené à 
l'Empereur , à qui il avoua tout. 
Un tel crime ne méritoit affu- 
Tément aucune grâce. Néan- 
moins , Marc - Aurele le par- 
donna. 

En outrant ainfi la vertu , ce 
Prince a donné lieu de fufpec- 
ter fa fincérite & fa franchife. 
On a cru qu'il entroit de Taf- 
fedtation dans une douceur pouf- 
fée au delà de toute mefure ; & 
^ue la vanité y avoit plus de 
part que les fentimens du cœur » 
qui , lorfqu'ils font vrais , fe 
produifent avec fimplicité & fans 
fafte. Dion Cai&us réfute ce re- 
proche, en y oppofant la conf- 
iante égalité de la conduite de 
Marc-Aurele , qui , peadant ua 



M'A 

fi grand nombre d'années , foas 
Tite«-Antonin d'abord , & eo- 
fuite dans un règne de vingt 
ans , ne s'eil jamais démentie*. 
Il faut avouer que cette preuve 
eft d'une grande force ; & il y 
auroit une injuftice manifeile à 
douter que le cœur de Marc- 
Aurele ne fût porté à la bonté. 
Mais , la crainte du blâme 6c la 
paifion pour les louanges n'ont 
elles rien ajouté aux fentimens 
d'une belle amedc aux lumières 
d'une raifon épurée? Cefi: ce 
qu'il eft difficile de fe perfua- 
der. 

Un Prince , qui recherchoit 
fi fort la gloire de la bonté » 
n'avoit garde.de manquer à la 
juftice , qui eft d'une obligation 
rigoureufe. Les droits du fifc 
préfentoient toujours quelque 
occafion aux efprits malfailans 
de fufciter à des citoyens pai« 
fibles defâcheufes affaires & des 
chicanes odieufes. Marc - Au« 
rele alla au-devant de cet abus* 
Il ne méprifa pas feulement les 
délations, qui tendoient à grof« 
fir fes revenus < de qui pouvoienc 
opérer des confiications avan- 
tageufes à fes intérêts ; mais, il 
renouvella Se fit obferver les 
anciennes ordonnances contre 
les délateurs i qui feroient conr 
vaincus de faux. 

Marc-Aurele » en général i 
faifoit rendre la juftice & la 
rendoit lui - même avec une 
exaâitude fcrupuleufe. Il blâ<* 
rooit beaucoup la précipitation 
dans les jugemens. Il obligea ua 
Préteur de recommencer l'inf- 
truâion d'une afiaite ctimineUe» 



MA 

^î avoît été brufquée , & d*é- 
couter de nouveau les accufés. 
Lui-même ii eropioyoit quelque 
fois jufqu*à onze & douze jours 
à étudier & àdifcuterun procès 
d'importance , ne plaignant ni 
fon cems ni fa peine » lorfquMl 
s'agiiToic d'éclaircir la vérité ; 
car, il étoit très- laborieux , dit 
THiftorien , & il traitoit toutes 
les a£faires avec poids & me* 
lîire. Il ne difoic, il n'écrivoit, 
il ne^ faifoit rien , qui ne fût 
pefé mûrement ;ôc quelquefois , 
ce qui auroit paru de peu d'im- 
portance à d'autres; Toccupoit 
des jours entiers. Il penfoit qu'un 
Prince ne doit jamais fe déter- 
miner légèrement, parce que la 
négligence dans les petites cho- 
fes décrie fa conduite même 
dans les grandes* 

Son amour pour le travail & 
fon zèle pour l'expédition d'un 
procès I dont la longueur efl fi 
fatiguante éc û ruineufe pour les 
citoyens , l'engagèrent à réfor- 
mer la trop grande multitude de 
jours d« vacations , que pre* 
noient les tribunaux de juftice. 
Il porta jufqu'à deux cens 
trente le nombre des jours d'au* 
dience dans l'année* 

Marc-Aurele fît plufieurs or- 
donnances 9 où brillent l'équité 
& l'atteotion vigilante au bien 
public. La rigueur de l'ancien 
droit Romain étoit telle, que 
les feuls parens du côté pater- 
nel fe fuccédoient mutuelle- 
ment; enforte que les mères 
n'héritoient point de leurs en- 
fans 9 ni les enfans de leurs mè- 
res. Tite-Antonin commença à 



/ 

' M A T57 

corriger cette dureté; & par 
un Sénatus-Confulte rendu foi^s 
fon autorité , il donna aux mè- 
res infortunées , qui , contre 
l'ordre de la nature, verroienc 
mourir leurs enfans avant elles « 
la foible & trille confolatioa 
d'être au moins leurs héritières. 
Marc-Aurele ajouta à cette dif- 
pofition un fupplément nécef^ 
faire , en appellant les enfans 
à la fucceifion de leur roere. 
Cette mitigation fut dans la 
fuite étendue plus loin par les 
Empereurs Chrétiens. 

Comme un des objets les plus 
importans de la police généra- 
le de la fociété eft la tutele des 
mineurs , Marc-Ai|rele fît de ce 
genre d'affaires le département 
propre & particulier de l'un des 
Préteurs ; au lieu qu'auparavant 
l'ufage & la loi en chargeoienc 
les Confuls , qui , étant partagés 
par un grand nombre d'autres 
foins, ne pouvoîent pas donner 
à celui-ci toute l'attention né- 
ceffaire. Il porta fes vues fur 
les caufes d'État, toujours iofî« 
niment intéreiTantes , mais fur 
tout parmi les nations , qui ad- 
mettent la plus grande diftinc- 
jtion poffible entre les hommes , 
celle de la liberté Ôc de l'efcla- 
vage. Afin que chaque citoyen 
pût aifément fournir la preuve 
de fon état , (i on venoit à le lut 
contefter , Marc-Aprele renou- 
vella un ancien règlement de 
Servius Tullius, mais aboli par 
le non ufage. Il ordonna que le 
nom de chaque enfant de con. 
dition libre , qui naitroit dans 
Rome, feroit portée dans les 



is8 MA 

trente jours après fa naiflaoce > 
aux archives du tréfor , dans 
le temple de Saturne. Il établie 
pour la même fin dans les pro- 
vinces , des regiilres 3c des dé- 
pôts publics. 

Marc-Aurele étendit à tous 
les Sénateurs l'obligation, que 
Trajan avoir impofée à ceux, qui 
afpiroient aux charges , d*avoir 
une partie con(idérabIe de leurs 
biens^ placée en fonds dans l'Ita- 
lie. Cette précaution devenoit 
de plus en plus nécefTaire, par 
la facilité qu'on avoit de com- 
muniquer le droit de bourgeoi- 
£e aux villes & aux peuples » 
& par conféquent d't>uvrir l'en- 
trée du Sénat à un très grand 
nombre de fujets d'origine 
étrangère ; enforte qu'il étoit 
à craindre que l'Italie » qui 
étoit le centre & la tête de 
l'Empire , ne devînt comme 
SodifTérente à la plupart de ceux^ 
qui compofoient le premier or- 
dre de l'État. 

Tels font Its principaux ré- 
glemens , émanés de l'autorité 
de Marc-Aurele. L'on doit y 
remarquer non-feulement la fa- 
gefle des loix en elles mêmes , 
mais une attention prudente à 
ne point innover fans néceflité, 
à travailler fur les fonderaens 
déjà établis, &'à aimer mieux 
xappeller un droit ancien, que 
de le procurer le vain honneur 
d'en introduire un nouveau. Ce 
Prince s'aidoit dans cette opé- 
ration des lumières des plus 
fçavans Jurifconfultes , parmi 
Içfquels on nomme Cerbidius 
Scévola» maître célèbre d'un 



MA 

difciple encore plus fameux, du 
grand Papinien. 

Après ce tableau du gouver- 
nement de Marc-Aurele , il ne 
nous reâe qu'à ajouter un mot 
fur fa conduite privée. Il eft 
inutile d'en citer la fobrîété , 
la tempérance » réloignement 
de tout excès. Nous nous con- 
tenterons d'obferver que fa vie 
fut toujours férieufe , toujours 
occupée des devoirs du rang 
fuprême. Il mangeoit feul com- 
munément ; & on lui en a fait 
un reproche. Mais, deux raifons 
l'y déterminoient. Il voulott d'u- 
ne part ménager le tems , & ne 
pas perdre dans de longs repas , 
dts heures qu'il trouvoit bien 
mieux employées au travail. De 
l'autre , il étoit bien aife de 
laiiïer une pleine liberté à fes 
amis , & de ne pas les gêner 
par la néceflité de fe trouver à fa 
table. 

Avant que de finir cet arti- 
cle , nous remarquerons que les 
Chrétiens furent les feuls > qui 
ne fe reffentirent point de la 
douceur du gouvernement de 
Marc - Aurele. Il eft compté 
dans nos faftes pour auteur de 
la quatrième perfécution , qui 
fit un très-» grand nombre de 
martyrs > dans toute l'étendue 
de l'Empire. Les plus célèbres 
font Saint Polycarpe à Smyrne , 
Saint Juftin à Rome , Saint Po'* 
thin. Sainte Blandine 6c leurs 
compagnons à Lyon. Il eft 
pourtant vrai que Marc^Au* 
rele ne donna point d'édit con« 
tre les. Chrétiens. Il défendit 
même «près le miracle > qui le 



MA 

tira de péril dans le pah des 
Quades , qu'on les accufât pour 
caufe de leur religion ; mais,il ne 
les exempta point de la mort , 
lorfqu'ils feroiencmis en juftice, 
& laifTa fubiilier les édits de Tes 
prédécefleurs. 

MARC£LLA , MarcdU , {a) 
nièce d'Âuguiie > âc fœur du 
jeune Marceilus , étoit fille de 
C. Marceilus & d*Oaavie. Elle 
fut d'abord mariée à' M. Agrip- 
pa, qui dans la fuite fe fépara 
d^elle pour époufer Julie, fille 
d*Auguile. Marcella , abandon* 
née de fon premier mari , époufa 
Jule-Antoine » fils du Triumvir 
M. Antoine , & en eue un fils « 
L* Antoine , qui mourut à Mar* 
feille. 

MARCELLÉES , Marcellaa^ 
Marcellea , {b) nom d'une fête 
que les Syracufains inftîtuerenc 
en rhonneur de Marceilus , & 
en mémoire de ce qu'il avoic 
bien & fagemenc gouverné la 
Sicile* 

MARCELLIN [ Ammisn ]« 
Foyei Ammien. 

MARCELLINUS. Foyc^ 
Lentulus [ Cn. Cornélius ) Mar- 
cellinus* 

MARCELLINUS, Marcel- 
linus^ {c) grand«pere de l'Em- 
pereur Adrien , fut le pre« 
mier Sénateur de fa famille. 

MARCELLINUS , Marcel- 
Unus I {d) commandoit dans U 



M A 159 

Méfopotamie pour AuréUea , 
lorfque ceux de Palmyre vou<* 
lurent l'engager à prendre U 
pourpre. Mais , Marcellinus fi« 
deie à fon Prince, & éludant 
leur propofition par des délais 
affeâés , donnoic avis de tout 
à Aurélien. Les Rebelles , fe 
lafianc d'attendre fa décifion , 
en proclamèrent un autre Em* 
pereur. 

MARCELLUS [ la famîlfe 
des ] 9 Marcellorum Gens , une 
dt$ plus iliuilres familles Ro- 
maines. C'étoit une famille Plé- 
béienne ; mais , elle n'en a pas 
moins produit plufieurs grands 
hommes , que nous allons faire 
connottre. Nous remarquerons 
feulement auparavant que le 
nom de Marceilus fignifie la 
même chofe que Martial , c'eft« 
à- dire , fils de Mars. Les Rou- 
mains aimoient fort les noms & 
les furnoms tirés de Mars ^ 
qu'ils regardoient comme Tau** 
teur de leur origine; delà fosc 
venus Marcus y Marcius, Ma** 
mers , Mamercus & Marceilus, 

MARCELLUS [ M^ Ct av- 
DIUS ] 9 Af. Claudius Marceilus^ 
M. KA«i//fo; M/z'Xf^^eç ^ («) fut 
créé Conful avec C. Valérius 
Potitus , l'an de Rome 423 âc 
329 avant Jefus*Chrift« 

Cette année fut marquée par 
un trifte événement , caufé oa 
par l'intempérie de l'air p ou 



(s) Crév. Hlft, Rom. Tom. VUI. pag. 
5i^.Cré)r. Hifi,«dcs £mp. Tom. 1. p. 
.ii,<$9,50i. 

(i) .Mém. de TAcad. des Infcript. & 
Belt. Lert. Tom. 1. p. fS4 1 i^9» 

(c) Crév^ Hift. des fmp. Tom. 1V« 



pig. 100. 
(d) Crév. HiR, des Smp. Tom. V3. 

P««- 45- 
(C) Tît. Uv. L. Vlll. c. t8 • »!«; 

RoII. Hiâ, Rom» Tom. 11* jpag, »»!« 



j6o 



M A 



par un crime affreux. TîteLîve 
cxpofe au long cette féconde 
caufe^mais en averti&nc qu'elle 
paroît douteufe à quelques Au- 
teurs. On voyoit avec étonne- 
itient les principaux de la ville 
mourir de maladies qui paroif- 
foient femblables , & tous pref- 
que avec les mêmes fymptô- 
mes. Dans 'le trouble &. Tallar- 
ine où écoit toute la ville , une 
femme efclave promit d'indiquer 
la caufe de cette mortalité , 
pourvu qu'on la mit à l'abri des 
fuites que pouvoir avoir cette 
affaire. On en donna fur le 
champ avis aux Confuls , & 
ceux-ci en firent leur rapport 
au Sénat , qui fit donner à l'ef- 
clave les aiTurances qu'elle de- 
mandoir. Elle déclara que cette 
mortalité venoit du poifon pré- 
paré & compofé par des Dames 
Romaines y & que fi Ton vouloit 
la fuivre, onenauroit des preu- 
ves évidentes. Les Confuls la 
fuivirent en effet , furprirent 
quelques Dames occupées ac- 
tuellement à faire cuire certai- 
.xies drogues , & trouvèrent dans 
des armoires fermées, des breu- 
vages tout préparés. Us firent 
porter ces breuvages dans la 
j)lace publique, & y firent com- 
paroître vingt Dame^ Romai- 
nes , chez lefquelles on les avoit 
trouvés. Il y avoit entre elles 
deuxPatriciennes,qui dirent que 
ces breuvages étoient des re- 
mèdes falutaires. L'efclave« qui 
par cette réponfe fe voyoit ac- 
cufée de faux , infiila à ce que» 
pour prouver leur innocence , 
'elles' en priffent elles - mêmes. 



MA 

Ayant fait écarter la multitude,' 
toutes confulterent enfemble, 
acceptèrent hardiment la pro- 
pofition qu'on leur' faifoit , bu- 
rent chacune de ce breuvage » 
& périrent par leur propre cri- 
me. Les femmes qui les accom- 
pagnoient , arrêtées fur le 
champ 9 indiquèrent un grand 
nombre d'autres Dames, dont il 
y en eut jufqu'à cent foixante- 
dix de condamnées. Jufqu'alors 
dans les Tribunaux de Rome il 
n'avoir point été queition du 
crime d'empoifonnement. 

Outre ce que dit Tite-Live , 
que quelques Auteurs attri- 
buoient la mortalité de cette 
année, non à du poifon , mais 
à une maladie épidémique ; il 
y a, ce femble, dans le récit 
même de ce fait, plufieurscir- 
confiances qui le rendent pea 
vrai femblable, fur tout le nombre 
de près de deux cens femmes , 
convaincues de ce crime. Eit-îl 
croyable qu'elles euffent pu 
garder pendant quelque tems 
un fecret de cette importance 
avec un fiience ^ inviolable > 
qu'il n'en eût rien tranfpiré au 
dehors? 

Quelques années après , M. 
Claudius Marcellus fut nommé 
Diâateur pour préfider aux af- 
femblées Confulaires,ôcil choi- 
fit pour maître de la cavalerie » 
Sp. Poilumius. MslIs , il ne tint 
pas cependant ces affemblées , 
parce que fon éleélion ayant été 
conteilée , les Augures qui fu- 
rent confultésjdéclarerent qu'el- 
le n'étoit pas valable. Les Tri- 
buns du peuple fe plai^^^nirenc 

hauceinenc 



MA 

hautement de ce jugemeft(, & 
firent tous leurs efforts pour le 
décrier. Malgré cela , M. Clau- 
dius Marcellgs fut obligé de fe 
démettre de fa charge. 

MaRCELLUS [M. Clau- 
Dius ] y Mé Claudius Marccllus^ 
M. KW//e4 Ma^xfxxoc « {a) fils 
du précédent , fut , félon Plu*- 
tarque , le premier de fa mai- 
fon qu*oti appella Marcellus » 
c'efl-à-dire , Martial. Il paroif- 
foit né pour la guerre 9 robufle 
de corps , brave de fa perfonne, 
homme de tête & de maiit , fier 
& hautain dans les combats , 
lAais dans le réi^e de la vie , 
doux j modefte , pofé. Il avoiç 
beaucoup de goût pour les let- 

, très Grecques. [ Les Latines 
balbutioient encore. 3 Mais » ce 
goût n^alla que jufqu'au poiiîc 
d'eftimer Se d*admjrer ceux qui 
Vy diilinguoient. Pour lui , oc- 
cupé par les guerres , il ne put 
Vexercer à l'éloquence autant 
qu'il l'autoit fouhai^^é. Encore 
toutjéune^ il naérita les cou- 
tonnes & les autres prix dont 

-les Généraux récompenfoienc 
la valeur ; & fa réputation 
croiffant de jour à autre , le 
peuple le nomma Édile Curule 1 
& les Prêtres le créèrent augure* 
Il remplit toujours avec fuccès 
les fonâions des charges qui lui 
furent confiées* 

^. Dans le tems qu*il fut tiommé 

M Applan. pa^. ^19. Vell. Paterc. 
I.. 11. ct 38. Plue Tom. 1. p. «9Sj ^99. 
ér fi^» Corn. Nep. in Annibal. Cé 5 , i^* 
in M. Porc. Caton. c. it Ti(. Liv. L. 
XXH. c.iç, 57. L. XXlll. c. 14. & 
/pf. L. XXIV. c. 9, ai» ajr. éf feq, 
I..XXV. c. 3»»3. ér fin. L, XXVI. 



camnéâ 
le fi#ft 
!S , ils ^ 



MA Ht 

Confal; tesGaul9is envoyèrent 
des AmbaÛTadeurs pour faire 
des propofîtions d'accommodé* 
ment. Le Sénat inclinoit affez à 
la paix» mais M. Clagdius Maff 
cellus anima le peuple contre 
les Gaulois , âc le détermina à 
ia guerre* Ceux-ci , contraint! 
de prendre les armes , fe difpo^i» 
fent à faire un dernier eâbrt. lit 
lèvent à leur foide chez let 
Géfaces s environ trente mille 
hommes » qu*ils tinrent toujourt 
prêts en attendant que les enne* 
mis vinflent. Au printems» le# 
Çbnfuls entrent dans le pais de$ 
Infubrieas , 6c «'étant campéâ 
proche d'Acerres , vilh 
entre -le P6 & les , Alpei 
mettent le fîege. Comme iU 
s'étoient emparés les premiers 
des poiies avantageux, les In^^ 
fubrîens ne purent aller au fe<* 
cours* Cependant , pour fairt 
lever le iiege , ils pa(ferent le 
tô avec une partie de leur ar- 
mée 9 & afiiégerent ClaAidium ^ 
j}etit bourg qui depuis peu ve<<' 
.noit d'être fournis ^aux Ro- 
mains. Sur cette nouvelle , M« 
Claudius Marcellus , à la tête 
de la cavalerie & d^une partie 
de l'infanterie, court au fecouts 
des afEégés* Les Gaulois laiâant 
là Clailidium , viennent au-de<^ 
vant de Tenneoii , âc fe rangenc 
en bataille» Ils le regardoient 
déjà comme battu , voyant le 

c. at. irféq. L. XX VH. c. i i a. ër fifi* 
Roll. Hift. Ane. Tom. 111. pag* a99. «Sr 
fuiv. Hift. Rom. Tom. 111. p. 47, 484 
ér fni-», Mém. de TAcad. des Infcript. 
'& Bell. Lett. Tom. 1. p. 15). ^ ;»/v« 
JT, V, p. 178, 179. 



w 4 



i6± UA^ 

peu d*infanferie qcii le fui voie i 
6c ne tenant pas grand compte 
de fa cavalerie. Car, étant fort 
adroits aux connbats à theval , 
tomme l'étoicnt en général les 
Gaulois , 8c croyant avoir de ce 
côté-là un grand avantage, ils 
fevoyoîent encore en cette oc- 
caiion fort fupérieurs en nom- 
bre à M. Claudius Marcellus, 
Ils marchent dont droit à lui 
Ivec une impétuofité pleine de 
fureur , ÔCavec de grandes me- 
naces > comme fûrs de le vain« 
cre. Leur roi Viridomate , fu- 
perbeYnent monté , devançoit 
le^atairions & fes efffadtons. 
MPClaudius M^'rcellus , pour 
les empêcher de Tenveloper à 
caufê de fon peu de trou'pes, 
étendit le plus qu'il put fes aî- 
les de cavalerie , & leur fit 
iDCcuper tfn grand, terrein , en 
-les diminuant & les aiFosbIilTanc 
peu-à-peu ,jufqu*àce qu'il pré- 
fenrât un front à*peu-près égal 
à celui de Tennemi. 

Sur le point de fe mêler avec 
les Gaulois, il fit vœu de con- 
facrer à Jupiter Férétrien , les 
plus belles armes prifes fur les 
ennemis. Dans ce moment, le 
jpoi des Gaulois l'apperçut , & 
jugeant bien à pîufieurs mar- 
ques que c*étoii-Ià le Général 
des Romains , il pouffa fon che- 
val à toute bride > Tappeliantà 
haute voix pour le défier au 
combat , & branlant une longue 
& pefante pique. C*étoit un 
homme très-bien fait , plus haut 
de taille même que les Gaulois, 
; -qui étoient communément fort 
' J;rands. De plu»> il briiloit tel- 



lemtflf par l'éclat de fon armuf d 
enrichie d'oif 6>C d'argent / & 
rehauffée de pourpre Ôc des 
plus vives couleurs , que l'é- 
clair n'eft pas plus étincelant. 

M. Claudius Marcellus, frap-* 
pé de ce cbup-d*œil, porte les 
regards fur toute la bataille 
ennemie , & voyant que les 
plus belles armes étoient celles 
de ce Roi , il ne doute point 
que ce ne foient-là celles qu'il 
a vouées à Jfupiter. Pouffant 
donc à lui de toute fa force , il 
perce avec fa pique la cuîraffe 
de fon enntrmi. Le coup ,' aug- 
menté par la vîreffe & Timpé- 
tuofité du cheval , fut fî roide, 
qu'il jetta le Roi à la renverfe. 
M. Claudius Marcellus revient 
fur lui , lui appuie un fécond & 
un troifieme coup qui achèvent 
de le tuer ; Ôc fautant prompte* 
ment à terre , il le dépcuille de 
fes armes, de les prenant entre 
fes bras , il les élevé vers le 
ciel » 6c les offre à Jupiter Fé- 
rétrien , en le prîant.d*accorder 
une pareille proteâion à toutes 
fes troupes, La mort du Roi en- 
traîna la défaite de fon armée. 
La cavalerie Romaine fond fur 
les Gaulois avec impétuofîré. Ils 
font d'abord quelque réliftance* 
Mais, cette cavalerie les ayant 
enfuite enveloppés , & attaqués 
en queue & en Hanc , ils pliè- 
rent de toutes parts. Une partie* 
fut culbutée dans la rivière ; le 
plus grand nombre fut paffé ati 
fil de répée. Les Gaulois qui 
étoient dans Acerres, abandon- 
nèrent la ville aux Romains , 
9c fc. étirèrent à MlUn qui 



MA 

étoit ta capîrale des tnfubtî-èAs* 
Le conful Cn. CornéJius les 
fuivir de pfès , & en forma le 
tîege. Comme la garaifon étoit 
fort nombreufe , & qu'elle fal- 
loir de fréquentes forlîes ^ les 
âdiégéans eurent beaucoup à 
fouffrîr , & furent fort maltrai^ 
tés. Tout changea bientôt de 
face, lorfque M. Claudius Mar- 
cellus parut devant la place» 
Les Géfate« , qui apprirent la 
défaite de leurs troupes .ôc la 
tnort de leur Roi , ayant voulu 
à toute force s'en rerournet 
dans leur païs , Milan fut ptis , 
& les InfubrienS rendirent tou- 
tes leurs autres villes aux Ro- 
mains , qui leur accordèrent la 
paix à des conditions raifonna* 
blés , fe contentant de leur ôter 
quelque partie de leurs terres» 
& d'exiger d'eux certaines fom- 
ines pour fe dédommager des 
frais de la guerre» 

Le Sénat décerna à M» Claa- 
dius Marcellus f«ul l'honneur 
du triomphe ; & fon triomphe fut 
un des plus remarquables qu*ott 
eût vus à Rome, tant par les 
grandes richefles 6c la quantité 
de belles dépouilles, que par 
le gratid nombre & la taille 
prodigieufe des captifs 9 & par 
la magnificence de tout l'appa- 
feil. Mais, le fpeiîtacle le plus 
agréable ÔC le plus nouveau ^ 
ce fut M. Claudius Marcellus 
li>î - même ♦ portant à Jupiter 
Tarmure du roi Barbare ; car , 
ayant fait tailler le tronc d'un 
chêne , & l'ayant accommodé 
en forme dé trophée, il le re- 
vêtit de ces armes en les arraa- 



M A î5) 

geânt proprement & aVec ot« 
dr«. 

Quand toutfe la pompe fe fui 
iTiile en matche , il monta fur uii 
char à quatre chevaux, & pre^^ 
nant ce chêne àih(ï ajufté « U 
traverfa toute la ville les épau^ 
les chargées de ce trophée > qut 
avoit la figure d'un homme ar- 
mé , 8c qui faifoit le plus fu^- 
perbe ornement de fon triom<* 
phe. Toute l*ati!née le fuivoit 
avec des armes magnifiques ^ 
en chantant des chanfons colii- 
pofces pour cette cérémonie « 
de des chants de vîéloire à là 
louange de Jupiter & de Icuf 
Général» 

Dès qu'il fut arrivé daiis cet 
ordre au temple de Jupiter Fé- 
rérrien , il planta ce trophée > 
& le confâcrai 11 fut le troifieme 
& le dernier Capitaine qui eut 
la gloire de remporter des dé* 
pouitiês opimes* 

Les faites portent que M» 
Claudius Marcellus triompha 
des Gaulois âc des Germains* 
C*eli ici la prertiiere fois qu'ii 
eil fait mention des Germains 
dans rhiiloire Romaine.' Ceus 
que les faftcnt nomment ici Get* 
itiains , font fans doute les Gé» 
fates. 

Les Romains eurent tant de 
joie de cette vidloire & de la 
fin de cette guêtre , que d'une 
partie du butin ils firent faire 
une coupe d'or , pour l'envoyet 
à Delphes à Apollon Pythien ^ 
comme un monument de leur 
fecônnoiffance; qu'ils partagè- 
rent libéralement les dépouil- 
les avec lés villes qui avoicnc 

L ij 



j^4 ^^ 

«mbraflë leur parti ; & qu'iU 
en réfcrvetent une grande par- 
tie pour en gratifier HiéronRoi 
dt Syracufe, leur ami & 6dele 
allié. 

L*an de Rome 5 36 & 216 avant 
Ïefus-Chrift» M. Claudius Mar- 
cellus fut nommé Préteur , & 
on lui donna la Sicile pour dé- 
partement. Cette même année 
arriva la malheureufe défaite 
de Cannes , où plufieurs mil- 
liers des Romains furent tués. 
Le peu qui fe fauva fe retira à 
CanuHum. M. Claudius Marcel- 
lus qui . commandoit alors la 
flotte d'Ollie, ayant reçu des 
ordres particuliers du Sénat , 
envoya à Rome , pour garder 
la ville y quinze cens hommes 
qu'il avoi,( levés pour fervîr fur 
la flotte. Pour lui , ayant envoyé 
la troisième légion à Téane de 
Campanie avec des Tribuns 
légionnaires 1 il laiffa la flotte 
avec ce qui pouvoit y refter 
de foldats, fous la conduite de 
P. Furius Philus ; & peu de 
jours aprês> il fe rendit à Canu- 
iium à grandes journées. 

A peine y étoit-il arrivé , que 
les Sénateurs de Noie lui don- 
nèrent avis de l'extrême danger 
où étoîc la ville , parce que le 
peuple étoit près de fe rendre à 
AnnibaJ. 11 accourut fans per- 
dre de tems. Inftruit qu'il s'étoît 
formé une conrpiration , il prit 
toutes les roefures néceffaires 
pour en empêcher l'effet. Il 
s'étoit tenu quelques jours ex- 
près renfermé dans la ville » 
non par crainte, mais pour inf- 
pirer à reanemi une confiance 



M 

téméraire. Annibal , en effet 2 
approcha des murailles avec 
moiiis d*ordre & de précaution 
qu'il n'avoir coutume. M. Clau- 
dius Marcellus , qui tenoit Tes 
troupes rangées en bataille dans 
la ville , les fit fortir dans ce 
moment par trois portes » dc 
tomba fur les adiégeans avec 
tant de force & d*impétuolîté , 
qu*ils ne purent foutenir ce 
choc- Après s-être défendus 
pendant quelque tems avec 
aflez d^i^îgueur &de courage, 
ils forent enfin enfoncés > dc 
ojaligés de fe retirer dans leur 
camp. Annibal perdit dans cette 
aâion , deux mille trois cens 
hommes , & du côté de M* 
Claudius Marcellus il n*en fut 
tué que cinq cens. 

Ce fut- là le premier avan- 
tage que les Romains rempor- 
tèrent fur Annibal depuis la 
bataille de Cannes , & il fut 
pour eux d'une extrême confé- 
''quence. Car 9 dans Tétat oii 
étoient alors les affaires de la 
République » il étoit plus difH- 
cile d'arrêter le cours des vic- 
tofresd'Annibal, qu'il ne le fut 
dans la fuite de le varncre. Cet 
avantage commença à raflurer 
les Romains y & à leur infpirer 
de la confiance , en leur mon« 
trant qu'ils combaitoîent contre 
un ennemi qui n'étoit point in- 
vincible , & qui pouvoit être 
entamé &C battu. 

Alors, M. Claudius Marcel- 
lus ayant fait fermer la ville , 
& mis des gardes aux portes 
pour empêcher qui que ce fût 
d*ea fortir , fit une recherche 



MA, 

ewéle de ceux quf avoîent eu 
des entretiens fecrets pendant 
la nuit avec les ennemis. Soi- 
xante-dix des plus coupables 
ayant été convaincus du crinae 
de trahîfon^ le Préteur les con- 
damna à perdre Ta tête, con- 
fifca leurs biens au profit du 
peuple Romain , de rendit^ au 
Sénat de Noie toute l'autorité 
que la cabale lui avoit ôtée. 

L'ahnée fuivante» tout le mon- 
de avoir attendu fans impatience 
Îue le conful Ti. Pompànius 
rracchus indiquât Taiïemblée 
pour fe nommer un Collègue. 
Mais , plufîeurs ayant obfervé 
<lue Ton avoit éloigné comme 
à deffein M, Ciaudius Marcel- 
lus 9 à qui les vœux du public 
deâinoient cette dignité préfé- 
îablemçnt à tout autre , com- 
me une récompenfe des belles 
aâions qu'il avoit faites pen- 
dant fa Préture , il s*excita un 
grand murmure dans le 3énat» 
On peut foupçonner qu*il y 
avoit réellement de l'artifice 
dans la conduite que l'on tenoit 
à l'égard de M. Ciaudius Mar- 
cellus. Il étoit Plébéien; le Con- 
ful rétott auiB. 11 étoit alH^z 
Vraifemblable que les Patriciens 
vouloient empêcher que les deux 
places de Conful ne fuflent oc- 
c*upées l*une & l'autre par des 
Plébéiens; ce qui étoit jufqties- 
là fans exemple. Quoi qu'il en 
foit de çet^e conjecture 9 le 
Conful y que fa qualité de Plé- 
béien doit garantir du foupçon 
d^étre entré dans ce complot, 
& qui fe voyoit maître de l'élu- 
der , répondit à ceux qui fe 



/ MA ié$ 

plaigooient : » Meilietirs , oq 
» n'a rien fait que pour lebiea 
» de la République. Il étoit à 
39 propos que M. Ciaudius Mar» 
3» celtus pafl^ dans la Campa- 
3> nie , pour y faire l'échange 
» des armées; & que l'aifem* 
^j blée pour j'éleâion ne fûc 
x> indiquée qu'après qu'il fe fe- 
» roit acquitté de fa commif- 
» iion , & qu'il feroit revenu à 
» Rome, afin que vous pui(Ges 
30 avoir pour Conful celui que 
39 les conjonctures préfe^mes 
» demandent, & que vous dc- 
33 (irez. 3x Ainfi , l'on ne. parla 
plus d'affemblée jufqu'au retour 
de M. Ciaudius Marcellus. Dès 
qu'il fut revenu à Rome , elle 
le tint I & il fut nommé Conful 
d'un commun consentement , Qq 
entra aufiltôt en charge» Mais, 
comme dans ce moment même( 
on entendit un coup de tonnerre» 
& que fa nomination fut décla* 
réc vicieufe par les Aueures, il 
fe démit , & on lui fubftitua Q. 
Fabius Maximus, qui fut alors 
Conful pour la troisième fois. 

Le peuple voulut du moins 
que M. Ciaudius Marcellus 
continuât à commander en qua* 
lité de Proconful , parce que , 
depuis la bataille de Cannes^ 
il étoit le feul Général qui eue 
combattu avec avantage contre 
Annibal en Italie. Il i>e demeura 
pas oifif à Noie. Il &t dci cour* 
fes fur les terres des Hirpiniens 
dl des Samnites de Caudium ;Sl 
il mit tellement tout leur pa'ù 
à feu ÔC^à fang,, qu'il rappella 
à ces peuples le fouvenir- des 
ravsiges qu'ils a voient fouâertsL, 

L iiî 



j66 



MA 



dans leurs anciennes guerres 
contre les Romains. Pouifés à 
bout, ils envoyèrent des dépu- 
tés à Ânnibal pour implorer fon 
recours* 

Annîbal leur répondit qu'il 
ihettroit bientôt les Romains 
hors d'état de leur nuire. Puis 
leur rappellant en termes em- 
phatiques le fouvenir de Tes 
premiers exploits» il les afTura 
que comme U bataille de Tra- 
fimene avoit eu plus d'éclat que 
celle de Trébie » & qu'en- 
fuite la viéloîre remportée à 
Cannes avoit obfcurci celle de 
Trafiraene ; de même , avant 
^u'il fût peu , il feroit oublier 
celle de Cannes par une autre 
encore plus fanglance dc plus 
glorieufe. Après leur avoir ainfi 
parlé y il les renvoya comblés 
de préfens.En eiFet , ayant laîffé 
dans le camp de Tifate un petit 
nombre de foldats pour le gar* 
der j il marché avec le refte de 
fon armée du côté de Noie , fe 
j5fometcant une facile viâoire 
fur ce que Tes alliés lui avoient 
rapporté de la foibleâe &c de la 
Dégligence de M« Claudius Mar* 
cellus. 

Hannon fortit en même tems 
du païs des Bruttieirs, & vint 
joindre Annibal avec les fol- 
dats de les élépbans que BomiU 
car avoit amenés de Carthage. 
Annibal , qui étoit campé affez 
prés de la ville , ayant examiné 
tout avec beaucoup de foin , 
reconnut que fès alliés ne lui 
ay oient fait que de faux rap- 
fp/ti :» ^ lui avoient e^pofé 



MA 

les chofes tout autrement qu*et« 
les n'étoient.. Car» M* CJaudius 
Marcellus fe conduifoit avec 
beaucoup de prudence » ne for- 
çant que bien accompagné pour 
aller piller Je païs , après avoir 
fait reconnoître tous les envi- 
rons ) ôc s*être ménagé une re« 
traite en cas qu*il fût atuqué , 
enfin avec les mêmes précau- 
tions que s'il eût eu à combat- 
tre contre Annibal lui-*même« 
Et dans l'occafion préfente , dèa 
qu'il fçut que rennemi s'appro- 
choit , il tint fes foldats renfer- 
més dans la ville* 

Annibal , ayant tenté vaine- 
ment de corrompre la fidélité 
des Sénateurs de Noie , répan- 
dit fes troupes autour de la ville 
dans le deuetn de l'attaquer en 
même - tems par tous les cô- 
tés. M. Claudius Marcellus le 
voyant près des^ murailles » fie 
fur lui une vigoureufe fortie » 
les Carthaginois furent d'abord 
mis en défordre , & il y en eut 
quelques-uns de tués. Mais, ilt 
fe raturèrent , & les forces 
étalât devenues égales entre les 
deux partis » on commençoit i, 
fe battre de part 8ç, d'autre avec 
beaucoup de chaleur ôc d'ani- 
mofité. L'aélion auroit été des 
plus mémorables 9 fi un orage 
violent, qui furvint tout d'un 
coup accompagné d'une grofle 
pluie 9 n'eût obligé les combat* 
tans de fe féparer. Environ 
trente Carthaginois furent tués 
à cette première attaque ; M, 
Claudius Marcellus ne perdit 
pas un feol homme. La pluie 
continua toute la nuu> & dujta 



MA 

}ufqu*au lendemain affez avanf* 
dans la mantinée. 

Le troiiieme jour» Aonibal 
envoya une partie de fes trou- 
pes au fourrage. M. Claudius 
Marceltus fortit auiBtôt avec 
Ton armée rangée en ordre de 
bataille, & Annibal ne refufa 
point le combat. Il y avoit en<^ 
vxron mille pas entr&la ville & 
fon camp. Ce fut dans cet efpa- 
ce, qui faifoit partie d*une'gran- 
de plaine dont la ville étoit en* 
vironnée de tous côtés y qu'ils 
combanireor. Les deux armées 
pouflerent d'abord de grands 
cris , qui firent revenir au com- 
bat déjà commencé ceux des 
fourrageurs Carthaginois qtii 
D^étoient pas fort éloigpés. Les 
habitans de Noie offrirent auifi 
de fe joindre aux Romaims ; 
mais , M. Claudius Marcellus, 
ayant loué leur zcle^ leur or- 
donna de foriper un corps de 
réferve pour le fecourir en cas 
de befoin , de de fe contenter > 
en attendant ^ de retirer les 
bleiFés de la mêlée fans com- 
battre 9 à moins qu'il n*e let»r en 
^ donnât le (ignal. 

On ne fçavoit de quel côté 
pencherolt la vi(!loire. Les deux 
partis,animés par les difcours Se 
l'exemple de leurs Généraux , 
combattirent avec beaucoup de 
chaleur. Mais enBo , les Car- 
thaginois lâchèrent pied par 
tout ; ôc comme la bravoure na- 
turelle aux Romains s'augmea- 
toit de moment à autre» tant 
par les exhortations & les élo- 
ges de leur Général , que par 
ks applaudiâemena que leur 



_y 



. ^ MA 1^7 

donnoîent ceMx de Noie du haut 
de leurs murailles , les Cartha- 
ginois prirent ouvertement la 
fuite 9 & fe retirèrent pleins 
d'eâfroi dans leur camp. Les 
Romains viâoirieux fe miretic 
auûîtôt en devoir de les y aller 
attaquer. Mais » M. Claudius 
Marcellus les fit rejitrer dans. la 
ville y où ils furent reçus avec 
beaucoup de joie & de grandes 
ajcclamationi, même par lé peu- 
ple » qui juifques-là avoit incli-. 
né pour les Carthaginois. 

Les Romains tuereut dans 
cette journée pkts de cinq mille 
des ennemis y en firent fix cens 
prifonniers.» & prirent dix-neuf 
drapeaux, avec deux éléphans; 
il y en eut quatre de tués fur 
le champ de bataille. M. Clau- 
dius Marcellus ne perdit pas 
mille hommes. Le. lendemain, 
il y eut une trêve tacite', pen- 
dant laquelle ils enterrèrent 
feurs morts. M. Claudius Mar- 
ceilus brûla les dépouilles des 
ennemis en l'honneur de Vul« 
cain, à qui il avoitrpromis d*ea 
faire le iacrifice. 

L'année fuivante» il fut créé 
Conful 9 , c'étoit fon troifîem« 
confulat en comptant celui au- 
quel il avoit été nommé , maïs 
qu'il avoit été obligé d'abdU 
quer. On lui donna 'pour collè- 
gue Q. Fabius Maximus i qui 
entra dans fon quatrième con- 
ftilat. Il y avoit long-tems qu'on 
n'avoit vu en place deux Con- 
fuls d'un fi rare mérite. 

Cependant i Ânnibal » après 
avoir ravagé tout le païs aux 
environs de Naples , alla cacao 

L iv 



•i69 MA 

per dans le voifmage iê Nolê« 

Suand le conful m. Claudius 
arcellui eut apprU qu'il ap- 
prochait , il ordonna au Pro- 
•frètent^ Fo'roponius de le venir 
joindre avec T-armée qui étoîc 
campée au^delTtis dé SueCTuIe, 6c 
il fe mit bientôt en devoir d'al- 
ier au devant d'Annibal , de de 
le coipbattre. Pendant le filence 
.lie la nuit , il fit fortîr Claudius 
Ne'roo avec l'élite de fa cava- 
lerie par la porte la plus éloi- 
gnée de l'ennemi , & lui or- 
•donna , après qu'il auroit fait 
vh grand circuit ,• de s'appro- 
cher peu à peu, & en fe tenant 
couvert, de l'endroit où étoient 
les Carthaginois ; de enfin , 
quand il verroit l'aclion en- 
gagée ^ de les venir tout d'un 
coup attaquer par derrière. 
«Claudius Néron n'exécuta point 
fes ordres , foie qu'il fe fut éga* 
:Té en chemin, ou. que le tems 
lui eût manqué. Le combat s'é- 
tant donné fans lui ^ les Ro<* 
•mains ne laiiïerent pas d'avoir 
J'avantage $ mais , n'étant pas 
fécondés de la cavalerie , leur 
projet ne céufïit pas comme ils 
-i'avoient efpéré. M, Claudius 
Marcellus , n'ofant pas pour- 
<fuivre les ennemis dans leur 
fuite , fit retirer fes foldats 
quoique vainqueurs. Cependant, 
.Ânnibal perdit ce jour.-là plus 
de deux mille hommes. M. 
Claudius Marcellus n'en perdit 
pas en tout quatre cens^ Vers 
le coucher du foleil , Claudius 
Néron , ayant inutilement fati- 
gué fes hommes & leurs che- 
•vaux pendant un jour de une 



• "MA :v 

*B«ît , arriva fans avoir feule- 
ment vu l'ennemi. C'eft une 
grande douleur pour un habile 
Général qui a formé un projet 
important, de le voir avorter, 
par l'imprudence ou le peu de 
tête de celui fur qui il s'en étoic 
repofé ponr l'exécution. Auffi 
le Conful fit-il une réprimande 
bien vive à -Claudius Néron , 
juTqu'à lui reprocher qu'il n'a- 
voit tenu qu'à lui qu'on ne ren- 
dit à Ânnibal la journée de Can- 
nes. Le lendemain , M. Claudius 
Marcellus mit encoce fes trou«p 
pes en bataille ; mais , Ânnibal 
ne fortit point de fon camp « 
avouant tacitement qu'il fe re- 
coniipifiToit vaincu. 

Quelque-tems après >I^s Ro- 
mains craignant qu'il ne s'élevât 
une guerre dangereufe dans la 
Sicile , 7 firent pafler M. Clau- 
dius Marcellus. Il s'étoit pafl*é 
depuis peu à Syracufe bien des 
chofes triftes de affreufes. En 
dernier lieu , on y avoit affocié 
au collège des préteurs Épicy- 
de Se Htppocrate , tous deux 
attachés à la fortune & aux in- 
térêts d'Annibal. Ces nouveaux 
Magiflrats brouillèrent tout par 
leurs menées féditieufes, 6c vin- 
rent à bouc , par de faufles fup- 
pofitions de des accufations ca- 
loranieufes , d'animer également 
la multitude de les troupes con- 
tre les Romains. Après plufieurs 
intrigues & piufieurs évene- 
mens , ces deux chefs de pare! 
fe rendent maîtres de Syracu- 
fe , font tuer tous leurs collè- 
gues , & fe font eux - mêmes 
déclarer feula Fr-éceur^ dans 



V- 



MA 

*tae aflemblée ^ cumultueufe.* 

Tel étotc rétac des chofes » 
lorfque M. Claudîus Marcellus 
arriva eo Sicile* Déjà il avoir 
pris d'emblée la ville desLéon- 
fîos y lorfqu'il apprit ce qui 
s*étoit paflë à Syracufe ; il s'a- 
vança auifitôc vers cette Capi- 
tale 9 & campa avec fon armée 
auprès du temple de Jupiter 
Olympien , à quinze cens pas 
de Syracufe* Avant que d'aller 
plus loin , & de faire aucun 
ade d'hoftilité , il envoya des 
députés j pour faire fçavoir aux 
'iiabitans qu'il venoit pour ren- 
dre la liberté aux Syracufains , 
ôc no^pour leur faire la guerre» 
à mons.qu'il n'y fût obligé. On 
ne leur permit pas d'entrer 
dans la ville. Épicyde & Hip- 
pocirate allèrent au-devant d'eux 
hors des portes , âc ayant en- 
tendu leurs propositions , ils ré- 
pondirent fièrement y que (i les 
Romains fongeoient à mettre le 
fiege devant leur ville , ils s*ap- 
j>erceveroient bientôt que la 
différence étoit grande entre 
attaquer Syracufe & attaquer 
Léontium. M Claudius Marcel- 
lus fe détermina donc à faire 
l'attaque de la viiie par mer 6c 
par terre. 

Il laifTa le commandement 
"des troupes de terre à Appius 
Claudius y & fe réferva* celui 
de la flotte. Elle étoit compofée 
tle foixante galères à cinq rangs 
de rames > qui éroient pleines 
d'hommes armés d'arcs, de fron* 
des 5c de dards pour nettoyer 
les murs des arflSégés. Il y en 
^vûit un grand nombre d'autres 



M A 169 

chargées de toutes fortes de 
machines propres à l'attaque 
des places. Comme il s'étoîc 
rendu maître de Léontium dès 
le premier aflaut pVir la terreur 
qu'il avoir jettée parmi les ha- 
bitans , & qu'il ne défefpéroic 
pas d'entrer par quelque côté 
dans une ville comme Syracufe» 
compofée de plufieurs parties 
féparées les unes des autres , il 
fit approcher des murs 9 8c ex- 
pofa aux yeux des habitans l'ap- 
pareil formidable des machines 
avec lefquelles il fe préparoit à 
les attaquer. Il auroit pu réufiîr 
facilement, s'il y eût eu un 
homme de moins dans Syracufe* 
C'étoit le fameux Archimede^ 
parent & ami du roi Hiéroiu 
il avoir pris foin de garnir les 
murs de tout ce qui étoit né- 
ceflaire pour une bonne dé- 
fenfe. 

Dès qu'il eut commencé à 
faire jouer du côté de la terre 
fes terribles machines , elles 
décochèrent contre l'infanterie 
toutes fortes de traits, Ôc des 
pierres d'une pefanteur énorme, 
qui voloient avec tant de bruit g 
de roideur, & de rapidité-, que 
rien ne pouvant fo^tenir ce 
choc , elles renverfoient &i 
écrafoient tous ceux qu'elles 
rencontroient, & jettoient dans 
tous les rangs un défordre hor- 
rible. 

M. Ckudîus Marcellus n'é- 
toit pas mieux traité du côté 
de la mer. Archimede avoir dif- 
pofé des machines pour lancer 
des traits à quelque diftance que 
ce fût. Quoique les enûemis fuf^ 



Ï70 MA 

fent encore loin de la ville, îl 
les aiteigr.oit par le moyen des 
ballifles âc des catapultes plus 
grandes & plus bandées. Quand 
les traits paiToienc au delà, il 
en avoir de plus petites & pro- 
portionnées à la diftance ; ce 
qui caufoit une fî grande con- 
tufion parmi les Romains , qu'ils 
ne pouvoienc rien entrepren- 
dre. 

M. Claudius Marcellus pref- 
que rebuté & pouffé à bout, fe 
retira avec Tes galères le plus 
diligemment qu'il lui fut po{&- 
ble, & envoya donner ordre à 
fes troupes de terre d'en faire 
autant. En même-rems, il affem- 
bla le confeil de guerre , où il 
fut réfolu que dès le lendemain, 
avant la pointe du jour, on ta* 
cheroit de s'approcher des mu- 
railles. On efpéroit par ce 
moyen , fe mettre à Tabri des 
machines , qui par le défaut 
0*une diflance proportionnée à 
leur force j:»*auroient plus affez 
de jeu. 

Mais , Archimede avoir pour- 
vu à tout. Il avoit préparé de 
longue main> comme nous l'a- 
vons déjà obfervé , des machi- 
nes qui portoient à toute forte 
de diilance quantité de traits 
proportionnés, & des bouts de 
poutres qui étant fort courts de- 
mandoient moins de tems. pour 
les ajufler ; ôç l'on tiroit plus 
fouvent. 

Quand les Romains eurent 
don(? gagné lé pied des mu- 
railles » penfant y être bien à 
couvert, ils fe trouvèrent en- 
core en butte à une infinité dc 



MA 

traits , ou accablés de pîerret 
qui tomboientd'enhaut fur leurs 
têtes , n'y ayant endroit de la 
muraille qui ne fit pleuvoir in- 
ceffamment fur eux une grêle 
mortelle qui tomboit .à plomb* 
Cela les obligea de fe retirer 
en arrière. Mais , ils ne furent 
pas plutôt éloignés y que voilà 
de nouveaux traits' lancés fur 
euxt'dans leur retraite ; de forte 
qu'ils perdirent beaucoup de 
monde 4 Ôc que prefque toutes 
leurs galères furent froiffées 
ou fracaffées, fans qu'ils puffenc 
rendre le moindre mal à leurs 
ennemis. 

Enfin , M. Glaudîus Marcel- 
lus , voyant les Romainf û ef' 
frayés , que s'ils appercevoienc 
feulement fur la muraille une 
petite corde ou la moindre j>ie- 
ce de bois, ils prenoient d'a- 
bord la fuite , criant qu* Archi- 
mede alloit faire tirer contre 
eux quelque effroyable machi- 
ne, renonça à Tefpérance de 
la pouvoir prendre en y faifanc 
brèche , ceffa toutes les atta- 
ques, de réfolut de laiffer ache- 
ver ce fiege au tems en le chai»- 
geant en blocus. L'unique ref- 
fource que les Romains crurent 
qu*il leur reftoit , fut de rédui- 
re par la faim le peuple nom- 
breux qui étoit dans la ville » 
^ en coupant tous les vivres qui 
po^uvoient leur venir , foit par 
terre , foit par meV. Pendant 
huit mois qu'ils battirent la ville» 
il n'y eut fortç de flratagèmes 
que l'on n'inventât , ni d'adlions 
de .valeur que l'on ne fit, à 
l'aiTaut près q^ue l'on n'ofa plu» 



M A- 

tenter. Taot un feul homme & 
uoe' feule fcience ont de force 
dans quelques occafîons, quand 
on fçaît les employer à propos ! 
Ocez de Syracufe un feul vieil- 
lard f la prife de la ville eft im- 
manquable avec toutes les for- 
ces qu'ont les Romains. Sa pré- 
fence feule arrête & déconcer* 
ce tous leurs defleins. 

Après que M. Claudius Mar- 
cellus eut réfolu de bloquer 
iimplemjsnt- Syracufe , il Uiflk 
Appius devant la place avtc 
les deux tiers de l'armée « 6c 
avec le refte il s'avança dans 
l'ifle, où il fit rentrer quelquef 
villes dans le parti des Ro- 
mains, 

Dans ce même tems » Hîmil* 
con y général des Carthaginois , 
arriva dans la Sicile avec une 
grande armée » dans l'efpérance 
de la reconquérir enriéren^ent ^ 
& d'en chailer les Romains. 
Hippocrate fortit de Syracufe 
avec dix mille hommes de pied 
6l cinq cens chevaux pour l'al- 
ler joindre , a6n de faire la 
guerre de concert contre M. 
Claudius Marcellus , en joignant 
enfemble leurs troupes. Ëpicy- 
de reila dans la ville pour y 
commander pendant le blocus. 
M/ Claudius Marcellus « en re- 
venant d'Agrigente » où les en* 
.nemis l'avoient prévenu , & 
dont ils s'étoient emparés , ren- 
contra l'armée d*Hippocrate > 
l'attaqua « de la défît. Cet avanr 
tag^ retint dans le devoir plu- 
iîeurs de ceux qui fongeolent à 
fe ranger du côté des Cartha- 
giaois. 



M A 171 

M. Claudius Marcellus re- 
tourna à Syracufe ; 6c après 
avoir envoyé Appius à Rome 
pour y demander le Confular» 
il lui donna pour fuccefleur 
dans le commandement de la 
flotte & du vieux camp T. 
Quintius Crifpinus, 6c alla lui- 
même établir fes quartiers d'hi- 
ver à lix ou fept ftades de l'Épi- 
pôle y dans un lieu appelle Léon^ 
où il fe retrancha. 

Au commencement de la cam- 
pagne, M. Claudius Marcellus 
le trouvoit encore peu avancé. 
Il n'avoir aucun moyen de pou« 
voir, prendre Syracufe , foie 
par force , parce qu'Archimede 
lui oppofoit toujours des ob(^ 
tacles invincibles , foit par fa- 
mine , parce qu'une flotte Car- 
thaginoife, très-nombreufe, y 
faifoit entrer librement des con- 
vois. Il délibérott donc s'il de^ 
roeureroit devant la ville pour 
prefler le (iege» ou s*il marche* 
roit du côté d'Agrigente contre 
Hippecrate de Himiicon. Mais » 
avant que de prendre ce dernier 
parti , il voulut eflaier s'il ne 
pourroit point fe rendre maî- 
tre de Syracufe» par quelques 
satelllgence fecrete. Il avoit 
dans (on camp plufieors Syra- 
cufains des plus qualifiés» qui y 
étoient. venus chercher un afyle 
au commencement des troubles. 
M. Claudius Marcellus s'adrellà 
à eux , leur promettant que Q. 
la ville fe rendoit aux Romains^ 
il lui conferveroit fes loix , fes 
privilèges, 6c fa liberté. Ces 
Syracufains ne manquoient pas 
de bonoe volonté , mais il no 



17^ M A 

leur étoît pas aifé de s'abouclier 
avec ceux de. leurs parens ou 
amis qui étoient reilés dans la 
▼îlle , parce que les auteurs 
de la révolte tenant plufîeurs 
habitans pour fufpedls, redou- 
bloîent leurs vigilances. & leurs 
attentions, pour empêcher qu'on 
ne fit à leur infçu quelque ten- 
tative de cette nature en fa- 
veur des Romains. Ce fut TEf- 
clave de l'un de ces Syracufains 
fugitifs 9 qui s*étant ixitroduic 
dans la ville comme déferteur i 
ménagea fecrétement une intri- 
gue, où entrèrent jufqu'à qua- 
tre - vingts des principaux de 
Syracufe. Ils fe partageoietft 
pour venir tantôt les uns , tantôt 
les autres dans le camp de M. 
Clâudius Marceltus , cachés 
dans des barques fous des filets 
de pêcheurs. Toutes les mefu- 
tes étoient prifes pour livrer la 
ville aux Romains ^ lorlqu'un 
certain Atrale de dépit de n'a- 
voir pas été mis du fecret-, dé- 
couvrit la confpiration à Épîcy- 
de, qui fît mourir tous les con* 
jurés. 

Cette entreprife ayant ainfî 
échoué^ un événement fortuit 
préfenta à M. Clâudius Marceî- 
Iqs une nouvelle reffource , & 
iit renaître fon efpérance* Dès 
vaîiTeaux Romains avoient pris 
DD certain Damippus > qu'Épl- 
cyde envoyoit pour négocier 
avec Philippe , roi de Macé- 
doine. Épicyde témoigna beau* 
coup de défir de le racheter ,ôc 
M. Clâudius Marcelius ne s'en 
éloigna pas. -On convint d'un 
endroit auprès du porc TrogilCi 



MA 

pouf y tenir lés conférences 
fur la rançon du prifonnier. 
Comme on y alla plufieurs fois, 
un Romain 9'étant avifé d« 
confidérer de près le mur avec 
attention , en avoit compté les 
pierres, & mefuré des yeux la 
hauteur de chacune d'entr'elles ; 
puis ayant fait le plus jufte qu'il 
put la fupputation du total , il 
reconnut que le mur n!étoit pas , 
à beaucoup près , auifi haut qu'il 
Tâvoit cru, lui & les -autres; 
& il conclut qu'avec de médio- 
cres échelles on pouvoit facile- 
ment monter deflus. 

Le foldat, fans perdre dft 
tems » fît rapport de tout à M. 
Clâudius Marcelius. Toute la 
fageffe n'efl pas toujours dans 
la tête du Général,; un Offi- 
cier fubalterne ou tnême un 
fimple foldat peut lui donner de 
bonnes ouvertures. M. Clâu- 
dius Marcelius ne négligea pas 
cet avis , & s'aflura de la vérité 
du fait par fes propres yeux. 
Ayant ordonné que l'on pré- 
parât des échelles , il prit l'oc- 
cafîon d'une fête qu'on célébroie 
trois jours de fuite à Syracufe 
en l'honneur de Diane, & pen-- 
dant laquelle les habitans s'aban- 
donnoîent à la joie & à la bon- 
ne chère. A Theure de la nuit 
où il con}eâura que les Syracu- 
fains y après avoir pafTé le joue 
à manger & à boire , commen- 
ceroient à s^endormir , il fait* 
avancer doucement un corps de 
mille foldats d'élite vers le mur 
avec des échelles. Quand le& 
premiers furent arrivés au haut 
fans bruit Se fans tumulte, d'au-^ 



/^ 



MA 

tm lei fuivirenr, la hardîeflè 
dès premiers donnant du coura- 
ge aux féconds» Les xnîlle fol- 
dats , profitant de la négligen- 
ce des afïïégés qui écoient ou 
ivres ou etidormis, eurent bien- 
lot efcaladé le mur. Ayant en- 
foncé la porte de l'Hexapyle $ 
les troupes s'emparèrent de la 
partie de la ville appellée Épi- 
pôle. 

Il ne s'agi^Toir plus poui^ lors 
de tromper les ennemis , mais 
de les enrayer. Les Syracufains, 
aliarmés par le bruit, commen- 
çoîent à fe troubler âc à fe met- 
tre en mouvement. M. Claudius 
Marcellus fît fonner à. la fois 
toutes les trompettes; ce qui 
jetta une telle épouvante par- 
mi les habitans , que tout le 
inonde prenoit la fuite , croyant 
^u'il ne relloit pas un feul quar- 
tier qui ne fût au pouvoir des 
Romains. 

Cependant y Épîcydc ayant 
smmblé promptement quelques 
troupes qu'il avoit dans 1 iile 
qui jojgnoît TAchradine, mar- 
cha contre M. Claudius M(^r- 
cellus; maiS| le trouvant plus 
fort de mieux accompagné qu'il 
ne l'avoit cru , après une légère 
cfcarmouche il fe re|ira promp- 
tement dans l'Acbradine , moins 
touché^de la force & du nombre 
des ennemis , que de la crainte 
qu*il ne fe formât quelque con- 
juration dans la ville en leur 
faveur, & qu'il nç trouvât en 
arrivant les portes de l'Açhra- 
dine et de Tifle fermées. 

Tous les Capitaines & les 
Officiers ^ui étoient autour de 



M A 17; 

M. Claudius Marcellus , le fé- 
licitoient fur le'fuccès de fes ar« 
mes, & fur un bonheur fi grand 
& fi imprévu. Pour lui, lorfque 
de defifus la hauteur il eut con- 
fidéré la beauté & la grandeur 
de cette ville , la plus vaile & 
la plus opulente qu'il y eût alors 
dans le monde , il ne put s'em- 
pêcher de verfer des larmes , 
ou de joie d'avoir exécuté une 
fi difficile & fi glorieufe entrç- 
prife , ou de regret de voi^ 
que l'ouvrage merveilleux d« 
tant de fiecles alloit bientôt être 
réduit en cendres. Il rappelloic 
dans fon.efprit deux flottes p<uiP> 
fantes des Athéniens coulées à 
fond devant cette ville, deux 
nombreufes armées taillées en 
pièces avec les deux illuftres 
Généraux qui les com